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Full text of "Histoire du commerce et de la navigation à Bordeaux, principalement sous l'administration anglaise"

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HISTOIRE 

DU COMMERCE 

ET DE LA NAVIGATION 
A BORDEAIX 



HISTOIRE 

iiiî 

COMMERCE 

KT UE 

LA NAVIGATION 

\ liOHJ)Kvr\ 

PRINCIPALEMENT SOUS L'ADMINISTRATION ANGLAISE 

PAIt 

FRANCISQUE -MICHEL 

COHKCSPOXDAXT DE L'illSTITl'T DC rRA^tCB, D( L'ICADÊIIIE l'JPltlIItLt UE Vlt>X> 

UE l'aUAU£HIE HUVAI.K IIK3 SCIEXUKH UE Tl'lin 

UKS Sur.l£T£S des A.'VTIUUAIREt UE I.0XUXK8, U'ËCUSHC ET UE XURUAXUIE, KTC. 



«o*- 



TOME SEGOXD 




BORDEAUX 



KKKHT *Sc FILS. LlHUAIKKS-KDlTKrWS 

Cours de l'inlendancc, n* JS. 



MDCCCLXX 



Ss 



7 



e . ^ '< w . 



OUVRAGE PUBLIK SOUS LES AUSPICES 

DK LA CHAMBRE DE COMMERCE ET DU CONSEIL MUNICIPAL 

DE BORDEAUX 



HISTOIRE 

DU COMMERCE 

ET DE LA NAVIGATION 

A BORDEAUX 



CHAPITRE XXVI 



CHANGEL'IVS ET BANQUIERS A BOnDEAUX, DU XIIP AU XVI<* SIEfXE. 

Changeurs à Bordeaux pendant les xiii* et xiv* siècle.^ ; ils unissent le commerce des denrées 
à celui de l'argciil. — Conditions imposées aux concessionnaires des charges de changeurs ; 
instruction envoyée, à leur sujet, au connétable do Bordeaux. — Change établi dans une 
tour intérieure du chûtcau ; des changeurs de Bordeaux sont arrêtés, conduits à la Béolc, 
incarcérés et mis à rançon. — Juridiction du maire et des jurats sur les changeurs ; droit de 
nomination à une ou deux charges fat la couronne. — Importance de l'emploi, attestée par 
celle des cautions exigées pour la nomination d'un changeur à Bordeaux. — Connrmation 
par Henry IV, roi d'Angleterre, du privilège do la ville relatif aux changeurs. — Représen- 
tations adressées par le maire et les jurats do Bayonno à Henry YI, concernant la rareté des 
espèces anglo-françaises sur les marchés de la Guicnne. — Batteurs do monnaie, ouvriers 
de la monnaie de Bordeaux au xvr siècle. — Banquiers italiens à Bordeaux à celte époque ; 
association entre Boberto do Rossi, Parentes, Bodini et Grilandari ; établissement et chute du 
cette société ; Pictro TouniUa lui succède. — Principales opérations des banquiers italiens de 
Bordeaux > Jean Guyot et Albert Morinat, banquiers et commis de Pictro Touailla ; ce dernier 
négocie seul on nom, notamment pour deux ecclé^siastiqucs de la famille de Montalembert ; 
Pietro Touailla institue Catherine de Médicis sa légataire universelle ; motif probable de cette 
disposition. — Importance de la fortune et des affaires de cet étranger. — Francesco Touailla. 
— Bastiano Segni ; Matteo, lacopo Ccrretani ; détails sur leur vie et leurs affaires. — Joan- 
nis Sal\i, « serviteur d'Asolin Saralany ; » Giovanni Salvi et ses affaires. — Pietro de Lu- 
liano. — Banquiers et négociants hicquois à Bordeaux ; autres Italiens dans le commerce ; 
importance des affaires de ces étrangers. — Robert le Maistre, banquier à Bordeaux. 

Après les détails que nous avons donnés sur les prin- 
cipaux articles qui alimentaient le commerce de Bor- 
deaux, on doit s'attendre à trouver des renseignements 
II. i 



2 HISTOIHE DU COMMERCE 

sur les banquiers qui lui apportaieut le concours de leurs 
capitaux cl *le leurs relations; mais on ne voit point 
apparaître de commerçants de cette sorte, au moins sous 
ce nom de Imitfjnio's, antérieurement au wi*^ siècle. Le 
maniement de l'arj^ent apparlenait exclusivement aux 
changeurs, ofïîciers publics chaînés d'entretenir le tra- 
vail des ateliers royaux du monnayage et de taciliter 
les transactions commerciales, qui eussent été impratica- 
bles sans eux avec la multiplicité de monnaies alors on 
circulation. 

En 1228, Henry III avait ordonné de frapper sa mon- 
naie de Bordeaux au titre et au poids de Tours' : quatre 
ans après il signalait des changes en contravention*; 
mais rien n'indique que cet ordre, adressé à tous les 
baillis royaux en Angleterre, se soit étendu jusqu'à la 
Guienne, 

Sous Edward I''"", nous trouvons un changeur de Bor- 
deaux nommé dans un mandat de payement, ordonnancé 
à son profit, ]Hjur cinq barriques de vin fournies au 
bouteillcr du roi"'; mais ce changeur, Pierre de Bor- 
deaux, de Sainte-Livrade, se montre ensuile comme por- 
teur d'argent dans une reconnaissance de 347 livres 
11 deniers, inckise dans un ordre de Henry lU au con- 
nétable de compter celle somme à Pierre de Bordeaux, 
cette fois qualifié de marchand, sui- le montant de la 
coutume qu'il aurait à payer pour ses vins*. Son com- 
merce, en ce genre, devait être plus considérable que 



' Jl0l. lin. iHii., 12 lion. m. m. -. {'.(. Hiiiliirj;. Anmits nfHir Coinuye, *'l<'.. 
vol. I, p. 185. 
■' IM. nu. pal., Ifi îlcn. III, m. 2. f Noiiv. Ryni., V(il. 1. p. 2<>7.) 
' IM. VrtJir., Il lîd. I. ra. 1. * INd.. 13 Ed. I. m. 2. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. .{ 

son change, si ce Pierre de Bordeaux est le même que 
le marchand gascon qui se trouve nommé, avec deux au- 
tres, dans une plainte adressée au trésorier d'Angleterre 
pour réclamer le payement d'une somme de 400 marcs 
sterling, prix d'une fourniture de vins pour la maison du 
roi, et cela sans être forcé de remettre, avant solde de 
tout compte, la taille qui constituait le titre des pétition- 
naires'. 

En 1348, les Rôles gascons nous fournissent le nom 
d'un Changeur bordelais, Raymond Den*, et quinze ans 
plus tard nous y retrouvons la nomination de quatre au- 
tres, Jean de la Vale, Jean Rogey, Arnauld Lapy et Ar-- 
nald deVyos le Jeune. Ces changeurs étaient institués pour 
quinze ans, avec faculté de remplir leur charge en personne; 
ou par des substituts capables, dont ils répondaient. La 
totalité de l'or et de l'argent achetés par eux devait être 
monnayée au lieu de leur résidence. Enfin le connétable 
de Bordeaux avait l'ordre de recevoir leur serment avant 
leur entrée en fonctions'. Mieux traité que les quatre fi- 
nanciers qui viennent d'être nommés, Jean Carrère, de 
Bordeaux, obtenait, en 1384, la licence d'exercer, sa vie 
durant, l'office de changeur dans cette ville par lui ou un 
fondé de pouvoir*. Une autre concession, faite en 1399 
par Henry IV à deux de ses valets, d'une échoppe basse 



• Miscellanca of thc Quecn's Hcnicmbranccr. Forcign Mcrchants, Ed. I et II, 
S90. (Augmentation Oflicc.) — Voyez, sur les tailles et sur leur usage dans 
l'Échiquier d'Angleterre, l'Histoire de cet établissement par Madox, ch. xxiii, 
% xxviit, p. 709-711. 

« Rot'. Vase, 22 Ed. III, m, 23. 

' Ibià., 6 Rie. Il, m. 17. — Ruding, Annalx of the Coinage, etc., vol. Il, 
p. 253. 2:>i. 

* liot. Vase, 8 Uif. Il, m. i. 



i HISTOIRE IHi COMMI'IICC 

dans une loui* inléricure du château de Bordeaux', ('la- 
Mil une analogie entre le change de cette ville et celui 
de Londres, également situé au siège du pouvoir royal ". 

Cette échoppe était auparavant occupée par un chan- 
geur; mais la frayeur s'était emparée de ceux de Bor- 
deaux depuis ce qui leur était arrivé. Pris d'un coup 
de filet, la plupart avaient été conduits prisonniers à la 
Réole et mis au fond de la tour, où l'un d'eux, nommé 
Elye Descombes, était mort, et ils ne furent élargis 
qu'au moyen d'une rançon de 2,000 marcs. C'était le 
sénéchal de Guienne qui les traitait ainsi par ordre du 
roi. Le maire et les jurais demandèrent justice à cet 
égard, et le sénéchal promit de porter leur réclamation 
au pied du trône, ou, s'il ne pouvait rien obtenir de ce 
côlé-là, de leur rendre justice lui-môme^. 

Maire et jurais avaient autorité sur les changeurs, avec 
pouvoir de les nommer et de les révoquer pour le bien 
public. Ils avaient été dépouillés de ce privilège; mais à 
l'avènement du duc de Lancastre, duc do Guienne, les 
trois États de la province lui ayant demandé de la pour- 
voir suffisamment de changeurs, ce prince, accueillant 
cette requête, rétablit la jurade dans ses droits, se réser- 
vant seidement d'instituer un ou deux changeurs*. 

Stephen Spotirel fut nommé le 28 mars 1401. On 
peut juger de l'importance de l'emploi par ces deux faits 



' HiK. Vojfr., I Hi'ji. JV, m. 5i. 

' lV*'sL-k-<lirc diiiis lu Tour do Lùmlivs, ou so ti.mvc oticorc Iti motinaic. 
Voy, Trliiity. Communia, 1"2 Ed. Il, idt, ôO in dorsu. ('.(. Madox, ch. x, p. 271, 
«Ole /,- ch. XXII, p. IKJt, I»Oj, et ch, xxiii, p. <178, note gij. 

' Le Livre des Itoulllons. n^as, 83; fulios .Ixxiv. rucio, .hxv. vrrsii, .IxxvL. 
recto. 

' lliiti.. n" 120, Mi'J .<;. NJ. r«tlo l'I vorsii. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. o 

que le nouveau changeur était écuyer en même temps 
que marchand et bourgeois de Bordeaux, et qu'il ne fal- 
lut pas moins que la caution de deux grands seigneurs 
gascons, Guilhem-Amanieu, sire de Lesparre et de Rau- 
zan, et de Pons de Castillon, sire du même lieu, pour 
cette nomination*. 

Vers le même temps, Henry IV, accueillant la requête 
du gouverneur, des jurats et du conseil de la cité de 
Bordeaux, conlirma la concession du duc de Lancastre 
mentionnée plus haut *, et le corps de ville continua à 
nommer aux offices de changeurs qui lui avaient été 
attribués par le duc de Guienne. 

Le besoin de ces auxiliaires du commerce ne se fit 
jamais mieux sentir à Bordeaux qu'en 1431. Cette année, 
le maire, les bourgeois et la municipalité de la cité de 
Bayonne adressaient au roi des représentations concer- 
nant la rareté des espèces anglo-françaises sur le mar- 
ché, occasionnée par la guerre, qui empêchait l'argent 
d'arriver jusqu'à la monnaie de Bordeaux pour y être 
converti en numéraire. Par suite de cette disette, les 
espèces des autres royaumes, tels que la Castille, le Por- 
tugal, l'Aragon et la Navarre, sans parler de divers au- 
tres pays, avaient cours à Bordeaux, au grand dommage 
du trésor royal. Les Bayonnais sollicitaient un remède à 
la situation ' : nous ne savons lequel fut apporté, et s'il 
affecta en rien l'industrie des changeurs. 



^ Rot. Vase, 2 Hen. IV, m. 18. — Ruding. Annals of the Qnnage, elc, 
vol. l\, p. 25i. 

* Rot. Vase, 2 Hcn. IV, m. 20. — Le Livre des Bouillons, n» 103 et 107, 
folios .Ixxxiij. recto et .Ixxxiv. recto. 

•■' Rof. Vase, 10 Hen. VI, m. 10; apiid Rymer, vol. X. p. ifl8. Cf. Ducarol. 



iiisroiiui i)i: cuM>ui»ci: 



Avant d'abaniionncr 1rs cliangeui's, nous voudrions 
pouvoir dire ce qu'au wi*^ siècle, on entendait à Donleaux 
par « batteur de inonnoye » et par « ouvrier de la nion- 
noye de ladite ville, » deux proicssions qui s'alliaient 
parfaitement avec celle de comnicirant. Dans deux actes 
passés le même jour, et dans d'autres d'une date posté- 
rieui'c, des individus qualitîés ainsi reçoivent en même 
temps le titre de bourgeois et mareliand de Ilordeaux ', | 
et il semble résulter de ces actes que ces ouvriers, ainsi 
que s'intitule l'un d'eux, étaient plus riches que no, le 
sont (rordinairc ceux qui, de nos jours, travaillent dans 
les hôtels des monnaies. 

Tout porte à croire que Tinilustric des chan^^eurs com- 
prenait alors ce que nous enlendoiis anjourd'liui par bim- 
que; mais nous ne voyons, à lîordeaux, do bnn(|uiers 
proprement dits tjn'à partir du nn'Iieu du \vi'' siècle, et 
c'élaienl. des Italiens, Venus dans le royaume i» la suite 
de Catherine de Médicis et sûrs de sa [irolecticni, ces 



l'Dstsirijil , 1». 1H,('I fiui\\n'^.A}ii)iilsiil'Hit'('Mhwne,ctf.,M>\. I.p.-ITI. - Darisir 
grand leciioil des (Irdiiiinaiacs, I. XVill, [*. Tiii, ôâTi, on Irniive l\'nnn)<rali*>n 
di's lutinngies anfc'lalsL's qni clrr-nlaicnt m 1 171) ; et sur la couverliuc, ou piiit<U 
sur l' pri'Hiier nL'Uilk't diHi ivjiisljv du notaire Aiilouyn, un lahliau indkalif 
dfs munuaics avant loiirs, a fiordciiiiA, l'U IMil. rmir le sii-ili' suivant, Ifi 
rt'Kislrc d'un autiv rioîaiiv prisenlu, dans un cmiù ùe funds an diicctcur du 
Lonvui a l'aris, une t-ouuif ration de nK>a:uiks. ^C-uilliures. iy.V), folio 7.) 

' Minutes de Douïcau, 25 avril lîwâ, 1" juin et a mars 1337. — Dans un 
autre artu du 2o mars ISM. Jean Faiirc. «> Lapliur de nionnoyiî, d^'iiieuninl :l 
Vaureys (^Baurrili?). Knlro-deut-Mcrs, » iirisonnitT pour (îeltc. promet ii Jfian 
Hoiissruu, [iiaifhand et lioiirgeois de lloivteaux, tçurde H pôlier des prisons de 
Guienne, dn se rendre et représenler dans res [Hisuns ii Imite i(>(niisitiitn. — 
Plus loin, sous le M avril et le tj juin Iîi<î1, un renetmlrc Arnaiild Lory, bour- 
geois, batteur de nionnaic de Rordeaux. Par acte du 10 juin. Bernard du Casse, 
laboureur de ta paroisse de ('anlenac, vend a ee Lory deux tonneaux de vin 
" cJaret » de Tannée <• et du ercu (|n'il y eiilhe en ses vignes » moyennant 
il franes k' tminvau. 



I 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 7 

étrangers s'étaient établis à Paris, puis dans les princi- 
pales villes de commerce de la France, et y avaient ins- 
piré, comme leurs prédécesseurs, une violente jalousie •. 
Les plaintes auxquelles ils donnèrent lieu forcèrent l'auto- 
rité à mettre des entraves à leur établissement dans la ca- 
pitale ; mais il ne s'en développa pas moins avec rapidité. 
Ils payèrent la pension de 15,000 écus sol qu'on exigeait 
d'eux au préalable, d'après l'ordonnance de Saint-Ger- 
main-en-Laye de 1561, et, ainsi autorisés, ils se mirent 
en mesure de se récupérer par fractions sur ceux qui 
voulaient bien se faire leurs clients. Pendant la régence 
de Marie de Médicis, le nombre des banques italiennes 
augmenta encore à Paris*. Toutes les grosses affaires 
de France étaient aux mains de ces hommes d'argent, 
« sortis du fin fond de la Lombardie '\ » 

Dès le commencement de l'année 1546, « honorables 
missere Robert de Rossy, banquier, demeurant à Paris, 
Phelippes Parantes, son filz, missere Anthoni Dodini et 
Jean-Bapliste Grilandari, » s'étaient associés pour faire 
la banque à Bordeaux; mais la société ne tarda point 
à être dissoute par la mort du premier et la fuite du 



' Voyez Discours de la fiiyte des imposteurs italiens et dez regrets qu'ils font 
de quicter la France, etc. (Paris, 1589, in-8"), réimprimé par M. Ed. Fournier 
dans ses Variétés historiques et littéraires, t. VU, p. 261-270. — Ainsi que le 
fait observer M. Pardessus, « la France fut un des pays de l'Europe où les 
[marchands] Italiens s'établirent le plus promptcment ; et même avant d'y avoir 
fait des établissements fixes, ils en fréquentaient dès longtemps 1rs foires. 
{.Collection des lois maritimes, introd., t. II, p. 64.) Voyez sur l'antipathie qu'ins- 
piraient les Italiens à nos ancêtres au xhi» siècle, une note de notre édition de 
YHistoire de la guerre de Navarre, par Guillaume Anelier, p. 484-486. 

* Voy. les Caquets de Vaccoucliée, édit, du môme, p. 40, en note. 

' Variétés historiques et littéraires, t. Ill, p. 174. Cf. t. VI, p. 279, 280, en 
note, et t. VII, p. 2Ô7, 268, en note. 



8 iJisroiUK DU coMMKucr: 

dernier, laissant la place à un autre Florentin, Piotro 
TouaiUa'. La seule opération que nous connaissions tie 
la première de ces deux maisons, est un chargement de 
soixante tonneaux de yin adressés à Bartolomeo Epai^ni, 
Carlo Rimicini et C'®, de Londres*, à moins que l'on ne 
rattache aux banquiers de Bordeaux le « Pln*lip]:)ps Pa- 
rentes, marchand, demeurant ù Saintes, » nommé dans 
dans un acte du 17 août 1548, avec Alexandre, son iils, 
qualitié (ïécut/cr par Douzeau, dans \m autre acte du 
13 mars 1547 ^ 

Le plus ancien banquier italien que nous rencon- 
trions ensuite à Bordeaux est, comme on l'a vu, Pietix) 
Touailla, qui ilii^urc ilans les minufes de Douzeau, à la date 
du 6 juin 1521, pour foui'nifure de barriques et argent 
prêté. 11 reparaît encore comme banquier du commerce, 
le 29 avril 1525, dans la police d'assurance d'un navire 
chargé de vin pour Bilbao par Antoine Loppes de Ville- 
neuve, son associé dans une expédition de pastel pour 
Londres (11 janvier 1525); mais les banquiers ilaliens 
plaçaient au premier ran^' de leurs affaires les négociations 
avec la cour de Rome pour les bénéfices^ sans prendre 
pour cela un litre en usage dans le siècle suivant *. 
Par acte passé par-devani Douzeau, le 9 août 1521, 



' Minutes ûii IXtiizeaii, des 1" lévrier et 29 sepltmbre Idtfl. 

' Ibid., 18 tioveiuJire lîiiT. V.L 7 mars. 

■> Le "210 juin l'Sil. «■ M'' PliL'lipp*!s Parcrvles, ■> qualifia celte fuis cl« ccecveur Je 
l'iirrhcvfdié de lliirdcaux, icp:irail, avec Zanolii. son lils. tlarisUi vente d une 
jiropriéli' silure :i Saiutcs. Avec U's deux Pareji les, signent it k miutilt! lîastiuno 
Scgni et Franrois M:ilbusc, « jiuur avoir esté présent, » avee le notairi'. 

* Voyez une somuialimi ii H. tJiiouard, liurtquier en cour de Rivqic, dcnicu- 
rjntà Borde:Hix, par Franc.'uis Chijslaini{, prieur île l'illcjîrue. i Minnles d'An- 
(U'icK, !" août U]ô(i. lei;. ô-o.' 



ET DE L.VNAVIUATIU.N A UUllUEAlX. f> 

■ M. de Plains s'oblige envers Pietro Touaillu [loiir les 
'bulles de rabbayc du Mas-d"ÂziL Lo 4 aoill 15*29, 
iW" Guillaume Boutciller, demeurant à lUaiisac, eu An- 
goumois, traite avec Pieiro Touailla, iiiarchaiid, baiu|uicr 
ret bourgeois de Bordeaux, pour hii fournir inw huile de 
la cure de Saint-LaurentHles-Pri's. Par \m autre acte, en 
date du 5 avril 15:^2, Jeiui tluyot, liaruiuier et commis 
ilu même Touailla', convient de taire expédier une bulle 
de provision de renonciatinn de la cure de Saint-Vivien, 
în la terre et juridiction de Montravel. Le 15 octobre de 
la même année, Guillaume Ikrbier, bourg(?ois de lîor- 
deaux, pactise et marchande avec « honorable homme 
Pierre de Thouaille » de lui iaire di'-livrei- en cour de 
Rome, en faveur de M'' Arlus de (îorregia, une bulle de 
résignation de rhôpilal de Saint-Jean l'Kvangéliste de 
>anjparrian et de Saint-Vincent de Canéjean, son aii- 
'iiexe-; et pareil acte a lieu, à la même date, pour la cure 
de Saint-Vincent de la Testc-de-Buch. On en rencontre 
un autre relatif à la cure de Lucmajour, iliocèse de Bazas 
^^9 août 1541); mais déjà Pietro Touailla avait pris un as- 
socié, Albert Morinat, annoncé dans l'acte comme demeu- 
rant ave(; lui et comme ayant traité avec l'ecclésiastique 
qui poursuivait l'obtention du bénéiice. A dater de ce 
^^oment, les traces des rapports enire les banquiers de 
^Bordeaux et le Vatican se perdent {lendanl quelques au- 
^Bées, ce qu'il faut sans doute attribuer à la déiense faite 

' On retrouve |iliis loin ce Ji'fiii tîiiyot, pareilk'mtHil (nialilii! dans uni' autre 
ftècc du à> jailk'l l.>>3, oti Piclro Twuiilla if».«U ilu notaiti' Uoiizcau U; titre 

! (tanquier. 

^s Voyez cnwire dans k' nll^mc registi-f ili-.s niiiuiti-s ûv lV>ii/i";iti. un iiiitrc 
eti*. il la date du juin l.'iôô. 



<0 



IISTUIHE im CU.MMKHCE 



à lous Jjaiiquiers, niarchands et autres, d'envoyer aucuns 
paqiutltj, lettres missives ni mémoires, à Lyon, Home 
ou ailleurs hors du royaume, sans les avoir, au préalable, 
communiqués au parlementa 

Le 5 juin 1546, Morinal figure seul dans l'acte, égaler] 
ment passé par-devant Douzeau, en vertu duquel ce ban- 
quier s'engage à taire expédier en cour de Home certaines 
bulles et signatures de commenda du prieuré de Saint- 
Martin de Prignae, diocèse de Bordeaux. Il parait encor 
seul dans un acte du 6 janvier, où il s'agit des bulles dt 
provision de l'église de Saint-Pierre de Mergnac, au dio- 
cèse (rxVnnoulème, en faveur de M*' Avmard de Monta- 
lembert, et d'autres bulles de provision de la cure de 
Saint-Germain de Karcillac, liiocèse de Saintes, en favcui 
de M" Claude de Montalemljert, On le revoit dans un 
contrat analogue concernant une cure du Périgord (8 oc^ 
(obre 1547); mais Pieîro Touailla reparait <lana un acte de 
Gendrault du "M) novembre li348, qui nous montre Albert 
Morinat agissant, pour ce Floi-entin, dans une expédition 
de bulles de l'abbaye de la Calei's, diociîse de Rîeux,^ 
tandis que Morinal est seul chargé, par acte de Dou- 
zeau, du 27 juillet do la même année, de fournir lesfl 
bulles de comiiiende de la prévoté de Saint -Ybart en Li- 
mousin. Il cordinue seul le même connnerce, avec il'au- 
tres affaires^, suivant actes reçus par Douzeau, le 3 juil- 
let 1549, le 10 jnillet 1551 et le P-" juin 1552; mais il 
est sûr qu'ii cette dernière date, Pietro Touailla n'existait 



I 

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)rdfl 

"3- 



' Rejîisires ihi luilcniciit ili" huidi-aux. lE. "2i; iii'.lnuiuiiu'c du Saiiiïl 1543. 

'Il lifeMiiy tliiiis mu :k-|i' ilii il) juin I").jO. «mnDH" |innuioui' di' M"" Mcrolo 
Itallini. hamiuitr «H l'ilnyon de I.jon, l't dans un nmtnil d"ui'hat do renie enre- 
gistre iiuriui Ir^ itii-iups inmiik'h, ii la diHt; du \~ uoiU 1551. 




i:t oi: la navujatiun a Hnniii:Ar\ ii 

plus : il était mort avant k* iiinis d'atiùt ir)1i), laîssaiil 
un testament par lequel il insIlUiuil (lalluMim» «l<' Mnlicis 
sa lùgatairc universelle ', connue s'il eût ilù sa fortune à 
la protection ou aux capitaux de cette princesse, ou plu- 
tôt pour soustraire sa succession au droit d'anlniine. 

En effet, Pietro Toiiailla «''tait Florentin^ : n'ayant point 
été naturalisé, ses biens, en vertu de la législation en 
vigueur à l'époque, revenaient au roi. Ils étaient consi- 
dérables et comprenaient nonibre d'immeubivs situés en 
Guienne^, notamment des maisons h Bordeaux, paroisse 
de Saint-Remi, dans le voisinage des compati'ioles de 
Touailla ', ce qui n'empêchai! pas ce dernier tie louer des 
chais aux Cliartn^ns pour les besoins ilc son conimcrce^, 



^ 
k 



' NîiniiU's (k Uouaaii. 17 livrini' latll. 

- ///((/., ITfi'vnor I.'jW, W ft iS août i'iîiO. - N ityaritiJasl'iiili'iiltim il cn-iic 
lu biogniphie d« Pifllro Tivutiilla. nous nous bornpnms a prnviner a une autre 
piJ'ce intéressante qui le t'oncrinp et qui se tmuvc aussi dans li- nirmc ri'-pcr- 
liiire. srtus le -iM sipti-iiilu-e l'iôô. l'.f. :2H ilwcuil>re, <•( 7 iiftulire I.Yio. 

•^ Voir, iKiruii les niiiiiilFsdr Dou&'au. sous le Kl jnuviei- l.'îl-J, uni' vinlc it 
pacte de rcniere, par un luareluind du liant Pays. ;i l'irlio Timuiila, d une mai- 
son " basiii' h tiers point, jilace vnide el jnrdrin ; » sous le féviier I.VW. une 
aeqiiisitiiin par le nii'nie île deux piéees de terre h Itlanqueforl ; el, s uis le 2 ft'- 
Trier 1518, l'iiehal dune antre piéee de funds a» Taillan. un nom de Pietru 
Touailla, iiar Basliami Sejini, Tiiiiirhand llorentin. ,siin dnaiestique. 

• Minutes de Dou/eau, 2h mai K>."vi. — \ la suite d iixi procès avec mi autre 
banquier iliilien de Paris, Hieanlii del llene. Pietro Touailla avait ronsenti, en 
Taveitr de son advcrsjiîre, pour srtretè d'une .suninie de ft"S értis dnrsivl i sons 
6 deniers, unr hypcdlièque sur luiit tiiaisons siloécs ii Itordeaux. les deux pn- 
niieres ronliguis, en l:i gnmde rue du Cliapeati-Uoiipe. il diins Tune deMiiielles 
il demeurait. Minutes de r«Hizeau.i"juiri Kilt. Cf. i mai i'i^ii.i 11 avait aehett^ 
relie maison d lialiilation pour la souiiue de )^l)l) ri'aiies bordelais, par ai'te du 
2i di'cembre lliàl, el il y luisait eotisLruire une clieuiiuLc, en tSiJl . suivant acte 
du 26 janvier. — Par d'autres act<*s du ni*rae notaire, en date des 28 aurtt et 
29 janvier I."jîi1,ûn voit queMalleiiCeiTelarii, Giovanni Salvi et Hastianu Senni. 
deiiieuraieiil, de même r(ue Jean de Sainte-Marie, sur le fusst' de (.auipauie, ruu 
Maubee et l'Uedu Cliapeaii-Rotim'. 

' .Minntes de ftuizeau, H jnilkt l.iTid. M' Jean fluieliier (?), piwtireur do 



12 iiisTUJiii': ui: c:uiMsii:itci-: 

Pielro Tou«'iilla ne s'en tenant pas à celui de TargciU ', 
mais embi'assant aussi la ferme des impols", 3a commis- 
sion et la vente île toutes les denrées qui alimentaient le 
marché de Bordeaux^, 

Outre deux fils, il laissait un neveu, nommé Fran- 
cesi'o TouaUfa, et tlans les affaires comme son oncle. On 
le voit expédiant de la laine et du pastel à Giovainbat- 
tista et Laranso Guicciardini d'Anvers*, puis propriétaire 
d'une maison située sur la grande rue du Cliàteau-Trom- 
petle^, et d'un bien au TaiUan", D'abord confiée aux 
soins de Francesco Bonacorsi et d'un autre, Tadminislra- 



PifjTe Eyqiicm. (■ciiyer, seigneur de Muiilaintie, Itailk a loyer k « Pirrrc de 
Thoaillie, uiarchand, Lanqitior et liourgeois de Oordcaux, » deux chais conli- 
giis, sitiit-s Hiix Cliai'trcux ^.Cluii Irons:. 

* Voyez., paiiiii les luAmes iiiinulos, U la date du l(i octobre 1353, un ade 
relatif au pi-f-l de 12") écus d'or sol, i>ar Pictru Tmiiiilla, au ;Kilruo d'un navire 
breton, |»ayalde au jioi't de déehart,'e : a Calais, îi <■ sire André lie Touailhe, » 
ou, en son absenee, au commis de Jean Piehon, aussi uiarctiaxid de Itordeaux, 
et, il Londres, audit Andréa TonyiHa, frire de Pietro, ou à Giovanni Ciiinni. 

* Cnrie trimiatim enln' sir^ leurre TotiuUk, Pierre Diouef et Jehait tle liuti. 
(Douzeau. U dieenibre t5à).j Le i'I août, P. de Touaîlla avait Hi-enséfl affermé 
des maire, sous-maire et jurats de Bordeaux, la marque des vins du haut Pays 
pour le temps d'un an seulement, 

" Voviv., parmi U'.s minules de Duuzeau, a lu date du 2:2 murs 1520. des7. 1 1. 
Zti octobre l^i-2'i. et du 15 tirlnlue IS50, des envois de vins ;i Dieppe et a Lon- 
dres, et, Ir 1 1 juin l'ilS» nui" expédition de pastel pour lloutn. Plus loin, on 
retrouve le nom de >i Pierre de Touailhe, » associe h ceux de Richard Piclion et 
d'Arnault de Lestonnal, autres laches marchands de Vêpoque (17 juillet l."i3i. 
Cf. 2r> septembre . Le premier, paroissien de Saint*.'-l!olombe (litt juin Viil), 
vendait des draps anglais a tin uiarelianJ de .Saint-Macaire riO octobre ioô3), 
til un chargement de ble a un bourgeois de Marmaode it) juillet 1547». 

' Minutes de Dtitizeaii, U juin IrUl. 

'■^ li/id., 7 juin iS-iS. 

* fl/id., 12 iKiobre lîJtîl. — Déjh Francesco Touailla avait des rapports avec 
eptli^ loealilè; représenté par Fraiieesro Ronaeorsi, snn seniteiir, il verwlait :< 
une veuve de rendrait six tonneaux de blc,;iii pri\ de liî francs bordelais i sous 
luii. ' llfid.. iiMuiii i.'ïlO. I 



F.T DE LA NAVIGATION A BOHnEAUX. VA 

tioii de la succession <le Piotro Touailla fui transportée h 
son nevtui ' . 

Avec le nom de Touailla, nous h'ouvons le nom de 
Srtjni, autre marcliand florentin <^lahJi h liordeaux, 
« comme ayant procuration, régime vX adniinistraliitn 
des personnes et biens do Pierre et Lappes do Thoaille, 
héritiers de Pierre de Thoaillc, » et, en cette ciualité, 
vendant à Matteo Cerretani, moyennant la somme de 
800 livres tournois, une maison sise en la rue par la- 
quelle on jdlait du portiiil du Corn au CluUeau-Tron>- 
pette-. lîastiaiio Sei^ni, comme il signe dans un acte de 
Douzeau, du •2<> juin ir)57, tnisait de grandes aiVain'S, 
à en juger par une expédition de blé et de levés, à des- 
tination de Portugalete, enregistrée par Douzeau, le 
23 janvier 1548; mais ces affaires ne sont rien au prix 
de celles d'un autre Florentin, que nous avons déjà vu 
faire le commerce sur notre place'. I.e 1 1 février de la 
même année, Matleo Cerretani apparaît dnus un acte no- 
tarié; le 7 mai 1549, il prête au maitre d'un navire hol- 
landais 6 livres de gros, monnaie rie Flandres, payable à 
Middelbourg un mois ajjrès; le 25 novembre, il charge 
une partie considérable de vins pour les Pays-Bas; et le 
26 avril 1550, un autre envoi sendilalde part de chez 
lui pour Saint-Jeati-de-Lu/>, iiendtuit qu'il \mi\ au même 
nriarchand, auquel il avait déjà fourni deux milliers de 
harengs saurs, sans doute de Flandre ', des draps énu- 



' Mimitcs dt' D'.ni?.c;ut, 17 ft-vriur 1540. 

- Ihkl.^l't avril l.Til. i;r. 27 novcnibir iriîiO. * 

•' Voyez ri-(le.ssus, t. I. p. 2(10; 313, iidIc I ; et 31'J. 

* Ci'tlc provenaucL* est foraiullpment exprimée dans un aulrc acte <Jp Douïcuu 
relatif a lu vpnU* dt; dix las lU" luiieng;s bhincs, p:ir le tni^mt ConptJitii, à des 
in;in"li;iiids de Monl;mliuu, \v ô jiuuici' ir^^. 



a 



HISTOIRE DU COMMEliCIi 



mérés «kns l'acte'; le 19 janvier 1551, il traite avec un 
Bonlelais iino iitFairo de <lraps encore plus ronsttlérahle, 
et, le 6 avril, il vend ilu vin à un autre. I^e 4 juin 1552, fl 
il paie à un marchand d'Exeter 236 IV. bordelais, prix ' 
de vingt-trois pièces de cordîilat vendues h un marchand 
en môme temps couilier à Bordeaux; et, le 15, il traite 
avec un commerçant de Saint-Jean-de-Luz pour mille 
boisseaux de froment. Le 11 juillet, Guillaume lie Gaut 
prête, au nom de Matteo Cerrelani, à Edward Prescot, 
marchand anglais, 22 écus d'or sol, valant 46 sous pièce, 
conire promesse de payement à Londres, à sire Estiat 
CavalcanLi, aussi marchand tlorentiu, demeuraat dans j 
cette ville. Une autre l'ois, Cerretani prête une plus forte H 
somme à un négociant anglais de Southampton, et peu 
de temps après il fait des expéditions de vins à deux de 
ses compatriotes établis, l'un à Londres, l'autre à Redon 
(28, 21) novembre, 29 janvier 1552). Le 13 août, le 
même Cerretani prête 113 livres 11 sous tournois à un 
marchand de BordeaiLx, Ariiauld-Guilhem de la Campa- 
gne; et les 20 août, 3 e1 H) septembre, il \end des 
barriques. Mais déjà Ton voit apparaître lacopo, son 
frère, égahniient marchand de Bordeaux, dans des actes 
des 12 et 13 août, et du 14 novendu'e, où il le repi*é- 
sente, et dans une ijuittauce du prix de vente d'une bat- i 
terie de cuisine (31 août 1552). ^Ê 

lacopo réparait plus tard, avec BasIianoSeapii, comme 



' Minulrs do I)iiti?(-;iii, "21 afiil MUM. - l'n iinlri» aclc du 2^ \m\-s Jiill nous 
niontre le mime marcliiiml, Jpan Salurnji*. Sitliii'tiyr nu dti Sanloiiriiiîon, cx- 
péditinl, iwur <'l aii iiiini tlt; l'évi^que de Dazas, vingUinti lotincnux de vin 
Maiii'S et clairets, " ii ik-livri-i" ait virotiiti- dr Rnluin Rnin'ii'' i pditrnn finrc |(« 
plaisir iM vdlnnli' du ("iti'tlin:il df Lumiirif. •■ 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. io 

le héros d'une aventure scandaleuse S et, quelques jours 
après, comme mandataire de Philippe Parentes et Jean- 
Antoine Barcholy. En cette dernière qualité et on vertu 
de certaine commission du 15 mars 1558, il somme et 
requiert le greffier de l'élection de Guiennede lui remettre 
sans délai tous les rôles, mandements et départements 
faits à raison de la solde de cinquante mille hommes, pour 
les termes à échoir^. La dernière trace que nous retrou- 
vions des deux Cerretani est dans les actes d'un prêt d'ar- 
gent fait à deux marchands de Londres (28 octobre 1559), 
ou plutôt dans une quittance par laquelle un marinier de 
Montauban reconnaît avoir reçu de sire Gaspard de Roqua- 
soly, procureur du cardinal de Guise, et par les mains 
de Matteo et lacopo Cerretani, 30 hvres tournois (23 jan- 
vier 1559). 

Après le nom de Cerretani vient celui de Suivi sur la 
hste des Florentins établis à Bordeaux au xvi'' siècle. Dans 
une charte partie enregistrée par Douzeau le 8 avril 1521, 
on trouve Joannis Salvi, marchand de Bordeaux, qualifié 
de serviteur de « Asolin Saratany, marchand saunoys, » 
c'est-à-dire siennois, chargeant du pastel à destination 

< Le 28 mars 1559, Bastiano Scgni déclarait par-devant notaire « que certain 
personnaige avoit porté ce jourd'huy certain enfant au devant sa maison, adres- 
sant a sire Jacques Ccrtany, comme appert par une lettre missive dont la teneur 
s'ensuyt : « Sire Jacques Certany, vous sçavés comme j'ay porté ung enfant 
» de vos œuvres pour raison de l'importunité que m'avés faict pour me faire 
» condeccndre à voslre volunté avec de belles promesses.... Je me suys efforcée, 
» avec l'aide de Dieu et des bonnes gens, nourrir jusques icy vostre propre 
» créature et k icelle faict administrer le sainct sacrement debaptesme, qu'est 
» la cause que je ne puis davantaige satisfaire vostredit enffant, » etc. Décla- 
raut encore qu'il ne sait à qui est ret enfant, Segni ajoute qu'il l'a remis aux 
mains d'une nourrice, « jusques a ce que aultrement en feust ordonné. » (Mi- 
nutes de Douzeau, 28 mars 1359.) 

2 Minutes de Douzeau, 12 avril 15.59. 



48 IllSTOmE ou COMMIiRCE 

d'Anvers, pour un luarcliand de Toulouse. Dans cet acte, 
comme dans une obibje du 10 juin, nous avons sûre- 
ment le « Jehan Salvy » de Douzeau, qui effectivement 
faisait la commission sur le pastel pour les fabricants 
de coques du haut Languedoc ; mais il opérait aussi 
pour d'autres, tels que Jean et Barthélémy Patras, de 
Villefranche-de-Rouergue {15 et 24 mai 1532), et il 
chargeait pour Londres, en société avec Antoine Loppes 
de Villeneuve (13 avril 1526; 5 avril 1533). 11 ne se 
bornait pas uniquement au pastel. Le 17 mars 1537, il 
charge pour Houen, on même temps que Guilhcm Peyre, 
cent soixante pains de résine, trois barriques de coupe- 
rose, une barrique et une balle de liège. Le 25 février 
de l'année suivante, il envoie du buis et du liégo à Fran- 
çois Malbosc, à Rouen, et, de concert avec le même et 
un mareliandd'Alb!, il expédie h Anvers, le 12 mai 1549, 
du bois de brésil, du vin de Gaillac et de Rabastens. 
Nous n'en finirions pas si nous voulions relever, seule- 
ment parmi les minutes de Douzeau, dans lesquelles nous 
puisons, toutes les chartes parties qui se rapportent aux 
affaires commerciales de Salvi; nous nous contenterons 
de citer encore deux actes du 18 juillet 1558, qui le mon- 
trent on butte à des diflîcullés avec l'un de ses commet- 
tants du Languedoc, Pour vider ce différend, Jean Rignac 
et François Malbosc furent nommés arbitres et amiables 
compositeurs. Une procuration, <lressée le 14 mai 1561, 
permet d'étendre l'existence de Salvi jut^qu'à cette date. 
Un autre Florentin, ser Pietrode Lutiano, figure encore 
parmi les miimles de Douzeau, sous le. 27 octobre de 
l'année 1546; mais nous manquons de renseignements 
sur ses afiaires. 



KT IIK LA NAVIUATION V r.i»UI>r.ArX. \1 

A côté lies Florentins, des Liic((u<>is exerçaient à Bor- 
deaux la banque et le négoce. Nous eu pouvons nommer 
au moins deux, Francesco Esbuire et Barsoboui. Le pre- 
mier figure, à la date du 15 septembre 1524, dans les 
registres du parlement, avec des Espagnols, Esfeban de 
Santia^fi> et Martissans de Villavieiosa '; le second, jianni 
les minutes de Douzcau, pour des expéditions de teves 
en Italie, h la date des 1 1 novembre et 5 décembre 1550. 
Dans rintervalle, c'est-à-dire le 4 décembre, il pn^lail h 
trois marcbands de Santiago 300 écus d'Espagne. 

Aux ïtaliens établis à Bordeaux, il faut ajouter ceux 
qui, sans y être domiciliés, y taisaient des alfaires. Ces! 
ainsi que Paul de Galles, ou pîut(M Paolo GalH, qualitié 
par Douzeau di; « marchand d'Italie, demeurant pour 
lors en la ville et cité de Bourdeaux, » prêtait, par acte 
du 2 juin 1558, ime somme de 200 livres tournois k un 
bourgeois. Un autre Italien, « Hieronimo Peltssal, de 
Vicence, au pays de Venise, » constituait connue son 
procureur « en toutes ses causes mues et à mouvoir, tant 
au lieu de la Rochelle qu'ailleurs, » François Mellel-, 
dont nous parlerons plus loin. 

Une pièce de l'époque achèvera de nous instruire sur 
la variété et finiportaiice des affaires que les mai'chands 
italiens faisaient sur notre place. Le 25 mai 1543, le 
facteur et serviteur d'Alessandro Anthinori, Simone Pi- 
cori et Giovanni Simonetti, qualitlés tous trois de mar- 
chands florentins, avait, par actes reçus en les études 
de M'* Olin et Billiouard, notaires, affrété (m la ville « du 
Pontlelligue » des navires bretons « pour venir prendre 



' HCit. du parli'iui'nt de lîoiiliMtix, II. 17. 
' Mintitiîs tU' l)<.iu/.o;iu. s di'Ct'iiibri' I.Tiô. 

n. 



m 



HISTOIRE DU COMMERCE 



et reccpvoir leurs charges do vin, ou autre marcliandise, 
jusques sur les poHz et havres de la Rochelle et de 
Bourdeaux, et Icsdictz vins et iiuirchandises mener ez 
porlz mentionnés par lediet afiVetanient : » un grand 
négociant tle Paris, Phili}ipe Boursier, « puur lui et 
autres ses consors, » ayant des expéditions de vin de 
Guiennc îi taire « à l'ung des portz de Londres ou de 
Anllione, en Auf^leterre, » proposa à Sinionetli de lui 
abandonner, moyennant indemnité, le louage des bâti- 
ments affrétés par ce dernier, et ils tombèrent d'accord '. 
Nous n'avons point parlé des banquiers français établis 
à Bordeaux; il est cependant, certain qu'il y en avait, 
mais ils étaient peu nombreux. Du moins nous n'avojis 
trouvé mention que de Nicolas Riche et de Robert le 
Maistre, dans des actes de Douzeau, des 4 juin et 9 dé- 
cendîre 1518, des 10, 19 junf, 7 septembre et 24 oc- 
tobre 1519, et du 11 septembre 1547. Un antre acte, 
du 26 avril 1557, nous révèle l'existence de feu M*' Léo- 
nard de Comitibus, en son vivant Ijanquier; mais sùre- 
menl il v avait encore là un Italien nommé de Conti. 



' MiniiloRdo Utiuzeitii, 28 (Ifremhrc irjt.\ — Dans itn ro^'istn- Hnlrripiir, 
duijt nitiis avons tii i-dii naissance seulement après 1 impression di! ce qui pré- 
cède, lions avons Ironvé irn autre lt;ilien, riiiivanni «le Snldiitii, rr prisai tant 
(te Pietro TouHilhi, absent, vendant des harriiyues cl achetant du sriKie pour 
eelui-<;i, puisrecevanl une reconnaissance de 8 franes bordelais « pour ravson 
de la vendirirtf) ih* hiiyt annes de ilrap pers, m:«n !iè fiiii L ;ivro ledit di' Sol- 
dait) il un:; rrimc (Hutr auliii'. >' {lif'uL. i(> mars l'iid, \% mars, Si mai, 3 juin 
et 27 août I5t7.") 



KT l»K LA NAVItiATlON A IlOHlJEAUX, 



<y 



CHAPITRE XXVll 



NOTABLES COMMEUÇANTS A BUnUKAtX AU XVI"* SlKl-.I.K. 

tfan lie Sahtigiie*. — NoIiU- lioiiiini! Jiniii irA»lii ; Clurlm d'AsIn, coiiiuilalilr il» BoniiMiu. — 
Jean «le Saiiito-Mario, nurclinitil cl jurât de lhir4eMl ; Jom du SMila-Mnric, »loiir <ki Ri- 
rniill ; Pierre (le Sainte-Mario, l'ion!' <lo Mnmllnnrt. — Aiitnitii' Loppen iltr Vlllummve; aoa 
n»{MK-iéit, !«s parcnl.t; il <><( AiitiMi. — noliiii <lo Sau|;iK-!> , m (itniilU- ; <tanlM Mr M eoadi- 
liiiii. — Krw>çiii« NaUniim I el M, — Françoi» V'iiilliiiii; viMife île |>«tli-l rt ilii don» pir n< 
rM^gnriiutl, — Br.iiwMyn Ho \i\ Kninycru. — Friiiiî«i« Ncllni ; panellairet <lo 0<>r<l<>aiiii ; 
rcUtifliui iW coiiunttrru ilc ce klullet «vue l(<iiimi ; Il M'rl Me léiiHiiii prxir un mntril mire iiii 
l'iiuu^lion el un jeune Nnniuind; J«iii dir Mellirt, rocevenr en Ciuulonuiis. — Loiiin, Jeun. 
Ctiarlv» ilf Menmi. — BiTnanl, Arnauld, Hi^linl Itoimrnu, Aupier ilc Gimrfpjc. — Joui ili' 
la Vie et autre» nu>ni1ire< <le la iiii'nir fainilli'. — Jean, Itii'liaiil l'iiiuiii. -~ Jean, Amaulil, 
Lnui^ lie l'untac. — linpoiiaiice de^ alliiire» de ce dentier. — Vente à nnuéré de l'IiiMel df 
Tartjs en 1485, et de la inaisoii nublc d'Esfiapne eu MH'i ; Ituinain Brun eji(;ape m* biens « 
un roarrhand [Nnir argmit prêté et fonmiture*. — Onlnnnarii'o de l'afi |5"8 relative ouk 
juri>« tenant boutique ; certains d'entre eux continuent W"» «Tairei ; ordixinanaM royale» (oti- 
clianl la ilig-nilii du négoce. — Netilcs de race faisant niU ,•> dr iitninierre. 



Contemporains îles négociants italiiMis ilonl nous ve- 
nons trévotjuer le souvenir, Jean de Naliugues, noble 
liomme Jean d'Asie, Antoine cl. Berframl Loppes de Vil- 
leneuve, Robin (le Saugjues, François Malhose, François 
Vaillant, Jean de Sainte-Marie et François Mcliol ne tai- 
saient poiiil, à Bordeaux, une ligure moins considéra) île. 

Jean de Nalingues se livrait au conmierce des pastels et 
à d'autres aflaires qui nous sont nh'élées par les ininules 
de Douzeau. Le 30 mars 1501, i! charge pour Rouen 
cinquanle-quatre balles de cette denrée, plus trois pipes, 
« une pièce grosse » et trois lopins de salicorne. Le 
maire et le sous-maire de rSordeaux ayanl, le 22 août 
1520, adjugé k honomljle lionune Gilbert Rogeron, 
pour la somme de 3S,50(t livres bordelaises, les trois 
quarts de la teniM' et acen.^e de la grantle et pelile eou- 



HISTOJRE 1>L1 COMMERCE 

tuine de la maison de ville, celui-ci avait cédé partie de 
son mardié à Arnaud Coslans : co dernier, p;ir uclc du 
15 décembre 1520, la transporte à Jean de Nalmgucs cf. 
à Arnaud-Guilhem Delcassou. Nous trouvons ensuilc de 
lui deux procurations, l'ime du 22 juillet 1-521, Fautre 
du 17 mai 1522; cl nous le revoyons, pour la dernière 
fois, dans un acte de la fin de février 1538, par lequel 
Jean de Sainte-Marie cède les droits qu'il pourrait avoir 
ou prétendre sur une maison située en la rue « par la- 
quelle on va du portail de Corn au Chàtoau-Tronipctte, » 
en faveur de Henry ToUy, marchand anglais ', présent. 
Ce dernier la sous-loue k Jean de ÎS^aliiigues. 

Jean d'Âstc nous apparaît de bonne heure avec la 
qualité de noble homme, ou d'écuyer et d'archer du Châ- 
teau-Trompette ^, engagé dans toutes sortes d'affaires 
dont le détail a déjà passé sous nos yeux'; mais jusqu'ici 



* Il était domitilio dans la iiaroisse Sainl-Hemi, au moins depuis !3ôô, civniaïc 
en (érimii^nn un uiilre acte île Diiuzeiiu du 2H mai de cetle anttia>. 

- Vente de liaiTit|ues ii LamlierlLant'ulle.couitiej', et a Hilint Fornoy, i iJou- 
zoau, 8 et 17 a(ii"if lolT.) — Vente de draiis par N. 1!. Joan d'Astc, éciijcr, rt 
rierlrand dii Poussât, rtjandiand de Bordeaux, il N. H. Jean Pinsan, Écuycr, de 
Sajjit-Marliti de C.adillae, Enlie-deiix-Mers. {ibid., 7 avril i52Û.) — « Oblige 
pour N. H. Jean d'Asti", esciiyi-'r, contre Perrin de Lyou le Viculx, » pour vente 
de barriques, i /Wrf.,2inoveiitl)re lo^O.^ — Contre iVy de la lloeque. cliarpcn- 
tier, (.'est-ii-ilire tonnelier. (fWd., It) diucmlire lliiii.) — lieeunnaissanee de 
40 Trancs Itnrdflais fiar un inareliand anglais pour deux tonneaux de vin. 
(Il/id., 5 janvier 1320.) — « Carte de vcndicion. K. 11. Jean dAsle contre Vi- 
dauU Darrat, rourratier, « «te. (,Iùid., 2 janvier 1521.1 Cf. 28 mars et ai iiov. 

■• Voy. ci-de&sus, t. I, ji. ilO, — On peut y ajouter une e.\|iédilion dt! vin au 
l'assagie (Minutes de Douïcau, 7 oilulue l'jij), des ventes el arltats de diverses 
denrées H îles prêts d'arijent par Peyrothou Cuiilie. faeteui- de M. d'Aste. 
{UmL, 17 mais, 4, 1 1, 12, 10 avril, âti aoilt, U septeniiffc I5r>2.) On retrouve 
ce dernier. le Ifl mai-s 1550, te 10 juillet irioi et les ifl et 30 avril Viîi% ré^ilaiil 
des comptes ave<' de j^rns marchands de la rite de Lnndres el eu relation d af- 
faires ;ivec un niuitjiertiant de Soulliamploii. 



ET DE LA NAVlUATKl.N \ DUllIM-lAUX. 21 

nous ne Tavons pas vu marchaod de biens, et il est certain 
qu'à l'occasion il Irafiquail d'inimeublos. Le 3 aoill 1545, 
il vend à un marchand, Fmnçois «le la Croix, une maison 
située dans la rue de la Ilousselle et attenante h la maison 
du sieur de Montaij:[ne; et, le 2 avril 1551, il traite avec 
François Vaillant d'une autre maison dans la paroisse do 
Saint-Maixcnl, et au milieu de la rue du Burgua, con- 
frontant d'un côté à la maison de Jean de Sainte-Marie. 

Charles d'Aste, qualifie do conseiller du roi et de son 
connétable de Bordeaux, dans une multitude «l'actes*, 
paraît avoir été tils de Jean d'Astt;. IMus tard, on Irouve 
un Pierre d'Aste, conseiller du roi eu son grand conseil, 
achetant, conjointement avec un conseiller au parlement 
et une damoiselle, des biens pour les revendre ensuite en 
détail^; enfin, le même nom de famille reparait en 1682 
sur la liste des jurais. 

Jean de Sainte-Marie a (U'>J!i élt- niontionn»' dans ce 
livre, surtout comme faisant la commission pour les pas- 
tels^. Ses chais ayant été pillés au sac dos Chartrons, 
qui eut lieu après la mort de M. de Monneins, il pour- 
suivit l'un des pillards et composa avec un onelo de 
celui-ci, par acte du 18 mai 1549. Le 5 juillet 155*2, il 
avait vendu cinquante balles île pastel h un marchand 



' MiniiUiS de Duuzeau, 2i novcmbn^ 1337, 8 fé\i'ier 1339, i juillet cl i dé- 
cembre 1361 , etc. — Il exislf aux Aiïhivcs du di'partrnTirnt rie la fîirundt", siuis 
la n)ap(|uc E. 48, un tcrripr, dressé en 1337, [i;u' Niiiiltiic, notiilrc à Uordeatix, 
pour «les rcDU's dues li Kiotis, ;iu nic^mc Cliiirlcs d Asie. 

* Contrit d'édiungc, on Jale du S in;irs tUOI, it-çii par Jacques Pascal, iio- 
lairc royal ii Uordeaux. Acquéreurs des paroisses du Taillari, de Siiint-Médard, 
Saint-Ai:bin. rarcmpuyre, Arsac, Aveusan.etr., et de la baronnie d'Ares, Léci- 
naid de la Clieze , Pierre d'Acte et Marie Landx'it revendent eu dei;iil res 
diiinaini'S. de UtOI ii KMlii. (Mioiites de <;aillaril, 1"2 niarh KHll et i ruai Mmi) 

' VDj'tiz ei-dessus. I. I. p. 3<)i. ôt>3. 



22 nisTniRK Di; c(>mmeiu;i: 

tle Hambourg; six ans plus tard, en société avec Inigo 
de Lisana, également en compte avec des marins de ce 
port', il charge, pour Bilbao, du pastel au nom d'un 
marchand espagnol d'Anvers, et s'engage, en cas de 
prise, à traiter de l'élargissement de l'équipage. (23 dé- 
cembre 1558.) Les ennemis que Ton redoutait alors 
étaient les Anglais et les Flamands, nommés dans un 
autre acle, du 10 novembre précédent, qui garantit au 
capitaine de la Denise de Maremies la moitié de sa ran- 
çon, dans le cas où il tomberait en leurs mains. 

Au commerce du pastel, Jean de Sainte-Marie joignait 
celui du poisson salé, des cuirs et des métaux; il taisait 
l'armement, et sans doute la banque. Le 1 février 1537, 
il se révèle comme armateur, et, par un autre acte de 
Douzeau, en date du 18 février 1538, il vend sept bar- 
riques de saumon, à raison de 10 livres tournois la bar- 
rique. Le 9 octobre 1550, il charge douze balles de 
maroquins d'Espagne sur la Cal/tcrhie de hibournc, à 
destination d'Anvers; le 4 juillet 1552, il vend, au prix 
de 1(5 livres, un cent de métal à faire une cloche, et, le 
7 novembre, un marchand de Londi'es reconnaît, en 
présence de Douzeau, avoir reçu de Jean de Sainte- 
Marie, « comme ayant charge de sire Martin de la Roa, 
marchand espagnol, habitant audit Londres, » la sonmie 
de 2,243 livres 8 sous tournois. D'autres pièces, du 
5 août 1559, donnent encore à penser que les relations 
de Jean de Sainte-Marie s'étendaient aussi en Espagne; 
et, dans un acte du 14 décembre 1550, on le voit engagé 
dans une affaire avec Thibaut Urtel, l'un de ces mar- 



' Miii4ilc& de Uouzc'uu, 7 mai'b ioEil. Cr. 6 juia lotif . 



ET DE LA NAVIGATION A DOUDEAIX. i:i 

chancis de Lyon que l'on ne rencontre que de loin en 
loin à Bordeaux, à l'époque des foires'. 

Le 18 novembre 1559, Jean de Sainle-Marie élait 
devenu jurât * ; on ne !e voit plus figurer parmi les 
membres du commerce bordelais de Tt^poque, h moins 
qu'on ne lui attribue deux actes, l'un du G juillet, l'autre 
du 13 janvier 1559, dans lesquels apparaît un Jean de 
Sainte-Marie, « marchand d'Armagnac, serviteur et en- 
tremetteur des aiï'aires de M. l'evesque de Mende, chan- 
cellier de Navarre. » De la ma^^islrature unuïicipale i\ la 
noblesse, il n'y avait (|ii'un pas : notre Bordelais le fran- 
chit, s'il est permis de tirer celte conclusion d'un acte 
d'Audouyn, en date du 28 flécembre 157*2, par lequel 
Jean Bonneau, sieur de Verdus, déclare tenir à intérêt, 
suivant l'édit du roi, la somme de 60t) livres à noble 
Jean de Sainte-Marie, sieur de Ricault. Au reste, du 
temps même du néffociant, il y avait un Pierre de Sainte- 
Marie, ccuyer, sieur de Marcilloiiet ^, sans parler de 
François de Sainte-Marie, * nalit" de Monl-de-Marsan *. » 

Antoine Loppes de Villeneuve, « de la paroisse Saint- 
Remy, » louait déjà, le 19 février 1516, une maison « en 
la grant rue desus le foussé de Trompeté, » et, en 1518, 
une autre maison située aux Cliariroiis, suivant acte de 
Douzeau, du 22 mars. Deux ans après, il charj^eait, en so- 
ciété avec Jean de Nahugucs, Arnaidt-Guilhem Delcassou 



* Parmi Jps miniitrs d'un aiitiP nulaii-c. riiranl,on troavp, ii la date du ïi nr- 
Uibri' 1548, folio 50311, un ;ule relatif a l'envoi d'un sac par Jwiii Esraruti, 
luarcluiid et hourgcois de Lyon, a Pierre Teriicr, inarrlcmd de eerigiieux. 

* Darrial, Siipplemiriit rfc» Cliroiiiqtu'.,, lie liminleam. fulio t3 rwia. — Au 
fidio 31 reclù << s'ensuyvent les iiunis drs jurais qui Turent faits (tendant ferlain 
noiuhre d'années avaiitreniûliûti (jui arrivacn la ville de Uourdeaus, l'an ioiS. » 

^ Douzeau, 2ô avril «t l(i juillet ÏMi. * Cas(ui(;tio, 1 i murs lotiS. 



24 HISTOIRE DU COMMERCE 

lit Alphonse de Lisana', inarc!iant!s de Bordeaux, vl le 
commis de Claude le Lièvre, marchand de Parit;, ihi vin 
el du pastel pour Rouen (14 octobre 1520), cl, avec les 
deux premiers seulement, de ce dernier article pour 
Londres (13 avril 1521). Le 23 mai 1533, nouvelle ex- 
pédition tic même sorte pour ce port, en société avec 
Jean do Sainte-Marie, de Toulouse; puis encore une autre 
en parlicipalion avec Pietro Touaiila, à délivrer en partie 
à Martin Loppes, frère d'Antoine^. On le retrouve asso- 
cié avec Pierre Eyquom, écuyer, sieur de Moulaii»nc, à 
la dale du 30 décembre 1534, dans un chari^ement de 
pastel et de vin pour Anvers, et, le 5 janvier suivant, il 
opère un autre chargement, sur la Catherine de Bar- 
deaux, pour la Biscaye, berceau de sa famille''. On le voit 
encore figurer dans un « transport pour M. de Loston- 
iial, » marchand et bourgeois de Bordeaux, en même 
temps que trésorier de la maison conmiune ( 1 1 avril 1 52'2); 
il est présenlé ernnme acquéreur de rente ii>ncièrt! dans 
un acte du 9 oct(»bre 1534, et signalé comme défunt 
dans un autre acte, toujours de Douzeau, du 20 novem- 
bre 1543, portant vente d'une maison située eu la pa- 
roisse Sainl-Ilemi, « en la rue de la Brousse, afhttt du 
Peugue, confrontant d'un costé au jardin lIc feu Antoine 
de Villeneuve*, «> ce qui sendjie en contrailiction avec 



' Vojoz, sur Cl! eommcirant, u Curie ili; wiitlK-iuii l'I lenitîs |miir Alfon/e 
Liziinne. " iMinulesdc Doiizt'iiu, i!) ot litluc 1,">:2(), Deux ai-les.» 

* Ifuuïcaii. i8 iiiiii Ki."». CI. 'iTt mai; 5 jiiiii.o juillfl. li iK'tLMiilne ft ptnul- 
lii-nie jourdc février Kirvl. 

' Le (i l'évriur loôô, il dutuic [irucuratitm ii Arriiiiid Dujiiiys, son tM^ati-rrcrc, 
[Niur retirer des héritiers de feu « M<^ Paul Loupes, » en »>d vivant médecin, 
dt'tnrtiraiit a Ccstona, un Ip^s de 2U étiis d'or. {Minutes de D<>U7.eau.) 

* Dans un aulru acle ûu miim nuUite, du li dêLcuibre I'mû, les niaiâon et 



ET DE LA NAVIUATION A IlORlJEArX. 

un acte du 11 juin 1544, ^jorlaiU vente de bien au 
mcme. 

Bertrand Loppes de Villeneuve parait avoir succéd*^ ii 
Antoine. Le 5 juin 1537, il baille à loyer, pour deux 
années consécutives, la maison que Jean et Etienne, ses 
frères, possèrlent sur le ibssé de Trompette, avee les 
maisons des hoirs de i'eu niessire Bernard de la l'asle. 
Le 16 du même mois, il se représente chez le mémo 
noiaire, el reconnaît, tant pour lui que pour ses frères, 
avoir el tenir en fief féodalonient, ilu prieur du collège 
Saint-Raphaël, sept journaux de terre à Bouillae. La 
même année, il aiVermc à un meunier le moulin d'Ars', 
el il lait un outrât de métayage-. Le 29 avril 1540, il 
loue un chai aux Charlrons, et, le 2 juin, il donne à loyer 
à Jacques Arreyrac, avocat au ])arlemenl, une maison 
située sur le fossé de Trompette, moyeinuud 3S trancs 
bordelais par an. Le 7 octobre et le lô février 1540, 
nous le voyons marchand de cire, connue llobîii de Sau- 
gues, son confrèj'e^, et, le 17 novembre, marchand de 
blé pour Lisbonne. Il faisait aussi le commerce d<' la 
saline avec Toulouse, qu habitait Pierre Lop])cs, son 
onde *. Bertrand Loppes de Villeneuve étant devt^nu 
riche et jurai, puis prévôt de Bordeaux'', obtint des let- 



jaitliii irAiiloiiip L(ni|H-s Ue Vilicncuvc sont imlii|iU!> niiiimi! doiinanl sur le 
grand fossé <le Ti'oiii|ietlt>. 

' MinuU^s iiii Dûuzeaii, !3 fi'vmr {'mI. CS. I<rjiiiii i:i5S. ' fMd,. U amU. 

■'' Re<;u (le âtH) livres tuiiriiois tW J:ic(|iU's du Tillu^t, :i[Hiliiii:iirt!(l'Af;i-n. |>«mr 
prix rie neur (jiiintaiix vinttl livris ilo ciic. — La nrc vcmliii" piii- IlDliin tk; 
SaiijîiK's, Jurât <•[ citoyen de llordoiiux, a Calfusiinc de lUron. danio de Duras, 
cuii&istuil PU deux quiiituux, du prix do ââ livres cL d4.'uiie U< (;umtul. 

' Minutes lic Douzeuu. G février 1558, 7iuii) 1510. 

* D:inial, Siippleinerit des Chrimique... de lk»irdtaiis, édil, de Ui-20, folio 5a 
verso, 30 rviU), .innées l.'ill , ITilvi et IKJl. Voyez, d-dcssus, t, 1, p. -157. 



23 HISTOIRE DC COMMKHCK 

très de noblesse, et, à partir du 14 mai 1552, son nom 
ne figure plus dans le gardenote que précétlé de l'épi- 
thète de noble, pendant que Béatrix Loppes de Ville- 
neuve reçoit le titre de damoiselîcK En 1566, on trouve 
M. de Villeneuve juge de la Bourse; mais rien ne prouve 
qu'il fut de la même famille, ce nom de Villeneuve étant 
connnun à Bordeaux, témoin trois actes de Douzeau, l'un 
de 7 avril, l'autre du 11 mai, le troisième du 17 juil- 
let 1517, où iignrent Naudin, Bamon Bernard et Hélie 
de Villeneuve. 

Robin de Saugucs, dont le nom vient de passer sous 
nos yeux, mérite de figurer sur le catalogue des grands 
négociants de Bordeaux au xvi"^ siècle, bien que ses opé- 
rations ne semblent point avoir égalé en nombre celles 
de la plupart des commerçants mentionnés dans ce cha- 



' Minules de ItoU/teau, 27 oov. VSSi. — L'unobitssenient, vers l'année 1550, 
de ccUe Amiille de Villotieuvc. suri niuu immordiiil île Loupex et i>nn origine 
biscajennc, ne peraie lient pas de h confundie avec sa conUiiipuraine, la fa- 
mille de Villeneufve de Durfort, qui occupail déjii un rang et une position con- 
sidérabies li Toulouse et !i Hiirdeaux puriui la nuldesse du Langucdec et de la 
Gujenne. Dans son contrat de mariage, du 2tî décembre KilS, avec danuiiscHe 
Marie Potier, lllle de Pierre Potier, seigneur de la Terrasse cl de &ûnt-Hélie, 
et de damoiselle Béaliiv llertier, dame de Castelnovel, noble Jean de Ville- 
neufve, clieviilier, esl qualitiè de vi^juici" de Toulouse. De 1551) ii loyj, date de 
sa mort, on le voit conseiller du roi en son conseil i>iivé, second président au 
pailenicat de Burdeaux cl seitsucur, au pays toulousain et en Médoe, d'une 
foule de lieux ^'uorieés dans son teslamenl, re»;u le 25 février 155)1 par M» André 
Dugravey. Noble Jean de Villeneufve, tils du |>rccL'dent, conseiller au parle- 
ment de Bordeaux, seliïiieur baron de Canlemerle, comme son porc, et de 
nombre daulrfs localités, éiwusa damoiselle Antoinette de Dtnforl, qui ap|iorla 
il la mais^m de Villeneufve, avec les nom et armes des Durfort, les seigneuries 
de Fauperolles et de Cajamont en Apenais. — Le nom de Ilertier. que l'on 
vient de voir, lltfure dans un acte de Douîcau, du se[itcmbrc 1559, par 
lequel .Marguerite de Lurdast, danioîsellc de Soulan, fii lîonserans. reconnaît 
devoi)- à N. 11. Je;i!j de Brrlluier, îiabitaal de Tutilouse, 50 livres pour vente de 
draps, de laine el <le soie. 



ET m. LA NAVIGATION A lUMlDEAUX. 27 

pitro'. Il élail do plus jurât de Bordeaux cl propriétaire 
à BlanqueforI, à Sainl-Macaire et ailloui'^, comme on le 
voit par des aclos de Douzeau, en date du 15 mai 1518, 
du 21 juillet 1521 et du 29 juillet 1552, «'poque à la- 
quelle il était mort, laissant uiig veuve, Calheriiie il'Ar- 
gualh ou d'Argueulh, et sans doute un fils nommé Jt^nn; 
du moins on trouve, parmi les minutes du mèiiic noiairc, 
à la date des 5 et 17 mai 1552, deux ehargemenis à 
deslinalion du Havre et de Rouen, dans la charte partie 
desquels figure Jean de Saugues, au milieu de Menauld 
Vinccns, dit de la Grave, Jean d'Aydie, François Mal- 
bosc, qui expédient, celui-ci, au nom de Jean Founiier, 
de Tarascon, quarante lialles de copeaux « ù fiiire pei- 
gnes, j» et les autres du liège, du pastel, ou du vin. 

Ce Jean de Saugues était-il marchand? (tu en peut 
douter en voyant un individu de ce nom qualilié de 
<i notaire praticien en cour laie et paroissien de N.-D. 
de Macau, » dans un transport d'une propriété sise à 
Ludon, fait à Guillemetle d'Argueilh, épouse de Robin 
de Saugues, marchand et citoyen de Bordeaux*, sans 
parler de trois terriers dressés par ce Jean et dont l'un 
se mpporte à celle « honeste feme"\ » marraine d'un na- 
vire appartenant à son mari ^. 

Fi'ançois Malbosc, que nous venons de voir, faisait 
aussi la commission pour les laines-' et pour le pastel qui 



' Voyoz ci-dessus, l. I, p. ô20, i4 les iiiiniiks de Doii/.Piiii, 5() mai. 17 juil- 
let l*il7. ôl iiKiis lI 27 avril. 3 et 18 ;iout l.'ilH. ô juin el 7 tKliihie l'jlit, de. 

- MintKes de Diraïcaii. o janvier r>17. — Dans ini autre :iele du H aiuit ITiUl, 
ligure demuisclle Jcaunc de MiUiint^L's, veuve de feu maitre Jacques de Sau- 
gues, en son vivant procureur eu la ciiur de pariement de Bordeaux. 

■' Arth. départ, de Ut Gironde. E. Terriers, n<« h-2 el U-1. 

' Voyez li-dessus, t. I, p. il7. '" .HJnules dt Douzeau, 23 juillet loi!>2. 



28 HISTOIRE ni; co.MMi-iict-; 

servait à les teindre; non -seulement il exportail île celte 
plante, par mer, à l'étranger, mais il en envoyait, par 
terre, de Blaye à la foire de Niort ^ Le 18 juin 1558, 
François Malbosc n*existait plus ; nous le savons par un 
acte de celte tlate, qui nous apprend en môme temps 
que ce notable connnergaiit possédait une maison dans 
la rue de la Porte-Médoc. 

Nous voyons, cependant, un autre François Malbosc 
après cette époque : c'était vraisemWablenienl sou fils. 
Le 28 mai 1559, 894 écus d or sol lui sont remis pour 
et au nom de Paulin Bénédicte, marcliand liicquois, 
« comme appert par un cartippel faict à la bancque de 
Lyon, M lequel argent avait été converti et employé en 
viu pour William Mills, marchand anglais; le 12 octo- 
bre, le même Malbosc se porte piège et caution de Ni- 
colas Meiuissier, marcliand de Féuamp; le 15 décembre, 
se montre un certain de L^bat, qui s'intitule serviteur et 
facteur de François Malbosc; enfin, le 28 juillet 1561, 
Douzcau passe un « acte de sommation pour les maistres 
de [cinq] navyrea contre Françoys Malbosc, » où Ton voit 
que « icelluy Malboscq auroict affrété leursdits navyrcs 
qui sont sur le port et havre de ladite ville [de Bor- 
deaux] pour mener et conduyre leur charge de pastel au 
lieu de Saint-Andere ou liillebaidl, » etc. 

Nous avons déjà vu François Vaillant faisant surtout 
la comiiiissioii pour les pastels; il ne se bornait pas à ce 



' Mimik's de Douwiiu, 20 avril 15oK. — Par un aulrc acU* du même, en date 
tlii 5 janvii'i* iri'j'â. M* Jfan HarlKit, viriiiie tk SiiinUk'mi, [>nnni'l dn relever 
indemni! [«'rancms Malhost" l'airic de la ntiilitm qu'il a\;iil Huirnio aux péris du 
mi Uiiicliiinl la roiitiiiiH' des ^itis i|iii' l'un ejniiiagasincrait celle année dams les 
«'liais dudil [{arlxit, aux ('.liarlronN. 



ET 1)1- LA NAVUJATION A HOllUKAUX. iî> 

commerce. Un acte passé par-devant Douzeau, le 1*^ dé- 
cembre 1552, nous le inontn' venilaiit à un cainpajj;nanl 
cinq quintaux de clous appelés caboches^, payables en un 
tonneau de vin. !1 n'est pas inulile d'ajouter que cette 
espèce de clous vetiail d'Aiifflrlcrro-, hiiidis que d'an- 
tres nous arrivaient d'Espii^ne"'. 

Jusqu'à présent, lîrandelyn ele la ïlamyere nons avait 
paru se livrer exclusivement au commerce des fers * : 
une vente de vin à des marchands, l'un de Londres, 
l'autre de Paris, enregistrée par Douzeau le 14 juin 1549, 
nous donne une idée plus étendue des affaires de ce né- 
gociant. Elles comprenaient aussi nombre d'aulres arti- 
cles et même des prêts d'argent^. 

On peut placer sur la m(>me ligne que Fran<:oi8 Vail- 
lant et Jean do Sainte-Marie, un autre grand commer- 
çant de Bordeaux, François Mellet; leur notaire commun 
les mentionn(î quolquetois ensendde. Mellet stnnhle snr- 
tout avoir opéré « connue coinniis et ayant ctiarge de 
Pierre Assezac, marchand de Toulouse, b selon ce qui 
est consigné dans un acte du 21 mars 1557, où l'on \oit 

' Ca]>of hcs « servent ii niPtlre sous les S{>lii11ifrs ot los sabots dos pauvres 
gens. et. dans les amicnicns. a faire des siies de niitiiiille. » (lU'g. <lii iMinsril di* 
romiiierci* F. 12. 50, folio 56'j roelo.) 

- Minutes de <:mitlntres, 24 mai 1088, folios 003, fiJIô. 

^ Dans le Conlerrolle tk la recepte du bureau ik la comimne ûf Uftijimuf, es! 
enrepslr^c, à la date des 8, 10 et 17 mars 102fi ;Tiili(is 11 rc<-In. \7> recru 
et .H9 reeto), l'entrée tie tniis haïqiies de liordeaiix. la HUme, le Cirf-rolmit et 
VAhmrtK, eliariiées, entre iuilros articles, a destinalion de celte vill<», de fer 
et de tloiis, dont icrlains .sont .spécillis rnmme él:int <■ vhmx de rarevelle, » 
viilant 1 ardit la |tio<-e. 

* Voyez ci-fles.sijs, t. I, p. 319. — l^c ITS juin Vî^-l, Dmzeau efiivgistre une 
fiblifcation pottr prix de la vente, par flran'ielyn de la Ranivere, d'imu foinrtu^ 
de ninnlin Si venl et de irnis f|iiin(au\ daiiire fer. 

'^ Minutes de IkMi/.eau, M jnin et ^1 nuvenilice Inoi. 



