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Full text of "Histoire d'Hérodote: tr. du grec, avec des remarques historiques et ..."

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\ 



■TA 

A-00 3 



HISTOIRE 

D'HÉRODOTE 



lÎDITION £N NEUF VOLUMES. 



HISTOIRE 

D'HÉRODOTE, 



TRADUITE DU GREC, 

Avec des Remarques Historiques et Critiques, un 
Essai sur la Chronologie d'Hérodote , et une Table 
Géographique. 

NOUVELLE ÉDITION, REVUE, CORRIGÉE 

ET CONSIDERABLEMENT AUGMENTEE^ 

A laquelle on a joint la Vie d'Homère , attribude à Hërodotc , 
les Extraits de l'Histoire de Perse et de l'Iude de Ctësias^ et 
le Traitd de la Malignitë d'Hérodote : le toat accompagaë 
de Notes. 



• 






T O ME I. 



DE L'IMPRIMERIE DE C. CRAPELET. 

A PARIS, 

! Guillaume Debure l'aîné^ Libraire de la Bibliothèque 
Nationale y rue Serpente , n* 6 j 
TnioPHiLE Barrois père^ Libraire ^rueHautefeuille, 
n** 32. 

ANXI— 1802, 



«» 



PREFACE. 

lELLE est rîmperfectîoD de la nature 
humaine^ que les proposîtioDs abstraites^ 
quelque vraies qu'elles soient^ font peu 
d'impression. Sourds aux préceptes de la 
morale , nous écoutons volontiers les le- 
çons de l'Histoire, et cela seul suffiroit 
pour prouver son utilité, si elle n'étoit 
pas universellement reconnue. En nous 
instruisant, elle nous plaît par la variété 
des objets qu'elle présente ; nous inté- 
resse et nous remue par ces révolutions 
et par ces secousses qui ébranlent les 
Empires et changent souvent la face du 
Globe. Ces effets, qui sont indépendana 
du stjle, se font mieux sentir, quand 
l'Ecrivain unit, avec la vérité, le rare ta- 
lent de savoir la présenter. La première 
qualité est essentielle, la seconde n'est 
qu'accessoire. Sans la vérité, l'Histoire 
devient un Roman. Si l'on s'est d'abord 
laissé séduire par le charme du style , on 
revient peu à peu de son illusion, l'ou- 
vrage tombe et disparoit pour toujours. 
Tome L a 



425421 



îî PRÉFACE. 

Il ne suflBt pas à rHistorien d'être vrai, il 
doit encore tâcher de plaire. Son style, 
toujours noble sans enflure, se varie sui- 
vant les occasions. Il est simple sans bas- 
sesse, grand et même sublime sans bouf- 
fissure, fleuri sans affectation. La réu- 
nion de ces qualités compose l'Historien 
parfait. 

Peu d'Ecrivains peuvent se flatter de 
les avoir réunies à un degré aussi émi- 
nent qu'Hérodote. Parlons d'abord de 
son amour pour le vrai. Quiconque lit 
avec attention son Histoire, reconnoit 
sans peine qu'il ne s'est proposé d'autre 
but que la vérité , et que lorsqu'il doute 
d'un fait, il expose les deux opinions et 
laisse à ses lecteurs le choix de celle qui 
leur plaira davantage. Si une particula- 
rité lui semble douteuse ou incroyable, 
il ne manque jamais d'ajouter qu'il se 
contente de raconter ce qu'on lui a dit. 
Entre mille exemples je n'en citerai que 
deux. Lorsque Nécos eut discontinué de 
faire creuser le canal qui devoit conduire 
les eaux du Nil dans le Golfe Arabique , 
il fit partir de ce Golfe des Phéniciens , 



PRÉFACE. iij 

avec ordre de faire le tour de TAfrique et 
de retourner en Egypte par les Colonnes 
d'Hercules, connues actuellement sous le 
nom de Détroit de Gibraltar, Ces Phéni- 
ciens revinrent en Egypte la troisième 
année après leur départ, et racontèrent 
entrWtres choses, qu'en naviguant (i) 
autour de F Afrique, ils a voient eu le so- 
leil à leur droite. Hérodote ne doutoit pas 
que les Phéniciens n'eussent fait le tour 
de FAfrique ; mais comme l'Astronomie 
étoit alors dans son enfance, il ne pou voit 
croire qu'en le faisant ils eussent eu le 
soleil à leur droite. « Ce fait, dit-il, ne me 
» paroît nullement croyable ; mais peut- 
» être le paroîtra-t-il à quelqu'autre ». 

Voici le second exemple. Les Psylles 
étoient un petit peuple dé la Libye qui 
habitoit en dedans de la Syrte. Comme 
leur pays étoit absolument sans eau, ils 
conservoient l'eau de pluie dans des ci- 
ternes. Le vent du Midi les ayant dessé- 
chées, ils résolurent d'un consentement 
unanime, de faire la guerre à ce vent. 

( i) Herodot. lil). iv , J. xlit. 

aij 



« 



îr PRÉFACE. 

On ne conçoit pas qu'un projet si extra- 
vagant ait pu entrer dans des tètes hu- 
maines. Hérodote l'a senti ; et de crainte 
que^ parmi ses lecteurs^ il ne se trouvât 
quelqu'un qui le soupçonnât de croire de 
pareils contes, il (i) ajoute : « Je rapporte 
» les propos des Libyens ». 

Une autre chose à laquelle on n'a pas 
assez pris garde , c'est que très-souvent il 
commence ainsi sa narration : Les Perses^ 
les Phéniciens, les Prêtres d'Egypte m'ont 
raconté ceci ou cela. Ces narrations, quel- 
quefois assez longues, sont soutenues sur 
le même ton dans l'original par ce mot 
ptt^iydicunt, ou exprimé ou sous-entendu. 
Le génie de nos langues modernes nous 
forçant à couper ces phrases, il est sou- 
vent arrivé qu'on a fait parler Hérodote 
en son propre nom, quoiqu'il parlât en 
tiers, et qu'on lui a attribué des faits 
dont il étoit très-éloigné de garantir l'au- 
thenticité. 

Il a voyagé dans tous les pays dont il a 
eu occasion de parler. Il a examiné avec 

(i) Herodot. lib. iV; £. clxxiii. 



PRÉFACE, V 

la plus scrupuleuse attention les fleuves 
et les rivières dont ils sont arrosés , les 
animaux qui leur sont particuliers , les 
productions de la terre ^ les moeurs des 
habitans^ leurs usages tant religieux que 
civils ; il a consulté leurs archives , leurs 
inscriptions , leurs monumens ; et quand 
ces moyens de sMnstruire lui ont manqué^ 
ou lui ont paru insu£Ssans^ il a eu re- 
cours à ceux d'entre les naturels du pays 
qui avoient la réputation d'être les plus 
habiles dans leur histoire. Il poussa même 
le scrupule si loin, que, quoiqu'il n'eût 
aucun juste sujet de se défier de la véra- 
cité des Prêtres de Memphis, il se trans- 
porta (i) cependant à Héliopolis et en- 
suite à Thèbes , pour voir si les Prêtres 
de ces deux dernières villes s'accorde- 
roient avec ceux de Memphis. 

On ne peut refuser sa confiance à un 
Historien qui prend tant de peines pour 
s'assurer de la vérité. Si cependant, mal- 
gré toutes ces précautions, il lui est quel- 
quefois arrivé de se tromper, je crois 



(i) Herodot. Ub. u, $. m. 



vj PRÉFACE. 

qu'il mérite plus notre indulgence que 
notre blâme. 

Hérodote n'est pas moins exact sur 
toutes les parties de l'Histoire Naturelle 
que sur les faits historiques. Quelques 
anciens Ecrivains ont relégué au rang 
des fables des particularités , qui depuis 
ont été vérifiées par les Naturalistes mo- 
dernes^ beaucoup plus habiles que les 
anciens. Le célèbre Boerhaave n'a pas 
craint de dire en parlant d'Hérodote : 
hodiemœ (i) ohservationes probant fere 
omnia magni riRi dicta. Le témoi-** 
gnage d'un Savant si distingué doit ètre^ 
auprès des gens sensés^ d'un plus grand 
poids que les frivoles déclamations de ces 
demi^Savans^ qui n'ont qu'une légère 
teinture des sciences* 

Il s'est trouvé dans tous les temps des 
gens qui^ ne pouvant atteindre à la répu- 
tation de cet illustre Ecrivain, ont cher- 
ché à le déprimer. Un certain (a) Cays- 
trius, dit Porphyre dans sa première Dis- 
sertation sur la Philologie ou les Belles- 

(i) Elementa Chymiœ, tom. i » pag. 55o, 

(a) Eusebii Préparât. E vangel. lib . X; cap . iii; pag. 466; B. 



P R É F A C £• vij 

Lettres, accuse Hérodote d'avoir pris 
presque mot pour mot d'Hécatée de Milet 
ce qu'il a écrit dans son second livre sur 
le Phénix, l'Hippopotame et la chasse au 
Crocodile. Le même Porphyre avance (i) 
dans la même Dissertation , que Polion 
avoit fait un livre entier sur les plagiats ^ 
d'Hérodote. Ces accusations sont sans 
doute bien graves. Mais par qui sont- 
elles intentées? par deux écrivains obs* 
curs , qui croy oient s'illustrer en atta- 
quant un homme célèbre. Si ces accusa- 
tions eussent eu le plus léger fondement, 
Plutarque, qui cher choit toutes les occa- 
sions d'abaisser notre Historien, n'auroit 
pas manqué de les faire valoir. Mais il 
auroit cru, sans doute, avoir trop à rou^ 
gir, s'il eût avancé des faits aussi dénués 
de vraisemblance que ceux-là. Je ne crois 
pas devoir m'arrèter davantage sur ces 
frivoles accusations. Mais en voici de 
bien plus graves. 

Plutarque, qui n'étoit pas moins judi- 
cieux que savant, qui connoissoit tous les 

(i) Euselni Préparât. Evaogel. lib. s , cap. iii;pag. 46/^ D. 



vUj PREFACE. 

ouvrages de ses devanciers , et qui étoît k 
portée de consulter les monumens et les 
inscriptions^ accuse Hérodote, non-seu* 
lement de mensonges et de fictions, mais 
encore d'altérer les faits par pure mali- 
gnité, et de flétrir, par des impostures et 
des calomnies, la gloire de la Grèce en 
général et celle de chaque Peuple en par- 
ticulier. Ce ne sont pas des traits qu'il 
lance en passant, et, pour ainsi dire, à la 
dérobée ; c'est un traité complet , qu'il a 
intitulé de la Malignité d^ Hérodote, où 
il tâche de prouver toutes ces assertions. 

Si ces accusations étoient fondées, cet 
Historien, convaincu en plusieurs occa- 
sions de mauvaise foi, deviendroit sus- 
pect dans le reste, et l'on ne pourroitplus 
compter sur son témoignage. C'est cepen- 
daijkt dans ses écrits que nous puisons la 
plupart des connoissances que nous avons 
de l'antiquité, et ses ouvrages sont le fon- 
dement ordinaire et le principal objet 
des recherches des Savans. Il est donc 
trèsâmportant de savoir si Hérodote mé- 
rite les reproches odieux que lui fait PIu- 
tarque. Ce seroit ici le lieu de les exami- 
ner. 



PRÉFACE. ix 

fier, de les discuter et de les réfuter. Mais 
Joachim Camérarius Payant fait en partie 
dans la Préface de Fédition d'Hérodote 
qu'il donna à Bâle en i55j, et M. l'Abbé 
Geinoz^ savant non moins distingué par 
l'étendue de ses connoissances que par la 
droiture de son caractère , ayant vengé 
plus amplement cet Historien dans quel- 
ques (i) Mémoires lus à l'Académie des 
Belles-Lettres, j'ai pensé qu'il étoit d'au- 
tant plus à propos de renvoyer à ces ou- 
vrages, que j'ai répondu moi-même, dans 
la Vie d'Hérodote et principalement dans 
mes notes, aux accusations de Plutarque^ 
qui avoient été négligées par ces deux (a) 
Savans. Je me contente seulement d'ajou- 
ter un trait que j'emprunte de Denys 
d'Halicarnasse. a Hérodote, dit-il, est (3) 
» doux ; il se réjouit du bien et s'a£Qige 



i*"*" 



(i) Mémoires dePAcadémie des Belles-Lettres^ tome xix» 
page ii5 et suivantes. Je les ai fidt réimprimer dans le 
sixième volmne. 

(a) rai ajouté à cette édition le Traité de Flutarque de la 
Malignité d'Hérodote, et je l'ai accompagné de notes où 
je réfiite ce critique. 

(3) Dionys. Halicam, Epistola ad Cn. Fompeium , toro. ii, 
pag. 209 y lin. 1 2. 

Tome L b 



X PRÉFACE. 

» toujours du mal ». Ce savant et judi- 
cieux Critique étoit donc bien éloigné de 
penser, comme Plutarque , que les écrits 
de cet Historien étoient pleins de mali- 
gnité. 

Convaincus de la bonne foi d'Héro- 
dote, nous sommes surpris de la haine 
que lui a vouée Plutarque et de l'achar- 
nement avec lequel il l'a poursuivi. Tant 
que le motif de cette haine ne sera pas 
connu, il restera, malgré toutes les apo- 
logies, un nuage capable d'offusquer en 
partie la gloire de notre Historien. Il est 
Jieureux pour nous que Plutarque n'ait 
pas déguisé le motif qui l'animoit, et 
qu'en cherchant à colorer sa haine , il ne 
se soit pas apperçu qu'il diminuoit la con- 
fiance qu'il vouloit que l'on prît en ses 
accusations. Quel est-il donc ce motif? il 
nous l'apprend lui-même dès le (i) com- 
mencement de son ouvrage, ce C'est prin- 
» cipalement, dit-il, sur les Béotiens et 
» les (a) Corinthiens qu'Hérodote lance 

(i) Platarch. de Herodoti Malîgnitate^ pag. 854. 
(a) J'ai réponda dans la Vie d'Hérodote aux accusations 
qui regardent les Corinthiens. 



PRÉFACE. xj 

)) les traits de sa malignité ^ sans cepen-- 
» dant épargner les autres Grecs. J'ai 
» donc pensé qu'il étoit de mon devoir 
» de venger l'honneur de nos ancêtres, et 
» de prendre en main les intérêts de la 
» vérité contre la partie de son Histoire 
» où il les attaque )>• 

Hérodote avoit raconté que les Béo- 
tiens, non contens de trahir la cause com- 
mune de la Grèce et de se soumettre à 
Xerxès, avoient encore combattu contre 
les Grecs à la bataille de Platées avec 
le même acharnement que les Perses 
même. Plutarque, qui étoit Béotien, se 
crut , en bon citoyen , obligé de vengei* 
ses compatriotes, ce Ce fait étoit si connu , 
))dit (i) M. l'Abbé Geinoz, qu'il n'osa 
» s'engager dans une apologie directe dé 
)) leur conduite : mais voulant, à quelque 
» prix que ce fût, satisfaire son ressenti- 
» ment contre Hérodote , et rendre sus- 
» pect lé récit de la défection des Thé- 
)) bains et des Béotiens, il entreprit une 
» critique générale de son Histoire, où il 

(t) Mémoites de l'Académie des BelIesLetlresi tome xix> 
page 117. 

bij 



xij PREFACE. 

» s'efforce de montrer que cet Historien 
» n'est pas digne de foi , qu'il a altéré par 
)) pure malignité la vérité de l'Histoire ; 
» que sa méchanceté paroît , non-seule- 
» ment dans les horreurs qu'il a mises sur 
» le compte des Béotiens^ mais aussi dans 
)> la manière indigne dont il a traité les 
» autres Peuples de la Grèce ». 

Après avoir prouvé qu'Hérodote étoit 
ami de la vérité et qu'il a pris tous les 
moyens de s'instruire, il ne me reste 
plus qu'à parler de sa manière d'écrire. 
Comme des éloges paroîtroient suspects 
de la part d'un Traducteur, je me con- 
tenterai de rapporter ce qu'en ont dit 
deux des plus habiles critiques, Her- 
mogènes et Denys d'Halicarnasse , qui 
étoient d'autant plus en état d'en juger 
sainement, qu'ils étoient les hommes les 
plus savans et les plus spirituels de la 
Grèce. 

ce Sa diction, dit (i) Hermogènes, est 
» pure, douce et claire ; dans presque tout 
» ce qu'il emprunte de la fable , il em- 

(i) Hermogen. de Formis Orationum^lib ii^pag. 147^ 
lia. 7 et 8oq. ex Edit. Aldi. 



PRÉFACE. xiij 

» ploie le style poétique. Ses pensées ont 
)) de la justesse y ses expressions de la 
» grâce et de la noblesse. La plupart de 
)) ^s rhjthmes^ soit dans la composition^ 
» soit à la fin de %Çi% périodes^ ont de la 
» dignité ; ce sont des dactyles, des ana- 
)) psestes, des spondées. Il réussit mieux 
)) que qui que ce soit à décrire , selon 
» la plus belle manière des Poètes y les 
» mœurs et les caractères de ses difFérens 
» personnages. Aussi a-t-il en plusieurs 
)) endroits de la grandeur y et principa- 
» lement dans les discours de Xerxès à 
))Ârtabane (i), et dans les réponses de 
)) celui-ci ». 

Ecoutons maintenant Denys d'Hali- 
carnasse. <c Personne, dit (2) ce critique, 
)) qui éloit en même temps un grand His- 
)) torien, personne, dis-je, n'a parmi les 
» Historiens mieux traité qu'Hérodote 
» la partie de l'Histoire qui regarde les 



(1) Voyez Hérodote ^ liv. tu, %. xlti et suiyans. H y 
a Artabaze dans TédUtion d'Hermogcnea, donnée par Aide, 
qui est celle dont je me sers. 

(â) Dîonys. Halicam. de vetemm Scrîptoram Censura^ 
eap. iU;pag. iu4. 



xiv PREFACE. 

» actions. Quant à rexécution^ qiielque- 
)) fois Thucjdides le surpasse ^ quelque- 
» fois il ne sauroit l'atteindre, et souvent 
» ils vont de pair. Dans les discours, ils 
» ont toujours le terme propre et con- 
» servent leur caractère. Hérodote Pem- 
» porte par la clarté , Thucydides par la 
» précision , et Fun et Fautre sont égale- 
)) ment énergiques. Hérodote a l'avantage 
)) dans les moeurs, Thucjdides dans les 
)) affections. Quant à la beauté et à la 
» magnificence du style, ils ne diffèrent 
» en rien Fun de Fautre, et tous deux ils 
» excellent dans les qualités qui touchent 
» à la diction. Dans la force , la vigueur, 
» le nerf, la gravité et la variété des 
» figures, Thucydides a la supériorité; 
» mais dans Fagréable , le persuasif, les 
)) grâces et cette heureuse simplicité, qui 
» ne sent point le travail et paroît naître 
)) du sujet même, Hérodote le laisse bien 
» loin derrière lui ; c'est cette sorte de 
» caractère qu'il conserve toujours avec 
» le plus de soins. 

» Mais s'il faut encore parler de ces 
» deux Ecrivains , dit le même Denys 



PREFACE. XV 

» d'Halicarnasse (i) dans sa lettre à Cn. 
» Pompée, voici ce que j^en pense. Ceux 
))qui veulent écrire l'Histoire doivent 
» faire choix d'un sujet beau et propre 
» à plaire à leurs lecteurs : c'est presque 
» le plus nécessaire de leurs devoirs. Hé- 
» rodote me paroît en cela avoir mieux 
)) réussi que Thucydides. Le premier, en 
» écrivant l'Histoire des Grecs et des Bar- 
)) bares , s'est proposé de préserver de 
)) l'oubli les actions des hommes, comme 
» il le dit lui-même. Tel est son début, 
» tel est le commencement et la fin de 
» son Histoire. Le second a écrit l'His- 
» toire d'une seule guerre , guerre qui 
» n'a été ni honnête ni heureuse ; et plût 
)) aux Dieux qu'elle ne fût jamais arrivée ! 
)) ou, puisqu'elle étoit arrivée, il auroit 
)) été à souhaiter , qu'ensevelie dans le 
)) plus profond oubli, on en eût dérobé la 
» connoissance à la postérité. Que ce sujet 
))soit mauvais, Thucydides en fournit 
)) lui-même la preuve dès le commence- 

(i) Diony5.Halicarn.£pisU)laadCn.Fompeiuin;cap. iii; 
pag. ao6. 



xvj PREFACE. 

» ment : car en racontant que (i) dans 
» cette guerre beaucoup de villes Grec- 
)) ques ont été dévastées par les Barbares 
»et par les Grecs eux-mêmes, et que 
» jamais on n'avoit vu , de mémoire 
» d'homme , tant de proscriptions et de 
)> massacres , sans compter les tremble*» 
)) mens de terre, les sécheresses, les ma- 
» ladies (â) pestilentielles , et une multi- 
)) tude d'autres malheurs, il aliène dès le 
» commencement l'esprit de ses lecteurs, 
» qui ne doivent entendre parler que des 
» malheurs de leur Patrie. Un sujet, où 
» Ton présente les actions merveilleuses 
)) des Grecs et des Barbares a un grand 
» avantage sur celui qui n'offre que des 
» revers cruels et lamentables, et c'est en 
)) choisissant un tel sujet qu'Hérodote a 
)) montré plus de prudence et de talent que 
» Thucydides. Que l'on ne dise pas que 
» celui-ci a été forcé de peindre les mal- 
» heurs de sa Patrie , quoiqu'il n'ignorât 
» pas que l'autre sujet ne fût plus beau, 
» et qu'il ne l'a fait, que parce qu'il ne 

(i) Thucydid. lib. i^ $. xxiii, 

(3) J'ai ajouté ce mot d'après le texte de Thucydides. 

» vouloit 



PRÉFACE. xvlj 

» vouloit pas s'exercer (i) sur la même 
» matière que d'autres avoient déjà Irai- 
» tée. C'est tout le contraire : car dans sa 
» Préface, il attaque et déchire les actions 
» de ses ancêtres et ne trouve de beau et 
» d'admirable que ce qui s'est fait de son 
)) temps. Cela prouve manifestement qu'il 
» n'a pas entrepris cette Histoire contre 
» son gré. Hérodote n'en a point agi de 
» la sorte. Quoique Hellanicus et Charon 
» de Lampsaque eussent écrit avant lui 
» sur le même sujet, loin de se rebuter, 
» il se flatta de faire mieux, et il y par- 
)) vint. 

» Un Historien doit savoir par où il 
» faut commencer et quand il doit finir; 
» c'est son second devoir. Hérodote a 
» montré encore en cela plus de talent 
» que Thucydides. Il fait voir d'abord 
» que les Barbares ont été les agresseurs , 
» et qu'ils ont les premiers insulté les 
» Grecs ; et il finit par la punition que 

(i) Ttivri irifêiç. C'est ainsi qu'il but lire, et c'est ainsi 
que cela se trouve dans toutes les éditions. Le Traducteur 
Latin paroit avoir lu thvtm, mais en admettant cette accen- 
tuation , iTi'po/ç n'a plus rien qui le gouverne* 

Tome I. c 



xvUj PREFACE. 

» ceux-ci en font, et par la vengeance 
)) qu'ils en tirent. 

» Thucytlides commence son Histoire 
)) par le temps où les affaires des Grecs 
» n'étoient (i) déjà plus si florissantes; ce 
» que n'auroit pas dû faire un Grec, et 
» sur-tout un Athénien, qui tenoit, par 
)) sa naissance, un rang distingué dans sa 
>> Patrie, qui commandoit les armées et 
)) qui occupoit d'autres places honora- 
» blés; ou du moins, il auroit dû le faire 
» avec plus de retenue, et ne point attri- 
» buer ouvertement à ses compatriotes la 
» cause de cette guerre , lorsqu'il avoit 
)) tant de raisons de la rejeter sur d'au- 
» très. Il n'àuroit pas dû entrer en ma- 
>) tière par la guerre de Corcyre , mais 
» par les grandes actions des Athéniens , 
)) aussi-tôt après la guerre de Perse, dont 
» cependant il a fait mention dans un lieu 
» convenable, quoiqu'en courant et d'une 
» manière assez mesquine. Après avoir 

(i) n &ut lire nécessairement dans le texte iv ttàxSç ou 
bien MtuUir. C'est ce que paroît avoir senti U Traducteur 
Latin ; une ligne plus bas, je conjecture qu'il faut lire «v 
rSf ifftfi/^ivttf en la place de iv rSf tn it^ti^tf$tf» 



PRÉFACE. xix 

» raconté ces belles actions avec beau- 
» coup de bienveillance, comme Tauroit 
» dû faire un bon citoyen , il auroit du 
» ajouter que les Lacédémoniens y par 
» crainte et par jalousie , entreprirent 
)> cette guerre sous de vains prétextes, et 
» parler ensuite des affaires de Corcyre, 
» du décret contre les Mégariens et de 
» tout ce qu'il auroit voulu. Il pèche aussi 
» dans la manière dont il termine son 
» Histoire. Car il la finit par le combat 
» naval que se livrèrent les Athéniens et 
» les Lacédémoniens près de Cynosséma , 
» la vmgt-deu«ème Lnée de la guerre, 
» quoiqu'à l'entendre , il eût été présent 
» à la guerre entière et qu'il eût promis 
» d'en rapporter toutes les particularités. 
y> Il auroit mieux fait de ne rien omettre 
»et de terminer son Histoire par cet 
» événement merveilleux et bien flatteur 
» pour ses lecteurs, je veux parler du re- 
» tour des exilés de Phylé, qui est l'épo- 
» que où les Athéniens recouvrèrent leur 
» liberté. 

)) La troisième fonction d'un Historien 
» est de bien considérer quels sont les 

CJJ 



XX PRÉFACE. 

» faits qu'il doit faire entrer dans son ou- 
» vrage , et quels sont ceux qu'il doit 
)) passer sous silence, Thucjdides s'est 
» encore laissé vaincre dans cette partie . 
» Hérodote , persuadé que toute narra- 
» tion d'une certaine étendue procure 
» beaucoup de plaisir aux auditeurs , si 
» elle est coupée par quelques repos , et 
» que si elle reste toujours dans la même 
)> position, quand même ce seroit avec le 
» plus grand succès, elle ne manque ja- 
» mais de causer de la satiété, Hérodote, 
))dis-je, a cru devoir prendre Homère 
» pour son modèle, et varier à son exem- 
» pie sa narration. Si nous prenons en 
)) effet son Histoire, nous l'admirons jus- 
» qu'à la dernière syllabe et toujours elle 
y) nous laisse quelque chose de plus à 
» désirer. Thucydides, qui ne parle que 
» d'une seule guerre, entasse combats sur 
» combats , préparatifs sur préparatifs , 
» harangues sur harangues , et ne don- 
» nant point à ses lecteurs le temps de 
)) respirer, il les fatigue et les excède. Car, 
» comme le dit (j) Pindare, le miel et les 

(i) Ce vers n'est pas exactement rapporté par Dcnys 



PRÉFACE. xxj 

)) doux plaisirs de Vénus causent de la 
» satiété. Je pense aussi que la variété ré- 
» pand de l'agrément dans THistoire, et 
» c'est ce qu'a senti Thucydides en deux 
» ou trois endroits, lorsqu'en parlant des 
» Odryses ( i ) , il développe par quels 
» moyens ce peuple parvient à une grande 
» puissance , et lorsqu'il fait mention de 
» la (2) fondation des Villes de Sicile. 

y> Un autre devoir de l'Historien , c'est 
)) de bien distribuer sa matière, et de pla- 
» cer chaque chose dans l'ordre qui lui 
)) convient. Quelle est donc la méthode 
)) de ces deux Ecrivains dans la distri- 
)) bution et l'arrangement de leur sujet ? 
)) Thucydides a suivi l'ordre des temps, 
» Hérodote celui des choses. De-là il ré- 
» suite que Thucydides est obscur et très- 
)) difficile à entendre. Comme il survient 
_)) beaucoup d'événemens dans le même 
» été et dans le même hiver , en différens * 

d'Halicarnasse. En voici la traduction littérale^ avec celle 
du précédent. « En toute chose ^ le repos est doux. Le miel 
» et les agréables fleurs de Vénus causent de la satiété )u 
Findar. Nem. Od. vu, vers. 76 et seq. 

(1) Thucydid. lib. ii , J. xxix et xcvii. 

(a) Id. lib, Ti, J. n, m, iv et v. 



xxij PRÉFACE. 

lieux ^ ainsi qu'il est naturel de Timagî^ 
ner^ il laisse les premiers imparfaits 
pour passer à d'autres qui sont arrivés 
dans le même temps. Nous courons ra- 
pidement d'un pays dans un autre, 
comme cela doit être, et ce désordre , 
jetant de la confusion dans notre esprit, 
) est cause que nous avons beaucoup de 
peine à suivre sa narration. Hérodote 
commence par le royaume des Lydiens, 
et lorsqu'il est venu à Crésus, il passe 
rapidement à Cyrus qui l'a renversé du 
Trône. Il introduit après les Egyptiens, 
> les Scythes et les Libyens , en partie , 
) parce que l'Histoire de ces Peuples est 
) amenée par la suite des é vénemens , et 
) en partie pour varier sa narration et la 
rendre plus agréable. Il raconte ensuite 
ce qui s'est passé de plus remarquable 
sur trois continens, entre les Grecs et 
les Barbares dans l'espace de deux cent 
vingt ans, et termine son récit par la 
fuite de Xerxès, sans s'interrompre dans 
sa marche. Il est arrivé de-là que Thu- 
cydides ayant pris un seul sujet, il a 
partagé ce corps unique en beaucoup 



PRÉFACE. xxiij 

» de parties , et qu'Hérodote ayant em- 
» brassé plusieurs sujets, difierens Tun de 
» l'autre, il en a formé un tout, dont les 
» parties se correspondent avec un par- 
» fait accord ». 

Je ne prolongerai point le parallèle que 
fait Denys d'Halicarnasse entre ces deux 
Historiens, persuadé que le morceau, que 
je viens de rapporter, suffît pour donner 
une juste idée du style d'Hérodote et de 
la méthode qu'il a suivie. 

Quelques Ecrivains modernes ont ce- 
pendant blâmé cette méthode, ou pour 
parler plus juste , ils ont avancé qu'Hé- 
rodote n'en avoit aucune , et qu'il avoit 
publié, sans goût et sans ordre, tout ce 
qu'il avoit appris ou vu dans ses voyages» 
Cette accusation s'est renouvelée depuis 
peu dans une (i) Compagnie savante, ins- 
tituée par un grand Prince, pour le pro- 
grès des Lettres anciennes. J'eus, il est 
vrai, la satisfaction d'entendre la plupart 
de ses membres réclamer en faveur de la 

(i) Je veux parler de fw M. FAbbé Auger, que je 
n'a vois pas voulu nommer dans ma première édition pnc 
dclicalesse; il changea depuis de senliiucnt. 



xxiv PRÉFACE. 

vérité et du bon goût. J'avois d'abord 
conçu le dessein de répondre à cette ac- 
cusation et de prouver que le plan d'Héro- 
dote n'étoit pas moins simple que grand , 
et que quoiqu'il fût immense, il en avoit 
si bien lié les différentes parties, qu'elles 
concouroient à former un tout parfait. 
Mais ayant fait réflexion que cet ordre 
avoit été senti et admiré par (i) Denys 
d'Halicarnasse, je pensai qu'il suffisoit de 
renvoyer le lecteur au jugement qu'en 
avoit porté ce savant et judicieux Criti- 
que ; et cela d'autant plus, que M. l'Abbé 
Geinoz avoit publié il y a plus de cin- 
quante ans dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des Belles -Lettres, trois (2) Mé- 
moires, dans lesquels il s'étoit proposé 
non - seulement de défendre Hérodote 
contre les accusations de Plutarque, mais 
encore de présenter la méthode et le plan 
de cet Historien. 

(i) Dionys, Halicarn. Eplst. ad Cn. Pompeium^ §. m, 
pag. 208 et 209 , et la traduction de ce morceau ^ pag. ai 
et 22 de cette Préface. 

(2) J'ai fait réimprimer ces trois Mémoires dans le 
sixième volume, afin de compléter tout ce qui concerne 
notre Hisloriea. 

Mais 



PRÉFACE. xxv 

Mais depuis la première édition^ ayant 
fait réflexion que (i) Photius avoit re- 
proché à notre Auteur de s'être écarté de 
son sujet par des digressions à contre- 
temps^ et sachant moi-même que plu- 
sieurs personnes d'esprit en avoient la 
même opinion , j'ai cru devoir présenter 
son plan de la manière la plus concise y 
d'autant plus que Denjs d'Halicarnasse 
n'a fait qu'effleurer ce sujet, et que les 
Mémoires de M. Geinoz, quoique hien 
faits en général, ne m'ont pas paru satis- 
faisans dans toutes leurs parties. Voici 
donc le plan d'Hérodote tel que je l'ai 
conçu* 

Cet Historien ne s'étoit proposé pour 
but, comme il le dit lui-même au com* 
mencement de son Histoire, que de célé- 
brer les exploits des Grecs et des Perses, 
et de développer les motifs qui avoient 
porté ces peuples à se faire la guerre. 
Parmi les causes de cette guerre, il y en 
avoit d'éloignées et de prochaines. Les 
éloignées étoient les enlèvemens récipro- 



(i) PhoHi Biblioth. pag. i45. 

Tome Zt 



xxvj PRÉFACE. 

ques de quelques femmes de l'Europe et 
de l'Asie , qui , ayant donné occasion à 
la guerre de Troie, avoient ulcéré les 
coeurs des Asiatiques contre les Grecs. Les 
causes prochaines étoient les secours que 
les Athéniens avoient donnés aux Ioniens 
dans leur révolte, l'invasion de l'Ionie et 
l'incendie de Sardes par les Athéniens. 
Les Perses, irrités de ces hostilités, ré- 
solurent d'en tirer une vengeance écla- 
tante. Lies Perses avoient été jusqu'alors 
peu connus des Grecs. Il étoit donc né- 
cessaire de leur faire connoître cette na- 
tion, contre laquelle ils avoient lutté avec 
tant de gloire. Pour parvenir à ce but, 
Hérodote a pris ce peuple dans son ori- 
gine, et nous a fait voir par quels moyens 
il avoit secoué le joug des Mèdes; et com- 
me cela n'auroit pas donné aux lecteurs 
des idées bien claires et bien nettes, il a 
fallu leur présenter un coup-d'œil rapide 
de l'Histoire des Mèdes. Cette Histoire 
elle-même étoit tellement liée avec celle 
des Assyriens, dont les Mèdes avoient été 
sujets, qu'il a du instruire les lecteurs de 
la manière dont ils avoient secoué le joug, 



PRÉFACE. xxvij 

et donner pareillement un abrégé de 
r Histoire d'Assyrie. Ces trois histoires 
ne sont donc pas des hors-d'oeuvre. On 
ne peut retrancher l'une sans répandre 
de l'obscurité sur les deux autres, et si 
on les supprime toutes les trois, on n'aura 
qu'une connoissance très-imparfaite des 
difficultés que les Grecs eurent à sur- 
monter. 

Cyrus ayant subjugué la Médie, mar- 
cha de conquêtes en conquêtes. Cette 
puissance formidable donna de l'inquié- 
tude à Crésus. Il voulut la réprimer , et 
par-là il attira sur lui les armes de Cyrus; 
il fut battu, et son pays fut conquis. C'étoit 
une occasion pour faire connoître les Ly- 
diens. Hérodote la laissa d'autant moins 
échapper, qu'il étoit bon de donner au 
moins un apperçu de ces Princes qui 
avoient soumis la plupart des Grecs éta- 
blis en Asie. Cependant, comme il ne per- 
doit jamais de vue le plan de son histoire, 
il ne dit que deux mots de l'origine du 
Royaume de Lydie, de ses progrès et de 
sa destruction. Cyrus après cette con- 
quête, laisse à ses Généraux le soin de 

dij 



xxvllj PRÉFACE. 

soumettre les Grecs Asiatiques ; il marche 
en personne contre les Babyloniens et les 
peuples de leur dépendance^ et les sub- 
jugue. Hérodote ne s'arrête quelques ins- 
tans que sur les objets les plus importans 
et les plus intéressans. Aussi ne parle-t-il 
ni des Bactriens^ ni des Saces^ que Cjrrus 
avoit subjugués. S'il s'étend davantage sur 
les Massagètes^ c'est que la guerre que 
leur fit Cjrus, lui fut très-funeste, et qu'il 
périt dans un combat qu'il leur livra. 

Cambyses , son fils , lui succéda. Fier 
de sa puissance , il marcha en Egypte. Ce 
pays étoit alors le plus célèbre qu'il y eût 
dans le monde, et les Grecs commen- 
çoient à y voyager, plus cependant pour 
les intérêts de leur commerce que par 
curiosité, et par le désir de s'instruire, 
quoique ces deux derniers motifs y eus- 
sent beaucoup de part. Il étoit donc de la 
dernière importance de leur donner une 
connoissance de ce pays singulier, de ses 
productions, des moeurs et de la religion 
de ses habitans, avec un récit succinct de 
ses Rois. Hérodote y a employé son se- 
cond livre. L'Egypte soumise, Cambyses 



PREFACE. îxix 

marcha contre le faux Smerdis , qui s'étoit 
révolté contre lui ; il périt par un acci- 
dent. Peu de temps après sa mort , on dé- 
couvrit la fourberie du Mage Smerdis; il 
fut massacré, et l'on élut pour Roi Darius^. 
Ce Prince remit sous le joug les Babylo- 
niens qui s'étoient révoltés, et comme il 
étoît très -ambitieux, il voulut asservir 
les Scythes. Ces peuples n'étoient alors 
connus que par leurs voisins et par les 
Grecs établis dans les villes limitrophes 
de la Scythie. Les Scythes étoient alors 
pour les Grecs un objet de curiosité d'au- 
tant plus piquant, qu'il y avoit déjà en 
Thracc et sur les bords du Pont-Euxin , 
tant en Europe qu'en Asie , des colonies 
Grecques. Si noire Historien ne s'est pas 
étendu sur ces peuples avec la même com- 
plaisance que sur les Egyptiens, du moins 
l'a-t-il fait avec assez d'étendue pour 
donner aux Grecs une idée de la forme 
de leur gouvernement et de leurs mœurs, 
avec une description succincte de leur 
pays. Cette description est si exacte, qu'elle 
se trouve confirmée dans la plupart de ses 
points par la relation de ceux d'entre les 



XXX PRÉFACE. 

luodemes qui ont voyagé dans la Bulga- 
rie, la Moldavie, la Bessarabie, le Czer- 
nigow, rUkrayne, la Crimée et chez les 
Cosaques du Don. Darius fut obligé de 
repasser honteusement dans ses Etats. Lies 
Ioniens, qui ne savoient ni être libres ni 
être esclaves, se révoltèrent. Ils s'étoient 
assurés des secours des Athéniens, qui 
cependant ne leur en donnèrent que de 
médiocres. Avec ces secours, ils s'empa- 
rèrent de Sardes et y mirent le feu. Darius 
ayant appris la part que les Athéniens 
avoient eue à la prise et à l'incendie de 
cette ville , jura de s'en venger. Il corn- 
mença par remettre sous le joug les 
Ioniens. Les Ioniens soumis, il envoya 
contre les Athéniens une armée formi- 
dable. Les Perses furent battus à Mara- 
thon. A cette nouvelle, Darius furieux, 
lît des préparatifs encore plus considéra- 
l)les. Mais sur ces entrefaites l'Egypte 
s'étant soulevée, il fallut là réduire. La 
révolte de l'Egypte n'avoit fait que sus- 
pendre la vengeance de Darius. Ce pays 
ne fut pas plutôt soumis , qu'il reprit le 
dessein de châtier les Athéniens j mais sa 



PREFACE. îxxj 

mort, qui survint peu après, en suspendit 
Texécution. Xerxès, son fils et son succes- 
seur, qui n'étoit ni moins ambitieux ni 
moins vindicatif que son père , non con- 
tent de châtier les Athéniens, voulut en- 
core subjuguer le reste de la Grèce. Ré- 
solu de marcher en personne contre les 
Grecs, il leva l'armée la plus nombreuse 
et la plus formidable, dont on ait jamais 
entendu parler. Il équippa une flotte con- 
sidérable , et pendant plusieurs années il 
ne s'occupa qu'à faire transporter dans 
les villes frontières de la Grèce les bleds 
et les vivres nécessaires à la subsistance 
de cette multitude innombrable d'hom- 
mes. Il reçut d'abord un échec au Pas des 
Thermopyles. Sa flotte ayant ensuite été 
battue à Salamine, il repassa honteuse- 
ment en Asie ; mais ayant laissé Mardo- 
nius en Grèce avec l'élite de aea troupes, 
ce Général , vaincu à Platées , périt dans 
l'action avec la plus grande partie de son 
armée. Le jour même de la bataille de 
Platées , il se livra à Mycale en Carie u a 
sanglant combat. Les Grecs y rempor- 
tèrent une victoire signalée. 



xxxij PREFACE. 

C'est ici qu'Hérodote termine son His- 
toire. On voit par ce court exposé , qu'il 
y a dans toutes les parties de ce bel ou* 
vrage une liaison intime^ qu'on n'en peut 
retrancher aucune sans répandre de l'obs- 
curité sur les autres^ que notre Historien 
marche avec rapidité , et que s'il s'arrête 
quelquefois en chemin^ ce n'est que pour 
ménager l'attention de ses lecteurs, et 
pour les instruire agréablement de tout 
ce qu'il leur importoit de savoir. 

Il ne me reste plus qu'à rendre compte 
de mon travail, et c'est ce que je vais 
faire le plus succinctement qu'il me sera 
possible. 

M. l'Abbé Bellanger, connu avanta* 
gcusement par une Traduction de Denjs 
d'Halicarnasse et par des Essais de cri- 
tique sur les Ecrits de M. Rollin et sur 
las traductions d'Hérodote, avoit laissé 
en mourant une traduction de cet Au- 
teur. Comme il n'avoit pas eu le temps 
d'y mettre la dernière main, les Libraires 
qui l'avoient en leur possession , prièrent 
M. Gibert , de l'Académie des Belles- 
Lettres, de la revoir. Ce Savant ne tarda 

pas 



PRÉFACE. Mxiij 

pas à s'appercevoir qu^indépendamment 
du style, qui étoit très-lâche, c'étoit plu- 
tôt une paraphrase qu'une traduction, 
que le sens n'avoit pas toujours été saisi ; 
que les notes, à l'exception d'un très- 
petit nombre, étoient ou puériles, ou 
n'alloient pas au but , et même qu'il n'y 
en avoit pas sur les passages les plus dif- 
ficiles. Rebuté sans doute par le travail 
immense qu'il lui auroit fallu faire, il 
remit aux Libraires l'ouvrage qu'ils lui 
avoient confié. Les Libraires le firent pas« 
ser successivement entre les mains de 
plusieurs personnes distinguées par leurs 
connoissances, qui en portèrent le même 
jugement. Mais ne voulant pas perdre 
leurs avances, ils s'adressèrent enfin à moi. 
Persuadé, sur la réputation de M. l'Abbé 
Bellanger, que j'aurois seulement à faire 
disparoître quelques négligences, et tout 
au plus à ajouter quelques notes^ je ne 
balançai pas à me charger d'en être l'Edi- 
teur. Je ne fus pas long-temps sans re- 
connoitre les défauts de cette traduction , 
et ne pouvant plier mon style à celui de 
M. Bellanger, je résolus d'en faire une 
Tome I. e 



xxiiv PRÉFACE. 

nouvelle^ du conseotement des Libraires^ 
qui seuls avoient le droit de disposer de 
celle de ce Savant. Hérodote m'étoit déjà 
très-connu, et les notes, dont j'avois ac- 
compagné ma Traduction (i) des Amours 
de Chéréas et de Callirhoe , donnoient 
lieu de croire que j'avois contracté quel- 
que familiarité avec la plupart des an-^ 
ciens Auteurs. Je n'avois pas cependant , 
h beaucoup près, les connoissances né- 
cessaires pour une telle entreprise. Mais 
j'élois jeune, et le travail ne m'eflfrayoit 
pas. Je crus devoir commencer par lire 
avec soin Hérodote, afin de me le bien 
mettre dans la tète. Je lus ensuite la plus 
grande partie des Anciens , la plume à la 
main, afin de recueillir tout ce qui pou- 
voit servir à Téclaircir. Si l'édition d'Hé- 
rodote, donnée par MM. Wesseling et 
Valckenaer, m^eût été connue, elle m'au- 
roit épargné un travail immense. Je ne 
m'étois servi jusqu'alors que de celle de 
Gronovius. Je reconnus bientôt que ce 
Savant, trop prévenu en faveur du Ma- 

(i) Cette traduction a paru en 1763, 2 vol. i/i-ia. 



PRÉFACE. xxw 

nuscrit de la Bibliothèque des Médicis , 
avoit abandonné d'excellentes leçons pour 
y en substituer de mauvaises, et que les 
critiques qu'il s'étoit attirées de la part 
des savans Auteurs des Acta Erudito- 
rum , n'étoient que trop bien fondées. 
Après avoir examiné les différentes édi- 
tions, je pris pour base de mon travail 
l'édition toute grecque d'Henri Etienne, 
et je collationnai celle d'Aide, qui est la 
première de toutes. M. l'Abbé Geinoz 
avoit publié dans les tomes xvi, xviit 
et XXIII des Mémoires de l'Académie des 
Belles -Lettres, d'excellentes remarques 
sur les versions latines d'Hérodote. Ces 
remarques, presque toutes fondées sur la 
plus saine critique, avoient encore l'avan- 
tage d'être appuyées sur les Manuscrits 
de la Bibliothèque du Roi. Je pensai à 
me procurer le même avantage. M. Bé- 
jot, de l'Académie des Belles-Lettres, et 
Garde des Manuscrits de cette Biblio- 
thèque , plein de zèle pour l'avancement 
des Lettres, n'eut pas plutôt connoissance 
de mon dessein, qu'il me communiqua les 
Manuscrits dont j'avois besoin. Ils sont 

eij 



xxxvj PRÉFACE. 

au nombre de troid. Les voici avec les 
lettres par lesquelles je les indique dans 
mes notes ^ et le chiffre sous lequel ib sont 
connus dans le Catalogue de la Biblio-* 
thèque. 

A. MDCXXXIII. 

B. MDcxxxrv. 

D. MMCMXXXUI. 

Ces Manuscrits m'ont fourni quelques 
leçons précieuses ; et le premier ^ qui est 
écrit sur vélin, conserve un nombre pro- 
digieux d'ionismes. 

Les Ouvrages des critiques anciens et 
modernes, ne m'ont pas été inconnus, et 
ceux sur-tout de M. Ruhnken m'ont été 
de la plus grande utilité. J'ai cru devoir 
encore consulter quelques Savans d'un 
rare mérite, tels que M. Toup en Angle- 
terre, MM. Valckenaer et W^yttenbach 
en Hollande. Je ne dois pas oublier, 
parmi ces hommes illustres, M. Brunck, 
Commissaire des Guerres à Strasbourg, 
et de l'Académie des Belles-Lettres. Ce 
Savant, qui m'honore de son amitié, a 
bien voulu me soutenir par ses conseils 
dans le cours de ce travail. Je ne parlerai 



PRÉFACE. xMvij 

pas de l'étendue de ses connoissances^ de 
sa sagacité^ de son goût exquis et de la 
solidité de son jugement. Ces rares qua- 
lités sont universellement reconnues, et 
les diflférentes éditions (i) qu'il a publiées 
en sont la preuve la plus complète. 

Quoique j'aie parlé de quelques-uns 
des défauts de la traduction manuscrite 
de M. Bellanger, je ne dois pas dissi- 
muler qu'elle m'a été quelquefois utile. 
Quand j'ai trouvé dans ses papiers quel- 
que note qui alloit au but, je l'ai fait 
imprimer en entier avec son nom au bas 
en lettres capitales, afin de ne point m'ap- 
proprier ce qui ne m'appartenoit pas. Je 
me suis contenté de corriger, dans ces 
notes, les citations qui n'étoient pas tou- 
jours exactes; ce sont les seuls change- 
mens que je me sois permis. J'en ai usé 



(i) Analecta ▼elomm Poetarum Grœcorum. Argento^ 
rati, 1772 et 1776, 3 vol. f»-8. Apollonii llhodii Argo- 
nautica, 178O1 îi»-8. Aristoplianis Comœdise^ 1783^4 vol. 
«/j-8. Gnomici Poelœ Grœci, 1784, £«-8. Virgilii opéra, 
1785, m-8. Sophoclis opéra , 1786, a vol. //i-4 et a vol. 
in'%. ejusdem Sophodis ediûo terlia , 1788 , 3 vol. în-S. 
Anacreontis Carmina; editio secnnda^ emenâalior, Î78G9 



XMviij PRÉFACE. 

de même à Tégard des notes que j'ai em- 
pruntées de MM. Wesseling et Valcke- 
naer. 

L'accueil que les Savans étrangers ont 
fait à ma traduction ^ m'a beaucoup en- 
couragé à revoir avec soin cette nouvelle 
édition. Je l'ai corrigée^ quand il m'a paru 
que je n'avois pas saisi le sens de l'Auteur, 
et j'ai tâché, en mettant plus de précision 
dans le style, de la rendre moins languis- 
sante. J'ai réformé les notes qui man- 
quoient d'exactitude, et j'en ai ajouté un 
très-grand nombre qui m'ont paru né- 
cessaires pour répandre du jour sur tous 
les points de l'antiquité, et principale- 
ment pour faciliter aux lecteurs une plus 
parfaite intelligence de notre Historien. 
Enfin , intimement convaincu de toutes 
les vérités qu'enseigne la Religion Chré- 
tienne, j'ai retranché, ou réformé toutes 
les notes qui pouvoient la blesser. On 
avoit tiré des unes des conséquences que 
j'improuve, et qui sont loin de ma pen- 
sée. D'autres renfermoient des choses, je 
dois l'avouer avec franchise et pour l'ac- 
quit de ma conscience, qu'un plus mûr 



MA^iHiMMria 



PRÉFACE. xxxix 

examen et des recherches plus approfon- 
dies m^ont démontré reposer sur de trop 
légers fondemens ou être absolument 
fausses. La vérité ne peut que gagner à 
cet aveu. C'est à elle seule que j'ai con- 
sacré toutes mes veilles. Je me suis em- 
pressé de revenir à elle dès que j'ai cru 
l'avoir mieux saisie. Puisse cet hommage^ 
que je lui rends dans toute la sincérité de 
mon coeur ^ me faire absoudre de toutes 
les erreurs que je puis avoir hasardées et 
que j'ai cherché à propager ! 

Je saisis l'occasion de cette nouvelle 
édition pour remercier M. Borheck, Pro- 
fesseur en Histoire et en Eloquence à 
Duisbourg, dans le Duché de Clèves, qui 
a traduit en latin mon Essai de Chrono- 
logie. Il eût été à désirer pour le public 
et pour moi qu'il eût accompagné sa tra- 
duction de notes critiques. J'en aurois 
profité avec la plus vive reconnoissance. 

M. Wyttenbach, qui a succédé au cé- 
lèbre Ruhnken en la chaire de Professeur 
en Histoire et en Eloquence à l'Univer- 
sité de Leyde, publia en 1794, des mor- 
ceaux choisis d'Hérodote , de Thucy- 



xl PREFACE. 

dides^ de Xénophon^ &c. accompagnés 
de notes. J'ai profité des remarques de 
ce Savant pour corriger ma traduction. 
J'aurois souhaité qu'elles eussent été en 
plus grand nombre. Quoi qu'il en soit y 
je le remercie de la manière obligeante 
dont il II parlé de mon ouvrage. Il vient de 
paroître à Oxford une édition des (Kuvres 
Morales de Plutarque par le même Sa- 
vant , en cinq volumes in-A. et une autre 
en dix volumes in-^. La guerre ayant in- 
terrompu les communications^ je n'ai pu 
me procurer que depuis peu un exem- 
plaire de cet excellent ouvrage, et je 
n'ai encore lu que trois volumes de l'édi- 
tion £72-8. 

Dans la Préface, qui me paroit un 
chef-^d'œuvre en ce genre, M. Wjtten- 
bach fait sentir avec beaucoup de justesse 
et sans aucune ostentation , la difficulté 
de son entreprise ; il donne ensuite aux 
éditeurs des Auteurs classiques des règles 
sévères et justes, et l'on doit dire à sa 
louange qu'il les a strictement observées. 
Il seroit à désirer que ses notes, que l'on 
imprime actuellement à Oxford, parus- 
sent 



PRÉFACE. xlj 

sent dans peu. Puisse ce Savant publier 
bientôt les Vies de Plutarque, et ter- 
miner ce grand et bel ouvrage y qui doit 
mettre le comble à sa gloire ! Ce sont les 
vœux ardens que forme Fun de ses plus 
zélés admirateurs. 

M. Coray de Smyrne , non moins ha- 
bile dans Fancienne langue Grecque que 
dans la moderne^ sa langue naturelle^ a 
bien voulu me faire part de quelques 
remarques. J'en ai adopté la plus grande 
partie, et j'ai réformé ma traduction 
d'après quelques-unes de ses observa- 
tions. Quant aux remarques elles-mêmes, 
je les ai fait imprimer en entier parmi 
mes notes avec des guillemets, et son 
nom au bas en lettres capitales. Comme 
il n'étoit pas juste de priver le public de 
celles que je n'ai pas cru devoir adopter, 
je les ai placées aussi dans les notes; les 
Savans en jugeront. Par ce moyen, il n'y 
aura rien de perdu pour eux. Car dans 
celles mêmes où je ne suis pas de son avis, 
il y a beaucoup à profiter. D'ailleurs, j^ 
puis me tromper ; c'est au public éclairé 

à prononcer. 

Tome l. f 



xKj PRÉFACE. 

J'ai aussi des obligations à M. Chardon 
de la Rochette. Ce Savant, qui s'occupe 
depuis long-temps d'une édition de l'An- 
tbologie, et qui se sent moins découragé 



sur-tout relativement aux Sources du JN il , 
dont ce Voyageur prétend avoir fait la 
découverte. Je m'empressai de le lire 
avec d'autant plus de soin, que la nation 
Ângloise est de toutes les nations celle 
qui a fourni un plus grand nombre de 
Voyageurs éclairés en tout genre. Pour 



Préface. xUij 

me renfermer dans celui que je cultive, 
qui est-ce qui n'a pas entendu parler des 
D" Pococke et Shaw, de MM. Wood, 
Dawiins, Chandler, Stuart, Brovvne, &c. ? 
Je me suis beaucoup servi de leurs Voya- 
ges , et si quelques-unes de mes notes ont 
paru plus soignées que quelques autres, 
c'est à leurs savans ouvrages qu'on en a 
l'obligation. Je croyois trouver la même 
ressource dans celui de M. Bruce. J'ai été 
à mon grand regret déchu de mes espé- 
rances. Si l'on en croit ce Voyageur, il est 
habile Médecin et savant Astronome ; il 
possède supérieurement la langue Grec- 
que, tant l'ancienne que la moderne^ 
l'Arabe, le Turc, toutes les langues de 
rAbyssinie,les anciennes comme les mo- 
dernes. Tout ce qu'il y a eu d'hommes 
célèbres dans aucun pays ne mérite pas 
d'être mis en parallèle avec lui. ÏI (i) 

(i) Athanase Kircheri de la Oompagnîe de Jésus, l'ua 
des plus grands Philosophes et des pins habiles. Mathéma- 
tidezis du xyii* siècle , a parlé dans sob (Edipus JEgyp'- 
tiacus, de la Source du Nil, qu'il place , d'après les Mé- 
moires du Père Paez, célèbre Missionnaire Jésuite , en 
Ethiopie , dans le territoire de Sahala. M. Bruce , qui ne 
connoii les ouvrages des Pères Paez et Kircher que par le 

fij 



xliv PREFACE, 

efface les Pèrea Kircher et Jérôme Lobo, 
l'Abbé Renaudot, le D"^ Shaw, &c. et 
souvent il en parle avec mépris. 

Les dessins qu'il a tracés des ruines 
de Palmjre et de Balbec , sont , à l'en 



PRÉFACE. xlv 

Mais ce quUl y a de plus important, le 
Chevalier Bruce veut persuader au public 
qu'il a découvert le premier la Source du 
Nil, et par une suite de sa rare modestie^ 
il s'est fait représenter sur un médaillon^ 
dont le revers offre à nos yeux ce fleuv^e, 
sous la forme d'un vieillard, penché sur 
trois urnes qui répandent de l'eau en 
abondance , et Apollon soulevant le voile 
qui couvroit sa tête, avec ces mots (i) de 
Claudien, Nec contigit ulli hoc vidisse 
caput, mots qui sont encore littéralement 
vrais, malgré la haute opinion qu'a Sir 
James de sa découverte. Il est cependant 
bon de remarquer que M. Browne, savant 
Voyageur Anglois , lui conteste d'avoir 
vu la source du fleuve qu'il a pris pour 
le Nil. « Un marchand Arménien, dit- 
» il dans sa Préface , qui avoit connu à 
» Gôndar Sir James, et un marchand du 
» Bergou qui l'avoit accompagné dans la 
))mème ville, s'accordoient à dire que 
))le Chevalier Bruce n'avoit pas vu la 
» source que l'on regarde dans ces con- 

(i) Glaudiani Eidyll. iv, vers. 12. 



slvj PREFACE. 

» trées comme la véritable source du 
» Nil )>. J'ajoute que quand il auroit vu 
la source du fleuve^ qu'on croit dans ce 
pays être le Nil, il ne s'ensuivroit pas 



passe enfin d'Ifigypte en Abyssinie. A son 
arrivée, cet illustre descendant (i) des 
anciens Rois d'Ecosse est fait Chambellan 



(i) Le CheTslier Bruce prétend deacendrc de Robert 
Brus, reconnu Roi d'Ecosse en i3o6. Il est fâcbeux pour 
Sir James , que David, fils unique de Robert, soit mort 
sans laisser de postérité. 



PRÉFACE. xlvlj 

du Roi. Il est fêté à la Cour, il y devient 
tout-puissant, et, lui seul, il règle pres- 
que les destinées de ce vaste empire. Il 
occupe dans les armées les postes les plus 
importans, il donne pendant la guerre les 
plus sages conseils, et les exécute avec le 
plus grand courage. Je ne parlerai pas de 
«es exploits , je ne dirai pas qu'il perce (i) 
avec un bout de chandelle, et tables et 
boucliers; il faut Fentendre lui-même 
raconter tous ces hauts faits d'armes. Je 
m'arrête ici d'autant plus volontiers, 
qu'on verra dans mes notes que je sais 
apprécier ses rares découvertes. Mais cela 
me rappelle les Mémoires de P. ?• Clerc 
de Paroisse, qu'on trouve dans les (Kuvres 
de Pope, Ce vénérable Clerc se rendoit 
tous les soirs dans un cabaret à bière avec 
des gens aussi importans que lui. Là ces 
graves personnages régloient ensemble, 
le (2) Porter à la main, les affaires d'An- 
gleterre, et ne manquoient pas de s'attri- 
buer tout ce qu'avoient fait d'éclatant 

(i) Travels to discover the source of ihe NU, vol. 3^, 
pag. 245 and following. 
(q) Espèce de bière forte. 



xlvuj PRÉFACE. 

dans le Ministère le Comte d'Oxford, le 
Vicomte de Bolingbroke et le -Duc d'Or- 
mond. Le Chevalier Bruce me paroit le 
pendant de ce vénérable Clerc de Pa- 
roisse. 

Il a paru depuis peu une traduction 
d'un nouveau Voyage Anglois que je 
viens de citer à l'occasion de celui de Sir 
James. L'auteur, M. Brovsrne, est absolu- 
ment l'opposé du Chevalier Bruce. Autant 
celui-ci se plaît à entretenir le lecteur de 
lui-même, à se vanter, à se glorifier, 
autant l'autre ne parle de lui que lors- 
qu'il y est forcé par son sujet, et c'est 
toujours avec la sage réserve qui convient 
à l'homme de mérite. Judicieux écrivain , 
exact observateur , il ne lui manque que 
d'avoir réuni aux connoissances moder- 
nes celles des anciens : mais du moins ne 
se vante-t-il pas, comme Yagoubé, de les 
posséder. 

Si la lecture du Voyage de Bruce m'a 
excédé d'ennui , j'en ai été bien dé- 
dommagé par celle de VExamen et de 
V Explication du Système Géographique 
d^ Hérodote comparé avec les Systèmes 

des 



PREFACE. xlix 

âes autres anciens auteurs et avec la 
GéogTuphie moderne par M. le Major 
Bjmnell. 

Trois choses me paroissent devoir con- 
< d'un 

] ima- 

;t en 
hro- 
itres, 
ifai- 
âsées 
!, en 
jeter 

it été 
par- 
écuté 
eure, 
ais le 
leurs 
soins et leurs veilles, il reste encore quel- 
ques passages difficiles , les Savans qui 
viendront après eux, en dissiperont sans 
doute Tobscurité àPaide du flambeau de la 
critique. On nous fait même espérer, au 
moment où j'écris ceci , que M. Schafer 
Tome I, g 



j PREFACE. 

va publier incessamment une édition en- 
core plus parfaite de cet Historien que 
celle des deux Savans que je viens de 
nommer. 

Quant à la Chronologie, la partie qui 
précède la guerre de Troie est en grande 
partie systématique. Il ne s^agit, dans un 
ouvrage de la nature de celui-ci, que de 
découvrir le système que s'étoit fait Hé- 
rodote de ces anciens temps, de le dé- 
velopper et de le revêtir des preuves dont 
il Fauroit probablement étayé, s^il eût 
écrit sur ce sujet. Les temps qui suivent 
la guerre de Troie, ont été éclaircis par 
des Savans du premier ordre, tels que Sca- 
liger , Petau , Usserius , Marsham , Sim- 
son, Dodwell, Ldnguerue, Norris, Des- 
vignoles, Corsini, Fréret, la Nauze, &c, 
et il ne reste plus sur cette partie qu'un 
petit nombre de difficultés que Ton vien- 
dra sans doute à bout de résoudre avec 
le temps. 

Quant à la Géographie ancienne, un 
grand nombre de Savans s^y sont exercés 
avec plus ou moins de succès. Je ne par- 
lerai que de ceux qui s'y sont le plus 



PRÉFACE. Ij 

distingués dans ces derniers temps. Le 
célèbre d'Anville a laissé bien loin der- 
rière lui ceux qui l'ont devancé. M. Gos- 
selin marche sur ses traces j on le croiroit 
inspiré par le Génie qui préside à cette 
science^ s'il ne se livroit pas un peu trop 
à l'esprit systématique. Le Voyage de 
Néarque fait un honneur infini au Doc- 
teur Vincent. L'Afrique^ l'Egypte et la 
Libye ont les plus grandes obligations à 
MM. Hartmann , Hennicke et Schlich- 
thorst^ et la Thrace d'Hérodote et de 
Thucydides a été éclaircie par M. Gat- 
terer de manière à ne laisser que peu de 
choses à faire à ceux qui viendront après 
lui. 

Il restoit une tâche bien plus difficile 
et bien plus importante, c'éioit de com- 
parer les connoissances d'Hérodote en 
Géographie avec celles des autres anciens 
Ecrivains et avec celles des Géographes 
modernes. C'est ce qu'a exécuté avec le 
plus grand succès M. le Major Rennell. 
Ce Savant avoit déjà donné dans sa Des- 
cription historique et géographique de 
rindostan des preuves de ses profondes 



lij P R É F A C E. 

connoissances en Géographie ; mais on 
ose dire qu'il s'est surpassé lui-même 
dans celui-ci ; c'est le d'Anville de l'An- 
gleterre^ et c'est, je crois, le plus bel 
éloge que puisse en faire un François. Il 
seroit à souhaiter que l'habile traducteur 
du Voyage de Néarque, M. Billecocq, 
entreprît la traduction de l'ouvrage de 
M. RennelL Le public et l'auteur ne 
pourroient qu'y gagner. 

Je reviens à mon sujet. Obligé de tra- 
vailler à la Table Géographique pendant 
qu'on imprimoit la première édition de 
ma traduction , je ne pus y donner tous 
les soins qu'elle exigeoit. Malgré ses dé- 
fauts, des Savans étrangers lui ont fait 
accueil et l'ont même citée avec éloge. Je 
fais en particulier mes remercîmens à 
MM. Hennicke et Schlichthorst. Si cette 
seconde éditioù leur tombe entre les 
mains , ces Savans verront que j'ai pro- 
iité de leurs ouvrages, et que dans les 
endroits où je ne suis pas de leur avis, je 
ne m'en suis écarté que lorsque je me suis 
cru fondé sur des raisons qui m'ont paru 
décisives. 



PRÉFACE. lllj 

La partie Géographique de l'Egypte 
m'a paru entr'autres si intéressante, que 
j'ai cru devoir y donner mes principaux 
soins. Après une étude sévère et suivie de 
ce pays, j'ai réformé ou refait en entier les 
articles Héliopolis, Mendès, Nil, Sais, Ta- 
chompso, Tanis, &c. Je ne puis qu'applau- 
dir aux éloges justes et mérités qu'a faits 
le Bibliothécaire de l'Institut d'Egypte 
du Père Sicard, du Docteur Pococke, et 
sur-tout de M. d'Anville. M. Ripault s'ex- 
prime ainsi au sujet de ce dernier dans 
son rapport au premier Consul Bona- 
parte : (( Ce Savant distingué a été l'objet 
» continuel de notre étonnement. Par la 
)) seule force de sa critique , il a assigné 
» avec une justesse qui nous confondoit 
)) de surprise la position des villes an- 
» ciennes, celle des villages, et le cours 
^) des canaux d'un pays qu'il n'avoit ja- 
)) mais visité ». Les critiques qu'a faites le 
même M. Ripault du Consul Maillet et 
de Vansleb, sont un peu trop sévères, et 
sur- tout celles de ce dernier, qui excelle 
dans la partie Géographique : le P. Sicard 
et M. d'Anville lui ont de grandes obli- 



llr PRÉFACE. 

gâtions. Mais je ne puis que souscrire à 
celles de Paul Lucas et de Savary , auquel 
il auroit pu joindre le Voyageur Bruce. 

Quoique je me sois particulièrement 
appliqué à éclaircir la Géographie de 
l'Egypte, je n'ai pas cependant négligé 
celles des autres pays dont parle Héro- 
dote. Les articles Chalcédoine , Cos , 
Eubée , &c. en fourniront la preuve. On 
trouvera dans ce dernier des choses neu- 
ves sur les Cavités de l'Eubée. Ce dernier 
article étant trop considérable pour être 
placé dans la Table Géographique, je l'ai 
rais parmi les notes, livre vi, note 161. Il 
a été tellement corrigé , qu'il n'est pres- 
que plus reconnoissable. Cependant mal- 
gré l'état informe où il étoit, le célèbre 
M. Barbie du Bocage, frappé, comme il 
en est convenu avec moi, de la solidité des 
preuves que j'apportois pour placer ces 
Cavités à l'extrémité Sud-Est de l'Eubée, 
n'a pas balancé à adopter cette position 
dans les Cartes pour le Voyage du Jeune 
Anacharsis, préférablement à celle qu'a- 
voient suivie les plus grands Géographes, 
et même M. d'Anville. L'article (Eroe 



PRÉFACE. Iv 

avoit en vain exercé les savans Editeurs 
d'Hérodote; je l'ai discuté après eux, je 
ne dirai pas avec succès , mais du moins 
avec vraisemblance. Comme il étoit trop 
long, je lui ai donné place, livre ix, 
note 72. Quelques-uns de ces articles 
avoient été destinés à faire partie des Mé- 
moires de l'Académie des Belles-Lettres ; 
mais cette illustre Compagnie ayant subi 
le sort de toutes les sages Institutions de 
nos ancêtres, j'en présente ici les ré- 
sultats. 

En parlant de Géographie, je ne dois 
pas passer sous silence M. de Sainte- 
Croix, Savant aussi aimable que pro- 
fond, autant recommandable par les qua- 
lités du cœur que par celles de l'esprit, 
et dont les ouvrages^ marqués au bon 
coin, sont faits pour passer à la postérité 
la plus reculée. Si ses conversations inté- 
ressantes m'ont été d'un grand secours, 
je n'en ai pas tiré de inoindres de ses 
écrits, et sur-tout de son Examen criti- 
que des anciens Historiens d'Alexandre, 
qui remporta, en 1772, le prix à l'Aca- 
démie des Belles-Lettres, ainsi que d'un 



Ivj PRÉFACE. 

Mémoire sur le cours de TAraxe et du 
(^jrus, suivi d'un éclaircissement sur les 
Pjles Caucasiènes et Caspiènes. Ces deux 
derniers ouvrages , savans , curieux , in- 
téressans^ forment la seconde partie des 
Mémoires Historiques et Géographiques 
sur les pays situés entre la Mer Noire et 
la Mer Caspiène , qui ont paru m-4. en 
1797. Ces trois ouvrages de M. de Sainte- 
Croix ne sont pas les seuls dont j'aie pro- 
fité. J'ai tiré aussi un grand avantage de 
son Traité sur les Mystères du Paganisme, 
et sur-»tout de celui qui est intitulé : Des 
anciens Gouvememens Fédératifs, où il 
a discuté, avec beaucoup d'érudition et 
une rare sagacité , une question très-épi- 
neuse, où avoient échoué les Savans les 
plus distingués du dernier siècle. 

Quant à la Chronologie, je prie le 
lecteur de se rappeler que je ne me suis 
point proposé d'en faire un système, mais 
seulement de développer celui d'Héro-^ 
dote. J'ai par cette raison laissé subsister 
les antiquités des Egyptiens, des Assy- 
riens et de quelques autres peuples, quoi- 
qu'elles soient destituées de fondement. 

Si 



PRÉFACE. Ivij 

Si j e les avois retranchées , on n'auroit 
pu rien comprendre à ce que notre His- 
torien raconte de ces peuples. Bien loin 
d'adopter cette haute antiquité des Egyp- 
tiens^ je la regarde comme très-absurde, 
et j'ai saisi avec, plaisir toutes les occa- 
sions qui se sont présentées pour en dire 
mon sentiment. On peut voir le cha- 
pitre II, page 128 et suivantes, concer- 
nant la Fondation de Tjr, qui est refait 
en entier. Le chapitre v, sur les Rois de 
Babjlone, paroîtra d'autant plus inté- 
ressant , que j'y agite cette question , si 
long-temps débattue, concernant Darius 
Mède , dont il est fait mention dans les 
LÎATes Saints. On me saura peut-être 
gré d'avoir dissipé , à l'aide du flam- 
beau de la critique , l'obscurité dont cette 
partie de l'Hiàtoire Sainte étoit encore 
enveloppée. 

J'ai ajouté deux chapitres, l'un sur les 
Pélasges, l'autre sur les Rois de Lacédc- 
mone. Hérodote parle en plusieurs en- 
droits des Pélasges et de leurs différentes 
migrations; mais ce qu'il en dit ne suffi- 
sant pas pour se former une idée juste de 

Tome L h 



Ivii] PRÉFACE. 

ce peuple errant et vagabond, j'ai ras- 
semblé en un seul corps tout ce que 
nous en ont appris les anciens, et j'ai eu 
soin de marquer, autant que la disette 
des monumens me Fa permis, les diffé- 
rentes époques de ses migrations ; ce qui 
répandra un grand jour sur PHistoire de 
ce peuple, Saumaise, MM. Geinoz et de 
la Nauze avoient traité ce sujet avant 
moi , le premier de Hellenisticd , et les 
deux autres dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des Belles-Lettres. Je n'ai voulu 
lire leurs ouvrages qu'après avoir com- 
posé ce chapitre, de crainte de me laisser 
préoccuper. Mais après l'avoir achevé, 
ayant fait une lecture attentive des Mé- 
moires de ces deux Savans et de ce qu'en 
a dit Saumaise , j'ai persisté dans mon 
sentiment. M. Dupuis a traité le même 
sujet dans le second volume des Mé- 
moires de l'Institut National de France. 
Son Mémoire, bien loin de me faire chan- 
ger d'opinion, me confirme encore plus 
dans celle que j'ai embrassée. 

Le chapitre des Rois de Lacédémone 
présente des questions très-épineuses en 



PRÉFACE. Ux 

Chronologie. Si je n'ai pas levé toutes les 
difficultés, j'aurai peut^tre été assez heu- 
reux pour mettre sur la voie quelqu'un 
plus habile que moi. 

Quant au Canon Chronologique, yy ai 
fait quelques changemens et un grand 
nombre d'additions. Un Avertissement^ 
placé en tête de ce Canon, instruira le 
lecteur des motifs de la plupart de ces 
changemens et de ces additions. 

En finissant ce que j'ai à dire sur la 
Chronologie, je ne dois pas oublier deux 
articles importans qui la concernent. Le 
premier regarde l'Ere de Sésostris, qui 
avoit été ignorée jusqu'à présent, he se- 
cond est une Notice sur les deux Zodia- 
ques de Tentyra. Cette Notice est, au 
préambule près, de M. Visconti, l'un des 
plus célèbres Antiquaires de l'Europe. Il 
^toit naturel de placer ces deux articles 
dans le septième volume qui roule en- 
tièrement sur la Chronologie j mais com- 
me il étoit imprimé , et que ce volume 
n'est déjà que trop gros, je les ai mis par 
forme de supplément à la fin du second 
tome. Cette place m'a paru d'autant plus 

hij 



Ix PRÉFACE. 

naturelle^ quMl n'est question dans ce 
volume que de l'Egypte. 

Dans la plupart des éditions d'Héro- 
dote , on a mis une Vie d'Homère qu'on 
attribue communément à cet Historien , 
quoiqu'elle ne soit pas de lui. Comme 
elle m'a paru d'un Auteur ancien^ quoi- 
qu'il s'y soit glissé quelques termes et 
quelques expressions des derniers siècles, 
qui ont passé de la marge dans le texte, 
je n'ai pas cru devoir en priver le public. 
Je l'ai traduite avec des notes sur l'édi- 
tion publiée à Eaton en 1762, i7z-4. par 
M. Reinolds. Je n'ai aucune connoissance 
qu'elle ait jamais paru en François. 

J'y ai joint aussi l'Extrait de l'Histoire 
de Perse de Ctésias et celui de son His- 
toire des Indes, publiés par Photius, Pa- 
triarche intrus de Constantinople , dans 
sa Bibliothèque, et je les ai revus avec 
soin sur la première édition de ces Ex- 
traits donnée par Henri Etienne en i557, 
m-8. L'Extrait de l'Histoire de Perse a 
été traduit par l'Abbé Gédoyn , et publié 
dans le quatorzième volume des Mé- 
moires de l'Académie des Belles-Lettres. 



PRÉFACE. kj 

Ceux qui se sont familiarisés avec les tra- 
ductions de Gédoyn, ne seront pas sur- 
pris que j'en aie donné une nouvelle, 
L'Extrait de l'Histoire des Indes a été 
traduit aussi par ce même Ecrivain, et 
même il le lut en 1741 dans une séance 
particulière de l'Académie^ comme je 
l'apprends par le seizième volume des Mé- 
moires de cette compagnie ; mais n'ayant 
pas été imprimé dans ces Mémoires, il ne 
le fut que dans les (Euvres diverses du 
même Auteur, qui parurent en un volume 
171-12 en 1744. Je n'en ai eu connoissance 
qu'après l'impression du dernier volume 
de ma traduction. Je me suis décidé à pu- 
blier ces deux Extraits, parce qu'il est 
encore des Savans distingués qui donnent 
à cet Historien la préférence sur Héro- 
dote. J'ai accompagné cette traduction 
de notes qui feront sentir l'injustice de 
cette préférence. 

Enfin pour ne rien négliger de tout ce 
qui pouvoit répandre du jour sur l'His- 
toire d'Hérodote , j'ai joint à ces trois 
ouvrages le Traité de la Malignité d'Hé- 
• rodote par Plutarque, traduit par Amyot. 



Jxij PRÉFACE. 

J'ai mieux aimé faire réimprimer cette 
traduction que d'en donner une nouvelle, 
parce qu'en général elle est assez exacte, 
et parce que le stjle de cet Ecrivain , 
quoique suranné, a des grâces qu'il est dif- 
ficile de remplacer* Mais Amyot n^ajant 
pas fait de notes sur Plutarque, j'ai cru 
devoir y en ajouter, afin de le réfuter et 
de mettre son injustice dans tout son 
jour. C'est dans la même vue que j'ai fait 
suivre ce Traité des trois Mémoires de 
M. l'Abbé Geinoz, dans lesquels ce Savant 
prend la défense de notre Historien contre 
les accusations de Plutarque. Quoiqu'ils 
se trouvent dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des Belles-Lettres, je me suis dé- 
terminé à les faire réimprimer, parce 
que la collection de ces Mémoires ne se 
trouve que dans les cabinets un peu con- 
sidérables. 

La première édition de cet ouvrage 
parut en 1786. L'accueil qu'on lui fit en 
France, et sur- tout dans les pays étran- 
gers, me fit concevoir l'espérance d'en 
publier une nouvelle. Plein de respect 
pour le public, je voulus la rendre encore 



PRÉFACE, Ixiij 

plus digne de son attention. Je me livrai 
donc avec ardeur à ce travail , très-péni^ 
ble en lui-même, sans écouter mon âge 
et mes infirmités habituelles. Je n^ose pas 
me flatter d'avoir réussi ; je puis dire har- 
diment que je n'ai épargné aucun soin, 
aucune peine pour la rendre moins indi- 
gne de ses regards. Posteris cm aligna 
cura nostri, nescio : nos certe meremurj 
ut sit aliqua, non cUco ingenio ( id enint 
êuperbum ) sed studio , sed labore , et 
reverentià posterorum. Plin^ lib. ix , 
EpistoL xir. 

J'eus tout lieu de me louer dans ma 
première édition des procédés honnêtes 
de M. Nyon, qui exerçoit alors la Librairie 
avec distinction. Il en entreprit avec zèle 
l'impression, malgré l'espèce de défaveur 
où se trouvent en France ces sortes d'ou- 
vrages. Il se disposoit même à le réim- 
primer, lorsque la mort l'enleva à ses 
amis. Si quelque chose peut adoucir mes 
regrets, c'est le zèle des deux Libraires qui 
ont bien voulu le remplacer. MM. Debure 
et Barrois le jeune, tous deux de familles 
anciennes et distinguées dans la Librairie 



V 



Ixiv PRÉFACE. 

de Paris, se sont prêtés de la meilleure 
grâce au projet de réimprimer cet ou- 
vrage, et Pont secondé avec ardeur, mal- 
gré la difficulté des temps et des circons- 
tances , qui paroissoient devoir interdire 
toute entreprise qui entraîne nécessai- 
rement des dépenses considérables. Je ne 
dois pas oublier non plus M. Crapelet , 
Tun des premiers Imprimeurs de la Capi* 
taie. Il a revu lui-même les Epreuves avec 
discernement; et cet ouvrage ne lui fait 
pas moins d'honneur par sa correction, 
qu'il en fait à ses presses par la manière 
dont il est exécuté, 

Petrus-IIenricus LARCHER, 
J)wiQnœu9 anno œtaUs septuageaimo s^to,. 



VIE 



VIE 

D'HÉRODOTE 



JtxÉRODOTB (i) né à Hallcarnasse Fan 4,23o 
de la période julienne, 484 ans avant notre ère, 
étoit Dorien d'extraction et d'une (s) naissance 
illustre. U eut pour père (3) Lyxès et pour mère 
Dryo, qui tenoient un rang distingué parmi 
leurs concitoyens. Panyasis, Poète célèbre, à 
qui quelques Ecrivains (4) adjugent le premier 
rang après Homère , quoique d'autres le placent 
après Hésiode et Antimachus , étoit son oncle 
de père ou de mère ; car il n'y a rien de cer-- 
tain là-dessus. Panyasis est né, si l'on en croit 
Suidas, en la Lxxvni* Olympiade, c'est-à-dire, 
l'an 4,347 de la période julienne, 467 ans avant 
l'ère vulgaire. Je ne puis être de cette opinion, 



(1) Voyez tom. tu, cbap. i,§.u, pag. 86} chap. xiv, 
pap. 359. 

(a) Suidas , voc *Hf ««Téréf . 

(3) Tzetzès ( Chiliad. m , yen. 387 ) le &it fila d'Oxylut. 

Il fant corriger^ • ry Av(i«. 

(4) Suidas, voc* Unfitmu 

Tome L i 



liV) VIE 

parce qu'il s'ensuivroït qullérodole, son ne- 
veu, auroit été plus âgé que lui de dix-sept 
ans. Je n'ignore pas qu'il y a des oncles plus 
jeunes que leurs neveux^ nous en avons des 



même qu'il y a des auteurs qui le font plus 
ancien. 

Fanyasis étoit conna par l'Héracléiade et les 
Ioniques. L'Héracléiade étoit un Foëme héroï- 
que en l'honnear d'Hercules j le Poète y célé- 
broit les exploits de ceHéros en quatorze Livres, 
quicontenoienl neuf oùUe vers. Plusieurs Ecri- 



D» HÉRODOTE. Ixvij 

vains en parlent avec distinction, IsaacTzetzès 
dans ses (i) Prolégomènes sur la Cassaiidre de 
Lycophron , Frocius dans sa (9) Chrestoma* 
ihîe. Suidas aa mot Fanyasis^ Fausanias (3), 
qui môme en cite (4) deux vers, et le Scho- 
liaste de Findare^qui en (5) rapporte un du 
troisième Lirre. Quinclilien , bon jage en ces 
matières, nous apprend qu'il n'égaloit (6) pour 
réloctttion^ ni Hésiode, ni Antiatachus, mais 
qu'il surpassoit le premier par la richesse de 
son sujet et le second par la disposition qu'il 
lui avoit donnée. Denys d'Halieamasse, qui 
n'excelloit pas moins dans la Critique que dans 
l'Histoire, en porte (7) aussi le même jugement. 
Je m'en tiens k ces autorités , auxquelles je 
pourrois ajouter celles de plusieurs autres 
Auteurs, tels qu'ApoUodore ^ Saint Clément 
d'Alexandrie , Athénée , &c. 

Le même Panyasis avoit écrit en vers pen- 

(1) Ifl. Tzetz. Prolegom. col. i, Un. i8. 

(q) Photii Biblîotli. Cod. ccxxxiXi pag. 981 , lia. 4o. 

(3) FaoBan. Bœot £79 lib. ix^ cap. xi, pag. j3i. Phoe. 
sire lib. jl, cap. xxix, pag. 871. 

(4) Id. Phoc. SLve lib. x> cap. viii^ pag. 817. 

(5) Schol. Pindari ad Pyth. m, ver». 177, pag. stoj , 
col. i^lin. 9 et 10. 

(6; Quinctil. Institut. Orator. lib. x, cap. 1, ^. Lrv, 
pag. 496. 

(7) Dionys. Halicam. Cenaara de priaota Scriptoribus^ 
cap. II; pag. ia3». 



Ixviîj VIE 

tainètres nn Poème sar Codras, Nélée et la 
Colonie lonîène y que l'on appeloit les Ioni- 
ques. Ce Foëme curieux , et dont on ne sauroit 
trop regretter la perte , parce qu'il entroit dans 
une infinité de détails historiques sur cette 
Colonie, comprenoit (i) sept mille vers. 

Il ne reste plus de ce Poète que deux petites 
pièces de rers avec un fragment, où Panyasis 
célèbre le vin et les plaisirs de la table pris avec 
modération. Stobée et Athénée nous les ont con- 
servés. On les trouve dans plusieurs Recueils , 
et beaucoup plus correctement dans celui des 
Poètes (â) Gnomiques publié en 1784 à Stras- 
bourg par M. Brunck, critique plein de goût et 
de sagacité. On a encore cinq vers de ce Poète 
qu'on lit dans Etienne de Byzance , au mot 
TfifjiiK9. Je soupçonne qu'ils sont de l'Héra- 
cléiade. M. Brunck n'a pas jugé à propos de 
leur donner place dans son RecueiL 

Dans ces beaux siècles de la Grèce y on pre-- 
noit un soin particulier de l'éducation de la 
jeunesse, et l'on ne s'appliquoit pas moins à lui 
former le cœur qu'à cultiver son esprit II est 
à présumer que celle d'Hérodote ne fut pas 
négligée y quoique l'on ignore quels furent ses 
maîtres. On n'en peut même douter, lorsqu'on 
le voit entreprendre dans un âge peu avancé 

(t) Suidas, voc. TiMfimnç. Eadocia, pag. 357. 
(2) Foetœ Gnomici Grœci,pag. i3o. 



D' HÉRODOTE. Ixix 

cle longs et pénibles voyages pour perfection- 
ner ses connoissances et en acquérir de nou- 
velles. 

La description de l'Asie par Hécatée, l'His- 
toire de Lydie, de Xaiithus , celles de Perse par 
Heilanicus de Lesbos et Charon de Lampsaque, 
jouissoient alors de la plus haute réputation. 
Ces ouvrages agréables , intéressans , furent 
sans doute dévorés par Hérodote, dans cet âge 
où l'on est avide de connoissances, et lui inspi- 
rèrent le vif désir de parcourir les pays dont 
les descriptions l'avoient enchanté. Ce n'étoit 
pas cependant une vaine curiosité qui le por- 
toit à voyager ; il se proposoit un but plus 
noble, celui d'écrire l'Histoire. Les succès des 
Historiens qui l'avoient devancé ne l'eflfrayè- 
rent pas; ils ne servirent au contraire qu'à l'en- 
flammer , et quoique (i) Heilanicus de Lesbos 
et Charon de Lampsaque eussent traité en 
partie le même sujet, loin d'en être découragé, 
il osa lutter contre eux, et ne se flatta pas en 
vain de les surpasser. Il se proposa d'écrire , 
non l'Histoire de Perse, mais seulement celle 
de la guerre que les Grecs eurent à soutenir 
contre les Perses. Ce sujet, simple en appa- 
rence, lui fournit l'occasion de faire entrer 
dans le même tableau l'Histoire de la plupart 

(i) Theophrast, apud CiceTonem in Oratore^ %. xii; 
DioBys. Halic. in Eputolâ ad Pompexum , pag. 207. 



IXX VIE 

des peuples ayec qui les Grecs aroient des rap- 
ports intimes, ou qu'il leur importoit de con* 
noître. Il sentit que pour exécuter ce plan , il 
devoit recneillir des maf ériaùx et acquérir une 
exacte connoissance des pays dont il se pro- 
posoit de Caire la description. Ce fut dans celte 
vue qu'il entreprit ses voyages, qu'il parcourut 
la Grèce entière , l'Epire , la Macédoine , la 
Tbrace, et, d'après son propre (i) témoignage, 
l'on ne peut douter qu'il n'ait passé de la Thrace 
chez les Scythes au-delà de l'Ister et du Borys- 
thènes. Far-tout il observa d'un œil curieux 
les sites, les distances des lieux, les productions 
des pays, les usages, les mœurs, la religion des 
peuples ; il puisa dans leurs archives et dans 
leurs inscriptions les faits importans, les suites 
des Rois, les Généalogies des illustres person-* 
nages, et par«tout il se lia avec les hommes les 
plus instruits , et se plut à les consulter dans 
toutes les occasions. 

Peut-être se contenta-t-il dans ce premier 
voyage de visiter la Grèce , et que s'étant en* 
suite rendu en Egypte , il passa de-là en Asie , 
do l'Asie en Colchide, dans la Scy thie^ laThrace, 
la Macédoine, et qu'il retourna en Grèce par 
TEpire. Quoi qu'il en soit, l'Egypte, qui mémo 
encore aujourd'hui fait l'étonnement et l'admi- 
ration des Voyageurs intelligens, ne pouvoit 

(i) Heîodot. Ub. iv, §. lxxxi , &c. 



D'H É B. O B O T E. Ixxj 

manquer d'entrer dans le plan d^Hérodote. Hé- 
catée y avoit (i) voyagé avant lui, et, suivant 
toutes les apparences^ il en avoit donné une 
description. Porphyre (a) prët^id que cet His- 
torien 5'étoit approprié du Voyage de l'Asie 
de cet Ecrivain la description du Fbœnix et de 
rHippopotame,avec la diasse du Crocodile, et 
qu'il n'y avoit fait que quelques légers chan-* 
gemens : mais le témoignage de Porphyre est 
d'autant plus suspect, qœ Gallimaque {3) attri- 
bue ce Voyage de l'Asie à un Ecrivain obscur. 
J'ajoute, avec (4) M. Valckenaer, que si cet 
Historien se fut rendu coupable de ce plagiat, 
Plutarque, quia composé un Traité contre lui, 
n'eût pas manqué de lui en faire un crime. 

Nous n'avons aucun Ecrivain, soit ancien , 
soit moderne , qui ait donné de ce pays une 
description aussi exacte et aussi curieuse. Il 
nous en a fait connoitre la Géographie , avec 
une exactitude que n'ont pas toujours eue les 
Géographes de profession, les productions du 
pays, les mœurs, les usages et ia religion de ses 
habitans, et l'Histoire des derniers Princes 
avant la conquête des Pers^ , avec des parti- 
cularités intéressantes sur cette conquête, qui 

(i) Herodot. lib. ii, §. cxliii. 

(a) Porphyr. apud Euseb. Prœparal. Evangel. lib. x , 
cap. III y pag. 466 , B* 

(3) CalUroacb.apTidÂtlien.lib. ii,cap.xxviii,pag. yo^B. 

(4) IanolisadHerodolum,pag. 159, col. a. 



Ixxij VIE 

eussent été à jamais perdues y s'il ne les eût pas 

transmises à la postérité. 

Si Ton croyait que notre Auteur n'a fait que 
recueillir les bruits populaires , on se trompe- 
roit grossièrement On ne sauroit imaginer les 
soins et les peines qu'il a pris pour s'instruire 
et pour ne présenter à ses lecteurs rien que de 
certain. Ses conférences avec les Prêtres de 
l'Egypte 9 la familiarité dans laquelle il a vécu 
avec eux , les précautions qu'il a prises y pour 
qu'ils ne lui en imposassent points sont des 
garans sûrs de ce qu'il avance. Un Voyageur 
moins circonspect se seroit contenté du tétùoi* 
gnage des Prêtres de Yulcain établis à Memphis. 
Ce témoignage, respectable sans doute , ne lui 
parut pas suffisant. Il se (i) transporta à Hélio- 
polis et de-la à Thèbes, pour s'assurer, par lui* 
même , de la vérité de ce que lui avoient dit les 
Prêtres de Memphis. Il consulta les Collèges des 
Prêtres établis dans ces deux grandes villes, qui 
étoient les dépositaires de toutes les connois^ 
sances , et les trouvant parfaitement d'accord 
avec les Prêtres de Memphis, il se crut alors 
autorisé à donner les résultats de ses entretiens. 

Jje voyage qu'Hérodote fit à Ty r , nous offre 
un autre exemple non moins frappant de l'exac- 
titude de ses recherches. U avoit appris (2) en 
•■Mwwi^— ii""-"— i— "i"— — ■•— ■^— ■-■^^■^^•■■■.^^^■^"^^■■■^«^^""■••■«■■«■'^^^^"^■^ 

(1) Herodot. lib. 11 , §. m. 
(9) Id. lib. II, ^. XLiii. 

Egypte 



D'HéuODOTÉ. Ixxiij 

Egypte qu'Hercules étoit l'un des douze Dieux 
nés des huit plus anciens ^ et que ces douze 
Dieux avoient régné en Egypte dix-sept mille 
ans avant Je règne d'Amasis. Une pareille asser- 
tion étoit bien capable de confondre toutes les 
idées d'un Grec, qui ne connoissoit d'autre 
Hercules que celui de sa nation, dont la nais- 
sance ne remontoit qu'à l'an i ,584 avant notre 
ère , comme je l'ai prouvé dans mon Essai de 
Chronologie, chapitre xui. Comme cette asser- 
tion étoit autorisée par les Livres Sacrés et par 
le témoignage unanime des Prêtres , il ne pou- 
voit ou n'osoit la contester. Cependant, comme 
il vouloit acquérir à cet égard une plus grande 
certitude, si cela étoit possible , il se transporta 
à Tyr pour y voir un Temple d'Hercules que 
l'on disoit très-ancien. On lui apprit (i) dans 
cette ville qu'il y avoit 9,3oo ans que ce temple 
avoit été bâti. H vit aussi à Tyr un temple 
d'Hercules, surnommé Thasien. La curiosité 
l'ayant porté à se rendre à Thasos, il y trouva 
un temple de ce Dieu, construit par ces Phéni- 
ciens, qui courant les mers sous prétexte de 
chercher Europe, fondèrent une Colonie dans 
celte île , cinq générations avant la naissance 

(i) Herodot. lîb. ii, §. xliv. Hérodote voyagooit à Tyr 
vers Van 46o avant notre ère. Ainsi ce temple d'Hercules 
avoit été bâti 3,760 ans avant l'ère vulgaire. Mais voyez ce 
que je dis de la fondation de Tyr dans mon Essai sur la 
Chronologie d'Hérodote, chap. 11, pag. 129 et suivantes. 

Tome 1. k 



Ixxîr VIE 

du fils d'Alcmène. Il fut alors conyaincu que 
l'Hercules Egyptien étoit très-différent du fils 
d'Amphitryon , et il resta tellement persuadé 
que le premier étoit un Dieu et l'autre un Héros, 
que ceux des (i) Grecs qui offroient à un Her- 
cules, qu'ils surnomraoient Olympien, des sa- 
crifices comme à un immortel, et qui faisaient 
à l'autre des offrandes comme à un Héros, lui 
parurent en avoir agi très-sagement. 

Ses excursions en Libye et dans la Cyrénaï- 
que précèdent le voyage de Tyr. La descrip- 
tion exacte de la Libye , depuis les frontières 
d'Egypte (2) jusqu'au promontoire Soloeis^ au- 
jourd'hui le cap Spartel , conforme en tout à ce 
que nous en apprennent les Voyageurs les plus 
estimés, et le Docteur Shaw en particulier, ne 
permettent pas de douter qu'il n'ait vu ce pays 
par lui-même. On est encore tenté de croire 
qu'il a été à Carthage; ses entretiens (3) avec 
un assez grand nombre de Carthaginois auto- 
risent cette opinion. Il revint sans doute par la 
même route en Egypte, et de- là enfin il passa 
a Tyr, comme on l'a dit 

Après quelque séjour dans cette superbe ville, 
il visita la Palestine, où il vit les (4) Colonnes 



(1) Herodot. lib. 11, §. XLrv. 
(3) Id. lib. IV ; §. cLxviii f &c. 

(3) Id. lib. IV, 5* xLiii , chxxxVf ciixxxvi. 

(4) Id. lib. Il , 5« cvi. 



D'HÉRODOTE. IxxV 

cpi'y avoit fiedt élever Sésostris, et sur ces Co- 
lonues il remarqua ^emblème qui oaractérisoit 
la lâcheté de ses habitans. De-lk il se rendit à 
Babylone^ qui étoit alors la ville la plus ma-- 
gnifique et la plus opulente qu'il y eût dans le 
monde. Je sais que plusieurs personnes éclai* 
rées et M. des Yignoles (i) en tr'autres, doutent 
qu'Hérodote ait jamais voyagé en Assyrie. Je 
ne puis mieux répondre à ce Savant respecta- 
ble, qu'en me servant des propres termes d'un 
autre Savant qui ne l'étoit pas moins , je veux 
dire M. le Président Bouhier. Voici comment 
il s'exprime : a Quoique (9) les passages (3) 
D d'Hérodote 9 qui ont fait croire à beaucoup de 
7> gens qu'il avoit été réellement à Babylone , ne 
y> soient pas bien clairs y il n'est presque pas pos- 
» sible de douter qu'il ne l'ait vue, si on veut 
y> prendre la peine d'examiner la description 
» exacte qu'il fait en ces endroits de toutes les 
» singularités de cette grande ville et de ses ha- 
» bitans. Il n'y a guère qu'un témoin oculaire 
» qui en puisse parler avec autant de précision ; 
7> sur-tout dans un temps où aucun autre Grec 
y> n'a voit encore rien écrit là-dessus. 



(1) Chronologie de l'Histoire Sainte, Ut. iV; chap. iv, 
S* ^ » pag* ^ 8a \ liv. VI I chap* m 9 5* x ^ pag. 646. 

(a) Recherches et Dissertations sur Hérodote; chap. f, 
pag. 4. 

(5) Herodot. lib. i , §. clxxviii et clxxxiii. 

kij 



IXXVJ VIE 

7> De plus, qu'on fasse attention à la (i) ma* 
j> nière dont il parle d'une statue d'or massif de 
2> Jupiter Bélus, qui étoit dans Babylone, et qui 
D avoit douze coudées de hauteur. En avouant 
y> qu'il ne l'a pas vue, parce que le Roi Xerxèis 
» l'a voit fait enlever, n'est*ce pas insinuer taci* 
y> tement qu'il avoit vu toutes les autres choses 
y> qu'il dit être dans cette grande ville? Il est aisé 
y> aussi de reconnoître , par divers autres pas-> 
» sages de son ouvrage, qu'il avoit (s) conféré 
y> sur les lieux avec des (3) Babyloniens et des 
y> Perses , sur ce qui regardoit leur religion et 
» leur Histoire. D'ailleurs, il n'est guère vrair 
y> semblable qu'un homme , qui avoit parcouru 
j> tant de différens pays pour s'instruire de tout 
D ce qui pouvoit les concerner , eût négligé 
D d'aller voir une ville qui passoit alors pour la 
j> plus belle du monde , et où il pouvoit rcr 
j> cueillir les Mémoires les plus sûrs pour l'JBis* 
y> toire, qu'il préparoit de la haute Asie, sur-* 
y> tout en ayant approché de si près ». 

La Colchide fut le dernier pays de l'Asie qu'il 
parcourut. Il vouloit s'assurer par lui-même 

(i) Herodof. lib. i, §. clxxxiii. 

(pi) Id. ibid. §. xcv; clxxxi; clxxxiIi clxxxiii. 

(3) M. le Président Bouhier auroit dû dire avec Héro- 
dote des CJuUdéena, et cela auroit donné une plus grande 
force à sa preuve. Car les Cbaldéens , qui étoient les Pré* 
très des Babyloniens ^ ne voyageoient pas en ce temps-là 
hors de la Babylonie» 



D'H É U O B O T E. IxXYij 

si les (i) Colcliidiens étoient Egyptiens d'ori- 
gine , comme on le lai ayoit dit en Egypte , et 
s'ils étoient les descendans d'une partie de 
l'armée de Sésostris , qui s'étoit établie dans ce 
pays. De la Colchide il passa chez les Scythes 
et chez les Gèles, de-là en Thrace, de la Thrace 
en Macédoine, et enfin il revint en Grèce par 
l'Epire. S'U n'avoit pas bien connu tous ces 
différens pays , comment auroit-il pu en donner 
une description exacte et parler avec clarté de 
l'expédition de Darius chez les Scythes et de 
celle de Xerxès dans la Grèce? 

De retour dans sa patrie, il n'y fit pas un 
long séjour. Lygdamis en étoit alors Tyran. Il 
étoit fils (2) de Pisindélis, et petit- fils d'Arté- 
niise, qui s'étoit distinguée à la journée de Sala- 
mine. Ce Tyran ayoit fait mourir Fanyasis , 
oncle de notre Historien. Celui-ci ne croyant 
pas ses jours en sûreté sous un Gouvernement 
soupçonneux et cruel, chercha un asyle à Sa- 
mos. Ce fut dans cette douce retraite qu'il mit 
en ordre les matériaux qu'il avoit apportés , 
qu'il fit le plan de son Histoire et qu'il en com- 
po3a les premiers livres. La tranquillité et les 
agrémens dont il y jouissoit n'éteignirent point 
en lui le goût de la liberté. Ce goût, inné pour 
ainsi dire chez les Grecs, joint au pressant désir 



(i) Herodot. lib. 11 , §. civ et cv, 
(3) Suidas TOC. 'Hfif^Têf. 



Ixxviij V I B 

cle la vengeance, lai inspira le dessein de chasser 
Lygdamis. Dans cette yae il se ligua avec les 
inécontens , et sur -tout avec les amis de la 
liberté. Lorsqu'il crut la partie assea bien liée y 
il reparut tout-à-ooup à BbUicamasse ; et s'étant 
mis à la tête des conjurés, il chassa le Tyran. 
Cette action généreuse n'eut d'autre récom* 
pense que la plus noire ingratitude. Il Salloit 
établir une forme de Gouvernement qui con* 
servât à tous les Citoyens l'égalité , ce droit pré- 
cieux que tous les hommes apportent en nab^ 
sant. Mais cela n'étoit guère possible dans une 
ville partagée en factions , où des citoyens 
s'imaginoient avoir par leur naissance et par 
leurs richesses, le privilège de gouverner, et 
d'exclure des honneurs la classe mitoyenne, ou 
même de la vexer. L'Aristocratie, la pire espèce 
de tous les Gouvernemens , étoit leur idole 
favorite. Ce n'étoit pas l'amour de la liberté 
qui les ayoit armés contre le Tyran , mais le 
désir de s'attribuer son autorité et de régner 
avec le même despotisme. La classe mitoyenne 
et le peuple qui avoient eu peu de chose à re- 
douter du Tyran, crurent perdre au change, 
en voyant le Gouvernement entre les mains 
d'un petit nombre de citoyens dont il falloit 
assouvir l'avidité , redouter les caprices et 
même les soupçons. Hérodote devint odieux 
aux uns et aux autres : à ceux-ci, parce qu'ils 
le regardoient comme l'auteur d'une révolu- 



D»H É R O D O T E. Ixxix 

tion qui avoit tourné à leur désavantage ; à 
ceux-là, parce qu'ils le regardoient comme un 
ardent défenseur de la Démocratie. 

En butte (i) aux deux factions qui parla- 
geoient TËtat, il dit un étemel adieu à sa Patrie, 
et partit pour la Grèce. On eélébroit alors 
la LXxxi* Olympiade. Hérodote se rendit aux 
Jeux Olympiques : voulant sUmmortaliser et 
faire sentir en même temps à ses concitoyens 
quel étoit l'homme qu'ils avoient forcé de s'ex* 
patrier, il (s) lut dans cette assemblée, la p]në 
illustre de la nation la plus éclairée qui fût 
jamais, le commencement de son Histoire, ou 
peut- être les morceaux de cette même Histoire 
les plus propres à flatter l'orgueil d'un peuple 
qui avoit tant de sujets de se croire supérieur 
aux autres. Thucydides,qui n'a voit encore que 
quinze ans , mais en qui l'on remarquoit déjà 
des étincelles de ce beau génie, qui fut l'un des 
plus brillans ornemens du siècle de Fériclès, 
ne put s'empêcher (3) de répandre des larmes 
à la lecture de cette Histoire. Hérodote, qui s'en 
apperçut, dit au père du jeune homme : Olorus, 
Votre fils brûle du désir des connoissances. 
Je m'arrête un moment pour prouver que 



(i) Suidas TOC. 'Hfii<tTêf, 

(2) Âul. GelL Noct. Attic lib. xv^ §, xxiii. Dodwell, 
Apparat, ad AnnaL Thucydid. sect. xtiii. 

(3) MarceUiaus in vitâ Thacydîdis, pag. 9 ; lin. 1 5 . 



Ixxx V I B 

ce fut en la Lxxxi* Olympiade qu'Hérodote lut 
une partie de son Histoire à la Grèce assemblée. 
Il est certain qu'Hérodote ayant abandonné 
Halicamasse et youlant se &ire un nom, se 
rendit à Olympie, et qu'il y lut une partie de 
son Histoire, qui fut tellement goûtée, qu'on 
donna aux neuf livres qui la composoient , le 
nom des Muses. Lucien le dit de la manière (i) 
la plus claire et la plus formelle. D'un autre 
côté , Marcellinus nous apprend (2) que Thu- 
cydides versa des larmes en entendant cette 
lecture , et qu'Hérodote , témoin de la sensi-- 
bilité de ce jeune homme, adressa à son père le 
mot que je viens de rapporter.Thucydides (3) est 
né la première année de la Lxxvn* Olympiade, 
au printemps, et par conséquent l'an 4,243 de 
la période julienne, 471 ans avant notre ère. Il 
avoit donc quinze ans et quelques mois lors« 
qu'il assista à cette lecture. Il pouvoit déjà être 
sensible aux agrémens du style; mais cette sen« 
sibilité n'en étoit pas moins surprenante dans 
un âge si tendre, et faisoit concevoir de grandes 
espérances. Si l'pn suppose qi;e pet événement 
appartient à l'Olympiade précédente, il devient 

( I ) Lucian. in Herodoto , J. i , tom. i , pag. 833. H n*cst 
pas certain y quoi qu'en dise Lucien ^ qu'on ait alors donné 
le nom des Muses aux neuf livras de l'Histoire d'^érodotet 
Toye* livre iii , note 1 . 

(2) Marcellin. in vitâ Thucydidisi pag. 9. 

(3) Aulu-Qell. Noct. Attic. lib. xv , cap. xxiii, 

plus 



B>H É R O B O T B. IxXXJ 

plus merveilleux, pour ne pas dire incroyable. 
Si on le recale au contraire jusqu'à la lixxxii* 
Olympiade, Thucydides ayant alors dix-neuf 
ans et quelques mois, sa sensibilité n'auroit 
rien eu de surprenant et ne se seroit pas fait 
remarquer. Il faut donc regarder comme cons- 
tant, avec (i) Dodwell, que cet Historien a voit 
alors quinze ans. Le Père Gorsini, Clerc Régu- 
lier des Ecoles Fiés , est aussi de cet avis dans 
ses (2) Fastes Attiques, et cite, pour le prouver, 
Lucien dans le Traité sur la Manière d'écrire 
FHistoire, quoiqu'il n'en soit pas question dans 
cet ouvrage. Ce Savant n'avoit pas cependant 
sur ce fait des idées bien arrêtées , puisque 
page ai 3 du même ouvrage, il recule cette 
lecture jusqu'à la première année de la lxxxiv* 
Olympiade, c'est*-à*-dire , de douze ans; ce qui 
me fait croire qu'il confond en cette occasion 
la lecture aux Jeux Olympiques avec celle que 
fit le même Historien aux Panathénées, quoi-»- 
que cette fête précède la quatre-vingt-quatrième 
Olympiade de plus de quinze jours. 

Revenons à notre sujet. Encouragé par les 
applaudissemens qu'il avoit reçus , Hérodote 
employa les douze années suivantes à contii- 
nuer son Histoire et à la perfectionner. Ce fut 
alors qu'il voyagea dans toutes les parties de U 

£ 1 ) DoduyelU Apparat, ad Annal. Tliucydid. sect. xvnu 
(a) Fasti Attid. tom. m, pag, ao3« 

Tome /. 1 



}xxxij VIE 

Grèce, qu'il n'avoit fait jusqu'à ce moment que 
parcourir, qu'il examina avec la plus scrupu- 
leuse attention les archives de ses diffiérens peu- 
ples, et qu'il s'assura des principaux traits de 
leur Histoire, ainsi que des généalogies des plus 
illustres Mciisons de la Grèce, non-seulement 
en parcourant leurs archives , mais en lisant 
leurs inscriptions. Car dans ces anciens temps 
on transmettoit à la postérité les événemens 
les moins intéressans, ainsi que les plus remar-- 
quables , par le moyen d'inscriptions gravées 
sur des monumens durables , ou sur des tré- 
pieds qu'on conservoit avec le plus grand soin 
dans les temples. Ces inscriptions contenoient 
les noms de ceux qui avoient eu part à ces évé- 
nemens, avec ceux de leurs pères et de leurs 
tribus; en sorte que plusieurs siècles après il 
étoit impossible de s'y méprendre , malgré 
l'identité des noms qui se remarquoient quel- 
quefois sur ces monumens. 

Ce fut dans une de ces excursions qu'il alla 
h Corinthe et qu'il y récita, si l'on en croit (i) 
Dion Chrysostôme, la description de la bataille 
de Salamine, avec des circonstances honora* 
blés pour les Corinthiens et sur-tout pour Adi- 
mante qui les commandoit. ce Mais, continue 
}> le Sophiste dans le discours qu'il adresse 

(i) Dionis Chiysost. Corinthiaca Orat. xxxvii, tom. ii, 
pag. io3; ex EdiU ReisklL 



D'h:êrodotb. Ijcxxiij 
I» aux Corinthiens, Hérodote vous ayant de- 
y> mandé une récompense , et ne Tayaut pas 
» obtenue, parce que vos ancêtres dédaign oient 
» de mettre la gloire à prix d'argent, il changea 
» les circonstances de cette bataille, et les ra- 
» conta d'une manière qui vous étoit défavo* 
y> rable d. 

Un fait de cette nature, s'il étoit prouvé, dé- 
céleroit une ame yile ; et loin de chercher à 
justifier Hérodote, content d'admirer l'Ek^ri- 
vain, j'abandonnerois l'homme au juste mépris 
qu'il mériteroit Mais la réponse me paroit très* 
fisicile. 1^. S'il n'y ayoit pas eu deux opinions 
très-constantes sur la conduite que les Corin- 
thiens ayoient tenue à la journée de Salamine, 
Hérodote se seroit exposé en les rapportant, au 
risque d'être démenti par la majeure partie de 
la Grèce, dont il cherchoit à capter la bien- 
veillance , et qui étoit alors alliée et amie des 
Corinthiens. 2"*. Dion Chrysostôme vivoit plus 
de cinq siècles après cette bataille , tandis que 
notre Historien étoit né quatre ans avant 
qu'elle se donnât Le premier n'en pouvoit 
connoître les particularités que par l'Histoire 
et les Monumens , tandis que l'autre en étoit 
instruit non -seulement par les Monumens , 
mais encore par le témoignage d'une infinité 
de personnes qui s'y étoient trouvées. 5^ L'au- 
torité de ces Monumens n'est pas si grande 
dans cette occasion qu'elle l'est dans la plupart 



Ixxxir VIE 

des autres. Car Hérodote (i) raconte lui-même 
que plusieurs peuples y dont on montroit la 
sépulture à Platées, honteux de ne s'être pas 
trouvés au combat, avoient érigé des cénota- 
phes de terres amoncelées , afin de se faire hon- 
neur dans la postérité. Les Corinthiens peu* 
vent en avoir fait autant après la journée de 
Salamine. 4^ Les vers que fit Simonides en 
rhonneur des Corinthiens et d'Adimante leur 
Général, ne paroîtront jamais une preuve con- 
cluante à ceux qui connoîtront la cupidité de 
ce Poète, et à quel point il prostituoit sa plume 
au plus offrant 5^. Si le fait rapporté par Dion 
Chrysostôme eût été vrai, Plutarque qui ne 
laisse échapper aucune occasion de montrer 
son animosité contre Hérodote, auroit d'autant 
moins manqué de lui faire à ce sujet les plus 
cruels reproches , que de son (3) aveu il le dé- 
testoit, parce que cet Historien avoit dit de ses 
compatriotes des vérités qui n'étoient pas à 
leur avantage. Il prétend, il est vrai, que les 
Corinthiens se comportèrent vaillamment à la 
journée de Salamine, et qu'Hérodote a sup- 
primé leurs louanges par malignité. Cepen- 
dant, loin de les supprimer, il a rapporté ce 
que les Grecs racontoient de plus flatteur pour 
ce peuple ^ mais comme il faisoit profession 

(1) Herodot. lib. ix^ §, lxxxiv. 

(2) Plutarch. de HerodotiMaUgiiitate;pag. 854. 



D'HÉRODOTE. IxXXV 

d^imparlialité, il n'a pas cru devoir passer sous 
silence ce qu'en disoient aussi les Athéniens* 
Ce seroit ici le lieu de réfuter ce qu'avance 
Plutarque pour prouver que les Corinthiens 
se couvrirent de gloire à cette bataille ; mais 
comme cela me meneroit trop loin^ et que 
vraisemblablement très-peu de lecteurs pren^ 
droient intérêt à cette discussion, je crois de- 
voir d'autant moins l'entreprendre, que cette 
digression n'est peut-être déjà que trop longue» 
Douze ans après avoir lu une partie de son 
Histoire aux Jeux Olympiques, Hérodote en 
lut une autre à Athènes à la fête des Pana-- 
ihénées qu'on célébroitle a8 Hécatombœon (i) 
qui revient au lo Août* Cette lecture eut (2) 
donc lieu l'an 4,270 de la période julienne, 
444 ans avant notre ère, et la première année 
de la liXxxiv* Olympiade. Les Athéniens ne se 
bornèrent pas à des louanges stériles. Ils lui 
firent présent de (3) dix talens, par un décret 
proposé par Anytus et ratifié par le peuple 
assemblé, comme l'atteste (4) Diyll us , Histo- 
rien très-estimé. C'est sans doute de cette ré- 
compense qu'il faut entendre ce que dit Eusèbe^ 



(1) CoTsini Fast Attic. tom. 11, pag. 55j. 

(2) Eusebii Chronic. Canon, pag. 169. Conf. Scaligcri 
snimadversiones^pag. io4. 

(3) 54^000 liv. de notre monnoie. 

(4) Flutarch, de Herod. Mallgnit. pag. S62 , B. 



Ixxxvj V I B 

à l'endroit qae je viens de citer, qu'Hérodote 

fut honoré par les Athéniens. 

n semble que cet accueil auroit dû le fixer 
à Athènes. Cependant il se joignit à la Colonie 
que les Athéniens (i) envoyèrent à Thurium 
au commencement de l'Olympiade suivante. 
Jje goût qu'il avoit pour les voyages l'emporta 
peut-être sur la reconnoissance qu'il devoit 
aux Athéniens ; mais peut-être aussi ne crut- il 
pas quitter Athènes, en accompagnant un si 
grand nombre d'Athéniens, parmi lesquels il 
y en avoit de très-distingués. Lysias , âgé (3) 
seulement de quinze ans , qui devint dans la 
suite un très-grand (3) Orateur, étoit du nom* 
bre des colons, Hérodote avoit alors quarante 
ans; car (4) il étoit né l'an 484 avant notre ère^ 
et la première année de la lxxiv* Olympiade* 
L'Auteur (5) anonyme de la Vie de Thucydides 
met aussi cet Historien du nombre des colons, 
^lais comme il est le seul Ecrivain qui en £asse 
mention^ il est permis d'en douter. 

Il fixa sa demeure à Thurium, ou s'il en sortit, 

(1) Piin. Hist. Nat lib. vi» cap. iv» pag* 657. 
(3) Dionys. Halicamasa. in Lysiâi pag. i3o. 

(3) Tuin fuit Lysias , ipse quidem in caiisis forensibuf 
non versatus^ sed egregiè sublilis scriptor atque slegans : 
quem jam propè audeas oratorem perfectam dicere. Cicero 
de daris Oratorib. §. ix. 

(4) A. GeU. Noct. Attic. lib. xVf cap. xxiiif 

(5) Anonym. in Vilâ Tbucydid, pag. 11. 



D'HÉRODOTE, Ixxxvij 

ce ne fut que pour faire quelques excursions 
dans la Grande Grèce, je veux dire dans cette 
partie de l'Italie qui étoit peuplée par des Colo- 
nies Grecques, et qui fut ainsi nommée, non 
parce qu'elle étoit plus considérable que le 
reste de la Grèce, mais parce que Pythagore (i) 
et les Pythagoriciens lui acquirent une grande 
célébrité. Il y a beaucoup d'apparence qu'il 
passa le reste de ses jours dans cette Tille , et il 
paroît certain que ce fut par cette raison qu'on 
lui donna quelquefois le surnom d'Hérodote 
deThurium. Strabonle dit positivement Voici 
comment s'exprime ce savant Géographe, en 
parlant de la ville d'Halicamasse. « L'Histo- 
» rien (â) Hérodote étoit de cette ville. On l'a 
» depuis appelé Thurien , parce qu'il fut du 
» nombre de ceux que l'on envoya en Colonie 
» à Thurium ». L'Empereur Julien ne l'appelle 
pas autrement dans le fragment d'une lettre 
que nous a conservé Suidas : ce Si (3) le Thurien 
» paroit à quelqu'un un Historien digne de 
D foi, &c. »• La chose fut même poussée si loin , 
qu'Hérodote ayant commencé son Histoire par 
ces mot^ : ce £n publiant ces Recherches, Hé- 
)> rodote d'Halicamasse, &c. y>. Aristote, qui 

(i) lamblich. in vilâ Pylhagorœ, cap. vi, pag 23 j 
cap. XXIX I pag. i4i. 

(2) Slrab. lib. xi v , pag- 970 , A. 

(3) El Tf irtrTêt ê Bivftêt iîl'*i A#y#»"#/#f ^êxtét» Suidas 
VOC. 'Hfi^êTêf. 



Ixxxviij VIE 

cite ce commencement, a changé cette expres- 
sion en celle (i) d'Hérodote de Thurium. Ce 
Savant n'est pas le seul qui Tait fait, car PI u- 
tarque (ù) obsenre que beaucoup de personnes 
avoient fait aussi le même changement 

Le loisir dont il jouit dans cette yille lui 
permit de retoucher son Histoire et d'y faire 
quelques additions considérables. C'est ainsi 
qu'il faut entendre ce passage de Pline, urbis(S) 
nostrœ trecentesimo anno. . . . auctor iUe ( Hero^ 
dotus) Historiam condidit Thuriis in Italid : 
car il est certain qu'il ayoit lu une partie de 
son Histoire à Athènes , avant que de partir 
pour Thurium, et que douze ans auparavant il 
en avoit lu une autre aux Jeux Olympiques. 
Ce passage de Pline a induit en erreur le (4) 
savant M. des Vignoles. Je n'entreprendrai pas 
de le réfuter , M, le Président Bouhier l'ayant 
fait avec succès dans le chapitre premier de ses 
Recherches et Dissertations sur Hérodote. 

On ne peut douter qu'il n'ait ajouté beau- 
coup de choses pendant son séjour à Thurium , 
puisqu'il rapporte des faits qui sont postérieurs 
k son voyage dans la Grande Grèce. Quelques 
Sa vans l'ont remarqué avant moi, et sur-tout 

(i) ^ristot. ipietoTÎc. lib. m , cap. v» pag. 167. 
(a) Flutarch. de Exsilio ^ pag. 6o4 , F. 
(5) Flin. Hist. Nat. lib. xii , cap. iv, pag. 65 j. 
(4) Chronologie de l'Histoire Saiate, liv. vi; chap. iv, 
5. xn, tom. II, pag. 76g et 770. 



D'HÉRODOTE, Ixxxix 

MM. Boubier et AVesseling. D faut mettre de 
ce nombre, i^ rinvasion que les (i) Lacédémo 
niens firent dans l'Attique la première année 
de la guerre du Péloponnèse y invasion dans 
laquelle ce pays fut ravagé , excepté Décélée 
qu'ils épargnèrent par reconnoissance pour un 
bienfait des Décéiéens. 2^ Le funeste sort des 
Ambassadeurs (2) que les Lacédémoniens en* 
voy èrent en Asie la seconde année de la guerre 
du Péloponnèse , et l'an 4^0 avant notre ère, 
3^ La défection des Mèdes sôus Darius Notbus, 
que ce Prince remit peu après sous le joug. Cet 
événement, que rapporte (3) Hérodote, et qui 
est certainement (4) de la xcm*" Olympiade, de 
la vingt-quatrième année de la guerre du Pé^ 
loponnèse, et de l'an 4o8 avant notre ère, 
prouve qu'Hérodote avoit ajouté ce ùÀt dans 
un âge très-avancé. Il avoit alors soixante- 
dix-sept ans. 

M. le Président Boubier (5) plaçoit aussi 
après le voyage d'Hérodote dans la Grande 
Grèce la retraite d'Amyrtée dans llle d'Elbo , 
dont parle (6) Hérodote. Ce Savant, trompé 



(1) Herodot. lib. ix» $. uuui. 

(n) Id. lib. VII, 5. cxxxvjLi^ 

(3) Id. lib. I , S' cx:^ 

(^>) Voyez ma traduction , toma i, note 3ïS. 

(5) Recherchée pi DÎMert^tions sur mtQioip, pag. 6, 

(6) Herodot, Ub« 11 , 5' ^^^* 

Tome L » 



XC V I B 

par (i) le Syncelle, supposoit qae ce Prince 
s'étoit réfugié dana cette île la quatorzième 
année de la gaerre da Péloponnèse, et l'an 417 
ayant notre ère. DodwcU (2) et (5) M. Wesse- 
ling avoient bien ra que la révolte d'Aniyrtée 
ayant commencé la seconde année de la lxxix* 
Oljrmpiade , la fin de cette révolte étoit de la 
seconde année de TOlympiade suivante, et par 
conséquent antérieure de quatorze ans au dé** 
part de notre Historien pour la Grande Grèce. 
Je n'en rapporterai point ici les preuves, l'ayant 
fait d'une manière assez ample dans mon (4) 
Essai sur la Chronologie. 

Ce fut aussi dans ces voyages qu'il apprit 
plusieurs particularités sur les villes de Rhé- 
gium , de Gela , de Zancle et sur leurs Ty- 
rans , particularités qu'il a transmises à la pos- 
térité. 

On vient de voir que notre Historien avoit 
soixante- dix-sept ans, quand il ajouta à son 
Histoire la révolte desMèdes.On ignore jusqu'à 
quel âge il poussa sa carrière, et dans quel pays 
il la termina. Il est vraisemblable qu'il mourut 
à Thurium; et nous avons, pour appuyer cette 



(1) Syncelli Ghronogr. pag. aS6. 

(2) Dodwell Annal. Thucydid. pag. g8 et 99. 

(3) Li PneGitione ad Herodotum. 

(4) Voyez mon Esaai de Chronologie; chap. i; $• xii| 
pag I03 et suiv. 



D'HERODOTE. xc) 

présomption , le témoignage positif de Suidas , 
qui nous apprend encore qu'il fut enterré sur 
la place publique de cette ville. C!e qui peut en 
faire douter, c'est que le même Ecrivain ajoute 
que quelques Auteurs le font mourir à Pella 
en Macédoine. Mais comme on ignore le nom 
même de ces Auteurs, on ne sait s'ils ont quel* 
que autorité , et quel degré de confiance ils mé- 
ritent. 

Marcellin écrit, dans (i) la Vie de Thucy-» 
dides, que l'on voyoit parmi les Monumens de 
Cimon à Cœlé, près des portes Mélitides, le 
tombeau d'Hérodote. On pourroit conclure de 
ce passage qu'Hérodote mourut à Athènes , et 
c^étoit le sentiment (â) de M. le Président Bou- 
hier. Qui nous assurera cependant que ce fut 
un vrai tombeau et non pas un cénotaphe ? Si 
on érigea à notre Historien un monument dans 
le lieu destiné à la sépulture de la maison de 
Cimon, c'est qu'en partant pour Thurium, il 
obtint à Athènes le droit de Cité, et qu'il fut 
probablement adopté par quelqu'un de cette 
maison, l'une des plus illustres de cette ville. 
Car sans cette adoption, on ne lui auroit pas 
élevé un monument dans ce lien, où il n'étoit 
pas permis d'inhumer personne (3) qui ne fut 

(i) Marcellmus ia vitâ Thucydid. pag. 3. 

(a) Recherches et Dissertations sur Hérodote^ pag. 8. 

(3) Marcelliaus loco laudato. 



Xcij VIU D'HiiRODOTE. 

de la famille de Miltiades. C'est ce qu'a trèa- 
bien prouvé (i) Dodwell. 

Il reste cependant encore quelque incerti- 
tude ; l'Inscription rapportée (2) par Etienne de 
Byzance la feroit disparoi tre , si l'on étoit assuré 
qu'elle a été trouvée à Thurium. Car le pre^ 
mier vers de cette Inscription atteste que les 
cendres de notre Historien reposoient sous ce 
tombeau. Je ne crois pouvoir mieux terminer 
sa Vie que par cette Spitaphe, que rapporte (3) 
Etienne de Byzance. ce Cette terre recèle dans 
j> son sein Hérodote y fils de Lyxès y Dorien 
» d'origine y et le plus illustre des Historiens 
» Ioniens. Il se retira à Thurium y qu'il regardai 
» comme une seconde patrie, afin de se mettre 
}> à couvert des (4) morsures de Momus )>• 

(1) Apparat ad AimaL Thucydid. $• jol, pag. a5. 
(â) Stephan. Bjnant. voc 0#9fi««. 
(3) Id. ibid. 

(i) Je lis iinn,rês au lieu d*i»irAi»r#>. Voyez la noie de 
M* Rahiil^en sur le vers 85 de rHymne à Cérèst 



HISTOIRE 



'V/X/'V.'W/V» 



HISTOIRE 



D'HÉRODOTE 



LIVRE PREMIER. 

C L I O. 

Jli K présentant au public (i) ces recherches y 
Hérodote d'Halicamasse se propose de préserver 
de l'oubli les actions des hommes , de célébrer 
les (a) exploits des Grecs et des Barbares, et indé- 
pendamment de toutes ces choses , de développer 
les motifs qui les portèrent à se faire la guerre. 

I. Les (s) Perses les plus sayans dans l'His- 
toire de leur pays, attribuent aux Phéniciens 
la cause de cette inimitié. Ils disent que ceux* 
ci étant venus (3) des bords de la mer Erythrée 
sur les côtes de la nôtre (b) , ils entreprirent de 
longs voyages sur mer, aussi-tôt après s^êlre. éta- 
blis dans le pays qu'ils habitent encore aujour- 



(a) Le grec porte : Les grandes et merçeilleuses actions. 
(6) Dans le grec : De celle-ci. Voyez spr cette exprès* 
«on , §. cï^xxxv , note 44o. 

Tome I. A 



9 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

dlmi y et qu'ils (4) transportèrent des marchan- 
dises d'Egypte et d'Âfcyrie en divers^ contrées, 
entr'autres k Argos. Cette ville surpassoit alors 
toutes (5) celles du pays connu actuellement sous 
le nom de (6) Grèce. Us ajoutent que |af Phéni- 
ciens y étant abordés y se mirent à yendre leurs 
marchandises j que cinq ou six jours après leur 
arrivée, la vente étant presque iinie^un grand 
nombre de femmes se rendit sur le rivage , et 
parmi elles la fille du Roi; que cette Princesse , 
fille (7) d'Inachus y s'appeloit lo y nom que lui 
donnent aussi les Grecs. Tandis que ces femmes, 
continuent (a) les mêmes Historiens y achetoient 
|}rès (ë) jde la pouppe ce qui étoijt le plus de leur 
goût y les Phéniciens, s'animant les uns les au- 
tres, se jelèrent sur elles. "La plupart prirent la 
fiàie i maisio fut enlevée , et d'autres (9) femm<^ 
a:vec elle. Les Phémoiens le^ ayant fait em- 
barquer , misrent à la voile , et firent route vers 



il. Voilà , selon les Perses , en cela peu d'ac- 
cord (iro) avec les (&) Phéniciens , comment £0 
passa en Egypte; voilà le principe des injus^ 
tices réciprocjpes qui éclatèi^nt entr'eux et les 
Grecs'(o). Us ajoutait, qu'ensuite quelques Grecs 
{ Ik.ne pea¥entk&nommer,c'étoient peut-être 

(a) J'ai ajouté cela pour couper la pbraae^ qui n'est déjà 
que trop longue. 
(5) Le texte dit : Lês Grecs; mais yojes ma note, 
(c) J'ai ajouté cela pour me rendre plus clair. 



CLIO, LIVRE !• 5 

des Cretois ) abordés à Tyr en Phénicie , eale- 
vèrent Europe y fille du Roi : c'étoit sans doute 
user du droit de représailles ; mais la wcoiide 
injustice né doit, selon les mêmes Historiens, 
être itnputée qu'àuï Grecs. Ils disent que ceux- 
ci se rendirent sur un vaisseau (i i) long , â ^a, 
en Colchide, sur le Phase , et qu^après avoir ter« 
miné les affisiires qui leur avaient fait entre^ 
prendre ce voyage , ils enlevèrent Médée , fille 
du Roi : que ce Prince ayant envoyé un Ambas- 
sadeur en Gj-èce pour redemander sa fille , et exi- 
ger réparation de cette injure , les Grveos hii ré- 
pondirent que puisque les Golchidiens n'avoient 
donné (i ù) aucune satisfaction de l'enlèvement 
d'Io , ils ne lui en feroient point de cekd de 
Médée. 

III. Les mêmes Historiens disent aussi que la 
seconde génération après ce rapt , Alexandre (a), 
fils de Priam , qui en avoit entendu parler, vou- 
lut par ce même moyen , se procurer une femme 
Grecque , bien persuadé que les autres n'ayant 
point été punis, il ne le seroit pas non plus. Il 
enleva donc Hélène ; mais les Grecs , continuent* 
ils, s'étant assemblés, ftirent d'avis d'envoyer 
d'abord des Ambassadeurs, pour demander cette 
Princesse , et une réparation de cette insulte. 
A cette proposition les Troyetis opposèrent aux 
Grecs Fenlèvement de Médée , leur reprochèrent 

(a) Paria. 

A a 



4 HISTOIRE D'HERODOTE, 

d'exiger une satisfaction , quoiqu'ils n'en eussent 
fait aucune , et qu'ils n'eussent point rendu cette 
Princ^se après en aroir été sommés. 

IV. Jusque-là, disent les Perses, il n'y avoit 
eu de part et d'autre que des enlèvemens; mais 
depuis cette époque , les Grecs se mirent tout- 
à-fait dans leur tort, en portant la guerre en 
Asie , ayant que les Asiatiques l'eussent déclarée 
à l'Europe. Or s'il y a de l'injustice , ajoutent- 
ils , à enlever des femmes , il y a de la folie 
à se venger d'un rapt , et de la sagesse à ne 
s'en pas mettre en peine , puisqu'il est (i3) 
évident que, sans leur (i4) consentement, on 
ne les eût pas enlevées. Les Perses assurent que, 
quoiqu'ils soient (i5) Asiatiques, ils n'ont tenu 
aucun (16) compte des femmes enlevées dans 
cette partie du monde ; tandis que les Grecs , pour 
une femme de Lacédémone, équipèrent une flotte 
nombreuse , passèrent en Asie , et renversèrent 
le Royaume de Priam. Depuis cette époque les 
Perses ont toujours regardé les Grecs comme 
leurs ennemis ; car ils (1 7) s'arrogent l'empire sur 
l'Asie et sur les Nations Barbares qui l'habitent , 
et considèrent l'Europe et la Grèce comme un 
continent à part. 

V. Telle est la manière dont les Perses rap- 
portent ces événemens , et c'est à la prise de 
Troie (a) qu'ils attribuent la cause de la haine 



(a) Dans le grec : llion ; maU, en notre langooi ce nom 



est rèsenrè à la Poésie. Voyez notre Table Géographique, 
aa mot llion. 

(a) Les Grecs entendent par Tyran tout bommc qui , 
changeant la constitution d'un Etat , s'en est rendu le 
naître absolu , soit qu'il gouverne selon les règles de la 
JDstice, on qu'il ne suire que ses caprices. Ses descendans 
mêmes sont toujours regardés comme Tyrans, à moins 
que la Nation ne consente librement à les reconnoitre 
comme aes Rois. Voyez aussi liv, ui ,$.1*1 note \o$. 



C L I O. L I V R E I. 5 

qu'ils portent aux Grecs. A Tégard dlo, les Phé- 
niciens ne sont pas d'accord avec les Perses. Ils 
disent que ce ne fut pas par un enlèvement qu'ils 
la inenèrent en Egypte : qu'ayant eu commerce 
à Argos avec le Capitaine du navire, quand elle 
se yit grosse , la crainte de ses parens la détermina 
à s'embarquer avec les Phéniciens , pour cacher 
son déshonneur. Tels sont les récits des Perses et 
des Phéniciens : pour moi , je ne prétends point 
décider si les choses se sont passées de cette ma- 
nière ou d'une autre: mais, après avoir indiqué 
celui que je connois pour le premier auteur des 
injures faites aux Grecs, je poursuivrai mon récit ; 

qui embrassera les petits Etats comme les grands, | 

car ceux qui fleurissoient autrefois sont la plu- 
part réduits à rien , et ceux qui fleurissent de { 
nos jours étoient jadis peu de chose. Persuadé de i 
Vinstabilité du bonheur des hommes , je me suis 
déterminé à parler également des uns et des autres* 
VI. Crésus étoit Lydien de naissance, fils 
d'AIyattes , et (a) Tyran des Nations que ren- 



6 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

ferme l'Halys dans son cours. Ce fleure coule du 
Sud ', passe entre le pays des Syriens (a) et celui 
des Paphlagoniens , et se jette (i 8) au Nord dans 
ïe Pont-Euxih. Ce Prince est le premier Barbare, 
que je sache y qui ait forcé une partie des Grecs à 
lîii payer tribut , et qui se soit allié avec Taittre. 
n subjugua en effet les Ioniens , les Eoliens et les 
JDoriens établis en Asie , et fit alliance avec les 
Lacédémoniens. Avant son règne, tous les Grecs 
êtoient libres ; car l'expédition des (19) CSmmé-* 
riens contre l'Ionie , antérieure à Crésus , n'alla 
has jusqu'à ruiner des villes: ce ne fut ^'une 
incursion , suivie de pillage. 

Vn. Voici comment la souveraine puissance, 
qui appartenoit aux Héraclides , passa en la mai-^ 
son des Mermnades , dont étoit Crésus (so). Can- 
daules , que les Grecs appellent M yrsile , fut Ty- 
ran de Sardes. H descendoit d'Hercules, par 
Alcée , fils de ce Héros ; car A gron , fils de Ninus , 
petit-fils de Bélus , arrière-^petit-fils d' Alcée, fut 
le premier des Héraclides qui régna à Sardes ; et 
Candàules , fils de M yrsas , fut le dernier. Les 
Rois de ce pays antérieurs à A^on (âi) , descen- 
doient de Lydus , fils d'Atys , qui (sia) donna le 
nom de Lydiens à tous les peuples de cette con- 
trée , qu'on appeloit auparavant Méoniens. Enfin 
les Héraclides , à qui ces Princes avoient con- 

I " ' * ■ ' ■ 

(a) Xics Leuco-Syriens on Cappadoclcûs. Foy#» plot 
bas ^. vxxih 



C L I O. LIVRE I. 17 

fié IffISi) l'adi9inistratio}i dû Gouyernement^ et 
qui tîXPÎe^t leujr oxigip^s dntlercules (34), et d'unç 
EspI^Y^ de Jwdapm^, c^Jiprçnt la royauté en 
Terjtu à!}morwïe. Jkxégnèxent dç père en fils (ftS) 
cinq cefit çipq fim^^m quinze (a) générations, 
jusqu^'à G^ndaul^ 9 ^ ^^ Myrsus. 

YUl. jCe Fripce ^liipoit éperduepiept sa lemme , 
et la xf^g^àoit ponupe la plus belle des femmes. 
Obsédé pa^ sa passion , il ne cessoit d'en exagéra 
la beauté à fiygèsy fiJs de Dascylujs, un de seç 
gari^es , qo-^il aimoit beaucoup , et à qui il com*- 
piuniquoit ses affaires les plus importantes. Peu 
de temps après , Candaules ( il ne pouyoit éviter 
son malfaeur) tint à.Gygès ce discours. (cB me(s6) 
» semble que tu ne m^en crois pas sur la beauté 
D de ma femme. Les discours (97) font moins 
i> d'impression que la Yue des objets : fais donc 
» ton possible pour la yoir (a8) nue. Que (&) 
» dites-rTous , Seigneur , s'écria Gygès ? Y aye«- 
» vous réfléchi ? Ordonner a un esclave de voir 
» nue^^uveraine,/OublieflE-vous qu'une femme 
^ dépose (29) sa pudeur avec ses yetemens. Les 
» ma^dpi^ss de l'hoxmeteté sont connues depuis 
» Iong*t€imp8. filles doivent nous servir de règle. 
» Or une des plus importantes est, que chacun 

(â) 11 y a dans tontes les éditions en vingt-denx géné- 
rations. Je lis en quinze , par les raisons qu'on verra dé- 
veloppées dans mon Essai de Chronologie | Cbap. vii^ 
pag. 3] 3 et sniv. 

(à) Dans le grec : Quel langage insensé. 



mm 



f 



8 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

y> ne doit regarder que ce qui lui appartient Je 
» suis persuadé que tous ayez la plus belle de 
» toutes les femmes ; mais n'exigez pas de moi y 
M je vous en conjure, une chose malhonnête ». 

IX. Ainsi Gygés se refusoit à la proposition 
du Roi y en craignant les suites pour lui-même, 
(c Rassure -toi, ^ygès, lui dit Gandaules : ne 
n crains ni ton Roi ( ce discours n'est point un 
1$ piège pour t'éprouver ) ni la Reine , elle ne te 
» fera aucun mal. Je m'y prendrai (a) de manière 
» qu'elle ne saura pas même que tii l'ayes yue. Je 
» te placerai dans la chambre où nous couchons , 
» derrière la porte qui restera ouverte: la Reine 
y> ne tardera pas à me suivre. A l'entrée est un 
» siège où elle pose ses vêtemens à mesure qu'elle 
D s'en dépouille. Ainsi , tu auras tout le loisir 
» de la considérer. Lorsque (ag^) de ce siège elle 
» s'avancera vers le lit, comme elle te tournera 
D le dos , saisis ce moment pour t'esquiver sans 
» qu'elle te voie». 

X. Gygès nepouvoit plus se refuser aux ins- 
tances du Roi : il se tint prêt à obéir. Gandaules 
à l'heure du coucher , le mena dans sa chambre , 
où la Reine ne tarda pas à se rendre. Gygès la 
regarda se déshabiller ; et tandis qu'elle tournoit 
le dos pour gagner le lit , il se glissa hors de 
l'appartement; mais la Reine l'apperçuten sor- 
tant. Elle ne do^ita point que son mari (3o) ne 

Ça) Daos le grec : Absolument. 

fût 



C L I O. LIVRE I. 9 

fut l'auteur de cet outrage ; la pudeur l'empêcha 
de crier , et même elle fit s^nblant de (3i) ne 
ravoir pas remarqué y ayant déjà conçu dans le 
fond du cœur le désir de se renger de Candaules ; 
car chez les Lydiens^comm e chez presque tout (3 a) 
le reste des Nations barbares , c'est un opprobre^ 
même à un homme , de paroitre nud. 

XI. La (33) Reine demeura donc tranquille , 
et sans rien découvrir de ce qui se passoit dans 
son ame. Mais , dès que le jour parut y elle s'as* 
sure des dispositions de ses plus fidèles Officiers^ 
et mande Gygès. Bien éloigné de la croire ins- 
truite, il se rend à son ordre, comme il étoit dans 
l'habitude de le faire , toutes les fois qu'elle le 
mandoit Lorsqu'il fut arrivé, cette Princesse lui 
dit: a Gygès, voici jdeux routes dont je te laisse 
)) le choix ; décide-toi sur-le-champ. Obtiens par 
I) le meurtre de Candaules ma main et le trône 
» de Lydie , ou une prompte mort t'empêchera 
» désormais de voir, par une aveugle déférence 
)) pour Candaules, ce qui t'est interdit* H faut 
» que l'un des deux périsse, ou toi, qui, bravant 
D l'honnêteté, m'as vue sans vétemens , ou du 
» moins celui qui t'a donné ce conseil ». A ce 
discours Gygès demeura quelque temps interdit; 
puis il conjura la Reine de ne le point réduire 
à la nécessité d'un tel choix. Voyant qu'il ne pou* 
voit la persuader , et qu'il falloit absolument ou 
tuer son maître ou se résoudre lui-même a périr; 
il préféra sa propre conservation. « Puisque, 
Tome L B 



lO HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

» malgré mes réclamations y dit-il à la Reine , 
D TOUS me forces à tuer mon maître y je suis prêt 
D i prendre les moyens d'y réussir. Le lieu da 
» l'embuscade (a) y répondit-*elle y sera celui-là 
» même d'où il m'a exposée nue à tes regards, 
D et le temps de l'attaque celui de son sommeil )»• 

XII. Ces mesures prises y elle retint Gygès : 
nul moyen pour lui de s'échapper. Il falloit qu'il 
périt lui ou Candaules. A l'entrée de la nuit y elle 
l'introduit dans la chambre, l'arme d'un poi- 
gnard y et le cache derrière la porte : a peine 
Candaules étoit endormi y Gygès (34) avance sans 
bruit y le poignarde y s'empare de son épouse et 
de son tr6ne. Archiloque (55) de Paros, qui yi-* 
Toit en. ce temps-là y fait mention de ce Prince 
dans une pièce qu'il a composée en Ters iambes 
trimètres. 

XIII. Gygès étant monté de la sorte sur le 
trône y il y fut affermi par l'Oracle de Delphes. 
Les Lydiens y indignés de la mort de Candaules, 
ayoient pris les armes ; mais ils convinrent avec 
les partisans de Gygès que y si l'Oracle le recon^ 
noissoit pour Rcâ de Lydie y la couronne lui res-: 
teroit y qu'autrement elle retoumeroit aux Héra- 
clides. L'Oracle prononça, et le trône fut, par 
ce moyen , assuré à Gygès. Mais la Pythie ajouta 
que les Héraclides seroient vengés sur le cin- 

(ai) Dans le grec : Vattaqui se fera du même endroit , 
d'où il m' a fait voir nue à toi. 



CLIO. LIVRE I. Il 

quième descendant de ce Prince. Ni les Lydiens, 
ni leurs Rois ne tinrent aucun compte de cette 
réponse , avant qu'elle eût été justifiée par Tévé- 
nement Ce fut ainsi que les Mermnades s'empa- 
rèrent de la couronne , et qu'ils l'enlevèrent aux 
Héraclides. 

XIV. Gygès, maitre de la Lydie, envoya beau« 
coup d'offrandes à Delphes, dont une très- 
grande (36) partie étoit en argent; il y ajouta 
quantité de vases d'or , et entr'autres six cratères 
d'or du (37) poids de trente talens , présent dont 
la mémoire mérite sur-*-tout d'être conservée. Ces 
offrandes sont dans le trésor des Corinthiens ; 
quoique à dire vrai , ce trésor ne soit point à la 
République de Corinthe , mais à (38) Cypsélus , 
fils d^Eétion. Gygès est après (69) Midas , fils de 
Gordius (4o) , Roi de Phry gie , le premier des (4 1 ) 
Barbares que nous connoissions qui ait envoyé 
des offrandes à Delphes. Midas avoit fait présent 
à ce temple du tr6ne, sur lequel il avoit coutume 
de rendre la justice : cet ouvrage mérite d'être vu ; 
il est placé dans le même endroit où sont les cra- 
tères de Gygès. Au reste, les habitans de Delphes 
appellent ces offirandes en or et en argent , Gy^ 
gadas, du nom de celui qui les a faites. 

Lorsque ce Prince se vit maître du Royaume , 
il entreprit une expédition contre les villes de 
Milet et de Smyme (4a) , et prit celle de Colô- 
phon. Mais , comme il ne fit rien autre chose de 
mémorable pendant un règne de trente-huit ans j 

B 2 



12 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

nous nous contenterons d'aroir rapporté ces 
faits y et n'en parlerons pas davantage. 

XV. Passons à son fils Ardys. Ce Prince lui 
succéda; il subjugua ceux de Priène, et entra 
avec une armée dans le territoire de Milet. Sous 
son règne y les Cimmériens (a) , chassés de leur 
pays par les Scythes Nomades , vinrent en Asie y 
et prirent (43) Sardes y excepté la citadelle. 

XVI. Ardyv régna quarante-neuf ans y et eut 
pour successeur Sadyattes son fils, qui en régna 
douze. Alyattes succéda àSadyattes.Ilfitla guerre 
aux Mèdes et à (44) Cyaxares , petit-fils de Dé- 
jocès. Ce fut lui qui chassa les Cimmériens de 
TAsie. U prit la ville deSmyme, colonie de (45) 
Colophon. U entreprit aussi une expédition con* 
tre Claisoménes y quHl fut (46) contraint d'aban- 
donner , après avoir reçu un échec considérable* 
n fit encore durant son règne d'autres actions y 
dont je vais rapporter les phis mémorables. 

XVn. Son père lui ayant laissé laguerre contre 
les Milésiens y il la continua y et attaqua Milet de 
la manière que je vais dire. Lorsque la terre étoit 
couverte de grains et de firuits y il se mettoit en 
campagne. Son armée marchoit (47) au son du 
chalumeau y de la harpe et des flûtes (48) mascu- 
lines et féminines. Quand il étoit arrivé sur les 
terres des Milésiens, il défendoit d'abattre les 
métairies y d'y mettre le feu et d'en arracher les 

(a) Voyei ci-âcfsoa8| §. cm et sniv. liv. iv> S* ^'^ 



• . 



C L 1 a. LIVRE I. i5 

portes } il les laissoit subsister dans l'état où elles 
étoient ; mais il faisoit le dégât dans le pays, cou* 
poit les arbï'es y ravageoit les bleds ^ après quoi il 
s'en retoumoit sans assiéger la place ; entreprise 
qui lui eût été inutile^ les Milésiens étant maîtres 
de la mer. Quant aux maisons y Alyattes ne les 
faisoit pas abattre , afin que les Milésiens , ayant 
toujours où se loger y continuassent à ensemencer 
et à cultiver leurs terres, et qu'il eût de quoi piller 
et ravager lorsqu'il reviendroit dans leur pays. 

XVIU. Il leur fit de cette manière onze ans la 
guerre , pendant lesquels les Milésiens essuyèrent 
deux échecs considérables ; l'un , à la bataille 
qu'ils donnèrent dans leur pays y en un endroit 
appelé Liménéion j l'autre y dans la plaine du 
Méandre. Des onze années qu'elle dura , les six 
premières appartiennent au règne de Sadyattes, 
fils d'Ârdy s , qui , dans ce temps-là y régnoit en- 
core en Lydie. Ce fut lui qui l'alluma , et qui 
entra alors, à la tête d'une armée, dans le pays 
de Milet Alyattes poussa avec vigueur les cinq 
années suivantes la guerre que son père lui avoit 
laissée , comme on l'a rapporté un peu plus (à) 
haut. De tous les Ioniens , il n'y eut que ceux de 
Chios qui secoururent les habitans de Milet Us 
leur envoyèrent des troupes (b) , en reconnois- 
sauce des secours qu'ils en avoient reçus dans la 



(a) Au commencement do $. xvii. 

(b) Dans le grec : Pour Uw rtndrê la^wnillt. 



l4 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

guerre qu'ils ayoîent eu k ftoutenir contre les 
Erythréens (à). 

XIX* Enfin y la donsième année ^ l'armée 
d' Al jattes ayant rois le feu aux bleds (à)y\A flammé^ 
poussée par un rent violent y se communiqua au 
temple de Minerre surnommée (49) Assésiène , 
et le réduisit en cendres. On ne fit d'abord au* 
cune attention à cet accident ; mais Alyattes, de 
retour à Sardes ayec son armée, étant tombé ma-' 
lade, et sa maladie traînant en longueur, il eut(c) 
recours à l'Oracle de Delphes y soit qu'il eût pris 
cette résolution de lui-même y soit qu'elle lui eût 
été suggérée. Ses Envoyés étant arrivés à Del- 
phes y la Pythie leur dit qu'elle ne leur rendroit 
point de réponse qu'ils n'eussent relevé le temple 
de Minerre y qu'ils avoient brûlé à Assésos y dans 
le pays des Milésiens. 

XX. J'ai ouï dire aux habitans de Delphes que 
la chose s'étoit passée de la sorte. Mais les Milé- 
siens ajoutent que((QPériandre, fils de Cypsélus^ 
intime ami de Thrasybulei Tyran (e) de Milet y 
sur la nouvelle de l'Oracle rendu à Alyattes^ en- 
voya un courieràTlirasybule,afinqu'in8truit(5o) 

(a) Erytbresi ville loniène, çcyez ci-destouty J. cxui. 

(&) Hérodote ajoute : Il arriça qu^uru Ulle chose ufit. 

(c) Dans le grec : Il envoya h Delphes des Députés pour 
consulter le Dieu sur sa maladie. 

(c£) Voyee sur Périandre , lîv. m, §. xlviii et suîr. 

(e) Voyes 8ur la vraie signification de ce mot; liv. m , 
J. hf note io3* 



C L I O. LIVRE I. i3 

d'ayance de la réponse du Dieu , il prit des me- 
sures relatives aux conjonctures (5i). 

XXI. Alyattes n^eut pas plutôt reçu cetOracle, 
qu'il envoya un Héraut à Milet, pour conclure 
une tréye arec Thrasybule et les Milésiens^ jus- 
qu'à ce qu'on eût rebâti le temple. Pendant que 
le Héraut (Sa) étoit en'chemin pour se rendre à 
Milet , Thrasybule , bien informé de tout, et qui 
n'ignoroit point les desseins d'Âlyattes , s'avisa 
de cette ruse. Tout le bled qu'on put trouver à 
Milet 9 tant dans ses greniers que dans ceux des 
particuliers , il le fit apporter sur la place pu-^ 
blique. U commanda ensuite aux Milésiens de se 
livrer aux plaisirs de la table au signal qu'il leur 
donneroit. 

XXn. Thrasybule publia ces ordres , afin que 
le Héraut, voyant un si grand amas de bled, 
et que les habitans ne songeoient qu'à leurs plai- 
sirs, en rendît compte à Alyattes j ce qui ne man- 
qua pas d'arriver. Le Héraut , témoin de l'abon- 
dance qui régnoit à Milet, s'en retourna à Sardes 
aussi-tôt qu'il eut communiqué à Thrasybule les 
ordres qu'il avoit reçus du Roi de Lydie ; et ce 
fut là , comme je l'ai appris , la seule cause qui 
rétablit la paix entre ces deux Princes. Alyattes 
s'étoit persuadé que la disette étoit très-grande 
à Milet , et que le peuple étoit réduit à la der- 
nière extrémité. Il fut bien surpris , au retour 
du Héraut , d'apprendre le contraire. Quelque 
temps après ces deux Princes firent ensemble un 



i6 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
traité y dont les coiiditions furent qu'ils yiyroient 
comme amis et alliés. Au lieu d'un temple, Alyattes 
en fit bâtir deux à Minerve dans Assésos , et il 
recouvra la santé. C'est ainsi que les choses se 
passèrent dans la guerre qu'Alyattes fit à Thra« 
sybule et aux Milésiens. 

XXIII. Ce Périandre , qui donna avis à Thra^ 
sybule de la réponse de l'Oracle y étoit fils de 
Cypsélus ; il régnoit à Corinthe. Les habitans de 
cette ville racontent qu'il arriva de son temps une 
aventure très*merveilleuse y dont il fut témoin, 
et les Lesbiens (53) en conviennent aussL Ils 
disent qu'Arion de Méthymne, le plus habile 
joueur de (^4) cithare qui fût alors y et le pre« 
mier y que je sache y qui ait fait (55) et nommé 
le dith3rrambe , et l'ait exécuté (56) à Corinthe y 
fut porté sur le dos d'un dauphin jusqu'au pro^ 
montoire de Ténare. 

XXIV. Ils assurent qu'Arion ayant passé un 
temps considérable à la cour de Périandre y eut 
envie d'aller (a) en Sicile et en Italie. Ayant 
amassé dans ces pays de grands biens y il voulut 
retourner à Corinthe. Prêt & partir de Tarente, 
il loua un vaisseau corinthien y parce qu'il se 
fioit plus a ce peuple qu'à tout autre. Lorsqu'il 
fut sur le (57) vaisseau y les Corinthiens tramèrent 
sa perte 9 et résolurent de le jeter à la mer pour 
s'emparer de ses richesses. Arion s'étant apperçu 

^a) Dans le grec : De naviguer^ 

de 



C t I O. LIVRE I. 1-^- 

de leur ^Lessein , les leur offrit , les conjurant de 
lui laisser la yie. Mais bien loin d'être touchés 
de ses prières , ils lui ordonnèrent de se tuer 
lui-même s'il rouloit être enterré , ou de se jeter 
sur-Ie^champ dans la mer. Arion réduit à une 
si fâcheuse extrémité ^ les supplia ^ puisqu'ils 
ayoient résolu sa perte , de lui permettre de se 
revêtir de ses plus beaux habits et de chanter 
sur le tillac , et leur promit de se tuer après qu'il 
auroit chanté. Ils présumèrent qu'ils auroient du 
plaisir à entendre le plus habile musicien qui; 
existât , et dès-lors ils se retirèrent de la pouppe 
au milieu du yaisseau. Arion se para de ses plus 
riches habits, prit sa cithare, et monta sur le 
tillac , exécuta (58) l'air Orthien , et dès qu'il l'eut 
fini , il se jeta à la mer avec se9 habits et dans 
l'état où il se trouYoit. Pendant que le yaisseau 
partoit pour (a) Corinthe , un dauphin reçut y 
à ce qu'on (69) dit , Arion sur son dos , et le porta 
à Ténare , où ayant mis pied à terre , il s'en alla 
k Corinthe , vêtu comme il l'étoit > et 7 raconta 
son arenture. Périandre ne pouvant ajouter foi 
à son récit, le fit étroitement garder, et porta 
son attention sur les matelots. Ils ne furent pas 
plutôt arrivés , que les ayant envoyé chercher, 
il leur demanda s'ils pouvoient lui donner des 
nouvelles d' Arion, Ils lui répondirent qu'ila 



im 



(a) Voyes la note 5j , où }'ai expljqaô le mot greg 

Tome L C 



1^ HISTOIRE D^HÉR.0P0T)E. 

