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Full text of "Histoire des républiques italiennes du moyen âge"

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HISTOIRE 



DES 



RÉPUBLIQUES ITALIENNES 



DU MOYEN AGE. 



TOME VU. 



MICHBL-AHei. 



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HISTOIRE 



DES 



MKDll MM 




DU MOYEN AGE 



PAR 



J. G. L. SIIONDE DE SISIONDI. 



NOUVELLE ÉDITION. 



TOME SEPTIÈME 



FURNE ET O, LIBRAIRES-ÉDITEURS 

55, RUB SAINT-AMORB-OES-ASCS ; 

ÏREUTTEL ET WURTZ, LIBRAIRES 



17, RCK DB LILLE. 



>I840 



l 



HISTOIRE 



DIS 



RÉPUBLIQUES ITALIENNES 



DU MOYEN AGB. 



nmmïiHHiHHiu ni Uiiê iiiHH i g siium m i 



CHAPITRE I. 



Suite de la guerre des Turcs; leurs ravages dans la Gamiole et le Friuli; 
ceux des Vénitiens dans la Grèce et FAsie^^Mineure. — - Révolutions 
de Chypre qui réduisent ce royaume sous la dépendance de la répu- 
blique de Venise. 



1468-1473. 

Panl II n'avait point Yonla, pendant son pontificat, con- 
server la paix qp» son prédécesseur avait établie en Italie ; 
mais il songea moins encore à défendre la chrétienté contre 
les invasions tonjoursplus menaçantes des Tares. Un des prin- 
ctpanx motifs qa' avait cas le conclave pour arrêter son choix 
sqr lui, avait été sa naissance vénitienne^ On avait cru que son 
afifection pour sa patrie, que Finfluence de ses parents, de 
ses amis, seconderaient les intentions de r Église, qui voulait 

raUier toute la chrétienté à la république de Venise, pour re- 
vu. 1 



2 HISTOIRE 0£S aiPUBUQUES rtMUBSUES 

pousser en commit tes OttomaiiB* Ob avait tu Pie II prêt à 
monter sar la flotte da Tienx doge, et Ton avait compté qae 
son soccessear s'accorderait mieux encore avec le premier ma^ 
gistrat de la république où il était né. Mais Paul II, incertain 
dims ses rapport avec sa fatrie, fut, pendant F expéAtion de 
Ckdé^mi, sur le point de se déclarer contre eUe; et lorsque 
ensuite il contracta une étroite alliance avec les Vénitiens, ce 
fut pour satisfaire sa propre ambition, en détournant à son 
profit les armes qn'U» employaient contre les Turcs. II. ne nuisit 
pas moins à leur cause en dirigeant contre les hérétiques de 
Bohème les forces de Mathias Gorvinus, leur unique allié. 

Msthias^ Corvinu» était fils da grand Jean Hnniades, qui 
avait été vingt ans le bouclier de la Hongrie. Ladislas de Po- 
logne, qu'il avait fait roi, lui avait, en retour, donné la di-' 
gnité de waivode de Transylvanie. Pendant la minorité de 
Ladislasle Posthume ou l'Autrichien, que Frédéric III rete- 
nait captif dans sa cour, Jean Huniades avait gouverné douze 
ans le royaume comme régent et capitaine général. Un mois 
avant sa mort, il avait encore, en 1426» repoussé Mahometll 
qui attaquait Belgrade ^ . Ladislas le Posthume, fib d*Alb^ 
d'Autriche, loin de se montrer reconnaissant envers la famille 
de ce grand homme, jeta, lorsqu'il parvint au trône, Mathiaa 
Gorvinusdans un cachot à Prague, et fit mettre son frère àmort. 
Gorvinusfttttiré de prison au boutde deux ans,parGeorgePodié- 
brad, an moment dielamorta«bited« LadisIfBiS^&Piragaev le 23 
nov<aid>se 1 iSH ; ilasvait mw£^h»fm au pkds et asx nanui 
lKW8qu*il fot j^poelamé i^ de Hongrie i la plaça de Ladisbs, e» 
mfme temps qw6^i;g9 Çodîi^MnidfutprQdaméroidB Bohème* 
fléponaaia fille dftcedfiwn^îoteeséBoxsooverainSyi^ 
dew nations^ ce^miaissanltti^ se montrèDent également digne» 



*9p9ê^el à» ihttn. B. V, c. 1, p. 6d6. — Thomas BbendorffeHde Baselbàch» Chron^ 

Âm^imh u IV» ar «•; -« ^ «HfHi dm' «»m. m v, «» tiv p* ^ • 



DU MO\Ë» AGE. 3 

ÛU tfôtie ^ . I6 thgûfe de Mathiai Corvintis fut dès lors signalé 
JNir des Tictolreé aussi MUantes (}iïe celles de son père. En 
1462, il reôoavrat Jaieza, capitale de lai Bosnie, et il la défendit 
f aânée soivànté contre Mahomet II '. La guerre s* étant dès 
lors aticùnée entre les Ténitiens et 1^ ïurcs, Gorvfnus con- 
tracta ttne étroite alliance avec là république, et celle-ci Ini 
fit passer chaque année cent miUe ducats, pour défrayer en 
partie ses armements ^. Lé roi de Hongrie porta ses armes 
tour à totir dans la Rascie, la "Valachie, la Croatie, la Transyl- 
vanie ; il y remporta de briâantes victoires sur les musul- 
mans, et pluB encore sur les princes chrétiens leurs vassaux. 
Lé bruit de ses victoires ayant donné au pape une haute idée 
de la puissance de Mathias Gorvinns, la cour de Borne le sol- 
licita de tourner ses armes contre un ennemi qu'elle redou^ 
tait moins que les Turcs, mais qu'elle haïssait davantage ; c'é« 
tait 6eorge Podiébrad, i^i de Bohème. La secte de Jean Huss 
était toujours fort nombreuse dans son royaume ; et Podié^ 
brad, élevé sur le trône par les suffrages de sa nation, était 
obligé de ménager des sectaires qui faisaient son plus ferme 
appui. La coiir de Bome ne lui reprochait point de partager 
leurs opinions, mais seulement de ne pas vouloir sévir contre 
eux. Pour écarter tout soupçon d'hérésie, il avait offert de dé- 
clarer solennellement qu'il ne croyait pas nécessaire aux fi- 
dèles de recevoir le sacrement sous les deux espèces ; et on 
lui avait répondu que sa déclaration ne suffisait point, s'il 
n'àutorii^t l'archevêque à punir sévèrement cetix qui donne- 
raient ou recevraient la communion sous cette forme. « Qu'il 
« déclare expressément, ajoutait le pape, si le bras séculier 
« exéeutera les sentences de l'archevêque, pour punirles prê- 
« 1res ^favorisent tes erreurs ; n on lui donnera toute as- 

i ^^Ugel4er Ehfen. B. V, c« XU, p. 644, TAomai Ebenâxir§eH tlfi Baselboeh, CAivm 
Austr. L. IV, p. 889. — ^Spin^iàer Sluren, B^V, o^ ]^VUi« p. 734, — \Ronfiniu nier. 
9ttgari€ar. Deçà Ul^ L. IX, p. 533. 

!• 



4 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIElfNES 

« sistance réelle et actaelle pour réduire à robéissance dtt 
« siège apostolique tous ceux qni dévient, et pour extirper 
« toutes les hérésies * . » Jamais le roi de Bohème ne voulut se 
se soumettre à ces conditions ; jamais il ne voulut livrer aux 
tribunaux ecclésiastiques Rockizane, archevésque scbismatique 
de Prague ; et ce refus de se joindre aux persécuteurs, consi- 
déré par Paul II comme une rébellion odieuse contre l'Église^ 
attira enfin de la cour de Rome une sentence de déposition. 
George Podiébradiut condamné, le 25 décembre 1 466, comme 
coupable d* hérésie, et déclaré déchu du trône de Bohème ^. 
Ce trône fut offert à Casimir, roi de Pologne, qui ne voulut 
point r accepter '.Peu de mois après, une nouvelle excommu- 
nioatlon atteignit tous les sujets demeurés fidèles à Podiébr ad, 
et tous ceux qui lui prêteraient aide on faveur, En même temps 
tous les princes chrétiens furent dégagés de tous les serments 
qu'ils pouvaient lui avoir prêtés, et de tous les traités conclus 
avec lui ; enfin Rodolphe, évèque de Lavenza, fut chargé de 
prêcher une croisade contre la Bohème *. G* était Tannée qui 
suivit 1^ mort de Scanderbeg ; la Macédoine venait d'être mise 
à feu et à sang, et la Bosnie envahie ; et cependant le pape 
allumait, sur les frontières même de la chrétienté, une guerre 
civile insensée, qui favorisait les progrès des Turcs. Mathias 
Gorvinus se laissa séduire par l'espérance d'une nouvelle cou- 
ronne ; il déclara en 1 468 la guerre à George Podiébrad, son 
allié, son beau-père et son libérateur ; il dégarnit les frontières 
de la Hongrie, pour dévaster et conquérir la Bohême ; il aban- 
donna les Vénitiens dans la lutte où il s'était engagé de con- 
çert avec eux. Pendant sept ans il continua ses attaquesimpo- 
litiques, non plus contre Podiébrad, mort* en 1740, mais 

1 AriieiUiel modiuêupefreductione Regta Bohendœ in veram ÀpoUolicœ se^it ob^ 
dienikun^ Ketpontîo ad tertium paragraph. PauU li Uber Brevium» Anno T«, p. iSo. 
— RaynaUU Awai, BccUs. 1471, $ iT-26, p. 294. — > Splegel der Ekren, V. Rnich., 
XIX capitel, p. 744.— > fUxgnaUUk Annal, Keeles, I4<e, S 26-80, p. i8S. — JaeohI, Car^ 
din* Papieii«f«. L. VI, u i^usd» epUiola m. — « haynaîdi Annal, 1467. S 8, p. i86. 



DO MOYEN AGE. 5 

contre Uladislas, fils da roi de Pologne, qne les Bohémiens 
lui avaient sobstitné ; et tandis gn*!! consumait yainement ses 
forces dans ce combat, Mahomet II firappait la chrétienté de 
conps désastreux ' . 

' L'événement cpii cansa le plus de terreur aux Italiens fut 
une expédition conduite par Hassan Bey, chrétien renégat et 
pacha de Bosnie. Il avait été appelé en Croatie, par un gen- 
tOhomme de cette province qui voulait se venger de son 
frère ; il y pénétra, au mois de juillet 1 469, avec vingt mille 
chevaux, avant qu'on y eût fait aucun préparatif de défense : 
huit mille chrétiens qui s'étaient réfugiés dans une ville de 
Croatie furent passés au fil de l'épée; trois mille furent ré- 
duits en esclavage. L'armée turque, poursuivant ses succès , 
traversa la Carniole qu'elle ravagea; elle avait déjà pénétré 
jusqu'à ceiit soixante milles dans l'intérieur des terres, et die 
n'avait plus qu'une petite journée de chemin à faire pour se 
porter sur Trieste ou sur les frontières du Friuli , et pour 
entrer en Italie. Mais les vainqueurs, se trouvant suffisamment 
chargés de batin et embarrassés de captifs , retournèrent sur 
leurs pas, sans avoir entrepris de s'emparer d'aucune place 
forte. Dix-huit mille chrétiens avaient été massacrés , quinze 
mille étaient emmenés en Turquie pour être vendus comme 
esdaves; les vieillards ou les enfants n'avaient point été épar- 
gnés, toutes les moissons avaient été brûlées, tout le bétail 
que les Turcs n'avaient pu emmener avait été égorgé, et l'on 
eût dit, non qne des ennemis, mais que des furies avaient 
dévasté le pays *. Les Turcs, pour rentrer en Bosnie, avaient 
à traverser un fleuve que le cardinal de Pavie nomme £m- 
pratia '. Il avait été tellement grossi par les pluies, que leur 

• > Ronfinbu fter. Vngar, Deçà IV, L. n, p. 574. BaytuUdi Amial. EceUs, 1468, S 9tP' i<5- 
— Dlugoss, Mi9L Polon, h. XIII, p. 46S. — > Commenu Jaeobl, Card. Papiens, L. VU, 
p. 449. — Ejasdem eplstoia S94.— 4nitaL Eceles, 1469, $ i4, p. w%.^Splegel der Bhren 
ûtt Enhauses oesterreieh, Bach. V, eapitel XIX, p. 7S3.— > Fugger nomme celte riyière 
Caracanne. Elle lépare la Bosnie de la Croatie. Spiegelder Ehren, p. 753, 



6 HISTOIRE DES BJÉPUBLIQUES ITALIETTIÏlIS 

armée fut obligée ie s'artét^r }f^\% jopf*s cwir 3» bords avai^t 
da pouvoir kt passqr. Pendaqt œ temps il aurait été facile do 
tirer iioe juat^ vengeance de leur barbarie» et de recouvrer de 
leurs mains les captifs et le butin qn*ils emm^aient; maicf 
c'était just^iuept la saison oui les ^opgnûîs et les Aatricbiefis , 
J^issaut leurs frQUtières découvertes , rayageaieot la Bohême. 
Ittatbiaa Corvious disait sdors prisonnier Yictorin son b?au- 
£cère, fils de George Podiébrad^ et il recevait h Qlmutz les 
couronnes du rayaume de Bohême et du marquisat de Moravie, 
qu*il croyait avoir concpiis * . 

La république de Venise » qqi avait; vu avec effroi rann^e 
turqfie s'approcher de ses fifoiitiàres^ de terre ferme, n'avait 
garde cependant d'attaquer les musulmans de ce côté : elle 
aurait craint de leiff ^nseigu^ ainsi le chemin par lequel ils 
pouvaijHit pénétrer jusqu'au miMeu de l'Italiç. Ce n'était que 
par iqer qu'elle voulait combattre les ipfidèles. Nicolas Gani)le| 
qjf^ ayi)it fifCG^é ^ Jacques Loredano dans le commandement 
des troupe^ véni^tiepues en Qrèce» rassembla une flotte de 
viug4;-six galèreci à Kégrepont» avec laquelle , après avoir me*- 
^cé idusiecMrs il^ de la iper Egée, il surprit la ville d'Éno mt 
le golfe Sa^nique, où il entra par escalade. Il ne parait point 
que les Turcs eussent une garnison dans Éno ; c'était une ville 
ixminiercante , as^z riche , et habitée uniquement par des 
Greçp. EUe fut abandonnée au pillage, et après en avoir 
épi>ouvé toutes l?s horreurs , ^ fut réduite en cendres : les 
lieux Sfiints ne furent point épai^nés, les religieuses enfa^mées 
dans des couvents que les Turcs avaient respecta furent 
abandonnées ^ la brutalité des soldats 9 deux mille captifs fu- 
rent emmenés à Négrepont : parmi eux on voyait plusieurs 
respectables matrones grecques réduites en esclavage ; enfin , 
un butin très considérable enrichit les soldats ^. La nouvelle 

^ Bonfinim, Ber» Ongaric, Deçà iv| L. IT, p. SS7. — AnnaL Eulet. 1469, S lO, 
p. 202.~s Comment iacobi Gard, Pop L. Vil. p. iiX—Ejuni.KpMokif. d« 227, p. aa?. 



û^ifanè à'Èao fat pmiée à Rone, ea lotee twpa 4ie «die 
d'un anuailage reo^^arlé giir les b(Srét^p]ee4e B<rt)£iiie) et le 
pape ojrdomu des «etkws de grâces drasUw ksleitples pev 
ces benreiix sooeès ^ 

Qookpie les punîmes des Vi^aitieiis déMtowH; piefRine 
nniqa^Brat les sojets cbrélieBS de Mafaoïnet H , w red<Hitid>le 
moaar^e était résolu à ne pas souffrir daviuitage de pftifHles 
ÎQSQltes. Le S août 1469, il pr(>Q0D6e à CScmstantiBOplei et il 
fit F^ter dans tontes les moeqciées de son ei^^rei le veen 
suivant : « Moi, Mab<»net, fils d*Ainurath| soltMi et gonveiv 
« neur de Baram et de Radunaël j #efé per le IMen eiq[HP^e , 
« phoé dans le eerde dii solml^ eonti«rt de gloire par-dearas 
« tops les empereur» /hevreuK en tonte eboee, rëcNmté des 
« mqrtelsi puissant dans tas ernm 9 ffar les prières des saints 
« qui mal en xM , et du gvtad j^pbète Mahomet^ emp^wr 
« des fsapeveiirs et jnnoee des pnteees )qpn exisKtit dn levtat 
« an eoudiant; je cornets an Ôîen nui^ne 9 orltetenr de UMite 
<> ebose^ par mon vcra et mon serment» que je ne verfiii point 
* le scNtnmeil de mes yeux, que je ne mangerai point de ^voses 
« détNtes , qctô je ne ipeobiMrelierai point ee qui est i^trédUe, 
« qee je ne toodierai point h ee qui est hetni qde je ne dé- 
« tonmerai pomt mon visage de roeeident h rorient , si je nfe 
« vraverse^ ne foule auK pieds de mes ehevani^ \» die!» des 
« nntioi^, ees dieuK de hm , d'idrën » d'efgent , dV on de 
é peinture^ <pe les diseiptes du cybi^irt sa sont f^its âb Iml» 
« miins; je jure cpie j'extcvumerai tonte leor iiiiqinté de Ih 

*^ir. 4nt- SahelUcOi BUi. Vmetœ* I)eca III, U V|IT, f. 30?.-*4;«d. N^m9ifi»Q* P* i<27. 
*" ^ ilona/. Ecoles, Raynaldi. i469, $ 12, p. 303. Les commentaires du cardinal de Pavic 
finissent à la mort du cardinal Carviual, en 1469, peu de mois après la prise tf £no^ l)s 
forment en sept livres la eontiouation de ceux do Pie II. \a récit ^t l'espédition et 4e )a 
mort de ce pontire est d'un grand intôrél : dans la suite oq trouve encore des (ails |>ien 
observés et des détails curieux ; mais le cardinal 4e Pavie était \fim 4'avoir pour lu ré- 
daclion et la disposition du sujet, et pour l'art de peindre les honunea et les lieux« un 
laleol eofoparable à celui de Pie H. Dans i'éditioa in-f^iio, Frwicfort» IÇi4« ce c^ounei)- 
taire occupe les paies 35M$4» 



s HISTOIRE DES BiPUBLIQUES ITALIEimCS 

« face de la terre , da levant an ooachant , àia gloire du IMeii 
« de SabaoQi , et da grand prophète Hahomet. Et pour cette 
« cause , je fais savoir à tous les peuples circoncis , mes sujets 
« qui croient en Mahomet ^ à leurs chefs et à leurs auiiliàires ^ 
« s*ib ont la crainte du Dieu fondateur d^ del et de la terre, 
« et la erainte de ma puissance invincible, qu'ils aient à se 
« rinidre tous auprès de moi, le septième de la lune de rama- 
« dan de cette année 874 de Thégire (1 1 mars 1470), obéis- 
« sant au précepte de Dieu et de Mahomet , dont le premier 
« par sa providence , et le second par ses prières , nous assis- 
« feront sans aucun doute ^ • » 

' Siff cette invitatîMi de Midiomet, une armée formidable 
et une flotte comme les musulmans n*en avaient jamais mis 
e^ mer, se rassemblèrent à Constantinople. Les Latins 
exagéraient toujours sans mesure la force des armées mu- 
«ulmaneft; ils se préparaient ainsi une excuse pour leurs 
déftttes , on plus de gloire dans leurs succès. Dans cette occa- 
siffin , ils ne parlent pas de moins de quatre cents vaisseaux 
scKEtis de l'Hellespont, le 31 mai 1470, et de trois cent mille 
hommes qui s'avançaient de Xhrace dans la Grèce ^. Encore 
qu'on réduise faifiniment ces nombres , toujours eeltHl sûr que 
l'armée de Mahomet était de beaucoup supérieure à tout ce 
que les Vénitiens pouvai^t lui opposer. Nicolas Ganale, 
luaairal de ceux-ei , était à Négrepont avee trente-cinq galères. 
Quand <m lui rapporta que la flotte turque avait paru près de 
Ténédos, il s'avança par le canal qui sépare Lemnos et Imbros, 

4 

1 CatiSnoUs Papienês Epktola 380, p. tn, — nayndtdl annales Beeies, un, $ it, 
1». SIO. — s Franeitci PhUelphi^ L. 32, EpUtoia ad Bemardum JustManum, -^ Anlo- 
Bio d» aipalu^ dans les Annales de Plaisance, assure que les Turcs, entre leur Sotte et 
lenr annto, avaient soo,ooo combattanis. AnnaL Placent. T. XX, p. 9W. Mais les annales 
des Turcs n'Indiquent nullement une armée très formidable. « Mahomet, y est-U dit, ne 
« pouvant supporter une longue oisiveté, s'achemina, par terre, vers t'Euripe, tandis 
« qu'il envoyatt Mahmud, pacha, avec une flotte qui portait douze mille hommes. » Jn- 
nales Twcîel LtvmeUtolL T. XVI, p. 958. — Demetrius Cantemir, Hlsu Oth, L. Ul, c. I, 
S ss, p. lio. Coriolanus Cepio lui donne i!ie,ooo hommes. De Kebue Venetis, L. I, pt 34i. 



DO HOTER Âùn. 9 

fit sl> «ivoya àevÊOiX loi IiMiut Loreâsao avee dix gdèras , 
pour recxmnaitre les enneniis. Il kii ordonnait de ne point 
ériter la bataille a*ik n* avaient jpâs plus de soixante Yoîles , 
ear MHQtt&oie ne tordendt pas à ^cffiir an aeooon de son ayan 
gaide , et il eroyail avee eonfianoe qn'il battrait les infidèles, 
pomru que oenx-d ne fussent pas pins de denx contre un. 
JHais si les Tnrcs a^aimt ph» de soixante Taisseanx , il or- 
donnait de faire force de Toiks et de rames pour les éviter * . 
Bientôt Loredano et Canale Ini-mèoie déeoomrrat ta flotte 
nrosahoane, cpn couvrait tonte la mer. Les Tnres, qni pour la 
preaière fois faisaient Fessai de lenr marine , sentant leur in* 
fériorité. poor la mMiceuvre et la petitesse de leurs vaisseaux, 
avaient compensé ce désavantage à la mam^ dea barbares, 
en redoublant lenr nombre. Les Yémtiens cmrent of ayoir 
d*autjne parti à prendre que edui de la fuite ; profitant de l'ob- 
scurité de la nuit, ils se mirent à couvert derrière l'Ile de 
Seyrm , tandis que ks Turcs y faisaient une deaeente pour la 
teoci^er et la brftler. Ganale prévit alors que cet arm<mient 
^ait destiné contre Négrepont ; il envoya trois galères, avec 
le plus de vivres qu'il put rassembler, à Ghalds , captale de 
rile : peu de jours après il en envoya deux autres encore ; mais 
al(»s il n' était plu» possible d'entrer dans le détroit , les Turca 
en avaient fortifié tous les passages. 

L^'fle d'£ubée ou de N^epont s'étend le loi^ des côtes de 
la Thessalie, de la Béotie et de l'Attiqiie, par une longueur de 
cent quarante milles : elle n'a nulle part plus de quarante ou 
moins de vingt milles de largeur, et son drcuit, allongé par 
beaucoup de sinuosités, est de 365 milles. Les villes nombreu- 
ses dont elle avait été couverte autrefois étaioit alors presque 
tontes détruites. Celle de Négrepont, ou Ghalcis, demeurait 
seule sur pied, au bord do détroit de l'Ëuripe, à rendrmt où 

i Jf . ânuUbeilkOi Beea Ifl, U vui, r. 907, t». 



10 HISTOIBE DES fiiPUBLIQUXS ITALIEnVES 

il 9 ie mcim 4» teigaitr. Lfiigi (Mtù commandiôt dans oette 
ville ceimne aapitaiae, Jean BoDânmieri comme prDTéditBor, 
et Paol Smso eoaime poAMtat ; une faible gakniioili était soas 
le^n orâzes» «T«e quelques s<Ale8 Yâiitiâis. Cependant Ma*^ 
bomet II arriredsiiA la Béotie, tis-à-^vie de Négrèpont, aT«e 
son «rm^ de terre, qne Labeliieiis, le pins modéré des La^^- 
tms, dunfl son cateul, porte à œnt vingt mille hemmes. La 
flotte tnr^e s'était d^à emparée dn canal, et die avait dier*- 
cbé jt en fermer l'entrée avec des ebalaes arrêtées à des vais*» 
seaux coulés à fond, de pkpe en place * . Dès que le «ittimfut 
airivé en vue de Tlle, tas Turcs s'efforcèrent de lier, par un 
pont de bateaux, l'Ëubée à la Béotie ; et après quelques eom* 
bats vaiUftmmeiit soutenus par les halntants, ce pont fut étU'^ 
bli devant l'église de Sàittt-^Marc, à on miUe de distance de la 
villi^'; Aussitôt le siège fut eommaicé, plusieurs batteries 
furent ouvertes, et l'on regardait alors l'activité de l'artillerie 
tDiqu0 eomme prodigieuse, perce que chaque boiiehe à feu 
tirait contHB les murs einquante-cinq coups par jour» 

Cependant cm avait porté à Venise la »suvdle du siège de 
Négrepont et du danger que courait cette ile ; elle était re- 
gardée comme le chef-lieu de toutes les colonies militaires des 
Yénitieiis dans l'Arohipel. Le sénat fit armer avec précipita^- 
tion tout ce qu'il avait de galères, et à mesure qu*elles'étiieiit 
prêtes, il les envoyait joindre Niooilas Gtmule, en lui donnant 
l'ordre de tout hasarder pour délivrer Négrepont. De son 
côté, Crirolamo Hôlint qui, avee le tita*e de duo, goufternait 
Candie pour la république, avait envoyé à la fkitte sept gros- 
ses galères chargées de vivres. Aptes avoir reçu ces renforts, 
l'amiral vénitien pouvait se ordre en état de se mesurer avec 
les Turcs. Il n'y avait plus de temps à perdre pour délivra 
les assiégés. Trois assauts leur avaient été livré» sueeessive- 

1 F. PMlefphi EpisL ad Federtcum Crbintui eamitem. L. XXXII. ^* Jf. Ant Sabeh 
lico. Deçà lli, L. VIII, f. 908. — Àtidr^ ifavagierû, Storia VmiMimuL p. HM. 



DO MOTEIV AGE. It 

ment, \^ 35 joîpi le W jpm «t le ^ joUlet^ ; et qpMfQe'tes 
y4aiti§B8 dierohasfleDt à ifenepwraiger» en affiimiat qoe 
16|QP0 Torp» aveieot été tnée inm lesdepx oremimB mna% 
et 5,000 i^aus le troisième) les pertes 4e9 aw^gés, dont le eal«^ 
eal était mieiuL avéré, deveonient poar eai ploa ^ùrayaatie. 
Nicolas Capfdfi, poussé par w Tent favorable, et seomdé per 
les courants, rompit enfla les chatoes qui loi fermaieat Vea^ 
trée de f Earipe, et parât le 1 1 juillet en vue de la TîUe, de la 
flotte turque, et du pont, dont il n*était plqs qu'à un mttle. 
Les assiégés, au comble de la joie, se crurept délivrés. Maho* 
p^t, erfiiganut de vpir le pont coupé, et de se trouver enfermé 
dans nie, fut, à ce qn*on assure, sur le point de l'enfnir. 
])fais Gauale n'avait été sni^i qœ per qniitan^ galères et 
dem^ vw^e^Qx \ H jmVim quelque mffleutendu, avait anrtté 
totttlere^te desn flotte ^ à»i^m de rs^ripe. Cependant 
sçn pilote , CandiîaoQ, et d?uic caiHtainea de; voisiseau, les frè* 
rçs PizzauiiaQi, T ei^hortaient h veqif donner contre le pont i 
ils se croyaient assurée de le rompre, h rçâde du courant et 
du vent qui les seccundaient, et ils redoutaient peu la flotte 
turque riingée derrière le pont, dans un lien trop étroit pouv 
mancpnvi^r. Mais Canale manqua d^ résolution : il défen At h 
son pilote de passer outre jusqu'à ce qu*U eût été rejoint pav 
le i^tade sa flotte, à laquelle U envoyait message sur message 
pcpr la presser. Pendant qu*il Tattendait vainement, lllabo* 
met II avait livré un quatrième assaut, et en même temps U 
avidt^it #ppcoeheraa flotte des mors, du e<ii^ de Songo «lia 
Zueeoa, ies assiég^^ ataieait les yeux tonjour» ftx# sw le 
lieu <rii il^ evaient vu paraître les voiles vénilievme^, dont 
TimmobiUté les désespérait. Cependant ils se défendirent e^y^o 
une extrême vaillance, jusqu'à ce que la nuit sé|[>aràt les 
combattants. Au point du jour, le 12, le combat recommença^ 

< Marin Samito^ Vite de* Dwhi d* Ve^tezia» p. ti90. 



12 HISTOIRE DES REFUEtlQUES ITÀLIEfinES 

et les assiégés apposèrent toujours la même résistance. Déjà 
les brèches étaient praticables ; des soldats tonjoars nouveaux 
se présentaient à Tattaque, et les Ghalddiens étaient accablés 
de fatigue. Vers la deuxième heure du jour, ils furent re- 
poussés des murailles ; mais comme toutes les rues étaient 
baoîeaâées, ils continuèrent à se défendre dans la Tille, jus- 
qu'à la mort du dernier d'entre eux. Tous périrent, car le 
féroce Mahomet avait fait publier dans son camp qu'il en- 
verrait au suf^lice quiconque aurait épargné un seul prison^ 
lÂev âgé de plus de vingt ans^ . Les cadavres, rassemblés sur 
la place de Saint-François et sur celle du Patriarche , furent 
ensuite jetéâ à la mer. 

Pendant que cette effroyable boucherie durait encore, le 
reste de la flotte vint joindre Ganale ; mais il était trop tard ,' 
lesétendards de Saint-Marc étaient arrachés des murdlles, la 
ville était perdue, et les soldats des galères découragés. Les 
Yénitiens ressortirent en hâte du canal de l'Euripe, frémissant 
de douleut et de rage d'avoir laissé détruire sous leurs yeux 
une colonie si importante. Deux des commandants vénitiens 
qui étaient dans Ghalds étaient morts les armes à la main ; 
Pattl Erizzo, le troisième, s'était enfermé dans la dtadelle ; il 
la rendit sous condition d'avoir la tète sauve. Mahomet or- 
donna qu'il fûtsdé par le milieu du corps, ajoutant, avec une 
atroce plaisanterie, qu'il n'avait garanti que sa tète, et qu*il 
la lui laissait^. 

La douleur que causa la perte de N^repont à. Venise fût 
accompagnée de la plus violente indignation contre Nicolas 
Ganale. Loin d'encourager ses soldats au combat, il avait re- 
tenu des guerriers plus ardents que lui, et il s'était refusé à 

i Jf. 4. SabeOico. Deçà DI, L. VIII, f. 209. — Andréa Kmfogiwf, Storia vmezlana. 
p, i 128. — Cnwii Turco-Graciœ HUtor.poUtich, 1, p. 25. — Sansorino, Del origine 
ê impero de* TurcM, L. Il, f. I6T. — « Annotes Ecclesiaitici. I470, S «2-36, p. 210. — 
M.Ant, SaàelHeo, BiaL Veneta, Deçà III. L. VIII, f, 208-209. — UaHn Sanuto^ nie de 
Duchi di Veneiia» p. 1190. 



ou MOYXn AGC« 13 

tenter de rompre le pont de TaiSBeaox des Tui^c8> au moment 
où il aurait pu sauver ainsi la ville. Son ooorage n'avait jua- 
qu alors jamais paru douteux dans les combats ; mais on pré- 
tendit que, dans cette occasion, la présence de son fils sur la 
flotte lui avait inspiré une crainte inaccoutumée. Après la 
chute de Ghalds il ne fit rien pour réparer Taffront que Yé^ 
taidard de Saint-^Marc avait reçu. Cependant Jacques Yeniero, 
et d'autres encore, lui avaient amené de si puissants renforts, 
qu'il avait enfin réuni cent galères sous ses ordres. Cet arme- 
ment était bien plus redoutable que celui des Turcs, lorsmèisie 
que la flotte de ceux*ci aurait été effectivement composée de 
quatre cents vaisseaux, comme le rapportent plusieurs Msto** 
riens. Le sultan avait réuni tous ceux du commerce, tous ceux 
qui pouvaient lai servir de transports, et sa flotte mal aguerrie 
ne sayait ni manœuvrer dans les batailles, ni obéir anx si^ 
gnaux, tapdis que les Yéoitiens étaient les plus hardis de la 
Méditerranée, parce qu'ils en étaient les plus habiles. 

Après la conquête de Négrepont, la flotte ottomane se retira 
vers les Dardanelles, et Nicolas Ganale la suivit jusqu'auprès 
de Sdo,- là, il assembla un conseil de guerre, et sur l'avis de 
ses capitaines, il s'abstint d'attaquer les Turcs qui se croyaient 
déjà perdus. Il revint ensmte à NégrqK>nt qu'il tenta dé re- 
prendre ; mais l'attaque des troupes de débarquement n'ayant 
pas été bien combinée avec celle des galères, il fàt repioussé 
avec perte. Pendant que cette action durait encore , Pierre 
Hocéogigo, que la république avait nommé pour le remplacer, 
arriva auprès de lui. Mocéoigo déclara que, jplour ne point 
déranger, par son arrivée, des plans combinés d'avance , il 
était prêt à combattre sous les ordres de Gauàle, si cdlui^ci 
voulait renouveler l'attaque. Ganale s'y refusa, tout e^déda- 
rant que si Mocénigo voulait combattre , il était prêt à servir 
sorts lui. Tous deux semblaient redouter la responsabilité d'une 
entreprise trop périlleuse ; tous deux refusèrent de tenter la 



14 HISTOIIl£ DES BÉPtN^lQUfiS ITALIJËK^BS 

fCKrtune; mais Moeéoigo ayant yakieriiefil offert à son ptéSé^ 
eesseiir une ooeasion de se réhal»lit6Py prit le eoimiiaiiâeniiebt 
de la flotte, déploya la commission dont fl étidt éb^gê pa le 
eonaeU des Bix, fit arrêter Gènale , et FenT<^a ehargé dé fers 
à Yemse; afiiès quoi il ramena ses vdsseanx âatfft lès ports 
dé la Morée poor y passer t*faiver ^. 

Nieoifts Ganalé ne draieora pas safis apologiste : le pape 
Paul II écnirit au doge de Yemse ponr le jastiflèr ; ï^rançois 
Pbikliiie^, anctuel sa haute réputation litlâ*airé dovmaity en 
politique, un crédit presque égal à celui que Pétrarque ayait 
exercé dans le siède précédent, composa aiissi une apolqgiede 
ee géÉéral. Ganale fut néamnoini relégué à Porto-Orûéroponr 
le veste de ses jours. 

La conquête de Négreponteausa dans la éfarâienté tm dÈtoi 
UBiTersel. Jusqu'alors les Yénitiéns avaient paru maHres de la 
mer. QÉdque supéribi^ que le nouante ou une forcé bitutale 
pût donner aux Turcs, 6n les avait vus arrêtés par le moindre 
caîmL Un brae de mer semblait une barrière insurmontable 
pour lés étendard» du croissant. Encore que la conquête de 
FUlyrie les eût rapprochés du cesftre de la dvilisation, on sup- 
posait tou^mrs qu'as seraient arrêtés par la double chaîne des 
montagnes ^ûi se présenteraimt à eâx avant qu'ils pussent 
entier en KaHe , et Ton ne songeait pas même au danger de 
eettelMgae étendue éà côtes, deptds Beggiode CkMbre jusqif à 
Yenise , d'oè Ton avait partout à la portée de la vue' éeè 
y&jn mmidnlans. CSomme ces côtes n'avaient pas été insultées 
depaisr k x* siècle, on les croyait à l'abri de toute atteqifee. La 
créatioii suibite d'une redoutable marine musolifiane apprit à 
tous les pays baignés par la mer que leurs portes étaient ou* 
vertes à un conquérant résolu à détruûre le ùége de la religion 
cbxétieQne >. Ferdinand, dont tes états n'étaient séparés delà 

1 If. ànu BabeiUeo* i>«ca III, l*. IX^ f. 209-3iO. — Mdrea NavoQUro^ Slorta Ven^* 
sioiio. p. ii!i8.— C^rio/ontu Cepio, De rébus Feheilt. L. I,p« 3ii.-J Antonio di Rlpafto, 



m MOYEU AGE. 13 

KoiqUie que patf nu cnal de doase UeoM de krgjenr, fut à 
jiiBte titre le pins eCbrayé; Mab(»iiel Ini a^iôt commnniqaé, 
atec «ne «rrogiBee iniiiltBiite» sa Tîefecûre de Négrepout, le 
priajBt de s'en réjoair avee M. Le roi de Naples répondit 
qu'une iriotoîre remportée sor des ehrétiais, ses affiés^ ne pou- 
tait ètie poor M nne oeeasion de joie,' qu'il ne pouvait con« 
serrer d'aoÉlîé pou sa hautesse tandis que sa foi était en 
dango* ; qu'il ne manquerai pdnt aux besoins de sa religion, 
et qu'il dônneiait ordre à sa flotte de se joindre aux Vénitiens 
pour oooJiattre les Ottonums * . 

. Bessariim, «irdinal de Nke, l'un des pk» illustres parmi 
ces Grecs qui avaient assisté aux conciles de Ferrare et de 
Florence, invitait déjà les autres Grecs , ses compatriotes , à 
s'enàûD loin de cette Itatte où 3s ne* pontaîent plus trouver 
de sûreté ^. Cependant il avât aussi adressé une exhortation 
^toqmalto aux princes de cette cMirée, pour leur montrer le 
danger affreux cpn les menaçait '. Le pape Paul II, qui savait 
^fst Mahomet eu voulait personnellement à lui et à son ffiége, 
s'adressait à tous les états chréti^is pour s'^orcer de les réur 
nk. Gaiéaz Sforsa venait d'attaquer les seigneurs de Gorreggio , 
et de lem: enlever BrescdQo; Paul le supplia de poser les 
anneS) et de ne pas poursuivre davantage ces petits princes , 
doni» les autres fieft étaient sons la proteetion du duc de Mo- 
dèae *. Les Yénitâens faisaient sur le Mineio des travaux qui 
donnaient de l'inqui^de au marquis de Mantoue, et qui ra- 
valent engagé à recourir à la garantie du duc de Milan; Paul If 
kur écrivît pour les presser de sedériist^ d'une «treprise qui 
pouva^ troubles la paix de Vltalie '< V(m avons vu qu'il re- 



AnnaL PlaeentittL T. XX, p. 829. — ^ Lei deux lettres sont rapportées dans Gaernieri 
Semio, Crouica d'Agobbio, T. XXI, p. ioi9. -^ * Lettre du cardinal Bessarion à un abbé 
Besseflon. Apud Raynaldwn, AnnaL Eecles. 147«.— > ibid,, S 24, p. 213, et S 29, p. 214. 
^ maia Pouft Hi if septemMt 1470, in Ubra Brevium, Anno septimo. p. S.— Sanna/di 
Annai, S 89, p. 2i9, — * /n Ulnû Br^vitoH, et ttpud sutynatduBh S 40, p. Sir. 



16 HISTOIEE DJS8 BEPUBI.IQVE8 ITALIENNES 

nonça lui-même à ses projets d'enyahissementaor le territoire 
de Rimini, et à sa yengeance contre Ferdinand. Tl ne négUg^ 
point non pins les moûdâres potentats: Louis,. marq[ais de 
Mantoue, GniUanme de Montferrat, Àmédée IX de Sayoie, ka 
Siennais , les Lnc(iaais, le roi Jean d'Aragon à qui la Sicile 
était sonmise. Il réussit enfin à engager leurs ambossadeara à 
renouveler la ligqe d'Italie aux mteies conditions sous: les- 
quelles elle avait été conclue à Venise en 1454> et confirmée 
à Naples le 26 janvier suivant. Cette alliance de tous les états 
d* Italie pour leur défense mutuelle fut publiée à £ome le 
22 décembre 1470) et célébrée en chaque lieu par les fêtes du 
peuple * . 

1 47 1 .—Paul II avait aussi tourné ses vues versrAUemagne; 
il approuva, le Hjanvier 1471, la paix qui venaitd* être ccmdue 
entre Mathias Gorvinns et Tempereur Frédéric III, qui tous 
deux excités par lui avaie; s^Drétendu à la couronne de Bohème, 
et se l'étaient disputée pd^ ^ armes ^. Il envoya François, 
cardinal de Sienne, qui fut uepuis Pie III, à la diète convo- 
quée à Batîsbonne pour le 25 avril 1 47 1 '. Il le chargead'une 
double mission : d'une part, le cardinal devait hâter les se- 
cours nécessaires pour préserver l'Allemi^e d'invasions sem* 
blables à celles qui venaient de dévas;ter la Gamiole et la Ga- 
rinthie ; de l'autre, il devait empêcher les princes de l'Empire 
de prendre quelque résolution favorable à George Podiébrad« 
La mort de ce roi de Bohême rendit vaine cette partie de la 
mission du légat ^. 

La première séance de cette diète, dont on attendait de si 
puissants secours, ne fuf tenue que le 24 juin. L'évêque de 
Trente j parla le premier : ce fut lui qui exposa aux princes 
les ravages commis par les Turcs sur les frontières d'Allema- 

1 naynaldi Annal. Eecles. liTO, S «3* P* 217. -* * PauU U. UherRrevfum, Aimo fil. 
V'U'—tUiynaltUAnnaL Eeeles. 1471, S i> P* 221. ^ > SpUgel der Ehren, B, V, c, XX, 
p. 1S7. -> * Baynaldi AnnaL Ecclesp 1471, S 3. p. 221. 



M} yoVEM AGI. 17 

gue, dorairt les deox préoSdttntea stuiées *. Le cardioal de 
SieBoe, qui avait vëcu en AUemftgne avec son oncle Pie II, et 
qui aHmaiasait tou let intéreto de cette contrée, parla à Bon 
tour BTflc besacoap de fmre, poar engager les Allemands k 
dtfudre la patrie oommane*. Le lendebiam, PaolUoroàno, 
nBfhflguMJwn' des VAiitient, B'adnssa à la nation germanique : 

- Deppîa plua dedeaz oeata ans, dit*!!, les Vénitiens ont com- 

■ menoé à &ire la guerre snx Tores : ils ont soQtena senis 

• rt8iirlDntpeiKlBntle8liiiUdeiDiërMannéeB,,learBconetante8 

- (Atsqo» en Thnee et en lUjrrie^ Ils se sont présentés seuls, 
> eoBiine les dtfenaratB de la «brétienté, et cependant dans un 
. da^cer oomstun & tous, ils se troarent abandonnés par le 

■ reste des dirétiens. La poissance de Fennemî s'est aecme 

- pendant le somawU de l'EBrc^. PUit à Diea que celle-d, 

• eçse réreiUant, fAtencore àÀesftrte pour lui résîslor! Cet 
. eniiami t'aTUioe égaLem^ pM^' \rie , par la Panoonie, 

- et par le go^' ÂdriatlflAË^I* "^ ^ espérer de sûreté ni 

■ Bor la tcarre ni Bor; la InV- -Qne les Allouands voient enfla 
. queUeestl'espèoei^fl^iGrredontik sont BHuacés. Les TÎeiU 

- larda sont maSbacré^^^^ei^aats étranglés ; toos ceox qui, 

- rédoils eaeleliyftg^'jK^ventébremia&priXjSontentralnéa 
« par lea barbares^poun être vendus dans le fond de l'Aàe; 

- les temito sont bà£^ avec leurs prMres qa' on j enferme; 

■ tous 1 re on des arts sont détroits 

- par k nt, ajonta-t-il, il n'y a point 

■ lien ( rru qae les Allemands ap- 
•> ptvtei veclaquelleon doit défendre 

■ sa vie s Vénitiens ont encore nne 

• flotte iS semées snr toutes les oôtee 
a-del'i t-dnq mille hommes servent 

• aousl rdinand joindra vingt-trois 



)8 HtSÏOnB DES ofiPDB^QtltB ITiXIElIBES 

• galères aux soix&Dte qu'Us ont d^à; lerestede^taUepM'- 
■ tern aiBéoaeQt lfiiirfloUe&ceat'niigtTAiieseaiix;ù lesjUle- 
> loaadB les secondent par terne avec aatant de Tigoenrf 
« bientôtilsserODt iHmt 4e danger, et le reste delà dirâtituitâ 
■ doneiacni gtiraati <. * 

Dans onea^resétnceoDlnt à.U diète des lettres idceB* 
sées par les états de Cdnliole . Dam tout le pays ouvert, j était- 
il dU, il ne resbùt ^lui auoub temple ni anooiie itmiea de 
oUUratean. hbs Mdavret dss enfante et des fieiUaids.^iBeles 
Taras aT«i«at égorgés, parce qu'ils ne trouvaient poûit A les 
▼«idre* n'ayaient point enoore été enaerdis, «t coiïompaieDt 
IW par leur paanteor ; at cepesdaiit çr^ de vingt uûUe cvptàîB 
àvaiaat Aé entevéade wtte eeide province. Le» Turcs j aTaiant 
fortifié quelques plaoes, oil ih mettaifsit «a sitrebé leur butin, 
aprè8«T(Hr dévasté tout le vwtàn^. D'antre port, ou bU^nssi 
des lettres reçues de Strigooifi et des magnats de BMigiie : 
elles anooDQùaQtquerwméedes Tores, partage en deux^eorps, 
menaçi^ tes finwtÀNts des ehrét^,; l'un avut pris la ponte 
de la Carni«te« et entrait eu Allém^e. par les états de Fré- 
déric ni i l'autre s'était arrêté Bf^ {a gave, et il paraissait 
vouloir 7 établir un pout et vue foUere^, podr étendre d« là 
ses ravives dass la Hoogiie. les Hougnùe «joataieat q«e d»- 
pnis i»ntai)sib oosibatlflieDt oHitre 'les Turca, qve leur 
nyanme ébût ^lisé d'bo y 

TÛent des Kooun étranj h 

lef^^teiaps les attaques d'i j 

^'its oombUtaiait autani ir 

«oi-BteiM ; «t que, qneq Si 

au daagar, ils ne périnée è 

renpereur et aux princes le 



ttwmradtnt les ptemiera à déeoàtert ^ils succombaient ; el 
qa'nprèa tout» e'était à celui qae le titre d^cmperenr mettait 
à la tète de lu réptiblîqiie ehréttenne, à se ranger le premier 
parnii les défbnseiM de la chrétienté *» 

Hais ort «nperear était loin de répcMidre par son zèle à ce 
qir*oftdennûidaiitdjelm. Pendant qa^on délibérait, la Gamiole 
était déTastée; et il ne feôsait rien ponr la défendre, rien pour 
U Teogop ^ $ 8 ^e songeait point à secourir ses alliés et ses 
vrâitts» mtis'il demuidait seulement à la diète delui accorder 
él% vriSiê honnies, dont lé quart fftt decavalerie, pour garder 
ses pro|^«s firontières ' ; bientôt même il n'en voulut plus 
qa$ ^putte mffle, jeffrayé sans doute de l'obligation que lui 
fanpcflerait unearmée plus nombreuse, celle de s'engager dans 
\mb guerre j^tis active, comme aussd peut-être de la néces* 
site de k dtfrayer taudis qu'elle traverserait ses états. Après 
de très hmgnes dâSiérations, la diète décida enfin, dans sa 
iéaiice du 19 juillet, que Vempire entier contribuerait en pro« 
porticm de ses revenus , en sorte que chaque millier de flo- 
rins de capital fournirait et entretiendrait un cavalier. On 
aniimiça aux légato et à Tambassadeur véniHen que cette levée 
pourrait produire deux cent mille hommes équipé» et entre- 
teniiB. Ils vendirent, avec défiance, à un calcul si exagéré, 
^e quàtefr-^iigt Hnlie faxmimes, si on pouvait les obtenir, suf- 
findent de veste ^. Mms il éti^ bien décile de mettre à exé- 
eeftsou im décret «ossi vague, et de sdgn^ une pareille réparti-* 
tion cbiBS diaqué état de l'empire ; toute ^activité de l'empe- 
reur le phlsaililiâlieux et le plus accrédité j aurait à peine pu 
sofflie. Trédéric flZ n'y songea senlement pas ; déjà il n'était 
plus occupé que de sa rivalité avec l'électeur palatin '. La 



< lo«t. Ant. Campani Bpistotar. L. tl, n« 13. -^ Jacùhi CaFdinaU PapienHs* epi9toL 
SU, p, T16. — Raynat€U AnnoL Eccles» i47i, S n, p 238. — * DUtgoss. Histor» Polo^ 
nicm. L. Xlil, f». 4V6. — > Spiegel der Ehren. h. V, c. XX, p. TS9. — * Raywddi ÀnnaU 
iicctes, 1471, S 13, p. 3:^3, — * Sf^gtlderBhnn. B. V, e. XX, p* T6i. 

V 



20 aiSTOlAlS DES AÉPUBLIQUES ITALIimKfS 

diète fat transférée à TTnremberg ; aucane de ses ordèimaiioed 
ne fat exécutée^ et rÀllemagne, la Hongrie et FltaHe forent 
abandonnées sans défense à la farenr des Tares ^ 

Panl II avait chaîné le cardinal de Sienne de solUdter la 
diète de Batisbonne, ponr qd'elle déclarât la guerre aox Bo-- 
hâniens anssi bien qa*aax Tares '. Il repoussa même, comme 
nne calomnie, la snppositton qu'il eût jamais consenti à 
quelgae accord avec Podiebrad, si ce monarque avait vécu '« 
Les délibérations des Allemands, à Végard de la Bohème, ne 
furent suivies d*aucun effet ; mais If atbias Gorvinus^ roi de 
Hongrie, à qui le pape avait accordé: la couronne de Bohème, 
poursuivait sesprojets de conquête dans ce royaume. LesBohé- 
miens, plutôt que de se soumettre à lui, avaient offert la royauté 
à Uladi^as, fils du roi de Pologne, qui vint se mettre à leur tête. 
En même temps, Casimir, son père, appelé parles mécontents 
de Hongrie, vint attaquer Gorvinus dans ses propres! étâ^ et 
s'avança jusqu'à Nitria, où il soutint ensuite un siège ^; Aidsi 
donc, loin queles Hongrois fussent assistés par le restede la ehié- 
tienté, le pape les affaiblissait par une diversion puissante^ et 
les Polonais par une invarion redoutable. La eainpagnecoQlre 
les Turcs ne fut cependant point aussi désastreuse ponr laiAnsé- 
tienté qu'on aurait pu le craindre. Les Musulmans avaient 
achevé, sur les firontières de Sjnnie, au passage de la Save, les 
fortifications d'une citadelle, qu'ils nommèrent dans leur laiH 
gue Sabatz ou l'Admirable^. Mais Mahomet ne'eonduisit, celle 
année, aucune expédition par lui-même, et celles de ses pachas 
étaient beaucoup moins redoutables. H parut même avohr 
quelqué^ pensée de faire la paix avec les Yénitiens. La veuve 



1 Campama, Ub. Tl, Epist. 22. ~ Baynalài, S 13-14, p. 223. — > Lettre de Paul /i, 
du 9 avriL Uber Brevium^ anno VU, p. 12s. RaynaldL S 26, p. 32S.— * Bref de Paul 11^ 
du 2S juin, ibid, $ 28, p. 226. — * Bonfinius, Berwn Ongariearum, Dect IV, L. Ui, 
p. i90. — DlugoiH Bist» Polon. L. XIII, page 47i. ~ • BonfinUtt, Rer. Vngar, Dec IV, 
L. II, p. S83. — Spiegel der Bhretté B. v. c XX, p. 763. 



nu MOYEU AGE. . 21 

II, fiUe de Geoijge Bulkoiifitz, denuer despote de 
Servie, s*off|it jKmr en être médiatrice ; et deux ambassa- 
deurs vâûtieiiB, Kîeolas Gocco et François Gapello, forent en- 
voyés aapinës de Mahomet, Ce monarque avait été informé des 
.armements de la ligue, et il voulait les ralentir par une né- 
gociation : c'était dans œ but seul qu'il avait appelé les dé- 
putés vénitiensà la Porte, et il les renvoya sans rien conclure * . 
. ' Ce n'était pas au reste parmi les Européens et les chrétiens 
.seuleipent que Paul U et les Yénitiens avaient été chercher 
des auxiliaires contre les Turcs; une négociation beaucoup 
plus extraordinaire était entamée entre eux et Hassan Bèg, 
ou Ussua Gassan, qui avait conquis la Perse , en 1 468 , sur 
les descendants de Timour, et qui y avait fondé la dynastie 
du Mouton Idanc ^. Un frère Louis de Bologne, de Tordre 
d^ 3aintrFrau^, se rendit par Gaffa auprès du conquérant 
.de la Perse, pour l'exciter à faire valoir les droits de cet em- 
.pire, qu'il renouvelait, sur la Golchide et Trébisonde, et pour 
Im proopiettie en mime temps les secours des occidentaux 
dans ^une guerre contre les Turcs. Ussun Gassan s'engagea en 
effe^dlaosla cwfédération qu'on lui proposait; il écrivit à 
'Pwl II une lettre emphatique et d'un style oriental , pour 
.luiproniel;|re sa coopération. AiNrës avoir pris pour lui-même 
les Utiles les i^s. pompeux, il en accorda aussi au pape de 
txès ffli^ifiques.; l'annaliste de l'Église y a vu une confes- 
.akm de la g|>aQdejttr des pontifes arrachée à un infidèle par 
lafoi^ de la vérité ^. Le défi qu'Ussun Gassan envoya peu 
de t^mps i^rès à Mahomet II était tout symbolique. L'am- 
bassadeur persan versa devant le trône du sultan un sac de 
mîUet, qu'il balaya ensuite : ainsi le balai d'Ussun devait 

< M. ànU SabêUiço, Deçà III, U IX, f. 310, T. — Andr, «amgiero. T. XXjn, p. IISO. 
^^€4^9141^. Cepio. L. 1, p. 342,^*> Vpyes d'Herbeiot, BibLoihéque orientale, au mot 9xun 
Basson Beg» Vh upirée des orieotaux se confond avec le C. Le nom turc d'Uivii, de 
nêrne que c^lui de Al Thayi, que lui donnant les Arabes, >reut dire le long, — > ta let- 
tre est rapportée jUznaL Ëccles, i47iy S 48^ p^ 229. 



22 HISTOIRE DES RÉPUBI/1QUE6 ITALIENNES 

^mpàtUgt maémmt tôvte la ^littltilQès de V&tmiè ètUWjane. 
Jfahflmet réptedît dans le même style; aprè» liToir f ait éteii'» 
4re le millet de nouTeaii, il fit app^fter dés potAed l|ttl le 
mai^èreiiti « Dis à ton iBattiie^ atibassaédttr, ajduta-^il, que 
« coflune mes pontes ont mangé sén millet^ ^insi mes janls^ 
« saires mai^nmt ses beiigers de TairtaKé, d(Mttil« ^M faire 
« des soldats ^ » 

Le pape, qai arait provoqué les Pèrtttnl œiilre ks Totcs, 

jM pnt pas T(rir la snite de ees knenaees mntllelleB$ 11 mon^ 

rat, comme noas l'aYoïtt vn an ^i^hapifre pMMdent^ ite % jitàU 

kt 1471 ^. François delà Bo'vftre de SaTonne, qnè Phid n 

amt tire de rordi^e 4e iSaint^Fi'an$o& AoUt il était «rfl»$iiEd, 

et qn*il avait Aôt cardinal de Sàint-Pierite àd Mi^to» !ni ftrt 

ilônnépoor enccessenr, le 9 août 1471, sons le ëMn de 

Skte lY '. La RoTèare était alors d^ de dnqnanteHsept ans ; 

il était sorti de la plus basse classe; mais, Aepcàs son «tatta- 

'ti(Hi, il cbereha à cdif ondre son origine aTec ecfle de lË noMe 

maison de la fioYèredeTnrin,qni poviâSt le même noua q^ne 

loi. dette liaison ayant répondn à ses atttaees, ii féemapensa 

sa ioondesoendance par deox ebapean de eardinanx^-. Ce 

pape, qni saerifla ensnite «eandaleimemeni les fntânâtt 4e 

rÉgysé à la grandenr de sa fafidHe, et qui) evmane le )re- 

marqne MàediiaYel, « montra le preitrîer tMt ce que ^ùt ait 

« ion sonTerain pontife , et comiiient beaneenp de ^boees 

« qn' on appelait auparavant dès erreurs pon^^ièSeiA 4la^ ea- 

« ehéessoos l'antolrité pontiflcde', » parut, dans ks p^Ëttlera 

mois de son règne, tout occupé des intérêts "publics, et 4e la 

« 

1 Marin Sanuto, Vite de* ducM, p. iiOT. — > La mort subite de Paal II, qni paraît 
afolr été eausée par des ttélons mangés en trop grande tttwnâanbe, fût prise par Mis 
Bombrenz enmmiapour on Jogemeot dn eiel. Guemieri Bemio, l'Iiistorien d'Ago6bio« 
^tenntee aa namtloB à l'aimée foiraiite, raconte, coniiae on fait constant, <iue ce 
^fleltat étranglé par les diaUes. On troara, dit-H, son corps font noir, étendu p*r terre, 
et II porte de aaebflmbrerennée en dedans. Cnmiea dPâgohbio. T. XXI, p. 10)1.^* Mo* 
nn'ûk stefano tnfnwMu L. l|l,P.fl,p. iilS. -^'^âmtoXM EetleiUùM- UTi, S>i«-V^ 
p« 333. — s MaechUwelH, Utarte, T. Vil. p. M- 



r 



nu liOTEX AOBv iS 

déiiBie d^ k €l»ëlieiiité. Il m amitim nAme 4iq^ à acH 
eoadcv àla Bohême une pacjfi4alioE o« «ae tuftve, pont itf- 
qBr?ard«pla0 gEandiiw fonet à opposer «m: Itew^» Mais 
tenais qtffl s'cmtapilt d'apaiwr ces traoUt» Ao^^, pea 
i^M fattat qp'me gîMifB orale allniBée daa lo didhiâ d« 
£«■96 ne eqidinigBlt la £^p«faliqii6 4e Jmmk dhFker «m 
loffoo, pour fiiire ffeipedter mb firoulièDas. 

JtÊÊm d'£|te iliit «oort lo 30 imAI, nMnnod'iin moto aprt» 
le pontife ^ ïawt fait doc de lonaro. Cet aimitfde pfi&oo 
ne lainaii pôioi deufento} il omit pun tnilev areo une 
igàie pvédUfctioa ma aoiMa etim fiiire. Le premior, lH-> 
cotai d'BsIe, était ib légilime 4^ liMnel, pnédéoenenr ei 
fièrede BonOy et bAlard eeenBoloi; le eecoad, Henmle 
d'ftte, «mtfih légitime dç Keohis lU, pèi« de Bano. Lo 
dratt-de oooooisloiu mal étaUi doue la maiMni d'Brtow oomt- 
Uaitafapp^erà la coaromie dwido qne oeliii entm ko piin«' 
eosfpd était en état de gouverner. Pami Ie»en^ts de Ni- 
coke m, ko deiÈK bAterdo ataie^it pâmé aérant les don llk 
MgttkMs, nniqmment parqe que oeax-^oi, nés doKidiiHHk de 
Salnéee, étaient encore en bas Age à kmort de kv père. Le 
flb'doLkmuri, né d^m l^jittne nnriage arree une princesse 
de Geneagno, ayùt peqr k mfime raisoB Ipit plaee à son 
•ndeBorso. Mak à k mort de «dernier, Kookeet Herecde 
élaiaittons deaxégakmenten4ge^goaviesner«.Leo droite 
de Tnn et de Fautce paiaiBSijGâenit ^vz.. Ni rinstttntion dos- 
dneliéfl de Modèae et de Bej^ par rempereor, si oefie dn 
duché de Ferrare par k pape, n'aToienil déttdé ente eox, et 
Borso Ini-mtaoïo ne e'était pas déekré daTantage. Lon^Eie sa 
nudadls fit préinoir une prochaine ouTertore de k eqceesnmi, 
ko denx prétendants cherdièEent à a*en^parer des iienjE fiwlB, 
pour être en état de dicter la loi; en même temps ils s*assa- 

* Dèploma opni Baynaldum, 1471, $ 77, p. 231, 



24 HISTOIRE DES BEPUBIJUJl/ES ITALIENKES 

ïèrent d'alliances étrangtees; jHerciile, le fteaskaCj se rendit 
maître de Gastel-^NoYO sur le Pô, et y établit beauooop fiCtn-^ 
fàntmBj d'autre part, il demanda rassiiitanee d^ Yéniti»tts> 
dans les armées descpids il- ayait sarvi. La Seigûenrie de Ye^ 
mse fltien effet approcher de Ferraretcois galères, deux faste» 
«t soixante-dix barquesy tandis ip'elle assendda pcàsdeqniBie 
mille hommes dans, le Polésine de -Rotigo. Nicolas, de son 
côté, s'était fortifié dans le palais inême dn doé, oili sea'amis 
Tinrent le joindre. En même temps il ai«ît sollicité le» secoms 
de Lpnis de Gonzagne, son. bean-^frère, et de Gidéià Sforza , 
doc de Milan. Le dernier arat rassesÀIé qmam JoMe 
hommes dans le Parmesan, ponr favoriser le fils de Lionaâ ; 
mais la mort dePanUl dérangea les projets de Chdéaz. Il ne 
yonlnt pas s'exposer à entrer en guerre avant de eonnalire 
quelle lierait la politique dn nonvean pontife. Kioolas, consterné 
de cette immobilité et de l'approche des Yémtîens, se rendit à 
Mantone auprès de son beau-frère , pour réveiller le tHe de 
ses alliés. Pendant ce temps Borso mourut; Hercule ^Ira 
dans la capitale avec une suite de phis de deuX' mille liwimea 
mmés; il fut proclamé duc de Ferrare et de Modène ; plusienra 
des partisans de Nicolas, forent tués jdans les rues , etceluiM» 
Ijfêfut plus, aux yeux du vainqueur, qu'un exiléet un rebelle*. 
Le 24novembre suivant^ plus ée qostre-vingtagenMlshommes 
on boargeois de Ferrare ^ qui s'étaient attadiés à Nicolas, et^ 
qui l'avaient suivi dans son exil, furent condamnés à mort 
par contumace. Plusieurs d'entre eux, étant toxobés ensuite 
entre les mains d'Hercule, furent pendus ^. 

Cependant, la succession de Ferrare ne .causa qu'une in» 
quiétude passagère, tandis qu'elle assura à la répidriLique nn 
voisin qui lui était absolument dévoué, 1 472. ~ D'autre part. 



* Dforfo Ferrarese, T. XXIV. Her, f r. p. 230. ~ Cio. Bait. Pigna, Storla de' Princfpl 
étUte, L. VIII, p. 783. — Cronicadl Bohgfo. T. XYIII, p. 788-789. — * Diorto F«mz- 
^M. T. XXtV, 336-238. 



mr KOTEN AG£» 25 

tmnottiFeao doge, Rkolàs Trono/fdt donné pour sacoesseor 
à GhiMoi^e Moro, qoi était mort le 9 novembre * . Tranquille 
sor son intérieur , Yeniae 8*^orça de tirer parti des diffé- 
rentes négodations qni rayaient occupée tois l'année précé- 
d^Eite, et d'attaqoer Mahomet II avec des forces redoutables , 
de tous les eài/b à la fois. Catherine Zeno àTait été envoyé 
dans r hiver à Ussnn Gassan , pour lui annoncer Tarmement 
des Vénitiens, et demander sa coopération ^. Le roi de Peànse 
était en même temps excité par sa femme qni était chrétienne 
et fiUe du dernier empereur de Ttébisonde. Il entra en Géor- 
gie ATCc trente mille dievaux ; il massacra un grand nombre 
de Tores et enleva un btxtm considérable ; mais, à la réserve 
de Tocat, dont il s'empara, dans la province de Siwas, en Ar- 
mâiie, il n'assiégea aucune forteresse, et il retourna dans son 
pays sans avdr fait aucune conquête ' . 

D*ai]rtre part, Piàrre Hocenigo, assuré que le grand Sei- 
gneur dégarnirait l'Archipel, pour s'o][)poâer à l'inyasion des 
Persans et défendre ses provinces d'Asie, partît dé Modon où 
il avait passé l'hiver. U embarqua beaucoup de Stradiôtes ou 



1 MofinSanuto, p. 1195. ~ Andréa Navagiero, p. il 30. — * Caiherino Zeno avait une 
sorle de paroolA aTOc Usnin Cassan, <ni du moins arec sa femme Despina, fille de David 
Comnéne, empereur de Trébisonde. Despina. avait une sœur mariée à Nicolas Crespo, 
doc de la mer i£gée. Les cinq filles de celles-ci avaient toutes épouse des nobles vénitiens : 
l'àlnée, fetame d'on.Gomaro, tai mère de Catherine, reine de Chypre; U troisième, Vio« 
lantc, fut femme de Catheriao Zeno. Ussnn Cassan , qui avait près de soixante-dix an • 
avait vécu dans une rare union avec sa femme, toujours demeurée chrétienne, et il té- 
moigna A Calberiuo Zeno toute raffeetion d'un oncle et d'un ami. Pétri Bizarri Bistor. 
Berum Persicarum. L. X, p. 261. Ce même Catherino Zeno fût ensuite renvoyé parCssua 
Gassan au roi de Pologne, puis A tous les princes chrétiens, pour les réunir contre Ma- 
homet U. U Tiatta la ^our de Casimir, roi de Pologne, en 1474. Dagloss. Hist» Poionicœ. 
L. XIII, p. S09. Ces négociations sont l'objet d'un traité de CalUmachns Ezperiens, De 
Mt quœa Venetii tentata strnt, pro Persis ac Tartaris contraTweos movendis ; traité 
imprimé A Francfort, i60i fin^foL, necVaUtotredePersede Bitarro. GalUmadras Ex- 
periens, attaché comme historien au roi de Pologne, eut lui-même une grande part à ces 
négociations. Il fait connaître aussi le chemin suivi par Catherine Zeno, p. 408. — *iAn' 
dreaUaVûffiero.T. XXIH, p. iiZi.—Duglofs, HisL Pohnieœ. L. XXllI, p. 481. D'après 
Cantemif^ ce ne- fot pas Usstm Gassan, mais son général Tusuflche Beg, qui prit Tocat, 
•t fut ensuite battu. Dem, Caniemir, L. m, e. 1, S 35. 



26 HISTOIRE DES JUÊPITBtIQfTES ITALIEN li ES 

de iKriMflte grecs & Napoli de Romanie, et vint ratagér Hfty- 
lètie et Dâos ^ . Les Stradiotes commençaient alors à faite nne 
partie essentidlé des années Ténitiennes ; tingt ans de malheur 
et d'oppression arasent forcé les fireos à reprendre des habi- 
tudes milttakes. Ils avaient appris à former nne cavalerie lé- 
gère, armée de ibondiers^ ôa lances et d'épées ; an tien de 
enirasses, ils ganûssaient lenrs vêtements d'nne grande qnan- 
lité de eof<Mi , ponr amortir les eonps ; lenrs rapides cheVanx 
pouvaient fournir les plus longues courses; la vigueur dé ces 
cbevan3i fit bientôt reoomudtre le mérite de la nouvelle milice. 
IjOS hommes, à knr tour, trouvèrent moyen de se distinguer. 
Cenx de la Morée , cft surtout du vcnMnage delfapoli, furent 
les plus esiûnés » et le mot grec qui signifie soldat doneura le 
nom pr^pra de cette oivalacie légère'. 

Mocénigo résolut cette aamée de porter ses armes rera 
TAflie, habitée prtesqœ miquement par des musulmans, pîu- 
tât que vero les îles <et le tx)nti|ient de Bomanie, où tas dire- 
tieQfi fojcmaient toute la population. La guerre maritime, 
Iwaqa'eHe se fait entrn àoBOi flottes, est la plus âohle de 
toutes, parce qu'elle ne compromet la vie et la richesse que 
de ceux qui de part et d'autre se sont destinés au combat ; 
mais les ravages d'une flotte sur les e6tes sont, au contraire, 
presque toujours souillés par une honteuse pirs^terie ; ce n'est 
pas au souverain^ mais au peujde; ce n'est pas au Soldat, mais 
au bourgeois, qu'on cherche alors à nuire. Le but des eiçé' 
ditions maritimes est la destruction, non la conquête; les 
marins préfèrent la surprise au combat, ils attaquent ceux 
qui sont hors de lenrs gardes , et s^enfoient à rapproche des 
ennemis ; ils s'accoutument ainsi à un mâlange odieux de 
crainte et de cruauté. Par quelques épouvantables dévasta- 
tions que les Turcs eussent mérité des représailles , on nç 

» ' » 

1 Naua^ero. p. tiS2.^ QaHol Cepia» h. l».p. 313. — * St^«u»t«$» jr. M^ SiOeh 
Uco. Deçà lli, L. IX, L 3ii. 



DC MOTSH A«B. 27 

peut &'iat4£fiS9Gr4 f iiwfAi dicéti^ii 911 prMiet nii dueal; de 
t^mffGB^ po«r chaque tM» de «msalfliBii qu'en hû apporte, 
.gmtîflcatipii qui fit massacre pluMim oenttwiea de Groea, 
pov Yjeoi^ eaanite leur» tètes cesyne enlevé» «nx nuual* 
mans^Oa m peut s'intéresser à la flotte de Mecéaigo, lors^ 
qa*d]e lait nn dâ>anin6a(imt prts de Perganle, fimir enlofer 
da batin snr les mdheareu paysans, et des trouées de tèles 
plus l^onteax eneore ; lovsqa'eUe porte ensuite ka mèoies n* 
Yages dans la Carie, aatonr de Gnide, pus-sur la o61e oppû<- 
aéeàrUedeGoa*» Aans ces eipédUliws de pîratefie, la aede 
eboeef ni intârasae encore, ce sottt ces^noms antrefoisiasienYï 
^n'on ne pronence jamais aans rëvemer lesonyânir 4a triem- 
phe des aits, de la poésie, der^éganeeet dnigoùt; mois lors«- 
ftte<ses noms ne reparaissent daas riiîslûiffe «que pour nens 
aiq^rendre coiniMnt ces yiUes «iitî^aea fnrait «ntei^ésa par 
des l)arbares à d*^autres basbaras -; knqpe anrtont e'cat le 
fienide le plos civilisé cpd s'efforce de les défemina, A le peuple 
le plus faronefae jqpi dé&nd encore œa antiques mannmeKlB 
die la dvilisiiilÎAn n une profoivde tristeise a'attadie nx&stea 
de cette horrible guerre. 

. Pierre Hocéttigo avait àf^h étenèlu ses ravages sur ;une 
^grande partie ^de l'Asie Minenoe, et il avait .enlevé un grand 
npmbce de Ujbeê mosuluMMS, lorsque^ le i& jom 147%, 
Seqoesens vint le.jaindre près du cap Mallia, avec disniq^ 
galères napolitaines» Peu après, le eurdinal Olivier Gafaifo 
foi «m^ aussi, dix-neuf galèires du pi^. L'un *et l'autre 
général déclara que , nonobstant le rang supérieur de son 
-pouveraîn , il avait oindre -d' obéir an .généralissime vénitien, 
^t de témoigner ainsi la reccmnaissanee des chrétiens ponr la 
république qui soutenait seule la cause commune '. 

«. jr. 4^ SàbHUtea. aecaiB, l. k, r* sii.^^ CeHokona Cepto/DeSd». veneiu. h. T, 
,p. M8. ^ s y. À» aabéinea* Dmé DI, L. K, f. ait. -*> nayneldi âmuiL Eeeks. 1473, 

Voiaierrani DUxrWm Romonum. T. XXiii. neKttaL^. 90»^€9rtoitamiee^. L. I,p. 346. 



28 HISTOIRE DES BÉPOBtIQUBS ITALIENNES 

Les divers hit^riens de cette gaerre ne s*acoorâeiit pas 
SUT la force de la flotte chrétieime ; mais le calcul lé phis 
modéré la porte à quatre-vipgt^aq galères. Les Tares , ce* 
peadant, ae s<»tireDt point des Dardanelles à sa reneo&lre, 
en swte qn'nn. armement si considérable, et qui coûtait an 
pape seul, i^iui de œnt mille florins , n'eut d'antre râmltat qne 
de ravager cpclqaes Tilles de l'Asie flfineore. La première que 
les Latins attaqoteent fut Attalée, on SataUe, ville riche de k 
Pamphilie, vis-À-vis de Tlle de Chypre, qnî servait de mar- 
ché anx l^;yptiens et aax Syriens. Soranso franchit avec dix 
galères la chaîne qnitomait le port, et s'en rendit maître. 
Xes toonpes de débarquement, ccMklaites par Maliftaro, s'em^ 
payèrent de la première enceinte de mors qui ^ntoorait les 
teiboargs. Ces fanbonrgs furent piHés, aussi bien que leport^ 
et une grande quantité de poivre, de cannelle , de gérofle et 
d' enclos fut transpodée isur les galères. Mais les murs inté- 
ri^ors de la ville fnreat défendus avec vigueur ; on. ne pouvait 
les attaquer sans^ artillerie, et la flotte chrétienne n'en portait 
point. Ifoeénigo fit ravager la Pamphilie aussi loin que ses 
troupes purent s'étendre; puis il fit mettre le f ai aux fan- 
bomigsjde Satidie, et il ramena sa flotte à Bhodes*. Il y trou- 
va l'ambassadeur que Ussun Gassan envoyait au pape et aux 
Yéuitiens^. Ce Persan rendit^compte aux généraux chrétiens 
des euccès de son mettre ; il avait pris aux Ottomans Tocat, 
ville du Pont, sur les frontières de T Arménie, et il envoyait 
demander aux Européens de l' artillerie, sans laquelle le Soj^ 
ne pou vmt assiéger d' autres vilks ' • 
, La flotte vénitienne, ayant renus à la voile, vint ravager 
Tantique lonie, vis-à-vis des rivages de Chios. On n'y trouva 



t M; Ant Sabemeo, De» iil, U IX« f. 812, v». -<> Oorfolomu O^pio. L. I, fi. S41; — 
« P. Cammaeld^ Bi»u de Venetis eontfa Tmeos. p. 409. — s Jr. J. SabeltUo. Deçà ni, 
L. IX, U 21S. — aaoogieroy Storla vmesiana. p. U32. — > ÀxmaL Turdci UundavU. 
T. XVI, p. 259. CariaA Cepio, L. h P- 348* . 



00 UOm AGB* M 

point f ennemis à combattre ; mais les chrétiens arradièreat 
les tigaes, et brûlèrent les oliyiers de ces riantes campagnes ; 
et le légat paya cent trente-^^pt ducats, pour autant de tètes 
qu*on lui apporta sur sa galère. Tons les malbenreux qu'on 
enle? a de leurs chaumières, ou qu'on trouva cachés dans ks 
bois, furent yendus comme esclaves * . Après cette expédition^ 
Bequesens quitta, devant Naios, la flotte vénitienne, et ra^ 
mena les galères de Ferdinand à Naples, pour y passer rhiver« 
Hais tfocénigo et le légat voulurent profiter de ce qui restait 
encore de la belle saison, pour étendre plus loin leurs ravages, 
tis prirent des informations sur l'état de Smjrne. Cette ville, 
la {dus riche et la plus commerçante de l'Ionie, est située au 
fond d'un golfe, et ellen'avaitpoint vu d'ennemis depuis long-r 
temps ; aussi les Turcs n'avaient pas en soin de relever ses mu- 
railles, ou de les faire garder. Le 13 septembre 1472, Mooé* 
nigo parut à l'aube du jour devant Smyme; ses troupes, dé* 
barquéesavec célérité, plantèrent leurs échelles contre les 
murailles, et les attaquèrent aussitôt. Les bourgeois effrayés 
se présentèrent bien sur leurs raines pour les défendre^ maii 
ils étaient si peu accoutumés aux armes, et tant d'anciennes 
brèches étaient demeurées ouvertes, qu'ils ne retardèrent qn0 
de peu de moments l'entrée des soldats ou des marins. Lesba*" 
bitants, voyant la ville prise, s'enfuirent avec des cris lamen* 
tables ; les femmes, avec leurs enfants dans les bras, se fét^r 
gièrent dans les temples et les mosquées ^ quelques hommes 
défendaient encore les toits et les terrasses de leurs mais^s , 
un grand nombre furent taillés en pièces, d'autres enlevés 
comme esclaves ; les femmes surtout furent poursuivies , elles 
furent arrachées de leurs temples, d^onorées, et ensuite ven- 
dues. Les vainqueurs ne voulurent point distinguer les églises 
chrétiennes des mosquées , ils feignirent de croire tous les ha- 

1 M. ânt. Sabellico, Deea lit, L. IX, f. 2i4. 



30 HISTOIKE DES fâWBUtQfJtS ITALUSHITES 

bttantft mosulmans, pour les traiter tons avec la même ri-* 
gaemr ; et cependant même aujourd'hui près de la moitié des 
habitants professe encore le christianisme, après être restés 
si longtemps sous le joug des Turcs. Balahan, pacha de lapro- 
-«tace, averti du débarquemait des Vénitiens, accourut pour 
les repousser arec ce qu*il put rassembler de troupes; 11 
fut lui-même mis en déroute. Les vainqueurs, à leur rentrée 
dans la ville, y mirent le feu, et en peu d'heures Tantiquepa-» 
trie d'Homère fut réduite en cendres. On ne porta sur les vais^ 
seaux que deux cent quinze têtes ; les soldats avaient trouvé, 
dans cette ville opulente, à se charge d'un butin plus profi-* 
table ; il fut vendu à l'enchère, et partagé entre les soldats et 
les matelots ^ 

En revenant du sac de cette ville, les Vénitiens débarqué-» 
rent encore à Glazomène, sur l'isthme de la péninsule qui 
ferme le golfe de Smyme ; mais les habitants effrayés s^étaient 
réfugiés dans les montagnes, et l'on ne trouva guère à enlever 
que des chameaux et du bétail. Les galères, profitant alors 
d'un vent favorable, firent voile vers Modon ; l'amiral véni-* 
lien passa l'hiver dans la Morée, et le légat du pape, Olivier 
Garafià, revint en Italie. Il fit son entrée à Rome le 23 jan-* 
vier de Tannée suivante. On conduisait dans la ville douze 
diameaux montés par vingtrcinq Turcis, qu'il avdt réservés 
en vie pour orner son triomphe : il fit aussi suspendre devant 
les portes du Vatican dés fragments de la diatne qui fermait 
le port d'Àttalée ^. 

Les ravages des Vénitiens dans l'Asie Mineure étaient ven-* 
gés par les ravages des Turcs dans les possessions vénitiennes; 

i J«i 46toilB ^QB 4oiiae8«b#ilieo iur 09116 flsapagiw ^»pm ni , U iX, p. Si4^ 

tirés d^iae relation élégamment écrite en latin , «t divisée en trois Urres» par Cortolao 
Cepio, Halmate qui commandait nne des galères de Mocénigo et qui ne quitta point l'ex- 
pédition. EUea été imprimée 1556, A Bâle, in- fol, à la suite de Laonicus Chalcocondytes, 
p. 341-968.— AotfRoltfi JRna/. Eccles. 1472, S 43 jp. 244. — ^SUfono Infessura, Diario 
Romofio.p. 1143. 



nu MOttU AGt. 31 

et dans oet échange 4e fAreolé et dé brigandage, il est dM-* 
cile de reconnaître qad était le peuple le plus barbare, quel 
étsôt celai que les preoitos outrages avaient provoqué à user 
de représailles. lies villes de l'Albanie, qui étaient demeurées 
aux Yénitiens dans l'héritage du grand Scanderbeg, voyaient 
le^u: territoire dévasté régulièrement deux fois par année, anx 
approches de la moisson et de la vendange, jusqu'aux murs 
de Scutan, d'Alesâo et de Groia ; mais ces courses rapides de 
cavalerie n'étaient suivies d'aucune attaque régulière * . 

L'aj^arition du pacha de Bosnie dans l'état vénitien causa 
bien plus de terreur. Après avoir traversé rapidement la Car* 
niole ou l'Istrie, il entra , an milieu de l'automne, dans le 
jfrinli. La cavalerie turque parvint au commencement de la 
nuit sur les bords de l'Isonio, et aussitôt elle entreprit de le 
passer à gué« La cavalerie vénitienne, oant<mnée sur aes bords, 
se rassembla en hâte, et repoussa vivement an«^là du fleuve 
les pruniers musulmans qui l'avaient traversé ; mais quoique 
restée maîtresse de son bord, die céda à aoii tour à une ter*»* 
jnenr panique, et se retira avant la fin du jour dans l'tle de 
Cervia, formée par deux bras de rivière, devant Aquilée. Les 
Turcs passèrent l'Isonxo an lever du floMl, sans rencontrer 
aucune résistance, et ils se répandirent dans les ridiescampa*^ 
gnes du Friuli. 1473. — ^L'incendie de toutes les maisbos et de 
toutes les granges qu'ik trouvaient sur leur chemin, avotit 
de loin U reste des habitants de se sauver dans les lieux forts. 
Les portes d'Udine, capitale de la province, étaient encom«- 
Jbrées par les familles des pajraans fogitife, leurs diars et lenr 
bétaiL Les églises âaient remplies de femaies suppliantes, les 
murs garnis de citoyens mal annës ; et n les Turcs atvaieiit 
pQuasé 0IIS leîa leur cavalerie, la vilk aurait pu être |ifise 
dans sa première terreur. Mds ils s'arrêtèrent à trois milles de 

1 M. AnL Sabeltico, Deçà III, L. IX, f. 2i3. 



\ 



33 ttlSTOniE D2S BEPCUIQUIS ITALIENNES 

difitaiifie) et s'ea retOQrnèreBt ebn^jés de batiB, ebassaat âé« 
Vant enx des troupeaux d'esclaves. 

Tandis qoe Pierre Mocéaigo, retteé pendant l'hiTer à Na-^ 
poli de Bomanie, s'occopait de mettre sa flotte en état de 
oommencer vigonreusement la campagne prochaine, on 
jeune Sicilien, nommé Antonio, que les Turcs avaient fait 
prisonnier dans Tlle d'Enbée, et conduit à Gonstantinoplej 
s'échappa de cette ville, et vint se présenter à l'amiral véni-^ 
tien. Il lui demanda un bateau et quelques compagnons ré- 
solus, s' engageant, avec leur aide, à mettre le feu à la flotte 
turque, an milieu de laquelle il avait passé à Gallipoli. Il dé* 
clara av<nr vu dans cette rade cent galères qui, n*étaint point 
gardéâi pédant la nuit^ seraient aisément détruites par un 
seul incendie* Mooénigo comMa de louanges le jeune homme^ 
et lui promit les plus magnifiques récompenses. Il lui fit 
donner une barque chargée de fruits, avec quelques mate^ 
lots les plus résolus de sa flotte. Antonio s'annonça aux Turcs 
comme un marchand de fruits, et remonta sans difficulté les 
Dardanelles : quand il fut parvenu à Gallipoli, il commença 
à vendre ses fruits aux soldats; et comme il ne leur causait 
aucune défiance, on lui laissa passer la nuit auprès delà 
flotte. Il en profita pour mettre le feu aux vaisseaux les plus 
près de lui; mais de prompts secours l'empêchèrent deV)onti^ 
nuer et , le forcèrent de s'enfuir lui-même sur sa barque, à 
laquelle fincendie s'était aussi communiqué. Le feu l'obligea 
d'en sortir, pour se « cacher avec ses compagnons dans le 
premier bois qu'il, trouva le Icmg du détroit. Il laissa sa bara- 
que à moitié consumée au Iteu oè il était (descendu, et eUe 
fit découvrir sa retraitei en sorte qu'il fut arrêté avec ses 
eompagnons. Le sultan voulut le voir, et il Im demanda s'A 



1 M, AntSabeUico. Dec« iTl, L. IX, f. 314. Cet hiilorlen était lul-mSme enfermé dane 
Udine au moment de Tapparition dea Tores. — Guemieri BemiOt Stor. à^Agobbio. 

p. 1032. 



Dt MOYEU AGE. 33 

avait reçu quelque injure qui 'pût le porter ît^e y^geanoe 
aussi toTcéiïëe. «' Aucune, répondit âèrement Antonio, .mais 
k je t'ai reconnu 'pour l'ennemi cpmipun des chrétiens ^ mou 
« exploit est és&ez glorieux, et il le serait davantage si j'avais 
« pu brûler ta tèté comme j'ai brùl^ tes vaisseaux. » Le Turc, 
pea touche du courage de son ennemi, le ût scier par. le mî- 
fiea du corpi» avec ses compagnons. Le sénat de Venise ne 
voulut pas que tant de résolution demeurât sans récompense. 
Ne pouvant plus rien faire pour lui, il donna, ,une dot à sa 
sœur et une pension annuelle à son frète * . . ; . . , ■ 

Cependant Pierre Mocénigo reçut de Ye^nis^e l'ordre de m/et- 
tre en mer, et de suivre dans la proQbçdnç^ çam|)^if€{ Iqs in- 
dications que lui donnerait UssunCif^fWi. .t'^ml).assad|eur ^f^ 
celui-ci avait resserré son alliance avec les Vénitiens ; Josa- 
phat Barbaro, homme , avancé en . ^e, qui, parlait. bien, la 
langue pecaane, avait été chargé de' le reconduire; à $oa maî- 
tre, et d'offrir au sophi, au nom du. sénat de Veoisey de ri-^ 
diBS prâenis de vases d'or et d'étoffes de Vérone. Il menait^ 
avec lui trois galères chargées d'iine grande; qiia^tjité d'avtîW 
lerie, et eent artificiers commandés par Thomasd^Imola, qfûé 
h république mettait au si^ryiçe ,4q- i^Quyeraiiji. da ia Perse» > 
C'était par les côtes de la CiUeie^ de la ' Syrie du'ils i&6im^\ 
talent se rendre auprès de lui : ils dievaiçnt j trwvear deu«^ 
frères, princes de Caramanie, déjà dépouillés eu partie pat 
Mahomet, mais qui défendaient encore contre lui lé reste 0e 
leorsétate^ 

mOdi AmtwL Eccles, 1473, S 2> p. 248. — * M. Ànt. SabelUco, Deçà iifl, t^ a', f. 3i5, ?<>• 
~ GoHoL Cepio. L. m, p. 361. 

lies premiéce» eomBunuoicaiioas diploiMUqiieB des VénlUetts àHreé lâi'Telrse sont un" 
événement remargnablo dans l'histoire déi Toyages, et par conséquent dans celle de 
Tesprit humain; elles ouvrirent aox observations des Occidentaux des régions inconnues; 
elles mironi en rapport des peuples toujours séparés ; eHes jetèrent dé premières lueurs 
sur la géographie jusqu'alors si conftise, et elles commencèrent en quèlqtte sorte la pé- 
riode dans laquelle nous virons anjonrd'hui , cette période dont le caractère le plus' 
frappant est le rapport établi entre tous les peuples de la terre>. 

TU, 3 



34 HISTOIRE DES REPUBLIQUE^ ITALIElilTES 

Pour oaTriry par cette route, la communicatioQ ayec V^ii 
Cassan, Pierre Mocénigo se dirigea d'abord vers FUe 4ô Chy- 
pre. II avait alors quarante-cinq galères Yénitienn.e{^ ; ^eux 
galères èes chevaliers de Bhodes, et quatre du roi de Chypre 
vinrent se joindre à lui. Avec cette flotte il fit voile vers Séleu7 
(Âè, qu'un des princes de Caramanie assiégeait. Pyrametb, le 
plus âgé de ces deux frères, était dans le camp d'Ussun Cas- 
sàù,' le plus jeune, Cassan Beth, donna rendez-vous aux 
Ténitiens à un mille de distance de Séleucie, auprès d'un 
temple ruiné. Il expliqua à Victor Soranzo, qui fut epyoyé 
vers lui, que la Caramanie, dévouée à sa famille, était cepen- 
dant retenue par Mahomet II dans la crainte et la dépen- 
dance, à l'aide de trois forteresses situées le long de la mçir, 
vis-à-vis des rivages de Chypre, savoûr : Sichesio, Séleucie et 

Les aventures de ces premiers voyageurs en Orient ont été consignées dans des rela- 

tkMis originales qui nous ont été consenrées. Elles sont tradaites en latin et imprimées à 

la suite de VBisloria Rerum Persicarum de^F. Bizarro. La première est celle de Josaphat 

Barbaro, qu'on peut rcigarder comme un modèle de talent, d'observation, de justesse 

d'esprit et diatérét (p. 458 et suivantes). Barbaro, après la prise de Séteude par ttoce- 

iiigo, reconnut l'impossibilité de pénétrer en Perse avec tout son cortège. Il laissa en 

Oréle les présents dont la république l'avait chargé pour Ussun Cassan ; il prit congé à 

Séleucie de ses eompatriotes ; et, malgré son âge avancé, il s'aventura avec l'ambassà- 

deur'de Perse, et une suite très peu nombreuse, au travers de ces pays barbares. De 

TaMe/'il su^it la route de la Petite-Arménie, et ensuite du pays des Curdes. Son petit' 

oortége fût attaqué ehei ce peuple de brigands ; l'ambassadeur persan, son compagnon 

de voyage, fut tué ; son secrétaire et deux hommes de sa suite le Turent ^ussi. Rarbaro 

l'ut grièvement blessé et dépouillé dé tout ; son courage ne se démentit point cependant; 

il continua son Toyage, et il trouva enfin Ussun Cassan A Tauris. Ce monarque îe teiiùi 

avec magnificence, et ne cessa dès lors de lui montrer les plus grands égards pendant 

oitaq atis qu'il le retint près de lui A la mort d'Ussun, en 1488, Josaphat Barbaro revint 

à Venise par Alepet la route des Caravanes, qui traversait des états soumis aux Mame- 

lucks et au Soudan d'Egypte. 

Pendant ce même temps, la république avait envoyé au^si deux autres ambassadeurs 
au so'phi, par d'eux chemins différents: l'un, Leopardo Bettoni, se rendit auprès de lui 
par Trébisonde, mais il n'a rien ^rit ; l'autre, Ambroise Contarini, prit sa route par le 
oord de l'Europe, pour éviter plus sûrement tes embûches dçs Turcs, et nous avons sa 
relation. Contarini partit de Venise le 33 février 1473 ; il se rendit d'abord A Francfort 
sur l'Oder, où il arriva le 39 mars; il traversa ensuite la Pologne par rosna , Lublin et 
mbvie ; il était le i» mai dans cette dernière viUe, et le 16 à Gaffa, d'où il s'embarqua pour 
la Colchide et les bords du Phaze. Ce fut dans la Géorgie et la fliengrélic qu'il eut le plus 
A souffrir de la tyrannie des princes et du méchant caractère des peuples; enfin, il 



Oorfco {Sikin, Sdflfti, Coffco), ta ta Sintt fenaieBt guni- 
«on, ^t doat tel CwwuMii ae poavaknftfle jmAre maîtres 
Hm artittemi HMénigo aniir^BPt WÊttnmêimat «es lefte» 
ijsisesi «t il les fendit à Cqenn Beth^ ^^Miès «wir f ooeé les 
gurmens tmfMi à Mptoler. Cette ftmièie mpénUon aen* 
Uaîl; 4etmranirrif tase eoauauuncatlett iaeile Moe Ussim Ckh 
saa'* 

P^Mbiit oe temps, ee mmaeqne s'étmt at aooé par rinné- 
me JQSfa'aa ym»m(^ de TirAisoode et 4ii ngramM 4a Peat, 
aTecttOB armée que, malgré ta «alento «xtaitapvts dm La« 
tiiBS, oonsdewiis évalwsr eati« qnaimite mOle«t» tsntaii pl«a« 
smiute^du miBe Immmes. Mahomet II miadmit è sa rea*- 
oBQtr^ aprec dix miUe ^issaires, dii mUe gardes de lacoor, 
yimgjtmUeimtmiim fttreate mitt».aiiiîlîaiiim*Aiee«esjiDmBSy 
Matwmet s'emfwa de CmmàÀMmti «udviitijnr, soi* }e flewfe 
Iifqiie^.GliaKliacatli, hagMerbey deitomaniajcmmatmdaitaeg 



entr» Vi 25 liiUlet, par VJ^atàf^ ûam \m éun «tUmno C«p4m nitii il •• ml «tlBindre 
ce souverain qu'à Ispahan, «u mois de noTembre dç la même année. Il passa l'hiver au- 
près de lui; il prit de justes renseignements sur la puissanoe du souverain de la Perse, 
qiiç .(906 les écrivains lalina M plaisMam à 9»atte«r ; il rpQQBPUt «16 m pan» p^ 9011- 
yait pas tirer à beaucoupprès le parti qu'elle en attendait, et que dans la bataille de Cara^ 
Issar, Ûssun Cassan commandait tout au plus i quarante mille bommes, presque tous de 
caTaj^. Après avoir raeue|lli (oas '^formiitions,, qqi pouvaient ftv«ir uiM» iraiMle ii»- 
fluence sur la république de Venise, il se mit en chemin au commencement de juin 1474 
pour rentrer en Europe. U revint par la même route, avec des dangers et une fatigue 
i^Oiiis^usqu'ap^ bords du Pl|aze. Mai^tii, il «ppHtfwoç uo§ davivnr profoui» !|im>1q0 
Turcs, soupçonnant les relations des Occidentaux avec les Ferais, veillaient sur tous les 
tàààiSaâ, ec'IUf avalent fermé 'la route qu'il comptait suivre, en s'emparant de CafTa. 
CpnUni^ nfi tjt pti» alori gueila VoMxwfo p«r.lii<|ii4llp \\ ,p4t mtrer WSH^pe* A<»^ 
bfoinisant chemin 4u travers (le la Médie,il parvint jusqu'à Derbent sur,la mer Caspienne; 
il y pana 'Fhiver au raUteu de pauvres pèèfaeurs ; Il en repartit le 6 avril i4^5 poor A.'s- 
ii^i^afk, viffe aUM» dépendai^te desTartar««; il ii9kvar9J|lejpit.#^ris^;^pE(#1aM4ki^ 
côvîe, luttant sans cesse avec la misère et la faim; le 26 septembre enÛn, il fit son 
entrée à Moscou, où le grand-duc lui avança de l'açi^ent sur le créait de la république 
dë'Vedise. Mais'coniarini ne put p<is repartir de cette capitale avant le ^1 Janvier i47g. 
Passant par Smolensko elTfokj, ou il retrouva le roi Casimir^ ,par wàrçovie, Francfort- 
sur-rodêr et Nuremberg, il arriva enfin à Venise le iQ avril 1^76, après u;i,de8 vojaj^ 
les plus hasardeux i^ui eussent jamais été entrepris*— ^ kl, Ml» SattelUco, Skofià ili, 1^. l)^» 
r. 216, yo. — CaUbmachns Bxpèrictts ik ^^nmin Qdmu.Twrcofif p. 409.^Corio/» CepiOt 
U tl, ^, 352. ^i jnmUs Sullanorwn Omanidarumj ab ipuis Twrcis memorue pro^^Hé 



36 HISTOIBE DEff BaÉKTMJlQtXS' ITALIEISNES 

avau^gaide ? Il «e Iîi6iitft Mmi^ii^es Pekàns a^ant deVj;^ 
are arttendti: fies'trôupeft^' attâ^^ avec knpétùositë, fùrétU 
c^fttKedy let l^til^io fat lttil>iâjliis<^ |»feibier cfao($?^Mâ(iii 
eolmne tesiPc»8ttii8 pootB^ ts^ reûoôiiti^ 

renlHle dyrps de'ba«dllei qfte -^fiiÉiiitidiât Iffi^ artec ëes 
trois flli, BajaMl; Mnstttpha et 6em. Le sultan profita du dés-' 
ordre des vainqueurs pour les attaquer. Ussun Gassan se dé^ 
feodit aTfc vigueur; la mêlée fut longue et^sruelle; Cependant 
Dautli-i^adia, lie^érbèy de Natolie, qui commandait une 
dé» attés , aTttttf ^Mt avamer son artilterie , jeta le désordre 
psotni les-PârÉiniB, peu accoutumés aux armes à feu. Un des 
fited'UiBsun Gassan fat tué, et«a tète fut présentée à Mahomet. 
UaBoa prit la fcôljB, et se relira avec une partie de son armée 
dans Ibs montagnes de rAnnénie. Son camp fut pillé; ks 
eqptift qo'il-avait eidevés fnrait délivrés , et Mahomet*, après 
celte ielotante victoire qui assurait ses frontières, rentra en 
triomphe à Gonstantinople ^ . 

Moeénigo, arvant d'être instruit du sort de Taillé de la ré- 
publique, avait attaqué différentes places dans l'Asie Mineore. 
Il assiégea d'abord Myra dans la Lycie; Aiasa Beg, comman- 
dant de la province, rassembla quelques troupes musulmanes,' 
et s'ava&fa pour délivrer la viHe? il fat battu et tué dans le' 
coiùbat. Ikyra se rendit alors aujic Yénitiens^ qui accordèrent à 
la garnison et ala: habitants la permission de se retùrer; ittais 
ils pillèrent et brûlèrent la viUe. Mocénigo effectua ensuite an 
débai^^ieinent devant Physsos dans la Carie, dont ^il Tatâgea 
les environs. H y reçut un message de Catherino Zenp, ambas- 
sadeur aiyrèsd' Ussun Gassan , qui l'invitait à se rapprodier' 

etLeunelûvlo editL Byzaniin. T. XVI, editio Venet, p. 2S8. Parisiens, p. 33o. Lm La-^ 
Uns donnent SSO,000 hommes A Mahomet II, et SSO,000 A tnun Cassan. Démet, Cahtemir, ' 
L. III, c. 1, S 27. — i Annales Turcid, Byzanu veneia, p. 258. — M. ânt, SabeUieo» 
Deea lll, I. IX, f. 9i7, y*. — ÀtmaUs Eccles. Rayn. 1473, S 8« P- 240. Cette défaite 
d^Mun Gassan fut représentée comme une Tictoire aux Polonais, que Galherioo Zeno 
voulait engager dans une ligue générale contre les Turcs, Dlugoss. VUt, MonUms* ' 

UXm,p.498, ' 



0O MOin AiO^B* )7 

de la GUicâe» pour pouvok aa hmm mwaé^ te monaïque 
persaB. U élait revenu à CaryeQ» lonqu'U reçut «n nouvcnot 
owfrîep de Zesio , qui Im luiM&Qait la déftdfte du sopfai elaa 
leb^te eu Armépe ^ - 

Pendant toute -cette fiNmpf^Qe^ Mooâugo avait agi seuL 
Tandîft qu- fl était en Cilide^ l' arehevâque deSpalatro, nouveM 
l^tda I)f&pe, loi avait bien fait dire qu*iL Tiendrait le joindie 
avec dix galères^ 8*il croyait que ranûtnl vénitien voulût en- 
treprendb^ quelque çbose potn: le bénéfice de la cbréticnté^ 
Maia ce mewage blessa MooénigO) qui erograit avoir déjà bemir 
coup fait pour la eanae coBunnne,,et;il refuaa itdà (aBeQniii.of** 
fertfit d'aaasimaavaiaegirAiee. D'aîlleium «on atbmtwm eommM** 
çaît à être dicdaraîte.par Ifi.alfaices de Chypre; Jcriccédît qa*ii 
s'aiFOgeait d^àdim cette ,tte.éteïtd*une.pliiiSiliante.iiiipar« 
tance pour la république que toutes lesjMnqiièlûifttll.arat' 
tentées jasqu'dorsi et il oeivoultttpoiAl^reiittnaltentavae les 
derniers Lusignan, être g^é par nn. légat dn^pape^ qui lui 
rqproehepait toute entr^nae ânagèro iia.gjacvre des 
xisres»', 

L'Ifefde Chypre qui^ en U 9 1 , aurait été ddulée ai génrfreu- 
semant par Bicbardf Gcoar^der^Xiion h fini deLosignan, comme 
dédommagement ûbl royaume de lérnsalem, s^était eoBscin^ 
dàsliw»jwM|u'en t45&,.dAns]iideiiee|idaiioeJégitime de .cette 
iUafftfomaison. Janua lU ',. le foateroèpkedes rois, de Chypre 
dQ ç^te famiUa ^ ^éhiit un pri^ee^elféttiné ^ qui. n'avait vécu 
qpet{Km*^le j^^usîr. Sa.preBHèreImmey delà maison de' 
lii9vMî6PT4t^ â^' «191^ mu «sdiis^ soppçon. de poison ;, la ise* 
cqoA^* BélèDeiEteléolQ|mrétQitiftit«iG«teçqneida^ 
ql^.gonvervMât d^spçtiiqii^iii^iit sçift mari, JllleXêvait, engagé 
à rétablir le culte grec dans rUe , acte de justice et de pru- 

,1, .».^ >,\, . \W - ,1^; .] .:i. \cr-r .1». iik» .AMc'V.v. i^v, r»o .' ■ s •>;■« , v .; 

noiii ^e Jai^us, dan» l«.n^u6QOk\d!rj4.n«i«n«i« ^veDsûlide.^ jilii'wuw (l^anl4e fi«i {«iocea 
à Gt^oès, Janua^ après la brillanie expédition de Cataui et de Frégoio. .>j<: ; 



3S HISTOIRE DES KâPimitQITES^^ ITALI£II?9IÏ£S 

èemm qtie kb Lafins hii i^eprocfitiént éomme im (rime. lt&%( 
autant ell6- gouYemût Jana», atitafltéllè était gouverné; parr 
«a BMirioe, qui Y^iak k më^tomf fap son fils. Le roi avait en 
nne fille de sa première femme , nommée CbarMie ; )l'n^eh^ 
avait point de ta fteoimdej mtHs )V avait eà aassi, d'une de ses 
mattressè^ 99 flte itomitié Jae^iues. Charlotte, héritière ppé^ 
somptive dii myaume, tbî mariée h Jeapnr de Porttigal, âts du 
dae de G^vtnbre, et pi^imfila de Jean P*. Le prince partiigais 
ex<nla la jalMSié» du fila de^ la nonrriee; après" de violentes 
quordlas entpe mx, il périt att- 1457 S erôn le etUt^eâiîM^ 
sonné. Le trionjrtieiilSQlUmt dd flh de Tandmtiêé àe fut'cè- 
peBfdant pafs long». J«oq[treify le bâtait d^ Janns, le tna de sa 
nain^ moins pour déli^f^r ebari&tte' de son insoIeMe que 
pour s^ôovrir à Idi-intaie» le obemin dâf tiélie, en se dâSiiisant 
d?im favori <baigfraax^.' 

Jamis: destina- «suite s^ fSHetl^cmk àd 8«rvcf}e, aseond fils 
âa duc Lonta, (pii avait épatMéUtrihmémo' um prineassa dïy^ 
priote; HMis Jatius moowràvafft d^avMi^ pn'effëctt^r oa m$* 
riage. Louis arriva cependant à Nicosie, capitale du royatfftie ; 
il*épof»a <Ih8rtolté le 7 octobre 1 ih% et it f«t cKJu^onné^a^ec 
les titres dir roi da Chypre, de Jlînfsedenr et d^ÂttOétàff '. 

L*inlenftioti dé Snam avait été de t^ftare^ ontr^ sm Mârd 
Parles ordres, etilMtckaltÀaMtraràievédié dd'Il^ pre^ 
nrière prâatdre dd ror^afome. Ifeàl, pât^affia poitttqt]^ ifnpftn' 
dente, Cbarlotte^préviiitla cour de Bonië contre son fl^re; et 
Pempèeka^d'obtehiaecaki^éfiâMafr^/Ac^l^ irrité, sttDBtl#a 
auprès do soodan^ d^l^pie, dMlla» vbk^ Gbypre se ref^n* 
nalMsi«B( feadataîtM; ii^ Idi démàndH^' poto^ Iti^iitifirà 

tage d&Eikt père. L'atairtagedn sesteest, atrx yeM dés'MÎi*- 

1 Bnguenand de Morutrelet, Chron, vol. III, f. 74. ^ > Cammentarii pà),Papœ IL 
L. Tltl, p. ItS-ita;— > àUÊtinenL F^Pr L. Vfi; p. m. ^ ^tdehenort, BUt: généal 
dé lamtiaom-ée'Sao^fe, T. Il, p. lis. •** àmuâêê 0»/MiMl.\JlÉ9iiâltff. 1419, S >V 
p. S». 



DU MOTXir AGE. 39 

SQlmaDS, bien plus important, dans la succession , qae celui 
de Itt Intimité. B^ailleurs, le soudan voyait aveq presque ail- 
lant de défiance que Mahomet II un prince de F Occident, et 
du sang français, s'établir au centre de la mer de Syrie. Les 
Chypriotes, de leur côté, préféraient un Lusignan né dans 
leur pays à un souverain étranger. Melec Ella donna donc à 
Jacques, avec la couronne royale, une armée de Mamelucks 
pour soumettre Tile de Chypre. Jacques fut reçu sans diffi- 
culté dans Nicosie ; il prit en peu de temps les places de Si- 
gour,Papfaoset Limisso, mal défendues par des gentilshommes 
savoyards; il assiégea Louis et Charlotte dans Cérines, et, à Ift 
réserve de cette forteresse, il se rendit maître de tout le 
royaume ' . 

Louis de Savoie était un prioce indolent et sensuel, mais 
Charlotte était douée d'une activité remarquable. ËUé quitta 
Cérines pour aller demander des secours à tous les princes de 
FOcddentv En 1460, elle se présenta au pape Pie IL « Cette 
« femme, dit-il dans ses Mémoires, parait âgée de vingt-quatre 
« ans; elle est d*une stature médiocre; ses yeux sont pleins de 
« feu, son visage ja.une et pâle, son langage caressant ; il coule 
« comme un fleuve, avec Tabondance propre aux Grecs. EDé 
« est habillée à la française, et ses manières sont dignes du 
« sang royal '. » Ce pape, touché des instances de Charfotte, 
•t persuadé de son bon droit, lui promit sa protection. L'ordre 
dés chevaliers de Saint- Jean se déclara aussi pour eÙe ; il fui 
accorda un asile à Hhodes, ainsi qu'à sou mari'; et ce fut dé 
c^te lie qu'elle fit partir des convois de vivres et de AiuMtions 
^oor Gérinesi et qu elle entretint des correspondances avec les 
Éléeoatentff. Enfin les Génois, qui possédaient encore qudT* 
ques places fortes en Egypte, entre autres Fàmaigonste , em*- 
brassèrent aussi ses intérêts. Ce fut aux yeux des Yénitiejis 

1 Quichenon, Bist. généalog. p. 116. ^ C&mmeniarU FH Papœlh t. VII, p. 177.— 
s Comment. PU P«p« IL h. VU, p. 179. 



^0 HISTOIRE DES I\£PU^UQUi;S ITALIENItES 

une raison si^ffisante pour s'engager Iddos le piirU:OQ]atrQire. 
Marco Cprnaro, gentilhomme vénitien, exilé- de sap^tne 
cl ^^bli en Chypre , s*ét^i,t lié d'upe étiroite mmtié.c^vfip Jaç^ 
quès^ bâtard de Lusignan, Ù.lui fournit T argent n^ce^ii^ 
pour faire la guerre , d'abord avec ses propres fonds , qa*il fû- 
sait valoir dans le coiQmerce , ensuite avec ceux de ses çompa* 
triotes. Il 1 aida aussi constamment de ses conseils; il le seconda 
surtout dans le siège de Gérines , qui se rendit à Jacques à la 
fin de Tannée 1 464 ; et dans celui de Famagouste , qui ouvrit 
ses portes la même année, après avoir résisté trois ans * • Jac- 
ques, se trouvant alors maître de toute File de Chypre, essaya 
de nouveau de se faire reconnaître par le pape, mais il ne pat 
y réussir. Bebuté par tous les princes chrétiens , il s'adressa 
i M arc Cornaro , pour contracter par son aide une alliance 
avec la répubU^uci de Yenisfi. Marc avait un^ . nièc§ remaiv 
qnable par sa bea,uté ; c'était Catherine, fille d'A^ffi-é Cor* 
f(aro: ii l'offrit en mariage à Jaoqnes de Lusignan, avec ume 
dot de cent mille ducats , en stipulant que Catherine serait au- 
paravant adoptée pour fille par la république. Cette ^égoqiar 
tion fut entamée vers 1* année 1 468; après d* assez Ipng^ dél^^ 
r^alfiançe fut acceptée dçs dou^parti. Catherine Gomaro, fut 
^olennellepeut déclarée fille de Saint-Marc^ elle fjift Jnfpée 
f^ gorocgr^tion, ,en 1471>.en prjésence du. doge et, 4^ |a ,Seir 
jl^f^^oriç ; e|lej^ut accçpipagpée^^ cooime reine, jysqu'à ^ flott^» 
{^ie doge {dans Icf Bucei^taMre ,, yais^au de lét^t d^tin^ 
apxj^wd^.cérâmy()^i€aB|[.et;^^^^ partit. ensuite pQujr Gh]ipV9 
avj^ jgp;ia|^e ^galères gpoecpi^ Jérôme Diédo *. . , .,: 

. , Jjw!qB«es,d^ lïfpsww nm% W^tracté , par e^^tte ^JlMascft»,*» 
rglftîjojïi «qgnljère, d<B gf^iJ^e de la. république, sç coflip^arta 
i^ou^^^jg^nt aff^lm^çs^ et ep ami fidèle* Sea por^ f urcf^t 

1 Baynaldi Annal. Eecles* 1464» S 71* p. 169.—* Blarin Sanuto^ Vite (U* DU€hi.p. 1195. 



DU MOYVR AÇB. 41 

^itstamment oorartB ami flottes . des Yéqitieiift ; fleB.aUianeet 
oa 8ç» inMti^ ^^vent déteniimées et du» 

k^ guerre oootre lee Tnrcs^ il ïwr^ envoya des renforts propor- 
tionoés à la richesse et à la population de ses états* Cependant 
S y amit à peine deux ans qa'il était marié , loraqpi'il monnit 
le. 6 jcna 1 473. Il laissa sa fenMvie grosse , et pwisop^testiment 
il inslitna pour son héritier, d*i|boi:d VenlMAïqai naîtrait d'elle, 
et, à B<m défaut, Janus, Jean ist Charlotte, ses trois bâtards * . 
Les Chypriotes, qui avaient combattu aveoftehamement eonire 
Charlotte pour qu'elle ne port&t paa la courotine à. un prince 
étiranger, virent avec nne profonde diOQlenr qneieuii affection 
pom* Jacques les avait réduits à se soubi^ttre k M.veuve , plus 
étrangère encore au sang des I^osignaa que le prince de Savoie 
ijpîïb avaient repoussé. Leur j^écootentemciit .éveilla leur 
défiance, et ils soupçonnèrentNÇo^maro eliSJisurcoBemho., Tun 
onde, et Vautre cousin de la ^reine^ d*atoir jsmpOispnné son 
mari^. 

L'ardtevéqne de Nicosie , le coiate de. Zaplana et le> comte 
de Zaffo ses frères, le seigneur de TripoU , et Biu» de IMinî , 
étaient à la tftte dn parti qui repoussait Je joug d*une reine 
vénitienne et de ses conseikkM réDitietis '. Us sî adressèrent 
secrètement à Ferdinand, roi 4e IHaplei»; ib. lui olMtant de 
faire .épouser Ghuiotte , fille ^nalo^le de. Jacqiiea,.>à xibn 
Akmzo, fils naturel de FtsrclinMd v de 4estiner laïqooitolme^de 
Chypre à ces deux enfants qui étirent encore «i te» ègje^, el de[ 
eopservw, jusqu'à leur majorité, rindépen/fanGedn.rbyamne, 
s<(us Ja protection du roi de.Napks ** Cepœdantileahsnits 
d,*^»nfoisonnanent qu'ils avaient accrédités exdlèreÉt an 

. i^ .:■ ' ' • '■■' :••'■.;.:■ 

1 1^ ^twMkl «ft 4a 14 Juin tin, McA^noti, jfislt 94»^ p^ i 19» — GcHûL ^^o^ 
L.')i,' p. '357. — * Annal Ecoles. Haynald. 147S, S 3« P* ^*^ — ' Èlarin Santaoy rite 
dtf IMaat^p. 1199. — ^ Don Alonto, que tes Gkyprtotey youMent recoonatcre pour 
héritier préôompttf de la conronne, avec le litre de prince de Galilée, n'avait que six 
ani « d'après Nnagiero» Giannone n'en parie point; il n'indique que deux fil» naiurela 
deF«s^|inandtdoo9eiirieM<MiQ^«-U(9C«aM0.J^.I^9WI^^ v 



il HISTOIRE BTSÀ' ftÎBF^B'LtQtfÉ^ ITALIEimES 

«milèV^iiieflt, èsm leqael André Comaro, Marco Beirik> et Te 
inédea» en mi fm^ent' tnés p^r le peuple farieux. Les éi^ 
évp parti , qui n'établit point encore prêts à défendre leur îù- 
dépendimee , et qtil savaient lisi'iiofte véiiMenne dans ces pa- 
rages, s'eftereèredt de calmer cette insurrection qui les ccfiri- 
promet-tatt, et dé l^etcnser ànx yeùx^ éfes Ténitiens. Un jogfe 
de Venise éttfit ^abti à Nicosie, ponr juger les procès qui 
snrvensdéiit entre ses compatriotes ; ils allèrent auprès de lui , 
pour renouveler leur promesse de demeurer fidèles à' la reine 
Catlœrine , au fils qui naîtrait d'elle , et à la rëpuBlique de 
Venise, fte cnvtayèrent à Tamiral Pierre Moeénigo une pro- 
testation semblable, et ils le supplièrent de ne point punir tout 
le royaume pour un meurtre qui f^aK à des ressentiments 
partioalîers ; ils aecuf èrent Bëmbo et Cornaro de concussions 
qui les avaient rendus odieux , et ils dissimulèrent leni^s soup- 
çons de* poison, qui semblaient compromettre la république 
elle-même ' . 

Pierre Moeénigo parut ajouter foi à ces protestations;' ce- 
pendant ii crut eonvenabte d^assurer le crédit dé la jeune reine, 
en étaianit ans yeux des Gbypriotes^ teiite la^ puissance des 
VfénHiens. Il s'approcha de nie' avec sa flotte , et il se trouva 
àlfieom liffsque la reine mit au jdur r enfant qu'dfe portait. 
&t enfant fut t^iu sur les fontâ baptismaux par le générAlis- 
flitaie et lus provéditeurs vénitiens , et il reçut lé noih de son 
père. Af»^ avoir séjonrné quelques jours en Cftyf^ré', Moeé- 
nigo continua ses ravages sur les côtes de la Lycie , de la Carie 
et de lar^CilioieL Tl reçut sur sa flotte des ambassadè^i^ dé la 
reine Charlotte qui s* était établie à Bhodes , tandis que son 
mari, Louis de Savoie, vivait dans la mollesse à Ripaille, au 
milieu de ses maîtresses. Charlotte , au nom de Tandennet 
alliance de son père avec les Vénitiens, au nom de ramitié qui 

< M. Ant, SsÊ»lUcù. Dec» m; L. X, r. sis, t. — Oorlùhmuâ Cepio. L. m; p. S6é. 



q^ ne ouvrit appftvUnir <f«*à. ^Ua^ gi riiBia*pa{kltK da bàtaitf 
ma ÊEèie Aaif eiilot*ée par lavHtttage d» mm, k monl de Jafe- 
fftm ét%ajà.j dMt9tUe> te -rëtHbHf) êtm tow M^dMiH^. 1I<h 
«énîga loi répondit 4piH «raH? nfOMn^ Jaeqfoei àt LaOgtiaia , 
nonfédéiédè la FépuUiqiie deVeaine', c^mtiM poMniseorlégi- 
tMM à» xmj^xme de Ctiypra; que ki« reyantiuig M 0e trans^ 
WKfMmaJ^ims mlfim lemtomnvAm lë§ale», ar d'après h» fègles^ 
qi^ôasididanii Iffi procte^ nurii ptr<la ^«vtii etlenamea; qoé- 
tfëtUt aioffltpief Jadqiie» avait «an^fi Ma dO'Chypra et sur 
oHè^at 8ar ks Oéama ; qae la veoTe^et le il^-di oemefiai^cifie 
dfape^li dJEbopioada. les senk sauv^epaioft de oitie Ik , el qae la 
jépôiriiqqiBf, lei» a^viit adnpiMp eeaoM Ma citftota, saiiratt-lfesr 

J^fVtaM eependiinl Moeângaf al averti ^ae- d» naayaaux* 
maiiiftnieirta a^aieilt éotaté à Nioesée ; il dépèeha ameitM; à \t 
FfSKieifittiierÎDa, paiir^lns prmpettre une pimsaitle asiffitàmce , 
ee mtea C^iolan Gépia qui a écrît rhsateire de oetla uuè* 
r»gftfhi £cii>de jonra appësi, il la M umnt fMr Victon Saniitta», 
proYé^enr^ avec- boit golte», et enfin il atrita l»«]BêiJi0 
«née latnala de s& flotte. Il timva la rave dôpoidaéetle'tMli' 
aotol^i èéjMiér da sm fttft, foa Ita Giïjpmtea \wial0M 
éieiw i|p»4irè»im>t plrivie de^ la garde dès forteraMetf elp dt 
la- daqpMMpa^da tréiwr, et «epenfléal obHgéa pv ae§ eniMN- 
laifl^ flUatQiit'pap Ics.Gatateneiqw JMfOês avait iqq^ésdiBii 
lefi^i^ftmM, à;dtfclai«r qn-elte étàil'atnitbiitè) et^a6loat'8J!)ét«it 

: A{»te'te ^)0>;fil la aavdii^e^ 6fa^e estla.ptu)^ gvMdaf 
4i»iÏMf derlK ^fâditarraaéa : eUei r eovtaaa aeni qmrtrèNwmto 



f. 216. y. — Cor<o/. Cepiç» L. II, p. 3S7. •*' Andréa Navagiero.p. lia».— Corio/ Çepio. 



44 HISTOIRE DES UPUBUQUl»' ITALIEIWES 

miU^ dmis sa plii$^ grande longueur^ soitantë dans M l&§mt^ 
et jim de quatre cents de cireonfér^ee. Située ortre-le. 3&T 
et le 36^ dçgré de latiliide, elle jouit d'un dimat détieieiix ; 
elle produit .en abondantee le vin, F huile, le blé, et leeniTs» 
(pà jBL reçu sou nom d*eUe* Sa position entre la Syrîe^ rÉgjfte^ 
et l'Asie ]M(inenre. semble rappeler à joindre le eommeocue Je» 
plus actif aux riches productions de son soL An tenips de sa* 
liberté, on y avait compté quinze républiques floiisBânles; 
mais cK>us le gouTemement des empereurs, et «ipsnite^sMsi 
celui des rois de la maison de Lusignan, on avait vu dédiiim^ 
infiniment sa populaticm ^t sa richesse. La tyrannie féodale» 
des barons, la souveraineté rédamée parlessouduisd'iÉgjfptey* 
et les privilèges exdusi£s des Génois et des Yénitiena, qpx 
voulaieut réservée le .commerce pour eux seuls, eppèchÉéedt 
rétablissement dans rUe d'une bonne lé^lation, de lapaix 
et de la sûreté. Cependant la conquête de l'tle de Chypre 
était encore une entreprise qui demandait des forces consi- 
dérables ; et Pime Mocénigo, qui n'avait qif un petit nonriire' 
de troupes de dâuirquement sur sa flotte, voulut, avant de 
rien tenter, s!en jurocurer davantage. Il envoya des trun^porls 
à Candie et en Morée, pour y rassembler tout ce que les Yé- 
nitiens avaient de troiqws disponibles. Six vaisseaux^ qui* 
p(Hrtaient beaucoup de stradiotes et de fantassins, les débar-» 
quêtent par;sM ordre à Famagouste. A l'approche de cette 
nouvelle anm^e, l'archevêque de Nicosie et les comtes de 
Tripoli s'cjE^irent. Mocénigo, au nom de la reine, changea' 
les ccMumandants de toutes les forteresses; il y introduisit 
ensuite des capitaines et des soldats vénitiens, avec un bôn^ 
némbrç d'àrchèrs de CSifèto; ^1 punit de pdnes capitales tous 
céiixquîavai^eo part ^au dernier soulèvement; il poursmvU 
ceux qui étaient en fuite ; il exila ceux qu'il regardait seule- 
ment 4somme'8aBpeet8y et, sous prétexte de rétablir et tf affer- 
mii* ràûtorif^ delà reiae, il réduisit Tile entière à une èim^l 



DU MOYSH AXStt: 



4& 



lae dépendanee des Yéniticns, et il effraya tons leurs ennemis 
parla terreor des supplices* . 

La reine cependant perdit son fils un an après sa naissance, 
œ qui la rendit toujours plus étrangère à son royaume. Le 
24 mars 1474, le sénat de Venise lui donna pour conseillers, 
OQ plutAt pour tuteurs, deux nobles vénitiens, Louis Gabrielli 
et Ffanoesco Hinio ; le commandement de tous les gens de 
guerre fut confié à Giovanni Soranzo avec le titre de provédi- 
tear général. Le sénat de Yenise nomma aussi les comman- 
dtttits particuliers de Famagouste et de Gérines, et il ne resta 
pins à la reine, protégée par cette ambitieuse république, que 
la vaine pompe de la royauté '. 

1 A9dr. iMmfQQino, Slmia fennUma, p. 1140.**- M, AnL Sabettleù. Dmi 111, L. X, 

f. 219. — Cofiol, Cepio. L. 111, p. S62.—> ilndr. Navagiero. p. ii4i.— Gfo Bau. Pigna, 
Storta de Prindpi éP Este. L. Vlll,p. iBi.^Vitœ Romanor. Pontif. T. III, P. H, p. i063. 
filieooe ée Lnslgiiaii, qai écriyit l'histoire de Chypre an tièeie eoTiroa après ees évétie- 
menls, aitriboe au poison la mort do Jacques-le-Posthume, aiissi bien que celle de son 
père. A l'en croire, ce tul par un enchaînement de crimes que la république de Venise 
se défit des deniiert Lusignan, et s'empara de leur royaume. Ses accusations ont été ré- 
pétées par les Savoyards, dont les ducs, après la mort de Louis et de Cbarlo(te« prirent 
le Ulre de roii de Chypre (Guichenon, UitL genéaU de la mtûion de Savoie, T. Il, p. 1 2i ); 
et l'axHMiMi de i'Jîilise semble admettra ces iaonlpilîonB. Aaynalt^i, wtmn, i4T^ S ^U 
P. 263. 



• • I 



■■•1 •• 



46 



HISTOIRK Dl^ fgSmmAVW ITALIERHES 



CHAPITRE If. 



(auront d« Mëdici^ «uecède pu crédit de son père sur 4t répulilifiie 
florentine. — Faste et ambition des neveux de Sixte IV ^ première 
eampagne de Julien de la Rovère, qui depuis fut Jules II. — Progrès des 
Turcs ; premier siège de Scutari ; siège de Lépante ; prise de Caffa. 



14B»-i47S. 



Jasqa'icf nous avioas vu la république florentÎDe ne placer 
au oentce de touten les négoeiatkim, diriger tons les événe- 
ments, demeurer tout au moins partie dans tontes les révolu- 
tions, dans toutes les guerres importantes qui troublaient 
ritalie. Mais sous Tadministration des Médicis, Florence cessa 
de tenir ce rang élevé ; elle se laissa oublier dans la balance 
de r Italie; les révolutions des états voisins s'enchaînaient 
Tune à l'autre sans qu'elle les dirigeât, ou fit effort pour les 
retenir; et après avoir passé en revue ces grandes scènes de 
la politique, nous sommes obligés de retourner en arrière 
pour chercher ce qu'elle faisait pendant ce temps-là dans son 
administration intérieure. Nous la trouvons alors languis- 
sante par la mauvaise santé de son chef, ou affaiblie par l'ex- 
trême jeunesse de celui qui lui succède; nous la voyons par- 
ticiper aux misères des régences et des minorités, et nous 



copfieyom comment, avec ce changement d'esprit, fla force a 
àù 8*éYanouir. 

1469. — Il fallait qae l'ancien amour des Florentins pour 
j^a liberté fût bien affaibli , pour que la mort de Pierre de 
Médicis ne causât point de révolution dans la république. 
ï)éjà Gosme l'ancien, après avoir fondé scm autorité sur la 
supériorité de ses richesses, beaucoup plus que sur de grands 
services, l'avait transmise à Pierre son fils, comme une pfir* 
tie de son héritage. Mais Pierre était parvenu à un âge où 
la répubUque pouvait sans honte lui obéir. Ses infirmités 
l'avaient rangé de bonne heure parmi les vieillards ; il était 
peut-être plus considéré et moins craint par cela seul qu'il 
ne pouvait guère partager les passions des autres hommes. Sa 
retraite habituelle à la campagne, la peine et la lecteur avec 
laquelle on le transportait en Utière, dans un temps où l'on 
ne voyageait qu'à cheval, donnaient une apparence de di- 
gnité à celui qu'on ne manquait jamais de consulter comme 
un oracle dans toutes les occasions importantes. Lorsque 
Pierre mourut, il ne laissa pour chefs à sa famille que ses 
deux fils, dont F aine, Laurent, n'avait pas vii)gt-mi ^s*« Il 
était contraire à F honneur de la république quei de vénéra* 
blés magistrats, vieillis dans les emplois publics, respectés de 
l'Europe entièrie, et accoutumés à en diriga: la politique, 
fussent considérés comme les simples partisans de deux jeu-* 
nés hommes dont les prétentions étaient démenties par la 
constitution et toutes les lois de l'état, dont les services étaient 
nuls, dont la naissance était inférieure à celle de tous leurs 
rivaux, dont le mérite personnel n'avait encpre pu être re- 
connu. Cependant ceux qui avaient gouverné Florence au 
nom de Pierre, firent taire l'amour da leur i^yp, w mé^se 
une ambition digne d'une àme élevée, pou^r n'écouter «uf 

s ti était né le itr juiTier i4M, 



' •» 



46 HISTOIBB DES- RÉPÔBLtQTJEâ ITALIElV^fiS 

des infeérto ëttoità, Téspint^é parti, et Tivressc de la victoire. 
Ds Yonlarent conserver les abus d'un gouvernement de fac- 
tion, parce que c'étaient càx qui en profitaient. Le crédit 
personnel des jennes Sféiftieis ne devait l'emporter sur le leur 
propre qu'à une époque qui leur paraissait encore éloignée,^ 
et ils croyaient plus facQé de tenir leur parti réuni sous un 
nom ancien que d'élever ostensiblement à la première place 
ceux même qui roccupaient en effet. 

Les dtoyens qui gouvernaient alors réellement Florence 
étaient Thomas Sodérini , frère de ce Nicolas qui avait été 
exilé dans la dernière révofution ; André de Pazzi, qui fut fait 
chevalier par la république en février 1 468 , pendant qu'il 
était gonfalonnier de justice^ ; Louis Guicciardini , Mattéo 
Palmièri et Piéride Minerbetti. C'étaient eux qui, pendant les 
douloureuses maladies de Pierre de Médicis, avaient dirigé la 
Seigneurie, et qui s'étaient emparés de l'autorité du peuple 
pour élire les magistrats ; c'étaient eux encore que Pierre de 
Mëdicis , lassé de leur insolence et des vexations qu'ils exer- 
çaient sur tous les citoyens, avait menacés de faire rentrer 
dans les bornes de l'état civil, en rappelant les émigrés. 
Aprte sa mort , ilà se concertèrent pour continuer sous un 
vain nom une junte qui leur assurait la distribution de touties 
les places et la disposition des finances de l'état. Les ambassa- 
deurs, accontcunés à traiter avec Thomas Sodérini, les citoyens 
qui savaient depuis longtemps que leur fortune dépendait de 
sa fliveur, lui rendirent une sorte d'hommage, et s'empres- 
sèrent de lui faire visite, dès qu'ils apprirent la mort de Pierre 
de Hédids. Mais Sodérini craignit d'exciter la jalousie de ses 
«Modes et d'affaiblir son parti , en acceptant ces marques 
extérieures de respect. Il renvoya les dtoyens qui lui faisaient 
viâte aux jeunes Médids, comme aux seuls chefs de l'état ; il 

* Oonaca di Uonardo MorelU. T. XIX. DeHz, Emd. p. IS5» 



hv MOYEU AGli:. 49 

Hssembla dans le couvent de Saint-Antoine tons les hommes 
qni avaient le plus d'influence dans la république ; il leur 
présenta Laurent et son frère, leur recommandant de oonser- 
yer à ces jeunes gens le crédit dont leur maison avait déjà jpui 
pendant trente-cinq ans ; et il les avertit qu'il était bien plus 
fadle de maintenir un pouvoir affermi par le temps que d'en 
fénder un nouveau ^ . 

Les Médicis reçurent avec modestie les marques d'attache- 
ment et de considération qu'on leur donnait au nom de la 
république ; et pendant plusieurs années ils n'essayèrent pas 
d^attirà* à eux une autorité qui n'existait ostensiblement que 
dans les magistrats, et qui ne pouvait être exercée seorètement 
sur oeux-Kâ[, que par des hommes dont les longs services et les 
taknls reconnus assuraient la considération. Pendant sept ans, 
Flo^noe conserva une assez grande paix intérieure ; les Mé- 
dids, partagés entre leurs études et des goûts de jeunesse, 
tantôt accueillaient dans leur maison les hommes les plus dis- 

1 MaochiateUL U vtl^ p, s». ^ Seipêone Aaùnibfatù. L. XXIII, p. io«. — io. Uieh. 
Bfuli. L. V. p. 103-1 Od. ~ KMurdl di Loren%o di MedieL p. 4 S. U, RofooO ( Ufi ofUn 
fOÊMù. diap. m, p. 183) révoque en doute eette interTeoUon de Sodérioi, parce que 
LorenzQ, dans ses Bleordi, ne raconte poinl qu'il dût aux bons offices de ce citoyen 
PautoHlé qu*U exerça sur sa patrie. M. Rosooé suppose que le souvenir des serrices ren- 
dus par h fhmiUe Lorenxo, ses aUlanoes étrangères, qui cependant étalent un tort aux 
yeux des Florentins, et son immense ricbesse, deraienl suffire pour lui faire recueillir 
sans difficulté une autorité si vivement disputée i son père. H. Roscoé, trompé par la 
proportion variable du florin i la li? re, fUt, au reste, une forte erreur sur cette richesse, 
lorsqu'il évalue le florin d'or à deux shilHnfs et six pences, au liea de dk qull valait 
réellement. À ce compte, la fortune de Médicis n'aurait pas monté i trente mille livres 
sterling de capital, ce qui sûrement n'aurait pas suffi pour acheter la liberté de Téiat le 
plus riche de FEurope. Mais M. IUmoo0, oomma tons les biographes, tourne toute l'a- 
vantage de son héros ; U recule de cent ans la première apparition d\in Médicis dans 
VBuioire floreniine. Ce fut au siège de Sc3rperia,en 1S51, non en 1251, comme il le 
rapporte p. 8. U rehausse tous les servioes de la Csmille ; il atténue ou passe sous silence 
ses forfaiu ; il dissimule enfin l'esprit indépendant et ombrageux des Florentins, qui 
éuîeut encore bien éloignés de plier volontairement sous le Joug d'un prince, encore 
qu'ils laissassent ébranler leur liberté par une fsetlon. 

Je vois, par la publication d'un nouvel ouvrage de M. Roscoë ( lUtutrations MstoH- 

eal and cHticat of the Hfe of Lorenso, Loodon, 1822 ) » que eette note, et plus encore 

le Jugement que j'ai porté de l'objet de son idolâtrie. Font blessé. Ûen n'était piug 

loin de mon intention. Je n'avais d'autre but que de prévenir le lecteur contre cette 

VII. 4 



50 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIElfllES 

tingaés dans les lettres et les arts ; tantôt amusaient le peuple 
par les fêtes brillantes dont ils l'occupaient. 1471. — Ces 
spectacles se multiplièrent encore , et le luxe redoubla au 
printemps de 1 471 , lorsque Galéaz Sforza, duc de Hilan, Tint 
à Florence avec sa femme Bonne de Savoie, sous prétexte 
d'accomplir un tobu. 

Galéaz 9 que sa vanité, son inconséquence et sa cruauté 
rendaient d^à litôupportable à ses sujets, Toulut faire poii)|>e, 
aux yeux de l'Italie, des trésors qu'il arrachait à ses peuples 
par de crudles Vexations. Jamais yoyage ne fut entrepris 
ayec )[ilus de faste. Douze chars couyerts de drap d'o^ furent 
transportés à dos de mulet, au travers de l'Apennin, pour le 
service de la duchesse : aucune route sur laquelle les voitures 
pussent 'rouler, n'était encore ouverte dans ces montages. 
Cinquante haquenées pour la duchesse, cinquante chevaux de 
main pour le duc, tous caparaçonnés de drap d'or. ^ cent 
hommâ d'armes et cinq cents fantassins pour la garde, cin- 
quante estaffiers revêtus de drap d'argent et de soie, cinq 
cents couples de chiens pour la chasse, et un nombre infini de 
faucons précédaient le dnc de Milan. Sa suite, grossie par tous 



. evpèoe d'eothoiuiaBiiie ^'ooi a reaiân|ii6 dans plus d'an biographe pour le héros au- 
[ quel il a consacré ses veilles. J'aTsis, du reste» rmda à plusieurs reprises un juste hom- 
mage i la vaste érudition, à ia cri|iqae et au goût deFhlstoriendeLorenzo. Jejui avais 
. même payé ui| tri((ut qu'il lounift aqjourd'hui contre mol. Lorsque je traçai le tableau 
de la liitécature italieiQine qui (Ut publié en itit, n'étant point encore parvenu dans mes 
recherches historiques jusqu'au temps des Médicis, je crus ne pouvoir suivre de meil- 
leur guide, pour le portrait de l>an»enl,que son célèbre biographe. D'après hii j'écri- 
vis, dans la Uttéram^ 4u Midi, T.. II, p. n-40, ce morceau que M. Roscoë vient de 
.reproduire, p. 1S9, de son nouvel ouvrage, pour me mettre en contradiction avec moi- 
même. En effet, je ne connaissais point encore Laurent, comme j'ai dû apprendre à le 
conoalire pQur écrire son histoira. La critique de M. RoscoS m'a donné occasion d'exa- 
miner de nouveau les pas^agas de ce volume qu'il attaque avec quelque acrimonie ; ce% 
examen n'a eu d'autre résultat que de 00 eonflrmer dans mes opinions et mes sentiments. 
Cependant je ne listi0ierai point à chaque occasion le lecteur de cette controversé; soo- 
venô^ craindrais d'avoir trop raison. Par exemple, dans le passage auquel se rapporte 
cette note, conçoil-on que M. Rosooë vsenille, p. 9S, Infirmer le témoignage positif de 
trois historiens, par le sHenoe de Laurent hd-méme, sur une anecdote qui lui était dé- 
UTaotageusOy et dont le souvenir devait l'humilier ? 



ises cpprtwiis.» fennait une trwpe de deaï miHè dietaux *. 
Bea^jcent mille floriiit d'or «vaienft été eonsaecrés par lai à 
.cette pompe iiueiuée \^ «vee la moitié de cette flomme, F îlé de 
N^grepwt ral»ik étédéfeiidaepea de mois anparayant, et ne 
serait point tombée entre les mains des Turcs. ^ 

.I,A0imt du Médleis lefat dan» son palais le doc dé tfilan ; 
U d^ploi^ii h son tflnr sa propre tmagnileence, -pmr fifiter di- 
gaern^tnuthAte si spiendîde. Moins d'oretdeffiamants étaient 
^ étalés ^ Ms halnts et^dana^sespàlais ; mais la pompëxleé af ts 
rempUfiât eeUe.daTppuleneevelile nondbre d'^antîqtfes mo- 
nomej^tot deiaUsanx etdeetitiiesqpie>!ljaafe&t éttatttaf^m- 
blés,,-.étemiM 1^ due de Milan'. La rëpnbfiqaé)' de son côté, 
Ti^ali$i^4e. loue a^ec: 8on>liMi «t son ficèe dtb;feii. Tonte la 
nqmbreiu^. suite dn.doelat logée et entretenne ant frais du 
.ppblici,; .trois i3p^etaeles^a^:*és^ dans le genre des mystères, 
f^r^t i^ocai^iYeBent offertaiaox/yeax des Isembards^Dans 
l'^tiaedja-.SaintrEélix^.oo'iepiéieiita VAnnondafio^n dé la 
^ Yi^rg^ f ,WX Carmas» . K Aiwensign 4a Ghrist^ ^et à l'éiglise^du 
Saint^ïiiiprit^ la JDesosnte de l'Esprit saint sur les ApOtres. 
Get^ dermère.fâtaiat troabtée par l'ineisncHftdtor église' ellé- 
m^oie, Lest flambes qu'on y avait multipliées en ^goresde 
bvigoeat A'attac^èrent.anxdéooratiiiu»^ et hs «onsoïkèrent, 
,WQm: l^.qae.la dijorpente de fédiflee''. -Mais un dommage 
JWeii plus iréelppnr rioreaeey fut la eonmnnieation des goûts, 
du. JLa^Q^.desipUttsii» et des Tices d'une conr corrompue, la 
cçwoiunicajilîion de son oin?até et de sa galanterie^ à une ré^ 
ppIdiQimqai.sa maintanait par ses mitears austères, Fécono- 
niîe d0^«{)i}ela jde lamille, Taeti^téel le travail^ 'conÉtent des 
jeune» gena« Ce fut pendantla ti# de Laurent de Médlds qu*on 
Tit )ep Florentins se façonaerà la sorvitade; ils s'étaient soa- 
nûs auparavant plus d'une fois à l'autorité yexatoire d'une 

1 ÀnionU de Bipalta âmutl Placeniini. p. 9S9, «- * Scipi^ne AmuUratû, t. XXIII , 
p. lOS. * 9 iMtf. 

V 



52 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIENNES 

faction yictorieuse ; mm le ressort des anciennes moears, sn- 
périeor à tonte oppression passagère, ram^udt bientôt le règne 
des lois. Lorsque la mollesse et le libertinage eurent succédé à 
cette antique énergie, les Uédieistron-vèrent un grand nombre 
de citoyens qui préférèrent le repos de l'obéissance à l'agita*- 
tion du commandement ^ « 

Une ^entreprise inconsidérée d'un émigré florentin ayait , 
peu de mois auparavant, rappelé l'existence et les intrigues 
du parti qu'on ayait privé de sa patrie en 1 466. Tous les fils 
d'André Nardi, qui avait été gonfalonier en 1446, étaient 
exilés. Bernard, le plus jeune et le plus courageux d'entre 
eux, essaya de renouveler la guerre en s' emparant de la ville 
de Prato. Il avait dans c^e ville un grand nombre d'amûs^ il 
en avait un plus grand nombre encore parmi les paysans de 
Pistoia : il savait de plus que dans ces deux villes l'amour de 
l'ancienne indépendance n'était pas éteint, et qu'on s'y plai- 
gnait de l'injustice et des vexations des gouverneurs florentins. 
Il communiqua son projet et ses espérances à Dioti^alvi Né*- 
roni, que les émigrés regardaient comme leur dief , et il en 
obtint l'assurance qu'il lui arriverait des secours de Bologne 
ou de Ferrare, s'il pouvait se rendre maître de Prato et s'y 
maintenir quinze jours. Sur cette promesse, Bemardo Nardi 
rassembla, pendant la nuit du 6 avril 1470, une centaine de 
paysans en dehors de la porte de Prato, du côté de Pistoia. H 
fit ensuite demander au podestat d* ouvrir la porte à un voya- 
geur qui était arrivé trop tard. En temps depmx on n'avait 
point coutume de refuser cette faveur. Nardi se jeta sur celai 
qui portait les clefs delà ville et s'en empara; il fit mtrer tous 
ses compagnons et commença à courir les rues en appelant les 
habitants de Prato aux armes et à la liberté. Il se rendit 
mi^itre, sans résistance, de la personne du podestat César Pe- 

A MacchhweUif Ist. L. VU, p. 8S«. — J, Mich. BrutU Lt V, p. U4. 



BU MOYEU AOS. &3 

tniod, da palais public et de la dtaddle; mais ancan citoyen 
de Prato n'ayait pris les aimes en sa favrar : tons regardaient 
ayec étonnement un mooTement tnmnltnenx quMls ne pou- 
Taient compr^dre. La Seigneurie de Prato s'éteit assemblée ; 
Bernard se rendit auprès d'elle pour l'eiborter à recouvrer 
sa liberté, et à aider les Florentins à reconquérir la leur. 
Mais elle répondit avec calme qu'elle ne voulait <f autre liberté 
que celle dont elle jouissait sous la protection de Florence. Ce- 
pendant on ayait eu le temps de remarquer combien était petit 
le nombre des satellites de Nardi ; les Florentins qui étaient 
dans Prato avaient commencé à se réunir et à s'armer. George 
Ginori, chevalîer de Bbodes, se mit à leur tète; il attaqua les 
factteux , en tua plusieurs , et fit prisonniers tous les autres. 
Cette s^ition, qui fut apaisée en cinq heures, et qui n'avait point 
causédedanger réel,fut punie avecune excessive rigueur. Nardi 
et six de ses craipagnons eurent la tête tranchée à Florence ; 
douze autres avaient.été punis du même supplice à Prato; plu- 
sieurs étaient morts en se défendant, en sorte qu'à peu près tous 
ceux qui avaient pris les armes périrent victimes de leur im- 
prudence * . 

1472. — Deux ans après, une sédition d'une nature plus 
grave éclata dans la ville de Yolterra, à Foccasion d'une mine 
d'alun qui y avait été découverte. Un Siennais, nommé Be- 
nucdo Gapacd, l'avait prise à ferme de la magistrature de la 
ville ; mais comme il paraissait tirer de cette mine un beau- 
coup plus grand avantage qu'on ne l'avait supposé d'abord , 
et comme ce profit était recueilli i»*esque en entier par des 
étrangers , les habitants de Yolterra voulurent se prévaloir 
de quelques irrégularités dans le premier contrat pour l'annu- 
ler *. Les intérêts privés et l'amour-propre blessé de quelques 



1 me. UacchiavelU, L. VII, p. 330-336. — Scipione àmmirato. L. XXIII, p. 107. -> 
FiUppo de Pferli, Comment L. III, p. 53.—/. M. Bruti. L. V, p. 107.— * Antonii Hyvani 
Commentarlolas de Bello Yclaterrano. T. XXIII, Rer. Il, p. 9. 



54 HISTOIRE DES RÉPUBLIQUES ITAUENNES 

Yotterrans ayaient tellement aigri les esprits , qae ces qae- 
rdleg sur k nûned'akui furent snhiés de batailles, de meur- 
tres, de Texil de plusieurs dtoyens, et enfin d*ane révolntiôn 
entière dans le gonyeraement monieîpai.'YoIteÉra tétait une 
ville alliée plutôt que sujette dès Florentins relie s'était oldigèe 
seulement à lenr* payer chaque année mille florins , qui ne* - 
faisaient pas la diiièmB partie de son retenu , et ft Ire^yôit 
tous les six mois un podestat de Ftorence/D^aitteurs laiùà^s* 
trature de la yille ^kaift tirée au sort tous les deux mois, sui^ 
Tant l'anden usage des républiques italiennes : elle se goui^er- 
nalt d'une manièm indépendante*; ille faisait et 'abrogeait ses 
lois, et elle nommait an^ conmnodement 'd'une vingtaine de 
châteaux situé» dans leiYolfeerrân. Bes déoemTirs, créés au mi- 
lieu des dissensions'causées par la découverte de la mine d'a- 
lun , tcouvèrenl fort mauvais quela'répubUque de Floi^tfce 
s'ingérèt dans son administration , et eût fait rétablir en p6^ 
session de lainineles entrepreneurs qui en avaient été chassés 
par lafiNToej Il&oublitoent;, dans leurs rapports avec les Flo- 
rentina^lesi^ardaet lerespeetqneleursprédéceséeurs étaient 
toujoura montrés à cet état protecteur : û» repoussèrent enfin 
les conseils de Laurent de Médids, qui voulait leur faire com- 
prendre leur imiMudénoe, et qui, blessé de cette arrogaiièe , ' 
opina ensmte à les soumettre, par les anfaes*. ' . 

Les Toltarans avaient déjà envoyé des ambassadeurs à 
plusieurs, puissances de l'Italie, pour demadder leur protec^ 
tion, et les éndgrés flcNrentins, qui cherchaient toutes les occa- 
sions d'attaquer le gouvernement; leur promettaient de Far- 
gent et des secours. Leur révolte édata enfin le 27 avril 1472. 
Cependant. Thomas Sodérim voulait enéore tenter de conti- ' 
nuer les n^^ations. Ses rivaux préférèiient le parti dés 
armes^ et ils forent secondés- par Laui^nt deMédicis, qdi 

* Anionii Hfrani Comneniar. p. 14. 



IHJ MOTKH AOB. 55 

désirait signaler son administration par qqelqae exploil; miU- , 
taire. Ce n* est pas qu'il se rendit lui-même à Tarpnée,: elle, 
s'assembla sans lui sous les ordres di3 Frédéric de Montée 
feltro, comte d*Urbin, et bientôt elle rempoi^^ une Tktpjre 
accompagnée de plus de honte et de regrets que d'honneur,. 
Les Volterrans ataient rassemblé péniblement un mUUer dft 
soldats; leurs avant-postes furent enlevés ayec faciUté] et 
leurs antiques murailles, ouvrage étonnant des ÉtrnsqueSj. 
furent ouvertes par Tartillerie. Ils capitulèrent vers le milieu 
de juin, ving-dnq jours après le commencement du à4ge. 
Mais un soldat ayant, au mépris de la capitulation, frappé 
et dépouillé un des anciens magistrats de Yolterra, qui venait 
de déposer son emploi, cet exemple de licence militaire f qt 
aussitôt suivi par toute l'armée des vainqueurs. Yolterra fofi, 
livrée an pillage pendant tout un jour; on n'épargna ni les édi- 
fices sacrés; ni l'honneur des femmes ; le gouvernem^t muni- 
cipal fut aboli; une forteresse fut élevée sur la place du palais 
épiscopal, et du nmg d' aUiéèla ville f ut réduiteà oeloidesujetle * . 

Les deux tumultes de Prota et de Yoltqrra troublèrent 
seuls la paix dont Florence jouit sous Vadministratiqn dc^ 
conseiilei^ et des amis des jeunes Médicis. Déjà leur pçuvovr 
était assez établi pour que les conjurations formées ççmtsçe 
eux l'affermissent en échouant, au heu de l'ébranler. Mais à 
cette même époque, l'homme qui devait se jnontrer l|Bur 
ennemi le plus acharné, celui, qui devait promettre 4^ l'ap-: 
pui à des bonspirations nouvelles, et lès sanctifier par ses 
bénédictions, Sixte lY, était élevé au poste le plus âmnent 
de la chrétienté. . , . 

Le danger que les invasions des Turcs faisaient courir à 
l'Italie, était si universellement senti, un si grand effroi avait 

1 AmotÊU Hyvani Commentarlolus de Bello VokUemmo, T. XXIII, p. S-30.— Sdpione 
ânantrato. L. XXIII, p. iii. — KaccMavelU istor, L, VII, p. S38"S42. Annaieê ForoH- 
vienses. T. XXII, p. 331. 



^6 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITAUENITES 

frappé tous les esprits, qu'il n'y ayait pas dans le collège des 
cardinaux un homme qui ne parût déterminé à employer 
toutes les richesses de 1* Église romaine, aussi bien que toutes 
les forces de la chrétienté, à combattre les barbares. Un non* 
veau pontife, en montant sur le trône, y portait toujours ce 
yœu' qu'il avait formé dans une situation moins élevée ; ses 
premières congrégations, ses premières lettres étaient toutes 
pleines de l'ardeur qu'il voulait communiquer à tous les fi- 
dèles. Mais dès qu'il avait goûté quelque temps le plaisir de 
commander, dès qu'il avait éprouvé quelque temps, d'une part, 
la jouissance d'enrichir ses créatures , de satisfaire ses propres 
goûts, ou ceux des hommes qui lui étaient chers, d'emidoyer 
enfin les trésors de l'Église à contenter ses passions, non plus' 
à défendre la chrétienté, tout son zèle se refroidissait, il trou- 
vait des prétextes pour se dispenser de concourir à la croi- 
sade que lui-même avait préchée, et ceux à qui il avait mis 
les armes à la main, devaient s'estimer heureux s'il ne pro- 
fitait pas del'occupation qu'il leur avait donnée, pour les atta- 
quer dans leurs foyers et les dépouiller. 

Ce refroidissement progressif, qu'on avait pu observer dans 
Galixte III, dans Pie II et dans Paul II, devint plus frappant 
encore dans Sixte IV. Depuis le pontificat de Nicolas Y, le 
sceptire de l'Église était tombé successivement dans des mains 
toujours moins pures, et cette dégradation progressive devait 
avoir pour terme, à la fin du siècle, le pontificat scandaleux 
d'Alexandre YI. François de la Bovère, élevé au Saint-Siège 
sous le nom de Sixte lY, y était monté, à ce qu'on assure, par 
des intrigues simoniaques. La voix du cardinal Orsini avait été 
achetée par la promesse de l'emploi de trésorier ou camerlengo; 
celle du vice-chancelier, par l'abbaye de Subbiaco ; celle du 
cardinal de Mantoue, par l'abbaye de Saint-Grégoire * . De cette 

> Stefano Infesntra, DiarUf Roimmo. p. Ii49. 



DU HOTXlf AGE. 57 

manière, le cardinal Bessarion, qui avait para d'abord réanir 
le ploa de yoix, et le eardinal de Payie, qôi aurait également 
honoré la tiare, furent écartés, non sans qu'ils entrevissent 
eux-mêmes les intrigoes qni les avaient repoussés * . 

L'Eglise entière avait retenti de plaintes contre l'avarice 
de Paul II ; on l'avait vn accumuler les revenus des bénéfices 
eeclésiastiqnes, qn'il laissait pendant de longues années san^ 
possesseurs ; on ne lui connaissait aucun favori, aucun faste, 
ancune dépense ruineuse ; on savait que son goût était d'en- 
tasser des trésors sans en faire usage, et on hà avait souvent 
entendu dire à lui-môme que ses coffres étaient remplis de 
sommes immenses. Cependant Stite lY déclara n'y avoir 
trouvé que cinq mille florins ^. Mais la richesse subite de ses 
neveux, et le luxe scandaleux qu'ils étalèrent aussitôt aux 
yeux de tonte l'Europe, firent soupçonner que le trésor du 
dernier pontife n'avait point été à l'abri de leur spoliation. 

Sixte lY avait quatre neveux dont l'élévation rapide fut un 
objet de scandale pour toute la chétienté. Léonard et Julien 
qui portaient comme lui le nom de la Bovère, étaient fils de 
son frère; Pierre et Jérôme Riario étaient fils de sa sœur. Des 
bruits honteux attribuaient la naissance de ces derniers à un 
inceste ; d'antres cherchaient une cause plus infâme, s'il est 
possible, à la prédilection insensée de Sixte lY pour ces deux 
jeunes hommes ; l'opprobre de ces accusations était univer- 
sellement répandu ; les mœurs et la conduite du pape contri- 
buaient aies accréditer. 

Cependant tous les intérêts de l'Église et ceux de la chré- 
tienté Paient sacrifiés an désir d'agrandir les neveux du pon- 
tife. Léonard de la Bovère fut nommé préfet deBome ; il épousa 
une fille naturelle de Ferdinand, et à l'occasion de ce ma- 
riage. Sixte lY abandonna au roi de Naples le duché de Sera, 

1 CardtnùU Paptensls epistola 3ds , p. 733, et apud tUtynald. AnnaL Beeies. I47i 
S 66, p. 333. ^ ' VUa SixU IV, Platinœ tritfUto, T. ilf, P, fl; p. 10S7. 



58 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIENIfES 

Arpino et tous les fiefs qae Pie II aTait acquis à T Église pen- 
dant la dernière guerre, et que Paul II ayait défendus si Ti« 
goureusement. En même temps. Sixte remit à Ferdinand, non 
sans exciter de violentes rédamations dans le sacré coUége, ee 
tribut arriéré cpii avait fait craindre des hostilités entrele roi de 
Naples et le Saint-Siège ^ H Ten dispensa même ^Favenir pour 
le reste de sa vie. Il s'unit ainsi au prix de^ intérêts de son 
église, par la plus étroite confédération ayec le gouyemement 
napolitain. Julien de la Bovère, que Sixte lY fit cardinal et 
qu*il enrichit de bénéfices ecclésiastiques, fut ensuite le pape 
Jules II. Jérôme Biario épousa, par le crédit de son oncle, 
Catherine, fille naturelle de Galéaz Sforza ^. Mais œ n'était 
pas encore assez pour Tambition du pontife : il fit en 1473 
acheter, pour Jérôme, par son ficère Pierre , au prix de qua-. 
rante mille ducats d*or, la Ville et la prijicipauté d*ImoIa, ou 
Taddéo Manfrédi , qui soutenait alors une guerre dvile contre 
sa femme et son fils , avait peine à se maintenir \ , 

Quoiqu'un tel a^andissement des neveux du poptiîfe romain 
fût encore sans exemple dans les annales de F Église, il pou- 
vait jusqu'ici s'expliquer par la cupidité et l'ambition seules. 
Mais la prédilection de Sixte lY pour son neveu Pierre Biario, 
que àe simple moine franciscain il fit cardinal prêtre 4u titre 
de Saint-Sixte , patriarche de Gonstantinople , et ard^vêque 
de Florence, donna lieu de soup^nner des mptifo plus odieux, 
à tant de faveurs. Pierre Biario, âgé seulement.de vingt*sdx 
ans, n'était distin^é par aucun talent, par aucune vertu ; U 
n'était encore connu de personne , lorsqpe, dès le cinquième 
mois du pontificat de son,oncle, il fut nommé cardinal. « Dès 
« lors, dit Jacob Àmmanati , cardinal de Pavie, il eut tout 



* Vitœ Romanor» Pontif, T. III, P. II, p. 1059. — Card. Papiemis epist. 439, p. 790. 
— AnnaL Eo^es^i^iX S M« P* ^T. — * Bêeron. (te ïïurselHs, Annal. Bonon. p. 90i. — 
s vitœ Bonumor. Pontif. T. III, P.' II, p. 1060. — Hier, de Bwsellis^ Annales Bono- 
nienses. T. XXIII, p. 900. 