30 HISTOIRE DL: COÎrtMRHCr- 

encore le eommissionnaire bordelais faisant « racoutrer 
et empacquer » du pastel par des pastellaires de Bor- 
deaux. Déjà, le 3 juillet 1552» il était convenu de charger 
sur le César, de Dieppe» une forte partie de vin pour le 
compte du même commettant, Siiremenl c'était de chez- 
lui qu'était parli le drap d'estamet venu de Toulouse, 
aux Chartrons, à l'adresse dudil Mellet, avec passeport 
de la traite foraine', retenu, à ce que disait le batelier, 
à Castclsarrasift « eu peagcant ladite marchandise. » 
(9 août 1552.) Le même Mellet vendait aussi du drap 
d'Angleterre {9 février 1552}, du hareng (10 mars 1553), 
tout en continuant le commerce du pastel (2, 7 oc- 
tobre 1561). 11 y joignait aussi celui des lièges et des 
résines. Le 30 novembre et le 9 décembre 1552, il 
charge, une première fois, cinquante, puis dix balles de 
liège, toutes au nom d'un gros marchand de Limoges, 
Jacques Boutault; et, quelques jours après, il adresse au 
même, toujours par la voie de Rouen, trente-quatre 



' Il y avait aussi liniposilion foraine, établie en lîwl {l-Jflkl da rtnj sur la 
percfpl'um de nés droiels de domaine forain, et t'impoxilion foraine, etc. Unuca, 
IGâT, m-^), et miMitlonnéc dans deux aclâs de Uouzcau, l'un du 8, l'autre du 
10 iwiflbre irw2. l\\v \c prenikT, Pierre du Vignau , martliand el hrttellcr du 
Chapcîui-lUiujje, l'ecofintill devoir » Pierre Pinnn, clerc el commis d'André 
llaytau, la sirainic de 100 écus d'or sol, ii Iti sous Imirnois pièce, ii lui prêter 
« pour avoir et recevoir rcstatttoJHcc de couricrgedu bureau géntralde limiiii- 
âjtion foraine de Boiirdeiiui. n Par le second acte. M* Bertrand Uoysard, procu- 
reur général du roi sur le fait de l'iiiiiwsilion foraine au siège généra] en la ville 
de Bordeatix, reconnait avoir rten du iiiPme André Rageaii, qualilié c<>ftc fois 
lie conseiller du roi, trésorier e1 receveur général de ses fînam-csextraordiiiaires 
el parlie&casuelles, 09 livres tournois en ôO écus d'or au soleil, orrtonnf'es par 
les commissaires charges par te roi de rexécution de son edit, imposition foraine 
el domaine forain, « pour subvenir aux frais du voiaige qu'il va presenleiiient 
fjiire, par rnniiiiendciuervt riesdits sieurs com«ii,ssaires, es ville.s do Itavonne cJ 
iinli'es lU'UX cirrouvoisiiis, jiour faire saisir, arresler et mettre va lu main 
d icellui sire toutes nia(rb:mdises «orutTiians le droiet de ladiet*- imjNisilion. «• 



ET DE LA NAVICATION A ilORDEAUX. M 

pains de résine*. Il était aussi en relation d'aiïaires avec 
des marchands de Rouen, de fa<.'oii à pouvoir s'accom- 
moder d'une créance de 67 livres tournois sur un mar- 
chand de Villefranche-de-Rouergue, pour fourniture de 
cinq douzaines de bonnets noirs, opérée par un marchand 
de Toulouse, représentant d'un lloueimais*; et l'on yunil 
s'expliquer ainsi sa présence comme témoin pour un eoiii- 
Irat d'apprentissage entre un comédien et un jeune homme 
de Normandie'. Quelques années plus lard, aloi-s que 
François Mellet était encore dans les atïaires*, on trouve 
un Jean Mellet receveur tlu taillon condoinois ^ : nous 
sommes embarrassé pour décider si cet ofïicier public 
appartenait à la même famille, et si celle-ci, sortie du 

' Minutes do Donzcuii , 17 «lifccmlire tîioi. Voyez cneurc ("i -dessus , t. l, 
p. iTTi. 

-Miniilos tic I>ijii7eaii, TA mars t'wi. — On truiivc in i|ikiqin" Mtrlp \:t 
conlro-parlie lU; roi aclc dans une pi-oitimtiun dunnôc par un llorilclais ii un 
marchand *)e Rouen, pour recRvoir d'un niarrhand pi6ninnt;iis In prix d'un 
«ertaiji nombre ûc t<innfniix dfi vin h lui vendus en b ville de I)i(!p]M!. (Mitinles 
il«> Brujiot, (>7-i; "3!^ ftvrior lii^j.i Or* leutuinlre aussi, vers 1» nifmo «'piiqufi, 
des Uordcliiià uitmiiéiHiiires entre le umuinori-e de Teuiliuise el: celui de Rouen. 
Le 2t fi'vricr KiôH, <luilhem Pcyre, Tun d'eux, déelarait avoir r{"i,"ii Iritis [m^îm- 
çflns de enivre h lui envoyés de Ruuen pour les vendre ii Toulouse. — Les 
Normands avaient du crélit ii Horde.iux, s'il est permis de Lirer une |iareille 
eondusion d'un acte de Douzeau, du \H février lo-i", par le(|uel tin nianhand 
du pays de Normandie se porte (garant de RLcIiard Selwyn, marclTand ani;lais, 
Iiour eerUiine somme de deniers. 

' « Pierre Iluïcy, natif de Saint-Eustaclie, près Hableneuf, en Normandie, m 
promis k Jelian Chuppati de Léon, juyeur de eomeities et bisloeres, présent, le 
senir de son estai et vacation et de toutes autres elmses licites el lionnestes 
aveeques ses domestieques pour le coui-s et espaee de deux acs... mttyennant 
la somme de liuiet livres tournois pour an. » Jean Cliappan s'enga^çc ii nourrir 
le jeune homme, « el davaulaifie luy enseiftier et faire monstre a elianter, son 
artel vacation, » etc.. (Minutes de Douzean, () mai ISiiâ.) 

* Douzeau. it mai 1301, — CastaiKne. 11> juin l.'iGH; H7-li, ftd. iilj' iiij"] 
rertrt. 

■* l)ou/.eMU. \'* dereudu'e lîio'J. 



32 



insToiUE i)i; coMMivRcr. 



tommprce par la porte dorée, était parvenue {t prendre 
place dans les rangs de la noblesse. 

Notre embarras n'est pas moins grand en consultant les 
minutes de Douzeau, pour l'histoire d'une autre maison H 
de Bordeaux. Le plus ancien de ces actes est une « oblige " 
pour Bertrand du Foussé, dit de Pascicnco, contre Loys 
Menoii, » charpentier de pipes et barriques de la paroisse 
de Saint-Micliel de Bordeaux, « et ce, à cause et pour 
raison de la vendicion et délivrance de deux cents fays 
de couldre de pipaille*. » Sûrement ce tonnelier ne sau- ■ 
ratt être le même que le Louis de Meuou, qualifié de mar- ™ 
chand et bourgeois de Bordeaux, dans un autre acle du 
6 nuirs 1552, qui se rapporte à un achat de barriques. Ce 
dernier paraît avoir succédé cette année à Jean de Menou. 
désigné de même dans plusieurs autres documents-, et 
simplement qualifié de Jurai dans un contrat relatif au 
sauvetage d'un navire breton qui avait somliré près de 
Lormonl''. Un siècle plus tard, nous voyons les Menou 
dans les honneurs réservés aux nobles, notannuent^ 

• Minulcs (le Uoiizciiii. 3 janvier ITiâO. ^ Les niâmes minutes offrent une 
miiUitude d'artes rclatirs aux affaires de Rernanl du FiHrssé, ou |)lutAl du 
Poussai (vny. 1 i janv., 20 fi^v., ISi mars, ict ôO avril, 1" et 11 mai lnl7, etc.), 
entre aulri'R, sous le 20 fictnhre IMI, une procuration gém'-iale d'un nuireliand 
de Lorultes, Kdward Burins. 

* Minutes d(i Doiii'.eaii, Wjauvicr Iviil, JO février I3:3(i. Cf. 10 seplenituT [Xii. 
' lùid., 14 octobre MHD. — Dans une u oblige pour Jehan de Menou mmuic 

ouvrier de Saînt-Rcniy de [iiiurdeaidx, » il figure an num el ronimi'- fahririen 
de celte é^'li^e et sulistiliit de ImniHaitlc luinnnc Antoine Loppes. dit île Vilte- 
tiftiir, ônalcnient iiiar^iuillier de ladite paraisse. Ubid., H seplembi-e i."i1K."i l\ 
repariiit ensnitc cDinuie exériiteiir teslanuiilairt! de Jidiarinirot l-'nrllion, avec 
'• Joannts Satvi, » cpd avait foneouru an tesiUiuient en (iiurlitilt de témoin. 
(lliid., 30 juillet KilH. Cf. H juillet. : Jean de Menou avait épousé Isaliclle Lam- 
bert [ibiiL, 2(3 ii)ai lols\ i|Mi est trop loin de Marie Lambert nommée ei- 
dessus, p. 21, note 3, pour que rnu puisse sonper a ratlaelier pir le lien la 
futnille rie Mi'ooii i\ r>'\U' d Asli'. 



F/r 1)1-: LANAVIGATIO.N A BOItllKAUX. :\:\ 

en lfi4'7, Cliarh^s (h Mi^nnu, rhovAlier, siiMir de Cliar- 
niscy, gouverneur ("l lifuleiiaiit ^<'m'i'iil es pays et i-ôtes 
de l'Acadie et confins d'icelle en la nouvelle Franco'. 

Le conquérant de la Floride n'était-ii pas lui-irR^nic 
d'une famille de commerçants? Le 28 janvier 1517, le 
notaire lîrunef dresse l'acte ûe vente d'une maison sitnée 
« sur reslcy ilu iionl Saint-Jehan, » à Bernard tîom-j^'uc, 
marchand de la paroisse Sainl-Michel, représenté par sa 
femme, Jeanne (le Minvielle. Le 30 mai^s 1520, Arnanld 
de Gourgue, marchaml de Bfjrdeaux, donne procuration 
pour avoir recours contre un mariHicr au sujet de lu 
cargaison d'un navire chargé î"» Vanoes de toiles-, nun-- 

' Valin, Nouveau Commeatnira mr i'orilofittaiife itc la marine, rti'.. l. I, p. 7. 

* Ccl article i;\n\\ aii nnmltri' de ceux qu'expnrUiieiil nos :iini:iteiir.s. Le tii;ii- 
qiiis de Vilbrs, amhassacliMir a Madiiil, éeiivail ft Odbert : " L<' plus graml 
citmmeiTC ilo Frunce pour l'Espagne sont les lojles; c'est un nomlire intiny re 
(jH il en vient de France, tant pnnr 1 Anignn, Oalalogne, Navarre et Valenrr, 
que pour toute lu €:islillfi et l'Andiiloiisii', elaussy pmtr le.s Indes. La Fr:inc<j 
en fi>iiinit plus que toute l'EuroiM'. » {CoyiY.tiMiuI(iii<e mlmiiiixlinHir xniin 
Louis. \IV, p. .i3î>. — Lfllres. inifruetims et màiwires de Cidlierl, L 11, '2'- par- 
lie, p. 798. 799.) « Les Espagntds, dit un éerjvain du xvii* si^cle, m peuvent 
vivre sans nos grains, ny aller aux Indes ffiierir la desjvuiille des mines sans 
nos toiles et cordages. » (Moyen d'enmhir la France de (a Ue^^iHiiiille des In- 
des, etc., s. L ni d., in-i», p. i.] — En 1"IK. un négociant de Rordeaux, dtmt le 
principal commerce consistait en toiles, ayant fuit v<!nir de lïretiignc [iliisieurs 
balles d'une espèce appelée eiicamans, en avait vendu pendant la ftiire a dcuv 
négociants do Barcelonne et à un marchand de t'igiiiiTcs. Au niora«nt d'expé- 
dier la marchandise, dans nn hateati, pour Agdf, le directeur des fermes la Ut 
.saisir comme ayant |>assi" debout. Mainte des ditecteurs de la (Miumlire du 
commerce de fiUienne, qui font surtout valoir ipi une pareille nirsurt' Idessait 
les privilèges do la foire et pouvait enijuVIier les ètranjiersd'y faire des etii- 
plettes, et renvoi devant le conseil de commcrfo, " avec défenses ;iii.t parties 
de faire aucnnc poursuite ny procédure ailleurs, n etc. (Ref;. du Conseil de 
commerce F. 1:2. (».". fiditi 7 vers<t; séance du 15 janvier 1718. Cf. F. 1:2. (î.">, 
folio S7Ô rcrlit, 2 décemltrc 1719.^ Les toiles Itrelafinulleif et de Laval tit-'iirenl 
aussi en plus d'un endroit du Cnnierrotle de la rceeplr iln liitreau de In rmmtmne 
lie Uayoïme, ciuiscné aux Archives du départeiuenl de la Girunile {C. llurcaii 
IL j 



34 



HISTOIRE DU COMMERCE 



lus, ctro, cuirs, chanvre et aulres marchandises, et qui 
s'clait perdu à rilc-Dieu. Après le inihim du xvi" siècle, 
on voit un Héliol Bonneau de Gourgue, marchand par- 
cheminier à Bordeaux', et un autre, revêtu de charges 
qui étaient des étapes pour arriver à la noblesse. Le 
10 juillet 1559, Augier de Gourgue était receveur des 
parties casuelles et taillon de Bordeaux -, sans cesser, pour 
cela, d'être dans le commerce^; et, dix ans plus tard, un 

des finances). Voyez folîo 2 vei-sn (4 jaiiv. Iflâj), folio S verso flRjanv.. nii'Miif. 
iinnt'Ci, rlc, en mi^ma tern(is que les tnlk'S d'Allnmjifrne, dii Rniliimt. de Flan- 
flrf, de Hollande, do Cambrai, ûv Rrinis, ds Rouen ot les toiles de niônatço. 
(F<" 21) V", lîO v\ 33 r et v», il t\ Tid r, 'H v\ i\\ r\ f»8 r, 15 %", 1)7 r, etc.) 

' Minutes de CasUiigne, 25 et 27 avril lf)68; folios iij" xxij i« el iij'' xxx r". 

' Minutes de Douzeau. — Dans trois actes de Casiaiimc. dn tO et du dernier 
jour de lévrier iîHiH i87-t2, foliii Çxxxviii recto et Glxxij rerto», rehitifs bMes 
paieuienis faits li Arnaud de la Porte, ■< capiiitaine el bourgeois du navire 
nommé la Fleur, dii port de âOft tonneaux, » utilisé jtar M. de Ucr, représen- 
lant de Monluc, Augier de Gourgue est qualîtié de « commis ïi fcrc les frai/ 
de l'extraordînaire de la pierre en nnietino. » Le 23 seplemlire 1378, il figure 
dans un acte du notaire Gnay, relatif ii un prcH de ô.DOD éiiis d or ii Catlwrine 
de Mi^dicis, par le baron de la Tresne, avee les qualilications de conseiller tJu 
roi, trésorier de France et gi'néral de ses finances en lîuienne.— nansTarliclc 
nécrologique qui lui fut eonsacré en 130i, date de sa mort, il est appi-lé « Au- 
gier de Oourpiics, conseiller du roy en son conseil d Estât, maistrt! ordinaire 
de son hostel, et président des trcsorieis de Frane.c en la Keneralitc de Guyenne, 
aa Imreau estahly h Itourdeaux. » {Chroiiiqiw himrdrloise, édil. de 1073, f" 5« r*.) 

■'' Parade de Themer. en date du 12 seplemhre l.'kîli (iJW-11), sire Menaiilt 
Vincens, bourgeois cl tuareluuid de Rordeaus, cêile h sire Augier de (Joui*- 
gue, aussi iMurgeois et marchand dudit Rourdeauls, » les créances qu'il a 
sur des marchands anglais : 1" 3â(1 éeirs sol que lui doit M" Henlyn; 2" ôOO li- 
vres Inuinoisîi lui dues pjiriolin Couk, marchand de PljTiioulli; 5" 5(10 livres 
tournois par William Me ynarrt : J" I .HO écus par Thomas Trolloppe ; 5» 232 écus 
par John ISaylcy, de IJverpool; plus le prix de cent trois tonneaux de vin Ji 
10 ccus et demi l'un, cl cent trente-quatre balles de pasle! vendues a William 
Cttanilrars, et les différentes sommes dont Iwi est i-cdevaWe John Pcckhain. — 
On voit qu'Atipier de dourgue Mait fort riche. Hlaisc île Monluc le nomiiii», au 
livre VI de Ses Commeulaires, connue s'i'l;in! oflVrt, cti tuOH, :i fuire venir du 
lile du liaul P.tys et du litt;iil îles Lanilcs, « sur sim crédit, u pour suuletiir 1;« 
guerre contre les biigncnols. ( Edi(. du l'uiitlit'on lHtMihy. \\. Mit, roi. ±) 



I 
I 



ET r)E LA NAVIGATION A llÛHDEAl X. :i:i 

•autre personnage de la mj^^rne famille, qualifn'* iVécwjrr, 
comme Dominique de Goiirguc', deventiil jin"al'*. 

Les de lu Vie, les de Piclinn, et bien d'aidres', n'ont 
peut-êlre pas une, origine difli^renle, el ce serai! leur faire 
une injure gralnile <pie de vouloir leur ronlester des 
anféeédi'nls pareils à i-('U\ des lamilles de Monliiî^nc ri 
de Verthammi*. Par ade du ir» mars IfviO, Jean de la 
Vie charge du vin, du fromenl et du seigle pour Lan- 
dernau. Les minutes de Douzeau présentent également, 
sous le 4 août 1541, Jean de Faus, dit de la Vw, bour- 
geois et courtier rie Bordeaux, et, k la rlate du 5 novem- 
bre 1552, M. de la Vie, conseiller au parlement. 

Vers ce temps-là, Jean l'ichon était avocat à la même 

* ifiniilrs de Cnstiiigno, H- mai ITiTi; lùissc 87-1 i, fiitio iiii« xsj rcrfo. 

* Sttitplfment (les Cltroniqiien ik limtrdeaiix, folio t7 vovim. 

^ Parpxpmplt', on rttrfinvp rn-queinment, dans Taniicn eumincin^ iJo Ror- 
deuux, le nom de liunaitU, a partir du lOdtTRiitbro liKH, dalc il'urid venk! do 
vins cnrctîislrL'e par le uoMiri' »(»s<m. Cinqtianlo ans apri?s, a Uaude Uukiu. » 
^'cuycr et bomjicois Ac Il(>nlc>:uix, aflii-tti do Jnlion Knddan, twri'illcmtiil 
écuyer. siour dt; la Timclio, i-n Saint<ingc, <l en parlio de ISlaitçiian, en Médur, 
doux Innneaux de vin. « du orL'U dos vit(n«?s |>uur eChto iM'ohiiilo aniioe i]ul' 
lodil siour do la Tuuclio lient et possodi! audit Moduc, lunt :i l'odensac qu'audit 
niaitrnan. » Prix : 1G fr. le tonneau. (Dmuoau , 7 sept, |.w3.) On Irouvo orifore, 
rn iriOl. Iî>«}2cl irîOô, un Jaoquos do fiobiuoau, mort jurât (Snpttt. des Chrotii- 
quei de Donnleiuix. èiïil. do lli"*), f"* 7'» v" ol "K v ; et a la iniHiie op«(|no, un 
Etienne Goiiliinoau, bnurponi^ et tiiandiand do Ftordoam imiriulos do Lar.nsto, 
13 jaiiv. Iîi60 ; liasse M7-3, F" ix r", ot<;.l'. protuior consul de ta Bourse, on 157(1, 
et nommé à cliaquo page du registre de Tliomer pour 1577, liasse i8H-l<l. 

* A rannée liiuô, lui trouvo Martial Vorthoiiion, marchand do Limoges, pio- 
nanl a forme le jîroffo do oolto ville lArt-h. dti départ, dos Rasscs-Py ronéos, 
F{, 1855). Cf. a. IXm et IS7.'>i; et qualilio de iiiairliand do béUiil dan.s le oontral 
de niariago de son (ils, Fran(;ois Vcrthauwn, avec Marie Versori.s, contrat cité 
dans une note de d'Ho^der inscHte en marge d'une ({énéalope conservée aa 
Cabinet des liti-cs de la Bililidlbî'quo impérial. Apres lui, JdscîiIi et nuillaiinie 
Vertbamon ton li nuiront los affaires, et on ItronI seuvcut iî Hordeau^. Voyez 
les minutes d<> Laooslo, Il janvioi-, l-f *•( W fiviii'r l'iTl; liasse ô:3"-5, fo- 
lios W verso. 107 verso et Lli verso. 



m lIlSTOlIiE DU COMMERCE 

cour et clerc ordinaire de la maison commune de Bor- 
deaux ', difierent d'un Jean Pichon que nous avons déjil 
vu en 1532*, et qui réparait dans uji acte do Douzeau, 
du l 'i nvri! 154G, L'un on Tanlre élail sûrement de 
ees lioirs de teu Uîcliard Pielion, qui send)le avoii- l'ait 
fortune dans le eonmieire"' ; car on les voit ])ro|iri(''- 
taires d'une maistni dans la rue par laquelle on nllait du 
Chapeau-P»ouge au Château-Trompette \ d'une seconde 
maison entre les rues de la Coquille et des Argentiers^, 
et d'une troisième rue Poitevine". Un autre Pîclion, 
Jacques, bourgeois et marchand de Bordeaux'', était, 
en 1568, juge de la Bourse, et, plus tard, on trouve un 
Richard de Pichon, conseiller et secrétaire du roi'*. 

L'auteur de Mémoires sur le commerce el les finances 
do France, les colonies de l'Angleterre et de l'Espagne, 
après 1718, fait remarquer judicieusement que, chez 
nous, le commerce n'étant point honoré, considéré et 
protégé comme il l'est ailleurs, ne se perpétue pas dans 
les familles, landis qu'en Hollande, en Allemagne, en 
Angleterre et autres contrées, la famille du marchand 

* ttaureau. 13 st'jiL t3i8. Cf. Damai, Si/pt'l- ^f* Chron. de lioiiril., f" ô8 r°. 

* Vuu'ï ci-dessus, p. ii. note I. 

' Minulr's (11' UoimMU, 17 août 1S16. 2 avril laJ7. — Dans le bail â loyer 
dune maisffn situt-c aux Chartrons, dressé ptir le nn^me nulaire, ic 5 nuYem- 
hre lal9, il est fait nierHion d'un i-hai conl^ appartenant à Richard Pichon. 

* Mi miles de Dmi7.cavi, 27 juin ISU. 

* W/d., C août loo7. QuidTt actes. « IlihL. 25 aotit lîiKfi. 

■' Denlioi-s, 31 mars. 1", î. tl avril IStil iliasse 184-3. folios txiij i*. Lxix v". 
Lxxvj f", iiij"xiij r, iiij"X)iij v), elc— Castaiiçne.Sjuili. liiOf; liasse 87-12, 
fiil. yoxilij r» etsuiv. — Dans les minutes d'un autre notaire, Lacoste, Jacques 
Pichon, s<3n rr^re Richard et leur sjîur IsHJMjait figurent ensemble, avec " Ma- 
Ihifi) Clierlany. » à la date du Itï seplciiibre 157i. 

** Efiit f/cv irrcffcv ti rff'/jcit.ffs faites tm Imrraii ilf lu aitaplablie de liordeaux, 
imi- i'm, folios o2 reelo et W vcrsd. 



ET DE LA NAVIGATION A nORDEAUX. 37 

persévère dans sa profpssîùii, continue iromasscr ilii 
bien et forme de puissantes maisons et de jjjrandos enlro- 
prises. Le commerçant français ne pense i\ s'eiiriehir que 
pour être en état de placer son fils dans une eliarge. 
a De là vient, ajoute l'écrivain, que le lils,a!iarulonnant te 
métier de son père, ne profite pas de ses lumi^res, de 
ses fonds, de ses habitudes et de ses correspondances, 
pour continuer et augmenter avec succès son coiiunerce. 
Un homme nouveau prend sa place, et commence avec 
beaucoup de peine, sans expérience de cette profession, 
et souvent sans argent et sans crédit'. » Bordeaux ne 
pouvait fiiire exception à cette rèjïlo, encore en vi^ieur 
aujourd'hui- toutefois, devenus olîiciers ministériels, les 
fils des notables commerçants de cette place n'abandon- 
naient pas pour cela les affaires. Deux notaires et secré- 
taires tIu roi. M* Jean de Pontac, p;retîier civil et criminel 
en la cour de parlement*, et Arnauld du Perrier, con- 
trôleur de la contablerie de Bordeaux, chargeaient )ioui* 
Rouen une cinquantaine de toimeaux de vin*''; cl un aulre 
Pontac, Louis, sieur d'Audenge et de Lacanau en Itueh, 
et receveur d'Armagnac, si nous ne faisons point erreur \ 



' Ms. de la DiW, iriip., stippl. fr. n" 1792, Folios K6 vnrso, K7 verso. 

- Il finit [W'cndre garde de confontirp cf jn-rsonnage avoc toltii (iiu> (k-mlnutll, 
iluiis un acte du 10 juillet l.'iiô, ;i|)[ji>1k' « Tini iiiuistru Je;m dit IVintui-, liienlio 
t*8 ilroit^e, doien et chanoine en l'eplisii ineirnimlilainti de nordoaux. » Cf. 
21 aoiU. Apri>s lui vint Jacquoâ de Pontiir, niialilii" di> iilfine par tr iiolairo 
I.IS mai, l'a et 11) juin 1518 1 et par Dou^eaii 1 18 iiiillct Ki-'iO. Cf. 2 et 1 otlo- 
lirt" 13ri9, 7 n)ai irwn. 

•' Minutes d« Dorr/eiiu . '2!) janvier loU). — Les UJ et 17 révricj- l.ioO pré.sen- 
lent une vente du vins, chargés sur deux navires de Fècamp, par un Bordelais, 
il nnhle lioniine Louis de Sapas, (V-uyor, l'ontrAlettr de ta Itéole (ef. "l'y juin 
lof 7', ou do Bazadais, coninio il est a|ipele dans d'aiitrt^s ;ietcs du iui'U»c 
Ik)U2cau ^(i juin. l.'j(in et d'Aulirin, nulaire ii Saint-Macaire (50 sept. V^l\ 

' Douzcau, janvier et 2 mars ir»lî), IH ;iviit, S juillet et Ht aurtt lu-'iO. 



38 IIISTOIIΠDU CUMMEUCL 

prêtait à Romain Laniy, inarchand et bour^^cois île Bor- 
deaux, 230 livres, par acte du 21 avril 1558. 

Le même, qualifié celle fois de couseiller, notaire el 
secrétaire du roi et son conlrùleur en sa chancellerie, 
payait comptant une somme bien plus considérable, 
940 livres tournois, à Arnauld Estève, seigneur de Lan- 
çon, suiviuit tt contrai d'achapt de veiselle d'or el d'ar- 
gent' pour M. de Pontac. » Nous en concluons que ce 
dernier était un capitaliste en état de faire des affaires 
considérables, qu'il ne les repoussa point quand elles se 
présentaient^, et, ce qui est plus intéressant à constater, 
qu'au XVI" siècle, la noblesse d'ancienne chevalerie per- 

' u Uiig bassin (l'argent, en nouvalk', bk<n ouvit; et lit |)ius grand part daui-é, 
avoi'([iH!S iiny vase L't tleus salières fiiictes clt; la rassori du hassiii; iino cuu|ijie 
«rarj-Tiil (lainV'eel hieii ouvrée, el le couverdc de riiestm"; une aiilre nmppe 
(faryciil flaurée, le pié ouvré ; trms e()iip|»cs d'argent que »ml le JHtrt tJii (lietl 
dauré el la pituime du luiljcu et le liurl dauré, el une desdietes iun|i|ies a une 
seiiiiure par le delinrs daurée Faietc ainsy [qne] les truvs cottppes d'argent el 
les driix s:illiercs; [misenl six mars eim) (incts Irojs earli. Wus, les vasrs et 
les deux etnippes dames, le eouverele de luie des<licles eouppes dauré, pojsent 
tiiiict mars tio> s onces IroyscarU; plus, le Itaissîn sept mars et demy. Plus, 
ung père de daururcs a tliailje d'csparnjc esuiajièe de hlanc, roiitte, vcrl et 
noir, et y a ausd. daurures einqiu![tle-(;uatre pierres; puisent cinq onecs et 
demve et imj? grns d'or. Plus, ung antre père de daurures esnialliées de Idanc 
et runpe. el y a aiist^. daurures cinquriite etliniet pierres; puisent eînq nnees 
et deniye d'irr. IHus, une scintiire esmaliée de Marit el noir, a taillic d'espar- 
njc, et y a à ladiele scinlure eijii|uriite el einq clienuns et ung erucliet et litiirt 
pilhiers: puise douze onces troys cartz d'or. Plus, ung autre père de daurures 
sans esniajlh, :i rhenons luises, et y a ausdirtes daurures cim|ucnte-iiiiiet 
pierres ; poisent truys onees et demye d'or. Uup pcre de lirasselès esniailliés de 
l^lane, nuir et muge el vert; et y a ausiiels InasseU-s, en tous deux, vingt et 
quatre pierres, etc. Minutes de Douwau, 10 juin 15GI.) 

* Les minutes de Douzcau, qui semble avoir été le notaire de la ramillu de 
PonUic, au moins depuis le 7 juin Kiôô, donnent une ^Tande idée des affaires 
de Louis. Voy. sous les Siijnin, 16 août et IH mars I5ji),2auiai et lOuoiU lîiîil. 
Mort, |.Ta3, ."> mai l.Hri"; !G. 2r>juitJ, 31 janv.,affv., Uhnaiî i:i.'JH; 17 jtiill., 
u, » nov., 3. |;>dee., iHjaiiv., 7, 17 fev., -2 mars loaO; 2t juili,, i aoftl lutJl , ete. 



ET DE LA NAVIGATION A BOIIDEAUX. 

dait du terrain cl que la nouvelle, issue du commerce, 
en gagnait. 

Déjà, vers la fin du siècle précédent, un iiiatrliuiid de 
Bordeaux, Arnauld de Lescalo Cachetai! de noble lioniirie, 
Gautier de Lunel, trésorier et procureur trAlain d'Albref, 
comte de Dreux, etc., la maison noble upjielée hùtvi de 
Tartas, paroisse Saint-Paul, pour la somme de 1,000 fr., 
à pacte de réméré pour cinq ans'*. A son exemple, mais 
bien plus tard, Jeannot et Fort de M in vielle frères, mar- 
chands et bour|j;eois de Bordeaux, achetèrent, aussi h 
pacte de réméré et au prix de 2,202 livres (ournois, la 
maison noble d'Espagne, paroisse do Méri^nac''. Enlin 
Romain Brun, écuyer, seigneur de Mo!iti,'uyon en 
Blayais, désirant faire entrer au couvent de Y Ave Maria, 
de Bordeaux, sa tille aînée, et acheter à Isabeau Jîrun, 
sa seconde fille, « certains draps de soyc, » engageait, 
faute d'argent, une partie de ses terres au marchand Ni- 
colas Henry *. 

En 1578, il fut ordonné que les jurais qui faisaient le 
conimerce eussent à cesser leur trafic et à fermer bou- 
tique pendant le temps de leur magistrature : c'était un 
aclieminemenl à la noblesse. Les jurais y arrivèrent 
en 1581''; et si certains d'entre eux se retirèrent ties 
aCfaires, il en est plus d'un qui les conlinuèi-ent, princi- 



' Il y avail U Eysines, ii la {wrte de litiideaiix il dti Mi'dot:, un (xtarclien de 
ce nom, dont les vins, avec ceux de la maison nuldo de Culoii, ise vendaient 
aux Aiij-'lals jus(|ua ô9rr. le tonneau. i^Minutes de nouveau, iti uelolire L'iM.) 

' Acte du \H juin I I8.'i, ))nldi<' dans les Archives Imtoriqua du déiiarlemeitt 
de la Uirondf, t. VI, p. 573, 574. 

^ Minutes de Douzeau, â) S4'pteiuhre l.'ii^. 

' Airh. di^part. de !a Girondt\ E. Terriers, n" OU; ;ule du Ifl dée. tîiôô. 
Siipfjleitiirnl des Chroniques de. ikmrdeaus, fûliu ^ii reitu. 



10 IIISTOIHE DU COMMEHCK 

|itilemenl h. eommerco niariliiiie, Ii' ju'euiii'i-, lu iiiuius 
l'oluriiM" (le tous, celui qu'un gcnliltioiiiine pouvait faire 
iîtins déroger. Gliarles IX vl Henri IV l'aviiicnl IbrmcUe- 
inenl déclaré avant Louis Xlll el Louis XIV, et le grand 
roi ne faisait que confinner diverses ordimiianees de ses 
prédécesseurs, quand, à son tour, il décku'ait que « tous 
gentilshommes pourroient, par eux ou par personnes in- 
terposées, entrer en société, et prendre part dans les vais- 
seaux marcliands, denrées et marciianilises d'iceux, sans 
que, pour raison de ce, ils fussent censés l'épulés déro- 
ger à noblesse, pourvu toutefois qu'ils ne vendissent 
point en détail '. » 

On est peut-être curieux de savoir si, en Guienne, la 
noJ liesse d'épée, la noblesse de race, se lançait dans les 
entreprises commerciales en même temps que dans les 
hasards des combats. Nous n'avons aucun renseignement 
à cet égard, si ce n'est une quittance tle 500 livres tour- 
nois souscrite par Odet tle Foix, lieutenant général et 

^ Edit [xirtiitif que le ammerce de mer ne ilcuronent t>i'iiil ii itofitexxe (août 
IWifl), dans k royistrc du scinHiuial, M&. dt; U» l!ibl. iiiip. iHi^Ji. fulioSl irclo, 
amii'C 1671). — Valin. iSmiieau Ctniimmiaire sur i'ortlnuitaïue th' lit nutnrie, 
liv. n, lil. VIII {ik's rtnprii'lairi;^ de navires), 1. 1, [>. 521), Î*3I, — a 11 lu' lestoit 
plu», aioiile le savant juri.si'ûnsdlk, que le L'uniiucrte de Uirc, au siijcl duiiiiul 
11' roi ne s éUnt pas eneore expliqu»- neltcmenl, quoi(in"il oui dêjii marqué plus 
il uuv fuis l'estinie qii il laisoU du coninjurce en jcént-nil, rn arcoidant des let- 
Ijvs de nohlessc à ceux qui s'y étoîent dislingués d'une [«iiiniere particulière; 
et c'est te (jui donna lieu ii iin dernier Kdit du uiuis de DeL-cmlite 1701, dont 
larLlck' premier est cunçu en ces termes :«Vonluns que Ions nos sujets noliles 
■> par exlracliuH, part'liaitjes ou auLreuienl. e\i l'pté ceux qui stuiL arluellement 
o rc\(Mus de ehar.nes «le mayisli-jture, [missent faire lilu-eiuciil Iwite stiile de 
n eoHinierre en ^ros, tant en dedans ([uau dehors du rnyatiiiic, pour leisr enniplc 
« ou par ctJHjmissiou, sans déroger a leur noblesse. » Le reste du chapitre, i|ui 
est fort ciirii-nx, csl consacré ii l'examen de deux brocliuros sur lu mérac ma- 
tière, publiées vers le milieu du sii-de dernier. Vojez enrore Pierre (Uèmenl. 
Lettres, inslriiclioiu el màmiresde ilolbert, t. Il, l"^-^ iiailie, inlrud,, p. OLxix. 



ET DE LA NAVIGATION A UUIIUEAI X. Il 

gi-aiid sénécluil dv Guienuiî, à W \U'-\\v ilu Tillel, 
« comptalile de noiinlrauh, » i\ laisnii de ïa Ij-aite de 
cinq cents tonneaux de blé que le noI>le seigneur avait 
fait tirer du pays et envoyé vendre en Espagne ', et un 
aete di; société entre Henri de Foix, comte (l'Aslarae, et 
tfautres individus y iléiioinniés, pour une expnlilitni de 
quincaillerie aux îles du Cap-Vert*; njais tl'auttvs docu- 



' Airliivcs (le l'Empire. K. 80. n" 0. 

' « Saidienl toiis que par-ilevfliil iiioy, Johun l'asUiiiîMi!... util rslù (iicscns 
cfl leurs personnes Gassiol di* Ferliost, uiitrctiitrtil iluil. Kiii-ilrutix, au natu et 
i-oniiue procureur si^MiuIlfiiu'iil JuikEi- de... UiJiry de Foix... d'uue purt.ot 
(Charles A lei:ret. tapiLiirie el ;uhilailleiir du iiuviri' juiiiuiii' le Lemer de Ca- 
i/i7/rtf, it Jehan Ncyraii 11, ruanliand et Imiiivf'nis dmï. ltin'i!i>aiix, aii>>.i advi- 
taillfur (lud. navire, Anthoine Mtnier. lieutenufit dud. niiiiUiine. et Pierre 
Poisdenicr, habitant du lieu tli' lu Treiiiblaile eo Arvert, niaistres duil. aavin», 
d'autre paît; le.st)ue!lcs parties... nfiL f:iiet, passe et atronli' eiilrr elles les 
eluisfS (lui seiisuivenli savoir est c[iie U-sil. Alegrel et Pnisdcnicr iml rernpoeu 
et confessé... avoir el tenir dud. sieur eonle led. navin'l»ieriit detiuient gamy, 
^pareille, nuinitKmné el e(jui[ii)é de tous aparcili, usteneilks. itamitions fl ar- 
lUeryc convenables, neresseres aud. navire, potir itTllui mener et conduire... 
lu présent |K)rl cl havre <lc Rurdeaux jus(|iies :iu lieu de r.;i(Hle-V('rl <•!) lu 
Bosle de Geyné, ehaipé lunt de niarehandises île iinirniiiaillcryr i\w de vîc- 

Uuailles requises el necessi-n-s pour led. vniaige, k-siiinlles iiiiircbamlises cl 
Tietuaillesont esté par lesd. AlejtreletNeyrault... fournies aiuS. navire.... Led. 
navire arrivé aud. lieu de Cap-tJe-VcrL, ou autre lien romunule ti fojivenaldc 
jK»ur le prolll el iilillitL- destl. parties, propre pour fere desehar^e el vente dewl. 

riuaretjandiscs, seront tenus tesd. niaistrceteapiUiine y Tere lad. descente, des- 
rhurge et vente... et... le retour avec led. navire... en lunn desporJïel havres 
du présent royaulme de Frunee,.. el prineipallenient au |nnt et havre dud. 
llordeuux ou de Reciuiielion. Et estant led. navire arrivé en l'nnp desd. porta 
i« druietc dcseharge. lesd. niaistre el capitaine .seront tenus d en advenir led. 
sieur conle, ensemble led. Neyniull, advit;iilleur. pour aller prendre et rece- 
voir leur part et eotitê du profit qui sera provenu diid. v(^a^;^^ fiiiiavant que 
fere desi-hat'jie desd. utariliandises et ebost's qui seronl ra portées il ieel voiane; 
li'(pii'l prniit et (jaing qui proviendra dud. voiaice sera parly et divise entre 
lesd. parties... dont led. sieur eunte en tirera la quarte partie pour le ror|)s 
dud- navire, lesd. NeyrauU cl Akfiet, ULlvitailleiirs, laulre quarte partie; et 
encore led. Alegret. capitaine, coiiijiaii^noiis et eqiiipai[ie, la moitié.» ek. (Mi- 
nutus de Caslainne, li mars ljli8; liasse H7-li. folio i/ ij verso.) 



42 lltSTOUIH DU CD M .MERCI-: 

ments (le l'époque, joints k ce que nous connaissons des 
us et coutumes de la noblesse, nous pcrmelteut de con- 
jecturer que les gentilshommes gascons ne s'en tenaient 
pas toujours à la vente de leurs récoltes. 

La coutume de Troyes permettait aux nobles de race, 
s'ils venaient ti tomber dans la misère, de faire le com- 
merce sans déroger à leur qualité ', et Grosley dit : « Nos 
vieilles chartes nous offrent une foule de nobles vivant 
marûkamhment^. » En Italie, les gentilshommes pou- 
vaient se livrer au trafic; celte liberté existait aussi en 
Provence, au dire de Papon^. Enfui, en Angleterre, les 
cadets des familles de condition grossissaient les rangs 
du commerce et s'y distinguaient. Chez nous, on trouve 
parmi les minutes de Douzeau, à la date du 8 juillet 1550, 
(leux chargements de foi-tes parties de pastel, sur le port 
de Toulouse, « pour et au nom de M. Arnault de Prat, 
seigneur de Espenses; » et un siècle après, un Jean Lupiî 
paraît avec la qualité de marchand et bourgeois de Bor- 
deaux '; mais il nous est impossible de déciiler si le pre- 
jnier de ces personnages appartenait ou non à la famille 
de Spens, ilont nous avons parlé avec quelques détails^. 
Quant au second, il était sans aucun doute élranefer à la 



* '1 ilre I. ai-1. 1, l'L lîlif 11, ail. IW. (Les Comtumes du ballUatje de Troyes en 
Chauipaipie, etc.. par M' l'ii'iii! Pitliuii. A Troyes, m. bo. xsviii. , in-l», p. 7, HO.) 

* F.ph^ihMJfs, èilit. (lo ['alris-Dubreuil (Paris. 1811, in-H"), t. I. p. 13. Cf. 
Mémoires i}réitentt<it iiai divers savitnt» à l'Acadi'mie des imeriptiom et belies- 
letlres, etc., 2' sl-i-îc. 1. V, p. rc 

3 Hhloire gt'iK'rak de Provence. Paris, »i.ncc.Lxxvn.-Lxxxiv.,in-4''. l. III. 
p. i£i. 

* AiTc!l lie lu Ctiumiirt de (iuleiiiu', du 8 ;iuiU I<ii4i, eité par C.lcirac dans son 
Vxaue^ du iieijtife un emmaerce de la banque des lettres de change. A Hour- 
ileaiix, l(i."i({. iii-1", p. 101. 

•^ Les Écossuis e» l'rnnce, \. \, \\, âol-iivS. 



L:T du la .N.\V1(.\TI<>N a tlOlUlEAtlX. kl\ 

famille de Luppé, cjui a loujours tait une ligure cuiisidé- 

irable en Gaseomie r^t vn Hf-arii. 

lui autre docutiiLMil, tlo dalc plus n'rciilc ijuti li-s 
chartes parties di'essées par Dou/.pau, iiuus monlrc uiu; 

^princesse du sang royal se livrant, ou du moins lentaut 
de se livrer à des opérations de conniieire dans une pro- 

Ivincc voisine de liordeaux. 

L'auiïWî 1587 avait été, à ce qu'il parait, t\ul mau- 
vaise pour les vendanges, en lîourj^ogne et eu Anjou, à 
ce point que le coumieree de Pai'is s'était trouvé dans 
l'obligation d'aller s'approvisionner en Sainlon^^e. Un 

[commis dé Nicolas de Luugueil, mareliand jjai'isien, 
ivait acheté à Cognac cinq cents tonneaux de vin^ et 
adressait requête au gouverneur de la province pour être 
autorisé à francliir le pont de Saintes, barrière à la fois 

I politique et commerciale. Deux mois après, une nouvelle 
supplique arrivait à la même adresse. Celte fois, il s'a- 
gissait de Diane de Fiunce, lille nalurelle et légilintée de 
lleiiri II, alors dauphin, et d'une Piémontaise, ou même 
de Diane de Poitiers, suivant Dranlome. Mariée succes- 
sivement à Horace Farnèse, duc de Castro, fils ilu duc 

ide Parme, et à Fran^-ois de Montmorency, fils du con- 
nétable, Diane était devenue duchesse d'Angoulême. 
Sans doute, voyant rabondante récolte de 15W.2 dans 
son duclié, elle vit \h une source de profils. Mais il fal- 
lait des permissions, et la noble dame ne pouvait prendre 
mie part directe à une opération de commerce : ce furent 
des marchands de Cognac qui se chargèrent de faire 
pour elle les denjaudes nécessaires « louchant la traictc 
et passeport de trois cenis thojmeaux de vin. » Son nom 
ne devait servir qu'à écarter les obstacles; pourtant, il 



U IIISTOIHE DU COMMERCE 

n'en tut pas ainsi. Henri III avait d'aLordI octroyé gracieu- 
sement les permissions demaodées : sur les représenta- 
tions de Chartes de Brémoiid d'Ars, lieutenant général 
pour le roi de Sainlonge el d'Angoumois, Henri 111 révo- 
qua la licence accordée '. 

Avant de terminer ce chapitre, nous ferons encore 
observer que les enfants naturels des grandes familles 
étaient quelquefois réduits à exercer des professions ma- 
nuelles qui les rangeaient au-ilessous des négociants et 
leur faisaient perdre, si ce n'est leur nom, au moins leur 
noblesse. David de Montferrand, écuyer, élail mort lais- 
sant un fds naturel nommé Guy de Montferrand : Jacquelte 
de Carie, damoiselle^ sa veuve, mit l'enfant en appren- 
tissage chez Jean Sarlas, orfèvre de Bordeaux, « durant 
le temps et espace de six ans, » moyennant la sonmie de 
de cinquante livres tournois*. 



■ Louis Auiliat, te &nitiwrce au \\\' sièck. — Lf fisc et le» viitx de Sain- 
tonge. ijleme (tes Vrmncei, vol. XI, 3"= liv,, 15 juin \W&, p. 487-4yi.) — 
Partni les QiiniiU's de Uuui^rmi, on tiouve, a lii dale des 10 et 15 nov. 151i>, 
un reçu de 15 livres lisons liitirnuis |i;iyt>!$ par Guilbume de Kti^v, nu ItusÉ, 
tri'Sorïer cl receveur gi^ncr^l des llnanfes d'une autre duciii'sse d'Anf^oulènie, 
uji'H'. Je Fi".iiii;ijis V" , pour le transport, de (^asUes jusqu'aux (ihailrons, de 
trente el imc pii)es tt demie de vin, et un connaissement énorn;anl sojxanic et 
une pipes cliat'{j;é.es peur la niêrue priMCsse, a destination de Tailkbourp ; 
muis rien n'enipt^chu; de croire que rcs vins ne fussent « pour lu pnnisioti de 
Mailamc. » comme les trenle-c-iriq lunneaux devin, « tant de tlrave r|u*Mle 
^haiit Pays. « rliargés pour Nantes par N. IL Hrnfv Rielraril, etiiyer, valet de 
eiiambro ordinaire dn toi. 

- .Minutes de Laeoste. H janv, lo7l). — Minutes de (".astaiijnc, 28 févr. Kj72; 
liasse H7-1 i, folio iij"xvJij rcelo. 



ET DE LA NAVKiATKtN A ItaitDKAUX. 



45 



CHAPITRE XXVIII 



TicissrTrtiEs ou (^dM^Kiirr. m: mnw.AVix xvx xvi" 

KT XVll'' SIKCt.IS. 

Conairrence que 1<!S vins do SainloiiRC' faUniiuil il cmix tic (ïiiionitu. - 1rn|i<1tii i1«i1 rp» ili-r- 
niers étaient K^rrvt-s npri'-s le iiiiliuii iln XVI' *iMe ; reiichM^sicniunl des 4ltmn<i» il Rnrricjiiix. 

— niflicullê» pour faire (lanctiir de* vins do Ciiiennr à Pnri*. — Mcniuirc d«» iiMn^liitnda 
de Londres conwmnnl les exaclidiis doiil ils se iinXeinlaivnt vii lime» à Diinleaux i-l dans le 
voisinn^c*. — Klévnlinri di»< ilmjlti du li»r ; innovai» aini iIits iiiunnaios du I'i.'inmjuc. — l'Iiinluti 
dus nuirtliundH do vins dt-s lk'>-Urila)iiiir|UH"î ii Kliinlu'lli i/l ;i Jai;i]ue!i 1". Tmild ilo rmii- 
iiiunc l'onclu lo 3(1 iiuii VW{i riilie la I-'niiide el Irt tjCiiiiiic-HrritaiiCUu ; iiistilulimi, il ItnnliMiu 
L't ailloiip:, d'un IritMiri.il arlpilnil cliargi- dv riiiinailru ilvs ccinleitUliiiiis l'iilru iiMichaiids 
Kii^lai» ai fnmrmf, allriliulinni< de rn Iriliiinnl. — PUinloi ikw Arijflai.t «iir l'alli^niliiMi 
(l« vin» de IU>rilf,liiX 1 d<>fi>iise rt'<rul(unl di! i-e» (fricfp ; suites do collo nlTain-. — Jnripioa j" 
refu*o d'adinellrc am vins on Koiis^} *t)U.< )^vill<tn français ; iilainle* du cardinal du Sounlis 
su siijel de la unilliivlicalion des vi^io« d.iii< \m Graven. — Ciirivaiio» prolosl«iil« cl liinn k 
l'unXTÔti do la Gmuido el plu* loin; viMite irosflavo* iiilordilc îi Ilor>K>«H\. — Course* do* 
n<)cliel.ii5; niiiyens jinipiwos pour iiicllro un tonne à e«n oxjwdilion». — Crujol do Cfliift«illo- 

— Ilrtiil de llortnpno. — Droit de convoi el nu(;iiientaliuii« surcossives de cet iiiijuVl ; ntln- 
inaliona dos BonicUi» à co sujet et rel-ilivemenl & d'autre». — Hislorii|ue du dreil do fnil 
i^laldi |iar Fotif[iiot et luodiPié par C^lliert^ — IhUails fur lo raiiuvoniciil do la iiinrino ninr- 
clinnde dos HollandaiK dans la Oaroiino el la CliJirniil<? ; iiiatit^iiilalitin de nos » in» on Hidlandc. 



Le commerce des vins de Saintonge, qui faisait con- 
currence à celui tic Bordeaux vei-s la fin du xvi" siècle, 
devait être bien considérable pour que l'assemblée des 
notaljlcs tenue à Rouen, en novembre 1596, ne dédai- 
gnât pas de s'en occuper. Entre autres mesures finaji- 
cières prises à cetle occasion, un droit de 4 écus fut 
imposé sur chaque tonneau qui sortirait de la province. 
Pour obtenir la suppression de la nouvelle taxe, elle 
offrit une somme annuelle de 24,000 écus, ce qui sup- 
pose une exportation d'un uondire égal de barri(!U('s. 

Précédenjment, !e corps de ville tic Bordeaux avait fait 
une ofl'rc pareille, quoique moins considérable (elle n'était 



4r> iiisTniur: lu; commerce 

que de 10,000 livres), pour être déchargé d'une impo- 
sition de 5 sous par rnuid de vin '. « Sire, écrivait-il au 
roi, le 11 juin 1568, les maire, juratz, manans et habi- 
tans de votre ville de Bourdeaulx, remonstrent tres-hura- 
!>lenienl que If païs do Bnurdeloys est le plus slei'il et 
iiifci'lil que aucun aullrc de votre royaulme, comme 
Votre Majesté a peu veoir à l'œil en faisant votre voiage 
fludit Bordeaux fi Bayonne en l'année 1565, auquel païs; 
n'est possible de semer et faire croistre aultres grains ni 
fruietz que des vignes, seulement pour l'entretenement 
et culture desquelles il y fault tant tle frais et de façon, 
que lesdits supplians sont contrainctz d'y employer tout 
ce qu'ilz peuvent resen'cr et acquérir d'ailleurs par leur 
industrie et [raflficq : car la journée de l'homme de la- 
beur^ qui anciennement ne coustoyt que deux solz ou 
six blans, couste h présent six ou sept solz; les eschal- 
lars quatre foys aultant qu'il sonloient faire (que d'habi- 
tude). Les muids, qui ne souloient cousier que 8 ou 9 li- 
vres la douzaine, coustcnt à présent 24 ou 25 livres, et 
neantmoins on ne cognoit poinct que le vin ait augmenté 
de pris, » etc. a Si est-ce que nonobstant tout cella, ajou- 
tent les pétitionnaires, il n'y a port ne havre en France 
auquel Voiro Majesté preignc tant de droiJz et debvoirs 
sur lesdits vins et aultres marchandises que au port et 



' Ne serait-ce pas lu le droit d'iinfrHgo, api^lÉ ailleurs droit de ijmtymje? 
(Voir (iii acU' (If Doim-au, on dali! du 12 nftvcriilMv l"w3. concornantja îiarbe 
de Ififirrilx, fli:ii};>'c de l>al(>iti(; pour Hordr-aux , cl pouwic par le mauvais t(>nips 
cJaiis ]f pnrl du l'assagi*.) Pjrr k ri"^WnKut fait par le duc de Timt\ h- 27 di-- 
ccinlire ïiHTt, Ir droit ilancrag*' L'iail de 5 sous par tnnncaii sans parisis. cl 
t]ii (j snus 6 deniers pour les Hraiigcrs, ii cause du parisis qu'ils payaient. Voy. 
Valin, Smivcim (AmtmcuUtiir sjt Vnréninimcf d<' In iiifirint'. rlc, l. 1. |i. 1(4. 
('f. p. (C. 



ET DE LA NAVIGATION A IIORDEAUX. 47 

havre dudit Bounlcaulx, et, f|ui plus est, au lieu d'estro 
soulagez et ilescliar^ez des anciennes daoes et suhsitles, 
ils sont journellement imposez et snrebar^ez »le nou- 
velles, cl beaucoup plus grandes que les anciennes, el 
mesmes cinq solz sur eliacun niuid île vin *. » 

Ces dernières doléances expli4[uont pourquoi, au lieu 
^de demander à Bordeaux les vins nécessaires à l'appro- 
visionnement de Paris, le commerce de celle place, dans 
une année de disette, s'adressait à la Sainlonge, moins 
favorisée du ciel, sans doule, mais aussi moins pressurée 
par le fisc. Déii\, mtMiie avant leur îiiise sous vergues, 
grevés de droits de toute sortts, nos vins n'aTançaienl 
plus vers la capitale qu'entourés d'une nuée de picoreurs, 
assermentés ou non. Écoutons Pierre cle Bracli, député 
en cour par ses collègues, les jurais. Conforniéntent à 
l'usage, il avait été chargé d'offrir un présent de vin pour 
accélérer les aiïatres de la ville; mais, k ce qu'il paraît, 
ce n'était point chose facile que dv. faire arriver du vin 
de nos contrées h Paris. « De onze tonneaux que vous 
aviez chargés à Bordeaux, écrivait de Rrach à ses okIIi'- 
gues, le 15 janvier 1596, il n'en a esté livré à Uouan 
par M. Mysson que neuf et demy, six barriques ayant 
îsté mises en remplissage et coulage *, » etc. Depuis 
Rouen, il avait eu à payer deux éeus el demi de voitui-e 
par tonneau, el de quatre-vingts à cent écus pour les 
contributions de celte ville et aulres frais iuévilables ; de 
.sorte qu'il finissait par dire : « Je change d'advis en nia- 
'tiere de vin et ne suis plus d'advis qu'on en envoie iey, 
au moins tant que j'y seray; car j'ay cent fois souhaité 



' Art'Mvex Uhtmques rfw ili'ptirlfmt'iti de lu Giiimih', t. IV, |i. \iiû- Hîi. 
» Ibhl.. I. n. (>. 1S-2, ira.\. 



48 



HISTOIRE DU COMMEItCl- 



quo !c vin fust encores h Ifi vigne, car je oroy qu'en 
l'entrée d'un roy à Paris, il n'y aiiroit point plus do 
mistere que pour y faire entrer du vîn : il y a cinquante 
tenans, aboutissans ou part prcnans *. » A ce présent de 
vin, la jurade ajouta postérieurement une belle pièce 
d'ambre gris^, qu'elle avait acbetée sans doute flans le 
pays, de quelque pêcheur ([ui l'aurait recueillie sur les 
côtes du golfe de Gascogne, 

Vers le môme temps, les marchands de Londres pré- 
sentaient à l'autorité un Mémoire des exactions auxquelles 
ils prétendaient être en proie, li Bordeaux ef. tlans la ri- 
vière de Charcute, depuis 1589. On y lit : 

IVfilioi'tl, dans liiniiL-o 1590, jiayû 7 sliillini^s H 8 "/« poiii- les inart-hiin- 

(liscs a|i|iorU''os ;i Uordetmx, eo qui fait en livres sloi'liiiiî OCtOOll Oll 

En raiiniT i391, [injé 7 sli. et 8 "/u inoiilaiU comme dessus 06000 00 

— i^9î, payi'i 10 s!i. "/« monlaiiL en monnaie slcrl. fiOOO 000 

— 1393^ payélâsii. eL8"/u — 10000 00 

— M'M, payé !j sh. ««/u monUinl en monnaie slerl. O500O CM) 

— i5t>5, payé 3 sli. <^f^ — — 03000 00 

— iJinO, piiyéSsh. ''/„ -^ — 08000 00 

— Vm, payé 8 sli. "/« — — 08000 00 

— \'âm, payé 3 sli. "/„ — — 03000 00 



* Archives higtoriques dit département de la Girande, l. Il, p. 183. — Nous 
appirniins en mi^nic temps que le change de Paris sur Dunk'aiix «lait tlo 
H Pfliir 100. 

' Arch. hh(., vlv. p. 18fi, 187, n" clix, clx. 

' Ce\W. année fut particulièremfnl mauvaise pour le commerce de Bordeaux. 
Un jeune homme, qui avait aelietè et omhatquè des vins, les ayant vendus avec 
une pei'le considiTablc. avait olvienu dts lettres royaux pour t'tre relevé, fondées 
sur ee (pi il n'avait fuit que ee seul uete de manliand; il fut diHKJiil*! de ses 
|u étt'riliuns, et condamné a payer, ii moins d'un rêpil, euumie k ni en aceor- 
dait même avant la déclaniliun do Louis XIV, du 33 décembre l(5iKK Voyez 
Automiii', Ctimmetitaires sur les coutumes gt'néralesde Iniiileik liorfleaiis, eK;. 
A Uonicitux, ii.DO.c.xxxvK., in-fulio, p. 7; et le Ms. île la ItiliUitUiefpie jiuldi- 
ipif de liiH(U'!Uix, n" i.lKÎ? C, t. I, folio 7K reclu. 



ET DE LA NAVK.ATIO.N A BORDEAUX. 49 

Passant ensuite aux importations du commerce de 
Londres, Tauteur du Mémoire continue ainsi : 

Secondement, payé sur les vins el autres marchaMlises apportées 
de Bordeaux. 

Principalement en i an <390, payé pour 7000 tonneaux île vins à <9 sli. 

cbacun, montant en sterling à la somme de st 06650 00 

En l'année 1591, pour 7000 tonneaux, h 22 sh. chacun. . . 07700 00 

— 1592, — à 31 sh. — 10850 00 

— 1593, pour 4000 tonneaux, à 35 sh. — 05000 00 

— 1594, — à 27 sh. — 04400 00 

— 1595, pour 7000 tonneaux, — — 07700 00 

— 1596, — à 40 sh. — UOOO 00 

— 1597, iiour 4000 tonneaux, — — 08000 00 

— 1598, — à 28 sh. — 05600 00 

— 1599, pour 7000 tonneaux, à 17 sh. — 04200 00 

— 1600, pour 4000 tonneaux, h 12 sh. — 02400 00 

— 1601, — ù 8sh. — 01600 00 

— 1602, — — _ 01600 00 

— 1603, — _ _ 01600 00 

— 1604, pour 7000 tonneaux, — — 02800 00 



ToTAi 84100 00 



Passant ensuite aux vins embarqués pour Londres sur 
la Charente, l'auteur du Mémoire en évalue la quantité 
à six mille tonneaux, de 1593 à 1598, à 54 shillings le 
tonneau, ce qui fait 16,200 livres, et de 1599 à 1604 
inclusivement, au même nombre, à 20 shillings, ce qui 
donne un chiffre de 5,000 livres, et un total général 
de 21,200 livres sterling. 

Le quatrième point du Mémoire que nous analysons 
est consacré aux pertes éprouvées par le commerce de 
Londres sur la Gironde, et causées par M. de Lussan, 
gouverneur de Blaye, pertes évaluées à 5,919 livres 6 sh. 

II. 4 



50 



1II:>T0IRE DU COMMIilîCC 



8 (Icn., « sans compter divers navires el uno grandt' 
quantité de marchandises enlevées k des marchands el 
marins d'autres ports d'Angleterre ', ni iin grand nombre 
de vies d'iiommes. n La pièce, enfin, se termine par la 
« somme totale de toutes ces exactions et perles payées 
et supportées uniquement par les marcliands do Lon- 
dres, a somme qui s'élève au chiffre de 168,219 liv. 
6 sh. 8 den., représentant 155,731 liv, 6 sols 8 don., 
monnaie française, « sans compter tout ce que les mar- 
chands des autres ports en Angleterre ont payé-. » 

L'aiileur du Mémoire ne spécifie pas quels droits les 
marchands anglais avaient à payer à liordeaux; toujours 
est-il que ce n'étaient ni le droit de convoi ni le subside 
de Royan, qui avaient été récemment abolis et remplacés 
par une imposition unique"'. Quels qu'ils fussent, ces 
droits, augmentés du change el des frais, étaient réelle- 
ment écrasants pour le commerce; avec cela, la mon- 



' li L'st 11 regrcUer tiuc raiitpiir du Mémoire ne donni! p:is le cliilTft' lU; rrs 
navires, et uc nous ait point ainsi iHlnir^; sur le nniiibre <les bfiliiiients u[i^1ai.s 
eliargésà Bordeaux ii la fin du xys" sit^cle, comme une autre pièce qui nous fait 
connaître Ip mouvement de ce port au commencement de ect(e ép<»qtie. C'est 
une fjiiittiinee du l.'j netnhre l'iO!), cnnsentie par frère ArchamlKUilt de Hcarii, 
" herniite prinripii] de la lour Nolrti-Dame de Cordan, » ii M' Helks. dti Tillet. 
cnmplable (sii) ih' itordeaux, de la somme de "(Hivres 2 sous, ponr les drajls 
qui lui étaient dus t-etlc année sur les navires charp-sà Itordeairx, k raijiun 
de (i sous tournois par navire; d'oii il résulte qu'en cette annï-e, cinq cent 
giiatre-vingt-sppt lulliments furent chargés dans notre part. (Archives de l'Km- 
pire, K. 7K, n" at.) 

^ Manuseril harleien n" -HH, fidio 2îO rertn. 

^ « A Richard de Pirlion, conseiller cl secrétaire du roy, Guillaume Uour- 
eaud et Jehan Roux, cy-devant fermiers du convoy qui se levoyt en lad. ville 
de rtourdeaux, et leiiiiel est [etj demeure esLaiiU et airtill) |>:«r le nKi}cndc 
restîildissi'tiicnl de litd, Uinivclle iuj{>UMLi(»i ordoiiure poui' l'esliiU'lion d'irelie 
et du stilKÎile de llojan, la somme de t t,7lM) e.scos snl sur ccrtitiii iiiuiiin/. de 
l:i soniiuc rie :ï3,7lW esctis (iH sids faisani (iiirtic d iiclle i{>ninu' de 34,7(iH es<"us 



ET Uï. LA MVKiATlK.N A l',OHm:Ar\ ÏH 

iiaio, surtout celle d'argenl, l'tait île si mauvais iilui, qu** 
les étrangers, nommcmcnl les Flamantls, la rofusairnl. 
Gela se passait en 1546; les monnaies au|^laises avHieiit 
alors neuf onces il'alliage sur trois onces d'argent. 1) on 
fut ainsi jusqu'au temps d'Elizabeth, <le 1558 à l(î03, 
époque où iïit mise en circulation, suus Timpulsion de 
Thomas Gresliam, une nouvelle niontiaie fonlbrinc :i 
l'ancien étalon anglais, c'est-à-dire onze onces deux 
drachmes d'argent lin et dL\-huit ilracliines tralliage. 
Pour l'or, il y avait deux étalons'. De tout cela, il ré- 
sulta une granile confusion et beaucoup d'endtari'us pour 
le connneree, sans parler de la fausse monnaie, alors 
très- répandue-. 

Une note présentée h ïlenri \U par Henry Cohliatii, 
ambassadeur d'Angleterre, et une plaîjde adressée au 
successeur d'Elizabclh par ses sujets, qui venaient ache- 
ter des vins à Bordeaux et à la Uoclielle, montrent à 
combien de tracasseries ils étaient alors en j>roie dans 
ces deux villes, peu éclairées sui- leurs propres intérêts. 
Habitués à descendre et à entreposer leui's marchandises 
chez les courtiers et certains bourgeois, qui étaient aulo- 



48 suis, crji)i|iiyi'i' on rpstat desd. rembour, hailhc a ml, ctmlabU', sujvant 
rarwst du Conseil par lotlrcs palcntos àt Sa Mamcsté du 22» jour d'apvril 
l/iO.*), » ctr, {Entai des rectple* et ikpensex fnitfn (1h Ihiiyhh tir lit rmifiliiMiiulf 
tiortieaux. laOi-l.'iVW, folid 6i vcrsoJ 

' Voyez, sur les iiKiniKiirs aiiglyisos (!<• loitî ;i lli(r>, Hutliii^', AiinalK of flif 
Coinaae of Great Itrilnin, rtr.. 5'' edil. Lnndnn. iKlil, m-i". v«»l. 1, p. 312. 
313. 

'a En fC (CTiips-lb il y avolt un prcvrvst !i Xaintcs, mminu' (Irinimil, (iiii m'as- 
scurn «fii'eii faisiinl le prort-s a un faux uionnriveur. ircluv luy liaiilii le nom 
H surnom di> liuit-vints liuninips, (jui se uwsluypnl df son nit'slii-r... ([u"au 
iionihro d'iceux il y avtiil plusieurs j»t;es et nuigisirats, tant dit Ilordellnis, Pc- 
hgord, (|iic de Limftsin, » elc. (£V« Melatix et Aichhnie, parmi les Œuvres 
rumpU'tes de l'.ernard Palissv, t'iUt. tic IKti, |i. ilMI.) 



o2 IIISTOIUE DU COMMEIICK 

riaéis par un ancien stalut à recevoir les Anglais, ils iiii- 
saicnl dos affaires sous la caution des courtiers. Les maire 
et jurats, voyant là un abus, jtrirent un arrêté pour 
défbiuire à ces ollk'iers niinistériols do continuer. Les 
marchand!^ nny;lais réclameront, invo<[nant TiHégalité du 
nouveau statut, qui, étant dépourvu de la sanction royale, 
n'avait point été vérifié par le parlement de Bi>rdeaux, « et 
moings observé jusques en l'année M"' soix" dix-neuf, y 
ils représentaient encore ([u'il n'y avait dans celte ville 
« aucuns chais, halles ny autres lieux destinés pour rece- 
voir les marchandises des estrangers, » et que les con- 
traindre à se loger, avec elles, chez les marchands, 
c'était les livrer, pieds et poings liés, à la merci de leurs 
concurrents. « A cause de ce, ajoutaient les pétition- 
naires, lesdits marchans ont puis ledit temps failly de 
cesser leur commerce et fermer leurs bouticques, en quoy 
lesdits marchans anglois ont receu notable perte '. » 

L'ambassadeur ne dit rien de robliffation imposée aux 
An^dais qui remontaient la Gironde de déposer leurs ca- 
nons en passant devant Blaye, ]>our ne les reprendre 
qu'au retour. L'uji de ses successeurs ayant réclamé, 
Louis XllI l'cndit une ordonnance qui affranchissait le 
commerce de cette formalité; mais le jurât Fontancil se 
trouvait en ce moment à Paris pour les aftaii'es de la 
ville, et, sur les remonlrances qu'il lit et donna par 
écrit, dans le but de signaler l'importance d'une pareille 



' Arrliivfls tic la villt! do ISonleuux, carton des IcUri's iW iR-rsunnt^s dislin- 
guccs, (lii XVI» ati xviii'' ¥,'\lic\t\ — La in^r.i' se termine iiinsî ; « Et plus bas est 
psrri|)( : >' Li' liny vpult c<^st afTiiv cstre i»roni[>tenient viiidé en son luiisdl 
» d'E^t;ll. les muhv et jniiil/., et aussi les nmrrflieci de itinirdeiinlx a|i|a'llèsel 
u culx, ou proeiitenr punr eiilx, ouys. Fiiiot ii Paris, Sa Magt'sié estant en son 
" eonseil, le xvj"- niay l.'JH,". Signé : I'inaut et Ukmiy f.ninuixs, » eti-. 



ET DE LA .NAVIGATION A noilDRAUX. W 

permission, il fut sursis à son exécution, qui ii'euf pas 
lieu'- De là des plaintes, qui s'exhalaient encore quinze 
ans après ^, sans que, clans l'intervalle, les tîls des an- 
ciens maîtres de la Guienne eussent autrement à se plain- 
dre du traitement qu'ils y recevaient^. 

Les marchands an^dais avaient-ils, à Fktrdeaiix, acquittt^ 
les <lj*oits, opéré leur chargement, et pris un permis de 
débarquement, ils se voyaient soumis à une deuxième et 
à une troisième visite^, qui les mettaienl à la merci il'em- 
ployés plus on moins bien disposés, et dans Pallernalive 
de décharger ou de payer. A cet effet, il y avait dans la 
Gironde un stalionnaire pour exercer Li ]>olice sur les 



« Chronique bordelahe, ann. lltHJ, p. UW. Cf. ti-dc-ssus, 1. 1, p. IHO. 

* « A Hordeaiix. nonolistaril les Iruittc!/. on force les maistrcs <!<• navire rfc 
laisser leur canon a Illaye |uiiii' se reiKlre pniye aux frehn|iit^m"s <•( aiilri.'v iilli- 
cicrs de la doanc, qui, tntiivans nos grns sans armes, lenr usent une inllnilé 
crin.sol<?nce. El despuis \it\\, dit encore Philippe llurlamarhi au seert-tairo 
d'Etal John Cohe. e<intre les franeliises et p.ivilcjîes que les Auijlois y ont tous- 
jours eus, ont ilefTeiKlii que nul deux peiisl ai lietler les vins du liers et quarl, 
nii ry-devant lesaehetloyeiit des vignerons el autres, i|ui les iipporloyent en la 
ville!. » {Stale Papers, Doinoslic Séries, (Charles I, Nov. tl H1.13, vol. IHM, n" 57.) 
Cf. (iH humble Derlaration of Ihe WroriQx unfo She. Enf/inh MerchaiiU in 
France, etc. (/Wrf., Jan. Ist, vol. ccxxxi, n" ô, in (l»e.'< 

^ La kttrc sui\aiite, eonsonée dans le nu^me earton que cfUe de II. r,id)li:im. 
It'niuigmc du Imn aerueil que les Anghiis de distinrtiiui reeevaientdela jiirade: 
« Messieurs, lui crrivail l'un deux, je ne puis pas que trsmoipner ma rcro- 
t'nois.siince par rc mot, tant de l'honneur que ra'aveî! fait, que de ridieissanrc 
que ces Itatclicrs ont rendu a vos eomniandements par le devoir dont ils se sont 
fort dignement acquittez en me rendant en ceste vi le de la S".-Ma<"querc : ce 
que m'obligera d'en rendre eouiple au roy, voslre S'Hiverain, et de detiu'urer 
prest il le recognoislri» en mou piirlieulier, a la pareille i|uan(S je vous pourray 
eslre utile en (|ualité, Messieurs, de voslre liieii tiuud>le et li'es-afl"oetii>ntié 
serviteur, DoxcAsieit. — De Si'-.-Maeitiiere, ce 27 d'aoïist ICat. ■> 

♦ On rencontre, parmi les minutes de CasUiigne, ii la date du î> mars lotW 
(«7-12, folio r,iiij'»xv. reeto , lliihard d€ Parilèilhan. <• mniiliauLl de eesU» 
ville do Bordeaux, et visiteur, de pont li- roy, sur la liviere, ihirt el liavre dud. 
Bordeaux. » 



54 



IIISTOllïK DU COMMERCE 



navires qui CMilraieiU cl qui sortaipiil. Soiip^oniiciît-ii la 
moindre fraude, il arrêtait le suspect ou le renvoyait à 
Bordeaux pour y êlre dt^chargé, au grand dommage de 
l'affréteur, contraint de payer une amende arbitraire. 

Les murcîiands anglais signalaient aussi d'autres abus 
qui avaient lieu pendant les foires de Bordeaux. Elles 
einjiortaient de droit avec elles, pendant leur durée, 
ralïranchissement des impôts qui pesaient sur toutes les 
niarcliaiulises achetées ou vendues dans le port, el, les 
Anglais se plaignaient que, depuis le commencement du 
siècle, on eût exigé l'acquittement des coutumes pour 
tous les vins achetés ailleurs qu'en ville ou en Graves. 
Ils demandaient ensuite à être admis, contrairement à 
un arrêt du parlement, de Bordeaux, au bénéfice de la 
chand)re nii-parlie, instituée pour connaître des procès 
entre catholiques et protestants. Si les Français, ajou- 
fenl-ils en terminant, ont tait retentir les deux pays de 
leurs plaintes concernant les fraudes pratiquées dans la 
vente des draps anglais en France, et si les hntls du 
conseil privé se sont attachés à reformer do tels abus, 
les pétitionnaires sont en droit de réclamer le redresse- 
ment de ceux qui ont lieu journellement concernant k 
mauvaise fabrication des vins et les tromperies sur la 
nature et la mesure des marchandises dont la vérifica- 
tion ne peut avoir heu qu'au moment de les livrer aux 
détaillants: ce qui entraîne une perte considérable, aucun 
recours ne pouvant être admis, vu qu'un certilicaf, môme 
signé d'un notaire et de témoins, ne saurait Tôlre^ 

Toutes ces plaintes donnèrent lieu à des négociations 



' Uilil. Cutlim.. Caligiila, E. XI. folîo à)ô recln. L;i [ùk-iv ;i di' fur! (Mitliiiii- 
mutàùc par le feu. 



l'T DE LA NAVIGATION A IlOllIH; AUX. i>5 

qui se terminèrent par le traité ilu 26 mai HîOfî', Le 
premier article annonce l'inlention de m^ Himi cliaiiger 
aux conventions précédentes, et le second, rurdre envoyé 
dans toute l'étendue des deux royaumes, * de bien et fa- 
vorablement tniicter les sulijeets de l'un et l'autre prince, 
et les laisser Iratliquer en toute scureté cl liberté les uns 
avec les autres, sans les molester, ny permettre qu'ils 
soient indeuëment travaillez, ny molestez pour quelque 
occasion que ce soit. » Par le troisième article, tous les 
droits imposés sur les sujets et marchandises des deux 
royaumes sont maintenus; mais « pour Ir rej^ard dos 
levées et impositions qui se lèvent au profit de certaines 
villes particulières, » ordre est donné, dans le quatrième 
article, aux maire et échcvins de Rouen, Gaen, Bordeaux 
et autres villes, de produire leurs titres devant le con- 
seil du roi pour en obtenir îa confirnuUion ou les voir 
casser, « leur i'aisanl cependant inhibitions eî deffenses, 
à peine de la vie et du quadruple, de lever plus que ce 
qui est porté par lesdites lettres, ny excéder les condi- 
tions portées par icelles. » Après quelques dispositions 
générales sur la liberté des transactions, stijiulée en 
faveur des commerçants des deux nations, il est inslilué 
un tribunal arbitral dans chacune des villes nommées ci- 
dessus, à l'eftet de recevoir les plaintes des marchands 
anglais et de vider tous les ditréreuds qui pourraient in- 
tervenir en matière commerciale. Ce tribunal devait être 
mi-parti, c'est-à-dire composé de quatre, et, au besoin, 



' Dans n-liii du 2i fcvrii!!', il <ist fait iiiMilitin d'un iirrv'l du coiisi'il du 
21 avril 1800, portant rtgkmt-nl sur les draps anglais ira portos [larlfs mar- 
chands en Fi'iKiee, hdUi m intii l en Guiontie. ( Lettrvx, insifuelhms fl wt'imirea de 
CnUifrl, IA\.±- i>uil.. iijtjuînd., \i. sai. nuit 2.i 



'OU insTomii DU cummeuci' 

de ciiK} inai'clmiïJs, fi-ant;ais et anglais, l»1us Ious les ans, 
et appelés conserva leurs du commerce; leurs allribu- 
tions comprenaient égalcnienl le règlement des salaires 
des gardes el contre-gardes, chargeurs, dcchargeui's, 
emballeurs, portefaix ', etc., la vérificalion des fran- 
chises et privilèges des villes et des boui'geois, vX celle 
des poids et mesures, aussi bien que des marciuindises. 
« Et d'aulant, est-il dit dans l'art. 13, que la principale 
plainte faicle par l'ambassadeur de la Grand'Bretagne et 
par les marchands anglois est contre un arrest ihnné au 
Conseil de S. M. T. C, le 2P. jour d'Avril ICOO, por- 
lant rciglement sur le faict de la dmpperie qui se trans- 
porle par les marchands anglois au royaume de France, 
et principalement ijs provinces de Normandie, Bretagne 
et Guyenne, S. M. T. C. a revocqué et revocque ledit 
arrest. » Le Iraité renferme dix articles de plus; mais il 
ne s'y trouve rieji de relatif h Bordeaux, si ce n'est un 
urtlre aiL\ olïîciers des ports et havres des provinces ci- 
dessus de traiter favorablement les sujets brilaimiques*. 



' Un acte il'ArrciiUie, en iliitc du l'i tinvciiibrc V.Wû, nous éclaire sur les ar- 
hilnij^es il (rette époque. Jean de lu Fuitmiile, niiirctianil (]eIlordc:ui\,ctM(ii'gun 
Ap Hovr'cll, marchand an^luis, 6Uiicnt en litige « pour raison de uiarcliandizc ; » 
ils s'in lemircnt a la diTisidu de trais néjjniuints liordclais, Arnauld Maillard, 
iliTuard Lalimiie et l'jeiTe du Perrey, et d'un ("omi)UTr;int aiittlais, Tliomas 
Sindl. — Un autre ael* du luèiue notaire, en date du 9 attiH l'iCH, noiis oITrc 
iiu autre niarrhand aix^tlais poursuivant au civil les enlunts de Tou Ucrtrand ic 
lu Salle, par-devant le jiarleuient de Bordeaux, et les registres de cette conijia- 
j;nii' présentent plus d'un proei's si'niblahle. Kdus n'en citerons que deux : le 
jucuiicr cntic Pev Ap. iruircharu! de Unnleaiix, dcjiiaiideuc, il iirif |iîirt, et John 
KsqLiirc, ltii{îer Lal<ui et James Molet, uiarctiiiiids anglais, dêfeudctirs, d'aiilrc 
parlUi'g. du pail, dr (tiud., |t. i, l/i mai UHfi); le seennil entre Johrirhitiiay 
et Pejrot Dueassou. Le sciu^clial ayant relaxé te dernier, C.hiiuay avait a])pelé 
delà senleuee; il lui rutenjuinl de vider l'îippi'I- ( i!'i<(.. K. 11. 21 nvril !ril5.) 