Pavoieut laissé en bonne santé à Tarente,^ en Ita^, 
lie 9 où k fortune lui étoit fayorabl^. Arion parut^ 
tout-à-coup derant eux , tel quHls Tavoient tu 
se précipiter à la mer. Déconcertés , conyaincus ^; 
ils n^osérent plua nier leur crime. Les Corin-^ 
thieos et les Lesbiens racontent cette histoire^ 
de la 6orte 9 et l'on roit à Téfiare une petite (60); 
statue de bronie , qui représente un homme sur; 
mn dauphin : c'est une offirande d' Arion. 
• XXV. Alyattes ^ Roi de Lydie, mourut long*, 
temps après avoir terminé la guerre de Milet^ 
U régfta cinquante - sept aaa. Il fut le second 
Prince de la (a) makon des Mermnades , qui en-* 
Toya des présens a Ddlpbes. C'étoit en action 
de grâce da recouTrement de sa santé. Ils cou- 
sôstoient en un grand cratère d'argent, et une 
aouconpe (61) dameaquinée, la plus précieuse de 
toutes les oflFrandes qui se roient à Delphes. C'est 
mn ouTrage de Glauotts de Clûos 9 qui seul a in- 
venté l'art de la damaaquiaure. 

XXVI. Alyattes étant snort, Crésus son fiU 
lui succéda a l'âge de trante-cinq aaifl. Ëphèse 
fut (63) la première TÎUe greeque <fUB ce Prince 
attaqua. Ses hahitans se voyant assiégés cooisa- 
crèrent leur ville a (65) Diane ^ en joignant (64) 
avec iHie corde lenrs murailles au temple de la 



•^« 



(a) Dans le grec : Di dite maison. Cela se rap{)orte à cW 
qui a été dit Ç.-TU «t xîv; pour nre rendi-e plus clair ^ 
)'ai cru devoir énoncer le nom de la maison. 



C L I Ô. LIVRÉ r. \f^ 

Déesse. Ce temple est éloigné de sept stades de 
la vieille Tille y dont Crésos fermoit dors le siège. 
Après aroir fait la giferre aux Ephésien», il la 
fit aux Ioniens et aux Eoliens y mais successive- 
ment ; einpïoyuit des raisons légitimes, quand il 
éa pouvoit trouver, ou èes prétextes frivoles 
Au défaut de raisons. 

XXYQ. liorsqu^il eut subjugué les Grecs de^ 
l'Asie , et qu^l les eut forcés à lui payer tribut^ 
il pensa i équiper une flotte pour attaquer les 
Grecs insulaires. Tout était près pour la cons^ 
truction des vaisseaux, lorsque Bias (6ô) do 
Priéne, ou, selon d'autres, Pîttacns^ (66) de Myti- 
lène, vint à Sardes. Oésos lui ayant demandé s'il 
y avoit en Grèce quelque chose de noilveau ,' 
sa réponse fit cesser les prépsEratifs. (c Prince, lui 
D dit-il , les Insulaires achètent une grande quan-> 
» tité de chevaux , dans le dessein de venir atta- 
D quer Sardes , et de vous faire la guerre i> . Orésus 
croyant qu'il disoit la vérité, repartit : « Puissent 
D les Dieux inspirer aux Insulaires le dessein de 
» venir attaquer les Lydiens avec de la cavalerie ! 
D II me semble. Seigneur , répliqua Bîas, que 
D vous desirez ardemment de les rencontrer à che-- 
)i val dans le continent , et vos espérances (67) 
H sont fondées ; mais depuis qu'ils ont appris que 
» vous faisiez équiper une flotte pour les atta- 
5^ quer, pensez-vous qu'ils sôuh^tent autre chose 
» que de surprendre les Lydiens (68) en mer', 
p et dé venger sur vous les* Grecs du continent 

C2 



90 HISTOIRE D'HÉRaDOTE. 
» que TOUS avez réduits en esclavage » ? Grésus ^ 
charmé de cette réponse y qui lui parut très-juste , 
fibandonna sou projet y et fit alliance aTec les 
Ioniens des Iles. 

XXVIIL Quelque temps après^ Crésus subju- 
gua (6g) presque toutes les Nations en-deçà du 
fleuye Halys, excepté les Giliciens et les Lyciens ; 
sayoir les (70) Phrygiens , les Mysiens y les Ma- 
riandyniens , les Chalybes ^ les Paphlagoniens ^ 
Jes (71) Thraces de FAsie , c'est-à-^dire, les Thy- 
niens et les Bithyniens y les Cariens y les Ioniens ^ 
les Doriens y les Eoliens et les Pamphyliens, 
. XXlX.Tantde conquêtes ajoutées au Royaume 
de Lydie y aroient rendu la ville de Sardes très- 
florissante. Tous les Sages (73) qui étoient alors 
en Grèce , s^y rendirent (76) chacun en son par- 
ticulier. On y vit entr'autres arriver Solon. Ce 
Philosophe ayant fait, à la prière des Athéniens 
^es compatriotes y un corps de loix , voyagea pen-^ 
dant dix ans. Il s'embarqua sous prétexte d'ex^* 
miner les moeurs et les usages des différentes na-* 
tions, mais en effet , pour n'être point contraint 
d'abroger quelqu'une des loix qu'il avoit(74)éta* 
blies. Car les Athéniens n'en avoient pas le pour 
voir, s'étant engagés, par des sermons solemnels, 
à observer pendant dix ans les réglemens qu'i^ 
leur donneroit. 

XXX. Solou étant donc sorti d'Athènes pai^ 
.ce motif, et pour s'instruire des coutumes des 
peuples étrangers , alla d'abord en Egypte , à la 



C L I O. L I V E E t. fit 

Cotir d'Amasis ^ et de -là à Sardes ^ à celle de (7 5) 
Crésus ^ qui le reçut avec distinction y et lo 
logea dans son palais. Trois ou quatre jours 
fiprès son arrivée, il fut (a) conduit, par ordre 
du Prince, dans les trésors, dont on lui mon-^ 
tra toutes les richesses* Quand Solon les eut 
yues et (76) suffisamment considérées, le Roi, 
lui parla en ces termes : <£ Le bruit de votre sa-^ 
)> gesse et de y os voyages est venu jusqu'à nous^ 
» et je n'ignore point qu'en parcourant tant de^ 
» pays , vous n'avez eu d'autre but que de vous 
v instruire de leurs loix et de leurs usages , et de 
D perfectionner vos connoissances. Je désire sa^ 
)) voir quel est l'homme le plus heureux que vous 
9 ayez vu >>« Il lui faisoit cette question , parce 
qu'il se croyoit lui-même le plus heureux de tous 
les hommes. C'est Tellus d'Athènes , lui dit Solon ^ 
aans le flatter et sans lui déguiser la vérité. Crésus 
étonné de cette réponse : « Sur quoi donc , lui de^ 
» mapda-t-il avec (77) vivacité , estimez- vous 
» Tellus si heureux ? Parce qu'il a vécu dans une 
» ville florissante , reprit Solon , qu'il a eu des 
]> enfans beaux et vertueux ; que chacun d'eux }ui 
» a donné des petits-fils , qui tous lui ont sur-» 

(a) Uiptîiy^f indique qu'on le conduisit de cdté et d'au- 
tre pour lui montrer ce qu'il y avoit de curieux, de rare. 
ïliptnymnf chez les Grecs est souvent ce que les Italiens 
appellent Ciarone. Nous en trouverons un exemple dans^ 
Hérodote. Voyiz la note de M. Hemsterhuis sur Lucien , 
Dialog. Mortnor. xx^ pag. 4 1:1. 



àû HISTOIRE D'HÉRODOtï. 
» vécu ; et (a) qu^enfin, après avoir jam d'une (7 8) 
f> fortune considérable , relatiteBient i celles de 
» notre paya, il a terminé «es jo«rs d^ine manière 
:t> écfotante. Car dans mn combat des Athéniens 
D contre leurs voisins à Eleusis, i( secourut les 
h premiers y mit en fuite les ennemis , et mourut 
p glorieusement. IjCS Athéniens Itd érigèrent un 
D monument atn frais du public , dans l^endroit 
> m ê m e où il étoit tombé mort , et lui rendirent 
yy de grands honneurs ». 

' XXXI. Tout ce que Solon venoit de dire sur 
la fefieîté de Tellus excita Crésus à lui demander 
quel étoit cehiî qu'il estiraoit après cet Athénien 
le plus Iteurenx des hommes y ne doutant point 
que ta seconde place ne lui appcurttnt. «c Cléobi» 
» et Biton , répondit Soton : ils étoient Argiens , 
» et jouissoient d'un bien honnête : ils étoient 
)» outre cela si forts y qu^k avoient tons deux 
» également remporté des prix aux jenx publies. 
y> On raconte d'eux aussi le trait suivant : Les 
)) Argiens célébroient une fête en llienneur de 
)) Junon. I! falloit absolument que leur mère (79) 
V se rendît an temple sur un char , traîné par une 
)) couple de bœufs. Comme le temps de la céré^ 
)) monîe pressoit, et qu'il ne permettoit pas (80) 
)) à ces jeunes gens d'aller chercher leurs bœufs , 
)) qui n'étoient point encore revenus des champs, 

^ 

(^à) i\ Y a, dans le grec : Parce qm d'un côti* ...et que- 
d'un autre, rovlo /E4èr. ... rovlo /è. 



G L I Œ • LIVRE I. ' 25 

P' ils 6e mirent eux-mêmes sous le )oug , et tirant 
>> le char sur lequel leur «aère ^toit montée^ ils 
» le ccmduisire&t ainsi quarante-cinq stades, jusr 
» qu'au temple de la Déesse. A|irès cette adtion , 
» dont toute l'assemblée fut témoin , ils termine^ 
>) rent leurs jours de la manière la plus heareuscp 
» ejt la Divinité fit Toigr^ par cet éménementi qu'i} 
» est plqs avantageux à l'homme da mounr quj9 
>) de viTTc. Les Ai^giens assemblés autour 4e «ces 
» deux jeunes gens, louoient leur/Si) bon natu- 
2) rel y et les Argiànes fëlieitoieut la Prêtresse 
» d'ayoir de tels enfaos. dellerci comblée 4e joie^ 
S) et de l'action «t des louauiges qu'on lui dounoit^ 
» debout aux pieds de la statoe, pria la Déesse 
)) d'accorder à ses 4eux fils , Gléobis et Biton , le 
y> plus grand bonheur jque put obtenir uu mjor-r 
)> tel. Cette prière finie, après le sacrifice .et le 
y> festin ordinaire dans ces sortes de fêtes^ les deux 
2) jeunes gens s'étant endormis dans le temple 
» même y tve se réV'Cillèreut plus , et termiuè-* 
)) rent ainsi leur yie. jLies Ar^ieas les regardant 
)> comme deux personnages distiugués ^ firent 
j> faire leurs (Ba) «tatues^ .et les .en¥oyèrent aqi 
» temple de Delphes (B3) ». 

XXXII. Solon accordoit par ce discours le 
second rang à Cléobis et Biton. a Athénien, réj 
p pliqua Crésus en colère , faites *yous donc si 
')Kpeu de cas de ma félicité, que vous me jugiez 
» indigne d'être comparé avec des hommes pri- 
» vés ? Seigneur , reprit Solon, vous me demc^n- 



24 HISTOIRE O'HÉaODOTC. 

» dez ce qae je pense de la yie humaine. Ai -je 

s» donc pu TOUS répondre autrement? moi qui sais 

)) que la Divinité est jalouse du (84) bonheur des 

D humains, et qu'elle se plait à le troubler. Car dans 

D une longue carrière on yoit et l'on souffi*e bien 

» des (85) choses fâcheuses. Je donne à un homme 

9 (a) soixante-dix ans pour le plus long terme de sa 

V yie. Ces soixante-dix ans font yingt^cinq mille 

» deux cents jours, en omettant les mois intercalai-» 

D res. Mais si (86) chaque sixième année on ajoute 

D un mois, afin que les saisons se retrouvent pré* 

H cisément au temps où elles doivent arriver , 

D dans les soixante-dix ans vous aurez douze mois 

% intercalaires moins la troisième (b) partie d'un 

K) mois , qui feront trois cent cinquante jours y 

» lesquels ajoutés à vingt-cinq mille deux cents , 

D donneront vingt-cinq mille cinq cent cinquante 

» jours. Or, de ces vingt-cinq mille cinq centciu'» 

x> quante jours, <}ui font soixante-dix ans , vous 

» n^en trouverez pas un qui amène un événement 

D absolument semblable. Il faut donc convenir , 

D Seigneur , que l'homme est sujet ( 87 ) à mille 

h accidens. Vous (c) avez certainement des ri-. 

y) chesses considérables , et vous régnez sur un 

D peuple nombreux ; mais je ne puis répondre 



%^ 



(a) Dies annoram nostforam in ijpsis feptaagiuta annît 
Psaim. 8g y ir^ #0, 
(h) Dix joars. 
{c) Voyez la fia de la note 87* 



• 



e L I O. L I V K E I. 25 

^ à Totre question , que je ne sache si vous avez 
» fini vos jours dans la prospérité ; car l'homme 
|) comblé de richesses^ n'est pas plus heureux que 
y> celui qui n'a que le simple nécessaire , à moin» 
}) que la fortune ne l'accompagne, et que jouis- 
» saut de toutes sortes de biens y il ne termine 
» heureusement sa carrière. Rien de plus com*» 
» mun que le malheur dans l'opulence , et le bon- 
)) heur dans la médiocrité. Un homme puissam- 
)) ment riche y mais malheureux y n'a que deux 
D avantages sur celui qui n'a que du bonheur ; 
» mais celui-ci en a un grand nombre sur le riche 
» malheureux. L'homme riche est plus en état de 
)) contenter ses désirs, et de supporter de grandes 
» pertes; mais si l'autre ne peut soutenir degran- 
V des pertes y ni satisfaire fies désirs , son bon<* 
» heur le met à couvert des uns et des autres , et 
» en cela il l'emporte sur le riche. D'ailleurs il a 
D l'usage de tous «es membres , il jouit d'une 
)) bonne santé, il n'éprouve aucun malheur, il 
7> est (88) beau et heureux en enfans. Si à tous ces 
}) avantages vous ajoutez celui d'une belle mort y 
n c'est cet homme^là que vous cherchez ; c'est lui 
))qui mérite d'être appelé (8g) heureux. Mais 
)) avant sa (go) mort, suspendez votre jugement, 
>>ne lui donnez point ce nqm^ dites seulement 
^) qu'il est fortuné. 

D l\ est impossible qu^un hpmme réijinisse tous 
)) ces avantages, de même qu'il n'y a point d^ 
)) pays qui se suffise et qui renferme tous leis biens; 
7'ome /• 



/ 



26 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
)) car d un pays en a quelques-uns y il est pri^ 
» de quelques autres ; le meilleur est celui qui en 
» a le plus, n en est ainsi de l'homme. U n'y en a 
» pas un qui se suffise à lui-même : s'il possède 
D quelques avantages, d'autres lui manquent. Ce* 
» lui qui en réunit un plus grand nombre y qui 
» les conserve jusqu'à la fin de ses jours , et sort 
» ensuite tranquillement de cette vie; celui-là, 
» Seigneur, mérite, à mon avis, d'être appelé 
» heureux. Il faut considérer la fin de toutes cho- 
» ses , et voir quelle en sera l'issue. Car il arrive 
)) que Dieu, après avoir fait entrevoir la félicité 
D à quelques hommes , la détruit souvent radi- 
D calement ))• 

XXXUI. Ainsi parla Solon. Il n'avoit rien dit 
•d'agréable à Crésus , et ne lui avoit pas témoi- 
'gné la moindre estime j aussi fut-il renvoyé de 
ja Cour. Il est probable qu'on traita de gros*-* 
sier (gi) un homme qui , sans égards aux biens 
présens , vouloit qu'en tout on envisageât la fin. 

XXXIV. Après le départ de Solon , la ven- 
geance des Dieux éclata d'une manière terrible 
sur Crésus , en punition , comme on peut le con- 
jecturer, de ce qu'il s'estimoitleplus heureux de 
tous les hommes. Un songe qu'il eut aussi - tôt 

après, lui annonça (a) les malheurs dont un de 

^■^— ^■^— ^ii*^-^— — ^^■^— ^^»^^»^^— ^^i— — ■ ■ — ^— — — . 

(a) Dans le grec : Lui montra la mérité des maux qui 
dévoient arriver à son fils. Il ne parle ainsi, que parce que 
l'incoramodité de Paatre le faisoit eu quelque sorte re- 
•garder comme nul. 



• € L 1 O. LIVRE I, ûj 

8ea fils étoit menacé. II en avoit deux ; l'un a£Bigé 
d'une disgrâce naturelle ; il étoit (93) muet: Fau* 
tre surpassôit en tout les jeunes gens de son âge f 
il se nommoit Atys» Cest donc cet Atys que le 
9onge indiqua à Crésus y comme derant périr 
d'une arme de fen Le Roi réfléchit à son réveil 
sur ce songe : tremblant pour son fils , il lui choi- 
sit une épouse , et l'éloigné des armées , à la tête 
desquelles il ayoit contome de l'enyoyer. Il fit 
aussi ôter les dards , les piques et toutes sortes 
d'armes offensives (a) des a|)partemens des hom-^ 
mes où elles étoient suspendues y et les fit (6) por* 
ter dans des magasins, de peur qu'il n'en tom« 
bât quelqu'une sur son fib. 

XXXV. Pendant que Crésus étoit occupé des 
noces de ce jeune prince , arrive à Sardes un 
malheureux dont les mains étoient impures : cet 
homme étoit Phrygien , et issu du sang royal. 
Arrivé au palais , il pria Crésus de le purifier 
suivant les loix du pays. Ce prince le purifia. Les 
expiations (93) chez les Lydiens , ressemblent 
beaucoup à celles qui sont usitées en Grèce. Après 
la cérémonie, Crésus voulut savoir d'où il venoit, 
et qui il étoit. a Etranger, lui dit -il, qui êtes- 
)) vous ? De quel canton de Phrygie êtes-vous 
» venu à ma Cour comme ( 94 ) suppliant 7 Quel 
)) homme , quelle femme avez -vous tué ? Sei-- 

^— i^i—^——^— ^1^—1.^—^1^— —^——1——^^— ————^i»— M^^^ ■ 

- (a) Dans le grec : Dont les hommisfont usage à la guerre, 
Çb) Dans k grec ; Entasser, 

D 2 



S8 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
)) gneur, je suis fils de (g5) Gordius , et petit-»^ 
» fils de Midas : je m'appelle Adraste : j'ai tué 
i> mon frère sans le yooloir. Chassé par mon 
D père, et dépouillé de tout , je suis venu cher-* 
h cher ici un asyle. Vous sortes , reprit Crésus , 
ï) d'une maison que j'aime. Vous êtes chez des 
» amis; rien ne tous manquera dans mon palais^ 
D tant que vous jugerez à propos d'y rester, Sup* 
D portez (a) votre malheur avec patience y c'est 
7> le moyen de l'adoucir. Adraste demeura donc 
D à la Cour (b) de Crésus ». 

XXXVI. Dans ce même temps il parut eu 
Mysie un sanglier d'une grosseur énorme , qui , 
descendant du mont Olympe, faisoit un grand 
dégât dans les campagnes. Les M ysiens l'avoient 
attaqué à diverses reprises; mais ils ne lui avoient 
fait aucun mal, et il leur en avoit fait beaucoup. 
Enfin ils s'adressèreût à Crésus : (( Seigneur , lui 
» dirent leurs députés , il a paru sur nos terres 
)» un effroyable sanglier , qui ravage nos (g6) 
» campagnes ; malgré nos efforts nous n'avons 
» pu nous en défaire. Nous vous supplions donc 
}> d'envoyer avec nous le Prince votre fils , a la 
» tête d'une troupe de jeunes gens choisis , et 

(a) Dans le grec: 'En supportarU irès' légèrement ce mal" 
heur, vous ferez un gain considérable» 

(b") Dans le grec : Vécut dans le Palais de Crésus. Si ou 
Ut iK Kpoic^H , comme on trouve dans le manuscrit B. de la 
Bibliotbèqae du Roi, cela signifiera qu* Adraste tiroit 5«& 
subsistance dç Crésns , ce qui revient an même. 



C L l O. L I V R B I. «9 

)l Votre meute 9 afin d^en purger le pays », Crésua 
se rappelant le songe qu'il ay<nt eu, leur répon-* 
dit : (( Ne me parles pas davantage de mou fils , 
» je ne puis Tenvoyer avec vous. Nouvellement 
^ marié , il n'est maintenant occupé que (97) de 
V ses amours i mais je vous donnerai mon équi-^ 
)> page de chasse , avec l'élite de la jeunesse Ly-< 
)t diène , à qui je recommanderai de s'employer 
» avec ardeur pour vous délivrer decesanglier))« 
XXXVH. Les Mysiens (98) furent très-con-» 
tens de cette réponse ; mais Atys, qui avoit en^ 
tendu leur demande et le refus qu'avoit fait Crésua 
de l'envoyer avec eux , entra sur ces entrefaites ^ 
et s'adressant à ce Prince : (( Mon père y lui dit-» 
tt il y les actions les plus nobles et les plus géné-< 
)) reuses m'étoient autrefois permises, je pouvois 
)) m'illustrer à la guerre et à la chasse ; mais voua 
» m'éloignea^ aujourd'hui de l'une et de l'autre , 
D quoique vous n'ayez remarqué en moi ni lâ- 
» cheté ni foiblesse. Quand j'irai à la place pu- 
» blique, ou que j'en reviendrai , de quel (99) œil 
» me verra-t-on ? Quelle opinion auront de moi 
» nos citoyens? Quelle idée en aura la jeune Prin- 
» cesse que je viens d'épouser ? A quel homme 
» se croira-t-elle unie ? Permettea-moi donc , 
I) Seigneur , d'aller à cette chasse avec les My-« 
ix 9iens j ou , tâchez (a) de me convaincre de la 

(a) Dans le grec : Ou pirsuade:^moi par ços discours, que 
ces choses faites ainsi, sont mieux. 



3o HISTOIRE D'HÉRODOT"E. 

» solidité des raisons qoi tous ont déterminé à' 

h en agir de la sorte. 

XXXYin. » Mon fils y reprit Crésns, si je 
D TOUS empêche d'aller à cette chasse, ce n'est- 
» pas que j'aie remarqué dans votre conduite la 
D moindre lâcheté , ou quelqu'autre chose qui 
B m'ait déplu ) mais un (a) songe m'a fait con* 
i> noitre que tous aviez peu de temps à vivre , et 
D que vous dévies -périr d'une arme de fer. C'est 
y> uniquement à cause de ce songe que je me suis 
)» pressé de vous marier ; c'est pour cela que je 
» ne vous envoie pas à cette (loo) expédition , et 
^ que je prends toutes sortes de précautions pour 
D vous dérober ) du moins pendant ma vie , au 
» malheur qui vous menace. Je n'ai que vous 
» d'enfant, car mon autre fils, disgraciéde la(ioi) 
» nature, n'existe plus pour moi. '^ 

XXXIX. » Mon père, répliqua le jeune Prince, 
)> après un pareil songe , le soin avec lequel vous 
» me gardes est bien excusable: mais il me semble 
» que vous ne saisissez pas le sens de cette vision ; 
» puisque vous vous y êtes trompé , je dois vous 
» l'expUquer. Ce songe, dites-vous, vous a fait 
» connoître que je devois périr d'une arme de fer, 
» Mais un sanglier a-t-il des mains ? Est-il armé 
)» de ce fer aigu que vous craignez 7 Si votre songe 
» vous eût fippris que je dusse mourir d'une dé- 



mam^ 



. (a) Dans le grec : Une çision quifai eue en songe, pen* 
tlant mon sommeil. 



' C VI O. L i Y R E U 5ï 

j» fense de sanglier y ou de qiielqu'autre manière 
» semblable , on approuyeroit (a) vos préoau<« 
j) lions ; mais il n'est question que d'une pointe 
D de fer. Puis donc que ce ne sont pas des hom« 
» mes que j'ai à combattre^ laissee-moi partir* 

XL, » Mon fik, répond Crésus {b)y votre in^ 
» terprétation est plus juste que la mienne. Je 
3) cède à Tos raisons y ma défense est révoquée , la 
» chasse que vos desirez vous est permise. 

XLL » En même temps il mande le Phrygiem 
» Adraste y et lui dit : Vous étiez sous les (lo») 
3) coups du malheur y Adraste ( me préserve le 
D ciel de vous le reprocher ) , je vous ai purifié, je 
D vous ai reçu dans mon palais y où je pourvois i 
)> tous vos besoins : prévenu par mes bienfaits y 
)) vous me devez quelque retour. Mon fils part 
y> pour la chasse ; je vous confie la garde de sa 
î) personne-: préservez-le des brigands qui pour- 
» roientvous attaquer sur la route. D'ailleurs (io3) 
» il vous importe de rechercher les occasions de 
» vous signaler: vos pères vous l'ont enseigné ^ 
j» la vigueur de votre âge vous le permet 

XLII. » Seigneur, répondit Adraste, sans un 
)) pareil motif je n'irois point à ce combat. Au 
» comble du malheur , me mêler à des hommes 



(a) Dans le grec : Il ifousfandroU faire ce que ifousfaiteu 

(b) Dans le grec : Vous V emportez sur moi , en déçflop* 
pani le sens de mon songe y et puis donc que vous m'avet 
vaincu ; je change de sentiment. 



53 HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
)) de mon âge et plus heureux , je n'en ai pas le (a) 
» droit ; je n'en ai pas la volonté : sourent je m'ei|« 
D suis abstenu. Mais yous le desirez : il faut youi 
h obliger y il faut reconnoitre tos bienfaits : je 
» suis prêt à obéir. Soyez sûr que Totre fils, confié 
D i ma garde ^ reviendra sain et sauf, autant qu'il 
I» dépendra de son gardi^i d« 

XLni. Le Prince Atys et lui partirent aprea 
cette réponse avec une troupe de jeunes gens 
d'élite et la meute du Roi. Arrivés au mont 
Olympç y on cherche le sanglier, on le trouve ^ 
on l'environne , on lance sur lui des traits. Alors 
cet étranger , cet Adraste , purifié d'un meurtre, 
lance un javelot, manque le sanglier, et frappe 
le fils (io4) de Crésus. Ainsi le jeune Prince fut 
percé d'un fer aigu } ainsi fut accompli le 
$onge(io4^) du Roi. Aussi-tpt un courier dé^ 
péché à Sardes , apprit au Roi la nouvelle du corn- 
bat , et le sort de son fils, 

XLiy, Crésus, troublé de sa mort, la ressentit 
d'autant plus vivement qu'il avoit lui-même pu-» 
rifié d'un homicide celui qui en étoit l'auteur^ 
S'abandonnant à toute sa douleur, il invoquoit 
Jupiter Expiateur , le prenoit à témoin du mal 
que lui avoit fait cet étranger j il l'invoquoit en- 
core comme protecteur de (io5) l'hospitalité et 
de l'amitié } comme protecteur de l'hospitalité ^ 
parce qu'en donnant à cet étranger une retraite 

(a) Dans le grec : dla rCiêt pas jusêt^ 

dans 



C L I O. LIVRE I. 5;î 

dans son palais^ il y avoit (a) reçu sans le savoir 
le meurtrier de son fils ; comme Dieu de Famitié, 
parce qu'ayant chargé Adraste de la garde de son 
fils y il ayoit trouvé en lui son plus cruel ennemi. 
XLV. Quelque temps après les Lydiens arri- 
vèrent avec le corps d'Atys , suivi du meurtrier. 
Adraste debout devant le cadavre , les mains 
étendues vers Crésus , le conjure de l'immoler sur 
son fils , la vie lui étant devenue odieuse^ depuis 
qu'à son premier crime il en a ajouté un second 9 
en tuant celui qui (106) l'avoiL purifié. Quoi- 
qu'accablé de douleur, Crésus ne put entendre le 
discours de cet étranger, sans être ému de com- 
passion. <( Adraste, lui dit-il, en vous condam* 
)) nant (107) vous-même à la mort, vous satisfaites 
» pleinement ma vengeance. Vous ( 1 08) n^êtes pas 
» l'auteur de ce meurtre , puisqu'il est involon- 
» taire 5 je n'en accuse que celui des Dieux qui me 
)) l'a prédit ». Crésus rendit les derniers devoirs 
à son fils, et ordonna qu'on lui fît des funérailles 
convenables à (10g) son rang. La cérémonie 
achevée, et le silence régnant autour du monu- 
ment, cet (6) Adraste , qui avoit été le meurtrier 
de son propre frère, le (110) meurtrier de celui 
qui l'avoit purifié, sentant qu'il étoit le plus mal- 
heureux de tous les hommes , se tua sur le tom- 
beau d'Atys. 

(a) Dans le grec : U avoit nourri. 

{b) Dans le grec ; Mais Adraste, fils di Gordlus,pefU'fils 
de Midas, 

Tome I. E 



54 Histoire d'Hérodote. 

XL VI. Crésus pleura deux ans la mort de son 
fils. Mais l'empire d'Astyages , fils de Cyaxares , 
détruit par Cyrus, fils de Cambyses, et celui des 
Perses, qui prenoit de jour en jour de nouveaux 
accroissemens , lui firent mettre un terme à sa 
douleur. Il ne pensa plus qu'aux moyens de répri* 
mer cette puissance, avant qu'elle devint plus for- 
midable. Tout occupé de cette pensée , il résolut 
sur-le-champ d'éprouver les oracles de la Grèce et 
l'oracle de la Libye. Il envoya des députés en 
divers endroits, les ( 1 1 1 ) uns à Delphes, les au- 
tres à Abes en Phocide , les autres .à Dodone , 
quelques-uns à l'oracle d'Amphiaraiis, à l'Antre 
de Trophonius, et aux Branchides dans la Mile- 
sie : voilà les oracles de Grèce que Crésus fit con- 
sulter. Il en dépécha aussi en Libye au temple 
de Jupiter Ammon. Ce prince n'envoya ces Dé- 
putés que pour éprouver ces Oracles j et au cas 
qu'ils rendissent des réponses conformes à la vé- 
rité , il se proposoit de les consulter une seconde 
fois , pour savoir s'il devoit faire la guerre aux 
Perses. 

XLVII. Il donna ordre aux Députés qu'il en- 
voyoit pour sonder les Oracles, de les consulter le 
centième (na) jour , à compter de leur départ 
de Sardes, de leur demander ce que Crésus , fils 
d'Alyatles, roi de Lydie, faisoit ce jour -là , et de 
lui rapporter par écrit la réponse de chaque Ora- 
cle. On ne connoit que la réponse de l'oracle de 
Delphes , et l'on ignore quelle fut celle des 



I 

11 



C L I O. LIVRE I. /),'> 

autres Oracles. Aussi-tôt que les Lydiens furent 

entrés dans le temple de Delphes pour consulter j| 

le Dieu , et qu'ils eurent interrogé la Pythie sur 
ce qui leur avoit été prescrit , elle leur répon- 
dit (à) ainsi : <( Je connois le nombre des grains 
» de sable, et les bornes de la mer j je comprends 
y> le langage du muet ; j'entends la yoix de 
» celui (il 3) qui ne parle point. Mes (ii4) sens 
)> sont frappés de l'odeur d'une tortue qu'on fait 
» cuire avec de la chair d'agneau dans une chau- 
» dière d'airain , dont le couvercle est aussi 
)) d'airain ». 

XL VIII. Les Lydiens ayant mis par écrit cette 
réponse de la Pythie, partirent de Delphes, et 
revinrent à Sardes. Quand les autres députés, 
envoyés en divers pays , furent aussi de retour 
avec les réponses des Oracles, Crésus les ouvrit, 
et les examina chacune en particulier. Il y en eut 
sans doute qu'il n'approuva point; mais dès qu'il 
eut (b) entendu celle de l'Oracle de Delphes , il 
la reconnut pour vraie, et (ii5) Fadora, per- 
suadé que cet Oracle étoit le seul véritable , 
comme étant le seul qui eût découvert ce qu'il 
faisoit. En effet, après le départ des Députés qui 
alloient consulter les Oracles au jour convenu , 
voici ce dont il s'étoit avisé. Il avoit imaginé la 
chose la plus impossible à deviner et à coniioître. 
Ayant lui- même coupé par morceaux une tortue 

—^ ■ _ - _ ■■ Ll 

(a) Le grec ajoute : en vers hexamètres, 
{b) Il se les faisoit sans doute lire. 

E 2 



56 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
et un agneau, il les ayoitfait cuire ensemble dans 
un vase d'airain, dontlecouyercle étoit de même 
métaL Telle fut la réponse de Delphes. 

XLIX. Quant à celle que reçurent les Ly- 
diens dans le temple d'Amphiaraiis , après les 
cérémonies et les sacrifices prescrits par les 
loix^ je n'en puis rien dire. On sait unique- 
ment que Crésus reconnut aussi la véracité de 
cet Oracle. 

L. Ce Prince tâcha ensuite de se rendre pro- 
pice le Dieu de Delphes par de somptueux sacri« 
fices, dans lesquels on immola trois mille victimes 
de toutes les (116) espèces d'animaux qu'il est 
permis d'oflFrir aux Dieux. Il fit ensuite brûler 
sur un grand bûcher des lits dorés et argentés , 
des vases d'or , des robes de pourpre et autres 
vétemens , s'imaginant par cette profusion , se 
rendre le Dieu plus favorable. Il enjoignit aussi 
aux Lydiens d'immoler au Dieu toutes les victi- 
mes que chacun auroit en sa puissance. Ayant 
fait fondre^ après ce sacrifice , une prodigieuse 
quantité d'or , il en fit faire cent dix-sept demi- 
plinthes y dont les plus longues (117) avoient six 
palmes, et les plus petites trois sur une d'épais- 
seur. Il y en avoit quatre (1 1 8) d'or fin , du poids 

(119) d'un talent et demi ; les autres étoient d'un 
or pâle, et pesoient deuxtalens.il fit faire aussi un 

(1 20) lion d'or fin , du poids de dix talens. On le 
plaça sur ces demi-plinthes; mais il tomba lorsque 
le temple de Delphes fut brûlé. Il est maintenant 



C L I O. L 1 V R E I. S7 

dans le (lai) trésor des Corinthiens, et il ne pèsie 
plus que six talens et demi y parce que dans 
l'incendie du temple il s'en fondit trois talens 
et demi. 

LI. Ces ouvrages acherés , Crésus les envoya 
à Delphes ; avec beaucoup d'autres présens, deux 
(a) cratères extrêmement grands , l'un d'or et 
l'autre d'argent. Le premier étoit à droite en en- 
trant dans le temple, et le second à gauche. On 
les transporta aussi ailleurs lors de l'incendie du 
temple. Le cratère d'or est aujourd'hui dans le 
trésor des Clazoméniens : il pèse huit talens et 
demi, et douze mines. Celui d'argent est dans 
l'angle du vestibule du temple : il tient six 
cents amphores. Les Delphiens y mêlent l'eau 
avec le vin aux fêtes (122) appelées Théopha- 
nies. Ils disent que c'est un ouvrage de Théodore 
(1 23) de Samos, et je le crois d'autant plus vo- 
lontiers , que cette pièce me paroit d'un travail 
exquis. Le même Prince y envoya aussi quatre 
muids d'argent , qui sont dans le trésor des Co- 
rinthiens, deux bassins (i24) pour l'eau lustrale, 
dont l'un est d'or et l'autre d'argent. Sur celui 
d'or est gravé le nom des Lacédémoniens, et ils 
prétendent avoir fait cette offrande, mais à tort ; 
il est certain que c'est aussi un présent de Crésus. 
Un habitant de Delphes y a mis cette inscription 

(o) Cratère ) sorte de grand va^e qui ne servoit point 
à boire, mais seulement à mêler l'eau avec I0 vin. 



38 HISTOIRE D*HÈRODOTE. 
pour flatter les Lacédémoniens. J'en tairai ( 135} 
le nom y quoique je le sache fort bien. Il est yrai 
qu'ils ont donné l'enfant y à travers la main du- 
quel l'eau coule et se répand; mais ils n'ont fait 
présent ni de l'un ni de l'autre de ces deux bas- 
sins. A ces dons Crésus en ajouta plusieurs autres 
de moindre prix, par exemple , des ( ia6) plats 
d'argent de forme ronde y et une statue d'or de 
trois coudées de haut y représentant une femme» 
Les Delphiens disent que c'est celle de sa (137) 
Pannetiére. Il y fit aussi porter les colliers et les 
ceintures de la reine sa femme : tels sont les pré^ 
sens qu^îl fit à Delphes. 

LII. Quant à Amphiaraiis, sur ce qu'il apprit 
de son mérite et de ses malheurs y il lui consacra 
un bouclier d'or massif , avec une pique d'or mas- 
sif , c'est-à-dire, dont la hampe étoit d'or, ainsi 
que (1 38) le fer. De mon temps on voyoit encore 
l'un et l'autre à Thèbes, dans le temple d'Apol- 
lon (139) Isménien. 

LUI. Les Lydiens , chargés de porter ces pré- 
sens aux Oracles de Delphes et d'Amphiaraib , 
avoient ordre de leur demander si Crésus devoit 
faire la guerre aux Perses, et joindre à son armée 
des troupes auxiliaires. A leur arrivée, les Ly- 
diens présentèrent les offrandes, et consultèrent 
les Oracles en ces termes : a Crésus , roi des Ly- 
» dîens et autres Nations, persuadé que vous êtes 
» les seuls véritables Oracles qu'il y ait dans le 
)) monde, vous envoie ces présens, qu'il croit 



C L I O. LIVRE 1. S9 

» dignes de votre (a) habileté. Maintenant il vous 
)) demande sHl doit marcher contre les Perses, 
)> et s'il doit joindre à son armée des troupes 
» auxiliaires (b) » . Les deux Oracles s'accordèrent 
dans leurs réponses. Ils prédirent l'un et l'autre 
à ce Prince, que s'il entreprenoit la guerre contre 
les Perses , il (i3o) détruiroit un grand Empire , 
et lui conseillèrent de rechercher l'amitié des 
Etats de la Grèce, qu'il auroit reconnus pour les 
plus puissans. 

LI V. Crésus , charmé de ces réponses , et con- 
cevant l'espoir de renverser l'Empire de Cyrus , 
envoya de nouveau des Députés à (i3i) Pytho, 
pour distribuer à chacun des habitans ( il en sa- 
voit le nombre ) deux (c) statères d'or par tête. 
Les Delphiens accordèrent, par reconnoissance , 
a Crésus et aux Lydiens , la prérogative de con- 
sulter (i3i*) les premiers l'Oracle , l'immu- 
nité (iSa), la préséance, et le privilège perpétuel 
de devenir Citoyens de Delphes quand ils le de- 
sireroîent. 

LV. Crésus ayant envoyé ces présens aux 
Delphiens , interrogea le Dieu pour la troisième 
fois j car depuis qu'il en eut reconnu la véracité, 

(a) Le Dicn avoit découvert et expliqué ce gne faisoit 
Crésas. Voyêz ci-dessas , §. xlviii. 

(6) Il y a dans le grec après cela : Ce furent là Us demandes 
des Députés. 

(c) Quarante-six livres seize soas de notre monnoie. 



4o HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
il ne (a) cessa plus d*y avoir recours. 11 lui de- 
manda donc si sa Monarchie seroit de longue 
durée ; la Pythie lui répondit en ces termes : 
a Quand un Mulet sera Roi des Médes, fuis alors , 
» Lydien efféminé, sur les bords de l'Hermus : 
» garde-toi de résister , et ne rougis point de ta 
D lâcheté ». 

LVI. Cîette réponse fit encore plus de plaisir à 
Crésus que toutes les autres. Persuadé qu'on ne 
verroiljamais sur le trône des Mèdesun mulet(6), 
il conclut que ni lui ni ses descendans ne se- 
roient jamais privés de la Puissance souveraine. 
Ce Prince ayant recherché avec soin quels étoient 
les Peuples les plus puissans de la Grèce , dans 
le dessein de s^en faire des amis ; il trouva que les 
Lacédémoniens et les Athéniens tenoient le pre- 
mier rang y les uns p^rmi les Doriens , les autres 
p^rmi les IQuien^.Ce$ Nations, autrefois, étoient 
en cnjflfet les plus distinguées, Tuné étant(i52^) Pé- 
lasgique , et l'autre Hellénique. La première (i55) 
n'est jamais sortie de son pays, et l'autre a sou- 
vent changé de demeure. Les Hellènes habitoi en t 
en effiBt la Phthîotide sous 1^ règne de Deucalion , 
et sQus celui de Dorus, fils d'Hellen, le pays 
appelé Histiœotide , au pied des monts Ossa et 
Olympe. Chassa de l'Histiaeotide par les Cad- 
méens, ils allèrent s^établir (i33^) à Pinde, et 



(a) Dans le grec : Il s*ên rassasia. 

((0 f^e grec ajoute : jiu lieu d*un homm$. 

furent 



C L I O. LIVRE 1. 4l 

furent appelés Macédnes. De-là ils passèrent dans 
la Dryopide, et de la Dryopide dans le Pélopon- 
nèse , où ils ont été appelés Dorions* 

LVn. Quelle langue parloient alors les Pé- 
lasges y c'est un article sur lequel je ne puis rien 
a£Eirmer. S'il est permis de fonder des conjectures 
sur quelques restes de ces Pélasges , qui existent 
encore aujourd'hui àCrestone Ci34), au-dessus des 
Tyrrhéniens,et qui jadis, yoisinsdesDoriens d'au- 
jourd'hui, habitoient (a) la terre appelée main* 
tenant Thessaliotide ; si a ces Pélasges on ajoute 
ceux (i 55) qui ont fondé Placie et Scylacé (jb) 
sur l'Hellespont et qui ont demeuré autrefois 
avec (i36) les Athéniens, et les habitans d'autres 
villes Pélasgiques dont le nom s'est changé : il 
résulte de ces conjectures , si l'on peut s'en au- 
toriser, quelesPélasges parloient une langue (i37) 
barbare. Or , si tel étoit l'idiome de toute la nation, 
il s'ensuit que les Athéniens , Pélasges d'ori- 
gine , oublièrent leur langue en devenant Hel- 
lènes, et qu'ils apprirent celle de ce dernier peuple; 
car le langage des (i38) Crestoniates et des (139) 
Placiens , qui est le même , n'a rien de commun 
avec celui d'aucuns de leurs voisins : preuve évi- 
dente que ces deux peuplades de Pélasges con- 
servent encore de nos jours l'idiome qu'elles 

(a) Voyez mon Easai sur la Chronologie , chap. vin, 

5. IV. 

(&) Placie et Scylacé sont snr la Propont ide ; mais voyes 
notre Table Géographique, article Hjsllespont. 
Tome I. f 



4i HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

portèrent dans ces pays en venant s'y établir. 

LVin.Qnant i la Nation lieUénîqne, depuis 
son origine^eUe a toujours parié la némeiangue ; 
du iBoîiis œla me parok ainsi. Foîi>le , séparée 
des Pélasges ^«t toat-a-feiit petite dans son oom-- 
meoceinent , eile est devome aussi considérable 
que plusieurs antres Nations , primâpalement 
depais qu'an grand nombre de Peuples barbares 
se sont incorporés arec die; et c'est indépeadam- 
ment (i4o) des autres raisons, ce qui , à mon avis, 
a empêché l'agrandissement des Péiasges, qui 
étoient Barbares* 

LIX. Crésus apprit que les Athéniens , l'un 
de ces Peuples partagés en diverses (i4i) fac- 
tions, éioieat sous le joug dePisistrate,fils d'Hip- 
pocrates , alors Tyran d'Athènes. Hippocrates 
étoit (a) un simple particulier 4 il lui arriva aux 
jenx olympiques un prodi^ mémorable. Il avoit 
offert un sacrifice j les chaudières, prés de l'autel, 
remplies des victimes et d'eau , bouillireut et dé- 
bordèrent sans feu« Gfailon de Lacédémone , qui 
par hasard étoit présent , témoin de ce prodige , 
conseilla a Hippocrates de ne point preudre de 
femme féconde , ou s'il en avoit une , de la ré^ 
pudier ; et s'il lui étoit né un fils, de ne le point 



(a) C£At-à dire qu'il n'occapoit alors anrnnp pla^e dans 
r£tat. Il iioit de Uuaîstance U plasdtslia^cey etdcsccn- 
doit de Pelée , ainsi qae Nestor. Codras , qui régna à 
Athènes^ étoit de la même Maison. Voyiz Hérodot. liv. v^ 

S- LXV. 



C L I O. LIVRE I. 45 

reconnoftre* Hippocrates. ne voulut point défé- 
rer aux conseil» de Cliilon. Quelque tempe après 
naqiiit le PisistnÉe dost nous parions, qui , 
dans la querelle eotre les ParalieDs (léi"^) ou 
habitaue de la côte maritiniie, commandée par 
Mégaciès^ fils d'AlcmaMO , et les babitans dei la 
plaine y ayant à leur tête Lycurgue , file d'Aris* 
tolàïdes y pour se frayer une route (a) à la Tyran- 
nie y suscita un troisième parti, U oasem lAa dono 
ce parti y sous jMnétexte de déiendre les (i4j) Hy* 
péracriena:Taicilarusequ^jlimagina^'étant(i43) 
blessé lui et ses mulets y il poussa son cbar vers 
la place publique y iromme s'il se fut échappé des 
mains de ses ennemis^ qui aroient touIu le tuer 
lorsqu'il aUoit à la campagne, fi conjura les Athé- 
niens de lui acecnrder une garde : il leur rappela 
la gloire dont il s'étoit oouTert à la tête de 
leur armée (i44) contre les Mégariens , la prise 
de (i45)Nisée^ et leur cita plusieurs autres traits 
de valeur. Le peuple troaipé lui donna pour 
garde (i46) un certain nombre (fe citoyens choi- 
sis j qui le SQÎToient^ armée de bâtons^ au lieu 
de piques» Pisiatrate les fit sonleTcr ^ et s^empara, 
par leur moyiea (léj) ^ de la citadelle. Dès ce mo- 
ment il fut maître d'Athènes^ mais sans troubler 
l'exercice des Magistratures^ sans altérer lesloix^ 
il mit le bon ordre dans la ville y et la gouverna 
sagement (i 48) suivant ses usages. Peu de temps 



(a) Dans le grec : /ffectant la Tyrannie, 

F 2 



44 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

après, les Factions réunies de Mégaclès et de 
Lycurgue chassèrent l'Usurpateur. 

LX. Ce fut ainsi que Pisistrate , pour la pre- 
mière fois , se rendit maître d^ Athènes, et qu'il 
fut dépouillé de la Tyrannie, qui n^avoit pas 
encore eu le temps de jeter de profondes racines. 
Ceux qui l'avoient chassé renouyellèrent bientôt 
après leurs anciennes querelles. Mégaclès, assailli 
de toutes parts par la Faction contraire , fit pro- 
poser par un Héraut, à Pisistrate, de le rétablir 
s'il vouloit épouser (149) sa fille. Pisistrate ac- 
cepta hc^ offires, et s'étant engagé à remplir cette 
condition , il imagina , de concert arec Mégaclès , 
pour son rétablissement , un moyen d'autant plus 
ridicule à mon avis , que dès la plus haute anti- 
quité les Hellènes ont été distingués des Barbares , 
comme plus adroits et plus (a) ingénieux , et que 
les auteurs de cette trame avoient affaire aux 
Athéniens, peuple qui a la réputation d'être le 
plus spirituel de la Grèce. 

Il y avoit à Pseania, bourgade de FAttique, 
une certaine femme nommée (i5o) Phya, qui 
ayoit (6) quatre coudées de haut moins trois 
doigts , et d'ailleurs d'une grande beauté. Ils ar- 
mèrent cette femme de pied en cap , et l'ayant 

(â) Dans le grec : El plus éloignés de la sotte honhomig. 

(b) C'est-à-dire cinq pieds près de deax pouces, suivant 
l'évaluation de M. d' Anville , dans son traité des Mesures 
itinéraires. 



C L I O. LIVRE I. 45 ' 

fcdt monter sur un char y parée de tout ce qui 
pou voit relever sa beauté y ils lui firent prendre 
le chemin d'Athènes. Ils étoient précédés de Hé- 
rauts qui , à leur arrivée dans la ville y se mirent 
à crier suivant les ordres qu'ils avoient reçus : 
<c Athéniens y recevez favorablement Pisistrate ; 
D Minerve qui l'honore plus que tous les autres 
» hommes, le ramène elle-même dans sa cita* 
» délie » . Les Hérauts alloient ainsi de côté et 
d'autre, répétant la même injonction. Aussi-tôt 
le bruit se répand que Minerve ramenoit Pisis- 
trate. Les bourgades en çont imbues : la ville ne 
doute pas que cette fenune ne soit la Déesse. On 
lui adresse des vœux, on reçoit le Tyran (i5i) 
de sa main. 

LXI. Pisistrate ayant ainsi recouvré la Puis- 
sance souveraine , épousa la fille de Mégaclès , 
suivant l'accord fait entr'eux. Mais, comme il 
avoit des fils déjà grands, et que les Alcmœ- 
nides passoient pour être sous (i5a) l'anathême, 
ne voulant point avoir d'enfans de sa nouvelle 
femme , il n'avoit avec elle qu'un commerce 
' contre nature. La jeune femme tint dans le^ 
commencemens cet outrage secret ; mais dans la 
suite elle le révéla de son propre mouvement à 
sa mère, ou sur les questions que celle-ci lui fit. 
Sa mère en fit part à Mégaclès son mari, qui, 
indigné de l'afiront que lui faisoit son gendre , 
se réconcilia dans sa colère avec la Faction 
opposée. 



46 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Pmstrate , iafonié de ce qui se tramoit contre 
lui, abandonna PAltiqve^ et ae retira à (iâ3) 
Erétne^ o4 û tint comeil arec tes fils. Hippias 
lui coBsdUa de recmnrrer la Tyrannie. Son 
a via (i54) préralut. Des Ttilea^ auxquelles les 
FiMiraiides ayoîent (i5â) reoda auporayant 
quelque aerrice ^ leur firent des préae» ; ils les 
accotèrent ti lea reeve^xcent. Plusiears don* 
nèrent dea sammea coosidéraUes ; mais ksTbé-* 
baina se dialingiièrent par leur libéralité. Qud- 
que tempa après , pour le dire en peu de mots , 
tout se trouva prêt pour leur retour. Il leur vint 
du Pélopaamaèse des troupes Argiènea^ qu'ils 
prirent à leur sotde, et un Nazien , nommé (i56) 
Lygdamis , redoubla leur ardeur par on secoura 
Yoknitaire de troapea et d'argent. 

LXIL Ils partirent doœ d'Ërétrxe, et reyin- 
rent dana l'Attique au commencement de la 
onaième (157) année. D'abord ils s'emparèrent 
de Marathon^ et ayant aasû leur camp dans cet 
endroit y ceux de leur peorti ê^j rendirent en foule ^ 
les unsr d'Athènes, les autres des bovrgadei yoi- 
sinesy tous préférant la Tyrannie a la Liberté (a). 

Les babitans de la yiBe ne firent aucune atten- 
tion à Pisistrate^ tant qu'il fut occupé à kyer de 
l'argent^ et même après qu'il se fut rendu maître 
de Marathon. Mais sur la. nouyelle qu'il s'ayan- 
çoit de Marathon droit à Athènes, ils allèrent 

' M 

(a) Le grec ajoute : Ils se rassemblèrent donc. 



CLIC. L 1 V a £ I. 47 

arec tontes leurs forces k sa rencontre. Cependant 
Pittstrate et loi ^ds étaat partb de Marathon y 
tous réunis en un »éme corfêy approdioient 
de la Tille. Ils arrivèrent prés du tempie de Mi« 
neire (a) Pallén^e^ et ce fut en face ée ce 
temple qu^ik assirent leor camp. Là un Devin d^A* 
chames (i58) ^nomméAmpiiiljrte, inspiré (i 59) 
par les Dieux y vint ae présenter à Piûstrate (b). 
(( Lie filet estjeté) lui dit-il , les rets sont tendus: 
Xi la nnit, au clair de la lune, les tbons s'y jette- 
» ront en fioule D • 

LXIIL Ainsi paria le Devins inqfnré par le 
Dieu. Pisisirate saisit le sens de TOracle , Pac* 
cepta^ et fit incontinent marcher son armée. 
Les (160) citoyens d^Âthènes avoient déjà pris 
leur repas y et se livroient , les uns au jeu dedés^ 
les autres au sommetL Pisistrate, tombant sur 
eux avec ses troupes , les mit (161) en déroute. 
Pendant la fuite ^ il s'avisa d^un moyen très-sage 
pour les tenir dispersés, et les empêcher de se 
rallier. Il fit montera cheval (16a) ses fils, et leur 
ordonna de prendre les devants. Ils atteignirent 
les fuyards, et les exhortèrent, de la part de Pi- 
sistrate, a prendre courage, et i retourner cha* 
cun cbeE soi. 



(a) Cette Minerve étoit ainsi nommée , parce qu'elle 
AToit an Temple dans le Bonrg ^e Fallène. 

(b) Dans le grec : Lequel ^ abordmit , hU dii ceé Oracle em 
ifers hexamètres. 



48 HISTOIRE D^HÉRODOTE. 

LXIV. Les Athéniens obéirent , et Pisis- 
trate (i63) s'étant ainsi rendu maître d'Athènes 
pour la troisième fois, affermit sa Tyrannie par 
le moyen de ses troupes auxiliaires, et des grandes 
sommes d'argent qu'il tiroit en partie (i64) de. 
l'Attique , et en partie du fleuve Strymon. Il l'af- 
fermit encore par sa conduite avec les Athéniens 
qui ayoient tenu ferme (i65) dans la dernière ac- 
tion , et qui n'ayoient pas sur-le-champ pris la 
fuite : il s'assura de leurs (166) enfans , qu'il en- 
voya à Naxos ; car il avoit conquis cette ile, et en 
avoit donné le gouvernement à Lygdamis. Il l'a^ 
fermit enfin en purifiant (167) l'île de Délos, sui- 
vant l'ordre des Oracles. Voici comment (168) se 
fit cette purification. De tous les lieux d'où l'on 
voyoit le temple , il fit exhumer (169) les cada«- 
vres , et les fit transporter dans un autre canton 
de l'ile. Pisistrate eut d'autant moins de peine à 
établir sa Tyrannie sur les Athéniens, que les 
uns avoient été tués dans le combat , et que les 
autres avoient abandonné leur patrie, et s'étoient 
sauvés avec Mégaclès (170). 

LX V. Tels étoient les embarras où Crésus apr 
prit que se trouvoient alors les Athéniens. Quant 
aux Lacédémoniens , on lui dit qu'après avoir 
éprouvé des pertes considérables, ils prenoient 
enfin le dessus dans la guerre contre les Tégéates. 
En effet, sous le règne de Léon et (171) d'Aga- 
siclès,les Lacédémoniens, vainqueurs dans leurs 
autres guerres , avoient échoué contre les seuls 

Tégéates. 



C L I O. L I V R E I. 4r) 

Tégéates. Long-temps auparavant^ ils étoient les 
plus mal policés de presque tous les Grecs y et 
n'avoient aucun commerce ayec les étrangers, ni 
même entr^eux j mais dans la suite ils passèrent 
de la manière que je yais dire, à une meilleure 
législation. Lycurgue (173) jouissoit à Sparte 
de la plus haute estime. Arrivé à Delphes pour 
consulter TOracle , à peine fut-il entré dans le * 
temple, qu'il entendit ces mots de la Pythie: 
a Te voilà dans mon temple (a) célèbre , ami de 
y> Jupiter et des habitans de l'Olympe , mon Oracle 
7> incertain balance s'il te déclarera un Dieu ou 
» un homme ; je te crois plutôt un Dieu d. Quel- 
ques-uns ajoutent (lyS) que la Pythie lui dicta 
aussi les loix qui s'observent maintenant à Sparte. 
Mais , comme les Lacédémoniens en conviennent 
eux-mêmes , ce fut Lycurgue qui apporta ces > 
loix de Crète lorsqu'il fut tuteur de son (6) ne- 
veu (174) Charillus , Roi de Sparte. En effet, à 
peine eut-il la tutèle de ce jeune Prince, qu'il ré- 
fbrmalesloix anciennes, et prit des mesures (176) 
contre la transgression des nouvelles. Il régla en- 
suite ce qui concemoit la guerre : les (177) Eno-' 
moties, les Triacades et les (c) Syssities. Outre cela, 
il institua les (17 8) Ephores et les (1 7g) Sénateurs. 



(a) Dans le grec : Dans mon temple gras , épithète ordi- 
naire aux temples où Ton immole beaucoup de victimes. 

(6) Il y a dans le grec : Sous U règne d# (1 75) Léoboias , 
son netiêUy Roi de Sparu. Voyei la note» 

(c) Les repas communs. 
Tome /• G 



5o HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

LXVI. Ce fut ainsi que les Lacédémoniens 
substituèrent des loix sages à leurs anciennes cou- 
tumes. Ilséle vèrent a ce législateur un temple ( 1 80) 
après sa mort , et lui rendent encore aujourd'hui 
de grands honneurs. Comme ils habitoient un 
pays fertile et très-peuplé y leur république no 
tarda pas & s'accroître et a deyenir florissante. 
Mais ennuyés du repos ^ et se croyant (181) su- 
périeurs aux Arcadiens^ ils consultèrent l'Oracle 
de Delphes y sur la conquête de l'Arcadie. La 
Pythie répondit : (( Tu me demandes l'Arcadie ; 
)> ta demande est excessirc^je la refuse :l'Ârcadie 
» a des guerriers nourris de (181^) gland, qui 
» repousseront ton attaque : je ne te porte pas 
» cependant enrie : je te donne Tégée pour y 
» danser, et ses belles plaines pour les mesurer 
» au cordeau » . 

Sur cette réponse , les Lacédémoniens renon- 
cèrent au reste de l'Arcadie, et munis de chaînes , 
ils marchèrent contre les Tégéates , qu'ils regar- 
doient déjà comme leurs esclayes, sur la foi d'un 
oracle équiroque ; mais ayant eu (i8a) du des- 
sous dans la bataille , tous ceux qui tombèrent 
Tifs entre les mains de l'ennemi, furent (à) char- 
gés des chaînes qu'ils aroient apportées, et tra- 
vaillant en cet état aux terres des Tégéates , ils 
les mesurèrent au cordeau. Ces chaînes subsis- 



(a) Il y a dans le grec : Funnt mis aux aps ; et plus bas, 
ces ceps. 



C L t O. LIVRE I. ôï 

tent encore à présent ( 1 83 ) à Tégée ; elles 
sont appendues autour du temple de Minenre 
Aléa (i 84). 

LXVII. Les Lacédémoniens avoient été con- 
tinuellement malheui^eux dans leur première 
guerre contre les Tégéates j mais du temps de 
Crésus, et eoxxs le règne d'Anaxandrides et 
d'Ariston ^ à Sparte , ils acquirent de la supé^ 
riorité, par les moyens que je rais dire. Comme 
ils ayoient toujours eu du dessous contre les Té- 
géates y ils envoyèrent demander à l'Oracle de 
Delphes, quel Dieu ils deroient se rendre propice 
pour avoir l'avantage sur leurs ennemis, La Py- 
thie leur répondit qu'ils en triompheroient s'ils 
emportoient chez eux les ossemens d'Qrestes, fils 
d'Agamemnon. Comme ils ne pouvoient décou- 
vrir son monument , ils envoyèrent de nouveau 
demander à l'Oracle en quel endroit reposoit ce 
Héros. Voici la réponse de la Pythie : « Dans les 
)) plaines de l'Arcadie, est une ville ( on la nomme 
» Tcgée ). La puissante nécessité y fait souffler 
» deux vents. L'on y voit le (i85) type et l'anti- 
» type, le mal sur le mal. C'est-là que le sein fé- 
» cond de la terre enferme le fils d'Agamemnon. 
» Si tu fais apporter ses ossemens à Sparte, tu se- 
» ras vainqueur de Tégée ». 

Sur cette réponse les Lacédémoniens se li- 
vrèrent avec encore plus d'ardeur aux recherches 
les plus exactes , furetant de tous côtés , jusqu'à 
ce qu'enfin (186) Lichas , un des Spartiates, ap- 

G 2 



5t HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

pelés (187) Agathoerges, en fit la découverte. Les 
Agathoerges sont toujours les plus anciens Che« 
valiers i qui on a donné leur congé. Tous les ans 
on le donne à cinq , et Tannée de leur sortie ils 
vont par- tout où les envoie la République ^ sans 
s'arrêter autre part. 

LX VIII. De cet ordre étoit Lichas , qui fit à 
Tégéela découverte du tombeau d'Orestes, autant 
par hasard que par son habileté. Le conunerce 
étant alors rétabli avec les Tégéates , il entra 
chez (188) un Forgeron où il regarda battre le 
fer. Comme cela lui causoit de l'admiration , le 
Forgeron , qui s'en apperçut y interrompt son 
travail et lui dit : « Lacédémonien , vous auriez 
D été bien plus étonné , si vous aviez vu la même 
» merveille que moi y vous pour qui le travail 
D d'une forge est un sujet de surprise ! Creusant 
y^ un puits dans cette cour^ je trouvai un cercueil 
)» de sept coudées de long. Comme je ne pouvois 
y> me persuader qu'il eût jamais existédeshommes 
h plus grands que ceux d'aujourd'hui, je l'ouvris. 
)) Le corps (189) que j'y trouvai égaloit la lon- 
» gueur du cercueil. Je l'ai mesuré , puis recou- 
)) vert de terre )> . Lichas faisant réflexion sur ce 
récit du Forgeron, qui lui racontoit ce qu'il 
avoit vu y se douta que ce devoit être le corps 
d'Oreste^ , indiqué par l'Oracle. Ses conjecture$ 
lui montrèrent dans les deux soufflets les 
deux vents j dans le marteau et Tenclume, le 



C L 1 O. L I V R E I. 65 

type (a) et l'antitype j et le fer battu sur l^enclume , 
le mal ajouté sur le mal , parce qpe le fer n'ayoit 
été découvert , suiyaut lui y que pour le malheur 
des hommes. 

L^esprit occupé de ces conjectures y Lichas re- 
Tient à Sparte y et raconte son aventure à ses 
compatriotes. On lui intente une accusation si- 
mulée y il est banni. Lichas retourne à Tégée y 
conte sa disgrâce au Forgeron y et fait ses ef<* 
forts (i go) pour l'engager à lui louer sa cour. 
Le Forgeron refuse d'abord ; mais s'étant ensuite 
laissé persuader, Lichas s'y loge y ouvre le (igi) 
tombeau, et en tire les ossemens d'Orestes, qu'il 
porte à Sparte. Les Lacédémoniens acquirent de- 
puis ce temps une grande supériorité dans les 
combats y toutes les fois qu'ils s'essayèrent contre 
les Tégéates. D'ailleurs la plus grande partie du 
Péloponnèse leur étoit déjà soumise. 

LXIX. Crésus,informé de l'état (i) florissant des 
Lacédémoniens, envoya des ambassadeurs (igs) 
à Sparte avec des présens , pour les prier de s'al-* 
lier avec lui. Lorsqu'ils furent arrivés , ils par-^ 
lèrent en ces termes qui leur avoient été pres- 
crits : c( Crésus , Roi des Lydiens et de plusieurs 
» autres Nations , nous a envoyés ici , et vous dit 

)) par notre bouche : ô Lacédémoniens , le Dieu 

■ ^ ■ ■ ' ■ 

(a) TôvQÇ, typg, Tenant àeTv ^ret ,virbêro, exprime assez 
bien le marteau y dans le langage énîgmatiqae de la Pythie, 
et antiiypê Tenclume , parce qu'elle repousse le coup. 

{U) Dans le grec : D# toutes ces choses. 



54 HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
i> de Delphes m'ayant ordonné de contracter 
» amitié ( i gS) ayec les Grecs , je m'adresse à vous , 
D conformément à i^Oracle, parce que j'apprends 
» que TOUS êtes les premiers peuples de la Grèce^ 
» et je désire yotre amitié et votre alliance sans 
D fraude ni tromperie »• Tel fîit le discours des 
Ambassadeurs. Les Laoédémoniens , qui ayoient 
aussi entendu la réponse faite à Crésus par l'O- 
racle y se réjouirent de l'arrivée des Lydiens , et 
firent avec eux un Traité d'amitié et d'alliance 
défensive et o£fensive. Ils avoient reçu auparavant 
quelques bienfaits de Crésus ; car les Lacédémo*- 
niens ayant envoyé à Sardes pour (a) y acheter 
de l'or 9 dans l'intention de l'employer (ig4) à 
cette statue d'Apollon , qu'on voit aujourd'hui 
au mont Thomax en Laconie , Crésus leur avoit 
fait présent de cet or. 

LXX. Tant de générosité, et la préférence 
qu'il leur donnoit sur tous les Grecs , les dé-^ 
terminèrent à cette alliance. D'un côté, ils se 
tinrent prêts à lui donner du secours au premier 
avis ; d'un ^ autre , ils lui firent faire un cratère 
de bronxe , pour reconnottre les dons qu'ils en 
avoient reçus. Ce cratère tenoit trois cents am- 
phores ; il étoit orné extérieurement, et jusqu'au 
bord , d'un grand nombre d'animaux en relief. 
Mais il ne parvint point à Sardes , (6) pour l'une 

(a) Voyec sur la force de Timparfait , la note 190. 
(6) Dans le grec : Pour des raisons dites de deux manières, 
fl que voici. 



C L I O. LIVRE I. 55 

de ces deux raisons. Les Lacédémoniens assurent 
qu'il fut enlevé sur les côtes (a) de Samos y par 
des Samiens^ qui^ ayant eu connoissance de 
leur voyage , les attaquèrent avec des vaisseaux 
de guerre. Mais les Samiens soutiennent >}ue les 
Lacédémoniens y chargés de ce cratère y n'ayant 
point fait assez de diligence, furent informés 
en route de la prise de Crésus et de celle de 
Sardes , et qu'ils le vendirent a Samos à des parti* 
culiers, qui en firent nne (igô) offrande aa 
Temple de Junon. Peut-être aussi ceux qui l'a* 
voient vendu , dirent-ils y à leur retour à Sparte y 
que les Samiens le leur avoient enlevé (6). 

LXXI. Crésus n'ayant pas saisi le sens de 
l'Oracle y se disposoit à marcher en Cappadoce, 
dans l'espérance de renverser la puissance do 
Cyrus et des Perses. Tandis qu'il faisoit les pré- 
paratifs nécessaires pour cette expédition y un 
Lydien y nommé Sandanis y qui s'étoit déjà ac«* 
quis la réputation d'homme sage, et qui se 
rendit encore plus célèbre parmi les Lydiens, 
par le conseil qu'il donna à Crésus , parla ainsi 
à ce Prince : a Seigneur, vous vous disposez i 
D faire la guerre à des peuples qui ne sont vé- 
)> tus (ig6) que de peaux, qui se nourrissent^ 
)> non de ce qu'ils voudroient avoir, mais de 
— ■ - • ■ ■ ■ __^_^^_i I 

(a) Voyez livre ni , §. xlvii. 

(^) Le grec a)oate : Voilà comme Us chosa se sont passées 
nu sujet du cratère» 



56 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
» ce qu'ils ont , parce que leur pays est rude et 
» stérile : à des peuples qui ^ faute de yin y ne 
» s'abreuvent (197) que d'eau, qui ne connoissent 
i> ni (1 98) les figues, ni aucun autre fruit agréable. 
D Vainqueur, qu'enleyeres - tous a des gens qui 
D n'ont rien ? Vaincu , considères que de biens 
» TOUS allez perdre ! S'ils goûtent une fois les 
D douceurs de notre pays , ils ne voudront plus 
» y renoncer ; nul moyen pour nous de les chas* 
D ser. Quant à moi , je rends grâces aux Dieux 
» de ce qu'ils n'inspirent pus aux Perses le des- 
D sein d'attaquer les Lydiens » • Sandanis ne per- 
suada pas Crésus. Il (a) disait pourtant vrai : les 
Perses , avant la conquête de la Lydie , ne con- 
noissoient ni le luxe , ni même les commodités 
de la vie. 

LXXII. Les Grecs donnent aux Cappadociens 
le nom de (b) Syriens. Avant la domination des 
Perses, ces Syriens étoient sujets des Mèdes} mais 
alors ils étoient sous l'obéissance de Cyrus. Car 
l'Halys séparoit (199) les Etats des Mèdes de ceux 
des Lydiens. L^Halys coule d'une {o) montagne 
d'Arménie , traverse la Cilicie ; de-rlà continuant 
son cours, il a les Matianiens à droite, et lesPhryv 
giens à gauche. Après avoir passé entre ces deux 
peuples, il coule ( soo) vers le nord, renfermant 

(a) Cela n'est pas dans le grec^ je l'ai ajoaté, afin de lies 
davantage les idées. 

(b) Ijcb Leuco-Syrieos ou Syriens blancs. 

(c) Le Taarus. 

d'un 



C L I a. LIVRE !• 5f 

d^un c6té les Syriens-Cappadociens » et à gaucho 
les Paphlagoniens. Ainsi le fleuve Halys sépare 
presque toute l'Asie mineure de la haute Asie ^ 
depuis la mer , qui est vis-à-vis File de Cypre , 
jusqu'au Pont-Euxin. Ce pays entier forme ua 
détroit qui n'a que cinq journées (aoi ) de che-* 
min , pour un bon marcheur. 

LXXIII. Crésus partit donc avec son armée 
pour la Cappadoce y afin d'ajouter ce pays à se^ 
Etats y animé sur-tout et par sa confiance en l'Ot 
racle, et par le désir de venger Astyages son beau* 
frère. Astyages, fils de Cyaxares, Roi des Mèdes^ 
avoit été vaincu et fait prisonnier par Cyrus, fils 
de Cambyses. Voici comment il étoit devenu beau* 
frère de Crésus. Une sédition avoit obligé une 
troupe de Scythes Nomades à se retirer secrète- 
ment sur les terres de Médie. Cyaxares , fils de 
Phraortes et petit -fils de Déjocès , qui régnoit 
alors sur les Mèdes, les reçut d'abord avec huma* 
nité y comme supplians y et même il conçut tant 
d'estime pour eux, qu'il leur confia des enfanspour 
leur apprendre la langue Scythe, et à tirer (ùoa) 
de l'arc. Au bout de quelque temps les Scythes y 
accoutumés à chasser et à rapporter tous les jours 
du gibier, revinrent une fois saas avoir rien pris. 
Revenus ainsi les mains vides , Cyaxares , qui 
étoit d'un (aoS) caractère violent , comme il le 
montra, les traita de la manière la plus dure* Les 
Scythes indignés d'un pareil traitement, qu'ils ne 
croyoipnt pas avoir mérité , résolurent entr'eux 

Tome J. H 



58 HISTOIRE D'HÉHODOYE. 
de couper par morceaux un des enfans dont on 
leur ay oit confié l'éducation y de le préparer de 
la manière qu'ils ayoient coutume d'apprêter le 
gibier, de le servir à Cyaxares, commeleur chasse, 
et de se retirer aussi-tôt à Sardes auprès d'A- 
lyattes, fils de Sadyattes. Ce projet fut exécutée 
Cyaxares et ses convives mangèrent de ce qu'on 
leur avoit servi; et les Scythes, après celte ven- 
geance , se retirèrent auprès d'Alyattes , dont 
ils (a) implorèrent la protection. 

LXXIV. Cyaxares les redemanda. Sur son 
refus, la guerre s'alluma entre ces deux princes. 
Pendant cinq années qu'elle dura , les Mèdes et 
les Lydiens eurent alternativement de fréquens 
avantages , et la sixième (2o3^) , il y eut une es- 
pèce de combat nocturne : car après une fortune 
égale de part et d'autre, s'étant livré bataille, le 
jour se changea toutà coup (2o4) en nuit , pendant 
que les deux armées en étoient aux mains. Thaïes 
deMilet avoit prédit aux Ioniens ce changement, 
et il en avoit fixé le temps en l'année où il s'opéra. 
Les Lydiens et les Mèdes, voyant que la nuit avoit 
pris la place du jour, cessèrent le combat, et n'en 
furent que plus empressés à faire la paix. Syen* 
nésis (2o5), Roi de Cilicie, etLabynète, Roi de 
Babylone, en furent les médiateurs ; ils hâtèrent 
le Traité, et l'assurèrent par un mariage. Persua- 
dés que les Traités ne peuvent avoir de solidité 

I I ■ ■ ■-■ ,m 

. {a) Dans le grec : Divinnnt les iuppUans d^jilyattis. 



C L I O. LIVRE I. 69 

•ans un puissant lien y ils engagèrent Alyattes à 
donner sa fille Aryénis à Astyages ^ fils de Cyaxar^ 
res. Ces Nations observent dans leurs Traités les 
mêmes cérémonies que les Grecs; mais ils se font 
encore <le lègues (ao6) incisions aux bras , et lè«- 
chent ( 5207 ) réciproquement le sang qui en dé*^ 
coule. 

LXXV. Cyrus tenoit donc prisonnier Astyages, 
son aïeul maternel , qu'il ayoit détrôné pour les 
raisons que j'exposerai dans la suite de (a) cette 
histoire. Crésus irrité à ce sujet contre Cyrus , 
àyoit envoyé consulter les Oracles , pour savoir 
s'il devoit faire la guerre aux Perses. H lui étoit 
Venu de celui de Delphes une réponse ambiguë, 
qu'il crôyoit favorable, et là-dessus, il s'étoit dé- 
terminé à entrer sur les terres des Perses. Quand 
il fut arrivé sur les bords de l'Halys , il le fit , à 
ce que je crois, passer à son armée sur les ponts 
qu'on y voit à présent j mais s'il faut en croire la 
plupart des Grecs , Thaïes de (208) Milet lui en 
ouvrit le passage. Crésus , disent-ils, étant embar 
rassé pour faire traverser l'Halys à son armée, 
parce que les ponts qui sont (b) maintenant sur 
cette rivière, n'existoient point encore en ce 
temps-là , Thaïes , qui étoit alors au camp , fit 
passer (209) à la droite de l'arma le fleuve, qui 
o6uloit à la gauche. Voici de quelle manière il s'y 

(a) Voyez ci-dessous, §. cxxi etsaiv. 
' (b) Voyee M. Wytlenbach in Selectis principum Hîtf- 
toricorum , pag. 35o. 

H a 



fx> HI8T01RI D'HERODOTE, 
prit II fit (910) crenfiCTy en conuBençant ao^let- 
SQS da campy un canal profond en fonne de crois** 
aanty afin qne Farmée pût Faroir à dos, dans la 
position où elle étoit. Le fleuTe ayant été détourné 
de Tancien canal dans le nourean , longea dere* 
chef Farmée, et rentra au-dessous de son ancien 
lit II ne fut pas plutôt (911) partagé en deux brasy 
qu'il derint également guéable dans Fun et dans 
l'autre. Qudqnes-nns disent même que Fanciea 
canal (ut mis entièrement à sec ; mais je ne puis 
approuTcr ce sentiment Comment en effet Cré- 
sus et les Lydiens auroient*ils pu traverser lo 
fleuve à leur retour? 

LXXVI. Après le passage de lllalys y Crésus 
avec son armée arriva dans la partie de la Cap* 
padoce, appelée la Ptérie. La Ptérie, le plus fort 
canton de ce pays, est près de Sinope , ville près* 
que située sur le Pont- Euxin. Il assit son camp 
en cet endroit , et ravagea les t^res des (a) Sy- 
riens, n prit la ville des Ptériens, dont il réduisit 
les habitans en esclavage. U s'empara aussi de 
toutes les Bourgades voisines , en chassa les Sy- 
riens, et les transporta ailleurs, quoiqu'ils ne lui 
eussent donné aucun sujet de plainte. Cependant 
(913) Cyrus assembla son armée , prit avec lui 
tout ce qu'il put trouver d'hommes sur sa route, 
et vint à sa rencontre. Mais avant que de mettre 



(a) Les Leaco-Syrient^lca Caf^dodens. Voytz $. ucxii 
cllir. T, 5. XI.IZ. 



" <5 L I O. L 1 V a E I. 6t 

ses troupes en campagne, il envoya des Héraut^ 
aux Ioniens , pour les engager à se révolter con*-* 
Jre Crésus. N^ayant pu les persuader , il se mit en 
marche 9 et vint camper à la vue de Tennemi. Les 
deux armées s'essayèrent mutuellement dans I4 
Ftérie, par de violentes escarmouches. On ei^ 
vint ensuite à une action générale, qui fut vive, 
et où il périt beaucoup de monde des deux côtés: 
enfin la nuit sépara les combattans , sans que li^ 
victoire se fût déclarée en faveur de Tun (si 3) ou 
de l'autre parti (a). 

LXXVII. Crésus se reprochant la dispropor-* 
lion de ses troupes , qui étoient beaucoup moins 
nombreuses que celles de Cyrus, et voyant que le 
lendemain ce Prince ne tentoit pas une nou-r 
velle attaque , il retourna à Sardes , dans le des^ 
sein d'appeler à son secours les Egyptiens , con-- 
fermement au Traité conclu avec Amasis leur 
Roi , Traité qui étoit antérieur à celui qu^il avoit 
fait avec les Lacédémoniens. U se.proposoit aussi 
de mander les Babyloniens , avec qui il s'étoit 
pareillement allié, et qui avoient alors pour 
Roi (31 4) Labynète, et de faire dire aux Lacé- 
démoniens de se trouver à Sardes à un temps 
marqué. Il comptoit passer l'hiver tranquille* 
ment , et marcher à l'entrée du printemps contre 
les Perses avec les forces de ces Peuples réunies 

(a) Le grec apute : LiS diux armêês combattirent dé la 
êorte» 



61 HISTOIRE D'HÉRODOÏE. 
aux siennes. D'après ces dispositions y aussi-tôt 
qu'il fut de retour à Sardes , il envoya sommer 
ses alliés par des Hérauts , de se rendre à sa 
capitale le cinquième mois. Ensuite il congédia 
les troupes étrangères qu'il ayoit actuellement 
a sa solde y et qui s'étoient déjà mesurées contre 
les Perses y et les dispersa de tous côtés j ne s'ima- 
ginant pas que Cyrus , qui n'avoit remporté 
aucun ayantage sur lui , dût faire avancer son 
armée contre Sardes. 

LXXVIII. Pendant que Crésus étoit occupé 
de ces projets y tous les dehors de la yille se rem- 
plirent de serpens y et les eheyaux abandonnant 
les pâturages y coururent les dévorer. Ce spectaclci^ 
dont Oésus fut témoin , parut aux yeux de ce 
Prince un prodige ; et, en effet , c'en étoit un. 
Aussi- tôt il envoya aux Devins de (216) Tel* 
messe , pour en avoir l'interprétation. Ses Dé- 
putés l'apprirent, mais ils ne purent pas la lui 
communiquer ; car avant leur retour (a) (1 1 6) 
& Sardes y il avoit été fait prisonnier. La réponse 
fut que Crésus devoit s'attendre à voir une armée 
d'étrangers sur ses terres y et qu'elle subjugue- 
roit les Naturels du pays ; le serpent étant fils 
de la terre, et le cheval un ennemi et un étran- 
ger. Crésus étoit déjà pris , lorsqu'ils firent cette 
réponse ; mais ils ignoroient alors le sort de 
Sardes et du Roi. 

(a) Le grec ajoute : Par mer, ^ 



C L I O. LIVRE î. es 

LXXIX. Lorsque Crésus y après la*batâille de 
Ptérie, se fîit retiré , Gynis instruit du dessein 
où il étoit de congédier ses troupes à son re« 
tour y crut (a) y de Tavis de son Conseil y devoir 
marcher avec la plus grande diligence vers Sardes y 
pour ne pas laisser aux Lydiens le temps dW 
sembler de nouyelles forces. Cette résolution 
prise, il Fexécuta sans délai , et faisant passer 
son armée dans la Lydie , il i>orta lui-même à 
Crésus la nouvelle de sa marche. Ce Prince , 
quoique fort inquiet de voir ses mesures décon* 
certées et son attente déçue, ne laissa pas de 
faire sortir les Lydiens y et de les mener au com* 
bat. n n'y ayoit point alors en Asie de Nation 
plus brave ni plus belliqueuse que les Lydiens. 
Us combattoient à cheval avec de longues piques, 
et étoient excellens cavaliers. 

LXXX. Les deux armées se rendirent dans 
la plaine située sous les murs de Sardes , plaine 
spacieuse, et (217) découverte, traversée par 
THyllus et par d'autres rivières qui se jettent 
dans (218) l'Hermus, la plus grande de toutes. 
L'Hermus coule d'une montagne consacrée (219) 
à (*) Cybèle , et va se perdre dans la mer , près 
de la ville de Phocée. 
A la vue de l'armée Lydiène , rangée en ba- 



ito 



MUif 



(a) Le grec : Trouça , après en avoir délibéré , qu'il lui 
iioit avantageux. 

{h) Dam le grec<4 À la mère Dindymènt. 



64 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
taille dans cette plaine , Cyms craignant la car 
Valérie, suivit le conseil du Mède Harpage. Il 
rassembla tous les chameaux qui portoient à la 
suite de son armée les vivres et le bagage y et 
leur ayant ôté leur charge , il les fit monter par 
des hommes vêtus en cavaliers, avec ordre do 
marcher en cet équipage à la tête des troupes ^ 
contre la cavalerie de Crésus. Il commanda eu 
même temps i l'infanterie de suivre les cha-^ 
meaux , et posta toute la cavalerie derrière 
Finfanterie. Les troupes ainsi rangées, il leur 
ordonna de tuer tous les Lydiens qui se présen-t 
teroient devant eux , et de n'épargner que Crésus, 
quand même il se défendroit encore après avoir 
été pris. Tels furent les ordres de Cyrus. Il op- 
posa les chameaux à la cavalerie ennemie, parce 
que le cheval craint le chameau , et qu'il n'eu 
peut soutenir ni la vue ni l'odeur. Ce fut pour 
cela même qu'il imagina cette ruse dans la dis* 
position de ses troupes, afin de rendre inutile 
la cavalerie, sur laquelle Crésus fondoit l'espe* 
rance d'une victoire éclatante. Les deux armées 
s'étant avancées pour combattre, les chevaux 
n'eurent pas plutôt apperçu et senti les cba-!* 
meaux, qu'ils reculèrent, et les espérances de 
Crésus furent perdues. Les Lydiens cependant 
^e prirent pas pour cela l'épouvante. Ayant re- 
<;onni; le stratagème, ils descendirent de che- 
val , et combattirent à pied contre les Perses : 
jnais enfin, après une perte considérable de part 

tt 



' C L I O. L I V R £ I. 6/) 

et d'autre , ils prirent la fuite , et se renfermèren^t 
dans leurs murailles^ où les Perses les assié- 
gèrent (a). 

LXXXI. Crésus croyant que ce siège traîne- 
roit en longueur , fit partir de la citadelle de 
nouveaux Ambassadeurs vers ses alliés. Les pre« 
miers n'ayoient fixé le rendez-vous à Sardes qu'au 
cinquième mois; mais ce Prince étant assiégé, 
la commission de ceux-ci étoit de demander 
le plus prompt secours. 

LXXXII. Il envoya vers différentes villes 
alliées, et particulièrement à Lacédémone. Dans 
ce même temps il étoit aussi survenu une querelle 
entre les Spartiates et les Argiens , au sujet du 
lieu (âso) nommé Thyrée. Ce canton faisoit 
partie de l'Argolide ; mais les Lacédémoniens 
l'en avoient retranché, et se l'étoient (221) ap- 
proprié. Tout le pays vers (322) l'Occident jus- 
qu'à Malée , appartenoit aussi aux Argiens , 
tant ce qui est en terre ferme, que Pile de Cy- 
thère , et les autres iles. Les Argiens étant ve- 
nus au secours du territoire qu'on leur avoit 
enlevé , on convint dans un pourparler , qu'on 
feroit combattre trois cents hommes de chaque 
côté j que ce territoire demeureroît au vaiii- 
queur ; que les deux armées ne seroient pas 
(223) présentes au combat, mais se retireroient 
chacune dans son pays , de peur que le parti 



(a) Le grep ajoute : L0 siège fat donc établi pour ei^jc. 
Tome /, l 



66 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

qui aoroit le dessous ^ ne fût secouru par le» 

siens. 

Lies deux armées se retirèrent après cet ac-* 
cord, et il ne resta que les guerriers choisis 
de part et d'autre. Ils combattirent des deux cô- 
tés avec tant d'égalité^ que de six cents boanmes, 
il n'en resta que trois ; Âkénor et Chromina du 
côté de» Argiens , et Othry ades de celm des La- 
e^émoniens ; et encore fallnt-il qne la nuit les 
séparât Les deux Argiens coururent à Argos 
annoncer {a) leur victoire. Pendant ce temps-là 
Othryades^guerrier desLacédémoniens, dépouilla 
les Argiens tués dans le combat, porta leurs 
armes à son camp ytis/t tint dans* son poste. Le 
lendemain lea deux armées arrivent : instruites 
de l'événeittent, elles s'attribuent quelque temps 
la victoire \ ks Argiens y parce qu'ils avaient l'a- 
vantage da nombre y les Lacédémoniens {b) , 
parce que les combattano d' Argos avc^ent pris 
la fuite y tandis que leur guerrier étoit resté dans 
son poste , et qu'il avoit dépouillé feurs morts. 
Enfin la dispute s'étant échauffée^ cm en vint 
aux (9a4) mains; et, après une perte considé- 
rable de part et d'autre ^ les Lacédémoniens 
furent vainqueurs. 

Détruis ce tempera les Argiens , qui jusqu'à* 
lors avoient été obligés de porter leurs cheveux , 

(ff) Dans le grec : Coururent à Argos comme victorieux* 
(J)) Dans le grec : Parce qu^ils prouçoient que. 



»• • • • 



C L I O. L I V R £ I. 67 

te Fassent la tête , et par une loi ^ accompfignée 
d'impcécations. contre le$ infraoleurs , ils défen- 
dirent aux hommes de laisser crmbre leurs cfae- 
yeux y et aux femnies de porter des onMmens 
d'or 9 avant qu'on eutreoourré Thjrée. Les Laeé* 
démoniens ^ qui auparaTuit aroîent (s:t5) des 
cheyeux courts, s'imposèrent la loi oomtraire, celle 
de les porter fort longs. Quant à (â^) Otliryades ^ 
resté seid -des tnois cents Lacédémonienfl , on 
dit que, honteux de retocaner à Sparte après 
la perte de ae$ compagnons , il m (s^y) tua sur 
le champ de bataille ^ dans le territoire de 
Thyrée. 

LXXXin. Telle étoit la situation des ailaires 
à Sparte y lorsqu'il arnra de âardes «a Héraut 
pour prier ix» Spartiales de donner dn secours 
à Crésus ^ qui étoit assiégé dans .sa capitale. Sur 
cette demande , on ne balança pas à lui en en- 
voyer. Déjà les troupes étoient prêtes et les 
vaisseaux équipés : un autie courier apporta 
la nouvelle que la ville des Lydiens étoit prise 
et que Oésns avoit été fait prisonnier. Les Spar- 
tiates en furent très«-affîgés et se tinrent en 
repos. 

LXXXIY. Voici la manière dont la ville de 
Sardes fut prise. Le quatorzième jour du siège 
Cyrus fit publier ^ par des cavaliers envoyés par 
tout le camp , qu'il donneroit une récompense 
à celui qui monteroit le premier »«r la muraille. 
Animée par ces promesses , l'armée fit des ton* 

I 3 



1 



68 HISTOIRE d'Hérodote. 

tAlives , mais sans succès : on cessa les attaques; 
le seul Hyrœadès (228) , Marde de Nation, en^' 
treprit de monter à un certain endroit de la ci- 
tadelle, où il n'y avoit point de sentinelles. On 
ne craîgaoit pas que la yille fut jamais prise 
de ce côté. Escarpée , inexpugnable , cette partie 
de la citadelle étoit (aag) la seule par où Mélès, 
autrefois Roi de Sardes y n'a voit point fait porter 
le lion (s3o) qu'il ayoit eu d'une concubine. 
Les Devins de Telmisse lui (sSi) avoient prédit 
que Sardes seroit imprenable si l'on portoit le 
lion autour des murailles. Sur cette prédiction 
Mêlés l'avoit fait porter par-tout où l'on pouvoit 
attaquer et forcer la citadelle. Mais il ayoit né- 
gligé le côté (a) qui regarde le mont (sSs) Tmo- 
lus, comme imprenable et inaccessible. Hyrœadès 
ayoit apperçu la yeille un Lydien descendre de 
la citadelle par cet endroit , pour ramasser son 
casque , qui étoit roulé du haut en bas \ et l'avoit 
yu remonter ensuite par le même chemin. Cette 
obseryation le frappa, et lui fitfaire des réflexions. 
Il y monta lui-même , et d'autres Perses après 
lui , qui furent suivis d'une grande multitude. 
Ainsi fut prise (o35) Sardes, et la yille entière 
livrée au pillage. 

LXXX V. Quant à Crésus , voici quel fut son 
sort. Il ayoit un fils, dont j'ai déjà fait mention. 
Ce fils ayoit toutes sortes de bonnes qualités, 



<m 



• 



(a) Dans le grec : V endroit de la ciiadtUe qui , ât. 



C L I O. LIVRE I. 69 

tuais (a) il étoit muet. Ùans le temps de sa pros* 
périté , Crésus ayoit mis tout en usage pour le 
guérir, et entr^autres (b) moyens , il ayoit eu 
recours • à FOracle de Delphes. La Pythie ayoit 
répondu : «* Lydien y Roi de plusieurs peuples , 
))• insensé Crésus , ne souhaite pas d'entendre en 
)) ton Palais la (254) yoix tant désirée de ton fils» 
» Il te seroit plus ayantageux de ne jamais l'en- ' 
» tendre ; il commencera de parler le jour où 
» commenceront tes malheurs )>• ' ' 

Après la prise de la yille /un Perse alloit tuer 
Crésus sans le connoitre. Ce Prince le yoyoit 
fondre sur lui : mais accablé du poids de ses mal- 
heurs, il négligeoit de l'éyiter, et peu lui (235) 
importoit de périr sous ses coups. Le jeune Prince 
muet , à la yue du Perse qui se jetoit sur son 
père , saisi d'effroi , fit un effort qui lui rendit 
la yoix : ((Soldat, s'écria-t-il (a36) , ne tue pas 
)) Crésus )>. Tels furent ses premiers mots, et il 
conserya la faculté de parler le reste de sa yie. 

LXXXVI. A la prise de Sardes, les Perses 
ajoutèrent celle de Crésus, qui tomba yif entre 
leurs mains. U ayoit régné quatorze ans, soutenu 
un siège d'autant de jours, et, conformément à 
l'Oracle, détruit son grand Empire. Les Perses, 
qui l'ayoient fait prisonnier , le menèrent à Cy- 
rus. Celui-ci le fit monter, chargé de fers, et 



' (a) Voyez notes 9a et 236. 
(6) Le grec ajoate : qu'il imagina. 



fjo HISTOIRE D'HÉRODOTfi. 

entouré de qoatorw jeuaesLydîeos, storiui grand 

bûcher («37) y dressé «xprés, soit pour sacrifia i 
qaelqœs Die«x ces prémices de la Tidoire y aoit 
ponr accomplir un yœa,aoit eafia pour éprouTer 
si Crésm , dont on van toit la pièlé, seroit garanti 
des flammes par qn^ue DiTinité. Ce fat ainsi ^ 
dit-ott , quHl le traita. Crésus , sar k blcher | 
HMslgré SKMi accab kjtui t et rexcès de sa dou- 
leur , se rappela ces paroles do Solon ; que nul 
homme ne peut se dire licme^x tant qu'il respire 
encore j et il loi Tint a l'esprit , qne ce n'étoit 
pas sans la permissioa des Dieux que ce Sage 
les aroit proférées^ On assure qu'à (aSS) cette 
pensée, revenu à lû^méme y il eortit parnn pro^ 
fond soupir du long «lence (^5g) qu'il avoit 
gardé y et s'écriapar trois fois ,Solon ;<que Gyrus y 
frappé de ce nom y lui fit demander par ses Inteiv 
prêtes «qvel êtoît oelni qu'il iniFoquoit. Ik s'ap* 
prochent, et l'intierrogent. Crésus d^dkord ne 
répondît pse ; foroé de |Norler y il dit : u C'est ua 
» homme dont je préCra*erois l'entretien (d4o) 
» aux rtdiesses de tons les Reis ». Ce discours 
leiur paroissant obscur, ils l'interrogèrent de nou- 
veau. Vainoft par l'înportunité de leurs prières, 
il répondit qu^utrefois S^on d'Athènes étoit 
^venm A «a cour j qu'ayant contemplé toutes ses 
richesses y il n'en avoit fait aucun cas y que (a4i) 
tout ce qu'il lui avoit dit ee trouvoit con&rmé 
par l'événement, et que les avertiss^nens de 
ce Philosophe ne le regardoient pas plus, lui en 



C L I O. LIVRE I. fjx 

particulier, que tous les hommes en général y et 
principalement ceux qui se oroyoient heureux. 
Ainsi park Oésus. Le fea étok dé^ allumé , et 
le bûcher s^enflammoit par les extrémités. Cyrus 
apprenant ée ses Interparètes la réponse de ce 
Prince, se repent; il songe qu^it est homme, et 
que cependant il fait brûler un homme qui n'a-^ 
Toit pas été moins heureux que lui. IXailleurs il 
redoute la yengeance de» Dieux , et réfléchissant 
sur l'instabilité des choses humaines, il ordonne 
d'éteindre promptement le bûcher, et d'^i foire 
descendre Crésus , ainû que ses compagnons d'ÎH'- 
fôrtune; mais les plus grands efforts ne purent 
surmonter la yiolence des flammes. 

LXXXVII. Alors Crésus , comme le disent les 
Lydiens, instruit du changement de Cyrus à la 
vue de cette foule empressée à éteindre le feu , 
sans pouToir y réussir, implore à grands cris 
Apollon, le conjure, si ses offirandes (2149) hii ont 
été agréables , de le secourir, de le saurer d'un 
péril si pressant. Ces prières étoient accompagnées 
de larmes. Soudain au milieu d'un del pur et 
serein , des nuages se^ rœsemblent , un orage 
crève , une pluie abondante éteint le bûcher. Ce 
prodige apprit k Cyrus combien Oésus étoît cher 
aux Dieux par sa vertu. II le fait descendre du 
bûcher , et lui dit : « O Crésus ! quel homme vous 
» a conseillé d'entrer sur mes terres avec une 
» armée , et de vous déclarer mon ennemi , au- 
» lieu d'être mon ami ? — Votre heureux, destin 



7» HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
» et mon infortune m'ont jeté, Seigneur, dans 
» cette malheureuse entreprise, he Dieu des 
» Grecs en est la cause; lui seul m^a persuadé 
)> (343) de vous attaquer. Ehl quel est l'homme 
» assez insensé , pour préférer la guerre à la paix? 
» Dans la paix les enfans ferment les yeux à 
D leurs pères } dans la guerre, les pères enterrent 
» leurs enfans. Mais enfin il a plu aux Dieux que 
)> les choses se passassent de la sorte d. 

liXXXVIII. Après ce discours , Cyrus lui 
fit ôter ses fers , et asseoir près de lui. Il le 
traita avec beaucoup d'égards , et ne put, lui 
et toute sa Cour, Tenvisager sans étonnement. 
Crésus, livré à ses pensées, gardoit le silence. 
Bientôt, en retournant la tête, il apperçoitles 
Perses empressés au pillage de Sardes, a Seigneur^ 
)) s'adressant à Cyrus, dois -je vous dire ce que 
)) je pense, ou mon état actuel me condamne-tii 
1) à me taire » 7 Cyms lui ordonne de parler avec 
assurance. « Eh bien ! lui demande Crésus , cette 
» multitude, que fait-elle avec tant d'ardeur? 
ï> — Elle pille votre Capitale; elle enlève vos ri-^ 
» chesses* -— Non , Seigneur, ce n'est point ma 
» ville, ce ne sont pas me^ trésors qu'on pille. 
» Rien de tout cela ne m'appartient plus ; c'est 
y> votre bétail qu'on (944) emmène, ce sont vos 
V richesses qu'on emporte i) . 

LXXXIX. Cyrus, frappé de cette réponse, 
écarte tout le monde, et demande à Crésus le 
part^ qu'il faut prendre dans cette conjoncture. 

a Seigneur, 



C L I O* LIVRE I. fj3 

K Seigneur, répondit-il , puisque les Dieux m'ont 
)) rendu yotre Esclave, je me crois (245) obligé 
» de vous avertir de ce qui peut vous être le plus 
)) avantageux , lorsque je Tapperçois mieux que 
» vous. Les Perses, naturellement insolens, sont 
» pauvres; si vous souffrez qu'ils pillent cette 
» ville, et qu'ils en retiennent le butin , il est pro- 
)) bable, et vous devez vous y attendre, que celui 
» qui en aura fait le plus grand, n'en sera que 
)> plus disposé à la révolte. Si donc vous goûtez 
» mes conseils, ordonnez à quelques-uns de vos 
)) Gardes de se tenir aux portes de la ville , et 
» d'ôter le butin à vos troupes, parce qu'il faut , 
y> leur diront ils, en consacrer la dixième partie 
» à Jupiter. Par ce moyen , vous ne vous attirerez 
)) point la haine de vos soldats, quoique vous le 
» leur enleviez de force ; et lorsqu'ils viendront 
y> à connoitre que vous ne leur demandez rien 
» que de juste, ils obéiront volontiers » . 

XC. Ce discours fit à Cyrus le plus grand plai- 
sir : il trouva le conseil très-sage ; il en combla 
l'auteur de louanges ; et, après avoir donné à ses 
Gardes les ordres que lui avoit suggérés Crésus , 
il s'adresse i lui. a Crésus, dit-il, puisque vos dis- 
» cours et vos actions me prouvent que vous êtes 
)) disposé à vous conduire en Roi (246) sage , de* 
S) mandez-moi ce qu'il vous plaira , vous l'obtien- 
)) drez sur-le-champ. Seigneur , répondit Cro- 
» sus , la plus grande faveur seroit de me permet^ 
)) tre d'envoyer au Dieu des Grecs , celui de tous 
Tome If K 



f 



I 



74 HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
y> les Dieux que j'ai le plus honoré , les fers que 
D Toici y avec ordre de lui demander s'il lui est 
D permis de tromper ceux qui ont bien mérité 
» de lui ». Le Roi l'interroge pour savoir quel 
sujet il avoit de s^en plaindre, et quel étoit le mo- 
tif de sa demande. Crésus répéta les projets qu'il 
avoit eus, et l'entretint des réponses des Oracles, 
de ses offrandes sur-tout , et des prédictions qui 
l'avoient animé à la guerre contre les Perses. Il 
finit en lui demandant de nouveau la permission 
d'envoyer faire au Dieu des reproches. (( Non- 
» seulement cette permission, dit en riant Cyi'us, 
» mais ce que vous souhaiterez désormais , je vous 
y> l'accorde ». A ces mots , Crésus envoie desXy- 
diens à Delphes, avec ordre de placer ses fers sur 
le seuil (347) du Temple ; de demander au Dieu 
s'il ne rougissoit pas d'avoir, par ses Oracles, ex» 
cité Crésus à la guerre contre les Perses , dans 
l'espoir de ruiner l'empire de Cyrus j de lui mon- 
trer ses chaînes, seules prémices qu^il pût lui 
offrir de cette expédition ; et de lui demander si 
les Dieux des Grecs étoient dans Fusage d'être 
ingrats. 

XCI. Les Lydiens ayant exécuté , â leur arri- 
vée à Delphes, les ordres de Crésus, on assure que 
la Pythie leur fit cette réponse : « Il est impos- 
» sible même à un Dieu, d'éviter le sort marqué 
» par les Destins. Crésus est puni (248) du crime 
y> de (249) son cinquième ancêtre, qui , simple 
» Garde d'un Roi de la race desHéraclides, se 



C L 1 O. LIVRE I. 7Ô 

yè prcta (a) aux instigations d'une femme arti&» 
)) cieuse y tua son maître , et s'empara de la cou- 
)) ronne , à laquelle il n'a voit aucun droit. Apollon 
» a mis tout en usage pour détourner de Crésus le 
)) malheur de Sardes, et ne le faire tomber que sur 
)> ses enfans j mais il ne lui a pas été possible de 
)) fléchir les Parques. Tout ce qu'elles ont accordé 
)) à ses prières, il en a gratifié ce Prince, Il a reculé 
)) de trois ans la prise de Sardes. Que Crésus sache 
» donc qu'il a été fait prisonnier trois ans plus 
» tard qu'il n'étoit porté par les Destins. En se- 
;> condiieu, il l'a secouru, lorsqu'il alloit deyenir 
» la proie des flammes. Quant à l'Oracle rendu , 
)) Crésus a tort de se plaindre. Apollon lui avoit 
» prédit qu'en faisant la guerre aux Perses, il dé- 
)) truiroit un grand Empire. S'il eut youlu pren- 
)) dre sur cette réponse un parti salutaire , il au- 
» roit dû envoyer demander au Dieu s'il enten- 
i) doit l'empire des Lydiens ou celui de Cyrus? 
)> N'ayant ni saisi le sens de l'Oracle , ni fait in- 
)) terrogerdenouveauleDieu^qu'ilnes'en prenne 
» qu'à lui-même. Il n'a pas non plus en dernier 
» lieu compris la réponse d'Apollon , relative^ 
)> ment au mulet Cyrus étoit ce mulet, les auteurs 
y> de ses jours étant de deux nations différentes ; 
)) son père étoit d'une origine moins illustre que 



(a) Voyez les Mcmoires de l'Académie des Inscriptions , 
ttjm. XVIII, pag. 1 15. Il me semble que je suis encore plat 
exact qae M. TAbbé Gcinoz. 

K a 



76 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
» sa mère ; celle-ci étoit Mède et fille d'Astyages, 
)> roi des Mèdes; l'autre, Perse et sujet de la Mé- 
30 die ; etquoiqu'inférieur en tout, il avoit cepen- 
» dant épousé sa souveraine ». Les Lydiens s'en 
retournèrent à Sardes avec cette réponse de la Py- 
thie, et la communiquèrent à Crésus. Alors il re* 
connut que c'étoit sa faute , et non (aSo) celle du 
Dieu« (p) Ainsi fut détruit l'empire de Crésus , et 
rionie subjuguée pour la première fois. 

XCII. Les oflQrandes dont j'ai parlé ne sont pas 
les seules que Crésus fit aux Dieux ; on en voit 
encore plusieurs autres en Grèce. Il fit présent à 
Thèbes en Béotie^ d'un trépied (261) d'or, qu'il 
consacra à Apollon Isménien ; à Ephèse , des gé- 
nisses d'or , et de la plupart (sS s) des colonnes du 
temple , et il envoya à celui de Minerve (353) Pro- 
usea, à Delphes, un grand bouclier d'or. Ces dons 
subsistoient encore de mon temps ; il s'en est 
perdu plusieurs autres. Quant à ceux qu'il donna 
aux Branchides dans (s54) le pays des Milésiens, 
ils étoient, autant que j'ai pu le savoir, sembla- 
bles à ceux qu'il fit à Delphes , et de même poids. 
Les présens qu'il envoya à Delphes et au temple 
d'Amphiaraiis , venoient de son propre bien, c'é- 
toient les prémices de son patrimoine. Les autres 
au contraire provenoient des biens d'un ennemi, 

(a) Dans le grec : Quant à P empire de Crésus, ei au 
premier assendêêement de Plonie, les choses soni de la 
9orle, 



C L 1 O. LIVRE I. pjpj 

qui avoit formé un parti contre lui ayant son 
ayénement à la couronne, et qui ayoit pris ayec 
chaleur les intérêts de Pantaléon , qu'il youloit 
placer sur le trône de Lydie. Pantaléon étoit (255) 
fiJs d'Alyattes, et frère de Crésus, mais d'une 
autre mère j car Crésus étoit né d'une Cariène, 
et Pantaléon d'une loniène. Crésus ne se yit pas 
plutôt en possession de la couronne que son père 
lui avoit donnée, qu'il fit périr (256) cruellement 
celui qui ayoit formé un parti contre lui. Quant^ 
aux biens de ce conspirateur, qu'il ayoit des- 
* tinés auparayant a être oflferts aux Dieux , il les 
enyoya alors , comme nous l'ayons dit, aux tem- 
pies que nous yenons de nommer. Mais en yoilà 
assez sur les ofirandes de Crésus. 

XCIII. La Lydie n'ofire pas, comme certains 
autres pays, des merveilles qui méritent place 
dans l'histoire, sinon les paillettes d'or détachées 
du Tmolus, par les eaux du Pactole. On y yoit 
cependant un (257) ouyrage bien supérieur à ceux 
que l'on admire ailleurs , j'en excepte toute- 
fois les monumens des Egyptiens et des Baby- 
loniens j c'est le tombeau d'Alyattes , père de 
Crésus. Le pourtour est composé de grandes pier* 
res, et le reste de terre amoncelée. Il a été cons- 
truit aux frais des Marchands (a), des Artisans 
et des Courtisanes. Cinq termes , placés au haut 
du monument, subsbtoient encore de mon temps, 



(a) Le grec : Dm Marchands qui pendent sur la place. 



78 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
et marqnoient par des inscriptions la portion que 
chacune de ces trois classes avoit fait bâtir. D'a- 
près les mesures, la portion des Courtisanes étoit 
visiblement la plus considérable ; car toutes les 
(258) filles y dans le pays des Lydiens , se livrent 
à la prostitution : elles y gagnent leur dot , et 
continuent ce commerce jusqu'à ce qu'elles se 
marient Elles ont le (sSg) droit de choisir leurs 
époux. Ce monument a six (a) stades deux plè- 
thres de tour, et treize plèthres de largeur. Tout 
auprès est un grand lac qui ne tarit jamais, à ce 
que disent les Lydiens. On l'appelle le lac Gy- 
gée(*). 

Les loix des Lydiens ressemblent beaucoup à 
celles des Grecs , excepté dans ce qui regarde la 
prostitution des filles. De tous les peuples que 
nous connoissions, ce sont les premiers qui aient 
frappé, pour leur usage, des monnoies (260) d'or 
et d'argent , et les premiers aussi qui aient fait le 
métier de (261) revendeur. A les en croire , ils 
sont les inventeurs de difierens jeux , actuelle- 
ment en usage, tant chez eux que chez les Grecs; 
et ib ajoutent que vers le temps où ces jeux fu^ 
rent inventés, ils envoyèrent une Colonie dans 

(a) C'est-à-dire cinq cent quatre-vingt-dix-huit toises 
deux pieds dix pouces de tour , sur deux cent quatre toises 
trois pieds neuf pouces de largeur ; ainsi la largeur de 
chacun des deux autres côtés devoit être de quatre- vingt* 
quatorze toises trois pieds huit pouces. 

(() Il y a après cela, dans le grec : Cela têt tel. 



C L I O. LIVRE !• 79 

la Tyrrhénie. Voici comment ils racontent ce fait. 

Sous le règne d'Atys , fils de Manès , toute la 
Lydie fut affligée d'une grande famine , que les 
Lydiens supportèrent quelque temps avec pa- 
tience. Mais voyant que le mal ne cessoit point, 
ils y cherchèrent remède , et chacun en imagina 
à sa manière. Ce fut à cette occasion qu'ils in* 
ventèrent les dés , les osselets , la balle et toutes 
les autres (263) sortes de jeux, excepté celui des 
(365) jetons y dont (!i64) ils ne s'attribuent pas 
la découverte. Or , voici l'usage qu'ils firent de 
cette invention , pour tromper la faim qui les 
pressoit. On jouoit alternativement pendant un 
jour entier, afin de se distraire (265) du besoin 
de manger ; et le jour suivant on mangeoit, au 
lieu de jouer. Ils menèrent cette vie pendant dix- 
huit ans; mais enfin le mal au lieu de diminuer, 
prenant de nouvelles forces , le Roi partagea tous 
les Lydiens en deux classes , et les fit tirer au sort, 
l'une pour rester , ^ l'autre pour quitter le pays. 
Celle que le sort destinoit à rester , eut pour chef 
le Roi même , et son fils Tyrrhénus se mit à la 
tête des Emigrans. 

Les Lydiens , que le sort bannissoit de leur 
patrie, allèrent d'abord à Smyme, où ils cons- 
truisirent des vaisseaux , les chargèrent de tous 
les meubles et instrumens utiles, et s'embarquè- 
rent pour aller chercher des vivres et d'autres 
terres. Après avoir côtoyé diflérens pays, ils abor- 
dèrent en Ombrie , où ils se bâtirent des villes , 



8o HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
qa'ik habitent encore à présent ; mais ils quitte* 
rent le nom de Lydiens , et prirent celai de Tyr- 
rhéniens (966) , de TjrrrhénoSy fils de leur Roi ^ 
qni étoit le chef de la Colonie. 

XCV. On a m les Lydiens subjugués par les 
Perses; mais quel étoit ce Cyrus qui détruisit 
l'Empire de Crésus ? Comment les Perses obtin- 
roit-ils la souTeraineté de l'Asie? Ce sont des dé- 
tails qu'exige l'intelligence de cette histoire. Je 
prendrai pour modèles quelques Perses qui ont 
moins cherché a relever (367) les actions de Cy- 
ros^ qu'à écrire la yen té; quoique (!i68) je n'ignore 
point qu'il y ait sur ce Prince trois autres sen* 
timens. 

Il y avoit cinq cent vingt ans que les (269) As* 
syriens étoient les maîtres de la haute Asie , lors^ 
que les Mèdes commencèrent les premiers à se 

■ 

révolter. En combattant pour la liberté contre 
les Assyriens y les Mèdes s'aguerrirent, et parvin- 
rent à secouer le joug , et à se rendre indépendans : 
les autres (a) Nations les imitèrent. 

XCVI. Tous les peuples de ce continent se 
gouvernèrent d'abord par leurs propres loix ; 
mais voici comment ils retombèrent sous la ty- 
rannie. Il y avoit chez les Mèdes un sage, nommé 
Déjocès ; il étoit fils de Phraortes. Ce Déjocès , 
épris de la royauté, s'y prit ainsi pour y parve- 
nir. Les Mèdes vivoient dispersés en bourgades. 



(a) Ce sont les «atrcs Nations soaqiiset aiix Âisjriecs. 

Déjocès, 



C L I O. L I V R £ I. 81 

Déjocès, considéré depuis long -temps dans la 
sienne, y rendoit la justice avec d'autant plus de 
zèle et d'application, que dans toute laMédie les 
loix étoient (a) méprisées , et qu'il sayoit que 
ceux (270) qui sont injustement opprimés, dé- 
testent l'injustice. Les habitans de sa bourgade^ 
témoins de ses moeurs , le choisirent pour juge. 
Déjocès, qui aspiroit à la royauté, faisoit paroi* 
tre dans toutes ses actions de la droiture et de la 
justice. Cette condn» lui attira de grands élo- 
ges de lapart de ses concitoyens. I^e$ habitans des 
autres bourgades, jusqu'alors opprimés par d'in* 
justes ^ntences, apprenant que Déjocès jugeoit 
seul cpnformément aux règles de l'équité, accou- 
rurent avec plaisir a son tribunal, et ne roulurent 
plus enfin être jugés par d'autres que par lui. 

XCVII. La foule des cliens augmentoit tous 
les jours par la persuasion où l'on étoit de l'équité 
de aes jugemens. Quand Déjocès vit qu'il por- 
toit seul tout le poids des affaires , il refusa de 
monter sur le tribunal , sur lequel il avoit jus- 
qu'alors rendu la justice , et renonça ( 271 ) for-» 
mel^e^ent à ses fonctions. Il prétexta le tort qu'il 
se faisoit à lui-même , en négligeant ses propres 
affaires , tandis qu'il passoit les jours eptiers 4 
terminer les différends d'autrui. Les brigandages 

(a) Hérodote dil , dans Te même paragraphe , qne les 
liabitans des autres bourgades ètoient opprii|iés par d'in^ 
jastes sentences. 

Tome /, h 



82 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

et l'anarchie régnèrent donc dans les bourgades 
avec plus de violence que jamais. Les Mèdes s'as- 
semblèrent , et tinrent conseil sur leur état (272) 
actuel. Les amis de Déjocès y parlèrent , comme 
je le pense, à-peu-près en ces termes : (c Puisque 
j> la vie que nous menons ne nous permet plus 
7> d'habiter ce pays , choisissons un Roi ; la 
y> Médie étant alors gouvernée par de bonnes 
» loix, nous pourrons (273) cultiver en paix nos 
D campagnes, sans craindre d'en être chassés par 
y> l'injustice et la violence d. Ce discours persuada 
les Mèdes de se donner un Roi. 

XCVIII. Aussi-tôt on délibéra sur le choix : 
toutes les louanges , tous les siiffirages se réuni- 
rent en faveur de Déjocès : il fut élu Roi d'un 
consentement unanime. Il commanda qu'on lui 
bâtit un palais conforme à sa dignité , et qu'on 
lui donnât des gardes pour la sûreté de sa per- 
sonne. Les Mèdes obéirent. On lui construisit à 
l'endroit qu'il désigna , un édifice vaste et bien 
fortifié , et on lui permit de choisir dans toute la 
Nation des gardes à son gré. 

Ce Prince ne se vit pas plutôt sur le trône , 
qu'il obligea ses sujets à se bâtir une ville , à l'or- 
ner et à la fortifier , sans s'inquiéter des autres 
places. Les Mèdes dociles à cet ordre , élevèrent 
cette ville forte et immense, connue aujourd'hui 
sous le nom d'Agbatanes , dont les murs concen* 
triques sont renfermés l'un dans l'autre, et cons«» 
truits de manière que chaque enceinte ne surpasse 



C L I O. LIVRE I. 85 

Tenceinte yoisine que de la hauteur des créneaux. 
L^assiette du lieu, qui s^élève en colline (274)9 en 
facilita les moyens. On fit encore quelque chose 
de plus, n y avoit en tout sept enceintes, et dans 
la dernière le Palais (376) et le trésor du Roi. Le 
circuit de la plus grande égale i-peu-près celui 
(376) d^ Athènes. Les créneaux de la première en* 
ceinte sont peints en blanc ; ceux de la seconde 
en noir ; ceux de la troisième en pourpre ; ceux 
de la quatrième en bleu } ceux de la cinquième 
sont d^un rouge orangé. C^est ainsi que les cré- 
neaux de toutes les enceintes sont ornés de diffé- 
rentes (97 7) couleurs. Quant aux deux dernières, 
les créneaux de l'une sont argentés , et ceux de 
l'autre dorés. 

XCIX. Tels furent et le palais que se fit cons- 
truire Déjocès , et les maisons dontilTenvironna. 
Le reste du peuple eut ordre de se loger autour 
de la muraille. Tous ces édifices achevés , il fut 
le premier qui établit pour règle que personne 
n'entreroit ches le Roi j que toutes les affaires 
s'expédieroient par Tentremise de certains (a) 
Officiers , qui lui en feroient leur rapport ; que 
personne ne regarderoit le Roi ; il ordonna , 
outre cela , qu'on ne riroit ni ne crach^oit (278) 
en sa présence , et qu'il seroit honteux à tout le 
monde de faire ces choses en présence les uns des 
autres. 



*»• 



(a) C'étoicut se.s Ministres , ses Visirs. 

L 2 



84 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Déjocès' institua ce cérémonial im posant , afin 
que les personnes de même âge que lui y et avec 
qui il avoit été élevé , et que ceux dont la nais- 
sance n'étoit pas moins distinguée que la si^ne^ 
et qui ne lui étoient inférieurs ni en bravoure 
ni en mérite y ne lui portassent point envie , et 
ne conspirassent point contre sa personne. H 
eroyoit qu'en se rendant invisible à ses sujets y il 
passeroit pour un être d'une espèce différente. 

C. Ces réglemens faits , et son autorité affer- 
mie , il rendit sévèrement la justice. Les procès 
lui étoient envoyés par écrit : il les jugeoit et les 
jrenvoyoit avec sa décision. Telle étoit sa méthode 
pour les procès. Quant à la police^ s'il apprenoit 
que quelqu'un eût fait une injure y il le man- 
doit et lui infligeoit une peine proportionnée au 
délit, et pour cet effet, il avoit dans tous ses Etats 
des émissaires qui veilloient sur les actions et les 
discours de ses sujets.. 

CI. Déjocès (37g) rassembla tous les Mèdes en 
un seul corps, et ne régna que sur eux. Cette Na- 
tion comprend plusieurs peuples, les Buses, les 
Parétacéniens , les Struchates^ les Arizantes, les 
Budiens , les Mages (a). 

en. Déjocès mourut , après un règne de cin- 
quante-trois ans. Son fils Phraortes lui succéda» 
Le royaume de Médie ne suffit pas à son ambi-* 
tion. Il attaqua d'abord les Perses, et ce fut le 



(a) Le grec ajovte : Ce 9ont là U$ Peuplée dee Mèdés, 



C L I O. LIVRE I. 85 

premier peuple qu'il assujétit. Arec ces deux Na- 
tions, l'une et l'autre très-puissantes , il subjugua 
ensuite l'Asie y et marcha de conquêtes en con-^ 
quêtes, jusqu'à son expédition contre les Assy-^ 
riens et contre la partie de cette même Nation 
qui habitoit Niniye. Quoique les Assyriens , au^ 
trefois maîtres de l'Asie y fussent alors seuls et 
abandonnés de leurs alliés, qui ay oient secoué le 
joug, ils se trouy oient cependant encore dans un 
état florissant. Phraortes périt dans cette expédi- 
tion ayec la plus grande partie de son armée ^ 
après ayoir régné yingt-deux ans. 

CIIL Ce Prince étant mort, Cyaxares son fils , 
et petit-fils de Déjocès , lui succéda. On dit qu'il 
fut encore plus belliqueux que ses pères. Il sépara 
lepremier les peuples d'Asie en difiérens corps 
de troupes , et assigna (^79^) aux piquiers , à la 
cayalerie , aux archers , chacun un rang à part : 
ayant lui , tous les ordres étoient confondus. Ce 
fut lui qui fit la guerre aux Lydiens, et qui leur 
liyra une bataille , pendant laquelle le jour (a) 
se changea en nuit Ce fut encore lui qui, après 
ayoir soumis toute l'Asie au-dessus du fleuyeHa- 
lys, rassembla toutes les forces de son Empire ^ 
et marcha contre Niniye , résolu de yenger son 
père par la destruction de cette yille. Déjà il 
ayoit yaincu les Assyriens en bataille rangée; 
déjà il assiégeoit Niniye , lorsqu'il fut assailli par 

— ■■■■-■- - - ■ ■ . - - - I !■ 

(a) Voyes ci-desaus; $. lxxit, pag. 58. 



86 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
une nombreuse armée de Scythes, ayant à leur tête 
Madyas leur roi , fils de Protothyès. C'étoit en 
chassant d'Europe les (980) Cimmériens y qu'ils 
«'étoient jetés sur (a) l'Asie : la poursuite des 
fuyards les ayoit conduits jusqu'au pays des (b) 
Médes. 

CI V. Du Palus Méotis au Phase et à la Col^ 
chide, on compte trente journées pour quelqu'un 
qui marche bien. Pour se rendre de la Colchide 
en Médie, on passe (981) des montagnes, et le 
trajet n'est pas long; car il ne se troure entre ces 
deux pays que celui des (c) Sapires. Lorsqu'on l'a 
trayersé, on est sur les terres des Mèdes. Les 
Sc3rthes néanmoins n'y entrèrent pas de ce côté| 
mais ils passèrent plus haut, et par une route 
beaucoup plus longue, laissant (289) le mont 
Caucase sur leur droite. Les Mèdes ayant livré 
bataille aux Scythes , la perdirent ayec l'empire 
de l'Asie. 

CV. Les Scythes, maîtres de toute l'Asie, mar* 
chèrent de là en Egypte ; mais quand ils furent 
dans la Syrie de (d) Palestine, Psaxnmitichus 
(983) , roi d'Egypte , yint au-devant d'eux, et à 
force de présens et de prières , il les détourna 
d'aller plus avant. Us revinrent donc sur leurs 



■^■^ 



(a) Voycs Livre iv, J. xi. 

(b) Voyez Livre iv, Ç. xi, xii et saîv. 

(c) Voye« Livre m, $• xciv, note 175. 

(</) Cette Syrie est appelée Syrie de Palestine^ pour la 
fUstiogner de la Syrie de Cappadoce. 



C L I O. LIVRE l. S7 

pas, et passèrent par Ascalon y en Syrie, d'où ilé 
sortirent la plupart sans y faire aucun dégât , à 
l'exception de quelques-uns d'entr^eux qui, ayant 
été laissés en arriére, pillèrent le temple de Vénus 
Uranie. Ce temple, autant que je l'ai pu savoir 
par mes informations , est le plus ancien (984) de 
tous les temples de cette Déesse. Celui de Cypre 
lui doit son origine, de Taveu même des Cypriena. 
Celui de Cythère a été aussi bâti par des Phéni- 
ciens, originaires de cette (a) Syrie. La Déesse en-* 
yoya (â85) une maladie de femme à ceux d'entre 
les Scythes qui avoient pillé le Temple d'AscaloUi 
et ce châtiment s'étendit à jamais sur leur pos^ 
térité. Les Scythes disent que cette maladie est 
une punition de ce sacrilège, et que les étrangers 
quivoyagentdansleurpays,s'apperçoivent(a85^) 
de l'état de ceux que les Scythes appellentEnarées. 
CVI. Les Scythes conservèrent vingt -huit 
ans (286) l'Empire de l'Asie. Ils ruinèrent tout 
par leur violence et leur négligence. Outre les tri- 
buts ordinaires , ils exigeoient encore de chaque 
particulier un impôt arbitraire ; et indépendam- 
ment de ces contributions, ils parcouroient tout 
le pays , pillant et enlevant à chacun ce qui lui 
appartenoit. Cyaxares et les Mèdes en ayant in* 
vite chez eux la plus grande pdrtie , les massa- 
crèrent après les avoir enivrés. Les Mèdes recou- 
vrèrent par ce moyen et leurs Etats et l'empire 

(a) De la Syrie de Fftlcsiine. 



88 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
sur les pays qu'ils avoient auparavant possédés. 
Us prirent ensuite la ville de Ninive : quant à la 
manière dont ils s'en rendirent maîtres^ j'en par^ 
lerai dans (^87} un autre ouvrage. Enfin ils sub- 
juguèrent les Assyriens y excepté le pays de Ba- 
bylone. Ces conquêtes achevées, Cyaxares mou- 
rut : il avait régné quarante ans , y compris le 
tems que dura la domination des Scythes. 

GVU. Asty âges , son fils , lui succéda. Il naquit 
à ce prince une ^Ue , qu'il nomma Mandane. Il 
s'imagina en dormant, qu'elle (988) urinoit en si 
grande abondance , que sa capitale et l'Asie eii-^ 
tière en étoient inondées. Ayant communiqué ce 
songe i ceux 4'^ntre les Mages qui faisoient pro- 
fession d^ les interpréter, il fut effrayé des détail^ 
de leur explication , et il le fut an point que lors- 
que sa fille fut nubile, il ne voulut pas lui donner 
pour époux un Mède (a) distingué par sa nais- 
i^ançe } mais il lui fit épouser un Perse , nommé 
Cambyses, qu'il connoissoit pour un honune 
d'une (289) grande maison , et de moeurs douces 
et tranquilles ; parce qu'il le regardoit comme 
bien inférieur à un Mède de médiocre condition. 

C Vin. La première année du mariage de Çam* 
byses §vep Mandate, Astyage^ eutun autre songe. 
Il lui sembla voir sortir du sein de 3a fille une 
vigne qui couvroit toute l'Asie. Ayant commu- 
piqué ce i^pnge aux Interprètes, il fit venir de 

r ■' ' ' ■ 1^ 1 ■ I ■ Il , !_ ■ 

(n) Dans le grec : Digne de liU^ 

Perse , 



C L I O. LIVRE I. 89 

Perse, Mandane, sa fille , qui étoit enceinte et 
proche de son terme. Aussi-tôt après son arrivée, 
il la fit garder, dans le dessein de faire périr l'en- 
fant dont elle seroit mère ; les Mages , interprètes 
des songes, lui ayant prédit, d'après cette vision, 
que Tenfant qui naîtroit de cette Princesse, ré- 
gneroit un jour à sa place. Comme Astyages se 
tenoit en garde contre cet événement , Cyrus fut 
à peine né, qu'il manda Harpage , son (agoj pa- 
rent, celui de tous les Mèdes qui lui étoit le plus 
attaché , et sur lequel il se reposoit du soin de 
toutes ses afiaires. «Harpage, lui dit-il, exécute 
)> fidèlement Tordre que je vais te donner,, sans 
» chercher à me tromper, de crainte qu'en t'at- 
)> tachant à d'autres maîtres que moi , tu ne tra- 
» vailles à ta propre perte; Prends l'enfant qui 
» vient de naître de Mandane , porte-le dans ta 
» maison , fais-le mourir , et l'inhume ensuite 
)) comme il te plaira. Seigneur, répondit Har- 
» page, j'ai toujours cherché à vous plaire, et je 
)) ferai mon possible pour ne jamais vous offenser^ 
)) Si vous voulez que l'enfant meure, j'obéirai 
)) exactement à vos ordres , du moins autant qu'il 
» dépendra de moi ». 

CIX. Aprè^ cette réponse , on remit l'enfant 
couvert de riches ornemens entre les mains d'Har- 
page , afin qu'il le fît mourir. Il s'en retourna 
che^ lui les larmeà aux yeux , et en abordant sa 
femme, il lui raconta tout ce qu' Astyages lui avoit 
dit. « Quelle ert votre résolution , reprit-elte? J<> 
Tome L M 



90 HISTOIRE d'HëRODOTE. 
y> n'exécuterai point les ordres d'Astyages^répon- 
» dit-il, dût-il deyenir encoreplusemporté et plus 
» furieux qu'il ne Test maintenant; je n'obérai 
j> point à ses yolontés ; |e ne me prêterai point 
» à ce meurtre : non, je ne le ferai point , par plu* 
)) sieurs raisons. Premièrement, je suis parent 
D de l'enfant. Secondement, Âstyages est ayancé 
» en âge, et n'a point d'enfans mâles. Si, après 
)> sa mort, la Couronne passe (291) à la Princesse 
D sa fille, dont il yent aujourd'hui que je fasse 
ï) mourir le fils, que me (ags) reste*t-il, sinon la 
» perspectiye du plus grand danger? Pour ma 
y> sûreté, il faut que l'enfant périsse ; mais que 
» ce soit (393) par les mains de quelqu'un des gens 
» d' Astyages, et non par le ministère des miens » « 
ex. Il dit , et sut le champ , il enyoya un 
exprès k celui des bouyiers d' Astyages , qu'il sa- 
yoit mener ses troupeaux dans les meilleurs pâ- 
turages , et sur les montagnes les plus fréquentées 
par les bétes sauyages. Il s'appeloit Mitradates ; 
sa femme , esclaye d'Astyages , ainsi que lui , se 
nommoit Spaco , nom qui , dans la langue des 
Mèdes , signifie la même chose que Cyno dans 
celle des Grecs j car les Mèdes appellent (âgé) une 
chienne spaco. Les pâturages où il gardoit les 
bœufis du Roi, étoient au pied des (395) mon- 
tagnes , au nord d'Agbatanes , et yers le Pont- 
Euxin. De ce côté-là, yers les (a) Sapires, la 



(a) Voyex Livre m, 5 xciv, note ijS» 



C L I O. L I,V R E I. gi 

Médie est un pays élevé , rempli de montagnes y 
et couvert de forets ; au lieu que le reste du 
Royaume est plat et uni. Le bouvier, que Ton 
' avoit mandé en diligence, étant arrivé, Har« 
page lui parla ainsi : (( Astyages te commande 
tt de prendre cet enfant , et de Texposer sur la 
)) montagne la plus déserte, afin qu^ii périsse 
» promptement. Il m'a ordonné aussi de te dire 
)) que , si tu ne le fais pas mourir , et que tu lui 
)) sauves la vie de quelque manière que ce soit , 
)) il te fera périr par le supplice le plus cruel. Ce 
» n'est pas tout : il veut encore que je sache par 
)) moi-même si tu as exposé cet enfant » • 

CXI. Aussi-tôt Mitradates prit Fenfant, et re- 
tourna dans sa cabane par le même chemin. 
Tandis qu'il alloit i la ville , sa femme qui n'at^ 
tendoit de jour en jour que le moment d'accou- 
cher , mit au monde un fils , par une permission 
particulière des Dieux. Ils étoient inquiets l'un de 
l'autre : le mari craignant pour sa femme , prête 
à accoucher , la femme pour son mari , parce que 
Harpage n'avoit pas coutume de le mander. Dés 
qu'il fut de retour , sa femme , surprise de le voir 
au moment qu'elle s'y attendoit le moins, lui 
parla la première, et voulut savoir pourquoi 
Harpage l'avoit envoyé chercher avec tant d'em- 
pressement. «Ma femme, lui dit-il, je n'ai pas 
» plutôt été dans la ville, que j'ai vu et entendu 
» des choses que je voudrois bien n'avoir ni vues 
it ni entendues, et plut aux Dieux qu'elles ne 

M 2 



99 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
D fussent jamais arrivées à nos maîtres ! toute la 
» maison d'Harpage étoit en pleurs ; frappé d'ef- 
» froi, je pénètre dans l'intérieur , je vois à terre 
x> un enfant qui pleuroit , qui palpitoit. II étoit 
» couvert de drap d W et de langes de diverses 
3) couleurs. Harpage ne m'eut pas plutôt apperçu 
» qu'il me commanda d'empprter promptement 
i> cet enfant, et de l'exposer sur la montagne la 
» plus fréquentée par les bêtes féroces : il m'a 
D assuré que c'étoit Astyages lui-même qui me 
» donnoit cet ordre, et m'a fait de grandes me- 
D naces si je manquois à l'exécuter. J'ai donc pris 
» cet enfant et Pal emporté, croyant qu'il étoit 
)) i quelqu'un de sa piaison j car je n'aurois jamais 
D imaginé quel étoit son véritable- père. J'étois 
» cependant étonné de le voir couvert d'or (296) 
)) et de langes si précieux. Je ne l'étois pas moins 
» de voir toute la maison d'Harpage en pleurs. 
» Enfin , chemin faisant , j'ai bientôt appris du 
)) domestique qui m'a accompagné hors de la 
)) ville, et qui m'a remis l'enfant, qu'il est à 
)) Mandane , fille d' Astyages, et à Cambyses, fils 
» de Cyrus , et qu' Astyages ordonne qu'on le fasse 
» mourir. Le (297) voici cet enfant ». 

CXII. En achevant ces mots, Mitradates dé- 
couvre l'enfant, et le montre à sa femme. Char- 
mée de sa (298) grandeur et de sa beauté , elle 
embrasse les genoux de son mari , et le supplie^ 
les larmes aux yeux, de ne point exposer cet 
enfant. « Il lui dit qu'il pe pouvoit s'en dispen- 



C 1 I O. L I V R E 1. 95 

)) ser, qu'il deyoit yenir des sonreillans de la part 
» d'Harpage, et que s'il n'obéissoit pas, il péri- 
V » roit de la manière la plus cruelle ». Spaco, 
voyant que ses discours ne faisoient aucune im- 
pression sur son mari y reprit la parole : (( Puis- 
D que je ne saurois y dit-elle , te persuader , 
D et qu'il faut absolument qu'on voie un en- ** 
» fant exposé , fais du moins ce que je vais te 
)> dire. Je suis accouchée d'un enfant mort, va 
» le porter sur la montagne y et nourrissons celui 
)) de la fille d'Astyages y comme s'il étoit à nous, 
)) Par ce moyen on ne pourra, te convaincre 
» d'avoir offensé tes maîtres y et nous aurons pris 
)) un bon parti : notre enfant mort aura une se- 
D pulture royale y et celui qui reste ne perdra 
» point la vie ». 

GXIIL Lebouvier sentit que, dans cette con-* 
joncture y sa femme avoit raison, et sur le champ 
il suivit son conseil. Il lui remet l'enfant qu'il 
avoit apporté pour le faire mourir , prend le sien 
qui étoit mort, le met dans le berceau du jeune 
prince , avec tous ses omemens , et va l'exposer 
sur la montagne la plus déserte. Le troisième 
jour après , ayant laissé pour garder le corps un 
de ceux (299) qui avoient soin des troupeaux 
sous ses ordres, il alla à la ville , et s'étant rendu 
chez Harpage, il lui dit qu'il étoit prêt à lui 
montrer le corps mort de l'enfant. Harpage ayant 
envoyé avec lui ses gardes les plus affidés , fit sur * 



94 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
leur (a) rapport, donner la sépulture au fila de 
Mitradates. A l'égard du jeune prince, Spacoen 
prit soin et l'éleya. Il fut dans la suite connu sous 
le nom de Cyrus ; mais Spaco lui donna quel- 
qu'autre nom. 

CXIV. Cet enfant étant âgé de dix ans, eut 
une aventure qui le fit reconnoitre. Un jour que 
dans le village où étoient les troupeaux du Roi, 
il jouoit dans la rue avec d'autres enfans de son 
âge, ceux-ci l'élurent pour leur Roî, lui qui* 
étoit connu sous le nom de fils du bouvier. Il dis- 
tribuoit aux uns les places dlntendans de ses bâ« 
timens,aux autres celles de Gardes-du-Corps ; 
celui-ci étoit (3oo) l'(Bil du Roi , celui-là de voit 
lui présenter les requêtes des particuliers : chacun 
a voit son emploi , selon ses talens et le jugement 
qu'en portoit Cyrus. Le fils d' Artembarès , homme 
de distinction chez les Mèdes, jouoit avec lui. 
Ayant refusé d'exécuter ses ordres, Cyrus le fit 
saisir par les autres enfans, et maltraiter à coups 
de verges. On ne l'eut pas plutôt relâché, qu'ou- 
Iré d'un traitement si indigne de sa naissance, il 
alla à la ville porter ses plaintes à son père contre 
Cyrus. Ce n'est pas qu'il lui donnât ce nom ; 
Cyrus ne le portoit point encore j mais il l'appe- 
loit le fils du bouvier d'Astyages. Dans la colère 
où étoit Artembarès, il alla trouver le Roi avec 
son fils , et se plaignit du traitement odieux qu'il 

■ I . r . I ■ I . I ■ ■ I I I ■■ 

(a) Il y a dans le grec : fit par eux, et fit donner. 



C L I O. L I V R E I. 95 

aroit reçu, a Seigneur, dit-il, en découvrant 
)) les épaules de son fils, c'est ainsi que nous a 
» outragés un de vos esclaves, le fils de votre 
)) bouvier )>. 

CXV. A ce discours, à cette vue, Astyages 
voulant venger le fils d'Artembarès, par égard 
pour le père , envoya chercher Mitradates et son . 
fils. LorsquHls furent arrivés : ((Comment, dit le 
)) Prince à Cyrus, en le regardant, étant ce que 
)) tu es , as-tu eu Faudace de traiter d'une ma- 
)) nière si indigne le fils d'un des premiers de ma 
)) Cour? Je l'ai fait. Seigneur, avec justice, ré- 
)) pondit Cyrus. Les enfans du village, du nom- 
)) bre desquels il étoit, m'avoient choisi en jouant 
» pour être leur roi ; je leur en paroissois le plus 
» digne: tous exécutoient mes ordres. Le fils 
7> d'Artembarès n'y eut aucun égard, et refusa 
» de m'obéir (a). Je l'en ai puni j si cette action 
» mérite quelque châtiment (6) , me voici prêt à 
)) le subir )». 

CXVI. La ressemblance des traits de cet enfant 
avec les siens, sa réponse noble, son âge qui 
s'accordoit avec le tems de l'exposition de son 
petit-fils, tout concouroit en un mot à le faire 
reconnoître d'Astyages. Frappé de ces circons* 
tances , ce Prince demeura quelque tems sans 
pouvoir parler j mais enfin revenu à lui, et vou- 



(ûf) Le grec ajoate : C est pourquoi. 

(Z>)^Il y a seulement dans le grec : 3fe voicù 



rfi HISTOIEE D'HÉEODOTE. 
lant renroTcr ArtemlMircs afin de sonder Mitrs- 
dates en puiiculier , Artembcrèsy Im dit-fl, tous 
s^aures ascmi sujet de T<ras plaindre de moi j ni 
TOUS y ni Totre fils. Ensuite il or do nn a à ses Qffi* 
rien de conduire Cjrus dans l'intérieur dn Pa« 
lais. Resté seul aTec 3Iitradates, il lui demanda 
. où il aToit pris cet enfant , et de qui il le tenoiU 
Celui-ci répondit qu'il en étoit le père , que sa 
mère TiToit encore et demeuroit aTec luL As* 
ty âges répliqua qu'il ne prenoi t pas un bon parti y 
et qu'il Touloit de gaité de coeur se rendre mal^ 
heureux. En disant cela il fit signe à ses Gardes 
de le saisir. Mitradates Tojant qu'on le menoit à 
la question 9 aToua enfin la Térité, D reprit l'his- 
toire dès son commencement, découTrit tout, 
sans rien dissimuler , et descendant aux plus 
humbles supplications , il pria le Roi de lui par^ 
donner. 

CXVn. La Térité découTerte , Asty âges ne tint 
pas grand compte de Mitradates ; mais Tiolem* 
ment irrité contre Harpage, il commanda à ses 
Cardes de le faire Tenir ; et lorsqu'il parut dcTant 
lui , il lui parla en ces termes: a Harpage, de 
» quel genre de mort as-tu fait périr l'enfiint de 
)) ma fille y que je t'ai remis » 7 Harpage apper*-» 
çevant Mitradates dans l'appartement du Roi y 
avoua tout sans détour , de crainte d'être cou- 
yaincu par des preuTes sans répliques, a Sei- 
î) gaeur, dit-il, quand j'eus reçu l'enfant, j'exa- 
V ipinai comment je pourrai», enmo conformant 

a 



C L I 0. LIVRE I. 97 

» à vos volontés, et sans m'écarter de ce que je 
» vous dois y n'être coupable d'un meurtre , ni a 
» l'égard de la Princesse votre fille , ni même au 
» vôtre. Je mandai en conséquence Mitradates: 
» je lui^remis l'enfant entre les mains, et lui dis 
)è que c'étoit yous-même qui ordonniez sa mort. 
)) Je ne me suis point écarté en cela de la yérité , 
» puisque vous m'aviez commandé de le faire 
» mourir. En lui livrant cet enfant, je lui enjoi- 
» gnis de l'exposer sur une montagne déserte, et 
^ de rester auprès de lui jusqu'à ce qu'il f ut morf. 
» Enfin je le menaçai 'des plus rigoureux tour- 
y> mens , s'il n'accomplissoit tout de point en 
» point Ces ordres exécutés , et l'enfant étant 
)) mort, je lui rendis les derniers devoirs, sur le 
^ rapport de mes Eunuques les plus fidèles que 
î) j'envoyai (a) sur les lieux. Les choses, Sei- 
y) gneur , se sont passées de cette manière , et tel 
)) est le sort qu'a éprouvé cet enfant » . 

CXVIII. Harpage parla sans détour ; mais As* 
tyagee, dissimulant son ressentiment , lui répéta 
d'abord toute l'histoire , comme il l'avoit apprise 
de Mitradates; après (b) quoi il ajouta que l'en- 
fant vivoit, et qu'il en étoit content « Car enfin, 
» dit'il, la manière dont on l'avoit traité me fai«- 
J^ soit beaucoup de peine , et j'étois très-sensible 

(a) Dans le grec : Ayant em^yé les plus fidèles de *ne9 
Eunuqices,;e vis par eux et je V enterrai. 

(J) Dans le grec : E^ aprè^ qu'il l'eut répété. 

Tome /, N 



q8 histoire D'HERODOTE. 
w aux reproches de nuL fille. Mais poÎAque la for- 
9 tone Doas a été Ênrorable , enToyez-moi yotre 
» fils pour tenir oompagnie an jeune Prince , 
B nouTeUement arriTé^ et ne manques pas de 
B Tenir "souper arec moi; je yeux offiirpourle 
D recouTrement de mon petit-fils , des sacrifices 
» aux Dieux , à qui cet honneur est réserré ». 

CXIX. Harpage s'étant , à ces paroles y pros- 
terné derant le Roi y s'en retourna chex lui , éga* 
leroent flatté de llienreuse issue de sa faute, et 
de ce que le Roi TaToit invité an festin qu'il don- 
noît en réjouissance des bienCnts de la fortune, 
n ne fut pas plutôt entré chea lui y qu'il appela 
son fils unique^ âgé d'environ treise ans , l'en* 
Toya au palais d'Astjages, avec ardre défaire tout 
ce que ce Prince lui conunanderoit ; et transporté 
de joie , il raconta cette aventure i sa femme. 

Dés que le fils d'Harpage fut arrivé au Palais, 
Astyages le fi! égorger } on le coupa ensuite par 
, morceaux y dont les uns furent rôtis et bouillis ; 
on les apprêta de diverses manières , et on tint 
le tout prêt à être servi. L'heure dn repas venue, 
les convives s'y rendirent, et Harpage avec eux. 
On servit a Astyages et aux autres Seigneurs du 
mouton , et à Harpage le eorpe de son fils , ex- 
cepté la trte et les extrémités der mains et des 
pieds , que le Roi avoit fait mettre à part dans 
une corbeille couverte. Lorsqu'il parut avoir 
assez mangé, Astyages lui demanda s'il étoit con*- 
tent de ce repas. Très content, répondit Harpage. 



C L I O. LIVRE 1. gg 

Aussi-tôt ceux qui en avoient reçu Tordre , ap- 
portant dans une corbeille couverte (3oi) la tête, 
lesonains et les pieds de son fils, la lui (a) pré- 
sentèrent^ en lui disant de la découvrir^ et d'en 
prendre ce qu'il voudroit. Harpage obéit ^ et dé- 
couvrant la corbeille , il apperçut les restes de 
son fils. Il ne se troubla point j et sut se posséder. 
Astyages lui demanda s'il savoit de quel gibier il 
avoit mangé. Il répondit qu'il le savoit, mais que 
tout ce que faisoit un (5o3) Roi lui étoit agréa- 
ble. Après cette réponse , il s'en retourna chez lui 
avec les restes de son fils y qu'il n'a voit y à ce que 
je pense , rassemblés que poiu* leur donner la 
sépulture. 

CXX. Le Roi «'étant ainsi vengé d'Harpage, 
manda les mêmes Mages , qui avoient interprété 
son songe de la manière que nous avons dit , afin 
de délibérer avec eux sur ce qui conoemoit Cy- 
rus. Les Mages arrivés , il leur demanda quelle 
explication ils avoient autrefois donnée du songe 
qu'il avoit eu. Ils lui firent la même réponse : 
(( Si l'enfant , dirent-ils , n'est pas mort , en un 
y> mot , s'il vit encore , il faut qu'il règne. L'en- 
» faut vit , et se porte bien , leur dit Astyages j il 
» a été élevé à la campagne : les enfans de son 
}^ village l'ont élu pour leur Roi. Il a fait tout ce 
» que font les véritables Rois ; il s'est donné des 
» Gardes-du-Corps, des Gardes de la porte , des 

(a) Dans le grec : Se tenant devant lui, lui dirent de,-ôe^- 

N2 



lOO HISTOIRE D'HERODOTE. 

» Officiers pour ( 5o3 ) lui faire le rapport des 
» affaires; en un mot, il a créé (3o4) toutes les 
D autres charges. Que pensez*yous que cela puisse 
» présager? 

» Puisque Tenfant vit, répondirent les Mages, 
D et qu'il a régné sans aucun dessein prémédité , 
)) rassurez-vous , Seigneur, vous n'avez plusrieii 
» à craindre , il ne régnera pas une seconde fois. 
)} Il y a des Oracles dont l'accomplissement s'est 
» réduit à un événement frivole, et des songes qui 
0) ont abouti à bien peu de choses. — Je suis moi- 
» même aussi de cet avis , reprit Astyages j l'en- 
» faut ayant déjà porté le nom de Roi , le songe 
)) est accompli ; je crois n'en avoir plus rien à 
y> crai ndre. Cependant réfléchissez-y mûrement, et 
» donnez-moi le conseil que vous penserez le plus 
)) avantageux à votre sûreté et à la mienne. Sei* 
y> gneur , dirent les Mages, la stabilité et la pros- 
» péri té de votre règne nousimportent beaucoup. 
» Car enfin la puissance souveraine venant à tom- 
» ber entre les mains de cet enfant, qui est Perse, 
» passeroit a une autre Nation j et les Perses nous 
)) regardant comme des étrangers , n'auroient 
» pour nous aucune considération , et nous trai- 
» teroient en esclaves. Mais vous , Seigneur, qui 
)> êtes notre compatriote , tant que vous accu* 
D perez le Trône , vous nous comblerez de fa- 
)) veurs , et nous régnerons en partie avec vous. 
)) Aîi^sî notre intérêt nous oblige , à tous égards , 
>) k pourvoir à votre sûreté et à celle de votre 



C L I O. LIVRE I. loi 

» Empire. Si nous pressentions maintenant quel- 
» que danger , nous aurions grand soin de vous 
» en avertir; mais puisque l'issue de votre songe 
)) est frivole , nous nous rassurons , et nous vous 
» exhortons à vous tranquilliser (3o4*) de même: 
)) éloignez de vous cet enfant, et renvoyez- le en 
» Perse à ceux dont il tient le jour». 

CXXI. Astyages , charmé de cette réponse , 
manda Cyrus. (i Mon fils , lui dit-il , je vous ai 
» traité avec injustice sur la foi d'un vain (5o6) 
)> songe ; mais enfin votre heureux destin vous a 
)) conservé, et vous vivez. Soyez tranquille; par- 
» tez pour la Perse, escorté par ceux que je vous 
» donnerai pour vous accompagner : vous y Ver- 
D rez votre père et votre mère, qui sont bien dif- 
» férens de Mitradates et de sa femme »• 

CXXII. Astyages ayant ainsi parlé , renvoya 
Cyrus en Perse. Cambyses et Mandane ^ ayant 
appris ce qu'il étoit , le reçurent et Pembrassè- 
rent , comme un enfant qu'ils avbient cru mort 
en naissant. Us lui demandèrent comment il avoit 
été conservé : Cjrrus leur répondit que , jusqu'a*- 
lors,il Tavoit ignoré, et qu'à cet égard il avoit 
été dans une très-grande erreur; qu'en chemin il 
avoit été instruit de ses malheurs; qu'il s'étoitcru 
fils du bouvier d'Asty âges, mais que depuis son 
départ , il avoit tout appiis de ses conducteurs. 
Il leur conta comment il avoit été nourri par 
Cyno, la femme du bouvier , dont il ne cessoit de 
se louer , et de répéter le nom. Son père et sa 



102 HISTOIRE D^HÉRODOTÉ. 
mère, 6e servant de ce nom pour persuader aux 
Perses que leur fils avoit été consenré par une 
permission particulière des Dieux y publièrent 
par-tout queCyrus ayant été exposé dans un lieu 
désert y une chienne TaToit nourri. Voilà ce qui 
donna lieu au bruit qui courut. 

CXXIII. Cyrus étant parvenu à Page viril , 
comme il étoit le^lus brave et le plus aimable des 
jeunes gens de soa âge^ Harpage, qui desiroit ar- 
demment se venger d'Astyagas, lui envoyoit des 
présens, et le pressoit de le seconder. Et^nt d'une 
condition privée , il ne voyoit pas qu'il lui fût 
possible de se venger par lui-m4sie de ce Prince; 
mais ^yant observé que Cyrus, en croissant , lui 
(3o6) donnoit l'espoir de la vengeance, et venant 
à comparer les aventures de ce Prince , et ses 
malheurs avec les siens , il s'attacha à lui , et se 
l'associa. Il avoit déjà pris quelques mesures , et 
il avoit su profiter des traitemens trop rigoureux, 
que le Roi faisoit aux M èdes , pour s'insinuer 
dans l'esprit des Orands , et leur persuada d'ôter 
la Couronne à Astyages, et de la mettre sur la 
têle de Oyrus. 

Cette trama ourdie, et tout étant prêt, Har^ 
page voulut découvrir à Cyrus son projet ; mais 
comme ce Pripoe étoit en Perse , et que les che* 
ipins étoient gardés , il ue put trouver , pour lui 
en faire part, d'autre expédient que celui-ci. 
S'étant fait apporter un lièvre, il ouvrit le ven- 
tre de cet animal d'une manière adroite, et sans 



C L I O. LIVRE I. io5 

en arracha le poil ; et dans l'état où il étoit , il y 
mit une lettre ^ où il avoit écrit ce qu'il avoit 
jugé à propos. L'ayant ensuite recoutpu , il le re- 
mit à cehii de ses domestiques en qni il avoit le 
plus de confiance ^ arec un filet ^ comme s'il eût 
été un chasseur, et lui ordonna de vive toix (a) 
de le porter en Perse, à Cyrus, et de lui dire, en 
le lui présentant, de l'ouvrir lui^mâme, et sans 
témoins. 

CXXIV. Le domestique ayant exécuté ses 
ordres , Cyins ourtit le lièvre ^ et y ayant trouvé 
une lettre, xl la hit. EUe étoit conçue en ces 
termes : a Fils de Cambysés, 1^ Dieux Veillent 
)> sur vans , autrement yaus ne seriez jamâis^ par* 
» venu à m» si haut degré de fortune : vengez- 
^ vous d'A&tyages, ratrB meurtrier : il atout fait 
)) pour voms èter la vie : si Vous vivez ^ c'est aux 
)) Dieux et à mcâ que vous le devez. Youê avez 
y> sans doute appris , il y a long-^tempst^ tout ce 
» qu:'il a fadt pour vous peordre , et ce qùé j'ai 
)> so^ert moi-ménike pour vou0 avoîï remiâ à Mi- 
» tradates , au lieu de Vous faire mourir. Si vous 
y> voulez suivre aujourd'hui me» conseils, tous 
» les Etats d'Astyages seront à vous. Portez les 
» Penrses à secoaer le jong^,- venez à leur tète 
» attaquerlesMèdes; l'entreprise vous réussira , 
» soit qu'Asfyages me donne lé commandement 



{à) Portas fait accorder à^w^ yhda-o'iK avec i'iJstveTv. Il 
faadra alors tradaire,'^^ de lui dire de bouche. 