«=id 



DU HOYin AGE. 59 

« pouvoir dans la cqoi:. .Son lang et aojk faste dëpattèrent ce 

< que croiront jan^ais nos nev^nZ) tant comme le sonrenir de 
« ce qu^ont js^aiç y^ nos pères^ QnaB4> fl AU&it à la cour on 
« qu'il en revenait ^ qne, mnltitnde 4*homme» de tout oidre et 
« de toute , àîgpité raccompagnait, et aucun chemin n'était 
« suffisant pour la fpule qui le précédait ou qui le snivait. 
« Chez lui, ses audiences étaient bie» plus fréquentées qne 
« celles du pontife. Lçs évêqnes, les légats, les .hoimnesrde tout 
« rang , affluaient à toute beorç dans.sii maison. Il donna un 
« repas aux i^nbassadeurs de France^ et jamais Tantiqnité, 
« jamais les peuples païens, n' avaient rien connu de si somp*- 
« tueux. Les préparatifs occupèrent plusieurs jours; tout Fart 
« des Etrusques y fut recherché, y fut employé î le pay»en- 

< tier fut épuisé de tout ce qu'il.avait de rar:e etde puédeux, 

< et tout ini fait avec Ici but d^étaler un faste que lapostérité 
« ne pût s\irpasser. L'étendue des prépfiratift , leur variété, 
« les ordres des officiers, le nombre pics plats, \» prit de» mets 
« qu'on servait , tout fut enregistré avec ^in par defr iospec^ 
« tenrs; toujt fujt n^is en vers, et irépandu avec profusion, 
« non pas dans la ville seulement, mais danstoute Tltalief. On 
« eut même soin d'en envoyer des exemplaires dans les pays 
« ultramontains * • « 

Peu de jours après ce repas, dont la splendeorsemUait 
insulter aux vœux de pauvreté de Tordre deSaint^François , 
où le cardinal Biario ayait été #evé, Léonore d'Aragon, fille 
de Ferdinand^ promise j|u due Hercule de |*errare^ passa à 
Borne, j)our se.reqdre auprqs de son épou]^, accompagnée par 
Sigismond ^ frère d'Herçide. Un fast^ p4us extravagant encore 
fut déployé à. cette occ^için par le cardinal Biario ; un palais 
tout brillant d'or et de soie fut éle'^é ^r la place des Saints- 

1 Ptxptensis CardinaUê episiola 548. Ad Franciscum Gomagam Cardinalem- p. 83f . 
— ÂMnal. Eccies. t474. S 33-23, p. 256. — Onofrio PanvinU}^ rUa di Slsio IV. AA ea^ 
cent Plaeentinœ, Ediiioveneta, nso, p. 4S6. 



6Q HISTOIRE DES RÉPUBLIQUES ITALIimnES 

Apôtres , pour recevoir Léonore. Tous les rases destines au 
seryice de cette cour, et jusqu'aux ustensiles les plus vils, 
étaient d'argent ou de Termeil * . Les fêtes succédaient aux 
fêtes ; en peu de temps le cardinal Riario se trouva avoir dé- 
pensé deux cent miUe florins, et contracté pour soixante mille 
florins de dettes. Pour suffire à ces dépenses insensées , qui 
égalaient ou surpassaient les revenus des plus riches souve- 
rains , Biario avait réuni les prélatures les plus opulentes de 
la chrétienté. Patriarche titulaire de Gonstantinople , il possé- 
dait en même temps trois archevêchés , et un nombre infini 
d'autres bénéfices. 

Bientôt Pierre Biario voulut montrer à F Italie entière le 
luxe qu'il avait d'abord étalé à Bome. Il se rendit avec une 
pompe royale à Milan , où il arriva le V2 septembre 1473. Il 
s'y présenta sous le titre de légat de toute l'Italie, que Sixte IV 
lui avait donné. Il y fit assaut de magnificence avec Galéaz , 
qui comme lui s'enivrait de vanité. On crut aussi qu'ils s'é- 
taient promis de s'assister réciproquement dans le projet ^ l'un 
de se faire roi de Lombardie, et l'autre pape. De là, Biario se 
rendit à Venise, pour y chercher, non pas seulement l'éclat 
des honneurs qu'on lui décernait, mais encore la jouissance 
de toutes les voluptés. On assure qu'il s'abandonna à tous les 
excès, par delà ce que sa constitution pouvait supporter. 1 474 . 
— Épuisé par des déBauches plus scandaleuses , mais moins 
ruineuses pour les peuples que son faste , il fut à peine de re- 
tour à Bome qu'il y mourut le 5 janvier 1474, après avoir 
donné pendant dix-huit mois à l'Italie le spectacle d'un crédit 
dont le scandale était jusqu'alors inconnu. Avec lui commença 
le Népotisme, qu'on avait eu peu d'occasions encore de repro- 
cher auparavant à la cour romaine '. 

Sixte IV semblait avoir besoin d'un favori pour lui prodi- 

1 Dtarto di Stefan, Infêssura. p. U4f.— Gio. Batt. Pigna. h. VIII, p. 7S9.— * Diarto di 
Siefano Infessura, p. iH4. — Romanor. Poniificum vUœ p. 1060. — Bernard. Corto , 



.-^ \ 



DU MOYEN AGE. 61 

guer toutes les richesses de 1* Église. Lorsqu'il perdit Pierre 
Biario qa*il pleura amèrement, il se hftta de produire au grand 
jour un autre de ses neyeux, que sa jeunesse avait jusqu'alors 
éloigné de la fortune. Cétait Jean de la RovèrCy frère de Léo^ 
nard et de Julien. Sixte lY lui fit épouser Jeanne de Monté- 
feltro, fille de Frédéric, comte d'Urbin, le plus distingué par 
ses talents et ses yertus entre tous les feudataires de T Église. 
Pour que cette fille d'un prince n'épousât p<nnt un simple 
particulier, le pape détacha du domaine immédiat du Saint- 
Siège, et donna en fief à Jean de la Rovère les deux Tilles de 
Sinigaglia et de Mondario ayec leur territoire. Le consente- 
ment du consistoire des cardinaux était cependant nécessaire 
à cette inféodation, et il ne fut pas facile de l'obtenir. Le car- 
dinal Julien, frère du nouveau prince, mit en usage les plus 
vives instances pour persuader ses collègues ; le pape acheta 
r un après l'autre leurs suffrages par de riches bénéfices, et les 
plus rigides défenseurs des intérêts de F Église furent enfin en- 
traînés par le vœu de la majorité * . Sixte lY voulut ensuite re- 
lever la dignité du prince qu'il venait <f attacher à sa famille. 
Frédéric de Montéfeltro, qui faisait prospérer son petit état, 
passait pour un des meilleurs généraux de l'Italie. Il avait 
toujours une bonne armée sous ses ordres , qu'il maintenait 
comme condottiere en recevant la solde de quelque souverain 
plus puissant. La situation de ses états dans le voisinage de 
Rome rehaussait le prix de son alliance. Le pape, pour s'as- 
surer toujours plus de lui, le décora du titre de duo d'Urbin 
le 21 août 1 474, avec la même pompe et les mêmes cérémonies 
qui avaient accompagné trois ans auparavant la nomination 
de Borso d'Êste au duché de Ferrare^. Le gendre de Frédé- 
ric passa bientôt lui-même à une nouvelle dignité : son frère 

Bi$t. Milan, p. VI, p. 976. — * CardtuU. Papimu, eplst. SW'l»o, p. 8S8, 839. Let ciu- 
tionf de Raynaldi ne le rapportent pas exactement pour ces épllres. 11 désigne cellet-ci 
comme étant 688 et 889. — VUœ Bmnanor. Pontif. T. III, P. Il, p. |068.-.> Cardin. Pa- 



62 ' HISTOIRE DES RÉPUBLIQUES ITALIENNES 

I^nacd âant m^rt le 1 1 noif^mbre 1475^ il loi succéda ààM 
la charge de préfet de %ome. 

L'aotre Mrede la Bov^reyce cardinal Julien qui devait 

ensuite^ dans uiï âge avaiicé , se montrer lé plus belliqueux 

des pontifes, fit yen» le même temps son apprentissage de Fart 

militaire dans Fétat'de TÉglise. La Tille de Todi fut la pre- 

. nûèro scène de ses exploits: On avait vu se renouveler dans 

eette viVe l'antique discorde' des Guelfes et des Gibelins, qu'on 

aurait dû: croire éteinte après trois siècles de durée. Gabriel 

Gastellani, le chef des Guelfes du pays, y avait été tué. Mattéo 

. CanaH, chef des Gibelins, s* était rendu en quelque sorte souvo'' 

'. nalUide Todi. Toute là province tfëtait'soulevée à cet événe- 

. ment,. et le souvenir d'axieiëïiiies ôtfeïi^ avait ranimé les 

: Jwnos aTeeautaîit'de'ftiifetu* cpie si les deux'faetioh^ 

encore idispoté sur les di^ils de FEtnpire et de l'Église. Les 

habitantstdeSpoléUe, lé^mte Giordâno Orsini, et le comte 

.de PitigUano étaienj; accourus au seédtirs'du ^parti guelfe ^ 

-GioUÔide Yarano, seigneur de Gamérino, s'était déclaré pour 

,1e parti f gibelin, ^u reste les senïhnéàts ^qtd avaient autrefois 

dopmé 4Mrigine à ces factions éf aient èubliés par toutes deux, 

et les Gudfes étaient si peu demeurés les châm]|)iôns des 

droite de l'Égaie, qae le légat du pape embrassa là défense des 

GibeUns. Il eûitra dans Tiôdi à la tèté de i^a petite armée : il en 

«ibaasa les paysans qu'on y avait ihtroduits , il punit les sédi^ 

tieox par la prison ou l'exil, et il rsimena la province à la dé^ 

pendance entière du Sàint-^Siége. De Todi, Julien de la Bovère 

CQBAoiût son armée à Spolette. Orsini ei Pitigllâno s'en rèti-* 

rèrent à son iq[)proehe , et la ville ouvrit ses portes par capir' 

tulation. Mais les conditions accordées auï habitants par le 

eacdinal légat ne furent point observées ; ses soldats, en dépit 

de lui, se jetèrent sur les citoyens et les pillèrent. lïéanmoins 

piensis. effistolasts, p. 8S2.— Raj/no/dt annal, écoles, 1474, S 21, p. iM.-^VUœ honum 
Poniif T. 111, P. If, p. 1062. 



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y 

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I 

y. 

H 



DU MOYEU AG£. 63 

ee De furent pas les soldats que TÉglise punit ensuite de lear 
indiseîpline : elle s* en prit aux habitants de Spolette, auxquels 
le cardinal crut ne plus rien devoir, puisqu'aussi bien leur 
ca^tulation ù'avait pas été observée. Plusieurs d'entre eux 
furent jetéi^ en prison , d'autres furent exilés^ et leur juridic- 
tion sur la province fut abolie * . 

Il ne restait plus à Julien de la Bovère, pour terminer ,sa 
campagne , qu'à soumettre Nicolas VitcUi, prince de Tipher- 
; num ou Gttà di Gastello. Yitelli ne prenait d'autre titre qae 
oAvi. de vicaire de la sainte Église ; il se déclarait prêt à obéir 
. aux ordres du papô; cependant il medntenait, dans sa petite 
• jBoaveraineté, une indépendance que ses ancêtres lui avaient 
. déjà trsoismise depuis plusieurs générations. Il repoussa la 
; forée par la force ; il remporta un avantage sur les troupes 
du cardinal Julien, et il demanda en même temps des secours 
^'imx Florentins. Ceux-ci ne voyaient pas sans inquiétude la 
. turbuknee du pontife et de ses neveux, et cexïhangement dans 
. le . goiiv^n^nent de l'Église qui semblait en faire une monar- 
chie miMtaîre. Ils avaiéht encore lieu de craindre pour Borgo 
San^^polcro, "nlle très rappi:ochée du théâtre de la guerre, 
qu'ils s'étaient fait céder par les papes^ et qu'ils pouvaient se 
.voir ravir. Ils y envoyèrent une petite armée commandée par 
J^eiTd Nasi; en même temps, ils firent passer quelques secours 
-à Yitelli, d ils excitèrent ainsi le courroux du pontife, qui ne 
leur pardonna pas de l'avoir arrêté dans ses projets ^. Le car- 
dinal, perdant l'espérance de soumettre Yitelli par la force, 
lui accorda une capitulation honorable. Deux cents soldats de 
l'Église furent admis dans Città di Gastello, ep »gnede sou- 
mission ; mais le gouvernement ne fut point cbangié , et la 

1 nomanor. Pontff. vUœ, T. 111. P. II, p. lOOt. — Ono^'io Panvéïo, VUa 4( SUtolV, 
p.4Sî. — * Sdphne Ammirato, L. XXIV , p. 113. Ils envoyéreat en même temps une 
ambassade à Louis XI, pour demander sa proiection. GonUnuaU de Monêir^Ut, , CAr* 
Vol. Ul, X. m, ¥, 



64 filSTOlRE DtSS A£^UBLIQU£S ITALUB1IJK£S 

souveraineté de Vitdli ftit reconnue. Ce trdté , au reste , fut 
-vivement blâmé dans le sacré collège. Les cardinaux les plus 
vertueux étaient justement ceux qui mettaient le plus de zèle 
à étendpe la domination temporelle de l'Église. Us avaient 
espéré que Gittà di Gastello serait ramenée à la directe du 
Saint-Siège, et ils considérèrent les concessions faites à Titdli 
comme contraires à. la dignité et à la souveraineté du pape ^ . 

Si les Florentins avaient conçu de Fiiiquiétude à cause des 
mouvements de l'armée du cardinal Julien sur leursf routières, 
ils avaient plus lieu encore de s'alarmer de la liaison intime 
du pape et du roi de Naples ; Surtout depuis que ces deux 
souverains s'étaient attaché Frédéric d'Urbin, qui jusqu'a- 
lors avait été presque toujours capitaine de la république. Les 
Florœtins avaient vu avec étonnement ce Frédéric se disposer 
à faire un voyage à Naples, et ils avaient voulu le retenir, 
persuadés que s'il se mettait une fois entre les mains de Fer- 
dinand, celui-ci le traiterait comme il avait traité Picduino *. 
Mais lorsqu'ils surent, au contraire, que le duc d'Uri)in était 
accpeilli à Naf^es avec des honneurs infinis, et nommé général 
de la ligue du roi et du pape, ils crurent qu'il était temps de 
se mettre en garde contre l'ambition de ces redoutables voisins. 
D'une part, ils nommèrent pour leur capitaine BobertMala- 
testi, prince de Bimini; de l'autre, ils envoyèrent Thomas So- 
dérini à Yenise, pour y conclure une alliance plus intime avec 
cette république. 

Les Yénitiens étaient alors plus pressés que jamais par les 
armes des Turcs ; en même temps ils s'étaient compromis par 
les affaires de Chypre, avec les deux plus puissants états de 
l'Italie. Ferdinand espérait toujours faire obtenir la couronne 
de ce royaume à son fils naturel don Alfonse, qu'il avait 
fait adopter à la reine Charlotte, sœur légitime de Jacques, 

1 Epiât, Card. Papienê. 570, p. 833. — Bof/naUl ânnoL 1474, S t7, p» 3M. -^ > Jiae>- 
chiaveUi, h, Vir, p, 34S. — ' Sçipione Ammirato» h, XXIV, p. lis. 



et qa*il avait fiancé à Faatre Chariotte , fille naturelle du 
même Jaecpes. Tandis qoe les Génois, sojetsda duc de Milan, 
ne pouvaient se consoler de la perte de Famagonste , et me- 
naçaient d'attaquer Tile de Chypre avec les tronpes mila- 
naises, pour recouvrer cette forteresse * , les Vénitiens , in- 
quiets des prétraitions de leurs rivaux , saisirent avec em- 
pressement Toccasion de se confédérer avec tout le nord de 
ritalie. 

La négociation fut conduite avec adresse à Milan, en même 
temps qu*à Yenise ; et, le 2 novembre 1474, les deux répu- 
bliques signèrent avec Galéaz Sforza une ligue défensive pour 
le terme de vingt-cinq ans. Il fut convenu que chacune de ces 
trois puissances entretiendrait, même en temps de paix, trois 
mille chevaux, et deux mille fantassins sous les armes. Dans 
une guerre continentale, elles devaient réunir entre elles vingt- 
un mille chevaux et quatorze mille fantassins ; de telle sorte, 
cependant, que lorsque les Vénitiens et le duc de Milan con- 
tribueraient chacun comme trois, les Florentins ne contribue^ 
raient que comme deux. Enfin, dans les guerres maritimes, les 
Florentins et le duc de Milan s'engageaient chacun à fournir 
cinq mille florins par mois aux Vénitiens. Il fut convenu en- 
core qu'on inviterait le duc de Ferrare, le pape et le roi Fer- 
dinand à entrer dans cette alliance. Le premier, en effet, y 
accéda le 13 février suivant, tandis que le pape et le roi 
Ferdinand se contentèrent de donner des assurances générales 
qu'ils demeureraient amis des parties contractantes, sans 
vouloir prendre aucun engagement'. 

Mais, quoique l'Italie se trouvât partagée entre deux ligues 
rivales, qui s'observaient et qui cherchaient mutudlement à se 
nuire, sa paix intérieure ne fut point troublée ; les négocia- 
tions où se manifestait le plus d'animosité n'amenèrent pas de 

« WUmBoaumgr^fiotMf. T. Ul« »iO, p« iMt.— «Gia. BMI»M0fM/ Stortadc* Mt- 
€lfi ffKêti. U VUl, p. 1M, 

Vil. & 



66 HISTOIEB DES RÉPUBLIQUES ITALIEIÏIIES 

r^ultat. L'histoire de Florence, pendant plusieurs a^nées de 
suîte^ ne présente aucun souvenir ; celle de Milan est à peu 
près Qullç : tous les intérêts, toute F activité des Italiens étaient 
"k cette époç[ue dirigés vers le Levant. La guerre des Turcs oc- 
cupait tous les esprits, et tenait en échec toutes les forces. 
Seulement le pape, toujours plus aliéné des Yénitiens, se reti- 
rjiit graduellement du combat. En 1472, la flotte pontifi- 
cale avait secondé de tout son pouvoir celle de la répul)liciMe ; 
l'année suivante, elle n'avait fait qu'une vaine parade dp sa 
force dans les mers de Rhodes ; la troisième année, elle ne 
parut plus dans cette guerre, à laçpielle le Saint-Siège était si 
immédiatement intéressé. 

Avant la fin de l'année 1473, Mahomet II avait envojé en 
Mol<lavie une armée commandée par Soliman, beglierbey de 
Bomanie. Le souverain qui portait le titre de palatin et vvay- 
vode de Moldavie, était Etienne, digne successeur du féroce 
Bladus Dracula. Mais ses effroyables cruautés étaient excitées 
jpar Jud zèle religieux le plus fervent ; aussi Sixte lY, qui lui 
envoya une partie de l'argent produit par les indulgences, 
r appelait-il dc^as toutes ses lettres, son fils chéri, le vrai 
athlète du Christ ^ . Etienne ne tenta point de livrer bataille 
aux Turcs, pour défendre son pays; il le ravagea au contraire 
devant eux avec tant d'activité , que les Musulmans, en avan- 
.çant., ne trouvèrent bientôt plus aucun moyen de subsistance. 
Après ^ue leur armée , épuisée par la faim et la maladie , eut 
perdu son courage aussi bien que ses forces , le v^ay vode l'at- 
taqua le 17 janvier, près du marais de Backovieckz , et la 
défit ^entièrement. U eut ensuite l'atrocité de faire empalerions 
ses prisonniers , à la réserve de quelques officiers généraux ; 
et le même historien qui raconte cette barbarie , ajoute immé- 
diatement ^ue, « loin de s'abandonner à l'orgueil après cette 

1 Bulle de iaoTiw I47tf. In U^ BuUanmu L. XXIII, p. 9i. — annales EcçieiloêUel 



.' % 



P0 wxta àBm. êf 

« Tictoke, il jeùiia gmtre joam m pam tt à fera , et qu'il flt 
« publier dans toat s^ p^ji q/Bie peramme H'eèl l'audace de 
« s'attribuer ^ Ini-mèine cet beoien saoeèe , mm que ehacua 
« ^n rapportât la gleirp taut Mtièie à Aioi 1. » Le wayyode 
continua la gp^rre |i0)dai)| 1^ 4w)i auftées Mviaiitee, san» 
livrer de bataillç; ^ais sa qn^aleivi Ufère, yokigeani sans 
cesse sur les flancs dp Tannée pusulnane, lui enleva des mil- 
liers de prisonniers , qn'Étiwiie flt tous tfooroher vivants ou 
emp^er '. 

i Le beglierbçgr dg ^oykanie ayant rétabli son année , après 
89 déroute de lU^dfiawoekz , wit an mamencgment de mai 
1 474, mettre }e si^ devant Sentari , l'une des plus fortes 
ville? que les yénitien« possédasseot dans l'Attuanie '. Les La- 
tii|9 as^livent qqç Sp}imin afaît 90» ses ovdres siMianle mille 
bowipea» connnqii^ lyw lui par sept sangîaks. Antoine Lo- 
redano était chargé de la défense de Scatari , avee ke titres de 

> L'hislorie» Mttbiis ll^tli«|ia| ét|^ «onliMKWiSi, «& fhi aoi n i #i€n«pfie, in 
commeDoeineot du xvi' sièclQ. Chrotiic. Polon. Lib. IV, cap. w» tfajfnt^ ÀtmaL Eo^ 
ckê. 1474, S 10, p. aH« ^Andréa NavagierOj Storta Venezioua. p. U44. Btienne, 
wajTode de Valachie et de ll9k|«|if^ e|i u» dsi ^k» IfeTORii 4e DhmoM, Mitorieii 
polonais, ion conlemporain. Eq l46i; il avait t||tiça Mai^ CACVipp (h- 3UA^, 
m ilSXflii 1469, S avait vaincu Pierre, ion compétiteur, et ensuite les Cosacmes Za- 
poiovea, et il avait exercé sur les uns et les «iitree te plu» eC^oya|>les crusui^k le. 
p. 445, 450. il avait ensuite fait la guerre A Radul, fils de Bl^dus Dncuto, wayvodB ^ 
B9f»iurahiB,etil Tavait forcée se jeter dans les bras des Turcs, p. ses, Sie. Enfin, sa 
▼iptpise prés 4es o^rai^ de RapkowiecM et du Spu^re SerUd, sur le begliBrbey de Ro- 
manie, le supplice de tous les captifs, et le ]eûne des valpqpeun t^ piH».«>»i '•'ffim 
sgil ntOQléi avee les mêmes efrconstanees par Dhigoss et par Michovias. Ifi^i. Poiôn. 
L. XUI, p. ^.-^Dmetm* CffUmir. L. ^k ^«S; 1^ S S|^ P- nu— *> a oy i efAïf mnalL 
Bceles. 1496, $ 6 et 7, p. 265.^ ' Marinus B^rletius , le même ajiquel Dpu^deviH» la lA^ 
de Sç f Mrt p i t eg, eonménce son Mstpire du second siège de Scutari, sa patrie, par u^e 
bonne description de ce^e ni|te. Il noiis ypief^9iV|1le>eraifc éÎÉ ^snnée en gage à It 
Seigneurie de Venise, par George Balsit^ch, seigneur épirote, contemppc^n d'A^vrai^lf 
et df.^s^nAorb^; que la viSe^ ruioée par loi incursions précédentes des Turc», ne s'é- 
tendait plus» çogof^e au^|«i:9^aim dpf dei9 oi^^fm^ Ul de k rt i ij i B i Ledriao» qui 
M jetait autrefois dims la Bogiana, et qui baigne aujourd'hui Lyssus, et <|^be«cbe d^ 
te mer à dfK mU^ de diitane& Scutari était dés lors resserrée prés du confluent de cet 
deux rivières, dans Teiiceinte Dénie qui servait de forteresse A eette ville, au temps <|e 
*^ff^9mé^9m9in^ miimM. Uw â Mm, âê SeodhSM» exfUffmioiM. L. |, p, ^i.. 
cditio BaaiUetMU^ foU ISM. M cotam laïamek CAoloocondftar, 

4* 



68 HISTOtEB DES BéPUBLnjtJfiS ITALIERNISS 

cafHtaine et comte de la ifille. Les mors deSeatari étaient fai- 
bles ; ils furent UentAt enti^onverts par l'artillerie ; les Turcs 
avaient alors dans cette arme nne grande supériorité snr les 
chrétiens. Mais Loredano faisait élever des remparts de terre 
derrière les murailles abattues, et trouvait des ressources dans 
la situation avantageuse du terrain ; toutes les villes d'Albanie 
ayant été bâties dans des lieux naturellement très forts. Le 
provéditeur Ludano Boldù voulut introduire un renfort dans 
la place ; sa petite armée fut mise en fuite. Les assiégés avaient 
épuisé leurs provisions ; F eau surtout leur manquait , et la 
faible ration qu*on donnait encore aux soldats , devait mettre 
à sec dans trois jours la dernière dterne, lorsque vers le nnlien 
du mois d*aoùt, Soliman donna un assaut. Il fut soutenu avec 
vaillance pendant huit heures ; les Turcs y perdirent trois mille 
hommes , et , en abandonnant enfin le combat , ils se détermi- 
nèrent aussi à lever le siège * . 

L* armée turque, qui avait assiégé Scutari, avait fait une 
perte prodigieuse par les maladies qu'engendrait le terrain 
marécageux où elle était campée. Sabdlico porte cette perte 
à seize mille hommes. L'armée vénitienne n'avait pas mieux 
évité l'influence du mauvais air. Gritti et Bembo avaient été 
envoyés les premiers avec six galères à l'embonchuTe de la 
Bogiana , rivière qui , recevant les eaux du lac de Scutari , se 
jette à la misr entre Duldgno et Âlessio. Pierre Mocénigo était 
venu «isuite au même mouillage, avec la flotte qui avait 
soumis rUe de Chypre ; tous trois tombèrent successivement 
malades, et fnrrat forcés de se faire porter à Cattiffo. Les ma- 
telots et les soldats de marine furent plus exposés encore à 
cette fatale influence. L'armée que Boldù rassemblait en Alba- 
nie , et à laquelle se joignit Jean Czemowitsch avec plusieurs 
braves Épirotes, ne fut jamais assez forte pour se mesurer avec^ 

t Uarimu Uévlettm^ De SeodMwi ««iwgfMMioM. L. U » p. tMi— >€onoliiMt<9epfo« 
0» M. fenêionmi» L. lit, p. mt. 



DU nom àBM. 6ft 

lea Turc&i et tandis fa'elle attandiA; des renfarfai, la maladia 
loi eideyait 1^ soldats qu'elle a?ait déjà. Enfiii les habitants 
de Scatari , aussitôt que Tarmée mosulmane fut partie, eon* 
lurent en foule sur les bords de la Bogiana pour se désaltérer , 
après une privation d'eau si lonj^ et si cruelle; mais un grand 
nombre d'entre eux forent irictimes de l'excès de boisson qu'ils 
7 firent; à peine aTaient-ils étanché leur soif, qu'on voyait 
leurs mi^nbres se raidir, et qu'ils tombaient frappés d'une mort 
subite ^ 

La république de Venise témoigna aux hruTes habitants de 
Scutari, et à leur commandant, la reeonnaissanee cpie méritait 
leur fidélité. Elle fit suspendre le drapeau des premiers dans 
l'église de Saint-Marc , pour qu'il y demeurét en monument 
de la constance de cette Tille , et ette créa ehevalier Antonio 
Lorédano, qu'elle életa rapidement aux fonctions de proté- 
diteur et de capitaine général '• 

147â. — Pendant l'biyer qui suivit le siège de Scutari, 
les Vénitiens cberdiàrent à faire quelque traité stcc les 
Turcs; mais les prétentions du grand-seigneur furent trop 
exorbitantes pour qu'ils pussent s'aeeorder avec lui. En même 
temps ils demandèrent à leurs alliés des secours pour la cam-- 
pagne suivante. Le duc de Milan Içur paya fidèlement le sub- 
side auquel il s'était engagié; le pape, au contraire^ après aToir 
nommé dix cardinaux pour s'occuper de la guerre des Turcs, 
se refusa à y prendre^ part. La république, irritée de cet 
abandon, rappela l'ambassadeur qu'elle avait à Bome '. 

La campagne de 1475 fut marquée par peu d'événements. 
Soliman^ beglierb^ de Romanie, vint mettre le siège devant 
Lépante, forteresse des Vénitiens, dans l'Étolie, à l'entrée du 



& iMr. XauatUrOt Sêot, Venês, p. 1 14 t-i la. — CoHotowi ikpiù. U III p. 36S-S6a* 

— Rayno/d. Ann. EceL 1474, S* <'. 13, p. 3S4.— «. A. SabeiUeo» Dect lU, L. X, f. 290- 
331. — • À»^.Jfia»90i«n^Siar^ rm$*» p. tl4S.^II. 4^ SoMUco. PeMlU, k X» l« 3»2* 

— > Andr. navagiero^ p. ii44. 



7^ HISTOIRE DB9 ^PMtiUfClÈ ITALIENNES 

gcAto dt ODriâthe« D«|mid loiigtem|[>8 lés indrs de cette ^ille 
Q^ auraient point été répiktéêi et ib tôinbâient en rnitie; mais 
flcm assiette «ut* des rotihérft iBsëâi^és , qtd la fermaient du eôté 
un MTd j et qm sorm^Màit uti fioil éhfiteail , Idt tenait lieîi 
d*OQTrag«i de Tai^. Entfè Isés fàthein et le t)6rt , les Vénitiens 
ere^rest deb tosiës déitîère les brêëHès dès inurailles , et ils 
If» appuyèrent de bontetajlis. Cinq cetiti ëheyto-légers Àaient 
mtféB Aine la tille , et lélll^ fihéqbètitcâ isortie^ furent toutes 
couronnées par des succès. Antoine Lorëdano occupait le golfe 
ayee la ficttri vtÉnMéniie^ M it né laisÂSft lûân^tier lépahië ni 
d^ tlvne^ m d'amw, fift ûë tmipëi tNiébes. Apres quatre 
moiflid' ne attaqué iiitttte, Ékfliiilàii fëiSUinaissàùt qu'il n'àyait 
Ùftfc eueim pn^i^^ M tMLxà à le'^f^ le sf%e <. A la fin de la 
mtaie eampëgae, la flotte èttolàMle £t dikë ieiitatiVe sur le châ- 
teft» de (koàMi ditnS rift de LëtnnoÉ j ëdn artillerie fit une 
brèche aux murailles, mais rap^1rtec9ié dé Idrëdano âyec la 
fVNte t^ti^iW ibr|k tel TlirW à se l^etiréi^ *. 

Gependaiit la mtim ifinft, tine iSm AB i'ëpubiiqtiés ita- 
lîeutes fat engagtts, iâéI^ (Èle; ûmii k guerre atec les 
TttMr. lift «élude poiijtftfefif illi^fè (Jaffè en tfriinée, que 
les anHâene BonuMiMIt ThêeéMêié; et ^UH tïËé, h plts puis- 
saiHei db Imm ëeWkiM^ éWII SâM lé tàmM ié plus célèbre 
deitovtle FoM^Ed«tf; Chfli^ dâbetfÉëë plmr dé detix siècles 
SQis II ^mtfefWfmià êm «mm, afâit aèqtris une population 
et me ri<MiSt qol r ^^Uldëftt pÉesqp à M 
des Tartaree^ aà iaSMildes ttàiM dti(p>ll éette titîe était située, 
aTafi nmÊÊta qife U ptmpBtiXS fafiMitk iiéleà^ ât ses pfo- 
ptee si^ettf^ Ca#» éUÊk Hé inafebé âé tdthés léë {^odùctions 
d«Kei«}leb beH^ tâf tm^ hè pëtféfëfiés, sëfaieùt demeura 
sans valeur entre les mains des Tartares, si les marchands 
géopia ne %'étmU préseatés peut les aebeter. Aueude âei 

» m Jnà fléMttféJK héèà m^iklLkm.-^ ^wa^ero. j». iU6, Mais Û rapporta «i 
alèse àVan im.— « *• JLSabelUeo. Deçà m. L. X, t 23^. 



DU ÉOtïn AGE. ^1 

joaissanoes dt U yiè, aucan ptodait de Fart des peuplés plus 
ciyilisés ne parrenait dans ces déserts, autrement que par les 
marchands d'Italie. L'Europe communiquait ayec TOriént 
par l'entremise des Génois de Caff a ; les étoffes de soie et de 
coton fabriquées en Perse, les denrées et les épiceries dcf 
rinde, y parvenaient par Astracau, et lès mines da Caucase 
étaient exploitées pour le compte de^ Liguriens. Lé kan leur 
avait accordé des privilèges extraordinaires : il avait permis 
que les magistrats génois jugeassent tous les procès dé seè 
propres sujets^ jusqu'à une certaine distance de ïeùr ville; il 
les consultait toujours dans la notniriation du gôuvetiièùir dé 
la province, et il montrait une grande déférence pour foutes 
les demandes de cette cité puissante. Le gouvernement de 
cette colonie était composé d'un conseil nommé chaque année 
par le sénat de Gênes, de deux assesseurs et dé quatre juges 
des campagnes * . 

Les conquêtes de Mahomet II et sa haine pour le * nom la- 
tin avaient donné aux Génois de Finquiétude sur leur co- 
lonie. La mer Noire était fermée à leurs vaisseaux, ou du 
moins ils ne pouvûent traverser THellespont et le fiosphore, 
qu en se soumettant aux avanies des Turcs. Ils ne pouvaient 
«lYoyer par mer des soldats à Gaffa, et ils craignaient cepen- 
Amt ^ «eHH^ placé ti'en eAt un pressait besottt. Gefto, ca- 
pitaine d'une compagnie d'aventorierS) lemr offrit de eondaû» 
pat terre en Gfim^ cet^ cottipagiâé qtil ^tit d'ëiiTircifa 6^ 
dncpante cavaliers, pourvu qu'on lui assaràt une paye pr»« 
jKnrtimiiiëe à mm eipédilKm fl «fOetle, et qui le fMiraiil^sait 
plus encore, à cause des ténèbres dont la géographie éta t 
alors eift^loppée. En ^let^ «lefk» sétIM; d'It«lîë fttf lé fYWli; 
il trayersa la Hongrie, une partie de la Pologne^ et epfin une 
partie de la Petite-Tartarie ; «t après un tdyagë de ptaà de 

1 9bertut FoHeia, Genuens, HUL L. IX, p. 696. 



7.2 HISTOIRE DES REPUBUQDIS ITALIENIIES 

dou^Ee GWto miUes, il amena ses cavaliers saiiift et saoli k 
Gaffai 

Ce renfort était peu considérable, et eependimt les magis- 
trats de Caffa, jugeant de leur importance et de leur pouvoir 
par les égards qu'on avait pour eux, avaient provoqué les 
plus dangereux ennemis. A la mort du gouverneur de la pro* 
vince où Gaffa est située, le kan des Tartares lui avait donné 
pour successeur Eminécés (Eminachbi d'après Barbaro) ',. 
que les Génois avaient reconnu. Son prédécesseur avait laissé 
un fils nonmié Séitaces, qui pour s'élever à la place occupée 
par son père, séduisit à prix d'argent les magistrats de Gaffa, 
et réussit à employer leur crédit auprès du kan. Il fit tant 
par leurs instances, parleurs menaces même, que Tempereur 
tartare consentit à destituer Eminécés , et à nommer Séitaces 
à sa place. Mais au milieu d'un peuple de pasteurs, l'autorité 
du monarque était quelquefois peu sentie, et ses ordres pea 
respectés. Eminécés, courroucé contre l'empereur tartare^ et 
plus encore contre les Génois, s'associa deux autres chefs de 
sa nation, Garaimerza et Aidar. Avec leur aide il souleva tous 
les Tartares de la Grimée, et vint mettre le siège devant Gaffa; 
en même temps il fit demander des secours à Mahomet II. Le 



* ^mmrttta^ Origine e impmrio 4ê* Ttirthi, h. U> f. 461, y«« Uno «aire iMMal&vt en 
Génois de Gaffa, pour augmenter leur garnison, avait eu un succès moins benrenx. 
Oaleicio, Pundes magisurats de cette colonie, avait passé en Pologne en iMa, el ob* 
mm du roi Casimir la permission d'y faire une tefée de cinq cent» .c»T«tter»; iMta 
comme il les conduisait vers Gaffa, en U'aviersant les provinces russes qui dépendaieni 
des Utbaaniens, ces soldats, mal disciplinés, brûlèrent le bourg de Bracsbnr. 
Gsartoryski, seigneur de la province, les soivit pour en tirer vengeance» «t les 
atteints sur les rives du Bug, il les massacra tous, A la réserve de Galeauo et des ei-< 
toyens de Gaffa qui l'avaient accompagné. Dhigoêti Hitt» Potoniem. U XIII, p. 8it» 
-r ' Joseph Barbaro, le même qui hit envoyé au travers de la Scyihie è Hnsawi Gasan, 
raconte cette guerre d'une manière un peu confuse. Cependant son long séjour h CaÊU 
Ole la Tawi, od il avait vécu comme marchand presque dès son eofince, si 6onuais<> 
sapce de H langue tartare, et ses liaisons dans le pays» rendent sa relation im des bbo» 
numenu les plus curieux du siècle. Elle a été recueillie par Jacob Gender d'Heroitiberg, 
et imprimée à la suiie de VBitioire de Pern de P. JNsorre, Francfort, fR-/b/.» I6O1, 
sur la prise deCaffia, v. p. 4S3. 



ne w)Tni agb. 73 

flottan, tooiowi empamé de faire nr les chréttiu me con- 
quête nouTelle, envoya devant Gaffa la flotte considérable 
qa*il avait préparée contre Candie. Le siège entrepris par les 
Tartares avait déjà duré six semaines, lorsque Ahmed, qni 
cimuaMiidiit cette flotte, jeta l'ancre devant Gaffa, le 1* juin 
U7$y et planta ses batteries contre les murs de la ville. Les 
lortificatioiis de Gaffii avaient toujours paru inexpugnables à 
des armées tartares , qui ne les attaquaient qu'avec leurs 
sabres, leurs flèdies et leur cavalerie légère; en peu de jours 
VartiUerie turque y fit de lai^ brèdies. Pendant quatre 
jour^ encore les habitants défendirent les brèches ouvertes et 
praticables ; ils signèrent enfin une capitulation qui ne fut 
point observée. Un grand nombre de sénateurs et d'andens 
magistrats furent livrés au supplice; quinse cents enfants fu- 
rent conduits à Gonstantinople, pour être élevés parmi les ja- 
mssaires; le reste des Latins fut transporté à Péra, et la do- 
mination des GéncHS sur la mer Noire fut détruite * . 

Du côté de la Hongrie, Mathias Gorvinus ne répondait 
poidt aux instantes soUidtations des Vénitiens, et ne tentait 
aucune diversion importante. Cependant il prit cette année 
la forteresse de SchalMitaE, qui menaçait la Sirmie, mais il ne 



^& lAdtolw W0mmmui99 Imciui» Eque$ HlerotoL CarUnaHi Pàplemlê epist, mi, 
pi» t78. -^Vbeniu FotietiL L. XI, p. «)7-6t8. P. Bixano. S. P. Q. Gen, HUt. L. XIV, 
p^ zvi,^àto$Uno eiuttiHkmi^ âim. di Gencva» L. V, f. 2S6. ^ Ttveo-Grœdœ Hisu 
foHi. L. I. p. 25.-^ BaynaAi. atnu ilTS, p. ses. Le kan on empereur des Tartares 
éiaU atort Nurdowild, qol avait succédé en 1 466 à son père Eeiiger Gierai {Dlugoss. 
BêiU PoHmieœ» L. xm, p. 408). U régnait encore en i4T8 (ibid. p. S66); mais son an- 
Mvilé était asasK vaaà reconnue. Les liabitanu de Caffa araient engagé, en 1469, son 
frère Meogili-Gierai à se réroller contre lui (Ibld, p. 438). Son antre (Tére Aidar avait, 
an mépris de ses ordres, enTaM la Russie et la Podolie avec une armée tartare en i474 
(tèid, p. »H), et les bourgeois de Gaffa s'étalent aeeootumés à se croire les arbitres 
dea prinees tartares lenrs voisins. La conquête de la Bessarabie par Mahomet II, en 1474, 
asait dû leur Ikire ouvrir les yeux sur leur danger. La prise de Caffa répandit dans 
terni le nord nno consternation d'antani plus grande, que cette ville était le seul point 
deeonBMnicatlon entre les Européens et les Persans, également ennemis des Turcs, et 
que les chrélienftiCBlaiebt le besoin de se ooneerier avec les sectateurs d*All. (Dtugoss, 
Uiêi> Pokm. U Xlll, p. 883.) Mengitt-Gierai, qui ftit trouvé par Admet Giedik dans les 



74 HISTOIRE DBS SLEPÙBLIQUES ITALIENIIES 

pôttà pas ses arines plus avant * . Jié ioutes parts, diez les 
ihuâuliitiânâ comme chez les chrétiens, les peuples étaient 
ëpuisés par une longue guerre, et aucun effort Tigoureùl 
ii*antiohçait plus de grands événements. 

mors d^ Câ^a; où tf tfitilt mis soi» là |)iroteêtioii des (lêooll, et (fiâ hçùt alort 9e 
MalHMiiei II une armée rret Uqoelle il TaiBqait ion (jrâte, fibi le premier kan des Tartatet 
qui reçut rmyestiture des Turcs, et qui fit réciter le nom du sultan dans les prières. 
Demeiriùs CantenOt, BUtoire Ottomane. L. III. cbap. î. S* se, p. fit. -^ * Àtinal EccL 
t47i, S 28, p. 99t. 



Dti itotM Àês. 7& 



tiiiii§iiiiiiiiii i§ miin i timtmMtn»m< H 



ÛHAtitilE tiL 



Gc^ttratidè de Niediad d'B^è h tefraré, de lérôitte èeiitile à Gènes , 
d'OlsM, ViscoDti el Làmptigmoi à MOU. Réf oHiliWs ëàt» TÉtât de 
Milan a|irès la mort de Gaiéaz SIforaa. 



Mé-mi. 



Tandis c(àe h guerre se ralentissait an dehors , et que ieè 
éâtîérehts étais d'Italie ëtâieiii àiris pét Aéi aliiatices qoi 6ém- 
blaiedt âëtoir garantir U paix feMrè etrt , leur cofastitiltion 
hitériétit^e fat ébranlée conp sdi* c6np par plosiears oonsi^- 
ratioiîs. Et trois ans , on en compta une à Ferrare , detix k 
Gènêif tme à Milaii et une fl Florence. H semblait qdé le^ peu- 
ples , fas énÛn de l'oppression soùs laqnelle il^ avaient gémi, 
étaieiit paHônf détermiiiés à briser on indigne jong ; et par- 
tout cependant fis retombèrent sonà lâ chaîne qui îei^ avait 
accablai, tié ne fdrént ni le secret, ni la fidélité, ni la hardiesse 
qôf! tâémqdérent àni conspiràtem*s ; io«s parvinrent à éxécnter 
ce ^'iU avètiëfit projeté, àûctin n'éii tecneitiii le fitiit ; tant 
il ékt difficile de Renverser iin goaveriiement existant, et tant 
rhàbiMde de f obéissance dans dn {>eaple sootierii ta ptns^ 
sitncé deè tjràns inèmé les ptas odieàx. Il ù'esi j^biià isie 
^MMàtë accâser t(ne ttatiOQ de faiblesse et de pàslllaifi- 



76 HISTOIHE DES fiEPtJBUQCES ITALIKNNES 

loité» en ndsoQ du joug qu'elle a snppoité. Lorequ'en voit des 
milliers d'hommes obéir à un seul, contre kar mftërêt^ contre 
lear sentiment, lor8qu'o^ les voit se soumettre à des eapriees 
qu'ils détestent, ou devenir les instruments de passions qu'ils 
ont en horreur , on ne peut s'empêcher de leur reprocher de 
servir là où ils pourraient oonunander, et de ne pas mesurer 
leurs forces avec la faiblesse individuelle de celui qu'ils crai- 
gnent. Sans doute il serait heureux que ce préjugé s'établit 
dans l'opinion , et que la honte s'attachât à tonte espèce de 
servitude* Peutrètre les peuples feraienl^iis alors pour Ihon^ 
neur ce qu'ils ne font pas même pour la liberté. Cependant ils 
ne serait point juste de condamner une nation en raison seu- 
lement du* joug qu'elle a supporté. Il y a tant de puissance 
dans l'organisation sociale, les forces de tous sont si bien di- 
rigées par le despote contre chacun, que pour peu que odui-d, 
ou que son ministre, soit habile, courageux et vigilant, il est 
toujours à temps d'accabler ses ennemis découverts par les 
bras mêmes de ses enn^oûs secrets; en sorte que la nation la 
plus noble et la plus généreuse n'est pas assez forte pcmr se 
défaire à force ouverte de son tyran. La seule ressource des 
conjurations demeure au patriote, qui avec ses faibles moyena 
personnels veut entrer en lutte avec l'homme qui dnpose de 
la poUce^ de l'armée et du trésor. Plusieurs, cédant à une noble 
répugnance, s'écartent de ces entreprises, parce qu'ils y voient 
quelque apparence de dissimulation et de trahison ; tandis 
que d'autres prétendent que l'extrême danger ennoblit les 
moyens les moins relevés, et que l'assassin d'un tyran doit 
avoir plus de bravoure que la grenadier qui enlève une batte- 
rie à la baïonnette. Le préjugé des premiers cependant affai- 
blit encore le parti des conspirateurs. Souvent il écarte d'eux, 
au moment du danger, ceux qui, la veille, semblaient parta- 
ger tous leurs sentiments ; et l'homme audacieux qpx s'est 
rendu roi|;ane dea volontés de tout un penj^e, et l'instnttnent 



de ses Tengeanoes, périt sar réchafand par ks mains de ceux 
mtenea qu'il a servis. 

L'histoire d'Italie, où les éyénements se pressent et efaccn- 
mutait, où tontes les passions ont à lenr tonr nn libre essor, 
où toutes les institutions se combinent de mille manières, 
nous présente sons des faces yariées ces efforts des peuples et 
dea indi?idus pour secouer le joug de la tyrannie. Nous y 
Toyons tour à tour des révoltes onyertes et des conspirations \ 
nous y voyons conjurer tour à tour en faveur d'une race 
royale, ou d'un scmverain regardé comme plus légitime, et en 
faveur de la république ; nous y voyons toutes les luttes , 
oelle de la loyauté dévoua, celle de la fière noblesse et celle 
de la liberté. Malgré les principes divers qui servent de fon- 
dement à la pcditique de chaque homme, il n'y en a aucun 
qui ne doive trouver dans le nombre une conspiration qui lui 
paraisse l^itime ; il n'y en a aucun qui ne doive s'associer de 
cœur à qudqu'une des entreprises tendantes à rétablir ou la 
royauté de l'ancienne dynastie, ou l'aristocratie antique, ou la 
liberté, ou le règne glorieux d'un grand condottiere, ou la 
domination de l'Église ; il n'y en a aucun qui ose considérer 
le pouvoir, quel qu'il soit , comme toujours également sacré ; 
^ im sfflitiment plus libéral devrait lui apprendre que toutes 
les conjurations méritent nn certain degré d'admiration, lors 
même que le but que se proposent les conjurés les rend cou- 
pables à ses yeux ; car dans toutes il y a un grand sacrifice de 
soi-oièiBe à un intérêt plus relevé que sœ, un grand dévoue- 
ment de sa personne à une noble cause, un grand et effroyable 
danger bravé pour de lointaines espérances. 

Entre les conjurations qui ébranlèrent l'Italie en 1 476 , la 
première, il éclater fut cdle de Ferrare. Nicolas d'Esté, fils du 
marquis Lionnd, vivait alors à Mantoue auprès de son beau- 
frère; de nondM*6ux énûgré&de Ferrare l'y avaient suivi; ils le 
regardaient eonmie le reprâientant et le légitime héritier de 



28 HISTOIRE DEI^ |Lél>U:^lJ;^SS ITALIEliniES 

la maison d^Este , et ils lui persuadaient que tout ^ fmfis^ 
parts^çf(|t \^m ^ttact^eppiei^t leurs regrets. Dap^ ^tte cpn* 
&^fi;Cç^j l^icola^ cherchait lea i^qjfeits de rentrer ê^ Verram» m 
doutant pas que, s'il frandussait une fois les Tmnk de cette 
yille , il n^ fÇlt aussitôt salué psjr topt le peuple msfsm Mm? 
yerain. 1 476. — Le marquis de Mantpue, sm bedArfrèie, Isl 
permettait de rassembler des soldats dans ses état^, et fialéav 
àfo^z^^ toi^qurs jalqax de §es Toisins, enc<m qii*il ii*eût poîiil 
de projets cp^trf^ miy Iv^ fournissait de l'argent , ^\ \a^ psor 
mettait dfs seçoqr^. Cep^dant la ville de F^rigr^^ se trouiriâl 
a^pidenteUeppient puyert^ ; on i^vai^ abattis une pstrlîe é&^ 
murs pur \<^ rebâtir sur un nouveau plan ^ Nico^ ^t i^ 
struit jour p^ jo|ir de ce qui se passai à la oour da spn, (m<te. 
Il sut guc le r"^ septembre 1 476, Hercule F" sortirmt 4^ bww 
heure de la ville pour se rendrç à sa maison de ^ekiguajpdQ) 
et Ij^ pi.éme jour il arr|ve| de Mautoue à Ferrare avec>. çpq ^tmcr 
seaux pprtant si^ c^nts hommes d'infanterie. U entra p^ te 
brèche ^i^'on fsâsait aux murs en les rebâtissant, et il p^i^r 
CQUri^t ai^Uàt les ruç^, en f^apt répéter deva^t Wî $m m 
de guerre : La voile 1 £u même temps il promit au p^^rii^ djç 
lui rendre l'abondance, tandis que la mauvaise admiimtratîoft. 
d'Hercule avait augmenté le prix du blé ; 11 annmiyQa l'arrivée 
d'^nc iprmée de quatorze mille hommes que le duc dfi Wsm 
et le marqi^is dfi Mantoue lui avaient donnée pour le seconder» 
et il iuvita sc$ concitoyens à prendre les a^mes, sans atteaflr^. 
que des étrangers les cojitraignissent k reconnaiUre l^ur 14#r 
tîme souverain. : 

Don Sigismond, frère du duc, dès la premier^ n$^|ivelle 
qu'il avait eu^ du tumulte, s'était enfermé en hâte a# ^t^f^ 
vieux , avec dona Léonore d'Aragoa, sa femme ; i«pi il ny 
avait pas des viyçes pojifr t^oi^ îours. 9erci4Q^ à^. diii% 
ipjfvî» «itaient «popoé VwV^ 41^9)^ <^°d^ noialfinM» % 



DU MOTER AGE. 79 

• # • » 

Fçrrare^ ^renonçait déjà à Tespéranoe de reprendre oej^ yille, 
et il rassemblait seulement ses soldats à Beggenta et à LogQ. 
pour défeadre ces deux forteresses. Cependant aucun Ferra- 
rais n'avait encore pris les armes pour se joindre à Nicolas. 
Celui-ci ^ qui ay^it parcouru vainement toutes les rp/es ejff, 
appelant le peuple à sou secours, commençait à perdre cou-r 
rage. On avait compté les soldats ^ui le suivaient, et on mér 
prisait leur petit nombre ; on ne voyait point arriver Tarm^ 
qu'il annoi^çait, et Ton n'ajoutait plus de loi à ses parjpjes. 
Sîgismond, témoin du peu de succès de son adversaire , sortit 
à cbeval du château , et appela à son tour les Ferrarais à la 
défense de leur souverain. Il parcourut le Bojrgo del Jieone 
et la grande rue de la Giuc^ecca, et tous leurs habitants s'ar-: 
mèrent à sa voix. A mesure que Nicolas voyait le peuple f'a- 
meuter, il abandonnait un quartier après l'autre, ^ans tenter 
de combat. Enfin, reconnaissant que son entreprise était dér 
sespérée, il sortit de la ville, traversa le Pô, et s enfuit avec sii 
troupe. Biais les paysans , déjà soulevés contre lui , veillaient 
à tous les passages pour T arrêter. Il tomba en effet entre 
leurs mains avec la plupart de ceux qui l'accompagnaient, e\ 
fut reconduit à Ferrare. Le duc Hercule , son onde, lui fit 
immédiatement trancher la tète, aussi bien qu'à Azzo d'Esté 
son cousin ; vingt-cinq de ses compagnons daines furenf 
pendus ; tous les ennemis du duc Hercule furent frappés d'ef- 
froi, et sa succession, affermie la même année par la naissance 
de son fils Alfonse, ne fut plus contestée * • 

1 Warto Ferrarese. T. XXIV, p. 2S0-2Si. —Dimio Sanete dl àUegreiio AUegrettL 

^, jXXIU, p. 116.— JQan-BapUste PigDi,qoi 4Mia, jw.aT3, t^ lUstoire 4m prtocw 

d'Asie à Alfonse jj, la termiae au 'il juillet i476, par la naissaDoe du fils d'Hercule, qu^ 

fut depuis Atfoùè l. Il s'arrête cinq semaines avant la mort de Nicolas, qu'il regarde 

mm doate hii-méme comme une taohe pour la mémoire d'Hercule. Pigna esi un flat- 

.jlçvrde.içi j)niHWS« «t,ttB liittorien médiile ; loiite.la pnoBièn ptrtie de son histoire 

jD'eit pas' moins Jalïuieuae que la gi^néalogio insérée presque à la même époque par 

9einQi(«ieile.T«w>d«Mi€ttin.poaioM.lluftlMqittiN demliii iinw^ qui ooiiipraioeiit 

Je» HMiÉii^^HJi i4il«».Miat 4fiio 9mA Kwm pot» I^OMhro «Mitt»; Qi tOM éorlla 



M HISTÔtftË DfiS miPUBLIQUSS ITALnSNRES 

lÀê ptemean moayements contre Galéaz-Marie Sforza, Sac 
de Milan, éclatèrent à Gènes, et ils f nrent presque simultanés 
avec la conjuration de Ferràre. Par le traité que Gènes ayait 
fait avec le dac François Sforza, en se donnant à lui, cette 
république, loin de renoncer à sa liberté, semblait l'avoir 
affermie. Elle avait, il est vrai, admis dans ses murs un 
gouverneur milanais et une petite garnison ; mais cette force 
étrangère suffisait justement pour réprimer les mouvements 
tumultueux des factions , et empècber ces révolutions , ces 
convulsions fréquentes, qui dans les années précédentes avaient 
épuisé la ville d'hommes et d'argent. D'ailleurs, le duc s'était 
engagé à n'augmenter ni le nombre des soldats, ni les forti* 
fications de la citadelle. 

n recevait annuellement de Gènes un tribut de cinquante 
mUie ducats, et cette somme suffisait à peine à la garde de la 
ville et des forteresses. Non seulement il n'avait pas le droit 
d'augmenter cette contribution, il ne pouvait pas même inter- 
venir dans sa perception. Quant à la législation, à l'adminis- 
tration de la justice, à tout le gouvernement intérieur de la 
ville, il n'y avait absolument aucune part * . 

Aussi longtemps que François Sforza vécut, ces conditions 
furent religieusement observées. Galeaz, son fils , était trop 
inconséquent dans tous ses projets, trop vaniteux et trop em^ 
porté, pour Tesptcter longtemps les lois auxquelles il s'était 
soumis. GependttDt comme il n'était pas moins pusillanime 
qu'arrogant, souvent il s'arrêtait tout à coup dans une entre- 
prise injuste et offensante, et il cédait à la crainte, après avoir 
bravé les représentations de son peuple. Les Milanais, auridUea 

desquels il vivait, ne souffraient pas seulement de ses défauts 

» 

avec éUgance; lef éTéB e m eatt des lulret parties de rgurofie, et sartom eeus qui se 
rapportent à la maison d^Bste on Allemagne, sont introduits avec art, et lorsque la 
gloire de la maisoadIBste n'y est pas eompromise, les faits sont jugés avee une asses 
bonne critiqneet «lei dteparliiUA. ~ ^ AMmii 60m Qmment, Mr* G§mmu* ob 
mno i«7«, oa mm^ i«T8, A«r, iiaUq. T. XXUI, p. 9«3« 



DU MOTSH AGE. 81 

epmme^ sooverfiiQ, mais de ses \ices domestiques, ât dftau- 
die portait te trouble dans toutes les familles, et sa cruauté, 
excitée par la moindre résistance, n*était satisfaite que par 
d'affrenx supplices. A Gèoes, on était moins exposé à cette ty- 
rannie de détail ; et quoique le contrat entre le prince et la 
république fût violé, et que les Génois se regardassent en con- 
séquence oomme dégagés de leurs serments, les plus riches re» 
doutaient une révolution qui pouvait les ruiner, plus que les 
abus passagers de pouvoir auxquels ils espéraient se soustraire. 

Cependant la ville entière avait paru vivement blessée du 
mépris que lui avait témoigné Galéaz, lorsqu'on 1471, il avait 
passé à Gènes, au retour de son somptueux pèlerinage de 
Florence. On avait préparé les fêtes les plus splendides, les 
présents les plus magnifiques pour le recevoir. Il affecta de 
rendre cette pompe ridicule, en paraissant couvert d'habits 
misérables ; il refosa les logements qu^on lui avait préparés, 
et il alla s'enferiner dans le château, ou il sembla se cacher 
avec crainte. Enfin, au bout de trois jours, il quitta Gènes sans 
ravoir annoncé et comme un fugitif ^ . 

Après avoir excité le mécontentement de cette ville puis- 
sante et peu accoutumée à supporter des mépris, Galéaz ne 
songea plus qu*à F enchaîner de manière à étouffer en elle 
pour jamais tout esprit de liberté. Le projet qu*il forma pour 
y parvenir est remarquable. Au-dessus de Gênes, à l'extrémité 
de la montagne escarpée qui sépare les vallées de Bisagno et 
de Polsevera, était située la forteresse du Gastelletto, où le 
duc de Milan entretenait garnison. Galéaz ordonna qu'une 
chaîne de fortifications fût prolongée de cette forteresse jus-^ 
qn'lilamer. Un double mur, garni de redoutes, devait couper 
la ville en deux parties égales, qui, toutes les fois que le gou- 
verneur le voudrait, n'auraient plus aucune communication 

1 ântonù GaiU de Ueb. Gemmi^ Çmameni, p. mn'^Vktrtl t^ttet» Gemtens, 
Bittor, L. XI, p. 62S. 

vil. 6 



82 HISTOIHIS DBS HEPUBLIQUES ITALlEKIfES 

entre elles, et pourraient être opprimées séparément. Déjà l'ali- 

gnement des mars et des tours était tracé sur le terrain, et les 

ouvriers^ 3ou8 les ordres du lieutenant du duc et en sa présence , 

commençaieat à creuser les fossés. Les citoyens frémissaient 

du sort qui leur était réservé, mais ils ne faisaient rien pour 

le prévenir , lorsque Lazare Doria ordonna aux ouvriers, au 

' nom de la république, de suspendre un travail contraire aux 

' lois et aux traités, et arracha de sa main les jalons qui leur 

' servaient de règle. La foule applaudit ayec transport à cet acte 

de vigueur; les ouvriers s'arrêtèrent, et le lieutenant du duc, 

craignant un soulèvement, se retira dans le château ^ . 

Lorsque la nouveUe de cet événement fot portée à Milan, 
Galéaz Sforza éclata en menaces et en imprécations ; iY or- 
donna que la ville de Gènes lui envoyât aussitôt huit citoyens 
les plus distingués de Tétat. D'après la violente colère qu*il 
avait manifestée, on ne doutait pas qu'il ne les destinât au 
supplice ; au contraire, une terreur subite avait calmé son ir- 
ritation : il les accueillit avec bonté, et les renvoya sans leur 
avoir fait aucun mal. Cependant il avait rassemblé trente mille 
hommes pour envahir la Ligurie. Résolu à ne point laisser 
de chef aux Génois, il avait fait enlever , à Yada , Prosper 
Adorno , et, sans accusation, sans examen, il l'avait fait jeter 
dans les cachots de la forteresse de Crémone ; puis tout a coup 
il renonça à son expédition, et licencia toutes les troupes qu'il 
avait réunies. 

Les diverses résolutions tour à tour embrassées par Galéaz 
étaient toutes connues à Gènes ; On avait su toute la violence 
de sa colère, et Ton n'avait aucune garantie de la durée de la 
modération qu'il af&ctaîi. Aussi de toutes pails on achetait des 
armes, on faisait des préparatifs de défense, et l'on s'encomra- 
geait à maintenir la liberté, si elle était attaquée. Pendant que 

1 p. Blsano/Sen. Pop» Q* Genuens, i^Utût. L. XIV, p. 3^. ^AgosUno hiutiiiHani, 
JTUl. di Getwva. h. V, f. 32«. EB. 



DtJ MOTSH A6S. 83 

tout le peuplé attetidait les éténements avec endnte, Jérôme 
Gentile, fils d* André, jeune négociant d* une fortune aisée, qui 
n'ayait aucun sujet personnel de plainte contre le gouverne- 
niait, résolut de s* exposer le premier, pour rendre la liberté 
i sa patrie. Il rassembla chez lui, dans le faubourg, au mois de 
juin 1 476, un grand nombre de gens arm^ : il entra de nuit 
dans là yille parla porte de Saint-Thomas, doot il s'empara, 
et il parcourut les rues en appelant ses coucitoyens aux armes 
et à la liberté. Un grand nombre de Génois se joignirent en 
effet à lui, et en peu de temps il se rendit mdtre de toutes 
les portes ; mais il tarda trop à attaquer le palais public. Pen«- 
dant ce temps, les sénateurs 8*7 rassemblaient sous la prési- 
dence deGuido Yisconti, gouTerneur de la Tille. Ceux qui s'é- 
taient joints d'abord à Gentile craignirent alors d'être con- 
damna comme rebelles, par l'autorité qu'ils reconnaissaient 
pour légitime ; ils s'évadèrent, à l'approche du jour, les uiis 
après les autres. Gentile, né se trouvant plus assez fort après 
leur désertion, se retira en bou ordre vars la porte de Saint- 
lliomas où il se fortifia ^ 

Huit capitaines du peuple avaient été nommés par le^ sénat 
pour chasser Jérôme Gentile de la ville. Environ trojs cents 
bommes avaient pris les armes par ses ordres, et marchaient 

* à l'attaque de la porte Saint-Thomas. A peine restait-il à Gen- 
tile trente hommes autour de lui, mais c'étaient tous des sd- 
dats déterminés; tandis qu'il n'y avait pas un de ses adver- 

* taires qaà ne le combattit à contre-cœur ; aussi peu s'en fallut 
' que les capitaines du peuple ne fussent fedts prisonniers ^ et 

qM feor troupe ne fût dissipée. Sur ces entrefeites, les chefs 
des arts et métiers s'oHHrent comme médiateurs ; Jérôme Gén- 

* ttle necq^ta leur arbitrage, mais en arertissant ses compa- 

» 

1 AntonU Gatà De rebut GenMent. p. 9n.-^Vberti FoSeta GenuetU' ''Ul. L. XI, 
it. 6^t.-P. Blzafii B^su GMmOt, t. XtV, p. 332.- Jfifôi/. CiminkuiL L. V» (. 
229, L L. 



84 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIENINES 

triotes ^qu'ils ne tarderaient pas à regretter Foccasion qu'ils 
laissaient échapper. Il demanda ensuite qu'on lui remboursât 
sept cents ducats que ses préparatifs lui avaient coûté, et qu*il 
avait déposés, dit-il, pour Tayantage de la république. Après 
les avoir reçus des mains des trésoriers publics , il rendit la 
porte aux capitaines du peuple, et il se retira ^ 

Lorsque la nouvelle de cette singulière capitulation fut 
portée à. Milan, Galéaz témoigna beaucoup de colère de ce 
qu'on remboursait à un chef de factieux l'argent qu'il confes- 
sait lai-mème avoir dépensé pour troubler Tétat. Cependant 
il confirma l'amnistie qui avait été publiée par le sénat ; et s'il 
cachait le dessein de revenir en arrière sur cette grâce, il n'eut 
pas le temps dé le faire. Galéaz n'était pas dépourvu de tou- 
tes les qualités qui avaient brillé dans son père ; il entendait 
fort bien la discipline militaire et l'administration civile de 
son état; il avait su établir dans le Milanais uue subordination 
plus rigoureuse qu'aucun de ses prédécesseurs. La justice était 
rendue avec soin dans les tribunaux, et la sûreté publique était 
maintenue par une police sévère. Galéaz avait de l'éloquence 
dans les discours , de l'élégance dans lés manières , et quand 
il le voulait, il savait réunir tous les dehors de la bonté à une 
majesté imposante ; mais il joignait un faste extravagant à une 
cupidité sans bornes : il avait dans le caractère une méchan- 
ceté qu'il exerçait de préférence sur ceux qui avaient paru ses 
amis; il se plaisait à les abaisser d'autant plus qu'il lefil avait 
plus élevés ; jamais on ne l'avait vu constant dans aucune af- 
fection, et l'on pouvait toujours présager d'avance la' chute 
prochaine et lamentable de celui qui était le ^plus en &veur 
auprès de lui, encore qu'il n'eût d'aucune manière provoqué 
sa colère. Avide de tous les plaisirs des sens, se plaisant à bra- 
ver les mœurs et les lois de la société, il portait la déscdalion 

t Anlonli Gain De rebut Genuens, Comment, p. 26S. — Uberti FoHetm Genu9 nt» 
BisL L. XI, p- 633. 



DU MOmi AQE. 85' 

ei le déshonneur dans tontes les familles ^ Ses débauches ne 
le contentaient point encore, s*il ne savourait le désespoir des 
pères ou des maris dont il avait souillé la maison. Il se plaisait 
à les rendre eux-mêmes ministres de leur propre déshonneur : 
il abandcmûait à ses gardes les femmes qu'il avait enlevées à 
leurs maris, et il publiait ensuite; leurs outrages^. 

Parmi ceux dans la maison desquels iSaléa^ Sforza avait 
porté le déshonneur étaient deux jeunes hommes de famille 
noble, Carlo Yisconti et Girolamo Olgiati, dont Vesprit avait 
été préparé par leur instituteur à détester le jôug de la tyran- 
nie. Ils étaient liés avec Jean-André Lampugnani, que le duc 
avait injustement dépouillé du patronage de Tabbaye de Hi- 
ramondo ^. Tous trois avaient suivi en commun les leçons 
de Colas de Montani de Gaggio, Bolonais, qui, vers l'an 1 466, 
ouvrit à Milan une école d'éloquence. On prétend qu^aupara- 
vant il avait donné des leçons à Galéaz lui-même, et qu'il l'a- 
Tait puni plus d'une fois avec la sévérité pratiquée dans 1* an- 
cienne éducation. Galéaz, devenu souverain, voulut se venger 
sur son ancien maître des châtiments de son enfance par une 
peine semblable, et il lui fit donner le fouet sur la i)lace pu- 
blique *. Montano n'avait pas besoin de cet affront pour dé- 
tester la tyrannie. Nourri de l'étude de l'antiquité, il ne perdait 
jamais l'occasion défaire remarquer à ses élèves que toutes les 
yertus qu'ils admiraient dans les grands hommes de la Grèce 
et^de Borne avaient été développées par la liberté; qu'une 
, pf^trie libre encourageait tous les talents, tous les genres d*é* 
iiergie 5 tous les. progrès de l'esprit , parce que toute espèce 
4e grfuddeur dans ses dtoyens était toujours employée pour 



» , 



1 ÀtUonii GaUi De reb..Gen. p. 268. — Bem. GoHo, aHU Mit P. VI, p. 982.—'* Al- 
tegretiû AÛegretti, Diari Sanesi' T.XXUI.p. ill. — ^ MaechUwelU. L.VU,p. 840. ^ 
ÂUêgretat Uori SanesL T. XXUI, p. 777. — Biario Ferrarete^ T. XXIV, p. 254. Hais 
Ripamonlius attribue à Visconii ce que les autres attribuent A Lampugnani. EUt. MedioL 
L. VJ, p. 630. -; * Giùvio, élogi degU Voiftini Hlimru h' lU» P* tih — TiraJboschù 
h. m. cbap. V, S 28, p. 98. 



N 



8& HI$TOIRE DES BiPUBLIQClSS ITALIJSHNfiS 

raTmfage dé tous, tandis qa'sn tyran, jaloox de tonte fecœ 
dont il ne disposait pas, s'occupait sans cesse à contenir, à téh 
primer on à détruire des talents, une énergie on une profon- 
dair de caractère qn*<m pouvait un jour toorna* cmitre Im ^ . * 

NicoUis de Montano voulait que les jeunes gentiisluNnmes , 
pour se rendre dignes de la liberté, apprissent à commander 
les années* Il avait engagé en conséqpience Olgiati et quelques 
antres k faite Tapplr^itissage de l'art de la guerre sous Bar- 
tfaâemi Goléàili. Les parents de ces jeunes gens , qui crai- 
gnaient plus qu'eux les fatigues et le danger^ avcdent été outrés 
de colère de ce qn^nn maître d'éioqpence avait fait de le»ps 
fils des soldais. Montano , ballotté entre le <»*édit des parents 
et celui de ses disdpLes , avait été tour à tour exilé puis ra^ 
pelé , emprisonné puis accueilli avee transport, et il devenait 
plus cher à ses âèves par les persécutions qu'il avait subies 
pour avoir voidn former leur âme autant que leur esinrit ^. 

Galéas cependant avût mis le ^semble à la baine du peuple 
par les supplices cruels qu'il avait récemment ordonnés. Il 
avait fût entorer vivantes qnelquesHiiies deses victimes; il en 
avait forcé d'autres à se nourrir d'excrémeâts fanmdns, et les 
avait fait mourir lentement par cet eUfrojéiAe régime^ il avait 
mêlé des plaisanteries féroces aux supplices qu'il ordonoaîtf il 
avait comblé le déshonneur des femmes nobles qn'il avait sé- 
duites, en les Uvrant pd^nement à la prostitution ' . Jéréme 
Olgiati comptait une sœur autrefois chérie parmi les victimes 
de la brutalité du tjran. Jugeant de rkritatton universeHe 
par la fAeime , il re<Aercba Laœpugnani , et lui proposa jâe 
mettre fin à une tyrannie insupportable, et de pwir Sf^ri» 
de ses crimes. Bientôt ils s'associèrent Charles Yisconti, et ils 
se lièrent par des serments mutuels. C'était dans le jardin de 



1 MaetHameUL L. Vif, p. 34S.— fffterli» FoUêUl L. XI, p. 6S3.— ' TlraftofcM, SUfrta 
deUa L0ttef, itoL L. IU« ehyp. V, S SS» p. 9M. — > Ios0pîa RipamontH Hist. MedioL 
L. VI, p. 6W. 



DU BiaY^N i^G£. 87, 

la'baaîiîqiie'iie Smuitr Ambroisie, igiiffi t^irent lepr. pcomière^ 
coafëreaos, Xpas les détails de cet évéoemeat^ et, cejipii c^t^ 
bi€^ii plaa lâeinarquaUe, tous l^ sentimeots du priucipftl cou-» 
juré SMN» iKHQj; fi^lemeot rcitrao^ par Olgiati loi-méiine.daps 
unerelation qa*4 écrivit pea de jours après. « Au sortir de 
« eetlecoB£ér6iiee).ra.eoote-t-il, j*eatrai dapsl^ temple, je me 

< jetai «Ki çieds 4e la statue du saint poutife qu'on y révère, 
« etîe biî adreasai cette prièipe : Grand samt Àmbjroise, sou-^ 
« iiende^êette vUle, je^pérunce et gckrdien du peuple de Milan, 
« .^ Uipu^eit ,que te$ cmdtçy^ns, que tes e^fanU Qut formé 
« p9ur repousser loin d'ifii la tyrannie, l'impure lé et deA dé-- 
« fauches monstrueuses^ ust digne de ton approbation, Âois- 
« nous favorable ou milieu des hasards et d^ dangers ousc^ 
« quels mms nous ^^oposons pour la délivrance de la patrie. 
« Après avoir prûé, je retourpai auprès de mes compc^uonsi 
« et je les exhortai à prendre courage, les assurant qt|e je npie 
« sentais plus rempli d*espérance et de force depuis que j'avais 
« invoqué en faveur de notre entreprise le saint protecteur de 

< mrira pataritt. Pendauri; ifis jours qui suivirent nous nous ex^r^ 
• ç&iDesàreaienmeav«c despcâguards pour acquér^ 
«ilUé^ nous Aecoutumer à T image du péril que nous allioos 
«•farai».%.;.i. La dixième beure de la nuit avant le jour de 
« -Smui-Étieniia, désigné pour! exécution, nous nousxasç^n- 
« blêmes encore une fois comme pouvant ne plus uqus revoir,^ 
«^NQi»ar9ètàBM» rbeure ou nous entreripns ensepiUe dans Ici 
« jtenple, h nÉJe< dont chaouaserait chargé, et tous k^ détails 
« ée rcxécatioiiy autant qu'on pouvait prévoir des choses qui 
« dépendaient en partie du hasard- Le lendemain, de grand 
« mi^Uy Bons nous rendîmes dans le temple de Saint-Etienne ^ 
« no«a 8^[>plièmes ce saint de favoriser la grande action que 
« nous devions accomplir dans son sanctuaire, et de ne point 
« s'indigner si noUs souillions ses autels par du sang, puisque 
« ce sang devait accomplir la délivrance dé la ville et de la 



HISTOIRE 0£S REPUBLIQUES ITAUEUNES 

« patrie. A la suite des prières qoi sont oonteiraes dans le 
« ritaaire de ce premier des martyrs , nous en récitâmes ane 
« antre qu'avait composée Charles Yisoonti; enfin nous'as- 
« sistàmes au sacrifice de la messe , célébré par rarchiprètre 
« de cette basilique ; puis je me fis donner les défis de la 
« nunson de cet archiprétre, pour nous y retirer*. « 
' Les conjurés étaient daus cette maison auprès du feu , car 
an froid violent les avait fait sortir de l'élise, lorsque le bruit 
de la foule les avertit de l'approche du prince : tétait le len- 
éemain de Noël , 26 décembre 1 476. Galéaz , qui sœiblah re- 
tenu par des pressentiments , ne s'était déterminé qu'à regret 
à sortir de chez lui. Il marchait cependant à la fête, entre 
rambassadeur de Ferrare et celui de Mantoue. Jean-André 
Lampugnani s'avança au-devant de lui, dans l'intérieur même 
dû templcf, jusqu'à la pierre des Innocents. De la main et de la 
voix il éwtait la foule. Quand il fut tout près de lui, H porta 
la maûï gauche , comme par respect, à la toqué queGaléaz 
tenait à la main; il mit un genou en terre, comme s'il voulait 
lui présenter une requête, et en mteie temps de la ditHte, dans 
kqueUe il tenait un court poignard caché dans sa manche, il 
le frappa au ventre de bas en haut. Jérôme Olgiati, au même 
instant, le frappa à la gorge et à la poitrine, Charles Yis- 
oonti à l'épaule et au milieu du dos. Sforza tomba entre les 
bras des deux ambassadeurs qui marchaient à ses côtés, en 
criant : Ah! Dieu! Les coups avaient été si prompts, que ces 
ambassadeurs eux-mêmes ne savaient pas encore ce qui s'était 
passé ^. 

Au miunent où le duc fut tué, un violent tumulte s'éleva 
dans le temple : plusieurs tirèrent leurs épées ; les uns fuyaient , 

*■ Ctmfeêtio Hieronyml OglUufmorienUt,apud tapanumUwn BUioria MedioL L. vi, 
p. 649. —' Anton, Gain Be rebut Genuens» p. 269.'^MaechiaveUi Ut, L. Vil, p. 354.— 
Vbertut FoUeta, Gen, tfixf.L. XI, p. 6)3. —AnL de nipalta. Annal, Placent, T. XX, 
p. 9SS.— «oi*. Pamaue jUtonym. T. XXII. p. 94T. — Bhn, OovIù* P. VI, p. MO. Corio 
6Uii don lui-même au nombre des pages qui suivaieni G#léai. 



DU MOYB» AQE* : 89 

d'antres ûccoondent , personne ne eonmôBSiit eikom^ «a le 
but ou les forées dès conjurés. Mais les giurdea dn doc et ses 
cwirtisans, qui avaient reconnu les meurtriars, s* animèrent 
bieidftt à lénr poorsmte. Lampugnani, en Yoolant sortir de 
f é^fise , se jeta dans un groupe de femmes qui étaioit à ger 
noux ; leurs habits s'^igagtoent dans ses éperons ; il tomba , et 
un écuycar nuiure du duc l'atteignit et le tua. Charles Yisconti 
fiât arrêté nn peu plus tard, et fut aussi tué par les gardes du 
doc. Jérôme Olgiati sortit de l'église et se présenta chez lui ; 
Biaàs scm père ne voulut pas le recevoir, et lui ferma les 
portes de sa maison. Un ami lui donna une retraite, où il ne 
fot pas longtemps en sûreté. Il était , dit-il lui-même , suï* le 
point d'en sortir, et d'appeler le peuple à une liberté que les 
Ifilanais ne connaissaient plus, lorsqu'il entendit les vociféra- 
tiams de la populace, qui traînait dans la boue le cor^ déchiré 
de sont ami Lampugnani ; glacé d' horreur, et perdant courage , 
il «Itendlt le moment fatal où il fut découvert. Il fut soumis à 
me effiroyable torture; et c'était avec le corps déchiré, et les 
os disloqués, qu'il composa la relation circonstanciée de sa 
conspiratiim qu'on lui demandait , et qui nous est resiée. Mais 
oeftte espèce de confession écrite entre la torture et le supplice, 
par l'ordre de ses juges, et ftous les yeux de ses bourreaux, est 
animée de ce même courage, de cette même confiance dans la 
justice de sa cause qui ont immortalisé les plus grands hcHaoaUes 
de l'antiquité. Il la termine par ces mots : « A présent, sainte 
« mère de notre Seigneur, et vous , 6 princesse Bonne! je vous 
« implore pour que votre clémence et votre bonté pourvdent 
« au salut de mon âme. Je demande seulemeut qu'on laisse à 
^ « ce emrps misérable assez de vigueur pour que je piûsse con- 
« fesser mes péchés suivant les rites de l'Eglise, et subir ensuite 
« mon sort*. » ' 

1 Confe$$lo Olgiatk opud KtpcamniUmi* UiHw. Me<Ùo(ani, h. VI, p. ^0. ia GrœvU 



90 < HISTOIBE pES JH&PUBUlQiUXS ITALIElinES 

Olgîati éteît alors isg^de mng^réwt aa»^ il fut eondaquoë 
^ ^re teiHiilIé^t eoafé vivant eaisoixieaux* iiiosSifiii de €€8^ 
atroGe$ douleurs, un prèt^ Tex^tiortaU àse repeotir. «* Jeaaia, 
« i:^prit Olgiati , que j* ai mérité , par beauecKip 4e ùxAe» y ieas 
<t tQunnanits, et de plu» grand» eaeoi^e, si biob faible 4xmf»: 
» pouvait les rapptMter. Mai», quant à la belle aetiou fM>ur 
« laquelle je h^uts , c'est elle /qui soulage b» couseieBoe ; ioia 
« de croiiTjp que j'ai par elle mérité ma peine, «*esteu>dleqae 
« je me confie pour espérer que le juge suprême me pardou-*. 
« fiera am autres péchés. Ce s'est point une eupîdilé ooupald^ 
« qui mia porté à cette action , c'est le> seul désip d'6ter dm 
» milieu de nous an tjrran que noss ne pouirions plus sup* 
« porter. Loin de m'en repentir, ei je devais dix fois revivre 
« pour périr dix fois dans les mêmes tourments^ je n'en ceoi';^ 
« sacrerai» pas moms tout ce que j'ai 4e sang et de forx:^ à 
« un si noblç but ^ » Le bourreau, en lui arrachaixt la peau 
de^deseuft la poitrine , lui fit pousser un cri ; mais il se reprit 
aussitôt 4 « Cette mort est dure , diMl en latin , maïs la glœre 
« en est étemelle! ifor^ acerba , fama perpétua, stabit velus» 
« m^mmia faeti *. » . 

1 47 7 . — Le fils aine du duc de Milan , Jean*4aléaz gfoirza , 
n'était aloÉ^s 4gé que de huit ans; il fut cependant s«»ninu< 
sans auo^ie difficulté. Les sentiments de liberté que les tnm 
conjurés avaient cru ranimer, n'existaieat plus dans le peuple : 
psiBOBnê ne fit un mouvement pour nenverses m gouverne*-, 
ment qui n'était plus en état de se défendre. Les députés de 
tous les âats d'Italie vinrent complimenter la duchesse Banne 
de Savoie , v«ive de Galéas , et lui offrir leur assistance peur 
la maintenir sur le tràne, aussi bien que^son fils. Lepapa lui 

• • •* 

1 Anton. GaUi, De reb. Oenuens. p. 269. — Allegretto Attegretti, Diati Stmesi- 
T. XXIII, p. m.-^Glovio, Elogio degU VominiUlustri. L. III, p. 180. — * Macchia- 
vellL Im yil,'p. 3S». — Vberli FoUetœ Gemtena, Hiti. L. xr, p. 633. -r'AgosL Gtitê- 
Unianiy Annal. L. V, f. 230. P. 



DU MOTm A«Jt. 91 

eiiTi^R denx oaMiiianx ebargéi âf^wammAet orax qii tw- 
draîeiitciuser qiidqae révotatioii <dkiiis MNaB \ Boom t» mit' 
en poflMfliîon dft larégxmee. JuMpi'akHrs le gottvernemenl était' 
à pÔQfi.cibttDgé, car fine de tous les cooeeilg lîtait eooere 
Geow oa PranfoiB.lKnoiijâta^ Gakdinns, liai avait été aeerétaîre 
et eo&settlar de Ei»oçai8 filoozai et qui, aj^èa l'aToir servi mnc 
QD£ fidâité rare , était demeuré premier ministre de son fils , 
et avait dégqisé , par son talent et ses v^ns , les oapriees et 
les fiKtrodfigaiioes de ce tyran. Il avait pow frère ce lean Si- 
monéta qui écrivit avec tant <1* élégance et inexactitude This^ 
toire de fraufois fiforza. Tous deux avrâat, en littérature, 
une nép«tali(m presque égale à celle que lenr avait {«te leur 
carrières politique. Us étaient en correspondance aveo tous les 
savants deiltdie : ils avaient été les ministres de toutes les 
griccs que les âeux ducs de Milan avaient répandues sur les 
gens da lettres , et il reste eoeora dans la c(»'reqM>ndanee de 
Fildfo^ dans edle de Dé0eBd)rio , et dans d'autres écrits de ce 
»èelç y des monuments de la protection qu'ils accordèrent aux 
études ^ . 

Diantre part, Galéaz avait laissé cinq frères qui, pendant 
la nÛBorité de son fijs, pouvaient Icurmer quelque. prétention 
suc larégranci Les quatre promiers, Sforca, (tac de Bari, 
Louis surnommé. leMawre, Octavien et Àseagne, avaient d^ 
exf»té ladé&aneede Galéaa, fit il les tenait éloignés de Ifilan. 
Dàs^q&'ils. appûmaft sa mort, Os revinrent en h&te, et ils 
s'eOocuèicBit dfttsusir une aoinrité à la^pidle l'aîné de leur 
mais<m avait, diaaient*^ils, plas de droit qu'une femme et un 
ndnietr&itmngers* Pour déguiser leur rividité, fls cberebè- 
reot à faire^reiiiivre l'ancien esf^rit da parti gibelin. Us se dé- 
clarèrent les protecteurs de cette fadion à laquelle la maison 



*■ salle eB4aie du 8 des caL-de mtnu àmuUiEceies. iW^% I» p. U$. — .< srira6o«- 
chii Stor» d^ia Lett. L. I,Gbap. I, S *j V- !>• 3lt« liécie. 



9B HISTOIAE BfiSUPimUQUBS ITALIENNES 

ISsemikt/aYiiit dû bob éiéfiatîon : ils aeciuèreat Ja diiDbemet 
<!eeco SimMéta de partialité poar tes Guelfes,^ ib li» forcée 
iie&t en eifet à se jeter dans leiuiB hras; car les £(iiiùllc8 au» 
trefois diyisées par la querelle de l'empire et deT^Usev eetn- 
servaîeiit leur ri¥alilé, eaeiNre que les caases de leurs haines 
passées n'existasse^ plus. Pour cooeUier, s'il était possible, 
les prétentions des frères Sforza et eeUes de la duchesseï il fat 
convenu, sur la proposition de Louis de Gkmiagae, maripiiB 
de Mantone, que le eonseM de régence serait eanposé par 
égales parts de Guelfes et de Gibelins ^ 

Lorsque la nouTéllede la mort de Galéaz fut portéeà Gè- 
nes, Jean-François Pallavidni, lieutenant du duo, assembla 
le sénat pour l'engager à pcévenir par sa vigilance, les révokt- 
tions que cet érénement pouvait exeiter. Huit capitaines dn 
peuple furent nommés par la république, selon la coulume 
observée dans toutes les drconstanees difficiles, et quelques 
troupes Airent rassemblées pour contenir les mécontents ^> 

Toutes les fedions de Gènes semblaient également inqia- 
tientes de rendre à la république son ancienne liberté. lies 
Sforza, pour les contenir, avaient eu la précaution de disper- 
ser leurs chefs dans toute Fltalie. Prosper Adoroo était en 
prison à Crémone, les Fieschi étaient retenus à !ltome sous la 
surveiUance du pape, les Fr^osi et les autres bootmes puis- 
sants exilés. Cependant leurs partisans, privés de direoteurs, 
^ient partout en mouvement. Le 16 mars 1477, les amis 
des Fieschi s'approchèrent des murs de Gènes: ils avmeot à 
leur tète Jean-George et Matthieu, deux jeunes gens de celte 
famille, les seuls que le gouvernement n'eftt pas éloignés, 
parce qu*ils étaient à peine sortis de reafanee. Ces factieux 
entrèrent dans la ville par escalade, du côté de Carignan '• 
Os appelèrent le peu^e à la liberté^ et ils excitèrent ainsi un 

* ^DioFbÊm Pameme AnoHifm . T. XXU, fi. 250. — > 'Anton. GalU Be rebm OmittHs. 
p. 37<^. — v^U FotUtœ. L. Xl> p. 6M. -" * ^nioBd Gsltt De rekm Gemmnê, p. 271. 



DU wiraii AOÊ. 98 

la<Mfemmi asMs vif; mais ils ooiiinirent la même fatale qd 
ttTaiftperda Jécàme Gentile peademoisaiiparavaiiil : ils Mii*^ 
tèfeat trop à attaq[aer le palais pablic. Ils alloieiit se voir 
abandooDés y lorsqae Pierre Doria, éloiiffant toale jaloasie de 
famille, exhorta eeax qui reatooraient à ne pas perdre me 
oeoamon peut-être unique de rendre la ltt>erté à leur patrie. 
Il sortit en même temps .des sangs du parti milanais ; ileft- 
traiiia le peuple à le suivre ; la garnison se retira daito les 
deux forteresses, et la ville, se trouvant en liberté, nomom 
des magistrats populaires. 

Déjà, sur la nouvelle de oette révolutkm, lUetto de Eies- 
chi, en qui toute sa famille reconnaissait un chef, slétait 
évadé de Borne pour venir se mettre à la tète de son parti, et 
les Fregosi, d* accord avec lui, se rapprochaient de lemrpateie, 
«ans oser cependant outrer dans la ville. La régence de Uilap 
eom^t alors qu elle ne pouvait sauver son autodté dims Gè- 
nes, que par im chef de parti génois.. ^rnonéta fit sortir Proi- 
per Adorno de prison ; il loi offrit, au nom du jeune duc de 
Milan, le gouveruemeht de Gàùes et le commandement de 
l'aimée destinée à secourir les deux forteresses, pourvu 
. qu' Adorno promit d'oublier complètement les injures qu'il 
avait reçues, et de rétablir à Gènes, non point là souverai- 
neté despotique du duc de Milan, mais la même autorité li- 
mitée qu'un traité avait accordée à François Sforza. Prosp^ 
AdŒrno en contracta l'^igagement ^ Il se mit à la. tète d'une 
armée d'environ douze mille hoiames, rassemblée par Robert 
de San-Sévérino, Louis-le-Maure et Octavien Sforaa> et il prit 
la route de Gènes. 
Adorno, déterminé à condiier les intérêts de sa patrie et 

-^Vberti Folietœ Genuens. Uistor, L. XI, p. 635. — P. Bizarro, S, P, Q. Gennem, 
Biêt» L. XtV, p. zZi.^AgOêt. Gimttniani^ AnnaU di Genova. L. V. L 831. T.— ^ Ant9» 
nU GaUi. p. 273. — Obéra FoUetm, L. XI, p. 638. — AU>. de BIpaUa, AtmaL Placent. 
T. XX, p. 914. -^i;. BtmrfQ, U XIV. p. 34<h-r^0. GîmOniianU U V, d au. A* Sitarro, 
dav e0 rèflit» iBMipe P. AdorM« eiGUvttnimi l9 lusMPe. 



îM HISTOIRB Dis ftiPUBLIQtnSS rtALÎlSKKBS 

oeuxdadwde Milan, ent besoin de ménagement infinis 
-pmnr étiter nn combat déeisif ^ qui aurait rniné on son ptopre 
pttti, on la liberté de la république II fit passer soïi frëré, 
Gluiries Âdorno, dans la forteresse de Gastelletto, et il lui 
: donna commission de descendre dans la ville, pour en chasser 
ibletto de Fieschi àu moment où Ini-mëme serait engagé avec 
les Frégosi dans tene escarmofiehé. Ses ordres furent exécutés 
• avec précision. Prosper combattit lés Fregosi à Promontorio, 
mais sans pousser ses avantages; et son frère il rendit Maître 
de la ville et de la porte Saint-Thomas , qtd pouvait lui ouvrir 
une communication avec Tannée milanaise ^ Ce fut alors 
smtdut que Probper Adom6 montra sa modération et son 
adresse : il fit demeurer les troupes dé San-Sévérino dans leur 
«)»Mnp, et il enIrA seul dans la ville, avec les hommes de sa 
iietion. Ceux-ci augmentaient en nombre à mesure qu*i[ 
' avançait ; les rues retentiraient deà cris de vive les Adorni 
' €t l9$ Spinola ! et dans toute la multitude , personne ne pro- 
nonçait lé nom du diic de Milan. Prosper, arrivé au palais, 
dédara qu il accordait T impunité à tous ceux qui avaient eu 
part aux derniers troubles ; il assembla le sénat qui le re- 
connut polir gouverneui- ; il demanda un présent de six mille 
florins pour les diefs de l'armée , et les citoyens, ijui s*étaient 
attendus à des contributions bien plus considérables , payè- 
rent avec plaisir cette petite somme avant le terme de trois 
Jours ^. ' 

Ce fut le 30 avril que Oènes retourna ainsi sous la domi- 
natibn limitée du duc de Milan. Bobcrt de JSan-Sévériiio y 
entra sans iarm^, avec Louis et Octavien, oncles <ie Jean 
GaléaZ) et avec leurs principaux officiers. lis en ressoHirent 
presque aussitôt, et conduisirent leur armée au siège de Sa- 

1 ^nlofi. Qam. p. 3T6.— Uberti Fo8»Ubl U XI, p. «t9. -i- * AfiPm. GOn Dei^eàûs 6e- 
fUtfiM. p. 271. *^ VbmiFoUâêm. L...», p. mo, -^^ P^MMnVj ffMt« Mitf^irt. t. XIV f 
p. 843< — "^Ml. GiusUnitua. L. V, (. 928. G. 



0U MOYEU AGE. 95 

Tiaione, château des Fieschi dans les Apennins. Pour faire 
lever ce siège, Ibletto de Fieschi rassembla une troupe de 
cinq mille paysans : Jean-Baptiste Goano venait le joindre 
avec les habitants de la Polsevera ; mais San-Sévérino arrêta 
ce dernier par des négociations trompeuses, et dissipa son 
armée. Celle d'Ibletto reçut quelque échec et se retira dans 
les montagnes. Savinione capitula ; Ibletto fit alors sa paix 
avec les généraux milanais : une même activité, un même 
goût pour rintrigue les disposèrent à s'associer, et Texpédi- 
tion de Gènes étant finie, Ibletto accompagna San-Sévérino et 
les frères Sforza à Milan * . 

Les derniers étaient impatients de retourner à la cour de 
leur neveu, pour disputer Tautorité de Gecco Simonéta. Ils 
voyaient cet habile ministre exercer au nom de la dudiesse 
Bonne une souveraineté absolue. La supériorité de ses talenls 
et de son caractère soumettait tout à ses volontés. On avait 
pris, sous les deux précédents princes, l'habitude de ne point 
lui résister; d'aptre part, les frères du duc, qui annonçaient 
seulement le désir de limiter son pouvdr, avaient peut^rêtre 
formé le projet de supplanter et lui et son maître. On assure 
que leur intention était de faire périr la duchesse et ses deux 
fils, de donner à Louis-le-Maure le titre de duc de Milan, à 
ehacQu de ses frères la seigneurie d'une ville, à Bobert de 
San^Sévérino celle de Parme, et à Ibletto de Fieschi celle de 
Gènes \ C'était pour exécuter ces projets qu'ils avaient mis 
fin précipitamment à la guerre de Ligurie, et qu'ils avaient 
ramené à grandes marches leur armée vers Milan. Mais Si- 
monéta, qui les surveillait, fit arrêter, le 25 mai, Douato de 
Gonti, leur agent principal et le dépositaire de tous leurs se- 
crets'. 



^Mum^€éUi..p^Vl^.^VbeHiFoUaœ. L. XI, p. 641.— P*Mxaff». UXV, p. 344. 
f. XX, p] 9S4, 



HISTOIRE DES REPUpiiIQUISfi ITALTEniCES 

les frères Sforza étaient à table avec les astros diefc de 
leur partie lorsqa'oa lear annonça T arrestation 4e Donato de 
Gonti. Ils sortirent avec impétuosité de leur palais, appelant 
le peuple aux armes. £n effet, une grande multitude se ras- 
sembla autour d'eux, et Ifsaida à se rendre maîtres de Porta- 
Tosa. Bobert de San-Sévérino et Octavien Sforza Toulaient 
attaquer le palais, et s'attacher la populace en lui abandcm- 
donnaatletrésor elles magasins de blé qu'il ecmtenait. Le 
duc de Bari et Louis4e-){aure s'y opposèrent. D^à la du- 
chesse, qui s était réfugiée dans la citadelle, avait promis de 
remettre en liberté Donato de Gonti ; mais, pendant ce temps, 
ses amis se rassembliâent autour d'elle, et ceux de ses beaux- 
frères perdaient courage. Bobert de. San-Sévérinp, Iblâtto.et 
Octavien «ssa^èrent de nouveau d'ameuter la populaee en 
parcourant la ville, et. faisant criçyr : A mort les étrangers! 
Mais les frères Simonola, qu'ils désignaient par ce nom, n'é-* 
talent point odieux aux Milanais, et personne ne prit les ar- 
mes. Le lendemain, tous ces chefs sortirent de bonne heure 
de la ville par la porte de Verceil. Robert de San-Sévérino 
et Iblettode Fieschi ne s'arrêtèrent point qu'ils ne fussent 
parvenus sur le territoire d'Asti. Sur cette frontière mèm^i 
Ibletto, accablé de fatigue, entra dans une auberge pour se 
reposer, et il y fut arrêté. Bobert passa outre, et se mit en 
sûreté sous la protection du due d'Orléans. Les frères Sforza 
s'étaient échappés par des voûtes différentes. Octavien, dont 
le caractère turbulent était le phis redoutable, périt au pas- 
sage de l'Adda; on dit qu'il votilnt traverser la rivière à la 
nage et qu'il s'y noya. D'autres n^isurent, au contraire, qu'il 
fiit tué sur ses bords par des satellites de Simonéta, qui le 
poursuivaient. Ses frères furcDt exilés par un jugement de la 
régence de Milan, avec ordre de résider: Sforza l'aîné, dans 
le duché de Bari dont il portait le titre ; Louis à Pise, et le 
cardinal Ascagne à Pérouse. A cette condition, on leur pro- 



M MMin AOB. 97 



mit à daean une penskm de douze miUe doeats * . Le âxième 
fiière, PhilÎM^fifem, demeart wnl à Milan : il n'ayait TOaln 
prendre auemie part aux intrigaes de ses frères, et il a^était 
rangé du parti de la doehesseet de Simoneta *. 

Lorsqu'on a^ait annoneé au pape Sixte rv la mort de 6a- 
Maz Sfonsa, il s'était écrié : « La paix de Fltalie a péri au- 
« joar4*hui ayecloi' ! » En effet, cette puissance imposante 
qui contenait dans le repos tout le nord de l'Italie, était dé- 
troite; les états de Gènes et de Milan étaient de nouveau li- 
nges anx fureurs des guerres dyiles : la longue alliance que 
Franfims Sf<Mrza avait contractée avec la république florentine 
était ébranlée ; le contrepoids que le duché de Milan oppo- 
sait à l'ambition du roi Ferdinand de Naples, n'existait plus, 
le cbapai^était ouvert pour de nouvelles combinaisons poli- 
tiques, et nous allons voir ce même pape, qui se plaignait de 
ce que la paix d'Italie était détruite, jeter les semences d'une 
guerre nouvelle, et augmœter la confusion générale. 



i AikeHi de Wpalia, ^muU. Ptaeeni- T. XX, p. 954-9S5. — Bern. Corio, ii|«(. Miim, 
T. VI. p. 987. —itn/on Go///, De Hbus Gemms. p. 278. — * Anton, GallL p. 378. — - 
— ' /of^M hipamontU. L. Vi, p. 650. — Bem» Corio. P. VI, 983* 



til. 



V. .y.* 



96 HISTOIBI DBB BiFOiilIQUBS ITAUamilES 



liiii Hitim it 



CHAPITRE IV. 



Conjuration des Pazzi. 



1478. 



La république de Florence devenait cliaqùe jour plus étran- 
gère à la politique générale de l'Italie et de l'Eu rope. Elle ne 
se mettait point en mesure d^arrèter lès projets ambitieux de 
Ferdinand et de Sixte IV ; isUe ne secondait' point les Yénitièns 
dans leur guerre contre les Turcs, les Génois dans le recou- 
vrement de leur liberté, la duchesse régente de Milan , ou ses 
rivaux, les frères Sforza, dans leur lutte pour la puissance 
suprême. Les magistrats se succédaient à Florence, sans que 
leur administration fftt marquée par aucun ïait important. 
Le minutieux historien Sdpion Ammirati trouve à peine, en 
six ans, à remplir quatre pages, et son silence atteste la lan- 
gueur , la torpeur universelle*. Les deux frères Médieis, de- 
venus des hommes faits, mettaient leur ambition à substituer, 
en toute chose, leur autorité personnelle à celle de la répu- 
blique 1478. — Les Florentins, se défiant des intrigues qui 

I SeipliOM AvmtNttQf 8ior. Fior, L XXUI, p. ti t-u4. 



a- 



'.«^ • • •■'•' 



mj itots)» ÂGfe. de 



■ r^ vi; ; 



»t BOtirtm les âeèfiobs, avaient icM obteiiir une 
vUfffémMâon fiife ^)è, m fitlèâiit noinmer tMÛr té éôH léurà 
nlBgtttràts; mais à teetlè fMteè é'âectibnk, te plilB âémocra- 
%fatè ée toatcB, ks MMKds avaient stibstitné là plus arbi- 
triiire éè «ottted Hs bBgafcbical. Us itoimiiaiént eux-mêmes 
btnq âectéurs ou €tc(^piaft)n, et ceui-ci faisaient des gon- 
faloniers et des prieurs, sans consulter le peuple, et sans qu'il 
fVstM plû^ le moindre lien entre les inagistrats et ceux qu'ils 
rein'âieiitideiit. Gdtmnë la Sdgnetuie était encore trop nom- 
breuse potir être.înaintenue aisément dsins robéissaiioe, ils 
avaient aiqjfliWIé le jpouvoir du gôufdldniel* dùx dépens dé 
ses o<Aègues les prieurs, dont H u'étdit d'abord que le prési- 
deot. Ite rtippiedaient seul à leuiil délibératiôtiâ, et Os l'enga- 
geaient à domter de» àtûm au ntftà tfun bbl*ps qu'ils né 
daigmeUt {Ans cdiiMter. Là k»)linliisiôti ub&Ordinairë, 
qu'on noibmait batte, me dkfvaft, selon Ito Usageë antiques, 
ètrft èréée q«e daits les lèmj^s de tt^tMe, pbbr sauver la ré- 
pribliftie d'un grimd danget*; nxài§ tes ttrédicis l'avaient 
obang^ en unoorpll pèrtnataèut, aûqiiëi ib attribuaient Tën- 
seddHe 4es poutttta^ légbbtif, adkhitiistràtit et judiciaire. 
Bien |dtas, ils la mettèâëat au-dessus de la souveraineté na- 
ti<Mude eUe^oièBio; ëar ils M lAtHbu^ent des pouvoirs que 
les pes|fles n'mst pôiùt délégués à leurs souverains. Ainsi, là 
hi^ oondaomait sans procédtiireli tes individus âuspects aux 
Médiois, eUeindistitttâit ttût mp«U ttés taies àrbilraifi^, eUe 
portait des Ids MtirK^tiVës, die ag^vàlt leà sentence an- 
cieoiieBy en simitielbtnt à de moûvétles peines ceili (|Ui h'a- 
vJUteut'pÂnt odibmis de hotnreadx ttëlità; t^e diâpôâàil delà 
totalité des ftMiuees de Tétët sàtt^ en ^ndrë compte. On lui 
vit emplojnrHseitt hdtlefi^ifas à sauVer d'Uiie faillite ta mai- 
sou de bmfBÊdqfle Tbomk de«; Pbkliiari dnigeait à Brugéd, 
pour le compte de Laurent de M édîcis. D'autres sommes fu- 
rent, eu d'autres occasioîlSy dët^ûf^éès âe même des caisses 



IQO HISTOIRE DIS AÉPUBLIQU9S ITALIÊHKES 

publiqaeSf pour les J)w>iiis du epoimme ide ces mêmes ebcfo 
de rétat. Ils avaieat rim{aradeaoe de ..ccmtiaoer les gcimdes 
spéculations -de banque qpi ayaient enrichi, leur aieol, tâfidis 
^u4ls n'y donnaient aucune applicati(m, et qpi'ils en ignop- 
raient les pi;incipes. Aus», leur tàfiX» et .]fpaae iuaipAcité les 
auraient bientôt ruinés, si les deniers deFéiat u* avaient swvent 
été appropriés à leur profit • . 

Les Médicis, en marchant ainsi à la .tyiimnie» avaient ce- 
pendant un parti nombrem dans Flocence : il i^tBfjt /oomimtf 
d'abord de quelques citoyens d'anci^mes ffonilleisf^ -qui par- 
tageaient ayee qux les magistratures et les revenus' pnUîi», 
et qui n étaient pas sûrs de conserver sans eux leur importance ; 
ensuite de tous les gens de lettres, les poètes et les artistes^ 
que Laurent et Julien attiraient dans leqr musott) qu'ils oom* 
blaient d'honneurs et de. présents, qu'ils élevaient jusqu'à 
eui| tandis qu'ils prétendaient se séparer de tons les autres } 
enfin, leur parti se composait de la basse populace, toujdtara 
enchantée des spectaioles et 4es fêtes que lui donnaient les Jfér 
dicis : elle ne s'apercevait pas qu'on la corrompait avec sou 
propre argent, et qu'pn lui avait pris d'une main ce qu'on tàr 
gnait de lui donner de l'autre* Mais d'autre part, malgré les 
sentences réyolutionnaires qui depuis 1434 avaient frappé par 
classes toutes les familles ancienne et illustres dciIlorieiQoe^ 
qui ay aient rempli l'Italie et la France d'exilés, et compris 
dans les proscriptions tous les noms historiquesde la répiddi- 
que, la masse entière de^ anciens citoy^s était encene . opr 
posée aux Médicis. Des transports de joie uniyersela avaient 
éclaté, douze ans auparavant,, lorsque quelque liberté avait été 
rendue aux élections, et un morne abattement accompagnait^ 
depuis quelques années, l'établissement de la tyrannie. 

Laurent de Médicis et son frèrp Julien n'étaient PH corn- 

& l«lorlt iH CiWi CûmbU T« XXI. DeHis. emftt. p. i*). 



• • ! 



DO Mcynn âge. lOl 

pléllmBbt d'accord dans leur système d'administratioû. Lé 
Èeconâf ^fim doux, plas modeste, plus disposé à vivre en égal 
au milicn de ses concitoyens, ressentait quelque inquiétude 
de la fougue, de rorgudl et des violences de son frère ; aussi 
dierchait*U à rattéter par ses représentations *. Mais Laurent 
voyant les faiiiilles des Bicci, des Albizzi, des Barbadori, des 
Perozzi, des Strozzi, exilées dès 1434, celle des Maccliiavelli 
en 1438, celles dl» Aedaiuoli, desNéroni, des Sodérini en 
t4i96 ; eelfes enfin des Ktti et des Capponi, dépouillées de leur 
anden- crédit, cherchait seulement à faire en sorte qu'au- 
cune d^ëlles ne pût se rdever, qu'aucune autre n'acquit des 
richesses oo une considération qui pût lut faire ombrage ; as- 
suré qu'autant qu*il'ne laiss^ait point de chef à la multitude , 
il pourrait saoDS danger provoquer son ressentiment. 
i Parmi les familles dont les Médicis pouvaient craindre la 
rivafité, celie'des Pazzi tenait le premier rang. Les Pazzi de 
Yal d'Amo , longtemps associés aux Ubaldini, aux Ubertini et . 
aux Tai^ati, étaient d'andens feudataires gibelins, habituel- 
lement en guerre invec la république florentine. Après que 
ragraitdissement de cellé-d le^ eut engagés à quitter leurs for- 
tâpesses potir venir vivre dans la capitale , ils continuèrent à 
exdtcr la défiance d'une démocratie jalouse'; ils furent com- 
pril( êtM la dàsse des magnats , et exclus de tous les emplois 
pcr^Vordonnance dé justice. Mais lorsque Gosme de Médicis 
eut diUMBsé, en 14S4, la noblesse populaire du gouvernement, ' 
il fltntil'la nécessité ât te fortifier par l'alliance de rancienne 
nableMf. Dans ce but, il accorda à plusieurs magnats le privi- 
1^ de rentrer dans la dasse du peuple. La famille des Pazzi 
fut une de celles qui acceptèrent ce droit de bourgeoisie , jugé 



^J. Michel BrutOj Hist. Florent. !.. VI, p. H3. Alfieri a tiié parti de cette opposi- 
tion de caractôredana sa tragédie de la Conçiurasiione de' Passf.li.IUMeo« (lUttttmffOfff^ 
p. lot) oppose au témoignage de BnitOi et A la iradHiom flofentiM dont AMeti a fait 
usage, des yers faits à la louange des deux frères par un poète A leurs gages; s'il 
ayait vécu en IUlie, il saurait le erédlt qu'on y donne A df tels Ttrs. 



|P^ HISTOIRE BE^ ^Bl]^l^|q[I3f$ ITALIlSlIIfES 

pafr plosieui^ une d%«^i|tion« fit AviM fot» » 148®> ^ 
premier ^e'cettef vanille qi^i si^e^^t âf^Uft)^ Seigneui^. André 
eut trois filç, Aptodne, Pierre e| jf^Qob; fua loi doxina dn<| 
petits-fils, VwîW troi^i Çt J^^Whi l« IAb? i«PWi^ ^^^ wmari* 
pas *. CeUe pomlircasçi maisoi) v^v'^iX pfis 9^)emwt été ad-*, 
mise dans Vordre d^ p^upl^ par pft dAff^t, dte ^«tit aqm 
pris les mœqrs d^ Iff hoqrgeoâsîe flQr§ntlPÇ« l^fem £||*étaieat 
engagés i^w le commerce , çt lenr m^p de hanqw était nne 
des plus ppI^ç» et des plw 9QB»id^î<ifl» 4« VltaBe. Bhm mmna 
snpériçuçft ftçx ftfédicis cofnmfi marchand» qpe oamne gea-i 
tilshoRim^, iU H>Y^^ BW ^mmi ROM SQ PMltaîr, de 
détourner ^ Içpr Ryaptage le» imfm mVm> 

Cpsme dç Jf^diçi» ayaU YPalft a'ftttechfi?, psc lea Henjj da 
sang, cette feinJUe ni qombr^it^, |î |î(^fe et dwt le epédit 
popyaît $trç ponr liP si ptilç op |(i dftngçrwx* II. awil fait 
éppusar sa petitç-fiUe, Qlapchq, m^V d§ {laprent etde Jidian, 
à Gnillauin? ^ç§ Eaw, fib d'A?i$Qiae et pçti^fito d'André ». 

Laprent avait op ppe peUt|g}|e toipl^ miltfMie; U awl pow 
principe dç les mip^r, op tp^^ ^^ pp}n§ d'»rç4to ïa^«f^rti«»r 
ment de leur fprtupe j et PPIPW9 J[çp« d» Pwi fe»P»lrè»e d« 

sa spBur, avait épQu^ la fillR qj | ppigp» Uériti^fi ?e Jean 

Borroméi, çitQj^n iminçn^ém^ lîfib^, |>a|yaHPit fit renADft 
une loi, à 1? p^qrt d? B^ltWTSPi^, p§r teawU§ tel »PT6U da 
sexe mascpliq étaient pr4{^^ »px Qlji^ji dips^ VIlAntaga d'oa 
père mort aft intemU ?t ^ 4Q«»ft è Ç^tte toi pp irffet l^étfOt 
actif : en sprt^ QpçPa^ p^dit Vb^g^ # i^tiew-pèo^ cp» 

n'avait p^^ i^rp P#$49{HI« 4^ I^WV BA tiiHtNn^Ot fia&VMfi de 
sonupifpç^^pt'. 



> Se^ioiM âmmirato. L. xxiv, p. us.— > tM. p. i !«.•*-/«• irieA. ai«il, nétt* FJ9f^ 
L. VI, p. 140. — s MaeehkttfelR, Marku E. Vllf, p. 86i.-*j«eope ffonli^ Ifl. F/or. L- 1« 
p. Il, |1 rwMiHMt 4D« daioa laiapt eeftie toi était encore en Ttguenr. /. Midi. Bmu 
L..VI, p. 118. U. aiMeei, diMinidlatt la nature préeiae de eette fqjtntice, prétend qu'elle 
appurtiett é une épo<|iie oA lianient, encore Cort Jeune, était hors de sa patrie ; '^t il en 
dopne poipr pmiirB eea plvaiee d'une lettre de Louia Met ft Laurent de Médicis, du tb 



DU MOYE5 AGE. IQ^ 

^. ^ troi^ fils d'ADdré PDzâ, le seul cpii vécAt enowe^ éUjit 
Jacp^^, q^ui n'avez point été marié. Il avait été, eu 14Ç9, 
goitfaloniei; 4© jas^» Çt le peuple l'avait fait chey^er ; 
niais dès l?^? t^'^rcnt de Médicis avait exclu tous les Pazzi de 
la Seigneurie, à Vexception de Jean, beau-frère de sa sœur, 
9P 9^.8^ UQÇ 8^u^ fois en 1471^ parmi les prieurs ^ 



tua iKâj w Ito iâHMH iii ftÉ firtte Mtohtima qmmtu porteua, «ecto cke tt dod 

«.a]b)j|,çpiYfP^»5Q pcpealA) a(| aiiUare delja iua petizlone Duovameote affermau quello 
« con c6e Pamico'df Val (TArno del Corno, v(ieva eètrare nelK oflo de! Rorromeo 
elMsrieiMins'ttrTéHybQBietoeglipoHaleferiiiQ, <|iiâDdo nitD t^agKfagfle Blqr|ii«- 
« col SQO p(piuiati}ZK.o- » JfB ne conD^^trends pas trop ces plaisanteries en langue l>aroqiie, 
niais je doute' que M. Rôsco^ les comprenDe mieux qae'mof. A supposer cependant 
qiill s^iMR idde Gfomnai Bistf Miéi, q«d VanOcoM VêidrAmo soitun piuô; pnrtè 
Qit les paazi ay^ieiit été seigneurs dans le Val d'Amo ; A supposer aussi que ce^ murs 
£ jardin k escalader,' cette serpette A tailler les Tignes, aient un sens figuré, et ne 
QMMii l^aff allMHi'A 4m eip^jtlertef tr«s ré'tllei de jomes gens de dtx-sepc ««s,, «k 
c;çre. s'anraiHI d'une enureprise où Laurent de Médicis aurait été de moitié avec rami 
m Vai f Âf tio, et auraîi réussi, comme ion mariage, par exemple; non' ifé dépouiller 
est ami, dom la péUtion, dit-il, a éié cenfirmée. 11 faut des divinations mieiix fooéift 
pqur détruire le témoignage de deux historiens presque contemporains» et une loi 
Ib'ngtetepk existante. On se tient bn gardb contre la (lartlàliié d'Un faétieiix quif Wit 
Mm» di flCMMT à*m prince qoi éocit 9Êm sqd •ctlverain , «léne d'il» ci- 



toyen <}ui veut relever la gloire de sa patrie; mais devait-on s'attendre à ce qu'A trois 
cenlï ans et trois* ï^ent^ lieues de ' distance, tin babUe écHvain^ emploferaii- la pins' 
>afcierti,w|iiiirt.ài» traoïpet laMnêmp avasi Me» que les «lire» aur riql9eriep«e« le» 
droits et les vertus de son héros? Roscoê, Ufe of Lorenzo. Chap. IV, p. i8*i. 
' Je ne ^ (iimrqubl M.^RoscOé prétend (iliustratiotUt p. tos) que je n'allégué poor 
«ligtiâftetiftaolBctlié fOffSciiÉma Ampiiiato ellIL Bqioo, landls q«e|B aidais oeu- 
vre Hacçhiaveili et Nardi, tous deux contemporains, tous deux précis dans leur té- 
lÂoignagc' et abséttiméfit irrécusables. Je île comprends fias mièQx domiBell dic, p. io8, 
0titm^ ffifmîvviietfi pdalr^ que l» lettre «pi'il * reprodiwie ae rappel;» à «quelk 
guB autre transaction entre les Pazzi et les Borroméi, il croira toujours qu'elle suffit 
pdfar^HtiAër Loi^éuzo; eomme si VchtHié dr ratéfânw, éitre doqùaMé nlUe Aàbi-^ 
tmu di;mie||i9)Ti9fe^ • 9^ fgnm^ A^ Vl^il*^ PMli Ae n'irai fetot, «omoDe il m» le 
fmaeilie^exercer mon talent de deviner sur Burchiello, pour me préparer A la lec- 
tm^'^èéM&tte lettre. Je ne comprends point, il est vrai, A quel fait aHusieir la plaiêa«H 
•urto da tenerpecte, ni lui non plue; eials je eoeaprenda que Puld ftliei^ LaiireBi de 
n'avoir pgs comfuis le péché décider Vomi du Val d*Arno contre Borroméi, et non 
d'aider ud neteu de Borroméi A enlever A cetàmf ses droits. B^ailleorsil 7 a contre fa 
mppo^jÊafi ## «- li0a«Q«^ wne pieiive ptos déeiaive* Veur que la letice de VjMf d» 
^ avnl 44Qj^ se rapportât A la succession de Giovanni Borroméi, Il faudrait que celui- 
ci Ifft morTÂ cette époque ; maisonWoltperle rrioraio quetGtovaoBf di Bér^cteéa^ 
ter rilippo Boriromei, était prienr de uberlé en mars elavru tin. — in DeUxte ^H 
Emdit, T. XX, p. 407. — i Voyez le Priorato. Delix, Emdit. T. XX, p. Aei et iiiivanlei. 



104 UISTOIHJS DES AEVtrBLIQOES ITAUENHEB 

Cette exclasion était d*aatant plus offenâantey qu'il y avait à 
cette époque neuf hommes dans cette famille en âge cf eker-*' 
cer les magistratures, qu'ils tenaient le premier ifang dans h' 
Tille, et que toutes les élections dépendaient nniquement des 
Médids. 

François Pazad , Vaine des beanx-fir^rès . de Bkffliclie de' 
Médids, ne put supporter qu'un homme m wSl à la {daee 
de la patrie, qu'il acctedât ou rrfiisàt eomme une lotwr oti^ 
qui appartenait à tous , et qu'il exigeât de la reconnaissaoce^ 
de ceux à qui il en devait, lorsqu'il se faisait fort de learcié^ 
dit, et qu'il s'enrichissait de letir argent. Il alla s'âaUir à: 
Rome, où il avait un de ses principaux oomptoivs décerna 
merce ; le pape Sixte lY le choisit pour son banquier^ de' 
préférence aux Médids, et ce pontife, anssi bîea que mai> 
fils Jérôme Biario, formèrent dès lors avec lui des rektions' 
intimes. 

Autant les dtoyens florwtins ressentaient de jalousie contni 
la maison de Médids, autant Sixte IV et MrAme Kario nonn- 
nssaient de haine contre elle ; ils la regardaient comme ap«. 
portant un obstacle à tous leurs projets d'agnmdnenieBt/ 
SUte n'avait oublié ni les secours donnés à Nicolas YitelU, 
sdgneur de Gittà del Gastdlo, ni la ligue formée dans le&orè 
de l'Italie , ni les négociations entamées par Laurent pour 
empêcher Jérôme Biario d'acquérir Imcria. iâ>ème, deain» 
côté, craignait qu'à la mort du pape les Médids ne le éépofaiH^, 
lassent aisément d'une souverainetéquiB'amaitplnB'd'Bppmji 
Il désirait rendre à Florence sa liberté, pour se mettre ensuite 
sons la protection de cette républicpie. François desPaan,* qui 
voyait familièrement Sixte et Biario, «ivenimait leur hmné 
en l'umssant à là sienne, et il cherchait avec eux k» moyena 
de mettre un terme à une i]|surpation qui s'affermissait chaque 
jour*. 



OQ IlÔTBlf AÀE. ^ fÛS 

^ L'hiKtoife passée ée la i^tmbliqQe né laissait' àxlCDû doaté 
sur- le maoVai» smxUlê dé'tôtttes les tenCathres.d'émigi'és ; nnd 
agroHîoD extéiieare, loin d'Aranler le gony^nemênt, Taf- 
femniSHit'ett M dMnant oecittioti d*einpriaonner on d'eiiler 
868 ennemis secrets, et d^employer les ressources de Fétat areer 
pins dTénergie. La tentatite d'ime informe légale était tout 
aiMBi iBUtfle ; quand on aurait troniré au milieu dé conseib 
onTM9pns un homme assez courageux pour rédamelr , au' 
nomémàam, le maintien de la liberté, son déTMiMieiit n*au« 
ratt pradmfc aulro tliose que sa perte fmméAatè. Lès Héifids 
n'étirieirtplaaBonmi»a«i lois, n'étaient plusjuatlciiiblftd'an* 
eniiOMtvfll>SMUx, et tout recours contre eux n'atkrait wtn ifa^k 
knr àéngner de nouvelles yictimes. Une levée de boucliers 
était également impraticable ; la vigilance constante du gou-*' 
ipcmesient aurait onpèefaé les Pazzi de réunir chez eux, en* 
armes, les citoyens de leur parti, ou les paysans de leurs éanH 
pegnci. 'Et quand encore on aurait pu dérober aux Médièis la 
prtmîèrt connaissaaioé d'un rassemblement hostile, comnfé iU 
étaâeBt aadti» du palais, des portes et de tous les lieux forts,^ 
c<«mie4es» magnats et les juges étaient leurs clients et leurt^ 
cnéatures^, toutes- les forces militaires de l'état et tout Fàppa-^ 
«ôbëeda jcfitioe auraient été tournés contre les insurgés. It 
neifstBit <d«c d'autre parti à prendre à leurs ennemis que 
ffihii^une oenjuralion, car ils se croyaient bien sûrs qu'a- 
pnèB^^ple lea deac Médids aurafent été tués, les citoyens qui 
tremUaient devimrt eux s'empresseraient de condamner leur 
utéMOffe, et de reconnaître,' comme un acte de la yengeance 
pid>liqoeji¥attentat de leurs meurtriers. L'exemple récent de 
h:«iin8pâMion'de Milan, Idn de découri^r les conjurés, 
pou?aib bnr inspirer de la confiance ; il a^t montré combien 
S étsUfacOe-de se défidre d'un tyran ; et si le peuple de SBlan' 
ne s'était pas soulcTé ensuite, on poutait alléguer qu'il re- 
connaissait Galéaz Sforza, quelque odieux ^'ilfùt, pour son 



10^ HISTOIRE Bl^ I^PpiU^Ilé ITAUENKES 

ipnx«irfW { )ta«4i&4Pe }e^V(^m A*QW^iilM A^e amfer 

9^yc^^(^Ê^t gi^ij^ wi <^iW9Dt d* on rrag mÂémnr «oi^ anti^. 

ét^at pjjort, §ixt^ Vf lui clo^m popr wi«K»PWttr InutfiCNyiâlIr 
yWi w^m% ^m im>h Salmti cpae les Médkia Aftknt lût 

i^myfw pirélftU çVîte lui r^iQuriareot l iMwimft.de «m uth 

Vpa d99. Testrai^^ais» de Tart iii{titak(i ra ItoUe, tjgo^t neqpM 
Uû-méiKjie qaelqiue: réfmtatÎQn dans les ftram^ T«riiti tinter do 
leeQUirer VautorDté tœ son père &tiét exei:«ëe aar Jtéxmam. 
H éXitiX Y«m à Floraice, iqporè;» ayf ir teroniié le teoipA de; t»-^ 
Ylpe i«mr leQ^el U pétait engagé air^. te» Yëoil^Q», el H 3^ 

Pf^dt^t, cpjïtm^, il apprit w« l@^ FWi:ej%Viâ >^@ftiiî^.di^ v^ 

pj^gqr i^\e ifiltlQ, et il tjp^wRA 9âi afvm e^Ptee te rép ^Mip» 

q^ifella: Q*ét(ai| pqfiM; %li^ ^ ^9i^ biiffiitiée, ChmrtaB di» 
%^^i^ Pig9Ç^9>t t'^ de H77» fi^fira^ w 9i9iid MNii»» 
d? ç^l^t^APifL %ux $iç,9Daifi) d^. <iw U r^elaa^ te pc^t^oKiri) 
d^fmed^ttS QQi#a$téQ eaw^ 1^ pi^r^i «t ^(»HOie ilks tom-: 
y^ («4 Pr#Vâ» à ^ d^{^i«> U s^ M\mi4é^k deiiBoiweltet 

youlcHx: pqw c^la laî^w aUapie? qaq ga^ri^e me leurs frw- 
tiftrfi«|^ Il« foiffièrept MpPtWft i^ ajhwdwpar son wûwpri»; la 

t Maechmelli, L. VIIT, p. 359.— Sdpione ^fnmiralo. I . XXIV, p. 116.— Conjura- 



i>v mum AG8. 107 

fi^pii^fm^ 4t 9mw ^'m gank paa moios ma lif seMenti*. 
nmt dç. ce qi90 fiurm^ Qiv «T<^t «mki ion temtoke était 
partie dfif, é\^\^ flçN:«atînâ f . Pqpt s*Qn venger, elle eonlracta 
90^ ^rqîte f|,liiHiw f^Y^e k P^PQ et le roi de Naples^, tandis 
^e Six^t^ I Y, 4^ 8op c6t4f r^QiqUai une petite année bqf \ak 
frooti^ |lQPçnHWA> aof»^ pp^testa iim^iB^ le oùàteau de 
]ilontoi)fi9 ^ dç ppnir ^Qiii le çopitaipe qui menait de troubler 
l*pai]^?. 

Sur ces entrefaites, le projet de changer le gouvernement de 
F]pr9iiç»pftrl§Qi|^uirtrf 4^ Médi^ h\ arrêté entre François 
djBs; ^f^i ^ Jérôme rûa^îo ; iU 1« f^mmunic^bbnBnt i f arche- 
véqi;e Çrituçois Salviati , qu^U^ wifwpt innté pcgr. des injures 
réoeAtf^. : f^ ep effet ce V^A^ y eptre ai^c ardeur.. François 
P{(z^i vfpf ^w^ À Flor^l^c^, p9ur mwêv 4 U oonjuratiMMi 
spu pm^ Jq^» le chef de \% tonîUe ; ma)9 il y trouva plue 
4ç dif(i<^i4téfi qu'il u*en avilit attendu. J[ean*$a()jkiste de lIon<* 
t{|s^c$^, oonçlQ^ière 9^t acçç^^té m «»rvice du pape , et 
<^^4^t 4e J^^roe Qi^rio, fu^ dâ|)|âch^ h mn tour auprèa de 
ce viepi^ nu^gistrat, pg^r |f p^nuf^der- IttantesecoQ 8*étail 
T^s^^ fn T<Acaj^ cfoaTf^ 4*^e ff^wle n^gfOciatiOA aimi Lan* 
re^i:^ 4f^ liï^içiS) et ayapt t^ d(ippt H a^att en une andieneo 
4^ pi^ qi^ avait Qfîfic\ to^tffl «eti forces pour appuyer là 
ooDJunition ^« Ce iut çe^^ aoçç^pn 4o pApe an oompliQit qui 
ei)|n^fi «api^n Jacp^ dçn Pas» ; \\ co^ps^^tit alon i s'en, lap- 
{Mirler ji, ce qo^e spn ^e\^ ^ait k\uî; lui ^ Borne. En effet , 
Fra^çpis y ^tt pçtourné pow ipiiirif se9 projets, de concert 
avec If .papç, l^ çpmt^ Biario e^ Vfi^Dpihasiadenr de ferdînand, 
qi^i i^ s[qQ f^té p^o#ettait WQ pqi^mite eoopéi^alioa. Il fut 
o^i^e^ ^9, sg^a pi!ét9;(t$L d;i^ttaqiMr Mmtanfi, nue armée 



1 Setplone AmnOrato, L. XXIII, p. 114. — ITiueMiive/iï^ istor. L. Vil, p. 346.— > i4/- 

^5^(ï?<lW. ^tei hw^' P* W. - ^ MacçkioMm. L. YIU, p. M4. - 4. Mich. Bnrfl. 
L,'XI, p 146. 



108 HISTOIRE D£5 BÉPUËLIQUES ITALIENHES 

pontificale s'assemblerait dans 1* état de Pérouse ; qde Lorenzo 
Giastini dé Gittà di tlasteUo, le rival de Nicolas TitelU, lève*- 
rait des soldats, comme pour attaquer la famille c(e ses adVer* 
saires ; que Jean-François de Tolentino, on des condottieri du 
pape , paisserait avec sa troupe en Bomagne, et que François 
désPazzi, rarcbevéque Salviati et Jean-Baptiste de Montesecco 
reviendraient à Florence pour augmenter le nombre des con- 
jurés , et trouver le moment d'accabler en même temps les 
deux frères * . 

Parmi ceux qui s'engagèrent à seconder Pazzi et Salviati , 
on comptait Jacques, fils de Pbggio Bracciolini, Técrivain cé- 
lèbre auquel , parmi plusieurs autres ouvrages , nous devons 
une histoire florentine. Jacques était aUteur lui-même de quel- 
ques ouvrages d'érudition '. On y voyait encore deux Jacques 
Salviati, l'un frère, l'autre cousin de l'archevêque ; Bernard 
Bandini et Na^léon Francesi, jeunes gens pleins d'audace, et 
tout dévoués à la maison Pazzi ; Antoine Mafféi , [prêtre de 
Yolterra et scribe apostolique, et Etienne Bagnoni, prêtre qui 
enseignait la langue latine à une fiUe naturelle de Jacob Pazzi. 
Tous les membres de la famille de ce dernier ne prirent point 
part au complot. Bené, l'un des cinq frères, fils de Pierre, 
refusa avec fermeté de s'y engager, et se retira à la campagne 
pour n'être pas confondu avec les conspirateurs '. 

Le pape avait envoyé à l'université de Pise Bapbaël Biario, 
neveu du comte Jérôme, jeune homme à peine âgé de dix-* 
huit ans; et le 10 décembre 1477, il le fit cardinal. Son élé- 
vation à cette nouvelle dignité devait être célébra' par des 
fêtes. Les conjurés pensèrent qu'elles offriraient une occasion 
facile de réunir Laurent et JuUen de Médids en un même lien 
pour les tuer ensemble, car il leur paraissait essentiel que les 



i iroecMovem. L. Vin, p* S66. — > w. Bneoê, Ufe ûf Lèmuô, Cbap. v, p. iw, < 
note. — s MacchiavelU. L, yill, jp. MT. ^ j^UOmuâ , 0$njmÊt. P t KHmtm Commmi, " 
p. 8-9. 



DO lIOTBlf AGB. 109 

deux firères fiissent attaqués m même temps, anttemfiiit la 
mort de Ynn aorait.arerti l'autre de se mettre sor^^ses gardes» 
Le jj^pe écrivit en conséqaenoe aa cardinal Riario de faire 
tont ce cpelni ordonnerait rarcfaeyèqne de Pise, et peu après» 
Tarcheyèque fit venir le cardinal à Florence. Jacob des Pazzi 
Ini donna nn festin à sa maison de Montughi , à un mille de 
la irille. Il y avait invité les deux frères Mé4ici89 mais Julien 
n*7 Tint point. Il n*assista pas davantage à un festin donné 
an cardinal par Laurent à Fiesole; enfin, l'on apprit qu'il ne 
serait pas non plus à celui que Laurent destinait à Riario dans 
sa maison de la ville, le 26 avril 1478. Ce fut alors seulement 
qu'on résolut d'attaquer les deux frères ce méine jour à la car 
thédrale, oh le cardinal Riario devait entendre la messe, et où 
les Médids ne pourraient gu^ se dispenser d'assister ayec 
lu! au service divin * . 

François des Pazzi et Bernard Bandini se chargèrent de tuer 
Julien. On regardait leur entreprise comme plus difficile, 
parce que ce jeune bomme timide portait habituellement une 
cuirasse sous ses habits : et on avait donné à Jean*Baptiste de 
Montesecoo la commission de tuer Laurent. Montesecco s'en 
âait chargé volontiers lorsque le meurtre avait dû s'exécuter 
dans un festin; mais quand le lieu destinée l'entreprise fut 
changé, et que ce fut dans l'Oise, et pendant la messe, qu'il 
dût tuer un homme avec lequel il avait eu des rapports d'hos- 
pitalité, il déclara qu'il ne se sentait point capable de joindre 
le sacrilège à la trahison. Les scrupules de ce militaire eau* 
flèrent le mauvais succès de tout le complot^ parce qu'entre 
•les conjurés il ne se trouTa plus que des prêtres que l'habi* 
tttde de vivre dans l' église rendit indifférents au lieu où ils se 
trouvaient, et que T idée du sacrilège n'effrayât pas '. On fut 

1 Maeehimem» L. Vin, p. 368. — SdplMe âmmÊHOo. L. XXIV, p. ut. — /. Mlehael 
aniH. U VI. p« 118. — 8 Parnmper bmltaum esi, cum obtrineaiHlo canrenfio milei 
ilohmni 1 iMiHaftis «Bfq»de, iMg»«|ieBe liiloooiMro«ttdeBiiU«mpeipetntu- 



1 



110 HISTOIRE DES siFITBI/fQÛlS ITALIEIIEES 

doue réàtSti à reorettre te solii êbftkppé^ LftiifenFâh sfiiibè 
apbstdiqiie^ AaMtoeàt YdlMto^ et à Étiè&fiëBHgikHil, cvttit 
de Mootemarlè. Le Inoiiieixl ftt« fut (^tti ètt lë pi^e ëlevatk 
VbQstie, led dent liétiiaes à f^odx MISéiëniieÂI la fMe, ef iifc 
podrraiènl Toir lean ââ&as^fiB. Les dôches fle lè diésâè 9e^ 
taktit faire connaître atfx hmreB m^tirfe, éhargék (Tifttii^èef 
le pAms pnbfio, Tbistent <tai Mcriicè. Vïïcébërè^iae SêlviàiSy 
arvec les mens , et Jaoob , fib de Poggid BiiEKx»dIiiii, SëTaièift 
se rendue maitfea de la Seiginenriey et la fdrëér (i'^^iteàT^ 
nor menrtf e déjà éiémfé * . 

LeslooBÎarésétâeùt dans le têfli^, téi^iénA éf lè âltffiiM 
y étëent arrhes, l'égMse étatt fileilXê Ûé inotMte,^ftl SërVîèe ii^ 
^nf était comiheneé, et Jtrlien ne j^iâèait ^fntcttftoM. PMàf- 
«ois des Pftzad et BeméM Battdttfi i&èttm le obérer; fh M 
persuadèrent que sa présence était nécessaire; éii iMlËe féU^ 
ils palssèvent, coinine eft plediSaitf atrt , lès Hfths antAfl^ de ^ 
oorp^^iponr^reconnattares'il atUt sa édirasée. Mais'J^ieb, ^ 
souffrait d'dn mttl de jambe, n^ieti^aft pHs M^ne tfHànîtf; & 
a'vait knëiÊle , eokitre sa coaimne , qèitté son cdftettéad dé èVéite', 
parce^'il fra^lpait sur Et jmtit nittlade. J\ffleii , <%^Àdant, 
entraf dans l' église et s'aypibdÉa de raatèl;^'deiBi tohjitt^ 
étaiem auprès de lui, dbux âbf i^ tfll^f 8b dé Mû ffèft, èl'tt 
fmile qai les entourait, leur doâiiaÉlI thi^|Hréieitë'ploa^ sék^i^ 
de f^i^ès les Médids. Le prêtre MH^â rh^lie , è«« MsÙnt 
Bernard BaMtni frappa de Sdtt |i6iigttaM Jiflièù à' U poHrine. 
Gehii^, a^rès aTotr fait quelques pas, toMfa par terre, f^f^tâ^ 
cols des PasBzi se* jeta sur Inl, et^ ht ftètppà à toôptr rëldotiSiléâ 
ayèc'tant de' foreur, qii'en même téMfm'it se blessa Wî-ïlâèÉaS 
gnèVenent'à la «uiSte. Ati teéme Ms«M, tes Aefkil '^fféti^ 
atfac^iént Laurent. Â'fttoine de Yoltërra, à)[)pliyant Ht iètfir 

mm; delDde alk) UBgotidiliràhièipliMI», qA AmUHUHbr, oi'j^cé àtèérdôs, et bb fît lAÛnoi 
saoronim toetnitn tueimnii — iNloir. Mtt ; De réta» Oéhiieni* T. XXfll; p. ^3. ^ 



M MMM Â0tfj m 



ffÊOÛakfnst Éim épmlfii toaUtt lui fotUr tm ^oii(» dé pèigAAM 
te&s te «M ) mais Laurent ae dégagea rafpidemeiift, 9 ébTelepj^ 
aoa hff» gamte de sen nuoiteaa dont il se fit ite bMdier, "9 
timaoli^péei et t» détendit a V6e r aide de ie» ésût 6tiÉjeifB\ 
Av^M M Liiàrattt GavalcMiti. Le demier filt Mtesi^, LatiMoh 
ïéM%lÉtAm6sûB îégtntemmt ad col , lofBqfM ki» dMt ilréiMb 
fMttrMt iwcusage et s'oofaiMyt. BérattNl Bandini , an cà#> 
ttmter hÉMM Jidien (|è'a menait de ftier, ooifrat vera Catirettt, 
0t tua aw sa mate Fïrattçûâ»^ Nori ^i M borratt lé' ehemitf . 
laitfeoA fféUàt référé dans la sacrifie a\ee ses atnitr. I^ofitien 
éfi tÊfiOBSA h» pait&ê de brc«2e, tandis qcf AntoMeBidolfi su- 
çait la Mesaare qae son patron avait récioe, et j mettait un 
prmAàr a)i»pareil. 

Gepe^dint lés Émis dés Hédids, épars dans le fémplë, sé 
HÉÉsrflÉdAèrent Tëpée à la main (tevant les portes de 1k sacris- 
tie ; ils demandèrent qu'on letir dùvrlt, et que Laurent àe mf t 
è leur tète. GtM-^i 6i^aignût d'être trompé par tM érh^ et il 
n'Use f(Mt oifVrir, jusqu'à ce que Sinnondi deUa^ Stufa, 
jeuflfe honime qui lui était attaché, fàt monté par l'est^Hlier 
de Foi^gue à a6e fenè^e d'où il poutait voir Fintérietir dé 
Vé^m : d'autre i^aift, il reconnut Julien, dont Laurent ignd- 
iMik le sort; il le vit baigné dains son sang et étendti ^Bit 
te^pe^ de t-àùtipe) X s'attira qué èeùx qpii demandaient à éti^ 
ta^ étaient de^ yf^ tMt ûë& Ifédicis. Sur son rapport oiï 
ImsÊ ifomik^ la psftë^ et Laurent se mit au milieu d^eux pbtif 
figagiSBP sa maisè * V 

Iiéa^i$<tti}IMs«n'àVèlMt point disposé' dé i^férts (fans l'iî- 
f^ jiocir nftàtioer lecÉrs-^iefimes datfileur retraite, ii^e qui 
]^»riMMëiâeiif^ B'àttr^ pas été tiBffiéile; ils avaient r^èrvé^ 
tMilé^ tÉttrs f orMi pdur se t^dre méttrés du palais public: 
Bfc saftàieM, ëii eflët, qilé là miiltitiAe ne j^ge que sdr'âèr 

' - \ 

^ OofiltfHU. FactUnœ OommeM. p. U «t 14. — Qommenmi di UrfUifpo^BftrHt^ 

L. IT^ p. 54. 



112 mSTOIBB DJBS BSKVUqxm italieisiies 

images grossières, et qu'elle reecnnaîtratt, poor d^^oi^aii!^ 
de Fantoritë souyeraine, les yainquears quels qu'Us fassent, 
dès qu'ils seraient entourés des gardes de la Seigneurie, et 
qu'ils siégeraient sur le tribunal. L'archevêque s*était renda 
au palais ayéc les Salviati ses parents, Jacques Bracdolini, et 
une troupe de conjurés d'un ordre inférieur, t;*oape cQmposée 
surtout d'habitants de Pérouse. Il laissa à la première entrée 
une partie de ses satellites, avec ordre de s'emp«r!er de la 
porte principale dès qu'ils entendraient du bruit. U en con- 
duisit d'autres avec lui jusqu'à l'appartement qu'hid)itait la 
Seigneurie ; il leur donna ordre de se cacher dans la chancel- 
lerie, pour ne point causer d'alarme. Mais ceux-ci ayant tiré 
la porte sur eux, elle se trouva fermée à ressort, de manière 
à ne pouvoir plus se rouyrir sans clef; en sorte que cette 
bande de conjurés, la plus nécessaire de toutes à l'action, de- 
meura dans l'impossibilité d'y participer. 

Cependant T archevêque Salviati était entré auprès du gon- 
falonier, et avait prétendu avoir quelque chose à lui commu- 
niquer de la part du pape. Ce premier magistrat était alors 
le même César Petrucci qui avait été surprjis à Pratp peur 
Bemardo lïardi, et qqi avait couru risque d'être Xné dans 
cette conjuration. Dès lors il était demeuré plus défiant. qu'an 
autre : il remarqua que l'archevêque, en lui parlaçt,^ était 
tellement troublé, qu'à peine les paroles ^'il balbutiait 
avaient un sens. Salviati changeait sans cesse de couleur, il se 
tournait vers la porte, il toussait comme s'il voulait donnée 
un signal, et il ne réussissait point à màitrisçr son agitation. 
César Petrucci s'élança lui-même à cette porte, il y I^Kmva 
Jacques Bracdolini qu'il saisit parles chev^ox, q^'il rmy&em 
par terre, et qu'il donna à garder à ses sergents. U apipela en 
m^e temps les prieurs à se défendre : traversait avec enx la 
coiâne du palais, il y saisit une broche avec laquelle il se mit 
en garde à la porte de la tour, où la Seigneurie se retira. 



DU MOYEN AOE.^ 113 

ï^eYi«Faiit œ temps/ les sei^ents fermèrent les dii^rses portes 
dés corridors du palais, et attagaèrent alors séparément les 
conjurés, dont la plupart s'étaient d^à emprisonnés d'eiia-* 
mêmes dans la cbancieUerie. Tons ceux qui ataient smvi 
SaMati à F étage supérieur furent bientôt arrêtés ; ils furent 
tons tués à r instant, on jetés viTantspar les fenêtres. Mais 
Vautre bande de conjurés, qui était demeurée à la porte d'en* 
trée^ s'^tài); saisie de cette porte ; et au moment du tumulte, 
lorsque ks.alnis des Médicis accoururent en foule au pidais 
pour piorter secours à la Seigneurie, les conjurés leur eu 
fermèveat l'entrée, et soutinrent quelque temps une sorte de 
«iége *• 

Parmi ceux qui s'étaimt chargés de tuer les Médicis, les 
deux prêtires qui s'étaient enfuis làch^oaent furent poursuH 
VIS par les amis de Laurent, et mis en pièces. Bernard Ban*** 
dini, après que Laurent lui eut édiappé, lorsqu'il Tit que son 
compagnon Françok Pazzi était blessé, et que le peuple sedé^ 
darait contré lui, comprit que la partie était perdue. Il ne 
])àla]iça peint à sortir de la ville, et il se mit au9siftôt eu sâ<^ 
retë. François Pazzi, de retour chez lui, se trouva teUement 
afAi&fi par k sang qu'il avait perdu de la blessure qu'il s'é- 
tait fidte M^-mème, qu'il ne put pas se t^ir à cheval. Beno&r 
çaM donc à parcourir la ville, en appelant le peuple à la li- 
hettëj comme il avait compté le faire, il pria Jacob Pazzi, son 
^cle, de le tenter à sa place. Jacob, malgré son grand âge, 
«omit à la fête d'une centaine d'hommes ra8sem))Iés dans sa 
maison à; cet effet, et marcha vers la place du Palais 6in invi*^ 
tant les cy^yens, auxquels l'occlusion de redevenir libres était 
pré sen t ée, à prendre les armes. Mais persoime ne vint se 
jcnnâre à Id, tandis que les, prieurs, du haut du palais qu'ib 
œeupaient, lui lançaient des pierres. Son beau-frère, Serris- 

t Ht^SeliiavelH. U vm, p. 373. -^ Cfmjumh PacUtMmCmnmeféê. p. 15. — Sdpiûne 
Âmmirato, U XXIV, p. lis. — D/or. Pannense^T» XXll» p^ 278. 

VII. 8 



114 HISTOIRE DBS BÉHJBtIQUfiS fTALIEirilES 

ton, qa*il r^aooiitra tseul dans ks mes/ loi reprodUa feiHi- 
miiUe qa'il causait dans .Florence, et lui conaeilfat de 8ei*ettv 
rer» Jaoob des Pazffl, fie reeevaiit de seeours d*ancitii cdléi 
mwreha a?ee sa troupe yera une des portes dé la iSle ; il «a 
eortil et prit la itmte de Bomagne * . 

Laoreat, retiré ehee lui, n'aYdt prid aQOfme i^esùre pont 
arrêter les conspirateurs > il a^ait abaildcHiné tsa Tengeam^ au 
peuple : ette n*en fut que plus cruelle. Le goûfalonmër', Gésuir 
Petrucdî irrité du danger qu'il avait couru, Ht peâdre aux 
fenêtres du palais Tardievêque Baitiati, aTce son ficère, son 
cousin et Jacob Bracdolini. Tons ceux qui TaTaiéiit suiti pé^ 
rirent également, à l'exception d'un seul qui s'était cachésons 
un Humceau de bois. Lorsqu'on le décc^trit au bout de 
quatre joiu«, on le regarda eomm^ assez puni par la^aim et 
la peur qu'il avait éprouvées. Le peuple furieux était, de son 
eôté, à la recherche de tous ceux qui avaient montM qndqiie 
oppositiw à Tambition des Médicfs, ou quelque liaisoa if a«- 
mitié avoe les eoujurés. Dès qu'ils lui étaient dénoncés, il les 
mettait en pièces et traînait leurs eaiavines par les mes >; 
leurs membres déchirés étaient porté» sur des lances ^lu^ies 
divers qaartî»s de k ville, et cette soif fréilétiqae scmlilait'iBe 
pouvoir Jamais s'assouvir. Le jeune cardinal Biario, qui fré- 
tait p^int iiMtrait du complot, «Tétait sàuvi sur Tanlel^ ôtril 
avait été d^ndu aveei peiné par les prêtres. Trançois Ptact , 
tiré du lit sur lequel sa blessure l'avait forcé de se jeter, fut 
conduit au pdais, sans qu'on lui permit de reprendre ses ha- 
bits^ et pendu ainsi è la même lEenêlre que rardbavé<p»« En 
chemin toutes les injures du peuple ne purent lui arrachet un 
seul uiot ; il regardait seulemeat d'un œit fisc «cs^ccmeitojraDS 
qui retournaient à leur esclavage, et il soupirait '. Gutlfaume 
des Pazsi s'était réfugié dans la maâaon de ^LmiMit mu 

i Ma^eWotf. L VIH, p, t74.-~/. Mieh, BrutLt. Vf, p. 159.-* eovUmmwÙ Mîfèrit 
L. ni, p. »S. •* * MacCkknfêUi, L. Vlii, p. 399. 



bfPBH&^t et lies i]^m!p4<^d6 isalemiiMi BlamN^e Ké-t 
dîm, JeiimvtoHit Beoé des Paw, qui a'iétait retN d'^Tapoii 
k]^ çawpilgQç, poar np prendre aacune part à te réT<riptkHi, 
Twliit acpmdant 9*eii6ite qoaod U mt qa*eUe a^nit Maté ; 
mmj reooona 9011s f habit da pagrsan qu'il .avait reyéta^ il t§t 
9.iPf&U ^t ïeaandiiit h Ftoiwae où iUatpfMa* JaeabdesSaazi 
art 4g»lmmt arrêté par kq noiitagBanils à son paisage ida» 
Apennins ; il les snpidia de la taer inniédiatmsiant » U ieiir 
«Ifrit aai£«9^,foax:eâlaTOeiécomp»8e; maïs il ne pilles 
fléçhir^et il fot panda ay^ sqa naTao Béné. ÇéMt 4^4 le 
^ipatrième jmr d^^ la mnjipjnitîop, at pendant tout aa fipnpa 
to poppteica s*!âtiuit ba^ée dans le sang. Plus de solianiMix 
citox^is» aoiipables on suspects d'aTojir leQ part m oomplot» 
avaient ^ nus en pièi^es^et lenrs membres, traînés dans, le» 
i^ipos V. le cerpff de Jaaob das. Pamlnt soumis à ^qsiewara^ 
prisas à a^tte indigiijité : il aymt d'abord été entarré ^uw Ja 
ftmtosm dasw anadtres ; mais» cjnmnaon prét^dU ravoirepi? 
te^kdii Uaspbémar, à sa mort» babltude à laquelle il parais a]«foir 
étéaiyat» on attrîbnfi Im pbnies violentes qui, «plvîrenjtl^ i^ 
wm te corps d'm Uwpl^émataor repo^tdans nne teKrç.aoxir 
aaarée« Il an UA enlavé pwr.êtra ^tarré la long des mnra^ 
des enfants rarracbèrwt de nonvean de aetta saaondas^^n 
twt} VOfv ^ tr^iiua^ ^oagtampsdans les rpes, avant dek jai;» 
dana^i'i^io. l^au-tBaptîata deHontaiecoo eut la ttta timAéet 

- ■ • " . • •■•..• 

t . . . • 

i 4ilegi;eUi «fiiire qiie, peaâmt tes jour* fluiyaiits, on fit mo«rir encore pins de deux 
twnts personnes. Diofi Sane^t p. m.' 

Jl, <«DfriMI i^ftlmiM ( lUÊM^atUMa^p» ut) qpjm cette Anvnr 4a peuple ne m'ait pas 
(ùt refiopnat^e la conjurçtipn des Paszi pour une entreprise de raristocratie contre 
i'elii 00 peuplé. Non, les citoyens, les marchands, tous ceux qui avaient quelque indô' 
ptm^fmm ét iMUne étalett tuaeWi i r^acieno» liberté. LWstorien Camfai apparteiuitt 
é ces bons bourgeois, il est leur contemporain, et l'interprète de teurs sentiments ; il 
âonne tQuJ^mrs a taureni le nom de tyran, et déplore le sort de Florence tombée sous 
i#|gfr«||i|Ô» JM# M pppoUifie ,étatt attachée au^ ^lédicis. Je Tai dit dés le coipinencenieiit 
de ce duipitre» p, |fH>; et cette populace, que je ne .cooronds point arec le peuple, quoi* 
que 4e sois souvent réduit k rappeler du même nom, ne s'e^t montrée que trop emprei- 
sée dans tous les pays à se ruer sur les vaFccus. 



fit HISTOIRE VEÀ I^PIÏBtl<)l7E8 * ITALIEHHeS 

aprèd on long interrogatoire, par leqael il fit cônnÀlIrè^tMtd 
k part que le pape airait eoe à la conspiration. BemardBaii'^ 
dini, ne s* arrêtant point dans sa fuite, avait été eherdier mr 
refi:^ à Constantinople, mm dans cette ville même LaoreM 
de Médids eot le crédit de le faire arrêter. Le sultan- Ma<« 
iMNttet ifle rendit, et Bandini, rentré à f I<Nrenee le 1 4 dé- 
eenbre de Tannée suivante, fiit pendn aux fenAtres du J2ur«* 
gdlo le 29 décembre 1479 ^ 

Les historiens florentins qai ont vécn>8ons les Médieii 
<int fait des Pazzi le portrait le plus désavantageux. Bolitien 
kor attribue tous les viees, même les plus incompatibles : ^m 
les accuse en généi^al d* un orgueil excessif; François se laissûl 
aveugler par la colère, et c*est dans cet égarem^itr qu'il se 
btessii Iui*mêm6, croyant firapper^son ennemi. Jaeob était 
adonné au jeu et à l'habitude de blasphémer ; c'était tf aUleura 
un homme f<H*t charitable. Il consacrait une partie de^im re- 
venu à secourir les pauvres et à enrichir les églises^ Pour ne 
point courir risque d'envdopper dans'stm malheiur ceux qui 
quiavinent eu confiance en luî^ il avait payé^toutes ses.dettest 
la veille du jour fixé pour exécuter la conspirati<m, et41avait 
C(ms^é à leurs propriétaires toutes les marchandises qu'il 
avait en douane pour le compte d' autrui '. 

Encore que les conjurés n'eussent pas réussi dtts desr 
attaque, lasftnation de Laurent de Médîcia était toi^wi^lpi^ 
dangereuse. Les troupes assemblées dans la vallée du Tibrt 
sons Laurent Ginstini, et en Romagne sous Jeau'-François de 
Tolentmo, étaient déjà entr^^ sor le temU^m florentin; mm^ 
ayant appris le désastre des Pazzi , dles se retirèrent sans se 
laisser entamer. Pendant ce. temps le roi fecdinaiid enioyait 

t Strinatus apud Adimarum, in notts ad Conjurât. Paclianœ Commenté p. S6. -^ 
ânnaUB BononUnssê Mieronvmt de BurseOis. T. XKm, p. 9Of.C0t fatolorfni'léiioMtte 
Bernardo di Randioo Baroncelli. En effet, Bandino est en Toscane cm nom de baptême; 
tous lea aolres cependant prennent Bandini pour un nom de favUle. — * ifoccMovettl 
L. TIII, p. 378. 