- Le Mercure fntinvix. t. IX. a la lin de I année Ki-iî, date tle la ntnliruialion 



I:T UE LA .NAVKiATlD.N A IKHUM'AIJX. 57 

(À'ux-ci s'étant plaints à leur souverain de l'allV^'ation 
des vins qu'ils prenaient h Bordeaux, ces griefs,, t'omlés 
ou non, lui fournirent un prétexte pour leur détendre de 
cliarger de ces vins avant le mois tle décembre, « cliuso 
grandement préjudiciable, dil Darnal, el venaiil de Tin- 
vcntion de quelques ennemis de la ville de Hourdeaux. » 
Louis Xlll écrivit, à cette occasion, aux juiTits, deman- 
daid des éclaircissements sur ce sujet, afin de réclamer 
par son ambassadeur et d'obtenir que le commerce fût 
remis sur l'ancien pied. Ou envoya des mémoires justi- 
licatifs bien amples pour se laver do ce que l'on appe- 
lait des caloujuies', et la défense no fui sans doule pas 
maintenue; mais le résultat désiré se fil lon^lenqts at- 
tendre . 

En effet, Darnal écrivait, sous l'année 1613 : « Fut 
faite ladite année une assemblée des cent trente conseil- 
lers de la ville, et par leur advis furent dressez mémoires 
pour respondrc à la plainte des Ani*lûis concerjiant la 
faction des vins de lîourdeaux. Les(|uels mémoires furent 
envoyez au conseil, voulant le l'oy faire instance aux fins 
de faire révoquer l'edict du roy d'Angleterre prohibant à 
ses subjects de faire acliapl desdits vins jusques au mois 
de décembre. Et les aucuns de ladite assemblée furent 
d'advis de supplier le roy de trouver bon, pour rendi'e 
Ja pareille, que nul François n'acliaptast moluc ny autre 
Msson salle desdits Anglois, sinon après Pasques, et 
leurs drapperies après k S. -Jean. » Darnal fait obseiTcr 
que la prohibition dont il s'agit ne fut pas bien exécutée, 



lin roi Louis XUL — Anhive» curieiixes de l'h'uMre de Frame, etc., (mliL par 
F. Uaiijoii cl M. L. C.imlior. 2' sOriL-, t. U. \\. Ôtj-3J)9. 
' Chrviiùjiif bunleloisî'. p. ! 10. 



38 



iiiSTOJiiE DU commi:ik:e 



et il ajoute que le; commerce des vins de liijrileaux avec 
l'Aiiglelerre diminua a cause de l'élévation des droits'. 

Consulté sur la convenance d'admettre nos vins en 
Ecosse sous pavillon français, Jacques l"^ répondait qu'il 
ne voyait à cela nulle raison, le vin de France étant, à 
n'en pas douter, lûe marchandise de telle nature que ce 
pays devait être enchanté do l'expédier une tbis par an 
sur quelques navires que ce tut, et de la vendre, sous 
peine d'une perte considérable^. On dirait que le roi 
était instruit des plantations considérables de vignes qui 
avaient eu lieu depuis quelque temps dans les Graves et 
qui inspiraient des i>laintes au cardinal de Sourdis'\ Quoi 
qu'il en soit, la marine de la Grande-lji'ctagne et de l'Ir- 
lande resta en possession de transporter les vins de Gas- 
cogne dans les trois royaumes et dans les localités qui en 
dépendaient, comme Calais. 

Nous avons déjà rapporté, d'après une relation du 
temps, comment, en lfil7, des corsaires protestants 



1 Ctiruniijut' iMnlcbise, [k 155, Ijô. 

- Letfer» ititd Slale t'aiters litirhig Ihe Ileiijn of Kififj James tlte SixUt. Etlin- 
hur|,'h, M.nccc.xxxviit., in-i", p. 317. 

' « ... laii[a fuit [viru'iirum] u pamU uniiis cirniuKjiiaiiiie comitlynkitiu, iil 
ex :ilriiin!;m(l;i viiii pcniiri:! n:isc;ilui' :iit,'i'nti, pri'tnitiiipu' îlliiis asstiftriiii ponc 
rvniit'Miil. » Oi-diinniiui'C du i-ariliiiiil dt? Soiirilis, Hlïlî. (Anli. du dcpiiil. (k: la 
Girundp, tliaidli'c de Suiril-Si'uiin, n" t<Hf, foliu 2oM Ji'clo.) — On lit diins la 
Cliroiùque tniriMoise, de Tillcl, p. 92, qu'en l'aniit'c 1578, sous le règne de 
llpiiri 111. des ItMti'os piilrnlfs fiavnt cxpêdîi'es piiur l'aiTJiLlicment des vignes 
aiilitiir de Bordciinv, U'sqMi'llrs fiircnl i'\w:u[i't's, non sans plaiiilc dos iiit«i- 
ressus. ^ 11 n'j ii point ii jkml*'i', ajoute Latolonit!, qua frt (ndiv dn inj si bien 
iWLTuU^ ne fiit piinr k' liien ili' ses sujc-ls; (H'nl-i'liv ne le seroil-it |i:is nit>ins 
dans le temps présent, si tes lettres patentes étuient i"Ciii>uveléi's et parlaite- 
ment exécutées, sans quoi les lialntanls de la pnivinee tuinlieront eerlainenient 
rtans rïndigenec *'t la pauvreté, pttnr avuir mis toutes leurs possessions eu vi- 
Hne.s. » (//«/«(')■(■ niriaitii' i-t wwuriiHnhli' tli' lu ritlf fl iirttriiKr ik ÏUmkuux, 
f. Il, p. 3(k, 21.^ 



KT DE LA NAVIi;.VI"l(l.\ A IIOllDEAl'X. IVJ 

croi^:llie^t vis-à-vis dG Royan, avec des vais.seaii\ <i<' 
guonv, forçaient les marchaïKls et les marins (jui pas- 
saient d'aborder et di3 payer tribut ; en nn mol, incuni- 
inodaient grandement le comnierco'. A leur e.\eni]ile, 
d'autres Roehekis infeslaieni tout le littoral de l'ik'éan. 
Le capitaine Sure et noiubi'e de ses corelii^ionnaiies, 
sans parler d'autres pillards-, avaient ivpandii lu terreur 
dans CCS parages'; mais rien n'égalait celle qu'inspi- 
raient les musulmans, qui, à la même épocpie, pous- 
saient leurs incursions jusque sur nos côtes. 

En 1621, Gilles Esteben, bourgeois et marchand de 
Rordeaux, avait ehari:;('> tnMite-six toinieaux de vin sur 
une barque écossaise à destination de Calais et pi-éposé 
à sa conduite un serviteur. La barque étant sortie de la 



' Voyez fi-dessus, t. I, p. ioUrHî, et couipaii'ï la ii'l;iliun qiii- nmis avons 
suivie, avec celle rit; Duriial, Llinmlque ùordeloUe, aiiiK 1017, p. 170; sans ou- 
bliLT Automne, Comnit'tttaires mr le» cimUmtes ijhi^rak» t\e la r'tUe ife llor- 
ileaiix, l'dit. t!e 17157, p. 1338. 

* o Au t;i|>(iilaifif Carlo Cocoeliny et U vinpt s<?s solda Iz et Itanto-flnq lans- 
(jucHclz di' la ciiiuswiijiiii.' dti ra[i|iilaiu(' Tjeillard. la sitiiinu' df ri'fit tnutc-six 
cst-dï. sol, a luy ordiinnèi? par anvst di' la niur ilo ]iarkMi!fril de Uiuirdcanx 
pour aliter avec deux pattathos hosti-r aux cappilalne cl soldai?, de la t'arniscjn 
du cliastcaii lîe Fninsjic la paladie avocq luquolle il/, cujitrjijjrudi'ul k-s uiar- 
<'li;iii& a payer rcilains dioictz iiudit liou, (iiiur fere la r:i|iti(iv iK-sdits lîipjii- 
|;iiiu' t'I soldatz, iiinsy qu'il esl eiinlerm par ledit arrest du riuipiit'suie janvit-r, 
rail VI' ([uatre-vinglz dix-liuict. Si^ïné : Puxtac. » {Estât des rtreiJlcit et dépenses 
faites au bureau de la eomptaHie de licrdemix, années JîiOUîJSiH, folio {R verso.) 
— Do pareih désordres oiireul lieu après le uiilicu du ^m-U'. suivant. Voir une 
U'Ilre de Colbert a M. l'ellot, inteuilanL île lioideaux el de Muutaubau, du 3 dé- 
reinl»re lîKii, publiée dans le ^rand lY'cueil de M. Cleuieut, 1. 11. ïJ-^ partie, 
p. 237. 23H. 

' La Pop«linièrc fait mention du eapitaine Sore en racniilant, a l'année lo<î9, 
la rupture d'une fiur(|iie cliarpfe de Wé, et de trois Portugais qui revenaient 
de Flandre dans leur [>ays avec une eurjiaisuii de euivrc, Ic-rlilaiie et autres ar- 
ticles. iL'IlUfolre de Fniiia-. itr., liv. XVI; I. H, fidio «7 vcrMi. Cf. fulio l'Jl 
reelo.) 



m IJISTOIRE DLl COMMERCE 

Girondo, fit an [ilcino mor hi rencontre d'un forban turc, 
qui lui courut sus, contraignit l'équipage d'amener et 
s'empara du bâtiment. A la manière dont furent traités 
ceux qui le montaient, on put croire à une connivence 
coupable entre les pirates et le patron, et soupçonner 
celui-ci d'être resté maître du chargement, une fois qu'il 
avait été débarrassé du surveillant, « d'autant que, par 
religion, dit Cleirac, les Turcs ne boivent pas de vin, 
quoy que ce soit, n'en font pas marchandise*. » 

Ces Turcs étaient vraisemblablement des corsaires bar- 
baresques, pareils à ceux qui, en 1613, croisaient dans 
le golfe de Gascogne-, ou aux forbans signalés plus tard 
près de File d'Ouessant^, et à ceux qui, en 1G36, s'em- 
paraient du John, de Leith, parti de Londres pour la 
Rochelle. Le capitaine et son équipage furent menés à 
Salle et vendus comme esclaves*. Naturellement les chré- 
tiens ne manquaient pas d'user de représailles; mais il 
est à la gloire de Bordeaux d'avoir repoussé cette espèce 
do commerce. En 15*71, un marchand normand ayant 
amené dans cette ville des nègres et des Maures pour les 
vendre, le parlement intervint et rendit, conformément 
à l'ancienne maxime du droit français, un arrêt portant 
qu'ils seraient relâchés, « la France, mère de liberté, ne 
permettant aucuns esclaves^. » 

' Lt'x Cn ft Cutittotifii de la mer. édit. ilc H«iien, p. '2fi. 

' " Kn l:i iiH'snic iinni-e. les Turcs prindient en mer ([luintité d'hiibiUins ilc 
(liiphn'ltin. lps(|m'ls ils iiiiivnl à la cadoru' (cliiiine), iH ks lioiirgeois cl Iiiihi- 
tans iliiiUL lien. )mhii- rcdinicr di' fiiptiviU; leurs itiiiipagrions, lirenl nue (lut-sle 
gcncrallc par ttiutis ies villes du ressorl. et iiiiplorerenl le setours du la ville 
•It* Itdiii'deaiix. » {('Jirmik/ut' hiinli'liiixt'. p. l'il.) 

' Killtrx, iuslriiflums el im'mmrfrt ilc Collft'fi, l. 111, 1"^ paille, [>, IHI. 

' (;ii:iiiilieis, Ihiiiifsfk Aiiiuth <if SaïUaml, vol. li, p. 95. 

" Cliroti. fmrtl., p, "t. C.(. Luise!. litHlitiitcs ctmUitnkrf^s, liv. 1, tit. I, le^-fi 



ET DE LA NAVIGATION A BOFIUEAUX. G< 

Poui' mettre iiii à cei étal du choses, un (''coiioniisto du 
temps de Louis Xlil proposait plusieurs remèdes. «< Il 
fïuil, dit-il, cotiser chaque havre el i-liaque ville dix lieues 
près desdits havres, h les entretenir, (Paultanl, que c'est 
leur richesse et seureté, tant rontre les Turcs, Rorhellius 
et autres corceres, ou bien il faut metlre un inii)ost sur 
les vins qui sortent tant de la rivière du Ilosne, de la 
Garonne, du Loir que de la Cène. Je ni'asseure qu'il n'y 
a bon Fran(;;ois qui n'en soit très-content; car les Italiens, 
Flamans et AUemans en sortent la plus grande partie, et 
par ce moyen vous ruinerez la Rochelle et aurez le trathc 
libre aux Mollucques et terres lointaines', » etc. 

Un moment interrompu, le commerce de Bordeaux 
reprit de plus belle, pour éprouver une nouvelle pertur- 
bation en 1626. Cette année-là, au mois de septenjbre, 
le conseil fit avertir de Londres tes marchands el les 
marins ancrlais de se retirer avec leurs navires et leurs 
marchandises»-, et, un mois après, tous les bâtiments 
qui se Irouvaieirt sur la Garonne furent arrêtés par le 
sieur de Saint-Jean, capitaine de la garnison de Blaye 
cl lieutonanl de M. de Luxembourg, gouverneur de cette 
place. Plusieurs de ces navires étaient chargés de vin 
et autres denrées; ayant rebroussé chemin, ils se reti- 
rèrent vers Bor<lcaux; et conmie ce fut à la décliarge, 
les maîtres de ces navires réclamaient la totalité du fret, 



et Viiliu, Siiiw. Comm., l. I, p. r>nl. — On voit ce qu'il riiiil pt-nsfr de Tiissfr- 
lioii (le M. Pierre Clément ntiaiid il dÉilarc, ii l'iMiniioiu' de Punlchuiliaiii. 
" ((lie, le preiiiier, il lit décider qu'un esi'luve ;ilifir'(l!iiit le soi rrdnçais sérail 
libre de dniit. >• iLelliYn... de Ctillx'rf, ete., 1. 111, i" pari., intiod.. p. lxxix.) 

• Ln IleftiriiHilion île w rvumme, 102^. {Archives cnrietiises lie l'Iûstinre de 
t'rmue, elr., 2« scrie. 1. Il, p. SOT».) 

- .S7fl/i' l'apcm, Uuiueslie Séries, C.liailts 1. vol. XXXVl, u" 70, 



62 IIISTUllîlv III" COMMERCE 

qui était de 15 ou 16 livres le tonneau', se Ibiulaiit sur 
ce qu'il n'avait point tenu à eux qu'ils ne fissent le 
voyage et n'opérassent le transport convenu. Le lieu- 
tenant fçénéral de l'amirautc au siège de la Table de 
marbre, au Palais, leur adjugea 4 livres par tonneau, 
c'est-à-dire le cpart; et appel ayant été interjeté en la 
cour, le parlement confirma cette décision par deux ar- 
rêts d'audience, en date des 1*^ et 16 février 1629*. 

Une autre ilécision rendue vers le môme temps, acheva 
de fixer la jurisprudence au sujet d'un fait qui se repro- 
duisait assez fréquemment sur les ctMes de Guienne. La 
caraque portugaise San Barfolomeo avait échoué sur la 
cote du Médoc, au lais de Saiiite-Hélèoe-de-rÊlang, au 
mois de janvier de la même année 1627. Sur les audi- 
tions des marins de l'équipage, rendues devant M. de 
Forlia. maître des requêtes, commissaire député par le 
roi à la recherche et conservation du bris de ce nau- 
frage, il fut rapporté qu'en cas de jet, les «marchandises 
et les biens des marchands devaient aller les premiers^. 

D'un autre côté, les marchands anglais qui faisaient le 
commerce des vins de France, adressaient une pétition 
au conseil. Leurs facteurs à Bordeaux, en prévision de 
l'embargo et tout aussi sûrement de l'impôt mis sur les 



* X lu Un di' l'aTitif'C I(i3!â, le fh>l de Riii-di'iiuxkLuuJi'csôtaitikSOsHJHinp 
par tMrii'aii. (Slalr PtrpiTs. Doiiu'SUf Stries, |{)33, vo!, CCF^Vl, n<'S.l 

* Lex L's ft Qiiiitmu'it de la mer. |i. KO. (Jugements tlOlLTon, n" À.) — Des 
Aii{;l:ii!i fiireiil eilrorv |iliis séviTcnierit ti"iit(''s, l'ii i'i)iiiii);m(l<int do cetle iiatjtin 
s'i'tait eiii|ijir d'un navire de Saint-Jean-tli-Liiï. : le pilide iln iiirsairc, William 
Rainsay, fui arrêté li Bordeaux et incarcéré. ÇSiak Paperg, Domeslic Séries, 
Charlrs I, Nov. 1KS2; vi.l. CCXXXV, n°8l.) 

•■' (îleii-je. les l'g et V.tiutumes tk la mer, p. "ô, 582. — Voyez, sur le dr*iil 
<|e ttris, en liWJ , l;i Onespoiiilunee de (".ollierl, ). Il, 2' [liirlie, |i. (ili 
noit! I. 



ET DE L\ NAVIGATION A fiOUDEAUX. 63 

vins, en avaient chargé sui* des navires anglais t't écos- 
sais plus tlo quatre mille tonneaux, en retour t!c draps 
exportés pai* les pétitionnaires et ihes aux dnipiers. Partie 
de ces vins était arrivée tlans la Tamise : on demandai I 
la permission de les mettre à terre el de les vendre'. 

En 1G29, les marchands de vins français el la eum- 
pagnic des cabaretiers de Londres ayant signalé à raul<j- 
rité la grande r[nantité de vins qui leur restait sur les 

is, le conseil émît l'avis de proliiber, au moins poiu' 
"in temps, toute importation ultérieure; encore nos vins 
ne devaient-ils être admis qu'en navires anglais*; mais 
cette dernière disposition ne (.levait guère être obser- 
vée*. 

Dans r intervalle, la paix entre les deux couronnes 
avait été proclamée à liordeaux, avec la liberté thi coni- 
merce. Le gouvernement de Charles I*^ l'apprit par des 
lettres interceptées à bortl d'un navire écossais parti de 
ce port avec un chargement de vins', et le eonmierce 
cuire les deux pays ne tarda pas à recommencer par 



' Slate l'apers, Unnieslic Si'ries. Charles i, Dec. 30 im\; vol, XLli, m 1(«). 

'' mtl., W^; vol. CALVI. n-22. Cf. n- ^1. et vol. CXLVII, ir>6. — Deux 
négociante, Tun di' .\"fii wicJi, l'autre d'Yarnioutli, depuis longléiiipsen ivUilions 
d'affaires avec llordoîiiix. eurent MentiH ii deiiKinder (iiiit nitdérdpè it ces dis- 
positions en leur liivi'ur. LeineuiTespondant, Jean Pejnmyno, avait, contrai- 
renient a leurs TtiMruitionii, riiurKè des vins ponr leur cotnple dans un navire 
de Dieppe : ils (d>linrent(|ii'ils fussenl déliarques et mis en csve » Lynn. [Ibid.. 
val. CLUI, n" Ci. Cf. u" (m.) Deux anties niarehands d'Exetcr deiuundaient l;i 
même faveur puur une kinpie (renvirmi soixaiile tunn«'an\ qui ftiiil viniie 
••liarner des vins ii liordeaux au relour d"uiif canitwjîne m Terre-Nriive {il/uL, 
Man'Ii 1(530? vol. CLXlll, n<'(i7i : nuus ignorons si leur requôle fut eouronnée 
de succt-s, 

' Voyez une pétition des maîtres du navires anglais cotiiuicn;anl on France, 
parmi les papiers d'État, SL^ric doiuestique. Charles I", KSI, vol. CV, n"^. 

' Stale Viiiiera, Dnuie.slic Séries, Charles I, Hi-Jî); vol. tlLil, n- -41. 



U IIISTOJRE DU COMMEliCE 

tlollo coiiinic iiutrclbis, avec des inteiTuptions causées 
par les fluctuations politiques'. On peut prendre une 
idée de l'imporlauce des affaires que les Anglais faisaient 
avec notre place quand on voit un marchand tle Bor- 
deaux, A]>el Denys, créancier d'un sergent Bowye pour 
la somme énorme de 700 livres sJerliiig, valeur re<,'uc eji 
vins'^. 

Une année où, à ce qu'il paraît, les affaires étaient 
dans un état de stagnation, en 1635, un certain Canezil- 
les^, marchand de Bordeaux, présenta au ministère les 
propositions suivantes comme un sûr moyen pour réta- 
blir le commerce : 

V Interdire à toute personne étrangère la banque, le 
change, la grosse aventure et toutes sortes d'assuran- 
ces; 

2° Empêcher rigoureusement les marchands étrangers 
de faire aucun débit de détail dans les magasins cl dans 
les foires ' ; 

3° Ne revêtir aucun étranger de la qualité de bour- 



» SMe Paperx, Dointstic Séries, Cliailcs I, Nov. 22 1G31. vol. CCIK, n» 62; 
8 Nov. 16G3. vol. LXXXIIl. ri- :x5; Charles II, Oc t. 26 mH. vol. VMl. n» 13o. 

s Ibid,, Hi.ï2. vol. CCXVI, ir :>7. 

=> On trouve, parmi les niinules du Ilprilmrs i Id, 20 juillet, 29 août, 1" scp- 
li'mlire Vàdï ; lusse 1S4-2, folios xvj recto, v^-ij rrelo, vj'xivîij verso, vj" Lxsij 
recto, etc.), un Thunia.s <î;tnt'zilles, marftuuid et Imurj^eois de Bordeaux; cl 
parmi les mimilos de Laeostc, ii la date des y avril et mai lî>7i (liasse 327-5, 
folios 2ft1 verso et 31 i recto), Antoine CaucïïiUcs, marcliantl litllelier de la 
niùme ville, prêtant 2() livres II S(yus 6 deniers k Jacques Chabot, tcuver, «•!- 
gneur de la Vergne en Sain longe. 

♦ La mention, dans un acte de Denhors du 28 janvier 1361 (liasse 181-2, 
folio Mij"x-v\viij ri'cto), d'un « fermier des deniers des amendes de ceux que 
iulirplent ancums marehanlises sur le port et liiivrc de Bordeaux, m donne h 
pi'Mser ([u'il existait ur rt'Bleuu'ut de polire au>|uel Caiie/illes voulaU un nitu- 
plemenl. 



KT r>i: LA NAVKiATio.v A iumui^Arx. 



<vi 



geois, sous quelque prétexte quo Ci\ tut; vu dépouiller 
ceux qui s'en trouveraient nantis; 

4° Interdire aux étrangers, tani re}j;nieoles (|ue luilui'a- 
lisés, de faire aucune fonction de facteur ni de coinniis- 
sioimaire, afin que les marchands éfranjj;ers ne puissent 
traiter aucun négoce qu'avec nos niarcliands Iniurgeois; 

5° Eujoindrc aux marcliands élraiiji;ers de se retirer 
de la ville et du pays au liout de quatre mois; 

go p^m, relranchei' la plus grande cause de nos misè- 
res, et pour ùter le plus grand l'ctranchemeul de nos 
prospérités, demander, comme très- nécessaire, que Sa 
Majesté fasse un édil portant défense alisulue des con- 
cessions et des usages de la liiiTc, avec rigoureuses dé- 
fenses à tous les brasseurs, marchands et cabaretiers, de 
ne plus se mêler, en façon quelconque, de faire ni débi- 
ter, en gros ni en détail, cette malheureuse et délestable 
boisson ' . 

On assure que le cardinal IliclicUeu autorisa Canezillejs 
à faire part de ses idées à toutes les villes maritimes; 
nous ignorons si celte connnunication eut lieu et quel 
accueil elle reçut. L'auteur de la lie formation de cv 
royaume- paraît avoir été plus heureux. 

Le fisc, eiiqjressé à saisir toutes les occasions d'asseoir 
de nouveaux impôts, ne manqua pas d'user du conseil 
qui lui était donné; mais les Bordelais justifièrent bien 
mal l'assurance exprimée à la suite, car chaque fois qu'il 
était question d'une mesure de ce genre, ils ne man- 
quaient pas Ufui phis de réclamer. En 1630, une nou- 



• Arcllivcs de l'Hrtld di; ville de Uordcîiux; publié dans hi SUnUtique du di'- 
IHtrlemeul de In Cirmiik, liv. X, V- '• II. '' |';irl.. p. ô37, noie ;*. 
^ Vi»yp/, n-ilossus, |i. (jl. nuli' 1. 

M. » 



m 



HISTOIRE DU COMMERCE 



vello imposition dp 5 p. 100 ayant été établie à Morlagne 
sur les marehandises qu'ils faisaient porter à leurs périls 
et risques, ils cointiiencèrent par se plaindre au\ jurata; 
mais ils ne s'en tinrcnl pas là, et ils demandèrent qu'il 
fûl envoyé une tléputation à Paris pour obtenir la sup- 
pression de cette aggravation de cliarge, offrant d'ailleurs 
de faire les frais de cette missioii. La requête eut un 
plein succès à Bordeaux, la Chronique nous le dit ; mais 
elle est muette sur le résultat définitif tles démarches 
faites en cour '. 

S'il fut sursis à la perception de l'impôt contre letpiel 
ces démarches étaient dirigées, ce répit ne devait pas 
durer longtemps. Damai nous apprend plus loin qu'en 
1642, Tarrivée devant Blaye d'un vaisseau de guerre B 
pour l'établissement et la levée d'un droit de 5 p. 100 
sur toutes les marchandises portées à Bordeaux, excita fl 
une émeute dans cette ville; mais le désordre fut pi-omp- 
tement apaisé par les soins et la prudence des jurats. 
Ils députèrent ensuite certains des leurs à Paris pour 
solliciter l'extinction du nouveau droit, et obtinrent un 
sursis du commissaire nommé par le roi-. 

Le commerce avait encore à payer, sous le nom de 
cotivoi, un droit sur la circulation des navires, à un rece- 
veur délégué par le fermier et autorisé à faire crédit aux 
marchands, même pour des sommes consitlérables''. Ce 
droit existait tlepuis quelque temps et rendait beaucoup ^ 

' Coiitiiitiatim ii la Chwiique boHftielohe, [i. jj. 

* im., p. 50. 
•^ Ftmli'fii'il, UiMuire des mom'eiueiix de tiiinrdemix, Uv. lU, cli. v, p. 2î)t. 

♦ .iL-i cmiiplîililic ilr liordiMiix. 5l,7(i" livirsH sois H denifis; \c ronvoy Af 
llonlciiux, :2.ô(in,00l) livivs. •> EnliU <iritniit du infini du iviinnun' de Vrumr, 
M.DC.xLix., in-i*. p. I. 



I-T DR LA NAVIGATION A BORDEAUX. (>7 

quaiul, on 1648, il s'i'^leva un (nllf ^éiiôral coiitro les 
exactions auxquelles il doniKiit lieu. « Pour le ('(jnvoy, 
disait le président Dubernel, dans tiii Mémoire sur ce qui 
s'était passé au parlement de Ik^rdeaux, outre les abus 
(lu fermier et de ses commis, on se plaint de la ferme 
mesmc h cause des auj^mentations qu'on y a fait sur 
toute sorte de denrées, et toutes ces plaintes sont por- 
tées par les bourgeois et par les jurais '. » 

De ces augmentations, la plus désastreuse pour la 
Guienne était celle de 2 écus par tonneau" de vin, la- 
quelle, ajoutée aux autres droits, grevait la marchandise 
plus que de raison. Cet ijiipot de (> livres avait été élaldi 
à Blaye, en 1637, pour deux années seulement. En 1(538, 
il fut prorogé pour ([uinze mois, et en 1640 pour trois 
ans. En 1643, il fut compris dans le bail du convoi pour 
neuf ans-. Ce terme n'était point expiré, qu'il s'élevait 
de tous côtés des l'éelamations au sujet du droit de con- 
voi, ou plutôt relativement aux au^mcnlations qui, de 
1,500,000 fr., avaient porté le bail des deux termes à 
deux millions"'. Le parlement proposait, pour ces aug- 
mentaltons, de faire des remontrances, et en attendant 
de sui-seoir à la levée des 2 écus par tonneau, ou, tout 
au moins, de la réduire à 3 livres, à l'exemple de 
Blaye, qui n'avait aucun droit à c!re traité autrement 
que Bordeaux; on parlait même de supprimer la coui' 
des Aides, «lélacliée du [larlement depuis plusieurs an- 
nées, et lie cummeiH'cr par faire iléfeiise aux officiers 
publics d'exererr, et aux euntriltuables de les l'ccon- 

• Arcl/lf'fs hlsiinufuemlu id'ftoriemi'ul df hi Ciromh', I. IV, p. iiKî. 
^ UmL, I. m, iKr.lT; I.IV, p. -21M. 
' Ibid.. l. IV, I». ^Vî, en iio'.r. 



C8 IIISTUIRE DU COMMEHCE 

naître'. Le cardinal Mazarin écrivit, au nom du roi, à co 
dernier corps pour lui détendre de délibérer sur la forme 
du convoi; cependant le parlement rendit, un arrêt de 
sursis. Tout en estimant qu'il y avait lieu à taire easser 
cet arrêt par le conseil du roi, le duc d'Ëpornon insisln, 
à plus d'une reprise, pour obtenir de décharger non- 
seulement tout le Bordelais de l'impôt de 2 écus par ton- 
neau, mais aussi la haute Guienne d'un écu sur chaque 
tonneau descendant la Garonne^. La régente se rendit à 
ces observations et diminua l'impôt d'un écu^; mais, sur 
l'avis de M. d'Argcnson*, elle le rétablit vers la fin de 
l'année 1649, à la suite de la part prise par les Bordelais 
k la Fronde ^. 

Cette année, plus que jamais, le commerce mai'itime 
de Bordeaux eut besoin de protection. Un garde-côte de 
Sainlougc et de Médoc, nommé Monsiry, entrait dans 
la Garonne avec huit vaisseaux et quelques bateaux ou 
pinasses*', sous prétexte de venir à Bordeaux, pour y 
opérer une descente, saccager le faubourg (les Clmrtrons 
et fermer le passage de la rivière; mais, changeant de 
tactique, il battit l'une et l'autre côte de Saintonge et de 
Médoc, sur lesquelles il pratiqua toutes sortes de briguji- 
dages; et, portant la piraterie plus loin, il arrêta les 
navires bretons et d'autres bâtiments étrangers, qui se 



' Archive» bktorif/ues Un dt'parlawnl tk la G'timde, i. !V, p. 21M, 

» Ibid., p. â(«), 3112. 

'^ Ibid., p. 305. 

• n>i(l., p. 370. 

» IMiL, I». 372, 

" Hfi iliiniiait surloiu w nom aux l»;ii<nu^s (|iji iiavigiiaicnl sur l;i iVitr di- |[i>- 
ra>i;. ilii'^:. du (iitrisi-il ilc coiiiiuiTn' 1". 12. o." Mi„ l"t5 verso; si-niirr ilii 
IH inaiK 1707.1 



KT DE LA NAVliiATloN A BOHnEAl'X, W) 

rendaient directemenl h Bordeaux, les pilla, et répandit 
une telle épouvante parmi les riverains, que le commerce 
fut entièrement inlerrompu'. 

Le chevalier de Thibaut, à la tète d'une flottille équi- 
pée par les Bordelais, alla h la rencontre de Monstry, et 
jeta l'ancre au Bec-d'Auilnès, pour j^arder le passage des 
<leux rivières-. Pendant (lu'il couvrait ainsi le pays par 
en bas, le duc d'Kpernon faisait construire un fort à 
Libourne afin de tenir en bride les Bordelais, en leur 
coupant, quand il lui plairait, toute coinuumication avec 
le Quercy et le Périgord, et en iiitercciitant ainsi le com- 
merce avantageux (]u*ils entrelenaient avec ces provinces 
par le moyen des rivières de Dordognc et <le l'isle'. 

En août 1650, on armait do nouveaux bâtiments sur 
la Garonne, et l'on construisait une nouvelle j^alère à 
soixante-quatre rames, munie d'un coursier de vingt- 
quatre livres de balles''. Pendant ce tenips-Ki, le comte 
de Doignon ravageait les côtes de Montferrand, d'Andjès 
et de Parenipuyre, et y enlevait plus de quatre mille 
tonneaux de vin, qu'il faisait porter h Brouage ou à la 
Rochelle ^. 

Pendant tout Télé de 1653, jusqu'à la fin de septem- 
bre, la Garonne fut sillonnée par les flottes royales île 



' Foiileneil, Uktùlre des iuouvemeiis ik. limnlemu, liv. 111. ch. v, |i. 287, 
388. 

* Ib'ul., liv. ni, chap. vu, |i. 313. 
^ Siii>j)hHiie»t nu Ji>iinift! d'fHivier d'Ormi'xson, t. i, p. 713. 

* Lacoloiiii", lliiil. air. c/ rem. de la tilif el prt'i'. de lioideatix, t. III, p. 117. 

* Fitiilt'iiftii, liv. IV, cliap. vj, p. iô2. — L;icolojiL«. L. Il, p. ftî, tilève ce 
niimlire a. six mille lonncaux. — Un iiete dt\ <;iiu11iiii'l's, du l"- aoiU UPC 
ifnlîi) lyl wi'soV iiuus montre un corlain Ci^'sar Janiot l'nijvt'n niant nnc sotiuni! 
d'arKonI, en parlie pcttir ii'parer los mines et ilcteiim allons faites jiiii- les i;eiis 
<!«." uucrrc rlans le hownlieu de Monirerniiid. 



70 



rilSTOIHE DU COMMEIICK 



France ot d'Espagne, ot la mer infestée par les incur- 
sions des piraJes anglais; de sorte que, pciulan! les mois 
d'octobre, de novembre, décembre, janvier et février 
suivants, il ne vint point, ou du moins il vint fort peu 
de navires à fret en ladite rivière. Comme le fait remar- 
quer Cleirac, celte grande discite de vaisseaux lut cause 
que pour l'envoi et le transport des vins, eaux-dc-vie, 
prunes, miels, pastels, lièges et autres denrées de 
Guienne, les frets furent excessivement cliers et montè- 
rent jusqu'à 46 livres le tonneau. 

Dans CCS circonstances, certain marehaudmii ' ou cour- 
tier volant* de Bordeaux se rend en toute iiâle à la Ro- 
chelle, où il trouve un navire flamand, du porl de deux 
cent quarante-huit tonneaux, en repos dans le port ; il le 
fretle « cap et queue joyeusement pour toutes parties, » 
à raison de 34 livres par tonneau, afin de venir charger 
des vins à Bordeaux et de les porter en Bretagne, « Non, 
dit Cleii'ac, que ce compagnon en eust besoin ny qu'il 
lust capal)le de le chai'ger pour son cojiqite ou pur com- 
mission : telle pensée estoit fort éloignée de son inten- 
tion et en grande disproportion avec son pouvoir, son 
crédit ou ses commoditez ; mais esliniant protiter de la 
nécessité publique en le sous-atïretant à plus haut prix, 
et par gentillesse faire une négociation tres-asseurée tle 
gros lucre sans labeur el sans risque, m 



> Exjiressiun liot'dL-Iaiiie formée par allusion atix marchands d'eau qui cou- 
niient alors la ville. 

* Courtier marron. Sous ce lilre : « Réponse |)our lus syndics et directeurs 
tk's courliors ray;iux di' IliJrdcytix, Oirarg, Lilioorne lH pals butiiilcloi.s, appo- 
lans, contin J;irr|iips Andrieu, roiirttpr vidant, itilimc, n il i'nisIc un Momûirc 
IMi'ciiMiH pour l'iiistoiro di^ tiolrc fouiitUTit^ au xvii« siinlc, (lU'cucil de f:ic- 
iLims, MM. de Uordcaux, Jurispr., n" 3076, I. V, pièce ri" 2.").) 



1:T Dt l,A .NAVUJATIU.N A JSOHUEAUX. H 

En effet, à son arrivée à Bordeaux, il sous-alVrètc 
promptement et entièreiiierit son iiiuin', à raison de 
42 livres par tonneau, ce qui lui donna 1,920 livres de 
profit, et l'un de ses sous-aiïVéteurs fit place à un liers 
pour 80 tonneaux, à 48 livres Tun, avec un bén<'*fice 
de 240 livres pour ce seconil aftVcteur; mais il s\'leva 
un procès qui tut porté devant le juge de l'amirauté. 
Après de longs débats, par juf;cnient du 21 mars 1654, 
les sous-alïrétenienis lurent cassés et déclarés conven- 
tions ilardanaires, ruineuses au public, contraires à la 
liberté, de grand empécliement à la facilité du com- 
merce maritime, et les sous-affré(eurs déchargés de payer 
autre prix ou plus gros fret que celui qui avait été origi- 
nairement promis au maître par le conlral d'aftVétemenl 
passé à la Rochelle, avec les défenses convenables '. 

La paix ayant été conclue, le droit de 2 écus faillit 
la compromettre. Il lui question, au parlement, de con- 
tinuer sur l'ancien pied et au profit de la ville la levée 
qui avait été commencée, et à la pluralité des voix on 
décida que l'on en rétablirait le bureau pour ne pas 
perdre le temps du cliargement des vins Le président 
d'Aftîs envoya chercher le juge de la Bourse, le syndic 
lies marchands et un autre bourgeois pour leur tracer la 
ligne de conduite à suivre; mais tous refusèrent de se 
mêler de celte levée. Pour les y engager, on faisait va- 
loir auprès d'eux l'insistance avec laquelle l'ambassadeur 
de Hollande réclamait des indemnités pour les navires 
lie son pays capturés l'année précédente par le comte de 
Doignon, ou allrétés ii la même épotiue, pour servir en 



' Le» Vi ei Coutumes (k In mer, odil. ilt Stiïl, ji. ôW. 



72 nisTOint: nu commerce 

guerre ; l'ambassaileur liolkinlats avait remis Sun Mé- 
moire au premier président, et demandait une réponse 
précise, avec menace de mettre saisie-arrèt sur tous les 
effets des marchands s'il n'obtenait satisfaction. 

Une pareille perspective était Lien iaite pour alarmer 
le commerce de Bordeaux; toutefois, les néi^ocianls « es- 
lans les mieux intenJionnez pour le service du roy et 
plus capables de servir, » se refusèrent à ce que le par- 
lement attendait d'eux. On envoya chez les courtiers de 
vin pour les avertir de lever l'écu par tonneau ; ils décla- 
j'èrent qu'ils n'en feraient rien tant qu'on ne leur exhi- 
berait pas un arrêt en bonne forme*. Contre l'opinion 
j:^énérale, le pai'lemcnt se décida à en rendre un. M. de 
Saint-Luc, après en avoir donné avis au cardinal Mazarin, 
ajoute : « Je dois représenter à V. E, Testai de cette 
ville qui est véritablement tres-miserable, y ayant tres- 
]>eu d'union et quantité de debtes et des gens qui sont 
cerlayiieinenl ruinés de cette guerre dernière. 11 vaudruit 
beaucoup mieux leur donner quelque chose gratuitemenl, 
pour empescher l'entière ruine du commerce avec la 
Hollande et les tirer de la dernière nécessité, qui est un 
pressant motif pour vouloir troubler l'Estat, que de leur 
permettre une levée de deniers si préjudiciable h l'anto- 
rjté du roy, et qu'ils pourroient faii'e monter à des som- 
mes immenses^. » 

En 1657, les jurais ayant représente au parlement que 



' Xiiiirellt'.<i enroijMi de Bordeaux nii mnlitial Miimr'iu, 2fl tjïtolire 1050. (.4r- 
diives ImlDiiqiten du di'i>artemeu( de la Hiromk, l. VI, p. 4ii, iâa.) 

' LcUie (lu 2i (Rtobre ICW. {tùid., p. 427.) — Les cxlrails des regislivs du 
f-nnscil d'État donru's dans la CoiilinuarKm h la Chrminne ImtrdeUiue, p. 08- 
71. mcirilrcnl cuiiiincfit il lut \Mv\ê lyml'do Ix b situation. 



ET DE LA iNAVM;,\T«>,\ \ \Ui\\U\:\l'\. 73 

les l'fi'miers du convoi cxigcaicnl îles «Iroils iiouvt'aux 
aux bureaux qu'ils avaient, entre autres, sur la Gironde, 
la cour rendit un arrêt pour mettre un terme à ce qu'elle 
considérait comme des exactions. Cet arrêt so lennine 
par l'injonction do lenir en état les l>;\tinifiils <[\\o h\<dits 
fermiers étaient obligés d'éijiiipcr et d'entretenir pour 
la sûreté de la navii^alion, a h peine de répondre des 
pertes que les marchaiuls pourroient l'aire faute d'estre 
escortez par lesdits vaisseaux ^ » 

Les bourgeois d(^ Bordeaux étant exempts du droit de 
jConvoi, il ne man(]uait pas de L,'ens ipu', p*iur y échap- 
per, prenaient indùménl ce titre. Colbert éveilla sur ce 
point l'attention de l'intendant Le Jay. Pendant le cours 
l'de ses reclierclies, des contestations s'élev^^ent ù ce sujet 
entre les jurafs et députés de la ville et les fermiers du 
convoi, ix conseil d'État fut saisi de l'alVaire en 166'i, et 
le roi ordonna que ceux (jui prétendaient au titre de 
bouri,'eois seraient tenus d'en juslitier, sous peine de 
déchéance, par-devant M. Pellol, alors iFilendaiit, com- 
missaire départi dans la généralité de Bordeaux'. 

Le procès du surintendant Fouquel, ([ui commen(,*a 
quelque temps après, vint ajouter à l'émotion causée par 
celte ordonnance. Parmi les lettres adressées à Colbert, 
conservées au département îles manuscrits de la Biblio- 
thèque impériale. M, Pierre Clément en a remarqué une 
écrite de Bordeaux, à la date du S juin 1665, qui mérite 



' ContiHitalion h la Chrmique ùourdelvUe, p. 83. — Dans un «laides revenus 
t'H iCCil, pultlii*} (Kir Forboiinais [ liecherfhex et conxiiit't'n!ii»i.i ,««r /('.v ffuaureit 
de frinice. Pic, t. 1, p. i90\ h [U'iuluit tlu casiw] de [îoitU-atix m |hi1'Ii> a 
3,i5(),(HKl livivs, l'I les «.liar};.> ii 1.18(i,-iHf. 

' LeUffft. iHstrtnthiin et int'nuwfH île Colbert, clc. l. U, U^ [tailii', \\. io. 



U IIISTOIHK DU COMMERCE 

d'être mentionnée ici. Il y est dit que, le jour du Fan'us- 
tation de Fouquet, un navire lui appartenant, bien que 
n'étant pas sous son nom, et qu'on n'avait pu visiter à 
cause de cela, avait été expédié à la Martinique, où le 
surintendant possédait des habitations, et l'on croyait 
que ce navire renfermait plus de dix millions. « La quan- 
tité fait peur, ajoutait la lettre; mais l'apparence est vé- 
ritable ^ » 

Une autre nouvelle, celle de l'extension des fortifica- 
tions du Château-Trompette, avait porté plus sérieuse- 
menl, l'alarme dans le commerce tle Bordeaux. Sur ses 
réckimaiions, un jurât et le procureur-syndic avaient été 
députés auprès du roi pour demander que les bastions . 
dont la construction avait été décidée pour cette forte- fl 
resse n'allassent pas si avant dans la rivière, ou qu'il fût 
fait un quai, ou chemin extérieur, pour entretenir la^ 
communication entre les marchands tles Cliartrons et ^ 
ceux delà ville. Les délégués de Bordeaux devaient, en 
outre, demander la suppression de 50 sous par tonneau 
sur chaque vaisseau de fal^rique étrangère, la réunion des 
offices de courtiers au domaine de la ville, la réparation 
de la tour de Cordouan , et d'autres choses encore ' 



' Uhtoirc (le la vie el de l'admiimlralion de Cvlbert, etc. Paris, 1S40. in-8», 
ji. m, col. 2, 

- Cmtt'mitatim it lu Chronique t>mir(ieloixe, p. ÎI-2JS. iinn. 1L>60. — La tour 
de Cordouan, di>nt lu larlc du f,ii%r th ULije. en Kflhî, nous offre limage k 
cette c(M)(juc, ct;ut dcpiiis InnKlciirps (ii ruine. Le 17 novtiiiitire \'i~S, le [ko- 
cureur tçénér-il du roi parlait au parlement de Uurdoiiiix des lettres patentes 
qui iiuposaieut un droit de 10 sons sur eliinpte Italie de pastel et de laine chargée 
sur la Gironde. « pour les deniers estrc employés à Ui repparation de la tour 
de Courclnan ; » (Regrst. secrets du pari., Ms. appailenanl a M. E, Gaullieur, 
toliu 3lKJ verso et, le51 mai ViHi. les jurats recevaient d'autres lettres scmhla- 
Jtles, demandant H,(KX) livres pour le nièiue olijot. (il/id. , Tulio 257 verso). — Le 



ET l»E LA NAVIGATION A UOHDCAUX. 



iO 



Ce droit de fret, de 50 sous par tonneau, avait été 
établi par Fouquet dans le but de protéger la mai'iiic 



garde de la tuur de Cortluiian s'autnri&ait sûi cmciit du niauvais ôtat de ce phare, 
putir sf dispenser de l'alkinier. L()n(:lcui|iN apri-s il en ùLait encore iiinsi. 
Le 32 avril l7fW, un sieur Lufore, inler|irète juré pour les laiiifiiesdil Noril, se 
préseotail devaiïl la Cliamhn' de eomuu-ret! de lluieniu! aver un niiMUnire stgué 
[i^tr quarante capitaines de navires, iiui se plaignaieut que, du h au \i de ce 
liiois, ils étaient entrés dans la Gironde, et qu'il n'aviiilt puiut été ullunié de fi-ii 
sur la tour de Ctirdouan, « ce qui aurait failli à les faire périr. « Sur i|n(ii la 
Compagnie dérida d'écrire au eonlrôleiir gémial et de lui envojer le uiémoirt' 
de Laforc. iLivre des délibérutiorts de laCUainl>re do ooiunierce de Cîiiienue, A, 
p. ôl, ô2.') Il parait qu'elle écrivit encore i\ l'inlenilant de IloclieCorl ; car, 
le 17 février de l'année suivante, cet intendant répondait par ia promesse de 
mettre si boa ortlre 11 cet etiit de choses, que l'on ii'auniil plus lieu de s'en 
plaindre h l'avenir. Parla même occiisiun, il |»riait la Cliaiulue de faire afll- 
rher ;i Itijrdeaux et a Blaye les deux pulilieutions, qu'il lui avait envoyées, de 
l'adjudication qui devait avoir lieu ii Horlicfnrl, le iB mai's procliain, pour l'en- 
tretien des feux de ladite tour, et de lui faire parv<"nir des calilicats desdttes 
aflieljos, « ce que la Chanihru a déliliéié de faii-e ciécutcr. » {Ib'uL, p. 56.) 
Un mois ajuM's, rintcndanl revini encurc a la char(.'e pour assurer qu'il avait 
recuNuuaiidé ïi llionimu charge d'allumer k feu ii la tour de (Inrduuau, d'être 
plus exact, {Ibift., p. OT.'i Mais il faut croire que la né(îliBeuee du garde con- 
tinua conime par le passé; car, à la séance du 1 1 nctidirc suivant, il était fait 
lecture d'un mémuire présenté par le mémo interprète que nous avons déjà 
vu, sur la plainte que plusieurs maîtres de navires avaicnl pnriée devant le 
juge de ]'amiraut(! « de ce qu'avant été forcés d'enlrer de nuit dans la rivière, 
ils avujent couru risque de périr faute d'avoir veu du feu alumè k la tour de 
Cordouan. » La Chauilire déliliéra d'écrire de nouveau a M. de Itépon, inten- 
dant à Roclicfurt, et de lui envoyer le BiétJioire du sieur Lafore, avec prière de 
donner des ordres pour qu a l'avenir on tint le feu aliumé toute ia nuit i\ la 
tour, (//»/</., p, lli>.) Le 7 septembre iTlO, le mCme Lafurc leparut devant la 
Chambre avec un plarcl semhialdc aux [iriTédents, et celle-ci le renvoya ]y 
M. de Beauhartiais» intendant à Rocliefort. en lui adressant la même piiére 
qu'il son prédécesseur. {Ibld., p. ^250, âM).) Ces ordres, s'ils furent donnés, 
n'eurent pas un meilleur sttrt que ceux qui les avaient précédés, ii en juger 
par une •■ lettre du .M. le coiiilc de Muurepas au sujet de la réparation de la 
tour de Cordouan, A 1 entrée de la Gironde, et de Irnlrelien du fanal qui y 
doit cstre allumé. » (Reg. du Conseil de commerce,, séance du li février 1"20; 
F. 12, 73, p. 133.) — Il est probaLk qu'une néjjdigenee aussi persistante avait 
pour cause la modicité du sitlaire attiilnié a celui qui s'en rendait coupable. 
Deux reçus de Denoil Dugué, « gardi! [lour le roi de la tour de Cordouan, l'un 



70 HISTOIIIK Di; C(»M.MEIICE 

française '. Un ambassadeur extraordinaire, Ccinrard ^':ul 
Beuningen, fut envoyé en France par la Hollande ])our 
négocier la levée de ce droit à Téj^ard des navires de 
son pays. Colbert, nouvellement nommé intendant des 
finances, défendit d'abord avec chaleur l'œuvre de Fou- 
quet^; cependant, d'autres intérêts dominant la question 
conuuerciale, le traité du 27 avril 1662 autorisa les Pro- 
vinces-Unies à ne payer le droit de 50 sous qu'une fois 
par chaque voyage, en sortant des ports du royaume, et 
non en y entrant. En outre, le droit fut réduit de moitié 
pour les navires qui sortiraient chargés de sel. L'ambas- 
sadeur Willem Boreel tenta vainement, à son tour» de 
faire supprimer complètement le droit de tonnage. L'ai- 
gi'enr qui s'ensuivit dans les relations ^liplomatiques des 

du avril, Taulre i^u (i juillet. 1568, montrent <]ue, dans la seconde moitié 
du xvi« sifclo.cet cmpUiyé ne rccinait que 57 livres tO sous par Iriiuoslit». 
(MinuLfs de Casiaigne, liasse 87-12, folios ce. iiij««iij rcclo pl y" ssvijj rcclo.) 
Plus tard, l'entretien des feus de Cordouan fut rais a l'entreprise, cl la tour 
réparée, sans que, jinur cela, les cîiosrs en jillasseiit niiciix ; l'eslau point qu'en 
I71S, cin*! natirr^tîL's élaicni sijJînalts comme Jijant été o«ïisioiHji;s [ne b ces- 
sation di; tes feux , sans parler des avaries épruuvées pat d iinlrcs navires. 
Vuyez le rè(;, A de ta Clianilire de couiiuercc, p. iôi isiatice du 9 février 1713) ; 
cl le rcg. U. folio 27 verso (séance du 2<i mars 1710\ 61 verso, 63 vcrs« et &t 
verso (13 cl 20 janvîpr. 10 mars 1718), flO recto, il7 rcelo {1 el 14 dérembre 
I7lf»), etc. Le reste du volume présente une uniltitudc d'autres mentions .se 
rapportant :i la lourde ConUnian et au réuddissmuent d'une lialisi", en forme 
de pjrauiide, [ilantée au has de la rivière, sur la pninli! de la ('oubrv. i Folio H 
verso, 17 décembre I71(i; 'àO recto. 8 et 15 avril 1717; 69 recto, 23 juin 1718, 
cte.) —Nous ne saurions mieux terniiner celle lonjîue noie qu'en renvoyant 
il un mémoire de M. Tauiizcj de Larroque. inlilulé-. Lottig <te Ft>ix et ta tmr 
de Canhinan , qui a paru dans la Revue rfc Vusaigue, t. V. IH^li, p. 35tKii5. 
.i2r>-lô8; cl à un aulre nuircfau pulilic par M. J.-K. Saniazeuilh, sous le litre 
de : Deiis Uùli's de la Unir de Cordouan, dans la Itaue d'Aquitaine, i" année, 
l. IV, 185». p. 54ÇKoS7. et 3<f année, l. V. p. 88-l>l. 

' P. Clément, Lettres, instructions el nu'moires de Cttlèert, eW., I. I, C/iro- 
nolmjie, année 1(>.V.). 

- Voir la rauTespondancc de Collnrl. 1. Il, ^'^ i):ulie, p. i2b, ni)(e 1. 



ET on LA NAVIGATION A liOltOEAUX. 7Î 

lieux ]ïeuplcs l'ul plus liird une des causes de la guerre 
qui celai a en 1672'. 

Ofi c-nni[nvii(h"a faciU'iiical les iTchmiations des UtA- 
laiidaiV (Ninire rinipositi<iii dunl ikjijs vcihhis de jiarler, 
pour peu ipKî l'on ajouie loi à ee qiu; dit Colherl du 
nombre de navires qui venaient Ions les ans dans les 
rivii^res de Garonne et di^ Charente enlever des vins pen- 
dant les trois derniers mois. 11 s'élevait. î^i quatre mille, 
chitTro qui, d'après les données même du j>;rand minisire, 
suppose un personnel de quatre-vingt mille matelots et 
le cliargenjent de luiit cent mille harri(|ues -. (iolliert 
ajoute, en vue de justifier le peu de crainte que lui cau- 
sait la mejiaee il' une nouvelle inqjosition sur nos vins : 
« Ils portent tous ces vins dans leur pays, où ils payent 
leurs droits d'entrée. Ils en consomment le tiers ou envi- 
ron. Les deux autres tiers sont conservés, accommodés 
et frelatés, et ensuite, lorsque la mer s'ouvre au mois 
de mars ou d'avril, reeluu-gés sur les mesmes vaisseaux 
et portés en Allemagne, mer Baltique et autres pays du 
Nord où les vins de France se consomment. Ces mesmes 
vaisseaux reviennent chargés de bois, chanvre, fer et 



' p. Cléincnt, Hi*t, de la vie et de l'admbmtratmi de Cotbert, cli. iv, \y. 1 10- 
WS. — Lelirex, iuslritctmis et m^m*ftrex de Calbert, etc., t. I!, 2« iiartie, 
p. 422, m\f ri. 

* Ce rliiirn! n [uru si exagère ii Forliiin riais, qu'il l;i reiripUicc par idiii di' 
Irois a ijii:itre ccnU, qui ne sTipposc plus que liuil mille niurkis cl un rluii^tv 
mcnl di' quatrc-vingl niilln liiiriiqites. (Ilecherclu'n et a>nsid4'rti('wns sur Ituf 
financt'», I. I, p. ilH. — On ivn' ••titre ilans les papiiTs d Ktal coiisi.'tvi'.s au 
Uerord Odice, ii Londri's, plusieurs luenlioiis de navires des l'njs-llas •■ii rt^iilc 
pour fktnleaux mi revenant de <r [nu'l clifz eux iSlulel'aïk'rs, ^••inestic Séries, 
«:hartps II, vul. r.LXXIl, n- 1 «I ; l(H:ti, Sepl, 21. - Vol. CLXXXII. n" 120 ; im\, 
Ih'c. 2i); mais aucune ne leiuuiKtin d'un pareil nDinltre. Voyez d'autres men- 
tions de nuvire.s hitUiindais a Itnrdeiiiix •ii UMVi. (lamii h> niiiiules du imîjiiie 
Couthiires, fttli<ts l."j el tlj. 



78 



in.>Ti)IRE D[: CDMMKRCF. 



autres tnarchaiulises de gnts volmiK', qui sorvoiit h leurs 
bastimenis; c'est ce qui proiluit leiii' puissance et l'abon- 
dance de leurs peuples et de leurs gens de nier. 

» Si les impositions qu'ils mettront sont égales sur 
tous ces vins, ils courront risque que les Anglois et les 
François mcsmcs qui ne les payeront jwinf, pouvant les 
porter dans !e Nord à meilleur niarcbé qu'eux, s'attire- 
ront ce transport, qui est tel qu'il cause, comme j'ay 
dit, toute la puissance des Hollandois. 

» S'ils ne mettent des impositions que sur les vins qui 
se consomment en Hollande, ils ne peuvent reirancber 
cent cinquante ou deux cents barricpies tle leur consom- 
mation, qu'ils ne retranchent en mesme temps un Miis- 
seau de leur nombre, et la vie et la sul)sistance à vingt 
hommes qui la trouvent sur ce vaisseau. Et dès lors 
qu'ils vienflroiit par ces moyens à retrancher le nombre 
de leurs vaisseaux, leurs gens de mer iront dans les au- 
tres pays cherriier leur subsistance. 

» Le roy d'AuiijIeterre a fait la mesme chose dans son 
dernier parlement ; mais, au lieu de nous faire du mal, 
il se trouve que l'on n'a jamais tant enlevé des vins de 
France que cette année-cy^ ■. 



' Li'Ure j SI. du P(ini|»iiiiiK', 21 mars KKi!). [LtUlifx, iiuitiiictitiiix et m^nw'ireii 
de Collvrl, 1. U. *2' jiatlip, p. ëii, iiS^^ Tmis iins fihis tard, Louis XIV rni- 
viiit : .1 Op|iiiis 1rs nirl*-» inipusjlinns mises en Anglitcriv sur le vin, il est 
esInHiieiiienl dimiiiin- ilc prix :t Bonleîiiix. » ( K/itl.. |i. H-2H, roi. 2.) — Voyfi. 
sur lesi il«iii;nu*s ii |Siiide;iiix vers Hl'î», C.heniel. Uhtnire tir l'adminhtralUm 
iHinwnbiqite en Vrtiuif. (. H, p. S."». "i«î. 



ET Mi: LA NAVIGATION A liORDEAUX. 



7i> 



CIIAPITUE XXIX 



COMMERCE IlE BOHOEAI'X SOIS 1. ADMIMSTIVAriON DE COLBERT 
ET DE SES SlCCESSiKrRS IMMKDUTS. 



Ël<ibli!isenicnl de la compa^riiic du NorJ ; piirl qu'y prcinl lo couimorce lic IkirJoaut. — Mt^- 
moircs cpi'il adresse à Ciillvert sur rinijwwNÏIiilitt^ (l'envoyer nos iliiiri'M ilniis le Nonl ; nIjoHiso 
du sccrolaira d'Etal. — Il demanilc il ViateiHl.<iiil de GuifTiiii** des redwigiwiiicnis nacls, 
■noiiu sur la production ipic »ttr lo ctiniincrrc ili! l'.innL'i'i él.il florisKiiil du cmuiniirre h 
Biirdcaux; roainiuiJitidntimiB do co miiiislrr îi rinp'riicur I.oinltanl. — EïnwiitiMtnioiils sur 
]fi rcinunerrc dos lii)iiide<t ii Bonlirnitx m Iffll. — Allorilîtiii duiini-t' |>ar f.ullierl à \a ninriuu 
do relie |ilacO. — Comiiapiie dt-s Inde» occiiîoiilalos ; mesure* princs pour «uliililuel' mix 
salaiMin» d'Irlatidc, en uivi|;c aux (xdonirs, du hccur île la haute Guiciinc. — Ctiui|ia|;uit! 
privilégiée du iumuionc si Bordeaux. — NnlnUlos coniiniTÇflnl» coiisuUm par rnllx'rt au 
sujet dfs corsaires huUaudai.s et dc« banijunroulca arrivée* sur celle, place. - Tulcranco il 
l'c^rd des cuniuiisi-iiuinaircs liolliuidnis îi Btirdcaux. — [..es nITain>s y rapronnotil en HfH ; 
ordonnances royaîcs romlues eu faveur du romnierrc ninriliine. — Mission ilo l'inKÔjiiiMir- 
l^p^plie de la Favnilirro ; iiitértH (iiirlo jiar r.nUierl aux foire» de Ikirdcaux. — Il s'[K-ru|io 
de la i|ucslion ilu eouimpo de* vin.*. — Klal de noire ronini4>ri'o avec U llollari<lo ou tliSS. 



Nous voici arrive à l'administration tle Colbeii, qui, 
repreuant en soua-ceuvre les fondements du commerce 
de Bordeaux, flevait lui donner un développemeiU 
inconnu juscju'alors. Nous avons vu ce grand ministre 
en lutte avec les Provinces -Unies : le successeur de 
Fonquet achèvera de nous éclairer sur l'état du Commerce 
entre Bordeaux el la Grande -Bi-etagne au milieu du 
xvn* siècle. En 1650, Colbert, frappé du tort que causait 
à la France l'interruption de ses relations avec ce pays, 
a\^il fait pour le cardinal Mazariii un Mémoire toiicfuinl 
le commerce avec V Auijîcierrc. « Pour la liberté du 
commerce, disait-il. il y a deux ciioses à désirer : Tune, 
la décharj^^e des itnpositioiis et de celles que les Aiiglois 
lèvent sur les man-hands françois, et où les Espiujnols 



80 



IIISTÛIRI- UV COM. MERCI- 



mômes ne sont sujets en vertu de leurs traités. Nous 
avons raison de demander pour le moins des conditions 
égales ; le commerce de la France ayant toujours été plus 
utile à l'Angleterre, et l'entrée de ceux de cette nation 
n'y étant point si dangereuse que eelle de ce peuple 
méridional, avare et ambilieux; rautre, qui regarde 
particulièrement la province de Guyenne, la Rochelle et 
Nantes, est qu'ils laissent entrer les vins de France en 
Angleterre, en leur permettant l'entrée de leurs draps 
directement, suivant les traités faits avec leurs roys pour 
le commerce, au lieu que nous recevons tous les jours 
leurs draps par les Hollandois, qui leur portent aussi nos 
vins transvasés dans d'autres futailles L » 

Vers le même temps, les tribunaux anglais, surtout la 
haute cour de l'amirauté, retentissaient du nom do 
Bordeaux à propos de navires de ce port pris par des 
corsaires et réclamés par des sujets britanniques. Le 
Sdini -François, cltargé de vin et de vinaigre, s'élant 
trouvé dans ce cas, fut rendu k Taldennan William 
Blackett, de Ne\vcastle-sur-la-Tyue, avec sa cargaison, 
comme lui appartenant, bien que ce navire eût des con- 
naissements en apparence pour Handjouri^; mais la cour 
exigea un cautionnement de 300 livres sterling, repré- 
sentant la valeur du bâtiment, au cas oi!i il serait déclaré 



' p. Cicnient, Histoire (k ta tw ci de radminisliution de Colberl, p. 313. 31i. 
— Parmi k"s (liipiL'rs d'Klat du l'iiblic Hocord Ollitc, séiie doiiiesliiiuc ((Jhar- 
1ns l«f, Niiv, I(iô3. vol. ctxxv, n^' 91), on (miive (irif liste des navires des Puys- 
Ttiis (|iivav;iii"rU apporté des vins frunçuis en Ans^klent' d'avril à trovenibre IC)32, 
;ivccl;n|u:iiitiltM'liarHe.i'; ils a(i[iarlenaicnl. aux (hiiIs lie Mitldelbourg, de Fles- 
sinjîuc. di' Dort, de Sar<ii'k&ea cl. d'Aiiislerdiiui, el (l«ux {lenlre eux avuictil 
pmtriiiailies des Frimais, ii en jutîiT du moins p:ir leurs nonis, .lolin Tellier 
tt Jitliii U\i'li;uilt. 



RT DE LA NAVU.ATItiN A IloilDi: U X. H| 

(le boiint' pj'ise*. La iiitMiio îimu''f, clhi hinra un mainbl 
«ramener contre deux habitants de Truro et un maiThainl 
de Plymuuth, qui s'étaiciil acliveiuent employés à dé- 
tourner les vins et eaux-dc-vie tonnant la totalité de la 
cargaison de \'à}fitrii'-d('-Btmlran.c, ]>rise en tner, et alors 
à l'ancre à Fahuoutli^. 

Au mois de novembre 1055, un trailé d'allianec et de 
comnieree eut lieu entre la Franee el l'An^leJerre; il 
slipukit la liberté entière des relations entre les iWniK 
pays, el la réciprocité complète sur Ions les poinis. Mais 
cet étal de choses ne dura pas longtemps. En U>64, la 
France augmenta son tarif sur plusieurs articles, et, trois 
ans après, une nouvelle augmeulation donna lieu, de 
la part des Anglais el des Hollandais, à des plaintes 
très-vives. A Tappui de leurs réclamations, les tabricajils 
anglais faisaient valoir que, depuis un petit nombre 
d'années, les droits de la plupart des marchandises (|ii'ils 
apportaient à la France, en échange de ses vi]is el eaux- 
de-vie, avaient été triplés, et ils s'appuyaient à ce sujel 
sur un tableau synoptique des droits d'entrée avant Ififî 'i. 
du tarif de celte année-là el de celui de 1667'\ 

A la suite de cette augmentation, les menaces de repré- 
sailles ne s'étaient point fait attendre; l'cflel suivit de 
près la menace, avec celte aggravation que l'Angleterre 
revint sur le passé. Une lettre de Colbert, du 23 mai 1C70, 
adressée à l'ambassadeur de France, nous révèle ce fait. 
Elle portait, en substance, qu'il était injuste tie Wivo 



' Ms. Iiaii. ri' i:>IU, fui. lo ricin. A|iril3, KHili. CF. IdI. i» ir.tn, Marrti2H; 
M. 92 vprso. ;J3 rorlo, April i5. 
• Ms. bail, n" i">10. fol. 1*.1 verso, l)('ci'iiil>i'i' (l, IC.<Mi. 
' Pii>i'(('<llt'iiinil. Hht. <k la vk fl Jf rmlnihiisInUMii ilf U»!lifil. p. 't\ l, TA'.i. 
II. U 



ir 



EU HISTOIRE ru: COMMERCE 

payer de nouveaux droits aux marchaiuls français, pour 
des eaux-dc-vie envoyées en Angleterre et vendues depuia| 
plusieurs années, sur la valeur des droits alors existants* 
« Je suis persuadé, ajoutait Colbert, qu'en faisant conJ 
noistre au roy d'Angleterre combien cette prétention est 
peu fondée sur la justice, peut-estre vous pan'iendrez à 
faire descliarger les marchands françois qui ont envoyé 
leurs eaux-de-vie à leurs correspondans sur l'assurance 
de l'imposition qui existoit alors, et dans laquelle la foy 
du roy d'Angleterre estoit engagée'. » M 

Pendant ce temps-là, Colbert s'occupait de l'organi- 
sation du personnel naval. Bordeaux ne pouvait être 
oublié. Le 9 août. M, Pellot, intendant de Guienne, 
reçut, dans une longue dépêche, Tordre formel d'entre- 
prendre imniétliatemcnt le rôle et dénombrement de] 
tous les mariniers des paroisses maritimes du pays de 
Labourd, rivière de Bordeaux et autres sièges îles ami- 
rautés de Bordeaux et de Bayonne, pour être partagés en 
trois classes, « l'une desquelles seroit obligée et engagée 
de servir chaque année sur les vaisseaux. » Des lettreflfl 
semblables furent adressées le même jour au maréchal de 
Gmmmont, gouverneur de Gascogne; à M. de Saint-Luc,^ 
lieutenant-général du roi en Guienne ; au sénéchal dupays^ 
de Labourd, ainsi qu'aux jurais de Bordeaux, de Bayoïmc 
et de Saint-Jean-de-Luz. Cinq semaines après l'envoi de 
ces dépêches, le 22 septembre, la première ordonnaïui 
sur les classes fut publiée dans les départements' 



' Hut. de la rie et de l'adiuitiistrathm de Colbert, p. 510. 

' Le Personnel de la marine militaire et les cfaxses maritimes sou* Colbert i 
Sei'jnelatf. l'k"., (tar M. J. dr Criscrjov. ■ lU-i'fW t^mitemiioniine, «.XL, t5}uil 
let \mi. [>. lâli. là).) 



ï 




(•T Ur-: LA N.WKiAlKiN \ imlihCAUX. Ki 

liunleftu.v iMiiniit-il lu.'uu(:<iui» dv ititiriiis à nu-rulcr 
jionr la tlolk' royîile? Une li'llre du iii;ii'i|iiis de Soi^'iiHay 
à Colbei't *m forait douter, b' 2 tléccmbrc l(i70, le l'tilur 
spcrétairo d'Elal de h niariiifi écrivait à son père, dans l<; 
cours d'un voyage qu'il faisîiit pour son instruction : 
« Les gens de cette ville sont fort étoui'dis et fort vifs. 
Ils n'ont aucune application pour le coninierce ; et il n'y 
a pas trois bourgeois dans Bordeaux qui ayeni un vaisseau 
à eux, quoyque ce soit une des villes du monde les mieux 
situées et qu'il paroisse que, s'ils veulent faire construire 
des vaisseaux, ils fei'oient un profit considérable, par la 
raison que cela les exempteroit de payer le fi'cl aux vais- 
seaux cstrangers, ce qui se fuit pour le liébit des vins et 
autres marcliandises du pays et ce qui angnieiile fort la 
<lépense'. » 



' Lettres, in^tructums et méumrc» de Cullnrl, eW., I. Hl. i« parlii', ]). -21. 
— 11 devait en i^lri? foron? lungtcmiis ainsi. Ûri lil, en etr<>l, dans un nu'nioirc 
(onrlianl l;i iionsLiiicilioti di's viiiss'.'jinx, qui s«* Ironvt; ;i l:i snitctiii M('')n<iirf di^ 
la ChamUrc tk' ««immeicc dressé i.n l'5ili : « On lonstiuil [wii ;t ilurdi'iinx, la 
nircU' du hois dans cetli' province et sïi rhcrli' i^ngag^'m ses nvpoc-ians de 
Hilrc athcter des vaisspîuix tout fahrii|ii6s dans les pnrts tk Fiance, et surtout 
en Angicterrc cl on Hollande, où ils les ont ii meilleur marché, gne s'ils les Tai- 
soiont ponsti'uiie dans re por(, » Viennent cusiiilu des détails inléressants 
sur le genro de billirncnls einplnyt'-s alors par le ronimerre de Itwdeaux : 
» Lfis vaisseaux ilonl on se srrl dans re ptnt pour la navi>îatiftn sonl de deux 
sortes. L'une (firou appelle barqiiex, qui sont du pott de trente u einquantft 
tonneaux et qui servent au sabotage, c'cst-a-dire au eoinmcnîc de retlo ville 
toc les poris de Kraniè ; <^t l'autre, iitii renlerme deux espèces, se divise en 
jattes et varangues. La frêj;atte est un vais^seau allonh'é. et pineé de l'avimt 
arrit're, et prupre a porter t;i veille et a bien marrher. Le. vaisseau fri'unUê 
et varangue, qui est plus large du milieu cl des exlréniitcs, contient plus de 
marchandises que la rrêgatte et niarr.)ie moins. — Les négoeians de Bordeaux 
ne se senent que de ces deux espèces de vaisseaux pour leur cninriifrec de 
l'Amérique, et prél'iTenl les Frégattes ans vaisseaux fréjîatti'S et varanjjuis, 
parce que le snreès de ee eominerre dépend ordinairemenl de la diligenee 
des voyages. —On renianpiera que les riétfociaus di' eelte ville n util pas des 



84 HISTOIRE DU COMMERCI-: 

Le 5 mars 1671, Bordeaux étaiL en ïvXe. La compa- 
gnie privilégiée (h comraorcc y avait fait construire un 
navire; les juge et consuls de la Bourse vinrent l'olTrir 
aux jurats pour le faire bénir et lui donner tel nom que 
ceux-ci jugeraient à propos. Cette proposition ayant 
été acceptée, la cérémonie eut lieu, avec la pompe ac- 
coutumée, en présence de deux députés de la jitrado, 
qui imposèrent au bâtiment le nom de la ville do Bor- 
deaux, et firent arborer à l'un de ses mais un pavillon 
blanc où se voyaient les armes de la ville, déjà sculptées 
sur l'arrière '. 

Ainsi Bordeaux avait déjà une marine pdur son propre 
compte : aussi Louis XIV, occupé de la l'édaction de la 
célèbre ordonnance pour la marine, mandait aux jurats 
de faire assembler six négociants, six armateurs et tout 
autant de capitaines de navires, avec quelques pêcheurs, 
pour assister aux conférences préparatoires qui devaient 
avoir lieu avec le sieur Legras, son délégué^. 

On construisait, du reste, depuis longtemps, des 
vaisseaux à Bordeaux. En 1630, des marchands anglais 

vaisseaux qui leur appaitieiinent. pour le transport des denrées tle la pro- 
viticE dans los pays i-irarigci-s, pour «Unix misons : la proiiiliTi', parte quu 
leurs comnnîtlans, en doiitiant leurs ortlriîs, en envoveul (mlinairemcnt; la 
deuxième, par«e qw. les Ilollandois, puur faeiUier les envuys dos denrées de 
«j pays-cy chei eux, y font passer des vaisseaux en si grande quantité, qu'il 
n'y a pas de temps dans l'année qu'on n'en Inuivo a frclter, non-seuienicnt 
pour la llùlîande, mais même pmir tous les pnrls du ^ord. » — A l'ajqmi de 
ee qui précède, on peut ritrr une di^niimcie îles fières Hostein. i\e. Itnrdeaux, 
tendant ii ee qu'il leur iùt permis d'expédier de Nantes un navire qu'ils y 
avaient Tait construire, aux Iles et colonies frant^aises, et de le faire revenir 
à Uordeanx. (Itejjistrc du Conseil de eomnieree, F. i'i. "R, p. 098; séance du 
50 août 1751.1 
* CoatÏHitat'um it la Clirmiiiine liûurdelûke, ek„ p. 2. 

- ma., p. ii. 



ET DE LA NAVUiATlON A liUlUll" AUX. K\ 

en relation d'affaires avec celte [)lacc rapportaient iju'il y 
en avait six en construction, cinq lancés et d'aulrus 
prêts à l'être. Ils ajoutaient que le moindre d'enti"C eux 
avait vingt^leux canons, un quaranle-deux et leii autres 
vingt-huil et trente; qu'à Bordeaux on s'apprêtait à en 
mettre encore sur le chantier, et ([u'à Toulouse on était 
en train d'en faire six de cinq cents lonneaux '. Les trois 
vaisseaux de ia marine royale incendiés à Bordeaux, par 
la faute de quelques artisans ou matelots qui étaient de- 
dans, avaient été construits dans celle ville*. 

Mais ce ne fut réellement ([ue sous l'impulsion île Gol- 
bert que les constructions navales [irij-ent un notable 
accroissement. Les yeux sans cesse tournés vers le com- 
merce et la navigation à Bordeaux '^, il écrivait, le 9 sep- 
tembre 1672, à l'intendant de Sève : « .l'ay vu, \y.\v 
vostre lettre du premier de ce mois, que l'establissement 
qui a esté commencé par le sieur Le Sage d'un ateliei' 
pour la construction des vaisseaux, réussit assez iiieii. 
Sur quoy je vous diray qu'il n'y a rien tle si impoj'Iant, 
pour le bien du connnercc, que de soutenir cet eslablis- 
sement, et que vous devez y donner une applicalioji 
particulière, en excitant fortement ceux qui y sont inté- 
ressés d'y contribuer de tous leurs soins, en sorte que le 
projet qui a esté fait en formant leur compagnie ayt son 
exécution lont entière. Pour ce qui concerne les vaisseaux 



' Sliile Papem. Cluniu-l blamls, n" 7. — Ce r;i|i[ioi't est (■(•nliniié par rinc 
leUrc du maire de Biistol au si-tréiairc dl-'lal DuidiCftler, en il ij te du tjaii- 
Tier 1030. [Ibid., Domestic Smes, Cliiiiles I, KHO, vul. CLVUl. n" M). Cf. 
vol.CLXn. wm.) 

' Coutiiiuation ii ia Climiiique Unirtlehisf. |i, 57, I i [liai lir)2. — Sliile Ph- 
/»er«, D<miesUc Seiies, (iliarks 1, 1»>j2, vuI. CC.XVUI, w'iiè, CA). 

•' Lettres, hislriit lions t-l mi'iiioirfs ik Cutlii-rl, t, !M, 3' partie, |i. Gl>l. 



86 IHSTOIHE- un CO.MMEItCE 

(jiii oui oslé liaslis ilans cet atcHer, je Ibi-iiy exrciiU'r 
les arrests qui oiU eslé reiuUis tant pour le <^ônéral clu 
royaume que pour cette compagnie particulière, et, en 
ni'envoyant les certificats eu bonne forme, je ferai le 
fonds nécessaire pour le payement de einq livres par 
tonneau ' . » 

Le m novembre suivant, Colbert écrivait ù rini!;é- 
nîeur Lombard : « Informez-vous avec soin du nondu'o 
de vaisseaux que le sieur Le Sage a fait bastir et de Tes- 
tât auquel est son atelier de construction, et faites-m'en 
sçavoir le détail. Il seroit fort à souhaiter que les liabi- 
tans de Bordeaux commençassent à faire bastir un iiom- 
lu'e considérable de vaisseaux; et pour les y convier, en 
cas que l'atelier dudit Le Sage soit estably ainsy qu'il le 
dit, cl qu'il y fasse construire actucllenuînt des vais- 
seaux, il le faut bien traiter et luy accorder les gralifica- 
lions (pie le l'oy a bien voulu promettre à ceux qui en 
feroi<'nt bastir eu France, afin «l'exciter par son exemple 
les autres hubitans à faire la mesme cliosc', » etc. 