1o4 HI8T0IRE D'HERODOTE. 
» des troupes qu'il envorra contre tous, soit qu'il 
» le confie à quelqu'autre des plus distingués 
D d'entre les Mèdes. Les principaux de la Nation 
^ seront les premiers à l'abandonner; iissejoin^ 
)» dront a yous^ et feront les plus grands efforts 
)» pour détruire sa puissance. Tout est ici disposé 
M pour l'exécution. Faites donc ce que je tous 
D mande, et faites-le sans différer )>• 

CXXV. Cyrus ayant lu cette lettre, ne songea 
plus qu'à chercher les moyens les plus sages pour 
engager les Perses à se révolter. Après y avoir 
bien réfléchi , voici ce qu'il imagina de plus ex-* 
pédient , et il s'y tint II écrivit une lettre con- 
forme à ^es vues , l'ouvrit dans l'assemblée des 
Perses , et leur en fit lecture. Elle portoit qu'As- 
tyages le déclaroit leur Gouverneur, a Mainte- 
» nant donc, leur dit-il, je vous commande de 
» vous rendre tous ici chacun avec une faulx ». 
Tels furent les ordres de Cyrus. Les Tribus qui 
composent la Nation Perse sont en grand nom * 
bre. Cyrus en convoqua quelques-runes , et les 
porta a se soulever contre les Mèdes. Ce sont celles 
qui ont le plus d'influence (3o7) sur tous les 
autres Perses j savoir , les Pasargades , les Mara- 
phiens et les Maspiens. Les Pasargades sont les 
plus illustres; les Achéménides , d'où descendent 
Ifs Rois de Perse, en sont une branche. LesPan- 
thialéens, les Dérusiéens, les (3o8) Germaniens 
spnt tous laboureurs. Les autres, savoir les Daens, 
les Marde^, les Dropiques et les Sagartiens, sont 

Nomades, 



C L I O. LIVRE I. io5 

Nomades ^ et ne s'occupent que de leurs trou- 
peaux. 

CXXVI. Lorsqu'ils se furent tous présentés 
armés de faulx-, Cyrus leur montrant un certain 
canton de la Perse y d'environ dix-huit à yingt 
stades, entièrement couvert de ronces et d'épines ^ 
leur commanda de l'essarter tout entier en un 
jour. Ce travail achevé , il leur ordonna de se 
baigner le lendemain y et de se rendre ensuite 
auprès de lui. Cependant ayant fait mener au 
même endroit tout le bétail (Sog) de son père , il 
le fit tuer et apprêter. Outre cela, il fit apporter 
du vin y et les mets les plus exquis pour régaler 
l'armée. Le lendemain , les Perses étant arrivés , 
il les fit asseoir sur l'herbe, et leur donna un 
grand festin. Le repas fini, Cyrus leur demanda 
laquelle de ces deux conditions leur paroissoit 
préférable, la présente ou celle de la veille. Ils 
s'écrièrent qu'il y avoit(3io) une grande difl'é* 
rence entre l'une et l'autre : que le jour précé- 
dent, ils avoient éprouvé mille peînesi, au lieu 
qu'actuellement , ils goûtoient toutes sortes de 
biens et de douceurs. Cyrus saisit cette réponse 
pour leur découvrir ses projets. c( Perses , leur 
» dit-il, tel est maintenant l'état de vos afiaires; 
» si vous voulez m'obéîr, vous jouirez de ces 
)) biens, et d'une infinité d'autres encore, sans 
^ être exposés à des travaux serviles. Si , au con* 
» traire , vous ne voulez pas suivre mes conseils, 
D voujs ne devez attendre que des peines sans 

Tome I. O 



lo6 HISTOIRE D^HéRODOTE. 
n nombre^ et pareilles à celles que tous souffrîtes 
» hier. Devenez donc libres en m^obéissant; car 
» il semble que je sois né, par un effet particu* 
» lier de la bonté des Dieux, pour vous faire jouir 
» de ces avantages : et d'ailleurs je ne vous crois 
)) nullement inférieurs aux Médes , soit dans ce 
)) qui concerne la guerre, soit en toute autre 
» chose. Secouez donc au plutôt le joug sous 
» lequel Astyages vous tient asservis)). 

CXXVII. Les Perses , qui depuis long-temps 
étoient indignés de se voir assujettis aux Mèdes , 
ayant trouvé un Chef, saisirent avec plaisir Toc 
casion de se mettre en liberté. Astyages ayant eu 
connoissance des menées de Cyrus, le manda 
auprès de lui par un exprès. Cyrus commanda 
au porteur de cet ordre de lui dire qu'il iroit le 
trouver plutôt qu'il ne souhaitoit Sur cette ré- 
ponse , Astyages fit prendre les armes à tous les 
Mèdes ; et , comme si les Dieux lui eussent ôté le 
jugement , il donna le commandement de son 
armée à Harpage, ne se souvenant plus de la 
manière dont il Favoit traité. Les Mèdes s'étant 
mis en campagne, en vinrent aux mains avec les 
P^ses. Tous ceux à qui Harpage n'avoit point 
fait part de ses projets se battirent avec courage. 
Quant aux autres, il y en eut une partie qui 
passa d'elle-même du côté des Perses; mais le 
plus grand nombre se comporta lâchement de 
dessein prémédité. 

CXXVIII. Astyages n'eut pas plutôt appris la 



C L I O. L I V n £ I. 107 

déroute honteuse des Mèdes y et que son armée 
étoit entièrement dissipée ^ qu'il s'emporta en 
menaces contre Cyrus. a Non , dit - il, Cyrus 
» n'aura pas sujet de s'en réjouir». Il n'en dit pas 
davantage ; mais il commença par faire mettre 
en croix (3 1 1) les Mages, interprètes des songes, 
qui lui avoient conseillé de laisser partir Cyrus. 
Il fit ensuite prendre les armes a ce qui restoit 
de Mèdes dans la ville , jeunes et vieux, les mena 
contre les Perses, et leur (Sia) livra bataille. Il 
la perdit avec la plus grande partie de ses troupes, 
et tomba lui-même entre les mains des ennemis* 
CXXIX. Horpage, charmé de le voir dans les 
fers, se présenta devant lui, l'insulta, et, entre 
autres reproches, lui ayant rappelé ce repas où il 
lui avoit fait servir la chair de son fils , il lui 
demanda quel goût (Si 3) il trouvoit à l'esclavage 
qui en étoit une suite , et s'il le préféroit i une 
Couronne. Astyages lui demanda à son tour s'il 
s'attribuoit l'entreprise de Cyrus. Harpage reprit, 
qu'il le pouvoit avec justice , piiisque c'étoit lui 
qui l'avoit prépiuré, en écrivant a ce Prince. 
Astyages lui fit voir qu'il étoit le plus inconsé- 
quent et le plus injuste de tous les hommes ; le 
plus inconséquent, puisque pouvant se faire Roi , 
si du moins il étoit l'auteur de la révolte actuelle, 
il avoit mis la Couronne sur la tête d'un autre; 
et le plus injuste, puisque, pour le repas dont il 
s'agissoit , il avoit réduit les Mèdes en servitude : 

en efiet, s'il étoit absolument nécessaire de don- 

O 2 



lo8 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
ner la Couronne à on autre y et s'il ne Touloit 
pas la garder pour lui-même , il auroit été plus 
juste de la mettre sur la tête d'un Mède que sur 
celle d'un Perse : qu'enfin , il aroit donné des 
fers i sa patrie, quoiqu'elle ne fût point cou- 
pable y et qu'il ayoit rendu les Perses maîtres des 
Mèdes y eux qui en avoient été les esclaves* 

CXXX. Asty âges perdit ainsi la Couronne, après 
un règne de trente-cinq ans. Les Mèdes, qui 
avoient possédé cent yingt-huit ans l'Empire de 
la Haute-Asie , jusqu'au fleure Halys , sans ce* 
pendant y comprendre le temps (5i4) qu'y ré- 
gnèrent les Scythes , passèrent sous le joug des 
Perses , à cause de l'inhumanité de ce Prince. H 
est vrai que, s'en étant repentis par la suite , ils 
le secouèrent sous Darius (a) ; mais ayant été 
yaincus dans un combat, ils furent de (3 1 5) nou- 
Teau subjugués. Cyrus et les Perses s'étant elon 
souleyés contre les Mèdes , sous le règne d'As- 
tyages , furent dès-lors maîtres de l'Asie. Quant 
à Astyages , Cyrus le retint près de lui jusqu'à sa 
mort, et ne lui fit point (3 16) d'autre mal. 

Telles furent la naissance de Cyrus , son édu- 
cation et la manière dont il monta sur le Trône. 
U battit dans la suite Crésus , qui lui ayoit fait 
le premier une guerre injuste, comme je l'ai déjà 
dit, et par la défaite de ce Prince , il devint 
maître de toute l'Asie. 

(a) SousDarias Nothus^l'an 4;3o6 de la période j ulieuac, 
4 08 ans ayant notre ère. 



C L I O. LIVRE I. 109 

CXXXI. Voici les coutumes qu^observent , à 
maconnoissance, les Perses. Leur usage n'est pas 
d'élever aux Dieux (5j 7) des statues, des temples^ 
des autels; ils traitent au contraire d'insensés ceux 
qui le font ; c'est y à mon avis y parce qu'ils ne 
croient pas, comme les Grecs, que les Dieux 
aient (3i8) une forme humaine. Ils ont coutume 
de sacrifier à (3ig) Jupiter sur le sommet des plus 
hautes montagnes, et donnent le nom de Jupiter 
à toute la circonférence du Ciel. Ils font encore 
des sacrifices au Soleil, à la Lune, à la Terre, au 
Feu , à l'Eau et aux Vents , et n'en ofirent de 
tout temps qu'à ces Divinités. Mais ils y ont joint 
dans la suite le culte de Vénus Céleste ou Uranie ^ 
qu^ils ont emprunté des Assyriens et des Arabes. 
Les Assyriens donnent à Vénus le nom deMylitta, 
les Arabes celui d'Alitta , et les Perses l'appellent 
(Sac) Mitra. 

CXXXn. Voici les rits qu'observent les Per- 
ses en sacrifiant aux Dieux dont je viens de par- 
ler. Quand ils veulent leur immoler des victimes , 
jils ne dressent point d'autel , n'allument point de 
feu , ne font pas de libations, et ne se servent ni 
de flûtes ni de bandelettes sacrées, ni d'orge mêlé 
avec du sel. Un Perse veut-il offirir im sacrifice à 
quelqu'un de ces Dieux? Il conduit la victime 
dans un lieu pur, et la tête couverte d'une tiare 
couronnée (Sai) , le plus ordinairement de myr- 
te, il invoque le Dieu. Il n'est pas permis à celui 
qui ofire le sacrifice de faire des vœux pour lui 



lio HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
seul en particulier : il faut qu'il prie pour la pro9* 
périté (331^) duRoi et celle de tous les Perses en 
général j car il est compris sous cette dénomina- 
tion. Après qu'il a coupé (Sas) la yictime par 
morceaux , et qu'il en a fait ( SaS ) bouillir la 
chair ^ il étend de l'herbe la plus tendre^ et 
principalement du trèfle. Il pose sur cette herbe 
les morceaux de la rictime , et les y arrange. 
Quand il les a ainsi placés y un Mage , qui est là 
présent, ( car sans Mage il ne leur est pas permis 
d'offirir un sacrifice ) un Mage, dis-je, entonne 
une Théogonie (Sai) ; c'est le nom qu'ils don- 
nent (3â5) à ce chant. Peu après, celui qui a 
efkrt le sacrifice emporte les chairs de la yic^ 
time , et en dispose comme il juge à propos. 

CXXXIII. Les Perses pensent deyoir célébrer 
plus particulièrement le jour de leur naissance > 
que tout autre, et qu'alors leur table (a) doit 
être garnie d'un plus grand nombre de mets. 
Ce jour-là les riches (3a6) se font servir un che* 
yal , un chameau , un âne et un bœuf entiers ^ 
rôtis aux fourneaux. Les pauvres se contentent 
de (337) menu bétaiL Les Perses mangent peu 
de viande, mais beaucoup de (3â8) dessert, qu'on 
apporte en petite (329) quantité à la fois. C'est 
ce qui leur fait dire que les Grecs en mangeant 
cessent seulement d'avoir faim ; parce qu'après 
le repas on ne leur sert rien de bon, et que si on 

(d) Voyez I4vre ix , 5- <î*x et ex. 



CLIO. LIVRE L iji 

leur en seryoit^ ils ne cesseroient pas de manger. 
Ils sont (35o} fort adonnés au yin, et il ne leur 
est pas permis de vomir , ni d^uriner devant le 
monde. Ils observent encore aujourd'hui ces usa- 
ges. Us ont coutume de délibère^ sur les affaires 
les plus sérieuses, après avoir bu avec excès. Mais 
le lendemain, le maître de la maison où ils ont 
tenu conseil , remet la même affaire sur le tapis 
avant que de boire. Si on l'approuve à jeun, ell« 
passe , sinon on l'abandonne. Il en est de même 
des délibérations faites à jeun , on les examine de 
nouveau IcnrsquW a bu avec excès. 

CXXXIY. Quand deux Perses se rencontrent 
dans les rues , on distingue s'ils sont de même 
condition , car ils se saluent en se baisant à la 
bouche ; si Pun est d'une naissance un peu infé- 
rieure à l'autre , ils se baisent seulement à la 
joue , et si la condition de l'un est fort au-dessous 
de celle de l'autre, l'inférieur se prosterne devant 
le supérieur. Les nations voisines sont celles qu'ils 
estiment le plus , toutefois après eux-mêmes. 
Celles qui les suivent occupent le second rang dans 
leur esprit, et réglant ainsi leur estime propor- 
tionnellement au degré d'éloignement , ils font 
le moins de cas des plus éloignées. Cela vient de 
ce que se croyant en tout d'un mérite supérieur, 
ils pensent que le reste des hommes ne s'attache 
à la vertu que dans la proportion dont on vient 
de parler, et que ceux qui sont les plus éloignés 
d'^ux sont les plus méchans. Sous l'empire des 



119 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
Mèdes il y avoit de la subordination entre les 
divers peuples. Les Mèdes les gouyemoient tous 
ensemble, aussi bien que leurs plus proches yoi^ 
sins* Ceux-^i commandoient à ceux qui étoient 
dans leur proximité, et ces derniers à ceux qui 
les touchoient. Les Perses, dont Pempire et Tad- 
ministration s'étendent au loin , ont aussi dans la 
même proportion des égards pour (a) les Peuples 
qui leur sont soumis. 

CXXXV. Les Perses sont les hommes les plus 
curieux des usages étrangers. Ils ont pris en effet 
l'habillement des Mèdes, s'imaginant qu'il est 
plus beau que le leur ; et dans la guerre ils se 
servent de cuirasses à l'égyptienne. Us se portent 
avec ardeur aux plaisirs de tout genre dont ils 
entendent parler , et ils ont emprunté des Grecs 
l'amour (33 1) des garçons. Ils épousent chacun 
plusieurs jeunes vierges ; mais ils ont encore un 
plus grand nombre de concubines. 

CXXXVI. Après les vertus guerrières , ils re- 
gardent comme un grand mérite d'avoir beau-^ 
coup d'enfans* he Roi gratifie tous les ans ceux 
qui en ont le plus. C'est dans le grand nombre 
qu'ils font consister la force. Us commencent à 
cinq ans à les instruire, et depuis cet âge jusqu'4 
vingt , ils ne leur apprennent que trois choses , 



(a) Les Peuples qui leur sont soumis. Cela n'est pas dans 
le grec-, }c l'ai ajouté y poar rendre plas sensible la pepsée 

la 



C L I O. LIVRE h ii3 

à (53 2) monter a cheval, à tirer de Fàrc et à dire 
la vérité. Avant l'âge de cinq ans un enfant ne se 
présente pas devant son père : il reste entre le^ 
mains des femmes. Cela s'observe, afin que, s'il 
meure dans ce premier âge , sa perte ne cause 
aucun chagrin au père. 

CXXXVII. Cette coutume me paroit louable ; 
j'approuve aussi la loi qui ne permet à per- 
sonne, pas même au Roi, de faire mourir nu 
homme pour un seul crime, ni à aucun Perse de 
punir un de ses esclaves d'une manière trop 
atroce pour une seule faute. Mais, si par un 
examen réfléchi il se trouve que les fautes du 
domestique soient en plus grand nombre et plus 
considérables que ses services , son maître peut 
alors suivre les mou ve mens de sa colère. Us as* 
surent que jamais personne n'a tué ni son père 
ni sa mèrej mais que toutes les fols que de pa- 
reils crimes sont arrivés, on découvre nécessai<- 
rement après d'exactes recherches, que ces enfant 
étoient supposés ou adultérins. Car il est , cour 
tinuent-ils , contre toute vraisemblance , qu'un 
enfant tue les véritables auteurs de ses jours. 

CXXX VIII. Il ne leur est pas permis de parler 
des choses qu'il n'est pas permis de faire. Us ne 
trouvent rien de si honteux que (333) de mentir , 
et après le mensonge , que de contracter des 
dettes, et cela pour plusieurs raisons , maissur- 
tou,t, parce que, disent-ils, celui qui a des dettes 
çient nicessairement. Un Citoyen infecté de U 
Tome L ? 



Il4 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
lèpre y proprement dite y ou de l'espèce de lèpre 
appelée (334) leucé y ne peut (335) entrer dans 
la ville y ni avoir aucune communication avec le 
reste des Perses: c'est , selon eux, une preuve 
qu'il a péché contre (536) le Soleil. Tout étranger^ 
attaqué de ces maladies, est chassé du (337) p^ys ; 
et par la même raison, ils n^y veulent point 
souffrir de pigeons blancs. Us n'urinent ni ne 
crachent dans les rivières ; ils ne s'y lavent pas 
même les mains y et ne permettent pas que per- 
sonne y fasse rien de semblable; car ils rendent 
un culte (338) aux fleuves. 

CXXXIX. Us ont aussi quelque chose de sin- 
gulier y qu'ils ne connoissent pas eux-mêmes ^ 
mais qui ne nous a point échappé. Leurs noms ^ 
qui sont empruntés y ou des qualités du corps , 
ou de la dignité des personnes y se terminent 
par cette même lettre y que les Doriens appellent 
San y et les Ioniens Sigma ; et , si vous y faites 
attention y vous trouverez que (33g) les noms des 
Perses finissent tous de la même manière, sans 
en excepter un seul. 

CXL. Ces usages (34o) m'étant connus y je puis 
en parler d'une manière affirmative ; mais ceux 
qui se pratiquent relativement aux morts, étant 
cachés, on n'en peut rien dire de certain. Us 
prétendent qu'on n'enterre point le corps d'un 
Perse , qu'il n'ait été auparavant déchiré par un 
oiseau (34 1) ou par un chien. Quant aux Mages, 
j'ai la certitude qu'ils observent cette coutume ; 



C L I O. LIVRE I. ii5 

car ils la pratiquent à la vue de tout le monde. 
Une autre chose que je puis assurer , c'est que 
les Perses enduisent (34 n) de cire les corps morts , 
et qu'ensuite ils les mettent en terre. 

Les Mages différent beaucoup des autres hom- 
mes, et particulièrement des Prêtres d'Egypte. 
Ceux-ci ont toujours les mains pures du sang 
des animaux , et ne tuent que ceux qu'ils im- 
molent aux Dieux. Les Mages , au contraire , 
tuent de leurs propres mains toutes sortes d'ani- 
maux y a la réserve de l'homme et du chien : ils 
se font même gloire de tuer également les (345) 
fourmis y les serpens et autres animaux, tant 
reptiles que volatiles. Mais quant à cet usage , 
laissons-le tel qu'il a été originairement établi , 
et reprenons le fil de notre narration. 

CXLL Les Lydiens n'eurent pas plutôt été 
subjugués par les Persçs, que les Ioniens et les 
Ëoliens envoyèrent à Sardes des Ambassadeurs à 
Cyrus y pour le prier de les recevoir au tiombre 
de ses Sujets , aux mêmes conditions qu'ils 
l'avoient été de Crésus. Ce Prince répondit à 
leur proposition par cet ( 344 ) apologue. Un 
joueur de flûte , leur dit-il , ayant apperçu des 
poissons dans la mer ^ joua de la flûte ^ s'ima- 
ginant qu'ils viendroient à terre : se voyant 
trompé dans son attente , il prit un filet^ enve- 
loppa une grande quantité de poissons, qu'il 
tira sur le bord ; et , comme il les vit sauter : 
(( Cessez y leur dit -il , cessez maintenant de 

P u 



Il6 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

D danser y puisque (345) tous n'ayez pas voulu 

1» le faire au son de la flûte »• 

Il tint ce discours aux Ioniens et aux Eoliens , 
parce qu'ayant fait auparavant solliciter les 
Ioniens par ses (a) Envoyés^ d'abandonner le parti 
de Crésus , il n'a voit pu les y engager, et qu^il ne les 
voyoit disposés à lui obéir y que parce qu'il étoit 
venu à bout de toutes ses entreprises. Telle fut 
la réponse qu'il leur fit dans sa colère. Sur le rap- 
port des Députés y les Ioniens fortifièrent chacun 
leurs villes y et s'assemblèrent tous au Panionium, 
à la réserve des Milésiens y les seuls avec qui 
Cyrus fit un traité , aux mêmes conditions que 
celles qui leur avoient été accordées par Crésus. 
Dans ce Conseil, il fut unanimement résolu d'en- 
voyer demander du secours à Sparte. 

CXLII. Ces Ioniens (6) y à qui appartient aussi 
le Panionium y ont bâti leurs villes dans la contrée 
la plus agréable que je connoisse, soit pour la 
beauté du ciel, soit pour la température (346) des 
saisons. En effet, les pays qui environnent l'Ionie, 
soit au-dessus, soit au-dessous, àl'Est ou à l'Ouest, 
ne peuvent entrer en comparaison avec elle , les 
uns étant exposés aux pluies et au froid, les 
autres aux chaleurs et à la sécheresse. Ces Ioniens 
n'ont pas le même dialecte 3 leurs mots ont quatre 

— — 1»^^— —^—a — ^— ^— I — —.— I ■■ I II -^— — ^.^^ 

(a) Voyez ci-dessus, 5. lxxvi. 

{b) Il s'exprime ainsi poar les distinguer des antres 
Ioniens ; et entr'autres des Athéniens. 



C L I O. L I V tl E li 117 

sortes (347) de terminaisons. Milet est la première 
de leurs yilles du côté du midi } et ensuite Myonte 
et Priène : elles sont en Carie , et leur langage 
<est le même. Ephése, Colophon^Lébédos, Téos, 
CIazomènes> Phocée sont en Lydie. Elles parlent 
entr'elles une même langue ^ mais qui ne s^ac- 
corde en aucune manière arec celle des yilles que 
je viens de nommer. Il y a encore trois autres 
Tilles loniènes , dont deux sont dans les îles de 
Samos et de Chios, et la troisième, qu'on appelle 
Erythres, est en terre ferme. Le langage de ceux 
de Chios et d'Erythres est le même; mais les 
Samiens ont eux seuls une langue particulière : 
tels sont les quatre idiomes qui caractérisent 
rionien. 

CXLIII. Parmi ces Ioniens , il n'y eut que les 
habitans de Milet qui y pour se mettre à couvert 
de (348) tout danger , firent un traité avec Cyrus. 
Quant aux Insulaires, ils n'avoient pour lors 
rien à craindre ; les Phéniciens n'étant pas encore 
soumis aux Perses, et ceux-ci n'ayant pas de 
marine. Les Milésiens au reste s'étoient séparés 
des autres Ioniens, parce que si tous les Grecs 
réunis étoient alors très * foibles , les Ioniens 
l'étoient encore plus , et parce qu'ils ne jouis* 
soient d'aucune sorte de considération. En effet, 
si l'on excepte Athènes , ils n'avoient pas une 
seule ville qui eût de la célébrité. Le reste des 
Ioniens et des Athéniens ne vouloient pas qu'on 
les appelât Ioniens ; ce nom leur déplaisoit , et 



Il8 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

même encore aujourd'hui la plupart (34g) roib* 
gissent de le porter. Les douze yilles dont je Tiens 
de parler s'en faisoient honneur. Elles fir^it cons- 
truire un Temple^ qu'elles appelèrent de leur 
nom Panionium , et prirent la résolution d^en 
exclure les autres yilles loniènes : les Smyméens 
furent les seuls qui demandèrent à y être reçus. 

CXLIV. Il en est de même des Doriens de la 
Penti^le, pays qui s'appeloit auparavant Hexa* 
pôle. Ils se gardent bien d'admettre au (35a) 
Temple Triopique aucuns Doriens de leur voisi- 
nage; et même s'il est arrivé à quelques-uns 
d'entr'eux de violer les loix de ce Temple , ils 
l'en ont exclu. En voici (35i) un exemple. Dans 
les jeux qui se célèbrent en l'honneur d'Apollon 
Triopien^ on proposoit autrefois des trépieds 
d'airain pour les vainqueurs. Mais il ne leur étoit 
pas permis de les emporter (359) du Temple j il 
falloit les y consacrer au Dieu. Un habitant d'Ha^ 
licamasse, nommé Âgasiclès, ayant obtenu le 
prix A ces jeux y emporta , au mépris de cette loi ^ 
le trépied dans sa maison y et l'y appendit. Les 
cinq villes Doriènes , Linde y lalyssos y Camiros y 
Cos et Cnide punirent Halicamasse y qui étoit la 
sixième , en l'excluant de leur association (353^). 

CXLV. Les Ioniens (353) se sont, je orois, 
partagés en douze Cantons y et n'en veulent pas 
admettre un plus grand nombre dans leur con- 
fédération y parce que dans le temps qu'ils habi- 
toient le Péloponnèse, ib étoient divisés en douze 



CLIO* LIVRE I. iiQ 

parties ^ de même que le sont encore maintenant 
les Achceens, qui les en ont chassés. Pellène est la 
première yille des Achaeens du c6té (354) de Si- 
cy one ; Fon trouve ensuite iSgire , Mges y que 
trarerse le Grathis, qui n'est jamais à sec , et qui 
a donné son nom à une riTière d'Italie. On voit 
après, Bure, Hélice, où les Ioniens se réfugièrent 
après avoir été défaits par les Achaeeus. Viennent 
ensuite (355) ^gium, Rhypes, Patres, Phares 
et Olenus qu'arrose le Pirus, rivière considé^ 
rable. Les deux dernières enfin sont Dyme et la 
ville des Tritéens, la seule qui soit située au 
milieu des terres. 

• CXLYI. Ces douce Cantons, qui sont aujour* 
d'hui aux Achœens , appartenoient alors aux 
Ioniens, et ce fut cette raison qui engagea ceux- 
ci à se bâtir douze villes en Asie. Ce seroit une 
insigne folie de dire que ces Ioniens sont plus 
distingués, ou d'une naissance (556) plus illustre 
que le reste des Ioniens ; car les (357) Abantes dé 
l'Eubée en font une partie assez considérable, et 
cependant ces peuples n'ont rien de commun avec 
les habitans de l'Ionie , pas même le nom. Ces 
Ioniens sont un mélange de (358) Minyens-Qrcho* 
menions, de Cadméens, de Dryopes, d'une por^ 
tion (35g) de (a) Phocidiens, de Molosses, d'Ar- 
cadiens-Pélasges, deDoriens-Epidauriens, et de 

■ ■ I ■ Il I I . I .1 1 1 I ■ — ^-^ I !■■ 

(a) Les Phocidiens étoient des peuples de la niocide^ 
les PhocéenS; les habitans de Fhooée en lonie. 



120 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
plusieurs autres Nations. Ceux d'entre ces peu-* 
pies y qui sortirent autrefois du Prytanée (566) 
des Athéniens, s^estiment les plus nobles et les plut 
illustres des Ioniens. Lorsqu'ils allèrent fonder 
cette colonie y ils ne menèrent point de femmes 
avec eux ; mais ils épousèrent des Cariènes , dont 
fia ayoient tué les pères. Ces femmes j furieuses 
du massacre de leurs pères, de leurs maris et de 
leurs enfans , et de ce qu'après (56 1) une telle 
action, ils les avoient épousées, s'imposèrent la loi 
de ne jamais prendre leurs repas ayec leurs maris^ 
et de ne jamais leur donneur ce nom ; loi qu'elles 
firent serment d'obserrer , et qu'elles transmirent 
à leurs filles : ce fut à Milet que cela se passa. 

ÇXLVII. Ces Ioniens élurent pour Roi , les 
uns des Lyciens , issus de Glaucus ( 36â ) > fils 
d'IIippolochus j les autres, des Caucons-Pyliens, 
qui desçendoient dp Çodr us , fils de Mélanthus ; 
d'autres enfin en prirent de l'uqe et de l'autre de 
ces detpc Maispns. Mc^s on me dira , sans doiite, 
que ce^ Ioniens sont pi us attachés à ce (a) nom que 
)e reste delà Nation. Qu'ils soient aussi les purs, 
les yéritables Ioniens, j'y consens. Cependant tous 
ceux qui sont originaires d'Athènes , et qui célè* 
brent la fête des Apaturies (363), sont aussi Io« 
liiens. Or ils la célèbrent tous, excepté les Ephé*' 
siens et les Colophoniens , qui en ont été exclus à 
pause d'un meurtre. 

W ■ ■ I I I I . I ■ ! 

(a) Celui 4'IomeiM. 

cxLvm. 



C L I O. LIVRE I. 121 

CXLVIII. LePanionium est un lieuaacré du 
mont Mycale y que les Ioniens ont dédié en com-. 
mun à Neptune (564) Héliconien. Il regarde le 
septentrion, Mycale est un promontoire du con- 
tinent^ lequel s'étend à l'Ouest vers Samos. Lea 
Ioniens s'y assembloient de toutes leurs yilles ^ 
pour célébrer une fête qu'ils appeloient (365) 
Panionies. Les fêtes des Ioniens ne sont pas les 
seules qui se terminent (a) par la même lettre ; 
elles ont cela de commun avec celles de tous les 
Grecs , et avec les noms (b) propres des Perses, 

CXLIX. Voilà ce que j'avois à dire concer* 
nant les yilles des Ioniens. Celles des Eolienssont 
Cyme, qu'on appelle aussi Phriconis, Larisses^ 
Neon-Tichos, Temnos, Cilla, Notium , iï)gi^ 
rousa , Pitane, ^gées, Myrine, Grynia. Ce sont 
la les onze ancienne yilles des Eoliens : ils en 
avoient douce aussi sur le continent ; mais le^ 
Ioniens leur (366) enlevèrent Smyrne. Le pays 
de ces Eoliens est meilleur que celui des Ioniens { 
mais quant à la température des saisons y il n'en 
approche pas. 

CL. Voici à quelle occasion les Eoliens perdi* 
rent Smyme. Des Colophoniens ayant eu du, 
désavantage dans une sédition , avoient été obli*» 
gés de s'expatrier. Les habitans de Smyrne leur 

(a) Le nom àçs fê^s chez les Grecs se termînoient par 
un jff comme Apaturia , Panionla , 8cc. 

(b) Les noms des Perses finissent par la letlre S : voyen 
ci- dessus y §. cixxiXt 

Tome t, Q 



133 HISTOIRE D^HÉRODOTE, 

donnèrent un asyle parmi eux. Quelque temps 
aprè» , ces fugitifs ayant obserré que les Smyr-r 
néens célébroient hors de leur yille une fête en 
rhonneurdeBacchus, ils en fermèrent les portes, 
et (367) s'en emparèrent. Les Eoliens vinrent 
tous au secours } mais enfin il fat arrêté , d'un, 
commun accord, qu'ils laisseroient les Ioniens eu 
possession de la yille , et que ceux* ci leur ren-> 
droient tous leurs effets mobiliers. . Les Smyr*^ 
néens ayant accepté cette condition , on les dis- 
tribua dans les onxe autres yilles Eoliènes , qui 
leur accordèrent le droit de cité. 

CLI. Telles sont les villes que les Eoliens pos^ 
sèdent actuellem^it en ferre ferme, sans y comp* 
ter celles qu'ils ont au mont Ida , parce qu'elles 
ne font point corps arec elles. Us ont aussi cinq 
yilles dans l'ile de Lesbos. Quant à la sixième , 
nommée Arisba, les Méthymnéens en ont réduit 
les habitans en esclavage , quoiqu'ils leur fussent 
unis par les liens du sang. Us ont aussi une ville 
dans l'tle de Ténédos , et une autre dans les iles 
qu'on appelle Hécatonnèses. Les Lesbiens et les 
Ténédiens n'avoient alors rien à craindre, non 
plus que ceux d'entre les Ioniens qui.habitoient 
dans les îles; mais les autres villes résolurent dans 
leur Conseil de suivre les Ioniens par-tout où ils 
voudroient les mener. 

CLII. Les ambassadeurs (a) des Ioniens et des 



(o) Voyez la fin du 5 cxli. 



C L I O. LIVRE I. ia3 

Eolîens , s'étant rendus à Sparte en diligence , 
choisirent aussi-tôt après leitr arrivée un Pho- 
téen , nommé Pythermus , pour porter la parole 
au nom de tous les autres. Pythermus se revêtit 
d'une robe (568) de pourpre , afin que sur cette 
nouvelle , les Spartiates se trouvassent à l'assem- 
blée en plus grand nombre. S'étant avancé au 
milieu d'eux, il les exhorta , par Un long discouraly 
à prendre leur défense ; mais les Lacédémonien», 
sans aucun égard pour leur demande , résolurent 
entr'eux de ne leur accorder aucun secours. Les 
Ioniens se retirèrent. Quoique les Lacédémoniens 
eussent refeté leur demande, ils ne laissèrent pas 
de faire partir sur un vaisseau à cinquante rames , 
des gens qui, à ce qu'il me semble, dévoient ob- 
server l'état où se trouvoicût les affaires de Cy- 
rus et de llonie. Lorsque ce vaisseau fut arrivé à 
Phocée, ces Députés envoyèrent à Sardes Lacri- 
nés , le plus considérable d'entr'eux , pour faire 
part à Cyms du décret des Lacédémoniens , qui 
portoit qu'il se gardât bien de faire tort i aucune 
Ville de la Grèce , qu'autrement Sparte ne le 
souffiriroit pas. 

CLIXI. Lacrinès ayant exécuté ses ordres , on 
dit que Gyîrus demanda aux Grecs , qui étoient 
présens , quelle sorte d'hommes c'étoit que les 
Lacédémoniens , et quelles étoient leurs forces , 
pour oser lui faire de pareilles défenses. Sur la 
réponse qu'ils lui firent , il parla ainsi au Héraut 
des Spartiates : oc Je n'ai jamais redouté cette 

Q 2 



1S4 HISTOIRE D'HERODOTE. 
» espèce de gens qui ont au milieu de leur yillie une 
» place , où ib s'assemblent pQur se tromper les 
» uns les autres par des sermens réciproques ; si les 
)) Dieux me conservent la santé , ils auront plus 
D sujet de s'entretenir de leurs malheurs que de 
)> ceux des Ioniens ». Cyrus lança ces paroles 
menaçantes contre tous les Grecs y parce qu'ils 
ont dans leurs yilles des places ou marchés y où 
l'on yend et où l'on achète , et que }es Perses 
n'ont pas coutume d'acheter ni de vendre ainsi 
dans des places y et que l'on ne voit point chez 
eux (36g) de marchés. Ce Prince donna ensuite 
le Gouvernement de Sardes à un Perse y nommé 
Tabalus y et ayant chargé Pactyas y Lydien y de 
(370) transporter en Perse les trésors de Crésus 
et des autres Lydiens y il retourna à Agbatanes y 
et emmena Crésus avec lui y ne faisant point (Sy 1 ) 
assez de cas des Ioniens , pour aller d'abord con- 
tr'eux. Babylone y les Bactriens y les Saces et les 
Egyptiens , étoient autant d'obstacles à ses des- 
seins, n résolut de marcher en personne contre ces 
Peuples y et d'envoyer un autre Général contre 
les Ioniens. 

CLiy . Cyrus ne fut pas plut6t parti de Sardes 
que Pactyas fit soulever les Lydiens contre ce 
Prince et contre Tabalus. Comme il avoit entre 
les mains toutes les richesses de cette ville ^ il (a) 
se rendit sur le bord de la mer y prit des troupes 

(a) Dans le grec : // descendit. 



C L I O. LIVRE 1. 126 

à sa solde^ engagea les Habitans de la c6te à s'ar- 
mer en sa faveur ; et marchant contre Sardes y il 
assiégea Tabalus , qui se renferma dans la cita- 
delle. 

CL V. Sur cette nouvelle , que Cyrus apprit en 
chemin, ce Prince dit à Crésus : a Quand verraî- 
)> je donc la fin de ces troubles ? Les Lydiens ne 
)) cesseront point , suivant toutes les apparences, 
» de me susciter des affaires , et de s'en faire à 
y> eux-mêmes. Que sais-je s'il ne seroit pas plus 
y> avantageux de les réduire en servitude? J'en ai 
)) agi, du moins (37 2) à ce qu'il me semble, comme 
» quelqu'un qui auroit épargné les enfans de 
» celui qu'il auroit fait mourir. Vous étiez pour 
» les Lydiens quelque chose de plus qu'un père, 
D je vous emmène prisonnier ; je leur ai remis 
D leur ville , et je m'étonne ensuite qu'ils se révol- 
n tent d ! Ce discours exprimoit la manière de 
penser de ce Prince : aussi Crésus , qui craignoit 
qu'il ne détruisît entièrement la ville de Sardes , 
et qu'il n'en transplantât ailleurs les habitans , 
reprit la parole, a Ce que vous venez de dire, Sei* 
» gneur , est spécieux ; mais ne vous abandonnez 
D pas entièrement aux mouvemens de votre 
D colère, et ne détruisez pointune ville ancienne, 
y> qui n'est coupable ni des troubles précédens, ni 
)) de ceux qui arrivent aujourd'hui. J'ai été la 
)) cause des premiers, et j'en porte (Sy?) la peine. 
}> Pactyas a offensé celui (374) à qui vous avez 
)) confié le Gouvernement de Sardes; qu'il en soit 



136 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
}) puni. Pardonnes aux Lydiens ; mais de crainte 
)) qu'à l'ayenir ils ne se soûlèrent y et qu'ils ne se 
» rendent redoutables ^ envoyés - leur défendre 
» d'avoir des armes chez eux y et ordonnejs-leur 
p de porter des tuniques (Sj5) sous leurs man- 
D teaux, de chausser des brodequins y de faire ap« 
» prendre k leurs enfans & jouer de la cithare /à 
» chanter y et les arts (576) propres à les rendre 
)) efféminés. Par ce moyen, Seigneur, tous verres 
3) bientôt des hommes changés en femmes, et il n'y 
» aura plus à craindre de révolte de leur part ». 

CLYI. Crésus lui donna ce conseil, qu'il 
croyoit plus avantageux pour les Lydiens, que 
d'être vendus comme de vils esclaves. U sentoit, 
qu'à moins de lui alléguer de bonnes raisons, il 
ne réussiroit pas à le faire changer de résolution : 
et d'ailleurs il appréhendoit que si les Lydiens 
échappoient au danger présent, ils ne se sou- 
levassent dans la suite contre les Perses , et n'at- 
tirassent sur eux une ruine totale. Ce conseil causa 
beaucoup de joie à Cyrus, qui , étant revenu de 
sa colère, témoigna à Crésus qu'il le suivroit. En 
même temps il manda un Mède, nommé Mazarès , 
lui ordonna de déclarer aux Lydiens l'avis que 
Crésus lui avoit suggéré , et de plus il lui com - 
manda de réduire en servitude tous ceux qui 
s'étoient ligués avec eux pour assiéger Sardes ; 
mais sur-tout de lui amener Pactyas vivant. Ces 
ordres donnés en chemin , il continua sa route 
vers la Perse. 



C L I O. LIVRE 1. ij2^ 

CL VII. Pactyas apprenant que Tarmee , qui 
marchoit contre lui , approchoit de Sardes , prit 
répouvante, et ge sauva à Cyme. Cependant Ma- 
zarès arriva à Sardes avec une très-petite partie 
de Tarmée de Cyrus j mais n^ ayant pas trouvé 
Pactyas, il fit d'abord exécuter les ordres du 
Roi : les Lydiens se soumirent , et changèrent 
leur ancienne manière de vivre. Il envoya ensuite 
^ Cyme sommer les habitans de lui livrer Pac* 
tyas. Il fut résolu dans l'assemblée des Cyméens 
qu'on enverroit consulter l'Oracle des (a) Bran- 
chides , sur le parti qu'il falloit prendre; car il y 
avoit la un ancien Oracle , auquel les Ioniens et 
les Ëoliens avoient tous coutume de recourir. Ce 
lieu est dans le territoire de Milet , au-dessus du 
port de Panormew 

CL VIII. Les Cyméens ayant envoyé des (b) 
Députés aux Branchides, demandèrent à l'Oracle 
de quelle manière ils dévoient se conduire à re- 
gard de Pactyas , pour se rendre agréables aux 
Dieux. L^Oracle répondit qu'il falloit le livrer aux 
Perses. Sur le rapport des députés , les Cyméens 
se disposèrent à rendre Pactyas j mais quoique le 
Peuple se mit en devoir de le faire , Aristodicus 
fils d'Héraclides , homme de distinction parmi 

(a) Voyez Livre v, 5. xxxvi. 

(6) Ogo^ypo'ïyo) sont ici des Députés qu'on envoie con- 
sulter les Oracles. Les Grecs les appeloient aussi eff»/)«). 
Il est eu ce sens dans l'CBdipe Roi, de Sophoclcs, vers 1 14 j 
el en cent antres endroits. 



is8 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
les citoyens de Cyme, s'opposa à cette résolotiony 
et empêcha qu'on ne la suirit^ jusqu'à ce qu'on 
eût fait au sujet de Pactyas une seconde dépu- 
talion y dans laquelle il fut admis y soit qu'il se 
défiât de l'Oracle j soit qu'il soupçonnât d'infi^ 
délité le rapport des Députés. 

CLIX. Les Députés étant arriyés aux Bran-^ 
chides , Aristodicus portant la parole pour eux, 
consulta le Dieu en ces termes : a Grand Dieu , 
» le Lydien Pactyas est venu chercher un asyle 
H parmi nous, pour éviter la mort dont le me-- 
n nacent les Perses. Us le redemandent ^ et nous 
D ordonnent de le remettre entre leurs mains f 
» mais quoique nous redoutions leur puissance y 
» nous n'avons pas osé, jusquHoi y leur livref ce 
)) suppliant, que nous n'ayons appris de vous 
)) avec certitude ce que nous devons faire )>. Le 
Dieu lui fit la même réponse y et lui commanda 
de rendre Pactyas aux Perses. Sur cela y Aristo- 
dicus alla (377) , de dessein prémédité , autour 
du temple, et enleva les moineaux et toutes les 
autres espèces d'oiseaux qui y avoient fait leurs 
nids. On raconte que , tandis qu'il exécutoit son 
dessein , il sortit du Sanctuaire une voix qui 
s'adressoit à lui , et lui disoit : a O le plus scélérat 
» de tous les hommes ! as-tu bien la hardiesse 
» d'arracher de mon temple mes supplians )) ? Et 
qu'Aristodicus , sans se déconcerter , lui répon- 
dit : c( Quoi ! grand Dieu , vous (a) protégée 

(f») Dans le grec : J^ous secourez. 

}) vous- 



C L I O. LIVRE I. 1^9 

» vous-même vos (SyS) supplions, et vous or- 
» donnez aux Cyméensde livrer le leur? Oui , je 
)) le veux, reprit la même voix; et, c'est afin 
» qu'ayant commis une impiété, vous en périssieas 
D plutôt, et que vous ne veniez plus consulter 
» rOracle pour savoir si vous devez livrer des 
)) supplians )) • 

CLX. Sur le rapport des Députés, les Gyméens 
envoyèrent Pactyas à My tilène , ne voulant ni 
s'exposer à périr (Syg) en le livrant , ni se fairo 
assiéger en continuant de lui donner un asyle. 
Mazarès ayant fait redemander Pactyas aux My- 
tiléniens , ils se disposoient à le lui remettre 
moyennant une certaine récompense, ce que je 
n'ose cependant assurer, parce que la convention 
n'eut pas lieu. Les Cyméens ayant eu connois- 
sauce des desseins des Mytiléniens , envoyèrent 
à Lesbos un vaisseau qui transporta Pactyas à 
Chios, 

Les faabitans de cette île (58o) l'arrachèrent 
du temple de Minerve (58 1) Poliouchos , et le 
livrèrent à Mazarès, à condition qu'on leur don- 
neroit l'Atamée , pays de la Mysie , vis-à-vis de 
Lesbos. Lorsque les Perses eurent Pactyas en 
leur puissance, ils le gardèrent étroitement à des- 
sein de le présenter à Cyrus. Depuis cet événe- 
ment, il se passa beaucoup de temps , sans que 
l^habitans de Chios osassent, dans les sacrifices, 
répandre sur la (3 8 2) tête de la victime , de l'orge 
d'Atfiurnée, ni offrir à aucun Dieu des gâteaux 
Tome /. R 



l3o HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

faits arec de la farine de ce canton, et qu'on (385) 
excluoit des temples tout ce qui en proyenoit. 

CLXL Les habitans de Chios n'eurent pas 
plutôt livré Pactyas y que Mazarés marcha contre 
ceux qui s'étoient joints à ce rebelle pour assiéger 
Tabalus. Il réduisit les Priéniens en servitude , 
fit une incursion dans la plaine du Méandre, et 
permit à ses soldats de tout piller. U traita de 
même la (a) Magnésie ; après quoi étant tombé 
malade, il mourut 

CLXn. Harpage lui succéda dans le comman-» 
dément de l'armée. Il étoit Mède de nation, aussi 
bien que Mazarés , et c'est celui à qui Astyages 
ayoit donné un repas abominable (6), et qui ayoit 
aidé Cyrus à s'emparer du Trône de Médie. Dès 
que Cyrus l'eut nonuné Général, il passa en 
lonie, et ayant forcé les habitans à se renfermer 
dans les villes, il s'en rendit ensuite maître par le 
moyen de cavaliers ou terrasses , qu'il fit élever 
près des murs. Phocée fut la première ville d'Ionie 
qu'il attaqua de la sorte. 

CLXIII. Les Phocéens sont les premiers chez 
les Grecs qui aient entrepris de longs voyages sur 
mer, et qui aient fait connottre la mer (384) 
Adriatique , la Tyrrhénie , l'Ibérie et Tartessus. 
Ils ne se servoient point de vaisseaux ronds, mais 

(a) C'est le territoire de Magnésie , ville située près du 
Méandre. 

(6) Voyei ci- dessus ; Ç. cxix. 




C L I O. LIVRE I. i3i 

de (385) Vaisseaux à cinquante rames. Etant 
arrivés à Tartessus y ils se rendirent agréables à 
Arganthonius (386)^ Roi des Tartessiens, dont le 
règne fut de quatre-vingts ans, et qui en vécut 
en tout cent vingt. Les Phocéens surent tellement 
se faire aimer de ce Prince y qu^il voulut d'abord 
les porter à quitter Tlonie , pour venir s'établir 
dans l'endroit de son pays qui leur plairoit le 
plus; mais n'ayant pu les y engager, et ayant 
dans la suite appris d'eux que les (387) forces 
de (a) Crésus alloient toujours en augmentant , 
il leur donna une somme d'argent pour entourer 
leur ville de murailles. Cette somme devoit être 
considérable , puisque l'enceinte de leurs murs 
est d'une vaste étendue, toute de grandes pierres 
jointes avec art (b). 

CLXIV. HaiTpage n'eut pas plutôt approché 
de la place, qu'il en forma le siège ^ faisant dira 
en même temps aux Phocéens qu'il seroit con- 
tent s'ils vouloient seulement abattre une (388) 
tour de la ville , et consacrer une (38g) maison. 
Comme ils ne pouvoient souffrir (Sgo) l'escla- 
Vage, ils demandèrent un jour pour délibérer sur 
sa proposition , promettant , après cela , de lui 
faire réponse. Us le prièrent aussi de retirer ses 

(a) Il y a dans le texte les forces de Çyrus, voyez 1a 
note. 

(b) Il y a après cela , dans le grec : C*est ainsi qué le mur 
(les Phocéens fut bâti, 

R a 



l3â HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
troupes de devant leurs murailles pendant qu'on 
seroit au Conseil. Harpage répondit que, quoi- 
qu'il n'ignorât pas leurs projets, il ne laissoit pas 
cependant de leur permettre de délibérer. Pen- 
dant qu'Harpage retiroit ses troupes de devant 
la ville, les Phocéens lancèrent leurs vaisseaux 
en mer , y mirent leurs femmes , leurs enfans et 
leurs meubles ; et de plus , les statues et les 
ofirandes qui se trouvèrent dans les temples, ex- 
cepté les peintures et les statues de bronze et de 
pierre. Lorsqu'ib eurent porté tous leurs effets à 
bord de ces vaisseaux, ils s'embarquèrent et firent 
voile à Chios : les Perses ayant trouvé la ville 
abandonnée , s'en emparèrent 

CLXV« Les Phocéens demandèrent à acheter 
les tles (Bnusses ; mais voyant que les habitans de 
Chios ne vouloient pas les leur vendre, dans la 
crainte qu'ils n'y attirassent le commerce au (a) 
préjudice de leur tle, ils mirent à la voile pour 
se rendre en Cyme (6), où vingt ans auparavant 
ils avoient bâti la ville d'Alalie pour obéir à un 
Oracle. D'ailleurs Arganthonius étoit mort dans 
cet intervalle. Ayant donc mis à la voile pour s'y 
rendre, ils allèrent d'abord à Phocée, et égor- 
gèrent la garnison qu'Harpage y avoit laissée. 
Faisant ensuite les plus terribles imprécations 
contre ceux qui se sépareroient de la flotte, ils 

(a) Dans le grec : Et que leur Ue n* en fût exclue. 
(h) Corse. 



C L I O. LIVRE I. i33 

jetèrent dans la mer une (5gi) masse de fer 
ardente^ et firent serment (Sgs) de ne retourner 
jamais à Phocée^ que cette masse ne revînt sur 
l'eau. Tandis qu'ils étoient en route pour aller en 
Cyme, plus de la moitié^ touchés de compas- 
sion, et regrettant leur patrie et leurs anciennes 
demeures, violèrent leur serment, et retour- 
nèrent à Phocée. Les autres, plus religieux, par- 
tirent des îles (ffnusses, et continuèrent leur route. 

CLXVI. Lorsqu'ils furent arrivés en Cyrne , 
ils élevèrent des temples, et demeurèrent cinq 
ans avec les Colons qui les avoient précédés; mais 
comme ils ravageoient et pilloient tous leurs voi- 
sins, les Tyrrhéniens et les Carthaginois mirent 
les uns (3g3) et les autres en mer, d'un commun 
accord, soixante vaisseaux. Les Phocéens ayant 
aussi équipé de leur côté pareil nombre de vais- 
seaux , allèrent à leur rencontre sur la mer de 
Sardaigne. Us ( 3g4 ) remportèrent la victoire , 
mais elle leur (3g5) coûta cher ; car ils perdirent 
quarante vaisseaux , et les vingt autres ne purent 
servir dans la suite, les éperons ayant été faussés. 
Ils retourpèrent à Alalie , et prenant avec eux 
leurs femmes, leurs enfans et tout ce qu'ils 
purent emporter du reste de leurs biens , ils aban- 
donnèrent l'île de Cyrne, et firent voile vers (3g6) 
Rhegium, 

CLXVII. Les Carthaginois et les Tyrrhéniens 
ayant tiré au sort les Phocéens qui avoient été 
faits prisonniers sur les vaisseaux détruits, ceux- 



l34 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
ci en eurent (397) un beaucoup plus grand nom« 
bve. Les uns et les autres les ayant menés & terre ^ 
les assommèrent & coups de pierres. Depuis ce 
teraps'là, ni le bétail , ni les bétes de charge , ni 
les hommes même y en un mot , rien de ce qui 
appartenoit aux Agylléens ne pouroit traverser 
le champ où les Phocéens ay oient été lapidés , sans 
avoir les membres disloqués y sans devenir per* 
dus, ou sanstomb^ dans une espèce d'apoplexie. 
Les Agylléens envoyèrent à Delphes pour expier 
leur crime. La Pythie leur ordonna de faire aux 
Phocéens de magnifiques sacrifices funèbres , et 
d'instituer en leur honneur des jeux gymniques 
et des courses de chars. Les Agylléens observent 
encore maintenant ces cérémonies. Tel fut donc 
le sort de ces Phocéens. Ceux qui s'étoient réfu- 
giés à Rhégium, en étant partis, bâtirent (SgS) 
dans les campagnes d'QSnotrie la ville qu'on 
appelle aujourd'hui Hyèle. Ce fut par le conseil 
d'un habitant de Posidonia , qui leur dit que la 
Pythie ne leur avoit pas ordonné, par sa répons^ 
d'établir une colonie dans l'île de Cyrne , mais 
d'élever un monument au (Sgg) Héros Cyr- 
nus (a). 



(a) Il y a dans le grec : Ce qui regarde Pkocie en lonie 
êe passa de fa sorte. Hérodote finit presqae toujoars sa 
narration par ces mots : Voilà ce qui arriva » &c. oa bien 
il termine an discours par ceux-ci : Ainsi parla un tel. ... 
Homère s'exprime toujours de même* Ces répétitions , 
bien loin d'avoir de la grâce en françoiS| rendent la narra* 



C L I O. LIVRE I. i56 

CLXVIU. Les Téiens se conduisirent à-peu- 
près comme les Phocéens. En effet Harpage ne 
se fut pas plutôt rendu maître de leurs murs , par 
le moyen d'une terrasse , qu'ils s^embarquèrent 
et passèrent en Thrace y où ils bâtirent la yille 
d'Abdéres. Timésias de Clazomènes (4oo) l'avoit 
fondée auparavant ; mais les Thraces l'ayant 
chassé y il n'en jouit pas. Les Téiens d'Abdères 
lui rendent maintenant des honneiurs comme à 
un Héros. 

CLXIX. Ces peuples furent les seuls parmi les 
Ioniens y qui aimèrent mieux abandonner leur 
patrie que de porter le joug. Il est vrai que le 
reste des Ioniens y si l'on excepte ceux de Milet y 
en vinrent aux mains avec Harpage , de même 
que ceux qui avoient quitté l'Ionie^ et qu'ils don* 
nèrent des preuves de leur valeur y en défendant 
chacun sa patrie; mais ayant été vaincus et étant 
tombés en la puissance de l'ennemi y ils furent 
contraints de rester dans le pays , et de se sou-^ 
mettre au vainqueur. Quant aux Milésiens y ils 
avoient, comme je l'ai dit plus haut(â(), prêté 
serment de fidélité à Cyrus, et jouissoient d'une 
parfaite tranquillité. L'Ionie fut donc ainsi ré*- 
duite en esclavage pour la seconde (b) fois. Les 

lion froide et Ungaissante \ et c'est ce qui m'a fait prendre 
le parti de les sapprimer. 

(a) Voyex ci-dessas, §. cxli. 

(6) £lle ayoit été subjngoée pour la première fois par 
Crésus. ^/c« ci-dessus,^, yi, xxviii. 



156 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 
Ioniens qui habitoient les fies y craignant un sort 
pareil i celai qullarpage ayoit fait épronyer à 
ceox du continent) se rendirent d'eux-mêmes 
k Cjrros* 

CLXX. Qnoiqa'accablés de manx , les Ioniens 
ne s'en assembloient pas moins au Panionium. 
Bias de Priène leur donna , comme je l'ai appris ^ 
un conseil très-ayantagenx, qui les eût rendus les 
plus heureux de tous les Grecs , s'ils eussent youla 
le suiyre. Il les exhorta à s'embarquer tous en-» 
semble sur une même flotte ^ à se rendre en Sar*- 
daigne, et à y fonder une seule yille pour tous les 
Ioniens. U leur fit yoir que y par ce moyen y ils 
^rtiroient d'esclayage, qu'ils s'enrichiroient y et 
qu'habitant la plus grande de toutes les îles y les 
autres tomberoient en leur puissance ; au lieu que 
s'ils restoient en lonie y il ne yoyoit pour eux 
aucune espérance de recouyrer leur liberté. Tel 
fut le conseil que donna Bias aux Ioniens y après 
qu'ils eurent été réduits en esclarage ; mais avant 
que leur pays eût été subjugué, Thaïes de Milet, 
dont les ancêtres (4oi) étoient originaires dePhé^ 
nicie, leur en donna aussi un qui étoit excellent. 
Ce fut d'établir à Téos, au centre de l'Ionie, un 
Conseil général pour toute la Nation, sans pré-» 
judicier au Gouvernement des autres villes , qui 
n'en auroient pas moins suivi leurs usages par* 
ticuliers , que (a) si elles eussent été autant de 
Cantons difiërens. 

(a) Il faut touseoUudre li arapt Karâirtf, 

CLXXI. 



C L I O. LIVRE I. i37 

CLXXI. Harpage ayant subjugué riouie , 
marcha contre les Cariens , les (a) Cauniens et 
les Lyciens , avec un renfort de troupes que lui 
avoient fourni les Ioniens et les Edliens. Les Ca-^ 
riens avoient passé des îles sur le continent } ils 
avoient été anciennement sujets de Minos : on les 
appeloit Léléges. Ils habitoient (4o9) alors les îles, 
et ne pay oient aucune sorte de tribut, autant que 
j'ai pu rapprendre par les plus anciennes tradi- 
tions ; mais ils fournissoient à Minos des hommes 
de mer, toutes les fois qu'il en avoit besoin. Penr 
dant que ce Prince, heureux a la guerre, éten- 
doit au loin ses conquêtes , les Cariens acquéroient 
de la célébrité, et se distinguoient plus que tous 
les peuples connus jusqu'alors. On leur doit trois 
inventions, dont les Grecs ont fait depuis usage. 
Ce sont en effet les Cariens qui, les premiers, ont 
enseigné à mettre des panaches (4o3) sur les cas- 
ques, qui ont orné de figures leurs boucliers , et 
qui ont ajouté une (4o4) anse de cuir à cette arme 
défensive ; car, jusqu'alors , tous ceux qui avoient 
coutume de se servir du bouclier, le gouvernoient 
par le moyen d'un baudrier de cuir, qui le tenoit 
suspendu au col et sur l'épaule gauche. Long« 
temps après, (4o5) les Doriens et les Ioniens chas« 
sèrent les Cariens des îles , et c'est ainsi que les 



■•-^- 



(a) Dans Védition do Gronovias il y a les Caaconiens ; 
mais voyez la note de M. Wesseling. L'édition d'Âlde, la 
première de toutes, porte; aiosi ^ae celle de Ucm'i Etienne 
1 570 , les Cauniens* 

Tome I. S 



l38 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
Cariens passèrent sur le continent. Voilà ce que 
U^s Cretois racontent des Cariens } mais ceux-ci 
pensent difTéremment sur leur origine. Ils se di- 
sent (a) nés dans le continent m^me, et croient 
qu'ils n'ont jamais porté d'autre (4o6) nom que 
celui qu'ils ont présentement Ils montrent aussi 
à Mylasses un ancien temple de (407) Jupiter Ca* 
rieu j où ils n'admettent que les Mysiens et les 
Lydiens ^ a cause de l'affinité qu'ils ont avec ces 
peuples. Ils disent en effet que Lydus et Mysus 
étoient frères de Car } et ce motif les leur a fait 
admettre dans ce temple y d'où sont exclus ceux 
de toute autre Nation y quoiqu'ils parlent la 
même langue. 

CLXXII. Quant aux Cauniens y il me semble 
qu'ils sont Autochtbones y quoiqu'ils se disent 
originaires de Crète. S'ils ont formé leur langue 
sur celle des Cariens y ou les Cariens sur celle des 
Cauniens , je ne puis en juger avec certitude. Ils 
ont cependant des coutumes bien différentes de 
celles des Cariens et du reste des hommes. Il est 
chez eux très-honnéte de s'assembler pourboire, 
hommes, femmes et enfans y suivant les liaisons 
que forment entr'eux l'âge et l'amitié. Ils avoient 
des Dieux étrangers ; mais ayant changé de sen-- 
timent à leur égard, il fut résolu qu'on n'adres- 
seroit à l'avenir ses vœux qu'à ceux du pays. 
Toute la jeunesse (4o8) Cauniène se revêtit donc 

(a) Dans le grec : Autoclithonet^ 



C L I O. LIVRE I. iSg 

de ses armes y et frappant l'air de ses piques , 
elle les accompagna jusqu'aux frontières des 
Calyndiens^ en criant qu'elle chassoit les Dieux 
étrangers. 

CLXXIII. Les Lyciens sont originaires de 
Crète et remontent à la plus haute antiquité ; 
car dès les tems les plus reculés cette ile toute 
entière n'étoit occupée que par des (4o9) bar- 
bares. Sarpédon et Minos ,* tous deux fils d'Eu- 
rope, s'en disputèrent la souveraineté. Minos eut 
l'avantage , et Sarpédon fut chassé avec tous ceux 
de son parti. Ceux-ci passèrent dans la Milyade y 
canton de l'Asie; car le pays qu'habitent au* 
jourd'hui les Lyciens s'appeloit autrefois Mi- 
lyade, et les Milyens portoient alors le nom de 
Solymes. Tant que Sarpédon régna sur eux , on 
les appela Termiles , nom qu'ils avoient apporté 
dans le pays , et que leurs voisins leur donnent 
encore maintenant. Mais Lycus, fils de Pan- 
dion, ayant été aussi chassé d'Athènes par son 
frère Egée, et s'étant réfugié chez les Termiles 
auprès de Sarpédon, ces peuples s'appelèrent 
avec le tems Lyciens , du nom de ce Prince. Ils 
suivent en partie les loix de Crète , et en partie 
celles de Carie. Ils en ont cependant une qui leur 
est tout-à-fait particulière , et qui ne s'accorde 
avec aucune de celles des autres hommes; ils 
prennent en efiet le nom de leurs (4io) mères, 
au lieu de celui de leurs pères. Si l'on demande 
a un Lycien de quelle famille il est, il fait la 

S 2 



l4o HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
généalogie de sa mère , et des aïeules de sa mère. 
Si une femme du pays épouse un esclare, ses 
enfans sont réputés nobles. Si au contraire un 
citoyen , celui même du rang le plus distingué , 
se marie i une étrangère ou prend une conçu* 
bine, ses enfans sont exclus des honneurs. 

CLXXIV". Les Cariens furent réduits en ser- 
vitude par Harpage, sans avoir rien fait de mé- 
morable. Ils ne furent pas les seub. Tous les 
Grecs qui habitent ce pays ne se distinguèrent 
pas davantage. On compte parmi eux les Cnidiens , 
Colonie de Lacédémone* Leur pays , qu'on ap- 
pelle Triopi um, regarde la mer. La Bybassie (4 1 1 ) 
commence à la péninsule^ et toute la Cnidie^ si 
Ton en excepte un petit espace , est environnée 
par la mer ; au nord , par le golfe Céramique ; 
au midi, par la mer de Syme et de Rhodes. C'est 
ce petit espace , qui n'a environ que cinq stades 
d'étendue, que les Cnidiens voulant faire de leur 
pays une île, entreprirent de creuser pendant 
qu'Harpage étoit occupé à la conquête de l'Ionie ; 
car tout leur territoire étoit en dedans de (4iâ) 
l'isthme, et ne tenoit au continent que par cette 
langue de terre qu'ils vouloient couper. Ils em- 
ployèrent un grand nombre de travailleurs ; mais 
les éclats de pierre les blessant en différens en- 
droits, et principalement aux yeux, d'une ma* 
nière si extraordinaire, qu'il paroissoit bien qu'il 
y avoit là quelque chose de divin, ils envoyèrent 
demander a Delphes quelle étoit la puissance qui 



C L I O. L I V R £ I. ]4i 

s^opposoit à leurs efforts. La Pjrthie , comme les 
Cnidiens le disent eux-mêmes , leur répondit en 
ces (a) termes : « Ne fortifiez pas l'Isthme , et ne le 
» creusez pas. Jupiter auroit (4i5) fait une tle 
» de Totre pays, si c'eut été saTolonté ». Sur 
cette réponse de la Pythie les Cnidiens cessèrent 
de creuser , et lorsqu'Harpage se présenta avec 
son armée, ils se rendirent sans combattre, 

CLXXV. Les Pédasiens habitent le milieu des 
terres au-dessus d'Halicamasse. Toutes les fois 
que ces peuples et que leurs voisins sont me- 
nacés de quelque malheur , une longue barbe 
(4i4) pousse à la Prétresse de Minerve. Ce pro- 
dige est arrivé trois fois. Les Pédasiens furent 
les seuls peuples de Carie qui résistèrent (4i5) 
long • temps à Harpage, et qui lui causèrent 
beaucoup d'embarras , en fortifiant la montagne 
de Lida ; mais enfin ils furent subjugués. 

CLXXVL LesLyciens allèrent au-devant 
d'Harpage , dès qu^il parut avec son armée dans 
les plaines de Xanthus. Quoiqu'ils ne fussent 
qu'une poignée de monde en comparaison des 
ennemis , ils se battirent , et firent des prodiges 
de valeur. Mais ayant perdu la bataille , et se 
voyant forcés de se renfermer dans leurs murs^ 
ils portèrent dans la citadelle leurs richesses , et 
y ayant rassemblé leurs femmes , leurs enfans et 
leurs esclaves , ils y mirent le feu , et la rédui- 



(a) Dans le grec : JEn vers trimètreê. 



)44 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
avec ses eaux une grande quantité de bitume : 
on en tira celui dont furent cimentés les murs de 
Babylone. 

CLXXX. L^uphrates trarerse cette rille par 
le (a) milieu y et la partage en deux quartiers (6), 
Ce fleuve est grand y profond et rapide ; il vient 
(434) de l'Arménie 9 et se jette dans la mer 
Erythrée (c). L'une et Vautre (4a6) muraille 
forme im coude (436) sur le fleuve. A cet endroit 
commence un mur de briques cuites, dont sont 
bordés les deux côtés del'Ëuphrates. Les maisons 
sont à (437) trois et quatre étages. Les rues 
sont (d) droites 9 et coupées par d'autres qui 
aboutissent au fleuve. En face de celles-ci on a 
pratiqué dans le mur construit le long du fleuve , 
de petites portes pareillement d'airain y par où 
Von descend sur ses bords. Il y en a autant que 
de rues de traverse. 

CLXXXI. Le mur (428) extérieur sert de (429) 
défense. L'intérieur n'est pas moins fort ; mais il 
est plus étroit. Le centre de cbacun de ces deux 
quartiers de la ville est remarquable ; l'un y par 
le Palais du Roi y dont l'enceinte est grande et 
bien fortifiée } l'autre par le (43o) lieu consacré 
à Jupiter Bélus, dont les portes sont d'airain ^ 
et qui subsiste encore actuellement. C'est un 

mm II 1 . I t 1 ■ ■ 

(a)Dunordaa8ud9Plodor.Sical.liv.ii,^.viii,p. ia|, 

(b) L'an est â l'est, l'autre h l'ouest , id. ibid. 

(c) Le golfe Persîqae. 

(^ Ces rues sont parallèles au fleuve. 

quarré 



'• f 



C L 1 O. LIVRE I. i45 

quarré régulier , qui a deux stades en tout sens. 
On voit au milieu une tour massive , qui a un 
stade tant en longueur qu'en largeur; sur cette 
tour s'en élève une autre , et sur cette seconde 
encore une autre, et ainsi de suite; de sorte que 
l'on en compte jusqu'à huit On a pratiqué en 
dehors des degrés qui vont en tournant y et par 
lesquels on monte à chaque tour. Au milieu de 
cet escalier on trouve une loge et des sièges, où 
se reposent ceux qui montent. Dans la d^nièro 
tour est une grande Chapelle , dans cette Cha- 
pelle un grand lit (a) magnifique y et près de ce 
lit une table d'or. On n'y voit point de statues. 
Personne n'y passe la nuit, à moins que ce ne 
soit une femme du pays , dont le Dieu a fait 
choix, comme le disent les Chaldéens (43i)^ 
qui sont les Prêtres de ce Dieu. 

CLXXXII. Cçs mêmes Prêtres ajoutent que le 
Dieu vient lui-même dans la Chapelle , et qu'il 
se repose sur le lit. Cela ne me paroît pas (43â) 
croyable. La même chose arrive à Thèbes (435) 
en Egypte , s'il faut en croire les Egyptiens ; car 
il y couche une femme dans le temple de Jupiter 
Thébéen , et l'on dit que ces deux (b) femmes 
n'ont commerce avec aucun homme. La même 



(ci) Dans le grec : Bien garni. 

(b) Les femmes qa'oti en fer moi t dans la Chapelle du 
Temple de Jupiter Bélus. à Babylone, et dans le TempW 
de Jupiter Thébéen, à Thèbes ea Egypte. 
Tome l. T 



i46 HISTOIRE d'Hérodote. 

choee s'obsenre aoMi à Patares en Lycie , lorsque 
le Diea honore cette ville de sa présence. Alors on 
enferme la grande Prétresse la nnit dans leTem- 
pie ; car il ne rend (454) point en ce lien d'Oracles 
en tout temps. 

CLXXXIII. Dans ce Temple de Babylone y il 
y a une autre Chapelle en bas , où l'on yoit une 
grande statue d'or , qui représente Jupiter assis* 
Près de cette statue est une grande table d'or. L^ 
trône et le marchepied sont du même métal. Le 
tout au rapport des Chaldéens, vaut (a) huit cents 
talens d'or. On yoit hors de cette Chapelle un 
Autel d'or , et outre cela , un autre Autel très- 
grand y sur lequel on immole des (6) victimes 
d'un âge fait; car il n'est permis de sacrifier sur 
l'Autel d'orque des animaux encore à la mamelle. 
IjCs Chaldéens brÀl^it aussi sur ce grand Autel y 
tous les ans^ à la fête de ce Dieu, mille (c) talens 
pesant d'encens. Il y ayoit encore en ce temps- 
là , dans l'enceinte sacrée y une statue d'or massif 
de douce coudées de haut Je ne l'ai point rue; je 
me contente de rapporter ce qu'en disent les 
Chaldéens. Darius, fils d'Hystaspes, forma le pro- 
jet de l'enlever ; mais il n'osa l'exécuter. Xerxès, 
fils de Darius y fit tuer le Prêtre qui s'opposoit a 
•on entreprise, et s'en (435) empara. Telles sont 

(a) 56^iGo,ooo liv. de notre monnoie. 
(&) Dans le grec : Du hétaiL 

(c) 5i45a liyref, qaatre onces^ cinq gros, vln^t-quAtre 
grains. 



C L I O. LIVRE I. i47 

les richesses de ce ( a ) Temple. On y voit aussi 
beaucoup d'autres offrandes particulières. 

CLXXXIV. Babylone a eu un grand nombre 
de Rois ^ dont je ferai mention dans mon (456) 
Histoire d'Assyrie. Ce sont eux qui ont environné 
cette ville de murailles ^ et qui l'ont embellie par 
les temples qu'ils y ont élevés. Parmi ces Princes 
ou compte deux reines. La première précéda 
l'autre de cinq générations ; elle s'appeloit (457) 
Sëmiramis.EUe fit faire ces digues remarquables , 
qui retiennent l'Euphrates dans son lit ^ et l'em^ 
pèchent d'inonder les campagnes , comme il le 
faisoit auparavant. 

CLXXXV. La seconde Reine, nommée Nito- 
cris , étoit plus prudente que la première. Parmi 
plusieurs ouvrages dignes de mémoire , dont je 
vais parler, elle fit celui-ci. Ayant remarqué que 
les Mèdes, devenus puissans, ne pou voient rester 
(458) en repos, qu'ils (439) s'étoient rendus maî- 
tres de plusieurs villes , et eotr'autres de Ninive j 
elle se fortifia d'avance contr'eux , autant qu'elle 
le put. Premièrement, elle fit creuser des canaux 
au-dessus de Babylone. Par ce moyen l'Euphra- 
tes, qui traverse la ville par le milieu , de droit 
qu'il étoit auparavant, devintobliqueettortueux, 
au point qu'il passe trois fois par Ardéricca (44o), 
bourgade d'Assyrie j et encore maintenant ceux 

(a) Ce n'esl poiul le Icmplc proprement dît , maïs Tec- 
ccintc sacrée. 

T 2 



14^ HISTOIRE D'HERODOTE. 

» 

qui se transportent de ( a ) cette mer-ci à Baby- 
lone, rencontrent, en descendant l'Ëuphrates, ce 
l>ourg trois fois en trois jours. 

Elle fit faire ensuite de chaque côté une levée 
digne d'admiration , tant pour sa largeur que pour 
sa hauteur. Bien loin au-dessus de Babylone, et à 
une petite distance du fleuve , elle fit creuser 
(44i)un lac destiné à recevoir les eaux du fleuve, 
quand il vient à se déborder. Il avoit quatre 
cent vingt stades (443) de tour ; quant à la pro- 
fondeur, on le creusa jusqu'à ce qu'on trouvât 
l'eau. La terre qu'on en tira , servit à relever les 
bords de la rivière. Ce lac achevé , on en revêtit 
les bords de pierres. Ces deux ouvrages , savoir , 
TEuphrates rendu tortueux et le lac, avoient pour 
but de ralentir le cours de ce fleuve , en brisant 
son impétuosité par un grand nombre de sinuo- 
sités , et d'obliger ceux qui se rendroient par eau 
à Babylone, d'y aller en faisant plusieurs détours, 
et de les forcer, an sortir (445) de ces détours , 
a entrer dans un lac immense. Elle fit faire ces 
travaux dans la partie de ses Etats la plus expo- 
sée aux irruptions des Modes , et du côté où ils 
ont moins de chemin à faire pour entrer sur ses 
terres, afin que, n'ayant point de commerce avec 
les Assyriens , ils ne pussent prendre aucune con- 
noissance de ses affaires. 

CLXXXVI. Ce fut ainsi que cette Princesse 



(a) La Méditerranée ; mais voyc» la note 44o. 



C L I 0. LIVRE I. i4g 

( 444 ) fortifia son pays. Quand ces ouvrages fu- 
rent achevés , voici ceux qu^elle y ajouta : Baby- 
lone est divisée en deux parties , et TEuphratés 
la traverse par le milieu. Sous les Rois précédens, 
quand on vouloit aller d'un côté de la ville à Tau- 
tre, il falloit nécessairement passer le fleuve en 
bateau ; ce qui étoit, à mon avis, fort incommode. 
Nitocris y pourvut } le lac qu'elle creusa pour ob* 
vier (445) aux débordemens du fleuve, lui permit 
d'ajouter à ce travail un autre ouvrage qui a éter- 
nisé sa mémoire. 

Elle fit tailler de grandes pierres, et lorsqu'elles 
furent prêtes à être mises en œuvre, et que le lac 
eut été creusé, elle détourna les eaux de l'EupTira- 
tes dans ce lac (446). Pendant qu'il se remplissoit, 
l'ancien lit du fleuve demeura à sec. Ce fut alors 
qu'on (447) en revêtit les bords de briques cuites 
en dedans de la ville , ainsi que les descentes qui 
conduisent des petites portes à la rivière , et l'on 
s'y prit comme l'on avoit fait pour construire le 
mur : on bâtit aussi au milieu de la ville (448) un 
pont avec les pierres qu'on avoit tirées des carriè- 
res, et on les lia ensemble avec du fer et duplomb. 
Pendant le jour on y passoit sur des pièces de bois 
quarrées , qu'on retiroit le soir, de crainte que les 
habitans n'allassent de Fun et de l'autre côté du 
fleuve, pour se voler réciproquement. Lorsqu'on 
eut fait passer (449) dans le lac les eaux du fle uve, 
on travailla au pont. Le pont achevé, on fit ren- 
trer l'Euphrates dans son ancien lit , et ce fut 



l5o HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
alors que les Babyloniens s'apperçurent de Tutî- 
lité du lac ^ et qu'ils reconnurent la commodité 
du pont. 

CLXXXVII. Voici la ruse qu^imagina aussi 
cette même Reine : ellese fit ériger un tombeau sur 
la terrasse d'une des portes de la ville les plus fré* 
quentées ^ avec l'inscription suivante , qu'on y 
grava par son ordre. « Si quelqu'un des Rois qui 
» me succéderont à Babylone (45o) vient à man- 
)) quer d'argent, qu'il ouvre ce sépulcre , et qu'il 
» en prenne autant qu'il voudra ; mais qu'il se 
» garde bien de l'ouvrir par d'autres motifs , et 
» s'il n'en a du moins un grand besoin : cette in^ 
» fraction lui seroit (45 1) funeste ». > 

Cetombeau demeura fermé jusqu'au règne de 
Darius } mais ce Prince , s'indignant de ne pas 
faire usage de cette porte, parce qu'il n'auroit pu 
y passer sans avoir un corps mort sur sa tête, et 
de ne point se servir de l'argent qui y étoit en 
dépôt , et qui sembloit l'inviter à le prendre , le 
fit ouvrir j mais il n'y trouva que le corps de Ni- 
tocris, avec cette inscription : « Si tu n'avoispas 
» été insatiable d'argent, et avide d'un gain hon- 
» teux, tu n'aurois pas ouvert les tombeaux (452) 
^ des morts », 

CLXXXVni. Ce fut contre le fils de cette 
Reine que Cyrus fit marcher ses troupes. Il étoit 
roi d'Assyrie , et s'appeloit Labynète , de même 
que son père. Le grand Roi (453) ne se met point 
en campagne , qu'il n'ait avec lui beaucoup de 



CLIC. LIVRE I. ]5i 

virres et de bétail , qu'il tire de son pays. On 
porte aussi à sa suite de l'eau du Choaspes, fleuve 
qui passe à Suses. Le Roi n'en boit (454 ) point 
d'autre. On la renferme dans des yases d'argent y 
après l'avoir fait bouillir , et on la tran^orte à la 
suite de ce prince sur des chariots à quatre roues^ 
traînés par des mulets. 

CLXXXIX. Cyrus marchant contre Babylone, 
arriva sur les bords du (455) Gyndes. Ce fleuve 
a ses sources dans les monts Matianiens , et après 
avoir traversé le pays des (456) Darnéens , il se 
perd dans le Tigre , qui passe le long de la ville 
d'Opis , et se jette dans la mer (a) Erythrée. Pen- 
dant que Cyms essayoit de traverser leGyndes^ 
quoiqu'on ne pût le faire qu'en bateau , un de ces 
chevaux blancs , qu'on appelle Sacrés y emporté 
par son ardeur, sauta dans l'eau, et s'efibrçant de 
gagner la rive opposée , la rapidité du courant 
l'enleva , le submergea et le fit entièrement (457) 
disparoi tre. Cyrus indigné (458) de l'insulte du 
fleuve, le menaça de le rendre si petit et si foible, 
que dans la suite les femmes même pourroient le 
traverser sans se mouiller les genoux. Ces mena- 
ces faites , il suspend l'expédition contre Baby- 
lone, partage son armée en deux corps, trace au 
cordeau , de chaque côté de la (459) rivière cent 
quatre-vingts (b) canaux, qui venoienty aboutii^ 



(a) Le golfe Persique. 

(^) Voyca cl-desioat^ 5. cxc et ccit, et liy. t , 5. lu. 



ï52 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
ea tout sens , et les fait ensuite creuser par ses 
troupes. On en vint à bout, parce qu^on y em- 
ploya un grand nombre de travailleurs) mais 
cette entreprise les occupa pendant tout Vété. 

CXC, Cyrus s'étant vengé du Gyndes , en le 
coupant en trois cent (a) soixante canaux^ con^ 
tinua sa marche vers Babylone, dès que le second 
printemps eut commencé à paroitre. Les Baby^ 
Ioniens ayant mis leurs troupes en campagne y 
l'attendirent de pied ferme. Il ne parut pas plutôt 
près de la ville, qu'ils lui livrèrent bataille ; mais 
ayant été vaincus, ils se renfermèrent dans leurs 
murailles. 

Comme ils savoient depuis long-temps que ce 
Prince ne pouvoit rester tranquille, et qu'il atta- 
quoit également toutes les nations, ils avoient 
fait un amas de provisions, pour un grand nombre 
d'année, Aussi le siège ne les inquiétoit-il en 
aucune manière. Cyrus se trouvoit dans un grand 
embai^ras. Il assiégeoit la place depuis long^ 
temps , et n'étoit psis plus avancé que le premier 
jour. 

CXCI. Enfin, soit que de lui-même il eût connu 
ce qu'il falloit faire, soit que quelqu'un le voyant 
embarrassé, lui eût donné un bon conseil, voici 
le moyen qu'il employa. Il plaça son armée, partie 
^ l'endrpit o\i le fleuve entre dans Babylone^ 
partie à l'endroit d'où il en sort, ftvec ordre de 

(a) Voyez 5* CI.XXXIX et cou, cl Uv. v, §. lu. 

s'introduire 



CLIO. LIVRE I. i53 

^'introduire dans la ville par le lit du fleuve, dès 
qu'il seroit guéable. Son armée ainsi postée, et cet 
ordre donné, il se rendit au lac avec ses plus (46o) 
mauvaises troupes. Lorsqu'il y fut arrivé, il dé- 
tourna , & Texemple de la Reine de Babylone, 
par le canal de communication, le fleuve dans 
le lac, qui étoit un grand marais. Les eaux s'y 
écoulèrent, et l'ancien lit de TE uphrates devint 
guéable. Cela fait, les Perses qui avoient été placés 
exprès sur les bords du fleuve , entrèrent dans 
Babylone , par le lit de la rivière , dont les eaux 
s^étoient (46i) tellement retirées, qu'ils n'en 
avoient guère que jusqu'au milieu des cuisses. 
Si les Babyloniens eussent été instruits d'avance 
du dessein de Cyrus, ou s'ils s^en fussent apperçus 
au moment de l'exécution , ils auroient fait périr 
Tarmée entière , loin de la laisser entrer. Ils n'au- 
roient eu qu'à fermer toutes les petites portes qui 
conduisoient au fleuve , et qu'à monter sur le 
mur dont il est bordé : ils Tauroîent prise comme 
dans (462) un filet. Mais les Perses survinrent 
lorsqu'ils s'y attendoient le moins. Si l'on en 
croit les Babyloniens , les extrémités de la ville 
étoient déjà au pouvoir de l'ennemi , que ceux 
c|oi demeuroient au milieu n'en avoient (463) 
aucune connoissance , tant elle étoit grande* 
Comme ses habitans célébroient par hasard en ce 
jour (464) une fête, ils ne s'occupoient alors qfcie 
de danses et de plaisirs , qu'ils continuèrent jus^ 
qu'au moment où ils apprirent le malheur qui 
Tome L V 



l54 HISTOIRE O'HÉaOOOTE. 
yenoit d'arriver. C'est ainsi que BabylcHie fut 
prise pour la première fois (465). 

CXCII. Entr'antres preuves que je rais rap * 
porter de la puissance des Babyloniens , j'insiste 
sur celle-ci. Indépendamment des tributs ordi* 
nairesy tous les États du grand Ros entretiennent 
sa table et nourrissent son armée. Or, de douse 
mois dont l'année est composée , la Babylonie 
(466) fait cette dépense pendant quatre mois, et 
celle des huit autres se répartit sur le reste de 
l'Asie. Ce pays égale donc en richesses et en puis- 
sance le tiers de l'Asie. Le Gouyemement de 
cette proyince (les Perses donnent le nom de 
Satrapies à ces Gouyememens ) est le meilleur 
de tous. Il rapportoit par jour une artabe d'ar- 
gent à (467) Tritantaechmès, fils d'Artabaze , à 
qui le Roi l'ayoit donné. L'artabe (468) est une 
mesure de Perse , plus grande de trois chénices 
attiques que la médimne attique. Cette proyince 
entretenoit encore an Roi, en particulier, sans 
compter les cheyaux de guerre, un haras de huit 
cents étalons , et de seise mille cayales , de sorte 
qu'on comptoit yingt jumens pour chaque étalon. 
On y nonrrissoit aussi une grande quantité de 
chiens (469) indiens. Quatre grands bourgs, situés 
dans la plaine, étoient chargés de les nourrir et 
exempts de tout autre tribut. 

CXCni. Les pluies ne sont pas fréquentes en 
Assjiie i l'eau du fleuye y nourrit la racine du 
grain , et fait croître les moissons , non point 



CLIO. LIVRE I. i55 

comme (470) le Nil, en se répandant dans les 
campagnes; mais à force de bras et par le moyen 
de machines propres à élever Teau. Car la Baby- 
lonie est, comme l'Egypte, entièrement coupée 
de canaux , dont le plus grand porte des navires. 
Il regarde le lever d'hiver, et communique de 
TEuphrates au Tigre , sur lequel étoit situé Ni- 
nive. Pe tous les pays que nous connoissons, c'est 
sans contredit , le meilleur et le plus fertile (a) 
en bled. Il n'y vient point du tout (b) de figuiers, 
de vignes , ni d'oliviers ; mais en récompense la 
terre y est si propre à toutes sortes de grains , 
qu'elle rapporte toujours deux cents fois autant 
(47 1 ) qu'on a semé , et que dans les années où 
elle se surpasse elle-même , elle rend trois cents 
fois autant qu'elle a reçu. Les feuilles du froment 
et de l'orge y ont bien quatre doigts de large. 
Quoique je n'ignore pas à quelle hauteur y vien- 
nent les tiges de millet et de sésame (47a) , je n'en 
ferai point mention ; persuadé que ceux qui n'ont 
point été dans la Babylonie , nepourroient ajouter 
foi à ce que j'ai rapporté des grains de ce pays. 
Les Babyloniens ne se servent que de l'huile qu'ils 
expriment du sésame. La plaine est couverte de 
palmiers. La plupart portent du fruit ; on en mange 
ifne partie, et de l'autre on en tire du vin et du 



(a) Dans le texte : Grains de Cérès. 

(b) Dans le grec : La terre n'essaye pas du iout d'y 
porter , ùc, 

V a 



l56 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
miel. Ils les cultivent de la même manière {ij^Y 
que nous cultivons les figuiers. On lie et on at- 
tache le fruit des palmiers, que les Grecs appellent 
palmiers mâles, aux palmiers qui portent des 
dattes, afin que le moucheron s'introduisant dans 
la datte, la fasse mûrir et Fempéche de tomber j 
car il se (474) forme un (ij5) moucheron dans 
le fruit des palmiers mâles , comme dans celui 
des figuiers (476) sauvages. 

CXCIV. Je vais parler d'une autre merveille , 
qui du moins après la ville est la plus grande de 
toutes celles qu'on voie en ce pays. Les bateaux , 
dont on se sert pour se rendre à Babylone, sont 
faits avec des peaux , et de forme ronde. On les 
fabrique dans la partie de l'Arménie, qui est au- 
dessus de l'Assyrie, avec des saules, dont on 
forme la caréné, et les varangues qu'on revêt par- 
dehors (477) de peaux, à qui on donne la figure 
d'un plancher. On les arrondit comme un bou- 
clier, sans aucune distinction de poupe ni de 
proue, et on en remplit le fond de paille. On les 
abandonne au courant de la rivière, chargés de 
marchandises, et principalement de vin (478) de 
palmier. Deux hommes debout les gouvernent 
chacun avec un pieu, que l'un tire en -dedans et 
l'autre en -dehors. Ces bateaux ne sont point 
égaux ; il y en a de grands et de petits. Les plus 
grands portent jusqu'à (a) cinq mille talents 



(a) 257,162 livres, scpl onces, on gros, cinq dcnier«i 



C L I O. LIVRE I. i5y 

pesant. On transporte un âne dans chaque bateau j 
les plus grands en ont plusieurs. Lorsqu'on est 
arrivé àBabylone, et qu'on a vendu les marchan- 
dises , on met aussi en vente les varangues et la 
piaille. Ils chargent ensuite les peaux sur leurs 
ânes y et retournent en Arménie, en les chassant 
devant eux ; car le fleuve est si rapide, qu'il n'est 
pas possible de le remonter, et c'est par cette 
raison qu'ils ne font pas leurs bateaux de bois , 
mais de peaux. Ils en construisent d'autres de 
même manière , lorsqu'ils sont de retour en Ar- 
ménie avec leurs ânes. Voilà ce que j^avois à dire 
de leurs bateaux. 

CXCV. Quailt à leur habillement, ils portent 
d'abord une tunique de lin, qui leur descend 
jusqu'aux pieds, etpar-dessus une autre tunique 
de laine ; ils (479) s'enveloppent ensuite d'un 
petit manteau blanc. La chaussure, qui est à la 
mode de leur pays, ressemble presque à celle des 
(48o) Béotiens. Us laissent croître (48 1 ) leurs che- 
veux, se couvrent la tête d'une mitre, et se frottent 
tout le corps de parfums. Ils ont chacun un cachet, 
et un bâton travaillé à la main , au haut duquel 
est, ou une pomme, ou une rose , ou un lys , ou 
un (482) aigle^ ou toute autre figure; car il ne 
leur est pas permis de porter de canne ou bâton 
sans un ornement caractéristique. C'est ainsi 
qu'ils se parent : passons maintenant à leurs loix. 

CXCVI. La plus sage de toutes, à mon avis, 
est celle-ci : j'apprends qu'on la retrouve aussi 



l58 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
chez les (a) Vénètes, peuple dlllyrie. Dans cha- 
que bourgade , ceux (483) qui ayoient des filles 
nubiles les amenoient tous les ans dans un endroit 
où s'assembloient autour d'elles une grande quan- 
tité d'hommes. Un (484) crieur public les faisoit 
lever, et les vendoit toutes l'une après l'autre. Il 
commençoit d'abord par la plus belle , et après 
en avoir trouvé une somme considérable, il crioit 
celles qui en approchoient davantage; mais il ne 
les vendoit qu'à condition que les acheteurs les 
épouseroient. Tous les riches Babyloniens qui 
étoient en âge nubile, enchérissant les uns sur 
les autres , achetoient les plus belles. Quant aux 
jeunes gens du peuple, comme ils avoient moins 
besoin d'épouser de belles personnes, que d'avoir 
une femme (485) qui leur apportât une dot, ils 
prenoietit les plus laides, avec l'argent qu'on leur 
donnôit. En effet, le crieur n'avoit pas plutôt 
fini la vente deè belles, qu'il faisoit lever la plus 
laide , ou celle qui étoit estropiée , s'il s'en trou- 
voit, la crioit au plus bai prix , demandant qui 
vouloit l'épouser a cette condition , et l'adju- 
geoit à celui qui en faisoit la promesse. Ainsi 
l'argent qui provenoit de la vente des belles ser- 
voit à marier les laides et les estropiées. Il n'étoit 
point permis à un père de choisir un époux a sa 
fille , et celui qui avoit acheté une fille, ne pou- 
voit l'emmener chez lui qu'il n'eût donné caution 
• I ■ I I ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ » ■ 

(a) Voyez sur la manière d'écrire ce nom, lir. v, note 1 7. 



C L I O. L I V ft E I. i59 

de l'épouser. Lorsqu^l avoit trouvé des répon- 
dans, il la conduispit a sa maison. Si l'on ne pou-* 
voit s'accorder , la loi portoit qu'on rendroit Tar- 
gent. Il étoit aussi permis indistinctement à tous 
ceux d'un autre bourg de venir à cette vente, et 
d'y acheter des filles. 

Cette loi , si sagement (486) établie y ne sub« 
siste (487) plus; ils ont depuis peu imaginé un 
autre moyen pour prévenir les mauvais trai- 
temens qu'on pourroit faire à leurs filles , et pour 
empêcher qu'on ne les menât dans uue autre 
ville. Depuis que Babylone a été prise ^ et que 
maltraités par leurs ennemis, les Babyloniens 
ont perdu leurs biens, il n'y a personne parmi 
le peuple, qui, se voyant dans l'indigence, ne 
prostitue (488) se$ filles pour de l'argent. 

CXCVII. Après la coutume concernant les ma* 
nages , la plus sage est celle qui regarde les ma- 
lades. Comme ils n'ont point de Médecins , ils 
transportent (489) les malades à la place pu- 
blique, chacun s'en approche, et s'il a eu la 
même maladie, ou s'il a vu quelqu'un qui l'ait 
eue, il aide le malade de ses conseils, et l'exhorte 
a faire ce qu'il a fait lui-même , ou ce qu'il a vu 
pratiquer à d'autres pour se tirer d'une semblable 
maladie. Il n'est pas permis de passer auprès d'un 
malade, sans lui demander quel est son mal. 

CXCVIIL Ils mettent les morts dans du miel ; 
mais leur deuil et leurs cérémonies funèbres res- 
semblent beaucoup à ceux des Egyptiens. Toutes 






i6o HISTOIRE D^HÉRODOTE. 
les fois qu'un Babylonien a eu commerce avec sa 
femme , il brûle des parfums , et s'cissied auprè3 
pour se (490) purifier. Sa femme fait la même 
chose d^un autre côté. Ils se lavent ensuite l'un 
et l'autre à la pointe du jour ; car il ne leur est 
pas permis de toucher à aucun vase qu'ils ne se 
soient lavés : les Arabes observent le même usage. 
CXCIX. Les (491) Babyloniens ont une loi 
bien honteuse. Toute femme née dans le pays est 
obligée, une fois en sa vie, de se rendre au 
temple (a) de Vénus, pour s'y livrer à un 
étranger. Plusieurs d'entre elles dédaignant de 
se voir confondues avec les autres, à cause de 
l'orgueil que leur inspirent leurs richesses , se 
font porter devant le temple dans des (b) chars 
couverts. Là elles se tiennent assises , ayant der- 
rière elles un grand nombre de domestiques qui 
les ont accompagnées ; mais la plupart des autres 
s'asseyent dans la pièce de terre dépendante du 
temple de Vénus, avec une couronne de ficelles 
autour de la tête. Les unes arrivent , les autres 
se retirent. On voit en tout sens des allées sé- 
parées par des cordages tendus: les étrangers se 
promènent dans ces allées , et choisissent les 
femmes qui leur plaisent le plus. Quand une 
femme a pris place en ce lieu , elle ne peut re- 
>■ ■ ■ Il I ■ ■ j ■ ■ I . 

(a) Ce n'est point le temple propi'emept dit^ mais Peu* 
feinte du lieu sacré. 

(b) Je croirois vqlonticrs que ce sont des litières. 

tourner 



C L 1 O. LIVRE r. iGi 

tourner chez elle que quelque étranger ne lui ait 
jeté de ^argent sur les genoux, et n'ait eu com- 
merce ayec elle hors du lieu sacré. Il faut que 
l'étranger, en lui jetant de l'argent, lui dise: 
J'invoquelaDée8se(492)Mylitta, Or les Assyriens 
donnent à Vénus le nom de Mylitta. Quelque 
(493) modique que soit la somme, il n'éprouvera 
point de refus, la loi le défend; car cet argent 
devient sacré. Elle suit le premier qui lui jette 
de l'argent, et il ne lui est pas permis de re- 
pousser personne. Enfin quand elle s'est ac- 
quittée de ce qu'elle devoit à la Déesse, en s'aban- 
donnant à un étranger, elle retourne chez elle. 
Après cela , quelque somme qu'on lui donne , il 
n'est pas possible de la séduire. Celles qui ont en 
partage une taille élégante et de la beauté ne font 
pas un long séjour dans le temple; mais les laides 
y restent davantage , parce qu'elleMie peuvent 
satisfaire à la loi : il y en a même qui y demeurent 
trois ou quatre ans. Une coutume à-peu-près 
semblable s'observe en quelques endroits (494) 
de l'île de Cypre. 

ce. Telles sont les loix et les coutumes des 
Babyloniens. H y a parmi eux trois Tribus qui 
ne vivent que de poissons. Quand ils les ont 
péchés , ils les font sécher au ( 496 } soleil , les 
broyent dans un mortier, et les passent ensuite à 
tTflivers un linge. Ceux qui en veulent manger en 
font des gâteaux , ou les font cuire comme du pain. 

CCI. Lorsque Cyr us eut ^ubj ugué cette Natio n , 
Tome L X 



l63 HISTOIRE D^HÉRODOTE. 

il lui prit enrie de réduire les Massagètes sous sa 
puissance. On dit que ces peuples forment une 
Nation considérable, et qu'ils sont brayes et 
courageux. Leur pays est à Test, au-delà de 
TAraxes , vis-à-vis des Issédons. Il en est qui pré- 
tendent quHIs sont (496) aussi Scythes de nation. 
CCII. (a) L'Araxes , selon quelques-uns y est 
plus grand que lister (b) ; selon d'autres^ il est 
plus petit. On dit qu'il y a dans ce fleuve beau-*- 
coup d'iles, dont la grandeur approche de celle 
de Lesbos : que les peuples qui les habitent se 
nourrissent l'été de diverses sortes de racines, et 
qu'ils réservent pour l'hiver les fruits mûrs qu'ils 
trouvent aux arbres. On dit aussi qu'ils ont dé- 
couvert un arbre, dont ils jettent le fruit dans 
un feu , autour duquel ils s'assemblent par 
troupes j qu'ils en aspirent la vapeur par le ne£ , 
et que cette vapeur les enivre, comme le vin 
enivre les Grecs ; que plus ils jettent de ce fruit 
dans le feu, plus ils s'enivrent, jusqu'à ce qu'enfin 
ils se lèvent et se mettent tous à chanter et à 
danser* Quant à l'Araxes , il vient du pays des 
Matianiens , d'où coule aussi le Gyndes , que 
C3rrus coupa en trois (c) cent soixante canaux. 
n a (497) quarante embouchures qui , si l'on eu 

(a) C'eil le Rha ou Wolga , comme je le prouverai 
ailleurs. 

(b) Le Danube. Les Grecs disent : Istron; mais j'ai pré- 
féré la terminaison latine, parce qu'elle est plus conAue. 

(c) Vojres ci-dessus, %, clxxxix et cxc, et liv. V; 5. %\u 



/ 



C L I O. LIVRE 1. |65 

excepte une, se jettent toute» dans des lieux ma- 
récageux et pleins de fange, où l'on prétend 
qu'habitent ded hommes qui riyent de poissons 
cruds , et sont dans Tusage de s'habiller de peaux 
de (a) veaux marins. Cette bouche unique , dont 
je viens de parler, se rend dans la ikier Caspiéne , 
par un canal (4g8} propre et net. 

Cette mer est une mer par elle-même , et n'a 
aucune communication avec (499) l'autre ; car 
toute la mer où naviguent les Grecs , celle qui 
est au delà des colonnes d'Hercules, qu'on appelle 
mer Atlantide et la mer Erythrée y ne font en^ 
semble qu'une même mer. 

CCIII. La mer Caspiéne est une mer par elle- 
même et bien différente de l'autre. Elle a autant 
de (5oo) longueur qu'un vaisseau, qui va à la 
rame , peut faire de chemin en quinze jours , et 
dans sa plus grande largeur , autant qu'il en peut 
faire en huit. Le Caucase borne cette mer à 
l'occident. C'est la plus grande de toutes les mon- 
tagnes, tant par son étendue, que par sa hauteur. 
Elle est habitée par plusieurs Nations diff(k*entes, 
dont la plupart ne vivent que de fruits sauvages. 
On assure que ces peuples ont ches eux une sorte 
d'arbres, dont les feuilles broyées et mêlées avec 
de l'eau , leur fournissent une couleur, avec la- 
quelle ils peignent sur leurs habits des figures 
d'animaux. L'eau n'efface pointées figures; et, 

(a) Les Naturalistes se servent du mot Phoquet; qui est 
aussi le terme grçc, 

X 3 



à. 



l64 HISTOIRE D^HÉRODOTE, 
comme si elles ay oient été tissues, elles ne s'usent 
qu'avec Fétoffe. On assure aussi que ces peuple» 
voyent publiquement leurs femmes , comme 
les (a) bêtes. 

CCIV. La mer Caspièue est donc bornée à 
l'ouest par le Caucase ^ et à l'est par une plaine 
immense et à perte de vue. Les Massagètes, à qui 
Cyrus vouloit faire la guerre , occupent la plus 
grande partie de cette plaine spacieuse. Plusieurs 
considérations importantes en gageoient ce Prince 
dans cette guerre^ et Ty animoient. La première 
étoit sa naissance, qui lui paroissoit avoir quelque 
chose de plus qu'humain ; la seconde , le bonheur 
qui l'a voit toujours accompagné dans ses guerres. 
Toutes les Nations y en effet , contre qui Cyrus 
tourna ses armes y furent subjuguées, aucune ne 
put Péviter. 

CCV. Tomyris, veuve du dernier Roi , régnoit 
alors sur les Massagètes. Cyrus lui envoya des 
Ambassadeurs , sous prétexte de la rechercher en 
mariage. Mais cette Princesse, comprenant qu'il 
étoit plus épris de la couronne des Massagètes 
que de sa personne, lui interdit l'entrée de ses 
Etats. Cyrus voyant que ses artifices n'avoient 
point réussi, marcha ouvertement contre les 
Massagètes , et s'avança jusqu'à l'Araxes. Il jeta 
un pont sur ce fleuve, pour en faciliter le pas- 
sage , et fit élever des tours sur des bateaux des- 
tinés à passer ses troupes. 

(a) Dans le grec : Le bétail. 



C L I O. LIVRE I. i65 

CCVI. Pendant qu'il étoit occupé de cea 
trayaux^ Tomyris lui envoya un Ambassadeur ^ 
qu'elle chargea de lui parler ainsi : a Roi deë 
» Mèdes , cesse de hâter une entreprise dont tu 
» ignores si l'événement tournera à ton avantage, 
)) et content de régner sur tes propres sujets^ re-- 
» garde- nous (5oi) tranquillement régner sur les 
» nôtres. Si tu ne veux pas suivre mes conseils y 
D si tu préfères tout autre parti au repos y enfin 
» si tu as tant d'envie d'éprouver tes forces contre 
» icelles des Massagètes y discontinue le pont que 
)) lu as commencé. Nous nous retirerons à trois 
» journées de ce fleuve ^ pour te donner le tems 
» de passer dans notre pays, ou si tu aimes mieux 
)) nous recevoir dans le tien y fais comme nous »* 
Cyrus convoqua là-dessus les principaux d'en* 
tre lesPerseSy et ayant mis l'affaire en délibération, 
il voulut avoir leur avis. Ils s'accordèrent tous à 
recevoir Tomyris et son armée sur leurs terres. 

CCVIL Crésus , qui étoit présent aux délibé* 
rations y désapprouva cet avis , et en proposa un 
tout opposé. (( Seigneur, dit-il à Cyrus y je vous 
y> ai toujours assuré que, Jupiter m'ayant livré 
» en votre puissance, je ne cesserois de faire tous 
)) mes efforts pour tâcher de détourner de dessus 
» votre tête les malheurs qui vous menacent. 
» Mes adversités me tiennent lieu d'instructions. 
D 3i vous vous croyez immortel , si vous pensez 
» commander une armée d'immortels , peu vous 
y> importe ma manière de penser. Mais si vous 



l66 HISTOIRE D^HÊRODOTE. 

%> reconnoÎ8S62 que you8 êtes aussi un homme, et 

)» que TOUS ne commandes qu'à des hommes 

)) comme tous , considérez d'abord les Ticissi^ 

)) tudes humaines : figurez-Tous une roue qui 

ï> tourne sans cesse, et ne nous permet pas d'être 

» toujours heureux. Pour moi , sur l'affaire qui 

^ Tient d^étre proposée y je suis d'un aTis totale- 

» ment contraire à celui de Totre conseil. Si nous 

» receTons l'ennemi dans notre pays, et qu'il 

» nous batte, n'est-il pas à craindre que tous ne 

^ p^diez Totre Empire? car si les Massagètes 

» ont l'aTantage , il est certain qu'au lieu de re- 

» tourner en arrière, ils attaqueront tos pro- 

» Tinces. Je tcux que tous remportiez la Tic* 

» toire ; sera*^t-elle jamais aussi complète que si , 

» après aToir défait tos ennemis sur leur propre 

î) territoire, tous n'aTiez plus qu'à les poursuiyre ? 

» J'opposerai toujours à ceux qui ne sont pas de 

y> cet aTis , que si tous obtenez la Tictoire , rien 

y> ne pourra plus tous empêcher de pénétrer sur 

D le champ jusqu'au centre des Etats de Tomyris. 

» Indépendamment de ces motifs , ne seroit-^co 

» pas une chose aussi insupportable que hon^» 

» teuse , pour Cyrus , fils de Cambyses , de re** 

}) culer deyant une femme ? 

» J 'opijie donc que yos troupes passent le fleuTO, 
)) que TOUS aTanciez à mesure que l'ennemi s'éloi- 
» gnera , et qu'ensuite tous cherchiez tous les 
)) moyens de le Taincre. Je sais que les Massagètes 
u ne connoissent pas les délices des Perses , et 



C L 1 O. L I V R E U 167 

)) qu'ils manquent des commodités de layie. Qu'on 
)) égorge donc ime grande quantité de bétail ^ 
» qu'on l'apprête 9 et qu'on le serve dans le campj 
)) on y joindra du yin pur en abondance dans des 
y^ cratères, et toutes sortes de m^s. Ces prépara'^ 
)) tifs achevés y nous laisserons au camp (a) nos 
D plus mauvaises troupes y et nous nous retirerons 
D ytfrs le fleuve avec le reste de l'armée. Lies Mas-** 
1» sagètes^si jeneme trompe^ voyant tant d'abon*" 
y> dance, y courront^ et c'est alors que nous trou*' 
» verons l'occasion de nous signaler». 

CXÎVUI. De ces deux (5o3) avis opposés, Cyrus 
rejeta le premier y et préféra celui de Grésus. Il 
fit dire en conséquence à Tomyris de se retirer , 
parce qu'il avoit dessin de traverser la rivière. 
La Reine se retira suivant la (5o5) convention* 
Cyrus (5o4) déclara son fils Cambyses pour son 
successeur , et lui ayant remis Crésus entre 1^ 
mains, il lui recommanda d'honorer ce Prince, 
et de le combler de bienfaits, quand même cette 
expédition ne réussiroit pas. Ces m^res donnés , 
il les renvoya en Perse, et traversa le fleuve avec 
son armée. 

GCIX. Cyrus ayant passé l'Araxes , et la nuit 
étant venue, il s'endormit dans le pays des Mas** 
sagètés, et pendant son sommeil, il eut cette vi- 
sion. Il lui sembla voir en songe l'ainé des fils 
d'Hystaspes, ayant deux ailes aux épaules, dont 
l'une couvroit l'Asie de son ombre , et l'autre 

(a) Voyei $. cxci , note 46o. 



l68 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
couvroit l'Europe. Cîet aîné des enfans d^Hystas- 
pes y nommé Darius , avoit alors environ vingt 
ans. Son père ^ fils d'Arsames , et de la race des 
Achéménides , l'avoit laissé en Perse, parce qu'il 
n'étoit pas encore en âge de porter les armes. 

Cyrus ayi^nt y à son réveil , réfléchi sur cette 
vision y et la croyant d'une très-grande impor*- 
tance y il manda Hystaspes y le prit en particulier, 
et lui dit : a Hystaspes y votre fils est convaincu 
D d'avoir conspiré contre moi et contre nioQ 
» royaume. Je vais vous apprendre comment jo 
D le sais, à n'en pouvoir douter. Les Dieux pren- 
» nentsoin de moi^ et me découvrent ce qui doit 
)) m'arriver. L$i nuit dernière y pendant^ue je 
» dormois y j'ai vu l'aîné de vos enfc^is avec des 
7} ailes aux épaules y dont l'une couvroit de son 
)) ombre l'Asie, et l'autre l'Europe. Je ne puis 
7> douter, après cela, qu'il n'ait formé quel- 
» que trame contre moi. Partez donc prompte- 
)> ment pour la Perse, et (5o5) ne manquez pas, 
» à mon yetour , cyprès la conquête de ce pays- 
D ci , de me représei^ter votre fils, afin que je l'exa.* 
» mine». 

CCX. Ainsi parla Cyrus, persuadé que Darius 
conspiroit cqntre lui ; mais le Dieu lui présageoit 
par ce songe , qu'il devoit mourir dans le pays 
^es Massagètes , et que sa couronne passeroitsuir 
la tête de Darius. Hystaspes répondit : a Seigneur^ 
p aux Dieux ne plaide qu'il se trouve parmi les 
V Perses un homme qui veuille attenter à vos 

» jours. 



Ç t I O. LIVRE I. 169 

^ jours j s'il s'en trouvoît quelqu'un , qu'il pé-r 
D risse au plutôt. D'esclayes qu'ils étoient y yous 
» en ayez fait des hommes libres; et au lieu de 
D receyoir l'ordre d'un Maître , ils commandent 

V à toutes les Nations. Au reste, Seigneur, si quel* 
» que yision yous a fait connoitre que mon fil» 
p conspire contre yotre personne, je yous le liyre 

V moi - même , pour le traiter comme il yousi 

V plaira» . Hystaspes trayersa l^Arfixes après cettQ 
réponse, et retourna en Perse , pour s'assurer d^ 
Pari us son fils , et le représenter à Gyrus« 

ÇCXI- Cyrus s'étant ayancé à une journée dq 
l'Araxes , laissa dans son camp , suiyant le con-^ 
seil de Crésus^ ses plus mauyaises (a) troupes, et 
retourna yer^ le fleuye ayec ses meilleures. Les 
Massagètes yinrent attaquer ayec la troisième 
partie de leurs forces les troupes que Cyrus ay oit 
laissées à la garde du camp, et les passèrent au fil 
del'épée, après quelque résistance. Voyant en- 
suite tout prêt pour le repas , ils sç mirent à table, 
et après ayoir mangé et bu ayec ei^cès , ils s'en* 
dormirent. Mais les Perses (5o6) suryinrent , en 
tuèrent pm grand nombre, et firent encore plua 
de prisonniers , parmi lesquels se trouya Spar-* 
gapisès leur Général , fils de la reine Tomyris. 

CCXII. Cette Princesse ayant appris le mal-* 
heur arriyé à ses troupes et à son fils, enyoya un 
H.éraut à Cyrus : a Prince altéré de sang, lui dit* 
ï> ell^ par la bouche du Héraut , que ce succès 

(ff) VoycE le J. cxci, note 46o. 

Tome /. Y 



170 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
)» ne t'enfle point , tu ne le dois qu'au jus de 
» la vigne , qu'à cette liqueur qui tous rend in-* 
» sensés, et ne descend dans yos corps , que pour 
D faire remonter sur yos lérres des paroles inso- 
J> lentes. Tu as remporté la rictoire sur mon fils , 
» non dans une bataille et par tes propres forces j 
]» mais par Tappas ( 507 ) de ce poison séducteur. 
9 Ecoute y et suis un bon conseil : rends-moi mon 
» fils ; et après aroir défait le tiers (5o8) de mon 
D armée, je reux bien encore que tu te retires 
» impunément de mes Etats ; sinon , j'en jure par 
7> le Soleil y le sourerain (5og) Maître des Mas- 
D sagètes : oui, je (5xo) t'assouvirai de sang , quel- 
» qu'altéré que tu en sois r>. 

CCXIII. Cyius ne tint aucun compte de ce dis- 
cours. Quant à Spargapisès , étant revenu de son 
ivresse, et apprenant le fâcheux état où il se trou-* 
voit , il pria Gyrus de lui faire ôter ses chaînes* 
Il ne se vit pas plut6t en liberté, qu'il se tua. Telle 
fut la triste fin de ce jeune Prince. 

CCXI V. Tomyris , voyant que Cyrns n'étoit 
pas disposé à suivre son conseil , rassembla toutes 
ses forces , et lui livra bataille. Ce combat fiit , je 
crois , le plus furieux qui se soit jamais donné 
entre des peuples barbares. Voici , autant que je 
l'ai pu savoir , comment les choses se passèrent : 
Les deux armées étant à quelque distance l'une 
de Fautre , on se tira d'abord une multitude de 
flèches. Les flèches épuisées , on fondit les uns sur 
les autres à coups de lances, et l'on se mêla l'épée 



C L I O. LIVRE I. 171 

à la main. On combattit long-temps de pied ferme 
avec un avantage égal et sans reculer. Enfin la 
victoire se déclara pour les Massagètes : la plus 
grande partie de l'armée des Perses périt en cet 
endroit y et Cyrus lui^-méme fut tué dans le com- 
bat, après un règne de vingt^neufans accomplis. 
Tomyris ayant fait chercher ce Prince parmi les 
morts, maltraita son cadavre , et lui fit plonger 
la tête dans une outre pleine de sang humain^ 
a Quoique vivante et Victorieuse , dit- elle, tu 
)) m'as perdue en faisant périr mon fils , qui s'est 
)) laissé prendre â tés pièges ; mais je t'assouvirai 
D de sang, cômitae je t'en ai menacé y^ . On raconte 
(5i 1 ) diversement la mort de Cyrus j pour moi , 
je me suis borné à ce qui m^a paru le plus vrai- 
semblable. 

CCXV. Les Massagètes s'habillent (Si s) comme 
les Scythes, et leur manièlre de Tivre est la même. 
Ils combattent à pied et à cheval > et y réussissent 
également. Ils sont gens de trait et bons piquiers, 
et portent des (5i3) sagares , suivant l'usage du 
pays. Ils emploient i toutes sortes d'usages l'oi^ 
et le cuivre. Us se servent du cuivre pour tra^pi-* 
ques , les pointes des flèches , et les sagares , et 
réservent l'or pour ont» les casques , les bau- 
driers et les larges ceintures qu'ils portent sous 
les aisselles. Les plastrons , dont est garni le poi- 
trail de leurs chevaux, sont aussi de cuivre; quant 
aux brides , aux mors et aux bossètes , ils les 
embellissent avec de l'or. Le fer et l'argent ne 

Y 2 



173 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

«ont point en usage parmi eux ; et on n'en trouye 
point dans leur pays, mais For et le cuivre j sont 
abondans. 

CCXVI. Passons à leurs usages. Us épousent 
chacun une femme ; mais elles sont (5x4) com-* 
munes entr'eux. C'est chez les Massagètes que 
s'observe cette coutume, et non chez les Scythes, 
comme le prétendent les Grecs. Lorsqu'un Mas^ 
sagète devient amoureux d'une femme , il sus* 
pend son carquois a son chariot , et en jouit sans 
honte et sans crainte. 

ILs ne prescrivent point de bornes à la vie; 
mais lorsqu'un homme est cassé de vieillesse , ses 
parens s'assemblent et l'immolent (5i5) avec du 
bétail. Us en font cuire la chair , et s'en régalent. 
Ce genre de mort passe chez ces peuples pour le 
plus heureux. Ils ne mangent point celui qui est 
mort de maladie; mais ils (5x6) l'enterrent, et 
regardent comme un malheur de ce qu'il n'a pas 
été immolé. 

Ils n'ensemencent point la terre, et vivent de 
leurs troupeaux et des poissons que l'Âraxes leur 
fournit en abondance. Le lait est leur boisson 
ordinaire. De tous les Dieux , ils n'adorent que 
le Soleil ; ils lui sacrifient (5ij) des chevaux ^ 
parce qu'ils croient juste d'immoler au plus vito 
des Dieux, le (5x8) plus vite des animaux. 

FIN DU PREMIER LIVRE. 



NOTES 

SUR LE PREMIER LIVRE D'HÉRODOTE, 



(i) j& J7 présentant au public ces recherches* ^kmofelx^ 
fVfjLi dit plas qae evyy^k^uv ; il se prend dans le sens 
de présenter an Public , de donner an Public. *Irop/i9 , 
dans Hérodote, ne signifie point nne histoire y mais des 
recherches faites avec soin. On ne tronye ce mot ayec 
cette acception que dans des écrivains qui Ini sont de 
beancoup postérieurs. Ainsi l'Ode xviii qui se trouve 
dans les (Buvres d'Ânacréon, ne peut être de cet auteur, 
puisqu'on y lit , au vers 9 , ^svKTbf t^ripnfjLetjXine histoire 
odieuse. Ce commencement d'Hérodote se trouve dans la 
Rhétorique (a) d'Aristote ; mais il a été mal rendu par le 
Traducteur latin et par Cassandre , qui a mis ce Traité 
en françois. An reste > le début d'Hérodote est extrême- 
ment simple ; c'est ainsi que commençoient les plus anciens 
Auteurs (b). Hécatée de Milet, Historien antérieur à 
Hérodote , commence de la sorte son histoire : « J'écris 
» ces choses comme elles me paroissent vraies; car les pro«* 
» pos des Grecs diffèrent beancoup les nns des autres ^ et 
y> sont , à mon avis , ridicules » . 

(2) $. I. Les Perses les plus sapans dans V Histoire, 
hhyof signifie souvent dans Hérodote et ailleurs, une 
histoire; Ao^o'vo/er, nn historien, Kâyioff un homme 
savant dans l'histoire et les antiquités de sa patrie. Ce mot 

(a) Aristot. Rhetor. lib. m, cap. xx, pag. 6921 A) Tel cap* y, 
ex edit. Ozon. 1769» in-H, 

(b) Demetriu» Phalev. pag. 546 , Un. 5,k fioe» 



j 
À 



174 HI8TOIRB D'Hil&ODOTB* 

n'a point été enlendo dans Joseph. Ka/toi^c (a) imtTtfjLi^ 
rtufjL^ âw àvrlf hwMimi tak *£AA«rfl»r KùyUtç. « Je pourroit 
» faire un jmte refvoche aux hittorient Grecs ». Le Tra- 
ducteur latin a mal rendu Grœconan disertos wierito incre^ 
paverim, et le P. Gillet après lui : « Je (b) pourrok , ce 
» me semble , faire quelques justes reproches à ceux des 
» Grecs qui se piquent ^éloquence ». Il n'est point ques- 
tion en cet endroit d'éloquence , mais d'histoire. Hésy- 
chius dit aussi (c) x6^f or , i Tsr hêpUf ï^tm§tpùf : ahbyiof^ 
» celui qui est habile dans l'histoire ». On peut consulter 
la nota de Gronovius sur le livre ii d'Hérodote , ^. m , 
pag. 88 » et principalement celle de feu M. Wesseling sur 
Diodore de Sicile, livre ii, Ç. iv, pag. 1 16 , note 35. 

(3) 5. I. ^tani ven^s des bords de la mer Erythrée, Oc. 
Quand Sérodote parle pour la première fois d'un peuple , 
il remonte presque toujours à son origine. Il nous apprend 
ici que les Phéniciens habitoient les côtes de la Mer Rouge 
avimt leur établissement dans le pays appelé de leur nom 
Pbénicie. Cette mer étant fort étendue, en quel endroit 
de ses côtes faut-il les placer ? Je ne vois rien do bien 
certain \ mais voici ce qui m'a paru le pins vraisemblable : 
Les Homérites, peuple d'Arabie , dont le nom en arabe 
signifie la même chose que Phénicien eu grec , habitoient 
sur las bords de la mçr à laquelle il^ donnèrent leur nom. 
Cette nation s'étapt accrue, peupla les côtes de proche en 
proche , et l'on voit près de Hippos, port du golfe d'Ailath 
ou JSlana , une ville qui avoit nom Phcenicum oppidum, 
ville des Phéniciens. Les Grecs l'avoient ainsi appelée , 
par la môme raison qui leur avoit fait donner le nom de 
Pbéuioicns aux Uomérites transportés sur les bqrds de la 
Méditerranée. Pe cette ville aux côtes do Phénicle , il 



1^^^— ^^^y ^mm^mma^ - * . i j- w j .j i i ' ' - i . . < ■ . > ji _a i n i.. 



(a) Joseph, de Bello Jadaîco, lîb. i, Proia. $. r, pag. 49. 
{b) Nouvelle Traduct. de THistorien Joseph, tom. ly, n«g. 4. 
(c) Ue&^ch. voc. x«>*o{» tpm. n, pag. 493. 



e L I O. L I V R fi t. f^i 

y a deux à trois cents lieaes , distance qui ne choque en 
anonne manière la yraiseniblance. 

Quelques Autétits font Tenir les Phéniciens du golfe 
Persique , et Stralkm (a) rapporte ce sentiment sans y 
ajouter foi. Cependant après ayoir citô dans un antre en» 
droit un vers d'Homère où il est question des Sidoniens , 
il {b) ajoute : « On ne sait pas sHl faut entendre par Ces Sido* 
n nieos ceux qui habitoient tur le golfe Peraiqne, dont 
» les nôtres sont une Colonie n. Mais quand même on les 
y placeroit , la distance de ce golfe anx cAtes de la Médi- 
terranée , n'est pas assea grande pour qu'ils n'aient pa 
y aller par terre. Denys le Périégète est de même avis 
qu'Hérodote. « Les Syriens (e) , dit-il , qui habitent près 
» de la mer^ et qui sont surnommés Phéniciens , tirent 
» leur origine des Ërythréens. Us essayèrent les premiers 
» de traverser la mer sur des vaisseaux ». On trouve 
pareillement dans Hésyohius (d), qu'il y avoit des Phéni- 
ciens sur la Mer Rouge. Fbye% anssi Enstathe (e) dans 
son Commentaire sur Homère. 

Ce fait, qui paroit si bien attesté , n'en a pas moins 
paru fabuleux à M. de Voltaire. « Que (/*) veut dire ^ 
» se demande- t-il 9 le Père de l'Histoire , dès le commen- 
» cément de son Ouvrage : Les historienê Perses rapport 
» teni que les Phéniciens furent les auteurs de toutes les 
% guerres. De la 3fer Rouge ils entrèrent dans la nôtre ? 
» Il sembleroit que les Phéniciens se fussent embarqués 
» au golfe de Sues; qu'arrivés au détroit de Babel-Man« 

(a) Strab. llb. i , pag. 73, A. 
{b) là, Hb. xYi, pag. ii3i y A, B. 

(c) Dionysii Perîeg. Orbis Descnpt. Tert. 90J. Voysz anisi le 
Commentaire d'fiostathe tur ce yen, pag. i58| col. a, note a. 

(d) Hesychitu , toc. Si/é? 101. 

(e) Eastath. ad Homeii Odyaa. lib. xr , tom. ui , pag. i484 y 
lin. 33 et aeq. 

(/) Volt. Quest. aur rEncyclopédie , part, ir , pag. 3lo. 



it6 histoire d*h&&odote« 

B del , ils euisent càtojè l'Ethiopie, passé la Ligne, douUè 
» le Cap des Tempêtes, appelé depuis le Gap dé Bonnes 
» Espérance, remonté an loin entre rAfnqae et FAmérî- 
> que, qui est le senl diemin , repassé la Ligne, entré do 
N l'Océan dans la Méditerranée , par les colonnes d'Her* 
» cules, ce qni anroit été un Toyage de plos de qoatre 
» mille de nos grandes lieues marines , dans nn temps oik 
» la navigation étoit dans son enfance »• 

M. de Voltaire se seroit épargné cette critique areo 
une oonnoissance , même médiocre , de la langue grecque. 
8i Hérodote eût fait aller les Phéniciens par mer , il auroit 
dit kviXê/JLéfMf §lf rifft rh IctXcta-a-ctr au lieu de M^ 
D'ailleurs il n'auroit pas remarqué qu'après s'être établis 
sur les bords de la Méditerranée, ils s'étoient adonnés 
aussi-tôt à de longs voyages sur mer, puisqu'ils en auroient 
fait un auparavant d'une longueur bien plus eflftayanté 
que tous ceux qu'ils entreprirent dans la suite. Mais s'il 
pouvoit rester quelque doute , le même Historien , encore 
plus précis autre part , suflbroit pour le lever. « Ces (a) 
» Phéniciens , dit -il , habitoient autrefois sur les bords de 
«> la Mer Rouge, comme ils le disent eux-mêmes; mais 
M étant passés de-là dans les pays maritimes de la Syrie , 
M ils s'y sont établis n. *Ef^tvT§f v^ipCivrif , que j'ai 
rendu étant passé de-là , s'entend d'un pays qu'on tra* 
verse , ou de montagnes qu'on passe , qu'on franchit , et 
jamais de la mer , du moips n'en ai -je trouvé aucun 
exemple ni dans Hérodote , ni ailleurs. *£jc «Tè rSf KoK^m 
Xlfof ev 4roAX^r v^vs^CUfAi h rilr MffJ^ixtlr, cêAAct iV rh 
^ict [Âictt Sf^ror kvrSv i^r) ^ XA*»iipt< (h), a De la (Tolchide 
n en Médie il n'y a pas loin. Il ne se trouve entre deux 
S) que Ip pays des ^apires, lorsqu'on l'a traversé, l'on est 

(a) Herodot. lib. vu , $. ixzxiz, 
(6) {d, lib. I , $. ciT, 

sur 



C L I O. L I y & E I. 177 

» sur les terres de Médie n. Strabon (a) l'emploie tou- 
jours en parlant d'un pays montagneux. *H iv) rhp Kico'- 
«/«r v^épCpL^ifj « c'est le passage de la Colchide à la mer 
» Caspiène ». Dion Gassins dit pareillement , ims) (b) ^ï 
rhf Tf àJfJLùf vnrtfiQnfAf , lorsqu'ils ettrent franchi le 
mont HœmuH. Il est donc clair , par ce passage du liy. tii 9 
qu'Hérodote faisoit aller les Phéniciens par terre et non 
par mer. Ce voyage n'a rien en effet qui choque la vrai- 
semblance 9 puisqu'il n'y a que deux à trois cents lienea 
de Phœnicwn oppidum sur la Mer Rouge , aux côtes do 
Phénicie , comme je l'ai déjà dit. ^ 

(4) \, I. Ep qu'ils transportèrent, Lycophron prétend 
que ces Phéniciens étoîent de la ville de Carné, ce Puis« 
» sent (c) périr, dit- il, les chiens de Camites, ces pre- 
» miers Nautonniers, ces loups marchands, qui enlevant 
D des. bords de Lerne la fille au visage de génisse, et la 
ji menant au Prince de Mempbis, pour lui servir d^épousC| 
» allumèrent le flambeau de la discorde entre deux con* 
» tinens 11 ! Le grec dit : Elevèrent le flambeau de la haine 
entre deux continens. Tout le monde sait qu'avant l'in- 
vention des trompettes, des gens consacrés à Mars , dans 
l'une et l'autre armée, s'avançoient au-delà des rangs, un 
flambeau à la main , et donnoient le signal du combat en 
le laissant tomber. On leur laissoit ensuite de part et 
d'autre la liberté de se retirer derrière les rangs. Les deux 
continens dont il est ici question, sont l'Asie et l'Europe. 

(5) ^. I. Toutes celles du pays. Je n'ai dessein de charger 
ces Remarques de notes grammaticales, qu'autant qu'elles 
me paroîtront nécessaires pour l'intelligence du texte ^ 
parce que la plupart des lecteurs y prendroient trop peu 
d'intérêt. Je ne puis cependant m'empècher d'observer 

* ■■ I ■ !■ M l P . I I I I I ■ ■ J f 

{a) Strab. lib. n, pag. 132 , A. 

{b) Dio Cassîus, lîb. fi , $. ^xii|, tom. i, pag. 657» 

(c) Lycophr. Caaaandr. vert. 1291. 

Tome /• % 



178 HldTOiaE D'HÉRODOTE. 

qae dans cette plirase, ^pefî^tr «Itati t&p h Tf *E)j^kfi x 
rSf est nécettairement régi par Stir«ri. Tlùkimp étant 8oas- 
entenda aytc rSr , comme le proaTe Eoitatlie (a) sar le 
quatre cent dix-nenyième yers de Denji le Périégète , le 
même mot doit par oontéqncnt l'être arec «^v^tr/. Si ancon 
Editenr n'en a arerti , c'ett qu'une pareille minutie pouvoit 
à peine arrêter un commençant ; et je me terois bien gardé 
de le faire, si un Savant, que )e ne dois pas nommer, n'eût 
pas soupçonné GronoTius de peu d'exactitude , parce qu'il 
a voit traduit : Omnihuê civitatihuê, . . . antê c el U hai. 

(6) S- 1- J>^ Grèce. Il y a dans le grec , Hêlladê. Thu- 
cydides dit de même, Livre i, ^. ii, /$ P^y* appelé au^ 
}ourd*hui Helladê, Tout le pays, appelé du temps d'Hé« 
rodote Hellade ou Grèce, n'étoit connu avaut la guerro 
de Troie, et même long-temps après, que tous le nom 
des différens peuples qui l'habitoient. Homère parle des 
Danaens, des Argiens, des Achéens, &e , mais jamais il 
ne donne de nom général à tous les Grecs. Quelques petita 
peuples de Thessalie s'appelèrent Hellènes, d'Hellen , fils 
de Deucalion. D'autres petits Etats de ce pays l'ayant 
appelé à leur secours , prirent son nom , qui venant à se 
communiquer de proche en proche , s'est à la longue 
étendu à tonte la nation. Voyiz Thucydidcs, liv. i , $. m. 

(7) $. I. Pille d'Inachus, Cela par<»t ajouté par un 
copiste. Peu importoit qu'Io fôt fille d'Inachus ou d'Iasus. 
Tout ce qu'en savoient les Historiens de Perse , c'est 
qu'elle étoit fille du Hoi d'Argos. Hérodote s'exprime de 
la même manière un peu plus bas; il ne nomme pas le 
père d'Europe , ni celui de Médée. 

VALCKEKASm. WSSSSLING. 

Voyez mon Essai de Chronologie, chap. x,§. 11, p. 3i3l 

(a) Voîci le passage d'Eu&tathe : «ro "A^yoc «rcato wf^t'ix^ frtHt 
tm ff ff *£xx«/i x*^t^ «ro^iflMf, Euatalh. ad Dionys. Pcrieget. 
pag* 76 , col. 1 , lin. ult. 



C L I O. L I y R E I. 179 

(8) %. I. Près de la poupe. Kark mpvfAftip rSf rit^r ne 
veut pas dire sur la poupe , mais yers la poupe , près 
de la ponpc. Si ces femmes eussent été sur le vaisseau , 
comment auroieut-elles pu s'enfuir. Le Traducteur latin 
s'y est trompé. 

(9) $.1. Et d'autres fimmet apec elles. Il y a dans le 
grec : ^îfv tihKno'iy , avec d'autres. Il est utile de remar- 
quer la propriété de l'article. Si Hérodote l'eût mis ^ il 
auroit dit alors que toutes les femmes qui étoient venues 
acheter des marchandises avec lo > qu'elles accompa- 
gnoicnt y avoient été enlevées. L'article rend le grec 
aussi clair que nos langues modetnes^ et lui donne un 
grand avantage sur le latin. 

(10) §. II. I^es Perses, en cela peu d'ctccord avec les 
Phéniciens, J'ai suivi la leçon d'Aide^ qui se trouve aussi à 
la marge de l'édition toute grecque d'Henri Etienne iSjOj 
dans un manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Marc, et 
dans ceux d'Angleterre : dans toutes les autres éditions 
il y a hvK àç "Eh^nvif , en cela peu d'accord avec les Grecs; 
mais il parott qu'Hérodote ne rapporte que deux senti- 
mens sur l'enlèvement d'Io, celui des Perses et celui des 
Phéniciens. Il dit, 5. v^ les Perses et les Phéniciens racon* 
tent les choses de la sorte, sans faire aucune mention des 
Grecs Au commencement du même paragraphe, on lit : 
TeUe est la manière dont les Perses racontent cet événe- 
ment, , , . nuiis à regard d'Io , les Phéniciens ne sont pas 
d^ accord avec eux. Il n'est point non plus parlé des Grecs 
en cet endroit , et cela n'étoit pas nécessaire \ la manière 
dont lo avoit été enlevée , étoit une chose si connue en 
Grèce , qu'il étoit fort inutile de la rapporter. Thomas 
Gale prétend que la leçon ordinaire se trouve appuyée 
d'un passage de Pansanias ; mais en examinant ce passage 
de près , on ven*a que cet Auteur se contente de dire 
qu'Io passa en Egypte de la manière dont le rapporté 
Hérodote , ou de celle dont le racontent les Grecs. \h 

Z 2 



l8b HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

hr§ x«y fiiyov^if ^EAXJfrtr, h "Aiyv^rror k^ix^iiTtu, 

WxssBLiNa. 

(i i) $• II. Sur un vai88ê€ai long. Les yaisseaax longs 
étoient des yaisseanx de gaerre , et les ronds, des vais- 
seaux marchands » des vaisseaux de charge. Ukù '^ (fi) 
crpoyyv?^^ ^^ûprnyf ^nhoriri * fjuixpèt ykp rk 'jrof^fjUKk 
éro/A«{«a'fr. Le navire des Argonautes fut le premier vais- 
seau long. Longâ (c) nave Jtiaonenh prinwm navigasse , 
Philos tephanua auctor est. Ce n'étoit point cependant nn 
vaisseau de guerre , comme l'a cru M. l'Abhé Banier {cT^ 
Du temps des Argonautes, et long- temps après, les vais- 
seaux longs servoient au commerce. On voit en effet que 
les Phocéens, qui, du temps de Cyrus, c'est-à-dire, un 
peu plus de sept siècles après l'expédition des Argonautes^ 
alloient négocier à Tartessus , y naviguoient (tf)8ur des vais- 
seaux longs. Si dans le siècle des Argonautes, les vaisseaux 
longs eussent été des vaisseaux de guerre, le navire Argo 
anroit été suspect aux G)lchidien8, et suivant toutes les 
apparences, ils s'en seroient emparés* Voyez ci- dessous, 
^. OLxiii , note 385. 

( I a) $. II. Ij€s Cblchidiens n^avoient donné aucune satis* 
faction, ôc. Ou pourroit dire que les Phéniciens ayant 
enlevé lo , ce n'étoit pas au Roi de la G)lchide à donner 
satisfaction de cet enlèvement ; mais tous les peuples de 
PAsie ne composant qu'un seul corps , suivant l'opinion 
des Perses, qui s'en croyoient (/*) les maîtres, une injure 



(a) Pautan. Corinthîac. «ire lib. ii , cap. xvi , pag. i45. 

{h) Ulpisn. în Orat. Democth. contra Leptînem , pag. 599 , B. 

(c) Plin. Hist. Nat. lib. yii , cap. lti , tom. i , pag. 417 , lin. i6u 

(d) Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres j tom. ix, Menu 
pag. 69. 

(e) Herodot. lib. i , $. CLXin. 

(/) Id. ibid. $. IT ; Ub. ix , $. czv. 



L I O. LIVRE 1. i8i 

faite par une des nations qui lliabitoient , et oit censée 
celle du corps entier des Asiatiques^ de même que ce 
corps ressentoit les insultes faites à un de ses membres } 
aussi Terrons- nous y paragraphe !▼> que les Perses regar- 
doient les Grecs comme leurs ennemis, depuis la prise de 
Troie. 

(i3) 5* !▼• Puisqu'il est évident que sans leur coneen^ 
tement on ne les eût pas enlepées. C'est une de ces maximes 
générales qui ne sont vraies que moralement parlant , et 
qui ne trompent personne. Plutarque, cet écrivain plein 
de sens , mais qui ne pouvoit digérer les vérités dures 
qu'Hérodote avoit dites des Béotiens Mtâ compatriotes , 
a voulu se venger de notre Historien, par un Ouvrage 
intitulé : De la Malignité d'Hérodote. Cette maxime est 
pne des accusations qu'il lui intente. Il la prend à 1« 
riguenr, et de- là il conclut comme il lui plaît. « Les 
D Dieux 9 dit-il (a), ont donc en tort de punir les Lacédé- 
D moniens , pour avoir outragé les fiUes de Lieuctre. . • • 
» car, suivant Hérodote , ces filles ne l'ont été que parce 
» qu'elles l'ont bien voulu. De braves guerriers , comme 
j> Aristomènes , Philopœmen , Régulus , ont été enlevés 
m par leurs ennemis. On prend en vie les tigres et les 
» léopards, et cependant Hérodote fait l'apologie des ravis* 
j> seurs, et )ette la faute sur les femmes enlevées ». Qui 
peut s'empêcher de rire en voyant le sérieux avec lequel 
ce grave Philosophe réfute cette maxime? A-t*il pa 
croire, dit M. l'abbé Geinoz, qu'Hérodote fût asses sim- 
ple pour penser qu'il n'étoit pas possible d'enlever une 
femme malgré elle ? 

Plutarqne a fait bien d'autres reproches à Hérodote; 
mais M. l'abbé Geinoz l'a réfuté dans de savantes Disser- 
tations, que ceux qui sonhaiteront tirer quelque fruit de 
celte histoire, feront bien de lire. Elles se trouvent dans 

(a) Flatarch. de Malig. Herodoti , pag. 856 , F , 867 , A. 



l82 HISTOIRE D'HÉRODaTB. 

les Mémoires de FAcadcmie des Belles- Lettres , tom. xtx^ 
Mém. p«g. ii5; toai.xxi>Méai. pag. laoîel tom. xxiu, 
Mém. p«g. 10I. 

J'ai paUté dans le ti* Tolame le Traité do la Malignité 
d'Hérodote traduit par Amjot , aii^el j'ai joint des 
notes oà je réfute Flutarqoe. 

(i4) ^. lY. Lemr ocmêentemeni. Je lis Smtêù avec le ma- 
nuscrit ji de la Bibliothèque du Roi. 

(i5) ^. ET. Quoiqu'ilê aoieni AaUuiqiAeé* *Qt in, rHç 
'AWiir; aoiU ieâ péupUê de F Asie. U parolt que le Tra« 
ducteur latin s'y est mépris. 

(i6) $. nr. Ih n*ont tmiu aucun compte deafimmes en* 
ievéeê dans cette partie du monde. Comment les Perses 
pouToîeut-ils dire que les Grecs jiToient commis des hosti« 
lit es en Asie, ayant que les Asiatiques eussent porté la 
guerre en Europe? Les Tliraces Strjmoniens (a)^ depuis 
appelés Bithyniensy aroient été transportés d'Europe en 
Asie ^ par les Teucriens et les Mysiens. Cadmus (6) étoit 
venu de Phénioie s'établir en Béotie , et Pélops (c) de 
Phrygie dans le Péloponnèse. Les Perses ignoroient-ils 
ces usurpations , et bien d'autres, qu^il seroit trop long 
de rapporter? 

(17) Ç. iT. S'arrogent. Laurent Valle avoît traduit : 
Sièi neceeêiiudinè conjunetae putant ; Gronovius, aihi 
iunct€U teneht; maift M. Wesseling prouve très-bien dans 
sa note , que hittitviÂAS signifie mihi inruHco, meum esse 
contendo. Les Perses s'attribuoient l'empire sur toute 
l'Asie^ comme on le voit très-clairement , livre ix, §. cxv. 
Ils regardoient par conséquent comme faite à eux-mêmes 
tonte insulte faite à un peuple Asiatique quelconque. 

(18) 5» ▼!• Se Jette au Nord, Les sentimens sont par- 
. i, 

(a) HeroÂot. lib. vu , §. exxt, 
{h) là. lib. II f $. xLiXy Sec. 
(r) Id. lib. Yii I ^. XI, 



C L I O. L I y R £ I. 183 

tagés SUT le cours de ce fleuve. Arrien (a) prétend qu'il 
ne coule pas du Midi , mais du soleil levant. £n entendant 
le lever d'hiver, cela rapprocha cet Auteur d'Hérodote i 
et c'est le sentiment de M. Wesseling. Je ne crois pas 
cependant que ce Savant ait touché la difficulté. Il y avoit 
un double Halys; l'un prenoit sa source au Midi, l'autre à 
l'Est. Hérodote parle du premier, Arrien du second; mais 
cela exigeroit une dissertation particulière. M. d'Anville 
est aussi de même avis. Voyez sa Géographie Ancienne 
abrégée, vol. ii , pag. 7*, et de l'édition in-folio, col. 92. 

(19) %. VI. De9 Cimmérien^ , ûc, Strabon place (6) l'in« 
cursion des Cimmériens du temps d'Homère, ou un peu 
avant la naissance de ce Poète. M. Wesseling pense aveo 
raison , que l'autorité de ce Géographe est d'un moindre 
poids que celle de notre Historien , qui la met sous (c) 
Ardys. Pour moi, je croirois que cb sont deux expédi- 
tions très* différentes : qu'Hérodote n'a parlé que de la 
seconde , parce qu'il n'y avoit point encore de villes Grec- 
ques dans l'Asie Mineure lors de la première, et qu'il 
vonloit faire voir que cette seconde expédition n'avoit 
donné aucune atteinte à la liberté des Grecs. A l'égard 
de la première, on pourroit la croire antérieure au temps 
que lui assigne Strabon , et qu'elle a précédé de peu le 
siège de Troie. Il en est fait mention dans Euripides. En 
effet , dans quelle autre expédition ces femmes captives , 
qui composent le chœur de l'Iphigénie en Tanride , au- 
roient-elles été enlevées? elles parlent de villes (d) prises , 
de tours renversées, et de leur captivité en Tauride, de 
manière à faire penser que cela arriva dans l'incursion 

■ ■ ■■ ' p 

(a) Arrian. Feripl. Fonti Huxlnî , pag. 16. 

(b) Strab. Geograph. lib. i, pag. la, B ; lib. m, pag. 112, C. 

(c) Uerodot. lib. i , $. xy; lib. it, $. xii. Voyez aussi feu M. le 
Président Bouhier , Dissertations sur Hérodote , pag. 54. 

{d) Euripid. Iphigen. in Taaris, rert. 1106 et seq. Tel iii3 et 
seq. secundum alias editiones. 



l84 HISTOIRE D'H É R O D O T E. 
des Cimmériens , qui habitoienti comme on le sait^ la 
CHiersonèse Tanrique aTant qne len Scythes les en eussent 
chassés *, maïs il y a grande apparence que ce Poète a lié 
sa fable sur cette Invasion > et qu'il suppose des Grecs en 
Asie , dans un temps où il n'y en avoit point encore. Telle 
étoit la manière dont )'avois cru devoir prévenir l'objeetion 
que l'on n'auroit pas manqué de me faire. Mais il est inu** 
tile d'y avoir recours. Ion étoit passé en Asie , et y avoit 
formé quelques légers établissemens 107 ans avant la pre- 
mière incursion des Cimmériens. Voyez mon Essai de 
Chronologie, chap. xv, sect. m, $. m, pag. 4a6, 437 , 
435 et 436 y et le Canon Chronologique , années 5,3d3 
et 5,43o. Les Ioniens n'avoient encore qne quelques habi* 
tationsy et si Euripides parle de villes prises, ce n'est que 
pour rendre son récit plus touchant. 

(so) ^. VII. Candaules, ùc. La peinture étoit déjà en 
honneur avant ce Prince. Il acheta au poids de l'or (a) 
nn tableau de Bularque, représentant une bataille des 
Magnètes; c'est, je pense, le plus ancien tableau dont il 
soit parlé dans l'Histoire. 

Si Pline ne se trompe pas an sujet de fiularque, il faut 
que ce peintre ait fleuri peu après la prise de Troie. Mais 
lorsque ce Naturaliste ajoute que Candaules mourut la 
même année queRomulus, il se trompe grossièrement, 
puisque ce Prince périt environ 5oo ans avant le fondateur 
de Rome. Il est étonnant qne François Junius et le Père 
Hardouin n'ayent pas relevé cette erreur. 

(ai) Ç. VII. Agron, C'est ainsi qu'on trouve ce nom 
écrit dans les meilleurs manuscrits. Cette manière de 
l'écrire est appuyée par Julius Pollux, qui dit : « Ninus {h) , 



■ ^ il 



(a) Plin. Hîst. Nat. lib. vu, cap. zxxtiii, tom. i , pag. 696 j 
}ib. xxxy, cap. vqi , tom. 11 , pag. 690. 

(6) Jalii Fôll^cis Qnomast. lib. ix^ Segm. zii , pag. 9^ 

» fils 



C L I O. L I V R E I. i85 

ftiiU (le Bolusy donna le nom d'Agron à son fils, parce 
n qu'il étoit né à la campagne m* 

(22) ^. Tii. Qui donna. Il y a dans tontes les éditions, 
«470 Tfv -y mais liv se prend ponr o'ov , ou pour Tivîfy ce 
qui ne peut convenir en cet endroit. Il étoit très-facile 
de corriger à^* irev , qu'on retrouve plus bas, §. cxix. 
Celte correction est appuyée du manascrit ji de la Biblio- 
thèque du Roi. 

(23) §. Vu. ^ qid ces 'Princes avaient confié les affaires 
du Gouvernement. Il y a dans le grec : *9-ji^k roùjœf 'Hptc- 
'KKtîS'eu inrtrfeL^^ivTiÇ jhxof rhv Apxif,^c. La plupart des 
Traducteurs latins ont rendu ce passage : u^b his succedentes; 
la note de l'édition de Thomas Gale, ah his educati; Grono- 
vins, a6 his prœfecti ; et c'est ce dernier sens que j'ai suivi. 
E'9irfA<p^siç est l'aoriste premier du passif S'Virpg'S'ofuti, 
meœ ourœ traditur, mihi comnUttitur : f heto) ivirelf •> 
^ATtti , dit (a) Homère, cui populi commissi sunt. Uéro- 
dote se sert souvent de cette expression. On en peut voir 
des exemples, liv. II, §.cxxi;liv. m, S* clv et clyii,8cc. 

Mais voici une remarque de M. Goray : c( Il y a dans 
» le texte ^ctpk Tùvrcêv ^ï 'HpetKheîS'ûLt ivtrpetqt^évTtf 
n ^Tyop rhv Àp'/hv iK èsontpo'viov, ... Je corrige itrt^ 
M rpa.^ivr9Ç dans le sens de i^ty^voyi^voi , sens que 
» les auteurs Ioniens semblent avoir attribué particu- 
)) lièrement à ce mot. Voici un autre exemple que j'em- 
)) prunte du même auteur, lib. ii> S* ^^^^ * '^>^^^'f^v lï 
M Tot/Tç» T^ QdL^'thii ysviçieti kpyvpov fiiyav y rbf hvS'ivtt 
» rSf vo'Tgpof imtrpdL%ivro»9 , Sf^or Cx^thée^v fifet^^ett 
TU ifaepS'iKiddLt , aucun des Rois qui lui succédèrent. Hîp- 
)) pocrate fournira le troisième et dernier exemple. C'est 
» dans son admirable Traité de Aër. Aq. et Locis, tom. i, 
9» pag. 554. Il y parle des eaux croupissantes : kfkyxn 
M Tôt/ fièr iipovç hvAi CtpfjikKA) ^AX^àLKoù hi'fjf.iW i^xorrr', 

(a) UoniAri lUas, lib. )i , vers. 25» 
Tome I. A a 



l86 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

» «70 OVK it^iffvTA ihfTtt , «AA«t T0V Tff hfJLCfiêV SfêtTOf 

» i^rt^ipê/jiifov ki) fiov K. T. A. An liea de cette manruse 
1» leçon de Van der linden iTt^êp^fjiifQv , Fëdition de 
» Foësins , ainsi que denx mannscrits de la Bibliothèque 
» du Roi , portent la Traie leçon Ionique iwtrpi^hfUfov 
» dam le âcna de i'x-iytypêfiipov », C o m a t. 

Je crois qu'il faut laisser subsister la leçon «TiTpAçSf mr , 
et que dans le passage du second Lâyre, il faut lire s^iTpflt^- 
tivrof. Les Ioniens et les Poètes profèrent ces expressions 
qui paroissent un peu dures à d'autres qui sont un peu plus 
molles. Cest ce que dit Enstathe dans son G>mmentaire 
sur le cinquième Ldyre de Tniade, pag. 619 , lin. 7 y à fine, 
et il le prouve par des exemples d'Homère ^ d'Euripides et 
d'Hërodote même. Je ne conteste pas que i^n^«L%if7€< ne 
puisse signifier qui succèdent, et c'est de cette manière que 
j'ai cru devoir rendre le passage du Livre 11 , §. cxxi. Mais 
avec cette expression on sous-entend ri^f k^xif , ou toute 
autre pareille, comme dans celle-ci du même Historien , 

lib. III, %. CXLII, iwtTpOWetinf 'WApÏL rioAVXpATffOf XfltC&r 

rhv i'^xiv* Ce qui m'a détermine à laisser ma traduction 
telle qu'elle ëtcHt, c'est qu'en traduisant ce passage selon 
cette signification, Hërodote auroit paru dire deux fois la 
même chose dans la même phrase. 

(q4) %, VII. D'Hercules et d'une Enclave de Jardanua. 
Quelques Auteurs , et entr'autres Scaliger , prétendent que 
cette famille d'Héraclides ne descendoit point d'une Esclave 
de Jatdanus, mais d'Omphale, femme, ou plutôt fille de 
Jardanus. Des Auteurs anciens, et par conséquent plus 
croyables que les Modernes, appuient le sentiment d'Hé- 
rodote. Hellanicus (a) assure que cette personne s'appeloit 
Malis, et qu'elle étoit Esclave d'Omphale , Reine de Lydie. 
Diodore de Sicile {h) prétend que pendant qu'Hercules ser- 

(a) Stephanus Byzant. voc. 'Axlxn. 

{b^ Diodor. Sicul. lîb. vt , $. xxzi, tom, i , pag. 276. 



C L I O. L I V R B I. 187 

voit Ompliale) il eat d'une Esclave un fils avant que d'en 
avoir de cette Reine. Il s'appeloit Acdlus , au rapport 
d'HeUanicus (a) y ou Cléolaus , suivant Diodore de Sicile. 
it Hercules, dit Dion (b) Clir3r808tdme, n'a pas dëdaignë k 
n couche d'une Esclave de Jardanus y de laquelle sont nés 
» les Rois de Sardes ». A l'égard de l'objection de Sca- 
liger (c)y on peut consulter la note de Gronovius. 

Sopboclcs rapporte qu'Hercules (d) fut esclave d'Omphale 
pendant un an. L'ancien Scholiaste dit sur ce vers , qu'il 
servit cette Reine' trois ans, et il s'appuie du témoignage 
d'Hérodote. Ck>mme cet Historien ne fait aucune mention 
de cette particularité , je pense qu'il faut corriger le Scho- 
liaste f et lire Hérodore. Omphale elle-même avoit été 
esclave , comme on le verra note q58. 

(25) 5. VII. Ils régnèrent de père enfile, cinq cent cinq 
ane en quinze génêrcUione. M. l'Abbé Sévin trouve des diffi- 
cultés insurmontables dans la Chronologie d'Hérodote. Cet 
Historien, dit-il (e)y fait régner les Héraclides cinq cent 
cinq ans /en vingt-deux générations; mais à moins d'y com- 
prendre Alcée, Bélus et Ninus, ancêtres d'Agron, il est 
impossible de trouver ces cinq cent cinq ans. Or, suivant 
Hérodote lui-même, ils étoient sujets des Atyades. On ne 
peut donc Jes admettre, et cela d'autant moins, que notre 
Historien dit positivement qu'Agron, fils de Ninus, est le 
premier des Héraclides qui ait régné en Lydie, et que c'est 
à lui que doivent commencer les cinq cent cinq ans; aussi 
M. Sévin ne balance-t-il point à corriger le texte d'Héro- 
dote, qu'il croit manifestement défectueux, et il lit quatre 
cent cinq ans au lieu de cinq cent cinq* 

(a) Stephan. Byiant. toc. 'AxIxn. 
(6) Dio Chrysostom. Orat. xv , pag. i36 , B. 
(c) Scalig. Isagogicor. lib. m , pag. 527. 
{d) Sophocl. Trachîn. yers. 253, ex Edit. Brunckil* 
[e) Mémoires de rAcadémîe des Belles-Lettres, tom. v, Méin. 
pag. 258. 

Aa a 



l88 HI8TOIRC d'HëRODOTE. 

n me paroît que M. FAbbé Sëyin (a) n'est tombé dans 
cette méprise 9 que parce qu'il a voulu faire accorder la 
Chronologie d'Hérodote avec celle, des Chronologistes pos- 
teneurs. Il faut expliquer ^tre Auteur par lui-même, 
sans vouloir l'assujettir aux hypothèses d'Ecrivains qui 
sont venus plusieurs siècles après lui. M. Sévin s'appuie 
principalement sur Eratosthènes et Apollodore , qui ont 
suivi une route bien différente de celle de notre Historien. 
F^ exemple, ils ne comptent que (jb) 7o4 ans entre la prise 
de Tix>ie et le passage de Xerxès en Grèce ; Hérodote en 
met 790. Le ijfilhji -de ce dernier paroît beaucoup plus 
juste; d'ailleurs, étant plus près des événemens, il a dû 
être mieux instruit Les bornes d'une note ne me per- 
mettent pas d'en rapporter les preuves. On peut consulter 
mon Essai sur la Chronologie d'Hérodote , chapitre xi v. 
Gygès (c) commença à régner l'an 716 avant l'ère Chré- 

(a) M. Fréret reproche ( Mém. de TAcad. des Infcript. tom. v , 
psg. 285 ) à M. Serin , de n'avoir rejeté cette Chronologie que 
parce qu'elle ne s'accordoit pat arec celle d'Eratostbènes , et il 
cite en marge Diodore de Sicile , Ht. i , Préface ; mais cet Auteur 
ne nomme point Bratotthènet ni dan» la Préface de son premier 
Lirre, ni, je croîs, en aucun autre endroit de ses Ouvrages. Saint- 
Clément d'Alexandrie en hit mention , Stromat. lib, i , psg. 4o2 , 
ainsi que Denys d'Halicarnasse , Antiq. Boman. lib. i , $. lxxiv , 
pag. 69, lin. 11. Ifais peut-être M. Fréret a-t-il voulu parler 
dApollodore , dont Diodore de Sicile rapporte les opinions 
chronologiques dans le préambule de son premier lirre. 