DtJ MOYEU AGBk 117 

ifmatres troapes qai ataient d^à passé le Tronto : il avait pu* 
Miésmi allianoe avec le pape et la répsbUqae de SiMUie. Gette 
ligne avait cboia pour général k doc d*Urbin, Frédérie de 
HontâeltrO} et die venait de dédarer la guerre, non point 
à la répnbliqne florentine , mais au seol Laiurrat de Médids , 
qaf elle ne vonlait^pas confondre âvee sa patrie. En même temps 
le pape frappait la r^^liqne florentine d'anathème ,• si , dans 
le courant dn mois , à dater du l^'' de juin, jour où sa bnlle 
fnt publiée, elle ne livrait paa anx tribonanx ecclésiastiques 
Laurent de Médicis , le gonfalonier, les prieurs et les huit de 
la balie , avec tous leivrs fauteurB, pour être punis selon Fé- 
uormité de leur crime ^. Ce crime étût celui d'avoir pcurlé les 
mams sur un ecclésiastique* « Parce que les citoyens^ dit le 
« pape, en étaient venus entre eux à quelques dissensions civiles 

« et privées, ce Laurent, avec les prieurs de liberté, ete 

« ayant tout à fait rejeté la crainte de Dieu, et se trouvant 
« enflammés de fureur, vexés par une suggestion didMique , 
« et emportés comme des dnens à une rage insœsée, ont Sévi 
« avec le plus d'ignominie qu'ils ont pu sur des personnes eo- 
« el&iastiques. Gh douleur! oh crime inouï! ils ont porté 
« l^irs mains violentes sur un archevêque , et le jour même 
« du Seigneur ils l'ont pendu publiquement aux fenéties de 
« leur palais ^» » 

Le pape ne se dtfendit point d'avoir eu part à la conjura- 
.tfon; il ne chercha dans aucune de ses bulles à repousser cette 
accusation; les Florentins, au contraire, reconnurent leur 
tort d'^avoir fait mourir l'archevêque de Pise et les prêtres 
conjurés^ qui n'étaient justidables que des tribunaux ecdé- 
ââstiqnés ; fis cbercbèrent à apaiser le pape en se soumettant 
à ses censures , et Us rendirent la liberté au cardinal Riario '• 
Cette modération leur fut inutile; le 10 des calendesi de juillet 

> Butta ^xii IV, apud RaynaU» Armais Sccks* 147$, $ IQ, p. 37S.'*** Uid, % 9, p. 2IX 
~ ' Scipione JUnmlralo, U XXlV, p. 12Q. 



lis HISTOIRE DMA BXlHJBLiQUSS ITALUSnBÈS 

une hou velle baU6 les frappa de pe&des plus gravés : eSe pi^hiiÉ 
tout Gomméree avee eux à tons les fidèles, elle ronii^t leors 
préeédentés alliances , elle défendit à frms lés états d*éb eon-> 
tracter avec ent de nbntdles , et eOe interdit à tcmt mBitaire 
de se mettire à leur solde *. 

Les Florentins cependant se préparèrent à repoosser par 
les armes l'aitaqae dont Us étaient menae^^ et le ta }Qin 9s 
tstébrefût, selon leur ancien nss^, les dééeaivirâ dé la giieh^*; 
Ils adressèrent en même temps à tons les princes chrétiens viA 
riécit de là conspiration ; ils réclamèrent par leurs aitnbassa- 
deurs les secours du duc de BlSan et ceai de là république de 
Venise, en vertu de leur aHiaoee ' . En même temps ils assem«> 
blèrent à ï'Iorence un concile provincial de tous les prélats 
toscans ; ils leur demandèrent une protestation contre la sen- 
tence de Sitte lY, et un appel de Son exemtamunieation à un 
iscmcile oacuménique *. Ils publièrent aussi la confession au- 
thentique de Itontesecco, afin de àiettre hors de doute la part 
qu'avait eue le pape à la conspiration, et ils envoyèi^nt cette 
I^èee, avee leur appel, % tempereur , au roi de France et aui 
principaux souverains de la chrétienté ^. Enfin, pour mettre 
Laurent de Hédicis à l'abri d'enti^prises sembldldes à ceUe à 
laqucUe il venait d'échapper, la Seigneûiie Itu accorda la't>er- 
mission d'entretenir autour de sa personne une garde de douze 
hommes^. 

Les monarques de l'Europe pouvaient difficilement àppré^ 



1 ÀnnûL Eceles* 1478, $ 13, p. 279. — Ùiariwn Parinenae. p^ 279^ — ^ Les iit'6» far 
gaerre Domaiét «lus eetie occa^ou Ittrem Laurent de'Mddids^ llioiiias SodArUB, Liwli 
Galcdardioi, BoufsiaDi Gianfigliassi, Fient» Mnerbeta, 9tnaré anoocirol^Bâ^llolMrio 
lioni, Gedo Serristori, AnUniio Dini, Nicolo Fedmi.'^'^d^ione âmmirato, L. IXIV, p i ào. 
-^ s itaechliwellL h viii, p. 38S. — • H. RoseoS a publié cette protôfutiàii, quT peuU 
être ne reçut Jaoïab la sanctioii formelle du condle toscan, àppend. n» 37, p. lU-iSS; 
— a Elle est aussi publiée par M. tloscoë, n« 38, p. 154-1T3. M. F. H. Egerton a publié, 
de son côté (Paris, 3S mars ISU, in-4o), une lettre de U Seigneurie de Florence à 
Sitte IV, en date du 31 JuiHet ilrs. Cette lettre est noble, ferme, et d'un style fort Hé* 
gant. « • SclpUme Àmntbraio, L. XXIV, p. 133. 



* 



DO MOTEH AGB. 1 ! 9 

i^r ki motifs des dtoyems flormtiAs pour mettre un terme 
à rnHupatioo de la maiion de Médioîs. Ils r^rdrient déjà 
«8 deux, frères pomme dos souyerains légMmes ^ et mi oom*^ 
plot «entre eux le«r panteiit tiae attaque ei»atre la majesté 
des trftoes. D' affleura, sans eiaminer les droits q^e poavaieDt 
aToir les onqmrâi, la eondoite da pape, en i^aiBociant à eux , 
pcNir satisfalni la bame et la cupidité d'un note» qui passait 
pour son fils, leur paraissait nécessairement scandaleuse. Aussi 
le roi de France , 1* empereur Frédéric, les Ténitiens, le duc 
de Milan, le duc de Ferrare , menacèrent^ls Kite lY de lui 
retirer leur obéissance, s'il continuait à troubler la chrétienté 
par une guerre injuste, louis XI renouvela les disputes sur 
la pragmatique-sanction ; il voulut arrêter les aunates, puis*^ 
que les trésors qu'efies portaient à Rome ét^nent employés à 
fsin la guerre aux chrétiens, non à les défendre contre les 
Tares. Il dta même Sixte IV à un condle qu'il parla d'assem** 
hier,, d'abord à Oiiéans, puis à Lyon , mais qui n'eut jamais 
lieu*. Enfin, il envoya en ambassade à Florence rfaistorien 
célèbre Philippe de Gomines, pour relever le crédit des Mé« 
dicis pu* une promesse éclatante de protection^. 

Les plus sages cardinaux voyaient avec douleur Fautorité 
pontificale compronnse par l'inconsidération du pontife f mais 
Us dSiPfnkM t^n plus important de la sauver que de con-* 
traindre Sixte lY à écouter les consdls de la intidence et de 
la justice* Sans une de ses dendèifes lettres', le cardinal de 
Pavie écrivait au pape : « Je sais qdû vtent à noos, de la 
« part du roi de France, un andnssadear fort estimé dans les 
« âftok% do At fat éoVMiafesiott est touite pfeiae ^orgoril. H est 
«^ iahargi^do'afMis retlMr l'^MissaMe daa Ffuttçais, «I dîen 
« appeler à un eom^, si nous ne rëtoquolis pas les censures 

• AnnaL Buleê. i4i», S 18, p. SI4. — * Uêm^ru et PhU,âe Caadna. L. VI, ch. V. 
--ColUet, tinlv. des Mémoires. T. XII, p. 40.—* Le cardinal de Pane mourut le il sep- 
ttniite Hn. ' • 



V20 HISTOIAË 0JSS aÉMJBtlQUES ITALi£5If£!S 

•( pixmoDoées oon^ les Florentin», A cem qoi ont toé J«3ien^ 
« ceux même qoi ont appronyé ce menrtfe, ne sont pas pa- 
ît nîs; enfln si noos ne renonçons pas à la goerre que non» 
« venons de eommenoer.*.. Gepeûdnnt que ponrrions-ndii» 
« faire de pk» hontenx, qndle plus grande plaie, qoeUe 
« mort plos crudie poarrions-^(«8 infliger à Fantorité de 
« Bome^ que de révoqaer nptre senten^ce, atant même que 
« Tencre aree laquelle die a été écrite soit sécbée? Le senl 
« fléau que Dieu nous ait accordé pour notre eonservatioik 
« tomberait de nos mains ; le bâton apostolique ne' coiràenre^ 
« rait plus de force pour briser Itis vases inutiles; la puis^ 
« sanee séculière aurait alors un rdàge contre les censures, 
« et ce que notre faiblesse aurait abandonné une fois, notre 
« courage ne pourrait jamais plus le recouvrer. « 
. Le cardinal proposa ensuite au pontife de gagner du t^nps 
par des réponses évasives, . de promettre qu*il admettrait les 
Doraitins en grâee s'ils tânoignaient leur repentance; mais 
de déclarer qu'il ne pouvait le faire que dans une assemblée 
de tous les cardinaux, et que cette assemblée était impossible 
pendant la peste ; de retenir, sous ce même prétexte de la 
peste, le& ambassadeurs français dans un lieu éloigné de la 
cour ; de suivre enfin l'exemple du roi de France, qui qud- 
quefois avait différé un an entier avant de donner réponse 
aux légats de Borne. « Si le roi» dit-^il, accède, eomme ïk cat 
« probable, à ces délais, vofu mirez du temps pour atterrer 
« les, armes de vos ennemis, et Dieu dans sa miséricorde nous 
« octroie souvent des dâivranaes inattendueUf ri le roi n'y 
« acquiesce pas, ce sera lui qui sera coupable et responsable 
•^ de toutes les smtes de son impatieaoe.... Alors, ' qatd votre 
« sainteté se confie entièrement en> Dieu ; celui qui règne 
« dans les deux est plus grand que celui qui vit sur la terre. 
« Le premier a soutenu ses prêtres dans de plus graves con- 
ce tentions, il ne leur manquera pas dans un moindre .péril : 



ou MOYEfli ▲GK. 



131 



« d'aiUean nos ennemis eombittraîent pour le péebë; eox 
« Tondraient notre perte, et nous c»4iae noos imiksas €*«8t 
« leur saint et lear Tie. Dans nne sitoation si disssemblable, 
« et ^and notre caose est si juste, sans doute nous devons 
« placer en Dien tonte notre espérance*. > 

Les conseils du cardinal de Payie fj^nt snivis : Sxte lY 
différa jnsqn'aa 27 janvier suivent d'accorder une première 
audience aux ambassadeurs de France; alors même il ne leur 
donna point une réponse positive; il leur dit qu'il diargerait 
un légat de porter à Louis XI l'expression de ses sentîmiiits; 
cependant il ajouta qn'il avait vu avec pdne ce monarque 
prêter l'oreille à Laurent et à ses complices, plntdt qu'à cdui 
qui n'a reçu son autorité que de Dieu lui-même, et qui n'en 
doit compte qu'à lui ; car le texte sacré a dit : « L'orgoeillenx 
« qui ne vent pas obéir à l'ordre du pontife qui rend un 
« culte à ton Dien , doit mourir par le décret du juge. Ainsi 
« tu ôteras le mal du milieu d'Israël ; le peuple, ea le voyant, 
« rentrera dans le tremblement, et aucun ne s'enflera plus 
« d'un vain orgueil '. » Et pendant que le p^pe paralysait, 
par ses lenteurs et ses réponses ambiguës, la ligue qui sem- 
blait se former contre lui, il poursuivait avec ^vigueur la 
guerre qu'il avait entreprise en Toscane. 

' 1 Cardin, Papien^'Bp. «9S, 16 Jalii 1478. — Ann. EccL 1478, S 18, i«, p. 274. « 
^JbVM^S iaMi. UeU94 MT8, S tSi ts, p. ^ar»/ Jbe jrcMvto numw: r^itUtml, 



lia HISTOIRE DES KÉPDtUQUIS tTAtOHIKS 



i i Hftmm'initt»ntniimtmnitiitM»»it8 » 



CHAPITRE V. 



Criterre entre Siste IV ^ allié de Ferdinand de Naples, et les t^lorentioSé 
— Gènes recouvre sa liberté.-^Suite et fin de la guerre de Yenise wet* 
tre les Turcs. 



1478. 

1 478. -^ La condinte d'une conspiration demande toujoarë 
un tertain degré de disisimnlation^ et même de faosseté ; le^ 
hommes contre lesquels de pareilles attaques sont dirigées se 
plaignent souvent avec amertume de la perfidie de ceux qu'ilôt 
avaient regardés comme leurs amis ; ils oublient leurs pro- 
pres offaisea, parce que ceux qui 8*en sont vengà n'en té^ 
moignaient point de ressentiment» et il» demandait, qo'/tm 
les attaque à visage découvert et à arme» égdifli^ tandis 
qu'eux-mêmes s'enferment dans des forteresses, qn*îb a* en- 
tourent de gardes, et qu'ils arment tout un peiqile pour se 
défendre. Harmodins et Aristogtton , Pélopidas, Timoléoo, 
Dion, les deux Brutus, tous ceux que l'antiquité a célébrée 
comme les restaurateurs des libertés usurpées, dtssimidèreiit. 
Mais, pour que le reproche de dissimulation n'entaehe pas la 
r^utation des conspirateurs, il faut qu'un danger imBÛneiiti 
un danger personnel les justifie. Ceux qui dirigent leurs coups 
d'un lieu de sûreté, qui, pouvant combattre avec les armes 



àa prinett, ont reeoors an poignard A» maatimt méritent 
«eak ropparatoe qni éiSC tctoitibâr soi^ la H^eddëûtt. les VbxA 
d tes Salmti anfsient pan glrattâs et dignes de respeet aux 
yeux dès atidals rtfpiddicfldns de la Grèce et de Borne, 1cm 
flième q«*98 enitorinàieitt ks M Mitis par de fansses caresses, 
et que, les serrant dans leurs bras m signe tfanritié, ils éher* 
thaient sens leors habits a ces tktimés dëf ooées portaioat 
nne oniiMse} mais Siate lY qni bâitt les armes des conspira- 
teurs, et Ferdinand de Naples qai fidl ataneer son armée 
ponr les seconder , ce souverain pontife et ce monarque (fA 
âaranlent eux^-mèmes la I^làtion sons la protectton de la- 
qndle ils vivent, ne aaéritent pas plus d'estkne que les lâches 
qm payent dfea meurtriers mereenaires pour salidifaire leur 
vei^eanee. Toutes les ftns que te recours à te tinttcte publia 
9ie est pessibte, te vindicte privée est Inlsrdite. Les vengeurs 
des partkulters sont tes Iribunam, le tribunal des sottverahis 
o'cBl te guerre. Les tribimaux sont impuissants pour défm*^ 
dce Mmumur, infliètes lorsqu'à fiixdrait détedue la liberté; 
c^esfcpourqoui leglikvu a été rendu parropinion aux titoyens 
pàut venger leur htmiieur dans des duels, aux vépuifiealiis 
pour xueottvier lettr liberté dans des conspirutlMS légitimes. 
iieadufliSi ooomeîtes conspirations, suAt imentits put* Tbon- 
msor ans uraverakis, qui ont un auM juge dans le sort des 
atans pdrtiqaes; 

. ttiis i¥ uvail peut^ètredegnmdes pensées el de nobles 
prufets pMT f iadépemlanee de VltaHe ; sans apprécier te H^ 
berté, fl côumiissHit te puissance des z^utttques, fl volitefit as- 
sMer^à te péainstileteus tes moyens <fe repousser les atteques 
dea^tiuttgem et des'biorbares, m -rémdssant la fiOmbardie à 
fa Xosenae^ sous Tégidede goùv^num^nts que te oonfian<^ 
et f r i umiir ii Bg t i SU|èss'readissent jnéjfraatublesv ^Le plan qu'il 
avait conçu dans sa tête, et que nous verrons se développer, 
était digne d*un honune de génie, et mèatie d-mi ami vrai de 



sOQpftys; WMS te cMwrttoediipape^eofvoBipttit ma^esptU^ 
et mUtàt 4e la fniuselé et de la perfidie à ses iMesotaeep** 
tioDS» liicapable de éistfaigoer la yeite (f à¥co le( cânmë, totts 
1^ moyens d'eiéogtiMi lai étaieBt indiffibeats^ et^ildédHMio^ 
rait ses projets piar tes-iBttniiiieQts doiitilifsisait ehok pdv 
les aooompUr. Ainsi, lottt ea s'armant peurla'lSxeitéy'il se 
rendait cxUeuxf aux o^nbUeaiiis rax-aiMines $ «n in w<{oant te 
.peoycHr de rÉgUse, il scandalisait les eathelîiiaes; etènpr(H> 
jetant Tindépradanee de Tltalie, il'rekpôsaife te ^mieriaDt 
iuTasUms de rélranger. 

. Sixte lY et Ferdinand s'étaient Réparés à la. gnelpre avamt 
qne tes premiefB eonps fassent portés parûtes Pasztoonti^é tes 
Médiaîs. Les J'ioventins, an contraire, n'avaient ^point enbon 
d'^aimée, et il leor fallait on temps assez tengpoulrs'at former 
une. On rassemblait pMr *^eni ea LombakUé tons les eapi^ 
tainesqni eberebalmtda ssrrice^ et on a*vmt engagé sous 
teitfs diapeaox IHeoIas Onûni, oookte cte FitigHano;; Conrad 
Orsiai, Bodolpbe de Gonzague, frère du inai^qtiis de Mailoue^ 
8(»deox fib^ et d^autres capitmnes. Quafât aux petits prteoes 
de BcMDMgBe quifaisairat tous te méttwdecondotlim, SixtelY 
avait prévenu les Florentins. U avait pris à sa solde Vri^ 
d^j dued'Urlm ; B^ertMatetesti^se^ur^e mÉûHi, cft 
Gostanoo Sforza, s^;BeiBr de Pesaro. X'àravfeponlffîsatei 
ainsi complétée, entra sur tes terres de la répabHi|Ue animis 
de juillet, aveeceUe du duc dé GalalM ^ Les Fl<»]!l».tte'ne 
pouvant teimr la campagne, distribuèrent teurs s^MaiS'daiis 
tes Meux forts^ sur tes confins de T état de Bieniie et^li dùehé 
;dUrl»i. Ils formèrent «ussi un cœà^^ an Poggio 'impériale ; 
mais là on voyait autantdetfoopesind^^èndantesqa'iteftvlteut 
de condottteri dans, leur armée ; aucun ne vwdidt reeotmtttre 
l'autorité d*un autre : tes onires des coÉunisiaîxBs .nommés 

1 50^ne immlraM. L. XUV, p. 131. 



fw hr réjpoUi^ieéliûent mé{^^ ^aqae capitaine se croyait 
au vamm T^gal as» bourgeois qui mégeûent dans le txm^ 
mlf il aurait cm manquer à son honneur s'il aTait <Aéi> mii 
ffiiMswiiMteiaepts d'^nù homme que sa naissimee et son nmg 
n'élevasMi^ pas ao^lessus de tons lea autres^ 

Les HoiciitiDSy ponr rétiddir la snbonlination, oHHrent an 
dncdHafCBle ée-Serrarele commandement de knr armée,' 
aveeune payedesoixantemlQeflorinsi qui se réduirait à qna*^ 
ranta. mille à la paixi Ib ne Tonlarent peint éeonter les con-- 
seils de la Seignemie de Yaiise, qni leur représentait qo*Iier-< 
enle, ,ay«imt ^^Kmsénae fille de For^and, mettndt pen de 
-vignemr à eomhattare AlCanse éo Galabre, son beaa«fràre *. 
Bœeide hésita lui«-mteae asstea^ longtemps arant d'ace^tar leé 
ofikwqni lui étment faitas, et ce ne fat que le 30 aoAt qa*il 
signa soniraitéavec les commissaires florentiss^. 

Gepmdant les hostilités avaient commenod dès le miUen do 
juillet ; les ducs d'Urbin et de Calabre ayaient ravagé^ ai«e 
nue extrême .ornante» la pastîe éa territoire fhmntiuqu'ila 
avaient euTahie ; ils avaient asnégé soeoessivement ficndne^ 
la Castdlina, ebfttaau^fortà huitmiUesdefiienne,etRadda.C0S 
troift forteresses avaient été défendues avec cmpsage; mais 
tontes tra» avaient capitale sons cMdition d* oowiir lenra 
pwtes auxeimanns si elles n'étaient pas seoonmes afant uii 
tarme.donné; et l'armée floi»atine, instruite de cette caf»« 
tnlation^ n'avait point osé livrer bataille pour les sauver^. laCS 
enn^ma avaient prisensuiteMortaio; ils assiégeaient Brcdio, 
ils menaçaient Caoabîano ) lorsque le Aie de Ferraore arriva 
oifiu, le fi septembre, à Florence. Le 12, il aUa visfter le 
eampf nu9s,. pendant ee telles même y Bualio se rmdaît aux 
ennpmia presque ensa présence; et ceux-d, au mépris de ta 

1 VâHn&nmfo, VUe tW Duchi di Venezia. T. XXII, p. 1909. — > SOpione ^mnOrato» 
L. XXIV, p. 126. — > Diario Saneae diMteçretto AUegrettU p. 78S. — Orlando Mala* 
vo/<i, S<oHa diS^eima. P. III, L. ui, f. 7). 



)26 HISTOIBE DES BJÊraU^IQUili, ITAUEIINES 

fsipUidatipa qipfîte v^mimx ngnée, [^aiait et biâiaiwi'iMi 
château, eomme ils avaient peu aopajniTaat pillé et hrûlé eehn 
4eSfldda^ 

Jusqu^à raffifée dn duo de f enraie^ ki Fkmukiim atûsKl 
pa s* affliger de n'avoir potiit de dief ; ib ne tandtiwrt pu eiH 
9Qite à se repentir d'en av«r choisi <» qui nmqiMâide latol 
po de résotntioQ, si même il wtébBÔ^ pas en se<nt>tf aoonrd 
avec leurs ennemis* On avait attendu le mmmùt&s6 parles 
aitrotegoes pour Iqi remettre le bâton do ernnmandwmt x 
e( censM^i l'avaient 4i£féré îasqu'aa 27 septontoe, àdix taeons 
et demîe, on seize beores è rîtafienne. En afttondant.qoe le 
jûommt fiiviorable fâA venu^ Herenle avait laissé, pnendie 
Cacetnimo sons ses yenx , et il laissût assiéger Mbiito-6aB4o» 
irina d^na le.vel de Chiana , nue des places les plbe impoM^ 
tantes de la fnmtière, pniafa'elle oonHDandaitL'esitrieée la 
plaine d'Àrez») et de eidle do Gorkme t du ved d'Làmbra d:da 
fel.d'Awo?. 

Tinkèl lednc de Fernradispataili mcQ leseoamissatoeB flo* 
rantina, Umàùt ame ses propres officierR ; il me tiooirait jaiseis 
^'aneon Bcr i&t assee sûr ponr y asseoir son camp^; il teta^ 
sait de s'approcber. des emtemis, et il s'emfHnsMt de oonelnve 
avec eux or amnstieeaox conditions les plnsdésa^NOitagenseei 
Il consentit h oe qne pendant sa dorée îe dno d' UgUe conli'»- 
mM les Jtrainau dn siège de SanrSovino. Cetarpielîoa s'étal 
terminé à la fin d'oc|€tee» le doe de FeBreisa pcopoapi dero*- 
piettosSannSovino en mabis tiesees poor donner le tempe do 
^eeommmeer des négodatiopa; il snggéra enocwe d'antas 
expédients ipû montraient Ions on la faiblesse deson cane^ 

bataille pomr délivrer les assiégés : ses farces ^ent œpen* 
dant à peu près égales à celles des ennemis ; il avait sons lui 

1 Seipfem Awiimlo. L. XMV, p. i97. — * IfrM. p. ttp. 



DU MOYKR A«Y. 127 

aeptinâle hymnes de caTalerie«t nx laiUe fantearia»; le dsifi 
d'Urbîn aTût mil}e cayalien de ^m$ et deux mille SantasÛBa 
de moins * . Enfin, San-Soyino se rendit le 8 novembre, prai* 
qw^tm» les yeux dn duc de Ferrare; et ka enoemia s' étant 
mis en (^puurtiera d'hiver entre Foiano , iJiQigDaiio et Asina* 
hm(^ mt les fnmtîèies de Tétat de Sienne, il tenmoa de soii 
côté 0^ hontense eampagne en logeant ses troupes entre 
rOlmo etPoUicdano '. 

Oq ne peat se défendre de qoelqtie surprise en voyant qoe 
J4imrent ^de Médicis ne parut pcnnt dans le camp florentîn 
pendant le cenrad^unegoerre où sa patrie n^était engagée qne 
pour hd. U avait laissé Tannée éprouver les ineonvéoientSi 
d*idKHrd de rin8nbordinati<m avant gqe le dne de Ferrare j 
fût arrivé, ensuite de la défiance, et pent-étre de la tr^^isfm, 
Al^jsa venue, sansessajtt d*7 rétablir Tordre ou d'en presser 
les opérations. Le gouvernement, et lui-même peot^tre, nV 
vait pas une grande confiance ei^i ses talrats mititakes ; mm 
les commissaires que la répobyqneenvoyaît à Tannée n*^t»eBt 
«probablement pas plus belliqueux qae loi. Lorsque le mani- 
feste de BUte lY et de Ferdinand avait été porté à Ftoeneci 
etqne Laurent s* y était vu désigné conme seul epo^ni de ees 
deux souverains^ il avait eonvoqué uneenml de HifMfBU, eè 
trois eants citoyens avaient 4të invités* Il leur a^eit dét&ijé 
^*il était prêt à^se soumettre |i Texil, à la prisen, à la mort 
même, «i sa patrie croyait defoîr le sacrifier « pour ee eous*- 
tndre à Talta^pie àe ses ennemis, filais en même temps il leur 
avait rappdé que leur prudenos et leur pwsévâranee si^ffiaairaft 
seules pour r^ister à T orage et parvenir au terme des maux 
dont <m les Bwnaçalt; Les Florentios, appelés à « eoneeil, fé- 



' t On cmntncnçtit alon à compter la eat alerte par escadrons, oa sguaâre, le plus 
aouvent de soixante-qninie hommes. Le duc dlJrbin en ayait cent neuf, et les Floren- 
tins qnalns-Yingt-quaiorze. ùiarîum Parmense, p. 389.— *5cipiofie ^mmiVato.L. XXIV, 
p. ISO. — ^//ègr. AUegretti, DUviSenesl. T. XXiii,p. T84. 



V26 HISTOIRE DEft VtÈVmLlffOVà TTAJJEBmtS 

pondiivilt à cette «teppeMatton généreiM eti^^eùpg^sM ^ 
consacrer leurs fortanes et leur^-ties à la défetasé de Lbnréiit 
deMëdiois** ; , , . 

Tandis que les décemvirs de la gaerre iUlsdent et nottiNilca 
levées de soldats^ raflsemblaient'des nmBKIoM etvétafiIllsÀleiit 
le matériel de T année, la république envoyait ses phkifh'ttbiles 
négociateur» aux puissance^ dont eUè pOnvail éspéreir âes fto- 
cours. Donato Acdaiuoli , Fnn des honùnes de lettres les phis 
recratmandablesdu rièicle, avait été chargé dé Famlrassafle -de 
France; mais il monrat à Milan avant d*avoir pn *£fe reiïdre à 
sa destination , et €kiid* Antonio Vespucci lui fét donné ponr 
snccessenr >. Cependant t^Mis les témoignagies d*aniitié qtlè 
Louis XI avait donnés k la république florentine ne devaient 
av<Kir aucun résèltat. Ce mimarque, vieux et malade, craignait 
toujours que rfiurope ne s'aperçût de sa décadence , et n*^ 
vit mi pronottiede sa fin prochaine; aussi chterchàit-il % Tbc- 
cuper par des négociations, à 1* étonner paf des menacés,' S lui 
imprimer k pensée de sa constante avidité, et cependant il se 
gardait en même temps de s'engager dans des entreprises qtf It 
n'aurût plua ;Ia force de suivre '. liCs Siennais , ménagés en 
vain pttT kS' Florentins', s'étaient déclarés ouvertement 'poui- 
leurs ennemis. Les Lneqmi», toujours jaloux de kuru puissants 
voisins, étaknt ausiri tout disposés à prendre parti ooMie eur; 
et Horre Gaponî, fils de Néri^ qu'on kur envoya comme am- 
bassjBdeur» eut la ;|Aos grande peine à ka retenir dttnr \k neu- 
tralité par des concessions de tout genre *. Jean Senllvogtio, 
qui occupait 4 Bologne à peu près k même rang que- Médills 



r*' 



> savane Ammbpio^ U XXrr.p» isa.— JfMcMotwUllfC. L. ViSi p. S8i« 
M. RoseoC ne conçoit pas que Laurent, qui derait assembler ce conseil de Vdekkêti^ 
pût s'absenter de noreiioe; mais n n'y apasqnlnaeneaesdeFtorenceà San-Sovino, et, 
durant une campagne de quatre mois, on poiucrail revenir de plat loin popr-fp^élor 
au désordre on de l'armée, ou de la capitale. lUusir. p. 122. — '' Scipione Atmniraio. 
U XXiy, p. 120. — i. Mich. Bw/i, «i»L Florent. L. V]l, p. 1S7.— > iranoircf dePhir 
I lippe de Cominee. L. Vf, ebap. Vf J, p. »3. — * Scipimie ^mmiraio, U XXIV , p. 130. — > 

MacchkwelU. L. Viii, p. S92. 



BO MOTKR AGE. \^ 

à.Flor^ooe, deDimrait dans Finaetion y eneore qu^il Ittt alHé 
de Laurent» Uanfr^di, seignear de Faenza, n'était pas plus 
actif .• Les Yénitiens s étaient formellement opposés à ce que 
ces deux seigneurs attachassent la prindpaufeé d'Imola, appar- 
tenant à Jérôme Siario, pour qne la guerre ne s'allumât pas 
en Romagnep 

Toute l'espâraBoe de Sfédicis et des Florentins reposait sur 
leur alliance ayec les deux, états de Milan et de Venise. Mais 
les Yénitiens profitèsirat de ce que les alliés aTaient déclaré ne 
faire la guerre qU'à Laur^it de MédidS) non à la république 
florentine, et ils protestèrent qu'ils n'étaient point obligés à 
défendre de simples citoyens dans leurs querelles privées. 
D'aUleurs, ils étaient encore engagés dans une guerre ruineuse 
ay^ le& Turcs, et cette année même une invasion formidable 
les avait fait trembler. La régence de Milan secondait de bonne 
foi le gouyernement florentin; mais le roi de Naples, pour 
ôter i Laurent ce paissant auxiliaire, avait trouvé moyrai d'oc*- 
Gupcff la duchesse Bonne d'une manière plus grave dans ses 
psapi'es étals.. 

Ferdinand cmmuença d'abord par traiter avec Prosper 
Adorno, qui était toujours gouverneur de Gènes au nom du 
due deMiiaa, mais qui avait montré l'année précédente pres- 
que iSiitaat da défiance de ses auxiliaires milanais que de ses 
propres ennonis. Ferdinand lui offrit de l'aider à rétablir les 
Géiuiis dans leur iudépendanoe, et lui «ivoya à cet effet deux 
galères avec de grosses sommes d'argent. La duchesse Bonne, 
avertie aussitét de cette négodation, chargea l'évèque de Gomo 
de venir prendre le gouvernement de Gênes. Gelui-d arriva 
dans la ville sans suite et déguisé , il assembla le sénat dans 
l'église de San-Syro; il lui communiqua les lettres du prince 
qui rappelaient Prosper, et le nommaient à sa place * ; il n'osa 

1 Antonii GalU. De rébus Getmeiu. p. 284.— 0tar. Parmense. T. XXII, p. 2S1.-- 
OberL FoRetœ, Genuens, Bist, L. XI, p. 642. —P. Bizarro, But, Gem, I*. XV, p. S49. 
VII. 9 



130 HISTOI&B DS& BÉraSLIQUBS ITALIENNES 

pMBt e^pend^tat ftûre cette déchration au palatepoUic, et de* 
quj^ader riQvestiture avaut Ravoir rassemblé quelques sol^ 
^1^. Prosper Adoruo profila de ce délai j il appela à lai tous 
ses parti&aus^ iou^ ceux m^ine qui, dans les factious eQuemies, 
lui paraissaient attachés à la liberté de Gènes. Il leur fit créer 
six capitaines du peuple, pris parmi les bourgeois et les arti* 
sans, et changeant le titre de gouvernent contre oslui de.doge, 
il proclama rindépendance de sa patrie * . 

Cependant, la garnison milanaise n'occupait pas seulement 
les forteresses , elle s était aussi retranchée dans les îles de 
maisons qui en étaient le plus rapprochées, en sorte qu on fut 
obligé de livrer dans les rues des combats journaliers. Les 
fauLlles nobles paraissaient toutes favorables à la daminatibm 
des ducs de Milaa. Les Soria et les Spinola s'étaient même 
enfermés dans les forteresses pomr courir les mêmes chances 
q/ae la garnisouw Ghacua de ces magnifiques palais^ qui méi'i-* 
taiisnldéjà à Gênes le titre à^ Superbe-, était attaqué et défendu 
a^v^ d^ r artillerie. Prosper Adorno invita» Bobert de San-Sé-» 
vérino , alors réfugié à Asti, a venir se mettre à la tète des 
Géoois> et.ltobert saisit avec empressement loccasion de com- 
battre la régence de Milan j à laquelle il venait tout récemmetit 
d'échapper. De son côté, Louis Frégoso, qui deux fois avait 
été doge de Gênes , amena dans le port dé sa patrie sept gar 
1ères napolitaines avec un petit nombre de soldats ^^. 

La régence de Milan sentait combien il était important de 
défendre Gênes avant que ses forteresses fussent enlevées par 
1^ peuple}, et comme les chevaux ne peuveatJ oti*e que de peu 
de ressource daçs les montagnes de la Ligurie, elle avait ras- 
semblé une armée 6ù Ton comptait huit mille fantassins armés 



-^^Mi4 CiuttiHkmàmU, V, f. 237, B.-*- 1 ^M. Galtt^Dereb, Genuens, p. ^t^.—Vbent 
FoiUiœ» U XI, p. 643. — s Anton. Galii^De rébus Ganuem. p.386. — L'(>erit Foiieiœ , 
GcnueM. ^Utor. U 3U« p. 644. — ^nnal, PlaceuiUii ^uu du Hi^Ha. .T« XX, p. SU6. — 
P. nmitro^ uiMt^fianueiié^ L, XV, p. 34», — a^^qhl Gmiioèoni* U v, f, 239^6. . 



DU MOYEN AGK. 131 

Se cuirasses coiAm^ tes gendarmes ^ sii mille hommes de 
troupes légères, et seulement deux mille cavaliers « . Mais elle 
eu donna imprudemment le commandement & Sforzino, âls 
naturel de François P', due de Milan, qui n'atait ni les vertus, 
m les taleiils de son père. Pierre-François Yisconti et Pierre 
del Terme lui furent donnés pour conseillers; on reconnais- 
sait le mérite de ces deux citoyens dans les affaires civiles, et 
on se figura qu'ils seraient également propres à conduire les 
armées *. 

Bobert de San--Séyérino était au contraire un esprit tnrbii- 
lent et factieux dans les conseils, mais un excellent homme 
de guerre- Laissant derrière lui les deux dtadelles entre lès 
mikins de la garnison milanaise, il alla porter ses lignes de dé- 
fén«? dans les défilés les plus étroite des Apennins, à sept milles 
de distance de la ville, et près des forts appelés les deux /li- 
nieaux. Il y éleva à la hâte des fortifications dont la situa- 
tion augmentait beaucoup Timportance. Son armée était peu 
nombreuse, et la milice de Gènes en devait faire toute la force. 
Pour être plus sûr de la réunir, il ^t lire devant le peuple , 
par lin reUgieux dominicaiii, une lettre qu'il prétehdit avoir 
interceptée, par laquelle k duchesse de Milan annonçait à fé- 
vèque de Gomo la prochaine arrivée de l armée qui venait te 
ctelivrei^. pans cette lettre, on promettait à la garnisto de ré- 
K^mpemer sa constance en lui abandonnant lé pillage dé 
Gréneé pendant trois jours, puisqu'il était temps dé domptei* 
c43tte ville turbulente que la misère seule pourrait rainener à 
une obéissance passive ^. En effet, après éette teétùre, tout 
ee qu'il y avait à Gênes d'hommes en état de porter les ariHes 
nK^tk)nrUt se ranger sbus les drapeaux de Robert de San-Sé vé- 
iteo. lient £^iii de lés partager en bàtâiUons sotunis à des of- 

bommes. T. XXU. Aer. ItaL p. 3S2, et traal*i|Bi!éi,e0o.-£-«^mtl. «tMft 06rèèiil 
Gemwtns. p. 299, -^ ' Mion. MIU Ir !« p. m*- — Vl^eHfu F<»^;«(«. Ih XI, p. M- 

r 



132 HISTOIRE DÈS BEPUBLIQUBS ITALIËISISE^ 

ficicrs expérimentés, et T organisation qu'il donna à cette nlî- 
. lice régala presqae à la troupe de ligne. Il s'assura aussi de 
r avantage du terrain, non seulement en face, mais sur les 
flancs des Milanais, et il attendit leur attaque. 

La bataille commença le matin du 7 août 1478, et conti- 
nua peudant plus de sept heures avec un extrême acharne- 
ment. Trois divisions furent successivement conduites à l'at- 
taque des lignes occupées par les Génois, pt elles furent 
constamment repoussées. Les Milanais ayant eu six cents 
hommes tués et un grand nombre de blessés se déterminèrent 
enfin à la retraite; mais ils s'étaient imprudemment engagés 
dans des défilés d'où ils ne pouvaient sortir que par une vic- 
toire, San-Sévérino ne permit point qu'on les suivit immédia- 
tement dans les gorges des montagnes par lesquelles ils de- 
vaient repasser. 11 craignit qu'ils ne fussent encore à temps 
de se retourner, et que les milices qui s'ébranleraient pour les 
poursuivre ne sussent point conserver leurs rangs. Mais lors- 
que les Milanais se virent au milieu de ces dangereux défilés, 
ils sentirent eux-mêmes combien il serait facile de les. y acca- 
hier, et cette crainte suffit pour jeter le désordre parmi eux • 
chacun voulut devancer ses compagnons pour échapper de ces 
gorges redoutables; chacun jeta ses armes pour être plus 
agile , et l'armée qui venait de combattre avec viullance ne 
sembla plus être qu'un troupeau timide qui fuyait. Alors les 
Grénois attaquant les Milanais par derrière ne trouvèrent plus 
de résistance, les montagnards les accablèrent du haut des 
rochers en faisant rouler des pierres sur eux. Les assaillants 
s'attachaient surtout à faire des prisonniers pour les vendre 
aux capitaines des galères du roi de Naples qui venaient d'en- 
trer dans le port * . Cependant le nombre de ceux qu'on pou- 
vait employer à ce travail était borné, tandis que l'armée mi- 

» Oberttu FoUeta^ Genuens, Bi$t, L. XI, p. 046. — P. msuari, t^itt, Gammitt 1. XV, 
p. 3M.<*-40O«/, &U9tinUmi. I*. v,f. w* 



DU MOYEN AGE. 133 

lanaise> presque entière, fat obligée de se rendre avant d'avoir 
franchi toute la chaîne des montagnes. Les paysans ne trou- 
vant alors plus d'avantage à faire des prisonniers, se conten- 
tèrent de les dépouiller, non pas senlement de leors armes , 
mais de leurs habits et même de leurs chemises; et l'on vit 
rentrer en Lombardie plusieurs 'milliers de soldats qui ne 
portaient pour tout vêtement que des ceintures de feuil- 
lages * . 

La régence de Milan, renonçant à F espérance de soumettre 
Gènes par la force, essaya du moins d*y exciter une nouvelle 
guerre civile, en réveillant des partis qui semblaient assoupis. 
D'une part, elle rendit la liberté à Ibletto de Fieschi; de l'au- 
tre, elle engagea la faction des nobles à faire revenir à Gênes 
Baptiste Frégoso , fils du doge Pierre. Les Milanais , assiégés 
dans les deux forteresses, sians espérance d'être secourus, les 
consignèrent à ce Baptiste. Quelques coups de canon ayant 
annoncé à ses partisans qu'il en avait pris possession, ils s'ar- 
mèrent dans toute la ville , et attaquèrent avec acharnement 
la porte Saint-Thomas. Le parti de Prosper Adorno paraissait 
y avoir l'avantage , lorsque Ibletto de Fieschi , qui avec tous 
ses clients s'était rangé du côté du doge, prêta l'oreille à des 
propositions qui lui furent faites de la part de Baptiste Fré- 
gosé. Il se fit payer six mille florins pour abandonner la 
cause des Âdorni ; moyennant ce prix il entraîna encore le 
lieutenant du i*oi de Naples dans le parti opposé. Il était in- 
différent à Ferdinand qu'un Frégoso ou un Adorno fût doge 
de Gènes, pourvu que la ville n'obéit plus au duc de Milan. 
Prosper, qui venait d'abuser de sa victoire en faisant punir 
de mort , comme rebeller, quelques-uns de ses ennemis , fut 
tout à coup abaiidonn)$ par le plus grand nombrei de seç par- 
tisans. II. se vit obligé de sortir de la ville, le 26 novembre 

' ; a ."A- 7, ,' ' ■ • ' . ' ■ 

1 Anton» Gain, De rébus Genuens» p. 391-392.— Dior. Pàrmense.T. XXII. p. 284, 



1^ HISTOIBE DES |i|^PÇBLHlPE« ITALIEVliES 

1478 3 v^ de ft* embarquer ifor luiegplèro de Kajiklc^n P^ 49 
joui^ apjçè^, Baptiste Frégoso, déj& ei^ possession de tout^ le^ , 
fort^esaes, fut proclamé doge ^e Gène^ B%reconn\i ffaUJt\i^ 
les. partis. 

Lorsque la régente de Milan avait envoyé son fermée d^^ 
\ç^ moptiignes d^ £îépça, elle avait ordofi^é ^ ^ifopzi^i), ^^i 1^, 
commandait, de }a conduire en Toscane aussitôt V^'A ^^T^\ 
soumis les Génois révoltés, et de seconder de tout son pou- 
yoir I^aurent de Médids. Ls^ défaite de ç^tt^ a^mé^ dé^wit 
Içg esQér^nces dç L^i^rent, çX 1^ ré^olutian dç Q^^ia^ le i^^xms^t 
çait epcofe d'une autre calamité. L^ marchands florentinf^ 
copipt^nt sjir laili^nçe du dpc de ULiliin , aeignieur dç ÇêneSt 
avaient fait de çettç ville 1^ grand entrepôt de l6i;r commerça 
marithne. Quatre galères chargées pour leur compte, dont U, 
valeur s*^ev^t ^ plus de trois cent miiUe fl^ifts^ deyavçnt y 
entrer sous pqi^ d^ jours. Si elles étaient saisie^ ^i confisquée^ 
par le nouyeaji gauverufment allijé de Ferdi^^pd, unç per^ 
si ponsidérable déxi^ouragisrait les Florentin», ^ leur ôterait Içiî 
moyens de continuer la guerre, Laurent se ^U doup (Mfgé dç 
ménager les Qénpiç^ ^^ risque ^e np^écont9ntpr la flucbe^s^ de^ 
Milan. I^ Seigneurie de Florei^ce féUcita Baptise ^régosQ-çuç 
son élection, et lui offrit sop amitié, eu mé^q tpp^ .q^*el^ 
s'excusa aupr^ de Qani^ dg oes égçu-d^ forc^ ^ -die mqnti^jftl^ 
à ^es ennemis * . 

Les uégoçiatiQç,^ d« I^wrenÇ de Médiç^ §ii(ec Vpai^ ^çgçfc 
raient d'autant plus) d*impprt^p^ » qqp sca autres alîiéa 1^ 
offraient, inoin^ de res^UiTçps. Gjette répi^liqiic; d^vep^t ï^st 
nique e^érauce, r^wq^Ç appui des flQP^U». Mai^, pep^t 
tpute la preiQière a^née de la guerre» elle avMt ^ aÇfi^éq 

1 Anton, GaiHy De rébus Genuens, L. II, p. 906-300. C'est la fin de ce peiU ourrage» 
écrit tue eludAuc, itm élégance, ei m grand «moar pour ta liberté. r-DioriioR Par- 
mente, 28T et 2»o, — VberU FoUetœ, L. XI, p. 647-S48. —AnnaL Placentini. T. XX, 
p.9ST.^P. Msarro.L. XV, p. S59.— 4flr. &mUnUoU, L. ?, U 940.—* Seifisne Awimi- 
rato» L. XXIV, p. 130. 



DU MOY» AGE« 135 

par 4es oaianniés qui loi AtMol îii8qtt*à la lumiMltté dé sc-^ 
Goarir les Hédtcis. La preittière et la plas redoalâUe éiâM 
pommane à Teiiise et à Florence : c*ét«it la peste ; «tte parait 
avoir été causée en Italie par une faiyasion de sautereHes. Aà 
mcHs de jum 1478, aoe armée de ces redMtabtes faMdea 
ooavrit trente milles de longoevr et cpialre de largear dans 
les territoires de Sfontoue et de Bresoia. Le marqmts Loliisde 
Maatooe employa des milUers d ouvriers aies taer, mais il ne 
prit pomt la précaotioa de les faire eoterrer ensaite ; la con- 
tagion, coQséquettce de lear déeomporition, se matitfesta ans-^ 
fiitôl * . Elle avait gagné la Toscane , ravagé Flor^Mie et aéù 
territoire, et enlevé à la république plusieurs de ses offtders 
les plds distit^ttés ; elle avait mdme forcé à abandonner sans 
défense quelques-unes des forteresses, et parmi les deux armées 
die avait, en un mois, enlevé plus de deux mille soldats^. A 
Venise , la peste av^t éclaté avec tant de violence qu'on ne 
pouvait plus rassembler le conseil des Prégadi ; tous les noUea 
qoi le composaient s'étaient enfuis à la campagne. Dans ce 
danger toujours imminent d'une mort hideuse, tous les calculs 
d'une politkpie éloignée devenaient sans intérêt ; aussi les 
Yéniti^B , loin de pouvoir fournir aux Florentins les sectnirs 
d'hommes et d'argent sur lesquets ceux-ci avaient droit de 
compter , ne réussirent qu'après de longs retards à assembk^ 
le sénat pour donner leurs ordres aux ambassadeurs qn'|l» 
envoyaient à Borne. Ceux-ci furent chargés de représenter an 
pape qt^il mettait en danger la chréttenté par là guerre qu'If 
excitait len Italie; que c'était en quelque sorte faire cauèeedm-» 
moue, avec le Grand-Turc, dont on pouvait à Imite heure 
crahotd^ rinvasion ; que si le pape né se déntttint pas de cette 
oondoite, la Seigneurie, d'aeeord a^ec Tempefelv et le^nn de 



• DforiMm Parmense. T. XXil, |i. 980.— > Sdpkme AnmONOù» h, XXnr, p. i2S.«i> 

Dior. Parmense. p. 289. - * - 



VAS HISTOIRE DBS il£inO!»E«QtrS6 ITALIENNES 

Fjrano^' lui ïetirerait ison obénstiiioe, et en appdler-att (te m& 
iajiifites âéorelB à un concile M«r * » '^ ' ' ' 

L'aooosation, ^rtée contre le palpe;, 'de secrâder'leB ^Hrojets 
40 MelMCBet II, n* était qae trop<>6miJhéé. lamaiBles pr^^^rès 
des TwcsT'n* avaient wis F Italie dafn&nfa pltis grAvâ' ddoger ; 
l'e»sledce die ¥siB&e elte-^même '«e InyEhraiit eoiapromise , et la 
moindre di«rextâeo de ses forces poayliif la fbibe isnloeoinber 
anx alta((ae»dtt grahd ennemi de la chrétienté. ' ^ " ' * 

1475. — Les Vénitiens, épuisés pailles longs effotts ^'Is 
avaieni déjà jEsdis, avaient, dès la fin 'de Tanhiée 1475, fait 
ftdre à Df ahomet II des proposiUcyns de paix/Geluî^d atait 
demandé que €roia f&i remise en ison ponvbir,' avec Ufws les 
lienx foT^s qoe la Seigneurie avait acquis depuis le'commeti- 
eementde la gueorre. Il réclamait de pins le paiemeM de ceiit 
cinquante' mille florins pour une dette contractée par les 
adminâstratenrs des mines d'alun, et pour un vol fait ^à ^m 
tsèi fat la république avait en qudque sorte axflorisé. Ces 
dures conditions ne furent point acceptées, mais etlèà donné- 
Haut lieu de conclureun armistice de*ix mois ^V 1 WSJ-^ Pda- 
dtat Taiinée 1476, les Vénitiens n' avaient «point »gi c^mire 
les TntBs ; iten' avaient pascependant été i^ub inqniâcHles pour 
leurs possessions du Levant. La reine Gbarlotte de <%ypr0, 
eberduint toujours de nouveaux expédients pour rentrer dans 
flon royaume, avait adopté don Àloneo, fils nature) d<f rèi 
Ferdinand. Deux galères napolitaines devaient la prendre % 
Modes, pour la conduire au Caire, où elle voulait solËdter la 
proteetion du Soudan d' Égyptc; Le conseil dcs' Dix en ayant 
eu avis, ordonna à Antoine LcHrédano, capitainè-^énéral de 
ses galères^ d'enlever de Gbypre les trois fils natures du der- 
nier roi, ausni bien* que sa mère Mariette, bous la gardis de 
laqndle il les avait kôssés. Toos quatre Jurent «ondints à Ve- 

> àn^, KavagierOf Sêar. Venez, p. 1198. -* > ifr. p. tiHk, 



' DU HOTJm AOe. 137 

: Bise, et retenu» sou» bonne garde* Ainsi la i^pnbli^e abà** 
sait de la confiance qae le dernier des Lusignan avait reposée 
en elfe^ on hn^méoie était un nsurpateur, et n'avait pn trans- 
m^tre ancuà dffoit à sa veuve, ou ses fils naturel» «vnient le 
mtaiedifoit ^e lui. Lorsqu'ilsse réunissaient à la reine Cbar- 
lotte, Idniqne les fib légitimes et les bâtarde des Lusignan 
odttfosdaieBt leure intérêts ensemble, ks prétentions de Ca- 
therine Goman> et de la république de Venise devenaient 
to«t à fait insoutenables * . 

1476i -*^ ioL guerre arec les Turcs se renouvela en 1 477. 
Aehmel, sangiak d'Albanie, vint mettre le siège devant 
Crm»; atee huit mille chevaux. Les campagnes furent rava- 
géea^et letr» haintaats s'enfuirent dans les montagnes , mais 
la vâle éteàt tellement forte, bien plus par sa sHuation que par 
diBS ouvrages élevés de main d'hommes, qu'elle pouvait défier 
ks attàcfues des ennemis. Pietro Yettori y commandait, et 
Fraûeesoo Contarini , provéditeur d'Albanie, était chargé de 
eassetnldër une armée dans la province, pour faire lever le 
^si^e. Penâant tout l'été, les habitants de Croia se dâfendl- 
reat atee beaucoup de vigueur. A la fin du mois d'août, 
Gontariiii parut à Alessio, avec deux mille hommes de cava- 
leiîe 'tënitienne,' cinq cents chevau-légers, et une bonne in^ 
fanteiâe albanaise^ que Nioelas Dueaïni lui avait amenée. De 
ti^ ttb'avançay la 2 septembre, dans la plaine, au pied de 
ûraifty^queles habitants nommaient la Tirtmna^ et où les 
•Turos avttent formé leur camp à quatre milles de la ville. Le 
o^mbal' eatte ks d^ix armées s'engagea vers midi, et dura 
jusqu'au soir sans que Tinfanterie vénitienne se détachât ja- 
mais^ de la cavalerie pesante. L'une et l'autre opposaient aux 
Turc» un rempart, que les charges redoublées de leur cavale- 
rie ne purent ébrankr. A la fin de la journée, les Turcs s'en- 



•n 



139 HISTOIRE DES .iUEP»n[«|Q|DEa ITALIENNES 

f Mirent h Mde abattue» alwndonuaot mêaie Im^emkf. Le» 
habitants de Croi^ firent nm gorti^ ; ik reny^r^^Qiijt les d^ux 
redoutes qui Jeur jfermaient le passage, fit >iareo4 partager le 
pillage ^u camp ottoioaD, ou il^ tro^vèiieat di^çnmdes iscbc»*- 
SCS et beaucoup de vivrez qui cçimi9.epçaîe¥tt 4 leq; xjiwiftlier^ 
Mais les Turcs, retiiTé^ sur Ij^s TOmi^^g^ea nroisiia^, yqyaiettl- 
au clair de laluaç le dpsojidre deç yajuiqiieurs^ dw&œ m)^ 
qu'ils venaient d'abandonner. Bevepant plus rapidement «sh 
core qu'ils ne s' étaient éloignés, ils fondireut sur les yémtiôns 
qui se disputaient; lei^r butin; ils eu nta^âacrèreutleplus^^iid 
nombre, ils trancbèrept la tête à Ck>ntariQi qpx ^tait toisibé 
entre leurs mains; ils dissipèrent tput^ l'armée alba^ise, et 
ils tuèrent plus de pillç hompi^s j^ ^ul wxp^ d£S tpoi^J^ 
italiennes S ... 

On n'était point encore revenu à Venise de l' effroi cpi'avjaj* 
causé cette déroute, lorsqu'au apprit au mois dVtoihre. <jue. te 
pacha de Bosnie venait d'envahir le FriuU. Ccpcudaut la xé- 
p^ublique, tirée de sa sécurité parla préc(Sdeate inva»on,a>.aJt 
chargé le provéditeur Français Trou de foxtiSer cette fçw- 
tière ; une chaîne de retrapjcl^emenjls ^vaU .é\â élei^^fiS 
bouches de l'Isonzo» près d'A(juilée, Jusqu'à. Gorizia, Lesxli^ 
gués des fleuves avaient été mi^^si à profit pour cet puxrage ; 
de longues courlijaes avaient été élevée^ eu tgrri^ rev^ueaidif 
gazon,, et for^igées de place en place par di^s looipiwde^ 
bastions demêiue nature. Tous ces ouvragis^st^ideat étépl^u-* 
tés de palissades, ou plutôt de troncs de saul^ viv^mlfi» et ^ 
serrés les uns contre les autres, qu'ilj^ ue I^tissa^ut aiiomi'pa»*? 
sage. Ce retranchement, qui s'étendait su;* uuç buguçi^ ità 
douze ou quinze i^illes, re^en^blpt au xs^m d'uQQ ^rt/^re^^ 
Deux camps avaient été également fortifiés dans l|g;s Ueux où 
risonzo avait paru gué^We; Vuu à Gradisfc^ ii'w!w4Eîh 

> M. Â. SabelUco. L. III, L« X. f. 228— ilfidb'. Navagierq^ p. iijlT^ 



g^O:. fi«iriw:epfiii, qui 9viâ( 9f fimt mt ^ fteuy^^, ibi?«H' 
é|é fortifiée ^rec plos de «pûi encore* ; Gepoiiyino j^velto de 
YéroQ^, ^JÎeQx eapitaine, qin fiy^l son fils et an' grand 
iKNnbro de bn^vi» of fieîei» avtoiir de lui , avait été ehiurgé ' 
de garder ?es retrancbemepts, ay^ enviroD trois miHe fw- 
tfjssiiis , et plusieurs cûjpps d^ hpyoi^ cavalerie : ainsi proté** 
gés, ks ji^qt^taats du Friuli reposaient dans ^oe eaii^ 
sécurité. 

Sfais les Yj^nitieas n-avfôentp^ pris d'as^ bonnes mesures 
poiir i^ averli» d^vanoe des inpuvemeii^ de Tenneiai. UHk 
soir du mois d\octobre, ils virent paraître 1^» ec^v(iJeri/e turque 
ajitQnr 4e i^lui de leurs camp^ qui éjbait im^det» da fleuve, 
avfi(^ qu'on leureèt aiiaoacé sa sortie de U^Bosn^î- La journée 
était déj^ trop ayaocée pour ço^lbattre ; agi^si, de part et 
d'^trfi) op se pn^ara à la bataille poiur le lçi\deiiiai;ii. Baos 
cette nuit oij^rne, cependant, les Tures s emparèrent du pont 
de (xOfizia^ sans qu'on en fût inforioé ^i^ camp de Gradiifika. 
Par çç.fMHit le padia Mar Bçg, Âo^at Se^i ou plut^ Achmet- 
Giedicje ^, fit piM^er un ini^Uer 4e chevaux aurdèl^ du âedve 
tandis guç dans un autre endpoit ^ cav^lçrîe to^rqu^ njwX 
découvert unedairière mv le bord opposé, traversa Vlsi^naû 
à la n^g^ et'plaça une embasic;ye ^aos le lieu où^elle vwlaft 
^Uii^r |es Y^tiens. Le lendemain, Aohmetfit passer TlamM 
^ toii|9 ^m arasée, et vint offrir la bataili^ à Geronymo Nq-« 
vellq, qpui Taocef^. Elle fut sout^D^e qui^ue temps avec 
qpsex de courtage* Le fils de Geronjn^o^ qui commandait la 
preipîère espouqi^C) repoussa vaillaipmettt les ennemis. Mais, 
Bl^lg^ii^ les aveftissements de son père , qui se 4^ajik de 
^g^r ifif^t4 à prendre la {^\% ij §e Xnm ^aiporter à l^w 

t M. A. SabeiHeo. D. m. T.. X, f. 223. v. — > Demétrius Cdnteroir attribue cette 
esi^^|di|^4 Afriimet çf^dick. L. lU, éti^ l» S ^; et H mip^rqof» qvQ 1^ lun» ^*^ 
bey, Amathey, Marbey, ne sont point Turcs. Fugger nomme aussi le cher de cette ex- 
pédition Àchmet, sans dire que ce soit le visir. Spiegel der Ehren, Bueh. V^ cap. XXV, 
p. 828. 



t40 HISTOIRE DES BlÈPITÈLIQOES ITALIENIÏISS 

poocsnile, et tomba daûs îemlHiscade qui hA tcvaKt été pré- 
parée; son escouade j fat détruite en entier. La seconde qnt 
le snirait làoha pied, et sa fcdte, aperçae jnsqae dads les 
derniers rangs, mit en désordre tonte l*armée. Ghàctin ne 
songea plus qu'à gagner un lieu de sûreté. La cairâterié ttir- 
qne, terrible dans la poorsnite, éteàt sur le dos des ftiyard$, et 
elle continua d'abattredes tètes jusqu'au-delà de Mëilsah. Oe- 
ronjmo Novdiio fut tué dans la bataille, de ménle qnd son 
fils, que Jacques Badoero, Anastasio Flâminio, ' et beaucoup 
d'autres gens de marque. Les Turcs firent aussi 'un grand 
nombre de prisonniers * . ,.;..» 

• Cependant la cÉfralerie ottomane se répandit aussitôt' dans 
toute la plaine qui est entre l'Isonzo et le Tagliamentb. Tout 
oe que le feu pou'vait dévoi^r fut liTré aux flamiies. On Tojait 
brûler en même temps les fourrages , les récoltes ,le^ bclis , les 
fesme((, les villages et une centaine de maisons de campagne, 
oa plHt6t de palais, appartenant à des nobles Téniliens. li'his-^ 
torien Sabellico , qui était alors lui-même dans un château , à 
quelque distance dTdine , avait sous lès yeux cet inimense 
incendie, qui du haut d'une tour paraissait pendant' la nuit 
une mer de feu. Après deux jours dônn& âra i^Vage dd cette 
plaine , les Turcs passèrent encore le TagBamentô , et incen- 
dièrent aussi le pays situé entre ce fleuve et là Piàve: La nuit 
on voyait de Venise même les flammés de ces incendies, 'et 
elles y répandaient la consternation. On élut un prbvéàîteur- 
général pour Tlstrie f on donna ordre à celui de TAlbanie de 
se rendre dans le FriuH , on charçea le provéditéirf de lôm- 
bardie d'assembler les milices dé Vérone , de Vicence et de Pa- 
doue ; des nobles vénitiens furent députés à la garde de chaque 
forteresse , et , le 2 novembre , une armée nouvelle se mit en 
mouvement pour chasser les Turcs des lieux qu'ils occupaient; 

> M. 4. SabeiUco. D. m, L. X, f. SS4, — Mort'it Samiio, VHe, T. XXIl, p. ms. 



mai3 Us étaient reparUa d'eux-mton^ » «t tti Mm^ivefmèé 

147^. -T- ïootea ks.iCQnqQAtea des XgMi avaisat été fvécé* 
dées, paf;d^ ^fji^itioAS «(emblaUes à celle qu'ils TeiMii«Bt de 
fair|e dai^ lef^ri^lJ- Us ruinaient te pays |iar leurs iucursmHi, 
pl3nâwt,pUlsie^^p campagaes 4e s«iite>, avant de.son^r à y 
faille d^$ établisçeme^ts* Si on las eût Umén pénétrer de non^ 
yeau dans, le nord de l'Italie, oesproyinces dévastées o'au* 
raiefl,t bientôt plnS|4té ^qsoeptiUes de défenBe^et en peo d'an*- 
néest les armes du .croissant auraien^t élé portées josqu'an oeeur 
de la Lombardie. Les Yénitiens firent tout ce qui d^eadait 
cr,eiix poqr.se mettre à oonvert de oe Qudbear^ Os avalent 
rçconufi qu'ils n'avaient pas assez de cavalerie sur cette fron* 
ti^rç;„ et ils y rappelèrent Charles de Montone, ^^de Braoeio, 
au rçjtour de son expédition contre Sienne. Ils iortifiàrent 
Gra^isk^ ,. ils. relevèrent les reinparU qui avaient^ été abatfeos; 
ils enrégimentèrent vingt mille hommes de milices dans leurs 
j^roxjjç^^a.de.tQrfe^d'erm^y. et ils distribuèrent tous leshabitairts 
j^e Yenise. |sn compagnies, qu'ils obligèrent à s'exerœr msoi 
^yolutio^,jipQ^Uîtaires/^» , 

, CpB^danl;. le si^ ^ Qroi^ avait toujours continné) et celle 
yUle çoyq[unepçait à qianquer de vivr^« La république de Ye^ 
I|i^^£^)ajf]^|9d|if4epar.lp9janti^ét^ ritalie^ inquiéléepar 
les i];i\|i;iç\i^. et l'^ambitioa du pape et de «on fils Jérôme Bia* 
rio 3^ .craignit de n'être plus fissjçs puissante pcmr £<»rmer long* 
tejD[^|.au)i: J)ar)>ares r^[Ktrée de la péninsule. EUe essaya de 
nçni^ean d^'o(b^ir. la paix de Mahomet II. Thomas Hadipieri , 
prçv^ltenr dte la flotte^ fut autorisé, au mois de janvier 147ii, 
^,s^.pepdre. lui-même à Constantinople^ pour (rffrir à la Porte 
1a vUj^ ^e.Croia, l'ilç de St^Umèue, le bras de Maino dans le 
:if ii ' " ' . . ■. 

1 Andr, Navagiero, Star, Venez, p. 1I48. -- ir. iL SabtlUco» D. lU* L. X, f. 22S.— 
iktarlo Pamtente. T. XXU, |i. 238. -- 1 4ndr, Wwagiero, T. XX1U« P. iii9. -r M, 4> 
Sabm€9t &• Ulf I** X| f, »S. 



.142 HIST0I1US nak kEf^tiqvii& rr ALumniss 

iSék(9pdiÊXàÊBi tMs lefrattliies Uetix que la Seîgtiëdirlèf a'v&ii coù- 
quis pendant la guerre ^ et cent mille dacats , an nom ae la 
fÊfnm ûti aintifi^ tmite fiNjôélIe M àhntaet faisait dé^ l'éèlama- 
titot. Toutes ces coâditionâ forent nci^eptéés pàv le sultan , 
mais il y joignit fôéSb d*nn tribot annuel de six înillé ducats. 
M atipieri répondit qn*!! n-étidt pohit autorisé à te |)rômettre , 
et il. demanda , pour consulter ses coiiitoettantè , detii Mois à 
éater du 15 avril. Pendant ce temps, on apprit à Venise que 
le roi de Hongrie et le- rOi de lïaples avaient ti*aité avec le 
grand-seigiietfr, et reoomin tontes ses ccfnqtiètei^. Ôh ne pou- 
vait espérer aucone diversion dn feôté de la P^tise; tJssun 
Gàfisan était mort ^ et ses qnati'è fis étatéîit dii^sés' entré eut. 
Croia était réduite aux extrémitéi^, et ne pouvait plds se de- 
fenidres Dans des circonstances aussi menâçatttels , le séiïdt de 
Venise résolut, le 3 mai , d'accepter les codditiôns tlidtées ffar 
les Turcs, qodque dures qn'dieb fussetit. Mais (Juand xm pôtîa 
cette réponse à Mahomet , il dédara n*ôtré plus tenu pai^ Sa 
parok. La situation des deux paires avait changé , disait-il , 
pensdant te temps qui s était écoulé ; il regardait €rôià tomme 
déjà à lui , puisque aucun pouvoir humain ne pt/uSralf ptué la 
8»iVm* ; et lâ les Vénitiens étaient résolus a acheter lâ paît par 
le s^rilice d'une ville d'Albanie, c'étàM Seutari, et non pliis 
Cri^, qu'ils devaient lui abandonner. Malipidri , h'ayant 
ancim ordre relatil à cette detâsoidé nonvelfe , quitta Comtan- 
linople sans avoir rien conclu ^ . * ^ 

Les habitants de Croia avaient soutenu le siège petidànt tin 
im entier^ et durant les derniers tooië !ls avaient été Mdùtls'à 
se nourrir des aliments les plus immottdeâ. Ils apprrreht éé- 
pelidant que le sultan , précédé pàt le sangiak Soliman , et pdr 
le beglisrb^ do la Roaaaiiîe , était arrivé devant S^mtiari avec 
une nombreuse armée. Ils lui envoyèrent, le 15 juin, une 

r 

• * * 

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1 Àtt4r, Smtgicro. p. tus. . .' ^ 



JNJ mofnm a&x. 143 

^éj^utatioa pour offfUr de se rendre à lui. Ik en obllMfefft ttt 
^r^ $igG|é de la mmi «léme de Mahomet ^ pat leqgmel ee ïm- 
narcpj^. s^opgfigeait à leur permeUre à tous^ de fie relirez avee 
tûi4s leuxs bieu^^ s'ils n'aimaient oueax vivre dmi& Groôa eMs 
sa j^Eoteetioa et assurés de sa faveur. Gotte atemative teof 
étant offerte, tous déelarèreut qu ils woonctoraiMt à lesr pft« 
trie^ et qu'ils. irai^ vivre dans le lieu que id Seigneurie dé 
Venise leur assignerait. Cependant il» livrèrent leur forteresse, 
et ils se. mirent sous la eonduile de fescoiite q«e le pacha 
Aarou, oommandant du siège, leur donna. A peine farent^- 
ils parvenui| dans la plaine , que œlui-ci ks fit cfaai^r de 
fers y pour les conduire au §prand-sei{^eur. Mahomet, après 
avoir réservé qu^ques prisoaniers de marque qui pou^ieflt 
payer leur ramgon , fit trancher la tête à tout le reste. Ainfe^i 
finirent les derniers des compagnons d'armes de Seanderbeg. 
Sou peuple tout entier devait le suivre de bien près âan$ le 
tombeau * . 

Mahomet pepidant ce tempe aiksiégeait déjà Scotari^ mais les 
bifbit^nts de celte ville y qui s étaient attendu» à soft attâiqQ^, 
avaient tout prépaie pour une vigoœreuse défeûse. Tous ceux 
qyiii n'étaient^. pas en état de porter les armes avaient été reti*^ 
vo^^ ^ la viM^^f ii n'y restait plus que seize cents citoyen», 
et )4^ux qe^t .ciiumaate femmes. La garnison était composée 
de ; six centsi ¥)ldats. l^ provééiteur vénitien (âmt Anto^fito de 
Lez2e. Mahomet avait dans son camp le beglierbey de Komadie ^ 
le ^fAgiâk Soliman , e^s plus grands officias de scnet empire. 
Les pavillons de son armée couvraient toute la plaine de Scu-^ 
tari y tputes les pentes des montagnes ^ et Umt- le pays , aifôSi 
loin* quç la vue pouvait s'éteiufare ^. 

On avait attendu ï arrivée de Mahomet au camp musulman^ 



^Mdr, Havagiero. T. XXllI, p. iiiZ, -^ Marinus BarleiHu, De Scodrensi expugna- 
iione, L. II, p. 399. — s AT. ^HL SobeUico* D. III, L. X, f. 23S. — Mar, Barleiius. De 
Scodr» exp* L. ii» Pi 394« 



144 HISTOIfiB DBS JiéwvmJUfiaA ITALIENNES 

pour mYirii* lus» >pBeBùère& ioMxm eo&ÈÉe Scfitioi; éiiA^ le 
sultsM^ , loi^. d^ msùlx ^^ à ses géoémsi^^de «ette d é ft ir cnc e , 
leur re(MN)çb& de n* avoir pas fait plus de progrès. Une simple 
enceiule de^muridUes fermait la Tîlle ,< et la redoutririte artil- 
lerie des Turcs y oiiii9rit.bi0Dtôl w^é krge brèche. Cependant 
la pente rapide du. temmi , et la dffîèdté dé gravir lai moia^ 
tagae, sur le haut de hMfaeUe la mur étail a^is^ suppléèrent 
à la faiblesse des rempnrts* Les Turcs donnèrent- «m assaut à 
cette brècbe le 22^ juillet; après un oomiiat obstti^ ils furent 
repoussés avec beaucoup de perte , et aecablé» par les» pierres 
et les feux d'artifice qu'on faisait pleuvoir snr eux *. 

Mahomet fit alors dresser sas batteries contre une patiiedes 
murs dont l'accès lui parut plus facile. Gomme ils nV.taieitt 
soutenus par aucun terre-plein, ilsfur^it Inenlôtentr'ouYarts, 
et le sultan ordoivia un nonvel assaut pocHr pour le 27 juilfet'. 
Mais afin de profiter de Timmense supériorité de ses forces, M 
divisa son armée, que les historiens vénitiens piMftent à qnatle^ 
vingt mille hommes, en {dusieurs corps qui devaieitt se sae- 
céder sans interruption, et renouveler l'assaut, jnsqn à ce(|oe 
les habitants de Scntari suecombassmt à tant de faligae. An^ 
tonio de Lezze, averti de cet ordre donné par F ennemi, par* 
tagea également sa garnison en quatre brigades, qui devaient 
se renouveler toutes les six heores. L'assaut cMumencft avant 
le point du jour -, les janissaiiKs montaient à la brèche avee 
intrépidité, au travers des pierres roulantes, des feux et des 
flèches qu'on lançait sur eux ; ils firancbissdimt les ruineft.dca 
murs, et s'efforçaient enso^ de gravir lelongdn rempart în-^ 
teneur qui formait la dernière enctinte. De aouvieaox as^ 
saillants arrivant toujours par dinrrière portaient ea quelle 
sorte les fffemiers rangs, et les pomsaient par forée josqa'a« 
8<mimet du rempart ; mais ils n'y arrivaient jaosais qiie trans- 



DU MOVIEN AGB. US 

piToéiéo <XNip8 ée bnoeB et d'ëpées ; avant d'avoir plu com- 
battre eflEHuteKs, ils retombaient morts sur leurs camaradeSi 
qiB ne fle déeoarageaiênt point. Mahomet , forieox de ren- 
ocmtrer mut iénabuMo si obstinée , donna ordre Je oontinner 
fattaque avec des troq» toujours nouvelles pendant toute la 
niiîl, et pendant la moitié da jour suivant. Enfin, soit que 
ses soldats^ febutés de tant d'efforts, rrfusassent de combattre 
phis longtMips, ou que lui-même sentft l'inutOité de cet ef- 
fr^able eamage, il fit sonner la retraite, après avoir perdu 
un tiers de son armée ^ . 

Le sultan , changeant alors en blocus le siëge de Scutari , 
s'ooeupa de rédmre sous son obéissance le reste de la pro- 
vmee,^ afin d'ôter aux assiégés tout espoir de secours* Comme 
la flotte Ténitienne aurait pu arriver jusqu'auprès de la ville , 
en remontant la Bogiana, il ferma F embouchure de cette 
rlTière par un pont garni de deux redoutes. Il envoya le be- 
gUerbey de Bommiie assiéger les divers châteaux du voisinage; 
œfad de Sébenieô, qui appartenait à Jean Gzernowitsch , se 
raadit sans combattre ,* la ville de Drivas fut prise le sixième 
joar après f ouverture du siège. Jacques de Mosto , qui y était 
proYéditeur, fut conduit avec tous les habitants sous les murs 
de Scutari, où Mahomet lui fit trancher la tête , afin de faire 
connaître aux assiégés le sort qui les attendait , s'ils ne se hâ- 
taient d'apaner sa colère. La ville d' Alessio fut abandonnée , 
mais deux galères furent surprises dans son port, et deux cents 
mamis qui les montaient firent enyoyés au supplice. La seule 
forteresse d'Antivari brava toutes les attaques des Turcs. La 
plus grande puiie de Tété ayant été consumée à la poursuite 
de œs différents sièges, Mahomet confia le commandement de 
Tarmée qui bloquiût Seotari à son visir /chmet Giedik, et il 
retenraa àConstuatinq^ >. 

t Ànârea ifavagiero, p. iiss.— MariimiBarleiit», De Scodmul expugnaUone^ L. O, 
p. 4M-in. — * JN*. KmootÊfù. T, nsUf p. il 55. ^ ir. 4. Sabtlftco, Deea m, L. X , 
TII. 10 



146 HISTOIBB DJSS BSPUBLIQUES ITALIERIfES 

En naëme temps poor occuper aillears les for^ d^ Ifi r^ffU^ 
bliquc;^ Mahomet II avait donné ordre an p^içha ,d|^ Bç^nie 
d* envahir de nouveau le Friuli, et Ton prétendit gne Iç roi de 
Hongrie, à la persuasion dé Ferdinand de Naples,^ dojit il 
avait épousé, en 1476, la fille Béatrix, accord^ ^p^x Turcs le 
passage par ses états pour que cette diversion ejçnpêchàt les 
Vénitiens de prendre part à la guerre de Tosç^u^e * ^ tp p§cba 
de Bosnie parut sur les bords de llsonzo avec quinze mille 
chevaux, mais il les trouva garnis par des mitices..^je(s^e^l4é^ 
sous les ordres de Victor Sor^^nzo, provéditeur de la province, 
tandis que le comte Charles de Montone commandait les gen- 
darmes enfermés dans le camp de Gradiska. Ce fut.en yaia 
que le pacha provoqua Montone au combat : celui-ci, averti 
par rexpérience de Tannée précédente, savait qu'il arrètjçrait 
mieux les barbares en restant immobile. Les Turcs, après 
plusieurs tentatives inutiles pour entrer dans le Friuli, tour- 
nèrent du côté des montagnes de la Garniole et portèrent leurs 
dévastations sur les frontières de F Allemagne ^. 

Cette invasion avait eu lieu au moinent où la peste exerçait 
le plus de ravages dans Venise, en sorte qu'on n avait pu 
réussir à armer les barques destinées à garder rembouchure 
de risonzo'. La guerre d'Albanie et celle du Friuli désolaient 
en même temps la république ; les armements du pape et de 
Ferdinand et l'invasion de la Toscane y causaient une nou- 
vdle terreur ; enfin les affaires de Chypre donnaient aussi de 
Tives inquiétudes , tandis que la contagion dans Venise ne 
permettait pas même d'assembler les conseils. La reine Char- 
lotte de Lusignan , après avoir sollicité le pape de la rétablir 
dans son royaume, s'était enfin déterminée à passer en Egypte, 
ce qu'elle n'avait q^ pu, ou n'avait pas osé faire l'année pré- 

r. 22S, v«.— JfâfJititt BarletiuSj De Scodrerui expugnatione, L. lU, p. 434. — ^ Diarium 
Parmeiue. p. 2«4. —> M. ^. StUfelUco, Deçà lll, L. X, f. 226. — ' Marin Sanuto^ ri« 

(te' DiicAi di Vwesku p. t206. 

i 



Dû MOT» AG2. 147 

cédehté. Le roi Ferdinand avait fait armer potir die quatre 
galères à Gènes, qui devaient T escorter. En même teûips il 
avait envoyé à Tenise an brigantin catalan , dont le patron, 
qui se donn&it pour marchand , s* était chai^ d* enlever la 
jeuiie Charlotte, fille naturelle de Jacques. Le conseil des Dix, 
averti de ces manœuvres , fit enfermer, par une délibération 
du 27 août 1478, les trois enfants de Jacques dans le château 
de Padoue. La jeune fille ne tarda pas à y mourir, et ses 
gardiens furent soupçonnés de T avoir empoisonnée. Un pro^ 
véditeor fut envoyé dant les mers de Candie avec dix galères ; 
il atait ordre de veiOer au passage des quatre vaisseaux génois, 
de les attaquer, et de se défaire dé la reine Charlotte, en ré- 
pandant le bruit qu elle avait été tuée dans le combat * . Cette 
flotte se grossit ensuite jusqu'au nombre de vingtnaept galères ; 
mais Charlotte avait devancé son arrivée, elle était déjà par- 
venue à Alexandrie , et le Soudan lui avait donné de bonnes 
espSrances. Par l'ordre des Ténitiens, l'autre reine de Chypre, 
Catherine Cornaro , envoya aussi une ambassade au soud^n, 
pour lui offrir le tribut annuel du royaume, que jusqu'alors 
elle n'avait point payé. Les deux reines chrétiennes plaidèrent 
leur cause devant le souverain musulman de l'Egypte ; celui* 
ci ne se prononça point, mais il paraissait pencher pour 
Charlotte, et Venise pouvait s'attendre à une guerre nouvelle 
contre les Mameluks, pour la défense d'un royaume qui n'é- 
tait plus déjà qu'une colonie vénitienne^. 

Les consdls de la république, frappés de tant de malheurs, 
menacés de tant de dangers, hésitaient sur le parti qu'ils de- 
Yâient, suivre , lorsqu'ils reçurent une lettre du gouverneur 
de Scutariy qui rendait compte de la situation de la place. 
Dans le dernier assaut, il disait avdr perdu huit de ses mdl- 
leurs capitaines, avec un très grand nombre de soldats ; il ne 



148 HISTOIBIS DES nÈV^SBUffOSB ITALIENNES 

lai restait plus de tivres que pour quatre moii», et s'iliî'étaîl 
pas promptement seeonra, il dédandt qs'Q serait réduit à ca^ 
pitoler. On eut beaueoup de peine à aBseod>ler le sénat di-^ 
spersé par la peste, pour lui faire ooniuÉfere ce* rapport; Bufin 
il se réunît le 1 4 novembre, et après une discussion très vive, 
il résolut de solder six mille cheyaux et huit mille fostasslns 
italiens ; de soulerer f Albanie, à l'aide de George Gzemo- 
witsch, pour joindre ses peuples I^lliqueux à Tarmée v^éni- 
tienne, de rappeler le capitaine général Yenieri, qui était avec 
sa flotte dans les mers de Chypre, et d'employer ainsi toutes 
les forces de la république à faire lever le siège de Seirtari. 
Mais, quatre jottrs après, le séiïatse rassemUà de nouveau, et 
ce fut pour céder au découragement. Les militaires repiésen- 
taient que la Bogiana étant fermée par un pont et par dent 
redoutes, il était presque impossible d'y effectuer un éâ)ar^ 
quement. Les direoteure du trésKnr rendirent com|rt;e de^ son 
épui^ment, et de la pauvreté universelle, coâséquenced'une 
ffl longue guerre. D'autres faisûent saitKrque'Oi Fonrafqpéhâl 
de Chypre la flotte de Tenieri, onperdraiH wtte iley'qui se 
trouverait abandonnée aux intrigues de la reine GharMte, et 
peut-être à l'invasion du Soudan d'Egypte. Plusieurs, ef«» 
fjrayés des fréquentes (attaques des Turcs sur le Friuli', an^ 
nonçaient qu'on ne serait bientôt plus eumeBilre'pour ies re^ 
pousser. Les amis de Laurent de Hédiois * et ceux -^de -k 
duchesse de Milan soUieitaieit leunr collègue» -de'temrîner la 
guerre du Levant,' pour que Venise fût en état de se Mt^ 
respecter en Italie. Ils faisaient remarquer que les deux plus 
puissants alliés de la république, les Florentins et les BOfah 
nais, étaient obl^;és de recourir à «a protecfi<m, au lieu de 
l'assister dans ses nécessités; que le roi Ferdinand était ou- 
yertement enneim, qu'il s'était même engagé avec les Tdrcs 
par un traité de paix et d'alUance ; que le pape, livré à ses 
ressentiments, w parlait qu'avec menaces; que la xé^fià>^q/ie 



DV HeiBM AiSB« 149 

dbiCMneB» mfin» avait OMmencé des hostililâi contre ksYé 
BËtieiuifc Dans wie silsatioii aussi dangereose, la paix avec les 
XweafiârQt seolepoaydr sanver la rtf|iablique, et le sénat se 
iéK>lot à accepter les condîtiaBB mêmes qœ Mahomet vou- 
drait êktst* 

Su eonséquonee de ces déUbérations, GioTanni Dario , so- 
ceétaîra d'^t, fut emajé an trayers de I Albame à Gonstan- 
tiaople; .11 troQ:va le sultan disposé à maintenir à peu près les 
mâmes< cpnditioBSi qu'il avait proposées an commencement de 
raiwée, 1479. -*- En conséquence, cet ambassadeur signa, le 
26 janvier 1479» un traité de paix entre la Porte et la repu- 
Uîque de Venise, en vertu duquel Scntari et son territdre 
déliaient éice abandonnés au grand-seigneur } toutes les con- 
quête» fûtes pendant la guerre, dans la Morée, rÀlbanieetla 
Delmatie, davaiœt être restituées réciproquement. Les Véni- 
tiens devaient payer an sultan cent mille ducats, au nom de 
la ferme des dune, qui'avait fait banqueroute à Gonstantino- 
pie au eommeneement de la guerre ; ils devùent payer de 
plus.«n tribut aunnel de dix mille ducats; mais cette condi- 
tion, qm pouvait paraître bumlUanite, n'était au fond qu'on 
abonasmwt aux drmts et gabelles de Tempire ottoman ; car, 
moyennant ce payement, les Vénitiens devaient jouir d'une 
inmehise absidue pomr toutes leurs marchandises, dans tous 
ks ^ts de sa hautesse. L'ambassadeur eut aussi l'adresse de 
&i]ie.iiiBéi»r»aa traité que, si quelque état arborait les éten- 
dards 4le Saintrliarc avant d'être immédiatement attaqué par 
le suUW) cdni-ct reconnaitrait un tel état pour sujet de la ré- 
poUK^pm, et respecterait son territoire, en sorte que les Véni- 
tiens oonservèrent l'espérance de faire des conquêtes, par la 
terreur même des armes musulmanes * . 

£n conséqpience de ce traité, Antoine de Lezze, provédi- 

1 Andr, Navaglero, Stor, Venez, p. Ii59~ii60.— DemetHiti Cantemly, L. III, cbap. I, 
S 9^ — Catttmachut Experiewt Of renetlt c^nira Tuho9. p. it9. 



l&O HISTOIRJS DES lÉPraUQUBft ITALIEïriiES 

teor, sortit de Scotari avec quatre cent dnqaante hommes et 
eept Vaquante femmes, qui seids «vaieiit snrtécn à ce«i^ge 
meurtrier. Ils emportaient a^ee enx les reliques de leurs égK- 
ses, les vases sacrés, l'artillerie, et ee qui restait de leurs ri- 
chesses, lis passèrent ainsi au milieu dé 1* armée ottomane, i 
laquelle ces braves guerriers parurent inspirer du respect * . 
La république s'oigagea à pourvoir à leur subsistance; elle 
voulait d'abord leur donner des fiefs dans File de Chypre ; 
mais, comme ils craignirent Fair malsain de ce pays, elle les 
distribua dans ses diverses forteresses, dont elle leur confia la 
garde, et elle assura à chacun une pension de deux ducats et 
demi par mois '. En mètne temps, la république fit consigner 
aux officiers du sultan les m<mtagnes de la Chimère, Strimoli, 
le pays des Haïnotes en Horée, Castel«BompanOy Sarafona, et 
File de Stalimène. Tous les prisonniers faits par les Turcs fu- 
rent remis en liberté sans rançon, et la paix fut jurée par le 
doge , et publiée k\ Yeoiae avec une allégresse universelle, le 
25 avril 1479, jour de Saint Marc évangâiste, afffèsqmnze 
ans de la guerre la plus redoutable que la république eût en- 
core soutenue'. 

* M. Ani, SabelUco. Deçà III, L. X, f. 226, Te.-<-irariu. Barletivs, De Scodr. expugn, 
L. III, p. 437-440. —S Àndr. Navagiero. p. 116I-11S2. — > Jo. Adizreitter, dans ses An- 
nales de BaTière, ni|ypone les lotlies àm éoge, êa, 23 MtHer 1419, par ieiqiielltft cMoU 
ci aDnooçait aux princes chrétiens la nécessité où il yéuit trouvé réduit de Caire la paix 
avec les Turcs ; Adizreitter fait connattre en même temps l'effroi qu'on ressentit dans 
teul renpire d'Allemagoe quand on sut que Mahomet il ne serait plus retMHi par Isa 
armes de la répubUque de ^ûaite.l4nnûleê Soico? 0«n(U. P» II, h. IX, cap. ^ p. iS». 



DU MOYEN AGE. 151 



itM«ii » H§iii»t9»nii»ii»»tifnif»Hi i H i»i 



CHAPITRE VL 



Six|el,y atljrç l«s S»ii)9fs eo Italie; leur Yictc^re.sur.le» Miton^fe à 
GiorDico. *— 11 excite Louis-le-Maure à s'emparer du gouyemeipeat 
de Milan. — Détresse de Laurent de Médicis:il se rend à Naples, où il 
signe une pM^ qui compromet h'ndépendance de la Toscane.— Projet du 
èhO) ê» Calabre ^ur Siettne ; révolution de eette république. 



■ I rf i * 






1478-1480. 



1 479. — La paix des Vépitiens avec les Tares mettait ï f ta- 
lie à cotnrett de l'ioTasioa la plus redoutable de tootes; elle 
iufiaîlMoesflefftOii dwger qui jamais a' avait été plus pressant, 
et die amratt dft être pour ses diyerses puissanees an mcdlf de 
eon&mm et de repos. Cependant la noaTelle en fut reçue par 
hî plnptirt d'entre dies avec consternation. Aveuglées par 
lenr jalousie, elles n*y virent que le rétablissement du crédit 
de la puissante république qu'elles redoutaiait. Elles compri- 
rent que désormais Y enise pourrait employer sans partage ses 
forces en itaHe , comme die faisait avant 1463. Le roi de Na* 
pies et la république de Gènes, qui lui avaient témoigné leur 
inimitié, craignirent son ressentiment; la dudiessëde Hilàti , 
le duc de Ferrare , le marquis dé Mantoue et les petits princes 



U2 HISTOIBB DES, fiâ^TOUQyBS ITALUBNRES 

de J^ojmgiie , cpaiq^ aUiés de YeuMie, 9*aCaigèieitf se<arèiti- 

ifij&atd^ Toîr diimrojier Jenr împorbiiiee. Tfmimt te gnmrechi 

Leyant, le sénat les avait ménagés- avec uoBoîn eKtième; à 

jurésent leur tour était ^enade lui moMtiier ide la déféienee. 

Mais le pipe swtfxat , à la nouvelle de 4»tt& paix » Be^put dis- 

aioiiiiler son ebagrâ et spa indignati^ar Iw ^ a'amit piû 

aqçicipe part à unct gpierre ^'il a{fte)^t saiarée^^ il prétencBt 

qpie dei!i chrétimis n'avaient pu la terminer sans tanfaiff la duré- 

tieuté. Jl aiinoQ«a à FËurope ^'il avait akcsttàflU). entamé 

d^ négodations aveo le roi de Franoei, f encreur frédérie lil, 

et Maiiwilien son fils > ùac de Bourgogne; ^le mm but élut 

de to'miner la guerre de Flerenee, et de toutaer^x>ntre les 

Turcs les armes de tout l'Occid^t ^ . C'était sur oes entre- 

foites , disû^-il,y que .les. Véoitieni^ avaient abandopipé la «a«se 

commune ^. qu'ils avaient signé la paix, et qu'iU s'7.étmeat 

eng^éa par seiment. « Non contents de cette désertion, ajon- 

«. tait-il dans une nouvelle bulle, flsse sont rendus |^ emi- 

« pibles encore; ils n'ont pa& rougi d'alfimerea. Mtiie pré- 

« i9^ce, en présence de nos vénérables frëses ks eanfinwix, 

« des ambassadeurs de l'empereur, dn rû , du duo de Mflan , 

« des pçâats, et d'une gicande.multîtadO'de obrétien», qu'As 

« observeraient fldèl^aent lenr traité avec ka méeréanta, et 

/c opt'ito n*y porteraient aucune atteinte^. » Eniefi^^tana les 

efforts du pape pour engi^fer les Yénitiens à secotaunenoer la 

guerre. avaient. été inutiles.. ' h ,->' -. 

Sixte IV étaitoepwdantfiHrt éloigné de la penaée^de lémMr 

les cbrétiens , ou de hm faii» ioroM? uno iîgueî contre- les 

Turcs. L'wibition s'élait.«ecroe enJui avec l'Âgetf k pesaion 

de la guerre et de rinti:^;ue>s'4tait*e»q^ée.de! seiiième; la 

CQ^x», la haine ot le désir d'augmeidw 1» jpmMitQer do Je* 

14T8, S 39, p, 977. — « BuUa SixU IV, 16 kal, septembris 1479. Ap.. UaynaU. S li $ 
P«I91. > 



mi MKnrn aok. 153 

iK^aeuii^t la MBî*. Il anraâl'TMla entraiiierles yénitiens 
dans ée ix)airdles hoitilités , poor les afifidUir et pour priver 
lea Floventioa de toar appui. De la même manière il voulut 
«troubler l'état de Ifitan, égidement allié des Médids; et, pour 
y féammtr il^i'aèrassa è un peuple plun religieux, plus docile 
à sa Toîx» et pin» disposé que ne Favaient été les Yéuttiens à 
faire d^endreles tois de la morale puMique des décisions 
ariMtrains de ses prêtres. Il engagea les Suisses à vider les 
limMuts» qui les unissaient au duc de Milan , et à détourner, 
ftaat une puissante invusion, les secours que Laurent de Médids 
pouvnii attendre de la maison -Sforza. 
• Depuis deux ans environ, les vendeurs tf indulgenoes s*é- 
liinBi répandus en Susse, à Foeeaslon' d*un jfMU, et ils 
«miait trouvé cheE les bonnes gens qui habitaient les Alpes , 
wm fermeté de foi , une confiance aveugle dans le pape, un 
enipDessemmt à se dépouiller de tous leurs biens pour acheter 
ÛBH ^àees spirituelles dont les Italiens , témoins des désor- 
drca de la eonr de Rome , étaient fort éloignés. Un tribunal de 
^pialro*vingts à cmt prêtres ftit établi en Suisse, pour distri- 
bner les indidgenees de la bulle, et décider dans les cas don- 
teiEiç >et Borne apprit avec étonnement combien d'ai^nt elle 
pouvait rrtirer de ces oanlons qu'elle avait regardéaf comme si 
, pau?«i»;iilbds l'attention de Sixte lY étant attirée* sur lès 
Sinsses, il remarqua bientôt dans ce peuple quelque chose 
qui^l'intâretuait {Ans encore que le commerce des indulgences. 
1478j>*^II oompritrqnd parti il pourrait tirer, dans les guer- 
rotdu 8Bλt*fiiége^ de pareils fidèles et de pareils soldats; il 
ieuriuavioya un drapeau rouge béni de sa main, et il les 
ekhôrtaà'so souvenir quecTétait leur devoir de ne point épar- 
gner leur sang pour la liberté de FÉglise. Son légat , Guido 
de Spoleto, évêque d'Anagni, fit convoquer une diète à Lu- 
cernè; et Ui, dans une séance secrète , le T' novembre 1478, 



154 HISTOIRE DES MÉPDBIrf^fil ITALIEIÏI9ES 

il profMMs aux êamm da s^rader an :pttrti. nottbniDx 4e^ no^ 
Me» et de ^borargeois de Mitan^ qui dëflimîQDt^rétd^ niie 
répuUique-^n Lombardie. U ne »' agîssMli' (dus qoe»d' écarter 
on eofaoït peu propre à goaTefner^ qai était aléi» «bel de^la 
matôoa Sforza, et 4ixte IV lecur offrait^ peor rtfoen^nflie' de 
oeHe eipédition^ k partage des kBinaise» tvésefé mMmés^^ism 
lea ebàteaox de Pam^ de MHan^^ Gmd& ajMtait^ <Qette offre 
eeUe de dix mille dooat» par année , poiff f acîUief kws a«i»e- 
mmtSi Oepeadant-les dépoté» des caatons ceirfédérés ne^peu- 
Teient prendreiinedétermkialion aussi importante sans f ^e^ 
sentittient da peuple y» et la:ebefle n'étaitpaa de' «nature à M 
être commnniqnée * ; aussi le légateberchait-il simnltanément 
à.êxciter'le re68eâtinœ9>t:4es paysans , tandis» qaf il'e<Hniiiani- 
qnaib à kws chefs- ses pn^^ts politiqoes.iLa diète se sépara 
sans tien conelure } mais le méflontentefliBnl el lai hdne d#t 
hommes d*iJr!< contre > 1er lËhoais awe«it^> éekrté ^ ^ Jer légBÈ 
réussît eofiiD à alhimer une goàrre entre la SmsBe.«t-.}aIjam- 
hardie 9 à Foeoaimi d!nn bot» de ch&taignianB daner^la -f^Xtêe 
LeTantiûe> dont la propriété était oouleslée ^«^ . 

UneanctenBeci^itulatioiilftait, dès Tannée 1467^ Ies*8aiaM)s 
à>lftmais(m Sforza; par f habileté de Geeeo Smoneta, eUe 
anait été r^ieaTelée le iO jniUet 1 477 antre ieanifia^az i^itee 
cantons. L'ancienne avait reçn qaelqae»/modiAsations^)^'les 
arrérages dnsaox Suisses araient été payés^ et tootes-ks d^ 
putes de frontières avaient -été terminées^, lomquef feadaat 
Télé de 1478, dessojeto milasais eonpèisefft <[nelqnaflr aibires 
dans un bma qne les Suisses prétendaient leur .aipputaiir ; 
Cecco Siasonéta, apprenant rirrîMion des gens df Sri, «ârit 
de laine visiter les lieux par dea aièfties, et si le» draîtfées 
Suisses était reconnu , de payer des dédommagements. Mais 



1 Jo. Mutler Gesekiehte der SekwelM, Bueh. v, cap. II , p. 1T4..— * IMA p.-i76« 
* Ibid. cap. H, p. 149. 



DU MOVBM A6S. 1§S 

F^ê^e dTAnàgni réitant à rendue îniMe la modëratiM de ee 
iri<Aii et sage miiii^hre ; il panint égalenirat h étonffèr les ite- 
préfient&tiotl6 pttdilqûes des oantoas de Zoiicb et de Bame. 
le eaDttm é'Vti dédara la gaerre an dae de Milan ; il somma 
ses «dliés die kii "envoyer les secoors 8ti{)(ilës par les traités de 
la confédération, et tons les eantons , qaoiqa'à eontre-o«ar, 
firent mareheiP \é» eontingent. Une inrniée de dix niHle eon- 
fédérés passa le montSaint-Gothard an moisdenovembré 1 478, 
comme la neige oommençait à le ooai^rir. Un bérant d'armes 
était allé défier le dne de Ifikn ; et le comte Hatsilio Torelli, 
arec nne am^ de dix^bcrit mîHe homme», attendit tes Susses 
sur leur %o(itière *• Cependant een-d commenceront à ra- 
"Tagér leterrileire d'Iragna ; ils poussèrent jnsqn'à Bdlinsona 
dont ilS' prirent d'assant' la prenrière eneeinle; il» égaraient pu, 
avec la même fadUté; s'empti»^er de la seconde^ si leiuns ^efe 
eai-mèmes n'avaient craint d*exposer an pillage nne idlie qni 
sèTTail d^^ÉftrepAt à lenr commerce. Les confédérés tvat«r- 
sèrent ensnite le Généré, montagne qni sépare les deux lac», 
et ils menacèrent Lngano. Mais après aToir eitmjé la Lom- 
hardie par nne confie apparition ,*comnie un hiver très ri*- 
goorenx s^nnonçait déjà snr les Hautes* Alpes, ils les repas- 
sèrent' avant qne des nages trop profondes les rendissent 
absotmnent nnpTali^d)1es ^. 

' Les Suisses n avaient laissé dans la vallée Levantinequedenx 
ceÉlS'*liommes foomis par les cantons d*Uri\ de Znrich, de 
Lneerae el de Sclnvttz ; et la milice de la vallée qui se joignit 
à cette faible garnison ne passait pas qnatre cents hommes. 
Le comte lIai«iKo T^elH crot pouvoit' détrmre aisément cette 
peifte troupe, et s'emparer de Giomico, forteresse qm serait 



» . 



1 Mulier Gesehiehte der Scftweb. Baeh V, cap. II, p. iTT. ^ Martum Parmeme, 
T. XXH, p. 390. MoUer a éerit BoreUi «ii lioa de Toielli; erreur eonniite seatoneiit 
WÊ$ 4oiite»eMreeoplBai aes propaes^ doM flMUBMrttea* ««» * JtouàtttftoP^iSaM fc to h i ^ é» 
SchweisL Bocb V, cap. II, p. 178. 



} $Q HISTOIRE DES BiPlIBIiiqtPES ITALIEMEES 

deyffliTO U çM au passage da Samt-Gotbard» U s'^aymsaijfUH 
qu'àPoleggio ayecenwonqpnzemiUe hommes. flewriTre^or^- 
commanjdant de Giornico, se retira à son appiXMhe,5.inais 
il eat soin en même temps de détoamer. le Tém ào spft )it> et 
de Vépancher sur tes praiâe^ qni ocoopentleloiid de.oette 
yallée. Le froid très ^if d^ la naît ohaiigea aqssîtûit .tout <:» 
bassin en un seul miroir de ^aoe. Iies.SiBS8es, retirés sur lea 
hauteurs, â' étaient pourvus de crampons; ik attendirent qw^ 
la cayalerie milanaise se fdt eng^igée siir cette glace polis» 
avant de r attaquei:» Tandis que les chewnx tpmbaieiit àehtMfoa 
pas, que les hommes apfayés sur leurs lances avaient pein^ 
à deme]Brer debout y ces montagnards fondirent sur emi, .p«w 
conrantanssi lestement cette plaine de glace qu'ils auraient p» 
faire^nne prayrie. Les Milanais ne pouvaient faire usi^e d'au-^ 
cane de l^ors armes, ils reculaient, ils voulaient ftiir ; mais tes 
ch^vi^uxqui s'abattaient sous jbux obstruaient touslespassages« 
Plus de quinze cents d'entre eux furent tués, le nombre. de» 
prisonniers f qt considérabte ; une bonne art^rie^ demeiiH^ 
entre les mains du vainqueur, servit à garnir les rempartii 
de Giornico , et un riche [butin fut partagé wtre les sol^. 
dats<. 

1 479 . — Cependant Gecco Simonéta souhaitait ,siiieèrciin«nt 
la paix, et il ût rouvrir la négociation : ceux d'entre les.caxi*» 
tons où les villes sont souveraines i)ie désiraient pas moinsigue 
M de mettre fin à une guerre qai troublait leqi: cQmmecçe» 
Us contraignirent enfin tes habitants d*Uri à te modératiani 
le bois contesté fut cédé aux Suisses; quelques, milliers de flo^' 
rins leur furent payés en dédonunagement , et la bonne bar** 
monie fi^ rétablie entre les deux états. Mais cette ooiirtejexr 
pédition rehaussa le crédit des Suisses dans toute l'ItaUe , et 



s MuUer GêsehMe, Biich V, cap. U, p. iSL^-JUar. Parmmue. T. XUIi p« l9ik<-< 
ÂUferu d€ 9iptUtaj Ann,Pl0C€Hi4 T* X3L, p. 0S».^Mrii. CêrtOf^iarie MUam^, VU 
p. Ml. 



DV fiCOYEK AGE. 157 

angt&^tâ) mit yeux dn pape ^te IV, le prix qa'fl atlalcihait 
àleor allhmee*. 

' IVaatresiiitrigaesdo pontife avaient suscite en même temps 
die» eniMcmis xtomestfqnes à la régenee de Iffilah et aux Tloren- 
tins. ISlrte avait attife dans la Luniglane Robert de San^Sévé- 
rino, Lodis Wté^osb et Ibletto de Fieschi ; et tandis que ces ca- 
]^taines , avec des tfbnpes génoises , planaient des châteaux 
avt Malespuia et attaquaient Sarzana ^, les frères Sforza), 
CÊftàts du jeune duc , quittaient le lieu de leur exil , parcou- 
raient la Toscane dans un appareil menaçant, et venaient en- 
fin sa réunfa' à San-Sévérino ^. Les Florentins, alarmés de voir 
paoradtre ces nooreaux ennemis, appelèrent à leur solde plu- 
dieuneondottiéFi renommés. Chartes dé Hôntone et Dâphobe 
de TAnguUlara leur furent cédés par les Véiiitietts. Robert 
Màlatesti, seigneur de Rimini, Gostanzo Sforza , seigneur de 
P^ro, et run des Hanfiredi, sei^enr de ForS, quittèrent 
les drapeaux du pape pour passer sous les leurs '*!' 

Plus r esprit militaire renaissait en Italie, plusle gouvememcnt 
fk>rMthi éprouvait d'inconvénients à y demeurer absolument 
étranger. Le duc de Ferrare, général de la république, avait été 
chargé de repoUsser San-Sévérino, tandis que ses adversaires, les 
ducs dUrbinet de Galabre, étaient restés dans leurs quartiers 
d'Inter. Il le fit en effet, mais avec tant de lenteur, avec tant 
de mollesse, avec une A grande défiance d* un ennemi beaucoup 
pkfs fUble que lui, qu*il mit trois semaines à parcourir la 
cMedePiseà Sarzancj qui n*a pas plus de cinquante milles de 
longueur t jamais il n'atteignit, jamais il n'entrevit seule- 
ment San-Sévérino, à qui il laissait toujours prendre deux ou 
tr^ marches d'avance sur lui. Et après cette expédition , où 



^MuiUfGeêchlehie. nnch V, cap. II, Jb. p. i$2. ^Diar» Parmense, p. S03. — * Sci- 
pkme dnmdrato, L. XXIV, p. i3f. ^ Alb, de mpaUa, Ann, Plàcenu p. 958. — > Le 
9K,iai»iafv, Mof. Panuns. p. m.-^Se^'» émmirutoi h\ XXIV, p. IS),— * Sctpione 
^nuntaiQt L, XXIV, p. 183« 



il. ne t'était pardonné aacMpde huée, il revint avec la 
mâme le&tear se placer sur ke frontières de fiienoe: Le due 
Heronlejde Ferraro n'aurait osése p^nnettre'«Qe'00Ditiiite 
Msai honteuse s'il avast eo à en rendre compte 'à vm 9>aveiv 
jiemrat militaire^ niais il était pen toocbé de» r«pteehesquei[KHi'>- 
Yalentlui adresser les Médieis, avec leur oonaeilde^morchands * • 

A ronvertare de la campagne, mi désorihe inatt^tida fai- 
blit encore l'année florenline. On y vojeit rénnis le tomie 
Charles de MonUme avec ses soldats» dernier reste de l'école 
de BracciOi son pare, et Gostanzo Sforza^ avec des s^dats de 
l'école de Sforza Attmidolo, son aSeid. Leur rivaiilé datait 
déjà de près d'an siècle, et la meurt de leurs chefs, le^chang^ 
ment de toute leur organisation, auraient -dft y mettre «m 
terme» Cependant il fut impossible de les fairocombattre soue 
les mêmes drapeaux. Des querelles yiolentes, des défis, (ie6 
du^s, faisaient craindre une bataille générale entre les déni 
troupes. On fut obligé, de les diviser^. Montœie, avec Bobert 
Malatesti, fut envoyé daus Tétat de Péronse^ sa patrie, oà il 
espérait trouver des partisans; en effet, vme vingtaiirede 
châteaux se soumirent à lui ou à son fils Berai^dino ; nuùs 
mort, survenue à Cortone. le 17 juin, détruisit toutes les 
pérances que les Florentins avaient mises en M'. 

L'autre armée, que commandait Hercule d'£ste) fut ploa 
malheureuse encore ; pendant la prooiière partie de la eam- 
pague, elle demeura dans une honteuse oisiveté. Hercele 
l'ayant laissée, le 10 août, sous les ordres de sonirère Sigîs** 
moud, pour retourner dans ses états , eHe fut surpriee le 
7 septembre au Poggio impériale, par le due de Gdbbre, et 
mise dans une entière déroute, presque sas^i avoir combattu^. 



1 Sctpione AmnUraiQ» L. XXIV, p. 134.— maHum Parmaue. f . 30S. — * HoecAio- 
velUj istorU. L. VllI, p. 394.-*' Sci^ione àmmkrato. L, XXIV, p. I3«.— « IHA. L. XXIV, 
p. I3S.<- itfegfMtto ^UfiçHta, marU) Sanese, T. XXUl^p. 789. •"^. Mkh* Mfi^ffitl. 

Flor\ L. VU, p. 170, 



W IfOTn A*K. 1 6d 

Jbfs s|i#t€AQ:i de Poggi-Bonzi et de Colle di Vid d^Eda acrâ» 
t^HigAt oeii^çodABt les NapolitaiBs; ils soutinrent F un et Tautre 
m M^ obfl^iiié* Mais comme les Florentins ne firent «aaun 
e^^^l^mr 1^ d^vceri tous deux durent se rendre avant la 
fiiv4c^ ta . AWnyAgae. Gelni de CoUe capitula le. dernier , le 
14 noyeii^brfi, ipt après cette cenqaéte le duc de Calabre mit 
8%tQ0iipeB m quartiers d'iâvec * • 

^i deux campagnes «lalheureosefilâminlaient le poumir de 
l^pxeiit de Médûps, et loi fusaient entreroir sa ruine pro- 
di^auie, il était encore plus alarmé des révolutioiia qui^ dans le 
«ème tcmpS) renversaieot la puissauee de son plus fidèle al- 
li^JiQbert de San-SéTérino, après seu expédition deLuni* 
ipie^ 9* était retiré dans tes montagnes qui sont entre Parme 
ef f éti^t de, Gênes». Là, il avait placé son camp près de Borgo- 
djhValrdîrTarOy de manière à menacer tour à^ tour les FIo^ 
raiit^is et la duchesse de Milan. Les béaux-frères de cette du- 
obçase étalent auprès de San-SéTérino, et son eamp était le 
%^ de leurs secrètes intrigues. L*un d*eux, le doc de Barij 
Hioarat subitement le 27 juillet, et l'on soupçonna les deux 
aniitrf^ de i\mm eoi(>oifionné^.. Moins d'un mois après cet 
éi;éi^^meii,t» Louis SGcum, qui lui succéda dans le duché de 
Bariy parut tout à coup avec SaUrSévérino et son armée 
dey^ut Içs pprtes de Tortonci qui lui. furent liyrées le 
23 apût^/^. U en .prit possession au nom du duc Jean Galéaz^ 
SQRmeveUj et de la du^esse JBoane elle-même ; il déclura 
qu'jJi étaM^ ti^ir serviteur à T un et à Tautre; que l<»n de pren- 
4f ^ J|es ai^mes oojajtre eux, il ne s'ayançak que pour les délî* 
yi;er detleprs eon^^ûs, et. surtout de leurs, ministres infidèles. 
•lï^.JB^Wl^ toujours di^po^ à rcfcter sur les ministres les 
maux qu'ils souffrent, secondaient avec joie une révolution 

1 ScipUme Anmiraio. L. XXIV, p. iAi.-^AUegr^ttQ AUegreUU p. 78». — > JHor.Par- 
mnse, p, 315. — ^Ib. de Kipalui, 4nn* PUtceai, Pi,85ft.,— 8 Âioi*, ffamfim^^ 9* aie 
- Bernard CoHOj Bm. uilan, P. Yl, p. 992. 



160 msioiiuB DJBS timwuÊfjion irALiBBNBs 

qui ne semblait pas dirigée contre lear isonv^rwi. Tons tes 
lieux forts s'empressaient d'envoyer lears clefs à Loms Sforza. 
Un historien contemporain assure qoe qaarante^eux diâ-- 
teanx se rendirent à loi en an même joor ^ . Mais cequi était 
plus important encens, un parti toat fermé le favorisait d^à{à 
la cour de la dodiesse. Cette cour était partagée en deux 
factions. D'une part, Geooo Simonéta, plus souverain que 
ministre, exerçait un pouvoir confirmé par cinquante ans de 
faveur, sous trois règnes successifs; son fils Antoine, son 
frère Jean, son ami Orphée deBicavo, et tous les vieux oob- 
seiliers, la plupart élevés sous Iui> le r^ardaient comme leur 
chef et leur oracle. D*Mtre part^ Antoine Tassini, nourri 
dans la faveur de la nouvelle cour, s'était formé un parti 
de tous les envieux du ministre, de tous ceux qui espéraient 
s'agrandir paf un changement. Tassini était un Ferraraisde 
la plus basse origine, placé d'abord comme valet de chambre 
auprès du due Galéaz. De là il avait passé au service de la 
duchesae; il s'était tellement emparé de son esprit, il lui avait 
inspiré tant de confiance, et peut-être d'amour, qu'elle ne 
voulait plus consulter que lui dans les affaires d'état. Le 
chancelier Simonéta ne voyait pas sans dépit s'élever sur ses 
ruines cet indigne rival. Tassini, blessé peut^tre des mépris 
du vieux ministre, avait conçu pour lui une haine implacable. 
Dans l'espérance de le renverser, il avait formé quelques liai- 
sons avec les beaux-fières de la duchesse ; et lorsque Louis- 
le-Maure parut à Tortone, Tastâni persuada à Bonne de le 
rappeler à sa cour. « Le parti que vous prenez, lui dit Simo- 
« néta, quand il en fut informé, vous coûtera Ffempire et à 
« moi la vie' ; » et cette prophétie ne tarda pas à se vérifier. 
Louis Sforza entra à Milan le 8 septembr.e; il protesta aussitôt 
qu'il y arrivait comme serviteur de la duchesse, et son gar- 

1 Atb. de Rlpaita, âmiaL Piacent. T. XX, p, 9S9.-:-< Uaffchktv^lUf UU L. vm, p. 403. 
— t^n* CoriQj Uui, MiUm^ P. vi, p. 991, 



Dîl MOYEN ACE. 161 

dien le plus fidèle ^ j mais dès le 1 1 , Geooo Simonéta fat ar- 
rêté ayec son fils, son frère, et toas ses amis^. 

Simonéta, transféré an chAteau de Payie, y fat d'abord 
traité avec\beaneoap d'égards;^ mais,, an mois d'octobre, 
L6ai8 Sforza lai envoya an de seg secrétaires, poar Tavertir 
qae, s'il voalait recoayrer la liberté, il deyait l'acheter en li- 
yrant environ cinqpiante mille florins gn'il avait chez des 
banquiers à Florence. « J'ai été incarcéré d'ane manière illé- 
gale, répondit Simonéta; ma maison a été pillée, on m*a 
abreové d'ontragès : telle a été ma récompense ponr avoir 
servi Adèlement et avec zèle Tétat de Milan. Si j'ai commis 
qoèlqoè fante, qifon me pnnisse ; mais fa fortnne qne j'ai 
amassée par un travail honorable et nne longue ëbonomic, ^ 
passera à mes enfants. Dieu m'a fait asisez de' grâces etn 
prolongeant ma vie jusqu'à ce jour ; à pirésent, je ne désire 
plus que la mort^. » Dès lors, SimonéWftH; traité avec uae 
^cessive rigueur ; il fdt soumis à une indigne 'toi*tûre, pour 
lot arracher la confession de crimes dont on ne le soupçon- 
niât même pas : sa femme, qui était de la maison Tiscpnti, 
devint folle de désespoir; et, le 30 octobre .1480, il eut là tête 

tranchée au château de Pavie ^. 

' ■'■ '* •.■""...'•■' 'I.,'*' 

La prédiction que Simonéta avait faîte à ta duchèsf^e se vé- 
nfia de tout point, et Tassmi, qui l'avait , supplanté, n*eut 
pas longtemps lieu de s'applaudir de son triomphé. Dès le 
7 octobre 1480, Louis^le-Maure fit déclarer majeur son ne- 
veu Jean-Galéaz-Marie ; il prétendit que ce prince, qui n'était 
encore âgé que de douze ans, était déjà en état de gouver- 
ner, et, sous ce prétexte, il ôta à h duchesse Bonne tonte 
part aux affaires. Le même jour, Antoine ïâs^ni fut arrêté 

> Wù\mi Famênêe.T. xxn,p. fo8.'-'*XMtfl'p«Sl9. ^^liHii:p, im'^wmaM. 
Corlo. P. VI, p. 993, 994. — ^ Albert, de Bipalia. AnnaL Placent- p. 961. — Dior, Par^ 
metise. p. 3S4. — nernard. Corlo, p. 99T. Gorio était présoDl et actear dans maéréiie- 
ments, mais il ne les raconte pas de bonne foi, pour ménager la réputation de Lonis-le- 



162 HISTOIBE DES REPUBLIQUES ITALIENlfES 

et emprisonné w çMteitu de Porta-2k)]l)bia :. le père de Tqi^ 
^inî^ Gal^riel» qui.ayaijt été fait conseiller ducal, fut afrété en 
môme temp ; tons àsm^ dépouillés de leurs Wns, furent 
exilés du duché de Milan* La duchesse Bonue^ irritée et W- 
miiiéç, sortHi le 2 npyembre, de Milan, pour se retirer à 
Yerceilj elle s'établit, ensuite à Abbiate Gra$sQ^ où elle yécut 
absolument éloignée des affaires ^ 

Laurent de Médicis, si malheureux dans ses deu;^ pre- 
mières campagne , si malheureux dans ralliance sur laquelle 
il avait le plus compté , ne perdait point courage ; cependant 
il. cherchait en Italie même , et hors de l'Italie y des. secours 
contre la ligue puissante qui F attaquait. Dé opncert 4vi^ \es 
Vénitiens, il songea à ranimer T ancien parti d'Anjou, poor 
Topposer dans le royaume de Naples à la puissance exce^iye 
de Ferdinand. Les ei^voyés des deux républiques allèrent jsol- 
liciter en Lorraine l'héritier du vieux roi Bené. et ils le trou- 
vèrent empi^essé h s'çn^ager dans les intrigues et les guerres 
d'Italie , pour faire revivre des prétentions qui dpunaiqnt plus 
de lustre à sa mfiison. 

Le vieux Benéj comte de Provence , le rival d'AIfonsp et 
de Ferdinand» vivait encore. U mourut en Provence seulement 
l'année suivante, le 10 juillet 1480; mais il avait survécu à 
toute sa descendance masculine , et il était parvenu à un âge 
oti il n'avait plus ni la force ,. ni la volonté de troubler per- 
sonne. Son généreux fils Jean, duc de Galabre, était mort en 
1470 y il avait laissé, dç son mariage avec Marie de Bourbon, 
deux fils, dont rainé,iÇ[ui portait aussi le nom de Jean, ne lui 
survécut que peu, de jours ;. le plus jeune , Nicolas , mourut 
en 1 473, à l'âge de vingt-dnq ans , sans avoir eu d'enfants '. 
Conduit une fille de René , Yolande , avait été mariée à 



1 4lb, éettipaiiOf âtm* PlaunL p. oei.— DiâHuni Pannenie. p. 3SJ. -« fiern. Corio, 
Sist. di MiUmo. P. VI, p. 998. -< MtffichUwelU, Est. l, VIII, p. 403. — * Contln. <U 
Moiuireku Vol. ni> t. IT4. 



ttr vomi jGt' '143 

9àry, oomte^de Yiodemond;, «t toi ftnit porté to»le9 âroits 
ée '4m, mère à ta Lorroliie. Oe^oe maiiafe , raq^l Bené n'avait 
«oiSMAli cpi'à «aalK-cœBr, et ^^Mr modu^i;»* «a liberté , était 
né BffiEié II , dae ée liorraiiie , çai, jwrlammrt^^Btt oonaiiia 
ïean et KioBias, «deDeiiait aiuai rhéritier de toutes les préten- 
Usas de la naisoBt d' Aii|oa sur le royaume de Naples. Le ^eax 
Bené, il est yfai, n'avait jptAtA pardonné à son.pettt-fUs sa 
oaiisaice éa sang de Yandemoat ; 41 avait lait «n testament, 
le 29 jmUet 1474, pour le ftnstrer de son héritage^ et y appeler 
fihasies dn Kaine , fils d'un imtre Charles ^ eomte du Maine , 
son pins jewie tfrère * . Les prétentions que Charles YIII fit 
valoir {pins tard sur le iDjanme de Napies, lui iveiiaient de 
Charles do Maine; ce prince ayant, le 10 décembre 1481, 
^naBa de sa niort,.iégné tons ses dnHts à LcHiis XI. 

Ibiis le droHides gens ne reeonnatft point dans les monar- 
cpias le peonroir'de régler ar Utraifement la aocoessioti de leurs 
étals,- cette sucosssian est fiiée paroles lois de chaque peuple ; 
et jlordre immoaUe établi par Fhécédité est le seul garant des 
laoïuirehies eentre4es goenes civiles. Aussi, ne voit^on le.pli^s 
seuflrent de panas testaments qpie lorsque le'eontrat entre le 
miverain et son peuple est .rompu par une conquête , et que 
lemonarque d^fKissédé ne transmet ^us cpi'nn vain titre à ^s 
^herbiers. Le royaume de Napks était un fief féminin , et tant 
qn'il refait an descendant en ligne directe du dernier sou- 
^W'Sin, les eoUatéranx n'y pouvaient Avoir aue^n droit. Les 
VÉœitiens, ks florentins ettonterUalie, reocmnaissaient dans 
Bené II l^ritier de la maison d'Anjou ; e*âNSt h^ Utre qu'ils 
loi' offraient de Faiderà reoonqnÉobrile.rosyanme deN4|^s,iet 
'ilsletronvaient difposé, de son eàté, à les assister de toutes 
«esdfofees. 

Pendant qu'on sohnât.poar euaL.en.Lornniie ces jnégo^- 



) Concte. de Manunlet. Vol. m, f. iST, t«. 



164 HISTOIBB DKS 'ttBlràuqUIflr ITALIElïlHES 

et du' ddb 3't^ltià \ mi adtemdrts , ém Mvertara» iaMMr 
'dues : àt^ pacifltt1i<m. Xouk^le^lispi» foinmènB ^ Ifi régent; de 
WilaûVqû^flf ÀTalt crù'800 «im^nivn'jr étail»^paA ébratiger. 

Dejpiiis que Louis kvait'ràiisï Ins'r^toes ilutigootariiemHit , il 
avait rêyètu lêsi ' iseutiikiieiitt de se^ prédëenséurs ; il voulait 
sauver Tltirërioe'; dbàf raWaheé loi tMWoèitf et laldélÉeher 
àe Venise; il voulait de mémefdétaelier^le ni de Kapka do 
papëy'él il vi^ioiit dlSjàf'èiJttl^^xi dèa^tsmiiap Le 

24 ' 'novembre V 011 trètaipbtfe vintanaboçeràfFIotoeiice, où 
Foo be s*^ attendait îtitiliëmént; qo^une'ttitae'fivait été signée 
entt^ lé rtii de Nàp9éë ;^ le'ptt(ie et la tépaliliiiae y pour tcaiter 

'àel4^àil-»^:"-'> ''•' ^' --^ '" ''•• :- i/. ' . V ..-. 

Ferdinaild lî'iiivlitt 'MMkn^ i HttBi w i tt m e rit , ^pemmnéL ooBtre 
laàréht de^^ liMieib ^ la- ^mre qu*il fan ftôsail élnit polrement 
p6lit!<{iié^il fMvâiit la'termiMr sana rancune^, dèa^œ d'^pi- 
ti^ir pMjeËs^^agrandiffiémeiit se pféaentuent à^liii. Mi^ttre de 
lilSflfiBr«^î«iâfcftiale) il diMrât étepdiiasonpwTOirduJ^ritaiie 

' sûpériédre:'DëJà la tévotdtim^ilQbin loi. avait idbmié une 
grâtïâb InJhv^cé «ttr'laiL«)Btitfrdae;;ia^1répiild^ de Cîtees 
était presque dans' w^d^peoideiicè ;: le> doc de Calais 
sur éë&é de Si€MMie:âi»^r6jats<qQe semblait favorâcr'»ajpnis- 

' fisiiit pai^ti , et il poimùt sT-attiMi^e à oecpiVaitant .pende mois 
cet ëtàt rèeotiVlM' volontaiiiemiMt' sa aoBivecanw 
venait d6âé'{)0int'à ferdinand^e poorniflnre:, de «onpevt avec 
Siktè !▼; tine go^rre dont Jcelin^fei awaM'WQnla^^l^ inoins 
'pé[fté^^ MfiMtis. Il valait lÉiienx'poor lè nii^8éer<Ibiiaice 

' soiÈiihigfè à on g0ttV6meBiBntiqn''affaiWîssâit h Jiained'uii>parti 
nainbÉ'Mit/ tandlsf que les «Napiûitaifla pittdndsnt i|»ed en 
Toscane d*one manière stable, qo'ils 7 attendraient lestévéne- 
mentâ', et' sin*tmit Itttmort duvptettfe^ Lesfdis|^0BitftaQ8 de 

tScipioneiinmiraio. U XZIV, p. ii2.''MegrettoÀU€i!HtH,DlariStme9L T. XZin, 



. . im mmmijÊ^Mf '. .. . . 165 

«farte IVi^aiMÉ^âlwliiiB^ftdîfféripl^^ 
do mal mèmiË'iBfaiûé^mknwifa^:Mnim^ JF^TAP^.) jutant 
ffle dci gqprodwfr W^.den aaftWWif <» ':(S9l Ui »^»it resfis.il^. toute la 
chrétienté ; 41 M ippQtailijl^iKdwiwr^^ Ip ipeartre 

de tow ks*«i0iadA Jécânte^JEUiiriPi nii^iiQoeès scandaleux qoi 
avait révélé à rSarope lean conq^lote, ni la terreur ^u jeune 

endinal, fli^n^nerveii^iOii }*av«yi!,fÂ>lwéi49;^pi:9VRPV)^^ 
tira» qoHl'imttnitt h la pm.; toyit^. c^Ue^ cp^'il osa 4icter 
étaient siNiveraJH^fKBMa^tt^Qffi^ Yi^njpâtiiffi^ I^aprei^t et 

le» FlorwtinSrbidîasent iu»# .ehiipfB))^:, cA q|i'ÂKfo|^#^^^t <1^ 
meseespoiir to àsom de uDWia ^ ^iewl 9iArt&i4«A^ If pon^ 
joratioa dieis P^Ti^i; il yoiilait^qiie ja.]:^iiUÛ(|E|e,^(^Q^i^^^ soy 
lenn^ement p^^doii à T^feSs^, W!?^ «vw iaJ^tfi»^t4. ^i^f , Rer- 

AAiMniM ainnndtiiiii ^^ l^^yjihmrAiTnn A't jIa OAa iiiiAlimii ¥1 vaiiIaII' au lin 

Cfpndaot ^.Mtn«ti<|^ (de^ill^^iàfl MJLoinRqB^iD^ 
oaHtpw les i<NB|». plus d«QgeiW)p«ri,I|k.yi%>^tl9^,d'iiQe 

qù Majait^ogâ^ éfB eMpa^ m^mm ^m\^^ ^snt d»- 
ferleraNM; il» «raioit fi9rt^fWPCMfÉr«meii(J(^r|);»^ges4uiii 

lnfpé.4Mi» JI«liPl|7i( kA jkK riM8il^9HPf«;)^ çgi^iifB^ti^p des 
IrieoB des m»p ç hm i d n Ûij«fe9)i^^.q^)a..:s$jip^y^.ifi^^9(^; 
ehaean sentùt que la guerre n'était aoatmue que pour la dé- 
fétase desMédidg, qu'éttl était 4ta«ilgère ara Trais intérêts de 



î' I 1 > \' ', M . . ,M , •* 



' . ■ ' •' .1 • f ^ 

1 Scipioiie âmmimto. L. XXIV, p. 13(>. : 



I6d HISTOIRE DBfl^ MÈPWLÊ^I» ITALIEN» ES 

l'état : ciiaetifl tMIait y intttre fift ; et Jérôme Mcveli , t|iii 
passait poor an des amis et ded partlsènET les phis aéléa des Hé* 
dicis , dit à Laurent en plein CMStfl : « Notre Title ot au- 
« jounf hai fatigaée, elle ne veut pins de goerre^ elle ne Teat 
« plus demeurer interdite et eicommuniée pour détendre TOtre 
« crédit * . » ' 

Dans ces droonstances difficiles , Laurent de Médide prit 
une résolution en apparence hardie , et qui cepeudant étAlt la 
seule sage, celle de se rendre lui-même auprès de Ferdinand, 
de connaître ses dispositions secrètes, et de les mettite à profit 
pour négoder aTcc lui ; d'arrêter les plaintes des mécontents 
à Florence par l'espérance d'une paix prochaine, et de prou- 
ver en même temps à TEârope qu'il n'était point le tjran de 
sa patrie, puisqu'il osait, comme un autre citoyen, se mettre 
entre les mains des ennemis, sous la simple garantie du droit 
des ambassadeurs. Le sort qu'avait éprouvé Rcdnino à cette 
thème coui* de Naples donnait lieu aux partisans de Laurent 
de célébrer le courage avec lequel il s'exposait à un traitement 
semblable, et néanmoins il ne courait point le même danger. 
Picdnino, seul chef de son aimée, ne laissait liprèà lui ni états 
ni vengeurs; sa mort n'avait coûté à Ferdinand qu'un enme 
et non des combats. La république de Florence, au contraire, 
aurait survécu tout entière à Lauihent ; elle aurait montré plus 
de feMe pour punir les mettttifers de ee ^wy^ tttustre qm 
pour le défendre, et Ferdlntmd m'aurait recueilli d'autre froit 
d'Une trahison que là honte de ravoir ccMumise. Laurent, il^ 
vite par le duc de Gakbfe et leducd'Urbin à Ihire ce voyage^, 
ayant reçu de Naples l'assurance fn'ii y serait bien reçu , 
fit convoquer, le S décembre, p«r le goitfÉhMiielr, un ccAitiéil 

1 Jœopo tfatâi, Utw. Fier» L. L p. t2. — i. Mîch, BrutU L. VH, p. iTS. — > la 

lettre de Laurent, da 6 décembre, à ces deux dues, nous a été coosenrée par Hala- 
Tolti. Storia di Siêuna. P. III, L. IV, f. 79. Hédicis déclare qull entreprend ce voyage 
•oai lenn auipleei et par lemn oonp^s , et II leur recommande a^s intérftta çd soi^ 
abienee. 



DU MOYEN AGS* 167 

de MkUMi, pour lear oommumqiier ses intentioiis * . U partit 
le même jout , et le suriendemain il écrivit de San*Mimato à 
la Seigneurie pour prendre congé d'elle. Dans sa lettre, il se 
représentait comme une Tictime qui s* offre en sacrifice pour 
détourner le courroux de puissants ennemis '• A son arrivée 
i Pise , il y trouva de pleins pouvoirs des décemvirs de la 
guerre pour traiter au nom de la république; ses partisans 
s'avaient pas osé les demanda au conseil des Cent, de peur 
d'y rencontrer de Topposition '. Une galère de Naples Fat* 
tendait à Li vourne par les ordres de Ferdinand, et le capitaine 
le reçut à son bord avec les plus grands honneurs. 

1480. — L'arrivée de Laurent de Médids à Naples fut un 
triomphe; le second fils du roi, Frédéric, et son petit*fils Fer- 
dinand vinrent le recevoir au rivage, et le monarque lui-même 
parut se croire honoré par l'arrivée d'un pareil hôte ^. D eut 
avec lui de longues conférences sur la politique de l'Italie. Hé- 
dicis fit connaître au roi le traité déjà entamé avec René II de 
Lorraine, par lequel ce duc s'engageait envers les deux répu- 
bliques à conduire six mille chevaux en Italie pour combattre 
la maison d'Aragon '. U lui oonununiqua aussi les offres de 
Louis XI y qui paraissait tour à tour vouloir faire valoir ou 
les drmts de la maison de Lorraine, ou les siens propres sur 
le royaume de Naples. Ce monarque, par son activité, par ses 
if^odalioiis compliquées, par sa poiitiqoo mysiérieuse, faisait 
«lors illusion à toute l'Europe sur le dédm de sa santé. L'in- 
vasion française qui renversa quinze ans plus tard le roi de 
Naples de son trône, sembhiit défi le menacer. L'appui que 
Ferdinand trouyait dans la cour de Rome était trop incertain 
pour être mis en balance avec ee danger. Le ]Mipe était vieux 



^ SeftOùM AmnUjntO', t. XXty, p. 143. ^ * Extat apud Roseoe, lAfe of Lortnzo. T. I, 
p. 296. — ' Epistola BarthûL Sealœ^ apud Rotcoê. Àppemtix XXX, T. Ul, p. 174. — 
* fàhH im VUa Lauremii, p. 34. ^ < 4t¥ir. ffmKiffiicrOf Stor. ¥0^0%. p. tiOS-^ScipioM 
àmmiKUo, L. XXIV, p. t44. 



I 



166 HISTOIRE DES UPUBLIQDJES ITALIENIIES 

et maiacle, et s*il ryenait à moufir* son aBccessepr pmtrwL\ âtre 
aiifltt empreBsé cpifr lai; d*;agnindir ses propres BÇYeùx^ ^et sa 
jeter, poor cela daps un parti opfKMé^cpii loi o^rirait les dé* 
poiiilles de Jiérôme Biario et' de ses amis. Mais Laurent de Mé^ 
dids, en préseatant à Ferdinand ce tableau de l'Europe, con-* 
mt<^*il était plnsfodleàla républiqueflorentine de se venger 
qne de se défendre. Il convint que, lorsqu'une fois elle aurait 
appelé les «Itramontains en Italie, elle ne serait plus maîtresse 
d'arrêter leur in^pétuosité, et qu'elle souffrirait probablement 
antant que Ferdinand lui-même d'une *j|;aerre où la Tos« 
cane deviendrait leur place d'armes. L'intérêt de Ferdinand 
et des Florentins était trop conforme pour qu'ils ne dussent 
pas préférer nue fidèle alliance à une guerre sans but. Il imr 
porbiit à tous deux égalemen); ^de maintenir en paix l'Italie, 
< ji'^ fermer l'entrée ^ux Turcs par les Vénitien^, aux Français 
,-jBf^ k^ 4^? 4^ W^^^.î . d'afferinir le gouvernement d.e celui-ci, 
qo^e la djernière révolution avait ébranlé; de surveiller au coi^* 
trâirej'j^uibition et les progrès de Venise, qui, depuis qu'elle 
av^it recouvré h, paix sorsa fr(mtiia?e orientale, pouvait seule 
^cter dçs içk^ à^ ^^ vqîsûis } (^fin, .de contenir l'esprit turbu* 
Mu\ i^ s^p^fim, jgous; assurer ^, son B^ Ja pos^pi^ d'une 
pçtit^ pri^ç|p§u|é, avait compromis l'Italie entière par le» plm 
fwestes49jtrjgi|^ *,..., ., 

. Oes^^f^fdd^raitifini n'étaiept pas nouvelles pour F^r^iand, 
^ e)^ fiç^ i|]K|iffejs;fl^ ^r loi. Cependant, ou rayait laoy- 
,t<unpi^ (f^tiietepp.de jla l^ainq ef jd^ mécontentement que Laa^ 
jé|it,ftji{W^,j^cjt0:i^.yi^)fenee4^ pomptej: çur l'alUan^ 

4eî;<^i«}K^.f|^ jpiirti, fl Ipi ^iqpojrtait de savoir si j.es Flprc|ntiii« 
ne sépareraient pmnt leuios intérêts des siens. Dans ce but» 
Fardmand retint Laurent hmgteoq^ aapiès de lui, et il ok- 
serv^^ jpigq^ôsepçnt^en même temps si son absence faisait 



» . •!', 'v. - ."* '4 •* ' 1 • . .' \ • .' Il > I • r « 



i joannis Kieh, Anrtli iriii. f/qt. l. vu, p. tT6. 



nattrei^âqve num^ement. Les éimemis de jïëdicis. prirent 
cette occasioo pour témoigner hautement les.craintes sur son 
s(Nt :, Us raj^pélaient la mort criièlle de Piccinino, espérant 
faire naître au roi la pensée de traiter de même leur adver- 
saire.. En nième temps ils s* opposaient aVeç obstination, dans 
les conseils, à toutes lès demandes de ses amis^ et ils déplo* 
raient le. dort de la république, engagée dans cleux guerres à 
la fois pendant que son chei| était absent , car le jour même 
où Laurent était parti àe Florence pour traiter avec le roi de 
Napks, Augustin, fils de Louis Frégo^, au mépris de la trêve, 
s* était emparé pair surprisé àe la ville de Sarzané, ique son père 
avait vendue à û répjabliqne'fldrèntine plusieurs années au- 
paravant * . , 

Enfin, Ferdinand consentit à signer à Naples, avec Laurent 
deMédids, le 6 maifs 1 48Ô, un traité de paix entre son royaume 
et la république florentine, il exigea que les membres restants 
de la famille des Pazzi, qu'on retenait prisonniers dans la tour 
dé.Yolterra, quoiqu'ils ne fussent .point entrés dans la conju<^ 
ratioQ, fuissent remis en liberté $ que les Florentins payassent 
au due de Galabre, 'son fils^-à titre de solçle, un^fomine l^*** 
auelle 4e soixante milte florins. Deson cMé. il promit la tes- 
titatioa^ile^ yilles et fort^r^faes.pris^ aux FlorentinÇtPeadftnjt 
la guf^i et les deux gçavei;]Diçpa^tE( se rendirent liants des 
ét^i Tfia de Fantre^. Quelqî^ o[^siti9Q qoc^ 1^ pftpe eût 
(iip^irijée à cette ii^o^çii^on, quelque m^ntenteRient qi]^*p 
témo^^t de n*avdr pas été consulté, quelque empro^^eweojt 
cp*il marfuàt poor s*dlier à la république de Venise, puis- 
¥>^' Aie «fait à se phmdre aussi bien que lui du noMuiqoe d*é- 
gardsidp ses précédebts alliés^ so laissa comprendre dans le 
Wtéds I^[te f et les lnwlitités^ si^q^dues Tannée préeé- 

'» -' Id , <«•■ \— ; » '.. .•• ,'. ..... , . , . . , 

^ «fie^e 43mmtfii: Uy xm^Pf M^RTT.m^ mmm^*^ 9^.9!a,,-^ UofichkiwM, 

'OC. Hw^, U I» p. 13* 



i7Q HISTOIBE DES AflPUBLIQUISS ITALIEIflfES 

(}ente paroiie tréye, ne se renonvelèrent point * . La paix fot 

aussi publiée à Sienne le 25 mars 1480 '. 

La paix que Laurent de Médicis avait obtenue augmenta 
son crédit à Florence ; il y fut reçu à son retour comine le 
sauveur de sa patrie. II mit à profit cette reconnaissance du 
peuple ppur consolider son autorité. Il fit çréer^ le 12 atril, 
i)ne nouvelle balie, mais avec l'intention dç n'en plus créer 
à revenir, car le nom et l'autorité révolutionnaire des b^lies 
contribuaient à rendre odieux le pouvoir des Médids. Il fit 
donc attribuer è un corps permanent dans Tétat cette autorité 
supérieure qu'il voulait conserver. Ce corps fut un conseil 
nouveau de soixdnte>dix citoyens qui devait être consulté sur 
toutes les affaires avant tous les autres. Les gonfâloniers 
devaient y être adnûs à mesure qu'ils sortiraient d'office, à 
moins qu'ils n'en fussent exclus à la majorité deâ Toix.. Le 
conseil des soixante^dix commença un nouveau scrutin d'é- 
lection pour composer les magistratures à venir, et il ki durer 
quatre ans ce scrutin, afin de conserver plus longtemps dans 
la dépendance ceux qui briguaient les emplois. En même 
temps il employa les deniers de l'état à payer les dettes con- 
tractées par Laurent de Médicis '. 

Laurent , que la postérité a décoré du nom de Magnifique, 
tandis que ses concitoyens et les écrivains de son temps ne 
lui donnaient cette épithète que comme un titre d'honneur 
commun à tous les princes qm n'en avaient pas d'antre, à 
tous les condottieri et à tous les ambassadeurs , Laurent mé- 
ritait le surnom dont une erreur l'a mià en possession ^. La 

* JaeoM yolatenmi, lAortum homàmxm, T. 9^]U|t«9. j<mu — ^ 4ll^m9t$fi éUftm^i, 
puxr. SanèiL p. 799. — Orland, Malqvolti. P. 111, L. IV, f. 76. -~ ' Istorie ai Giovanni 
Cambi. Delizie degtlErudiU. T. XXI, p. 3, s. ~ ^ M. RoscoC (lUustmtionSf p. 91), pour 
Dtfre YQir ^e c» Q'est pas ia mvA» poMérM, «nH iw»i |Bf eo^mo^t^u 4e Umt»i 
qui l'oot décoré du nom de MagnifiQue, cite rautorité de Fabbroni eo i7t4 , et de Pl- 
gDoUi eo 1813- J'en appelle au contraire aux lettre* et aux autres pièees reprodoitas 
par M. RoseoS luîHoéne dans 'son Appeodix. f verra que Laurent nM pdlkt appelé 
parées eenleuiporaiBt ioHHËo U MtfBfMfioê, eoaMieil IM àd noaJeMi, tasts If IM- 



DU MOItR âi»B. 171 

WH^aiêomùd étail dam m politise autant que dans «on oh 
racttee : il aimait à donner Tidée d'une rieheaa infinie, poop 
rehaafiser aimi ropinion qu*on aTait de son pouToiF ) il ne 
mesurait îamaia son faste anr fM» reyenna : pendant son s^onr 
àNapies, apcèa une gnerre ruinease ponr aa patrie eomme 
pour lui , tantôt il distribua des dots à une foule de jeunes 
feaunes de Fouille et de Galabfe qui aTaieut recouru à sa 
mUniicoace , tantôt il déplofra aux yeux des Napolitains, dans 
tes achats, dans sa suite, dans ses équipages, toute la pompe 
fuse richesse qui n* avait rien de réel : toujours il toulut 
âoimer et éblouir * • 

lie traité de paix qui eonsofidait sa puissance ne laissait 
pas d'exposer sa patrie an danger le plus redoutable quWle 
fiAt jamais couru. Ferdinand s*y était détenniné, surtout pour 
donner le temps an duo de Calabre d'afferour son cré^t dans 
Sienne, et de réduire cette ombrageuse répuUique h une dér 
pendanoè àfasoloë de la oouiDntie de JNaples. Ce projet avait 
déjà âé secrètement entrelenn par le roi Alfonse , lors^ 
qu'il Tint en Toioane en 1 446 ; il avait été repris en 1 462, et 
ea 14âc6 ; môs jamais il n* avait paru plus près de son exé- 
CQtion que lorsque Laurent, sacrifiant sa patrie è aa sAn^ 
persounellé, et! intérêt des siècles à celui du moment, avait 
esQsenti à j donn^ les mams en recherchant la paix , que le 
dac de Calabre désirait phis q^e lui. 

Sienne av«t consacré par ses ïm l'existence de tous les 
partis qui l'avaient successivement dominée $ et ses citoyens 
se trou¥aient avisés en plusieurs lundres , qpi élaiient plutôt 
des factions, et qui portaitot tous le mm de MontL hd pre- 
nikr^^ celui qui avait excité la plus constante jalousie, était 



9nifieù harentô, et qn'en loi a^ranant la fwrale «a enfilole l%x|»r6aiioa maq^flee t^, 
oa voêîra magraficenta^ préclfément comme en s'adrenant aux généraux de la répn- 
bHqw ou au duo d'Orbin, ou comme Politien appelle la femme de Laurent magnifiea 



172 HISTOIRE 0ES A^ptmcniinss^iTALixiiirEs 

eehii dai uofiles-, aWtrëfois propMétaiFer dfc itoiBà tetevilMf0. 
On les ayàit saccessiTemcél privas de toàt^ fsari f^ 
et^eiclus en même temp^ de toutes lei^ isiàffàïrv^meê;^he «AU 
vant était le Jfon^da^neiifj qat formait S Sienne an^ liofalesse 
populaire, telle à peu presque ratait étéàiFtetencc^ J6ills:3es 
ÀllHzzi et de lear parti. C'étaient des hoinit^'itt qùif^n"* 
éiennes richesses, aeqtnses pàrlé'comiiierrié'jri(taiéntt«88tiré 
aossi un ancien crédit, et qni e&' démentaient $n'|)DSsè8sion 
par un droit héréditaire. L'ordre on le' jfdBMlel^ dotisfe était 
plus immédiatanent en ri\^té âTeâroçluiTdBS nen&HiétBitde 
même composé de riches marchands , et 'i>iCétlEe tépoiiiie Si 
Comptait dans son sein eilvihm qpiatre :ceite ihoiniitiea'pro^*es 
à entrer dans les conàeils , mais que la jâicnûe dJa< ^paierm* 
ment en tenait cràstaknmént écsotâs: 'Le 'reste. ^de^ bnitidn 
était partagé entre les deux ôrdiès baMontsf {{dtEtf nènveanx, 
des ré formùteut&<eVdui peuple. ^' '; ?:.>•. ^ 

Depuis le 27 novembre 1 403 ^ une coflitioii^'ekistait *enlre 
trois de ces ordres, les neuf, les r^rmateurs ètie peli)^e. Ils 
étatent ^séuls admis au gouvernaaienty'et lesdèui autres e& 
étaient exclus. La Seigneurie était composée de neuCpilènrs, 
iTois de chaque Mont, et un gonMoùier de jlusltice foimi 
tour à tout* pfar chaque ordre ^ . Cette Itoriùe 'fié gonirernement 
s'était niaintënoé avec pIusde^^aMité qu'aucàne ies^^têcé- 
dentés, malgré les tentatives que Plé It, qui était H^lë'Sten- 
nais, dfe la nîàison Piccolomini, âvàil faites ponir la renverser. 
Ce pape avaft démandé qù^ on i^fabltt dans tbûille^' droits de 
cité les nobles et le Mont des douze ;^ on lavait eh 1438 rejeté 
sa deiùaiiidë; mais on^Vait éti mèmfé tempts cherché à le Satis- 
faire lui-même ^ en admettant lés mëmbreg de là tauâlle Pic- 
colomini dans l'ordre du peuple. L'année suivante on avait 
même donné une part dans les emplois publics à Tordre des 

i Qrlando MalavoUi, Stàriadi Sienna. V. U, L. X» f. 104, ' 



. BU moitm AGB. 173 

ïrar^aiblloiit àmàÊue^y et dès kmort de Pie II, «n 1464, 
.«HualfitiWBiitéj/dp iiioli^MÉa/ileÉiioUe» dl^onpeiiraiqa^ ne 
km iiiraitu^tpMiéBjfa'èlàjAllkitotMri pope ^. 

> %q|giifciW|Widepte «|ie#^fctoettè.cptd«sioBy ks&ièmiais 
n*fti«tat (AfiMiUta'jde seiisiiflDtir d'èlredemeiuré&vtlaohésli 
(S^qiiJiiBi^ffgihimt^^ de.IeoFgeKvtnieiiient Les trois 

&cliknft/TâBAies.:pii^^ ayoir confondaleiiiii intâiéts 
9iitr«.idlflS9.¥adiBi|^atl9Btioa AViit étéaMs équitable: pour que 
.1^ xiidissses.priTifed et la popiilcdïom s'augmenta^seDt innUe- 
imsat, Sim»ti»'wjmt de palais soii^tiieu , qui montraieat an 
iD6me,temi^4fi0>piogsèi de ropntence et eeox d/» arts et dn 
go&t; .la lépnbliqoe arait éprouvé peu d^ commotions inté- 
nciD^j ^te^'éialt. engagée dans peu de guerres an dehors; 
«t 4001900 éelipaéoipur l'éplat de Flqsence y sa poi^»antè yoi- 
nne> qui eansaitanx donnais ooe eonatante défiaiioe, eUe^eon- 
mf^ à re:(téneiir Thonnenr de son indépa^dance, au dedans 
Ja paâ et lALproapârité» n ^ 

>H«îs rexifltenee de deux partis fiurmés en debmi 4ugou- 

va:nelneiM. étaiCioéeessairemeat daBgei«ose.p(^ répôbli- 

. q|ie. Gétaîl parmi eux que les étranges qui youlaient l'asservir 

vetfudntsArs.de tron^ver des partisans'; c'étaient/eB& quek duc 

deiCalatore faisait agir» eux qu'il cherchait à faire rentfeaor dans 

la Seigoeum^ Il demanda d'abord le rappel de tonsioeuxqui 

avaient été exilés en 1456 ^4. F ayant pu l'oltenir, il sona.la 

disjQQide entre les trois, ordres qui gonvernaienit en «omntnn ; 

il^ amut deux contre le troisième ^^t, le 22 juinféSO, les 

ditoyens des neuf et du peuple prirent les lurmes. Ils furent 

. 8emidés»par le^ soldats du duc de Galabre, qui occupaient la 

: plfice publique. Un conseil général , d'où ils écartèrent tous 

' CQpxjqial Jne joni^ étaient. pas déTOués , et.qui se trouva cepen- 

. I ùi^^mdù MakmUL P. iHp u iv^ r. ««1 «1. -^ « iM..r. «i* «^ > iM. u i»^^ * JMd. 



174 HISTOIRE DES Wâ ï^ÊUmbkB tTALIEWaHES 



nidtt ]x>Qr jwMdi ie Ifeint des i^étonnÉteeit^s <éil ^wv«tm- 
«i6at , mr la ]vopositîsiit «pii tin AU faite par té gonfaHanisr 
de justiee ^ Cette violente révvkitioii , «pd frappait lira liées 
•des oitojreÉsée la ^r^iyuÉiiKqoe, tet les é^nittiÉt d*<inie |»iirt à 
la soHveraîDelés dont Ms élntiiil mi fKNsesâoa depiis soixante- 
•Ax^rqft ans, awt^ préparés avec taiitde se0Pet,^dt«iée»lée 
avec tant de promptânde, qu'elle s^aoèemplit UM effosiM de 
smg. Le dae de Cakdire , qoi f avait dirigée et somennê avec 
ses soldais, s'hélait eependant âil^é de Sienne le jonr ^in'sîffle 
s'effectnait, pon* vMilcpe pas :aoMSé d'agir en maâtre dans la 
répablique ; «nnds à son retow il a^alt été Feça par les ^min- 
veaiUL nagiatrats , tonmie te iAmAAWwt de rètat. U était con- 
yeftn aiiee eux de fcrmer nn Mont nociTean poiir remplacer 
celai des t^f ormateiKs , et partkôper pour tm tâ^n anx han- 
nears pnbKes. Cet enrâre nenvean, anquel ondcom le nom 4e 
M(mt dès agrégte, fateon^Miséd'^n certfdn nombre de gen- 
tilshommes , connos poar lear dé^onement ao dnede Galabre, 
et de ploffleuFs membres soit Ad Mont des donsse , soit de celai 
des r^rmerteors, qa*iine amibition privée détachait de leurs 
confrères; enin , des familtes qoi avaieiEt été exelneB en 1456 
da Mont des neuf et de celai du penple , poor avoir vonla , de 
concert avec Jacqaes Piccinino , somnettre la république an 
roi Alfonae. Ainsi les cinq andens ordres avaient eoaooura à 
la formation de Tordre nouveau ^. 

Le gouvernement] qui venait d'établir la violence était en- 
touré d'ennemis; il avait toujouns (Uns besoin du duedeCa- 
labre pour se soutenir, et il se rendait aussi toujours plus dé- 
pendant de ses volontés. De mauvais citoyens qui se flattaient 
d'amasser plus de richesses , d'exercer plus de pouvoir, de 
satisfaire plus aisément tous leurs vices, sous la proteetion d'un 






DU ifOTEll iOE. 175 

tpm ^m daaa leur pairie woore Iib»e, avaMot Um ealcalë 
lorsqu'ils avaient compté que la oonséqiieiioe 4e cette révola* 
tioD serait de forcer en peo de temps les Sieimais à se donner 
eox-mémes au due de Gaiabre. Toat ce qu'il y avait à Sienne 
d'ands de la liberté était frappé de terranr ; la crainte n'était 
pas moins grande à Flovfnee. Si l'aecpisitîon que le roi de 
Napltt avait faite, vingt ans auparavant, de qnelqnes miséra- 
bles ehàteaux dans la Maremme toscane, ayait causé tant d'ef- 
froi , comment espérer de sauver la liberté de Florence , tine 
Ibis que l'état de Sienne tout entier serait entre les mains d'un 
aossi redoutable voisin? Hais un événement inattendu, qui 
gUsa de terreur le reste de rit^Uie, délivra Sienne et Florence 
d'un asservissement presque inévitable,, ra rappelant le due de 
Calabre , pour défendre ses propres foyers. 



**tm^ 



176 HISTOIRB DES . BÉPtlBUQCES ITAUEmiES 



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CHAPÏ^RE Yïl. 



.1 . «'.i- •■ -;- fir i.Ji ^VC -•'»' 



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Mabolbe^ 11 s'emptre d'Otf^le$; SixtflV afT^yé- faii ia^piUraveo les 

Flqrentios, et le duc de Ç^labrç qiiit|e£ie^Q^ ^pur dél|;;rer;Otraiite. 
— Mort, de Mahomet 11^— Nouvelle guerre aJluipée dans toute l'Italie 
par Sixte IV^ pour le duché de Ferrare.'ll passe d*uD paril à iiautre, 
^iBêiîri^fin.de<^bagriiidélat$àix. ' * ' ' ' '' 



î. 



« ' '! 



) ,'f',' *■ 'j* ".','♦".! 



1480-1484. 



1 480 . — Mahomet II ne faisait jamais la paix avec un prince 
chrétien que pour en attaquer un autre avec plus d'avantage; 
aussi comptait-on que durant son long règne il ayait sabfagué 
deux empires, douze royaumes, et plus de deux cents cités. 
Dans Tannée 1480, il prépara deux expéditions eu même 
temps: Tune, sous la conduite du pacha Mésithès, Grec d'ori- 
gine, et issu des Paléologue, était destinée à conquérir Rhodes 
sur les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; mais le grand- 
maitre d'Âubusson repoussa glorieusement les Turcs , qui , 
après avoir assiégé la capitale du 23 mai au 22 août, furent 
contraints de se retirer avec perte * . L' autre armée de Mahomet 

1 Eplatola PeM itÀubusson ad Pontificem. IS septembris 1480. Êtaynaldut, 3-iS, 
p. 986. — JaeoM Volaterrani Dior, Roman» p. tOd.^^nnaL Turdei LetmeUwU» 
p. 2SS. •— Dlorfwit Pamense. p. 344. — TurconGnecto But, poAr. L. I, p. 36 



DO ItOYBlI AGB. 177 



i;e rasgiQildait à la Yaknupijs, 000s le&ovdras deâon grand^viair 
Aehmet-Giédik, oa le Bricke-lknt, natif d'Albanie. Une flotte 
de cent vakseaox mt la prendre à bord ; celle des Vénitiens , 
qoi éUôt de soixante toiles, 1* escorta conune ponr 1* empêcher 
d'entrer dans le gelfe ^ , et tont à coop les Turcs débarqoèrent 
iiir k o6te d'Italie » près d'Ojtrante» le tendredi 28 jniUet , 
après aToir traifersé la mer Adriatiqae, qai, dans ce lien , n'a 
pas pins de cinquante milles de largeur. 