L'élablissement, le 18 avril 1667, d'un nouveau tarif 
des douanes, qui doublait les droits d'entrée imposés 



' Le 10 uiui KïOD, CulborL m'ommuniluil a son cousin, li la Yfillr dt' f:iiiT (in 
voy;it;c ii lîonU'aiix, di; n''.s(ui(ln\ avec rinlendant t-t li* ihcviilici il« Clnville, 
tout ic qui poiiviiit cunccrm'r l<i navigation de la Gironde cl le cummercc sur 
lootus les côl<>s de Cuienne, et, le 21 jiinvicr 1672, il aci lissait rtct'iitiijn ii l"in- 
pi'iikiitr Lombard de 1 éliil général (ks navires sortis de la rivière de llordcaux 
pendant le tours de l'annéi! préeodcute. (Lettres, iusirnrtitnis et mt'mmres de 
Colbert, t. 111. 1" [larlie, p. 12'i et ilH.'j 

"^ ('.tirrenjpoudanre adunnistratire. &om le rêyiie de Louis \l\ . t. III, p. 8(i2. — 
Lettres, insinietims et t}ii'niolrex de Colbert, l. Il, i" partie, p. WH, nflte î. — 
A st»n elianlier de ronstiiiclioii de vaisseaux. Saige avait joint des enlrvpôLs et 
des aleiiers de Uinwlleiie. ainw qn'in létiioÏKiie une rliansmi luipiilaire du 
li'iii|is, donl iierjiadaii nous a conservé un eouplel dans Ir \"t,i>ttifji!ir Imnle- 
hiis, etc. A lloideiiux, ISIi. iii-H", p, 55. 



HT DE LA NAVJliATlON A BOHUKAL'X. 87 

en 1664 sur les marchandises élraii{^ères, joint à la 
création de plusioiirs t'ompaffnies priviléi^it'os , avait 
poussé les HoUaiulais dans la voie des représailles, et ils 
songeaient sérieusement îi suljstituer les vins du Rhin 
aux nôtres'. Ils avaient surtout pi'is uiiibrnj];o de la com- 
pagnie du Nord, instituée par étlit <lu mois de juin liMVJ 
pour faire le commerce « dans tous les pays de Zélande, 
Hollande, costes d'Allemagne, Danemark, niei' Baltique, 
Suède, Norwége, Moscovie et autres pays de terre ferme 
et isles du Nord-. » L'allocation de 5 livres pour chaque 
barrique d'eau-de-vic que les intéressés dans celle so- 
ciété transporteraient hors <le France, « pour le paye- 
ment desquelles sommes, dit le roi, nous ferons fonds 
entre les mains de nos fernn'ers de droits d'entrée et 
sortie, convoy et comptablie de Bordeaux, li'ailes de 
Cliarcnte, Brouage et coustume de Bayonne, »» sul1ird.it 
pour indiquer la part que notre place ne pouvait man- 
quer de prendre dans le nouvel établissement, si Col- 
bert, dans une lettre du 2 mai 1669, n'annongait avoir 
donné ordre de choisir deux ou trois marchands, parmi 



' Li'tlre.1, inulnirthm el nuUm'tri's tte (À>tl'crt, t. ]|, 2' partie. j>. 4«8. 1BD. — 
De Furlionnais, Uedwrches et avisutéralions mir les Unancen tk France, etc., 1. 1, 
p. m\. 

* Leitre», imtrHClious el m^nwir^s de Colberl, t. \\, 2" partie, appendice, 
p. 800. Cf. l" piiitie, liiliodiution, p. «xxviii t't clxix.— On tronvi; une 
(iienlion plus :inrienne (II' la C(irn[>at;ni<^ du Ni>iil dans J-.i CimliiiKalhm à ta 
Chronique twriklohe , p. S>7, sous l'anni'c i((<î4 : « Lfi^ifljuin, dit Darnal, se 
Ai noe asscHilvlùc des cent et trente, potir s<;;ivair le nom (li;s n4^((iu:iuns qui 
Yoiidroient s'assucier dans la Compaftnic des Indes-Oiicnlales que le ruy avoit 
eslablie. » Kl pins loin : << Le lî> n4>vetubre, se lil une assemblée des <-ent et 
trente, dans laquelle il fut résolu tpie tdiis les eorps s;isscnilikToient dans 
liuii'lainc pour faire leur deelaratioii de ecque rharim voiiriroil «ftiitribuer il 
lit Suciélé du Nord, el la r;tppor1er a Messieurs les Jurais, poui eslic ensuite 
envoyée an mv. .. 



88 iiisToiRii uv commi;hi:k 

ceux th' lîorilwiux qui enfraient dans la HMiipaj^iuo, pour 
leur Pli donner la direction '. 

La compa^mie une fois constituée, il semblait qu'elle 
n'ciU plus qu'à fonctionner; mais elle se trouva bientôt 
en face de diiïicuttés imprévues. Le coninieree de Bor- 
deaux en fit parla l'inteûdant, qui eu référa au secrétaire m 
(l'Ëtat, et celui-ci lui répondit, le 12 septenibre 11570 : ™ 
« A l'égard des mémoires des marchands de Bordeaux, 
concernant la difficulté ou l'impossibilité qu'ils trouvent! 
d'envoyer leurs denrées dans le Nord, je vous diray quefj 
toutes les raisons qu'ils allèguent de celte préfendue im-' 
possibilité sont trcs-foibles<, et mcsme que toutes les pré- 
suppositions en sont fausses. Mais comme celte sorte de 
commerce ne se peut pas forcer, il suffit de les exciter 
toujours de temps en temps de tenir soigneusement la^ 
main à ce qu'aucun ne soit admis dans la jurande qu'aux 
conditions de l'arrcst du mois de janvier 1669, ei de fa- 
voriscr toujours ceux qui feront bastir des vaisseaux, ou] 
qui en acbèleront, ou qui y prendront part. » 

Colbert discute eusuite les deux principales raisons i 
alléguées par les négociants de Bordeaux. Les Hollan-^ 
dais, disaient- ils , emportant leurs vins dans le Nord, 
les frelataient pour les mettre en état de supporter l^^ 
mer. A cela, Colbert répond que l'on peut bien en faire 
autant à Bordeaux, cl il s'offre à y faire venir les plus 
entendus en cet art, en cas que ce fût un secret des Hol- < 

' LeUreK, inxfructiouK et mt'mmrex ik Cotùesl , l. II, i" piutic, [>. -lëCJ, noie l.^™ 
— Un voit dans lu Corresimidaiice administmthv stuix le r<^!itie de Lmiië XIV, 
l. ni, |i. i\i, 1rs di'iiJcii'iln's Hiiu-s par liiilt-nilanl IVliiil pour enfiapur los 
iiiaiThiMnl> Imnli'lais ii |iivtMiir |i:ii'l i\ h vmu]K\>^nu' Jii Nord H vaincre leur 
it^sisiani'»". (.1, r.Iuiui']. Ilhhiiir id" rufliuinistnitiint uurnanlinjHr- eu l'iii»n\ 
t. Il, p. 23). 



I 
I 
I 



KT DE LA NAVKiATlUN A ilOlUŒAl'X. S«) 

landais. Il ajoute que ce l'rolaUîinciil no Taisait i|u'aiîai- 
J)lir nos vins, que l'on s'en plaignait sur tout le littoral 
(le la mer IJalliqiie, et qnc si l'on y portail du vin natu- 
rel, h commerce des Hollandais serait ])erilu. 

La seconde des raisons mises en avant par les lioinle- 
iais était que ces étrangers empurtaienl nos vijis tlès io 
mois de novembre, que ces vins passaieid 1" hiver en ma- 
gasin et que c'était un entrepôt nécessaire. Colbert leur 
répondait : « Si les inarcïuuRls de Bordeaux coiisidtirent 
que loules nos meit> sont ouvertes piesque pendant tout 
riiyver, que celles de la llolhnule sont lei'iuées dès la fîntle 
novembre, et qu'elles ne s'ouvrent le [jIus souvent qu'à h 
lin du mois d'avril ; que toutes les mers île Ponant ne fer- 
ment pas, et que la mer Baltique s'ouvre en mesme temps 
que celle de Hollande, peut-eslre que, par le calcul qu'ils 
leroient, ils trouveroieiit ([u'ils peuvent partir des costes 
(le France dès le mois de mars, pour se Irouvei' à Tou- 
verlure de la mer Baltique, lurscpie les Hollaiidois pom-- 
roient seulement se mettre en estai de sort ii" de leurs ports; 
en sorte qu'ils auroient pour le moins quinze jours ou Irois 
semaines d'avance sur eux pour le débit de leurs vins et 
lie leurs deorées' . » 

Cette année 1670, la récolte se présentait mal dans 
nos pays, par suite de la gelée qui avait fi-appé les vi- 



' Lettre», tmlntclmia et mihiMhex fie Catlieif. l. Il, i" iiiiilit'. \k î>iy. — Le 
stTri'UiifL' il'lilal (-'oitiiuonce sa loUre u M. Dattui'ssiaii en lui teiiiujjiinant sa 
salislaclion ûv lu que, dans la visite i[ik' tel intendanl avail fail*.' des rivii'tt's 
de Guriiunc et de Lut, it avuU pourvu à ee qui était iiécesâHira pour i>ntrctcrijf 
la navipalinn. Il le [me ensuili! d'acliever l'iitTairc des péages sur ces deux 
rivières, et dr' doiiiiei- iHoiri|iteiiK"iit son avis pour les sii|ipriiiu'r tuuî.. Ils 
avaii'iil (Ji'ja oie euiaities jiiir divers artCls de la flliauiluv de jiislier {•Uldie en 
nuveuitMT lt«il. 'tliîil.. I. Il, I" parlie. p. )1>. 



90 



IIISTOIliE DU COMMEUCt: 



gnes. Dagucsseau en fait part à Colbert, que cette com- 
municatiou trouve iiicrédute, et qui cherche à mettre cet 
intendant eu garde contre des avis qu'il soupçonne d'être 
dictés par l'intérêt. 

(f Pour vous donner un moyen seur d'en Juger saine- 
ment, dit-îl, examinez avec soin, dans tout le cours de cet 
hyver, si les vaisseaux irançois et estrangers enlèveront 
moins de vin cette année que la dernière. Je ne vous dis 
pas cecy sans sujet, d'autant que je suis informé que, 
en certains vignobles, comme Grave et Langon, il y a 
assurément moins de vin, mais que cette diminution est 
récompensée par d'autres localités, dans lesquelles il y a 
aijondance'. » Colbert eut lieu d'être conlent, car il ap- 
prit presque en même temps que le conmierce de Bor- 
deaux prospérait et qu'il y avait un grand nombre de 
navires dans la Garonne. H écrivait, le 6 novembre 1670, 
à l'ingénieur Lombard : «■ Continuez à me faire sçavoir 
tous les quinze jours, s'il est possible, la quantité de 
vins et d'eaux-de-vie qui s'est cliargée sur les vaisseaux 
qui en sortiront, et examinez par la différence s'il s'en 
charge plus ou moins cette année que la dernière*. » 

En possession de ces renseignements, Colbert écri- 
vait, le 27 février 1671, à M, de Pomponne, qui lui 
avait mandé l'embarras et les dinicultés que les Etats de 
Hollande trouvaient à l'exécution de leur placard portant 
prohibition de nos liquides : « Je dois vous dire, pour 
vostre satisfaction, qu'ayant fait venir la comparaison du 
mois de janvier de l'année dernière h celuy de jan- 
vier 1671, pour l'enlèvement des eaux-de-vie, je trouve 



' Lettiifs, hislnirlioiix cl mi'imiheii (if Culfti-rl. Il) it'- inirtir. p. ."i^t". 



ET DE LA NWir.VTin.N A UOUDEAUX. >»| 

([u'il en a esté enlevi^, des rivioros de (jarninir et île 
Charente, deux fois tlavanlage on celuy-cv qu'au précé- 
itent; en sorte que, jusqu'à cette heure, ledit placard ne 
nous a pas fait beauc(»up de mal, et j'espère qu'à l'ave- 
nir il nous en fera encore moins'. » 11 est de fait qu'il 
ne produisit d'autre eftet que d'élever le prix de la bar- 
rique d'eau-de-vie de 40 à 50 livres. 11 s'en chargea 
niêmu ilavanlage, avec cette différence que tous les na- 
vires étaient anglais, danois et liandjourgeois"*. 

L'état si florissant de la niaiine chez les peuples du 
Nord ne pouvait manquer d'émouvoir la susceptibilité 
palrioliqup de Colbert : aussi ne négligeait-il rien pour 
élever, sous ce rapport, noire pays à leur niveau. La 
marine de Bordeaux atlirait surtout son atteidion; il ap- 
prouvait rintendant iraviiii- fait distribuer en [ilein InMel 
de ville aux marchands de celle ])lace les gratiticalions 
(pie le roi leur avail accordées, et il souriait à la pensée 
qu'elles les enyageraienl à faire couslruire des navires. 
Ayant appris qu'il venait d'en être lancé deux sortis de 
nos chantiers, il ajoutait : « Envoycz-inoy les cerlificals 
du port de ceux que les sieurs Lomltartl et Noguez 
ont fait construire, et je vous enverray aussylosl les gra- 
tifications du roy, lesquelles vous ferez, s'il vous plaist, 
payer avec le plus de formalités que vous [lourrez, afin 
que des grcàces si extraordinaires que le roy fait, convient 
tous ses sujets de bastir et de s'adonner au commerce 
maritime ^. » 



' Lettre», instrudions et mémoires de Collurt, t. Il, 2" nîirlii'. [t. tKtf', (wlf I. 

- Lpllro II M. (le Pomponne, Ifl mars HJ71. i llrkl., p. W1!), note }.; — l);m.s 
lus iliTiiicrs mois île I aniiï'e, le iinnibre ileics naiiresa lUu'ileuiix ëlait eonsi- 
(lôraMe. (//«t/.. I. m, 2- twrtlf, |i. '.iTA.) 

* Ib'ul,, (I. .'iiVv unie 1. 



92 



IIISTÛlllE DU COMMEHCF. 



Les préoccupations causées à Colbert par les ti 
fiscales des États de Hollande, à Végard de nos produils, 
ne rempèchaient pas néanmoins de porter son attention 
ailleurs. Le 20 février 1671, il écrivait au directeur de 
la compagnie des Indes occidentales : « J'ay esté bien 
ayse d'apprendre que vous ayez estably un tel ordre tlans 
la chambre de la direction des Indes occidentales à Bor; 
deaux, que la compagnie sera exactement informée toi 
les mois de toutes les marcliaiidises qui seront envoyci 
dans les Isles, et que vous ayez donné des ordres dans la 
haute Guyenne, aux environs de Toulouse, pour faire des 
achats de bœui's. 11 ne se peut rien de mieux, pour le 
connnerce du royauuje et pour celuy des Isles, que dt 
porter tous les marchands à acheter uniquement de 
bœufs de France '. » 

Golbert, cependant, no perdait pas de vue le com- 
merce de Bordeaux. Sur son rapport, et par arrêt du 
Conseil, rendu le 27 juin 1671, Louis XIV institua dans 
notre ville une compagnie privilégiée à laquelle il promit 
toute sa protection royale. 11 en approuva les statuts, 
avaient été dressés par les marchands eux-mêmes, et il 
ordonna qu'à l'avenir aucun négociant ne pourrait être 
nommé jurât ou consul, c'est-à-dire juge de la Bourse, 
ni aucun habitant être rer;u bourgeois, qu'ils n'eussent 
jnstilié avoir mis dans cotte compagnie, savoir : 2,000 i'v._ 
pour être jurât ou juge de la Bourse, et 1,000 fr. poi 



* t'arresiiondiiiue miminhtnHhe Kotta If n^fiie de Lutih .Vil', 1. 111, p. o38.- 
LeUrc«, iiistriicthiis et ménwim de Qilberl, etc., l. II, 2« partie, p. G08.- 
grand rainiî-tre vuulait alTriiiit'hir notre {•«luniercc du tnbtit qu'il p;tjail à no 
voisins pimr les salaisons dlilatido i'xpt;dk't's dans nos toloiiii's. {tb'ul,. p. .*>8(V; 
; et V. Çdinu'nl. Htstnire (h- la vie ei de l'atimmttt 



l»^n 



1' 



lioti (le (Àtlùerl, p, 3tl7. 



i:t de i,a NAVKi.vTioN A n(tiun-:At.:x, 9:1 

être consul ou bourgeois. A l'égard tics uégociauls ôiran- 
gers établis à Bonleaux, Sa Majosté ilcMemlit qu'il leur 
fùl expédié des lettres tle naUiralilé, s'ils ne justifiaient 
avoir placé 1,000 fr. dans la compagnie uouvellf, cl, m 
outre, 2,000 tr. pourêlrn reeus bourgeois. Etifni, le roi 
mit le sceau à celte institution en permettant à la société 
de se dire et nommer la Cfmi/mf/iut' pru'iirifii'c (ffs urijo- 
ciants de Bordeaux, et de distinguer ses vaisseaiLx par 
les armes de la ville qu'ils porteraient sur le derrière et 
sur leur enseigne ' . 

Cette cnnipugni(^ était sûrement celle au sujet de la- 
quelle on trouve quelques délaits dans une lettre à M. l)a- 
guesseau, du 12 février 1612. Colbert, r'echei'cliant les 
moyens d'empêcher les abus des privilèges concédés à la 
compagnie dn commerce de Bordeaux, nous apprend 
que dans le nombre figurait le droit de bourgeoisie ac- 
cordé à ceux qui auraient un navire en propre, on qui 
mettraient 4,000 livres dans raflaire*. 

A la veille d'événements menaçajits pour le commerce 
bordelais, le ministre, non content de lui demander son 
concours jiour l'amélioration d'une industrie hostile aux 
intérêts de Bordeaux "\ songeait déjà à tirer parti, pour le 
service du roi, de tous les bâtiments susceptibles d'être 
armés en guerre, appartenant à des particuliers de la 



* L. de Lamothe, LWbM Umreln, .ta vie ft .wx t'irits, p. IJ). :ii). 

* Lettres, mtntcliana et rnt'imùrfti de Cullierl, 1. 11. it-' partit-, p. G4o, 6M. 
Cf. p. OW. 

^ Cttlbert ('■crivait ii Loiiiluinl, If ^i janvier 1673 : •• J'aurois iiiifl gi-antlc 
envie de pouvoir avoir en Fi'aii(;i; des iK-licrs d AngleteiTC, et je me suis per- 
suadé que vous trouvcrier. peut-estrc iiuelfiue facilité, soit par vous, soit par 
les cwrespondans de qiieliiiies niarclianils di; Hotinleaux, :t en Ir.iietej- avee les 
capitaines des vaisseaux îintituis <(ui viennent a remboiieliurc de la rivière de 



y4 ]nsT(jiiîi!: uv cu.mwkkce 

Guioiiiuî, d(i lîiiyonnc cL du puyi^ de Lîtboui'd. Avanl iV6- 
crire dans ce sens h riiilendaiit ', il l'avait charge de faiiv 
assembler prornpteineiit queîques-uiis des nolableg cow- 
inerçants de Bordeaux et do se concerter avec eux sur les 
mesures à prendi'c contre les corsaires hollandais, plus 
redoutables que les corsaires biscaycns^. Apres avoir 
pris leur avis, il s'occupa (i'uii règlement sur Pescorle 
des navires marchands'. 

Il attendait encore des lumières de ce côté pour {K)r- 
tcr remède aux banqueroutes qui se succédaient sur 
notre place, sans doute par suite de la guerre, et il re- 
coramandail au nouvel iiiteniiant de Bordeaux, M. de 
Sève, de s appliquer toujours à tout ce qui pouvait se 
faire pour l'augmentation du commerce, et h bien recon- 
naître si les vins et les autres denrées diminuaicnl de 
prix ou non, et s'il en sortait moins de la province^. 

Louis XJV ayant déclaré la guerre aux Provinces- 
Unies, le (5 avril 1672, et enjoint par ordonnance, en 
{late du 15, aux Hollandais établis en France d'en sortir 

ladite ville pour y clitir^tT des tiurcluinJises. Ex:iiïiini?z si vous pourriez y 
rùussir par ce moyen ou par quelque autre ; mais prenez bien garde qu'il/ nt; 
vous apportent vn ce rus-la que les tn-litTS qui |iorlcnl les plus tirn^s laines 
d'Angle terre. Je crois que n en dcmtiudant qm; trois ou quatre de iliaque ca- 
pitaine de vaisseau, vous pourriez (>eut-estrr en tirer trente ou quarante cha- 
cune annte. ce qui pourruit estre avec le temps Tort utile pour introduire ein 
France les brebis et nioutons (jui portent les plus fmcs laines ri Angleterre. » 
(Curresiiondaufc admiiiiftlrative sons If règw de Lmih Xl\\ 1. 111, p. 860.1 

' Letites, iiiKlructhms cl mémoires de Colberl, t. 111. I"^" partie, p. 428. 

* Iftid., p. (i^HS. 

^ tltid., p. &-2. 053. — Un mémoire, dsite du Tit) juillel l(J7:3. indique en dé- 
tail les mesures prises à cette époque par Golbert pour garantir la silrclé du 
commerce, H. de la Uarrc devait croiser avec six vaisseaux depuis le Oonqirel 
jiis(]n"au cap Finislèir. el surtout assurer l entrée de la rivière de Itordeaux cl 
donner la chasse aii\ corsaires biscayens, ( lUitL. p. tSV note 2.) 

' ibtii J. Il i' pallie, \iAWii. 



ET I>K L\ NAVUîATlON A IHMlbKAl X. 



«»:■) 



dans six uiois, ii devenail urgenl ih pi'i'iidrc im parti 
au sujet des comniissioiuiaires de cette nation établis 
dans le royaume, ot partirulifTciiitMit à ItordiMux ri à 
Bayonne. Cmignant los iiifanvénicnts qu'une parejllrî 
mesure, a<,'gravee par la confiscation des hicns <le ces 
étrangers, pouvait avoir pour le commerce, Colherl sou- 
mit, le 14 octoljre 1672, à M. do Sève, trois proposi- 
tions à leur égard, avec recommandation de dresseï* 
promptemeirt u\m liste de tous ceux qui se trouvaient 
dans les villes de la généralité de Bordeaux ', de prendre 
on secret le sentiment d"un ou deux des ])rinci]vaiix niar- 
cliands sur ce qu'il y avait !\ laii'c, et de dunuer son avis 
sur le tout. La réponse do l'intendant ayant été l'avoi'able 
aux commissionnaires hollamlais, le ministre lui écrivit, 
le 4 décembre suivant, pour lui anninicer qu'on les lais- 
serait en liberté, sans rien exiger d'eux, à njoins que, 
par les conférences que M. de Sève aurait avec les mar- 
chands de lïordeaux, il ne vint h clianiçer de sentiment*. 
Longtemps paralysé par la guerre, en dépit des lion- 
nes années qui s'étaient succédé "\ le commerce de lïor- 
deaux ne reprit son activité qu'eu 1674» S'il faut en croire 



' Nous n'avons pas tvti^iivi^ celte liste, ot mms n'ossivcrras jias de In re- 
faire; nous nims buinerons a ajouter aux noms ipie nous avons déjà relevés, 
t. I, p. 43î)-4ôW, e«lui de Rnm di; M;)nil»;in, écujer, ciui par Clcirjc en 
IfiîJG {IJstince du ne^jiKf, elc, p. IGli, et (ineron |ieulrjltorherJi Uomini(îijede 
Uam, «lui est nienlionné dans les mitiules île I>i)iiïe;iii. l'arnii c«lle.s d'Andrit'U, 
on Irouvtî, à la d;ile du 51 m\\\ ItîH) (liasse 3-9, ritJioM^i i. Heruian van Vaer- 
Ihnisfn. bourgeuis rL nuinluind de lïordeaux, dunnanl. îtvant un vnvHjîe :i IMfl 
fï\ Ilnllaotle, iironuraliun |ioinr<iicalssenn'nl d'une eréatioesurJeande Virae. 
lUiirt^liand de Lungun. 

^ Lettreu, imtriutiùnx <7 nit'nwtri'.K di' C.i>!l>ftl, ite., t. Il, 2* |i;(itie, p. (j(ii, 

•' mi., p. m-i. mi. 



96 



niSTOIRE IJU COMMERCE 



Colberf, rexpérience tonifie par les îlollanilais penilaiU 
(liv-liuit mois, pour reconnaître s'ils pourraient se passer 
de nos denrées, n'avait, en définitive, abouti qu'à 
causer « quelque petite diminution au prix, b après une 
hausse sur les eaiix-de-vie résultant truiie ("'omplication 
ooinniereiale dont il n'est jioint aisé de se rendre conqite ' . 
A celte exception près, Félat des affaires sur noire place 
n'était rien moins que satisfaisant. Une lettre de l'inten- 
dant de Sève à Golbert, en date du 24 février, lui an- 
nonça la reprise des affaires par l'arrivée de plus de deux 
cents navires dans la rivière, et l'abaissement du fret de 
chaque tonneau de 40 et 50 livres h 15. Tous ces bâti- 
ments chargeaient non-seulement des vins et des caux- 
de-vie, mais aussi des blés, alors fort abondants en 
France'*. Deux ordonnances royales du 19 <lécembre 
vinrent encore encourager les étrangers à reprendre le 
chemin de notre port. La première avait pour oljjet 
d'assurer la liberté de navigation aux vaisseaux anglais, 
suédois et danois, porteurs de lettres de mer et de con- 
naissements étalilis en la forme prescrite par les traités. 
Ces vaisseaux ne pouvaient être arrêtés, pour quelque 
cause que ce fût, quand même les marchandises de leur 
charge appartiendraient aux ennemis du roi. Les vais- 
seaux de toutes les autres nations neutres étaient pareil- 
lement libres, à condition qu'ils ne seraient chargés 
d'aucune marchandise appartenant k l'ennemi. En pre- 
nant des passeports et en payant un droit de 30 sous 



' Leltre^*, inslrudiimn et méimires de Cttlbert, \"^ pjilic, p. cxxxiv, cxxxv. 

* ib'td., I" partie, p, 5à6, 327. — Le 19 octolire suivant, Cwlbcrt diMuand« 
il M. (le St!vc (ks rcnst'i|,»nein™is sur le prix îles vins cl (ks cmix-dp-vie pu 
Uuidinp. ' Uiid., I, il, \" parlk-, |i. 3.")1.} 



ET DE LA NAVIGATION \ ItuUDEAliX, 97 

par tomicau, ils obtenaient les niè»iios privilégies que les 
Anglais, les Suédois et les Danois. La seconde ordon- 
nance, se fondant sur ce que les ïl(>!landais empruntaient 
le pavillon des nations neutres pour continuer leur eoni- 
merce avec la France, et que le roi pourrait s'attrilmer 
les avantages que les pj'opriélaires des vaisseaux des Pro- 
vinces-Unies offraient à leiu's intermédiaires, îivait admis 
les capitaines, maîtres et propriétaires de ces vaisseaux à 
trafiquer librement chez nous, à la condition de se munir 
de passeports et de payer un écu par tonneau pour cha- 
que voyage ' . 

Le canal de Languedoc, exécuté mais non imaginé 
par Riquet, avait ouvert un nouveau débouché au com- 
merce de Bordeaux, en mettant les deux mère en commu- 
bicalion. Au commencement du siècle, Isaac de Lafifemas 
[faisait remarquer que a le canal entre les deux rivières 
'qui passent, l'une de Tholoze en l'Océan, et l'autre de 
Narbonne en la Méditerranée, paroissoit plus facile que 
celui qui se faisoit pour joindre les rivières de Loire et 
de Seine-. » Cet économiste voulait sûrement parler du 
canal de Briare, moins célèbre que celui de Languedoc, 
.qui a eu l'insigne honneur d'être chanté par Corneille 
et par Boilcau, mais dont les contemporains du grand roi 
s'occupaient beaucoup % d'autant plus que ces sortes 



' Lettre». inslrncliom H tnfymhi'S de Collierl, t. M, 2« pjirlie. \). {5ftK. note i. 

'Arch'nei miieitses tic l'IiisUiiie de Fnime, I. XIV, |i. 23H. cr. Clutrlis Bi«r- 

Iniird, ViMuiirs xiir la jtmrtiDu des mers, )(il3, in-t". <^ On y linuve di's avis 

fort utiles pour le coniiiionic. n (^NiciTon, iWmoires ftoiir servir ù l'histoire den 

liommes illutlrei, etc., t. XXVIIl, p. 32i5.) 

^ Arctihes euriennes,'if&mt, I. VI, p. 257. — Charles Hfrnai'd, Hi»t. dit rtnj 
LmtMX!II,eic. A Paris, IGKS. iti-fiilid, liv, IX. rh. xxui, p. ii8, — Dr Forlion- 
nais, liecherrhei et cmisid&iiliinin xttr len Ihiances. r,t<'.. t. 1, p, 2ô1. — ChO- 
Hinloire de t'iidmiiiixlrotiou immarriiimie eu Frmir.e . l'If. Paris, iifâj. 



II. 



m 



HISTOIRE DU CO^IMKRCE 



de travaux avaient été longtemps considérés comme im- 
praticables ', 

Plein de confiance dans l'avenir du canal de Langue 



in-8», t, I. p. 382, 263, 313. Cf. t. 11, p. 21!). Ce ne fut (iiiii lu date du i jiiit 
Ict 1686 qu'un arrM du f^onseil autorisa un canal ileNarhnnnc qui devatt allcf 
joindre lu grand fanal de Langundoc. (Tlpg, C de la Cliamlvrp de commerce dl 
Gtiienno, Mio 2" recto, 275 recto et verso; 23 oot., llî et 32 nov. 1736.) 

' " Les Vtîniliens traiiclteirt quclqui's canaux, les rendent navitfalile.s pour 
peu d'esiiuee; les grandes entreprises kur sont interdictes, ainsi comme aux 
François de trancher le destrotct de Siiincl-Joan-de-Lux pour entrer de la Mc- 
diterranéc en VOecane, iiy joindre Luire a Scync, ny !a Mouselle h la Meuzo. 
Les entrepreneurs de tels mivrapes en FraRce. d« joindre h Seyne ii la Loire, 
ia Saosne ii la rivière d'Arraançon, se sont faicts moquer deux, et de leurs 
tîpitaphes jii desseignex [Jour les planter quand Touvrage seroit faict. » (iW**- 
moires de Gaspard de Saiilx, netgneur de Tarantifs, ann. i^li); dans la Collec- 
tion PelUot, t. XXV, p. 177.)— Le cardinal de Riclu'iietj, parlant de la pro|)o- 
sition faite au Conseil, en 16)3, d'unir les deux mers par les rivii^rcs d'Ouclic 
el d'Armançon, ajoute: « Celte entreprise estoit trop graude pour le (empsJ 
n'y ayant personne qui eust [une connoissance suliLsatile] du (■omnuMrc eti 
de la richesse de la France pour l'appiiyer. « {Mànoires de RkheUni, dans 
la même collection, 2"= série, t. X, p. 331, 522.) — On lit dans la (iawtte de 
France, li la date du 30 mars 1641 : « Le 27 du courant sont arrivez nn cette 
ville dix batteaiix char{i:c7. de diverses marchandises, venans de la rivière de 
Loire, qui ont passé par le canal munellcment fait depuis la ville di' ifriari' 
jusques k Motilargis, de la ktn^ueur de douze li«ut^s. La nouveauté du cas, ell 
respèrancp que la ville de Paris recevra grand accniis.senient de toutes sortes^ 
de coniniodiU'z, parla communication delà rivitre de Loire avec la Seine, a 
donné sujet au corps dv ville d'aller an-devant de < ette flotte, qui a est** aus&i 
récent- avec lapplaudissement de grande quantité de peuple (jui la veuô ani- 
ver. n — On sait pur le Journal du marqnis de I)anj;eau, t. XVllI, p. WO, que 
le anal des Ardâmes ne fut conimenré qu'en 1008. — La propcsilion de 
rendre la Somme navigable d'Amiens k Saint-Quentin, par un canal qui la join- 
drait a l'Oise près de ta Fi're. est encore plus moderne; on la rencontre poiirj 
la piemiiTC fois dans le prori's-verb:il de la séance du Cwistil de couuiiem 
tenue le ay décembre 1723. iF. 12. 71, p. 321.) — A dalcîr de celte cpoqur. 
les pmjels de caiiaux se multiplient. C'est d'aboi-d le présideut Muret qui solli- 
cite la permission d'ouvrir un canal depuis le port de Courtavant jusqu'à 
Seine, dans la longiicnr de deux mille quatre cents toises, et de lever, ii son" 
profit, un droit de passajjje (ib'id., F. 12. 7.'>, p. (jti; séance du 22 janvier 1728); 
puis l'ingénieur It^iisson qui l'ail la même demande pour lu construction d'un 
canal navigable, depuis la pointe de I Arsenal jusquà la Savonnerie, pn 



KT DE LA NAVUiATlON A liuUDEAlX. 99 

ilûc ', Colberl recomniamlait à rinliMulanl ih Toulouse, 
le 27 mai l(j63i de s'informer si les étrangers s'en ser- 
viraient. « Pour cet eff'et, contimiait-il, il thudroit pren- 
dre soin de donner tous les mois un avis de celte navi- 
gation dans une gazette, et faire en sorte que tous les 
marehands du haut et ilii has Lan^'uodoc et de la Guyenne 
en donnassent avis en xViigleterre et en Hollande-. » 

Constamment préoccupé des intérêts de la marine, 
Colbert adressait, en 1678, des instioiclions à M. de la 
Favollière, ingénieur-géographe, pour visiter les rivages 
de la Dordogne, de la Gironde, de la Sainlonge et île 
tout le pays d'Aunis, ainsi que des îles de Bé, (Héron, 
Ile-Dieu et Noirnioulier-'. 11 ne s'agissait pas encore de 
déterminer les bornes de la juridiction des officiers de 
ramiraulé sur les rivières ci-dessus nommées*, mais de 



<'.haill(»l (Utid.. K. 12. 77. p. ri<j7; 3(i urUilire t7ô(V ; |iiiis <<nforc le siour âc la 
Guèronnitrc qui s';innnnt'e fODi»)*' viuilaiil cxi'cutcr un <'aii:il ûc l-iinnues a 
ChàU'Ilontiill. i-n ii;»s,s;inl [i:ir Puilicrs. (//w/., K. ti. "H. p. fki; i'ijiinvioi 1751. 
<;r. p. IKI>, K murs ijc )ii iin'iiic :iimrc.) C csl: sIIi-ciiiitiI iIjkis un rsprH tW [ird- 
teclion poiir rcllo csih'cc de lr.iv;iiix publics qu'avait éU' rcudii larnH portiint 
que les vins do Rurdeaiix que )rs iiogoriant.s de Calais tire ruii> ut de Dunkrrqur. 
par Ifis ranuiix, jouiraient de l'exeuiplion drs droits àc sorlii' di-s i in/j grosses 
fermes, lursqii ils seraiPDt Ir.insporlis piir mer k Irlrans-'er. 'Jt>i(t.. F. li. T.i, 
[1. 280; seiiwc (lu a avril iT3H, i 

' L'hisliiirc du ranal du MiJi, eunnu pietediuititiiit sous It nom de canal 
de Langiifdoe, a iU- ecrilo par Andrenssy el piiblieê ;i Paris mas vc lilré, 
en t808, c[i un volume in-8°,0n trouve urn? description du canal ûc Langue- 
doc dans le Mercure galant . volume de juin J(im , i>. irv-VilT. CL juillet l(«l, 
1" |>artie. p. 17. et septembre, p. *i. 

* Lellrex. insir. et mi'm. de Qitùerl, I. 1, I"- partu'. iiUroiliiri., p. clxxxiu. 
•^ Ibid.. l. III, 2" partie, p, 78, en noie. 

* Pararrftl du ri mars t(t02, le parlement de Itordeaux défendit aux ofliciers 
de l'amirauté de ennnaUre d'aueuns faits de iiêcïie, i'paves et auli*s faits 
d'eaux et foi^éts, sur les rivii^es de Gironde, Doido^'ne et (laronne, jiis(fu ii 
l'emboHehure de la nier. (Valin. Simrefiii ("Minmeuttiire •nn rittihiiiiitmi' île la 
marine, ete.. I. I, p. lii.) 



101) 



IIISTOIRK un COMMERCE 



reciiGilIir les renseignements nécessaires pour niellre les 
côtes en état de défense : il était i-éson'é à M, de Pont- 
chartrain de descendre dans les détails de la police mariai 
time ', au Conseil du roi* et au parlement de Bordeaux, 
dans rétendue de son ressort, de la régler"'. 

Il ne manquait plus à Bordeaux qu'un professeul 
d'hydrographie : en 1683, on institua une chaire de' 
cette stîience *, et depuis elle n'a pas cessé, d'être occu-_ 
pée ^ . 

* Le 17 novembre 1098, k corale de Pontchaitrain écrivait h de Cassé : ' 
a reconnu qiKi les iislotcs de Mi'eliù, qui vont joindre les vaisseaux estrangcrs 
qui descenilent de nordeaux pour les sortir du Pcrlhuis, embarqdoienl des 
nouveaux convertis pour les y porter; ce qui a obligé M, le uiitreelial d'Estrées 
de leur delTendre de sortir du [wirt dans leur rlialoupe sans en avoir demandé 
permission a i'onitrier de marine qui y estestaWy. Le roy m'ordonne de vous 
escrire de faire de pareilles (lelîenses ii Saint-Palais, où il y a bon nombre de 
ces chalou|)es. » [Cttrrexpoiidance adviinixliative sous te ràjve de Louis XIW 
t. IV, p. 410, 4il, en note.") — L'amirauté voulait encore, li ce qu'il parait, 
exercer le droit de visite sur les navires en marche; mais elle dut se dosistMH 
de SCS prétentions en face de fart. 12 du règlement du 2% juillet 1701, inv«^| 
que plus lard piJr le coranicrce de Itordeaux (registre du (lunseil de rom- 
niercc, F. 12. ÎJT, folio 10 recLo; i2 ïëvricr 1712), article qui pronon<;ait en 
termes exprès que le navire chargé de nos marchandises et parti de l'un de 
nos ports, avec congé de raiiiiral, ne pouvait iHn; arrêté sous quelque prétexte 
que ce fût, 

* par arriH dit Cnn.seil <hi ±> janvier IftOS), îes juije et consuls de Itonloaiix 
ayant pris eonnaissonrc delà saisie du SnkU, d'Amslerdiim, opérée dans leur 
port, l'altaire fut évoquée au conseil du roi et renvoyée par-devant l'amiral et 
les ronimissaircs établis pour le jtifïemcnt des prises. (Valin. Noinratt Kom^m 
menittiii' sur {'uithiniuiite ilf la mnrine, etc., t. I, p. 7i.) — Vingt ans aupan^l 
vant, les ju^ce et consuls avaient déjà eu une coiilcstutioti avec les oniciers dr 
raniiraulé; elle fol réglée par un arrêt détinilîf. rendu le 15 juillet 1070., 
(Ibiii., p. tu.) 

^ Voir arrêts du parlement de Uordcaux sur les hnissiei-s et serpents 
amirautés, en ditle de im\, H>i)2, tUOtct lOflrj, cités par Valiu dans son Coi 
nmilfiir^ sur l'iDdimiKititi' de la nutrine, t. 1, p, 171. 

* Conliiimitiim h In ChrotikiHf Iwfitdi'lnisi', p. 7t). 
'' Voyez le rei;istre II de la C.lianibre de commerce dcCiOîciiiv. folios 1)3 ver 

et ]"Hvcr»i; 1!) oct(do'e I7i'.> et 3 juillet i~^ri. 



KT UE LA NAVIGATION A liOllDEAUX. 



101 






Colbort portait aussi son atlenfion sur nos foires. Le 
16 décembre 1682, il «»crivail à riiitondaiit de Uis : « Il 
suffit que vous soyez satisfait du commerce qui s'est fait 
dans les foires de Bordeaux; et comme ces foires sont 
d'une grande conséquence à l' Estât, parce que c'est par 
la sortie des vins et dcnr^'es rpn s'enlèvent de ces foires 
que l'argent entre en plus {j;niiide fjuantîté dans le 
royaume, je vous prie d'examiner loujoui-s avec soin ce 
qui s'y passe et renlèvemcnt des denrées*, » etc. 

Détourné par des soins de toute natui'i', Cull)ei't resta 
quelque temps sans s'occuper du commerce de Bordeaux ; 
il y revint à propos d'une question délicate déjà agitée 
treize ans auparavant, celle du coupage des vins. Le 
13 janvier 1683, il écrivait à M. de Bis : « Sur les 
condamnations d'amendes qui ont esté prononcées par 
tes jurais faisant la police contre les marchands qui 
transvasoient les vins du haut Pays et les meslangeoient 
avec de petits vins, il n'y a presque rien de plus impor- 
tant dans l'Estat que d'cnipescher ces sortes d'aljus et de 
maintenir dans leur bonté naturelle les vins de ce pays- 
là, qui sont d'un prix inestimable au royaume par la né- 
cessité en laquelle sont les estrangers de s'en servir*. » 

Les marchands iVappés par la sentence des jurafs 
réclamèrent, et CoDjcrl renvoya l'aftaire à Texanien do 
l'intendant. 11 lui fait observer que ces magistrats étaient 
portés, par un intérêt spécieux qui les regardait, à empê- 
cher le coupage des vins, parce qu'ils pouvaient pré- 
tendre, à tort peul-t'tre, que les vins du haut Pays 
n'entrant pas dans cette manipulation, il s'enlèverait une 



' Lettre», iintructioiuf et «u'moires de Culivrt, t. H, 2' ]iartii', p, 7)2, 7i5. 
* H'id., p. 7i'j, note I. Cf. t. Il, l" parti*', inïnjrt., p. clxxxi. 



m 



nisToiRi-: im co.mmki!cI' 



plus grande tiuantité tic vins dit Bordeltiis. 11 a_ 
« L'intérest des marchands consiste à faire un grand 
débit; ainsy, poin'vu que ce coupement satisfasse au 
goust de l'Angleterre et de la Hollande, ces marchands 
pourroient, en ce cas, avoir plus de raisons que les^ 
jurais. Pour prendre une résolution sur ces différents 
intéresls, il seroit nécessaire que vous examinassiez si h 
ce coupement se fait de tout temps ', » etc. V 

M, dé Ris ayant répondu à Colbert que le mélange 
des vins n'avait commencé que depuis deux ans, et queS 
les Anglais n'avaient point voulu acheter des vins ainsi 
coupés, le ministre l'autorisa à laisser exécuter la sen- 
tence des jurais de Bordeaux. 11 écrivit en même temps 
au premier président du parlement que ce corps pouvait 
l'aire tel règlement qu'il jugerait à propos pour interdire 
les coupages^. 

Nous arrivons à l'année 1688. Colbert, mort cinq an 
auparavant, avait été remplacé par son Mis, le marquis 
de Seignelay, qui eut un lourd fardeau à porter. La ligue 
formée en Europe contre la France devejiait de jour en 
joui' plus formidaliile. Louis XIV en reconnut la for 
k la confiance avec laquelle les Hollandais défendirent 
l'entrée de nos vins et de nos eaux-de-vie; celle intcr 
diction rependant n'était qu'une représaille de la défense 
de recevoir en France les ouvrages de laine et de 
la Hollande, non plus que leurs harengs, h moins qu'il 



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' CttrraponffiiHce adminhlrathe mus le renne de Louis M V. t. Ul, ju 8K4, 
— Letlrex, iuslrmliim^ et iitt'ttMiresde Caîbert, i. [1. i» |tarli(\ \\. 74.^. 

' LeUrea. imt. et nu'm. de Colk'rl, t, U, S.' purtir, p. "lîi. rmto 2. — U^'jii t-n 
Ui4H. lU's vins fn'liilcs iivaicnl Hi'. si|,'n;iU'S h Ttordeauv; ïi tolU- <ir<;ision. les 
jurais ojH'i'i-ronl des visilos chet Ifs déliiUnts, cl priXcnléitTil ciintri' 
linquaiils, < C.ouliwmtion n la Cfiroiihine Imiirtlehise . jt. Oi.^ 






ET DE LA NAVIGATION A UOROKAL'X. 103 

ue fussent salés avec du sel de Francp. Si le tarit' <le 
1667 n'eût jamais été révoqm'', la France n'aui-ait pas 
eu besoin de cette nouvelle prohibition, et les Hollandais 
n'eussent vraisemblablement pas été en élat de prendre 
ce parti vigoureux". 

Le commerce avec les Provinces-Unies reprit cepen- 
dant au commencement du xvtif siècle; mais les navires 
hollandais ne pouvaient venir à fku'deanx cliarger des 
vins qu'avec un passeport temporaire délivré sur l'avis 
du Conseil de conjmerce*. En 1106, ils lurent retenus 
dans les ports de la Hollande par des vents contraires, 
pendant tout le mois de décembre, et les armateurs 
craignirent les rigueurs de l'administration. M. de Punl- 
chartrain les rassura en écrivant aux otilîciers de ramirauté 
que le roi voulait bien, par grâce, ne point tirera consé- 
quence l'expiration des passeports périmés, ajoutant qu'il 
en serait envoyé d'autres pour assmvr le retour de ces 
navires^. Nonobstant les ordres du ministre, un bâtiment 
hollandais, chargé à Bordeaux par deux négociants de 
cette place, Saincric et Flanquier, tut ari'èté dans sa 
route vers Amsterdam et mené à Dunkerque, <» sous pré- 
texte que le passeport du roy dont il esloit muni estoit 
expiré*. » 

Louis XTV, pour éviter l'abus que les Hollandais fai- 
saient de ces passeports, et aUn qu'ils ne s'en servissent 



' De Forbonnais, lidiiienhes et considérations Mir tes Huantes de France, 
(. H, p. 4(1. 

-Registre du Conseil tlo nj.iiinRri(\ F. 12. K5, l'iilln H2 rcclo; séance du 
15 avril 1707. Cf. fuliu Ifc'i vl'i-s«i; 2',) iivril. 

" Uilil., M'w 9 rc<-lo; séance du "i février I71IG. Vnir la suiU', fulio j 1 verso; 
\± Tèvrier de la luéiiie année. 

« Ib'ui., folio 2S rciLn; sn\wi\ du It ;i\riî 17tW. 



104 IIISTOIRI:: DU CO.VJMEFtCI- 

pas pour aller en d'autres pays ennemis, avait ordonné' 
qu'ils donneraient une caution proportionnelle pour lesj 
navires qui viendraient charger dans les ports du royaume.- 
Les marchands de Bordeaux réckmèrenl conlre cette 
mesure. Après avoir exposé que beaucoup de maîtres de 
Mtimenls hollandais n'avaient pas de correspondants kM 
Paris pour y donner caution, et que les banquiers, pour™ 
s'y prêter, demandaient de grosses sommes, les péti- 
tionnaires suppliaient le roi de leur permettre de donner 
bonne et suffisante caution au greffe de Faniirauté dcfl 
Bordeaux, afin qu'en rapportant le certificat (hi grelîier, 
ils pussent obtenir des passeports pour les navii-es hol- 
landais qui viendraient dans cette ville, où leurs capi- 
taines avaient de nombreuses relations. Us assuraient 
que, grâce à cette faculté, le nombre des arrivages dou- 
blerait infailliblement. Consultés sur l'opportunité del 
celte mesure, les députés qui faisaient partie du Conseil 
représentèrent qu'ils n'y voyaient pas d'inconvénient, h M 
la contiition, pour les négociants de IJordeaux, de donner " 
leurs mémoires à leur Cham]>rc de commerce, afin qu'elle 
piit les envoyer à leur député au Conseil, avant d 
demander l'expédition des passeports'. 

Le plus grave des abus reprochés aux Hollandais 
porteurs de ces passeports était de s'en servir pour faire 
la course. Un capitaine, Corneille Tromp, avait vendu à 
l'un de ses compatriotes établi à Bordeaux, !e sieur 
Vandezande, le Saint-François, de Rotterdam, mis e 
charge et à fret pour aller aux îles françaises de l' Amé- 
rique. Soupçonnant ime fraude dans le sens ci-dessus 



• Regislre du Cimseil de comnicrci-, F. \'2.'M. hVw Ô.M virsn; soancc An\ 
n W'ivtemhre iva'i. cr. fnlto 35a rcrto. 



CT DE LA NAVIGAriOiN A llUHDKAl X. 



m 



tliqué, les officiers de ramiraulé tlo lîortleatix oiitamè- 
rent une proct'dure, qui arriva devant h' Conseil de 
commerce, et l'assemblée fut d'un avis unanime que 
Yandezamle n'avait pu acheter le navire en question sans 
remplir auparavant les engagements spéeitiés sur son 
passeport, qui l'obligeait à retourner eu Hollande cfiar{j;é 
de marchandises de France, et qn'il ne devait pas lui 
être permis de faire voile pour l' Amérique '. 

Cette affaire terminée, le Conseil eut à en examiner 
une autre, où il s'agissait encore d'un navire hollauilais 
sur lequel les otticiers de l'amirauté avaient mis l'em- 
bargo. Le sieur Mayer, marchand de Boi'di'aux, qui 
l'avait acheté dans finlention de le destiner pareillement 
pour les îles de l'Amérique, ne pouvait obtenir de ie 
faire venir iége de Hollande. 11 eut j'ecours au Conseil, 
mais en vain. Les députés furent d'avis de refuser ce 
passeport, pour ne point nuire h la vente des vaisseaux 
capturés par nos corsaires, qui périssaient dans nos ports 
faute d'emploi, et dont le prix était tombé si bas que les 
Hollandais eux-mêmes étaient venus en acheter. H fut 
encore allégué que ce serait empêcher les constructions 
navales dans le royaume, et donner aux Hollandais la 
facilité de déguiser leurs navires et de faire notre com- 
merce en Amérique sous des noms empnmtés*. 

Par arrêts du Conseil du roi, en date des 30 décem- 



' Registre du Conseil de commerce, F. 12..^, Tolio 5K8 recto; siiiincc du 
3 f«'t(dii'o 170H. C.{. Miù 3i<> ret-to, ô mu"!!, et foîiurvrjj. recto, 52 du même mois. 

' IhiiK, fiditi 2SIÔ verso; .séiince du Ift ui'tidire ITOK. — Dims le iVjjiMrc A de 
h r.hiinilii'c de ctimuuMX'e de Oiiicnne, p. RW, est corisigncc, b lu d;ile du 
28 juin 17118. une pi:iinte conlrc des étr-.ingers non naluralises qui luellaient 
en charge, pour les fies de I Amérique, des navires hollandais sous pavillon 
français. 



4(WÏ 



HISTOIRE DU COMMEUCE 



bre n 10 ri :20 janvier 1711, les nations neutres, Ir-Uei 
la SmMf v\ le Danemark, avaient obtenu la permission, 
refusi'c ;i la Hollande, de commercer avec nos places] 
maritimes; mais le moyen de les reconnaître? Le suc-^ 
cesseur de Seignelay, Ponlcliartrain, crut l'avoir trouvé 
en ordonnant au receveur des traites à Bkye de visiter 
tous les navires qui entreraient dans la rivière de Bor- 
deaux. Cet officier remontra, d'abcrd qu'il lui faudrait 
avoir un maître constructeur entendu pour distinguer les' 
flûtes suédoises et les galiotes danoises, « qui sont de 
fabrique semblable à celle des Hollandois, » et un inter- 
prète des langues étrangères pour distinguer les mate- 
lots des dilférentes nations : or, si l'on trouvait l'un et^ 
l'autre à Bordeaux, il est douteux que BSaye fut aussi bienB 
pourvu '. Armés Tuii contre l'autre, les deux états Scandi- 
naves employaient la plus grande partie de leurs équipa- 
ges, assez peu nombreux d'ailleurs, et celte circonstance, , 
jointe à la difficulté de leur navigation, que les glaces j 
interrompent et qui n'est ouverte que dans le mois de 
mai, était bien faite pour enhardir les lioUandais à dissi- 
muler leur nationalité : aussi n'y avaient-ils pas manqué. 
Dans la précédente guerre et avant la déclaration de^ 
ceUe-ci, ils avaient fait naturaliser, en Suède et en 
Danemark, plusieurs de leurs matelots, qui, après avoir ^ 



' Dans une letjm^t! [iJressée ;i l;i ClnmluT de coiunieiTc, en ITôl. par un 
sieur flolinoaii, canslnirtoiir de navires, qui sollicitait une (>i'okn;;alkin de 
jouissancL' [unir nn iL'rrain qu'il tt n;iit dp 1:i villu et où il avait clabli S(jn cliaii- 
tiei", ti't indusli'ie! en fait reiuonter hi fundation a tii-nte ans de lii. (Reg. C de 
la r.liamhrc de comm., folio I2r> versn et 120 vorso; 2G juillet et i août 17751.) 
Nuiis avons di'jii vu un coitain Lafoto. ctHirticr H iiJt('i|iK'tc dos langues du 
Nord (li-dessus, p. 71,75, nuti 2. Cl. r-j;. A, p. lit et iOOt ; in ITOlî. un autre 
iiourtifr demandait la peiniissioii d'envoyer deux de ses enfants en llulbnitc 
pour y apprenJie lu lau^sue. (Reg. A, p. r>i; Ujoctoliie 17(10.; 



I 



KT DE LA N'AVUiATluN A IKMlliKAl'X. |07 

navigué dans !a rivière do liordcaux sous Irs pavillons 
de ces couronnes, reparaissaient pendant cette guerre 
comme sujets des États-Généraux avec des navires hol- 
landais munis de passeports du roi. Le Conseil de com- 
merce décida que ces lettres de naturalité entachées de 
Iraude ne sauraient être valables en France et couvrir 
les porteurs ' ; mais ii ne put empêcher des vaisseaux 
neutres, charges <le vins venant de liordeaux, de trans- 
porter leur cargaison dans les ports de la Hollande*. 

Pendant le siège d'Ûstende, il était entré dans le port 
de Dunkerque un nondu'e coiisidéraijle de frégates et 
d'autres bâtiments partis de notre ville. Louis XIV ayant 
déclaré ennemis les pays qui s'étaient soustraits à la 
domination de l'Espagne, ces bâtiments tombaient dans 
le cas de la confiscation; mais, sur les réclamations de 
la Chambre de commerce tle Dunkerque, qui signala les 
représailles qu'une pareille mesui'e ne manquerait pas 
d'amener, il fut sursis à son exécution, et le Conseil de 
commerce fut consulté, notamment le député de la ville 
de liordeaux, que l'on supposait avec raison au fait des 
intérêts que nous pouvions avoir en Flandre '*. 

La mer était alors infestée de corsaires, qui faisaient 
le plus graml mal au commerce de Bordeaux. Vers la 
fin de l'hiver de 1708, une flotte de onze vaisseaux 
marchands, sortie en pai-lie de ce port, était devfuue la 
proie des croiseurs de Flessingue. On apprit que ces 
corsaires avaient été avertis par leurs compatriotes, por- 



' Registre du Consoi! de comnicrfC. F. 13. ."»:>, Mm 'iili iriln; s^Jancc du 
27 mars 171 1. 
- lùid,. V. 12. b7, folio KH ni lu; s«MfKT' du t" idillcl 1712. 
" lliiri., V. 12. .'iô, lulio 7^ icrlo; s6uncc tlii 1" si'iiiciiiliff" l7(Hi. 



108 

teurs de 



lllSTOiriE DU COMMERCE 



des 



françai 



R passeports, Ues vaisseaux, 
vaieiil dans la Giron<le prêts à partir, et il fut proposé, 
entre autres mesures, de demander au commerce de | 
contribuer à la dépense de l'armement de quelques fré- 
gates destinées à protéger notre marine marchande. Le M 
Conseil de commerce, consulté dans cette circonstance, 
émit l'avis de communiquer cette proposition aux négo- 
ciants des villes de Nantes, la Rochelle, Bordeaux et 
Bayonne, pour avoir leur avis séparément'. 

En 1711, le consed d'État rendit deux arrêts pour 
l'armement de la frégate la Nymphe, Par le premier, 
du 27 juillet, permission était donnée aux négociants de 
Bordeaux d'armer une frégate de la marine royale pour 
donner la chasse aux corsaires ennemis qui enlevaient 
journellement leurs vaisseaux et leurs barques jusque 
dans la rivière de Gironde; et le second, du 10 août, 
autorisait lesdits négociants, par le ministère des direc- 
teurs de la Cîiambre tle coinirierce, à emprunter les 
sonmics nécessaires pour faciliter et accélérer cet arme- 
ment -. 

Le mois suivant, la Chambre prit des mesures à cet 
égard, et le sieur Jirunaud, l'un de ses membres, partit 
pour Rochefort afin de négocier avec l'intentlant du 
lieu. Il réussit dans ses démarches; nous avons le traité 
conclu avec l'intendant, et celui qui intervint avec un 
particulier pour la fourniture des vivres destinés à l'équi- 
page. Ces pièces, avec nombre d'autres, forment un 



' RfUistrc <li( ronseil île ((trafiu'ti'i', E-'. 19. iJS, fulirt 255) reclo; soanco dilj 
2.") (MIS ITtW. Cf. fuUo iw vtisii, 10 mars I7as. 

- Ui'jjislw A lie la ("hLiinhjc «le ((miiin-icf , p. 511; si-iiiiee du 6 scpteni- 
liR- 17tl. 



ET DE LA iNAVIOVTlON A BORDEAUX. Illl) 

volumineux dossier, dans ]ct|ut'l on remarque une requête 
des maîtres de barques d'Arcachon à l'effet d'être dis- 
pensas de payer les droils de rarnieinent de la Nf/wp/ur, 
et des délibérations de la Cdtanibre déterminant en quel 
cas les barques, bateaux et gabai'cs de Iloynn, di* Hor- 
deaux et d'Arcachon, étaient sujets à ces droits'. 

Aux corsaires hollandais et anjj;lais suecéilèrent ceux 
de Salé et d'Alger, si déjà ils n'infestaient point les côtes 
de rOcéan à l'époque dont nous allons nous occuper. 
C'était en 1725^. Malgré la t'régale de la marine royale la 



I 



• Reg. A de la Chamiire rie commtTcc, p. 312, 313, 321. 353. 32H. 331, 337, 
548. '83, 3H(î; seani-cs des 9 «l il sriiUtiilire, du i;i uctoUrc, du 12 iiuvciubre 
el du ôl dL'tcmliie 1711, iît'S'2i juin ctH juillet 17]:*,— OsdriiiLs ne ttevalent 
filre li'v^'s ni sur li-s hali-aiix (U; SaintsiJiHP chartîcs d'a^ufs et «le vi>!;iil|r, ni sur 
leiix du kis M<-di!r, niuis si^ulemcnt biir U-s mairhnndises qui venaient de 
laiitre n*»ti' du la (iiroiidi'. {Uwl,. p. 'Kl. 1> juin 17!3.) 

' Vu siirk' :iupin-:iv;iiiL, Viirmé-c n;iv.ik commandée pur lc<-()ml<! de Harcaurt 
et le cardinal de Sour.iis, chef du conseil rie marine, avait donne la «.hasse aux 
citrsaires de Sali!, plus pri's de leur repire. On peut v<iir le rérit des stiecés 
nbIcntiN p:tr nntrt' uiuriiie dans eelte eanipagnt', au liv. VI, eliapitre x\xi, de 
Y Hydfinjyaplih' du I'. F»urnier (i"-' èdil. . \K 275); ntui.s n'en nti:»<iu^< uietition 
que pour stjinaler une frégate nnniuiée la tiaxcotiot', qui. ayant décuuvert un 
vaisseau turc vers les n'des d'OrU't^al, lui dunna Ij eliassi! et s'en empara après 
itn comtal de rnurto durée. « Ce vaisseau lurr inenuil après liiy une flusle de 
ô(XI t;inneaii\ eliargée de srl, Unitielk' il aveil. aussi [irise sur un Anglois qui 
l'avoit aeliepte d'un llasqtie. » — Le P. Uaii, qui a t;rrit V Hisloirf de Itarlmrie 
el fie Mcx ci/rsiitres, ele , ne dit lieti de ceux qui, de son temps, faisaient la 
course le long dPs eAies» de l'Océan, depuis le golfe de (îascogni; jusqu'en Ure- 
lagne. et repi-ndant il oc s'en tient pas lï ceux qui écutnaient les mers du Le- 
vant, n niwlre les Hirhana lures imiissanl leurs incursions jusque dans l'ex- 
trôme nord de lEnrope. " L'an mille six ecns vingl-sept, dit-il, Irois vaisseaux 
d'Alger. fiuKliiils par un reneg:il allemand, nummé Cure Moral, furent si har- 
dis que (J'alliT jus(jues en Duiincmare, où prenant lerre en liste d'Islande, ils 
enlevèrent plusieurs mesnages escarten l'un de l'autre, et llrenl esclaves quatre 
cens personnes qu'ils emmenèrent... En Tan mille six eens trente et un, 
Moral Hays, ren4't!at flamand, alla jusqu'en Angleterre, et dAngleterie eu Ir- 
lande, où estaiil almrde ■-.iir le soir, il lit mettre dans des chaloupes environ 
deux cens soIl1mI.s qui deseen dirent dans un petit hameau, nonmiè Ihitbwr, ou 



no HISTOIRE DU COMMERCE 

Thétis, de vingt-six canons, armée à Brest pour leur don- 
ner la chasse, ils se montraient encore sur le littoral de la 
Bretagne. La Chambre de commerce, émue à juste titre de 
ces courses si alarmantes pour les intérêts du commerce 
de Bordeaux, écrivit à M. de Maurepas, alors ministre 
de la marine, pour réclamer un secours plus efficace. 11 
faut croire que ces réclamations n'eurent pas tout le ré- 
sultat qu'on en attendait, à voir l'insistance avec laquelle 
la compagnie revient sur les mesures à prendre contre 
les Algériens et les Saletins^ 



ils surprirent plusieurs pescheurs qui demcuroient en cette isle. Là mesme ils 
enlevèrent deux cens trente et sept personnes, hommes, femmes et enfons, 
jusques k ceux du berceau. » Le révérend père termine en disant : « Voilà ce 
qui est du Ponant et de l'Océan. » (Deuxième édition. A Paris, 1649, in-folio, 
liv. m, eh. IV, p. 313.) 

* Registre B, folios 216 recto et 217 recto (1" et 22 juin 1723). — Reg. C, 
folios 93 verso et 95 recto (14 juin et 6 juillet 1730) ; 219 recto (27 décem- 
bre 1736) ; 281 recto et verso (10 et 24 janvier 1737 ; 284 recto (14 février), etc. 



ET DE LA NAVIGATION A IlORDEAUX. 114 



CHAPITRE XXX 



COMMERCE DES VINS A BOUDEAUX, PRINCIPALEMENT AVEC LES ILES- 
BRITANNIQUES, DEPUIS LE XVie SIÈCLE. 

L'u3a{;e des vins d'Bspa(^c et ite Portugal commence à pixSvaloir dans les Ilcs-Brilanniques, 
sans faire oublier les mitres. — Les .\nglais leur restent fidi^lcs, tout en buvant de la bière 
à l'ordinaire. — Mauvaise réputation dos vins du sud-ouest de la France, nuisible à leur 
débit dans le royaume. — Ruine du commerce avec l'Angleterre à la lin dti xvil* siècle ; 
chaires des langues anglaise et hollandaise à Bordeaux. — Anecdotes rapportées par Samuel. 
Pepjs et Joseph du Chesne. — Digression sur l'origine et l'ancien usage du pot de vin. — 
Redevance féodale en vin de Gascogne. — Mentions do vin do Bordeaux en Angleterre au 
XVII* siècle. — Vin de Pontac à Londres ; sa réputation ; prix auquel il se vendait au XVI* et 
au XVII* siècle. — Les magistrats du xvir siècle s'occupent activement de la vente de leurs 
' récoltes ; Montesquieu, agriculteur, praticien et négociant habile. — Renseignements fournis 
par l'auteur du Mémoire sur le commerce do Bordeaux touchant les vins que l'on y embar- 
quait; état des vins chargés dans ce port en 1717, 17ift et 1729. — Commerce do vins de 
Bordeaux avec l'Irlande. — Témoignage rendu par Lord Cliestcrfiold au goût des Irlandais 
pour le claret. — Commerce de vin entre Bordeaux et les autres nations du nonl de l'Eu- 
rope ; usage du vin de Ga.scognc en Pologne au xvr siècle. — Commerce et prix dos vins do 
Bordeaux en Danemark et en Norwége; extraits des dépèches de M. de Bonrepaus ik ce 
sujet. — Lettre de M. de Campredon sur le commerce des vins do Franco à Stockholm. — 
Relations commerciales entre Bordeaux et les villes hanséatiques. — Commission rogatuire 
adressée en 1692 par le sénat de Hambourg au maire et aux jurats de Bordeaux. — Com- 
mission pareille adressée aux mêmes par les magistrats de Dantzig. — Privilèges des vins 
des bourgeois de Bordeaux ; vigilance de la jurade sur leur observation. — Infractions 
commises en 1512 et plus tard ; conséquences qu'elles entraînent. — Les jurats se rclilchent 
de leur sévérité. — Barriques de Périgord et de Quercy fouettées et brûlées par le bour- 
reau. — Ordonnances de la jurade concernant la jauge et l'entrée des vins dans Bordeaux. 
— Mesures prises pour empêcher cette entrée, et défense de faire de la bière. — Disposi- 
tions relatives aux vins de ville en entrepôt aux Chariruns. — Le parlement et la jurade 
s'unissent pour punir les contraventions à la police des vins. — Vins do Langon ; la législa- 
tion fléchit à leur égard. — Longue durée des prohibitions établies par les Bordelais au 
sujet de la circulation des vins; édit'de Turgot d'avril 1776; réclamations de la haute 
Guienne contre l'ancien monopole. — Privilège qu'avaient la noblesse et la bourgeoisie de 
vendre leurs vins en détail. — Procès fait à un habitant de Bordeaux par les tavcniiers. 

Au milieu du xvi" siècle, l'usage des vins d'Espagne 
et de Portugal avait commencé à prévaloir dans les Iles- 
Britanniques', sans que néanmoins nos vins y eussent 

^ Un document en portugais nous montre une compagnie anglaise formée 
pour faire le commerce avec la Péninsule. (Itegiilamentos que se estableceran 
enagostode 1o89 para ox navios inglezes da companhla de Portugal e Hes- 
pmha. Ms. cott. Galba, D. V., folio 99.) 



m 



IIlSTOnU- DU COMME-RCE 



perdu toufe leur laveur. Au milieu du xvi" siècle, un Au- 
glais voulait-il traiter quelqu'un, il lui proposait de venir 
boire une quarte de vin de Gascogne, fl'Espagne ou ilefl 
Malvoisie '. Rappel ons-iiuus que Shakspere, qui a lanl 
glorifié les vins do liqueur par l'organe de sir John 
Falslaff, fait dire à Dell Tear-Shect que le gros chevalier 
a dans son ventre toute la cargaison d'un marchand de 
Bordeaux, et met dans la bouche du roi Lear Téloge des 
vignobles de France-. 

Le commerce de notre place avec les Iles-Britanniques ; 
était donc toujours florissant, au grand avantage de noire 
pays, qui ne leur donnait ses produits que contre espè- 
ces, comme on fait pour une marchandise de première 
nécessité. <>■ L'Anglois, disait à Catherine de Médicis 
l'un de ses serviteurs, pour avoir noz vins, noz pastels | 
et nostre sel, nous porte ses beaux nobles à la rose et à; 
la nau^ et ses angelots"', » Un ambassadeur de France, 
racontant une visite de Charles II à la Toui' de Londres 
et parlant tles monnaies que Ton frappait dans le voisi- 
nage, ajoute : « Ce sont nos louis blancs que Ton a tra-! 
vestis en couronnes; et si l'acquisition de Dunkcrque 
nous les a ravis, les vins de Gascogne nous les rappor- 
teront*. 1» Un compte antérieur conservé au Record Office 



' EslienriP l'tj'liii, Dexcripthm des yaijaulitiex tl'Aïufkterret'Kl' Emisse. Paris, 
i3SQ, iii-8", fulio 10 verso. 

* lietinj l\\ 2' parlic, Mie (I, s<-. IV. — Khtf} leur, arlc I. se. (. 

" Dkeours xur ien raiixen de l'extresDie cheilt' ijui est aiijimrti'liiiy eu France, i 
l>resetHi? h In mère du roy, elr. A Uurdcaux, ii n. lxxxvi., pi'lit in-W, {Variift^t\ 
hkUtriquex el {'titt'raires, |iiibl. par M. Eil. Kouruici', l. vn, p lo5.) 

^ Le couitc (le Coitiiiiîn^iiïs a M. ilc Lionne, ai révrkr [8 murs] 1602^ 
(DUirtj aiid CmrexjMinIeiice nf Samuel l'epijs, cl<-. Liintlnri, lt<:ji. io-S", vol. IV, 
1». 343.) 



ET Ui: LA NAVkîATlON A liulUHIAt'X. 



i«:{ 



I 
I 



"ésenle un chiffre d'environ 4 livres 1 sliilliiigs cuiniue' 
bénéfice sur une licence d'importation de 10 tonneaux 
de vin'; mais si les prix avaient augmenté-, la con- 
sommation de cet article devait avoir diminué, surtout 
s'il y a quelque vérité dans ce que dit Gourville, en 166£>, 
que, dans les Lonncs maisons, tout le monde ne buvait 
ordinairement que de la bière ■'. 11 est certain que la 
fabrication de cette boisson avait été considérablement 
améliorée, depuis le temps où la Guienne avait échappé à 
la domination anglaise; c'est au point que l'on peut 
signaler, dès 1556, une exportation d'ale anglaise sur le 
continent*. 

Avec tout cela, on ne voit pas que les vins de notre 
Midi eussent un débouclié à l'intérieur, ailleurs que sur 
le littoral de l'Océan^ : c'est qu'ils étaient réputés insa- 
lubres. Julien Paulmier, médecin normand, autenr tl'un 



' State Paperx, DoiuesUc Sfiies, Gliarlr» I, ttCil ?, viil. CCVl, n<' 7R. 
' Raii[ioi-| tics iii;ir<han(!s di* Itnnlinuux au Cinisoil, lOôô. 'Slnle l'niirix. 
Donieslk S«iis, Cliaihs I, vul. CXLV, n" il.) — Celte comniis-siimiiltriluii" la 
ciici'té des vins ii Irléviition eim&idi^rablc des droits dans les doux pays, t'I à follc 
circ<inslance que les prix des vins {-laient Jixés par le Conseil d'aprù-s le taux 
i payé en France par tes Anglais, (|ui aehelaicnl ronslammenl le lueilleur, tiin- 
I dis que des qiiadlites de vins inféneurs étJiieiit impoilées en Anj^leterre p;ti' 
des Franeais et pyr des itruntiers, e I vendus 'm\ iiuHiie prix que les supérieurs. 
"• Mémoires de Cmtmlle, dans la CoUee.tion Petilid, 5" série, l. LU, p. ■M>a. 
' Calendar uf Statt" l'apers, Fnreign Séries, of tlic Relgn of M;iry; p. 2th2. 
n"584. 

■'Le 11 janvier HMHi, CoUiert écrivait ii son roiisio, intendant a Rueliefarl : 

" Coninie le couiuiene est la sniiree île la tinatico. et qm* la linanee est le nerf 

[de la guerre, il y a diis nécessiteï auxquelles il r:int avuir éj^^ard, i muiue à la 

Iftortie des vins de Dordeaux potir la Bretagne, oii il s'en fait une pande con- 

I sommation.» ( Lettres, iiistriiclims et métuolrejtdeCulbert, etc., t. fU, l™part., 

p. 37,) — Le eliancelier Pojet, reeaminiindant de bien cl lionuraldcun'nl traiter 

MM. des Grands-Jcuii's qui aliak'iil k'iiir séanee ii Ant^ers, prvM-riviiil de faire 

aelu'ler des vins laiit d Orléans que ih' t;astii(,'ne et du Verrou. « parée que. 

disail-il, MM.de la Coin (plus mnininnénient boyvrnt vinseleret^. » yhiveitfaire 

11. K 



|{4 HISTOIRE nu COMMERCE 

traité sur le vin et le cidre, après avoir dit que la Franco 
ne prodtiisait aucun vin rouge qui fût doux, excepté 
dans le Bordelais, où l'on en trouvait de rouges el do 
noirs, accompagnés d'une grande douceur, et que les 
vins de Gascogne étaient chauds, vineux, faciles à digé- 
rer, et de couleur œil-de-perdrix, ajoute que ces mêmes 
vins occasionnaient des obstructions el beaucoup d'hu- 
meurs*. C'est ce que fait entendre Simon du Rouzeau, 
quand il traite de fumeux les vins gascons, nommément 
ceux de Gaillac et de Cadillac, « l'allerant d'Agenois, de 
Grave et la Reolle^, » et le grand Colbert, alors au ser- 
vice du cardinal Mazarin, quand il manifeste la crainte 
que les vins de Gascogne, « qui, dit-il, ne sont pas esti- 
mez bien sains, » ne fassent mal à Son Éminence^. D ne 
manquait plus que de traiter le vin de Bordeaux iVrptiis, 
de grossier, et c'est ce que fit M™*' de Sévigné quand, en 
parlant de M, de Lavardin, elle disait : o C'est un gros 
mérite qui ressemble au vin de Graves *. » 

anitlijlique des archiva unck'imes de la ninlr'u' d'Angers, il<'.. [liir r.iK'slin 
Porl. Paris et An^'e^s. l»fil, grand io-8", p. 23, 2i.> 

^ « ... EsUns lioiix pnnri{>nlcm?nt, i-haciin ics doit cvitor, fors veux qui sont 
rie grand exurcicr, H le menu iiciipli' ijni pit;no sa vi(! avec licaiiroup de 
Injvall. » (,Traïli'ilni<}n tt du cidre, p:ir Julien de I'aiilnii«r. A Capn, J389, 
\n-%°. Mil) 2C rocto.) Ailleurs (folio 21 vcrso\ lo niO'mo auletir itirntionne les 
vins que l'on apiKirto de Dordsaux ou partie |>ar lucr, o qui snnt gros el ooirs, 
et de mauvais usage les deux premieips arinéfs. « (Cf. fidio 20 verftû. Pi 
JitUnui Valmar'ii de Vint» et Pomaceo iihri rfao. Parisiis, a. n.i.xvxviii., in-8", 
r«di(is 2r> vcrsii, 31 voi-sq, 52 rccli),) — Il est rîjppnrtt: diiiis In ('Mrmiiifie Iwiir- 
dfh'ise, p. UiCt, ii Ifinni'i'! lOlIi, qui clutuut tini' aluindanti^ récnlli', que l'abus du 
vin doux causa de» morts unuiliri*uses. 

' L'iiermh gjtfJtpin ou l'Himae du vin d'Orkans, etc. A Orléans, m.dc.v., 
in-4". p. 14, V.'i. 

' Lollrc (In CoUirrt au riirdinal MaTiariu. ilii \" orlobrt» ItiiiO, |«Mlilit«et par 
M. <;ti:iiupullitin-Fini'ar, i Ikininif.nts liisUiriijtii'x hu'diti, vtv,, t. Il, 1». WHJ.) 

♦ Lrllr/" t[>< M""" dr ScvIkiic :i M""' de fiHtiuan, du 22 noi'il IW7I. 



KT UV. I-A NVVkiVTIttN \ IlOUIlHALX. 



H5 



A la lin du xvif siècle, le comiiirrcP avec l'Angleterre 
étail pour ainsi diro perdu. Dôjà, (hi lomps de Cleirac, 
[on se plaignait de la Irop faraude abondance des récoltes 
[en Guienne, « de laquelle, dit-il, le vin fut jadis la ri- 
chesse; .'i présent c'est sa grand' pauvreté', » etc. L'agri- 
culture avait t'ait de notables progKs* et Ton avait planté 
do la vigne où auparavant il n'y avait que des marais'. 
L'intendant do Guienne, dans le Mémoire analysé ei- 
[dessus, décrivant le commerce de la généralité, dit ; 

Le commerce n'e^t point encore étably aveclesAnglois; 
il vient jusqu'à présent peu de leurs vaisseaux. Il y a 
quelques F/;ossois''. Il est venu beaucnup d'iîollandois 



• V* et Comtnme» de la mer, \i. 83. Jugentetuf d'Oltron. S xx. ii " I . 

' En 1671, r.nibt'rl avail <li;n'};i! h' rotisu) ilc Fr;inip il;iiis l'ilc ûv Z:mlc' d'«i- 
^Toycrii Marecil^c dos plants dt s nidllcurs raîsius iinnctiant des vilU's vi>D"ilicri- 
[ ne» {Corrtnponihmce adminktratirf xmtt le renne de Lmiis XIW I Ml, (». SHl. 

en note) : nous ne savons si la commissinn Tut t'xi-cuti'r, ni si Vcnviii &;iiriMa 

en Provence. 
•■' Vfjv. fj-dcssuR, t. !, p. {."V*. iôî).— On a un lleaieil desrditi!, dt'cretx, dirlara- 

tionx, urréli et règlement concrnum* kx desséiheuiewi Uea marais. Honloatix. 