{b) Apollodore ( Diodor. Sicul. lib- 1 , $. y , pag. 9 ) compte 80 
ans entre la fin de la guerre de Troie et le retour des HéracJides 
dans le Péloponnèse , et ZtB depuis le retour des Héraclides jus- 
qu'à la première olympiade. Xerxès passa en Grèce, au rapport 
d'Hérodote ( lir. yiii , $. li ) , sous l'Archontat de Calliades , qui 
tombe la quatrième année de la soixante-quatorsième olympiade ; 
ce qui fait 296 ans. Ces trois nombres réunis font la somme de 
7o4 ans. 

(c) J'ai discuté cela dans le Supplément à la Philosophie do 
l'Histoire , pag. 72 et suivantes de la première édition ; et pag. 80 
et suivantes de la seconde. Cependant après de mûres iéflexions> 



C L I O. L I y R E ï. 189 

tienne. La Maison des Hëraclides ayant occapë le trône 
pendant 5o5 ans, Agron, le premier Roi de cette famille > 
a dû commencer son règne Fan 1,220 , et suivant (a) Ëupbo- 
rion, Tan i,2i3; car cet Auteur prëtend que Cygès rëgna 
en la dix-huitième olympiade, qui est de l'ioi 708 avant 
notre ère. Si vous ajoutez 5o5 à 716 , vous aurez i^aso pour 
le commencement du règne d'Agron. Ajoutez mainte- 
nant 166 pour les cinq gënërations, en remontant d'Agron 
à Hercules, vous aurez i,386 avant l'ère vulgaire, ce qui 
ne diCFère que de deux ans de l'époque de la naissance 
d'Hercules donnée par Hérodote lui-même. Donc, s'il y a 
une erreur , elle ne peut être dans le nombre de 5o5, comme 
le pensoit M. l'Abbé Sévin. Cette erreur doit se rencontrer 
dans le nombre des générations. J'ai substitué par cette 
raison quinze générations aux vingt-deux qui se trouvent 
dans le texte. Foyez sur ce changement qui m'a paru né- 
cessaire, mon Essai sur la Chronologie d'Hérodote, chap. vir, 
des Rois de Lydie, pag. 2i5 et 2i4. 

(26) §. VIII. // me semble , ôc. Denys d'Halicamasse (b) 
cite le reste de ce paragraphe avec le suivant , pour prouver 
que l'arrangement des mots donne plus de grâce au discours 
que le choix même des expressions , et de crainte qu'on ne 
s'imagine que le Dialecte Ionien contribue à cet agrément, 
il lui substitue par-tout le langage Attique. 

(27) §. VIII. Les disœursj ùc. H y a dans le grec : Les ■ 
oreilles sorti moins crédules que les yeux, Denys d'Hali- 
camasse remarque (c) qu'Hérodote , en introduisant ici un 
Barbare, s'est servi d'une expression figurée propre aux 

j'ai cru devoir ayancer le règne de Gygès de qaatre ans. Cet 
Ouvrage ne me permet pat d'exposer mes raisons; je le ferai 
ailleurs. 

(a) Clem. Alexandr. Strom. lib. 1 , tom. i y pag. 389. 

(h) Dionys. Halicarnass. de compositione Verborum , pag. 5 , 
lin. 36 , pag. .5 , lin. ^7 et pag. 6. 

(c) Iil. Ars Rhetorica, cap. xi , $. xy, png. 117. 



190 HISTOIRE D'h£B0D0TE« 

BarlMretylorBqa'il attribue aux omDet et aux jeux ce qui 
omYient aux diiooiin et à la Tue des objets. 



Segnios irrîtant anioiM dcaîtM per aoreni , 
Quant quiB •imt oculis snbjecU fidelibos. 

HoMjtT. Ar9 Poetic, 180, 

Poljbe est anssi d'aooord arec notre Histmen , lorsqu'il 
aTanœ que la nature (a) nous ayant pourvus de deux ins- 
trumens , s'il ose ainsi parier , de nos connoissanœs , Fouie 
et la Tue , le dernier est beaucoi^ plus via^ selon Heraclite j 
car les yeux sont des témoins plus exacts que les (MneiUes, 

Sophocles aroit dit avant ces Auteurs : u La vue {b) juge 
» beaucoup plus sainement que les oreilles ». Théophraste 
est d'un autre avis. D prëtend , an rapport (c) de Flntarquey 
que de tous les sens , Fouie est le plus propre à exciter les 
passions. Cela peut être vrai en quelques occasions; mais 
en gënëral Fexpërienœ confirme la vérité de la maxime 
de notre Historien. 

(38) %- VIII. Pour la voir nue. Cest le comble de la folie , 
ou de la turpitude de iaire voir sa femme sans vètemens« 
On seroit presque tenté de croire que jamais on ne s'est 
porté à de tels excès. Cependant Suétone raconte la même 
chose de Cslignli| (d) : Cœêoniam, neque facie inêigni , 
nequê œtaU intégra, matremque jam es alio piro trium 
fiUarum, eed luxuriœ, ac laadviœ perditœ , et ardentiue, 
et conêtantiue amapit ; ut nœpe chlamyde, peltâque , et 
galeà omatam, et juxta adequitantem , miUtibuê osten^ 
éerit : amids vcro etiam nndam. 

(39) ^. VIII. Une femme dépœe ea pudeur avec ses véte^ 
ptena, Maxime vraie ^ que Flutarque, qui a pris à tâche de 
critiquer Hérodote ^ ne craint point de blâmer, a Hérodote a 

(a) Polyb. Excerpta e libro xi%> $. zr. 

{b) Soph. ex edît. Brunckii Fragm. lxxvxi. 

{ç) Flotarch. de Audîtionc , tom. ix , pag. Sy et 58. 

{d) Suetoi|. in Callgulâ , $. xxt , pag. 172 et 373. 



C L I O. L I V R E !• I9I 

» tort , dit-il (a) y en soutenaiit qu'une femme qui quitte ses 
n habits 9 met bas toute pudeur ; la pudeur au contraire tient 
» lieu de vètemens à une femme chaste ». 

La maxime d'Hërodote y toute gënërale qu'eUe paroît , 
ne peut se rapporter qu'à ce qui précède , et par conséquent 
elle est vraie. Cette maxime est feusse dans Flutarque, 
parce que cet Auteur l'applique à une femme à l'égard de 
son mari. Il dit très-bien : a Une personne chaste se reyêt 
» au lieu d'habits , de sa pudeur; et le respect que le mari 
» et la femme ont réciproquement l'un pour l'autre , est la 
i> plus grande marque de leur amour mutuel {h). *H cif^^c^f 

n kiS'êï^At ovfAChh^ 'x^SfTAt *mftf kKhnMç ». Cest ainsi 
qu'il feut lire^ et non t^ (AÀKiÇût ^iKêif , t\ fjiikiçct , &c* 
comme il y a dans toutes les éditions ; ce qui ne feit aucun 
sens, n m'a paru que feu M. Reiske lisoit ainsi. Woyen son 
Plutarque, tom. vi, pag. 627 , note 17. 

Quoi qu'il en soit de cette maxime, Ennius me paroît 
bien sage , lorsqu'en parlant des hommes , il dit : 

Flagiti princîpium est nndare înter civis corpora. 

EnniIj Fragm, pag. 3oo. 

Timée (c) raconte que les Tjrrhéniens se feisoient servir 
par des femmes nues , et Théopompe {d) ajoute que dans 
cette nation il n'étmt point honteux aux femmes de pa- 
roître en cet état parmi les hommes. 

Plutarque n'a pas toujours désapprouvé cette maxime ; et 
même il s'en sert pour mettre dans tout son jour la turpi* 
tude des jeunes gens qui abandonnent les vertus de l'en&nce 
pour se livrer à toutes ks passions del'adolesoence. tf Une {e) 

{a) Pr«oepta GoBjugalia y tom. 11 j pag. 159, C. 

{b) Id. ibîd. C. 

(c) Athen. Deipnosoph. lib. xii , cap. m 1 pag. 617 y D» 

{d) Id. îbid. B. 

(e) Flutarch. da Aadltîone y tom. 11, pag. 5; » D. 



192 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 

t> femme, comme le dit Hërodote, qui met basses vêtemens, 
n se dépouille de sa pudeur; aussi y a-t-il des jeunes gens , qui, 
» en quittant la robe de l'enfance , quittent en même temps 
M la honte et la crainte , et qui , en se dëpouillant de l'habil- 
i> lement qui leur donnoit de la grâce , se remplissent incon* 
» tinent de toutes sortes de dissolutions ». 

(^9*) S' '^' lorsque de ce siège. Il 7 a dans le grec : 
lorsque de ce trône. Le trône chez les Grecs est un si<^ge 
ii bras fiyec un marche-pied. Cette sorte de siège ëtoit rë- 
servëe aux personnes de condition libre. Voyez Athënée , 
lib. Vycap. iVypag. 1939E. 

(3o) 5* X- E^ ^^ douta point que son mari ne fût Vau-* 
teur. n y a dans le grec : fjLH^'iff'A t\ w^m^ïf iK r» kwlfbf ; 
ayant appris ce qui auoit été fait par son mari. Valla a voit 
traduit : Hcec ut didieit à viro quid actum esset. Li' Abbë 
Sëvin n'a pas saisi le Tëritable sens de l'interprëtation de 
Valla y qui est amphibologique. « La Reine, dit-il (a), ayant 
D appris de la bouche de son mari ce qui venoit d'arriver ». 

Ce sens est insQUtenable, Il est évident, par le rëcit 
d'Hërodote, que Gygès et Candaules vouloient tenir la chose 
secrète. Il n'est donc pas vraisemblable que la Reine l'eût 
apprise de la bouche de son mari. D'ailleurs Hërodote 
Tenoit de dire que cette Princesse apperçut Gygès dans le 
moment qu'il sortoit de la chambre. Elle avoit done tu et 
appris par elle-même, et non par un autre, ce quVivoient 
fait Gygès et Candaules, 

On trouve dans Hërodote et ailleurs plusieurs exemples 
de la prëposition kn, ( pour àonab) après un verbe passif. 
Je me borne à ces trois-ci : rk (b) ytpéfÂtfA é^ Àf$/>(û^»9 , 
fuœjacta sunt ab hominibus. Ta (e) iK Tov ^vierp^r ^foo'^ 
TAyJiivTtL ; ce qui lui avoit été ordonné par son père. AetfSf 

(a) Mémoires de l'Académie des Belles- Lettres, tom. v» Ifcm. 
pag. 355. 

(b) Herodot. lîb. i , Frsfat* 

(c) Id. lib. II f (. cxz^^ 

ykf 



C L I O. L I V R E I. 1^5 

ykf (a) iK ytM^cLtxbf ^éix"'^^ c^AysU i il est péri misera* 
blemerU égorgé par une femme. 

(5i) %. X. Elle fit semblant de ne Papoir p<M remarquée 
''OvTc îfiTo^ff (dM^têiv. AoKêîv signifie faire semblant^ simur 
lare. Voyez la note de M. Valckenaer lor le vera 462 de 
rnippoljte d'Eoripides, pag. 217. , 

r (3a) §. X. Chex presque tout le reste des nations Bar-- 
bores. Platon {b) nous apprend qu'il n'y aroit pas bien 
long-temps qae les Grecs regardoient comme honteux et 
ridicule à un homme, de se laisser voir nud, ce qui subsist^^ 
encore maintenant^ ajoute-t-il^ parmi la plupart des Bar-r 
bares. 

: «cAAoi signifie ttlU, oî tb^êi casteri. Quoique je n'ignorasse 
pas cette signification , il m'ëtoit échappe par inadyertano» 
de traduire les autres. 

^ (^^) S* ^'' -^ Reine, ic La femme de CandauleSy dont 
» Hérodote tait le nom y s'appeloit Nyssia , selon (c) Hé-* 
» phsBstion. On prétend qu'elle ayoit une double prunelle , 
» et que , par le moyen d'une pierre de dragon y sa vue étoit 
n très-perçante, en sorte qu^elle apperçut Gygès dans le 
j» temps {<£) qu'il sortoit. Quelques-uns disent qu'elle s'ap^ 
» peloit Tudous , quelques autres Oytia, et Abas la nomme 
1) Abro. Us racontent qu'Hérodote cacha son nom , parce 
i> que Plésirrhous, qu'il aimoit, étoit amoureux d'une per« 
» sonno d'Halicamassede ce nom. Ce jeune homme, désespéré 



(a) Euripid. Iphîg. in Taar Is , Ters. 5S%. 

{h) Plato Polit îc. lîb. T y tom. 11 , pag. 452 y C. 

(c) Photii Biblioth pag. 484 , lin. 3o et seq. 

(d) Je retranche arec Henri Etienne y ii'c {^ii<rif0>fv, qui ne fait 
qu'embrouiller le sens, et je fais accorder /ia.t»? d'vf»! avec 
f|iof<r« et non avec «(i0*d-«vf^d-4i » comme le fait le Traducteur 
latin , qui fait dire à «on Auteur, que Nyssia aroit la vue si per» 
çante , qu'elle vit Gygès à travers la porte ; absurdité qu'il est 
inutile d'imputer, à ce qu'il mo semble ^ à un Auteur qui n'eu 
a déjà que trop à se reprocher. 

Tome L B b 



•\t 



* 



« 



194 HISTOIRE D'il É R O D O T E. 
ji de n'avoir pu toncher m maîtresse , se pendit Hérodote 
» regarda le nom de Nyssia comme un nom odieux 9 et 
» s'abstint par cette raison de le prononcer ». 

(34) 5* XII. GygèM t^fance sans, ùc. Les sentimens sont 
partagés sur Gygès et sur la manière dont il tua Gandaoles^ 
Platon (a) en fait un Berger dn Roi de Ljdie, qui se mit en 
possession d'un annean qu'il trouva au doigt d'un homme 
mort -et enferme dans les flancs d'un cfaeral de bronze. Ce 
Berger s'ëtant apperçn de la propriété qu'avoit cet anneau 
de rendre invisible , lorsque le diaton se trouvoit dans le 
dedans de la main> il se fit députer par les Bergers^ séduisit 
la Reine , et assassina Candaules. Xénophon dit {h) qu'il étoit 
Esclave. Cda ne détruit point le sentiment de Platon ; le^ 
Anciens ne se servant que d'Esclaves. Plutarque prétend « 
que Gjgès (c) prit les armes contre GuidauleS; et qu'avec 
nn secours de Mylasiens conduits par Arsélis, il défit ce 
Prince y qui demeura sur le champ de bataille. 

Le sentiment d'Hérodote paroit pi'éférable ^ux autres. 
Né dans une ville voisine de la Lydie, il étoit plus à port<fe 
que perso nn e de s'instruire des faits qui concemoient ce 
royaume. Foye% les Mémoires de l'Académie des Belles- 
Lettres, vol. V, Mém. pag. a54, &c. 

(55) 5- 3UI. Archiloque de Paroê, ùc. Hérodote n'appuie 
jamais son récit du témoignage de pareib Ecrivains. Ce 
passage peut d'ailleurs se retrancher sans que la narration 
en souffre ; elle en devient au contraire plus coulante. Ces 
raisons ont fait soupçonner à M. Wesseling qu'il avoit été 
ajouté par quelque copiste. Mais quand même ce passage 
seroit d'Hérodote, Scaliger n'en auroit pas moins tort de 
prêter gratuitement à œt Historien un raisonnement qu'il 

(a) Plato de Repnbtîci , tooi. ii , lib. 11 , png. 359 et 36o. 

(6) Le premier de met ancêtresquî régna , dit Crésus , derînt 
Hoi et iihrt en même temps. Xenoph. Cjri Institut, lib. vn , 
cap. II , J. Tii , pag. 419. 

(c) Plutarch. Quest. Grarc. png. 5o3^ A. 



^\ 









C L I O. LIVRE I. igS 

n'a point fait. « La raison (a) y dit-il , qu'apporte Hërodote 
M est futile. Farce qu'on Auteur fait mention de tel ou tel 
» Roiy il ne s'ensuit pas qu'il soit contemporain de ce Roi. 
» Homère parle de la guerre de Troie , mais il ne yi^oit 
D pas du temps de cette guerre^ &c. n. Hërodote ne proura 
point qu'Arcbiloque fût cctatemporain de Gjgès, parce que 
ce Poète a parle de ce Prince dans ses ïambes; mais il affirme 
ce fait, et il ajoute qu'Arcbiloque a fait menti<m de Gygès 
dans ses Trimètres. 

Tatien (b) place Arcbiloque Tsrs la vingt-troisième olym- 
piade , dans le temps que Gygès rëgnoit en Lydie y cinq 
cents ans après la destruction de Troie , parce qu'il suppo^ 
soit avec Eratosthènes et ApoUodore, que cette ville avoit 
ëtc détruite ii84 ans avant notre ère. Saint Clëment 
d'Alexandrie assure (c) qu'il flenrissoit après la vingtième 
olympiade y ce qui s'accorde assez bien avec le témoignage 
de Tatien. Cicëron rapporte (d) qu'il vivoit dans le temps 
que Romulus rëgnoit à Rome. Suivant cette autorité , on 
doit le reculer A la quinzième olympiade. Ce sentiment est 
confirme par l'ëpoque de l'envoi de la colonie Pariène à 
Thasos. Arcbiloque ëtoit à la tète de cette colonie, comme 
le dit (Ehiomaiis (e) , ou du moins il fut du nombre des colons 
que la pauvreté engagea à passer (/) dans cette île. Ce fut 
lui qui expliqua aux Pariens le sens de l'oracle rendu à son 
l)ore (jg) Télësiclès. Etienne de Byzance rapporte cet oracle 

(a) AnimadTers. ad Eusebfi Chronîc. pag; Sj et 58. 
{b) Tatlan. Orat. adrenns Grscos, pag. 109. 

(c) Clément. Alexandr. Stromat. pag. 698. Foyezsur cet endroit 
la note de Fotter. Mais on pourroit lui répondre qu'Arcbiloque 
accompagna encore Jeune son père TéUsiclès, et qu'il y ft grande 
apparence , par la réputation qu'il se fit^ qu'il survécut bien des 
années à la fondation de Thasos. 

(d) Cic. Tuscul. Qusest. Hb. 1 1 $• x. 

(e) ËQsebii Frsparat. Evangel. Hb. vi , cap. vn , pag. ^56, 

(f) ^liani Hist. Var. lib. x, cap. xiii, tom. 11, pag. 663. 
{g) Euseb, Frarparat. Evang. lit. yi^ cnp. vu, pag. a56. 

Bb a 



l^S HISTOIEB D'H É.R O P O T E. 

au mot (a) Bkt^cof. h peut trè»-bien se faire qu'il ne fût 
point almn connu, et qu'il n'acquît de la cëlëbritë que la 
première ann^ de la yingt -deuxième olympiade , 692 an# 
«Tant notre ère , qui est un terme moyen entre les dates 
rapportées par Saint Clëment d'Alexandrie et Tatien. Cette 
Ile ayoit d'abord été peuplée vers Fan i55o avant Vhr» 
vulgaire, par une colonie de Phéniciens, sous la conduite 
de (b) Thasus, fils d*Agénor (c), et frère de Gadmus, qui 
lui donna son nom , cinq générations {<£) avant la naissance 
d'Hercules. S'étant ensuite dépeuplée , les Pariens y enr 
Toyèrent une colonie («) dans la quinzième olympiade. 
Ceux qtii voudront s'instruire, plus particulièrement d'Ar^ 
chiloque, n'ont qu'à consulter la Bibliothèque Grecque de 
Fabricius, tom. i, pag. 54/ et 548. 

Ses poésies (/) parurent aux LAcédémoniens si dange- 
reuses pour les mœurs , qu'ils les proscrivirent de leur viUe , 
et les vers qu'il composa sur la perte de son bouclier le 
firent chasser de Sparte. Ces vers sont composés de deux 

(a) QEnomaûs dît en terme très-ezprèa ( loco laodato ) qu'Ar* 
chiloque étoit fils de Télétîclès. Suivant Etienne de Bysance, au 
mot ^M^r%ti Téléticlèt étoit au contraire EU d'Archiloque , maïs 
il y a grande apparence que le texte est altéré , et qu'il faut lire : 

de <r» TV AfX^^^X"' ^ mot 4r«Tf j aura été oublié par les copistes , 
on il doit être sous-entendu. Pinédo, qui a donné une édition 
de cet Auteur dont je me sers , bien loin de corriger cette faute, 
traduit : Paiet ex oraculo reddito Archilochi filio. Cela a fait 
croire à Potter , que Téiésiclès étoit réellement fils d'Archiloque. 
Voyez les notes de ce savant Archevêque sur Saint Clément 
d'Alexandrie , tom. i , pag. SgS. Ma conjecture s'est vérifiée ; 
Berkélius a trouvé ^rm/rfi dans les manuscrits. 

(b) Uerodot. lib 11 , $. xur ; lib. tj , $. zlvii. 

(c) Pausan. Eliacor. prior. sive lib. t, cap. xxv, pag. 445. Conon. 
Narrât, xxxrii apud Photium, Cod. clzzxvi , pag. 444 et 445. 

{d) Herodot. lib. 11, $. xliv. 

(tf) Clément. Alexandr. Stromat. lib. i, tom. x, pag. 398. 

(/) V&ierius Maxim, lib. yi , cap. iii^ Extern, i, psg. ô6k 



€ L I O. L I V R E T. 197 

distiques. Le premier se trouve dans la comédie d'Aristo- 
pbanes, intitulée laPaix, vers 1298^ et dansStrabon, Ht. x^ 
.pag. 703 9 B, et liy. xii^ pag. Say, A. Dans Strabon et 
dans toutes les éditions d' Aristophanes , excepté ceUe de 
M. Brunck , on lit ifriç comme si c'étoit un adverbe^ tandis 
que c'est le singulier dont le plurier irrt» est plus usité. 
Flutarque (a) rapporte les deux premiers vers, la fin du 
troisième et le quatrième. Enfin {h) Sextus Empirions a 
heureusement conservé les deux premiers et ce qui nous 
manquoit du troisième. M. Brunck a réuni ces vers épars^ 
et de plus, il a eu le mérite de substituer iptûç à irrif y qui 
est la leçon vicieuse de ces quatre Auteurs , ou plutôt de 
leurs Copistes. Les voici, teb que ce Savant les a fait im- 
primer dans aea Analectes (c). 

Erroç ifimfinrûfy xtûOawùv ùvk iétXêtK 
*AvTof #1' f|f^vv«f B-»fUTU riA«$-. 'Arwiç ifctttt/ 

(( Un Saïen se glorifie de l'irréprocbable bouclier que 
m je laissai malgré moi près d'un buisson; mais j'échappai 
)) à la mort. Serviteur à ce bouclier ; j'en acquerrai dans 
)) la suite un autre qui ne .sera pas moins bon ». Voyez aussi 
ce que dit Hérodote sur le poète Alcée, liv» v, 5* xcv, et 
la note 0.%%. 

Pareille aventure arriva à Archiloqi^e et à Horace, r^- 
lictâ non hene parmulâ; mais Horace, plus sage qu'Ar- 
cliiloqne, n'alla plus à la guerre , au lieu qu'Archiloque 
y retourna, et qu'il fut tué dans un combat On avoit tant 
d'estime pour les talens de ce Poète, que la Pythie (et) 

(a) Platarchi Inslituta Laconica , pag. aSg, B. 
{b) Sext. Empiricus in Fyrrhon. Hypotypos. lib. m , J. ccxvi, 
pag. 181. 

(c) Analecta Teterum Foetarum Graecorum, tom, i,pag. 4o, 
III , tom. 11; y pag. 6 , Lection. et Emendatlon* 

[d) Plutarch. de Sera Numinis Vindictâ , pag. 56o ,E. Aristid. 
Torne J, * 



1^ RI8TOIKB D'HÊ&ODOTE. 
ne permît point à Ctlandtt, samomm^ Cormx (Corbeftn) , 
^m l'aToît tué , d'entrer danf le temple ^ qn'il n'eût iqppusé 
les mÂnee de ce Poète. 

On peut Toir aani ce que î'ai dit de loi, lir. r, $. xcr, 
note 267. 

On ne trooye nulle part œ qni noa« reste de œ Poète , 
recueilli «rec autant de soin qpe dans les Analectes de 
IL Bronck. 

(36) 5- 3LIY. Une trèê^grmndê pmUe, Valla et Henri 
Etienne n'ont point entendu ce passage. Du Ryet suit per* 
pétuellement la yersion de VaUa.'^Ov» doit se joindre aTCC 
wXiiwrmi cette fiiçon de parler est très-commune parmi les 
Grecs. Us disent «-Ai7rr«p iw^fy mfi^x^Ê9êv ««vf , mfttênrf «rvp^ 
êawftétrrif «^f , &C. Les Latins les ont imit^ Qcëron (a) , 
Sales in (licêndo mimm quantum valent, Ammien Mar- 
cellin en parlant des Hjrcaniens (6) : pescuntur penaHbus, 
quorum varietate immane quantum esubereuii. Voyez la 
notedeGronoyins^etlesIdiotismesduP. Viger^cliap. m, 
secL Tii. n pourroit se £ûre cependant que la construction 
fût^ mX?i ê9U fêîf irrtf imêiiftêtrm ifyvfu if LîX^ùlty Têvrmf 
rm wXurtm irrn «< , «la plus grande partie des dons en 
» argent, qui sont à Delphes, Tiennent de Gygès j>. 

(37) 5* xiY. Du poids de trente talens. n Hérodote ëtoit 
» ami des Athéniens. Il emploie toujours, ou presque tou- 
)» jours dans son Histoire^ les poids communs et les mesures 
7i communes de la Grèce , et particulièrement de l'Âttique. 
» Le talent A ttique ëtoit , à quelques grains près , du poids 
» de cinquante-deux livres de Paris, ayec six onces et deux 
» gros de plus, selon M. de la Barre dans son Traité des 
» Mesures, chap. yii. Les cratères que Gjgès consacra dans 

pag. i56 y lin. penult. Dio Chrytostomos , Orat. xzziix , pag. 397, C } 
Suidas , TOC. 'Af;tl^o;|^e(. 

(a) Cîcer. Orator. $. xzyi. 

(6) Ammian. Marcellin. lib. zzni, cap. n, pag. s^S. 



C L I O. L I V R E I. igg 

}) le temple d'Apollon à Delphes , pesoient donc trois mille' 
n cent quarante-trois à quarante^natre marcs d'or n. 

Bbllanoeb. 

Suivant le calcul de M. Bellanger, ces trente talens d'or 
vaudroient a,a6u,^6o liv. à a,a63,6So liv. de notre mon- 
noie y somme qui est trop forte. Il y a une manière bien 
plus simple d'en Cure l'évaluation. Hérodote dit lui-même ^ 
lib. III y ^. xcv , que l'or ëtoit à l'argent comme un à treize. 
Par conséquent les trente talens d'or équivalent à 390 talens 
d'argent. Le talent d'argent valant 5,4oo liv. selon l'éva- 
luation qu'en a faite le savant Abbé Barthélémy, les 590 
talens valent 3,106,000 liv. de notre monnoie. 

Gygës (a) , Alyattes et Crésus tiroient leurs richesses de 
certaines mines de Lydie, qui é(oient entre l'Atamée et 
Pergame. Les richesses de Gygës avoient passé en proverbe, 
témoin ee vers d'Archiloqne (b) : 

*0v (Jiot Tôt Tvyt» TÏ To^jjyj^v^tt fjLthn, 

i( Les richesses de Gygës ne me touchent pas ». 
Celles de Crésus les efiacërent , et dans la suite on ne 
parla plus guère que de celles de ce Prince : 

DÎTÎtU audits est cnl non opulcntîa Crcesî ? 

OriD, Epist, ex PontOj lib» ir; Epist, m, vers, 3y, . 

(38) J. XIV. Mais à Cypsélua^fils éTEétion, Cypsélus , 
fils d'Eétion, est le premier Tyran de Corinthe j j'en pwle 
plus bas, livre v , §. xcti , note 24o et suiv. 

Hérodote dit id que les cratères d'or que Gygës envoya 
à Delphes, étoient dans le trésor des Corinthiens, quoiqu'à 
dire vrai, ce trésor ne fût point à la République de Corin- 
the, mais à Cypsélus, fils d'Eétion. 



(a) Strab; lib. xiv , pag. gi)*) , A. 

(6) Ânalecta reter. Poetarum Grsecor. (om. 1, pag. 43, &r. z. 



300 HISTOIRE B'HÉRODOTB. 

n y avoit dans le temple de Delphes des espèces de cha- 
pelles ou salles qni appartenoient à différentes villes, à des 
Rois, ou même à de riches particuliers. Les oflBrandes qu'ils 
faisoient au Dieu se dëposoient dans ces chapeUes. On voit 
alors ce que c^est que ce trësor des G>rinthiens et de Cyp- 
fëlus. Ce que dit Plntarque (a) de la maison que ce Prûioo 
fit bâtir à Delphes, doit s*entendre de cette chapelle. Jjù 
même Auteur en parle encore plus (b) bas. On trouve mill» 
exemples pareils dans les Anciens. Je me contente de celui» 
m : ri (c) TV *A^iAXi»rs^ kfétAniâJt, worna-ifiip^ç «trAT/év^-ir 
êlf T^r if ùkBh%êIf rSv^hênf^vf ^fi^Avfhv^ k*ù iW^pse^t 
T^ iàutri ofofÂtt. « Ayant fait un don à Apollon , il l'offirit 
» au Dieu, le plaça dans le trësor que les Athémens ont à 
» Delphes, et y mit son ncnn )^. 

Je n'igoore point que M. Hntchinson pense , arec quel- 
ques Savans qu'il cite dans sa note sur ce passage, que les 
Grecs, de même que les Romains, mettoient leurs trësors 
dans les temples ; mais quand cela seroit aussi certain des 
premiers qu'il l'est des derniers, il est hors de doute qu'ils ne 
le placèrent jamais dans le temple de Delphes. Les Athé- 
niens aroient le leur dans leur citadelle , ^ussi bien que le 
tribut qu'ils tiroient des Grecs pour la défense du pays 
contre les Perses. Cet argent ëtoit auparavant en dépôt à 
Délos et non à Delphes ; mais les Athéniens le firent dans 
la suite transporter à Athènes. 

(59) §, XIV» jiprès Mida$,jiU de Gordius. Il y a eu en 
P)irygi£ plusieurs Rois du nom de Midas et de Gordius. 
Dodwell {d) l'avoit soupçonné , mais feu M. le Président 
^uhier {e) l'a prpuvé. Le Midas dont il est ici question , 
ppurroit bien être celui qn'£usèbe assure avoir commencé 

(a) PluUrch. septem Ssplent. Coutît. pag. i64, A. 

(b) Id. de PjftHJK Oraculîs, pag. 4oo, D. 

(c) Xeaoph.de Cyri Eipedit. lib. ▼, pag. 373. Oxon. 17^5, rV4^. 
{d) Dodwell de Cyclis in addeod. pag 90^ 

(e) Recherches sur Hérodote , pag. 78, &c 



C L I O. L I V R E I. 201 

à régner on Phrygie la quatrième annëe de la dixième olym- 
piade ; ce qui reviendroit à l'an 3,977 de la période juliennei . 
737 ans avant notre ère. 

(4o) §. xiT. FïU de Gordius. tJi Tàfiiim, Ce génitif vient 
de Tàf^Uçy ioniqnement Vôfiinsy de même qu'A'rpti^iyf fait 
an génitif ionien ' At fu^têt. Le génitif commun Vàf^H peut 
venir aussi du nominatif TùfUitç. Il faudroit dire en françois 
Gordias, mais Gordius a prévalu. 

(4i) J. XIV. Z^/>r«mi^c2e«^ar&ar««. Notre Historien ne 
dit pas le premier absolument , mais le premier des Barbares 
depuis Midas. M. dé (a) Valois et M. l'Abbé {b) Anselme , 
n'ont donc pas saisi le sens d'Hérodote , lorsqu'ils ont dit 
sans restriction, que Gygès fut le premier qui fit à ce temple 
des offrandes de vases d'or et d'argent. 

(42) §. XIV. Smyrne, Dosithée (c) raconte , au troisième 
Livre de son Histoire de Lydie, que les habitans de Sardes 
étant en guerre avec les Smyrnéens , firent le siège de 
Smyrne , et déclarèrent qu'ils ne le leveroient point que 
les Smyrnéens ne leur eussent abandonné leurs femmes. 
Ils étoient sur le point de souscrire par nécessité à cette 
demande , lorsqu'une Esclave , d'une figure agréable , dit à 
son maître qu'il falloit habiller proprement les femmes 
esclaves , et les envoyer aux assiégeans en la place de leurs 
femmes. L'avis fut suivi. Les Sardicns se fatiguèrent tant 
avec ces Esclaves, que les Smyrnéens les firent prisonniers. 
En mémoire de cet événement, on célébroit encoi'e du 
temps de Plutarque, une fête à Smyrne, qu'on appeloit 
Eleutheria, ou la fête de la Liberté, En ce jour les Esclaves 
ctoient vêtues comme les femmes libres. 

Si ce fait est vrai, il arriva probablement dans la guerre 
que Gygès fit aux Smyrnéens. On ne peut pas le rapporter 

(a) Mémoires de l'Âcad. des Inscript. tom. m, Ulst. pag 7^. 
{fi) Ibid. tom. VI , pag. 6. 

(c) Plutarch. Parallel. pag. 3i2 , E , F î png 3i3 , A. 
Tome L Ce 



30a HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

à celle que leur fit Alymttes ; ce Prince ayant pris Smjme 

•elon Hérodote y ci-denouiy ^. xti y au lieu que, saivant 

Flutarqne , œ forent les Smymëenf qoi prirent oenx de 

Sardes. 

Mimnermns ayoît fait (a) des Ters ëli^giaques snr la 
bataille des SmjméenM contre Gygès ; le sort nous les a 
enri^ Ce Poète , contemporain de Solon , fleorissoit en la 
trente -septième olympiade. Foyem sur ce qui le regarde, 
Fabricii Biblioth. Onec Edit. secnnda, tom. i, pag. 733. 

(43) $. XV. Prirent Scardes, excepté la citadelle. SiÛTant 
Strabon {h) , l'expédition des Cimmëriens en Asie est fort 
antérieure à ce que nous en dit Hérodote ; mais je crois 
qn'il s'agit de deux invasions très-différentes. J'en ai parlé 
pitis haut, §. VI, note 19. Le même Strabon (c) appuie 
ailleurs le fait rapporté par Hérodote , et qu'il a tiré d'Ar- 
chiloque et de {d) Callinus. Ces Poètes étant contemporains 
de Gygès, ont pu voir dans un âge avancé la seconde expé* 
dition des CHmmériens. 

Lygdamis , qui étoît à leur tète {e) , poussa jusqu'en Lydie 
et en lonie. Il prit la ville de Sardes, et périt en Cilide. Il 
menaça (/*) dans sa fureur, de brûler le temple d'Ëphèse, 
et même , si l'on en croit Hésychius {g) , il effectua ses 
menaces. 

(44) ^. XVI. Et à Cyaxaree. Cela s'accorde parfaitement. 
Phraortes , père de Cyaxares , régnoit en Médie , dans le 
temps qu'Ardys, grand-père d'Alyattes, étoit sur le trône 
de Sardes. Phraortes régna aa ans , commença son règne 

(a) Fausan. Boeot. tire lib. ix, cap. xxix, pag. 766. 

{h) Strab. Geograph. lib. i , pag. ii> B ; lib. m , pag. 122, C. 

(c) Id. lib. xiT , pag. 968, C » D ; pag. gSg , A. . 

(d) Clément. Alezandr. Stromat. lib. i , pag. 5i^ , Conf. KoU 
Potteri. 

,(e) Strab. lib. i , pag. 106 , B. 
{f) Callimach. Hymn. in Dian. vert. 261. 
(g-) Hesych. toc. Av>^a/ui(, tom. 11, pag.6oa« 



i 



C L I O. L I y R E I. 2o3 

l'an 656 avant notre ère , et fut tue Tan 634. Ârdys monta 
sur le trône de Lydie l'an 677 ^ régna 49 ans^ et monrut 
l'an 6a8. 

(45) §. XVI. Colonie de Colophon. Les habitans (a) de 
Colophon envoyèrent une colonie à Smyme y après en avoir 
chasse les Eoliens. Ainsi cela ne détruit pas ce que {h) Fau- 
teur de la Vie d'Homère a dit que Smyme étoit une colonie 
de Cyme. Paulmier de Grentemesnil est peut-être le pre- 
mier qui ait entendu ce passage. Voici comme il s'explique : 
IntellexU (c) ^ credo , Herodotua , Colophonem fuisse , 
Smyrnœ metropolim ^ et urbem ipsam pro incolis posuit 
synecdochice. 

(46) §, XVI. Qu'il fut contraint d'abandonner. Il y a dans 
le grec : De devant laquelle il se retira, non comme il le 
\>oulut, mais après avoir reçu un échec considérable. Telle 
est la manière dont les Grecs s'expriment poiâr adoucir en 
quelque sorte ce qu'il peut y avoir de trop dur dans un 
récit Le choeur > dans TAndromaque d'Euripides^ s'adres^ 
sant à Fêlée , à qui l'on amenoit le corps mort de son petit- 
fils , lui dit (d) : <( Infortuné vieillard , vous recevez dans 
» votre palais le fils d'Achilles ; non comme vous le voulez ». 
Voyez plus bas, note 85. 

(47) J. XVII. jiu son du chalumeau. * Tjr^ avftyyêff. C'est 
ainsi que parlent les Grecs. Ils mettent la préposition »^ê 
avec les instrumens de musique pour ^tr«. Sur ces mots du 
vers trois de la quatrième Olympique de Pindare, iwl wônci- 
Xù^ùffityyç màti»Sy le Scholiaste dit : r^ ùvày mri r^ç fitru 
xixftiTMt y if If, fttTM wmtXt^tffilyymf fiêft, Hésychius y vV 
ivXSy fttT MuXS. Proclus in Chrestotnathiâ , pag, ^, iwifxiifim 
J[% , t\ ^i r' ôf^tia^êfç iJliféîttf fitXôç ixiytrû. Km yuf et wm?mi«t 
TiyF 9^4 mrn rSiç furm wôXXmmiç fA«(^&i9d9. ti*tiFàfx^fut est une 

(a) Herodot. lib. i , $. cl ; Pausan. Hb. vu, cap y , pag. 532. 
(Jb) Vita Homeri Herocloto tributa, $. 11. 
(r) Exercitation. in optimos Auctorei Grsecos, pag. 3. 
[d) Euripid. Andromach. vers. 1 168. 

Ce 2 



âo4 HISTOIRE D*HBRODOTE. 
» chanson accompAgnée de danses ; car les Anciens prenoient 
» souvent la préposition i^i poor fttvM ». (a) MiAs-iri r«F 
AidFv^v fimfvSfif^f 9W4 Tftftwifm ; célébrez Bacchuê au son 
du tambour bruyant, 

(48) $. XVII. J^/ cUê fiâtêê mascuUnêê et féminines. 
Aulugelle dit [b) qu'Aljattes, au rapport d'Hérodote^ avoit 
dans son armée des femmes qui jouoient de la flûte. Ha^ 
lyatteê autem Rex terrœ Lydiœ , more atque luxu barba" 
rico prœdituê , quum bellumMUesiisfaceret, utHerodotue 
in hiêtoriU tradit , concinentes fietulatoree et fidicineê , 
atque feminas etiam tibicinas y in exercitu atque in pro^ 
cinctu Jiahuit, lascivientium deUcias conviviorum, Héro- 
dote ne dit pas qu'il y eut à Tarmée d'Alyattes des femmes 
qui jouassent de la flûte ; il parle seulement de flûtes mascu- 
lines et féminines. Bartholini fit imprimer à Rome ^ en 1 67 7 ^ 
un Traité sur les flûtes des anciens y de Tïbiis peterum. Je 
comptois j trouver l'explication de ce passage ; mais bien 
loin d'en donner aucune, il ne dit rien de satisfaisant sur 
les choses les plus simples. Il a manqué absolument son 
sujet, et après 235 pages d'une lecture assommante, on quitte 
le livre sans la plus légère instruction. 

Quoi qu'il en soit, j'imagine qu'il j avoit deux sortes de 
flûtes , dont l'une percée d'un petit nombre de trous , ren- 
doit un son grave ; l'autre , percée d'un plos grand nombre 
de trous, rendoit un son plus clair et plos aigu. Hérodote 
nomme la première, flûte masculine; la seconde, flûte 
féminine. 

La plupart des flûtes se faisoient anciennement avec les 
os des jambes d'un faon de biche. On prétend que c'étoit 
une invention (c) des Thébains. Cette prétention n'est 
nullement fondée. Les flûtes étoient connues dans l'Orient 



(a) Eurîpid. Bacch. i55. 

{b) Â. GcU. Noct. Attic. Ilb. i , cap. xi , tom. i , pag. 88. 

(c) Âthen. Deipnosoph. lib. it , cap. xzy, pag. i8a, K. 



C L I O. LIVRE I. !205 

avant qûHl y eût des Thëbams. Mais pour en revenir aux 
Hûtes faites avec les os des jambes d'un faon de biche, si ce 
faon avoit été blessé aux jambes par les épines du cactus 
ou artichaut sauvage , les os de sea jambes ne pouvoient 
rendre de son, comme le dit (a) Philétas de G)s, Poète 
célèbre, dont Properce parle avec éloge. 

(49) ^. XIX. De Minerve surnommée Aêsêeiène. Assé- 
SOS {h) étoit une petite ville de la dépendance de Milet. 
Minerve y avoit un temple ^ et de-là elle avoit pris le nom 
de Minerve Assésiène. 

(50) $. XX. jiftnqu'instndttPavance^Otimç i}tTiwfôu^mt 
vfif Ta «-«ft«9 fiàuXiitirm^ Cela me parott avoir été mal 
rendu par Tlnterprète latin : Ui aliquid prospiciendo eibi 
consuleret in prœaens, Ufôuiitç signifie , étant instruit 
d'avance , prœtnonitus , prcescius. T/ n'est pas r^ par 
vp6ui(Êfç y mais par BôuMvnrMi. Xfnvtiftôp est sous-entendu 
avec wfoîi^mç, Voyez les Mémoires de l'Académie des Ins*- 
criptlons, tom. xxiii, Hist pag. 111. 

{Si) %. XX. jiux conjoncturee. Après ces mots, il y a 
dans le grec : c'est ainsi que les Milèsiens racontent cette 
histoire, Gsci est une répétition, après avoir dit un peu 
plus haut : Mais les Milèsiens ajoutent que, ùc^ D'ailleurs 
cette phrase, si familière à notre Historien, n'apprenant 
rien de nouveau, et rendant en françois le style diffus et lan- 
guissait, j'ai cru devoir la supprimer, et je me flatte que les 
admirateurs d'Hérodote ne m'en sauront pas mauvais gré. 

(52) §. XXI. Pendant que le Héraut étoit en chemin. H 
y a dans le grec, MWêTTâXûg i ce mot signifie un vaisseau propre 
à transporter des voyageurs, des marchandises, etc. On y 
joint communément v«e?f, ou vAd/^v en mettant iwir^Xovi 
ou bien l'on sous-entend l'un ou l'autre ; car mwirTàX«s en ce 



(a) Athen. Deîpnosoph. lîb. 11, cap. xxviii, pag. 71 , A. Anti- 
gonî Histor. MirabiK cap. tiii. 

(b) Steph. B;zant* toc. 'Ar^-Mc-kc. 



ao6 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

•enA f est toujours adjectif. L'auteiur de la vie d'Homëre , 
attribuée à Hérodote, l'a employé de même, §. xix. Yoyes 
aussi le Lexique de Timée, page 43 , deuxième édition , au 
mot 'AwirvXtiy avec la savante note de Ruhnken. Mais il 
signifie plus communément une expédition maritime, une 
flotte, comme dans ce passage de (a) Plutarque : *Ot r9ftfnux»i 

»afit vn^imrm Têuç'Aêtifiiêtf iwtçêXMç wûXtfiiuç fùf/U^trftç : 

« les alliés et les insulaires regardant comme ennemies lea 
j» flottes d'Athènes ». Cela a engagé Gronovius à faire aller 
par mer le Héi*aut , à Milet , quoiqu'il fût plus simple de l' j 
envoyer par t^rre. Ge qui appuie le sentiment que j'ai em- 
brassé , et qui est aussi celui {b) de M. Wesseling , c'est que 
ce mot signifie aussi quelqu'un {c) qu'on envoie quelque part 
avec des ordres, Xrix^ç se dit d'une troupe de gens qui vont 
par terre ou par mer exécuter une entreprise : ^rixûç (d) 
#li fW/9 iwïwfS^f TtfM wftttif^iuf w^êâÇy ittty iirï uSvy ur$ 
Util vf^jf. G>mme il est inutile d'accumuler les exemples 
dans une chose aussi claire , je me contente de ces deux-ci : 
ixiytro (^) ^i d rroX^ç ivm iiV Uu^^mn on dUoitque Vexpé- 
dition regardoU les Pisidiens, Xp#v« (J) éf[ gCW Hvéimf m^ôo^ 
TêX£t9r9 O't^iTut i rXéif^t : enfin le malheureux (Edipe est 
arrM par l'ordre {par l'en^wi ) djipoUon Pythlue, Re- 
marquée aussi qu'Hérodote se sert en cent occasions du verbe 
iirûrrihXmy pour des voyages de terre. Voyez entr'autres, 
Lîv. 1 , 5» ccviii ; lâv. m , 5* ^^^ï > cxxxv •, Liv. i v , 
5* cciii 3 Liv. IX , 5* L. D'ailleurs, qui est-ce qui ignore qu'on 
donna le nom d' AV«rroA«i, Apôtres^ à ces hommes que Jésus- 
Christ envoya prêcher l'Evangile par toute la terre? 

(fl) Plotarch, în Phocîoti. pag. 746 , F. 
{h) C'étoit aussi celai d* M. Bellanger. 
(c) Tîmaei Lezic. Vocum Platonicarum, toc. 'Airo9^ox«. 
{d) Scholîast. Apollonii Rhod. ad lib. i, vers. 7o4, pag. ii6 , 
in arersâ parte, lin. 27. 
{e) Xenoph. 'AiaC, lib. m, cap, i, $. vu, pag. i32# 
(/) Eurip. Fhœniss. vers. 107a. 



! 

t 



C L I O. LIVRE I. 207 

Le limple ri AX«/Mti se dit également des voyages de terre 

comme de ceux de mer. On trouve un exemple de ceux de 

terre dans Saint Jean Chrysostôme : (a) ri yi^f irif» »dxirm 

A l'égard de la ruse de Thrasybule , Polyen en parle , 
liv. vide ses Stratagèmes, chap. xlvii, pag. 593. 

(53) J. XXIII. Les Lesbiena en conviennent aue&L Her- 
mogènes {h) voulant faire voir que les Anciens se servoient 
d'un double moyen dans leurs récits, l'un pour leur propre 
sûreté , qui consiste à mettre la narration dans la bouche 
d'un tiers , l'autre , pour s'attirer la confiance da public, en 
appuyant ce récit d'un antre témoignage , apporte ce passage 
d'Hérodote pour servir de preuve de ce qu'il avance : Len 
Corinthiens le disent ainsi, et les I^eshiens en conviennent* 

(54) 5. XXIII. Joueur de cithare. Il y a dans le texte, 
xiU^mliç. Le Jtié«f f ^if (c) diflfere du KtUftç^ç. Mais pour en 
sentir la différence , il faut savoir que les anciens appeloient 
la lyre, non-seulement A»f9> mais encore »/é«ipir, et que 
Mé«f « est la cithare , d'-oà nous avons fait le mot de guittare , 
quoique la cithare et la guittare soient deux instrumens très- 
differens. Apollon avoit inventé la lyre , et Mercure la ci- 
thare. Homère , dans son hymne à Mercure , vers 47 et sui- 
vans, fait une description de la cithare. D'après ces données, 
lexféiCfff-vVtouchedelalyrê, le xiéu^m^iç de la cithare^ et 
l'accompagne de sa voix. Nous parlerons un peu plus am- 
plement de la cithare, Liv. IV, note 344. 

(55) §. XXIII. Qui ait fait, ...le Dithyrambe. « Le Di-* 
» thyrambe étoit une sorte de poésie, ou d'hymne en l'hou- 
» neur de Bacchus et du vin ; poésie hardie et déréglée , 

(a) DÎT. Chrysost. în MattliaBum, Homil. tii , pag. 81 , A. 

(b) Hermogenes 4rtf f Mldo^v «/[iiféTUToc, pag. iSj, lin. 28 et 33. 

(c) Ammoii.Tfp« t/uo/wv xa' J'iA^ifeu xiÇtên.yoc. K/6«f»(>pag.82. 



I 
! 






2o8 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 
» d'un style figure y ampoule et fort obscur. Les faiseurs 
» de (a) Dithyrambe y dit Suidas , ne parloient que de 
Il choses relevées^ comme des nuées , des mëtéores^ etc. H 
1) y a beaucoup d'apparence que la poésie Dithyrambique 
D devoit son origine à des assemblées de buveurs y dont le 
M vin échauffoit le génie > et développoit cet enthousiasme 
D ou fureur poétique qui fait l'ame du Dithyrambe. Philo* 
» chore nous apprend (6) que les Dithyrambes ne se chan-» 
» toieut que lorsqu'on faisoit des libations à Bacchus y et 
N dans la débaudie. De-là cette composition licencieuse de 
» plusieurs mots joints ensemble; de -là ces métaphores 
» dures y hardies et compliquées, ces renverscmens de cons« 
)> truction, ce désordre dans la disposition ou l'arrangement 
» des pensées, cette versification affranchie de la plupart 
» des règles y etc. Aussi Epicharme (c) a-t-il dit qu'un bu- 
» veur d'eau ne fut jamais bon poète Dithyrambique ». 

Bellakoer. 

Saint Clément d'Alexandrie {d) attribue l'invention du 
Dithyrambe à Lassus d'Hermione. Ce Lassus est le même 
qu'Hérodote {e) et Suidas appellent Lasus. Il fleurissoit dans 
la cinquante-huitième olympiade, et sous le règne de Darius, 
fils d'Hystaspes , selon {f) Suidas y mais il se trompe, puisque 
Dariqs ne régn^ qoe vers la fin de la troisième année de la 
soixai^te-qui^trièn^e olympiade. Ki|ster auroit dû en faire 
1a remarque dans bgb notes. Quoi qu'il en soit, ce temps est 
postérieur à celui d'Arion de Méthymne , qui vivoit vers 



(a) Saiilaf , toc. Aifli/f«/<>Ôo</ii^Ar*AXoi. 

{b) Athen. Oeipoosoph. lib. xit, pag. 628, A. 

(c) Id. ibid. B. 

(ci) Clément. Alexandr. Stromat. lib. i , tom. i, pag. 355 , lin. 5. 
Suidât, TOC. Aa^'oç. J'ai parlé amplement de Lasus, Ht. vu , $• vi, 
note i4. 

ie) Hcrodot. lib. tu, $• ti. Suidas, toc. AiUof. 

{f) Suidas, ibid. 

la 



C I- I O. LIVRE I. 209 

la (a) trente-huitième olympiade ; cependant il paroit par 
Pindare et par son SchoUaste (b) y que cette aorte de poësie 
étoit si ancienne ^ qu'on n'en oonnoissoit pas le rëritable 
Auteur. Il nous apprend en e£fet que Pindare , dans les (c) 
chansons qu'il aToit faites pour être accompagnées de danses^ 
if roTf ^TTopp^w/tAAtf-ir, disoit que le Dithyrambe avoit été 
înTentë à Naxos , et qu'au premier Livre de aea Dithyrambes^ 
il prëtendoit qu'il l'avoit été à Thèbes; mais au yingt-cin- 
quième vers dé l'Olympique treizième ^ il pensoit avec Hé« 
rodote , que ce genre de poésie avoit été connu pour la 
première fois à Gorinthe. Archiloque, antérieur à (d) Lasus 
et à Arion, se sei't du mot Dithyrambe dans ces vers vrai- 
ment Dithyrambiques^ que nous a conservés Athénée (e) , 
et qui se trouvent beaucoup plus correctement au tome 1 
des Analectes du savant M. Brunck , page 46 : 

(( Je sais commencer le Dithyrambe , ce bel Hymne en 
» l'honneur de Baçchus^ lorsque j'ai le cerveau £rappé de la 
» foudre du vin n. 

Le poète Ion , qui a fait des comédies , des éjMgrammes , 
des- paeans , des hymnes , des chansons et des élégies , s'étoit 
rendu célèbre (/) dans ce genre de poésie^ aussi bien que 
Ménalippides^ qui vivoit vers la soixante^cinquième olym- 
piade: é-r) <fè Aiéupcc/EAjS^ Msh«tft<Tvl^nv (r^^AviAçucu) (g), 

(a) Suidas , toc ApiMT. 

(6) Scholiast. Pindari , ad Olympic. xiii , rert. 25. 

(c) Id. ibid. pag. i45 , col. 1 y lin. 6, &c. 

(d) Il tîvoit après la vingtième olympiade. Clément» Alezandr. 
Stromat. lib. i , tom. i , pag. 898. Voyez ci-dessus , note 35. 

(e) Athen. Deipnosoph. lib. xiv, cap. tx , pag. 628, A , B. 
(/*) Scholiast. Aristophanis, ad Facem, rers. 835. 

(g) Xenoph. Çocratis Memorabil. lib. i y cap. iv, j« "i^P&S* ^^» 
Conf. Suidas in hac toc et ibi Kustef^ 

TbmeL T>à 



9IO HISTCri&B D'HÉRODOTC. 

Aristophanes pkîjante Ion sur tes poésies Dithyrambiques', 
dans la pièce intitulée^ la Paix. On peat consulter sur ce 
Poète y la Lettre de Rioh. BeHtley à MiU, page 5o et sut. 

Le Dithyrambe (a) est ëcrit en l'honneur de Baochus, et 
tire son nom de ce Dien , parce qa^il fut élevé auprès de 
Nyse , dans un antre à deux partes, ou parce qu'il sortit 
de la cuisse de Jupiter > lee coutures qui Vj tenoient ren* 
fermé étant décousues , ou parce qu'il paroissoit né deux 
fois, l'une de Sémélé, et l'autre, de la cuisse de Jupiter. 
Cest ce que fait entendre ausn Euripides , lorsqu'il dit : (b) 
« Son père Jupiter l'arracha du milieu du feu immortel , et 
» le plaça dans sa cuisse, en s'écriant : Entres, 6 Dithy- 
1» rambe, entres dans mon sein; par mes soins, Thèbes vous 
» célel>rera sous ce nom ». H parott par ces TerS; que Bac-' 
chus portoit aussi le nom de Dithyrambe. 

Celui qui remportoit la victoire au Dithyrambe avoit 
pour prix un bœuf, comme nous l'apprenons de (c) Pindare, 
qui appelle également le Dithyrambe ^onihctruf , Boves- 
agens , et du Lexique d'Apollonius , que nous devons aux 
«oins de M. de ViUoison, où l'on voit qu'une génisse étoit 
le prix du Dithyrambe , T*7f (d) ^i^vfifiQêtt iîx^f Jt i figç. 

Les poètes Dithyrambiques ne parloient que de choses 
relevées, et leur style hardi , et souvent ampoulé, se per- 
doit dans des métaphores, et, pour ainsi dire, dans les nuées. 
Ce qui (ait dire à Trygseus, qui étoit monté au ciel pour 
prier Jupiter d'accorder la paix aux Grecs , <( que {e) sur sa 
M route , il avoit rencontré les âmes de deux ou trois poètes 
S) Dithyrambiques. Que faisoient- elles, lui demande son 
» valet ? Elles recueilloient , répond Trygseus , quelques 
» préambules qui voltigeoient dans les airs ». 

(a) Vrocli Chr««tomath. apud Photium , pag. 985. 
(6) Euripîd. in Baccb, rcrs. 6i5, ex edit. Brunckiî. 
(r) Pindari Olympic Od. xin , Tert. 35. 
{d) Apollonii Lezicon Horncri, pag. 7961 TOC tê^Cfu, 
(«) ArÎAtopb. Pac vers. 8ai). 



J 



C L I 0« LIVRE I. 211 

^56) 5. xxili* Uait exécuté à Cbrinthe. Il y a dam la grec : 
^i«{«vr« ff K«f/v#f » qno le tnadiiotevr latin a bien e^idu : 
DocuU CormtU DiAyramibwm. Tomt le monde sait que 
docere fabulant se dit da Poète qui donne sa pièce an Pablic, 
qui la fidt repréeCTiter. Dion Ckiyaostâme se sert (a) des 
mémet ejqyfcanons qu'Hëiodote. On cmiroit qu'il l'a oc^^. 
Les poètes Dithyrambiques^ les Traf^[Qes , les Comiques 
s'appdoient partiosolîërement (6) ^lintmkêt y maUres. Ce 
tenue n'est pas c^^ndant tellement afieottf aux Poètes, qu'il 
ne se dise anssi des Musiciens , oomme on le voit par plusieurs 
inscriptions rapfxnrt^ par Spon, dans son Voyage. M. do 
Valois en app<nte un example de Dëmosthènes dans ses 
notes sur le passage eitë d'Haipocration. 

(67) §. TLXxr. Lorsqu'il fut êur U poiêmau. Cet endroit 
est embarrassant. Ily a dans le grec : rêif /i îvrf «-«A^yi 1, que 
tous les interprètes ex|diqnent: quom igituraUumtenerent, 
lorsqu'ils étoient en pleine mer. 

Qudques lignes plus bas, les Corintliieiis ordonnent à 
Arion de se tuer lm-4néme y s'il Tout jouir àes honneurs de 
la sépulture. M. Wesseling dit à ce sujet : « Ce passage a 
» paru difficile à unSayant, (ce Sairant est M. (c) Reiske) 
j) pour moi, ajoute M. Wesseling, il me semble qu'il est 
» assez clair. Les matelots font espërer à Arion qu'ils l'en- 
» terreront , s'il se taa lui-même ». 

Cette réponse ne lève point, à mon aris , la difficulté. En 
e£fet, où pourront-ils l'oiterrer, s'ils sont en pleine mer, 
comme le prétendent tous les interprètes? S'ils eussent jeté 
le corps à la mer, ce n'eût point été lui donner la sépnl- 
tore. On sait que le peuple d'Athènes condamna à m^t 
quelques-uns de iCê Généraux qui n'avoient point enleyé 
les corps morts après la bataille nayale des Arginuses , et 
qu'aucun n'allégua pour sa justification, qu'en laissant ces 

(a) Dio Chrysost. Orat. xxxvii , pag. 455 , A. 

(fr) Uarpocrat. toc. hi'aaxttKat ^ pag. 5i. 

(c) Hiscell. Lipsîensia Nor. toI. vu , png. 613. 

Dd a 



aia HISTOIRE D' HÉRODOTE, 
corps à la merci des flots , ç'avoit été leur donner la sëpnltore. 
Si les matelots eussent au contraire garde le corps d'Arioii 
jusqu'à leur retour à G>rintlie^ ils auroient couru risque 
d'être découverts. 

n me paroît clair , par le récit d'Hëix>dote , que cet ërë- 
nement n'a pu se passer que dans le port de Tarente, ou 
plutôt à une rade près de ce port Ce fut là que les G)rin- 
thiens tramèrent la perte d' Arion , et ce fut sur ce rivage 
qu'ils lui promirent de l'enterrer. Cela se trouve confirmé 
par ces mots qu'on lit quelques lignes plus bas : ««f vêvç fiu 
iwôwxiuf If Ktpivétfv. 'AwôwXêtf signifie clairement faire voile 
d'un certain endroit pour se rendre à un autre , et non cur- 
êum tenere, comme le traduisent les interprètes. Âmmonina 
le dit (a) positivement: ' Air^irA^v #lf , ri i » riiru rif§ mitm fw. Or , 
je demande^ si le vaisseau eût été en pleine mer y comme le 
prétendent les interprètes, ELérodote auroit-il pu se servir 
de cette expression? 

M. Toup, dont l'autorité est d'un grand poids > est aussi 
de cet avis , dans une lettre qu'il m'a écrite à ce sujet. On 
pourroit m'objecter qu'Aulugelle a rendu cet endroit de 
même que les traducteurs : navique {h) in altum provectâ ; 
mais l'on sait que cet Auteur a beaucoup i^outé au récit 
d'Hérodote. 

(58) J. XXIV. Exécuta Voir OrthieTi, Il y a dans le grec : 
le Nome Orihien, Ce Nome étoit affecté à de certains ins- 
trumens y par exemple y à la cithare y sur laquelle y au rap- 
port de (c) Plutarque y u il n'étoit pas permis autrefois y 
n comme il l'est aujourd'hui y de composer des airs à discré- 

» tion Les Musiciens conservoient avec soin à cha- 

N cun de ces airs y le ton qui lui étoit propre. De-là vient 
D qu'ils ont été appelés Nomes, c'est-à-dire loix, modèles, 

(a) Ammon. «tf' ô/uoi«y ««< ^ict^of «y xlÇi«y , Y0C.nxt7y , pag. Ii5» 
(h) A. Gell. Noct. Attic lib. xvi , $. xiz. 
(c) PiuUrch. de Musicâ| pag. ii33, B, C. 



C L I O/ L 1 V R B I. !li3 

» patce qu'il n'«^toit pas permis de s'ëcarter de l'espèce de ton 
» attribué par la loi {tttàfuofêiuv) à chacun n. Aristote (a) 
se fait cette question : « Pourquoi appeUe-t-on N«^i les airs 
» que l'on chante? seroit-ce parce qu'avant l'usage des 
» Lettres, on chantoit les loix, r«if fifmsy pour ne pas les 
» oublier, comme cela se pratique encore actuellement chez 
» les Agathyrses , ce qui fait que les premières des chansons 
» postérieures {h) ont retenu le nom des premièi*es (c) ». 

Le Nome Orthien ëtoit un air (cQ de flûte ou de cithare* 
n en est parle dans plusieurs Auteurs. La modulation {e) 
en étoit élevée , le rhythme plein de vivacité ^ aussi étoit-il 
propre à encourager les combattans. Dion Chrysostôme 
remarque que {/) Timothée ne jonoit pas devant Alexandre 
des airs de flûte mous, efféminés, et qui pouvoient le porter 
au relâchement et à la mollesse. Ce Rhéteur ajoute qu'il pense 
que Timothée jonoit l'air ou ^ome Orthien. Cet air (^) se 
nommoit aussi , selon le même Rhéteur, l'air de Minerve. 
Folymneste introduisit à Sparte le Nomo (A) Orthien. 

(59) $. XXIV. A ce qu'on dit. Hérodote ne garantit pas 
ce conte. Il se contente de rapporter la tradition populaii^ 
des Corinthiens et des Lesbiens. M. de Voltaire (i) étoit 
sans doute distrait lorsqu'il le lui attribuoit 

Saint Augustin n'y croyoitpas davantage; mais il se sert 
admirablement bien de cet exemple, pour confondre les 
païens qui refusoient de croire au miracle opéré en la per- 
sonne de Jonas. Hœc {h) quoque ilU , cum quibua agimus , 

(a) Arifttot. Problem. tect. xix, ProbL xxviii, pag. 7661 C. 
{b) Ce sont les réritables chansons» 

(c) C'est-^dire des Loix. 

(d) Scholiast. Aristoph. ad Acharn. Ten. i6. 

(e) Id. ibid. 

(/) Dîo Cbrysostom. de Regno , pag. 1 , A. 

(g) Id. ibid. B. 

{h) Platarch. de Musîcâ , tom. 11, pag, ii34, B, C. 

(i) Questions sur rEncyclopédie , quatrième partie, pag. 3ii. 

(k) S. August. de CÎTit. Dei, lib. i, cap. xiv, pag. i4, G. 



9l4 HISTOIBS D'HÊ&ODOTB. 
malunl irridere , quant crêdêrê : qui tamen in suis UUtrU 
creduntuirionemMethymnmumnolnliêêi mum àtharistam, 
eum esêêt dejseius # nat4 > ésctptum deiphini dorso, et ad 
tërroê êêêê penfectum* 

Il j a gnxide apparenœy oomme je croia revoir prowrf 
note 5j y qu'Arum m jeta à la mer dans le port de Tarente, 
on plntÀt à nne rade prodie de ce port^ qu'il gagna le rÎTage, 
et que les G>rintliiens; «ou s'en inquiéter davantage, mirent 
à la voile. S'il j a quelque chose de vrai dans le reste de son 
histoire^ il est jfncobable qu'il trouva peu après un vaisseau 
prêt à partir, et meilleur voilier que celui des Cœrinthiens. 
n J avoit à la proue des vaisseaux une figure qu'on appeloi t 
wt^firnfuf rif tulfy de laquelle les vaisseaux empruntoient 
souvent leurs noms. Teb ëtoient le Centaure et le Pistris de 
Virgile. Le vaisseau que monta en second lieu Arion^ avoit 
sans doute un dauphin à la proue, et l'on sent assez, sans que 
j'en avertisse , que cette circonstance peut avoir occasionné 
la fable d' Arion sauvé par un dauphin. 

Je croirois de même , qu'Hellë s'embarqua sur un vais- 
seau qui avoit à la proue la figure d'un bélier, et que cela 
donna occasion de dire qu'elle avoit traversé sur un bélier 
la mer qui porte son nom. 

Pline (a) le Naturaliste, après avoir rapporté plusieurs 
faits pour prouver l'amitié du dauphin pour l'homme , en 
oondut que l'histoire d' Arion est croyable : ce n'est point le 
seul exem^ de sa crédulité. 

(60) §. XXIV. Une petite statue de bronze. Si cette statue 
est réellement une offrande d' Arion, ce dauphin désignoit 
d'une manière emblématique le vaisseau sur lequel il s'étoit 
embarqué , et qui avoit à sa proue la figure d'un dauphin. 
Sur la base de cette statue il 7 avoit une inscription , ou 
comme s'expriment les anciens, une épigramme que voici : 

(a) Flîn. Hift. Nat. lib. xx , cap. viii , tom. x , pag. 5oa , lin. 08 , 
et pag. 6o3* 



J 



C L I O. L I V R B t. ^li 

« Cette voiture a sauve de là mer de Sicile , sous la conduite 
M des Immortels^ Arion, fils de Cylon ». Elien nous (a) Ta 
conservée. Cet Auteur y a joint un hymne d'action de grâces 
par le même Arion , en Tlionneur de Neptune , où , plein de 
reconnoissance pour le dauphin qui lui avoit sauve la vie 
il fait mention du goût de ce poisson poiur la musique. Cet 
hymne, qui me paroît d'un temps fort postérieur, se trouve 
^lus correctement dans les Analectes de M. Brunck (b\ 

(61) 5. XXV. Une soucoupe dcunasquinée^ Il y a dans le 
grec : %^ i^ôxfnmfiê^tf n^ftot ««AX^rd». Tous les interprètes 
entendent par ces paroles , que la soucoupe ëtoit soud^ avec 
le cratère , ce qui ne paroit guère commode. Pausanias , ou 
plutôt son Traducteur latin , les aura sans doute induits en 
en'cur. Après avoir dit que de son temps Ton voyoit encore 
la base de fer de ce cratère , il ajoute t«Bt^ (c) Dmix^ fé\w 
•Vi» îfVd» r#? XAr, n^nfu xipjmnf if^lç îu^o'rT«f. Ce passage 
signifie id , de même que dans Hérodote , Fart de damas- 
quiner inventé par Okucus ; du moins me paroît-il certain 
que l'expression est douteuse ^ et qu'on peut la prendre en 
ce sens. 

Saint Jérôme a rendu (rf) ce même passage où il s'agit de 
Glaucus: Glaucus Chius primas ferri inter se glutinum 
excogitavit. Mais il pourroit se fiiire que cela n'exprimât 
que la damasquinnre enoHre grossière, et telle qu'elle devoit 
l'être dans son enfance. 

La damasquinnre est un art qui consiste à tailler ou 
graver le fer ou l'ader, et à remplir les raies d'un fil d'un 
autre métal. C'est l'application de ce fil qu'Hérodote paroit 
appeler iwAA^wf. L'or servoit, ainsi que l'argent, à cet 
usage, comme on le voit dans ces vers des {e) Larisséens , 



(fl) -Elian. de Natur. Animal, lib. xii, cap. xly, pag. yiS. 

{b) Analecta veter. Poetar. Graecornin, tom. m, pag. 327. 

(c) Pausan. Phocic. sive lib. x , cap. xvi , pog. 834. 

{d) Ëuseb. Chronîc. Olymp. xxv, 4, pag. 120. 

{e) Cette pièce a'appcloit aussi Acriaîu», et c'est sous ce nom 



SlG HI8TOIRB D'HÉRODOTE. 

trigédie de Sophocles, dont il ne nons reste plus qne qnfl^ 
^ues fragmens : 

(a) UêXif ê* mySm «*«^f Nir Mifimrmi^ 
Xm^iuiXmvwf XiCiirmf ittriêt^ç ^ifî0f 

Wm) U4i\m }^fltW9tCêXXMy mm) WMfMÇytffM 

« Acrisius fait proclamer des jenx oà tooB les ëtrangera 
» feront admit, et leur propose pour prix des chaudières 
j» d'airain, des vases à boire incrustés d'or , et d'autres d'at- 
» gent massif, le tout au nombre de cent vingt ». 

La manière de monter les pierres prëdeuses s'appeloit 
x«l«»«AXir#Yf . Eratosthènes {b) dit dans une Lettre au Lacé- 
dëmonienBagëtor : « On n'ofiroit point aux Dieux des cra- 
M tères d'argent, ni garnis de pierreries, mais l'argile du 
» promontoire Colias ». K^nr^p^ ymf trrn^mf Têts 3'f«7f > •«« 
ifyiftêVy êwTt XtêêKixX^TéfymXXkTnç Km?am^êç. Tbéopompe (e) 
se sert du même mot dans sa description des préparatifs que 
fit le Roi de Perse pour entrer en Egypte : Uwéifutrm ««f »p«-- 
rjrf If, 0f Tê9f fii9 XtêêttêXXilntÇyTêws ^ iUxi/ç mxftimt^mf wêXwrtXSç 
%Ii%$ mf ÎKwtiFêfiifêifMf, a Vous j auriez tu des vases à boire 
» et des cratères, dont les uns étoient garnis de pierreries, 
» et les autres richement et l^*tistement travaillés ». Ces 
Auteurs ne vouloi^t ppinf d^e que ces pierres précieuses 
fussent soudées ; ils entendoient la manière dont elles 
étoient montées, çt qui étpit assez grossière, comme il 
paroit par ce qui nous reste des ouvrages des Anciens ei| 
ce genre. 

Cette soucoupe avoit sans doute donné lieu au prqverbe 

que M. Bnincli en t publié les fngmens dans son excellente édition 
de Sophocles. 

(a) Athen. Deîpnotoph. lib. X}^ csp* ni , pag. 466 , B. 

(6) Macrob. Saturnal. lib. y , cap. xxi , pag, 449. 

(c) LongÎD. de Subi. sect. xlii , pag. 2^4 ex edit* Tollîi , 
spct. xLui , pag. i38 1 ex edit. Zaçh. PearcCi 

TXitvKU 



C L I O. L 1 y R E I. 217 

rA«y»ir ri ;^9 y l'art de Glaucua , dont Marcellos , Erèque 
d'Ancyre (a) , a donné plusieurs explications. 

L'art de souder est très-utile , et son inventeur, quel qu'il 
soit, mérite certainement des louanges ; mais peut-on s'ima- 
giner que cet art ait été nommé l'art par excellence, et 
qu'une soucoupe de fer, qui n'auroit eu d'autre mérite que 
d'être soudée , eût paru une des plus curieuMt de toutes les 
offirandes qui se trouToient à Delphes ? 

D'ailleurs , je trouve que les Latins ont quelquefois ex- 
primé l'art de la damasquinure par y^rriim/nar^, à cause de 
la manière encore grossière dont s'exerçoit ce bel art, quoi- 
que ce mot signifiât en général souder, Habehat {b) in mi- 
nimo digito einistrœ manûs annulum grandem suhaura^ 
tum; extremo vero cwticuli digiti sequentis minorent , ut 
mihi videhatur , totum aureum , eed plane ferreis veluti 
•teUis ferruminatum. 

Ces raisons me paroissent devoir faire pencher la balance 

en faveur de la damasquinure ; mais s'il y avoit encore 

quelque difficulté , le passage suivant d'Athénée la leveroit. 

Et^ftif (o) ^' Murê Kmf ifiéîç tifMi^Ufttfêf if AiA^7f mf ù)Jiémç 

iTêttç ttfyêf 0lttt rm tf ttvrm %mrêft»fnm ^«r/kpiic, xtuf «AAa r/v« 

l^ab^my Kut ^vr#p««. « Nous avons vu nous-mêmes cette sou* 
» coupe dans le temple de Delphes , oà elle étoit consacrée. 
» Elle mérite véritablement d'être vue, à cause des petits 
» animaux , des insectes et des plantes qui 7 sont repré- 
» sentes ». Cétoit donc à raison des animaux , des insectes 
et des plantes représentés sur cette soucoupe , qu'elle attiroit 
les regards des cuneux. 

Les Anciens étoient dans l'usage de mettre le citttère sur 
une soucoupe *, mais cette soucoupe ne tenoit point au cra- 

(a) fiasebius contra Marcel) um , lîb. i , cap. m , pag. i5 et 16. 
Nota. Cet Ouvrage se troure dans le second yolame après la Dé<» 
monstration Evangélîque et la Réfutation d'Uiéroclès. 

{b) Petronii Satyric. cap. xxxii, pag. 172. 

(cO Âthen. Deîpng^opb. lib. y , cap. xiii , pag. 210, C, 

Tonte /. E p 



i 

I 



218 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

tère. Lea Grecs appeloient aumI celle lutte iwtrtmréf (nj 

Pire m fut. 

Feu M. le Comte àe Ctylus (&) aroit ââap^é \» ientimcnt 
àes inter|vèiei d'Hérodote^ et â mppatiûit le pttMftgetirù 
PauMBn» fait mention de ce cratère. Je m'airètenii d*«ii- 
tant notiM aie réfat^) qu'il ne disoît rien de fine qtte ce 
que Ton Tient de vmt) inai« comme il se serroît de cetttf 
li3rpothèse pour prourer la rareté dn fer et le caa que Ton en 
fidsoît du temps d^Alyatte», je vm exMmner en peu de 
' mots si en effet le fer ëtoit auasî rare et «nssi estime wva ce 

Prince, que le prëtendoit cet iOustre Aitteinr. 

La dëconrerte du fer et la manière de le trav^Iler sont 
très-anc i eimes. Le lit dX>g , Roi de Basais , étort (e) de fer. 
Ce Prince fut vaineH , suivant le P. Peta», l'an ^,ùù2 dé kl 
période jvtienne, "^y^y^ an* arraivt notre ère« Il est parlé dan« 
rÉcriture , d'ouvrages de ce métal loiÊg-^arf» avamt cette 
époqne. 

Mwlbomens-acma a«xÉervtiiin«pra£mM. ÏJAatem àm 
poënie intitcdé Piravonis {d) , dit quie Celmis ^ UmÊÊnmKSéniéé 
et Aem9A , P hryg iens d«f nation et Indikans du Mont Ida , 
troHTèrent ks premiers l'art de TiDgénienx Vukaân, tra^ 
Taillèrent le fer par le aioyen du feifi^ et en firent de beaeaË 
ouTrageSk Or, Ph»ronée , enllîmuicnr de* ^aiaTaîi été écrit 
ee T^me, étert, an rapport d'Aessiisis^ 1er premier des 
hommes {ej. Il est vrai ^'01» ne dint pas prendre eelsiàf la 
lettre, et qu'il eut cette épitiiète à oause qufS fat le premier 

(a) Antiquît. Asiatic. pag. 33 Athen. loco laodato , B. 
{b) Recueil d'Antiquités Egyptiène», Etruaquea,- &c. rok i , 
pag. 34o et 24i. 

(c) Douteronom. cap. m , ^ers. 1 1. 

(d) hc Schu l ia fct c d' ApoHuuius R ho d im - noi» a c ei ne rné , sur le 
▼ers 1 13Ç) du premier Lî?re dias Argonaatiques y le fragment de ce 
Foëme y dont je ^tetn derappovtar l»aiibttanee^ Strabon &it aussi 
meotion de ces Dactyles> idéeaa C Geograpbk lib. x , pag. ^%5 
et 726 ) , et Saint Clément d*AJezandne ( Stromat. Hb. i , pag 562). 

{e) Clément. AUxandr. Stromat. lib. i , pag. 38o. 



CLIO. LIVRE I. m^ 

qui changea les moofirs sauvages {a) des Argiens , et qu'il les 
rassembla dans un lieu commun , qu'en appela de sen nom 
la ville {b) Phoronique. Plioron^ ^toit fils d'Inaelius^ et 
régnoit environ Fan 22,788 de la période julienne , 1 ,996 anf 
avant notre hre. Voyez mon Essai sur la Chronologie d*IU- 
rodote, chapitre Xf§.if pag. 5ia. 

Thrasyllus place (c) la d^uverte du fer 1 14 ans avant 
la fondation de Troie, et 347 ans avant Fenlèvement d'H^ 
lène. Troie fut bâtie l'an 3,291 de la période julienne, i,4a3 
ans avant l'ère chrétienne , et Hélène enlevée Tan 3,4a4 de 
la même période , i,ago ans avant notre ère. Le fier fbt donc 
trouvé Vttn 5, 177 de la période julienne, 1,537 uu avant 
notre ère. 

Les Marines dH3xford {</) mettent Gelmis , Damnaménée 
et la découverte du fer fan 3,98a, ce qui paroît fort différent 
du calcul de Tfarasyllus rapporté par Saint Clément d'Ale- 
xandrie ; mais peut-être que Thrasyllus supposoit la prise 
de Troie en 1,909 ^'^^^^ notre ère , de même que les Mar- 
bres d'Oxford. Dans ce eas-là, ils s'accordent à^-pen-près. 
Quoi qu'il en soit, il ne s'ensuit pas moins que la décou- 
verte du fer est très-ancienne. Mais ce métal étoit»ii encore 
précieux sous Alyattes , Roi de Lydie ; Alyattes commença 
à régner en 4,098*, Orestcs mourut en 3,52 1 , c'est-à-dire , 
577 ans avant le règne d' Alyattes. Son cercueil étoit («) de 
fer; or, certainement on n'employoit pas plus alors qu'au- 
jourd'hui ce qu'il y avoit de plus précieux pour y déposer 
des corps morts. 

(a) Tstisai Orat* i^d Qmopf , Mp. lx» psg. i3i* 

(6)P«UBSQ* lib*ix, cap* XTipag. i45. Cette ville et les pays 

des environ* prirent enduite le nom d'ÂrgQS, d'Argoi^ petit- iiU 

de ce Prince par sa fille. 

(c) Clément. Alezand. Stromat. lib. i , pag. 4oi. 

(d) Marmora Oxen. Bpoch» xi > pag. ai. La date de cette Epoque 
porte 1,168 1 mais elle reYient k Pan i,433 ayant notre ère, et par 
conséquent à l'an 5,282 de la période julienne. 

(f ) Herodot. lib. i , $. lzviii« 

Ee 12 



220 HISTOIRE D'U é R O D O T E. 

Da temps de Lycurguey le fer ëloit regardé comme un 
métal yil ; or y ce l^islateur fleuriMoi t , au raj^rt d'£rato8- 
thènes (a), cent huit ans avant la première olympiade^ c'est- 
à-dire y 268 ans avant Alyattes. D avoit prosmt de Lacédc- 
mone l'usage do l'or et de l'argent , et en leur place , il avoit 
introduit le fer. Ce métal avoit alors si peu de valeur^ que 
Plutarque (b) fait observer qu'il falloit une voiture attelée 
de deux bœufs pour porter la valeur de dix mines. 

Peut-être trouvera-t-on cette digression un peu longue ; 
mais si les erreurs des hommes ordinaires ne tirent point à 
conséquence , celles des personnes de mérite peuvent avoir 
des suites fâcheuses. Les ouvrages des premiers meurent 
bientôt , ceux des seconds passent à la postérité ; on les cttc , 
on les copie , et les erreurs se perpétuent C'est le seul motif 
qui m'a engagé à réfuter le Comte de Caylus. 

Glaucus , l'inventeur de la damasquinure , étoit de Chios 
et non de Samos , comme le prétend Etienne de Byzance , au 
mot' A têtixii 3 oà il fait dire à Hérodote des choses auxquelles 
cet auteur n'a jamais pensé. Ceux qui voudront connoitre 
plus particulièrement cet Artiste, n'ont qu'à consulter Fran- 
çois Junius de Picturà Veterwn, in Catalogo Artificum, 
pag. 92. 

Le cratère de Glaucus avoit acquis beaucoup de célébrité. 
Dans le Roman d' Achilles Tatius y lorsque le père de Cli- 
tophon donne un repas magnifique, il fait servir (c) un 
cratère consacré à Bacchus , qui étoit le plus beau qu'il y eût 
après celui de Glaucus de Chios , finri r« rxmM>tu r«» X/« ^i »- 
ripty. M. de Saumaise entend cela d'un troisième cratère, et 
M. Bergerus , d'un second , qui étoient l'ouvrage de cet ar- 
tiste. Ces Savans n'ont pas entendu ce passage. Voyez aussi 
M. de ViUoison, ad Longi Poster, pag. 1 4 1 . 

(a) Clementis Alexandr. Stromat. lib. i , pag. 4oa. 
{b) Plutarch. in Lycarg. toI. i , pag. 44. 

(c) Achilles Tatios | de Amor. I^cucipp. et Clitopbont. lib. ir ^ 
cap. III, pag. 110* 



C L 1 O. L I V R E î. !i2l 

Ht^rodote apate : Binf J[(f«» ^i« wMmtf rSf If A'iAf «Tn 
ifMê^fimrêif. J'ai tradait : La plus précieuse de toutes les 
offrandes qui se voient à Delphes ; car la proposition €l[iù est 
ici pour w^ê y et marque l'excellence. Dion Cassins a dit en 
parlant de Pompëe (a) : • ^i. . . . » B-mvfut^ut ^tm wtirrmf «|<e9 
irrt. Ce qui mérite le plus notre admiration. Je joins à cet 
exemple celui-ci d'Aristides {h) : it ^i ^h xmf wêitiTêif wm^ 
fmvxtwim fMLfT9fittt^ trrt fttf fcfy«v 9 ruf ttwmrrmr ^ rnç rSf wfù^ 
%(iêifrmf ^tm wtivrm wMfmrxirêMi, S'il faut apporter des- té^ 
moignages des poètes , il est difficile d'en apporter de tous 
les poètes , ou nhéme de tous ceux qui ont excellé, 

(62) J. XXVI. Ephèsefut la première ville, etc. Elîen (c) 
raconte que Crésus ayant envoyé ordre à Pindare son neveu, 
de se soumettre à son autorité, et que celui-ci n'en ayant 
rien Voulu faire , ce Prince assiégea la ville. Une tour , à qui 
par la suite on donna le nom de traîtresse , étant venue à 
tomber , Pindare conseilla aux Ephésiens de joindre avec 
une corde les portes et les murs de la ville aux colonnes du 
temple de Diane , comme s'ils faisoient don de leur ville à 
cette Déesse , s'imaginant par-là mettre Ephèse en sûreté 
et à couvert du pillage , et d'aller ensuite trouver Crésus , 
qui , se mettant à rire de leur ruse , ne laissa pas de les rece- 
voir favorablement. Il leur accorda la permission de rester 
dans leur ville , et joignit à cette faveur celle de la liberté ; 
mais il ordonna à Pindare de sortir d'Ephèse. Voyez aussi 
Polyaeen. lib. vi, cap. l, pag. 696. 

(63) 5* XXVI. Diane, Cette Déesse s'appeloit en grec^A^n- 
fMf , et c'étoit la Lune ; on lui avoit donné ce nom , parce 
qu'elle contribuoit à la santé des hommes : ^>Afr%fitç #«*• 

(f)4) 5> XXVI. En joignant apec une corde. Le but des 

(a) Dio Cass. lib. xxxyii , $. xx , pag. ia5. 

{b) Aristid. Orat. Plat, i, pro Rhetoricâ , pag. 109, lin. 5o. 

(c) ^Hani Hist. Yaria , tom. i, lib. m, cap. xxvi. 

(d) Strab. lib* xu , pag. 9^3 , A. 



N 



939 II I 8 T O I m B P*H É R O D O T E. 

Ancieiu en opiuacrant de U aorU lenrp yilks , Aoit de re- 
tenir \m Dipiqt par f^r^ I 9t dff ks empÂduir dW •drtir *, 
fur Qéitnt Topimei} , que ]Arw|tt'iiiie yiUe itmi k^ le pmnt 
4'étfe prise , les Pieu« T^iidoDOoient JSscbyl^ (a) bit 
dire à Etéocles : « On dit qi»e les Dic«i3( quittait im» vilie 
y qui e été prise ;». 

Oa mettoit p«r oett^ poBi^ciRetioa I#9 villes «o^ le pro-e 
l^ptîon des Pîeu]^ Cb fut dfs U sorte que Felyeretes, 
TjH^B d# AlW^> doiit U eit perlé dens notre Historien » 
|et4Dt rendu ffHMtrft d# l'tle 4^ IUi^b^ y U conseer» à (&) 
Apollon Dëliçii j ^n îoi|pi»mt PMT une obelue œtte île àcelle 
4ePé\o^. 

(65) f , XXVII. Pw. « 9iM siirpitseoit tous 1m hmnniee 
9 d£ soa ««ècle p#r I4 fons^ de se# difooiira. Il fiasoit de son 
y i^loqoenoe un imge diQi^t^nt de celui des autres Of eteur^ > 
y ne remployant q^'à d^endre le# iiidiiens opprimés. J^io- 

Bellakoek. 

« Pittaous dp My li}ène i^toit Philosophe et bon Politique , 
v Tile ie Lesbos n'en a point produit de sembUble. Ce fut 
a un sage Lt^^lateiir. Il délivra 9a patrie d? troi^ grands 
D maux, la tyrannie , les sëditioni et la guerre. Diodor. 
» ^i^ I^ib^ r^, inExc^rp$. F'aUs.pçig, 234 et^Zj ». 

{%G^ J, XXVII. Pittacus (k Mytilène. Pittacos n'ëtoit pas 
encore mort lorsque Crësus monta sur le trône ; et il est 
Ti*ai8emblaMe que oe Prince avoit déjà fait une partie de ses 
ooitquète» du vivant de son père; autrement Hérodote auroit 
réfute ces Historiens , en disant que lV>n avoit tort d'attri- 
buer oe conseil à Pittacus , puisque Pittacus n'étoit plus lors- 
que Crésus parvint 4 la Couronne. Hérodote crpyoit donc 

(a) JE.%c\\y\, 8f ptem adrers. Thebat , vtrt. 219 et 320. 
ih) Thucydid. Hist, Ub. i!i ^ $. civ. 



e t I 6. L 1 V R E ï. ^-2i 

qit© Rtfacttt ëtoit aïots Titwfrt. Ce scntittteîit tài encore coi> 
iînn<* par Elîogèiieff de Ldeirte. Ce ïfiogratplie fait souvcnC 
menf ioil Atta$ la vie de Ce Pïrilo^phe , des àfftéé que luî Et 
Crëstfs , ef iftèrtie îï rapporte ûité lettre de Pittacns â ce 
Priiree. Phrtàrqne dtoft àtfssi éé ttxèmé àYià ; cal- il (a) racbn (c 
que le" Itoi 'dé Lydie a^aiït ieih8criié i àe fbUëaopiié s'il c(oi t 
ricbe , celui-ci répondit qu'il l'ëtoit deux fois plus qû'iï ne 
ïe voudrdit, son fthreétstitt iaott. Û est rrai quéPlutârque 
rie notttme pad ce ftôi de Lydie,- maîà , af rbs rfvbîr vu quelle 
etoit f opittiori d'Hëro'dotè éî ië I>i^^ëife8 de Laerfe , il esé 
à prëstrtnèfT qû'iï rotiloît p^ler dé Crësrus. Quoi qu'il en soit, 
le tetië dé FÎfutaïqttef est àttét^ , et Je prdfèré k correction 
de (fr) Cas«u1!>t)n à cdle de SI. fteîsié, qui ajoute au texte. It 
reste cepcndiiif encore dattà ce té±t6 un Ugét défaut, qu'oA 
peut faArfe disparoltre en ïe pôncttiant ainsi : «loV {çt iteif ri 

irtfâûrd'JliilrXiàVd^ Xtitii y ^ iiévxi^Hf 'fêV M^tX(pi TtéftiKùTôç^ 
Les éditions d'Aîdé, de SeArf Ètîeïine , de Aualdus et de 
Reîslcpbrfent : u^fif^^rd iV/f «W*î*5i7i«««, fi*-rr«. r. a, 
n paroît donc côttst^it qrie RtUCUi vitôk éricore lorsque 
Crésn^ parvint à ïà CottrbhWe. iï y a déni séritimeris sur 
l'année o* ce J^ftiloiôphé rtôtûrUt -, Fûii est positif, tautre se 
tire fàr fnrfuctiort. ÏMogènes de taerté (c) raconte qu'il 
mourut feftix^i^ftitfeàiinëe de la dnquarite-deuiilmeoïym- 
piade , c'est-à-dire , Tanf 4, t44 de k përîôdfô j ûïiéhne , 570 ans 
avant Père vûîgdré. lï est certain qu« ftësùS ne rtorita sur 
Te Trône ifUe hc seconde année de la cinquifrite-ciA^ième 
olympiade , I'kn4,i5^ dé ïa liéWôrfe julienne, 559^ ans avant 
rère vulgaire, comme jel'ilff^rôtiyédënâ mon Essai deCfaro* 
nologie, cbapitrê vit. M. ûitlert (4) ^upposoît que le règne 



**»^— ^^fc^M^— ■— ^fc— — — a ■ I II ^ 



(a) Plutarcli. de Fratemo Amore , pag. 4ÔI , C. 
(6) In Notis ad Diog. Laert. tom. 1 , lib. i , Scgm. lxxv , pag. 47. 
(c) Diogen. Laert. in Piltaco , lib. i, Scgm. lxxix, pag 49. 
(</) Mémoires de l'Académie des Belles - Lettres , tom. jcxi » 
Mém. pag. i44. 



^2^* HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
de ce Priace avoit été de quarante à qnaranie-cinq ans ; on 
même de cinquante-sept ans ; mais par malliear pour cette 
hypothèse, tous ceux qui ont parlé de ce Prince ne lui don- 
nent que quatorze ans de règne y excepté Ëusèhe , qui lui 
en accorde (a) quinze, sans doute parce qu'il commençoit 
la quinzième année de son règne, lorsqu'il fut fait pri- 
sonnier. 

On sait que I4 plupart des Princes de l'Orient associoient 
au trône leur fils aipé. Quoique nous n'ayons aucune 
preuve directe qu'Aly^ttes <Ut associé Crésus, on doitcepcn^ 
dant le présunier , si on suppose , avec DiQgènes dç Xiaerte ^ 
^ue Pittacus est n^ort l^ troisième iinnée de la cinquante- 
deuxième olympiade , et c'est sur le passage de cet Autcuy 
que je me suis appuyé pour avancer dans mon Çanpn Chro- 
nologique, que Crésus (ivoit étéfissocié ^n trône çn 4,i4q 
de la période julienne ,674 ans avant l'ère vulgaire. 

Mais il y a sur la mort de Pittacus un autre sentiment , 
qui ne nous ohligc point à recourir à cette supposition. 
Suidas (b) fixe la naissance de ce Philosophe à la trente- 
deuxième olympiade, l'cm 4,062 de la péripdfî julienne, 662 
ans avant notre ère. Ltucien (p) lui dpi^ie cent ans de vie. 
Si ce dernier sentimeT^t est vrai , Pitt^icus est mort la pre- 
mière année de la cii^quante-septième olympiade, l'an 4^ 1 62 
de I4 période julienne ,55^ «^ns avant Tère vulgaire , et sepf 
ans après l'avènement de Çrpsus au trôpe. 

Quoi qu'il en soit, Pittacus de Mytilène (d) tm^ Mélai^-? 
çhrus, Tyran de Leshos. Quelque temps après, les Myti-r 
léniens liii donnèrent la conduite de la guerre qu'ils eurent 
k soutenir contre }çs Athéniens au sujet de la contrée Achil- 
|itide. n tua par rt^e 'Phipjï^oï^y qui étoit le Général ennemi, 
Xies Mytiléniens, par reconnoissance,le nommèrent .£symr 

(a) Eusebiî Chronic. Canon, pag. 16:^. 

(b) Suidas , roc. Utt^Axiç, 

(c) Lucian. de Macrob. $. xyiit , tono. m, pag. 2^|« 

(({) Dîog. Laert. lib. i , Segni. lxziv, lxx7, pag. 46 et 47* 

nètc. 



CLIO. LIVRE I. aa5 

nète , c'est-à-dire , Tyran , comme le dit (a) Axistote , î» 
îx«A«uv Alavfifiriif , n Tu^mnêf. Car VMsymnMe ëtoit une 
Tyrannie y qui s'ëliaoit par les suffirages du peuple , (b) rfîm 

TifMffif, Elle u'ëtoit pas à vie^ mais pour un temps déter- 
mine , ou pour l'exécution de quelque entreprise, (c) oi /i , 
ftixft '''i^Sf tt^tv-féifêtf ;^poF«y, 19 frfm\imf. Mais pour revenir à 
Pittacus, il gouyemadix ans; s'étant ensuite démis ^ il vécut 
encore dix ans en simple particulier. Quelqu'un lui {d) ayant 
demandé par quelle raison il avoit abdiqué y il répondit : 
Fëriandre fut dans les commencemens de son règne le pèice 
des Ck>riutliiens; ses mœurs se corrompirent , il en devint 
le Tyran : il est difficile d'être toujours vertueux.- 

Ce prince avoit conservé , malgré son élévation ^ la sim* 
plicité des moeurs antiques^ etmouloit lui-même son bled^ 
témoin cette chanson que Thaïes entendit {e) chanter à 
Lesbos y à une femme en tournant la meule : <( Mouds y 6 
Tt meule y mouds le grain; Pittacus^ Roi de la grande Myti-^ 
» lène, tourne lui-même la meule ». Saint Clément d'Ale* 
xandrie remarque (/*) que Pittacus, usant d'un violent 
exercice y mouloit lui - même son bled. Voyez encore sur 
Pittacus, liv. v, J. xciv , note ^^S. 

(67) 5* XXVII. Vo9 espérances sont fondées. Je lis uiUrm 
avec les manuscrits A, ^ et 2> de la Bibliothèque du Roi. 
'OiKùTu ixxl^mfy espérant des choses vraisemblables. On 
trouve en cent endroits d'Hérodote y ««««f pour i «oMf ; c'est 
un mot ionien. 

(68) %, XXVII. En mer, lyes Lydieps étoient d'excellens 

(a) Aristot. Politic. lib. iir y cap xv^ pag. 359; ^* 
(6) Id. ibid cap. xiv, pag. 3.57, C. 
(ic;)Id. ibid. pag.556,E. 
(d) Zenobli Ceotur. vi , Prov. 38 , pag. i65. 
(0 Plutarch. scptem Sapîentum Conviv. pag. 167 , E. 
(/) Clément. Alezandr. Faedag. lib. m ^cap. z, pag. 284é Voye^ 
aussi les oi^tea sur le passage de cet Auteur. 

TomeL Ff 



2UG HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

cavaliers et de mauvais hommes de mer. Us dévoient être 
d'autant plus faciles à vaincre sur cet élément , qu'ils n'en- 
tendoient rien à la manœuvre des vaisseaux , et qu'ib 
auroient eu affaire à des marins expérimentés. 

n 7 a dans le grec : XaChp «f «t/mi m/ Ao^dig û 3-«Ai#vif. Ce 
mot êtfmfnut a exercé MM. Wesseling; Valckenaer et Reiske. 
On peut voir leurs conjectures dans les notes de la nouvelle 
édition. On trouve ifûrêmi en trois manuscrits de la Biblio- 
thèque du Roi , et dans l'édition toute grecque de Henri 
Etienne , mais le sens n'en est pas meilleur. M. Toup (a) lit 
mmfiâfttfUfy qui pourroit être la véritable leçon , et qu'on 
devroit rendre par ^//o^/^«^ si cette expression n'étoit point 
ignoble. Hfiantrmf ImnvêfiifMf A«C«v i v 9^1/pf .... A«Cmv mu fié» 
fttfut Aui^if if B'ttXmmu Ces deux membres se correspondent 
assez bien , et ce Savant appuie sa conjecture par des pas- 
sages de difiérens Auteurs qui lui donnent un grand degré 
de probabilité; mais je suis persuadé que notre Histo- 
rien n'a pas compassé ses paroles avec le même soin qu'Iso- 
crates, et qu'«p««^«/ a été ajouté par un copiste, qui, voyant 
A«C«F fort éloigné d'i»;^! rl«i, aura ajouté ce mot en marge, 
afin qu'on vit à quoi il se rapportoit , et de la marge il aura 
passé dans le texte , comme cela n'est que trop ordinaire. 

(69) §. XXVIII. (yésus subjugua presque toutes les nations 
en-deçà dufleupe Halys , excepté , etc. R y a dans le grec : 
Crésus subjugua presque toutes les nations qui sont en-deçà 
du fleuve Halys; car excepté les CUiciens, les Lydens, etc. 
lia Martinière a traduit : Crésus soumit tous les peuples qui 
sont enrdeçà du fleuve Halys ; car outre les CUiciens et les 
Lydens, etc. Dictionn. Géographique, au mot Chalybes 9* 

Expression ridicule , contraire à ce que dit Hérodote ^ 
et qui n'a point été corrigée ^ans la nouvelle édition. 

(70) §, XX vwi. Savoir les Phrygiens, H y a dans le texte : 



(a) Epîstola Critîca ad Gulielm. Episcop. Glocettrienses , 
p8g. 7<j et 80, et ez nupera editionei toin. u, pag. 4ifi. 



c L I o. L I y R E I. itaj 

Savoir les Lydiens , les Phrygiens ^ etc. TéXois d'avis dans 
ma première édition qu'il falloit conserveries Lydiens , et 
Toici les raisons sor lesquelles je m'appujoià. Dans les temps 
antérieurs y la Lydie ëtoit un £tat sëparë de la (a) Mëonie. 
Philostrate {b) distingue les Mëoniens des Lydiens. Ce qu'on 
a depuis nomme la partie supérieure de la Lydie s'appe- 
loit Méonie. Elle comprenoit le mont Tmolus, la ville de 
Sardes 9 etc. Cest le nom que lui donnent (c) Homère et 
Denys le Përiëgète (cQ. Callimaque appelle {e) le Pactole 
Mconien , parce qu'il tiroit sa source du mont Tmolus. La 
partie inférieure , ou Lydie proprement dite y s'étendoit jus^ 
qu'à la mer y et comprenoit Ephèse, G>lophony Lëbédosi 
Tëos^ Clazomènes et Phooëe (/) ; car Tlonie étoit en partie 
un démembrement de la Lydie. Or^ c'est cette partie supé- 
rieure que Crésus hérita de wts pères , avec quelque peu de 
l'inférieure; il fitla conquête dureste.On reconnoit icirexac- 
titude ordinaire d'Hérodote. M. Wesseling s'étoit bien ap- 
perçu de la difficulté , mais il s'étoit contenté de la faire 
sentir, et même il paroissoit disposé à croire que le texte 
d'Hérodote étoit corrompu. 

Ces raisons, qui m'avoient pasra très-fortes, ne me fout 
plus la même impression. Il y avoit long- temps que la 
Méonie étoit confondue avec la Lydie ; et si Hérodote eût 
voulu distinguer ces deux pays , il auroit dit : Les peuples 
anciennement appelés Lydiens. D'ailleurs Hérodote s'ex- 
prime ainsi au paragraphe suivant : Ces peuples étant sub- 
jugués, et Crésus les ayant ajoutés aux Lydiens, etc. , ainsi 
que l'observe M. Borheck. Ces raisons de M. Borheck me 



(a) Voyez la fin de la note 266 sur le $. zciy du premier livre. 
. {b) Fhilostrat. in Vitâ ApoUonii Tbyan. lib. m, cap. y, pag. 98. 
et in Vitis Sophiat. lib. i, cap. zxi^ S* ▼> psg* 5i8. 

(c) Horoeri Iltad. lib. 11 , vers 866. 

(d) DIonjs. Perieget. yers. 83o. 

(e) CalUmacbî Hymn. in Deliim, vers. iSo. 
if) Herodot. lib. 1, J. cxui. 

Ff 2 



aaS HISTOIRE D'H É R O 1) O T E. 

paroissent conyaincantes , et je ne balance pltu à supprimer 
les Lydiens, 

n se trouTe des Ântenrs qui ne donnent à la Lydie 
d'antres bornes que le fleuve Halys (a) , sans doute parce 
que tous les pays qu'il renfei*me y appartenoient au Roi de 
Lydie. 

Quant aux Clialybes , Toyez notre Tftble Géographique^ 
(7 1) J. xxvifi. Les T7ir€u:es de l'Asie , c'est-à-dire , les 
Sithyniens et les TTiyniens. J'ai ajoute ce mot de VAsie , 
pour me rendre plus clair. Ces peuples étoient originaire» 
d'Europe , dont ils furent chasses par les {b) Teucriens et 
les Mysiens. On les appeloit (c) alors Strymoniens. Ils pas- 
sèrent en Asie y oà ils prirent le nom de Bithyniens. Eustathe 
assure [d) qu'il y aroit des Thraces en Asie, et qu'ils y 
ëtoient passés sous la conduite d'un certain Patarus. Strabon 
nous apprend {e) m qu'on convient généralement que les 
» Bithyniens , qui étoient auparavant des Mysiens, prirent 
j> leur nom des Thraces Bithyniens et Thyniens qtii pas- 
)> sèrent en Bithjnie. On en apporte pour preuve à l'égai*d 
)) des Thyniens, qu'il y a encore actuellement en Thrace 
» quelques Bith3rniens , et à l'égard des Thyniens , qu'on 
» voit encore le rivage Thynias près d'Apollonie et de Sal- 
)> mydesse » . On peut joindre à cette autorité celle de Xéno- 
phon. n appelle dans ses (/) Héléniques la.Bith3mie , Thrace 
Bithyniène, et ailleurs il donne à ce pays tout simplement 
le nom de Thrace. u Les Arcadiens {g) , dit41 , ajrant obtenu 
» des vaisseaux des habitansd'Héradée, s'embarquèrent les 

(a) Imperio tuo destinabat Halyn amuem qui Ljrdiam tenninat. 
Quint. Curt. lib. ly, cap. xi , pag. aSo. 

{h) Herodot. lib. vii^ $. lxxv. 

• (c) 14. ibid. Steph. Byzant. voc. XTfVju»?. Eottath. ad DIonys. 
Perieget. yen. 795, pag. i4i , col. 3. 

{d) Eustath. ad Dionys. Perieget. rera. Sai, pag. 57 et 58. 

(e) Strab. lib. xn , pag. 816 , B et C. 

(/) Xenoph. Hellenic. lib. m, cap. 11, $. 11, pag. i4o. 

ig) Xenoph. Âaabas, lib. vi, cap. 11 , $• xi, pag. 536. 



CLIO. LIYRB 1. 2âg 

n premiers , afin de tomber à Fimproviste sur les Bi thyToieuBf 
» et de faire un butin plus considérable. Us abordèrent à 
M Calpë, port situe vers le milieu de la ITirace, Chirisophe , 
» au sortir d'Héraclée, coupa à travers les terres , mais lors- 
» qu'il fut arrivé en Thrace , il marcha le long de la mer > 
» parce qu'il ëtoit déjà malade. Quant à Xénophon, il aborda 
» avec ses vaisseaux sur les confins de l'Héraclëotide et de 
» la ThracBy et s'avança par le milieu des terres. Le port (a) 
» de Calpë y dit ailleurs le même auteur, est dans la Thrace 
» Asiatique, Cette Thrace commence à l'embouchure du 
)> Pont-£uxin ^ et s'étend jusqu'à Héraclée \ ceux qui navi- 
» guent vers le Pont l'ont à droite ». Arrien lui doniie les 
mêmes bornes dans son Périple du Pont-Euxin. « Les Bithy« 
y* niens, dit-il (6), peuple de Thrace , s'étendent jusqu'au 
» fleuve Parthénius ». 

On ne peut douter après cela de l'existence de la Thrace 
Asiatique. Hésychius met le territoire de (c) Placia près 
de la Thrace. M. le Président Bouhier, qui ne connoissoit 
probablement que la Thrace d'Europe , prétendoit {d) que 
ce passage du Grammairien Grec étoit altéré , et qu'il falloit 
lire «-«(I» r^y 2»tf A«i]C9' au lieu de r^» B^tUtiK 

Ce que je viens de rapporter suffit , à ce qu'il me semble , 
pour faire voir l'inutilité de la correction du savant Prési- 
dent. La note de Paulmier de Grentemesnil n'est point j uste, 
et le dernier Editeur d'Hésychius, M. Alberti; me paroit 
s'être trompé. 

(72) §. XXIX. 7hu8 les Sages. Sof <«-«/> Sophistes, Cette 
appellation 9 honorable dans les commencemens, devint par 
la suite odieuse. Plutarque (e) en a pris occasion de repro- 



(a) Xenoph. Anabas, cap. iv , $. i , pag. 545. 

(6) Arrian. Feripl. Fonti Eux. pag. i4. 

(c) Hesycb. toc. Ilxiixifit. 

{d) Recherches et Dissertations sur Hérodote, pag. 117 et 118* 

{e) Platarch. de Malign. Herodoti , pag. 867 > F. 



9^ HISTOIEB O'HÉEODOTB. 
ehcr à Hérodote d*a¥oîr donne nn pareil nom anx sept Sages 
de U Grèoe. Ifocralet et d^antres Auteurs appellmt cepen- 
dant Solon de la aorte. On lit dam Aristidet (a) : « H^bro- 
» dote n'a-t'O point iqipelë Sokm et Pjrtha^re Sophi9Éem ? 
» Androtîon n'a-t^il point di t , les sept SophUies , en parlant 
» de œnx à qm je dmne le nom de Stigeê » ? Qoe dis-je , 
Flutarqne lui-même (6) appelle ainsi CSiilon , l'on des aept 
Sages. Tê ^f r«» Z«f ici XiXmêt, mXt^if, Ce mot du Sophiste 
Chilon est TraL Ce terme se prenoit encore ea bonne psurt 
dans le siècle d'Alexandre. Eschines s'adressant anx Atlië^ 
niens lemr dit : tous ayez (ait (c) monrir Socrates le Soj^iiste. 
XêtMfmrtit r«p Xêfirw^ Mwutritmrt. Flaton l'empUne (d) aussi 
dans ce sens, m Si , dit-il , ni les Fliiloêoplies (les Sophistes) , 
» ni les gens Tertneox ne peuvent enseigner la Tertu, n'esta 
)) il pas évident que d'antres ne pourroient jamais en donner 
i> des leçons » ? Apollonius (e) dans son explication des 
termes d'Hérodote , qui étoicnt deyenns obscurs par le laps 
de temps, î» Hwirtt rêf ^lAfêliv yXmwwm^ dit^ il appelle 
Sophistes ceux qui présidoient aux écoles , les chefs de 
Sectes ) 999 S«f<«v«f > r«»f huTf^Sf wféiçfilfps, VL oommen- 
çoit cependant à se prendre en mauvaise part y comme on le 
voit par quelques passages du même Orateur ^ pag. 4a et 5 1 , 
édition de Henri Etienne. Tant que les Sages ou Philosophes 
discoururent sur la vertu ^ sans intérêt , le nom de Sophiste 
iùt honorable , mais lorsqu'ils commencèrent à prostituer 
la philosophie en recevi^nt de l'argent de leturs leçons, ce 
terme devint un terme de mépris, a Celui, dit Xénophon {f)^ 
)) qui vend au premier venu U sagesse pour de l'argent, nous 
)) l'appelons Sophiste ». 



(a) Aristid. Orat. pro Quatuor Vins, fol. \S^ , lin. 5i. 

(6) Flutarch. de Amicoium Multitudinc* , tum. ix, pag. 96, A. 

(c) ^cb. in Timarch. pag. 387 , A. 

{d) Flato in Henone , tom. 11 , pag. 96 , B* 

(tf) Ktymolog. Magn. pag. 7'>i, lin. 20. 

(y*) J^enoph. Socrat. Meraorabil. lib. i , cap. vi, §, xiii, pag. 59. 



C L I O. L I V R E ï. a^i 

Cest ainsi qu'un terme , honorable dans Torigine , devint 
dans la suite une appellation offensante. Il en est de même 
chez nous du terme de Philosophe. On s'est fait honneur de 
le porter tant qu'on l'a applique à ceux qui cultivoient et 
pratiquoient la science de la morale, toujours intimement 
liëe avec l'existence de Dieu et avec la Religion chrëtienne , 
mais depuis que les incrëdules se le sont exclusivement 
attribué , il est devenu odieux ; c'est une injure atroce. 

(73) 5. XXIX. S'y rendirent chacun en particulier, La 
ponctuation des manuscrits et des éditions m'a torpeurs paru 
vicieuse. Je mets un point après iitriç. Après quoi je lis : ttf 
îK4tç6ç Morim mirtKfiûtTê y xof é^n »af ^ê)i0fy întif ». r. A. comme 
chacun d'eux arrivoit à Sardes , Selon y arriva aussi, etc« 
Sans cette ponctuation , la phrase est embarrassée. 

La phrase grecque signifie que chacun d'entr'eux alla à 
Sardes en souparticulier^ seul et sanss'étre concerté avec les 
autres. Fbyez la note de M. Wyttenbach, in selectis Prin- 
cipum Historicorum y pag. 346. 

(74) §. XXIX. léoix qu'il avoit étahlies, Kuster prétend 
dans son Traité sur le Verbe Moyen (a), que 3-fiF«< 9«/c«v se 
dit toujours du Législateur qui fait la Loi et la propose an 
peuple , et 3-frl«ci fêfMfy du peuple qui se fait faire une Loi 
par le Législateur y ou qui accepte la Loi qui lui est pro* 
posée et la ratifie. Moschopnle {b) s'exprime ainsi : Bioimy 
ro é/liJ^Têui k»i npfmntt, SmMt y$Lf Xtyitn r«y fêfiêêirnf r«y 
fofiêf ' S-f 9^«ci «If r«y é^tifiêf y lyyiry J^f |4»rl«M »«f tcv^Saut» Il est 
vrai que les Auteurs Attiques observent scrupuleusement 
cette règle (c). T«ti ^i «UiViyrii étftluvçy îii'ti zfn^^t fitritrif 

« Qu'ils ratifient ces loix , qu'ils les regardent comme îto-' 
» muables , et qu'ils les observent de même que les autres 



(a) Kuster de Yerbis Grecorum mediis, pag. i3i j LîpsîsB, 1752, 
Edit. altéra. 

{b) Moschopul. «rifl^x^J^Mv, pag. 10. 

(c) Plate de LegibiiSi lib. vi , tom. n, pag. 772, C. 



\ 



:2.^2 H18TOIRR D'H É R O D O T E. 

» que leur a donn^ dans le commencaiiient ce Lëgûla- 
ji teur ». (a)'0 ^<<' ^*' ^*f' ^^^ tflêM4ftm9uh fif^f : celui qui 
a fait la Loi concernant les enquêtes dé ide et de mœurs. 
Mais Texemple que nous avons sons les yeux prouve que les 
Anciens ne s'astreignoient point rigoureusement à cette 
règle. Le même Historien se sert encore du Moyen trois 
lignes plus bas y en pariant du Législateur. Têiç i^ifutf) mw 
rçiri Xixm éfruty etliv. Il, §. I«XXVII. 

(75) §. XXX. ji celle de Crésus. Quelques Auteurs {b) ont 
rc)etë Tentrevue de Solon et de Crësns , comme une faUe 
imaginée par Hérodote. M. Fréret (c) met dans la bouche 
de Flutarque , que la succession des Archontes n'est pas 
exempte de difficultés , et que ce qui lui fait préférer la tra- 
dition an témoignage des Chronologistes , c'est que cette 
histoire convient aux moeurs de Solon , et qu'elle est digne 
de sa magnanimité et de sa astgesse. 

Flutarque ne dit pas tout-à-fait cela. Voici comment 
s'explique cet écrivain à l'endroit que je viens de citer : 
« Quelques Auteurs r^ettent l'entrevue de Solon avec 
b Crésus , comme un événement démontré impossible par 
» la Chronologie ; mais je ne crois pas cependant passer sous 
n silence un si beau discours {d) attesté par tant d'auteurs, 
» et, qui plus est, un discours si convenable au caractère 
» de Solon , et si digne de la attgeMC et de la grandeur d'ame 
u de co Philosophe. Non , je ne crois pas devoir cette défé- 
» rence aux Canons chronologiques que plusieurs savans ont 
D tâché jusqu'aujourd'hui de rectifier , sans pouvoir s'aor 



(a) Lystaa adrers. Erandri petîtloncm Sacerdotil , pag. 176, 
înit. 

(b) Plutarch. Vit. FaralleK tom. i , pag. fj3, B. 

(c) Mémoires de rAcadémie des Belles-Lettres , tom. v, Mém. 

Ç^gt 277 y 278. 

{d) Ces attestations sont , suivant toutes les apparences , des 
écrits d'Auteurs anciens, Uff^vf signifie témoin, tt ne peut se 
ireudre par tradition, 

» corder 



C L I O. L I V R B t. a53 

)) corder entr'eux , et sans lever les contradictions qu'ils 
I) impliquent avec l'Histoire ». 

On voit par ce passage , que Plutarque raisonne d'une 
manière sensëe , et qu'il tient un langage bien différent de 
celui que lui met à la bouche M. Frëret. Il seroit aisé do 
réfuter ce qu'allègue ce Savant , pour prouver que cet entre- 
tien de Solon n'est qu'imaginaire , et qu'il est plutôt digne 
d'un Cynique, que d'un Philosophe enjoué, courtisan, 
débauché même ; traits sous lesquels il a plu à M. Fréret de 
nous représenter un Philosophe que l'antiquité a placé parmi 
Ifls sept Sages de la Grèce ) mais la nature de cet Ouvrage ne 
le permet pas. Je ne puis cependant m'empécher de témoi* 
gner ma surprise en voyant M. Fréret répandre le ridicule 
sur Solon , afin de décréditer l'entrevue qu'il eut avccCrésus. 
« On v^it (a) y dit-il, un grand Prince qui s'attache à faire 
» tous les hoxineurs imaginables à un simple Bourgeois 
» Athénien ». Ne croiroit-on pas que M. Fréret parle d'un 
Bourgeois de Paris qu'accueilleroit un Prince ? Ce Savant 
ignoroit-^ que la qualité de Citoyen d'Athènes étoit en si 
grand honneur , qu'elle étoit briguée par les plus grands 
Princes ? Ne savoit-il pas que Solon avoit passé par les pre- 
mières charges de l'Etat ? qu'il avoit eu l'honneur de donner 
des loix à sa patrie ? qu'il n'étoit pas moins renommé par 
sa sagesse dans les pays étrangers que dans le sien ? enfin , 
qu'il étoit de la naissanoe-k plus illustre , descendant de ce 
Codrus , qui se dévoua pour le salut de sa patrie , et qui fut 
le dernier Roi d'Athènes. 

Mais que le discours de Solon soit digne de lui , ou qu'il 
lie s'accorde point avec son caractère , cela ne prouva ni 
ne détruit l'entrevue qu'il eut avec Crésus. 

M. Fréret place cette entrevue , supposé qu'elle ait eu 
lieu , à la fin de la vie de Solon. Il se fonde sur le calcul de 
Phanias d'Ephèse , qui prétend {b) que ce Philosophe est 

(a) MéoK^iresde l'Acad. des Belles-Lettres, tom. y, Uém. p. 27^, 

(b) Flutarch. Yit. Farallel in éoloue, pag. 96 , F. 

Tome L G g 



234 HISTOIRE D'UÉRODOTB. 
mort an pea moins de deox an« après le conmienoement 
de la Tyrannie de Pisistrate. Mais pourquoi s'en raj^rte- 
t-il plutôt au témoignage de cet Auteur qu'à celui d'Hé- 
rodore de Pont, qui, suivant le même (a) Plutarque, assure 
que Solon reçut bien des ann^ après que Pisistrate se fut 
empare de Tantoritë souveraine ? 

Solon a TU les représentations an moins des premières 
pièces de Tliespis; Plutarque le dit formellement. L'Alceste 
de TLespis fut jouée Tan 272 de l'ère Attique , comme on le 
Toit dans les Marbres d'OxHcurd (fi) , pag. 27 ^ ce qui revient 
à la première année de l'olympiade i«xi y ou l'an 556 avant 
l'ère vulgaire. Il est très -vraisemblable (e) que ce Poète 
n'avoit pas débuté par cette tragédie , et c'est le sentiment 
du P. (d) Corsini ; mais lorsque ce Savant avance que Ru- 
tarque prouve que les premières pièces de Thespis avoient 
paru avant la Tyrannie de Pisistrate y parce que , fait-il dire 
à cet Auteur , Solon pensoit que ces pièces avoient excité 
l'audace criminelle de Pisistrate à s'emparer de l'autorité 
souveraine ; je cims qu'il se (e) trompe , du moins je n'ap« 
perçois rien dans le texte de cet Auteur , qui puisse justifier 
cette opinion. Seulement sur la fin de la page 96 y tom. i ^ ce 
sage Législateur reprochant à Thespis d'amuser le peuple par 
des mensonges et des fictions , ce Poète lui répondit qu'il 
étoi t bien permis de s'«i servir dans des jeux : sur quoi Solon, 

(a) Plutarcb. ibîd. Diogea* Laert. in Solooc , psatioi. 

(b) Les chiffres sont en partie effacés ; Tlidîteur des Marbres a 
mis 373, je ne sais sur quelle autorité. Je crois, d'après Suidas, 
qu'il faut lire 372. 

(c) JMgnore dans quelle édition des Marbres d'Oxford M. Geinos 
( Mémoires de l'Académie des Inscriptions , tom. zxi, Mémoires, 
pag. i4i ) a TU que Thespis aToit commencé i faire paroitre aea 
pièces la seconde année du règne de Crésus. La dernière édition 
marque positirement que ce fut après la prise de Sardes. 

(ef) Fast. Âttic. tom. ht , pag. 1 16. 

{e) Le P* Corsini s'est mépris ; ce n'est point Plutarque qui dit 
cela, mais Diogènes de Laerte, lib. i, Segm. lx, pag. 5? et 5&. 



CLIO. LIVRE T. a35 

jErappant la terre de son bâton , repartit avec indignation : 
« Mais noTOs qui goûtons et qui approuvons ces fictions dans 
» nos divertissemens , nous les Terrons bientôt passer dans 
)) nos contrats ». Le P. G>r8ini aura lu trop rapidement ce 
passage^ et c'est sans doute par cette raison qu'il lui a donn^ 
un sens si différent de celui qu'il doit avoir. 

Les Marbres d'Oxford placent , page 27 , la prise de Sardes 
l'an 278, c'est-à-dire y la troisième année de la cinquante- 
neuvième olympiade y ou l'an 54a ayant l'ère vulgaire , et 
le commencement du règne de Crësus, l'an 29 a, ce qui 
revient à la première amiëe de la cinquante-«ixième olym- 
piade f ou l'an 556 avant l'ère vulgaire ; ce qui fait quatone 
ans , comme Hërodote le lit clairement, livre i , §, lxxxvi. 

Pisistrate s'empara de l'autoritë souveraine sous l'Ar- 
chontat de Comias , vers le mois de Janvier de l'an 4, 1 54 de 
la période julienne , 56o ans avant notre ère, et la quatrième 
année de la dnquante-quatrième olympiade , comme on en 
verra la preuve dans mon Essai sur la Chronologie d'Héro- 
dote, chapitre xx. On ne voit pas comment, suivant ces 
calculs appuyés sur l'autorité d'Héraclides de Pont, de 
Diogènes de Laerte, des Marbres d'Oxford , on peut encore 
former quelques doutes sur l'entrevue de Solon et de Crésus. 

Je ne puis cependant disconvenir que ces calculs ne soient 
fondés sur des conjectures , vraisemblables à la vérité, maia 
que je serois fâché d'être soupçoamé de vouloir fidre passa: 
pour des vérités incontestables. 

L'époque de la mort de Solon restera toujours enveloppée 
d'obscurité , les Auteurs qui en ont parlé étant si peu d'ac^ 
cord entr'eux. 

Oh est presque aussi incertain sur la fin du règne de 
GrésuÀ , et par conséquent sur l'année oà il est monté sur 
te trôpe. La Chronique de Paros , dont on a cherché à s'au- 
torisei: pour déterminer l'année où ce Prince fut fait pri- 
sonnier, ne peut répandre aucun jour sur ce point, les 
chiffres étant en partie effacés, et les Éditeurs n'ayant rempli" 



d36 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 

la lacana qu'en snirant leurs conjectures. Qocnt an com- 
mencement du règne de ce Prince ; cette Chronique n'en 
dit pas un mot M. Chandler , à qui noHs avons obligation 
de la dernière édition , a retranche ces mots : T9f 'Avims 
i «WXf v#v , qui ne peuvent s'accorder avec l'ambassade qu'en- 
voya Crësus à Delphes , puisqu'il est constant qu'il ne l'en- 
voya pas la première ann^ de son règne. 

Mais quand même les chiffres ne seroient point altérés 
dans cette époque , et qu'on sauroit certainement de queUe 
ambassade auroit voulu^[>arler l'Auteur de la Chronique , 
on n'en seroit pas plus avancé y tant qu'on ignoreroit le rap- 
port de cette ambassade avec quelque autre fait connu. Car y 
à l'égard du sentiment de M. Fréret , je m'y arrêterai d'an*- 
tant moins y qu'il n'est fondé que sur des conjectures qui ne 
m'ont point paru avoir un certain degré de probabilité. 
Voyez cependant les Mémoires de l'Académie des Inscrip- 
tions, tome V, Mém. page 276 , où il est exposé fort au long. 

L'écUpse de soleil , qui mit fin à la guerre que se faisoient 
Alyattes , Roi de Lydie , et Cyaxares y Roi de Médie y n'est 
pas non plus une époque sûre. Les Auteurs sont partagés sur 
l'année où elle est arrivée, et conséquemment sur le oon^ 
mencement de cette guerre. On sait seulement que cetto 
éclipse arriva la sixième année de la guerre. J'en parlerai 
plus particulièrement, 5* i^xiv, noteao4. 

La Chronique de Paros (Epoque Z^^ fait mention de 
l'année où Alyattes est monté sur le trône; mais le com- 
mencement de la date est effiicé, et les Editeurs l'ont rétabli 
d'après leurs conjectures, qui me paroissent dénuées de tout 
fondement. En plaçant en effet le commencement du règne 
d' Alyattes l'an 34 1 , cela revient à l'année 6o5 avant notre 
ère. % l'on retranche de ce dernier nombre 71 , somme des 
règnes d' Alyattes et de Crésus , on aura l'an 534 , c'est-à- 
dire , la troisième année de l'olympiade lxi pour la prise 
de Sardes \ ce qui est démenti par tous les Ecrivains^ 
et ne peut s'accorder ni avec les événemens postérieurs^ 



•*• ~- 



C L I O. L I y R B I. i57 

111 arec les précëdens. Le Basant P. Petaa place (a) le 
oomtnencement de ce règne la seconde année de la qna- 
rante-unième olympiade ; Ensèbe suit une autre route , &c. 
Quel parti prendre dans une si grande diversité de senti- 
mens? J'ai fixé l'époque où Grésus est monté sur le trône 
au mois de Mai de l'an 4,155 de la période julienne; ce 
qui revient à la première année de la cinquante -cin- 
quième olympiade, c'est-à-dire, 559 ^^^^ 9.Yant notre ère. 
Je l'ai fait d'après Téclipse de soleil, qui termina la guerre 
entre Alyattes et Cyaxares et qui arriva, le 9 Juillet de 
l'an 4,1 17 de la période julienne , 597 avant l'ère vulgaire | 
et d'après d'autres raisons que j'ai exposées dans mon Essai 
sur la Chronologie d'Hérodote, chap. vu. 

n me reste deux mots à dire sur la Chronique de (b) Paros, 
dont j'ai parlé plusieurs fois dans cette note. EUe se trouve 
dans les Marbres d'Oxford, page 19 et suivantes. Cette petite 
digression ne sera point inutile aux personnes pour qui Ton 
a entrepris cette traduction et ces remarques. EQes pour- 
roient être sans cela fort embarrassées pour faire rapporter 
l'année qui s'y trouve aux olympiades , ou aux années avant 
l'ère vulgaire. 

L'autem* de cette Chronique part d'un point fixe. Il 
date de l'Archontat d'Âstyanax à Paros, et de Diognète à 

(a) PetaT. de Doctrinâ Temporum , tom. n, pag. 3o4. 

{b) J'ai été aarpria en lisant l'OuTrage de M. Dorigny tnr la 
Chronologie d'Egypte , qu'à l'occasion des Marbres de Faros^ il 
ait cherché i perpétuer nn {*) soupçon odieux contre un homme 
de Lettres , Anglois de nation , qui certainement ne l'a point 
mérité.Voici le fait : M. Peiresc avoit acheté ces Harbres cinquante 
louis, par l'entremise d'un Voyageur François, nommé Samaon» 
I.es Turcs , par ararice et par défiance , saisirent les Marbres et 
mirent Samson en prison. Quelque temps après , M. Pettee , 
homme de Lettres, que le Comte d'Arondel avoit enrOyé en Grèce 
pour y recueillir des monumens antiques , les acheta à un beau<* 
coup plus haut prix , et fut asses heureux pour les faire transporter 

(*) Tom. i , p«g. 101 , note. 



9T8 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
Atliènca y toof les év^éneraens qa'il nocmie. Cdni de Dio- 
gncte tombe ki pranière année de ki cent Tingt-nevrième 
olympiade , on a64 anf «Tant notre ère. Il n'est pat ùnitile 
non plus de saToir que l'annëe Athéniène commençott alors 
au ioUtioe à^éXè , de même qne la Furîène j et que les Ar- 
chontes eotroient alors en exercice^ 

ATeo cette def , il est trèa-daé de se tirer de Fcmbarras 
qœ poonrast oocasionner la dernière ^tion des Marbres 
dont onaretrancké les commentaires. IKognèlefkt Archonte 
Tannée 364 ayant l'ère Chrétienne. On n'a donc qn'à ajoater 
a6-'« à la date exprimée dans la Onroniqne, et l'mi amra 
Tannée ayant Iésns-C3urist où Térénement se sera passé. P^ 
exemple TAlceste de llie^spanit Tan 379; ajontex ^64, 
vous aores 536, qvi est Tannée avant Tère vulgaire où cette 
tragédie fut représentée. 

Ceux qui sonhaiteroat s'instruire plus particulièrement 
de ce qui oonceme ki Chronique de Futis, n'auront qu'à 
consulter les savantes observations de M. Gibert, Mémoires 
de l'Académie des Inscriptions, tome xxin, Mémoires, 
page 61, 

(76) 5* XXX. Et su ffîsamment considérées , « It «nf^f v«v // 

y itf i9ê Kp?i9«f m, r. X Cette leçon est bonne. Kmtm utufU 

en Angleterre. Voilà tout ce qu'il 7 a de Tfsi dsns cette histoire. 
La différence de nation ne doit jamais influer sur nos jugemens 
et nous faire perdre de Tue Téqoité naturelle. Les honnêtes gens, 
de quelque pays qnSls soient , doÎTent s'aimer ^ qnela que soient 
d'ailleurs les principes de cens qui les gouyernent. Les gens de 
Lettres ayant on lien de plus, dcTroient TiTre dans l'union la 
plus étroite , et ne point se laisser subjuguer par les préjugés 
dont ils font snr-tont profession de secouer le joug. Ces Marbres 
furent transportés en Angleterre > mais la guerre eÎTÎle étant 
surrenue peu après , ils furent négligés ^ au point qu'on en employa 
une partie à des réparations qu'on fit i l'hôtel du Conte. Mylord 
Pue de Norfolck , petit-fila du côté de sa mère de Mylord Aron- 
dt-1 , en £t présent en 1C67 à rUniyersité d'Oxford. 



C L I O. L I V R E I. ^^ 

» signifie htufSfy satisy dont l'oppose est ùw\f r«y xmt^êfy ultra 
I) modum y qu'on trouve dans la plupart des bons Auteurs. 
)) Ce n'est donc pas pour la corriger que je la propose ici. 
» C'est seulement pour faire voir que si quelque critique 
» s'arisoit de la changer en ie«r# »«f oy , après que Solon se 
» fui rasscutié de voir tant de richesseê , (ce qui revient tou- 
)) jours au même sens ) il ne manqueroit pas de donner à sa 
» conjecture un air de vraisemblance y en citant un autre 
M endroit d'Hérodote , lib, ru , %* i46 , îîrîjr It tuvtu 
» (I9ftf9«^fy«i iêtn ^xifitt , tiirêyrifi^uf ». r. A. Ce dernier pas* 
» sage est également précédé de ^tftMyorrmç iwti^tUfuv^ttt , 
}) comme celui qui regarde Solon > de wtfttiyf mm\ iVi/iiV- 
» »tf«n«F». Cor A Y, 

(jj) §. XXX, jépec vivacité. 'Zfrirftfimç. Hérodote a dit, 
liv. VIII, 5' ^^^' * ^iy^ fuiXXêf iwîffuftftifm y parlant ovac 
plus de véhémence. C'est en rapprochant les différens pas^ 
sages d'un Auteur , que l'on parvient à le bien entendre. 

(78) 5. XXX. Après avoir joui d'une fortune considérable^ 
M. l'Abbé Geinoz (a) a très-bien prouvé que Cî«f signifie ici 
les biens y et que ms ni wnf^ ifîit ne veut paa dire quantum 
in nobisest, mais/>ro rnodulo nostratium facuitatum. On 
peut consulter la Remarque de ce Savant, qu'il seroit trop 
long de rapporter. Gronovius a mal rendu ce passage, et 
M. Wesseling a laissé subsister sa version ; ce qui me sur- 
prend d'autant plus j que ce Savant a profité en plusieurs 
occasions des observations de M. Geinos , et qu'il a coutume 
d'avertir toutes les fois qu'il n'est pas de son avis. Cornélius 
Népos s'est servi d'une expressioil à-peu-près pareille en 
parlant d'un certain MénécHdes^ l'un des détracteurs d'Epa- 
minondas, saiis {b) exercitatum in dicendo, ut TTiebanunt 
scilicet , assez habile orateur y du moins pour un Thébain. 



(a) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres y tom. zztii , 
Bist. pag. 111. 
{b) Comel. Nep. In Epamînoadâ ^ cap. v, $. ix. 



tl^O HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Les biens contribuent au bonbeur , et je ne prétends point 
le contester ; je n'en suis pas moins ëtonné que les anciens 
Philosophes crussent qu'on ne pouvoit être heureux sans 
avoir de la fortune. C'est cependant ce qu'on trouve répété 
dans Théognis et en miUe autres Auteurs. Sophocles dit 
dans la tragédie de Creuse (a) : « Les hommes n'ont de oonsi- 
» dération que pour les richesses. Il j en a quelque^uns qui 
» trouvent heureux celui qui jouit d'une bonne santé *, mais 
» un homme pauvre ne se porte pas bien , à mon avis , et 
» son état est celui d'un homme continuellement malade »t 

Au reste rêuro fitv et tîwt* ^i , que M. WesseUng a rétabli 
d après un msst de l'Abbaye de Saint Rémi de Rheims, se 
trouvent aussi dans le msst ji de la Bibliothèque du Roi. 

(79) §. XXXI. Que leur mère, Cian {V) mo8 esset Sacer" 
dotem Argipam junctis hohus ire ad Templa Junonis,,,^ 
Duo Sacerdotis fiUi y CleobU et Biton, Tnatrem, subeuntes 
Juguni , ad Templa duxere, 

Hygin (o) nomme quatre fois cette Prétresse Cidippe , 
(il faut lire Gydippe). Philargyrius (d) l'appelle de même ; 
mais Meursius corrige , je ne sais sur quelle autorité , 
Chryns. Qritic, Amohian, lih ri , cap. riii. Ce qui me 
fSùt croire que sa correction est bien hasardée , pour ne rien 
dire de plus , c'est qu'on trouve encore le nom de Cydippe 
dans une épigramme inédite de l'Anthologie que m'a com- 
muniquée M. de la Rochette. La voici telle qu'elle se trouve 
dans le msst du Vatican , avec les oorrections de ce Savant 
L'Histoire de Qéobis et de Biton faisoit le sujet du xviii* 
tableau attaché aux colonnes du Temple élevé à Cyzique^ 
en l'honneur d'Apollonis, mère d'Attale et d'Eumènes. 

Voici le lemme ou titre , qu'il est inutile de traduire. 

V. ■ ' ■ 

(a) StobsBÎ Sentent. Serm. lxxzix , pag. 5o3. Voyez les Fragment 
^e Sophocles par M. Brunck « pag. 19. 
{b) Serr. ad Vîr^îl. Georg. lib. i|i , rers. ^5a, 
(r) Hygini Fabiil. cclit, pag. 363 et 564. 
{d) Ad Virgilji Gpor^ic. lib. m, T<îrs. ô32f 



C L I O. L 1 V R E I. 24i 

*£v J^i Ti» I H ^x/mmi) KXiêotç içt km) Btrtn rt/f i*cvr£f fttfri^a 

xat tioiurtt^ ^unvy %7Fi TêvT« y txnvn tfv^UTô Tff êtm tt ri gçi x«^ 
A/f«» IF ûfêfêtwotÇy TûuTê riiç xmrif mvr^ç uvttrr^Tm, K«i retiré 
mùr^f tC^Mféfftiç tKtîfêt uvTêfVKr) êfti^'Kcvçif, 

OÙ ''^iv^tjç ô^f ficv6»Çy ti>Ji6tiif ^i KtxMçmt^ 

MiiT^ùÇ fV itt^fo/if kXc/it^f idfrro v-oinv, 
X^t'fttT* ovF iip^riny} fV tv9%^ii^ jsAvroi tif^^tç y 
K«f) r«F «t' itêtftàf ftZUf izotri ^«f«/. 

« Ce n'est point ici une histoire fabuleuse ; la vërité en 
j> fait le plus bel ornement. Il s'agit ici de lapiëtë desenfaiis 
» de Cydippe pour les sacrifices. Qu'il ëtoit doux à leur 
» cœur le but qu'ils se proposoient ! celui d'arriver à temps 
» pour la cërémonie. Les travaux, entrepris pour satisfaire 
j» la pieté de leur mère, les ont illustrés. Puissiez- vous être 
» heureux par nos sacrifices , hommes illustres par votre 
w piété ! puissicz-vous faire vous seuls le sujet des entre- 
)) tiens de la postérité » ! 

(80) §. XXXI. Ne permettoit pas à ces jeunes gens d^ aller 
chercJier. Ce sens est le plus naturel. Feu M. le Président 
Bouhier ne paroit pas l'avoir entendu. « Loin, dit-il (a), 
» d'être exclus par le temps, ils se trouvèrent, au contraire, 
» très à temps pour rendre ce service à leur mère ». Cela est 
vrai, mais Hérodote veut dire qu'ib n'avoient pas le temps 
d'aller chercher les bœufs à la campagne et de les amener. 
Du reste, il veut qu'on lise ici {b) iltXtttHfmtùty parce que 
Cicéron, en rapportant cette histoire, a dit : corpora oleo 
perunxerunt, M. Valckcnaer, savant du premier mérite, est 



(a) Bouhîer, Remarques sur lea Jusc. de Cic. lîv. i , J. xlvii, 
(ô)Ibid. 

ToTJie l II h 



243 HISTOIRE D'H É R O D O T E. 

d'avis de lire tKi'oifitft ^i y veste posilà. Cette oonjecturr 
est plus heureuse. Mais s'il faut corriger le texte d'après 
Cicëron , où trouver dans la correction de M. le Président 
Bouhier, peste posUd? et dans celle du savant Hollan- 
dois , corpora oleo perunxerunt ? Il est très-rraisemblable 
que Cicëron s'est contente de rapporter la substance de cette 
histoire j sans s'attacher à la lettre. 

Servius (a) prétend qu'une maladie pestilentielle , qui 
ravagea F At tique , détruisit les bœu£$ dans l' Argolide ^ et que 
Clëobis et Biton ayant perdu les leurs, se mirent sous le 
joug , et traînèrent eux-mêmes leur mère. 

La version latine, tune juvenes exclusi tempore, est très- 
bonne, et c'est d'après cette version que j'ai rendu ce pas- 
sage. M. Coray appuie ce sens de plusieurs autorités d'au- 
teurs latins et grecs. Voici sa note : 

« J'ajoute deux passages très-formels : l'un est de Cicéron 
» de Orator, lih. m , §, i5. Sic ilU a negotiis publicis , 
» tanquam ab opère aut temporibus exclusi, aut voluntate 
» conferiati , &c l'autre est de Caesar de Bello Gallico , 
yï lib. VII, cap. xi. Hue hiduo pervenit : castrisante opp>- 
» dum. posiiis , diei tempore cxclusus , in posterum ohpu^ 
j} gnationem differt. L'auteur du livre des Maocabées aem- 
» ployé le mot rvyx^itlfrêmt dans le même sens à^itucXtltrêmi 
» d'Hérodote ûnXvmf »«-• rfç ifmç rvyKAc<«/civ«/.^Hv yuf 

» i TTfê vd TmSQÛTêffy lib. Il, cap. viii, 35 et 36. On peut 
» ajouter qu'Hérodote emploie Hifyivîmy synonyme de 
w titxXtU94ttiy dans le sens àeKmxiîo4$Hy ou iti^itimy «y«yMi- 
» l/ÊtvimyConame ùfmytuUif f |f fr«/M(i,lib.vii,5* xcvi et cxxxix, 
n et viré r«» fifuv tiîf/iftifÇy lib. ix, J. ex. p -^ - . _ 



(8i) 5. XXXI. Louoient leur bon naturel, M. Wesseling 
lit ici ymfmjt au lieu de fmfui9. Cela présente un meilleur 
sens, et d'ailleurs cette leçon est autorisée de la plupart des 

(a) Serriiu ad Virgil. Georg. lib. m , vert. 532. 



C L I O. L I V R E I. 345 

manoscrîts. Il a dëjà été fait mention de la force de ces 
jeunes gens ; leur bon naturel et leur respect pour leur mère 
ëtoient encore plus sensibles^ et mëritoient davantage les 
ëloges des Argiens. 

Stobëe nous a (a) conserve une ëpîgramme ancienne , qui 
ne dit rien de plus que ce qu'on a vu dans Uërodote. Elle 
mérite cependant d'être lue, parce qu'elle est du bon temps. 

(8a) §. XXXI. Leurs êtatues. Il y avoit à Argos^ dans le 
temple d'Apollon Lycius, une statue de Biton {b)y qui 
portoit un taureau sur ses ëpaules. On (c) voyoit aussi dans 
le même temple Clëobis et Biton en marbre y tridnant eux- 
mêmes leur mère sur un cbar, et la conduisant au temple 
de Junon. 

(83) 5* XXXI. Au temple de Delphes, Le verbe ûf^rién/itt , 
qui signifie decUco, coneecro, suivi de if AtX^tiçy indi-» 
que que ces statues furent consacrées dans le temple de 
Delphes. 

(84) 5* xxxiT. Z,a DiidniU est jalouse du bonheur des 
humains, M. l'Abbé Geinoz, qui a défendu avec succès Héro- 
dote contre la plupart des attaques de {d) Plutarque, a essayé 
de justifier ce passage *, je doute cependant qu'il ait été aussi 
heureux que dans le reste de sa défense. Les Païens n'a voient 
pas anciennement des notions justes de la Divinité. De-là 
ces plaintes amères contre les Dieux , dont Homère et les 
Poètes tragiques sont pleins. Hérodote a peut-être suivi les 
idées reçues de son temps sur la Divinité. Les Philosophes 
en ont donné en apparence de plu» justes. « L'envie , dit {e) 
» Platon I ne se trouve point parmi les Dieux ». Maxime 



(a) Stob. in Florîleg. Grotîi , pag. 495. Analecta veter. Foetar. 
Gnecor. in Lectionîb. et Bniendat. pag. 274. 
{b) Pausan. Corînth. siro lîb. 11 , cap. xix, pag. i53. 

(c) Id. ibîd. cap. zx , pag. i55. 

(d) Uèmoirea de l'Académie des Inscriptions , tom. xix , Mém. 
pag. i63y &c 

(e) Plato in Phsdro, tom. m, png. 247 , A. 
Tom^ 1. * H h 



uV^ HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
qu'où t loaée (a) Philon, Juif, et (i) Maxime de Tyr. Plu- 
I arque avoit de Dieu des idées beaucoup plus saines que les 
anciens. Il est à prësumer qu'il les ayoit puisées dans laSainto 
Jxriturc, qui ëtoit très-répandue de son temps. « Dieu (c) , 
» dit-il, est auteur de tout bien; c'est de lui que procèdent 
)) toutes les choses belles et bonnes. Il n'est pas permis de 
» croire qu'il lasse rien de mal; ou qu'il éprouve de la dou* 
)) leur. Car il est bon de sa nature, et le bon n'a ni envie , 
)) ni crainte ; ni colère, ni haine )). Voyez cependant la 
note 70, çur le livre m , et le Traité de la Malignité d'Hé- 
rodote, de la traduction d'Amyot, §, xvi, noie 3o. Hérodote 
explique lui-même ce qu'il faut entendre par la jalousie des 
Dieux, livre vu, J. x. Ceux qui entendoient par jalousie 
ce trouble, ce chagrin qu'éprouvent les envieux à la vue 
de la prospérité des autres , ne pouvoient s'empêcher de 
condamner ce sentiment. Ç'étoit un vice de la nature hu- 
maine , qu'ils étoient bien éloignés d'attribuer à leurs 
pieux et même à Némésis. Ils vouloient seulement dire par 
cette expression, que la Divinité par sa nature étoit ennemie 
de cet orgueil , qui même dans les gens de bien, étoit un 
mal en lui-même. D'ailleurs, les hommes, et sur-tout les 
Grands, oublient communément dans la prospérité, qu'ils 
sont des hommes semblfibles aux autres hommes. Dieu le 
leur rappelle souvent par les disgrâces qu'il leur envoie. Tel 
est le langage de l'Ecriture. Il est à présumer que telle étoit 
la manière de penser d'Hérodote , lui qui dit, livre vu , 5* x : 
it Dieu se plaît à abaisser tout ce qui s'élève trop haut.... car 
j) il ne permet pas qu'un autre que lui s'élève et se glorifie » . 
Plutarque a donc eu tort de reprendre (d) notre Historien. 
\oycz aussi le savant Dodwell in Dissertationibus Çypria^ 

■I 
(a) Philo, tom. n, pag. 44? , lin. 12. 
{h) Maxim. Tyr. Dissert. xli , $. m , pag. 485. 
(c) Flutarch. non po£se suaviter mi secuudum Epicuri Décréta | 
pag. 1102, D. 

{d) Pli^tarcli. de Malî^'^oit. Hcrodot. pag. 857 , F j 858 , A» 



C L I O. L I V R E t. :i\5 

nlvis y de Libella a Martyrihus accepta ,pag» 3a, n° i # # ^ 
et m Dlssertatione xii , pag. log, §, xir. 

(85) J. XXXII. Bien des choses fâcheuses. H y a dans lo 

grec : «-«AAïc fti rtç céiAM. G^tte expression est la même 

queir«AA« «Vf df A9r«. G;tte tournure est familière à Hérodote, 
pour indiquer quelque chose de triste, de fôcheux, un mal- 
heur. Il dit souvent cvz ^^ iUXt , ov^ is fi^ixiTut. Voyez 
rindex du Trésor de la Langue Grecque d'Henri Etienne ^ 
au mot'AycdfAir7«f. Voyez plus haut, note 46. 

(86) 5. XXXII. Mais si chaque sixième année on ajoute 
un mois , &c. Ce passage est un des plus difficiles d'Hérodote. 
Tous les Commentateurs , tous les Chronologistes se sont 
exercés dessus à Tenvi l'un de l'autre. Ce seroit m'engager 
dans de trop longues discussions, que d'entreprendre la réfu- 
tation de toutes leurs opinions. 

Solon ûxe la yie de l'homme à 70 ans, qui font, suivant 
lui, 25,200 jours, en n'ajoutant point le mois intercalaire. 
Si tous les 2 ans on intercale ce mois , ou aura 35 mois poiur 
les 70 années, qui, étant de 5o jours chacun, donneront 
i,o5o jours. Ces deux nombres font la somme de 26,25o jours. 

Si le premier nombre est juste , il s'ensuit que l'année 
étoit de 36o jours ; mais si le second se trouve également 
vrai , l'année sera de 375 jours , c'est-à-dire de dix jours 
plus grande qu'elle ne dcvroit l'être; les saisons seront alors 
bientôt confondues , les mois d'été se trouveront en automne, 
et ceux d'hiver au printemps ; et cependant c'étoit pour 
régler les saisons, à ce que dit Hérodote, et pour prévenir 
leur confusion , que l'on faisoit usage de l'intercalation. 

Le texte d'Hérodote est sûrement altéré. M. Wesseling 
s^en étoit bien apperçu, et il le corrigeoit d'après l'opinion (a) 
de M. Pontedera, qui pcnsoit que Solon accommoda l'exemple 
qu'il présentoitàCyrus, à l'année Lydiène, qui étoit, selon le 

même (2>) Savant, la même que la Chaldéène. Malheureuse- 

— — "^— ~"~^'— "^^^— ■ ■■ — — ^»i— — .^.— ^— — .— — ■^^^—1 ^ 

(a) Pontedera, Antîq. Latinae et Grxcae , pag. 176. 
[h) Ibid. pag. 17.5 et seq. 



a46 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
ment pour oe sentiment , oek n'est pas prouW, et il est vrai- 
semblable que Solon ne oonuoissoit que Tannée usitée ches 
les Grecs. Ainsi, puisque le texte est corrompu, j'aime mieux 
admettre les corrections de M. Wy ttenbach , qui lit ainsi (a) : 
Ei ^f /« f lfAjyn< TêiKTêf rmr iritÊf fmù fuutfirtfé^ ytuHmiy m 
^11 Mt êtfMt wvftZtlifmrtTttfMytfifgttmi tf rJ ^iêfy ^ittf fêif wMfm ri 
êti^êfênKêrrti trîm ii iftZêXtf^êt yhêrrtu i^mi^ixm ^iêwrêf Tftrn-* 
fiêpUw iftifiit /i i» rSf ^tirSf rêirm rfitntinêi tuù wtrtiixêrïïM* 
rêvriêtf rth mwMrttff ifUftmf rSf iç tm %Z^êfti%êrrm îtîu têftrtm 
Wîrri»êmi nmi Wïrrnxêwimf »m$ wtrrmmrj^iétf Mme ^ivfivftimf , 9 
irifn MpTiêtf r^ t^ff!> 4!^*f? TêwmfmWMf êiitf ê^têf Wfêrmyit 

J'ai réformé ma traduction d'après ces corrections^ M. W jt- 
tenbach n'ose assurer qu'elles soient certaines; mais je pro- 
nonce hardiment avec lui qu'^es sont très-Traisemblables. 
Voyez la note de ce Savant. 

(87) J. XXXII. L'homme ent êujei à mille accidens. Mot 
à mot, l'homme est entièrement accident. Gronoyius et 
M. Wesseling pensent qu'il faut traduire rhomms n'est que 
m4dheur. Ce dernier Savant convient que tous les hommes 
ne sont pas malheureux, et que dans ce discours Solon lui- 
même rapporte des exemples de quelques hommes qui ont 
été heureux : mais en même temps, il pense qu'Hérodote 
ne s'étant jamais]servi du mot «v/t^if 9 pour signifier un acci^ 
dent, on ne doit pas le prendre ici dans ce sens. Quand il 
seroit vrai qu'Hérodote par-tout ailleurs a pris T9f€^êfi dans 
la signification de malheur , il faudroit, pour que la con- 
séquence de M. Wesseling fût juste, que dans le siècle de 
pet historien, ce mot n'eût jamais été pris dans le sens di ac- 
cident, Gur s'il a eu cette signification, pourquoi Hérodote 
n'anroit-il pu s'en servir aussi ? Le but de Solon étoit de 
montrer que personne ne pouvoit se dire heureux avant la 
mort , parce que la vie humaine étoit sujette à une infinité 

de vicissitudes. Si l'on entend par oiffi^êfi un accident, c'est- 

■ .11., > I ■ ■ 

{a) Selecta Friocipum Historicorum, pag. 348 et seq. 



C L I O. L I V R £ I. ui'f 

À-clire, une chose bonne ou mauvaise , le raisonnement d« 
Solon est juste. Si au contraire on l'interprète par malheur , 
comme le yeut M. Wesseling, Solon se contredira lui-même, 
puisqu'il reconnoit qu'il y a eu des hommes rëritablement 
heureux. Mais ce qui ^ dans une chose do cette nature , vaut 
autant que tous les raisonnemens du monde; c'est que Plu- 
tarque a explique ce mot par celui de rtf)^n dans le discours de 
SolonàCrësus(a).*'£M9«iy... t;^c<»i #f «f t^ârxi Tê^Us riuç ivêti^ 

9^»ç »Mt i'nfMTtittiç 9 rioc^tç êfSvm wtirtêi'wirÊÎïç A^pif/tCMir «fi 

r«y ii«fy •vK im ruç wMfovnr mynhli fiiy» Çfuîf. n I>ieu a 
» donne auxGrecs une sagesse ferme et populaire, qui voyant 
}> que l'homme éprouve pendant toute sa vie, ime vicissi- 
}) tude perpëtuelle et des changemens de fortune, ne nous 
» permet pas de nous glorifier des biens dont nous jouis- 
M sons..... ». 

Quant à la phrase suivante, ifUi ^t ro xn) wXêwriut fiîf 
fi%yM ÇMtumty mm) CttriXtiff tîfMt irê)iXSf «vép#ir#v. Ta quiderfi 
mihi videris , &c. Solon avoit examine à loisir les richesses 
de CrësuSy et il connoissoit parfaitement la population de la 
Lydie. Il ne pouvoit donc dire, voua meparoissex avoir des 
richesses, 8cc. U faut donc donner ici à ^«/v«/mc/ une autre 
signification. Le père Viger remarque (de Praecipuis gra&cas 
dictionis idiotismis, sect. xiii, reg. i , pag. 3i5) que ^{u/timt 
se prend souvent dans U signification de Uquere, constare , 
manifeste comperiri eu: teneri. 

(88) 5* XXXII. // est beau,*E9êt^f signifie heau; tous les 
Anciens l'ont pris dans ce sens , et l'on en trouve mille 
exemples dans Homère et dans Hérodote. Je n'en fais la 
remarque que parce que j'ai vu un (b) homme d'esprit pré- 
tendre que c'ëtoit un terme philosophique ^ qui ne pouvoit 
s'entendre que de l'ame. 

(89) 5* XXXII. Heureux. ^'oxZtés signifie qui est heureux 



{à) Flatarcb. in Solone , pag. 94 , A, B. 

ijb) M* de Rochefort dane un Mémoire lu à T Académie. 



a^i8 HISTOIRB D'H É R O D O T B, 

toule sa vie , qui jouit d'un bonheur non interrompu, 'O 
^iù Tê» êXM fiin fuutmftçiç , ditHësychioB au mot êhiiêç. Heu- 
reux ne rend pas exactement le terme grec. 

(90) 5* XXXII. Allant sa mort, Sopbocles a paraphrasé 
cette sentence de Solon dans son (BdipeRoi : il finit sa pièce 
par ces vers qu'il met dans la bouche du Choeur. 