Les l^abitants d'Otrante ^ quoiqu'ils ne fussent nullement 
pEëparés à cette attaque, défendirent avec ligueur leurs mu- 
raSÎes; mais ib n'étaient pas en état d'opposer une longue ré- 
sistitnoe ; beaucoup d' artillerie et de macjiines de gueiœ lurent 
débarquées par Achmet-Giédik; de larges Inrèches furent bien- 
tôt ouYcrtes, et la Tille fut prise d'assaut le 1 1 août 1480 s 
La population s'élevait , dit Sanuto , à vingt*deux mille âmes ; 
douze mille habitants furent massacrés dans la première fu- 
reur de la victoire ; mais les enfents qui pouvaient être ven- 
dus avec avantage, et les hommes faits qu'on crut assez 
riches pour en tirer une forte rançon y furent réduits en es- 
clavage ^. L'archevêque et les prêtres y objets de la baine des 
. TuiQB , fureDft soumis à d'affreux supplices, et tous les genres 
'd'eyibrages et de profuiations furent prodigués au culte des 
r chrétiens ^« 



' i tfôMn Sanuto. THe de'Ùuchi di Vtnet, T. XXII, p. 1213. — * DemeMus Cûn- 
ternir, L. |U, cbap. 1, S %% p. ut. — > Marin Sanuto^ ViUOt' DuchL T. XXII, p. iSiS. 
Cependant Giannone n'estime qu'à 800 le nombre des morts. L. XXVIU, inirod. p, 102. 
-^^ Jaeob f9iatenwtlt Dlar, Boman. L. II, p. 110. Diariwn Parmense. p. 346, 3(3-, 
Deux cent iriBgt um. après ces éréDomenis, la légende s'en est emparée, et 7 a mêlé 
Bon merveilleux. François-Marie d'Asti, archevêque d'Olraote en 1700, a écrit que huit 
tents martyrs prëférék«nt le supplice à l'abjuration, et que, conduits au lieu où ils de- 
vaieit mourir, te Ténérab||B Antonio PrimaklL, demeuré ehef du clergé après la mort de 
l'archevêque Etienne, eut le premier la tète tranchée ; mais que son corps, au lieu de 
tomber sans vie, resta del)out, malgré tous les efforts des Turcs pour le renverser, el 
t^û continua, par ses gestes, à exhorter ses compagnons de malheur à la constance, 
Jusqu'à ce que tous eussent subi le même supplice ; alors, et après eux tousi il con- 
sentit aussf à 80 coucher parmi les morts, Francuci Maricc de Asie in memorabUibus 
vu. 12 



178 HISTOIRE DÉS ^PUBLÏQÛISS ITALLEUIXES 

Cette attaque inattendae, et qui rem^it l'Italie sd*e£&of^ 
avait été ménagée par les ^é^tiens. Les ItistorieBS de la Té-' 
pabtiqae ne di^imnlent point qu'après h pidx entre Iiaurent 
de Méfias et le roi de Naples, leur patrie envoya deux am- 
IrnssadeutB, Vnn en pape, 1* autre au grand^seigiifeur , pour 
eouoerter la ruine de 'Ferdinand. Sébastiano Gritti detuit in- 
viter Mahomet II à reprendre les provinces de FltaMe méri- 
dionale qui avaient rélevé de Fempire d*Orient *. Zaebarie 
BarbaTo devait proposer au pape de prendre à h. 'solde eom- 
mune de sa république et du Salnt-8i^e, et de nommer capi^ 
taine-^général de leur ligUe, Bené II de Lorraine, qu'ils invi- 
teraient à passer en Italie^. Il est probable eependrâit qae les 
Téaitiens n'flvmeiit pas communiquée l^xte IV le projet de 
l'nttàque des Turcs sur Otrante, projet dangereux pour le 
Saint-Siège ; mais Ferdinand, qui ne doutait pas de rinimitié 
de Sixte. lY, le soupçonna if avoir 'attiré sor lui Tinvasion 
des mmqlmaiis, et loi fit dire au mois d'aoftt, par son ambas- 
«adeur, que, s'il n^obtenaitde l'Église de prompts et putesants 
secours, il traiterait avec les Turcs, et leur donnerait passage 
parses étals pour ae rendre à Rome^. 

L'effrcn de Sixte lY fut extrême à la nouvelle de celle in-* 
vasien : il hésita s'il if abandomiermt poba, Boute et l'Italie 
pour chercher en France un refuge. Il savait que Midioiiiet 
en voulait au siège de la reUgion chrétienne, et que lui-même 
et son clergé seraient exposés à d'affirei»: supfffieos, s'ils 
tombaient entre les mains des Tares ^. Il j avait encore loin, 
il est vrai, d' Otrante jusqu'à Bome; mais on pouvait redou- 
ter un second débarquement sur les c6tes de la Marche, et 
Ton assure en effet que les Turcs firent cette année une ten- 

Vgdruntinœ Ecdesiœ Epiiome. I. H, cap. IT, p. ii. — In Burmannl Thesauro Aniiç. 
et Histor- ualtœ. T. XI, Pars Vlll.~i Andr. Kavagiero, Sior, Venez, T. XXIII» p. iif5. 
-^urofiti Sanvtio. p. 12II. — AWen. de Ripalta, Annal Placent. T. XX, p. »6i.— 
* Itarin Sanuto, Vite de* DucM» p. I2i2, — ' Ibid, p. 1213. -« * RaynàUU ^wiaL EC" 
cl^. 1490,$ 19, p. 389. 



OO MOI» AGdB. 179 

latiite.poiir f^Uerle.trégar de IJallrette^ D*aiUear8 les nausul- 
maoSy «kmt la» constantes victoires ^^ent ébloui TËorope, 
comptaleat nlors en Italie mèue des partisans, qui parais- 
«aieot prètsè se joiadre à eux |M»ur briser le joug de leurs 
prêtres et de fleurs princes. Bientôt ie bruit se répandit que 
Mahom^ II, pour profiter du mécontentement des barons de 
Ni^esy arait iait j^rocIaniOT à Otraate qu'il accorderait une 
eiemption d'impôts pour dix ans aux pays conquis , qu'il 
n'imposerait ensuite d'autre tribut que celui d'une piastre par 
tète, qu'il laisserait les chrétiens suivre leurs lois et leur re- 
ligion, comme ils le fusaient à Constantinople, et qu'enfin il 
avait pmi les cruautés excessives exercées piur les vainqueurs 
d'Otrante. Qmn;ie cents soldats de Ferdinand passèrent, au 
mois de février 1 48 1 , à la solde des luro^, et l'on craignait 
h défection de toute la province^. 

Cependant Sixte lY adressa aussitôt des bulles à tous les 
princes dirétiens, et aurtout aux états d'Italie, pour les 
cKhortar à faire la paix entre eux, et à tourner leurs armes 
' centre l'eanemi de la religion. « Si les fidèles du Christ, di- 
« 8ait-i-il,si les ludioas surtout veident défendre leurs champs, 
* IfiMPs maônn^, leurs femmes, leurs enfants^ leur liberté, 
« leur vie; s'ils veulent conserver œtte foi dans laquelle nous 
< avons été baptisés, et par laqud]^ nous avons reçu une 
« nouvrile naissance, c'est le moment d'en oxare nos paroles, 
« de saisir leurs armes et de marcher à la guerre. Que les 
« piiiB élo^nés du royaume, de Sicile ne se Qgurent point 
«qu'ils sont en sûreté; s'ils ;. ne vont pas au-devant des 
« Tores pour les combattre , ceux-ci arriveront bientôt jus- 
« qu'à eux'. >» 

Ferdinand se hAta de rappder de Toscane le duc de Cala- 

> Sur la foi secdement de Tursellinus. ^istoria Laureianœ MdU. L. II, cap. IV. Agud 
aoinafit S ss , p. 293. — * ùioflum Panowse. p. W^ 3M et ptusim, — > Raynaldi 
Àimal. Eccles, 1480, $ 3i, p. 990. 

12* 



ISO HISTOIBE DES REPUBLIQUES ITALlEIlKlâ 

r 

bre; et il le sollicita^ par les plus pressantes instances, de ne 
pas tarder à Tenir à son aide. Ce dac sortit de Sienne le 
7 août» non sans exprimer le profond regret avec lequel il 
abandonnait an projet nourri longtemps par sa famille, an 
moment où rien ne semblait plus pouyoir en arrêter TexécQ- 
tion. Comme il partait, les magistrats de Sienne loi rendirent 
les plus grands honneurs j mais tous les bons citoyens que 
comptait encore la république se sentirent avec joie délivrés 
d'un joug qu'ils croyaient déjà inévitable ^ Le duc de Galabre 
passa le 10 septembre à Naples, où il incorpora dans son 
armée un grand nombre de gentilshommes qui s'y étaient 
rassemblés. Il reçut aussi un corps auxiliaire de dixHsept cents 
fantassins et trois cents cavaliers^ qui lui fut envoyé par son 
beau- frère Mathias Gorvinus, roi de Hongrie. Il continua 
ensuite sa route vers la Fouille. Acbmet Giédik avait été 
rappelé par Mahomet, et Ariadeno, auparavant gouyerneur 
de Négrepont, commandait à Otrante une garnison de sept 
mille cinq cents hommes. Il avait étendu ses dévastations 
dans toute la province, et menacé Brindes d'un si^^. Mais 
l'arrivée du duc de Galabre le força de se renfermer dans 
Otrante, et bientôt après, Galéaz Garacdolo, ayant conduit 
devant le port une flotte napolitaine, ôta aux assiégés la com- 
munication avec la Turquie^. 

L'effroi de l'invasion. des Turcs avait enfin déterminé le 
pape à se réconcilier avec Florence ; mais même dans cette 
réconciliation, que les circonstances le forçaient à désirer, il 
laissa voir toute la hauteur de son caractère. Douze ambas- 
sadeurs, les plus illustres et les plus accrédités parmi les ci- 
toyens qui gouvernaient alors la république, furent nommés 
au commencement de novembre, pour se rendre à Rome. Ils 
y entrèrent sans pompe, dans la nuit du 25 novembre, et per- 

1 Orîando MalavoHL P. III, L. V, f. ^9.'~ÀltegreUo AUegretii» p. wi» -» * OtaiinMc 
Utoria civlU. h. XXVIU, iDtroduct. p. 603. — > ibid, p. 603. 



DU MOYEN AGE. 181 

sonne de la famille du pape on des cardinaux n*alla aa-de- 
Tant d'eux. François Sodérini, évèqne de Yolterra et chef de 
la légation, exprima le surlendemain, dans une audience se* 
crête, les r^ets de la république, sa soumission aux juge- 
ments du pape et son désir d*ètre réconciliée à TÉglise. Les 
eonditions de la paix furent débattues ayec les cardinaux dans 
plosieurs conférences : lorsqu*enfin tout fut réglé entre eux, 
les députés furent iuTités à se rendre à la basilique de Saint* 
Pierre, le 3 décembre 1480, premier dimanche de l'avent. 
Après qu'on les eut fait attendre quelque temps sur leporti-^ 
qae, le pontife \int au-devant d'eux avec ses cardinaux; on 
lai dressa un trône en avant de la prindpale entrée, dont les 
portes demeurèrent fermées : les ambassadeurs, la tête nue, 
se jetèrent alors tous à ses pieds, et, après les avoir baisés, 
ils restèrent à genoux, confessant qu'ils avaient péché contre 
l'Église et contre le pontife, et implorant sa compassion en fa- 
veur du peuple qui les envoyait. Louis Guicdardini, vieillard 
septuagénaire, parla au nom de tous, mais à voix basse et en 
italien. Un notaire apostolique lut ensuite la formule de con- 
fession et les conditions de la paix. Alors le pontife, ayant 
imposé silence, prononça ces propres paroles : « Yons avez 
« péché, mes fils, premièrement contre le Seigneur Dieu no- 

* tre Sauveur, en tuant cruellement et criminellement l'ar- 
<" chevèque de Pise et les prêtres de Dieu ,* car il est écrit : 
« Vms ne timcherez point à mes oints l Vous avez péché 
« contre le pontife romain, qui exerce sur la terre les fonc- 
« tions de N. S. Jésus-Christ, car vous l'avez diffamé dans 
« l'univers entier. Vous avez péché contre le saint ordre des 
« cardinaux, en retenant malgré lui un cardinal légat du 

• Saint-Siège apostolique. Vous avez péché contre tout l'ordre 
« ecclésiastique, en retirant vos tributs au clergé de votre 
« territoire ; vous avez été la cause de beaucoup de rapines, 
« d'incendies, de pillages et de maux infinis, en n'obéissant 



'.?' 



182 HISTOIBE DES REPUBLIQUES ITALIENNES 

«point à nos ordres apostoliques. Blût à Dieu que dès le 
« comineiicement tous dissiez Tenus à nous, le père de tos 
« âmes! alors nous n'aurions point recouru aux armes de la 
« chair pour Tenger les injures infligée^ à 1* Église. Certaine^ 
« nement c*èsi à r^et que nôos àTons séTi^oontre tous; ce- 
« pendant nous aTons dû le faire pour ^hoBnem^ de Tiq^os^ 
« tolat dont nous sommes diargé. Mais à présent, mes fite, 
« que TOUS reTenez aTec humilité, nous tous reeerons ea 
« grâce dans notre sein, nous tous donnons rahaoliition dès 
« erreurs et des excès que tous ayez oonfessés. Ne péebez pas 
« daTantage, me&iïhyne faites point comme les chiem, qui, 
« après avoir été punis, retournent, à Imrs turpitudes. 
« Vous aTez éprouTé du reste là puissance de TÉgUse, et tous 
« dcTCZ saTOtr combien il est diùr d*opposer sa tète au bou« 
« cher de Dieu, ou de Touloir briser sa cuirasse * . « 

Après aToir ainsi parlé, le pape prit des baguettes des 
mains du grand-pénitender, et en frappa> légèrement les 
épaules de chaque ambassadeur, qui à chaque coup baissait 
la tète, et répondait par les Tcrsets du psaume Miserere mei. 
Domine I Après cela, ils furent de nouTeau admis au baiser 
des pieds, et bénis par le pontife qui, relcTé sur son trône, 
fut reporté au grand autel. Les portes de F église furent ou- 
vertes, et les ambassadeurs y entrèrent orée tous les assis- 
tants ; mais aux conditions du traité stipulées d'aTance, le 
pontife ajouta, comme pénitence^ que lesElorentins arma- 
raient à leurs frais quinze galères pour faire la guerre aux 
Turcs ^. Ainsi se termina la guerre née de la conjuration des 
Pazzi, et tel fut Torgueil aTec lequel le. pontife punit d* être 
demeurés en Tie ceux qu*il n*aTait pas réussi à faire assas- 
siner '. 

1 Jùeobi Vùlatemml^ iMaritan Romanum. L. H, p. iH. —Baynaldi ànn^L Scetef, 
1480, S 40, p. 394. — * Jacoli VoiaierranU Diar, Rom. L. II, p. 114. — BaynaUL Ann. 
Ecel U80, S ^> 29*- — ' •'«c* Vûiaterr,, 0lar» fym* p. iis. — Seipiànê àmminuô. 



DU MOYEU AGE. 183 

Les Horentiafl profitèrent ausn de Teffroi de Ferdinand, 
et da besoin qn*il avait d*eux poqr se faire restituer les for- 
teresses qne le due de Çalabre avait occupées en Toscane» 
Ferdinaiid s* était engagé envers la république de Sienne, à Ijui. 
céder tontes les conquêtes faites sur les Florentins, qui se^ 
raient en dedanp d*un rayon de quinze milles pris des mars 
de la ville. H avait en effet consigné aux Siennais Mpnte» 
pomenichi, la Gastellina et San-Polo ; mais il avait conservé 
sous les ordres de PrenzivaUe Gennaro, gentilhomme napo* 
litain. Colle de Yal d'Eisa, Poggibona^, Poggio impériale, 
Monte San-Savino, et d* autres places moins importante^. 
148 1. — A la) fin de mars 1481, il fit livrer aux Florentins 
tous les lieux que Gennaro occupait, et bientôt après il si- 
gnifia aux Siennais Tordre de restituer aussi les conquêtes où 
eux-mêmes avaient mis garnison. Un vif ressentiment rem- 
plaça dès lors à Sienne T affection qu'on 7 avait conservée 
' pour la maison de Naples * • 

Le pape, qui avait ordonné aux Florentins de concourir à 
la défense de T Italie contre les Turcs, voulut 7 contribuer 
aussi. Il fit armer une flotte dans le Tibre, et il fit choix pour 
la commander de celui de ses prélats qui était le plus propre, 
à la guerre maritime. C'était ce même Paul Frégoso, arche* 
vêque de Gênes, si redoutable comme chef de parti, que noiu^ 
avons vu se vouer à la piraterie lorsqu'il sortit de la ville 
où il levait régné. Sixte IV le fit cardinal au mois de mai de 
l'année 1480 ^, et lui donna m printemps suivant le com- 
mandement de s^ galères. Paul Frégoso vint joindre Galéazi 
Garaccioli devant Otrante. Déjà le redoutable grand- visir 
Achmet Giédik avait rassemblé à la Yalonne vingt-cinq mille 
hommes^ qu'il allait transporter à Otrante, pour continuer la^ 



L. XXIV, p. 146. — Nie. MaechiaveUi, L. VIII, p. 4lQ. io. MUh. Bruti- L. VIT, p. 184. 
-- « Oriando MaUwoUu P. III, L. V, f. 79. --AUegreiio Allegretiu l>iari Sanesi, p. aoa. 
'^Diar, Parmense. p. 368. — * Jacobl Volaterrani, Diùr, Roman, p. 122^ 



184 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIEKIÏES 

conqa^ë de Tltalie, lorsqu'il reçut la nourelle db là mort de 
Mahomet IT, sarvaiue le 3 mai 1481, près de Nicom&fie, 
mort que suivit au bout de quelques mois la guerre civile qui 
éclata entre ses fils Bajazet II et_ Jem ou Zizim^. Âchmet, 
abaudonuaut alors tout projet de conquête sur le royaume de 
Naples, conduisit son armée au secours de Bajazet, encore 
qu'il eût à craindre le ressentiment de ce prince pour une 
ancienne offense. Il parut devant lui avec son dmeterre at-> 
taché au pommeau de sa selle ; car il se souvenait qu'il lui 
avait dit : « Si tu deviens sultan , jamais je ne le tirerai pour 
« ta défense. » Mais lorsque Bajazet, l'appelant son père, Fin- 
vita à oublier les fautes de sa jeunesse, Achmet Giédik com- 
battit les ennemis du sultan avec sa valeur accoutumée : le 
16 juin 1482 il vainquit Zizim à Serviza, près d'Iconium; il 
le poursuivit dans la Garamanie, et il le força enfin à se ré* 
fugier à Bhodes ^, Ariadeno , laissé dans Otrante à la tète 
d'une garnison qui ne pouvait plus recevoir de secours, se 
défendit néanmoins avec un grand courage, et remporta plu- 
sieurs avantages sur le duc de Galabre qui l'attaquait; [mais 
il accepta enfin une capitulation honorable qui lui fut offerte, 
et il rendit la place le 10 août. Plusieurs des bataillons turcs 
qui la défendaient passèrent au service du duc de Galabre, 
et on les employa dès lors utilement dans les guerres d'Italie^. 
La nouvelle de la mort de Mahomet II avait été rapidement 
portée à Venise, et le doge Mocénigo la communiqua le 29 mai 
à tous les états d'Italie *. Tous la regardèrent comme délivrant 
la chrétienté du plus grand péril qu'elle eût encore couru; 
tous donnèrent un nouvel essor à des passions que la crainte 

1 Cette guerre civile appartient à Fannée sulrante, Bajazet ayant commeiieé par ac- 
complir le pèlerinage de La Mecque, pendant lequel il mit son fils Corcud à la lêie de 
Fempire ottoman. DemetrUu Cantemir. L. m , chap. U, S i é 5, p. 136. — > MmaUê 
Twcld, LeunclavU. p. 3S9. — > EpisioUi Ferdinandi ad Xisium, de ldnmt9 recuperalo, 
Jttcobi Volaterranl Diarium p. 146. — Giannone^ istor, civile, L. XXVIII ^ p. 6U. -^ 
* Orlando UaUwoUi, P. III, U V, f. 79, •» ^acob Volaterranl. L. Il, p. 1S4. 



DG HOTEVr AGS. 185 

avatt joflqo'iddrfi comprimées. Mais Sixte IV, pkis qae tons les 
autres, se regàlrdant déBOnnûs comme mis à couyert du seul 
danger qui pftt 1* atteindre sar son trône, ne contint pins dans 
aucQoe borne «on ambition , ses projets de vengeance et les 
pasâons turbulentes qu'il avait été quelquefois forcé de dis- 
simuler, n commença par rappeler la flotte qu'il avait en- 
voyée à Otrante, sous les ordres de Paul Frégoso : il ne vou- 
lot pmit permettre qu'elle profitât des guerres civiles des 
Tares pour tenter des conquêtes en Orient ^ C'était plus près 
délai qu'il voulait employer toutes ses forces, et il destinait 
la Romagne entière à devenir l'apanage de son neveu favori. 
Dès le 4 septembre 1 480 , il avait ajouté la principauté de 
Forli à celle d'Imida que possédait déjà Jérôme Riario. Pour 
la lui donner, il l'avait «nlevte à la maison Ordélaffi qui l'a- 
vmt possédée c^t cinquante ans. Pino des Ordélaffi, le der- 
nier des princes de cette famille, venait de mourir, destinant 
son héritage à un fils naturel qu'il laissait en bas âge. Ses 
deux neveux, Antoine*Marie et François-Marie, fils légitimes 
de Galéotto, frère de Pino, prétendaient, peut-être à plus juste 
titre, â une principauté dont l«ir onde avait voulu les exclure 
en les exilant. Sixte lY se porta pour juge de leur débat, et les 
dépouilla tous deux au profit de son neveu, sans qu'aucune 
poissance voi«ne osât réclamer contre cette criante injustice 3. 
II ^voya ensuite ce même neveu à Venise pour resserrer l'al- 
liance qu'il avait conclue le 1 1 mai 1 480 avec cette puissante 
république^ et pour méditer avec elle le partage de nouveaux 
état» 3. 

Pour subvenir aux guerres qu'il avait soutenues, aux guerres 
bien plus importantes encore qu'il projetait pour suffire au 
loxe extravagant de ses neveux et à celui de sa propre mai- 

»iiiwff. ifavagiero. p. ttc». —jaeob, Vofaterr, p. H8-I52. — > Jaeob. YolaterranU 
tHar, Kom. L. II, p. m. — mar, Parmense, T. XXII , p. 345. — Marin SùmUo, Vite 
^Dnehl dl Venezia, p 1211. ~s Jacobl Volaterrani, Dior. Roman, p. i40. 



1 86 HISTOIRE DE» BiPDBL»|UE6i ITALIENEES 

soD) Siite IV avait besoin de toates les Fessoiurees de la fisea* 
lité, et il soumettait à ce systèane son adiiicDi8lratijO& eeqié'- 
siastiqae autant qoe la sécalière. Il rendit T^énaox à peu près 
tous les emplois de la eour apostolique, il en annonça le pm 
d'avance^ et il le fit ocfnnaitre publiquement * • Il Tendit aussi, , 
mais un peu pins en secret, poui^ ne ps^ ^e accusé d^ simo«- 
nie, les plus ridbes bënéfiees, et même qnelques Qhftp^W)l. de- 
eardinanx ^. Ilpoussa plus loinqu'au<^n de ses pné^oesseurti 
le soandale da commerce des indulgenees. D'autre part il e^-> 
torqua de l'af^aoïtde ses^ sujets de Borne, comme souverain 
et non plus comme prdtre; il soumit le commerce des grains 
aub plns^ cruel monopole. An moment de la récolte, fl achetait 
tous les blés de ses étate au prix fixe d'un ducat le rubbio : 
lorsque sei^ magasins étaient remplis^ il causait des famines 
artifimelles, tantôt par des ventes considéimblefr qu'il faisait 
aux Giénois, tant6t par des passages de troi]qpes. Il ne laissait 
sortir aucun blé de ses magasins^ jusqu'à ce que le cours du 
marché se fftt élevé à quatre on* cinq ducats le ruld>io. Alors 
il fixait lui-même le prix de ses grains, et ne penpettait plna 
aux boulangers, souspdne de priscm^ d'em]^oyer aucun antre 
blé que le sien. Souvent, par ses manœuvres, le pain manqua 
tout à fait dans ses états. Alors ii achetait à bas pm des blé» 
de Naples de la plus mauvaise qnalité, et il forQsyt à n'en con- 
sommer aucun antre. On fut pluftd'une fois réduit à se noor-- 
rir d'un pain noir qui, pw son odeur inleete, annonçait la 
corruption du grain dont il était fabriqué , et l'on, attribua à 
cet aliment les maladies pestilentielles qui dés(4èrent Rome, 
presque chaque année pendant tout 1& règne dis Sixte lY '• 
Jérôme Riario cependant éttùt arrivé k Venise.; il y avait! 



1 Raphafil de Voltem en a conservé la liste avec les prix, que Raynaldos publie 
d'après lui. Ce dernier ose mâme Jeier» A oelte occasion, un léger l^iAine sur le pape. 
Annal. Eccleên i48l, S ^» P» 336. ^ * HiaxiQ Uomano diSufano. Infes9urn^ T. Ul„ 
P. II, p. 11&8. — s Ihid. p. 1183-1184. 



DU MOYBH AGE» 187 

été reça avee deS'boiiiiearS'infliiis , et il lovait été i«$erit m 
livre d*<Hr de la: noblesse yénitieDoe ^ Il Tenait proposer à 
eette répnbIiq[ue.d*attaqQer à frais eommims on prinee yoisÎDi 
et depactager ensuite entre eux les oonqiiôtes qn*il6 feraient 
sur kd; la* Seignaorie âoit d'autant; pins disposée à entrer 
dans oes projeta . ambitieux, que le pape étût vieux,, que smi 
saoeesseuE pouvait avoir une politique différente, et ne point 
songer, à défendre Jérôme Biario, tandis que la répiddique , 
forte de son immortalité, pouvait espérer de recueillir un jour 
tout le fruit des combats qu'ils livreraient ensemble. C'était la 
Buiison d'Esté que le pape proposait de traiter comme il avait 
traité l'année précédente les Ordelaffi. Les Yénitkns avaient 
vu avec jalousie Hercule d'Esté épouser Léonore, Me du roi 
Ferdinand. Ge mariage, il est vrai, ne l'avait pas empécbéde 
combattre son beau-^pèa'e dans la guerre de Florence ; mais 
alors mtoie il- s' était rendu suspect d'une entente secrète avee 
ses ennemis. Ferdinand, toujours irrité contre Venise, pouvait 
trouver dmis les forteresses de son gendre des points d'appui 
poor porter la guerre jusqu'au centre des états de terre^fierme 
delà n^ublique. GeHe-ci, d'autre part, avait étendu sa do- 
mination jusqu'aux frcmtières du duché de Milan; pour, la 
porter élément jusqu'à celles de Toscane, les états du due 
de Eerrare devaient Mre envahis ; et comme une partie de ces 
étatsrelevait; delempire, l'autre de Téglise, les confédérés cpn- 
'Vinrent que la république de Yenise s'emparerait des praniers 
on de Modàne A de Beggio, et céderait à. Jérôme Biario les.se* 
conds, ou le duché de. Ferrare ^ • 

Les Yéoitîens cherohment des sujets de querelle an duc de 
tïïmm pcoir commencer la guerre concertée avee Jérôme 

* Jacobi Volaierrani, niarlum nomanvm, p. i AZ.'-MacchUweWj Istorie. L. VIIï, p. 4 U. 
-^^ Petrl Cijrtiœl Clerîcl Aleiiensis, De bello FeiraHensi, T. XXI, p. it«3. L'aotetir 
v^t i Venise pendam to«ie eette guerre. — ATic MacMaifelU, L. Vlll, p. 4i4.— Marin 
Sanuio^ Vite û€ puchi. p 1214.—». Ant, Sa&ci/ico. Deçà IV, L. I, f. 22».— Bcm. Corto. 

^•vr,p.iooi» 



18à HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIElirNES 

Riario et le pape. Ils avaient avec lai quelques contestations 
sur retendue de leurs frontières, et se faisant justioe par eux- 
mêmes, ils avaient bâti troi^ redoutes sur le terrain même da 
duc. Us nommaient un juge vénitien qui résidait à Ferrare 
avec le titre de vidame, pour rendre justice à ceux de leurs 
sujets qui habitaient les états de la maison d'Esté. La juridic- 
tion de ce vidame avait aussi donné lieu à des différends entre 
les deux gouvernements. Enfin, la république, comme sou- 
veraine des lagunes , prétendait avoir droit au monopole du 
sèl ; elle ne voulait point permettre aux habitants de Ferrare 
de recueillir celui même qui était déposé par la mer sur leur 
territoire, et elle se plaignait, comme d'une infraction aux 
traités, de toutes les tentatives des sujets de la maison d*Este 
pour profiter de leurs marais salants. Le duc de Ferrare, sen- 
tant sa faiblesse, avait offert de donner au sénat satisfaction 
entière sur chacun de ces griefs. En même temps, il avait in- 
voqué la protection du pape, son suzerain, ne sachant pas en* 
core qu'il devait le regarder comme son principal ennemi. 

1482. — Cependant, quelques efforts que fit Hercule d'Esté 
pour apaiser les Yénitiens et se réconcilier avec eux, il ne put 
éviter que la guerre lui fût déclarée le 3 mai 1482, au nom 
du doge Jean Mocénigo et de la république de Venise, comme 
au nom du pape Sixte lY et de Jérôme Biario , seigneur de 
Forli et d'Imola. Dans la même ligue on vit encore entrer 
Guillaume, marquis de Montferrat, la république de Gènes, 
et Piérre-Bfarie de Rossi, comte de San-Secondo dans Fétat de 
Parme. D'autre part, le roi Ferdinand, le duc de Milan et les 
Florentins, après avoir inutilement tenté de détourna Sixte lY 
de cette guerre injuste , rappelèrent leurs ambassadeurs , qui 
partirent de Rome le 14 mai. Ils' déclarèrent qu'ils défen- 
draient le duo de Ferrare , et ils admirent encore à leur al- 
liance Frédéric, marquis de Mantoue ; Jean Bentivoglio, chef 
de la république de Bologne, et la maison Golonna, qui reçut 



DU MOTER AG£. 189 

gârniâoa napolitaioe dans ses flefis de Marino et de Genazzano, 
presque aax portes de Rome i. 

L'Italie se trouyait ainsi divisée en deux grandes lignes : la 
guerre éclata partout en même temps, et elle fat d'autant 
plus ruineuse pour les peuples , que de plus petits seigneurs 
ayaient été admis à T alliance des grandes puissances. Dans 
Tétat de relise, les Golonna sortaient de leurs chftteaux-forts, 
pour porter le ravage dans les campagnes voisines; et les rues 
mêmes de Borne étaient souvent ensanglantées par des com- 
bats. Les SaveUi s'étaient joints à eux , tandis que les Orsini, 
n^éooutant que leur antique haine pour ces deux maisons, 
avaient embrassé la cause du pape. A peu de distance de là, 
les Florentins avaient rétabli , les armes à la main , Micola3 
Yitdli dans sa seigneurie de Città di Gastello, et en avaient 
chassé Lorenzo Giustini, créature du pape, qui, pour se ven- 
%&c , ravageait les campagnes. Enfin le duc de Galabre , qui 
avec l'armée napolitaine avait voulu porter du. secours à son 
beau-fr^eje duc de Ferrare, s'était trouvé arrêté dans l'état 
de B<»ne par T armée pontificale ; et il contribuait de son côté 
à dévaster le patrimoine de Saint-Pierre^. En Homagne, Jean 
Bentivoglio se trouvait , avec les Bolonais , opposé à Jérôme 
Biario ; Ibletto de Fieschi , descendu des montagnes de la 
Ligurie, ravageait les frontières milanaises ; Pierre-Marie des 
Rossi , auquel les Vénitiens accordaient un subside annuel de 
vingt mille florins pour troubler le gouvernement de Milan 
dans l'état de Parme, portait la désolation autour de ses nom- 
breux châteaux. Il soutint dans Torre-Chiara, Noceto, Berceto 
et Preda Balda, des sièges obstinés, et lorsqu'il mourut à 
Torre-Chiara, le V' septembre 1482, à l'âge de quatre-vingts 

^ PeM Cymœi,.De bello FerrtaienH, p. ii 95-1201. -^JacoH VoUuemmi, Wat. hxh 
mon. p. i7i-i7ii.<-iMfirio Homaiio diStefanolnffssura. T. UI, P. U, p« ii49. -> * Soi" 
Pfone Ammirato. L. XXV, p. 149. — Andr, EliwagierOy Stor. Veneu, p. iiTi. ~ Aie, 
MticchiaveUk K VUI, p. iie.—mariodi Homa, del«ouàodi UrnUporto.!. III, P. II, 

«C. UqL p. 1071. 



jr^ 



190 HISTOIRE DBS BEFtJBLIQUlS ITALIENUXS 

ans y il fat remplacé par son fllsGoido deBoÉn, qûiiMiitra 
pour la mènie cause la même obetîiiàtion et la même orateur * . 
Mais la guenre prhieipale était cependant eelle qui ae faviait 
isur les frontières du.Ferrarais. Elle présentait, par la nalaie 
du pays, un genre de diffiooltés que les soldats smè peu aeco»- 
tumés à surmonter. Presque toute la campagne lâknée cntse 
Bavenne , TeflJse et Ferrare, est coupée par d'innoaibndides 
canaux, ou inondée par des eaux stagnantes. Tous les fltnves 
qui descendent du Taste amphithéâtre quetomentrApe&nin 
et la longive chaîne des Alpes se rémûsseatà reoLtrémitéde 
la mer Adriatique. Le gracier et le Iknon ^*iis «eulralnent 
îles montagnes rehaussent lemt lit, enoembrent leur embouh 
dHfure, les forcent à se couper par des milliers d'Ues, et les re^ 
versent enfin dans de castes lagunes, qui ont trop pen de 
fond pour qu'on puisse les franchir dans des lialeanx , et qui 
sont cependant; U*op .inondées pour que des iMmunes oq dés 
:^Taux putesent s'y engager. La route de Bdogne à Eerrars 
tnnf^^^une partie de ces marais, et là même Vœil n'y dé* 
couirre point de limites ; d'aoti«s, bien plus oonsîAértdbtes, 
«^étendent auHlessoos de Roirigo, autour deStesola, d'Adria, 
de Gomacdno, petites bittes qui, comme Venise, Sr'élèYent an 



i Lt gnerte de Plefre-llarle de Rossi est racontée avec une^flttUdleuse ndoiAie duii 
tel }oiiniaude Pamoy coniKHés paruo ptrtiMa de ceUftinMMMi(a8P.ifa/. T. XXII, 
p. 379-898). Ces Joarnaux flniisent avec rannée 1482. Ils sont écrits dans nn latin bar- 
bare, remplis de contes populaires, et de circonstances ninatieases sur l'admiiiistrft- 
iioD de la iusiioe ; mais Us font assez bien connaître Tanarcbio des pays gpuvei;Bé8 an 
nom du duc de Milan, les brigandages continuels auxquels ils étaient exposés, et fim- 
possibilité où étaient les Citoyens d'y obtenir aucune Justice. Tons ces détails échap- 
pent à llûsioire, parce fuHls ne sont relevés par aucun grand irait, parce qu'^acuBa 
vertu, aucun sentiment généreux ne réveille l'iniérét dans ces petites villes, une fois 
qu'elles ont perds leur liberté; mais lorsqu'on a le courage de lire josqi/au bout de 
pareils Journaux, on reste convaincu que le silence des bistoriens sur le sort des peu- 
ples esdavasninâiqae ni leur bonheur ni leor sûreté. Les Partnsians éprouvaient, à 
cette époqoe, tons les troubles de la république la iita» laetieuse, sans en dtredédooar 
mages par aucun sentiment noble et étevé, eans avoir uno volonté qui fAt à «s, aans 
oéritor «aQn -que Pblktorien, en voyait tours asiiffranocs, s'aMélâl pour iei rap- 
peler. 



DtJ MonSN AGE. 191 

nâHed àm eaot. Les iles formées par T Adige, le Vày le Tàrtara, 
6D&t appelées des Poléshies. L'ane des plus grandes et des 
plQ6 fertiles est celle de Sovigo , qui est baignée en même 
tefiips par l' Adige et Id P6, et eoopée par de nombreax ca- 
TLMt. Laeonqnétede eesPdésines, la conquête de ces grosses 
biMiTgades qoi hélèrent an milieu de ces immenses marais, 
étâtH une entreprise rîi^Uèrement difficile ^ . Les Vénitiens la 
tentèrent sous là direction d'nn général qn*on aurait dû s'at- 
tendre à Toir dans le parti opposé. 

rhomme qu'Us mirent i la tète de leurs armées fut ce 
même Robert de Sati-*Sévérlno, qui, moins de trois ans aupam* 
timt, avait, par son heureuse hardiesse, plaeé Louis-le-Maure 
à la tête de la i^nce de Milan. Soit qu'un si grand service 
foi inspir&t des prétentions exagérées, soit que le régent de 
Hâan troQTêt toute reconnaissance onéreuse, Robert de ftam- 
Sé^âîno f ut déclaré rebelle, le 27 janvier 1482, aussi lûen 
^t ses «ept flis, tous en état de porter les armes. Il occupait 
alors le chàcteau neuf de Tortone; il en sortit avec quatre- 
vii^ imvaliers et un grand nombre de gens de pied ; et, s'pu- 
vrant un passage au travers d'une petite armée milanaise qui 
^nait l'assiéger, il gagna les montagnes de Gênes ; de là il 
s'empressa de passer à Venise, pour offrir ses services à une 
îépoblique qui faisait la guerre à son ingrat assodé ^. 

San-SéVérino ne démentit point sa r^utation dans cette 
campagne difficile, encore que la nature du terrain ne lui 
permtt ni marches rapides, ni batailles, ni actions d'éclat. 
Pour attaquer les Polésines, il employa tour à tour les ba- 
teaux et ï infanterie ; tantôt il formait des tranchées tivec des 
fagots, au travers des lacs du Tartaro, entre Legnago et Ro- 
^igo; et c'est ainsi que plusieurs de ses capitaines is*empa« 
rèrent de Mellaria , de Trécento et de Brigantino ^ ; tantôt il 

* Jf. Ant, SabelUeo. Deçà W, L. I, f. 230-231. — * Alberii de tUtpaUa^ Annai, Placmi, 
T. XX, p, wu^^ SabelUco, Deçà IV, L. i, f. 23i« v, 



192 mSTOlEE D£S EfPUBUQUlSS ITALIEKBISS 

faisait ayanoer par les bouches du Pô de petite bàtimepto^ipi 
demandaient peu de fond ; c*est ainsi qpae Damiaao lléro i^ 
Adria, qu'il pilla avec une extjréine cnioutë, et dpst il mat- 
sacra une partie des habitants. Les soldats de la républîQae» 
longtemps engagés dans ]a guerre contre les Tores, appor- 
taient en Italie les habitudes de férocité qu'ils aTcâait contrae- 
tées dans ces combats à outrance. Bamiano MorQ prit enecHEe 
Gomacchio, et emporta de force les trois redoutes que le dnc 
de Ferrare avait fait élever sçr le Pô, à P^bosellft ^ 

Le commandement de l'année que la ligue avait envoyée 
dans le . Ferrarais pour défendre le due H^rwle» avait été 
confié à Frédéric de. Montéfeltro, di|0 d'Url^^ Mais, sait 
que ce capitaine illustre fût affaibli par l'âge, ou^'il eédàtÀ 
la supériorité de San-Sévérino, il parut avoir du4ésavwtPgc 
dans toute la campagpe. Au reste, quoique les deux arm^ 
fussent nombreuses, de part et d'autre on ne 1^ fttiagur qie 
par corps détachés , pour de petites expéditions^ Ghaqiie 
parti, séparé de tous les autres par des maraûi, ou .par 4w 
canaux et des rivières, sur lesquels on n'avait point encore 
l'art de jeter promptement des' ppnts,, devait se, eoiidiiire 
d'après ses propres convenances, et sans suivre un p^ gé- 
. néral. . ; . 

Dans cette guerre, le fer des ennemis était moins redouta- 
ble que le climat meurtrier qu'il fallait . braver au milieu des 
marais. Aussi la mortalité fut effrayante parmi 1^ soldatf , 
parmi les paysans employés aux corvées, et même pansai les 
officiers supérieurs. Les Vénitiens seuls perdirent trois géné- 
raux en che&, Pierre Trivisani, Lorédano et Damiano Moco. 
On assura que les fièvres pestilentielles avaient emporta plfs 
de vingt mille personnes entre les deux armées ^ . 

Le dnc Hercule lui-même tomba grièvement malade, w 

> Sabellico, Deçà Iv, L. L f, 232. — * IbHll, U 333, t.. 



DD MOYEN AGE. 193 

dMMnent où H aurait en besoin de toute sa force et de toute 
sa. présence d'esprit pour se défendre. Cependant sa femme, 
LéoQore d'Aragon, suppléa par son courage à tout ce qu*on 
devait attendre de lui. Elle Youlait réyeiller le %èle de ses su- 
jets pour la maison d'Esté, par tous les moyens qui pouvaient 
agir sur leur imagination, et elle essaya aussi de l'enthou- 
siasme rd^;ienx. Elle fit venir de Bologne un ermite, qui, 
dana ses prédications, encourageait le peuple à combattre, 
comme dans une guerre sacr^. Cet ermite prêcha huit fois de 
suite devant une assemblée toujours plus nombreuse. Lors- 
que les Ferrarais commençaient enfin à s'animer par ses dis- 
cours, il déclara qu'il allait créer une flotte de douze galions, 
qui mettrait en déroute l'armée vénitienne occupée au siège 
de Figbemolo. La ville entière écouta cette promesse avec 
étonnement : le bon ermite seul ne doutait pas d*avoir le 
pouvoir des miracles. Au jour fixé, il déploya du haut de sa 
diaire, dans la cathédrale, douze drapeaux surmontés de 
croix, sur lesquels étaient peints Jésus-Christ, la Vierge et 
quarante saints. Il descendit alors au milieu de son troupeau ; 
il fit porter ses drapeaux devant lui, et sortit de la ville, ac- 
compagné par tout le peuple. Il suivit la rive droite du Pô, 
pour arriver au camp de la Stellata, d'où il voulait adresser 
un sermon à Bobert de San-Sévérino, campé sur la rive op- 
posée. Tout le long du chemin il avait chanté des oraisons et 
des antiennes, auxquelles le peuple répondait. Frédéric d'Ur- 
bln, en voyant arriver cette étrange procession, se prit à rire; 
il comprit qu'il n'y avait aucun parti à tirer d'un homme 
aveuglé le premier par sa crédule superstition, et qui comp- 
tait, pour obtenir la victoire, sur ses images miraculeuses, 
non sur l'enthousiasme qu'on lui demandait de communiquer 
aux soldats. « Mon père, lui dit-il, lesYénitiens ne sont point 
« possédés du diable ; au lieu de les exorciser, retournez à 
« Ferrare, et dites à madame Éléohore que c'est d'argent, 

vu. 13 



194 HISTOIRE DES ^PUBLIQUES ITALIENNES 

«^ d*airtiUerie et $i'|i.oxpines, non' de pri^r^, gijie upps ayqps 
« besoiq pour chasser le9 eaiiemis. » L ermite, I9 tête basse, 
s'en retourna à Ferrare avec ses drapeaux ' . Cependant Fi- 
gheruolo fut pris le 29 juin, après cincjuante ^pors de çiége?. 
Leudénara et la Badia le furent aussi^ ^^ovigo enfia| c(^pit4le 
du Polésine, et ancien patrimoine de 1^ maison 4^^!p' .^ 
rendit à son tour le 17 août'. . . , 

Sur ces entrefaites le duc de Galabre était ^ntf^ da^sl^lat 
romain, avec V armée napolitaine (ju*il yopiailj coi{(]uire à. 
Ferrare. Le pape lui avait d* abord opposé Jérôme Biario, 
qnUl avait nomm^ ^onfalonier de TÉglise; mais ne se ^ant 
pas pleinement à la capacité de son neveu, il avait de^ns^n^j^ 
aux Vénitiens et obtenu d'eux Repart Malatest^ ^ui i^tqit 
venu renforcer son armée avec deux mi^e cpa^re çepts €^67 
vaux, et qui en avait pris le commandemefit. Malatesti passait 
pour un dés meilleurs généraux du siècl^ ; il forç^ 1^ duc de 
Calabre à accepter la bataille le ^i août, à Gampo-liiof.to 
près de Vellétri^ 11 avait dans son aqnée J.ean-Jacquf^ ^}9Pr. 
nino, iils de celui que Ferdinand avait fait périr d*une ma- 
nière si perfide; il T appela à la tète de ses troupes : il lui dit 
qûé le moment était venu de venger la mort de son père, tué 
en trahison par son hôte ; il lui confia en même temps le couçi- 
mandement de l'aile droite, qui devait la preiaj^e attaquer 
les Napolitains. La valeur et le ressentiment de pccinino, et 
des soldats de son père qu'il avait avec lui, contribuèrent 
beaucoup à la victoire*. Elle fut vivement dispu^^jj on 
combattît de part et d'autre avec un acharnement peu cpip- 
mun dans les guerres d'Italie; plus de mille morts demeurè- 
rent sur le champ de bataille, ce qui était beaucoup poyr des 

« Marin SanutQ. Vite de' MuM di Vene%ia. p. 1318. -^< Peiri Cyrnœi De bello Fer' 
rariemi. p. 1202. — Andréa Navagiero, Stor. Venez, p. ii74 — ^ib. de Rtpalta^ Ann. 
Plùeent. p 966. — Jf.'-^. SahelHco. Deçà IV, L. I, f 233. — * i^arin Sanuio.p. 1220.— 
* AUf. de MpqUa. Min. Ptoc«nili|l. T, XX, p. 967. 



armées peu nombreasea, f\ des copibaUaDto. tout revêtus fid 
fer. Enfin, les Napplitain^ fièrent mis çp c^oijite; le duc d« 
Calabre fut çauvé j^ar les Turcs qu*il avait pris ^ son service h 
Otrante, et qui combattirent vaillammi^nt pour hii ) vkfM 
Bobert Malate^ti lui fit un grand nombre de prif^piersi 
parmi lesquels se trouvèrent trois cent soixante g)Bnti)shomn 
laes * . Quçlqu^ compagnies de Turcs fuijçnt a^ussi enveloppées, 
et posèrent les arçiea ; bientôt on les leur rendij^ pour les fmff 
entrer au service du. pape; elles furent 4ès Ipf^ employées i| 
fiome pour contenir }e peuple dans les fètjBs et les cérémonM^ 
l^iibliq[ues, et il ne parait point qu'on ait essaya de les con** 
vertir^. 

Ensuite de la victoire de Campo*BIor.to, p|usieuf«i d^ çl^^^ 
teaux des Colonna, où les Napolitains avaient gfirnis^Oi forint 
repris pari* armée de rÉgUse ; mais on ne permit pas à Bobert 
Malatesti de pouESuivre longtemps aes avantages : rappelé à^ 
Rome, il y mourut le 10 ou le U septembre', mo^ns d'un, 
mois après sa victoire^ et le comte Jérôme Biario fut violem-; 
ment soupçonné de l'avoir empoisonné. Ce comte et toute la. 
çoor de Rome ne dissin(iulèrent point la jpie qu'ils éprouvaiei^t 
de cette mort. Aucune récompense , disait Riario,. aauraij;; 
parii suffisante à l'ambition de Bobert, el cepx àqii^ il avjsiit 
rendu service auraient dû porter tput le {)oi4$ de^ ^n arrp';- 
g^çe. On lui éleva cependant unç statue de brp^ze à Bome, . 
avec lés, mots de César, Veni^ vidi, mci, pour insfçmption. Mais» 
en mènoie tçmpf Jérôme Biar|o s'approcha de Bimini, pour. 
enlever cette ville à la maison, Mfilatesti, Bobert, qui était âgé, 
de quarante ans lorsqu'il mourut ,, n'avait point d'enfants de, 

• 

^Diarium Romanum, Stefani infesêurœ, T. m, P. H» p. 1156. (Cette partie est en 
latin.; Diario di homo^ del ^uUo di lHaalàpBHQ. T. U1».P. II« p. lOTT. ^JQC Vokae^ 
rani, Diar. Roman, p. iiif-^^eiHCynMiDp fisifo F&rari^ns. p. 19^4— 4ii((f'. Ifth' 
voajçrQ p. ti70.r- tfqriiii Sanutç. p. 12^. --. M, 4. nubtUlco, Du IV, !.. i,f. aii» -« 
^lOM Amfniri^o, U XXY^p^ (il.— 4(qAQ/UiKe/tt, U Vl^, p. iâ7« — * MoN* dH^ 
^oiQio di Nantiporto. p. 1OT8-108I. 

tV 



t96 HISTOIRB DES BÉPUBLIQUK ITALIEHIIES 

sa femme, fille de Frédéric, doc <f Urfcin. Il laissait sealemenit 
im filB natord, Pandolfe, aaqael il destinall sa soccession, 
d'après le droit reçu dans la maison Mafailesti, oùrhéritage 
ayait presque tonjonrs été transmis de bâtards en bâtards. En 
mourant , il confia ce fils à la protection de son bean-père le 
doc dUrbin, quoique cehii-ci commandât l'armée ennemie. 
Mais, par une singulière fatalité, le duc d^Urbin mouirot le 
menue jour à Ferrare , en recommandant à son gendre la dé^ 
fense de sa famille, et lui demandant son amitié pour son fils 
GuidTbaldo, qui deTait lui succéder. La femme de Robert 
reçut en même temps, à Bimini , la nouvelfe de la mort de 
son père et de son mari , et die trouva dans les Florentins, 
que ce mari Tenait de combattre, une protection contre r%lise 
pour laquelle il avait vaincu *. 

Tout semblait prospâ*er à la ligue du pape et des Vénitiens ; 
4;ar, pendant que le duc de Galabre était battu à Gampo^Mor*^ 
to, Robert de San-Sévérino avait passé le Pô devant Fetrai^e; 
il avait fortifié le pont qu'il avait jeté sur le fleuve, et il s'était 
emparé du parc que Borso d'Esté avait formé et entouré de 
murs, à un mille de sa capitale. Cette enceinte , plantée de 
bosquets charmants, coupée de canaux et de pièces d'èau , et 
remplie de bêtes fauves , avait été dévastée par les enneâiis. 
Entre elle et le pont , ils avaient élevé un fort , dont les bas^ 
tions et les ravelins étaient entourés de larges fossés, en sorte 
que les assaillants étaient protégés par une citadelle, dans leurs 
déprédations, jusqu'aux portes de la ville >• Les Florentins, 
découragés par tant de mauvais succès; semblaient prêts à se 
retirer de la ligue. Gostaozo Sforza, qu'ils avaient appelé pour 
être leur général, n'avait jamais pu se résoudre à sortir des 

t MacehiaveltL L.VIir, p. 4i9. — 56fp{one Ammirato. L. XXV, p. 153. ^Jacohi Vo- 
iatetrani Dior. Homan, p. it9, -^Andr. Navagiero, Slor. Venez, p. iiTT. — Stefano 
infenwa, Dlar. Kontan. p. iiS7.— Santtfo, Vite de* mehi. p. 1234 — Diorio Hanumo 
àeiNvtùlê di «amipoHo. p. lois. — àlUgf» ^ttegretti Diari SanesU p. 8ii. — * tf. A, 
SoMAco. D. IV» L. I, f . 23f , T. 



.00 HOUH A0S. 197 

loars de Pësaro * • Mais pendant que les Vénitteni se oroy aient 
assarés de partagée bientôt leors cooiiuâteB, le pape «TaHKléjà 
esatamé une négooîatkm secrète atec Ferdinand. Le 1 4 octo-* 
hre , il lui envoya à Naples le cardinal de ^int*Pierre ad 
mncula..li âemble qu'il se sentit alarmé de T agrandissement 
des Yéaiti»s sur les frontières de Tâiat de l'É^îse, qu'il com* 
prit que, leur ambition ne respecterait pas longtemps le traité 
de partage négocié avec eux , et peut-^étre aussi que Jérème 
Biario avait déjà éprouvé de kur part quelque mortificatioQ. 
Duiomos parut^il empressé de détruire l'ouvrage auquel il 
avait travaillé jusqu'alors avec tant d'ardeur. L'une et l'autre 
armée apprit avec un ^al étonnement qu'une trêve avmt été 
coneloe, le 28 novembre, entre le pape et Ferdmand. £lle fut 
bientôt suivie d'une paix signée à Rome, le 1 2 décembre, dans 
la <;hambre même du pape. Ce traité de paix portait la garimtîe 
de l'état du duc de Ferrare, la restitution de toutes les eon* 
([oètes faites de part [et d'autre, une alliance |pour vingt ans 
entne tontes les parties contractantes , alliance dans laqu^ 
les Vénitieiis eux-»mémes ^raient admis, pourvu qu'ils y aooé» 
daseent avant l'expiration de trente jeurs ; enfin un snbside 
aanuel de quarante mille florins d'or, que les alliés devaient 
payer en commun au comte Jérôme Riario , à titre de soldée. 
Les différends entre les Florentins et le pape étaient r^oûs à 
l'arlHtrage des ambassadeurs d'Espagne ^. 

Sâte lY mit, à l'acoomplissement des conditions de cette 
nouvelle alliance, la même impétuorité avec laquelle il s'étut 
^agé dans la précédente. Il écrivit immédiatement au doge 
devise, pour le sommer d'accéder à la pacification de 
f Italie, de restituer ses conquêtes, et de s'abstenir de tour- 
menter davantage la ville de Ferrare qui relevait du Saint- 



^Scifione Anmirato. L. XXV, p. iss. — * Jacob, voltuenanï DUv. Boman. p. i8t. 
"WaHodiSiomadelNoiaio diNanUporto.t. ^il, P. II, p. f090.*-jraecMave^/<. L. Vlii, 
p. 4!».— Marin Sanuio, Vite de' Duchi p. 12!15. 



198 HISTOIBE DES RÉPUBLiQUES ITALIENlilES 

iSitége, et qtte Sixte ptenait sous sa protection immédiate ^ . 
Efr même temps, il écrivit au duc de Ferrare pour l'assurer 
que sa réconciliation était sincère ; il écrivit aux Ferrarais 
pour les exhorter à une vigoureuse défense, aux Bolonais et 
à Jean Bentivoglio, pour l'es exciter à soutenir la maison 
tf Este ^. Avant de pouvoir recevoir une réponse du sénat de 
Yenise, il permit au duc de Calabre de traverser le territoire 
de FÉglise pour se rendre à Ferrare, et il lui laissa engager à 
sdti service Tirginio Orsini, et plusieurs autres capitaines, 
^i étaient auparavant dans F armée de FÉglise, et qui par- 
tirent dé Rotiié le 30 décembre ^. 1483. —Enfin, le 10 jan- 
"Wer 1 483, iladrè^ë à Fempercur et à touls les princes deFÉu- 
fope, une sorte de manifeste contre les Yénitiens ; il les accusa 
ff une coupable obstination à continuer ta guerre ; il promit 
dé les en punir par toutes les peines ecclésiastiques en son 
potitoir ; et en è^et, le 10 juin suivant, il frappa les chefs de 
la tét>ubliqtte d'excommunication, et tout son territoire cFin- 
lerdlt^ 

' Lès Yénitieiis virent avec autant d*indigna(ibû que de sur- 
prise le pape punir en eux, comme un crime, ta guerre même 
à laquelle il les avait encouragés, et ^à'!l avait soutenue de 
oobcert avec eux. Ils rappelèrent de Rome feur ambassadeur, 
Frienïçois Diêdo, et ils se préparèreAlS seuls à tenir tète à toute 
F Italie '. Un congrès de leuré ennemis avait éié assemblé à[ 
Criâbotiè, 1è dernfèr jour de février, sons la présidence de 
François de Gonzague, <;ardina{ de Mantoue et légat du pape. 
Mj s'étaient réunis^ Ns duc de Éalabre, fe duc de Ferrare, 
Louis Sforza^-td-lÉta^, régentf de Milan, avec dieux dé ses 
frètes i Laurent de Hédiéis, Jean BentiVo^o, të mat'quis dcf 

1 Episiolœ Poniiftcis apud Petrum Cymcntm» Dêbello Ferrar. p. 1209, 1210. — Andr, 
Navagiero, Sior. Venez, p. U79. — > AnnaL Becles. Haynald, 1482. S i7, 18, p. 309. 
— s Stefani infeetwœ Dior. Boman, p. U7i* ^* BuUa excommÊaOeaiionie op. ÊOff- 
naUL 1483, S 9-iôy p. 319. -- • Jmd, Nwtaai&r^ p. 118Q. — Martn Semim* it <flt9* — 
If. Ant. SabelUco. D. IV, L. II, f. 2M. 



DU MOYlSn AGE. 199 

Maîitoae, lean*Jacques TriYuhdo, et plusieurs capitaines 
moins renommés *. On y aurait proposé d'envahir en même 
temps les domaines de la république, du côté du Slilanais, du 
Mantouan et de la Romagne. Hais il était reçu à tette époque 
qu'on pouvait faire la guerre pour le compte de ses allî^, sai^s 
^y engager en son propre nom, et ni le duc de Milàn, ni le 
marquis de Mantoue , ne voulurent entrer les premiers en 
hostilités directes avec les Yénitiens, en sorte que la diète se 
sépara sans avoir rien conclu. Cette réserve n'empêcha pas la 
guerre de s'étendre aussi sur les frontières qu on avait voulu 
préserver. Bobert de Sari-Sëvérino entra dans le Milanais , le 
12 juillet, espérant y réveiller le zèle des partisans de la du- 
chesse Bonne. Louis-le-Maure ût, à son tour, ravager les ter- 
ritoires de Bergame et de Brescia \ mais Tune et l'autre expé- 
dition n'eurent aucun résultat ^. 

Cette guerre, dans laquelle on voyait engagées les pre- 
mièrés puissances de l'Italie, était soutenue de part et d'autre 
avec une mollesse, avec une lâcheté qui contraste, d'une ma- 
nière bien frappante, avec les guerres que les Français de- 
vaient bientôt porter en Italie. On n'y voyait ni batailles 
générales, ni sièges de villes; on n'attaquait jamais q^ue de 
faibles châteaux , et les escarmouches mômes étaient peu im- 
portantes. Les deux armées s'enfermaient dans des retran- 
Qhements à peu de distance l'une de l'autre; elles se mena- 
çaient et ne s'attaquaient point; elles attendaient dans leur 
camp la mortalité, conséquence inévitable du climat malsain 
'des bouches du Pô, et elles n'osaient pas braver la mort ,dans 
les batailles. Le peuple de Ferrare, accablé par leti logements 
des soldats, les contributions et le pillage, paraissait ne vou- 
loir plus faire de sacrifices pour la niaison d'Esté ; et cépeu*- 

^ Stàipion^ âmmitaio. L. XXV, p. ihl.-^Alb. de Ripalia, Annal. Plac. T. XX, p. »fo. 
•^Bern. CohOy 8ior. MiL P, VI, p. ioo4. ~ > Andr» Navagicro,Slor. Venez, p. 1184.— 
^etri Cyniœi De bello Ferrar, T. XXi , p. 1219. — H. A. SobeUÛo, 0. IV, L. H. f; 237. 



"SÔO HISTOIRE 0£S ldbt7BX.IQtT£S ITALUSniiBS 

dant rien ne fài^it prévoir la fin cTune g^aerre qni n'étsût 
dgnalée par aocun exploit glorieux. Le due de Galabre avait 
potté le ravage aatour de Brescia, et les Milanais autoor de 
Bergame; le marquis de Mantoue avait pris Asola, châteaa 
sur le fleuve de Ghiesa, qni avait appartenu à ses ancêtres. 
Dans Tétat de Parme, les Bossi ne pouvant pas résister plus 
longtemps aux forces supérieures qu'on dirigeait contre eux, 
s'étaient enfuis vers ks montagnes de Gènes ; de là ils avaient 
passé à Venise ; et le sénat, pour les dédommager des fiefs 
qu'ils avaient perdus, leur avait assigné une solde ecmsidérable. 
Mais ces petits succès de la ligue qui se faisait appeler sainte, 
parce qu'elle avait le pape à sa tète, n'apportaient aucun sou- 
If^ement au duc de Ferrare. L'ennemi était toujours campé 
ma portes de sa capitale, et ses sujets avaient été deux ans 
de suite privés de leurs récoltes. San^Sévérino cependant 
n'avait jamais osé planter ses batteries contre les anurs de 
cette ville; le duo de Galabre, d'autre part, avec une araiée 
fort supérieure, n'avait su, ni amener les Vénitiens à la ba- 
taille pour faire lever le siège, ni attaquer la redoute bâtie 
entre le pare et la rivière. Il manquait alors à l'art de la 
guerre les moyens d'arriver aux opérations décisives; on 
n'attaquait que ce qui n'était pas défendu, et on ne savait ni 
forcer l'ennemi au combat, ni ouvrir les murs d'une place 
dans laquelle il s'enfermait * . 

La guerre semblait se faire en Toscane avec plus de m(d- 
lesse et de lâcheté encore. Les Florentins n'avaient d'autre 
ennemi qu'Augustin Frégoso, iiouveau seigneur de Sarzane, 
quelesGéncHs mêmes ne secondaient pas ouvertement. L'armée 
destinée à le combattre était considérable ; elle aurait suffi de 
reste pour emporter Sarzane après un si^ qui n'aurut fa 
être long ; elle ne l'entreprit pas même, et elle se borna à de 

> M' AnLaabetUce* 0. IV» L. Il, r. 239. 



DU MOYJBH AGK. 201 

ittuérables escannoacfaes ^ . Les Seilui» avaient (xwKtraot^ al- 
liance avec les FloroDtias; ils n* avaient pliw; pour epo/omis 
que leurs émigrés, qui s' étaient enfermés dans Monte-Ileggiolû; 
mais ils essavèrent vainement de les j forcer ^. On aurait dit 
que les soldats italiens ne connaissaient plus d'autre moyen 
pour entrer dans une place qne d'attendre patiemment le dkh 
ment où leurs ennemis en sortiraient. 

Cette manière de faire la guerre dut paraître Inen étrange 
à Bené U, duc de Lorraine, que les Vénitiens appelèrent cette 
année en Italie pour prendre le commandement de leur armée. 
Leur traité avec ce prétendant au royaume de Naples, qu'ils 
voulaient opposer à Ferdinand, fut signé le 30 avrU, ou, selon 
d'antres, le 9 mai 1483. René s'était engagé à leur amener 
quinze cents èbevanx et mille fantassins, et on lui avait promis 
une solde de dix*sept ducats et deux tiers par mois pour 
chaque lance, composée, suivant l'usage de France, de six 
bemmes à cheval. On y avait ajouté une gratification de dix 
mille ducats par année pour la table du prince '. Kené ne par- 
vint à Venise qu'après avoir perdu beaucoup de temps et sur- 
monté beaacoup de difficultés dans sa route. Le pape, averti 
de sa venue, avait menacé d'excommunication tous les princes 
d'Allemagne qui lui accorderaient un passage , et le duc de 
Lorraine fut forcé pour avancer à plusieurs négociations et à 
plusieurs détours. Il y avait peu de temps qu'il était dans le 
camp vénitien, et il avait eu à peine le loisir d'étudier ce sys- 
tème de guerre si différent du sien, lorsqu'il apprit la mort 
de LooisXI, roi de France» survenue le 30 août 1483. Gomme 
ce monarque avait cherché à lui enlever la succession de la 
maison d'Anjou, en dictant des testaments injustes à son grand- 
père et à son grand-onde, Heoé retourna en hàle dans ses 

1 Sdpione âmmirato» L. XXV, p. 1S6. — * tbid. p. IST. — Attegretto AUeqretttDiari 
Smeti. p. SIS.—* Marin Sanulo, XXIf» p. i7M.^Andr. BavagierOj Stor. Ven. p. U82. 
-f eiri Ct/rnai De beUo Fenar. p. 1311. — H. i. SabelHea. D. iv, L. U , f. 336, y. 



202 HISTOIEE DES HÉÏ'UBLiQUÊS ITALIENKES 

_ • • • • 

états pour chercher à recouvrer, pendant la minorité de 
Charles YIII , ce que la poUtique de Louis XI lui avait fait 
perdre • . 

Une autre guerre était soutenue avec plus dû vigueur par la 
république deYecise; c'était celle que loi faisait le pape au 
moyeri des foudres de TÉglise. Sixte IV avait publié, le 24 mai, 
à la fête de la Pentecôte, une bulle contre Yenise, par laquelle 
il ordonnait à tous les religieux de sortir sous trois jours 
de cette ville excommuniée. Le conseil des Dix en lut averti, 
et il fit surveiller tous ceux qui arrivaient de Borne pour ar- 
rêter cette bulle entre leurs mains. Il mit sous la responsabi- 
lité des curés toutes les affiches qu'on pourrait trouver aux 
portes de leurs églises, et il ordonna au patriarche et à tous 
les ecclésiastiques vénitiens de remettre aux inquisiteurs d*état, 
sans rouvrir, toute bulle qui leur serait adressée pat le Sâint- 
Siége. Cet ordre fut scrupuleusement exécuté ; rexcoinmant- 
cation encore cachetée fut transmise au conseil des Hix ^ar te 
patriarche, sans qu*aucuu Vénitien en eût connaissance ^. Èe 
conseil ordonna à tous les cardinaux et prélats qui relevaient 
de la Seigneurie , sous peine de saisie de leurs bénéfices , de 
s assembler à Venise, le 15 juillet, eu un concile provincial. En 
même temps il remit à Jérôme Landô , patriarche titulaire de 
Constantinople, un appel au futur concile délai sentence d'ex- 
communication. Le patriarche, faisàcft droit sur cet appel, 
suspendit Finterdit, et envoya au pape lui-même une citation 
par-dévrfnt le concile futur. On trouva des hommes détermi- 
ués qui affichèrent cette citation sur le pontSaint*Âuge et aux 
portes du Vatican et de la Rotonde. Cette lîardîesse cependant 
coûta la tie aux gardes de nuit, que le ^ape fit ]|[)endre, pom* 
nie ravoir jpas prévenue ' . Tous les pVêlres vénîtienà qtiï étaient 
à Rome furent rappelés sous peine de perdre leurs bénéfices , 

* ** * 

» Andr. Kqvagiero. p. ii86'.--«. 4. Sabellico.h. IV, L. Il, f. 937, y. -^s iiufr. m- 
vaçiero, p. 118S.— If. A, SabeUico, D. IV, L. II, f. 237, v.— ^ Andr» Navagietô, p. 1184. 



J 



IK) Moteh âg£. i!03 

«t le pape opposa à cette sommation on éâit en tettu duquel 
les prélats et les prêtres qui qulttefbient Borne pourraieitt ôfre 
vendus comme esclaves * . 

Cette lutte violente avec le chef de TÉglise n'attirait plus 
aucun blàmtesur leà Yënitions. L*emp6rtement de 8iite IV, 
ses injustices, son aveugle tendresse pour Jér6me Biario, que 
toute ritalie regardait comme lin fils, et comme un fils né 
d'un inceste , avaient détruit tout le respect que les peuples 
portaient à la tiare. Tous les genres de scandale s'attachaient 
à sa conduite; ou le voyait toujours entouré de jeunes favoris 
auxquels on ne connaissait de mérite que leur figure, et aux- 
quels il prodiguait les trésors de TÉglise. Cette année même, 
le 19 novembre 1483, il offensa le sacré ooliégë eh acoordanl 
révècbé de Parme et le chapeau de cardinal à iin jeune homme 
qui n'avait pas vingt ans, et qui, sorti du plm bas lieuy avait 
été d'abord page do comte Jérôme, ensuite valet de chambre 
du cardinal de Saint- Vital. Sixte IV, frappé de sa beauté, lé 
prit pour son valet de chambre, entassa sur lui les plus riehetS 
bénéfices, le fit châtelain du château Saint-Auge , et le porta 
enfin au faite des honneurs ecclésiastiques. Cependant le car- 
dinal Jacques de Parme se trouva être un jeune homme d'tiil 
bou caractère, même de bonnes mœurs, et sans autre défàlït 
qu'une extrême ignorance *^. 

1484. — Dans l'année 1484, les ravages de la guerre s'é- 
tendirent sur de nouvelles provinces : les Vénitiens vouluretiri 
faire sentir son poids à Ferdinand, qui jusqu'alors n'en avait 
point souffert. Us armèrent une flotte de trente-tine galères , 
dont ils donnèrent le commandement à Jacques Marcello ; Us 
l'envoyèrent dans le golfe de Tàrente, ou Marcello vint atta- 
quer Gallipoli. Cet amiral fut tué vers la fin de mai, daoos un 

« 1 Andr. NQvagiero, p. 1184.-^ Stefano InfesHtra, Dkario Romano^ p. ii&.<WAco6. 
VoUerranif Dior, Sbnmm, p. i9i. — tuiphael VoUmramu apnd HaytuM* ilM^St^*, 

p. 336. . ' ' . 



toi HISTOIRE BfiS BÂPUBtlQUES ITALIISNNES 

4e$^&sâaiils qpi'il donna à la place ; mais le même jour elle ca^ 
pitula entre les mains de son successear Bominiqae Malipiéri. 
GdliiHâ ferMfia avec soin sa conquête ;. il soumit ensuite les 
cb&teanx «t les petites villes du Voisinage. Au mois de juin, il 
s'^empara également de Policastro et de Geri en Galabre^ ses 
sidMUitB, accoutumés à te guerre des Turcs, traitaient avec une 
affreuse bati>arie les pays qu*Qs ravageaient, et cependant leurs 
conquêtes causaient d'autant plus d'inquiétude à Ferdinand» 
que, connaissant le mécontentement de ses barons, il craignait 
sans cesse de les voir s'unir aux étrangers pour secouer son 
autorité * . 

La guerre se faisait en même temps dans Tétat de Borne 
avec un redoublement de fureur. D'une part, Nicolas Yitelli , 
abandonné par les Florentins, avait été chassé de Gittà di Gas- 
tdlOj et Lorenzo Giustini avait été rétabli à sa place; de T autre, 
Skte iV et Jérôme Biario avaient poursuivi les Golonna avec 
on acharnement pour lequel on ne voit point de motif poli- 
tique. Biario rejeta toutes les offres d'accommodement qui lui 
furent faites par ces puissants seigneurs. Lorsqu'ils propo- 
sèrent de remettre au pape foutes leurs forteresses, Biario ré- 
pondit qu'il ne voulait y entrer que par une brèche qu'il au- 
rait ouverte avec son canon. Des écrivains postérieurs ont 
donné pour motif à cette guerre la possession du comté de 
Tagliacozzo, que la maison Orsini réclamait de la maison Go- 
Icmna ^; mais il n'en est point question dans les journaux du 
temps, et tout indique dans la conduite de Jérôme Biario un 
ressentiment personnel. La moitié des palais de Borne furent, 
pendant l'été , souillés par des massacres continuels ; le pape 
fit brftier un grand nombre de mes, parce que quelques-uns 
de leurs habitants lui étaient suspects. Le palais du protono- 

1 Andr, Wavagiero, Stor. venes» p. ii88. — Pe&i Cyrruei Be beliOFerrar, p. nttr. 
— ÀtmaL PiaeentM, p. 97S. — If. A, SabelUeo, D. IV, hi II , f. 2M, t. — * /o. Jriett. 
Bma, L. VIII. ^ Bannald. Annai» EccUs. 1484, S i4, p. 3S4. 



D17 KÔtÈJI AGK. $0& 

taife, LoQis Golonna, et celui du cardiiial de la néae fainffle 
forent livrât aux flammes par son ordre. Le protonotaire, ar- 
rêté dans le premier, ne s* était rendu que sur la M de Vir- 
ginio ûrsini ; et Yirglnio, en le conduisant en prison , eut 
beaucoup de peine à empêcher Jérôme Biario de le tuer. On 
n*aTait aueune confession à exiger de lui, car il n'y arait rien 
eu de secret dans sa conduite ; cependant le pape ordonna qu'il 
Ait livré à là torture seulement pour rendre son suppliée plus 
cruci i et cette torture fut si atroce, que, quand ou l'en retira, 
il n'avait plus que pour peu d'heures à vivre. On prévint son 
agonie en loi traAdiant la tète. Pendant ce temps, la Cava, 
Marino , et tons les fiefs de la maison Golonna furent conquis 
par Jérôme Biario * . 

Eu Lombardie, la guerre ne faisait aucu9 progès ; la ligue 
avait une grande supériorité en cavalerie , et elle en profita 
pour faire ravager les territoires de Bergame, deBrescia et de 
Vérone jusqu'aux portes de ces trois villes ^. Mais ces opé- 
rations ne paraissaient point pouvoir amener encore la déli- 
vrance du duc de ï'errare; et celui-ci, épuisé par le séjour de 
tant ^'armées, soupirait après la paix, à quelque condition 
qu'il pût l'obtenir. La ligue, qui avait été formée sans moti& 
solftsants, était divisée par mille intérêts divers, et Ton pouvait 
prévoir sa prochaine dissolution. Le pape , dans toutes ses 
guerres, n'avait d'autre but que l'agrandissement de Jérôme 
Bidrio; il méditait alors de nouveaux projets sur la Bomagne; 
il voulait assurer à ce fils chéri l'héritage de Bobert Mala- 
teéti et celui de Gostanzo Sforza , tons deux morts à son ser- 
vice. Le second avait été emporté par une maladie le 17 juillet 
1483, et son fils Jean, héritier de la principauté de Pésaro, 



> Sterano Infessura donne de très longs détails sur cette guerre, p il 58-1182. Voyez 
nasijQcobi VoUerrani Dlar. Roman, p. 196-198. «- Diarto di Roma del NotaUK diUfan- 
tip&ftQ. p. lOM-iMf; — s ifieûL fÊocdOmem, L. Vllt, p. 423.— Pe/W Cyrnçsi De beUq 
Ftrrw. p. a2f4-i3i«. '^ ifarM SanutQ.p. t339. 



é^it encore ei^f aqt ^ . ^m cettc^ posciesaioi^ M pouvait Atre 
assurée à Riai^ja qp? (lar le coQ&euteiDieQt dea V^éidliens et des 
Florentins ; Sixte lY, qui le seQtait, entra avec eax dans quelr 
ques négociatipns secrèl;ias pour faire une paix tout à son airaa* 
taçe. 

D'a;Utre part^ Alfonse» duc de Çalabre, avait eik oeeasidn dt 
Toir clairement, depiûs que la guerre de ferrare'!* avait ap* 
pelé en Lombardie, que Jean Galéaz Sforza, duc de Mflao, 
auquel sa fille était depuis Ipngtçmps p^oviiie en mariaige, 
n'avait aucune part au gouv^n^ement d« son propre dtMhé, 
quoiqu'il fût déj[à en âge d'y prétendise; tandis que J'amlâ*» 
tieux Louis-le-Maur^, oncle 4^ ^ duc, s'anrogeait. seul tonls 
r autorité. Alfonse en avait témoigné son méconleiiteiiienlt 
avec quelque vivacité, à Louiscrl^-^JU^^ore ; et œlmMS, coiice- 
vant une défiance secrète dç son allié, se rapproehaift des Yé^ 
nitiens^. De levir côté , le;s Flgrentinis., qui depms longteia|M 
contribuaient à la guerre, n'eu pouvaient espérer ancaa 
avantage, et n'y avaient aucun, intérêt réeL Tandi&cpi'oii les 
épuisait d'hommes et d'argept pour soutenir une aimée éloi- 
gnée, on laissait ravager leqrs fron^èces par le$ troupes cpii 
occupaient Sarzanç; op ne I^ui; permettait pdnt de Kappelep 
en Toscane le comte de Pitiglianq , celui de leurs capitaine» 
en q^ui ils avaient le plus de cpnfiance,, et on les saicriiait ei^ 
toutes choses ^ Ipurs alliés. Ainsi, il u^ restait plus d'eQsemr 
ble entre le& coalisés; chacun d'^x ^t prêt h se détacher 
de tous les autres. Le marquis Frédéric de Mofitooe tenait 
encore réunie cette ligue prête à $e dissoudre, paQ la eonsid^ 
ration que lui assurait son âge et son habileté supérieure; 
mais il mourut le 15 juillet, et l'atné de ses. trois fils^ 
Jean-François II, qui lui succéda, n'était Agé que de dix- 
huit ans'. 

t Jaeobi voUêrrani Mar, Hfnnan* T. XXUI, p. 198. -<• ^liie, IfoMMove^a, U VUI* 



DU MOTim AGB. ^Q7 

Les y^ptiens, qu<»<|ae plus faibles que leurs idlîéSi avaieot 

le gr^d avantage de faire mouToir toutes leuf s forces par 
une seule volonté: ils avaient encore celui d* avoir mis à la 
tète de lears armées Bobert de Sau-Sévérino, qui çq montrait . 
homme d'état autant que général. Robert abandonna les né- 
gociations déjà coiûmenoées avec le comte Biario, s'attapb^ ^ 
Louis-le-Maure, qu'il regardait como^e bien autrement puis- 
s^nt*. Son intelligence avec lui causa d'abord assez d'inquié- 
tpde à la Seigneurie, pour que le doge fit au conseil des Dix 
1^ proposition d'arrêter San-Sévériuo. bientôt, cependant, ce. 
général montra qu'il avait su démêler les vrais intérêt^ de la. 
république, au;» bien que les siens. Une diète, a§sem^lée k 
Ba^uolo, prit connaissance, le 7 août, des articjeç dont il 
était déjà oonvenu avec Louis-le-Maure, et elle les accepta le» 
même jour . £n vain le légat du pape et Jérôme -l^iario voulu- 
rent troubler la négociation, parce qu'elle ne contenait, eu. 
faveur du fils de Sixte lY, aucun des avantage!^ qui lui 
avaient été précédemment promis ; en vain ils déclarèrent 
que la Seigneurie, après avoir offensé séparément chacun des 
oonfédérés, s'était enfin attaquée à Dieu lui-même, lorsqu'elle 
avait méprisé les admonitions et les interdite du pape, et , 
lorsqu'elle avait saisi les bénéfices ecclésiastiques. Par cette 
conduite, ajoutaient-ils, elle s'était rendue à jamais indigne 
d'obtenir la paix 2. Les autres confédérés ne voulurent pas. 
continuer plus longtemps des hostilités dont ils n'attendaient 
ancun avantage; et, malgré les succès qu'ils avaient rempor- 
tés, ils permirent aux Vénitiens de gagner plus par la paix, 
qu'ils n'auraient pu perdre parla guerre. 

Par le traité de Bagnolo, le duc Hercule d'Esté fut obligé 
à rétablir la république de Venise dans toutes les prérogatives 
qu'elle avait précédemment exercées à Ferrare et dans son 

dDrbni>l*Mitre an eorote de Oorfzia. — t Andr, Navagiero, p, US9. — > IbUi. p, 119a, 

• ... .i ... • 



2(N) HISTOIRE DES RÉPUBLIQUES ITALIENRES 

diitrict; à Im céder en même temps la Polésine, et tout le 
leftitoire de Bovigo. Les autres conquêtes que les Vénitiens 
RTaient faites sur le duc de Ferrare, detaient être restituées à 
oduird douze jours après la paix. De leur 'côté, le duc de 
jlfilan et le marquis de Mantoue devaient rendre aux Téni*^ 
tiens tout ce qu'ils avaient conquis sur eux. Les villes que les 
Vénitiens tenaient dtans le royaume de Naples, devaient être 
remises par eux à Ferdinand au bout d*un mois, et celui-ci 
leur confirmait en retour tous leurs privilèges mercantiles 
dans ses états. Toutes les parties contractantes s'engageaient 
enfin dans une ligue commune pour la défense de leurs états 
respectifs, et Bobert de San-Sévérino était déclaré capitaine 
général de cette ligue. A ce titre, il devait recevoir une solde 
de eent quarante mille ducats, dont cinquante mille seraient 
payés par le duc de Milan, cinquante mille par la Seigneurie 
de Venise, et les quarante mille restants, répartis entre le 
pape, le roi de Naples, les Florentins et le duc de Ferrare * . 

Les plus faibles entre les puissances d'Italie se trouvaient, 
par ce traité, sacrifiées aux plus fortes : le duc de Ferrare de- 
vait renoncer à des provinces qui faisaient Tancien patrimoine 
de la maison d*Este, et auxquelles les Vénitiens n'avaient au- ' 
cun titre : aussi ne se soumit-il pas à ces conditions sans un 
extrême ressentiment ^. Les Bossi , comtes de San-Secondo 
dans l'état de Parme, que les Vénitiens avaient engagés à 
prendre les armes contre le duc de Milan , demeurèrent dé- 
pouillés de leurs fiefs. Le marquis de Mantoue ne s'était en- 
gagé dans la ligue que pour recouvrer Asola et les autres 
châteaux que les Vénitiens lui avaient enlevés ; mais après 
s'en être rendu maître , il était obligé de les restituer'. Les 



> Andr. KavagierOyStùr. Venez, p. 1190. — Martn S^muto. p. 1233. — m. A. Sabei^ 
Heo, D. IV, L. II. r. 241. — DUoio Romano diSiepJumo Infesstira, T. III, P. H» p. iiao. 
— Bern. Corio, UisL Milan, P. VI, p. 101 4. — « Diar, Ferrar. T. XXIV, p. 277. — 
* De betto Fenariemi, T. XXI, p. 1218. Ce petit ooTrago, d'uD prèire eorso, dérooé n 



inlér^ des Flareoliiis n'étaient pas plus ménagés par le trtàU 
de paix çi'Us ne F avaient été pendant la guerre. On ne sti- 
pulait rien ponr eux y et Sarzane ne leur étut pas rendue. 
Cependant le pins mécontent de tons était mcore le pape ; 
longtanps il avait espéré enrichir son fils , on des dépouilles 
du duc de Ferrare , on de celles des Vénitiens. Il s*était en- 
suite rédoit à lui faire assurer les petites principautés de Bo- 
magne, qu'il ne doutait pas qp'on ne sacrifiât à wm ambition. 
D (xwuptait surtout que Jérôme Riario aurait le rai^ que s'é- 
tait fait attribuer San-Séyérino, que ce serait lui qui 
serait nommé général de la ligue , et ce rang et cette solde 
deYsaent le dédommager des prétentions auxquelles il était 
forcé de renoncer. 

La nouvelle d'une paix qui répondait si mal à ses projets 
ambitieux , f ut un coup de foudre ponr ce turbulent pontife. 
Il était déjà tourmenté par des douleurs de goutte , elles tom- 
bèreat aussitôt sur sa poitrine. Les ambassadeurs qui appor- 
taient les conditions de la paix de Bagnolo furent introduits 
auprès de lui le mercredi soir 12 août. Après qu'on lui eut 
fait lecture du traité, il se récria, sur ce que les avantages 
qu'on lui accordait étaient si inférieurs à ceux qui lui avaient 
été offerts à lui-même par les ennemis. « C'est une paix de 
« honte et d'ignominie que vous m'annoncez, leur dit-il; 
" elle est pleine de confusion et d'opprobre , et elle amènera 

duc de Ferrare, quoiqu'O ?éeût à Venise pendant la guerre, contient beaucoup de délaiis 
•ur It premidrd campagne : Il est plus court sur la seconde, et tout à fait incomplet 
nir la troiiièoiOb ILfinil à la paix. 

C'est aussi à la paix de Bagnolo, le 7 août i484, que finissent les Annales de Plaisance, 
eompoBOM par Antoine et son fils Albert de Ripalta. Ces deux bommes avaient quelque 
part an gouvernement municipal; mais c^étalt dans une ville sujette, où aucun sentiment 
ne les attachait à un parti plutôt qu'à Tautre ; aussi tous leurs éloges sont-ils toujours 
pour le vainqueur, et la déclamation ou la pédanterie prennent-elles la place de tous 
les sentiments nobles et élevés. Les deux Ripalta paraissent avoir été estimés dans leur 
pays comme d'habiles rhéteurs ; ce qui donne une assez mauvaise idée de Tétat des 
lettres à Plaisance. Les Annales d'Antoine s'étendent de l'an i40i à l'an 1463, qu'il mou- 
rut. Albert a continué dés cette époque jusqu'à 1184. Ces Annales sont imprimées. Her, 
i(al,T.XX, p. 859-978. 

VU. , 14 



910 HISTOIRE BES ^^VI^^iqOM ITALIERITES 

« avec le tem^s bieo plus de mal qae de biea. Je de puii, mm 
« filial!} KapBKimver 9i ia^ir^. f K4aaflibfttaatABim4fa|>er«- 
cçvant que le yieillard, affligé par cette DOuveUe, perdait ses 
forces, et semblait accablé d'angoisses, que sa langae même 
paraissait s'embarrasser, lai direat qu'ils espéraient trcMiTer 
une autre fois sa Sainteté plus tranquille» mais qu'ils la 
priaient , en attendant , de bénir une paix qui ne poa- 
Tait plus être changée. Le pape, dégageant alors sa main 
goutteuse de Vécharpe qui la soutenait, fit cm mouve- 
ment que les uns prirent pour un refus , d'autres pour une 
bénédiction des ambassadeurs, ou de la paix elle-même. Mais 
il ue parla plus, et il mourut daus la nuit suii^wt», k jeudi 
13 août, peu après minuit, ne pouvant supporta? de laisser 
en paix eette Italie que pendant son règne il avait constam- 
ment tenue en guerre 2. 

1 Jacobi Volaterranl Dior. Roman, p. 199. Ce journal finit avec la vfe de Sixte IV. 
L'auteur, qiii était scrii^e apostolique, donne des détails souvent curieux sur les cérémo- 
nies religieuses, sur la ^ur, et même sur les sermons des cardinaux, dont il rapporte 
presque toujours une courte analyse. U était attaché à Sixte IV, et il se montre en géné- 
ral partial pour lui : cependant U ne réussit guère à déguiser les vices de son patron. 
Ce journal est imprimé. T. XXIII. fier. liai. p. 87-200. — 9 Dior. B/oman» Jaeobi 
Yolaicrrani. p. aooi — Dlario det Noiaio di flaniiporio. p. 1088. — Diario di Siefano 
infenwro, p. 1183. -^ RaynatfU Ann, Eceles 1484, S 18-21, p. 388. ^ Armai. Bono' 
niens. Fratr. BieronynU de ïïurseUU, T. XXIII, p. 904. — MaechiW). UU L. VUI , 
p. 437.— Scipione Ammlruto. L. XXV , p. 162.— «ofte Sanuio, fite de'DuchL p. i234. 

Ce pape « qui' tint Tltalle presque constamment en guerre , aimait lui-même les spce* 
tacles sanglants ; dans les derniers mois de sa vie il fut deux fois averti que des soldats 
de sa garde à ptod étaient convenus de se battre à outrance, conune ou l'appebit, é 
tieccato cMuso, pour quelque querelle survenue entre eux, et qu'ils avaie^i Uit choix 
pour cela d'un lieu écarté k la campagne. Il leur fit dire qu'y Ydûiaii être témoin de leur 
combat, qu'Us se batlis6^&t donc au bas de ir'escalier de son pelais;, dais l&plâdBkdè^Sàiii^ 
Pierre, et qu'ils se gardassent de commencer avant qu'il leur eu eût donné- Inêinflae 
le signal de sa fenêtre é l'heure fixée ; et, lorsqu'il vit que les combattants étaient prêts , 
ii étendit sob bras , leur donna sa béuédiciHHi, fit le:«lgsM» de la orolx, «t ka hivîia à 
commencer. Dans le premier et le plus long de ces deux duels, l'uu des combaitam8.ftit 
tué sur la place, après avoir auparavant donné et reçu déjà beaucoup de blessures; 
dans le second dueU les combattauti furent ioua^ Uessés si grièvement, qu'ils ne purent 
pas continuer jusqu'à la mort de l'un dea deux, et qu'on fiit obligé de les empof 1er. La 
pape, dit le journaliste de Rouie, prit beaucoup de plaisir à ces combats, et témoigna 
le désir d'en voir d'tuirM. Sieftm» infûâtura^ Mflrto Aenkmo T. III, P. U, fter* Uoê* 
p- UM* 



©fr Éèhnùf aÔe: ^ i 



H mut 



CHAPITRE VIIL 



âwyçd d'iMwotiit VIII; ce pape fak écfittér k gnëriv flMNr FènimaD(< 
et ses baroQs* — Le cardÎMl Paul Frégosoy doge de Gènes. — Con- 
quête de Sarzane par les Florentins. — Anarchie et pacification de 
Sienne. -^ Conjurations contre Jérôme Kiarie, et contre Galeotto Man- 
frédi. 



1484-1488. 



la ôonstitutioQ politique' de F Église romaine a ^ît pas 
établie sur des bases très assurées. Les droits et lés préroga- 
tivesdu pape, des eardinaux, des évèques, nayaient point 
des limites ai^z reconnues pour empêcher fout cohflit de 
jaridicfion. Cependant cette constitution, dans son ensemble, 
éïaut cette diine monarchie tempérée, et non rfun état des- 
potique. L'autorité du pape était balancée, non seulement par 
celle des conciles, états-généraux de T Église qu'on n'assem- 
blait que rarement, mais encore par celle des cardinaux, dont 
lé collège permanent devait être irrévocablement le conseif 
des pontifes, en sorte qu'il était censé concourir à toutes 
leurs déterminations importantes. Le papç tes appelait tou** 



212 HISIOIBB DJK JIBPUBUQUXS ITALIEHIIES 

jours ses frères; il insérait dans toates ses bulles, qaelqae* 
fois même sans les aToir consultés, la formulé, diaprés le conr- 
$eil de nos frères, pour donner à tout ce qu*il ordonnait 
Tautorité du sacré collège. 

Mais à la fin du xv^ siècle, lorsque l'élection successive de 
plusieurs pontées entachés de vices honteux ébranla le cré- 
dit du Saint-Siège, et amena enfin la révolution qu*on vit 
éclater au commencement du xvi^ siècle, l'Église put i*econ- 
naître que les droits réciproques de ses représentants n'étaient 
point suffisamment établis, ou assez sagement balancés. Ja- 
mais on n'avait mieux senti que sous Sixte lY le besoin de 
limiter l'autorité du pontife par celle des cardinaux ; jamais 
on n'avait plus éprouvé combien l'influence d'un maavais 
pape sur le sacré collège devenait irrésistible, s'il voulait em- 
ployer toutes les ressources qu'il pouvait trouver dans Tin- 
trigue et la séduction. 11 pouvait accroître indéfiniment le 
nombre de ses conseillers, ei s'assurer toujours ainsi de la 
majorité des suffrages ; il disposait seul de toutes les grâces 
ecclésiastiques, et tous ceux dont l'âme n'était pas à l'épreuve 
des séductions de la richesse et des honneurs, se rangeaient 
bientôt de son côté. ïlnfin, la violence même lui était per- 
mise; la personne des cardinaux n'était point à Tabri de ses 
vengeances ; on les avait vus plus d' une fois excommuniés, 
emprisonnas, soumis à la torture, envoyés même au dernier 
supplice, par des ordres arbitraires, seulement pour avoir 
voulu défendre les libertés de leur collège ; et l'idée de la sou- 
veraineté du pape était tellement confondue avec celle de 
l'autorité de l'Église, que des théologiens de très bonne foi 
justifiaient ensuite ces violences, et affirmaient comme une 
maxime incontestable qu'aucune opposition, même celle du 
corps entier des cardinaux, n'était légitime contre aucune des 
volontés du pape. 
Cependant ce pontife souverain, qui exerçait stir tous les 



DU MOYEN AGE. 213 

* ♦ 

cardînanx'bne atitoritë si illimitée, était, après tout, leur créa« 
tare. S'il les nommait pendant son règne, enx à lenr tonr 
nommaient son successenr ; et comme on ne parvenait guère 
à la tiare que dans un âge avancé, les élections du souverain 
étaient plus fréquentes dans la monarchie de T Église que 
dans aucune autre monarchie élective. D'ailleurs le pouvoir 
pontifical pouvait être souvent affaibli par les infirmités 
de rage, tandis que le sénat des cardinaux, composé en 
grande partie d* hommes exercés dans les affaires et les intri- 
gues, réunissait les qualités propres aux aristocraties, la con- 
stance, la sagesse, Texpérience et l'esprit de corps. A chaque 
yacance du Saint-Siège, le conclave, avant de nommer un 
nouveau pontife, ne manquait jamais de poser des bornes à 
sa puissance, de corriger les abus par des lois nouvelles, 
dimposer des conditions au candidat, et de les confirmer par 
des serments. C'est par cette même marche que les capitula- 
tions avaient peu à peu restreint l'autorité des empereurs 
d'Allemagne, et que les correcteurs à la promission ducale 
avaient anéanti les prérogatives des doges de Yeuise. Chaque 
vacance du trône de Pologne avait de même été signalée par 
quelques conquêtes de la noblesse sur les rois ; et comme les 
cardinaux renouvelaient leurs t^entatives avec la même cons- 
tance, maisplasfréquenmient encore; comme ceux qui étaient 
les plus considérés dans la chrétienté, qui jouissaient de la 
plus grande réputation de v^u et de sainteté, étaient aussi 
ceux qui mettaient le plus d'importance aux privilèges de 
leur corps et aux libertés de l'Église, on aurait pu s'attendre 
à ce que le gouvernement de la cour de Rome devint abso- 
lument aristocratique. 

Mais les bornes de l'autorité royale étaient affermies par 
les serments des rois, et l'on-fut forcé de reconnaître, sans 
doute avec étonnement, que cet acte religieux ne ciHiservait 
aucune efficace sur les prêtres. Une des préNigatives que les 



2)4 HISTOIRE Dm fâ^fXi^X^V^ ITALimmES 

pipe^ ef'^t^ieid; ^ttribaéeo, et qq'ik dëf(nHiiâaii a^ee le ffiliid 
.d'c^sti^afioii, était celle de délier 1^ fidèles, des sernMats 
qu'ils ayaient prêtés imprademmept ; et dans une. religkm 
qui admet des yœux éternels, peut-être étai|;*il nëccMsaîre' de 
reconnaître dai^s TÉgUse un pouvoir qui pût ^i relever. Le 
pape avait ^reçu a^ non) dg Bien les engagements pôa sons 
serment eirver^ spn %Hse; lui seul, et juge et partie, poii- 
yait en (li^penser. Biei|tô:t il orut avoir d^^ même ie droit de 
disspqdf e |es sça^ments qui lient les hommes entre eux. On le 
vit rctpprQ, dfî son autorité, tantôt les pactes et les altianees, 
tantôt 1^ Sjenxuents de fidélité des sujets aux souverains, tM- 
tôt les nermeats de garanties des souvepâins aux sujets. Par 
ce droit qu/il prétei^dit inhérenl; à ^o^ siège, U se diapessa 
lui-n^ème le premier de tout cp qu'il ^vait promis. A«ta»t 
lei9 concljayes fuFei^t soigneux, d^n^tquf le xv^ siède, d'exiger 
de cbacun de^ membres du sacré collège le serment 4:*0bser- 
ver les pact^ convenus, s'il venait à 6tre désigné par le Saîm- 
Esprit, autant les papes mirent de constance à annuler par 
leur autorité suprême les ser-menta qu'ijp ^sôent prêtés 
pomme cardinaux, et qu'on avait cppepdant t^oujoiirs eut soin 
de leur faire renouveler au moment de l^up <90uronn^n.nl. 
Dès l'ann^ 1353, Innpcept YI ayait mèine éfeat>lî, par me 
constitution, l^e scandaleux priacipe qia'apcun engageai!^ 
aucnii serment prêté d^^^^aa^ SP pouvait lipintoc l'aftlorité 
poptiÇcale; parce que les cf^rdiuaiix, lôpsque l'Église était 
I^vée de son pasteur, n'avaient plus d*aiitve autorité ^pie oeHe 
d'en cré^ un no^vew- Ce pfincipe est représenté eoBune 
jqne des lois invariables ^ 1* Église, p^Bsop api^ifistf» i, qui 
écrivait au xvii" siècle ; il est encore ei| i^igamii! oo}ow* 
tfhui. 
Cette constit9tio& esf; fpnd^ t^ i)u sophisme. Pw wporte 

t Bavm^ ém lipfA *Hf* t^''' Xl^;«t llfti,| «(.T, X», ii.8fl. 



• 09 BOmi MGE* ils 

■4 

tfm ttsè^mâimm n'aient pas le droife d'imposer'!» «mait , 
oetei qsi l'a piAbi Tohoitaifeneiit n*» a pas motea^oontrailé 
pw d^ligaiâoa; ainsi ne ToalQt-«n potnl admetine sans omi- 
tfistotiaos, mAiHç è la fin du xv^ fdèele , diaiis la déprairation 
où 1a cour de Borna était tombée, le piindpe kiunoralcpii-aii- 
Iwisaît le pai^npe dn chef de. la religmi. Les prélats «gnalés 
par Ifiars laoûères, lettr piéié et leurs aœors s étaient faavle^ 
ment prononcés coalre ee seandalei Jacques Ammaaatt , «est- 
dînai de Pttiâe ; Beasarion) oardinal de Mîee^ Jean Garrigal , 
cairâinal espagoolv airaisnt^cMstawneBl infeqaéles serments 
prêtés par Paul H avant d'étee pape ; et le dernier s-fétait kn* 
paortalisâ au jreui.: de TÉgUse par sa courageuse et inâbroi- 
U^ oppofitioii à la eonstitirtioii qui de^Kail les annoter i. 
. . Mais I#. sénat des carcUnaux se ressentait des yices de oshti 
qpir^TaU seul le ppuyoir d'en ébre les menbres; il fallait qne 
des papes tels qa0 Paul II et l^te lY eossasit rempli le saecé 
(QoUé^ delenrs^^eréalnres pour qu'on pût vm eminte des 
âectioBS telles que selles dlnnooeat YIII et d'Alexandre Y^. 
i 4^4.— Bile conctevepwsfSGnpuJefii qui s'assembla à la mort 
de Çixie I Y voulut à son tour imposer des conditions au pape 
qu'il alkit éUr^ les cardinaux s'oocopèneat bien plos de leurs 
intéi^ts pemmpel&qaede eonx de rJÉe^se. Us exigèrent atant 
tout Tai^^mentMion ddeuvs propres revenus. Aucun parmi 
e»^ ne devait avoir mcHns de quatre mille florins de rente, et 
<^te somme devait leur être (complétée par la chambre /apos* 
tolique si leurs bâiéfiuses eceléipastiques ne rendidenbpas tant. 
Us. demandaient de plus, qu* aucun d'eux ne p£^t être Imppé 
par deft.cۉasures., par une excommui^tiou ou uu jugement 
eciniîne),.si la swtence qui le condamnait n'était sanetionnée 
par les deux tiers des voix* dans le sa^ collège. UnedjFHMfp 
pins ,impoi!tfuite .^oore fui oelle par laqndle ils limit^eiM; 

< Coardiu. iktpimsi» EpisL 183. -^ntnituMé JMi. JEeel. 1464, Sst^t F* ^* 



SI 6 HISTOIRE MSt IB/ÈPWmQCSS irALIEHlfES 

ImvwmÊbte àtvîn^qliaçâ^.' Le pape fetar ne 'derîate faire lla- 
4;iltie promotion jwqm*àêetpi'ilg fassent réâiiite an-de^ous de 
ce nombre; il ne ponvait de plos décorer du chapeau auciin 
boDiniei&gé denudns de trente ans; il [ne pontait prendre 
qa*an- séol oaidinal dans sa famiDe^ tom ceux qu'il élèverait 
i cette rfminente dignité devaient avoir été reçus auparavant 
doeteôrsen théologie ou en droit, à la réserve des seuls fils on 
nei^aax de rtris ; et ces derniers même devaient faire preuve 
d*une instmction oompétœte. Enfin, le pape devait désormais 
ne gWTamer plus que de concert avec les cardinaux, et dans 
tontes les occasions importantes, surtout lorsqu'il s* agirait d'a- 
liéner qadqne fief de l'Église, ses bulles ne devaient avoir de 
force qu' ratant qu'elles seraient sanctionnée par les detix 
tiers des suffrages dans le sacré collège i. Si les deux con- 
atitntions qui contenaient toutes ces ccmditions étaient deve- 
nues la loi de FÉglise, peut-être la cour de Borne ne se sendt- 
^ pas oondnite avec moins d'ambition et de hauteur ; mais 
sans donte sa politique aurait été plus prudente, et ses chefs 
n'auraient pas donné, par leurs moeurs, le scandale qui devait 
héter la réformation. 

A]^ès que tous les cardmaux se furent engagés par serment 
À observer tontes ces conditions s'ils étaient appelés au trône 
pontil^cal, ils allèrent aux suffrages. Des intrigues fort actives 
et de libérales promesses avaioit dé|à préparé TâecUon 2, et 
les sq^rages se rénnirent en faveur de Jean-Baptiste Cybo, 
Génois, eardinal^prètre du titre de Sainte-Cédle, qui fut pro- 
clamé le 29 août 1 484, sous le nom d'Innocent TIII K Dès le 
jour de son installation, il confirma, par un nouveau serment, 
le tndté fait avec les cardinaux, et il s'engagea, sous peine de 
parjure et d'anathème, à ne s'en point absoudre lui-même, 
et à ne s'en point faire absoudre par d'antres^ Cependant , 

' Dlario di Borna del Moiaio di tfmUtpwtOy p. loti • 



, . W wnfW MB. SI7 

4ès qp'il se.fieDlitiiiU«x afCënm sur Mi^tvAiei il tWHtm flou 
traité et ses deux sermeats, comme eoBtraiva an ilroit ila 
Saiut-Siége^ 

Mçiis lonocent YIII devait la ttave à ao grand nombre de 
traités secrets fiûts avec chaciia des eardiiianx ; et eeitXHsi , 
dont Texécution devait être immédiate, furent (dbaerf es avec 
pUis d'exactitude. Gdui entre les membres du eondaye qui 
Favait servi avec le pins d'aetivité et de «èle était le eerdînal 
Julien de Saint-Pierre ad vincula , qui fut depuis pape, sous 
le nom de Jules II. Ce prélat guerrier avait demandé pour 
récoippense, non des bénéfices eedésiastiques, mais des forte- 
resses. Il en obtint plusieurs en effet, et pour lui-même, et 
pour son frère Jean delà Bovère, que Sixte IV avait fait prince 
de SinigagUa et préfet de Borne. Ce même Jean fut nomtné 
par limocent YIII capitaine-général de l'Église; en sorte que 
le pouvoir et la faveur de la cour de Borne ne sortirent point 
de la maison du précédent pontife. Tous les autres cardinaux 
obtinrent les prélatures et les abbayes pour lesquelles ils 
avaient vendu leurs voix. Les écrivains du temps n'hésitent 
pas à taxer de simoniaque une élection préparée par ces mar- 
ché^ qu'on ne put tenir secret» 2. Hais un panégyriste d'In- 
nocent YUIy en rapportant ces mêmes libéralités, les donne 
pour preuves du cœur reconnaissant du nouveau pontife ^. 

Innocent YIII ne ressemblait pas au pape qu'il remplaçait; 
et cepaidant la comparaison avec un homme aussi odieux que 
Sixte lY ne lui fut pcnnt avantageuse. Faible, corrompu, sans 
caractère, sans vues profondes ou suivies , Innocent fut tou- 
jours gouverné par d'indignes favoris , et son administration 
fut souillée par tous leurs vices. Il avait eu sept enfants natu- 

1 RayntUduSf Annal Ecoles. 1484, S *U P* S40.— * Stefùno tnfuiwoy Diario Ronumo. 
p. 1190.— Lettres de Guid' ADtonio Vespvcol à Laurent de Ifédicb, où il racoote à quel 
prix le cardinal Julien avait aclieté pour J.-B. Cjbo le vote de chacun de fea collègues. 
âpwi Bà9€oi Jvpend, n« 44. T. iv,:pk 7. — > OHoMa paiwino, rue àe Pmtifici. 
p.4d#. 



918 HISTOIRE D» JtiiffpSNJQUIlS ITALI£»N£S 

f^ 4e {NH^n^nte tofuies) €t il dmim le softodile, ooareM 
pour XtgiWf â« le$ jreecMUMâtne paMi^pieineat» L'aloé de 8^ 
fils y que sa petite taille fit 4ésj^oer par le nom de Fraiicee- 
cbettq, âeviut^en^ite la tige des dacft de Massa et Carram de 
)it K^^iftpn Gyba* U&e desfiUe» dlnaocenl était mariée à un 
|mi\gBiev qu'il ebarge^ dea fioano^ de la courl ka «otraa ne 
jooeqt wenii rdledatis Thiatoire i. Ce ne fut plos Tambitioii 
p^ la pasBîpp da la guerrei mais l'airanee, la déhauebe^ et une 
Tonalité. dâ)^¥(tée qui caractérisèrent la nouvelle conr. Inno* 
cent YH{ ùX ppu 4e jsial par lui-même, mais il laiasa toatfura, 
et son indjolence ne lut pas moins fatale aux peB{4» i9«te la 
turbulepice de 9m. pré4éce9aeu?. 

Le roi de Napleç, Ferdinand , témoigna beaueoup de joie 
de Télectiou du cardiwl Jeaa*Bapti»te Cybp; il le regardait 
comme une créature de ^n pève et de.lairmème. fin effet, 
Çy^y qnoiqi^e Génois, a^ait été élevé à la eouc d'AUmee, 
et il avait reçu de Ferdiniind sop premier évéçfaé^ celui d' A* 
jKialpbi K Mais les. papes ont rarement montré de la reeojmoaiB* 
sanpe aux souverains qui commencèrent leur fortune ; aooveiit 
U^ désirant fair^ sentir I^ur i|(myeau pouvoir à ceux de qui 
ils ont dépendu , ou bien ils. se ble^o^t de ce^ que le respect 
ne succède point assez t6}; au top de bi^ip^veilkmce et de pit»- 
tection. 

La haine^qui avait éelaté contre Fecdîoaid dïtns le royaume 
(}e N^plea, lorsqu il était moi|té sur le trône, ne s'était point 
éteinte pendant son long règne* On reoennaiasait Tkabileté 
de sa poUt^oe, la vigueur avec laquelle \l maintaMitaon au^ 
torité, ro|[:dre et la justice qu il faisait observer dans ses états ; 

m^is on X^m^isu^ m i*evaocfae d'une esteèine «latice^d'une 
cruauté impitoyable, et surtout d'une mauvaise foi, d'uneper- 
^die dont ses vassanx avaient été victimes, au^si bt^ (H^ j^ 

< iHartù dl RiMo di Stêfimo Ênfu»wn> p. iiil.— OnofHo tarvfn» ne paOè ffftb éts 
deux atnés. p. 466. — * Baynaldi AnnaL Reekt. 1484, S i7f P* Mi. 



'ârasgerg. Ii*aiiimatité que les îlapolitiiiiis cônservëient dans 
leor cœar contre Ferdinand redcynbla lorifiie son fils alnë , 
Alfense, duc de Galabre , oommeiiça à' le remplacer daas les 
soins da gouvernement. AKonse portait à f eioès tons les vioes 
qa*avait em son père. * Mu} bomine, ditPbiUppe de Gomincï, 
" n*a esté plus oruel que lui , ne {dus mauvais, ne pkis vieieuz 
« et plus infect, ne plus gourmand que lui. Le père estoit 
« plus dangereux, oar nul ne se oongnoissoit en lui ne en son 
« courroux ; car en faisant bonne chère , il prenoit et trafais- 
« soit les gens. . . . Jamaiis en lui n j a^ôit grâce ne misérioorSe, 
« comme m'ont c<mté ses prochains parents et amis ; et jamais 
« n'avoit eu pitié ne compassion de son pauvre peuple, quant 
« aux deniers. Il faieoit toute la marchandise du royaume , 
« jusquesà bailler les pourceaux àgarderuu peuple, et les leur 
" fai30tt engraisser pour mieux les vendre.^ S'ils mouroient, 
« falloit qu ils les payassent. Aut lieux ou croit l'huile d'o- 
• live, comme en la Fouille, ils Tacbetoient, lui et ^ou fils, à 
« leur plaisir, et semblablement le froment, et avant qu'il fét 
« meur, et le vendoient après le plus cher qu'ils pouyoîeut. 
^ Et si la dite marchandise s'abaissoit de prix, contraignoient 
« le peuple de la prendre; et par le temps qu'ils 'vonloient 
« veuidre, ncd ne pouvoit vendre qu'eux i . » 

Gfss monopoles avaient resserré l'amitié et la confiance entre 
Ferdinand et Sixte lY ; ils s'entendaient pour fouler en «on^ 
mua leurs peuples, et faire de vive force un eommmrce ruineux 
pour leurs sujets. Innocent YIII en arrivant au trône fit 
pesser t» trafic scandaleux ; mds en m^ne temils il rompit 
les relations d'amitié et de bon voisinage que Sixte avait for- 
mées ; il réclama avec hauteur le trU>ut pécuniaire que le 
royaume de Kaples devait au Saint-Siège, révoquant la grèi» 
accordée à Ferdinand de convertir ce tribut, pendant sa vie, 

t Métnoitte» de PkiHppe de GomiiiM. L. Vll»^dhipii XW. O^iliotf «t é^ UêmMnt 
pour rHUtoire de Fronce. T.JUa^ 9, 9Mi,' 



990 HISTOIBB DEd ttEMBLIQUlSS ITALIEIINES 

en la préseBtafkm d'une hfiquenée^. Iltéihoigna onvertement 
mot méoontentemèiit de eette maiisoii d' Atagon à laquelle il 
deyait sa grandeur ; il fit valoir la suzeraineté du Saint-Siège 
mt lero^naunie; il imrita le^ barons napolitains à porter par- 
devant lui leurs plaintes contre Ferdinand, et il s^éfablit en 
quelque sorte juge des fifférends entre le monarque et ses 
sujets. 

1485. — Un acte de -violeûce exercé Vannée suivante par 
le due de Galabre fournit au pape 1* occasion de donner car- 
rière à toutes ses prétentions. La ville d'Aquila , dans les 
Abruzzes , profitant de sa foirte pcHrition au milieu des mon- 
tagnes, de la ricbesse de son territoire, et du grand nombre 
de ses habitants, s'était mise en possession, sous la protection 
des rois deNaples, de presque tous les privilèges d'une répu- 
blique ; elle ncmunaît ses magistrats et levait ses impôts elle- 
même ; elle ne permettait point aux troupes royales d'entrer 
dans ses murs, et elle concluait de sa seule autorité dés traités 
et des alliances, mèH[ië''avec les ennemis du roi. C'est ain^i 
qu'elle était alliée de la maison Golonna, dont les fiefs 
s'étendaient dans son voisinage. Cette alliance n'avait point 
été détruite par la guerre que Ferdinand avait faite aux Go- 
lonna , de concert avec Sixte IT ; et comme Innocent VIII 
avait reçu dans ses bonnes grâces cette maison puissante , et 
diwcbait à la dédommager par tout son crédit de la persé- 
cution qu'elle avait éprouvée, les Golonna donnaient à la ville 
d'Aquila un nouvel appui à la cour de Borne 2. 

La famille des Lalli , comtes de Montorio , exerçait dans 
Aquila , depuis plus d'un siècle , et dès les temps de la pre- 
mière Jeanne , une autorité non moins grande que celle des 
Médicis à Florence. Son chef était alors messire Pierre Lallo. 



1 UaynaMi ànn, Eceles. i48S, S ^9 P- 358. — * Une colleclion des hiitoriens orl- 
giiMNix d'AqiAa a été publiée par Maratori. Antlq. ItaU Med. JEvi» T. VI, p. 48S-10S3. 
'■'DlartùBmiùmo dtStefmotnfesaura*p, U9i etii9i. 



DU HOTttl JUSSk Ul 

I<e duo deCMabfiByaywt k desoda de d^^poîUir ^ haljttmi 
de tiouçlepu» privil^g^, jjagMQpateiMble detespliter avattl 
toat ^e leur premieir mdgistnit Alfomei avait oafitpnné à Ci^ 
Tità di Glùeti rarmëe qa*il avait ramena de k gn^rre de 
Ferrare ; il invita le .oomte de Montorie à s*y lendve aupràe 
de lui, pour traiter des affaiiea de la provinoe. Le eomte aV 
vait pas même eu la pennée de noire an gouvernement, en 
sorte qu'il vint an. rendez-vous sans aneune défiance, hd duc 
de Galabre le fit arrêter le 28 juin. 1485 1. Il obUgea la eom* 
tesse, sa femme, à se rendre à Naples, etil fit en nAme temps 
filer vers Aquila dçs troupes, qui y entrèrent par petits déta- 
cheynentSy et. qui se troovènent. maltresses delà place avant 
que les habitants en eussent conçu de la défiance. Cependant 
les. magistrats d' Aquila adressèkrent au duc des instances resr 
pectueuses pour qu'il ea retirât se&.troupes, confonnément à 
leurs piivil^j;e3« Ils les répétèrent à plusieurs reprises, et tou«* 
jpui!S sans succès. ; enfin, le 25 octobre, ils donnèrent ordre à 
toute laboui^oiaie de prendre les armes ; ils attaquèrent dans 
les rues Les soldats ni^politains , ils en tuèrent une partie , ils 
mirent le reste.en fuite, et dédaraat alors* que le roi Ferdi- 
nand avait perdu toute souveraineté sur eux^ pour en av<»r 
abusé, ils se donnèrent à l'Église, sons condition qu'elle pro- 
t^eàt leur liberté 2. 

Innocent YIII ne fit aucune difficulté d' accepter l'offre des 
habitants d'Aqqila ; il prit sous sa protection le comte et la 
comtesse de Montorio; il fit passer, par les fiefs des Golonna, 
des soldats dans l'Abruzae; il sollicita les baipns du royaume 
a s* engager, pour défendre leur liberté, dans une confédération 
gs^érale , dont il voulait être le chef , et il se. prépara à la 
guerre* Bientôt il apprit que Ferdinand , pour faire oubUer 
le mécontentement et l'insurrection d' Aquila, avait remis, le 

* Antiq. ital. T. vj. Cronaca AguUana. S 70, p, 929..-? IfoodUavetti. L*. VUI» p. 4M. 
— * Cronaca àgùiUma, S 73> P« 934» 



292 HISTOIRE D£S fés^WOJMJSfM ttALIlSlfll]» 

16 no^(!BstiÛxi ^ le conte dé Ifemovi» en liberttf v i4[>i^rfttQë^ 
eng^dwft.sesiiitéKètfu Lcipi^.^îflkà^oo tfeiglimfff^ 
te féliciter 9 mai» U. ne lenonga ppiat à see pvéj^Mifji êé 
giierre^. 

Eumèm» tempft fa'Iomeeiit TIU Mlïdtait Jss^ Mmxu» fit^ 
pQlitauur.de prendce.left^rBieftMiitreleir noi^eelté^leli ki^ 
vitaity àKai^es^ à um «sfoniUée de «» pnrleiieÉft^ Tveto 
gxsinds seigneurs walemeiiftosèsreRfc s'j$rouiFer^ fo eottteée 
Fûndi, le duc d* Amalfi, et te prince de Tarefite ; tov» te» àiF- 
très r^Qsèrentrde se mettre entre tel mexEtt daret, ^mmééê 
qae s* il les tenait imefois, il.leavferaittrad^f à tons fa tète'« 
Au liai de se rendre à Naples, as s'assemblerait ebes tednc^ 
de Melfi| dans la idUe de même nom, sons prAi^ite d'asaieter 
aox noees de Trajan Garaociid/Oy sm flis. On ^ dttu» ee 
coi^èa le graad-^mtral du i^yaorne, Ànteme est SÊtk-9i9éh 
rinO| prince de Salerne ; te grand-oeonétaUe» &em éA 
BalzP), prince d'Altamcura; tegrandrs^néohal, Viepee de Gne- 
vara>. mar^nis del Yasto ;. Jérdme SmSé^énmf^ prince de 
Bi^iga^BO } André-Mattliieu AcqnaviiFa). dno d' AtrL^ te dne 
de Metfi, celui de Q[ard«, les. comtes de Lamâa, deMélitev de 
Nolà, et une foide de moindres gentilshommes. Ges.seigiieQ«s 
étaient résolus à ne pas souffrir datantage Tcq^resBtendnnS' 
laquelle ils languissaient. Ils étaient entrés en ocNrrespondnace- 
avec Innocent YIIÏ; ils avaîénît aussi des intdMgences ni^c 
deux confidents du vieux roi, d.ont te duc de (Jatebre étiA ja^ 
loux, et qu'il youlait perdre : Tun était François Cnfi^h^ 
comte de Sarno, gui avait administré, les déniera do »»i. Ains 
son commerce de monopole ; f autre, Antoine PétnM^i^ qu'il 
avait fait son secrétaire. Tous deux avaient amassé à te- eem*. 
de grandes richesses, qui tentaient la cupidité d'Alfonse^. 



1 Lettre d'Ionoceot viii au comte de Montorio poar le féliciter sar le recouTrement 
(te. M liberté; AAnàL icwite». 14M, $ 4i, p. S58.— * maria di Stefano infesmra. T. m, 
P. Il, p. ii9a.«-> Giannone, {«laria cwiU del Regtêo dk âTopoO; fi,SXVttl, ft f, p: «iT. 



09 mon» A0S. iii 

^ CaHm-mf mmnti$nai% le méootttentâtienl 9e toUté la Ao- 
UisBe, m^doola pat que fasBemblée de MeM ii'éMiitlt à nîië 
rAelUoBb* Il'vwilat. done prévenir leê tMikux par la rapidité 
de ses attaques. U tXMDba à TimproTiste sur le- eomté de Nota ; 
ils'MQIMm de tous kt lieux forts, il y Hurprii la femme et M 
deuK fils dtt oomlt, qa'il envoya prisonmers à Nâpies. Soii 
iatention #ait d*éi$raa»rde mèmetai autres mécofitënts atant 
9a*ils eussent réuDî leurs forces } mats la rébellibn, aecâérée 
par eelte violence, ëdata en môme temps dans tout le 
rqsMOBe, ette due de Galabre Alt obligé d'nserde pins grands 
méfiagemeats avec des e&neads pli» nombreux qa*il ne s'y 
était i^Amada. 

Efteore que la guerre eM éclaté, ni le roi, ni ses barons, 
ai le pafpe ne se trouvaient prêts pour le eombat ; aussi l'on 
e^Bmeiifa de toutes parts à négocier, plutôt avec l'intention 
de gagner du temps, ou de de -tromper les uns les autres, que 
deseréooBoHier. Des ambassadeurs de Ferdinand se présen- 
tèrent à la fin d'aoAt, à Fl<M^rce et à Milan, poqr demander 
à eos deu£ états les secours qu'ils étaient obligés de fournir, 
d'après 't9ur tnélé d^aUianee^: Louis gforza, dont la politique 
terlmivie semblait n'avoir d'autre but que d'étonner et dé 
coalonére ses fdKés, évita quelque temps, et par plusieurs 
suMeffages", d'énoncer ce qu'il voulait faix^. Mais la républi- 
que florentine, entraînée par Laurent de Médicis, promit au 
roi une vigoureuse assistance. Elle ^e chargea d'attaquer le 
pape dans les états mèûie de F Église, tandis que Ferdinand 
combatipait centre seisl barons. Sforza s'étant enûn rangé au 
mêffiie patti, ils prirent en commun à leur solde le comte de 
Pitigliano, le seigneur de Piombino, et tous les capitaines de 
la maison Orsini ; et dès le mois de novembre ils attaquèrent 
Innocent VIII^. 

i 

> Sf^one Ammttato. u XXV, p. i69*— »iMtf« u XXt, p. m. 



224 HI8T0IEB DES 'JKfiPUBIiIQOBa^ iTALIBNnES 

la pape, deaoa cAté amt cbercbé deS' attkii^eed eltiaBS le 
reste de l'Italie, et en France. Pour. s*atta^er les Yéaitieiis^* 
il les avait relevés de toutes les censaces. pronoBeées eoixtf^ 
eux par Sixte lY ^ Il avait voulu leur persuader cpie le mo» 
ment était venu de se viager du roi de Naples; .maifi astte 
sage république, à peine reposée de ses précédentes guerres^ 
ne trouva point qu'elle eût d'assez fortes raisons poulr s*enga«- . 
ger dans, de nouvelles hostilités. Elle se contenta de eéder an 
pape son général, Bebert de San-rSévérino, qui passa. au ser^ 
vice de l'Église avec deux de ses fits et ti^nte^deux esca- 
drons de cavalerie ^« Innocent offrit en même temps à 
Bené II, diic de Lorraine, qu'il regardait comme repnésentant 
de la maison d'Anjou, l'investiture du royimme de Naples. Il 
ne doutait pas de trouver ce prince prêt à teoter une entl^e-*^ 
prise qu'il ]i]^eait glorieuse. Mais Bené était alors même 
obligé de plaider à la cour de France contre le testament de 
son grand-père qui l'excluait de sa succession. H ne put ob- 
tenir du roi qu'un misérable secours de vingt mille francs en 
argent, et de cent lances, pour tenter la conquête d'un 
royaume auquel Charles YIII prétendait lui-même ; et comme 
il ne voulait pas appauvrir la lorraine pour une guerre doof 
il n'attendait peut-être pas de grands succès, et qui dans 
aucun cas ne serait favorable à ce duché, il renonça à son 
expédition^. 

Cependant F^dinand avait fait déclarer à ses barons qu'il 
était prêt à écouter leurs doléances^ et à réformer les abus 
dont ils se plaignaient. Ceux-ci avaient nommé le prince de 
Bisignano pour exposer leurs griefs; mais, comme ils avaieet 
alors l'espérance dêtre soutenus par le pape, les Vénitiens et 

1 BuUa Innfic, vm, ai^. Raynald. i485, S 45, p. SS9. — And. Wavagien). p. it^f. -^ 
s M.Jnt. SabeUico. Deçà IV, L. ffl, f. 243.— Dlorio dl Roma del Notaio di BantiporiOi 
p. 1098. — Diario Fenarese. T. XXIV , p. «f7. — 8 phU. de Comines, L. VU, chap. I, 
p. 135, T. XII. IMm. pour VHist, de Fraooe. . . 



DU Horjm AOS. 335 



• r 



le â|io Vipié, fà firent ,aa roi des deiQiWâpB 4|Q'il8 çfigraifq;^ 
eux^méiiD^ aWloment idaçceptables. FcpÛnaàd régbi^d^i 
ga'il é^ p^% à signer la paix aux, conditions que .léfi IfaTona 
prof^saient; et son second, fils^ Frédéric, se rendit à lenir 
aiBembWe ayec cette acceptatioi| |»leinê et .entière. L'extrême 
dÂonnaîrêté deFerdinand,. loin dé faciliter la n^ôciationi 
glaça d'efCroîleA coitfédérés,^ ils Yeconi^i^rent «sèment rinten* 
tkm de leqr maftré^flê tout^ ac^^^r, de tout jorer^' çt de né 
respecter aoen de is^ s^r^Èp 4>,<^Çter li^ paix 

anxcondîtioqs qp*e^-^ei|[}^i^^^ ils offrirent 

la ooqfOQiie à Ffé^!^ ^' Ani^^^* • 9^^^?^!^^ \^PI^ ^1^^ 
pour les ^ur accorder. ,Ge prin(^,aTj^^t j^^iré,^!^ ses T^* 

tas, aptant. de bienmlli^fKpi; et dé rpsp^l, t^j^e ^n^ ifrère de 

méfianoe^de haiue, é*iia7aitétô^)hént|e 

il aurait tans doute saiivé la ipiaison d*Afagoi^^d^^ fiK>rt^q[ij^.la 

menaçfiîi ;. péis . il ne pouTait accepte^ de» prop^iUçns cou- 

pablesi iet il aima mieux demeurer {jnsounier d^^^i^e^^^ que 

dBrég;ner sureuxï.. ' ... [ ' ". , \,' ^ */ r..r.\ 

Le v€i aVait ji^ que le pairt^.np|nbre^|fQJ?i^ f^^ Ijoi^ 
8*il coi^euçait à faire la guerre ,. se détennweraijt ausâldt à 
di|s n^esures vigoureuses, tandif q^a. ^'il continuait à ^é^çic^^ 
le respect pour rautorité royale arrêterait tous feft^effoi^ de 
o^te li^ mal affermie,, e.i ^ discorde ne: tarerait jgas ^ s'y 
iatroduire. Il donna doue à spn ^Ijit-lpiU, j^rdjuand;^ 1^?^ 
de Capooe • une arii^ d'observation , cWgée seulement de 
ccHftenif les rebelles, tandis qu'il i^itl^ gluf {j^ande (ksitie de 
w^ fonees sous les ordres du dnc: de Galabre,, qui wtrcha sur 
Borne pour s'y réunir au cpoite (le Piti^Iiano et eux Orsini, 
siridésparleducdeHilianetlesFloimtins^ •,, 

Aucune action d'éclat ne 9gn(dax^^,g{Ufjri['e;^ 
Ssa-Sévérino voulut s'ouvrir un passagp aip lâ|^Ters,,4^, jetais 



^ GIOJiMoiie, Ulwla eML L. XXVm, c. I, p. 513. -*- ■ fM. p. él4. 



326 HISTOIBB DBS BÉPUBLlQUÈà ITALIJSNIIISS 

de relise pôiir aller se joindre^ dans lé royaume de Naples, 
aux barons qiii Fattendàient. Lé dnc de Galdbre, avec M 
Orsini, ^rif & tâche de Tarrèter ^ tes Florentins; tonjotiiii 
ients à se mettre en mouvement, n'agirent avec 'c[nelqae vi^ 
guettr qtf au commencement de Tannée sniranle. 1486. — 
Alors ils étendirent leurs négociations daiis toutes tés irillés Ae 
rÉglise qui confinaient à leur territoire. Les Ëaglioni devaieilt 
faire révolter Pérouse et y rétablir le goùveriiétbéiit tét>ribli- 
cain; les fils de Nicolas l/ltélliy qui venait de iliobri'r, de- 
vaient, avec leurs partisans, recouvrer la seigneurie de Città 
di Gastello ; Jean des l&atti devait feire valoir les droits de sa 
famille sur Yiterbe ; les iilles d'Assise, Foligno, Mohtéfaîco, 
Spolète, Todi et Orviète recelaient de même chacune un pÂMi 
qui traitait avec les Florentins 2. Aucune de ces conjurations, 
tt est vrai, n'eut une heureuse issue ; mais le )[)àpe qui en avait 
connaissance en conçut une extrême inquiétude. 11 fut oblfgé 
de Aviser ses forces pour contenir toutes ses vilïes dans h 
devoir, et il ne put point donner aux barons napolitains fës 
secours qu'il leur avait promis. 

Cependant les deux armées du duc de (îalabre et de San- 
Séverine, qui s'étaient longtemps menacées, se rencontrèrent 
enfin, le 8 mai 1486,au pont de Lamentana. Un combat s'en- 
gagea entre ces deux corps de cavalerie , mais avec it peu 
d'ardeur militaire qu'on assure qull n'y eut personne ni de 
tué ni de blessé. Comme le duc de Càlabre enleva des prison- 
niers à Bobert de San-8évérino(, et le repoussa du champ de 
bataille, il fut supposé avoir reinpor'té la victoire '. H s'ap- 
procha ensuite de Home ; et les Orsini qui lui étaient dévoués, 
jetèrent la ville dans une extrême confusion, car autant la 
guerre était peu meurtrière pour les soldais, autant elle était 
redoutable pour les -peuples. 



M Motn AOB. 227 

U Ameet de tôM Tétat de fÉglise, la dévastation deé 
eampagHeiif la ruine de la viUe eUe-mtaie, inspiraient d^à ait 
bifa}e Innocent YIII dn repentûr de a'ftre engagé dans nne 
latte an-doMis de tes forées. Après avoir allumé nne guerre 
imprudente^ il n^avait pris ancime mesure pour la soutenir ; 
il se défiait de tous également, et, dans son indécisioni il lais- 
gnil édiapper ses dernières ressources. Iiaurent de Médieto 
angnirata encore son irrésolution et ses craintes^ en faisant 
tomber mifera ses nains de fousses lettres de Robert de San« 
Séfi^no, qià devaient faire apprâiender une traUson de sa 
part^. Les cardinaux (Raccordaient à presser le pape de termi* 
Dâf «ette faerre ruineuse : le seul cardinal de la Balue, comme 
Français^ se trouvait ea opposition avec tout le sacré collège; 
n rsppdait les démardies faites par la cour de Borne auprès 
du roi de France, et il protestait que le pape ne pouvait sans 
désbomiear abandonner une entreprise qui avait déjà mis là 
franw entière sous les armes. Le vice-chancelier Rodéric 
Boifia lui répondit avec tant de violence, qu'on eut peine à 
smpèdier les deux cardinaux de se battre ^. 

FsMfinandet Isabelle , rois d* Aragon et de Castilte» cher- 
diafa^t par leurs ambassadeurs à rétablir la paix du midi de 
l'Italie. La réunion de ces deux antiques monarchies leur avait 
doBué «ne grande prépondérance dans la polîliqoe de T Eu- 
rope. Ferdinand était roi de Sicile, et il avait par conséquent 
un iaJbMlt dnrect à écarts du royaume de F autre FerdinancF, 
soa cousînvles prét^dants français qui pouvaient iâ>ranler sa 
propns dM^aiation. D'autre part, il avait à craindre pour la 
Sidie Finvasion des Turcs, qui auraieiit pu faire ainsi une 
dâvenion à la guérie qfïîl portait daos le royaume musutanan 

1 Haynaidl AnnaL Bceles. 14S«, S 16 , p. S68. — * Rodôrie Borgia s'derii que le Saint- 
Pére De «tevait pas ôcouier les propos d'ua ivrogne : le cardinal de La Salue répondit à oetio 
fiMMè pv des attaques pltts directes encore «or les mctors , la naissaoce e( la foi du 
^ mrén»^ xm mdcrétot tUftagnol. iiéfam ïnfmura, ï>iario Homtm. T If^ P. |||' 

14! 



\ T 



228 HBIOIEB DE$ JUEBUBLIQUm ITALIEHNES 

9!f^i^mf4]&Jf^^^ k«l]6iteientrek]pape et 

fe i]:pi^ 46 J^^tt|i%«i I«'4^4q90#O.Tied(^^Fc^^ de Boxas 
Ti|iK9^^ À ïtp«^ 9(mi x^o^^x.^ »l?lud .tiLidi: îli^lqirept miim par 

paror^t^ ^fdempflt (wp^es^i d'wwplser J^oPrijftédîalion >• 

W ^f^B^^kWfi^ ÇÉgji«Çj|§ teil^t J^^»§l,i«3^f0p ^09 «es 
^|fï;^««55fli>^ j»Wff*PW$iiWF;^^ jWTOWtolfti^e, (l'Église, 
efuKîv^«f.(4'4W%.Ç*i rti?W. tes bs^fPi ittoelleft>qiii «vmœij 
foiî.ftft ï^p^,|ipiïuijagg4filp»w^Çeftv^l$^ 

9?!??^ JÏPî#.?fl»"filî.WÇ^^^ ^-r^gW?^ PftP $«l§ ville.ojQi.ces bar 
irQJ(i^,,fl^w^tj?pçi^.(^ du tribRt qp^'il recoïiiiaissait 

^evpjf 1^^ ffi,(5Qp^nta pap Ae^i^iiner à tons 

jMî^,,^awBS,\a>jq^ ai^ensi^,4ç yçiiir M xewlrje hommage à 
l^^lffti 4].,]efff^]^T^ df resj^.daiis lepirs /forteire$»6s au 
TOlîçiïj4çkflT^_xa^^ 4oBp? çepepdapt poTO firaotS 

de leur sûreté les ]B)i» jd^^llgOR ej,j4e fiasi^te^fe diicde Mite» 
et X?ur!çnt deM^c^^Cç tÇ?tî^tJ[pi tt'*Y,aijt po^M^mmu- 
j^(l^ém^^€fa:^ïil^^ Il ftQût, à RQme^etpjiblifJ 

., fies :deuf , çoWi4?i)iti^ 4eaF?r4iRapd, qoi.avaiept c»tratom 
ayçc 1^, rebelle? fluf^ ?çcr^ coçr^spofii/*^Wv»\étoient 
expfiçjteWQt .oofigi^a, d^s î^iteaité, Anssl^ Feidiiiand, .ao 
;roomeçt Ail res»t, Ifi 3l>pi>,ç, la. floweUe xtei^.sig^ 
de la, paû[^ pour jaêiiev dans le .cœur 4e pe^ sqjetsja lenssiir 4 
T?aR^W% fit-il,arrêtm-,;Françoi8 Çto^ cmi» 4e Sa^Bo; 
Jes jcoçites 4e Çahnpla etde.PqlicasJro m S^iAnUm»JPé^ 
tnicdi son secrétaire, et deux de leurs confidents. Leurs biens, 






A Aos^ïiâlctt Anntû. Vecles. i486, $ i-s, p. $69^-* Stefa^a Jnfe^tii^frû^lii^rt^fim^ 
^.1211. — Mfio delHùUOù 4i i(mtlp<frtp. p. il08.r^iKiifi|^; 
l4»p.MI. ' • ■ • - 



0iiiioiitateQt, dtuni, & trdii oent mOle dMAis;fateat étàtà^; 
ely peu de jours aprèé, on fit ]^rir tout^ èè» f^ridtinmers dttnft 
^e eraek suppIioe& ^ Iie$ buroiis^ l|til hVaièât étô ki jgQett« 
ETee'le roi, se cfareptdambe ttonieikt alAËadbiiûéi iaes 'vtitt^ 
geanees par le tridté de. paii, •<» pemb^èlre' par une wHqMoii 
honteose: de» poiisàiiees ÀDèmes ^ayaiait'gtfaiitMeiirsÉ* 
retë. Le grand aéndehal, Pierre de tkiétara, imbiArat 'dé» dtoiu^ 
kmr de ravilissement bà était tenMsba'palrtivÂtttOK^ 
San-Sévérino^ piinoè de SaleraB, «Anoàlsisaîlt Ifot» Fttrdifiiaid 
poar se fier jamais liAiiypasBaéii Frâoee^ «1^ àptto'de Migs 
efforts^ 31 réussit «ii^n hj.^nmtarixâ t6i%QW<^; lies antrelk 
barons, retirés dans leurs teires, fbrmt méM^ ^qàe^^ 
temps oMore ]^arle'roi^i«i^i)»chefchèraitalof9.àiS6 penba- 
det que leiir eatd»e n'ëtaif potnl; ïa moine quecdllti dit emtUi 
de.Sâ)na.etdePétraoci.<:i •: ■ ' m» ,m'.*1.; ■ -> %{ iu-i^.^ ,'iv 

Cependaiit Ferdin^ind^ après «'ètafe^^assttvë qoé le tM "d^Ës* 
pag»B, ie duo de )Mirànfet Lauréntodq Xédieis; ne^tièndrainnt 
poûjkt la ma&n à Texécatiob de : iefl[ protiessesj' ne tabdâc pias à 
les Tîoler tontes efiCroiitâiicnt^ Jl >fiienti<éi:'«ir:mGlisicte i4sep- 
tembro dans Aqnila^ ce même eomter .delHqnlorio (paf il^atàit 
faitark^t un an auparavaiit,^ muâsn^ldepnîs' s était ièniièh 
rement déi^ àM. Ls.ebnite'ttindM'l Fimprqviite Anries 
soldats d'Bpmocent.YIH'j iliinr tiA aiie^pavtie, el «ontraigÀit 
le reste à la fdte. U fit mettre à Inort rarchididcfe^ (Atef»dlà 
par&'df l!ÉgUsej et représentant du papèâans A^ittf^^eifln 
4 scvniaM;^ Si»ns téitm^ cette :v$Uft èf antoiriténijiale'tv!' >^: 

1^ Iwc^DS: n'éi^biqppèMkt pas longMnpff ^dod plii^lt la. per* 
fidie duwi;tLe^jp/îoeb)lmi op, te^ dtantresiie HO' juin 
^imt» Qfit «Rjèterll^ l^inpeB tf ili^^ et tde iftsigatto^ 
les aies de Hdft: et de Jïurdo, les ^smM&ét Movc<me, de 



* AtmaU NapoiUmi dl Haimo. T. XXUI, p. 398. «- s MimolfU de PMI, de Comtnes 
U iqr, «|M|L: II» p* |W.--* t,8»/lnie Utfèemai Df»h H Jkww. Tr Uf, ^. U^ p. I3i4. - 
*^mkUAmua.Eeckê.i4M6t$i9iP.9if»> h 



986 mSTOIRB D» tt£pem%USS ITALISlfHES 

^ianrja$ de Milita, de NoHi^ et i^nears antres gentils^* 
jboniiiies. On prétend que toas ees «eign^org for^t immé- 
diatement égorgés, et que leurs eorps, cousus dans des sacs, 
&rent jetés à la m&t. Mais Ferdinand, ponr contenir leurs 
partisans j Tonlnt faii« erâre qa'il Retenait tonjonrs ces 
fMrinœs cdmme otages, et il eut srnn de faire porter dhaqne 
jour des provisions à leur prison. Peu de temps api^, on 
arr^ enoore leurs femn^s et leurs enfants, et tous letirs 
biens forent confisqués. La princesse de Bisigmino réosMt 
seole à s'enfoir ayec sa fanitUe. Le roi fit périr en même temps 
Marin Itozono, doc de Soessa, qui, depnis vingt-cinq ans, 
languissait dus ses cachots ^ 

Le roi n'ayant pins rien i craindre de ses barons, se dé- 
gi^ea de toot reste d*égards ponr le pape. Il continua à dis- 
poser, sans le consulter, de tous les bén^ces ecdésiastiqoés 
de ses états; il refosa k tribnt annnd qn*il s'était engagé à 
payer, et loisqae FéTÊqne de Césène fut envoyé par Inno- 
eent YIII anprès de lui, ponr tédamer sur ces deox objets, 
Ferdinand répondit qn*il connaissait miedi ses propres sojeti 
qne le pape, et qu'il savait mieux «que lui qaels tttdent ôenx 
cpii étaient dignes d*avaneement. Il ajoota qu'il ^it sans 
ai^gent, et que d*aillenrs il avait Imnt fait de dépenses pour 
f Ég^, qn*ii avait mérilé de jmnr d*nneptns longue eleisip- 
tîon encore *• 

Bobert: de San-Sévârino sachant tpm le traité de paik ne 
contenait ancnne dame en sa Saveur, se mit en mardie pour 
r^agner, avec sa cavairaîe, le territoire de Yemse , déterminé 
à s'ouvrir un diemin à la pointe de l'épée. Il ayaft ^é^ 
passé Todi et le boncg Saint-S^nlere, lorsque le duc de Ûi- 
labre se mit à ses troasses:; oe doc, qui enconragetA à la ré- 
sistance tontes les villes dont San-Sévérino s'approchait, 

1 &mtumê, itu eir. U ixvm, e. I , p. nt. « * Stt/Ino titfmma» mm apM* 
p. 121t. — BaynaUU iiuioL Eeeles» UV^ ( tl»p, U% 



r 



DU MOYBir AGE. ^3^ 

ÇQQijEnenc^ Jl^i^^tô^ à £Bgn^ des marches sar Ipi, ^esQ BeQr 
tivoglio et les Bolonais fermèrent enfin le passage an ^nérd^ 
^Q papjç, et eelai-ci fut obligé d'abandonner tons ses bagages 
et la plus grande partie dé son armée, tandis qu'avec cent 
chevau-légers seulement il échappa à ses ennemis et rentra 
sur le territoire de Venise ^ 

Jamais le Saint-Siège n* avait fait une paix plus honteuse 
qae celle gue venait de conclure Innocent YIII. Sans avoir 
éprouvé aucune ^ande déroute, aucun .revers qui pût mo- 
tiver tant de faiblesse, il avait sacrifié le général qui était 
venu à son service de T autre extrémité de Fltalie : il avait 
abandonné tous ses engagements avec Bené de Lorraine et la 
cour de France^ il avait fait traîner dans les cachots et périr 
dans les supplices des hommes qui n'étaient coupables que 
pour avoir soutenu son parti, et qu'il s'était engagé solennel- 
lement à fléfendre. Il perdait le tribut du royaume de Naples, 
et la présentation aux bénéfices, que le Sàint-Siégè distri- 
buait auparavant dans ce royaume ; et pour comble de lionte, 
tous ces outrages lui étaient faits en contradiction ouverte avec 
un traité solennellement juré, et annoncé à toute l'Europe, 
sans qu'il osât en témoigner aucun ressentiment, inno- 
cent YIII qui fit quelques faibles tentatives pour se faire 
payer par Ferdinand, n'en fit aucune pour sauver les mal- 
neoreuses victimes de leur attachement au Saint-Siège. Il 
n'en conserva pas moins des relations de bon voisinaige avec 
le roi dé Naples; il n'invoqua point la garantie des média- 
teurs du traité de Borne, et bientôt il se jeta entièrement dans 
les bras de l'un deux. II sentait sa propre faiblesse, il avait 
besoin de trouver de la' force, il désirait être conduit et se 
confier en aveugle, et il choisit pour son confident et son 
goide, celui en qui il venait de trouver F opposition là plus 

^ 8dpkme âmmiraio. L. XXV, p. i76. — M. âmU SabelHeo, D. IV , L. ni , f. S4S. ▼. 



233 EISXOIBB DÉS BÉKiBUqiIBS ITALISniIS 

yig«lfêàn : ttmieài. àsité^m, ttSM^ lé sùmor de Pfer-' 
dioanâ^ " . . ' ' ( ■■.,':_ 

Ce cbef câèbre i^' U répabiiqne floraitine aVak rebeoiià^ 
DD jnete miécontciiteiaeDl dàns.le conseil méine dès ^^aitte, 
cpill' avait créé, lorsqu'il avait tooId engager Florence à se^ 
conder Fen^nand dans une opprésàon injuste, et à ^e bronîller 
arec rjË^lise, dont l'inimitié était tonjours redoutable. Son 
histimen, Valori, assure qbe jamais il ne déploya tant féto- 
gncmce, que dans ]» discours qui persuada ses collègneBi. 
jamais anasi il n'avait en liesoin de plus d'artifice que dans 
cette obcasiDa, où il yonlait faire sacrifier Tavant^ comme les 
principes de la répnbliqàe k son intérêt personnel. Laurent 
réassit à procurer à m famille' l'amitié (te Ferdinand en M 
rendant service, et celle d'Innocent Vfll en l'intimidant; 
mais' ni inn ni tantre n'étaient les vrais alUés que devait 
déàrçr îlorence; ni'fnn nî fantra ne ponvaienlproinetlre 
d^ la constance dans leors affections, on de la sdite dans lenr 
jwlitique. Florence était'cfécbue de sa grandeur depnik qu'elle 
avait abandonné le s^aUsmedes Albizzi, et qu'elle ne. faUait 
pins cause commune avec tous les ^iiples libres. Les Médîcîs, 
iiumiifc& de n'être considérés ilans les autres répnb'Dqoes qoe 
éôiaùne de sim'pliea citoyens, manifestaient de là jalousé contre 
Denise; ils inspiraient de la défiance à Gènes, & Lacques c£ h 
Soime; ils mettatient enfin tont leiij' art à maintenir un esprit 
de.riTdii£ entre leur patrie et les villa ifcres. D^'lprsFlo- 
rencé.'n'éat jpTàs de partisans héréditidres dans le rçsie de 
l'Italte'; ' '" ' e son alÙahcé dépendait des. inlrigûeé 
sécr^ !< ii';élie i4it wiabte comme Irà liitiârèti 

oinvm À s princes ; ceux qui soufraient pioor la 

cuue'là' n'éâi^ient idiiB asçni^ de ses secours; 

la^amù'^ é songèrent plnîs dès lors à veiûr à son 

■ VUh te (Îm ImvMii. ^ u. ir- BAfcM . «f» •/ MMW. A WM. T. n, «h. VL 
f.n. 



uâe/qi^aafÛAi q^ sentiniiii èoÀtfift pàif «^ lij^ 

fvSnp ' ^ 

' La Tïitiitè de ïiàumit de ttâlids, aa Gototraîré, a^it flattée 
bbtâi liés fois qa*U^traitait aVee des princes; FerdiÀand avait 
pour liaâtbm les égards réserVés ani soave^ins. Son flisPierre 
^t aloeaeilli àvee bien plni de respect, aiox nécèà d'Isabelle 
JTAragon avec ïèan ûûéàz^ qae lés ambassadeurs de la i^pa« 
bUqaen limoeént YIII , de son bôté , ne s^alIiàH J^ <1 FIo* 
renoe, mais aiix îlédicis. Son Û% ÎPraucâicbèttb CytKi/époiite 
Kadeleitie, fille de Laurent et deChtrisiie Orani. Clalrisse fut 
i cette oocasion reçue avee pompe à la cour de Home , aàssi 
bien que son père Yirginio Orsini, qui depuis ' te tommen* 
eement de ce pontificat avait étié en gderre avec lé Satnt-Srégc : 
tons les Orsini, qtÀ avaient été persécutés avec nfcbaràetnc^t, 
forent rappelés àla faveur et à la tonto-piiissàncè dani Some. 
Enfin, le pape promit; au frtire'dë sa bélïe-fille, aa second fils 
de Laurent de Medicis, un cbapeaii'de cardinal. Gelàï ^ptit la 
fortune ëommençdit ainsi devait être un jour le pape Léoii'X; 
alors ii était encore' enfant, et jamais la première dignité' de 
rÉglise n'avait été obtenue dans un ftgè atissiteiidbel' Le ma- 
riage de Francesdiettip Gybo et dé Madeleine dé Médici^në se 
célébra q[u*en novembre 1497, et là 'cdnéécràtibn dé ^eUn' de 
Médic&'fiitdifféréejùsq(à*Âico r4i62^. 

Laurent dé Hédi^ était' à peiné récblÂilié aveti Y^Ë^^ 
qu'il rendit à' Innocent 'Tlïïn^ service émihént en 'tënhmÎEin^ 
houiiintblément pour lui unie petite guerre, qui inéâà'^it^d* être 
sm^ie^dé grands désastres. Là ville dOsimo, dans l'a Marche, 
avait éprouvé une révolution, à la suite de laqiièlié cHl^e avait 
seooàé la domination de rÉgfisè , et BoeôoUno Gozzoni , l*un 



Mefim iR/iMfHra. T, ui , P. U » p. 1211.^-. martôdi mm M KouOê <U nmtiportOn 



-•^* 



^4 HISTOIHS DES H^PpUfJOQpVS ITALIENHBS 

de ses dtoyei^, s'en était fait déclarer seigneur. Ce ije^t 

'verain , abandonné à ses seules forces , aurait été aisément 
ramené à Tobéissance envers le d^ apostoUqoç ^ mais vers 
le même temps , Bajazeth II y demeuré vainqueur dans les 
guerres civiles des Tnrcs , avait repris le desséip de pénétrer 
en Italie. Des poignées d'aventuriers mxisulmans ayaieat fait 
plusieurs ^soentes dans la marche d'Ancdne ; ils avaient es- 
sayé de surprendre Fano, et ils avaient trouvé , dans les états 
du pape, des corresjpondants et des partisans , comme ils en 
avaient trouvé dans cenx de Ferdinand i. Boccolino, ^ui ne 
pouvait guère espérer de former des alUances en Italie , fit 
offrir à Bajazet II de tenir de lui la ville d'Osimo en fief ; il 
lui envoya son frère à Gonstantinople, tandis qu*un agent du 
sultan vint à Venise pour suivre cette négociation. La ville 
d*Osimo est située à quelque distance àja .rivage, et Inno- 
cent YIII j pour supprimer une révolte qui pouvait avoir 
de si funestes conséquences, avait envoyé immédiatement 
dans la Marche le cardinal Julien de la Bovère, qui javait 
coupé les communications de Boccolino avec la mer. II l'as- 
siégea ensuite dans Osimo, place assez forte, et qui se défendit 
avec vigueur : si la garnison turque qu'on y attendait était 
entrée dans ses murs, il est peu probable qu'on eût jamais pu 
chasser ensuite les Husulmaos du sein des états de TÉglise^. 
Laurent de Médlcis interposa sa médiation pour terminer cette 
guerre dangereuse : il envoya f évèque d' Arezzo à Boccolino, 
et il lui.persnada de vendre au pape la ville d*0^imo, pour la 
somme de sept mille florins. Boccolino vint ensuite à Flo- 
rence , QÙ il fpt bien accueilli; mais, lorsque de là il se ren- 
dit à Milan, .il fut arrêté à son entrée dans ,cet|^ j^ernière 
ville, et pendu sans jugement, et sans égard pour la pro- 



* ROMo^r IÀf)8 ofLorenw. Chap. VI, p. *$«. «^ * SUfano tnfnsÉam IHêrto Uomimo* 
p. ms. -^ Marin Smmo, fiu û^ DucOl p. iUL-^haynaU, ânnàL ÊSxi: i4é9, $ Si; 

p. STl. 



M MOT» AOl. 235 

teetkm de Médicis, m pent-êlare t^réa ta OMmtenee fleèpèle ^ 
Il m rottait pLoB en Italie d* wtro gaerre qae celle e&tre les 
r^mbliquei de Florence et de Gtees; elle n^ayail pmiit été 
terminée j[Mur le traité de Bognolo, en 1484 ,* elle ne le fut 
pojiit par celui de Borne eo I4â((. Le premier avait laissé 
Ma Florentins le droit de poarsmvre f^ les armes k restitu- 
tion de SiTzane, qu'Augustin Frégoso leur avait enlevée : 
dans ce but ils avaient pria à leur solde le eomte Antoine de 
tfardano, et Ruiuccio Famèae, et ils les avaient envoyés dans 
k Lnnigiane, dès le mois de a^tembre 14842. 

1484* — Gênes se trouvait alors avoir poor doge ce même 
Paul Frégo90, son archevêque, qui s*étaii assis deux fois, en 
i464, #«r le trône <kical, et qui s'était voué à la piraterie, 
loraqu*!! avait été forcé d'en desèendre. U était rentré dans 
tt pairie, en 1 479, avec le reste de sa famille. Son neveu, Bap- 
tiste, avait été décoré par Siite lY du chapeau de cardinal, et 
d)(u^ du oommàndemeut de la flotte envoyée contre ks 
ïura». Mais ni ces hCHmeors, ni le rang qu'il occupait dans 
l'Éi^Use et dans sa patrie, ni le crédit qu'il conservait sur le 
doge Baptiste Frégoso son iae«en, ne suffisaient encore pour 
satisfaire l'ambitieux archevêque* Il accuaa Baptiste, auprès 
des obefs de sa fiiction, de dureté, d'arrogance et d'injustice, 
il prétendit que ce doge était «n n^ociation avec l'empereur; 
pour lui soumettre Gênes, et la tenir ensuite en fief de lui ; il 



*8(igf^no Jn/UMuni* p. lUT. ^ Boyiia/iL annal, K9eU$. i4t(l^ S Y, p. 181. 