S. Boc. s. d., in-12; et k MiHsée^AquUa'me. I. X. p. 165-167, a ptihlii' l'tdil d« 

8 avril loOO sur le dcssiVlicmcnt des inarats di* ISrup's. iiorlarif innfcssion i) 

lliiniphrtn Hr:idlry, de ^l^'r^;^lp-ZlU)lll, dr la iiioilk' îiy lims Ir's [)!iliis et marais 

dépendant du doiiiaitu; iIp la cniinuiiu' qu'il dcssi-cliiTait. 

* Un dft leurs navires, le St'pUine, de TiO tonneaux, parti pnur :(llrr Ugc ii llor- 
di'sux prendre un «liarprunent de vin pi retnurner ensuite en Ecosse, fut eap- 
lurt par des corsait es franeais, au nn!^prts du pasisepwl dont il Matt porleiir. Vn 
niareliand de Urtiifn, Tliiniias Atliullmet, on solliriia et en ithliiit un autre, .'^e 
fiindunt sur Cl' (|ue. le navire ayanl Hi' îHiu'nê a Oiinkerque, tDuli'slespil'eesde 
Jtiwd stiiiulé<\s qui le nreltaienl ;i ra!)ri des rorsaires ;m!.;lîiis vi hollanditis, pa- 
raphées par les juges et les pat'Iies, ne poiivaietit lui servir, Tlepistre du Con- 
seil de eonimerro. F, 12. rir>, folio 36? verso; 17 juillrt \'\\.\— La eonrse se 
faisait alors aver lanl d'ardeur, que eeux qui s'y livritieut allaient jiiiîqu'it s« 
ruer sur leurs compatriotes. C'esl re qui arriva \\ la S/VMf , de Midciclbourit, 
pillée par nn rorsaire de Flessin^ue pendant qu'elle s'acheminait vers Ilor- 
di'îiux pour y cHarjiier dos vins et dcseaux-de-vio. Knlré en riviéro, le eapilaine 
mouilla au lieu appelé le Pnx, doii il alla, eu elialtmpe, faire sa dèelaratioii îi 



HG HISTOIRE UU COMMEHCE 

depuis la paix ; le commerce n'est pas encore rétably * ... » 
Si Ton rapproche de ce passage ceux du P. Eerthod et 
de Sir Samuel Pepys que nous avons déjà cités ^, on 
ne pourra qu'être convaincu qu'il en était ainsi depuis 
au moins un demi-siècle; mais on aimerait à connaître 
l'époque à laquelle furent instituées les chaires de langue 
anglaise et hollandaise mentionnées dans une lettre de 
M. de Pontchartrain h M. de la Bourdonnayc, du ix 
octobre 1700 ^, et dans la Continuation à la Chroniqm' 
bonrdeîoise, à la page 162 et à l'année 1692, date de la 
révocation du sieur Seyzes, congédié à cause de son pe» 
d'exactitude. Louis XIY, jaloux de tenir tous ses sujets 



l'amirautë, noUmnient au sujet de sc\>\ milliers de morues que le forliaii l'nvait 
cuntraintde im'ndni on payeiuent tic cp qu'il lui avait cnk'vè ; niuis, wuis s'ar- 
rMcr il r;H'qiiit-a-caiitiun qui lui avait i'it- dcliviè devant Dlîiye par ie cuniuian- 
daal de lu palachc des Termiers graéraus, les gardes de ratiiii-aulé saisirent la 
Sirène, et l'on eut toutes les peines du uiunde a obloiiir mainlevée, i^lbiii., 
folio !la verso; 23 août 1709.) 

' Ms. de la Bildiolbeque iiiiptiiiile, fonds Morleniiiil n" lf*8, folio fj2 véi'sii. 
— Le Grand d'Aussj a rite inexaeleiiient ce passage, sans dnule pour le 
fjrendrc plus lisible. Voyei Histoire de la vie {irioée itcg l'raiirnis, l. 11. p. iO(). 
401.) 

' Voyez ci-dessus, t. I, p. i>8. 

" » J'eserivis au luois de luais dernier k M. de Besons sur les luaistre^ de 
langues il f^staldir 11 llordesiix et à Bayonne, iKoir osier aux nouveiiux ealho- 
liqiies le fn'étexte d envoyer leurs enfsms en pays eslraniii'rs. 11 nie lit eesponsc 
qu'il e.sloit inutile deu eslatlif h Uayoune; qu a Itordeaux il y en avinl un 
pour l'angloîs, auquel la ville donnuit GOO livres de gages ; qu'il y en avoit aassy 
pu un de langue hollandoise,, lequel on avoit e^tè ohligi' de renvoyer ii cause de 
sa mauvaise coruliiite, «■ ele. {Correxiiutndauce admiiiintratii'f siuis le réijtie df 
LiHiu XIW V. IV. p. i^i.) — Voyez, siii" liisatîe où les néjioeiaiits élaienl di-ja 
d'envoyer leurs enfauls ii rétran«fr, Viditi, Sometni Ltmimeitltiiie sur IWdon- 
natue tk la marine, t. I, p. 525, Au xvr sièdej les Écossais complétaienl ainsi 
l'édiieation des leurs. Le 22 mars L'iflH, Caslaigne enregislrait (folio ii<= xwiii 
iNfrlo) un etmirat «iifrc Aiidnw Wiiliauisnti. ruinrliand d'KdinLui-gli, el Jean 
de l'insm, inarrhaiid et hioirgeois de Uordeaux, pom* apprendre à sim flU 
Aicliiliald '■ le langaige fran<;fns a son possilde, et te Irain de uiarcliandtsc. ■ 



ï 



i:t de la navigation a Roni)F.AL-.\. m 

sous sa main ', ordonnait qu'il tut pourvu à son rempla- 
cement le plus tôt possible. 

Samuel Pepys raconte une singulière anecdote, qui, 
lUe était vraie, donnerait une idée de la naïveté des 
commerçants bordelais de son temps, « M. Batelier, dit- 
il, m*a rapporté qu'étant à Bordeaux avec quelques au- 
tres, h. Iraîter une atlaire de vin dans une taverne, ils 
avaient loué un individu pour contrefaire le tonncri-e, 
rôle dont il s'acquittait fort bien sur une planche tie 
sapin, et pour pleuvoir et grêler, c'est-t\-dire pour imiter 
le bruit de la pluie et de la grêle, de façon à fournir un 
prétexte pour déprécier les vins des marcbands, comme 
si ce tonnerre devait les gâter et les faire tourner : ce 
qui sembla si raisonnable au marchand, que, ilans sa 
croyance au mauvais temps, il rabattit <k'ux pistoles par 
tonne*. » 

Cette anecdote n'est ni plus ni moins croyable que 
celle qui se trouve dans un manuel d'hy^nène composé 
par un médecin ^çascou au conHiiencemenl du xvii*' siècle; 
mais à coup sûr cette dernière fait plus d'honneur au 
discernement des marchands et des dégustateurs borde- 
lais de l'époque. Après avoir parlé de l'arôme comme 
caractère distinctif des diverses qualités de vin, Joseph 
du Chesne ajoute : « Et de fait, il ne sera pas hors de 



i Voir t'cdit d'aoûl !G69 portant défenses aux sujets du roi de s'ha1)itner dana 
Iles pays ('>( rangers. (Ue(,'istre duseci-i'larial.aniu'c 1B7(I: Ms. de!:i Itililiiillièpe 
I unpi'riale (W'iâ, folio âT» vi'rso. Cf. LetUe», inslnaihus et nu'fiuihr.'i de Uoibert, 
t. Il, l" partie, p. csxïix.) 

-Diarij and Corre^mndenre of Sir fitimtu'l Pepijs, Aiipiist'21, tBlKli, I. M. p. ^ôn. 
[— A la date du 11 juilkt pivciHleul, Pi-pys dit ipi lui lui iiwiitra daus des 
rages des urlnluu> appdi-lrs de liuiilfiiiiv el desliiiés a la buiiclie d(t loi. 
(Viil. II. p. tl^.) 



448 insToiiu: m coMMiiitct 

|)ro]ius sur et: jwinci d'alk'gucr une cliusc qui usl vcii- 
tabie, et laquelle poui'laul aucuns ne croiront pas, si ce 
nesonlceux qui l'ont veu practiquer à liourdcaux^ comme 
nioy qui y ay fait mes premières esludes. C'est qu'en 
eesle ville-lù )' abordent tous les vins île Gaseogno pour 
les charger sur la mer : et pour là les distribuer en divers 
endroits, on range les poinçons en divers grands eclicrs 
faicts exprès et en une tres-grandc place, appelée aux 
Chartreux : Icsdits poinçons rangez si près à près de 
tous costez, qu'il n'y a moyen de les percer pour en 
tasler. Et y a des marchands et hommes si ex})erts, tfu en 
mîU'chant pardessus Icsdits vaisseaux seulenient, jugent 
de la bonté du vin, marquent ceux qu'ils veulent releiiir 
et achepler. Tel jugement procède des seuls esprits du 
vin : d'autant qu'ils mairlient beaucoup plus légèrement 
sur les vaisseaux qui en abondent, que sur les autres qui 
en ont moins '. » 

J'ai plus de foi dans la parole du secrétaire de la marine 
anglaise quand il nous dit qu'à peiue nommé à cet emploi, 
c'était à qui lui promettrait une rapière, qui une pièce 
de vin, pour en obtenir quelque faveur'*, et quand il 
nous apprend qu'un ccrîain Peler Barr lui envoya un 
ticrçon de vin de Bordeaux, « qui, ajoule-t-il, est très- 
bien venu^. >' Pourquoi ne Taurait-il pas été? C'était alors 



f Le Pauriraktde ta satiit', tU-., àfLl. U, cliap. vi. [*. 22iK — Vinci encore 
un Momoirt' du M. Léonce Ciuilure sur le ri-ginic alinitnlairo <li's lialiiUnls ilc 
rAruiiit'nac el des coiitréos voisines au xvi« cl au xvu'sittk'. dans le Itiillelin 
(lu l'ouiité (l'Iiisloire et d'archc'ologic de la province ccdésiasliquc d'Auch. 
t. I, IWJO, i>. r)9iKH23. 

' Diary amf Correstmnhmce of Sir Samuel l'efiys, Marrh 23, 1G<10, vol. 1, 
p. 38. 

•'' Ibid.. Junc 22, IC06, vol. Il, p. -WO. — Au rowuunccmonl de juillcl 166b, 



ET DE LA N.VVllîATldN A H(jnilKAi:X. 



Hîl 



I 



I 



usage, h peu près universel, depuis les temjis les plus 
reculés, de faire de pareils eadeaux, môme aux souve- 
rains*, de donner des pots de viu jusqu'aux Ijaillis v\. 
aux juges ^, et Louis IX, défen«lant à ses communes de 
rien prêter et donner, en exceptait du vin en pots et en 
Larils"*. En 1415, le maire et le clerc tie ville de lior- 
deaux, étant partis pour se rendre auprès du roi d'Angle- 
terre^ faisaient conduii'e, pour la lui oflVir, une grande 
quantité de vin de Graves, en vue d'obtenir la conlirma- 
tion des privilèges de la cité '. Eu 1555, le maire, allant 
en cour pour les aJïaircs do son administration, recevait 
vingt toimoaux de vin pour i'aiiv des présciifs aux sei- 
gneurs qui lui étaient le plus favorables^. L'année sui- 
vante, pareille quantité de vin de Graves était envoyée à 
la cour pour être distribuée au cardinal de Lorraine, au 
connétable de Montmorency et au maréchal de Saint- 
André". En 1681, rumliassadeur de Moscuvie, élant de 
passage à Bordeaux, recevait des jurais un présent de 
quelques douzaines de bouteilles du vin le plus exquis, 
et des eaux-de-vie, avec deux bassins de confitures '. 



Pcpys en avait reijii deux, lierions, avec d autres vnis dont il doiiue le déUiil. 
(Vol. H. p. 258.) 

» Rot. lin. clam., viil. I. \k Ui, lol. 2; 17. col. I ; 12«. cul. 2. — .1 Jmirwil 
hyimeof Ihe Stiileof Thonuix HrcKitifiton, etc., \^. i, 12,28. — En 12IXi, Alexari- 
der de Warliam oITi ;ii( an roi Jean deux Imiiicaux de vin, pour obletiir la pcr- 
uiissiuii d'amener d'Ani-'lelcrn' en Noriiiaiidie un navire avec un cliai't^enH'nl 
de sel el de peaux. (IlotuH de ohUitis et fJiiifmx, etc., p. 542.') 

* Poé»tes nmaks el h'ixtoriqiit's d'Euntache lieHCliaiiips. A Paris, h iiix<; xxxii, 
t'Kinil in-K", p. 130-132. 

■■* nrdoiiiiiiuceii des roig df Fiance, eti;., l. 1, p. 82, ail. ô. 

' &iipi>h'ine}it des ('.Iiniuitjuen de Ittirdeatut. p, ôl, 

" UAd.. p. 71. 

" lliid., p. 73. 

' Cimlm. de lu IMrm. linnrdeloise deimk k moisde Ihiemhre IHll. p. 72. 



m HISTOIRE DU C0MM1'[IC1' 

Ll' via ligurail aussi parmi les rcclcvam.'es féodales, l'I, 
à ce tilre, le grand juge du banc du roi devail recevoir 
annuclk'nient, à dater do 1510, une lonue de vin de 
Gascogne dans le port de Londres, des mains du grand 
bouteiller d'Angleterre*. L'abbesse de Caen devait deux 
pois du même vin à ceux qui criaient la nuit le gabel- 
lage de la foire du Pré^. Liue pareille spéciticalion indi- 
que la date de cet usage, qui remontait sûrement à 
répoque où la Guienne, au pouvoir des Anglais, envoyait 
ses produits dans toutes les provinces qui leur obéissaient 
sur le continent; mais on ne saurait induire de celle 
mention de vin de Gascogne à Caen, qu'après la réunion 
de la Guienne à la France, ce vin continuât à entrer dans 
la consommation de cette ville. En dépit des envois de 
vins de Bordeaux ii Ouistrehan consignés dans les minu- 
tes des anciens notaires, entre autres dans celles de 
Douzoau, h la date du 3 déceml)re 1517, on peut assurer 
que les habitants de Caen buvaient surtout des vins de 
Bourgogne et des côtes de la Loire ^, bien préférables à 
ceux du crû, mentionnés également par riiistorien de la 
localité*. 

Pendant que des écrivains anglais vantaieni le vin 



' Pau-ril Rulls, 2 Uen. VUt, pari II, inembr. 11). 9 Nov. ISIfl.i 

-Charles de Bniirgiicvillo, les Ilecherclies et nnlii/iiitez de lu inov'mce dt 
St'Kslrie, elt. A Ciien, 1588, petit in-i'», p. 75. 

•'* '• ...Audit temps... le bon vin fraoçitis et d« Bourgogne n'esloit vendu qm 
deux suis If pot, et le plus cxtellent »le Tlcaiinc el irOrleaiis deux stils six 
deniers oh trois suis au plus, et «;neores les artisans et iiieeani(|ties n'en bou- 
voyciil iiueiinenieDt. » (Charles do nourpufiville, les nerherche* et antiquitez 
de la prormcf de Nemlrie, Hc, p. 82.) 

' IMd., p. 2;i, 26, 7S, — Voyez <'nrnre F:ssfiix liixlunt/iies fur la ville de 
Caen. de., p:ir lahbé di- lii Hue. A Caen, 18:20. iii-8", t. I, p. .". 270: el l. II. 
p. 50«, 3051, ôâi, oôl . — M<tiis;mt de Biicnx tiipporle nno .linKiilière ^'tymologii' 



>E L^ 

«l'Orléans coimiie l'un dos plus tlôlicieux de Fj-anci,'', un 
Français rérugié à Londi'os parlait du vin de llordi^aux 
en des termes peu clairs, mais qui semblent eonlredirc 
l'assertion contenue dans le Mémoii'e de l'intendant de 
Guienne, que nous citions tout h Theure. Écrivant » sur 
la verdure qu'on met aux cheminées en Angleterre, » il 
[s'écrie : 

Monsioiir de Bonrcpaiix nrrivo, il est ii'i ; 

Lo diiiiupaj^no pour lui (.onjoiirs so ivnouvoSlc. 

Fuyez, Ivoire, ItouiiiL'îtux ; ruyest, Caliors, aussi «. 



' dt' loxiircsHun do ri» tlinl, inronsidiTéinent ailopli-p p:ir rùWR' ik' l;i \Uk : 

« M. BtiilKirt. liit-il, emil ()Ui' c'« iiiul h fSlê fiirroiiipu tli- r:iini:li)is irliile u'hif, 

r'i'St-à-(liie lin blanc, et que tes vi^încs furent pii'iiilereiiu'nl (ilatitt'cs par tics 

■ An^lois qui !ps avoicnt iippiirtées dr* Guyenne cl des aiilres lieux ili* Frum'c. » 

\{Mos/iiiHi nritixii iioeiitaliim purs w/tern, ric. («idoiiii, imicjaix., in-IG. p. \i\.) 

' A Method for Travell. Slu'iretl bit Uikbif} a \"ti'w of France. As U aUnni in 

Ibe Yeare vf vur Lord iii\>H. Londnn. prinlcd h\ 'llmm.is Croocli*, in-\'\ the 

ty'iew of France, fulio 2 verso. — ^epeiiilicx, or Ihe Vertus o{ Tut'aao. liy Wil- 
liam Barclay. Edinburgh, tOli, petit in-8", p. L — Après François do lu Noue. 
<|ui rangeait, en l.'iG2 , le vin d'Orléans au nombre « des plus délicieux vins de 
la Fcance » (Côlkclion Pelilol, 1" sèiie, t. XXXIV, p. ]33i, un riuieur de la 

II<M*alité a emliotielié la Iniuipelte en son donneur; nous vwilons parler de 
Siniuu du llouzcau, auteur de l'Hercuie giiespiti on l'Hiimie tin ihi li'Or- 
leatu, etc. (A OrléuQi;, h.dc.v,, in-i" dc^l puges.) De son c/ïtè, Jte>epli du 
■Che&ne déclare que les vins d'Orléans sont fumeux et donnent h la tète ; 
« C'est pourquoi, ajoute-t-il, on fait prestcr serment à tous oialstres d'Imstei 
du roy. à leur réception en telle eliiut;e, de ne faire servir pour kt Louelie 
du roy vins d'Orléans, bien iiue d'aillcui"s ils sont mis au nomlire des lions 
vins quant au gousl. » (Le Pmrtrakt de la santé, sect. Il, cli. vi, p. 321.) 

* Œuvres mélëen de motmetir de Saint- EtremoHd. A Londres, M.ucr.vni., 
hn-«", i. IV, p. 2a^i. — La réputation du vin de Caluus est ^ineieniie. Dans un 
niyslt're du xv" sifccle, un personnage s'écrie : 

Il n'usl g.irltiijun ne licmiiiu, 
Par Dieu ! r|ui v«illo « vin-cj'. 
Hn ! lia ! r.'i«t r«[nS do Qucrcy. 

{M\i»{ère* htédits du quiiniême siècle, piiMic par A. Juhi- 
nal, t, t, p. 270, Kg. 17. Cf. r- 392, SSS.) 

.année même de la révolution d Angle Itrr'e. Louis XIV donnait permission 
«le faire passer ((iiarante-i'inq htnneaiix de vin de <;ali{irs pour la Imuelie de iut- 



432 



lllSTUlIlIi DL" CUMMEllCE 



Dans un auli'e endroit, il montre liortensf! Mancini 
sensible à la misère où un médeciji de Londres s clail 
trouvé à Anvers, de n'avoir que du vin fie Bourgogne à 
boire*; « point de bière, point de vin de Moselle, de 
vin de Bourdeaux^. » 



i[!ies II, et tout aulant pour Lord Tyrconacl. {Qmtinuatiim de la ClironUjUiS 
tJtmrdetoàe,elc.. p. 125, 13i, ami. 10K8.) 

' On trouve de bonne heure le vin de Bourgogne, surtout k- vin de Heaunc. 
dans les Tays-llas. 1! en est fait mention dans les Tûiinma df. Cliauvetu^i (liïJii). 
p. lOS, V. 2(iU^, et M. dé Jouisunviiult jiosiiedait une pièce relative îi une four- 
iiiturt' de vin de Beaunc, fait* au duc de Buurgupe en 1 iJO. {Cittal. anal, de» 
arch. de M. le baron de Mirsaurault, t. II, p. 2."ïfl, n" ôi-il.) Le vin de Beaune 
apparaît .souvent dans nus anc[en.s auteurs, e\\ conipaf^nie du vin de Saiut- 
PotMxain. i^Juliiiial, Mi/xfêres iin'ditg, etc., t. I, p. 110. — Sennott jofieiix. de 
bien bo\ire, dans {'Ancien Tlu'âtre francots, puW, par M. Viiillel-Le-Duc, t. Il, 
p. 8. ce p. Il, 98. — (mhmtiawes des rois àe France, l. HT, p. 298 et 436. 
ann. 1358 et lô60.) — Une ordonnance de Philippe de Valois porte quo « lu 
lonel de vin de Beaulnc, de Saint-Je;iiigoii (S. Cengoux) et de Givry, paiera 
ti fr. d'entrée a Paris, » tandis que le vin de la Loire ne pavait que 2 fr. {Or- 
donnances des rois de h'raiice, de., t. Il, p, 51». Cf. t. X, (k 485. — Courlépôo, 
Description historique et tnptigrapjùija^ du duché de Bourgogne, t. V, p. ^i.) 

- Lettre h mon.sieur Silve.strf . {(Eiirrex de inimsieiir de Saint-Evre>nond, t. V, 
p. 281.) Dans une autre leUre, le niûnie écrivain dcrlarc que le vin d'Aï esl le 
plus naturel de tous les vins (t. IH, |i. GO). A l'exemple de ses prédécesseurs, 
liahitués aux vins de Coussy et d'Aï [le l'ourtrairl tie la saule, sert. Il, cli. vi, 
p. 221), Louis XIV avait, toute su vie, bu du vin de Champagne {hlém. de Sainl- 
Stmon, ann. 1717, 1. Xli, p. 315), lorsqu'on 1686, après une maladie dan^çe- 
reuse, sou médecin, Fagon, lui ordonna le vin le plus pectoral, et indiqua 
celui de Nuits cumme le plus propre îi rétablir les forées aiïaihlies. En 1023, 
la queue de ce dernier vin ne se vendait que 2j livres, et 50 livres tn KiîiO et 
lti"2, pris il comparer a ceux des vins de Bordeaux, {yotice hisloriqne tles vins 
de DDiirtjogue, t. Il, p. Î>i3, citée par Cuurtiipcc dans sa Descriplion hixlvritiue 
et topwjrapkique du ductid de Bourgogne, 1. 111, p. 136.) — En dépit de la con- i 
version du roi au hourgot'ne. le champatine resta longtemps en faveur It l'aris. 
l'n poêle liurles[|ue le qualifie de puissant. {L'Art d'aimer d'Ovide, elc. Paris. 
u. m:. r.Mi., in-J'â, p. :2tj9.) La Bruyère nous montre son iiiiancicr dans les dou- 
ces fumées d'un vin d'Avenay ou de Sillery (les Caractères, ch. vi). et tout 
Iti moudc connaît, par une lettre de M-"* de Sévipné, du i mars 1672. par la 
Iroisiènie s^ilire de lïoileau et les notes île Brosselte et de Saint-Mare, l'ordre 
des Coteaux, soriélé de (;(uiruiets qui disputatont sur lu préémiuencu du vto 



ET DE LA NAVIGATHhN A IJOHtrEAlX. 



in 



A rép<HHi(' (1g Saint-Évronioml, h puhlir dit Liuidres 
pouvait l)oirfi (iVxcelleiit vin de l'ontac c\ Haiit-Briou 
dans un élablissemenl Ibndé par quoique cuisinier iVaii- 
çais, et commajulilé, du moins alimenlé par le lils d'un 
ancien ])résiileiit au parleniput. Evelyn écrit, ù la date 

Idu 13 juillet 1683 : « J'ai eu ce jour mémo une lon- 
gue conversai ion avec nionsiour Pontac, le fils du fameux 
et sage président de lîurdeaux. Ce gentilhomme était 
propriétaire de l'excellent vignoble de Pontac et de 
Haut-lîrion, d'où viennent les plus grands de nos 
vins de Bordeaux'. » Ailleurs, il parle d'un dîner qu'il 
avait fait, en compagnie de certains membres de la 
Société royale, <t chez Pontac, comme d'habitude ^. » 
Après Evelyii, Drydcn, Swift et de Foo tVéquontèrenl 
Kla mémo maison et en éternisèrent le souvenir en la 
rncntionnanl dans leurs vers ou leur prose. Swift, qui 
dînait chez Ponlac dix-sept ans après le repas men- 

Itionné pai' Evelyn, informe Stella que le prix du vin était 
de sept shillings le flacon, et se récric à cette occa- 
Biou^. Longtemps après, un gentilhotniiM? irlandais, in- 
terrogé sur la provenance du vin qui figurait sur Sîi 
table, répondait que c'était du vin île Pattfivfr^, autant 



[de (Jiampagnc. Le débat n'étiiit pas cticoro lipuisc au commcacciucnL ilu siiclo 
suivant. Vojcz le Mennire ynlatit Je iléi-iiiiibi-c 1706, p. 59-4J1. 
' Juhn Evclyii, Uiarii, vol. II. p. m*. J81. 
- Ibid., p. Trm. 

* Tlte Wivk* tif Joniillmu Swifr. Edinbiirj,'h, 1821, in-S». >ijI. II, p. 7m. Cf. 
}. 372, 427, et vol. III. p. 10.", 1 1:2. — Evelvii. Diary. vol. IV. p. 587, Addit. 
iNotcs. 

' 'PoH tkk. Voir Sir Uerriard Uu! ke, a Second Séries of \"wimtudes of h'anù- 
\Ue*. London, 18Û0, petit in-H", p. 33. — l't'ut-c'lre y a-t-il cncurc «ne idlusinn à 
l'absintlic puntique, dtinl parli* Jftso|di du Chi^snc, Amf- k Pinirtmki df lu 
minti', sort. Ui. p. Tilô. 



m 



HISTOIRE DU COMMEUCE 



pour faire entendre qu'il n'avait point été payé que pour 
jouer sur le nom irnn cru toujours en possession de la 
faveur britannique. Le célèbre Locke nous apprend, à 
propos d'une excursion au vignoble de Ilaut-Brion, qu'il 
fît. en 16T7, que les vins de ce cru se vendaient alors 
105 écus par tonneau, au lieu de 60 qu'ils coîUaienl 
quelques années auparavant *, a grâce aux Anglais 
opulents qui envoyaient des ordres pour s'en procu- fl 
rer à tout prix^. » En remontant plus baut, Locke eût 
trouvé les mêmes vins à un prix bien moins élevé : vers 
le milieu du wi*' siècle, deux marchands de Lynn 
payaient à Guillaume Doulx, bourgeois et marcband de ^ 
Bordeaux, pour lut et le conseiller de Ponlac, 404 écus | 
sol d'or 22 sous et demi tournois, prix de soixante ton- 
neaux une pipe do vin à eux vendus^; et, près de qua- 
rante ans après, Jean de Pontac, conseiller, notaire et 
secrétaire du roi, n'avait obtenu, pour une partie de cent 
cinquante tonneaux et demi vendue h un marchand de 
Londres, que la somme de 1,603 écus 52 sous 6 deniers 
tournois, payée comptant*. 

Les magistrats de l'époque, pour la plupart grands 
propriétaires, s'occupaient activement de la vente de 
leurs vins» L'mi d'eux, conseiller au parlement de Bor- 
deaux, se trouvant à Rennes pour un procès, avait pro- 
filé de l'occasion pour vendre à Jean Felloueau, bour- 



' Voyez, parmi les niinulps de Coutlmres, ii la diitc du 2(1 iivril 1600 (folio 32 
recto), une vente de vin liiite deux ans aupanivatjt a un iiuircliand angluia, 
dCDicuranl it Burdcaux. 

* Tlie Life andLeUen ofJohn Loctw, etc., !>> Lord Kitig. Lmidon. MDt.cci.vui, 
rt'titin-8", p. 71, 72. 

^ Mimiles de Douxcau, i janvier toiCi. 

* .\cle iioUrie de Jean ('.astaii^ne, du K février J.iXt. 



RT DE LA N.WKi.VTION A lîORDt: AUX. Il»") 

gcuis et inarcliaiid du HciUjii, Ireiito-lrois tonneaux dr 
son vin récolté dans la paroisse do Mérignac et Malebose 
de Graves, à raison de 32 écus le tonneau', pendaid 
qu'ailleurs le vin de Bordeaux ne valait que 12 écus*. 

Ainsi que le fait judicieusement observer M. F. Le Piay 
dans une note de son excellent ouvra^^c^, l'éclat qu'ont 
jeté en France, au \\^ et au xvr siècle, tant de niaj^is- 
Irats illustres, paraît dû surloul à leur situation de pro- 
priétaires Ibneiei-s gérant personnellement de grands éta- 
blissements ruraux. Montesquieu, l'un des maîtres de la 
science sociale, était en même temps agriculteur prati- 
cien et négociant habile. En lisant attentivement ses 
écrits, on aperçoit rintluence qu'a exercée sur ses opi- 
ions l'expérience qu'il avait acquise dans l'administra- 
tion ^e sa terre de la Brède et dans la vente de ses vins. 

ne parler que de ce dernier sujet, « je crains bien, 
écrivait-il en 1742, que, si la guerny oonlinuo, je ne sois 
forcé d'aller planter des choux à la Brcde. Notre com- 
niercG de Guienne sera liientôt aux abois; nos vins nous 
resteront sur les bras, cl vous savez que c'est toute notre 



' Acte iiubiii' de Couthiirvs, du 28 mai Hîrw, folii) l'i" n-rlo.— Le tioni de 
lean Fiiloneaii, ;i(i|io1l* n-Uf fois h<iiirgmis ni niarcliard de Hoidoaux, iTpiiiaft 
plus loin diins un contrat de vfiitp ûe six Lonni*aiix de vin nuise de (Inves îi 
Sc&linaliun de Rednn, » et te pour la somme de l.'ifl livres tonrnuis le tou- 
can. » (Fnlio 4JS0 reetii, Il novembre H)a*.) (m le vuit otienre figuifr dans 
î'autrcsalTairps de vin. cl dans un aelial de liuit rent Ixiisseaux de MMjïledi' 
Iti-etafînc. ii la cnnsiKnalion dArnaull. Chapemn, liourjîeiHs de Liliourne, en 
relation hii-nn''n)fi avee des marLiiands de vin lirelons. (Knlio i" verso. 
21 mars Kx>;2; fol. ÎK> verso, 10 janvier KiTi"; fol. WDreeloet rj-ifireeto, 1!» no- 
vembre cl iS déreinbre llîol.) 

' Acle de t;outliiires, du j léviicr l(io.i, fol, 1128 verso. Cf. folio III rerUi. — 
iC'êtait du vin ii6 lu maison noidc! de Itonnet i:par(dK.se de Créxillaet, rerueilli 
ail iHMirdiefi de Malhinulp. :///((/., fol. i'ï>rcetu, seplemlue Hm:2.) 

' La f{t'fi>nnt'KtKiiiUi'H Fmiuv, ele. l'ari.s, WH, in-K", 1. 1, ji. ôii, \i\, en noie, 



m 



IIISTOIIΠIH; COMMERCE 



richesse. >» Dix ans plus tard, il écrivait encore ù l'iiblir' 
(le Guasco : « J'ai reçu d'Angleterre la réponse pour le 
vin que vous m'avez fait envoyer à niylord Elihank; il ;i 
été trouvé extrômemenlbon. On me ilemande une eiun- 
mission pour quinze tonneaux, ce qui fera que je serai 
en état de linir ma maison rustique. Le succès que mon 
livre' a eu dans ce pays-ià contribue, à ce qu'il paroît, 
au succès de mon vin-. » 

On connaît quelles sortes de vins notre port expédiait 
alors en Angleterre; nous en avons le calalo|!;iie, avec 
les prix, dans un état de nos irtiportations outre Manche^; 
mais l'auteur du Mémoire sur le commepce de Bordeaux 
en 1730* nous renseignera encore mieux sur les vins 



' L'Esprit des Loh. 

- Monlcsqiiit'u, Leltren famiitt*res. — S'il futit tu croire une liaulc iiuturiu- 
commerciale dp Doi'Jeaiix, les vins de la fîrède 6laietil admis iiuliefniH en fraii- 
chifw dans la Craiide-Ui'eUnne, comme itant du cru de Muntestjuieu. 

^ Vins de Graves louges, ii Sîi v. 90 el KM) v. le tntmeati ; vins blanes, à SO, 
a 13 V.; Montferrand, U 28, 3G n W; (Jucyries, idem; vlti de eoste, a 20 et 10 ; 
Pf'cignac, 20 et 40 v.; Lanpn, idem ; llaut-Pioignae, to ii uO v.; Hommes cl 
Sauternes, idem ; vins de Caliors, 3(1 ii 35 v,; vins tk Lantiueiloc. ô<) ii 31 v.; 
>ins de Frantignan, 3j à 30 v. la bar,; eaux-de-vie de ."58 i tj liv. les 52 ven-; 
prunes, 3 liv. 5 s. à lî> s. le cent; vinaigre, 38 a :îO v. )« tonneau; sirop, b 
3 liv. 10 et K liv. 10 le cent; résine, 27 ii 30 liv. le millier; brai, îdeui, ii 31 
liv. 10 s.; térébenthine, 25 £i ro liv. 10 le t.; liège, 8 a J 1 le c^nt; noix et châ- 
taignes, !) 3-îi Je bniss.; laMe de noyer, 8 a 13 liv, la don/aine; papier raisin; 
papier Canet grand; [lapier aux armes d Amslerdam ; d'Anjîoiili^nift lin, 3 liv. 
iOii la la rame; id. second fin, h 3 liv.; Pêrigord aux armes d'Amslcrdam; 
plume pour le lin, à 5,^>. îi iO le cent; {(ants de Monlpeîlii'r. iO-IO la douzaine ; 
eau de la reine d'Hongrie, i liv. la dim/aine de fioles pcsiint 1/2 liv. ehariinc ; 
peaux de cbevreau en rroilte: huile vierge, 13 la livre; olives. 18 a ^1 s. le 
baril; cApres, 00 liv. le cent; anchois, 10 liv. le gros baril; id. petit liaril, 
7 liv, 10. {Èiat û?.% denréen ûe la pnmitce ik Guyenne el antrex voisiner, jyroprt* 
pour l'Aufflflerre et knr» prix années cottrcmlen, iTjâsIre A de la Chambre de 
commerce de. Gnie.noe. p, Tw\i, li novembre 1711.) 

* Ce lemanjuable travail venail après daulres ainsi menliotines dans le 
registre ilu tlunseil de raminerc*' F. 12. 31 , lolii» 9 rect<t. séance ilu 17 der.cm- 



KT r)!-- I,A NVVKlATKiN A llOllUKArX. 



127 



qui arrivaient dans cette ville p<jui' y ètru cniliarqnés fil 
descendre ensuite dans tontes les directions. Après s'élre 

■ assez longuement étendu sur la culture de la vijrne on 
Guienne, « la quantité île vin qu'on charge à Bordeaux 
chaque année, ilit-il, va ordinairement à soixanle-dix 
mille tonneaux, outre la constunniation tic la ville qui va 
autant; on le débouche en Angleterre, en Hollauile, à 
Hambourg, en Suède, en Danemark, en Filandres, en 
Bretagne, Picardie, Normandie el en Amérique, » L'écri- 
vain passe ensuite aux diflereuts ci^us des vins de l'élec- 
tion de Bonleaux el des pays voisins. « Il y a, cHl-iK 

™ cinq crus principaux dans h sénéchaussée de lînrdciïux, 

■ qu'on appelle Graves, Palii, Entre-deiix-Mers, Langon, 
Barsac et Preignac. Cliacun de ces crus se divise en 
])lusieurs autres espèces, [lar rapport aux diflerens prix 
qu'ont les vins qu'ils produisent : 

■ « 1". Le vin de Graves se divise en rouge et blanc. 
Le rouge se subdivise en trois espèces principales. Lu 
prennère conqu-end les crus de Poulac, de Lafilte et du 
château de Margo, ipii ne ]U'oduisent ordinairement que 
trois cents tonneaux de vin, qui esl le plus estimé de la 
province, et qui se vend ordinairement de P2 à 1,500 

^Bire 1700 : «M. le di'puté de ((ordcaux ay<int rrmis les Difinoircs qu'il a foil.s, 

^■ant sur le Tait gïniéral du coiimiorcti quu stir k< camuicrcc ginéral de la ville 

^^c Ikinifiaux cl pioviuf c do Guioriiic, il a rstt- hn\ (iiiclqucsarliclcs du dernier. 

t't lu le«-lure drs aulips a eslè roriiisc ;i un aiilrc jour du Ceiiscil, « etc. — La 

eoHection des j);j[ii(?rs de Vaiicictiiu! Académie, conservée a la HibliaKiéque de 

la ville, renicrmu, sotii les n"» 3 et 17 du vnl. âX, un extniit du Mrmoire pré- 

^bentc au ConiM^il de <>iin)in{!rci^ par le rUpiito de ttiirdeaux, et un Slinmiri! sur 

^■«.'s pniductions et le commerce <le la pro\inrc de (iiùenne. L'un el l'autre se 

^Vapporlent a l'année ITôO. Diins un voltiiiie préretls^nl, fol6 18. «in trouve, 

Sims \v II" l'i, un Miitre MuMimire, <le l'ïildio liellet, sni- li^ cnnnneire des vins l'I 

^u<re& (kn<%'«i6 de Li iiuienne. 



128 nisToiiu-: ih; commf.rcij 

livres le loiineau. C'est TAiiglois qui enlève la inajeure 
partielle ce vin. 

« La 2" comprend une infinité de crus qu'il est im- 
possible de rapporter. Les vins qu'ils produisent se ven- 
dent, année commune, de 300 à 500 livres le tonneau, 
et ils se débouchent en Angleterre, Irlande, Ecosse, 
Hollande et à Hambourg. 

« La 3* produit des vins dont le prix ordinaire est de 
100 à 200 livres le tonneau. Pariny ceux-ci ceux de 
plus bas prix se consomment en Bretagne, Normandie, 
Picardie et Dunkerque, et les plus chers dans le Nord. 

« Le vin de Graves blanc se vend ordinairement de 
100 à 200 livres le tonneau, et se charge pour l'Angle- 
terre, la Hollande, la côte de Flandres, et pour Paris '. 

2". Le vin de palu rouge se divise en deux esp^ces, 
la première en vins fins, qui se vendent, année com- 
mune, de 150 fi 180 livres le tonneau, et s'envoyeni 
en Hollande, en Angleterre, en Amérique el dans le 
Nord ; la deuxième en vins gros, qui se vendent de 90 à 
100 livres le tonneau, et se consomment en Amérique 
et en Bretagne*. 

« 3" Les vins de l'Entre-deux-Mers, qui sont blancs, ne 



' Vdvcz, sur U's Graves ùp Uon\e.atix cl le rommerre des vins de ceUc calr- 
KOrie d«i t-rus au sied*! dernier, les VurMés Iwrtlelolsex, de l'abhé Ik'aurrjn. 
t. IV, p. ïâO-'iîi. 

' Vdjo/., pinir iinr vrjiito de vins du r,iili?.;igais achcU-s pour Honnrlwnl t( 
Qtiiiilin, cri Wil, le rociLi'il d<- l'acLiiitis do U Itil)liiillii-qih< de Durdcuux, coir 
Jttrixjtrudeiiet', w ^076. l, VI, pii-ce il. — Dans une re(|iii*lc adressée an roii- 
IrAJcur (çcnéral, ii la m£iiie époque, Les nc^oeianls de Sainl-Malu se di&cnl 
" uhli^êsde faire venir de Biirdeaux les vins et eaux-dc-vic, mesmes les furi- 
nes, pour !e ehiirgcuicnt de leurs vaisseaux, on de les faire passer dans n 
porl pour y Hure feiuiiuripirinml de res denrées. » H\c^, du Conseil de i-om- 
nu-rec F. \i. 70, p. 2Ô9; séarici' du 1 1 mai 1736. Cf. p. "iOO, 1" aoûl. ) 



i:t i)K la navigation a iîdhdkal-x. 



m 



I 

I 



I 



:'venl presque qu'à taiiv de l'cainlo-vio, qui esl la plus 
estiméfi de ce pays-ei ; ils s<' viMideut onlinairement de 75 
à 90 livres le tonneau. On en envoyé quelque petite partie 
en Bretagne, en ïïollande et tlans le Nord ; mais la ma- 
jeure ])artie est mise eu eaux-de-vie, 

« 4" Les vins de LîinL'on hlanes se vendent ui'dinaii'e- 
ment de lOo à 120 livres le tonneau, et se cousonnnent 
en Hollande, Angleterre et le Nord. 

« 5** Los vins de Barsac et de PreiL^nae. (jui sont 
blancs, valent, année eoniniune, de IvJO à iiOO livres le 
tonneau, et ont le même débouché que ceux de Langon. 

u La province de Quercy envoyé des vins rouges à 
Bordeaux, du cru de Caliors, qui se vendent ordinai- 
rement, rendus iey, de 135 à 1 'H> livres le tonneau, 
et se chargent pour l'Anglelerfe, la Hollande et le Nord; 
et celle du Périgonl des vins du cm de Domme, qui se 
vendent ordinairement 130 livres le tonneau, et qui n'ont 
d'autre débouché que la Picardie et la liretngne. 

« L'élection envoyé des vins blancs doux, et peu de 
rouges, qui se débouchent pour lu Hollande, et qui se 
vendent ordinairement 150 livres le tonneau. 

« La province de Languedoc lait desnenrlre dans celte 
ville de quatre espèces de vin dilTérentes, <lont on va 
faire la distinction cy-après. 

« Le vin de Picardan se vend ordinairement 270 livres 
le tonneau, le muscat de Bézicrs de 75 à 90 livres la 
barrique, celui de Frontignan tic 105 à 1*20 livres la 
barrique ou pièce, celui de Gaillac blimc de PiO à 180 
livres le tonneau, et le rou^e de 150 à 250 idem. » 

L'auteur fin Mémoire donne ensuite un état des vins 
chargés à Bordeaux durant l'année 1729, qn'fui peut, 
II. f) 




IM mSTUmE DU COMMEHCE 

dit-il, regaiilcr comme une annùe ordinaire. Avant de 
passer à cette statistique, nous ferons celle de Tann/'o 
précédente, d'après un état envoyé par M. Boucher, in- 
tendant de Guienne, du nondire de bâtiments étrangers 
et français qui avaient chargé à Bordeaux des vins et 
des eaux-de-vic pendant les mois d'octobre et de no- 
vembre 1728, comparés avec les cargaisons faites pen- 
dant les mêmes mois de 1727. 

Il paraît par cet état : P que le nombre des bâtiments 
expédiés pendant ces deux mois avait été plus fort qu'en 
1727 de quatre-vingt-un bâtiments, savoir dix-neuf fran- 
çais et cinquante-deux étrangers; 2" que l'on avait chargé, 
pendant ces deux mois de 1728, six mille cent soixante- 
huit tonneaux de vin de plus que dans les deux mêmes 
mois de Tannée précédente; 3" qu'il avait été aussi 
chargé, à cette époque de 1728, dix-sept cents barriques 
d'eau-de-vic de plus qu'en l'automne de 1727; 4° que 
les cargaisons de ces deux mois de 1728 n'étaient pas 
moindres que les précédentes, si ce n'est pour les colo- 
nies, les expéditions pour les îles, en 1727, ayant dé- 
passé de trois cent dix tonneaux de vin dit de ville 
celles de 1728. 

M. lîouchcr faisait observer, en s'appuyaiit sur le té- 
moignage des négociants de Bordeaux, que les cargaisons 
auraient été plus considérables, s'il fût venu un pU;s 
grand nombre de navires, ceux qui arrivaient étant aus- 
si 1(M frétés à des prix élevés. On prétendait aussi, ajou- 
tait l'iutendant, que les Hollandais auraient envoyé plus 
de l)âtiments s'ils avaient eu bonne opinion des vins; 
mais que, les sacliaut médiocres, ils n'avaient pas ilonué 
de commissions pour faire des acliajs; que les cargaisons 



LT iJi: LA N.WKiATION \ |limt)i;U\. 



m 



s'étaient l^iiles l'avaient été i.'ii jj;éiiéral pour If 
coniple (les uégocianis du pays, ou même dos propri*'"- 
ftaipes, comme à Saintc-Foy et à Bergerac; que l'on avait 
eu avis de Hollande de la vente des vins de ïiourg et de 
Blaye, « qui sont des vins de primeurs, » à des prix peu 
avantageux, en sorte que, selon toute apparence, ceux 
qui les avaient chargés y pei'draienl au moins un tiers 
de leur capital; que les vins de Médoc se vendaient peu 
I et encore à un tiers au-dessous des prix de l'année 1727 ; 
que les vins de palus n'avaient ni force ni couleur, et 
cependant s'enlevaient plus vite à cause du débouché des 
colonies. Les eaux-de-vie n'étaient pas plus recherchées: 
de 90 livres tombées à 85, elles étaient menacées d'une 
autre baisse de prix par le manque de navires et par la 
quantité de vins que l'on ferait brûler. 

Les cargaisons qui ont été faites, disait encore M. Bou- 
cher, l'avaient été par de jeunes négociants nouvelle- 
ment établis, lesquels, n'ayant pas grand'chose à risquer, 
(entaient fortune. La facilité que ces négociants, qui 
étaient nontbrcux à Bordeaux, trouvaient à acheter des 
vins à crédit, leur inspirait celte hardiesse, parce qu'ils 
avaient, pom* payer, tout le temps qu'ils voulaient; de 
sorte que si les vins n'étaient pas bien vendus, il était k 
craindre qu'il n'y eût du désordre dans le commerce. 
Les vieux négociants, qui avaient plus à risquer, se 
tenaient sur la réserve, et, par celte raison, faisaient peu 
d'affaires. De plus, ce grand nombre de chargeurs pour 
leur compte empêchait que les étrangers ne donnassent 
autant de f*jmmissions que par le passé '. 



' ili'jî. <iii C.nnscil de fOiiiiiKTte (•'. 12. "."», (». HMI-2; srarKo au Uî (li'Trm- 
lnv IT2S. .( t^uant iiu cuiiiiiicrn' do l;i plan-, dit ensuiU' linlt^mlynt, p. UUti, 



m HISTOIRE DU COMMEnCE 

Revenons mainlenant au Mémoire de 1730, et voyons 
rétal qu'il donne des vins chargés à Bordeaux Taunt^e 
préoédente : 

« 710 vnisBcaux ou barques, pow la Brelagne, Normandie, Picardie 

ta Flandre, cy 17,000 t" 

475 m/,, pour l'Ant^Melerrc 3,000 

S75 id., pour la Hollande 2230 

210 id., pour Haixilwurg el autres places du Nord. . . . IS.OOO 
123 id., pour l'Amérique 7,îj00 



1,493 vaisseaux ou barques. Total 70,000'" 



a Comme il n'est pas possible de taire une évaluation 
précise de celte quanlité de vins, à cause du grand nom- 
bre de vins qu'il y a, qui empêche de distinguer ce que 
chacun peut produire, et à la différence qu'il y a dans 
leurs prix, on ne peut qu'en faire une distinction au 
hazard, et une estimation k vue de pays. 

« Premier cru. — 300 tonneaux Grave rouge, à 1,200 livres le ton- 
neau 3110,000 liv. 

Deuxième cru. — 4,000 lonneaux, à .^0 liv. le Lonn. 2,000,000 

Truisièmc Grave. — 5,000 louneaux, ii 20O liv. le Lonn. 1,000,000 
Troisinne Grave, ou Palu tin. — 10,000 loiuieiius, ii 

120 liv. le Imuieau 1.200,000 

14,000 tonneaux Palu. k 90 liv. le tonneau 1,200,000 

A irjwkr 5,820,000 liv. 



les meilleurs négocians se plaipicnl qu'il y n trop i1';irgenl, que cela fait bais- 
ser Ips changes, cl qu'il ne se trouve point de pntllii :i Uim prendre des lettres 
sur l'étrantçer [lour les faire uégocier a Paris, ni sur aucune plare du pays 
étranger; de sorte qu'il n'y a que les ni-gociaus obérés qui tirent des leUres de 
cliange sur Paris, pour papner du temps, dans l'espérance de remédier a leurs 
affaires. » L'jtitendant lijoute que le contrtMeur y:éttïrai aura sans doute remar- 
qué, d'iiprés les notes qu'il lui envoie par tous les ordinaires, que le ihangp 
est plus Lias a Rordeaox qu'il Paris. 



KT UE I..V NAVK.A'nuN A 150 II Ui: AUX. 133 

Ikporf 5.8i(KCH>0liv. 

10,000 loiiiicinix blanc I!;irs;jc ol Freiyn:ic, ii Î'M tiv. 

It! totlilo:iii I.IjOO.OOO 

10,0(10 loiincaiix, «/., à 90 liv. k' loinioEiii 900,000 

lfi,700 tunucflux, m/., ■<« 75 liv le loniiPflu 1,îo2,r)00 

ToT^i 9,472,:)OOI.» 



I 



I 



I 



Fidèle à son progruiniut', rauteiir du Mémoire aiuiucl 
nous venons de faire un si gros eniprunl, ]iasse ensuile 
aux droits d' entrée et de sortie que payaient, de son 
temps, les vins à Bordeaux, sans pivjudice des autres 
droits que les réj^isseurs des fermes exigeaient ailleurs ' . 
Nous cesserons de suivre l'écrivain, pour rechercher les 
traces du commerce que celle place taisait avec l'Irlande 
et avec les pays du nord de l'Europe, où nous ne l'avons 
point encore vu. 

Les relations commerciales de Bordeaux avec la seconde 
des îles Britanniques sont sûrement aussi anciennes qu'a- 
vec la première; si nous n'avons pas consacré déjà un 
chapitre spécial à ces relations, c'est qu'elles n'apparais- 
sent dans tout leur développement qu'au milieu du xvi^ siè- 
cle. Auparavant, on voit dans les minutes de Douzeau, 



' A Calais, par exemple, c'cUiit un droil île 13 livres 10 sous sur <!fiat[iie 
luuid de vin du lïiirdeaux sorliint de va [lorl pour l'Angleterre. r.Heg. R de la 
Chanilire de comineree, folio Uili it'cto, 2<j nouudire 17ii. CL fulio 1(19 reclo. 
11 janvier 17^. 1 Le 8 uovimiiIho I7i>, le eunseil d'Étal rendit un iirrtH por- 
tant un nouveau n-iilenient \\imy les droits que les vins de IJi^rdeaux qui seB- 
tretwsajenl ii Calais devraient y payer; ils uiontaient a f!> livres lo sous. 
{Hfid. , fulio l&i vciso. avril 1731.1 — Les papiers de 1 ancienne Aearténiifr de 
Itordeiiux eonservés dans ia Bibliotlit'que de la ville, renfcnuenl unn^îrasde 
ribnndanee de iienieïpneruents au suj*«t des eliarges imposées par le lise au 
rimiuieree, ut des luttes ijui en lurent la suite. Voyez surtout, dans le vo- 
lume XXXVIll, art. 2, Estât dt's droils qui ne perçoh-eut dang les t>iiretinx *ie Bor- 
lUmts, Sttittea et la Hmiu-lle, sur ks denrt'es qui umxseitt dans ces lieiu\ cte. 



m 



l!t.STO]HH DLl CUMMKIICJ- 



k la (laïc (lu 17 avril 1521, un cliargemoiit dt* viii pour 
Iliclianl Jioucliier et John Glasliin, marchanil de Waler- 
Ibrd; le 31 octobre 1532, un autre chargement pareil 
pour Cork'; le 5 mars 1533, un contrai d'aflVétemcnt 
entre le maître d'un navire du Croisic et Patrick Mea, 
de Kinsale^; mais à partir de 1550, ces sortes de men- 
tions se présentent à chaque pas. Le 6 février de cette 
année, c'est un chargement de vin du cru de Sainte-Foy 
ou des environs^ pour Drogheda, et le 20 avril 1551 un 
prêt à la grosse sur un navire breton porteur de la môme 
denrée pour Dublin. Les 9, 13 et 25 mai, et le 30 no- 
vondjre suivant, ce sont des cliargenients de vin pour 
Youghal, Black-Water et Drogheda, et les IQ mars, 14 el 
15 avril, 14 mai, 5 et 28 novembre de l'année 1552, 
de p^'cillcs expéditions pour les mêmes points^ quelque- 
fois avec addition de miel en momdre quantité. 

Il est sans ititérèt de relever les mentions de la même 
espèce qui se l'apportent au xvni'' siècle'; mais nous ne 
saurions mieux faire (jue de nous arrêter au lémoignage 
rendu par Lord Chcsterficld au goût des Irlandais pour 
le clarct. Écrivant, le 18 ilécembre 1747, à l'évèque d<jj 



' Le 31 avril \t)SS, un marchand irlaadais, John Itrowor. ilunnc revu iiti mua ] 
tt comme facteur tic Ritliiird Gtiut, maire de ceUe ville. 

' ...... Fut entre les parties dit el accorde que ledit le Hoox halheiviit el 

prcslcroit au scnitcur el facteur diidit l'atris, fn la ville et citi* île l'ordcaiix. 
lit onl ledil niaistre, [>ar mun dudit uiarchant. devroit mener .sondit nnvirc pour 
charger de vin, la somme de 1(W livres tournois, et que irelleilile somme se 
|iiiyeroit par ledit Patris audit le llotix eu la ville de Quinquessal. pour avec- 
qucs ferc la descharge desdits vins, eu argent ou en cuvrs, au cboys dudiL 
le Doux, D etc. 1 

^ Nous ne citerons qu'une lettre de Rohcrl Dutler, négociant a la Roeliello, 
pour demander (t'cnvoyer de cette ville ii Ilordeaux un navite irlandai;» intur y 
prendre son cliHrjîeuietil ilo vins. Jteti. du Conseil de inmmerte P. 12. 
folio 34i recto: séance du t'i novembre 171 1.; 



I-T DE LA NAVIUATIU.N A UOllDIiAUX. 



135 



IWatcrlbril, il lui disait, après s'être întoniié des nouvel- 
les (l'un établissement fondé dans celte ville en faveur 
des protestants t'raneais, et d'une fabrique de toiles sus- 
ceptible d'attirer et d'employer ces réfugiés : « Je dési- 
rerais que mes compatriotes (car je me regarde encore 
comme Irlandais) s'appliquassent à cl'S olijets utiles moitié 
seulement autant qu'à l'éclat de leur milice et h la pureté 
de leur claret. L'ivrognerie est le vice le plus ignoble 
dans tous les pays; mais en Irlande, c'est véritablement 
une cause de ruine. Neuf propriétaires fonciers, sur dix, 
sont réduits à la misère par la grande consommation de 
clairet qu'ils jugent indispensable de faire dans leurs 

I maisons, par suite des fausses notions qu'ils ont de l'bos- 
pitalilé et de leur dignité. Cette dépense ne leur laisse 
aucun moyen d'améliorer leur domaine, les obligeant à 
se montrer coulants vis-à-vis de leuj's fermiers, dont ils 
doivent toucher les fermages intégralement, afin d'être 

• ea état eux-mêmes de payer leurs marchands de vin ^ » 
Voyons maintenant, sans recourir aux anciens et nou- 
veaux statuts de Bordeaux*, quelles affaires faisaient dans 
Ile nord de l'Europe nos marchands de vin. 
S'il en faut croire Choisnin, qui écrivait dans la seconde 
partie du xvi° siècle, le vin de Gascogne se trouvait abon- 
damment en Pologne, jusque dans les villages, avec les 
vins de Hongrie, de Moravie, du Rhin et les malvoisies, 
à beaucoup meilleur marché qu'on n'avait coutume de 
'avoir dans Paris ^. Sûrement il ne s'arrêtait pas en che- 



* Elfiianl Eiihlles, elc. Sliarpe'sedition. Londmi, s. ann., ia-18, vol. V, |i. Wî. 

* Voyez |i. 113 et 151. 

^ Mémmrfs de Choisnin. ami. liiTô, diuis lu CdUcrliuri Pditot. I" sorit;, 
"XWVni, p. aw. Cf. p. 38. 



I 



436 iiisToiJtE uu lu.\imi:ii(:e 

TTiin et il péiiélrait jusqu'en Moscovie; t<iitlelbis il est à 
reiuarquor que le capitaine Margerol m<?nlioniic uni({ue- 
ment le vin irEspagne et des Canaries '. 

En Danemark, nous trouvons un nombre bien plus 
considérable de mentions qui se rapportent à notre sujet. 
L'ambassadeur de France à Copenhague, M. de Itonre- 
paus, écrivait à M. de Pontcharirain le 2 juin 1(593 : _ 
« A l'esgard des vins, soit blancs ou rouges, il est cor- % 
tain qu'il s'en fait icy et en Norvèguc une plus grande 
consommation qu'il ne s'en est jamais fait, et qu'il s'y 
vend beaucoup plus cher que le vin du Rhin qui y estoit 
autrefois en grande vogue. Quand les François ne vou- 
droictit pas faire le commerce par eux-mêmes, mon sen- 
timent seroit de le mettre autant qu'il seroit possible 
entre les mains des Danois, pour diminuer d'autant cehiy 
des Anglois et des Hollandois-. if> M. de Bonrepaus ne 
nomme point les vins dont il parle; mais il n'y a pas à 
douter qu'il ne s'agisse des nôtres, comme dans d'autres 
lettres. Le 4 juillet 1693, le même ambassadeur écrivait, _ 
toujours de Copenhague : « Le vin de Bordeaux qui y estM 
arrive avec la dernière flotte se vend 70 escus la l)arj-i- 
que, ce qui peut faire juger Au goût que les Danois ont M 
pris pour les vins de Fmnce; car le meilleur vin tlu Hhin 
ne leur couste que 20 escus la barrique, et cependant ils 
préfèrent le vin de France tant qu'ils en peu\ent trou 



vei 



.3 



Dix jours après, le même diplomate revient encor 
sur ce sujet : « El à l'esgard des vins de Franco, dil-il. 



' t:tHl f/f l'f)iij>in' lit- Itimw. \m~. iii-8'', fdlio 50 verso, it ."d vei»). 
- Airhives de l"ErM|iiri'. K \7i.Hi, (>. riS, 5ft. 




KT lH: LA NAVhIA'l'lUN A lUUlDLAlX. 



131 



est constant que tant que J'on en i)eiit avoir, un ne 
boit plus du vin du Illiiii. Ils trouvent celuy tie France 
beaucoup meilleur, et le croyent heaufoup plus sain, 

(et ont reconnu eela seulement depuis eette dernière 
guerre, les Danois ayant pris eux-mêmes du vin ii Bor- 
deaux et à la rivière de Nantes, et disent que ee qui 
estoit cause qu'ils ne iaisoieut pas cy-devant ^jfi'aml usage 
B<lu vin de France estoit que les Hollainluis ne leur appor- 
loienl que le plus mauvais, qui estoit ordinairement far- 

Ilallé, et qui outre cela esloit nicsli' de vin de Pttrlu- 
gal ', » etc. 
Pour ce qui est de la Suè<le, un autre a;^ent diploma- 
tique, M. de Campredon, résident de France, écrivait à 
M. de Pontcîiartrain, le 11 novend>re 1711, que les né- 

Igociants français feraient un prolil considérable s'ils en- 
voyaient des vins, des eaux-de-vie et du sel, à Stockholm, 
parce qu'ils jouiraient de la dernière tnmeliise du di'oit 
d'entrée accorilde à tous les navires étran^un's apiiortant 
lies comestibles dans cette ville. Il ajoutait que le viji 
rouge s'y vendait de 300 à 350 livres la barrique, que le 
■ vin blanc y valait de 200 à 250 livrtîs, et que les navires 
ii^nçais y seraient très-bien accueillis. Cette lettre est 
^/'envoyée au Conseil de conunerce; la discussion s'en- 
■ga^e, et l'asseniblée décide « qu'il y a peu d'apparence 
<ïiie les François envoyent leurs propres basttmeus pour 
luire ce comtuerce, et qu'il leur convient mieux d'em- 
ployer les na\ircs des villes hanséatiques et des nations 



* Li'dfu (le M. (1(1 Bdnrejiads a M. de Poiilcliailruiii, C(i|i(^fili;((î(ii\ lijiiil- 
'«* iWô. i^Arcliivos de ÎEuipitr, R 15o(i, p. îi". i)8.i — Plus Uriii .[i. 07), il rs.1 
**••- niftUidn fie » miiifliuiiiis de Hurdejiiix, <)ui se plaiijnfnl qd'on l(Mir a swisy 
«es riaichaudiscs qii ils avfjienl ihiirgccs sur uu vaisseau danois, i< 




m 



IIISTUIUE Dl" CUMMKJICE 



desquels ils évitent les 



neutres, par lo mo; 
ennemis ', « elc. 

A cette époque, il était facile, aux uns comme aux 
autres, d'obtenir des passeports pour les navires qui ve- ■ 
naient charger des vins à Bordeaux*, tandis qu'aupara- 
vaul les inarcliands de la Hanse teutonique étaient tenus 
en suspicion et forcés de céder le pas aux Danois et aux 
Suédois, en possession d'approvisionner de nos vins les 
villes hanséatiques. Le bourgmestre de Lubeck avait de- 
mandé un passeport pour envoyer en Bretagne un navire 
avec des marcbandiscs permises, et liberté de décliarger 
une partie de sa cargaison à Roscof, pour aller de là il 
Bordeaux y déposer le reste et charger des vins et autres 
marcbandises de France à destination de Lubeck. Les 
députés commencèrent par rappeler ce qu'ils avaient 
écrit au sujet des abus que les villes de Hambourg, Lu- 
beck et Brème, pourraient faire des passe])orts du roi au 
préjudice de nos armateurs, c ayant représenté que nous 
tirions du Nord toutes les marchandises qui nous estoient ^ 
nécessaires, par ie moyen des Suédois et des Danois', Q^ifl 
fournissoient à ces villes hanséatiques les denrées et mar- 
chandises de France dont elles ne pouvoient se passer 
pour leur consommation; » et ils finirent par décider 
« qu'estant du bien de TEstat de ne point accorder des 
passeports aux villes hanséatiques qui estoient sous les 



1 

' Reg. du Conseil de rnmmt'rtt! F. 12. S», fulio 343 verso; séance du 27 n«- 
Tcmbre 171 J. 

- Ibld., F. 12. 38, folio 7 verso; 29 janvier >7t2. — Le 23 avril de la iiiiîme 
année, deux îiourgnwslfcs de Colherp in Poiiièranie dcmandaienl et obte 
nïicjit di!s [liiMt'iHii-ts [iiiui' deux navires (luilii votilairiit envoyer à Bijrdcaux 
r( k l;i Itucliellr. {iimi.. V. I2. 'i". folio :î7 lecl».) 

' Vnii' le rc(;isli'i! V. 13. .Vi, foîin 1 vtrso; Il niivi-tiiliiT ITiW. 



I 




» 



l'T m-: LA NAVU^iATlUN A lltjUIJMAl \. UB 

avocaluitvs de l'EiiipirL', il no tonveuoil pas de st^ dé- 
])arlii' de la règle géiiéralo en faveur d'un piirlii'ulier ', » 

Avant de lermiiier ce chapitre, nous ferons observer 
que ce n'était pas la pivmière fois q\w hiy mai^islrals des 
villes du Nord se mettaient en rapport avec les nôtres 
pour des affaires de commerce. Déjà, en lGi)'i, le sénat 
de Hambourg avait adressé aux jurais de Bortleaux une 
commission rogaloirc à reflet «rinfornier Pierre Testas, 
marchand, qu'il était cité devant le premier juge et (ju'il 
eût à comparaître en personne, ou par procureur, pour 
défendre sa cause. Cette lettre ayant été enregistrée, les 
jurais ordonnèrent que la citation qu'elle portait serait 
signifiée audit Testas par un des Iniissiei's de rii^Mel de 
ville, à la requête du procureur-syndic, et que la relation 
du tout serait envoyée au sénat de tlaudiuurg, « pour 
servir ainsi que de raison -. » 

Le 15 août 1700, il était remis en jurade une autre 
lettre, écrite en latin par les magistrats et consuls de la 
ville de Dantzig : c'était encore une cunnnission roga- 
toire, par laquelle ils priaient le maire et les jurats de 
vouloir bien prendre et recevoir la réponse catégorique 
(le Henry Lenof, marchaoil allemand établi aux Cliar- 
Irons, sur plusieurs faits articulés dans un Mémoire joint 
à la lettre, au sujet d'une contestation élevée entre Jean 
Jouensen, marchand, d'une part, et Guillaume Henry 
Nuphagcn, maître de vaisseau, d'autre part'. 

Ces mêmes jurais, qui se montraient si courtois en- 
vers les étrangers, si ce n'est quand il s'agissait des 

' Rcg. ilu Conseil de commeice F. 12. ol, Tolio 436 tvrin; 18 auiU 171W. 
- Coutimiatiim ilf la V.liniiHqttc hoimlcUtise , rJc, \i. HVi, 
3 IbUl.. p 201 



un IIISTOIRI' UV CUM.MtItCt: 

druils civiques', élaîent, vis-à-vis de leurs L'Oinj)ali'iot<^s, 
épineux sur les plus légères atteintes portées aux privi- 
lèges des bourgeois de la ville et cité de Bordeaux, con- 
fiés à leur garde. En recourant au recueil imprimé par] 
leurs soins, on voit : 1" que le vin récolté au-dessus tlej 
Satnt-Macaire ne pouvait desceiulre la Garonne et entrer 
à Bordeaux avant Noël; 2" qu'aucun n'y était admis, à 
moins d'être du cru de la sénéchaussée et diocèse de 
Guienne; 3° qu'il était défendu d'en vendre dans la ville 
et les faubourgs avant que préalablement le vin des bour-B] 
geois ne fiit écoulé; 4" qu'enfin, il était interdit à qui que 
ce fût de détailler du vin en taverne, à liordeaux, depuis 
la fête de saint Michel jusqu'à la Pentecôte, à moins que _ 
le débitant ne fût bourgeois et le vin de son cru'^. ■ 

Ces privilèges étaient anciens, et, comme il est na(u- 
l'el de le croire, les Bordelais y tenaient excessivement; 
toutefois, les rois de France ne se faisaient point scru- 
pule d'y porter atteinte à l'occasion, au risque d'exciter 
des troubles sérieux. En 1512, le duc de Longueville, 
comte de Dunois et lieutenant général pour le roi en 
Guienne, avait fait entrer à Bordeaux du vin du haut 
Pavs contrairement aux statuts : une violente émeute; 



' " Le s juin, par ordonnaiicc de messieurs les maire et jurais furent ras- 
secs les lettres de Iwui'^eiiisie des nommez Abrd et Criuii, ujarcliands liullaii- 
(luiSniin naluruUsez, et du niiuiiiié Albert, iiatir de Thidiv/c, eumuic ulilenués 
eoiilre les formes du statut, et leur nom biiïe de dessus le registre. » {Cimli- 
HUatUm tt 1)1 Cltroiiique IntitrileMne, p. T4, ann. 10^.) l 

' PiivU^ges des boiirtjem lie la rilie et cité de llorilemix. A lîourdeaux, 
1I.BC.I.XVII., in-i", p. 21. Voyez encore .liwifMs el nouveaux Sfitlulx tle la ville 
cl elle de iiifiinlt'fitiii, \\. Ii)8. tfK) [Des liiis que tes boiinjeois et haf)ilaiis duiiit 
Uotirdenus xotit pntlùlfe^ aelieter : el en ifuel lieu len àiidIois iieuvenl acheter 
vins), el les pa|iier*s de litilendanec, conserves aux Arcliivcs départementale» 
liassej)G41, 6i2. 



r,T DF. LA NAVKIMKIN \ IIOHIH'AIX. 



III 



I 
l 



I 



I 



populaiix' éclata, « tant le peuple estoit désireux de main- 
tenir ses privilèges et libertez ' . » 

Les Bordelais, qui jouissaient du droit de bourj^eoisie 
à Bayonne*, sans doute à charge de réciprocité^ ne fai- 
saient aucune concession aux autres villes plus voisines, 
en dépit de leur tilrc de villes filleules. Au milieu du 
x\'i* siècle, des propriétaires tle la Uéole et tle Laugou 
avaient tenté de s'élever contre la tyrannie des règle- 
ments municipaux de Bordeaux, en y liiisant descendre 
leurs vins avant Noël, date calculée de façon à laisser la 
place libre aux bourgeois pendant et après la foire troc- 
tobre. La ville se pourvut ])ar-devers le roi, qui lui 
donna gain de cause. Henri U, par ses lettres patentes, 
octroya aux maire et jurais ample prohibition à cet é^ard. 
Forts d'un pareil renouvellement d'un de leurs privi- 
lèges, ces magistrats en exercèrent un autre avec la der- 
nière rigueur; ils conlisquerenl du vin de Langon, et 
tirent brûler le bois des barriques, comme étant vin du 
haut Pays'\ 

Une pareille sévérité n'arrêta point ceux qui en étaient 
l'objet. En 1553, un marchand surprit de Henri W un 
passeport [lour faire venir mille tonneaux de vin du 
haut Pays avant le temps; mais il fut renvoyé « pour 
n'cnfraindrc les privilèges*. ^ Plus d'un siècle après, le 

' Chronique twvrfkloist' , p. 2h. 

' Voypz Q]§U'rri)lle de Ui rixefilt ihi imifim île la itmiiltiiiif île lianotirif, lit- 
lidS 111 verso cl 1J2 rortit; 31 l'I ïî amU Uii"). Lf sL'tund tUi rc.'i ;iirn'l<'s sn 
rapporle à la sorLie d'une barque, inmiitifc (e Cirf-Ynlant , de HwdL'aux, du 
port de vingt tonneaux, tliargée tk quin/c milliers fer et de deiis bamqiies de 
flous pour un marchand dt» tiilv place, sans complor nn paquet tle drap de 
l'oitou acliclo a Hayonrie pour ptulcr a ISiniltîiu.K. 

* i'.hrim'iqiie hwiilfhhf ann. I.Vil. |i. (IW. 

• lliid., \\ m. 




m 



lUSTOltlE nu COMMERCE 



marquis de Duras obtint pat'oilleiiiont raiitorisatif>n île 
faire descendre la même quanlilé, immédiatement après 
les vendanges, dans des Jjarriques de la jauge bordelaise; 
mais la jurade, conservatrice vigilante des privilèges des 
bourgeois, s'émut et envoya h Paris un délégué chargé tie 
demander, avec la suppression d'un nouvel impôt de 
50 sous par tonneau, la révocation de ia laveur accordœ 
au marquis ' . 

Les jurats se montraient parfois plus traitables,. En 
1624, le sieur Jonquières, revenant sur une permission" 
qu'il avait obtenue, de faire entrer son vin, « sans tirer h 
conséquence, « leur représentait, tant pour lui que pour 
les autres gentilshommes habitant le Bordelais, que cette 
résen'e leur portait grand tort. Là-dessus, il fut délibé' 
et arrêté que les gentilshommes d'extraction domiciliés 
dans le pays avec leur famille, jouiraient des mêmes pri- 
vilèges que les bourgeois^. 

Tout aussi heureux, les propriétaires du Bourgeais, ( 
niayais et du Médoc, obtenaient une faveur ainsi rappor- 
tée dans les mêmes annales : « Les sieurs jurats ayant 
fait représenter au conseil que les habitans du bas païs 
de Bourdelois ont par la concession de nos roys la faculté 
de vendre et debilor leurs vins pendant trois mois, à 
r exclusion de ceux du haut Païs, qui ne peuvent desceu 
dre que le lendemain de la feste de Noël, et que cette 
grâce leur seroil inutile celle année à cause de J'inlcrdic- 
tion du commerce, s'il ne plaisoit à Sa Majesté régler ce^Ê 
trois mois à commencer du restablissemenl dudit com- 
merce : il intervint arrest au privé conseil le 31 decem- 



I 
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' (jiiiliiiitiithni h Lt ('.brimifjiu' Imtirih'hhf . vW,. (). i'I. 
- U'hl., |i 11» 



ET DE LA NAVIGATION A UOUDKAUX. 



I4:{ 



porUiiil 



ulaiil loiil l( 



de 



fToiont 



mois 

es liabitans <lu Bourdeloi 
privilège, et que pemlaiit iceluy ceux du Iiaut païs bour- 
delois no pourroient faire descendre leurs vins, à peine 
de confiscation '. » 

Un autre arrêt ilu conseil d'État, en date du 30 mars 
1654, vint confirmer les privilèges des Iwurgeois de 
Bordeaux, relativement à leui** vins. Revenant sur deux 
autres arrêts des 11 janvier et 30 octobre 1637, qui 
K semblaient porter atteinte auxdtts privilèges, le roi fait 
« inbibitions et défenses à tous raharctiers, lavcrniers et 
autres vendeurs de vin eu détail dans ladite ville el l'aux- 
. bourgs de Bourdeaux, d'aelieter aucuns \'ins pour les 

(revendre en détail, s'il n'est du creu desdils bourgeois, 
à peine de confiscation dudil vin, dix mil livres d'a- 
mende, et autres peines*, » etc. 
I En 1675, quelques particuliers avaient tail entrer en 
' ville, au mois de décembre et en janvier suivant, deux 
B tonneaux de vin du cm de la Motbc-Monlravel, et ce vin 
avait été saisi par l'un tles jurats, avec d'autres vins de 
Cahors descendant aux Ciiartrons et logés dans des bar- 
K riques de pirande jauge excédant les dimensions arrêtées 
■ par les statuts et règlements. Les vins turent confisqués, 
IL et, pour l'exemple, il fut ordonné qu'd en serait pris une 
■barrique du cru de la Motiie-Montravel et deux de celui 
Ifle Cahors, pour être défoncées au lieu des Chartrons, le 
vin versé îi terre, les trois fûts fouettés par l'exécuteur de 
ensuite ' " 



justice, 



qui 



* €iinliniiali<iH it la rjituiiHjitt' l>mirilfhixf. p. 2i. 
"^ ibid.,j>. Il, 1± 

^ im., p, 2u. 



444 



llIsnillUv Dr COMMKliCE 



Celle exéculion burlesque ne produisit j>as, à ce q 
paraît, l'effet que l'autorité s'en éiait promis : aussi dut- i 
elle revenir bientôt à la eharge. Le IS août 1681, plu- H 
sieurs particuliers s'étant avisés de faire remarquer des 
barriques de la jauge dans le lin ut Pays et hors de la 
sénéchaussée, les jurais firent publier une ordonnance 
contenant « inhibitions et défenses à toutes sortes de per- 
sonnes de faire transporter ni conduire aucunes barriques 
construites dans Bor-deaux et pays bourdelois hors desdits 
lieux, conformément aux statuts, à peine de confiscation 
desdites barriques et de 300 livres d'amende contre cha- 
cun des contrevenants '. « 

Deux ans après, les jui'als faisaient publier une autre 
ordonnance en forme de règlement, au sujet de l'entrée 
des vins dans Bordeaux, bihibitions et défenses étaient 
faites à toutes sortes de personnes d'y introduire aucune fl 
espèce de vin du cru du pays, si ce n'est pour y être con- 
sommé; encore fallait-il la permission expresse des jurais, h 
laquelle ne pouvait èlre accordée qu'avec plusieurs res- H 
trictions. « Et à l'égard des vins recueillis hors ladite , 
sénéchaussée de Guyenne, continue le législateur, ordonne fl 
qu'ils seront portez dans les barriques et vaisseaux de la 
jauge et couverture du païs où ils auront été recueillis, 
pour être déchargez après la déclaration qui en doit être 



faite, sçavoir : le vin de demy marque après la Saint->Iar- 
lin, et celuy qui est sujet à la marque de la ville après la 
Noël, sur le quay des Ghartrons, et non ailleurs ny avant 



quay 

ledit temps, à peine de confiscation, » Exception esli 
faite (Ml faveur des vins de Languedoc el autres [>ortéa 



I (ÀiHlhtmilwn dr tu i.linntiqtw ixmrtkimse, \>. 7"». 



ET l>J' LA NAVldATION A HOUIH'.UX. 14,"» 

dans le statut, qui, par un privilège parlieulier, descen- 
daient habituellement après la Saint-Martin et s'arrêtaient 
aux Charlrons pour être vendus en gros et emportés hors 
de la sénéciiaussée. Les jurats faisaient encore inhibitions 
et défenses k tous marchands et civmnn'ssionnaires ou 
l'evendeurs de vin d'en ventlre en détail ilaiis la ville et 
dans la baidieue, même en gros, avant le ten)ps (ixé, 
et aux Anglais avant la fête de NoëP. 