« Fixez vos regards vers les derniers jours de la vie , et 
M ne donnez à aucun mortel le titre d'heureux avant qu'il 
)> ait achève sa carrière y sans avoir éprouvé d'infortunes >». 

Cette maxime était tellement du goût des Grecs , qu'on 
la trouve dans tous les Auteurs. Voyez l'Andromaqued'Eu- 
ripides, vers 99 et suivaus^ et mille autres endi'oits de ses 
Tragédies. 

Lorsqu'un hom me est mort y on peut dire alors qu'il a été 
heureux y parce qu'il n'est plus au pouvoir de la fortune de 
le rendre malheureux* Cest ce qu'a voulu dire Solon. Ans- 
tote développe parfaitement cette maxime , et après l'avoir 
CQmbattue d'une manière victorieuse, il prouve que le vrai 
bonheur pe peut consister que dans la vertu. Les bornes 
d'une note ne me peimettent pas de m'étendre davantage sur 
ce sujet ; je me contente de renvoyer mes lecteurs aux Mo- 
rales adressées à Nicomaque , livre i , chap. x y page Z5 de 
l'édition d'Oxford, 1716 , *n-8, et de l'édition de Duval, 
Paris , 1619 , in-folio ; c'est le chap. xi, page i5. 

La Sainte Ecriture s'était exprimée de même long-temps 
a\ipan^vant : ante mortem ne laudes Itominem queniquam, 
dit l'Ecclésiastique, chap. xi, vers. 3o, 

(91) J. XXXIII. Grossier. D y a dans le grec à^im^ç, igno- 
rant ; mais comme la grossièreté est presque toujours le 
Jji'uit de l'ignorance , ce terme signifie aussi grossier, 

(9^) 5î x:2çxxv, fj^un était muet, H y a dans le greciww^pV. 

Ce 



GLIO. LIVRE I. 2^9 

Ce mot signifie proprement muet, tcéq^itç «g m^Mtftêttç rnf •«■«. 
Les Anciens l'ont toujours employé en ce sens. Homère ne 
s'en sert qu'en parlant des choses inanimëes qui ne rendent 
aucun son. Pindare le prend aussi pour muet : 

KtfT^W (a) mfttf TiÇy êç 'H- 

((Celui-là est muet qui ne chante pas les louanges 
» d'Hercules ». 

Lorsque la Pythie rëpond à Crésus^ elle lui dit : 

(( Je comprends le langage du muet , et j'entends la voix 
» de celui qui ne parle point ». 

lies Modernes ont ajouté à cette signification celle de 
sourd , comme le dit (c) Eustathe^ «-«f* ^t yi rêis irrifêt 

Mais Hérodote 9 qui est ancien, le prend toujours dans le 
premier sens. On pourvoit cependant croire qu'il lui donne 
le second, parce qu'au paragraphe xxxyiii il semble ex- 
pliquer icm^if par ^ii^é«ip/uiy«v r^f «««lyy; mais je penserois 
plutôt que ces derniers mots riyf «««91 ont été ajoutés par un 
copiste qui ignoroi t la vraie signification de ictf^if. J'ensuis 
d'autant plus persuadé, qu'au paragraphe lxxxy il est fait 
mention trois fois, que le fils de Crésus étoit muet H^mnçj 
que Crésus fit tout au monde pour le guérir, et qu'enfin il 
eut recours à l'Oracle de Delphes pour le prier de délier 
la langue de son fils. Si ce jeune Prince eût été pareillement 
sourd, pourquoi Crésus n'en a-t-il rien dit en cet endroit^ 
et pourquoi ne prie-t-il pas aussi l'Oracle de rendre l'ouie 
à son fib ? Libaniusapris aussi ce mot dans le même sens, 
dans la Déclamation intitulée : (( Quelqu'un ayant défendu 

(a) pindar. Pythie. Od. ix, Tert. i5i. 

(b) Herodot. lib. i , $. xlvii. 

(c) Eustath. ad Homeri Odyss. lib. ▼ , pag i539, ^'"* ^* 
Jbnpe L I i 



a5o HISTOIRE D'HÊROUOTE. 

» à Socrates de discourir dans sa prison', on s*y opposa h. 
Fabricios parle de cette Déclamation , qui n'a point encore 
ëtë imprimëe, tom. yii, pag. 4i 2 de sa Bibliothèque Grecque; 
et Macarius en a conserve des fragmens dans sa Rhodonie , 
dont M. de Villoison a donné de longs extraits dans ses Anee- 
dota Grœca. Le passage en question est page i3 du second 
Tolume. nM/}tç Mfèfêfirêt mrvxfrr%ç itat ?^Outifêri^Têfyi Kfêirtt 
ri Av^S WMt^m ^mn xm^êv êrrti wfêTt^êfy ^tUm rif Çêtfifv 1 1 rit 
rS wMr^êç ûVfi^êfM. (( Tous les hommes aiment à parler dans 
» le malheur , et Ton dit que le fils de Crësus le Lydien ^ qui 
» ëtoit auparavant muet, se rëcria dansle malheur de son 
» père u. Aulugelle, qui traduit Hërodote^se contente de 
dire qu'il ëtoit muet, sans parler de sa surdite (a). Filius 
Crœai Régis , quum jam per œtatem fari posset , infans 
erat, et quum jam multum {idoletnsset , item nihil fari 
quibat. Mutus adeo et elingiUs diu habitue est, 

n y a d'ailleurs une autre raison fondëe sur ce qu'un muet, 
sourd de naissance , ne peut parler y si on ne l'a point ins- 
truit auparavant. J'ai dëveloppë plus amplement cette der- 
nière raison, 5* lxx^v y note 236. 

Je ne dissimulerai pas cependant que Maxime de Tyr {b) 
parle de la surdité de ce Prince , sans dire qu'il fût muet ; 
mais sans doute qu'il interprëtoit le terme tcm^ls d'Hërodote 
suivant l'usage de son siècle. 

Notre Historien ne dit point le nom de ce jeune Prince ; 
le même Maxime de Tyr (c) l'appelle Atys, mais il y a 
grande apparence que c'est une faute qui lui aura ëchappë. 
Ileinsius et Davies l'ont relevée. Atys ëtoit un jeune Prince , 
de grande espérance , qu'Adraste tua sans le vouloir, ou par 
une raison qu'on peut voir plus bas , ^. xliii , note io4. 

(93) §• XXXV. Les expiations. Le Scholiaste d'Homère 

(a) A. Gellii , Noct. Atttc lib. v , cap. ix , tom. i , pag. 394. 
ijb) Maxim. Tyr. Dissert* xl, pag. 479} yel ex Edit. Varior. 
Dissertât, xxiv , pag. aSo. 
(c) Id. ibid. 



C L I O. L 1 V R E I. 25j 

dît , sur le vers 48o du dernier livre de llliade , que la 
coutume parmi les Anciens ëtoit que celui qui avoit com* 
mis un meurtre involontaire s'enfuyoit de sa patrie et sd 
retiroit dans la maison d'un homme riche ; que Ik, couvert 
et assis, il le prioit de le purifier. 

Voyez aussi Euripides , dans son (Prestes , vers 5 1 1 et suiv. 
et ma Traduction de la Retraite des Dix-Mille^ livre v, 
note j5. 

Personne n'a dëcrît avec plus d'ëtendue et avec plus 
d'exactitude les cc^rëmonies qui s'observoient dans les expia- 
tions, qu'Apollonius de Rhodes. On s'asseyoit en silence (a) 
sur le foyer , les yeux baissa , et l'on enfonçoit en terre 
l'instrument du meiurtre. Celui dont on imploroit la pro-, 
tection , reconnoissoit à ces signes qu'on demandoit à être 
expie d'un meurtre. Alors il prenoit le petit d'une truie , 
qui tëtoit encore, l'^orgeoit, et £rottoit de son sang les 
mains du suppliant II employoit ensuite des eaux lustrales, 
en invoquant Jupiter Expiateur. On emportoit hors de la 
maison tout ce qui avoit servi à l'expiation. Il brûloit en- 
suite des gâteaux en versant de l'eau et en invoquant les 
Dieux , afin d'appaiser la colère des Furies , et pour se rendre 
propice Jupiter. 

(94) §. XXXV. Comme êuppliarU. Il y a dans le grec 
Iviçtoç, qui est un ionisme, pour içir^ç. Le Scholiaste 
d'Apollonius de Rhodes l'explique très-l»«i ( ^ ) • t^i ^ 
iTrim, if : qui se tient au foyer , c'est-à-dire , z^n suppliant. 

Nous voyons dans Homère un exemple bien sensible de 
cette coutume. Ulyiues , après avoir imploré le secours d'Âl- 
cinoiis et d'Arété, s'assied (e) sur la cendre auprès du 
foyer. Thëmistocles {^d) désarme de la même manière la 



(a) Apollon. Ehod. lib. iv , fol. 85 , in aversâ parte , et fol. ^, 
Initîo. 

(^b) Scholiast. Apollonii Rhodiî , lib, nr, yers. 747. 
(c) Hooier. Odyss. lib. vu, rers. i53. 
{d) Plutarch. in Themistocl. pag. 124, A. 

li 2 



202 UI8TOIRB D'HÉRODOTE. 

colère d'Admëte , roi des Molosses» Mais voyez la note pré- 
cëdente. 

(95) 5» XXXT. /# êuiê JUê de Gordius et petite file de 
Midae. Il paroît, dit M. Wesseling, que Midas, père de 
GordioSy est le même dont Hérodote a fait mention^ %, xiT 
de ce Lrivre. La Chronologie s'y oppose. Ce dernier régnoit 
en Phrygie^ quelque temps ayant que Gygès occupât le trône 
de Lydie. 

L'illustre et savant Président Bouhier a parfaitement (a) 
bien prouve qu'il y avoit eu en Pbrygie plusieurs Rois du 
nom de Midas et de Gordius. Cette oonformitë de nom 
n'avoit pas peu contribué à embrouiller la chronologie de 
ces Rois. 

Le Gordius dont il est parlé en ce passage^ étoit tribu- 
taire de Crésus; ce Prince ayimt soumis les Phrygiens à son 
Empire, comme on Fa vu ci-dessus , 5* xxviii. 

(96) 5« XXXVI. No9 campagnee.'* t.^ym signifie non-seu- 
lement les moissons , mais encore les vignes , les arbres > en 
on mot tout ce qui fait l'objet des travaux de la campagne. 
Xénophon dit (6) X^ym 'wtçmrts , le soin , Virupection de 
i*agriculture j ce qui a été mal rendu par operum cognitio. 
'Efymrmi (c) et (d) ifyétçiftç , sont des agriculteurs, des 
cultivateurs, et ne doivent pas se traduire par operarii, ou 
opéras facientes, comme a fait le Traducteur latin. 

(97) §' XXXVI. // n'est maintenant occupé que de ses 
amours, Tétdrm «i vvv /ci An. Tétvrm est ici la même chose que 
rm TU yaftM, 

(98) J. XXXVII. Les Mysiens furent très-contens, Valla, 
Henri Etienne , Gronovius ont traduit : quum non essent 
contenti , comme s'il y avoit une négation dans le. grec. 
M. l'Abbé GeinoB a bien vu qu'il falloit retrancher la par-^ 

(a) Recherches et Dissertations sur Hérodote , pag. 78 , Scc. 
{b) Xenoph. SocratisMemorabil. lib. i. cap. y , $. 11 , pag. 52« 
(c) Xenoph. (Bconomic cap. iy , $. ix, pag, 26. 
{d) Id. ibid. cap. xiii , $* z > p^g. D^- 



CLIO. LIVRE I. 263 

ti cille négative de la Traduction latine. Voyez les Mé- 
moires de UAcadëmie des Belles - Lettres , tome xxiii, 
page 1 13. n a été suivi par M. Wesseling, dans les Varian- 
tes ; page 18 de son excellente Edition d'Hérodote. 

(99) §' XXXVII. De quel œil me verrait-on ? D y a dans 
le grec, de quels yeux faut-il que je sois vu ? etc. Les Grecs 
se servent encore d'une autre tournure en pareil cas. 

êtièfmTFuç êt(ftxfufiifuc y etc. « Si nous eussions abandonné , 
» sans livrer de combat , les choses pour lesquelles il n'y a 
» sorte de danger que n'eussent couru nos ancêtres, de quel 
» œil, de par Jupiter , pourrions -nous voir les étrangers 
» qui arrivent dans notre ville? etc. ». 

(100) §. XXXVIII. A cette expédition. <c To ri ymfMv Xvy- 
» xtuau y »êt\ f ff-i ri irMfttXÊififiMfifiifét êvK ttwêwiftvm. Ce passage 
)) me paroi t altéré. Je corrige iVi r« wMfMfiM}iXif*tfM , c'est-à- 
n dire , mv^nviftaM, Je ne t'envoie pas. Je ne veux point 
» t' exposer à ce danger. Il s'agissoit d'un sanglier qtii avoit 
3) désolé tout le pays. Hérodote s'est servi de ce mot dans 
m le sens d'exposer aupéril , de compromettre , liv. i , §, cviii, 
» et liv. VII, §, X, vers la fin. Voyez aussi Iliade, liv. ix^ 
ïi vers 522 \ et Thucydides, liv. i, ^. cxxxiii, où le Scho- 
» liaste n'a pas compris le mot vttftfiixtrf y et Hésychius 
j) aux mots I» v-étfétfiêXiit et wM^MfiêûiXêfttfês ». p 

On trouve cette conjecture dans les Notes de M. Wesse- 
ling. Ce savant ne l'approuvoit pas. Je ne la crois pas plus 
juste que Texplication que donne M. Coray , aux deux autres 
passages d'Hérodote rapportés dans sa note. 

(101) §, XXX VIII. Disgracié de la Nature, Hérodote 
avoit sûrement écrit rlf yitf ^9 trtféf i^tt^B-étff^tfùf •»» iîful 
ft«s Xoyi^êfi4tt y de même qu'il avoit mis ci-dessus, 5* xxxiv , 
rS* ùvrtfoç f^if hi^êufr: Pourquoi Hérodote feroit-il ici 

(a) Demosth* Orat. pro Corouâ, pag. 174. 



\ l 



254 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

mention de la surdité de ce Prince, sans ajouter qu'il ëloit 
muet? Tff Httêitf est certainement une glose d'un copiste 
qui Touloit indiquer Fespèce d'incommodité du fils de 
Crésusy et qui ignoroit l'ancienne signification de xmflç, La 
glose aura passé, comme cela est ordinaire, de la marge dans 
le texte. Fbyex ci-dessus, §. slxxiy , note 93. 

(102) $. XLi. Sous les coups du malheur. Dans l'édition 
de Grônovius , il y a iyéi n r^ft^f^ wtwXtr/ftitéf , mzMftrnv 
Têt ê¥9t #yf i^^#. M. FAbbé Geinoz (a) s'est bien apperçu que 
ce passage étoit altéré. Il lit arec quelques manuscrits de la 
Bibliothèque du Roi, r^ftfêf^... mzttft^if. U est bien dom- 
mage que mz^tf ne ùase pas ix*^' ^xl datif. Le célèbre 
M. Wesseling corrige wvft^fn tfOC^ftrty njr r«/.... et il suit 
en cela l'édition d'Aide, où on lit : iym r% tvft^êf^ wtwXny^ 
fUff ix/^fi « «' •»» éfuêi^m , et en partie les manuscrits : 
cela me paroit plus juste. 

2v^«p9 ix^f^^ malheur désagréable; expression fiimi- 
lière à notre Historien , et dont il se sert pour indiquer un 
très-grand malheur. Cest par une figuire que les Gram- 
mairiens appellent Airvrt^ ,par laquelle on relève une chose 
grande , en paroissant l'affoiblir. Cette figure est fort du 
goût des Grecs ainsi que de celui des Latins. Hermogènes 
noua apprend (b) v qu'une négation a tantôt la même ya- 
» leur qu'une affirmation, tantôt une moindre, et tantôt 
» une plus grande ». H* ixi^mm rn MMTm^im /if» r« \'rê9 
^vvMTMt y vêTi ^1 r« tX*TT«f^ WêTi ^t Tc wXtêf, Cc RllétcUT 

ajoute ensuite ces deux exemples tirés d'Homère, qui feront 
mieux connoître cette figure que tout ce que je pourrois 
dire. Le premier est du quinzième Livre de THiade, vers 1 1 : 

'Eirti i fUf i^mvfiimvs fUi?i 'Ax^tm. 

c( Car ce n'étoit pas le plus foiUe des Grecs qui rcut 
j> blessé ». 

(a) Mémoires de TÂcad. des Inscriptions, tom. xvi , Htst. p. Oo. 

[b) Hermog «-t^i Mtd^c/v c/^iiiotiitoc , pag. 160^ lin. 18. 



I 



CLIO. LIVRB t. a55 

n Homère voxiloit dire U plus fort , r%f wéifv Itx^fêf »é 
L'aatre exemple se troTtre dans le premier Liinre de l'Iliade , 
vers 33o : 

<( Achilles ne se réjouit pas à la vue des deox hërauts ». 

(( Homère a montre par la négation j qu' Achilles fut très- 
)) affligé à la vue des deux hérauts ». Je pourrois citer mille 
autres exemples \ )e me contenterai de ceux-cL On voit dans 
le même Poëme y Iliade, Hv. xx, vers ii^5 : 

Oô fiy/^i' ici Bîm iftuo^M Afif^ 

i( Il n'est pas facile aux hommes, pour il est impossible 
» aux hommes de briser les présens des Dieux ». 

On lit dans Démosthènes : im yfSvî (a) ri wfUrêm 

xM^tJuiff ittl Tt rSv wféiyfu^êtf mi mXwnrtxiç : u afin que tous 
» sachiez combien il est pernicieux d'abandonner toujours 
» par Totre négligence chaque aflSûre en particulier ». Tout 
le monde connoit VlUaudatus de Virgile , en parlant de 
Busiris , que Bayle a critiqué , faute d'avoir fait attention à 
cette manière de parler des Grecs et des Latins. Voyez aussi 
liv. IV, J. xcv, note 2o5 , etliv. viii, J. xiii, note 17. 

(io5) 5* xi^i* D'cdlleurs, On trouve dans toutes les édi- 
tions wfùç ^f TêftTêy et dans la dernière, il n'y a point de 
Variante sur cet endroit ; mais on lit dans le manuscrit A 
sur vélin de la Bibliothèque du Roi, wfùs ^i rtoVf , »«| ri 
Têt y &c. qui est la véritable leçon. 

(io4) 5. XLiii. Le fils de Crésus. Ptolémée (^), fils d'Hé- 
phaestion , nomme ce Prince Agathon : de plus, il raconte, 
au premier livre de ses Recherches Historiques, qu'il eut 
une dispute avec Adraste , au sujet d'une caille , et qu« 
celui-ci le tua pour un sujet aussi frivole. 



(a) Demosth. Oljnth. 1, pag. 5 , lîn. antepenot. 
{b] Fhotii Biblioth. pag. 472, lin. 5o, &c. 



a56 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

(io4*) §. XLiii. Le songe du RoL Têi inifw rnf ft/Mpr 
^ifin est un terme susceptible de beaucoup de significations. 
Lorsqu'il est joint à êfttfêçy iv^fy ifimiêfy ou lorsquW peut 
sous-entendre l'un de ces mots , parce qu'il se trouve dans ce 
qui précède, il signifie toujours somniorum dipincUio, 

(io5) ^. XLiv. Comme protecteur de Vhonpitalité et de 
Vamitié, Jupiter étoit adore sous difi*érens noms ^ suivant 
les lieux et les circonstances de ceux qui avoient recours à 
lui. De-là ces expressions 'A y* p«i#^ ZiwV, M«Aiaj/«f,'lKi««f, 
'E^UtêÇy 4>/Af«f>&c. /^/tf2 le Scholiaste d'Âristophanes sur 
le vers 498 des Chevaliers , et celui d'Ëuripjdes s|ir Hécube , 
vers 345. 

(106) 5« XLV, Qui Vavoit purifié, Hérodote répète encore 
la même chose dans ce même paragraphe. On a vu cepeU'- 
danty J. XXXV, que c'étoit Crésus qui avoit expié Adi'aste. 
Ce Prince avoit sûrement lui seul droit d'expier à sa Cour, 
mais il pouvoit l'avoir confié à son fils, à l'occasion de son 
mariage-, et si Hérodote dit, 5* xxxv, que ce fut Crésus 
qui purifia Adraste, c'est sans doute parce qu'il en avoit 
seul le droit , et par la même raison qu'on attribuoit à un 
Général d'armée la victoire remportée par ses Lientenans 
et sous ses auspices. 

(107) 5' XLV. En vous çon^mnant voifs-méme. « Cré- 
» sus (a), irrité du meurtre de son fiils, menaça d'abord Adraste 
» de le faire brûler vif; mais vojrant ce jeune homme s'of- 
)> frir de lui-même à la mort, il s'appaisa, et lui remit la 
» peine de son crime. Néanmoins Adraste se rendit seul au 
» tombeau d'Atys, et se tua dessus ». 

(108) 5« XLV. Fbu8 n'êtes pas l'auteur de ce meurtre. 
^ L'aveu des fautes, dit (b) Hermogènes, appaise la colère 
» et est une bonne défe4se. Homère l'a enseigné et Héro- 



(a) Diodor. Sicul. Excerpt. de Virtutibus et Vitiit, tom. 11, 
pa:*. 555. 
{b) Hermogen. «-ffi Miôf/» <flinirn7^ç , pag, i58, liji. 33 et seq. 

» dote 



c r I O. L I V R E I. u5j 

I» dote l'a imité. Hélène, par exemple, étoit la cause des 
» maux des Grecs et des Troyens, et sur -tout de ceux 
» qu'éprouToient ces derniers. Que fait-elle lorsqu'elle s'en- 
D tretient avec un Troyen? elle avoue sa faute et s'accuse 
» elle-même. Cet aveu lui tient lien de défense, appaise la 
» colère, et excite la commisération. JLe vieux Priam , qui 
» la haïssoit, forcé de changer de sentiment, et touché lui- 
» même de compassion , lui répond : Vous (a) n'êtes point la 
» cause de ces maux , les Dieux seuls en sont les auteurs. 
» Dans Hérodote, Crésus comble de bienfaits Adraste, le 
N purifie et l'envoie à la chasse avec son fils , pour veiller à 
M sa sûreté. Âdraste tue Atys. Crésus en est indigné. Le 
» meurtrier se livre lui-même, s'accuse, et prie ce père 
» infortuné de le faire mourir. Crésus, ému de compassion ^ 
M lui répond de même que Priam dans Homère : Vous n'êtes 
)> pas l'auteur de ce meurtre; je n'en accuse que celui des 
» Dieux qui me l'a prédit ». 

Telle est la manière dont Hérodote a imité Homèr^ 
manière bien différente de celle qu'a imaginé un (b) Auteur 
moderne , qui pense , contre toute raison , que cette imita- 
tion consiste dans le choix des faits et des maximes par 
lesquels il vouloit à la fois gagner le cœur et Tesprit de sa 
nation. 

(109). §, XLV. Convenables à son rang. *ilç i$*iç Jy ro 
f tfvrv wm7/m, n faut lire avec les manuscrits ji eiB de la 
Bibliothèque du Roi : tîç ittùç ^f rêf tmlirii wm7^m. C'est un 
ionisme dont on ti*ouve beaucoup d*exemples dans Hérodote. 

( 1 1 o) J. XLV. Le meurtrier. Hermogènes (c) ayant avancé 
que les répétitions donnoient beaucoup de force au discours , 
entr'autres exemples qu'il présente pour prouver pette asser- 
tion , rapporte celui-ci d'Hérodoto. 

(a) Uomer. Iliad. lib. m , Ters. i64. 

{b) Feu M. de Bochafort dans les Mémoires de rAcadémie des 
Belles-Lettres. 

(c) Hermogen* «fp« Mfdo:/l« «/^tuoTUTOf , pag. iSi^lin. la. 

Tome L K k 



j^58 HISTOIBE D'Hi^RODOTE. 

(m) 5* ^^'▼i* I^^ ^*^^ à Delpheé, &c« UOnAe 3e 
Delphes est très-coBnu. Je parlerai de ceux d'Âbes et d« 
Tropbonius y lir. tiii, §. cxxxit, notes igS et sinyanteA 
On peut consulter sur cehd de Dodime, Hérodote^ liy. ii, 
5. i^i, UTy i*Vy &c et k note S06. Sur les Branchides , 
voyeft^. T, §. xxxTi, note 71. 

AmphîarauA ëtoit fils d'Oidès (a) , et arrière-petit-fils de 
Mëlampus. Il ne se ^kmtoit pas qu'il fût deyin; mais ëtant 
un jour {b) entré à PUiunte, dans une maison derrière la 
place y et y ayant passe la nuit, il commença aussi-tôt à être 
derin. Cette maison resta fermëe depuis ce temps-là. On 
sait qu'il fut trahi par sa femme Eriphyle, et qu'ëtant pour- 
sniyi par les Thëhains (c), il fut englouti avec son char, 
environ à douie stades de la ville d'Orope, quoiqu'il y ait 
des Auteurs qui assurent que cet accident lui arriva sur la 
route de Tbèbes à Chalds^ en un lieu qui en prit le nom, 
de ^'AffiHy char. Stndxm {d) raconte la même histoire; mais 
Etienne {e) de Bysance et (/) Eustathe nqpportent une autre 
tradition; savoir , qu'Amphiaraus s'ëtant rëfugië avec son 
ehar , en un certain endroit de la Bëotie, les habitans ne 
voulurent pas le remettre aux Thëbains^ et que de-là ce 
lieu prit le nom de Harma, char. 

Les Oropiens {g) lui élevèrent un temple , dans lequel 
ils placèrent sa statue en marbre blanc On lui sacrifioit un 
bélier ( ^ ) > après quoi on se couchoit sur la peau de la 
victime , et Ton attendoit en cet état les s<mges qu'il plaisoit 
an Héros d'envoyer. 



(a) Païuan. Elite, poster. tWe lîb. vi , cip. xtii , pag. 494. 

{b) Id. Corinth. tire Hb. n, cap. zin, pag. i4i. 

(c) Id. Attic. aive lib. i, cap. zxxiv , pag. 83 , 84« 

{d) Strab. Oeograpb. lîb. ix, pag. 619, B. 

(9) Suphan. Byaant. toc. "AffAA, 

if) Etistath. ad Iliad. B. pag. 266, lin. 9, k fine. 

(g) Pautan. Attic. aire lib. 1 , cap, xxiv , pag. 83* 

(A) Id. ibid. pag. 84, tub ftneœ. 



CLIO. LIVRE I. 25g 

Son fils Amphilochas lai ëtoit aasocié. Une partie de 
l'autel d'Amphiaraus loi étoit consacrëe ^ commt on le voit 
dans Fàusanias à l'endroit cit^. Tite-LiTe parle du t^nplo 
de ce Hëroa sans nommer Âmphiaraiis : iruU (a) Oropum 
Atticœ ifentum esl; ubi pro Deo pâtes jimphilochus co^ 
liiur; templumque petustum êêt, fintihus ritnsque drca 
omanunK Snr Amphilochns, voyes Uy. m , §, xci , note 1 7a* 
Indépendamment des antcnrités âtëes an bas de la page , on 
peut consulter Hérodote , livre tiii , 5* cxxxiy. 

(1 la) §. XLVii. Le onzième jour. Ce passage altéré dans 
toutes les éditions d'Hérodote , avoit donné occasion à mille 
conjectures. Etienne Berg^ aroit (5) bien tu que dans 
CCS mots tJMif if r^ étoit caché le jour ou il falloit consulter 
le Dieu ^ et layoit rétabU de la manière Uplus heureusO) en 
lisant en un seul mot et en supprimant une lettre , t »«r»ff« 
BIM. Geinox et Wesseling approuvent ce léger change-^ 
ment \ le premier dans les Mémoires de l'Aeadânie des 
Inscriptions, tonu xxui, Hist pag. ii4; le second, dan» 
ses Notes sur Hérodote. M. l'Abbé Bellanger avoit fait 
aussi la même correction, quoiqu'il ne l'eût pas suivie dans 
sa Traduction \ mais je pense qu'il l'avoit puisée dans les 
Acta EriuUtùriany dont certainement il avoit connois- 
sauce. 

( ii3) 5* XLVII. Tentendè la poix de celui qui ne parle 
point, Tm\ êù ^fi9fTêç tUêim y le Gr. Etymologique au mot 
Km^iç, pag. 55a y lin. 8 , lit KjÙ «v A«tAf irr«r uKéiêf, L'Etjmo- 
logique msst de la Bibliothèque du Roi , a ht même variante. 

(1 14) §. XLVII. âfee sens sont frappés. Je ne puis croire 
avec M. Roliin , que (c) n Dieu, pour punir l'aveuglement 
n des Païens , permit quelquefois que les Dànons leur ren- 
)> dissent des réponses conformes à la vérité ». Le Démon, 
qui rendoit les oracles à Ddphes, avoit-il donc plus de sa* 

(a) TU. Lit. lîb^. xly , $. xxvir. 

(b) Acta Eruditor. ann. 1716, pag. 4ii. 

(c) Histoire Ancienne , roU i , pog^ 387. 



a6o HISTOIRE D'HÉRODOTB. 
gacitë , oa Todcnrat plus fin que ceux d' Ammon , de Dodone, 
d^Abes en Phocide , et des Branchides ? Cicëron me paroît 
p]as sage, lorsqu'il dit : cur (a) aiUem hoc credcun unquam 
editiun Crœao ? €iut Herodotum cur i^eraciorem dtwam 
Enmo ? num minus potuii ille de Orϐo, qucan de Pyrrho 
fingere Enniue? Je ne pense point cependant qu'Hérodote 
ait inventt^ ce conte. Il le trouva établi et le crut y parce 
qu'il ëtoit analogue à la superstition de son pays. On voit 
à regret ce sayant et judicieux Historien , infecte de ce mal ^ 
payer en quelque sorte ce tribut à sa nation encore plus 
qu'à son siècle. Cette maladie fut dans tous les temps épidë- 
mique chez les Grecs, et s'ëtendit presque avec le même 
empire siu* les hommes d'£tat comme sur les particuliers; 
sur les philosophes comme sur les gens peu instruits. Xe- 
nophon, philosophe et grand capitaine, consultoit les en- 
trailles des victimes, non point en public, pour se conformer 
sagement aux usages reçus , mais seul , afin de savoir la 
manière dont il devoit se conduire : et Flutarque, le judi- 
cieux Flutarque , ne paroit-il pas en cent occasions aussi 
crëdule qu'une vieille femme ? 

Mais pour revenir à Crësus, cette histoire est absolument 
fausse, ou elle est vraie quant au fonds, et l'on y aura 
ajouté quelques circonstances pour la rendre plus merveil- 
leuse, ou ce Prince avoit, quoi qu'en dise Hérodote , con- 
fié son secret à quelqu'un de qui les Prêtres surent le tirer 
par adresse. 

Lucien raille agréablement le Dieu de Delphes. <( Bien {h) 
» en prit, dit-il , à Apollon , d'avoir eu l'odorat fin , sans cela 
» Crésus se seroit moqué de lui ». Remarquez que dans les 
notes sur ce passage, on a mal expliqué • Av/tV par Midae ; 
il s'agit de Crésus. ^ 

(i l5) §. XLviii. Et rodera, H est ici question d'une vé- 
ritable adoration que ce Prince superstitieux rendit à la 

(a) Cic. de Divinat' lib. ii , $. lvi. 

{b) Lucian. in bis Accusât. §. i, tom. ii, pag. 705. 



C L I 0« L I V R E I. aSi 

réponse de l'Oracle , aussi-tôt qu'il en eut reconnu la vëritë. 
« Un (a) Gouverneur incrédule de Cilicie , surpris de la 
» réponse d'un Oracle, l'adora». ^xr 

On adoroit aussi un présage favorable. Lorsque quelqu'un 
étemuoitdans de certaines occasions, cet étemuement étoit 
regardé comme un heureuic présage ; et l'on ne manquoit 
pas de l'adorer. 

Tandis que Xénophon exhortoit les soldats à se défendre 
' courageusement 9 quelqu'un vint à étemuer > les soldats 
adorèrent (b) tous à la fois le Dieu. Âristophanes, qui ne 
laisse jamais échapper l'occasion de plaisanter > fait dire 
au Chaircutier y dans (c) la comédie des Chevaliers : hœc 
meditanti mihi à dextrâ pepedit cinœdus quidam , et ego 
adoravi, 

(116) §.'L. De toutes les espèces d^ animaux y etc. Hvinm 
Tî ymf rit B^içifim wtirrm. H faut expliquer wÀrrm par Hxtiçu 
yiiuç , de chaque espèce. On trouve une phrase pareille , 
Livre ix , 5* ^^^^ : Uttvountf ^i wimt S'Imm î|«i/pfl^-9 : on 
choisit à Pausanias une dixaine de tout. Thys^ Roi des 
PapblagonienSy £usoit(</) servir à son repas une centaine 
de tout y tKtirlf wMfTtt wmfartB-ta-B'aii ce qu'il faut traduire > 
omnia centena , et non omnia centum, comme a fait Dalé- 
champs. Ce prince s'étant révolté contre le Roi de Perse , 
Datâmes le fit prisonnier et l'amena au Roi. Durant sa 
prison, il ne vécut pas avec moins de somptuosité. Arta- 
xerxès l'ayant appris, dit: « 11 croit devoir vivre ainsi, 
parce qu'il sait qu'il doit périr dans peu ». Il étoit (e) d'une 
illustre extraction , et descendoit de Pylsemènes , que tua 
Patrocle au siège de Troie. Casaubon n'a point parlé de ce 



(a) Plutarch. de Defectu Oraculor. pa/;. 434, E. 

(() Xenoph. Anabas. lib. m, cap. 11, $. y, pag. i47« 

(c) Aristoph. Equit. rers. 638. 

(d) Athen. Deipnosoph. llb. it, cap. x, pag. i44, F. 
\e) Corn. Nepos in Datame. xiv, cap. 11, pag. 334 et seq. 



a^a HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
Thys dans ses Notes sur Ath^nëe. Ce savant ne se rappeloit 
pas sans doute œ passage de Comelins Nepos. L'expression 
d'Homère (a), it 4/[ inlm wtimç mirruf, est bien différente; 
elle signifie : ils se levèrent neuf en tout , not^em ipai , 
c'est-à-dire , nonpauciores quam novem, Cicëron a dit en 
ce senS; decem ipsos dies et annis octoginta ipsis, Voyes 
le Gavis Ciceroniana du savant M. Emesti, au mot ipee. 

Cette ëtonnante profusion étoit dans le génie de oesPeupIet 
religieux. Théodore! (&) reprochoit aux Grecs leurs héca- 
tombes et leurs chiliombes, c'est- à- dire ^ leurs sacrifices 
de cent boeufs et de mille boeufs. Il ne se rappeloit pas san« 
doute qu'à la fête de la dédicace du temple de Jérusalem , 
Salomon (o) immola vingt mille bœufs et cent vingt mille 
brebis, nombre qui paroîtroit incroyable s'il n'étoit point 
consigné dans un livre inspiré. 

(i 1 7) 5* ^ ^ont les plus longues avaient six palmes, etc. 
Ce passage me paroissant facile , et l'Auteur de la Version 
Utine l'ayant, à mon avis, bien rendu, je ne crus pas de- 
voir m'y arrêter. Cependant un Savant d'un rare mérite 
( M. l'Abbé Barthélémy) me fit peu après que mon édition 
eut paru, une difficulté que je ne dois pas passer souj 
silence. Te vais présenter le texte, afin de mettre le Lec- 
teur à portée de sentir sur quoi el}e porte. '£sr/ /mi y rit /Mi«p«- 

S4^«ç a y irmXmtçimm. Ce Savant pensoit qu'Hérodote avoit 
voulu parler des trois dimensions de ces demi-plînthes; de 
la longueur M fiif TMfioKféTtfmy de la largeur tVi /i ne Cfm- 
xirtftty de l'épaisseur i^«t ^. Si l'on admet cette explica- 
tion, il faudra traduire : Crésus fit faire cent dix-sept demi- 
plinthes d'or, qui axaient six palmes de longueur et trois 
(le largeur , sur une d'épaisseur. 



(a) Homeri Ilîad. lib. tu , vers. 161. 

Çb) Theoiloret. Orat. tu , ad Grsecos , pag. io4« 

Ip) Reg. lib* ni , cap« tiii , ver». 65. 



CLIO. LIVKB I. aS$ 

Ces cent dix-sept demi-plinthes ëtant égales en longnenr > 
en largenr et en épaisseur ^ il est évident que celles d'un or 
fin doivent peser pins que celles qui sont d'un or pâle, c'est^ 
^-dire > d'un or où il y a de l'alliage. Cest cependant le 
contraire ; car Hérodote ajoute i II y en avait quatre d'or 
fin, et du poide d^un tedent et demi; les autres étaient d'un 
cr pâle , etpeeoieni deux talent. En adoptant l'explication 
proposée par ce Savant , il s'ensnivroit qu'Hérodote auroit 
cru que les demi-plinthes d'or fin pesoient moins que celles 
d'un or où il y avoit de l'alliage, quoiqu'elles eussent toutes 
les mêmes dimensions. Il est difficile d'imaginer qu'Hérodote 
ait ignoré que l'or fût le plus pesant de tous les métaux. Il 
faut donc s'en tenir à l'explication ordinaire y qui est aussi 
celle de Portus dans son Lexique Ionien. Voici comment il 
s'exprime : tw\ fétf ri fémufir^fm^ tiri ^i rm CfnzortfM. De late* 
ribus aureis a Crceso oonflatis , ibi verba fiunt. Majores 
quidem, minores per9. Fel longiores quidem , hreviares 
vero. 

On conçoit aisément, sur cette seule exposition, que les 
quatre demi-plinthes d'or fin , et qui ne pesoient qu'un 
talent et demi, étoientles moins grandes, et n'avoient que 
trois palmes de longueur. Les plus grandes , qui étoient au 
nombre de cent treiie , et qui avment six palmes de long ^ 
étant le double des autres, auroient dû peser trois talens, si 
elles eussent été d'or fin; mais comme elles ne pesoient que 
deux talens , il est évident qu'il y avoit dans cet or beau- 
coup d'alliage. Il est ilcheux qu'Hérodote n'ait pas exprimé 
la largeur de ces demi-plinthes. S'il l'eût fait, un Chimiste 
auroit pu calculer la quantité d'alliage qui étoit entrée dans 
les plus longues. 

(i 1 8) 5* i~ D'or fin. Cette traduction est amphibologique, 
puisqu'on peut entendre par ce mot de l'or pur de sa nature, 
ou de l'or affiné, soit par le feu, soit par les autres procédés 
dont on se sert pour le purifier. Hérodote a employé le terme 
d'icTf f é«f dans le premier sens. Les Grecs exprimoient en* 



264 HISTOIRE D'H É H O D O T B. 

core la même idée par les mots d^mirvfûfy iw^viçy mvrtfuifç, 
Cest à qnoi n'ont pas pris gaide les Traducteurs d'Hërodote, 
qui ont traduit quorum quatuor erant auri excocH : et deux 
lignes plus hta^JècU quoque leonis effigUm ex cuiro excocto, 
L'Auteur du Grand Etymologique s'y ëtoit trompé y en 
donnant la même signification à iirtçêêç qu'à wift^êêt ^ 
page 65o y ligne 36. Il avoit induit en erreur le savant 
M. Wesselingy qui, dans ses variantes sur ce passage d'Hé- 
rodote y renvoie ses Lecteurs au Grand Etymologique. Voyez 
Saumaise in PlirUams Exercitationibua ad SoUnum , 
page ySy , col, 9 ; M. Michaelis in SpiciUgio Geogra^ 
phiœ Hehrœorum exterœ , page ^86 et seq, ; et MM. Beck- 
mann et Niclas y in Notis ad Ariatotelem, de nûrabilibus 
Auscultationibus , cap, xi.r , pag, 88. 

(119) {. L. Du poids d'un talent et demi, H y a dans 
le grec : r^U iftirmXMrrM ixaçêf tXKârrêt, Laurent VaUay Henri 
Etienne et Gronovius> ont traduit : ninguU pondo duorum 
et dimidii talenti, ce qui fait un singulier contre-sens. Il est 
vrai que Gronovius i'est apperçu du véritable sens de ce 
plissage ; mais par une indulgence d'autant plus incompré- 
hensible qu'elle ne lui est pas ordinaire, il se contente de 
dire dans une note : donavi Vallœ euam interpretationem , 
etsi haud dubièfactam non ex arte, M. l'Abbé Geinoz (a) 
a fort bien prouvé que rp/« i/ntruXMfra sont trois demi-ta^ 
lens, ou en d'autres termes, un talent et demi ; et îS^fuf 
ifAtrixÊtrrjèf i six talens et demi. Là -dessus il rapporte un 
passage du neuvième livre de Julius Follux, où cet Auteur 
explique cette manière de compter. Mais on fera fort bien 
4p lire les Segmens liv et i.v du même Livre , avec les 
notes 78 et 88 de M. Hemsterliuis, pages 1018 et 1019. 

Il y a une grande difiërence entre rpiW iiftnmXmrr» et r^lr^it 



{a) Mémoires 4? l'Acad^oiie des Inscriptions ^ tom. xq(;ii , HUt« 
pa^. ii4 et i}5. 



C L I O. LIVRE I. :ii'>5 

ifurixiMTêt : le pre^l^er veut dire un talent et demi , et le 
second, deux talens et demi. 

Cette façon de parler n'est point particulière à Hérodote; 
on en trouve ailleurs des exemples , et même chez les Latins. 
JEIn voici un de Xénophon : wfmÊurSn ^< (a) f^i^-êêt $ K^ft 

Tfiêt iftt^m^ttM rS fAnfùç ru çfmrtmnf, « Les Grecs demandant 
» à Cyrus une augmentation de paie, ce Prince leur promet 
» un demi en sus de celle qu'ils avoient auparavant y c'est- 
)) à-dire, un darique et demi à chaque soldat par mois , an 
» lieu d'un dorique ». Festus dit pareillement: sestertium, 
id est (6) , duos asses et semissem, tertium. Volusius Mse* 
cianus (^de Anse , in Codice Theodoaiano) est aussi prëcif. 
Voici de quelle manière il s'exprime : seatertius duos asseê 
et semissem y quasi semis tertius , grœcâ figura , t^^cftût 
ifitiTéi^^fTêf, Natn sex^talenta et semi taientum eo verbo 
signifijcantwr. Ltex etiam xii tabularum argumente est, 
in quâ duo pedes et semais sestertius pes vocatur. 

M. Wesseling a laissé subsister la version de Laurent 
Valla, sans la corriger. 

(120) §. i« Un lion d'or fin. Ces (c) plinthes, ce lion et 
la statue de la pannetière de Crésus, dont il est parlé à la fii^ 
du paragraphe suivant , furent pillés dans la suite par les 
Fhocidiens , qui se servirent , pour soutenir la guerre sacrée^ 
des richesses que la superstition avoit accumulées depuis 
4>ien des siècles dans le temple de Delphes. 

(121) §. L. Dans le trésor des Corinthiens, Les Corin^ 
th^ens avoient , ^ainsi que plusieurs autres peuples , l^ur 
trésor dans une chapeI]l/3 du ,temple de Delphes. Cypsélus {d) , 
Tyran de Corinthe , Tavoit fait construire. Après la des- 
tructiou de la Tyrannie, les Corinthiens s'emparèrent, avec 

■ I 

(o.) Xenoph. 'AvctCotc. lib". i, cap. m, J. xxi, p9g. a4 et a-S. 
{b) Sextus Pomp. Festus deVerborum sîgnificat. voc. Trientem. 
< (c) Diodor. Sicul. lib. xvi , J. lvi, toni. u , pag. laS et 126, 
(d) Plutarch. de Pythiae Oraculi», pag. 4oo, D, E. 
Tome J, W 



q66 histoire D' HÉRODOTE. 

la permission des Delphiens^ de la cbapelle et du trésor, ci 
ils y mirent une inscription au nom de leur TÎUe. 

(122) §. Li. Aux fêUê appelées Théophanitê. H est fait 
mention des Thëophanies dans Suidas (a) \ Biais il y a 
grande apparence que eet auteur n'a eu en Toe que la fêle 
de la NatiTitédeJésva-CSirist, que lesQurélktts dësignoient 
sons ce nûM. 

M. Valckenaer (^) soupçonna que cette fête ëtant plus 
familière anx Copistes d'Hérodote que les Théoxënies , ils 
auront pris l'une pour Faiitre. Ce qtd achèye de le persua- 
der à ce Sayant y c'est qu'on cëUbroit à Ddphes les Thëoxé* 
nies (c) en Fbonnenr â'ApoUMi (fi^)> et sans doute que le 
mois que les Delplnens appeloient Théoxénius («) , tiroit 
son nom de cette fête. 

Le sentiment de M. Valckenaer me paroSt vraisemblable. 
Cependant comme JuHus Pollux (f) £ût mention des Thëo- 
phanies et des Théoxëniesy son antorité m'empêche de me 
ranger du côté de œ Savant. 

D'ailleurs, le mot de ce Corinthien (^), qui demanda aux 
Lacëdëmoniens s'ils ne oélëbreroient pas des Thëophanies , 
lorsqu' Apollonius de Tyane viendroit dans leur ville, me 
persuade qu'il y avoit anciennement des fêtes de ce nom. 

(i25) %. Li. Théodore de Samoa, (A) Sunt qui in Samo 
primas omnium plasticen invenisse Rhœcumet Theodorum 
tradcmt , multo antè Bacehiadas Corintho puisas. 

L'édifice nommé SxMif , où te Peuple tenoit à Sparte ses 

{a) Suidas , toc. Sio^avi ia. 

(b) Valckeiraer , în Notîs ad HeroJ. lib. i, $• li, pag. 34, 77. 

(c) Athen. Deîpnosoph. lib. iz, cap. ni , pag. 37a, A. 
(c{).Paa8aii. Acliai€> «ÎTe lib. tii, cap. z:f7if , pag. ôgS. 

(0) Cyriaci Inacript. pag. 3i , n^. 307 ; et Fasti Attic tom. 11, 
pag. 44i. 

(f) PoUacis Otiomast* lib. i , cap. i , Segment, xtziy , pag. a4. 

{g) Philostrat. Vit. Apollonii , lib. iv, cap. zxziy pag. 171. 

{h) Plin. Hi3t. Nttural. lib* xxxt, cap. zii^ tom. 11 > pag* 710, 
lin. 5. 



CLIO. LIVRE ï. 2G7 

a^éeniblées^ ëtoit TouTrage de Théodore de Samoa (a). 11 
trouva le premier l'art de fondre le fer et d'en faire des 
statues. Mais coBime Pausanias^ de qui j'emprunte ces par- 
ticularités , dit (b) autre part, que ce Théodore inventa le 
premier avec Rhescus l'art de jeter en fonte le bronze^ et 
d'en faire des statues, je croircns qu'il fiiudroit lire dans la 
phrase précédente y l'art de fondre le bronee. H n'existoit 
plus (c) du temps de Pansamas aucun ouvrage en bronze 
de sa façon. Platon parle de ce statuaire dans le Dialogue 
d'Ion, tome premier, page 533, ji. Foyet liv. m, f* ^^'y 
note 80. 

(i34) 5. lA. Deux bassine pour Veau lustrale. Il y a dans 
le grec wtftffmrifm. On plaçoit {d) ces vases à l'entrée du 
temple , du lieu sacré où les proOuies ne pouToient entrer. 
Le vaisseau de enivre que fit faire Mbyse , et où les Prêtres 
se lavoicnt les maiss et les pieds, 8'a^>e]oit {e) wtft^fttf^ 
riftêu II y avoit de ces sortes de vases à Atfaèiies à l'entrée 
de la place publique. De-là ces expressions «r nr (/) AS-iy* 

j«7«f IrtÊffi^if ^f^ iwTêt rëf rnt my»fmç wt^ffttrrnftétf 

woftvirB-it. (f Si un Aâiënien s'est prostitué que l'entrée 

» de la place lui soit interdite m/O ft%f (^) fA^od-enyr rov 

Xtirimt vif r«{i» t{if rm ittfi^ftnm^itf r?r ûymftiç i{i/py«. 
« Le législateur exdut de la place œhd qui a quitté son 
}) poste à la guerre ». 

(i25) 5- '^^ ^'^^ tairai le nom. H s'appdoit JBthus, s'il 
faut en croire Ptolémée {h), fils d'fiLépIuestion. Ce même 
Jilthus communiqua à Néc^tolème, surnommé Maciotès, 



(a) Pausan. Laconic. sive lîb. m, cap. xit, pag. 237. 
{b) Id. Arcadîc sîve lib. yiii, cap. xrv , pag. 629. 
(c),Id. Phocic. sîve lib. x , cap. xxxtiii , pag. 896. 

(d) Pollucis Onomast. lib. i , Segment, tiii, pag. 8. 

(e) Joseph. Ântiq Jfudaic. lib m, cap. vi , $. 11, tom i, pag. iSa. 
{f) ^chin. îh Timarch. pag. 263, D, E. 

{g) Id. contra Ctesiphont. pag. 456 , E. 

(A) Fhotii fiiblloth. Cod. 190, pag. 48i • Hn- 28, S>'c. 

Ll a 



a68 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
l'oracle de Phëmonoë^ qui rendit (a) la première à Delplie» 
les oracles d'Apollon. 

(126) §. Li. Des plats d'argent. litifiMvm ifyi^nt. H n'est 
pas bien sdr que ce soient des plats ; cependant ils faisoient 
partie {h) des vases qui se mettoient sur la table. 

(137) ^. Li. Sa Pannetière, Il j a dans le grec, sa Bou^ 
langère. J'ai substitue l'autre terme comme étant plus noble , 
quoiqu'il ne présente pas la même idée. On est sans doute 
étonné que Crésus fasse élever une statue d'or à sa Bou- 
langère, et qu'il la consacre à Delphes; mais la surprise 
cesse en apprenant que ce fut en reconnoissance d'un service 
essentiel qu'elle lui rendit. L'orgueil n'est plus alors blessé > 
et si l'action de la Boulangère mérite nos éloges , on ne sau* 
roit trop louer la juste reconnoissance du Prince. Plutarqiïe 
nous a conservé ce trait d'histoire, a Crésus {c), dit>il, fit 
» élever une statue d'or à sa Boulangère , et l'offrit aa 
M Dieu y non pour l'insulter , mais pour un sujet juste et 
» honnête. On dit qu'Âljattes, père de Oésus, eut des 
» enfans d'une seconde femme ; que cette marâtre voulant 
» faire périr Crésus, donna du poison à la Boulangère, avec 
» ordre de le mettre dans le pain qu'elle feroit servir à ce 
» Prince; que la Boulangère en avertit secrètement Crésus, 
» et qu'elle donna le pain {(T) empoisonné aux enfans de la 
')> belle >mère; que Crésus étant monté sur le trône, eu 
n témoigna sa reconnoissance à cette femme par une action 
D louable , dont il rendit le Dieu en quelque sorte témoin yt. 

Cette statue fut dans la suite convertie en monnoie, et 
' ^ 

(a) Pausan. Fhocîc. sire lib. x> cap. T,pag. 809; et cap. ti, 
pag. S12. 

{b) Julii PoUucîs Onomastîc lib. vi, Segment, lxzzit, tom. i, 
pag. 616} lib. X, Segin. lxxxii, tom. 11, pag. 1252* 

(c) Plutarch de Pythie Oraculis^ pag. 4oi , £. 

{d) Si cette Boulangère mérite des louanges pour n'aToir paa 
Toulu empoisonner Crésus, elle doit être blâmée d'avoir empoi* 
•onné les frères de ce Prince. 



CLIO. LIVRE I. 2^9 

servit (a) auxPhocidiens avec les autres richesses du temple 
à soutenir la guerre sacrëe. 

n ne me reste plus qu'à présenter sous un seul et même 
point de vue toutes ces ofirandes avec leur évaluation en 
monnoie.de France. Je me contente de copier le Catalogue 
qu'en a donné M. l'abbé Barthélémy y dans son Voyage 
d'Anacharsisy tom. ii, page 6o5, note^ quoique ce Cata*- 
logue ne soit pas de la dernière exactitude. Il faut se rap- 
peler que du temps d'Hérodote la proportion de l'or à l'argent 
ëtoit de 1 à i3 , comme le dit cet Historien^ liv. ui y %. xcv. 

Six grands cratères pesant 3o talens , qui va- 

loient 390 talens d'argent, de notre monnoie. % 1 06^000^ 

117 demi -plinthes d'or pesant a3a talens , 
qui valoient 3;Oi6 talens d'argent, de no- 
tre monnoie i6,386,4oo 

Un lion d'or pesant 10 talens, valant i3o ta- 
lens d'argent , de notre monnoie 702,000 

Une statue d'or pesant 8 talens, valant io4 

talens d'argent , de notre monnoie 56i,6oo 

Un cratère d'or pesant 8 talens et 42 mines ^ 
valant 1 13 talens, 6 mines d'argent, de no- 
tre monnoie 610,740 

A ces ofirandes, Diodore de Sicile ajoute 
(lib. XVI, pag. 452) 36o phioles ou sou- 
coupes d'or, pesant chacune 2 mines, ce 
qui fait 12 talens pesant d'or , qui valoient 
i56 talens en argent, et de notre monnoie . 842,4oo 

TOTAL 21,109,l40^ 

(128) %, Lii. Ainni quelefer. Il y a dans le grec : de même 
que les pointée. H est clair qu'Hérodote entend ce que noua 
appelons le fer de la pique, de la hallebai^de. Le fer de 
cette pique avoit ime pointe droite , au milieu de deux 



^ 



(a) Diodor. Sîcul. lib xn, J. lvi, tom. 11, pag. 136. 



^ro II 1 s T O I m B D'H é m O D O T E. 

autres recourbées. Voyez Hérodote , lÎTre yii, J. i^ix et 
Lxxvii. Le JATelot des Francs, décrit par (a) Aythias, 
ressemble beanooupà cette pique. Ce )aTek>t peut être lancé^ 
et sert aux combats de pîed fasM. D est presque tout coo- 
Tert de ier. A la partie sopéneare, Terslapeûtte, sor t e n t 
de ox autres fêrSy rnBd'iinc6Cé,raiitrederaHtrey reco urb es 
ConBue des hameçons y et la pointe en est tournée Ters le bas. 

(i 99) 5* l'ti* ^ iempU iTApoUmn Isménien. Amphiaraiis 
aroit-il osa cbapcUe dans le temple d'ApoQon Isménien? 
je le croirais Tolontiers, à voir la manière dont s'exprime 
notre Auteur. Il parolt cependant par le paragraphe cxxxit 
du Tiii^ livre, que la chapelle d'Amphiaraiis étott un lieu 
tout-à'lait distinct du temple d'Apc^on Isménien. 

( 1 3o) §. LUI. // déiruiroit un grand Empire. Cette am-» 
biguiti5 [b)j qui trompa Crésns , anroit induit Chrysippe en 
erreur; (ce Stoïcien aroit écrit un gros livre sur les (c) 
Oracles de Delphes ) mais elle n'auroit point échappé à la 
sagacité d'Epicure. 

(i3i) 5. Liv. ji Pytho. Fbyei la Table Géographique, 
an mot Pytlio, vol. viii. 

(i3i*) 5' LIV. La prérogative de conêukerieê premiers 
r Oracle, I^aurois pu abréger en disant le droit de Pro- 
mantie ; mais il anroit fallu expliquer ce terme dans une 
note. Ce privilège ne pouvoit s'exereer qu'après les peuples 
Amphictyoniques. Voyez l'excellent ouvrage des anciens 
Gouvcmemens fédératifs, page 278. 

(i3a) 5' Mv. V immunité, M. Wesseling rapporte dans 
la note une inscription oii se trouve le mot irtXua, On en 

(a) Agstbits , lib. n , pag. 4o , D. 

{Jb) Cicer. d« DWiuat. lib. ii , %. tjrt. 

(c) TuÎ8 ( Apollo ) oraoulîi ChrysîppQs totusu Tolumen impie- 
vit,part]m falbis, ut ego opinor, partim casu Teris, ut fit in 
omui oratione saspiasimè , partim flextloquîs et ob^cnris , ut în- 
terp r^fl ej^rnt interprète , et sort ipsa ad sortes referenda «it , 
partim ambiguis, et que ad Dialecticam deferenda tint Id» ibid» 



C L I O. LIVRE I. 2*^1 

voit une autre parmi les Marbres d'Oxford, pag. 66. EIME^ 

AE ATTni ATEAEIAS KAI ASTAIAX KAI KATA TAS 
KAI KATA eAAASSAN. u Qa'il jouira des immunitës, 
» et sera exempt de toute déprédation par ten^e et par mer » . 
Mais eu quoi cousistoit cette iminnnité qui a embarrassé 
plusieurs Savans , c'est ce qu'on ne dit pas. Je l'avois d'a- 
bord prise pour une exemption de» charges onéreuses et du 
tribut que payoîeut à l'Etat les ëtran^rs donûdliés à Del* 
phes f et )e m'appuyoîs de la Harangue de Démesthènes 
contre Leptiaes *, mais ces cbargcs et ce tribut ne pouroient 
regarder que les étrangers établis à Delphes , et non ceux 
qui yenoient consulter le Dieu. D'ailleurs je pense qu'Hé- 
rodote se seroft exprimé comme Xénophon : (a) «#»•»» «ri- 
AfMv t^cnf rJ fimXtféitm mtL cr Us accordèrent une immunité 
» perpétuelle à ceux qui voulurent s'établir diez eux ». Le 
Traducteur latin a mal rendu «ukiiv rJfiëXâféifmy par si quis 
€886 cwis cuper^t On n'étoit pas cîtojen d'une ville , parce 
qu'on y étoit domiciHé y et Xénophon distingue bien dans 
ce passage le citoyen de celui qui étoit établi dans la ville* 
« Lies Syracusains , dit-il, qui voudront s'établir à Ephèse , 
M jouiront à perpétuité du droit d'immunité ^ mais les Se- 
» linusiens y auront le droit de citoyen , %'$XtrîU ». 

C'est aussi ce qu'on trouve exprimé d'une manière bien 
claire dans le Décret des Byzantins que nous a conservé 
Démosthènes dans sa Haraagfne au sujet de la (Couronne : 

$MT«iKHf tB-ixun rmf wtXn itXf/nrpyyrt^r nfétf wmvmf wfêç r«v 
Xur«v fyUK (f n a plu au peuple de Bysance et à celui de Pé- 
» rinthe d'accorder aux Athéniens le privil^e de se marier 
» dans le pays, le droit de cité , et de posséder des maisons 
» et des fonds de terre ; .... et à ceux d'entr'eux qui vou- 



{a) Xenoph. Hellenîc. lib. i , cap. ii , $. vxi, pag. iC. 
ih) DcmosthcD. d« Coronâ , pag. 487 , B. 



aya HISTOIRR D'H É R O D O T E. 
M (Iront s^^Ublir dans lenrs villes , toutes sortes d'exemp- 
» tions ». M. TAbbë Auger ne dit point en quoi consistoient 
ces exemptions, et le terme de municipales qu'il ajoute, no 
convient qu'aux Romains, et ne regarde point les Grecs. 

Mais enfin je crois avoir trouve la solution de cette dif- 
ficulté dans Strabon. H y avoit dans les villes voisines de 
Delphes des bureaux , où ceux qui alloient consulter lo 
Dieu , pay oient ce qui avoit été rëglu par les Ampbictyons , 
comme nous Tapprend ce Gtk)graphe : a Les Orisséens (a) , 
» dit-il y enrichis par la levée des droits que payoient ceux 
>» qui venoient dltalie et de Sicile au temple de Delphes , 
w pour consulter l'Oracle, devinrent insolens, et osèrent 
2) exiger d'eux plus qu'il n'étoit réglé par les Ampbictyons, 
M Les Amphisséens traitèrent encore plus durement les 
M étrangers -, mais ils en furent punis par les Ampbictyons » • 
Ce sont-là peut-être les droits dont on exempta Crésus et' 
les Lydiens. Des raisons très-graves m'empêchent de l'as- 
surer. Si ma santé me le permet , je reviendrai sur ce sujet ^ 
qui me donnera matière à une dissertation. 

(i3a^) 5* l'Vi. L'une étant Pélasgique, Quoi qu'en dise 
Hérodote , les Athéniens n'ont jamais été Pélasges , comme je 
l'ai prouvé d^ns l'Essai sur la Chronologie, chap. viii, §. xi. 

( i33) §. Lvi, La première n'est Jamais sortie, etc. Ce 
passage a donné la torture à beaucoup de Sa vans. MM. de 
la Nauze , Geinoz et Gibert l'ont interprété diversement. 
Voyez les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres , 
tom. XIV, Mém. pag. i54 ; tom. xvi , Mém. pag. iof>j 
tom. XXIII, pag. iiS^tom. xxv, EUst. pag. ii. 

J'ai suivi M. Geinos dans la première partie de cette 
phrase , mais je m'en suis écarté depuis ce mot la première y 
j usqu'à la fin du paragraphe. Il attribue aux Pélasges dea 
Qiigratipns qui ne peuvent convenir qu'aux Doriens y avec 
qui se mêlèrent les Lacédémoniens. 



(f^) Strab. Qeogroph. lil^. ix, pag. 6^; > A. 

Il 



C L I. O. L I V R E I. 27? 

n s'agit de l'origine des Lacëdëmoniens et des Atliéiiiens. 
Téîvrm se rapporte nécessairement à ces deux peuples, comme 
Va fort bien prouvé ce Savant. Ti ^o , Ilf AAryixoy, ri ^t , 'EA- 
XnttK^f ïBitûç. De ces deux membres, le premier ne peut con- 
venir qu'aux Athéniens ; le second, qu'aux Lacédémoniens, 
et M. Geinoz est jusqu'ici d'accord avec moi ; mais immé* 
diatement après, il y a 1^ r« /<gf, êvikfiS Km f$c;^«p9rf* ro ^c^ 

Ce savant Académicien attribue le premier membre de 
cette phrase aux Hellènes, et le second aux Pélasges*, et il 
se fonde sur les fréquentes migrations de ce dernier Peuple. 
Mais, 1°. le génie de la langue grecque ne permet pas de 
faire rapporter le ro fit» k d'autres qu'aux Pélasges , et le 
ri «îi , qu'aux Hellènes. 2®. Ce qui a induit M. l'Abbé Geinoz 
en eiTeur, c'est qu'il n'a point fait attention qu'Hérodote 
ne parloitpas en cet endroit des Pélasges en général, mais 
de ceux d'entr'eux qui fixèrent , selon Hérodote , leur de- 
meure dans l'Attique, et qui n^cn sont en efifct jamais sortis, 
au lieu que les Doriens ont souvent changé d'habitation. 

Etienne deByzance (a) donne le même sens à ce passage : 
'H^o^oroç IF rj A ^ripi rS AmfiKu yifUç ^tir)^ wcXvwXiffflûi Êtttri 
KttXafy km) ^HKfùç ourm, «Hérodote dit dans so^ premier livre, 
» au sujet de la race Doriène, qu'elle a beaucoup erré, et 
}) il le prouve ainsi », Cet aut^iu* rapporte ensuite le passage 
de notre Historien. 

Grono'V'ius a mal rendu cet endroit. M. Wesseling l'a 
fort bien relevé. On verra aisément ici et ailleurs, que j'ai 
beaucoup profité des notes de ce Savant. 

Les Hellènes habitèrent d'abord, selon Hérodote, l'His^, 
tiscotide , au pied de TOssa et de rOl3rmpe. En ayant été 
chassés , ils s'établirent près du Pinde , où ils furent appelés 
Macednes, et ils fondèrent (b) les villes de Bœum, de Cti» 

(ji) Stephan. Byzant. in Fragment, voc Aflîfio» , pag. 746. 
{b) Conon. Narrât, cap. xxvu. 
Tofne /, M m 



274 HISTOIRE D'H É R O D O T E. 

nium et d'Eritiëe. De-là ils passèrent dans la Drjopîde, et 
de la Diyopide dans le Péloponnèse. Il me semble que ces 
diverses migrations autorisoient Hërodote à dire que les 
Hellènes avoient souvent change de demeure. 

Cependant M. Levêque prétend (a) que les « Pélasges- 
» T3rrrhëniens qui s'ëtoient arrêta aux environs du mont 
>» AthoSy avoient fait partie de cette famille de Pëlasges 
» qui, venue de contrées plus septentrionales , peupla la 
» Grèce entière , ou du moins en augmenta sensiblement 
» la population , sans doute encore foible ; tandis que 
» d^autres branches de cette même famille passoient en 
» Italie > où, de leur nom, elles firent appeler Tyrrhénie 
» la contrée qu'on nomme aujourd'hui Toscane ». 

Voilà bien des erreurs en peu de mots, i ^. Les Pëlasges 
Sont originaires de l'Argolide, et non de contrées plus 
septentrionales que le mont Athos. a^. S'ils ont conquis 
quelques parties de la Grèce, ils en ont été chassés ; dis- 
persés par-tout, ils ont été détruits et ont cessé de faire 
un peuple. S''. Ce furent les Hellènes , et non les Pélasges > 
qui conqidrent la Grèce, excepté l'Attiqne. On ne doit 
pas dire qu'ils la peuplèrent : ils la trouvèrent peuplée. 
n en fut de ces peuples à-peu-près comme des Francs ; 
ceux-ci s'emparèrent des Gaules et ne les peuplèrent pas ; 
ils s'incorporèrent avec les peuples vaincus, leur donnè- 
rent le nom de François, et au pays conquis celui de 
France : il en fut de même de la Grèce. 4^. Les Pelas- 
ges-TyrrhénienS; qui s'étoient arrêtés aux environs du 
mont Athos, ne venoient pas de contrées plus septentrio- 
nales. Us avoient été (b) chassés de l'Attique, et de-là ils 
s'étoient rendus à Lemnos 1,1 6a ans avant notre ère. Us 
en restèrent les maîtres 647 ans ; mais enfin Miltiades, 
te rendant à la Chersonèse pour en prendre possession, 



(a) Traduction de Thucydide par M. L€Tè!}ue,tom. u,p8g.3i4. 
{b) Hcrodot. lib. Yi , $. cxzzni,, 



CLIO. LIVRE 1. :ij5 

Tes somma d'ëvacuer cette lie. Ne se sentant pas les plus 
forts , ils en sortirent et se retirèrent la plupart aux enyi- 
rons du mont Athos vers Tan 5i5 avant notre ère. On 
les appeloit Pëlasges - Tjrrrhëniens y parce que ces Pé- 
lasges, à qui les Ath<^niens avoient permis de s'établir au 
pied du mont Hymette, et qui en furent ensuite chasses 
par ces mêmes Athéniens^ ëtoient venus de la TyrrUnie. 
5®. Ce n'est pas de leur nom que la Tyrrhënie prit le sien, 
mais de Tyrrhénus, fils d'un roi de Lydie. Des Pëlasges, 
chasses de la Thessalie par Deucalion vers l'an 3,173 de la 
période julienne, i,54i ans avant l'ère chrétienne, se ren- 
dirent à Dodone (a) , et de-là dans l'Ombrie. Us jouirent 
pendant quelque temps d'une assez grande prospérité ; 
mais la division s'étant mise parmi eux, ils s'affoiblirent.' 
Sur ces entrefaites Tyrrhénus aborda dans le pays avec 
des Lydiens, et en ayant ùàt la conquête, il lui donna 
son nom. Bientôt après il en chassa les Pëlasges , que l'on 
nomma Tyrrhéniens, afin de les distinguer des autres 
Pëlasges. 

Les Historiens les plus accrédités, tels qu'Hérodote, 
Thucydides, Hellanicus de Lesbos, Myrsile de Lesbos , 
Philistus de Syracuses et Denys d'Halicamasse , attestent 
ces différentes migrations des Pëlasges. Cependant M. 
Levêque en parle, comme si elles ëtoient fabuleuses. Je 
le lui permettrois , s'il se rencontroit dans ces migrations 
quelque chose de merveilleux. Celle» de son peuple sep- 
tentrional, qui vient peupler la Grèce, sont bien plus 
étonnantes. Ce que dit Hérodote des migrations des Pë- 
lasges est appuyé , comme on vient de le voir, par cinq 
Historiens, les plus exacts, les plus savans, les plus vé- 
ridiqucs qu'ait eu la Grèce , auxquels je pourrois ajouter 
Hëcatée de Milet et plusieurs autres. Quel écrivain leur 
oppose M. Levêque ? M. Fréret Personne ne porte plus 



(a) DioDys. Halicarn. Antiq. Rom. lib. i , §. xviii et «eq. 

M m 2 



276 HISTOIRE D' HÉRODOTE, 

loin que moi la vënëration pour M. Frère t. Il joignoît 
à une profonde ërudition, beaucoup de sagacité et une 
judiciaire excellente. Mais il n'aime pas à marcher dans 
les routes battues ^ et souvent il fait prendre le cliange 
à ses lecteurs par des sopbismes ingénieux et par des 
conséquences qu'il tire d'un passage isolé. Mais quand 
même M. Fréret n'auroit aucun des défauts que je lui 
reproche, à quel titre pourroit-on opposer le témoignage 
d'un écrivain qui vivoit de nos jours , à celui de ces an- 
ciens Historiens , qui étoient si près de ces migrations , 
et dont quelques-ims , tels qu'Hérodote et Thucydides , 
ont vu quelques foibles restes de ces peuplades de Pélasges? 

Une autre preuve de M. Levêque, c'est la conformité 
de la langue des Slaves avec celle des Grecs. Disons-en 
un mot. Les Grecs disent ^««» , je désire passionnément ; 
les Slaves Maiousia, je me tourmente , je suis dans 
l'anxiété. Les Grecs irrét , père ; les Slaves Otetz. Les 
Grecs disent aussi «-«iriyp ; les Slaves Batiouchka. Les 
Grecs nomment vtiçy filius ; les Slaves Syn. Les Grecs 
disent nXtoç pour le soleil; les Slaves solntsé. 

Cela me rappelle l'épigramme qu'on fit contre Ménage; 
qui faisoit venir Alfana d'Equus. Qu'on me donne un 
dictionnaire Iroquois, Huron^ etc. et j'y trouverai le» 
mêmes rapprochemens. 

Feu M. Hemsterhuis , l'un des plus savans hcHumes qui 
ait existé depuis la renaissance des lettres, avoit une opi- 
nion bien différente de la langue grecque. Ce Savant, qui 
l'avoit cultivée avec le plus grand succès pendant près de 
soixante-dix ans, pensoit qu'elle étoitnée dans son propre 
sol, et qu'à l'exception de quelques termes Orientaux qui 
y avoient été apportés par des marchands Phéniciens , ou 
par des étrangers venus de l'Orient; tout le reste étoit 
grec. Rien de si vrai que cette assertion , et c'est cette 
vérité qui engagea , il y a quelques années , un homme 
célèbre à soutenir ^ dans une Dissertation > que la langue 



C L I O. t I V R E î. ajj 

Oreèque ne tiroit son origine d'aucune autre langue , et 
que si l'on excepte un petit nombre de termes qui con- 
cernent Fart militaire et la manne, que les Grecs ont 
empruntes des Phéniciens, quelques autres qu'ils ont pris 
des Perses, peut-être aussi des Thraces et des Scythes , 
tout le reste est grec d'origine. Ainsi, conclut -il, ceux 
qui dérivent cette langue des diffërens dialectes de l'O- 
rient , de la langue des anciens Perses , du Celte , etc. 
perdent leur temps et le font perdre aux autres. J'ajoute 
à cela une observation que )'ai faite il y a bien des années , 
c'est que ceux qui se repaissent de ces vaines idées , sont 
précisément ceux qui n'ont qu'une légère teinture de la 
langue Grecque. 

(i33*) J. Lvi. lU allèrent s^ établir à Pinde, Le Pinde 
étoit une montagne à l'ouest, et dans les environs de l'BLis- 
tiasotide. H est naturel d'imaginer que les Doriens, chassés 
de ce pays par les Gidméens, se réfugièrent sur cette mon- 
tagne, oà ils étoient sûrs de trouver un asyle. Mais si c'eût 
été la pensée de notre Historien , il auroit mis l'article i » rS 
n /r^f . D'ailleurs , si les Doriens s'é toient retirés sur le Pinde, 
comment auroient-ils pu gagner la Dryopide, qui en est très- 
éloignée. L'omission de l'article prouve qu'il s'agit ici de 
la ville de Pinde et de son territoire. Cette ville étoit l'une 
des quatre de la Doride , et dans la proximité de la Dryo- 
pide. Voyez la Table Géographique ^ articles Doride^ 
n*. 2. Doriens et Pindr 

(i34) J. LVii. Creatone, Ceux qui voudront s'instruire 
à fond de ce qui regarde cette ville et les Tyrrhéniens, 
n'ont qu'à consulter les Mémoires de MM. de la Nauze et 
Geinoz, et en particulier l'extrait d'une Dissertation de ces 
Sa vans concernant la ville de Crestone , dans les Mémoii^es 
de l'Académie des Belles -Lettres, tom. xxv, Histoire, 
pag. 28. 

Toute la difficulté consiste à savoir s'il y avoit en Thrace 
une ville de Crestone, et si l'on doit s'en rapporter à Denys 



^jS HISTOIRE D'UÉRODOTE. 
d'Halicarnosso , qui pliàce (a) cette Tille en Umbrie , et la 
confond avec Gntone , plutôt qu'à Etienne de Byzance, 
qui la met en Tlirace. Il est certain qu'il y avoit en Thrace 
des Pëla8ge8-T3rrrhénien5. Ils habitèrent Lenmos et divers 
endroits de la Chersonèse et de l'Hellcspont, jusqu'au mont 
Athos. Thucydides dit positivement a que le (b) pays nom- 
» mé Acte commence au canal que fit faire le Roi de Perse , 
» et que le mont Athos, qui en fait partie, aboutit à la mer 
» "Egée. Ce pays, suivant le même Thucydides , renferme 
» la ville de Sanë , colonie des Andriens situëe sur la partie 
» du bord du canal vers la mer, qui regarde l'Eubée ; il y 
}) a aussi les villes de Thyssos, de Qëones, d'Acrothoon , 
» d'Olophyxos et de Dium. Elles sont habitées par des na- 
n tions Barbares mêlées ensemble, et qui parlent deux lan- 
)> gués ; il y a quelque peu de Chalcidiens, mais la plupart 
» sont des Pëlasges , c'est-à-dire , de ces Tyrrhéniens qui 
)> ont habité autrefois Lemnos et (c) Athènes. Il y a aussi 
}> des Bisaltes, des Crestoniens et des Edoniens »• 

Ce passage prouve deux choses : la première , qu'il y avoit 
des Tyrrhéniens en Thrace, et qu'ils étoient Pëlasges, c'est- 
à-dire, de ces Pélasges-Tyrrhëniens qui avoient été chassés 
par Miltiades de l'île de Lemnos : la seconde , qu'il y avoit 
aussi des Crestoniens. Mais s'il y avoit un peuple de ce nom , 
pourquoi n'y auroit-il point eu une ville qui s'appelât Cres- 
tone, du nom de ses habitans? Les Pëlasges -Tyrrhéniens 
occupoient les bords de la mer de Thrace; la ville de Cres-* 
tone devoit être situëe un peu plus avant dans les terres. 

n paroit que feu M. le Comte {d) de Caylus confondoit la 
ville de Crestonc en Thrace, avec celle de Crotone, dans la 
grande Grèce. Mais comme il n'apporte aucune preuve de 
/ion sentiment, je ne m y arrêterai pas. 



(a) Dionys. Halicarn. Antiq. Rom. lib. i, $. xxvi, pag. ao 

(6) Thucydid. lib. rr , $ cix. 

(c) Voyez plus bas , note i36. 

(f/) Caylas, Antiquités Etrusques , to m. ii , pag. 198. 



C L I O. L I V R E I. irg 

(i35) §. LVii. Ceux qui ontjbndé Placie, 8cc. Gronoviii^ 
n'a rien compris ici. On diroit, en lisant sa traduction, que 
les Pëlasges qui se sont établis à Crestone , ëtoient les mêmes 
que ceux qui ont bâti les villes de Placie et de Scylacë; au 
lieu que^ suivant Hérodote, c'ëtoient deux peuplades difiï^ 
lentes. M. Geinoz a éclairci ce passage (a) avec sa sagacité 
ordinaire. J^ai préféré iwttiirrmf avec M. Wesseling. Cette 
correction est appuyée de Pomponius Mêla : Placia et Scy^^ 
lace (6) , parvœ Pelcugorum coloniœ. 

(i36) §, Lvii. Qui ont demeuré autrefois avec les Athé-' 
tdene. Les Pélasges, si l'on en croit Hérodote, s'étoient an-> 
ciennement établis dans l'Âttique , et y avoient toujours 
demeuré. Je pense que cette opinion est insoutenable, et je 
crois l'avoir réfutée d'une manière solide , dans mon Essai 
sur la Chronologie, chap. viii, $. xi. Quoi qu'il en soit, il 
ne s*agit pas ici de ces Pélasges, mais d'une seconde colonie 
du même peuple. Les Pélasges, qui s'étoient retirés dans la 
T3rrrbénie, désolés par la famine, par des maladies conta- 
gieuses, et en proie à des dissensions perpétuelles, passèrent 
en différens pays, et quelques-uns dans l'Attique. Les Athé- 
niens leur firent accueil, et leur donnèrent un terrein situé 
au pied du mont Hy mette, k condition qu'ils bâtiroient la 
muraiUe qui fait l'enceinte de la citadelle. Ces conditions 
acceptées , les Pélasges prospérèrent pendant 47 ans. Mais 
ce peuple agreste, qui ne connoissoit d'autre droit que celui 
du plus fort, voulut avoir part au gouvernement, et il se 
porta , contre les jeunes garçons et les jeunes fiUes , qui 
aUoient puiser de l'eau à la fontaine Callirrhoë, à des ou-> 
trages (c) que des hommes vertueux ne pouvoient dissi-- 
muler. Les Athéniens les chassèrent de leur pays. Us se 
retirèrent dans l'île de Lemnos. Miltiades , fils de Cimon ,• 

(a) Hémoires de rActdémie des Belles -Lettres, tom. xri , 
Hist. pag. 62 et 63. 

(h) Pompon. Mêla , lih. i , cap. xix , pag. 103* 
(c) Herodot. lib. tx, §. cxxxvii. 



«2Ro HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

les en avant chaises dans la suite, les ans fondèrent fn Asie 
les villes de Placîe et de Scylacë ; les antres se r^ngièrent 
dans la presqu'île dn mont Athos ; d'antres enfin se rendi- 
rent sur les eûtes de Tbrace , et fondèrent un pen plus avant 
dan« les terres , Im viUe de Crestcme. 

(iS?) J. LVii- Les Pélasges parloient um langue Bar^ 
hare. Ijcs Pélasges nVtoient point une nation Hellénique , 
comme le pensoit (a) Denjs dllalica masse. Ils ëtoient Teri- 
tablement Argicns d'origine -, mais alors les Argiens n'ëtoien t 
pas llcUènes. Hérodote et la plupart de ceux qui ont parlé 
de ces peuples, le disent positivement Ceux qui ont fait la 
filiation des anciennes Maisons et des Peuples à qui eUes 
ont donné leurs noms, tels qu'Apollodore , font venir les 
Pélasges de Péla5gas (ù) , qui remontoit à Inachus , et les 
Hellènes, d'Hellen, qui reconnoissoit Prométhée pour uu 
de ses aïeux. Ces peuples habitèrent, il est vrai, la Thes- 
salie, mais ils n'en occupèrent qu'une partie. 

Denys d'Halicamasse dit, à l'endroit ci-dessus cité , que 
cette nation étoit originaire du Péloponnèse, et qu'elle de- 
meuroit autour d'Argos. Foyez, sur les Pélasges, mon Essai 
de Chronologie, chap. viii. 

Les Pélasges étoient originaires du Péloponnèse, et des^ 
ccndoient de Pélasgus. Ceux d'entr'eux qui se transplantè- 
rent hors de la Grèce , ne s'étant pas incorporés avec les 
Hellènes , furent regardés par eux comme des barbares y 
c'est-à-dire , comme des étrangers. Les HeUènes ayant chassé 
les Pélasges de la plus grande partie de la Grèce, proscri- 
virent l'ancien langage, et y introduisirent le leur. J'ignore 
quel étoit celui que pai^loient alors les Athéniens. Il y a 
grande apparence qu'il étoit , pour lo fond , le même que 
cplui des HeUèncs. Je suis d'autant plus porté à le croire , 



{q) Dionya. Halicarn. Antiq. Roman, lib. i , $. xvii , pag. li. 
{b) ApoUodor. Biblioth. lib. ii, ctp. i , pag. 68} lib. i, cap. vu, 
pag. 11 et 24. DÎQnyt. Ualicarn. Anti^. Kopian, lib, ;, ^. xvii, 

|i:jg. i4. 

qu'Amphictyon 



C L I O. L I V R E I. 28> 

qu'Ampliictyon r^gnasur eux , et que Xuthus s'établit cbez 
eux avec ses fils Achasus et Ion. Les Hellènes^ et tous ceux 
qui parloient leur langue, formant un seul corps , donnèrent 
le nom de Barbares à tous ceux qui ne faisoient pas partie 
de leur association, et nommèrent Langue Barbare, celle 
que parloient les nations qui leur ëtoient étrangères. C'est 
par cette raison qu'Hérodote assure que les Pélasges par* 
loient une Langue Barbare. x 

(i38) 5. Lvii. Car le langage des Crestoniates, Il y a 
dans le grée, les Crestoniates, J'avois d'abord mis, les Cres- 
ioniens , de crainte que le Lecteur , trompé par la diver- 
sité des noms, ne crût qu'il s'agisssoit ici d'un peuple 
différent. Fbyeg la Table Géographique , à la fin de notre 
Hérodote. 

(139) §. LVii. Et des Placiens, Plaeie étoit une colonie 
de ces Pélasges à qui les Athéniens donnèrent une retraite 
chez eux, et qu'ils chassèrent ensuite. Ce paragraphe en est 
la preuve. Feu M. le Président Bouhier vouloit encore le 
prouver par l'inscription de Cyzique qu'il croyoit avoir été 
trouvée (a) à Piacie , parce qu'il y est fait mention de la 
mère Placiène (Cybèle) , et je pense qu'il se trompe. Cette 
inscription regarde la ville de Cyzique. Cybèle y étoit par- 
ticulièrement honorée. Elle avoit un temple sur le sommet 
du mopt Dindyme , qui dominoit cette ville. Piacie étoit 
située entre Cyzique et l'embouchure du fleuve Rhyndacus. 
La Déesse y étoit aussi en grande vénération *, et comme 
ces deux villes n'étoient pas éloignées l'une de l'autre, les 
Cyzicéniens l'adoroient sous le nom de Mère Placia. Voyez 
les Antiquités Egyptiennes, Etrusques, &c. de M. le Comte 
de Caylus, tome 11 , pages igS et suivantes , où M. l'Abbé 
Barthélémy explique cette inscription d'une manièrp plus 
satisfaisante que M. le Président Bouhier, 

{à) Recherches et Dissertations sur Hérodote, par M. le Fiô« 
sidrnt Boahier, pag. 116 et suiir. 

Tome L N;j 



a89 HISTOIRE d' HERODOTE. 

(i4o) §. LTiii. Ht c'est indépendammerU des , &c. Dit 
Rjer a traduit : mais au contraire, il semble que les Pélas" 
giens , comme peuples grossiers et barbares , rie firent pas 
de grands progrès. 

On diroit qne cette tradaction a induit en erreur M. Bel- 
langer. Il traduit : // n'en est pas de mém>e de la nation Pé^ 
lasgiène ; c'étoient des peuples barbares et grossiers , et je 
crois que c'est pour cela qu'ils ne firent pa^ de grands pro^ 
grès, et que jamais cette nation ne devint fort nombreuse. 

Ce n'est pas le sens de ce passage. Hërodote veut dire que 
les PtHasges ctant restés isolés , et ne s'ëtant point incorporés 
avec les autres nations, n'ont pu s'agrandir de même que 
les Hellènes. D'ailleurs , le nom de Barbase n'est que par 
opposition à celui d'Hellènes, et ne signifie pas grossier. Les 
Hellènes dévoient être dans les commencemens aussi gros- 
siers que les Pélasges. Ce n'est qu'avec le temps et la culture 
des Lettres, que les nations se civilisent, et que leurs 
mœurs s'adoucissent. 

(i4i) 5* l'ix* Partagés en diverses factions. Ceux qui 
ont lu Jltnrtrifêfiifêty tenu dans l'oppression, gouverné par 
un maître absolu, un despote, au lieu de JliîTWêtvftiff y 
partagé sn factions, n'ont pas saisi le sens d'Hérodote. Un 
peuple n'est souvent que plus fort, lorsqu'il obéit à un 
seul maître , et Crésus auroit , suivant toutes les appa-> 
rences , préféré par cette raison l'alliance des Athéniens à 
celle des Lacédémoniens. Mais ce qui l'en détourna, c'est 
qu'il sentit que ce peuple devoit être affoibli par ses divisions 
intestines , et que Pisistrate n'oseroit envoyer des troupes 
à son secours , de crainte que la faction opposée ne vînt à 
le cliasser. 

(i4i^) 5* ^TX* I^^9 Paraliens ou habitans de la côtema^ 
ritime, Cest le nom de l'une des quatre anciennes tribu» 
d'Athènes, ainsi que les Mesogéens qu'Hérodote appelle 
habitans de la Plaine. Voyez liv. v, note 175. 

(i42) 5. Lix. J4es Hyperacriens, Plutarquc les nomm^ 



C L I O. L I .V R E U 1^5 

Dîacriens. C'est le nom de Tune des quatre anciennes tribus 
d'Athènes. Voyez liv. v , note 1 76. Us ëtoient (a) attache» 
au gouvernement démocratique. Les (^) Mercenaires, tourbe 
vile qui de tes toit les riches , en faisoient aussi partie. Pisis- 
trate gagna ceux de ce parti que leur indigence ne portoit 
dëjà que trop à toute sorte de crimes. 

(i43) 5* i-ix* S' étant blessé lui et ses mulets, (e) Ulysses^ 
Zopyre {cC) et quelques autres se sont servis d'une rusé 
pareille pour le bien de leur patrie , au lieu que Pisistrate 
n'en fit usage que pour assujettir la sienne. Aussi Solon lui 
dit : « Fils {e) d'Hippocrates y tu joues mal le rôle de^ 
» rUlysses d'Homère. Il se dëchira le corps pour trompct 
)) les ennemis , et tu t'es fait la même chose pour tromper 
» tes compatriotes ». 

Denys renouvela cette ruse environ i55 ans après, avec 
le même succès. La ville ^es Lëontins (/) étoit la place 
d'armes des •S3nracusains, et se trouvoit alors pleine d'exilés 
et de toutes sortes d'étrangers. Denys campoit pendant lu 
nuit à la campagne. Il feignit qu'on lui avoit tendu des 
eihbûohes ; il jeta de grands cris , excita beaucoup de 
tumulte par le moyen de ses domestiques, et se sauva dans 
la citadelle , ot!i il passa le reste de la nuit , allumant des 
feux , et faisant venir les soldats en qui il avoit le plus de 
confiance. Le peuple s'ëtant assemblé au point du jour dans 
la ville des Léon tins , il lui parla des embûches qu*on lui 
avoit dressées, de manière à se faire croire, et le persuada 
de lui donner six cents hommes qu'il clioisiroit dans l'armée , 
pour lui servir de garde. On dit que Denys, par cette con- 
duite, imita Pisistrate l'Athénien. 



«»i 



(a) Flutarch. in Solone, pag. 85 , A* 
(Jb) Id. ibid. pag. 94, F. 
(r) Homeri Odyss. lib. iv , reri. 244. 
(rf) Hcrodot. lib. m, $• cuv, &c. 
{f) Flutarch. in Solone , pag. qS , D. 
(/) Diodor. Sicul. lib. xxi , $, xcv, tom. i , pag. 6f8« 

Nu a 



284 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
; (i44) §, lATL, A la tête de leur armée contre les Méga^ 
riens, Pisistrate (a) ayant appris que les Mëgariens dévoient 
venir par mer attaquer pendant la nuit les femmes d'A-* 
iLèneS) qui célëbroient les Thesmopliories à Eleusis/ mit 
9cs gens en embuscade. Les Mëgariens ëtant descendus dé 
leurs vaisseaux, et s'ëtant éloignes de la mer, Pisistrate 
les attaqua, en tua la plus grande partie, et se rendit maître 
des vaisseaux qui les avoient amenés. 11 y &t monter ses 
iroupes avec des femmes d'Athènes, et ayant pris la routé 
de Mégares, l'on aborda sur le soir un peu loin de la villel 
lies Mégariens voyant revenir leurs vaisseaux, allèrent au- 
-devant d'eux en grand nombre , les Magistrats aussi bien 
•que le Peuple, pour voiries prisonnières; mais les Athénienf 
étant descendus à ten*e, en tuèrent un grand nombre, et 
enlevèrent tous ceux d'entre les plus illustres citoyens qu'ils 
purent. 

Plutarque rapporte cette bistoire de deux manières, et avec 
quelque différence. « Solon (6) , dit-il, étant abordé au pro- 
M montoire Colias avec Pisistrate, s'apperçut que toutes les 
M femmes d'Athènes célébroient en ce lieu une fête enl'hon- 
)y neur de Cérès. Il dépêcha sur le champ à Salamine un 
» homme de confiance, qui, faisant semblant de passer dii 
» côté des Mégariens , les avertit de se rendre au promon- 
» toire Colias, s'ils vouloient se rendre maîtres des femmes 
» les plus distinguées d'Athènes. Les Mégariens persuadés, 
» envoyèrent des troupes par mer. Solon fit à Finstant 
» retirer les femmes , et mit en leur place déjeunes hommes 
ïi sans barbe , habillés de même que les femmes, et portant 
» des poignards sous leurs habits. Il leur ordonna de s'ap- 
» procher du rivage, et de former des danses jusqu'à ce que 
» les ennemis fussent à terre. Les Mégariens, trompés par 
» ces apparences, descendirent sur le rivage, et se jetèrent 



{à) ^neas Poliorcet. cap. iv , pag. 16^9 et i65o. 

{b) Flutarch. in Solone , pag. 82 , D , K , F -, pag. 83, A. 



CLIO. LIVRE î. .!28<5 

3k sur ces temmes, dans Fintention de les enlever; niais ces 
)» jeunes gens les tuèrent sans qu'il en échappât un seul* 
» Les Athéniens mirent ensuite à la yoile y et se rendirent 
» sans peine maîtres de Salamine ». 

D'autres disent k que Solon passa de nuit dans l'île , et 
. immola des victimes aux h^«.8 PéripWmns et Gchreus , 
D pour obéir à l'Oracle de Delphes^ qui lui avoit dit de se 
» rendre propices par des sacrifices les héros qui avoient 
» été les chefs du pays, et que la terre Asopiène renferme 
}> dans son sein : qu'il demanda ensuite aux Athéniens cinq 
')) cents Volontaires, qid seroient les maîtres de régler le 
» Gouvernement de l'île , s'ils s'en rendoient les maîtres* 
» Solon partit sur im vaisseau à trente rames, accompagné 
» de grand nombre de bateaux de pécheurs, et aborda k 
» une pointe de terre, près de Salamine, vis-à-vis de 
» l'Ëubée. Un bruit sourd de son arrivée s'étant répandu, 
)) les Mégariens prirent les armes en tumulte, et envoyèrent 
)) un vaisseau à la découverte de l'ennemi. Solon s'empara 
» de ce vaisseau , mit aux fers les Mégariens, et fit monter 
» en leur place les plus braves de ceux qui l'avoient accom* 
» pagné , à qui il ordonna de faire voile droit à la ville, et 
» sur-tout de se cacher le mieux qu'ils pourroient. Prenant 
)> ensuite avec lui le reste des Athéniens, il livra bataille 
» par terre aux Mi^gaiiens. Ss étoient encore aux mains, 
}) lorsque le vaisseau , qui s'étoit hâté , se rendit maître de 
» la ville ». Plutarque ajoute que cette dernière manière de 
raconter cette histoire lui paroît plus vraisemblable, à cause 
d'un usage qui s'observoit, et qui y avoi t beaucoup de rapport. 
( i45) §, Lix. A la prise de Niaée, Nisée étoit (a) le 
port des Mégariens, environ à deux milles de M^ares, 
suivant la remarque de (^) Spon. J'en parlerai plus ample- 
ment dans ma Table Géographique. 



(a) Diodor. Sîcol. lîb. xii , $. lxvi , tom. i, pag. 524. 
{h) Voyage de Spon , tom. ii , pag. 170. 



U8S HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

( i46) §, Lix. Lui donna pour garde. Le peuple s'ëtant 
assemble y au siget des embûches que Pisistrate feignoit lui 
avoir été dressées, lui accorda (a) cinquante gardes pour 
la sûreté de sa personne. Ariston en proposa le Décret . . . 
Ce Décret {b) passé , le Peuple dans la suite ne chicana 
pas Pisistrate sur le nombre de ses gardes ^ et lui en laissa 
prendre autant qu'il voulut. Solon, dans une lettre (c) à 
Ëpiménides , que rapporte Diogènes Laerce , mais qui pa- 
roît supposée , écrit que Pisistrate demandoit quatre cents 
gardes y et qu'on les lui accorda malgré aes représentations. 
Polyseen {d) dit qu'on lui en donna trois cents. 

(147) §, Lix. Et s'empara, par leur moyen, de la cl* 
tadelle. Pisistrate s'empara de l'autorité souveraine au 
commencement des six derniers mois de la quatrième année 
de la cinquante-quatrième olympiade ; sous TArchontat de 
Ck>mias. Cela est clairement exprimé dans 1a (tf) Chro- 
nique de Paros. *A^* i JluwiTVf^êç 'AS-tifSv irtf^mmot^ trn 
HHJ^IAAAAniI. *'AfXêrrêç A'bitnn Kmfuu, « Depuis le temps 
M que Pisistrate s'est emparé de la Tyrannie , Comias étant 
» Archonte, il y a 397 ans ». Ce calcul de l'Auteur de la 
Chronique répond au commencement de Janvier de l'an 
4, 1 53 de la période j ulienne , 56 1 ans avant notre ère. Yoycz , 
sur cette manière de compter, la fin de la note 76. Plutar* 
que dit de même dans la Vie de (/*) Solon , que Pisistrate 
commença sa Tyrannie sons l'Archonte Comias. Il mourut 
{g) la première année de la soixante-troisième olympiade. 
Ainsi il gouvemoit les Athéniens , lorsque Crésus s'infor- 
ma quels étoient les plus puissans peuples de la Grèce. 



^ 



(a) Flutarch. iu Solone , pag. g5 , E. 

ib) là. ibid. F. 

{c) Dîogcn. Laert, în Solone , lib. i , Segm, lxvi, pag, 4i. 

(d) Folysn. Strategem. lib. 1, cap. xxi , $. m, pag. 46. 

(e) Marmor. Oxoniens. pag. 36. Epoch. xli. 
(/) Flutarcb, în Solone , pag. 97 , A. 

Ig) Corslni Fasti Attic. toI, m , pag. 94* 



CLIO. LIVRE ï. StSj 

Te n'ignore point que Meursius (a) place le commence'^ 
ment de la Tyrannie de Pisistrate à la cinquantième Olym- 
piade ; mais ce Savant ne s'appuie que du témoignage de 
S. Qëment d'Alexandrie (6), qui a copie Tatien,.et de 
l'Anonyme qui a donne en grec une description des Olym- 
piades , qui se trouve à la suite de la Chronologie d'Eusèbe. 
L'autoritë de ces deux Pères de l'JBglise pouyoit être de 
quelque poids avant la découverte de la Chronique de 
Paros ; mais cette autorité doit céder à celle de ce précieux 
monument Quant à l'Anonyme y qui a donné en grec une 
description des Olympiades, Meursius l'a cru un Ancien , 
mais personne n'ignore actuellement que c'étoit Scaliger. 
Le sentiment de Meursius a été très-hien réfuté par le 
P. Corsini , (c) Qerc Régulier des Ecoles Pies. 

Hipparque son fils lui succéda. Thucydides (d) prétend 
qu'Hippias étoit l'aîné y et qu'il succéda à son père. J'ai ré- 
futé Thucydides, liv. v, J. i^v, note 119. 

(i48) §* Lix. Et la gout^erna sagement. Voici un autre 
exemple de la modération de Pisistrate. Il garda {e), dit 
Plutarque , la plupart des Loix de Solon , les observa le 
premier, et obligea ses amis de le faire. H étoit déjà Tyran , 
lorsqu'il fut conduit devant l'Aréopage pour cause de 
meurtre. Il se présenta modestement pour plaider sa cause ; 
mais l'accusateur se désista de son accusation. Aristote (J^ 
dit aussi la même chose. 

(149) 5* l'X* Epouser sa fille, Meursius (^) nomme Cœ- 
syra cette fille de Mégaclès , et s'appuie du témoignage de 



(a) Meurslns, de Ârchont. Athen. lib. i, cap. xiv, et in Plsistr. 
cap. III. 
{b) Clément. Âlexandr. Stromat. lib. i , vol. i , pag. 397 , lin. 3^ 
(c) Fflsti Atticï , tom. m, pag. 87. 
{d) Tbucydîd. lib. i , §. xx ; lib. vi, J. liv et LV. 
(e) Flutarch. in Solone, pag. 96, C. 
(/) Aristot. de Republ. lib. v , cap. xii , pag. 4i7 , B* 
(^) Meursius, in Fisîstrat. cap. xv. 



988 HISTOIRE d' HÉRODOTE. 

Suidas, qui dit au mot '£y»i««ir«p«»^/y9y, que Coesjrafut 
mariëe k Pisistrate; mais cet Auteur n'ajoute point qu'elle 
f i\t fille de Mëgaclès. Le même Suidas rapporte à la fin de cet 
article , que CœBjTA ëtoit fille d' AlcmsDon ; ce qui es t d'autant 
plus yraiseniblable, qu'Aristophanes appelle Mëgaclès dans 
les Acharnes, vers 684, • KêtrifUf, 

(i 5o) §. LX. Nommée Phycu Cette Phyu (a) ëtoit fille d'un 
nommé Socrates, et yendoit des couronnes. Pisistrate la maria 
à son fils Hipparqne , comme le raconte Clidémus, au hui- 
tième livre des Retoiu*s. « Elle (6) fut accusée de crime 
» d'£tat , après qu'on eut chassé Pisistrate. J'aurois pu, dit 
» le dénonciateur, l'accuser aussi d'impiété, pour avoir re- 
j) présenté Minerve d'une manière impie ». 

M. Valckenaer a saisi cette occasion pour corriger un 
passage d'Athénée , qui a éludé la sagacité de Gasaubon. Il 
est du livre xiii, chap. ix, pag. 609, C. K«ii r^r nmrmyvTmf 
/i lÏHnrrféCTêf fVi r^y rvfUfft^u it AêiirSç w?tfit9 u^êç i;^9»wm,9 
%m^tlf ^9^ ytyêfifitty lirtç km) rjT hS itMMrrt ri^y /K^p^^v. Casau- 
bon dit en note : In mssto BibHothecœ Palatinœ , légère 
m£mini cum is liber eêset in manibus meis, ms 'AêtifStç wufSf, 
Utrumque mendosum : neque nos Clio Herodoti quicquam 
docetquodsit êanando huic vulneri. M. Valckenaer corrige 
mç *A$nfSç Y.mTufttç tl^éç ?j^#»«f» : correction très-heureuse, 
dont on peut voir les preuves dans la note de l'édition de 
M. Wesselinc. 

M. Lefebvi*e de Villcbmne corrige dans sa Traduction 
d'Athénée , tome v , pag. 1 69 , «mii rjf ? ttMntyvTmf Uetrirrfênêv 
trt Ttf9 TVfmmJ'tiwtifSty if 'Aêtimç u^êç f;^«vr«y. Ce M. IjC^ 

febvre , qui a pour tous les Savans, et sur-tout pour Casaubon, 
le plus souverain mépris , auroit bien dû nous apprendre 
à quoi il faisoit rapporter wHfSf, Quand on ignore même 
les règles les plus simples de la grampiairc , il fjptudrpit être 
an moins un peu plus modeste. 

(a) Athen. t)eipDOSoph. lib. xiii , cap. iz, png. 609, C^ D, 
ib) l|ennogeD. de luvent. lib. i, pag. 42, lin. 26. 

(,50 



CLIO. LIVRE I. 28g 

(i5i) J. hx. On reçoit le Tyran. De tout temps les am- 
bitieux ont fait servir la Religion à leurs desseins, et lé 
Peuple naturellement superstitieux et imbëcille, en a tou- 
jours été la dupe. 

(i52) §, Lxi. Passoient pour être sous l'anathéme, Më- 
gaclès, qui ë toit Archonte (a) dans le temps delà conjuration 
de Cylon , en fit ëgorger les complices au pied des autels 
oà ils s'ëtoient réfugies* Voyez liv. v , 5* ^^^ > ^^ ^^ ^^ 
expliqué plus au long. On peut aussi consulter les notes. 

Tous ceux qui avoient eu part à ces meurtres furent re- 
gardés comme des gens abominables. Les Partisans de Cjlon 
ayant repris des forces , étoient {b) perpétuellement en 
guerre avec la famille de Mégaclès. Au fort de la sédition, 
et le Peuple étant partagé^ Solon s'avança au milieu , et 
persuada à ceux qu'on appela les abominables y de se sou« 
Illettré au jugement de trois cents des principaux citoyen?. 
Ils furent condamnés. On bannit ceux qui étoient encore 
en vie ; on déterra les morts , et on jeta leurs cadavres hors 
des frontières de l'Attique. 

Mégaclès étpit sans doute revenu de son exil y ainsi que 
eçux de soi^ parti. 

(i53) 5* l«xif A Erétris, Il y avoit deux villes de oe nom. 
Tune en Thessalie , l'autre en Eubée. Pisistrate se retira 
dans la dernière y puisqu'il partit (c) de l'Eubée pour revenir 
dans l'Attique y et que son port étoit commode pour Oûre 
une descente dans oe pays. 

(i54) §. LXi. Son avis prévalut. On lit dans le manus- 
crit j9 delà Bibliothèque du Roi y yfmfc^ , leçon qui est assex 
bonne , et un peu plus haut rrfanmnfa-t y qui ne vaut rien. 
M. Wesseling soupçonnoit que les leçons qu'on remarque 
à la marge de l'édition toute grecque de Henri Etienne y 
veuoient d'un manuscrit de la Bibliothèque de S. Rémi 
' : : ^ 

(a) Plutarch. in Solon^, pag. 84 » A. 
.(^)Id.îbid.pag. 84,1^,0. 

(r) PolyaeiT. Strategem. llb- i, cap. zzi, $. i , pagr 45, 
ybme If Ou 



ago HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

de Rheims. Je les «i toatet rctroaydes dant les nissts de h 

Bibliothèque du Rot. 

(i55) 5* ^^i* -duxquelUê iU avoieni rendu quelques 
êervices, M. l'Abbd Geinoz (a) lit wfif^imrt avec un iota 
aouacrit, qu'il fait venir de la troisième personne du plus- 
que parfait passif de wfm^iéf^miy suivant le dialecte Ionien , 
et rinterprète : iU demandèrent deu prèuenê aux villes 
qui avaient du respect et de la reconnaissance pour les 
bienfaits dont ils {^ les Pisistratides ) les aiH>ient préve^ 
nues, AL Wesseling est de même avis. En ne mettant 
point riota souscrit , wf entière peut venir de wféuiivm^. 
Alors il faudra traduire: ils tirèrent des présens des villes 
dont ils avoient en quelque sorte connu auparavant la nuit- 
nière dépenser à leur égard Je suis de l'avis de MM. GeinoB 
et Wesseling. J'aurois pu traduire aussi dans le même sens 
des villes qui leur avoient quelques obligations. Ecoutons 
maintenant le savant M. Coray. 

« Ce sens métaphorique du mot Juè'iêfuu s^est conserve 
M tel qu'il est dans Hérodote^ dans notre langue vulgaire. 
» Nous autres Grecs modernes, qui ne valons pas les an- 
n ciensy employons le mot îrr^fxo^oi/dans le sens primitif 
M du mot mti^itfuuy respecter, avoir honte, comme dans ces 
i> phrases : irrfwwn r« ynfiç ^v, respecte ma vieillesse : 
y» ê\f trrfiwtwmt n'<is-tu pas honte7 Nous lui donnons en- 
)i suite le sens métaphorique d'avoir des obligations à quel^ 
» qu'un, de lui devoir quelque chose, comme dans ces 
» phrases : ^ rop irrfiwêfuu r! «-«ri , je ne lui ai aucune 
» obligation; et plus élégamment encore , car nous avona 
n aussi nos élégances, ^i» rit îrrfiwfun ftirt vxi fiijri êXtyiw^ 
n je ne lui ai aucune obligation, ni grande, ni petite, tItsw 
» irrfiwftMti quelle obligation lui ai-Je? c'est-à-dire, au- 
» cune, n y a encore un autre endroit où Hérodote emploie 

(a) Mémoires de rAcsdémie des iDscriptions , tom. zti , Hisf. 
p9£- 64* 



C L I O. L I V a E I. 991 

i> le mot TfûtnêuréMt daiu le mêflie sens. C*tst lib. iii>$. cxl» 

C o H A Y. 

(i56) J. LXi. JF/ zi;t Naxien, nommé Lygdamis, Ce Lyg- 
damis ëtoit un grand ami de Pisistrate. Celui-ci ayant {ait 
la conquête de l'île de Naxos, il en confia (a) le gouyeme* 
ment à Lygdamis^ ou plutôt il lui en donna la Tyrannie ; 
carPolyœn {b) dit qu'il en ëtoit Tyran. Lygdamis aida Po- 
lycrates à devenir (c) Tyran de Samoa. 

(167) 5> l'Xii- Au commeTicem^ni de la onzième année, 
A m iv^tKMTit irtéf a été mal rendu par le Traducteur latin', 
anno undecimo ver tente. Voyez ci-dessous^ livre 11, J. iv, 
note 9. 

( 1 58) J. LXii. Un Devin d'Acharnés , nommé Amphilyte. 
n y a dans toutes les éditions , un Devin d'Acarnanie , 
« AxufVMv xfn^^xiyôç. Qu'il y ait eu des Devins en Acarcanie , 
personne n'en doute. Hérodote lui-même fait mention de 
Devins de ce pays en deux endroits de son Histoire. Je n'en 
suis pas moins surpris de voir un Devin d'Acarnanie se pré- 
senter à Pisistrate sur la route de Marathon à Athènes, 
pour Tencourager à son expédition. Il n'y avoit aucun in- 
térêt pour venir de si loin , et cependant c'étoit le grand 
mobile qui faisoit agir les ministres des Dieux de même que 
le reste des hommes. 

D'un autre côté, il est très-sûr qu'il y avoit des Devins 
dans l'Attique, et qu'ils y étoient en beaucoup plus grand 
nombre que dans l'Acamanie ; mais ce qui me paroît déci- 
der la question en faveur d'Acharnés, c'est que Platon fait 
appeler Amphilyte par (d) Socrates , notre compatriote , 
« ifitt^turoç A'ft^iXuTôs , et ime ligne plus bas , Théagès répond 

(a) Herodot. lib. i , $. lziy. 

(6) Poljaeni Strategem. lib. i , cap. xziii, $. 11 , pag. 48 et 49. 

(c) Id. ibid. 

{d) Plati in Theage. Toi. z , pag. i34. 

Oo a 



^9^ histoihe d'héuodote. 

que c'étoit un Devin, X^9«}u«/éf. S. Clëment d'Âlexaii- 
drie (a) dit positivement qn'Amphil jte , pftr le conaeil de 
quj Pisistrate s'empara de )a souveraineté , ëtoit Athénien. 
Il est vrai que toutes les éditions de ce Père de l'Eglise por- 
tent Amphilète, mais c'est une faute des copistes. Hérodote 
aura probablement écrit Atutfuvç , suivant le dialecte Ionien ^ 
nn copiste ignorant y aura substitué Axtiffif, M. Valckenaer 
rapporte plusieurs exemples oii les copistes ont pris l'un 
pom* l'autre. Il est bien étonnant que l'Abbé Auger ait tra- 
duit ces(6)motsd'Escbines, • TXnitui ru Ax^futtç vi«f, par 
ceux-ci (c) : fila de Glaucua (TAcarnanie; Glaucus éloit 
d' Acharnes. 

Le nom de cette bourgade me rappelle celui d'Acbradus, 
qu'Etienne de {d) Byzance a mis au nombre des bourgs 
(#l9^«i) de l'Attique. Ce Géographe s'appuie sur le Z^Ti^ 
vers des Concionatricea d'Aristophanes. Il ne s'est point 
apperçu que c'est une plaisanterie de ce Poète comique. 
Blépyrus {e) étoit constipé pour avoir mangé des poires 
sauvages, izfiU. Il joue sur ce mot, dont il fait un nom de 
peuple qui n'a jamais existé, v?» fût ymf ûItûç fitSuxifmKt 
Ttif B-vfMfy imç 7c%r irt ifB-fmTêç A;^p«/«yat«f. Nunc enim 
hic, quicun^ue tandem ille ait Achraduaiua vir, oatium 
ohaeravit. 

C'est d'après cette autorité que (/) Meursius, Corsini {g\ et 
le Dictionnaire {h) Géographique de la Martinjère,ont parlé 
de cette prétendue bourgade. La Martinière enchérit sur lea 
autres, en changeant cette bourgade imaginaire en tribu. 

(a) Clément. Alexandr. Stromat. lib. i, vol. i, pag. 398* 
{h) ^ch. ^%ft TltiftLTftû'Cy pag. 58, lin. 32. 
(c) (Buvret de Démotthèuea, seconde édit. tom. m, pag. 56i. 
{d) Stephan. Byzant. voc. A;t^«t/owc. 
(e) Aristophan. Ecclesiazut. vers. 555. 
■ (/) Meursius de Topulis Atlic. 
{g) Fasti Attici , tom. i , pag. 226. 
{à] La Martinière, Dictionn. Géograph. att mot Achraâm^ 



C L I oi L 1 V R E I. îicj'Ç 

(iSg) J* LXïi. inspiré par les Dieux. Bun wo/wwjf ;tf iiJ- 
^ £ Mf signifié , accompagné par le Dieu , ma par le Dieu , &c. 
M. Bryant (a ) prétend que cet Amphilyte avoit une ré- 
vélation divine , une commission particulière des Dieux , 
et pour le prouver, il dérive wfiixiiy qui vient de wifix^t , 
des langues Orientales, où Pomphi signifie les oracles. 
Ainsi , selon ce Savant , w^fiwi n'est autre chose que )a pro- 
cession des oracles. Voilà, il faut en convenir, un étrange 
abus de Térudition» 

JlùfifjFfi vient de wifiiirm , mitto , deduco, De-là il signifie 
missio , ou l'action d'envoyer ; impulsus > instinctus , ou 
l'impulsion, l'inspiration; deductioy ou l'action d'accom- 
pagner. On trouve un exemple de la seconde signification 
dans Aristides, In Panathen, tom^ i , pag* io5 , ex edie, 
Oxoniensi. La dernière signification a donné occasion de 
prendre ce mot dans le sens de procession , parce que cçs 
processions accompagnoient les châsses de Dieux qu'on 
promenoit autour des temples, ou ailleurs. 

(160) J. liXiii. Lee citoyens d'Athènes. Le grec dit: 
les Athéniens de la ville, afin de les distinguer de ceux des 
bourgades de l'Attique ; c'est par cette raison que j'ai tra- 
duit , les citoyens tT Athènes. 

(161) 5. i*xiii. Les mit en déroute. Cette défaite des 
Athéniens arriva près du bourg de Pallène. Andocides parle 
au contraire d'une victoire remportée à Pallénium , par les 
Athéniens , contre les Pisistratidcs. Mais voyez liv. v , 
§. Lxv, note i55. 

. (162) J. Lxiii. Ses fils. L'expression latine est équi- 
voque : pueros impositos equis. Pueri sont-ils des enfans ? 
de qui sont-ils enfans ? à quoi bon envoyer des enfans ? Si 
l'on doit entendre par ce mot des esclaves^ on ne voit pas 
quelle confiance les Athéniens pou voient prendre en leurs 



(a) Â new System , or an Anal y sis of ancien t Mythology. vol. i , 
png. 269. 



agi HISTOIRE D*H é R O D O T B. 

ilUcours. La phrase grec<|ue u'est point ë([uiyoque; IliinV- 
rf«r«f itmiiZinkt Têiç wiH^ms iw) 'iwwuf , tur-tout si om U 
compare à celle-ci du parmgyaplie hxi, îCivAiviv* «^ r«7fv 
wMmty il délibéra avec ses Jiiê. 

(i63) §. Lxiv. Pisistrate s'ééani ainsi rendtf maître. 
u Fi^istrate, tout Tjrran qu'il ëtoit, aimoit let Lettres et 
I» fayorifoit ceux qui lea culti voient Ce fut lui qui ratsem- 
» Ua toutes le« couTrea d'Homère dims an Tolume, et qiû 
D donna au public Tlliade et TOdysfiëe en Tëtat oà notis 
n les avona* 

» Tyran signifie trois choses: i"*. Celui qui gouverne 
D souverainement, mais légitimement (a) et avec justice 
» un Etat qui lui appartient C'est en ce sens que doit s'en- 
V tendre le mot Tyran dans presque tous les endroits où. 
i> Hérodote l'emploie, a^. Celui qui a usurpé sur un peuple 
» libre Fautorité souveraine, soit qu'il gouverne avec mo- 
D dération et équité > ou d'une manière injuste et cruelle. 
» Tel étoit Pisiatrate , qui cependant gouvemoit les Athé* 
n niens selon kurs loix. 3^. Celui qui gouverne d'une 
» manière injuste et cruelle, scdt que l'Etat lui appar- 
)) tienne légitimement, soit qu'il Tait usurpé. Tel est en 
>i françois la signification de ce mot Fisistrate fut le pre- 
v mier qui ouvrit à Athènes une bibliothèque publique. 
H Les Athéniens après lui l'enti-etinrent et l'augmentèrent 
» considérablement; mais Xerxès ayant pris et brûlé la 
» ville d'Athènes, enleva tous les livres, et les transporta 
» en Perse. Long-temps après le Roi Séleucus, surnommé 
Nicanor , les fit rapporter à Athènes ». Voyez Aulugelle, 
J^oçt^ jiUic. Libé ri, cap* xrii. 

BBIil^ANGES. 

Fbyez livre m , J. t, note io3, oCl j'ai donné des idées 



(a) Je suii persuadé que M. Bellanger se trompe , et que ce 
fDot n'est pris en ce sens que par les Poètes. Voyez li?. m, ^ l, 
aotc io3. 



C L I O. L I V R E I. 295 

jStiis justes de ce que les Grecs entendoieat ]par le terme de 
Tyran. 

On avoit grave sur la base de la statut de Pisistrate y h 
Athènes , cette Inscription : 

c( (a) J'ai été deux fois T3rran; deux foîs le peuple d'Erecli- 
y> thëe m'a chasse , et deux fois il m'a rappelé , moi Pisistrate , 
)> grand dans les conseils , qui ai rassemble Homère ^ dont 
)) les livres épars ne se chàntoient auparavant que par par- 
)) ties. Car ce Poète ejccellent ëtoit notre concitoyen, puis- 
)) que nous autres Athéniens nous avons fondé Smyme ». 

M. Levêque dit, dans sa traduction des Sentences de 
Tliéognis , page 9 , note , que « Pisistrate rassembla les 
)) couple is dispersés du père de la Poésie épique ». Je ne 
savoîs pas qu'Homère eût fait des couplets. 

(l64) 5. LXiv. En pcartie de VAttique et en partie du 
jleuve Strymon* Il y avoit des mines d'argent dans TAt- 
tique, à Laurium (i) et à Thorique (c). 

Le pays entre le Strymon et le (d) Nestus étoit célèbre 
par ses mines. Philippe s'en étant emparé, en tiroit de 
grands revenus. 11 y avoit au mont Pangée {e) des mines 
d'or et d'argent , aussi bien que dans le pays en -deçà et 
au-delà du Strymon. On sait que les Athéniens avoient des 
places sur ce fleuve , et entr'autres Amphipolis. 

(i65) %. LXiv. Qui avoient tenu firme dans la dernière 
action. Quelques personnes rendent ce passage : gui étoieni 
restés dans. la ville. Je crois qu'elles se trompent. Il y a 
grande apparence que les Athéniens qui n'avoieiit pas voulu 
marcher contre Pisistrate, lui étoient favorables; il u'avoit 
donc aucun sujet de s'assurer de leur fidélité ; mais il avoit 
tout à craindre de ceux qui avoient montré de la fermeté 



(a) Ânalecta yetor. Foetar. Grœcor. tom. m , pag. 216. cccviii. 

(b) Thucydid. lib. 11 , 5. LV , pag. i53 ; et lib. vi , J. xci , p. 437. 

(c) Xenoph. de Reditibus, cap. m, J. xliii, pag. 27 f. 

(d) Strab. lib. vu, pag. 498, B. 

(e) Id. Excerpt. ex lib. vu , fin. pag 5 11, col. 1 , B. 



flgG HISTOIRE D'HERODOTE, 

dans la dernière action. Il devoit en bon politique prendre 
leurs enfans en otages, afin de tenir les pères en bride et àç 
les empêcher de remuer. 

(i 66) §. LXi V. Il s'assura de leurs enfans, &c 'Oftifttç,.,^ 
A«C«f se rapporte à if^/^mrt rtfv TvfMm^tty et c'est ce qui m'a 
engage à traduii*e de la sorte. C'est , je pense y de ces ôtagea 
que veut parler Solon, lorsqu'il dit aux Athéniens : 

JC«i ^<«t r«or« »mxiif tr^tri /irA*nrviyy. 

« Vous avez agrandi vos Tyrans , en leur donnant de;i 
i) gages ^ et c'est à cause de ces gages que vous êtes esclaves n^ 

Toirê9ç se rappovte , je crois , à Pisistrate et à ses enfans. 
Si on avoit l'élëgie entière , dont ces yers |ie sont qu'un 
flegme nt , nous saurions à quoi nous en tenirf 

Pisistrate , non content de prendre pour otages ces e|ifan9 
des Athéniens , désarma encore le Peuple , et ce moyen ne 
fut pas moins efficace pour s'assurer de ses ennemis. 

Voici ls{, manière dont il s'y prit. Il ordonna (è) aux 
Athéniens de se rendre avec leurs armes au temple de 
Castor et PoUux. Ils obéirent. Il les harangua d'une voix 
basse; et comme ils ne pouvoient l'entendre , ils le prièrent 
de se placer dans le vestibule du temple , afin que tout le 
monde pût l'ouïr commodément II eut cette complaisance^ 
mais il n'en parla pas moins bas. Tandis qu'ils prêtoient 
une oreille attentive à son discpurs , ses troupes s'avancè- 
rent , enlevèrent les armes des Athéniens , et les portèrent 
dans le temple d'Aglauros , qui étoit près de 1^ citadelle ; 
car 11 fout lire dans Polyaen, AyA«p^» et non point Ay^^J^v. 
Cette Aglauros étoit fille de Cécrops. Mais pour en revenir 
^ux Athéniens, lorsqu'ils se virent sans armes, ils recon- 



(a) Analecta veter. Poetar. Graecor. tom. i , pag. 71 , xviii. 3. 
Plutarch. in Solone , pag. 96, B. M. Brunck a préféré avec raison 
/v^'ie^» qui est la leçon d'Henri Etienne. 

{ff) Polyaeni Siralegem. lib. i, cap. xxi, J, q. 

niu'cnt 



CLIO. LIVRE I. 297 

nurent alors que la foiblesse de la voix de Pisislrate ëtoit 
uii artifice qu'il ayoit imagine pour les leur eulever. 

Maxime de Tyr fait aussi allusion à cette ruse : « Quand (a) 
» les Athéniens, dit>il^ ont-ils été esclaves ? quand les Pi- 
}} aistratides les forcèrent à cultiver la terre , après leur 
» avoir enlève leurs armes ». 

Voici encore un autre moyen dont il se servit Comme il 
cndgnoit une révolte de la part d'un peuple aussi nombreux 
que celui d'Athènes, il le dispersa en le forçant d'aller 
habiter la campagne. « Que ferons-nous, dit (b) Dion Chry- 
» sostôme y k tous cek gens-ci ? les forcerons-nous à habiter 
)> les campagnes , comme le faisoient anciennement les 
» Athéniens , et comme ib le firent depuis, lorsque Pisis- 
)} trate se fut emparé de l'autorité souveraine »? Le même 
Orateur en parle encore, Oraison xxv , page â8i , D. 

Pour empêcher les gens de la campagne de rentrer dans 
la ville, le même Pisistrate leur ordonna de porter le cato- 
nacé, sorte d'habillement d'une étoffe grossière, qui n'alloit 
qu'aux genoux , et qui étoit bordé par bas d'une peau de 
mouton avec la toison. Voyez Hésychius, au mot K«r«f4t«9, 
et Julius Pollux, liv. vu, chap. xiv, segment lxviii, 
tom. II, pag. 735. 

Aristophanes en parle aussi. <( Avez-vons (c) donc ou- 
» blié , Athéniens , que lorsque vous portiez le catonacé , 
» les Lacédémoniens vinrent en armes , tuèrent un grand 
» nombre de Thessaliens , d'amis et d'alliés d'Hippias \ 
» qu'en cette occasion ils furent les seuls qui vous secou- 
M rurent, et q)ie vous ayant remis en liberté, ils revêtirent 
» votre peuple de l'habillement des hommes libres , en la 
I) place du catonacé )> ? 

(167) J. LXiv. // V affermit enfin en purifiant Pai suivi 

(a) Maximi T3'rii Dissertât, xxix, vnlgo xtii, §. m, pag. 549. 
(i^) Dip Chrysostom. Orat. vu , pag. 120, B. 
(c) Aristoph. Lysistrat. vers. i<5o et seq. 

Tome h Pp 



29S HI8TOIRB D'HÉRODOTE. 

Texplication de M. TAbbé Geinox^ qui proaTe très-bien (a) 
que ces paroles : PUUtrate Savait conduise, ei en avoit 
confié la garde à LygdamU , doirent être mises entre paren- 
thèses , et que la « puticale oonjonctÎTe wfif yt ïrt rtirêic^ 
y» joint le participe mm^ifmi à ceux qni procèdent la paren- 
» thèse, et le (ait dépendre de iffl^mrt ri? Tvp^rNVk, qui 
A est le Terbe principal de la phrase aoqn^ se rapportent 
N tons ces participes. 

a On apprend , dit M. Geinoz (6), par cet arrangement 
I» grammatical y la raison pour laquelle Pisistrate purifia 
i> Délos y et nous Toyons clairement que ce Tjran n'entre- 
» prit cette purification que comme. ub moyen d'afiermir 
» sa Tjrrannie. Il faUoit qu'il y eût un Oracle qui eût promis 
» une grande puissance et beaucoup de iptosçéTiXèy àqui- 
» conque entreprendrmt de purifier cette île. Hérodote ne 
n rapporte point l'Oracle ^ et je ne crois pas même qu'on 
» puisse le trouver ailleurs; mais il n'est pas moins certain , 
» par ce qu'en dit Hérodote, que Pisistrate crut deroir l'ac- 
» complir , persuadé que de-Ià dépendoit l'affermissement 
» de sa puissance , et la tranquille possession de 9/^ États »* 

(168) 5* LXiY. Voici comment y &c. Thucydides s'accorde 
parfaitement bien avec notre Auteur. « Le Tyran Pisis- 
» trate, dit>il (c) , purifia autrefois File de Délos, non toute 
» entière, mais l'espace seulement qu'on pouvcHt découvrir 
» du temple ». 

(169) 5* l'Xi'v- Il fit exhumer lee eadaures. Les Athé- 
niens (d) achevèrent ce qu'avoit commencé Pisistrate ; ils 
transportèrent ailleurs tous les tombeaux qui se trouvèrent 
dans l'île de Délos, et défendirent aux femmes d'y faire 

(a) Mémoires de rAcadémîe des Belles -Lettres, tom. xxiii , 
Hist. pag. 1 )6. 

(b) Id. ibid. 

(c) Thacydid. lib. m, §. civ, pag. a3o. 

(d) Id. ibid. Flutarch. Apophthrgm. Laconic. pag. Sq , edit. 
iluitUr. 



CLIO. LIVRE I. 299 

leurs conciles^ et à qui que ce fût d*y mourir, maia d'aller 
pour cet effet à File de Rhënëe. 

Ce peuple superstitieux attribua à la négligence de cette 
dëfense (a) la peste qui ravagea l'Attique vers le commen- 
cement de la guerre du Péloponnèse. 

Lorsqu'Ëschines , allant (6) à Rhodes, toucha à Délos, 
les Dcliens ëtoient affligés d'une espèce de lèpre , leurs che- 
veux étoient blancs, ils avoient le col et la poitrine cou- 
verts de boutons , mais ils étoient sans fièvre , et sentoient 
peu de douleurs. Ils regardoient cette maladie comme un 
effet de la colère d'Apollon, parce qu'on avoit enterré dans 
cette île im de ses principaux habitans. 

(1 70) §. LXiv. jipec Mégaclèê. Il y a dans le grec : avec 
rAlcmœonides. LaurentValla paroît avoir lu A'xxftmtmfMmf, 
Plutarquc dans la Vie de Solon (c) , dit : Mégaclès s'enfuit 
aussi-tôt avec le reste des AlcmsDonides. 

(171) 5. I.XV. Agasiclès. Hérodote a écrit Hégésiclès, 
selon le dialecte Ionien. Pausanias {d) et les Auteurs qui 
ont suivi celui des Athéniens, mettent Agasiclès. 

(17a) 5. Lxv. Lycurgue. a Lycurgue , par les loîx qu'il 
» donna aux Lacédémoniens , forma dans le sein de la Grèce 
)) un peuple nouveau, qui n'avoit rien de commun avec le 
» reste des Grecs , que le langage. Les Lacédémoniens 
)) devinrent par s<m moyen des hommes uniques dans leur 
» espèce, différens de tous les autres par leurs manières 
» comme par leurs idées et par leurs sentimens , par la façon 
» même de s'habiller et de se nourrir , comme par le carac- 
n tère de l'esprit et du cœur. Mais rien ne contribua davan- 
» tage à en faire une nation tout-à-fait isolée, que la loi {e) 

(a) Diodor. Sicul. lîb. zii , $. ltiii, tom. i , pag. 5iÇ. 
(&) JEAch. Epist. pag. ao5, B. 
(r) Plutarch. in Solone, pag. gS , F. 
(J) Fausaii. Laconiç. sivo Hb. m , cap. vu, pag. 220* 
{e) Les Lacédémoniens ne lioient aucun commerce entrVux ni 
avec leurs TOisius , pluLÙr , sans doute , par un effet de leur carne* 

Pp 3 



3oo HISTOIRE D'UBRODOTE. 

* » qn'ils se prcscri voient d'ëcartcr les étrangers de leur pays, 
p 11 semble qu'Hérodote rapporte rétablissement de cet 
» osage aux siècles qui précédèrent Lycurgue , et qu'il en 
n attribue Tabolition à Lycurgue même. S'il a yéritablement 
» prétendu que la loi qui défendoit de recevoir les étran- 
» gers, étoit plus ancienne que Lycurgue, et que depuis ce 
» Législateur elle n'a pas même subsisté , il est contredit 
M et par le témoignage exprès d'une foule d'Eori vains , et 
M par nn grand nombre de faits historiques, et par des faits 
» qu'il rapporte lui-même Les droits de l'hospitalité étoient 
» sacrés à Lacédémone , comme dans le reste de la Grèce. 
» Ménélas y reçut Téiémaque et Pisistrate; Odyss. iv. 
» Les Lacédémoniens firent un bon accueil aux Minyens, 
». et leur accordèrent les droits de citoyens, ci -dessous, 
» liv. IV, ^. cxLV. Aristote rend témoignage à la facilité 
» qu'on avoit dans ces premiers temps à devenir citoyen 
» de Sparte, Politic, lib. ii ; et Strabon assure, liv. viii, 
>} que les premiers Rois Héraclides de cette ville , c'est-è- 
» dire, les ancêtres de Lycurgue, accordoicnt sans peine 
» le droit de citoyen à tout étranger qui se présentoit Cette 
» loi, la Xénélasie Lacédémoniène , Efy«A««iW AmxmuKiy ne 
» subsistoit donc pas avant Lycurgue. Ainsi, quand Hérodote 
I) représente les Lacédémoniens conune insociables entr'eux 
» et à l'égard des étrangers , jusqu'au temps de la réforme de 
V Lycurgue , il prétend parler sans doute, ou de leurs divi- 
» sions intestines, arrivées , de l'aveu des Historiens, sous 
}> leurs premiers Princes Héraclides, ou de la coutume bar- 
» bare d'immoler des hommes, qui leur a été si souvent 
» reprochée. (Plutarc?i, in PartUleL Porphyr, de Absti- 
» nentiâ , lih. u. ) Quant à la Xénélasie , Lycurgue , bien 

tère barbare , qu'en rertu de quelque loi. Lycurgue ne changea 
pas tous leurs usages; celui-ci fut du nombre de ceux qu'il con- 
serTS , parce qu'il en sentit l'utilité pour les mœurs. Ce fut aussi 
le motif qui lui fit chasser les étrangers. Voyez Xénoplion , tom. v ^ 
pag. 96. 



C L I O. L I V a E î. 3ol 

j» loin de lavoir abolie , en a. été certainement Tauteur. 
» Xënophon^ tom. v, pag. 96, compte cette loi à la suite 
i> des autres loix établies par Lycurgue (a). Voyez aussi 
» Flutarque in Lycurgo , Philostrate EpistoL &c. Sans 
i> toutes ces autorités j la Xénëlasic Lacédémoniène porte 
» assez d'elle-même le caractère du Législateur , par sa liaison 
}i avec Bes autres loix; leur singularité et leur rigidité ren- 
» doient celle-ci nécessaire ^ et il ne faut chercher ailleurs 
» ni son auteur, ni les raisons de son établissement. Le 
)> motif de cet établissement fut d'empêcher les citoyens 
» de Sparte de recevoir de mauvaises impi^essions de la part 
» des étrangers. Xénophon ihicL Plutarch. in Lycurgo eu 
)i in Agide. Thucydides, liv. 11 , en apporte une autre rai- 
» son; c'est, dit-il, que Lycurgue craignoit que l'étranger 
>i ne profitât de la politique des Lacédémoniens, et qu'il 
» n'établît chez lui des maximes de gouvernement et des 
)> règles de vertu pareilles aux leurs ; mais Flutarque détruit 
» cette raison, et s'attache à justifier les Lacédémoniens , 
» en assurant que Lycurgue -éloigna les étrangers, non pas, 
» comme l'avoit cru Thucydides , dans la crainte qu'ils 
» n'imitassent la sagesse de ses loix, et qu'ils ne fissent par 
)) ce moyen des progrès dans la vertu , mais plutôt de peur 
» qu'ils ne donnassent des leçons pernicieuses pour les moeurs. 
)> Il fait même entendre que l'exclusion n'étoit que pour 
» les étrangers qui auroient pu se glisser dans la ville sans 
» aucune bonne raison. En effet, Tcntrée n'en étoit point 
» fermée à tous sans exception. Lycurgue fit venir Thaïes 
» de l'île de Crète, selon Strabon, livre x. Plutarch. in 

(a) Cela ne détruit point ce que je riens de dire en note. 
Lycurgue, en habile homme et en sage Législateur , sut tirer de 
la barbarie de ses compatriotes un parti avantageux pour les 
mœurs. Les exemples qu'apporte M. Bellanger pour prouver que 
les étrangers étoient reçus a Lacédémone , sont des cas parti- 
culiers, qui ne prouvent pas qu'ils fussent admis généralement , 
comme ils l'étoient parmi tous les autres peuples de la Grèce. 



3oa HISTOiaE D'HÉRODOTE. 
)} Lycurgo et in Agide, Quelque temps après ^ les Lacëdë- 
M moniens mandèrent de Lesbos le Poète Terpandre : Phé* 
I) rdcydes y vint aussi , Plutarch. in Agide, Tyrtëe y fut 
j> reçu, naturalisé et fait citoyen. Quelques Ecrivains > au 
M rapport de Plutarque , Apophth, Laconic, , ont même 
» prétendu que Lycurgue avoit ordonné d'admettre au 
» nombre des citoyens et dans le partage des terres, les ëtran- 
V gers qui voudroient embrasser les loix du pays \ mais cette 
» opinion, à la prendre dans sa généralité, n'est appuyée 
» ni d'autorités, ni d'exemples. Il y avoit une autre espèce 
j> d'étrangers que Lacédémone se trouvoit trop heureuse 
» de recevoir, sans craindre d'aller contre les intentions de 
)) son Législateur. Je parle des alliés qui, avec des troupes, 
» venoient à son secours. Cest ainsi qu'à la naissance pres^ 
» que de la République , sous le règne de Téléclus , les 
M Egides, qui composoient une iamiUe Thébaine, vinrent 
» de laBéoticàSpartc, &c. VoyexVmàaxe Isthrn. Ode vir, 
w et Pyth, Ode v, et son Scholiaste. Pausan. Laconic, et 
)) Conon Narrât, xxxvii. M. de la Nauze, tom. xii des 
» Mémoires de l'Acad. des Inscript, pag. 169, &c Stobéo, 
i> Serm. x1.11, pag. 293, dit en général (d'après Nicolaos, 
» dans son Histoire des Mœurs des Nations) qu'il n'est pas 
)) permis aux étrangers de demeurer à Sparte, ni aux Spar* 
u tiates de demeurer dans un pays étranger. Voyez aussi 
» Suidas, »u mot A.->..», Bbli-angb». 

(173) 5,LXV. Quelques-uns ajoutent, etc. « L,ycurgue (a) 
)) se conduisit comme Minos, Jont il étoit l'imitateur; car 
)) il {^pprit de la Pytliie> dans ses fréqueqs voyages, les loix 
» qu'il devoit donner aux Lacédémoniens. Je ne dirai pas 
» que cela se passa de la sorte ; mais c'étoi t l'idée commune » . 

(174) J. liXV. Lorsqu'il fut tuteur de son neveu Cfia- 
riUus , Roi de Sparte. H y a dans le texte : Ayant été 
< ' ■ ' • ' '■ ■ ^ ■ II. 

[q) Slrab. Qengrapli. lib. xvi, pag. iio5, C, D. 



CLIO. LIVRE I. 3o,1 

tuteur de son neveu Léobotas. Ce texte est manifestement 
corrompu. J'avois traduit dans ma première édition : jâyané 
été tuteur de eon nepeu sous le règne de Léobotas. J'avois 
suivi en cela la conjecture du chevalier Marabam , conjec-^ 
ture qui ëtoit approuvée de M. WesseHng. Quoique j'aie 
changé de sentiment ^ j'ai laissé subsister la note de la pre^ 
mière édition ^ parce qu'étant empruntée en partie de celle 
de M. Wcsseling , j'ai cru qu'on verroit avec plaisir les rai- 
sons qui lui avoient fait adopter la conjecture du Savant 
Anglois. Mais après avoir exposé ces motifs , je tâche de 
prouver qu'ils ne sont pas recevables , et qu'il faut néoes-^ 
sairement suivre la conjecture de feu M. le Président Bou- 
hier , quoique je n'approuve en aucune manière les calculs 
de ce Savant. 

Léobotas ne pouvoit être neVeu de Lycurgue , puisqu'il 
descendoit de la branche des Eurysthénides , et Lycurgue , de 
celle des Proclides. Si l'on suppose avec Paulmier de Gren> 
temesnil (a), que ce Prince étoit fils de sa sœur, cela ne 
pourra s^accorder avec ce que tous les Historiens nous disent 
de la naissance de Léobotas et de celle de Lycurgue. D'ail- 
leurs, la plupart des Auteurs conviennent unanimement 
que Charillus ou Charilas étoit le pupille et le neveu de 
Lycurgue. Aussi feu M. le Président Bouhier vouloit-il 
qu'on substituât (b) Charillus à Léobotas ? Il est vrai qu'a- 
vec ce changement on remédieroit à tout, mais il me paroît 
trop considérable. J'ai mieux aimé suivre le Chevalier Mar-» 
sham (c), qui se ccmtente d'une légère transposition, quoi- 
qu'elle ne soit point du goût du savant Président. Awxm fyé9 

Ti«y AimZmrtm , eta Rien alors n'est si'sàmjde. La distance 
entre Lycurgue et Léobotas n'est pas si grande que le fait 



(a) Exercitat. in optimos fere Âuctores Grœcos, pag. 55o. 

(b) Recherches et Dissertations sur Hérodote , pag. i5o. 

(c) Canon Chronicos , 6cc. peg. 42$. 



So4 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

11. le Président Boahier (a). Eunomus et Polydectes^ Pan 
père, Tantre frère aine de notre L^islatenr , et de la race des 
Proclides , n'occupèrent le trône que fort peu de temps.. 
Lëobotas , de celle des Ëurysthënides , vécut très-long- 
temps ; Doryssus et Agésilas, l'un son fîls^ l'autre son petit- 
fils, lui succédèrent asses rapidement. Ce fut sous cet Agé^ 
siJas que Ljtnirgue publia ses Loir; 

Il n'est pas nécessaire , pour appuyer ce sentiment , qu'Hé- 
rodote s'accorde avec le calcul d'Apollodore, et qu'on lui 
fasse dire qpe Lycnrgne travailla à ses Loix sous le règne 
de Léobotas. Il suffît que la tutèle de son neveu appar- 
tienne à ce règne, et qu'il alla ensuite en Crète, d'où il 
rapporta ses Loix. Strabon place ce voyage (h) de Crète 
après la tutèle. 

Telle étoit ma manière de penser, lorsque je donnai ma 
première édition. C'étoit aussi celle de l'illustre M. Wes- 
seling, et je m'étois fait d'autant plus de plaisir de la suivre 
et de la revêtir de nouvelles preuves, que ce savant avoit 
mérité l'approbation du public, et qu'il s'étoit distingué 
par ses éditions d'Hérodote, de Diodore de Sicile, de l'Iti- 
néraire d'Antonin, et par un grand nombre de Dissertations 
particulières sur des sujets non moins intéressansqu'impor- 
tans. Je n'avois pas enoore des vues bien arrêtées sur la 
Chroiiologie d'Hérodote, et même je no me proposois que 
<le mettre celle que l'on trouve communément dims les édi- 
tions de cet auteur. J'en sentis bientôt l'insuffisance, et oe 
fut alors qu'après avoir étudié de nouveau mon auteur, je 
donnai l'Essai sur la Chronologie d'Hérodote. La Chrono- 
logie des Rois de Lacédémone entroit naturellement dans 
mon plan : mais pressé par le temps etrebuté par la difficulté. 



-*»— 



{a) Recherches et DÎMertatîons sur Hérodote, pag. iSo.Lycurgoo 
publia ses Loix , suirant ce Sarant , io8 ans après la mort de 
Léobotas; mais il soit en cela Meuraios , 4qii^ yopinion est desti** 
tuée de fondement. 

(^J Strab. Geograph. lib. ]|, pog. 739, A. 

J'aimai 



C L I O. LIVRE I. Zo5 

I j'aimai mieux n'en rien dire da iout^ que de proposes 

s sur cet objet des idëes yagues ou destituées de fondement. 

Ayant eu quelque loisir depuis la publication de la première 
u édition , j'en ai profité pour reformer quelques articles de 

mon Essai de Chronologie, et pour y ajouter un chapitre 
; entier sur les Rois de Lacëdémone. On y verra que bien 

loin que Lycurgue ait été le tuteur de Labotas, comme lo 
porte le texte corrompu d'Hérodote , ou qu'il ait été tuteur 
de Charillus sous le règne de Labotas , comme le prétend le 
çlieyalier Marsham , il n'étoit pas même né ni sous le règne 
de Labotas ; ni sous celui de Doryssus, fils de Labotas. On 
y verra aussi que Lycurgue fut tuteur de Charillus , l'an 
5,826 de la période julienne , 888 ayant notre ère, qu'il ins- 
titua, ou plutôt qu'il renouvela les Olympiades l'an 3,S3o de 
la même période, 884 ans avant notre ère, et enfin qu'il pu- 
blia ses Loix l'an 3,848 de la même période, 866 ans avant 
notre ère. Je me contente de donner ici ces dates. Ceux qui 
voudront connoîtreles motifs sur lesquels çUes sont fondées, 
n'ont qu'à consulter le dix-^septième chapitre de mon Essai 
de Chronologie , pag. 489 et suiv. 

(174) J. Lxv. Sous le règne de Léobotas, On doit .d'au- 
tant moins laisser subsister dans le texte le nom de Labotas 
que ce prince monta sur le trône i,o35 ans avant l'ère vul- 
gaire , et qu'après un règne de quarante ans , il mourut 999 
ans avant la même ère ; au lieu que Lyciu'gue vint au monde 
l'an 924 avant J. C. , c'est-à-dire, qu'il naquit 76 ans après 
la mort de Labotas. Je sais qu'on pourroit appuyer le texte 
de nos éditions du témoignage de Pausanias. ( Lacon. sive 
lib. m , cap. 11 , pag. 207. ) Mais cet auteur étant altéré en 
une infinité d'endroits, qui peut assurer qu'il ne le soit pas 
dans celui-ci ? D'ailleurs , il n'y a pas d'autorité qui puisse 
prévaloir contre une raison empruntée de la Chrono- 
logie. 

Irisons pncQre un mot de Léobotas , 01; plutôt Labotas. 
Il ctojt fils d'Echéstratus, et 11 fut père de Doryssus. Ccli^ 
Tome L Q î 



3o6 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

est confirme par une inacription trourëe par M. l'Abbé 

Fonrmont dans le temple d'Apollon Amyelëen. 

TAAEKAOZ (a) TO APXfiAAO TO AFESIAAO TO 
AOPTXXO TO AABOTAZ TO EXEXTFATO BAFOS. 

«Talëclns, Roi, fils d' Archëlaîii , fils d'Agësilans, fils 
» de Doryssus , fils de Labotas, fils d'Ecbëttratos ». 

M. Fonrmont obsenre avec raison, qu'il y a une faute 
dans le mot A«C«V«k, mais il a tort d'y substituer AmSirm ; 
le gënitif Dorique des noms en «r et en 9V dans les dëcH- 
naisons parisyllabiques, se terminant en m long. T« (h) hs 
mç ^ HÇ tfç éuffrm i^rvAAi»C#f nXtféfUpmy ttêtitmç fétfi^ A'rriMSf 
tiff êi t)^H Tiff yuiKtif Oiêf A'ipffW) A'ifiiV àmftKSt ^ fit m 
fUMfêf wîfmifH Ti/f ytf isùt/f êtê9 rS A'ihiV ImnnSf ^$ ^mr^ Im* 
<K Les noms en iç et en if dans les déclinaisons parisyllabi" 
» ques, font iv au génitif dans le dialecte commun et dans 
M l'Attique; comme A'iuUçy A'in/it : dans le Dorique ils ter- 
j» minent le génitif en «long; comme A'/fiuk» tS A'mU, et 
D dans l'Ionique en i # ». Il n'y a donc qu'à retrancher le 
sigma que l'ouTner aura ajouté par méprise on par igno* 
rance. 

A l'égard du mot Bmyiç , que M. Fourmont interprète trop 
Taguement par Dux, il faut savoir que ce terme désignoit 
le Roi chez les Lacédémoniens. On trouve dans Hésychiua, 
BtiyêÇy BtmXtiç , AtUmuf. D'après cette autorité, je corri- 
gerois rS BmySftf Sftm A îmn^îm , au lieu de rH rmjïï ». r. A. dans 
l'épigramme (c) de LoUius Bassus sur les trois cents Lacé-> 
dëmoniens qui périrent au passage des 1%ermopyles. B«y«f 
étoît, comme on le voit, le terme propre à Lacédémone 
pour signifier un Roi. 

On trouve encore le mot Btiyêç dans deux autres Inscrip* 

{a) Mémoiret de l'Académie des loscriptionf , tom. xti , HUt* 
pag. 10*5. 

ib) Eiutatb. td Homer. Iliad. lib. i, pag. 11 , lin. 4, à fine. 

(c) Antbolog* lib. ixx^ cap. ▼, pag. 2o4, ex edit. Henrici Ste-* 
phanl. 



CLIO, LIVRE I. 3of 

fions trouvées au même endroit Voyei les Mémoires de 
FAcadëmie des Belles-Lettres , tom. xvi^Hist. pog. io4. 

( 1 75) 5* l'KV. Prii des mesures corUre la transgression, âc. 
II7 ent (a) des Lacëdëmoniens qui, trouvant trop dures 
les loix de Lycurgue^ aimèrent mieux s'expatrier que 
de s'y soumettre. Us passèrent en Italie chez les Sabins, et 
lorsque oeux-d s'incorporèrent avec les Romains , ils leur 
communiquèrent une partie des usages de Laoëdëmone^ 
qu'ils avoient adoptés. 

(177) 5* Lxv. Les Enomoties, Us TViacades, Le Glos-i 
saire de l'Âbbayc de S. Germain-des-Prés expliquant ce 
que c'est que l'Enomotie^ dit : vé^^s w»fit Tels AvrtKuç^ 
corps de troupes chez les Athéniens ; ce qui est absolument 
fhux. On trouve dans Suidas et dans V Etymologicum Ma^ 
gnwn, wmfm vTç Atucî^mfféêHêtf j ce qui est juste; mais le 
savant M. Ruhnken (b) rejette cette faute sur les copistes, 
et veut qu'on lise dans ce Glossaire, w»f» rêHç Tmatruulç ^ 
che% les Auteurs qui ont écrit sur la Tactique. 

L'Enomotie est, suivant quelques-uns, la même chose 
que le Lochus; suivant d'autres, elle en est la moitié ; et 
même il se trouye des Auteurs qui prétendent qu'elle n'en 
est que le quart. Foye% le. Dictionnaire de Tactique parmi 
lés manuscrits de Coislin, pag. 5o6. Or, le Locbus, suivant 
l'Auteur de ce Lexique , est de huit, de douze ou de seize 
hommes. Cette opinion sur le Lochus n'est pas soutenable , et 
il suffît de la présenter pour en Sure sentir l'absurdité. 
Thucydides (c) assure qu'il y avoit quatre Enomoties dans 
le Pentéoostys, et quatre Pentécostyes dans le Lochus. Le 
Pentécostys étant de cinquante hommes, le Lochus devoit 
être de deux cents hommes , et l'Ikiomotie de douze hommes» 
parce qu'il n'est pas possible de partager cinquante en quatre 



(a) Dionys. Halicam. Antîq. Roman, lib. 11, $. xlix, pa/^. 109. 
(6) Tîmaet Lexîc. Tocum Flatonîcarutn , Voc. 'E? •^•t/*, 
(c) Thucydid. lib. t, $. lxtiii , pag. 559. 

Qq 3 



3o8 HISTOIRE D'H ii: R O D O T £. 

parties égales. D'un antre côte, Xénophon, qui a passe une 
partie de sa ^ie parmi les Lacédëmoniensy et qui a été à 
portée de connoî tre parfaitement leur gouyemement , Xéno- 
phon, dis-je, nous (a) apprend que la Mora oomprenoik 
quatre Lochus, huit Pentëcostyes^ seize Enomoties. Si le 
Lochus ëtoit de deux cents hommes, la Mora devoit être 
de huit cents hommes, le Pentécostys de cent, et rEno- 
motie de cinquante. Cela détruit absolument Tidée qu'on 
doit se former du Pentécostys , d'après Tétymologie de ce 
mot Si l'on suppose que le Lochus n'étoit que de cent 
hommes, la Mora sera de quatre cents hommes, et il n'y 
aura que deux Pentécostyes dans le Lochus, et deux £no* 
moties de vingt-cinq hommes chacune, dans le Pentécostys* 
De quelque manière qu'on envisage ce passage, il se troU* 
Tera en contradiction avec celui de Thucydides. 

n peut se faire cependant que ces deux Auteurs ne se 
soient pas trompés. La Mora aura varié, à-peu-près de 
même que nos régimens, quant au nombre d'hommes dont 
elle étoit composée. Le Pentécostys n'aura jamais changé, 
je veux dire, qu'il aura été dans tous les temps de cinquante 
hommes , mais qu'il y aura eu plus ou moins de Penté- 
costyes , selon que la Mora aura été plus ou moins forte. 
L'Enomotie aura été tantôt de la moitié du Pentécostys, 
et tantôt du quart, comme le prouvent les passages de 
Xénophon et de Thucydides, ci -dessus rapportés. Il me 
pait>it certain que lorsque Lycurgue institua ces diffêrens 
corps, l'Ënomotie n'étoit que de douce hommes; car s'il 
eût été porté à vingt-cinq, comme il le fut depuis, il n'est 
pas vraisemblable que ce Législateur eût formé dans le même 
corps des compagnies de trente hommes. Cela n'auroit pas 
manqué de mettre de la confusion dans la Mora*, car Triacas 
est le nombre de trente , et les Triacades sont nécessaire- 
mient des compagnies de trente hommes. L'Enomotie étoit 

(a) Xenoph. Ltcedcm. Polit, cap. zi, $. it, pag. 87 et 86. 



X^ L I O. L I V a B I. 809 

jf^nt-étre alors la moitié de la Triacade , et il deroit y avoir 
tant de Triacades dans chaque LochnSi et tant de Lochna 
dans chaque Mora. Dans le temps que la Triacade ëtoit 
admise , le Pentëcostys ne pouToit avoir lieu : car le Lochus 
et la Mora ëtant divises par trente^ n'étoient pas stiscep- 
'tibles de l'être par cinquante^ à moins que la Moia ne fût 
alors de trois cents, de six cents ou de neuf c^its hommes. 
De quelque manière que j'envisage ce passage , je n'y vois 
qu'obscurité que je ne suis pas en état de dissiper. Si quel- 
qu'un est en ëtat de le faire , c'est assurément M. l'Abbe 
Barthélémy, de l'Académie des Belles-Lettres. Ce Savant 
ftura certainement occasion d'en parler dans l'Ouvrage qu'il 
prépare sur la Grèce ; Ouvrage dont il m'a lu quelques 
morceaux, et qui m'a paru aussi profond qu'agréablement 
écrit. 

n me vient une idée, qui ne concilie point, il est vrai> 
Thucydides avec Xénophon, mais qui peut expliquer }us«- 
qu'à un certain point le passage^d'Hérodote. Les Triacades, 
dont parle cet Historien, n'étoient peut-être pas ime por- 
tion du Lochus, un corps de troupes subsistant, mais ce 
que nous appelons dans nos troupes une chambrée , corpe 
qui n'avoit d'existence que lorsqu'il s'agissoit de prendre 
ses repas. Ce qui me le persuade, c'est que le Lexique msst 
d'Hérodote, qui est à la Bibliothèque de Saint-Germain- 
des-Prés, expliquant ce mot, dit : ^(Smm xurm ^iftuç 9^ 
Mft^fêêç a' ài^Sf^ repas par bourgades et nombre de trente 
hommes. Il faut faire attention que chez les Anciens, les 
corps d'armée n'étoient pas composés comme chez nous, de 
soldats pris indistinctement de tous les pays de leur domi- 
nation. Les tribus et les divisions des tribus n'étoient pa» 
confondues les unes avec les autres. Te sais que (a) M. Koen 
prétend que la première explication, je veux dire, t^lthntt 
xMTét iflnfiHs y ne regarde pas les Triacades, mais les Syssities, 
w - , I ■■ ■ 

(a) Koenios in notls ad Gregorium , de Dialectis, pag. aS^» 



^lO HlSTOiaB D'HÉRODOTE. 

dont parle ensuite Hërodote. Gela poorroit être. Cependant'^ 
ploâ je rëflëclÛB sor ce passage, et plus je me persuade qu'Hé^ 
rodote n'aroit pas en vue les Sjssitieaqui se iaisoient en 
temps de paix y mais celles qui étaient en usa^ lorsque 
les troupes itaml en campagne. En efièt, Hërodote dit v 
« Ljcuigue r^^ ce qui cottoemoit la guerre, les Enomotîes^ 
n les Triacades et les Syssâtiesn.Te crois que notre EUstorien 
a ajouté le terme de Sjssitîes pour expliquer celui de Tria-^ 
cades , et afin d'empècber ses Lecteurs de penser que la 
Triacade f lit un corps de troupes faisant partie d'un corps 
pVns considérable. 