11. RoMoë a prouvé par la pQblicaUon d'une lettre de Laurent A l'ambassadeur flo- 
rentin A Rome , que son héroa s'était employé avec léle A faire lanir par le pape , au 
moim Ivttga^à l« ilatB «In ts août 14», les prow w aa i faltos A Bocooiloo. (iKpiiir. p. it2« 
Àppend. p. 140.) Mais il ne deyait pas s'en prendre A moi du soqpçon queJ'aTais incl- 
deinmenitlaiisé peser sur HédielB ; les paroles de l'annaliste de l'Église llneulpaient bien 
davantagfB. Ad arui confugiendum fiiU» Itaqm Laurentiu» Hedieeut, etc... Qidbtu de- 
UnitHs ÙleeeM» tynmmu ad Laurenthan FtorenUcm perrexit , uM Uutte habUm est; 
û*MÊMêkm껧i «n» tfMit aeeMw... jteMo jwttfiMp eotum spca Moa; prMNio, iilnii- 
faM iMpfNdto alfê€bÊ» ctf . ftayiaid. tWli S T.^li«- papian ««naartria 4iir ParekAfetda 
Vatican , ifue VaAnaliste die A l'appui de an rédii, ae font pas aoeaisiM» pou moL 



818 BISrOIBS DK.ttiifliWfiiQrai- ITALIigniES 

BdnAtoeidê faotimx â m «rdrai^ ot ié d«g»^l80à*«M«iiétk]it 
Tend liû reMtdi» «Tîsitè j^ l^«ridlMiècbé^'>le a&'ïcwinbii^ 1483^ 

âe dëptiser la eoQn^nofe doèale^^iet îl^néi ki imôit ftffmbéirW 
fft'iq^rte'ifètre faitUv]wlefaM»iel1#Aiitér^^ 
PaQl FrégOBo ayant asBemUé ttâ oMiéâlrde «iDift^'OMto^^ 
teycaBy M fit pgocliûp«r doge de GéqeS' par leots tetfMges^ V 

CecM de faotieua^ habile et wtrépmutt^'Iétait iki 4m 
plus redoutable» adTeniiretf'gpie'leaSlor^tiiW'piiM^ 
GOBtrerdam-leiHrs^iitDqprise «w<iSai»Aae.'€e >à*éta}t j^iÉi à 
AugdBtia FMgèMseol q[a'i]> de^ttitdlqpaterf la petite ViHe 
dont ils rédamaient '- k soaverâ&eté, -iBaift ""'eâi dege, «él * te 
même temps à k Jbattqtie de j^tttî^ieeit^. 4ktte eoiDJuigiii 
de oommeMe -, aoui prétexté d^admiUititc % 1 9e?eniia dai 
cr^àaeimi de'rtftal:de Gétiei^,- aftaii im gotnrchàtàfièi^ ^repré- 
«ebtatlly on trésor^ une araiiéeèt im- sj^Btème de ^Ubevié et 
d'adnimistratiûabien mpâîeai' k ael«d de k irépcdHiqiie'aa 
liiSka de laqaaUe elle était-iiirtitaées.. AngfutoFv^goBbi 
qui ne s'était pa» senti assez fiort peni* défendre seul Séâatmef 
imôteédéà <ette lNmqae«toaS:8esd[ioîië/ 

La jMiàqàe de gaint-Gooi^ possédait ëgakmbdt lé iàrt 
joh&teaiide Piétra^Santa, i}m eedimand^ le passage de k I^ 
nie^iiieç iseà ^^(Mèaâxk de Morââee A Sarzittié^Ce^bàiléaii «et 
situé dans une plaine fertile, couverte par des bois d'oliyienii 
mais re0sm^<mtrel0s^tnof^tâgn|^ la tner. Lâs eatt^'qm 
ne peuvent j.troayer . m éoôqjieinent ^iujpSwit ^ y £o|^qènt 
cpidiques maraiB qui rendent cette eampagne très mat- 

>ame. Piâxa*^ aT^il ^ baiie au im* ^ijée^ par on 



tJKptiite BrégCMo 4i écrit liiiHnaaftnMiloto64e cette rèroteii»»»! gwite iiMM i p » 
:«riBiiM et dei tIom hoBleiiz ^ ipn eiiele« dane wmâifTû.De FouU et Dietk.mifaM' 
.Mtt.frfifb€rëFoMct.L. Xl,p.0M.^40^ mustMaU ÀmuUL L. V, f. Hl, F* -<* A 
Mzonv, ai«t# Omtceiif, L. XV, p. SM.-: t /Tic* JHiCiMmeftt«l«lir«L. VIU»p.i98. 



bOJcppB^ «mane sam 

daj^^B^iii}^ l^m^ie^O jgliep^:%^^l6$.<}<^iioift4 neiroulaieiifi pas 
<x)pœcfi9§r^^^^ W altaqnantioette <(^rtafie^e. Mm 

un coiiTCN^ , ffi^ ibi^ai^t eacorlé^ qu'iSisnon^ofaieiit àlettr'ah^^ 
m4e, et qql ]^i^nuû|;; ck^ ks amr» <tepFietraTSaiitta^ fat pillé 
par la ga^^Dîwm. ])^ lors ik se erareat en droit' d'assii^ger oa 
chftteaii) et )a guerre an Uea de «r'étcejdirigée^ftte eonfre Aq^ 
gustin FrégQ3f, deviiit p«b)iqQe eutre les ^x états^ Les 
GéïKMi» de Içnr oftt($, envoyèrent Gonstafltiut Doria, avec nnè 
flofte de dix galbes e^ ^pia1a?i^Tai8se«ix rends poiiv porisr le 
ratage à liToame, à Yack), et snr toutes les eAfees de Tosetme^. 
ie mAu:^. jiir de PiétraJ4Saiita raidit très, meurtrier le 
si^ de cette petite Tille, qui avait été ratreiNri9 dans la saison 
d^ fièvres. Il y avait e^ pea d'actions miHtaiim, lâs batferiéB 
^'étaient pointeneo^ p^iitéesdevant les mnrS) elt dé|à lestrcôs 
eq^i^nes des Florentms^ les comtes de PMgUano et de Map- 
eiaiio, et Banncdo l^rnèse étairat malades; la plupart de 
le^t^t SK^dats éjt9içnt bors d*état de faire, ammii serriee. Ils 
.étaient sur le point, le 10 octobre, de lever le si(£^?, ij^rsqifiB 
les FJotetitins envoyèrent à kar armée des renforts .eoDS^dl^ 
ral^, avec trois noavefinx commissaires. Genx-ci s^effoeoè^ 
rent de faire comprendre anx soldats qae, ûàm tût. c^mat 
jàimA et fié^vreux , Tantomne était bien plutôt la saiséa de 
ecmimencer que de terminer la campagne. Ils les engagjarent 
d9qa4jdemeqrOTenoared0vant Piéà*arSanta, etles 21 et 32 



* Ifie. MaeeMovetU. L. VIII, p. 4SI. — Sdpione Ammirato. L. XXV, p. las. — /. Miph, 
SrufL L»>Vin« p. 199. ^9 VberH Féttetœ Qènueiu. Bku L. XI , p. 651. ^ P. Bizarro^ 
!•* X?« p. va^'^ àgfM» e^MoKA ÂHMà, U V« f. 811. -^ > 5c4>tone immiralq. 

L.XXV,p.l«8« 



338 msTOiBS Dm ftirajbLtQtJifiè tTAtmiiËs 

octobve^ ils les eéttâo^rireiit à Fattaqaede deax rràdiites qn'ftl 
ailevteent, roue au SaUo àlaCérmm, l'autre dauslatallée de 
CùTvara. La garnison a? ait jnsqii' alors conservé one commit** 
nication avec les montagnes an moyen de ces redoutes. Gep^^ 
dimt le comte de Mardano fut tné dans une de ces lattaqueS^ 
les trois bonveanx commissaires, Gniedardinî, Gîan-Fîgliazzl 
et Pucci, forent attefaits par U flètreiépidémiqne, et l'on fdt 
oUigéd'en envoyer on nonvean, Bernard delllérè, pour les 
remplacer. Il arriva an camp le 2 novemlm; la garnison éttSi 
d^à aux abois; un assaut ta% Hvré à k place le 5 novembre^ 
et tes Florentias demeurèrent maîtres d'un bastioù. Alors Lau- 
rent de Médieis, qui ne s'approdiàit gnèHB des camps aussi 
longtemps qu'il y avait quelque danger, accourût à câlii dei 
assiégomts pour recevoir la capitulaliDn de Piétira-^Baâta ; die 
fiit «gnée le 8 novembre ^ 

Les Florentins cependant avaient pris à leur aolde ifix-hoit 
galères catalanes , «eus les ordres de Requesens et de Y illa<- 
Marina ; ils avaient formé un parti parmi les ânigrés génois 
ennemis de Paul Frégoso, et ik voulurent attaqiser ce doge 
dans sa capitale. Bernard éd Méra eut beaucoup de pAne à 
tenir réunie F armée qui avait pris Piétra-Santa, et qui étaft 
affaiblie et déconri^ par des maladies tocyours rmiâfsbantes. 
Il se pr^Nirait cependant à continuer la campagne, lorsqu'fl 
apprit que les émigrés géimk avaient été défmts le 22 décem- 
bre ; alors il céda aux sdUidtatioàs de ses soldats, et illes mit 
en quartiers d'hiver s. 

1 4Bô. — Louis^le-Maure, régent de llijian, et k pape, of- 
frirent aux deux républiques leur médiation : ik pro|K)sèrent, 
ou de laisser aux Génois la possession de Sarzane, et^éiox Fi0«- 
rentins celle de Piétra-Santa , ou d'échanger ces deux pkces 

T. mzarro. L. XV, p. gtf* -ig^i* 6|N«0aM«i« Vi Um..^* Scipitm mmtm»^ 

X. XXV, p. IW, 






l^hne contre Taiitre, poar que chaque république i*eiitrftt dans 
8ë8 andeiiiiesi propriétés. Les Génois, dans la première stlppo* 
Bliion, demandaient que les Florentins évacuassent SarzanellOi 
fdrtéresse bttetiatitè à Sarzane^ quMIs posëédaiettt toujours. 
Cetii-d ne roulaient le ftire qu'autant qu'ils seraient rem- 
boursés du prix d*a<ihat qu'ils avaient payé à Frégbso pont 
toutes deux. Ces prëtentiotis, quoique opposées, ne parais^ 
Mèût pas bien diffidles à accorder; aussi, pendant tonte Tan- 
née 1485, les hostilités demedrèrent-elles suspendues, d'autant 
plas que la guerre de NapTes et de l'Église attirait d'un autre 
côté rattention et led forces des Florentins ^ Mais les nou- 
velles n^ociations entamées par le pape furent infructueuses; 
te trdté signé par son entremise fut rompu, les deux peuples 
s'accusèreùt mutuellement de mauvaise foi, et dé nouveau ïh 
recoururent aux armes ^. 

1487. — Vers la fin de mai 1487, les Génois surprirent là 
forteresse de 'Sarzanello ; mais ils ne purent se rendre maîtres 
du ch&teaa où les Florentins s'étaient réfugiés. Florence en- 
voya en hâte tous ses condottieri sur cette frontière : c'étaient 
le comte de Pitigliano, le seigneur de Piombino, celui de Faenza 
et les Orsini. Leur armée rentra le 13 'avril dans Sarzanello, 
à Xeàn-Loùis de Fiesque , qui commandait les Génois, y fut 
fait prisonnier avec un de ses neveux^. Pitigliano entreprit 
aussitôt le siège de Sarzane ; il bfttit trois red))utes entre cette 
ville et la Magra; il ouvrit une batterie de huit bombardes, 
^i fit au corps de la place une brèche praticable, et il allait 
ordonner un assaut, lorsque Laurent de Médids, averti que 
les habitants étaient sur le point de se rendre, accourdt pour 
recevoir leur capitulation : elle fut signée le 22 mai 1487, et 
îarîtiée victorieuse prit l'engagement de respecter lés pro- 
priétés des bourgeois *. 

^ ^^ione Ànmirato, L. XXV, p. i6Y. — « iM, p. 17S. '^VbefU rùUetœ. U Xl« 
P« m,«. s ScipiOfie 4lillll|r«(0. L. XXV, p, t7«« — * IbU, p. 179. -« Và9HI folHttk. 



S49 BBionui i>î# sfs^usfiffpii^^ trALiEBrifss 

la tenni&er par une bonne pais^ Laurent de Uiédida w laissa 
oa^un millier de soldats à Sarzane , et il s'unit à Ixmia^le- 
Mapre pour décider. Paql Fr^;aso à f^oqnfiçttre de wayw^ 
fiénes an ;due de J^j^.iQnc^^ V Âge ^ancé 4n i^anjiipjil Fré- 
goso oçHBmençàt à cidnieir .sça pa»^na>, la dopl^e dîpiité 
d* archevêque et de d^ge n*ayût pu te f4^ rfnonc^r au jcaroe- 
tère d*^ c^ef de fiitfjfiix* Son fila; natai^l Fc^pi^Of mar- 
chait , comme lui, entopré de han4Hs fçeQuluinés ikpjm&t 

toutes!^ lais. pwr satisfaif)e #ea^|||djr^ ,^é|ii^vi(^^»^<^ 
despiii, nouveUement ijQa|iti;ki.à;.GéW c^ dés- 

onUirçs, avait fait arr^Tbp^9i|aFjri$gf^ Le carfljinaly 9[a «op 
filSy.p^epant la défense de,leurp^eoty,fijreiit assassiner Angp 
Gi^^|ildi|.jl*im 4es décemYÛSj.etlobie Ijoi^^ Ennoiéme 

temps ils «itrèi^nt en] traité avec Loujb^le-Maiv% pour loi 

fomn^ttre i^Cf a<^ Pf^^ ^ff^^Wi 4 ^U^P> accordées 
;ayeC|l^)içliiçi|^,ds ^an, s^^X ii:S9|iTen|;,tvio),ée99 «nais ils cher- 
chèrent dws cet aeçpr4^;^^ garantie Kour l(BQur,faimiUe"qn'as 
ne: pouvaient tronvev pofir, l^ur pati;ie. I^^fijlïe n^nr^Ie du 
dernier duc, Glaire Sfona, vedye de Pierre 4el Terme , fiit 
donnée en ma^ag^ à ErégqnîsOy fils .de Tardi^^ife; leuis 
poc^ f curent câéhrées avec qn faste royal à Hilan^ an mois d^ 
juillet 1487,. en pféseuf^ des jui^baf^sa^eç^ de la république. 
Ainsi, laliberté de Gèn^ al|a^ .être sacrifiée par un marché 
hontcpi^ aU'Otfu^iage 4^^^ 

Maisl*al)ûipçiB.<te Paul ]B'r4g()so avec le duc de ^an exdla 
la défiance de ,todsl^ Cretois, et le» ennemis du dpge profi* 
tèrent de cei dispositions puhjiiifuès pour se i^éunir «contre lui. 
Iblétto et Jean^-Lquis de Fiesqn^ deux frères qpx avaient ^'- 
tribué à sa grandeui:, se préparèrent à aj^attre Tidol^ qu'ils 

L. XI, p. 6S9. « > Vb, Fottetœ BUU Genveta, L. XI, p. «S4. — s Djofto del *Motulo ai 
fiantipario.p* i|05. '^BanhoUSmatenof Commenude rebui GcHuent» 7* XXIV. sur. 
ital. p. 518. 



: 00 mon» A6B» 241 

^tdèst âevé : ib s'adressètent à ^ptirte Frésoso, qae le car* 
dioal, son onole, reteDaït en exil àam le Frinli, après ravoir 
trahi et cbaasé da palais ducal doq ans auparavant. Î\b s'a*- 
droBsèrrat aussi à Jean et Augustin Àdomo, chefs de la fac- 
tion opposée, qui vivaient à Selva dans la retraite, et ils con^ 
.vinrent avec eux du jour où ils attaqueraient à 1* improviste 
le doge qu*ib détestaient tous ^ 

1488.—' Jean^^Louis de Fiesque s'enfonça dans les mon« 
tagnes pour, armer ses vassaux, et joindre à leur troupe tous 
les soldats vagahpnds qu'il pourrait re<»ruter. Ibletto, diargé 
de diriger des rassemblements dans les faubourgs mêmes de 
^ènes, cacha ses intrigues sous, l'appareil de festins conti' 
nuels,^ d'une dissipation qui frappait tous les yeux. Le doge 
le fit interroger sur les soldats qu'on voyait autour de lui. 
lUetto répondit que c'étaient d'Midens compagnons d'armes 
qû profitaient de ce que l'Italie entière était en paix pour 
venir passer, dans la joie quelques jours avec lui. Cependant 
r inquiétude que PaulFrégoso avait manifestée fit comprendre 
i Ibl^to qu'il n'avait pas un moment à perdre. Le même 
soir, au mois d'août 1488, il surprit la Porte-aux^Chèvres, 
près de Saint-Étienne, et il s'y fortifia avec une centaine de 
soldats; il fit en m^e temps avertir de son entreprise tous 
ses associés, et il les fit prier instamment d'accourir aussitôt 
à son aide. Paul Frégoso crut devoir attendre le jour avant 
de venir l'attaquer; il ignorait et les force» dé son ennemi et 
les dispositions de la ville, et il ne voulait pas tirer^ des sol*^ 
dats de s^s forteresses, au risque d'en affûblir la garnison, 
au moment où Ton songeait peut-être à les surpi^ndre : ce 
délai assura le succès des conjurés. Avant le jour, Jean-Louis 
de Fiesque entra dans la ville avec la petfte armée qu'il avait 
rassemblée dans les montagnes. Augustin et Jean Adomcf y 

s Barlh, Senaregœ Comment, p» SU» — Vbert, Fottetœ, L. XI, p. MS* 

▼u. 16 



242 HISTOIBE D88 HnmUJQUBft ITALIENNES 

antoèreat de kar eèté^ avec tonte leur ftatien depuis long^ 
temps ^primée. Baptiste Frégoso n'avait pas héâte è s*idlicr 
avec ka pins andeDS anneBiis de sa aiaisan, pour se wenger 
^h perfidie de son ciicle. Lenr anoée éteit d^à isit :sapé>- 
Tîeuce à. eeUe dn doge; au point dnjovr elle Tint TsMafoer 
an palva-pnldie ; et PanlfTeccmnaissant trop tard^ne le dâai 
d*ane noit avait causé sa mine, s'enfuit avec son fils dans la 
eitedeUei tandis 'que soil ami Paul Doria retordait la marche 
des assaillants pardbs propositions artificienses, et le éécof 
Imt ainai an poignard de Baptiste Fr^joio, qni ne nBapimot 
^e vengeaiiee K 

^ Ijesemieaiisda cardinal 9 midtres du palais publie, dior*- 
ebètient à donner une tant» nonvdle à la répnUique. Us ne 
voulurent pas nonmier de doge; cette dignite suprême urait 
lévmBélarivalilé des AdoRii et desFregosi; elle anniit aussi 
mécontenté: les Fiesquesi fiie leur noUesse exclnaît d'nne 
ma^tratnré populaire* Le sénat choisit donc douze eilojens, 
qu'il nomma d'abord capîtakies, et ensuite néformaleinrs de 
la république de Gênes. Les eheb des deux factions popu«» 
laires, cfUE de toutes les. familles noblesi et ceux qui, è^nl*^ 
que titre que es fèt, jouissment de la conftanoe de knri 
eondtojena» se taronvèr^it réunis dans ce nouvean conseU^» 
Le preoûer ordre donné par œs magistrats Ait odœ d'at? 
taquer la forteresseu Le cardinal ne s'était pas contenté de 
l'occupa; fl avait anssi logé des soldats dans les mainans 
voisines, il en avait chassé les habitents, il avait coupé hû 
rues par des barricades, et il s'était mis en étet éfi mmiaàc 
un siège qui pouvait être long« Les coad>ats livDés.airinnr de 
cette forteresse réduisirent Ciênes à la {dos effrayante déso-> 
lation. Chaque pidaîs était à son tour attaqué et défendu avec 
de l'artttlene; quand l'un ou l'antre parti élmt eUîeé^de 



1 Batth. Senofegct De rehut Gtn, p. 5t5. — lOberL FoUetœ. L. XI, p. ass. •- * Barik, 
Senareçœ, p. sil. 



BU MOT» A6K. 243 

t'éraeaer, Û y mettait k feu en se retirant; sa vâbmi^ 
«iMBl^its et de rtneeiidie, <m iroyail les habitants, les lamnês 
€t les enfimls dispster an soldats qui les pillaient leors 
meoblCB et letà^ rtebessei. Chaque jear la dévestatiott s'éleà* 
dâit plus loin ; et oette o{ya^te dté y n renommée par sa 
ttagnifieenee, saiiblait menacée d'être rasée par ses propres 
titoyènsi^. 

Pendant qne œs combats se [plongeaient, fes magistrate 
a'ftiMnt adressés au pape leur compatriote , dont ik implo^ 
rtrent la médfatien, et au roi de Branee Charles YIII, anqnel 
ils offrirent k seigneorie de leur tille, aux mteies oonditionB 
«RKqnelles son père Pavait possédée. D'autre part, Paul Fré- 
Ifioto avait «jkmtandé des seoours au dno de Milan ^ .qui fit 
ataiic(^ irers la Ugurie Jean^François de âan^SéTérino, comte 
de Gaîoxso, ik de Robert, qui était mort rannéé précédente. 
Eu mâme tempe des ambassadeurs milanak mrrivèrent anssl 
4 Gènee, et Imr médktton fni aeeeptéa par les denz partis, 
ils pioposèinent de partager k république entre les Adorai 
et ks FttégOtt ; de^ eéder aux prami»»' SaTonne, areo Ictate la 
rMè«e4e PKmmt; de eonserver «ni seconds frênes et la ri* 
Tttre de ImmA^y de reconuattre enfin la sncemneté du dnc 
dé Mflan sor fane et ^sac f aotre partie^. Cette proposition, 
H\Â sacrifiait k gloire et' re^tènce même de la nation à 
FaTantage des che& de pa^ti, fut rojetée par tons deux, mais 
tfie augmenta leur défiance réciproque. Baptiste Fr^oso 
cepenèanî était odieux et suspect à Louis4e-^Maure , et ks 
ambassadeurs milanais traTaiUaient en secret à détacber de 
hA' ses nouveaux aesodés. Ik réussirent en effet à obtenir 
^on k leur sacrifiât. Baptiste fut aan^èté dans k maison 
même d'Augustin Adomo, où il s*étalt rendu sans défiance. 
On k Al menter s»r une galère, et partir pour Aniipoli dans 

> C7*erf. F$li9tm> L. Xl« p. âM.^Hortfc. Senaregtt. p^ ki9' P. Bizqeri, l>. XV, p. 303. 

^^VberL Folietm, L. XI/ p. 6ST. *- Bori/i. Senategœ, p. 5|7, 

16' 



244 HISTOIUE DES HEPUBUgiTES ITALIENNES 

le Fridtîl; c'était le knéme liea d'eûl'tfûù 11 était )*ef^B peu 
de fiemain^s auparavant; Les autres cheft avaient donnélear 
consentement aux nouvelles propasUioiis des ambassadears 
milanais. Augustin Adorno devait txercst pendant dix ans 
r autorité ducale dans Gènes, avec le titre de lieutenant du 
duc de Milan. Ibletto et Jean-Louis de Fieschi devient être 
conservés dans tous leurs honneurs et tout leur crédit. Le 
cardinid Paul Frégoso d^vmt abdiquer la dignité ducale, et 
consigner aux Milanais le Gastelletto et toutes ses forteresses. 
En retour, on lui promettait une pension annneUe de six 
mille florins, et on en pnMnettait mille à son fils Frégosino, 
jusqu'à ce que le pape leur eût assuré, en bénéfices ecclésias- 
tiques,, un retenu égal à 4»tte somme. A ces concKtiooSi on 
permettait à Paul Frégoso de demeurer à Gènes, pourvu ^'il 
s'y renfermât dans ses fonctions ecclésiastiques ; maïs 11^ eut 
tirop d'orgueil pour vouloir obéir là où il avait commandé. 
Eh sortant du Gastelletto, au mois d'octobre i486, il monta 
avec tous ses effets sur deux galères qui lui étaient préparées; 
elles fièrent jetées par une violente tempête sur les rivages de 
Corse; l'une y périt avec tout ce qu'elle portait^ l'autre, 
après avoir perdu tous ses agrès, échappa, comme par mi- 
racle, à la tempête, et vint déposer Paul Frégoso à Givitta- 
Yecchia, d'où il se rendit à Borne, qu'il ne quitta plus jusqu'à 
sa mort survenue le 2 mars 1 498 K 
' La république florentine n'avait pas lieu de s'apj^Midir dt 
cette révolution, à laquelle die avait contiâ)ué, en <xmtiii«iant 
une petite guerre sur les frontières de la Ligurie. Le duc de 
Milan ne fut pas plus tdt mettre de Gènes, qWil témoigna son 
réglât de la perte de Sarzane et de. Piétra-Santa, ^t qu'il 
songea aux moyens de recouvrer ses deux villes ^. Mais Lau- 
rent de Médieis, persistant dans sa défiance de toutes les ré- 

• 1 Vbertus FoHet. Genuetu, Bitt. L. XI, p. 667. — Barth. S6iifif«ffie« T.' XXIV, p. Stft. 
— P. Biiarro. L. XV, p. S«6. — * SeipUme âmmtrato- L. XXVl, p. iS2. 



mi MOTEX AGE. 245 

poUkpies^ redontttt m^il&les iatrigaes et les 6omi4oto d*Qi| 
posée Mn voism, que Texemple de liberté «t d'indépendanoe 
qae des cttoyens ponraieiit ^Bner aux Floventins. D^à Pé- 
roase^ Bologne et Gtees ne pouTaiesl pins lai causer ce genre 
d'inqniétude. Yenise. était .toi]yoni8 regardée comme nne puis» 
sanoe ennemie ; enfin les denx républiqoes qni partageaient 
avec Horace la souTeraineté de la Toscane perdaient cha** 
qae jonr de leur importance. Cdie de Lacques semblait met- 
tre tons, ses soins à se faire oublier ; on ne la yoit presque 
jamais nommée par aucun des écrÎTainsdu siècle, et comme 
son gouTemement, par une jalouse défiance, a empAcbé la 
pabUeation de tous les historiens nationaux, on s'aperçoit à 
pdne de son existence. Celle de Sienne oocapait alors plus 
tristemrat .la renommée ; elle consumait ses forces dans son 
propre aôn. 

Depuis que le duc de Calabre était sorti de cette Tille, en 
1480,. die avait toujours été en proie à une effroyable anar« 
cbie.' Des! démagogues furieux aTaient tour à tour exilé, pros- 
crit, précipité des fenêtres du palais, ou fait périr sur L'écha- 
faud tous ceux qae leur naissance, leurs talents, leurs services 
avaient rendns éminents aux yeux de leurs concitoyens. Les 
ordr^, ou Monts des neuf, des douze, des réformateurs, des 
gentilahommes, tour à tour, en butte à la persécution, avaient 
été tantôt exclus de toute part au pouToir suprême, tantôt 
abo&, tantôt .proscrits. La république, en 1482, n'avait plus 
voala reeonnaltre que l'ordre du peuple, auquel on avait 
réum tous les autres ^ Vais cette sage résolution, qui devait 
iaire disparattre une di^nelion pnq^re seulement à perpétuer 
les troubles, avait été abolie, en 1484, par les démocrates 
eu^mêoies. Ils avâent voulu séparer de nouveau de leur 
corps tons eenxqui avairat quelque prétention aristocratique,* 

k « , 

1 OrldiKfo |ralat>o/<^ 5ioria 41 Sima. p. UI, L. V, r. 86, V. . 



246 HISTOIRE DES IlÉFUBLIQUES ITALIEIXÏIES 

poar taire de leurs droits abûlis oh titre d'elGlnsioq^ et; TêUt* 
blissémei^t de cette oligarchie, tOQte roturière, a?ait ^été ne* 
cofnpagné de nouveaux massacres i. Le upiohre des «xifés de 
Sienne était chaque jour pins grand. Us ne Tivèâiait plus 
isolés dans leur hannisseinent, ils se réunissaient en troQpês 
iormidabies dans les états voisins, ^ îb effirayoieat le go«H- 
vernement révolutionnaire, par leins tentattVes eontinnelleB 
pour rentrer dans leur patrie, ou par force ou par surprise* 
Laurent de Médieis était aUié de ce gonvememeiit anardiique. 
Il avait fait renoncer les Florentins à leur aprî^meiaciaxime^ 
de ne chercher jamais des amis que parmi ceux delà justice, 
de rhonneur et de la liberté. Ses traités étaient toujours <fi€té9 
par Tintérét du moment, par la jalousie, par le éésàr d*afbi^ 
hlir ses voisins, par la politique e^fin, dont les vfies sont 
Lien courtes à côté de celles de la morale. Il avait siEieriflé, en 
J 482, les émigrés siennaiis, maîtres du Mûikte^B^;gicnii, qui, 
privés tout à coup de ses secours, avaient été contraints dV 
bando^er oe château à leurs ennemis > ; et il avait ooisdif; 
le 14 juin 1483, une ligue pcn^r vingt-cinq ans, ap nom des 
Fl<>rentins, avec la popnla^ee qui tyrannisait Sieime^j inais 
les. émigrés n'en avaient pas moins cherché à s'emparer tan« 
tôt du château de Saturnia, tantôt de la viUe de Chinai, tan^ 
tôt de la bourgade de San-Quitico. 

Ces émigrés signais citaient de tous les partis, de tons les 
Monti, suivant le langage consacré à Sienne. Plusiieurs de 
ceux qui avaient été envoyés en exil les derniers, stvaiMt en 
part à la proscription, au supplice même des premières vicii* 
mes. Le juste ressentiment qui les tenait divisa faisait l'es* 
pérance des oppresseurs de leur patrie. 1487. — liste s^^ 
tireht : ils mirent de côté tout souvenir d'offenses que le sort 
^vait déjà vengées, et ils priren^t la résolution de se réim^ 

1 OrUmdo MalavoUi^ Sloria ai SUna. P. III, L. V, f. 93.—* Ibld. f. zl^^àlUçr. 
Allegreitl , Dlari Sanesi, p. Ai|-Sl3. — > Oriando ValavoHt^ L. V^ t, $i^ v. 



Du.B^ra ÂGE. . 247 

0(mti«le8 8èuls.eimantejdûiitoiiiie doive point oublier lâlfer** 
£BÎt8,.oeiULqai «mt toujours tout j^uifiaftats. Nid(^ Boi^hesi 
et!!Iëit P^dydi tignèreni à Bome^ au nom de Tordre des Neuf^ 
k paix aveo liaureut ft Ooid^Aixtoiiiù Bomiii^i, représeu* 
tanli du Mont dea réformateurs. Eo même %emj^ Léonard, 
fib de Baptiste Bellanti^ aussi de l'ordie des Ifeuf, dont le 
paie avaglt péri sur fédiafaud^ signa à Pise la paix avec Bar«' 
tfaâeim Sozzini et Nixsolas Sétérini du Mont des Dou^e, qui 
avaient contâbué à. œs exécntionfi oroeUes. Tous ensemble 
s'engagèrent à n'agir plus que de oonqert pour FaraOïtage de 
tous les exilés, et à n^avoir plus d'autre but qne^ celui d'af- 
fruictiir leur patrie du joug.de la tyrannie sous laquelle cite 
gémissait, i» 

^ Les émigrés se réunirent alcrs^ à Staggia, sur Teitrème 
frontière florentine. De là ils partiifent, te 21 juillet (487, 
atec cent fantassins, prisi k leur solde, et un petit nombre de 
eavsliers, que le capitaine Bruno de Grémone eommÉndait. 
Au fiea de suivre la grande' route, ils s'enfbneèrent dans les 
bois par des chemins déteoirnés. Cepsndant on atait eu avis 
à fiienne de leur entreprue, et Ton arait envoyé à la décoiJH 
^^ei^ ua grand nombre de déteqh^pentir qui s' avancèrent jus*- 
qoe^très près de Staggia, et s* assurèrent qu'on n'y entendait 
aucun bruit. Ils avtûent auparavant battu tous les bois pcèé 
de Sienne, et ils n'y avaamt rien découvert. Ces édaireurs 
ievini^t èane à lu ville, et rapportèrent au gouvernement 
qu'on avait donné une tmms^ alarme^ et qu'il n'y avait d'en« 
uemls nulle part. Uq accide^ lidicule avait dérobé à leur 
rashercbe la petite tnoupe des ânigrés; ceux-ci avaient ebargé 
smr un mulet les lastraments dont ils comptaient se servir 
pour enfoncer la perte t ce mulA s'échappa dans les buis, et 
entraîna à sa suite tonte F armée, fort fein du cbemin qu'elle 

^ Oriando Valavchi. P. lU, t. V, t. n. 



248 HISTOIRB DES BiPl^LIQCES ITALIEnS£S 

deVait poursuivre. I^imiIetfateDifiaalf^tapitÀdeuxlicfiiRs 
d'une course fatigaute» et les émîgi^>e|^rir«nt le cbeuÉu^ dp 
Sienne, non sans craindre qiie ce retard ne fit inan^aei! leur 
entreprise;. il fatau contraire la\catt9e de leur «oecàs; Toutes 
les patrouilles <^taient rentrées, les garctes extraordinaires 
ayaient été relevées, les gardes de nuit dormaient, k^nsqne celle 
poignée de conjurés arriva un peu avmit le pcMut du jour à la 
porte de Fônte-Branda. Ceux qui les attendaient sur le mur 
leur descendirent des écheUes de cordes; trente d*eiitBe eux » 
rendir^at maîtres de la porte et rouvrirent an reste de la troupe. 
Mais on avait promis au capitaine Bruno qu*ana»tdt ^'il 
aurait planté son ét^idairdi dans la ville, de nombreuses: 
bandes de mécontents viesidraient se joindre à lui ; personne 
cepèndanJ; ne paraissait, et ce ccmdottîère découragé n'joaait 
s'avancer dansles rues. Les épûgrésJes pai^eoururentiNfiesq^ 
seuls, en ratant les noms des Véndy dft peuple^ de la liberté 
et de la paix. Peu de gens venaient k leur aide^ personne 
d'aiitre part ne s'armait pour leur résister. Le gouvarB^neat 
était trop détesté pour qu'on. vouUlkt lé défendre, il était tri^ 
craint pour qu'on s'armât contre lui. Un de ses ehefs, Chtis-' 
tophe de Gukluccio, trompé par la voix de eaix qui l^app^ 
làient et qu'il prit pour ses partisans, se livra Itti-mème aux 
émigrés qui le tuèrent. D'auti^ au nonibre de quarante seu- 
lement, se rassemblèrent à Gamporeg^io ; ils auraient suffi 
cependant pour chasser les émi^^t^ eeux-«i étant dispersés 
dans les rues d'une grande ville, et découragés par l'abandon 
où ils étaient laissés; mais lorsque les partisans du gouver- 
nement se virent en si petit nomlMre, ils n'osèrent rien eatre^ 
prendre. Plusieurs d^^entre eux rentirèrent furtivement dans 
leurs maisons, et posl^înt les armes pour, a' être responsables 
de rien ; et les chefs, se voyant abandonnés, s'enfuirent hors 
la ville. Ainsi deux pdtgnées d'hommes se disputaient la pos- 
session d'une cité puissante et belliqueuse. Chacune connais- 



DU MOYCR ÀG£. 249' 

sam^r sa propfe fatMesse-, et ignoraiit odle âé TeBiiéiai, se 
croyait perdue. Enfin, après plnsieiirs oonrses, les divers partis' 
d'émigrés se réianirent de nouveau sur- la place ; leur frôupe: 
se trouva forte de quatre-vingts hcMumes, et ils aanëgèrent le; 
palais. Matteo Pannilini, capitaine du peuple, abandonné par 
tous Ms gardes y s'était enfermé seul dans la grande tour, 
n 8*7 défendit quelques heures, au bout desquelles il fut 
^Ugé de se rendre prisonnier,^ et de livrer aux émigrés le 
siège du gouv^n^nent. La révolution qm leur rendait leur 
patrie fut ainsi accomplie, presque sans effu8i<m de sang i. 

Gomme la révolution de Sienne avait été Touvrage de tous 
les ordres, tous furent admis d* abord à partager l'autorité 
suprême. On voulut que la république fût gouvernée par» 
quatre monts, dont cbaenn donnerait quatre-vingts consdl-. 
lers au conseil général. Les ordres des gentilshommes et des 
Douze ne furent compté^ chacun que pour un djend-^mont ; les. 
l^euf, le peuple et les réformateurs étaient les trois antres ^. 
Ce partage était sage et conforme à peu près au nombre dé 
citoyens que chaque mont avait {«écédemment choisi, sous le 
nom de risedutij pour exercer les magistratures; mais il ne 
fut pas longtemps observé : une balie, composée de vusigt- 
quatre citoyens, fut autorisée à exercer pendant cinq ans un 
pouvoir dictatorial, et le nouveau gouvernement de Sienne, 
comme celui qu'il avait remplacé, crut ne pouvoir établir^ 
8<^dairement son autorité qu'en privant ses ennemis du droit 
de cité, eii les exilant ou les envoyant même au supplice s. 

1488. — Dans cet intervalle de paix générale pour l'I- 
talie, les républiques ne furent pas seules à éprouver des ré- 
Tolotions intestines; les petites principautés furent à leur 
tour troublées par des conjurations, et l'on crut reconnaître 



t Orkmdo MaUwoUL P. UI, L. V« f. w^93. — àlUgretto Alkgretti^ Diarl SanesL 
T. XXIII, p. 832.— Sie/ono Infessura, Dlario di Atimo. T, AU, P. Il, p« i^n.-** Oriondo 
Malauolti. P. III, L. Vf, f. 94. — * i&icf. f. 95. 



350 HISTOIHB DES |t£pUBUQIIES nAXJKHUXS 

dansceUea qui édirïièEirat «n Bomagfia, en 1488^ là «consé- 
^puBDoe des intrigoes de Laniretit de Ifédio}») et lé rësseatH 
meut d* an homme qui poorsaivaîti après de toagoes aimées, 
la/veageance de irieUles offenses ^ . 

Ce Jérôme Biario, fils ou neveu et farori ie Sixte IV, qui 
dk ans auparavant avait étéràme de la conjuration des Pazzi, 
s'était retiré, après Féleetion d'Innocait YIII^ daùs sa sou- 
veraineté de Forli et d'Imola. Il était andsi é^néoré dépo^- 
taire du diàtean Saint - Ange ; mais sa femme remit cette 
forteresse aux eardinanx, le 2â aoAt .1484, moyennant le 
paiement d*ane grosse somme d'argsat ^. Cette princesse , 
qui était fiUe naturelle du dernier duc dé Milan; avait con* 
dlié à Biaorij» la protection de la maison Sforzâ. D^âutre part, 
Julien de la Rovke, cardinal de Saint-Pierre, tout puissant à 
la cour d'Innocent YIII, se faisait une affaire de défendre le 
prince de Forli son parent. Aussi les nombreux ennemis qu'il 
s!était faits pendant le pontificat de Sixte lY , ne tentèrent^ 
ils poûit contre liii, d'attaque» ouvertes, mais il est probable 
qu'ils ne furent pas étrangers à une coi^spiration formée dans 
sa maisim. Ceceo del Orso, capitaine de . ses gardes, Louis 
Panasero et Jaeques Bonco, ses officiers, résdlurait de se dé- 
faire de Im, encore qu^on ne leur connût d'autre motif de 
nessentiment que celui de n'avoir pu obtenir de lui leur solde 
arriérée, tandis qu'ils étaient poursuivis pour le paiement de 
leurs probes cmitributkms. 



< If. Roscoë {Uhuir, p. 196} affirme, sur rautorité de PignoUi, qae les cootempo- 
raiii8.ne8eupçeBBéfrBnk jamais Lorenso d'être entrédans la coBjnraiioB Contre Riario; 
tous deuise trooipenl. La chronique de Maria Saaute^e j'avais eitéê» écrite jow pw 
jour, s'exprime ainsi : A di sedlci d'Aprile s'intese. Suit le détail de l'assassinat: Qiietia 
tiiiova écrive aiki ê^gn9rim Marc9 Barbu Podeaû e CopUano di Êavennit, e st âiceva 
eh^era stala opéra di Lorenzo cte* Medici , e di Giovanni BemivogUo , per dore gu^le 
terre al eignor Fràneeschetto dbo^ ftgiiuolo di papa Innocenzo VUl, eh* à çemero 
det dette Lefeneode^ mediei. Seript. Rer. Ital. T. XXH, p.- n4i. On toit «pi» fseeiisa- 
Uott es» pr ésent»! pee l'autorité effieidto fat plus toisine, deitz jours après révéa^ment, 
^ * Stefam inf^entra Diarlo Bomano* T. lU, P, n. Rer. Itak p. iiat. 



DU MO¥Eil ÀOE. ' 25 1 

£e f4 avril 1488, pendant ledlnep ded geiis de (RfariOy les 
trois Ciotijilrés entrèrent dans m chambre, sous prétéite de M 
{MOFter de leim fonctions, et Vj ayant trocité senT, iË le poi* 
gnardèrent, se partagèrent ses habits, et jetèrent par la fenè-' 
treeon corps dépoailM. Lapopnlaee, appelée par em à se ven- 
ger #e son tyran, traîna ce corps par les chereux an travers 
de tonte la ville. Catherine Sforza, sa veuve, et ses enfants, 
farem immédiatement arrêtés, et la dtaddlè dans laquelle 
commandait nn lieutenant fidèle i Biario fut sommée 
de se rendre. Cependant les conjurés écrivirent, lé Id avril, 
à Laurent de Médicis, pour lui annoncer qu^s T avaient ddi-^ 
vré de r homme qui méritait le pins sa hune, et pour lut de- 
mander des secours^. 

Le commandant delà citadelle, sans se laisser effrayer paf 
tes cris de la populace ou lu mort de sonmattre, refusa del' ou- 
vrir aux assiégeants, s-il n'en recevait Fordre de Catherine 
ifùfzû elle-même, après qu'elle serait mise en Bberté. Celle-ci 
offrit de son côté aux insurgés de déterminer lé châtelain i 
céder à une fottnne inévitable ;' elle ne demandait pour ceM 
que de lui parler. CSômme on gardait ses enfants en otage, on 
ne fit pas difficulté de la laisser entrer date lé fort. EHe n^ 
fut pas plus tôt inttodtiite, qu'elle fit tir^r sur l6s assiégeants. 
On menaça ses fils du supplice, elle répondit : « Si vous les 
« tuez, f alun fils à Imdla, j'en porte un autre dans mon sein, 
• qui grandkont pour être les vengeurs d'un sembhible 
« crime^ ; »^et la populace, intimidée, n'exécuta point sa me- 

maX/o» 

* Leur lettre est imprimée dans Hoscoê, Appendix, b* 7t, p. loi. Marin Sanato ae- 
euse fbnneileroent Laurent de Médicis d'avoir été TiDstigateur de cet attentat, p. 1244. 
— > Bofle, Dlciionnalre erUiqw<, au mot Sforsa (Catherine), prôte A celle prlneesie 
une réponse immodeste , devenue célèbre ; et il a pour lui les autorités de Macchiavelll , 
h. VMf, p. 448 ; do J^ M. Brut&^ h, tVl, p. fkz\ et do iittnUoH, àfmaH'iirttaett, d'après 
M» «hronHioe 4»atioserift> da Bologne; naia Ba^^Ie^ qui aimait le seandale', n^ point 
fvAé-àÊSéàt, benucouf» pin» natnnH'et l^aiiooa{>plas lionnéie, de la plupart des his^ 
toriens conliemporainsv-til» qw Slf/tafiiori»y^jr«ww,qii'it eennaîssairbien, T^IU,. r. !I^ 



2^2 HisTome des téwiOMgciîst italiernes 

Les mmctéem de Jé^ôine ttaria awentutis^ haftoré" la 
protectioa d'Inaoeent Vin ; et oe pape, espénmt par leur 
aide lecoaTier lasanTeraineté d'çae Yiile importanle, a^ait 
ordonné an goaTemenr de Gési^ de leur condqTO toot ce 
qu'il pourrait rassembler de soldats, et tonte :8on aidâlerie. 
Enmêmetmps, Loois . Sf orza envoyait au seeoafs de sa 
nièœ une armée milwaîae, qu'il airait d^à rasscanblée de con- 
cert avec Jean BentiTo^o ,si|r les frontières de Bomagne. 
Cette armée^ entrée dans Forli;par la dtadelLe^ tomba, à Ymr 
proviste sur les soldats de TÉgUse, et les fit tous priaoBiiiers. 
Six des plus notables d*entoe eux eurent la tète .tranchée,, et 
furent eoupâi .en nuuroeaux, par ordre de Bergainino, le gé^ 
néral milanais. Le gouTemeur de Géiène et le reste de se» 
soldats furent ensuite échangés contre les .fils de Jérôme Bta- 
rio, que ce gouTorneur avait fait conduire dans sa forterasse/ 
Les conjurés se réftigièrent à Sienne, ayec tons leurs effet» 
prédeux. Catherine Sforea fat chargée, comme tutrice de ses 
enfants, de gouverner la prindpauté de Forli; et le pape In- 
nocent YIU, toujours prompt à entreprendre une chose har*- 
die, toujours effrayé de la scMitenir dès qu*il repeontuiit de 
la résistance, n'osa pas^se plaindre ^n traitement qu'avaient 
éprouvé des soldats qui n'avaient fait qu'exécuter ses or- 
dres ^ 

Mais les conspirations se succédaient en fiemdgne avec upe 
effrayante rapidité. Le 29 avril, OctavîenBiario, jeune fils du 
comte Jérôme, avait été proclamé seigneur de Forh et d'I-t 
mola, et le 31 mai, Galéotto Manfredi, seigneur de Faenaa, 
perdit la vie par les mains de Françoise, sa femme, fille de 
Jean Bentivoglio. Celle-ci, qui se croyait abandonnée pour 



ner. lud, p. 1230. ^ Allegretto àUegretti , Diart Sanni, T. XXIII, p. 833. ^ Bienm. de 
Bursellis Annal, Bonçn, p. so7. — Renard. Corio, Storie UUan* P. VI, p. â08S. — iMorto 
FerrareseiT. XXIV, p. 380. — lOconlanxe. dl THbalde de'BoêHt Déliai» étgU flratf. 
T. XXUI, p. 340. — t Hiorio ûi Stefano infetsura. p. 1210-1390^ 



«tie nfateesse, et qp^esonAre jalowie déTOrcdt, feignit 
d*ètre malade, et invita Galéotto à venir la voir. Trois assas*^ 
fflos étaient eacbés aous son lit, un quatrième s'âanea snr 
Manfiredi ^an moment où- il entrait auprès d'elle.- Mais comme 
6è seigneor. était d*ane forœ et d'nne agilité remarquable, il 
itait sur le point de ^terrasser son advwsaire avant qoe les 
assassins 8<»tis de dessous le lit se fassent relevés, lorsque sa 
femme, pendant la lutte, s'âança hors du lit» saisit une épée, 
etla lui «plongea elle*mème dans le tnAa. Elle prit ensuite ses 
«nfantstavee elle, et se réfugia dam la forteresse ^ 

Jean Bentivoglio, père de Franeesca, princesse de Faen2a, 
élait alora à Forli, avee . Bergamino, eommancbnt de Tannée 
flttlanaise: .Tous deux acoowurent anssitAt à l'idde de cette 
épouse dimindle, et ils entrèrent sans réirïstanee dans Faenza. 
Gepandasit les habitants dé cette ville étaient attachés à la 
fam&le deJfanfredi, et ils avaient vu Tassassinat de Galéotto 
ai^C; horreur. Les courageux paysans du val de Lamone se 
rendirent en foule dans la ville; les uns et les autres soup- 
çQimaieiit Bentivoglio ou Bergamino de vouloir s'empareir de 
kor principauté ; ils les attaquteent aveC' ftireur. Bergamino 
fot tué dans le, combat, et. Jean Bentivoglio fut fait pri-- 
soonier. 

Antoine Boscoli, commissaire de la république florentine 
auprès de Galéotto Manfredi, était alors à Faenza. Les in- 
surgés loi témoignèrent les plus grands égards, et lui deman- 
dèrent la protection de son gouvernement. Lès Florentins 
n'avaient pas vu sans une vive inquiétude s'ouvrir des négo- 
ciations entre Galéotto Manfredi et les Vénitiens, [ pour la 
vente de Faenza. Par T acquisition de cette petite principauté, 
Venise serait devenue limitrophe de Florence, et le gouver- 



1 Stefano infesiwta, Warto tomano, p. isfi.— Hleron. de BufselHs Annal. Bonon, 
p. 90T. — marto Femvese. T. XXIV, p. 210. ^ Mich, Bmto. L. VIII, p. s(4. — Pétri 
fiemdi, Htol. Veneta, L. I, p. lO. 



iM HISTOIRE DJSS HBiraMQjOBS ITALUBlIlIlS 

nement des Médids devait <»*aindre le toidiiag^ de cette pok^ 
sauce maie. . Aufsi tonte Taratée ^Oi nTait élé, gartemMfe à 
Sarzaae fat envoyée en grande hâte au secoure de f aenza sons 
les ordres du comte de Pitigliano et de Raaacoio Famèsel 
Elle arrêta les Bolonais^ qtû s*armaient de leur oMé pour la 
délivrance da^ chef de leuir répoUiqucL Jean Bentivo^o fut 
retenu en otage à ModigUana, joa<|a-à. ce que fofâre fût ré*- 
tabU dans la principauté qu'U avait pi!abaldéme&l yoidu ea^ 
vahir , Sme dtoyens^ d<Mit huit étaient de Taenza, ^t huk du 
Tal de Lam(me) tarent chai^ de la r^ftce, et de la tatdk 
du jeune J^orr^ de Manfredi. Lot«que qs gpUYémânent Ait 
établii ,B0ntiv0gtijo fut reinis exi liberté, aprèa avote eu mie 
entrevue avec. Laurent de Médias à GafEa^kiolè. 8» iite lui 
fut rendue ; et cette révolution, en mettant f aàizà «ous la 
protection de^ Fiorctitias, augmenta leur inflilence en Soiiia<* 
gne ^ OeUe de Forli né lœr avait été guère moins utile* Peu« 
dant les troubles que la mœ't deJérdme Biario avait etdtés^ 
les Florentins avaient recouvré Pian Galdolî, que œ aeigneur 
leur reteaatt injifôtement ^. Us rébsôrrait peu après à fi^ 
épouser à sa. veuvje Jeaa âe^;MédifiiSyi8Bd d'up Icare du CSonne 
l'ancien» et pèns d* au Mtre Jeaa de, Médieb, devenu câèlMre 
dans les guerres d'Italie par sa valeur , sa fârocké, et L'atta^ 
chement qu'eurent pour lui les bandes noirt». Miaî FurU et 
Imola se trouv^ent sous la dépendance d'un. lfélâKcu»,^.€a-^ 
tbenne Biario entra dans cette f amiU^ loÂnifi que sou psenier 
marjl avaîl voulu détruire. e; 



, 1 SelpUme âmminito. L. SXVI, p. 183. ^Bo^co^^ UfR of Lofoaù d^ Jfedk^ 
èhap. VIII, p. 174. — l)iari Sanesi ai Allegretto AllegrettU p. 823. -^ * tdcordanu tU 



III <n * • 



BO WWtR AOC* 1S5 



Wîi i ^ui mttumiiimiiiiitîiiH^î mMitm 



CHAPITRE IX. 



la reine tlatheriiie Comaro abandonne Pile de Chypre aux Vénitiens. — 
- Etâto à Rome. -^Bepos apparent de toute Fltalie. -— État de l'Europe^ 
^ et pronostics. de «ouveaux orag^. -^ Mort de LaureBt de Médidsr et 
. d'iABoceat YIIL 



X 



I488-148â. 



lid répabKqae de Yenise n'atait ^oulu prendre aacilM 
part aui petites guerres qA avaienl agité l'Italie pendant 
la période précédente. Innocent VIII avait fait dKfienHé de 
la relever des oensures que Sixte IV avait si injustement pro-* 
neneéès contre elle ; il atait Toain lui imposer des eondi*^ 
tions onéfeuseti, l^treindré à ne point se mtier des présen-^ 
tations aux bénéfices , et FempAcher de lever anenn iknpôl 
fiiir les gens d'église *. II est vrai qu'Innocent YIIl aban-> 
donna ensuite ces prétetitions , lorsqu'il essaya d'engager lat 
république dans la guerre de Naples ; mais les Vénitiens , 
âYeftis par une récente expérience , du peu de fonds qifiU 
pouTaient faire sur l'alliance de Rome , ne Toulurent dott-» 

> Andréa Wavogiero, Stor, Venez. T. XXUI, p. 1192. 



.266 HisToiitB DES mssmauBqpoÊA italibrkes 

n^ aaoïHie assislaBoe aux emotenû de Fer^aad, qaelqoe 
resseQliaâieQt qa'ils oteaeryMaflBt. contre M pour k goente 
de Fetrare. Ils eenimaèrent à mamtenk contre le pa^ 
Findépendance de lears prérogatiyes ecdésiastiqnes. Véwé* 
cbé de Padoue, aoqael ite voabdent faire passer ïérèqmB de 
Bellfina, ayant été donné, en 1485, par la cour de Bonie an 
cardinal de Yérone, non flenlemend; ils Ini refosèrent la pos* 
sesBion de ce nonvean siége^ niais ils le forcèrent à y rœofH 
cer, en saisissant ses antres rerenns^ Lear ambassadeor à 
Borne , Hermolao Barbare , ayant obtenu dn pape Iimb- 
cent YIII le patriarcat d'Aqnflée, le cœiseil des Dix témoin 
gna plus de reraentiment encore de ce qne cette nomisHilion 
importante s'était faite sans i^endre son aids. Niiarépn- 
tation dn non^ean paUîarche, le prenûer littératenr de Ye- 
nise, et pent^tre de l'Italie, ni le rang distingué qn'ocen* 
pait son père dans l'état, ne les dâr<^rent l'un et l'antre 
à des censures sévères, et à une humiliation qui causa bieU'^ 
t6t la mort de tous denx ^. Pendant la guerre de Naples 
enfin, les Yénitiens empêchèrent le pape de lever, pour la 
soutenir^ un décime sur leur derg^, et ils s'opposèMit atec 
la même femtôté à tout emin^ement sur leucs dreitS'. 
. Cette gnerre de Naple^, qui ne dura que peu de mois, 
aurait probablement ravagé longtemps l'Italie , si, les Yé* 
nitiens ament toiAu y prendre part, et s'ils avaient mnâ 
rétabli l'équilibre entre les deux partis* IQ^ntôt îb.eufmt 
lieu de s'applaudir d'y être demeurés étrangers, Iprsqii'ib 
se trouvèrent engagés sur les frontièries d' Italie , dans . une 
autre guerre qui pouvait devoir plus dangereuse, fiigis- 
mond, comte du Tyrol, l'un des ducs d'Autriche ,. ataH 
des prétentions opposées èk celles de la Seigneurie,, sur les 
limites de ses états dans le comté d' Arco et le Gadorin , et 

1 Andr, NavaoUrOf Slor, Venez, p. 1193^—* Pétri Bembi Renan Veneumm Historié, 
U I, p. 16. in Thesauro Antiq. UuU T. V,, P. I. 



DU MOYEIV AGE. 257 

sur les droits aux mines de fer de œ dernier district. Dé- 
terminé & les faire iraloir par les armes , il fit saisir , en 
1487,tofus les marchands vénitiens Tcnns à la foire de Bolsano^ 
ainsi qne tons les fers traTaillés à Cadoro ; en même temps 3 
dëclafrala guerreà la république dé Yetiise. Sept mille fantassins 
et cinq cents cheyaoi allemaiids pillèrent et brûlèrent le 
district de Bovérédo ; ils assiégèrent dans le cbâtean de cette 
Tille Nicolas de Mnli qni en était goaTcmenr, et celni-d 
ne se rendit qn^àprès tuie 'vigooreose résistance i. Les Vé- 
nitiens opposèrent d*abord à cette inTasion Jules-GîSsar de 
Yarano, seigneur dé Gaméiiho ; ik mirent ensuite à la tête 
de leur armée le même Bobért de Sàn-Sévérino , qni les 
avait conunandés avec tant de succès dans la guerre de 
Ferraré. La mort de ce vieux général, qui avait eu une 
part si active à toutes les révolutions de Tltalie, fut l'évé- 
nement le plus remarquable de la guerre du Tyrul. Après 
avoir remporté quelques avantages sur les î^llemands, 3 
tomba dans une embuscade que les ennemis lui avaient dres- 
sée. 11 y fut tué, le 9 août 1487, auprès de VAdige qu*fl 
voulait passer pour assiéger Trente s. Les Vénitiens se reti- 
rèrent à Serravalîe; et, coupant toute communication avee 
TAlIémagne, ils forcèrent bientôt les Tyroliens à demander 
une paix nécessaire au soutien de leur, industrie. Elle fut 
conclue le 1 4. novembre de la ménïe année, moyennant la 
restitution de tout ce qui avait été conquis de part et 
d'autre^. 

Vers le même temps, la seule apparence d'une guerre tur- 
que servit de prétexte à la république pour soumettre à sa ju- 
ridiction immédiate Tile de Chypre, qui, depuis la mort de 

1 Andr. NavgUefo» ator. venez, p. U94. ^ PêtH Mmèl Ugr.Wen, L. I, ^ s. .« 
Spiegel dey Ehren. B, V, c. XXXIV.^. 89T.~* And, llauàgiero. p. 1195.— Peiri fiemdi. 
I**!» p. 9. — Sphegel der Ehren, B. V, c XXXIV, p. MS. — > dnd, «avoglero* p. ii96. 
^ sufano infeteum^ Dior. Romoit. p. 121 T. — Mario Ferrarese^ T. XXIV, p. 379. » 
l^riBemM.l..l,p. 16. 

Yii. 17 



ââS HISTOIRE DES RéP|23)UQUE& ITALIENNES 

-Taiqiif» âe LuÂgPft^^ n'était réeUpiaent|)bB9 <jpi*«)9]^mfie 
^éoiti^ane.. Uemp^re^r tu)rc» Bajaz^th ^^ avait. préparé dèè 
;aa 1486 ima fort^ armée pour attaquer Cait-Bai» 30udAn 
d* Egypte, fit le spudan, gui sentait tout le danger que courait 
..on royaume, si les pprts d'une ile située en face de ses Hvages 
. -talent entre les mains de ses ennemis, avait demandé àlà reine 
,/a|bçrine Gomaro de se. mettre en état de défense, La répu^ 
.vlique lui avait envoyé immédiatement cinq cents stracUotes de 
. Ilorée et trois cents archers de Candie pour garnir s^ forte- 
i.«ess(Bsi. 

1 488. — Cependant 1* expédition turque fut différa juaquep 
,^488. À cette époque, une armée (|u'on prétendit forte de 
*uatre-vingt mille hommes vint attaquer le soudan en Pales- 
ine. Comme e^e traversait la Carwmnie, après s'être empa- 
rée des villes d'Adéna et de Tarse , elle fut défaite au mois 
i'ao^t par les man^lucks au pied du mont Aman, dans ce 
<^ème défilé d'Issus déjà illustré par la victoire d'Alexandre. 
(ia flotte ottomane fut dispersée et en partie détruite par une 
llempéte, et le Turc renonça à l'invasion de VÉgypte,^. 

Pendant cette courte guerre, François Priuli avait protégé 
^es rivages de l'île de Chypre avec vingt-sept galères. Lors- 
^"û la vit terminée, il crut pouvoir ramener sa flotte à Vie- 
iiise, et il était déjà arrivé en Ist^ie quand il reçut Tordre de 
retourner d'où il venait. Le sénat , en abusant de Tautorité 
qu'il avait usurpée en Chypre, avait rendu son joug odieux 
0t aux peuples et à la reine j il savait que celle-ci souffrait avec 
impatience son excfnsion absolue de toute part au gouveraé- 
ment, la sévérité des ordres qu'on lui donnait, et la défiance 
qu*on témoignait d'elle. Il avait vu les Chypriotes prêts à se 
sacrifier pour Charlotte de Lusignan , pour Louis de Savoie , 
pour Alfonse, bâtard de Naples; pour quiconqjie enfin aurait 

« Andr» ifavagiero, Stor. Tenez, p. 1193. ^ * Ibld, p. 1197. -> Raynaldi Annolet 
JSce/t». 14U,$ «vp. t89. 



W MOYn AGI* Si» 

ngaân à len? reyamiie m» antique indépendance eikiir aurait 
fait recoaVrer leur rang parmi le» peuple» Kbres. la première 
guerre maritime pouvait rendre aux Chypriotes celte Uberlé , 
et ijâ étaient prêts à s'adresser aux infidèles euix-mèmes pour 
f obtenir, si aucun état chrétien ne voulait les protéger. D'ail- 
leurs^ la reine était encore îeune, elle était beUe, .elle pouvait 
porter une riche dot à un nouvel époux ^ on disait qœ Fré- 
dérici second fils de Ferdinand, la demandait en mariage 9 et 
si elle avait des enfants, tous les droits qiie la république pré^ 
tendait avoir accpiis par elle se seraient trouvés anéantis* Les 
jurisconsultes vénitiens soutenaient qjm le fils de Jacques de 
Lusignan avait hérité de la couronne de son père ; que comme 
il était mort en bas Age, sa mère avait hérité de lui ; qu'enfin 
leur république hériterat de la mèi»{ parée qpe eeUe-â avait 
été déclarée fille de Saint-Mare. Mais si eUe s^ remariait^ tous 
ks efforts qja.'ils avaient fiûts^pour établir lei^ droits de Ca- 
therine n'auraient servi qu'l^ confirmer ceux d*ua second mari - 
et de nouTcaqx enfant». • 

Geoi^ Comaro, firère de la reine, fut donc envoyé en Chy- 
Ip sur la flotte de François Prioji). Le. conseil des Dix, dont 
les ordres redoutables l'empcNrtaient sur to#e considén^ion 
de parenté ou d'ambition personnelle, l'avait chargé, sur sa 
responsabilité, de ramener sa spenr h Venise. 148&. — La 
flotte étant arrivée devant l'île de Bhodes, Comaro se rendit 
auprès de Catherine le 24 janvier 1489 ^ 11 lui coiniBliniqiia 
les ordres dont il était porteur, il lui fit sentir sa dépe<idanee 
et la nécessité de ce dernier sacrifice, oonséqueuce de tous les 
autres ; il calma autant qu'il put sa doul^r et ses regrets ; il 
lui fit comprendre qu'il sermt inutile de justifier sa eonduitto 
auprès du conseil des Dix conmie eUe voulait le faire,* ptûsque 
personne n'y révoquait ea doute son innocence; enfin, il <^ 



1 4ndr, Navagiero, Stor, Venez, p. n97. — Pétri. àenU^ Hittor, fenet* U I, P <«• 

17* 



260 HISrOlBB DEft BÉPUBtlQUSS rTALIENITES 

fiât cTdie la promesse d'une entière soumission aox vo- 
lontés de k république. Aussitôt il en dépêcha la nouvelle 
an capitaine fg^étal , qui s^était arrêté à Almizza, et qui, 
sur cet atis, entra dans la rade de Famagonste le 2 fé- 
vrier 1489 «. 

Ge fut le 16 dd même mois que la rrine prit congé des ha* 
bitants de lïicosie. Us versèrent des torrents de larmes en 
perdant avec elle jusqu'au simulacre de leur indépendance. Ib 
se voyttent privés de leur seule protectrice, en même temps 
qu'Us perdaient les avanti^^es pécpmaires qu'uin^cour assurait 
à'ieur ville en y répandant qudque argent. Catherine, acoom- 
pagiiée par -son frtoe^ par Tun des conseillerB et par le pro« 
véditeur^e Ttie, escmrtée par tonte la noblesse chy^ote et 
par un corps de cavdeife, s'achemina vers Famagonste. £2le 
ftH reçue sdp lès galères de Venise avec un respect et une 
pompe royale; elle profita de cette cérémonie publique pour 
reeemtttander ses sujets à la sdgneurie de Venise par l'organe 
du comte de Zaffo , son cousin , et pour réclamer en faveur 
des Chypriotes k conservation de leurs lois et de leurs priti- 
léges. Dès le 26 février, Fétendàrd de Saint-Marc flotta sur 
le palais de Franagousle et sur toutes les forteresses! La reine 
cependant ne partit avec la flotte que le 1 4 mai. Le 6 juin 
eDe arriva à Venise , et le 20 du même mois , le château d'A- 
solo, dàus lé Trévisan, lui fiit donné en souveraineté pour le 
reste de sa vie, avec un revenu de huit mille ducats. La petite 
cour de la rdne de Chypre à Asolo a conservé quelque célé- 
brité dans les lettres par les dialogues de Bembo. La fiction 
élégante des Asolani représentait apparemment les manières 
de cette cotir, et l'on doit- croire que Catberine oublia, 
au milieu de propos d'amour et de galanterie, dans des en- 
tretiens alors à la mode sur la m^physique du sentiment , 

• 

1 ânir* navagicro, Sior* feues, p. 1 19S» 



DU Morra Aox. 261 

te peines , les floueis et les huimUatioiis de sa senritnde 
rojale *. 

La même année un autre ëvënanent , également lié à la 
politique du Levant et aux entreprises desTurcs^ fixa l'atten- 
tion de r Italie. Jem ou Zizim ^, fils de Mahomet II , frère et 
rival du soltan Bajazeth II , fit son entrée à Bome ^ et vint se 
mettre sons la protection du pape. Il avait fait valoir, pour 
Buccédar à son. père , une prétention souvent mise en avant 
par les princes grecs de Byzance* Il était porpbjrogéiiète, ou 
né pendant qae son père était sur le trône, et il se croyait par 
là sapérieur à son frère atné , Bajazeth, qa'il disait n'être fila 
que d'un particulier. Cette vaine distindion était suffisante 
pour tentçr le sort des armes dans un état despptique, où 
aocon droit n'est réel s'il n'est fondé sur la force* Mais la 
force manqua à Jem ; Taincn en Asie en 1 482 dans un combat 
sanglant 9 il fut obligé de s'embarquer en Gilicie, de se réfu- 
gier à Bhodes, et d'y implorer la protection des chevaliers de 
SaiBt-Jeon^. Ceux-d n'osèrent pas conserver sur les frontières 
mêmes de l'Asie un hôte qui pouvait attirer sur €|ux tout^ les 
forces du grand-seigneur ; ils l'envoyèrent en iPrance, et le 
firent garder soigneusement en Auvergne , dans une comman- 
derie de leur ordre. Bajazeth II leur offrit des sommes im- 
menses , des reliques sans nombre , des privilèges inouïs pour 
se le faire livrer. Les princes chrétii^ns ne furent pas tellement 
dépourvus d'honneur que de consentir à cette indignité ; 

^ iA<fr. itmfaglero^ Stor, Venez, p. il 90. Od aurait pu s'attendre à trooyer beaucoup 
^ déiaUs sur la rdvolutioa de Cbfpre dans l'histoire de ee ivdme Bembo, dont nous 
coaunençoBS Ters cette épo<|ue à faire usage. Mais il est,, au contraire , d'une eoncision 
estrème. L. I , p. i3. Sa politique ne lui permettait jainais de s*étendre sur un éyéne- 
meni d'où pouyait résulter quelque blâme pour sOn gouyerneqient**- * Jern» en turc, 
est le nom d'une sorte de raisins eiquis. Jemm est un nom magique appliqué d'ordinaire 
^ Saloffion. Démétrius Cantemir est incertain entre Jes deux étymologies , et il remarque 
qu'aucun autre Turc n'a jamais porté ce nom. ZIzim , dU-il, est un mot corrompu jiar. 
les Européens. L. Ill, chap. II, S 6, Noie.— > Rpywildi Ànnat. jSccfe;f . 1492, S 3ft, p. 312* 
^ TitraHirœckcBiit.polilica. L. I, p. Z^^DciMIflw Cçniemir. L. UI, cbap. Il, S 7 
«t8,p. 133. 



262 HISTOIRE DISS HÉPUBLIQUES ITALIENNES 

• 

maik fl aeràit ififficiïe d*expltquér par des motif â honorables 
pourquoi ils ne permirent jamais à Jem de se rendre auprès 
de Cait-Baî, soudân d'Egypte^ qui? se trouvant engagé dans 
une guerre acharnée avec Bajazeth , le demandait poiir don- 
ner du crédit â ses armes ; pourquoi ils lé refusèrent égale- 
ment à Mathias Corvidus , roï de Hongrie , qui espérait faire 
par son entremise une diversion dans les états de son ennemi. 
Sixte IV écrivît au grand-maitre de Rhodes et à Louis XI, 
pour les exhorter à retenir Jem en France, et né point le laisser 
partir. pour les armées où on Tappelaits. Innocent VIII refusa 
également de confier ce prirfce à Ferdinand, roi d* Aragon et 
de Sicile ; à l'autre Ferdinand, roi de Naples ; à Mathias Cor- 
vinus, au Soudan et au prince de Caramanie; mais en même 
temps il avait demandé avec instance qu'on lé lui livrât à lui- 
même, pour être assuré, diâàit-il, qiie Jem ne passerait pas 
lés frontières des Turcs sans être appuyé par une ligue de 
toute la chrétienté ^. 

Dé son côté, Bajazeth avait envoyé à Charles VIII de nou- 
veaux ambassadeurs pour qu'il promit de retenir Jem en 
France. A cette condition , Bajazeth lui offrait une pension 
très considérable , et il garantissait à la France la souverai- 
neté de la Terre-Sainte, après qu'elle aurait été conquise sur 
le Soudan d'Egypte par les armes réunies des Français et des 
Turcs. Mais Charles VIII , d*accord avec le grand-maitrQ 
d' Aubusson, avait déjà cédé aux sollicitations du pape, et Jem 
était ei^ route poiir ^opiç^. 

Il y fit son entrée le 13 mars 1489; tl était à chevttl, le 
turban en tété, entre François Cj^p, j^ts du pape, et le prien; 
d* Auvergne, neven da grand-maître d'Aubussoû, et ambassa- 

1 Gait-Bai , le ptas liabfle et le ptas renommé des soudans de l'Egypte, était Circassieit 
d'orfgiiie, et son nom est tartare. CtUt, en celte langue , veut dire confenion : et Hd, 
riche. DemeMu» Cantemir.h, 111, ehap. U, f. — * AnnaU Eecles. fin; S 36, p. Zit, —, 
s Ibid. I48S, S U et 12, p. 3S1, -a- \ iM. 1489, S 1» P* 393. 



DV MOYB» AGJS. 261) 

deur de France. Un aïkibassadeor du soadan d'Egypte étaiï 
alors à Rome, pour solliciter les princes chrétiens de s'allitt 
avec son inàftre contre Bajazeth. Il alla aussi au-devant d^ 
Jem : dès qu il le tU, il descencfit de cbeyal, et il se prostern** 
à terre; trois fois il baisà la terre en s^ataiiçant vers lui : i* 
baisa les pieds de son cheval, et le suivit ensuite jusqu*à son 
palais ^ - ;. 

Le lendemain, le pape assembla le consistoire pour j rece^ 
Toir Jém daùs une audience publique. Yaioemcut ce princ^ 
avait été^averti des respects que les monarques chrétiens reri- 
daient à leur grand pontife; il ne voulut point abaisser devant 
lui r orgueil du sang ottoman. La tète couverte de son turban\ 
que les Asiatiques ne déposent point, et quMls regardent 
comme un symbole de leur religion , il traversa la salle san: 
s'incliner, il monta sur le trône où était Innocent, et Tem* 
brassa en appliquant ses lèvres sur F épaule droite du pape; 
signe d'amitié plutôt que de respect, qu'il donna ensuite l 
tous les cardinaux. Son interprète dit au pape qu*il se ré' 
jouissait d*ètre en sa présence ; qu'il se recommandait à lui', 
et qu'il aurait du plaisir à conférer plus en secret avec lui sui. 
leurs int^èts communs. Le pape répondit en l'exhortant î 
avoir bon courage, puisque c'était pour le bien de sa noblesse 
(titre que la cour de Rome jugea convenable de lui donnei* , 
qu'il était eonduit dans cette capitide^. 

Ce plus grand bien de Jem , qu'il devait trouver dans sot 
séjour à Rome, n'était qu'une honorable prison. Bajazeth K 
payait chaque année, d'abord au roi de France, ensuite à In- 
noccAit YIII , quarante mille ducats pour la pension de sot 
frère. La jouissance de cette rente n'était pas le moindre déc 



1 Diario di Stefano Infeisura. p. I2?s. — * marium Bwehardi apud Eatinaldùy 
Annal, ÈccL 1489, S 2 él 3, p. 393.— S/e/"ano Infessura, maria dltiàma. p. lias.— Maf» 
Sa^iito, Viu df^*pwhi di Vènezïa, p. 1244. - ÙiaHo Romano del Koudo di KantipOH\ 
M106. ' 



^4 laiSTOIRB 0££î,^irp»^9]CffK ITALIEIflfES 

motif s^ j^qi ^yfà^i ^i^xifàï>^Mnoçmt à ^mméBS^j(p» lefi 
lui fùï, remis, et, à acheter en, quoique jiQjrte le ((HiiiâeateipeBt 
du grim^-auLÎtrçi 4 -^^baasiou, eo, loi^i^qjwt ua chapeau de 
cardinale Bajazeth cepçndapt, ne se regardant point comme 
Hssez assuré dç sou frère par $a captivité, chercha les .mojens 
de le faire périi:^ Un gentjibojmne (ie la Marche d' Ancône, 
nommé Christophe Macrino dcl Gastagno, prit avec Bajazeth 
rengagement demppi^onner une fontaine qui senrait pour la 
table d'Innocent et de Jem ; le.poisQu ne devait foire effet 
qu'au bout dé cinq jours, mais le malfaiteur fut découvert, 
au mo^ de mai 1490, avant Texécution de son crime, et il pé- 
rit dans un horrible supplice. D*wtres tentatives de même 
nature furent qgalemeot douées,, et la vie tout, au moins 

de Jem fut mise en sûreté 2. 

[ Il n'était pas diffipilc de trouver à Rome des hommes «psèts 
à commettra, des actions jaiyssi exécrables ; jamais la ville 
n'ayait été remplie de plu5 de scélérats, ou troublée par plus 
de crimes. ]Les meurtriers marcliai^t la tète levée, aans avoir 
satisfait ni la famille dont ils avai^^t versé le sang) m la 
justice. J(4|s pi^pç oi^.seis minces Içur vendaient des bnUes de 
ré;nisi»ony par:lesqi,i^l|es .leprs offenses, et celles d'un nomr 
l)rç déterminé de leurs oomplioçsb,^ent abolies; et lorsqu'on 
reprochait a^ vi^-camérier cette lîénalité de la justice,' il ré- 
pondait en parodiant les paroles ^ l'Évangile : L0 S^neur 
ne veut, pçi^t, tfi^ n^rt du péchqw,^ mais plu0t qu'U page et 
qu%vive\ , . ; . . 

Ifi clergé 4Q9nait aja peuple 4^ €)xepples si «^da^ux, 

, qu'Innocent y II][i se vit ol^ligé dq r^o^vç^er) le t) .anil l^Kft, 

une. cpnstitutiioii. (|e Pie ll^p^r laquelle il était interdit anx 

t JMorto m StefoMO infeuwra, p. i334. — * AnnoL Bceiet^ 1490, S 5, p. 49t. ^ SHarto 
di.SUfiu^o ïjif€9wra. p. 1 2Si. — ' K| «innn nnel InttffTogaralar itoecamiffiriiis qvore 
de delliMÎtteDlibuB nbh'fltik'et jQftliUa, sed peeuniA exigeretur, respondit me pr^meute 
videlicet : Deiu non vult mortem peccatoHt, seA magis ui solvat €l tfUwL SUfimo 
|N/!M««ni,' IMoHd'Bomano. p. 1226. 



M Jtomi AOÈ. ses 

prttfcs cfe tailr des boadieries , des auberges » des maisons 
de jeO) des maisons de prostitntioii, de se faire, ponr de l'ar* 
gent, les entremeltears et les agents des courtisanes. Si, 
avertis par trois fois, ils n'abandonnaient pas cette "vie hon- 
tei^, le pape les prirait du droit de décliner les tribonaut 
sécnliers, et d'inToqqer le bénéfice du clergé dans les causes 
criminelles où ils pourraient être compromis U 

Innocent VIII n'avait point donné de prindpauté à sa 
nombreuse famille, mais il partagea entre ses enfants les im- 
menses revenus de F Église; il en accorda surtout la plus 
grosse part à Francesebetto Gybo, son fils aîné. C'était Fran- 
cesehetto qui, pour amasser plus d'argent, avait rendu la jus- 
tice si ind%nement vénale. Il convint en 1490, avec les juges 
du pape, que la cour apostolique ne recouvrerait le paiement 
qae des amendes inférieures à cent cinquante ducats, tandis 
que tontes celles qui passeraient cette somme seraient à son 
furofits. 

Poar ajouter encore à l'ignominie dont la vénalité de la 
jnsticQ couvrait la cour de Rome, Dominique deYiterbe, 
seribe apostolique, de concert avec François Mâldente, fabri- 
^oi^ent de fausses bulles, par lesquelles Innocent permettait, 
pour de l'argent, les désordres les plbs honteux. H90.. — La 
fraude cependant fut reconnu^, les deux faussaires furent 
arrêta; leurs biens confisqués rapportèrent douze mille du- 
joats à la chambre apostolique. Les parents des coupables 
espéraient encore les racheter de la peine de mort. Maître 
Aentile d^.Viterbe, médecin, père du scribe apostolique, ofbit, 
jpar r entremise de Francesebetto Gybo, cinq mille ducats pour 
sauver la tète de son fils ^ c'était tout ce qu'il possédait. Mais 
|e papç répondit que , comme il j allait de son honneur, il 
ne. pouvait lui faire grâce pour moins de six mille ducats; 

< OênéOmiù a/mi nagnatdum AmaL Ecctes. 14IS, S 21, p. 392. — Celle de Pie U 
était da 7 mH M6S.— >* SUfano Infestuta ^ Diario Bomoiio. p. 1232. 



y^ 



266 HISTOIRE DES REPUBLIQuicS ITALIENIIES 

et, cotùme on ne put trouver eette somme, les deux fenssaites 
furent exécutés * . 

te dérèglement des mœurs des papes, le partage des tré- 
sors de r Église entre leurs enfaiïts naturels , avaient presque 
cessé d*ètre des objets de scandale ; en effet, ce n'était pas de 
pééhés seulement , mais de crimes que ks derniers pontifes 
avaient été accusés. Le clergé tout entier semblait s'être cor- 
Irompu à leur exemple, et les écrivains contemporains pré- 
sentent le tableau le plus hideax du débordement des prêtres. 
£n voyant les ministres de la religion si universellement dé* 
criés , on serait tenté de croire que «ette religion elle-même 
n avait plus aucun pouvoir, et qUe les prêtres qui lin voquaient 
encore , ou les souverains et lés peuples qui la maintenaient 
par leurs lois, n* étaient que d'effrontés hypocrites qui tra^- 
quaient dii christianisme pour leurs seuls intérêts. Mais , si 
l'on examine de plus près les passions qui agitaient Tltalie, 
on les préjugés qui régnaient toujours, on s'aperçoit bientôt 
que la religion n'avait rien perdu de son empire, encore 
qu'elle eût été absolument détachée de la morale. La croyance 
que le pape et ses prêtres disposaient seuls des clefs de l'enfer 
^ du paradis ne s'était naliemeat affaiblie ; l'horreur ix)ur 
toute opinion i&dépendante en matière de foi, opinion aussitôt 
taxée d'hérésie, était toujours universelle,- et la justice de Dieu, 
pervertie entre les mains des hommes , n ^tait plus invoqnéid 
que comme garantie de la croyance, non de la probité et cfe 
l'honneur. 

Ce fut dans ce siècle dépravé , ce fut sous le pontificat de 
IKxte IV, l'instigateur de tant de crimes, que Tiiiquisitiun fat 
mtrodnite en Espagne, et que ce tribunal de sang reçut une 
jurisprudence bien plus formidable et bien plus atrœe que 
c^ qui l'avait rég^ trois siècles aupiûravant^ àùis »a pre*> 

> 5(^0110 Infessuroj DIfirio homano, p. 1299. * Baynaldi Antmi» ^c^ i490> $ 32 % 
p. 402. 



Dt MOYEN AGE. 267 

lûière institution contre les Albigeois. De i 478 à 1 482, les t|i* 
banaui étaljis en Castiile pour exammer la foi des nouveaux 
convertis firent brûler deux mille personnes ^ un nombre de 
prévenus beaucoup plus grand eticore périt dans les cachots ; 
d'autres, et c'étaient ceux qui furent traités avec le plus d'in- 
dulgence, furent marqués d'une croix couleur de feu sur la 
poitrine et sur lesiépaules, déclarés infâmes et dépouillés de 
tous leurs biens. Les nouveaux tribunaux ne pardonnèrent 
pas même aux morts ; leurs os furent arrachés de la sépulture 
pour être brùlâ, leurs biens . confisqués, et leurs fils notés 
d'infamie. Ceux qui avaient dans leur famille le sang de 
quel(}ue Maure ou de quelque ^uif fuyaient de cette terre de 
ph)scrîption, et dans la seule Andalousie, cinq mille maisons 
fhrent abandonnées.^ Cent soixante et dix mille familles jui- 
ves, faisant ensemble huit cent mille individus, furent ainsi 
chassées du territoire de l'Espagne ; et cependant le plus 
grand nombre dissimula sa religion pour conserver sa patrie, 
tandis qu'une foule d'autres furent réduits en esclavage, et 
vendus sous la lance du préteur^. 

« Cette sévérité dans ta punition des apostats néophytes de 
« la race juive, dit Raynàldus, Tannaliste de T Église, Assura 
« auprès des âmes pieuses la plus haute gloire à Isabelle, 
« reine de Castiile ; queiqûes-ùns cependant la calomnièrent : 
« on répandit que ce n'était point pour venger l'injure de la 
« divinité offensée, mais pour rassembler de For, pour accu- 
« mnler des richesses, qu'on avait apporté tant de sévérité 
« dans ies jugements. La reine elle-même ayant témoigné la 
« crainte que cette accusation n'eût été portée aux oreilles du 
« potatife, Sîxte lY écarta de son àme tout soupçon formidable 

1 Marinœut Siadw , De rébus BupanUe. L. XIX, c. 22, p. i9i,^ÀnnaUs Ecete- 
9i4ttt. tUiynaldi, 1493, S 47-48, p. 328. — Mariana^ L. XXIV, c. XVII, p. 106. 
-^ > MarUma^mstorta de las J5<paitiu. L. XXVI, c. I, p. |42. -^ Aoyti. 4nn, 1492»^ 3, 
p. 408. . 



20^ HISTOIHS DBS wiP^SUÇfJfS fTALI]SllH£S 

« jçt ^landît à 9a piété par sa lettre da 25 féwier^ 1483 *. » 
Les écrivains ilaliens da xv'' àècle, de même que ceux «ta 
XVII®, ne parlaient jamais de ces pcrsécations^ sans en «p^ 
prouver hautement le principe. Les pkis modérés» les pins 
humains se contentaient seulement de blâmer les détails de 
rexécution. Ainsi Barthélémy Senarega, historien de Gènes, 
qui vit plusieurs milli^^ de jni& s'arrêter dans cette ville, 
et qui fut touché de leurs souffrances, nous donne pur 
son récit une juste mesure des opinions des hommes les {dus 
philosophes et les plus tolérants de ce siècle. « La loi de leur 
« bannissement, dit-il, parut louable au [Ncemier aspect, poi^ 
« qu'elle cons^vait rbonnenr de notre religion; mais die 
« contenait peut-être en soi tant soit peu de cruattté, si da 
« moins nous considérons les }uif& comme des hommes ^xéés 
« par la divinité, non comme des bêtes féroces. On ne pouvait 
« voir sans compassion leurs calamités ; un gruid nombie 
« d'entre eux périssaient de faim, Sjurtout les en&nts en bas 
« âge ou à la mamelle ; les mères, se soutenant à peine, pqr-* 
« talent dans leurs bras leurs nourrissoBS affamés et périssaient 
« avec eux; plusieurs soceombaient au froid, d autres à la 
« fi|oif; le mouvement de la mor et k navigation à laqpidle 
« ils n'étaient point accoutumés, aggravaient toutes leurs 
« maladies. Je ne dirai p<»nt avec quelle cruauté, avec qudle 
« avarice ils étaient traités par leurs conducteurs. Plusieurs 
« furent noyés par la cupidité des matelots, plusimus fmwnt 
« forcés de vendre leurs fils, parce qu'ils n'avaient plus de 
« quoi payer le nolis ; ils arrivèrent à Gènes en f<M^ grand 
« nombre; mais, on ne leur perpiit pas d'y demeurer long* 
» temps, car, d'après d'anciennes lois, les jmh voyageurs n'y 
« peuvent séjourner plus de trois jours. On les laissa eepai* 
« dant radouber leurs vaisseaux, et se refaire pendant quel- 



« ques jours des sofif f ranoes de la naYigatfofi. Vocâ les auriez 
« pris poat des spectres : ils étaient mmgres, p&les, les yeux 
« rentrés; ils ne différaient des morts que par le monvement, 
« qaoiqu^ils ne se soutinssent qu'à peine. Un g;rand nombre 
« d'eWe eux moururent auprès du môle, car ce quartier, 
^ entouré par la mer, était le seul où Ton permit aux juifs 
« de se reposer. On ne reconnut pas tout de suite que tant de 
« malades et de mourants devaient apporter la contagion ; 
« mais au printemps on vit paraître beaucoup d'ulcères qui 
« ne s'étaient point manifestés en hiver, et ce mal, longtemps 
« caché dans la ville, fit éclater la peste Tannée suivante ^ • 
Ce n'était pas seulement en Espagne que ce nouveau zèle 
de persécution était excité par les prêtres ; le clergé d'Italie 
sWforçait de rivaliser, dans ses sanglantes vengeances, avec 
celui d'au-4elà des Pyrénées. Chaque année on faisait circuler 
quelque nouvelle histoire d'un enfant chrétien que des juifs 
avaient volé, et qu'ils faisaient périr lentement sous le couteau, 
le jour de Pâques, en buvant son sang à la ronde ; et par ces 
contes effroyables on communiquait au peuple la même fureur 
contre eux^. A Florence, frère Bernardino d'Asti, franciscain, 
prèdia contre les Juifs pendant une partie du carême de 1 487. 
Il recommanda qu'on eût soin d'envoyer tous les enfants de 
la ville au sermon qu'il vouMt t)rècher le 1 2 mars : quand il en 
eut rassemblé entre deux et trois mille, il leur dit qu'il faisait 
chœx d'eux pour être ses soldats; il leur commanda d'aller 
prier chaque matin le Saint*Sacrement dans la chapelle de 
révise, pour qu'il inspirât aux hommes faits la sainte résolu- 
tion de chasser les juifo ; pour cela ils devaient dire trois Pater 
noiter et trois Ave Maria à genoux. Le matin suivant, tous 
Qf»mfaxAs a' attrouperont en effet dans l'église, et lorsqu'ils 



I . 



7 

1 Bartholonuel Senaregœ De rébus GenuensUnu. T. XXIV, p. fSi. ^ * Raynaldi 
Asm. Ecoles. A Trente , en 147S , S S7 ; dans la Marche , en 1476, S 20 ; A Mégalopolis , 
en 1492^ S 9 , et |Nu«lm. — GonUnuateur det Cftronlgiief ^ Mûiutréieu VoL UI, f. I9f . 



%10 HIStOIRS Ul^ t^ftJfit.lOtlBS iTAtlENlirËS 

en sortirçEi^ ce fut pour mettre aa pfllage le quartier dçs 
juifs. Là Seignearie eut Ic^ùcoup de peine à les arrêter; elle 
Youiat réprimander le prédicateur^ qui répondit que les or- 
res de Dieu étaient supérieurs à eeux des magistrats, et que 
rien ne 1* empêcherait de dirç dans la ebaire ce qu'il croirait 
'convenable au salut du peuple. On fut forcé de le faire sortir 
de la \ille, au grand scandale de 1* écrivain qui nous a trans- 
mis la connaissance de cette anecdote ^. Frère Bemardîino alla 
terniïner le carême à Sienne^ où il s'effor^ d' ameuter dé la 
inême manière lé peuple contre lès juifs 2. 

Au mois d'avril 1492, un père Francisco, Espagnol, s'ef- 
força d* exciter à Naples une persëcùtioii semblable contre les 
juifs. Après avoir vainement épuisé toutes le^ ressources de 
son éloquence, et devant la cour et devant le peuple, il tenta 
aussi dé faire parier les morts; il fit apparaître rpmi>re. de 
saint. Gataldus, patron de la ville de Tarente, qui avait vécu 
au V* siècle ; il fit déterrer une cassette où il avait enfermé dès 
prophéties écrites sur des lâmës de plomb, dans lesquelles la 
ruine du rovanme de Naples et la mort prochaine du roi 
Jetaient prédites, s il ne se hâtait d'expulser les juifs de ses 
(états; et cbinme Ferdinand ne lui ctdnnait point assez de cré- 
dit, il occupa la cour de Rome et lltalie entière de ces pro- 
phéties, qu'on prétendit plus tard avoir été réalisées par fexr 
pulsion de la maison d'Aragon dû trône de Naples 3. 

En même temps les tribunaux ecclésiastiques retentissaient 
d'accusations de sorcellerie, et le spectacle de malheureux pé* 
rissant dans les flammes, comme magiciens bii comme bérétir 
ques, devenait chaque jour plus fréquent^. 

Les dominicains ne voulaient point consentir à ce que le 

t Bieordanze di TrUfoidù d$ i^sH. ÙeL Brùd, T. XXIH, p. 238. -^ ■ ÀÏÏegréiià MU- 
çretti , Mario Sanese, p. 823. — > Joviatnu Pontantu de Sermone. L U , cap uH. 
p. 1628, -^ Aàyle^ DiciiftnnairÉf critique ^, art. Caialdtu. — Mémoires de PtUUppe de 
Comifi^» Iff yfl, chai). Xiy»^. 213. ^—^ On èa iroui^ràU difficitëineni un exemple piua 
effroyable (^9 celui de (a penéciitioh iil'Arraa en 1459, icomré leé malheureux accusés 90 



Vn IfOTKV AGI, 971 

I 

J^ypîr k4î|1 prtt oonmiiasaniee de leurs fei^inm, fwm qoe 
ce fût à loi seul à les exécuter. Innocent YIII écriTaiti le 
30 afiptembr^ 1486» à Tévèque de Bresda : « Notre fils chéri, 
« frère Àjitoiae de Bresda, inquisiteur de Thérésie en Lom->> 
« bardiei ayant condamné quelques hérétiques des dçux se^es 
comme impénitents, et ayant requis les officiers de justiee 
ae Bresdft d'exécuter ^ sentence, nous btous appris nvee 
étonnement que ces offiders avaieqt refpsé de r^dre jus» 
tice, et d'exécqter les jugements de la sainte inquisitioni 
si on ne leur donnmt connaissaïuse du procès. En eon^é* 
quence, nous tous commettons et vous ordonnons par les 
présentes , de mander et d'enjoiqîdre aqx officiers séculiers 
de la Tille de Bresda, dexécuter les procès que vous aurei 
jugés, sans appel, et sans les rcToir nulijen^eot, .d^ps le terme 
de six jours après qu'ils en auront été légitimement requis, 
« sous peine d'excommunication et de toutes les crasures eOi- 

vaudoisie. Voici comme Monstrelet la nconxe. Chroniques du rçi Charles flL Vol. Ul, 

t. 84; 

,« B|| eetl9 «Hiée, en .la Tille 4*Arraf , au payi d'Artois , advhit un tonibla cas et p^- 
« loyable, que Fod nommait vaiuioisie , ne sçais pourquoi. Mais Ton disoii que*ce esloH 
« aucunes gen«, hommes et femmes, qui de nuict se transportoient, par vertu du diable, 
« d^ places oil ils étoieoi, el aoudainement ae trouvoieot en aucuns lieux aniére de 
« gens, es bois ou es déserts, là où ils se trouvoieni en très grand nombre hommes et 
« femmes ; et trouvoieni illec un diable en forme d'homme, duquel ils i^e veoii^pt jfima|^ 
«le visage: et ce diable leur lisoit ou disoit ses commandements et ordonnances, ^ 
« comment et par quelle manière Ils le dévoient adorer et servir. Puis faisoit par 
« chacun d'eux baiser son derrière, el puis il bailloit â chacun un peu d'argent, et fina- 
« Uement leur adroinistroit vins et viandes en grande largesse , dont ils so repaissolcut : 
« el puis tout à coup chacun prenoit sa chacune ; et en ce poiul s'esiaiDdoit la lumière, 
« el oognoissolent Tun l'autre charnellement ; et ce fait , tout soudainement se relrouvoil 
• diacun en sa place , dont Us étoienl partis premiërrment. 

« Pour celte folie ftirent prins et emprisonnés plusieurs notables gens de la dicte ville 
« d'Arras , el autres moindres gens , fenunes folieuses , et autres ; el furent teUemeni 
« géliénés, el si terriblement lormentés, que les uns confessèrent le cas leur être ainsi 
« advenu , comme dilest , et outre plus eonfessèrenl avoir vu et eognu en leur ^ssem- 
« Mée plusieurs gens notables, prélats, seigneurs et autres, gouverneurs de bailliages 
« et de villes ; voire tels , selon commune renommée , que les examinateurs el les jugea 
« leur nommoieni , et mettoient en bouche , si que par force de peines et de tormens 
« ils les accusoient, et disoient que voirement ils les y avoient vus ; et les apc^ns ainsi 
«t nommés étalent tantôt après pris et emprisonnés , et mis k Ta torture • \M ei si tr^ 



272 HISTOIBX DEâ AéPUBLtOtnss italieiines 

« clésiartiqoes, qu*iU encourro&t par leur seule désobéissance, 
« sans nouvelle promulgation 1. » 

Ainsi ce ne fut ni la barbarie du moyen âge, ni un zèié ax^ 
dent et entbousiaste,dans un temps où la religion échauffait tou- 
tes les âmes, qui allumèrent les bûchers de ^inquisition. Cène 
fût pas davantage la nécessité de défendre TEglise contre les 
progrès des novateurs, comme d'autres Font supposé. Les 
persécutions les plus furieuses, les plus implacables, entre 
celles qui souillent rhistoiire du clergé, sont antérieures de 
quarante ans aux premières prédications de la réforme ; elles 
sont contemporaines du plus grand, développement qu'aient 
reçu les lettres, la philosophie, la culture de la raison hu- 
maine, avant cette époque mémorable; elles datent aussi du 
moment où la cour romaine était arrivée au^dernier degré de 
corruption, et elles sont la conséquence nouvelle et effrayante 
ûa système de compensation que cette corruption même avait 
fait adopter aux croyants. Aux yeux des Sixte IV, des Inno- 
cent Tin, des Alexandre Vï, on effaçait la tache du mms 
par la rigueur avec laquelle on préservait la pureté de la foi. 
Une ^rsécution suffisait pour laver la honte de mille parjop 
res, de mille impuretés, de mille forfaits. Ceux qui dans leur 

« loBguement, et par tant de fois, que confesser le feur convenoit ; et furent ceux-ei 
« qui étoient de moindres gens , exécutés et brûlés inbumainement. Aucuns autrea plof 
« riches et plus puissans , se rachetèrent par force d'argent, pour éviter les peines ^t 
« les hontes qu'on leur faisoit, et de tels y eut des plus grands , qui furent prêches et 
« séJuits par les examinateurs, qui leur domioientà entendre, et leur proraettoieat, 
« s'ils confessoient le cas , qu'Us ne perdroient ne corps ne biens. Tels j eut que sooC- 
« frirent en merveilleuse patience et constance les peines et les torraenç , mais ne tou- 

« lurent rien confesser à leur préjudice et ne fait ici à taire ce que plusieurs gens 

« de bien cognurcnt assez, que cette manière de accusation ftit une. chose q^ 
• trouvée par aucunes mauvaises personnes , pour grever et détruire ou déshonorer* 
« ou par ardeur dé convoitise, aucuaes notables personnes, que ceux haioieni de 
« vieille haine. » 

Cest à cause de ce soupçon que l'historien ose cette fois en parler avec liberté. À 
chaque année presque on trouve l'indication de persécutions semblables dans un lieu ou 
dans un autre; mais les chroniqueurs les regardant comme justes et saintes, ne les 
rappelaient ordinairement que par un seul mot. — < BuUartum Bonumum. innocin- 
tH vm Cotutiiutio dednuu àvud Baynaid, AnnaL Eecks. UMf S S7, T. XIX, p. 377. 



DU MOYEN AGE. 273 

jeanease on leur âge mûr avaient cédé à la fougue da tempé^ 
rament, ou aux farears de Tambition et de la yengeance, 
pouvaient se faire tout pardonner, ai, dans le dernier déclin 
de leur vie, ils allumaient des bûchers pour les juifs, les Mau- 
res et les hérétiques. Cette affreuse morale, dominante en Es- 
pagne, prêcbée en Italie, soutenue dans toute la chrétienté 
par les bulles des papes, s'étendait rapidepient vers les pays 
moins édaiiés. U est difficile de prévoir quel aurait été le 
terme de cette progression effrayante, si la révolte d'une par- 
tie de FÂllemagne contre la tyrannie de Bome n* avait, après 
une longue lutte, forcé les papes à renoncer u cette intolé- 
rance sanguinaire, qui était devenue pour eux le but unique 
de la religion. 

A peine le collège des cardinaux, si zélé pour maintenir la 
pureté de la foi, remarqua-t-il le parjure du chef de l'Église, 
lorsque, au mois de mars 1489, Innocent YIII, au mépris de 
ses serments, ajouta six nouveaux cardinaux au consistoire, 
encore que ce collège ne fût pas réduit à moins de vingt-qua- 
tre membres; au contraire, l'annaliste ecclésiastique approuve 
cette conduite, parce que les conditions imposées par les car- 
dinaux pendant que l'Église est privée de son pasteur, sont 
annulées par une constitution d'Innocent TI. Mais ce même 
annaliste Baynaldi, toujours si dévoué au Saint-Siège, se ré- 
crie sur ce que, « par un honteux exemple de mépris pour la 
« discipline ecclésiastique. Innocent YIII avait nommé car- 
« dinal le fils adultérin de son frère, et le beau-frère encore 
« enfant de son propre bâtard ^ » La seconde de ces élec- 
tions qui excite l'indignation du plus orthodoxe des servi- 
teurs de l'Église, est celle de Jean, fils de Laurent deMédicis, 
qui fut ensuite Léon X. Il n'était en effet âgé que de treize ans, 
et le scandale de donner à l'Église un si jeune prince était 



' ^mmu. Eulen. Roynoldi. 1489, S 19« P. MO. 

vil. 18 



274 HISTOIRE DES BÉPUBLIQinSS ITALIElîlïES 

un de ceux contre^Ui^qels la serment d'Innocent .YIII anraît 
dâ Icf mettre en garde. Il sentit cependant quelque hontû 
d^tine étectiofi désapprouvée par plusieurs membres du sacré 
collège, et il imposa poîur condition au jeune Itfédicis TobU- 
gation de ne point prendre sa décoration nou^Ue, et d^ 
ne j[)oint ^enir & âome pour siéger dans le consistoire, avant 
que trois ans se fussent écoulés^ et qa*il eût atteint sa seizième 
années 

L'alliance intime entre Laurent de Médicis. et Inno- 
cent YIII, conséquence de la faiblesse du pape, établissait 
ainsi sur de nouveaux fondements la grandeur de la mai- 
son de Médicis. Cependant Laarent appesantissait chaque 
jour davantage le joug que portaient ses concitoyens t an 
ocmunencement de Tannée 1489 , il osa punir avec Une inao* 
leiice révoltante te gonfalonier Néri Cambi, qui venait de 
sortir de charge^ pour avoir lui-même maintenu les droits 
de sa magistrature , et admonété ^ sans consulter Laurent ^ 
quelques gonfaloniers de compagnies qui ne s'étaient, pas 
rendus à leur devoir. On trouva une telle conduite trop 
orgueilleuse vis-j^-vis de Laurent , prince du gouvernement, 
et ce nom de prince, jusqu'alors inconnu à une cité libre, 
commença à être prononcé dans Florence 2. 

La conséquence de ce cbangemeut fuit d'ôter ^ Fhistoire 
de Florence tout mouvement et tout intérêt. Toute la po- 
litique de la république fut concentrée dans le cabinet de 
Laarent de Médicis, et se trouva par conséquent ensevelie 

^.jumaL KcéUs, e» Burchardi DiarOs. 14»9 , S 21 , p. 397» — Ittoric di &wanni 
Cambl, T. XXI, p. «S. -- La cérémonie de l'envoi du chapeau et de la cooséfiratiou de 
Jean de Hédicis se fit dans l'abbaye de Fiésole, le 9 janvier 1492. Sdpi^HA -iiiiinira/o* 
L, XXVI, p. 186 i et, plus en détail , Haicoi, Ufe of Lorenzo, Appendix . S 6&.— Roscoe 
a reproduit aussi une lettre fort sensée de Laurent à son fils, mr ses devoin et sa con- 
duite dans le sacré collège , où il se trouvait le plus jeune , non pas seulenaoni daa 
cardinaux présenta, mais de tous'ceux qui y avaient Jamais été. ibid S 66. T. IV, p. 89. 
—s Se^ne AmmfratQ^ U XXVI , p. I84-186. — uiorie di Gio- Gambi. T. XXI, p. S9. 
Cet historien était fiU 4u gonfalonier Neri Gambi , admonesté dans cette occasion* 



DU MOUBN AGE. 376 

dam le gilenoe et le geeret< Ses penëgymtee ont toit ^*i| 
aveit tenu la balance de T Italie; qu'il ayait empêché Inno^ 
eent YIII de faire la guerre à Ferdinand,' après Tavoir 
exeommunié en 1 489« et déclaré déchu du trône de Naples^i 
qu'il ayait empêché le duc de Calabre de prendre, lea 
armée à la maini la défense de Jean Galéaz Sforza, 8on gen*^ 
dre, ocmtre Louie-le-llaure; qu'il avait enfin été constamment 
le garant et le médiateur de la paix en Italie, Cette action 
continuelle de Laurent de Médtcis cet possiUe, elle n'est point 
improbable, mais il n'en reste aucune trace dans les historiens 
flwentÎBS. Cette république, autrefois le centre de toutes lei^ 
négaeiations de l'ItaUe, semblait devenir, étrangère à tous les 
grands intérêts de cette contrée. Ses annales sont vides. Sct«* 
fÎMi Ammfrale passe raindement sw les noms de plusieurs 
genfakmiers sans marquer leur administration par aucun 
événement 2. Les autres historiens se taisent -également sur 
eelte époque; ils ne se smtaient plus entraînés à écrire ï histoire 
lorsque les intérêts de la patrie n'étaient plus ceux de 
ebteun^. 
Dmis œ silMce universel, un fait presque domestÀipie fiM 

1 AnmaL Mcelet, Raynaldi, 1489, $ S ei o» p, 394. — * Sdpione àtnmiraio, L. XXVI ^ 
p. 184-185.—' M. Koscoë me reproche avec un redoublement d'amertume (lUustr. p. i67), 
mon dédain povr les négoc^Uoni seerèiet de Laurent à la cour d'Innocent Vill. 11 pvfaSt 
un long fragment de Fabbroni destiné à en rendre compte, et partie de la correspondance 
de Laurent ayec J. Lanrredini , ambassadeur de la république à Rome. La nature du 
orédlt ^e laorent Mérçait é Rome par le martige de sa fille avec le fils du pape, Id 
Imt de cesiiégo«tations, par lesquelles il voulait déterminer innocent viil à abandonner 
les barons napolitains , protégés par TËglise , aux ?engeances de Ferdinand ; leur ré- 
MiHat, la tyrannie du roi, le désbonnesr du pape, et t'aeounuiUllOD dis beaiiomip #• 
bénéfices ecclésiastiques dans la maison de Médicis , me paraissent mériter des éloges 
moins pompeux. Je vois dans cette correspondance des intrigues plus ou moins habiles, 
Jvn'y tréuvé plus l'intervention- honorable et firanehe de la république en faveur de loua 
les opprimés , telle que nous l'avons vue dans le siècle précédent. Au reste , J'ai dit 
seulement que ces négociations étaient ignorées des historiens florentins ; et ce t'est 
i»i seiAMMM deSfiipione âdumirato, qui tvail les archives pnbliqoes à M disposilkpe , 
mais de Gio. Cambi, de Uooardo Morelli et de Tribaldo de KossI , tous trois contem-. 
ftorstns, et qui tous trois font sentir dans quelle ignorance des affaires publiques étaiem*^ 
«lors laissés les citoyens florentins. Dans la oolleotioo Deiitie degU EnUUul^ UX-XXlil. 



S76 nisToniK des ntstmiquovÀ rrALiEifiïss 

rattèntion. Laiarat de H^ds, tonjoan engagé dans le cota>' 
merce qn*il nepratiqoait point lui-même, et qu'il n'entendait 
point, airait remis ses affaires à des commis et à des agento 
établis dans diverses places de 1* Europe. Cçux-ci se regar- 
daient comme les ministres d'un prince; ils éUdaient dans leurs 
comptoirs un luxe ridicule, et ils unissaient la négligence à la 
prodigalité. La fortune brillante que Gosme arait laissée à ses 
petits-fils fut dissipée par ce luxe insensé ; mais pendant long- 
temps les obligations des receveurs delà république couvrirent 
le vide que laissaient les opérations de banque. Tous les re- 
venus de Fétat étaient distraits par ces anticipationa^ ilsavaient 
passé tout entiers entre les mains des commis de la maison de 
Hédicis , et ils étaient dissipés comme le reste de la fortune 
de cette maison avant même d'avoir été perçus. Le moment 
vint où ces opérations mineuses ne purent pas être conti- 
nuées plus longtemps, et U vint au milieu de la paix qui aurait 
dû ramener l'aisance dans les finances de la république. Le 
13 août 1490^ la Seigneurie et les conseils se virent obligés 
de nommer une commission de dix-sept membres pour réta- 
blir l'équilibre entre les monnaies, les gabelles et toutes les 
finances de la république. Telle était la corruption dans la- 
quelle cette noble cité était tombée, que cette commission ne 
rougit pas de faire faire banqueroute à la patrie, pour sauver 
les Médids de la banqueroute. La dette publique , dont l'in- 
térêt était fixé à trois pour cent, fut réduite à ne rendre qu'un 
et demi; et la défiance ajoutant encore à cette rédaction, les 
luoghi di faonte^ ou actions de cent écus , qui se vendaient 
vingt-sept écus avant cet édit^ tombèrent à onze écus et demL 
Les fondations pieuses qui avaient été faites par la république 
et par un grand nombre de familles pour payer des dots aux 
fiUes à marier, furent supprimées ; on en promit seulement 
r intérêt au bout de vingt ans, à raison de sept pour cent ^ 

t ittcfle di Gkw» ComUi, T. XXI , p. S4. 



BU uorm A0£. 277 

Pen après, ces magistrats, qni se fiûsaient nommer les rèfor* 
mateurSf décrièrent les monnaies qui étaient en coars, déda» 
nmt qu'ils ne les recevraient plus dans les caisses publiques 
que pour un cinquième an-dessous de leur yaleur. Cependant 
la Seigneurie continuait ensuite à les donner elle-même en 
paiement au cours du marché , en solrte que ce décri fut une 
maniée frauduleuse dTaugmenter d'un cinquième les revenus 
de l'état, sans faire porter de loi à cet effet par les seuls con- 
seils qnf eussent le droit d'étabUr des impôts ^ La fortune de 
Laurent de Médids ayant été ainsi sauvée aux dépens de la 
patrie, il sentit Timprudence de la laisser davantage dans un 
commerce ruineux , et il enq^loya les capitaux qui lui étaient 
rendus à acheter de vastes fonds de terre ^. 

Les annales de Bologne, république longtemps alliée de Flo- 
raiee, et qui avait tenu en ItaUe un rang presque égal , ne 
présentaient de même plus aucun intérêt, depuis qu'un citoyen 
puissant a^vait abusé du crédit que'sa famille avait acquis par 
de longs services , et s'était emparé de tout le pouvoir. Jean 
des Bentivogli occupait à Bologne, dès l'an 1 462, précisément 
le même rang que Laurent de Médicis occupait h Florence. 
Comme lui, il était entouré d'artistes et d'hommes de lettres 
distingués, qui, par un édat d'emprunt, faisaient illusion aux 
BolonaÎEf sur la perte de leur liberté. Gomme lui, il alliait sa 
fanôlle aux maisons souveraines : Annibal, l'aîné de ses quatre 
fils, avait épousé la Me d'Hercule, duc de Ferrare^. Yiolante, 
l'une de ses sept filles, épousa, en 1 480, PandolfeMalatesti, sei- 
gneur de Bimini, et nous avons vu une autre de ses filles, Fran- 
çoise, femme du prince de Faenza , qu'elle assassina. Gomme 
Médicis, Bentivoglio donnait au peuple des fêtes splendides , 
et lui présentait, en dédommagement des droits qu'il avait 
perdus, l'éclat et le spectacle d'une cour. Comme lui encore , 

* Scipione Ammirato. L. XXVI, p. i85. — Slacehiavelii, i . Viii, p. 448.-^ > Annales 
Bononienses Hier, de BurHiHt. T. XXIU, p. iNM. — > ibiO. Pé M8. 



278 HISTOIRB DES REPUBtîQUeS ITALIENNES 

il ornait sa résidence d*ëdifloes somptaetiX) de palais, de tem- 
ples, dont la construction remplit seule les annales de Bolo- 
gne 1. Bentivoglio l'emportait sur Médicfs par la vertu mili- 
taire; il pouvait conduire lui-même ses armées, il faisait faire à 
ses fils le métier de condottiere, et il n'était pas obligé de s en 
lier uniquement à des bras mercenaires pour la défense de son 
état ; mais Bentivoglio était inférieur à Laurent par les talents 
personnels. Il n'avait point ce goût , isette élégance qut ont 
fait oublier dans Médicis Toppressetii* de la république floren- 
tine, pour ne voir en lui que le protecteur des lettres. Il n*a- 
Vait pas non plus cette facilité de caractère, cette douceur 
dans le commerce intime de ses familiers qui assurèrent à 
Laurent des amis distingués, dont le témoignage'notis fait il- 
lusion encore aujourdfaui. 

La grandeur de Bentivoglio excitait cependant autant de 
jalonne à Bologne que celle de Médicis à Florence ; la famille 
dès Bfalvezzi, comme celle des Pazzi dans rautre république , 
ne pouvait Se résigner k descendre au rang de sujette après 
avoir joui de l'égalité. Jules, fitedeAlrgilio Malveezi, et Jean, 
f^ilippe et Jérôme, fils de Baptiste Malvezasi, ourdirent «oe 
conjuration pour tuer Jean Bentivoglio. Ils furent découverts 
le 27 novembre 1488, avaiit d'avoir tenté f exécution : pl«i- 
«ieurs d* entre leurs associés s'^bappèrent, aussi Men que Jé^ 
rdme et Philippe Halvezzi^ amis Jean Mal vez«i, Jacques Bar* 
zellini et dix-huit de leurs complices firent pendus ; tous les 
membres de cette fanâlle nombreuse furent exilés dès le matta 
suivant , encore qu*ils n'eussent aucune eotmaissanee de la 
conspiration , et leurs biens furent confisqués. Jusqu'à Aeax 
religieuses qui étaient an couvent de Sainte-Agnès en fnrent 
tirées pour être transportées à Modène , parce qu'elles p(»r- 
taient ce nom odieux ; et la conjuration des Mahezzi , em 



Atmah Bùnmaemm Mien d» a w wS Li . lU'itly itoe-at 



DU MOYBfl AGE. 279 

causaAt la ruine d^une mcosou qni,. par son icrédit et se; ri* 
ehesses, occupait le second rang à Bologne, ne servit qu*à 
augmenter la puissance de ceux contre qui elle av^it été di- 
rigée *. 

La ville de Pérouse, qui longtemps avait tenu on rang dis* 
Ungué parmi les républiques de Toscane^ n'était pajs exempte 
de troubles à peu près semblables, encore qu*e11e eût perdu, 
avec son indépendance, sa population et son antique opq- 
Ienc0i Toujours divisée entre les deux factions des Qddi et des 
Bagtioni, leur guerre civile s'était terminée, ^n 1489^ par 
rex41 des premiers, aussi bien que de tout ce qui restait de la 
famille de Braccio de Montone^. Ces exilés, secourus par le 
dm d'Urbin, et assurés de l'assentiment secret d'Tono* 
cent VIII, trouvèrent moyen de rentrer dans Pérouse le 6 
juin 1 49 f , à la quatrièmje heure de la nuit ; ils comptaient 
sur les intelligences qu'ils croyaient trouver dans la yille. Ils 
forent ao contraire à peine découverts que tous les citoyens 
les attaquèrent avec acharnement. Une cinquantaine d'émi- 
grés rentrés furent tués dans ce combat; une centaine d'au- 
tres , déjà couverts de blessures , furent faits prisonniers et 
pendus incontinent. Le protonotaire Fabrice et un autre prélat, 
nommé Rodolphe , chefs principaux de la faction des Oddi, 
fareut massacrés; et le pape^ apprenant la défaite du part^ qu'il 
avait paru favoriser, ne fit point de difficulté d'accorder anx 
fils des vainqueurs les bénéfices des prêtres morts dans cette 
déroute ^. 

Eo&i, la. ville de Gènes n'était pas alors plus libre que 1^ 
antres républiques auparavant ses alliées. La révolution du 
mois d'octobre 1488 l'avait soumise au duc de Milan, et Au- 
gustin Adorno la gouvernait en son nom ; mais , comme un 



Infesswa, Diarlo di homa, p. 1323. — * Stefano Infettura, Dlarto di Roma, p. ISSS. 
—s ibid. p. 1387.- OrioiMfo Hùtmfom,8torki diSUmu P. lU, L. VI, f. M.» 



280 HISTOIRE D86 BÉFUBUQimB' ITALIXimS 

parti hml pea anparaTant inYoqaé la proteclton Aa roi de 
France en lui offrant la Seignearie de Gônes, Loois-le-Maore» 
pour oondlier ses prétentions avec celles de son puissant voi- 
sin, avait demandé à tenir Gènes comme un flef mouTant de 
la cooKmne de France, et Charles YIII Ten SYnit investi eu 
effet en 1490 à cette condition ^ 

Les autres états de 1* Europe, distraits à cette époque par 
des guerres intérieures, exerçaient peu d'influence sur la po- 
litique italienne ; aussi le repos qu'on goûtait à la fin du quin- 
zième siècle, ce repos si favorable aux lettres et aux arts , et 
que tous les Italiens ont célébré pour l'opposer aux guerres 
longues et sanglantes qui allaient bientôt commencer, n'était-» 
il point le fruit de la politique, mais le résultat d'un ^semble 
de circonstances qui ne pouvaient pas durer longtemps. La 
France, d'où Torage devait bientôt fondre sur l'Italie, n'était 
pas encore prête pour la guerre qu'elle méditait. Charles YIII 
avait déjà conçu dans sa jeune tète le projet de conquérir le 
royaume de Naples, projet qu'il exécuta ensuite avec un suc- 
cès si disproportionné à ses forces ou à ses talents 2. Mais la 
rivalité entre la dame de Beaujeu, sa sœur, gouvernante da 
royaume, et le duc d'Orléans; la guerre contre le duc de Bre- 
tagne et celle contre Maximilien, fils de Frédéric III, qui par 
sa femme avait hérité, de la maison de Bourgogne, occupaient 
alqps la France par des intérêts trop pressants pour qu'oa 
pût prévoir qu'elle quitterait tout à coup toute autre pensée, 
et verserait toutes ses forces sur l'Italie. 

Maximilien, qui devait à son tour y porter la guerre , tan- 
tôt comme rival , tantôt comme allié du monarque français , 
était alors uniquement occupé de ses démêlés dans les Pays- 
Bas. Au mois de juillet 1477, il avait épousé Marie , héritière 

t fiorfh. Senaregœ De rébus Genuem. T. XXIV, p. S2S. — Philippe de Camiues^ 
memolHe. L. VU, eliap, ui, p. isi .— • PhiUppe de CerniHee, Vtmoveê^ L. vu, chap. v, 
p. IS8. 



00 nom Aos. S84 

deBoiirj[0|p»i;UraYaitpeiAiftk38BMnl4M, «tdètlom 
seft 89jet8 avaient comiiiencé à lu cojsMIiet lat^lgeiieede ses 
états, et le droit d* élever 8oa fils Philippe. MuimilieD folleitt* 
prisoniûcr pendant neuf mois à Bruges, et à eette époque, fl 
songeait pea à faire Taloir les droits de roi des BomahiB qtffl 
avait acquis en 1 484, ou à deseendre en Italie pour protéger 
Innocent YIII, oomme cdoi-ci l'y invitait ea 1490 ^ 

Frédéric III, son père, arrivé à une gnuide vieittesse, ébBk 
loin de montrer, après cinquante ans de règne, ane vigueur 
qu'on avait vainement attendue de lui dans ses jeunes années, 
n n'avait «su ni repousser les Turcs, ni se faire aimer des Alle- 
mands, ni maintenir les droits de sa .eouionne* S'eogageant 
dans des guerres injustes avec Mathias Gorvinns, le héros de la 
Hongrie , il n'avait pus mieux défendu contre lui son propre 
héritage. L'Autriche était envahie, et il errait de ville impé- 
riale en ville impériale, bu de couvent en couvent, vivant anx 
dépens de celui qui lui donnait l'hospitalité ^. 

Mathias Gorvinns, roi de Hongrie, qui seul avait eu la f^oire 
d'arrêter Mdiomet II au milieu de ses conquêtes , et d^avoîr 
sauvé peut-être la chrétienté, s'était trouvé plus mêlé à la po^» 
litiqoe de Tltalie qu'aucun de ses prédécesseurs, si l'on ex- 
cepte liOuis-le-Grand de la maison d'Anjou* Son alliance avec 
Venise, son mariage avec Béatrix d'Aragon, fille de Ferdinand 
et beUcHBoeur d'Hercule, duc de Ferrare , son obâssancé aux 
volontés du pape et ses ferres avec l'empereur avftient mbl^ 
tiplié ses rapports avec les Italiens ; mais il mourut le 5 avril 
1 490 ^. Ginq prétendants se présentèrent peur disputer sa 



> 4111101. EceMasL BaynalàL i490, $ S, 8 et 7, p. 498. — SpUgei der Ékren. B. V, 
e. XXXa , p. 988 ; c. XXXV, p. 878. — * SpUgei iUr Bkren âêr Bnluuiie$ wm Oeêter-' 
reich. B. V, c XXXI, p. 928. — Fuggèr compte cependant yingt-six guerres difTérenles 
d» ce souToraiii. iMd. B. V, c. XU, p. 1078. — ' Bon/ittti» « de reOus HutigaHcis. D. IV, 
L. VIII, p. 878.— ilfifia/. Eecles. 1498, S 10 et 11, p. 399. -^tiarin Santuo, Vite de* 
âueM di Venetia, p. i247. -^tHarlo Femrese, p, 7»i.-^8pkgelder Bhren. Bucb. V, 
cap. XXXVIII, p. 1023. 



182 HISTOIRE DES BÉPUBLIQUBS ITALIENNSS 

eouronne. Je«i Gomans, son bàtord, éXmX entre eux eeloi 
ipii, par L'héritage de plus de vertus, sembMt y avoir le plus 
de dcoits. NéanmniDS, Uladislas, roi de Bobéme et fils da roi 
de Bojogpe, lui M préféré. Cette élection amena Je déchire- 
meot 1JU9 la Hongrie. Les Allemands^, les Polonais, les Turcs 
et leamécoatents hongrois. s*en disputèrent les provinces; tous 
les temples ebrétiens furent mis en cendres jusqu'à Waraddin ; 
k Croatie et la Transylvanie furent ravagées en i 491 , et Scha- 
batz^ le boolci^arà de la cbrétienté, fut assiégé par les mnsul- 
mana. Albe royale et Scbabatz ne tombèrent point cepen- 
dant iui pouvoir des Turcs; mais Paul de Einitz, qui les délivra 
Tannée soi vante , eottllla sa victoire en exerçant sur sei» pri- 
sonniers d'effroyables cruautés 1. 

En Angleterre Henri YJI avait mis, ^cn 1485, un ternoe à 
la tyxaunie de Ridiard III ^ et il dierchait à affermir une au- 
torité «ncore mal reconnue.- En Espagne, Ferdinand et Isa- 
belle, rois d* Aragon et de Castille, aequérai^it bien plus ra- 
pidement que tous ces souverains un pouvoir plus étendu, et 
un r^utatien européenne, ils avaient obtenu à la cour du 
pa{ie«n crédit qa'on n'avait vo exercer par aucun de leurs 
prédéoesseui;s; et toutes ies puissances de F Italie tournaient 
OND^ammeat les yeux vers F Espagne. A cette époque même 
ils )ti;aieat les fondements d'une puissance bien plus vaste : 
Qiinstapfae Colomb découvrait pour eux, en 1 492, le Nou- 
vem-Mmde, tandis que les Portugais étendaient leurs éta- 
blissements sur toutes les eètes d'Afrique, et qu'en 1486, 
fiartbélepi Diaz Jfrancbissait le cap de Bonne^Espérance. 
Mais toutes les forces, toutes les richesses des souverains 
d'Espagne Paient diirigées (oontcte Je wj/ma» éê^^mnêéBy 
dont la ccmquète ' était, à cette époque , l'objet jupiqçe 4e 
leur ambition. La capitale seule de ee deinier mywii des 
« 

> am^lMf , nef. aungar.ltectiy^ L. II, p. 7i7. — innaf. SceUt, 4^91, S lA»^ 4o$. 
-Spiegel der Ehren. B. V, e. XXXVm, p. lOM. 



0D Monii AGC. 283 

Maiireii en Espagne, ce t&yev d^ûù lei^ lumières , \eA artt et 
les flcieBoee asiatîqoes et des anciens s'étaient répendns snr 
rOcddent^ comerrait encore 8<m indëpendaûee. L' attaque de 
Ferdinand et d' Isabelle étê^ considérée par les Latins 
eamme Qoe gueire Mcrée, eneohBqnfil ne s'agit point, ponr 
les chrétiens, de recouvrer des Heni: consacrés A là religion, 
cMi»Be M Syrie, on de ee défend retsootré l' invasion des bar- 
bares, oomme en Grèce et en Hongrie ; mais au contraire de 
dHMwr on poople pins civilisé que ses agresseurs d'une dé- 
mettre qn*il occupait depoHs hvàt tients ans. La chute du roi 
Beabdil et la piise de Grenade, le 'i'janvier 1492, furent 
céMlNrées dans tonte TEorope comme le tfiompbe de la chré^ 
tienté«. 

Ceflt ainrf qëe tout se préparait pontr une ère nouvelle, 
non pas dans f Europe seule, mais dans le monde entier. Les 
i^igionsde f Orient et de rOcddent, rapprochées par une na- 
vigation jusqu'alors jugée imposable, Tenaient se lier à !^£u- 
fope, comme au centre de la puissance et de la dvtfisatiou. 
Les oatioBS s'éprouvaient dans de dernières guerres dviles, 
et développaient ain^d des forces qu^elies devaient bientdt 
towner ou dehors. L^Bspagtie, la fra6ee, f Allemagne, l'An- 
gleterre, allaient arriver sur le champ de bataille, comme des 
citoMes, arec lesquels les puissances qui jusqif alors avaient 
cru tenir la balance de T Europe ne seraient plus en état de 
luttttr. Le temps était venu où f ancien ordre de choses de- 
vait «bander; la liberté des petits peuples s'était suceessive- 
nentaoéantie^ tous les princes d^one même nation qui , au- 
taefdis indépendants, n'étaient finis que par les liens relâchés 
dsiaJéadaltté^ jetaient tombés du rwgderiyaux éti HMmarque 
à «riai 4e ai^els. La focce <qp'& avaient d longtemps dépen- 
sée ke «M contre les autres, pour satisfanoe leurs propres pas- 

> Voyez f lur les C6t68 de l'Italie à celte oeeasion, BarthoL Senaregm, De rebut Se^ 
nuent, p. 531. — ânnaL Eccles. BaynalA. 1493,5 U^ 3| P* 4iM. 



284 HisTOiBE DES MKPmuVJn italiehhes 

^11$, pour défiiràre kors Ar«il8 oa lenr oifioeil^ fli lUaiâit 
la psodSfuar éom les ordres d*aii msâtrei Ib attaient cfiansiier 
aa loin la gorare que â longtemps ib avaient trouvée à leur 
porte. Les armées allatMt compter autant de nûttiers de aoI«- 
dats qu'elles en eomptiôenl auparavant de centaiiies; les 
guerres avaient prendre wm caractèsè Bonveau de féroeité; 
parce que les peuples qui^^attaientoonifailtre différenieat ab* 
solament de ooututtes, de mœiurs, d'opinions, surtout de 
langage; en sorte que la prière ne serait plus entendue, 
que la pitié n'ébranlerait plus les Ames. Le ressentimeut de 
Imigues privations dans de longues marches, de longs eaaipe* 
ments, de longues maladies, allait endnrdr le cceor édR guer- 
riers. Les hôpitaux militaires, dont Teiistenoe avait été ja»» 
qu'akH*s inconnue, allaient bientôt consomme»* plus de sddats 
que le fe? et le feu; et cependant les batailli» devaient rougir, 
en peu d'années, le sol italien de plus de sang qu'on n'en avait 
versé pendant tout le dernier siècle. Tout devait prendre un 
caractke plus fort, plus sévère; tout pr^^ût à des révolu- 
tions plus douloureuses, à des secousses plus violentes, et il 
ne dépendait pmut du géme d'un homme de retarder ou 
de hâter une crise que la nature des dioses rendait néoes* 
saire. 

Les Italiens, qui virent tout à coup suocéder ce boidever* 
sèment de leur patrie à une période de calme, de richesses et 
d'éclat dans les lettres, attribuèrent le cfaangemeut dont ils 
ressentaient les effets am hommes qu'ils avaient connus. Bs 
firent honneur à Laurent de Médids d'avoir mamtenu ^i 
paix l'Italie^ parce que la grande invasion qui la bouleiveffia 
n'eut Uen que deux ans après sa mort. Ils aceusteeni Louis- 
le-Maure*d'avoir, par son ambition privéeet parla ph» fausse 
politique, livrée patrie à ces étrangers qu'ils nommaient 
barbareSj parce qu'il renouvda l'invitation qui leur avait été 
adressée déjà vingt fois, dans ce siècle et le précédent, de 



00 râomss am. id& 

prendre part anx guerres d'ItaHe. Mais Laurent âe Héffids 
n'aTaît point eavpèdbé Louis XI de dicter an vieQx roi René 
flOQ testament da 22 joillet 1474^ en faveordo eomteda 
Marne, ou de dieter à oehii-ci son testament du 10 décembre 
1481» enfaveorale la coaronne de France. Tontes les pré- 
tentions des rois françus aaroyanme de Naples avaient donc 
été préparées de longue main, donze ans arant la mort de 
Lanrent. Ces prétentions ne pouvaient amener de guerre, ni 
pendant qpi'un roi vieux, malade, timide, avare, soupçon- 
neux, occupait le trône, ni pendant la minorité de son fils. 
Le. moment était cependant si bien venu où une telle ambi- 
tion deviendrait naturelle à la France, que trms de ses rois, 
différent» par leur caractère, par leurs talents, par le sang 
même dont ils sortaient, Charles YIII, Louis XII et Fran«« 
çms I*'', S'7 livrèrent avec une égale ardeur. Laurent de Mé- 
dias n'aurait point pu les arrêter si sa vie s'était prolongée 
jusqu'à l'âge qu'il pouvait naturellement atteindre. Il ne 
pouvait non plus prévenir la réunion de toutes les couronnes 
d^Espagne entre les mains de Ferdinand et d'Isabelle j la 
réumon des héritages de Bourgogne et d'Autriche dans celles 
de Maximilien. Il n'avait point suscité aux premiers la guerre 
de Grenade; au second, la révolte des Flamands, et Une pou- 
vait 8*attribuer le mâite ni de leur activité ni de leur 
repos. 

Il n'y aurait eu qu'un seul moyen de sauver l'Italie, c'é- 
tait de suivre le projet des républicains florentins que Gosme 
dé Médieisfit échouer; de maintenir la vépubliqiie de Milan 
lorsqu'dle recouvra sa liberté, en 1447; de partager ainsi la 
Lombardie entre deux puissants états libres. Milan et Venise; 
de com^rver entre eux l'équilibre par le poids qae Florence 
et la Toscane mettraient dans la balance ; de les réunir par un 
intérêt commun toutes les fois qu'il s'agirait de la défense de 
la Ubertéet de 1 indépendance italienne; de les appuyer par 



386 HISTÔtUË DES Aip|rBt.tQt7l:S ItALriSNIfES 

raliiattee 4ea Suisseï, sékm le prqet qae Sixte IV eommuni* 
qaa plus tard aux cantons ; de réunir ainsi au, beaoin tea ri- 
cbf»aea.de Florenœ et.de Milan, les flottes de Venise et de 
Gênés et la milice indomptable des Suisses, pour la cause de 
la liberté. Alors oette daine de république aurait présenté 
aux puissances étrangères une barrière que ni Charles YIHj 
ni Maiimilieo, ni Ferdinand et Isabelle n'auraient jamais pu 
renverser. Mais ce projet, que les Albizzi auraient été dignes 
de former, que Néri Gapponi ooaçut et soutint airéc fermeté, 
que Sixte lY renouyela, échoua par 1* ambition perspnnelle 
de Gosme et de son petit-fiis, qui, pour être les premiers d* 
toyens de leur patrie, et pom* élever leur famille à un pouvoir 
souverain, avaient besoin de rallianee d'autres piinces et non 
d'états libres. Dans k même esprit, Laurent tint toujours 
Florence éloignée de son antique alUance avec Venise; il ins- 
pira au peuple un esprit de défiance et de rivalité contre 
cette grrade république, au lieu de maintenir cet ancien ac- 
cord qui avait arrêté tour à tour Hastino de la Scala, Berna- 
bos, Jean-€raléaz et Pbilippe-^Marie Visconti. Si l'Italie fut 
perdue par une erreur de politique, c'est à Laurent qu'elle 
dut sa perte plus qu'à Lonis^e-lfoure» 

Ce dernier, tuteur ambitieux de son neveu qu'il voulait 
détrôner, lieutenant d'un deii|pote et aspirant à la tyrannie, 
était fait pour sacrifier tout à son intérêt personnel. Ce n'es^ 
pas à de tels hommes qu'il faut demander des v^i;us publi- 
ques, et tout ce qu' cm pouvait attendre de lui c'était qu'il œl- 
culàt juste. Use trompa, il est vrai, lorsqu'il recourut à l'aide 
des étrangers qui devaieut bientôt l'écraser; mais son erreur 
n'était pas nouvelle. Depuis le premier Charles d'Anjou, au 
milieu du xiii^ siècle ; depuis Philippe et Charles de Valois, 
les papes, les barons napolitains^, les Toscans, les Lombards, 
les Vénitiens, tes Génois, avaient tous tes dix ans appelé les 
Français en Italie. Louis I, Induis II, Louis lU, de la secradi 



^•1 



DU MQTSli AW. MT 

maison d'Anjou; Bené l'ARciw^ aon fih Jeta, d«e de Ga^ 
labre, et René de liorrame, a^aioat chaenn, à ploaîewrft ie<^ 
prises, tenté la cofnquète du royaume de Naplas «veo dee ar» 
mées françaises^ Dans les dix derniàres aunéeS) Rané II awb 
été deux fois appelé par les Vénitiens, et deux feia par la pape. 
tkni fois aussi, presque dans la mAme période) k» Cténaia 
({'étaient offerts au roi d^ France. Enfin^ lanoeent VIII> Vtaaà 
et le confédéré de Laurent de Médias, a^t de nouveau dé- 
claré la guerre à Ferdinand de Naples, au mois de 8epÉtind>re 
1489, comptant uniquement sur Tappui de Charles VIII qu'il 
appela à son aide ^ ^ et ce fut la noncbalanee da Gharias, non 
les persuasions de Laurent, qui forcèrent enfin le pape à la 
paix, le 28 janvier 1492, lorsqu'il \\i que fss brafil et sea 
balles, seules armes qui eussent été employées pendant trcns^ 
ans, n'ayaient point suffi pour attiser les . Français en 
Italie. 

Ferdinand néanmoins, dans la crainte de yoir coAn s*ef« 
fbctuer cette invasion dont il était sans cesse menacé, renou- 
vela, par oe dernier traité^ à peu près toutes les conditions de 
son précédent accord avec le pape*. Il promît de remettre 
en liberté les fils des banms qu'il avait fait mourir ; il 
pr^tnit de payer le tribut jmnueL auquel il s* était son* 
mis ; il promit enfin de ne point troubler dans son royaume 
fexercice de la juridiction ecclésiastique. Il envoya son petite 
fils Ferdinand, prince de Gapoue, rendre bomùiage au pape, 
^ celui-ci investit de; nouveau le jroi de siui tayamne, comme 
d un fief relevant de F Église. Innocent fixa Tordre de la sac- 
cession, en y e^ppelaut le duc de Galabre, et^ a* il mourait 
ayant son. père, le prinoe de Gapoue ; enfin il reçut le ser- 
inent du roi. La bulle qui terminait oe différend est du 4 juin 



* aps^atfi ânnaL ticeles. il89i S 7, 8, 9, p. 394. — Diario Romono 4i St^fuiQ mfu- 



388 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIElfNES 

1492 ^, et le 15 juillet saWant, Innocent YITI mourat avant 
d'avoir en le temps de voir Ferdinand fansser tontes ses 
promesses, suivant son usage ^. Innocent YIII souffrait de- 
puis longtemps de plusieurs maladies, et déjà le 27 septembre 
1490 un évanouissement de vingt heures l'avait fait passer 
pour mort. Pendant sa léthargie, son fils Franceschetto Cybo 
voulut s'emparer du trésor pontifical, puis de Jem, qui ha- 
bitait dans le palais même du pape ; mais les gardes de l'un 
et de l'autre s'étaient opposés à ses tentatives ^. Les cardinaux 
qui étaient alors à Kome s'étaient rendus de grand matin au 
palais et avaient commencé l'inventaire du trésor. Quoique 
Franceschetto Cybo eût depuis longtemps détourné une partie 
des richesses de l'Église et les eût envoyées à Florence, les 
cardinaux trouvèrent encore dans la chambre apostolique 
des sommes immenses dont ils confièrent la garde au cardinal 
Savelli. Mais sur ces entrefaites le pape revint à lui ; et dès 
qu'il sentit renaître ses forces, il renvoya tous les cardinaux 

1 Diploma apud Ba/nald, ^nn. 1493, $ il, 19, 13, p. 409-410. — D/orio dt Stefano 
infessura. T. m, P. II, p. 1940. — * Istorie di Giovanni Cambi. T. XXI, p, 7 1. Le 
IMorio Komano du Notaire de Kaniiporto finit à la mort d'innoceot Viii , T. ii, P. Il, 
p. 1108. Muraiori, en le faisaol imprimer, a touIu l'opposer au journal d'Etienne In- 
fèsBora, qui prend la qualité de secrétaire, acriba, du sénat et du peuple romain. U 
▼oui qu'on réfoque en doute les médisances-d'Infessura sur Sixte. IV et Innocent VHI , 
parce qu'on ne trouve rien de semblable dans le Journai du notaire de Kantiporto* Mais 
pour dire vrai, on ne trouye, dans ce journal, ni cela ni autre chose, sauf la dalo 
toute nue des éyénements. Les plus minutieux, comme les plus importants, sont éga- 
lement indiqués par une courte phrase ; le notaire ne met entre eux aucune différence. 
« Le 15 mai, dit-il, le cardinal de Médicis fut fait légat du patrimoine ; le 16, le due de 
« Ferrare parlh de Rome, et s'en alla ; le 96, l'ambassadeur de Venise entra i Rome avec 
M beaucoup d'honneur ; le 27, le prince de Gapoue, fils du due de Caiabre , entra é Rome 
« en grand triomphe, entre le cardinal de Bénévent et celui de Sienne; il mena avec 
« lui beaucoup de seigneurs , et logea au palais du pape ; le 29, le prince alla yisiter les 
tf cardinaux, en commençant par le yice-chancelier; » et tout son récit est dans ce 
style. Certainement on ne peut opposer de bonne foi le silence d'un journal écrit do 
cette manière à l'autorité d'une histoire ralsonnée et circonstanciée , où l'on voit la 
volonté et le sentiment de l'écrivain. Le journal du notaire de Nantiporto est imprimé 
T. III, P. Il, p. 1071-1108. Celui de Stefano Infessura se trouve dans le même volume, 
IK 1109-1252. Hais Muratori a supprimé des détails qu'il a trouvés trop scandaleux pour 
Sixte IV. Le même journal se trouve sans lacunes dans EccardM , ^itu Med, M^. T. Il» 
Upsi», 179S. — * MoHo di Stefan, Infettura, p. I28S. 



lA'JHEfiT TJB M.:e:£iI:C!3. 



no mnâ àùi. 289 

eh lent daunt qa*il espérait encore lear sorrivre à tous K 
1492. — Dans sa dernière maladie. Innocent YIII se 
laissa persuader par on médecin juif de tenter le remède de 
la transfusion du sang, souvmt propoaé par des charlatans, 
mais qu'on n'arait jn8qu*al<M*8 jamais éprouvé que sur des 
animaux. Trois jeunes garçons, igé& de dix ans, furent suc- 
cessivement , moyennuit une récompense donnée à leurs 
parents, soumis à l'appareil qui devait faire passer le sang de 
leurs veines dans celles du vieillard et le remplacer par le 
sien. Tous trcHS moururent dès le commencement de l'opéra- 
tion, probablement par l'intrediK^on de quelque bulle d*air 
dans leurs veines, et le médecin juif prit la fuite plutôt que 
de s'essayer sur de nouvelles victimes^. Pendant la maladie 
d'Innocent YIII, et dès le milieu de juillet,. 1^ malheureux 
Jem, dont la tête avait été mise eu quelque sorte à l'enchère 
par Bajazeth II, fut enfermé, par ordre dés cardinaux, au 
château Saint-AngCv II était regardé comme une pai*tie im- 
portante de l'héritage du pape futur. 

Laurent de Médicis ne vit point la mort dlnnoceut VIII, 
ou la scandaleuse élection de Roderic Borgia, qui lui succéda 
sous le nom d'Alexandre YI. Atteint d'une fièvre lente qui 
se joignit à la goutte, héréditaire daus sa famille, il s'était 
retiré, presque dès le commencement de Tannée, à Garreggi, 
sa maison de campagne, pour se mettre entre les mains des 
médecuis. Ceux-ci semblèrent proportionner leurs remèdes à 
la richesse, plutôt qu'aux besoins de leur malade ; ils lui fi- 
rent prendre des décompositions de perles et de pierres pré- 
cieuses qui n'arrêtèrent point les progrès de la maladie. Lau- 
rent, entouré de ses amis, mourut entre leurs bras, le 8 avril 
1492, avant d'avoir accompli sa quarante-quatrième année ^. 

t Dlariodi Stefan, Infesêura. p. I38i. — * Ibid, p. 1341. — RaynakU ànnùL BccUi. 
1492, S 19, p. 4 lu ; ex VoUiUrrano, L. XIUI, et oHis. — > MaçchiaunUi, L. VIll, p. 447. 
^Scipione Ammirato* L. 3LXYI, p. 189. 

Vil. 19 



H^ HISTOIBB DmWWmUfiU ITAUERNES 

Qivdte que M rbubiteté de Umemt âe MédMi 4ms \m 
affaâredt ^ A'e^t pas comme IioiMie>4*ébil ^'it pietit «être 
^busé au rang des ptos grands tommts dpni Fltaëd^ sa -glft^ 
rifia^ Taiit dfhcomeiyr n'e^ rést^nré qvik osos foi, éki?nl 
leurs Tues ao-dmns de ïintérèt personnel ^asaniefÉti par k 
toavsil de leor yie, la paix, la gloite ou la liberté de Ibop pays. 
laixreiit poursoiTÎk^ «a eontrûre, presque^ tiNÔoi»s» anaintH 
tique tout égeïstft; il soutint par des eiésuâonif^ saagglâaAss 
un pouvoir usurpé ^ ^ il appesantit chaque jdir u» îoog éé^ 
testé sur une Tille librcy il enleva aux laagilrtrata té^ilÙMs 
l'autorité cpie leur donnait la consitiUitioa, et il déliiwaa<8ss 
concitoyens dte cette carrière publiqpie dans laqaatte, «faat 
lui, ils avaient développé tant de talents. No«S!V«mK»^iâaDs 
la dernière partis de cet oaviuge , les conséquenosa fuaesfes 

1 H.Ro8coé a )agé à propos de faire eontre moi, à l'occasion de celte phrase, une 
sortie si Yiolenle, que Je n'ai que le choix d'en rire ou de m'en fâcher. Je demande la 
permlsiloD de m'éD tenir au premier parti ; c'est le public qui rirait, si , nouTeaux pa- 
ladins , nous entrions dans le champ clos pour assigner le rang et la gloire, non de nps 
belles , mais d'un ancien usurpateur des libertés de son pays , qui n'est pas le nôtre. ' 

La dénégation de M. RoscoS me force cepeedant A justifier ma phrase, que Laurent 
soutint par dea êséeuttom sanglanteê un pouvoir usurpé, en récapitulant Içs (a^ 
sùlyants t 

Ih 14M, quttid Lanreot n'aralt que dix-huit ans, et que son père Tivail encore, 
comme celui-ci était retenu au lit par sa maladie, ce fut Laurent qui traita avec Li^a 
Pittî; quatre des' plus Ùlustres funilles de Florence, et un grand nombre de celles du 
seeond rang fUronl exilées, et une imposition de cent mille florins Ait leré^sur le puii 
Yaincu. Sdp, AnmUr, L, XXIll, p. loo. 

En 1467, le 13 et le 20 juin , la balle nommée par les Médicis offrit deux mille florins 
tfe récompeose à qui lui apporterait la têle de UioUsalvi de Kérone Kigi, IfAiigaio Ad- 
tinori, de Niccolo Sodérini , ou de Gian Francesco Siroizi, chefs de quatre familles illus- 
tres ; le double A qui les livrerait vivants. Lion, 3!orelUj p. j83. 

En i46t, le illl de Papi Orlandi eut la lAu tranchée poujr le complot de Peseta» un 
Néroni fut déclaré rebelle, un grand nombre d'autres furent jelé^ en priaon.om coft<' 
fines. 

La même année, Frineeico Ai BrisiglieUa avec quinte de ses associés enreni Ja tête 
tnnehée ou fiirent pendus , pour le complot de CasUglionchio. Scip. Mmnir^ T. M » 

p. 104. 

En 1470, peu après la mort de Pierre de Médicis , et depuis que Laurent était demeuré 
seul chef de l'état , Remardo Hardi eut la léte tranchée à Floreoce ; six de ses associés f 
furent périios, quaterie antres ftirfAI pendus é Prato , pour le coinpioi de rraio Aioe. 
Ifore/R, p. 1S9. 



m;' 



iè flan andMioii , cft du reiiTerseinlient dés institàtiond natfo- 
Mles. Une iBtIe désastreuse se perpétua pendant trente-bu(t 
aos entre la ffaitiilte de Laurent et sa patrie, et elle ne ^ 
tenoiiMt 40^ par Télddissenient de la tyrannie d'Alexandre 
delMdidSi 

Cependant il ne serait pas joste de ^t^pôolller Laurent Se 
liMieis< ^*ime glaire qat les nëdes ont reconnue. C'est par la 
|iMie«timi aolÉfeet éeMMe qtf il àeoorda aui arts, aux lettres 
et4 laphUasoplite, c(u'il mérita d'attacher son nom à Tëpo- 
qœ la plus brBlasie de VMstoIre littéraire italienne. Par la 
pMBptttodB et la perspieadté de son esprit , par la flexibilité 
èiiMi takHl, par la ehaleur de son àme , il derint le chef et 
tofromoteor d-mae asseeialion de grands hommes empressés 
à faimicewdtve-ieg luttres et le goAt. Il était fait pour tout 
eoBoatlFe ^ tonl apprédw, tout sentir. Il montrait une égale 



tk 1^71, Wanceico Keronî fût déclaré rebelle (condamné à mort par contiunace). Sc^> 
iMm.UXXlII,p. 110. 

E« 1472, pour le lumulte 4e Yoltecra , la oayiUiUlloii AU y^sHée , la .vVto itiHée , Mi 
privilèges supprimés , ne segtU ancor deila terra loro morte tt^uorninL,» di ad pero é 
èm taatre. ïÀon. tftfivlB, p. i89. 

En i47a^ époque de la conjuratioa des ^aisi, pli|i d^ denx Mplp ^l^p^Utm^ "Ni 
à mor(, pour Yeoger Julien de liédicis. Mari Sane^ p. 7t4. 

m i4T9, Dsràardo di lUndino fut ramené de Turquie pour être pendv le M avril. 
Uon,MorelU,^»x9%, > 

Bn i4Si, Jacob Frescobâidi, Amoretto BaldovinelU , et Piero Baiducci , accusés d'une 
MoreVa «oi^lufaiiM oaatre Ijurent , lurent pendus le i S juin aux fenêtres du Bargelto. 
Uon^ MoreUl,, p. t9S. -- Sdp. Ammir. T. 111, p. Ha. i 

En 148S, les émigrés floreuiins s'éunl rassemblés en armes dans l'état dé Sienne , 
quand on sut qnHIs avaient trouvé rhospitalitô à Satumia, ^ti ^erUiQ a Rlena Ortma, 
contexza di Soana, e a Guido Sforxa, conte di Santaftore, clèe eisenéo loro vidni 
«' ingegnassero levarseli dinanzt Scip. Amm. T. lU , p. iS8. Je laisae i M* RoscoC le 
MÀB d'expliquer la commission que Laurent faisait donner i sa belle-aœar,pour èviuur 
In dangers de la force ouverte. . 

En if«5, entreprise des émigrés florentins sur San-Quirico, oïlk pltisieuiy d'nolKe api^ 
tarait taés. Scip. iimmir- T. lll, p. 169. 

Le 24 octobre , Francesep Frescobaldi eut la tête tranchée i FloEOMe. Ltnn* Uot^iUs, 
p. w. 

H cit prefbable que cette liste n'est point «neorei complète; mais elle suffit •ie.pena^t 
pour }astmer mon allégation. Quant i M. Rofco«, l'ifDom s'tt j a là ^êê» 4i aai« 
pour le satisfaire. 

19* 



â&2 HisToiBB i»;^.|ii^i;fyi;isiq|f rrAiiiBinixs 

iiptitode aux artet dont il rassemblail y dont il mnltipliait te 
^eCs-d'.œuvre ; à la poésie, à laquelle il. rendait rancâenne 
harmonie de Pétrarque; à la philosophie, qui reçut dans sa 
.maison une Tie.nouvelle par l'étude approfondie des Plato- 
niciens *• Laurent n'était peut-être un homme supérieur, ni 
oomme poëte, ni comme philosophe, ni coipnie artiste; mais 
il ayait un sentiment si Tif du heau et du juste, fu'il mettait 
sur la voie ceux qu'il ne pouvait pas suivre lui-même. Aussi 
la profondeur de pensées de Politien et de Pic de la Mira»- 
dolcj le génie poétique de Marullo et des Puld,, l'érudition 
de Landino, de Scala et de Fidno, font-elles une partie esseu- 
tielle de la gloire du protecteur auquel ils durent presque 
l'existence. Nous avons cru qu'à une époque aussi chargée 
d'événements, il fallait détacher Thiatoire politique de celle 
de la littérature du Midi ; et c'est dans m antre ouvrage que 
nous avons cherché à donner quelque idée du mérite littéraire 
de Laurent. MM . Ginguené et Boscoe ont rendu un hommage 
plus brillant au génie de cet homme extraordinaire. Us l'ont 
pr(%tenté au mîKen de ses amis, des illustres littérateurs dont 
il était chéri ^; ils ont fait ressortir ainsi les charmes de son 
caractère, sa facilité, son enjouement, sa constance et sa ma- 
gnanimité. Mais pour s'attadier si viv^nent à lui, il faut 
quelquefois admettre avec complaisance les fraudes pieuses 
de ses amis et de ses adulateurs ; il faut surtout détourner 
ses regards de l'antique Florence , et oublier si Ton peut ce 



< Macchiavetn, Wor. L. VIII, p. 449. —* M. IlOBCoë a imprimé, Append, % f 7,T. IT, 
p. 132, une lettre touebante d'Aoge Politien, du 17 juin i492, dans laquelle il raconte 
les derniers moments ei la mort de Laurent Les amis de Laurent, dans la douleur fré- 
nétique qun leur eausa sa mort , tuèrent le médecin Pierre Léon! de Spoléle , qui l'avait 
traité , ou du moins le menacèrent si violemment , qu'il se jeta lui-même « de désespoir, 
dans un poils , à San-Cenragio. Keordanxe ai Trtbaldo dé' Rossi , De/. Emd, T. XXIU, 
p. 975. — Scfpione Anmirmo, L. XXTI, p. \yi,^AUegretto Alieçreui^ DlariSimesL 
T. XXIII, p. ftSS. — Marie di Giot*. Gambi, T. XXI, p. 67. — Rhne di Jacopo Sonne- 
MTO mUa motte di Pler. Uone medieo. -^ Hoscoe, Appendix, S 78-79. 



M HOTIOI À6B. 



293 



qu'elle avait été aux joars de sa vraie gloifé, te qu'elle 
fut durant là dictature de Laurent , ce qu'elle devint après 
luii. 



1 Lliiflloira florentine de Maeehiayei fluit en i493, à la mort de Lanrent de Médicis; 
mail aei firagmenta Matoriquef , lea décennales , et soitont les leilras qaH éerivil peii- 
dmit sen légations, nous tenriront eneore de guides pendant jneo grande partie de l'espace 
qui nous reste à pareourir. 

VUMoIre fitffentbte de i. tOehet fttifo, sirant véoMen , qni féeut de isig à ISM, 
gnH anasi à la mort de JLaneent de Médicis, après avoir commeneé à ceHe de Cosme 
rancten. ( Hurmannvi , Thuaunts ÀntiquUai. et Hisioriar, ItaHœ, T. VU! , P. Il , 
p. i^fé.) On met Bruio dans les premieie rangs parmi fes Msiovtons do xti« aiède; 
BMis jo'ieal uniquement, à cause de l'élégance de son langage. Il avait yécu à Lyon parmi 
lea émigrés florentins, ennemis de la maison de Médicis,' et il adopte en général leura 
leniiiiientB et leurbainet cependant H ajoute très peu de Ciits A cens que nous oonnais- 
sonft d^ Ses autorités sont MaçcMovel , les Commejiiairea et les Uttwee du earditmt 
de Pavle, et la vie de Laurent de Médlcix par Ifieoku Vahri. Il discute leurs opinions, 
et dtoislt entre éOes ttws peu de oriiiqoe; et letlengvéiaeours dont H a panemé sa 
Mfratkm sont des ampUficationi de ce^ de MaecUviely auxqueif il a fait perdre leur 
couleur originale. 



>, 



.( > 



39i4 HisToiBE DO aàrvaui^wt italushnes 



HHHnHnuîiiiiiutmiHi^imiiimiHHHi 



€«ÂPiTRE X. 



Considératioos sur le caraotère et les rév^ii^ns du xv« siècle. 



Dans le cours de cette histoire^ nous avons déjà invité deux 
fois nos lecteurs à s'arrêter avec nous, pour mesurer de leurs 
regards l'espace que nous venions de parcourir ensemble. 
Après l'année 1363, nous avons cherché à leur présenter un 
tableau du xiii* siècle, et, après l'année 1402, un tableau du 
XIV®. Avant de reprendre notre récita nous leur demanderons 
d'embrasser aussi d'un seul coup d'œil le xv® siècle, pour se 
faire une idée précise de ce qu'était l'indépendance italienne, 
de ce qu'était l'état social de toute la contrée, au moment où 
s'engagea la lutte effroyable qui priva l'Italie de son indépen- 
dance, et qui bouleversa son état social. 

Si nous ne nous sommes pas cru obligé de choisir notre 
point de repos à l'époque précise de la fin du xiii* et de celle 
du XIV* siècle, nous avons plus lieu encore de nous en dis- 
penser en rendant compte du xv* ; car, peu avant la fin de 
ce siècle, il se présente à noqs^ au point où nous sommes. p^Q^ 



D9 nom JJ&M. »5 

TMMis, «ne de ces époques impoitttitesqm paitag6iitl'àîrt«Ke 
iii dettx.pério4es doat te oarsetère est abaoloBoent 4iffëre»r) 
qA tenumeiit en quelque sorte les révofartions {uréeédentes et 
cpà en oammenceot de lumydles poar «l'entres causes et aYec 
tfaiHres passions. Noos avons va jusqu'ici les temps q«i ap^ 
psrtenàient proprement ao moyen âge : nons entrons dans la 
i^olution qai fit saccader à sen ergmisiitioa antique oeiie 
des temps modernes, qui mêla tes nations jusqu'alors séparées» 
qjai les fit dépendre les unes des antres, et qui leur donna des 
intérêts dont jusqu'alors elles n'avait pas même eu con- 
naissance. 

Jusqu'à la mort de Laurent de Médids, sorvemeen 1492, 
^[loque à laquelle nous nous sommes arrêtés dans k eba- 
pHre précédent, la nation italienne donnait, si ce n'est des 
loto, du moins des leçons et des èxeia^es à tontes ies antces. 
Seule civilisée, elle confondait le reale i}es peuples européens 
KOQs le nom de Barbares, et elle commandait lenr respeet. 
ËHe n'avait point^enda «ur eux son empire; maiSicUe n'avait 
peint enbi lâir joug. Qndqnes seoveraims étrangers s'étainnt 
assÉs, il est vrai, sur le tr6ne de Naples, maïs auparavaat Us 
étaient devenus Italiens : quelques années ultramoi^îne^ 
avaient traversé l'Italie, mais dles s'étain^ miaes anparavMrt 
^ h solde des souverains de la eonirée. La prétention d'asaer* 
"rir l'Raiîe n'avait jamais été <oimée par aucun des «iriMal 
^i 7 avment porté la guerre; jamais ies pespks n'avaient 
«onçula crainte de cette servîtade, jamais Us n'avaient pu en 
soupçonner le danger. 

Mais en 1494, tous les peuples Hmitroplies, jakiax delà 
prospérité de l'Italie ou avides de ses d^KmiUes, oosuneu* 
cèrent en mâtne temps l'invasion de cette ridie contrée : des 
années déva^trices sortirent de la France, 4e la SnisK, de 
f Espagne et de l'Allemagne, et pendant près d'an demi- 
âède dles ne laissèrent aucun repoii aux mattaeureox Italicna^ 



HT. 