En même temps, les jurats mettaient des gardes aux 
portes pour empêcher que d'autres vins que ceux des 
bourgeois n'entrassent dans la ville, et défense était faite 
de tahriquer de la bière de manière à diminuer le débit 
des vins dans la province^. Sur l'avis que l'on avait intro- 

' ContinualMii <i la GitoniqifC hiuirikhini', \i. >W.8fl, 

* r.eltc lUi'iiliDti (It! liiJiv :i liDi'Llciitix l'ïil la jiliis iiiicu<ni)C que nniis uynris 
roncnutit'C. Dans Ih Matiiin drs fêtes (loiiiu-cs h I KCfiisiun de la nnissaurc du 
rluc de Hourt!n(;iii'. on lit qui- ]vs hfhitanls ilii (|iiarti«T lU- .Saitiln-T.oloTiilie 
ayant fonslruil uni' gn»ltc au derrière Ae rêttUsr. il en snrtail doux fcmuirips, 
l'iiiif du vin, iMiitiT ili' liiéi'i'. I Wcrcwrc ijahuil. soçiU-mliro l(iH5, 2« parlio, 
p. 55. 1 Quelque lem|is ùçvvs, un ciTtain Qoiyr^c Slinrit;, tli- \Vi'\nt«uilft et Mel- 
minl» Up^îs, adressait à Pierre Iti Far/uc, niariUand de llurdeaux, deux barri- 
ques de bière foi1e, avce deux ballots contenant dix pitces de bavettes blanches, 
aiitreracnl dites simnak'mes (peaux de fygne), dîx-sept pièces d'étnffes larges, 
quatre dnu/aines de pranJs bas de laine pour homme, de la farine el des cabo- 
rlies ou eldus de chaussures, pour par lui en disposer et vendre au plus haut 
des avantages dudit Slnitii;. (Minutes de Cnuttiiires, ItîSK, fidios 0!12, tMC i - 
Au cnmmcneement du wiii' siècle, le Conseil de riiniMicice éiiicttJiit lavis de 
refuser des permissions demandêrs pour importer chez nous de la bière de 
Hollande, « parée que la bière n'est pas en iitiaye a Itoi'deaux. » ,Rt^p. du Ton- 
sflil de eonunenr F. 12. .Vi, folio (î-J reetn; sèan<r du H> mai 1709, i !>ix ans 
apri'S, le due d'Aunimil iihlenait la iiermis^ion de Taire venir il'Angleterrc à 
[Kouen Irnis pitres <le biei-c, en ftH^me temps qu tiiie (•arss<.' d'eau de citron de 
fTinBl-quatrc bouteilles et detix baiTiqucs de cidre. Ubid., F. 12. G5, (*■ 7ri v» ; 
séance du 20 mars ITIfl.l — I.es mentions de cidre \i Rûrdcaiix sont plus fré- 
quentes; nn les trouve surtout dans le ConWrrolk ili' fa rtn'ple df tu rotiMnme 
de liu\fonne. sans doiife parce que eette boisson venait de Hiscayc. Le tl jan- 
vier Hîân, le ronimls mentiiuine la sorlir dr la barque la .tfnnc de Bi-uuage, du 
II. 10 



m 



tllSTOlBE DU COMMERCE 



duit dans la ville quantilo de vins prohibés par le statut, 
on commit des bourgeois notables pour faire la visite 
des chais et s'informer de la quantité et de la prove-l 
nance du vin ^ . 

Le 7 décembre 1686, nouvelle ordonnance des jwats' 
au sujet des vins de ville qui étaient dans les chais des 
Chartrons. Les commissionnaires en possession des en- 
trepôts situés entre le château Trompette et la rue du 
Saint-Esprit, auxquels étaient adressés les vins rouges du 
languedoc sujets à la marque, et ceux qui descendaient 
j^ar la Dordogne, sujets à la demi-marque, devaient vider 
dajûs les vingt-quatre heures les chais où il y avait de _ 
ces vins de ville, à l'effet d'y recevoir lesdits vins rouges, V 
et défense leur était faite de loger ceux-ci dans le même 
locaî que ceux-là. En ce qui concerne les vins blancs 
sujets à la marque et demi-marque, les commissionnaires^ 
pouvaient les admettre indifféremment dans leurs chais, 
mais pour cette aimée seulement'-. 



port de qiiarantt» lonricîiiix, :i\tc un cïiargement. pour le compte d'un Borde-' 
lais, de trpnte-trois lonueaiix de cidre, (C. Etureau des tinances, foJio 8 verso.) ; 
Le 17 février dr la même année, il enregistra la sortie dti navire le Charlet, \ 
de Marennes, dti port de trpnte-cinq Intincaux. avec la moitié de cette quantité 
deslinée h lequipatie d'tm navir.? de Lilinunie i folio 'ii recto), eL le 20 du 
même mois, la sorti* de la Manjuerite , A<? Marennes, avec ii peu prés le mémai 
nombre de kirriques de cidre, « que Jolis de Laraclie, de Uiarrit^, fait porter kj 
Bourdeaiix pour la provision du navire du sieur d Oriol, de Bourdeaax. roap»! 
chand de Bnurdeaux. w (Ibui., folio 2i verso.) Citons cneort' la sortie de lai 
barque la Margtiriiif, de Hordeaiix, du [loit di- vin^;! tonneaux, dont le patron' 
avait " manifesté, u le 27 février, pour Pierre Cissies. boiirpeeis de eelle ville, 
dix pièces de cidre pour rapprovisionnemenl du navire de ce dernier, et le» 
liardeii de plusieurs mariniers de BtarriLs. (Folio ô4 rerta.) Le m^me registre^! 
présente nombre d'autres mentions de cliarpemenls de ridre. avec cette parti- ^" 
l'ularitè qu'ils sont presque tous au nom d'babitants de Biarrils. 

' Cmtinitat'mt ii lit Chroni'jitf bourrlflmni' , p. Po, 

' {M., elc, p 11^, lir>. 



KT m: l.A N.\VUi.\ri().N a llnJUil-AlX. 



m: 



quellt 



la ijopulatioii de 



I 



esistancc d iiici 
Bordeaux oppose aux mesures prises, même ilans ses in- 
térêts, par les magistrats, ceux-ci avaient toujours Toeil 
ouvcrtsur les conti-avcntions du commerce. Le 13 décem- 
bre 1697, sur des avis duimés aux jiirats que plusieurs 
marchands bord4'lais étaient allés dans le haut Pays acluv 
ter et emparoitr dcii vins pour les taire a])poi'ter on ville 
contrairement aux statuts et aux règlements, le parlement 
rendit un arr^t pour ordonner qu'il en fut informé'. A 
jla fin du mois de septembre de Tannée suivante, quel- 
ques particuliers s'étaid in}:;érés de faire descendre sur le 
port des Cliarirons deux bateaux eharfiïés de cinquante- 
quatre barriques de vin vieux ile Languedoc, contraire- 
ment aux termes de la transaction de l'annt^î 1500 et de 
l'arrêt du parlement de 150H, ijui fixait le temps de la 
descente de celte sorte de vins depuis la Saint-Martin 
jusqu'à la fête de Notre-Dame de septembre, le jurai de 
garde sur les Cdiarlrons fit arrêter ces deux baleaux, sai- 
sir le vin, et dressa son procès-verbal*. 

Les jurats se montrèrent presque aussi sévères en no- 
vembre 1698 en faisant saisir, sur le port de BordeaiLX, 
du vin de Sainl-Pé ni de Toulenne^ qui y avait été trans- 
porté en conlravention ; mais déjà la loi avait perdu de 
sa dureté primitive. Depuis un arrêt du conseil d'Étal 
en dale du l 'i juin 1612, les vins récoltés dans la juri- 
diction de Langon pouvaient desceiMir*' aux Cliarirons 
avant Noël; seulement, il était interdit de faire de sem- 
blables expénlitions avant que l'un dos jurats de Langon 

'' Ùmtbiuat'mn de la Chrmiique bmmlelme, p. 20:2. Cf. f>. i'ifl. 
'IW(/..p. ai)7. 
r.'i'liiil lin vin Miiiic, Viivev wii ;n ir dr lliui/iMii, iln 2i oclobir l'iSi. 



mm 



148 IIISTOIKE DU COM.VltKCE 

eût remis h l'hôtel de ville de Bordeaux le dénombre- 
ment du vin rétîolté daiis le district'. 

Cette prétention, iacroyable aujourd'hui, des proprié- 
taires du Bordelais d'interdire à Bordeaux la vente de tout 
autre vin que le leur, devait durer autant que Tancien 
régime et donner lieu h des réclamations continuelles*, 
à de fréquents procès'; du moins on la trouve mention- 
née dans le préambule de l'édit de Turgot d'avril 1776 *, 
Comme toutes les mesures de ce ^yriuI ministre, cet 
édit, qui avait abrogé tous les règlements contraires à la 
circulation des vins, rencordra des difficultés dans l'exé- 
cution. Trois ans après, l'abbé (h Saint-(jérj% vicaire 
général à Montauban, rapporteur du bureau dit du Bien 
public aux États de Languedoc, se fit l'énergique inter- 
prète des réclamations de la haute Guienne contre l'ancien 
monopole. La ville de Bordeaux exigeait encore, sous 
peine d'amende et de confiscation, que la futaille de 



' Continualiou de la Chroniqtte bôurdelom, etc., p. 208. Suit un Eximit Ae^ 
registres du Conseil d'Élat Voyez encore p. H2, 113. 

' Rnns les ciihieps ih'.»; États flp Languedoc pour l';m 171.^, un renfontre un 
artii'le par lequel les Irriiiilynts deuiatulnil ;iii mi la lîlierté de faire deseendre 
en (iiut lemps leurs vins uiuseats sur le [lui t de Ittirdoaux. (.Ueg. Bde la Chatu- 
hre (Je eomnienf , folio 2.1 rerlo, if) déremhre MV.'t,) 

' Voycî MéiMlre pour la ville et sénédiauuée ûe liordemx, cotitrf le xtjudic 
lié l^ province du Lanfiimluc [Paris], de l'iniprinierie de J.-B. Lamosle. 1740. 
in-f", et iWwwirf" pt'ui' tu rille de Bordeaux rt>ii(rp k'n halnUina de» provinces 
d'Afieiiolx. Icn ivmmtiitaittt'n ilii liaiH iitiijx tle Qtienij. et twUremiX des lillfft de 
Smntf-Fiii.r ut tie ih)iiimt% et dex paroisses qui tomponenl le ait de Domine 
[Paris], de Vimpriinerie de d'Rmiry, in-f« de !1 pages. Ces deux faetunis, sigtit^s 
ilf* Perrin, atocat. sont eonsorvês ïi la Bihliothi»qMe publique de la ville de 
Bordeaux, suus la marque Jurisprudeiiec, 31)77. premier reeueii. — Dans un 
aulre, roté SnTfi, ou trouve, l. [V, pière 20, uu snuiuiaire pour un negoeianf 
(ondiviuné. par arriH du 3 mai's 1728, n ôOili livre.'; d amende ptiur avoir ronlro- 
vpuu iiUM sliituls sur les vins. 

' Recueil ném'rnl des nni'ietine.i loin (nuifaises, etc.. t. XXIII. p. ri.")7-^tO. 



I:T HE LA N.\VI(;AT10N a ROtïDEAl'X. lin 

Caliors tut plus petite tjue celle du Udiilelais ' ; les ilroits 
d'exportation étant per(;us par tonneau, sans distinction 
de jauge, les marchands étrangers se voyaient contraints 
de préférer les grandes futailles aux petites ^. Sur la pro- 
position de l'abbé de Saint-Gér\', rassemblée supplia le 
roi de mettre un ternie à cet abus, ipii ferniiiit nn\ vins 
du Quercy leur principal déljouclié^. 

Nous n'avons pas voulu insister sur l'exercice tlu droit 
que les jurais de Bordeaux avaient, de défendre la \ ente 
des vins autres que ceux des bourgeois dans Tenceinle 
de la cité et sur le territoire de la seigneurie d'Ornon 
qui lui appartenait * : il nous eî\l fallu descendi'e dans 
les tavernes pour y surprendre les détads d'un com- 
merce peu inii)ortant; mais il est trés-intéressant de 
montrer les gentilshommes, participant aux privilèges 
des bourgeois, vendre leur vin à pot et à pinte, pour 
emporter et même pour consommer sur place, sans être 
sujets au droit de cartonnage, exigé par les jurais du 
vin vendu en taverne^' . 

De temps ini mémorial, tous les bourgeois des grandes 
villes des pays viticoles, môme de Paris, sans exception, 
les prélats, les ducs et pairs, maréchaux de France, pré- 



' Vovcz, rclalivf monl au jaiisioaiîL' (1rs ruiaillcs litn-ilclaisf* en \"i. ks [h^ 
res publirfis dans les Anlihrx liuttoriques du liéiiartemeut de la Umnuh\ t. (, 
1» i3<>-262. — Kn MVA. on lev:»il fiiroir :i llonlcaux et iiillciiis un ilniit dr 
jatijrf l't de courla^'e. Vovc/ lu Convsiinndancc de ('olhiTt, (. Il, l''*^ pari . 

p. s<i »,."«:). 

* Voir dans Ir niùme voluiiir dcs.lrd/iirs liinimiqiifs . [i. 2(i3pl sniv.. Mémoi- 
res et docmiients relalif^ au U'\mr rfi's vins <lc Caliors h IhirdeaiiN. 

' L. de Laveipno. len Aftitembifefi tmmnrifilt-m'ti Frnitrt', ih. ti, 'j 2, la Uiuild- 
Guienne. ^lieiw tien deux MouiU-a, livraisun du L'ijnillif IWII. p. iir>.^ 

' Voyez C.onlinuat'wn il Ui (Chronique fimiriMotst', p. i. ann. W-2\. 
Voyez le Livre des Uouillons, fcdio .hxxiiij. recUi. n" 107. 



fSÔ HrSTOlHE UU COMMIihCI: 

sidents à mortier, conseillers des cours souveraines v\ 
autres personnes de tout rang, faisaient vendre en détail 
à pot, dans leurs hôtels et maisons, les vins de leur 
cru ' ; usage qui subsistait encore, chez nous, au siècle 
dernier, et qui a est conservé en Italie, notamment à 
Florence. Par extension de cette liberté laissée aux pro- 
ducteurs, il était permis au public de consommer sur 
place, et, dans ce but, leurs domestiques fournissaient 
des sièges et des tables-. 11 ne semble pas, toutefois, 
que tous les habitants de Bordeaux aient joui d'un sem- 
blable privilège. En 1639, les bailes des tavemiers 
avaient fait assigner un paroissien de Sainte-Croix en 
contravention à leur statut comme vendant du vin sans 
ministère de tavernier. H fut condamné à l'amende, et 
en appela au parlement. Le syndic des religieux de l'ab- 
baye intervint, d'abord à cause d'une prétcndue.sfï/irt'fu/ 
qu'il disait avoir dans un certain rayon; puis il déclara 
ne pas vouloir en faire usage contre la ville en ce qui 
touchait la police générale, et, sur cette déclaration, la 
cour rendit un arrêt pour confirmer le jugement atta- 
qué'. 



' Los portiers «lu fliàteau de Bordwiiix t-l ;iiil,ti's nlTnitTs ihi mi s'élatil itl- 
gi'rrs dp vendre ou de faiie vciidn' du vin du haut Pays. i|u;nid ils vt\ aviiient ou 
pouvaient en avnii', Edward Itl mit lin. en TiTô. a ce qu'il uonsiderail connue 
un abns. {Hot. Vase, 47 Ed. III, nienibr. T». — Livre des DoHlllons, P» .xliij, \", 
n» 26) 

' Reqiiéle des timirgm.t de l'firïs un roi. ■. ItitiL de la ville de liurdcaux, Juris-, 
priidenic. n" r>(mi.) 

•' QmtiiHfaliwi » la Ummique ifoiirûeUme, |>. "i^i, Îi7. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. V6\ 



CHAPITRE XXXI 



LES FOIRES DE BORDEAUX:. — LA BOURSE ET LE TRIBUNAL DE COMMERCE. 
— LES CONSULS ÉTRANGEUS. 

Mémoire présenté ao 1557, au gouverneur de la Guienno, par le capitaine Jean do la Salle ; 
propositions de l'établissement, à Bordeaux, de deux foires franches et de certaines cons- 
tructions navales. — Constructeurs et chantiers dans cette ville. — Création, chute et 
rétablissement des foires de Bordeaux depuis le xiv* siècle. — Dispositifs et i^onsidcranls 
des édits successifs d'Edward III et des rois de France, concernant ces foires ; lumières 
fournies par ces édits sur la stérilité do la Guienne. — Contribution payée par les Bordelais 
pour prix du dernier. — Emplacements occupés par ces foires avant cl après 1653. — 
Juridiction de la jurade sur les marchands forains ; revendication, par un fermier général 
des fermes de France, du droit do placage perçu par la jurade sur ces marchands. — 
Extrait d'une lettre du marquis de Seignclay sur l'aspect du port de Bordeaux pondant la 
foire d'octobre. — Administration des foires de Bordeaux aux mains des intendants de 
Guienne. — Demandes de prorogation de la foire ; motifs présentes h l'appui ; intcnention 
de l'autorité royale. — Remise de la foire d'octobre de l'année 1721, par suite de la peste de 
Marseille ; difTicultcs soulevées par les commis des fermes au sujet des privilèges des foires. 

— Arrêt du 15 février 17S0 qui les confirme. — Autre arrêt qui casse une décision du 
parlement de Toulouse, relatif ù des marchandises destiiioes pour la foire de Bordeaux. — 

' Suppression du stationnaire de Pauillac ; projet d'établissement d'un lazaret. — La Bourse ; 
emplacement qu'elle occupait à son origine ; institution de cet établissement en 1303 ; il est 
transporté à côté de la Monnaie. — Faits qui se passent à la Bourse pendant le WW siècle. 

— Analyse de l'édit do 1563, portant création de la Bourse et de la juridiction consulaire. — 
Charge de greffier du tribunal de la Bourse ; Moïse de Gourguc s'en démet. — Différend, pour 
la préséance, entre le juge de la Bourse et certains bourgeois. — Chambre des assurances 
établie à Bordeaux ; sa chute ; sollicitude de Colbert pour la rcmijl.tcer ; refus des juges- 
consuls de payer les sommes dues par eux, conformément aux règlements de la Compagnie 
de commerce. — Institution de la Chambre de commerce de Guienne. — Conflit entre la 
juridiction consulaire et celle des juges conservateurs des Français et Anglais ; arrôt du 
parlement qui le termine en 161 i. — Consuls étrangers institués à Bordeaux; Sir David 
Inglis, consul britannique dans celte ville au milieu du XVI* siècle. — Création d'un consulat 
de Suède à Bordeaux ; opposition de la Chambre de commerce à cet établissement ; débats 
soulevés, à cette occasion, dans le sein du Conseil supérieur de commerce, à Paris. — 
Opposition de la même Chambre à la création d'une juridiction consulaire ù Périgueux. 

Le xvi" siècle, auquel il nous faut revenir, avait à 
peine accompli la moitié de son cours, que la France se 
trouvait en lutte à la fois avec l'Espagne et l'Angleterre. 
Frappé de la stagnation dans laquelle le commerce de 
Bordeaux était plongé par suite de cet état de guerre, 
Jean de la Salle, qui s'intitule capitaine ordinaire et pen- 



IS2 HJ^TUIIΠDU COWMERCF, 

sioiinaire du j'oi au fait de la uiariue, rédi^tîu un Méiuuici; 
qu'il adressa au roi de Navarre, gouverneur de la lîuienue. 
Il commence par faire observer que le port de Bordeaux, 
Tun des plus vastes de la chrétienté, est dans une des 
positions les plus heureuses de l'Europe pour le ooin- 
merce, et qu'il s'y ferait certainement un trafic plus 
considérable qu'à Anvers, si la marine y était suftisani- 
inent protégée. Il propose d'y établir deux foires fraji- 
ches, chacune d'un mois ou six semaines; de faii'e 
construire, devant la porte de l'Ombrière, un quai con- 
vert, servant en même temps au déi-hargi^ment des 
unarcliaiidises, à la défense de la ville et aux assemblées 
des marchands, et d'enti'etenir constamment, sur les 
eûtes de Guienne, huit navires armés en guerre. Les 
villes de Toulouse, d'Agen, Marmande et les villes eir- 
cottvoisines, qui font le commerce avec Bordeaux jiar la 
Garonne, entretiendraient un navire de 500 tonneaux, 
un de 200 et un de 100. Les côtes nord de raniiraiité 
de Guienne en enlretiendmient trois semblables, et 
Bayouue, Saint- Jean -de-Luz, Biarrits, Gapbretou, etc., 
deux moyens d'environ 60 tonneaux. Le produit des 
prises faites par ces navires sei-ait employé : deux tiers 
pour l'entretien des navires et le payement des <b'nils de 
ramiraulé, et l'autre tiers partagé entre le cai>i[aiue et 
l'équipage du vaisseau preneur. « Et lesdicles choses 
bien gardées et conduises comme dessus est dict, ajoute 
rauteur du projet, fedict pays en amendera vingt tbis 
aullant que la despence, et vendront leurs marcliaiidises 
comme ils vouhlront, attendu ladite seurelé. » 

Parce qu'il faudrait pour ces vaisseaux beaucoup 
d'artillerie, surtout de l'artillerie de fonte, le capitaine 



i:t ui; i,a navuiathjn a hoiuicai x. 



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Sali 



e nroijosc dv eiiiniover le me 



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<l(.'s t'itichos 

brisées à lionleaux, qui se Iroiivail alors tlans lo rliàleau 
I lie Nantes. En temps de paix, ces vaisseaux pourraient 
naviguer pour le commerce de Guienne, et eonlriliuer ii 
K former une population de marins, comme en IVorniandie, 
V Si le roi veut confier à Jean de la Salle la construclion 
' de ces navires, celui-ci les fera construire sur le modèle 
dont il présente le dessin, bons à la voile et h la rame, 

I pouvant aller sur toutes mers, impénétrables aux boulets 
et, pour ainsi dire, insulimersibles. Il s'enga{j;e à y placer 
mille ou douze cents des meilleurs marins de Normandie. 

■ Pour garder l'endioncbure des grands lleuves et atta- 
qutM' les ports de un-r, le capilaine de la Salle présentait 
le projet d'une plate-forme tlollante qu'il serait impos- 
sible de couler à fond et qui ne tirerait que 4 ou 5 pieds 

Bd'eau, armée de trois balleries couvertes et portant cinq 
cents hommes de guerre. 11 présentait aussi le modèle 

. d'une tour mobile en hois, de 75 [lierls de larj^e et de 
30 pieds de liant, facile à monter, à démonter et à 
transporter partout où l'on voudrait '. 

^ Uieii ne nous indi(pie qu'aucun de ces beaux projets 
ait été mis à exéculion; ot comme leur auteur omet 
de nous apprendre où il entendait faire construire les 
navires proposés par lui, on en est réduit à conjecturer 
qu'il n'aurait demandé à la Normandie que les marins 
qui (levaient les monter, Bordeaux ayant, déjà des cons- 
tructeurs et des cbantiers où il en existe encore aujour- 
<rhui«. 



' Archires hïstoriqitex du tU'iwrli'mfiK th' lu tUii'iiilf. w mv, lii,'iT; l. 1, 
p. 120-125. 

* Geriii.iiri Uiuiint-li'. iniiU- hmx llrrlnind ^\<■ Villiiis, rlKirpriitii-r di' n;i\iics 



lU HisToiHi- DU cummkir:!; 

Quant, à rétablissement, ou plulôt au rétablisseniunt 
des foires demandé par le capitaine de la Salle, il devait 
avoir lieu quelques années après. Nous avons montré 
que les premières foires instituées à Bordeaux, le furent 
par Edward III, en 13il, et qu'elles tombèrent, pour 
renaître de nouveau sous Charles VII, après la conquête 
de la Guienne', Voulant récompenser les Bordelais de 
leur soumission, et « considérant aussi l'inlertililé du 
pays, » ce prince leur avait octroyé deux foires, qui 
s'ouvraient Tune le 15 août, l'autre le premier lundi de 
Carême, l'année commençant encore à Pâques; mais de 
pareilles époques étaient bien mal choisies, et l'institution 
ang;laise ainsi renouvelée, puis continuée par Louis XI, 
ne pouvait subsister. Charles IX lui rendit définitive- 
ment la vie et lui assura une existence durable, en fixant 
Touverture de ces foires au l" mars et au 15 octobre, 
par un édit daté de Bazas, le mois de juin 1565 -. Nous 



el gaharea de b paroisse de SiiinL-Midicl, «• de liiy faire rt conslmire luie 
gabiirrt! tii'urve ayant la solki de vinjîl-îrnvs prédit de kinjîueur. lu largeur u 
l'(;i(uipoiliinl tl telle qu'il coinipudra. Irexe slracques de bora bous et oiar- 
ehans, en fornissaiit par ledit Villas tuut le buys et autres choses (juv seront 
neecssniies et de mestier ihjui- ce raiie, icelk lu> randie el délivrer galaffietec, 
le gouvernail [icndenl en lit mer, estaneiiiieliiêe el loïKe preste a meetre mar- 
cliandise. » Le prix eonvemi est de IWi tr. liindeUits. Minutes de IKiuzeau, 
1» avril tîiîiia.) — A la uiC'uh* épuijue, Hurd«aux avait une Hotte eompusee de 
patarhes. (taléres et bj-ijîantins. lArfiiirem lihloriqiieH ilii dt'pttrlfmeiU de la Gi- 
ronde, t. VI, p. 50«,3t>9.) 

' Voyez eislessus, 1. 1, p. 3(59, S70. — On Irtmve dans le rAle gascon de ia 
W année de Heiiry VI, membr. », une tonccs.siun a Ives Corrc. en 1428, des 
profits du roi et des droits de la foire, ou niarehé, qui se tenait dans la cité de 
Bordeaux el {|ui durait liuit jours avant et après la Tète de suinL Miehel. 

- H est imprimé p. 188-1^4 d'un vulumc intitula : Itnlnirlhn générale iur tû 
jurisiUrlmi cmmulnire , aver un Reeneil des èdits, IKuiarations, Lettre* 
Patentes du ftoi el Arrêts de l'arlcnienl, dfmnés en faveur de Messieurs les 
Ju|;e el r,uf)!itdi< de la Cour «le la llourse conuiiune des Marchands de la ville 



I:T l)]i LA NAVlt.ATlU.N A liclIlDllAfX. I.m 

avons dt^Jà cité un considérant sur îa stérilité de la 
Guienue, consigné dans le ]irénnibule de cette ordon- 
nance; on y retrouve la même mention, avec la raison 
qui avait fait adopter ces deux époques : le principal 
I revenu que les Bordelais pouvaient tirer de leurs terres, 
« qui sont fort stériles cl iidiahiles à porter blé, mais 
plantées pour la plupart de vi^ff^^s, » consistant en vin, 
au temps des foires antérieures à Charles IX, la vente de 
cette denrée était passée. 

Le seul aliment local des foires de Bordeaux, au 
XVI* siècle, était donc le c<imnierce des vins, le sol de la 
Guienne ne produLtuit i^uère autre chose, et l'état des 
routes engageant peu à des déplacemenls C(niteux et 
souvent dangereux, sans un motif réel d'intérêt. 

Déjà les Bordelais avaient exposé à Henri 11 la pauvreté 
de leur pays, les lourds impôts dont il était grevé et le 
peu de fruit tpie l'on lirait du port de leur ville. Leurs 
réclamations eurent pour résultat le rélahlissenienl des 
deux foires annuelles, et le roi les fixa au 15 octolire et 
■ au 15 février. Cette fois, elles réussirent, et c'est là 
• justement ce qui amena leur suppression quelque temps 
après, les olficiers île la sénéchaussée de Guienne et de 
la contablie de Bordeaux ayant représenté à Henri II (jue 
les deniers de son domaine étaient, par suite tle la fran- 
chise ilesdites foires, grandement diminués. 

I Charles IX avait consigne ce ([ui précède, dans les 
dp Bordi'aux. Erisf.rabU' l'ilaliUssement de tleiix foires franches, et le nom rie 
tous les boijj'peois (]iii ont été Jugfs et f.nnsuls (h^juris l'inslallahf»n de l;i Cour 
i\e 1.1 Hoiirse jnsqn,! présent. >oii>ell<' edilion, imfiriniee par ordre, eU:. A 
Dnnlcaiix, rhcz Jean Chappiiis, M.iti:r.r.vxvii., iti-J". l,a pieniiere édilimi i:sf de 
ITîl el la ilc'injeec ili- 17!H). 



f'jfi 



jnsroiitt-: lu' lo.vimi-ju:!: 



préliniiiiaires de son wlit, pour motiver la condition qu'il 
mil au rétablissement de ces deux foires, condition qui 
consistait dans l'engagement, pris par la ville, de payer 
pendant quatre ans au trésor royal une sonmie de 
60,000 livres tournois pour remplacer les droits dont la 
levée cessait pendant les foires, c'esl-à-dire du 15 au h 
31 octobre et du V au 15 mars. " 

L'édtt de Charles IX. est muet sur l'emplacement où 
ces foires devaient être tenues; le roi se bornait à per- 
mettre aux maire et jurats tle construire deux grande&i 
balles en deux endroits qu'ils jugeraient plus commodesi 
pour l'assemblée des marcbands, pour les achats et ventes 
de toutes sortes de marcbandiscs : ce qui prouve bien 
qu'à ces foires il ne se faisait pas seulement des affaires^ 
de vin, et que les marcbands des pays qui tiraient leur 
boisson de Bordeaux étaient suivis d'autres commerçants, 
empressés de profiter de ce concours d'étrangers. fl 

A l'époque du rétablisi-ement iîps foires de Bordeaux, ™ 
les marchands forains n'avaient aucun lieu fixé d'avance 
où ils pussent se réunir; ils se reparlaient dans la ville, 
s'installaient h leur gré, et exposaient leurs marehan 
dises à découvert sur des bancs ou même par terre : « C 
qui faisoit la confusion et souvent des abus, par ce 
dispersement de personnes, !a plupart inconnues, faisant 
le marché en tous les lieux qu'ils prenoient place, en 
donnant quelque tribut aux maistres des maisons au- 
devant desquelles ils étaloient leurs marchandises. » 

Cet état de désordre, dont la foire d'octobre, à Madrid, 
peut donner une idée, dura fort longtemps. Pour y 
mettre un terme, les juge et consuls, les bourgeois et 
marchands de lioi'deaux, adressèrent une supplique h 



ET DE LA NAVIGATION A UORDEAIX. i'Si 

Louis XIV. Us (laniaiidaient qu'à l'avenir les marchands 
fussent aslreints â exposer leurs maj'chantlises et à tenir 
leur marché, tant dans la cour de l'hôtel de la Bourse 
qu'en la place « au-devant d'iceluy, » c'est-à-dire sur la 
place du Palais. Cette requête ohlinl un plein succès, et 
le 20 novembre 1653 parut un ('-dit qui enjoignait aux 
marchands forains « d'étaler leurs marchandises pendant 
les foires, au-<lcdans et au-{lcvant ledit htMel de la Hdurse, 
et non ailleurs, afin que le public en reçût plus de com- 
modité et que les supplians pussent tirer quelque dédom- 
magement par les i^ratifi cation s qui leur seroîeiil laîles 
par forme de loyer', « etc. 

Pour être parqués dans la cour d'un édifice affecté au 
tribunal consulaire, les marchands forains n'en restèrent 
pas moins soumis à l'autorité du maire et des jurats, 
dont les atlributions comprenaient la jiolice. Le 22 octo- 
bre 15"72, le juge et les consuls s'élant ingérés de faire 
afficher aux portes de la Bourse une ordonnance par 
laquelle ils faisaient défense à ces marchands de vendre 
en détail les dimanches et fêtes, pendant les foires d'oc- 
' tobre et de mars, et d'étaler ailleurs que dans l'enceinte 
et alentour de l'htMel de la Bourse, celte ordonnance fut 
cassée par les jurats comme nulle et attentatoire à leurs 
droits, « avec défenses audits siem's juge et consuls 
d'user de telle entreprise, à peine de mille livres et de 
tous dépens, dommages et intérêts^. » En 1678, le corps 
de ville fît encore acte d'autorité en défendant à tous 
marchands forains d'apporter et d'exposer en vente, en 



' Itistnuliiin (ji'm'rnk xnr lu junuliction lomiilnirr. s'tr.. p. i"'2. 
' Conlivudlion i) la Chronique honnlfloiae, c\r.. \\. H. 



m 



lllSTnjUK IH: CnMMI'dCi: 



temps de foire ou autre, des marchandises qui ne sei'aieni 
pas conformes aux statuts généraux et aux règlements 
concernant les inanufactures.de France'. ■ 

Nous avons vu que la jurade percevait un droit sur les 
marchands forains; mais les préposés au commerce de 
Bordeaux abusèrent du droit liscal qui leur avait été oc- _ 
troyé : en sus du prix légitime de location, ils exigeaient ■ 
des gratifications arbitraires, qui excédaient de plus de 
4,000 livres le montant ordinaire des loyers. Enlîn, ils enfl 
vinrent jusqu'à usui'per la place du Palais, « place publi- 
que dépendanh; du palais de rOmbrièrc et de l'ancien 
domaine de Sa Majesté. » Ces empiétements éveillèrent 
l'attention du sieur Jacques Buisson, fermier général des] 
domaines de France et droits y joints, et, en 1679, il] 
attaqua en revendication les juge et consuls de Bordeaux,^ 
il soutenait que le prix de location et de placage perçu 
par la ville, des marchands forains, dans 1" hôtel de la 
Bourse, constituait un impôt qui devait revenir à la Cou- 
ronne, et il réclamait au maire et aux jurais la restitution 
des sommes payées à ce titre. Une ordonnance de rinten-<B 
dant de Guienne repoussa cette prétenlionet maintint les 
juge et consuls dans le droit de louer les boutiques de la 
Bourse pendant les foires, et d'en percevoir les loyers. 

Dans la requête à laquelle il était fait ainsi droit, il est 
affirmé « que la maison de la Bourse leui' appartient en 
propriété comme un domaine particulier, qu'ils ont été 
j)ropriét aires des places et des maisons dont ledit hôtel 
est à présent composé. » Avant 16.53, ajoutent-ils, ils 
avaient coulume d'en louer une grande partie à divei 



t:miliniin(itni tir la ('.Ur<iu'i(}iie huiirttehiiiie. rlc, p. t"»l, 



KT DR LA NAVIGATID.N A IJOHDEAUX. I.i'.t 

pour en tirer quelque revenu, « ayant été obligés de 
faire des dépenses considérables pour réparer et orner 
ladite maison; » et c'est afio de rentrer dans ces frais, 
qu'ils avaient eu recours à la justice du roi el en avaient 
obtenu l'édit du 20 novembre de l'année ci-dessus'. 

Le marquis de Seiguelay, qui se trouvait k Bordeaux 
dans la seconde moitié du mois d'octobre de Tannée 
1670, écrivait à son père : « C'est une chose fort agréable 
à voir que le pnrl de Ikirdeaux pendant la foire. La ville 
paroist dans reid'oncement, et le port, qui est en crois- 
sant et qui s'appelle h cause de cela le port de la Lune, 
est orné de sept k huit cents vaisseaux, tant Iranrois 
qu'cstrangers, qui viennent cliarger les vins, qui font 
toute la fortune du pays-. » Sans s'arrêter au pittores- 
que, Colbert |>roclainait les foires de Bordeaux " d'une 
grande conséquence à TLstat*'. » 

Considérées comme telles, ces foii'cs claienl dajis les 
mains de rintendanl, et c'est à lui qu'il fallait s'adresser 
pour obtenir des prorogations. En mars 1711, le temps 
ayant été constamment mauvais, une demande dans ce 
sens fut adressée à M. de Courson*. Cet intendant l'ac- 
cueillit favorablement et prit des mesures pour les mar- 
chandises qui n'avaient pu arriver en foire-. A cet effet, 
il rendit une ordonnance"; mais, à ce qu'il parait, elle 



' Inutniclion nài^mle sur la juristliilkm coiisiilaiii', (i. 2ÔI-5ÔI. — Ln Fuire 
\€/e mam ii lionkaus, articlo de M. A. norniUk, ilans k' Coiirrierûe In Gtronii^, 
tn»du 20 février 1865. 

* Lettres, insinutions el màimires de Cutfierl, fU.. 1. ni, "l' ii;iili<", p. H. 
" Ibid., t. M. 2' purlie. p. 712, 71Ô. Vuir i i-iks-siis, p. 101. 

* Uegislrc A de la Chuniltrc do comnierce de (lUipnnp, p. ^7<>; sônnoe du 
dinars 1711. 

' Ibid., p. 277; 12 mars de la nifriif annèp. 

" J/«rf.. p. 2S0; :2Û iii:tis. I, nrdnniiiini'f' se Iniirir it la \y,\^v Miivatilr. 



m) 



THSTOIRK D(! r.OM.MKItCE 



ne suflisail pas, et, à la JaJo du 14 mars, il en fut rendu 
une du conseil (FÉtat portant prorogation de dix jours 
de la foire de Bordeaux ', Pareille chose eut lieu en 1712j^| 
Les marchands épiciers et droguistes avaient demandé 
une prolongation de quinze jours, se Ibodant sur ce quo^ 
les marchandises du Levant destinées à la foire d'ocio-" 
bre n'avaient pu arriver par suite d'un accident qui de- 
vait se renouveler fréquemment -, le mauvais étal du canal 
du Midi et le manque d'eau^ et aussi parce que nombre de 
bateaux du pays avaient été employés à transpor-ter des 
grains à Toulouse et à Agen^. L'intendant commença^ 
par proroger la foire « sous le bon plaisir du roi. » 11^ 
rendit ensuite une ordonnance k cet effet, et quelques^ 
jours après arriva un arrêt du conseil d'État qui la con- 
firma*. En 1719, les marchands du haut Pays ayant sol- 
licité une prolongation de la foire d'octobre, attendu le 
manque de bateaux pour le transport de leurs marchan- 
dises, l'intendant proujit qu'il leur serait accordé trois 
ou quatre joui-s, au cas où cet étal de choses continue-j 
rait^ 
En 1721, la peste de Marseille fît remettre la foire 



' Registro A Ac la Chambre de conrnicrre dp Ciûcnne, |i. '28i. 

• Fin oclflbrp HâS), Aes îiuiles el drs savons furonl purfillom<'nt rctoniis sur 
Ifi canal par ilcs (k-rangenionUs arrivts aux i-rluses. ^Registre C, folio 74 verso,] 
7o vpcto, ;> et 17 novembre. 7(5 verso €t 77 vei-so ; Kj et 17 di'renilirc.) 

' lU'gislre A de la Chanihic de eommcree, p. WW; séance du 27 octobre 1712, 
— En 17i(>, les nésoiiants (|ui avaient fait venir *Jcs marrliandises du Levant 
demandaient iitissi. pur le (vremier de ces motifs, la restitution des droits qu'ils 
avaient piiyés. <Re|!islre R, folios t2 reetn et iô verso, 19 novembre et 10 ùi 
rembre 17U5.* 

'■ Re(,'istre A <W l;i Chambre de commerce, p. WI8 (s6anre du 5 tiov. 17I2),J 
p. -W, H 7. 

' Reftislrc R, folio (It r<Tlo; 3(î oetobre I7IH. 



ET 1>E LA NAVIGATION A HOHDEAUX. 



161 



d'octobre au mois de mars suivant. En prévision de celle 
(mesure, il fut présenté à la Chambre de commerce un 
Mémoire pour obtenir qu'en cas de renvoi de la foire k 
raison de la contagion, il fût au moins permis de faire 
I entrer en franchise les marclumdises venant par mer ou 
des lieux non suspects'. Une fois le renvoi décidé, il 
fallut songer à mettre un terme aux diirioullés faites par 
les commis aux marchands, au sujet des arrivages ^ et à 
dédommager les habitants de Bordeaux de la remise de 
la foire : ce qui fut fait, mais après bien des négocia- 
lions', dont les plus intéressanles sont celles qui ont 
trait à la répartition de rindenmité allouée en cette cir- 
constance *. 

Déjà, en 1711, il avait été réglé que les navires du 

îord arrivés pendant la foire, et obliges de faire quaran- 

'taine, jouiraient de la franchise ^ ; mais le iîsc ne se lassait 

pas d'entreprendre sur les privilèges attachés à Tinstitu- 

lion. En 1712, les fermiers firent saisir des niarchan- 



* Regislrc D de la Chauilirc ilc fonmicrco, folio 144 verso; séance dii IK sep- 
tembre 1721. 

» Jbid., folio lio rcoto, 1H nctnltrc 1721. l'J. folin I Kl vorso, lia hk rerto d 
f*erso. 

' /&«/., folio 1*7 rei'lo. i(l<'(i!tiiliri' 17:21 Cf, liHnMio, 14!) vci'so, IjO verso, 
lia recto et VLTso, 157 venio, 138 voiso, 1(>0 reclo, i&2 verso. 

* Les syndics Jes coips des marchands ton.scntirciil que \n tfslitiition des 
^_4roits de sortie payes |)cndant la fuirc d'oiltdMC, qui aviiitètè remise, fiit appli- 
^Bjluèe it la maison coTuniime de la Ihturse ; mais la Chambre émit l'avis que 
^■'application ne devait avoir lieu qu'a la coneurrome de lî,ri<K) livres, rcpri'sen- 
^ptant les loyers de niaga.sins perdus en coda occasion, et décida de demander à 

soD profil le restant de cette restiUiti;pn. i Reg. H de la Chamlov de eoramerce, 
^folios I.Ï2 verso, 135 verso; :p et ^àî février i~±2. V.î. fulio V64 retto; i5 mars 
avril.) 
Rcg. A A« lu r.hamlire de comnienc. p. 3!2<1, "v>(>; séanee du l.'> ncte- 
bre 1711 

11. 11 



468 HISTOIRE DU COM:klERCE 

dises de quatre marcliands d'Orthez et d'un voiturier de 
Pissos, déposées à Castres et à Podensac depuis la foire . 
de mars, à cause du mauvais lemps et faute de moyens fl 
de transport, toutes les charrettes étant employées à ~ 
voiturer des grains du ccMé de la frontière, pour la sub- 
sistance de l'armée d'Espagne. La CiiamJjre de com- 
merce écrivit au contrôleur général, et la mainlevée fut 
ordonnée'. 

La franchise des foires de Bordeaux, placée sous la 
protection des jurats-, reçut une confirmation éclatante 
par l'arrêt du Conseil, du 15 février 1720% à la suite 
d'une saisie de toiles de Bretagne, dites lucarnans, opé- 
rée au préjudice d'un sieur Policart. Cette aftaire, qui se 
rattactie aux foires de Bordeaux, occupa longtemps la 



__ ^ , _i 

Chambre de commerce, autre gardienne vigilante des H 
privilèges de ces foires, et se termina par la mainlevée, ~ 

4 



sans dépens, de la saisie attaquée *. 

> Registre A de la Cliamlire de commei-ce, p. 367 (12 uvril 1713). ^S, 360 
(14 avril), 377 (19 mai). 

« md., p, 58, iO révricr 1707. 

^ Reg. B, M\ù 125 verso, 3 janvier i7il. 

* Ibid., rolios 87 vei-so, 88 verso (6 et lô juillet 1719), 98 recto, 100 verso ' 
(4 janvier et l"- fiHiier 1720). — Le coruitiLTci' dc's lolles, considérable a Rur- 
deaux, surtout a Ti'poqup des foires, avail eu siiuven! maille !i partir avec les 1 
fermiers généraux. Le 57 iittolirc 1707, la Ohaiulirp ronnaissait d'une saisie 
de loiles d'Aubeterte, vendues en foiie !i un marchand de Rayonne, et ache- 
minées vers cette ville sur de petites charrettes des Landes (reg. A, p, 80). Le 
22 décembre suivant, elle recevait une rt-clamation au sujet d'une partie de 
loiles emtirnan lic Bretagne [Und., p. 87); le 58 juin 1708, une autre réclama- 1 
tion relative aux droits de consommation exigés pour des toiles que ron avait'] 
fait passer en Espagne {ibid., p. 109). et on 1710, un placet d'un sieur Sal- 
cedo, dont la marchandise était pareillemenl retenue par le bureau des fermes. J 
(/Wd., p, 191,) Plus tard, fe même bureau exigeait de nouvelles d6claration( 
sur les toiles de Landerneau, « communément appelées lucarnans, y> {ibid., 
p. 44. avril 1713. Cf. p. «C, 448; 27 mars et 2i> avril) et il en saisissait plu- 



KT DE LA NAVIGATION A ROIU)KAt!X. m 

Par un autre arrêt du 15 octobre suivant, le Conseil 
'cassa un arrêt du pariement de Toulouse qui consacrait, 
une entreprise des capitouls sur les marchandises <le 
Provence, destinées pour la foire de Bordeaux. Non-seu- 
lement les capitouls imposaient à ces marchandises une 
quarantaine au lieu tle Casians, mais encore i!s les fai- 
saient transporter par force dans la ville de Toulouse, 
pour y être distribuées sur le pied d'une taxe établie par 
le paiement'. 

Ce ne fut qu'en 1723 que les craintes de la conta- 
gion qui avait décimé Marseille disparurent fout à fait. 
Après la foire d'octobre, on supprima la chaloupe sta- 
tionnaire à Pauillac, et la Cliambre de commerce mit 
sur le tapis le projet d'élal)lir un lazaret au bas de la ri- 
ivière-, A partir de ce moment les navires revinrent en 
foule à Bordeaux; c'est au point qu'à la foire de mars 
de l'année suivante, le port se trouva trop étroit pour les 
contenir lous^ dans les limites pi-cscritcs par les règle- 
ments-', Maîlieureusemenl cette reprise des aflaires ne 
devait pas être de longue durée *. 
B Ea octobre 1727, les privilèges des foires de Bor- 

^Mteurs balles achetées en Toire par des négm-iunts de Barrclone et de Figuières, 
^Bfeoiis prétexte qu'elles avaient passé debnul. iltiiii., Iblius S8 verso. 39 verso, 
■P«U verso, 6t verso; 2, 53 déeembre 1717, i!5 février et 3 mars 1718.) 

' Registre B de la Chambre de commeree, rulit» 119 verso; 3i octobre 1720. 
^m » /Wrf, folio IKi rerto. 4 iinwnibre 17-23. 
^Ê ^ lltkl., folio li)^ verso, 1!C vi isa; * et 10 mars 1731. 
^^ * M II est notoire que dans ce lenips-là il n'y iivnii ni iirRent ni confiance dans 
le commerce ; on n osoit ni vendre ni iielielcr. » h'atlnm ptnir les murs l'ex- 
^uet l'rère*, Àiulrt' Quiti, Henry lioudat, lUilijHerie frères etcoimn, Delmeslre 
et C'', Rtttwteuu et Haynioiid fils, l/oiir^eui» et n^goc'tavs de Uordeaux, etc. 
t Recueil Ue furtunis, Uildiutlii-qne de l;i ville de liorJeaux. Jurisprudence, 
1v»â,»7G. t. IV. n" i8. Cr. pièce 22, el. np. du Conseil de coramerce P. 12. 73, 
V. 4'i8»-:iiM». 5ÎI iioiH I7i(>, et |« Uil. l'J septeiiilirr., 




5 des" 

I 



iU niSTOIllE DU COMMERCE 

deàux furent encore invoqués contre les prétentions 
fermes, constantes dans leur âprelé au gain. Le directeur 
du bureau exigeait des droits sur les marchandises d'un 
navire de Duiikerque arrivé en foire devanl Bordeaux, et 
les propriétaires résistaient, se fondant sur l'impossibilité 
où ils avaient été de faire la déclaration prescrite en pa- 
reil cas, à cause des embarras qu'il y avait audit bureau. 
Cette raison, à ce qu'il parait, ne fut pas admise, et la 
Cliambre de commerce fut priée d'intervenir au débats fl 

L'hôtel de la Bourse, si souvent mentionné dans ce qui 
précède, n'était donc pas, à l'origine, où il est mainte- 
nant, mais sur la place de l'Ombrière^. Il joignait 1" hôtel 
de la Monnaie, et demeura lîi jusqu'au milieu du xvni"' siè- 
cle^. Si Ton ouvre, à la page 129, le volume intitulé: 
Instruction générale sur la jurisdiction consulaire, ou fl 
si l'on recourt à un dossier des Archives départementales 
de la Gironde \ on y trouve que les juge et consuls de la 
Bourse de Bordeaux furent installés le 8 mai 1564^, en 

' Rcgislrc C, fulia 2i versn (U noveriibie I7'27j el ôîi verso ^lôiioveiiibn»).— 
Au folio tii recto (28 mars 1739), il est fiiittiiejitiDii ûf Mémoires de auirchaDds 
au sujet de l'arrivée devant Bordeiiux. le quiti2:i{;m<> jour de la foire, de deux 
barqiifs chargi'cs de toiles, que le directeur des fermes refusait d'admettre en 
franchise pour n'avoir |)oint dêcliargé en temps utile. 

* On trouvera des délails sur ri'latilissonient primitif <]\n portail le nom de 
Bourse, dans le Vomt/le-rendit ite fa Commisxwn des mmiunienls et documentt 
historiques du (UpaTtemenl de la Gironde, etc. Paris, Ufô2, in-8*, p. 16, 17; el 
dans un Mémoire de U. de Lauiotlic, qui fait partie des Acte» de f Académie de 
Bordeaux, volume de 1t*47, p. 319, S78. 

' Trunslaiwu du xiéf/e de la jiiri.sdiction lonstiliihe. à l'nn dru paiillont de lu 
plact lloijaie, leGodolue 17J!I. {histruction a^tit^rale »iir la jurisdietion con- 
sulaire, p. .iôl,<32.) 

' InH-ndaiice de U pén^-ralité de Bordeans, jnridirlion PonsKlaire, série C, 
II» 6Wi. 

* Delurbe {Ckronùiue bimrdelvise, p. 33) assigne k lu r ivation de rette Bi>urse 
une autre date, eetle du i juin (571. Les titres plu.s liuut cites d(^niontrcn( 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 165 

vertu de Tédit de décembre 1563, qui avait créé cette 
juridiction. « Et faut noter que la première séance de 
ladite Bource fut cslablie dans l'hôtel de la monnoye par 
lesdits sieurs maire et jurats, où lesdils juge et consuls 
exercèrent leur<s cliar^'es pendant trois mois, et depuis 
se remuèrent an lieu où ils sont de présent, qui fut acquis 
par l'advis des trente du conseil de la Ville, des hoirs de 
feu Lescale'. » Plus tard, se trouvant à Tétroit, les ma- 
gistrats consulaires demandèrent au corps de ville la 
permission de se servir d'une vieille tour située h l'em- 
bouchure du Peugue-, 

Dans une ville comme Bordeaux, la Bourse devait ser- 

vir de lieu de réunion aux Lourgeois, surtout quand il 

J s'agissait de quelque manifestation publique. En 1633, 

on place sur la porte le portrait du roi, à la suite d'une 

assemblée tenue au même endroit"^; en juillet 1652, 

que ceUe institiUion était anlérieurc; on ;i d'ailleim, dari& lu mèiut! ouvrage, 
la liste desjiigios etcofisiils di'iiuis l'annte I'UMj, cl k lutluin» Arrinillio, dans 
un acte ciii 20 sopiemhre iïïflD, nmis a rnnsmi- un juginni^nt midu par la 

»« court de la liointe fommiim' des manlianih cslablyc [larle roy à BourJeaux.» 
— Ainsi coraplft, le nom de rélablissonitnl qui nuus ûciupe s'explique de lui- 
tnènie. Indépendiiuitiient dâ ce lieu de réuniun. le» (.■cirpi]i'aliuns de métiers 

ts'assernblaieni datjs li'iir cliapclk pour ddiliércr siir les affaires de la compa- 
pagnie : de lii l(! nom dexgiuplairex df t'hapdh' donne a ceux que les impri- 
meurs tirent en dehors diu tioiiihre lixé piu' Tauteurou l'éditeur, et qui étaient 
»priinitlYemenl destines ii la bourse cmunutne des typographes. Nous avons de* 
MUcts émanés de syndics, portant invitation de se rendre ii la chapelle le 
10 Juin 1707; mais ou n'y voit rien qui tndiiiue que i-e rrtl. comme iiu|iiirivûnt, 
dans une église. — Dans noire marine niitrcirandf , un apj)elle vliapeau le dritjt 
•que le eapitaine iienjoit sur les marcliatvilises eliitrjiées à son Iwrii : il ny a pas 
de doute que ee mot n:iit la même origine. 

* Darnal, Sitppltmient tks chioniqui'it... de Bminleaux, fitlio Ifli verso. — 
L. de Laniittie, Qnelqiiex itwlxxiir l'andennt'. litiinxe. il lUinleaiLt, p. 320, 521. 

' r.fwthiitathtn it la f.liroHiqitf- fmunlfltiifie, [s. ti~, année ICiO. 

* Dans les dorniores unuét!s de Louis XIV, on lentn d'aller pins li>in. •• Le 
manrhal de Moutrevel, lias et miSL-rable courtisan, «voit îmaifiné d'imiter le 



4G6 HISTOIRE DU COMMEHCIi: 

on y nomme les députés qui devaient aller Irouvei- les 
généraux de Tarmée royale, et ces députés y reviennent 
rapporter ce qui s'était passé la veille. Le 15 août, les 
bourgeois de la Bourse traitent à souper < avec grande 
munificence » les ducs de Vendôme et de Candale, ce 
qui n'empêche pas le premier de fairi' arrêter dans le 
bureau un émissaire du prince de Coudé'; et, à la fin 
du wif siècle, les mêmes bourgeois célèbrent la nais- 
sance du duc de Bourgogne d'une façon encore plus 
splendide. Un témoin oculaire, qui s'intitule le Médecin 
Bhyois B. D., nous donne, sur la part prise par le com- 
merce de Bordeaux à ralléiïresse générale, des détails 
qui éclairent la topographie de l'ancienne Bourse et de 
ses environs. « Vous avez veu la Bource, Madame, écrit-il 
à une amie, et vous avez pu y remarquer une grande 
place au bas, qu'on nomme efl'ectivement la Place, à 
cause que c'est l'endroit où tous les marchands s'assem- 
blent-. Je ne sgay si vous avez pris garde qu'il y a au- 
tour de celte place quatre allées bien voûtées, et pavées 
de grands carreaux de marbre. Ces messieurs firent faire 

feu martM'hal-duc de la ['>iiillade, Pl de donner a Bordeaux le vieux réchauffé 
de sa slattie et de sa place des Victoires.... I) voulut done engager la ville de 
Bordeaux k toute )a deiicnse de la fonte de la statue, de son érection et de la 
place qu'il deslinoit pour elle. La ville n'osa refuser tout à fait, mais s'y prêta 
mal voïonliui's. Morilrevel, qui en avoit déjii fait sa i-our au roi, se flatta de 
Tappui de son autorité ; mais il trouva Desrnarels ru sou chetiiin, h qui les né- 
gociants et le couiinei'i!e ûv Ltoixleaux furent jdtis ihors que cette folie violente. 
Elle avorta ainsi, et Montrevel relourna a Ui)rdeau\ plein de dépit et chariçè 
de eonfusion. » iMt'mmres dit duc de Saiut-Siiium, I7l.j; t. XII, p. 13.) 

' Journal de la Fronde. iHeviie rt'troupecl'ne, etc.. Ti" série, t. III, p. lil, 
145. tîil, 137, laï.) 

* On a maintenant l'explication de l'arrêt sollieité en 1730 contre les fiiiliîs 
pour qu'ils ne parussent pas a la place. (.Ilegistre C de la Chambre de com- 
merce, folios 8G verso, 88 verso, 89 verso, 92 recto et verso.) 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 167 

de ces allées quatre places, qui furent meublées de tapis- 
series et de fauteuils. Ou y cutroll pai* la porto qui re- 

I garde la place du Palais. » L'écrivain décrit ensuite les 
deux forêts sombres d'où sortaient deux fontaines de 

I vin, les danses de jour, le bal de nuit et les illumina' 
tions; il ajoute : « Après que l'on eut dancé pendant 
quatre heures, on pria la compai^nie de vouloir monter 
en haut. Il y avoit deux tables de quarante couverts cha- 

^cune, dressées dans la salle de l'AuLlience, et deux sem- 
blables dans la salle des Parties. On servit sur toutes les 
quatre une maijfuifique colklion mêlée de viande, de fruit 
et de confitui'e. La façade de la Bource qui regarde la 
rivière estoit remplie do lumières jusqucs sur le toit, et 

H'on avoit ajouté à la galerie qui reji;ne le long de cette 
façade, une espèce d'anq^hitlieatre, atin d'y pouvoir pla- 

^cer la compagnie, pour voir le feu d'artilice dressé sur 
le quay Bourgeois, et celuy qui esloit sur deux grands 
bateaux au milieu de k rivière'. » 

Examinons maintenant l'édit de 15(53 « louchant la 

ftourse et justice des marchans de la ville et ctlé de 
Ilordeaux. » Charles IX débute en déclarant qu'il rend 

I* Le Mercure galant, seplciiihre ifi82. seconile |iartie^ p. oo-S9. — Les dé- 
ils de la fiMc dnnnée par li-s iiiarchanils des ('.liartron.s ne sont pas moins 
intéressants. Cinq ^ros ncgr>ciants, nraimés Kenut, Oclbreil, Has. Bungard et 

Koét, tenaient talilc oumtio o1 avaienllail Ciiirc une loiilaîne de vin ikiOraves, 
ni surtait de dessous terre par rtcux iîros tuyaux. l'l;imimds. Anglais et iioni- 
Lre d'aulres t'tranjiers. se pressaient autour et ne ressaient de lnoire que puur 
^«ntonner des. chansons i(ue peu de oionde entendaient, i^llfid., p. -IM-aO.) — 
^■L'ensemble de la relation, rapiirocbe des inventaires de l'époque, tèmuigne de 
^Bla pi'Kspiîrité du commone de Itordeanx aussi bien «jue du lu.te dont elle était 
flasourec. Dans l'un île ces invf(it:iires, Ltlui de la veuve d un marchsintl, on 
remarque « douze tableaux t'iand/. et petilz, lelz quelz, fort bien Caieb a l'an- 
lique. » •'Minutes d'Andrieu, 1^) juillet lC3ti, folio SD7.) 



168 TIISTOIKE DL" COMMlilUll- 

cette ordonnance sur leur requê'e « et pour le bien pu- 
blic et abrevîacion de tous procès et differeutz entre niar- 
chans qui doibvent négocier ensemble de bonne foy, sans 
estre astrainctz aux subtilitez des loix et ordonnances. » 
Le maire et les jurats devaient faire choix de trois nota- 
bles commerçants, l'un pour présider en qualité de juge 
des marchands, les deux autres pour exercer la charge 
de consuls sous Tautorité du premier; celui-ci était à la 
nomination du roi, et tous trois ne devaient rester en 
place qu'un an. Il est dit dans rordonnance de quelle 
manière devait avoir lieu le renouvellement de celte ma- 
gistrature ' . 

Le législateur détermine ensuite la juridiction du tri- 
bunal consulaire, et trace les règles de la procédure à 
suivre dans les contestations portées à sa barre ; la plus 
remarquable des dispositions contenues dans cet article 
est l'obligation imposée aux parties de comparaître en 
personne ou de produire un Mémoire signé de leur 
main, d'un parent ou d'un ami, « le tout sans aulcun 
ministère d'advocat ou de procureur-. » 

' « Ordonnons et perniprtons susdits troys jupe ni. ronsiih asspnihicr et appol- 
ler, trnys jttuis avant lii lin de Iciic aiim'x', |(i.sqiins ati rwinlire de (|ii;i tante niar- 
riians Imuiicoysdfl ladite ville, qui en esliront vingt d'entre eulx, les<[ucli sans 
partir du lieu et sans disenntinuer proeedemnt avec lesdtts jupe et consnli en 
rinstant et If jour luesme, \\ peyne de nullité, k î'elecliiin des Iroys noiiveuulx 
juge et consul/. îles marelians, qui feront le sertiieiit devant les aniiens; cl sera 
la forme dessiisdite gardée et nhservée dore su :n" a ni en l'élection desdils jugcel 
consul!"., nonobstant npposii'ions ou appellai-ionsqiiel/conqnes, dont nous reser- 
vons à nostre personne ou ii nostre conseil lu eognoissanee. ieelle interdisant il 
noz cour! de parlement dudit Itourdeaulx et sen«sehal de fluyenne. » 

* « Cognoistr«nt lesdils juge et consul/, des niarehans de tout proet-s et diffé- 
rent!: <[ui seront ey-apprés nieuz entre inarelians ]muv faict de marchandise 
seuUement, Icui-s vefves tiiarehandes publicques, leurs facteurs, serviteurs et 
eoniniellans, tous iiiarrhans. soit que lesdits dîfferentz piNxedenl d'obligations, 



ET DE LA NAVIGATION A IlORDEArX. 



1(59 



Il est interdit au juge ft aux consuls dp rien recevoir, 
sous peine tïnio poursuivis pour crime do concussion, 
Pet leurs jugements ne peuvent être frappés d'appel qu'au- 
tant que la somme réclamée et obtenue excédera SOO li- 
vres tournois; mais tout appel et opposition iJoivent être 
relevés et ressortir au parlement (k liordeaux, et non ail- 

I leurs. La contrainte par corps est prononcée contre les 
ttduUes, recipicès, Icctres de clinnge on crédit, rcspof^cs, usseuranucs, trans- 
port/ de dcbtes et novnlion di elles, amples, culiiil on criL'iir un iceulx.iuui- 
jiagnies, société/ ou assoi-iationsja raiftescui qui se fcmul ry-aiipris, dcs(|uelles 
malieres ul difTiTenlz nous avons.,, iitliibui' el <Himmis la mynuii-ajnco. jtigc- 
menl et décision, aiisilits jus^c et lonsulz et aux dfuxd'iceiilx, [irivalivenicnt à 
■lonz no7. juges appeliez uvee eulx, si lu matière y est siibjccte ot en sont requis 
par les parties, tel nombre de ppisinnes de conseil qu'il/ iKhiseronl, cxeeplez 
loutesfois et réservez les procès de la qualité siisilile ,j:i inlenlez et pendanspar- 

§4evant noz juges, ausquelz neanlin«in.s enj(iisnon.s les renvoyer (liie-devant 
Irsdits juge et consul/ dis niarchaiis, si les parties le requieieiit et eonseu- 
UîtU; et avons declairè dés !) présent nulz ton/ tnmsport/. de eedulles, obliga- 
tions et debles qui seront fuictz par lefxlils marclians ii per-sonue previllegice, 
ou autre queleonque non sub^eet a la jurisilietion desdils jii^e et consul/. 

« Et pour coupper elieiiiin a toute lonjfuenr et oster 1 «reasion de tincr et 
laider, voulons et ordonnons que tous ailjoiirnemcnt/ ivoyeiit liliellez el qu'ilz 
Dntiennent demande ecrlaine; el s«'ront tenues les parties comparoir en pur- 
ïnne U la première assignation, pourestre ouys par leur Uouclie, s'il/ nont 
jilijne excuse de, uiuluilie ou absence ; esquek eas envoyeruiil par Oberit leur 
"responce signcc de leur «nain pmpre. ou. audit cas de maladie, de Ifjji dt< leurs 
pareils, vuysins ou ami/, ayant de ce charge et proeuraliou s|ii-cialle, dont il 
Fera apparoir a ladite assignation . le tout sansauh-uii miiiist re d'advueut. uu de 
procureur. 

• Si les parties sont contraires et non d'areon) île leurs faiit?, ibiay com- 

Iietant leur sera prelix ii la première eomparition, d>ins lequel il?, produiront 

leurs lesmeings, qui seront ouys siimiuaireniciit; et. sur U-iir depiHi-sitioti, le 

■Siflercnd sera jiigù suT-le-cliaiiip. si fere se [leuU, dont nous cbargcotis l'Iion- 

H|eur el consciem-e dcsiliis juge et eonsuli. 

B ec Ne pourront lesditsjugeeltonsuli.cn quoique cause que ce soyt, octroyer 
^u'ung seul delay, qui sera par euls arbitré scelon la distance des lienJx et 
qualité de la matière, soyt pour priidiiyre pièces on tesiimiiigï)^ et, ieelltiiescbeu 
OH passé, procéderont au jugement du diiTeiTrul entre les parties soniiiuirc- 
et sans ligure de proeez. « 



(170 lUriTOiilii DU COMMEUCK 

condamnés, et le taux de l'intérêt à payer par les relar- 
'dalaires, fixé au denier douze'. 

Nous passons quelques autres dispositions relatives à 
l'assimilation des arrêts du tribunal consulaire aux sen- 
tences de la justice ordinaire-, et nous arrivons à ce qui 



1 '< Enjoignons aiisdits juge et consulz vacquer diligcmmeDl en leur charge 
diininl le temps d'icelle, sans prendre diriM tement ou inrtjrectpnicnt, en quel- 
que manière que ce soyl. aukunc clinse ny prewnt ou di*n, soubz couleur ou 
non d'espictis ou auUr«;^cnt, a peyne de crime de concu!>sii>o. | 

« Voulons rt nous plaisl que d«s mandemens, sentences ou jiigetnens qui 
seront donnez p:ir Icwlils jugi; et eotisul/. il(ys marcliims, ou les deux dkeiilx 
comme dessus, sur dinVrontï meu7, entre nrai-ehans et pour faiot de marchan- 
dise, l'appel ne sujt rcceu, puurveu que la demande et condeinnafion n'ex- 
cède la somme de 300 livres tournois pour une fujs payée; cl avons dî's li pré- 
sent flecliiirè non reeevables les appcîlarions pi seroient intergect^es desdils 
jujfemcns, ksquclz seront esecntez, en noz royaulme, puysel terre de noslre 
obeyssiiuce, par le premier de noz juges des lieulx, iiuissters ou sergens sur ce 
requis, ausquelz et chascun d'eulx enjoignons de ce Fere, i» peyne de privation 
de leurs ofllces, s:ms qu'il soyt besoing demanJer atilcun placet, visa ne pa- | 
rcatiâ. 

« Avons aussi dès !) présent declairé nuk tous reliefz d'appel, ou commis- 
sions, qui seront obtenues au contrerc pour Tere appeller les parties inthiroes 
ou adjounier lesdtls juge et consuk. et dcITeufluns trés-expressemenl à toutes 
noï court?, souveraines et chancelleries de les bailher. 

« En cas qui excéderont la somme de îiOO livres tournois, sera passé ouUre a 
l'entière exécution dessenlcnrcsdesilits juge et consuU. nonobstant oppositions 
ou appellations qtiel/eonqnes et sans préjudice d'icelles, que nous entendons 
cslre relevces et ressortir en nostrc court de, parlement de IJourdeaulx, et nuo 
ailleurs. 

« Les condemnez à garnir par provision ou dîBinitiveuunt seront contraioclx 
par corps k payer les somniis licquidées par le&rtils sentences et jugcniens qui 
n'excéderont 500 livres tournois, sans qu'iiz soyent receuz en noz chancelleries 
à demander lettres de rcspit; et neantmoings pourra le créditeur fere exécuter 
«on débiteur condemné en ses biens meubles et saysir les immeubles. 

« Contre lesdils condemnc?, marehans ne .seront adjugez donimaiges el inte- 
restz requis pour le retardement du payement, que a riûsun du dealer douze, kl 
corijpter du jour du premier adjournement, suyvanl uo/ ordonnances Taictes k j 
Orléans. » 

* « Les saysies, csUiblisscmens de commissaires et ventes de biens ou rniirlz, 
seront faicts en vei'tu desdites sentences, ou jugcniens ; et s'il fault passer oui- 



KT DE l\ NAVir.ATlON A BOIUHÎAI'X. il\ 

concerne rinsti!iitîon de la Hourse proprement dite. Le 
roi pernit'l aux marchands fr'Einçais, buuri^t'ois de Bor- 

tdeaux, de s'imposer jusqu'à concurrence de la somme 
nécessaire pour l'achat ou la location d'un local commun 
établi à l'instar du change de Lyon, des bourses de Tou- 
louse et de Rouen', avec tous les priviU^ges, francliises 
et libertés octroyés h ces dernières. Pour fixer la part (|ue 

! chacun devra payer, le maire et les jurais convoqueront 
à l'hôtel de ville trente notables commer(;ants, et ceux-ci 

[chargeront dix d'entre eux d'opérer la répartition de la 
somme arrêtée dans cette assend>lée,uvec pouvoir de faire 
saisir les marchandises et les meubles de ceux qui refu- 

I seraient de payer leur quote-part '-'. L'édit se Icnnine par 
Irc, les cryécs el irileriH»silions de riecreci sf fcrunt par atii:tnrilé tli* no/, juges 
ordinaires dos ln'ulx, ausqui-k lreVL'xi)ios.seiiipiil injulyn^tis, l't a iluhciin 
d'culx en son dcstroîcl, tenir la miiiii a la pcrfertÎDn desdil/'s critcs, aJjudira- 
lion des lierilai^'es saysiz et ii l'entière exécution îles sentences et jni^omens 
qui seront donnez par lesdits jug* et consiilz d«s niarelians. sans y user d'iiiil- 
cune rcR]ise ou lungueiir, ii pejne de tous despens, tlounuaiges et inlercsts des 
parties. 
B o l.i*s exeeulinns onroniraiinn'-es flonlre les wnJorancz par IcsJils juge et 
^ coDSuIz, seront paraetiew-es tuntre les heiiliers et sur les liiens seulement. » 
" D'autres lioiirses, relies de Paris, OiJéans, Hiiurj;es, Tiuyes. Aniçers et la 
Rochelle, sunl mentionnées en 15!)5 dans le chapitre ïm t\u Ireizième parle- 
ment de Jacques VI, roi d'Éeosse, cl dans une oidonnanee de Ifenri IV du 
20 juin liiîW, {(nxtrmthm fjén^raU mr bi jitrlsdiclkm nnixidnire, p. 11H>.) 

* « Mandons et eomniandoMS aux geolliers et t;;irdes(le uni prisons ordinaires 

t de tous haultx jirsliciers, recevoir les prisonniers qui leur seront bailliez en 

arde pur nnz justiciers, ou serpens, en cxrculant la (omniissioiis ou ju^je- 

ens dt'sdits juge et consuk des marclians, (huit i\/. seront responsables par 

or|is et loiil ainsy que si le prisonnier aruyl esté auiené par aiutorité de l'iiiig 

e noz juges. Pour faciliter la coinraodité de convenir et negolier ensemble, 

vons permis et permcctons aux marchaus twurgoys de nostre ville de Boiir- 

caulx. naliTz et originaires de nm royaultne, pays et terres i\ê nostrc olMïys- 

ncc, d'imposer et Ifver sur eiilx telle summc de deniers qu'ilz adviseront 

ccessaire p<iiir Tacliapt ou loiiaige d'une maison ou lieu qui sera appelle la 

lace commune dex warchans, laquelle nous avons dès ii pn'senl eslahly ii 



478 IIISTOIIU: I)L COMMERCE 

une défense à tout huissier ou sergent d'ioslrunieuter 
pendant les heures de la Bourse, et parla permission aux 
juge et consuls de nommer le greffier de leur tribunal. 
« Permectons, dit le roi, auxdils juge et consulz de choy- 
sir et nommer pour leur scribe et greffier telle personne 
d'expérience, marchant ou autre, qu'ilz adviseronl, le- 
quel fera foutes expéditions en bon papier, sans user de 
parchemyn; et luy défendons très-cs(roictement prendre 
pour ses sallaires et vaccations autre chose que 10 deniers 
tournois pour feuillet, à peyne de punition corporelle et 
d'en respondre par lesdits juge et consulz en leurs pro- 
pres noms, en cas de dissimulacion et connivence *. » 

Maigre ce qui précède, celte cliarge de greffier ne de- 
vait point être mince, à en juger par le rang de celui 
qui l'exerçait quelques années après l'établissement de la 

l'instar tl toul ainsy que k-s places appL'llécs le change en noslre ville de Lyon, 
et bourses de uni villes di; Tliuloze el Huuan. avec telz et sembluLies previl' 
lièges, rrutR-liises el liberté/, diml juyssent les uiai'cliuQ& frequentans les foins 
de Lyon et phiees de Tholuzc et Rouan. 

K Et pouiaiiiiliiT 11 acvortJi'r ladite somme, laquelle st'ra employée a l'effect 
que dessus, et lit») aiilieui-s, les uiaire el Juratz de notredite ville de Bourdeaull 
uËsemliterunt en l'ostel de ladite ville jusqiipsau non»lire de trente man-liaits 
nolaWes bourseoys. (|ui en députeront dix d'entre eulx. avee pouvoir de fei 
les ctytliisiititiiLs cl departeiuenl de la sumiue qui aura esté, comme diel est 
accordée en l'asseuildee di-sdits trente ui;iichaus. 

« Vijulons et ordonnons que ceulx qui seroul rel'usuus de jiayer leur taxe, ou 
cotte part, dans tro)S jaurs après la sii;niBcaliun ou demande U'icelle, y soyent 
contraindz par vente do leurs marelia'idisesel autres biens meubles, et ce par 
le premier noslre liuissier, eu siTj;ent. sur ce requis. 

«1 DellVudiiii-s a tous noz liuissiers, ou sergens. Tere aiilcun exploirt de justice 
ou adjouriieiiieiit eu matière civille aux heures du jour que les niarehans sont 
assemble/, en ladite place commune, qui seront de ncur a onze bcures du tnalitt^ 
el de quatre jusqurs !i six heures de relevi-e. » 

' Reg. d'enret'istremnnl des edits et lettres patentes au pitrlcment de Bon*' 
deanx, l*Tt)2-l.'i<5.'), U 3ô, fol. Lx-Lsij. -- Imtniciton géiiérdle nur la iurinHc 
lion ronsii lai ii\ \t \l-ii. 



I 




ET DK LA NAVIGATION A BOnOEAUX. 173 

Bourse à Bordeaux. En 15771 Moïse de Gourçue, fils 
d'Augier, obtenait de son père de résigner purement et 
simplement entre les mains du roi, ou de son elumcelier, 
sou état de greffier en faveur (le M" François Mathieu, 
commis en l'extraordinaire des guerres'. 

11 ne serait pas sans intérêt, pour l'histoire du com- 
merce de Bordeaux, à partir de l'institution de !a Bourse, 
de rechercher les allaires qui turent soumises au tribu- 
nal consulaire et de rajiporter ses décisions; malheureu- 
sement il n'en existe pas de corps complet, et c'est tout 
au plus si Ton en peut ç^laner çà et !à quelques-unes*. 
Appelée à trancher des dificrends, cette maufistrature ne 
laissait point que d'en avoir elle-même : Barnal nous a 
conservé le souvenir de celui qui éclata, pour la ))ré- 
séance, entre le juge de la Bourse et les bourgeois qui 
avaient été jurats^. 

A la Bourse vient tout ruiturellement se rattacher la 
chambre des assurances qui tbncliomia pendani quelque 
[temps à l'instar de celle de Paris*. L'une et l'autre du- 
rèrent peu de temps, parce que les sociétaires, alléchés 
par le gain des trois ou quatre premières années, avaient 

rconsidérément tout assuré pendant l'année 1072, et 
> Minutes de Themer, 11) octobre 1577; liasse 488-10, falio 134 verso. 

* Vn ycle du iiotaîrt! Iterllict, l'ii dalii du i jïtiUHir IBIil (liasse ôl-lîS. f^fi v»), 
,Dou9 montre le jialntn d'une barquo dt" Marenmis en (inMi-s on la cour de par- 
ement, par îippel (Jfs juge et «onsuls de la Hourse, avfc, Jean ât. la Fontaine 

it fSenjaniiti Courdinaux, bourgeois el manliandsde Bordeaux, ;iii sujet d'un 
tliart'i'Jiient de linirre el de liarcnp qu'il nvait pris h Buiilogne-sur-Mcr pour 
! porter dans notre ville. 
■• Ciintimmtlou à la tJimtiique l/ourdelvhf, p. 2B. ann. 1628. 

♦ Voyez, sur la chambre des assurances cl grosses avenlui^ps do l'aris, auto- 
[lisée par un arrêt du Cwiseil du 3 jiiiR I(K)8, la Currespondanee de Colbert, 

l 11,2- partie p. rw2, col. 3. 



m 



IllSTOniE DU COMMERCE 



s'étaient presque tous retirés après avoir beaucoup perdu. 
Colbert, en réponse à une lettre écrite à ce sujet par 
M. de Sève, intendant à Bordeaux, écrivait, le 3 mars 
1673 ^ : La proposition qui vous a esté faite d'establir 
une chambre d'assurances dans la maison commune de 
la Bourse est trcs-bonne, et le roy accordera volontiers 
les mesmes privilèges, et mesme la nomination d'un 
greffier comme à celle de Paris. Pour cela, il est néces- 
saire que vous demandiez une proposition en forme si- 
gnée de tous ceux qui voudr-ont y entrer, et que vous me 
l'envoyiez; mais comme le principal point de cet esta- 
blissement consiste à empeschcr par toutes sortes de 
moyens qu'il n'arrive aucun procès dans l'exécution des 
polices d'assurances, ce sera à vous à y prendre bien 
garde, d'autant que, lorsque la chicane se meslera de ces 
sortes d'establissemens, ils se ruineront tous à ne jamais 
s'en relever'^. * 

La crainte d'im pareil malheur refroidit considérable- 
ment les juges-cousuls de la Bourse, directeurs naturels 
de la compagnie de commerce formée à Bordeaux anté- 
rieurement à l'année 1672, date de trois arrêts du Con- 
seil qui avaient étendu notablement les privilèges de celte 
compagnie''. Informe que ces magistrats, bien loin d'ap- 
pliquer tous leurs soins à faire réussir cet étalai issement, 
donnaient un mauvais exemple aux autres habitants, en 
refusant de payer les sommes portées par les r^glenlents, 



' Vingl-cinq ans plus iiinl, le pnijol d'iiiio ch-iDibn' d'assurances otuit jugé 
ptM'ni( ieiix au coiiiincree. Htg. A de la Chambre de coniDiecce, p. 477, 28 sep- 
tembre 1710.) 