Quoi qu'A en soit de cette idée , je la soumets au jnge-«> 
ment des Lecteurs , et j'invite ceux qui ne l'approuveront 
pas, à me fiôre part de leurs observations^ le Public né 
pouvant que gagner à ces sortes de discussions. 

L'ouvrage de M. l'Abbé Barthélémy a paru depuis ma 
première édition. Je m'étois bien douté que ce Savant éclair- 
ciroit ce point embarrassant. J'invite le Lecteur à lire le 
Vojrage du jeune Anacbarsis, tom. ii, pag. 596, de l'édi- 
tion m-4* , ta. principalement la note, page 64o et suivantes. 
J'ai vu avec la plus gnoade satisfaction que \e m'étois ren-r 
contré avec ce Savant que la mort nous a enlevé le 5o 
avril 1 795 , à l'âge de 79 ans, trois mois, dix jours. Il étoit 
né le 2K> janvier 1716. M. de Nivomois à fait son éloge» 
M. de Sainte-Croix, Savant du premier cnrdre, l'a fait aussi. 
Un Savant ne pouvoit être dignement loué que par un 
Savant La première édition de cet éloge , rapidement en- 
levée, a donné lieu à une seconde. Dans celle-ci, l'auteur 
est entré dans beaucoup de détails intéressans sur les dif- 
férons ouvrages de l'Abbé Barthélémy , et sur-tout relati*- 
vement «u Voyage d'Auacharsis. Pers<mne n'étoit plus en 
état de sentir le mérite de ce Voyage et de l'apprécier que 
l'auteur de çét éloge. D avoit vu les commencemens de cet 
ouvrage; il l'avoit suivi dans ses progrès *, Barthélémy ne 
ffi}sqit rien sans l'i^voir consulté, et les tables des hommes 



c L 1 o. t 1 y a E I. 5ti 

qui se sont distingaës dans les Lettres et dans les Arts , 
depuis les temps Toisins de la prise de Troie , jusqu'au 
règne d'Alexandre inclusÎTementi sont de lui. 

(178) §. Lxv. // institua les Ephoree. Les sentimens 
sont partages sur l'institution des Ephores. Eusèbe pré- 
tend (a) qu'on les créa la première année de la cinquième 
olympiade. Plutarque rapporte dans la Viè de Lycurgue (b), 
qu'ils le furent environ cent trente ans après ce Législateur , 
par le Roi Théopompe ; et dans un autre Ouvrage (c), il 
assure la même chose. Mais comme Ljcurgue mourut yera 
l'an 856 ayant notre ère y il s'ensniyroit que l'établissement 
des Ephores devroit être reculé à la troisième année de la 
treizième olympiade ^ ou 726 ans avant notre ère. Il faut 
cependant convenir que les uns faisant Lycurgue plua 
ancien , et d'autres moins , Plutarque peut avoir suivi le 
calcul des premiers , aussi bien qu'Eusèbe. Ce qui le prouve , 
c'est que Théopompe , qui a établi suivant lui les Ephores, 
succéda à son père Nicaudre la troisième année de la seconde 
olympiade y comme on peut l'inférer d'un passage (d) de 
Saint Clément d'Alexandrie, où il est dit que les olympiades 
furent instituées la (e) trente-quatrième année de Nicandre, 
et Ton sait que ce Prince survécut cinq ans à cet établisse- 
ment. J'ai mis par de bonnes raisons, l'institution des olym* 
piades la 48* année de Nicandre , et l'avènement de Théo- 
pompe, son fils, an trône, cinq ans après, ce qui revient 
au même. Voye% l'Essai sur la Chronologie d'Hérodote, 
tome vn, chapitre xvii , page 497, et le Canon Chrono- 
logique, année 5,938. 

(a) Boseb. Chronic. Can. pag. 157. 

(&) PluUrch. in Lycurgo , pag. 43, E. 

(c) Id. ad Principem inemditum , pag. 779, E. 

{d) Clementis Alexandrin. Stromat. lib. x, tom. i, pag. 589, 
lîn. a3. 

(e) La Tradnctîon latine de Saint Clément, dit , la trentième $ 
mais le texte grec porte : to Jt« xatà <ro TfiAxerrtf <rl<r«f«roT ÏTOf . 



5l9 HISTOIRE D'HénODOTC. 

Aristote (a) pense de même que Flutarque^ qne Th^CK. 
pompe 9, institue les Ephores. Gicëron paroit aussi de oe 
sentiment : Quart {h) nec Ephori Lacedœmone sine causa 
à l%€opompo oppositi Regibus. On lit aussi la même chose 
dans Yalère Maxime (c). 

On peut cependant opposer à ces tc^moignages celui d'Hé- 
rodote , qui , ayant fait beaucoup de recherches y et ë tant plus 
voisin de ce temps-là, doit être d'un plus grand poids. Xëno^ . 
phon, qui s'ëtoit retiré sur les terres des Lacëdëmoniens,. 
et qui connoissoit à fond leur gouTemement , dont il avoit 
fait une ëtude particulière , est de même avis {d) qu'Hé- 
rodote, aussi bien que Platon (^), Satyrus (/), philosophe 
Péripatéticien , qui a écrit les Vies des Hommes illustres, et 
anr qui on peut consulter Vossius de Historicis Grœcis , &c. 

Cette note étoit faite depuis très «long -temps lorsque 
M. iSeunius, Professeur k Wittemberg , publia une nouvelle 
édition des Ouvrages Politiques de Xénophon. Je fus bien 
surpris deriiiterprétation qu'il donnoit àce passage, afin d'ap*« 
puyer l'opinion de ceux qui soutiennent que Théopompo 
étoit l'instituteur des Ephores , et je ne fus pas moins étonné 
qu'il e(Vt passé sous silence les témoignages d'Hérodote, do 
Platon et de Satyrus, qui la contredisoient formellement. 
Pour bien juger des raisons de oe Savant, il est nécessairo 
de mettre le passage entier de Xénophon sous les yeux du 
Lecteur ; cela le mettra à portée de juger de leur solidité. 
AAA« {jg) yiif y éTi ^f p tf 2x«prif ftMXtçm wuêtrrm r«i7f ifX^^. 



'■ < I \ III 



(a) Aristotel. Folîtic. lîb. ▼, c«p. xi. 

(5) Cicer. de Legibus, lib. m , $. tii. 

(c) Valer. Maxim. lib. ly , cap. i. Extern. 8. 

{d) Xenophont. Lacedsmonior. Polit, cap. tii, $. m, psg. 82. 

(e) Flato , Epist. viii , pag. 554, B. Hais il se contredit, de 
Jjfsihus , lib. m , pag. 691 , A , ou bien il attribue en cet endroit 
rétablissement du Sénat à un autre qu'à Lycurgue. 

(/) Diogen. Laeit. lib. x, Segment, ucrin, pag. 43. 

{g) Xenopb. Laced^emon. Polit, cap. vui , pag. 37 , es edit. 
Réunit. 

Tf 



C L T O. L 1 V R K I. 3l,^ 

Ti j^ Têlç fifictç y ïffttf axAfrtç, 'Eyi ^ifroi «ùi^ iyz**f*i9-tti 
êtfULt vfoTiftf Têt AvxSfyof raurtif rt/t ivt^lmf »«lif«iy«i, vpiK 
Ifiéyvmffimç i^êitirMTt rouç KfttrtfHç rSf if r^ vûXh. Ti»^/- 
fàf^itt 4^1$ Tttortty 9Ti %9 fttf rmtç êt>J^tttç wiXîTif it ^vimn/rtfâi 
ton fiôvXêrrm ^êKHf ntç ifz^f ^êÇéîo-^at , «AA4» fù^i^HTi , 
rSrê MuXipB-tféf ihmr îv ig r^ XT«i^rtf 01 Kfirtçàt 9^ ixi^x^f^ 
r«i fiuXtfM ràç ttfZ^^y ^ ^^ ^«^^^'^^ (<i'*< ftîyuxiurrm ^ ^ 
r«r, «r«y »ieA«>rr«i, rfi^éfTiç y «XX« ^9 fim^iT^orrtÇy vTraxuHV 
9o^t^09Tify 9» «vr0i ««(r«p;(^«0K rv r^o^tt 7r%léiT^«tty t^ir^itt 1^ 
rotff «AAovf * oxfp 1^ yfyi»9r«/. 'EtKoç 0^1 1^ r^v rîyf 'E^êftUç 
ê^ttftcfitv Têuç mÙT9vf T9uTMf ovyKUTitrKivmo^i y îxu^tf tyiarêu^ 
r« witB-trêm ^iytçâf mytcB-êf tïfétt t^ if vùXh f^ ir çfttrtâl «^ if 
91JC», Ot» y^f f**iÇ^ a[uf«tfHf tx** 1 '^fZVi TOTûurm fidXXof êtf 
iytjntrt mvrtif f^ KêtrmTrXii^Hf rovf wêXirttç rv v^ttxovHf. « Nous 
» savons tous, qu'à Sparte les Loix et les Magistrats sont 
» ponctuellement obéis. Mais je crois que Lycurgue n'eût 
» pas tente d'établir cette forme de gouvernement , s'il ne 
u se fût point concilié auparavant les plus puissans per- 
» sonnages de la République. Je suis d'autant plus fondé 
» à le croire y que dans tous les autres Etats , les Grands, 
» loin de vouloir paroître craindre les Magistrats, pensent 
>i que cela est indigne d'un homme libre *, tandis qu'à Sparte 
» les premiers de la ville leur témoignent les plus grands 
» respects , et se glorifient non-seulement de leur humi- 
» lité , mais encore de voler à leurs ordres^ lorsqu'ils sont 
» mandés , bien loin de les exécuter avec lenteur : per- 
}> suadés qu'en donnant l'exemple d'une obéissance sans 
u borne , le reste des citoyens ne manquera pas de les 
» suivre; ce qui est en e£Pet arrivé. Il est à présumer que 
» ce sont ces mêmes Grands qui ont établi , de concert 
» avec Lycurgue , la magistrature des Epborcs , lorsqu'ils 
M eurent reconnu qu'il résultoit de l'obéissance les plus 
» grands biens pour un Etat, pour une armée et pour 
u l^ministration intérieure d'une maison. En eflet, Ly-^^ 
» cm*gue pensoit que plus le gouvernement avoit de force, 
Tome L R r 



3li HISTOIRE D'H £ R O D O T E. 

I) et plus il avoit de moyens pour contraindre les citoyens 

» à Tobëissance ». 

n résulte de cette traduction, qui est exacte et même 
littérale, que Lycurgne a établi les Ephores. G^pendant 
M. Zeuniuj , Savant trè»-estimable , est d'un autre avi^. Il 
pense qu'il faut entendre par rûiç âvriç rêirttt , Us Grands 
de l'Etat , tûwç Kfmrintçy qui se trouvent précédemment. Je 
suis jusqu'ici parfaitement d'accord avec ce Savant dis- 
tingue y et j*ai suivi ce sentiment dans ma traduction ; mais 
il donne à entendre que dans Xënophon il n'y a que les 
Grands qui aient contribué à rétablissement des Ephores , 
puisqu'ib furent institués^ dit M. Zeunius, sous Théo- 
pompe, i3o ans après Lycurgne, et il s'appuie de l'autorité 
d'Aristote et de Plntarque. H auroit pu ajouter celle de 
Cicéron. Mais s'il faut interpréter de cette manière le pas- 
sage de Xénophon, il se trouvera en contradiction avec ces 
Auteurs qui ne parlent point des Grands de Lacédémone , 
mais seulement du Roi Théopompe : Quare , dit Cicéron , 
nec Ephori Lacedœmone sine causa à Theopompo op^ 
positi Regibus, 

Si M. Zeunius eût apporté un peu plus d'attention au 
texte de Xénophon , il se seroit apperçu que dans ce cha- 
pitre , il n'étoit question que de Lycurgue^ et que des loix 
qu'il établit , de concert avec les plus puissans citoyens de 
Sparte ; que rêiç mvrêiç rtintg sont ces mêmes citoyens dis- 
tingués, et que la pi-éposition rvv dans 0vy»mT»r»toirtif^ 
indique qu'ib instituèrent les Ephores^ de concert avec 
quelqu'un. Xénophon ne pou voit avoir en vue Théopompe , 
puisqu'il ne l'a pas même nommé une seule fois dans ce 
Traité , mais Lycurgne ; dont il n'avoit cessé de rapporter 
les actions jusqu'à ce moment Stobée avoit pris ce passage 
dans le même sens que je lui donne » et je suis étonné que 
M. Zeunius, qui rapporte les paroles de cet Auteur, ait 
rejeté son témoignage. H est vrai que Stobée ne cite pas 
exactement Xénophon , et qu'il se contente, comme le font 



CLIO. LIVRE I. 3i5 

la plupart des Anciens y de présenter le sens de cet Auteur, 
sans s'asservir scrupuleusement à la lettre. Il est bon de 
mettre aussi sous les yeux du Lecteur le texte de cet Ecri- 
vain , afin de le mettre à portée de juger, (a) 'Etii 4« «V»*' 
ré jrtiB-îo-B-tuf fiiytçùf tiyêt^ùv eifmf 9^ if sr«A«, i^ if ffêbrtSy f^ 
iV «<«*, riif Ttif E^êfêitês Jliftifuf xMTtrtttottn, Stobëe rap- 
porte, comme on le voit, les paroles mêmes de Xénophon, 
avec cette seule différence que celui-ci assure que ce furent 
les Grands de Sparte qui instituèrent les Ephores , de con- 
cert avec Lycurgue, tandis que Stobée fait dire à cet 
Auteur que ce fut Lycurgue qui les institua, sans parler 
de la part qu'eurent les Grands à cet établissement 

Je conclus encore qu^il ne faut pas changer ^«Aa^v «v 
iyintTû en fAuXX^f ar iy^rtirrê y OU en fuiXXêf iytianrrt y avec 
Camérarius , et M. Zeunius , ni en fci^O^f Ht rtç iytiTafTo , 
avec M. Morus^ ni sous-entendre nV dans fcoM^f «y iyfiauro , 
qui est une autre explication de M. Zeunius ^ iyintr^ se 
rapportant manifestement à Lycurgue. 

M. TAhbé Barthélémy a cherché à concilier ces deux 
opinions dans le Voyage du jeune Anacharsis, tome ii, 
page 52y y et sur- tout dans la note page 65<x C'est au lecteur 
à juger s'il y a parfaitement réussi. 

Les Ephores étoient au nombre de (b) cinq. On procé- 
doit à leur élection tous les (c) ans, le huit (d) Octobre. 
Ils étoient pris (e) dans la classe du Peuple. Le premier 
s'appeloit Ephore Eponyme (/) ; son nom servoit à dési- 
gner l'année; de même qu'à Athènes celui d'Archonte Epo- 
nyinc, et l'on disoit àLacédémone (^)/E^*f i»«rr«f n^tlftty 

(a) Stob. Serm. xui, pag. 288, lin. 47. 

(&) Paosan. Laconic. sive lib. m , cap. xi, pag. a3i. 

(c) Thucydid. lib. v , J. xix et xxxvi , pag. 53o et oSg. 

(cl) Dodwell de Cyclîs , Dissertât, viii , Sect. v. 

{e) Aristotel. Palitic. lib. 11 , cap. ix , pag. 33o , A. 

(/') Pausan. Laconic. sire lib. m, cap. xx , pag. 23a. 

v^) Thucjdid. lib. viii ,§.yi, pag. 5io. 

Rr 3 



3i<> HISTOIRE D' HÉRODOTE. 

un tel étant Ephore, Ils avoieiit la même autorité que IcJ 
G)smes (a) de Crète , avec cette différence qu'ils n'étoient 
que cinq, comme je viens de le remarquer , et qu'il y avoit 
dix Cosmes en Crète. Ils servoient de {h) contre-poids à 
Fautorité des Rois y et même ils les jugeoient avec les (c) 
Sénateurs. Comme ils étoient en quelque sorte supérieur» 
aux Rois , ils ne se levoient pas {d) quand ces Princes ve- 
noient dans un lieu où ils se trouvoient. Cléomènes (e) les 
fit massacrer > environ 226 ans avant notre ère, et je crois 
que depuis il n'est plus question d eux dans l'Histoire y ou 
du moins qu'ils n'ont eu aucune autorité. Leur magistra- 
ture s'appeloit ^vftiç, Platon. Epist. viii , pag. 554, B. 

(179) J. Lxv. Les Sénateurs. Lycurgue ajant remar- 
qué [f) que les Princes de sa maison, qui régnoient à Argos 
et à Messène, étoient dégénérés en Tyrans, et qu'en détrui- 
sant leurs Etats, ils se détruisoient eux-mêmes , craignant 
ie même sort pour sa ville et pour sa famille , il établit le 
Sénat et les Epliores, comme un remède salutaire à Tautontë 
Royale. 

Les Sénateurs étoient au nombre de vingt-huit (^). Outre 
cela il y avoit cinq Nomophylaques, ou gardiens desLoix» 
qui étoient appelés Bidiéens {h)\ mais j'ignore par qui ils 
furent établis. Cependant oh pourroit conjecturer qu'ils le 
furent aussi par Lycurgue. Ce Législateur ayant établi les 
loix concernant ({) les exercices des jeunes gens , il est à 

(a) Aristotel. Folitic. lib. 11 , cap. x , pag. 332 , D. 

{b) Flato de Legîbus , lib. m , tom. 11 , pag. 692 , A. 

(c) Fausan. Laconic. sire lib. m, cap. y, pag. ai5. 

{d] Xenophont. de Republicâ Lace(Î8emon. cap. xv, $. vi, pag. 99. 
Nicolaus Damascen. de Morib. Gent. apud Stobeum , Serm. xlii | 
pag. 294, lin. 7. 

{e) Flutarcb. in Agîile, et Cleomen. pag. 808, B , C 

(/) Flato , Episf . VIII , pag. 354 , B. 

(g) Herodot. lib. Yi, $. LTii. 

{h) Fausan. Laconic. sive lib. ui, cap. xi, pag- 23i« 

(1) Id. ibJd. cap. xiT, pag. 242. 



C L I O. I* I V B. E I, 3l7 

présumer qu'il cr^a aussi les Magistrats qui prësidoient à ces 
exercices. Or^ on sait que ces Magistrats ^ qui ëtoient au 
nombre de ciuq, de même que les Ephores^ prësidoient (a) 
à ces jeux. Quoi qu'il en soit , cela sert à ëclaircir un passage 
de Xënophon : « Knti^mf «y«yii» mvrof iVi to Îo-x^tôv rtfç «yo- 

iytify l^n y ttfiB-f>iintç BMrtXtm n t^ 'E^opvf , i^ FipdirrMf , i^ 

«AAyf èç TtrrtifmKêfTn « Il dit que {h) Cinadon l'ayant 

» mené à Textrëmitë de la place, lui ordonna de compter 
» combien il y avoit de Spartiates sur la place. Moi, rë- 
» pondît-il| comptant le Roi, les Ephores, les Sënateurs et 
» d'autres y faisant aux environs de quarante, je.... ». Les 
Sënateurs ëtoient au nombre de vingt-huit , les deux Rois y 
cinq Ephores; cela faisoit trente-cinq : il paroît par con- 
sëquent que par les autres il entendoit les cinq Bidiëens, 
le tout alors se montoit à quarante personnes. Le conspi- 
rateur vouloit montrer à celui qu'il cherchoit à attirer dans 
son parti , la facilite qu'il y avoit à s'emparer du gouver- 
nement, puisque le tout dëpendoit de quarante personnes ^ 
dont il ëtoit très-aisë de se dëfaire. 

M. Schneider, dans son édition des Hellëniques de Xë- 
nophon, pag. i53, met en note : Hune numerum expli" 
cavit Valchenaer ad Herodot. pag, 463. Atque ex eo re~ 
petiit Larcher in persione Herodoti. M. Schneider m'ac- 
cuse si affirmativement d'avoir copie M. Valckenaer, qu'il 
faut nëcessairement qu'il fût à côte de moi lorsque j'ëcri- 
vois cette note. Si ce Savant avoit lu ce que j'ai dit dans 
ma Prëface, il m'auroit sans doute rendu plus de justice. 
Je me suis très -souvent rencontre avec M. Wesseling 
et Valckenaer. Cela devoit être , puisque nous avons 
puise dans les mêmes sources. Cependant quand je me 
suis apperçu que l'un de ces deux Sa vans m'a voit prévenu y 

(à) Fausan. Laconic. sive lib. m, cap, xi, pag. oSi. 
{b) Xenoph. Hellen. lib. iii| cap. m ^ $. v, pag. 167. 



5l8 HISTOIRE O* HÉRODOTE, 

je n'ai pas balance à lui eu faire honneur. Comment , après 
ces preuves que je pourrois donner de mon exactitude à 
rendre à chacun ce qui lui appartenoit^ M. Schneider a-t-il 
pu m'accuser de plagiat? n'eût-il pas été plus honnête à ce 
Savant de se rappeler le mot du célèbre Richard Bentley , 
Emendat. in Ciceronis Tu$c, quœst, ir.ai. Omnea enim in 
multa incidimus, neacientea illajam ah aliia eaae occupata. 

Lycurgue institua aussi à Lacedémone l'Ordre Equestre (a) 
sur le modèle de celui qui ëtoit ëtabli en Crète *, mais avec 
cette diferenœ que les Chevaliers Cretois avoient des chc* 
vaux^ et que les Chevaliers Lacëdëmoniens n'en avoient 
point. 

Voyex ci-dessous, liv. viii , 5* cxxiv , note 181. 

(180) §. Lxvi. Un temple après sa mort. Les (b) La- 
cëdémoniens ayant fait serment de n'abroger aucune des 
loix de Lycurgue avant son retour à Sparte , ce Lëgisla* 
leur alla consulter l'Oracle dé Delphes , qui lui répondit 
que Sparte seroit heureuse tant qu'elle observeroit ses loix, 
lià-dessus il résolut de n'y plus retourner , afin d'assurer 
l'observation des loix à laquelle ils s'étoient engagés par 
sçrment. Il se rendit à Crisa , oà il se (c) tua. Les Lacédé- 
H)oniens ayant appris sa mort , et voulant reconnoître' la 
vertu qu'il avoit montrée précédemment^ et celle qu'il 
avoit fait voir en mourant , lui élevèrent un temple avec 
un autel y oà tous les ans on lui offroit des sacrifices^ comme 
à un héros. ' 

Pausanias et RutiM*que racontent la même chose ; le 
premier^ Laconic, aive lib. 11 r, cap, xri , pag, 948; le 
second, dans la Vie de Lypurgue, pag. 69, B. 

(181) 5? i-xvi. Se croyant supérieurs. Il y a dans le grec, 
jçttTttÇff^vufTtç. Voyez sur ce mot la note de M. Wesseling , 

• 

(a) Strab. lib. x , pag. 738 , A. 
{b) Excerpta ex Nicol. Damasc. pag. 449. 
(r) Flutarqiie dit qu'il se laissa mourir de faim. Plutarchiis in 
I>j curgo , pag. 57, F. 



^ 



C L I O. L 1 V B. B I. 3i9 

celle de M. Valckenacr sur le §. lax, et celle de M. Nidaâ 
sur le second livre des Gëoponiques^ pag. 106. Âppien 
s'en est servi de Be.llo AnnibaUco, J. xlvii, 

(181^) 5* l'XVi. Nourris de glands, Ije gland ordinaire 
est un fruit trop amer et trop peu substantiel , pour avoir 
jamais pu fournir à Fbomme un aliment convenable. L'es- 
pèce dont il s'agit ici, approche beaucoup ; pour le goût^ 
de nos châtaignes. Il en croît, et on en mange encore de 
pareils dans les parties méridionales de l'Europe. Les ha^ 
bitans de l'Espagne, dit (a) Strabon, les Oedsoient sëcher, 
et les a3rant ensuite réduits en farine en les broyant, ils en 
faisoient du pain. Encore aujourd'hui, on sert en Espagne 
de ces sortes de glands sur toutes les tables ; on les mangd 
rôtis comme nos marrons. Léon l'Africain (b) dit que non 
loin de Mahmora, au Royaume de Fez, il y a une forêt 
dont les arbres, très-ëlevës, portent des glands oblongs> 
assez ressemblans aux prunes de Damas, dont le goût ap* 
proche de celui de la châtaigne, mais qui lui est de beau- 
coup supérieur. 

(182) §. Lxvi. Ayant eu du dessous. Cet échec leur 
arriva sous le règne de ChariUus (c). Les femmes des Té- 
géates prirent les armes ((/) , et s'étant mises {e) en embus- 
cade au pied du mont Phylactris, elles fondirent sur les 
Lacédémoniens , tandis qu'ib étoient aux mains avec les 
Tégéates , et les mirent en déroute. ChariUus fut pris , mais 
on le renvoya après qu'on lui eût fait promettre de ne plus 
porter les armes contr'eux. En mémoire de cette action des 
femmes , on éleva dans la place de Tégée une statue de Mars, 
surnommé le GynsBCOthoène , c'est-à-dire, le Convive des. 
femmes, 

(a) Strab. Geograph. lib. m , pag. 233^ A. 

(b) Joan. Leonis Africani Afrjcœ Descrîpt. lib. m, fol. loi , în 
a versa parte. 

(c) Faasan. Laconîc. sîve lîb. m, cap. vii , pag. 319 et 230. 
{d) Id. Arcad. aire lib. viit, cap. y, pag. 609. 

{e) Id. ibid. cap. zlyiii, pag. 697. 



Sqo histoire d'h é r o d o t e. 

Voici la manière dont Polyowi raconte le même fait: 
« Les (a) lAcédëmoniens ravageant le territoire de Tégée, 
» Alnès, roi d'Arcadie^ envoya tous ceux qui étoient en 
n âge de porter les armes , dans un lieu qui dominoit les 
M ennemis , avec ordre de les attaquer au milieu de la nuit. 
I) n commanda aux vieillards et aux enfans de se tenir 
M devant la ville y et d'y allumer à la même heure un très- 
D grand feu. Les ennemis, étonnés à la vue de ce feu , 
M avoient toujours les yeux dessus. Pendant ce temps-là, 
» ceux qui étoient sur la hauteur, fondirent sur les Lacé- 
)) démoniens, en tuèrent un très-grand nomhre^ et ayant 
» fait beaucoup de prisonniers, ils les lièrent; et Toraclc 
u fut accompli. 

s Je te donnerai Tégée pour y danser »• 

Ce rëcit , quoique différent de celui de Fausauias , ne le 
contredit point cependant ; car il peut se faire que les femmes 
aient attaque de leur côte les Lacédëmoniens , tandis qu^ils 
rf oient aux prises avec les Tëgëates. Polyasn, qui n'avoit 
d'autre but que de rfipporter les rus(ss de guerre, n'i^ raconté 
de ce combat que U partie tqui entroit dai^ son plan. 

( 1 83) §, LX VI. Ces chaînes auhêistent encore àpréeent. Du 
temps de Pausanias on en voyoit encore une partie {b) dans 
le temple de Minerve Aléa. 

(i84) J. Lxvi. Minerve Aléa, La statue de cette (c) 
Minerve qu'on voyoit à Tcgëe du temps de Pausanias , y 
avoit été apportée du bourg de Manthurée en Arcadie. On 
l'appeloit Minerve Hippias, parce que dans le combat contre 
les Géans elle avoit poussé son char contre Encél^de. L'u- 
sage prévalut parmi les différens peuples de la Grèce, et sur- 
tout parmi les Péloponnésiens , de l'appeler Minerve Aléa. 
Ce fut sans doute parce que le secours de celtp Déessç fit 

{a) Volyeui Strategcm. lib. x , cap. viii, pag. 26. 
(h) Fausan. Arcad. sitc lib. yiii , cap. Xhsiif pag. 695. 
(r) Id. ibid. 

% évîlrr 



C L I O. L I V R E I. 321 

. éviter aux Dieux leur défaite y aW « signifiant effugium. 

U ne faut pas cependant confondre cette Minerve avee 
une autre surnommée Alea^ parce qu'elle étoit adorée 
dans (a) la yille de ce nom , en Arcadie. 

(i85) 5« i-xvir. Le typ$ et V antitype. Cet endroit n'est 
pas aisé à rendre. Si j'eusse traduit : le coup est repoussé par 
le contre-coup , je me serois rendu plus clair , mais je me 
serois écarté dé l'original , qui doit être obscur tant qu'on ne 
sait pas le mot de l'énigme. Pausanias rapporte (b) le même 
oracle. L'abbé Gédoyn (e) traduit , les coups redoublés ; ce 
qui fait un sens bien difiPérent. Hérodote expliquant cet 
oracle dans le paragraphe suivant^ dit que le type est le 
marteau^ l'antitype l'enclume , et le mal sur le mal , le fer 
qui est forgé sur l'enclume. 

(i 86) §. LXYii. Jusqu'àce qu'enfin Lichas, J'écris Lichas ; 
Lioliès de l'original étant \m ionisme , auquel n^a pas fait 
attention leTraductem'latin.Tliucydides (û?),Xénophon(«), 
Plutarque (/*) écrivent toujours Lichas. Ce ne peut être 
cependant le même dont parlent ces deux derniers Auteurs , 
puisque Plutarque prétend qu'il ne se rendit (g) recom- 
mandable que par le repas qu'il donna aux étrangers qui 
avoient assisté aux Gymnopédies. 

BayLe ( au mot Anaxandride ) voulant relever le Sup- 
plément de Moréri , a étrangement défiguré ce passage. On 
pourra le rectifier à l'aide de ma Traduction. 

Les liacédémoniens frappèrent par reconnoissance une 
médaille en l'honneur de Lichas. On {h) voit d'un côté la 



(a) Fausan. Arcad. sîvc lib. viii, cap. xziii, pag. 64a. 
(J)) Pausan. Laconîc. sîve Hb. m, cap. m y pag. 210. 

(c) Pausanias de TAbb^ Gédoyn, tom. i , pag. 25i« 

(d) Thucydid. lîb. v, §. L, pag. 549. 

(e) Xenopb. Memorab. Socrat. Dict. lib. i , cap. u. 
(/) Plutarch. in Cimone , pag. 484, F. 

{g) Id. ibid. 

i/j) Nicol. Francis. Hsym, Thcsaur. Çrîtannic. tom. j, pag. i33. 
Tome L S s 



Saa HISTOIRE D'HÂRODOTB. 
tête d'Hercules , et de Taotre , une tète crée une gnmde 
barbe et un ornement singulier. On lit autoor Amé, Je croi-* 
rois que l'alpha est en partie effiictS. On sait que les Doriens 
formoient le gënitif en m long (a). Cette mëdaille est d'ar« 
gent^ et d'un oavrage asses mëdiocare. L'ornement de télé, 
qui ressemble beaucoup à celui des prêtres, a donne Heu 
à M. Haym de conjecturer que les habitans de Lacédémcme 
a3rant ëlevé un temple en l'honneur d'Orestes, établirent 
lichas Prêtre de cette divinité. Mais peut-être cette m^ 
daille regarde-t-cUe un autre Tichas. 

(187) 5- l'XTH. jâgaihoergeê. A'ymB-êtfyêf. Onlestiroit 
du corps des Chevaliers. Suidas se trompe en disant qu'on 
les prenait parmi les Ephores. Hérodote est plus croyable* 

Timëe parle des Agathoerges dans son Lexique deB termes 
employés par Haton, quoique ce mot ne se trouve point 
dans cet auteur^ mais, comme l'a très-bien prouvé le savant 
M. Rubnken, il s'est glissé dans ce Lexique des ^oses qui 
fl]^partiennent à d'antres Ecrivains. 

Payez sur les Chevaliers Lacédémoniens, liv. vi , f. j,ti, 
note 78 ; Hv. vu, ^. ccv, note 3a6, et sur-tout liv. viii, 
^« cxxiv ,note 181. 

(188) 5* x«xviii. Il enira chêt un Forgeron, Il j a dans le 
grec : «îr ;(;«Amy?«f , dans la boutique d^un Ouvrier en cuivre* 
L'airain fut découvert et fabriqué avant le fer» 

Prior erîi erat qnàm ferri cognîtiu utus* 

Luc MB T. lih. r, vers, 4S$9n 

« L'usage (&) de l'airain précéda celui du fer n. 

« On travailloît la terre avec l'airain , dit Hésiode (c}, 
n n'y ayant point encore de fer ». Mais quoique ce dernier 
métal fût devenu commun , on continua à appeler ;c«A»irf 
les Ouvriers en fer \ tant est forte l'habitude. 

(a) Voyez ci-deuot , note 1 74. 

(5) Je me sert de Texcelleiite traduction de V* de la Grange. 

{fi) Uetiod. Oper. et Dîea^Tcrt. i5i , ex edit. Brunkii , vert. i53^. 



CLIO. LITRE I. 3^5 

{189) §é i«xyiii. Le corps. . . . occupait la longueur du 
cercueil. Solin laoonte (a) le même trait ^ et pour loi donner 
un air de Traisemblanœ , il ajoute que sous Augustb , Fusion 
et SeeondiUa avoient plus de dix pieds ( environ neuf pieds 
de Roi y suivant l^valuation de M. d' Anville ) y c'est-à-dire , 
qu'il cherche à appuyer un fait trè»-douteux par un autre 
qui ne Test pas moins. Aulugelle a pris occasion de ce paa* 
sage de notre Historien pour le traiter {h) de conteur de 
fables. Mais quand même le £dt concernant Qrestes seroit 
faux y ce CHtique n'en auroit pas moins tort de lui faire un 
pareil reproche. Hërodote se contente de rapporter le {ait 
tel qu'il l'a trourë dans les Annales de Lacëdëmone, sans 
en garantir l'authenticitë. En lisant l'Histoire , on trouye 
des traditions sur l'existence d'une prétendue race gigan* 
tesque^ dans presque tous les pa3r8 du monde ^ et même 
parmi les Sauvages du Canada. Des os d'une grosseur pro* 
dîgieuse^ découverts en différens pays, accréditèrent ces 
opinions. On en montroit du temps d'Auguste à Ca^Hrées (c) , 
qui avoient appartenu à des animaux monstrueux ^ et l'on 
prétendit que c'étoient ceux des Géans qui avoient combattu 
contre les Dieux. On montroit par toute l'Europe , en i6i3y 
les ossemens du Géant Teutobochus. Un Naturaliste prouva 
que c'étoient des os d'éléphant. 

n est cependant difficile de se persuader que les Historiens 
ne nous aient transmis que des fables au sujet de la grandeur 

(a) SoliniPol7hist.cap.i , pag.6. Th. Gale^danasetaotes, pag. 4, 
cite a|i sujet d'Oreatea le chapitre v de Solin. La même faute se 
retrouve dans la nourelle édition d'Hérodote. M. Mahudel ( Mé« 
moires de TÂcadémie des Belles-Lettres , tom. ni , Hist. pag. 160) 
rapporte» au sujet des Géans , le sentiment de Solin, sans citer* 
Cette méthode , si commode et si en usage en ce pays-ci où toute 
ombre de citation effarouche nos beaux esprits et ceux pour qui 
ils écrifent » auroit bien dû être bannie d'un recueil aussi sa? ant 
que les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres. 

{b) A. Gell. Noct. Atticar. lib. m, cap. x. 

(c) Sueton* August. (. uaai. 



I 

■ 

324 HISTOIRE D'HÉRODOTE. ! 

des hommes , dans les premiers àgea du monde. L'existeAce ; 

actuelle des Patagons , prouve que la nature n'a pas en- | 

oore tout-à-fait dëgënërë. Quant à la haute stature de nos 
pères, iH)yex ce qu'en dit (a) M. Laureau, et Ton aura moins 
de peine à croire ce que le Forgeron de Tégée raconta à 
Lichas sui* la taille d'Orestes , sur-tout si Ton retranche ce 
que le Forgei-on aura ajoute de lui-même , pour rendre son 
jndcit plus merveilleux. 

Il n'est donc pas prouve que le récit d'Hérodote soit une 
fable ; et quand même c'en seroit une y notre Historien n'en 
seroit pas moins excusable, puisqu'il Tavoit puisée, comme 
je l'ai remarqué , dans les Annales de Lacédémone. 

( * 9^) 5* i-^L VIII. Fai£ ses efforts pour l'engager à lui louer 
sa cour. Il faut ici remarquer la force de l'imparfait. E'/«i#^»r« 
ne signifie pas , il lui louoit , mais il tâchoit de lui louer. Oe 
tour est très -ordinaire. Ni «y {b) «^r xMt ^mf Aftçifx^ SbJiêi 
txHB-«f ÀwTfi^trB-m^. « Néon et des émissaires d'Ariatarqne 
» faisoient leurs efforts pour persuader aux soldats de ne 
» point aller trouver Seuthès ». Voyez la note de M. Wesse- 
ling , et sur-tout celle de M. Valckenaer sur le vers i4o6 des 
Phéniciènes d'Euripides. 

(191) \, Lxviii. Ouvre le tombeau. On pourroit deman- 
der comment Orestes , qui n'a ni régné , ni demeuré à Tégée, 
a pu être enterré dans cette ville. On sait en général par 
Strabon, que oe Prince mourut (c) en Arcadie , en condui- 
sant la colonie Eoliène *, mais Etienne de Bjzance est plus 
précis, n assure qu'Orestes ayant {d) été mordu d'une vi- 
père , mourut au lieu nommé Orestium. On porta sans doute 
son corps à Tégée , qui n'en étoit pas loin, parce qu'il des- 
cendoit , par sa grand'mère Âërope, de Tégéatès , fondateur 
de Tégée. 



(a) Histoire de France avant Cloyis , pag. 47 et note , édît. 111-4. 
ijb) Xenoph. Cyri Anabas. lib. tu , cap. lu, $. ui , pag. 4oi« 
(c) Strab. lib. xin, pag. 87a, C. 
(<Q Stephan* Bysant* toc. Oflor^f. 



CLIO. LIVRB I. S2S 

Aërope {a) ^ mère d^Agamemnon et de Mënëlas , ëtoit 
fille de Cratëtts^ qui ëtoit passe (b) en Crète. Aussi Mënëlas 
est-il appelé sëmi-Grëtois par Lycophron (e). Or ce Cratéus 
ëtoit fils (d) de Tëgëatès y fondateur de Tëgëe. 

(192) $. LXix. Envoya des Ambassadeurs à Sparte», 
cCrësus, roi de Lydie , foisant semblant de {e) dëpnter à 
i| Delphes Eurybates d'Ephèse^ l'envoya dans le Pëlopon- 
D nèse ayec de l'or ^ pour y lever le plus grand nombre de. 
» Grecs qu'il pourroit; mais ce traître se retira auprès de 
» Cyrus; et découvrit à ce Prince les choses dont il avoit 
» ëtë charge. Aussi la noirceur d'Eury bâtes ayant ëtë connue 
» des Grecs, quand ils veulent reprocher à quelqu'un sa 
» mëchancetë , ib l'appellent encore à présent un Eury- 
» bâtes ». Son nom ëtoit passé en proverbe pour désigner 
nn traître. Démosthènes (/), Eschine , etc. , en fi>nt souvent 
mention. 

(193)5. LXix. De contracter amitié, ^Ixêf xfêr^irB-m^. "La, 
préposition n'ajoute rien au sens ici et en beaucoup d'autres 
endroits. Voyez la note de M. Emesti sur l'Iliade d'Ho- 
mère y liv. I j vers 3. On dit aussi ^bi%i B-ivO-n^, 

(^) ^i/iêm B-irB-m^ win^ Eftx^*'^^ Ai#f. « Thésée VOUS 
» prie de contracter amitié avec tout le peuple d'Erech^» 
}> thée ». 

(194) 5* i«xix. Dans ^intention de remployer à cette 
statue. Hérodote ne dit pas qu'ils l'employèrent véritable- 
ment. Pausanias (h) nous apprend que tout l'or que Crésus 



(a) Tsetses ad Lycophron. Alexandr. yen. 1^9 , p«g. 19, col. 2^ 

(b) Fautan. Arcadic. aive lîb. tui, cap. wu, pag. 707. 

(c) Lycophron. Alexandr. rers. i5o. 

' (d) Pausan. Arcadic. aÎTe lib. tiii , cap. in^ pag. 6o5. 

(e) Diodor. Sicul. tom. 11, pag. 553. 

(/) Demosthen. de Coronâ, pag. 476, C. jEichin. contri Cteti* 
phont. pag. 45o , B. 

(g) Euripîd. Supplice rors. 387. 

{h) Panaan. Lacon. ai?e lib. ni, cap. x, pag. aSi. 



3a6. HISTOIRE D'H £ R O D O T B* 
envoya aux Licë(MiiH>meiu, acnrit àromementdeUstatiie 
d'Apollon qu'on Toyoit à Anijoles. 

J'ëtois d'abord tesaXé de croire que cette statue ëtpit d'or; 
mais le passage cinlessuB de Faosanias , et un autre encore 
plus précis d'Athénée ^ m'ont décidé, ce Les Lacédémoniens, 
» dit œ dernier Eraivain (a), Toulant dorer le Tisage do 
» la statue d'^^poUon qui est à Amycles, et ne trouTant 
» point d'or en Grèce , enyo3rèrent demander à ce Dieu de 
y qui ils piKOtToient en acheter ; de Crésus y roi de Lydie^ 
» leur répondit le Dieu. Ils allèrent troorer Crésus, et lui 
» achetèrent de l'or ». 

(195) 5* i<xx. EnfirêfU une ijffranié au tempU de Junoru 
Enwwerà (b)Janum JunonU antiquUàafitnUg^rcUurn. là 
fimum secundèfn titiora, si rectè reeordar viam , %nginti 
htmdumpUàê sUmIUm t^pido abeêt, Ibi donariwnJDeœper*' 
quàm opidentum : plurima auri et argenti ratio , &c 

(196) 5* l'XXi. Qui ne font vêtus que de peaux, a Dans 
p le grec : qui ont dee h au t nt ê '-chauê&es de peau, et le reste 
M de l*hahille7nent aussi de peau. Les habits de peau sont 
» très-anciens. Sans remonter à ceux d'Adam et d'Eve , les 
» Scythes et autres peuples Septentrionaux en partoient 
1) pour se garantir du froid; et les habitans des climats 
u chauds en portoient aussi aviint qu'ib fussent (^Tilisés« 
p Voyes Jlieronjmii MagU MiseeUan. Ub. iii^ cap. ru 3^ 
p Thesaur. Critic^ seuJFax, Art. tom. ji ,pag. 1577 m. 

(197) J, liXXi. Ne a'ahreuuent que cTeau. Xénoplion (c) 
assure de même qu'Hérodote > que les Perses ne buroient 
que de l'eau. Cependant notre Historien dît aîUeurs {d) que 

(à) Âthen. DeipnosophUt. lib. ti, cnp. it, pig. 23s, A. 
{b) Apui, Florid. xv, pag. 790. 

(c) Xenophon. Cjrîped. lib. i, cap. 11, $• yiii, pag. 10 | et 
). XI , pag. i5. 
{^d) UerQdot. lib. i , $1 cxxxiii* 



e L t o. L I V A & I. 5^7 

les Peraes étoient adonnés au Tin. La contradiction n'est 
qn'apparente. Pauvres, ils se eontentoient de peu ^ devenus 
riches par les victoires de Cyms et de ses sucoesseurs^ le 
luxe et tous les vices qu'il traîne à sa suite s'introduisirent 
parmi eux (a). 

(198) ^. Lxxi. Ne connoissent td Ub figues, (c L'Historien 
> Hërodote (^) voulant prouver qu'un pays est vraiment 
» agreste ^ se contente de dire qu'il n'y croit ni figues, ni 
j» rien autre chose de bon , comme s'il n'y avoit aucun autre 
D fruit qui remportât sur les figues, ou, comme si leS 
» peuples chez qui venoit ce firnit , pouvoient absolument 
3) manquer de quelque bien. Homère loue les fruits, les 
i> uns pour leur grosseur, les autres pour leur couleur, 
^ et qnelques-uns pour leur beautë. La figue est le seul 
» fruit auquel il accorde la douceur. Il donne au miel l'épî« 
fi thète de verd, de crainte d'appeler doux par imprudence ^ 
i> ce qui a coutume d'être souvent amer; nuds il n'accorde 
D cette ëpithète qu'àla figue, de même qu'aunectar , parce que 
» la figne est la seule chose douce qu'il y ait dans la nature » . 

(199) \^ Lxxii. Séparoit, M. Wesseling a très-bien fiùt 
de rétablir l'ionisme ïv^tç , mais il auroit dû écrire élfêt avec 
l'accent circonflexe au lieu de l'aigu , de même que l'édi- 
tion d'Aide et le msst ^ de la Bibliothèque du Roi. Voyet 
aussi les G>mmentaires d'Eustathe sur le premier livre de 
l'Iliade, page 149, ligne 16. 

(200) %. 1.XX11. // coule vers le Nord, (( Il y a dans le grec i 
» coulant en haut vers le Nord, Je n'ai point cru devoir 
)) exprimer ce mot en haut^ il auroit été inintelligible* 
V L'eau suit toujours une pente et ne remonte jamais; mais 
D Hérodote appelle couler en haut, couler vers le pôle Sep* 
2) tentrional qui est élevé. L'Halys coule en bas par rapport 
M à la pente du pays qu'il parcourt, mais dans un autre 

(a) Xenophon. Cyripsd. lib. vm , cap. viix 9 $• t , et leq. 
pag. 554 et leq. 

{b) Juliani Imprrator.EpUtol. xIkit, pag. 390, C , D ; pag. 391 , A* 



528 HISTOIRE D*H É R O D O T E. 

» sens, il coule en haut par rapport aux points cardinaux 
» du monde; car il coule du Midi vers le pôle Arctique qui 
» est plus ëleyë». ,» ' 

C'est une manière de parler fort usitée papni les géogra- 
phes. Ptolëmée dit (a) : pwifxtifrtu /i 99^1 r^f *U»$puttçy 
tttr$ xaXêifuftit^ECùv^tùt y i tc9 JîftêfitK «Les cinq iles ïlbudes 
D sont au Nord de THibemie )>. 

(201) §. Lxxii. Cinq journées de chemin, Scymnus de 
Chios {b) , ayant dit que le Pont-£uxin est éloigne de sept 
journées de la côte maritime de la Cilicie, ajoute tout de 
suite qu'Hérodote paroît l'avoir igaoré, puisqu'il prétend 
que de la Çilicie fiu Pont-Euxin, il y a cinq jqurnées de 
chemin. Ce Géographe n'évalue peut-être la journée qu'à 
i5o stfides; comme cela se pratiquoit (c) quelquefois, et 
notre Historien à 200, comine on le voit (d) ailleurs. Sui* 
vant ce calcul, Sc3rmnus donne à ce détroit i,o5o stades, 
et Hérodote 1,000. La différence devient alors si petite, 
qu'il faut être de bien mauvaise humeur pour intenter là- 
dessus un procès à notre Historien. 

(202) J. liXxiii. A tirer de Varc, Les Scythes avoient la 
réputation d'être d'excellens tireurs d'arc. De-là l'épithète 
de Scythe qu'on donnoit souvent à l'arc ou au carquois ; 
témoin le commencement de cette jolie épigramme de Mé- 
léagre, qu'on trouve dans l'excellent Recueil des Poésies 
Grecques publié par M. Brunçk. 

Nui (0) mr Ki^ftf , Zfêtç y ^xi^tf ri 9w , wtifTM wv^mvui y 

« De par Vénus, Amour, je brûlerai tout-à-fait et votre 
u arc et votre carquois à la Scythe ». 

(a) Ptolem. Geogr. lib. 11, cap. 11, pag. 34. 

(b) Scymni Chii Fragment, vera. i85 et seq. pag. 54. 
{éj Herodot. lib. v , $. lui. 

(d) Id. lib. lY, j. CI. 

[ç] Aoalecta Voter, Foetar. GrRCor. tom. x, pag. 16. lu. 

Le 



c L I o. L 1 V R K r. 5a9 

Le Sclioliaste de (a) Tbëocri te rapporte que, selon Héro- 
dote et Callimaque^ Hercules apprit à tirer de l'arc du 
Sc3rtlie Teutams. Il est trè*-8Ûr qu'Hdrodotc n'en dit pas 
nn mot. Il faut donc lire Hërodore^ célèbre Grammairien , 
dont il est souvent fait mention. Le témoignage de cet 
Ecrivain est contredit par Thëocrite lui-même, qui dit 
qu'Hercules fut (b) instruit dans l'art de tirer de l'arc par 
Eurytus , l'un des Argonautes. 

Les Athéniens avoient des Scythes à leur solde , et peut- 
être les autres Grecs aussi. (( Nous soudoyons^ dit Esclii- 
» nos , (c) trois cents archers Scythes ». 

(2o3) 5* Lxxiii. D'un caractère violent II fant supprimer 
la négation^ et lire nécessairement •pyi' êUfç^d'un carac^ 
tère violent, avec M. l'Abbé (cQ Geinoz et MM. Wesseling 
et Reiske. Ce n'est point une simple conjecture j cette cor- 
rection est fondée sur le génie de la langue, sur le caractère 
emporté de Gyaxares , et principalement sur le manuscrit B 
de la Bibliothèque du Roi. Je suis surpris que feu M. Wes- 
seUng, qui sentoit la force des raisons de M. l'Abbé Geinoz , 
et qui les a appuyées de nouvelles preuves, n'ait pas retran- 
ché la particule négative. 

M. Coray n'est pas de l'avis de ces Savans , et ne veut 
pas qu'on retranche la négation , parce qu'il donne à éfyn 
une autre signification. Mais écoutons parler ce Savant. 

<(*0 Kvm^fnç^ If y ynp, mç /ii^g(g, «pyj» #»« Six.ff, Je crois 
D que «pV9 doit être pris ici dans la signification de yv^f^n » 
» 4^»zi> Tfiwçy et que cette phrase est absolument la mémo 
» que celle-ci du Livre v, §. cxxiv. Jf yip ^i, mç ^ti^lt, 
» A'pi«-«y«p9^ ^*fzi^ ^^« m»fç. L'une et l'autre ne signifient » 
» ce me semble, rien autre chose, sinon qu'ils étoient des 

(a) Schol. Theocrit. Idyll. xiii , yers. 50, 

(b) Theocrit. Idyll. xxiv, ftn, io6. 

<c) A5chin. de Fabâ Lfgatione , pag. 422 , E. 
(d) Mémoires de rAcadémie des Celles - Lettres , tom. xvi , 
Hist. pag. 67. 

Tome L Tt 



,'-*' ' 

^ 



S3o HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

)> insensés, «x^of «prv' ou "^f^z^f est la même chose que 
)i «yiirp ?;t;«y \infn^ itc^tSafiifiivy comme dit (a) Aristophanes y 
» era) (b) ^vKfirtiç tftrr^ if rS Tfô^m, Hërodote appelle encore 
j> un tel homme ^ lib. m, J. iv, yimfinf Ixmuç. Ceci me rap- 
j> pelle un endroit de Cicéron , où cet Orateur a pris le 
D change sur le mot ôpyi. C'est dans ses Tnsculanes^ lir. m > 
» J. XXXI. n y traduit ces vers d'jîlschyle. Prometh. ZjS^ 

ji OuKùVfy Ufofctiètdy TôuTô ytyf&Txttç , ort 
y> 'Opyjff fùnvrijç iio-)f /«rpoi Xùyot } 

» Atqui , Prometheu , te hoc tenere existamo 
s> Mederî pos^e rationem iracundiae. 

» Cette colère malade, ifrSiç ^cniç^ç a tellement choqué 
» les Critiques , qu'ils ont voulu l'expliquer par colère qui 
» rend malade. Mais la preuve qu'JSschyle a pris cfyijs dans 
n le sens de ^v;^?f > Vame malade, c'est qu'en effet Plutarque, 
» Consolât ad Apollon. 102^ et Eustathe sur l'Hiade B. 696^ 
i> qui citent ce passage , lisent d'après une mauvaise leçon : 

f> n est évident que ^^^^xSs n'est qu'une glose y qui a passé 
» de la marge dans le texte. Ainsi y je pense que •fyni où» 
» ixpôç d'Hérodote , revient à-peu- près à cette expression 
D ftiK^oç Ttif yv&fttify dont se sert Athénée y lib. vi; cap. xiii y 
» pag. 249, C». 

Je ne puis être de l'avis de M. Coray. Le seul exemple 
qui pourroit faire quelque illusion y est celui qu'il cite du 
livre V , $. cxxrv. H avoit été mal rendu non erai compoê 
menûis, H falloit traduire non erat animi constantis , il 
manquoii de fermeté, M. Wesseling avoit prévenu Tobjec- 
tion de M. Coray. Quant aux autres exemples que cite ce 
savant, ils n'ont aucune parité. Mais je ne puis qu'approu- 
ver l'explication qu'il donne du passage d'iBschyle ; et je 

(a) Aristoph. Ran. vers. 1482* 
(6^' Ejusd. Equit. Tcrs. ii33. 



C L I O. L I V R E I. 3:!rr 

sousciis volontiers à U critiqne qu'il fait dé la mamère dont 
Cicëron Ta traduit. Il est bien étonnant que Davies , !« 
Président Bouhier, l'Abbé d'Olivet et M. Ernesti, n'aient 
pas saisi la difficulté du passage de Cicéron. Quant à celui 
d'jEschjle^ M. Brunck ne l'a point expliqué , quoiqu'il 
mérita t de l'être. M. Schutz l'a très-bien rendu. Mais lors- 
que ce savant ajoute qu'on ne peut découvrir quelle est la 
véritable leçon , et qu'il y a autant de raison pour 4'*';t?'' 
que pour «pyvf > je ne puis être de son avis. Il y a une règle 
certaine en critique , qui est , que lorsqu'il se trouve deux 
motS; dont l'un se prend dans une acception ordinaire, et 
l'autre dans une signification qui ne l'est pas, les Copistes 
ont presque toujours adopté le mot ordinaire, parce qu'ils 
n'entendoicnt pas l'autre. 

Le passage d'Athénée signifie homme de peu d'esprit, 
et par conséquent ne peut servir à étayer l'opinion de 
M. G)ray. J'ajoute que si Hérodote eût voulu dire que 
Cyaxares étoit un insensé, il se seroit servi de cette expres- 
sion : 9» «ô ^pfV9p9f. 

(2o3 *) ^. Lxxiv. Et la sixième, il y eut une espèce de 
combat nocturne, if f*u,,,. h ^i. La particule /miv indique 
que pendant les cinq premières années, les avantages et les 
désavantages furent compensés, h ^i prouve qu'il s'agit de 
la sixième année, et qu'il est question de cette espèce de 
combat nocturne dont il va parler. Ce ne fut pas un combat 
de nuit, comme j'avois traduit dans ma première édition, 
mais un combat qui fut livré en plein jour. Une éclipse de 
soleil étant survenue , l'obscurité fut assez grande pour 
qu'on pût la comparer en quelque sorte à la nuit. Aussi Hé- 
rodote ne dit pas simplement f»*Tùf«M^lnj , mais ivKTùfMixl^* 

TlftC. 

(ao4) §. txxiv. Le Jour se changea tout-à-coup en nuit, 
Hérodote s'exprime toujours de cette manière ; ce qui a fait 
croire à Dodwell que cet Historien étoit fort ignorant m 
astronomie. H peut se faire que ce Savant eût raison; mais 

Tt 2 



332 HISTOIRE D'HÈRODOTB. 

lorsqu'il ajoute que Thaïes n'ëtoit pas assez habile Astro- 
nome pour prédire cette éclipse , je crois qu'il se. trompe. 
Necenim (a) Thaïe ti, dit-il, peridam illam astrononUœ 
facile concesaero , quœ neceBBoria erat cid eclipsim prœdi- 
cendanu Nondàm ecilicet à Cleostrato diuiso per signa 
SSodiaco, nec coruHùuto aupputationia exordio ab Ariete, 
Nondàm vel epatio Lunaris Syzygiœ menstruo eatis (iccu^ 
raté consHùuto» Nondicm inventia illiua cycUa oui epicyclis 
aut nodia, Nondàm vel illo aatia confeaao , corporum opa- 
corum interpoaitionibua eclipaea eaae tribuendaa, Hia non- 
dàm exploratia , quœ , quœao , poterant eaae eœleatium 
Luminarium Tahulœ? quœ accuratœ aupputationea ? 

Suivant le même Dodwell , l'obscurité subite , qui fit 
séparer les deux armées , provenoit de quelques exhalai- 
sons épaisses qui obscurcirent le sc^iL Tenebraa (b) ergd 
potiàa aubitd obortaafidaae auapicor , quaa Thalea è reguy 
nia tempeatatiaque exhalationibua obaervatia prœdixerit, 
quàm peram ecUpaim. Une telle prédiction seroit bien plus 
étonnante. En voulant diminuer les connoissances astro- 
Yiomiques de Thaïes , on lui en suppose de bien supérieures 
en physique , et telles qu'il ne s'en esf jamais vu. 

Ce savant prière ce sentiment, quoique dénué de toute 
vraisemblance , au t^moigni^e de (e) Cicéron , de Pline (d) 
et de plusieurs autres Auteurs. Eudémusde Rhodes, dis- 
ciple d' Aristote , s'exprime , au rapport de S. Clément 
d'Alexandrie , de même que Cicéron et Pline. Voici ses 
paroles: 

tt Eudémus (e) dit dans s<m Histoire de l'Astrologie, 

(a) Dodwell in addendîi ad DijserUt. de Cyelis, pag. 911* 

(b) là. ibid. pag. 912. 

(r) Cicer. de DÎTinat. lib. i , §. xuz* 

(d) Plin. Hîst. Natural. lib. 11 , cap. zii , tom. i , pag. 78. 

fcifNf ixXH-^tf nS ixiu «t^om^mt ^no'i ^ ««0' tut ;tf^**< ruin-^^Ai yuet;^»? 



CLIO. LIVRE I. 353 

i> que Tbalès prëdit l'ëdipse de soleil qui arriva dans le 
» temps que les Mèdes et les Lydiens ëtoient aux prises. 
I) CyaxareSy père d'Astyages^ rëgnoit alors en Mëdie , et 
}> Alyattes^ père de Crésus^ en Lydie. Hérodote s'accorde 
» avec lui dans son premier Livre. Ces temps se rapportent 
» aux environs de la cinquantième olympiade ». 
• Les Égyptiens ëtoient, du temps de Thaïes^ habiles en 
Astronomie. Ce Philosophe avoit puise (a) chez eux les 
connoissances qu'il avoit en Gëomëtrie. On peut présumer > 
sans craindre de se tromper , qu'il s'ëtoit instruit de l'As-^ 
tronomie chez ce peuple. 

11 s'agit maintenant de déterminer Tannée de cette 
éclipse. Les sentimens sont fort partagés , et je doute fort 
qu'on ait dit à ce sujet quelque chose de bien satisfaisant. 
S*il est aisé de renverser les systèmes des Chronologistes , 
il ne l'est pas d'en élever un qui se soutienne contre toutes 
les difficultés , et même je ne le crois guère possible. Quoi 
qu'il en soit , après avoir exposé en peu de mots les senti- 
mens de ceux qui m'ont précédé^ je me déterminerai pour 
celui qui me paroit le plus juste. 

Endémus s'exprime d'une manière trop vague. Je no 
m'arrêterai point par conséquent à son opinion , qui doit 
nécessairement coïncider avec celle de Pline , ou avec celle 
deScalîger; les éclipses que rapportent ces deux Auteurs 
étant les plus près du terme qu'il assigne. Pline le Natura- 
liste (b) place cette éclipse la quatrième année de la qua* 
rante-huitième olympiade. Il a été suivi en cela par le 
P. Riccioli (c), M. Desvignoles (d) et M. le Président de 

KrruAyuç <vit<r^ôc> Mii/a»f * Axvattv ^i tu Kft/rir, Av/»?. 2vt«»^h 
Jlê «vT^jj^'HfoJ'eTec •? tf ^ffmrtf. '£10-1 ^i ô< A^fovoi m^^i tiit «tit- 
Tiixe0^Nr Ox(//u«>i<t/A. Clément. Alezandr. Stroroat. 11b. i , pag. 3S4. 

(a) Diogen. Laert. in Thalete , lib. i , Segm. xxiy, pag. 16. 

(b) Flin. Hiêt. Natural. lib. ix, cap. xii. Toi. i, pag. 78. 

(c) RiccioH Cbrojiolog. Reformat, vol. i, pag. 228. 

((/) De«?îgnol.^bronolog. Ut. iv, diap. t, $. vu et suit. 



354 HISTOIHK D'HÊR.ODOTB. 

Brosses fa). D y eut, il est yrai^ une ëclipse le 28 Mai 
de Fan de la période julienne 4,129; mais Tannëe Olym- 
pique commençant au solstice detë , le mois de Mai 4,129 
r^])ond à la troisième ann^ de la quarante-huitième olym- 
piade. Ce ne peut être Téclipse prëdite par Thaïes. 

1^ Cjraxares , sous qui elle arriva, mourut l'an 4, 120. 
Cioéron prétend (6) , il est Trai , qu'Astyages rëgnoit alors. 
J'ignore s'il ayoit d'autres Mémoires que ceux que nous 
avons ; mais Hérodote dit le contraire ; et Eudémus , dont 
j'ai rapporté un peu plus haut le passage , s'accorde par* 
faitement bien avec cet Hbtorien , excepté sur le nombre 
des olympiades. 

2^ L'éclipsé du 28 Mai 4,129 ne fut visible à Sardes 
que peu avant le coucher du soleil ; mais comme la bataille 
ne se donna pas près de cette ville , mais sur les bords de 
l'Halys , bien loin que cette éclipse ait été totale , elle n'a 
point dA y être remarquée à cause du coucher du soleil, ' 

Scaliger s'est déclaré pour cette éclipse dans ses Remar-r 
ques sur (c) Eusèbe, et dans l'Ouvrage intitulé OXvftirU^mv 
ùftiy^m^i {(t) ; mais peu d'accord avec lui-même , il s'est 
déterminé dans un autre ouvrage (e) pour celle qui arrivi^ 
le premier Octobre 4,i3i. 

n y eut, il est vrai, une éclipse de soleil le premier 
Octobre 4,i3i , mais elle duX arriver à Sardes à six heures 

(a) Mémoires de rAcadémîc des Belles-Lettres, tom- xxi,Mém. 
pag. 33. Il y a dans ce Mémoire quelques légères inexactitudes. Far 
exemple , pag. 5i , M. de Brosses fait dire à Hérodote que des 
Scythes chassés de Médie , allèrent chercher un a5yle auprès 
d'Alyattes. Ces Scythes ne furent point chassés de Médie , ils se 
retirèrent d'eux mêmes, de crainte que Cyazares ne les piuiit du 
meurtre qu'ils aToient commis. 

(() Cicer. de Dîfinat- lib. i , $. xlix. Voyez mon Essai de Chro- 
nologie , chapitre iv des Rois Mèdes. 

(c) Animadversion. ad Husebium , pag. i^, 

(cf) ''Exx«f4K axi» iff SaxiTc rvfxCnTùfjiivm 4r«0MfNXfi. Euseb. 
Parophil. Thesaur. Tempor. pag. 3i6, col. 2. 

{a) De Ëmendat, Tcmporum in Canonîbus Uagogicis, pag. 33i. 



C L I O. L I V R E I. 335 

54 minutea du soir : or le soleil ëtoit alors couche ; à plus 
forte raison devoit-il l'être , lorsque Tëclipse parvint sur les 
bords de l'Halys. 

Usber, Archevêque d'Armagh^ la met le 20 Septembre 
4,1 1 3. Ce Savant n*a pas fait attention que cette année fut 
bissextile : ainsi il auroit dii dire le 1 9 Septembre. Il y eut 
une éclipse , n^ais elle ne fut visible qu'au-delà du Pont- 
Euxin , vers le Nord. 

Seth Calvisius fixe cette éclipse au 2 Février 4,107 , maii 
la nuit devoit être alors bien avancée. 

M. Bayer (a) pense que Téclipse de Thaïes est celle qui 
arriva le 1 7 Mai 4, 1 1 1 entre neuf et dix heures du matin ; 
mais Cyaxares n*étoit point encore en guerre avec Alyattes ^ 
et ce fut cette année que Ninive fut prise , comme je l'ai 
prouvé {b) ailleurs. 

Les PP. (c) Petaù et (dj Hardouin , le Chevalier (e) 
Marsham , feu M. le Président Bouhier (/) et le P. Cor- 
sini (g) , Clerc Régulier des Ecoles Pies, se sont déterminés 
pour l'éclipsé qui parut le 9 Juillet 4,117. J'ai cru devoir 
l'adopter, parce qu'elle s'accorde mieux avec la Chrono- 
logie que toutes les autres. La seule objection qu'on y puisse 
former , c'est que l'ombre passa au-dessus du Pont-Euxin 
par la Scythie et le Palus Mseotis. Il est vrai que cette 
éclipse ne fut point centrale sur les bords de l'Halys, cepen- 
dant elle dut y être très -considérable (A), et il n'est point 

(a) Commentar. Acad. Fetropolit. ann. 1728, pag. 332. 

(b) Supplément ù la Philosophie de THistoire , pag. 63 ', seconde 
édition , pag. 72. 

(c) De Doctrinâ Tempomm, lib. x, cap. i, tom.ii, pag. 86 , 
col. 2 , sttb finem. 

(d) Dissertât, de Lzz Hehdomad. Danielis, ^. m. 
(«] Chronic. Canon. &c. pag. 56 1. 

(/) Recherches et Dissertations sur Hérodote , pag* 42. 
(g) Fast. Âttic. tom. m , pag. 6â. 

{h) Petav. de Doctrinâ Teniporum p tom. 11 , lib. x , cap. i , 
pag, 87 , col. u 



336 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

étonnant qu'elle ait cansë de rëpouvaiitc à des natiofu su- 
perstitieiues et plongées dans les ténèbres de l'ignoranoe« 
Des comètes , des aurores boréales ont répanda4a conster- 
nation parmi des peuples qui avoient fait de grands pro^près 
dans les sciences. Un phénomène aussi étrange pour des 
nations qui en ignoroient la cause ^ dut être consigné dans 
•es Annales , avec les couleurs que lui prêtèrent la frayeur 
et Tamour du merveilleux. CTest vraisemblablement de 
ces Annales qu'Hérodote l'aura tirée , avec la circonstance 
que le jour fut changé en nuit *, circonstance exagérée , qui 
ne prouve que l'effet de la superstition sur des esprits peu 
éclairés. 

(2o5) $. Lxxiv« SyennêsU, Roi de CUicie^eù LMhyn 
nète, etc. « n piproit par l'Histoire , que le nom de Syen-r 
i> nésis étoit commun aux Rois de Cilicie ; du moins est-il 
ii sûr que quatre Princes l'ont porté. Le premier vivoiten 
» même temps que Cjaxares; le second étoit contempo- 
M rain (a) de Darius , Hqi de Perse; le troisième de Xei^ 
» xès {h) y etlequatrièmed'Artaxerxès(c). Lçnom dcLa- 
» ))ynète se rencontre souvent parmi lesRpis de Babjlone. 
)) Celui qui rétablit la bonne intelligei^co entre les Mèdes 
)i et les I^ydiçus s'i^ppeloit Nabuchodonosor ». 

BEIiliANOER. 

( 206) 5« i*xxiv. Se font encore de légères incisions. 
La Traduction de Gronovius n'est pas soutenable en cet 
endroit M. Wesseling a très-bien prouvé qu't/K«;^fti9 si- 
gnifioit la superficie, Horreus l'avoit prévenu dans ses 
Notes sur Ëschines le Socratique , Dialogue iii^ §,^yy 
pag. i52. 

(207 ) J. "LiLHiY.Etlèchent réciproquement h sang, &o. 
Les Scythes avoient une coutume à -peu -près pareille. 



(a) Herodot. lib. y , $. cxyiii. 

{ff) Id. lib. Yii , $. xCYiii. 

(c) J^caoph. Cjri Esped. lib. i, cap. 11,5. xxv, pag. i5, 

Fbyez 



C L I O. L I V R E I. 357 

Voyez Hi^rodote, Liv. iv , J. lxx. « Les Siamois (a) 
» veulent-ils se jurer une amitié éternelle ^ ..... . ils se' 

» piquent une partie du corps pour en faire sortir du sang, 
)i qu'ils boivent rëciproqueinent. C*étoit ainsi que les an- 
» ciens Scythes et Babyloniens scelloient leurs alliances. 
» Presque tous les peuples modernes de l'Orient observent 
M cet usage ». Voyez liv. iv, §. i-xx, note i55. 

(208) %. Lxxv. ITialèa de MileL Thaïes ëtoit de Milet , 
ville d'Ionie, mais ses ancêtres étoient originaires de Phé- 
nicie(6). Il ëtoit ^ au rapport de Platon (c), de l'illustre 
Maison des ThëUdes , qui descendoit de Cadmus et d' Agénor. 
S. Clément d'Alexandrie assure aussi qu'il étoit {d) de race 
Phénicienne y BÔXns y\^ ^•m^ m t1 yifàç. Diogène de Laerte 
rapporte différens sentimens (e) ; les uns le faisant Phénicien 
d'origine y mais né à Milet ; d'autres prétendant qu'il étoit 
né en Phénicie, et qu'il étoit venu s'établir à Milet Hygin 
le fait Phénicien. Thaïes (/*) enim qui diligenter de hia 
rébus exquisipit. . . . natione fuit Phœnix , nec ut Hero^ 
dotus dicit , Milesius {g), Hygin est un Auteur trop mo- 
derne pour faire prévaloir son autorité sur celle d'Héro- 
dote. Eusèbe dit fji) qu'il étoit Phénicien , selon quelques 
Auteurs 9 et de Milet^ selon d'autres. 

n avoit appris (^) la Géométrie des Egyptiens > et il fut 
le {k) premier qui fit connoître cette science aux Grecs. 
Il étoit habile Physicien et grand Astronome. Géométrie 
Il ■ I II > . I I > , ,1, 

(a) Histoire Civile et Naturelle ^Q royaume deSiam, tom, i, 
png. 63. 

(6) Herodot. lib. i , $. clzx. 

(c) Diogen. Laert. lib. i , Segment, xxii , pag. i5. 

(d) Clément. Alexandrin. Stromat. lib. i, pag. 354. 

(e) Diogen. Laert. lib. i , Segment, xzii , pag. i5. 

(f) Hygin, Foetic. Âstronom. lib. 11, $. u, pag. 424. 

(g) J'ai suivi la correction de Schefier. 

(A) Eusebii Prœparat. Eyaogol. lib. z, cap. ir, pag.4yi , B«' 
( { ) Diogen. Laert. lib. x , Segm. xxiv , pag. i6. 
( k) Apiil. in Floridi«^.pag. ,8iC, 

Tome /, V V 



33S HISTOIRE O'HÉRODaTE. 

cœ (a) pênes Graioê primas repertor , et ntUurœ rerum 

cerUssimus exploratar , et astrorutn peritissimus contem- 

plaior maximas res ponds lineis reperit : temporum an^" 

hitus , ventorujn Jlatus , stellarum meatus , tonitnumt 

sonora nûmcula, siderum obliqua curricula , soUs iumaa 

rêver ticula : idem lunœ vel nascentis imrementa, velsenes^ 

centis dispendia , vel deUnquentis obstacula. Idem sans 

jamprocUuisenectute divinamrationem de sole commentas 

est, Quam eqaidem non didici modo , veram etiam expe^ 

riundo comprohavi : quotiens sol magnitudine suA circa^ 

lum, quem permeat, metiatur. Ida se recens imfsniwn 

Tliales memoratur edocuisse Mandraytum Prienensem. 

Qui noifd et inopinatâ cognitione impendio delecta t u s , 

optare jussit quantam vellet mercedenh sihi pro tanto do^ 

cumentorependi, Satis , inquit Thaïes sapiens, mUUfuerit 

mercedis , si id, quod a me didicisti ,oum proferre adquos^ 

piam cœperis , tihi non adsciperis ; sed ejus inventi me 

potius quam alium repertorem prœdicatferis. Il paroit ^ ptr 

ce dernier trait y que ce Philosophe; bien différent de ceux 

qvd s'en attribuent aujourd'hui le nom; ëtoit plus sensible 

à l'honneur qu'à l'intérêt 

Quoi qu'en aient dit plusieurs anciens , et entr'autres {h) 
Saint Augustin; il paroît que Tlialès n'avoit rien écrit 
Ecoutons Thëmistius : a Quoique (c) Thaïes ait fait un 
n grand nombre de dëcouTerteS; il ne les a pas cependant 
» ëcrites; ni lui ; ni aucun autre Philosophe de ce temps-U. 
» AnoximandrC; fils de PraxiadèS; ne l'a pas imité en tout 
7» Il a changé sur-le-champ cela, et s^est écarté de l'usage 
» reçu, en ce qu'il a oséj le premier d'entre les Grecs 
» dont nous ayons connoissaiice ; publier un ouvrage sur la 
» Nature. D étoit auparavant honteux chez les anciens 



{à) Apul. in Floridîa, pag. 816. 

{b) S. Augutt. de CiTÎtate Dei , lib. tiii, cap, 11 , ptg. 191 , B. 

(c ) ThemUtii Orat. xxyi , peg. 5i7 , B ^ C. 



C L I O. LIVRET. 3^c^ 

» Grecs de donner au public des ouvrages ; ce n'étoit pa« 
» une chose consacrée par F usage ». 

Thaïes de Milet a dit le premier : « que l'eau est le principe 
» de toutes choses : et que Dieu est cette intelligence par qui 
» tout est formé de l'eau ». Traies (a) enim Milesius , qui 
primu9 de tcUibus rébus quœeivit , aquam dixit eese ini- 
tium rerum : Deum autem , eam mentem , quœ ex aquâ 
cuncta fingeret. Lactance s'exprime de même y soit qu'il 
ait emprunte bm expressions de Cicéron ou do quelque 
autre auteur. ThcUea (6) Milesiua, qui unus e aeptent 
Sapientum numéro fuit , quique prirmia omnium quœ- 
sisse de causis naturalibus traditur , aquam esse dixit, 
ex quâ nata sint omnia : Deum autem esse mentem , quœ 
ex aquâ cuncta Jbrmauerit, Saint Augustin (c) dit aussi quo^ 
Thaïes regardoit l'eau cctnme le principe de tout; mais il 
n'ajoute pas qu'il reconnoissoit Dieu comme une intelligence 
par qui tout ayoit été forme do l'eau. Aquam tamenputavit 
rerum, esse principium , et^ hinc omnia elementa mundi , 
ipsumque mundum , et quœ in eo gignuntur existere, 

n ne faut pas confondre ce Philosophe avec un Poète et 
Musicien de%nême nom, contemporain de Lycurgue. Celui- 
ci , qui ëtoit de Crète, guérit par le moyen (d) de la musi- 
que les Lacédémoniens affligés de la peste. 

 l'égard de la manière dont Crésus passa l'Halys y ce 
qui n'étoit alors qu'un bruit fort répandu parmi les Grecs , 
suivant la remarque de notre Historien , a été adopté comme 
un fait indubitable par les Auteurs qui sont venus après 
lui. Fbyez le Scholiaste d'Aristophanes sur le vers 18 de» 
Nuées; Lucien, Hippiaa,^. 11, tome m, page 68;etDiogènes 
de Laerte, liv. i , segment xxxviii, page 25. 

(a) Clcero de Naturâ Deorum , lîb. i , $■ x. 
{b) Lactant. Divinar. Institut, lib. i, cap. v , pag. 17. 
(r) S. Âagust. de Ctvitate Dei , lib. viii , cap. ir , pag. 191 , B« 
(ci) Fausan. lib. ly cap. xiv , pag. 35. Fiutarch. de Mu$icà , 
pag. ii46; C. 

Vv 2 



34o HISTOIRE D'HÉRODOTC. 

(209) §, Lxx Y. Fie aussi passer à la droite de P armée , &c 
n &ut se représenter que Crésiu vouloit. entrer dan» la 
partie de la Cappadoce qu'on appeloit la Ptërie. Ce petit 
pays ëtoit près de rembonchare de l'Halys. Crësns s'y ren- 
dit en ligue directe ; mais comme ce fleuve n'ëtoit'pasguëable 
en cet endroit, il fut oblige de le remonter , pour y chercher 
un gué. n avoit donc cette rivière à la gauche de son camp/ 
Il est important de se bien mettre dans la tète la marche de 
Crésus , afin d'entendre cet endroit de notre Auteur. La 
figure ci-jointe en donnera rinteHigence. 




Les troupes de Crésus étant arrivées en B ^ et ne trouvant 
pas de gué, elles remontent jusqu'en A, ayant la rivici'e 
sur leur gauche. On dériva un canal en C ; ce canal longea 
par conséquent l'armée à droite , passa derrière l'armée en 
B ,et rejoignit l'Halys en D. Ainsi le fleuve qui couloit à la 
gauche du camp passa aussi à la droite. 

(210) §. 1.XXV. Il fit creuser. Un (a) homme d'esprit et 
très-instruit, à qui je communiquai ce passage, me demanda 
pourquoi ce grand travail pour faire passer une rivière à 
une armée. Un pont n'auroit-il pas coûté mille fois moins 
de peine? n'y.avoit-il donc point de matériaux en ce pays 



(a) Feu M. de la Grange^ connn dans la République des Lettres 
par une ezccllente traduction de Lucrèce et de Senèqut. 



t L I O. LIVRE I. 341 

pour le construire ? Ce qui a para difficile à un homme de 
ce mërite y peut en embarrasser d'autres. Voici donc ce 
que j'y réponds : quand on vouloit construire un pont dans 
ces temps anciens, on commençoit par creuser un autre 
canal à la rivière , afin d'en détourner les eaux 3 et loi'sque 
l'ancien lit étoit à sec , ou que du moins il y restoit bien 
peu d'eau , on construisoit alors le pont , comme on le voit 
plus bas , §» ci«xxxYi. Il devoit par conséquent coûter beauv 
coup moins de peine à Crésus de détourner la rivière y que 
d'y élever un pont ; ce n'étoit que la moitié du travail. 

Quoi qu'il en soit, le nouveau canal fut achevé en une 
nnïtf si l'on en croit (a) Lucien , qui avoit emprunté cette 
particularité de (b) Sosicrates , ou peut-être de quelques 
autres auteurs. Mais ce fait me paroît trop merveilleux, et 
sans doute il n'avoit pas encore été imaginé du temps d'Hé-^ 
rodote; autrement cet Historien ne l'auroit pas passé sous 
silence. 

(21 1) 5. Lxxv. // ne fui pas plutôt Dans toutes les édi- 
tions la virgule est après irzirB^n > j'ai suivi dans ma traduo^ 
tion la ponctuation du msst jà de la Bibliothèque du Roi , 
qui la met seulement après wêrt^fêiç. 

(212) 5. Lxxvj. Assembla son armée. Cyrus, intimidé (c) 
par les menaces de Crésus, vouloit se retirer dans l'Inde. Sa 
femme Bardane le rassura et l'engagea à consulter Daniel , 
qui , en plus d'une occasion lui avoit prédit l'avenir à elle 
et à Darius Mède. Cyrus ayant consulté le prophète , celui- 
ci lui apprit qu'il seroit victorieux. Encouragé par cette 
réponse, il fit ses préparatifs. 

Cela me paroit une de ces fables que les Juifs et les pre^ 
miers Chrétiens ne se faisoient aucun scrupule d'adopter 
comme autant de vérités incontestables. La ville de Baby** 



(a) Lucian. Sa Hippîâ , $• 11 , tom. ni , pag. 6S, 

(b) Diogen. Laert. lib. i, $. zxxvxiJy pag. 23. 

(c) Suidas > Yoc^ H^^î^f^ 



34a HISTOIRE D'H É R O D O T E. 

lone n'étant pas encore priae , Cyriu ne pouvoit pas 

ooiuioître DanieL 

(21 3) §. ucxYi. En faiseur de Ton ou de l'cuiire parti» 
M. Peysaonnel (a) prétend que Ci^sus fut d'abord battu par 
Cyrus y près de Ptélia , ville de la Gappadooe. Il a «ans doute 
voulu dire Ptèria; mais où a-t-il puise cette anecdote ? Hé-» 
rodote dit {p) positivem^it que la nuit sépara les deux ar- 
mées ^ et que ni l'une ni l'antre ne put s'attribuer la victoire. 
De plus , il n'est point dit dans Hérodote , que le combat se * 
soit donné près de Ptérie, mais danslaPtérie. Cet Historien' 
raconte , il est vrai , que Qrésus prit la ville des Ptériens , 
mais il ne dit point quel étoit son nom, et à quelle distance* 
de cette ville la bataille se donna. Si Etienne de Bjrzance la 
nomme Ptérie, il est clair que ce n'est de sa part qu'une 
conjecture que lui a bit naîti^ cet endroit d'Hérodote. Nul 
autre Autetur n'en parle; je ne crois pas même qu'il soit fait 
ailleurs mention de la Ptérie. 

(21 4) 5* l'XXvii, Lahynète. C'est Lab3mète 11 du nom. 
Le canon de Ptolémée l'appelle Nabonadius (c) , Bérose 
et {d) Mégasthènes Nabonid^ ou Nabannidoch. Ces deux 
noms Labynète et Nabonid ne sont pas si différens qu'ils lo 
paroîssent à la première vue. Les anciens Latins disoient (e) 
valium pour vanrmm, et Pierins Valerianus dit sur le vers 
1 66 du premier livre des Géorgiques de Virgile , qu'il « 
trouvé dans un msst de Rome musHca vaUus au lieu de 
mystica vannua. Les Athéniens disoient de même xlrft 
pour 9{rfêf^ irAiv/M#» pour wnvfuify d'où les Latins ont fait 
pubno. Il n'est donc pas étonnant qu'Hérodote ait chang4 
Nabonid en Labynète. 

Ce prince fut le dernier Roi de Babylone. Il s'unit à Cré»- 

(a) Pcyssonnel , Voyage à Magnésie , &c. pag. 5oi. 

(&) Herodot. lib. r, $. lxxvî. 

(r) Etisebii Prsepar. BTangel. lib. ix, $. xl^ pag. 455* 

{d) Ici. îbid. lib. tx, $. xli, pag. 457. 

\e] Vurro de Linguû Latinâ , pag. 5i, Hn. 7. 



CLIO. LIVRE t. 3î3 

tus pour rëj^rimer la trop grande puissance de Cyinis. La 
même raison avoit engage Amasis à se liguer avec lui. 

Voye% mon Essai de Chronologie chap. v , le Ginou Chro- 
nologique qui est à la suite de ce chapitre ^ annëe 57a , et le 
Canon Chronologique à la fin do la Chronologie^ années 
4;i42 et 4^176. 

(21 5) J. Lxxviii. Telmeêse, Voyez notre Table Géogra- 
phique ^ à la fin d'Hérodote ; et sur ces interprètes des son- 
ges et des prodiges^ consultez la savante note de M. Ruhn- 
ken, sur le mot ' Elny nrml, dans le Lexique de Timée. 

Telmisusou Telmissëe (a) étoit fils d'Apollon (b) et d'une 
des filles d' Anténor. Ce Dieu eut commerce avec elle sous 
la forme d'un petit chien , et pour la récompenser il lui ac- 
corda le don d'interpréter Içs prodiges. Son fils Telmisns eut 
la même prérogative. Il fut enterré sous l'autel d'Apollon , 
dans la ville de son nom , dont probablement il étoit le fon*» 
dateur. S. Clément d'Alexandrie (c) le fait exercer la divi- 
nation en Carie. Mais voyez notre Table Géographique au 
mot Telmesae^ 

(2 1 6) §, lixxviii. Avant leur retour .11 y a dans le grec : 
«-piy ti êwint T^itt «Mt^rA^rAf iç ras 'Zifhçy priusquàm retrà 
Sardes renavigcarent Comme je ne vois point de rivière 
qui aille de Sardes à Telmesse , je conjecture que ces députés 

'firent leur voyage par mer y et qu'ils s'embarquèrent au port 
le plus prochain de Sardes. Il falloit, il est vrai, fidre un 
long détour ; mais peut-être n'y avoit-il point alors de route 
qui conduisit par terre de Sardes à Telmesse ; peut-être aussi 
les chemins qui y oonduisoient^ étoient-ils occupés par les 
partis ennemis. 

(217) 5* i^xx. Découverte, irûiis^ nudus , indique que 
cette plaine n'avoit ni arbres , ni buissons. 

(a) C'est ainsi que le nomme S. Clément d'Alexandrie^ CohorUt» 
ad Gentes , pag. 4o , lîn. 3. 
{b) Suidas, voc. Ti^^io-mc. 
(c) démentis Alexandrin. Stromat. lib» i, p^gl 4oO| Im. 6. 



/< 



344 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

(ai 8^ §. liXXX. Qui se jettent dans VITermus, Je lis 
rvffryfvn au planer, avec le msst ^ de la Bibliothèque du 
Roi. L'Hermus , qui se décharge dans la mer, près de Pho- 
cëe, et non près de Pergame, comme Favance M. Peysson- 
nel (a) , coule d'une montagne consacrée à Çybèle : iç î( 
S^têç if S M^Tfêç Atvt/lvfiiiftiç pitÊf, M. Pejssonnel, qui n'a 
point entendu ce passage, en a pris occasion d'appeler cette 
montagne (6) Hirus. *Ifv est un ionisme pour itfS génitif 
de Itfêfy sacer. Il répète la même faute un peu plus bas (é). 
Si M. Peyssonnel eût pu lire Hérodote dans l'original, il 
i^'auroit point fait une pareille méprise. On voit qu'il n'a 
consulté que la traduction de Duryer, faite elle-même sur 
le latin de Laurent Valla. Henri Etienne , un des hommea 
qui ont fait le plus d'honneur à la France, avoit corrigé 
cette faute de Valla. 

(2119) §. I.XXX. D^une montagne consacrée, Hérodote ne 
dit pas le nom de cette montagne ; mais ce ne peut être le 
mont Dindyme , qui étoit près de Cyzique. 

(220) J. liXXXii. Du lieu nommé Thyrée, Thyrée et An- 
théné étoient dans la Cynurie. La première de ces places 
étoit de la dernière importance pour les Argiens : elle leur 
servoit de communication pour se rendre par terre aux au- 
tres places qui leur appartenoient sur la même cote \ les Ar- 
giens redemandèrent {d) ce pays dans la guerre du Pélopon- 
nèse. 

(221) %. Uinxii. Sel^ékdeniapproprié, Th3rrée(tf) faisoit 
partie de la Oynurie. Les Oynuriens étaient Argiens d'ori- 
gine ; ils étoient une colonie d'Argos qui y avoit été conduit^ 
par Cynurus, fils de Persée. Depuis la conquête des Hér«^«- 

(a) Peyasonne], Voyage A Magaésie, &c. pag. 298. 
ib) Ibid. 

(c) Ibîd. pag. 3oa. 

{d) Thucydid. lib. v, J. xli, pcg. 54i. 

{e) Fansan. I^aconic. aive lib. jii, cap. ii, pag. ^07 ; cap. vit» 
pag. 219. 

clide<i . 



CLIO. LIVRE I. 345 

clides , les Cynurieiis ne regardant plus comme leurs pareiis 
un peuple soumis à une domination étrangère , non-seule- 
ment ils permirent à des brigands d'insulter F Argolide, mais 
ils j firent encore eux-mêmes des incui*sions. Les Lacedë- 
moniens entrèrent à cette occasion dans leui^pays, et l'ayant 
soumis y ils en chassèrent tous les habitans en âge de porter 
les armes. Cela se passa sous le règne d'Ecliëstratus, Roi de 
Lacëdëmone. Sous le règne de Labotas , qui lui succéda, les 
Argiens redemandèrent aux Lacëdëmoniens la Cjmurie : 
ceux-ci refusèrent de la rendre : la guerre s'alluma à celte 
occasion entre les deux peuples : il ne s'y passa rien de mé- 
morable : ils firent entr'eux une paix qui subsista sous plu- 
sieurs Rois. Mais comme l'inimitië ëtoit plutôt assoupie 
qu'éteinte, la guerre se ralluma plusieurs siècles après , et fut 
enfin terminée à l'avantage des Lacëdëmoniens vers la fin 
du règne de Crësus , c'est-à-dire, vers les années 4,169 ^^ 
4,170 de la période julienne, 545 et 544 avant notre ère. 

(222) §. Lxxxii. Fers l'Occident. Thyrée et toute celle 
côte est à TOuest , relativement à l' Argolide , qui est à l'Est. 

(223) 5. Lxxxii. Ne seroieni pas présentes Tel est le 

sens que )'ai donne à ces mots de l'original : /k« Ji vttfttfiiicif 
ùymfi^êfiivtÊfy que le Traducteur latin cvmal rendu, nec per- 
marièrent dàm dimicaretur , au lieu qu'il falloit dire : neo 
adsiderent dimicantihus. Voyez M. Toup , Emendat in 
Suid. part iii,pag, 1 7. Et ex nuperâ edit. tom, ii,pag, 33, 

Au reste , w*p«/«i»«» se trouve non-seulement dans les 
mssts de Médicis, de Sancroft et du Docteur Askew, mais 
encore dans le manuscrit ji de la BibUothèque du Roi. 

(224) §. Lxxxii. On en vint aux mains, Plularque dit au 
contraire , que les Ampbictyons se transportèrent sur les 
lieux, et qu'ayant été témoins de l'action d'Othryadcs, ils 
{adjugèrent la victoire aux Lacëdëmoniens, sans parler d'un 
second combat. H cite (a) pour garant Chryscrmus dans squ 



(a) Flutarch. Parallel. pag. 3o6, A et B. 
7hme L Xx 



346 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

troisième Livre des Pëloponnësiaques^ on Histoire du Vé- 
loponnèse. Pansanias (a) assure que les Argiens s'attribue- 
rent la yictoire , quoique rëvënement eût été douteux, sui- 
vant la prédiction de la Sibylle, et ils envoyèrent à Delphes 
un cheval de bronze à l'imitation du cheval de bois (^). C'est 
im ouvrage d'Antiphanes d'Argoo. Les Laeëdëmoniens pré- 
tendirent aussi avoir eu l'avantage; et dans les Gymnopë- 
dies , fête destinée à en perpétuer le souvenir , les chefs des 
chœurs Laoédémoniens (e) portoientdes couronnes de bran- 
ches de palmier, que l'on appeloit couronnes Thyréatiques. 
Sosibe dit que de son temps on les nommoit (d) Psilines. 

(aa5) 5> liXXXii. Qui auparavant avaient des chevêiix 
courts. Tous les Grecs portoient autrefois leurs cheveux fort 
longs. Homère les appelle par cette raison xMfnttêftiévrru, 
Les Lacédémoniens les avoient-ils alors longs ou courts ? 
question fort peu importante , et dont je ne paiie que parce 
qu'elle tient aux usages anciens. Il paroit par Hérodote , 
qu'ils ne commencèrent à laisser croître leurs cheveux qu'a- 
près la bataille de Thyrée ; mais si l'on croit Xénophon ( e) , 
cette coutume remonte ^ushaut, et f utétabUe par Lycurgue. 
Plutarque attaque notre Auteur sans le nommer, a II n'est 
» pas vrai {f) , dit-il , comme le prétendent quelques-uns, 
r> que les Argiens s'étuit fait raser la tête en signe de deuil , 
n après la grande perte qu'ils venoient de faire contre les 
» Lacédémoniens, ceux-ci au contraire laissèrent croître 
B leurs cheveux, pour témoigner la joie qu'ils avoient de 
» leur victoire i». 

Dacier dit dans une note sur ce passage : a II est étonnant 

(a) Pansan. Fhocîc. sîts lib. x, cap. iz, pag. 821. 

(b) Il Teut parler du chcTal de Troie. 

(c) Athen. Deipnotoph. lib. xr , cap. vi , pag. 678, B. 

{d) Ibid. au sujet de Sosibe , TO^es Suidaa, aux mots Amnxtenmf 
et Im^tCt^u 
(e) Xénophon t. Lacedemon. Polit, cap. xi, $» iii^ pag. 87. 
(/; Plutarch. în Lysandro, pag. 433| F* 



C L I O. L I V R E I. 3I7 

n qn'H^rodoie ait donne dans une fable de cette nature sur 
» nne chose si voisine de son temps ». Et c'est justement 
cette proximité de temps qui auroitd(i faire penser à Dacier 
qu'Hérodote ëtoit mieux instruit que Plutarque. « Mais , 
)) insiste Dacier , Plutarque réfute fort bien ce conte par 
)) l'établissement de Ljcurgue ». L'assertion de Plutarque 
n'est point une preuve. Si l'on avoit à prendre parti , il 
seroit plus naturel de se décider en faveur d'Hérodote que 
de Plutarque , qui étoit jaloux de notre Historien , et qui 
d'ailleurs étoit trop éloigné de cet événement , auquel 
Hérodote touchoit pour ainsi dire. 

Il y avoit aussi (a) des gens qui pensoient que cet usage 
avoit commencé au temps où les Baccbiades se sauvèrent 
de Corinthe et se réfugièrent à Lacédémone. Leurs têtes 
rases les ayant fait paroitre difformes , les Lacédémoniens 
laissèrent croître dès ce moment leurs cheveux. 

Les Lacédémoniens se rasoient la barbe de la lèvre supé- 
rieure , par une ordonnance des Ephores , à leur entrée [b) 
en charge. Le but de cette loi étoit de les accoutumer à 
obéir jusquesdans les plus petites choses. Je n'insiste sur 
ces bagatelles que parce que nos Peintres n'observent pas 
assez le costume. 

(226) 5. liXXXii. Quant à Othryadeê, « Sparte , célèbre 
» par le temple de Castor et Pollux , ne le fut pas moins par 
» les illustres qualités d'Othryadet : Spccrta (c) insignis 
cùm PollucU et Castoris templo; tàm êtiam Othryadis 
illustria yiri tiiulis. Othryades , l'un des trois cents Lacédé* 
moniens choisis pour combattre à Thjrrée , fut hLesëé, S'étau t 
tenu caché parmi les morts , il dépouilla les Argiens , après 
la retraite d' Alcénor et de Chromius , qui étoient restés 

(a) Plutarch. în Lysandro , pag. 433 , F. 

(6) Flutarch. in Âgîde et Cleomene y pag* 808, D; de sera 
Kuminis Yindictâ , pag. 55oy B. 

(c) Solhi. Folyhist. cap. vu , pag. 16 , F. Il faut faire attention 
que ce chapitre est marqué ix. 

Xx 2 



i 

I 



3i3 HISTOIRE D'il É R O l) O T B, 

de Tautre côte ; et ayant élevé nn trophée , il moumt sur ]e 
champ de bataille , après y avoir tracé une inscription avec 
le sang qui sortoit de ses plaies. Cela fut cause que la guerre 
recommença au sujet de Thyrée , mais elle fut favorable 
aux Lacédémoniens. Suidas, de qui j'ai emprunté cet ar- 
ticle (a) , s'écarte un peu du récit d'Hérodote , comme on 
vient de le voir. Au reste, je crois presque inutile de 
faire observer que j'ai suivi M. Hemsterhuis , qui , après 
titttrrintç y lit fîr/yf«^J/«f rS rSf Tfttvfimrâff aifuiT^i. 

Je suis étonné que Kuster ne se soit point apperçu do 
la corruption du texte- 

Quant à la mort de ce brave guerrier , les Auteurs sont 
fort partagés. Nous venons de voir ce qu'en disent Hérodote 
et Suidas. Fausanias {b) rapporte qu'on voyoit à Argos , 
dans le Théâtre , la statue de cet Othryades , que tuoit ^ 

de sa main Périlaiis , fils d'Alcénor. Si ce récit est vrai , il 
faut qu'il ait survécu à la journée de Thyrée. Mais l'amour 
de la patrie , qui est si beau et si louable , dégénère quelque- 
fois en esprit de parti, et fait alors déguiser la vérité. Quoi 
qu'il en soit , il y a dans l'Anthologie de (c) Ck)nstantin Cépha- 
las une épigramme sur ce combat. Les deux jeunes Argicns 
reviennent sur le champ de bataille , et surplis du trophée 
élevé par Othryades , ils parlent ainsi dans une épigi*amme , 
ou plutôt dans une inscription de Dioscorides, que voici 
telle qu'elle se trouve dans le manuscrit du Vatican. 
MM. Reiske et Toup (d) l'ont publiée , et sur-tout le der- 
nier avec les dorismes. Il est étonnant que M. Brunck , 
qui a rétabli dans Théocrite un grand nombre de doris- 
mes , contre l'autorité des manuscrits , ait négligé ceux-ci. 

(a) Suidas , voc. 'Od^i/«</liic. 

(b) Fausaii. Corinthiac. siye llb. ii , cap. xx, pag. i56. 

(c) Antholog. GrscaeàConstantînoCephaUconditsLibri très, 
pag. 81. 

(d) Epistola Critîca ad celeb. Tirum Giilielmum , Epîscopum 
Gloccstritnsein, pag. 95 ; et ex nuperâ editione ^ tom. 11, pag. 5i3. 



C L I O. LIVRE I. 349 

Qaoi qu'il en soit, il Ta mise dans ses (a) Analecles. 
Deux Argiens , croyant Othryades mort^ ëtoient allds au* 
noncer leiur victoire à leurs compatriotes. De retour sur 
le champ de baUille , étonnés à la vue d'un trophée , ils 
•'écrient : 

AIOSKOPIAOT. 

TiV rtt uào-KixtvTtt vôt) ^pt;/ rui^t xaêui^/iv 
'^EfTitt y rS trtXrat A«pif ttfuy^^^trtci * 

ITA^On yùp Bu^iurtç v^' it^têtrêç §t^t X«x^Tttf , 
yi' iififitç i^ Afytim ro) ^vo XH^ofêtétt, 

IltifTU ftKVf fiUÇTtVt ^t^êVWOTU y fltl TIÇ y f T IfCTtlISÇ 

''ir^t fiant, N/jms y«ep ix âo-x'l^oç tci^i Auxétfêtp 

CfafHTtci ê^i/tiÇotç itfMLTûç OB-fvaiky 
X'« Tc^i ff^êx^irttç 9-irmfet vtXuç. A v^oxatràif Ztv y 

Srvjdir ànxttrit a-ufiÇoXn ÇvXêWi^«ç, 

« Qui a appendu à ce chêne ces armes nouvellement en- 
1) levées à ces morts ? de qui porte le nom ce bouclier Dorien ? 
» car cette campagne de Thy rée regorge du sang de ces guer- 
)) riers , et nous deux ^ nous restons les seuls du côté des 
n Argiens. Parcourez tous ces moi*ts y et prenez garde que 
» quelqu'un en respirant encore , n'ait acquis à Sparte une 
)) fausse gloire. Suspendez vos pas. Ces caractères tracés sur 
» ce bouclier avec le sang d'Othryades , proclament à hante 
» voix la victoire des Lacédémoniens , et l'auteur de cette 
» action respire encore près d'ici. O Jupiter , auteur de notre 
» race , voyez avec indignation ces trophées qui déposent 
» contre notre victoire » ! 

J'ignore pourquoi l'Editeur Anglois de l'épigramme de 
Dioscoride a mis en note trois fois les Athéniens , puisqu'il 
n'y est question que des Argiens. M. Reiske , qui a donné 
l'Edition originale à Leipsick , ne s'y est pas trompé. On ne 

(a) Analecta yeter. Foetar. Grscor. tom. i, pag. ^tjS. 



35o HISTOIRE D'H É R O D O T R. 

sera peut-être pas £âcbë de voir l'inscription de Simonides 
faite pour être plac^ sur le monument de ces guerriers y qui 
dans le manuscrit du Vatican , soit immédiatement celle 
de Diosoorides. Ce sont eux qui parlent en s'adressant à 
Sparte : u O Sparte (a) y notre patrie y nous avons combattu 
u trois cents contre autant d'Argiens y pour Thjrée y sans 
» tourner la tête, et nous sommes morts oà nous avions 
» d'abord pose le pied. Cette arme couverte du sang du brave 
M Othryades , proclame que Tbyrée , Jupiter y est aux La- 
» cëdëmoniens. Si quelqu'Argien a ëvitë la Destinée , il 
» tenoit d'Âdraste {b). Mourir n'est point une mort pour 
)> Sparte , mais la fuite ». 

Je crois devoir joindre encore cette Inscription. Elle est 
de Chaerëmon, que M. Reiske pense (c) être contemporain 
d*Otbryades, ou du moins plus ancien qu'Hérodote, et qui 
me paroSt beaucoup plus récent, ce Les (d) Argiens et nous, 
» étions en forces égales, les armes étoient égales, et Thyrée 
» en fut le prix. Abandonnant sans balancer la pensée de 
M revoir la patrie , nous laissâmes aux oiseaux le soin d'an^ 
» noncer notre mort ». 

Voici ks deux premiers vers de cette Inscription, tels 
qu'ils sont dans l'édition de Henri Etienne, ou, pour mieux 
dire, dans toutes les éditions, excepté celle d'Aide i,5ai y 
ohon^tzifçi^wt xif*f y mais c'est une faute d'impression ^ 
qui est corrigée dans l'édition de i,55o. 

XvfiS«Piê/ut9' ^ufltt ^' 90W» «léAtf i^fiç. 



{a^ Ânalect. reter. Poetar. Grœcor. tom. i, pag. i3o. xxvi. 
{h) Roi d'Argos , qui , ayant vu tiwr son gendre Polynicea , 
aba&dottna le siège de Thèbes , et s'enfuit honteusement. 

(c) Beiske iu Notis ad Constant. Cephal. Antholog. pag. 207 
et 30B. 

(d) Anthologîa Graeca , pag, 2o5. Analecla reter. Poctar. Grx- 
cpr. tom. 11^ pag 55. 



CLIO. LIVRE I. S5ï 

Dans le manuscrit du Vatican ^ ce distique est conçu de 

cette sorte : 

On lit en marge de ce manuscrit Çifrii irt ihÀy^^çiv Ut 
Tê iinyfufiffut. L'auteur de cette remarque a raison d'observer 
qu'il est difficile de saisir le sens de cette inscription. M» do 
la Rocbette qui a bien voulu me communiquer ces deux 
vers, est persuade qu'ils présentent, quoique corrompus , 
ime leçon différente de celle de Flanude. Quant à moi, je 
pense que Flanude a trouvé dans son manuscrit ces deux 
vers plus corrects qu'ils ne l'étoient dans celui qui a servi 
au copiste du manuscrit du Vatican. 

Quoi qu'il en soit, Ovide fait allusion à l'action généreuse 
d'Othryades, lorsqu'il dit en parlant du Terme : 

(â) Si tu sîgnattes olim Thyreatîda terram , 

Corpora non leto mista trecenta forent » 
Nec foret Othryades congestis tectus în armU. 
O quantum Patrise sanguînia ille dedlt ! 

L'Historien Thésée, qui, au rapport de (b) Suidas, avoit 
écrit en cinq livres les Vies des Hommes illustres , et en 
trois l'Histoire de G>rintbe, dans laquelle il parle de l'ins- 
titution des jeux Isthmiques, s'accorde presque avec Héro- 
dote sur ce qu'il dit d'Othryad es , d' Alcénor et de Gbromius» 
n ajoute seulement (c) qu'Otbryades étoit couché parmi les 
Lacédémoniens morts; mais qu' Alcénor et Qiromius étant 
partis pour annoncer leur victoire à Ârgos , Otluyades érigea 
un trophée des dépouilles d'un grand nombre d'ennemis, 
et qu'y ayant tracé cette Inscription avec le sang qui coa* 
loit de ses blessures, i^ss LAcéuiMONiXNs victorieux dss 
Aroiens, il expira. 

{a) Ovidii Fattor. lib. n, vers. 663. 

(b) Suidas, toc. B»c%vç, 

(c) Stobaeua , Sermo tu , pag. 91. 



352 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

he Docteur Potier, Archevêque de Cantorbéry, parle 
de cet Othryades dans son Archaeologie , page 5oa. 

(227) §» Lxxxii. Se tua. Cette Ëpigranune de Nicandre de 
Coloplion s'accorde bien avec le récit d'Hérodote. « Père (a) 
» Jupiter, avez- vous vu un homme plus excellent qu'O- 
)> thiyades, qui, après avoir mis une Inscription aux dé- 
» pouilles qu'il avoit enlevées aux Argiens, a mieux aime 
» se passer son épée au travers du corps, que de revenir 
» seul à Sparte » ? 

Damagète nous a conservé le nom d'un autre Lacédé- 
monien, qui s'étoit distingué dans la même action. 

« {b) Lacédémoniens , ce tombeau renferme le brave 
» Gyllis, mort pour vous assurer Thjrée. Il tua trois Ar- 
» giens, et dit : Puissé-je mourir après avoir fait des actions 
w dignes de Sparte » ! 

Le nom de Cleuas est aussi parvenu jusqu'à nous dans 
une Inscription de Chasrémon, qu'Holsténius (c) a publiée 
d'après le manuscrit de l'Anthologie du Cardinal Barberin. 
Elle se trouve aussi dans les Notes de feu M. d'Orville sur 
Chariton d'Aphrodise, tome 11, page 3^5. MM. Ruhnken 
et Brunck l'ont restituée très -heureusement; le premier, 
inEpistolâ Criticâ i, page j3 de la première édition, et 
page 119 de la seconde. Le second, in AnaUctis peterum 
Poetarum Grœcorum , tome 11 , page ^b. En voici la tra- 
duction : 

« Cleuas, fils de Timoclès, vous êtes mort en combattant 
» pour Thyrée, et vous avez été enterré dans cette cam- 
» pagne qui faisoit le sujet de la querelle ». 

J'oubliois presque de dire que feu M. Reiske a étran- 
gement défiguré cette Inscription dans son Anthologie de 
Constantin Céphalas, page 125; mais il y a grande appa- 



(a) Analecta veter. Poçtar. Grxcor. tom. 11, pag. 2. 

{Jbj Id. ibid. pag. Sg. 

(c) Holstcnii Notae in St^phani Byzai;tini Gcntilia , toc, 9t/^ldt > 

rcnce 



C L I O. LIVRE I. 355 

rence que ce Savant Tauroit donnée plus correctement s'il 
eût fait une seconde édition. 

n y auroit encore beaucoup de choses à dire sur cette 
Inscription, et sur-tout sur le commencement qui , dans le 
manuscrit du Président Bouhier et dans celui de Guyet^ est 
ainsi conçu : XXtvttrt TtféêKXtlùÇy que MM. Ruhnken et 
Bruuck ont changé en KAivW Ttfux^êç. M. delà Rochette, 
qui prépare une édition de l'Anthologie , discutera ce point 
de critique. 

(228) J. Lxxxiv. Hyrœadès , Morde de TMtion, Xéno- 
plion ne le nomme pas. Suivant lui , un Perse qui (a) 
a voit été esclave d'un homme en garnison dans cette cita- 
delle, servit de guide aux troupes de Cyrus. D'ailleurs^ 
il raconte la prise de Sardes un peu autrement que notre 
Historien. 

(229) §. Lxxxiv. La seule par oà Mélèn autrefois Roi 
de Sardes, M. Peyssonnel {h) prétend que THistoire ne 
commence à faire mention de Sardes que depuis Ardys, 
fils de Gygès , second Roi de Lydie , de la Maison des Mcr- 
mnades. H ne prévoyoit pas sans doute que (c) deux pages 
plus loin , il diroit que Mclès fit ceindre de murs la ville 
de Sarcles. Or, ce Mélès étoit de la race des Iléraclides, 
Tavant-demier Prince de cette Maison , suivant {d) Eusèbe , 
mais beaucoup plus ancien , selon {e) Nicolaos de Damas. 

Au reste, M. Peyssonnel se trompe encore, lorsqu'il (/) 
attribue à Mélès la construction des murs de Sardes. Héro- 
dote n'en dit rien. Il se contente de raconter que, de l'avis 
des Devins de Telmisse, il fit porter autour des murs de la 
ville , le lion qu'il avoit eu d'une concubine. Ce mur exis- 



ta) Xenoph. Cyri Institut, lib. vu, cap. 11, $.1, pag. 4i5. 
{h) Voyage à Magaésie , pag. 5oo. 
(c) Ibid. ppg. 5o3. 
\d) Xpovixtfv xo>oc 4rf «T0( , pag. 5o. 
{e) Exccrpta Valevii ex Nicol. Daniasceno , pag. 44a« 
(y*) Voyage à Magnésie, &c. pag. 3o2» 
Tome L Y y 



354 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
toit donc alors. Cette concubine n'ctoit point une courti- 
sane, comme Fayanoe le même M. PeyssonneL 

(a3o) §. LXXXiT. Z> iion qu'il apok eu (Tune concubine. 
L'abfurditë de &ire acooudier une femme d'un lion m'a fait 
long-temps balancer si Hà:odote n'avoit pas touIu dire que 
cet enfant avoit nom Léon. Mais après avoir fait réflexion 
que le texte disoit deux fois le lion, qu'Hérodote étoit trë«- 
luperstitieux et très-ignorant en histoire naturelle, comme 
on rétoit alors , et que s'il n'y eût point eu de prodige dana 
cet accouchement , on n'auroit pas consulté les Devins de 
Telmisse, eomme le récit de notre Historien prouve ma- 
nifestement qu'ente £t, je me rois déterminé pour ce seo^ 
timent. 

(35 1) $. Lxxxiv. Z^s Detdns de Telmisse lui avoieiU 
prédit. J'ai suivi la correction de M. Valckenaer, qui lit 
itMM^fTêtf au lieu de ^iiuMwrr«v. H est très-sûr que les Telmis- 
siens n'étoient point des Juges, ^ixurtt) , mais des Devins , 
conjectures et interprètes portentorum , comme s'exprime 
Cicéron (a). Au reste, on peut consulta les notes de 
MM. Valckenaer et Wesseling. 

(aSa) J. Lxxxiv. Quiregarde le Mont Tmolus, M. Peys- 
sonnel ne paroit point avoir entendu ce passage; voici la 
manière dont il l'interprète : « Sardes (b) étoit imprenable 
M du côté qui faisoit ùuoe à la ville de Tmolus ». Après 
l'échantillon que j'ai donné de l'habileté du G>nsul François 
dans la Langue grecque , je ne me serois point arrêté à 
relever cette méprise, si je ne m'étois point apperçu qu'il 
avoit été induit en erreur par Cellarius. L'Ouvrage du pre- 
mier étant peu lu, ne tire point à conséquence ; mais celui 
du Géographe Allemand étant reoherché de ceux qui veu- 
lent lire avec Iruit l'Histoire ancienne, l'erreur se propage 
et s'accrédite^ et c'est cette raison qui m'engage à la dé- 
truire. 

(a) Cicer. de Divlnat. lib. 11, §. xxviii. 
{b) Voya^ie à Magnésie, &c. pag. 358. 



C L I O. L I V R E 1. 355 

Cellarius prouve par plusieurs autorités (a), qu*il y avoit 
près de la montagne de Tmoliis une ville de ce nom. M. Bel- 
langer prétend que jamais elle n'exista. H ne se rappeloit 
pas sans doute que Tacite la compte parmi les douze villes 
d'Asie {b) qui furent renversées par un tremblement de 
terre, Fan 17 de notre ère. Hérodote ne parle point de 
cette ville , comme l'a cru Cellarius, mais de la citadelle 
de Sardes; wixtç se prenant souvent dans cette signification. 
On peut en voir à^ exemples ci-dessous, §. clx, note 58 1. 
Je voudi*ois cependant d'autant moins garantir que wixit 
signifiât ici la citadelle, que Folybe, en parlant de ce même 
quartier de Sardes , remarque qu'il est extrêmement (c) 
escarpé à l'endroit où la citadelle se joint à la ville. Quoi 
qu'il en soit , le sena est toujours le même , et il ne sera pas 
pour cela question de la viUe de Tmolus. Mais voyons le 
passage entier de notre Historien : ô «^i MffXnç Murm r« «aa« 
T^Z*^ vfpiffVffiJMif [nempè r«f Ai «vtk) t^ 119 ivlf«M)^ot tù x^fUt 
rjf JUffTêXfÇy xéirtiXêytin tutu y mç f «y itfut)^^^ t% i^ «)r«r0/K«v* 
ïçt 4i wpif tS Tf^Xu TtTfu/nfitifcv TÎf wixtùç, Cellarîus rend 
ainsi ai dernier membre : ftstautemeapctrs ohi^ersa oppldo 
Tmolo, La construction cependant n'a rien d'embarrassant. 
^Er< 4« Tù Tfjç vixiêç TtTftif4fiif4f wf6ç TSTfcéXM : c'est de ce 
côté de la citadelle , on de la wlle , si on aime mieuiç , qui 
est tourné para le Tmolus. Si Hérodote eût voulu désigner 
la ville de Tmolus, il auroit écrit : ïç-i ^^i wfùt viç tS Tfttixtt 
TtTfUfcfcifOf vixt9ç, Hérodote et les auti'es auteurs s'expri- 
ment de même. Voici quelques phrases parallèles, qui le 
feront mieux sentir que tout ce que je pourrois dire. ' H J\ji (ûQ 
K«Aff SivTfi A'xTfi KtXfffUffi y tçi fcif Xàx^X^v y wf^ «/[i Tv^n- 
f«'>f» TtT^tt^fAtfft T^ç 'ZtKtXiifÇ : cet endroit, appelé Calactê , 
est à la vérité du pays des Siciliene , mais de cette partie 

(a) Notitia Orbis Antîquî , tom. 11, pag. 11a. 

(b) Tacit. Annal, lib. ii , J. xlvii. 

(c) Polyb. lib. vii, J. iv, tom. i, pag, 705. 
(rf) Herodot. lib. vi , J. xxii. 

Yy a 



356 HI8TOIRB D'HÉRODOTE. 
de la Sicile qui est tournée vers la Tyrrhéme. Xi (rt) #*f 
wfêf rjrv im r^ç l/{ji , la partie du chemin qui regarde rcoà- 
rare. Tm (b) f^t^wfç ïm tttMÀsfUf^ rfç XtM%Xtmç f (f Amt*» : il9 
abandonnèrent la partie orientale de la Sicile. 

M. Reûke (r) Toudnnt qu'on lût w^lç rU TfimXêf, Cette 
conjecture me ptroît mutile. Hérodote joint souvent dans 
le même sens le génitif avec w^lt, 'Eh'm>u9 (d) «-f #f im rt i^ 
ri TmHdi^f, Ce qu'il j a de remarquable en cet exemple , 
c'est que wflt est joint au génitif et à ^'accusatif Mais il 
est inutile d'accumuler les exemples dans une dioae à 
simple et si daire. 

(a33) $• i-xxxiT. Ainsi fut prise Sardes. Polyon raconte 
la prise de cette ville d'une manière différente. Suivant cet 
Auteur, Cyrus {e) profita d'une trêve qu'il condut avec 
Crésus, pour faire avancer son armée, et l'ajrant fait ap- 
procher pendant la nuit, il prit la ville par escalade. Crésua 
étoit cependant encore maître de la dtadelle, et attendoit 
le secours qui devoit lui venir de Grèce; mais Cyrus ayant 
fait mettre aux fers les parens et les amis de ceux qui 
défendoient la dtadelle , il les montra aux assiégés en cet 
état , et leur fit dire par un héraut , que s'ils lui livroient 
la place , il leur rendrait leurs parens , et qne s'ils persis- 
toient à se défendre, il les feroît pendre. Les assiégés 
aimèrent mieux livrer la place que de causer la mort de 
leurs parens. 

Le rédt de Ctésias difi^ essentiellement de celui de 
notre Historien. Foyez l'extrait de son Histoire de Perse ^ 
$. IV, dans le vi* volume , avec mes notes. 

Cette ville {f) fut prise du même côté et de la même 

(a) Herodot. lib. tu , $. glxzti. 

(6) Diodor. Sicul. lib. t, $. vi, tom. i, pag. 3?5. 

(c) Voyez les rariantes dana rédition de M. Wesselîag. 

{d) Uerodot. lib. nr , $. c±zu. 

(e) Polyaeai Strategem. lib. vu, cap. ti , $. ii et m , pag. 6 tau 

(/■) Polyb. lib. vii, §. IV, y, VI et vu, tom. i, pag, 7o4, flcc 



/ 



C L I O. L I V R E I. 557 

.manière, par Lagoras de Crète, qui ëtoit au service d'An- 
tioclios le Grand, la troisième annëe de la cent quarante- 
unième olympiade, ai4 ans ayant notre ère. 

(234) 5. Lxxxv. La voix, 'li, la voix , est|in mot trcs* 
rare , qu'on trouve dans les Perses (a) d'Eschyle. K^ico- 
fêiMrùv tsir , mole-ominalam vocem; et dans le Rhésus (^) , 
.tragédie attribuée à Enripides , «vftyyt îif Ktirm»uêtyfistulœ 
vocem audio. 

(235) ^. Lxxxv. Et peu lui importait.* Ovi^i vt 01 /^if ipi, 
il ne lui importait en aucune manière (e). m r« ifcufitç nféSiftit 
9^ MMTêfèmTÊtt ftixiçêt hi^tfUy celui à qui leur salut et leur 
succès impartait le plus. Le Scholiaste a rendu ^i^t^u par 
Kif^êç if, était avantageux , était un gain, De-là ri ^tiÇêfêw 
signifie l'argent dans Polybe et autres Auteurs récent ^ 
comme l'a remarqué Casaubon dans son G>mmentaire sur 
le dixième chapitre des Caractères de Théophraste. 

(236) §, LXXXV. S*€cria-t-il. Les muets ne le sont com- 
munément que parce qu'ils sont sourds. Si le fils de Crésns 
eût été sourd , comme le prétendent les Traducteurs d'Hé- 
rodote , comment auroit-il pu prononcer des mots qu'il 
n'auroit pu entendre , et dont il n'auroit pu avoir aucune 
idée ? Je sais que dans ces derniers temps l'on a appris à 
parler à des muets , sourds de naissance ; mais le fils de 
Créstis il'étoit pas dans ce cas-là. Son père avoit mis tout 
en usage pour sa guérison. Cependant il demeura muet jus- 
qu'au moment où le danger de son père lui délia la langue. 
Si ce jeune homme n'eût été que muet , cela seroit con- 
cevable j mais qu'un sourd et muet de naissance vien^e 
tout-à-coup à parler, c'est ce qu'on ne pourra persuader à 
personne. Remarquez qu'Hérodote ne parle point ici de 
l'intervention d'un Dieu. Une vive firayeur a pu occasion- 
ner dans l'organe de la parole une commotion assez forte 

(a) ^schyl. Pers. vers. 940. 

(b) £uripid. Rhésus , vers. .554. 

(c) Demotthen. de Coronâ, pag. 5ao , A* 



358 HISTOIBE D'HÉRODOTE, 
pour ddlier la langue de ce jeune homme , et lui faire arti- 
culer des sons avec lesqueb son oreille étoit très-familiarisée. 
Cet enfiBuit.de Crésus n'ëtoit point sourd en effet. Voyez 
ci-dessus, 5* ^^^i^ ? note 92. 

(237) %, Lxxxvi. Sur un grand bûcher. Ce trait seroit 
d'autant plus cruel, que Crësus ëtoit grand-oncle de Cyrus; 
Ar jënis (a) , sœur de Crësus , ayant épousé Astyages , grand- 
père maternel de Cyrus. Ctésias et Xénophon n'en parlent 
point. Hérodote ne l'assure pas lui - même , puisqu'après 
l'avoir raconté , il ajoute tout de suite : riv ^c» J^e w^titip 
TMuTMy oà il faut sous-entendre xiyuaty on dit, 

Nicolaos de Damas (6) raconte cette histoire d'une manière 
romanesque; il fait intervenir le fils de Crésus, une Sibylle 
et les Oracles de Zoroastre, en un mot, tout ce qui peut 
attendrir le lecteur , ou le frapper d'admiration. Cyrus est 
un sage , un philosophe; il ne veut point faire périr Crésus ; 
les Perses demandent sa mort ; Cyrus est obligé d'y con- 
sentir. Rien de si touchant ensuite que l'entretien de Crésus 
avec son fils. Il l'embrasse , et monte sur le bûcher. Sur ces 
entrefaites , paroît la Sibylle Hérophile. Elle monte sur un 
lieu élevé , et prononce son oracle. Cyrus en fait part aux 
Perses. Ceux-ci, s'imaginant qu'on l'a subornée pour sous- 
traire Crésus à leur vengeance, plus animés qu'auparavant 
à demander sa mort, mettent eux-mêmes le feu au bûcher. 
Cyrus , touché de commisération , ordonne à ses gardes do 
l'éteindre. L'ardeur de la flamme les empêche d'approcher. 
Thaïes annonce à Crésus un orage, et l'encourage à l'atten- 
dre. L'orage survient ; le feu est éteint. Ijcs Perses, rccon- 
noissant la vérité de» oracles de la Sibylle et de Zoroa.strc , 
défendent de brûler à l'avenir les corps morts, et de souiller 
le feu d'une manière quelconque. 

(238) §. Lxxxvi. Qu'à cette pensée, 'Qt ii Sifu fclr trp«a- 

(a) Herodot. lîb« i, $. lxxiv. 

{(i) Ëicerpta ex Nicolao Damasceno , psg. 454 et seq. 



j 



C L I O. LIVRE I. 359 

Tirm tSt9 : cum aiUem hoc ante ipsum sietissei, id est in 
mentem ei penisaet. Voyez .£miliu8 Fortus dans son Lexiq uc 
Ionien, aa mot m$. Tânroîs mie«x aime œpendant lire wm^mo^ 
rijfeu avec l'édition de Tiio». Gale , si cette leçon eût ëtc 
appuyée de qv^ue ■sanuscrit. 

(3^9) %• i^xxxTi. 2>u long mlenoe. On tnmTe ^11^0- 
'^^xks dans le iMmoscrit ^ de la BiMiothèqne du Roi y et 
non point seidement en nuuqge , txmime on le dît dans les 
Variantes de Fëdation de M. Wesseling. 8i on suit cette 
leçon , il faudra traduire : et qn'a3wnt 'kdsaë -ëcbapper quel- 
ques soupirs après une grande défaillmnce y onplutôt, 

en le rapportant à mnnmif^tft : et qu'étant revenu à lui 
après une longue dèfsdUofwe. . . . A'f »f tijuas^f f«f signifie aussi 
soupirant. On trouve dans Hésychius mfuiyicmrê » i ri y«(f » i » 
fiÀB-^vjf il poussa de profonds soupirs. Et dans (a) Homère : 

que le Pseudo-Did3rme explique : êi^vù y Muriv^lty W wûXw 
9y«yi wf tvfim. Il signifie ici, étant revenu à soi. Ce sens se 
ti*ouYe aussi dans le même Hésychius. A'nnxhiçy mtmSttiomç, 
étant reitenu à soi. Appien s'en sert souvent dans la même 
signification. Fbfyez A'fm^fm dans l'Index de cet Auteur , 
par M. ScbweigbsBUser. On lit aussi dans Suidas ifîuyxéity 
mê^fi^êif. Hérodote l'emploie encore dans la même signifi- 
cation y plus bas y 5* C3CTI. .£milius Portus s'y est trompé 
dans son Lexique Ionien y au mot «yif i iJc«^ffy«F. 

(24o) J. Lxxxvi. Dont je préférerois l'entretien, etC; 
M. l'Abbé Bellangcr avoit traduit ce passage : Un homme pour 
lequel J'ai beaucoup de vénération, un Sage que Je voudrois 
que tous les Rois pussent avoir auprès d'eux, pour s'ins^ 
truirepar sa conversation ; Je préférerois cet avantage pour 
eux à de grandes sommes d'argent. 

Indépendamment que cela est moins traduire quepara- 



(a) Homeri Iliad. lib. xix, ven. 5i4. 



56o HISTOIRE B'HÊRODOTE. 
phittser , je crois que M. F Abbë Bellanger n'a pas saisi le senr 
d*Hërodote. Les Rois^ qui auroient converse arec Solon, 
enivres de leur puissance et de leurs ricliesses , n'auroient 
probablement pas fait plus de cas de ce Philosophe que Gré- 
sus n'en fit dans le temps de sa prospérité. Mais ce Prince , qui 
se rappeloit sur son bûcher la sagesse des discours de Solon^ 
les préfère avec raison à toutes les richesses des Rois. Son- 
entretien avec ce Philosophe l'auroit sans doute consolé , et 
élevant son ame , il loi auroit donné la force de supporter 
nvec constance le poids de son malheur. 

Dans le sens de M. Bellanger, il faut rapporter wUrt Tv-. 
fMffiç avec f f ?iiyitç i aB-mv; dans le mien> wmn Tufttnûtn se- 
rapporte à fctyJbi&f xfnf^rmfy en sous-entendant «vr^ir. 

(24 1) §, 1.XXXV1. Que tout ce qu'il lui a%H>it dit se trou^ 
voit confirmé par l'événement. Le texte des éditions est pro*- 
digieusement embrouillé. M. l'Abbé (à) Geinoz l'a corrigé 
d'après le {b) manuscrit A de la Bibliotlièque du Roi. 
M. Wesseling n'a pas manqué d'adopter la leçon de ce manus- 
crit, qui rend à Hérodote sa clarté naturelle. A l'égard de la 
conjecture de M. Geinoz qui, ne pouvant goûter «xtC/Cvxf 
•I à cause du datif ««r« qui précède , vouloit qu'on lût «ir«- 
Mnxiêt , M. Wesseling croit avec raison qu'on peut s'en 
passer, et que «vr« «i est une tmèse pour ImtftS^ comme il 
«'en trouve d'autres exemples. 

(242) 5. Lxxxvii. Si ses offrandes lui ont été agréables. 
Les meilleurs Auteurs ont pris plaisir à imiter Homère. Hé- 

^lodote avoit sûrement en vue ce vers de ce Poète ; 

lîiad. A. vers. 3^, 

Aristophai^es se l'est pareillement proposé pour modèle 



■■»—*■ 



(a) Mémoire* de l'Acadénaie des Pclles-Leltrps , tom. xvi , Jiist. 
pag. 68. 

{b) Ce mannscnt est sur vélîn. J'aî vérifié la leçon que ce Savant 
^n a tirée. 

dans 



C t I O. L I V R E- I. 56l 

ilaiula comëdie intitulée^ la Faix, vers 385, oà l'on peut 
consulter la remarque d'Etienne Bergler. 

(243) §, Lxxxvii. M* a persuadé de vous attaquer, 'Cr«- 
f«f ifn rrfMTtitwiMt, Le Lexique de Timée explique flV«p«f , 
âfuwurÊtç, Voyez sur ce mot la note de M. Ruhnken, 
page 1 19 de la seconde édition. 

(244) 5. Lxxxviii. (Test votre bétail, 8cc. A'aAi» ^ifôvnn 
««< uyêvn ri où, ^yeiv Kttl^lfHf signifie proprement piller , 
avec cette différence que «y^f se dit des troupeaux que l'on 
chasse devant soi, ou des hommes qu'on emmène en escla- 
vage, et que ^ipAf s'entend des meubles et de toutes les choses 
inanimées qu'on peut emporter. Cette expression est très- 
ordinaire. Je n'en citerai que cet exemple de Xénopl^on : 

(( Les ayant vaincus en bataille rangée, il emmena leur bé« 
M tail et emporta leurs effets ». 

(245) §, Lxxxix. Je me crois obligé. àtuMiS , je trouve 
Juste, e«t]/<(f ^tttutS Çb) y je trouve juste qu'on leur rende les 

derniers devoirs, 

(246) ^. xc. En Roi, A'y^p#f finvtxUt , en homme Roi, 
Cette expression est familière aux Grecs. A'»j}p (c) ^1 ^n- 
Xtvç iz^fêv nyéiraj rii^ty un Roi les regarde comme ennemis. 

(247) §, xc. Au seuil du Temple, Tout le monde connoît 
le respect des Anciens pour les temples. Ils n'osoient entrer 
dans le Temple proprement dit , dans ce qu'on appeloit Cella. 
Ils s'arrètoient sur le seuil de la porte, et de-là ils consul"» 
toient le Dieu. 

Dùm consulta petls, nostroquo in lîmine pendes, 

ViRoi L, Mneid, lib, ri^ vers. iSf, 

|1 est inutile d'accumuler les exemples. 

(248) 5* ^c'* ^^^ puni du crime de son cinquième 

(a) Xenoph. in Anabas , lib. 11, cap. vi, $. m. 
{b) Euripid. Supplie, vers. 526. 
(r) Id. ibld. vers. 444. 
Ihîiie L Z 25 



363 HI8TOIRB D*UiRODOTE. 

ancêtre, Dicitis eam{a) vim Decrum eêsé, ui etiam êi quU 
morte pcmas êcelerU êffugerit, expetantur eœ pcenœ à li" 
beris , à nepotibuê, à posteriê. O mirtun ofqmUUem Deo^ 
rum! ferretne civitaa uUa latorêm iitiuêmodi UgU, ut 
conctemnaretwrfiUue aut nepoê, êi pater €uU ainu deli^ 
quUset ? Le philosophe Bion (5) ayoit mieux aime tourner 
œla en ridicule : « Le Dieu^ dit-il, qui puniroit lef enfkns 
» pour les crimes de leur père y seroit plus ridicule qu'un 
» médecin qui donneroit un remède à quelqu'un pour la 
» maladie de son père ou de son grand-père ». 

On n'avoit pas encore, du temps de notre Historien, dea 
idées saines de la divinité. On n'en trouve que chei les 
Juiis. On lit dans le Deutéronome, cbap. xxiv y verset 16: 
Non occidentur patres pro filiisy nec filii pro patrihuê, 
sed unue qidêque pro peccaio suc morietur. Et dans Esé- 
chiel , chap. xviii , verset 20 : Anirna quœ peccaverit , 
ipea morietur : fiUua non portabit iniquitatem patrie , 
et pater non portabit iniquitatem filii .'juedtiajusti super 
éum erit , et impietas impii super eum erii. 

(^49) §. xci. De son cinquième ancêtre, a Crésus étoit 
» le cinquième descendant de Gygès , en comprenant dans 
» ce nombre de cinq les deux extrêmes , le premier et le 
N dernier de la race. Car voici la suite des Rois de Lydie 
M de la Maison des Mermnades : Gygès , Ardys /Sadyattes, 
» Alyattes , Crésus. Telle étoit la manière de compter des 
M anciens Grecs , en parlant des degrés généalogiques. Dans 
» le nombre des aïeux et des descendans , ils comprenoient 
» les deux extrêmes, le premier des aïeux et le dernier des 
j> descendans, dont ils vouloient faire connoîti*e l'origine et 
9 le degré. Suivant cette manière de compter, la Pythie 
» avoit (c) prédit que les Héraclides , détrônés par Gygès , 

(a) Cîcer. de Naturfi Deomm , lib. m , $. xxxyiii. 
(fi) 71utarch.de sera NtuninU rindictâ, pag. 7a, ex edlt. W^l» 
tfnhachii. 
(c) Herodot. lîb. i , $. xin. 



CLIO. LITRE I. S6^ 

» seroieut images sur le cinquième descendant de ce Gygès> 
)) flf r«f wtftwTéf iiriyùff Tiyttt, Je doute néanmoins que 
» cette façon de compter les degrës fût générale et bien 
» connue des Anciens ; car Hérodote remarque (a) que la 
» prédiction de la Pythie n'ébranla pas beauooup ni les 
» Lydiens y ni leurs Rois , et qu'ils n'en comprirent bien 
» le sens qu'après qu'elle eût été confirmée par l'événe- 
m ment II paroît que Grésus lui-même ne lavoit pas bien 
)) comprise, et qu'il l'ayoit peut-être orue accomplie par 
» la mort prématurée d'Atys son fils , qui étoit le cin- 
» quième descendant de Gygès, suivant une autre manière 
m de compter les degrés généalogiques , en n'y comprenant 
)) point Gygès, qui étoit la soucbe de cette race. Ceux qui 
» prétendent à l'infaillibilité n'aiment point à parler clai- 
» rement ; ils ont soin de chercher des termes ambigus y et 
M d'envelopper leurs réponses dans une sainte et respec- 
» table obscurité. Il n'étoit pas de l'intérêt de la Pythie de 
» s'énoncer d'une manière claire, nette et sans ambigoité. 
» Aussi le Dieu dont elle étoit inspirée , Apollon , s'appe- 
n loit-il A^^tiçy à cause de ses réponses ambiguës \ quoiqu'il 
)) y ait des Auteurs qui prétendent que ce nom lui fut 
» donné , pour marquer l'obliquité du cours {b) du soleil ». 

Bellanoer. 

(aSo) 5- ^ci. Et non celle de Dieu, K«i ôvrS ^tS, Il y a 
dans les mssts 5et D de la Bibliothèque du Roi : jg iz^ tQ 
B-tS. Le paragraphe suivant est entièrement omis dans le 

msst B. 

(26 1) J. xcii. Un trépied d'or. Il ne faut point confondre 
les trépieds des Anciens avec l'ustensile connu aujourd'hui 
sous ce nom. Le trépied étoit un vase à trois pieds. Il y en 
aVoit de deux sortes : les uns qui servoient aux festins , et 



(a) Herodot. Hb. i y $. xiii. 

{b) Suidas , TOC. Ao|ici€. Huripid. Ipbîg. inTaurîde , vers. 10 r3. 
Hacrob. Saturnal. lib. i , $. xvii , pag. 248. 

Zz 2 



364 HI8TOIRB D'HÉRODOTB. 
dans lesquels on mâangeoit Teau avec le vin; les antres^ 
qui alloient sur le feu, et dans lesquels on £dsoit chauffer 
de l'eau. Mf inKmt (a) «mAAop •«-« xfi^^h : ic elle alluma 
M un grand feu sous un trëpied n . Homère appelle les premiers 
mw9fi (b) , parce qu'ils n'alloient pas sur le feu. Cela est 
confirme par (c) Athénée. H» yip ri ifX'^*^ A^^ V*"» ^f*^ 
Wêfmt, uvt 01 ^mr «i fCiw «irop#i hç «Vf r«y «iNf •çf»fff«p- 

« n y avoit anciennement deux espèces de trépieds. Les 

}> uns n'alloient pas sur le feu , et servoient au mélange du 
» Tin ; les autres alloient sur le feu^ et servoient à fairo 
» chauffer l'eau destinée aux bains ». Les premiers étoient 
le prix de ceux qui ayoient remporté la victoire aux diffé- 
rens jeux , comme on peut le voir dans les Auteurs Grecs 
et Latins. On les appendoit dans les Temples. Le trépied 
oh s'asseyoit la Prêtresse de Delphes n'étoit pas si profond, 
et peut-être étoit-il applati pardevant A cela près , c'étoit 
mne espèce de chaudière; aussi rappeloit-<m coriina. 

(d) Delpbos adeunt oracula Fhœbi : 

Et lociu y et lanniSy et, qaaa habet illa, pbaretrse, 
lotremoère sîmul ; cortinaqne reddidit inio 
Hanc adyto Tocem« 

(25a) §. xcii. La plupart des colonnes. Tm Ktifm mî wêXXm). 
Les Ioniens mettoient au féminin plusieurs mots qui , dans 
la langue commune^étoient masculins^telsquex/vy. Xm'fMrt (e) 
yaf ù9r0t ( Imuç ) wêXXm rSt cffitirêf stfnuxM Sfrtt , B-^Xozmç 
ifi^tfwr •!#» rif xiêfttf 9^ Ttif MufuB-Sftt, Voyez aussi la 
note 254. 

{j^5S) §. xcii. ji celui de Minerve Pronœa à Delphes. 

(à) Homer. Odjss. lib. z , ters. 358. 

(&) Id. IHad. lib. ix, vert. 122. 

(c) Athen. Deipnotopb. lib. 11 , cap. n , pag. 87 , F , pag. 5& 

{d) Oyid. Hctamorpbos. lib. xv , vera. 63i. 

(e) Moschopu). Tff' S;t<<^* psg. i65. 



C L I O. L I V R E 1. 365 

n y avoit à Delphes un temple de Minerve Pronœa , ITp«9«iW. 
Hësychius le dit positivement (a). Sa situation vis-à-vis 
celui d'Apollon Favoit fait ainsi nommer. On trouve dans 
Suidas (h) mfoftm^tf ris wMfi AiX^Tir A'B-titm np«y0i«, ^im rd 
irfi TêS 9M0U li^fvrB-êtf, On voit au premier ooup-d'œil qu'il 
faut corriger n^^ttîlum On donnoit à Delphes le nom de 
j» PronsBa à une Minerve^ à cause qu'elle ëtoit placée devant 
i> le temple ». Cette correction est encore autorisée par le 
Grand Etymologique, page 699, ligne dernière, où on lit : 
ItfôfmtM A'énfiy my^tXfCMTûç «yo/oi* i'tu ri wfi t$9 9^09 h AiX^ 

^êtf f0-r«y«f. (( Minerve Fronsea, nom d'une statue , parce 
j> qu'elle étoit placée devant le temple de Delphes ». Fausa- 
nias (c) dit que <( le quatrième temple de Minerve s'appe- 
» loit PronauL On y voyoit le {d) bouclier d'or que Grésus, 
M Roi de Lydie y avoit offert à Minerve Fronsea , avant que 
)) Philomélus l'eût pillé , comme le disent les habitans de 
)) Delphes ». Il est clair qu'il faut lire en ces deux endroits 
dePausanias, n^«y«/«et non Tlfifom. Diodore de Sicile, en 
parlant des Perses qui se rendirent à Delphes pour piller le 
temple d'Apollon, dit qu'ils s'avancèrent jusqu'au temple 
de Minerve Pronsea (e) : «-pdf^S-o» fcu fiizft rS fuS rfç ITp*- 
tttUç AB-iifiUi et quelques lignes plus bas, il ajoute (f) que 
les Delphiens érigèrent un trophée auprès du temple de Mi- 
nerve Pron»a: T^i^a^^f Hrrnv^v fr«p« tJ r^t Ufêmiof AB-tivSç 
lifêf. Je saisis cette occasion pour corriger un passage de 
Parthénius(^): nf» ^ifm «roAtif tz* iriéùç êf^uv^r^v rirt xttfci-^ 
y#tf l'y rS r^ç ^ffêittç A^^nfZç Itff» Il faut lire : m tS rtiç iFfûfmtêiç 
AêtifMf itfS. u Elle desiroit passionnément le collier d'En- 



(a) Hcsych. voc npo»«î«tç. 

(6) Suidas I TOC. Tlfoyoïci, et npovei« Ad^nvai. 

(c) Faosan. Phocic. sWe lib. x, cap. yiu , pag. 8i6. 

{d) Id. ibid. pag. 817* 

{e) Diodor. Sicul. lib. xi , $. xit, tom. i, pag. 4i5, lin. 5. 

(/) Id. ibid. lin. i3. 

{g) Parthenîus de amatoriis affectloaibus» cap. xxt» pag. 38<j. 



366 HI8TOIBB D'H É R O D O T B. 

» pbyle, qui ëtoit dans le tempk de Minerve ProiUBa n. 

n est vrai qu'on ëlevoit auiai des temples en rhonneur 
de Minerre ProncML « Minerre (a) est l'intelligenoe de Ju^ 
u piler. Cette intelligence est la même chose que sa provi* 
» denœ; ainsi Ton bâtit des temples à Minerve Proneea ». 
On croit oommunëment que Dtfmosthènes en fiût mention 
dans sa Harangue {b) oontre Aristogiton; mais je crois le* 
texte altërë. 

1 *". Ce doit être un templeet non une cliapelle y telle qu'il 
s'en voit dans les ëglises catholiques ^ comme le prétendoit 
M. Taylor; autrement Dëmosthènes n'aurait pu Tappder 
fih^çéf ftity un trèa-grand temple (c). 

a"*, n ëtoit à rentrée de celui d'Apollon , iv^lç uwti/\t t!r 
ri lifêf (d)-y ce qui me persuade que c'ëtoit le même que ce« 
lui dont il est fait mention dans Hérodote^ Diodore de Si- 
cile et Pausanias^ et qu'il &ut par conspuent lire ici : 

Je sais que M. Taylor trouvoit une (e) opposition Ai-^ 
gante entre le désespoir d'Aristogiton et la providence do 
Minerve ; mais je ne la crois pas plus rëelle que celle que^ 
Démosthënes paroit mettre quelques lignes plus bas entre 
la justice, l'équité, U pudeur, l'impudence, la calomnie, 
le parjure et l'ingratitude. Quoi qu'il en soit, voici le passage 
entier ; le Lecteur en jugera- 

M On a (/) élevé dans toutes les villes des autels et des- 
» temples à tous les Dieux ; et entr'autres, on voit à Del- 
» pbes le vaste et magnifique temple de Minerve Pron»^ 
» ( et non Proneea ), Déesse puissante et bienfaisante. Hest- 
M à l'entrée ot tout contre celui d'Apollon, qui étant Dieu- 



(a) Phurnut. de Nalurâ Deorum , cap. xx , pag. i84, 
\b) Demoitb. ex edit. Taylor. tom. m, pag. 476. 
(c) Id. ibid. pag. 476 j ex edit. Paria, pag. 487 , 4g. 



{d) Ibid, 

(e) Ibid. et pag. 517. 

(/) Ibid. pag. 476. 



C L ï O. L I y R £ I. 367 

)) ctDeTiii) sait en Tune et l'antre qualité > 00 qui est le pltiS ^ 

n ayautagenx. Mais on n'en élève point à la folle présomp- ** 

M tion et à l'impudenoe. La nature a dresse des autels dans le 
)> oœur d'un chacun à la justice ^ à l'ëquité et à la pudeur ; 
I) les Loix (a) leur en ont élevë , où tous les citoyens doivent 
» leur rendre leurs hommages en public. Mais on n'en a 
» point ëlevé à l'impudence y à la calomnie, au parjure et à 
Il l'ingratitude ; vioes qui se trouvent réunis dans Axistogi- 
ji ton ». 

Si la folle préscmiption ëtoit ici en opposition avec la pro* 
vidence de Minerve, l'impudence devroit l'être avec Apol* 
Ion. On n'en voit pas cependant la raison. La seconde op- 
position me paroît tout aussi chimérique. 

n me paroît clair que Démosthènes n'a voulu dire autre 
choee , sinon que les hommes ont dressé des autels aux Dieux^ 
à la justice, eta ; mais qu'Aristogiton sacrifie dans son cœur 
>àla folle présomption,, à l'impudence, à la calomnie, au 
paijure, à l'ingratitude. 

A.U reste, je crois possible de concilier les deux opinions, 
en disant que le temple de Minerve à Delphes s'appeloit de 
son vrai nom Minerve Pronœa, mais que sa situation le fît 
aussi nommer Minerve Pronœa. 

(a54) 5* 'SSMY. Dans le pays des Milésiens. Il j a dans 
le grec : ô B^myx^Jifn fj9% îiâjXiiç^'mf. Cet article an féminin a 
fait de la peine aux anciens Critiques. Philémon {b) dans 
ses Mélanges if rêtç £tf/c^i»r#if , remarque n qu'aucun Grec 
» n'auroit osé mettre les Branchides au féminin, et qullé- 
N rodote étant un écrivain exact et plus attentif que les au« 
» très , il ne falloit point lui imputer cette faute, mais aux 
» copistes qui avoient ajouté n et bien d'autres fautes qu'on 
» voit encore dans son Histoire, et dans celle de Thucydides 
» etdePhiliste». 



(a) J'ai suiTÎ la correction de M. Taylor. 
{b) Porphyr. Quœstion. Homer. Qusest. Yiii , pag. xci, lin. 9 , 
4 fine , et xcii , ex edit. Darneiii. 



3r>8 HISTOIRE D'H â R O D O T B. 

D*aprC'S cette aatorilé, M. Gfxmoriiu ne bftluiçoît pst à 
croire ce puMge corrompii. Si ceptoàant il te fût donné Ift 
prîne de lire le reste de la page^ il «nnnt^ je penie^ cbuigé 
de sentiment 

a En littnt (a) n^rodote , contînne Piuïéman , j'étois 
}/ étonné de troorer cette fiinte dans on EcrÎTun si exact ^ 
>i mais <Hant remi à U fin dn liTre, concernant l'Egypte, 
1» qnî est le second y je tnrarai de nonyeaa qu'Hérodote avoit 
» dit à raccusatif Mu^nxu ms Bfmyxi^^ rmç MiA^cur?. Je ne 
» regardai plos alors ce féminin comme nne faute des co- 
y* pistes , mais comme nne manière de parier ptrticulière aux 
» Ioniens. Il j a en effet beanoonp de mots qu'ils se plaisent 
» à mettre au féminin , tels qoe AiB-êç , tUmt , Mm^mB-mw ». 

(255) 5' xcii. Pantaléon était fils (TAlyattes et frère de 
Crêsus, Il y a grande apparence que c'est de ce Pantaléon 
qu'a voulu parler Sérénus dans ses {b) Dits Blémorables. 

« Lorsque Crésus fut parvenu au Trône de Lydie, il fit 
)> part à son frère de la Royauté. Un Lydien lui dit : Le 
)> soleil procare aux hommes tous les biens qui sont sur 
» terre y et sans la chaleur de cet astre ^ elle ne produiroit 
» rien. Mais sMl pouvoit y avoir deux soleils , il y auroit à 
)i craindre que tout ne fût brûlé et détruit Les Lydiens 
)) admettent par cette raison un seul Roi , et le regardent 
j) comme leui* protecteur et conservateur; mais ils ne pour- 
» roi eut en supporter deux en même temps ». 

(266) J. xcii. Qu'il fit périr cruellement celui qui y &c 
Jusqu'à présent l'on avoit lu iVi xfM^tjiu tXxwp ^ti^B-apt , 
le tua cJiez un foulon oà ilVaxfoitfait traîner. Cela présente 
un sens dont Etienne Bcrgler (c) a fait sentir le ridicule. 
Çc Savant est le premier qui ait proposé de lire iVi «m^ir , qni 
|)aroît la leçon véritable, leçon qu'a adoptée M. Wesseling. 



(a) Porphyr. Qasest. Homer. pag. xcn , lin. 11 , à fine. 

(A) Stob. Sermon xlv , pag. 523. 

(r) Act. Kl uditor. anno 1716 , pag. 4m. 



CLIO. LIVRE ï. 3^9 

Kyti^Çy suivant rexplication de Saidas (a), d'Hésycbius (b) 
et de (c) Timëe^ est on instrument arme de pointes, assez 
ressemblant aux chardons dont se servent les foulons, sur 
lequel on faisoit mourir les criminels. On peut consulter les 
notes de MM. Hemsterhuis sur Hésychius , et Rulinken sur 
Timée. Varinus Phavorinus (cl) s'exprime de même ^ peut- 
être avoit-il copié ces Lexiques. 

M. Borhcck remarque dans ses notes que Flutarque de 
Mallgnit. Herodoti , pag, 858 , lit iVi ri^ûu. Ce Savant 
auroit pu observer que c'étoit une faute d'impression que 
l'éditeur avoit oublié de corriger. Ruauld avoit trouvé cette 
faute dans le Flutarque de Henri Etienne, page 1577. Mais 
elle ne se tfouvoit pas dans l'édition d'Aide 1 609 , pag. 1 o36 , 
lig. i5 , oà on lit iirt fi^«Vy et non fV< xfa^nUft , comme ras- 
sure le même M. Borheck. Mais peut-être ce Savant a-t-il 
voulu parler de l'édition d'Hérodote d'Aide, tandis que 
!M. Wesseling et moi , nous n'avons eu en vue que le Traité 
de la Malignité de Flutarque , édition d'Aide. 

(257) 5. xciii. On y voit cependant un ouiTOge, Ce qui 
suit, jusqu'à ces mots du pai*agraphe suivant, de tous les 
peuples que Ttpus connoissions , &c. irfmTêt ^i êitB-^ti^af rSt 
ifiéiç 7^tf fi. r. A, est omis dans le manuscrit B de la Biblio- 
thèque du Roi. Cléarque (e) l'apporte au premier livre de 
ses Erotiques , que Gygès fit faire à une maîtresse qu'il avoit 
beaucoup aimée, un monument de terre amoncelée, si élevé , 
qu'en parcourant tout le pays en-deçà du Tmolus , il pou- 
voit le voir, *insi que tous Ips habitans de la Lydie, de 
quelque côté qu'ils tournassent leurs regards. Les Lydiens 
rappeloieat encore de son temps le moi^ument de la Cour- 
tisano. 

■ I 1—^— I II I I I I UN II II I ». 

(a) Suidas, voc. Kir«t<çoc. 

{b) Hesych. voc. i-rt Kv«<t>»v «xxoii. 

(c) Lexicon vocum Plalonicar. toc. THiâ/poç, 

(d) Varin. Phavorin. voc. Kvet^oç , pag. 5o«j, lin. 2. 

(e) Alhen. Deipnosoph. lib. xui , cap. iv, prg. 573 » A. 

Tome f. Afi^ 



370 HISTOIRE D'h6rODOT£. 

Ce monument , dont parle Oëarque , est certaine'* 
ment celui d*Al}ratte«. G>mme la pluB grande partie de 
ce monument avoit été faite aux firais des courtisanes f 
on imagina dans la suite que c'ëtoit celui d'une courti* 
sane, et comme il n'j avoit qu'un puissant Prince qui 
eût pu le faire exécuter^ on pensoit que ce pouyoit être 
Gygès. 

Ce monument existe encore à prësent ^ quoiqu'il soit très* 
dëgradë^ M. Chandler^ excellent )Uge en ces matières, l'a 
TU dans (a) ses Voyages. 

(358) §. xciii. Thutes lesfilUs, dans le pays des Lydiens, 
se livrent à la prostitution. O^arque (6) raconte, au i v* liv. 
des Vies, que « les Lydiens s'ëtant livres à la mollesse, en 
n vinrent au point d'infamie de rassembler dans un lieu 
1) 'auquel cette action avoit fait donner le nom d'Agon, le 
» lieu du Combat , la Lice , les femmes et les filles des 
» esclaves, afin d'assouvir la brutalité de leurs passions* 
» Amollis par les dëlices , ils prirent les mœurs des femmes. 
» Omphale, l'une de celles qu'ils avoient outragées, pro- 
» fita de leur vie efféminée pour monter sur le Trône , 
)) et fut la première qui les punit comme ils le méri« 
M toient. Obéir en effet à une femme qui gourmande ses 
n si^ts, est une preuve de violence. Comme elle étoit 
n insolente , et qu'eUe vouloit venger les outrages qu'on 
» lui avoit faits, elle abandonna aux esclaves les filles des 
» citoyens dans le lien même qui avoit servi de scène à 
» leurs plaisirs. EUe les y fit rassembler par force , et les 
» enferma avec leurs esclaves. Les Lydiens voulant adou- 
n cir par un terme honnête l'amertume de cette action , 
» appellent ce lieu , le Combat des femmes , le tendre 
I» Combat». 

Km) TtXêf (A«/«i) ^iffm Wfoayttyirru iSftoç tmç rSf «AA«r 

(a) TraveU îo Asia Minor. pag. 263. 

(^) Aiheo. DeîpQosoph. lib.xii,cap. m, pag,5i5,F^p8g.5iC, A. 



C L 1 O. LIVRE 1. 371 

( Icgo ^évXéif ) yvf tSKMf fù wMfS-ifHf it ( legend. i/V ) r«» t««-«» 
ri 9 4'* ^i' WfiiJ» A'yttmfM ( legend. Ay*"*) tcXnd-irrM Tvvêi^ 

riif T«^i» yvfOfXêif dût. àtiwtf ig yotaStut Tvptfvv^y • û«f lefpir* 
«vr«7f , ^«y rÂ>y vSftTB-arSf 'O/cf «eAifF> 9^<f ^fttrn ««rJpSt ^ct 
r^f fiV A9^0vç Wftv^nif rifitm^Uç, Té yttf »t« yvpAficdf mf^eto^ 
d-of tfCp<Ç«/<fyVf > T9ifiH«f iç) Cimf, Ovtfw «v' «^ ^^^^V «U«A««-«f >^ 
ùfivfùfAiffi tÙç ytfûfiifMç «iuT^ ^^êTtftf uSfHt^ Têtç if Tjf «-^Am 
#l«tfAtfjf r«f rSf ^trTûT0f «r«pS"if*f î(f/«»cy, î» m rêwm w^if 
tKUfttf yZflr^n. EiV rSrùf êv9 Tttfêtà-fùlvuan fitr mttyKtiç avy/ut^ 

Wfei^ntç ûîr«;tp/Ço^iF*/ (legend. ©Téiftip/Çi/i*!»**) riy r«V«» xmXSn 
yvfetfxSf mySm , yAvxvy êiy»Sh^ ( legend. mySt* ). 