398 HISTOIRE DES. JU&mUUHIUW ITALUCNlfES 

fU/^ po^tèfonl; te lei:. et le £ea> jqsqa'ai^x ciineftlês plifa^reo^ 
lées de l'Apennin, et jnsqpt'anx. idiyagea 4e8 4eax.pi»ii^ b 
pe^te et la£»mine maidiè^entavee elle&:.to.nwèi«i.l9.dai4eiir 
et la mort pénétrèceat 4ans lea palais, les plus sompUiâw 

comme daps^es^c^baneiilesplas.écartéei}; jamais^tw 
£raaoe$. n>iraiept accablé J'hvmiaiiité« jam^ np^ aqg^i.gi^nde 
partie diç ia populatiooL u oyait été 4étinuiite:pfir I«^,g)ienre,. Jks 
ipotif^ différents mettaient .9^ax..pQmb(^tajQ);s^ ]^%.i9mes„& jla 
main, m^is le lésaltatde Aevrs jÇoinHt^ étaij;tpiÛQWste;9»$^lie, 
Chaque ia?aaion pourçUie gainait les lorl,ifi(;^Uqw^ 4^4* lUP^* 
détruisait ses richesses, et faisait .disparaître ^a popif}|i;l^;;^,.ge8 
diters gouyern^^uts ,8Ç.p»rtegwie^t enXvi^J^ïlmçi^4l» 
puissances étrangërep ;. ib^ s'intéwKiaiwt, A Jl^W. W9^lsa» ca 
onblianileor piopr!e4todinée.: ils;i;ie.WF«ipiit.pa8iieiui)[^r«.^pie 
leor existence mtoiQ était misp m }W tM iU ^QlPWt i^^JQg^ 
comme pnx an.vfioqn^iir». cirant d'a^Ciir.iCprQpnis<qne,f)Mie 
pcavait être asser^vi^f ' • ..... ^>. .„;. o ,i .„ , 

C'est vers,la.fin4a xv^ sièale .qn^ pAl^epw» m.lVNsUloe 
sorte AU point le.plos. éieté4e. la cwrière.qne^im^.paCQou- 
rons, nous ta donnaoQs tpat entière», et mw y^jf^om L!)mtoire 
de ritaliese diYiser..en ses différentes,. périodes^ If^-si;^ |^^ 
miers si^dea qui s'écoulèrent, dfipfm le^j^enTçrç^iQettt; 4^ l'em- 
pire d'Occident préparèrent, par le n^élmg/s^ ,^^, peuples 
barbares airec les peuples dégénérés de^'jtïilie^ 1« m^tipn nou- 
velle qui devait su€scé4er aux Bom^ips, ,))ans Je im^, aièqle, 
cette nalioin conquit. sa lib^rj^f el|e .en, joujit d^iis. le xjçii'' et 
le XI v'', en y joignant toute li^ gloire que pouvaient lui assurer 
les vertus, 1^. talents, les sç(Ut la pl41pS9pbie et le goût; elle 
la laissa 8(3 corrompre dap^ le xv%.et ^lle perdit.^. mime 
temps, son anciemie vigueur. F^ès^'au .4eflai-siècle d*inne 
gu^re effroyable détruisit alors ça prospérité » aujéaptit sf» 
moyens de défense, et lui ravit çnfiu..spn indépendance.. Ap|is 
cette ggerrcx.qni fprpif^a Iç.sqjgt pi^indpfl de ces derniers 



n^ôMmé»; pt^éé trôb'sièdes se flottt pattigs dam'ltt fiervitiide, 
Findôletiéisf, ftl iflOlteise et TouMî. ♦ . . 

Ii^iSk|u*iiii6'iiat!on est niidhlgttmiie et ttetene' eu nàèitie 
ttmpSy (fh 66t totijotfrs '^pbsé % attribuer ses malheors à ses 
tfcës,"tMfdiâ[ qo^il set^it éoû^ent ptiott Jittte d'attribtief ses 
tfcë^^ éesrtiàlhcftrfâ. On dïtkii que la'compafision est pour 
ilous'nn 'senftiment trép péaiblé, et (fat uous sakinoos avide- 
Aient tontes les l'aisons,' toud les prétextes par lesquels nous 
pDuVons nôuè dispenser de plaindre les autred. Sans doute 
aussf , cHfacicm veut éviter de prendre pour soi-même, pour ses 
compatriotes et son pays la leçon et l'exemple des grands 
nAlbetit^ pdbficb : on aime mieux s'en éroire à F abri en se 
persuadlmt qi^on ne commettra jamais les fautes qu*on relève 
dànftl^' autres ; et lorsqu'on aecuse tme nation d'être dégra- 
dée tm di-oit trouver 4à garantie de la gloire de sa propre 
nàtioli. w Le peUj^e qui a pu témbe)^ sous le joug de là ser- 
« vitnde, disent aujourd'hui les vainqueurs , le peuple qui la 
« is^uppoi^ la mérite. Ceux qui n^ont pas frémi à rapproche 
^ dé f étâ*e(nger y ceux qui n'ont pas senti que pour le repous- 
^ seril fallait sacrtfiei* ses Mefas, m vie et celle de ses enfants, 
« sont faits pour demeurer sons la loi ; ils ne sont point dignes 
* de 'compassion, car jamais une nation généreuse n'aurait 
« %iiîA un pareil sort. « 

Ge|>énâant l'histoire n'enseigne point aux hommes tant de 
confianœ ; elle nous montre que si les vertus sont nécessaires 
h l'existence des nations, elles ne suffisent point seules pour 
la garantir ; que la constitution la plus sage est encore un ou- 
vragé humain ; que comme œuvre de Thomme elle contient 
en elle-même de nombreux germes de ruine ; que même au 
sein de la liberté, de la vertu publique, du patriotisme, on a 
vu éclater les excès de l'ambition ; qu'on les a vus précipiter 
ané nation dans l'abus de ses fdrces et dans l'épuisement qui 
eu est la suite ; qu'enfin, nous ne faisotts pas seuls notre desti- 



SOS HISTOIRE D» tREraiMQI» ITALIKNRBS 

et que nous compreiwiis 600s le aoin de faawni i^aree qa'dl^ 
ne idépeodMt pas 4li bomi pâment seadie inetito toM nm 

Lattilioii suiglitte est pmt^élsie aiijofird'biii ee^'ét«itl« 
iiftUoaitaiiMiieilf firtroîs sièokfl^ De mème^dte a^ibetcAéht 
liberté avant toiiade» œtceB.hieiiSy et cdoi-tt eeai Ma deiHié 
1008 to iMitos^ tàd màme, ^la liberté d-esfirk \m « dMaé 
rempice de la pbiloMipbie :et de&letties; de m^ae^ httberM 
d'actions 4ui adonné ll^apb^dipi eomoBAree >et r# p» h »«^ yde 
mème^ la pui«aaiiae de UopÈDdon sor son ^repi» ^ènveme* 
meot lui a donné la prééaiiBeaoe eiur tous tes antres^ 6t*4*a 
placfe aa centre de la poiiliqiie ean^éenne; ^maiepar wn»« 
bien de*efaaiioeBr.Ai]^tenneii*a*4;-ellepas été«iir ]e ^m de 
perdre le bonheur dent elle jeait aa}Ottffd'h«iy et de Hnnher 
plos i;M»,p^s&ir^^te que l'Italie ! Quel «avait sM son «ort « la 
reine Sfaiie aidait iiéfiafkis lea^gtenipa, cuisi elle avril taÔBsé 
des «nfoats 4e Philippe II ;. si ^Étisabothayaa; . aeeefftéiiHR des 
noodHDeta épou & oatfaoliqMea qut^! offrireni*è elle ; 4»*Ghailes I 
n*a>ait ipm ^ «i imprudeat^.Gharles II si <vil f Jacques ii si 
iosensé? €oittbiâa de fois «rtreUe dà^eon<ealiit.a«i TeMtS'et 
mx tempêtes 4oi diasipèreiit lesiflolles de ees.e&neiDîe, tandis 
qa'ils poQYaient détruire les sknaes? Gomb»ea;da#i8>rMtra^ 
vaganee de eenx^in elietistiaieBA âa perte iaiia-t^e^4du8 
salutaire qae sa ^prepre prodeo^e? Ck>ad)ien defeâs fi'ai4*«Ue 
pa^ été seeoai^tte {)ar une : beureasA destiné^ tocsqneeea salui 
n*était d^à plus^dAUS- ses proipres msûia? 

Si les Italiens^, dtt-pn souveut, ayaiwt fermé» À r^eMnpIe 
des aptres niitioo^.dè TËoi^pe), iHieseode et fortemwavehîe, 
s'ils axaient renoncé à la discorde insensée de tleurs fé6ta 
é\Bt»j si au lieu de oonseryer lew» louées les uns contre les 
autres ils les avaient toutes tournées au. ddiors, ils aivûent été 
pbis qug «priants pour i^^nmesar lesiârangers^dst anjseooup 



BU ilQTigi iM>«& SM 

viKiit 4b «Mm dMi0'lM;.Maiy0ii^ îb awmiit Muré lew 
prospérité iatériwP0»«vec leur Mëpend^Me* X âîi 9q poor- 
mit dif0 ^utMi M tei ItoUtn» atti^M; lait fxm»^ les fif)Mi- 
gw^ r Italie aarait miIh le sort da TSipftgiie ; et ce sort n'est 
9SS{4w4wae4'<eimeiqiie'laleiNPi. A r^pof«s, en effet, ou 
omm«Mèrenfcles«)aeiTes^u^ TËspa- 

j^viittpftmiirat divisée «irtseim n#mhre d'étetolxttiieeiap p\m 
Qopsidésfibl^ (Mmpfarit «Mère eiaq ioxiMrchieBÎDiiépeAdajiles 
qt •ewstuimeiit 'emcwâes l'âme 4e i'entre : ^ertles de GaBtîlle« 
d'.iifiigWiy.de Na^Bvce, de SortogRl et de «Gfenade.i Ce fat 
Cbsi4fls*^^iîBt qui je posmier anteait qofttoe 4e ees cinq mo- 
iBiapnobies» iwame^ fiit lui^m }e pfemîer «utijiig^ l'Italie. 
Caltaiiiiiiyoaeoâlfcaiatti: Ei^gnols lear liberté : lear» oonMi- 
tnt^xas ne ^setroni^At {iÂbs asaee Austes fM^ eoiiteiiir -un 
mMaf^gw fû ^sauplojait oestre ses ntjets 4e l'un de ses 
roy^iumes les eméss 4e Vautre, li'agneellore, les manofae- 
^fiss^ te^MBMMree fiirart «tewés d' Bapa^ie par 1* advwaistra- 
tioB YMrfei^ fniMeoédaawc «iic»eues<A sagto laie désunies. 
ifis.i0iiliiQe8 {privées lurent idélruHes, la séeumté des «dtf^eais 
dii^paiHit^ ^>popiilatieQ im% eméaatie : tous les oliQe^'qfie des 
buBmee se ^seat ppepeeée 4ebleiiir par l'élabëBsemefït 4e 
l^ordi^sattidviQreDt perdus, et l'iwlépeiidanee de ]a >naHm ne 
fatj^aîat assurée 4mx depuis de sa liberté, ^ns le rj^ne de 
QttaUHHQoint, 4fiute ^rjEepague retentil de plaintes de^e^Que 
Jeanoe^taffait iporlé à tun wuT^ain .ébranger rbéptsge denses 
pères, et 'de o&'^pie les fispaguols étaient fony^no^ .par des 
Flamands. Sous le rè^e de Bhilippe II, les Aragonais., les 
Bodiigais, Jes Navarrais, et les Maures de ^^reuade ne^ plai- 
gnirent ipas aT.ee moins d'fyiiCËrtume du gouYtsrnf nient des 
GastiUans. Les autres peuples de T Europe les regardàieut, 
il^e^ lumi, las .uns et les autres eomme également Espagnols ; 
euX'qai.obâssaieQt, ils regardaient leurs maitres commeétran- 
gars -. ?ees maître» étai^t-étraugers pour ea&par les mfisuiiis , 



300 HI8TOIBB DBS ftiMmt;KtD£d rTALUSNliSS 

les lois, le langage, les haiûeé hâ'âBtatit^'; et h'pasâfttetdr 
de leur jong fit éclater de frâttféatës téVMtc». ' ' ' 

Cette réunion des inonarcUîës espa^ôles'flornïa;^tt' est'vrM; 
une puissance redÔbtaOble podi* lés ittMg^ts; et (âîè défendit 
contre eux la péuinstÉle. Satis douté; mais tié fttt'lëearâse'diM 
projets gigantesques de la maiton d^Autrïdie, de'^èt édiasf'de 
ses forces qui dépassa encore ses ressoti/t;és, ^'I6ée( guerres ef- 
froyables et toutes inutiles dans lesquelles ëllëfùt én^gëcf, 
de la haine qu'elle elcita ëoutre elle dtiùs tmtë rSat6][)e, «t 
de r affreuse ïnisëre à laquelle elfe réduisit lès Espagnol. tJlïe 
ambition démesurée imèHe eïdîtt déS 'teMers ^léiâë^àrës , ^ 
tandis que l'Espagne n'avait jamais Vu, au teiâp^tità éBè'étètft 
divisée en petits étàti; , d*àritiéè éMngère frstncMr impttné^ 
ment ses frontières , toutes ses capitèllei^ furëùV bbligées'ffbù- 
vrirtour à tour leurs portes aux aritiées françaises et aïk- 
glaises pendant la gùeite'de la succession d'EÉspa^e. '" 

Si les Italiens n'avaient formé qu'une' settte inonai'ehits, qui 
peut répondre qu'ils n'eusâetit été ottéonl^Uéfaiits tittoon^tidS? 
Cependant, l'une et l'autre carrière mette priesqUé*t^1ei!i&eM; 
à la servitude. Ce n^'est paà païf les fôreès d'uiitt seUé^ lirffiùh 
que l'Italie fut subjuguée. Pendant plus d'un demisiëôlé âte 
fut attaquée et dévastée en méine temps par les'lTspaigubtt, les 
Français, les Flamands, les SuisséÉf^, lés AnemstUds; M'Hoù* 
grois, les Turcs et les Bàrbaresijpies. Auèuhë organisation uaté- 
rieure n'aurait pu la rendre égale en forcé à tbùs Icés'peûpli» 
à la fois. Loin d'être alliés, ils étaient, il est Vra3, énnëtnis les 
uns des autres ; mais le vainqueur profita dé tout Te màl'^'a' 
vaient fait les vaincus. Cbarles-Quint et Philippe II ftirent 
servis par lesFrançais, les Suisses et les Musulmane ailtaiiit que 
par leurs propres sujets, Allemands ou Espagnolsi Eu "ruinant 
l'Italie, les premiers l'avait rendue plus facile à' coiï<|uéHr, 
plus impuissante lorsqu'elle aurait voulu secouer le joug. Tdtts 
ces peuples vinrent se combattre sur' lé sol italien : maSs si les 



4iweQt ismmmcé par jfttre craqaérante , qui sait si 
leurs premiers tevers n'aiir^ent «pas attiré sur leurs bras les 
QiéiBea ennepûa, et n'auraient pasâié suiirls des mêmes partages? 
' SL Im Itftliws n'avaient formé qu* uno seule monarchie, qui 
pipt. r^^^ondre ansa, qn'nne guerre d^ n!aurait pas ouvert 
hmrs £rQnttèi«s à l' étranger ? Les guerres miles qui naissent 
d'une sniH^pespiovi contestée sont un fléau inhérent aux mo- 
narcbies, héréditairi^s « dles ne sont peut-être ni moins fré^ 
quen)£s, ni, moins ruineuses qqc^ celles qui naissent des âee- 
tioQs conjtestées dws les moiwcbies électives* La France seule 
en est demeurée presque à fabn^. parce que la loi salique y a 
mmpttfilél«^qn^ti9n,de droit sur l'hérédité ; mais, en revanche, 
combien (fe guejrare^. civiles y sont nées du droit contesté de la 
i^égence? I>*4illi?urs, la question essentielle de l'hérédité des 
lemmes était si pemJ.écidée ponr.ritalie,, que c'est justement 
par elles «que le^ étrangers ont prétendu acquérir des droits 
snr ce pajSt X^ guerre de. Charles YIII dans le royaume de 
I(apiles, c^lle ide Lotiis XU dans le duché de Milan, furent en- 
Jki^prisies pQur,, soutenir des droits de succession dans une mo- 
naipt^bi^- Vu p.4rti nombreux; crut cçs droits légitimes, et s'arma 
PO^ilf^, défendre ; ce psjrti crc^t faire, son devoir en ouvrant 
Içs fpj^rie^sQS de l'état au^ armées étrangères. On enseigne 
àus; §uj^ts y dftus une monarchie, que leur loyauté consiste à 
défendra la jyign^ légitime de leurs rois, et à la rétablir sur le 
taç^e^ au péril même de l'indépendance nationale. Si les ducs 
de Mile^n pu les rpis de IHaples avaient réussi dans le x V" siècle 
h réunir toute l'Italie sous leur souveraineté , la question des 
droi^ de la seconde maison d'Anjou ou de ceux de Yalentine 
yisçQpti ne s'en serait pas moins présentée au xvi^ siècle^ et 
U; .pajcti angevin , le parti français, au lieu de ne se montrer 
qn^ dans le royaume de Naples et le duché de Milan, aurait 
,pris 1^9 armes dans toute l'Italie sur une question qui aurait 
ilit^re^ tous les Italiens. 



HISTOIRE Dtt mÈVtméUpifÊ ItALllSHBES 

H est 4» l-esBene» éet flMrambîM de dMftièf îiMMtfttiméM; 
d68 diwteisiv dles aaxélnmger»; â eetée fés^ûisètteft réflti* 
Miqiies-ile'iie nteonnatfcre aocnn droit snr elles que i^tn qili 
partenbda leenire nème de la nation. Dans h» motiardiië» où 
lasuneaMion dm ftumes est admise, on ne donne "pas èîn ma*- 
rifige nne saute prinoesse du- sang Toyal qoi ne {misse atypétet 
HB joan m Ta^tiie kaélraiigera à botter dn trône. Biins cdleS 
eù>la suootsiàm est Hmitéa aoit MMes^ le daâgei'^est mcJitidre, 
et il BeconiBieiia& qa» l^NKpfvner ftn&ittshé edflëttë «e 6*odTe 
régner sor nu tpône étranger. lAlnsl les màisoi^ d'Anjou, de 
N2«plaB el de Hongrie eotasertèrent pi^ ië d^ùi'centè &(ns nn 
droit éyentne) à la sttoeesslon'de France. La maison de Bonr-* 
bon->Naf?arre es acqnit pins tard nn séttiMàbVé , niais IteilA 
ne possédait pas le rojanme de lllaTarre l<M!i3qn^il parvint à la 
couronne de Franee,^ en soite ^il n'appela' pas les Natm^ais 
à dominer snr les Français. Les bvanehei^ italienne et eépagnole 
de la maison de Boorbon ont de mdme anjimrtf hni, ef définis 
nn sièeie, des droits étenMels à Iwiiueoessicin d^ France^ et tes 
renooeiationa de^ees^danx malasHl», tià réndaiilt eea'dlrofts don^ 
toni^ ajouteraient ^osre'ffav dangei^s d\ine goel^rè dvife et 
d*une invasiiMi étrangère poui^ tes Mre valoir, si jamais Iti 
suceessîou venaîl à s'ouvrir. Gomment donc FétèMIsEiemént 
d*une saule monanbie en Italie aufv^t^it garanti F indépen- 
dance italienne, tandis fue les* guérie mdmes qtti aliénèrent 
r asservissement de l'Italie eorent tontes ponr origiue tes pré- 
tentions héféditairea qu'admet sent le r^Mne monarcliiqne? 

C était bien moins en renaissant l'Italie en un seul empire, 
qa*en conservant ses républiques, qn'mi pouvait espérék^'de 
sauver son indépendaisee : si du moîns on les avait en même 
temp» unies entre elles par un lien fédÉretif, Ou par ées al- 
lianoes temporaires^ mais eonformes à lemmlnté^Ms, ees al- 
lianoes aurasent sufâ pomr repomuser les étrangers, et non 
pour les attaquer chez eux; elles anvaient préasrvé h» Ha^ 



via umwm AQM^ an 

lieQsd^ égaremeotode leur pr#pie amUtioa, -ooBnB ioPat- 
taqoQ de leurs eoneims. Une sépol^ae Cidéreti^w ne saarait 
a$jsez compter sur laaioa df se» membecs pour demir ooin** 
qoérante ; eUe ^appe à tooa les prétextes . de gaerve que 
donnent aox rois la demande de la dot d* use filk , on edle de 
rhéritage d*iiA aïeul éloigné i et lorsqu'elle est feroée à pren- 
dre lies arnies ponr sa dëf ense^ elle tron w des re88«Niree0 qu' elle 
n'aurait plos si elle était gouvernée noneDcbiqo^nènt.Yenise, 
avec une population de deux miltions deux cent mille àmea, a 
tnit r^effi^i/^ sa puissanee jusqu'à, la fin du xvin* âèele, Uen 
ixûeox que le rojraume de Naples avec. six miUions d'habitants. 
L'occasion se présenta de rétabtir la république milanaise au 
nùUea du :«^y^ aiède* et de l'unir à celles de Yernse et de Flo- 
fm^y pettt<-ètrei k eelles de €rènes et des lignes snîsaes^ pour 
ladéfenise de la liberté. C'est lorsque ce mcmient f«t manqué 
q^'on peut dire que l'Italie fut perdue. . 

Aajresite, les petits états en Italie» comme ailleurs^ tendirent 
v^i:s leur réunioA en .élatSs plus grands pendant tout le eonrs 
du w"" $iè.ole. C'est la couséquenee natmelle de touiai les 
ebi^Açe^ des guerres, des révolutîMis et desibérilages. Les sou- 
verains de la France, de L'Ëipagne.et de L'Allemagne réunie- 
saieQt.cbî^quet année de nouveaux fiefs aux domaines de leur 
^^UTQpne <> les petits» prinees et les villes libres disparaissaient : 
<^eudwt chaj6U0^ de ces nations était bien loin encore de 
nobéir plus qu'à une seule volonté. La maison d'Antrictie, 
divisée entre plusieurs branches , n'av^nt point encore acquis 
la Hongrie et.la Babétne : elle ne l'emportait point encore, en 
puissance sur la maison de Bavière ou sur celle de Sa«e , et 
son accroissemrat, pendant le xv^ sièele^ avait è peine été 
proportionné à celui des ducs de Milan. La Franoe ne comp*- 
^t point eaeore parmi ses provinces l'Alsace, la Lorrame,* 
^ Franche-Comté, la Boui^ogne, le Hainaut, ht Flandre et 
r Artois. Le due de Brelagne était encore indépendant ; les 



M4 HISIOIRB DJBB aiPDK.IQD£8 ITALUSIIIIES 

imtres gnmds feodataires n'élaient rangés qo*à demi aoils 
r autorité royale; la noblesse seule était armée, et lè peuple 
était trop opprimé pour ajouter rieu à la force nationale. Des 
guerres dviles ataient occupé chez eux les Allemands , les 
Français et les Espagnols ; et personne ne soupçonnait en Eu- 
rope qn*il existât une disproportion entre les forces et les 
ressources* de ces diverses monarchies et des états d'Italie : 
celle qu'établit tout à coup la supériorité de bravoure ou Fart 
militaire des ultramontains n'était point irrémédiablu, car ils 
firent longtemps la guerre àTCC des mercenaires qu'ils leyè- 
rent en Suisse, et qui étaient tout aussi disposés à prendre la 
solde des Italiens que celle des Français. 

Bien n'annonçait à l'Italie^ rien ne faisait prévoir aux puis- 
amees étrangères l'issue de la guerre qui s'alluixia à la Qn du 
xV" siècle : aussi, loin d'accuser les Italiens de n'avoir pas 
bouleversé toutes leurs anciennes institutions pour la prévenir, 
doit*on leur reprocher plutôt de n'avoir pas assez ménagé 
ces institutions anci^nes, de n'avoir pas assez respecté l'in- 
dépendance de chaque état et la liberté de tous , et d'avoir 
laissé s'éteindre ainsi le patriotisme qui les attachait à leur 
cité, non à l'idée abstraite de la nation italienne. Après avoir 
perdu leurs droits, ils furent moins disposés à faire des sacri- 
fices à une patrie qui leur assurait moins de jouissances , et 
ils ne trouvèrent plus en eux-mêmes l'énergie républicaine 
qui les aurait sauvés, si quelque chose pouvait les sauver. 

En effet, le vice essentiel qui, au xv'' siècle, minait le corps 
social en Italie, c'était l'affaiblissement de l'esprit de liberté. 
L'aristocratie faisait des conquêtes dans le sein des républî^ 
ques; puis le despotisme conquérait les républiques elles- 
mêmes. Les cités, jalouses de leur souveraineté, n'avaient 
donné aucun droit de représentation aux campagnes; ea 
sorte que lorsqu'elles étendaient leur territoire, elles augmen- 
taient le noinbre de leurs sujets, non celui de leurs citoyens* 



DU MOYEN AG£. 305 

La Bfierté leur paraissait un droit héréditaire dans les familles, 
plutôt qu'un droit inhérent à la nature humaine; aussi ad- 
mettaient-elles rarement des familles nouvelles à partager les 
prérogatives des andennes , et à remplacer celles qui s'étei- 
gnaient naturellement. La population de l'état s'accroissait, 
mais le nombre des dtoyens diminuait sans cesse : cependant 
les dtoyens seuls faisaient sa force, car les sujets d'une répu- 
blique ne lui étaient pas plus attachés que les sujets d'une 
monarchie ne l'étaient à leur prince. 

Si l'on avait fait à la fin du xv® siècle le recensement de 
tons ceux qui participaient ai la souveraineté dans toute l'Ita- 
lie, on aurait probablement trouvé que Venise ne comptait 
plus que deux ou trois mille citoyens ; Gènes, quatre à dnq 
mille ; florence. Sienne et Lucres entre elles cinq ou six 
mille, tandis que toutes les républiques de l'état de l'ÉgUse, 
tontes celles de la Lombardie, toutes ceUes qui avaient existé 
dans le pays soumis ensuite aux rois de Naples, avaient perdu 
leur liberté : en tout, à peine seize ou dix-huit mille Italiens 
joniâsaient pleinement de tous les droits de citoyen, sur une 
population de dix-huit millions d'âmes. Un même recenso- 
XDent en aurait peut-être donné cent quatre-vingt mille au 
XIV* Siècle, et dix-huit cent mille au xiii<*. Cette diminution 
graduelle du nombre de ceux qui avaient des droits dans leur 
patrie, et qui étaient prêts à les défendre par d'immenses sa- 
crifices, était peut-être la cause prindpale de l'instabihté des 
gouvernements italiens, et de la diminution de leurs ressour- 
ces. La liberté, qui avait d'abord été assise sur la base la plus 
large, ne réposait plus désormais que sur la pointe d'une py- 
ramide. 

n faut une participation beaucoup plus universelle de la 
natiob anx honneurs publics, pour réveiller l'enthousiasme, 
animer le patriotisme, et mettre entre les mains des chefs de 
l'état là force de chacun des individus. C'est seulement en 

vu. 20 



306 HISTOIBE DES RÉPUBLIQtlES ITALfEimBS 

raison de cette participation réelle ou imaginaire de tocs les 
habitants de Tétat à la souveraineté, que 1^ république» 
acquièrent, ayec une énei^ si supérieure^des moyens d* atta- 
que ou de défei^ dont ne sauraient approcher les monar- 
chies qui les égalent en population et en richesses. La souye- 
raineté d'une république sur tous ses citoyens , s'étend 
toujours plus loin que ne saurait le faire celle du monarque 
le plus despotique , par la même raison qu'on est plus maitie 
^e ses propres mouyements qu'on ne saurait jamais l'être de 
ceux d'un aqtre^ même d'un esdaye. Dans les temps de 
calme, il est yrai, le prince absolu se permet un gngiid nom- 
bre d'actes arbitraires qui sont interdits au gouyemempKt li- 
bre ; mais autant il trouye alors de forces superfluei^, autant 
il lui en manque au moment du besoin. Lorsqu'il Tondrait 
réunir tous les efforts individuels y^rs le seul bqt de la 4^ 
fense nationale, il est obligé d'employer une partie de ses su- 
jets à contraindre l'i^tre » et la moitié de ses forces se paralyse 
d'elle-même. Un duc de lllilan aurait yu la révolte éclater de 
toutes parts dans ses ét^ts, s'il avait chargé ses sujets, en 
tem|fS de guerre, de la moitié seulement d^ fardeau que ks 
Florentins s'imposaient joyeusement à eux-mêmes ; parœ qu'il 
n'importait après tout que médiocrement à un IClanais d'or 
béir à un Yisconti ou à un Sforza, plutôt qu'à un Français 
ou à un Allemand, tandis que pour un Florentin il s'agissait 
de commander ou d'obéir. Mais au mn^ siècle, lorsque clui' 
que ville était libre et gouvernée populairement, ou aprait 
trouvé le même pouvoir de résistance dc^ns chaque petit can- 
ton de la Toscane. A la fin du xv% lorsque Pise> PistQiia, 
Prato, Arezzo, Gortone, Yolterra, étaient soumises h la ré- 
publique florentine, ces villes et leurs districts ne la servaient 
plus que comme les sujets servent un monarque : les habi- 
tants mesuraient leurs sacrifices aux avantages souvent dou- 
teux qu'ils pouvaient attendre de leur obéissance , et la ré- 






Dt MOYEU AGE. 307 

{mbflque était encore heoretise 6*ils ne prenaient pas le 
moment de son pins grand danger pour se révolter. 

Dans le cours du xv^ siècle, Pise fut la seule république 
do premier ordre ^ui tombftt sons le joug d*une république 
rivale. Son asservissement priva r Italie entière de la popula* 
tion,da commerce, de la naTîgàtion, de la valeur guerrière, 
d'une de ses plus florissantes cités ; et cette conquête, loin 
d'augmenter la puissance de Florence, la diminua, parce que 
les Florentins ne surent pas ou ne voulurent pas faire entrer 
les Pisans dans leur république ; 9s ne songèrent qu'à les af- 
faiblir, à lés endiatner par des forteresses, à leur ôter tout 
nlojen de se révolter : dès lors, toutes les forces employées à 
gardw Pise furent retranchées de celles avec lesquelles ils 
pouvaient se défendre. Mais si le nombre des cités libres n'é^ 
{m)uva presque pas d'autre diminntion, le joug qui pesait sur 
ks cités sujettes fat sans cesse aggravé par le travail inseoK 
sible de tout le siècle. Celles qui s'étaient mises d'elles-mè» 
mes saus la protection des républiques plus puissantes n'a- 
vaient point cru perdre ainsi leur ' liberté ; elles n'avaient 
fait qde eontractor une alliance inégale qui n'avait point al- 
téré leur gouvernement municipal^ qui souvent même les 
avait d^vrées d'une tyrannie domestique. Seulement le pro- 
grès du temps enlève à celui qui a peu, et ajoute à celui qui a 
beaucoup ; les privilèges des plus faibles sont chaque jour 
mcnns respectés , les prérogatives du plus fort se consolident 
diaque jour davantage, par des abus qui se changent en 
droits. C'est ainsi que la ville dominaiite devint une capitale, 
que les villes protégées devinrent sujettes. Ce chmgement 
s'opéra en même temps dans toutes les villes que les Vénitiens 
arvaient enlevées ani tyrans de la Marche Trévisane, quoique, 
en leur envoyant les cbrapeaux de Saint-Marc, ils leur «nnon- 
çasseut qu'ils leur rendaient la liberté ; il s'opéra dans toutes 
^celles que les Florentins avaient cofiquises en Toscane, dans 

20- 



308 HISTOIHE DES BEPUBLIQUES ITALIENNES 

toutes celles des deox. rivières qai obéissaient aax GéûOis^ 
La liberté politique , oa la participation da peaple à la 
BOaveraineté , avait diminué dans les capitales , parce qoe le 
nombre des citoyens était toujours plus restreint ; elle avait 
diminné dans les villes sujettes, parce que les privilèges de ces 
yilUfi avai^t été considérablement réduits ; elle avait dimioùé 
^nfin en intensité, s'il est permis de s'exprimer ainsi, parce 
que les. droits de ceux qui étaient demeurés citoyens dans les 
républiques indépendantes avaient été entamés ou circon->i 
scrits, et que la souveraineté du peuple avait cessé d'être res- 
pectée. Tandis que la république de Venise se soumettait 
tûiqours plus aveuglément à une aristocratie jalouse, la liberté 
à Florence, à Gènes, à Lucques et à Sienne, était exposée tout 
au moins à demeurer souvent et longtemps suspendue. Les 
Florentins laissèrent usurper à la famille des Médicis, pendant 
le xv^ siècle, un pouvoir à peine inférieur à celui des rois 
d'une monarcbie tempérée; les Génois précipitèrent leur 
république, avec frénésie et à plusieurs reprises, sous le joug 
d'un prince étranger. ; Lucques demeura trente ans^ sous la 
tyrannie de Paul Guinigi ; Sienne se prépara, par une longae 
anarchie , à la tyrannie de Pandolf e Pétrucci ; Bologne , qai 
avait tenu un des rangs les plus distingués parmi les répu- 
bliques itaUenues, se façonna peu à peu au joug des Bentivo- 
glio ; Pérouse, qui avait brillé de presque autant d'éclat, après 
s^ètre laissé ballotter par les factions des Oddi et des Baglioni, 
abandonna enfin aux derniers un pouvoir souverain ; et tontes 
les villes de l'état de TÉgUse, qui pendant deux ou trois siècles 
s'étaient gouveirnées en républiques, perdirent jusqu'à l'ombre 
de leur liberté. 

Après même que les peuples s'étaient laissé priver de i'exe^ 
cice de leurs droits, ils conservaient encore quelque sentiment 
d'orgueil national, lorsqu'ils reconnaissaient comme lenr pro- 
pre ouvrage l'autorité à laquelle ils devaient se soumettre. Au 



DO MOTEir AGE. 309 

conmijencemeiit da xy« siède y la plapart des princes qui ré« 
goaient dans les yflles d'Italie ayaient été élevés à la soave^ 
laineté par un parti formé entre leurs concitoyens : ils te-* 
naient ainsi nominalement leur autorité du peuple ; et lors 
même qu'ils n' avaient aucun égard pour sa liberté, ils con- 
servaient du moins et dévètoppaient en lui son amour pour 
rindépendanoe nationale. Tous les droits exercés par une 
nation- sont d'une nature en partie métaphysique, et il n'est 
pas fadle de les définir pour des esprits grossiers : aussi ne 
faut-il pas s'étonner s'ils sont souvent confondus les uns avec 
les autres. En effet, l'indépendance reçoit des Italiens le nom 
de liberté ; les habitants dé Bavenne se disaient libres sous' 
l'autorité de la maison de Pollenta , parce qu'ils n'obéinaient 
ni an pape iii aux Véniti^is ; les Milanais se disaient libres 
sons les Yisconti , parce qu'ils ne recevaient les ordres ni de 
l'empereur, ni du pape, ni du roi de France. L'illusion même 
que faisait encore un nom chéri attachait le peuple à la chose 
publique ; et elle ne pouvait être détruite sans laisser voir h 
découvert que le glaive seul donnait la loi. Hais le xv" siède 
détruisit, pour la plupart des sujets des princes, cette illusion' 
d'indépendance , . comme il détruisit le smtiment de liberté 
pour presque tous les dtoyens des républiques ; et par œ 
changement funeste, il ôta aux gouvernements leur caractère 
national, et affaiblit toujours plus ritalie. 

En effet , aucun siède ne fut plus fatal aux maisons prin- 
dères de l'Italie , et ne détruisit plus de dynasties ; et cette 
fatalité s'accrut encore dans les années qui s'écoulèrent depuis 
l'époque où nous nous sommes arrêtés jusqu'à l'an 1 500. Les 
premières années du siècle virent périr les Carrare de Padone 
et les de la Scala de Vérone ; dles virent disparaître en même 
temps tous ces soldats de fortune élevés par Jean Galéaz Yis^ 
conti , qui , à sa mort , s'étaient formé une souveraineté dans 
leur ville natale , ou dans celle où ils étaient en garniismi, et 



310 HISTOIEE DES liPiniLIQUES ITALIESVES 

qm ne patent la défendre longtelaps. Les e&XHpàù» d'uo 
antre soldat de fortune pins illustre qu'eux tons , de Fran^ 
çais Sforza, forent pkis fatales encore aux anciennes dynastie» 
italiennes. Il a^ait dépooillé d* abord un grand nombre de 
fendataires de l'Église dorant les guerres anxqyelks il dnt 
son premier établissement dans la Marche d'Aneône : lorfr* 
qn'ensoite il s'assura par les armes rhéiitaige de son bean-pkis, 
et qu'il fit sueo&ler les Sforza aux Viseonti, û priva I9 lom*- 
bardie tout entière , Inn des plus pnissai^ et des plus iasH 
poPtanlB états de l'Italie, de l'illusion de la légitinûté, qui 
dédommageait les sujets de la liberté qu'ils ayaient perdue,. 
Tous les babitanls du duehé de Milan surent désormais qu'il» 
obéissaient au pouvoir de l'épée, et qifê comoie elle seule leur 
avait donné un miâtne ^ elle avait un érc^t égal.poinr le leiur 
ravir; 

Un second état monarchique, qui contenait à lui seid plus 
du tiers ée la population italienne, le royaume de Napies, 
avait de son côté, par la force des anses, changé de maltoe 
au milieu du siècle. Le titre qu' Alfonse d'Aragon faisait Ta- 
loir sur l'héritage de là seconde Jeaqne, lui paraissait à loi-' 
même si douteux, qu'il priera fonder son autorité sur le drmi 
de conquête : il considéra même cette conquête eomm^ une 
raison si^kante pour disposer par testament du rojmoue de 
Napk» en faveur de sda fib naturd Ferdinand, tmdis qu'il 
laissait en héritage à sonirère et aux enfœts de eelui-d les 
état» qu'il ppssédmt par un droit héré^aire. 

Enfin^ au cmitre de l'Italie, des papes ambitieux, peu soru- 
pukux et peu dignes de Hespect, relèverait par de» efforts 
constants la monarchie temporale de l'Éghse, qui, au oom-* 
mencement du xv^ siècle, était réduite à nue extrême lai-* 
Messe. Mais, soit qu'ils aliénassent de nouveau^ en. favear de 
leurs fils et de leurs neveux, les fiefe apostolkiues qu'ils r^ 
couvraient, soit qu'ils les réunissent à la directe de l'Église^ 



00 MOTra AjGB. 31 1 

détachaJBgt égdenmt le people do km goiitveiMiiieiit, en 
sotartitimatliiir propre autorité à edk qM les aneiMi cheb 
teiriteat de kar pMrie; et ik laîaieie&t dans dHu}iie yriSit an 
germe de méeoutentemenl, en ioi'ôtaQt) avee ea petite ooinr, 
tom tes propiiétiferee, tem Ici rldiee, ton» kd luonflus actifiii 
qoi pattôieat dam la capitale pont s'y attacter aa gouTeme^ 
ment» Alnri, tandis qae TolMenratear snperfieiel oonsidère le 
xt<B siècle en Itidie comme pea [fertSe en rë^ohitienB; tandis 
qoe tMs lea historiens ont célébré sa tranctnillité et 'Sa pros« 
péritéy par oppositioa anx gœrres effroyi^bles qni Tinrent en-- 
snit^, un examen {Ans attentif fait déeôoTrir dans ce sièelè 
messe les canëès premières de ces gnerreset de leors fmiestes 
conséqaences. Gés eanses fctrent le rdAdiesdent do liai social 
â*one extrémilé à l'antre de lltalie, TafCsibUssement dn pa» 
triotisme, et la diffusion en tons lieux de germes de méeon^ 
t^tement. 

Mais si l'Itdie n'avait pas été en effet minée an slède sm-* 
vant, on n'aurait jamais reconnu que les événanento du 
xv« »ède devaient produire cette mine. Les contemporains^ 
tout en regrettant sans doute plusieurs des institutions aux- 
qucfies leurs pères avaient été attachés, n'eurent point heu 
de se plaindre de calamités extraordinaires, et crurent plutôt^ 
^us doute, leur pays dans un état de prospérité croissante. 
Ces mêmes révolutions qui changèrent le gouvernement de 
presque tefutes les parties de l'Italie développèrent les pins 
grands talents et les plus grands caractères, et récompense» 
rent souvent glorieusement leurs auteurs. François Sforza ne 
teofdt son pouvoir que des soldats, tandis que les Yiseohti 
avaient reçu le leur du peuple ; mais ^orza était bien supé- 
rieur aux Yisconti par la nohksse de ses sentiments , par ses 
talents pour gouverner, comme par ses vertus militaires. Le 
roi Alfonse était de mès^e étranger dans le royaume de Na*- 
pies, et son usurpation ^drâte pouvait à peine donner nanh 



3(2 HISTOIBE DES BEPUBUQUXS ITALIISIIIIES 

8W09 à ua ponvittr légal ; amp» Alfonse était on grsad homiad 
qm soeoédait à une fémaie faible, méprisable ei; ââM>rdée. II 
inq^aitpar ee&yettM& dietaleresques de rootlM^Bsiaâneà toM 
oeax qui rapprocfaidrat ; il était le plaa aidmt adonratenr 
de ranttquité, le p^e des lettres, le fradateor de toates les 
institutions qni dimnèrent de Fédat. à Naples. Nicolas Y dir 
minna les libertés des citoyens romains , et Pie II réunit au 
Saint-Siège les fiefis de plosieurs petits princes de Bomagne : 
mais tons deu illustrèrent le Saiat*Siége par on amour pour 
les lettres, un saToir, une éloquence, une libâratité qu'on ne 
trouverait peut-être dans aucun de leurs pyédécesseur» ou de 
leurs successeurs. Côme de Médids ébraoia la oonstituticm de. 
sa patrie; mais ses projets furent si vastes, sa manière de 
penser si âevée, sa magnificence si brillante, que la postérité 
est encore disposée, comme ses eoneitoyens, à le nommer père 
de celte patrie. Auoine période ne fut riche en grands bomt^ 
mes autant que le xv* sièele; et l'édat qui rayonne autour 
d'eux semble se réfléchir sur leur fanûlle, «ur leur patne, 
sur tous ceux qui furent soumis à leur autorité. 

Le XV* siècle ne fut p(Hnt exempt de guerres ; cette cala- 
nnté, la plus terrible de celles auxquelles la race humaine est 
exposée, est peut^tre nécessaire aux sodées politiques pomr 
leur conserver leur énergie: mais auxv* siècle, on observa dans 
les guerres mêmes qudque respect pour l'humanité. Pendent 
tout son cours, la ville de Plaisance fut la seule, entre les 
grandes dtés dltalie, qui fut exposée aux horreurs du pil- 
lage et à toute la cupidité du soldat. Aucune campagne ne 
fut dévastée de manière à détruire pour de longues années 
l'espérance de Tagricnlture ; les prisonniers furent traités 
avec humanité, et presque toojoursrendos sans rançon, après 
avoir été dépouillés ; les batailles furent peu meurtrières, 
trop peu même sans doute, puisqu'dles réduisirent qudque- 
fois la guerre à n'être plus qu'un jeu eirfre des soldats mer- 



DO MOT» AGE» 313 

c6Bak«, q«i évitataftt tétàprwfo^smi&at toate oomsîon de m 
nnire. Hais personne alors n*aorait pa préymr que ces égards 
HMitads exposeraient les Itatens à éd bonteoses déftiiles^ 
lonqa*il& auraient à soutenir le «èœ des antres nations. Leurs 
troapes étaient sans cesse exercées, lenrs armes étaient de la 
meillenre trempe, legrs chevaux de la race la plus Yîgon* 
reuse* Les gemlarmes italiens qae François Sforza avait »* 
voyé» à Louis XI étaient revenus couverts d*honneur des 
gœrres civiles ée France. Les Yénitiens ne s'étaient trouvés 
mdleinent inférieurs aux Allemands liursqu'ib avaient eu 
quelques hostilités à soutenir contre les ducs d'Autriche : un 
nombre infini de capitaines, tous Italiens de naissance, s'é* 
talent formés dans les deux écoles des BraccescM et des Sfor- 
zescbi ; ils s'étaient maintenus en exercice, et n'avaient jamais 
déposé le harnais après aucun traité de paix, parce qu'ils 
louaient alternativement leurs services à tous les états qui 
avaient une goerre à soutenir; enfin ils avaient appinfué à 
fâude théorique de leur métier toutes les lumièrep-de re- 
prit le plus édaM. Sans doute, céhii qui, avant le xv* siècle^ 
aurait annoncé aux Italiens que leurs troupes ne tiendraient 
pas un instant devant celles des ultramontains, aurait exdté la 
nsée : on lui aurait demandé s'il croyait que les Barbiano^ 
les Garmagnola, les deux Sforza, les Bracrîo, les Caldora, les 
deux Picdnini, les G<riéoni, les Matatesti n'avaient point 
laissé de successeurs, et si les ultramontains avaient un seid 
honnne qui entendit comme eux la théorie aussi bien que la 
pràtique de l'art de la guerre. 

Le temps des diefs-d'œuvre de la langue itdienne n'était 
pas encore venu ; mais aucun siècle n'éprouva peut^^tre plus 
d'enthousiasme pour les lettres que le xv«, et ne se sentit 
niieuxsur le chemin de la gloire qu'elles peuvent assurer, 
tandis que dans le reste de V Europe la noblesse se faisait un, 
point d'honneur de ne savoir pas même lire, il n'y avait pas 



314 HISTOIEB DES ftéPIHILIQD]» ITALUSHNBS 

an deft prmoes, ptô an des capitaines^ pas nndcs gnmds d« 
tojeQS de T Italie qui n*eùt reça une éducation littéraire, qui 
n'étndlftt l'antiquité avec une sorte de passion^ et tpà ne«^s'at- 
tachât à la gloire des héros du temps passé avec d* autant plus 
d* ardeur qu'il aspirait plus à la gloire pour lui^aènie. Les 
grands philosophes qui nsstanrèrent à cette époque tous les 
monuments littéraires de l'antiqutté, les savants qui renouve- 
lèrent la philosophie platonicienne, les poètes qiii réTeiUèrent 
les muses italiennes, entrèrent tous dans les conseiis des prin^ 
ces ou dans ceux des républiques, et obtinrent, dans le gou<^ 
vemement de leur patrie, une influence à laquelle s'élèvmt 
rarement les lettres. 

Le dernier des Yiserati ^ le premier des Sfonsa ftirc»t 
égitonent généreux euTcrsles savants qu'ils attirèrent à leur 
cour. Ils y retinrent. Imigtemps François Filelfo, l homme du 
siècle à qui sa profonde érudition, son travail infatigable, et 
les nnlliers d'âèves qu'il avait formés, avaient procuré la 
[dus haute réputation. Geceo SimonettA, secrétaire de* Fran- 
çois ^oraa, son premier ministre, et gouverneur de ses en- 
fimtB, était Imrmème un savant du premier ordre. Les conseils 
d'Alfonse et la cour de Naples offraient le même mélange 
d'érudition et de politique. Barthélémy Fazibn , Laurent 
WaUa, et surtout Antoine Beecadelli, plus connla sous le nom 
de Panfa(HfnHta, étaient an nombre des coi^dents les plus in- 
times et des conseillers, les plus habituels du monarque. La 
république florentine avait compté parmi ses seérétim:eB esk 
chef Golluccio Saluttai, Léonard Arétin, ^ Poggio Bracdo- 
Uni. Gôme de Médids mettait an nombre de ses prenuersamis 
Ambroise Travarsari et Marnle Fkâo. Nicolas Y et Pie II , 
que la culture des lettres avait élevés jusqu'au Saint-Siège^ 
semblèrent vouloir consacrer à elles seules la souvermneté 
qu'ils leur devaient. Flavio Blondo, PlatHia, Jaoc^ Amma- 
nati, obtinrentles premières i^aces dans leur CMtoice. €ua^ 



DU MOYEU AGJK. 315 

rkio et Jiean Aurii^a iurnèreat les eoiu» moiis pmssinte» de 
Ferrare et de Mantoue, et forent chargés de TédueMioa^e 
leuiis princes* Les Montéfeltro à Urbin, les MalartesU à Ximini^ 
changèrent en qadqae sorte leon palais en académies. 

Ce fut par cette émulation constante entre de p6tit» états, 

ce fat par ces foyers de lainières distriboés dans toutes les 

provinces, que la cultare spirituelle de l'Italie fit en peu de 

temps des progrès si rapides. Mais si to«rte la péninsule avait 

été réunie en une seule nuHMrchie, cette émulation abrait 

cessé à rinstant. Aycc une seule ca]^tale, les ItaUeps n*an* 

paient formé qu'une seule école ; les mêmes préjugés, les mè^ 

mes erreurs, dcTcnus dominants par le talent d'on proies- 

seor, l'intrigue d'une cabale ou la {Hrotectkm d'un mdtre, se 

seraient répandus uniformément sur toute la contrée. On au« 

rait era ne pouvoir penser, écrire, parler purement la langue, 

qu'à Borne, par exemple, comme en France on croit ne pou-^ 

voir le faire qu'à Paris : la poésie italienne y aurait perdu de 

son originalité et de sa variété; mais le dommage aurait suiv 

toat été senti par les provinces^ qui, n'espérant plus d'illus* 

tration, n'auraient plus eontribué aux progrès de l'esprit, et 

en retour, n'en auraient point ressenti le bénéfice. Dans le 

xv"" ^le, il n'y eut pas de dief-lieu d'un état indépendant^ 

quelque petit qu'il fût, qui ne comptât plusieurs hommes dis» 

tinguéfi ) il n'y eut pas de ville sajette, quelque grande ^'elle 

fût, qui en conservât un seul dans son sein. lise, malgré sa 

décadence, était une ville bieu plus ridie, bien plus peaidée, 

bien plus considérable qu'Urbin, que Bimini, que Pésaro; 

toais Pise, une fois assujettie aux Florentins, -n'a plus produit 

un homme marquant dans la Uttérature ou la politique, tan-* 

dis que les petites cours de Frédéric de Montéfeltro à Urbin,, 

de Sigismond Malatesta à Bimini, d'Alexandre Sforsa à Pé« 

saro, rassemblaient chacune plaskurs philosophes et pla<^ 

sieurs littérateurs. Ferrare et Mcmtoua n'étaient peint supé« 



316 HISTOIEE DES RÉPUBLIQUES ITALIEBIIES 

xieaniB «t population à- Pairie^ & Parme el à Plaisance ; maur 
aotour de la léeUence da gonternement daaos les premières 
iFSleSj briUail toat le Ivstre des arts, de la poésie et de la 
seienceç tandis cpM dans toot» le duché ^e Milan, la -ville de 
mUan seule, possédait la même Castration. Le royaume de 
If oiries éttit an exemple plus frappant encore de la dépres- 
sion des provinces, lorsqu'une capitale s'élève à leurs d^ens. 
Dans cebea» royaume qui comprenait seul un |iers de la na- 
tkm italittuie) qui, plus que tout le reste de la péninsule, 
étiût favorisé par la nature^ et qui n'ayant qu'une sente fron- 
tière, et pobr voisin que F Égise, était moins exposé aux ra« 
vagesde k fuenre qu'aucun autreétat de Tltalie^ là capitale 
seule avait participé au mouvement qui dans le xv« siècle 
avait ranimé la culture des lettres et de la philosophie. Mal- 
gré la &veur d' Alfonse^ mal^ le crédit, des grands littéra- 
teurs qui formèrent sa cour, aucun homme de talent n* avait 
ouvert d'école dans les villes si nombreuses et si heureusement 
situées de k Galabre et -de la Pouille. des provinces apparte- 
naient enccMre à k barbarie y et jusqu'à nos jours elles ont à 
peine ressenti l'influence de k civiUsalion européenne. 

Les progrès de cette civilisation, partout où ik if étaient 
ét^Eidus, avaiBit prodigieusement augmenté les jouissances 
de la vie : les études du xv^ siècle n'étaient point tournées, il 
est vrai, vers les sd^Kces naturelles, dont les résultats s<mt 
applicables à- l'utilité pratique, mais vers l'érudition et la 
poésie, qui n'offrent de jouissances qu'^à l'esprit. Cependant 
l'habitude de l'observation d'une part, l'étude des anciens de 
l'autre^ avaient dével<q[>pé plusieurs des sciences qui se pro- 
posent pour but le bonheur des honunes. La législation avait 
fait des progrès, k jurisprudence s'était édaircie, les finances 
étaient administrées avec régularité, et l'économie politique, 
quoique son nom même fût inconnu, n'était point outragée 
perdes ré^ements absurdes, comme ette le fut sous les mains 



mr MOYEN A6B. 317 

des Espagnds après qae lltalie eat perda son iodépendance; 
Les goayememeiits sa kissferent souvent «itr atner daM de 
très grandes dépenses, et ils levèrent qnelqiialois des sommes 
prodigieuses sur leurs ssi^eks : mais leor mavkre d'asseoir les 
taxes n'aggravait pas la seuffranoe de payer Fimpôt lainaième; 
elle n'étouffait pas le etmmu&Fee et n'écrauéft pas l'agri- 
cokure* 

Plus une histmre est débûilée^ plus eUe présente an grand 
jour, lorsqu'elle est véridique, les erreurs et les souffirances 
des hoaunes. Pent-ètre eelle de l'Italie au xv* riède aara« 
t-elle laissé dans l'esprit du leeteur Fiapression de beaneonp 
plus de inalheors et de crimes qoe n'en offire le plus souvent 
ane contrée de même étendue dans le même eq^œ de tanps; 
On se tromperait fort cependant si l'on en ooiiebiait que les 
Italiens étaient à cette époque pins malheureux et plus vi- 
eieax que leurs contemporains dans le reste de l'Earope^ 
qu'ils l'étaiait autant que leurs successeurs dans leur propre 
pays* La vie privée des ItaUens, dans d'aussi petits états que 
ceux qui composaient alors l'Italie, était toute en dehors, et 
tous leurs nràlheurs étaient historiques. Chaque individu se 
trouvait en contact avec la souveraineté $ et ses passions j ses 
intrigues, ses vengeances, se liaient aux révolutions*de l'état 
et aux événements publics. Dans les grandes monarchies où 
les proirinciaux vivaient enveloppés d'une obscurité profonde,- 
et dans les principautés modernes où l'état lui-même n'a 
piHnt d'histoire, et où un e^iace infini sépare le souverain 
d'avec le sujet, chacun souffre en silence sa part des calamités 
puUiques, et cette part lui est infligée plutôt par l'effet des 
nmuvaises lois que par les violences des hommes. Les malver- 
sations des ministres subalternes ne réveillent point l' attention ; 
les dénis de justice, les arrestations arbitraires ordon« 
liées par un bailli ou un intendant, ne sont pas des événe-' 
menlB historiques ; les crimes des particuliers sont du ressort 



318 HISTOIRE DES sénmtiQuEs ITâLIEOES 

dea inboiiaia sealement, et la raine- des famille, celle de 
ragrienltare, du commeree et de Viiidastrie, est tout oa pins 
mdlqpiée en masse par 1* historien, sans qu'il fasse jain(^is res- 
sortir les infortmes indindnèlles. Pour comparer les souf- 
frances du peuple français, au xy^ siècle, à celle des Italiens, 
il fiiudraU que l'histoire du premiat» nous plantât, atec les 
grandes réTolutions de k monarchie, toutes les injustices 
éprouYiées dans le même temps par les bourgeois de Blois et 
d'Angers, de Tours et de Bourges, et de tontes les autres 
ailles du royaume ; qu*€^e nous montrât réiévation et la ruine 
des fannUes priTées, les jalouses secrèt(É!, les intrigues cou- 
pables par lesqudles les plus obscurs citoyeni^se supplantaient 
tes uns les autres, et les crimes que les tribunaux punissaient 
diez eux. Mais lorsqu'il n'y a dans les prorinces ni liberté ni 
indépendance, de tds détnls sent sans intérêt comme sans 
dignité : encore que les passions [nivées exercent tout leur 
jeu dans le manoir du moindre baron, et dans la sphère d'ao- 
tîTité du dernier ébhcTin, leur résultat n'affecte que les in- 
divi^h», et ne Se rallie point aux destinées de la naticm ; au- 
cune passion généreuse n'ennd)ht aux yeux des Tictimes la 
calamité qu'elles souffrent en commun ; et l'histoire ne daigne 
pas même nommer deux ou trois fois par siècle des grandes 
^es qui , si elles avaient été libres, auraient fourni chacune 
tant de sujets distingués aux études des moralistes. 

Pour connaître si une nation est heureuse ou malheureuse, 
si la masse des individus qui la composât participe à sa pros- 
périté , si la gloire que recueillent ses chefs est stérile ou fruc^ 
tueuse pour elle, il faut examiner l'état de ses travaux, son 
agriculture, ses manufactures , son conmerce; il faut se faire 
une idée de la vie privée de ses diverses classes de dti^ens ; 
il faut se mettre à la place du père de famille dans les divors 
états de la so^été , et en lui voyant donner une carrière à 
chaenn de ses fils , il faut se demander quelles chances de 



su uam AGB. 319 

«accès il Toit dcTaiit eu. En jageant F Italie tfaprès èes règle», 
Doos trouTons qa'aa xv« nède elle était parvenoe à un haut 
Aegv^ depro&përité dont elle est bien redescendue de noe jours, 
et nous demeurerons bien eouTainens qu'aucune contrée de 
rSurc^ ne pouvait alors soutenir de comparaison avec elle. 

Sous le rapport de l'agriculture, Mtalie était alors, comme 
aojounl'hni, cultivée par des métayers qui, faisant tous les 
travaux et toutes les avances, retenaient en paiement la moitié 
des récoltes. Ainsi, tandis que dans le reste de TOccid^t les 
paysans étaient encore attachés à la glèbe , ou tout au moins 
soumis par les coutumes du vilénage à l'oppression de leurs 
seigneurs^ ceux de l'Italie étaient lilnres; ils étaimt égaux aux 
citadins quant aux droits civils ; ils ne dépendaient point du 
caprice d'un maître; ils ne recevaient point de lui un salairie, 
et qu(Hqu'ils ne fussent pas propriétaires, ce n'était que de la 
terre et de leur travail qu'ils attendaient leur revenu. La fer- 
tile Lombardie était, comme aujourd'hui, soumise à d'indus* 
trieux assolements ; la culture du blé de Turquie et celle des 
fournis y avaient fait admettre d'avantageuses successions 
de récoltes : les eaux avaient été habilement réparties sur tout 
son sd par des canaux construits à grandsfrais ; et ce système 
d*arrosement, qui la couvre toàt entière comme un réseau , 
avait été complété par Louis-*le-Maure , qui avait donné son 
nom à quelques-uns des ouvrages bydraul^es qu'il avait fait 
construire. Les collines de Toscane étaient, comme aujour- 
d'hui, couvertes d'oliviers et de vignes ; et pour que les eaux 
n'en entrcdinassent pas le terrain , il avait été soutenu par 
étages avec des murs sans ciment près de Florence, et avec 
des tarasses de gazon près de Lucques. 

Les historiens contemporains n'ont pmnt cherché à nous 
peindre l'aspect du pays; c'estsouvent d'après des descriptions 
de bataille, ou d'après les accidents dW campement d*armée, 
que nou& arivons à connaître quel était l'état de l'agriculture, 



820 HISTOIEE DES BEPUBLIQUES ITALIEnHES 

oa le sort des paysans dans les temps éloignés de nom ; mais 
si ces' ckeonstances détachées ne nons laissent pomt lien de 
donter que Tltalie ne ]^^ntàt la même apparence qa'aojonr^ 
d'faai dans les provinces qoiont eonserré leur prospérité, elles 
nons apprennent aussi que la campagne était encore eonTerte 
de villages et de moissonneurs dans les proTinoes qui sont 
aujourd'hui changées en dâœrts. La désolation s'est étendue 
sur une partie considérable et autrefois infiniment fertile de 
ritalie, depuis les rives du Serchio jusqu'à çeHes du Yultnrne. 
Les ridies dunpagnes de Pise furent, U est yrai, ravagées par 
4es inondations, et rendues, dès le xv® siède, insalubres par 
ks eaux stagnantes, aisuite de là négligence ou de la jalousie 
de la république florentine; cependant de puissants villages 
animaient encore toute la côte qui s'étend de Livoome josqu à 
FOmbrmie, et qui est aujourd'hui désolée. On peut juger de 
k nombreuse population de l'état de Sienne et de la Maremme 
siennoise par la quantité de nllages que le marquis de Mari- 
gnan y fit ras^ dans le siècle suivant, et dont îi passales ha- 
bitants an fil de l'épée. Les guerres des barons, feudataires de 
rÉglise, font voir que la campagne de Bome contenait égale- 
ment une population nombreuse ; les Golonna seuls y possé- 
daient plus de villages popilléut au :xv* siècle que toute cette 
province ne compte aujourd'hui de fermiers. Toute la province 
maritime, il est vrai, ou, comme on l'appelle encore, toute la 
Maremme , était réputée malsaine, mais non pas an point où 
elle l'est aujourdhui. Flavio Blondo, en la décrivant sous le 
pontificat de Nicolas Y, se conteUte de dire qu'elle n'est plus 
de son temps aussi florissante qu'elle l'était du temps des Ro- 
mains ; et lorsqu'il parie d'Ostie, il dit que cette ville ne jouit 
pas d'un air très salubre parce qu'elle est située au b<»*d de la 
mer ^ . Mais s'il avait dû parler de son état actuel, à peine la 

t UaUa lUuitrala^ di Flavio Blondo j tradut. di Lucio Fauno, Venezia, 1S42, I11-8. 
Uegione ill , foL 94. OsUe <itti , du temps dss Ronain , eomptah ao moini doqnaal» 



ou MOYEIi AGE. 3'2l 

langae lui anrait-elle foarni 'des termes pour peindre Tef- 
frayante désolation du pays, et les effets de Tair pestilentiel 
qu'on y respire. 

Les paysans italiens j au xv^ siècle j différaient cependant 
de oenx de nos jonrs, en ce qu'au lieu d'habiter au milieu de 
leurs champs, où ils ayaient toujours une maison rustique, ils 
vivaient presque tous dans des bourgades fermées de murs ; 
de là ils se rendaient chaque matin à leurs travaux , et lors- 
qu'une invasion ennemie menaçait leur sûreté, ils ramenaient 
dans leur bourgade leur bétail, leurs instruments aratoires et 
leurs récoltes. Les historiens, en rapportant plusieurs inva- 
sions inopinées , ajoutent souvent que les paysans n'avaient 
point eu le tonps de faire rentrer dans les lieux forts leur bé- 
tail et leur fainille; ce qui montre que dans l'habitude de la 
vie ils ne leur faisaient point abandonner les champs. 

La réunion des paysans dans les bourgades nuisait sans 
doute à la perfection de l'agriculture, et elle diminuait les 
jouissances que leur famille pouvait retirer d'une terre fertile. 
Hais lorsqu'on examine ces bourgades^ qui sont aujourd'hui 
presque toutes dépeuplées, on trouve dans leurs maisons aban- 
données depuis des siècles des traces de l'opulence de ceux 
qui les habitèrent autrefois. Ces maisons sont pour la plupart 
vastes et commodes; elles réunissent la solidité à l'élégance, 
et elles donnent lien de <aroire que les paysans italiens, au 
xv^ siède, étaient mieux logés que ne le sont aujourd'hui les 
bourgeois d'une fortune médiocre dans les pays les plus pros<- 
pérants de l'Europe. 

De plus, cette réunion des paysans dans des villages fortifiés 
qu'ils nommaient châteaux , leur donnait une importance et 



mille tiabilants, no compte plus que trente habitants dans la bonne saison, dix dans la 
mauvaise, et deux ou trois femmes. De tous les côtés, dans les campagnes, à dix 'milles 
de disiancc, il n'y a pas un seul habitant, excepté à Porto, ville plus désolée encore 
que ne Test Ostie; 



322 ^lSTOIRE D£S RÉPUBLIQUES ITALIEIYNES 

des droits politiques dont ils n'aaraieat pu jooir eif restant 
isolés. Ils étaient chargés de la défense de leur pa^e ; et le 
gouvernement leur avait confié pour cela des armes, un ivé^v 
commun et une. administration régie par de.s magistrats de 
leur choix. Il les avait ainsi mis en état de se défendre contre 
un ennemi étranger ; mais en même temps il leur avait dmipé 
les moyens de repousser les entreprises oppressives de tout 
autre corps de Tétat. 

Tel était le sort de cette moitié de la nation italienne qqi , 
par son travail, faisait ndtre tous les fruits de la terre. Si on 
le compare à celui des paysans de la France, de T Angleterre, 
de TEspagne et de TAllemagne, à la même époque, sans doute 
on le trouvera infiniment plus heureux. Les pères de famille 
étaient affranchis de tout esclavage, de tout vasselage domes- 
tique. Ils n avaient d inquiétude ni sur les conditions de leur 
bail, qui demeurait le même de générations en générations, 
ni sur le paiement des contributions qui ne regardait que lem's 
maîtres, ni sur celui du fermage de leurs terres qu*U§ acquit- 
taient en nature. Ils pouvaient sans crainte élever leurs en- 
fants dans Vassurance que le travail leur fournirait toujours 
une abondante subsistance , et si leur famille ve^uait à s'#^ 
croître au-delà de ce que la culture perfectionnée de kur mé- 
tairie pourrait employer de bras, ils voyaient toujours un em- 
ploi, pour cet excès de population, daçs T armée, .dans te 
clergé, et dans les professions mécaniques des villes. 

Tous ceux qui travaillaient aux champs vivaient sur une 
moitié des fruits de la terre ; on a donc lieu de croire qu'ils 
formaient eux-mêmes au moins une moitié de la uaUon * . La 
partie des récoltes que les métayers remettaient en nature à 

1 Cette évalaatioD n'est pas une mesure fixe, mais un minimum. Tout le blé qui' est 
porté au marché n'est pas nécessairement consommé dans les villes ; les paysans <yii 9» 
cultivent que des vignobles et des oliviers en rachèlent une grande partie. Celte pro- 
poniorf s'est augmentée depuis que les vastes terres à blé des Maren^atcs ei celles de la 
PouiUe lont abandonna 4 ta d^olation. ta seule partie de la campagne iuUeone qfù 



DtT MOTER AGB. 323 

hnirs midti«9, était consommée dans Tes yilles, et elle y main- 
tenait une antre moitié de la nation. Mais la condition de 

• 

cette seconde partie du peuple était bien différente de ce 
qtt'eOe est anjourd^hni : an lieu de languir dans la fainéantise, 
faute de pouToir trouver un emploi pour son travail, ou faute 
d'avoir conservé ta volonté de travailler et 1* habileté dans 
nu art utUç , œtte elasse prodinsait de» vdeurs commerciales 
avec non lamm d'activité que la preoûère produisait des vaf* 
leurs agricoles. L'Italie était encore le pays de l'Europe le 
plus riche en manufactures : les soies qu'elle fournit en si 
gtande abondance, les laines^ le lin, le chanvre , lés pellete- 
ries, les métaux, l'alun, le soufre, le bitume, tous les produits 
bruts de la terre qui doivent reoevM* du travail de l'homme 
une nouvelle préparation avant d'être employés à son usage, 
obtenaient ce dermer fini en Italie, et par des mains italien- 
nes, avant d'être livrés à la consommation intérieure ou étran- 
gère. Mais les maUèies premières fournies par l'Italie ne 
suffisaient pas aux ateliers italiens; et c'était une des fonctions 
importantes du commerce que d'en rassembler de nouvelles 
sur les cdtes de la mer Noire , en Afrique , en Espagne et 
dans les pays du nord , tout eoBame le commerce les distri- 

■ 

buait (MEisuite au loin, après quun travail italien ea avait 
augmenti^ la valeur. Ce travail était l'objet d'une oonstante 
d^nande : fl suffisait au pauvre d'apporter ses bras au mar- 
ché ; il était toujours sûr d'y trouver des eatrepreneufrs prêts 
à les mettre à l'ouvrage, et à le récompenser en proportion de 
son habileté. 

Le géme des artistes ne doit sans doute pas êbre dmlonchi 
avee le travail mécanique des manouvriers : mais les af ta 

8oii aussi peuplée qu'elle Tétait au xv* siôcie , est celle qui rachète les blés portés au 
iftarché; Ut diàiinutioa de la culture des grains, dans les pays aujourd'hui déserts , a été 
proportiQonée à ia dépopulatioa des villes ; aussi quelques économistes prétendeiit-fls 
qu'aujourd'hui les- quatre cinquièmes de la nation itaiieane apparlieaaent à la classe des 
ettltraleurs. 

21* 



324 HISTOIRE DES RÉPUBLIQUES ITALIE1Ï19ES 

étaient aussi une carrière profitable ; et même sous le poiot de 
Tue de re'conomie politique, il ne faut pas oublier que le 
môme pays qiii possédait les plus nombreuses papeteries et 
les imprimeries les plus actives, possédait aussi le plus grâiid 
aombre de (3es savants dont les livres devenaient un objet de 
commerce dans toute 1* Europe ; que, non loin des carrières de 
marbre blanc de Carrare , on des fonderies des Haremmes, 
étaient les ateliers de statuaire des Bbnatelli et des Ghiberti, 
ou la coupole admirable de Sainte- Marie Beparata , ouvrage 
de Brunelleschî, à Florence; et qu'à côté des ouvriers qui tra- 
vaillaient la toile, les pinceaux et les couleurs, on voyait naître 
les Massaccio, lesGbirlàndaio, et tous les fondateurs des écoles 
de peinture. Ainsi tous les travaux prospéraient à la fois, de- 
puis celui du tisserand y condanuié à une opération toujours 
uniforme, jusqu'à celui de l'artiste qui devait faire la gloire 
de son pays. Dès lors le père de fainille qui ne léguait à ses 
enfants que de la santé, de l'activité et du courage pour toot 
entreprendre , les lançait sans crainte dans la carrière de la 
vie. 

Le commerce italien attendait , et payait souvent d'^âvance 
tous ces produits de T industrie italienne , pour lés distribuer 
ensuite aux diverses nations de la terre. Le temps n'était {ias 
encore venu où les princes', jaloux de 1 indépendance de ces 
hommes qui peuvent soustraire avec facilité leur fortune à la 
tyrannie, armèrent toutes les vanités contre l'activité et fin- 
dustrie mercantiles. Les ultramontains n'avaient pas encore 
easeigné aux Italiens que le commerce dérogeait à la noblesse; 
et les familles les plus illustres de Florence , de Venise , de 
Gènes , de Lucques et de Bologne fournissaient des chefs aux 
maisons de commerce , en même temps que des cardinaux à 
rÊglise et des grands-prieurs à l'ordre de Malte. Tandis que 
les hommes les plus considérés de la nation mettaient le tra- 
vail en honneur, en donnant eux-mêmes rexemple de l'acti- 



ou VLOYZS AGE. 325 

Yité i qoMIs enseignaient à considérer T oisiveté comme un vice, 
comme un déshonneur, et comme un délit contre la société ; 
un comioerce qui embrassait la moitié du monde alors connu 
Iqs formait eux-mêmes à la dextérité des habiles négociateurs, 
aux connaissances positives des législateurs , et leur donnait 
occasion d'étudier les éléments de la prospérité publique qu ils 
devaient, conserver et accroître dans leur administi;ation. 
D'autre part, des négociants, tirés d'un ordre aussi relevé de 
la société, s'accoutumaient à porter dans leur commerce plus 
de loyauté , des sentiments plus libéraux, des connaissances 
plus variées. L'esprit appliqué tour à tour aux affaires pu- 
bliques et aux affaires privées, en acquérait plus de souplessCi 
et s'acquittait mieux de Tune et de l'autre de ses fonctions. 

La quantité de travail qu'une naUon peut faire, la subsis- 
tance qu'elle peut se procurer, et la population qu'elle peut 
nourrir, se mesurent toujours sur la quantité de capitaux 
dont elle dispose. Or, le capital productif qui appartenait aux 
Italiens au xv° siècle, égalait peut-être celui de toutes les au- 
tres nations de l'Europe réunies; et ce capital, confié à des 
maiqs économes et industrieuses , n'était jamais laissé oisif. 
Aujourd'hui le revenu annuel de l'Italie consiste presque uni- 
quement dans cette moitié du produit des terres, que. les mé- 
tayers remettent en nature aux propriétaires, et que ceux-ci, 
par eux-mêmes on par leurs divers salariés, consomment dans 
l'oiiâveté. Au xv® siècle il y avait parmi les propriétaires des 
terres, un grand nombre de négociants, qui ajoutaient chaque 
ai^née à leurs «capitaux productifs la partia souvent très cou- 
âidérable des revenus de leurs possessions , qu'ils ne consorn* 
Qiaieut pas oisivement. Ils augmentaient ainsi sans cesse des 
capitaux dont le revenu annuel surpassait peut-être de beau- 
coup celui des terres, Upe.pqpulatîou plus noxnbj:euse ppuyalt 
donc viv^e sur, le même terrain avec uae aisance ,bQaucou{>. 
plu^ grande. Tandis qu'au jourd'liui que partie considérable 



Î36 HISTOIRE DES RjÉPUBLIQUES ITALIEHNES 

des soles et des huiles de l'Italie, et même de son blé, sont 
échangés contre des objets de luie; alors les objets de luie 
^esque seuls étaient échangés contre de nouTcanx blés. Ào- 
onne limite n^arrétait les spéculations du négociant, qui voyait 
s- accroître sans cesse le fonds avec lequel il les entreprenait : 
le pauvre était riche de son travail; le riche avait la certitude 
d^ augmenter sa fortune par une activité nouvelle : Fun et 
r autre pouvMcnt sans crainte voir croître une famille qui 
tt* avait rien à redouter de la misère. 

Au moment où r Italie sortait à peine d^ la barbarie , nom 
avons fait remarquer la maftiëre glorieuse dont elle se présen- 
tait dans la carrière des lettres ^ dos 4i^« Mais au xv* siècle 
rhistoire littéraire et f histoire d«s arts ne sont pas mmns 
importantes que Thistoire poiltiqu^e èlle^mlëme ; il faut donc 
les abandonner à eeor t[tii en ont ïiaft Viobjef d'une étude par- 
fidttlière. Sans ûa laytrerèti^ragev^'aii^^ésenté en raccourci mi 
tableau de l|i; lïlt^aturé i<t^iieiln0y i^ùdis qu'une hkfoire 
complète de èette iinémè littéi^tiaré: ét^^^ par tm des 

plus illustres écrivaitiÉ die là Fr^hoe. Plusieurs autres <Hit traeé 
les admirables progrès dé TaroMteofure, dé la sculpture et de 
la peinture : on ne saurait ici ni en parler dignement en pea 
de mots, ni en parler à fond, sans sortir de Tunité d*un sujet 
historique. Ce n*est donc que comme preuve nouvelle de eetfe 
prospérité, de ce sentiment de repos et de bonheur, répandus 
dans la nation au xv* sièele , que j*en appellerai au progrès 
rapide des arts. Sans doute lorsqu'ils furent parvenus à lear 
entier développement, lorsque des hommes tels que Michel- 
Ange, Baphaël , Titien , eurent été formés, les arts se soutin- 
rent an XVI® siècle ; ils brillèrent même d'un plus grand éclat 
encore au milieu des plus effroyables calamités. Les malheurs 
n'éteignent pas toujours le génie ^ mais il faut un état de sé- 
curité et de jouissance de la vie , pour allumer la première 
fois son flambeau. Il Caut qu'une natipn regarde le présent 






M?Hiai.. 



V 



DU MOTEIT AGE. 327 

avec confiance et ravenir sans crainte, pour ({li'ene associe 
anx plaisirs fugitifs de 1* aisance la pompe éternelle des beaux- 
arts. 

Les monuments dont F Italie se couvrit au xV* siècle n'in- 
diquent donc pas seulement qu'un sentiment délicat du beau 
dirigea le ciseau, le pinceau ou Téquerre de ses sculpteurs, de 
ses( peintres et de ses architectes illustres; F ensemble de ces 
monuments fait encore connaître une nation pleine de confiance 
dans sa force , d'espérance dans son avenir, dé satisfaction 
pour ses succès passés. Ses temples surpassent infiniment en 
magnificence et en solidité tous les plus célèbres de la Grèce; 
les palais de ses citoyens remportent par leur étendue, par 
l'épaisseur colossale de leurs murailles, sur ceux des empereurs 
l'Otnains; les plus simples de ses maisons portent un caractère 
de force, d'aisance et de commodité. Lorsqu'au jourd'hui on 
pïircourt ces cités de Y Italie , toutes à moitié désertes , toutes 
déchues de leur anciennne opulence; lorsqu'on entre dans ces 
temples que la foule ne peut remplir, même dans les plus 
grandes solennités ; lorsqu'on visite ces palais dont les pro- 
priétaires occupent à peine la dixième partie; lorsqu on re- 
marque les panneaux brisés de ces fenêtres construites avec 
tant d*élégance, l'herbe qui croît au pied des murs, le silence 
de Ces vastes demeures, la pauvreté des habitants qu'on en 
voit sortir, la démarche lente, l'air inoccupé de tous ceux qm' 
traven^nt les rues, et les mendiants qui semblent former' 
seuls la moitié de la population ; Ton sent que de telles villes 
ont été bâties par un autre peuple que celui qu'on j voit au- 
jourd'hui, qu'elles sont le produit de la vie, et que la mort 
en a hérité; qu'elles ont appartenu à l'opulence, et que la 
mteère est venue ensuite; qu'elles sont l'ouvrage tfun grand 
peuple, et que ce grand peuple ne se trouve plus nulle parti 

Le luxe des rois peut quelquefois créer une capitale magni*^ 
fiqne , lors même que leu? nation esjt encore misérable ou 



3L2& HISTOIRE DES EJ^UBLIQIIES ITALIENNES 

demi'i'bilirbare, et qu'elle n'a atioin désir de prendre sur soa 
nécessaire pour s'entourer d'une pompe dont elle ne jouit pas. 
Cest Louis XIV et non la Franee, Frédéric et non la Prusse, 
Pierre ou Catherine et non la Bussie, qu'on voit dans les pa- 
lais de Paris, de Berlin , de Pétersbourg ; aussi les proyinces 
reculées étaient-elles, à l'époque de ces constructions, d'autant 
plus misérables , que ces capitales étaient plus somptueuses. 
Mais la richesse et l'él^ance de l'architecture italienne sont 
spontanées ; on lui trouve dans les villages le m^ne caractère 
que dans les villes : partout elle est supérieure à la condition 
des propriétaires actuels, partout elle leur offre des habitations 
plus vastes et plus commodes que celles que la même classe 
de la société occupe dans des pays réputés aujourd'hui très 
prospérants. Les bourgades sans illustration d'Uzzano , de 
Buggiano, de Montécatini, situées sur le penchant des collines 
du Yal-de-PiTievole , si elles étaient transportées tout entières 
au milieu des plus anciennes villes de France, de Troyes, de 
Sens, de Bourges, en formeraient les quartiers les mieux bâtis; 
leurs temples seraient faits pour orner les plus grandes villes. 
Lors même que l'on s'enfonce dans les vallées des Apennins, 
loin de toute grande route, de tout commerce, de l'abord de 
tout voyageur, on y retrouve encore des villages où aucune 
maison /nouvelle n'a été bâtie depuis le xv® siècle, où aucune 
maison ancienne n'a été réparée, tels que Pontito, la Schiappa 
ou YeUano, et qui cependant sont composés uniquement de 
maisons de pierre et de ciment à plusieurs étages, et d'une 
élégante architecture. 

C'est ainsi que l'Italie presque entière, que son agriculture, 
que ses chemins, que l'aspect donné à la terre par les mains 
de l'homme , que l'architecture des villes et celle des villages 
conservent des monuments de son antique opulence, d'une 
prospérité sentie par toutes les classes, d'une activité d'esprit, 
d'un zèle d'eptreprises qui étaient l'effet et qui devenaient dç 



PU UOYXK AOS. 329 



nouveau k eauRe du bonheur mtioDd. Celte opuleuee, malgré 
toutes les révolutions dont nous avons reèdu ^xmifrte) subsistait 
encore à la fin du xv^ siècle. Il ne nous reste plus qu'à voir 
par quel enchaînement de calamités elle fut d^aruite, et par 
quelles entraves T esprit de la nation fttt domptt^; en sorte 
que, même après la cessation de la guerre, même après la fin 
de tous les fléaux qui se sucoédèrent pendant un demi-siècle , 
le retour de la tranquillité, la jouissance d'une longue paix, h 
laquelle les autres nations de TEurope portaient envie , n*ont 
pu rendre à ritalie qu'une ombre de son ancienne félicité. 



^ 



— " 



330 HISTOIRE DES BéPUBLIQITES ITAtlEIinES 



i niriniiH ti mmtitttiit»» 



CHAPITRE XL 



Élection d'Alexandre Vi. — Projets de réforme de Jérème Savonarole; 
vanité de Pierre de Médicis , nouveau chef de la république florentine. 
— Louis Sforza invite Charles VIII à faire valoir ses droits sur le 
royaume de Naples : fermentation de toute l'Italie; Ferdinand h' 
meurt avant d'être attaqué. 



1492-1494. 



Les croyances religieuses et la politique contribuaient à 
Fenvi en Italie à placer le pape à la tète de 'la confédération 
d*états indépendants, entre lesquels cette contrée était par- 
tagée. G* était surtout pendant le cours du xv® siècle que les 
papes avaient élevé leur monarchie temporelle ; ils avaient 
réduit la ville do Rome à n*avoir plus qu'un gouvernement 
municipal : ils avaient substitué leur propre autorité à celle 
du sénat et de la république ; et depuis la conjuration de Sté- 
fano Porcari, ils avaient aboli les derniers restes de la liberté 
romaine. Dans les provinces voisines, les papes avaient tra* 
vaille avec ardeur à réduire la noblesse feudataire à Fobéis» 
sance; et la violence avec laquelle les deux plus puissantes mai- 
sons avaient été persécutées, celle des Golonna par Sixte lY, 
et celle des Orsini par Innocent YIII, au eommenoement de 



DO MOYETT AGE* 331 

son pontificat, les araient affaiblies tontes dent. Presque 
ton* les petits princes, et presque toutes les tîIIcs Mbres si- 
tuées entre Borne, les états de Florence et ceux de Venise, 
avaient été forcés à reconnaître Fautèrîté suprême du Saint- 
Siège. Les princes de Romagne conservaient, 11 est vrai, leur 
souveraineté sous Tautorilé de l'Église; maïs ils obéissaient 
avec empressement au pape, qu'ils craignaient; et ils lui four- 
nissaient dans toutes ses guerres de bons capitaines et de bons 
soldats. Aussi les derniers pontifes s* étaient-ils montrés plus 
guerriers que prêtres, et l'importance militaire de F état de 
rÉglise avait-elle été mieux sentie. 

IXailleura le pape, suzerain du royaume de Naples, direc- 
teur du parti guelfe en Lombardîe et en Toscane, et chef su- 
prême de F Église, ne mesurait pas sa puissance sur la seule 
ëfendue des états soumis à sa juridiction immédiate. Au-delà, 
et à une grande distance de ses propres frontières, if pouvait 
encore gagner des créatures sans leur donner d* argent, faire 
la guerre sans soldats, menacer et intimider sans forcés réel- 
les. Aussi Fhistoire des papes était-elle peut-être la partie la 
plufr easéntielie de Thi^toire d'Italie. Les révolutions des ré- 
publiques, comme celles des monarchies, se trouvaient con- 
stamment liées à celles de la cour pôntifrcale; et presque 
toutes- les grandes catastrophes qui devaient ébranler Fltafie 
avaient été préparées par les intrigues ou les passions des 
prêtres. 

1 492f. — Le commencement de la dernière période de la 
liberté italienne, à laquelle nous sommes parvenus, le but de 
ta longue guerre que les ultramontains devaient porter dans 
toute la presqu'île, fut lui-même un moment de crise pour le 
pouvoir pontifical ; car c'est alors que fut élevé sur la chaire 
de saint Pierre le plus odieux, le plus impudent, le plus cri- 
minel (te tous ceux qui abusèrent jamais d'une autorité sa- 
crée pour outrager et asservir les hcunmes. Alexandre Yi fut 



332 HISTOIRE DES RÉPUliLIQLES ITALIENliES 

• 

élu pwr succéder- à Ittoooeàt YIII. L^ scandale de la coor 
dç RjQiiie» toigoors «roisMuit depuis oa deiiii**riède y n» poavtdt 
pas arriver à un excès plus réyoltant; dès lors on le vit dé- 
crpftre par degrés. Attooii éerivain ecdésiastkfae n'a osé dé- 
fendre la. méjnoire de es pape, indigne dn nom de dirétien ; 
et Fopprobrç dont il conTrit TÉgiise romaine pendant son 
règne anéaatit oe respect religieux qui protégeait Tltalie en- 
tière, et la Uym aux étrangers eosnme une pr^e plus faeilë à 
saisir. 

Innocent YIII était mort. le 25 juillet 1492; quelques jours 
furent oonsao'és, selon Tnsage, à ia pompe de ses fonéraffles^ 
et le 6 août suivant les ^cardinaux e&trèarent an conclave pour 
élire son successeur. Us se trouvaient réduits au nombre de 
vingt-trois ^ « Chacun d'eux sentait son importance s'accroître, 
cwune il vojatt dimioner le nmbre de oeux qui avaient 
droit à siéger duis ce sénat; le partoge des nchesses, des faon- 
neqrs, des ^principi^utés dont dispesait l'Église, leur était en 
graille pfirtîe attribué^ chacun, en raison da petit nombre 
de ses eemp^teurs, pouvait réserver, pour lui-même on pour 
ses créatures, une portion plus avantageuse dans cette grande 
loterie. Aussi, malgré rexpédence de Tinatilité de toutes>les 
couditims imposées^ pendant la vacance du Saint-Siège, par 
les cqndaves précédents aux papes futurs, les cardinaux, soi- 
gnant avant tout leurs propres intérêts, ef engagèrent-ils par 
serment à ce que celui d'entre eux qui parvkndrait à la tiare 
ne .ferait point de prapotion nouvelle sans le oonsentement 
de leur collège'^* 

Tous les vœux sfi trouvaient d'accord pour eette première 
résolution qui. pourvoyait àl! intérêt de to«s; mais dans F élec- 
tion d]uf^ nouveau chef de l'É^e^ chacun prêta de nouveau 

t 

1 Slefano infesswa,Diario Aomano, T. III. Script, rer. liallcar. T. Il, p. 124S. — 
AnnaL eccleslast. Raynaldi. 1492, $ 22, T. MX , p. 4i2. ~ * natjnatdi Annal, eccles. 
1192, S «•, p. 414, « ^ ^ » 



Dt ItOtJCR AGB. 333 

Toreille aox conseils de son ambition priyëe oa de bû cupidité. 
Le conclave n'était presque composé que de créatures d'In- 
nocent YÏII et de Sixte IV ; et des hommes élus dans ces 
temps de corruption ne pouvaient être doués de beaucoup de 
désintéressement, ni de sentiments bien éleyés. Un seul d'en- 
tre eux, Boderic Borgia, était d'une tréation beaucoup plus 
ancienne ; et plus il avait vieilli dans les dignités de l'Église, 
plus il avait pu y accumuler de riches^s. Il était fils d'une 
sœur de Galixte III, et pour complaire à cet oncle qui l'avait 
adopté, il avait quitté son nom de LenzuDli pour prendre celui 
des Borgia. Très jeune encore, il avait été comblé par le vieux 
Calixte de toutes les grâces qu'un pape peot accumuler sur 
son neveu ; c'était à lui que le pontife avait résigné son pro- 
pre archevêché de Valence en Espagne; il l'avait créé cardinal- 
diacre le 21 septembre 1456, et en même temps il lui avait 
donné la fonction lucrative de vioe-chancelier de F Église. 
Sixte IV, qui avait employé Roderie Borgia daus plusieurs 
légations, lui avait conféré les évêchés d'Àlba et de Porto. 
De nouvelles missions, dans lesquelles Borgia avait fait briller 
la dextérité de son esprit, lui avaient valu de nouvelles ré- 
compenses*; et eu 1492 il réunissait les' revenus de trois 
archevêchés en Espagne, et d'un grand nombre de bénéfices 
ecclésiastiques dans toute la chrétienté. Les rtchesses d'uti 
cardinal ont une influence presque nécessaire sur lés vœut 
de ses collègues : comme il ne peut garder ses bénéfices en 
parvenant au pontificat, il est naturel qu'il les répartisse en- 
tre ceux qui ont le plus contribué à son élection ; et plus il 
a été comblé lui-même des faveurs de l'Église, plus il peut 
en distribuer à ses partisans, sans exciter les déclamations de 
personne* Borgia, pendant près d'un deml^siècle dé prospé- 
rité, avait amassé des trésors immense; et la nature lui avait 

* OnofrlQ Panv'mo^ VUe <k* Pontefifih In Aless, F/, p. in, • . s. 



334 HISTOIRE DIS HéVUBLIQUÊS ITALIEIHKES 

eo inéme temps aecordé tons les talents propres. à en faire 
usage pour seconder son ambition ; son éloquence était facile, 
quoiqu il ne fût que médiocrement yersé dans les lettres; son 
esprit, d'une flexibilité remarquable, était propre à toute 
. chose ; n^ais surtout il était doué du talent des négociatioBS, 
et d*une adresse incomparable pour condmre & ses fins l'esprit 
de ses riyami^ * • 

Borgta, qi)e ses inunenses richesses et son ancienneté dans 
le coUége des cardinaui^ mettaient au premier rang entre les 
candidats pour le Saint-Siège, paraissait, aux yeux des plus 
sages même, justifier en partie ses prétentions, par les talents 
distingués qu'il avait déjà déployés au service de T Église. Ce- 
pendant ses mœurs auraient pu motiver de fortes objectioas 
oontre lui. Déjà, sou^ le pont^cat de Pie II, ses débauches, 
plus pardonnables alors à cause de sa jeunesse, Taviiient ei- 
posé à une censure publique ^ ; il avait depuis pris une vm- 
tresse nommée Vauo«ia, avec laquelle il vivait comité si elle 
eût été sa femme j et en même temps il l'avait £ait épousa* à 
un citoyen romain. U avait eu d'elle quatre fils et une filte, 
que nous verrous ensuite prendre une part importante aux 
affaires. On ne trouvait ni dans ses manières ni dans son lan- 
gage la retenue d'un homme d'église. Mais le libertinage était 
déjà monté sur le trône pontifical avec Sixte IV et Inno- 
cent VIII, et le sacré consistoire n'était plus composé d'hom- 
mes assez irréprochables pour que les vices d^ Boderic Borgia 
fussent un motif suffisant d'exclusion. 

Deux rivaux paraissaient pouvoir disputer la tiare à Bor- 
gia, savoir, Ascagne Sforza et Julien de la Bovère : Asea- 
gne, fils du grand ï'rançois Sforza, duc de Milan, était oncle 
de Jean Galéaz, qui régnait alors, et frère de Louis-le-Maure, 
qui, au nom de ce duc, gouvernait la Lombardie : il avait 

^ Jaeobus Volaierranust Diarium Bomanum, T. XXlfl, Rer. I(. p. i30.*-ilfiiiat ecdet* 
itayn. a92,S3&i L.XIX, p. iil,-^ < Ann(U. cççUii, 4492, $ '4i, p. 4U. 



ou MOYra AOX. 835 



été créé^ par Sixte lY, cardioal^diacre da tiUre des Mii&to Yito 
et Moderto ; il < était, après Borgia, Tua des oardioaux les 
plus riches en bénéfices ecclésiastiques ; et il était saotesu 
par tout le crédit de son frère et des alliés du duché de Milan. 
Mais après avoir fait quelques épreuves infructueuses de la 
force de son parti, il aima mieux vendre son adhésion à aoft 
rival qu'être vaincu par lui ; il traita avec Borgia, et se it 
promettre la place de vice-chancelier qu'exerçait celai-d : 
m retour, il lui assura toutes ks voix ilont il disppsait * . 

Julien de 1& Bovère, fils d un frère de Sixte lY, cftEâinal-^ 
prêtre du titre de Saiut-Pierre ad vinc^la^ était l'autre can- 
didat. Ses talents distingués, et le rôle important qu'il avait 
joué pendant le pontificat de son onde, avaieiit réuni sur lui 
plusieurs suffrages ; mais Boderic Borgia, en répandant l'ar- 
gent h pleines mains^ sut gagner ceux qm paraissaient hésiter 
eneore. Il avait envoyé, chez le cardinal . Asoagne Sforza, 
quatre mulets chargés d'argent, sous prétexte de les mettre 
eu s6];eté peiadant la durée du eondave. Ce^ argent fut em- 
pk^é à aoheter les conscienoes incertaines. La vdix du car^ 
dioal-f atriarcbe de Yenise fut payée dnq miiUe ducats ; tou- 
tes les autres furent mises à prix de la même manière ^ ; et le 
samedi matin, 1 1 aolit, Boderic Bor^ fut pvociamé pape à 
la majorité des deux tiers des suffrages^ sous le nom d'A- 
lexandre YP • 

Qq comiut presque aussitôt à quels mardiés honteux le 
nouveau pape avait du son élection^ car om lui vit, dans les 
premiers jours qui la suivirent^ payer les primes dont il était 
conveuu. Il transmit au cardinal Ascagne ^orza sa dignité 
lucrative de vice-chancelier ; il céda au cardinal Orsini son 



^ JoseptU tdpamoniU Hist. wbit Medioiattt. L. V, p. 6S3. — * Stefano Infessura^ 
DUtrio RomcaiOj p, 1214:— > AaiuU, ecclen. ii$'2, p* 413* Onelques autres indiquent 
eepeodam un jour dififéreaL Le jouroai de Sienne mei rél9Ciîoa,ftu lO août : AUegrmo 
Allegmui, T. XXIU, p. 8i«. Onofrio Panvino^ au i«r. 



A 



3^6 HISIOIRS DES lUE^trfetlQDlSâ ITALIENNES 

palaîB à Borne, avec les deux di&teauic de Monticdlo et éè 
Soriano; il donna an cardinal Golonna Tabbaye de Subbiaco 
a^ec tous ses châteaux ; an cardinal de Saint-Ange, révdebé 
de Porto, avec son propre mobilier, qui était magnifique, el 
sa cave, fournie des irins les plus exquis; au cardinal de 
Parme, la ville de Ncpi ; à celui de Gènes, T église de Sainte* 
Marie in Fia toto; au cardinal Savelli, F église deSaiute^^Marie* 
Majeure , et la ville de attà-Gastellano ; les autres furent ré- 
compensés en argent comptant. Il n'y en eut que cinq, à la 
tète desquels on plaça Julien d^a Rovère et son cousin Ba* 
phaël Biario, qui n'eussent pas consenti à vendre leurs suf* 
f rages ^ 

Les Bomains célébrèrent l'élection d'Alesandre YI par des 
fêtes qui auraient.été plus convenables pour le couronnement 
d'un jeune conquérant que pour celui vd'un vieux pontife. Ou 
eût dit qne le peuple*roi demandait à son nouveau souverain 
de ramener sous son empire les nations autrefois soumises 
par ses armes. La plupart des inscriptions qui décoraient les 
maisons romaines, jouaient sur le nom d'Alexandre qu'avait 
choisi Borgia ; si elles rappelaient de quelque manière la reli- 
gion dont il était pontife, c'était en promettant au nouvel 
Alexandre des victoires d'autant plus brillantes, qu'il était 
un Dieu et non plus un héros ^. Cet excès d'adulation ne fut 
point immédiatement démenti par les faits. Une effroyable 
anarchie avait été la conséquence du règne vénal et effénaué 
d'Innocent YIII ; elle s'était encore accrue pendant la létliar- 
gie de ce pontife : deux cent vingt citoyens romains avaient 
été assassinés depuis la dernière crise dç sa maladie jusqu'à 

t Stefùno Infeuurn , Mar. 9ùm, p. 1244. — Fr, Guieciardini , Lib. I, p. 4. — Isi, di 
Gtov. Cambl DeiU. EnuL T. XXI, p. 7i. 

* CoMarft» wtogmi fuit, nune Borna est ntaxbntty ttxtm 

tuçaot Akxmden tUe vir, Ute SMu. 

BfhtiHa peirf PelphinU L. m, Kp. 38. — naynoMi Annal» wcUê, S 27, p. 4i4« 



âàffiort*. Alexandre YI, qui youlait régtl^r, et gui savait se 
foire cndiidre, imt aussitôt an terme à ce désordre, et rendit 
la sûreté aux roes de Borne. Le senl cardinal de la Bovère ne 
se laissa point sédoire par ce calme apparent ; Fapostat espa- 
gnol, le Marrano, comme il appelait Borgia^, ne poayait lui 
inspirer ancnne confiance. Il s' enferma 'dans le chàtean d'Os- 
tiejosqn^au moment où il crut plus pmdent|âe s'éloigner 
davantage encolle; et il n'assista point aux fêtes scandaleuses 
par lesquelles le pape célébra, dans son propre palais, le ma- 
riage de sa fille Lucrezia avel( Jean, fils de Gonstanzo Sforza, 
seigneur de Pesaro '. 

Le moment où l'Église romaine, dégradée par les vices de 
quelques chefs du clergé, venait de mettre sur le trône un 
pontife dont elle devait rougir, ne pouvait manquer d'être 
marqué par les tentatives de réforme de ceux qui, plus sin- 
cères dans leur foi, cherchaient dans la religion uu appui à 
la morale, et qui entrevoyaient les funestes conséquences de 
l'exemple donné à toute la chrétienté par un pape adultère, 
peut-être même incestueux. Le sentiment religieux avait en- 
core trop ^e ferveur et dp vérité à la fin du xv® siècle, et au 
commencement du xvi®, pour que de grands scandales dans 
l'Église n'amenassent pas de grandes révolutions. Ceux qu'une 
iàdigùationr vertueuse éloignait d'un Sixte lY, d'uu Inno- 
cent Vin, d'un Alexandre VI, n'en demeuraient pas moins 
chrétiens; ils n'en étaient pas moins attachés à l'Église que 
quelques-uns de ses chefs déshonoraient * ils attribuaient tous 
les vices aux hommes et non au système ; et plus*ils voyaient 
de désordres et de scandales, plus ils se faisaient un devoir 
de chasser l'abomination du sanctuaire; plus ils étaient prêts 



1 Stefano Infexsura, p. 1944. — * Les Espagnols appéHent Uammot les Maures con- 
Tortis ; peu d'Kspagnols échappaient «lors'A ee reproche 4'apoitaaie. -* > i.e mariage de 
LQcréce Borgia fut célébré le 9 et le 10 juin (499. infesswrot Dittrlo Rçmano, p. i'iifi« 
^AUegrctto Aileg. p. 8Î7, 

VU. :^!^ 



338 HISTOIRE DES BEPUBLIQUES ITALifillNES 

à comprom^tce leixr TÎe pour une réforme qu'ils regordaieat 
cojaime Fœuyre da Seigneur. 

Le scandale de la cour de Ronpie n'était cependant encore 
connu qu'imparfaitement au-delà des Alpes* Avant les guerres 
des ultramontains en Italie, un respect profond couvrait d'ua 
voilç impénétrable le palais de Saint-^ieçre à Rome, et il 
n'eût guère ét^ possible aux réformateurs qui levèrent plus, 
tard l'étendard dç la rébellion contre l'Église romaine d*ac- 
complir leur ouvrage en Allemagne et çn France, qu'après le. 
mélangç des cations. La même fdtreprise devait èjUre teintée 
plus tôt en Italie, où les abus étaient plus tôt çonijius d,e tous ; 
elle devait recevoir un autre caractère du peuple i^ème qui 
commençait la réforme ; die devait éclater chez Içs Italiens 
avec plus d'entho^usiasme, elle devait parler davajjitç^e à Ti- 
magination et au cœur,' elle devait emprunter moins de se- 
cours à la philosophie, et être marquée ||>eut-étre par une 
nioins grande indépendance d'opinions religieuse^; mais en 
revanche elle devait s'allier davantage à la politique. L'ordre 
civil et l'ordre religieux avaient été en Italie ^aleme^t cor- 
rompus, tandis que les principes constitutifs de l'un et de l'autre 
avaient été également approfondis j^r une longue étu^e : l,e 
réformateur devait entreprendre de porter la main à tous les 
deux en mèi^e temps. Ces causes déterminèrent e^ effet le. ca- 
ractère et les desseins de Jérôme Sayoï^arole, et ce précurseur 
de Luther différa de lui autant qu'un ItaUen devait 4^férer 
d'un Allemand. 
Jérôme-François Savonarole était d'une illustre famiUç ori- 
, ginaire de Padoue, mais appelée à Ferrare pa^r le marquis Ni- 
; colas d'Esté. U naquit dans cette dernière ville le 21 septem- 
bre 1452, de Nicolas Savonarole et d'Annalena Bonaccorsi 
de If antoue ^ • Distingué de bonne heure dans ses études, qui 

f ùeUa ttaria e deite geata del Padre Gipoiamo Savonarola, Libri iV, dedieaH a P. 
UopùUio. Uf orno , tff3, !•, Ub. I, $ s, p. %, 



DU MOTElt A68. '4Z9. 

a^nieut ea gurtootla théologie ponr objet , il ae dérobi^ A sa 
fiimille à F âge de vii^gt-trois ans, et ç'enfait dans le cloître des 
religieux dominicains de Bologne; il y fit profession le 23 ayril 
1475, avec une £eryeur religieuse,. une humilité et un désir 
de pénitence qui ne se démentirent jamai$ * . Bientôt ses supé*- 
rieqrs, recomiaisçant 1^ tal^atç di^tiogués du jeune domini- 
Q^, le de8tiil^{?i|t à donneç des leçons publiques de philo-, 
soj^ie. Savonarple, appel0 aipsi à parler en public, avait à 
Iw^ çmtc^ les dé{m|s de son organe, faible et dur en même 
t^qins, contre la maqTftise g^ce de w déclamation et contre 
Ta^tlçmçpt de ses foc^ physiques , épuisées par unp absti- 
oep^çe trop séyèrç. 

On admira rén\4ltlo^d^ APtivequ prufe^seup, mais on né- 
gligea l^ f^^icKlcsir lQf9qp(^ te m^m hoo^mç essaya de mon- 
ter efi chaire; et Toq Qe pré^çyait guère alors le pouvoir que 
spn éloquence deyaîl; biput^t 46q!iénr sur un {dus nombreux 
auditoire ^. La fçree du talent et celle de hi volonté triomphé- 
r^t 4® tous çps Qbstacles ; Savonarole acquit dans la retraite 
les avantages que la natuire paraissait lui avoir refusés. Ceux 
qiii avaient été cboqués de sa récitation en 1 482 purent à peine 
le reconnaître, Iprsqu^en I4ii9 ils l'entendirent moduler à son 
gré UQC yoéx harmonieuse et forte, et la soutenir par i^ne dé- 
clamation nqble, imposante et gradeuse ^. Le prédicateur 
lai-méme, craignant de s'eppcgueillir des efforUi quil avait 
faits pour se perfectionner, rapporta au ciel ses progrès par 
humilité chrétienne, et regarda sa propre métamorpliose 
coi^me un premier miracle qui prouvait sa mission divine. 

C'était dans Tannée 1483 qqe ga^vonc^role avait cru sentir 
en lui-milm^ ç^tte iinpalsion secrète et propbétiqqe qui le dé- 
signait coo^ime réformateur de F j^li^^e, et qui l'appelait à prê- 
cher aif X c|ir^tiens la repentaucei en lejCf r dénonçwt par avancîe 

1 nia di Savonaroia, Uh. 1, S 3, p. s. — * Ibid, Anao <I78. S 9, ]}* 13.— Anno (482, 
S 11, p. 15. — > Fila di SavonarQla. S l», p. n, ' ^ >> 

^2' 



340 HISTOIRE DBfi lÙSPtmLIQUBS ITALtEIÏIIES 

les cakmitég 4ont l'état et l'Église étaient égalemwtmaiiBoés. 
Il commença en 1484, à Brescia, sa prédiealâoEi âar r-Apoca- 
lypse , et il annonça à ses aïiditeôrfi que l^rs mors seraîenl 
un joar baignés par des torrents de sang. Cette menace parut 
recevoir son accomplissement deux ans après la mort de ^Sa-^ 
Tonarole , lorsqu*en 1 500 les Français, soud les ordres du duc 
de Nemours, s'emparèrent de Brescia et en livrèrent les habi* 
tants à un affreux massacre * • En 1 489, Savonarole se rendit 
à pied à Florence; il y fixa sa résidence dans le couvent de son 
ordre, b&ti sous T invocation de saint Marc : c'âait là qu'il 
devait, pendant huit ans, continuer à prêcher lu rayonne jus-- 
qu'au moment où il fut livré au supplice, comme ses disci-' 
pies assurent qu'il l'avait prédit lui-même. 

Cette réforme, que Savonarole reomimandait comme une 
œuvre de pénitepce pour détourner les calamités qu'il disait 
prêtes à fondre sur l'Italie, devait changer les mœurs du monde 
chrétien et non sa foi. Savonaeole croyait la disdpline de l'É- 
glise eorr6mpue,il croyait les pasteurs des âmes infidèles, mais 
il ne s'était jamais permis d'élever un doute sur les dogmes 
que professait cette Église, où de les soumettre à l'exam^^ 
La nature même de son enthousiasme ne devait pas le lui per^ 
mettre; ce n'était pas au nom de la raison qu'il attaquait 
l'ordre, mais au nom d'une iifêpiration qu'il croyait ssrna- 
turelle j ce n'était pas par un examen logique, mais par des 
prophéties et des miracles. 

La hardiesse de son esprit, qui s'était arirètée devant l'au- 
torité de l'Église, avait cependant mesuré avec moins de res- 
pect les autorités temporelles. Dans toutce qui était Touvra^e 
des hommes, il voulait qu'on pût reconnaître pour but Futi- 
lité des hommes, et poçr règle le respect de irârs droits. La 
liberté ne lui paraissait guère moins sacrée que la rdigion ; il 



DO MOISII AGE. 341 

H ii^^[<iii^€C«ime un bien mal acquis, et qu'on ne pouvait con- 
^ server sans renoncer à son salut, le pouvoir qu^un prince avait 
g usurpé en s' élevant dans le sdn de la république. Laurent de 
pi Hiédicis était à ses yeux le détenteur illégitime de la propriété 
,j des Florentins. Malgré les invitations réitérées de ce chef de 
,j l'état, il ne voulut point lui rendre visite, ni lui témoigner 
^ anenne défér^ace, pour ne pas être censé reconnaître son auto- 
^ rite * ; et lorsque Laurent, au lit de mort, appela ce oonfes- 
^, seur auprès de lui pour recevoir de ses mains l'absolution, 
Savonarole lui demanda préalablement s'il avait une foi en- 
tière dans la miséricorde de ]>ieu , et le moribond déclara la 
i sentir dans son cœur; s'il était prêt à restituer tout le bien 
qu'il avait illégitimement acquis, et Laurent, après quel- 
que hésitation, se dédara disposé à le faire; enfin , s'il réta* 
bljrait la liberté florentine et le gouvernement populaire de la 
république ; mais Laureit refusa déddém^t de se soumettre 
à cette oondition, et renvoya Savonarole sans avoiï* reçu de 
Im l'absolution ^. 

Si Savonarole avait cm devoir prêcher à Laurent de Hédieis 
la restitution de l'anlorité souveraine à Florence comme celle 
d'un bien mal acquis , il avedt de plus fortes raisons encore 
pour engager Pierre de Médicis à se démettre de cette auto^ 
rite que odui-ci n'avait ni la force ni l'habileté de conserver. 
Berre, Tainé des trois fils dé Laurent, n'avait que vingt-un 
ans lorsque son père mourut, et sa prudence n'égalait pas 
même ses «inées. Les lois fixaient, à Florence, Tàge oii l'on 
pouvait exercer chaque magistrature, et elles avaient en gé- 
néral fort reeulé oatte époque 2 les conseils dispensèrent Pierre 
des conditions de Tàge, et le déclarèrent propte à recevoir 
tous les honneurs , à es^cer toutes les magistratures de scn 
père ^. Cette violation de la constitution était une conséquence 



1 Storia di F, GfroUmù Savonarola, Lib. I, S 22, p. 35. — < ll/id. lAb I, S 26, p. 33. 
• s Scipione Ammiralo, Storia FiorenL Lib. XXVf, p. 187. 



342 HISTOIRE DEB RiPDBLIQUES ITALIEIINES 

derasserrissementdeta Seigneurie; ihâis elle Hessà les Floren- 
tins auxquels elle montrait lejongsoiis lequel 11sétaiisnttonrt)%. 
Pierre, passfonné pour les plaisirs de la jeunesse, pour 
les femmes, pour les eierdces du corps qui pouraieift le ïkire 
brillci* à leurs yeux, n'occupait plus la république )|be lies 
fêtes et dbs divertissements auxquels tout ioa teinp^ était koti- 
sacré. Sa taillé était au-dessus de la ftibyënïie, sa poitrine et 
très épaules étaient fort larges, sa forcé et son aSrlesse étaient 
remlir^uéblbs. Il rassemblait à l'entour dé M les plus brillants 
joueurs de paume de tout^ l'Italie; mais il ëttiit plus habile 
qu'eux tbiis dans cet exérdoe, et danâ celix de la luttB et de 
Téqùitation.Son élocutioii était facile, sa prononciation agréa- 
ble et Èà toix barmoiiiëuse , tandis que soii père avait tou- 
jours iiasiUé par une donformatiou défectueuse dé son organe. 
Piore avait fait |dGS pn>grte remarquables dans les lettres 
l^ilééques et latine» en suiVant les leçons d'Ange Politien; il 
àVait de là facilité potir lm|[)toviser en vers i ^a cônvlBHÂlibh 
était agréable et variée, mais son orgueil éclatait d'une Ma- 
nière insultante tbûtes les fôi§ qu'il éprouvait qdël^ûé con- 
tradiction. Ce vice de Mû caràétèré était te plus démînaitt ât 
tous ; il avait été développé en lui par sa tnèré CîlaHce et sa 
feAime Alfonàine, toutes deâx dé U famille Orsiiii : tes prin- 
cesses romaines lui avaient apporté toute Fàrrogance dé fisur 
maièon. Il prétendait ^e lA république fc^iit ftVéuglttiTéiii 
8^ oi^dres, et cependant il regardait déutthe ali-d^ous de hit 
le travail d'étudier lés atfaires pdblfqneft; il les àbanddnnaii 
à ses familiers, à ses Confidents, et siirtbtit & Pîèrrë Bovizft) dé 
Bibbiena, frère aiiié de ce Bernard que DMh X fit ensuite car- 
dinal , et qui s' acquit un nom dans les lettrés. Pieriie de BiUUena 
avait été secrétaire de Laurent, et Médicis, en hli accordant 
sa confiance, mettait ce ^balteriie, né danà une province su- 
jette, au-dessus des anciens magistrats de la république * . 

) Jaeopo Èardi, Slorla FiorMtina. Lib. I, p. 15. 



DU MOYEN AOS. 343 

Moins Pierre de Médiois avait dé capacité pour gouyernér 
^état, ptas il ressentait de défiance de ceux qui pouvaient 
prétendre dans la république à un rang égal au sien. Une 
àulré braiiche de la maison de Médicis commençait alors à 
attiirelr sûr elle Tattention des Florentins : c'étaient les pètits- 
fil dé Laurent, frère de Gôme F ancien. Lé plus jeune des 
itètix était de quatre ans plus âgé que Pierre ; ils avaient suc- 
cédé à la richesse que leur aïeul avait amassée dans le. com- 
merce ; mais soit qu aucun talent distingué ne se fût développé 
danà cette branche de la famille, ou que ses membres se crus- 
^nt assez honorés par leur parenté avec les. chefs de F état, 
on n avàît jamais vu ni Pier-Francesco, père de ces jeunes 
^này m Laurent, leur aïeul, prendre part aux querelles [M)- 
liti<|ues de Florence. 1493. — Pierre découvrit le premier deé 
rivaux dans ses cousins ; il les fit arrêter au mois d* avril 1 493, 
et mit en délibération s* il ne les ferait pa^ mourir : ses amis 
obtinrent avec peine qu*il se contentât de lés faire sortir de 
la vQle, et de leur assigner pour prison leurs deux maisons 
de campagne. Mais le peuple avait regardé leur arrestation 
comme tine Violation de ses droits ; leur mise eii liberté fut 
pt)ttr lui un triomphe , il les accompagna de ses abciamations 
et de ses vœux comme ils sortaient de là ville, et il fit sentir 
tOQjottrs plus & Pierre que toute popularité lui échappait ^ 

Peut-être Pierre aurait-il plus facilement supprimé ces pré- 
iniers Symptômes de fèrmentatioii , s il s'était hâté d'éloigner 
de Florence celui qui donnait une direction à Tesprit populaire, 
en rattachant là liberté à la réforme de l'Église et des mœurs. 
Mais Jérôme Savotoarole ébranlait tous les jours un nombreux 
auditdre par le développement des prophéties où il croyait 
^ir l'annonce de la mine future de Florence. Il parlait au 
peuple , au nom du ciel , des calamités qui le menaçaient ; il 

^ Jaeopo Hardi, Sior, Fior. Lib. 1, p. 16. — CommenlaH di FiUppo dà' KerU. Lib. Ul, 
P' S8. 



1 



344 HISTOIHE DES BEPUBLIQUËS ITALIEN »£S 

le snq^pUaU de se couYertir : il peignait suooesBltetoe&t à-^es 
yeux le désordre des mœurs privées, et les {Hrogrès da hixe el 
de rimmoralité dans toutes les classes de citoyens , le désordre 
de rj^lise et la corruption de ses prélats, le désordre de Tétai 
et la tyrannie de ses chefs ; il invoquait la réfonne de tom 
ces abus ; et autant son imagination était brillante et enthoa* 
siaste quand il parlait des intérêts du del , autant sa logique 
était vigoureuse , et son éloquence entraînante , quand il ré- 
glait les intérêts de la terre. Déjà les citoyens de Florence té* 
moignaient, par la modestie de leurs habits, de leurs discomrs, 
de leur contenance, qu'ils avaient embrassé la réforme de Sa- 
vonarole; déjà les ifemmes avaient renoncé à leur parure; le 
changement des mœurs était frappant dans tonte la vflle , et 
il était facile de prévoir que rinstruction politique da prédi« 
cateur ne ferait pas moins d'impression sur ses auditeurs que 
son instruction mcnrale ' . 

, . Les prédications de Savonarole étaient appuyées par la me- 
nace de calamités nouvelles et effroyables que des armées 
étrangères devaient qyporter à F Italie : chaque jour en effet 
ces calamités s'approchaient, et elles commençaient à devenir 
visibles à tous les yeux. Les prétentions de la maison d'Anjou 
sur le royaume de Naples avaient troublé Tltalie pendant un 
siècle entier ;. ^a sorte qu'on ^tait accoutumé à tourner ses re* 
gards du côté de la France , pour y diercher le signal des 
orages qui menaçaient de détruire la paix; Depms vingt ans 
le^ droits de la maison d'Aujou avaient été transférés au roi de 
France; et l'on pouvait prévoir que lorsque le jeune prince 
qui était alors sur le trdoe serait parvenu à F âge où il se 
croirait propre à conduire les années, la gloire des conquérants 
pourrait le tenter. On sei^it donc depuis longtemps que Fu- 



* ComméHiari iU ser FiUppo de ClerU, V. 10, p. U. — Staria di Fr. GiroL Savonoroia. 



Qii voisn AGB* 345 

lUpiv ^ pw«HHiM9.de ritalio était nëeessoire, pow feiaoer la 
porte de cetta contrée aux oltramontaiM. Cette unfon existait 
dap» l6$. chartes publiques; elle a^ait entre antres été oon- 
imaée parle traité de Bagnolo da 7 août 1484 , et par celai 
à& Rome An 1 1 août 1480, qai étaient tMS deiUL en pleine 
irigneur : mais elle n'avait point étouffé les rivalités secrètes 
im souverains, les jalousies et les haines^ divisaient T Italie 
en deux lactions rivales » et qui n'attendaient qu'une occasion 
ponrédater. 

Louis Sforsa, surnommé le Maure, qui gouvemi^t le duché 
de Milan au nom de wa neveu Jean Galéaz , parmasaît sentir 
plus qu* on autre » parce qu'il âait j^us rapproché des ultra- 
montains , la néoessité de cette union des états de lltalie : il 
voulait non seulement qu'dle existât réellement, mais encore 
qu'elle, fût annoncée à toute TEurape avec une sbrte d^ ap- 
pareil. L'élévation d'Alexandre Ylau pontificat Mpahit une 
circop3tance favorable pour le- f aire ^ parce qu'à l'élection 
d'uu nonveau pape, tous les états cbrétims ravoy aient à 
Bome une ambassade solennelle pour M rendre Tobédiênce. 
Le duché de Milan était uni par une oonfédération particu- 
lière, renouvelée pour vingt- cinq ans en 1480, avec le 
royaume de Napies, le duché de F^rare et la république 
florentine : Louis-le^Maure proposa à ses alHés de faire partir 
en même temps les ambassadeurs de ces quatre puissances, 
d ordonner pour le même jour leur entrée à Rome, de les 
faire présenter ensemble au pape , et de charger celui du rot 
de Nifples de, parler seul au nom de tous. Il voulait ainsi 
moptr^r au pape , aux Yénitiens et aux autres puissances de 
l'E^cope, que leur union subsi^ait daua toute sa force, en- 
gs^ger les deux premiers k s'attacher à eox pour la défense d^ 
iltalie, et faire comprendre aux autres que cette contrée n'a- 
vait rien à craindre des étrangers. La vanité puérile de Pierre 
de Médicis fit abandonner ce projet \ et en excitant la défiance 



346 HISTOIRE DES lUBPUBLIQUES ITALIENlfES 

de Lonis-le-Maore , elle le jeta dans une politiqaë toute 
contraire'. 

Pierre de Médicis était un des ambassadeurs nommés par 
sa répabli(}ue pom* se rendre à Borne ; 3 voulait briller dans 
cette oceaâion "solenbelle , en étalant aui yeuï des IKomaîns 
et des étrangère lé§ trésors de pierres précieuses amassées par 
son père, le luie dé ses équipages et F élégance dis ses livrées. 
Sa maison avait été pendant deux mois remplie ife tàilleors, 
de brodeurs et de décorateurs : tous ses joyaux étaient semés 
sur les habits de ses pages ; un seul collier qiiMl fit porter à 

• 

Tnn d'eus était évalué à deui cent mille florins. Tout ce luxe 
aurait été moins remarqué si quatre ambassadek solennelles 
avaient diï faire en même temps leur entrée. l?ierre avait pour 
collègue Gentile, évèque d* Arezzo , Tun des instituteurs de 
Laurent de Médiels ; e*étfdt lui qu^il avait chargé de t)oHer 
la parole, et Genttle ne sentait pas mcnns d* impatience de i'é- 
mter le discours qu*ii avait comj)osé que Pierre défaire voir 
«es livrées; Cependant , d'après le projet de Louîs^te-Sfaure, 
r ambassadeur seul du roi de Naples aurait parM^. MèSicis ne 
voulut point renoncer à toutes des petites gratifications d'à- 
mour-propre ; il engagea le roi de Naples Ferdinand à retirer 
sa parole déjà donnt£e à Ijoùis4e*Maure.C€fuiH!i senfft S son 
tour sa vanité blessée de ce qu'4in projet proposé par lui » et 
soutenu par des motifs plausibles, était si lé^rément aban- 
donné ; tandis que le cré(Kt que Pierre venait d*exerter sur 
Ferdinand fut pour lui un yMé i^et d'inquiétude ; il soup- 
çonna et découvrit en effet Une ligue entre le roi et le lehef de 
la répubUque florentine. Cette alliance , indépendante de celle 
doat lui-^même faisait partie, aen^lait te menacer : la maison 
de Médicis , de tout temps alliée des Sforza , était prête à les 



1 Scipione Ammiratù* L. XXVI, p» IM. -^Frono. Bêleariî Comment, ter, CalHe. L. V, 
P. 114, LugduBi, 1S2S, fol. ^> Ff. GtOedardi^U Ub, I, p. 6.->llfcoftiàifsb M Ttibabh 
ée Aoxfi , DeUzie degU EruOiti, T. XXin, p. MO. 



DU MOYEJf AGE. 347 



Itbatidontie^ pour la maison H^ale S* Aragoti , et lin cbànge- 
gement complet dans tout le systèiiie ^ôliii^ue de l'Italie pou- 
vait s' eDSttiyire'. 

BientAl de tfdttVèlles pretiVeS âe cette intelligence Uûgmen- 
ttreilt Talàrihe de Lbais-k-Maiûré. >'ehitiiàbd et tîerre de 
Hiédieis engagèrent Virginîo Orsini; |iài*eiit de l'un et de 
rentre, ft aéhrter te§ ilefs d'Anguillàtà et dfe tervetri, qu'In- 
bdtébt Vin l&THit ddhdés en souveraineté à i^ti fils Èrànccs- 
clletto Cybè. Leùrflril fatfikéà quarante-quatre ihilic ducats, 
À Sfédicii ^il fournit quarante niilte^. Leâ tieîfs des Ôi*sini, 
fiitbés pour là plupart entre Hdijie, Viterbe et Clvita- Vecchia, 
ksstliraieat la comiiinnicatioh dti rôi dé rtaples avec la repu- 
niqae ibJfrëtitttté , et enchàinàtbiît leh quelque aorte le pape, 
ffont le piitô pàistotkt féudatàiré Slait protégé, jusqu'aux portes 
9b é9l câfillaft, tiS^ èès deoi plàâ pbissànts volàins. toiiis-le- 
MàUr<e fit-iîènffr cfe danger â Aleiaiidt'e Vt ; \\ Vëiigàgea à 
l^tusèrilaVeiité^érÂngttiflàrà Son lâons'elifement, S:mà lequel 
ftb fièf dërÉélîsé ne pouvait )ètrl3 afigrté par uû feudàtàiré^ 
L6t]ls4ë-Màuré profita de fin^Wétudc ^uë cette négocia- 
tion et les menaces de FeirAidatid et dé Pietr'ë de Médicis cau- 
sàieM à Afexandiie VI, pour dindure àfec tùi et la république 
fle VdHSè bne alliènce qdf servit de cdntre'^ôids à T ascendant 
^ufë ^aràiAatt prendre la mulsoii d'Aragon; Celte alliance fut 
tS^^ le 92 àvdl 1493, mùtgré l'ôppositioù du dôge de Ve- 
nise', ^di tie pouvait se résoudre à accorder aucune confiance 
iu ëàWetèftd'Alexâhdrè VI. Lé dilc Hérôrilé Illde Ferraré y 
aeéSIa ^tt dé téifhps après, tandis qtaiô U répùbli^iCe de tienne 

refusa d'T concourir *• 

•« 

tieè confédérés s'engageaient à mettre snr pied, pour le 



> Sdploneâmmlfato, L. XXVI, p. i%9,^-* Âlleareito Attegretti, DtarlSatiesUT. XXIII, 
p* 8tt. — * f>. Gtil0Ciiir«ttfil« Ub.- 1, p. 8» * adpîane Amnitato, Lib. XXVI , p. i89 — 
^ ànOmifiiHfogimi^tStorUi ven^skma. T. XXSil, p^ 1201. — AUegreiio AllegreuU Dlari 
Sanrsi. T. XXIU, p. 837. 



348 HISTOIBE DES RÉPUBUQl}^ tTALIElIllK 

maintien de la paix publique, une armée de vingt milk cbcr 
vaux et de dix mille fantassins, à la4uelle le pape ooQtriboe- 
rait pour un dnquièmei le duc de Milan et les Yéniticins 
chacun pour deux dnquièmes. L'alliance cependant n'avait 
aucun hut hostile, et tons les états d'Italie pouvaient y acr 
céder s'ils le désiraient * . 

Louis-le-Maure redoutait moins Ferdinand que son fils Air 
fonse, parce qu'il voyait dans celui-ci le protecteur naturel 
de son propre neveu, Jean Galéaz, dont il avait ^^wpé tonte 
Tautorité. LÔrsqu'en 1479 Louis-le-Maure s'était emparé, 
les armes à la main, de la régence de Milan, et avait sup- 
planté la duchesse Bonne et le vieux Gecco Si^lonetfl, il avait 
eu un motif plausible pour s'arrogçr tous les. pouvoirs de son 
neveu Jean Galéaz : celui-ci était évidemi^ent trop jcpne pour 
qu'on pût lui confier le gouvernement ; et encore qu'on l'eût 
déclaré majeur à quatorze ans, op savait à MUan, CQmine dans 
toutes les monarchies, que cette.formalité n'avait d'autre effet 
que d'ôter f autorité aux tutenrs que la loi désigne, poiir la 
transmettre aux favoris du jeune prince, ou à ceux qui s'é- 
taient emparés du pouvoir en sou nom* 

Mais quatorze ans s'étaient déjà écoulés depuis que Lonis- 
le-Maure avait pris en mains les rênes du gouvem^uent. Son 
neveu était parvenu à l'âge où sa raison n'avait, ptos rien i 
attendre du temps; il était marié à Isabelle, fille d'Alfonse 
et petite-fille du roi Ferdinand : « Ladite fille était fort ooura* 
« geuse, nous dit Gomines, et eût v(d.ontier8 donné crédit à 
« son mari, si^Ue l'eût pu; mais il n'était guère si^ et j^ 

^ Marin Sanuto, Vite dé* DuclUdi Venexia, p. 12S0. C'est par cel éTénement que se 
lermipe cette volumineiiie chfoaiquB. Fendant let dernières années, elle est écrlu» lotir 
par Jour d'une manière fort diiïuse, et elle contient beaucoup de faits hasardés; c'est 
UQ registre des bruits puMics de Venise, bien plus que des événements. Son auteur, fils 
de Léonard Saaiito , était sénateur Viânitien ^ et f ivait encore eu 1632. Munteii, qui a 
imprimé ces vies pour la première fois. T. XXII Rer. liai, p. 4eo-i3$2, regarde la Chro- 
nique vénilicnne, qu'il a aussi imprimée, J, ^\\S^ p l*?ll4t coviaie en étant UoontioM^ 
tioB par le même auteur. . . 



DtJ ttOVElV AGE. à4d 

é Yélaît ce qu'elle lai disait « ». En effet, la fortune, ôu V édu- 
cation qu^on donne aux princes, avait servi T ambition de 
lètiis-le-Maure. On accusa celui-ci d'avoir à dessein écarté 
son neveti de tonte étnde littéraire, de tout exercice militaire» 
de tonte instruction qui pût le rendre propre à gouverner; 
de l'avoir^ au contraire, entouré de flatteurs dès ses plus 
jeunes années, pour 1* accoutumer au luxe et à la mollesse ^. 
Peut-être cependant ne serait-il pas juste de lui prêter le 
dessein d*énervei* son neveu, tandis qu'il n*avait fait en cela 
que suivre l'usage ordinaire des cours. Jean Galéaz, en avan- 
çant' en âge, n'était point sorti de l'enfance : sa faiblesse, sa 
pusillanimité, son incapacité, ne pouvaient se dissimuler à 
ceux qui rapprochaieût'; et il suffisait à louis-le-Maure de 
iftontrer le prince légitime^'pour se justifier de ce qu'il l'ex- 
cluait rigoâreuàement de toute part à l'administration. 

Isabelle d'Aragon reconnaissait elle-même Tincapacité de 
9on mari; mais il lui semblait qu'à elle seule appartenait le 
ditoît de te remplaxjer. Nourrie près du trône et dans l'espé- 
rance de régner, elle prenait son orgueil pour du caractère, 
et sa décision pour de l'habileté : elle aurait voulu gouverner 
l'état comme elle gouvernait son mari. D'ailleurs la femme 
de Louis-le^Maure, Béàtrix d'Esté, semblait avoir pris à tache 
de rhumilier, en se mettant, en toute occasion, au-dessus 
d'Mte; La pompe des habits et des équipages, l'affluence des 
courtisans et la servilité de la flatterie entouraient sans cesse 
Béatrix, tatrdis qu'Isabelle vivait solitaire dans le palais de 
Pavic, qn elle y luttait en quelque sorte avec la pauvreté, et 
les couches par lesquelles elle donnait un héritier à l'état 
étaient à peine annoncées au public. Isabelle avait porté à son 
père les plaintes les plus amères contre Louis-le-Maure, et- 
Ferdinand fit demander, par ses ambassadeurs à Milan, qiie! 

« Hémon-es de Philippe de Commines. liV. Vil, ch, n» p. 443. -^fpeMBen^ renm 
ffnglwmn Hkiori^^ Lilk |i, p. ». 



•j 



5Q HISTOIRE DE^ |UfiraBtlQtJ£$ . ITALIERKBS 

le jeune duc fût mis en jouifisance d'une anfori^ qm lut ap- 
partraïut de droit * . 

Loin de renoncer à l'administration du duché de Milan, 
Loais-Ie-Maure commença dès, lors à cherfilier dc^ prétextes 
pour s'asseoir lui-même sur le trône; I empereur Frédéric II( 
était mort à l'à^e de quatre-vingts ans, dans la nuit du 19 aç 
20 août 1493, cit son fil$ Ii{^ximilîen, qui lulayait 8ucpé4^ 
avec Ip titre de roi (^es ^oinains, éprouyait, dès le çovfijEUGt^çe^ 
nient de son règne^ qat çnU>^Tas daiits ses fiq^nçe^ qu'§ptcSr 
tinrent jus(}u'if 1§ ^ii de &^ yip ^o^ désoftl^re ^ S4 pircijdîS^dîiiS- 
Louis-Ie-]|d[saire lyi pffdt e{i mariage Biancbçi-Marie ga nièca^ 
avec une dot de quatre; çept millç ^Wfàts ^; niais en retour î| 
demanda pop ^^i-m^m^ rinyestitore du dxxd/ié $le Ikf!^. Les 
chanceliers impéri^iii^ trouYèrent aisément des pri^text^ pour 
autoriser cette injiisti^. François Sf orza, e\ apj^ |pi Sf>n && 
Galéaz^ n avaient \m,iè^ obtenu^ Huyestiture iippérldf^; le 
diplôme accordé à l^ojm 4^hira (ff^ les empereurs romains 
s'étaient imposé |a loi de refuser la p^io^sf^ion l^^e d'un 
fief à quiconque l'avait ^ip^lifl^^^t usurpa, et que pour o^tte 
raison Maximilien av^H ^jeté les iitstanpes faitçis par JiOuis 
Sforza en faveur de son ue^eu, elt i^vai^ plutôt réçQlu de le 
choisir lui-même'. Cependant Lpuis ne se hât^ pas de pu- 
blier ce diplôme ; il contii^ua fie se faire 9ppe|er- duc de Bari, 
et il laissa à son nevjçu les |itref^ t^^^f 4H'U ^mspyait wd 
la puissance et la pompe de la souveraincitjé. 

L'ambition personnelle de J^ouis était j^^faHsp p^r la ré- 
gence qu'il exerçait : il désirait^ il ^ ^v% ass^rpr à ses fils 
r héritage du duché dç ^i\m, dç j^^^jé^:^;^ à cep^ d§ son 

1 Josephi RipamoniH Uisu MediokmU Lib» Vf, p. 652. -- OFonc, QuiccioMUnL Lib. {» 
p, D.— Scjpione ilihmiralo. Lib. XXVÏ, p. 187.-^ Pau£i JovU àiaior, sui temporti. Ub. I, 
p. 8; editio basilee, fo). i»78. — CotIq de' Boémini, Stor, <U Qiqj^ 4oC(iitQ TrUmizio. 
Ub. V, p. 198, ayol. in-4o. Milao, 1815. — * BarthoL Senaregœ de rébus Genuent , 
T. XXIV, p. 934. — 9 GuieOtmiini^ l«l. Ub. I, p. 34, 39, edIUo 4«; i«49. — ^t^ff Qfp«- 



DU MOTEH AGB. • 351 

neveu; mais il ne s* engageait pas sans crainte dans^ cette en- 
treprise, où il devait s attendre à être traversé par le roi d» 
Naples. Il connaissait assez le nouveau roi ^es. Romains pour 
n'espérer de lui aucu^ secours ; il commeaçait à démêler la 
versatilité du pape, c[u'il s'était d'abord flatté de diriger par 
le crédit du cardinal Ascagne, soi^ frèrq ; il plaçait peu de 
confiance dans les Vénitiens, de tout temps ennemis de sa fa- 
mille ; les Florentins lui étaient GO^trai]:e$, çt ses sujets même, 
de Lombardie pouvaient manifester tout à coup une violente 
opposition à des projets qui tendaient à dépo^éder la ligne lé- 
gitime de leurs princes. Dans cet embarras, Louis-le-Maure 
crut convenable de cbercber au-delà des monts un adlié dont 
il n'avait point encore pu apprendre à évaluer la puis^nce, 
et il s'adressa à Gbarles VIII, roi de Franoq. 

Charles yill avait succédé, le 30 août 1 483, % son père 
louis XI, allié du père de Louis-le-Maure ; mais il n'avait 
que treize ans et quelques mois lorsqu'il monta si^r le trône, 
et Louis XI eu mourant avait confié le gouvernement du 
royaume à la dame de Beaujeu, sa fille ainée, femme de Pierre 
de Bourbon. Pendant dix ans d'une administration glorieuse, 
cette princesse avait contenu les prétentions des princes du 
sang, terminé des guerres civiles dangereuses, et soumis ou 
réuni à la couronne des grands £iefs, auparavant indépen- 
dants ^ . Charles VIII n'avait proprement commencé à gou- 
verner par lui-mêmç que depuis l'année 1492. L'éclat d'une 
expédition t)riUante, et la conquête d'un royaume, ont en- 
touré ce monarque d*une gloire à laquelle la nature ou son 
éducation ne l'avait point destiné. Tandis que la plupart des 
historiens finançais l'ont représenté, dans les termes de Louis 
de la TrémouiUe, comme « petit de corps et grand de cœur *, » 
les deux meilleurs observateurs du siècle, Philippe de Co- 

« 

* ttém, de L. de la Trémouille , oh. VI et VII, T. XIV, p. I9T, — t iMd. ch. VUI, ^ 145, 
tome XIV des MémoireB pour servir à PHiit. de France. 



35^ HISTOIRE D£$ HEPUBtlQUËS ITALIENlIllSâ 

mines et Gaicdardin en font le portrait lé plus désavantagent. 
Le premier le dit « très jeune, ne faisant que saillir du nid ; 
« point pourvu ne de sens, ne d'argent ; faible personne, plein 
« de son vouloir^ pas accompagné de sages gens*. » Le se- 
cond dit que « ce jeune homme, âgé de vingt-deux ans, et de 
« son naturel peu intelligent des actions humaines, était 
« transporté par un ardent désir de régner et d'acquérir de la 
« gloire, bien plus fondé sur sa légèreté et son impétuosité 
« que sur la maturité de ses conseils. D'après sa propre indi- 
« nation et d'après les exemples et les avis de son père, il 
«c prêtait peu de foi aux seigneurs et aux nobles de son 
« royaume; et, depuis qu'il était sorti de la tutelle d'Anne 
« de Bourbon, sa sœur, il n'écoutait plus les conseils de l'a- 
« mirai, ou des autres qui avaient eu du crédit sur elle ; il ne 
« suivait plus que les avis d'hommes de bas lieu, pour la plu- 
« part attachés au service de sa personne, et qui n'avaient 
« point été difficiles à corrompre^. » 

La figure de Charles YIII répondait à cette faiblesse d'esprit 
et de caractère ; il était petit; sa tète était grosse, son cou très 
court, sa poitrine et ses épaules larges et élevées, ses cuisses 
et ses jambes longues et grêles. « Dès son enfance it^ avait ét<$ 
« d'une complexion faible et malsaine; sa stature était courte, 
« et son visage fort laid, à- la réserve de son regard, qui avait 
« de la dignité et de la vigueur ; tous ses membres étaient 
« disproporiionius, au point qu'il semblait plutôt un monstre 
« qu'un homme. Non seulement il n'avait ancûne connais- 
« sance des arts libéraux, mais à peine il connaissait les carac- 
« tères de l'écriture. Désireux de commander, il était cepen- 
« dant fait pour toute autr:e chose ; sans cesse oondmt par Tes 
« siens, il ne conservait sur eux aucune autorité. Ennemi dé 

.t si6TiaIro3 da Phil ipp e de Cominei, L. Vil, ProposiUoD , p. t28 ; el chap. V, p. K3, 
M>tno ^U dc9 Mémoires pour $«rvlr à l'Hisl de Fronce. — ' Fr. Guici^wdini^ StoH^ 
Mb I, p. 19» 



DU MOYEU AOS. 353 

k.tpotjte.fdtigoud et de toata aifaire, larsqu'U essayait d'y don- 
ner 6011 «ttentiptti fl M montrait d^ponrya de pnidence et 
de jngioineiit, SI qod^M^ ohofie p«raLMit en loi digne 
de lonangci, lor^pi'oa .la . ocMiaMérait de plus près, on la 
trqnyi^t encore plus âgigiftée«4e la Tetin qne du vice. Il 
avait de. findinaUoB à kgloiie; nuris c'était plus par im- 
p4t9f>sil^ ipe par raison; il #ait Itfeléralv nais inoowidéré- 
ment, sws mesure et sans diatînclliii ; il était qnelquetos 
immuablo daaa m» Yoloatés> mais alora o*était plus par 
obstination que par constanoe» et oe iqne plnsieun appe- 
laient en lui bonté amnit bien phB mérité le nom d'insen- 
sibilité anx injures» ou de&iblease tfâme*. » "Tel était 
rhomme dont ks^cûraenstiinees finebt un eoiiqoérant, et que 
la fortune «diai^aa de plus de gloiie qu*il' ne pouvait ^en 

Louis Sforasa envoya en f ranœ CSiarles de Barbiano, comte 
de Belgioioso, et le comte de CaiazBo, 'Sis aîné de Bobert de 
9sn-Sévén&o, mort peu d'années auparavant, pour inviter le 
roi Cb|rl0(^. YIU àse saisir de la oonroAne de Naples, qui lui 
appartemût, à profiter des disposilloni favorables des sei- 
gneurs, du royaume, lassés du jougdela maison d'Aragon, 
età.s*i4^payerdes ressentimeiila Ai pape contre Ferdinand. 
^n. m^e temps il Im ofbait une alHance intime, qui loi ou- 
virait l'entoée de l'Italie. par la Zimibardie, et quilui assure- 
rait la dppnnation de la mer par les poits de l'état de Gènes. 
U flattait aussi sa vanité et sw aasbition par l'espoir de con- 
quêtes plQsbriUantes enosce; et il lui faisait entrevoir dans 
le lointain la soumission de la Toropide, et la déKvrance de 
Cpnstantîno[de et de Jérusaiemy comme réservées à la valeur 
française*. 



^ Fp. ikHeeiar<IM, Lib. I, p. 43. — Sent. Orieettaiii de hetto itaUco Commentarlus , 
p. 91. — s fr. GuiceiardinL Lib. I, p. i4. — PauUJovU t^Utor. sui tenipor. Lib. I, p. a. 
— Phil. de Comines , Bfémoires. Lib. VII , €h. m, p. ils. 

vu. 23 



354 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIETf9£S 

Le ciNaite de Gaiaszo, dief de la branche bâtarde de la nlài'- 
80B defiKQ'^Séyérmo, qui s'était distiDgaéè en Lombardie pair 
de si rareÉ talents militaires et tailt d'babileté dans les intri- 
gues pofiliqoes^ aVait irônté à' la eoxxt de France les chefs de 
la brânohe aînée et légitime éè sa ihaisott, savoir, Antonëllô 
de San^^Séivëriiio, prince de Salemé, et Bemardmo, j^rincede 
Bîstgnano , qâi, après ardr échappé aftx persécutions âé Ta 
maison; d'Aragon^ dierdiaient, de concert avec tons les émi- 
grés dâ pactL d' Anioa, A attii^r les armes de là France dans 
le royaoïM de Naf les. Trompés par les itlnsiotts auxquelles 
las émigrés de tous les temps se sont toujours fiyrâsr, ils pre- 
naient Ifimrs ressentimaorts pour la ttiesûre dto affections de 
leurs compatriotes, et ils voyaient arec plaisir une guerre 
étrangère leur Offrir dés chances ^e les* forces de lenr ptfh 
pre parti ne présentaient plus. Ils secondèrent donc de tinA 
leur pouvoir le cotnte de OsiinEO ^ 

De son c6té le coiftte de Belgimoso avirit préparéla i^és- 
flite de ses conseils, par tmlsè te secrèies intrigues d*tfn ha- 
bile courtisim. il avait reehervlié tous cent qui avuient le plus 
d'influence sur Tesprit du roi; il avait corrompu les mis par 
des présents^ les autires par des promesses ; il leur avait fiA 
espérar dep fiefe et des emplois de confiance dans le royaume 
de Naples, des titres à la eonr de Rome, des bénéfices codé- 
jiastiques dans toute la «bréfienté. Il avait surtout séduit 
Etienne de Yesc^ Languedocien, qui longtemps avait é^ sim- 
ple valet de chambre du roi , mais qâi était devenu Sénédid 
de Beaucaire; et Guillaume Briçonnet, d'abord mardiand, pu& 
fermier de la généralité de Languedoc, ce qui Id faisait don- 
ner le nom de général, et enfin évècfue de Saiùt*)lfaIo, en 
même temps que surintendant des finances^. Gesdeux hom- 

^ Phil. de Gomines. Lif. VU, cb. II, p. 138, 142; cb. lU, p. 190. — Pefri SemMi^iff. 
venetœ. Ub. Il, p. 28. — ' Godefroi , Obsenrations sur l'Histoire do roi Charles Vllf , 
p. 038. Éàillo Paru. foL 1084. — Fr. GuicdanUnL Lib. I, p. i». — PmUi i9»IL Ub. t» 



\ 



DU MOYEN AGE. 355 

laeft, atecle^ «litres parYcsius^ 4i^laaditt«k«t h une estpé^ 
ditioQ qûteer dinmat des santie^ n^ateam: vers Topulmiises 
«B» ksespùser autamt à la jsdoasie des grands. Ceux, aa ooû^ 
liiin, gpe iem nmg et lenr crédit héréditure altadiai^t 
ffeis à la f raace qu'à la fortune du moviarqne, désiipprou^ 
mM une entreprise qui leur paraissait ofbit peu de tbanee 
d'oùsueoèà (jfcarable, et qui demandait qu' au préalable lai^ance^ 
{Hmr^asBUrer ses frontières ^ achetât de ses voisins la pàit, ^t 
flicfîiàt^des avantages certains à des espérances lointaines. 

fiute^ après 'de longs éSb^Èj une convention fut eondue 
etut^e le roi et les anltessadeurs de Ii0ui84e-Maure, par l'en* 
trenâte de Briçonnet ^ du sénéchal de Beaucaire. Il lût <son* 
venu ^e lorsque Outrles YUt passerait en Italie, ou qu'il y 
ferait entrer son armée, le duc de tttlan lui accorderait le 
iî^astogis diuis ses états, le ferait accoïnpagner k ses frais par 
cinq cents loioiames d'armes, kd permettriât d^armer à Gèaeê 
HiAait dte vaisseauk qu'il voudrait, et lui prêterait deux 
cent mlUe-dtaoats, payables au moment de son d^rt de 
j^nnea. D'^iutre part, leiroi s*oblige«t à défradre^contre tous 
le duché de Milan, et l'autorité personnelle de Louis^ie» 
ttèâmi à laisëer dans Asti, viMe ^^partenant atu duc 
ÏCMrléass^ deux cents lanctô ik^nçatses, toufours prêtes à se^ 
cOQite la midson -Sforsm ; enfin, à gratifier Louis de la prf nci* 
patuté 4e Tafente, après la conquête du royaume de Napies^ 
(:)es condlltons furent étendant tmues secrète^ pendant plu- 
sieurs MMiis, et lorsque le brnit de la prochaine invasion des 
français coiàmoiça à se répandre en Italie, Louis-le-M aure^ 
loin de contenir qu'il fât leur allié, s'efforça de persuader 
MX ^ts itayens qu'H icdontidt autant qu'eux cetle invasion 
deèerhates*. 

Au meuient où Chyles YIII eut iréâolu de tenter la con- 



•^ I». — PM. de Cdmfnes. Uv. VI!, ch. !Iï, p. il9. — * Fr, CuiccîardînK L. I, p. i^ 



}*»• 



356 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIENNES 

qaëte du royaume de Naples, il ne songea pins qa*à se rendre 
les mains libres par des traités de paix ayec tons ses Toisins; 
Jet pour les obtenir, il ne craignit pas de sacrifier les avantages 
que la dame de Beaujen avait acquis par sa prudence, pendafit 
le cours si glorieux de son administration. En prenant les 
rênes du gouvernement, Charles YIII s'était trouvé en guerre 
avec deux des plus puissants voisins de la France, Henri YII, 
roi d'Angleterre, et Maximilien, roi des Bomains; en même 
temps il était mal assuré de Ferdinand et Isabelle, rois d'A- 
ragon et de GastiUe. Mais ces souvenons, quoique tous »mo- 
mis.de la France, étaient fort mal unis entre eux. Charles YIII 
fit ^chacun séparément des offres si séduisantes qu'il ne loi fut 
pas difficile d'obtenir la paix. Le premier avec lequel il trmta 
fut. Henri YII , qui avait débarqué à Calais avec une avméè 
formidable : un traité fut conclu entre eux à Étaples , le 3 
novembre 1492 ; le monarque anglais se.détaeha del'aUiimee 
du roi des Bomains, et, pour prix de cette défection, il reçoit 
de Charles YIII la somme de sept cent quai»it&-cinq mflie 
écus d'or, comme remboursement des frais de la guesre de 
BreU^e * . 

La. guerre de la France avec le roi. des. Bomains semblait 
devoir être envenimée par l' affront personne que Gburks Yin 
avait fait à Maximilien : il lui avait renvoyé Maiguerite de 
Bourgogne , sa fille, à qui il avait déjà promis sa main , et fl 
avait épouié Anne de Bretagne , déjà ^cée à Maïimiliai. 
Cependant la cour de France: réussit à apaiser le smveruin 
autrichien par le traité de Sentis, du 23 mai 1493; èlto hn 
restitua les comtés dcBoui^ogne, d'ArUns, de Charolais, et 
Ja seigneurie de Noyers, que Charles YIII occupait é^ 
comme dot de Mai^erite. Ce prince s'engagea également 
à rendre à Philippe d'Autriche, à sa majorité, < les villes de 



1 Le traité d'Élaples eit rapporté tAxtuellement par Denys Godefroy. Obtav, tm 
r^lêt, de Chariet VUl, p. e89-63Tt*- VeUy, HîbU de France, Te X, p. ST8> édition taHi«. 



DU MOYBH AGE. 357 

Hesdin, Aire et BéUiune sor lesqaeUefl Philippe aTait des 
droits*. 

Le troisième traité de Charles YIII fat plus désavantageux 
encore. Son père, Louis XI, avait reçu du roi Jean d* Aragon 
Perpignan , le comté de Roussillon et la Gerdagne , en gage , 
pour la somme de trois cent mille ducats. Les places fortes de 
ces petites provinces étaient comme les clefs de la France du 
côté des Pyrénées, et Louis XI en sentait si bien l'importance, 
qu'il n'avait point voulu ensuite les rendre à l' Aragonais con- 
tre la restitution de F argent prêté.. Charles YIII, au contraire, 
les restitua gratuitement à Ferdinand-le-Gatholique, moyen- 
nant la promesse que lui fit celui-ci de ne point donner de 
secours à son cousin Ferdinand de Naples , et de ne point 
mettre obstacle aux projets de la cour de France sur l'Italie. 
Ce fut l'objet du traité de Barcelonne du 19 janvier 1493 ^. 

Tandis que ces négociations devaient assurer la paix sur les 
frontières de France, Charles YIII en avait entamé d'au- 
tres pour préparer la guerre en Italie. Il y avait envoyé 
quatre ambassadeurs, avec ordre de visiter tous les états de 
cette contrée et de demander à tous leur coopération pour 
£iire recouvrer ses justes droits à la couronne de France. 
Perron de Baschi, dont la famille originaire d'Orviéto a depuis 
donné à la France les marquis d'Aubais, était chef de cette 
ambassade; il avait précédemment accompagné Jean d'An ou 
en Italie , et il connaissait bien les intérêts de ses différents 
princes. Baschi s'adressa d'abord aux Yénitiens ; il avait ordre 
de leur demander aide et conseil pour le roi son maître. Les 
Yénitiens répondirent qu'il serait présomptueux à eux de 
donner des conseils à un prince entouré d'hommes si sages, 



1 Le traité de Senlis est rapporté par Denys Godefiroi, p. 64o. — Philippe de Comi- 
mes. L. VII, eh. IV, p. 153.— Velly. T. X, p. 38 1. — * Texte du traité dans Deoya Gode- 
Aroi, p. 66%. — Guleeiardini But. Uh. I, p. 23. — Pauti JovU But. L. I, p. 16. -> Veiiy. 
T. X, p* 382. 



^58 HISTOIRE DES REPliBLIQUES ITALIEIfNES 

qu'il serait impradent de lai proanetlrQ Ifittr a)de^ tandis qoHIs 
avaient sans cesse à se tenir en garde contre les armes de 
Tempire tare ; mais que Gliarks YIII ne éeyait pas mettre en 
d<Mite rattachement et le à(iromn^wt de leur républiqœ à la 
couronne de France. Par ces paroles équivoques , le sâiat 
4^oyait se mettre à l>bri de toat reproche de la part des étals 
d* Italie. Cependant il désirait secrètement rabaissement de la 
maison d* Aragon, et il serait entré dans TaUiance de la France, 
s'il n'avait pas craint d'être abandonné par elle, et d'avrâr 
seul à soutenir tout le faix de la guerre * . 

Perron de Baschi passa ensuite à Florence. Il avait alors 
pour collègues dans son ambassade, d'Aubignj, le surinten- 
dant Briçonnet et le président du parlement de Provence. Ces 
seigneurs furent introduits dans le conseil des soixante-dix, 
anquel on avait appelé sous le nom d'adjoints tous ceux qui, 
dans les trente«quatre dernières années , avaient si^ comme 
gon&loniers dans la seigneurie. Cette assemblée était ainsi 
composée des hommes en qui la maiscm -de M édicis avait la 
plus entière confiance. Les ambassadeurs demandèrent que la 
république promit à l'armée française le passage par son ter- 
ritoire, et* des vivres pour son argent. Mais le conseil, sous 
rinfiuence de Pierre de Médicis , fut unanime dans la déter- 
mination de demeurer fidèle à l'alliance de la maison d'Ara- 
gon. Cependant, comme les Florentins avaient en France un 
grand nombre de leurs plus riches établissements de com- 
merce, ils se contentèrent de donner au roi une réponse éva- 
£ive , et ils lui envoyèrent même à leur tour Pierre Gapponi 
'Ct Çnid' Antonio Yespucci, pour chercher à conserver son 
amitié^. 

L'ambassade française n'arriva point à Sienne avant le 9 



« Hémoires de Phii. de Comines. L. VU , ch. V, p. iss. — Andréa RwMgUro, Stw. 
Venez, T. XXIII , p. laoï. — Peiri hemhl Biftor, Ver, t. Il, p. «i. — « Sdplone ^m- 
mirato. L. XXVl, p 192-197. — Fr, Giticclardini. L. I, p. 25-39. 



DU MOYElf AGE. 359 

niai 1 494. Cette répobliqiie prote&ta de bob d^w de coMcnr er 
une exacte neutralité ^ et elle fit sentir gae duis 8a faiblesse 
elle ne pouvait , sans un danger extrême , se dtolarer par 
avance entre des rivaux si redoutables * . Aleauindre Y I , qui 
fut le dernier vers lequel sa rendireut le» and)a8saâears y leur 
déclara qu* après que ses prédécesseui» avaient accordé Tin* 
vestiture du royaume de Naples aux princes de la piaison d' A*- 
ragon, il ne pouvait la leur retirer sans un jugement qui mit 
en évidence que la maison d' Aqjou.y avait plus de dioit qu'eux. 
Il chargea les ambassadeurs de rappeler à leur souverain que 
le royaume de Na^des était un fief du Saint-Siège; qu'au pape 
seul appartenait le droit de prononcer entre les compétiteurs 
par voie juridique , et que vouloir se mettre en possession du 
royaume par la violence, ce serait attaquer TÉglise die- 
même '. 

ferdinandi de sou o6té, ne qéglig^t point la veîe des né- 
gociations : il envoya auprès de Charles Im-mème Camille 
Pandone, dans l'habileté duquel il avait une grande confiance, 
pour demander au roi de France de renouy^ler les traités 
conclus précédemment avec Louis XI, loi offrir de soumettre 
tous les différends à l'arbitrage du souverain pontife, et lui 
laisser entrevoir même la possibilité de reeonpaitre sans com- 
bat la couronne de Naples pour tributaire de la France '. 
Mais toutes ces propositions forent repoussées par le présomp- 
tueux Charles YIIT, qui donna aux aoi^assadçur^ napolitains 
y ordre de sortir de ses états *. 

Dans le même temps, Ferdinand négociait aussi av^c le pape, 
et obtenait près de lui plus de succès. Alexandre YI agirait 
avec ardeur affermir la fortune de sa famille par des alliances 



t OrUmdo iMwoia , Sloria di Siena^ P. HI , L. VI , f. 9 , y.^AlUgrUto AUeQHtil, 
Oiari &u9«£Vp, 539.^« Fr> GuieciardinU U 1 , p. 3o« -r Baynaldi AnnaL wcle$, t494, 
S 18, p. 432. — 8 #>, Gulçciardinh l. I, pu 2i.— PwÛ Jé^t'Ji. L. I, p. i».— ♦ Fr. Gide- 
dardinL L. I, p. 27. ^ 



360 HISTOIRE DES REPUBLIQUES^ ITALIEIÏIVES 

brillaiites. Il avait exigé que sa réconciliation avec la maison 
d'Aragon fût scellée par un mariage ; et quoiqu'il se conten- 
tât pour un de ses fils d'une fille naturelle d'Alfonse, fils de 
Ferdinand, il avait d'abord éprouvé le refus de celui-ci. La 
crainte des Français rendit l'orgueil d' Alfonse plus, traitable. 
Don Geoffroi Borgia , le plus jeune des fils du pape, épousa 
dona Sancia, fille d' Alfonse. Les deux époux n'étaient pas en- 
core nubiles : cependant don Geoffroi passa en même temps 
au service de la maison d'Aragon avec une compagnie de cent 
hommes d'armes ; il vint s'établir à Naples pour y jouir de la 
principauté de SquiUace , qu'il reçut à titre de dot avec dix 
mille ducats de rente. En même temps le pape donna son con- 
sentement à la vente des deux comtés d'Anguillara et de Ger- 
vetri , qui avait été la première cause des bromlleries entre 
lui et Ferdinand. Il obligea seulement Yirginio Orsini à en 
payer une seconde fois le prix entre ses mains , et Ferdinand 
fournit à Orsini l'argent nécessaire pour le faire * . 