* Lettres, imtruclm» et mémoires de Colbert, etc., t. U, 2* partie, p. 075. 

9 ih'ui.. p. r.is. a. p. f.is, GUI. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. \T6 

Colbert mandait à M. de Sève, iion-seulenieiit de tenir la 
I main à leur exécution et d'empèclier qu'aucun Bordelais 
ne fùl admis dans la jurade sans avoir auparavant acquitté 
B ce qu'il devait conformément aux statuts, mais encore de 
s'entendre avec le maréchal d'Alliret sur les moyens à 
employer pour tbrlilier et augmenler la compagnie. Col- 
bert renouvelait ses observations à >L de Sève, le 1" dé- 
Icembre suivant'. 
L'établissement de la Chambre d(; commerce n'eut 
lieu que bien plus tard, et il faut descendre jusqu'au 

• commencement du xvin^ siècle pour en retrouver les pre- 
niières traces. Le 6 mai 1705, Daguesseau présentait 
au Conseil de commerce un dossier relatif à cette insti- 
tution; il s'en référait à un arrêt du conseil d'ÉJat du 
K 30 août 1701, d'après lequel les juges -consuls de Bor- 
deaux avaient proposé de faire cet établissement aux con- 
ditions expliquées dans la délibération de leur assemblée 
du 5 septembre 1704. Sur quoi il fut arrêté, avant de 
rien décider, que les députés donneraient leur avis après 
avoir examiné le dossier dans leurs assemblées particu- 
lières*. Le 13 mai 1705, le dossier ayant été représenté, 
lecture fut faite de Farrét proposé pour cette création. 
Aucune obser\'ation ne s'étant produite, l'assemblée émit 
le vœu qu'il plût au roi d'accorder cet arrêt; en consé- 
quence, il fut décidé qu'il lui en serait rendu compte^. 
Enfin, le 26 mai, le Conseil d'État tenu à Vei'sailles en 
présence de Louis XIY, arrêta l'établissement de la 



' Lettres, iuslructions et nn'iiwires de Collier!, l. Il, ;^« paftie. p. (i8l-<J83, lj«7. 
>note 5. 

• Rpg. du Conseil (lo coniinerec, F. 12. ol, folio "21 vci-so. 
'/Wrf., folio 32s rorto. 



m 



de 



msrolHE DU COMMERCE 

fîimerce de Gi 



Chambre Lie commerce de ijuieniie; celte iteeisjon, 
firmée par lettres patentes tlii roi, tut enregistrée au 
parlement de Boriicaux'. ^Ê 

En exécution de cet arrêt, les anciens ayant été eon- ~ 
voqués par ordre de MM, Reymond, Comin et Brunaud, 
juge et, consuls de la Bourse en exercice, se réunirent, j 
le 4 juillet 1705-, poiu* procéder à la nomination des V 
six directeurs qui devaient composer la Chambre de com- 
merce de Guienne, Le choix tomba sur MM. Massieu, 
Barreyre, Roche, Ribail, Billate et Saige. Quatre jours 
après, la compagnie tint sa première séance sous la 
présidence de M. de la Bourdonnaye, iiitendajit de la 
province; elle décida qu'il serait frappé une médaille 
destinée à servir de jeton de présence, et en arrêta la 
composition^. Le premier usage quelle en fil, fui d'of- 
frir une médaille d'or et cent jetons d'argent à l'inten- 
dant, uue médaille d'or à M. de Fénelon, alors député 
auprès du Conseil général de commerce, séant à Paris, 
cent jetons d'argent à chacun des directeurs, et une mé- 
daille au sieur Sabatier, régent au collège de Guienne, 
auteur des deux devises choisies par la Chambre *. 



^ Celte pii'ce, par liKiiielle s'nuvre le rcgislre A iksdélilièraiions de la Cbam-i 
bre de caniracice dn lînicnnc, est iiiipriiin';e tout au long iliins Vllhtoire du 
commnre (/<; Uordt'anx, dp M. Oiiihiîlicr, ji, lôO-lH. 

* Vok'i les noB]s des vingt qui fuivnt présciils u la ri'-uniDii : Boissi^n. ikclion, 
Fouqui's, Masàeu. Barreyre. Carpcntey, Hoche, Ribail, Billate, Minviclle Bes-| 
san, Lafosse, ViTtlpr}", Slin-ii'r, Ronsc, Viau, Diiltergier aîné, Aquart, Mar- 
chiitKlun allie. Sait,'i\ Lamare. {Mcg. A delà Cluiiiilirc de toraïuprcc , p. 3.) 

' Elle ilcvail (kiiIit pour Ipjîenrlc : CAarior mljimclix suryel rfctaribm tt^Ji; 
Si rexfirguc : birecUon iIh commerce de Cuienne, avec le udllésirae iJOS, el, , 
au revers : LiiJiwico Magno, commercii protecU/ri. 

* Registre A de la Cliamlirc de romiiiercc, ji. 21, 2a; séance du 17 décOQv' 
lue 17ti:i. 



KT Ui: LA NAVkiATION A hnHUEAlîX. 



(77 



Vers 1615, le comnieR'e ilt? Hordfaux fut mis en émoi 



par 



iiiio lîoLivcautc leruliiiil à Uiiitiimcf la iuridiction de 



la Bourse. Pierre Dalliia o\ Jean Guurin, bourgeois et 



mardi 



de Bon 



t 



lamis «le wonleaux ', iulm Bollon et William Pkosl- 
lintî, nmrehantls aniflais, avaient obteiui des provisions 
d'ofticiers aouvellement créés sous le lilre île juf^es-con- 
servaleurs des Français et Anglais, et institués pour 
juger les questions et les différends entre les sujets des 
deux couronnes, en conséquence d'un accord du 24 lé- 
vrier 1606'. Le Iribuiial consulain' n'eut rien de plus 
pressé que <le s'opposer à l'éiablissenient de cette nou- 

Ivelle magistrature, et, statuant sur les représentations 
de la liourse, le parlement de Bordeaux rendit, le 3 dé- 
cembre 1614, un arrêt portant qu'avant (îe procéder à la 
vérification, « les impétrants feroient apparoir do l'établis- 
gement de semblables ofiiciers, et de la réception du 
concordat invoqué, à Londres el autres villes d'Angle- 
—^ terre. » L'aflaîre, à ce qu'il ]iarait, en resta là^. 
W Ce serait iri le lieu de parler des consuls étrangers 
institués à Bordeaux; mais nous n'en avons rencontré 
qu'après le milieu du xvni*-" siècle. A cette époque, les 
sceaux du consulat britannique étaient entre les mains 



' Ce Pierre Dalbia ùtait ou, du Bioins, avait été hoiiliqiiipr; on le voit par unfi 
pssion Tnite par ilarnnisfllc Miiiie Lamlictt, viuivl' de feu (Itiilliiiimc Uak'sme, 
ïDSi^illt'f au purlcmont, de la suiumo de ôi7 livrrs « pour raison di^ ccrluincs 
larchandiscs qu'elle h prins en sa bouticquc. » (Minutes de llerihet, 10 avril 

.) 

' ArticUs accordez entre le T.-C. roi) de l'avite tt île Siniinr. rf te m'n'u'in- 
hne rot) ilcla GiaiHle-Hretagiit', {iuttr k rcmmcrrc, duns rilislnirn d'Anglrterre 
jl* André; du Chesiie, liv. XXIi, p. 1 Kii, cl danii la eolU'ction Ciinlifr el Danjnu, 
série, t. Il, p. Ô4C-349. 

" Clcir:ic, U» el comiimex de Ut mer. p. .T«t, iv 8 ( JuriMliction dr la iiiarine). 
Ç^oiùnite bmfdchihe, p. t(]7. 



m 



HISTOIRE DU COMMERCE 



de Sir David Inglis, porteur d'un nom connu depuis 
longtemps sur nolro place'. 

Sir David était-il dans les affaires? Il est permis de le 
croire en le voyant charger des vins pour le roi d'An- 
gleterre^; mais son titre de chevalier peut être invoqué 
contre cette supposition. D'ailleurs, le commerce se 
montrait fort contraire à un cumul de nature à donner 
une injuste prépondérance à cehii qui en aurait joui et 
qui ne pouvait qu'être tenté d'en altuser. 

En 1705, le roi de Suède ayant, institué un consul 
suédois à Bordeaux, une violente opposition se manifesta 
contre cetle création nouvelle; la Chambre de com- 
merce lança un Mémoire, et l'envoyé de Suède y répon- 
dit. Le débat fut porté devant le Conseil de commerce, 
et la discussion s'ouvrît le 5 mai 1706. Les députés 
représentèrent que Sa Majesté Suédoise n'avait accordé i 
ses lettres patentes pour l'établissement de ce consul que 
sur le rapport d'une chambre de commerce étrangère, 
qui peut-être n'était pas bien instruite des règlements eu 
vigueur chez nous; qu'il serait nécessaire d'avoir commu- 
nication des raisons et des motifs qui avaient déterminé 
la chamhrc de commerce de Suède à solliciter l'établis- j 
sèment de ce consulat; que cette nouveauté dans une 
\']\\o où les étrangei's étaient traités comme les nationau> 



' Parmi les minutes ili' Uouzi^au, on rencmitrc. à hi date du 18 novem- 
hte Kitli, un Jolin EnsJîlyssiie, maiiliaiid df HiiU, ]iy\anl uvee (;rcpor\ Purrl 
niiiiTlutiKl d'York, ft un antre, 180 èi-iis d'or [loiir \ir>gl tonnraiK clarfli e 
rouges ; et parmi les papiers d'Étal déposes an Record Ofllce (Domeslic Seiit'ss 
r.harles II. IWtT, Januapyr»!. vnl. CLXXXrX, n" 121), mi voit ui> aiitro JohB 
liiglisli en l'Olutiini d':i flaires avi!e Hoedraux. 

*State VupeTs, nnuieslic Séries. CJ):irks II. 1067. Mardi 2H, vol. XCV, n-J** 
Voir eneorc les mtnuli^s dftCiiulhures, aiin, KjTO. frdjiHMH 



ET IH-: LA NAVJC.VTlaN A IU)Hlt[-ArX. 



179 



tlonnail lieu de 



Mit 



soupçonner qu il ii 
prise dans l'oblprition do ces leHros palfiiles, dont les 
suites pourraient être désavantageuses au commerce mu- 
tuel des deux royaumes; qu'ainsi il serait à propos d'ôtre 
informé au préalable de ces motifs, comme des privi- 
lèges et droits attribués aux fonctions do ce consulat, 
pour savoir s'ils n'attentaient point à Faiilorilé du roi et 
de la justice, et à l'intérêt du coiiuucrce île IJordeaux, Les 
députés ne croyaient pas que le sieur Luelkens, nommé 
pour remplir cette fonction «le consul, voulut l'exercer 
quand il saurait que monilcnicnt elle élait incompatible 
avec le commerce considérable qu'il faisait à Bordeaux; 
que s'il en était autrement et qu'il eût la liberté d'exercer 
I les deux fonctions, il serait à craindre tju'il n'abusât de 
■ c^Uc de consul pour s'attirer un plus grand commerce, au 
délriment des sujets du roi et des autres négociants suédois 
établis à Bordeaux ou qui auraient dessein de s'y établir: 
« car pouvant découvrir, par ce moyen, les correspon- 
dances, il luy seroit aisé par des avis secrets et supposés 
d'oster le crédit aux négocians françois et suédois pour 
faire réussir des projets intéressés qu'il pourroit faire 
^exécuter impunément sous le nmn de personnes prépo- 
^Kécs, avec lesquelles il s'associeroil. d Le procès-verbal 
najoute « qu'on ne voit p<Kut de consul dans tous les eslats 
Ltlu Ponant, parce qut' le conimerce y csl parfaitement 
^îonnu et partout si bien élably qu'on n'a pas besoin de 
consuls, les puissances, par le niinistcre de leurs ambas- 
sadeurs ou envoyés, ]}ourvoyant aisément aux inconvé- 
niens qui peuvent arriver au commerce de leurs sujets ^ » 



' Reg. (lu C.iirscil (11' iiiiiiiiiiirrp F. li. 31. TipUo illi verso. Cl', lulio lôGvci-so. 



m 



IIISKUIIE tn- COMMERCE 



Celte opposition contre l'institution du sieur Luelkcns 
continuait encore plusieurs mois après ', 

La Chambre de commerce de Bordeaux ne se mon irait 
pas moins jalouse de tout ce qui paraissait de nature à 
porter atteinte à son autorité. Les marctianiLs de Péri- 
gueux avaient demandé qu'il tut établi une juridiction 
consulaire dans leur ville : cette compagnie, de concert 
avec le maire et les consuls, forma opposition à cette 
requête, se fondant sur ce qu'il n'y avait presque pas de 
commerce sur cette place, et que le peu d'affaires qui s'y 
faisait ne méritait pas une juridiction consulaire *. 



* Reg. du Conseil de commerce F. IS. Sô, folio 68 v»; séance du IR août 1706. 
— Dans lui\ des vnlumcs siiivjnls ^F. i2. 71, [i. 111 ; G avril 17:21). on lit un« 
dùlilit-ration sur un Mèuioire du iL'sidt'til de Suède, qui demandait mainlevée 
(S*une partie d'alun adressée de ce pays aux frères Luctîccns, mardianils de 
Bordeaux, par des marfliantis de Malinock, et saisie par le dii^et-teur des fer- 
mes, n sur le fondeiuetil que îes commissiimnaires de ladite ville n'ont pu ai- 
eiiscr juste te poids duditalun. lors de la déclaration qu'ils en ont failc. •> 

* Re};. du Conseil de eonimenx F. 12. 75, p. 77:2; séanee du 12dée. 1726.— 
Un arrËt du Conseil d'Élat, en date du 17 février 1732, qui casse l'élection 
faite d'un sieur Fauconnier pour premier juge dans la jiuidielion consn!au"e 
d'Anpoiili^nie. neus apprend que celle ville [lossédiiil une pareille juridictiim 
vers la tiii^iiie époque. Faiiioniiiei' a\ai( été élu le 22 déeembre 175(>; le rai'^nir 
jour, Jarqucs (îalliot, Matliieu Jituherl et Jean Sazerac, anciens ju^'cs et eon- 
suls dans ladite juridiction, « tant pour eux que pour ks anciens jujïes-con- 
suls et tuareliands, n lorniaieut opposition a cette élection, se fondant sur ce. 
que ledit Fauconnier, ayant été Tun des quatre consuls de l'anDèe 1731, ne 
pouvait Mre eontinuè en tliarge en 1732, suivant la disposition de l'article 1" 
de ledit de Charles IX, du mois de tiuvembie Kiti5. portant elaliUssemcnt dans 
la ville de Paris d'une juridiction consulaire, 'n l'instar de laquelle toutes les 
autres du royaume, et notamment celle d'AngouWme, avaient été créées. 
(/éW., F. 12. 79. p. 188, 180; séance du 31 février 1732.) — La rnSme année, 
le Conseil d'Élat fut appelé ii statuer sur les brigues pratiquées par les mar- 
chands de Bordeaux poui- parvenir au eonstilat. el onlrmna que les directeurs de 
ia (iliituilire de comnierce seraient élus conforoiénient "a l'arrêt du 26 mai 1708. 
(/fr/V; , p 312. tiKI, 722, 1^; 21 avril, 21 t-f 2H août,) 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. <81 



CHAPITRE XXXII 



COMMEKCE DE BORDEAUX A I,A VIS Dl XVII'' SIECLE. 

Mémoire de M. do Besons dosliné à l'éducation du duc de Bourgfognc ; dclaiU donnés dans la 
prenriôrc partie sur le commerce do Bordeaux, et, plus loin, sur celui de In proviiirc. — 
Classes des personnes qui se livrent au néf^oco à Bordeaux. — Étran^rs naturalisés. — 
CoDunissionnaires. — Foires de Bordeaux ; afflucncc de navires qu'elles allircnt dans lo 
port de cette ville ; principales denrées que l'on y charge. — Articles prohibés ; importation 
de hareng et de poisson du dehors ; étrangers ([ui viennent faire du commerce à Bordeaux ; 
denrées qu'ils y apportent ; établissement do droits nouveaux. — Détails sur le produit des 
douanes. — Commerce des céréales. — Détails sur les grands crus du Bordelais. — Lo 
Mcdoc à la fin du xvir siècle. — Mémoire sur le connnurco de Bordeaux vers l'année 1730 ; 
population de cette ville; stagnation des alTaircs ; cause ]<rincl|iale do cet étal de langueur. 
— Obstacles qui s'opposent à l'extensiiin du commerce do Bordeaux ; ]icu de prorondeur de 
la Gironde ; détails hydrographiques à ce sujet. — I)énoud)rnment dos principaux articles 
du commerce de Bordeaux et des pays avec les<)ucls il se fidt. — Cantons de la (iuiennc 
renommes pour Icui-s vins. — Fraudes des marchands gascons. — Exposé du plan suivi par 
l'auteur du Mémoire sur le commerce de Bordeaux, et dévclopi>enient de ce plan. 

Arrivé à la fin du xvii® siècle, je trouve sur ma route 
un document qui nous donne une vue claire du com- 
merce de Bordeaux à cette époque : c'est un Mémoire de 
M. de Besons, intendant de la généralité de Guienne, 
destiné à l'éducation du duc de Bourgogne. Je néglige 
quelques détails semés çà et là dans la première partie *, 



' Par exemple, ce qui suit : « Les fermiers de la ferme d'Occident ont aussy 
dans leur ferme la marque des chapeaux, et c'est une ferme particulière.» 
(Ms. Mortemart, folio 48 c" et v.) — Un acte de Coulhures, du 18 mars 1636 
(folio 298), mentionnant une saisie, aux Chartrons, d'une balle composée de 
onze douzaines de chapeaux do poil et de douze de demi-vigogne, nous apprend 
que la douzaine des premiers valait M livres, et les autres 8 livres pièce. — 11 
y avait encore des chapeaux dits vigognes et dauphins, les uns et les autres 
portés, sous différentes dénominations, sur un taiif de douanes de i664, mo- 
difié plus tard par un arrêt ordonnant qu'ils payeraient in-iistinctcment, à la 
sortie, 55 sous par douzaine. (Registre du Conseil de commerce F. 12. 75, 



182 HISTOIRE DU COMMEIICK 

et j'en viens tout de suite à celle qui est consacrée au 
commerce de la province. L'auteur commence par faire 
observer que les grosses cargaisons se font à Bordeaux 
et qu'il se charge peu de chose dans les autres ports. 
Ces grandes cargaisons, il est superflu de le répéter, 
consistaient en vins et en eaux-de-vie, récoltés non-seu- 
lement dans l'élection de Bordeaux et dans la généralité, 
mais dans l'Agenais et dans l'élection de Gondom, qui 
en faisait partie; il en venait aussi une grande quantité 
de la généralité de Moutauban et du Languedoc. 

t Le commerce, dit M. de Besons, se fait à Bordeaux 
par trois sortes de personnes, le moindre par les mar- 
chands françois, beaucoup par des étrangers qui se sont 
fait naturaliser avant 1675, le reste par des étrangers 
qui viennent demeurer à Bordeaux pour faire le com- 
merce et qui s'en retournent hors du royaume avec l'ar- 
gent qu'ils ont amassé, quand il leur plaît*. 

« L'on doit remarquer à l'égard des étrangers nâtura- 

p. 857; 22 octobre 1728.) — Une Nente de chapeaux, pour la somme de 36 li- 
vres 9 sous tournois, par un maitre chapelier de Bordeaux, permet de reporter 
l'existence de la chapellerie dans notre ville jusqu'au milieu du xvi« siècle. (Mi- 
nutes de Denhors, 8 janv. 1361 ; 184-2, f» mclix v".) Mais il ne semble pas que 
le commerce des chapeaux y ait eu la même importance qu'à la Rochelle, qui 
en expédiait directement, ou par Bordeaux, aux ilcs d'Amérique. (Registre du 
Conseil de commerce F. 12. S3, folio 273 verso; séance du 27 avril 1708.) 
M. Edouard Fournier nous a fait connaître, dans la Ilevue des Provinces, t. Vil 
(Paris, 186o, in-S»), p. 532-o35, ce que devenaient, sous Louis XIV, les vieux 
castors de la Rochelle, et l'on peut consulter, sur le domaine d'Occident, For- 
bonnais. Recherches et considérations sur les finances, etc., t. II, p. 251. 

* Parmi ces étrangers, on remarque Jean Baumgarten, de la ville de Thorn, 
et Catherine le Roux, sa femme, de la ville d'Amsterdam, tous deux pro- 
testants, habitant la France depuis vingt ans, où « ils ont fait un notable 
commerce tant à Nantes qu'k Bordeaux, où ils sont U présent demeurans. » 
(Registre du secrétariat, année 1670; Ms. de la Bibl. imp. Fr. 6652, folio 322 
verso.) 



ET DE LA NAVIGATION A ItOUDEAUX. 



483 



lisez, qu'ils ont pris des lettres de naturalitô avant 1675. 
L'on n'en prend pas depuis, parue qu'on révoqua pour 
lîors les privilèges des bour|j;eois, qui jouissoicnt do 
l'exemption des droits de complablie; et comme il n'y 
a plus de privilèges, l'on ne prtMid plus de lettres de na- 
tu rallié. 

« L'on doit encore observer que la plus-part des mar- 
chands qui font le commerce agissent par commission 
des marchands étrangers, en sorte que les marchands 
qui sont à Bordeaux tbnl pour leur conjpte, et plus sou- 
vent comme commissionnaires. » 

M. de Besons passe ensuite aux foires, dont il indique 
l'établissement par Charles IX, en 1505, et l'importance 
pour la vente des vins, que les étrangers chargeaient 
tout chauds dans la seconde quinzaine d'octobre : « Il y 
a presque toujours dans le port de Bordeaux, dit-il, quand 
le commerce va raisonnablement, cent vaisseaux étran- 
gers, et dans les tenqis de foires quatre ou cinq cents. 
Il y en a eu souvent davantage. Les principales cargai- 
sons que font les étrangers sont des vins, des eaux-de- 
TÎe, des prunes, du vinaigre, de la résine. Les droits du 
roy ont monté tpelques fois dans les bureaux qui sont 
<lans l'étendue de l'élection de Bordeaux, à plus de quatre 
anillions. 

E« Les étrangers apportoient autre fois des draperies et 
stoifes des manufactures irAngleterre et de Hollande, 
et des toiles d'Hollande ', L'entrée de ces marchandises 
n'est point permise, quant à présent, par le port de 



1 ' M. du Ik'Suiis iiL' <lii lien des diaussos, sans duulc parce qu'elles avaient 
i'if. reriiplacces depuis liinjîlfiiiiis par les bas. Le 10 m:ii Ia7i vfuliuSjH verso), 
le nuUiire L;icastc ciiret'iiilrc lui acte liuna litiiid A k{ l'ait iiieiiliuii il Une vente 



m niSTOIHE DU COMMERCE 

Ik^nleaux^ L'on apportoit aussy beaucoup (rijaran et du 
poisson des pesches des étrangers. L'on doit prendre 
garde, à l'égard de la baleine et de la riioluë, à prendre 
des précautions que cela ne nuise pas aux pesches des 
François. Le commerce n'est point encore rélably avec M 
les Anglois, il vient jusques à présent peu do tours vais- * 
seaux; il y a quelques Écossois; il est venu beaucoup 
d'Hollandois tlepuis la paix. Les étrangers portoient beau- | 
coup de bourres, de fromages, de chairs salées, des bas 
et des étoffes. L'on a ctably des droits nouveaux très- fl 
forts par des arrcsts depuis le mois d'octoltre 1687 sur 
les marchandises étrangères- : cela est cause que l'on en 
apporte pas beaucoup. » L'écrivain prévoit dans cette 
augmentation d'impôts une dinu'nution considérable du 
commerce de Bordeaux, « parce que, dit-il, ce sont les 
étrangers qui envoyenl ou viennent eux-mesnies charger 
avec leurs vaisseaux qui ne viendront pas à vuide, et 
qu'il n'y a point de bastimcns fraiiçois qui aillent porter 
les denrées do cette province dans les pays étrangers. » 

Développant ce qu'il vient de dire des impôts qui gre- 
vaient le commerce de Bordeaux, M. de Besons continue 



importanle de chausses trAnglelerrc, par Jean Aiibroy, bourgeois et Irésoricr 
lie la ville de Dordeaiix. 

' Deux niéniflires relatifs îi Va foire de Bordeaux tenue au niois d'octobre 1735, 
et Hu commerce de draperie qui se faisait eu eelte ville, le niimli-eiit en pleine 
iiclivili- sous le h'triic ilf Luuis XV. Voyez, le Ue^iistre ilu (Àinscil de comiuicitc 
F. 13.81), |i. 111; scaiiue du i*> janvier \~m. Cf. |i. 122, 3 février; et |t. lU. 
13 février. 

* Vojez Forbonoais, Recherches et cmiùdàadtim sur le* finauces de France, 
t. If, p. 18. — Les ports de Calais, Sainl-Valery cL Bordeaux furent les seuls 
ouverts h rimporEiKîondis ttufes de laine (les faluiques étrangères. Quant aux 
soieries frîmeaises, elles furent all'raachk's en snrUml du myauiue par Bayonnn 
et par Bordeaux. 



ET DE LA NAVIGATION A «OnDEAl'X. 



m 



: « Le roy tire plus de la Guyenne en leiups tle paix 
lar les droits du comoy et coinptablye tle Bordeaux, 
que par les tailles *. » L'intendant avait dit que ces droits 
s'étaient quelquefois élevés au chiffre de 4,000,000 : il 
revient sur cet article pour nous informer qu'ils devaient 
aller, en temps de paix, à 3,800,000 livres. Ils por- 
taient principalement sur les vins connue sur le sel que 
l'on tirait de la Saintonge et d'ailleurs, pour la consom- 
piation de la province et de la généralité de Montauban. 

Passant aux céréales, « il n'y a point, dii 11. de Bc- 
sons, assez de blé dans l'étendue de l'élection de Bor- 
deaux pour la noucrifure des luibitans df> Bordeaux ni de 
ceux de rék'udué <lii plat pays. L'on en porte des envi- 
rons de Bergerac et de Suinte-Foy, du Qaeivy, d'Ageiiois 
et du Condoniois, et quelques lois du i'ronitiit d'Albi- 
geois. Pour ce qui est du seigle, l'on en porte beaucoup 
'rie Bretagne par mer, d'où l'on porte aussy (]uel(:|ues fois 
du fi'omenl; c'est prîncipa!em<'nt tlu seigle qui virn( de 
Brelaiiine. » 

L'intendant revient aux vins pour signaler les Anglais 
comme mettant beaucoup d' argent pour l'achat de cet 
âiiicle. « 11 y a, dit-il, trois cantons fort renommez dans 
rélertion de Bordeaux dont les vins se vendent cher. 
Le plus considérable et le nieillcur sont les Graves, qui 
sont aux environs de la ville de Bordeaux, p Ces vignes 
.vaienl été gelées pendaiU riiiverde 1606 à 1697, comme 



' La Giiienne, l'n (iciiors lifs cimi iiiosscs frniR's, rwisuil {y.w\h ûc ces pnv 
Vint'os que l'on ifpufjit plr:mgi»ivs. Oiitie k-s ili-iii(s<lfi ronvoi, on pprfevail k 
Boniciiiix des dmits ûe romptalilic à Ci-fittrc vl ;i lii s(i;(ie dtr l'amleiine siaù- 
;liausséc(Jpf;uiorinc,(li'piii8Saifil-MïH'aiicoti LLintîim jiisiiu'a Va nn'i, t't depuis 
it MédiK l't lil;iyp]iisquon Sainlûii^e. (Ms. Murleiiurl n*' W, folio j(.l verso.) 



186 



UISTOIRH DU COMMERCE 



celles de Langon, Barsac, « et autres lieux proche la 
Garonne ', » où l'on récoltait des vins blancs qui se ven- 
daient cher- mais les marchands de Bordeaux n'étaient 
pas embarrassés pour réparer ce désastre. Le P. Labat, M 
après avoir dit que les meilleurs vins français que l'un 
buvait aux Antilles venaient de Bordeaux et des envi- 
rons, ajoute : « On sgait que tous les vins qu'on charge 
à Bordeaux, ne sont pas des vins de- Grave ou de Gra- 
vier, et qu'il y en a iniiniment plus qui sont de Palus, 
c'est à dire de ces endroits bas et gras, qui donnent des 
vins épais et durs, si rcclierchez des peuples du Nord. 
C'est à ceux qui les achètent à les prendre pour ce qu'ils 
sojit, après les avoii' bien goùlez sans s'arrêter aux titres 
pompeux que les marchands leur donnent : car ces mar- 
chands sont Gascons, et jouissent, aussi-bien que les 
Italiens, du privilège d'amplifier autan l qu'ils veulent 
tout ce qu'ils disent. Surquoi il faut remarquer que 
quand ces vins communs, c'est à dire ces vins de Palus, 
sont bien choisis, et qu'ils ont passé la mer, ils se dé- 
purent, et sont infiniment meilleurs aux Isles que dans | 
le païs qui les a produits '^ » Le second canton, renommé 
pour ses vins rouges, était le Médoc, qui, sous ce rap- 
port, n'avait cependant point fait encore oubUer le Bour- 
geais et le Blayais. 

« Le Médoc, continue M. de Besons, est un pays 
meslé, » expression qu'il répète après l'avoir expliquée-^ 



' Pur i'SL'iii[ile Siiinle-Ci'iïix du Moril, Tluius le lti:i"unl Oiliei!, ii Londres, i»(i 
trouve, à la date du 23 janvier 1 Hi; nu viiliiinis du garde du sceau <i Bor 
dt'aus, cï'uno charln oi:troyi'o a ses li:iliiUiik(s (lar IJhvard Ul, (Troasury of Iho 
E.\{ln'i|tier, H<<alin nfFiiinre,) 

* Nouveiin yniinije awx hkif ik l' ÀtiH'rhiiu' , Plc. A Paris, M.itr.i:.x\ii,, in-»», 
I. III, p ;it5, .iH. 



ET DE LA NAVIGATION A BORnEACX. 



<87 



disant qu'il y croissait du blé, principalement daiis 
les marais desséchés du bas Médoc. « Il y a, ajoute-t.-il, 
des nourrissages de bestiaux, plus de moulons que d'au- 
ti'cs. Il y a des haras, ce sont de petits chevaux; il n'y 
en vient point de grands dans tout ce canton. Il y a des 
pins d'où Fou lire de la résine, du costé i]c k mer, et 
des mousches à miel ' , » 

Depuis la fin du xvii" siècle jusqu'en Tannée 1730, nous 
n avons, pour nous renseigner sur l'état du commerce à 
Bordeaux, que les registres des séances du Conseil insti- 
tué par Golbei'l et ceux de la Chambre de commerce de 
Guienne; encore les uns et les autres ne contiennent-ils 
que rarement des notions générales sur celte matière*. 
Mais, comme j>n l'a vu plus haut, nous possédons un pré- 

I' Manuscrit de la Bibliothèque impériale, fonds MiirlL-mart, ii" 38, folios SO 
reclo, Ui verso. — M. de llesHiis ne dit rien en ci's lièvres un Médoc, a noii- 
seiilcniont si hardis, qu'ils coureriL a|irès les k'vriers, mais aussi tant k'g;ci'S, 
que les tîiriés voler, pius tost que courir, ]wr cet; ttraris saliles, el s'il kur de- 
plaist de se puistre a euuvert un pic des arbres, qu ils tuuntenl ii la siuie, el 
Diesiue gisent lii. » (_Vinel, l'Antiquité de Bouràeaus et de Umirg, etc. A lîunr- 

• deaus, loTi, in-i", sign. D rcclo) 
* Une délibération du 2tt novembre J700 nous en foiiniil irinlércssantes. Le 
sieur Liimbard, inspeeleur générdlde la marine U Dordeaiix, avait écrit pour 
dcniaridi r, en faveur d'un Anglais, un ;tasse|iori raulitsisant ii venir en ecltc 
ville avec des ni:jrebîindises permises, etiart^er du vin b destination de l'Aiijîle- 
terre; H ajoutait que si ce passeport était aceordè, plusieurs Anglais en denian- 
deraicnt, nonobsfanl les risques qu'ils couraient en négociant avec les Français, 
c.[ que cela feniit un i;raiid bien ii la province de Guienne, « qui est Iri's-iibon- 
dante en vin auquel les Anistois mettent un baut prix. >• L'avis des députes du 
toninieree était que les relations eiuumenialLS avec rAu;-,'lelL'rre prcsenlaietit 
beaueiiup d a^iinla^es, riun-seuieineiit jiar celte eireiuistiiiee. mais encoie par 
la quantité de maccbandises que nous pourrions leur fuuinir. Dans le cours de 
la discussion, il fut «diservé que la plupart des membres des deux Chainbresdu 
parleuienl anglais étaient népociimls, quil > avait des ^çrands SL'igneurs, ani- 
més, pour notie commerce, de disposititins favorables qu'ils feraient valoir eu 
|is opportun avec plus d ardeur, s'ils apcreevaicnl cbe/. nous les mêmes 



488 HISTOIRE DU COMMHIICE 

cieux Mémoire qui répand sur ce sujet la plus vive, la 
plus curieuse lumière. Il débute par une notice sur Bor- 
deaux, où l'on voit, dès les premières lignes, qu'à 
l'époque où ce travail fut fait, c'est-à-dire vers 1730, la 
population s'élevait à plus de cent mille âmes. L'auteur 
continue ainsi : « Le commerce de cette ville se ressent 
de la langueur où il est tombé partout, et, entre les 
causes générales qui lui sont communes avec les autres 
places du royaume, elle en a une qui vient du défaut de 
qualité qui s'est trouvé dans ses vins depuis deux ou 
trois ans, qui a empêché les étrangers d'en tirer. 

« Son commerce pourroit s'étendre s'il pouvoit entrer 
dans son port des vaisseaux d'un plus grand tonnage. 
Les plus grands qui y entrent à présent sont de trois 
cents tonneaux; encore doivent-ils attendre, pour y pou- 
voir descendre, les grandes marées, qui n'arrivent que 
deux fois le mois, c'est-à-dire à la nouvelle et pleine 
lune : ce qui retarde beaucoup et cause des frais consi- 
dérables. Cela vient du peu de profondeur que laissent à 
la rivière trois bancs de sable qui s'y sont formez depuis 
Bordeaux jusqu'à Blaye : l'un, à deux lieues de la ville, 
au-dessus de Lormont; le deuxième, au Bec-d'Ambez, 
qui est trois lieues plus loin; et le troisième, qui est 
mouvant, derrière la citadelle de Blaye, où il s'est formé 
depuis peu de temps. » A ces détails, l'auteur du Mé- 
moire en ajoute d'autres, dont voici les derniers : « Il y 



dispositions. La délibération se termina par une invitation a» pétitionnaire an- 
glais de se rendre k la Chambre de commerce de Bordeaux, pour conférer avec 
les directeurs sur la nature des marchandises permises ([ue ses compatriotes 
pourraient apporter chez nous. (Registre du Conseil de commerce F. 12. 51, 
folio 46r) verso.) 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 189 

a trois passes à l'embouchure pour l'entrée et la sortie 
de la rivière, deux sur la côte du Médoc et une sur celle 
de Saintonge. De toutes les trois, la plus sûre et la plus 
pmtiquée est celle qui rase de plus près la cote de Mé- 
doc. Celle de Saintonge, qui est de l'autre côté, est la 
plus mauvaise et n'est pratiquée que par des barques 
bretonnes, à cause de son peu de profondeur*. » 

L'écrivain qui nous occupe passe ensuite au vin, la 
principale richesse du pays, au blé, objet de première 
nécessité et de commerce pour ses habitants, et au bois 
indispensable au logement des gens et des marchandises, 
comme aux constructions navales; puis il termine ainsi 
son avant-propos : « Les principalles denrées de cette 
ville sont les vins et les eaux-de-vie, les farines, les pru- 
nes, les miels, les cires, les chanvres, la graine de lin et 
les raisins, et son plus grand commerce se fait aux isles 
de l'Amérique, en Hollande, en Angleterre, à Hambourg 
et dans tout le Nord. 

« On va parcourir séparément tous ces objets, et on 
descendra dans tous les détails qui peuvent donner, non- 
seulement une connoissance spéculative, mais une con- 
noissance pratique de tous ces objets, c'est-à-dire qu'on 
joindra à chaque article des comptes d'achat et de vente 
cfvi comprendront tous les frais. 

« On commencera par traiter des denrées et marchan- 
dises qui seront de ce port, et on passera ensuite à celles 
qui y entrent. » 



* Comparez ces détails avec ceux qui nous sont fournis par la carte hollan- 
daise, intitulée : Paskaartvan de Garomne of Rivière van Bordeaux. T'Ams- 
^ï'dam by Johanncs Van Kculen Zeekaart Verkoopcr Aande Nienwonbrujîh 
*n*e Cekreende Lootsman [2i]. 



190 HISTOIRE DU COMMERCE 

Ce qui précède nous dicte notre plan pour ce qui 
nous reste à écrire de notre livre. Nous allons donc re- 
prendre l'histoire des diverses denrées et marchandises 
du commerce bordelais où nous l'avons laissée, et consa- 
crer un chapitre, ou du moins une page, à chacune 
d'elles, sans revenir sur les vins*, mais surtout sans per- 
dre de vue les autres faces de ce commerce, principale- 
ment celles qui peuvent donner une idée plus claire et 
plus complète du progrès de la civilisation dans le sud- 
ouest de la France. 

' Voyez l'extrait que nous avons donné ci-dessus, dans le chapitre xxx, 
p. 126-133. 



ET DE LA NAVIGATION A CORDEAUX. m 



CHAPITRE XXXIII 



EAU-DE-VIE, EAU-FORTE. 

Invention de la fabrication de l'cau-de-vie ; passage d'Aniauld de Villeneuve. — Vogue de 
-l'eau-de-vie; elle cause la mort de Charles le Mauvais. — Elle figure de bonne heure 
parmi les articles exportes par le commcrt-e de Bordeaux. — Provenance de celle cau-de- 
vie ; passagp de l'ingénieur Masse. — Extraits des ininules des anciens notaires de la 
Rochelle, relatifs aux eaux-de-vie d'Aunis ; délibération du corps de ville pour empêcher 
l'entrée des liquides. — Industrie des brandeviniers k Bordeaux ; arrêtés municipaux qui la 
conccmont. — John et David Strang, fabricants d'eau-tle-vic dans celle ville ; lettres de 
naturalité octrojccs à ces Ecossais. — Un aulre, Robert Arbulhnot, demande et oblicnl la 
permission d'envoyer à Bordeaux un navire pour y charger de l'eau-de-vic. — Ordonnance 
des trésoriers relative aux eaux-de-vie du haut Pays, rapportée en I66l2. — Eaux-de-vie 
préférées au xvii' siècle. — Expéditions de cette denrée pour la côte de Guinée et Saint- 
Domingue. — Perturbation dans le commerce des eaux -de -vie au commencement du 
XVII' siècle. — Réclamation des juges et consuls de Bordeaux contre les droits de sortie 
exigés sur cette denrée. — Autre demande du commerce de Bordeaux de pouvoir envoyer 
des vins en Portugal, pour les faire passer en Angleterre. — Pélilion d'un négociant pour 
obtenir la permission de faire entrer des navires chargés de produits du Nord et d'exporter, 
en retour, de l'eau-de-vio. — Commerce de cotte denrée avec la Moscovie, par l'intermé- 
diaire dos Hollandais. — Importance de ce commerce entre Bordeaux et les Provinces- 
Unies. — Proposition relative à une augmentation de droits sur les eaux-dc-vie chargées à 
Bordeaux pour l'étranger. — Élévation des droits, dans les Iles-Britanniques, sur cet 
article ; proposition d'en prohiber l'exportation. — Autre proposition à l'elTet de rompre 
tout commerce avec les Hollandais ; résultats funestes d'une pareille mesure pour la 
Gnienne. — Requête du syndic général du Languedoc, relative aux eaux-de-vie en transit 
à Bordeaux. — Abus dans le transport de cette denrée ;'nrrdt qui règle la capacité des 
hgrils. — Droits imposés à Calais sur les entrées et les sorties dos eaux-dc-vie. — Com- 
merce des eaux-de-vie à Bordeaux, vers l'année 1730. — Eaux-fortes. — Réflexions sur 
le commerce des eaux-de-vie. — Révolutions qiu arrivent sur les caux-de-vie. 

On croit généralement que l'invention de la fabrica- 
tion de l'eau-de-vie doit être attribuée aux Arabes, et 
<ÏU€ le mot alcool est emprunté à leur langue. Introduite 
en France au xin® siècle, on désignait cette liqueur sous les 
iioms à'eau-4e-vin et à' eau-de-vie. y o\c\ en quels termes 
^ïi parle Arnauld de Villeneuve : « Du vin on fait de l'eau- 
<Ie~vin, très-différente du vin par la couleur, la nature, 
^^s effets et le mode de fabrication. Quelques-uns appel- 



<92 IIISTUlItl^ DU CÛMMERCn 

lent, rcau-Lle-vin emi-de-vie, et certes, ceux qui en onl 
éprouvé l'efficacité Irouvent que ce nom est bien mérité, 
puisque certains modernes disent que c'est une eau éter- 
nelle, une eau d'or, à cause de la sublimité de sou 
action. Cette eau-de-vie ou eau-de-vin est une grande 
chose^ dont les elîets sont ineslirnables et les vertus 
notoires pour beaucoup de gens. Elle guérit sur-le- 
champ les affections qui viennent tl'iiiie cause froide et 
humide, réconforte le cœur, consume les supertluilés 
qui parcourent le corps, préserve de beaucoup de maux 
et entretient la jeunesse de ceux qui ont dépassé leur 
maturité. Seule ou avec quelques drogues, elle est effi- 
cace contre la paralysie, la fièvre quarte, l'épilepsie, 
Tamaurose, le cancer, le calcul, l'hydropisie, les tran- 
chées; elle mérite à bon droit le litre d'eau-de-vie, 
puisqu'elle raffermit les membres et prolonge l'exis- 
tence'. » 

Les éloges que les médecins prodiguèrent à l'cnvi à 
ce que leur coniVère présentait comme une panacée uni- 
verselle, augmentèrent bientôt ]a célébrité de l'eau-de-j 
vie, et on l'employa de toutes manières tant à l'intérieur 
qu'à l'extérieur. Ce fut le remède qu'on ordonna au roî 
de Navarre Charles 11, dit le Mauvais, et celui qui, ejL| 
1387, par un accident singulier, lui causa la mort, 
comme tout le monde sait. 

L'eau-de-vie fit^ure d'assez bonne heure au nonibn 
des articles que Bor<leaux exportait au dehors. Parmi les 



' AruaUli de yi!laiun>n. medid aciilissmi, Opéra tuipenime revka, de. Lug- 
duni, M.cccccsx.. in-folio, ftjlio 89 verso, coi 2. {Sermo stiper aqua v'ini, etc.) 
rr. Li' r.rand fi'Aussy, Il'mUme de la vie prMe dex François, t. III. p. 75 cl 
sujv., f[ Du (laiit'f, (iloux. tiietl. et hif. lat., l. I, p. 3iô, i:ol, 3, \" \qua viUx. 



NAVIGATION A HORDE.^ 

"nïïnules tlii notaire Douzoau, on (niuve, ii la date du 
30 mars 1521, un cl]arp;eujeiit, à desliualion (PAnvers, 
de trois Ijarriques « d'eau ardanl, » ))ar Aniault del 
Casso, Jean île JSaliugues el Nicolas Ilidie, pour et au 
nom *{{) Ji'aii IJalutcl, marchand de Gaillac. Plus tard, 
c'est un marchaud de Bordeaux, Antoine Caries, qui 

.vend à Mateo Cerretani ' de liuil à dix barriques d'cau- 
de-vie à raison de Ifi livres tournois l'une (12 septem- 
bre 1550); puis un autre, qui i-har^fc trois tiers ou 

I lierions de la même denrée pour Middelbourfi; (2 oe- 
tobi'c 1550), quelques semaines avant une expédition 
de quatre-vinfi;t-treize tonneaux de vin, d'un tonneau 
« d'eau anlent dite cau-âc^vie, » et d'un barriquant 
d'huili; d'olive, dii'igés sur le mémo point par Pierre 
Symoniiet, au nom de Monsei^^neur Yve Testar, seigneur 

fde la Mozoe, de la Rochelle (24 novembre 1550). Cilons 
encore une vente par Jean Geofi're, marchand de Bor- 

Ideaux, à sire iïendric Bastel, marcliand de Handxmrg, 

(<le cinq barriques « do eau-de-vie, autrement apiiellée 

*^aue ardiinf, » à raison de 14 livres tournois la barrique 

»<9 juillet. 1552). 
Nous voici amené à rechercher la provenance des 
C3aux-de-vie qui alimentaient le connneree de Bordeaux 
^u xvi*^ siècle. Selon toute apparence, elles étaient une 
production de la Guienne ou du Laniïuedoc, plutôt 
:fiie de l'Annis. L'ingénieur Masse écrivait, en 1712 : 



' Nous avons dcju mi ce noDi parmi <['iix tics noUibks «uiniucrciints di' Boi'- 

«^RaiiA iiu XVI» sitdc; plus taid, on le retroiivi" dujis luu* IcUi-e de (lolbeit de 

p'erron, datée de la Roclielle, lo*) dérmibit IKiH (RiW. imp., Cftlb. tOl M61., 

'•o 3^{o recto), contenant, cnlie autres i.'liiises, l'ypprot)atiiMi par le {•ardinal 

'^iirin du cliois dn siciir de r.cniany pour Htiiitcnant-nilomi du rvjiiuiont 

*s Iles. 

11. 13 



M 



194 



IllSTOllîl- DU CO MM Eli CE 



« 11 n'y a pas encore quatre-vingt-dix ans, à ce que 
m'ont assuré les anciens <lu pays, qu'on a commencé à 
y convertir le vin en eau-de-vie. Un chirurgien du pays 
fut le premier qui dressa des chaudières, et cela s'est 
rendu si commun que le moinrln^ paysan un peu aisé 
fait brûler son vin, dont les marchands font un très- 
grand débit ', » etc. 

Les anciens du pays étaient-ils dans le vrai quand ils 
ne faisaient remonter que vers 1625 les débuts de l'in- 
dustrie principale de l'Aunis? Ce qui en ferait douter, 
c'est que dans les minutes du notaire Lecourt, M. E. 
Jourdan a trouvé un acte de 1549 constatant Tachai, 
par un marchand de la Rochelle, « de quatre barriques 
playncs d'eau-de-vie bonne et marchande, » au prix de 
60 livres tournois les quatre. Le vendeur, il est vrai, 
était un marchand de Brouage; mais trois actes du 
notaire Tharazon, de 1571, établissent que la veuve de 
Jean Sarazin, marchand et faiseur d'eaunle-vie (de la 
Rochelle ou des environs apparenmient, sans quoi l'acte 
eût indiqué son domicile), avait vendu à un bourgeois ro-| 
chelais, au mois de février, six barriques d'eau-de-vie, 
« enfuslêes en barriques neufves et de janlge, » moyen- 
nant 16 livres tournois chacune; au mois de juillet, si: 
autres barriques, au prix de 15 livres, et au mois d 
septembre, huit barriques à 14 livres. Le vin coûtait 
cette année-là, de 20 k 22 livres le tonneau. Des acte==s* 
de Bion, de 1595, constatent deux ventes plus impor^'^^^* 
tantes faites par un marchand flamand, demeurant à 
Rochelle, l'une de vingt, l'autre de vingt-deux barrique 



*■ E. Joui-dan, Essai hittoriqm sur Us vignei et les vins de l'Aunli, II. (Re 
de l'Aunis et de la Saintonge, S» année, n« IV, i'J avril IWîO, p. 272, 275.) 



F.T DR LA NAVKiATIU.N A HOUDHAfX. 



m 



d'eau-(le-vie, au prix de 27 écus la pièce. Le vin était à 
22 écus le tonneau. En 1617, le notaire Cousseau passait 
acte de deux ventes d'eau-tle-vie, qui même aujourd'iiui 
seraient regardées comme très-consido râbles, faites par 
un marchand de la Rochelle : l'une île cent dix barriques 
à 39 livres 18 sous, et l'autre, un mois apri^^s, de cent 
barrifjues à 38 livres, « Teau-de-vie tenant preuve des- 
sus et dessoubz de la jaulge et garende de Cougnac. ■ 
Enfin, on Itî^^, le corps de ville, dans une délibération 
du 3 juillet, considérant « que le grand nombre d'eaux- 
de-vie, vins gaslez, vinaigres et cidres, qui entrent ordi- 
nairement en cette ville, venant du dehors de la banlieue, 
sont grandement préjudiciables aux habitans et enipes- 
chent que les vins du pays ne puissent se vendre et 
débiter, » lait défense à toutes personnes d'en faire 
"venir désormais, sous peint; d'amende et de confisca- 
tion ^ 

Nous n'avons pas trouvé de trace de l'industrie des 
brandeviniers à Bordeaux anlérieuremcnt au milieu du 
xvu^ siècle. Par acte du 27 février 1657, Jean Longue- 
serre, marchand et maître charpentier de barriques, habi- 
tant aux Chartrons, achète du merrain pour loger l' eau- 
de-vie qu'il fait taire en sa maison'^. Le 22 mars suivant, 
«fut enjoint à tous ceux qui fout de reau-*le-vic aux (Ihar- 
treux, de faire des canaux soustcrrains pour conduire les 
lies dans la rivière, pour éviter l'infection qu'elles pour- 
iroient causer, à peine de mil livres, et ordonné que les 
fourneaux à fondre ([ui sont dressez dans [a ville seront 



' Essai Imlmtiiie sur ks viyut'g et les mu de l'AitnU, d;ins la Ret<ue de 
i l'Anni» et de la Soinlonye, p. 27-i. 275. 
' Minilps de Cuiilhurcs fuliu i04 vci-so. 



196 



FIlSTdlUF. \H CC»M.\||:HCE 



démolis, et i(uo ceux tjui lmi aurûionL besoin les feroicnl 
construire en quelque extrémité de la ville où ils ne peus^ 
sent pas causer d'incommodité'. » 

Avec le temps, la législation concernant la fabrica- 
tion des eaux-de-vie à Bordeaux devint plus sévère. Le 
21 juin 1679, « messieurs les jurats firent publier une 
ordonnance par laquelle il est lait, comme autrefois, 
inhibitions et défenses à toute sorte de personnes de 
laisser leurs marchandises sur le port et places publiques 
de la présente ville au-ilelà de trois nuarées marchandes, 
j-i peine de confiscation desdites marchandises, cl do fiiire, 
dans les ehoppes qui sont joignant les murs tant dedans 
que dehors la ville, de Fcau-de-vie, à peine de contisca- 
lion des chaudières, vins et eauxnle-vie qu'ils auront dans 
lesdits lieux, et de 500 livres d'amende-, » etc. 

A cette époque, les plus grands fabricants d'eau-de- 
vie de Bordeaux étaient deux protestants écossais établis 
dans cette ville avant 1670, date de lettres de naturalité 
octroyées à Jolm et Bavid Strang, natifs de Pitenweein, 
« pour continuer le commerce qu'ilz ont entretenu jus- 
qucs icy, avec bien du succez, tant au dedans que 
dehors le royaume, d'eaûc-de-vie, vinaigre, vins françois 
et des pays estrangers, et autres boissons et marchan- 
dises nécessaires aux vaisseaux de Sa Majesté, dans les- 
voyages de long cours. » La même ordonnance proclama- 
ces deux étrangers « d'autant plus utilles au public, que^^ 
par les correspondances qu'ils ont de toutes parts à la.- 
composition particulière qu'ils ont trouvée pour lesdites 
eaues-de-vie et vinaii^re, ils se trouvent en estât d'en 



' Conthmitiou it Ut Uimiiriue (murdelnliie, p x± C-f. p. Ho et 135). 
- Il'hi. . i>. (53. 



i:t df. i,.\ navigation a iumnr.vux. 



iiti 



faire un débit considérable au plus ^ranil riiarcliô iju'au- 
cuns autres marchands de nostre royaume', » eU*. 

La passion bien connue des Écossais pour les liqueurs 
fortes, et le débouché qu elle leur promettait poui' leui-s 
produits, avaient sûrement eiiga{j;é les frères Strang, de 
I Balcasky, dans le comté de File, à établir une lîistillerie 
à Bordeaux, et c'est là que leurs cdmpafrioles, liabilués 
à Dieppe, venaient s'approvisionner, quand ils ne trou- 
aient pas dans cette ville ce qui leur convenait. Hubert 
Arbuthnot, marchand écossais domicilié à lïouen, avait 
fait venir un navire chai'iïé de sanm<»n salé, pour échan- 
ger cette denrée contre des vins et des eaux-de-vie; n'en 
trouvant point à Dieppe, il deman<lrt eJ obtint la permis- 
sion d'envoyer ce bâtiment sur lest à Bordeaux, pour y 
opérer le même chargement, offrant de donner bonne et 
fiuflîsante caution qu'il ne ferait pas fausse route *. 

En 1662, « le premier avril, messieurs les 1res(jriers 
ayant donné une ordoimimce contraire aux privilèges des 
bourgeois, portant que les droils d'entrée sur les (^aux- 
de-vie qui venoieat du haut Pays, se prendroienl con- 
jointement avec les droits (ryssnë, le pi'ocurrur syndic 
fit son opposition à l'exécution de ladile ordonnance, et 
ayant présenté sa reqneste par-devioit lesdils sieurs tré- 
soriers, d en obtint le retraiicliement ^. » 

Ces eaux-de-vie du haut Pays n'étaient point, à ce 

' Ucgislrp du seci'L'Uimt. iiunée IBTd; Ms. de l:i Uibliothi'ijiie iiiipiTtLilP Ir. 
1852, f"lio 2'2ti ivrlu, 
* HfgistiT du r.finstil de (ommcrLC, V. l^. 55. folio 2)3 verso ; séance du 
février ITl l. — Dans le volume suivant >,^T. Mm iM rciiii\ on Irouve. !i la 
lie du 20 septembre ITIH. la ili8cusi»kin d'un \th\cvt du inî'nie, reialil' ;iii 
biimieicc du suuumti Siili- d l-]rnssc. 

Omtiumtlhu h la VJmm'iqw Imurûfiuine. \\. 95. 



4S8 



HISTOIRE 1)1' a)M,vii:nct-: 



lU IL 



par 



ail 



lenues en sranile estime. Au xvif isiècle. 



Fabbé de MaroUes vantait beaucoup les caux-de-vie que 
r Anjou faisait avec ses vins blancs; mais il regardait 
comme la première de toutes celle des clairets du Blai- 
sois. Labat, qui écrivait en 1696 son Voyage aiut An- 
tilles, remarque qu'alors les ]}lus esliniées, les plus 
recherchées aux îles, élaient celles de Nantes, de Co- 
gnac, d'Hendaye, d'Orléans et de la Rochelle ^ 

A ne parler que de Bordeaux, il en partait aussi des 
eaux-de-vie pour la côte d'Afrique, destinées à la traite 
des nègres. Déjà la compagnie de Guinée était exempte 
du payement des droits pour les marchandises em- 
ployées à ce commerce, quand les sieurs de Chambel- 
lain, Sanpin et C'*^, autorisés à faire aussi la traite, 
demamlèrent à jouir du même privilège pour les vins, 
caux-de-vie et autres victuailles qu'ils avaient fait passer 
de Bordeaux au Havre, invoquant, pour être exempts 
de tous droits d'entrée et de sortie, l'arrêt du Con- 
seil du 15 juillet 1673 et d'autres i-endus pi'écédeni- 
ment'^ 

Bordeaux expédiait aussi des eaux-de-vie pour Saint- 
Doiiïi ligue, et les directeurs de la compagnie concession- 
naire du privilège du commerce de cette île élevaient 
la même prétention que la compagnie de Guinée. Le 
commissionnaire de ces directeurs avait fait une souniis- 



1 Souvenu Vmjmje nus ides de l'Amérique, clc, l, III, p. .'il'». C-f. Lp. Grand 
d'Anssy, liisknre de la rie itrirt'e des l'ranioia, etc., 1. 111, ch. iv. scct. 3 (l 
l'Em-de-vie). p. 81. 

' Repislri' (tu Conseil de conimerrû, F. 12. SI, séance du )<1 ilMcmbrc IIW)^ 
folio 7 recin. — \oyci, surb traite des n<?fîres ipie fiiisaifnt alnts les :irnia-- 
leiii-s de llonlcaux, Valiii, Nomem Commaitaire sur VUréinmiiirr de If^ 
marine, ctf., l. 1. p. m. 



ET bt; LA NAVIGATIOM A BOllDEAUX. m 

sion au bureau de Bordeaux, pour les droits de quarante- 
deux tonneaux de \in et cinquante-un barils d'eau-de-vie, 
qu'il s'obligeait h payer. Les directeurs invwiuaient l'ar- 
ticle 33 des lettres patentes du mois de scptendjiv 1698, 
qui les exemptait de tous droits de sortie sur les mar- 
chandises qu'ils envoyaient dans les pays de leur conces- 
sion. Le diil'érend fut déféré au Conseil de commerce, 
qui le trancha le 7 octobre 1717. 

Au commencement du \\i\f siècle, le commerce dos 
eaux-de-vie éprouvait une grave perturbation, qui donna 
lieu à des représentations du député de Bordeaux près le 
Conseil de commerce. Les navires étranij;ers qui venaient 
en France, pour y commercer, étaient soumis k un 
droit de 50 sous par tonneau, ce qui obligeait les gens 
du Nord d'aller prentlre en Portugal et en Espagne, oîi 
ce droit n'existait pas, les vins et caux-de-vie dont ils 
avaient besoin, ou de s'adresser aux Hollandais, affran- 
chis de cet impM par le traité de Uyswick. Les observa- 
lions dont le député de iJordeaux accompagna cet exposé 
ayant paru assez plausibles, il fut arrêté qu'il en serait 
rendu compte au roi, aiin que, si Sa Majesté le jugeait à 
propos, elle ordonnât la suppression de ce droit'. 

Déjà les juges et consuls de Bortleaux s'étaient adressés 
à M. de Cliamdlart pour obtenir de pouvoir faire passer 
leurs vins et leurs eaux-de-vie à l'étranger sans payer de 
droits de sortie. Ils représentaient que la gelée générale 
qui avait enlevé en Guienne les trois quarts de la récolte 
de 1702, la cessation du commerce dans leur ville, et les 
pertes qu'ils avaient faites de la plupart de leurs navires, 



' Uej^isti'e du Ctiiiscil de lomuicTtt' F. 1-2. ^il, fulio IWJ riiU>; siiincc du 
\i mai 171)5. 



990 



HISTOIRE DU COMMliIlGI-: 



les obligeaient à supplier 1(^ roi de leui* faciliter les 
moyens de faire passer chez les étmugers avec lesquels 
on était en paix, le peu de denrées qui avaient échappé à 
la gelée, en leur accordant le renouvellement de l'arrêt 
du Conseil du 28 décembre 1688, rendu pendant le 
cours de la dernière guerre, et portant décharge du 
droit de 50 sous par tonneau sur les navires étrangers. 
Ils demandaient encore d'ajouter à celte grâce, « allendu ■ 
que la Guyenne manque de bois propre à construire des 
futailles, » la décharge des di'oils d'entrée des navires ■ 
qui vieiidraienl chargés de bourdille et de bourdillons, 
droits qui montaient à peu de chose, et que les fermiers 
généraux retrouveraient sur les droits des vins et eaux- 
de-vie que ces mêmes navires enlèveraient. 11 fut arrêté 
que cette lettre serait communiquée aux trailants, et que, 
sur leur réponse, il serait pris telle résolution que l'on 
jugerait ù propos ' . 

Soit que cette réponse n'eût poiut été favorable, ou 
pour tout autre motif, le comjiierce de Bordeaux deman- 
dait encore, cinq ans après, de pouvoir envoyer ses vins 
en Portugal poui" les faire passer en Angleterre. Con- 
sulté sur cette pétition, le Conseil de connnerce fut 
unanimement d'avis ([ue le transpt>rt des vins en Porlit- 
gal ne pouvait être qu'avantageux, et que la permission 
demandée devait être accordée et rendue commune à 
tous les ports*. 

Pour réparer les perles de navires qu'ils avaient éproa- 
vées, les armateurs de Bordeaux cherchaient à se pour- 



I 



' Hegi&lre <Ju (Conseil de cumniercc V. 12. 51, fulio 175 vorso; séance ûO 
1(5 luars 1703. 
* !l>ia., V. Ii.33, folio ô(»0 verso. CI', folio 303 vfi-s*», séance «lu 8 juin 17(1 



i:t de la navii;at)(»\ a hoiuh:aix. 



m 



ir à l'étranger, el sans tloulo à payer on eaux-de-vie et 

autres denrées. L'un d'eux, TliaïKV' Saincric, demandait 

au contr(Meur ^'énérîd la permission d'acheter un ou 

deux navires et un passeport pour les taire navtj'uer, 

sous pavillon hamljouri!;eois, de Bordeaux à Hambourg, 

H tl'où il pj'oposait de faire venir des mais, sous prétexte 

Bde les envoyer à Lisbonne et de les niellre ainsi en sù- 

Hreté contre les Anglais et les Hollandais. 11 demandait 

encore un autre passeport pour faire venir ile Hambourg 

à Bordeaux un navire avec dit li! de laiton, du lil de fer, 

du ter-blanc, de la cire et du merrain, et, pour son re- 

H tour, avec un char{j;ement d'eau-de-vie et aubes dcm'ées. 

m La pétition ayant été renvoyée au Conseil de eojnnjerce, 

toutes ces demandes furent repoussées par divers motifs, 

Baussi bien qu'une supplique à l'elTef de ne jiayer que 

30 sous par quintal de droits sur trois mille fromages 

Ide Hollande, qui, à cause des vents contraires, étaient 
arrivés à Bordeaux après la publication île Tarré) fixant 
ce droit à 6 livres'. 
Avec Thadée Saincric, on peut nonmicr Cloek v\ Dow, 
qui faisaient un grand commerce de vins et d'caux-de- 



' Rt'îïislit' du Conseil de cuiiimerrc F. là. îvl, folJu "(îlt vcrsti; scunrc du 

,11 di'ceuilire ITUo. — Plus loin, un trouve une uiilrc rt'ilauiuUyn des skurs 

tSaincriu el Flanituicrs, uu iiujcr. du navire liulbnduis k Dauphin-Couronné, 

«liiirgo jtar eux u Dordeaus pour Aoistcrdiini, cl uiiùtL' eii roule< (Folio Z&î 

i^ei-so; li avril ITOU.) — Dans un des vulunies Mtiviinls, on lit, ii la ilate d» 

|<j avril I75i, une dcliliêratioii sur mw deiiianiie du resiJeul de Siiétle, qui 

l'éclaraait mainlevée d« vinfrl saumons de |ili»iiiL provenaut des forges de Fri- 

fg. en Alkuiatsne, appartenant ii un mureliand d<i Gutheuibourg cl adressés 

^s>«x sieurs Saincric. ses (.-orresiiondants 'jt Doi-deau.x. La saisie est lev^ie, 

'""jcnnanl une gratilicatiurj comotiaîde aux (•(niiuiis qui 1 avaivriL npérf^e, 

~ attendu, est-il dit, le hesoin que nous avons de pknuli. >• Jlihl.. F. 1:2. 71, 



Wi III.STOJJU' hV r.OM.MlvHCC 

vie\ et ajouler que ce commerce était alors entre les 
mains des Ilollarulais. Les Russes avaient recours à eux 
pour s approvisionne!' de nos produits. Une demande 
de passeport ayant été renvoyée au Conseil de commerce 
par Faflï'éteur d'un navire qui demandait à « venir leige MÊ 
d'Amsterdam à Bordeaux, y prendre pour Arcangel son ™ 
chargement de vin et autres liqueui-s pour la table du 
czar de Moscovie, » l'assemblée, sur le l'apport du député , 
de notre place, fut unanimement d'avis d'accorder le pas- fl 
seport demandé, et d'autant plus que le bâtiment venait 
à vide pour y taire un chargement avantageux aux sujets 
du roi^. 

Une autre aflaire, soumise au même Conseil après 
avoir passé par la Chambre de commerce, nous montre 
encore mieux l'importance du commerce d'eàu-de-vie 
que lîordeaux faisait alors avec les Provinces-Unies. 
Plusieurs négociants de notre place y avaient chargé sur 
le Saint-Jean, de Rotterdam, cinq cent quarantc-sepl 
pièces d'eau-de-vie : le navire fut arrêté par un arma- 
teur de Flessingue, à raison même de son cliargemeiit, 
et ensuite repris par un armateur de Nieuport. Les 



' R«^îslrft A lie In rtmmbrc âc. conimeirc, p. ôl ; Vi avril 1706. 

'Registre ilii lîonscil de fumriic.rrc V. 12. ot, roiioôôt verso; séanci; du 
m juin J70ti. — Dans los volunica suivants, il est fait mention de passeports 
accorilt's pour des navires dt» Hambourg cliargès à Uordeaux, l'un par un 
négociant nommé M'file, de vins et caiix-de-vii- pour la Mosccivie, k's aulrrs 
parles sieurs Folekcrhoth el Thomas Clnck, de marchandises et denrées non 
désignée». <■ pmir iiUor en droiture diidit |mrt de lîordeanx ii celui d'Arcan- 
gel. » {Ibid., F. 12. ^"5, folio lia verso; F. 13. "iol, folio 3-21 vei-so, et F. 12.57, 
folio 122 verso; séances des !."> iivril 1707, 36 septembre 1711 et 7 avril 1718 ) 
l>ans l'intervalle , un passe|H)rt pareil avait 6té refust^ eoninie s«sp««:t d'èln»! 
|iour le compte de quelque llollandiiis et prt-judieiatdc b nos armateurs. [Hntl , | 
F. 12. '.il, folio SU reclo; séance du lô janvier 17d7 ) 



ET DE LA NAVHiA'IKKN A lîOlîDKAL'X. 



2oa 



Bordelais contestaient la légalité de cette prise en s'ap- 
puyanl sur des motifs dont nous laissons l'exposé et 
ftj'examen aux légistes, et ils invoquaient îes défenses des 
États-Généraux aux Zélandais de eapdirer les navires 
hollandais sous prétexte qu'ils étaient cliyi'^'és d'eau-de- 

»vie lie France. Là-dessus, les déjiiutés repcésejilèreiit que 
les mêmes États, par lenr jilacard du *J() juillet 1705, 
avaient prohibé l'entrée de l'eaii-de-vie, et que eetfe 
délenso, qui était limitée à un an, donnait lieu aux ofli- 

Iciers de l'amirauté, chargés de délivrer les passeports 
accordés par les États-Généraux, d'aj(>nff'r de leur auto- 
rité privée, au bas de ces jnèces, rexclusion île l'eau-de- 



vie 



L'année suivante, cette denrée tut à la veille d'être 

grevée de droits plus considérables que par le passé. 

MOn proposa d'augmenter de 10 livres ceux qu'on levait 

sur chaque tonneau de vin el sur chaque jtipe d'eau-de- 

^vie chargés à liordeaux pour Tétrangei". Cette ])roposition 

Hne fui ]>oint l'avurahlement accueillie des députés aux- 

Hquels elle avait été renvoyée pour Texaunner el en dire 

leur sentiment ; ils firent observer qu'une pareille mesure 

présentait de grands inconvénients, et pourrait amener 

la cessation du commerce considérable qui se faisait des 

vins et eaux-dc-vie de la Guienne'-. 

Les rois faisaient alors la guerre à coups de tarif. 

Dans les Iles-Britanniques, les di'oits sm* les vins avaient 

Bété portés à 1,000 livres par tonneau, et ceux sur l'eau- 

' Uogistrn du Conseil d« tommcrre F. 12. Tw, folio 171 verso; soancc du 
8 juillet 1707. — Ht'jr, A de ki Cliambredeconimriw, p, 70, 72; '22 juin 1707. 
Rcyislre du Conseil de idnirnene F. l^. "iô, fttlio ."97 reeto; seaiM'e dti 
Il7 ottobrt" 1708. 



:^}4 IIISTÛIHE DU CUMMIitlCIi 

(le-vio à 1,'ÎOO livres : Louis XIV, par représailles, éleva 
les droits sur les marchandises anglaises importées en 
France'. Il lut un moment où l'on mit en délibération 
la proposition qui avait été faite de tléteuilre la sortie 
des vins et des eaux-de-vie du royaume pour l'étranger, 
sous prétexte que la disette des blés rendait ces boissons 
nécessaires, pour empèelier les maladies que la mauvaise 
nourriture pourrait causer. Le Conseil de commerce, 
appelé à se prononcer sur cette proposition, la rejeta, 
après avoir pris connaissance d'une lettre des directeui-s 
de la Chambre de commerce de iîordeaux qui la con- 
damnait -. ■ 
A celte proposition succéda celle de rompre tout com-'ï 
merce avec les Hollandais. A ce propos, le contrôleur 
généra!, M. de Pootcliartrain, écrivit à M. Daguesseau, 
intendant de Bordeaux, une lettre qui fut renvoyée au 
Conseil de commerce et discutée : « Il est certîiin, 
disait-on, que les habitants de toutes les provinces du^ 
royaume situées le long de l'Océan, particubèrenieut^' 
depuis la rivière de Loire jusqu'à Bayonne, ne peuvent 
subsister et encore moins estre en état de payer les 
tailles, la capitation el autres impositions, que quand 
leurs eaux-dc-vie, vins, sels et autres denrées, .s)ul 
transportées dans les pays eslrangers, principaleuieul 
par les vaisseaux liolUuidois, qui en enlèvent pour leur 
usage et pour celuy de presque tous les Étals du Noitl'- 

< Hepn'seittatioHx des négiicianit sur le cammerfe prëieul du rounumf. (Be- 
nistre du Conseil de coiumcree F. 12. 53, folio 370 reclo; si'ancc ilu li yf 
leiiibre 1708.) 

- Uiid., F. 12. 55, folio lô.^ recto; s*"aiicc du 7 fèvrioi' 1710. 

•' Nous avons vu des n:iVTiTS de Hainbinirg urniprs a ic yiiijv do IraB.siwrl : 
la Laiine-de-yin, de nri-iuc, «-l ] Kttiuttt'liiile-Saint-Mtnhii'u , de tji»i-ding, ™ 



4 



ET DE LA NAVKlATIn.N A IlOUHEAUX. 



m 



t Qiloyque la gelée universelle do Tannée 1709 et la 
disette qui l'a suivie en ait considérablement diminué la 
quantité ordinaire, il est constant lu'autnioins (|ue dans 
la Guyenne et autres provinces il reste eneore beaucoup 
de vins, et encore plus d'eaux-de-vie, dont le prix est 
niesnie eonsidérablement baissé, et qui, joints à ce qui 
proviendra de la récolte prochaine, totnheroient en non- 
valeur [lar l'interdiclion du conimerce avec les IloShin- 
idois. 

« Cette rétîexion, qui a toujours frappé, peut dans la 
conjoncture présente faire encore plus d'iniprcîssion, les 
pi'opriétaires de vignobles qui ont épuisé leur art^ent et 
leur crédit pour les rétablir el pour foiu'nir a la grosse 
dépense que la cu11ui'(î a exigée dans un temps où le 
*pain a esté si cher el les journaliers si rares, seront 
forcés de l'abanilonner entièrement et de laisser leurs 
terres incultes, se trouvant Jrusirez de l'espérance qui 
les animoit, de vendre avantai^eusement ce qui leur est 
demeuré des années précédentes, avec ce qu'ils recueil- 
leront de celle-cy, et de profder de l'HUgnientation 
actuelle du prix, qui est générale par toute l'Europe, et 
qui se • maintiendra à la charge des Ilollandois et au 
bénéfice des sujets du roy '. » Nonobstant ces rcprésen- 



Holslcin, venus k Dieppe avec leur charge de Ubac, éUtrnl ailes a Rordeaiix 
prendre ûes vius et des eaux-de-vic, et, vers le ni^me temps, le capitaine d'un 
bâtiment de Dantzkk, venu a Morlai^ avec un diargetiienl de gr.dne de lin, 
ohtenail la permission daller ii lionkanx einlKirquer des vins t-l des eaux-de- 
vic pour rctiMirtter i) Dant/ick. JU'g. du Cuuseil de comnierrc F. liî. 57. foliu 

(4 verso et 29 recto; 29 janvier el 18 mars 1713.) 

* Registre du Conseil de commerce F. li. •Hi, folio 182 verso et 185 ver-so; 

leèaDCC du 18 juillet 1710. — Un néyiiciant de Bordeaux, iiouimé limitiejoffre, 
avait eniburqiic du vin. Le navire hii jelé a la rùte par un rtnip de venl et 
fil naufrage. Les ofliciers de ramîrauté de Siiintongc, voyant par les connais- 



im 



HISTOIRE DU COMMFJSCi: 



talions, l'ordre fut expédié de rompre tout cornu 
avec la Hollande '. 

La santfi piibli([uo tUait, quelques années plus lard, 
alléguée par le syndic général de Languetloe, dans unâfl 
requête relative aux eaux-de-vie de cette province ert 
transit à Bordeaux. Il exposait au Conseil de eonimei'ce 
que la maladie eontai^ieuse qui régnait dans le midi de la 
France avait arrêté le transport des eaux-ile-vie par le port 
de Cette, en sorte qu'il y en avait en Languedoc plus 
quatre mille pièces qui se perdaient. Jusqu'en 1721, c 
spiritueux avaient été reçus à Bordeaux en loute saison; 
mais toul nouvellement les jurats de celle ville s'étaient.^ 
opposés à cette admission, sous prétexte d'une transac-W 
lion passée en l'an 1500 entre le syndic de la province 
de Languedoc et les jui-ats de Bonleaux, et d'un arrêt du 
Conseil du 17 mai 1701, qui néanmoins ne concernait 
que les vins dont le transit était fixe par Bordeaux 
depuis les fêtes de Noël jusqu'au l*"" mai, époque qui ne 
concordait pas avec le passage des eaux-de-vie qu'on ne 
brillait qu après la vente des vins. Le syndic demandai; 
que, par provision, sans tirer à conséquence et sans pré^j 
judice des prétentions respectives, il fût permis de fai 
passer à Bardeaux les eaux-de-vie de Languedoc, pen- 
dant les mois de mai, juin, juillet et août, en payant les 
droits dus à Sa Majesté, consentant même qu'elles fus- 
sent déposées du côté des Charlrons, en des lieux où les 



senietilâ qitn sa d<>.slinalion i-tail RoUcrdarn, contisquèreiiL te bâtiment avec si 
rargaison, se fomlant sur ce qu'ils disakiit avoir des ordres qui défendaicni 
tout t'onimcrce pour la lfi)ll;iiide ; mais rvUc saisie fut levée uhiVit'Mroinfnl. 
I U)iil., F. 12. 57, folio KMi rectii; scajire du 5 iii:irs lT)ô.) 
' ll'id , F. 12. lia, fiiliii -2i'i recto; S4'aiice du tj tifceuihre 1710. 



ET r>R LA NAVir.ATION A BORDEAl'X. 



207 



futailles pussent être rebaltiies, radoubées et rechargées 
pour l'étitiiiiie!', et que les juitits de Bordeaux prissent 
toutes les précaulions justes ot nécessaires pour en em- 
pêcher l'infroduclion dans leur ville, afin qu'elles ne 
fussent pas confondues avec les eaiix-de-vie do Cuiicnne, 
cpii leur étaient supérieures. 