Cette prostitution, qui e'toit passée en usage, étoit donc 
dans son origine une vengeance d'Omphale. 

Je vais maintenant rendre raison de quelques changemen s 
que j*ai faits au texte d'Athénée, i**. J'ai mis rSf ^«vxSf en 
la place de rSf ixxttf. Que voudroit dire en effet Cléarque 
par les femmes des autres? S'il entendoit les femmes des 
autres citoyens , cela seroit absurde. On ne peut non plus 
l'appliquer aux esclaves , puisqu'il n'avoit point parlé aupa» 
ravant des maîtres et des esclaves. Il n'est pas vraisem- 
blable qu'un peuple policé ait prostitué habituellement ses 
femmes et ses filles, sans y être engagé par un motif de 
superstition. J'ai donc substitué rSt ^«uAi?», les femmes et 
les filles des esclai^es. Qu'on ne m'objecte pas qu'il est dit 
ensuite qu'Omphale fut une des personnes outragées , et 
qu'elle étoit femme ou fille de Jardanus, suivant quelques 
Auteurs; mais ces Auteurs peuvent avoir avancé ce fait 
assez légèrement, sur ce qu'elle devint Reine dans la 8uite% 
Si les Lydiënes eussent été alors, contre toute vraisem- 
blance , soumises à la prostitution , il y a grande apparence 
que les femmes et les filles du Roienauroient été exemptes. 
Omphale étoit donc elle-même une esclave de Jardanus. 
Hérodote semble l'insinuer , §- vu , ainsi que Dion 

Aa a 3 



57a HISTOIRE D'H È R O D O T E. 
Chrysostôme , qai dit qu'Hercules ne dédaigna pas (a) la 
couche d'une esdavo de Jardanus , de laquelle sont nés les 
Rois de Sardes. Je sais que Diodore de Sicile distingue Te»- 
clare d'Omphale de cette Princesse; mais je pense que d'une 
personne il en fait deux. 

â''. Je lis f /f au lieu de •». '£1 paroit une (aute d'impression. 

3^. A'yfi*»*» n'est pas grec; s'il l'ëtoit^ il ne pourroit 
signifier qa^un lieu chante ^ ce qui ne convient nullement 
aux scènes qui s'y passoient , à moins qu'on ne veuille sup- 
poser qu'il avoit été ainsi nommé par Antiphrase. 11 vaut 
mieux lire iySftiy comme on le voit à la fin du passage cité. 

4^. Je substitue »9r«««p<^«^iMi, qui est le terme propre 
en cette occasion à vir«;^pi^«/<iy#i, qui ne fait pas un sens 
convenable. 

5'^, A'yx4VM ne peut subsister; le sens ne le permet pas. 
Je lis «y«f«, qui va très-bien ^ et où il n'y a qu'une lettre 
à retrancher. 

Je me suis avisé , lorsque j'étois sur le point de faire im- 
primer , de comparer ce passage avec l'édition d'Aide, et 
j'y ai trouvé lU pour «> vir«»«pi^«^fv«i pour viF«xf*Z*f^*'^'y 
et ùySfM en la place d'«y»«iM. 

M. Lefebvre-Villebrune ne s'est pas douté que le texte 
fût corrompu. FbyeM sa traduction d'Athénée , tome iv, 
page 4^7. 

(259) §. xciii. Elles ont le droit de choisir leurs époux, 
H y a dans le grec : %%Mûnwt Jlt Êi9Tti,\ imiirmçy elles se donnent 
elles-mêmes en mariage, 'Etth^^fu se dit proprement dn 
père qui donne sa fiJle en mariage , qui la remet entre les 
mains de son mari. 

Or c'est ce dernier droit que les Ûïles s'attribuoient. 

(260) J. xciv. De monnaie d'or et d'argent. Il n'est guère 
possible de décider quel est le peuple qui a commencé à 
frapper des monnoies d'or. Ce fut Phidon, Roi d'Argos, 

-(a) Dio Chrysottom. Orat. xt, pag. 256 , B. 



CLIO. LIVRE I. 375 

.«vuirant (a) quelques-mis , et selon d'autres , Dëmodicc , 
femme da Roi Midas. Hërodoteen attribue Tinvention aux 
Lydiens ; Xënophancs de Colophon (b) est de même sen- 
timent y et Enstathe (c) l'appuie de son sufirage. 

(261) §, xciv. Le métier de Revendeur. K«t«A«i iyivùfTê, 
que les Traducteurs latins ont rendu Caupones extiterunL 
Cela nVst point exact. Le Capëlos ëtoit proprement le 
Revendeur, a Le commerce ^ dit (d) Platon ^ oà l'on vend 
^ les ouvrages des autres , s'appelle Mëtablë tique (commerce 
» par échange). La vente qui se fait dans la ville y et qui est 
}) presque la moitié de celle-là , ne s'appelle-t-elle pas Capëli- 
j> que?» Aristophanes {e) appelle un marchand de boucliers 
iiM^nXat ma-m^tffy non qu'il fît lui-même les boucliers^ comme 
dit leScholiaste, mais parce que les recevant de l'ouvrier , 
il les revendoit. Cette classe d'hommes ëtoit fort méprisée. 
Voici la raison qu'en donne Cicéron (/) : sordidi putantur 
qui mercantur à Mercatoribus , quod statim vendant ca- 
rius; nihil enim proficiunt , niai admodùni mentiantur. 

Cette expression, mal entendue , a donné occasion à 
M. Goguet d'imaginer {g) que les Lydiens avoient établi 
les premiers des hôtelleries dans leur pays. 

(26a) §. XCIV. Les autres. Il faut écrire rSf îixximf avec 
les manuscrits Jlet B dehi Bibliothèque du Roi , et non 
rSf aXXimf, comme M. Wesseling. Une ligne plus haut, Héro* 

(a] £t)mo1ogic. Magn. pag. 388, lin. 54} pag. 6i5, lin. 13. 
Heraclides de Politiis , pag. 621. Il la nomme Hermodice. Voyez 
aussi sur Phidon Hérodote , liv. vi , $. cxxvii , et notea 318 et 3 1 9. 

{h) Julii Pollue. Onomast. lib. ix , cap. vx , Segment, lzzxiii , 
pag. io63. Heraclides de Politiis , pag. 53 1. 

(c) Commentar. ad Dionys. Perieget. pag. 149 , coL a , lin. 
uUim. 

{d) Plat. Sopbîst. tom. i , pag. 223 , D. 

{e) Aristoph. Pac. vers. 447. 

(/) Cicer. de Officiis, lib. i , $. xlii. 

{g) De l'origine des Lois, des Arts et des Sciences, &c. tom. i, 
png. 273. 



5;* HISTOIRE D'HÉRODOTK. 
dote dit que les Lydiens avoîent inTenté le jeu de balle. 
Cependant Anagallis, Grammairiène de G>rcyre , en attrî- 
bnoit (a) l'inrention à Nausicaa. Il s'agît d'une baDe on d'un 
ballon dans ce passage de Snidas, et non de la sphère, 
comme le croyoit (b) le célèbre Ne\rton. Le passage de 
Suidas ne me paroît pas ^nivoque; mais s'il le paroissoit, 
qu'on jette les yeux sur Atbënëe , Hv. i , chap. xii, pag. 1 4, E, 
et je suis persuadé que le doute disparoîtra. Le Savant Cai*- 
dinal Quirini a rclere cette faute (r)de Neyrton. Je n'avois 
pas connoissance de son ouvrage quand je publiai ma pre- 
mière édition. 

(a63) 5- xciv. Exc€pU celui des jetons. J'ai mieux aimé 
rendre le iri#r»l des Grecs, par le terme àe jeu de jetons , 
quoiqu'il ne présente que des idées vagues , que par celui de 
jeu de dames, qui n'en donneroit que défausses. On jouoit 
à ce jeu aveo des dés et des jetons, et l'on pou voit rectifier 
par son habileté les coups du hasard. Je crois que Térence 
fait allusion à cette sorte de jeu, lorsqu'il dit : 

(J) Ita TÎta 'tt homiaum , qnasî cum ludas tesserîs t 
SI îllud, quod maxime opus est jactu, non cadit ; 
Illud , qnod cecidit forte , xd arte ut corrîgas. 

n peut se faire que ce jeu approchât beaucoup d*une des 
sortes de jeux de trictrac en usage en Europe. M. Simon {e) 
paroît confondre ce jeu avec celui qu'on appeloit duodecim 
Scriptorum; du moins M. Emesti [f) prétend-il que le Scrip^ 
torum lucUis ne se jouoit point avec des dés, que c'étoit 
le même que les Grecs modernes appellent ZMTfUtês y et 
qu'il approchoit beaucoup du jeu des échecs ; mais Sau^ 

(a) Suidas , voc. AjetytlxKtt , tom. i, pag. ï5g. 
{b) Chronologie des anciens Royaumes, pag. 89. 

(c) Primordia Corcyrae , cap. xri , pag. 1217. 

(d) Terent. Adelph. Act. it, Scen. vu , vers. 21. 

{e) Mémoires de TAcadémie des Belles-Lettres, tom. 1, Hj;*t. 
pag. 123. 
[/) Clgvis Ciperonîana , roc. Scriptorum ludus. 



C L I O. L I V R E I. 375 

niaise (a) , du témoignage de qui il cherche à s'appuyer > 
dit positivement que le jeu que les Grecs appeloient Ilir^ 
riU se jouoit avec des des et des jetons 'y que les Romains 
lui donnoient nom tesserœ , aléa , tabula, duodecim scrip- 
ta. L'ëpigramme suiyante favorise le sentiment de Sau*- 
maise : 

{h) Bîscolor ancipîti sub jactu calculus adstat , 

Decertantque timul candidut atque rufoens. 
Qui qaamTÎs parilî scriptorum tramite currant y 
Is capiet palmam , quem bona fata jurant. 

M. Simon la rapporte aussi (c) , mais d'une manière 
peu correcte. Gronovius {d) voudroit qu'on lût au dernier 
vers : 

Is capiet palmam quem benè jacta jurant. 

Le Traducteur latin a rendu le mot wtmi par calculL 
Il est vrai qu'il le signifie proprement : mais lorsqu'il s'agît 
d'une sorte de jeu , on entend toujours un jeu qui se joue 
avec des des et des jetons. 

Athénée {e) reproche à Hérodote d'avoir dit que les 
jeux avoient été inventés sous le règne d'Atys , dans un 
temps de famine , et pour détourner le peuple de réfléchir 
sur sa misère; puisqu'on voit dans l'Odyssée (y^, qu'Ho- 
mère en fait un amusement de ses Héros. J'ai deux choses 
à répondre : 1^. On trouve dans Homère le jeu déballe {g) 
et celui des osselets (A) ; mais à l'égard de celui des dés^ il 
n'en est fait mention dans aucun endroit de ses ouvrages. 



(a) Hîstor. August. tom. 11, pag. 74o. 

(b) Anthologîa Latina, tom. i, pag. 619. 

(c) Mémoires de l'Académie deslnscript. tom. i , Hist. pag. loS. 
{d) Gronorius de Sestcrtiîs , pag. 254. 

{e) Athen. Deîpnosoph. lib. i, cap. xv, pag. 19 , A. 
(/) Homer. Odyss. lib. n , rer». 100 ; lib. viii , vers. 572. 
te) Ibîd. 

{h) Id. Iliad. lib. "Xjatiy rers. 88. H. Pope a omis en cet endroit 
^ix vers dans sa belle Traduction d'Homère en vers anglois. 



3jS HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Ainsi il paroi t que c'est une invention postérieure à son 
sièclo f ou bien que les Héros de ses poèmes n'avoicnt 
aucune connoissanced'un jeu inventé dans un pays éloigné 
du leur. 

2^. Hérodote n'assure pas que les Ljdicns aient inventé 
ces jeux ; il dit seulement qu'ils le prétendent. Faut-il 
donc attribuer à cet Historien ce qu'il ne prend point siur 
son compte? 

(^64) §. xciv. Dont ih ne s* attribuent pas la découverte. 
Le reste de ce paragraphe est omis dans le manuscrit B 
de la Bibliothèque du Roi. 

{^^S) Ç. xci V. Afin de ae distraire du besoin de manger. 
Que les Lydiens aient été les inventeurs des jeux, cela 
peut être. Que se voyant pressés par la famine y ils aient 
envoyé la moitié de la nation chercher fortune ailleurs , 
cela me paroi t très-vraisemblable; mais que pour adoucir 
leur misère , et s'ôter le sentiipent de la faim , ils ^eiit 
passé un jour entier à jouer , et qu'ils n'aient mangé que 
de deux jours l'un , et celu pendant dix-huit ans , cela 
me parpît absurde. Hérodote se contente de rapporter les 
traditions des Lydiens. Voici, dit-il, comment les Ly- 
diens racontent ce fait. Si M. de Voltaire (a) eût fait 
attention à cela , il auroit sans doute montré plus d'équité 
envers le père de rHistoh*e , qui , pour le dire en passant , 
ne parle point de (i) vingt-huit années de famine , mais 
de dix-huit ans^ Hérodote ne peint pas non plus les Ly- 
diens comme plus riches (e) que les Péruviens, mais comme 
les premiers peuples qui aient frappé des monnoics d'or et 
d'argent. La plupart des petits Souverains d'Italie et d'Al- 
lemagne ont des monnoies d'or et d'argent ) sont-ils pour 
cela aussi riches que les Péruviens ? 

(a) Questions sur rEncjclopédie, quatrième partie, pag. 012. 
(6) Ibid, 
(P) Ibid, 

Si 



CLIO. LIVRE I. 37/ 

SI les Lydiens s'atti-ibuoient riiiveiition de ces jeux, lea 
Grecs la revendiquoient de leur cote à leur nation , et 
Palamèdes passoit chez eax pour en être l'inventeur. c( Pala« 
» mèdes, dit (a) Ëostathe, ayant imagine le jeu des dés 
i> et des jetons , afin d'adoucir la famine dont ëtoient 
» accables les Grecs devant Troie , on montroit en ce» 
» lieux, comme le raconte Polëmon, une pierre sur laquelle 
» ils jouoient , et pour prouver que cette invention étoit 
» de Palamèdes , et le temps où il la fit , on apportoit ceâ 
i) vers de Sophocles, qui sont de la pièce intitulée Pala^ 
» mèdes , du nom de l'inventeur de ces jeux: N'a-t-iL 
M pas chassé la faim, avec le secours des Dieux ? n'or-t-il 
» pas imaginé cet ingénieux moyen de passer le temps , 
» les jeux de dés et dupettia , ce doux remède de l'oisii^eté 
n après la fatigue de la mer m ? 

M. Brunck prétend que ces vers sont du Nauplius de 
3ophocles. 

(266) 5. xciv. Et prirent celui de Tyrrhéniens, Indë^ 
pendamment de l'Histoire , ces origines servent à entendre 
les Poètes* 

(b) Non , quia , Mascenas , Lydomm quidquid Etruscos 
Incoluit fines, nemo generosior est te. 

(c) Et terram Ucsperiam venies : ubi Lydius , arra 
Inter opima Tirûm , leni fluit agmîne Thybris. 

Plusieurs Auteurs parlent de l'envoi de la colonie Ly- 
diène. Strabon dit : « les {d) Romains appellent lesTyrrhë-* 
» niens Etrusques et Tusques. Les Grecs leur ont donné ce 
M nom de Tyrrhénus , fils d'Atys , qui a conduit , à ce 
» qu'on dit , en ce pays une colonie de Lydie. Car Atys , 
i> l'un des descendans d'Hercules et d'Ompbale , pressé par 
» la famine et la stérilité , fit tirer au sort ses deux fib. 11 

(a) Eustathii Comment, ad Hb. 11 Iliad. pag. 228, lin. 1 etseq. 
ib) Horat. Satir. lib. i , Sat. vi , vers. 1.. 
(c) Virgîl. ^neid. lib 11 , vers 781. 
{d) Strab. lib. v, pag. 335, C. 

Tome I. Bbb 



SjS HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
M retint auprès de lui Lydns , que le sort aToit favorisé , 
» et renvoya Tyrrhënus avec une grande partie du peuple 
» qu'il avoit rassemblée ». 
L'extrémité de cette phrase n'est pas correcte dans le 

texte. KA^pM Av^ûf fi%9 uMTîrxt y Tê9 ^1% Tufpnfûfy TûfwXiim 
r90TiiXM9 Xmlt^ UtrrttXiK Eustatlie nous a conservé la véri* 
table leçon dans son G>mmentaire (a) sur Denys le Périé- 
gète : f WûXuf Xâ^f i wmriif rvorifntf l'y ttMtfS XifiS f (i o-ri/Acr. 
Il est évident qu'il faut lire dans Strabon rvmf^wf A«o, et 
fai traduit en conséquence. Cette correction se trouve 
confirmée par un manuscrit delà Bibliothèque du Roi. 

Velléius Paterculus (b) fait Tyrrhénus contemporain 
d'Orestes^ et en rapportant l'émigration des Lydiens, il 
suit des Mémoires un peu différens de ceux d'Hérodote. 
Per hœc tempora Lydus et TyrrhenuB fratrcB , cum re^ 
gnarent in Lydiâ , sterilitate frugian compuhi, sorti ti 
funt, uter cum parte multitudinis patrie decederet. Sors 
T^rrhenum contigit, Pervectue in Itcdiam, etloco, et in- 
coUs, et mari, nohile acperpètuum à se nomen dédit. 

Je crois d'autant plus volontiers que cet Auteur se 
trompe y que l'émigration .£oliène avoit commencé sous 
Orestes , l'an 3,5o4 de la période julienne , et que la dynas- 
tie des Atyades avoit fini six ans auparavant. H faut né- 
cessairement placer l'envoi de la colonie Lydiène avant le 
départ des Pélasges pour l'Attique. Or y comment auroit- 
on pu leur donner le nom de Tyrrhéniens, si les Lydiens, 
qui avoient pris le nom de Tyrrhéniens, de Tyrrhénus 
leur chef y n'étoient pas encore arrivés dans cette partie de 
l'Italie y et ne lui avoient pas donné leur nom ? Je la 
place en 3,370, dans un temps oà les Pélasges , affoiblis par 
la famine , par des maladies contagieuses , et encore plus 
T>ar leurs divisions , qui avoient obligé la plupart à se 

(a) Eustath. ad Dionys. Fericget. Ters. 347 > P^g* ^^ i col* 3 , 
]in. 4. 
[!/) Vellcius Fatercul. Ub. x, cap. i, }. it. 



C L I O. LIVRE I. 579 

transplanter ailleurs ^ uVHoient plus assez forts pour s'op- 
poser aux Lydiens. 

Cette émigration des Lydiens est rujette à de grandes 
difficultës. M. Fréret s'est plu à les rassembler en douze ar- 
ticles (a). Je ne prétends point les discuter toutes , cela me 
mèneroit trop loin. Je me contenterai de présenter quel* 
ques réflexions sur les principales. 

1®. Comment, dit ce Savant, dans ce temps de famine 
a-t-on pu ramasser assez de vivres pour un aussi grand 
nombre de personnes ? 

On ne fournit probablement cette flotte que de la quan- 
tité de vivres qu'on crut devoir suffire à ceux qui la mon- 
toient , jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé une nouvelle habi- 
tation ; et l'on se flatta sans doute qu'ils s'en procureroient 
ensuite à la pointe de l'épée , ou par un traité , jusqu'à ce 
que leurs terres leur eussent rapporté. Si les Lydiens fus- 
sent tx)us restés chez eux , il auroit bien fallu leur trouver 
des vivres pendant toute l'année. Par cette émigration l'on 
n'en fournit probablement que pour deux mois , ou pour 
trois ou quatre , au plus , à la moitié de la nation. Les 
vivres qu'auroit consommés cette moitié pendant les huit 
autres mois de l'année, furent répartis sur ceux qui rcs^ 
tèrent , et les soulagèrent beaucoup. 

2°. Les Lydiens n'ont jamais eu ni vaisseaux ni ma- 
rine , non pas même dans le temps de leur plus grande 
puissance sous Alyattes et sous Crésus. 
' Tout cela signifie que les Lydiens n'ont pas été une puis- 
sance maritime , et qu'en général cette nation ne s'est pas 
appliquée au commerce de mer. Mais qui a appris à M. Fré- 
ret qu'ils n'avoient point absolument de vaisseaux ? H n'a 
trouvé cela nulle part. Il y a grande apparence qu'ils n'eu 
avoient pas suffisamment pour le transport d'un aussi grand 
nombre de personnes. Aussi Hérodote dit qu'ils constnii- 

(a) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres , tom. xviji , 
Hist. pag. 96. 

Bbb 2 



38o HIATOIRB D'HÉRODOTE, 

tirent des vaisseaux pour cette expédition. Mais, insisté 
M. Frëret , ces peuples n'aToient point de marine dans le 
temps de leur plus grande puissance sous Alyattes et Grë- 
sus. n est vrai que ce peuple n'aroit point de marine qu'il 
pût opposer aux Ioniens ; mais ce n'est point dire qu'il 
n'eût point du tout de vaisseaux. H n'est point nécessaire 
d'avoir l'empire de la mer et une marine formidable , pour 
former une entreprise pareille à celle des Lydiens. L'exem- 
ple des peuples du Nord qui vinrent ravager nos côtes sous 
les Carlovingiens , en est une preuve sans réplique. 

3^ Mais, ajoute M. Frëret, Sm3rmey où s'embarquè- 
rent les Lydiens y n'existoit point encore alors, autrement 
Homère en auroit parlé , et ce Poète ne nomme nulle part 
ces peuples Lydiens, mais M^niens. 

Smyme fut fondée dans les temps les plus reculés, par 
l'Amazone de ce nom. Elle fut sans doute très-peu de chose 
jusqu'au temps où les Sm3rméens d'£phèse y passèrent i et 
ce sont ces derniers que j'ai regardés dans la Table Géogra* 
pbique comme les premiers fondateurs de cette ville. Si 
elle étoit foible dans son origine , son p<^ , l'ouvrage de 
la nature, pouvoit n'en être pas moins bon. Homère n'en 
parle point *, mais peut-être n'a-t-il eu aucune occasion de 
le faire > et peut-être aussi , parce que du temps de la guerre 
de Troie , cette ville étoit trop peu considérable. 

L'autre objection tirée de ce que ce poète ne nomme 
nulle part ces peuples Lydiens , mais Méoniens , ne me pa-> 
roît pas plus solide. Homère parle de ceux qui habitoient 
aux environs du mont Tmolus , et qui portoient le nom 
de Méoniens. 

Les Lydiens ne faisoient autrefois qu'une seule et même 
nation (a) avec les Cariens et les Mysiens. Leur premier 
Roi s'appeloit Manès, fils de (6) Jupiter. Ses petits-fils, Car, 



(a) Heroilot. lib. i , J. clxxi. 

{b) Oionys. Ualicarn. An^iq. Roman. lib. i, cap. zxTxi,pag. 21* 



C L I O. L I V K E I. 38l 

Lyd 05 et Mysus, régnoient chacun sur un tiers de la nation > 
ù qui ils donnèrent leur nom. Car eut la Girie y Lydus la 
Lydie proprement dite , ou Lydie inférieure, et Mysns la 
Mysie. Les Cariens s'ëtant (a) beaucoup multiplies , pas- 
sèrent dans les iles voisines du continent ; on les appela 
alors Lëlèges. Us y restèrent jusqu'au temps où ils en furent 
chassés par les Doriens et les Ioniens. Les Guîens ne pas- 
sèrent peut-être dans les iles que par les mêmes raisons 
qui forcèrent une partie des Lydiens à chercher de nou- 
velles demeures. 

Je ne dissimulerai pas cependant que Xanthus (b) de 
Lydie , Historien qui passe pour habile , sur- tout dans 
riiistoire de sa patrie , ne parle point de cette émigration 
des Lydiens y et de l'envoi d'une colonie en Italie, quoi- 
qu'il fasse mention d'objets beaucoup moins importans. 

On pourroit répondre cependant que ce n'est qu'un ar- 
gument négatif, qui n'a aucune force contre un fait positi- 
vement énoncé par un Historien grave , et qui avoit consulté 
les archives du pays. Cest sur le témoignage des Lydiens 
même que s'appuie Hérodote, et le silence de Xanthus de 
Lydie est peut-être la raison qui l'a déterminé à rapporter 
ce fait, n am*a voulu suppléer à l'omission de cet Historien ) 
car il connoissoit son Histoire , et Ephore (c) raconte qu'elle 
lui avoit fourni des matériaux pour la sienne. 

Quelques Auteurs prétendent que les Tyrrhéniens (d) 
étoient originaires d'Italie, et que leur nom vient des lieux 
fortifiés qu'ils occupoient, parce qu'ils ont été les premiers 
peuples de ce pays qui aient fortifié leurs habitations j Tursis 

(a) C'étoit une tradition des Cretois. Voyez Hérodote , liy. i, 

$. CLXXI. 

(6) Dionys. Halicaniass. Antiq. Boman. lib. i, cap. xxvixiy 
pag. 22. 
(c) Athen. Deipnotopli. lib. tu, cap. m, pag. 5l5,E. 
(</) Dion^s. Halicarnass. Antitjuit. Roman, lib. i, cap. zzviy 

pag. 31. 



382 HISTOIRE D'UIÈRODOTE. 

( Tifrnç) signifiant chez les Tyrrhéniens de même qae chez 

les Greca, un lien fortifié. 

Cette opinion est adoptée par M. Fréi^t. Je la croîs 
d'autant moins fondée, que les arts fleurissoient en Etrorîe 
dès les temps les plus reculés , comme on peut s'en con- 
vaincre par TouTrage intéressant de M. le Comte de Caylus 
sur les Antiquités Etrusques. Or, les peuples dont Denys 
d'Halicamasse et M. Fréret font descendre les Etrusques , 
sont barbares , agrestes , et sans la plus légère connoissance 
des arts, et nous savons au contraire que les Lydiens les 
cultivoient avec succès. Est - il donc possible de balancer 
entre ces deux opinions? 

Indépendamment de ces raisons , j'ai rapporté au com- 
mencement de cette note les témoigTiages positifs de Stra- 
bon , de Velléidê Paterculus , d'Horace et de Virgile. Si la 
qualité de Poète étoît un titre suffisant pour récuser ces 
deux derniers Ecrivains, on ne peut du moins disconvenir 
que c'étoit Topinion dominante de leur siècle. Or une opi* 
uion générale est bien respectable, et exige que l'on ait 
des preuves convaincantes de sa fausseté , pour se croire 
on droit de la contredire. Mais Strabon et Velléius Pater- 
culus n'étoient pas Poètes. Ils étoient des Historiens savans 
et éclairés ; ils ne s'astreignoient point aux opinions vuK 
gaires ; ils se décidoient sur des Pièces et des Ouvrages au- 
thentiques, et il y en avoit dans ce siècle une multitude 
que l'injure des temps nous a ravis. 

Ce sentiment est appuyé par Plutarque , dont l'autorité 
est d'autant plus respectable en cette occasion , que cet 
Ecrivain ne laisse échapper aucune occasion de contredire 
Hérodote. A propos de l'usage où les Romains étoient aux 
Jeux Capitolins de conduire au Capitole parla Grande Place 
un vieillard revêtu d'une robe de pourpre , et de faire 
crier par un héraut , Sardiens à vendre , il se demande si 
c'est parcft que les habitans de Véies, ville Etrusque, ayant 
ifté pris par Komulus après une longue résistance , ce 



CLIO, LIVRE I. 38^ 

Priuce les fit vendre avec leur Roi^ pour se moquer de 
leur sottise. Il ajoute ensuite : les (a) Tyrrbëniens sont Ly- 
diens d'origine, et Sardes est la Métropole de la Lydie. Le 
même Plutai^que est encore de même sentiment dans la 
Vie (b) de Romulus. 

Si l'on pouvoit encore avoir quelque doute sur la colonie 
Lydie ne en Ëtrurie, le Décret suivant des Etrusques sulfiroit 
pour le lever. Onze villes de l'Asie se disputoient l'honneur 
d'élever un temple à Tibère et au Sénat. Les habitans de 
Sardes récitèrent le Décret des Etrusques , dans lequel il 
étoit clairement énoncé que les Etrusques étoient Lydiens 
d'origine, et qu'ils étoient venus en Italie sous la conduite 
de Tyrrhénus (c). Sardiani Decreium Etruriœ recUavére, 
utconsanguinei : nam Tyrrhenwn Lydumque , Atyejtege 
genitos , ob multitudinem divisisse genùem : Lydum pa^ 
triis in terris resedisse ; Tyrrheno datum, nopas ut coTtr- 
deret ttedes : et Ducum è nominibua indita iH)cabuia, illis 
per Asiam , his in Italiâ : auctamque adJiuc Lydurum, 
opulentiam, misais in Grœciampopulis cui mox à Pelope 
nomen, 

{"^Qj) J. xcv. A relever les actions de Çyrus. XtftvSf rit 
Vf pi îHvfùf est pour rtfifSf ri? K»p«F, relever Cyrus. Tout le 
monde sait que 01 «^^i et wtftrtvM se disent d'une personne 
seule. Cependant rien n'empêche qu'on ne puisse entendre 
ce passage de tout ce qui concerne ce Prince. 

(268) §. xcv. Quoique je n'ignore point qu'il n'y ait 
trois autres sentimens. On racontoit en Orient d'une ma- 
nière différente l'origine et les grandes actions de Cyrus. 
Ctésias suit une route différente de celle d'Hérodote , dans 
les extraits que Photius a pubUés de son Histoire de 
Perse. Tout le monde a connoissance de celle qu'a tenue 
Xénophon dans la Cjrropédie. .^ischyle , Auteur très-an- 



(a) Plutârch. Quaest. Boman. pag. 277, D, 

(b) Id. in Romulo , pag. 33 , F. 

(c) Tacit. Annsl. 11b. nr , $. lv. 



384 HISTOIRE D'HBRODOTE. 
cicn , qui avoit combattu à Marathon contre les trempes 
de Darius , et qui s'ëtoit trourë aux batailles de Salamine 
et de Platëes, paroît avoir suivi une autre tradition dans 
M tragëdie intitulée ^ les Perses (a). Selon ce Poète très-in*- 
fruit^ il y a eu deux Rois de Perse avant Cjrrus; Dariu«, 
qu'on regarde comme le troisième^ est, suivant lui, le 
huitième. On peut voir le G>mmentaire de Stanley sur cet 
endroit des Perses. Quant à moi , Je crois le 776* vers sup- 
pose. Voyez aussi livre tii , note 35. 

(269) \, xcv. Il y avoit cinq cent vingt ans que les, etc. 
Pour faire accorder Hérodote , qui ne donne à l'empire 
d'Assyrie que cinq cent vingt ans avant la révolte àes 
Mèdes, avec les autres Cbronologistes et Historiens, qui , 
d'après Ctésîas , le font remonter beaucoup plus baut , ne 
pourroit-on pas dire que oe royaume fut d'abord établi dana 
une médiocre étendue de pays entre le Tigre et l'Eupbrates, 
ou un peu plus loin ? qu'ensuite il subjugua tous les peu- 
ples de l'Asie Supérieure ) que Ctésias et ceux qui le sui- 
vent y comptent ces deux différens Etats de l'empire d'As- 
syrie y la durée du petit royaume et celle du grand empire , 
double durée qui fait un peu plus de quatorze siècles : au 
lieu qu'Hérodote ne parle point du petit royaume des Assy- 
riens , mais seulement de leur grand empire sur la Haute 
Asie, qu'il ne fait durer que cinq cent vingt ans jusqu'à 
la révolte des Mèdes. Diodore de Sicile {h) difi^re d'Héro- 
dote sur cette durée , quoiqu'il le cite. Mais l'on peut voir 
les notes de M. Wesseling sur cet Auteur. 

(270) 5' xcvi. Que ceux qui sont injustement oppri- 
mes. Il y a dans le grec : et qu'il sapoit que l'injustice ne 
cesse défaire la guerre à l'équité. Qu'on y fasse attention , 
et l'on verra que ce n'est pas ce qu'a voulu dire Hérodote. 
Cest une maxime triviale qu'il n'a point dessein d'établir , 

(a) ^schyî. Pers. vers. 7C7. 

(^) DIodor. Sicul. lib. 11 , §. zxxxi , tom. i, pag. i45et i46. 

et 



C L ï O. L I V R B I. 585 

et co ne peat être le motif qui ait fait redoubler à Déjocè« 
son zèle pour rendre la justice. Mais comme il aspiroit an 
Trône , il Touloit se rendre agréable , et persuade de l'ini- 
^uitë des Juges, et que ceux qui en sont les victimes , ont 
rinjustice encore plus en horreur > il résolut^ pour se ren« 
dre agréable à la nation, de rendre la justice ayec tout le 
Bêle et rimpartialitë imaginables. Voilà , je crois , le rai-* 
•onnement d'Hërodote. M. Fontein y à qui appartient cette 
observation , corrige en conséquence : êrt rf mhtuif r« «//n 
Ktifitfâf wâxi^tâf içTt. M. Wesseling paroit approuver cette 
correction; mais comme elle n'est appuyée d'aucun ma^ 
nuscrit , il n'a pas voulu l'admettre dans le texte. Four 
moi y qui suis persuadé qu'elle fait un meilleur sens , j'ai 
^u devoir passer par-dessus cette raison , et qu'on ne pour* 
roit m'en savoir mauvais gré , sur -tout après en avoir 
averti. 

(271) §.xcvii. Et rertonça formellement à ses fonctions. 
Il y a dans le grec: et dit qu'il ne jugeroit plus. Antmt est 
pour «liJKw^iF. Voyez Henri Etienne deDicUectie^ pag. i4o. 

(272) J. xcvii. Sur leur état actuel. Ti Kttéii»â/ltt ^ et 
ioniqucment ri tutriK^rrm sont les affaires présentes , l'état 
présent des affaires, 

(273) §. xcvii. Et nous pourrons cultiver en paix nos 
campagnes, Feut-étre suis-je le premier qui ait donné ce 
sens à cette phrase , qui non-seulement en est susceptiUe, 
mais encore n'en peut, à ce que je crois , recevoir d'autre. 

"* Efytt signifie tous les travaux de la campagne, les terres 
labourées , les moissons, les arbres même , comme au 
vers 92 du cinquième livre de l'Iliade. De-là «0r«v^y#r est 
celui qui cultive son propre champ, « r}i9 llUf ifymt^ifm^ç 
V9V. Gommç dans TOrestes d'Euripides (a) , qui a été mal 
expliqué par Josué Bames. Ce mot , dit Apollonius {b) , 



(«) Orest. TerA. 2i8;32oezedit. Musgrave; 2i6exedit. Brunck, 
{h) Apollonii Lexicon Homeri , voc/Epo'O» , pag. 3i4. 

Jhme L C ç c 



386 HI8TOI&B D' HÉRODOTE, 
signifie dans Homère ragriculture , lonque cet Amteur 
remploie timplenent etMns rien a)oaUv qui en détermine 
le senf. Or, on mt qu'Hérodote a imite le style du Prince 
des Poètef- L'AbW BeUanger avoit rendu cette phrase ; •* 
nouêpourronê poquer à nos oecupationê ordinaires. 

(274) 5. xcTUi. Qui ê'élèvé en colline. Diodore de 
Sicile (a) assure qu'Agbatanes étoit bâtie dans une plaine. 
Les dernières enceintes s'étendoient sans doute dans U 

plaine. 

(276) %. xcviii. Le palaiê du RoL Ce palais étoit (b) 
au-dessous de la citadelle , et aroit sept stades de tour. La 
charpente en étoit de cèdre ou de cyprès. Les poutre» , 
les plafonds , les odonnes des portiques et les péristyles 
étoient rerètus de lames d'or et d'argent , et les toits cou- 
Tcrts de tuiles d'argent Le tout fut pillé vers l'arrivée d'A- 
lexandre. 

Ç27G) J. xcvnï. Athènee. Agbatanes aroit deux cent 
cinquante stades do tour> selon Diodore de Sicile (c) , et 
Athènes cent quatr^Tingt-quinse^ suivant Thucydides (c?). 
Les murs de Phalère étoient de trente -cinq stades, la 
partie du mur de la YiHe où l'on montoit la garde , avoit 
quarante-trois stades , l'autre partie du même mur dix<- 
sept BkMàeB , comme nous l'apprend le Sdioliaste de cet 
Auteur. Le Long Mur , qui s'étcndoit jusqu'au Pirée , étoit 
de quarante stades , le Pirée et Munychie de soixante. 
Dion Chrysostôme (e) prétend qu'Athènes avoit deux cents 
stades de circonférence. Denys d'Halicamassc (/) faitl'As- 
ty , ou ville proprement dite , aussi grande que Rome , du 

(a) Dtodor. Sîcnl. lib. 11, $. ziii, tom. i» pag* 127. 
{b) Polyb. lib. x , $. xxiy , ton. i , pag. 83a , 8^. 
(c) Diodor. Sicul. lib. xvn, $. ex , tom. 11 , pag. 247. 
{d) Thttcydid. lib. ir, §. xiii, pag. 107. 
(0) Dio Chrysottom. Orat. Tr, pag. 87, C. 
(/) DIonys. HallcarnaM* Antiqult. Roman, lib. ir , $. xiii , 
png. 210 , lin. XX ', lib. ix , $. lxyiii , pag. 5tj5 , lin. 36. 



C L I O. L I V R B I. 38/ 

temps de Servilios j et Aristides «appose (a) U ville entière 
d'un jour de chemin; mais il 7 a grande apparence qu'un 
terrein aussi immense n'ëtoit pas entièrement occupé par 
des maisons. 

(^77) 5' 2<^m« Diffl^reniêê coulewJt. ^tiffiéutm sont des 
couleurs , comme en latin penenum, ^ifftmitm «^ r« >^#* 
fMTêt y dit le Lexique {b) manuscrit de Philëmon. 

(278) ^. xcix. Ne crachtroU . en sa préeence. a Aux 
M Indes il (c) n'est pas permis de cracher dans le palais du 
1» Roi. 

» Les Arabes {d) croient que quand on crache c'est par 
» mépris. Ils ne le font jamais derant leurs supérieurs ; 
» ils ne se mouchent point non plus que les Turcs^ et leurs 
j» mouchoirs ne serrent qu'à essuyer les mains ou le ▼i-' 
» sage ». 

Les Arabes ont dérogé à cet nsage , depuis qu'ils ont 
pris l'habitude de fumer du tabac M. Niebuhr a souvent {e) 
▼u que le maître de la maison avoit près de lui un petit cra* 
choir de porcelaine. Cependant il a remarqué qu'ils cra- 
choient peu, même en fumant des heures entières. 

(379) ^. CI. Dêjocès rassembla tous les Mèdes en un 
seul corps. Tous les interprètes ayant M. Wesseling ayoient 
mal rendu ce passage. T« Mv/iimp têuç runrrft^t , signifie 
Medos in unam gentem contraxit. Je lis ensuite avec 
M.yalckenaer, ftifu rt tutu 9^(1. FbysM la note de ce Savant 

(279^) §, cm. jéssigna aux Piquiers, à la Cavalerie , && 
Cyaxares est monté sur le trône 634 ans avant notre ère ; 
ce n'a été que depuis cette époque que la discipline 
militaire fut connue , et qu'elle fat introduite dans les ar- 
mées des Asiatiques. Il faut cependant excepter les Hé- 

(a) Arjstid. Panathen. pag. 30 , în adversâ parte , lin. 9 à fine. 
{b) In notis ad Apollonii Lexicon , toc. ^AfixÀ^^mf , pag. 8ao. 

(c) Voyage de Le Blanc, pag. 18:. 

(d) D'Arrieux, Voyage dans ]a Palestine, pag. i4o. 
{/) Description de TArabie par Niebuhr , pag. 53. 

Ccc 2 



5dft HISTOIRE Û' HÉRODOTE, 

breax. Dès le tempa de Moyse f ils ëtoient divisés en Tri* 
bus , qui formoient chacune nne troupe sëparëe , arec sou 
ëtendard particulier. Aussi Toyons-nous que Varmëe de 
David étoit distribuée en diffërens corps de cent hommes 
et de mille hommes. Elle ëtoit en outre partagée en trois 
divisions principales^ commandées chacune par un officier 
général, qui avoit sous lui des Tribuns et des Centeniers* 
II. Reg. cap. XVIII, vers, i, ii et iv. 

(280) §. cm. En chassant d'Europe les dmmériens. 
L'Histoire des Sc3rthes est fort obscure. Justin en parlant (a) 
des excursions de ce peuple en Asie , s'accorde quelquefoia 
avec Hérodote, et quelquefois aussi il s'en éloigne. Strabon 
dit aussi un mot (b) de l'expédition de Madyas -, mais je 
ne sais sur quelle autorité il le fait Roi des Cimmériens ^ 
c'est sans doute ime méprise des copistes. 

(281) §. civ. On passe des montagnes, 't^if^timf se dit 
àtB montagnes qu'on traverse. Le pays des Sapires étoit 
montagneux , comme on le verra ^. ex. La traduction latine 
n'est pas exacte. Voye% aussi d-dessus, note 3, pages 176 
et 177. 

(282) 5. civ. Laissant le mont Caucase sur leur droite. 
Hérodote dit la même chose, mais d'une manière plus 
claire , liv. i v , Ç. xii ; liv. vu , 5« xx. Les Cimmériens 
côtoyèrent le Pont, et entrèrent en Asie par le mont Cau* 
case. Les Scythes s'égarèrent en les poursuivant. <( Ils fran* 
» chirent le défilé que baigne la mer Caspienne , se rcpan- 
» dirent dans le pays appelé depuis l'Albanie , passèrent 
» l'Araxes, et vinrent envahir le royaume des Mèdes » , 
comme le dit très -bien M. de Sainte - Croix , dans un 
excellent Mémoire, intitulé : Eclaircissemens sur les Pyles 
Caucasiennes et Caspiennes , page i34. H se trouve danr 
les Mémoires Historiques et Géographiques sur les pays 
situés entre la mer Noire et la mer Caspienne. 

(a) Justin, lib. 11, §. iv et y. 
(5) Strab. lib. i, pag. ic6, B. 



C L I O. L I V R E 1. B^ 

J^ajoate que ee défilé est connu à présent squs le nom de 
Iperbend^ et que les Turcs Rappellent Demir-Capi. 

(283) J. cv. Psammitichus , roi d'Egypte. Cette expé- 
dition des Scythes se fit sous le régné de Cyaxares^ roi deé 
MèdeS; et sous celui de Psanuniticlius; roi d'£g3rpte. Baint 
Jérôme s'est donc trompé en la plaçimt 9OU0 le règne de 
DariiiS; roi des Mèdes« 

Ecce (a) subite discurtentihuB nuncuê j Oriens totuê 

intrenudt : ab ultimà Mœotide , inter GiaciaUni Tanain 

€t Massagetarum immaneê populoe , ubi Càucasi rupibuê 

feras gentes Alexandti claustra cohibeni} erupisse Hun'* 

norum examina, qute pernicihus equis, kàc iUàcque voH^ 

iantia, cœdispariterac terroris cuncta comptèrent. Aberat 

tune Romanus exercitus, et bellis civilibus in Italid tene^ 

batur : hanc gentem Herodotus refert sub Dario Rege 

Medorum, piginti annis Orientem tenuisse captivian, et 

ab jEgyptiis et JËthiopibus annuwn exegisee vectigàl. 

I^e même Saint Jérôme se trompe encore^ lorsqu'il avance 

qu'ils tinrent l'Orient vingt ans sous le joug. Il auroit dû 

dire avec Hérodote {b) vingt-huit ans. Hérodote ne parle 

pas non plus du tribut annuel qu'ils se firent payer par les 

[égyptiens et les Ethiopiens^ 

Jameson (c) prétend que Psammitichus étoit mort lors- 
que les Scythes vinrent ravager l'Asie. De son aveu^ Amasis 
mourut l'an 4,187 de la période julienne , 627 ans avant 
notre ère. Il convient aussi que de la mort de ce Prince 
au commencement du règne de Psammitichus, il s'étoit 
écoulé environ i46 ans. Psammitichus étoit donc monté 
sur le trône en 4,o4â de la période julienne, 67a ans avant 
notre ère. Ce Prince ayant {et) régné 54 ans, ne mourut par 

^ Il —a— i—^—^M.——^i— ■^——^— .————— —^^M^———, 

(a) Sancti Uierooymi Opéra , Epitaph. Fabiolse , tom. iv , 
col. 66i. 

{h) Herodot. lib. i , $. cvi. 

(c) Spicileg. Antiquit. JEgj^t. cap. vx. 

(d) Herodot. )ib. n, $. clvii. 



SgO HISTOIRE D'HÉROÛOTE. 
oonaëquent qu'en 4,096 de U période julienne, 618 ans 
avant T^of-Cihrist. Or rirruptîon desScythes se fit en 4,o8i 
de U période julienne , 633 ans avant notre ère , un an 
après queCjraxares fiit monté sur le trône de Médie, comme 
je Tai fait vcnr dans un (a) Mémoire sur les Assyriens , et 
dans mon Essai sur la QuKmologic d'fiEérodote, chap. m , 
page i5i et suiv. Ainsi, selon Tameson lui-même, Fsam-* 
inttichus a vécu i5 ans depuis Firruption des Scythes. Mais 
le fait est qvm Fsammitichns oommen^ à régner avec onzer 
de ses ooUè^aaSi l'an 4/>43 de la période julienne, 671 ans 
avant Tèrt vulgaire; qu'A régna seul en 4,o58 de la période 
j uUenne , 656 ans avant notre ère ; qu'il mourut Tan 4,097 
de la période julienne, 617 ans avant l'ère Chrétienne, et 
que rirruptioil des Scythes arriva 16 ans avant sa mort. 

(364) §. çv^ Sst le plmê aneiêm de tous ieê temples dé 
cette Déesse, Pausanias (h) assure que les Assyriens furent 
les premiers qui adorèrent Vénus Uranie; que les habitanar 
de Papbos dans Tile de Çypra, et las Phénidens de Pales* 
tine, reçurent d'eux ce culte , et qu'il passa de-là à Cy thëro. 
Les paragraphes cxxxi et cxcix de ce Hvre, où Hérodote 
dit que les Assyriens adoroient Vénus Mylitta, l'auront 
sans doute induit en erreur. Comment en effbt les Assy^» 
riens, étant très-éloignés de la mer, auroient-ils pu com- 
muniquer aux habitans de l'île de Cypre le culte de cette 
Déesse ? Vénus Uvanie étoit appelée (c) Dercéto par les 

On peut voir ce que 'fen ai dit dans mon Mémoire sur 
Vénus , depuis la page 8 jusqu'à la page j6. 

(285) §. cv, Une maladie de femme. Il y a dans Héro* 
dote peu d'endrqits qui aient autant exeroé les Sarans que 



'T ■> 



(a) Mémoires de l'Académie des Belles -Lettres, tom. xlt, 
psg. 4oi. 

(b) Pansan. Attic. sire lib. i, cap. xrr, pag. 56. 

(c) Oio4Qr. Sicul. lii). u , {. iv , tom. i, pag. ii6* 



C L I O. L I V R B T. 3<)t 

celait. Feo M. le Prëôdent Bonliier (a) rapporte aix fien- 
timens âiSérené sur ce passage ; il les examine y les discute , 
et après les avoir pesés, il se détermine enfin pour celui de 
Casaubon (b), qui est aussi celui deG>star(c)etde Tollius(£Qv 
n pense qu'Hérodote a eu intention de designer à mots 
couverts ce vice infâme si ontimnn dans les climats brûles 
des ardeurs du soleil. Te ne disoonTi^Adni point que ce 
Savant I qui a fait tant d'honnewr à sa patrie par son éru* 
dition f n'ait apporté des raiscnls asaaa {dausibles de son 
opinion. Te n'ignore point que le Docteur Pearce , depuis 
£vêque de Bangor , pensoit de même que lui dans ses noies 
sur (e) Longin, et qu'il se trouve quelques Anciens (/*) qui 
donnent à ce vice le nlême nom. Mais le passage de Saint 
Clément d'Alexandrie , ddnt il «berche à s'appuyer , ne 
prouve point , à mon avis , que ee Père ait entendu par 
B^ixttm fSrêfy le vice en question. Anacbarns, dit ce {g) 
Père, étoit devenu efféminé par la fréquentation des Grecs ; 
le roi des Scythes le tua à coups de flèches , parce qu'il en- 
seignoit aux autres Scythes la maladie féminine , i^ rfr S-*- 

1^. n est très-vraisemblable qu'Anachax^ devenu Phi- 

>■ ' ' m I II ■ I 

(a) Bouhier, BechercHes et Dissertât, sar Hérodote, pag. 207. 

{b) Casaub. Epist. 5^1 ^ edit. ultim. 

(c) Costar , Défense des (Buvres de Voiture, pag. 194. 

{d) Tollios in Notîs ad Longinom , $. xxrui , pag. 162, i63. 

{e) In Notîs ad Longinum , pag. 94. 

{f) Il y en a des exemples dans Dion Chrysostôme , Orat. ly ,- 
P3g* 76, D. Hérodlen , liv. zv^ $. xxii, pag. i65. M. Wesseling 
cite pareillement ces Auteurs, auxquels il ajoute S. Clément 
d'Alexandrie et quelques autres \ mais le passage de S. Clément , 
qu'il a en rue , ne me parolt point deroir se prendre dana le sent 
qu'il lui donne. Je le rapporte mt pen phts bas. 

{g) Clem. Alexandr. in Frotreptico , pag. 20. Saint Clément 
d'Alexandrie ne dit point le nom de cet efiféminé que tua le Roi 
des Scythes à coups de flèches. Hérodote raconte la même chose 
d'Anacharsis > ce qui fait Toir que le réoit de S. Clément ne peut 
s'appliquer qu'à ce Philosophe. 



Sga HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

losophe y et voulant former des Philosophes , ne pamt wax 
yeux d'un peuple barbare^ qui ne oonnoissoit que la yie 
active y un lâche y un eflft^min^ , plus propre à se trouver 
parmi des femmes que parmi des hommes; mais oe doute, 
que le rëdt de Saint Clëment d'Alexandrie pourroit faire 
naître , n'en est plus un ; Hérodote le dissipe entièrement. 
Cet Historien raconte (a) qu'Anacharsis a3rant tu les hiH 
bitans de Cyrique oëlébrer avec la dernière magnificence 
une fête en l'honneur de Cybèle , avoit voué à cette Déesse, 
qu'au cas qu'il retournât dies lui sain et sauf, il lui offnixnt 
des sacrifices avec les m^mes cérëmonies. Le même Histo- 
rien ajoute que ce Philosophe arrive en Soythie, accomplit 
son voeu , et qu'un Scythe , tëmoin do ces cérémonies étran- 
gères, en donna avis au roi Sanlius, qui, s'étant transporté 
sur les lieux , et a3rant vu par lui-même ce dont il s'agis-» 
soit, tua Anacharsis d'un coup de flèche. 

Les {b) fêtes de Bacdius paroissant dangereuses à Pen-» 
thée , il fait chercher l'étranger efféminé qui veut initier lea 
femmes aux mystères de oeDieu. Penthée appelle ces mys- 
tères une étrange maladie , Sr itrfifH firêt ««fffyyvyjifli. Lea 
passages sont à-peu-près parallèles. Mais pour en revenir à 
Hérodote , son récit doit servir d'explication à celui de 
S. Clément d'Alexandrie. Ils parlent tous les deux des céré- 
monies que pratiquoit ce Philosophe en l'honneur (c) de la 
Mère des Dienx, IJérodote borne à cel^ son récit ; mais 
8. Clément ajoute qu'il étoit un efiëminé , et qu'il enseignoit 
anx Scythes la maladie féminine, c'est-4-dire, à mener une 
vie efféminée, comme je crois qu'il faut l'entendre. Il est 
clair que ce n'est qu'une conséquence des cérémonies qu'il 
vouloit apprendre 4 ses compatriotes. Le tambourin et le^ 



(a) Herodot. lîb. ly > §, lzxvi. 

(t)Euripî'' '»— ^ — — ^^ 

{c) La plu 
superstition 
l^maiv en naérir^ 

petites 



(a) Herodot. lîb. ly > $. Lzxyi. 

(b) Euripid. Bacch. yers. 549* 

(c) La plupart des Philosophes étolent alors raperstitîeux. La 
perstition étoit la maladie endétmique des Gipecs ^ ils ne purent 
mais en tuérir* 



CLÏO. LIVRE I. 3^3 

petites statues qu'on portoit en cette occasion ^ dévoient 
faire prendre de lui une idée d'autant plus dësayantageuse, 
qu'il arriroit de Grèce, et que les Scythes, jaloux de leurs 
coutumes , avoient en horreur celles des autres peuples. 

a°. Quand même j'acoorderois qu'Anacharsis ëtoit adonné 
à ce vice infâme , et que S. Qëment d'Alexandrie a désigné 
ce vice par les mêmes termes qu'Hérodote, il ne s'ensui- 
vroit pas que ces deux Auteurs aient entendu la même 
chose. 

Anacharsis voyagea en Grèce vers la quarante-septième 
Olympiade du temps de (a) Solon, et fut tué à son retour 
en Scythie. La mort de Psammitichus, Roi d'£gypte, sous 
le règne de qui une partie des Scythes fut frappée de la ma- 
ladie des femmes, est antérieure de vingt-cinq ans au voyage 
d' Anacharsis en Grèce ; il monta sur le Trône vers la seconde 
année de la vingt-septième Olympiade (^), et régna environ 
cinquante-quatre ans. Ses successeurs furent Nécos, Psam- 
piis, Apriès, Amasis, qui vivoit du temps d' Anacharsis et de 
Selon, n y avoit donc bien des années que la maladie fémi- 
nine étoit connue en Scythie, lorsqu' Anacharsis y retourna. 
Si cette maladie n'eût été autre chose que l'amour antiphy- 
sique , on y eût été accoutumé, et Anacharsis n'auroit couru 
aucun risque, la corruption ayant déjà fait de grands pro- 
grès parmi ses compatriotes. 

D'ailleurs, dans le siècle d'Hérodote, dont la simplicité 
et la candeur faisoient le plus bel ornement, on n'envelop- 
poit pas encore ses pensées dans des circonlocutions et des 
tours recherchés. On a vu plus haut (c) la manière dont il 

(a) Diogen. Laert. Hb. i, Segni. ci, pog. 64. 

(6) Fetav. Doctrin. Temp. tom. i , pag. 3oi. M. Bayer la placo 
la première année de la TÎngt septième olympiade. Il siiit Héro- 
dote , qui lui donne cinquante-quatre ans de règne; Simson la 
met la trentième olympiade. Aussi prend-il pour guide Eusèbe, 
qui ne lui en donne que quarante» quatre. 

(r) Ilerodot. lib. i, J. lxi. 

Tome T. D d d 



594 HISTOIRE D'H É R O D O T E. 

s'est exprime en pareille occasion : ifuicytrê it «» tcttrm ufi^f^ 
haud légitimé coibat cwn eâ. On peut voir la note sur cet 
endroit. Plus bas (a) il se sert de la même tournure : ig ^9 

j^ «9-* '£AAiyv#r fUi^ifTit wt^rk fUryâfvmf^ à GrcBCis edoctipue- 

ris mUcentur. On Toit par ces deux passages y qu'Hërodote 
n'y chercboit pas tant de façon. 

Une autre raison qui dëtruit l'opinion de M. le Président 
Bouhier, c'est que cette maladie ëtoit si remarquable et si 
visible, que les voyageurs s'en appeixevoient y suivant Hé- 
rodote, au premier coup-d'œil. 

Hippocrates explique cela très-bien dans un passage que 
nous allons rapporter en entier , et où nous verrons la cause 
et les effets de cette maladie, (f L'exercice (6) continuel du 
» cheval, dit ce savant médecin, occasionne aux Scythes 
» des douleurs dans les articulations j ils deviennent ensuite 
» boiteux , et la hanche se retire , si la maladie augmente. 
» Au commencement de la maladie , ils se guérissent en se 
n coupant la veine qui est derrière l'une et l'autre oreille. 
» Lorsque le sang a cesse de couler, ils s'endorment de foi- 
» blesse. A leur réveil les uns sont guéris^ les autres ne le 
M sont pas. 

)) Ce remède (c) me parott la cause de la destruction des 
)) Scythes. Si l'on coupe à quelqu'un les veines qui sont der- 
» rière les oreilles, il ne peut plus avoir d'enfans. Les Scy- 
» thés doivent donc éprouver cet effet. Lorsqu'ils vont en- 
» suite trouver leurs femmes, et qu'ils ne peuvent en jouir, 
)) ils n'y font pas attention la première fois, et se tiennent 
)} tranquilles ; mais lorsqu'après deux on trois, ou plusieurs 
» essais, ils se trouvent dans le même état, its s'imaginent 
)) avoir offensé quelque Dieu, et rejettent sur lui leur mala- 
» die. Ils se revêtent alors d'une robe de femme , avouant 

(a) Herodot. lib. i , $. cxxxy. 

{b) Hippocrat. de aecîbus, aquis et locis , $. L , tom. i, pag. '357« 

(c) Ibid. 5. u. 



CLIO. LIVRE I. 395 

M leur impuissance; ils prennent les goûts des femmes, et 
» travaillent avec elles aux ouvrages dont elles s'occupent. 
» Les riches 9 les gens de qualité et puissans éprouvent chez 
}> les Scythes ce mal qui leur vient du fréquent exercice du 
» cheval. Le peuple n'allant point à cheval ^ y est moins su- 
» jet. Si cette maladie ëtoit un effet de la colère des Dieux , 
» comme le croient quelques-uns, les riches et les gens de 
» qualité ne devroient pas être les seuls qui en fussent atta- 
}> quës; la nation entière devroit l'être , et particulièrement 
» ceux qui n'ayant point de biens , ne peuvent rendre do 
» grands honneurs aux Dieux , puisque les Dieux se plaisent 
» à être honores parles hommes, et qu'ils leur en témoignent 

» de la reconnoissance Chaque chose arrive dans l'or- 

» dre de la nature. Cette maladie vient aux Scythes de la 
M cause que j'ai dite; le reste des hommes y est pareillement 
n sujet)). 

Hippocrates a écrit à-peu-près dans le même temps qu'Hé- 
rodote. Il est donc vraisemblable que ces deux Auteurs ont 
eu en vue la même maladie. Hérodote la rapporte en His- 
torien fidèle, et l'attribue, d'après les récits qu'on lui en a 
faits, à la colère de Vénus. Le Prince des médecins a recours 
aux causes naturelles, et l'explique d'après les principes de 
son art. 

Mercurialis (a) a interprété le premier ce passage d'Hé- 
rodote par celui d'Hippocrates que nous venons de rappor- 
ter, et Dacier a adopté son explication dans ses Remar- 
ques sur ce Traité d'Hippocrates. 

M. le Président Bouhier leur oppose (b) trois raisons : 
1^ La foiblesse n'est point ime maladie dans les femmes, 
c'est leur état naturel. Cela est vrai; mais Hérodote dit une 
maladie féminine ^ c'est-à-dire, un état qui leur donne du 
goût pour les occupations des femmes, et qui ne leur laisse 

(a) Mercurîal. Var. Lect. m, vers. 7. 

[h] Bouliier , Recherches et Dissertât, sur Hérodote , pag. ao3. 

Ddd 2 



igS HISTOIRE D'HERODOTl!. 
de force que pour y vaquer ; car chez les Grecs, le terme 3e 
maladie s'applique à l'ame de même qu'au corps. Euripides, 
parlant de l'intempérance de la langue de Tantale (a) , dit 
que c'est une maladie très-honteuse, itoximi uwtç. Cet Au- 
teur emploie souvent cette manière de parler. 2°. Si les Scy- 
thes, ajoute M. le Président, ëtoient imptlissans , £vFv;^i'«cf , 
comme le dit Hippocrates, comment auroient-ils pu trans- 
mettre cette maladie à leur postérité, suivant la supposition 
d'Hérodote. Cette objection a quelque chose de plus spé- 
cieux ', je ne la crois pas cependant plus solide. Hippocrates 
ne dit point que les Scythes, attaqués de cette maladie, 
l'eussent été depuis leur enfance. Il en attribue la cause à 
quelques petits vaisseaux qu'ils se coupoient derrière les 
oreiUes, croyant remédier par-là à la sciatiquo occasionnée 
par la rigueur des saisons et l'exercice continuel du chevaL 
Aussi cette maladie ne se manifestoit-elle qu'à un certain 
âge. Cela posé , il* est très-possible quHls aient pu perpétuer 
leur race. Mais dans le système de M. le Président Bouhier, 
la difficulté reste en son entier. Comment en effet des hom- 
mes adonnés à un vice aussi infâme que celui qu'il suppose , 
auront-ils pu se perpétuer? Ceux qui sont nés avec ce mal* 
heureux penchant , ont pour les femmes une aversion éton- 
nante. Ajoutez que cette aversion devoit être d'autant plus 
grande parmi ces Scythes, qu'on la regardoit comme l'effet 
d'une punition céleste. Qu'on ne m'objecte pas ce qui se passe 
tous les jours en Italie et ailleurs. Plusieurs personnes enti- 
chées de ce vilain goût, ont eu des enfans> j'en conviens ; 
mais ne peut-on pas répondre, i°. qu'elles ne sont pas for- 
cées à le suivre ', comme Hérodote le raconte des Scythes j 
2**, que l'ambition et l'envie de perpétuer leur Jiom peut les 
avoir fait passer sur le dégoût que leur inspiroit le beau sexe > 
raison que ne pouvoient avoir ces Scythes, peuple barbare 
chez qui il n'y avoit aucune autre distinction que celle que 
donnent les richesses. 

(a) £urjpid. Orest. vers. lo. 



CLIO. LIVRB I. 597 

3^. Continue M. le Président Bouhier ^ Hippocrates ftssure 
que ces Scythes ëtoient respectes de leurs concitoyens j au 
lieu que ceux d'Hërodote ëtoient 'Eftiyitç ( car c'est ainsi' 
qu'il faut lire dans cet Historien , suivant le savant Pré- 
aident^ au lieu d'Ev^pii; ) et par conséquent regardes en 
quelque manière avec horreur. M. le Président croit trouver 
pne opposition sensible entre les Scythes d'Hippocrates et 
ceux d'Hérodote. Les premiers étoient , suivant lui , res- 
pectés^ et les seconds en horreur ; mais ces Scythes , si res* 
pectés, étoient pareillement appelés Enaries , suivant Hip- 
pocrates. Pourquoi M. le Président ne propose-t-il point 
ici le même changement qu'il faisoit dans Hérodote ? c'est 
sans doute parce qu'il craignoit de mettre le Prince des 
Médecins en contradiction avec lui-même. Au surplus , 
cette opposition est chimérique. M. le Président Bouhier 
ne l'établit qu'en changeant l'ancienne leçon'EM^icf, leçon 
de tous les manuscrits , de toutes les éditions^ qu'Hérodote 
emploie encore , liv. iv, §. i*xvii, et qui se trouve dans le 
Lexique d'Hérodote de la Bibliothèque de Saint-Germain- 
des-Prés. Ajoutez à cela, qu'Hippocrates parlant de ces 
mêmes Scythes , les appelle 'Ev^pit; , comme je viens de le 
remarquer. 

M. Coray m'apprend que la leçon d'Hippocrates îy«(p/cr 
qu'on trouve §, xlix , page 556 y est une correction de 
Mercurialis ( Var. lect , lib. m, cap. vu ) que Van der 
Linden a introduite dans le texte. Il m'apprend aussi que 
les autres Editeurs lisent Àvi^fmç ou ùvtif i^ttîç y et que de 
deux manuscrits de la Bibliothèque du Roi y celui qui est 
coté 21 46 porte M^ft«vç, et celui qui est coté U255 porte 

Mais , auroit pu dire M. le Président Bouhier , ce mot 
ne fait aucun sens. Des Savans ont en pareil cas proposé 
des corrections; ne mescra-t-il donc point permis d'en faire 
autant ? Il est vrai que ce terme ne présente aucune idée ; 
mais , suivant toutes les apparences y c'est un mot scjrthe; 



3^S HISTOITIE D'HÉRODOTE, 
auquel Hérodote a tout au plus donne une terminaison 
grecque. Il le dit lui-même en cet endroit, r«of jMAcy^t 
'Efttfimç «I Sxtfifif. Les Scythes les appellent Enarêes. 

Un homme d'esprit , mais peu instruit , cro joit que le 
sentiment de M. le Président Bouhier se dëtruisoit de lui- 
même. Peut-on supposer 9 disoit-il, que Vénus ^ aveugle en 
sa vengeance ; se soit fait à elle-même Tafiront le plus san-> 
glant y et qu'aux dépens de son culte die ait procuré des 
adorateurs an Dieu de Lampsaque, qu'elle ne doit chérir 
que lorsqu'il vient sacriûer sur ses autels. 

Cette objection auroit paru frivole à M. le Président, et 
s'il eût daigné y répondre , il l'auroit fait sans doute par ces 
vers de Martial : 

(a) Mollis erat facilisque rîrîs Pœantius héros : 
Yulnera sic Faridis dicitur ulta Venus. 

n est vrai qu'Ausone apporte une autre raison du goût 
infôme de Philoctète , et qu'il ne le lui attribue que parco 
qu'il n'avoit point de femme {b) dans son île j car c'est ainsi 
que j'interprète Zem/ua egestcLs. 

(c) Praeter legitîmi genîtalia fœdera cœtûs , 
Kepperlt obscœnas vénères vitiosa Hbido, 
Herculia bœredi quam Lemnia suasit egestat. 

Mais indépendamment que le Scholiaste de Thucydides {d) 
en donne la même raison que Martial^ cela prouve que Y on 
étoit dans l'opinion que ce vice, si opposé à la nature, étoit 
une punition de Vénus. 

(a) Martial, lib. ii , Epigram. lxxxiy. 

{b) S'il n'y aroit point de femmes alors dans l'île de Lemnos, il 
n'y avoit point non plus d'hommes , et Sophocles nous la repré- 
sente comme déserte. Lerice dont parle Ausone dans ce vers, est 
donc celui des jeunes gens qui ne peuvent se procurer des femmes. 
La teneur entière de Tépigramme , et sur-tout le septième vers le 
prouve manifestement. 

(c) Auson. Epigram. lxxi. 

{d) Vide Scholiast. ad hase verba : T«f ^ihm îxTifg», lib. i , 
J. XII, pag, 11, lia. 17. 



CLIO. LIVRE I. 39g 

(uSS*) §. cv, S'apperçoipent. M. Goldhagen met îrr/après 
êfmf. Je n'en rois pas la nëcessiië ; •p«y est régi par xiyvn. 
Voyez rjipparatu9 criticuê ctàHerodotum^ de M. Borheck^ 
page Suj. 

(286) §. cvi. Fingt'huit ans. Le P. Hardonin (a) et 
Sdirœer {b) prétendent ^u'il s'est glissé dans les copies 
d'Hérodote une faute y et qu'au lieu de vingt-huit il faut 
lire -vingt-deux 9 afin de faire accorder Hérodote avec ce 
que cet Historien avance 5. cxxx. Ces Savans n'avoient 
pas fait attention qu'Hérodote parloit^au^* cxxx , de la 
durée entière de r£mpire des Mèdes^ à commencer du jour 
où ils secouèrent le joug des A883rriens y sans y comprendre 
cependant le temps oà les Scythes furent les maîtres. Voyez 
ci-dessous , note 5i4. 

(287) %. cvi. Danê un autre ouvrage. Hérodote a-t-il 
donc écrit quelqu'autre histoire que celle qui nous reste 
de lui? Plusieurs passages de cet Auteur semblent le dire , 
et des Savans du premier ordre y Isaac Vossius^ M. le Pré- 
sident Bouhier^ etc. sont de ce sentiment. On parle de son 
histoire d'Assyrie \ j'aurai occasion de parler de celle de 
Libye sur le §. clxi du second livre. 

Hérodote dit ( liv. i , §. clxxxi v ) : il y eut à Babylone 
un grand nombre d'autres Rois^ j'en parlerai dans mon 
histoire d'Assyrie. %, cvi du même livre il y a : les Mèdes 
prirent Ninive -, je raconterai en d'autres écrits de queUe 
manière ils la prirent. 

Dans l'un et l'autre passage > Hérodote dit bien clairement 
qu'il parlera dans son histoire d'Assyrie des Rois de Baby- 
lone et de la prise de Ninive par les Mèdes. Cet engagement 
me paroit formel de la part de l'Historien ; reste à «avoir 
s'il l'aura tenu. Fabricius (c) pense qu'il ne l'a point rempli ^ 

(a) Harduin. Oper. sélect, pag. 549. 

{h) Schrœer de Imperio Babylonis et Nînî , sect. rr, $. ziii. 

(c) Bibliothec. Griec. lib. 11 , cap. zx, $. y, tom. i, pag. 664. 



4oO HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

parce qu'il n'est fait mention de cette histoire dans ancna 
Autenr ancien. Gérard Vossios (a) est de même sentiment. 
Cependant il cite un passage d'Aristote^ qu'il croit tire 
de l'histoire dont nous parlons. Ce Philosophe venant à 
rapporter (b) que les oiseaux dont les ongles sont crochus , 
ne boivent jamais^ ajoute tout de suite qu'Hérodote igno* 
roi t cela^ puisqu'il dit dans sa description du siëge de Ninive , 
qu'une aigle buvoit: or, oe passage , qui ne se trouve pojnt 
dans Hérodote , ne peut convenir qu'à son histoire d'Âssjrrie, 
dont Ninive ëtoit la capitale. 

Fabricius (c) soupçonne que la citation d'Aristote pou- 
voit se trouver dans quelqu'exemplaire d'Hérodote plu* 
entier que oeux que nous avons. Mais sur quel fondement 
s'appuie-t-il? quelle chose a pu donner lieu à ce soupçon? 
c'est dans le livre premier où il est parlé de Babylone et 
de l'Assjrie y mais tout y est si bien lié^ qu'on ne voit point 
d'endroit où. placer ce passage. H ne reste plus d'autre res- 
source que de dire que ce mot Hérodote est corrompu ; mais 
dans l'édition d'Aide , qui est la première de toutes, et que 
j'ai examinée moi-même, et dans toutes celles qu'a eu sous 
les yeux Sylburge , on trouve le même mot Hérodote, JX 
est vrai qu'il y avoit dans le manuscrit d§ Gaza,'Hn«/«^ 
9yv«M tStû y Hésiode ignoroit cela. Mais un seul manuscrit 
doit-il l'emporter sur tous les antres , et sur les premières 
éditions d'un Auteur, qui représentent presque toujours 
les manuscrits d'après lesquels on les a données ? D'ailleurs, 
qui a jamais entendu dire qu'Hésiode ait parlé du siège de 
Ninive par les Mèdes ? M. Camus a adopté , dans sa traduction 
de l'Histoire des animaux d'Aristqte, page 5o5, la mauvaise 
leçon de Gaza, et l'a accompagnée d'une note maigre qui 
n'apprend rie». Si, comme je le crois, le passage d'Aristote 
n'est point corrompu, et si sa mémoire ne Ta point trompé, 

(a) Gçrard Vossius , de Historicis Graecîs, îib. i , j. m. 
{h) Ârifitot. Histor. Animal. Iib. viii, }. xviii, pag. 913. 
(c) Fabricius, B.bliothec. Grxc. loco superiùs laudato. 

on 



C L I O. LIVRE I. 4ot 

cm ne peat nier qu'Hërodote y qui a eu sûrement le dessein 
d'ëcrire l'histoire d'Assyrie, ne Tait en eflTet écrite ; mais 
aucun Ancien , à l'exception d'jUistote j ne l'ayant citée , 
il paroît qu'elle n'a pas subsiste long-temps. M. Desvi- 
gnôles (a) attribue la perte de cette histoire à la négligence 
avec laquelle Hérodote l'avoit écrite, et entr'autres fautes 
qu'il lui reproche , il l'accuse de n'avoir pas connu le fon- 
dateur de cet Empire. On ne peut disconvenir que la Chro- 
nologie de M. Desvignoles ne soit un ouvrage savant et 
même profond; mais combien ne s'y trouve-Ml pas de dé- 
dsionshasardées, pour ne pasdire téméraires. M. Desvignoles 
a-t-il donc vu l'ouvrage même d'Hérodote , ou du moina 
quelqu'extrait, pour en parler de k sorte ? Quejqu' Auteur 
ancien en porte-t-il un pareil jugement? pourquoi donc 
cmbrasse-t-il un sentiment qui ne se trouve appuyé d'au- 
cune de ces deux raisons ? 

M. le Président Bouhier a trouvé dans une ancienne {h) 
Chronique grecque un passage qu'U croit un fragment de 
l'histoire d'Assyrie d'Hérodote. L'Auteur de cette Chro- 
nique dit que Sésostris , de la race de Cham , fils de Noé, 
ayant ûiit la guerre aux Assyriens , et les ayant mis sous le 
joug , conquit la Chaldée , la Perse et Bfibylone \ qu'il soumit 
à son empire toute l'Asie, l'Europe, la Scythie et la Mysie; 
que prêt à retourner en Egypte , il fit choix de quinze mille 
Scythes k qui il assigna des terres en Perse ; que ces Scythes 
y sont restés jusque dans les temps les plus reculés, sous le 
nom de Parthides, qui, en langue Perse , signifie Scythes ^ 
et q\ie ces peujdes gnt conservé leur langue et lem*s an- 
ciennes coutumes, comme le rapporte Hérodote. 

M. le Président Bouhier (c) prétend que ce récit est tiré 
de l'histoire d'Assyrie d'Hcrodote. Si cette opinion est vraie , 

(a) DesTÎgnoles, Chronologie, Ht. iv, chap. ly , $.y, pag. 176, 

{b) Chronic. Faschale, pag. 47. 

(c) Bouhier, Recherches et I^issertat. sar Hérodote, chap. i , 

J'orne /• Eep 



4o2 HISTOIRE D'H É R O D O T E. 

il faut que cette histoire ait subsiste jusqu'au quatrième 
siècle y et même jusqu'au cinquième , temps où cette Chro- 
nique a été composée. Mais à qui paroi tra-t-il yraisemblable 
que pendant tant de siècles depuis Hérodote^ il ne se soit 
rencontre aucun Historien , aucun Géographe , aucun Gram- 
mairien qui ait àté cette Histoire, et qu'elle se soit trouvée 
entre les mains d'un Ecrivain obscur et peu digne de foi? 
Remontons plutôt à la source. Il y a grande apparence que 
r Auteur de la Chronique aura pris ce passage de la Chro- 
nographie de Jean Malalas. L'on y voit (a) la même chose 
que dans la Chronique , excepté qu'on trouve ^irr^ts dans 
Malalas, qtd est une abréviation pour J^i^wrrftç. Il y a tout 
de suite : itrtuç tMXiS-iio'Mt mwo ( legend. »«-• ) rSt Uî^tSw 

}) Perses leur donnent le nom de Parthes, ce qui étant in-> 
» tcrprété dans le dialecte des Perses, signifie Scythes ». 
On sait que Malalas est antérieur à la Chronique où on lit 
les Parthides. Suidas a copié Malalas aux mots n<»f d-«i et 
Xmo-Tftç, Hérodote {b) ayant écrit que Sésostris avoit sub- 
jugué les Scythes, il n'en a pas fallu davantage à cet Ecri- 
vain (c) fabuleux et de mauvaise foi pour imaginer ces 
rêveries. A qui pourra-t-on persuader en effet, qu'Hérodote 
ait entendu parler de Cham et de Noé ? M. le Président 
Bouhier trouve un autre passage d'Hérodote dans Suidas, 
au mot TiMfvuTtç y mais M. Wesseling {d) a prouvé que ce 
passage étoit corrompu , et il l'a rétabli de la manière la 
pliis heureuse. 

Je me crois obligé d'avertir que je n^ai presque fait que 
traduire dans cette note le premier chapitre de la Disser- 
tation de ce Savant sur Hérodote. 



(a) Joann. Antioch. Malaise Histor. Chroiiic pag. 38. 
{b) Herodot. lib. 11 , $. oiii et ex. 

(c) Richardi Bentleii Ëpîstol. ad Joann. Milllum , pa«siiB. 
{d) Dissert. Herodotca , cap. i , pag. 9. 



\ 



C L I O. L I V R 15 I. 4o3 

(288) §. cvii. Qu'elle urinoiL M. de VoltAire (a) a fait 
quelques objections contre ce passage d'Hërodote ; on peut 
voir ma réponse dans le Supplément à la Philosophie de 
rHistoire, page 79 et sui crantes de la première édition , 
page io4 et suivantes de la seconde. 

Ce songe et le suivant qu'on trouve §. cviii^ avaient ëtë 
rapportés par Charon de Lampsaque ^ qui avoit écrit avant 
Hérodote. Hoc (J?) etiam Charon Lamp»<icenu8 Hérodote 
prior tradii. 

(289) 5. cvii. Unhomme d^ une grande Maison. M. TAbbé 
Fraguier (c) fait dire à Hérodote > qu'Astyages donna sa 
fille Mandane à Çambyses, Perse d'une naiseance obscure. 
M. TAbbé Banier avance que {d) dans Hérodote, un so^e 
mystérieux est la machine qu'on emprunte pour engager 
Astyages à marier sa fille unique à un inconnu. 

Avec un peu plus d'attention au texte d'Hérodote , cet 
Savans auroient pu s'épargner ces fautes. 

(290) 5« cviii. Son parenL 'Ottciïûf a été mal rendu par 
familiarem, Harpage dit clairement au paragraphe suivant , 

qu4l est parent de l'enfant, ^«t rvyy tfis içt i wmç. Or il 
ne pouvoit l'être que par la fille d' Astyages. 

(291) §. cix. La Couronne passe. U y a dans le grec : n 

^j, B-iXti^H iç Ttif S-vyieripM rttvriif ti»*Cifaii rvfêtfitç 

Il est bon de remarquer que dans Hérodote et ailleurs > 
S-iActf et iS-iAm sont souvent redondans, et qu'ils se joignent 
à des choses inanimées. '£1 mf fd-iA^r» fxrpi^l/Mf r« fuB-f^K 
Ilérodot. Liv. 11 , 5» xi. Voyait Raphélius sur les Actes des 
Apôtres, chap. 11, vers, xii, tom. 11, pag. 19. 

(292) \. cix. Que me reste-t-il? A^AA« ri 9 Xuwtrul /nât 
Têif xtif^if6/v i fiîytçùç 3 la construction est ri «AAc Xuxtntt 
fnûty i « ftiyiçûç Tiff ici¥^ifâtf i cet arrangement est ordinaire. 

(a) Voltaire, Philosophie de l'Histoire , pag. 5g. 

(b) Tertallian. de Anima, §, xlvi , pag. 298 , B. 

(c) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, tom. 11 , pag. -îS. 
(J) Ibid. tom. Ti , pag. 407. 

Eee % 



4o4 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Démos tkènes dit dans laHarangae contre Aristocrate» (a): 
mXÀê rty n nySmi ^lirn Xuft^fff im mnrêf »Cp/^Mf> que 
nous reate^t-il que de êouffrir en silence les insultes de 
Charidémus ? 

(295) %, cix. Mais que ce soit D y a dans l'édition de 
M. Wes8eling,#lM ^gy r«v rtvu Açviyfç ; mais il faut écrire 
arec les manuscrits du Roi et les meilleures éditions : «(m 
fiifTêi rSf rtfk Arvuytôç, Cela est nécessaire pour le sens. 

(294) 5. ex. Les Mèdes appellent une chienne Spaco» 
On ignore si le dialecte des Perses et des Mèdes étoit le 
même. GuilL Burton et Hadr. Reland n'ont point trouvé 
dans ce qui nous reste de la langue des Perses (b) , de terme 
qui approche de celui-là. Cependant Tannegui Leftvrc 
assure que les H3rrcaniensy peuple soumis aux Perses , ap- 
pellent encore aujourd'hui en leur langue un chien Spac (c). 
Cyno vient de «i!#f, qui veut dire chien ou chienne, sui- 
vant l'article qu'on y joint. 

(1195) 5* ex. jiu pied des montagnes, au nord d^Agha-^ 
ianes. On les appelle aujourd'hui monts Caragans , ou Meur- 
triers. Elles sont au nord d'Amadan , qui est l'ancienne 
Agbatanes. Il est vrai y comme Hérodote le dit ici y que la 
partie de la Médie qui est au nord de cette ville, est tout* 
remplie de montagnes , au lieu qu'au midi de la même ville j 
le pays est uni et découvert. 

Note de M. de la Barre , trouvée dans les papiers de 
M. Bellanger. 

(296) 5* CXI. Couvert d^or et de langes si précieux. Ce 
sont des langes de drap d'or y et la figure que les Gram- 
mairiens appellent i» ^i« ^p«7y. J'en avertis , parce que ma 
traduction ne le fait pas sentir. 

(a) Demosthen. contra Aristocrat. pag. 4i 1 , 85. 

(5) Dissertât, de vetere Linguâ Persamm, pag. 245, et AIi4a?* 
Lingue Fersarum, pag. 97. 

(c) Tannegui Lefèvre^ in Nolis ad Juatinnm , lib. i, cap. ir , 
pag. 24> 






u , 



C L I O. L I V R B I. 4o5 

(^97) %* ^^'* -^^ voici cet enfaht* Je lis avec les maiiiis- 
ciîu ^ et ^ de la Bibliothèque du Roi^ pur ri «/ii i r). Si 
on suit la leçon ordinaire , il faudra traduire : les choses 
sont de la sorte. Ce sera alors une de ces répétitions fami- 
lières à Hérodote à la fin d'une narration. 

(298) 5* cxii. Charmée de sa grandeur. Cet enfant n'étoit 
grand que relativement à son âge. 

(299) ^. cxiii. Un de ceux qui avoient soin des trou» 
peaux sous ses ordres. Il 7 a dans le grec w^iZàTKùÇy qui est 
un pasteur en second , en sous-ordre ^ qui tient la place 
d'un autre pasteur , subbubiUcus , comme Fa très-bien vu 
le Savant M. Toup (a). .£miliu8 Pox*tU8 l'avoit expliqué da 
même. 

(300) §. cxiv. U(Eil du Roi, Cest ainsi qu'on appeloit 
dans les Cours Asiatiques les Ministres des Rois. Le Chœur 
de Vieillards questionnant Xerxès sur sa défaite en Grèce , 
lui demande : <( Avez-vous {b) aussi laissé en ces lieux l'iBil 
» fidèle des Perses^ Alpistus, fils de Batanochus » ? Aristo- 
phanes dit aussi dans les (c) Acharnes : cr Nous vous ame- 
1) nous Pseudartabas^ FCBil du Roi ». £t quelques vers plut 
bas {d) : a Le Sénat mande au Prytanée l'iBil du Roi ». 

M. le Comte Carli remarque dans ses Lettres Améri- 
caines^ Lettre xiii, vers la fin^ qu'au Pérou , le commis- 
saire y chargé d'examiner la conduite publique et privée des 
Décurions , se nommoit dans la langue du pays y Cucuy 
Kioc , c'est-à-dire y (EU de tout. Le même Savant remar* 
que aussi à ce sujet que dans les loix du Czar Pierre I^ les 
Fiscaux ou Procureurs du Prince , sont appelés l'CBil du 
Prince. 

(3oi) \, cxix. La tête. Cette histoire atroce est étrange-^ 



(a) Epîstol. Critic. ad Gulielmnra , Episcopnm Glocestrieiu em | 
pag. Bi et 82. Bx nuperâ Edit. tom. 11 , pag. 499. 
(6) ^chyl. Pers. vers. 984 et 8eq. 
(c) Aristophan. Acharn. reri. 91. 
{d) Id. ibid. T€ra. 134. 



éo6 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

ment dëfigurëe p«r Sénèque. Il suppose qa'Harpage (a) fat 
traite de la sorte pour aToir donne un bon conseil au Roi 
de Perse^ et que ce Prince loi fit senrir ses enfans , quoi- 
qu'il n'en eût qu'un. 

(5oa) §. cxix. Un Roi. Sénèqne a un peu (&) cliang^ 
cela, lorsqu'il net dans la bouche d'Harpage : apudRegem 
omnis cœnajucunda est. Il est bon de remarquer que, qana 
le passage d'Hërodote, on seroit embarrasse pour rendre celui 
de Sënèque , et l'on ne sauroit si cet Auteur a touIu dire 
la tablé du Roi, ou la table d'un Roi, L'article omis dans 
le grec prouve qu'il faut traduire : à la table d'un Roi tous 
les meta sont agréables. 

Cette réponse d'Harpage , digne d'un lâche Courtisan , 
m'en rappelle une d'un Seigneur Anglais , qui n'est pas 
moins lâche. Edgar , Roi d'Angleterre , ayant tuë Ethelwold 
dans la forêt de Harewood , le fils de ce Seigneur arriva 
immédiatement après. Le Roi lui montrant le corps de son 
père, lui denumdt comment il trouvoitle gibier? le jeune 
homme répondit de sang-froid , que tout ce qui pîaisoit au 
Roi ne pouvoit lui déplaire. Voyes Willel, Malmesbum 
riensis , AnHquitatms Ecclesiœ Glastoniensis, 

(3oS) 5. cxx. Des officiers pour lui faire le rapport des 
affaires. Il y a dans le texte : «yyi Aiirf opir^ . Ce mot doit 
s'expliquer par ceux-ci du J. xcix : <ti' ûyyixtÊf «■«►7« 

(3o4) 5- c^^« ^^ ^ ^^^' ^® ï*^ *'^®c ^^ manuscrit de San- 
croit et celui de la Bibliothèque impériale à Vienne : ^<«- 
r*î#f Sx* au lieu de #tii*7«t|«r ifx*' M. Toup (c) est de mém^ 
avis. 

(3o4*) §, cxx. Nous vous exhortons à vous tranquilliser 
de même. Tjti o^t i^cpie T0mu*]M iru^éiKtXtoifitéM/^tfti romtfjn^ 

(a) Seneca , de Ira , lib« m » cap. Xv , tom. i , psg. 118. 
{b) là. ibîd. 

(c) Toup , Emendation. in Suîdam , pars m , pag. 175. Eji 
Ifuper^^ditioBe, tom. 11, pag. 316. 



C L I O. L I V R K I. 4o; 

alla talia, simiUa, et adverbialement aimiUter, item^ 
Voyez M. Wiitenbach in Selectis Frincipum Historicorum , 
pag. ZS:t. 

(3o5) %, cxxi. jyun vain êonge. Dans le grec : ^un songe 
imparfait, c'est-à-dire ^ dont raocomplisaonent ne devoit * 
pas être entier. 

(3o6} %. cxxiu. En croissant, lui dormait Véspoir de la 
vengeance. Faute d'avoir fait attention à b prëpoâtion i iri\ 
les Interprètes n'ont pas saisi le vrai sens de ce passage» 
M. Wyttenbach (a) est le seul qui l'ait bien e]q>liquë^ ai 
Cyrum videns crêscere in spsm vindicU», {^sihi crescere et 
ali pindicem). Il faut rapporter iwf\fî^ifitnf à rtfêmfif^ 
substantif sous-entendu, qui est compris dans nf^flnf qui 
prëcède. 

(507) 5. cxxv. Qui ont le plus d^infiuence sur tous les 
autres Perses. Ce passage , mal ponctue^ a induit en erreur 
tous les Interprètes d'Hërodote. M. l'Abbë Geinos a rétabli 
le premier la vraie leçon. H propose de ne plus prendre A'^ 
rii\t^ et nifWMj pour des noms propres de tribus > mais de 
faire du premier de ces mots le verbe de la phrase , qui sans 
cela n'en auroit point; de regarder le mot nifrm^y comme le 
nom générique de la nation , et de le faire servir de nomi- 
natif masculin , auquel les adjectifs m?iXùi wti/ltç puissent se 
rapporter. A'prm^Mf sera la troisième personne du plurier du 
prétérit parfait passif d'«fr««/ie«if, suivant le dialecte Ionien , 
au lieu à^tj^ni/Jaj, '^Hpr997Mf signifie proprement pendent, dé-- 
pendent ; mais comme en notre langue ce mot emprunte une 
idée de sujétion^ de subordination , semblable à celle qui se 
trouve entre les sujets et le Prince , et qu'Hérodote veut seu- 
lement dire que les tribus qu'il nomme en premier lieu, et 
que Cyrus gagna d'abord y étoient les plus considérables et 
les plus accréditées, celles dont le suffrage entraînoit celui 
de toute la nation , j'ai préféré une expression plus éloigna, 

(a) Selecta Frincipum Historicorum, pag. 353* 



4oS HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

il est vrai , de celle de T Auteur, mais qui en rend mieux le 

sens. 

Le sentiment de M. l'Âbbë Geinox a été suivi par M. Wes« 
aeling , et se trouve d'ailleurs appuyé des manuscrits AetB 
de la Bibliothèque du Roi. Cette erreur est très-ancienne; 
elle se trouve dans Etienne de Bjzanoe. Mais voyez à cq 
sujet la remarque de M. Geinoz (a), dont j'ai tiré la plus 
grande partie de cette note. 

(3o8) §, oxxv. Leê GermanUns. Ces peuples sont les 
mêmes que les Caramaniens. Il y a des Auteurs qui en font 
descendre les anciens Germains. Cluvierleur a fait voir (b) 
avec politesse, qu'ils se trompoieut. Mais , ajoute M. Wes* 
seling y il y a des personnes d'un goût bizarre , qui depuis 
la découverte du bled , aiment encore à se nourrir de gland» 

(509) §f cxxvi. Tbut le bétail de son père. Il y a dans 
le grec : toits les troispe€Utx, Umt de chè%nres que de mou^ 
tons et de bœufs, 

(5 10) §, cxxvi. Une grande différence. Un grand inr 
tervaUe entre , un grand milieu, .... C'est ce que signifie 
«-«AXovr« f^ir%9, *Qf (e) y§if iXmiîXê riif tiXitUiH 9 wdlçy t^ rue 
mJ^Xnç • vienf^ i w»m rS fiic-m wtiftuyxSwUf imftt, a Lors-r 
» qu'Hippodamie eut atteint l'âge nubile , son père vojrant 
)) qu'elle surpassoit de beaucoup toutes les jeunes per«* 
i> soimes..., ». Ce passage de Lucien est altéré j il en faut 
supprimer la négation > ou lire v» «AiVf . 

(311)5. cxxviii. En croix, Astyages cassa aussi (d) tous 
les Officiers y et en mit d'autres en leur place. Recherdtant 
ensuite ceux qui avoient été la cause de la déroute de son 
armée y il les fit forger > croyant par cette sévérité forcer 
les autres à se comporter courageusement dans les dangers; 

{q) Mémoires de l'Académie 4^ Belles-Lettres , tom. xviii ^ 
Hist. pai^. lao. 
{b) Clavier, German. Antiq. lib. i , pag. 3o. 
(c) Lucian. în Charidemo , }. xix , tom. m, png. 629 , lin. 85« 
^d) Diodor. Sicul. de Virtutibus et Yittis, tom. 11 , pag. 553. 

car 



C L I O. LIVRE I. 4o9 

car il ëtoit naturellement cruel et inhumain. Non - seiUe* 
ment on fut rëvoltë de sa barbarie^ mais encore un chacun 
détesta une violence si contraire aux Loix , et désira 
un changement. Les troupes tinrent par bataillons des 
assemblées 9 et s'exhortèrent mutuellement à venger la mort 
de lem^s compagnons. 

(3ia) 5* c^iLyni.Leur livrahakUlle, Xénophon prétend 
que C3rrus succéda tranquillement à la Couronne de Médie. 
Mais voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans le Supplément à 
la Philosophie de l'Histoire , pages 83 et 83 de la première 
édition 9 et pages 107 et 108 de la seconde, où l'on trou- 
vera aussi une réponse aux objections de M. de Voltaire* 

Hérodote s'est eontenté de parler du succès des deux 
batailles y sans en irapporter aucune circonstance. Pen trouve 
une dans Plutaque, qui me paroSt curieuse , mais j'ignore si 
on doit l'appliquer à la première ou à la seconde bataille. 

c( Les Perses, dit-il (a), ayant eu du dessous dans la ba~ 
» taille , et s'enfuyant vers la ville , poursuivis par les Mèdes, 
» les femmes allèrent au-devant d'eux , et relevant leurs 
» robes : Où allez- vous , lâches , leur crièrent-elles ? vous ne 
2) pouvez pas rentrer dans le sein qui vous a portés. Les 
I) fuyards , honteux de leur lâcheté y se ranimant à cette vue, 
n retournèrent à la charge , et mirent les ennemis en fuite. 
>» Cyrus établit une loi, qu'à compter de ce moment, toutes 
M les fois que le Roi entreroit dans la ville , il donneroit 
» une pièce d'or à chaque femme. Ochus, Prince méchant et 
» ^vare, aima mieux faire le tour de la ville que de tenir 
» l'engagement de Cyrus. Alexandre y entra deux {pis^ 
» et donna le double aux femmes enceintes ». 

X^a dernière bataille {b) contre Astyages se donna à Pa** 
aargades. W y fut battu , et l'empire de l'Asie passa entre 
les mains de Cyrus. Ce Prince fit , en mémoire de cette ac- 
tion, bâtir en cet endroit une viHe et un palais^ 

(a) Flntarch. de Yirtutib. Muiierum , pag. 246 > A. 
{b) Strab. lib. xv, pag. 1062 , C. 

U\>m l Vît 



4lO UI8TOIRB D'HÉRODOTB. 

(5i3) 5. cxxix. Quel goût il trow^oiL J'ai luivi lacor^t 
rection de M. Valckenmer ; od peut consulter sa Bote. 

(3i4)5*<7^xx« Sam cependant y comprendre letemp9,tXc* 
Les règnes de Dëjocès, de Phraortes^ de Cyaxares et d'Aa- 
tyages font ensemble i5o ans. Si l'on retruiche avec Hé* 
rodote a8 ans , pour le temps où les Scythes tinrent l'Asie 
dans leur dépendances on aura laa ans, contre le témoi- 
gnage exprès d'Hërodote , qm dit que les Mèdes avoient 
eu FEmpire de la Haute Asie ia8 ans, sans cependant 
y comprendre le temps qn'y régnèrent les Sc3rtlies. Les 
Mèdes ont eu, smTant Hérodote, dit (a) Herm. Con* 
ringius, l'Empire de la Haute Asie 138 ans, sans 7 com« 
prendre les 38 ans que les Scythes l'ont tenue asserrie. Cela 
fait i56 ans en tout; mais comme les règnes des quatre 
Rois sont de 1 5o ans, les 6 ans de plus que dcmne Hérodote , 
doivent s'entendre des années d'anarchie dont a paillé cet 
Historien, et dont il n'a pas fixé le nombre. 

Cette méthode simple et naturelle, qui avoit été goûtée 
de feu M. Wesseling, m'avoit d'abord séduit; mais aprèa 
y avoir réfléchi, j'ai cru devoir la rejeter. La défection des 
Mèdes est de l'an 3^966 de la période julienne, 748 ans avant 
notre ère , et l'élection de Déjooès de l'an 4,oo5 de la période 
julienne, 709 ans avant notre ère, -comme je l'ai prouvé 
dans un Mémoire {V) lu à l'Académie , sur quelques Epoques 
des Assyriens , et dans mon Essai sur la Chronologie d'Hé- 
rodote, chap. IV, pages i63 et i64. D 7 a donc eu 39 ans 
d'anarchie. Je suis persuadé qu'Hérodote ne compte point 
ce temps , mais seulement celui où les Mèdes furent gou- 
vernés par des Rois. Il est vrai qu'il se trouvera six ans de 
moins ; je pense qu'il faut les retrancher du texte , et attri- 
buer cette erreur aux copistes, qui en ont commis bien 

(a) Herm. Conringii AdTcrsarîa , pag. i48. 
(6) Mémoires de TAcadémie des Belles - X^ettres , tom. xlt, 
pag. 368 et auÎY. 689 et suîy. 



CÏ.IO. LIVRE I, 4ii. 

d^autres. CarPhilëmon dit dans (a) ses Mélanges , qu'il y. 
a dans Hérodote plusieurs erreurs y qui ne sont point de 
œt Historien 9 mais de ses copistes. 

(3i5) §, cxxx. lU furent de nouveau êubjugués. Ils 
rentrèrent dans leur devoir sous le règne de Darius Nothus, 
la première année {b) de la quatre-vingt-treizième Olym- 
piade, qui est la vingt-quatrième de la guerre du Pélopon- 
nèse. Si Hérodotç avoit cinquante -trois ans au commen- 
cement de cette guerre , comme le dit Aulu-Gelle (c) sur le 
témoignage de Pampbila, il en avoit soixante -dix -sept 
lorsque les Mèdes furent remis sous le joug. Ce passage est 
donc un de ceux qu'Hérodote a ajoutés à son Histoire dans 
une extrême vieillesse. 

(3 16) §. cxxx. Et ne lui fit point d'autre mal. Isocrates 
dit dans TOraison funèbre {d) d'Ev agoras, Roi de Sala- 
mine en Cypre , que Cyrus fit mourir Astyages, son grand- 
pqi*e mater neL Je ne crois pas que ce fait ait été avance 
par aucun autre Auteur. Quoi qu'il en soit , Libanius fait 
allusion à ce passage d'Isocrates : <( Que {e) le Grand Cyrus, 
M dit-il, cède donc à l'Empereur, au jugement des Rois amis 
» de Dieu. S'il a eu le bonheur d'être sauvé par im Berger ^ 
» du moins a-t-il fait la guerre à son grand-père , et même 
» il lui a fait quelque chose de plus , comme le dit Isocrates. 
» D'où il résulte qu'en subjuguant les Mèdes, il s'est couvert 
w en même temps de honte w.^O^-y IfiQ Mij^uç rt «^f j^ 
0-vMiMAvxrfr«. Ce dernier membre a été mal rendu par le 
Traducteur latin : quùd simul Medoa teneret et conte- 
geretur. 

(317) 5« cxxxi. D'élever ni statues , etc. Voyez sur c© 

^^— "— ^— — — ^— i^— — ^"— ■— "— ^^^^■^^■^■^^■"^^"^■"^^^^^"^'^"^■^"^■^"^■^^"""^^^^^^■•^^.■■.■™» 
(a) Porphyrii Qiiœstion. Homencae, Quaest. vin. 
(5) Xenophon. Hellenic. lib. i , cap. 11 , J. xii , pag. 18. Confe^. 

Dodwel , Annal. Xenophont. pag. 238. 

(c) A. Gell. Noct. Attic. lib. xv , cap. xxiii y tom. 11 , pag. 397. 

(d) Isocrat. Evagoras , tom. 11 , pag. 87. 

((?) Liban. Fanegyr. în Julîan. Consul, tom. 11 , pag. 242, D. 

Fff 2 



4l9 HISTOIRE D'ffBRODOTE. 

passage entier Hyde , de veUrum Peraamm Religione, 
cap. rii,pag,p3eiseq, 

n est bon d'obserrer qae les anciens peuples n'ëtoient pus 
idolâtres^ ouadoratenn d'images, de statues. Lncienremar- 
qne (a) que les anciens Égyptiens n'avoient point de statues 
dans leurs temples. 

Suivant Eusèbe , les Grecs n'en eurent point non plus , 
jusqu'à Cécrops, qui le premier {b) éleva une statue à Mi- 
neTTCf et Plutarque assure que Numa défendit aux Ro- 
mains (c) de représenter Dieu sous la forme d'un homme , 
ou d'un animal , et que pendant cent soixante-dix ans on ne 
vit dans leurs temples ni statue ^ ni peinture de la divinité. 
S. Oément d'Alexandrie (</) copie ici Plutarque presque mot 
pour mot; mais lorsqu'il ajoute que Numa tira du secours 
de Moïse, on voit, sans que j'en avertisse^ que son zèle le 
mène trop loin. Les Romains n'avoient en ce temps-là au- 
cune connoissance ni des Jui& , ni de leur Liégislateur ; et les 
Grecs eux-mêmes, de qui les Romains ont beaucoup em- 
prunté, ne les connoissoient pas mieux alors. Yarron, qui 
vivoit quelques siècles avant Plutarque, remarque (e) que 
pendant cent soixante-dix ans les Romains honorèrent les 
Dieux sans leur élever des statues. Si cet usage subsistoit 
encore actuellement, continue le plus savant des Romains , 
leur culte en seroit plus pur. Pour appuyer son sentiment , 
il apporte pour exemple les Juifs, et il ne balance pas à dire 
que ceux qui les premiers ont élevé aux Dieux des statues > 
ont ôté aux peuples la crainte, et lui ont substitué une er- 
reur. Il croyoit prudemment, ajoute S. Augustin , qu'en élc- 



(a) To ^f 4r«Xflttèf , ty «ta^ AtyuTriota-t «t^e«fOi moi •«-«f. Lucian. 
de Deâ Syriâ , §. lu , tom. m , pag. 45a« 
{b) £usebîi Préparât. Efangelic. lib. x , cap. ix , pag. 486 , D. 

(c) Plutarch. in Numâ , pag. 65 , B , C. 

(d) Clément. Alexandrin. Stromat. lib. i, pag. 569. 

<«) S. Augustin, de Cifitate I)ei , lib. ir, cap. xxxi, pag. 111. 



c L I o. L I y R B I. 4l3 

vant des statues aux Dieux > on doimoit dans une absurdité 
qui les rendoit méprisables. 

(3 18) §, cxxxi. Aient une firme humaine, J'avois tra- 
duit dans ma première édition: Parce qu'ils ne croient pas , 
comme les Grecs, que les Dieux soient nés des hommes. J'a- 
vois suiyi Laurent Valla et les traducteun les plus estimés. 
Cétoit aussi l'opinion du (a) savant Evéque de Glocester , 
le D. Warburton. J'ai cru devoir adopter depuis le senti- 
ment de Stanley , que propose M. Wesseling dans sa note : 
Mféfttirù(puis signifie la même chose qu'«vtfpâ»tr«M/vV > dont s'est 
servi Hérodote^ liv. 11 ^ §• cxlii. Diodore de Sicile emploie 
ce mot dans ce même sens (b) : r#» ^1 ïifêftt tJ u^lXff fêtyirrm^ 
yiff^mt Têùç êUfêm^êfiitêuç Ktrrmvfùffç MféftÊirê^vHÇ. n Ixion 
i> ayant eu commerce avec le nuage , engendra ceux qu'on 
» appelle (Centaures , qui ont une forme humaine » . f viy dans 
Homère , dont Hérodote est grand imitateur , ne signifie rien 
autre chose que la taille , la figure ^ la forme. Je n'en rappor- 
terai aucun exemple, parce qu'ils y sont en grand nombre , 
et qu'il est CBicile de les trouver avec le secours d'un index. 
^inç dans Pindare sigaifîe la taille. 

ftUf t?iM)^tK 

<( n n'avoit pas eu en partage la taille d'Orion ». 

(519) §, cxxxi. Jupiter, Les Grecs et les Latins avoient 
t>ris la mauvaise habitude de donner aux Dieux des autres 
nations les noms des divinités en vogue parmi eux. Quelques 
attributs , à-peu-près les mêmes chez les uns et chez les autres, 
sufiisoient pour leur faire croire l'identité de ces Dieux. 
G)mme on appeloit en Grèce la divinité suprême Zeus y les 
Grecs donnèrent ce nom à la divinité , qui, dans un autre 
pays passoit pour la suprême. Eschyle met dans- la bouche 

(a) Divine Légation of Moses , Book u y Sect. i , vol. i , pag. 96 y 
and chiefly tho note. 
(6) Diodor. Sicul. lîb. iv, §. lxix, tom. i, pag. 3i4, lîo. 67. 
(c) Pindar. Itthm. rr , yen. 83. 



4l4 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 
d*Atos8e Phëbus (a) comme nn Dieu des Perses. « De pemf 
M qu'on ne trouve , dit Stanley sur ce passage, que cette ex^ 
» pression ne convient point à une femme Perse, il faut 
» avertir le Lecteur y que les Historiens, les Géographes et les 
)) autres Auteurs qui ont ëcrit en prose , donnent aux Dieux 
» des Perses les noms des Dieux des Grecs. Ainsi Hérodote y 
1^ livre I , et Strabon, livre xv , comptent parmi les divini-^ 
» iéa des Perses S^eus, Uranie , Aphrodite et même Hëlios 
» et Sëlëne. Selon le témoignage d'Agathias, les Perses nom- 
}) moient Zeus , Bel, et Aphrodite, Mitra , si nous nous en 
» rapportons à Hérodote, ou jinaiHs, si nous en croyoné 
Si Strabon ». 

(320) §. cxxxi. Les Perses l* appellent Mitra, te Le soleil, 
» dit (J?) le Docteur Hyde, étant toujours désigné sous ce 
» nom , je ne puis deviner ce qui a pu donner occasion à l'er- 
» reur d'Hérodote ». Cependant le même Auteur (c) avouo 
que les anciens Perses connoissoient l'Amour sous le nom 
de Mihr ou Mihir. De-là vient le nom de Mitra pour désigner 
la Déesse qui présidoit aux chastes amours, ou autrement 
Vénus Céleste. On trouve dans S. Ambroise : Celestem {d) 
AJri, Mithram Persœ , plerique Fenerem colu7U,pro di- 
versitate nominis, non pro numinis varie tate. Bien plus , 
Mitra et Mithras difi^rent, suivant la remarque de Grono- 
vins : Mithras signifie le Soleil, et Mitra Vénus. Mais on 
])eut consulter ce qu'a dit là-dessus M. Fréret dans les Mé<* 
moires de l'Académie des Inscriptions , tome xvi , Mém. 
page 270. 

Quant à Alitta, voyez livre m, note 10. 

(3fii) §. cxxxii. Tïca^e couronnée de myrte» Suivant Stro!" 
bon (0) , o'étûit la victime qui étoit couronnée de myrte ; 



(a) -ffschyl. Pers. vers. 2o5. 

{b) Hydc de veter. Persarum Religîone, cap in, pag. gS, in Notis. 

(c) Id. ibid. cap. iv, pag. io5. 

(d) Ambros. contrà Syminnchuni , lîb. 11, pag. 84o. 
{e) Strab. lib. xv , pag. io65 , A. 



C L 1 O. L I T R B I. 4l5 

iMaif il peut se faire que Im victime et celui qui l'offiroit, 
portassent une couronne de myrte. Strabon aura omis ]ê, 
circonstance rapportée par Hérodote > et cet Historien aura 
oublie celle dont fait mention le Géographe. 

(3a 1*) §. cxxxii. Pour la prospérité du Roi et celle de 
fous les Perses en général. Avant la Révolution , on prioit 
Dieu en France pour le Roi ; mais la nation entière étoil 
comprise sous ce nom. Au commencement de laRévolution 
et avant qu'on eût aboli le gouvernement monarchique y on 
ne prioit plus pour le Roi^ mais seulement pour la nation. 
Le Roi seul étoit exclus des prières publiques. Les Perses 
étoient en cela beaucoup plus sages. 

(5^2) 5* cxxxn. Après quHl a coupé la idctime, Dana 
Strabon (a) y c'est le Mage qui s'acquitte de cette fonction; 

(323) §. cxxxii. Bouillir la chair. M. de la Barre (b) 
f>rétendoit que le texte d'Hérodote étoit altéré > et qu'il fal- 
loit lire i4^ rm ttftMy carnes curaidt, ou '^n^^y radendo de- 
tersit. n croyoit ces changemens nécessaires > parce qu'il 
pensoit que les Perses n'allumoient point du tout de fen^ et 
il en appeloit à Hérodote lui-même pour le prouver. Mais 
cet Auteur ne parle que du feu des autels. Il est hors de 
doute qu'on faisoit cuire la chair des victimes. Le même 
Historien (c) en parlant des coutumes religieuses des Scy- 
thes^ qui ressembloient beaucoup à celles des Perses > dit : 
(c Ds n'ont point coutume d'élever des statues, des autels 

rt et des temples Ik immolent les victimes sans allumer 

i> du feu, et sans faire aucunes libations. Lorsqu'ils ont étran» 
i> glé les victimes, et qu'ils les ont dépouillées, ils les font 
vt cuire ». Si Hérodote remarque qu'on n'allamoit point de 
feu , il veut parler du feu sacré , destiné à consumer une par- 



(a) Strab. lib. xy , pag. io65 , A. 

{b) Mémoire! de rAcâdémie des Inscriptions, ton. xii, HisN 
pag. 176. 
(c) Uerodot. lib* vr , $. lix et uc. 



4l8 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

lie de la victime, tel que cela se pratiqnoit en Grèce; maia 
cela n'empècboit point qu'on ne te servit de feu pour faire 
cuire U chair des victimes. 

(324) §, cxxxii. TTiéogonie, "Le Docteur Hyde (a) cri- 
tique Hérodote au sujet de cette Théogonie , et le croit en 
contradiction avec ce qu'il a dit (b) un peu plus haut , que 
les Perses ne pensent pas comme les Grecs, que les Dieux (c) 
êoierU nés deê fiommes. Notre Historien ne se contiedit 
point. La Théogonie des Perses ëtoit bien différente de celle 
des Grecs. Quoique ches ceux-là les Dieux ne fussent point 
issus des hommes, ils n'en avoient pas moins une origine ^ 
témoins les Éones, et les Émanations que les Gnostiques 
avoient empruntées des Chaldéens et de la Théologie de 
Zoroastre. ^«r 

(3^5) 5* cxxxii. A ce chant. C'est de cette Théogonie 
qa'il faut entendre, à ce qu'il me semble, ces passages de 
Strabon {d) : ^Ew^^ttrtf mitênrifi^oi/^tç ï?imtof ifiS ym^ju^t t^ 
fiix^i Ktx.fétfêifûfy « ils chantent leur Théogonie en faisant 
)i des libations avec de l'huile mêlée avecdulait et du miel», 

T<»f (/) è^iwm^êu wêiS/lof «-«Avv ;t^p«v«y fiH^nf féVftt^fêtf Ai«l«f 

^ifffinf ft^iz*^tf > « iU font de longues incantations ( ou 
» plutôt ) ils chantent long-temps leur Théogonie en tenant 
» un faisceau de baguettes minces de bruyères » . Fbyex aussi 
livre VII, note 171. 

(326) §, cxxxfii. £,€9 riches. D y a dans le grec : •/ 
luMfcêftf y les gens heureux. Les richesses contribuent au 
bonheur , mais ne sont point le bonheur. Çettp expression 

(a) Hyde, de ¥eter. Persar. Eeligîone, cap. m, p«g. 96,10 
Kotls. 

(6) Herodot. lib. i , %, cxxxi. 

(c) Voyes ci-dessui , $. cxzzi et la note 3 8, où Ton verra le 
vrai 8ens de ce passage. 

(J) Strab. lib. xv, pag. io65| B. 

\t) Id. ibid, 

étoit 



C L I O. L I V K E I. 4i7 

ëtuit cependant passfSo en usage chez les Grecs et les Ro- 
mains. Eui'eijféêUM y dit Hësychins^ wAv^^f» Eo/kf/iMy/ii si- 
gnifie richesse, Tulins Pollux met an nombre des synonymes 
de wxionêçy riche, hç (a) if rSf iv^of^if&fy rSf «aCié»», celui 
qui est du nombre des fortunés , des heureux. Mtpuif, 

'Oi i* y êtrr ifcH^îiftç ifétif^t«t ùx>itiX«to%9 

'Oyftùf i?<MUfé/nfy Mfi^4ç fêttx$if«ç tutr mpùvfétjf,,. 

Ho MER, Iliad. lib, XI , vers. 6y. 

a Ainsi que dans le champ d'un homme riche, deux 
V troupes de moissonneurs s'aTancent rapidement l'une 
» vers Fautre. ... ». 

Stratumque (b) haberet tcUe , ut terra tecta esset stra* 
mentis , neque hitc ampliàs quàm pellis esset infecta , 
eodemque comités omnesaccubuissent, vestitu humili atque 
obsoleto y ut eorum ornatus non modd in his Regem ne- 
fninem significaret , sed honUnis non beatissimi suspicionem 
prœberet. 

Bono (c) me ingenîo esse omatam , quàm auro multo maralo : 
Aurum in fortanâ invenitar> natorâ ingenium bonum. 
Bonam ego quàm beatam me es&e nimio dici mavolo. 

(5^7) 5- cxxxiii. De menu bétail, TïfiCM^u signifie du 
bétail chez les Anciens. TlêiflM (d) rit rî^fiirù^ Ittix^f it 

B-inç iz«*f y « les Anciens appeloient probata tous les ani- 
» maux à quatre pieds ^ parce que les pieds de devant pré- 
)) ce dent ceux de derrière » . Apollonius dit dans son Lexique: 
T«» Xî^êt Têtf wfùÇmiaify c'est du menu bétail, comme moU" 

(a) Julii Pollucis Onomast. lib. m, cap. xxii, Segment, cix^ 
tom. I , pag. 32G. 

{b) Cornel. Nepo^, Âgesil. cap. yjn , §, 11 , pag, 447 ex edit. Van 
Staveren. 

(c) Plant. Fœnul. Act. i, Sceo. 11, vers. 88, tpm. 11 , pag. 226 \ 
ej edit. Variorum. 

(d) Scholiast. Homeri ad Iliad. lib. xiy , vers* i34. 
Tome I. Ggg 



4l8 HISTOIRE D'HÈRODOTK. 

tons, chèvres, &c. Pausanîas (a) donne le même nom tu 
nienubëtail, rm Xtw^i^t^ rSf irpdCif7#y,qiicrAbbëGédo7U 
tradoit : deê pictimeê de moindre prix. 

Ce passage entier est rapporte par Atli^nëe ( lib. iv^ 
cap. X, pag. i43, F et i44, A ). Le nouveau Traducteur a 
ëtë fidèle à la version latine. 

(5^8) 5* cxxxi II. De deêêert. Il y a dans le grec : ixtÇ^fifau^ 
wyjiùlrt. 'EwtÇêfiIftM'Jét c'est ce qu'on servoit après le repas, 
ce que nous appelons le dessert Les Grecs le nommoient 
aussi ivitêfwlwfuilm , oomme on le voit dans Hësychius au 
mot im^fwlwfÊti^ y et rftt^fu^tiy d'où vient sans doute le 
mot François dragées, Tryphon {b) dit qu'autrefois on servoit 
à chaque convive sa portion avant qu'il se mît à table, et 
qu'ensuite onapportoit plusieurs autres choses variées qu'on 
appeloit iwi^êfifu^K, PhilyUius, poète de la vieille comëdie, 
nomme au sujet du second service les amandes, les noix, 
iwiÇéfifutlêt. Ce mot signifie prc^prement des choses qu'on 
sert en sus* 

(329) 5* cxxxiii. Qu^on apporte en petite quantité à la 
fois. Il y avoit dans les éditions précédentes i umXêirt, ce qui 
ne faisoit aucun sens raisonnable. Gronovius avoit trouvé 
dans le manuscrit de Florence ir MiXfav, kçon manifeste- 
ment corrompue, qu'il changeoit en 49» «Um, et qu'il 
expliquoit par ces mots : iisque non confertU. M. l'Abbé 
Bellanger soupçonnoit Gronovius de ne s'être point en- 
tendu lui-même, et il s'en tenoit à la leçon «v imA«7#v, parce 
qu'Athénée dte de la sorte ce passage : ce qui prouve , 
ajoute-t-il, que de son temps il 7 avoit dans les manuscrita 
d'Hérodote ir tutXêm, M. Bellanger se trompoit 1^. Ows 
«Xf #v présente un sens très-bon. a''. Ce Savant n'avoit oon* 
suite que l'édition d'Athénée de 161a, comme il en con- 
vcnoit lui-même. La première édition de cet Auteur, 

(a) Pausan. Bœotic. sive lîb. ix, cap. m, pag. 717. 

(b) Trypho apud Athrn. Deîpnosopb. lib. xiy, cap. z et zi, 
pyg. 64o, E,F. 



CLIO. LIVRE I. 4l9 

împrlmce à Venise en i5i4> porte v««»Ac0v^lib, iv,pag. 34, 
lin. 3 'y mais il faUoit écrire «v» «Am avec un esprit rude. 
Faites attention^que la page suivante 35 est aussi chiffrée 34 , 
et que les chiffires recommeneent au livre m. J'en avertis, 
de crainte qu'on ne preime cette page pour une autre. 

On trouve dans le manuscrit ^ de la Bibliothèque du 
Roi, y» «Atn. n y a ici une lacune considérable dans le 
manuscrit^dela même Bibliothèque. M. l'Abbé Geinoz (a) 
lisoit 9^ wotKtXêirt^ une grande pariéùé do plats d'entremets. 
Cette correction s'éloigne un peu trop de la leçon originale , 
et quand même on n'auroit pas la véritable , sa hardiesse 
empêcheroit de l'admettre. 

(330) 5- cxxxiii. lU êont fort adonnés cui pin. Les 
Perses étoient dans le commencement fort sobres, comme 
on peut le voir dans la Cyropédie ; mais du temps d'Hé- 
rodote, ils buvoient beaucoup, et cela nous est confirmé 
par Platon (b), 

(33 1) §. cxxxv. L'amour des garçons, J'avois prouvé 
dansmapremièreédition,parun grand nombre d'exemples, 
que les Grecs s'étoient livrés à ce vice infâme , long-temps 
avant que les Perses formassent un corps de nation. Mais 
ce vice est si honteux , qu'il vaut mieux suivre le précepte 
de Saint Paul ne nonUnetur in vohis. J'ai cru par cette 
raison devoir supprimer le restant de cette note. 

(33â) $. cxxxvi. A monter à chepal. Cela ne faisoit 
point encore partie de l'éducation des Perses du temps de 
Cyrus, parce qu'habitant (c) un pays montagneux et sans 
pâturages, ils ne pouvoient élever des chevaux; mais 
lorsqu'ils eurent conquis un pays propre à les nourrir , 
ils apprirent à monter à cheval , et Cyrus ordonna qu'il {d) 

(a) Mémoires de rAcadémie des Inacri plions, toni. xyiii, Hisf. 
png. 124. 

(b) Plato de Le gîbu» , lib. i , tom. n , pag. 637 » E. 

(c) Xenoph. Cyripaed. lib. i, cap. m , §. m, pag. ig. 
{d) Id. ibid. lib. iv, cap. m, §. y, pag. 253. 

Ggg 2 



420 HISTOIRE D' HÉRODOTE, 
•eroit honteux à ceux à qui il ayoit fait présent de che- 
vaux , d'aller à pied , quaud même ils n'auroient que pea 
de chemin à faire. 

Les Perses formoient (a) les mœurs de leun entans^ les 
instruîsoieut dans la oonnoissanoe des Loix , et leur appre- 
noient à tii*er de l'arc et à lancer le jayelot Telles étoient 
les occupations de la première classe , où l'on restoit , selon 
Xënophon, jusqu'à seize ou dix-sept ans {V) y et de-là on 
passoit à celle des adolescens. Ainsi cet Auteur n'est pas 
tout-à-(ait d'accord avec Hérodote y qui fixe à vingt ans l'âge 
où l'on oessoit d'apprendre ces sortes d'exercices. 

{333) §. cxxxviii. Que de mentir, m La première (e) 
Jt de tontes leè fautes chez les Perses ^ est de contracter 
» des dettes^ et la seconde, de mentir, parce qu'il arrive 
m souvent à ceux qui doivent de mentir. Ceux qui prêtent 
M mentent encore plus souvent , eu écrivant dans leurs 
D journaux par mauvaise foi qu'ils ont donné tant à un tel, 
2) lorsqu'ils lui ont donné moins ». 

Saint Basile {cl) dit très-hien : le jour de l'échéance 
approche-t-il, le débiteur songe aux mensonges qu'il fera, 
aux prétextes qu'il imaginera pour tromper son créancier. 

Les Perses n'étoient pas toujours si scrupuleux sur le 
mensonge. Voye% Hérodote, liv. iii>5* ^^^^i'- 

(334) J. cxxxviii. De l'espèce de lèpre appelée Leucé. 
n y a dans le grec : quiconque a une lèpre ou une leucê;., . . 
ce qui indique sufiiBamment la lèpre proprement dite, et 
une espèce particulière de cette maladie, que l'Auteur ap-> 
pelle Leucé, qui est le féminin àeXt»»êç,albu8. Aristote (e) 
caractérise bien cette maladie, m Dans l'efflorescenoe de la 
j> peau , dit-il, qu'on nomme Leucé , les cheveux deviennent 



(a) Xenopb. Cyripaed. lîb. i, cap. n, $. iv, &c. pag. 7, 8cc« 

(b) Id. Sbid. $. Tin, pag. 11. 

(c) Flutarch. de f itando JEre alîeno , pag. 829, C. 

(d) S. Basilii Oratîo y, pag. 94. 

(r) Aristot. HUt. Animal, lib. m y cap. xi, pag. 8o5, ۥ 






C L I O. L I V K E I. 421 

>» blancs )>. M. Forskâl (a) a observe qu'il y avoit parmi 
les Arabes deux sortes de lèpre; que celle qui s'ëtendoit 
par tout le corps s'appeloit Barras, et qu'on la reconnois'> 
soit sans peine en Orient y où tout le monde a les cbeveux 
noirs ^ parce que ce mal les faisoit blanchir. Cependant 
on montra à M. Niebubr un (b) Indien infecte de cette 
sorte de lèpre , dont les cheveux n'ayoient point blanchi. 

Hésychius définit cette maladie au mot At»»i : m^iç 
Tt rSf wtf) r« r£fét$ ytnfiifé/K MM. d'Amaudet de Valois, &a 
ont eu tort, ce me semble, de vouloir corriger le texto 
de ce Grammairien, et de lire IliB-éç rt avec Grégoire, 
Archevêque de G>rinthe , dans son (c) Traité des Dialectes. 
H est certain que la lèpre nommée Leuoé est une maladie, et 
Grégoire a eu raison de l'appeler wiS-oç rt. Mais cette ma- 
ladie est une efflorescence de la peau, et c'est ce qu'a dit 
Hésychius. Aristote lui a donné, à l'endroit cité, le nom 
d'B'iMvd-iy^. Qr ce nom convient très-bien à Ji^fB-êç dllé- 
sychius. Voyez Fœsii (EconoirUa HippocratU in voc., 
pag, 383. Lucian, Dialog. Meretric, tonu m, pag, 3og. 

(335) §. cxxxviii. Ne peut entrer. On tient les lépreux 
encore actuellement renfermés en plusieurs endroits de 
rOrient Voyez la Description de l'Arabie par M. Niebuhr, 
page 120. 

(Z3^) §. cxxxviii. Contre le soleiL Lorsqu'Eschines 
passa par Délos en se rendant à Rhodes , les habitans de 
cette île étoient fort incommodés de l'espèce de lèpre (cQ 
appelée Leucé. Ils l'attribuoient à la colère d'Apollon, 
parce qu'on avoit enterré dans leur île, contre l'usage, un 
homme de qualité. Voyez les notes 167, 168, 1^ et 
le commencement de la première Lettre d'Eschines à 

(a) Description de l'Arabio par M. Niebuhr, p«g. 120, note. 
(h) Ibid. pag. 111 et 122, note. 

(c) Gregorius, de Dialectis, pag. 245. 

(d) C'étoit l'espèce de lèpre appelée Barras par les Arabes ^ 
dont j'ai parlé note 534. 



43a HISTOIRE D'HBRODOTE, 

Pliilocrates, suppose qae les Lettres^ qui sont sous le nom 
de cet OrAteur , ne soient pas FouTrâge de quelque Sophiste , 
comme il y a beaucoup d'apparence. 

(337) 5* cxxxTiii. Est cAasêé du pays. Te n'ai point 
exprima wê?^) qui est dans l'original , parce qu'il est mani- 
festement corrompo. Sylburge lit 9-#AA«r, longé, M. Reiske 
41 itêXXê)y ifulgttê , et M. Rnhnken wàft>tnly des gens qui 
mcoompagn^nt, La conjectore de M. Reiske n'est pas rece- 
TaUe ; celle de M. Ruhnken est heureuse et marquée au 
•oin de ce Savant, et je Tadmettrois volontiers , si elle ne 
a'ëloîgnoit pas un peu trop de la leçon ordinaire. Tai donne 
k prëfërence à ceUe de Sylburge , parce que le changement 
est très-lëger. 

M. Coray , savant distingua , et l'un des plus judicieux 
critiques de ce siècle , corrige «^it^y t{cA«vMv#v. Voici ses 
motifs. 

« Le même Hérodote, Ub". iv, §. iv , dit : ivrm «î Xttiêmi 
» rjf ri A'nvf 9f t«y, ««i î(iA«»limf mlrtç (c'est le synonyme 
» de wêJuf ) iwê Mifêtf ». r. K Cette correction me paroit 
» d'autant plus vraisemblable , que «-«Ai» ou ttSétç est en 
» quelque manière consacré par l'usage, dans les cas où il 
M s'agit de l'expulsion d'un étranger. Sophocles dans l'CBdipe 
>» à Colone, vers y 5 — 79. 

)) Otrf y & (cvc. . . . 

» Et dans }a même Tragédie, vers 255, le Chœur, s'adres- 
» sant au même (Bdipe, lui dit : 

)) Leç Copistes ont commis la même erreur en sens con* 
» traire, dans Athénée, liv. iv, chap. xxv , page 177, ^. 



CLIO. LIVRB I. Aa'i 

4> ifêtjtu fiS^O^K Je crois qu'il faut lire ici m)^ ou rm woAXit » . 
On apperçûit nueiix la plupart des choses quand cm lesfaifc 
contraster. r ^ ^ ^ ^ 

O O B ▲ T. 

Casaubon corrigeoit le passage d'Athénée, page 319^ da 
cette manière : r« jui^iy y«»p i ( i/]mKfmiù}Sit ifStl^t /iMAA«n 
« Le beau s'apperçoit mieux par le contraste ». Cette cor<- 
rection de CasaubonmeplaîtdaYantage que celle de Af. Coray» 
Quant à M. le Febvre-Villebrune^ il ne traduit pas, et noua 
présente un Atbënëe bien différei^t de celui que nous ayons. 
En revanche, voulant se donner un relief d'érudition > il 
dit force injures à Casaubon. Qu'y a-t-il gagné ? C'est qu'<« 
l^ut dire de lui ce que Catulle disoit de Suffenus : 

Inficeto est iaficotior rare. 

(338) 5* cxxxviii. lU rendent un culâe aux fleupes» 
Ridetia (a) temporihus prUcia Perêos fluvios coluisêâ» 

(b) Utfmç itfii ymf tK.wmrifmr 

« Je suis Perse de naissance; . ... je rends aussi un culte 
I» aux fleuves ». 

In superstitionibus (c) atque curd Deorum , prœcipua 
ttmnibus veneratio est, Téridates, frère de Yologèse, Roi 
des Parthes , et de Paoorus , Roi des Mèdas , qui fut Roi 
d'Arménie par la concession que Néron loi fit de ce pays, 
étoit Mage. Cest de lui que Pline {d) a dit : nopigare no* 
luerat y quoniam exspuere in maria cUOsque morUdiutn 
necesaitatihua violare naturam eamfaa non putant. 

Chrysippe [e) rapporte , an cinquième Livre de la Na- 

(a) Arnob. lib. vi , pag. 197. 

(b) Analecta veterum Foetar. Graecor. tom. i, pag. /5o5. 
(r) Justin, lib. xlt, cap. m. 

(rf) Plin. Histor. Natur. tom. n, lib. xxx, cap. 11, pag. 525. 
{e) riatarch. de Stoicorum Ilepugaantîis , pag. io45 , A. 



434 HISTOIRE D*H&ROBOTE. 

ture y qn'Hësiode dëfendoit d'urinor dans les rivières et les 
fontaines. La défense d'Hësiode se troaye dans les O u vr a ge s 
et les Tours ^ vers j55. 

Le culte qu'on rendoit aux fleuves ëtoit très-ancien. On 
en trouve des exemples dans Homère , qui parle des (a) 
chevaux qu'on jetoit dans le Scamandre pour honorer le 
Dieu de ce fleuve. 

(559) §. cxxxix. Que les noms des Perses. Scaliger (6) , 
Hyde (c), Gataker {d) prétendent qu'Hérodote s'est trompe. 
Sanè Cyrus , dit Scaliger {^loco laudato) et Darius tam 
grœcè quam persicè eam Utteram habent uUimam : atque 
Mithridates, Oxydâtes , Tîridates, Artaxérxes, et simi^ 
lia , quœ Grceci per sigma terminant , persicè desinuni 
in A. Stanley {e) remarque que les noms que rapporte Sca- 
liger pour appuyer son sentiment^ sont empruntés du Ghal- 
déei^i et qu'ils ne sont point Perses. On peut dire la même 
chose des exemples rapportés par Th. Gataker. Us sont tous 
empruntés d'Esdras et de Néhémie^ qui sont écrits en 
Chaldéen. 

(54o) 5* ^xi~ Ce^ usages m* étant connus. Une partie de 
ce paragraphe , jusqu'au paragraphe clxxvti inclusive* 
ment y est omise dans le manuscrit ^ de la Bibliothèque da 
Roi. 

(34 1) §. cxL. Déchiré par un oiseau ou par un chien. 
On peut consulter sur cette coutume le Docteur Hjrde de 
feterum Persarum Religions y chap. xxxiv^ pag. 4i4 et 
suiv. où. l'on trouvera des choses curieuses sur la sépulture 
des Perses. 

(34a} §, «XL. Enduisent de cire les corps morts, et 

(a) Homer. Iliad. lib. xxi , rers. i32. 

(6) Scaliger de Emendat. Tempor. lib. ti, pag. 586 > ex edlt. 
Genev. 
(c) Hyde , de veter. Penar. Religîone. 
{d) Gataker Advers. cnp. zxii, pag. 661^ 
(«) Staolej^ in Sers, ^sciiyl. vers. 3;. 

qu^ensuite 



CLIO. LIVRE I. 425 

qu'ensuite ils les mettent en terre. Ciceron dit de même : 
Persœ (a) etiam cerâcircumlitoscondunt, utquàm maxime 
permaneant diuturna corpora. Ce que feu M. l'Abbë d'Oli- 
vet a traduit ainsi : <c les Perses enduisent de cire (les corps 
» morts ) pour les conserver le plus qu'ils peuvent ». On 
▼oit par cette traduction , qu'il a cru que Cicëron vouloit 
dire que les Perses gardoient leurs morts de même que les 
Egyptiens; mais condunt, qui est une traduction de y^ 
xfi^urt y signifie mettent en terre, 

XjCs corps qu'on enduisoit de cire n'étoient donc pas dé- 
cliii'ës , ou bien c'ëtoient les restes de ces cadavres qu'on 
enduisoit de cire , ou qu'on saloit {b) avec du natrum , et 
qu'on enveloppoit ensuite arec des bandes de toile ^ comme 
le dit Sextus Empiricus. Ceux des Mages ëtoient entière- 
ment abandonnes aux chiens et aux oiseaux de proie, n Les 
» Perses , dit Strabon (c) y enterrent les corps morts après 
)) les avoir enduits de cire; les Mages au contraire ne met- 
» tent pas les leurs en terre y et les abandonnent aux oiseaux 
» dévorans ». 

Les corps ainsi enduits se conservent des siècles entiers. 
Quelques {d) Membres de U Société des Antiquaires, cu- 
rieux de savoir en quel ëtat se trouvoit le corps d'Edward i^ 
qui avoit été enduit de cire, obtinrent la permission de le 
voir. Ils le trouvèrent en très-bon état, le a mai 1 774. La 
cire avoit été renouvelée sous Edward m et sous Henri iv, 
en vertu d'ordres adressés à la Trésorerie, qui sont dans les 
Fœdera de Ryroer. Elle n'a point été renouvelée depuis. 
Ainsi , il y a plus de trois siècles et demi que ce corps est 
dans l'état où on l'a trouvé. Mais comme Edward i mourut 
en i3o7 , à Bui*gh upon Sands , dans le Cumberland , en 



(a) Cicer. Tusculan. lib. i , J. xlv. 

{b) Sextus Empiricus Pyrrhon. Hypotypos. lib. m , cap. xxiv , 
pog. i85. 
(c) Strab. lib. xv, pag. io68, A. 
{d) The Annual Register for tho year 1774 , pag. fi 17], 
Tom^e l. H h b 



4a6 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 
marchant contre les Eoosaois, œ corps s'est conserr^ eatieT 
492 ans , à compter de cette ëpoqoe jusqu'en 1800, qui est 
le temps où je reforme cette note. 

Les Mages consenrèrent long-temps le privilège exclusif 
de laisser leurs corps en proie aux bétes camacières; mais^ 
comme le remarque (a) Fabridus d'après Frooope et Aga- 
thias, les Perses abandonnèrent dans la suite tous les ccnrpa 
indistinctement aux oiseaux et aux animaux dévorans. 
Cet usage subsiste encore en partie. Le cimetière des (b) 
Guèbres , à une demi-lieue d'Ispaban, est une tour ronde, 
de grosses pierres de taille , qui a trente-cinq pieds de haut 
sur quatre-vingt-dix de diamètre, sans porte et sans entrée. 
On y monte avec ime échelle. Au milieu de cette tour est 
nne espèce de fossé où l'on met les ossemens. A F^ard des 
cadavres , on les range le long du mur , tout habillés^ sur 
un petit lit, avec des bouteilles de vin, des grenades, &c. 
Les corbeaux qui remplissent le cimetière, les dévorent. 

Us ne brûloient point les corps morts , et ne les lavoient 
pas ; témoin cette épigramme de Dioscorides. Euphratèa | 
Perse de naissance, s'adresse à son maître : 

TIvp ÎX îfAùi * UtfTflÇ tifti Kêtt tK Wt^tfHf f 

u Philonjme , ne brûlez point {d) Euphratèa , et ne 
» souillez point le feu à mon sujet Je suis Perse, même par 

(a) Voyes ta note fur l'endroit cité de Sextns Empiricns. 

{b) Voyages de Chardin, tom. n, pag. 186. 

(c) Analecta vetenim Poetsr. Graecor. tom. i , pag. 5o3« 

{d) Euphratèa est un nom propre. Ce nom n'est pas inconnu 
dans l'antiquité. Un célèbre Philosophe Ta porté du temps de 
Vespasien. On peut voir son éloge dans Pline le jeune , Livre i , 



i 



C L I O. 1 I Y R E I. 4^7 

I» mes përeS; oui^ mon maître, je sois Perse indigène. La 
n mort est moins amère pour nous que de souiller le feu. 
i> Mais enveloppes mon corps , et le couvrez de terre sam 
» le laver ; car j'honore aussi les fleuves ». 

n y a au second vers dans Planudet itfù mm). $ dans le 
msst du Vatican W est omis. Une main plus récente Ta 
écrit au-dessus , probablement d'après Planudes. M. Bmnck 
a substitué y«f à km), je ne sais pour quelle raison. Km), 
équivaut à notre mot mêmej et me parott préférable à y«p. 

(343) 5. CXI*. Les fourmis , &c. C'est un précepte du Sad- 
der. Diltgentem (a) conatwn adhihe enecando sanguin 
sugas ; et prœaertim hœcce quinque interficito , ut mérita 
inveniae copioea : horum primum est , Ranœ aquaticœ , 
(scil. earum genus ) secundum est. Serpentes et Scor^ 
pioTies : tertium est Muscœ , ( sciL Culices et Pumices 
pungentes) quartum, est, Formicœ : quintum Mures ,fures 
illi errabundi, Ranas si interfecerit aliquis, quicumque 
fortis eorum tidversarius , ejus quidem mérita propterea 
erunt mille et ducenta. Aquam, eximat eamque removeat, 
et locum siccum faciat , et tàm eas necabit à capite ad 
calcem, Hinc diaholi , dam,num percipientes maximum , 
flehunt et ploratum edent copiosissimum, Quandà Ser- 
pentes interficis , recitabis Vestâ ( scilic, Zendavestâ ) 
et indè mérita copiosa reportable : nam perindè se habet 
ac si tût dœmones interfeceras ^ &c. 

(i Les {b) Guèbres croient que non-seulement il est permis 
» de tuer les insectes et tous les autres animaux inutiles ; . . . . 
)) mais que c'est même une action agréable à Dieu , et une 
» œuvre méritoire , parce que ces mécliantes créatures ne 

Epître X ; dans Bpîctète (cap. zxix , $• ir , pag. 99 , ex edît. tecunda 
Heynii ) ; dans Eusèbe contre Hiéroclèa , pag. 53o } B , et dans )er 
Dissertations d'Epictète, rassemblées par Arrien , pag, 42o et ^, 
ex edit. Uptonî. 

(a) Sad-der Port, xlyii , pag. 478. 

[h) Voyages de Chardin en Perse, tom* 11, pag. i85. 

Hhh 2 



4a8 HI8TOIRB D'HÉRODOTE. 

1» pourant aroir été produites que par on mauvais Principe 
N et par un mécliant Auteur , c'est tëmoigner de la coni' 
» plaisance pour lui, que de souffrir ses productions : da 
n sorte qu'il faut les ëtouffer et les détruire , pour mieux 
» témoigner l'aversion qu'on lui porte )>. 

(344) 5- cxLi. Cet apologue. Aêyêç est un apologue, una^ 
fable morale. E?lit (a) v xiyHf #v7«7f r«f ru »»r«r A«y«'^ ^v 

ne leur dites- vous la fable du chien? Hérodote appelle 
Esope x»Yéfr9tiç , fabuliste. Voy.lib. ii > Ç. cxxiv , note 467. 

(345) §. cxu. Puisque %H>uê n'a%fe% pas voulu le faire» 
n y a dans le grec : puisque vous n'avez pas voulu sortir 
en dansant au son de ma ftâte. Les Grecs donnent asses 
volontiers aux poissons l'épithète à^ifxn^nf^f 9 danseurs ^ 
Oppien (b) s'en sert dans son poëme de la Chasse. 

Tt^âiXti #f ê'Jt 

Mot à mot : il a beamcoup de plaisir lorsqu^il enlhm en^ 
Vair un danseur fnarin. 

(546) 5* cxui. Soit pour la tempérmture des saisons. 
Il y avoit auparavant if / «f ou û^imt , montium , ce qui ne 
faisoit point un sens commode. M. l'Abbé Geinoz (c) a , je 
crois, vu le premier, qu'il foUoit lire «pf«f par un oméga , 
eliangement léger , qui nous procure un sens très-beau. 
Aussi cette correction a-t-elle été adoptée par MM. Vakke- 
uaer et Wesseling. Mais je suis étonné que ce dernier ne 
Tait point admise dans le texte. M. Borheck n'a pas été si 
scrupuleux. 

La suite autorise cette correction ; mais ce que rapp<»ia 
notre Historien un peu plus bas , l'autorise encore davan» 
tage. Le pays, dit>il, où ils s'établirent est meilleur et 

(a) Xenoph. Socratît Meiqorab. lîb. 11, cap. yii , ^. xni, pag. m. 
{h) Oppiani Cynegetic. lib. i, vers. 69, 61. 
(c) Mémoires de l'Acadéinie des luiciiptions ^ tom. XTnr^ Hist. 
pag. ia5* 



C L 1 O. L I V R B I. 4fl9 

plus fertile que celui des Ioniens , mais il n'est pas si beau 
ni si agréable , quant à la température des saisons , mfimv /t 

(347) §. cxLii. Quatre sortes de terminaisons. Le texte 
porte : quatre sortes de paragoges , et peut-être aurois-je 
mieux fait de traduire de la sorte ', mais j'ai craint de par- 
ler grec en françois. ce La paragoge , dit l'Auteur (a) de 
}> V Etymologicum Magnum , n'a lieu qu'au commencement 
» d'un mot ». Cela est d'autant plus faux, qu'elle ne se 
fait jamab au commencement d'un mot ; et que , parmi 
tous les exemples de paragoges rapportés par cet Écrivain , 
exemples qui sont très-nombreux ; il n'y en a pas un seul 
oà la paragoge commence un mot. 

La paragoge est l'addition d'une syllabe , soit au milieu ^ 
soit à la fin d'un mot. Par exemple , de 4«ir«r9 vient (b) 
tfl»irtifnfiç par une paragoge. De mi^nç se forme (c) iii^nXêf^ 
par une paragoge, de la même manière que «Avjt«f vient de 
iUoV . Sophocles a dit {d) aussi «îx^S-fif pour tiMiv : iix^d-nf 
( ce sont les termes du Scboliaste ) wnfmymymç mri ru fmt mw 
De y«^9 > nom (e) verbal qui vient de yfmftTrrm , se fait > 
par une paragoge , y«^W. De yS [f) signifiant KnfiÇifmy 
vient yitÊy par une paragoge. 

Quoiqu'il y eût quatre principaux dialectes chez les 
Grecs , chacun de ces dialectes se subdivisoit encore. Le 
Dorien de Lacédémone étoit différent de celui de Sicile et 
de la Grande Grèce , et même en Sicile, le langage n'étoit 
pas le même dans les difiërentes villes. Voyez Saumaise 

(a) Etymolog. Magn. roc. Aijt«ioc , pag. 276 , lin. Sg. 

(6) Id. TOC. Aa^a?» , pag. 243, lin. 8. 

(c) Minora Scholia ad Sophoclis Ajacem, pag. 38, col. 2, ex 
etlit. Brunckîi. 

(<i) Sophoclis (Bdîp. Col. rert. 1178 et ibi Scholia ez edît. 
Brunckîi. 

(«) Orionis Etymol. Msstum Bibliothecs Regifle. 

(/) Idem. 



4."^ HISTOIRE D'HERODOTE. 

de Hellenisticà , pag. 71 et sui Tantes, et sur-toatlePrînoe 
de Torremasxa diuu aon excellent ouvrage intitolë : Siciiiœ 
et objacentium insularum peUrutn irucripdonum nova 
coUectio. Fag. xvii et seq. H en ëtoit de même de l'Io- 
nien. Cet idiome Tarioit dans les diffi^rentea rilles b>- 
niènes, et Tune admettoit une paragogequi ëtoit rejetée 
par Faatre. 

(5i8) 5* cxiAii. Pour se mettre à couvert de tout dtuk* 
ger. « Je ne rois pas œ qui a pu cacher aux interprètes 
» le sens de ce passage. Laurent ValU dit ^ dans son inter- 
» prëtation latine, que les Milësiens traitèrent avec Cyrus, 
» 90Uê prétexté qu'ils apoientpeur : metuê prœtextu. Ceux 
]» qui ont donne depuis des éditions d'Hérodote n'ont rien 
)» trouvé à redire à sa traduction , à la réserve de Grono^ 
») vius, qui, ne trouvant pas oe sens raisonnable, comme 
N en effet il ne l'est pas , mais ne pouvant en substituer un 
31 meilleur y a cm se sauver en traduisant d'une manière 
» inintelligible, inohtegendo metufoeduê pepigerant, H 
9 me semble que le sens d'Hérodote est dair et sans am-> 
-» bignité. H#wf l'y rvcinr r« ^itu , iU étoient à couvert de 
» la crai/s/tf. Voyez la même expression, liv. vii^ 5-^^^^^^^ 

» et ccxv ». -D -. 

Bell A KGB R. 

Feu M. Wesseling étolt de même sentiment: voyez sa 
note , qui éclaircit parfaitement ce passage. 

(549) 5' cxLiii. La plupart rougissent de le porter. Pltt» 
tarque (a) blâme à ce sujet Hérodote : cependant il ne 
trouve point à redire , dans un autre endroit de ses ouvra- 
ges {b) j à Idatyrse , qui prétendoitque les Ioniens étoient 
des lâçbes. On voit e4 cet auteur un dessein prémédité de 
reprendre notre Historien , soit qu'il ait tort, soit qu'il ait 
raison. 

< ' ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ i* 

(a) Plutarch. de Herodoti Malignitate, pag. 858, F. 
i^h) (d« Apothfgm. pag 174 , B. 



C L I O. L I V B. E I. 4%l 

(350) §, cxLi V. y^u temple Triopique, Triopium , ville 
de Carie y fondée par Triopas (a) ^ père d'Erysichton. De-là 
le promontoire de même nom , oà l'on voyoît un temple 
connu sous le nom de temple Triopique , qui ëtoit consa- 
cre à Apollon. Les Doriens y cëlëbroient des jeux en l'hon- 
neur de ce Dieu, comme Fassure Hérodote, mais sans y 
joindre Neptune et les N3rmphe8 ^ avec le (b) Scholiaste 
de Théocrito, 

Il se tenoit en ce temple (c) nnc assemblée générale dea 
Doriens de l'Asie , sur le modèle de celle des Thermopyles. 

Aussi n'avoient-ils d'autre objet que de célébrer entre 
eux des fêtes religieuses et des jeux publics , comme l'a 
très-bien observé, dans le traité intitulé Des Gouvernemene 
Fédèratifs , pag. i54, M. de Sainte-Croix, qui est autant 
recommandable par son attachement aux bons principes 
que par ses profondes connoissances» 

(35 1) 5* cxLiv. En voici un exemple. Il y a seulement 
dans le grec v«p i mais j'ai cru que cela revcnoit au même, 
et que cette transition auroitplus de grâce en notre langue» 

(SSa) §. CXLIV. De les emporter du temple. Dans les 
jeux en l'honneur d'Apollon ou de Bacchus, il n'étoit pas 
permis d'emporter le prix cliez soi. U restoit dans le tem- 
ple du Dieu , avec une inscription qui indiquoit le nom du 
Chorège qui avoit fait la dépense des jeux, et celui de la 
tribu victorieuse. Cette dépense est toujours comprise sous 
le nom de trépieds. Plutarque voulant prouver qu'Aristi- 
des étoit fort riche , dit (d) que pendant qu'il étoit Cho* 
rège, il a laissé dans le temple de Bacchus des trépieds, 
comme un monument de la victoire. La petite chapelle 
qu'on voit à Athènes , près de l'Hospice des Capucins, et 
qu'on appelle, je ne sais pourquoi , to Phanari tau Demos* 

(a) Stephanus Byzant. toc. TfioTiov. 

(b) Schol. Theocrit. ad Idyll. xvii, vers. 69. 

(c) Dionys. Halicarn. Antiq. Roman, lib. iv, pag. OJO»' 
((/} riutarch. in Aristide, pag.3i8, £. 



452 HISTOIRE D'H Ê R O D O T E. 

thènes , la Lanterne de Démosthènea , ëtoit probablement 
destinée à oonBerver ces trépieds ^ comme on peut le con* 
jecturer d'après les inscriptions qu'on y a trouvées. Voyez 
ihe Ruina ofAthena, page 18. ihe Antiquitiea of Athens 
hy M. Stoart , page 27 y and following. 

{35^1 *) §, cxi<i V. Zéeur aaaociation, Fai réformé ma tra- 
dnction d'après celle qu'a donnée de ce passage (a) M. do 
Sainte-Croix, qui ajoute très-bien en note : « le mot ^ir«- 
» zn^ 9 répété deux fois dans ce passage ^ y signifie propre- 
» ment la participation aux sacrifices et autres cérémonies 
N religieuses ». 

(553) §. CXLY. Lea loniena ae aont, jecroia, partagea 
en douze raniona. Hérodote touchant légèrement ce point 
d'Histoire , j'ai cru devoir l'expliquer assez au long , de 
crainte qu'il ne parût obscur à la plupart des lecteurs. 

Hellen , fils de Deucalion , régna (b) dans la Phthie , 
entre le Pénée et l'Âsope. Ayant laissé ses Etats à l'aîné 
de ses fils , il envoya les autres chercher des établissemens 
ailleurs. Dorus s'établit aux environs du Parnasse , et donna 
son nom aux peuples qu'il i^voit rassemblés. Xuthus passa 
dims r Attique , où il épousa une fille d'Erechthée. Fausa- 
nias raconte avec quelque différence le sujet qui obligea 
Xuthus de s'expfttrier, Ce Prince, dit-il, ayant (e) voulu 
s'approprier l'argent de son père , il fut chassé de la Thés- 
salie par ses frères. Quoi qu'il en soit du motif qui le força 
de sortir de la Thessalie , ces deux Historiens conviennent 
qu'il se réfugia dans T Attique , et que le Roi Erechthée 
lui donna sa fille en mariage. Il en eut (d) deux fils , Achasus 
et Ion. Achaeus ayant commis (e) un meurtre involontaire ^ 
P^ssa en LacQuie, et donna son nom aux habitans de ce 

(a) Des Anciens Gouve memens Fédératilj , pag. i55. 

(b) Strab. Ub. yiu, pag. 587, C. 

(c) Paiisan. Achalc. sive lib. vii, cap. i , pag. Sju 
Id) Id. ibid. 

(jr) âtrab. lib. yiii, pag, /)83, A^ 

pays. 



C L 1 O. X- I V R B I. 433 

pays. De-là vient le nom d' Achasens que portèrent les Lace- 
dëmoniens et les Argiens ayant le retour des Hëraclides. 

L'Attîque se trouvant alors très-peuplëe et ayant de 
la peine à nourrir 8es habitans y les (a) Athéniens en- 
voyèrent une colonie dans le Péloponnèse , dont Ion fut le 
chef, n passa dans r.£giale. Ce (b) pays est situe le long 
de la mer, entre l'Elide et la Sicyonie. Il tiroit son nom, 
au rapport des Sicyoniens, d'^gialus, Roi de Sicyonie, 
ou plutôt de sa situation sur le bord de la mer, iEgialos 
signifiant en grec le rivage de la mer. 
. Ion étant sur le point de faire la guerre à Sëlinunte , qui 
en ëtoit Roi, ce Prince (e) lui donna sa fille Hëlice en 
mariage , Fadopta pour son fils et le désigna son succès* 
seur. Sélinunte étant mort , Ion monta sur le trône. Il 
donna le nom d'Hélice à la ville qu'il avoit bâtie , et à ses 
sujets celui d'Ioniens, quoique ce fût moins un change* 
ment qu'une addition de nom, ces peuples étant appelés 
.£gialéens-Ioniens. 

Tandis qu'il régnoit sur les peuples d'.£giale , les Athé^ 
niens le rappelèrent (et) pour lui donner le commander 
ment de leur armée. Ils étoient alors en guerre avec les 
Thraces, dont le Général Ëumolpus s'étoit emparé d'Eleu- 
j^is. L'Oracle avoit promis la victoire à Erechthée, s'il 
permettoit le sacrifice de sa fille. Ce Prince généreux , qui 
regardoittous ses sujets comme ses enfans, ne balança point 
à l'immoler. Euripides en a fait le sujet d'une de ses Pièces 9 
intitulée ErechÛiée , dont Lycurgne , dans son Oraison 
contre Léocrates, Stobée et Plutarque, nous ont conservé 
d'assez longs fragmens. Les Thraces {e) furent battus , et 

(a) Strab. 11b. viii, pag. 588, B, 
(&) Pausanias , loco laudato. 
(c) Id. ibid. pag. 622. 
{d) Id. loco superiùs laudato* 

{e) Strab. lib. yiii, pag. 588, A. Kurîpides fait aussi mentlo» 
«ije .c^tte guerre dans les Phéniciè^es > vert 865. 

Tome If I i i 



454 UISTOIRB D'HÉRODOTB. 
les Atbëniens Toulant reoonnoître les lerrioes dlon, lui 
donnèrent k prindjMle part dans le ynfunai— ut , et s'ap- 
pelèrent de son nom (a) Ioniens. 

Ce Prince étoit alors an comble de la ^oire. Il partagea 
r Attiqne en quatre tribos , les Gâëontes , les Argades y 
les .£gicores et les(A)Hoplètes, dn nom de ses quatre fils. 
Strabon(c) appelle ces tribos, les Labo or c nr s^ les Artisans, 
les Prêtres et les Gardes. Ces quatre premiers noms se rap- 
portent à cenx qne leur donne (d) Hérodote, si l'on ex- 
cepte les Geléontes , que Casanbon , s'appuyant d'un pa*- 
aa^ de (s) Flutarque^ chan^ en TéMontes. Les Commen- 
tateurs (/) de Pollux sont de même sentiment Mais un 
Marbre de Cjnique , rapporté par fini (^) M. le Comte de 
Gaylus , décide absolument la questi<ni« On y lit distinc- 
tement /»« 6^/^ii«m ^ rEAEONTEZi Us jirgadé9 , AP- 
TAL%J,\îe9 jEgieorêS, AiriKOFBIS ; UêHoplèteê, On AH« 
TES. On sait que Cjrsique étoit une colonie à» Milet , et 
que cette dernière yille l'ëtoit elle-même d'Athènes , et 
personne n'ignore que les colonies conservoient religieuse- 
ment les usages de leurs métropoles. Il est très-vraisem- 
bUble que Milet se partagea en quatre tribus, à Fimitation 
d'Athènes , et qu'elle leur donna le même nom qu'elles 
portoient dans la Tille-mère. Peut-être aussi les Athé- 
niens, qui la fondèrent , aToient-ils été tirés de ces quatre 
tribus. Cyrique suiTit l'exemple de Milet, et conserva de 
cette manière les noms des quatre anciennes tribus Athë- 
niènes. 