Ferdinand ne négligea point d'entrer en négociation avec 
'Louis Sforza lui-même; il lui fit représenter que leurs deux 
familles étaient unies par tant de liens de parenté, que c'était 
comme entre parents et à l'amiable que leurs différends de- 
vaient s'arranger; que si la fille de son fils avait épousé Jean 
Galéaz, la fille de la duchesse de Ferrare, sa fille, avait épousé 
Louis-lé-Maure; en sorte qu'il verrait toujours son arrière- 
petit-fils dans l'héritier du trône, soit que l'un ou l'autre prince 
conservât le duché de Milan ^. Le mariage de Blanche-Marie 
Sforza avec le duc des Romains semblait annoncer que Louis- 
le-Maure abandonnait l'alliance de la France, car on savait 
que^ malgré le traité de Senlis, Maximilien conservait un pro- 



Vï>. GtOc^ardini. Lib. I, p. 52. — Sfàpkme Anmifrato, L. XXVI, p. 192. — Ifaccfcto- 
vèUl, Frammenli stor, T. lll, p. i. — » Celte duchesse de Ferrare, fille de Ferdioaml 
et belle-mère de Lcniis-le-Maure , mourut le 1 1 octobre 1493. ûlarlo rerrarese, T. XXI?, 

p. 286. 



Dtl MOTra AGE. 361 

ibnd ressentiment contre ChariesVIII'. Maïs Lonis-le-Maure 
était désormais rédnit à s'abandonner à la destinée qu'il avait 
provoquée, et à conrir tontes les chances de Talliance dange- 
rease qu'il avait soUicitée. Après avoir éveillé T ambition et la 
vanité du jeune roi, il ne dépendait plus de lui de les calmer. 
Il ne pouvait même prudemment se séparer de Charles, ni se 
jj^ver de son assistance , après avoir aussi grièvement pro- 
voqué ses ennemis; aussi s*étudiait-il seulement à gagner du 
temps pour ne pas être attaqué seul avant que les Français 
fassent descendus en Italie ; et au lieu d'entrer de bonne foi 
dans les propositions d'accommodement que lui faisait le roi 
de Naples , s'efforçait-il de lui persuader qu'il n'avait aucun 
arrangetnent avec les Français, et qu'il sentait mieux que per- 
sonne tous les dangers qu'il courrait si les armées françaises 
pénétraient une fois en Italie *. 

Ferdinand prenait en même temps ses mesures pour se dé- 
fendre par les armes. Incertain de la route par laquelle les 
Français tenteraient leur invasion, il avait rassemblé, sous les 
ordres de don Frédéric , son second fils , une flotte de cin- 
quante galères et de douze gros vaisseaux pour leur fermer le 
chemin de la mer, tandis qu'Âlfonse, duc de Calabre, auquel 
la 'prise d'Olrânte avait donné une grande réputation mili- 
taire, rassemblait sur les confins du royaume une armée qu'il 
s'effcMTçait de rendre redoutable '. Mais la défense de Naples 
paraissait surtout devoir être assurée par l'alliance de l'Église, 
bien qu'Alexandre VI cherchât jusqu'au dernier moment à 
profiter des inquiétudes et des embarras de son allié pour ar- 
river à ses fins particulières. Julien de la Rovère, cardinal de 
Saint-Pierre ad i^tncula, n'avait voulu à aucun prix se récon- 
cilier avec Alexandre VI; il s'était retiré dans son évèché 
d'Ostie, et il s'était fortifié dans le château qu'il avait bâti 

* Scipfone Ammirato. L. XXVI, p. 103, — * MacchiaveUl, Frammenti storîci. T. lU, 
p. 5. — Franc, Guicciarâinif Lib. T, p. 25, — « Scipfone Ammirato, L. XXVI, p. I9I. 



362 HISTOIRE DES EÉPTJBI.IQtJ£S ITALIEIINES 

dans cette lille , et qui sur tontes ses tours porte enocnre ses 
armoiries. Le pape feignit de croire que Julien s'y nudnteBait 
de concert ayec Ferdinand, et déclara qu'il retournerait à l'al- 
liance de la France si cette ville ne Ini était pas {iTrée. Eu 
Tain Ferdinand protestait que le cardinal de La Bovère ne dé- 
pendait nullement de lui, et il invitait le pape à s'occuper Uieu 
plutôt des ravages des Turcs en Croatie que de la g^ppisou 
d'Ostie; un nouveau levain de discorde fermenti^t eutjre eux» 
et le roi de Naples reconnaissait qu'il ne pouvait faire aucun 
fonds sur un allié qu'il avait acheté à un si haut prix * . 

Chaque jour la position du vieux Ferdinand paraissait de- 
venir plus dangereuse; ses alliés ne songeaient qu'à lui vendre 
chèrement la promesse de leurs secours , tandis qu'ils ne se 
mettaient point en mesure de lui donner nue assistance r^Ue. 
Ses ennemis n'avaient encore d'activité que dans les intrigueSi 
mais ils avaient déjà anéanti cette confédération de l'Italie qui 
pouvait inspirer de la crainte aux ultramontains. Depuis quel- 
ques années , l'Italie avait joui de la paix plutôt que du bon- 
heur; sa prospérité s'était accrue, mais ses désirs .n'étaient 
pas satisfaits ; elle se confiait dans ses forces qui n'étaient pmnt 
encore entamées, et elle nourrissait une envie secrète de cou- 
rir des chances nouvelles. Avant que les peuples aient éprouvé 
le poids des calamités de la guerre, des passions bien futiles, 
l'inquiétude, la curiosité, le besoin des émotions vives, l'a- 
mour du plas grand des jeux de hasard, les décident souvent 
à provoquer les révolutions. Louis-le-Maure avait seul négo- 
cié avec la France; mais d'une extrémité à l'anUe de la Pé- 
ninsule , la moitié des esprits attendait avec iippatience une 
invasion dont les mêmes hommes ne laissaient pas d'avoir 
peur. Le duc Jean Galéaz Sforza lui-même se flattait que l'ar- 
rivée dans ses états d'un roi, son parent, pourrait changer 

< SciploM Ammiraio. U XXVI , p. lOi. — Ffonc, CtUcciardu^. lab. I, p. 26. 



DU MOTBN AGE. 363 

son sort. Le dac Hercule III de Ferrare, qui s* était associé 
aux uégodationsde son gendre Loois-le-Maore^ espérait, dans 
le trouble futur, recouvrer le Polésiue de Rovigo que là der- 
iiière paix lui avait raid. Les Yéailiens désiraient voir humi* 
lier la maison d'Aragon ; les Florentins, secouer le joug de la 
QMdaoa de Médicis ; le pape, se faire l'arbitre entre les deux 
potentats \ les nombreux ennemis de la maison d'Aragon dans 
le royaume de Naples, se tenger de leur longue oppression. 
On assure que Ferdinand, témoin de cette fermentation uui-^ 
Terselle, songea, malgré son âge avancé, à se rendre h Gènes 
pour s'aboucher avec Louis-le-Maure, et lui faire reconnaître 
4 quels dangers il exposait l'Italie et^lui*méme, en ouvrant im- 
prudemment ses portes à un ennemi plus fort qu'eux tous. Il 
comptait pouToir exercer encore l'ascendant de la raison et 
4e la saine politique sur un prince dont il reconnaissait l'es* 
prit délié et l' habileté supérieure ^ 1 49 4 . — Mais au milieu de 
ees projets, un jour qu'il revenait de la chasse , il fut atteint 
d'une manière inopinée par une affection catarrhale, qui le 
mit en deux jours au tombeau. Il mourut le 2d janvier 1 494, 
à l'Âge de soixante-dix ans, après un règne de trente«six ans, 
laissant deux fils, Alfonse et Frédéric, déjà distingués dans la 
carrière militaire , dont l'atné fut immédiatement reconnu 
pour son successeur ^. 

La fortune » qui avait favorisé Ferdinand pendant toute sa 
vie par des dons qu'il semblait ne pas mériter, le servit en- 
core en le retirant du monde au seul moment où sa mort 
pouvait exciter des regrets. Sa naissance n'avait pas seulement 
été illégitime, elle était assez honteuse pour que son père 
n'^t jamais voulu en révéler le mystère, qui donna lieu aux 



^ F/. Quiçclmtini. iib. I , p. 28. ^ MaeehkofelU , Frammenii sior. T. III, p. 4. — 
* Fr, GuiceiardinU Lib. I, p. 2i.^PauU JovH Hist, Lib. I , p. 90. — Seipione Ammi- 
rato. h, XXVI, p. 195. — PèrW Bembi Hlst. Ven. L. II, p. 24. -^Summonte, Slor. dl 
aapoU. L. V, T. 111, p. SS9. — GUmnone. L. XXVlll. c. 2, p; 62i. 



.1» 



364 HISTOIKE DÈS HÉPUBLIQUEfi ITALîEIÏSES 

conjectures les piaf opposées; et cette tache ne Tempècha 
point de parrenîf sur un trône que les plus puissants mo- 
narques devaient envier. Il ne montra ni une valeur bril- 
lante, ni des talents distingues pour la guerre, soit dans les 
expéditions dont il fut chargé par son père, soit dans les luttes 
violentes où il fut engagé contre ses sujets rebelles ; et cepen- 
dant il triompha de tous ses ennemis. Il n'avait hérité ni de 
la franchise, ni de la galanterie, ni de la générosité, ni d'au- 
cune des qualités aimables de son père Alfonse, encore qu'il 
eût eu le bonheur de captiver toutes les affections de ce grand 
homme. Il eut pour compétiteurs deux princes qui lui étaient 
autant supérieurs par les talents que pas* tontes les qualités du 
cœur. L'nn, lé comte de Yiane, wm neveu, disposait de tout 
le parti aragonais ; F autre, le duc Jean de Galabre, de tout le 
parti angevin. Ceux des barons napolitains qui n'avaient pas 
embrassé Tune ou l'autre faction semblaient prêts à se ran- 
ger à celle qui les délivrerait de Ferdinand; mais tous denx 
échouèrent^ et Ferdinand régna trente^«x ans. Il fit périr 
dans les cachots ceux qui avaient à plusieurs reprisés essayé 
de secouer son joug ; et il affermit par des cruautés et des 
perfidies une autorité toujours plus détestée. Les premiers 
succès sont souvent l'ouvrage d'une fortune aveugle; mais 
leur constance doit toujours être attribuée à une habileté qui 
souvent nous est si odieuse, que nous ne voulons pas la re- 
connaitre : telle fut celle de Ferdinand. Il n'eut rien de ce 
qui caractérise les grands hommes, rien de généreux, rien de 
noble ; mais sa prudence était consommée, et sa politique fut 
rarement en défaut. Il réussit, comme les méchants réifôsis- 
sent quelquefois, au mépris de toutes les règles de la justice et 
de tons les sentiments moraux. Il régna longtemps, et il mou- 
rut sur le trôné. Si ce fut là son but, il l'atteignit; mais il 
régna détesté, il vécut dans la crainte, et Q mourut laissant 
sa famille dans un danger pressant, au moment où cette pm- 



DU UOYSR AGiB. 365 

denee qu'on reconnaissait en loi^ en TaUiorrant, ponvait seule 
sanver scm fib d'une ruine prochaine. 

Ferdmand était d'une taille médiocre; sa tète était grande 
et belle, àitouffée d'une longue chevelure de couleur châtain; 
ses traits étaient agréables ; il avait le front ouvert, la figure 
jdeine, la taille bien proportionnée. Sa force de corps était 
extraordinaire : ayant un jour rencontré un taureau échappé 
qui trai>veraait la place du Marché de Pf aples, il le saisit p«r la 
corne et l'arrêta. Son esprit était orné; il possédait plusieurs 
sciences, mais surtout la jurisprudence, qu'il regardait comme 
néeessaire aux rois. Il parlait avec gcAce; en donnant au«* 
dienee à ses sujets, il savût dissimuler tons les sentiments qui 
auraient pu le rendre odieux, et il avait en général l'ait de les 
renvoyer satisfaits. Ses cruautés, qui furent innombrables, ne 
durent pas toutes être attribuées à la politique ; sa passion 
pour la chasse lui en suggéra un grand nombre : ce fut par 
les ordonnances les plus atroces qu'il pourvut à la conser- 
Tation du gibicar réservé pour ses plaisirs, et il les fit exé- 
cuter impitoyablement sur les malheureux paysans de son 
royaume ^ . 

i Sunmonte, Star, di WapoiL T. UI, tib. V, p. 54o, eâiUo in-io. Napoli, i67S. 



366 HISTOiaS des ÊÉPCSLIQUES ITAtlERBES 



«fH«- 



CHAPITRE XII. 



Préparatifs de défense d'Alfonse IL ^ ^"emlères attocfues èe6 Fratiçftiii 
daDS Tétat de Gènes et ea Romagne. — Entrée dâ Glmto Ylli e« 
Italie. — Pierre de Médicis lui livre toutes, les forteresses de h Tos^ 
cane» — Révolte de Pise; révolutioQ de Plorence^ esLii de Médicis. 



1404. 



Quelques-unes des grandes révolutions qui changent la face 
du monde mettent en éyidence tous les pouvoirs de l'esprit 
humain ; pour elles les combinaisons les pins habiles ont été 
calculées dans l'attaque et dans la défense, tous les accidents 
ont été prévus, tous les obstacles ont été fortifiés avec art par 
les uns, tournés avec adresse par les autres. La fortune, qu'on 
ne peut exclure des choses humaines, a du moins été corrige 
par une constante prévoyance ; et la juste confiance en soi^ 
même, qu'on acquiert par le . déploiement de tontes ses fa- 
cultés, se communiquant des chefs aux subordonnés, chacun 
a fait son devoir dans sa place comme citoyen ou comme 
soldat, chaque ordre a été exécuté comme il a été donné ; et 
ceux mêmes qui succombent peuvent encore se vanter d'a- 
voir été à la meilleure école et d^ la guerre et de la politique. 



BU MOtEN AGE. 367 

Mais d'autres révolutions tout aussi importantes dans leurs 
résultats sèiit quelquefois accomplies par des moyens abso- 
lument déférents : Timpéritie est opposée à Timpéritie ; la 
fauté qui devrait perdre un parti ne le perd pas, parce qu'elle 
est oonupeiisée par la faute plus grande encore que commet le 
parti eontraire. Aucune prévoyance ne peut calculer les cban- 
ces d'uïDe pardlie lutte, parce qti' on peut bien soumettre au 
calcul les intérêts humains, mais non pas les folies humaines : 
pour un parti sage, il y en a mille de déraisonnables, et l'empire 
dé la fortune est prodigieusement étendu, lorsque renchaine- 
ment même des idées s'y trouve compris. Le sort de l'Italie 
ftat décidé en H94 par une lutte semblable entre l'incapacité 
et rimpéritie : l'un et F autre parti, considéré isolément, sem- 
blait ne pouvoir éviter de succomber ; et en voyant la con- 
duite du rdi de France et de celui de Pf aples, il semblait (éga- 
lement impossible à Charles YIII de faire la conquête de 
l'Italie, et à Alfonse II de l'empêcher. 

Deux heures après la mort de Ferdinand, Alfonse II, sui- 
vant l'usage d'Itahe, avait parcouru à cheval les rues deNa- 
pies et les six placés où seggi où se rassemblaient la noblesse 
et le peuple pour concourir au gouvernement municipal ; il y 
avait recueilli les applaudissements populaires, et il avait pris 
possession de la couronne à la cathédrale, puis il s'était fait 
donner la garde des châteaux ^ 

Le nouveau roi avait plusieurs fois commandé les armées de 
son père contre les Florentins, les Yénitiens et les Turcs ,« il 
Etait chassé les derniers d'Otrante, et cette expédition lui avait 
valu une grande réputation militaire. Il joignait à cet avan- 
tage celui de disposer d'un immense trésor que son pèi*e avait 
rassemblé par son avarice, et que lui-même augmenta encore 
par la levée d'une contribution extraordinaire fort onéreuse, 

< Summonte, deU* istoria del regno e clttà di JtapoU» L. VI , cap. I , p. 4SI, 6dUik> 
Napol. m-4«. 1675. 



368 HisToinE djss bepubliquiss italierhes 

à l'occasion de son ayénement au ti^n^ *^ JUfoiisç. i|T4|t 
enfin la réputation d'exceller dans cçtte politique P^r^Ci.^Hl^ 
Ton suppose habile tant que le succès la cooronW!* «Ifosen* 
« nemis, dit Philippe de Gomines , étaient tenps très, s^g^ 
« et expérimentés au fait de la gueiu:e ^ riches, ^t ^pcwinw 
• de sages hommes et bons capitaines, et en fo^fn^fSffifk 4ft 
« royaume '.» Mais toute leur réputation ne souttWt^soIqJtoQ^ 
prcmfere éprràve. ,^, ..., 

En montant sur le trône^ Àlfonse dey ait s^ pi;^par^.à le 
défendre contre l'attaque prochaine qui lui. était wmwo^ ; il 
fallait pour cela, d'une part, s'appi\yer par qn Jbonsji^tème 
d'alhânce; de l'autre, rassembler une année qipi ffii seule 
tenir tête à l'ennemi ; car il ne devait pas s'attendre à ce 
qu'aucun allié embrassât jamais sa cause avec pljQ£)de]i;igHU9iir 
qu'il ne la défendrait lui-même; mt^s le nouYeaif ro| Pftpit 
mettre beaucoup plus de confiance dans ses ^jégfiojspfff^ giie 
dans ses armes. 

Il envoya d'abord Gamillô Pandone, un de ses ,i;û^||^ 
de confiance, et le même qui revenait de I*çux4|k{is9f4^i|f|e. 
France, à Bajazet II, empereur des Turcs, pour lui. c^jpr^s^t^ 
que Charles YIII annonçait ouvertement qu'iji ne çowdérfuit 
la conquête du royaume de Napies que cpinme un,éçhfiIo{i 
nécessaire pouf arriver à celle de l'empire d'Oriept; el) qu'ep 
effet, ses ports sur F Adriatique, qui n'étaient ^parés q\t¥)Far 
une journée de navigation de ceux de la MacédoinCi mi^,fois 
entre les mains d'une nation aussi entreprenante et s^fssi bel- 
liqueuse que les Français, pourraient faciliter les atta^esles 
plus daîigereuses contre l'empire turc. AUoime d^D(ia^d{tît,/9ii 
conséquence, six mille chevaux et autant de fantas|s|nfi tiircsà 
Bajazet ; et il offrait de payer leur solde tant qu'ils serviraient 



1 Piuft JovU BUtor, 3Ui tempof'is. Lib« I, p. s«« — * riillippc^dv Gottiaes, Mémoires. 
L. VII, eli.v, p. les. 



BtT MOtËlV AGE. 360 

en Italie * . An bont de peu de mois, Pandone fat envoyé une 
aeeonde fois à Bajazet; et le pape, Toolant; aussi traiter en son 
nom, Im joignit Georges Bnceiarda, Génois, qn Innocent YIII 
avait déjà chargé d'une négociation peu honorable avec 
kl Porte *. Alexandre YI, qui dans ses bulles exhortait Char* 
lea Tin à tourner toutes ses forces contre les Turcs, puisque 
ki guerres avec un prince chrétien étaient indignes d*unmo« 
narque qui prenait le titre de très chrétien et de fils a!né de 
r Église', cherchait d*autre part à exciter les Turcs contre ce 
monarque même. En même temps il accordait à Ferdinand- 
le-GatboIiqae les produits des taxes de la croisade qu*il faisait 
prêcher en Espagne, pourvu que ce roi les employât contre 
les Français et non contre les infidèles^. Mahomet II n*aQrait 
sArement point laissé échapper une occasion aussi favorable 
de mettre le pied en Italie, et de réduire à une espèce de va»- 
aelageun nouveau prince chrétien : mais son faible successeur 
B'ëtendait pas si loin sa politique, il craignait de troubler soi^ 
ptopre repos; il se contenta de donner ordre au padia d'Aï- 
btme de rassembler environ quatre mille s^ddats turcs à la 
Talonne, et il ne prit aucune part à la guerre ^. 

En même temps, Alfonse avait envoyé quatre ambassadeurs 
au souverain pontife , pour resserrer avec lui Valliance con- 
due par son père , et obtenir l'investiture de l'Église. 
Alexandre YI , dont toute la politique consistait à mettre ef- 
/ fnmtément sa fidélité à l'enchère, avait paru prêter roreiUe 
aux propositions du cardinal Ascagne Sforza , qui , dans le 
collège des cardinaux, soutenait le parti français, tandis que 
le cardinal Piccolomini dirigeait le parti aragonais. Ce n'était 
cependant qu'une ruse du pape, pour mettre ses concessionB 

1 PmtHJmfU BisL nd lêmporU. Ub. I, p. 90. * Franc. Guleclardini Bistar. lib. I, 
p. 34. — * Franc, GuieelaFdinU Lib. I , p. S0. — * BuUa Àkaaudri ad regêm Fvmtéêw, 
• idu8 octobris 1494. Baunaldi Amud, S 16, T« XIX, p. 43i.— «iftwol. eeeles* Mai/itaUU 
T. XIX , p. 432 » S 3l.-Ff. GtOfieUxrdini, L. I, p. S9, — * SêûHa fCMia, T. XXIX , ter. 
ItaL p. S. 

TH. 34 



37Q HISTOIBE DES RÉPUBUQUCS rTALIEIllCES 

à un phi« haut prix; et, le 18 aTîU 1494,iUoeaii^à4^)fi|iuie 
des baUes d'iprestitiire pour le royaume de Naples ^ soiia les 
çopditions auxquelles elles aTaieut été accordéon à 9fi$ priées 
eesseurs*. . * 

Le cardinal Jean Sorgia , fila du pape i ^t aitbevèqiw 4o 
Montréal, avait été nommé légat à latêf^^ pQi«r |i| oMpmm 
du couronnement d'Alfonse; il Tint recaeillir, po^r iaiMoUl^ 
les técomm»^^ aq W^ desqaeU^s ce monarque anit«iN4« 
ralliance des ^orgia. On recojinaissait à Kapk» sepi pw4a 
offices de I9 couronne ^ qpi , sqiTant le$ iibtitqtieas féodatei, 
étaient des ministères à Tie, presque indépendaisi^ de Vwitmtéi 
royale : Tup d'eux^ celqi de protonotaire, fut aceordé à G^« 
fipoi Borgia, avec la prindpaD^té de Squillaoe, le comté d^ Ca* 
ri^ti ^t, dix mille ducats de rente ; UQ autre » et 0e déduit ètoa 
le premier qui deviendrait vacant, fut pfomb au âM datiaB* 
d^e^ second fils du pape , avec la pHUcipanté deTficaiico,, lea 
comtés de Ghiaramonte, Lauria et CArinola , et àome mXê» 
ducats de rente; enfin, Ytrginio Orsini, qui apraU aégo^ m 
traité, reçut en récompense un troi»ème dei ees graydi^oUbOM 
de la couronne, et c'était celui, de grand connétable^ te filu9 
éminent de tous ^. Des rentes ecdésiastiqijies dan» h royésme 
furent en même temps assurées à César Bpfgia qoeson pèi« 
véne^t de créer cardinal , en. faisant prouva, par de fatix 1^ 
moins et de faux sermeu.ts, qu'il, était fk légttîpaef #m en 
tôyen romain, et capable d'exercer I^bs baujbes ^igu^tâ^ de l'É^ 
glise *. * 

L'alliance de Pierre de Ifédida n'avait point M aclretéii' à 
un si haut prix, sa vanité seule avait suffi poux W sédirive* Qa 
croyait qu'Alfonse lui avait promis i» l'aide^ & ebangor mm 

autorité sur Florence en une domination absolue , avec titre 

t . '1 • 

>af9mridl âmnal, eeeUê. i4M, $ SH» , p. 43r.— Siimmon/e, Stor, ai NppoU, Lib vu 
99^ i^ Pr<M2» -r % S0<pfofi0 Àmmirai&. L. XXVI, p. 197.— Fr. GfflccfdfrifRl. L. I, p. S#. 



tV MbTBN A6B. 37 i 

âe {ffiiKi^àirlt * . Ed rëtôtar, Médids, par tttie èoiiywtioti àe- 
critequi &*aTâit point été communiquée aux bonsèils de la 
réimbliipiey attiit promis au roi de N aplës de recevoir la flotté 
napolitaine dans le port de LiYOtii*iie ^ de faire pour loi des 
k?^ de soldats eU Toscatie y iét dé résister à &ëiii àrtiiéé k 
rÂtUtqae dm» Français a. Hëdids croyait ett biitté pottVôii^ ré- 
pondre d«s répt|bU({tties de Aienbe et dé Lwâqûes^ qui se iroti- 
ymmi comme eâtiatéëë dans lëâ états florétitins , et i^ui tiè 
pôuTaient songer à suivre une ligne séparée de t)dlititj[uè. Al- 
foQsë àYalt égalenlent étendu ses négociatiohs dn côté de ta 
Bimiagne. Gésène était t^ntrée ^us F autorité iîiimédiàtë dd 
pontife^ qui eti répondait ; f aëiiccl , principauté dd jéuné Âs^ 
ttHTéltanfrédi, était alors sous la tutelle dés FMëtilibâ; lUioU 
•et Eorli^ qui appartenaient à OetaVien fiiàrio -, sons la tutelle 
4e sa mèr«, la oélèbrè Catherine SfOi^zà, s'et^gagèrëilt dàùs là 
ligue f moyennant an sobbide proniis par AlfOnsë et lés tflc^ 
rentimu Snfln Jean Bentitoglio^ sëigUèUr de Bologtié, étii- 
braasa le même parti sbos des eoilditiôns sëinblablèà ^. 

^Aiaai tonte f Italie méridionale paraissait uîiie par diië éédlë 
i^aa60f et ne présentait plus qu'une seule frontière dés) Bbrci# 
de r Adriatique à la mer TyrrhéuiéUne. La toséauë éi lë Bd- 
louais étaient les seuls pays par lesquels les armééi^ fhâiiëâiâiëS 
pensent s'ayancer yei^ Home et NapkâS; et Alfoo^é â'eUgâg^ea 
à dâfeadre l'Un et Tautre par deui armées qui ôccupercÙeUtf 
^na les défilés des montagnes, et tous les passage^ MMêé ÙJÊS 
riyière». En même tempsj comme il étfiit déjà averti ^lie 1^ 
FraEt^nii» faisaient à Gènes de grands prépattttiis UiarïtiiUéiS^ et 
comme U se souvenait que Jean^ àm de Gâlabfé , lef dérdiëf*' 
dtis pmees angCTins , avait envahi par met* le réyaànté Qe 
I<f Apies, AlfonsQ donna à don Frédérie^ mh ftb^i lé èdflfttiaU-^ 
dément dnae flotte de treiite-dnq| gialêft^^ dii-ttùlt ^ià6È 






372 HISTOtaB DES niPUBLIQUES ItJLUEBfËÈS 

yaisgeaox, et donxe b&timents plas petits, qui dot se rendre à 
LiTOame pour attendre les Français aa passage , et leur fer- 
mer le trajet de la mer inférieure, sMls voulaient le tenter * . 

Pour régler de eoneert avec ses alliés la distribution des 
forces de terré, Àlfonse se rendit le 1 3 juillet à Yiooyaro, près 
de l^oli, où il avait donné rendez-vous au pape Alexandre YI 
et aux ambassadeurs florentins. On assure que dans ce con- 
grès Alfonse parla avec beaucoup d'éloquence sur la néces- 
sité de sauver, par les efforts les plus vigoureux , non point 
son trône, mais T indépendance de toute Tltalie, Texistence 
de tous les états , le maintien des lois et des mœurs qui leur 
étaient propres. Il fallait, disait-il, ou engager Louis-le-Maore 
à renoncer à Talliance française pour rentrer dans les intérêts 
italiens, on le forcer à descendre du trône, et à rendre Tau- 
torité à son neveu '. Pour atteindre ce but, Alfonse offrait sa 
flotte commandée par son frère don Frédéric , et son armée , 
composée de cent escadrons de cavalerie pesante, à ving^ 
bommes d* armes par escadron , et de trois mille arbalétriers 
ou cfaevan-légers. A la tète de ces troupes , il se proposait.de 
s'avancer par la Romagne , et de causer une révolution en 
Lombardie avant que Louis-le-Maure eût reçu les secours 
des Français'. 

Hais ces déterminations vigoureuses furent renversées par 
les intérêts et les passions privées du pape. Celui-ci voulait 
profiter des forces rassemblées dans ses états pour se défaire, 
avant tout, de tous SM ennemis. Il avait d*aborâ pressé le 
mégd d'Ostie, pour se délivrer du voisinage du cardinal Ju- 
lien de la Bovère qu'il poursuivait avec la haine la plus ar- 
dente. La Bovère, qui savait bien le sort qui lui était destiné 
sllVmbalt entre les nuiîns.de son ennemi, sfenlmt ei^ 
tfOstie te 2S avril h trois heures de niïU;, et se fit transporter 

1 Selpione Ammlrato. U XXVI, p. 199.»* PauU JouUBisL sui ten^p^. iSb, I, p. 94. 
— Smmnit, Stof. ai tlapoU» U5. VI, çap, I, p, 4^. . ^ Fr^ Giifppjqr^U. XU»..|;» «^ SS. 



mj MOYEN AGE. 373 

sûr un briga&tin, d'abord à Savonnei ensuite à Lyon, auprès 
de Charles YIII * . Après qu'il se fut échappé, sa forteresse ne 
fit plus une longue résistance. ^Jexandre YI voulait de même 
employer les troupes napolitaines à écraser les Golonna. Pros- 
per et Fabrice, deux cbefs de cette maison illustre, avaient 
déjà acquis une grande réputation dans les armes, à la solde 
da roi Ferdinand ; mais ils avaient conçu de la jalousie pour 
les faveurs dont avait été comblé dernièrement Yirginie 
Ôrsini, chef d'une maison rivale de la leur. Ils s'étaient 
secrètement engagés à la solde de France; et jusqu'à ce 
que le moment de se* déclarer fût venu, ils s'étaient retirés 
dans leurs fiefs avec le cardinal Ascagne. Sforza, et ils cher- 
chaient à gagner du temps par des négociations trompeoaeii 
avec le pape et le roi de Naples*. 

L'inimitié du pape contre les Golonna força Alfonse à divi- 
ser son armée. Il renonça à la conduire lui-même . en Borna* 
gne, et il en donna le commandement à son fils Fardinand; 
maïs il en détacha auparavant trente escadrons de cavaleriCi, 
qu'il garda sur les confins de l'Abnizze, pour couvrir Tétat 
ecclésiastique et le sien; et une partie de ses chevauJégers^ 
qu'il donna à Virginio Orsini, avec deux cents hommes d'ar- 
mes du pape, pour se cantonner autour de Borne, et tenir les 
Golonna dans le devoir. Ferdinand, duc de Galabre, brave 
prince âgé de vingt-cinq ans, également cher aux sujets et 
aux soldats, devait s'avancer en Bomagne avec soixante-*dix 
escadrons et le reste de la cavalerie légère, réunir à son ar«« 
méeles compagnies de gendarmes qu'avaient promis Biario et 
Bentivoglio, tenter d'exciter une révolution en Lombardie, et, 

> AuGidccfAHfelû' LU). ^ p. 29. >— tmh»U senarenœ , dtrebm Ùenu^ns. T. XXlV; 
P 5S9. — Allegretto AllegreUi, Dlarl Saneti^ T. XXIU, p. «19. ^ Stefimo HÊftitufO^ 
Diario nomanOf p. 1257. C'est par cet évéDement que le termine le curieux journal 
dinfessura, qui , au milieu de beaucoup de coûtes populaires et de beaucoop de nédi* 
sauces , peint si bien le gouvernement pontifical au xv« siècle. Muratori l'a imprimé 
avee 'quelques suppressions. T. III, P. II, Her, ItaL p. iio$-i259. Eckard Fa donné loal 
entier. ^Tr. GuicciurdM Lib. f, p. 86. 



^74 HISTOIRE DES^ |^PUBLff)U^ ITALIENIKES 

gp'^ Vhiyer^ le c^çiniu de la RopAgoe. 

liça It;aliçii^ ne guppç^en^t pas ^'^ p^t fw^e la guerre 
pei\daAt VlilW^;, f^ ^*Us g^pâienf sj[x f^ois, ilst oç 4o(iM^^n^ 
Çfts ftV.Ç l'5\ttaqfle ^çç. ?rç^uçais, ea^rçfjri&jB nveç légèreté, ne 
^at ^|ft(|oD^^ dp i9.ême'. J[çan-Ja^ue^. Tri,Tçlzio^ guelfe 
ïjiUaipftia,^ \i^^ çqmtft d^. Pitig^ano, !d« 1^ maispn pre^ni, et Air 
i9ft^ 4'Avaio%^ ww^pis 4^ Pescaire, f ttrei;it donnés powc con- 
açiJÇiçips ^ajçui^ç priç^ce i^apolitain. Piçi^re de Hé4ici$; promit 
4<^ ^ charger de \^ défense 4^ 1^ Toscane et des 4éfilés (}ie$ 
4p/?^i3^us ; çp^^is, avec, wue ieç^pi^évQyanoe inçoncevaUIe, il ft y 
a|pj)ç\a polçt de ^roupps é^rang^es. 

4^ \*ad$emblée 4^ Yic^yarp s'était trojuy^ 1^ yîeux c^nal 
Paul Frégose, archevêque de Çlènes, qui avait joué si long- 
t$]^,4%n& cette yilfe le i^ôlC; de çhe( des factieux. H offrit 
mgf^^affifïç^jffif^ çli£^serdiç, sa patrie 1^ Adorui, ses adver- 
saires, çt ^yeç, eu;x l^s Milajpais; iJ, projet; qifayec l'aide 
4'6lyl^Ie^tp de ?iescl;â et de sa pnopre factioni, il se reodroit 
^iséinent çxaître de la^ république, s* il poi^vaijij se présenter 
dan3 l<ça nijers de Ligifrie, avec la, flotte n^poUv^nç,^ avapjb que 
l^ gal^i;es du p^U con.tr^i:^ fussent çompV^t^a^eat arméçs, 
el; qi^ la flotte fraoçaisiç f4t ari;lyée à Gè^es, Spn o|fce fatao* 
(^\ft^;^\ la flot,te 4^ do», Frédéric, ayant pri^, ^ ^i:â to 
^ipigi^^s génois, avqç. environ cipq millO; fenja^sins rassemUfb 
4i^s rétgit 4e, ^pujçye çt, ^ UvQuynje,, se 4irigea vers ]a rivière 
d«,te.xapt.». 

l^ji^ Iç cardinal, Julien de 1^. Boyè^ ,. qui d*(^tie avait 
pajss^ ^ Sayonne , sa ç^trip ,^ y ^ya.il; 4^uyert le^ intrigaes 
liées par le cardinal Frégose dans toute la Ligurie ; il s*étfflt 
hâté de se rendre à Lyon pour en avertir le roi Charles VIII. 

• « iy. ÙtÊcdardini, Ltb. I, p. 3S. ^PauU JovH HisL mi tempo/U. L^ I, p. 24.-PbU- 
de Comines. L. VU , çb. V^ p. 164. — * Pauli JoviiOiêt. êui temporis. Lib. I, p. 34.— 
Ifranc. GÙicciardinL Ùb. I, p. 86. — OrUmdo MalavoUU P- Ul» 4 VI, f. 98. 



DU MMtlt kiit. 31 & 

l! ïkYM engagé i téire passer âent tfAlfé Snbseà & Grèneg, 
pottr déjouer ces oomplofs : en mènbé iemps if fltâlt émplo ji 
foilte^sott Aoquenœ et todte Tinipétaositë de sott ftme ardente 
i prmet ïcé préparatifs de gtterrèf contre f'ttdife, 6t à dissiper 
kRM fe» domtes et toutes leâ hésitation» de Cb^lèsr Yllf, dans 
fetfpeit de bâter ainsi sft propre tengcfértfcè * . 

Eit effet, Charles tllf , mti}grë todte^ ses lùétiaces, fnatgré 
tmâes les négodations qui n'avaient eàrd'acrtfe hnt qcre sont 
expédition d'Italie, étart eftCbre incertain, et sur h route qifii 
hâ ceiDtieAdrait de prendre, et Sur fe^écùffion niébe de son 
l^ojet. Cependant, presqtrédéterntfn^àatfaqnerle ^o^aume es 
Ifopiespar mer, il fit passer a Gènes tOottargeAt dont il pou- 
vait cBspeisier ; il fit prépater pottf hit-mêitte des ïogemeiïts 
0|ileiMKde§ dans les palais des Spitiofaf et des Dor^a , e( îlf y 
e»vo>ya son grand-é^jef, Pierre iVflé , ponf j teite armer 
ime flotte puissante, tpé derait se rëunfr )k eetfe (fifùt artkntft 
e« mitm^ teittps pcmt hA èi TiTIef ranebef éf à ittarseille'^. là' 
prefiûère , qui ne iui^ rendif ensuite aucufi^ service, paftrce qu'^ff 
aJNmikHiiift tonjft ses ^j^^ avec mima de légèreté qu'il W 
a^mt fermés^ fet Ht plus TMgnifiqpie qu'on éÂt janv^is vue daéi 
\e$^ miÊt» ée kt MpabHque de Géîte^. Ot^ j comptait âôvtté 
g»i2.»ii»»«c rtran^port poar fa- caralerie, <bns h^qaé^ 
oâ< potfvaît Ibger quinze eents cbevaui^ ; quïitre-tin^-se^ 
tnmsporlË pl^s petife potfr F infanterie, dk-sept spéfonatés; 
v>niglrâ*oi8 taisseailit du port de cinq cent sokantîe^, et vingt- 
sfar- disr porH éé cinq oént quatre-vingts tbnnigaiix, une' gi'antife' 
galbée qui portaM cent chevaux, trentb galfei'es ifrmèéir potilf ' 
Ite combat y enfin, la galère royale, dont Ib pbupe é^ait &téé\ 
el ^i était couverte fout entière d'un pavillon' de sbie^. 



de rebuê Omimn^s |f. vÉsk ^ l>b. de eotohn»: & vii; dU v, fh len -^ * iMMrM». 
fe^o; diê rébus Gemiens, T. XXIV, p. ùs. < : ' 



3^.Ç, HISTOIHE DES |f|^rii|N^9J9£S^,JiTALI]SNllES 

Po^ pcpunaioder oç pirodigfteax «naaasKHl^Cliailtt VOM 
ea^oy^dkk Çti^jjii^ avee la flotte franfaife son «puâuf le dac 
d*prlé^p8^,.qi4 lut depuis JLpw XIL Cdoi-oi fit aea isASiée 
dap» js^^ yi])e ]^ ^our mtane où la. flotte napolttaÎDe {larttt en 
Tue dos côtes, de la Ligorie*^ tandis qa*AiiteHie de Bessey,- 
baron de TricasteLet baiUi de Dijon, qui ayait été chah^ des 
n^Qciation^ da roi avec les Scôsses, wiMrès demiids il iooisaiit 
d'ua ^rond crédit ^ AV^^ait à Gènes les deux . mlk hommefr 
d* infanterie qa*il avait levés dans les cantons^. 

Ibletto. de ^Fiesd^i avait pdromis à Paal Fi^^oso dt à dos; 
Frédéric d*Aragon /qpie tqqs sen partisans l'attendraient tMt 
arm^ dan^ la rivière du Levant; il détermina done Ja flotte 
napolitaine à se présenter devant Porto-Yénéré, petite irffie 
en face de ^L^rici, qui coiwpAanâe rentrée da magsifîqae gidfe 
de la Spézia*, lyiais. so^ prQpre> irère, Jean-*Iioais de Fies- 
chi^.qai.^t attacl^é^ parti oootmret s'était rendaà ki 
Spézia» ^et ayaijt exhorté les habitants de ces parages è d^nen- 
rer, fidèles ^ la répul^ue ;.et Jiean-Jacques BaH» était «ntfé 
dans la v\le niêaie.46 Porto-Yâaéré aveo quatcacents iantasi- 
sins^. % qHé) de.t^e, op^te ville n'était défendue qae fiar 
une loîsérable ^cein^t^ de muriaiUes ; cpidqnes corpa d^islan*- 
terle j(^fipoIitai^Q esst^yècej^tdi^les attaquer, tandis qnelaflolle) 
portanjt iin^ çedoutable aitill^ie^ entrait dans la rade, atten- 
tait d* opérer un débarqaeuiieat sur. k plage même. Mms tafos' 
les hfd)itants^ et JQsqa*aux^ femmes de Porh^-Yénéréy rféUiièKl 
rangés avçc le^ soldats derrière les murs, «t réponses ^ent les 
assaillants en faisant couler 4es piprreseiir eux» QMl|ne9 
rocberi; ^ fleur d'eau avaiei^tëlié aatiqnement façonnés eir 
forme de débarcadour sur le port pour la commodité des 



t IHoi9il«Bt4il Wiipp6 d» CMttiiMi; Cif; va« cltaq». V;ik it'i, — « Fr*. CmcOarûinU 
Lib..l4 p. j7vTr^ icy. B9kearH Cam/neni. fénm âaniMf. Ub. V, p. iî9.^ > SdgOone 
Amn^mo^ S^ \%Xi, n. âo». — O^m FûHetm ^ish Gen^eru. IM xn, p. m, — i^us- 
Uttionl Ann. di Genovu, Ub. V, f. 249. 



« ' MruMn ÀOB. 3^7 

t^dfe,; hB liibitiBrtB.«Mtait 6» floifit dé gttâner de soif ces 
pier^ polies, q«i ft'ayaBfaieat anmiUea d^ime mer profottâé 
et a^l^e. LeiMapoliUîiift s'en appnM^aieat dans les ohaloupes 
deteani YAisasaia ; qaand ils se croyaient assez près, d'un saat 
ils s élançaient >toal armés sar le rivage ; mais leors pieds ne 
poiiyaifUdts^afibnnirsQrlapîeifeglissaBte; ibretombaientdans 
la BMT^.et leor dinAe, pour enx si fatale, apprêtait à rire aux 
défenseurs de Portô-Yénéré, et rdevait leur eoorage. Le com- 
bat continua sept heores avec «n acharnement égal des deux 
ports; enfin, à Tapprodie de la irait, don Frédéric rappela 
ses troopes sur ses yaîsseaux , et il s*âo^iia d'une petite ville 
devant laquelle il avatt commencé le cours de .sa mauvaise 
fortune*.. 

Après oel échec, don FiMéric i^vint à Livoumeponr ra*- 
fraldnr sa flotte et y embarquer de nouveaux soldats ; il en 
repartitenviron un mois après, sur la m>aveIiequeGbatles VllI 
s'était ms en roulç pour passer les Alpes. Le 4 septembre 
Frédjâiic se présenta devant Bapallo, riebe bourgade, située 
à peu près à égale distance entre Porto^Fino et Sestri di 
Levante*; Comme elle n'était pas fortifiée, Louis-*le-Maure n' j 
avait point mis de garnison , et les NapoUtatns n'éph)uvèfent 
aupima diffici|lté à s'en emparer. Ils y mirent à terre Hyblètto 
de Fiesobi avec trois mille fantassins et les émigrés génois, et. 
ils 8*etttwrèrent proviiw«em»t d'une palissade. Celle-ci con- 
8i8tsit.8enlement en grandes fourdies de bots plantées enterre, 
sur lesqodles reposaient des scdives à bauteur d'appui. Il 
n'^ lsUaî( paa davantage pour arrêter la cavalerie, et pour 
inspirer de, la ainflanso aux bommies qui devaient défendre 
ees faiUes barrières >• 



^ Barih, Senaregœ de rébus Genumis* i»» MO. -^ MmpCI FûUetee OemMftff. Jriic. 
Ub. XII, p. 6f I. — S Pauli JovU BUU sià Ump. Lib. I, p. t«. — Fr. GKiuUwdUa, Libw I, 
p. 44. 



^f9^ HISTOIBE DQ l^I>«ni«DBt italiebues 

Uaift ni Sfoiù ni te duo d-Orléans B*arvaient rIntentiOn de 
Iaktter toofs tnnenns se tortàêer à Bapano. Le premier atait 
pria à aon cernée ïm mflt frères San^Sétérini, fihrda tieux 
Buberl^ qvàf dan» te génération préeédente, arait en tant de 
part «M névetetioDa. de te Lombardie, Sforza avait trooiré 
panai eea frères ms {dus habiles conseillers et ses pfos bra- 
ire» généraoï. U en ami ebargé denZ| Anton-Marie et Fra- 
cassft, de te tféfiuMe de Oéses : le premier partit anssitAt ptrar 
Sapulte par teeticimtn de terre, avec denx o«rfK»rtes detété- 
ima et .ua eseadroo de eavalerie, tandis qne le due f OrtéEms 
7 Gondw^t s* flolte, composée de dix-biiit galères et dbtfze 
gros viaiocsam» sur tesqnds il avait fiât waofer les Sntec». 
Don Frédéric n*osa point se laisser accnler dans le goHe de 
Sapatto par nne flatta qoi remportaift sor k sfenne fmr 
rhabilelé dete Manmavge et poor le eaMtoedes canons qa'elle 
portait. Il priite terge, et laissa le duc d*Orléans achever sans 
oisMstMle sani débavqqemeni. Les troupes veines pajf terre, et 
adtett venoea par mer, avaient parconro à pen prèâ en même 
tftsafsi an tiagt. miMeS' qui séparent BapaUo^ de Gênes. SDes 
étoieni: amvé» devaaif te première vitfe* ptemems- he»M 
aivaM tes» do- jour; Tioleatio» de leurs chefs était eepen- 
dant de les. faire camper dbHS use petite plaine è pen db 
diataMe da RapaUoy al éaiëtemfre te tendlësiaili pour aftff^ 
q«er. Mais te mêUbé entre tes^ soldbts vétérans db^ 9fhr2a 
el te garde. dttBole da Gênc»^ ns' le peraiîl pas\ 1.68 premiers, 
paur s*anuirer bipaste d'hmmenr au eeœbatf dtp temfemairr, 
et ponft beavea m» mènie laaips^ tes^ annemià r ewtoraw!» dhA^* 
BaiMltei. visiiait taaoer tenas» lagemeoMs^ anscfr prts q(/^ 
purent de la ville. La garde ducale, aceeatuinéè* i tfrre' 
dans une cité opulente, et à se faire remarquer par l'édat de 
sm aiiaas^te riinhawa; diNWs4iabit»eb lUMdaK3»d6aa9]^«9^ 
ne*put souffrir qp'un autre corps d'armée prit la passoralb. 
Elle se mit en marche pour établir ses quartiers dans le coort 



1^ m>\m WM^ ss§ 

N%|)toti(aîns , jugeant à «e mcMi^cnwml qu'ail tWfMlQs cMa^ 
qo^> sortirent m*de?attt (tes aaftailfcmte ^ . ' 

lie eofphat ^'engagea dimU mm qnt èi pitft ni'd^aMN»' l^i 

chefs T eussent ordomp^ ; tt fUt amutwa kireo hewoDiip d^«iÉMi> 

nement : tuais Témalation entre les nations diTersesqnlseri 

iraient da^^ I>iri(^ dâ (kir d'tMéaoa lui aouarat toÉii Vwvto- 

t%ge^ fl'ç^lieurs. 9ai{h>tte^ s'approehAnt jusque tevtprte da 

m^ge, foi^oyiiHk» I^apoVt«uwi. C'était lepiMiitf^eoaikiit db 

c^te gu^pe teriihle ^ Ve«^ilt t|s iiMBiwaailrâiÉ«w piîMs me^ 

Iç& ^tali€^9;. U^ se firent reittaif«er bieik pbi% par iMirlérotité 

(j^ par leiu: J^ayo^re ^ n^. «laleM^ili tes SlûmBk m ftre«t 

PAS grà^. ^pi^ pnswB|jeir9 qaî «e reisMliirei»! à eikx » Ma toèraxt 

1<» i^upiw^ d^ ^^^ <ivi s'étaie^ reiidm à knr^ alMa. Ih» tiih 

P^cgPM^i^^D^ t^ pltii» les hMirge(^s àb Sapalto ^pm le»» tiv* 

i^^s ^ ^tsy 1/ss pUlèceat daps waéi^i^i^ aaM étetbi^wai de 

pa,i:*|i, et îlsipoiissèifeQi la^férocMé jasqa* 4. «i«i^aei« énxmri Ml ii 

i^çilades.daôs VhôpIJali de ^vjUe. li^CrâMyis.mtes?iÉBenl'pM 

p^i^^m^t e3;po^er ei^ iiettite> à leur «etam^, )eadé|»)aiiwiéa 

ces m^^i^reus. ; lie pet^pte sonteigélua une TÎdp^nAés SwHtSr 

et qe 1^ fat qa c^vec we pei^e ioÊsm qa^is^n MatiMi»paN 

yin^à Vapatser^. 

QuelqjM#B p^isonoieps d^ distinctioa ayaie^t Aft conduits à 
Gi^s par Faro^ Ylotorieofie^ eiitce. aiilriis Ifégosinov ÈÊ» 
j^Liwcel dncaa?dM;ml, JuIioOrsiiâet Oi!ll6tiid0>lPégoBe. ^yèklta 
dl^ Ifif^bi, le priueipol chef du parti TiiÎB<»n, i^ enfuît aree 
i^op, fd^ Holandinp, au teayersdesmôiitegnes:; Iras Ma dé 
si4)e* U> ijat dépouiUjE^ pftR das bmgandl. Iiss^dea» pMBniè» 
res fois les paysans du voisinage lui rendirent des habits ; 
maia, la^ troisièine fois,, ilf se touma» ea^ siaii% wBSé smr fils, 
avec cette trahqmflité imperturbable qni te caractérisait • 

T. XXlv/p. 542. — Mémoires de Phil. de ComioQH, l^» VJl|,,c)i^ 1^», p,. 109* 



.390 HISTOIEE DBS S£ptJBLIQUES ITALIEIilIBS 

« ÂBioÉs, niohflls, teifonB-nous-ea âuxbabits de notre p^ 
« mier père, lui di1>-il ; autrement je Tois bien que cela ne fini- 
« rait {ms * . » Don Frédéric, que le Tënt aVait retenu à distance 
péûdflM tout le combat, ne put recueillir qn*un très petit 
miÉbt^ de fugitifs, avec lesquels il s*en retourna tristement à 
livoume'. 

Pe&dtmt ce temps don Ferdinand s'avançait par la route 
de RdflSagne kvec f intention de pénétrer dans Tétat de Parme, 
d'appelei' les peuples à retourner sous Fautorité de Jean Ga- 
léaZj tenr l<^tittie souveraih, et à secouer le joug d'un tyran 
qui voulait les exposer à toute la furie des ultramontains. 
MaisFerdBnand n*-avait âous ses ordres immédiats que quatorze 
cents hommes d'arme^^, et environ deux mille arbalétriers ou 
cfaevftuM^ers : apî^s même qu'il eut réuni à son armée celle 
de Criiidr Ubàtdo , duc d^Urbin, les troupes des Florentins et 
cdles que lui fournirent les petits princes deBomagne, cette 
armée jd'fi^rès les calculs les plus élevés, ne passait pas denx 
mille cinq cents cifirassiers et cinq mille fantassins'. De 
son ieôtë Charles TEII; avant dé sortir lui-même de ses irréso- 
lutîons, avait fait passer en Italie le sire d^Aubigny, de la mai- 
sonStHart et de là branche de Lénox , avec environ deux cents 
maîtres on cavaliers français et plusieurs bataillons d'in- 
fanterie' stiiâte' qdi, descendus par le Saint- Bernard et le 
Simploii, s^)£taient réunis à Verceil^. Louis-Ie-Haure se hâta 
d'envoyer ces troupes dans les provinces menacées d'une in- 
vasionf; il leur joignit Francesco San-Sévérini, comte de 
Caiasaâo, avec environ six cents hommes d'armes et trois mSle 
fantassins vétérans. Le comte de Gaiazzo prit une forte posi- 



> BoFihoL Sentvegœ de rebui Gemtenê* T. XXIV, p. S42. — * pauR HvH ttUt. nd 
temp, Lib. I , p. 28. ^ Fr. Guieciardinl. Ub, l, p. 44. r-SeiiHane Amndmto. L. XXVI^ 
p "iM. — Jacopo Nardi, Stor. Fior, Lib. I, p. 17. — BeUarùu^ CommenL M»^ GaiHc* 
Lib. V, p. 130. — > Pétri Bembi BisL Venet. Lib. ^ « P 27. — So^ikWM Jnwiiraf*. 
L. XV9\;y^:tm -^ ft, Ùtdcciardini. Lib.' t, p. 35 -^ * Philippe de Comines, Hémolreg. 
Lit. VII, eh. VI, p. lOT, et noie , p. 482; 



ticm à Fofisa Giliola, sar les frontières in Fermriais, et «Aflerm 
de là les mouvements de Ferdinand ^ 

Ce jeane pridce avait eu à la fin de juillet «ne oonférenea 
avec Pierre de Médicia à Gittà di CasteUo. Il avait wsmtotii»-. 
versé le val de Lamone et fait de nombreuses le^éss ào-uH' 
dats dans cette province belliqueuse. Tous les renforts «qa'il 
pouvait attendre s'étaient réims à' lui ,; le moment semblait 
donc venu d'attaquer l'armée du, comte de Cimazzo et du sire , 
d'Àubigny avant qu'elle eût reçu les renforts de Suisses et 4e 
Français qui descendaient chaque jour des Alpes. Mais AU 
fofise tl , en donnant à son fils une armée tout à fait!dÎ9proR 
portionnée avec l'entreprise, dont il le chargeait, l'anuât en 
même temps laissé dans une dépendance absolue des conseit- 
Itn dont il Tavait entouré. Le premier d'entre eux, le oomte 
de Pitigliano , devait sa réputation militaire bien plus- à la 
prudence par laquelle il avait évité des revevs qu'à Taa** 
dace qui assure des succès. Il insista, dans le conseil de gu^re^ ^ 
polir que l'armée de Ferdinand demeurât sur la défensive : 
son infanterie , disait-il , ne pourrait jmmA tenir tête aox 
Suisses, ni son artillerie être comparée, pour la rapidité de. la 
mancéuvre, à celle des Français; enfin, sa gendarow^ lQ€én. 
dait de beaucoup en impétuosité à celle des ultramontains ^, 
Jean-Jacques Trivulzio au contraire, dont le caractère n'était 
pas moins bouillant que celui de Pitigliano, était réservé, dé* 
darait qn'Q avait combattu les Suisses à Domo d'Ossola, la 
gendarmerie et rartillerie française en France, dans la guerre 
du Bien public, et qu'il n'y avait rien dsms cette armée 
qui dût étonner des Italiens; qu'il promettait la victoire si 
lattaque était immédiate ; qu'il ne répondait point de la ré^ 



* Failli JovU Béêtw* iui tempt, Itb l , p: 99. — Franc. (Meciardlrii, Ub. I , {». 3S. — 
Scipiofw jmmfraRAh ^. XXVt, p. 9M. — Frànû* ÉeletML CommenU rer» Gallic. Lib. V, 
P- m^-^ â t wM WH OrtceUariiy tfc BtUo itàttco, p. 38. — * PauU JovU BisU sm imp» 



382 HisToiHJE D8S %ivo9uqvm rr aliène es 

«îstMie û ïfm «ftendmi Fiffritée dB BWTeaiti «ttâe&s!»^. 
Maû déjà la nouvelle des maaVaifl succès do àon Frédétic 
^tKfât jeté ptiMiieii£8 des alliés dans le déciMinigiementët l'kré- 
JipIlitiOQi Jeun BentiyogUo craigaail la Tengeànœ des Français 
41 du dne de. MUw ft'il o^nâenlait à que guarre ûfiéDsive « et 
le <0ii|8il de gàW» dédda qp'oa n'attaqpierait point ké ^sA^ 
Mttw d«i90lwn r^aiwSlîem«ats« Toot oe qu'Alfouse d'Ati^ 
i9»Qi: Bt^tMtemt d'Altimo, alors élève de Pit^UafiO, pûïeM 
obtenir par. leurs instanoeé, fat l'envoi de trompettes au (x>lniè 
.d# G«iwso pour U défier da anFtir en rase campagne. Clelai-^(!i 
li^sm^ pas voHta rcnonoer à ses avantages pnar lirt&t h^ 
ta^Ue ) Ferdinaidd 9^ retira sonb les n^urs de Faenza^ d^rièrfc 
nn lar^fe ennal alimenté par les eaux du Lamone, qni rendait 
sa position très forte ; et oomaat il ai^t ^pie Charles Tllt 
avait pfissé les Alpes^, -il résolut d'attendre^ sapa se mouvoir, 
Is^ tproppiss allem^ndlis que son père faisait enfin, mais tfdp 
tai^itsolder dao^fai. Smld)aetrÂQtrifibe« . 
: Charles YUI s'était rendu à, Ljôn âVed tonte sa eotir pmî 
sa ra|q|H*eie^ 4^ r It4li% , et il j avait passé Tété dans les 
jputes et 1^ tourupiS) a^ ipilieu desquels Û,parai83ait.eQblM(É 
totp ses p^jc^ts de ec^aqi^iesi IL avait dépensé, pour ïanmh 
ment de sa flotte à Génes^ presque tout l'argent comptant dont 
il poi^vait dispos^, fa d^nie de Beim^eu^ le dite de Bonrbmi 
et presque tous les grands seign^ts Uàm^ie^t use enttef^iM 
lointaine qni ne pouvait rien ajouter à la force réelle du 
rojaume. Bri^nnet^ qui l'avait longtenips consefllée, n'^iMlt 
plus ^ prendre la respoin^biiité ; le sénéchal âè Qeatteflârëf 
qui la pressait avec ardeur , avait été vers oe mêmelemp» obligé 
da s'#oignmrdu ? m^ parée qpi' un de ses domestiques était moirt 
avec des sjmptômes de peste s. Les courtisans donnaient au 



Mtooires. Ut. VU, cb. V, p. IM, 



^17 «cym A0E. Sêi 

> n»t àm emseiU oratrtdictmris, éelon ^aMh étdevt alMffâitt- 
i veaie&t j^agnéa par l«fl agealB iki roi de Naples et par cenxda 
i di|6 de Mitan :,Pierre de Médicia aiFMt Diéme«faM«hé à rmdre 
oe demior suspect à la eosr de Fitmee, ea eochaiit un eatfyfé 



I 



t de Charles YIII û^m sod cidmel pendant une eenféreHee 



F qonfideiitièHe ^*îl eot avec «n ambasMideiir dè-Isouteie^ 
i Maure ^ Ao mttieii de eea eraintes et de ces contfadielkms , 
I Gbarlea YIII abandoDoa plniiears ftnaaes pnajets que la pow* 
I sijÉite de plaisirs le disposait toojottrs à oublier : Il avait même 
I diWaé dweoptre'orAwàpkiBieogs wÉ i ytffeuf spartw 
I tcwpea ; et; il les avait raj^léa à 1» eoiif lorsque le oarttnal 
i^Hm éd lA Sovète^ i|iie sa hahioiiitplacaMe'eotitrer Alexan- 
dre VI rendait plos ardent que per^omie pour rexrpécKfiôn 
4'Itidte, purla an roi avec une bardieese qo^^aoeon' antre- bT au- 
rait osé 80 p^meltre. Ghaites , dit-il^ se oMivriralt cte honte 
s'il lenoiifmt il des préleotionrt proelanléea dam tonte 1* En- 
rope, s'il ne retirait aoenn frnii des sMrMKOi qn'il avait fafts 
par ses traités avee le roi dea Bamah» et ton d'Espagne ; s*il 
abaadmtfiait les affié» el les soMatsqni'OaiÉlMitiiicM difà va- 
lettreufi^nent pour lui dans la riifitee de Gène^ et' en Roma»* 
fSfifi. Ctkarles YHI , ealrainé par Ttopétooslté: de eërdltoal 
dont il respectait In hante dignité , dt sédnit par le» ftattertes 
dn sénécbAl de Beaneanre qui de nouwao ponvâtt étrfin sfop- 
proeherde kii, partit de Viemie en Danpliné te 23 t&^l 1 494; 
il se dirigea par le mont Genèvre, et U traversa les Alpes sans 
qoe personne songeât à loi en disputer le passage ^. 
. L'année française était composée die trois miHe six eenfs 
hommes d'armes, six mille arebers è piedsi levés en Bretagne, 
six mille arbatétriers des provinces ié cœur é» là Franee, 
huit anJk isaitassins gasoeos aiméa d'aeqsiÉbnBea et d'^es à 

^ Fr, GuicciordUA Ub. I., p* 40. -^Battit Mtm B4h^ sfiA têmpm fOtun , p. 82. ^ 
SciWflrc^ am»iiam 4e beUoi XioUct. pi%i^^ Aiano» enieoMMMli» liHhl-, p4^^ 
PauU jQvii. Lib. 1, p. 31, ^ Pliilippe de Goniae», M^noim. Um im|^. Vf, f. tf«, 



3Q4 HI8IOIBS DBi aiPnCIflïBI ITALIKHlfCS 

dMx.wteiy et tait anik fkàum <m Att^natucte armi^ de pi- 
ques et de halldMurdes ^ Un nombre considérable dé yalets 
i^îvait riffmée, qui fat «mom grossie par le oontsngerit de 
l40|ais*le-4laiife. LooMpi'dio trafWMt la 1V)Scâne, on y compta 
saluante HHUebosnes^. Pamâ «es «hefe , on remarquait te 
duc 4'0rlé(ùis, éepob Lnis KII, alors commandant de b 
flQttaà€riniss;.le(kiède Veadftme, le comte de Mcmtj^sier, 
Louis de Ut/Ofji seigMorde Luxembourg, Louis de là Tré- 
moume et (dufliesrs avtittB dos pins grands seigneurs de 
France. Le séoédial deBiBaoeaire el iesuf4atemfont Briçonnet, 
éy^ue deJoint-Mak», eonfidents dn monarqiaev qti'ih soi- 
Taient aussi, avaient ]dn8 de orMtt aii^rès de hii ^ue tons lés 
seigneurs de sa cour ^. 

Une iansiée Mssi DMBbreme aonÂt eu beaucoop de pdne à 
tcaiYenw les Alpes» > si elle avait dft y raicontrer Un enneini; 
mais le malheur de Fllalie avait voidn que le^ Piémont et le 
Montferraty qui tous àau étaient gouv^^és par Aes^ grinces 
absolus^ fussent tous dawL réduits à eet étiK; de faiblesse et 
d'inciipacité an^qpisl une mîMVtté condamne une monarrine. 
Cbarles-Jean*Amé» né le 24 juin 1488, était alors duc de Sa- 
vçie; il n'aidait. que ncaf mœs Icursqu'îl avait succédé, le 13 
mars 1489, au due Charles, son père. Blanche de Montferràt, 
sa mère, quoique fort jenne, avait ditenu la tutelle, par la 
faveur du peuple de Turin, au pi^odice de ses beaux-frères, 
les comtes de Genève et de Bresse. Blanche avait bien conclu, 
le 20 juin 1493, un traité d'alHance avec Ferdinand; roi de 
Naples ; mais elle n'avait point osé ensintc provoquer Forage 
sur ses états : elle fit ouvrir à Charles TIII toutes ses villes et 
tous ses châteaux, et elle le reçut lui-même à Turin avec la 
plus grande magnificence *. Marie, marquise de Ifontferrat, 

t M èia oi rci de Unilt de U TrèmouiNe. Ch. Viii, p. us, T. XIV des Héoi.— > Jmeopo 
Ittardi Siat. H&n LU». I , p. ». ^ < Hém. de U Trémouille. Gh. Viu , p. 1S6. — Fr, 
Gn^fidffrdinU Lib. I , p. 4«. — Beleariiu Comment. Biar. GalHe. U T» p. f 39. * *. G«^ 
eheBo», Wflk gteMe de la malMm de Satoie. T. Il, p. io«*tls. 



m JlOmi: â0B. 385 

tutrifiB è»iGff4kiw(iier7mi, oile 10 mM 14M, swvifrift'Biême 

poUtiq^V . 

Cx» deax.tégentes amwt para aux jeux de CSiaaies Yllt, 
ruae à Tp];iiiy.,rai]trQ à. Casait oMéaa ée batocMp de dla- 
inaote: 1q jooi)#,n4, qui w troni^ é^VMn^ier dftttf;ent, 
ae l^ fit,prèter popr lea mettre^ea gage cIme des «sorien, et 
lise. fit âaweT.dQippe mUedimito^w ka uns tsi autant sur 
lesa^trea^ La 19 «joptiiiibre, il eiA»daasAati| Tffle dont 
le doc d*Orléaiia «Yait covaerf é la jouveraiDeté^ oonane dot 
de sa mère, YateoUiid Vipouiti. Caafelk qneLovia fHona vint 
Iç joiqdre airecTsa femme et son bean-pàm, Hamlé d'Esté, 
jdiic de Ferrare 3. Qçs prinoes ecHmaîasaient leapenekantB de 
Charles YIII : ils iroulaient le captiver p«r «les v^dnplés ; et ils 
jiTa^^nt Qpndwt a,vac ,eax,las dames mUanaiisa doKt la vérta 
passait pour la moins sévène,.et/la beauté paor la plus sédni- 
santel. Plns^ars jpmrs fuient donnés anx {rtaialrs et anx 
létes; maja oes divertiasemants faaent ioterrompns par nne 
maladie graiç dont le iroi fut attaim : anx poslnles dont son 
visagç fa|; couvert, on jngea qw c'étaii la pelite^vércrfe. Ce- 
pendant cette prennère «lampagne des Franfais en Italie ftit 
aignaléç par rintrpdneiion en Saivpe d'«ne maladie pins 
cruelle enoprei à laquelle le roi samUait a' étne- exposé plus 
qu'à toute autre. U se nétaldit« en. assez peu de temps; 
et il se dirigna sur Pavie, où ilint refu avec de gi^onds hon- 
neurs^« 

I^ fnalbeureux Jean Gdeaa vivait avec sa femme et ses 
eirfants, dans le diÂteau de cette ville. Depuis quelque temps, 
qn voyait sa .sauté déchoir d* une manière menaçante : les uns 

' < Éèàvetiuti dé^ndlo Georgio. UisL Montls Ferrali. T. XXliï, p 756. — > Ifémoirai 
de FliîL de Gontaet. L. VH^ eb. VU P- 1*6. ^ Fr, GuHcdardaiU Lib. I, p 4i. — < DUxrio 
Ferrartse. T. XXIV. Ker, ItaL p. 3S8. — Fr. Guicciardini. Lib. I, P- 45* -^ OenumU Cr^ 
ceitwa de beUo ItaGco, p. l*,^^ Josephi Ripamontil Uht. urbis MediolanU L. VI, 
I». 654. — Failli iùVU Bistor. lib. I , p. 30. -- << PauU JovU, Ub. I , p. 80. ->* fy. GtOù- 
cimdM, Ubw f, p. 4S. ^Scipione Ammirato» h. XXVI, p. 199« ^Roseod, Vie de Léon X. 
Chap. III, p. 186. — jlmoltfi» Fentmim Burdigai, de rébus Gmli, Lib. I, p. 4. 
vu. 26 



386 HISTOIEE DES BÉPUBUQim tTALIERirES 

prétaDLdaient qu'il Tayait détruite par Talnu deA pUMrB es» 
sens; d'autres soupçonnaient un crime là où ik yoyaient un 
iûlerèt à le commettre, et ils accusaient Louis^e-Maure de lui 
avoir fait administrer un poison lent. Les cotirtlBans français 
ne purent point voir le duc ; le roi seul fut adiàiA auprès de 
lui t ces deux souverains étaient eonsini igermainé et fils dé 
deuï soeurs de la maison de Savoie. Cependant Gbarles YIII, 
qui ne voulait en rien déplaire à Louis-le-Mauf e^ ne parla à 
Jean Gal^aE que de choses générales, et toujours en prés^rice 
de son oàcle i ; mais^ pendant tÊClte conversation, là dudiesse 
Isabelle vint se jeter aut genoux du roi^ le suppliant d'èpàt*- 
gner Âlfonse son père^ et son frère Ferdinand. Charles ré^* 
pondit avec embarras qn'il s'était désormais trop avancé pour 
pouvoir reculer; et il se hâta de qtitt£t une ville où il avait 
sous les yeux une scène aussi douloul^usé, qu'il contribuait 
encore à i^endre pins pénible. Il reçut de Louis-le-Haure les 
subsides qui lui avaient été promis ; son armée f ira des arse- 
naux de Milan les armes et les équipages qtâ lui diaénquaient, 
et \\ continua sa route par Plaisance 2. 

Lonis-le-Maure accompagnait Charles YIII ; mais , ayant 
reçu à Plaisance ou à Parme la nonvdle que son neven se 
itfourait, il retourna en hâte à Milan, pour recqeillir sa sue- 
cession. Jean Galéaz Sforza expira le 20 octobre 3. £e séuatde 
Milan, qui était composé uniquement des créatures dii Hafttre^ 
lui représenta que, dans les circonstances . critiques oà se 
trouvait V Italie^ un enftint ^le '^tiq ans, tel ^lie detui «de ^ean 
Galéaz, ne pouvait être chargé du gouvernemient; que l'état 
ne pouvait tomber de minorité en minorité f qu'il avait be- 
soin d'un souverain qui régnât réellement; quenfin^ Louis- 



.^^ Hémoires de Pb. de Comines. Lib. vil, chap. VII, p. i77. Fr, GtUcciardhii Lib. 1, 
'p. 48. — Bemardi Orlcettarii de Vello VaUco,p. 35. —* Pauli Jovii Hist «ni temp. 
Lib. I, p. 30. — Arnold, FerrorAL Ub» I, p. 6. — > Lodovici CavUeUÙ Oemoti, Mnala, 
T. iii. 7iie«à«rl <m(i9. Ka/. p. JH9. 



fttt iionif AGci 387 

le4taQfe était nécewaire à la patrie, et que le sacrifice €[Q*eIIé 
demandait de lui était de monter sur le trône. Louis parut 
fidre quelque résistance : cependant, dès le lendemain matin, 
il prit le titre et les décorations de duc de Milan, et il pro- 
teita même ea secret qu'il les recevait comme lui appartenant 
en propre, d*après TinTestiture que Haximilien lui avait don- 
née ^ Il se hèftaensaile de rejoindre 1* armée française, dont 
il ne poayait s^ékigner sans qoelqne danger ^. 

£a e£fèt, eeU» armée ayiat été frappée â*un sentiment 
i'étfroi par la mort de Jean Galéae : cbacnn se demandait 
ayeè mqaiétode comment le roi pouvait s'engager dans le fond 
de r Italie, sans laisser derrière Ini d'autre allié qne ce même 
doc qui venait de s'ouvrir le chemin du trône par le poison. 
€iiaque aitioa des Mibinais devenait snspecte aux Français, 
qu'on avait naaxè cesse entretenus de la fouf4)erie italienne, et 
qm souvent usaient de iteuvaise foi pour se mettre en garde 
contre celle qu*ils croyaient devoir craindre. Le duc d'Or- 
léaoB, qui prétendait à toat l'héritage des Sforza, s'efforçait 
de persuader à son oonsin que l'expédition de Napies serait 
plus fàdie s'il 4)omnieDçait par conquérir le Milanais^. Le 
pHuee d'Orange, le seigneur de Miolans, Pirilippe des Cordes 
filés autres, qni regardaient la marche de l'armée jusqu'à 
NafSes œnve trop dangereuse, prirent oeeasion de cette fer- 
mefitirtioB pour presser le roi d'y renonce : mais Charles TIII 
n'éeoutait4|nB l'obstination cpi'il prenait pour Tamour de la 
glwe ; et scion qu'H en était convenu avec le non venu duc de 
Milan, il prit la route qui de Pwnoid débouche dans la Luni- 
giane, pour entrer en Toscane. Cette route passait par For- 
Dovo et San-Tereasio, et elle aboutissait à Pontremoli, vlUe 

^ FranC' GuicciardinU Lib. I , p. 49. ~- PauU Jovii BisL sui tempor, Vh, U , p. ST. 
-^ Josephi Mpamoniii. Uist, VrbU. MedioL L. Vf, p. ^^i. — Pâtrifiem^ flisu Ven^ia^ 
L. Il, p. ^t. —Nwagiero Slorta Keitex. p. i20t; mais U pr6t« les «ophUmes à L(>VV9.t 
ta ta réstelanM aa ténat — > Bvth. Senarcgœ de reb, GeniieiM. p.sis* ^1 re^^igi^i le 
TOI à Villa, à peu <le dislance de Sariane «- ' Pauii JovH HUt. tui i§mp, Lib. 1, p. % 



% 
I 



388 HISTOIRE DES EéPUBLIQDES rTALIENNSS 

qai appartenait alors aax Sforza» eBe était doMtoobentièfe 
en pays ami, et toujours à portée de la divisim qui ocoopait 
Gènes, coikune de la flotte française. Ansst oonyenait-^eUe A 
éyidemment aux Français, qa*on ne peut concevoir l'impré^ 
Toyaoce des Napolitains qui F avaient laissée JKgaraie, im por* 
tant toutes leurs forées dans la Bomagne^ 

Le pape Alexandre YI et Pierre de Médicis avaient pris 
l'engagement de fermer la Toscane aux Français. Mais si le 
pape j Voulut faire marcber quelques tronpes, elles fureot 
arrêtées par la rébellion des Ciolonna, qui, au moment où ils 
apprirent rapproche des Français, rejetèrent ies ofires fcrilr 
lantes qui leur avait faites Alfonse II, se dédarèrei^ sokkrfs 
du roi de France, et s'emparèrent d*Ostie, où ils attendamit 
sans doute la flotte frasçaise. Le pape, Idn de pouvoir en^ 
voyer des troupes en Toscane, fut obligé de rappeler celles 
qu'il avait en Bomagne, pour les envoyer contre lès Gohmna, 
sous les ordres de Virginie Orsini^. 

La république florentine avait envoyé des anbassadeois à 
celle de Lucques et au duc de Ferrare, pour les.eogager à ne 
point accorder le passage parlears états à ceuxqai voudraient 
envaUr la Toscane ; elle avait en même temps nommé des 
commissaiies extraordinaires pour veiUerà la sûroté de l'état 
Mais Pierre de Médids n'avait point voulu <^'oii. net des 
troupes à leur disposition 3. Cependant une armée aussi nom- 
breuse et aussi mal disciplinée que celle des Franfaia, poayaît 
bientôt manquer de vivres dans une province, moutneosey qui 
n'en fournit point assez pour ses propres baUtants* Il suffi- 
sait, pour la réduire à une grande détresse, do lui «disputer le 
terrain pied à pied, en profitant pour cela des nombreax 
ehâteanx-forts qui commandent tous les passages. L'amée 

t Bemofdi OrlceUatli de bello ItaUco. p. 37. eOitio FloDeniteii ift-4«* tTtS. anb no* 
mine Londini. -* * Fr. GiûcciardM. L. I » p. 47. — PauU JwiL L. I « p. 33* — * M- 
pione Ammirato. L. XXVI , p. so2. 



DO MOTSK AGB. 389 

desoeiidanit de PdabODolI, le long de la Magra» traTeraa ka 
fiefs du marcpia Malespina. An miliea d'eux était située la 
bourgade de Fitiziaiio, qui appartenait aux Florentins. Ce* 
tait le premier pays ennemi dont Tarmëe se fût approchée. 
Le marquis de Fesdino^o, n'écoutant qu'une jalousie de voi- 
sinage, indiqua aux Français le eôté foible des fortifications, 
et les moyens de prendre la forteresse. Elle fut en effet atta- 
quée et emportée d'assaut : tous les s<ddats et une grande 
partie des habitants furent massacrés, toutes les maisons fu- 
rent pillées ; et cette première exécution militaire, qui répan- 
dit une extrême terreur, fit connaître la différence entre la 
guerre nouveile et les guerres sans effusion de sang qu'on 
avait soutenues jusqu'alors ^ En même temps Gilbert de 
Hontpenaier, qui commandait l' avant-garde française, sur- 
prit, le long de la mer, un détachement que Paul Ondni en* 
voyait à Sarzane pour en renforcer la garnison , et il ne fit de 
quartier à aucun soldat^. 

Sarsane était en quelque sorte la cM de la Lunigîane : on 
nomme ainsi un rivage resserré entre la mer et les monta- 
gnes, qui s'étend des frontières de Gènes jusqu'à Pise, sur 
luie largeur qui ne passe jamais deux lieues. Sarzane était 
uae viHe assez forte ; et sa citadelle, Sarzanello, passait pres^ 
que pour imprenable. Si l'armée française avait laissé cette 
fortsrââse derrière elle, elle se serait trouvée ensuite arrêtée 
par celle de Piétra-Santa , qui appartenait également aux 
Floremins, et qui ferme le chemin dans un endroit où il est 
plus étroit. Tout le pays pouvait être défendu de raille en 
mifie^ Il ne produR que de l'huile; et il est si dépourvu de' 
blé, cpi'H tire la moitié de ses vjivrea» à dos de nralet, de 
lombardie : il est si malsain an conmiencement de l'automnei 

* FHme* GnieelariM, Lib. 1, p. si. — Jae&po ika^ BU.. Flor. Ub. I, p. 17« — 
* PauH jùvii Hist. ita temp. Lib. I , p. 31. — BarthoL Senaregœ de reb. Oeimem. 
p. 544. — Beleartt Rer, GatUe. LA. v, p. iST. 



990 HISTOIRS DE8 UPPBIWPIS ITALIEimES 

Qi'mie wmée entière y senôt éétn^ m peo de «Mmaei 
{Kir la fièvre. IieB capkaines français ssoMnient doue qoÈàr 
que înqaîânde eo s'j eagi^oeant^ maie la pnsiUaniliiiié de 
Pierre de Médieis se bâta de la disBîpw. 
. L'eotrée 4^ ¥rm/çm en Toseaae, em rtfpandaat à Florenee 
one terreur extrême^ fit éelater en même temiMi ttMie Pierre 
àe Médids le méooiiteDtemeal qu'on avtô longtemps eom- 
primé. Les Florentine âaieni attacha de 4eQt temps à ia 
maison de Fr^mee; ils la Nigardaient <x>miiie proteetriee du 
parti gneli^ et de la liberté : ils miirmiiraioit fa»itemeat de 
ee que le chef de Tétat les aiiait enfagés daas nne guerre 
contraire à leurs iatén^ts^ et les eitposait les premiers à tons 
les dangers d'une qoerdle qui lenr était étmngère; les amèas- 
wleucs florentins avaient été renvoyés de la cour de FÉmiee; 
tous les aseociés, tons 4es eemmis des eNnsonsde osntneroe 
4^ Médims avaicsit été ehaaaés de tout le rojraome : ims 
cette riguenr n'avait point été étendue aux antres FioreUtinSi 
comme ponr leur faire sentir f ne la France savait disttliigQer 
entre eux et l'usor^^tenr de lenr libarté K On savaft ^pM 
Laurent et Jean deMédicis, ces cousins de Pierre, qu'il avait 
maltraités quelques mois anfiaravant, et qu'il avwt essmle 
exilés à lenr maison de t^mpagne, s'étaient rendus an|Nnès 4ê 
Çharlfô YIII, et qu'ils le sKdtieitment de renverser w gm^ 
vwnement odieux k la masse des citoyens ^. Le i^ivonr 4à 
ee cbd vaniteux*^ qui u'^vait point vouki reeonnatlre de fi* 
mutes, ae «trouvait tout A oon|i ne |>kis «reposer que smr mm% 



Viesmée Médicas^ effrayé de la iemncMaftîen ânlârienre, 
idont il voyait détentes faris léelaier Jles «arq uesi; effrayé 4e 
la igpei^ étrangère, ^11 œ se ti^w^ml peint >en meesre de 

àmminko, «Ub. XXvV, p. 186. — Fr. «julectardint. Lib. 1,4». 38. — PwiH JwH iNsf. 
Lib. I, p. 32. — Jacobo «ariu Hist. Fior. 'Ub. j, -p. iS. 



mvt^PMTf jfémi^t é» péd^F à Vomf^^ i^ ttm su pâîx «trep las 
ffiivçfd^y irt d'imiter la «wdiiite qaa poa père ^voit temia 
^Mm Ferdî^aM) condoite qQ*U iiyait si ^9u?6ot enteada lonei?. 
U igT^orpit qiie popr iiQ|t^ ua grand iipQmie, il favl a?oir 
9iw talmt pour luger des oircoastaiiq^ et mn ç^raotèpe iip^r 
]^l»^pv Im danger». Piisfr^ d^ Médîcia ^t Ilopl9ll^r par la ré- 
PM))U(|ye une oomb^eosa aipba^Me , dout il Uimt partie , 
av^ cpminission de ^ rendre auprès du roi d^ Pr^ni^e 9 et 
d£ ^h^rc^ à Vapaifi^r, tfai^ 4Yfirt| 199 cb^ipiiip» ^*ii|i eorpa 
dp timi cents jliQWDes» qne la répn|>lique envo^aV}; 4 Sarzane, 
aya^ été surpris et wU e^ pièces, n'osa pninjt a'ai^ni^, 
ai^s sai^-ponduit , au-del^ d^ Piétr^^mnta. Quelques s^i- 
gp^ar» d^ la couTy entre autres Briçop^et et de jpî^nnes , 
vinrent Yj chercher et le conduisirent dey^nt ^e T(>}y ]^ j/^fi^ 
J0aji» ^ù i*on co mmenç ât rtfta^piA ^ ÇarzaneUo K 

pierre^ pour justifier la conduite /|Q*U a^ait j^we^ «n rn- 
fn^nt au mi le p»mgf^ par la Xos/çapç ^ rappela ap^ tndté 
ayeç FerdjinaAd , conclu dot consentement de Lonis XI Jteu- 
in^me; il 4^«.ta quip, jns(Vi*ap n^Ofment />ù lef armées fra^- 
^iai^ avaient péçéj^ré en Italie , tf n*jKCir|iit pn ^'éciart^ d^ ^Ç 
jl^aité sans s'e^pqser à toute la vengeaj^ce des Âragonajùs.; fom, 
jmff»^ 4^rxa9Jis U ne courait pl^i jie mé^w dai|«çr, il étj^ 
prêt |t pontrer tout §on dévAueni^eut ^ la maisQu de ^F^pfii^ 9§ 
l^ rosi^ en réponse h ce di30Oi^, luid^manda q^e les port^ 
de Sajr^ne jlui fussent ouvertes. JPierre 7 cousivUit iminédijtr 
t^en,t j et; sans anémie cojit^iUtï^ ses coxnpagoons d'an^a^d^^ 
il doinna des ordres pour que Sarzane ^t S^rzan^ejOU) f ^fiSfg^ 
Uvréef» a^ roi. Qelui-ci, étonné de cette fa^Uté, d^wup4^ JàW 
sitôt que Piétra-Santa » Ubrafratta , jPise et Livonme lid f u|k 
sent également livrées* En faisant cette demande, les Français 

> Franc, Guicciardini ^ist. Lib. I, p. 5^*— Sdpiùne Ammirato.L. XXVI, p. 208. — 
PhiPippe de Coknines , Mémoires. L. VII, çbap. IX, p, i8S. — * ^ernardi OriceÛartt de 
bello itaRco comment, p. S9. 



392 HISTOIRE DBS llfiPÙ6ll«)bB6 ^ ITALUSIf NES 

iiéïalleiidB^t ntilleme&t à obtenir oès (ibiees, da iteoinè^nis 
dmner de grandes sùreCés pour lenr resâtoHon apMs lè pàs-^ 
sage dé Farmée ; mate Pierre n'en demanda attcmte t il connut 
Terbalement que le roi s'obligerait à restituer les forteresses 
de l\)scaiie quand il aurait acbe?é la conquête dh royaume 
de Nafples ; que les Florentins lui prêteraient deux cent mflle 
florins ; qu'ils seraient reçus à cette condition sous la pro- 
tection du roi , et que le traité de paix entre eux et lui serait 
rédigé et âgné à Florence. Sur cette simple convention ver- 
bale , n&t ouvrir aux Français toutes les forteresses de Fétat 
de Pise, non sans exciter le ressentiment de ses compagnons 
d* ambassade 9 qui, n'étant arriviés qu'après lui, croyaient fidre 
beaucoup pour le roi en lui offrant un libre passage au tra- 
vers de leur état i. 

Les Florentins, en recevant la nouvelle de la convention 
deSarzané, furent plus irrités encore que leurs ambassadeurs. 
Depuis longtemps ils accusaient Pierre de Médieis de se con- 
duire comme seigneur, et non plus comme premier dtoyen 
de Fa patrie ; de prendre des aks de maître que n'avaient ja- 
mais affectés Laurent son père , ou Cosme son aïeul ; de né- 
gliger entièrement de se rendre aux conseils ou de siéger avec 
ses collègues, lorsqu'il était revêtu de quelque HÙt^tratnre^. 
Hais on ne l'avait point encore vu fouler aussi complètement 
aux pieds les lois de la république, ou prendre sur lui une 
autorité qu'on n'avait jamais songé à lui déléguer. C'était lui, 
disait-on, qui avait précipité sa patrie dans une gaerre con- 
traire à tous ses intérêts, et lui encore qui, pour Ten tirer, 
sacrifiait les conquêtes de plusieurs générations. Le parti de 
la liberté, qui s'était successivement grossi de tous ceux que 

t Wf, GtéDCiar^Uni, M. Ub. I, p. SS. — PauU JovU BUL tui iemports. Lib. I, p. Si* 
— Scipione immInKO. tib. XXVf , p. 903. — iacopo Hatdi Bist* Ffor, Ub. I, p. il« - 
Phil. de Gomines , Mém. L!b. VU, ch. IX , p. US. — Arnold FemmU» Ub. I , ^ •• - 
• Pttttfi JwU BUL Lib. I, p. 31. — lacopo Kardi, Wb. I, p. 18. — Phll. de GottiMl* 
thr. VU, cbap. vi, p. ni. 



fi0 MQtjnr AdB. i9i 

Pierre avùt rebntéB par son iiMolenee, et qui atait é%6 tout 
récemmeat ranimé par les prédications de Sayonarotoi tindt 
parti de ces éTénements pour montrer combien il est dange- 
reux de donner nn dief à une Tille libre : sous sa domination, 
on état perd bientôt la vigueur de ses armées, la prudence de 
ses conseils, et enfin ses meilleures provinces ou son indépen- 
dance. Mettons du moins, disaient les Florentins, nos calar 
mités à profit ; et puisque Tarmée française doit traverser nos 
murs, qu'elle serve au renversement de la tyrannie ^ 

Pendant que Tannée française se dirigeait vers Luoques et 
Yers Pise, Pierre de Médicis, averti de la fermentation de 
Tlormce, se hâtait d'y revenir, espérant encore contenir la 
ville dans Tobéissance. Il y arriva le 8 novembre ; et après 
avoir pris dans la soirée conseil de ses amis, qu'il trouva ou 
découragés, ou aliénés de lui, il résolut de se rendre le len- 
demain an palais, auprès delà Seigneurie. Ce palais était fermé, 
et l'on avait mis des gardes à la porte, comme on le faisait 
toujours dans les temps de tumulte. La Seigneurie résolut de 
ne point recevoir la visite de Pierre de Jf édids ; elle lui en- 
voya Jacob de Nerli, gonfalonier de compagnie, pour le lui 
signifier, tandis que Lucas Gorsini, l'un des prieurs, s'arrêta 
il la forte] pour lui en disputer le passage,! si cela devenait 
nécessaire^. 

Pierre de Médicis ne mit point leur constance à l'épreuve : 
étonné d'une résistance qu'a n'avait jamais connue, U ne re- 
courut ni aux prières ni aux menaces 4 il se retira chez lui, 
pour appeler à son aide Paul Orsini, son beau-frère, avec les 
gendarmes qu'il commandait : mais le message qu'il lui en- 
voyait ayant été surpris, les dtoyens s'armèrent et se rassem- 



< #>*. GiOcclardinl. Ub. I, p. si. — * SdpioM àmminao. fcib. XXVI , p. 204. — 
Joe, Nardl. L. I, p. ai. -* Pauii jovii BisU h, I« p. 32^ ^ Fr, GidceiardinL b. I, 
p. S5. — Héynoirei de PhU. 4e Comines. Ùv. VU, cbap. X, p. 191. — BelcœrU Commenu 
Rer.GoOfcLib. V,p.l3t. 



994 HJSTOIBB BlBS.f^f^VUMJf^K ITALIENlfES 

blèrent siof h iil«tce du Và\m i pour être |ipêt9 à fi^l^r Iw 
ordres de la Seigneurie. Cependant le ordinal Jea^ de Médicis 
avait parcouru quelques rpes, suivi de ^pvijtemi^ d^ sa mai- 
son, aumm^s 11 taisait répéter le cri A'wmm fte aa familte, 
Palle l p^Ue l maia ee cri, autrefois si çhçr à la p^olaee» b'a* 
Tait rasseipiblé aii^oiin de ses partisans. Le cardinal p*avajt pa 
passer au-del^ du loiiieu de la rue des GabsaiaU ; ^ iimU» 
parts on entendait des cris nienaçants pour les Kédl<â^. P'wff^ 
et son frère J^lieQ, déjà entourés des soldats qup leur wf^t 
amenés Paul Orsîni, se retirèrent vers la porte Sa|)i'-(}aUa, et 
essayèrent enonre, eu jetant de fargent au peiipi^? d*e9g«8^|P 
les artisans qui habitent ce quartier 4 prepitoe les arnw «pur 
eux. On ne leur répondit que par des uj^euaces; et Ifjus^tju'ilii 
entendîresit sonner 1^ tocsin , ils sorlireat de h viUç, 4ç^ 
on referjua les portes après, eux. lie cardiufi Jem de Vi^iWf 
s* étant d^uisé en moine franciscain^ se dérci» 4® fiojn pôta 
au tumulte, et rejoignit ses deux frères dans les Apei^nii^s i, 

Pierre de Médicis avait pris inconsidérément la CQUJte 4^ 
Bologpe, an lieu de s adresser au roi de France, auprès à^-- 
quel U.wrait probabl^nw^t trouvé protecti^Ov^^ |i(^a^4e 
faxù Qrsini, qui le suivaient, atl^aqués par Jes pajrs^ns^ lie0^ 
l^ndèrenJ; presque tous; et Paul Orsi^ jugea lui- Aiêoie 4|uip 
pour la sûreté de son beau-frère, il valait mieux ^^quioc^ ^ 
séparer. j[ie# JCédicis aiyinère^^; ecfieiulant à BfAofj/fn^ aans 
nouvel ^tcddent. Vm lomque Pierre se pcéseaita à^fm f^- 
tivogUo, sou allii^ et son ami, tcekd'nci, iétonné ^ j^ ff» 
bpmme qui «içcupait le «léme Vaug fue lui renv^ ^ fv^ 
ment, im dit : « Si jamais m v^s r4M3âpte^Qa ^é^^n J^anfp.^^ 
« glio a étéfobas^ 4l? Bologne ^waf^e fum lèifi^^i^fifà^im 
« de Florence, ne le croyez pas ; mais assurez plutôt qu'il s'est 



1 istarie di GioV' Camhi, DeUx. Ervd. T. XXI, p. 78. — DUni S<m0si û^AlkçrettoAlU- 
çretti, T. XXiii, p. 833. *- Bemardi OHceUartl de betto itoL p. 41.^ 



m won» A«iEi â95 

<f Mt lattler en pièees par Mt dnfienis, ftniiM de lêiJËf' 0^ 
Jeun BeotivogMo ne seTait pas qu'il ne dépend souvent ni dn 
prmce, ni do général d* armée, de tronver la mort qu'il eber- 
fihe ; qu'après T avoir bravée longtemps, s'il «urvit malgré lui 
à sa défaite, le désir de la conservation renrit dans le coeur 
du phM vaillant) et qu'il s'y joint la seerète espérance que, 
puisque la fortune s'est chargée seule de son salut, ^e le ré- 
serve encore à des jours meilleurs. Son expérience le lui ap- 
prit : te mMient du revers arriva aussi pour BentivogOo ; et 
malgré sa résolution, il ne mourut point, mais il traîna ses 
jours dans 1 exil. 

La poputaiee de Florence pilla les maisons du chancelier et 
êa provédKeur du nont-de-piété, qui dès longtemps étaient 
aecuséi d'a^trir inventé les gabdles nouvelles, et les diverses 
â^sfsiraioiis par les^ielles on avait augmenté les impôts. E3Ie 
pfMIa encore les jardins de Saint-Mare, et la maison dn car- 
dliM Jeaû k Saint-Antoiue. Des gardes placés au grand palais 
des MéiMs, tu via Larga, pour le réserver au logement dn 
roi 4e France, le eauvèreot du pillage dans ce premier mo- 
ment. Mais les Français qui y furent logés s'emparèrent sans 
jfiÊéeatÛB tout ee «pii tenta leur eupidité; et après lenr dé- 
past la narte de i'samesbkaieiit fut vendu par aulorfté de jus- 
tice. Ainsi fcmaaft dispevsées œs un^ifiqueB oatleclions de 
âutares, et piemes gravées, de livres, que Oassie ^ Laurent 
a waîw t recueillis, avec tant de ^fgetœ, dans lous les Keui 
aà g'éteadalt leur eentmence ^. 

Caâei^Mrmîe) après là luila des ttédîeis, reaUlt «a décret 
|Hr les défllamr iiebeb», eanfisquer leurs Mens, <ft pronëltiTe 
«n4*éèeimpen8ede einq miUe éaeti» à €priuonq«e tes arrête* 
mft^«t id&4feux nik àquiem^^ appottoraol ieiir IMe. ïoutos 
les familles exilées ou privées des bonneurs publics pendant 



do Gominos. ë. VU, du XI, p. I9«. — fi. OrieeUartL p, «t,^. 



396 HISTOIBE DES SjbnUVnSi ITALIEini]» 

les soiunto ans qa'i»ritt.dttré rairtarikédBB Védkà»^ timmà 
iré^b^QS ctons leurs droits : les tableaiïx qui ri^pdiâttit oo 
les itfQiulaiiuiatioiis de 1434, ou celles de 1478 fv» fat £ODJ««- 
ration des Pazzi, furent effaeés f et les deu]( &Iédicis> fils da 
Pierre-François, rentrés dans leur patrie au moment eu leurs 
cousins en sortaient , ne voulant avoir rien de comman avee 
une famille qui avi^t affecté la tyrannie , firent effiaoer lea six 
globes de leurs armes » pour y substituer la croix d'argent en 
cban^ de gueules des Guelfes» et changèrent leur nom de 
Médicis en cdfii de Popolani i. ^ 

Cependant le nouveau gouvernement se b&tad*envoj^ des 
ambassadeurs au roi deJFrance, pour rejeter sur celui qui 
r avait précédé la faute dune inimitié si contraire aux intacts 
de la r|épnbUgue , et pour donn^ une forme pins autbenti** 
que au traité condu si étourdiment avec Hédios. Il fit choix 
de Pierre Gapponi , qui déjà y dans son ambassade à Lyen, 
avait fait connaître combien les Florentins étaient impatioats 
du joug qu'ils portaient^ ; de Tanai de Nerli, Pandolfo Roo" 
cdlai, Giovanni Gavalcanti, et du père Girolamo Savonarola^ 
que l'on 4^ai^ea de porter la parole au nom de tous. Gelai-» 
ci , rc^gardé par les Florentins comme doué du pouvoir des 
mirades et des prophéties , leur semblait un avocat oétete 
que la Providence leur envoyait pour les défendre. 

I^ ambassadeurs florentins se rendtrwt à Luoques. oà 
était le Toi; mais ite ne purent y obtenir audience,. 6t ib fiinnit 
obligés de le suivre à Pise. Là, le père .Savonarde s'adoeasa 
aumoufirque victorieux, avec ce ton d'autcnité qu'il était ao- 
coutume à prendre vis^à-m de son audKtoke. Ge ji'étatt pont 
le député d'une république qui padàit à un roi ,* cTélait l'en- 
voyé de Dieu^ celui qui avait prophétisé k vœaedesFraaçaiS) 



i Jaeopo Bwrdl BUt, Flùr. L. I, p. 38. — PmOI sopUBiii. UK I. p. St. — SdpiMit 
Antmbrato. L. XXVI, p. 20l. — /«(• di GUw. Cambi. p. TO.-^ UèiaoiNf de PhiL deCom- 
BiMf. Ut. VU, cliap».yi«,pte Af3. 



foi en anât IcmgteoipB iMnacé les peuples comme éTun ilâia 
câe^ et q«i s adressait à présent à celm qat la main divine 
avait' eoÉdôit, pour Ini indiquer comment il devait terminer 
r ouvrage dont la Providence Pavait chargé. 
• « Viens» Ini dit4l, iriiens donc avec confiance, viens joyent 
« et triomphant; car celui qui t'envoie est celni même qui 
« pmir notre saint triompha snr le bm de la croix. Cepén- 
« dant , éeonte mes paroles , 6 roi très chrétien ! et grave-les 
« dan9 ton eoMir. Le serviteur de Dieu auquel ces choses ont 
« été révélées de la part de Dieu...... f avertit, toi, qui as été 

« envoyé par sa majesté divine, qu'à son exemple tu aies & 
R faire imsérioordeen tons heux, niais surtout dans sa ville de 
« Florence, dans laquelle, bien qu'il y ait beaucoup de pé- 
« chésyfl conserve aussi beaucoup de seHiteurs fidèles, soit 
« dans le siècle, seit dans la religion. A cause d'eux tu dois 
M éiMUf^er la ville^pour qn'ils prient pour toi, et quMIs te 
« seeondent daiui tes expéditions. Le serviteur inutile qui te 
« spàrle favertit encore au nom de Dieu , et t'exhorte à dé- 
« fendre de tout ton pouvoir Tinnocenee, les veuves, les pu- 
« pUes, les malheureux, et surtout la pudeur des épouses du 
« Christ qui sont dans les monastères, pour que tu ne sois 
«•point cause delà multiplication des péchés; car par eux 
« s'affaiblirait la gnmde puissance que Dieu t'a donnée. En- 
« fin^ pour la troisiènse fois, le serviteur de Dieu t'exhorte au 
ft Bom de Dien à pardonner les offenses. Si tu te crois offensé 
<« par le peuple A»Nmtin ou par aucun autre peuple, pardon- 
« ne-*lenr , car ils (mt pédié par ignorance , ne s^achant pas 
« que in étais > l'envoyé de Dieu. Rappelle-toi ton Sauveur, 
«qui, suspendu sur la croix, pardonna à ses meurtriers. Si tu 
<c fais toutes ces choses^ 6 roi! Dieu étendra ton royaume tem- 
« porel ; il te donnera en tous lieux la victoire, et finalement, 
« il t'admetb'a dans son royaume ét^nel des cieux * . » 

i Fttade/PtSatrofU0vfo. b, II, $6, p. 68, daleompcndio êtampaia^Uestte rtvekaionL 



39B HISTOIRE DM lUifmUQtM ITALtBmi» 

La répotatkm de SaTOBarole était à fém pmf^nuB jov^ 
qu'aux oreilles da roi de Fraiiee : il Mvit en loi qu'un hom 
reUgieux ; «m discours lui pwut un sermoa «hi«iea, et «m 
vouloir entrer en matitoe ^ il proont qpi*à son «ffilfie à Fle^-' 
rei^ce il arrangerait toutes choses à la satîsfiiiAîau du peuide^ 
Cependant il avait défà pevté attôAto au traité woén avee 
Pierre de Médids, et, par une démarebsineouHdéi^, il s'^^dt 
jeté dans des eodiarras dont il oe put pins te tmr «vue 
honneur^ 

U 7 avait déjà ^uatre-vingk^^sept ans qve la viBe do Rse 
était tombée sous la donûuatîoa des FloroutiusSL Im Fmus 
miraient pu sattendre à ce que^ dans les piMûè ge a auoées de 
leur servitude, le vainqueur kor fit éprouva un reesMtittMt 
qui durait encore , et une défiaoee qu*4mtasfeeaiît le soumnir 
d'offenses récentes. Hais d' ratve part, ils 4BYaieiil espérer du 
temps la fusion des deux états en un seuli puisque la prospé- 
rité du pays conquis était néeessœre k edie és^^mmtmm. 
Cependant tout la contraûra était arrivé : dans ks ttmé^qui 
suivirent immédiatement la copqu^ l*adiuiiiislralio»A0ra[H 
tine fut plus équitable qu eUe ne le devînt daus la suibi* Le 
premier commissaire florwtin ^ivojé à Pise? Gino CmfjfOBi^ 
était un homme juste et modéré , et U avait jeherebé è ruim- 
ner les esprits^ Lorsque, deux ans apoès, les fhumÉm^dttir 
reut Pise à F Église , pour y raasemlri^r h isoMiie qui devait 
terminer le schisme, ils eucent eu vue de praourae dis êimar 
tages pécuniaires à cette ville^ et d'y rappdifsr aittûtai «jU^^eua 
qui émigraient. C'était par la douceur ^^ Pistoïa awt é^ 
attachée pour jamais au sort de la r^btique flacentiBe , et 
les Albizzi avaient assez de prudeuce pour pffofitru' de cet 
exemple domestique. Mais la révolution de 1434, qui dtnàiuia 
la liberté de Florence, diminua aussi la Ubérali^ de sa oour 

1 Joeopo Wardi Ut, Fior. m. I, p. 23.^ « J)epoii le 9 ttgtthWilélS. 



ni! mehtm âgé. S99 



peuf^Ie TiéiiqHenr ëteie&t rédaito è 0I peu de chose , qnVn se 
MiifMuraiiil ilix ^iieiis, il n'anmit plus yq aoctiii avantagé 
dans sa eondMon, si ceoinsi n'aTaîent été privés de ces droits 
civile tiix-^iftémes , qm ne devratent ^nais être enfreints. La 
piiMiqtiè flcM^ntineà l'égard des villes sujettes fot réduite h nn 
adage qui justifiait les magistrats de leurs fautes en les chan- 
^saut e& »a»iiiies d*état. fi fHnî tenir j dteaienl41s , Pisuna 
4$n6 Im sujétion pê/r ses fkctiôns, et Pise par ses fbrtêtBsses <• 
îm FlorcMiiis hàtirent en efM dmx «itadelles h Pise , qui 
pwpaMHidciit oommander la ville ; «t comptant sur cette diatne 
Mil aaswée, ife almèreiit emdlement ée leur pouvoir. A des 
iSÊpèl» '6ttift«nx ils joignirent des exactions privées, et les vo- 
leitis de iMs les agents du gouvemenefift ; ils exclurent les 
Pisan de toM emploi, de téfute fonction publique , même de 
eéÊm ^i par les kte étaient réservées aux étrangers ; ils les 
^ShtÊbÊOÊA Ma cesse par r^pKssion du Mépris, de la haine 
ou de la dérision. Étonnés cependant 'de trouver dans les es- 
prits ^fie tésiataftice proportiontf^ à tetle ^lence, et voulant 
dwtpler ce qtt% appelaient F orgueil des ffeiins , ils réso- 
lurent, pour les appauvrir, d*«tH:aquer en même temps leur 
agHcKilture et leur 'commerce. 

Tout le I>eltade ï Arno, exposé aux inondation^, et n'ayant 
point vers la mer uû écoulement facile , avait été cependant 
préservé des «MX atagnantes, et rendu au labourage et à la 
salubrité, par F industrie et la constante attention de la ré- 
publique pisme, peur maintenir tons les t^naux qui coupent 
la pilaine. Ces canaux furent abandonnés par les Florentins 2. 
Bientôt deaeant crout^ssantes infectèrent les campagnes par 

I Vaechiaveili de* Discorsi sopra Tito Uvio. Ub. Il, c. 24 et 2S. Tom. V, p. 374. — 
^ tes craintes des PisâDs é cet égard semblent démenties par Tinstitution de VVffizio 
^ fossi , magistrature sanitaire chargée du soin des canaux, qui date à Pise de Tannée 
HtT. Peut-être trouvait-on déjà alors que le mal causé aux Pisans par une basas 
I^IcNiste éiilt Y^ftenftt éB«H»aiéiit pcr tour réitt. 



400 HI8IOIRX DES , UàmjMXVJU ITALIEiniES 

Ira» edialakms; les malaéies détouinrait la popnlaticMii , et 
rendirent an désert les champs qne Thidastrie hmaioe loi 
atait arrapbés. La ifiUe fiit à 8<HLlaiir dépeuplée par ks fièvrea 
maremmanes; enfin les édifices et les palais soniptfifQx qoi 
rayaient rendue superbe entre les Tilles dltaliei épconipèvrai 
enx-màmes l'infliWM» dâétère de f hnmkKté et de la posnô» 
ture. 

D'autre part, Pise qui s'était âevée par le oemmefee, qai 
avait cottvert la Méditerranée de ses flottes , et iatroteit des 
premières en Ooeîdent les arts des Orientais, par ses cohh 
mnnicatians jonmatières avee GoastMfttineple^ la g^rie et T A« 
friqne, se trouTait soumise à radnnnisAii^iim jidMse d*«B 
gouvernement de mareiMmds, qui croyaient s'enri^ir de toutes 
les lurandies de oommeroe qu^ils lui étaient. Des lois intofdi^ 
rent aux Pisans les manu&ctures de soie et celles de laine r le 
commerce en gros fut aussi réservé, comme on privilégo, ma, 
seuls Florentins , et la ville fnt 9xgm réduite à un état de mi» 
sère.et dépopulation qui faisait la honte de ses maîtres *. 

Mais dans cet état d'abaiss^nent , 1* orgueil du nom pisai^ 
et Fanei^i amour de la liberté, n'avaient point été abandonnés 
par les. généreux descmdants des citoyens de Pise. Les. gea- 
tilshomm^, comme le peuple, étaient animés d*un méoie 
sentiment; tous étidwt prêts à sacrifier poor la liberté une 



I Cberti Folietm Cetiuens* Uist. Ub. XII , 667. — Fr. GuicciardUUt IsiCf. Ub. Il , 
p. 1*. 

II Ihut considérer comme une conséquence de cette désolation A laquelle Pise avait 
été réduite, le sileoce de ses historiens» non seulement pendant sa longue senritude, 
mais mémo pendant la lutte soutenue avec tant de générosité et de constance contre 
les Florentins, après avoir secoué leur Joug. Dans la collection de MuratorI, on ne trouve 
aucun historien pisan après le milieu du xiv* siècle. Paolo Tronci,» et celui que nous 
avons cité sous le nom de Marangoui, qui sont imprimés séparément, terminent tous 
deux leur récit à l'année 1406, quoique leurs auteurs aient vécu dans le xvu - siècle. La 
maison Rooeioui, A Pise, conserve dans ses riches arcliives, parmi un très grand 
nombre de diplômes curieux , une chronique de Pise , écrite par un chanome Raphaâ 
Roncioni , et dédiée au grand-duc Ferdinand II. Hais le soulèvement de 1494 occupe à 
peine quelques lignes de la dernière page de cette chronique. A la chancellerie de la 



ni et des liehenes qaHb estifliaieiA être à peiae à eox , p^ 
9W h Toknté arbitraire de leore maîtres pouvait les lenr 
odrrer tf une heure ^ l'autre. A Ti^roehe de Charles YIII, 
kura eq^énnees fÉreat reuonTelées avee artiflee par Lovis^le- 
Hamfe^ qui se aouremit que Jean GaiéaK Yieconti) pNoner 
due de lEUau, avait possédé Pise, et qui eq^érait JMkIre cette 
ville à ses états, eu se faisant reodre Sanane et Piétra Sauta, 
viHes qui avaient af^pMttteaa aux GâMris: Il n'avait pas suivi 
le roi plos'loin que Sanaue; mais Galéaa de San*Sévériuo, 
ïwm de ses eapitaîues les plus itfSdés, le remptacût à l'armée, 
etil aida les Kaaas, dans le mooMUtlepfasseritiqiie, deaea 
eoDseils et de totf^ son efédit à la eour ^ 

Enti^ksgeuaishMUtteipisans, Simosi Qriandi s'était Mt 
waanpier par sa haine contre les Flonsntuia : c^était ehes lui, 
c'était par sçn activité que tous ceux qpi avrieut été person- 
uflUemciit offensés se réunissaient pour aviser au moyens de 
se venger et de délivra leur patrie. CSomme il parlait avec fii- 
cOtté hi langue traufaise, ses ecmeitoyans le dioisirent pour 
invo^er la faveur du roi, et le supplier de dérober Pise à 
un joug insupportable K Ses anus l'embrassèrwt cependant , 
et lui dirent un adieu qui pouvait être le dernier, au moment 
oi,.se dévouant peur sa patrie, il se signalait à toute la ven- 
geance des Floientins. U se rendit an palais des Médicis où 
logeait Charles YIII ; et endunssant ses genoax, il fit mi ta- 



eoBnuMolA on «a eonfenre une antre , èiileiiieot ■wiiteriie» et qri y fM éè^otée 
par Paateiir Jaeopo Arrosti , le 26 ayril i«ss : la dernière guerre de Pise y est traitée lYee 
quetifiie détail; mais c'est uoiquement d'après Guicciardini , GioTio, Nardi , et les his- 
iortaBs florentins : il n'y « ni un Ctit nouveau» ni l'indication d'aucun mouTement d'ori- 
gine plsaoe. Dans les mêmes archiTes enfin , on conserve les registres des seigneurs 
Anxiani, de Pise ; ceux de chaque année forment un volume. On y trouverait sans doute» 
an milieu de beaucoup d'innttUlés on d'affalrei privées , quelques renseignements cu- 
rieux pour l'histoire particnliére de Pise ; mate comme presque chaque séance ett 
écrite d\in caractère dtSérent, et avec beancoap d'abréviations, il Cuidraît un long 
^vatl pour apprendre à les lire , et un travail bien plot long eneore pour les dépouiUer. 
'^^ CuicdardinU Jsib. I, p. M. — Mémoires de Pbil. de Comines. Liv. VII, cb. IX, p. iS7 
^ f>. Detearli Commmt* 1&' V, p. 189. — * PauU JwH HUt, nA Ump, Lib. I, p. 34. 
fB. 26 



462 HisTOiBS MB RinmuQas rrALuafirEs 

MoM tftppêÊlL 40 Tmàexm» gruidew. de» nMM^ ^ M- 
ireyable détresse à laquelle ito étineat rédmtB^ el ée 1» tjfaïuiie 
eroelle qui les avait aioat accablés. Il se livra ^ en paito^i des 
FjicM'eii&is j à toute la violenee de son ressealitiei^^ tï il fit 
tféBm le roi et toute sa cour par le réeit^es ÎDJusIîees q«*il 
disait aven éprouvées. B rappela à Charies .YIII qu'il s'était 
anuoaeé à l'Italie eomme vaiant la dâivrep de toutes les ty- 
numies sous lesquelles eUa gémissait* Ia pneadère Measien 
4e nette à exéeutioB ses pvemesses se piésMtait pov lui à 
Fise. S\k voulait petsua^toks peuples de sasiueAritéi, dauait 
se hâter de rsndre la ISierté aux Pisaus. Ce mot de ty^rté, le 
seul que les Pisans qui avaieat suiiâ Orludi poiseat ooai- 
prettdre de tout sou discoun , tat répété par epi ui^ee aeda- 
amtlett. fèua lea geiitflsbMUBa»-4e CSMrles , ^tmtnés par 
réh»queuee d*Orlaiid^ joiguiv^it leurs suppUcatious aux sieu- 
MB>; et le loi, saus râlédiir davautage, sus songer qu'il Re- 
posait d'une diese qid u'était point à lui, répondit qu'il -voulait 
lotttoe qui était juste, et qu'il «eraii OMteat di^oi» ks K- 
saus recouvrer leur Uh^rlé 1. 

Aussîldt que la réponse do (Sbarles fut mmune^ )e «ri de 
l4ve la nnaee, et vive la yberlé^retwtit4aQS toutesJe8ia<ms^ 
les soldais florenlius, lesdouamerft, les pereeptouio 4e oo«itoi- 
kuttoBS, furent poursuivis, et forcés de s'enfuir de la vîHo : 
les fions do marbio que le peuple désignait par le aoaa de 
tnarzoechif et qui étaient âevés sur les portes et sur lea édi- 
fiées pubHes, eu signe de l'autorité du parte gueUe et 4o la 
république florwtine, furent renversés et jet^s d^inp. FArfiio; 
et dix ettoyeus réunis pow ionner une smg^eurie fuiwt 
^hfurg(£s de l'administr^tiop dç la république. r:puai9^|iite ^. 

mu. UU I, p. as. ---iK eukdatâM. i^ l, Vi. f!#. — Ménoiifi de riût. 4e Confaet. 
l..yil,e|i. IX, p. 19». it^ mfiMC Jnrnimo. l. imi^ iBi. m- -r ^omfi ^«i«t ut. 



» MÊHm A0B. 403 

'fSiii QaeMftiigeroiieoiitrB, c'était le 9 ncnreod»», joiir néme 
^ \M WknMm traient reoouTré lear Mmté en chassaot les 
MéiKdB, que las Pisam reeouinrèrettt aussi la kur, en eha»- 
iimt la garaîBoii florentbie. 

Cependant Gbatlei VIII semblait Msiler à se cMre lié en- 
mn la MpBbliqne florentine par le traité qn'ayail négocié 
Pierre de Hédicis. La ville de l'Occident la pins célèi^ poÉr 
le eemmeroe et les riehesses tentait la cupidité dé sen armée ; 
il aoNéf sain avee joie ans oeeasioii de renontder les àosti- 
Hlés. Après kféU étaMi nne garnison française dans la fbrte- 
Msae nedre de Pise, et avoir Uvfé la vieflle ann Pisani, il 
'tf approchait de Elorenoe aveo son armée, sans donner de ré- 
, pansai aia ambassadenrs de la rdpabliqne, el sans même von- 
kàr- prwdie de d^eradnalion jasqul^à ce qu'H fût infimoé 
en progrès de Ftt^mée que commandait d'Aubignj ep Bo- 
magne, et des résolutions de Ferdinand qui lui ^it op- 
posée 

SfHi FeMBnand arvait montré du taknt pUIitaire iituM le 
fihflîx des positions par lesquelles 3 avait arrêté les progrès 
'df d'^nlfignjr. Milis an moonentoù les CUonnA avaient pris les 
snneaaiBtonr de fiome, il avait èlé obligé dPaffaibiir son ar- 
médi fmtemmywk son pèito lès ronfarts que ceM^d de- 
mandait. Alionse a^ait joint ses troupes et celle que lui fan- 
vojidt senr fis à celles du pape : il avait attaqué les Coloiine 
avee vigâeiir, qnoiqae saais sneefes. Cependant Ferdhuuidne 
arétaift pins tmqvé asseï de forces pour tenirtète à â*Ànbigiiy. 
Il n*avi^ pu empêcher e^tav^ei de j^mdre le ebAleaii de 
Mordano^ dans le oomté d*Iau)la, dont tous les habttants 
f OnaM passé» m ii 4e l'épée^ Oette eroeUe enéeulton nitt- 
taire glaça de terreur les petits princes de Bomagne , que 
M^f^msA n'aTiit pkia U Iwea de protég» $ £«tbarine 

' * 8et^. ÉmnOnto, t. xm, p. !IOS. «^ PatiH hvU, t. tl, p. U, -^ * PmH Jovji ÏÏUU 
lib. U, p. 86. — Ff. tiui/wUxrmu Ub. I, p, »4. «- Jo^opo tfwNU, Lib. 1, p. 19. 

20' 



404 HisTonus iiis aéptiBUQiM iTALifamtt 

Slitarza, la preitaière, traita fléparément arec d* AnlrigRy, el lui 
oflvrit les états de son fils. En même temps on apprit enBd» 
magné que Pierre de Hédids a?att livré à (Siaito YIII les 
forteresses de Toscane : dès lors la p<)8itioii dn piioee arago- 
nais n'était pins tenable; il fit sa retndte snr Rome, et son 
oncle don Frédéric ramena sa flotte dans les poMsdaroyaimie 
de Naples ^. 

Charles Tltl, apprenant la retndte de don Ferdinand^ 
donna ordre à d' Anbigny de Tenir le joindre dotant Florence, 
ayec sagendarmerie française, ses Suisses, et trois cents chevan- 
légers dn comte de Caiazzo, tandis qn*il Kceneierait les hom- 
mes d*armeé italiens à sa solde, aussi-bien que ceax du dnc 
de Kilan. Charles YIII s'arrêta ensuite à la yiUa Pand#lfiai, 
près de Signa, à huit milles de Florence, pour donnera d'A»- 
bigny le temps darriyer, et faire son entrée d'une manière 
plus imposante 3. 

L'évèqne de Saint-Halo, Briçonnet, le sénéchal de Ban- 
caire, et Philippe de Bresse, frère du duc de Satoie, tes inia 
hommes qui avaient le plus de part à la fiiTem^ dn toi, lia H- 
présentaient que Pierre de Médids ne s*étÂit pei^n qne par 
les services qu'il avait rendus aux Français. Ses* ennemis ne 
lui reprochaient rien avec tant damertume qne d'atidr livré 
les forteresses de l'état , et ils n'avaient pris de la haitfiesse 
que parce que Pierre s'était éloigné pour venir trouver le roi. 
. Ces trois seigneurs sollicitaient donc ChariesYIII 4e rétabttr 
Pierre de Hédids à Florence, et le roi lui dépêcha ei^ eCHètfem 
courrier à Bologne pour l'engager à revenir. Hids- Ffisiiv, 
mécontent du froid accudl que lui avait fUtBenlivogKo, avait 
poursuivi son chemin jusqu'à Venise^; et lorsqoTil neçut le 

r » 

4 • ^ • - . 

t Awa JùvH BUt. Ub. II, p. t^. — rr. GideekaéM. Ifb; f, p. S«-Mi. de CotthM. 
Ut. vu, cbtp. Viii« p. 180. ^ * Franc GtOeelafdini. lib. 1, p. ST. -~ io€&pù Vmr^ 
Ub. I» p. 31. — ^ PauU Jovtt tib. Il« p. S5.-^fieleafff C&nmuHmimGÊlttcmmm, Ub. v, 
p. 140. 



^« 



Ml nom AGI* ' 405 

imaMige te foi| fl t^amt obligé de le oonunumqaer à la sd- 
gMinie) pour lai demander conseil. Les Yénitiens jugèrent 
qtt'en yétabliflsant les VéàSm à Florence, le roi tiendrait cette 
iriUe dans nne pins absdae dépendance ; et comme ils com^ 
asençaient déjà à être inquiets de sa poissancci ils Toolurent 
loi dter ce moyen de l'affermir. Ils conseillèrent donc à Pierre 
de ne point se mettre entre les mains d*an monarqœ qn'Q 
avait offensé; et pour être plos sûrs de sa docilité, ils Ten- 
toorèrent secrètement de gardes qui ne le perdaient pas de 
ToeK 

Churles YIII, n'ayant point reçu de Bologne la réponse 
qn'il en attendait , fit son entrée à Florence par la porte de 
SaiHltiano lel7 novembre an soir. H fut reçfi à cette porte 
sous un baldaquin doré que portait la jeune noblesse floren» 
tine^ le clergé l'entourait en chantant des hymnes, et tout b 
peuple l'accueillait avec toutes les démonstrations de l'amour 
et de la jcne. Cependant Charles lui-même âait loin de cond- 
déner cette entrée comme si pacifique ; il portdt la lancé sur 
la iHiisse, ce cp'il expliqua ensuite comme un symbole de la 
conquête qu'il faismt du pays; toutes ses troupes le suitaient 
lesarpies hautes et en appareil menaçant; le langage étranger 
rt l'impétoosité des Français, les longues hallebardes des 
Suisses qu'on n'avait point encore vues en Toscane, et TartU- 
lerie attelée, que les Français les premiers avaient rendue aussi 
mobile 4iue leurs armées, inspiraient autant de terreur que de 
eoriosité ou d'âonnement ^. Les Florentias , qui recevaient 
4iveo inquiétude ces hêtes barbares dans l'intérieur de leurs 
murs, m' avaient cependant pas négligé tout moyen de défense» 
Chaque citoyen avait été invité à réunir dans sa maison de la 

t #>. GtOedardM. lib. I, p. M. — Bemœrdi OrieettarU de beUo liafico comment. 
p. H.'^* Wr^ GuicdardinL Ii]>. I, p. $S. ^Jacope «ardi Stor. Ub. I, p. SS. — paM 
JûvH MUt, sul temp. lib. H, p. M. — Seipione âmmtraio. Ub. XXVI, p. 904. — îtt/orie 
di&w^ ComM-T. XXI,p»M.-*Aiidré 4e U VigM, Journal de Chirlei Ttn > dmf 
Geoffroi, p. 118* 



4M HISIOIBS DES ljiPe»iâM|PH»,ITALIEH1iES 

W^toMsmfttjmu^ 0I k-hm tuât ftiu m dtméê fwméàf 
Imdre la Vàmhé ^ « la docbe d'alanne .renaît à aoiwn^ 
Lw ooBéattiarl à la soMa de la fépakMfO^ aweiit atsaiâi 
appaléa à la yUle ayaa toaa km aoMfltoi «^ à aMé da faiy 
■éa fraoçaiHe, qui aTaîl ^ aca tofainaali à KkiMMa 1 «m 
a«tN Mnéa flTétaiC iaiwéa ea aaarel, al létaii pi4te à M 

DèsquelaMifatétoUîdaMlaiNdaiadaaMédiaiaqiii lai 
atait élé aiÉigBé paiir degaaivraf il oww n e a y i 4 trattor aiwa 
les commissaires delà Seignearie. Mais ses premières demandes 
aaasèrent ântent de sorprisa qaa d'effrai ) il déclara fiia fmîs- 
qb'U était entré dasa la viUe atea la laaee sar la eoissa^ Fio- 
ranaa étttt sa araqnète, qu'il s'en réservait la so^raralaMéi et 
q«*H àe s'agissttt plos qae de savair s'fl jr rétablirai ks Hé* 
dida pdor aiereer oeMe soii¥artâDeté eia aam novs^ on a*iiaoii«- 
senliraft à déléguer aaii a&tarité à ta Bo^ieatfe aow riAqpaoN 
tfon de éoDiiienkrsda rebelobgtte qti*il enteadati lid adjoindre^ 
hn Florèutiiis répondirent ^ arec une r ospceto ei ioa fmtWÊM 1 
qa*il8 avaient reça la roi eaittme lewr lidte ^ qa'ila o'ataieiil 
{mbt vaola loi presorûre na cérémonial sw rap|»tostt éwe ie<* 
quel il entrait che£ eax, mais lia'ils lai avaient oaverl kor^ 
fdrtes par respect et mm f&t forae, et qu'ite île len a ncaréici it 
jMifiS, on pour M, on pour afficnn antre, à la nnflBdpa fid^ 
rogativé de knr indépendane en de ïkééc Mwrté ^ 

Qnelqne Soigné qn'on fM dé s'enteëdre^ ni fin ai f atitaa 
^parti ne désirait en reair arux làaiifs. Les Fma^iâSi étotinéb da 
la pôpifiation inacooatatiiée de FkreaCi^^ de cab ptdaîa ibassiAi 
qni sëmldaient autant de forteresses, et da eoilr^je que ka» 
tfyjiîïê ftttfieDt montré an seedaant k jdâg dea Médicis, ^è^ 
doutaient d'engager dans les rues un combat où ils seraient 
aecal)lÀ dé pierres dû baut des toits et désTénëtrés; les Mo- 

^ JacepolKardi^ Istor, Fior, Ub. I, p. 24. 



Mwr 49 temps irt «tteadn ie mnmiA où il oeiaf îf»di#t. Ml > 
rai de partir* Lee iwfitoMBB watiniiiiiflia «^ ^ J»^ 

i«i ttreit rédvit abs (Wétaitieiis à oœ demni4e d'afyeotj mm. 
eiieâiâlteUfl«etiteiK/^bîtMte) <ia*«(rteqae lesecDétaine My{||i> 
eHl fait JMtni» ée «» i|»'U déolare^t. ^tre TidtiiiiMw de «o» 
mettre^ lierre Gappenî^ le premier des secrétairee flêreatioai 
M anwAift ton papier dea AnaîaS} e( le déobiriaiiti il a' écria : 
« Eh bîeo ! s'il en est ainsi, i^ous âonnerez V0s tFampettoSi eli 
« mm sonnerons nos cloches. » En même temps, il sortit de 
la ^uaaahm^ CaMe Mpteaaité et ee coQcaga latiflMdàitBBl le 
roi et sa cour ; ils ^ttgèlretit qile le& Fiorentillb oyaient db 
gnuidos nwMMira e B piiis^ii^iis asaicBt parier si haut| et ils rap*-. 
pelèrent Pierre Capponi. ils |tréâeiitèreilt âlu^ deb pi^posi* 
tiens plus modérées, et elles forent bientôt acceptées. La prin- 
xnpale était de fixer à cent vingt mille florins le subside par 
lequel les Florentins devaient concourir à Tentreprise du 
rojanme^de HiCaples. Cette somme était payable en trois termes, 
doiU le plus éloigné devait échoir au mois de juin suivant. 
D'auive part, le roi s'engageait à restituer les forteresses qui 
lui avaient été consignées, soit lorsqu'il se serait rendu maître 
de la ville de Mapks, soit lorsqu'il aurait terminé cette guerre 
par m^e paix . ou une trêve de deux ans , soit enfin lorsque , 
pour quelque raison que ce f&t, il aurait quitté l'Italie. 
Charles VIII stipula en faveur des Pisans le paidon de leurs 
offenses, pourvu qu'ils rentrassent sous T obéissance des Flo- 
rentins ; en faveur des MédiciSy la levée du séquestre mis sur 
leurs biens, et l'abolition du décret qui mettait leur tête à 
prix; enfin, en faveur du duc de Milan, qui réclamait au nom 
des Génois la propriété de Sarzane et de Piétra-Santa; il exigea 
que les droits respeetife sur ces villes fussent réglés par des 
arbitres. A ces conditions, il déclara qu'il rendrait aux Flo- 
rentins et sa protection et tous les privilèges de commerce 



406 HUTOIBX m»rBiHflaJII|0« ITALISRHSS 

dMit il8 jofdflBaient autrefois en France * • Ce traité ftit poMié , 
dais ia eafhécbmle de Tiorenoe , le S6 noTembre, t>^dant la 
eâébration de la mené : les parties s'engagèrent par on aer- 
ment solennel à T observer. Cependant d'Aobigny pressait le 
roi de mettre à profit un temps prédeax; et deux jonrs après 
la célébration de la paix, il partit ayec tonte son armée par 
la route de Po^^nzi et de Sienne, soulageant ainsi les Flo- 
rentins de la plus mortelle inquiétude qu'ib eussent éprouvée 
depuis longtemps ^. 

t joeopo Baedi, UL Flor, lib. l«p. ss. — Èemardi OrtceUarU C ommen i. pw M. — 
Fr» (kàccUardiuL Lib. 1 , p. 60. — PauU jovU BUL $ui temp, Lib. 11 , p. 38. — Sdpimœ 
émaârato. Lib. XXVI, p. 30S« — * Jaeopo IfanH, Uf. Lib.l, p. m.^SdplOMg MmU 
iwlo.L. XKSi , p, 999. -^ Fr. CukciVdM.lJt.1 tP,êi.^ PWAJ09lL Uk, U^p^S^^ 
— Philippe 4e GomiiMt , Mémoiret • L. VU, eh. XI, p. i97. 



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i»itJtiHUu u »t»i» a»»itHin» j » HHW.* 



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CHAPITRE XIII. 



Terreur el irréioliitionda pipeà fap|N^eche 4e GburleB TIII; ee momr- 
que étire à Renie. -* AMtcalion el fuite d'Âlfonse II i dispersioa de 
l'armée de Ferdinand II. — Le royaume de Naples se soumet à Char* 

les vm. 



1404-140». 



1494. — ' Le pape Alexandre VI avait obtenu cette répu- 
tation de prodenee et d'haMleté qae le monde accorde souvent 
sans réflexion à cenx qui, s' élevant au-dessus de toute consi- 
dâration de morale et d'honneur, ne se proposent que leur 
seule utilité pour but de leur politique. Le vulgaire les voit 
marcher vers l'accomplissement de leurs desseins avec une 
hardiesse qui l'étonné; il demeure persuadé que ce n'est pas 
sans une mûre délibération qu'ils^ ont osé renverser ces bar- 
rières, que lui-même s'est accoutumé à respecter. Lorsqu'il 
voit révoquer en doute les principes auxquels la grande masse 
des hommes reste sounûse, et peser dans une nouvelle balance 
les droits divins et humains, il s'adonne à une admiration 
crédule pour celui dont la tête est si forte qu'elle s'élève au- 



41* HISIOIBB DES JliP0Miftt»tITALira]IBS 

dessus Ûe tous les pr^agés. Gepenàmili ces prindpes HMmmx 
que le yalgaire a adoptés comme préjogés sont pour le phikN 
Sophe Tessence la plus pare de la raison hnmainei le frmi le 
pins parfait de ses méditations. De même que la Terla est 
poar chaque individu le seul moyen d' attendre le bat de son 
existence, d'arriyer à cette paix de fàme, fmtt oonstimt dn 
déreloppement de nos facultés et dn perfectionnement de 
notre être ; de même la morale est pdat* tonte société politî» 
que, et pour tout gouvernement, la vraie, la seule voie vers 
la prospérité publique et la conservation de l'état. La com- 
plète coïDcidenoe de la morale avec l'intérêt bien Bitendu a 
souvent été remarquée | oependont lorsqu'il s agit des indi^ 
vidus senlementj oet tiitérét peutèlre modifié de IébI ée.«MH 
nièreft ^r les ^nmÈ\m0»i lés payions d» les «htteiM -èbn- 
traires, qu'on ne peut point se fier à lui comme à nii guide 
assuré ; mais son application à la conduite des nations est 
tout autrement certaine, parce que plus le nombre des indi- 
vidus qui sont dirigés d'aprii l«b principes de morale est 
grand, plus le calcul d'aprèa lequel ces principes ont été âar 
blis acquiert de force ; les circonstances accidentelles se com- 
pensent^ ies passid ns se «leillfalimttt, IM ck«nfesl»al4rilMNi.se 
détraiseat l'une l'autre^ et eii rësultâl f événll fl dtaMM 
tonjMm vrai que la politi^pe la miewiL mtenâw test la fèm 
oisforme à la pi^bilé. 

L'hitftoîce est ridie eu apidîoatîeiia de «e j|Hwa4ipiM «Hl^ H 
raremra^ mis en évidence bnideees blwines d^lèlMw fHtimM 
immoralité^ sans montrer comment ses eeiûtH» peiMilMli 
l'^Mit égarée et comment ses etîmea^oM p^rSv ^. Mai 4kM 
pditiques réputés si habiles, qnî eut voulii mettn» lenrs pro* 
près intéréto à la place des gam^ prM^^^ ^MfUBfiélté Mwr 
maine, une fois aux piises aveo le dafijcer» p^sndknl^fiit'peM 
d' appui, loute direction sûre, toute base] pour knn eombî- 
naisons • Le nHm4<4WP^ Ums^^ V 1 4«neiit H ftaa UMit ft 



iw mnwm âiM* . 41 1 

aafts «tteodreni ciloe éteoger. 

U partit ^a'AleiMiâfe YI^ dallait TeMit^Mdjeaiiipoliliqwi 
a wl m f|«aii|H0 part au népMlatîeiHS tpi avais^ a^gM 
Gbarlea YJII en Italie^il voidnl akn <^teiiir de liMîUawea 
aaiidltiam da la maiieft d'Aragon^ et îattiàidBr Virgiaia Or^ 
aîtfi ^) MhitdiapQîa^ lorsqa*!! eot agsOré à «ea bltalda le tort 
la flaabriUaKt dwA la rejanaM éa Hafrtes^ il ehangaà ftbaa^ 
laaMiVdd parti; il dédara que «es prédéoaasaiira ajast ac- 
aordétTQia iavaslttiuw à la JdMisaD é^Arafan^ il sa ero|riât 
oUigi àoa poMil lai an rafnaar twe qmlritaie : il pnMiasta 
fae ie inystma da Naptea étant nu fief de i*£gtisei Cbi^- 
lea YIII sa ponmt Tattaqner par les amies sans atUif«ar 
rÉgtiae alla-aiièM, at il anta avec ard^r dans la ligua des? 
iMfée à la dCfambii. Bans oa ftémpbi Akomidra était lért 
éloigné da eroiat anl rapides «noafes des {Français^ et tt m 
a-étaft ffii ontartaknaat DDiapvaintt (|ae d'après la {>arsaaai9ti 
qtfîl ne eanrail anenn daaigfer^* h» n^orâ^îaitii da Pîeria de 
Mëdieisà Mi*zane^ et K^ fcan tev eraaaatait é» la Toseane, pai^ 
tètent une tertenr aidiila dans aan àam^ éMe terrear -s'ang** 
ilHttIa «ntN>ra lorftqja'ajraât eavoféi Charles, qin ébul taor 
jaws à FlafMcei^ la aaidinal jPnin«ais Piaoekouni atamna 
lëgat^ Gharl^ ftffaaa de la reeetii^ aattM eat haûae da aaa 
mtêê Pie^ U4 qai arait eoniliattli a^ea aéhanwmftnt la mat- 
aan â'Aïqon, ^pie par àvarsina poar la pontffa qai VMt 
refaits* 

ttepape av»! meû kdne 4é 41aldbre avec aaa armée daas 
les terres de FÉglise ; il lai ayait envoyé toat ce qu'il airût 
de MMals dispanMest fi arail Irai an bêla parmi le ^peaple 
des compagnies de fantassins; et il ayait invité, par ses brefSi 

A rr.QtOecUirdini. Ub. i, p.,69. — * PmA JwH B^t* mi mufi, Lik |I, p.#r* 



412 HuioiBB hu MiBmuqaMi. Tsjajsmn 

k» Bonûdiuà jmiidfe.lei «me» pMr défeiidxe Jeùc paMé. 
iQqpctaAaat sa tevraur evoiiMii a^ec les racoèft.dflB finuiça»^ fl 
avait JUioitôl témoigaé la désir d'owrrir de- noiiydles eoiBÊ6>^ 
re&œs. Le easdinal Aseagiie Sfor» était al<»r& la febd pmci^ 
pd dn parti fraudais dans leaaaréi-oallége. Alexandre fiottta 
à sa rendiie à Borne; mais eomiiie Sforaa pooivait ne s* j pas 
ermre ea sûreté, il M envoya pour* otage son piopie fila: le 
cardinal de yalaneey qoi ftit gardé à Marino, entre les mains 
des CMonne. Cette premiàre eonféreaee vîmA pas de rés n itat* 
Aseagne retourna au camp firanfais, et le cardinal de Yalenee 
auprès de son ptoe, sans qu'A y eût rien deeondn : mais ks 
premières par<riles ayant été portées, Alexandre env^a woh 
près de Charles, les évèqnes de GonoonUa et de Terni, et 
maître Gratian, son confesseur, pour traiter en même temps 
en son nom et en celui du roi de Napks* Charles YIII, dé* 
terminé à lieriea mtendrede la part d' AUtmas II, Toidntliien 
cependant n^goder airee* le pape seul ; l'CKcès -de sa difllanee 
tf était wBk peu calmé, et il envoya à Some la Trfoionille, le 
présidait de Gannay, le oardind Aseagne, et Prosper Go*- 
lonncy sans demander d'otages pour leur steeté. Dans cemo^ 
ment Farmée napolitaine, eammaidée par Feidinand, rentra 
à Bome; et le pape, prenant eonfianeeà la vue de tant de 
siAdats, ne Toolut pas perdre loceasiott de se sairir do ses ett^ 
nemis. Le 9 décembre, il fit arrêter le cardinal Aseagne et 
Prosper Colonne; il les jeta dns les prisons dndiAteauSainls- 
Ange, et il leur dédara qa41 ne les remettrait' en^ liberté 
qu'autant qu'on lui livrerait Ostie. Les deox mnbassadens 
françaia «Taient aussi été anètés; mais le papa bs fitansitM 
ralÂeher. 
Charles YIII ayançait toujours ; il était entré à Sienne le 

— Hèm. dePb. deCoiiiiiMt.L. VU,ch.Xll,p. 99Z. ^ Bwrcimm Dlm Jp^ 
1491, S as, p. 4}4. —illigrillo ilfecnvili iNflH SoRMi. p. SS6. 



00 Momr AOB. 413 

2 déâemim, tiM le mène appareil nditidre qnll aviiK dé- 
plojë à H^mice ett a^tfaît wriir de la TiHe la garde de la 
Sdgueiraef il >«vait denumâé qu'oii loi consigiiât quelques 
foiteresses dans la Maremme aiemniBe; et lorsqtfil était re^ 
parti de eette ^lle le flarle&demain, il y avait laâMëqudcpieft 
troopea, pour maintenir dansl'dMsaanee une répabliqtie dont 
M ae.déSait ^ Ferdinand, duc de Catabre, abuidmné aoeoea- 
ammntpsr les a^ats ^ ia république ilevenline, par Afir 
nibal BenlhFeglki afveç sa troape, par Jean Sforea, seigneur 
éaPésaro, et par Ckddode Mentéfeltro, dnc4'IJrbin, qnifons 
ae retiffaimt ehes eux pour éviter de se eompromettre avec les 
Irançaîa, avait perda anssi piesque tons ses gens de pied, 
qoiy frappés de terrenr, désertaient en foole. Il avait pris 
par rOnÀriele chemin de Rome ^ finn lateDttoQ avait été 
4' abord de faire tète à Yiterbe, parce qne cette ville se tron* 
viitanmiliea deslerres das Orsîm, qn'il rq^ardaft eomiœ 
aaB.pl«8 àdàles dliés^ qne Rome était derrière My et qne sa 
.retraite auv Kaples était asmrée en* eaa de* malifeorS; mais 
les négociations d' Alexnndre YI et ses conli«nelles irrésoto- 
tîMs ne pemnreirt pas à Eevdinattd de prendre un p^rti vi- 
^iHiBeux. Gbariea YUI entra» dMis Yiterbe sans coup férir, 
tondis qm Eerdînandee repliait asr Rome ; et ce dernier s'od- 
empvà à&nner les farèdua des vieQles mmraiUes de oeHeVilte 
1^ àileamettae^en état dedéfanse au moment où le pape fai* 
antrAroèterJecaordiBal Ascaigneet Prosp^ CM 
'^ Cependattt^cette violiâion même du droit des gens n'avBAt 
paatompn toute: rij^odation; le 19 décembre, le pape aiMt 
Yfitiaé de prniDn le cardtaal Frédéric de 6an*-Sévérino ; ai¥Mé 
en mèmid temps qn'Ascagne, et l'avait envoyé à NépI amprês 



.•% 



i Âttegretto Àllegreta Diari Saneti. T. XXIII , p. 83». — Fr. Guiedardini. Ub. I , 
.^ «!.•«- ^mtoMf^TMwma. Lib.'I,f. ». -- * PottàJwU BUum tem^ Ub.|I,p. 30.— 
.3 JMBaKfre» 4» Hitt/éftOéiiifiies. L. Vil, ch; Xi, p. m. — * !>. Gtaedamiri. Ub. I., 

p. 62. 



414 HISTOIllS D» EévmiLIQtnB ITAtlEiniSS 

46 OMurlea YIII, en Ini fiisaiit An ^a^il éWI pitt à léptrar 
«et intéfèli de ceux da roi d» Na^bas t/ MatedMB It toniiike 
do Ml àmev il ve savait se ftxor à aoeone vAdatiim | taiilAt 
U prilmdaH défendre BMie, et il dAiMrait ame SMHnnid 
mf Iffi mayeiis é*» raleT« kg forkificatiens; HuilM 11 a'M- 
'fiPHjrail dB la diMcetti da sa AûtaBif da&a nue n Taala «tai 
llÂla âMeÎBla, dç ceila da l'anivaga dis vivres par BMrlaa- 
dM 911*0^ étaU aax pn&a des ennemiB, da'méecNtlaiitÉiiiaat 
aoiB4 da iraple e* des iictiQas di^or^ qai tfoiaMettt dans 
Bame. M^rs, détoraiipiéi sfanfialr, il denatrdsttèebaqne oaiF- 
^nal OB ajigajafient par écrit de la auivee pavirat) pvis, le 
wapkg$ hà nmqtiaaft nearoi il «arenatt It ém pr^eti d^ae- 



L*irréBohitioii do alMf de l^état Doiçà i l aliaeaa é» ses nma- 
bna à «berober sépap^oMtt lesMiyaD da patirvcÉr à sa propre 
stiraté. Les Fiançais avuent passé la Tibre , ils paroaiMéent 
an tons sens le patriaoÉM cb saint Pferva at^ k aaaipagaa de 
tkmti et tais les iandatniros cto rÉgHsa s^af^rçaisatdefaire 
«vaaaax lanr paix yAitiaafière. Virginie Onôn Wn^tea, qni 
pas Jai|t de fans dbvait dlM attaché à }a nnÉMni d'Aragon, 
qui éta^ eapHaiiia général da> yamée rojraia at grand oanné- 
taUe du t&yuxm^^ -cpul nvwt Mi (iponser son ftk àyum assnr 
«atardia d* AUbnsa B, «t qnt taaail éa lai ka pins nshsa flafe 
dansla ac^nnoia da liapdca, aonnenlit^ sans a bindann arsaaaiée, 
à ce qae ses filatrait|ssent avoek rèâi da ftanae) fad aoisor- 
dftiwcMPt \m libre paw^ dsns tnsteiikBnifkaaea» et UfL don- 
Mimit f nalqnaa Uanx forts m gaga<da kar lidéyté^. 

l# praito da :raigliaoo et ks airiesa sMabnsada k faanHe 
Onm fixant am^ knr Imité ppfbNnfisr : iafa d^tlMpsn et 
Louis de Ligny entrèrent à Ostie avec cinq cents lanees et 



i ÀailMMi AtuMi «Mli». t4M, S M, T. Xn, f. 414. — * r»". C u i t cl awr ut . ftflkl, 

r^ M. -<*Mia /«va aitc mi i#iii{k ub« ii, p. 4o* — st mana SB i c f ifa i a ci w w s fi i t, 

p. 6t. 



:4m% miïh fiPMWi; Gliaitaiiavwt été vepi à Bmémùr piAi- 
44p«^ f orteBWd de0 0mm CivitarYeMbia et Gometo WBiMt 
mnti ton poites; ka pwleft f f aaeais eommiiiqiiaieiit a^èc 

. ^99x de» CokHinai qt^ de l'aotre eùté^da TibresoolefaieQt Uote 
|9 fampegAP de Borne ; les pnAat» et la pq[iulafe dinaaQdaiHit 
l^ffe PP9 ég^ ardeur une pâ ^ mit fip à leara opautfe». 
CeDfiiidaiit* Dkis le danoer aBDPeebait» Dlua Aleiandteé liMa- 

. Uant MW kd-Bitaiett ft'enibarfaMHt dant mb fiésocialiiBs* Il 
fixait daii» 1^ eamp eaneau le cardmal de SaîBtTPîene ad 
f»îfie|f la, JQlieQ de la Bovèie, aon eiUMW peraeiinel ; il eon- 
pilissaît le erédit de ee prélat à la eear de f iMpoa^ sod împé- 
ti^«ité| 0Oft pmelmit pwr lea mauires «AréBies et mu déur 
ardeiit 4^ la précipiter loi-méiDe du trôpe poatlfiflal^ On sa* 
iF||i( psf qiKri» luoyea» heAtem il aitit (diteàu la Iî4ure, pfir 

. mp^ vîçef» eeaudaleiui, par quel étaiag» de awa iwnonilité il 
rayait souillée, et il craignait par-dessus tQut un eoneiki et bu 

^ . Maia rA^rif^^ VIII» wiBiaxé les lUitiMiMMi dea etrdîneOT eu- 
W^» ^Akmmàf^ y redoutait da ton altéidea'evgagevdaBs 
^m l^tp ev#e le pape. Il étéit i i ^ p rt ie w lf d'arriveir à Jiaplei , 
fl twte dî^^wont liûrpamiiMît éaiigeiWfe»D*ettiteiur^ an m- 
}im wtoie de eea auceès, il avait «baqiie jour kmnamim des 
4\iSmk^ fuî floœblekmt dafliitHre à faite déteodar son ar- 
«ée* Cornue 4;m«Mibaît ams magasin»', il avait himlôt 
iifWrM^éb à «meublée dans l'état de fieaae^ ks eonséqueaèes 
# r^tvèiuefNittyretédu pap. iies p^saa» avaieat été rames 
par le» gii0rras oentiaueUR» mtre les fiolonae et ks Oisiai ; 
IfMiiCMtea^i te plu» fi^Me» «raient été pméaou folé» ; toutes 
. le» |!é»Qit^ élm^ HfftÊmém d»M l» {ius iarta, ot ka aol- 
, 4itP fmWfÎA ^ trwvaieoÉ pas dans k» ebraups une seule 
IAi|iiA9 fiii'il» pp»se0t «lettre à eontrUnitioB* La i^aee do Bvac - 

1 ff. GuiccUxrdini, Uh* U p. «à. -r ^ONfi JmU BUk ma $mm Ub. H. P*4«» 

\ 



4f« Hmom MÈrmÉamÊJÊfon rrAuniin 

oioM.fimiil ai afemitaMe é» yin» k r tnMè loyiH ; mA 
tglkd<if éta» les jowv ^ amuMnl prMM, a^t épromé 
d'atrènai bosote ^ Ta» k sèon tanpSi FnnmidèBaBeM, 
BMttre d'iiètd d« roi, était webié à PlonMao afvec Tmgt 
anlle ^tacato qw loi enroyail le due de Mlan ; poift la loMe 
9B FaTait poft^ et ^pie eosnaiidait le prinee âé Satané, 
wmik êbé battue par les Teate, poussée en Corse et dispenée, 
efteorta qa*dk ne^endaitplas anem serrieeà Tmmée et tf as- 
surait plus ses conYOis ^. Enfin, Charles TIII était entoaré de 
aattoeillcrs qai toos psétmdaieiit obtenir de l'Église quelque 
pdté en qoelqne bâaéftee. hd sarinleflrtsiit été ftianees, Bri» 
«euMt, d^évèqnade Sasa^Malo, dérirait leckiq^ean de ear- 
tfnal, et il senliit qu'il M serait ^ns fiaeBe de Ti^Meinr d*irti 
Pipe qm se eragpiit sur le poîvt d*élre éépcÊé qae d'elle 
église réformée. Il engagea dooe le roi à renoner les n^go- 



D'apiis ees eoBsidésatioDa, te aNuréeiial de 6te, le séntfdttl 
de Baaaeiiseet Jean de fiaanaj, prearâr présida da parie* 
WBttt de Puis, ùMBt aBfo|és de nontean a» |mitiflei. Ib dé- 
mméiwik qne tares ttt admis sans 'réslttanee à Borne; ils 
pranimsit 91e GhaHes «eiiçéctsrait fantafrité pcmtificale et tes 
immunité» de l'Église, et ib aanniMÉft tfae^ dès sa preiÉilM 
eenférraee ayee te pqpe, toirtas tes difflcnltéi qid existaient 
esMwre eneere entre eax «enâent leiées^ AtexanAre trau^ait 
Uen dar de mettre sa capitale eaftre les mains de ses en-* 
namist et de wmwjeÊ ses anailiairss aiMM tfbtofar w* 
télé anémie oenMim. Ck^ndant Fatmée de dwriês a^i^- 
çait toujours, jamab il ne séjournait phia da daatt jewadans 
une même Tilte; tes CellomM eméent a sMM u Mé une anafè à 
Gâiazzaao, le eartinal deta Boyère en avait une antre à Os- 
tte ; toute résbtanee paraissait impossibto, et Alexandre 



« rhU. de Gomiii^i, llémoiret. Uv. VU, chap. IZ^p^iM.— » f». OuÊMim^êlMi. Mfc. 1^ 
p. lu «Phil. dQ Cwnfaei , UéMoim. Ub. VU, chap. Xlf , p. wi. 



DU.ttOTM àÊtS. 4l7 

jtatk «lAa 4 Iwe retufer de Bwm leéœéeCUabfe ttce «on 
armée K II demanda pour M uasauf-ceadiût afin que le priooe 
iM^poUtaia «Mritt de rÉtatEedéaiastiqtie sansétre molesté, lâais 
f erdmaiid n» Tonlat pas 1* aoeepter^ Seulwieift le cardinal As- 
eagoe Sfona l' aocompagna , pour contenir le penple , jusqu'à 
la porta' San*Sébastiano par laquelle il sortit de Borne ^ iuàr 
dis çit'à la même heure, le 31 déceadnre 1 494, le rm de France 
y wtrait à la tête de son armée par la porte de Satnte^Marie 
duPwple^. 

L'^>parition de cette armée, qui pour la première fois fan 
siât connaître aux Bomains la force et la nouTelle organisa- 
tkm militaire des ullramontaias, leurinéinra un étonnement 
mêlé de terreur. L' avant-garde* était composée des Suisses et 
des All^pands qm marchaient au son des tami)ours, par ba* 
taâUons et sous leurs drapeaux. Leurs habits étaient courts et 
de couleurs variées, et ils étaient coupés selon la forme mèsœ 
du corps. Leurs cbefe portaient, pour se distinguer, de hauts 
l4umeta sur leurs casques. Les soldats étaient armés de courtes 
^ée» et de lances de bois de frêne, de dix pieds de long, dont 
le fer était étroit et acéré. Un quart d'entre eux portait des 
haUAardfis au lieu de lances, le fer de celies-ct ressendriait à 
une haehe tranchante surmontée d'une pointe à quatre angles; 
Ua les maniaient à deux mains ^ et frappaient également du 
ttanefaant et de la pointe. À chaque nnlfimr de soldats était 
attachée une compagnie de cent fusiliers. Le premier rang de 
chaque batûlloa ébiit armé de casques et dé cuirasses qui cou- 
vrqâent b poitrine, c'était aussi Tarmure des capitaines ; les 
aMitea n'avaie&l peint d'armes défensives. 

iffès les Suisses marcfaaœnt cinq mile Gascons, presque 



t Mômoires de Phil. dd Comiaes. L. VII, ch. XII, p. 202. — ^ Fr: GuicciardinL Lib. r» 
p. es. — PûuU JovU HUt, sui temp, Lib. Il, p. 40. — Fr, Bêlcarii Cotnmeni. Rer, Gai' 
iie» VtK V» p. aSb.-* BaynalUiAmiaL i4»ft, $ so, p. AZ*, — Arnoédi F&voniu Lib. I , 

vu. 27 



418 . HISTOiai DBS aÉPUBL»)UB» ITALIBH9BS 

tous arbaléti^rs ; la prraiptltade i^vec laqijiel^ |b t^Bdaieni 
et tûraieat leim lurbalètj» de fer était remarqiuiiUei da reste, 
la petitesse de lear taille et F absence de toij^t ornement daas 
leur eostunie les Icôsait contraster désavautageoi^emeK^t avee 
1^ Suisses. La cavalerie veiimt ensuite, elle était composée de 
la fleur de la noblesse française, et elle brillait, par ses maa- 
teaux de soie, ses casques et colliers dorés. On y comptait 
deux miUe cinq cents cuirassiers et deux fois autant de. cava- 
lerie étrangère. Les premiers portaient, con^me les gendarme^ 
italiens, une lance forte, striée, orn^e dune pointe solide, et 
une. masse d'armes de fer. Leurs chevaux étaient grands ^ 
forts, mais selpnl*, usage français, on leur avait coupé la queue 
et les oreilles. Lïbl plupart n'étaient point couverts, comme ceux 
d^ gendarmes italiens , de caparaçons de cuir bouilli qui les 
fiJ^sscAt à Tabri des coups. Chaque cuirassier était suivi par. 
trois chevaux^ le premier monté par un page armé comme, 
lui, les deux autres par des écujers qu'on nommait les auxi^ 
liaires latéraux. 

Les chevau-l^;ers portaient de g^rands arcs de bois^ à Tu* 
sa^ d'Angleterre^ propt^es à lancer de longues flèches ; ils n'a- 
vaient pour armes défensives que le casque et la cuirasse j, 
cpelques-uns portaient une demi-pique pour transpercer par 
terre ceux que la cavalerie pesante avait reuversés. Leurs 
mai^ieaux étaient ornés d'aiguillettes et de plaques d* figent 
qfà deçN»naient les armoiries de chacun de leurs chef». Qtiatre 
cents arch^ ^ parmi lesquels cent Écossais, marchaient, aux 
côtés du rc^; deux cents chevaliers franco, choisis sur toute 
la fleur de la noblesse, l'entouraient 4 pied. Us portaient sur 
leurs épaules des masses d'armes de fer, semblables à de j^ 
santés haches. Les mêmes, lorsqu'ils montaient à cheval, pre- 
naient tout l'accoutrement des gendarmes; seulement ils 
ét!aieat distingués par la beauté de kors chevAUx, l'or et la 
pourpre qui les couvraient. Les cardinaux A^cagne Sforza et 



/ 






un MOYBn AÙE.' 4isf 

Jnlien 9e la BÔTère marchaient à côté da roi ; les cardinaux 
Colonne et SaVelIi le suivaient immédiatement. Prosper et Fa- 
brice Colonne et tous les généraux italiens marchaient entre- 
mêlés avec les grands seigneurs de France. 

Trente-six canons de bronze, attelés, étaient traînés à là 
suite de T armée. Leur longueur était d'environ huit pieds, 
leur poids de six milliers, et leur calibre à peu près comme la 
tète d un hdmme; les couleuvrines, de moitié plus longues, 
marchaient ensuite ; puis les fauconneaux, dont les plus petite 
lançaient des bouletâ de la grosseur d*une grenade. Les 
affâts étaientt formés, comme aujourd'hui, de deux pesantes 
pièces de boiâ, unies par des traverses; ils n'étaient soutenus 
que par deux roues : mais pour marcher on en joignait deux 
autres avec un avant-train qui se séparait de la pièce en la 
mettant en batterie. L'avant-^rde avait commencé à pàssef 
la porte du Peuple à trois heures après midi ; mais la marché 
dura jusqu'à neuf heures du soir, à la lueur des torches et deiS^ 
flambeaux , qui en éclairant f armée lui donnaient quelque 
chose de plus lugubre et de plus imposant ^ 

1495. — Cependant le pape s'était retiré dans le château 
Saint-Ange, avec six cardinaux seulement : presque tous les 
autres secondaient les instances de Juiietl de la Rotère et 
d' Ascagfie Sforza, qui sollicitait le roi de délivrer r Église d'un 
pape qui la couvrait de honte, et dont la conduite était aussi 
scandaleuse que sou élection avait été simoniaque. Le nom de 
concile, répété par tout le parti qui reconnaissait Ascagne 
pour son chef, remplissait de terreur Tâme du pape K Aussi, 
plus il tremblait pour sa propre sûreté, plus il s'obstinait à 
refuser de iremettre au roi le château Saint-Ange, que cèlul-ci 
demandait comme un gage de la bonne foi d'Alexandre, et 

A Toute Mite deterliMioii m prise 4o Wmû lofe, iqpii nn» éfàn/b èteR présent. EfbMI, 
p. il. — V^z amà JiMioitei éà iouii de k TrèoBoaUto. Sol» XIV, p. i<8. -- Aoii^ '• 
de u Viftoe. Apud GodeCroi. p. 121. -« * PmOt imUt JiHi. n^ fVMp. tab. Il, p-, A, 

ZV 



420 BISTOIIIE DES ASPUBLIQUBS ITALIERNES 

que le dernier regardait, au contraire, ccmmé son pins 
asile. Deux fob Fartillerie française, qui était au palais de 
Saiot*Harc où logeait le ror, en fut tii'ée et braquée contre 
le ebâtean Saint- Ange ; mais deux fois les courtisans français 
qui couToitaient les dignités de l Église, réussirent h empè- 
dier les premières hostilités ^ 

Enfin les conditions de la paix furent arrêtées le 1 1 janyier. 
Le roi promit de regarder le pape comme ami et comme al-' 
lié dans la paix et dans la guerre, ^ de respecter en tout point 
son autorité pontificale ; mais en même temps il demanda que 
les citadelles de GiTita-Yecchia, de Terradnef et de Spolète 
lui fussent livrées, pour les tenir jusqu'à la fin de la guerre ; 
que César Borgia, fils d'Alexandre, suivit pendant quatre 
mois l'armée française comme otage, encore que, pat égard 
pour les apparences, il dût y prendre le titre de cardinal-lé- 
gat; que Jem, frère de Bajazeth, fût remis aux Français, 
pour les seconder dans leur attaque contre la Turquie ; enfin, 
que Briçonnet, érèque de Saint-Malo, fftt admis dans le (col- 
lège des cardinaux. Le pape, déterminé à n'observer d'autres 
traités que ceux qui lui seraient avantageux, et se regaîrdant 
déjà comme délié de ses serments par la violence quMl éprou^ 
vait, ne disputa sur aucutie des conditions. II se rendit' att 
palais du Vatican; il admit au baisement des pieds le roi et 
tonte sa cour, il donna de sa main le cbapeau de cardinal à 
Briçonnet, aussi bien qu'à Philippe, évèque du Mans, de la 
maison de Luxembourg, et il remit entre les mains du roi le 
sultan Jem , après avoir fait dresser par un notaire un acte 
authentique de cette consignation >. 

Le malheureux fils de Mahomet II, s' approchant de Char- 
les YIII, baisa sa main, puis son épaule ; ensuite il se retourna 

s Franc, GukdardinL Ub. I, p. 64.— ttémoires de Pbit. deComines. Ut. VII, ch. XV, 
p. 919. — s PauUJwU Hiêt, «ttf temp. Ub. il, p. 4S. — Philippe de Cooiines. Ub. VU, 
ehap. XV« p. 92U-> aoyiialdto* ex BMretaNH IMoHo. ti9i • S 2 , p. 438. 



DU MOYJECf A4>B. «21 

Tecsie pape elle pria, avec noblesse et modestie ai uème 
teQip$> de le recommander a la prolecii(m da grand roi ao* 
qne^ille.confiait, et qui se préparait à la conquête de V Orient. 
Il se flattaity ajouta-t-il, que le pontife n'anrait point à se ré« 
pentir de loi avoir rendu la liberté, ni Charles y s'il suivait ses 
conseils après avoir passé en Grèce, de l'avoir pris pour «hd^ 
pagnou de voyage. Jem avait quelque chose de noble et de 
royal dans son aspect; son esprit était cultivé par Tétude dé 
la littérature arabe : il montrait dans ses discours une poli«> 
tesse flatteuse, et quelque chose de piquant dans son exprès* 
sion. I^ grandeur de son Ame et la noblesse de sa figure ré* 
poudaient à I impression que faisait d'avance son malbeur ^ 
.Vais tandis que Jem se livrait à l'espoir de sortir bientôt 
de 3a captivité, et de rentrer dans sa patrie, le terme de sa vie 
était d^ fixé par celui qui le livrait ainsi à un nouveau garr 
dien^. Cette captivité avait valu au pape uÀ revenu considé- 
rable ;, Bajazeth lui payait quarante mille ducats sous le titre 
de pension de son frère, mais plutôt comme récompense de 
ce qn'op Iç r^ti^ait éloigné de sea états. Lorsque le Génois 
Gepi^ ^Qccîardi fut envoyé par le pape au sultan .pour en-* 
gi^er celui-^ci à concourir à la défense du royaume de Maplesy 
Bajaaeth^ toojoars inqmet de l'existence de son frère, voulut 
profiter de isette n^ociation pour se défaire de loi; Il renvoya 
Ai^ciardi au pape, et le fit accompagner par Dauth» son 
propre ambasi^eur* Celui-ci portait nue lettre du sultan, 
adressée en grec à AlexaipidreYI. Des ménagements hypocrites 
pour le, caractère de celui qui écrivait la lettre, et de celui à 
qui il l'adressait, y étaient observés. Bajazeth, disait4l,^ientBit 
une profonde commisération pour le sort de son frère; ilâait 
temps de mettre un terme à sa captivité chez les étrangers et 
à sa dépendance ; la mort pour un sultan ottonum était mille 

i Palài Jovii HUt. 8Ui temp. Uh» U» p» 4t» 



422 HISTOIRE Dt^ Mim3MUf^3MS ITALIEBUKS 

^ pr^rabk à cet étatJHêMoié^ e| pwvie ce a'^aUppiiit 
pu orime aux yeax d'un dirétien de donner I9 mort è on 
iposaUpian, U invitiât Aleuui^dre à le défaire. [^ le patoon de 
cet ennemi domestique, lui promeflani en récompense une 
isopime de deux cent mille dueats 1, |a rdiqae^ prjécieuse de 
la tunique du Christ, et la promesse de ne polQt porter de 
toute sa vie les arme^ contre les chrétiens ^. 
, J4» deux ambassadeurs , en débarquant sqr le rivage près 
d'Ançône , furent arrêtés par Jean de la Bovère, préfet de 
gjxiig^Uiay qui avait embrassé le parti de son frère le cardinal 
de Saint-Pierre ad vincula^ et qui avait commencé des hosti- 
lités contre le pape ; il leur enleva Targeat qu'Us portaient 
pour payer pendant deux années la pension de Jem. Bauth 
jféu^sit cependant à s* échapper ; il ^e réfugia auprès de Fran- 
çois de Gouj^ague, marquis de Mantoue, qui avait contracté 
ppe alliance avec le grand-seigoeur, et qui le renvoya à Coouh 
tantinople^p 

. On ignore si Alexandre avait accepté les conditions qne le 
sultan lui offrait, ou s'il n'eut d'autre motif pour agir que la 
jalousie qu'il avait conçue contre Gbarl/^ YllI ; mais sm as-> 
sure qu'avant de livrer Jem à celui-d, il avilit fait mâler an 
^cre dont ce prince faisait un grand usagne no^ poudjœ Uan- 
çj)e d'nn goût agréable^ et dont l'effet n'était ;p<»nt anliit, 
ipiais qui opprimait lentement les esprits vitanx , et oausatt 
sans convulsion une mort certaine. Ce int le même poison 
qu'Alexandre YI employa ensuite pour se défaim 4c pluâeurs 
cardinaux, et dont il fut enfin lui-mémo victime. J^m» arrivé 
à Qap<Mie à la suite de l'armée Irançajûis» y jtoiaiNi^dangerea- 
%9ment. i^alade; il mourut, ou dans cette viUe» w h Naples, 



'1 ËMtePêM^ PMiMipl. «. I, f. 4é DiBs ta-letire r^Qortée par BarcbinL, on Kt Soa»MO. 
-* s Pautt iovtf Jr«fi. Mi iemp. Lib. II, p. 44,,-^ Burckiàdut in Diario, Lib. U, apid 
Rayoïld. .I4ft4, $ 28, p. 4SS. ^ > PauU Jovii Bi$t. sut Mmp, lib. II , p. 44. — Fu Guàc- 
ciardinL \Àh, l f p. 6S. 



DU MOTEN AOE. 4^23 

fa S0i$trier. Gharies Vlfl le Itt enMYclir k GMIe. Mate, en 
1497, te TOI doii Frédéric itndit son oôit» à Bajazi^ 

Charlei demeura près d'un mois ft Bbme; inais, pendant 
^ temps tnème, il continnait à faire avancer ses troupes vers 
les froùtièi^ du royaume de Naples. Il en avait fait denx 
Vsorps d%rfâée, dont Tun devait entrer dans le pays ennemi 
par les Abrazzes, l'autre par la Terre de Labour. Il donna le 
eôknmandement du premier à Fabrice Golonna , à Antonello 
SavelH, et à Robert de Lenonooml;, baiOi de Yitri. Il joignit 
aux Compagnies dés deux premiers quelques brigades de gen- 
darmerie française, et quelques bataillons d*lnfanterié suisse et 
gasconne. Cette division s'avança par le comté de Tagliacozzo 
«lans les Abfuzzes. Ces provinces, et surtout TAquila leur 
ddpitale, ^ient toutes pleines du souvenir des Angevins, et 
toutes disposées à la révolte; en s(Me qu'en peu de temps 
ettes arborèrent partout les étendards de Fran<5è. Barthél^tni 
d'Alviano avait été envoyé par Ferdinand sur les b<M*dë dd 
laéf de Gelano, poar défendre les passages des montagnes et 
rentrée de r Abruzze : mais il s'était trouvé trop inférieur eti 
forces, et il avait été obligé d'évacuer toute cette province 
sus livrer de combat K 

D'autre part, Châties yill, à la tête delà plus grande parHe 
de ion amééy se mit en route le 2â janvier ^, traversant le 
Latium, et s' avançant vers Naples par la route de Cépéranë , 
Aquino, et fian-Germano, qui est un peu plus éloignée de la 
mer que celle qi/on suit aujourd'hui pour aller de Rome à 
Na{^. A peine était-il sorti de la première de ces deui viUeé, 
que le pGfiitife romain, humilié de la paix qu'il veiiait de 
signer, prit ses mesures pour en rejeter le joug. Don Antonio 

A Pauli jovH Bi8U sid temp» Lib. II, p. 47.— B«niaftfi OriceUarU Comment, n. 04,— 
Pétri Benibi Mut. Yen, L. il , p. 86k -^ C^ôiticà dt Teneiia aêM. T. XXIV. Ùfiiitil. 
p. i$. — 19. GuteekatéHO. lib. u, p. Sfé ^ Bummome, islortê di Mâpolk, Uh. f I* t, |I» 
p. ftii. — « PauU JovU HUt. Ltb. U, p» 4i.— Pfatt. de ComiMs, Mén. Ut. VU, ch. Xtl, 
p.226. — > Âlûgretio AUegreta^ muti SmuL p. •»• " 



434 HisTonuB ds« niimViiqvn» italiehhss 

de .Eoneqa, mbmmimt des t^is d'Espagne, moc&ÊÊpBfgÊotk 
d^irles.daiis cette npédîtioii : il Brpovnûi voir sussdoo^ 
leur dépouiller la braadbe bâtarde d'Antgen d'im royaHim 
canqpw origiiMiremeat avec les armes de T Espagne. Il eon- 
QWsaît l'inquiétade da pape et la fermeatation de tons les 
états d'Italie, aUrmés^par les suceès ra[HdeB des Français» et 
il couvint a^ee Alexandre YI de tenter quel serait l'effet d'une 
protestation éclatante; se flattant que si die n'arrêtait pas 
Gbades ym, dn moins elle ranimerait leeonrage des prinees 
de Naples* A l'arrivée da roi à Yelletei , il loi demamla une 
andience : alors il loi représenta que lorsque Ferdinand et 
Isabelle, s'étaient engagés, moyennant la restiitâtion de Fer^ 
pignan, à ne point passer les Pyrénées, et à ne point atta- 
quer la Franee^ ils aïoîent em*^ sur la parole dn roi, qœ 
celoi-ci avait sortent « iroe de porter la gmrre emitre les 
Toroi; <pi' ayant d' attaquer le royaume de Naples par les 
Annesy il consentirait à soumettre sa cause à on josto arb^ 
trag^ l qu'il respeeterait la ^erfeé de tout le reste* de l'ItaKe, 
surtout celle da l'ÉgMae. JflfaisFonseoa n'avait pu voir sans 
étp^uement, et pes maîtres n'apprendraient pas sans douleur 
que Charles VIII avait décliné la jurisprudence da pape à 
laquelle Alfonse II était disposé à se soumettre, tandis que le 
royaume da I^aples, qoi était* en IHige -cuire eux j ^tant m 
fief de lËglise, ne pouvait être possédé légitimement par Ton 
ou par L'autre prétendant , sans une décisbn de la cour de 
Borne ^ que Charles VIII, l(nn de respecter F indépendance 
des antres états d'Italie, les avait tons forcés à lui foomîr des 
subsides prodigieux, qn'il avait bouleversé knro oonstkotioas 
et mis garnison dans leurs forteresses. Lueqoes avait dft 
se racheter à prix d argent; les Médids avaient été chassés de 
Florence ; Pise avait été encouragée à la révolte. Sienne obli- 
gée de recevoir garnison, et tons les lieu± forts de ces divers 
états étaient entre les mains deç Français. £nftn le p(q[>e, dbget 



49;]%,ii^8tfnriioii.4e .tMs lœpriBtts «bféiMiiS) aTirit été ibrei 
poErla terrwrii rignw mie paix faoBMlifmte ; Uayait reça dea 
gàomom frangaîBes dans aea forteresse», livré en otage le 
cardinal de Valence, abandonné le saltanJem à €faarlesVni; 
ettf par tontes ces concejssions, il n'avait qn'avee peine sauvé 
Borne de Tmeradie et du pillage. Puisqne le roi de Frmce 
nq se croyait obligé à respecter aucnn «traité , ni anenne des 
garanties dn droit des gens, 1* ambassadeur de Ferdinand et 
d'IsaliMdle était appelé à loi déclarer qne aes maîtres ne soof^ 
friraieat .point qu*il enlevât à des princes aragonais nn 
royaume qu'une possession de acnxante ans et les décisions 
de plusieurs pvgcA avaient rendu hérédaîre dans leur famille ^ 

A. peine les gentildiommes français qm entouraient le roi 
p^rmirentrils à Fonseca d'achever son discours; ils répon* 
dirent^ meo œtte impétoosité et cet orgueil-qu'avaient nourris 
des $upoès. inespérés : que les âmes ne leur avaient jamais 
manqué pour soutenir leurs droits,* que si Ferdînanâ'oiibNait 
ses traita et ses engagements dont la 'restiti]rtion de Vetiph- 
gam avait été le prix, les dievaUers français étatentbona 
pour Ten faire ressouveidr, et qu'ils lui feraient» connaftre 
bien^t la différence qui existait entre eux et les arcbers 
maui^, qu'il était » fier d'avoir vmncos en Andalousie.- Des 
parties toujours plus piquantes forœt dors échangées des 
é^mi^aé»; cl Fonaeca, qm cependant était un homme grave 
et modéré, se laissa tell^nent transporin' par la colère, qu'il 
déchira. sow> les. yeux du roi le traité signé entre la France 
et rE^[Migne, et qu'il signifia à deux Espagnols qui servaient 
dans l'armée fcnçaise Tm^dre d'en sortir sons trois jours, s'ils 
n<^ voulaient .tomber dans le crime de hante trahison ^: 

Le roi deFnmce avait à peine reçu cette dénonciation d'une 

> PauU JiwH Hif<, JMlleqqM,, U^p, éâ^^Fr. GttUéOaidini tst. Lib. Il, i»; 8T.-» 
BarthoL Senaregœ de rebut Genuens.T. XXIV. Rer, ItaL p. 645. «"Ff. Retcarii Comm* 
Ber.GalLVlb.yï^p.U9.-^^PauHiov(kUhnt^,4», 



4S6 HISTOIRE DM AélnmJQimB ITALIKiniBS 

gnNm imiiiûieiiie, lonN|D'il apprit que le eàtéSêA éè Weimab 
s'était mdm de Velletri sons an dégiweflwiit, atcpi'il étnt 1%- 
loamé à Borne; que le pape refusait de Ptra^tre Spolète à 
«e» lieutanaotA, eomme il «' j était engagé, et qa* enfin le mal- 
hwpeux Jem paramait aUdnt par un poison qa*il portirft 
^lans'ses entrailles. Mai» Charles ne se hieseL point arrêter p&t 
œs ixvuYas de la mauvaise foi d'Alexandre VI. La iolte 
qa' AUense avait ehu*gée de défendra les ^sôtes de la Campanie 
et do a'emparer de Nettuuo avait été battue par la tempèle 
etr forcée do rentrer dans^ le port de Naplea, >La flotte française 
n'avait pas été pins beureose, et après avoir été jetée en C!apse 
par le même coup de vent, elle était revenue à Porto^Erec^, 
où presque tous ses soldats l'avaient quittée i. Après les avoir 
i^énins à son armée^ Charles attaqua Monte-Fortino, obAtaan 
de la campagne de Borne , qm appartenait 4 Jaoob des Conti, 
iMiroA nonuàn. Geluirei, après avoir été quelque temps an 
iervice de Charles, avait passé dans le oamp des Aragonais, 
^pour ne paS' servir soos les mêmes dnq)eaux que les Golonna. 
Ir ea^illefiefrançaîse ouvrit en peu d'bimres nue brèche dans 
les nmn de ce ohàteau, qu'on regardait «emme très forjt. Il 
fut pris, #t tous jea habîlants forent massacres. Les Français 
attaquèrenl^ ensuite^ snr la frontîtoe même du r^^aimne, le 
Moi^-SainWean, qui a^artenailau marqqjs de Peecaire, Al- 
fouse d' Avalos» Ce chàteau^fort contenait nue garnison de trois 
eents hommes, et cinq o^tts paysans bien armés^ ilfnt^epen- 
dant pris en pm d'heures, sous les jeax mêmes du roi t eàxà^ 
ei ordonna également qu'on massacrât tous les habitants , et 
ne se laissa point fléchir pendant les huit heures qœ dura cette 
bottdierie* Le Moiit«*iaint-^Jean fat ensuite iNPûlé. iiSetle féfo- 
cité , dont l'Italie n'avait point encore vu d'exemple, répuidit 
au loin la terreur du nom français t les soldats déjà découra- 

1 PauU JovU HUt. Md l€iii|MJk.nt r»4l. 



wo mofta AGI. 497 

ff^ et lus baMants q«î n'uYaîeBt point di affeettoii pour kafii 
prinoes, pcurdireotdèB kur» toote eavie de se défeadre ^ 
. Maia la terreur du rdi de Naples pageait encore celle que 
resseataieat sea soldat» ou ses sujets. Cet Alfonse JI qui , dans 
les guerres dltalie et dans celle àe^ Tores , s'était acqoia nue 
grande réputatioa de bravoure, que I'oq croyait non moins 
sage que courageuii, non moins ferme que prudent, ne trouva 
|4as de force en lui-même lorsqa il eut besoin de râJater anx 
clameui^i pubUq^es ; pendant sa tontes-puissance elles awent 
^té supprimées ; mais lorsqu'elles assaillirent pour la première 
fois 8es qreiUes , elles réveiUèr-eat «ussi les Remords de sa con- 
seieaœ. 

. Alfonae> il est vrai, n* avait pas encore régné une année; 
VQirâ depuis bien plus longtemps le royaume de Kaplea était 
soumis à son autorité. Dès Tépoque où il était parvenu à Tàge 
,4*bornme, ium père Ferdimmd lui avait donné nne pairt im- 
portante dans Tadministration , et avait paru le plus aonvent 
iéffvQT à ses conseils. Toot ce qu'il y avait eu de plus perfide 
dans la politique du cabinet de Naples, de phifr cruel dans ses 
vengeaxM^ , de (dus vt^^aluîre dans son système de finances , 
avait constamment été attribué par le peuple à Àlfcmse plutôt 
qu'à Ferdinand, Des exactions intolérables appauvrissûent la 
ville et les oam^gnes; tons les genres d'industrie élment 
soumis à des monopoles ruineux : le rm aebetait T hutte, le 
blé, le vin , à un prix fixe , qui dédommageait à peine le cul- 
tivateur de ses avances ; ot il les revendait ens#te avec un bé- 
néfice .considérable , lorsque, par une famine arti&^le, il en 
avait augmenté dé<iiesurén^tle prix ^. Aooun sqîet de Tétat 
Qc pouvi^t ^e croire assuré dans la pcNsession de ses bims ou 



i Fr. GulceUvdini. Ub* I, p. 66. — PauH JavU Hiit* L. Il, p. SO. — DUvio Ferrarue , 
p. 283. •^Mdré de JU vifn^, ^mml iteift Godetroy. p. tw. — PhB. d0 Comlnes, 

IMimoirfMi. .1.. vik .^ XVI, p. an. ^ 9 pm. atcooiMt « MémftAm. Uv. vii, «h. xnf, 

p. 200. 



426 HfsioiBS DES Mâmmuqat» iTALuannEs 

de ftt Vb^xiiiaàmàaéae* Le roi, {nr des aolts arintrairès, 
dépoiiUlmt» arritait, faisait p^ir sans jugement les plne grande 
se^ean oomme le» gens da peuple. Alfoiise aTait encore 
enchéri snir son père dans ees actes de vengeanœ et de croanté 
politique. Lorsqu'il était monté snr le trône , il ainait trouTé 
dans les prisons de Naples on gnmd nombre de seigneors ap* 
rêtés sous le règne de Ferdinand. Philippe de Comines, qm, à 
cet ^gardt ne s' aecorde pas avec les historiens îtahens j dédtare 
s âtre assuré 9 par le témeîgnage d'un Africein employé à ces 
exécutions , que parmi ces prieonniars se trouvaient encore le 
duc de Suessa et le prince de Koisano, arrêtés en 1464, contre 
la fol jurée y après la guerre dans laquelle Jean d'Anjou ayait 
disputé à Ferdinand la succession au trône , et vingt-quatre 
barons arrêtés en 148S^ après la guerre d'Innocent YIII et 
des seigneoBS mécontents* Il ajoute que, aussitôt qu^Alfonse 
fut monté sur k trône, il les fit transporter à Ischia, et les j 
fit tous assommer ^. Cependant on fmyait généralement que 
tous ces prisonniers «muent péri plus tôt, mais d*après les 
conseils-qu' Alfonse «vaib donnés à son père. 

Celte httne populaire que les tyrans excitent contre etix, 
et.qn'ils ne '^connaissent cependant point, quMls ne devinent 
point an milieu- du concert de flatteries dont leurs courtisans 
les entourent, n'attend pour se manifester que le moment où 
le trône est en danger. Be toutes parts on invoquait dans le 
royaume de Napks les Français comme des libérateurs : on 
détestait la cruauté et l'avarice d'Alfonse et de son père, on 
maudissait le joug des Aragonais; et les cris de la populace 
enhardie retentissment jusque soi» les fenêtres du palais, où 
AlfoBse craignait à toala heure de demeu^r irieHilie d'un 
peuple farieux 2. 

t MémoirM 4e Phil. 4e Gomioei. LHr. VII , ch. Xui , p. 306. --> Voyez €i-denit 
Gll«p. LXXX, TOI. X, p. 906 1 ai dMp. LXXXO, VOl. X|, p^ jrTI|. «*. 1 PmM i9im^ BUL Ml 
feMp.|]|b. n«p. H. 



no MOYER AGB. ' 429f 



Oa BBmte q«*à cea daogen extérieenf la oonseience trou- 
Uée d' Al£oAse joignit bientôt des craintes superstitieuse». Il 
passait pour n «voir point de croyance religieuse, et pour 
n'observer point les pratiques de TEglise ^ Mais l'âme d*nn 
tyran est toujours accessible à la superstition, parce que la 
fatalité hû parait avoir une grande psrt à sa destinée; et 
l'auitorité supérieure qu'il n'a point tréuvée sur la terre, il 
la cherche* avec inquiétude dans des êtres surfanmarns. On 
répandît le bruit que Jacques, premier chirurgien delà cotir, 
était venu déclarer à Àlfonse que l'ombre de Ferdinand M 
avttt apparu par trois fois, en tvois différentes nuits; qu'dle 
lui avait ordonné, la première fois avec douceur, la seconde 
et la troisième fois avec menaces^ d'aller dire à Alfonse en 
son nom qu'il n'eqpérât point de résister au roi de France, 
parce qu'il était arrêté dans sa destinée, que sa race, tour- 
mentée par des maux infinis^ serait •pri'Vée de ce beau 
royaumcy.et bientôt. après ^teiate; que les* cruautés' dont 
ils s étaient rendus coupables en ^ient la cause, mais, 
plus que toutes , celles que lui Ferdinand avait commises 
à la persuasion d'Alfonsey à sonaretour dC' Poonoolo; dans 
l'église de .Saintrliécnard à Giûaia , près> de • Naples. On 
disiût qu6 r ombre, ou lechirurgiea qui la faisait parler, ne 
8 é^it pas ^pliquée davantage ; mais on supposait que c'était 
dans .ce lieu qu' Alfonse avait persuadé à saot père de faire 
mourir, les basons qu'il tenait depuis A longtemps prison- 
niers^. 

Gotto dénonciatîan , qui peutétre était elle-même l'effet de 
la haine universelle du peuple, ^ ajouta eneore aux terreurs 
qui troublaient Alfonse, et aux remords de sa conscbenoe. 
Dans ses songes, tantôt il croyait voir les ombres de tant de 
seigneurs qu'il avait fait inhumainement massacrer, tantôt il 

1 Pbil. de Gomfnes, ttémoires. Liv. VII, ch. xiU» P- 210.—* Fr. GuiçciardinU UbJ, 
p. M. — Sioiiiii9iil« BUtaria <U llapoH, Lib. VI , p. 802. 



430 Hisrom d» ftirmtK)il7«9 rrALicmits 

se flgartit être lui-mèiiie enti^ les mains do peuple qui le %• 
Trait à d'affreux sappliees. Il ne pooTaît tronver on instant 
de repos, ni pendant les jours ni pendant les nuits; Le 23 jan- 
vier il se retira an ebftteao de rOBof a^ec on petit nombre de 
ses famiHen. Cette faite eansa dans la Tffle on dëdll et on ef- 
froi extrêmes. Le lendemain, le peapk se rassembla de totites 
parts en armes, mais plotM par one inqoiétode vague, qp^ê- 
Ted on dessein dëterminé ; aussi Ferdinand, due de CSalabré, 
qui) après avoir ramené don armée sur les frontières, était ré- 
venu à N aplea, rëussilril à apaifiier lè tumulte en parcourant 
la ville à eheval, et luvoquant Faide des corporationi$ de h 
noblesse, qui, M nombre de six, sous le nom de Seggi ou 
Seiiliy exerçaient raotorité* muuieipale i . 

On assure que le «ftnrdînat Aseagne Sforza avait fait don- 
ner à Alfonse k eonseX d'abdiquer en fisveur de sou fils, lui 
représentant que ee dernier était fils d'une sœur dû duc de 
Milan ,• et que les frères Sforza, qui baissaient leur beatf-^frère, 
étaient prêts cependant k protéger leur neveu 2. La terreur 
d* Alfonse lui ftt Hdoptèr ce conseil; il signa, le ^'janvier, 
l'acte d'abdicatiina, tel qu'il fut dressé par Joviatius Ponta- 
nus ^ ; il refusa è la reine, sa belié-mère, de difft^rer au moins 
de doux jours eet aete éè faiblesse, pour accomplir l' année de 
son règne. Il fit ebarger précipitamment tous ses effets lés 
plus précieux sur quatre galèreè^j son^fvésor, partie en argent 
monnajé, partie en pierreries, montait alors à ta Mmme éé 
300,000 ducats, avec laquelle il aurait pu solder un corps dte 
troupes bien sufisant pour se défendre: TêbSa il ne véiubit 
point le laisser à son fils ; et tandis qu'il le faisait em(>aller, 
il mootrait une si gratftte terreur qu'on aurait ditqo'fl était 
déjà entouré de Français. Au moindre bi'uit qu'il entendait, 



poH. 
p. 49 



BaHh»L Senaregœ de rt^us Gemtens. T. XXIV, p. 546. — * Summonte JUir. dl /Tc- 
i. U VI, €. I, p. M<N ^ MrvNMtt OrtecteRit C0illlii.'p. Mi «•-• Mtff iMA lA» », 

fi. 



DU MOTS» à»n. 431 

il se reUmnHait avec effroi^ oomme fi le del et les homme» 
élaieat égalcfment eonjorés contre lai. Cependant le T^t du 
midi retenait sa flotte dans le jp^ti ; ce ne fut que le 3 février 
qo'il pat .la &ire cingler vers Mazari, petite ville de Sicile^ 
dont f erdinand d'fsf^i^e lai avait donné la seignearie ^ , et 
là, ne s'eolooraiit pins que de religieux Gfivétans, il passa le 
reste . de ses joars ooiquement oecopé d'œuvres de péni* 
teaefiy de jisûnes, d'abstinences et d'aumônes. Une maladie 
douloanmse i^ta encore à ses peines : elle T enleva de 
ce monde le 19 navembre de la même année, avant qu'il 
eftt pu aiçcompUr le projet qu'il avait focmé. de revêtir T ha- 
bit, retigieax;, et d'entrer dans un couvent à Yalence en 
Espagne ^. 

F^nlinaadt précédé par l'étendard royal, entouré de tonte 
sa noblesse et suivi par 1^ peuple, fit le tour de la ville de 
Naples le 24 janvier , pour prendre possession du royau- 
me : il se mdit ainsi à la. cathédrale^ oik il fit sa priàre' 
àbaute voix, à genoux et la tadto nue ; après quoi il repartit 
pour Tannée ^. Ce jeune prince n' avait peint hâité de la haine 
qu'on portait à son père et à son aïeul. On a'avaitiiemarqaé 
ea hii que des ^alités aimables, da l'humanité, de la loyauté 
et du couragQ^ Peut-être s'U étaitmonté plus tAt sur le tcAne, 
anrait'il été défendu avec enthoosiasoie par tout le peuple : 
mais il était déjà trop tard. Dans chaque province les gentils^ 
hommes ou les citoyens les plus considérés s'étaient déjà oom- 
promisaux yeux delà maison d'Aragcm, en arborant l' étendard 
de France, et AUonse,^ en emportant son trésor avec lui, n'a«- 



*ytr^ GtâùtHmdiiiL LIb» II, p. 6a. -> PomU JHwSL L. n^ p. 49. — * Mémoires de PfaH. 
de Comines. L. VU, ch. XIV, p. 21s. —Peiri BembiUist» Yen. L. Il, p. 29.— Fr. Belfiorii 
Cornm. Ub* VI , p. 45. — Summonte Hist. tU NapoU, lib. VI, cap. I, p. 500. — Arnold, 
Ferronii, Lib. I» p. 9. — > Bartlu Senaregm de rébus Genuens. p. 546. — AUegreito 
Ailegretii Diari SanesL p. 839. — Diario Fenorete. T. XXIX, p. 291. — Guicciardini 
diffôre. 4'«Tetc les^am.res dans soii r^i^^ il,préi9iMl. que Cerd^uâd n'^uil pouiUil Sa^tei^ 
9\ ne fui pai même coosoltô au moment de l'abdication de ion p^re. 



433 HISTOIRE oM 'MerasLiQoiai iTALnarRXs 

viil p» iBèÉis kdMé à «m fibies mo^rens de défeUsif dont IL 
awraH pudiipowir JMJ-mêae; 

Gep«iiâaat FwdHiftiié étett "Vtim te plaeisr à flafi-Cteniiano, 
à^Mze mUi» en atrièfedeft fro^ièh» da roymme, dans im 
défilé resiNTé enlfe de8>iii«mtagties âpres et iii)|Mt!«Ailes, et 
des^ mutés qai s'étendeat jmqu'aa GaiiglteRo. Ce imssage, 
factte à défendre, ét«t eonsklépé cenitte' me des tàth ûa 
voyaime de Napks. Ferdiamd aTiâl en le temps de le fortf- 
Sêt avee aoîa , d'âever des baslmns à i'ei^fée^ de te'Yottte, et 
de fenaer toi» les déilés^ dea montagnes avec des abatis" dtw^ 
brea. Il wait sans aes Mdres deux mille sk oent6 ge^tdâermefe 
4 ctoq^nte ebe'raii^égeas, qaine s^nbteient imSlËmentînfé» 
rieiira à la eavalerie française : mais son infanterie, levée tont 
BÉPOUitat dans le royaume, n*était point accoutnciiée aui 
«nues, «lise pouvait tenir en rase campagne contre les Suisses 
ou te GasooBs. Les Fïasçais^ qui avaient istpptls FaMication 
d' Alfente te jour même' oà Gtarles TIII sortit de Jtome ^, 
s'attendaient à éprouver à San-G^tnano une longue résistan- 
ee. La saîjson, qui jiuqi^alors leur avait été favorable d* une 
manière qui tenait du prodMge, pouvait changer d*un moment 
à l'autre, et s' ils avaient été assaillis par les pluies ou les nei- 
ges dé Fiiiver, il leur serait devenu fort difficile de faire venir 
de loin des vivres et des fourrages, car Ferdinand avait dé- 
truit par avance tout ce qui se trouvait sur leur route^: 

Mais tous les calculs milftaires deviennent vains lorsque 
les Groupes ont perdu la conflanœ et le courage. Les massacres 
de Monfe-Fortino et de Uont Saint-Jean avaient répandu une 
inffieible terreur chez les soldats et les paysans ; aucune trou- 
pe n'était préparée à soutenir une gu^re ou eUe n'attendait 



t Burchardi Mar, ep. Baynald. Annal. i49f, $ S et 6, p. 440. — * Pauli Jovli Uist. 
ma iemp» Lib. H, p^ 47» — Guiceiordini Histor, Lib. I, p. 87. •- Mémoires de PhU. de 
CwifciBi. Ur. VI , di. XV, p. 319* ^ André de la Vigoe , Journal de Charles Viii , in 
Godefroy. p. iio. 



Ml mofom MMé 433 

poiat de qoaitier. Le» wéStàom àmm ks-pwvÎMeB, dwt on 
reeevait à dmqpe heare les aouveUes^ fiMBaieiit eraMfe mk 
flokUds d» se trouver eouféB ptr «a eodèvenent; les progrès 
de Fabrice GokMine dans les Alnviaes pevvaieBt loi damer 
les mtojesm de toorov rarmée , et de deseoidre sur ses <kr- 
rièces danala CMapanie^ Sofia les eapilakies.att serviee de 
ferdîaand, regardant la lutte comme trop ia^fale, soageaieiit 
déjà à faire leor paix particaUère, et ils éfitaieBl toat com- 
bat, de peor d*exdter le ressntimeat de Charles, oo de penbre 
leur ii^portanee à ses yeax, si leor conpagaie étttt cKananée 
par les saîtes daae aetion. Àassi, qoeigae effort qae Ferdi- 
naad eût fait poar rendre da courage à ses. soldats, avee qoei- 
qae mn qa'il eut fortifié San-Germaao et le Pas de GaaceUo, 
à six milles de distance , dès qoe les Ni^Utains vi^eat pa- 
raître Tavant-^rde française , conduite ce jour-là par le duc 
de Guise et par Jean , sire de Rieax, OHu^hal de Bretagne, 
ils se retirèrent en désordre , et ne s'arrêtèrent poioA jusqu'à 
Capoue^. 

Cependant il j ayait, de nouveau, mojen de tenir à Ca- 
poue, et d'y arrêter l'ennemi, qui mardiait sur Naplea. Les 
diverses routes qui entrent dans le royaume^ se réunissent de- 
vant cette ville ; elle est couverte par le Yulturne, rivière trop 
profonde, et trop bien encaissée pour que l'armée pût la pap-* 
ser à gué : les IVapolitains avaient retiré tous les bateaux sur 
la gauche du fleuve ; et le seul jpont de pierre qui communi- 
quait de Capoue an faubourg, était facile à défendre. Mais 
pendant que Ferdinand songeait à s'y fortifier, il reçut de 
Naples un messager de son oncle Frédéric, qui lui annonçait 
un soulèvement de la populace. Déjà toutes les banques des 
Juifs avaient été pillées par ceux qui les accusaient d' usure ; 



1 PauU Jovii BUU Ub. II, p. 50. — ' fr. Guicciardini. lib. I, p. 67. — Pou/i JovU 
Biêt, L. II , p. 50. — PhU. de Gobûdos ,, Ménnoices. L. VII , cb. XKI » p. 8M. — Le roi 
eoaeba à Saiat-Gennàin le 13 Tévrier. André de La Vigne, Journal, p. 130. 

VU. 28 



434 HISTOIRE DBS h6piibi4QU9Bb italienhes 

leaéd|ls,di9i iinigistnits4laieDl mé{nrwéh rautof^ rpyaie mé- 
CQitoiue; la garde arbaine se cachait^ et laideiarièiv classe, du 
f&jifàif dominait seale dans la ville K Quqîqoe F«vdiliand sen- 
tit Gombieu il était dangereux pour lui d'abandonner son 
année, U jugea pins dangereux eneoi« de laisser s'étecuke 
r insurrection de la capitale. Il supplia les capitaines^ juix- 
q^uela il confia .le commandement de ses troupes, de poorsui- 
we les préparatifs de défense qu'il avait commencés, mais 
d'éviter tout combat jusqu'à son relxn^r . Il promit de levenir 
4ès k lendemain, api^ avoir apaisé le tumulte de fîapli^^ et 
il eonrat vers sa capiale avec une escorta peu nombiTettse^ La 
présence de ce jeune roi si loyal, si franc, si cc^nnu poar sa 
bonté, de ce roi qui avait commencé son administration par 
remettre en liberté tons les prisonniers d'état retenus par son 
^re ^, eut sur les séditeux nn effet magique. Le peuple as- 
semblé écouta ses discours en silence ; Ferdinand promit de 
se dévouer à Gapoue, pour la d^ense de se^ sujets ; msis il an- 
nonça aussi que s'il ne réussissait pas à arrêter 4Mi-delflt ^ du 
VuHorne l'ennemi barbare qui les menaçait, il n'exposerait 
point sa capitale au danger d'être (nrise d'assaut et piUée. On 
réi^ondit à Ferdinand par des protestations de dévouement et 
d'obéissance ; tout parut rentrer dans l'ordre; et le janue 
prince se hâta de repartir pour son camp ^. 

Mais pendant sa courte absence, les condottieri j qu'il avait 
livrés à eux-mêmes, avaiept déjà commeooé.à traiter avec 
l'ennemi. Jean-Jacques Trivulzio, qui, jusqu'à cette époque, ne 
s'était point écarté des lois de Tfaonneur, quidepuis; dçmeura 
fidèle dans le reste de sa carrière militaire) ayant eu de Fer- 
dinand la cominisfflon d'entamer quelques négociations ayec 
les Français, se rendit à .Calvi, ou Charles Ylil^ait ééfk ; et 



» PauU Jova. Libb 11* p. 61- — * ^0tri BemM BisL VentUL UIk II, p. 10. «^<s PmtU 
'jovU Uisu lib. B» p. u — Le f9 lévrier, «don SmnmomB Mor* «tt Kap9tU%>. vi, 
cap. Il, p. Kli. 



MDiHiefl fie troQTA Aaeiine on^ertore poor m^ocier aa nom 
é^ son naître, il n'hésita pas à signer pour Ini-nième son 
traité partieulier. Il s*engagea au servioe dn roi de France» 
aTec la même eompagoie de cavalerie qifil avait jnscpi'iH* 
1ers tenue au eervice des rois aragonaîs, et poor la même 
solde 1. 

Anssilèt qmte nontelle de cette honteuse défection fat par- 
venue à £iapoae, elle y répandit un trouble égied parmi les 
«elâaits et parmi les boorgeois. Tirglnio Orsini et le comte de 
PiAîgtiano^ se voyant trahis par TrivuMo, i? enfuirent en dé- 
sordre vers N<Ha, aTCC txmte lenr cavalerie, laissant Naples à 
découvert. Les habitants de Gapone, quoiqu'ils eussent jus- 
qu'alors paru attachés à la maison d'Aragon, abandonnèrent 
eon fMirti, lorsqu'ils se virent les premiers exposés à ta fureur 
dune armée bailMre ; tandis t(ue la nobie^ envoyait des di- 
potations au rc» de Frangée, la populace commençait à piller 
les équipages de l'armée et ceux de Ferdinand. Sur ces entils- 
faîtes, quelques coureurs françœs s'avaneèrent jusqu'aux por- 
tes de Gapoue ; deux capitaines aUemands, €rài|taixl et ^- 
defroi, qui avec quelques-uns de leurs compaftiiotes 4ie 
trouvaient à la solde de FérifinaiidjélaièQt alors ée garde & ia 
porte : ils en sortirent avec toute leur troupe, pour repousser 
au-delà du pont les maraudeurs français. Mais il ne furent 
pas plutdt hors des murs, que les habitants de Gapoue fer- 
mèrent les pcMTtes après eux, et aborèrent les étendards 4e 
franco. Les Allemands, de retour à la porte : {ureoft réduits 
i supplier à genoux quon leur ouvrit, pour ne pas les ex- 
poser, «u moment où ils avalent hasardé leurs vies pour dé- 

1 PauU fQvU ^ist, mi temp. L. Il, p. &i. — Fi*. GniceUvfdânL tib.c(,4>.4tt. ^frmc» 
Bekaril comment, Rer. GalUc. L. VI, p. m.^Arnotdi FerroniL Lib. I, p. lO. — -Le 
•nouveau biographe de Trivuloio, Rotmiai, cherche à justifier cette défection , <L. V, 
p. 227; et il ifiâure que TriTuizio obtint un eongé de Ferdinand avant de passer an ser- 
vice de son nouveau nudire , nais U ne nous parait pomt réunir i dl^Ner cette tliahe« 
de ia vie de soa h^oi* i - 

2V 



iZ% ttlStOIRB DES AÉFQBlIQnJIS ITALIlSinflSS 

haiie les GaiiOMW, à être nuusaeiés jwqa'w dendar^-par 
l'enaenni qa-îb vfiDaieaft de provoquer. .Afffàs,4e lûBgqes m- 
slattoeS) «fe l«lQr permit enfla âe travciwv la -Tille, «veii^ dé- 
sarlnéB^ et par bandes de^dîx hommesk.à.la'fQWv'eQ. lesr- fwant 
MHsltM; «rassoitir par la puarta opposée. Ces «AUeioandi avaient 
fait à peine danx lailk», aar le 'Cbemm d'Averse À. JNapks, 
kMnqa'ils reneontrèreot >FerdiiMady qui xeveiuiit; ei^ h4te à 
son eamp* Qoelqaa tronUé quelNit ce.jeane piwee, des ncm- 
vdles qtt*tl reoeTait d*eax, il poatsniirit sa route jusqu'aux 
flortes disGapoue, qtt'il'lrott^a femnées.Il supplia qu*oa le 
reçut dMs Ib ville, que ks magistrats consautisseDt du ousos 
à' venir confiécer avec lui : mais n'obtenant aucune réponse, 
et ne voyant parattreaucuudscettXMqu* il savait lui être dé- 
yaoéê^y tandis que Tétendard de Fronce flottait déjà sur les 
man^ iL'reipTÎI tristemenile^ebemin do Maples^. ^ 

La nouvelle de la défection de Trivulzio, et du<soa1^ vement 
deCapode^ ^lâit arrivée avant lui dansvcette eapitale* Averse 
aivait^déjèenvoyédes députés à Charles: la «populace A^ Jfa- 
piks<avait «devouveau^ pris les armes;* ell^ avait. £emié les 
Iportesde la vMlis, déterminée-à n'y poiQtrecevoKcl'aiinée fu- 
gitive, et Ferdinand fat «obligé .de fake un détoor^^ 4e pas- 
ser par Osnmata, |^r •entrer pacle château dans. la. ville, 
avec les* débris de son armées > La populace qui^ «parcQurait 
torvesentumulle, vint bientôt piUer soumises y^eux joatoes 
les écuries royales. Ferdinand no put supporter ^tto. indi- 
gnllé; il sorfât presque seul dachàteau, etaa îeta'Sa mîUea 
des pillards pour les arrêter. La majesté royale «Me. respect 
qu'iiipninait<eBeore sm caractère^ tos^oUnneiit ffwc. la se- 
conde fois^ les uns jetèçent kmrs arm^ et tombèprent à ses 
pieds en demandant leur pardon; d'antres s'enfnûrent en 
abandonnant leur, butin, etF^xdinai^» ayant éloigné les se- 

' ' • •- ■ . , ' •«'. !.»« V ^ » - • ' - 1 ' /* ' .• • 

1 Pma J€vU BUU Ub. H, p. SI. — CMedardM Bi$Éor. Ub. I, p. «9. 



00 non» ÂGÊU 487 

^eux* de sa éèitteiire, «entre dans le ohàlem. il y tiyait'iM«- 
gemUë «iiVirMi eto^ cents seldalB atleMnad», que jasqvt*alon 
il avait trouvés fidèles; fl-aviât mis à leortàte Alpiioiiae <d*^ 
talcits, marquis de Peseaire ; mais bienlAtil- eu quelque^iiea 
dé sotipeouuer que ees AUemamâs mèbies songeaient à 1» faire 
prisonnier pour le livrer aux Français : aussitôt il leur aba»* 
dontia utie partie des richesses 'qui se trauvaient dans le <M^ 
tëau; et pendant qu'ils étaient ooeilpés à se les partager, il 
fit brâler ceux des vaisseaux qu'il ne pouvait emnener : il 
remit en liberté tout ce qui restait? de prisonniers d'état, à la 
réserve du ÎBè du prince de Sossano et du comte de Popcdi 
qu'it emmena avec loi i puis il monta, le ^ i février, avec son 
oncle don Fiiédéric, la reine^mère, veuve de son aïeul, et la 
princesse Jeanne^ ëœur de son père, sur' les gaièras li^fères 
qu'il tenait prêtes. Environ vingt vaisseaux étaient démeniés 
Â>us se£f ordres ^ ^ ^ • . i . ,. . . 

Une nouvelle trahison attendait' Ferâioand' à Isohia^ où>fi 
Tintaborde#. Ciiusto de la Gandina, Gartalan, eommandant de 
la foneresi^ de cette Ite, ne voulut point receveur ie roi- tut- 
gitif. 'Ferdinand' demanda avec instance d'être admis aiu 
moinsf avec un seul compagnon auprès du gouverneur, il n'y 
fiort pas' plus tAt, que, tirant son poignard, il accabla Giust» 
de reproebes sur son ingratitude"; il le saiiAt an milieu de^es 
gard^ trrmés,'et lui inspfva tant de terreur, comme tant de 
red[)edf atxx éétdals, quMl fit ouvrir les portes è s» garde qui 
Tatcendait an-dehors, et qu'il deineura seulmafttre de l^et 
dé ta forteresse s. 

CepéùdaM la soumissiou deCTapoue, et blenrtAt après fév»- 
cuation de Naples par Ferdinand, avaient fait perdre courage 



1 fr. GideeiùrdinU Lfi>. 1, p. to. ^ PauR JoHI HM. Mff lemp. Ufai n» p* !& — CM- 
nka Venez. T. XXIV, p. U. -- > Fr. GuicciardinL Lib. I, p. 70. — PauU JovU, Lib. U. 
p. 52. — BelcarU Comment, Ber* Ga//. LU>. VI, p. 152. -^ SUnmant$. Lib. VI, c. U, 
p. 513. , . , . 



t99 HISTOnUS DES lâPimUQI!]» ITALIENItES 

àtra» les pârtisaBS ifxe oonserrdt enoope lainakoÉ û'âth*' 
gOB. Virginie Orsini et le cloute dePiliglimof ^'8*élakiii 
letltéft à Ifota, aTeo environ quatre oentft cheTaux, firent 
demanda nn fiaaf *- conduit à Charles : ééjjk «a le leur 
a^vait promis, lorsqu'ils forent attaqués par deux cents obe^ 
vaux de la compagnie de Ligsj. ïls se rendirent sans résis^ 
tance, et se laissèrent conduire prisonnier» à la forterasse 
de Mondragone, tandis que tous leurs équipages forent 
pillés 1. 

Des députés de Naples avaient été au-devant de Charles, 
jusqu'à Averse, et lui avaient offert les elefs de la ville. Il» 
avaient été accueillis avec joie : le roi s'était empressé de eon<- 
flrmer les privilèges de sa nouvelle capitale, et d'en acconier 
de nouveaux ; et il avait fixé son entrée au lendemain diman* 
die, 22 février 3. Elle fut aussi brillante qu'aurait pu l'iMve 
celle d'un anden monarque, ou d'un libérateur retoornaiit 
apirès une longue absence dans des états oà il aérait cbéri. 
Toutes les factions , même cdlo qui avait été dévouée à h 
maison d'Aragon, et qui avait reçu d'elle tant de bienfaits, 
semblaient se confondre en une seule, pour oélâHW aveo 
joie un événement qui aurait dû paraître si humiliant à la 
fierté italienne. C'était un roi étranger, accompagné de inm^ 
pes étrangères, qui venait chasser du miliett de ses o(»ipa» 
triotes un roi italien et toute sa famille, et qui s'ass^ait sar 
son trône par droit de conquête. Mais on ne vonlaii voireo 
hii que le représentant de la maison d'Anjou , le sueoesseaf 
légitime des princes qui avaient illustré ce rdjaume. Comme 
le château Neuf et le château de TOBuf étaient aneofe occupés 
par les soldats de Ferdinand, Charles, après avcftf*^ relidre 



^ Fr. tSme'eiixKtmL LSb. I, p. ri. — PauU jovii Hlstpr. Lib. tl^ p. 54. — Peiri BeuM 
km, Ven, tib. Il, p. 30. — s ADdr6 tfe La Vigne, Journal de Charles Viiï, p. i%%— 
"Ûîal^o FMritnse, t. l^V , p. 294. ^ tiioriù Saneêe Àttegr, Àttegteiti, p. 840. * Baf 
naidi AtmaL % 7, p, 440. — Summonie. Lib. VI, e. U, p. sis. 



DU MO»» ▲»£• 42P, 

attokOM véflîdfiiiee dm roit imugm K 

Gborles YIII n'avait pas dessein de laitier km^eapft 49^. 
gaiaisoQs létraagères dsiM^ les chàtaaia de sa capjtolQ. Dte le 
laademaia de ton arriv^e^ il fit dresser des batterie» ooiiitre le 
cbéleaa Kenfy dans: la grande place qui e»t en face» et dans, 
le pmài^- royal qui est derrière*. Qikwiu^ lea assiégés^ eusseirt. 
<jk:le«« o&lé de l'artUleffie, ils ne saTaiwt point* wmme lee 
Français, en faire usage de nuit aussi bien que le jour. D'ailr 
leiiiBv Itô bonleta tombant dans ui^ enceinte vur^ iaisaient 
^vdler des éclats de pierrea et de ssnr^le, et causaient befu- 
eoiip plue de rava^M que dans la rase campagne. On i|*a^Ait^ 
point encore inventé 1^ bombas, niaacuQ.pr<^ec^inceii- 
iliiiffe; mai» un boulet* en tirant ^lue étincelle dw «aiUeu, 
poedniflît fcliet d'une g|reDade> daoA le magasia à jpmàfe eè 
il étailMitré. Une effroyable ex^oeien tua ou blessa on gniad 
B0nd>re de eoUats; .le aiagasin de la poi^^ et de b| résûie^,. 
que roaeoaeeBTait.pour les lancer enOemméest sur les assaii^ 
laaa^'pffil fso à son tour, et remplit de flammes et de fumée 
toute la patlie du château qui n'avait pm été détraîtei psi: la 
détMatiea. Les blessé» et ceux qui, s'^éehappaieiit à moitié 
btél^B dtt milieu, de l'ineendie, ne trouvaient aucm;! lien pour 
se »st|re«n.«â«eté« aucun secoure.poiirae faire p«niw).efc 
leurs ena lameatablea glatçaient de terreur leurs compagnon^ 
d'amas. J/emènpe capitaine allemand, Gaspard, qui s'étpUt 
distkigoé par sa coostance à Capone, regardant désarmais la 
eanae de Ferdinand comme perdue, exbcMrta aes compatriotes 
à se partager- .les «estes des tréscms des monarques aragopais* 
eeofiés à leur «aidey et à aerendre ensuite. lia capitnl^wt, 
en effet, après ce honteux pillage, et ouvrirent, le 6 mars, la 

s rr, GukckaniM, iib. I» p. 71. - PauU JcvU Uisiior. Ltti. il, p. &3. <•> rbil. de Qsh 
biIum , Ménoif es. L. VU. ch. XVI, p^ 335. — fr, Beiearii Co^nm^^ A«r. CaU. Iib, M , 
p. 1S3.— imoA<. FerronU, Ub. 1, p. u. 



440 HisToiBB na^ mtnMVWjm rrALosiiifES 

^os-iTenfaîl sur une grière lëgkie qin éti^it dmenéi i 
Tancre dans le port i. . . . ,r . . . 

Lé^bâteoQ de fCEuf, fleconde-fiM^lepesfie^de iN8|^te,*a^t 
été wnfiéà la gavde d'Antonello Piocfoli, eapltaîM déwoé iia 
niAiM» d' AragôQ : il e^ bdti dand la mer^ mr nn rociher iscdé^ 
et i9épat< du c(mtt&eBt par la main -des hiHniBeS)< mri»4asÊàné 
par «III autre rôeher' élevé, qui porte mjoiird'hiii le fort 
SantTElmo, et sur lequel les Àragonaia ataienti bàli anefini- 
^e fedôMse, nommée PizzifaicoM. Les Fmiiçiris earenft'pea 
de peine à s'emparer de oelle«-ci; itsy traioèrenl ^àt Tartil- 
leiie,; et, foudroyant de là le ehftteaii 4e ¥fBiati il» le «ontné- 
gmrent, te •! 5 mara, à eapitnler^'. ' 

Bôvt Géosr d'Aragon frère natiËrdda'roi,q[Oi«valt<ëéfendli 
les Abrogées avec Bmthélemi d^ Altiaiio, et Aiftdré^lbtfaiea 
d' Aqaaftha, avait fait sa retraite sur le oenlé de Ibriise^ avec 
environ emq'ee&ts g^darmes et tt(^ milles fantassinii Ii>se 
pt^peisait de traverser la Pooltte, poap>8*orrétepèBlnjDdes^à 
Otyante ou à Tarente, m attendant qa'H pitt reecMûr kS'ae- 
edurs de Ferdinaud-4e-Gatboliqoej ceux des ^ïurcs, et ceux 
des états de la haute Itaficydont oo savait déjà' le siéoeiitea- 
lement. Alaiis Fabriee Goloime , qui ponrsulvwt; oil|a*pctft6 
«tmée, ner loi laissa pas un jonr 4e repoa $ de tontes» futoie 
pays se révoltait antoar d'elle {"teumles {défiléa^iâousHles .pu- 
as^ de ilettves étaient gardés par des :p^jrsa«i.<4ni>nvnieiit 
déjà arberé lés étendards deFraQoewBon Césasi d«Hit k4nave 
dMnMlt d'4ieire en beure par desdésarlionsy aixivBè fim- 
des arvee qudqoee gendarmes sedement ; etilvoi^Qdnni'eelte 
fsttêresse à son firère. Tout le vestede m AsêmptigHie f» dm- 



p. 440. »♦ . . v-t 



pftifea;).i*4aftttktoiiAia tes fx^mee^ qui bordent rA4ria^9ie^ 
il Mtfe^iroiiya bientôt plnd un aenl petit ^sorpe d*«naée fg^ 
défenditle parti d'Aragon i. >' - . > .1 

]^.taivwri^f^i4eMiVt.ie«>Ai^^ franfims^^^fd qiAÎ ac- 
4Oin|di80alt seule pcAir «euxleur^ cQa^tea)>.^'^Budit.oii^ 
em? raubpe rive du golfe Adriatique* ]Les, Tupcs 4^ rÉ|Ku;e et 
de la JHaoédoine, vo^^t partout le« drftpeai^?^. frfiuç«4ii. arbo- 
rai sur les villes napotitainest furent frappa d'uUf.tel effrai> 
^'ils abandonnèreiU presquo toutes leSiViliesi des o^^teeiOM. ils 
étaient eu garnison. Xes GrecS) au contraiTie, se battent d'a- 
ebeter des avoies^ des chevaux, des vJivfeS) <et4e se^.pc^iwer, 
4iveo use imprudente pcddioît^y au maïasiw^.dA Jeurs^oppree- 
seurs, qui devait commencer, diseJ^^t-ilei d^ qm les pi?e* 
mi^» bataillons français auraient abcHrdé ^ur Im^ levages. 
Ces .^émonstentions inoousidérées amenèrent' bîe^^ mv e«x 
laroÎMel l!écirasefl(ie«(t ^. Un.afobavêque de /Du^v^f elba- 
naiiB de-.isuBsance, avait été chai^ par Cbarles^ . Vm< de.eea 
négOciatNiia en Grèce r: il était^secondé.par GQn^ntin»<AWa- 
nitèss eiiole> de Mark, marquise de MontfiMWty cbez;biqiieUe 
il s'était' ivéfagiéf Gonstaptin |»ré[tendait. Mm jbéïttiev des 
«ojrawnws de Tbessakmiqueret de âennei^^. Ufifûit avcA l'or* 
dbtÊtfèÊp»^ joindre )à Yenise Philippe de Gominisaf; de là ils 
avaient étendu leurs intrigue» sur toutes lee;Câtes:idel'Alhe- 
«(. ^MaisTarehetâiiiae^de ï>urai!zo^ homme léger et vanitaui:, 
loifi'^ dé «achér ses- négociations, 7. «ut une telle palentatioB, 
^foeJee Yémtiensv déjà jaloux àf» saecàs des Franfaîe, te fi- 
xent arniier aarmoment oii il partait sur un;^vidssee».€4ie9gé 
d'iOrmes? pour* les cèles d'Épîre. Ils envoyèrent tous «es {)fi- 
fiers àiB^aittth.; «et des • miltiers de ebrétiene grées fucent 

1 PauliJovH. Lib. II, p. S4. — Phil. de Comioei, Mém. Liy. VU, ch. XVI, p. 226. — 
• FmM JwU. Ub. Uî p. ti, -^ Pétri Bembi Hiau Fen. lib. II, p. 81. — * Utrie, mère 
et4uyrioe de-Guittiame^Jeaii ié MoBtfemt» damier despote de Servie^Ette m watr à 
sa. «our^ «ASMây GoQtltiiUiiiiAnBBilèev tmt onele , q«l acqull dés lors un cii^i sbiolu 
sur 800 esprit. Benventao de Sancta-Georgio HUu MoniUferr» T. XXiii,p. 75a*, 



443 HISTOIRE DBS- iiPtmUQinn- ITAUENHSS 

^ictiom àe VmpmdeBw f rassise et de la poMljiiM perfide, 
deYenisei. 

Cependanl il soffisait d'obeerver de pris l*arnid& fruegaiie 
poar ne mettre plos aueane coofianee dana^lar dorée^deses 
saecèspa desa demiDation enltalie. Le pape Alexandre YJdi^ 
sait d'elle, qu'elle avait fait la ooDqadte do myêsme ée ïfa- 
pies avec de la craie et des éperons de bois^ pcurae qoe, oomme 
elle ne trouYait nulle part de résistance, ses fourriers la pré- 
cédaient toujours, marquant les logeiaenl» avee de la craie 
dans les Tilles où elle devait arriva po«r prendre aes quar- 
tiers ; et parce que^ les gendarme^) pour ne point se fatignep 
en portant leur pesante armure qu'ils réservaient pour ie 
jour du combat, s avançaient à cbe:val7 en Teste du matia^ et 
les pieds dans des pantoufles auxquelles ils adoptioeat une 
aiguille pointue de boîs^ pour lenr tenirlien dépeçons^* Hais 
cette armée, qoi n'avitît point encore eombatto» avait, œpen-r 
daut conçu d'elle-même une si haute opinipn^ et un.si profond 
mépris pour les Iti^liens qui s'étaient eiifui^ deyanjt elle, que 
son insolence devait rendre bientôt son joug ii>sup{iortabl<i^ 

Perron de Baschi et d' Aubi^ny fureiit, envp;és en. Cinabre 
sans soldats, pour prendre possession de la proyinoe^ et non 
pour la conquérir ; en effet, toutes les villes leivr onyrirc^t 
leurs portes, à la réserve de Tropéa et d' Aniantéa^surte^lfe 
de Sainte-Eupbémie ; celles-ci métne avaient, arboré 1^ éteft-r 
dards de France; mais apprenant qu'elles avaient été données 
en fief à un baron français, comme eUes Toubûent ne d^pi^Ei-r 
dre que de la conronne, elles, relevèrent. les drapeaox d'Aire^ 
gon^. fieggio, la citadelle de Seylia, ceUes de.Bari et de Galli- 
poli, dans ia mer d'Otrante, demeuràrent aw (Gu^Ies à Fejp- 
dinand^. D'ailleurs toutes les provinces étaiient soumises; et 



< Ptail. de comtaieff, Mémoires. L. Vit, ch. XVIf, t* ^f^- -^r^- Gkiè^iarém. lA. U, 
p. 86. — < Pbil. de Comines. L. VU, ch. XIV, p. 212. — « Ibid. L. VU, di. XVI, p. ssi. 
— Tr. Guieciardinl MlsL Lib. II, p. 84. — * BafthoL Senartgœ de ttêb, eewmm. 

T. xxnr, p. Mt. 



DV MOYEll AGE. 443 

tous lea grand» seigneurs da royauiM aocosrareht i Naples 
pour faire leur ooar au monarque français^ Le marquis dû 
Pescaire seulement, ieeomie d* Acri et le marquis de Squilkee^ 
s'étaient retirés en Sicile, tandis qu'on toyait aupris de 
Chwles y lit le priuœ de Saleme qui était arrivé avee la 
flotte fton^se, le prince de Bistgnano son frère, et ses en- 
fants; te duo de Melfi, le duc de Gravina, le tieux duc de 
Sora, le frères et les neveux du marquis de Pescaire, le domte 
de Hontorio,Ies comtes deFoiidi,d'Atripalda, de Célano, de 
Troïa, cehii de Pôpoii que Ton trouva dans les prisons de 
Naples, le marquas de Yeuafro, tous les Caldoresehi et les 
comtcis de Hatalona et deMérillano ' . Hais tandis qu'ils s*em-^ 
pressaient tous de témoigner leur dévoûroent et leur obéis^ 
sance, les Français semblaient n'en trouver aucun digne de 
mi^nagement ou d* estime. Charles ¥EII retira à la plupart 
d'entre eux les fiefs ou les offices qu'ils tenaient dé la cou- 
ronne, pour leâ donner à des Français. A peirie v eut-il un 
gentilhomme auquel le roi n'enlevât quelque chose, et qu*U 
ne jetât aiàsi dans le parti des mécontents. Les anciens parti- 
sans de la maison d'Anjou avaient espéré être rétablis, parle 
triomphe de leur faction , dans la possession des biens autre- 
fois confisqués sur eux ; un pareil bouleversement de toutes 
les fortunes, après soixante ans de possession, aurait sans 
doute été aussi impoiitique qu'injuste; il aurait refiouvelé le 
mal de la première spoliation, au lieu de le réparer. Cepen- 
dant il né fallait pas^ sans de grands ménagements , Confon- 
dre les espérances du seul parti cnir lequel ia maison de 
France pût compter dans le royaume : la prudence^ «u dé- 
faut de la reconnaissance, aiurait eonsdllé au roi de ebereher 
tous les moyens de compenser les pertes des familles qtti 
avaient souffert pour sa eause ; il aurait dû réprimer toutpen- 






i Mémoires de Phil. de Cominei. L. VII, ch. XVI, p. 3^. 



444 HISTOIRE DES REPUBLIQUES ITALIElfirES 

chant h des largesses gratuites, lorscpiUl avait adparairaiit une 
dette si sacrée à payer : aussi le parti d* Anjoa reçat-il aTec 
indignation l'édit qui maintenait les nouveaux acquéreurs 
dans les possessions confisquées, et qui leur promettait main- 
forte pour les y rétablir, s'ils en avaient été chassés par la 
force, d'autant plus qu'il sut que le président de Gannay 
et le sénéchal de Beaucaire avaient rendu cet édit à prix d'ar- 
gent i. 

Le roi semblait n'avoir entrepris la conquête de Maples 
que pour se livrer au plaisir dans sa nouvelle capitale, y célé- 
brer des fêtes et des tournois » et associer la galanterie fran- 
çaise au luxe et à la délicatesse des Napolitains. Ses courtisans, 
enflés d'orgueil après cette guerre sans combats, s'abandon- 
naient sans réserve à l'enivrement de toutes les jouissances. 
Les simples soldats eux-mêmes, Suisses, Français et Alle- 
mands, étaient énervés par la mollesse qu'inspire un climat 
délicieux. L'abondance et le bas prix des vins les plus exquis, 
la variété des fruits et des productions de cette terre fertile 
les açoutnmaient à des jouissances jusqu'alors inconnue s 
Personne ne songeait plus à l'expédition de Grèce , personne 
ne désirait s'exposer à de nouvelles fatigues et de nouvewx 
combats ; et ce projet , annoncé par la chrétienté pour sanc- 
tffier la guerre d'Italie, ne semblait plus qu'un vain prétexte 
par lequel on avait voulu tromper tous les princes de l'Eu- 
rope 2. 

' Charles ne songeait pas plus aux préparatifs de défense et 
aux moyens de se maintenir, qu'à ceux de porter plus loin ses 
attaques. Deux fois , il est vrai , il avait eu des conférences 
avec don Frédéric d* Aragon, qm était venu à lui sous la foi 
d'un sauf-conduit. Charles, pour engager Ferdinand à renon- 

1 Mén. de Phil. de GomiDefl. L. VU , eh. XVII , p. 230. — * PùmU JovU Hist. Ub. U, 
p. ss. — BiircAantt Mor. opiid Haynald, 149S, S 10, p. 440. — #>. Beleartl Co umMtU , 
L. VU p. IM. 



DtJ MOYEN AGX. 



445 



cer à ses prétentions snr la coaronne de Naples , loi. of fn^t 
en dédommagement un duché dans l'intérieur de la France.; 
mais Ferdinand voulait conserver le titre de roi et le gouver- 
nement de Naplesen offrant seulement de rendre sa couronne 
tributaire de celle de France, et de donner aux Français des 
places de sûreté. La négociation se rompit , et cependant 
Charles ne fit aucune tentatiye pour forcer son riyal dans Is- 
chia ^ n ne inkinUnt point approvisionnées les places de 
guerre dont il s* était emparé ; il abandonna inconsidérément 
tous les viyres rassemblés dans le château de I^aples à ceux 
qui les lui demandèrent en présent. Il nomma des Français 

t • p , , • 

pour gouverneurs de toutes lesyilles et forteresses durojaume, 
et ceux-ci, avec la môme légèreté, ne songeant qu'à amasser 
de r argent au moyen du rang qu'ils avaient obtenu , loin 
d'augmenter leurs forces et de se mettre en état de défense, 
vendirent au plus offrant les approvisionnements et les armes 
qu'ils trouvèrent dans les forteresses. C'est au milieu de cette 
profonde sécurité, de ces festins et de cette dissipation que le 
roi et Tarmée française furent tont à coup éveillés par la nou- 
velle de l'orage qui se formait contre eux dans le nord de 
ritàtîe, et qu'ils virent succéder à une prospérité presque 
miraculeuse le torrent non moins rapide de F adversité ^. 



•I , 



M 



: } ma 4f ecmineij i.iyi V», di< XW^ p. tm» — Frmc. (Meeiar^HHé Iffai ir, pj Bl. 
— Ampldi Ferronii. L. I, p. ii. — * Mémoires de Phil. de Gomines. Liv. VII, ch. XVII, 
p, 33il — Fr. Gutcciofiitit, Lib. Il , p. 8S. — Histoire de France, par uu gentilhomme 
do dac d'Angouléme , publiée par Deoys Godefroy. Charles FlU, p. t03. 



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446 HtsToi&s nw BÉrrauHiaB rrALiEniiEs 



mnHmmmmimnumiHimHHm^fiH* 



CHAPITRE XIV. 



Révolutions occasionées en Toscane par le pasç^ de Cbarjes YIII.. — 
Efforts des Florentins pour reconstituer leur république, soumettre 
Pise, et se soustraite *à la malveillance des Siennais, des Lucquois et 
des (iéneis. «^ loquiétudes des Téaitiens sur les succès de Cfaar- 
j^ ¥411 {.ligne deil'Mk fioor maintoBir .soii indépeudance. 



1494-1498. 



1494. — Charles YUl n avait guère p^saé idu^ d'wmuBS 
en Toscane, depuis son entrée à Sarzane jusqu'à sa sortie de 
fétat de SieBoe; mma dans 4se eouit espaioe <le temps, il avait 
entièrement ))ou]eyersé T organisation de cette province. De- 
puis plus d* un aiède, les îFlorentiBs y avaient aeqnis une teBe 
prc^.pondérance, quils conservaient seuls une influence mar- 
quée sur la politique du reste de l'Italie, ou snr celle de T Eu- 
rope. Les différentes villes de leur territoire leur était si com- 
plètement soumises , qu'on n'entendait plus parler de leurs 
anciennes factions, et que si quelque abus de pouvoir, ou ks 
intrigues de quelque ambitieux y faisaient naître un soulève- 
ment , il était presque immédiatement élouâé. Sienne et 



DQ U0m Afis% 4é7 

Lucqnes eenfienraient seules lear indépeadanoe ; mais ne poa- 
vaHt ioUer àyec an état aussi puissant que celui de Florence , 
elles cherchaient à se faire oublier ; elles demeuraient étran- 
gères à la politique générale de T Italie, et malgré leur secrète 
jalotttte, elles entretenaient avec les Florentins une constante 
paix. Tout à coup, Tarmée française qui traverse la Toscane 
rend à Pise une liberté dont cette viUe avait été privée quatre- 
vingt-sqit ans , raiverse le gouvernement établi â Florence 
depuis soixante ans, répand dans tout F état florentin des 
germes dinsubordination et des projets d* indépendance qui 
furent bientôt suivis par la révolte de Montépulciano : elle 
encourage les Génois à recouvrer par les armes la possession 
de Sarzane et de Piétra-Santa qu'ils avaient perdue dans 
une précédente guerre f rend aux Lacquois et aux Siennais 
Taudace, qu ils avaient depuis longtemps déposée, de provoquer 
le ressentiment des Florentins et de faire alliance avec leurs 
ennemis; anéantit enfin, par cette opposition univ^rseUe d'in- 
térêts et de passions, les forces, d'ime des plus puissantes ré- 
pons de r Italie, d'une région qui plus que toute autre se 
«erait empressée de défendre Tind^ndance nationale, et qui 
en'aurait trouvé le pouvoir, si ce n'est dans l'esprit belli- 
queux de ses habitants, du moins dans la richesse de ses villes 
et r habileté de ses gouvernements. 

Fioi^Dce avait perdu la plupart de ses habitudes répubU- 
eaines, pendant les smxante ans durant lesquels elle avait 
obéi à une famille qui , pour déguiser sou despotisme , « tn- 
tourait d'une étroite oligarchie. En recouvrant l'ensemble de 
ses droits, cette république ignorait elle-même qu'elle était 
leur étendue. Presque tous les Italiens désiraient la Uberté : 
mais cette liberté n'était nullement détinie ; et personne ne «e 
rendait compte avec netteté du but qu'il voulait atteindra. 
Quelques abus criants dans le gouvernement dun seul, bles- 
saient tous eeux qui les avaient éprouvés^ et le nom même 



448 HISTOIRE DES BËPbktlQUtS ITAI.I1S1IKB8 

de méHàrèhie piinAnàit excittte toute idée de liberté, ^r oj^ 
position, on nommait répnbliqae le gonvernement' où' l'au- 
torité do pMsiettiii était snhstlttiée à éëne d'an sent ; et Ton 
regardâft comme là république la mieux constituée , celle qui 
avait entoufé son existence de plus de garanties , et qui avait 
réussi à repousser le fAn% longtemps le pouvoir monarchique. 
Hais Ton n- examimât jamais si dans telle ou telle république, 
il 7 avait plus ou moins de liberté , si même , les institutions 
qui garantissaient le mieux sa durée, n'avaient pas absolument 
détruit la sftrèté du ckojien ; et l'on ne soumettait jamais le 
gouvernement à la seule éptreuve qui puisse décider de sa bonté 
ou de ses défauts ; Fon n'examinait pas s'il i'endait beureux 
le plus grand nombre possible parmi les citoyens qui lui 
étaient soumis, et /H les perfectionnait en même temp9, en 
développant leurs facultés. 

La Providence a imprimé dans le cœiir de chaque homme 
ledéMr du bonheur, et c'est le mbbile de se» actions; mais 
éàt sefmMe lui indiquer en même temps un but plus relevé, 
pttr tes facuRâi ipi'eHe a mfses en lui , par les Jouissances 
qu'elle a attachées à leur développement, parle désir cdnslant 
d'm tfliyt plus parMt, ^ donne du ressort à l'esprit de 
l'homme. Il y a pour tltaque condition , pour chaqne deg^é 
de lumières » un degré de bonheur correspondant ; et il sd- 
tiflAttt ceux qui n'en connaissent pas un plus relevé. £es peu- 
ples les plus abrutis prennent pour du bonheur, le repos , 
rivrewe , et les aoeés de joie qui tiennent à des causer toutes 
physiques. On nous dk qae resclave nègre est heufreux, parce 
que éam les^eoarts repos qu'on lui accorde left jours de ffite , 
des cris de joie animent ses danses, ou bien parce qu'il s'abaa- 
doime aux pfaiiflir»de rivresse ou de l'amour. Mais h mesure 
qu'on écarte tes obstacles qm s'opposent aiïdévdoppement des 
faeirtlés^de rhomne, «on bonheur se compose de jouissances 
pk» MHei; la peMée, te sentiment, là comctence de soi- 



DD MUT» AGK. 440 

même, ont [^nt de part |i ses plaisirs. Son àme deiûsnt une 
plus grande partie de son être; c'est elle qui demande à être 
satisfaite, c'est elle qui pent être blessée de mille manières » et 
qui s'indigne contre les entraves dont on vent enoore la ebar* 
ger. Dans cet état perfectionné, les souffrances sont plus vives 
peut-être; mais les jouissances sont pins nobles; elles sont 
plus conformes à la nature humaine , elles remi^issent mieux 
le but de la Providence : car celle-ct ne nous a pas donné le 
désir et le pouvoir de nous élever, pour que nous cberohas* 
sions le bonheur dans l'abrutissement; elle a vonhi an oon-« 
traire le développement de toutes, les facultés dont elle a mis 
en nous les germes. On ne peut pas plus répondre à la ques- 
tion : l'homme pensant, l'homme moral, l'homme libre, est- 
il plus heureux que l'homme abruti , ^'on ne pent comparer 
le bonheur de la brute à celui d'une inteltigenise cfSeste. Mais 
Ton peut répondre que l'homme pensant, Vhomww moral, 
l'homme Ubre, s'est conformé à sa nature f et que f homme 
qui a perdu la réflexion, la liberté, et oitte fierté qni repose 
toujours sur le sentiment de l'honiienr et da detmr, ^pie cet 
homme a dépravé sa nature. 

Un gouvernement doit donc ètM estimé bon , lorsque non 
seulement il rend les hommes henrwE , mais qu'il les rend 
heureux comme desjbommes ; il doit être estimé manvab, s'il 
ne leur permet d'autre bonheur que cdui des bmtes. Le pre« 
mier est d'autant meilleur qu'il rend, proporfibimellanent , 
plus de membres de l'état snscq^les du bonheur moral; le 
second est d'autant plus manyais qu'il en réduit un pins 
£^rand nombre à ne désirer que les seides jouissances phy- 
siques. 

Ceux qui potX une fois goûté dn la ISb&Aé panique ««rent 
que le plus sûr moyen d'élever l'&me, de ki tkér du eeiele 
étroit des intérêts égcnstc» , de l' accoutumer à des pensées 
plus nobles, à dea idé^ plus génécales, de la oonIraiBiM de sa 

VII. 29 



450 HISTOIRE D£S aEPUBLIQUKS ITAllERlIJES 

propre ^fignitét de lai faire désirer les connaissaiices , et pré- 
férer les jouissances qui Tiennent de la pensée jou. du cœur, 
e*est d'éleyer T homme au rang de citoyen , de lui donner on 
intérêt dans la chose publique et une part à la souyeraioeté. 
Ils sayent encore que le moyen le plus sûr de dégrader Tâiue, 
c'est de la tenir constamment en tutelle , de la Dourrir de 
craintes vagues, de lui ôter toute confiance dans son bon 
droit y toute indépendance dans ses choix , de la sounaetU^ 
enfin à une autorité arbitraire, qui remplace dans toutes les 
occasions de la yie la volonté de. Tindividu par le conununde- 
ment du supérieur. Ainsi le grand but d'un bon gouverne- 
ment devant être d*élever des hommes, U y réussit d'autant 
mieux qu'il admet un plus grand nombre de cîtoyens à parti- 
ciper i l'ai^torité, souveraine, et qu'il protège |e mieux le libje 
arbitre de chaque sujets s&sécurUé et ses droits , contre tout 
abus du pouvoir. 

Sous 1^ nom de la liberté on confond sans ce^se une f^callé 
et unegfirantie qui n'ont pas de rapports très innuédiat^ : k 
liberté politique de$ états consiste dans la participation du p)os 
grand nombre possible à la souveraineté : la liberté jadividoelle 
d^ citoyens consiste ddns la garantie de tous ceux d^ leurs 
droits dont il n'a pos été nécessaire de les dépouiller pour qiae 
le gouvernement pût se maintenir \. elle ^ compose donc de 
leur sûreté per4)auelle,duai^)intiendeleur propriété^ d^rù»- 
partialité des tribun^^^ de: la certitude de la justice, de Tim* 
possibilité des vexfttions arbitraires. Ces deux libertés n'étaient 
point définies daps les rép.ubliques du moyen âge , iCt elles n'é- 
taient que fort in^^^lenient garanties. Dans ancun paya peut- 
être, la grande masse des sujets de l'état n'était plus qu'à Venise 
exclue de toute, |g^ au g9uy ernexa$RV ^c^dis qufideux ou trois 
mille gentiUhomqdes co.mposaient seuls toute la république, 
on comptait dans Yeoûç j;n^p§ ç^( cinqQ^tejmiUe habitants; 
et les provîjiuses, d^ t^re-£^rme , e|^ Mi^i^t avec €«U^ de Aal- 



DU uortm AGE. 4SI 

matie et de Grèce, contenaient quelques millions de sujets. 
Tous étaient exclus, par la plus soupçonneuse jalousie , de la 
'connaissance de ce qu*on appelait les secrets de l'état. Toute 
tentative qu'ils auraient faite pour participer au gouverne- 
ment aurait été considérée comme une conspiration et punie 
comme un crime. Dans aucun état d'ailleurs, même dans le 
plus despotique , Fautorité du gouverpement ne reposait au- 
tant sur la crainte ; nulle part les tribunaux ne s'entouraient 
d'un plus profond secret et de formes plus redoutables; nulle 
part ils ne disposaient plus arbitrairement de la propriété, de 
la liberté et de la vie des citoyens comme des sujets ; nulle 
part des coups d'état ne firappaient de punitions plus terribles, 
et enveloppées en même temps de plus de mystère, ceux qui 
avaient excité les soupçons d'une jalouse oligarchie. 
' Cependant alors la république de Venise avait déjà stfBsisté 
plus de mille ans : elle avait à peine été agitée par quelques 
guerres civiles , et depuis plusieurs siècles elle avait réprimé 
toutes les factions, prévenu tous les complots avant leur ex- 
plosion , évité toutes les révolutions. Au dehors, sa politique , 
constamment heureuse, avait soumis plusieurs nouveaux états, 
étendu dans tous les sens sa domination autour des lagunes 
oà elle était originairement renfermée, augmenté sa richesse^ 
son commerce et son industrie, et imprimé à tous ses voisins 
de la crainte et du respect. Tous ces avantages n'étaient point 
dus à la vraie liberté ; car celle-ci n'était point connue à Ve- 
nise, mais à la forme républicaine de son gonvarnement, à la 
prudence de son sénat, bien supérieure à celle d* on prince, i 
sa constance inébranlable , à son économie, qui accumulait 
sans relâche les trésors que les prodigalités d'une jeune cour 
auraient dissipés, enfin au dévouement pour la chose publique 
de cette classe peu nombreuse , mais riche et ornée de grands 
talents, à qui la chose publique appartenait. 
Hais la durée et la puissaooe sont les deux prérogatiTi^ %«l 

ai! 



452 ' filSTOIEE DES BEPtJBLIQtIBS ITALIEHIIES 

frappent le phis les yeax des hommes ; et Teni^ in^ralt à 
totite Fltalie raâmiratkm et le respect qxfnttt ré^blfqtjffe ne 
mérite que par une eonstitttlion jôdte et Itbitf. lWsl|a1T'fdt 
question de reoonslitaer le goaverhelmttot deFlbrcnfee, èètté 
admiration pour Venise fnt également professée parlons 'les 
partis : ee fut le modèle qne les hommes d'état se mitent té^ 
dproquement sons les yeux, céiài d'api^ leqoe^èfaaeati eh&r- 
chaà justifier son systhne prop^. De même Ijtt'oii aS^n de nos 
jonrs r exemple de TÀngleterre'iiitoqné par tbns lespartii(, 
dans tons les pays qui prétendent à' être libres ; dé même on 
tit à Florienee, après la dnile dn gouTernemeht des Héflds, 
tons les h<mimes d'état :diercfaer A Yenise nn modHè pbiir la 
noiiTelle répnhilqtte. PanWÂntmiie'Soâérihi ; ettdyen wâvér^ 
sellement estiteké; et qni' déMrait élargir lé' eerckf de FaHsce^ 
cratie, et feire partidper à la SDnvèrafneté un pins gMmd 
nombre de Plorenthis; proposa Yenise à ses concStoyenà pwt 
modHe ;'fl montra que lent^fid^re desesgëieiftiUbefnimé^ 
Ittt edtti "déb h^cnmes qn'it invitait à reconâftre àTlorenee 
eommo eitoyens aclifs^ ! il regretta que d^avieiennéép haMtâdès, 
des pn^gés enraehiés âam le people ; ne perikA^éHSiit paftde 
rendre la ressemblanee des é^aat répohlique^ plus parfaite; et 
il déclara enfin qn'à sesyeox le sortlepIushenfénk'pèW-Ilâ^ 
rrace sendt d'arriver an même degré de stUbUité et dé sëge^sé 
qne les Yénitiens av^ent sn éohneri lenr gdovéMeitifèlitt*.* 
On tit ensmte <}nid' Antonio Yèspnœl, jnriseonscdleftoieàx, 
et renommé surtout pour son adresse ^ sa férte Ib^^e; 
maintenir les avantages de Fatistoeratle, déMannei^'i^lrar 
Timprudence et la versatilité du peuple, Opposer la'sâ^âsë 
tfim sénat à rtnttabiUté de la mnlHtttde/en'râldl'^Mtàl'oofaftre 
son adversaire l'exemple de Yenise, et en faisant voir que dans 
Cfitta république, objet de l'admiratioii univorsdilef ce n*était 

■ ^ • 

> J^. &ÊleàkaFdM. Ub. Il, p» 77. 



00 «OTEll AG£* 453 

pomt le Cfiit^ en gentOduHames, mate une oli^chie reaser-^ 
Tée entre mu très petit nombre de meoibres des conseils supé* 
rieaTS y qui oxer^t eo effet la souveraineté * . On vit le père 
Sa¥onar|[de» mUafA T autorité divine «ox affaires d*état, s'ap- 
posant gw see. pii^res révélations » et sur le droit de Jésus*- 
Cbrist à âtte seul . roi dans Florence ^ consulter cependant 
rexem^fde des Yéaitians, dans la constitution qn*il voulait 
donniir k la république '. On vit enfin tons les politiques spé- 
culatifs de l'Italie., Guicciardini , Giovio:, Yarohi et surtout 
Maccbiavely s'accorder duos leur admiration pour Venise. 
Pbilt|q[ie de Gomines , le {dus pbilosopbe des historiens fran- 
çais de ce «ède , et odoi qui avait le plus réflécbi sur la con- 
stittttion desgpQvernementS) professait les mêmes swtiments '• 
Mae^^arel ne voyait que trois républiques qui, dans Vbisto|re 
du.mond€(y5i^ritassent 4'^^ étuttéeaet imitées, savoir : Bo- 
ipe, Sparte et Venise. Les deux dernières' Jtad paraôsaaient ap- 
partenir- à anein^^me dasse ; iL concluait diA long maintien de 
leur.oQOBtitution que sa forme létait la meiUemre; nmis il ne 
lajiQgfWfi.ps^Pitre qu'à l'état stati<mnairei joutant >qu* une cité 
évite Je dangsr d'être attaquée et quielle sésiste à la tentatioA 
de faire, dif» conquêtes : aussi regiirdaît41 la cQnstitutien de la 
rép«U|^ue jcomaine, non co^)me la meilleure, mais comme la 
plus digne d'être imitée, et comme s* adaptant le mieux aux 
çirfy)9ilw^çcs dans Jesqu^les entraîne la fatalité on la f oroe 
deSiPfiPïLQBS bomaii)^. Le défout de eeUe de Veniseà ses yens 
n'jét^pas de.mécoonaitia la liberté, mate 4' être exposée^à se 
corrompre lorsque des conquêtes viendraient augmenter le 
ti^ntcNire.de la république^. . 
s Qn^'^a^gimi'^io^^ du» Fiorenee, tnris partte, entre les- 



1 Fr, CuicciêKant Lib. II, p. 80.*^^ tita âel P. Savonarùla^ Ub. Il, eap. iv et seq. 
p. 85.— Jocopo Nardl ut. Fior. Lib. I, p. 29.— > Mémoires de PhiL de Gomines. Liv. VII, 
ch. xviii, p. 249. •*« * UacchUwelU l)iscor^ sopra TUfh'UvIo* Ubro I, capo s, c. 4, 

p. 35-47. 



4&4 HISTOIRX DES AKPIXUKiinSS ITALUKIIBES 

• 

quek se dificoiait la iKKiveUe oMwtittitiiw. à dower à la.ré»^ 
publique; et cbacna cherchait à «'asourarÀlni seeLla jpgmw. 
Le premi^ et le plut eoiwidérable» màt par ki raqg et l'an- 
d^neté ^eni maûons qui s'y élweai attacbéoa, ^oî^ pacJajKwib*. 
hre des. eitoyens pljfjia obscur» qui âe <ravi(gB#wt aaiis< Iws 
dr^peai^n, soit par le d^stotâressement de ses vues etla ma* 
ralit^ dont il fusait pnrfessioo, était aoBsTinflaeiace pnioé- 
diate 4^ Ir^e J^rAwe^ SaTuivtsole.f Célaiei^ -des citoyen» q^^ 
se propeaaat en ipépe temps vme réforme dans l'état et.daiu 
relise» regardaieiiut la liberté et la relira eomme rinsépara* 
hleS) accusaient la tyrannie des. itiédieis d'aiu)ir corrompu les 
mœur^ et ébrwdé 4a Coi) et n'eapéraienk le rétaUisseaaentde 
l'ancien^ pureté qWaqtant que. la liberté en savait la garaa- 
tie. Ceux-là désiraient on gpniFernevae&t popotaire auquel la 
grande niasse des <»toyens fdt înt^essée; mais oon^ne ila ne 
sép^ient ja^wus lenrs Ta^nx.poQr nne eoMilutioa plua Ubpsi 
d'exbortatioiis à la réforB|e et à la panitenee, on ks désignait 
par les surnoms de Fr^t^i et de Piagnmih de MoBacaux 
ou de Péwtents. £ra9ceîa Yaleri et Paul-Aaloin» Sedérim, 
étaient^ apcèii Savottarele, les^cheii les pbis distingnéade^ca 
partie 

Ia Caetion immédii^eBient opposée à eelle*el était eom* 
posée prineipalanent de cea3i qû, ayant participé aa (oirvar^ 
nment; dss MédîM, et a'étaftt ensuite Imoillé» ateel^icM^t 
de cette ftomlk, auraient ifoi^ oonserYei pour eux-^MteM 
rautMrMéti|a*âs ifà avinenl ^^tée^ et remplacer «Inr paârsiga- 
tàtes presque monaiebiqnes de Piene pas odkf d'une étit»l|s 
oligardiie. Us étaient seoondés pai; la ftapact des, jcnnia gêna, 
de &mtts>u(dl»le, <pî ne peuvaieut se scMnetlre ^ laoréfeme 
des rncBurs et à l'austérité «KHiacale imposée pinr SaYcmarole. 
lIsJsoqpcnpwiiWt d'hypoerisôe et de fraude ceu]^ qfÀ 1<» es^ 

^ICommenuad di riUppoidtT fferfi. Ub. IV, p. ta. 



DU MOYEU AGB. 4S3 

f 

tretenaiail mm cesse de prophéties^ de nâraeleflr ei de tMlrtt^ 
fieatiom, et Hb né voakieot point d*uDôe liberté qid Ôtei^it à 
la fie toote» ses jouissances. Ces jeifnes patriciens rivaient 
formé une i^dété, à la tète de laquelle H» aTaient f^éé BoHo 
Spiriiy homaie d'aee famille illustre et riche, mais qnî n* avait 
ni les talents ni le caractère d'an chef As parti. Qooiqne cette 
soeiété fut prineipalement destinée an plaisir, elle ecqùërait 
paraonnnionaDe assez grande' influence politique. EHedonna 
son nom an parti des urrahiati on des mmpagnaeci (decr en* 
ragéêy on des méebants compagnons); tandis que lés oligar- 
ques pluâ sages, qui se servaient d*d)e sans s'y associer, 8*é- 
dairaient surtout par les conseils de Gnid* Antonio Vespucci • . 

EiiAn il restait dans la républîqoe nn troîsièihe parti, èelni 
des Médveis, qui , également an^ pRto avec les deux antres, 
n'osait peint avouer publiquement ses vœut. Il garàait le 
silenoe dans les conseils, et ne paraissait point'pre&dre part 
aux déKbërations ; mais quand le moment do voter était veàfet, 
l'on s^aperoevait de Tinfluence de sessnffragea. 

Ou distingnait tes membres de ce partie par le nom- de bigi 
on gfi»^ comme pour indk|uer Tombre-dont ils s*envelop> 
paient. L'oligarchie avait voulu les proscrire, pour s'établir 
phifr fioUdement) tmdis que Savonarole préebait à son parti 
l'onbli et la réeondlittion ; c'en fat assez poui^ que les gri^ 
seeondassent par lenrs votes la faction populaire, qnf déjà 
saas^eux ateÂt l'avantage du nombre *'. 

€Sbftrles VIII était parti de Florenee le 26- novembre; et, 
leîtdéeembre, la seignejarie assembla le peuple M parlement^ 
sur la place {mbliquCà Quoique le paislement sanctionnai ton^ 
}(mt% toutes les révctetfons, sa eoB«vocalion était cependant 
nn hOHfimigo miiilQ è la|/80»mp«ln«£é du peuple. On le regar^ 
dail eniDiii^ ponvatit aeid^ispéiisep de la conattUiâw,^ et 

i Filippo de' NerU Comment, Lib. fV, p, 69. — * iBitU Lib. IV, p. 49» . 



M6 HisToiBE un» siraMiQUitt italiehsjss 

4tatifir me Mtoiitéeapéritiireaox lois. Cétafloetto antoiflé 
fw la ^gmrie éHeeMégc^otopImmi «teuMbder, isMâ le 
tfom de-lHili€ii9SxLÛe pouvoir reoonsIttiMr » là république. 
CSrawel^pHfiin.voBlaientcepeiidasits'ifs^^ dM'isiifft^ftges 
de eepeppleqnlik sembtailenl«oDsiilter, ili'péfttèiretit, à ton- 
tes leaioiFrertartsde la place, quelques jeunes gem def bonne 
fandlie, atee desAiitasans armés pcàrempêther, '&^iéM-1^y 
que la place ne se remplît de plébéiens, ou drêmiiBmis^ du 
nùumsm gfmoanument^ lorsque le don dè>la ^loeb^ {ntffarait 
tons les oiifcoyew à' se ronger *sam armes som leurs gotifàlons, 
et à fie lânir pnnempagniès * . Le people s*étirtit ressemblé 
sans tnmidle,/ de eette maxàiMy la seigneiErie deëcenffit du 
palttis^ sur le bàkon quldonrinKlt la place. ClIe fit B^ les 
<miditions> delà bsiie qif elle^mandiâV; entité éRé Idvita 
le peuplera dédarior s^lsetrwrrait snr ia pliiee lé^dèot fiers 
des iOitctyeufloMintiiis : im tépoiidit^ piiiria^edatiiMléh ; qoe 
oui; eU»dQnuinda.eneoKB si le peuple titillait qne lu sbigneurde 
et le eoliége fimeHrt;f tesètas ténf^^^frc^eiit de fâMtef ^àtrt<^- 
ritéde la oatioft floventiae; M répondit^ de ûottVèati/ par 
«ecdfmalien) qoe ooi^c «lois iit seigneurie reitttMtk âads le 
paliks et ]» peuple se wtm^. 

Les partis n' avaient peint encore sttffistttatn^ft ^nMité 
tettim fmnM, et, dai» eelie révelolioii d sabilid,' od satait à 
peine 'vers quel but tendait diaque citsyen t àuifi'ièif -pi^ 
mîères opérations de la batte fnre»t<^Ile» ineeHiÉldèsf(<é« tie 
bnsHBèi^nt^les point connaître si le gMif^rnemênt'^ïbe- 
caît vers raristooroUe en la dénberatM : fl< sé^'t<Mttettt)i<de 
nosunerviiigt eonumssaircnqnii soMlë:b««âfd*^liM9#l4l^, 
devasosk, pendant nne «»fc, U^ t&sSh lèd'féledM^ dé^ la 
sdigneorie^ on, scfam ie> langage* nsM à Flèreaee, Venir les 
booisesà la aosain. Vnmàéb^ùk»mc(^êmi'pé^ 

AmnOraUp Lib. XXVI, p. llû«. — Gio. Cambt T. XXI, p. tt. ' 



BU MOmr AGMi 437 

m»iis â0!ipiimtito jms; et cette exeepUdn fM yftc^vft c^ 
laiwr cte Ii««mttty âltt dè:9ierre^TniD^i8 ^de Médias, que le 
l^rti'C^ligwclticpi» MigeaH àtélever à la fiice «fw^ son oob^ 
a¥«ijb oee^oéet^ fia «léme temps la> balle renoiifete f èffiiâeéie- 
tate8ial(}e8 dîs(de>Ia guèere^ qee f dn oréaU'ieojeMw^da&B les 
oîFcoii^taflms wtifo^ : «dulemBik, pourieBr^enner \m nom 
do neitleinr ««gove, oateap^'cettie fanleeéii'de laliberté 
^ delà paix*. - '- «^^ 

. Jtf «i^, les 'iriiigt accopia^orîf auxgueleie^ fiemoiv' ««MnttidHe- 
peot foipiilwe de frài^ tontes lee ^éiednmi ée^la irépobHqne 
a'vail;» étA m^mdimmmi traivrftiré, se troBTèrâitf' dès lelir 
preoiî^e^, vjmi&ài ai pt^Ui d'a^eml dqpo leucs^ Toe^ et di^iift 
«Rt^nt de.partisi qu'il laor ^evint'^foirt difficile d^eiiëeeter 
rofftf^idôntiilS'étaicBiit chargés. Ne fieataait' oUeniMMi^e 
eus iwd BifùocUi^ a^sdlne peiir>aiieane ^éieelaètiy' eti ii'»yaiit 
point tro^n^ l'i^is^pédiiienA debafloèter dsteiiiifcttemBd lioralfri 
cea^<qiii;axaioiit<Ttori le idbs^ida anf Inigel» tni' pteaiier^ ik 
fôreot ^Mgfés de se QQ»te9tefr;d*uar majoiîÉéiidadj^ 
vit des foafoloiiiem et des piieues ébs t>ar<1feiB obijpiàtre 
Toix. seideineat^. ï^ m^Mpit ^'aeeoril entiie eorta^ priva 
bientôt de toute considératioa démêla iBéptddiqaa^;leit Mp»- 
daiit..8eviHiar^ dans ses frédûlatioiisv^èt'lesiiAfefii'da flarti 
popAhôrev diMi& lauis disfioai»^ attaqmieM; htirteDiimt^rw- 
vr4Sge4u parlemeiA et de Jafbalie ^ i:î1b diaaibnt'qQe'l'uiï et 
l'autre n'vmmt fmb que d^taitep la'tytoaiine) an fiett» cte la 
détrwr^-' H^ ^efoeodeieiit que te poatoir des éleetioûi^fat 
irenAV' m^'P^pl^, cpiis a^ Mm plas.-d'aittitMte à^connallrè les 
suj«t»^,difi@çm id^^onâMm;"^^^^ délifaérâr lul^iiiêiiie; xfab tous 
les.;ci|i^#p^^jdai(| leS' fMtties amient joui ^es bonamars de 
l'étet; fiissent adom eil<e(HMml aDwreraihi, et qœ^ weonseil 
dowèt saiSwetie^t à(|imlesiei»lei^ tandis qa*«n consdl beau^ 



4&8 HISTOIRE DU nÈnmLtQlOB» ITALIKirilJBS 

oenp noias nombreux, et* dëpaté psr hd, «oneonmâC sreè ta 
seignearte à l'admiafetratimi piAlfqtie«'SaVoniirole ifavitet H 
seignearie et le peuple à se rendre à Mm égtiseyd'tiù ecltte foto 
il ervaiteiBCla les feBMftieë; et, dans Un ditooiim éloc(ttent pt(h 
nencé €n obaife^ U réeapitnla ces pr<ypOBitibns, et les termiDa 
par rinslanlé prière de pnUier nne namiètre pont tom les 
délite qiti^itvaiént pn être eoiomis seùsie prëoédent gotnrer- 
nement, jnsqn*à la révotntion *. 

CSes ^propositRHM^ ne* s'aeeôrdaient point avec \es vtres se- 
ofè(tt»de la b^ie et de^ aecôpplatori ; tsurtout V amnistié ëtlif 
repoosMe par leur désir de Téii^an<$e et par iétff espoir de 
s'enriéhir ans dépend de^éenx cpi'ilt proÀeHrriéftt. C^petâM 
ils«0Éifnènçaient à sentir là ptrissance de l'optnldtip^iiyfiqhe; 
et sur lAïaqtte point snecesiitement "Hs m TOytilent oblige de 
cédrat. Le pins impettant devons était la lorfiiatlon do bonséit 
générai : la^adgiieitrie fit^ lé 3S décedibre, htOL detlx eànèiënÉ 
eonsaîlS'dcis. cent «t des soixante<-Sil , la* prapolsitiav de làtmdt 
un cmuSH '&mtéPim de' tond les oHcTeArr dfe fhnfende; et 
oetlis>prepo^on" fiât 'adoptée. Tous cenx qni pnrént pnodrèr 
que leur père, grand-père et afrriène-^aind-^père ^ a^d^ 
}OiH ées; d09it9 de ^é ', ftirent '<Kelaré^ ' «embrés dti '- ^fin8 
eonwil; et ce oraseil, qni eom^yrit jusqu'à dix-^lniillreedtfch- 
tc^ensv dutiètre^o^wsiillé sur tons les împAtd et^Hr toute» ks^ 
kwa, aprè»que la seigntenrié en aurait fait !a propofStidb k ntt 
ccmqiil'^ qnatre^'iiDAgts Inembres, qui' fût efaMsi pour Mf er- 
médiaireiefitrele^ gouvernement et le peuple. Pteutî^fës;PiMtf- 
nktie préposée parliàvdttarole ftit pmmntgoéèf ooflidie là 8e 
rdtair.>ç et atf bout ée quelques mois, le r^ pllei t49i^, te* 
poi]»w êéàÊ9%à saignenriey cfHir a^t «té èkê^p)^ntit 
anifée aniribgt aoe<9>pte«mV1enr for 
bné an omseil général. Ce lut la prenière fais qnif àrTtoWMM* 

1 Joeopo Mofdi , ici. Fiof . Ub. I, p. 29. rr * Fr. Cvicctartf lui. Lib. 11. p. VL-^ocùpo 
irofdi, JJX. Fiof . lib. U, p. M. 



DU iftaim âiOB. 4M 

une éteelieu yraimeot populaire fut sobslttli^ «ox Asn né^ 
tbpdes également dangereqfiçs d'un tira^ m sort ci i d'un 
choix pïgarchiqae * . 

Tandis que les Floreutiu» r^fonnaieut une répoUiqw eor- 
roiDpui94»ar> soixante -années d*bal)ituâe9 monandriqnes ^ kà 
Pisans recon£ftiU>aient la leur après. plue de qwtrefviixgts» ans 
â*une oppiressipn complète. Le cours de la pfospérilé ne a'élntt 
point interrompu pour les prenû^s, w^ sorte que^ mancbanl 
ay.^ leur û^cle, ils avaient tm^ours jivA cxAÛré kor esprit, 
et jamais Içur république n'avait eu un plus gi?and BMàbre 
d*écriy^i|ia distingués. LesPisai^, au cootmire, repoussés de 
toutes les carrières qui pouvaient augiseuler leurs riehesses 
ou ^jécooip^nser leui^ efforts , avaient, abandonué les lettres 
commets fi^mm^ce; en sortie qu'il n*est pas resté un sMl liis- 
toriei^ de leur pays , pas même uoe ebranîqua ii^anoe pouf 
racouJ^ 1^ long^i^ et ^n^rew sàcrîfifes par l6«|iteis iter dé-^ 
fejpidir^^ à outraœe riodépendance^qu'ilg aviaieBt r<»oilvsér 
en 14^4» C'est uaiquemest sur la. foi d* hititorieBs étiangers ^ 
et.lçr p^$k8<mvfnit de leurs ennemis, queiaous d^fM» rap^ 
portai;, toote cette sui^e d'évéaemenls.. . 

Cependant si Pise n*avait aloos ni bistefiesa ni légMaleare^ 
si c^]e^ délibéra peu sur la eoostitution qu'eUa devait se ém^ 
ner^ et ne conserva point la méi»Dire des exploita par lesquels 
elle, la défendit, cette ville n'en fut pas moina amnée d'un 
vrai esprit républiisain, d*un amour ardent pour la patrierque^ 
tous les ordres de Fétat sentaient à Tenvi, d*une dséler«iiiiatio& 
uniYef pelle de tout sserifier, dienihirier ^sqit'aax dcvmèretf 
calamité poui) conserver la? libei?té qu'i^ avait r«ecmiFrée* 
Av^q un td aaaord d' opinions , touîl gonvomettenA parait 
bon, parce qu'il devient toujours Torgane de la volonté pu* 
blique. . 

i Jstorie di Gio, CombL T. XXI, jp, 90, 



469 HISTOIBB DES BBFKlUQDBSf.fTALIEIllIES 

♦. 

* Cler&'iébift paf l'osage des FterenUas ^'alidlir l^s^aiagis^ 
ImtaBes «flnioipties des villes ftijeUss^' ils â^aitefit^làlssé&nlK 
sirter à Pise une mgnmim cosiposé&tf ijaBiimi, ^ot I0 jfre^ 
vmt {lortail ie titre de pmor^ «t auquel' en dèuna j^Asùlle, i 
f itniMicoi. des tftoîentkis ^ le titre de gonf alooîèr ide<f tiistice. 
Cette eetgnenrieae^MwuTclftit toes'ks dans iiioie( elle étut 
seeoDdée psfid'iadkm» eofpps qpi'on Bommdit le ûoHégis^ les six 
boMboiameatt le comeil aseret des douse K: £tt> rejetant le 
joug dos Ftereutiùs^ il p^ralUque^Ies Pisans sasUliièrefirt ^eneore 
im craeeilAB (peuple; e'éfvklaforme antique de I^ oeiuti- 
tution , et ils n'eurent besoin d'aucune innovation pour qne 
kiiro af fiiiim f Uiisent Inen adtiM^irtek 

Les IHsMsavaieQft oonMenoé parelifiËBsepde-oheMiUf Musies 
peceepteufs 'de. contrtlMitiims et tonsies leasotionnaiDeB {mMies 
flfNnefftîKi; îk arvoteut eoeuite ordounépar «nédili à tc^usles 
£Ji(N?eutîMiéwiieilnés dansleiaf triUe^d'tii oorfâr ataut^qtftmé 
bORoeaUnniteiiM^ia poitelât entièrement «OBsumëe.EdSe, 
ils.ayaMUt.MTOfridnue. tous 1» ¥iliagestqiiî''aMeut «nden^ 
nwi««Adiépeiiâii'tde ImirifépiibJliqQe^ la cik^ pisanr^' eouime 
lMinuièa?e d^ binr lUMirté.s Partout eUe^avaîl i?éveiHé'lea>mèmes 
sQunems antifueB et^^cité le isulme entfaeusiasBie*; toufr te 
temtoi«ef i9aii)iâtait rentré en'peode jottm seNgsOeur dôliikia* 
tiiHi^ C!i^€«da0t les .FloreutifiSf qui l^afapDdlBmàmitélé'UB^ 
queiofntoecupésiebefteux ou^de la crainte du roi^dëRtnèe, 
oa.de l'aeceird.à étiUir iHitve leurs faotiuiii^* et qi»^) se 
<»o;aak ensuite . assurés die la reslitatiOQ «de ' Pise pur leur 
traitée afveo €barles YIII9 neTOUlaimtpqsee^faM^'dbMii^ 
rk aus lumes dercBaitite d'offttiseir 1& rel^^ *tî?eAl>«dfi» la 
néeMPiM'de<s'o|q[mir iw^lAffcHsse'ait'seulèvraneKit^dè/ lëlnn 



, > 1, . ■ I •• 



1 Oo peut Toir l'énaméralion de toutes les différentes magistratures de Pise en 1316, 
dans un traité de pm. de la rëfNiMiQiie avee nolieny roi dé Nazies. Baccaha M àipkmi 
Plami 4ti Fkuninlla delBorgPf n^sa^.^.^U\ eiteviMnpaMr snrf» celles qui esfsiaieit 
encore le 6 décembre. 45^>^ IM,.j^ 48«.^^ Sc^orié AmuOmtfh Ub. XXVf» p. aor. 



. DB BI0ÏSR AGB. Mt 

prpiùcec^ 1496< -^ Hans cette vue, il» engagèreiit à leur 
senFÎœ newite Beuttvaf^o, Frueeseo Seooo e« 8aii«ocia4d 
Marr^ijmQ^ ftireû iiluaietÉrs tompagDiesde geiictanrmeB ; il» nom* 
BièvefitFîecmi<kpfom (MMiiBisaiiife de la rrfpuèliipie maptèê 
de 0^6 avméevetiib teflrmt entrer Rorie lerritoive'Ae ÏVse 
aa <ommeiieenient de Janvier 1485. Le» Piaw n'aiNiieiit^éii-» 
cose:fioue!eB(jdé{èndi>e:qi]fl desi]n^iis luft armis t 6ap^i 
B'ent pfllsdef eiae à knr repitmdffe d'abord EtevIiiMi et Pon*- 
tailéira^'eliaKapif^iafia du airâ,dKi janvier il afiM reeimvré 
XMth teciitoire de Sise, à la résenre de Vioo'SiflMaovde Ca»^ 
cinaetdeBttti'» . > ": • * 

De son côté, la seigoeiiriBdB Ite n^avait'riin B^Mfifé pMr» 
ft'^amnwt des éecoins^^axigeniaiélle cdievdiaitè lier Ghar- 
les l/!in paria leooDitaiâsaiioe ^mâm»' qftfeUB pi^<ft)MR^I pdiir 
loi : idte loi léinaigiiait .tant d'ttmoiir et teust de g^attl^dci 
que !03 jeune metiar^Be, combattai' entre ta eneeiiiragidiii^te> 
qvM ffvattr. donnés^ ans Puane, et les* engagemeiib qa'il «tait 
piift «me Isa sElorentioa, ne sawt ià eoflamènl i<eti¥«F^ mxt ^e- ' 
micurala gyàœ qu'>il leur arail àeœvdée; ni oeoutietit «ë Miéf er 
de fw^ fpronujsee arvec ke semnds* IVallbtttfsV pi^^tt^toi» 
les seigneurs 4»^: sa. cxHa*) tonebés ou des 'plaintes' des V^ani^ y 
oii.die.f âjsooeilqn'oa leur a^iit fiiit à^eniis-niéines^èiPise, pre-^ 
miffuif kantranent ie parti de <e penpto opprimé K Ijèf siâiéohlit 
de fieaucaiivey soit: qn'ilfitt jalaox dif carénai dèr Sàint*-MiAo^ 
qsà ini^slaitiseni ponrrexéontion du trâilté oenein «avec Plo^ 
renée, fseît qtt>il eàt étéigi^é , coimne ten l'en aectteaft; par 
l'arfi^ dfisPiaMia^ rqfHséscoftait an roi qn'illnf oon'venBitdete^ 
mrla!C@6fan«{diiriséffy d^qne lagnerredePiseempêdieraifles 
FlorenHftôdeéfoigigerdaiis les intMgoes danôrd de Tltàlië'* 

Quatre orateurs choisis dans les familles les plus distin- 



^ >. 



462 HISTOIRE DiSS fiÉraBLI97CS iTALlEffUTES 

gaéei de Pfae a^aic^t élé dépéehés pcftst suivre le roi àti mo* 
neat même où il sorUât de Toscane, et pour défendre auprès 
jde lui lesiolëffA» de lear répnbliqne *. Le roivonlot que ces 
ambassadeurs exposassent leurs gri^ en présence de cem 
des Florentins, se réservant ainsi en quelque sorte de pronon- 
cer entre (snx un jugement. Les IHsans fireilt ^en effet le ta- 
bleau de roppvesBHm dont ib avaient été viclimes ; et se jetant 
à genoux, ils soppliàihsnt le roi, avec dés torrents de larmes, 
de pe leur point retirer la grâce qu'il leur avait accor()ée. 
François Sodérini , évêque de Volterra et ambassadeur des 
Florentins, s'efforça à son tour de disculper 'sa république; il 
4 insista sur les droits légitimes que lui avait transmis Gabriel- 
Mari^ Viaconti par un contrat de vente , et il prétendit qàe 
les Pisansy gouvernés ooqmie tous tes autres peuples sounà 
aux Florentins , ne se trouvaient malfaeureux d'un sort qoi 
i»nteiitaii leS' autres que parce que leur orgueil étiSX tout à 
fait dêproportionné à leur puissance et à leur mérité ^. '" 
. Le )*oi)^daBS cette QiscussioD, penchait évidemment pour 
les Viaam. Ge|^ndant il s'éffrit pbur médiateur enit^e lès deux 
peiq[>lBS, et il leur proposa une suspension d'hostilités jusqa^à 
son retour de T expédition de Napies, jpromettant de prononcer 
aloifi d après la justiee et les traiWs. Mais lès florentins, qtd 
m défiaient de ses paroles ambiguës, le scHumèrent d'exécuter 
sans retard une convention solenn^eibent jurée. Cknnme ik 
n'avaient point encore payé la portion la plus conddéràble da 
subside <fa ils avaient {promis, le roiy qui avait besoin tfar-^ 
gent , déclara qu'il enverrait Briçonnet, cardinal )le Saiat- 
MaiiQ, à Florence, pour retirer celle somme', et Iwe eiécuter 

ktraité. 

• 

Briçonnet se présenta le 5 février à la seignenrie de Flo- 
rence f il la persuada si bien de sa bonne foi et de son em- 



PU MOVIDI A0X. 461 

m^B^mept à iso^gner Tune à» éetu forterMOM d« .Mse, 
tw4<^4f»,Q«mpéfi^4[iar las Fimoçus, fi4*il obtint d'eHe^ en are- 
tour» qu*iQa 1^^ avancerait le pasemmt de quarante mffle dn- 
Qa> q^i n'étaîieiit pas aapore échus * . Après avoir toiiebé T ar- 
gent, il f^tit le t7jC^rxier pour Pise; naisil en revint le 24, 
déclarant que les Pisans n'avaient paa voulu lui obâr, et qu'il 
p' avait p9 €}oi(]toyer la force, parce ^u* étant homme* d'église, 
s il fjô^ait Ters^ dojuing^ il en serait neepensabledevaAt^fiien. 
La Qo.uye],lçi de 1^ priae de Naples arriva fort 4 profos pour 
Ipi donner un prétexta de repartir,: et de reîoîniko sor maître 
en le tiipaot dnAçsi^ti^Q éqwvoque ^ 

lie^ Pisans avaient aussi envoyé des. ^mbassadtxm ^..Sieane 
et àlippqœs pour demander desfseooiurs à ces deu répid)li- 
qu^f ayec lesquelles ils avaient eu d'anôennes aUtanoas, et 
qui ^taienJ; demenrées rivales, des Florwtinsv Tontes deux 
para^ssaijent de nouveau disiNiaées.à les assister fttrâi 'tontes 
deux <tf*gi^f^at .encore 4^ iPi fKwprcnnetlirôitiwp oaveite* 
^f<^^-. C^n^AOt 1^ I^pequois leiurfi^nl^ passer qudque ar- 
gent et quelques centaines de sacs, de rt4é(? 9 l«sr Siennais leur 
e0|YP]r,^rwt imoiédifitqment .^elquw gendpvmsisiqtB éftaienb à 
leif r sold^ ^ , IhCS Pis^m fcro jineni |khivhhk atteddve iiiid ossb*- 
taf^ce ,p|i|^ Q|0([;aP§du duc^d^ ]M|ilaii>:Ii0ttî»^k4faëfer. il arait 
été de^ .pi:ejniera k les eneo^riifeii à peend9e>lea.ainnès^; û 1m 
^y ^t.. protégé^ ayee;zièle à .la 4»9ttr .defranee, ot fl paoaissail 
s'iQj(éjirq&s^ yiv^mei^ h i^e qu'ils ne retombassent pas sons le 
joug. ^ ^fet^ sifCet^ gpjusrro se^proloogeait, il se flaltisl'qiie 
PMe^trQp ($^il)l^, i^iii; eo ^^nd^epar, ellotmâne, finirait 
paf:.s6 dpnnetr 4 Ini^ .«QmoieÉ eUe s'étaîjk domiée anteefoîe à 
Jean Galéaz Yisconti, un de ses prédécesseurs. Néaàiioins, 

I Setpkm^ itmmirato. lib. %xn, p. 3ft. <*« > t¥. ^HaardML U II, p. ff. — lacopà 
Hardi utor, Fior. Lib. H, p. 33. — àidpiorie Amaàrato. LU>. XXVI, p. 208. — > J)i««en- 
fastoni wjpra la »tJori% iMchete, DIn. vm, T. il, p. 213. -» * fr. GukdardiHi, Lib. U , 
p. 73. 



4M HistoiBS i>is agpgiiaqpiBi. italierhss 

CMBOMttt a?ait/«ir«e kt HorwilMiii im4i»ité ifiUMMvîtDe 
▼ofriiit pti le irkder oa^wtencDt; il m «MAaatB^dfr iniriiiowr 
les aabaiSiâcaa fisaMsan GéMia^ qm iai •wuMft'dtféiéU 
sagiirarie de lewr viUe^.iaaîa qaài^m, wùBÊt p» mil» 
oeoserféi {Morleam capitriatieno, le ^oi^tk fÉfcMfirarlSttP 
proiffe oempte te prâx>« la gHR»* • 

Dmx.âèalfla aapataiMnt, ka Géam^ a[^ kna anômatt 
ifictomaanr ka Pkaoa^ a'élmriï flatléa d'ébmùte lear «koti- 
natioQ flwr leoi le riwge de TeMane. Ba ypoatédaîeDt d^à 
qadqiiea chàteap ; îla.y aefainiitaifeaiek podde UToatiie, 
que leur doge» ThoHiaa PrégMo^ Tmcyt .^oauite aux Fkra- 
tiw« B^ eakie époqpie^ ik f aieid; repousses tm^oofa plus kin 
des frofitîèrea iKweaDeSi Ba penri^i^ suoeesHveraettfc Viébmr 
San&etSamna^etki rrake liagia fol enfin frLtfe pour B- 
n^eatoa leortanàtoiie et cdaide Fioreiiee. Lsa 'Géoeû, de- 
OMorés dès lora rim» dea Fkiwims^ reQnmntavab fitteor 
lea dépatés de Pise. Pn^tiiitlaricn gévak cNitempetHio rap- 
poato k dkooQ» snianl, ^pie kad^crtéa pkaaa pvoiiDii^^ 
deranl k aénatde^Gèaea : 

« ËaoQsaMMMMy pènaeauorita^ dirauti-^iS) si nooe ne sa- 
« ¥Qiis poînt parkv d'onajAnnère appvcq^ée ea à ladigoilé 
« de ee séaat, ea à nea malbeaps; Mmbam^'&k k-teite uot- 
« quemeot à cette senritaBde ai laDgnevsi iBs^ahiey ék ennSs, 
« dans laquelk ks Fkurei^nia nom •entretanns. Dneloiigoe 
« i^nterraption nous a fait oal^lkr commeaton sfadresaaèdes 
« hoDuaies de voboa rmig.SiQW ii*«miia pliiaeacawia de pair- 
« ler.qa*a,vec*Boa paysma, sur ka tnbaH^qaa^iMaS'âaiiaDs 
« payer, ou sur k oeltoredeBoa dmaspi» qa.'à(paMBoa&oas 
« teîsiait eneore , IHras fi'ati<Hia ptas ^aubres peoaéea qoe^da 
« fonndr à c^ exactboa sans cesse répétées, povr éviter hi 
« dures pnaous deut on aoas mcMi^dt* Laiscnmiiir.daeslta 

* Fr. GtticcUvtUni, Lib. II, p. TS» 



Dtl MChm AGE. 49^ 

« abject» «enritade nom reiDi^t endore d'effrm* Patdwnet 
• donoy Ddiles sénatears ; car nos besoins imrlent poornoiMy 
« eiMiore qw dow ae aaclnoiis le faire. Noi» rei^reM en 
« UMornantnoBTegards vers tous. Tout à rheore encore noua 
« éliowdaiialeslnrs, nous sommes libres; nous étiong comme 
« morts, nous Tivons en mettant en tous nôtre espérance. 
« DiM, dans sa misânoorde, s* est sonvenn de nons, etdttdel 
i» il iMNis a en^ojéh liberté. Le roi Charles nooa l'a donnée ; 
« mais il nooa a imposé fobiigatitn de la défendre nons-m^ 
« mea. tSènIs noua ne sommes pas en état de lé faire; noua 
« sommes faibles, et à peine nons reste^t^^H un souffle de Tie: 
« tonte notre espéranoa art en Tons ; c'est par tmIs qne nons 
« poorroùs Tiyre, on que nons devrons monrir^ Ayez donc 
« pitié de nons. Bi.Tons nona asnstez, notre TÎile sera comme 
« à Yons ; c'est à vous qne nous attribo^t)ns le bienfait de 
« cette liberté qn'nn roi dément nons a donnée. Moos aarona 
« Tos soldats ; et nona combattnma atec 2èle contre tona ceux 
« qne vous nonunerez tos ennemis. Mai» si nous ne pouvons 
« obtenir de vous tant de grâces, noua sommes Irésolua à ani- 
« vre rexemple des Sagontins, et à devaoeer snr nona-inèmes la 
« crnanté de nos ennemis. Mena égorgerons de nos proprea 
« mains noa fila et nos femmes; nous brûlerons nos maisons 
« et' nos temples; pois nona nous préâpilerons snr ces bû- 
« chers, pour ne pas laisser à nos ennemis le ponvoir d'exer- 
« car leurs vengeances ^ . » 

Les Génois, tenéhés de ces instantes sollicitations et des flots 
de iarams^par lesqndd les Pisans aviEÔent temûné leur haran- 
goe, leur firwt passar des annes de tonte espèce, dont ks 
soppHants avment le plus pressant besoin , et qu'ils eurent 
soin d'exposer sur la place publique, pour que chacun connût 
l'assèstafice qne leur état venait de recevoir, et en conçût plus 

• BarthoL Senarêgœ de refrict Gmaiens. T. UIV, p* $48* -> Ag^st* GêuuMmi, An- 
nali di Cenava, Lib. V, p. 950. 

Tii. 30 



466 HISTOIRE DI9 .aiPlIBI4QUXS ITAUEN1IE8 

de coiifimioe4 Ea urémie tenupft, Aleiandre ^^groni fui emojé 
h Pise; et il fut autorisé à appeler à Taide des Pisaifs, toutes 
les fpîs qu'il eu verrait la uécessité , les habitaute limitrophes 
de la lagune. Eufiui des mesures fureut prises pour eutre- 
teuir au service des Pisaas , mais aux frais des trois républi- 
ques de (xèues, de Lucqu^et de Sieuue, deux ceuts gendarmes, 
deui( ceuts chevau-légers et huit ceuts fantassins , que oom- 
mandèrent Jacques d* Appiauo, seigneur de Piombiuo, et Jean 
SavelU'. 

Les Pisans eux-mêmes avaient pris à leur solde Lucio Mal- 
Yezzii émigré bolonais, que les Bentivogli poursuivaient avec 
acharnement, mais que protégeait le duc de Milan ^. Mal- 
vez était uu bon capitaine ,. et il avait amené avec lui en- 
viron trois cents çoldats vétérans. Il avait attaqué les Florentins 
comme ils étaient occupés au siège de Buti, et il les avait forcés 
à se renfermer d^ns Bientina. Il est vrai que, peu de temps 
après, les* Florentins avaient à leur tour forcé les Pisans d'a- 
bandonner le siège de Librafratta, après avoir enterré le canc^u 
qu*ils j avaient conduit. Les Florentins s étaient alors répao- 
diis dans la vallée du Serchio ; ils avaient occupé les bains 
de Pise, et ils menaçaient jusqu'aux faubourgs dç ce);te ville* 
Lucio Malvezzii qui ij était retiré, fit sonner la cloche d*a- 
larme: et renforçant son année de tout le corps de la milice 
pisane, il vint attaquer les Florentins le long du can^l dérivé 
du Serchio, les battit, les chassa jusqu'à Librafratta, où il re- 
couvra ses canons, et rentra dans Pise en triomphai avec 
beaucoup de prisonniers et de chevaux '. 

Les Florentins avaient fait leur retraite par Tétat de Luc- 
ques; Lucio Malvezzi 1^ y poursuivit , et ayant fait occuper 
d'avance le pont du Serchio par un détachement, il les mit 

< BurthoL Senarega de rebut Genuent. p. 549. » Paull JovH Hisi. sui un^p. L. H, 
p. 58.— Ff. GuicckardinL L. Il, p. 77.—* Hteron, de BurselUs Annal. Bonon. T. XXiii, 
p. fft. •» s Mh* JtfvM JM||. UIk II| p. sr, — MpMke ââmroto. iMb. XXVI, p. 21 1. 



oô Marax AU. 407 

^tre deux feu. La caTalerie, gaidée yar Heroale Bentivogiio, 
s* échappa cependant en traversant le fleuve à gué; et aprèa 
s'être mue en sûreté à Môute--CarlOy elle retint occuper m^ 
ancien camp à Pontad' Ëra; mais les gens de ^ed tufeiHi 
presque tous on tués ou faits prisonniers ^ . j 

Tandis que les Florentins pourscdvaient la guerre coa^ 
Pise avec si peu de succès , un6 nouvelle révolte de leurs su- 
jets ajouta encore à leur inquiétude, h^ 36 mars t49à kk 
puissante l)ourgada de Montépulciano rejeta le joug de la sei- 
gneurie ^. JUs f*lorentins avaient , dans chaque bourgade de' 
leur territoire , une citadelle qui avait toiyours une porte ex*- 
térieur^ » pour reoevmr des secoure. Dans chacune de ces d* 
tad^es ils n'entretenaient que q^tre ou eiaq soldats y qui 
s' euf armaient soigneusement I rtfaisaieat une garde sévère; 
ees quatre hommes suffisaient pour tenir la place ç^rantô^ 
huit heures, en cas de révolte de la bourgade ou d' attaque im-* 
prévue ; et la seigneurie de |f torence n'avait pas besc^o qu'ils 
lissent une plus kmgue résistance pour avoir le tempe de h» 
secourir. Mais les quatre gardes de la citadelle de Montépul-» 
ci^o n'avaient point eu soin de renouveler leurs provisions : 
d'aUleurSy observant mal leur consi^nei trois d'entre eux sor- 
taient quelquefois ensemble ; et il non restait qu'un seul att 
château ) pour ouvrir et fermer la porte. Les halHlants de 
Montépuleiauo, mécontents du gouvernement florentin , de la 
pesanteur des impôts et de l altération des monmûes, réso- 
lurent de se mettre en liberté , sous la protection de Sienne* 
lls.s'euteudirent avec les magistrats de cette république, dont 
ils étaient proches voisins^ puis, saisissant le moment où troii 
des soldats de la citadelle en étaient sortis , ils y euf ôralèrent 
le quatrième, le poussèrent dans la grande tour, I effrayèrent, 
et le réduisirent a se rendre au bout d'une heure ^. Ils sehàlô« 

1 PauU JovU aUi, tiA temp* US. il, pi sfl. — * Jaoopo ^orctt deUe taiwr, fMaïf* 
U U, p. 34. — S iiaect\iav^Ui , Framm$n$f i$tûiUu T. Ui, p. «b 

30^ 



468 MISTOiaB DES AÉPUliLIQUES ITALIENlfES 

rent de raser cette forteresse, qui ne pouvait servir qa*èlesteiiir 
dans la dépendance ; et pendant ce temps ils envoyèrent des dé- 
potés aux Siennais, quoique liés avec les Florentins par de précé- 
dents traitéSi pour se mettre sous leur protection. Les Siennais 
ne firent aucune difficulté de les accueillir. Ils s'engagèrent à 
recevoir Montépuldano sousleur protection perpétudle, et à en 
traiter les habitants comme confédérés, non comme sujets. En 
même temps ils envoyèrent qnelqœs troupes à lenrs secours * . 

Les Florentins, qui s'étaient, attachés sincèrement k Tel* 
lianee de la France, et qui, d'après les exhortations de Savo* 
narole, continuaient à lui être fidèles, malgré les sujets de 
nécontentement que le roi leur avait donnés, envoyèrent à 
ïlaples, à Charles YIII, pour lui demander de garantir leurs 
possessions, comme il s'y était engagé par son traité, et d'o- 
urler les Siennais, ses alliés à leur rendre une bourgade et 
aon territoire, dont ils s'étaient emparés injustement. Mais 
Charles lemr répondit avec un sarcasme amer : « Que puis<^je 
« faire pour vous, si vous traitez si mal vos sujets qu'ils se 
« révoltent tous contre vous ^ ? » 

Les actions de Charles ne démontraient pas moins que ses 
paroles combien il t^aait peu de compte de son traité avec 
Florence et de l'appm que cette république pourrait lui assu- 
rer, pendant qu'un orage se formait contre lui dans le nord 
de l'Italie. Les ambassadeurs pisans, qui étaient à Naples, 
obtinrent de lui six cents soldats suisses et gascons, qui arri«- 
vteent à Pise sur un vaisseau <de transport, et qni reoom- 
meacèrent au mois d'avril le siège de Librafratta, dont ils 
^'emparèrent Lucio Malvezzi reprit à peu près tous les châ- 
teaux de l'état pisan qu'il avait été forcé d'abœidonna'^« La 



« ABeipetto AUegreta Dlari Soiteti, p. 843. — Orlando MalavoUi St»r. di fitena. 
P. ni , L. VI, f. 100, T. — Scipione Ammtralo, Lib, XXVI, p. 2io. — ' Fr. GvAcciardinU 
Ub. II , p. 89. — > Pùuli Jovii ^ist, Llb. Il, p. 60. — Jucopo Hardi, Ui, FUtr, Ub. U , 
p» !•• — SeipUmê Ammlrato. Lib. XXVi, p. 3ii. 



00 MOYJSn AGB. (468 

fortêrâftse de Yemioola était entre ses mams ; celle-d est bàfiè 
sur la scMStmité la plus orientale de la montagne qni sépan^te 
Pisan dn Lucquois ; elle domine la irallée de rArno, et éM 
oouYre tonte la plaine par laquelle les Florentins ponvaieift 
s'approeher de Use. CMte ûtnation donnait à Mal\ez)fil i'an 
vantage de ccmnidtre tons les projets de Tennemi cTaptfès mi 
mouvements, et de les prévenir. Franeesco Seeco, génén^ fieef 
rentin, se disposait à attaquer Yermeola ; mais Mahré^Kiflo 
surprit à Buti, dissipa son armée, et lui fit un grand àosÉbib 
de prisonniers. Il s'empara ensuite de San BomaBOi>^rda 
Montopoli ; et les Florentins, voyant des drapeaux français 
parmi ses troupes, ne voulurent p<Mnt les eombatttéi & Uft 
abandonnèrent Pcmtad' Era et tout le territoire pisaniU riq ni 
L'ancien attachement des Florentins pour la couvonnelàe 
France était altéré par tant d'injures et par un maiiquf»defM| 
si constant. Dana ce temps mtafte toute l'Itafie H'ébMalMI 
contre les Français, et des députés de Yenise et jterlfiiliii 
sollidtaieut les Florentins de s'unir à la cause det rfriadépcM^ 
dance italienne*. Us auraient réussi sans doute >$itrjéf6iie 
Savonarole n'avait pas redoublé par ses exhortations «prophérh 
tiques la erainte que ressentait la seigneurie en sqtt^o^yantfli^i 
première sin* le passage de l'armée française à sonir{9touir< Mater 
depuis plusieurs années Savonarole avait aniioni)éiqu'li^'iilr[t 
vaak» étrangère causerait lé malheur de ritalie^iiAiïiaplMBfcT! 
rition de Charles YIII, il avait déclaré que c^étuitM^irlf» mèe*\ 
narque que Dieu avait choisi pour punir les mécbaQtSiieK» 
réformer l'église'. Il persistait encore à dire que^iqucâfoel 
Charles YIII n'eût pmnt accompli la tâche quitluinataiferélé > 
imposée parla Divinité, il était toujours son ernioyé, que AieM-^ 
continuerait à le conduire comme par la main y et ile tuneoatt m 

« PauUJovUHUL 9ui iemp» Lib. il, p. Cl. -* > ffêfkme Âmmiml^ WXS^VI^.p. {Ufv 
— 3 Jacopo/Vordi^ lâf.Fior.Ub. Hy p. 34. ... m •i.ii' • i 



4T0 HISTOIRE DBS BÉ!»t7BLIQ0BS ITALIlSnilES 

4é 4MM)M les difficDHéi ob 9 iféîsSt engagé*. Ces propbéUeit, 
vëpMes arec taiit d^assoranee dans la'diâire, étaient aceoeil- 
UcÉ âTeela foi la ptns entière par le peuple et pat tes cfaefis 
de la fi^tibKqne. Ce nr*était plus par une poRliqne fimnaine 
qié Murelioe se edndtiisah) inris d'après lea révétations qu'elle 
«rféUreee^eir da ciel ; et le réformaleor Italien eterçait snr 
te^NpAiHcpie florentine ei^te tnême infkienee que dnqnanfe 
atifAiH filrd to réfomatenr français exerça snir la répnbliqtie 
dai&aoèvb. Bcvanarrie et Calvin avalent h pen près les métnes 
ifci tt n i— te ; Us associaient de même la rdigkm et la politîqaê : 
lÉBÎi'Saiiranarf^e, aTeel'imaf^nalion dn midi et Tardeur de son 
«Éractèie^ erayait reeeroir immédiatemeirt de la Divinité les 
inspiratîoap qn*il ne dirait qu*à ses réfieiiiens et fc ses eon*' 
nfc l w me a i ^ Celte mtnie Imaginatien maltrlsrit trop sa raison, 
féar fif^il smigeÀI à seumettre à Tetamen l'ensemble de la 
MHgloîi. H Iwrifatt sa réformera retganteatfon de f église et 
èiè |loflloMi<tn de ses meeors, et tt tf avait Jamais vonta intro- 
dfl^èmidije variation dans sa fM. 

fjfs antres états de l'IMie, dont ta* potttiqttetféCait point 
dMgvie parties prophéties et par leii préActions d'mi fattome 
<pli fit epiTfalt miùfi de Dten, n^avaient pu voir sans la( plos 
vMénte mqnMtnde les sneeès ino«fïs des Français, la eonqtiëto 
du Msftènaébevée safis qifil y eAft en besoin de lltter nne 
se«lKbétiOl#y le renversement iA anbit de eette mierison d^Àra* 
gM| qfai petidènl tongtempsevait in^pM de Feffireft à fôm les 
éiftts 4tiMetti^ et qnt «vaft dispam an prunier soaffie de la 
foilÉM^ L'irmganee des Français ajontaft à cette inqniétnde : 
céiaiit lenÉ^àmlittioB mri dissimntée entliitassait tonte riiaHe, 
eHoiftiNlt irçMbler ehaeatt des sonveraimt ponr sa prùfÊtt 
etimaet ; Ut dm *Oriëlw» , qtà avait m laissé à Asli, an« 
nonçait hantement ses prétentions snr l'état de Milan, et me- 

Ub. VIII, ch. III, p. 770. — Jaeopo ilardL Lilh'ffj i^vllft •• 



«*« • « 



DU MOTXn AGI. 47 f 

nàçiât Lonis-le-Maure , tandis qde Gbaï'lèB fttl , k Mâptert, 
semblait prendre à tàohe d'augmenter là défiance de œ pr6« 
mf^ allié. 6harles ef était atJtaoiié Jean^'laeqnes Trivdlrio^ en- 
nemi personnel de Sforsa, proscrit eomme rebelle de Féttt de 
Milan ; et il Tarait pris à sa solde avee cent lanees. Il tf éMt 
an»si attaché par beancoup de promesses le eardinal PréQ[0S6 
et Ibletto de Fieschl, les denx cbefs des éfMgrés génois, eMe- 
iliis de Sfonea ; enfin il atait reftmé à Lotri»»]e^M anre Ih priii^ 
cipaoté de Tarente, qn'H lui arait promise, dédarant n'être 
tenu à Ten mettre en possession qa* après qne le toytfQnte de 
If aples tont entier serait entré sons mm obéissànoa ^ . 

lies Français occupaient toujours pir des garirisoni léir 
places de Sansane et de Piétra*Bantâ, qu'ils arftiéttt proAiiê 
et Rslitaer aux CMnols ; ils étaient denieurés niattrei des 
principales forteresses des états de I^ieques, tfe Plsèi de 
Florence et de Sienne, et ils donnaient ainsi te M è tottè là 
Toseème : ils ataient de même obMgé les Orsini et les GSotoHnà 
de leur Htrer des chàteaux-forts, pou gagtes de leiir ééfànkè^ 
ment; enfin ils ataient réduit le pape à le^ mettre en posseà- 
sion de ses meilleure» forteresses. Du pi^el de dbiliûéf sâr 
tonte r ItaMe paraissait avoir été ariMé pàt la eocir àMbMieiisSf 
de Qmtks YIH, et snbstittté mi pNjet de tmfHàûôn éê 
Gtèoe,qà'ott né regardait plu» quecommeimstratagèÉiMlfeiité* 
pour désarmer les peuples ebrétiens. Le» sMteralnà ê(Êtmk^ 
gers à' PItafie partageaient le méecmlmteittetit et Tinquiétad» 
des habitants de la péninsule, rerdlnané et ïsabeHe s^àfiBi*» 
geaient en Espagne de rinfortune de léctr eousin, et die li 
perte d'un royaume qui ajootail au luatfo et an pouvoir delà • 
maison d'Aragon. B'ailienrs ils eraigMieiit fMr la Sicik^ 4fiij 
ayant appartenu aux Angevins^ potfviii' Mrey MisMkie» qdé^ 
NapieS) réclamée paries Français, et qu'il deviendrait difficile 



* ti. ùêàéehrdM. B. Tr, pt, a«L *- PeMÈeim Ém. ttn* k. il, p. fr. «^ PMi AtHP 
irtef. sui temp, lib. n,p. H. < 



472 RfSTOIBB 1MB& BBPIISIilQUBS ITALIENNES 

dfi défendre cwÉtre eux s*ik s^efferiiûssaie&t de l'aétre cftté 
du pbare. Maiûmilieii, roi des Bomains, conserrait une àmère 
rancune contre Charles YIII, qui, à l'occasion de son ma- 
riage, lui arait fait les deux affronts les plus sanglants qu'an 
père et qu*uu époux pussent recevoir. Il a?ait fait la paix, il 
efil vrai; mais Charles YIII» en traversant Tltalie, n'avait 
montré aucun respect pour les droits impériaux : il était en- 
tré en conquérant dans les terres d'empire, et il avait parléen 
midtre ; en. sorte qu'il ai^t donné à l'empereur-élti de nom^ 
breux motifs de,se plaindre et de recommencer la guerre ^ . 

Philippe de Comines, seigneur d'Argenton, le politique si 
snbtili et l'historien q|ui a raconlié avec tant d'intérêt le règne 
de LouisXI et l expédition de Charles YIII, était alors ambas- 
£iadjrar de France à Yenise, où il passa huit mois. Il y avait, 
été envoyé pour isugagiar oMe poissante république à s'atta- 
cher àTalliancçid^ France, ou du moias à masntenb la nen- 
trfilité qu'elle avait proiùis d'observer. Dans le {premier cas il 
lui ofStfii comme récomp(^se Brindes et Otrante , sous con- 
dition que les Yénitiens rendraient ces deux villes, si le roi, 
faisant pbstaid la couquète de la Grèce, pouvait leur assigner 
un ludyUeur partage dans ce pays. Mais les Yâoitiens, qui, 
loin de croire à la pron^ite réussite du rri, ne se figuraient 
même pas qu'il persistât dans ses projets, avaient refusé bon- 
nèten^ent ces concessions magnifiques, qui sembiaient ai loin 
de.pouToir être exécutées, ^ ito avaient pr(^sté qu'il» reste- 
raient neutres ^* De la même manière ils avaient rebuté les 
ambapi^deurs du rçi Alfonse, et «eiui du jsnlton Bajaasst, qui 
l'un et l'autrf coulaient le^ engager à la défense du roi de 
^9p)^jiitw<)i^ que Tambassadeur milanaisy qui était ainsi à 
Ym^i»iJbB9^^fin99i(((}im(iO^IM «n assurant que 

•jll'Hillli I(r.ll)(i'>i7 )li II un I*) .;:ii.')n»irî ..')Iii..| »*nnr.l)'ii .i»n|.> 
> PanH JovU Bist. sm Ump^ LU>. n , p. M. — Guieciardinù L. n, p. S7. •* PetH 



DU mnm ▲«. 473 

flon mattre saarait fort bien comment Vy prmdre pour ren* 
Toyer» quand il en serait temps, le roi de France ai>-delà 
des monts ^ 

Le traité de Pierre de Mëdids avec Charles éveilla enfin 
r inquiétude de la seigneurie; et les rapides progrès de Tar- 
mée française firent partager cette inquiétude an duc de BQ- 
lan, au roi des Romains, qui craignit que Charles YIII ne 
reçût d'Alexandre Yl la couronne impériale, et au roi d'Espa- 
gne. Ce fut à Venise que ces princes entamèrent des négo- 
ciations pour la sûreté générale. On y TÎt arriver successive- 
ment révéque de Gome et Françoifr-Bernardin Yisconti, 
ambassadeur du duc de Milan ; Ulrich de Frondsberg, évéque 
de Trente, avec trois autres ambassadeurs de Maximilien ; en- 
fin Lorenzo Suarez de Mendoça y Figneroa, ambassadeur 
d* Espagne^* Ces diplomates^ commencèrent par n'avoir des 
conférences que de nuit, soit entre eux, soit avec les secrétai- 
res de la seigneurie. Ils se flattaient d'éviter ainsi les observa- 
tions de Philippe de Comines : mais celui-ci, ayant découvert 
de bonne heure leurs menées, pressa avec franchise les am- 
bassadeurs milanais de lui faire part de leurs doléances, pour 
y remédier k l'amiable, plutôt que de s'aUéner de la France, 
dont l'alliance avait été et pouvait être encore si utile à leur 
indtre'« 

Comines essaya aussi de détourner la république de Yenise 
de ses projets hostiles ; mais il avait affaire à la ruse ita- 
lienne ; les ambassadeurs milanais lui avaient protesté, avec 
de grands serments, que tous ses soupçons étaient faux : la 
seigneurie l'avait assuré qqe la ligue qu'elle projetait, loin 
d'être dirigée contre le roi, devait être signée de concert avec 
lui, puisqu'il s'i^issait de faire en commun la gnerre aux 



ft Phil. de Gominei, MémoirM. Lit. vn, cfa. XIX, p. 24S. — ' Peiri Rembi Hisi, Feu. 
Vbi II, p. 33. — Crouiea Venesiana attrUntUa a Marin Sanuio. T. XXIV, p. ic. — > Phi- , 
lipptf fU^ 'domines. Lit. Vii, cb. XIX, p. 248. 



474 HISTOIRB DES B^FUlItlQOES ITALIE9IIES 

Tares, de forcer chacon des alliés de concourir à la dépense, 
el d'assarer à Charles VIII k suzeraineté da royauiûe de 
Naples, avec trois de ses meilleures places pour garantie, tout 
•o eODiervant la eomronne an prince aragonais^ comme feu- 
dfllaire de la France. €k>mines demanda du temps pour com- 
miiniqaer ees proportions au roi, et insista pour que les Yé- 
BÉttens ne tenninassent rien avant d*&voir eu une réponse. 
Mais Charles, doï les succès dépassaient toutes les espéran- 
ces, ne Youlnt entendre à aucun accommodement ' . Cepen* 
dftat les amtiassttdeurs, voyant dès lors que leurs conférences 
étaient connues, ne se cachèrent pins, et s'assemblèrent tons 
le» jonrs< Ils songeaient alors à ce que les Yénitiens fissent 
passetr des troupes à Borne, pendant que Ferdiuand dé- 
fendait Viterlie : mais lorsqu'ils apprirent que cette ville 
avait été idMutdonnée isans coup férir; que Borne, peu 
après, avait été évacuée de même, leur alarme s'en augmenta 
avec les difficultés de leur situation '. 

• Yoynnt les Yénitiens tout cela abandonné, dit Philippe 
« de OMûiges, et advertis que le roi estoit dedans la ville de 
« Naples, ils m'envoyèrent quérir et me dirent ces nouTclIes, 
« moussant en estre joyeux; toutesfois ils disoieut que ledit 
« ehasteatt estoit bien fort garny, et voyois bien qu'ils avoient 
« bonne et seure espérance qu il tint, et consentirent que 
^ l'ambassadeur de l!faples levast gens d'armes à Yenise, poor 
• envoyer à Brandis { Drindes ), et estoient sur la conclusion de 
« hm Hgue, quand leurs ambassadeurs leur escrivlrent que 
« lechastean estoit rendu. Lors ils m'envoyèrent quérir de- 
« rcobêf à un matin, et les trocrvay en grand nombre, comme 
« de ctBqvante on soixante, en ta^ chambre du prince qui 
« OAtoit malade de la colique ; et il me conta ces ûbûvelles de 



t ita WêCêtÊltÊMi lilfi Vn, élr. SIX, p. no. ^ naynùfttt Ànn* ieeles. 119$, S t^ 
I». #«l. — • Conrinet tHir, VU -, ch. XIX, p. 3|1. -^ Pttn BemH BUL f^, 1^ !(» 
p. SI. 



M yKrtai ACi. 475 



« visage joyein, mais mil en la compagiité lie se ittYoh feladre 
« m bien comme lui. Les «ns estoient assis seur an marche^ 
« pied des bancs, et avoient la tète appayée etdre lecm mains, 
• les autres d^one autre sorte ; tous desoiontrans avoti* grande 
n triilesse «u eosor, et eroy que quand les nooTelles vinrent 
^ à Borne de la bataille perdue à Cannes eontre Hannîbal, les 
sénateurs qui estoient demeurés, n*es(oiéni pas jiAers esbahis; 
ne plus espouvantës qu'ils estoient. Gaf un seul nefit sem- 
Uaiit de ne regarder, ni ne me dft un mol que lui. Et les 
regafdois à grande menreille. Le doe me demanda si le roi 
km ttendrntt ce que toujours leur avoit mandé et que je 
lenr a^ois dit. Je les assenrai fon qfaeonî, et ouvris les votes 
pour demeurer en bonne paii, et m* offris fort de la faii'e 
tenir, espérant les oater de soopçon, et pdis me départis. * » 
Malgré Tabattanent des seigneurs vénitiens, Oemines com- 
prit bien que la situation du tM, dans le fend de f Ralfe; 
povvait devenir très dangereuse s'ils se déelaraieot contre toi * 
et tiindls que le dœ de Mitan faisait encore des dtfficerltés 
peur «gner avee en le traité d'alttanœ, il pressaGharïes TIII, 
on de faira venir de France de nouveaux renférta, s'il voulait 
se maMenir loi^mème dans le w^aame^ on d'en ressortir ail 
jdhis tAt avea son Mrmée, avant qu'on lui barrât le chemin , 
el de laisser seoleinent des garnisons dana les places fortes. 
En aaème temps il écrivit an due 4a Bourbon, resté en Francd 
eemMe liemleaaiit dn royaume, et à la marqolse éù Montferfâft, 
liottP lea engager à enroyer le plus IM possMedés renforts; 
a» due dfOrténns, cpsi élaît raMé à Asti afvee sa mafson seu- 
\mm&ài s car cette viUe était en qoelqne sorte la porte ouverte 
an fflâ piwn^ r^trer en France; et et «Me éladi prise, Soudan- 
0Br pouvait daveair csLtrènMi ^. 



I MiwioliW S» PhS. d9€i6aSM».]b VU, elk tSHy^pi, nt, -^•SMttolMVd» OMIitif!«|V 
U». VII, «Ih 3(X , pu siè, r4> ee BB irmm pi#attlBt éé lix MirSi étriHBê du i4 fit 

M «vrP, par le duc d'Orléaas au duc de Boarbon, pour lui demander dei WMOn, âlfec 



476 HISTOIBB BSS BXPUBLJQUSS ITALiEIllISS 

« la figue fat conclue, dit Gomiti^, un soir bien tard. » 
Ce fut le 3 1 mar» 1 495 ^ . « Le matin me demanda la seignea- 
« rie plus matin qu'ils n'aTolent de coutume. Comme je fus 
« arrivé et assis, me dit le duc qu'en rhonneur de la Sainte- 
« Trinité, ils avoient conclu ligue avec notre saint père le 
« pape, les rois des Romains et de Gasiilie, eux et le duc de 
« Milan, à trois fins'; la première poar défendre la chrétienté 
« contre le Turk; la seconde, pour la défense de Tltalie; la 
« tierce, à la préservation de leurs états, et que le fisse savoir 
« au roi. Et estoient assemblés en grand nombre, comme de 
« cent ou plus, et avoient les tètes hautes, faisoient bonne 
« chère (mine), et n'avoient point contenances semblables à 
« celles qu'ils avoient le jour qu'ils me dirent la prise du 
« ebasteau de Naples. Me dit aussi qu ils avoient escrit à 
« leurs ambassadeurs qui estoient devers le roi, qu'ils s'en 
« vinssent, et qu'ils prissent congé. L'un a voit nom messire 
« Dominique Lorédan, et l'autre messire Dominique Trevisan. 
« J'avois le cœur serré, et estois en grand doute de la per- 
« sonne du roi et de tonte sa compaignie, et cuidois leur cas 
« plus prêt qu'il n'es toit, et aussi faisoient-ils eux; et doutois 
« qu'ils eussent des Allemands prêts; et si cela y eût été, 
« jamais le roi ne fût sorti d'Italie. Je me délibérai ne dire 
« point trop de paroles en ce courroux ; toutesfois ils me 
« tirèrent un peu aux champs. Je leur fis response que dès le 
« soir avant, je Favois escrit au roi, et plusieurs fois, et que 
« lui aussi m'en avoit escrit, qu'il en estoit adverti de Rome 
« et de Milan. Ils me firent tout estrange visage de ce que 
^ je disois l'avoir escrit le soir au roi, car il n'est nuls gens 
« au monde si soupçonneux, ne qui tiennrat leurs conseils 
« plus secrets ; et par soupçons seulement confinent souvent 

sont rapportées dans Deoys Godefroy. But, d^Chafles VUl^ p. 700. ~ i Petfi B«M 
Hist. yen. Lib. n , p. 49. — SdpUme Ammiraio. Lib. XXVI , p. 9iO. — Ownioi f m» 
T. XXIV, p. i7. 



BC ItOYEN AOE. 



477 



« les gens; et à cette caqse le lear disois-je. Oatre ce je lear 
« dis ravoir aassi escrit à monseigneur d'Orléans et à moa« 
« seigneur de Bourbon, afin qu'ils pourvussent Ast; et le 
« disois espérant que cela donneroit quelque délai d* aller de* 
« vant Ast; car s* ils eussent été aussi prêts comme ils se van- 
« toiènt et cuidoient, ils l'eussent pris sans remède ; car il 
« estoit et fut mal pourvu de longtemps après * . » 

Mais tandis que Philippe de Gomines attache quelque va- 
nité à montrer comme il était bien informé, Pietro Bembo , 
l'historien vénitien, se complaît à peindre sa surprise et son 
effroi. « Encore, dit-il, qu'il y eût un si grand nombre d'am- 
« bassadenrs, tant de citoyens appelés aux négodations, et 
« que le sénat eût été engagé dans de si fréquentes délibéra- 
« tions, telle avait été cependant la vigilance du conseil des 
« dix 9 pour supprimer tout bruit public à cet égard , que 
« Philippe de Ck)mines , envoyé de Charles , quoiqu'il fré- 
« quentàt chaque jour le palais, et qu'il traitât avec chacun 
« des ambassadeurs, n'en avait pas eu le moindre soupçon. 
« Aussi, lorsque le lendemain de la signature il fut appelé au 
« palais, où le prince lui communiqua la conclusion du traité 
« et les noms des confédérés, il en perdit presque l'entende- 
« ment. Cependant le doge lui avait dit que tout ce qu'on 
« avait fait n'avait point pour but de faire la guerre à per- 
« sonne , mais de se défendre si l'on était attaqué. Ayant 
« enfin un peu repris ses esprits : Quoi donc, dit-il, mon roi 
« ne pourra pas revenir en France? Il le pourra, répondit le 
« doge, s'il veut se retirer en ami ; et nous l'aiderons de tout 
« notre pouvoir. Après cette réponse, Comines se retira ; et 
« comme il sortait du palais, qu'il avait descendu le grand 
« escalier et qu^il traversait la place, il se tourna vers le se- 
« crétaire du sénat qui l'accompagnait, le priant de lui répé- 

1 Mtaioirei de Phtt. de Oomioes. Lhr. Vu , chap. XX, p. 355. — Amolli Ferroni de 
geêito Fmneof. Ub. I, p. I3. 



478 aistcias dbs asHiB&ioei» iTAUSNiifis 

« ter ee qufi le dogs ki avait dit^ ear il l'amt tmit onbfié ^.» 
Le peaple de Ycrâe eéiiâbra eeUe ligue te iendemaîa de sa 
ligaature par des r^eoissaneei infinies i les fêtes rcoommea- 
cèreat eoeore le \ 2 avril, dimanebe des Bameam» jour eà 
elle fut pvbiiée ea néiiie t