Erechthée étant mort , il s'éleva entre ses enfans une 



(à) Strab. lîb. tiii, pag. 568, B. 

(&) Herodot. lib. ▼ , $. Lxn. 

(c) Strab. loco laudato. 

((2) Herodot. loco laudato. 

(e) Plutarch. in Solone, pag. 91 , C. 

(/) Follacis Onomastîc. lib. tiii, Scgm. 109, tom. ri , pag. 951. 

(^) Recueil d'Antiquitét Etruiquet , 9cc. tom. u,pag. 30« et cuir. 



CLIO. LIVRE !• 433 

contestation an sujet de la (a) succession à la Couronne. 
Xuthus ayant ëtëpris pour arbitre^ l'adjugea à Cëcrops Taîné. 
Les autres enfans d'Erechthëe le chassèrent de F Attique y 
où il aroit bâti (h) quatre petites yilles , (Bnoë , Mara- 
thon , Probabilinthe et Tricorythe. Xuthus se rëf ugia (c) 
dans le pays d'iEgiale , où il mourut. On ignore si Ion re- 
tourna dans ses Etats ; Pausanias nous apprend (d) qu'il 
finit Be% jours dans l'Attique , et qu'il fut inhume dans la 
bourgade de Potamos^ qui est près de la mer du côte de 
l'Ëubëe , et qu'il y aroit un monument 

Achaeus ne resta pas long-temps en Laconie. Il passa 
en (e) Thessalie avec des troupes qu'il tira de l'^iale et 
d'Athènes 9 et recouvrales Etats de ses pères. Deux de (/) ses 
enfans^ Archandre (g) et Architâès^ quittèrent la Phthio- 
tide^ et se rendirent à Argos, oùib «épousèrent deux filles do 
Danails, prince de la famille royale d'Argos. De-làles Lace* 
démoniens et les Argiens s'appelèrent Achëens. Les Achëens 
restèrent dans ce pays jusqu'au retour des Hëraclides, qui les 
en chassèrent. Ils se retirèrent alors (A) dans le pays d'.£giale , 
où les Ioniens les reçurent volontiers , à cause de leur ori- 
gine commune. Mais la dissension se mit bientôt entre cet 
peuples f et sur quelques soupçons qu'eurent les Ioniens , 
que les Achëens vouloient mettre sur le Trône Tisamënus, 
fils d'OresteS; leur Roi^ ilsprirentles armes; ayant ëtë vain* 
eus , ils furent oblig<fs d'abandonner le pays aux Ach^ns y 
qui conservèrent la division qu'y avoient introduite les 

(a) Pansan. Achaîc. aire lîb. Tn, cap. r, pag* 5ai. 
{b) Strab. lib. vin, pag. 588, A. 

(c) Paasan. Achaîc. sive lib. vu , cap. i , pag. Sai. 

(d) Id. ibid. pag. Su. 
(tf) Id. ibid. pag. 5ii» 
(/) Id. ibid. 

{g) Ce passage est d'autant plus important, qu'il sert à entendre 
un passage d'Hérodote j liv. ii, §. xcviii , qui aroit paru inimeU 
lîgible à GronoTÎus. 

(A) Fansan. Achaîc. sire lib. viii, cap. i, png. 533^ . 

I i i 2 



456 UI5TOIRB D'HâRODOTE. 
Ioniens , et l'appelèrent de leur nom Âcbaie. Hj forent gou^ 
Ternes par des Rois desoendans de Tisaménns , josqn'aux 
enfans (a) d'Ogygns, qni, s'ë tant conduits despotiquement^ 
furent disposés ; et en la place du gouremement monar- 
chique , on établit la démocratie. Ce pays derint très-cé- 
lèbre, et conserva sa liberté jusqu'à la troisième année de 
la œntcinquante-huitièmeOlympiade, 1 56 ans avant notre 
ère , qu'il fut réduit en province Romaine. 

Les Ioniens retournèrent dans (6) l'Attique^où ils furent 
accueillis par Mélanthus, qui régnoit alors en la place de 
Thymœtès, que sa lâcbeté avoit fait déposer. Us restèrent 
dans le pays sous son règne et sous celui de Codrus son suc- 
cesseur. La Royauté ayant été aoolie à Athènes après la 
mort de Codrus, Nélée, le plus jeune de ses enfans, passa 
en Asie, et mena avec lui les Ioniens. On peut voir sur cette 
-colonie ce que j'en ai dit dans mon Essai de Chronologie^ 
chap. XT des Colonies Grecques, section m, §. m , page 
4a4 et suiv. 

(354) 5* CXI.T. Du côU de Sicyone. Il y a dans la plupart 
des éditions, wf», idê^-vU , devanL Casaubon et Yossius, 
qui ont bien vu que cela ne pouvoit aller, ont changé cette 
préposition en wflt , et ils ont été suivis par Gronovius et 
feu M. Wesseling. Mais ils ont traduit propè Sicyonem , 
près de Sicyone, ce qui ne me paroit point le sens de notre 
Auteur, n^ir avec le génitif, signifie ordinairement i^«rs^ du 
côté de, BiC^ Tlf êf fiirmfiÇ^ifiç y ducôùé du imd!t, liv.ii,$.Tiii. 
n est inutile d'accumuler les exemples dans une chose aussi 
claire. Ceux qui pourroient être curieux d'en voir quelques 
autres, n'ont qu'à consulter le livre iv, 5« xxxviii et lu j 
lir. VI, J. LXXiT, 6cc. 

(355) J. CXLY. ^gium. Les habitans (c) de cette ville 

(a) Folyb. tom. i,lib. ir, $. xli, pag. 178; lib. rv, §, i, pag. ZrjS, 
{b) Fausan. Achaic. sive lîb* vn , cap. i , pag. 523. 
(c) Suidât, TOC. *T/<mc m Mf>«fMc> tom. m, pag. 529. Tsets. 
Chiliad. ix, cap. ccxci. Bustath. ad Homeri Iliad. p. 292 » lin. 8. 



CL I O. L I V R E I. 457 

ny^nt Tainca les Etoliens dans un combat naval , et leur 
ayant pris un vaisseau à cinquante rames ^ ils en ofirirent 
la dîme au temple de Delphes , et demandèrent au Dieu 
quels ëtoient les plus braves des Grecs. La Pythie leur ré- 
pondit : (( La meilleure cavalerie est la Thessaliène^ les plus 
» belles femmes sont celles de Lacëdëmone; ceux qui boi^ 
y> vent de Teau de la belle fontaine d' Arëthuse , sont braves ; 
» mais les Argiens, qui habitent entre Tirynthe et TArcadie 
» abondante en troupeaux de moutons y le sont encore davan- 
» tage. Pour vous^ .£giens, vous n'êtes ni les troisièmes, 
» ni les quatrièmes , ni les douzièmes; on ne fait aucun cas 
M de vous , on n'en tient aucun compte » . D'autres Ecrivains 
assurent que cet oracle fut rendu aux Mëgariens. Voye^ ci- 
dessous^ liv. 1X9 5* xi'^> r\xAjà 18. 

(556) §. cxLYi. Ou d'une naissance phiê illustre, H faut 
écrire avec les manuscrits et les meilleures éditions > %m»Aif 
rt ytyiit*9%, Voyez les Mémoires de l'Académie de Belles- 
Lettres^ tom. XVIII > Hist. pag. 126. 

(557) 5* cxLvi. Les Ahantes, Ces peuples se coupoient 
les cheveux par devant , et les laissoient croître par der- 
rière, «wiS^iF (a) Kêftiân^tç. Ils ne tenoient point, dit (6) 
Plutarque , cette coutume des Arabes , comme sel'imaginent 
quelques-uns , et ils ne cherchoient point en cela à imiter 
les Mysiens ; mais étant braves et joignant toujours l'ennemi 
dans les combats , ils se rasoient le devant de la tête , afin 
qu'il ne pût les prendre par les cheveux. 

Alexandre, Roi de Macédoine, ordonna par la même 
raison à aea Généraux de faire raser ses troupes. Voyez sur 
ce peuple notre Table Géographique. 

(558) 5» cxLVi. De Minyens-Orchoméniens, Il y a dam 
le grec : Miyv«i/ J^t Of^^^fiirtûtoi mfêtfitjulz^^eif' Ce passage est 
altéré. Hérodote combat ici l'idée trop avantageuse que les 

(a) Homer. Iliad. lîb. u, vers. 542. 

{b) Flutarch* in Xhcseo , pag. a , F ; pag. 3 , A. 



458 UISTOIBE D'HÉROD'OTE. 
Ioniens d'Aaie aToient d'eux-mêmes. Pour le (aire aTee 
succès^ il prouve que leur origiiie n'est point pure, qu'ils 
sont un m^ange de divers pmples. Qu'ëtoît^ donc néces- 
saire de dire que les Minyens s'étoîent mélës avec les Orcho- 
méniens ? il éUMt seulement question du mélange des loniepa 
avec les Ordioméniens. Bsulmîer de Grentemetnil (a) a très- 
bien va qu^ falloit lire Msmmf ^i 'Ofx«^'»Mi mmféifux^trof, 
et {kire rapporter oe verbe aux Ioniens. C^te correction n'a 
pas eu le bonheur de plaire à Gronovius; elle n'en est paa 
moins oertaine. Pausanias (h) , en parlant de l'établissement 
des ooleiiies loniènés dans PAsie Mineure^ rapporte que les 
Min jena-Ordioméniens fondèrent la ville de Téos sous la 
conduite d'Athamas^ et que IcH^u'Apoecns y conduisit les 
Ioniens^ il ne fit aucun mauvais traitement aux Qrchomé- 
niens. Le même Auteur dit encore (c) ailleurs , que les 
Orchoméniens eurent part aux colonies que les fils de Codrus 
menèrent en Icmie. Il rend aussi raison des deux noms qu'on 
donnoit à ce peuple, u Orehomène, dit41 {d)y éloit fils de 
» Mintyas; sons son règne, ki ville prît le nom d'Orchomène, 
M et les babitans œhn d'Orcb^mémens; mais ils n'en conti- 
» nuèrent pas moins à inrendre le surnom de Minyens, pour 
M se distinguer des Oreboméniens d'Arcadîe ». M. l'Abb^S 
Geinoa est de même sentiment , ainsi que M. Wesaeling. 
Foy€M les Mémeires de l'Académie des Belles- Lettres ^ 
tom. xviii , Hist. pag. ia6. 

(35g) Ç. cxLvi. D'u7»e portion dé I^o^idiemt. Pausa- 
nias (e) assmre que lesPhocidiens eurent part à ces colonies, 
fxcepté ceux de Delpbes; et c'est par cette raison qu'Hé- 
rodote les appelle ^m»itt iwêi^m^fuu^ Pkocenaeê à reUquia 
c2b^Mto'. L*on adonc eu tort de traduire /'i&ocsTiseA zmmttne^ ^ 

(a) Falin«ru Eserclutiones în optimos Auctocts Grec. pag. lo. 

{b) Pausan. AcKaic. sîve lib. yii , cap. m , pag. 538. 

(c) Id. Bœotic. sive lib. ix , cap. xxxrii, pag. 786. 

{d) I<1. ibid. cnp. xtxvi, pag. 783. 

(f) Fausan. Achaic. sive lib. vu, cap. 11, pag. 5a4. 



C L I O. LIVRE I. 4% 

comme l'ont trèa-bien vu MM. Geinoz et Wesieling. Hëro<> 
dote se sert toujours à^«i^%Xuç pour signifier exempta de tri*^ 
buts y et «Î7f Afi'v pour exprimer l'exemption de tributs. AVd- 
i'ttvfiêç signifie toujours une portion, une division. Aux 
exemples rapporta par feu M. Wesseling dans sa note , 
j'ajoute ceux-ci. Thucydîdes en parlant de rétablissement 
des Béotiens dans la Gadmëide, remarque qu'il y avoit eu 
un détachement du même peuj^e^ qui s'y étoit établi autre- 
fois, et que les descendans de cette colonie avoient été à 
l'expédition contre Troie, (a) ^Hy ^ mirS$ 9^ mwêhurft^ç 
9rpo7ip*v if rjf v^ f*^^ ^' ^' J^ *' ^lAi#f irfJ^iv^uf. Dans 
Oppien, ^f9r mirp^ti^fuêt ejrmit (6), une portion de la 
chcuise. 

Faute d^ayoir su la signification de ce mot^ les Traduc^ 
teurs Latins en ont fait un certain Apodasmus dans Conon. 
<( Pbilonomus (e) de Sparte, dit cet Anteur, ayant livré 
» Lacédémone aux Doriens, eut pour sa récompense la Tille 
)) d'Amyeles, où il conduisit une colonie tirée des iles d'Im» 
» bros et de Lemnos. Mais dans la troisième génération , les 
» habitans de cette yille ayant excité des troubles contre les 
N Doriens, ils en furent chassés. Ds prirent avec eux quel* 
» ques Spartiates , et s'étant mis sous la conduite de Polis 
» et de Delphns , ils firent Toile rers la Crète ; mais en pas- 
» sant près de l'île Mélos , un détachement de la flotte fonda 
» cette île )>. '£y rS «-«^«xAf «(i rS çi?sM M9A0 ixêfkt^lç 
itKi^ti. Feu M. l'Abbé Gédoyn, toujours fidèle aux traduc- 
tions latines, a rendu cet endroit : (( Apodasmus (^d) se trou» 
» vant à la hauteur de Mélos, prit le parti d'y débarquer 
M une partie de ces arenturiers qui s'y établirent » Voyez 



(a) Thncydid. lib. i , j. xii. 
{J>) Oppian. Halieutic. lib. rr, rers. 444. 
(c) Conon Narrât, xxxn , pag. vfi , ex edît. Caleî ; et apud 
Fhotium , cod. clxtxvi , pag. 444. 

{d) Mémoires de TAcadémie dca Bclles-Leltret , tom. xiv, Mém- 
pag. 2i4. 



} 



4'*0 HISTOIKB D'HÉRODOTE. 

aussi l'Essai sur la Chronologie d'Hérodote ^ tome tii, 

chap. XV, sect ni, Ç. iv, N*. vu, pag. 44i. 

{566) 5. cxLvi. Du Prytanée, Le Prytanëe scrvoit à 
Athènes à plusieurs usages. Le Sënat des Cinq-Cents (a) 
s y assembloit Près de la salle où il tenoit ètè séances (6), 
on voyoit le Tholns, où prenoient leurs repas ceux qui 
avoient rendu des (o) services importans à l'Etat, et où les 
Prjrtanes offiroient des sacrifices, comme on le verra dans 
la suite de cette note. On y entretenoit aussi le feu sacré, et 
l'on y conservoit du blë et des armes. Quand on envoyoit une 
colonie quelque part, on tiroit du Prytanée des armes (d) , 
des vivres et du feu (e). Car la colonie ne pouvoit s'en 
pourvoir ailleurs , et si par hasard le feu venoit à s'éteindre , 
il falloit en renvoyer chercher de nouveau au Prytanée de 
la Métropole. 

Ce feu sacré n'étoit rien autre chose qu'une lampe qui 
brûloit perpétuellement Quelques-uns prétendent que le 
Prytanée fut ainsi nommé de ce feu perpétuel, comme s'il 
venoit de wvf\ç rm^iHéty magasin de feu. D'autres assurent 
qu'il vient de wv^lç y froment, à cause des magasins de blé 
qu'on faisoit en cet édifice , et qu'on y nourrissoit aux 

(a) Lorsque le people d'Athènes étoit partagé en quatre tribus , 
on tiroit au sort cent citoyens àp chaque tribu ; ces quatre cents 
hommes composoient alors le Sénat ; ( Plutarch. in Solooe , 
pag. 88, D. ) mais lorsque Clisthènes eut, la quatrième année de 
la soixante-septième olympiade, porté le nombre de ces tribus à 
dix , on n'élut plus que cinquante hommes par tribu, et le Sénat 
fut alors de cinq cents hommes , comme on le rpit en cent en- 
droits des Orateurs Grecs. On ajouta ensuite deui; autres tribus 
la troisième année de la cent dix-huitième olympiade. Le Sénat 
fut alors composé de six eents hommes. Plutarch. în Demetrio , 
pag. 843,D,£. 

(b) Fausan. Attîc. site lib. i, cap. t , pag. 12. 

(c) Demostben. JEschiOf passim. Scholiast. Thncydid. ad lib. xr, 
§. XV, pag. 107. 

(d) Pausan. loco laudato. 

(e) LibaniuS|in Argun^. Oration. Demosth. deCherson. pag. yS. 

dépens 



C L I O. L I V R E I. 441 

dépens du public ceux qui avoient bien mëritë de la patrie* 
Ptîrizonius Ça) dérive wft^nfHCf de w^vTMf ttçi mais d'où 
viendra wfvrJifHç ? Cet Auteur a recours aux langues orien* 
taies, tandis qu'il me paroît bien plus simple de faire venir 
ce mot de wfv^nfHOf, et d'assigner à celui-ci quelqu'une des 
ëtymologies que lui ont attribuées les anciens Grammairiens. 

On avoit grand soin de rempUr d'huUe la lampe qm brû- 
loit dans le Pry tanëe , de crainte qu'elle ne vînt à s'ëteindre. 
De-là ëtoit venu le proverbe (6) Aix^tov if n^i^^t i/â» , quand 
on vouloit parler d'une chose abondante et qui ne cessoit 
point. 

Le Prytanée étoit consacré à Vesta. Ce n'étoient point 
des Prêtres qui y oJOFroient les sacrifices , mais le principal 
Magistrat, a La fonction (c) / dit Aristote , qui touche 
» celle-là, est celle qui est attribuée à ceux des sacrifices 
)» publics que la Loi ne réserve point aux Prêtres , mais i 
)) ceux qui tirent leur honneur du foyer commun à toute 
» la ville, soit qu'on les appelle Archontes, Rois,- ou Pry- 
» tanes». Le Sénat des Cinq-Cents s'assembloit en ce lieu, 
comme nous l'avons déjà remarqué. Thucydides dit en 
effet {d) que depuis Cécrops jusqu'à Thésée , les Athéniens 
avoient été dispersés dans de petites bourgades, qui avoient 
chacune son Prytanée et ses Archontes ; mais que Thésée 
détruisit ces Sénats et ces Magistrats , et les transféra à 
Athènes , où il n'établit qu'un seul Sénat et Prytanée. Cet 
Auteur ne pouvoit point exprimer d'une manière plus 
claire , que le Sénat et le Piytanée n'étoient qu'une seul^ 
et même chose. 

L'éclat du Prytanée d'Athènes avoit éclipsé celui des au- 
tres pays. Quelques Savans ont cru par cette raison^ qu'il 

(a) Perizonius , îa Notis ad JElîani Varias Hist. lib* ix > 
cap. XXXIX , pag. 634. 

(ô) Thcocrit. Idyll. xxi , vers. 36. 

(c) Aristut. Politic. lib. vi , cap. xviii. 

(d) Tliuiydid. lib. ii , § ^v. 

Tome L Kkk 



^^2 HISTOIRE D'H Ê H O D O T B. 

n'y en avoit point ailleurs. On ne peut cependant donter 
qu'il n'y en eût dans toutes les villes de la Grèce. Le culte 
de Vesta étoit en effet rëpandu dans toute cette belle partie 
de r£urope. Or , cette Dëesse n'ëtoit honorée que dans les 
Piytanées. Aussi Pindare dit au commencement de l'Ode 1 1 
des Némëes(a), Iljif Pi«f, « yi Uff^m^tîm xi?i«Yx^ / E^lU. 
« Vesta y fille de Rhëe , qui avez eu en partage les Prytanëes » . 
Le Scholiaste explique très-bien cet endroit: « Pindare (^) 
» dit que Vesta a eu en partage les Prjtanëes, parce qu'on 
M plaçoit dans les Prytanées les foyers des Tilles^ et qn'oa 
» y tenoit en réserve le feu appelé sacré ». 

Mais indépendamment de cette preuve générale , on con- 
nott beaucoup de villes particulières > oii il y avoit des Pry- 
tanées. Hérodote parle de celui de (c) Siphnos, qui étoit de 
marbre de Parosj et de celui de la viUe d'Âlos (d) que les 
Acbéens appeloient Leïtus. Diodore de Sicile fait mention 
du Prytanée (e) de Lipara^ Tite-Live de celui (/) de Cyzi- 
que , et Cicéron de celui Çg) de Syracuses. AlUra autem urbs 
Syracusiê, cui nomen AcJtradina ent, in quâ forum maxi- 
mum , pulcherrimœ porticuê , omatUsimum Prytaneum* 
Pausanias parle des Prytanes (A) de Corintbe, et Tite* 
Live (£) de ceux de Rhodes; d'où Ton peut inférer qu'il y 
avoit un Prytanée dans ces villes. Il y en avoit un pareille- 
ment à Tarente. Euphorion raconte (Js) dans ses Mémoires, 
que Denys le jeune y Tyran de Sicile ^ consacra dans le Pry- 
tanée de cette ville un lustre qui contenoit autant de lampes 

(a) Pindari Nfm. Od. xi , yers. i. 

(b) Scholiast. Pindari ad hune loc. pag 422. 

(c) Herodot. lib. m, $. ltii. 
{d) Id. lib. Tit , $. cxcTii. 

(e) Diodor. Sicul. lib. xx , $. ci , tom. ii , pag. 479. 

(/) Tit. Liv. lib. xu, $. xx. 

(g) Cicero in Verrem , de SignSs , $. un.' 

(A) Paosan. Corinthiac. sive lib. 11 , cap. l"^, pag. lao. 

(1) Tit. Li?. lib. XLii^ $. xly. 

(Jr). Athen. Deipnoioph. lib. xy | cap. xjx ; pag. 790 , D. 



CLIO. LIVRE I. 445 

qu'il y avoit de jours dans l'aunde. Il y avoit aussi un Pry ta- 
nëe à Naucratis^ duquel Hermëias rapporte (a) les particu- 
larités suivantes au second livre de son ouvrage touchant 
Apollon Grynéen. « A Nauci^tis, dit-il, ceux qui mangent 
)> dans le Prytanëe le jour de la naissance de Vesta Fryta- 
)> nitis, aux (b) Dionysiaques, et à la fête d'ApoUon Co- 
}> mëen , sont tous revêtus d'une robe blanche , qu'on appelle 
» encore à présent l'habit Prytanique. Lorsqu'ils se sont 
» couchés sur les lits , ils se lèvent sur les genoux, et tan-; 
)> dis que le Héraut sacré prononce les prières accoutumées^ 
» ils font avec lui les libations. Ils se couchent de nouveau 
» sui* les lits, et reçoivent chacun deux cotyles de vin, ex« 
» cepté les Prêtres d'Apollon Pythien et do Bacchus, à qui 
» on en donne le double , aussi-bien que de toutes les autres 
» portions. On sert ensuite un pain large de pur froment y 
» sur lequel est un autre pain qu'on appelle cribanite, du 
» porc frais, un plat d'orge ou d'herbage suivant la saison, 
u deux œufs , un morceau de fromage, des figues sèches, un 
a gâteau et une couronne. Si un Sacrificateur prépare quel- 
» qu'autre chose , il est mis à l'amende par les Magistrats (e). 
)) Bien plus, il n'est pas même permis à ceux qui mangent 
» dans le Prytanée, de s'y faire apporter des vivres du 
» dehors. On n'y mange que ce que je viens de dire. On 
» abandonne le reste aux valets. Les autres j ours de l'année , 
» ceux qui sont nourris dans le Prytanée peuvent y aller 
» toutes les fois qu'ils le jugent à propos , et y faire porter 
» des légumes, des herbages, de la saline, du poisson, ou 
» un peu de porc frais qu'ils auront fait apprêter chez eux, 
)) et ils reçoivent de celui qui préside au Prytanée un co- 
» tyle de vin. Il n'est point permis aux femmes d'entrer 
» dans le Prytanée, excepté à la Joueuse de flûte. Il est 

(a) Athen. Deipnosoph. lib. iv, cap. xii, pag. 149, D, &c. 
et pag. i5oy A. 

(b) Aux fêtes de Bacchus. 

(c) Les Timouques dans le grec* ^ 

Kkk 2 



444 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 

» défendu pareillement d'y porter un pot-de-chambre n, 

(36 1) 5- cxLTi. Après une telle action. On lit dans le 
msst u^ de laBibliothèque du Roi, et dans toutes les éditions 
que j'ai consultées, iwurt ri^rm w9tnTnn-tç, Cette leçon ne 
peut subsister, iwiin signifiant nam ou postçuam. 11 £aut 
nécessairement écrire twHltfyqvà est un ionisme pour twti^ie > 
dont se sert Hérodote , comme l'a remarqué Eustathe (a) 
d'après le Grammairien iElius Dionysius. a ^£i7« et tirttim 
V sont des termes Âttiques ; mais mtc» et twté^tf sont 
M Ioniens ; aussi se trouyent-ils dans Hérodote )>. 

(36a) §. cxLYii. Issus de Glaucus ,fils d'Hippolochus, 
Ce Glaucus étoit Général des Lyciens , au siège de Troie. 
Homère en parle en plusieurs endroits de l'Iliade , et prin- 
cipalement au livre vi , où ce Prince expose à Diomèdes sa 
généalogie, et lui raconte l'iiistoire de Bellérophon, depuis 
le vers i5o jusqu'au aia. 

Ces Rois avoient tons une origine commune, et descen- 
doient d'.£olu8, fils d'Hcllen. 



H£LLEN HELLEN. 

JBoLuS jEOLUS. 

I I ^ C Sa fille Tyro 

SISYPHE SALMONÉE.< cutdeNep- 

I Le tunoNéléc. 

GLAUCUS TYRO. 

BELLEROPHON NÉLEE. 

HIPPOLOCHUa PÉRICLYMENUS— NESTOR. 

GLAutuS,|^4-îi;Xic! PENtJhILUS. 

BORUS. 

I 
ANDROPOMPUS. 

MELANTHUS. X 

CODRUS. 

NILKE. 

(a) Eustalb. Comment, in Iliadls lib. ZYm, pag. iiôS^ Un. 5«^ 



C t I O. L î V R E I. 445 

Je parlerai de Codrus, livre v, §. lxxvi, note 199, et 
livre IX, §. xcvi, note i42. 

(363) §. cxLvii. La fête des Apaturiea, L'institution de 
cette fête à Athènes doit avoir prëcëdë l'envoi de la colonie 
loniène, puisque tous les Ioniens (a) originaires d'Athènes 
la cëiëbroient II y a deux sentimens sur l'institution de 
cette fête. Voici celui qui m'a paru le plus vraisemblable. 

Lies Athëniens et les Béotiens ëtant en guerre pour le 
pays d'CBnoë et de (6) Mëlsenes , il fut convenu qu'il y 
auroit un combat particulier entre les deux Rois, et que 
le pays contesté appartiendroit au victorieux. Thymœtès, 
dernier Roi d'Athènes de la race de Thésée, refusa le com- 
bat Mélanthus , que les Héraclides venoient de chasser de 
la Messénie, et qui cherchoit un asyle à Athènes , accepta 
le défi, n tua par ruse Xanthus (e), roi de Béotie. Ce 
Prince s'étant présenté sur le champ de bataille , Mélan- 
thus lui dit qu'il n'auroit pas dû amener avec lui un se- 
cond , que cela étoit contre les conditions du combat. Xan- 
thus surpris de ce propos , regarda derrière lui, pour voir 
si en efiet il étoit suivi. Mélanthus profita de ce moment 



(a) Hérodote [ loco luudato ] et un Lexique manuscrit de la 
Bibliothèque de Coiilin in Bibliothecâ Coislinianà , pag. 6o5 , 
lin. 5 , à fine , où on lit : iy ^fd tvto tn? îefTitf fvb^od'lTuo'fv 
«(}'< 0-^44, M» xetTiflfTictT o't/TTfxi'o'i» , quod etiam Cationicun pocant, 
ainsi que traduit ce passage Dom de Monfaucon. Ce savant n'a 
pas pris garde que le texte étoit corrompu, et qu'il falloit lire 
en deux moU ««t* *IafTi<tf , laquelle fête se célèbre enlonie. Cettt 
correction est de feu M. Wesseling. 

{b) Suidas dit Célaenes et oublie (Bnoe. Le Lexique manuscrit 
de la Bibliothèque de Coislin met distinctement ces deux en- 
droits. Michel Apostolius et Etienne de Byzance parlent de Mé« 
laenes. Conon [ apud Photinm , Narrât, zxxiz , Cod. clzxsyi , 
pag. 445 et 447 ] nomme seulement (Bnoé. 

(c) Suidas le nomme Xanthius au mot A^-avu^U , et le Traduc- 
teur latin Xanthius an mot Mt^«fd'oc. Mais le Lexique manuscrit 
de Coislin etFausanias [Bœotic. siye lib. ix, pag. 723] l'appellent 
Xanthus. 



\ 



44fi UISTOIRB D'Hl&RODOTE. 
pour le tuer. Cette action lâche , qui anroit dû Adre cbas' 
•cr ce Prince , lui yalut U Couronne ; et bien loin de la 
regarder comme une action infiàme , on institua une fête à 
rhonneur de Jupiter Trompeur^ mwalim^y afin d'en per* 
pëtiier la mémoire , et Ton appela cette fête Apatnries. On 
la cëlëbroit pendant trois jours au mois de Pyanepsi<»i , 
c'est-à-dire > d'Octobre et de Novembre. Le premier jour 
s'appeloit Dorpia> Aifwtmy parce que cenx d'une même 
Phratrie (a) s'assembloient et toupoient ensemble ^ le se- 
cond, Anarrhysis, A9«p|i»cif , à cause des sacrifices qu'on 
offroit^ et le troisième, Curëotis, K^ftSrtfy parce qu'en 
ce jour on insorivoit dans la Phratrie le nom des enfans j 
wiftif, Simplicius {h) et H^ychius (c) en comptent on qua^ 
trième qu'ils nomment £V/C/k. Mais le même Hésychius, 
au mot eV/J/W, dit que l'on appeloit ainsi les jours qui 
sui voient les fêtes , quoiqu'ils n'en fissent pas proprement 
partie. Les Tribunaux Athéniens vaquoient non-seule- 
ment ces trois jonr^ , mais encore les deux jours suivana , 
pomme on le voit par le Décret que proposa (d) Phocns , 
sous l'Archontat de Natisigènes y la pren^ière année de la 
cent troisième Olympiade. U étoit ordonné au Sénat des 
Cinq-Cents de vaquer pendant cinq jours , conformément 
à l'usage des autres Tribunaux. 

(364) 5- cxLviii. jt Neptune HéUconien, Les Ioniens 
avoient beaucoup de vénération pour Neptune. Bs lui 
a voient élevé un temple (e) à Hélice ^ ville d'Achaïe, dans 
le temps que ce pays leur iq>partenoit Ce Dieu prit de cette 

(a) La Phratrie étoit la troUième partie d'une tribu. 
{b) Sîmplicii Commentar. in Aristotelia Phyaic. lib. nr. 

(c) Hesych. voc. AirAT»^^. 

(d) Athen. Delpnosoph. lib. xr , cap. zzr, pag. 171 , E. Faîtea 
attention que la page 171 est chiffrée par erreur i65. Voyez aussi 
Sam, Petit Lrg. Attic. lib. ui , tit. i| ui, pag. 374, où il s'est 
glissé une faute asses considérable. Au lieu de ^id^»foç, qui na 
fait point de sens , il faut lire /ui^'iofTOf. 

(«) Paiisan. Achaic. site lib. tu, cap. xzir, pag. 585. 



C L I O* LIVRE 1. 44^ 

ville le surnom d'H<^liconien. Homère l'appelle le Roi (a) 
Ilëliconien. Ces peuples ayant fait place aux Achëens , ils 
en portèrent le culte à Atliènes où ils se réfugièrent S'ë- 
tant ensuite fixes en Asie , ils y bâtirent en l'honneur de 
cette Divinité un temple sur le (b) modèle de celui d'Hë- 
lice. Ce temple (c) ëtoit dans le territoire de Priène^ et le 
Roi des sacrifices devoit être de cette viUe y parce que 
ses habitans prëtendoient être issus de la viUe d'Hélice* 

n paroit d'abord plus naturel de faire venir avec Aris* 
tarque , le mot 'EXsKmutfy du mont Hélicon> que d'Hëlice^ 
ville d'Achaïe. Cet habile Critique (d) nous apprend en 
effet que la Bëotie entière ëtoit consacrée à Neptune. 

Mais ce savant Critique n'a pas fait attention que les 
Eoliens formoient leurs noms (e) possessifs du génitif plu* 
riel. Ainsi de *£Ai»«f, génitif du mot '£A/juM,ils ont fait 
'£Ai»4»y/«f. 

(365) §. cxLviii. Paniomes. Séduit par les idées ingé- 
nieuses du Président de Montesquieu^ de M. Goguet et de 
l'Abbé de Mably , j'avois regardé l'assemblée àeè Amphic- 
tyons comme la tenue des Etats-Généraux de la Grèce. 
L'assemblée des Ioniens au Panionium ëtoit certainement 
une Amphictyonie^ et en conséquence je l'avois envisagée 
comme la tenue des Etats-Généraux de l'Ionie^ et consé* 
quemment, j'avois considéré l'Ionie comme formant un 
corps fédérati£ Mais très-certainement les Grecs ^ ni en 
Europe , ni en Aine , ne connurent pas cette sorte de 
gouvernement avant l'an 284 avant notre ère , oà les 
Acbëens jetèrent les fondemens de leur République , 
comme l'a démontré l'ingénieux et savant Auteur des An*» 

(a) Homeri Iliad. lib. xz , vers. 4o4. 
fjb) Strab. lib. yiii , ptg. 590 , C. 
(c) Id. ibid. pag« 58(j , C } 690 , A. 

{d) Vide ScholiMt. ad Homeri Iliad. lîb. ▼, yen. 421; pag. 3o5 
col. 2 y ex edit. Barnesiî. 
(e) Eastath. ad Homeri Iliad. lib. 23c> pag. i2i4, lin. 27 et seq. 



448 HISTOIRE D' HÉRODOTE. 

ciena Gouvcrnemens Fëdëratifs. Cet excellent ouvrage m^ 
rite d'être lu en entier : mais ifoyez sur-tout les Articles 
IV et V, 

(366) 5. cxLix. Leur enlevèrent Smyrne, Il y a danJ^ le 
texte mot à mot , Smyrne fut séparée des villes EoUènes 
par les Eoliens. lïtcftiXitréMi n'est employë dans Hérodote 
que dans le sens de ;(^«»p/Çf rl«i y miir«r%Mm » «xtAi <Vf r#«/ y 
se séparer y s'écarter , s'éloigner , rester en arrière. C'est 
ainsi qu'il a dit, lib. m, 5. cxxxvi, r« wni'mXt» wtLfixvrt 
rUf M^i^tximf uSv. Mot à mot : // sépcara les gouveriiails 
des vaisseaux des Mèdes; c'est-à-dire , qu^il les fit enlever, 
qu'il les fit 6 ter. 

(367) 5. CL. Et s'en emparèrent, Pausanias rapporte la 
même chose, liv. vu, chap. v, pag. 53!i. Strabon raconte (a) 
que Smyrne ëtoit un quartier d'Ëpbèse, dont les liabi- 
tans se retirèrent à un peu plus de (Ji) quatre cents stades 
de cette ville dans un lieu ocoupë par les Lëlèges qu'ils eu 
chassèrent. Us bâtirent en cet endroit une ville qu'ils appe* 
lèi^nt Smyrne , du nom du quartier qu'ils avoicnt occupe 
à Ephèse. Les Eoliens s'emparèrent dans la suite de cette 
ville, mais les Smymëens, qui s'ëtoient réfugies à Colo-r 
phon, revinrent avec les Colophoniens, et la recouvrèrent. 
Consultez notre Table Géographique, article Smyrne, 

(368) §, CLii. D'une robe de pourpre. Cet habillement 
ëtoit d'autant plus propre à se faire remarquer, qu'il ëtoit 
particulièrement affecte aux femmes. L'Empereur Julien 
dit , en parlant de Silvanus : t^y (c) yompctUf Jixufylik wîff]têi' 
fiitêt y revêtu de la pourpre féminine, qui ne convient 
qu'aux femmes. 

(369) §, cLiii. L'on ne voit point c1ie% eux de marché. 
L'observation d'Hërodote est confiiinëe par {d) Strabon , 



(a) Strab. lib. xiv , pag. gdo, B et C. 
{h) Qe dix au mille. 
(r) Julian. Orat. i, pag. 48 , C. 
((0 Strab. lib. xr, pag. 10C7, B. 

•t 



CLIO. LIVRE I. 449 

et n'est pas détruite par Xéiiophon. Ces deux premiers 
Ecnvains parlent des places ou marchés où se vendoient 
les denrées et autres marchandises; Xénophon, (a) d'une 
place ; qui étoit occupée par le Palais du Roi, les Tribu- 
naux et les salles destinées aux enfans , aux adolescens , 
aux hommes faits et à ceux qui avoient passé Tâge de porter 
les armes. Appien , parlant du Temple de Vénus Genetrix , 
que César fit élever à cette Déesse , dit : Il {b) destina l'aire 
qui étoit autour de ce temple pour servir de place aux 
Romains , non pour les denrées y mais pour y traiter des 
affaires publiques , telle qu'il y en a parmi les Perses, oii 
l'on rend la justice et où Ton s'instruit des Loix. 

(370) §, CLiii. De transporter, 'Ew^fi^ttç Tlm^in 

Ko/nt^HK Je crois qu'on a fait un contre-sens en traduisant 
tradidit curandum. Les trésors des yaincus se transpor* 
toient dans la Capitale. Hérodote s'est servi soixante- 
quinze fois du verbe Kêfil^my et neuf fois du substantif 
xofit^fiy et jamais il ne les a employés que dans le sens que 
je lui donne , et non pour signifier euro et cura. J'en dis 
autant des différens composés de ce verbe, qui se trouvent 
•vingt-neuf fois dans cet Historien. 

(371) §. cLin, Ne faisant point assez de oas. J'ai suivi 
la correction de M. Valckenaer, qui lit: ig i^-i fmfuç it 

(372) 5. CLV. J'en ai agi, à ce qu'il me semble. S. Oé- 
ment d'Alexandrie attribue cela (c) à Xénophon. C'est 
une méprise que le dernier Editeur a remarquée. 

(373) 5. CLV. J* en porte la peine, *Eyi ift^ xt^tO^ ivn^ 
fiûittç fiptt. M. Wesseling a expliqué très-bien ce passage 
par le vers 92 du xix* Livre de l'Odyssée d'Homère. On 



(a) Xsnoph. Cyrl Instit. llb. i , cap. 11 , $. xit , pag. 7. 
{b) Âppian. de Bellis Civllîb. lib. 11» pag. 8o3. 
(c) Clément. Aiexandr. Stromat. lib. vi, tom. 11, pag. 747, 
lin. 37. 

TomeL 3L1Ï 



y 



45o HISTOIRB D'HÉRODOTE. 

peut joindre le yen 445 de FElectredeSophocles ayecrex- 

pLication des Scholiastet. 

(374) 5* ^^^' Pactyoê a offenêé celui à qui vous ave% 
confié le gouvernement. Jjo texte paroit signifier : Pao- 
tyae , à qui voua auej conjià Sardeê ; et c'est le sens qu'a 
suivi le Traducteur latin; mais conune c'ëtoit Tabalus 
queCyrus aroit ëtabli Gouverneur de cette ville, et que 
Factyas n'avoit que la garde des trésors , comme on l'a m. 
dans le paragraphe précédent , M. Wesseling sous-entend 
T^oy 9 ou iftAMf. n faiit par conséquent supprimer la vir- 
gule après mliKitn avec le manuscrit w^ de la Bibliothèque 
du Roi. On pourroit aussi faire U construction de cette 
manière-ci : «i^*^ {nempè n«»r»9f ) ^^« rêi J\^%%i rfÇ^nempè 
T«C«A» ) rv flVr7f fi)/«f Xmf^tfi que ce Pactyae aoit puni par 
celui à qui ifous ape% confié le goupemement de Sardes. 
Têt n'est point un datif > mois une particule enclitique. 

ÇSyô) 5* ^^'^' ^^* tuniques sous leurs manteaux. Cre'sus 
avoit dessein de les accoutumer par4à aux aisances de la 
vie y au luxe , et de les rendis , par une vie molle et efie- 
minée , incapables de la profession des armes. 

(376.) J. CLV. Et les arts propree à les rendre effemi^ 
nés. n y a dans le grec, «g xmw$XtPHf. Ce verbe signifie pro- 
prement revendre , et c'étoit un état viL KmwnXêç dans 
V Etymologicum Magnutn i ^^ImCiXêf , celui qui revend, 
a^. Exercer le métier de caharetier. Comme tout homme 
qui a asses de front pour braver les mépris du public, 
n est point susceptible* de sentimens d'honneur , le Capélos 
est venu à se prendre pour un de ces hommes infâmes qui 
tenoit des lieux où la jeunesse débauchée alloit se divertir. 
Nous l'avons vu dans le premier sens, plus haut, 5* xciv. 
Je crois qu'il est ici dans le dernier. Cependant j'ai préféré 
une expression générale à une autre qui auroit été plua 
exacte , mais quin'auroit pas manqué de révolter les hon- 
nêtes gens. Justin (a) a rendu cet endroit : jussique Cau- 

{a) Justin, lib. i, cap. vir, pag. 35. 



C L I O. I, 1 V R E I. 45l 

ponias et Ludicras ariea , et Lenocînia exercer e. Ces peu- 
ples devinrent si e£fëminësy qu'on disoit Avi^i^M (a) pour 
danser, et les Romains appeloient les Danseurs , les Pan- 
tomimes f Ludionea , Ludii , nom qui vient des Lydiens 
et non de Ludus; car les Latins disoient Z/2ffl^> Surus , 
Suria, pour Lydua, Syrus, Syria, 

Xerxès ordonna la même chose aux Babyloniens qtii 
fi'étoient rëvoltés. Il leur {b) dëfendit de porter les armes , 
et voulut qu'ils apprissent à jouer de la guittare et de la 
flûte, qu'ils eussent dans leurs villes des Heux de dëbauche, 
et qu'ils portassent de longues tuniques. Les termes grecs 
sont parallèles dans Hérodote et dans Plutarque. 

Du Ryer a rendu ce mot à boire ; mais je n'ai point 
dessein de critiquer tous les endroits réprëhensibles de cette 
traduction; cela me mèneroit un peu trop loin. D peut se 
faire cependant que nMwnXtim se prit dans le premier sens. 
Une nation qui s'est avilie cesse d'être dangereuse. 

Les Lydiens devinrent effëminës, et le peuple le plus 
lâche de l'Asie , du plus brave qu'il avoit été auparavant , 
suivant la remarque de Polyaen (c). 

On voit, sans que j'en avertisse , la marche des Despotes. 
Ils commencent par introduire le luxe et par corrompre 
les mœurs de la nation qu'ils veulent opprimer, u Ce sont 
» en effet les voluptés, comme ledit(cf) très-bien Eschines, 
M et l'insatiable (e) cupidité qui engagent les jeunes gens à ser- 
)) vir les Tyrans , et à renverser le gouvernement populaire » . 
(577) 5. CLix. De dessein prémédité, E'* wfof«lttç, de des^ 
sein prémédité, après s'être bien consulté, N»f (f) ^ Sl^n 

(a) Hesycli. toc. At/^if«f . 

(b) PUitarch. Âpophthegm. pag. 175, C. 

(c) Folyseni Strategem. lib. vu , cap. vi> $• r7, pag. 6i5. 

(d) ^schin. in Timarchum, pag. 290, A. 

(<;) Dans le grec : Et la pen^tée qu*on n*a jamais suffisamment, 
if) iïlschin. contra Clesiphout. pag. 457, li. 

LU 2 



459 HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

vptMiW «-«iMcS-i i a Ces honneurs se répandent maintsenMit 
)) ayec profusion , et tous accordez des couronnes plutôt par 
M habitude qu'après un examen rëflëchi ». Tp«v/Mi7«f (a) t« 
Wfovêimç yft^mt yfm^if^tvêf , « ayant intente une action au 
1) sujet d'une blessure faite de dessein prëmëdltë ». H y a 
un Plaidoyer attribue à Lysias , qui est intitule; wtf) rp«o- 
^'Joç tK w^êfêlétf , <c sur une blessure faite de dessein pré- 
)> médité »• 

(378) $. cLix. Fbê supplianê. Te lis ayec M. Reiske : 
rtôlrt Uififn. Voyez la note de M. Wesseling. 

(379) J. CLX. S'exposer à périr en le Htn^ant, Cela a rap- 
port à ce qui précède. Oui y Je pous ordonne de livrer votre 
suppliant , afin qu'aprèe avoir commis une telle impiété , 
vous en périssiez plutôt. Ainsi les Cyméens^ de crainte de 
s'exposer à la colère du Dieu et de péric^ ne veulent plus 
tendre Pactyas ; mais comme d'un autre côté ils ont peur 
d'être assiégés, ils l'envoient à Mytilène. Cette phrase est 
très-claire. Gronovius l'a bien rendue > et je n'insiste dessus 
que parce que M. Bellanger s'y est trompé , et qu'il a fait 
rapporter •ir«AiVd'«if à Pactyas. Dans ce sens il faudroit né- 
cessairement sous-entendre im^ mais alors fiêvxifêuêt n'aura 
plus d'autre régime que wêXffttitffimi , ce qui seroit absurde. 

(380) §. CLX. L'arrachèrent du temple. Plutarque (b) 
reproche à Hérodote d'avoir y par un effet de sa malignité, 
attribué cette action in£hne à une ville grecque, et cela sur 
ce que Qiaron de Lampsaque , plus ancien que cet Auteur, 
se contente de dire que Pftctyas se sauva d'abord à Myti^ 
lène , et ensuite à Chios, où Cyriu le prit 

(a) .£schln. contrà Ctesiphont. pag. 463 , F. 

(b) Flutarch. de Herodotl Bfalignitate, pag. SSg, A et B. Ce 
passage de Plutarque a beaucoup souffert des Copistes. Far exem- 
ple, au lieu de ty tac/t* wiii^tf tout Xi«c> il faut lire, 1^ taitt» 
wotirgf Ttvç Xi'itf. Je me suis apperçn depuis la première édition 
que c'étoit la leçon de la première édition de Flutarqne publiée 
par les Aides. Henri Etienne est le premier qui ait mît winréf* 
Les Bditeurs qui l'ont suifi , ont copié la faute. 



C L I O. L I V R K I. 455 

I*ai deux choses à répondre. Premièrement y Hërodote 
ne se proposoît d'autre prix de ses travaux, que Testime 
de sa nation. Il n'est donc point vraisemblable que, de gaité 
de cœur , il ait calomnié les peuples à qui il vouloit plaire , et 
que la malignité l'ait aveuglé au point de sacrifier sa gloire 
et ses plus chers intérêts au plaisir de médire. Cette ré-> 
flexion seule sufiit pour détruire toutes tes objections de 
cet Auteur. 

2^. Ce que rapporte Plutarque sur l'autorité de Charon 
de Lampsaque , prouve qu'Hérodote ne mérite pas les re^ 
proches qu'il lui fait Pactyas , dit Charon , se sauva d'abord 
à Mytilène, ensuite à Chios y où Cyrus le prit. Je réponds 
que les Perses n'ajunt point alors de marine , ne pouvoient 
par conséquent forcer les Lesbiens à leur remettre Pact3ras. 
Ce fugitif seroit donc resté chez les Mytiléniens, s'il ne se 
fut apperçu du complot de ces perfides insulaires. Il se sauva 
à Chios , et s'y crut d'autant plus en sûreté, que Cyrus 
n'étant point encore maître des villes d'Ionie , cette i]e 
étoit éloignée des pays occupés par les Perses, et que ce 
Prince n'avoit pas encore , suivant la remarque d'Héro- 
dote (a), un seul vaisseau à lui. Quelqu'envie qu'eût donc 
eu CjTUS d'avoir Pactyas entre les mains , il n'auroit jamais 
pu, avec toute sa puissance, le forcer dans son asyle, ni 
obliger les habitans de Chios à le lui remettre. 

(38 1)5. CLX. De Minerve Poliouchos, Minerve Polion- 
chos, c'est-à-dire, Patrone ou Protectrice de la citadelle. 
A Athènes , la ville s'appeloit Hrrv , et la citadelle wiXiç. 
'OtxUffitt (b) y«p oirtcB-it rjf woXiêtç i <( une maison derrière la 
ï> citadeUe ». Un Scholiaste de la Bibliothèque Bodléiène dit 
très-bien sur cet endroit d'Eschines : la citadelle d'Athènes 
s'appeloit autrefois wixtç. Wolf a mal rendu ce passage , 
ainsi que M. l'Abbé Auger , qui a traduit (page 547): une 
maison dans la partie septentrionale de la ville. Le savant 



(a) Herodot. Hb. i , $. cxliii. 

{b) JËschin. in Timarch. pag. 375, A. 



454 HISTOIRE D'HERODOTE. 
P. PeUa s*est également trompe dans la véritable fignifi- 
cation de œ mot, lorsque dans Thémistlns (a) il traduit 
ces mots rj? A3-99«f tr ry wiXêty Minervœ aimulachnan 
quod is URBS sst; il falloit in ^rcs , qui est dans la 
citadelle, Tê Strrm tTff rt wixsw Ad-yNi^ wf$9iryiffn (5). Xy- 
lander a traduit ce passage de Plutarque : ^êtu ei urbem 
AthencLS appellavit; il (alloi t : Aêty êive urhi etARci union 
Athenarwn nomen imposuit « 11 donna le nom d'Athènes 
Il à la TÎUe et à la citadelle n. Feu M. Reiske a laisse sub- 
sister cette (aute dans son édition. Am jot a traduit comme 
le latin , et Dacier (c) ne s'étant pas contenté de faire le 
même contre-sens , l'appuie encore d'une note ridicule. 

« Et la Déesse elle-même (Minerve) me paroissoit des-^ 
» cendre de la citadelle ». 
Car cette déesse ayoit son temple dans la citadelle. 

c( Mais je ne puis dormir dans }a citadelle depuis qu'un 
» jour je vis le serpent qui en est le gardien w. 

Cette interprétation est confu-mce par un passage d'Hé- 
rodote (y^) : Aiyuoi «i AB-tjvMt oÇtf ^lyuf (PvXmmm rns mxf%^ 
wixtpç ithafjSrB-tùi tr rf If S, a Les Athéniens disent qu'un 
n grand serpent, gardien de leur citadelle , habite dans le 
i} temple de Minerve ». 



•^mm 



(a) Themîat. Orat. xxv, pag. 3io, A. 
{b) riutarch. in The«eo , pag. ii , A. 

(c) Plutarque traduit par Dacier , tom. i , pag* 68 de réditîon, 
d'Amsterdam, l'n-ia, 1724. 

(d) Arîstophan. Equit. vers. 1060, ex edit. Brunckiî, 1093. 

(e) Id. Lysistrat. vers. 769 , ex cditlone ?ero Bronckii 768. 

(f) Herodot. lib. viii, $. xli. 



C L I O. L I V R B I. 455 

Ce qu'Aristophanes appelle W9?aç y Hérodote le nomme 

Dans la Pièce d' Aristoplianes , intitulée LysUtrata , les 
femmes s'étant emparas de la citadelle, le Chœnr des Vieil- 
lards s'exhorte à les en chasser, et veut les brûler. Le demi- 
Chœur (a) dit : «AA* mç ri^tv^ÊL wfùç «-«Ai» nriv^w/uff $ u hâ-^ 
M tons le pas vers la citadelle w. L'Auteur de VEtymolo^ 
gicum Magnum (b) s'exprime de la manière la plus claire : 
« les Diiopolies sont une fête qu'on cëlèbrc en l'honneur 
» de Jupiter Polise us, c'est-à-dire, honore dans la citadelle, 
» car on disoit la taille, wixtf > pour la citadelle , mKfiwûXtf n. 
On pourroit accumuler iwe infinité d'autres exemples ] mais 
ceux-là suffisent. 

Ce n'ëtoit pas seulement à Athènes que wixiç signifioit 
la citadelle , mais encore dans beaucoup d'autres villes de 
la Grèce. 

Les Thëbains donnoient à la cohorte sacrée en garnison 
dans la citadelle, le nom de cohorte de la citadelle (c) , r«y i» 
rnç ^ixtmç Ao;j;of. Et de crainte qu'on ne vînt à s'y tromper , 
Plutarque ajoute tout de suite : car on appeloit alors abso- 
lument wixiç les citadelles. Euripides dans un fragment de 
son Archelaiis , qui nous a été conserve par Strabon (d) , 
dit que Danaiis bâtit la citadelle d'Inachus, et non la ville 
d'Jnachus , comme le lui fait dire la version latine : Startf 
llm^tt wixif i ce- qui prouve que cela doit s'entendre de cette 
manière, c'est que le même Strabon dit,liv. viii, pag. 5yOy 
B, que ce fut Danaiis qui bâtit la citadelle d'Argos. Or, en 
cet endroit Q se sert du terme «x^oVaAif. 

Les Latins ont quelquefois employé le mot cipitas en cm 
sens. In templo {e) ejusdem^Minervœ) quod in cave La* 



(a) Arîstopb. LysSstr. 266. 

(6) Etymologic. Magn. toc. Am^oxioc. 

(c) Plutarch. in Felopîd. pag. 287, B. 

(J) Strab. lib. y, pag. 339 , A. 

{e) Arnob. advers. Gcntes, lib. vx, pag. 195. 



456 HISTOIKE d'hÉRODOTE. 

. rissœ est, conditus scribitur , atque indicatur jàcrisius ; 

Il ErichtJiordua Poliadis infano : Dairas et Isjnarasjratres 

in Eleusinia consepto , quod civitati subjectum est. Le 
passage suivant d'Eusèbe prouve clairement que civitas a 
ici cette signification, (a) 'Ef TmfmS rff ABjfiç it Amflsvj iw 

K.t»fêirêfy êtf ^nnr Af]tê^9ç îf tS iFf«7f ^^^ <Vj#pi#r. Ti ^i 

^f EvftiXiru ig AMHfMç ix* î* '''f ^FtfiCoXf »t»4J"tv1a( ri EAt v- 
•«viV, ry vff-tf MXfûirixH, u Le tombeau d'Âcrisius est dans le 
01 temple de Minerve ^ dans la citadelle de Larisse -, celui de 
» Cëcrops^ dans celle d'Athènes , comme le dit Antiochus> 
i> au neuvième livre de son Histoire. Que dirai-je d'Erich- 
» thonius ? n'est-il point enterre dans le temple de Minerve 
}) Folias ? Ismarus^ fils d'EumoJpe , et Dairas (b)y ne sont-ils 
» pas enterres dans l'enceinte del'Eleusinium ou temple de 
» Cérès f qui est au pied de la citadelle »? Ce qu' Arnobt 
nomme civitas , Eusèbe l'appelle «xpoV^A^r. 

Les citadelles ëtoient non>seulement sous la protection 
de cette Déesse , mais même elle avoit un temple dans la 
plupart On voit dans Homère , qu'elle en avoit un dans la 
citadelle de Troie : « Lorsque (c) les Dames Troyennes 
» furent arrivées au temple de Minerve , qui est dans la ci-^ 
» tadelle... . ». 

{^^1^) §' CLX. Répandre sur la tête de la victime. J'ai 
ajouté ces mots y sur la tête de la victime , afin de me 
rendre plus clair. On répandoit sur la tête de la victime de 
l'orge mêlée avec du sel. C'est ce que les Latins appeloient 
mola sahay d'où vient le terme d'immoler^ immolare est 
mold, id est. Jarre molito et sale Itostiam perspersam sa^ 



(a) Eusebîi Fraeparat. Evangelic. lib. ii , $. yi, pag. 71 , B, C j 
Clément. Jllezandr. in Frotreptico , pag. 39. 

{b) Arnobe [loco landato] fait Dairas frère d'Ismarus. J'ai tra* 
duit en conséquence le passage d'Eusèbe. 

(c) liomen Iliad, )ib, vi , vert. 297. * 

crare, 



CLIO. LIVRE I. 457 

crare y dit Festus, au mot immolare. Cependant il y a une 
K'gcTe différence entre l'usage des Grecs et celui des Latins. 
Les premiers jctoient l'orge entière en grains, sur le front 
de la yictime. Ils appeloient cette orge en grains ; va«/ » 
et attiquemeut oA«i. 

« Voici (a) la corbeille avec l'orge , la couronne, le cou- 
» teau; voici aussi le feu^ et rien ne nous an*ête que la 
» brebis ». 

Les Latins, après avoir fait rôtir l'orge et l'avoir rëduito 
en farine, la mêloient avec du seL, et la jetoient sur la 
victime. Aussi , lorsque les Grecs parlent de leurs usages , 
ils se servent de ces expressicois ôuA«i, «vA#;i^J7«cf, qu'on 
rencontre en cent endroits de l'Iliade et dei'Odyssee, et 
lorsqu'ils font mention de ceux des Latins , ils emploient le 
mot «A^<7«f, qui est de la farine d'orge, 0vc%aj tifmifiax^ût 

w%'K9tnfiiini^. « Les sacrifices n'ëtoient point sanglans. La plu- 
» part se faisoient avec de la farine d'orge , des libations {h) 
)) et les choses les plus communes » . Festus dit très -bien (c) : 
Mola vocaturfar tostum et sale sparsum, quodeo molito 
ho8ti<B aspergehantur. Pour rendre cet usage plus véné- 
rable cbez les Romains, les Vestales avoient seules le droit 
de préparer cette farine. Voici la manière dont elles s'y 

(a) Aristoph. Fac. yera. 948. 

(&) Plutarch. in Numâ^ pag. fô, C. Les Traducteurs Latins 
mettent des libations de TÎn ; Amjot , un peu d'effusion de via 
et de lait. Dacier a mieux rencontré , mais il a mal rendu «X^io-ov. 
Il y a seulement dans le grec des libations, et je croîs que danâ 
les temps anciens dont parle Plutarque , elles ne se faisoient 
qu'avec du lait. Verum et Dits lacté rustici multœqi^e génies 
supplicant , et molâ tantum salsâ litant , qui non habent thura^ 
Flin. Hist. Natur. Fraef. ad lib. i. 

(c) Sextus Po m peijis Festus, voc. Mola, pag. 244. 

Tome l, M ni n> 



458 ~ HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
prenaient : (( Les (a) trois plus âgées d'entre les Vestales 
» mettoient de deux jours Tun^ depuis les Nones de Mai 
u jusqu'à la veille des Ides du même mois , des épis de 
» froment dans des corbeilles de moissonneurs. Elles fai- 
» soient ensuite rôtir elles-mêmes ces épis , les broyoient 
}) et les mouloient Elles serroient cette mouture, et en 
» faisoient trois fois l'année, c'est-à-dire, aux Lupercales, 
» aux fêtes de Vesta, et aux Ides de septembre, ce que l'on 
» appeloit Mola, en y ajoutant du sel cuit et du sel dur ». 
On peut Yoir dans Festus la préparation de ce sel (b). 

Cela posé , je ne yois pas ce qui a pu engager le P. De la Rue 
à dire sur (c) Virgile, que Mola étoit une espèce de gâteau. 
Desfontaines traduit toujours de la pâte, et dans sa note 
sur le i53' vers du second livre de l'Enéide, il dit qu'on 
frottoit le front de la victime d'une pâte consacrée. Cette 
pâte , ajoute-t-il, s'appeloit Mola. H fait dire à Nieuport (d) 
la même chose dans la traduction qu'il a donnée des Cou- 
tumes et des Cérémonies observées chez les Romains. Le 
P. Sanadon {e) se trompe pareillement , lorsqu'il dit que 
Mola signifie une espèce de gâteau d'orge assaisonné de 
sel qu'on émioit sur le front de la victime. Ces Auteurs 
auroient bien dû nous apporter quelqu'autorité pour prou- 
ver ce sentiment Comment auroient-ils expliqué ces vers 
d'Horace (/) ? 

Immanîs aram s! tetigît manas, 
STon sumptaosa blandior hostia 
Mollivit arersos Pénates 
Farre pio et salîente mica. 

(a) Senrias ad Virgilii Bclog. Tiii, rert. 8a. 

{b) Festiia> toc. Muriez, pag. 253 et 254. 

(c) P. De la Rue , sur le vers 82 de la Luîtième Eclogae. 

{d) Nieaport , Explication abrégée desCoatumeaet Cérémonies 
•bserTées ches les Romains , pag. 223 et 224. 

(e) Sanadon. Voyez ^k note sur les Satires d'Horace, lir« u, 
sot. III , vers. 199. 

(/) Uorat. Od. lib. m, Od. xxxii, Ters. 17. 



C L I O. L I V R E I. 459 

El ceux-ci d*Ovide (o) : 

Antè , Deof homini quod concilîare valeret 
Far erat» et puri lacida mica salis. 

Cet endroit ne mrfritoit guère d'être explique ; j'ai cru 
cependant devoir le faire j de crainte que les jeunes gens, 
éblouis par la sorte de célëbritë de ces traducteurs, ne se 
laissassent induire en erreur. 

(383) 5* CLX. Etqu*on excluoit des temples. On voit pfur 
cet exemple que les Païens avoient souvent des idëes assez 
justes de la divinité , puisqu'ils pensoîent que les offrandes 
des impies ne pouvoient être agréables à Dieu. Saint Basile 
dit très-bien dans son Homélie {b) sur l'Aumône, qu'il est 
écrit au sujet des hommes injustes qui présentent à Dieu des 
ofirandes, fruit de leurs injustices; le sacrifice des impies e£t 
une abomination devant le Seigneur. Proverb. cbap. xv, v. o. 

n y a dans le grec : mxttz*!^ t> ^^' Trti/jmf \fSf rm ff-«/7« 
U rtisy &c. Je souhaiterois trouver un exemple où «vi- 
X^^»i se prît passivement en ce sens.' En attendant, je 
crois qu'il faut lire §tirifyî']i ri rSfy &c. ioniquement. Car 
suivant la remarque de George, Archevêque de Corinthe, 
les Ioniens retranchent Tiota en beaucoup de mots. Ils 
écrivent ^i{# au lieu de ^ti{« , et nous avons vu au com- 
mencement de ce livre iw^ûft'nç mxûJ'iitç n^t pour «ff-#/W(ir« 
On trouve '£$tpy#/t«cf passivement, liv. vu ,5. xcvi, et au 
commencement du paragraphe cxxxix. Mais ipyto-B-etiest 
au moyen ^ liv. iv, §, clxiv, et doit se rendre par s'abs- 
tenir , comme Ta très-bien vu M. Valckenaer dans sa note 
sur cet endroit 

Je crois qu'il faut rendre aussi ce verbe à Xénophon , 
et lire h fin au lieu de «f $n dans ce passage de la Cjrro- 
pédie (c) : « w#i , iv A**'?^ '•"•f* «V**' > ^fS^«9 rtjç «•*»/ îfti 

(a) Ovid. Fastor. lib. 1 , vers. SSy. 

{h S. Basilii Orat. rv, pag. 75. 

(r) Xenoph. Cjrip^d. lib. i^cap. m, $. xii, pag. 2.5. 

Mmm 2 



\ 

46d HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

iiTû^u r»i #v 2«»«f mf%H i forte legendum S fin. a Mon Sis, 
n si TOUS restez auprès de moi , premièrement Sacas ne 
» Yons interdira pas l'entrëe de mon appartement ». 

(384) §. CLXiii. JDe la mer Adriatique, Il y a dans le grec : 
rir A^fifif ioniquement pour rir A^p/«f , dont le nomi- 
natif est # Ai^Uç et le g(*nitif ru A J^pi¥, et ne peut signi- 
fier que la mer Adriatique (a). K«i (6) «ît^îtiV^^*^ «f ^«^ 
A^fUf dX««^« ^u«7f r«A4(vr«if , a et ayant envoyé dans la 
» mer Adriatique un yaisseau de charge y dont la cargaison 
» ëtoit de deux talens ». A^fU w«>uç^ t^ ^mf iurtir xo^ijrtç 
A^piWf , « Adrias , ville près de laquelle est le golfe Adria- 
» tique ». Stephan, Byzant, de Urbibus, voc, Ai^fU, Adria 
au masculin , désigne en latin la mer Adriatique ; l'Auteur 
de l'Index latin d'Hérodote s'y est trompé. 

Le savant (c) M. Mazochi prétend que dans ce passage 
d'Hérodote rir a'^/jj» doit s'entendre de la côte de la mer 
Adriatique. La raison qu'en donne ce savant , c'est qu'Hé- 
rodote aytmt parlé de la Tyrrhénie et de l'Ibérie , qui sont 
deux pays considéri^>les j et de la ville de Tartessus , il 
est plus naturel d'imaginer que r«f a'^/jjf est aussi nn 
pays , c'est-à-dire , la côte de la mer Adriatique, que le 
nom d'une mer. Cette raison ne me paroît pas concluante. 
La mer Adriatique n'étant pas alors connue des Grecs, 
Hérodote remarque que ce furent les Phocéens qui eu 
firent les premiers ]a découverte. 

(385) J. CLXiii. De vaisseaux à cinquante rames. Ces 
vaisseaux étoient longs. Hérodote le fait remarquer, parce 
que de son temps les vaisseaux longs étoient des vaisseaux 
de guerre , et les ix^nds , des vaisseaux marchands. Les 
vaisseaux longs n'étoient pas destinés à la guerre du temps 

(a) Strab. lib. vix , pag. 488 , A , où l'on trouva en quelque» 
lignes ô A/fi«tc> tv Alfiu et aov Alfitif, 

{h) Lysias contrà Diogitonem , pag. 211 , lin. ai. 

(r) Mazochi Ccmmeiitaxia in Tabul. Heracl. pag. 90, not. 07. 



C L I O. L I r R E I. 46l 

de Lipams , qui s'en senrit (a) pour passer d'Italie dans 
Tîle de Lipanu Ib ne Fétoient pas encore lors du voyage 
des Argonautes en G>lchide, qui en firent usage pour la 
première fois, si l'on en croit Fhilostëphanus ; mais, il 
parott par le témoignage de Diodore de Sicile , qu'il y avoit 
là-dessus d'autres senti mens. Longâ nat^e (b) Jasonempri- 
mum navigassB PhilostepJianua auctor est. L'expédition 
des Argonautes ne se fit que dans la Tue du commerce» 
M. l'Abbé Banier (c) prétend que ce vaisseau étoit un 
vaisseau de guerre y et par conséquent , que l'expédition 
des Argonautes n'étoit point une entreprise de Marchands. 
Il prouve très-bien par l'autorité d'Ulpien et du Scholiaste 
d' Aristopbanes ^ que les vaisseaux longs étoient destinés 
à la guerre ; mais ces Auteurs parloient de ce qui se pratiquoit 
de leur temps ^ et non de ce qui avoit été en usage dans les 
temps anciens. Or il est certain qu'on se servit encore de 
vaisseaux longs pour le commerce long -temps après cette 
expédition. Les voyages des Phocéens à Tartessus, &c. qui 
n'avoient pas d'autre objet que le commerce y ne se faisoient 
du temps de Crésus que sur des vaisseaux longs. Voyez 
ci-dessus y§. ii , note xi. 

(586) 5* ci«xiii. Arganthoniua, Ce Roi vécut lâo ans, 
dont il en régna 80. Pline {d) regarde cela comme un fait 
certain. Sed utadconfeesa trcmseamue^Arganthonium Ga- 
ditanum octoginta annia régnasse, indubitatum esL Par- 
tant quadragesimo cœpisse, Cicéron {e) est aussi de même 
sentiment. Mais Anacréon (/) et {g) Appien attribuent à 

(a) DIodor. Sicul. lib. t, $. Yiii tom. i, pag. 336. 

{h) Flin. Histor. Natur. lib. Tii , cap. lyx , tom. i , pag. 417 , 
lin. 16. 

(c) Mémoires de l'Acad. des Belles-Lettres, tom. iz, Mém. pag. 69. 

{d) Flin. Hist. Natur. lib. yii, cap. xlviii, tom. i, pag. éod, 
lin. 7. 

(e) Cato Major, sîve de Senectute , cap. xix. 

(/) Anacreont. Od. pag 269 et 24o. • 

{^) Appian. de Bebus Uispanicis, lib. vi ^ $. LZiin 



4/^3 HISTOIRE D*HÊRODOTE. 

ce Prince i5o ant de règne ; ce qni choque toute 
blanoe. Foj€s]m note da P. Hardooin fur Fendrait de Plin« 
çi-dessos cité , celle de Jo». Bsmes sur Anacréon y et œlls 
de feu \L Weateling svœ œ piwge d'Hérodote. 

On pUoe communément la mort de œ Prince l'an 21 1 
de la fi»ndation de Romei parce qu'Hérodote acmble la 
joindre à la conquête de Flome par Harpage (a). Cependant 
il est dair, par le témoignage de cet Historien {b)y que 
Tingt ant arant la prise de Phocée, les Phocéens ayoient 
fondé la ville d'Alalie, dans Vile de Cyme ( Cône), et que 
ce fut dans cet intervalle que mourut Arganthonius. 

{3Sj) §. ci«xiii. Que Usjôrces de Qrésuê, &a D 7 a dans 
le grec : que le Mède eroisêoii toujoun en forcée, Cda peut 
s'entendre d^Hai^iage , de Masarès , ou même de Cjms , 
quoique ce Prince fût Perse. Car dans Hérodote, ces deux 
mots Perses et Mèdes signifient presque toujours la m^van 
chose. Pur exemple, Sperthiès (c) et Boulis parlant à Xerxès , 
l'appellent Roi des Mèdes, et ceux à qui cet Historien {d) 
a donné trois fois le nom de Perses , il les appelle Mèdea 
à la fin du même paragraphe. 

L'on ne peut cependant entendre cela de l'arrivée des 
Perses dans la Lydie, 1^. paroo qu'Hérodote dit que le 
Mède CFoissoit en forces. Or, il est certain que les forces 
de CjTUS ne s'accrurent pas depuis qu'il eut mis le pied 
en Lydie , et qu'il ne laissi^ qu'ime petite partie de ses 
troupes à Maiarès pour soumettre T Jonie. 

a^. Les Ioniens n'eurent proprement rien à craindre , 
tant que Sardes ne fut point prise. Or comment, depuis le 
peu de temps qui s'écoula entre la prise de cette ville et 1« 
siège de Phocée , les Phocéens auroient-ils pu aller à Tar- 
tessus, voyage qui devoit être très-long, dans un temps 

(a) Herodot. 11b. i , (. clxy. 
(&) Id. îbid. 

(r) Id. lib. VII, $. cxxzTi» 
(d) |d. lib. Y^ $. cix. 



CLIO. LIVRE I. 465 

sur-tout où la navigation ëtoit encore en son enfance, et 
où Ton n'osoit pas encore s'ëloigner des côtes ? comment , 
dis-je, auroient-ils pu aller à Tartessus, faire leur rapport 
à Argantbonius y en revenir avec une somme considérable, 
tirer des pierres des carrières, les tailler, en un mot, ëlever 
tranquillement leurs murs , sans en être empêches ni par 
Mazarès , ni par Harpage , qui dévoient cependant se trouver 
dans leur vobinage ? 

3"*. Cela ne peut s'accorder avec la mort du Roi de Tar- 
tessus. Hérodote raconte que les (a) Phocéens avoient fondé 
dans rile de Cjme (Corse) la viUe d'Alalie vingt ans 
avant la prise de Phocée, et qu'Arganthonius mourut dans 
cet intervalle. Il ne détermine point , il est vrai , l'année 
de la mort de ce Prince, mais on ne pourroit la fixer un an 
ou deux avant le siège de Phocée , sans être en droit de 
le taxer d'inexactitude. Il faut donc placer cette mort, 
au moins quatre on cinq ans avant la prise de Phocée. 

4*^. L'ambition de Crésus n'avoit pas dû moins effrayer 
les Ioniens que celle de Cyrus ne les alarma dans la suite, 
et il y a grande apparence qu'Arganthonius, qui aimoitles 
Phocéens , fut touché des malheurs dont ils étoient menacés, 
et que ce fut alors que ce Prince leur donna de l'argent pour 
mettre leur viUe hors d'insulte. 

n suit de-là qu'il faut lire rit Ao^lty et entendre Crésus, 
qui dans les commencemens de son règne se rendit redou- 
table aux Ioniens , et même en subjugua une partie , comme 
on Ta vu plus haut , §. xxvi , &c. 

C'est le sentiment de M. Wcsseling , et il parott par une 
note de M. Bellanger que ç'avoit été aussi celui de M. de la 
Barre. M. Bellanger étoit d'un avis contraire ^ mais ses rai- 
sons ne m'ont point paru assez solides. 

(388) 5. cLxiv. Abattre une tour de la ville. Il y a dans 
le grec, w^ofta^iSf^y qu'on inieTprhte propugnaculum , C€ 



(a) Uerodot. iib. 11, $. clxt, 



4G4 HISTOIRE D'H É R O D O T B. 

qui est bien gënëral. Suidas le rend au mot wffêMxSféf par 
iwmxi%ê0f y que les Lexiques traduisent, minœ, des crëneauz. 
Afais Hësycbius explique tx^xliç par le mot wify^Çy une 
foiir , et ^fêfutztmv^ également par v-vfftç /une tour. R 
paroi t que Jidius Pollux (a) regarde comme synonymes ces 
trois termes : wvpyûÇy ?ff-«A{ir et wffuiy^ètv. Voici le passage 
entier, le Lecteur en jugera. Tti^c^ç é^t fiifny titcXcçy irip/- 
KVM^ûfy irtfX«XçÇy itfpfimxmftç y ifrix%U9y ir»py«i> fitr^rtlzi'^y ^m 
fiir%xifymy fitrmwv^m. Les trois premiers termes étant cer- 
tainement synonymes, et les trois derm'crs Tétant pareille- 
ment , il s'ensuit que les trois du milieu le doivent être aussL 

(389) 5" CLXiv. Consacrer une maison. L'éloignenient 
des temps a rendu ce passage obscur. Des Commentateurs 
entendent par êtfm/nmy une chapelle, et M. Reiskeveut (6) 
qu'on ajoute r» MtB-fn après 1». Mais les Perses (c) ne ren- 
fermoient point la divinité entre des murailles. Peut-être , 
ajoute M. Wesseling, Harpage se contente-t-il qu'on con- 
sacre une seule maison, en signe d'assujétissement. 

Pour moi, je pense que le Roi ayant un palais dans 
toutes les grandes villes de sa* domination , la maison que 
demandoit Harpage étoit probablement destinée à le loger, 
en cas qu'il vînt à Phoçée, ou le Gouverneur qu'il y enver- 
roit à sa place. 

(390) 5. CLifiv. Ils nepouvoient souffrir, 8cc. Suidas [d) 
rapporte ceU avec quelque différence , quant à l'expression 
seulement*, mais sajos doute qu'il ci toit de mémoire. 

(391) 5« ci^v. Une masse de fer ardente. Cest la véri- 
table signification du mot ftii}9ç y comme on le voit dans 
Hésychius et Suidas. («) 'EçairMç wtft fti^fûfy étantes circà 

(a) Pollucis Onomastic. lib. i, cap. x, Segment, clxx, tom. i , 
pag. 110. 

{b) Voyea l'Hérodote dpJliIM.Wrsselinget Valckenaer, pag. 78, 
pote ^. 

(c) Herodot. lib. i , J. cxxxi. 

{d) Suidas, voc. nipiiyM«tJtTiof , tom. ht, pag. 87. 

(e) Cullimach. Uymn. in Diauam, yers. 4q. 

Jerrufn 



CLIO. LIVRE I. é4S5 

ferrumcandenê, De-làle terme de fêvi'fùxrvxHf , forger des 
maeses de fer ardent , dont se aert JSschjle (a) en parknt 
de Voicain. 

Ce mot signifia dans la suite une masse de pierre , et on 
le trouve souvent en ce sens dans Strabon. Cest aussi celui 
dans lequel l'a pris Horace , quoiqu'Hdrodote , qu'il avoit 
«n vue , eût ajoute l'ëpithète de nlifiêç à fUi}éç. 

{h) Sed juremus Sn haoc : simal îmîs iixa renarint 
Vadif levata , ne redire tit nefas. 

(592) §. CLXV. Et firent serment. Suidas rapporte ce ser« 
ment au mot ^mMMutf if m, 

(393) 5- CLXvi. I^ee unn et les autres. Les Tyrrhéniens 
et les Carthaginois équipèrent ensemble soixante vaisseaux^ 
comme il paroît par la phrase suivunte : les Phocéenê ayant 
aussi équipé de leur côté soixante vaisseaux» 

(394) 5- CLXVi. Ile remportèrent la victoire. Cette vic- 
toire ne peut être celle qu'ils remportèrent contre les Car-* 
thaginoisy et dont parlent (c) Thucydides et C^ Pausanias ; 
c^r dans celle dont il est question dans Hérodote, ils furent 
très-maltraités, et allèrent fonder la ville d'Hjèle; mais 
selon les deux Historiens que je viens de citer ^ ils fondèrent 
la ville de Marseille, après ^voir huttu sur mer les Cartha- 
ginois. Mais voyez la note 396. 

(396) Ç. cLXVi. Leur coûta cher. Il y a dans le grec : 
les Phocéens remportèrent une victoire Cadméiène. Cette 
expression {e) étoit passée en proverbe pour dire une vic- 
toire funeste au vainqueur. Platon se sert de wmfJl%U lUJ"- 
ftiU y éducation Cadméiène, pour une éducation funeste i 



mr^ 



(a) iCschyl. !■ Proiaetheo ▼înoCOy fera. 366. 
{b) Horat. Bpod. xvi , rert. a5. 

(c) Thucydid. lib. i , $. xiii , pag. i3. 

(d) Fausan. Fhocic. siye lib. x, cap. Tiiiy pag. 817. 

(e) Moschopol. irtfi 2;t*^* P^g* 112. Suidaa , aa mot K«/fti/« 

fiJtN. 

Tome t. - Nuu 



466 HISTOIRE D'HÉRODOTEk 
ceux qui ravoîent reçue, (a) Tlmi^m fitv êifï wmif^î yi^êu 
KMlftué * vîÎMif «(f mdférttétf WûXkÊÙ ^k r»f^Mf ^iyêjMtri rt i^ 
fr^rra^. (( Une bonne éducation n'a jamais été funeste à per- 
» sonne, au lien qu'il j abeanooopdeyictoiiés quiont été 
i> et qui êeront fimettesàbîen dca nations ». ^ofn Hésy- 
chius au mot K#y^«i, et Suidas, à ICc/JkuW 9U11 , et à Xm^- 
fêuMf uxtiK Ces deux Auteurs donnent plusieurs raisons de 
ce proverbe. On peut les consulter. Plutarque (b) dit que, 
par victoire Cadméiène, les Anciens n'en ont point entendu 
d'autre que celle des dexix frères Etéocles et Folynices, 
comme étant très-honteuse et très-pernicieuse. 

On peut aussi consulter Diodore de Sicile, lir. xi, Ç. xti, 
tome I, pag. 4i3 , et les Extraits du vingt-deuxième livre, 
tom. II, pag. 495. 

(5g6) 5- cLXvi. P^ers Rhégium, ÎI est bien étonnant 
qu'Hérodote ait passé sous silence la fondation de la ville de 
Marseille. Eusèbe dit que les Phocéens la fimdèrent la troi* 
sième année (fr) de la quarante^^nquième olympiade. Sohn 
)>lace cette époque la première année de cette olympiade : 
Ligurum {d) ora , in quà Pkoeenses qnondamfugaH Per- 
^carum adtfêntu MasêiHam urhem ofympiade quadragê'' 
simà quintà àôncUderunt. H se trompe cependant en nom- 
mant ces peuples Phocênseê; mais cette erreur lui est corn- 
mtme avec beaucoup d'autres Auteurs latins, qui confondent 
les Phocéens avec les habitans de la Pfaocide. Il se trompe 
encore lorsqu'il dit que ce fut dans le temps que les Perses 
vinrent en lonie. La quaranteM^iiiqmèiiie olympiade est de 
beaucoup «ntérieui« au règne de Cyms. J« suis persuadé 
qu'elle fut fondée la première année de la quarante-cin- 
quième o lympiad e, qui répond à l'an 4>i i4 de la période 
julienne, six cents «na avant notre ère , et qu'elle fut 

(a) PUto de Legibus , lib. i » tom. 11 , p«g. 6ii , C. 
{b) PluUrch. de Fratemo Amore, pag. 488, A. 
(c) Eusebiî Chrome, lib. po&terior* pag. 124. 
{d) Solinî Folyhiftor. cap. 11, pag. la^ B. 



CLIO« LIVRA I. 467 

agrandie par ks mèmea Phocéens , la seconde année de U 
soixante-unième djmpîade4'ftii4y 1 79delapériode jnUenne, 
cinq cent trente^cin^ ans avant noti« èra VoymL mon ESuai 
de Chronoiogiei dbap. acr. Mot m, %. iv, Vi^. ui, pag. 437. 
Aristote fait (a) mention danâ sa République des Mai^seil- 
lois, de qnalqnes partioukrités qu'on ne sera peat--ètre pas 
£khë de Toir. 

« Des Commerçans de Phooée^ ville Xoniène, fondèrent 
» Marseille. EaxénMS de Fhoc^e^tcnt bâte de Nanns , Roi 
» du pays. Ce Prince se dispoawt à marier «a £lk> invita 
» au festin Eux^ims qui venoit 4'Amy^r. ]>s noms se fai-^ 
M soient de cette manière : il étiHt d'uMigio que U peraotuie à 
)i marier entrât après le r«fiM > et qu'elle présentât â eeloi 
» de ses amans qu'elle aimoit le mieux > la ooupe pleine 
)> de vin , et que celui à qui eUe k présentoit devint son. 
M époux. Cette jeune pervoime, qui s'appeloit F^tta y pré* 
» sentalacmpeàSuxi(nusy soit perliAsajfd» sait tKHKT toute 
M autre raison. Euxénus l'ayadt épcxuséeavee la permifsion 
» du pèie, changea aon nom en celui d'AristoxiSaA< Q en emt 
» un fils, qn'il iqppeU Frotis, de q«i desoenâ TiUuatre 
» famiUe des Protiades »» Son beau^[>èore loi «tonna un Iku 
pour y bâtir v^ v^le. On trouve U mtaM» diPie d4ns 
Justin {h)f â qpdiiiie l^èœ diAtc^neeprèa» «t oeiC AutMir 
place la fondation de cette ville sous le règne de Tacquin 
Tancieu. Cette fond^^ifl^ ét«,nt 4e Vm tSop «vwt notre ère , 
tombe sur k quatorzième année du règn^ de ce Pmoe. 

Les Grées appdoientMfrieille fm leur Imgq^ MiMvvoAf. 
Ce nom lui venoit, an rapport de l'OistpH^n TSmée (e), 
de ce que le pilote ayant jeté lui cable kvn péobeur qui étoit 
surlaçôte^luiçrisu; A^itr^gL^uy» aiùÂcàet(\fi càhlfijpénhAttr^ 
Cette é^mologiç n'appartient potni , oomme «m le Toit, à 

M. Carri , ainsi que le pensoit M. Onys dans aes Lettres sur 

— Il I ■ . ■ I II — — ii^ 

(a) Athen. Delpnosoph. lîii, ±111 , e«p* v, pag. 676, A. 
(&) Justin. Jib. xliii , cap. m , tom. ir, pag. 713. 
(c) Stephan. Bysantln. toc. MArr^x/ct. 

Nnn^a 



468 HISTOIRE D'HERODOTE, 

la Grèce, tom. i, pag. 4oo ; et quoiqu'elle soit de Timée, 
je ne la trouve pas pour cela mieux fondëe , et je crois plus 
certaine ceUe de M.' de Saint-Simon-Sandricourt^ Evêque 
d'Agde. Cet illustre Prëlat, devenu, depuis notre première 
édition , victime de la Tyrannie, prétendoit avec raison , 
que ce nom venoit (a) du mot celtique mas, qui signifie 
demeure, habitation , et des SaHens , peuples qui habitoicnt 
anciennement ce pays. Ce terme se trouve fréquemment en 
Bourgogne avec quelque légère différence. 

Lorsque les Phocéens voulurent se soustraire au joug des 
Perses , une (&) partie se rendit à Marseille , sous la conduite 
de Créontiadès ; mais en ayant été repoussés , ils allèrent fon- 
der la ville d'Elée. D'autres furent plus heureux. Les Pho- 
céens, dit Isocrates (c) , fuyant la domination du Grand Roi , 
abandonnèrent l'Asie , et allèrent demeurer à Marseille. 
Thucydides et (d) Fausanias placent aussi la fondation de 
Marseille dans le même temps. Il paroit donc certain qu'il y 
eut deux colonies de Phocéens en cet endroit*, la première 
fonda la ville, la seconde l'agrandit. Je crois cependant 
qu'Âgathias est le seul Auteur qui dise que les {e) Phocéens , 
chassés sous Darius, fils d'Hystaspes, fondèrent Marseille, 
qui, de ville Grecque, est, ajoute-t-il, actuellement Barbare. 
Que diroit cet Historien, s'il pouvoit revenir maintenant au 
monde? 

« (597) Ç. CLXVii. Ceux-' ci en eurent un becoicoup plus 
grand nombre." JLXnxêf se rapporte à Tv^r9f«i, ert M<7fAi»««v 
à K*»^;gv^w#i et à T»p#twi. Voyez la note de M. Wesseling. 

(3g8) 5* CLXvii. Bâtirent dans les, &c. H y a dans le 
grec : i«7^«f f7* «■• Aif y Jr , &a D faut entendre cela du terrein 



(a) Lettiei «ar la Grèce par M. Ouyt , tom. i , pag. iag. 
{b) Strab. lib. vi, pag. 588, A. 

(c) Isocrat. in Archidamo , tom. 11 , pag. 54. 

(d) Thacydid. lib. i, $. ziii, pag. i5} Pattianiat Phooic. aîff 
Ub. X, cm». TOI , pag. 817* 

(e) Agathiaa, lib. i, pag« 19 , D. 



CLIO. LIVRE I. 4^9 

propre à se bâtir une ville , dont ils fii'^ilt Tacquisition ; 
mais j'aimerois mieux lire f»riW/7# wixtf y ils m bâtirent 
une ville i d'autant plus qu'une ligne plus bas il J a, tt^iowt 

Une partie Ses Phocëens fonda dansl'iBnotrie^ appelée 
depuis Lucanie y la ville d'Hyèle , que les Latins nommë- 
l'ent Velia : (a) à Phocœà t^erd Asiaticus populua Har- 
pagi inclementiam vitana , Cyri Régie prœfecti, Italiam 
napigio petiit, Cujus pars in Lucanià Feliam; alia con^' 
didit in Fiennensi Massilicmu Les Phocéens j consacrèrent 
une chapelle ( Hcroon) au Héros Cymus. Peut-être la ville 
^toit-elle déjà fondée , et portoit-elle alors le nom de C3rmus* 
Les Phocéens la fondèrent de nouveau y et l'appelèrent 
H jèle y à cause des marais dont elle est environnée. Felia {b) 
^ autem dicta est à paludibua, quibus cingitur, quas-Grœci 
'ixn dicunt. Fuit ergd Helia ^ sed accepit digammon , et 
facta Felia , ut Henetue , Fenetus. 

(399)5* cLXvii. Au Héros Çyrnus. Cymus (c), fils d'Her- 
cules, donna son nom à l'île de Cyme. Il fut sans doute 
honoré conune un héros , et c'est probablement de lui dont 
"^ut parler Hérodote. Soit vanité^ soit paresse, les Grecs 
avoient recours à leurs fables toutes les fois qu'ils se trou- 
voient embarrassés sur l'origine d'un peuple. Diodore de 
- Sicile (d) fait mention d'un autre Cymus. Inachus l'envoya 
avec une ilotte considérable , pour chercher sa fille lo, et 
lui défendit de revenir sans elle. Ne l'ayant pu trouver , il 
s'établit dans la Chersonèse de Carie , et y bâtit une ville 
de son nom. 

Si tant est qu'Hérodote parle d'un de ces deux Cymus, 

(a) Ammian. HUrcellin. lîb. xr, cap. iz, pag. 75. 

(h) Senriua ad JBneîd. vi. 359. Voyez aussi la lettre de M. de 
Villoiton , au sujet du Digamma à M. de Saînt-Vincens , dans la 
seconde partie de PouTrage intitulé : Notice sur Jules-Fraoçois- 
Paul Fauris Saint-Vincens. A Aix , 1800 , in-4. 

(c) Senrins, ad Virgilii Eclog. ix, vers. 3o. 

{,d) Diodor. Slcul. lîb. y, $. lx, tom. i , pag. 379. 



470 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 
il est TTmbeinblable que c'est du premier. Il est bien ëton* 
nant que oe fiU dUercuks ait ëtë inemmu à tous les Poètes 
et à toa« les Hittoriens , et que le GrABunaôrien Servius soi t 
le seul qui en fasse mention* 

(4oo) 5* CI.XTIII. TiménioB de Ckuomènes, On lit dans 
tons les manuscrits et dans tontes les éditions d'Hérodote , 
Timéêitti;ye n*ai point bahneé cependant à mettre Timê^ 
•ioê , d'après Fantoritë de nntarqne , qui lit en deux en«* 
droits difiEérenSy Tiména», et d'après celle d'^fiBen. 

Timësias de Clasomènes (a) était nn homme de bien , 
^ui aToit gonremé sagement cette TÎUe. L'envie , qui a 
coutume de s'attacher anx gens de cette trempe , s'adiama 
contre Inî. Il en méprisa d'abord les traits ; mais enfin voici , 
dit- on , ee qui fat cause qu'il s'éloigna de sa patrie. Timésîas 
pessoit devant une école : les enîunB , que le maître venoit 
de congédier , jonoîent ensemble. H s'éleva une dispute entre 
deux de ces enfims, au sujet de la ligne du jeu. L'un dit en 
jurant : Que ne puis-je faire saut^ ainsi la cervelle de Ti- 
mésîas^ comme il est vrai que j'ai raison ? Ce mot lui ajrant 
fait oeHn p re nd i e la violence de l'envie , et à quel point il 
étoit haï de ses concitoyens y puisque non-seulement il étoit 
détesté des hommes faits , mais des enfans même , il s'exila 
voloi|tair«nent de sa patrie. 

FlnWqne , qui parle aussi des excellentes qualité de 
Timésias , remarque (h) qu'il devint odieux à aes conci- 
toyens , parce qu'il vouloit tout taire par lui - même , et 
qu'il ne sut combien il étoit haï que par une chose qui lui 
arriva. Il raconte ensuite ce traita qui est à -peu -près le 
même que celui qui est «apporté par il^en. Timésîas re- 
tourna chez lui , raccmta i «a femme os qui venoit de lui 
arriver , lui ocdonna d'emballer tous ses efibts ,■ et sortît 
tvec elle de la ville. 

(a) ^Hani Var. Hist. lîb. xii , cap, ix , pag. 73i et ySi, 
{h) ^lut»rch. Relpubl. ^erends Vtftctp. pag. bi2, A> 



C L 1 O. L I V tl E ï. 4;* 

n rassembla ensuite des gens de bonne Tolontë , et se 
tendit à Delphes (a) pour consulter l'Oracle , au sujet d'une 
colonie qu'il avoit dessein d'ëtablir. Le Diett lui r«^pondit : 
Tu mènes un essaim d'abeilles ^ que des guêpes suivront 
bientôt. 

jL'oracle fut rérifië. H fonda la ville d'Abd^res ; mais 
][)eu de temps après il fut chasse par les Hiraces, comme 
le dit Hérodote. On ignore le temps de cette fondation. Les 
Tëiens fondèrent certainement Abdères Tan 4,1 fZ de la pé- 
riode julienne y 54i ans ayant notre ère. Mais comme {b) 
Eusèbe dit qu'elle {ut fondée la seoonde année de la trente* 
unième olympiade, je suis persuadé que cet Auteur a eu 
en vue la fondation de Timësias. 

(4oi) 5* CLXX. Dont les ancêtres étoîent originaires de 
Phénicie, Voyez le commencement de la note 208. 

(4o2) 5* CLXX. Ils habitaient les îles, Thucydides dit 
au contraire , que Mi nos chassa les Oariens des Cyclades , 
et qu'il donna à ses enfans le gouvernement de ces lies. Si 
le récit de Thucydides est véritable , il faut , d'après les 
Marbres d' Arondel , placer cette conquête de Minos envi- 
ron (c) cent ans avant le siège de Troie. Mais plusieurs 
raisons semDlent faire pencher ia balance en faveur d'Hé- 
rodote. 1^. n étoit d'Halicamasse , ville de Carie , et dès- 
lors plus à portée que Thucydides, de stnstruire 4 fond des 
antiquités de cette nation, a^. H dit lui-même qu'il a porté 
ses recherches sur les plus anciennes traditions des Cariens , 
aussi loin qu'il lui a été possible. 3^. Ce n^est pas dans ce 
seul point que Thucydides , jaloux d'Hérodote jusqu'à ré- 
pandre des larmes , affecte de k contredire. 4®. Pausanias 
insinue que les Cariens traitèrent, avec Minos d'égal à égal > 



—•mt 



(a) Plutarch. de Amicor. MuUitudine , pag. 916 , B. 

(b) Euseb. Chronic. Can. pag. 157. 

(c) Minos est beaucoup plus ancien. Voyez mon Basai snr la 
Chronologie d'Hérodote ^ chap. xiz. 



Aj^ HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

ce qui doit faire donner la prëfërence à la narration d'Hé* 
rodote. 

<( Ce que raconte Hérodote des Guriens et de leur ori-^ 
» gine y dit M. De la Barre, Strabon convient, Ht. xit, 
M pag. 661 (a), que c'étoit l'opinion commune. Cependant 
» il avoit obseryë , Ht. xui, pag. 61 1 {b) , que ce sentiment 
» ëtoit contraire à celui d'Hopière , qui a distingue les Ca- 
D riens des Lël^es , dans le septième Hvre de Tlliade. Ce 
» Géographe dit ensuite que les Lëlèges ëtoient bornés d'un 
)) côté par les Siqets d'Enée*, de l'autre , par ceux que Iç 
» PoèteappelleCiHciens^quioccupoient le territoire d'Adra* 
» n^yttiuni, d'Atamée, de Pitane, jusqu'à l'embouchure 
I) du Caïque > et que les Lélèges qui purent échapper à U 
)> fureur d'Achilles , lorsqu'il ravagea leur pays, en sortirent 
» pour s'établir dans cette partie de la Carie, où l'on a bâti 
i> depuis la ville d'HaHcamasse. Il dit çncore qu'ils bâtirent 
» la Tille de Pédases, et qu'ils dcTinrent si puissans, qu'ils 
» se rendirent maîtres d'une grande partie de la Carie et de 
)) la Pisidie. Il me semble qu'après cela Strabon étoit obligé 
I) de reconnoitre que les Cariens aToient raison de ne pas 
» Touloir qu'on les confondît avec les Lélèges , quoiqu'ils 
» n'en eussent peut-être pas autant de nier qu'ils aToient 
)) demeuré anciennement dans les îles d'où Minos les aToit 
» fait passer dans la terre ferme. Quoi qu'il en soit, Strabon 
^ prouve au premier endroit que j'ai cité , que les Carieps 
» ont effectivement inventé ce qu'Hérodote assure dans 09 
ïf paragraphe qu'ils ont inventé ». -n 

Tout cela peut, à ce qu'il me semble, se conciHer. Minos 
fut le maître de toutes les CJyclades ; mais il ne chassa les 
Cariens que de ceUes de ces îles où il envojra des colonies, 
comme le dit Thucydides (c) , et les laissa sans doute dan^ 

(a) Ola rerient à la page 976 de Tédîtion d'Amsterdam , 1797. 
{b) Strab. pag. 909 , édition. AmUelod. 
(c) Thucydid. lib. i , $• it | pa^. 5. 

lea 



C I. I O. LIVRE I. 4/3 

les autres , à condition qu'ils le reconnoîtroient pour leur 
Souverain^ et qu'ils lui foumiroient des gens de mer^ 
comme l'assure Hërodote. 

Quant à la iremarque de M. De la Barre , elle n'est pas 
tout-À-fait juste. Les Cariens ëtoient un peuple particulier ; 
mais les Lëlèges n'ëtoient que des gens rassembles de diffé- 
rentes nations. Ils ëtoient sans doute en grand nombre dans 
les iles occupées par les Cariens. De-là vient le nom qu'on 
donnoit A ces Cariens insulaires. Les^ Cariens du continent 
furent d'abord très-distingués des Lëlèges , et Strabon, dans 
le passage ci-dessus rapporté par M. De la Barre ^ dit tout 
de suite : « Les Cariens (a) insulaires étant passés sur le 
)> continent ^ s'emparèrent d'une grande partie de la côto 
3> et du milieu des terres qu'ils enlcTèrent aux anciens pos- 
1 » sesseurs -, ceux-ci ëtoient pour la plupart des Lëlèges et 

t » des Cëlasges ». Ainsi pes Lëlèges n'ëtoient pas les mémea 

I que ceux des iles ; mais s'étant dans la suite incorporés avec 

les Cariens Tenus des iles, et qu'on appeloit eux-mêmes 
Lëlèges, on vint à les confondre au point que la Métropole 
de la Carie {b) s'appela la Tille des Lëlèges ] cependant le 
nom de Cariens prëTalut d^ns la suite. 

(4o3} §. CLXXi. Des panaches sur les casques. Cela est 
aussi confirmé par ce fragment (e) d'Alcëe : 

<( Agitant le panache Carien ». 

a Les Perses , dit (d) flutarque y appellent les Cariens 
» des Coqs , à cause des panaches dont ils ornent leurs 
» casques ». 

Cette aigrette ou panache donna lieu à un Oracle I^gyp^ 

(a) Strab. lib. xiy, pag. 976 , A, B. 

(b) Btistatb. in Homerum, Iliad. K, pag. 8i6| lin. Sa* 

(c) Strab. lib. xit , pag. 976 , 9« 

(d) Plutarcb. in Artaxerxe , pag. loïC, B. 
Tome L Oot) 



474 HISTOIHB D'H IS R O D O T B. 

tien de dëdgner les Cariens sous le nom de Coqs. Voye^ 

liy. II y 5* c^^if 1^^ ^^* 

(404) 5* CLXXI. {7ntf anse de cuir. B paioit cependant 
par Homère (a) qne du tenqw de la guerre de Troie^ le 
bonclier ayoit denx anses de bois> l'une, à travers laquelle 
on passoit le bras , l'autre, qu'on tenoit à la iMtin, afin de 
le gouTemer &cilement II y a grande apparence qu'on leur 
substitua depuis les courroies ou baudriers de cuir dont 
parle Hérodote. L'anse {h) de euir n'ëtoit point encore con- 
nue y et ce furent les Cariens qui l'inTcntèrent Bile s'appe» 
loit i;c^ff ou wiffTitl, Ânacréon Fappelle K^fuetif yU iTontéK 

(c) Ati ft9jt Kmfmêîfyiêç ^xiftê ' 

«c Allons, passez le bras dans Tanse du bouclier, ouvrage 
D des Cariens »• 

Une partie de ce vers citée par Eustathe (locolaudato)^ 
le Seholiaste d'Homère , celui de Venise, et l'Etymologique 
manuscrit de la Bibliothèque du Roi, au mot ««fJv^ m'ont 
aeryi à corriger Strabon, où on lisoît auparavant ^ii /f S^i 

XMfmêP îvifyMf 6X^949» 

Sophodes n'a donc point observé le costume, lorsqu'il 
a donne au bouclier d'Âjax une anse de coir {d). 

(405) 5* cucxi. Les Doriens, &c. Toutes les éditions pré- 
cédentes, sans en excepter celle de Gronovius, sont mal 
ponctuées ; ce qui a donné occasion à un contre-sens. Portns 
a bien expliqué ce passage dans son Lexique Ionien, au 
mot Elmfmw^nn^, et M. Geinos (e) après lui. M. Wesseling 

(a) Homer, Iliad. 11b. viii , rers. 193. 

(h) EotUth. Comment, ad Homer. Iliad. lib. vin , pag. 707 , 

(c) Strab. lib. xir, pag. 976, B. 

(d) Ajaz Mastîgopfaor. vers. 676. 

(e) Mémoires de l'Académie des Inscriptions »tom. ZTiii, Hist. 
fsg. i3o,&c. 



C L I O. L I V B. E I. 475 

n^a pas maJtqvfS ^ rectifier cette ponctoaliou. Le maniu- 
crit ^ de k BiUiodièqiie da Rot ert Imi fmsdué. 

(406) §. cucxx. Ile n*œU Jameds porté d'anirm nom. 
Ces peuples ne se donneieiit probaUenent que le nom 
de Garions ; mais ^e» étrangers les appeloient sans doute 
Lëlè^ , parce q«e dss gens de tovles jMtîons s^ânmit 
incorpores avùc esx. 

(407) 5* cucxi. Jupiier Carien. EHen (0) oofnfond le 
temple de Tnpiter Carien avec celui de Jupiter âtratâns 
( Guerrier )• « Oe iem^, dh<41) est à soixante-dix stades 
» de la Tille dos Mylasse». Une ésfét est sniprndiin à la 
» statue de ce Dieu, et on l'honore sous le nom de Carien 
N et de StratinsD» HcSrodieto{&) arat bmi distivgaé ces 
deux temples 1 ai «près lot âtnbon* « Iisfc rsu d n « dit ce 
n dernier (c) , est nae houi^gade aur une montagne, près 
» de Tendioit le plus iHevé en alhat d' Alabandes k Mj- 
» lases f loin de cette dernière Tille. Il y a en ce lieu un 
» tem^andBn|etnnejUtnedeTi]{»terâtatins(€kifl03er). 
» Uestliomwé par les peuples des eawsansy et les hahitans 
n de Mjlases. D y a environ .soixante^lmit stades .de-lài^ 
» la ville. •..•]> troisième teniple est celai de Jupiter 
)> Carien. Il est mmmnn à ions Iëb Cariww; les L^cdiens 
» et les Mysiens étant leum firèoes , y jont farriHnment 
» admis w. 

(408) S* cLxxii. Ihute lafsunmsê Caunièfie, I) y a dans 
le grec : iurm^r taiwiêi iC^f. M. BeUaggcr a iradnii cela ; 
Tous lee Caunisns , dspuiê les plu» paums ju9§u*aus 
plus agis. Du Ryer a donne le même senSj et Gronovius^ 

Caunii omnis œtaHs. Mais Suidas rend (</j Hnfm par ces 
mots :r»v ^m9^ i^^mlm, ce (ui ne vent pas dira : mime des 



(a) ^lian. de Nttarâ Animal, lîb. m » eap. xxk > tmn. n 
pag. 695. 

(b) Herodot. lib. i > $. clxxi ; lîb. y , $. cxix. 

(c) Strab. lîb. xiy, pag. 973 , C \ 974 , A« 
{d) Suidas I toc. 'HCh/o?* 

OOO B 



476 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 

gemë de-ïoui âge ;m^ avec toute la Jeuneêse , apec tou» 
ceux qui ont atteint Vàge de puberté. Car le même Suidas (a) 
expliquant likinU r$r «-•AMv^dit : •# ff «Aocut» •# nu, Avfê^ 
f^éÇ {b) ymf i v«7f p i j^f 71 p«r ir r» Xâi^êfmç y ïwr it^mç 9 

•9r iwiiin Tf f f 4i»7* i^ummç ê^^tç 91 <( Vous outrages 

31 mon père Atromète , tous qui ne l'ayez ni connu ^ ni 
31 TU comme il ëtoit dans sa jeunesse )>. De-là irAuKui se prend 
pour la Tirginit^ A'fif (c) iç rm wêXflSf îwfitf 1^9 imv^¥ 
B-wytt^i^ ^ii^4ip^î»9f y «^ Tiff iXt»{M9 iv ttmkih ^tm^w^^Êumv 

ftizf y«¥** " Un citoyen trourant sa fille corrompue y 

m et qu'elle n'aToit pas oonsenrë sa Tirginité jusqu'à ses 
11 noces V. 

Fai traduit d'après ces autorité , toute lajeunêête Caw- 
Tttène, n ne me paroît pas Traisemblable que des Tieil- 
lards aient été d'une expédition qui deToit être fintigante. 

Ce mot aToit été bien rendu par M. Bellanger^ Ut. ti , 

5. XXI. 

(409) 5- CLXxiii. Dee Barbaree. Dans les temps les 
plus recules , llle de Crète ëtoit habitée par des Barbares. 
Hërodot. Ut. i,§. clxxiii. Ces anciens babitans sont ap- 
pelés Etéocrètes {et) ( Téritables Cretois ). On croit qu'ils 
étoient Autochtones^ c'est-à-dire , originaires de Hic. 
Leur Roi s'appeloit Grès (e). Après plusieurs génci'ationsy 
les Pélasges occupèrent (/*) une partie de l'île. La troi- 
sième nation étoit des Doriens, qui la plupart Tinrent 
des pays Toisins du mont Olympe , sous la conduite de 
Tectamus , fils de Doms , et des Achéens de la Laoonie. 

(a) Suidas , toc *Hxi»f a <ri c 4rtxtair. 

(b) JEtchin. ^tfi IlAf «^f i rCti^c > pig. 58 , lia. 16 ^ ez edit. 
Stephsn. 

(c) Id. contra Timarchiun , ptg. 26 y lin. 6 , ex eâdem edit. 

(d) Diodon Slcol. lib. r, $. lxiTi tom. i, pag. 36i> et $. lxzx^ 
pag. 595. 

(e) Id. îbid. pag. 58i. 
if) là. Ma. pag. 595. 



CLIO. LIVRE I. 4;^ 

Ce Tectamus devint (a) Roi de l'île. Ayant époiu^ la fille 
à% Crëthëe , il en eut Astërius. Pendant que cet Astërius 
ëtoit Roi de Crète, Jupiter enleva/ dit-on , Europe de 
Fhënicie , et en eut Minos , Rhadamanthys et Sarpëdon. 
Astërius ëpousa Europe , mais n'en ayant point eu d'enfans y 
il adopta les fils de Jupiter, et leur laissa son royaume. 
Minos fut père de Lycastus , et celui-ci de Minos second , 
lequel ayant ëquipë une flotte, se rendit maître de la mer. 
nëpousa Fasiphaë, et en eut Androgëe, Ariadne, etc. En 
quatrième lieu , il passa en Crète un mëlange de nations (b) 
Barbares , qui , avec le temps , apprirent la langue des Grecs 
qu'ils y avoient trouves ëtablis ; enfin , après (c) le retour des 
Hëraclides, les Argiens et les LaSëdëmoniens y envoyèrent 
des colonies. Voyez Hërodote ci-dessous, liv. vii,5*cï-xïx, 

CLXX , CLXXI. 

Cette note est de M. Bellanger \ mais je l'ai corrigëe^ 
et j'y ai ajoute les citations. 

(4io)5. CLxxiii. De leurs mères. Cela est encore appuyë 
par {d) Nicolas de Damas. Les Xanthiens avoient un usage 
pareil , dont Nympbis rapporte l'origine (e) au quatrième 
livre de son Histoire d'Hcraclëe. Un sanglier faisoit de 
grands ravages dans leur pays; Bellërophon le tua, mais 
les Xanthiens ne lui en tëmoignèrent aucune rcconnois- 
sance. Ce prince les maudit , et obtint de Neptune qu'il 
sortiroit de leur terre im sel qui en gâteroit les finiits. Cela 
dura jusqu'à ce que ce Prince s'ëtant laisse vaincre par les 
prières des femmes, supplia Neptune de cesser sa colère; 
de-là vient la loi des Xanthiens de ne s'appeler que du nom 
de leurs mères. 

Cette raison, empruntëe de la Mythologie , est peu propre 

(a) Diodor. Sicul. lib. iv, $. lx, tom. i , pag. 3o4. 

(b) Id. lib. y , $. lxxx , tom. i , pag. 3fj6. 

(c) Id. ibid. 

{d) Ezcerpta ex Nicolao Damasceno , pag. 617. 

(tf) Flatarch. de Virtutibus Mulicram , pag. 2i9, C, D. 



478 HISTOIRE D' HÉRODOTE, 
à persoadei* let penonjias raiaoïiiiables. T'aime mieux croire 
qxie eee peaples n'étant jMt eacom cÎTiHiësi les femmes 
«pperteMsnt à ostid 9m s'en ssisîssoit k premier. Passant 
entre les kras it qmiooiaqae avoit la finroe de les ^erer, 
on redresse de les sMnire > les enfiuis qsA prar^moietit de 
oes commeroesdér^^és, ne p onyo ie n t jamais sayoîr qncls 
ëtoient Itmn pères. Us ae oonnoîssoient ^«e kms mères, 
et c*est par œtle raison qu'ils en pot t oîent le nom» 

La XastUe ëtoit «n petit pays de la Lyôe. 8i cette 
ooatiuw oomaMgaça cIms les XuLtUena, les LycMs l'adop- 
terait sansdonts. Chei œs ponples, les héritages passtnent 
aox Elles y et les garçons en étoient exdns (a). 

(4i 1) ^ cLxxiT. f»a Byhtuêie. H j vnÂt aiçaravant 
dans le texte la ByhUêi^. tjooiqoe oetto leçon se tronre 
dans tons les manuscrits y et qne BjUis y qui paroonmt 
ce pays (h) , suivant Oride, puisse très-bien lui aTOÎr donné 
son nom y je n'ai point balancé cqiaidant à substituer 
dans ma traduction la Byliassie, fondé snr une conjecture 
de Vos8ius(e), adoptée par Groneyiuset&u M. Wesseling, 
et oonfirmée(€Q par Dîodorede Sicile et Pline («) le Natu- 
raliste. Les Tsrs sui^ans d'Oride n'ont pas peu contribué 
à me déterminer : 

{/) Byblidt non aliter latos nlnlasse per agros. 
Bidfotidet yidère nurns. 

n reste une autre difficulté bien plus considérable. II 
s'agit de fixer la position de la Bybassie. Ce pap étoit-il 
dans la péninsule, ou hoss de la péninsule ? Si l'on suit 
le Titiducteur latiii, il sera dans la péninsule, ou pour 

(a) Stob. pag. 193 , a5. Tai empnmté cette Station de K« Val* 
ikena er. 

(b) ÛTÎd. Metamorpk. lib. nr, Tera. 643. 

(c) Vossioa ad Pompon» Melam , lia. i , oaf». xn , pag. G57. 
{d) Dîodor. Sicul. lib- ▼, $• lzii , pag. 38o. 

(e) Flin. Hiator. Natnr. lib. t, cap. zxtiiI| ton. i, pag. 274* 
(/) Ovad. Metamorph. lib. ix, vert. 642* 






CLIO. LIVRE I. ijt^ 

parler plus juste, la Bybassie sera la pëninsule elle-même , 
dont la Cnidie sera une partie. Il faudra donc traduire : 
Z,a Cnidie commence à la péninsule de Byba^sie; ce qui 
me semble aussi ridicule que si Ton disoit que le Cotentin^ 
<ommenee à la Normandie. 

Ce sens ne me paroisiant pas soutenable y je fais la cons- 
truction de cette manière : rv^ B«C«mirf ifyfiifnf i« r$r 
X^f^^n^y ^ Bybassie commençant à la Chersonèee^ Dana 
ce cas la péninsule entière s'appellera Cnidie , et la Bybassie 
êem hors de la péninsule. Ce sens est, je pense, jdus juste, 
et c'est celui que j'ai suivL II me semble cependant qu'il 
seroit plus clair en mettant la préposition après ;^f «tvfry» 
ce qui fait un changement très-léger : ifyfiimt r^ç z^fw%virw 

Je sais que Vossins suppose dans w^ notes sur Pompo- 
nius Mâa, page 637, 4^^ ^ Bybassie est une pâoinsule, 
mais il ne l'a pas prouvé. M. Valokenaer paroît penser que 
la péninsule est la petite île dont parle Pausanias, liy. t, 
chap. xxiT , pag. 44o. Mais comment cette île , qui, au rap* 
port (a) de Strabon, n'aToit que sept stades de tour, pou- 
Toit-elle tenir au continent par un e^fiace de cinq stades* 
Remarquez que la yille elle-même étoit en partie dans 
rîle. D'ailleurs la superstition s'étant une ibis opposée à 
ce qu'on creusât l'isthme , la même cause deyoit l'empêcher 
dans la suite. Il est Traisemblable que l'isthme dont parle 
Hérodote j ne put être coupé , à cause que c'étoit un rocher. 
Avant l'invention de la poudre à canon, une entreprise 
de cette nature n'étoit guère praticable. 

Quoi qu'il en soit , je soumets mon sentiment à celui 
des personnes éclairées. 

(4 12) 5* cLxxiv. En dedans de P isthme. '£rr«r ^f wiUu. 
r^t iyiuTê. Ce passage paroît altéré à M. Toup. Il corrige (b) 

(a) Strab. lib. xit, pag. 969, B. 

(b) Epîstola Critica ad ceîeberr. tinml BpitcopQin Glocettr* 
pag 76 y Tel ex nuptrâ Bditione , tom. 11 , pag. 491 et «tq. 



48o HISTOIRE D^HÉRODOTB. 
tifif^Têç ^i wSri rfi iyiftTê, « Ce terrein ( qa'îls crcu-^ 
» soient ) ne c^doit point , ëtoit trop dur pour pouvoir être 
M creuse M. Cette correction seroit très-juste , s'il étoit im- 
possible de donner un sens raisonnable au texte. Mais il 
me semble que feu M. Wesseling Va, très-bien explique. 

(4i3) §. cuŒiv. Jupiter auroii fait une Ue de votre 
payé, La réponse de TOracIe me rappelle un trait d'his- 
toire qu'on ne sera pas filcbë de trouver ici. « Des {a) 
» Hollandois offirirent à Charles II, Roi d'Espagne^de rendre 
M à leurs frais le Tage navigable jusqu'à Lisbonne; pourvu 
» qu'on leur permît de lever pendant un certain nombre 
» d'annëes, quelques droits sur les marchandises qu'on j 
n embarqueroit : ils avoient intention de rendre le Man- 
» çanarez navigable depuis Madrid jusqu'à l'endroit où il 
» se jette dans le Tage. Le Conseil de Outille fit, après 
» une mûre délibération, cette réponse remarquable : S'il 
M eût plu à Dieu de rendre ces deux rivières navigables, 
» il n'auroit pas eu besoin, pour cet effet, du secours de 
» l'homme. Puisqu'il ne l'a point fait, il est clair qu'il n'a 
M pas jugé qu'il fût à propos de les rendre navigables. 
» Une telle entreprise paroîtroit violer les décrets de sa 
» providence, et vouloir corriger les imperfections qu'il a 
M laissées exprès dans ses ouvrages ». 

(4l4) 5- CLXXV. Une longue barbe pousse, Aristote {b) 
dit que les femmes n'ont point de barbe au menton , excepté 
quelques-unes à qui il en vient quelque peu , quand leurs 
règles cessent, et les Prêtresses de Carie , ce qui paroît un 
pronostic de l'avenir. 

(4i5) 5* CLXXV. Quiréaiêtent long-tempa, ûfrirxêf ;^f «mf. 
On sous-entend §«•#, et cela signifie diu, et non aliquan^ 
diu, (c) êi ymf Hvm U w>u9êê9 wêitêftifuç itmfttiwut 1%) ;cpév«F) 



■•r 



(a) Letters coocerning the Spanîsh Nation ; by the Revereqd 
Edward Clarke. London , 1763 , in-4. Letter xr , pag. 384*. 

(b) Arittot. Hitt. Anmal. lib. m , cap. xi , pag. 8o5, B. 

^r) Ar^îan. Hî^t. ladic. cap. x, ^. ui, pag. 679« 

0» 



C L I O. L 1 V R E I. 48i 

Tê» ri v/k7«f fyfiMt Têu î{ êùfMfêS, (( Car si elles eussent ëtë 
à construites en briques , elles n'auroi^it pu rësister long- 
» temps à la pluie ». 

(4 1 6) §, CLXXTi. j^pec tout ce qui était dedans. Le même 
désespoir (a) s'empara des Xanthiens , lorsque Brutus forma 
le siège de leur ville. En voulant mettre le feu aux machines 
des Romains^ un vent impëtaeux porta les flammes contre 
leurs murs , et le feu gagna les maisons voisines. Les Romains 
coururent l'ëteindre par ordre de Brutus ; mais les Xan- 
thiens, hommes, femmes, enfans, les esclaves comme les 
hommes libres , les repoussèrent, et portèrent eux-mêmes 
par- tout des roseaux, du bois, et tout ce qui pouvoit servir 
d'aliment à la flamme, lues hommes, les femmes përissoient 
les uns d'une manière, les autres d'une autre. Les petits 
enfans même se jetoient dans le feu ; d'autres se prëcipitoient 
du haut des murs, d'autres tendoient la gorge à leurs pères , 
et les prioient de les tuer. On vit même une femme , un 
petit enfant mort à son cou , une torche allumée à la 
main , mettre le feu à une maison, ftrutus , ëmu de com- 
passion , promit une récompense à ceux de ses soldats qui 
pouiToient sauver un Lycien. On dit qu'il y en eut cent 
cinquante qui ne refusèrent pas la vie qu'onleur accordoit. 

Suivant Appien (b) , les Xanthiens ayant été foroés après 
une vigoureuse défense, s'enfermèrent chez eux , égorgèrent 
leurs fepimes et leurs enfans , et ayant mis le feu à leurs 
maisons , ils se brûlèrent. Les esclaves n'imitèrent pas 
lexemple de leurs maîtres ; ils se ix)nservèi*ent, et Ton sauva 
aussi quelques femmes libres et cent cinquante hommea 
libres. Le même Appien remarque que les Xanthiens don- 
nèrent en trois occasions des preuves non équivoques qu'ils 
préf éroient la liberté à la vie. La première est celle que nous 
avons rapportée d'après Hérodote. La deuxième eut lieu 

(a) Plutarch. in Bruto , pag. 998, D, &c. 

{b) Appiaii. Histor. Bell. cir. lib. iv, pag. ioi4 et seq. 

TbmeL Ppp 



4j^3 HISTOIRB D'HERODOTE. 

sous Alexandre, fiU de Philippe^ et U troisième, lorsque 

Brotof les assiégem. 

(4 1 7) 5- cLXxnii. A sis vingU stadeê de long, Pline (a) 
donne à Babylone soixante milles de drconferenoe; mais 
il compte tonjonrs boit stades pour le mille romain^ sans 
s'inquiéter si FAntenr qu'A copie vent parler da grand , 
dn moyen ou du petit stade. Ici il ne fait que traduire 
Bérodote à la lettre, sans s'attacher à en rendre le sens. 

Diodore de Sicile, qui copie CtésiaS) suppose que (6) 
Babylone n'avoit que 36o stades de tour. Ce calcul paroit 
d'abord bien différent de celui d'Hérodote. M. D'An^lUe 
a essaye de rapprocher ces deux calculs , et de les (aire cadrer 
ensemble. Sa méthode est très- ingénieuse, comme tout ce 
qui part de cet habile Géographe. £n Toid le résultat (c). 
Le temple de Bélus avoit, dit-il, suivant Hérodote, huit 
stades de tour. Pietro Délia Valle a compté 1, i54 pas com- 
muns. M. D'Anville évalue le pas commun à :ii pouces. Sur 
ce principe , les i>i34 pas de circuit de ce temple , doivent 
s'évaluer à 33o toises 4 pieds, et si cette somme de toises 
représente les huit stades qu'Hérodote attribue au même 
drcuit, ce qu'il appelle stade se borne à 4i toises 2 pieds. 
Suivant cette évaluation, on aura 19,840 toises pour Ten- 
ceinte de Babyhme. Mais comme Diodore de Sicile ne donne 
souvent au stade que 54 toises 2 pieds , les 56o stades qu'a- 
voit selon lui Babylone, feront 19,660 toises; ce qui revient, 
à peu de chose près, au compte d'Hérodote. Babylone, 
quoiqu'immense, cesse alors de nous effirayer par sa gran- 
deur , et son enceinte se réduit à près de huit de nos lieues. 
M. Fréret suit une autre méthode (d) qui donne ÀBaby- 

(a) PUn. HIst. Natanl. lib. ti, cap. xm, tom. i, pag. 53i. 
{b) Diodor. Sical. lib. 11, $. vii , tom. i, pag. lao. 

(c) Voyes le Mémoire entier sur la position de Babylone. Mé- 
moires de l'Académie des Inscriptions , tom. xxriii ,Mém. pag. 346. 

(d) Mémoires de l'Académie des Inscriptions | tom. xxnr| Mém. 
pag. 622. 



C L I O. L I V 11 fi I. 483 

lone plus d'étendue que ne lui en assigne M. D'Anville. On 
pcul consulter son Mémoire. 

Suivant Strabon (a) ^ Babylone avoit 585 stades de cir- 
confcrence. L'épaisseur de ses murailles étoit de 32 pieds, 
leur hauteur de 5o coudées, et celle des tours de lo. Strabon 
avoit-il été à Babylone , ou bien avoit-il sur cette ville de 
bons Mémoires? c'est ce qu'on ignore, et par conséquent, 
on ne sait si son récit est plus exact que celui des autres 
Historiens. 

Ëustathe (6) suit à-peu-près Strabon , mais il place les 
tours au-dessus des portes , ce qui n'en feroit que loo. Le 
récit d'Hérodote en suppose un plus grand nombre, et 
Diodore de Sicile en compte (c) a5o. 

La coudée moyenne est probablement la même que celle' 
qui étoit en usage parmi les Grecs de l'Asie mineure, et 
qui devoit être la plus connue d'Hérodote. Celle de Samoa 
étoit égale à celle (c?) d'Egjrptc. M. D'Anville évalue la («) 
coudée d'£g3rpte à i pied 8 pouces 6 lignes j la coudée 
royale doit être par conséquent de i pied 9 pouces 10 lignes. 
Ainsi les murs de Babylone dévoient avoir environ 36o 
pieds de hauteur sur 90 d'épaisseur* 

n n'est pas inutile d'observer que presque tout ce que l'on 
peut dire sur les mesures des anciens est proUématique. 
J'ai préféré les calculs de M. D'Anville, sans cependant 
blâmer ceux de M. Gibert, qu'on peut voir dans les Mé- 
moires de l'Académie des Belles -Lettres, tome xxviii, 
page 212. 

(4 18) §. CLxxviii. Deux cents coudées en hauteur, I^s 
différens Ecrivains qui ont parlé des murs de cette ville 

(a) Strab. lib. xvt, pag. 1072 , B. 

{b) Eustath. sur le rers ioo5 de Denys le Férîégète , pag. j'jS , 
ligne dernière, col. 3v 

(c) Diodor. Sicul. lib. 11, $. tu, tom. 1, pag« lao. 
{d) Herodot. lib. 11 , $. clxviii. 
{e) D'Auville, Traité des Mesures itinéraires, pag. 16. 

Ppp 2 



4à4 histoire D'HÉRODOTE, 
ne pwoûseiit pas d'accord cntr^enx inr leur buileiir.'Htrro- 
dote , comme on Tient de le roir , kor matàpie 900 coudées 
de roi , Ctésias (a) 5oorgjiety quelques antres (6) Auteurs , 
ainsi que Strmbon (e) et Quinte-Ciiroe (d) 5o coudées , et 
Pline (e) , qui a été sniri par Solin {f)? ^oo pieds. 

Ces Auteurs aToient en rue Hérodote ,, et la diFérence 
quW remarque dans leurs récits ne Tient que d'une lecture 
peu attentive de cet Historien , comme il est aisé de s'en 
conTaincre. Mais aTant que de le prouTcr ^ présentons sous 
u même point de Tue ces mesures aTec leur éralnatic»! à 
côté en pieds grecs. Comme la coudée de roi aToit troia 
doigts de plus que la moyenne , les 300 coudées font 55/ 
pieds et 8 pouces ^ à 1 6 pouces ou doigts par pied. 

Hérodote. 300 coudées de roi . ZZj pieds 8 pouc 

CHésias. 5o oTgyics, 3oo 

Un Anonyme dans ^ 

Diodore de Sicile, v 5o coudées j5 

Quinte-Curce. . . . J 

FUne. aoo pieds 200 

Orose doo coudées 3oo 



Ctésias copie manifestement Hérodote. Giuquanteorgyiea 
font juste doo coudées. Seulement il n'a pas fait attention 
que notre Auteur parloit de coudées de roL 

n est clair que TAnon jme dont fait mentîoii Diodore 
de Sidlci aToit les yeux sur Ctésias, ainsi queStrabon et 

(a) Dtodor. 8îcal. lib. n , f. m , tom. i , pig. lao. 

{b) là. ibid. 

<c) Strab. lib. zn, pag. 1072, B. 

(d) Quint. Curt. lib. r, cap. i, $. xzri. Dans les dernières édi<^ 
tions on a substitué > sans y dtre autorisé par les manuscrits , cent 
tn la place ds cinquante , afin de rapprocher cet Auteur d'Hé- 
rodote. 

(s) Plin« Hist Katar, lib. ri | cap. xxri , tom. i , pag. 55i , 
lin. 18. 

(/) Solin. cap. lti, pag. 62 1 G. 



C L I O. L I V R E I. 485 

Quinte-Carce , mais qu'effirayés du nombre de cinquante 
orgyies , îU Font réduit à cinquante coudées. Le nombre 
de deux cents y employé par Pline , prouye qu'il n'aroit con- 
sulté que notre Historien ; mais des coudées il en a fait des 
pieds par inadvertance, ou peut-être faut-il attribuer cette 
faute à aes copistes. La preuve en est qu'il remarque que 
ces pieds sont plus grands de trois pouces que le pied romain. 
Or c'est précisément ce qu'avoit dit Hérodote de la coudée 
royale , et jamais il n'y a eu de pied qui ait eu trois pouces 
de plus que le romain. 

Orose (a) suit Hérodote; mais oubliant que notre His- 
torien parle de coudées royales qui ont trois pouces de plus 
que l'ordinaire', il se contente de deux cents coudées justes. 

Les 337 pieds 8 pouces d'Hérodote reviennent, selon 
l'évaluation de M. D'An ville, à 3ao pieds de roi , ou environ. 
Je suppose ici que notre Historien a eu en rue la coudée 
ordinaire en Grèce ; mais s'il a voulu parler de celle de 
Samos , comme cela est vraisemblable , le total sera plus 
fort. Foyez la note précédente. 

(419) ^. CLxxix. On se servit de bitume, L'aspbalte ou 
bitume tenoit lieu de chaux. Calcis (&) quoque usum 
prœbuit, (bitumeri) itaferruminatis Bahylonia mûrie, 

(420) ^. CLxxix. De trente couches en trente couches de 
briques, Ëustathe (c) y ajoute des pierres de taille de six 
coudées de long, sur trois de large. 

(42 1) §. CLxxix. Des tours, ^Oi»ir^ se prend dans un 
sens très-étendu , et signifie en général UTie habitation ; 
mais suivant les occasions, une maison, un temple , un 
lieu de prostitution , une prison , une tour , &c. Ce mot 
•st ici déterminé au dernier sens par les circonstances et 



(a) Oro8. Hiâtor. lib. 11 , cop. vi , pag. 102. 
(&)Plîn. Hift. Natur. lib. xxxvycap. zv,tom. si , pag. 716, 
lin. 10. 

(r) £uftUtlie , sur le rers ioo5 de Denyt le Fériégète, pig. 175, 
co]. it lin. 7| à fine. 



*• 



4^^i HISTOIRE D' HÉRODOTE, 

par Strabon , qui , en parlant de ces bàlimens y se aert de 
w^r^êç^iour. Ce Géographe dcmne à ces tours dix coudées de 
bantf ur. Le terme fonim^Ê^ me semble |^tôt signifier le 
peu Je largeur de ces tours que leur haatcnr , et qu'elles 
n'aroient qu'une seule chambiey une seule division. 

(43a) ^. CLXXix. Cent portée d^tùrain nuuêif.Ç^eet ce qui 
a lait dire à Isaïe {a) : m Je marcherai devant tous, et je 
9 Ivisend les portes d'airain ». Eustatfae remarque aussi 
que (6)Babjlone aroit cent portes, toutes d'airain^ ainsi 
que les jambages et les linteaux *, ou pour mieux dire, il 
copie mot à mot notre EUstorien. 

(425) 5* CLXXix. Comme lesjambageê. Xr«5^i sont les 
jambages d'une porte et non les gonds. Vojex PoUucU 
Onomasticon , lib, i , cap. rm , segm. Lxxri, pag. Aq; 
et nésychiiis, an mot Xrm^fUt. 

(424) 5- cixxx. Il trient de V Arménie, Denys le Périégète 
dit qu'il (c) coule d'abord d'une montagne d'Arménie très- 
élevée , à l'est de la Syrie. Strabon est plus précis. « La 
» partie {d) la plus septentrionale du Taurus, sépare l'Ar- 
» ménie de la Mésopotamie. L'Eupbrates et le Tigre coulent 
» tous deux de cette montagne , environnent la Mésopo- 
» tamie, et s'étant réunis près de la Babylonie, ils se jettent 
i> ensuite dans la Mer de Perse. De ces deux fleuves, l'Ea- 
>» phrates est le plus grand; il parcourt une plus grande 
» étendue de pays \ son cours est tortueux. Ses sources sont 
» dans la partie septentrionale du Taurus. Il traverse la 
>• grande Arménie vers le couchant jusqu'à la petite, ayant 

(a) Issïat , cap. xly , yers. 3. 

{h) Eoitaih. ad Diony». Ferlrget. Ter*. ioo5, pag. 176, col. 1 , 
lin. 11 , à fine. Conf. euaidf'oi ad Hoiaeri Iliad. ix, pag. 768 , 
Ijn. 18. 

(r) Dionys. Perîeget. Ters. 976 et 978. 

[d) Strab. lib. xx, pag. 793, A. Je lis avec Xylander : «ro /' 

hlt^bTFt.'ra.fjLÎuç, 



C L I O. I. I V R E I. 48; . 

M à droite la grande Armënie; à gauche T Acilîsène. Il tourne 
M ensuite du côté du Midi; atteint les frontières de la Cap* 
» padoce ^ et les laissant sur la droite ; ainsi que la Ck>m<-> 
N magène, et sur la gauche, l'Acilisène et la Sophène de la 
» grande Ârmënie; il s'avance vers la Syrie, entre dans la 
» Babylonie en se détournant encore, et se jette dans le 
» golfe Fersique». Procope particularise encore davantage 
la source de ce fleuve. <( Il y a, dit (a) cet Historien, chez 
)) les Arméniens une montagne, qui n'est pas fort escarpée. 
N £Ue est éloignée de vingt-quatre stades de Théodosiopolis , 
>i et au nord de cette ville. H sort de cette montagne deux 
» sources, qui deviennent aussi*t6t deux fleuves. Celle qui 
» est à droite forme TEuphrates d. 

Philostorgius décrit (b) le cours de ce fleuve à-peu-^rèt 
de la même manière. 

Je ne dois pas oublier qu*il y avoit une autre source de 
ce fleuv(s , qui formoit ime rivière qui se jetoit dans l'Eu* 
phrates, et à laquelle Ton avoit donné ce nom. C'est celle que 
les Dix-Mille rencontrèrent sur leur route en retournant 
en Grèce, et celle que décrit Pline dans son Histoire Natu- 
relle, liv. V, chap. XXIV, tome i, pag. 267. 

(4a5) §. cLxxx. Uime et Vautre muraille, « L'Eùphrates 
» traversoit Babylone par le milieu; il divisoit donc ses 
1) murailles en deux. Voilà ce qu'Hérodote appelle l'une et 
» l'autre muraille »• n - , , 

BXI.LANGER. 

(4^6) J. CLXXX. Forme un coude, Hérodote veut dire que 
le mur qui environnoit la ville par-dehors , formoit à cha- 
cune de ses extrémités sur le fleuve un angle avec le mur 
intérieur, dont étoit bordél'un etl'autre côté del'Euphrates. 
Le texte paroît altéré. Corneille de Pauw lit riç iwttutfévif 
wflfpi *. T. A. M. Reiske met tJ avant tit iTtftMfixtit. M. Wes- 
seling ne paroit point éloigné de cette correction. On pour- 

(û) Procop. Bell. Persic. lib. i , cap. xvii , pag. 47 , C. 

ib) Fhilostorgii Hlstor. Ecclesiat. lib. m , $. vzii, pag. 490. 



488 HISTOIRE D'HÉRODOTE, 

foit aussi lire ««-«v au lieu de rfi mais on ne doit point 
insérw dans le texte d'un Auteur de pareilles conjectures , 
sans y être autorisé par quelque manuscrit 

Hérodote ne parloit de ses portes et de ses murs que par 
ouï dire. Les uns et les autres n'existoient plus de son 
temps. Après la rërolte de Babylone, Darius en avoit 
iSût abattre les murs et enleyer les portes. Fbyes liv. iii^ 

$. CLIZ. 

(427) §. CLXXX. A trois et qztatre étages. « Hérodote {a) 
» dit quelque part , qu'à Babylone les maisons ont cinq à 
w six étages ». Denys d'Halicamasse citoit sans doute de 
mémoire y ou son texte est altéré. 

(4a8) Ç. cixxxi. Le mur extérieur, Pai ajouté ce mot, 
afin de faire entendre qu'il s'agissoit ici du mur dont Héro- 
dote a parlé, $. clxxix. 

(4^) §. CT.TYTi. Sert de défense. Il y a dans le grec : ce 
mur est une cuirasse, 

(45o) §. cLXxxi. Le lieu consacré à Jupiter Bélus. 
Arrien (&) prétend que Xerxès le détruisit à son retour de 
Grèce. Strabon (c), qui assure la même chose , appelle ce 
temple le tombeau de Bélus. Cétoit, selon ce Géographe , 
une pyramide quarrée, d'un stade de haut, et dont chaque 
côté ayoit un stade de long, c'est-à-dire, un peu plus de 
trois cents pieds. Je suppose qu'il s'agit ici du petit stade 
d'environ cinquante toises. Il y en avoit , il est vrai, un 
autre plus grand du temps de Strabon , mais cet Auteur n'a 
point réduit les mesures dont il parle à celles qui étoient 
en usage dans le siècle où il vivoit H paroit au contraire 
qu'en parlant d'un lieu , il se sert toujours du stade qui y 
étoit connu. Ces deux Auteurs ne parlent de la destruction 
de ce temple que sur le rapport d'autrui. Hérodote, qui 

(a) DîoDys. HalicamtM. d« Arte Rhetoricâ , csp. i , $. m , 
tom. II , pag. 6a , Hn. .16. 

(b) Arritn. de Eipcdit. Alexandr. lib. Tix, cap. XTij, pag. 617. 
(r) 8trab. lib. x^i , pag. 1073 , B« 

l'avoit 



C L T O. L I V II E' I. ' 489 

Tavoit vu, ne me permet pas de les croire. Pline les 
contredit pareillement. Durât (a) adhùc ibi Jopis Éeli 
templum. 

n faut faire attention que les temples des Anciens ëtoient 
très-diffërens de nos églises. C*étoit une vaste enceinte 
fermée de murs , dans laquelle il y avoit à&s cours , un 
bocage , des pièces d'eau , quelquefois des logemens pour 
les Prêtres, et enfin le temple proprement dit, et où le 
plus souvent il n'étoit permis qu'aux Prêtres d'entrer. L'en- 
ceinte entière s'appeloit ri U^Uy ou en dialecte Ionien, r« 
if o. Le temple proprement dit , ou demeure du Dieu , le 
sanctuaire se nommoit 9«if , et en Ionien vtilç > cella. Il est 
aisé de voir qu'il ne s'agit ici que de l'enceinte sacrée. S'il 
eût été question du temple proprement dit, cette tour d'un 
stade en tout sens , qui en occupoit le milieu , auroit fait un 
effet bien désagréable. Mais en supposant cette tour , qui 
est le temple même, au centre de l'enceinte sacrée, il n'y 
a ]^lus rien de choquant. 

Hérodote distingue en cent occasions le »«•; de ri Ufif, 
'lfù9 {h) ^t rù iv At^vfiCêtffiy 9^ i vtfiç rtyf^ro A^pv^r^p/dv avXti^ 
B-i/Iti inwlfAifft^ê : <f L'enceinte sacrée, le temple et l'Oracle 
)} de Didymes furent pillés et brûlés ». Les autres Auteurs 
s'expriment de même. Pausanias dit (c) que les Epîdau- 
riens avoientdans l'enceinte consacrée àiESsculape un théâ- 
tre qui surpassoit tous ceux de la Grèce et de Rome par la 
beauté de ses proportions. S'il eût été bâti dans le temple 
même , comme le fait dire à Pausanias {d) l'abbé Gédôyn , 
cela auroit été ridicule. 

(43 1) §. ciiXXxi. Les Chaldéena qui sont les Prêtreu, 

(a)Plin. Histar. Natur. lib. vi, cap. zxvi, tom. i> pag. 35i , 
lin. 20. 

(6) Herodot. lib. ti , $. xix. 

(c) Fausan. Corinth. sive lib. ii , cap. xxvii , pag. 174. 

( J) Pausanias » ou Voyage Historique de la Grèce , tom* i , 
pag. 2i4. 

Tome /. Qll 



C 



490 HI8TOIRB D'HÉRODOTE. 
Bëlus ëtoit originaire (a) d'Egypte. Il alla à Babylonc , 
i^ccompagnë d'autres Egyptiens , et les y établit Prêtres ^ 
ce sont ceux que les Babyloniens appellent Chaldëens. Le» 
Chaldéens portèrent àBabylone la science de l'Astrologie {b^ \ 
ils la tenoient des Frèlres d'Egypte. 

M. de Voltaire (c) donne à ces Prêtres le nom de Miges» 
On voit qu'il les confond avec les Mages qui ëtoient les 
Prêtres des Perses. On peut consulter ma réponse dans le 
Supplément à la Philosophie de l'Histoire (cQ, à laquelle 
4m peut joindre ce passage de Diogènes Laeroe : a Quel^ 
» ques-uns prétendent {e) que la Philosophie a commencé 
» chos les Barbares 9 qu'il y a chez 1^ Perses des Mages, 
Ji chez les Babyloniens des Qialdéens, et des G3rmnoso- 
» phistes chez les Indiens , &c. ». 

(43a) 5- C1.XXX11. Cela ne ine paroi t pas croyable^ 
Malgré la crédulité du siècle où vi voit Hérodote, on trouve 
dans tes écrits des preuves d'im jugement sain et éclairé. 

(433) §. cLxxxii. A Thèbee , en Egypte, Si l'on en 
croit StraboUy cet usage étoit im peu différent. « On con* 
j) sacre ; dit-il (f) , à Jupiter une jeune fille d'une naissance 
» illustre et d'une grande beauté. Elle accorde aes faveurs 
» à qui bon lui semble , jusqu'à ce qu'elle soit réglée. Lors- 
» que ses règles commencent à paroitre , on la marie ; mais 
» après le temps de son concubinage , et avant de la marier, 
n on en porte le deuil i>. 

n y a grande apparence que le vice n'osa d'abord pa- 
roitre à découvert, mais que dans la suite les Prêtres , se 
fiant à la sotte et superstitieuse crédulité du vulgaire de 



(a) Diodor. Sicul. lib. i , $. xxyiii , p«g. 3a. 

(b) Id. ibid. J. lzxzi , pag. 93 j et lib. 11 , j. xxix , pag. i42. 

(c) Philosophie de l'Uiitoire , pag. 117. 

(d) Supplément à la Philosophie de l'Histoire, pag. i84 et i85 
de la première édition ; et pag. a46 , &c. de la seconda. 

(e) Diogen. Laert. lib. i , Prœm. pag. x. 
(/) Stxab* lib. xiu , pag. 1171 , C. 



C L I O. LIVRE I. 491 

tons les rangs, levèrent le masque, et se montrèrent tels 
qu'ils ëtoicnt 

Au reste , on voit par cet exemple combien M. de Vol- 
taire a eu tort de révoquer eti doute dan»4aFlnlo8opliie de 
l'Histoire , page 65 , ce qu'Hérodote raconte de la coutume 
infôme des femmes de Babylone. 

(434)5' CLxxxii. Car il ne rendpoint en ce lieu d* oracle 
en tout temps, Apollon rendoit des oracles à Fatares les six 
mois d'hiver, et à Dëlos les six mois d'été, comme nous 
l'apprend Servius. Nom (a) constat ApoUinem sex mensi* 
bus hiemalibus , apud Patara , ciifitatem Lyciœ, dore 
responsa, undè Patarœus Apollo dicitw , et sex ùsstivis 
apud Delum. 

(435) J. CLxxxiii. S'en empara. Ce fut, suivant tontes 
les apparences , à son retour de Grèce. Arrien ne parle 
point de {h) la statue de Jupiter Bélus, mais du temple de 
ce Dieu, que , suivant cet Auteur, Xerxès détruisit à son 
retour de Grèce, ainsi que les autres temples de Babylone. 
Le récit d'Hérodote paroit plus vraisemblable. Voyez la 
note 45o. 

Diodore de Sicile (c) assure que toutes les richesses de 
ce temple furent enlevées par les Rois de Perse. 

(436) 5. cLxxxiv. Mon Histoire d* Assyrie. Voyez ci- 
dessus, J. cvi, note 287. 

(437) J. cLxxxiv. Elle s'appeloit Sémiramis, Il y a 
eu plusieurs Princesses de ce nom. Hérodote désigne d'une 
manière très-claire celle dont il s'agit ici. Elle précéda 
Nitocris de cinq générations. Il ne s'agit donc que de dé- 
terminer le temps où cette dernière Princesse régna , ou 
gouverna le royaume de Babylone pendant la maladie de 
son mari. Elle étoit femme de Nabopolassar 11, ou Nabu- 

(a) SerTÎut ad ^neid. iv, i43, tom. 11, pag. 492. 

{h) Ârrian. de Kxpedit. AIexandn,lib. vu, cap. xvii,pag. 5i7« 

Ce; Diodor. Sicul. lib. 11 , §. ix , pag. i23. 

Qqq 2 



492 HISTOIRE D'HÉRODOTB. 
cbodonosoFi qui rëgna 43 ans. Or, comme œ Prince moa-' 
mt , selon le Gmon de Ptolëmée , Tan 4, 1 34 de la période 
jolienne , 58o ans avant notre ère y elle dut goaTemer pen- 
dant la maladie de son mari , yers Fan 4,i 10 de la përiod# 
julienne , 6o4 ans avant notre ère , et conserver son autorité 
lusqu'à la mort de Nabuchodonosor , c'est-à-dire , jusqu'en 
4; 1 34 de la période julienne , 58o ans avant notre ère. Si 
l'on compte de cette ëpoque 1 66 ans pour les (a) cinq géné- 
rations , Sëmiramis remontera à la seconde année de l'ère 
de Nabonassar. 

On pourra m'objecter qu'Hérodote ne compte que cinq 
générations entre ces deux Princesses, et qu'il y a dans le 
Canon dePtolémée (b) quatorze générations ou successions, 
tans compter deux interrègnes entre Nabonassar et Nabo- 
polassar. Je réponds qu'Hérodote évalue lui-même cbaque 
génération à un peu plus de 33 ans, car il assure (liv. 11 , 
5. cxLiii) que trois générations font 100 ans. Ainsi, aelon 
cet Historien y le terme de génération n'est ici qu'une me- 
sure de temps , qui n'a aucun rapport avec les successions. 
Hérodote a seulement voulu dire qu'il s'étoit écoulé 166 
ans et quelques mois entre Nabonassar et la m<Ht de Nabo- 
polassar , quoiqu'il ait pu 7 avoir quatorse successions entre 
ces deux Princes. 

J'ai avancé que Labjmète étoit le même que Nabncbo- 
donosor. Ce dernier nom me paroit un titre honorifique 
commun (c) à tous les Rois de Babylone , comme celui de 
Pharaon Tétoit aux Rois d'Egypte, et celui de Syennésîa 
à ceux de Cilicie. 

Plusieurs Savans pensant qu'il s'agissoit ici de Sémiramia 
épouse de Ninus, ont substitué, les uns, quinze généra- 



(a) Herodot. lib. n , §, cxuii. 

(b) PeUviui, de Doctrinâ temporum , lib. ne, cap. lvui,toI. ii , 
pag. 70. 

(c) Hardoiniis y Chronolog. Teterii Testament, ad annum antè 
Cbriatum 556. 



C J. I O. L I V R E I. 49S 

lions; les antres, cinquante , en la place des cinq dont parle 
Hérodote. Mais cet Historien ne fait mention dans son 
bistoire , ni de Niuns , ni de sa femme , mais seulement 
de la Sémiramis dont le règne précéda celui de ^^itocris 
de cinq générations. Etienne de Byzance (a) se trompe 
grossièrement en faisant dire à Hérodote que cette Reine 
fonda la ville de Babylone. On voit que cet Historien ne 
parle que des digues que fit faire cette Princesse , pour em- 
pêcher les inondations de TEuplirates. 

(458) Ç. CLXXXV. Rester en repos, A'rftfiit^m et 0f]ftft,iti 
se prennent souvent en ce sens. Je n'en citerai que cet exem- 
ple que me fournit Hippocrates (£>) . ar yitf ^imi^tu fili 949 iw 
Tf âvrify li^i ttTffiitr isrii ^f arx irftftiunv y &c. ils nepeu^ 
vent rester ni dans le même état, ni dans un état stable, 
puisqu'ils ne peuvent rester dans un état stable, ils, &c. 

(459) 5. CLXXXV. Ils s'étoient rendus mattres. Feu 
M. le Président Bouhier inféroit (c) de-làque Ninive avoit 
été prise deux fois par les Mèdes \ la première y par Cya- 
xares \ la seconde y par Astyages y son successeur. Il ne 
s'agit en cet endroit que des succès des Mèdes sons Cya- 
xares , comme jeVai fait voir {d) ailleurs. J'ai réfuté aussi 
ce Savant dans un Mémoire lu à l'Académie des Belles- 
liCttres sur quelques époques des Assyriens. 

(44o) Ç. CLXXXV. Il passe trois fois par Ardérica. Ce 
passage est assez embarrassant. Les Traducteurs en langue 
vulgaire l'ont mal rendu. Les derniers Editeurs d'Hérodote 
l'ont certainement entendu ; mais il méritoit quelques 
éclaircissemcns. Je vais tâcher de les donner \ heureux si 
je réussis ! 

(a) Stephan. Byzantin, toc. B«Cc/x«t. 

(b) Hippocrat. Aphorit. pag. 68. 

(c) Recherches et Dissertations sur Hérodote , pag. aSg et suit. 
(</) Supplément à la Philosophie de l'Histoire » pag. 61 de la 

première édition j et pag. 69 , &c. de la seconde. Voyez aussi 
mon Mémoire sur quelques Epoques des Assyriens y Mémoires de 
rAcadémie des Belles-Lettres ^ tom. xly , Mém. pag. 407 et soit. 



4^^^ ntsToine d'hêrodotr. 

1°. Il y a seulement dans te grec: Nitocris fit cr«uter 
des canaux au-deasus , sans rien spécifier de pins ; msis 
oomme ce mot au-densui a rapport à q^neïque chose dont 
Hérodote a parlé auparavant, ce ne peut être qu'à la ville 
de Babylone , wi^if , dont il est fait mention nn peu pins 
liaut dans le texte grec et dam le paragraphe précÀlenl, 
Je dis le texte grec , parce que la tournure qne j'ai prise 
m'a forcé à mettre uiuts après dans la tradnctioii. Cette 
raison m'a engagé à traduire n<'Ai*f par Babyhne , afin 
de me rendre plus clair. 

a'. Comment concevoir que l'Euphratca, quelque tor- 
tueux qu'il fût , conduisit trois fois k Ardérico. La figure 
ti-jointe, ou quelqu'autre semblable, le fera comprendre. 



CLIO, LIVRE î. 495 

3**. Qu'entend Hérodote par cette mer^i ? ce ne peut 
être la mer Erythrée ou golfe Perdquc. Il auroit fallu re- 
monter l'Euphrates , au lieu que notre Historien dit ex- 
pressément qu'en se transportant de cette mer-^i à Baby- 
lone, on descend KtifimwMt/\%(, H est même fort douteux qu'on 
pût remonter ce fleuve depuis le golfe Persique jusqu'à 
Babylone. Sa rapidité a dû en empêcher \ du moins est-il 
certain qu'aurdessus de Babylone jusqu'en Arménie , ce 
fleuve étoit très-rapide , et qu'il n'étoit pas pofl»ible de le 
remonter. Hérodote (a) le dit positivement. 

Ces termes cette mer^ , devroient se rapporter à une 
mer dont cet Historien vient de faire mention. Cependant 
il ne parle d'aucune mer depuis le paragraphe ci.xxx , oii 
il est question de la mer Erythrée; mais je viens de prou- 
ver que ce ne pouvoit être celle-là. 

n faut se rappeler qu'Hérodote écrivoit pour les Grecs, 
n ne peut entendre par conséquent par ces termes cette 
mer-ci , que la partie de la Méditerranée, près de laquelle 
habitoient les Grecs. H s'est servi de la même expression > 
liv. I, paragraphe i. Cette mer-ci, dans Hérodote estdonc 
la mer dont les Grecs étoient voisins j la mer dont ils habi- 
toient les côtes y I'eTax^vi»* B'm?iMwvm du liv. v, §. uv ; 
l'E'Mvirif 3-«Ai«#v« du liv. VII y §. XXVIII ; cette mer où 
ëtoit l'île de (b) Cypre y c'est-à-dire la Méditerranée , ou 
quelque partie de la mer Méditerranée. Diodore de Sicile 
appelle de même la mer Méditerranée (c) notre mer. Cest 
ainsi que dans Horace , hoc mare, signifie lamer voisine de 
Rome: 

(cQ Non me Lucrîna jurerint Conchylia , 
Magirre Rhombus, aut Scan, 
Si qaos Eoia intonata fluctibus 
Hiems ad hoc rertat mare. 

(a) Herodot. lib. i , $. cxcir , sub finem. 

(b) Id. lib. ▼ , $. XLix. 

(c) Diodor. Sical. lib. iT, §. xviii , pag. a64 ; lib. t, $. xxff pag. 549. 
{d) Horat. Epod. u, tert. 49 et teq. 



ic^G HISTOIRE D'HÉRODOTE. 

Markland avoit explique cela long-temps avant moi , sur 
Maxime de Tyr (a) ^ mais je n*en avois alors aucune con- 
noissance. 

4*^. Le texte semble dire qu'en partant de la Méditer- 
ranée, et descendant l'Euphrates, on rencontre y &c. ; 
et c'est ce qui fait la difficulté , parce qu'on ne peut entrer 
de la Méditerranée dans l'Euphrates. Mais voici , si je ne 
me trompe , le sens de ce passage : ceux qui veulent passer 
de la Méditerranée à Babylone , se rendent par terre à la 
partie de l'Euphrates la plus proche y s'embarquent sur ce 
fleuve , et descendent jusqu'à Bab jlone. 

Je n'ai point trouvé de remarque sur ce passage parmi 
les notes de M. BeDanger; mais je me suis apperçu plu- 
sieurs années après avoir fait la mienne , qu'il y en avoit 
une dans ses Essais de Critique, pag. 46o, &c. dont le fond 
est le même que celle qu'on vient de lire. 

(44i) Ç. CLXXXv. Elle fie creuser un lac destiné à re- 
cevoir les eaux du fleuve , quand il viendrait à se déborder. 
Il y a seulement dans le grec : elle fit creuser un égoutau 
marais , ifvrrt tx^fv Ai)mvii. M. l'Âbbé Bellanger avoit tra- 
duit : elle fit faire un égout en forme d'étang. Indépen- 
damment que ce n'est pas la pensée d'Hérodote , cette 
phrase a de la peine à s'entendre. 

Notre Historien ne veut rien dire autre chose , sinon que 
rinondad