Le député de la ville de Bordeaux représentait que la 
demande du syndic général de la province de Languedoc 
était contraire à la transaction de 1500, à un arrêt du 
2 décembre 1683, et à une ordonnance des maire el 
jurais de Bordeaux intervenue le til oclobre 1685, dont 
les dispositions avaient été confirmées par l'arrêt du 
Conseil du 17 mai 1701. il n'est pas surprenant, ajou- 
tait-il, que la transaction de l'an 1500 ne fasse aucune 
mention des eaux-de-vie, dont on ne faisait alors qu'une 
très-petite quantité, qui ne passait point à Bordeaux; 
mais elles ne sauraient être plus privilégiées que tes vins, 
ce qui résulti; clairement de l'arrêt du 17 mai 1701, qui 
accorde aux habitants du Languedoc la simple faculté de 
convertir en eaux-de-vie ce qui resterait des vins des- 
cendus à Bordeaux dans les temps limités, une fois les 
cargaisons finies, ou après le P"" mai, si ces cari^aisons 
ne l'étaient point encore. 11 permet aussi de convertir, 
avant la tin des cargaisons et avant le 1" mai, les vins 
gâtés ; mais avec la clause expresse que ces eaux-de-vie 
provenant des vins de Languedoc ne seraient vendues et 
débitées en d'autres temps et d'une autre manière que 
les vins ne doivent l'être suivant la transaction de l'an- 
née 1500 : x Ce qui a eiï son entière exécution, les 
jurats de Borileaux iiiléressés à la consei'vaîion d'un pri- 
vilège duquel dépend absolument ta subsistauce des 



208 



MISTOlIli: !H' <;u\iMi:iicK 



habitans de la Guyenne, ne- s' estant jamais relaschés, et 
n'ayant permis la descente des eauës-de-vie de Langue- 
doc, que depuis Noël jusqu'au l''*^ may, » etc. Le député 
de Bonleaux terminait en suppliant le roi, si Sa Majeiité 
voulait accorder au syndic géîiéi-al de la province de 
Lan|Tfuedoc la grâce qu'il sollicitait, que cette grâce fût 
limitée aux mois de juin, juillet et août de la présente ^ 
année, et sous la condition expresse qu'il serait pris, à | 
l'égard des eaux-tle-vie eu question, toutes les précautions 
jugées nécessaires. L'assemblée lit droit à ta demande du 
syndic'. M 

Deux ans après, à l'occasion d'une saisie de sept cents ' 
barils d'eau-de-vic opérée à Bordeaux, le Conseil fui appelé 
h réformer les abus qui avaient lieu dans le ti-ansportdes 
eaux-de-vie expédiées de cette place, par l'usage qui s'y 
était introduit, j>our la facilité du commerce, de les 
renfermer ou transvaser dans des barils, non-seulement 
de petite contenance, mais aussi de mesures inégales et 
incertaines. La délibération du 13 janvier 1724 se ter- 
mina par un arrél qui réglait la capacité de ces barils, 
soit pour la consommation du pays, soit pour l'exporta- 
tion-; toutefois, la question ne fut pas définitivemenl 
réglée, car la Chambre s'occupait encore du transvase- 
ment des caux-de-vie le 3 sejitembre ITS^'*. 

Bans l'intervalle, l'admiiubtration avait pris une me- 



* Rcpislrc du Conseil de commerce F. 13. OU, p. 1M3; séance du 1i juin 17iJ. 

* llfid., F. 13. 71. p. i. — D:ins la séance de la Chiimhie de cuniniereo du 
25 noverahre de la même année, il fut dunné letture d'un Mémoire desnègo-j 
ciants de ISordeaux, au sujet de l'an-tt qui réglait la contenance des fiiitces cl 
barils ii eau-dc-vie, H l'afTaire n'en resta pas h. (,Ue^^ B, Iulio 2i»d verso, 
2(KJ verso, 2t(l reeto, iit-2 recto, ele.) 

•■' he^iistre C, Mïo 7i verso. 



KT nE LA NAVIGATION A BURDfîALîX. 



Î09 



sure bien i'aite pour causer de l'émoi sur notre pince. 
La Chambre, avertie le l*"" juin 1724 que l'on avait 
nouvellement imposé à Calais un droit sur les entrées et 
les sorties des eaux-do-vie de France, délibéra qu'il serait 
écrit, à ce sujet, à son député en cour^ pour savoir pré- 
cisément quel était ce droit, et si la compagnie devait 
faire des remontrances pour s'y opposer. Ce délégué 
réponrlit qu'il n'avait i)as encore ouï parler du droit de 
subvention sur les eaux-de-vie de Bordeaux, Nantes, la 
Rochelle, Oléron, l'île de Ré et Charente; ce qui ne l'em- 
pêche pas de dire que ce droit s'élevait à 30 livres par 
pièce, en exécution de l'onlonnance pour les Aides, du 
mois de juin 1680, Il ajoute qu'à son avis, ce droit 
était fondé sur une fausse application de l'onlonnance et 
qu'il serait fort diflicile, il le craignait du moins, de le 
faire supprimer, à moins que les nouveaux intendants de 
commerce ne prissent ce parti '. 

Le Mémoire sur le commerce do Bordeaux vers 1730, 
—achèvera de nous éclairer au sujet de cekii des eaux-de- 
Pvie sur cette place. Il s'y chargeait ordinairement, dit le 
rédacteur, tant poui- les pays étrangers que pour les 
ports de France, quarante mille barriques de 32 veltes 
chacune. Ces eaux-de-vie étaient, comme aujourd'hui, in- 
férieures à celles de Cognac, moins douces et moins fortes 
de preuve, pour parler le langage du commerce. Les 
plus estimées étaient celles qui se faisaient avec les vins 
P<le FEntre-deux-Mers. A ces eaux-de-vie, il faut joindre 
folles de Languedoc; mais on n'y avait recours qu'en 
'enips de disette. 



* Bcgistrc n ilr la Cbaïubir de coraiiicrw, folios 19H vorsi) et l'M nîtto; 
B«nccs des I" i^l 21 juin Mîi, 

il. U 



2f0 



HISTOIRE DU COMMERCE 



Les <\iiix-(lo-vio qui se chargeaient à Bordeaux i 
pour débouchés la Bretagne, la Normandie, la Picardie, 
Duiikerquo, l'Angleterre, la HoUaiKle, l'Amérique, Ham- 
bourg et le Nord. L'Angleterre en lirait moins que la 
Hollande directemenî, pour deux raisons ,: la première, 
c'est que les négociants anglais se servaient des ] torts 
de Picardie pour faire passer ces eaux-de-vie chez ei 
en fraude, par la facilité qu'ils avaient de les envoyc 
de là en Angleterre, sur des barques qui, ù, cause 
leur peu de tirant d'eau, pouvant raser la côte, y vel 
saient leur contenu; et c'est pour en faciliter le décharge 
ment et rcnlcvement, que l'on met lait les spiritueux 
destination de la Picardie en petites futailles ou barillage. 

La seconde raison est que les négociants les faisaient 
transporter à Dunkcrque pour éviter la moitié des droits 
que cette liqueur payait à son entrée en Angleterre, 
quand elle y était envoyée directement des ports de 
France. Ce privilège, pourtant, n'existait pas pour nos 
eaux-de-vie, quoique chargées à Dunkcrque : la faveur 
ne portait que sur celles du Rhin; mais on l'étendait 
aux nôtres en les faisant passer pour telles. Comme, 
l'autre côté de la Manche, on exigeait, sur ce point, 
serment du capitaine du navire, voici comment on sV 
prenait pour éluder la loi. On avait soin, à Dunkerque, 
de faire verser en présence du capitaine quelques pintes 
d'eau-de-vie du Rhin dans les pièces de France, ce qui 
le mettait en état d'atTirmer qu'il avait vu mettre de ceiufl 
eau-de-vie dans chaque futaille, et suffisait pour ne payer 
que la moitié des droits, qui étaient excessifs. m 

L'auteur du Mémoire dont nous avons extrait ce qiu" 
précède donne ensuite ; 1° un état de la quantité d'eau-de-. 



i:t i>r la navi(;\th»n a noHDKArx. 2H 

vie qui! chacun «les pays nommés ci-dessus tirait ordinai- 
reineid de Boi'deaux; 2° les fimils d'entrée et de sortie 
de la marchandise. Puis, voulanl duuner une connais- 
sance exaclo de ce cotniueree, il présente des comptes 
figurés d'acliat et de vente, conlenaid U-s droits ilns par 
les eaux-de-vie et les trais qu'elles entraînaient, tant en 
France que dans les pays étrangers. 

Après ces détails, T écrivain passe aux eaux-de-vie de 

Languedoc. Il on venait autrefois, dit-il, une grande 

quantité à Koi'deaux ; mais depuis deux ou trois ans on 

les embarque à Cette pour les pays élran^^rs. La raison 

qu'il donne de ce clumgenient est que ces euux-de-vio 

produisaient davantage à èlrc chargées dans ce port qu'à 

être transportées à Bordeaux, parce qu'à Cette, elles 

étaient exemptes de tout droit, au lieu qu'étant amenées 

dans notre ville, elles payaient, par pièce de 50 velles, 

savoir : au bureau d'Auvillars, (5 livres 5 sous, et à leur 

entrée h Bordeaux, 9 livres 16 sous 4 deniers; ce qui, 

avec la voiture, taistiit une différence considéralde pour 

le propriétaire. On ne devait donc plus espérer d'attirer 

chez nous les eaux-de-\ie de Languedoc, si ce n'est dans 

un temps de dise! Je. 

« Ces eaux-de-vie sont fortes, ajoute fécrivain; mais 
elles sont moins douces et ont moins de goût que celles 
de' ce pay.s-cy. Klles servent principalement à faire de 
l'eau-forte, et sont préférées k toute autre pour cet 
usa^e. » Qu'entendait-on alors par eau-forte? Le même 
va nous le dire. 

« L'eau-lbrte est une liqueur, laquelle estant mesiée 
avec trois cinquièmes d'eau naturelle, compose une eau- 
de-vie ordinaire de goût et d'épreuve, comme on s' ex- 



2^2 



HISTOIRE DU COMMERCE 



prime icy '. Les négociants font faire de cet extrait pour 
sauver les frais cl ]es droits, une pièce d' eau-forte ue 
faisant guère plus de frais qu'une pièce d'eau-de-vie 
ordinaire, de sorte que quand cet esprit est rendu dans 
le lieu de sa destination, on l'adoucit avec deux cin- 
quièmes d'eau pour en faire de l'eau-de-vio ordinaire. 

<x On se sert aussi de Teau-lorte pour fortifier les 
eaux-de-vie ordinaires dont la preuve s'est affoiblie, en 
en mettant un certain nombre de pintes suffisant pour 
remettre les pièces en preuve. 

« On va donner des comptes figurés d'eau- de-vie 
ordinaire de Languedoc, et on en usera de même par 
rapport à Teau-forte; mais avant d'en venir là, on obser- 
vera que les eaux-de-vie de Languedoc sont logées ilans 
des futailles de 40 à 80 veltes, et qu'elles se vendent sur 
les lieux au quintal de 100 pesant, poids du pays, qui 
est de 118 livres, et qui diffère par conséquent de celui 
de Paris, Bordeaux et Hollande, de 18 pour 100. » ^ 

* Dans une autre conlrco du MiiU, on d^si^nail par ce nom le prdnit 
chimique qui le porte encore aujourd'hui. On «n a la preuve dans on pla- 
cet dp Jacques Ardisson cl flls, marchantls fahriranls de la ville de Nîmes, 
pur lequel iEs deinandciit qu'il leur suit permis d'y Taire venir 15 quiiiliiux 
d' eau-forte qu'ils ont U Avignon, comme aussi de tirer de cette ville la quan- 
tité de VM quintaux de salptHre par an, pour Taire, h Menés, l'cau-forlc 
qui leur est nÉcessaire, et donl ils disent qu'ils consommeront environ iOO 
quintiiux par an, pour teindre en <!carlate les èloffes de Jeur fabrique, dont ils 
font un commerce fort ttendii, ijui, ajoulrnt-ils, deviendra plus considérable 
s'ils ont la facilité de pouvoir faire dfi Veau-forle. (Reg. du Conseil de com- 
merce F. 12. "0, p. 310; séance du 3 avril 1703:.) Di;ja depuis longtemps les 
graveurs omployaienl reau-fortc. En Itit'J. V'aMiè de Marolk-s cite Claude 
Melan « pour la gravcure en taill<H3ouce et pour celle qu'on appelle en eatt»] 
forte, o (Stiiledes MiUmiius de Sfhhcl de ManHks, etc. A Paris, m.dc. lvii.,| 
in-f", p. 258.) — L'auteur de VEsaai sur k'.t mumuicit, etc. (A Paris, vttccuu 
in-4"), porte la livre d'eau-foi te et la livre de sublimé a Rnrdeaux, en 1690,1 
il (J livres. iVariatUms arrivi'ef rfa^w le prix df diversi'ii choses, etc., p. 132.)1 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 



'213 



auteur termine cette partie de son Mémoire par des 
réflexions sur le commerce des eanx-dc-vie, qui ne sont 
point sans intérêt. « Les eaux-de-vie, dit-il, ne s'achètent 
qu'au comptant et ont le môme privilège que les lettres 
de change : c'est pourquoy on contraint sur le Change 
l'acheteur à payer, sans Fadniettre à donner caution. 

Ou fait des eaux-de-vie penilant toute l'année. Le 
temps où elles abondent le plus, c'est depuis le mois de 
novembre jusqu'au 15 de décembre. Ce sont les pre- 
mières qui se font immédiatement après que le vin a 
fermenté. Ces premières eaux-de-vie manquent de qua- 
hté, et sont sujettes à s'aftbiblîr et à ne pouvoir pas 
soutenir la preuve ordinaire. Ainsi cette saison est 
regardée comme la plus mauvaise de l'année pour les 
achats de celte marchandise. 

« Les eaux-de-vie achetées les mois de janvier et 
février soutiennent mieux leurs preuves que celles qui 
se font dans les autres temps de Tannée, les proprié- 
taires étant alors obligés de les faire plus fortes, parce 
que la rigueur de la saison les affoiblit dans le transport 
qu'ils sont obligez de faire au marché. C'est pourquoy 
c'est depuis le mois de janvier jusqu'au 15 février qu'est 
le temps le plus favorable de l'année pour faire dos en- 
treprises sur cette marchandise, d'autant mieux que c'est 
alors que l'étranger fait suspendre ses achats, à cause 
des glaces qui empêchent souvent ses vaisseaux dans 
cette saison d'approcher de ses ports. «« 

L'auteur passant ensuite aux « révolutions qui arrivent 

sur les caux-dc-vie, » en signale cinq, dont trois se rap- 

^porlent à la vigne, et une aux blés de la Hollanile et du 

îord, « parce qu'il se fait dans ces pays-là une grande 



su 



mSTOIIlE Uf COMMEUCE 



quantité d"caux-de-vie de gmin, qui rencliérisscnt par la| 
clierté du bled, ce qui produit toujours une augmenta- 
tion sur les eaux-de-vie de France'. » La dernière des 
révolutions est quand, étant averti d'une guerre pm 
chaîne, on fait passer de celte denrée dans les pays 
étrangers avant que la déclaration en soit faite. 

« On croit, dit l'auteur en ternninani, que quand 
l'eau-de-vie tombe à Bordeaux à 65 livres les 32 veltes, 
et à Cognac à 45 livres les 27 veltes, sur le pied que^| 
sont les espèces, c'est le temps d'en acheter, pourveu 
que l'on soit en état de le faire de ses propres fonds, et] 
d'attendre le temps favorable pour les ventes. Il est 
impossible qu'il n'y ait un bénéfice considérable, quand 
on peut attendre, estant moralement sûr qu'il no se pas- 
sera pas deux ou trois années au plus qu'il n'arrive 
quelqu'une des révolutions cy-dessus marquées, la moin- 
dre desquelles ne peut pas manquer de donner un profitJ 
considérable à l'acheteur. » 



' C'fst vci's rnn IfiOO qwc run comraent;a ïj (li.slilU>r dans los Pays-n;is rfcs 
gTiiins, des poires f;t des pommes. Les (iistilliTies n'usaient employé j«squ";ilors 
que (le la levure de bitre. Tne onbnnanre du 21» mars KXll défi-ndit celle in- 
novation. Les raisons sur U'stiuelles on s'appuie pour condamner reau-de-vic, 
ou brandwiu, sont curieuses. On ne devait plus en vendre que chez les apothi- j 
caires, «< partie pour remédier îi la cliertii du hicd... partie aus«y [lour beau- 
coup d'abus que eommeltoitnî ceux qui s'en servoienl comme de ixiisson «"t 
s'en enyvroient, au grand prpjiidire de leurs niesnitges et de It iir vie, et avi-c 
extrême danger de leurs âmes, plu si eu i"3 estans nuu'la sans eonression, tinlM 
la vilic de Tournay qu'aux villages. » Voy, Jean Cuiisin, Histoire rie la ritkilf 
Tournay, etc. A Doiiay. m. nc.xix.-xx., in-1", liv. IV. p. 5t."î; et M. Van lîrU)*- 
sel, Histoire tltt cimmeree et de ta nwrine en IMifique, t. III. p. 1 i5. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 215 



CHAPITRE XXXIV 



COMMERCE DES GRAINS. 

Faible importance du comiucrcc des grains à Bordeaux; les jurais conslanmicnl pr(5uccuiMi$ du 
soin de retenir les grains arrivés du dehors. — Ordonnauco de 100.) fondée sur des lettres 
patentes de Henri II. — Dispositions prises par la jurade au sujet d'un arrivage do seigle, 
en 1621, et d'un chargement de blé jiour l'étranger, on lG2ô. — Ordonnance nivale relative 
à l'exportation des blés do Bordeaux en Espagne; convocation du conseil do la ville |K>ur 
en délibérer. — Réclamation du commerce conconiaul une nouvelle imposition ; la jurade 
sollicite l'inlerdiclion de l'importation des blés ; succds de leurs démarches à la cour. — 
Police des grains sur le port de Bordeaux. — Vigilance de la jurade à l'endroit des accapa- 
rairs. — Émeute à Bordeaux, à propos des grains destinés à l'Espagne. — Arrtït du parle- 
ment qui défend l'exportation des blés hors de la Guiennc ; déclaration du Conseil d'État qui 
le confirme ; manœuvres du duc d'Épernou pour la faire rapporter ; formation de magasins 
de farines et retour de l'abondance. — Colbort favorise l'exportation des grains, et l'inten- 
dant de Guienne entre dans les vues du grand ministre. — Fanùno de 1708 ; contrairement 
k la demande de l'intendant, le Conseil de commerce s'oppose à l'importation des blés 
étrangers ; motifs de cette décision ; proposition de deux médecins de Bordeaux d'employer, 
dans le pain, la racine d'asphodèle. — Commerce de blés étrangers à destination de l'Es- 
pagne ; communication de l'inspecteur général de la marine, et avis confonuo du Conseil do 
commerce. — Refus motivé de passeports pour une importation de blé de Bretagne, par des 
bâtiments de Hambourg chargés de graine de lin pour celte province. — Importation on 
Guienne de fèves de Bretagne. — Grains et farines d'Irlande exportés à Bordeaux. — Me- 
«ures prises eu 1713, par la Chambre de commerce, pour la sûreté des bâtiments chargés 
de blés pour Bordeaux. — Détails sur le commerce des blés dans cette ville à l'époque. 



Le commerce des grains à Bordeaux, quoique entre 
les mains des citoyens les plus considérables, ne paraît 
pas avoir donné lieu à des affaires majeures et suivies. 
Plus riche en vins qu'en céréales, Bordeaux devait avant 
tout songer à garder son blé pour sa propre consomma- 
lion : aussi voyons-nous les jurats constamment préoc- 
cupés du soin de retenir les grains qui venaient du haut 
Pays, du Médoc ^ et d'ailleurs, et les notables commer- 

* Voyez, dans la Continuation de la Chrotùque bourdeloise, p. 176, uuc défense 
de transporter des grains de ce pays en Saintonge, où se faisait un grand coui- 



2lt> 



HISTOIRE DU COMMERCt: 



çants se borner à vendre en détail, aux habitants de la 
ville et aux paysans du voisinage^ ce qu'ils avaient acheté 
en gros sur le port ' . 

En 1603, une disette s'élant fait sentir, les jurats font 
inhibitions d'exporter des blés sans avis préalaljle de la 
quantité que Ton voulait charge]*, « estans, disent-ils, en 
cette possession et authorité de tout temps *, » 11 est de 



nieree de blé. Nous l'apprenons d'un arrôt du parlement de Bordeaux, où il est 
dit que n ung chacun jour les marchands du ressurl de ladite court chargent 
et vendent ausdits marchands de Marennes et d'Olerun le hlé, lesquels le por- 
tent en leur pays pour le bailler aux Esp^Knolz et Flaramens ([ui viennent 
ausilits lieux d'Oleron et Marennes, iharger du sel et blé. a (Ueg. du pari. 
U. 21. folio l(jô verso; A. D. \SS^.) 

1 Par iicle de Castaigne, en dale du fl mars 1S68 (folio iiij« Iviij verso), 
Augier de Gourpc, « cytoyen de Bonrdcaulx, u achète 2,î:îflO boisseaui de 
blé, et, dans le conrs des ann«'S suivantes, nfltaniment en janvier ld74.il 
revend celte denrée par friiclions, dont la plus ftirle est de Ki boisseaux. 
!t des campagnards, surtout de Mêrignae. Vtijcz les minutes de Thcmer, 
liasse isfi-lfi, ftilins 7 verso, 11 recto, ii recto, 20 recto. 9f recto, etc. Dans 
celles de Denhurs, figure, !i la date du 13 décembre 1361, une vente considé- 
rable de h!é et de seigle, par Jacques Pichon, it deux marchands de Saint-Ma- 
eaire. (Liasse 181-2, folio Miij"iij verso.) Les notaires eux-mCmcs vendaient 
du hU. D,ins les notes inscrites ii la fin d'un registre de (Icnombrouicnt en fa- 
veur de nolile Griniond du Bosc, jurât de Bordeaux, et de noiiU- danioiselle 
Aude du Four, sa femme (IrillUSti), on surprend k tabellinn <;iiiillauiiio Dii- 
périer vendant du grain en détail, sans préjudice de ses autres uic tiers; car il 
louait aussi des objets de literie, prêtait ii la petite semaine, et trouvait encore 
moyen de chanter au couvent des Curnu's, ïi Saint-Ëlui et !i Sainl-Micbel. (Ar- 
chives du déjrartement de la Gironde, s^rie E.) 

- Darnal, Snpiil. <lex Chrun, de Ikninkam, |i, 131, — Les jurats enlri^reiit 
plus d'une fois en lutte avec l'amirauté pour ce qui louchait a la police des 
blés. Un continuateur de Delurbe écrit, îi la date du 22 juin 1078 : « Le sieur 
juge de l'anilraulé s'éliint ingcré d'aller a bord d'un vaisseau qui venait de 
Dublin, pour y fuire pnrcés veihal du bled, fî-offlcnt gftté et pourry, dont le 
vaisseau t'toil chargé, ayant d'ailleurs entrepris de faire dfcliar(;er lesJits grains 
aox Chartrons dans les cbays du sieur Denis, bourt;eols et marchand de cette 
ville, pour y être parluy pourvu, niessieui-s les jurats regardant cette entre- 
prise comme un altciitat fait h kuraulorité et h la police, baillèrent une ordon- 
nance qui casse reîlc de l'amirauté, qui fait inhibitions et défenses aux officiers 



ET DE L\ NAVIGATION A CORDEAUX. if7 

fait que Henri U, par des lettres patentes que mentionne 
Damai, avait attribué aux maire et jiirats Je Bordeaux 
.la connaissance des blés qui se chargeaient sur le port, 
avec inhibitions et défenses d'en charger et transporter 
sans leur permission'. 

En 1621, un navire chargé de seigle était arrivé et 
restait sans décharger ni mettre en vente ses grains : les 
jurats ordonnent « qu'il mettroit planche » et vendrait 
son seigle à raison de 3 livres 10 sous le boisseau*. Deux 
ans après, ayant été avertie que des marchands de la 
ville entreprenaient de cliarger dos blés Siuis permission 
pour les exporter à l'étranger, la jurade enjoint expres- 
sément au visiteur commis à cet effet de tenir l'œil ou- 
vert sur de pareilles contraventions et de les lui signaler. 
Il fut ensuite défendu o aux bayîes des sacquicrs de porter 
aucuns grains à bord de navire sans la permission des 
jurats, signée du secrétaire de la ville '. >> 

Ces grains étaient destinés pour l'Espagne, noire tri- 
butaire pour cette «lenrée-*. Le roi, cédant aux conseils 



de l'amirauté de s'iugerer dans lu connaissante de tels affaires, cl geiierale- 
mcnt de tout ce qui regarde la police, » elc. {Contini4ati(m {le la Chronique 
bourdeloisf depuis U- woin de dect'mbre fini , etc.. p. .^.) néjii, en I67G. il y 
avait eu oindit entre l'umiriiuté et les jurats. pour excès cummis aux Cliarlruns 
en lu personne d'un tavcniier. Jlfid., p. 37.) 

' Suppl. de» Chrou. de ISourdeaiix, ann. lail et l;iSi, p. (S8, Ot). -- Voyei 
encore les Anciens et nouveaux Statut» de la ville et cité de Bordeaux, ch. des 
Bleds. 

* Continuation à la Chronique bourdeMse, p. 6. 

' Il/id., p. 11. Cf. AtirieiiK et lumveaiix Statulft, etc., rh. des Foitntiirs. — 
Outre les visiteurs, des Wés et des farines it lidcdoaux, il y avait un officier 
• préposé pour faire la visite des équipa^çcs des vaisseaux, dans le bourg de 
Pauillac. >■ Cette place exista jusqu'en 1733, et donna lieu a une délibération 
du Conseil de commerce au sujet do la suppression de la roramissidn du sieur 
Verdier, qui en «lait pourvu, (Reg. F. 12. 7i>, p. G99; .séance du i\ aiiiH 1732.) 

'Voyez ci-dessns, t. I, p. Kj(î-468. Aux preuves que nou.s avons ciliés de 



2IK IIISTOIHH DU COMMERCE 

(les (!»('oiîoniistos de l'époque *, avait ordonné par ses let- 
tres jtatentes ({ue tous les armateurs qui chargeraient des 
blés à lV)r(leaux ]>our ce pays, seraient tenus d'apporter 
en France la moitié du prix en aident monnayé ou en lin- 
j^ots, et do donner caution h cet effet : les jurats, voyant 
dans ces dispositions une atteinte à la liberté du com- 
merce, décidèrent que le Conseil des Cent trente serait 
convoqué pour prendre une résolution sur cette affaire*. 
L'année 1030 fut mauvaise pour le commerce de 
Bordeaux, surtout en ce qui concerne les subsistances. D 
commença j)ar réclamer contre une nouvelle imposition 
de 5 pour 100 levée à Mortagne sur les marchandises 
expédiées à ses périls et risques, demandant l'envoi 
d'une députât ion à Paris; et les jurats profilèrent de 
l'occasion pour solliciter l'interdiction de l'exportation 
des blés, attendu la disette qui régnait dans la province. 
Le roi leur envoya la permission d'en faire venir de Pi- 
cardie, de Normandie et de Bretagne; mais les parle- 
ments de Houon et de Rennes ayant mis opposition à 
la sortie des grains, un jurât fut député pour y aller, 
et il accéléra le transport des blés, qui enchérissaient 
extraordinairenient '. 

l'exportation dr blc qui avuit liou autrcrois de notre port dans la Péninsule, 
joignez deux actes, l'un de Douzoau (â7 août tolO), l'autre de Castaigne 
(9 mai KiGS; liasse 87-12, folio iij^lxix recto). 

' « Les Espagnols ne peuvent vivre sans nos grains, ny aller aux Indes 
quérir la dcspoiiille des mines, sans nos toilles et cordages. S'il plaist au roy 
faire exactement et i-igourcuscment observer ses edicls, qui défendent de 
porter des bleds hors le royaume, les Espagnols seront forcez par la faim de 
venir offrir leur or et argent en France, 'a quelque piix ({ue Sa Majesté le vueille 
estimer. » {Moyen ff enrichir la France île la despoiiille des Indes, etc. , s. I. n. d., 
in-i», p. i.) 

* Continuation à la Chronique bourdeloise, p. H). 

» Ibid., p. 35. 



ET HE LA NAVIGATION A DOHDCAUX. -219 

Comme aujourd'hui, Iq sicgc du commerce dos blés 
et farines avail lieu au pont Saiut-Jean^ A leur eutrée 
dans le port, faubouriç et banlieue de Bordeaux, ces 
denrées payaient i!es droits-, et ne pouvaient être expor- 
tées sans passeport. Le 6 août 1657, le tluc de Vendôme 
ayant élevé la prétention de taire payer celle pièce, les 
jurais convoquèrent les Cent (rente, et il fut remontré 
que le droit exigé par ce seigneur ne lui appartenait pas, 
attendu que c'était un droit royal, et qu'ainsi il fallait 
s'opposer b. sa prétention : ce qui fut fait ^. 

La jurado ne se montrait pas moins vigilante contre 
les accapareurs. En 1661, elle faisait défense à toutes 
sortes de personnes d'acheter eu gros des blés qui ar- 
rivaient sur le port, pour les emmagasiner, sans sa per- 
mission "*. Elle voyait aussi avec regret les grains ne 



I 



* Facluni pour les slours Roquejoffre et GoudyJ. bourgeois et tuarcliands de 
liordeaux, intimez, contre Thomas cl Elicnjue Allaiu, ni;ircliutiils iissocie/, de 
Liuit eu AuglelciTC. (Ikt. de lacluras, UM. de Bord., Jurispr., n" 307t), t. IV, 
H"" 13 et Itî.) — Le même Goudal, que nous avons vu ci-dessus, p. 1(53, note 4, 
reparait, îivl'c la ijualitê de maiTliaud cnnimissinnuaii-e, dans une di'libinjtittn 
du Conseil de cijuiuu'rt, gui adiève de teuioiguer de riiiiportance de ses 
affaires. iReg. F. l'a. 7fl, p. tO!2; séance du li févriei' 1733.) 

* CoiithtmUhm de la CltaiHii/iie kuirdeii'ke, etc., p. 51-.j0, ann. IG'8. 
' Coat'miiat'ttm à ta Chronique bourdetom, p. 82, H3, 

' IbUL, p. 91. — Cette disposition forme l'article 2 d'une piiîce que nous 
cn)yoris devoir rapporter en entier : 

I Enlal dit (rais Av. Irampori àet blés par la rivière de Oaroai\t ^ liortleaux. 

«La foraine d'Auvilars arreslo la drseenlc des balleaux audit lieu, pour cxi- 
t;t>r un sol de cliacun boisseau de froment; et, pour 1 csviter, on fait un aete 
de sotimis.sion jiar lequel on s'oblige de raporter efrtilieat de leur commis rési- 
dant k llordeiiiix, eonime le blé se eonsûinine m proviner, et par cri cx|>édicnt 
on s'exempte de payer lesdils droits. 

« Quand les blêa mnt arrivés il Hordeatix pour ilcseliarp'r à bord d'un navire 
au large, avant de démarer du i|i]ay. le batelier est obligé par le slalul d'at- 
leiidre que les trois marines franches soient passées, soutlrir la vi.site du eom- 
niisdes jurais et iuy donner la montre du blé dnni il est cbar^é, et faire sa 




sse HisToiHii; ni commerce 

point s'y arrêter et repartir presque aussitôt pour aller 
alimenter les provinces arrosées par la Loire. L'inten- 
dant de la Rochelle, Colbert de Terron, écrivait à son 
cousin, le 12 décembre 1661 : « J*ay desjà sceu par 
M. de Fontenay l'ordre que vous luy avés donné d'achep- 
ter des bledz. 11 me mande qu'il me fera sçavoir la quan- 
tité et le temps qu'ilz pourront arriver devant Bordeaux 
ou Blaye. 11 faudra douze flcules flamendes pour porter 
les vingt mille septiers, et on ne peut mieux les fretter 
que devant Bordeaux, où je sçay que présentement il y 
a plusieurs bastimentz qui cherchent fret. Je ne sçay si 
vous entendrés payer les 50 solz par tonneau, puisque 
cette gargaison se faict pour le compte du roy^ » 



déckraliuri; ensuite dcinuridtrT ]ici'mi<i<>i()Q aux jurais. Pour Tolileuir, il Taut 
payer ■2 sols par boisseau, et bitn souvent en la composition ils espargneul 
partie d^^swlits thoits. 

a Le fiTuiinr Je Ibostel de ville exige 3 deniers par boisseau. Il oblige a pren- 
dfesea mesures, et se fait payer 2 sols pour le louage d'un boisseau chacun joop. fl 

tt Outre que les sacrais se Tont payt^r extraorditiaireruont le po[r]tage des 
grains qui sortent de la villt^ pour poi 1er ii bord des hulteaux et all^ges aa 
quay, selon les occurances, ils exi(,'ent encore deniers de chacun boisseau 
qui se mesure ii la descharge du bateau dans le navire. 

« Les trésoriers de rhuspiUil Saint-André exigent un pour cent de tous les h 
bl«''S ([iH se chargent. ™ 

« L'huspitid des Manufactures demande encore un ou deux pour cent, sui' 
Traoït la dévotion des magistrats qui le protègent. 

» Les coureti^rs exigent auasy un pour cent; et quand c'est un bourgeois' 
qui cbarmc |iour son compte, quitte de ce droit. 

1 La cimiplailie prend trois [luur cent; et sy c'est un bourgeois, exempt, el ] 
moyennant le droit del'aquit, ou passavant, on s'aquite. 

« Lu droit du convoy est le plus grand, t livres tti sous de chacun thonneaa I 
composé de vingt boisseaux ju-zanl environ deux mille trois cent vingt livres, 
poids de marc, suivant la qunlitè des Idcds. 

« Les actes el expéditions qu'il convient passer par devant Tadmirautê avant 
faire l'enregistrement du passeport du tiavire sur lequel un a chargé les bleds. > 
(Lettres ir M. Collier), IJild. iiup.. Colb. 107 bis, Mel., folio 7l«.) 

' Corre.spûndau(X' de Culbert, llii»l. iiu]i., Colb. l\Hi, Me!., folio 3oâ reclo, "' 



ET DE LA NAVIGATION A RORni-Al'X. 



ffîl 



Une autre lettre vint informer le ministre «le Tappui 
que les jurats trouvaient dans une magislraturc supô- 

■ rieure : « Monsieur, disait le gouverneur île Bordeaux, 
j'escrits à M. de la Vrillière que le parlement de ecslc 
ville ayanl usurpé de cognoisire des cargaisons des blods 
qui se font sur cette rivière despuis Tannée 1649, quoy- 
que feu M. d'Espernon fist ce qu'il peust pour s'y oppo- 
ser, et qu'on a despuis tousjours dissimulé, il se prisante 

■ une occasion très-favorable pour leur deffiuidre avec jus- 
tice. J'entre le 26"'" do ce mois au parlement pour faire 
entendre à la compagnie qu'il n'y avoit rien présenle- 

rifollos 372 verso. 370 recto, 417 reclo, 43ftrcclo; vul. \\)1 Im, folios 7) 1-718, et 
Toi- 108, paxsim. — L'aiTÊl du parîement de Bordeaux timnlionnè dans cette 
lettre parait ne point avoir reçu d'cxtcution, u en juper par ect Estât des hledz 
qui vifnneiil de lUmrih'diix pmr Toarx, sti'miiil le, Symuire de moiixieiir de la 
Grange (Colb. insi, Mi-l., folio ti8 rocto) : » L'on a cliurpô en (lUjL'nue onze 

»inU cinq cent quatre-vin^jtz-dix boisseaux, qui font, lîu-snre de [kiurdeaux, cinq 
cent soixante-dix-neuf thonneaux it drmy ; mais comme la mesure de Bour- 
deaux est plus grande, que celle de Nantes d'un neufviètue et un liei-s, les 
ruaistres de navires vttiL rendu ii Nantes six cent Irenle-cinq llionneanx quatre 
seplicrs, qui, en mesure (Je Tours, feront six juil six cent sniNanle-sepl scp- 
licrs. Entre la mesure de Tours et celle de Paris, il y a un peu de dilTérenre, 
scpticr de Tours pezant deux cent livres, et celluy de Paris deux cent qiia- 
ente ou deux cent quarenle-cinq ; laquelle di(I<^rence va a deus boisseaux, qui 
se rencontrent (iarse|itier dans la mesure de Paris de plus que dans celle de 
Tours; qui produit sur le total de nus h\v&t. uuzi' cent septicrs nu envimn, par 
Xa. suputation que le sieur de la lîrange et moy avons faicte de l'achapt et de 
us les frais, mesure de ce que le roy pourra faire payer ^ l'csempt cl aux 
trois gardes pour leur voyage, vendant à Tours chasque septier de bled 33 on 
20 livres, qui est le niesme prix que îîi poliee a mis, despuis quatre mois, sur 
les bled/, des niar(;hans arrivant sur les ports, (|uoiqu"aux lieux circonvoisins, 
mesure aux marchez de Tours, ilz ayent vallu davantatîe. — Toutes clioses, 
dis-je, précontées, i! y aura beaucoup de proflil pi>ur Sa Majestt-. ce que l"on 
ne peut certainement et neltcHKinl conpnoistre qu'après que la vente de ces 
grains aura esté faicte. — Vous observerés. Monsieur, que <iespuis Nantes jus- 
ques à Tours on n"a payé aucuns droiet/ a tous les passages. Cette espargne 
*" de plus de 2,0(10 livres, >. etc. 



222 HISTOIRE DU COMMERCE 

ment h ci-aindre pour cette province, que l'abondance 
des bleds estoit grande (;n Languedoc, l'apparence très- 
belle de la récolte prochaine, et que la misère des pro- 
vinces de la Loire devenoit cxtrôme, qu'il y avoit des 
arrests du Conseil d'Estat qui permettoient à touts mar- 
chands la cargaison, que j'avois creu estre obligé de leur 
dire que je n'en pouvois plus différer l'exécution, chas- 
cun témoigna defferance pour tout ce que je leur dis. Et 
après estre sorti, ils donnèrent un arresl qu'on n'en 
pourroit charger que dix mille boisseaux, et que les 
marchands seroient obligés d'en prendre une expédition 
pour leur servir de passeport; et, sans en charger le re- 
gistre, ils ont engagé les jurats à prendre 15 sols par 
boisseau, qu'ils destinent à payer leurs debtes contrac- 
tées durant les guerres civiles. Je ne veux point. Mon- 
sieur, vous représanter le retardement infaillible à la 
levée des tailles, les peuples ne pouvant débiter leurs 
danrées, ny vous faire cognoistre la conséquence dange- 
reuse aux autres intérests de Sa Majesté qui pourroit ar- 
river, sy le parlement peust deffendre et permettre les 
cargaisons des bleds*, » etc. 

Un an après, une disette de blé presque générale se 
fit sentir dans toute la France et fut l'occasion de trou- 
bles très-graves à Bordeaux. Gomme il y était moins 
cher qu'en Espagne, des négociants demandèrent au 
duc d'Épernon la permission d'en transporter dans ce 
royaume, et ce gouverneur la leur accorda, après avoir 
reçu, dit-on, pour prix de cette grâce, une somme con- 
sidérable. Lorsqu'on voulut charger ces blés, le peuple, 

* Lettre du marquis de Saint-Luc à Colbcrt, datée de Bordeaux, le 29 mai 1663. 
(BiW. imp., Colb. 108. M61., folio 820.) 



ET DE LA NAVIGAUON A IH)RDEAUX. 2Î3 

appréhendant la famine, s'assembla et s'opposa ouverte- 
ment à cette opération. Avertis par les marchands, les 
jurais accoururent sur le port pour en imposer h la po- 
pulace- mais voyant leur aulorilé méconnue, ils se reti- 
rèrent. Ce fut alors au gouverneur à se montrer, et il se 
porta sur les bords de la Garonne à la tête de ses gardes 
et d'un corps de noblesse. Le peuple, ayant réussi par 
ses menaces à interrompre le chargement dos blés, s'était 
dissipé; il ne resiait plus que quelques femmes du plus 
bas étage, résolues, disaient-elles, à ne pas soufïrir qu'on 
leur ôtàt le pain de la main, comme on prétendait le 
faire. 

Cependanl les jurais reparurent le lendemain sur la 
rivière, pour taire reprendre et opérer en leur présence 
l'embarquement des blés; mais autour d'eux le peuple 
recommença à s'assembler, prêt à tout plutôt qu'à per- 
mellre la sortie d'une denrée dont le besoin se faisait 
chaque Jour senlir davantage. A bout de moyens, ils cu- 
rent de nouveau recours au duc d'Épei'Jion, et celui-ci 
commanda à Beauroche, l'un de sesécuyers, de se rendre 
sur le théàlre de l'émeute et de revenir lui en faire son 
rapport. Cet oflicier ne fut pas longtemps absent; encore 
ému (iu danger qu'il avait couru !a veille avec les mé- 
gères qui avaient failli lui faire un mauvais parti, il 
revint et fil à son maître un tableau effrayant des périls 
qu'il avait courus. 

Cependant le parlement, instruit de ce qui se passait, 
rendait un arrêt qui défendait l'exportation du blé hors 
de la province, et il écrivait au roi pour lui en demander 
la contirmation. Le Conseil, ayant approuvé les motifs 
de l'arrôt, donna le 13 août une tléclaration qui révo- 



224 HISTOIRE DU COMMERCE 

quait la permission que le duc d'Épernon avait ol»lCDue 
sur un faux exposé, et qui défendait à toutes personnes, 
de quelque qualilé et condition qu elles pussent être, de 
faire transporter des grains hors du royaume sous peine 
de la vie. Cette déclaration, qui fut envoyée à l'amirauté 
de Guienne, blessa profondément les intérêts des com- 
mer(;ants engagés dans l'afTaire de grains, et encore 
plus l'orgueil du duc d'Épernon. Il tenta de la faire ré- 
voquer, à l'aide de certificals des juges et consuls de 
plusieurs petites villes, qui attestaient qu'il y avait dans 
la province beaucoup plus de blé qu'elle ne pouvait en 
consommer, et qu'on ne courait aucun risque d'en per- 
mettre le transport; mais cette manœuvre ne réussit pas, 
et la discorde continua avec des événements qui sont 
étrangers à notre cadre'. Tout ce que nous en rappor- 
terons, c'est qu'à la suite d'un ordre du duc d'Épernon 
qui interdisait toute communication avec Bordeaux*, et 
d'un arrêt du parlement relatif à l'approvisionnement de 
cette ville, plusieurs négociants, animés par le double 
appât d'un profit légitime et d'un service à rendre à la 
cause commune, s'employèrent activement à former des 
magasins de farine, et y réussirent à ce point qu'en 
très-peu de temps il se trouva des vivres pour un an ^. 

Quand la disette se faisait sentir à l'étranger, le com- 
merce de Bordeaux ne s'en trouvait que mieux. La ré- 



• Foiitencil, Hintoire des imwveinem de Itourdeaux, Fiv, I, ch. lii, p. 2^. — 
D. Devienne, llkhnre de la ville de Ihkdeatij:, !'<• part., liv. VI, ch. v, p. :i6."i, 
366. 

' Uhto'iTe. des mmrememde Ikmrdemw, liv, l--'. th. iv, p. 47. — 1>. Devienne 
UtHliûre. de la ville de Uurdeoxx, !" part., liv. VI, ili. x, p. 272. 

* D. DnvkriM, llixlaire de lu ville de Itordenux, !>* part., liv. VI, v\i. wi, 
p. 281,282. 



99-î 



KT DE LA NAVK5ATI0N A TIORDEAUX. 

"colle de 1673 ayant été aljonilaiilp, Colbert écrivail, le 
16 mars lfi74, h Hntciulant df cetto ville : « A l'^^anl 
(Je la sortie des bleds, il y eu a une si f,'randc (juaiitilé 
dans le royaume, que S. M. n'a pas jugé h propos de 
rcmpesclier; ainsy vous pouvez en laisser une entière 
liberté. » A la fin de Tannée, par suite d'expéditions 
au dehors, les craintes reeommeneent. Enfin, le 6 juil- 
let 1675, un arrèl du Conseil ayant détendu la sortie des 
grains, Colbert écrivit quek[ues jours après à rintendant 
de liordeaux pour lui dire d'en suspendre la publication. 
Heureusement l'intendant avait pris sur lui de prévenir 
ses ordres, et il répondit que le beau temps qui conti- 
nuait « seroit sans doute une nouvelle olilîgalioii pour le 
roy de chercher de l'ar^^'cnt dans les pays ostran[:;ers par 
IsL vente des grains qu'il y avoit de Irop*. » 
f En dépit de la sollicitude de radminisiration, Bor- 
cl*3aux i-essentit plus d'une t'ois la famine, et, notanunent 
(n 1675, la population fut réduite à manger du pain 



■• Lt lires, instructions et mémmes ik Colinrl, t. Il, I"- fi:irt., intiDiiuliun, 
I» . ciAxxv <'t I(l2. — Nous n'avons rien dit de lu ilisclte de (WI'J, ne possé- 
dii ni, il ce siijcl. que les maigres rensiîipiienu'iils donnes plus loin par M. Pierre 
l^déaicDt, p. Sâ7, cl les (lé{;iils fournis par rinleadaiit llolman duns sa corres- 
pondance, ([ni oUre, enli'e niides ditcuments curieux, son jugement sviiveraiii 
conlrcles soulevi'» de la llenauge, el deux pracès-verbaux de visite des (jué- 
rîlescl galeries des éjîlises el niidsons il» pays dEuIre-dcux-Mers. i.HiW. iuip. 
C«>lli. 107 liis, Mel., folios HKi elsuiv.,H8i, |li!U, elc.) — U'yutres considéra- 
Uons, les exigences de la typotrcapliie, nous onl égaleuienl euipèclié de signa- 
ler, dans le chapitre pr^cédcnl, les « assemblées tumultueuses » tenues par les 
iurab en MWÎ pour Inlerrompre le inniinercc des caux-de-vic, et riieiuxitiûii 
purloi' conire eux » d'avoir einpiisonnë Oycns. warrliand ll:iiuaii. pimr en 
"Voir vouleu elKirifer. » et nuniniinienl lonlre l'uri d'eux, lu sietir de Saint- 
Mear/l, ruiitre le sieur IX'jean, prneureursyndir, et eoiitie unbourtcenis noninié 
l'fitfii fiiteau, d'ftre allés nu bureau du convoi ijuerelkr et menacer les oltl- 
eiers. ( i^jy/.^ vol. 111, folio 105 rcfto. Lfflre des maire et jtirtils, ffnin'mii'urs 
àe la ville de îtùiirdeawT. i septembre J(jÛ2. Cf. folio 'in" rerlo/i 

II. lo 



226 HISTOIRE DU COMMERCE 

Lis^ L'année 1708 compte au nombre des plus calami- 
teuses sous ce rapporl. Le 14 juillet, M. de la Bour- 
donnaye, intendant en Guienne, écrivait au contrôleur 
général pour lui exposer que si la récolte avait été aussi 
mauvaise dans le reste du royaume et qu'il y eût aussi 
peu de Lié des récoltes précédentes, on devait craindre 
que le peuple ne souffrît pendant l'hiver. 11 ajoutait que 
les capitaines de quelques navires hollandais, iiambour- 
geois et autres, venant (le la mer Baltique, avaient offert 
d'apporter des blés à Bordeaux en y allant charger des 
vins, et qu'il trouvait à propos de le leur permettre. 
Consultés à cet égard, les députés qui formaient le Con- 
seil de commerce répondirent par un refus ainsi motivé: 
on n'avait pas encore une connaissance assez complète 
de la récolte générale du royaume, et il se pourrait faire 
que les provinces pussent se soulager les unes les autres 
sans avoir besoin de secours étrangers. D'ailleurs, il y 
aurait à craindre qu'en permettant aux Hollandais de 
nous apporter des blés, ils ne les portassent en Portugal 
et dans les villes d'Espagne rebelles, sans s'arrêter aux 
soumissions qu'ils feraient dans les villes de France, la 
peine prononcée en ce cas ne balançant pas les profits 
qu'ils feraient en portant en sîireté des blés cliez nos 
ennemis'^. C'est alors que doux médecins tle Bordeaux 
proposèrent d'employer, dans le pain, la racine d'aspho- 
dèle ^ ; mais un pareil remède ne pouvait qu'être insulfi- 



4 



« Conlin. de In Chnm. bouràel, p. 33. — Li> Grand d'Ausay (tfwr. de la vif 
privée des François, i. 1, p. 10S) deiiiandfi si re n'est pas Ih le pain noir roen- 
Uonné dan.s les Anciens rt iwuvcnux Sloitits, ctt., fli. de* Fourniers. 

' Ueg. (lu Conseil ilo commerco. F. 12. îw, f" 3^11 r°: si^ance du 11 août 1708. 

' Le (îriin.l d'Anssy, Histoire de lu rie fir'nt'e des Francuix, t. 1, p. 142. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 227 

L la Chambre de commerce pi-it des mesures plus 
efficaces ^ 

Cette disette n'empêchait pas le commerce de Bor- 
deaux de faim îles affaires de grains étrangers avec 
TEspagne, où elle avait lieu également. Suivant un avis 
(lu sieur Lombard, inspecteur général de la marine, <Ies 
négociants bordelais, qui avaient proposé tie faire passer 
des biés d'Ecosse et d'Irlande à la Corogne, persistaient 
dans leur resolution et comptaient, après avoir fait 
décharger ces blés en Galice, venir prendre à Bordeaux 
des vins et autres marcliaiidises permises. Au cas on ils 
n'obtiendraient pas la permission nécessaire, ils parlaient 
d'envoyer, par des barques françaises, ces vins et mar- 
chandises en Espagne, pour les reverser sur des navires 
étrangers. Le Conseil émit un avis favorable, conforme 
à celui de Lombanî ; mais avant de prendre une résolu- 
tion, il voulut savoir si le roi d'Espagne accorderait des 
passeports aux bâtiments chargés de blé-. 

Dans le même temps, des négociants bordelais, Denis 
Meyer, Dousse, Nicolas Woldt et Jeannel Lelus, deman- 
l«laient des passeports pour des navires ham bourgeois, 
lubecUois, et autres de la mer Baltique, sur lesquels ifs 
Toiilaient faire venir de la graine de lin à Morlaix et à 
[I^oscofT, pour y charger des !>lés, s'il y en avait, et les 
porter à Bordeaux, où ils prcntlraient leur chargement 
de vins et autres denrées pour le Nord. M. Daguesseau 



» Registre A. p. Mi-l; siiancr du 15 juin I7(lil. Cf. p. 159. 

* Registre du Conseil de commerce F. 13. 53, folio 302 i-eelo; scanne du 
10 oclubrc 1708, Cf. folio 5."iô ivcto (17 août). — A la siiile de la première 
«lt'lil><;iiilii>n, on trouve un avis de* pluiclts tpio 1 ou fwisoit ii lu Cornsin*'. que 
Inut le (MUiuicrri' dr- ('"cani'e y (ùl onlro les luaiiis des SuMois. 



3S8 



IliSTOlIlE DD COMMERCE 



ayanl dcniauilô l'avis des députés, ils répondirent que 
l'on n'accordait point <le passeports aux bâtiments de 
Hainl)ourg pour nous apporter de U ij;raine de lin : ceux 
de Riga, de Libau et des autres ports de la Livonie, 
d'où Ton tire cette graine, étaient neutres et n'avaient 
pas besoin de passeports pour venir chargés de graine 
de lin à Morlaix et passer de là à Bordeaux afin d'y 
prendre des vins et autres denrées, ce commerce leui* 
étant permis comme en temps de paix ^ 

La famine qui sévissait dans nos contrées devait avoir 
pour résultat d'y attirer des vivres de toutes parts, surtout 
de Bretagne, et d'activer ainsi le commerce. Un marchand 
de Pont-Croix eut l'idée d'une spéculation souvent prati- 
quée dans les deux siècles précédents^: il sollicita un 
passeport pour envoyer soixante tonneaux de grosses 
fèves de Bretagne dans nos parages, représentant, pour 
l'obtenir, que ces légumes n'avaient point de débit dans 
le pays, qui en produisait beaucoup, et que le roi n'en 
avait pas besoin comme des autres grains^. D'un autre 



I 



' Hog. ûii Gonspil ilo conimertc F. l-2. '.Hô, folio âfllî rerUi; séance du 17 oi> 
tobrc I70«. 

* Les minutes des sincicns notuii-cs d<^ Cordeaux sui-aliondcnL en nicnlions 
iViimvagcs de tçiiiiiis dc: Riehi^îoe dans relie villr. Nous ne citerons que deux 
<'ictes de Douwau, en date de& 13 mars irîlfi el 22 juilkt IStfl : par Fiin, des 
marchands de Vannes s'engagent a livrer trois cents boisseaux de blé k Ber- 
nard du Frissé; l'autre montre Antoine Loppes, « dit dfi S'Uleneitfve, » rece- 
vant de Bretajînf trois cejit nn Imissfaux d'avoine. Entre ces deux actes, nous 
en avons renTiinjut: deux autres, du 12;miU 1517, portant vente de six ctnts 
boisseaux ùv Lié de Lihouine .'i nn niurciiandde Marrms, 

•' Registre du Conseil de romnierce F. 13.53, folio 140 verso; sciinc« du ^ fiV 
vrier 1710. — En Î6i"i, \i\ Grihe-de-Du'u d'Èittxse avuit a|iporlèà Itavoniie six 
cents boisseaux de levés avec Irois saumons d'clain. uti liaiil du vaissellr aussi 
d'étain, im baril de prunes et deux pii'ces de toile de Hollande. (Coiit^rrolhule 
In recepk du buii-nu île lu roialiiiur ilc lUiiioniii', fidioTi verso, H j;miv. |(j23,) — 



', Ics-frôres Germé, de Ronleaux, se tournèrent vers 
Fliiaiide pour lui demander les sul)sislances qui niaii- 
qiuiient à celte ville. Le passeport (pi'ils sollicitaienl 
pour y faire venir, sur un navire irlandais, quatre cents 
barils de farine ou grains, leur fut accordé sans ditîi- 
cutté'. 

11 eu fut de même ]>i>ui' un autre [jlaeet dans lequel 
étaient exposés les Ihils suivanls. Un 4't'rtahi Merrer, 
mairliand de Belfast, avait expédié d'Irlande à lîurdeaux 
un navire muni de papiers en règle. Ce navire, ayant 
été obligé de relâcher à Saint-Martin tle File de Ré, fut 
enlevé par un corsaire de Guernesey, conduit dans cette 
île et déclaré de bonne prise. Mercer le i-aeliela, et 

I l'ayant fait ramener au point où il avait été cajiluré, il 
sollicita un passeport pour y charger du sel, retourner 
en Irlande et revenir à Bordeaux avec son chargement 
de blés et autres marchandises permises, « attendu, 
disait-il, la disette des bleds qu'il y a à Bordeaux, à 
cause du débordement des eaux**. » 

Voyant la subsistance de Bordeaux ainsi menacée, la 
Chambre de commerce prit les mesures commandées 
pkar la situation. Elle donna Tordre à un sieur Braeh de 



K 



lus anciennement, J«innnl de tîoyly, niartiiand de Ilunlranx, L'hargcail sur 

la Trinilt', de ce port, vin^'t-six toiincanx <lo tlvcs i;t (iiiulrc i)*^ ttiillot, (Mnir 

amt-.Ic:in de Lu/, et Ciiiiiatid de Slin\icllc (•ui!)îjrqiiait vingt tonncntix de R-vcs 

t cinq de frumcnt lumc lu nn'-nn! dostinatinn. (Minutes de Dt-niiors, âtJ iivril pt 

juillot 1.t(>1 ; liasse tm-2, foiin iiij«« vj recto et v xxx verse.) 

• Registre du Conseil de luninicrce F. M. 'm. Inltu 510 recto; M-anitc du 

2 aoiU l"il. — Les TriTcs rierniê ligurenl aussi dans le registre A de la 

["Clhanibrc de eumiiieree, p.tW, a la date du 1="" juin 1707, |Miur une importation 

<3c beiin-e et de rruoiage d'Irlande et de Hollande. 

' Registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 00 verso; séante du 
« juillet 171i 




2.3() IIISTOIUE DU CUMMEKCË 

rassembler tous les bâtiments à Tancre dans les ports 
voisins, où ils chargeaient des grains pour Bordeaux, 
afin de les escorter et de les conduire dans la Gironde ^ 
Quelques jours après, la flotte de Bretagne arrivait heu- 
reusement pour combattre la famine^. 

Au commencement du siècle dernier, le commerce 
des blés, à Bordeaux, n'avait plus lieu avec TËspagne et 
le Portugal, bien que l'administration eût toujours l'œil 
ouvert sur le midi de l'Europe', mais avec l'Amérique, et 
notre place y envoyait tout ce qu'elle ne gardait pas pour 
sa propre consommation. Entouré de pays fertiles en cé- 
réales, Bordeaux ne se pourvoyait qu'en temp& de disette 
dans les provinces éloignées ou à l'étranger. Nos négo- 
ciants s'adressaient alors à la Bretagne, à la Flandre, à 
l'Angleterre et à Dantzick; mais ils n'avaient recours au 
Nord qu'à défaut de contrées plus rapprochées, les se- 
cours qu'on attendait de ces dernières étant plus prompts, 
les frais de transport moins grands, et les blés plus esti- 
més que ceux qui partaient de la Prusse occidentale. 

On en tirait aussi de Riga, de Kœnigsberg, de Stettin 
et de Hambourg, mais en très-petite quantité compara- 
tivement à ceux qui nous venaient de Dantzick, le véri- 
table entrepôt dos blés du Nord. 

L'auteur du Mémoire que nous prenons pour guide, 
donne ensuite un état des diverses localités du Quercy 

' Reg. A de la Chambre (!c commerce, p. iOO; séance du 15 septembre 1713. 
Cf. p. 302 (4 août), 395 (9 août) et 398 (18 août). 
* Ibid., p. 402 ; séance du 24 septembre. Cf. p. 404 (6 octobre\ 
3 Dans le registre du Conseil de commerce F. 12. 84, p. 333 (séance du 
H juillet 1737), il est fait mention d'un Mémoire des consuls de la nation fran- 
çaise en Espagne, Portugal et Italie, au sujet de l'état actuel de la récolte et 
du commerce des blés dans ces pays. 




et du Languedoc d'où Bordeaux tirait ses blés, avec 
leurs qualités et les frais qu'ils oeoasioniiaieiil ' ; il indi- 
que les rapports des mesures de chaque lieu avec celles 
de Bordeaux et de Paris; puis il passe aux blés lires tant 
de Bretagne et de Dunkerque que des pays étrangers, en 
suivant le même ordre, et il joint des comptes d'achat 
et de vente pour chaque localité, savoir : Agcn, le 
Mas-d'Agenais, Marmande, Astaffort, Leyrac, Tonneins, 
Villeneuve-d'Agon, Castelsarrasin, le Mas de Verdun, 
Nérac, Grenade, Casteliiau de Médoc, Lesparre, Cahors, 
Moissac, Monlauban, Penne, Bergerac, Sainte-Foy, Gail- 
lac, Rabasiens et Villeneuve. 

« Les bleds des quatre provinces cy-dessus, ajoute 
récrivain du Mémoire de 1730, sont plus estimés que 
ceux qui viennent des pays étrangers. Us sont secs el 
roux, et ont le grain gros el bien nourri. Le boisseau doit 
peser, quand ie bled est de bonne qualité, de cent dix- 
huit à cent vingt livres. 

« Il làut remarquer que le bïed du Quercy est plus 
fin et qu'il a le grain moins gros que celuy qui vient 
des lieux qu'on a indiqués, el qu'il fait le pain plus 
blanc. 

« On se sert de ce bled, aussi bien que de celui de 
Nérac, pour faire du minot, qui n'est que la pure fleur 
de farine qu'on envoyé aux Isles et qui est la plus re- 
clierchée. » 



' Compare/, ces fiais avec li^ux qui sont dt^laillés dans une pièce rapportée 
ci-dessus, p. 219. note l, et dans un Mémoire de/Hlniirti el in'agex q^i se payent 
Mir la Garonne pmir le traitaporl itii hled. (Lettres it M. Coihert, lOiiWIlWO. 
Bihl. inip.. Cnib. H)J. Mél., Mio:2ûl rcctu. Cf. vol. 107 bis, fulios 1124. H28. 
et vol. 108. folio iKà.) 



932 HISTOIRE DU COMMERCE 

L'auteur passe ensuite aux blés qui nous venaient de 
Flandre : « Les bleds qui se chargent à Dunkerque, 
dit-il, viennent de Saint-Omer et de Bergues Saint- Win- 
noc. Les premiers sont roux et blancs; ces derniers se 
vendent ordinairement 25 pour 100 plus que les roux. 
Ceux de Bergues sont blancs, plus estimés que ceux de 
Saint-Omer et d'un plus grand prix. Parmy les bleds 
que Bordeaux tire des pays étrangers et des ports de 
France, ceux-cy l'emportent sur tous les autres, excepté 
sur ceux d'Angleterre, qui sont les plus estimés. Ces 
bleds ont le grain long et pesant; mais ils sont naturel- 
lement gros. Ainsi il est à propos de n'en faire venir 
que dans un temps froid, parce qu'ils s'échauffent facile- 
ment quand on les embarque dans un temps chaud *. » 

Avant de donner des comptes d'achat et de vente de 
blés chargés à Dunkerque pour Bordeaux, l'auteur du 
Mémoire marque les différentes mesures de Dunkerque, 
Saint-Omer et Bergues, ainsi que le rapport qu'elles ont 
entre elles et avec celles de Bordeaux et d'Amsterdam. 
11 termine en faisant observer que Dunkerque fournit du 
seigle, mais en petite quantité, et qu'il s'y vend ordinai- 
rement un cinquième de moins que le blé roux de Saint- 
Omer. 

♦Pendant l'été de 1739, deux armateurs de Bordeaux, les sieurs Nérac et 
Link, avaient importé des farines d'Angleterre; elles se trouvèrent gâtées, et 
les jurats ne permirent a leurs propriétaires de les convertir en biscuit qu'ît 
la condition de les réexporter a l'étranger. (Registre du Conseil de commerce 
F. 12. 8(), p. 391 , 39i; séance du 16 juillet 1759.) — Jalouse de la concurrence 
que les fourniers étrangers faisaient à ceux de Bordeaux, la jurade avait rendu 
une ordonnance pour défendre de faire passer aucune espèce de biscuit depuis 
Rions jusqu'au Bec-d'Ambès, et vice versa, et elle prétendait percevoir des 
droits sur des biscuits de Nérac destinés aux colonies françaises. {làid., 
F. 12. a'5, p. 574; 27 novembre 1738.) 






ET DE LA NAVir.ATlON A RORDEAUX. 

L'écrivain continue ainsi en paiianl des blés d'Angle- 
terre : « Ces bleds, dit-il, sont les plus estimés après 
ceux de ce pays-cy. Ils ont le grain lun^, plein, fort pe- 
sant, la peau très-tine el fonl de la farine extrèinenieiit 
blanche. Ils sont roux et naturellement L;ros : ainsi il est 
bon, autant qu'on le peut, de ne les faire débarquer que 
dans un lemps froid. Le meilleur liled île cette isle el le 
plus pi'Opre au transport par mer, est celui qui vient Je 

I la province de Kent, qu'on tire par Londres. 

^M « La mesure de Londres est le quarteau. Dix trois 

B<îuarls rendent treide-lniit boisseaux de Iku'deaux, dix- 
iieuf septiers «le Paris et un last d'Amsterdam. » 

L'auteur du Mémoire arrive eidui à Daulzick : « Cette 
"ville^ dit-il, fait un très-grand commerce de bleds, et le 
plus important qui se fasse dans le ISord. Elle lire la 
I^jIus grande partie des bleds de Pologne, qui son! les 
j^lus estimés du Nord, et dont la majeiin^ jiarlie passe 

Bpn Hollande. Elle en recueille dans son territoire, qui 

^«3St très-resserré, dont la qualité est inférieure à celui de 

^l^ologne. 

H « 11 ne vient île Dantzick que de deux espèces de 
l>led, de Pologne et tlu territoire de cette ville. Le bled 
de Pologne est blanc, gros et pesant, et après celui 
l'Angleterre et de Dnnkerque, c'est celui dont ou fait 
t* plus de cas. 11 est séché au poêle, et se conserve très- 
loiigteuis. Il est vray t(u'il rend moins de farine, jiarce 
<îue le feu lui Ate une partie de sa substance ; mais aussi 
^1 est propre à la navigation et ne s'échauffe jamais, en 
quoique saison qu'on le charge. 

« Celui du territoire de Dantzick est roux, d'un grain 
plus petit et plus léger, et moins propre au transport. 



£H HISTOIRE DU COHVERCE 

Dantzick fournit aussi une grande quantité de seigles, 
qu'elle tire de Pologne; car son territoire n'en produit 
pas. On vend dans cette ville au last, qui contient qua- 
rante boisseaux, mesure de Bordeaux, vingt septiers de 
Paris, et un last d'Amsterdam. > 

Suit le prix de la marchandise en florins allemands. 
Avant de les réduire en argent de France, l'écrivain fait 
obsener que notre pays ne change pas directement avec 
Dantzick; qu'ainsi, pour faire cette opération, il &ut 
commencer par convertir les florins en livres de gros de 
Hollande. Quant à la manière de changer entre les Pro- 
vinces-Unies et Dantzick, elle consistait à donner un 
certain nombre de gros polonais pour une livre de gros 
d'Amsterdam. Au moment de la rédaction du Mémoire 
que nous analysons, le cours était à 267 gros pour une 
livre de gros. 

n se termine par des détails relatifs aux blés de Breta- 
gne. Les plus estimés venaient de Vannes, Auray, Redon 
etTréguier; ceux d'Hennebon, Port-Louis, Saint-Brieuc, 
Lannion et Paimpol, formaient la seconde qualité, tandis 
que Quimper-Corentin, ses environs et Quimperlé, ne 
donnaient qu'une qualité inférieure. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 235 



CHAPITRE XXXV 



AUTRES DENREES ET MARCHANDISES CHARGEES A BORDEAUX. 

Miel. Extrait du Mémoire de 1730 concernant cette denrée. — Chanvre. Provenance de celui 
qui arrivait à Bordeaux ; règlement de la jurade défendant de mêler le chanvre de la Guienne 
avec celui de la Navarre. — Expéditions de chanvre pourBayonne, Saint-Jean-do-Luz cl la 
Rochelle. — Importation à Bordeaux des chanvres de Breta^e et du Nord ; quantité que l'on 
en transportait dans cette ville. — Cire jai:ne ou des Landes. Détails sur ce commerce ; 
son importance sur la frontière d'Espagne. — Importation de cire d'Irlande en 1712 ; grande 
consommation de cette denrée par suite de l'usage de la bougie. — Graine de lin. Détails 
sur le commerce de cet article à Bordeaux. — Demandes de passeports pour des navires 
chargés de graine de lin venant du nord de l'Europe. — Plaintes du commerce de Bordeaux 
au sujet des droits imposés sur cette marchandise; arrêt rendu par le Conseil d'Etat en 1723. 

— Ht'lLE DE navette. Demande d'un sieur Brown pour tirer d'Irlande cinquante tonneaux 
de cette denrée. — Phiines. Provenance et destination des prunes envoyées à Bordeaux ; 
quantités qui y venaient ; droits imposés sur la marchandise. — Mesures prises pour l'assiette 
do ces droits; ordonnance qui substitue le poids de la marchandise à la capacité du conte- 
nant ; débats qui en sont la suite entre le commerce et les fermiers généraux. — Représen- 
tations de la Chambre de commerce de Guienne au sujet du pesage des prunes. — Papier. 
Diverses sortes de papier importées à Bordeaux. — Exportation de cet article pour l'Espagne. 

— Réclamation du sieur Luctkcns ù propos de papiers chargés pour l'étranger; différend 
entre les propriétaires des moulins à papier de la Provence et ceux du Languedoc ; requête 
des premiers pour être maintenus dans la possession de tirer des chiffons de la Guienne. — 
Lettre concernant le commerce des papiers de France en Hollande ; Mémoire concernant la 
fabrication depuis le règlement de l'an 1671. — Compte d'achat ù Bordeaux, et de vente 
ea Hollande et à Hambourg, de papiers d'Angouléme, de Périgord et de Limousin. 



Nous n'avons trouvé de traces du commerce de miel 
que Bordeaux faisait autrefois, que dans le Mémoire de 
1730 : nous nous bornerons donc à transcrire ce que 
l'on y lit à ce sujet. 

« On ramasse des mi^ls dans cette province, dit l'écri- 
vain bordelais, mais non pas également toutes les années. 
Il s'en passe quelquefois deux entières sans qu'on en 
puisse recueillir. C'est donc sur les années qui produi- 



230 HISTOIRE DU COMMERCE 

sent qu'on va régler la quantité (;|ue la IloUamle en lire 
ordinairement, qui est Tunique débouché qu'ail cette 
marchandise. 

On charge, année commune, à Bordeaux, huit centsE=5- 

tonneaux de miel, contenant chacun six pipeaux pesant ^ 

chaque tonneau, vingt-deux quintaux, à 250 livres le ton 

neau, qui est le prix le plus ordinaire. » Après avoi^^- 
posé un chiffre de 200,000 livres, l'auteur du Mémoiri™™e 
lait le compte de quatre tonneaux deux tiers de miel 
chargés pour Amsterdam, pour le compte d'un négo 
ciant de Bordeaux. 11 passe ensuite au chanvre. 



CHANVRE. 



Le ehanvi'e se récoltait dans le haut Pays, à Ton 
neins*, Marmandc, Caumonl et autres lieux circonvoi 
sins, ot descendait à Bordeaux par la Garonne : ii^c^' 
registre que nous avons déjà cité renferme nombre d'ar-^"- 
licles concernant ces arrivages*; mais Bordeaux recevai ^ 
encore du chanvre d'Espagne : on n'en saurait douter ce^*^ 
lisant un règlement de la jurade portant défense aur=:=^ 
cordiers de cette ville de mêler le chanvre de la Guicnni* '' 
avec celui de la Navarre, sous peine du fouet et t\* 
300 sous bordelais d'amende ^ 



* Parmi les minutes de Dcnlmts, on tnnivc, ii la liale du II juin liJGI, u 
i\cU'. partant vcnlL> d'un quintal de clierbe ii Rârniird Le lloult, murchand i 
liourgeois di; Uorileaux, par Antoiri* Mulyne, raariliand de Tonneins-Dossus. 
raison de tili snus le qninlal. (Liasw tHi-3, fulio iij' v vrrso.) 

* Holle des Imteulx ijiiti mmt mimltinlz en su» au tM/aiit la rtihiiere île Ciinrum 
el par dehanl celle inlk de Marmande, etr.. Archives du départenieul de la G ^ 
!t»nde, E. Coiuiitablic, folius 8 verso (â^i juillet 1393), 11 recto (10 a«ût" 
17 vcpso, 19 verso, 20 recto (12, 18, 2i septembre), etc. 

3 Anciens el nouveaux Slatids rff la ville et cité de Jiourdean», p, 302. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 237 

La plus grande partie du chanvre qui venait à Bordeaux 
était de là envoyée à Rayonne et à Saint-Jean de Luz ; le 
reste se consoramail sur place et servait principalement 
à faire des cordages, qui prenaient fréquemment le même 
L'hemin K Ou embarquait aussi (lu chanvre pour d'autres 
ports : un acte de Benhors, du 24 avril 1561, énonce 
le chargement de treize halles de cftcrbe pour la Ro- 
chelle, sur la barque la Tripe, de Bourg-. Plus tard, 
la Rochelle ayant levé l'étendard de la révoUe, l'expor- 
tation des matières considérées comme munitions de 
guerre dut être prohibée; et il en fut nécessairement de 
niéme toutes les fois que la paix fut troublée, jusqu'à 
l'arrêt du Conseil, en date du 21) déceml>re 1719, qui 
ordonnait que le commerce du chanvre dans l'intérieur 
du royaume serait libre, avec défense de faire sortir et 
d'envoyer cette denrée à l'étranger, à peine de confisca- 
tion et de 1,000 livres d'amende^. 

Avant de passer an compte d'im envoi fait à Rayonne, 
le l'cdacteur du Mémoire de 1730 termine ainsi ses ob- 
servations préliminaires au sujet du chanvre : « Quand 
cette denrée manque dans la province, on en tire de 
Bretagne et du Nord*; mais cela est bien rare. La quan- 



* V. ci-dessus, I. I, p. 4HÔ cl suiv. ' Liasse l8-i-2, f" iiij>»v v. 

' Rcg. Il de la Ch. de coninuTt-e, roliu 102 vdrso; scancR du 12 fév. 17âl). 

♦ n<ill)*jt de Ti'iTun éciîvaU, A*i Brou;i}ïe, a son roiisiti. le 10 oelohrc Ulfil, 
» qu'il Tiiisoil vrnir des rlianvrcs de ll.'mnclion el Sainl-Malu, pour estre em- 
ployez eu ealiles ot auLies uiuiKetivies, n ete. ^{^(db. UXi, Mcl., fuliii 511 loct» 
cl \crsu); et, le 23 mars H3()2, il faisait remarquer au grand ministre qu'il y 

lavait des marchandises considérables Ji espérer de Riga, comme le chanvre. 
(lùid., rnliii 42^1 riH-to.) Parmi k>s minutes île f.nulhures, wi Imuve. ii la date 
«lu lôjuin iŒi. un uclc l'elaliralu ^aiisic, uti ptvjudict* d'un luurihand de la 
paitiisse Sainli'-Cftiix. ûf <ii ([iiinl:iu\ de t-hanvie rliariiés .snr un » vaissciiu; » 
mais il n'est dil ni d'mi venail ni où allait ce navire. 



f38 



lilSTOint: DU COMMERCE 



tité qu'on en transporte dans celte ville va ordinairement 
à douze mille quintaux, qui fonJ, le quintal apprécié sur 
le pied d'année commune, h 18 libres, la somme de 
216,000 livres. » 



CIEE IAViT(&. 



On récoltait en Guienne de la cire jaune, dite cire de- 
Landes, qui était fort estimée, surtout pour faire de 
bougies, parce qu'elle blanchissait fort bien. On l'expor 
tait en Espagne, par la voie de Rayonne, en une quan 
tité de mille quintaux environ, représentant, à 25 sou 
la livre, prix de l'année commune, la sonmie de 12,001 
livres. Un compte de vingt balles do cire envoyées à ui 
négociant de Bayonne montre les frais quentraînaiciu. 
ces sortes d'affaires, et le bénéfice que l'on était en droL 
d'en attendre. 

Pendant longtemps les Landi^s de Gascogne furent ei 
possession de fournir cette denrée à nos voisins : 1^^ , 
Conterrolle de la recepte de la cominme de Bayonne^^^ 
en 1625, renferme une multitude d'articles qui altesten- ^^H 
l'importance du commerce de la cire sur la frontièr-^^ 
d'Espagne. ^M 

Au commencement de l'année 1707, l'exportation d-^^ 
cette marchandise ayant cessé, la coniraciacion de Bilba^^^ 
et les députés de la seigneurie de Biscaye demandèreaiji^H 
au gouvernement espagnol de faire venir d'Angleterr^^^' 
des cires et des huiles de baleine. Les pétilionnaiifsï^ ^ 
essuyèrent un refus; mais M, de Pontchartrain, ec^* 
transmettant cet avis à M. Daguesseau, recommandai--^' 
d'ùter a nos voisins tout sujet de plainte à cet égard, ei^^" 
engageant les marchands de Bordeaux, Bayonne et S " '-^*"^- 



ET DE LA NAVir.ATION A BORDEAUX. 539 

Jean de Luz, à satisfaire en cela aux besoins des Espa- 
gnols ^ . 

La cire blanche de France en graine n'était pas, à ce 
qu'il paraît, de défaite à liilbau en 1712, et Bordeaux 
recevait de la cire jaune d'Irlande- et du nord de l'Eu- 
rope ^. Déjà forte au moyen âge"*, mais à peu près limitée 
aux besoins du culte, la consommation de celte denrée 
s'élatt considérablement augmentée depuis (jue l'usage 
de la bougie avait pris de l'extension^. 



GBAINE DE UK. 






Cette graine se ramassait en. détail, et se consommait 
en Hollande, où elle servait à faire de Tlmile et à engrais- 
ser les bestiaiLX, Celle que l'on recueillait aux environs 
de Bordeaux et de la Uoclielle était embarquée dans le 
premier de ces ports, et celle que l'on récoltait dans le 
Périgord se chargeait à Libomi'ne. La quantité sortant 



' negistrc du Canseil de cummercc F. 12. uô, fulio 135 verso ; séance du 
18 mars 1707. 

» iMd.. F. 12. .15, folius 276 vorso, 526 verso et 33.i vcr.so; 17 avril. et 
20 juillet 1708. — F. M. o8, folio ^2 recto ; 22 juin ITli. 

■' Voyez ci-apri'S, p. 27H, 27!1. 

* On i<ourrait citer de tïi'esses aiï:ures en cire avant une oblige reçue par 
Themer, le \i janvier 1374 (liasse 4Hfi-lti, fi)lio t.'!» versu), de la somme de 
289 livres 10 sous tournois, valeur en cire. Uue pauvre église de campagne 
ullail jusqu'il contraeter. le ô avril de la mÊnie année, une dette assez forte 
■• k cuuse de eerUiiu luniinerc ài'. sire fourni a Pey ArnauJ. ouvrier de la pa- 
roisse du Taillan. » {!ùid., folio Km ver.so.) 

^ Le premier docuuient où je me rappelle avoir vu la dénomination de bou- 
gie, est une ordonnance de Philippe le Uel. de l'année 1313, par la(|iielle il dé- 
fend de mêler dn suif avec la eire. Voyeï Ordonnawex des rms tfe Fntuce de la 
troisième rave, x. 1, p. ;>13, S •>. et p. 7(t(l. S S. — Dans le ih>Ue dfn Inite.tiLt 
quy sont moulant:, en xm au dektnt tu ijilmere de (JHarotie, cte., folio ôl verso 
(!) uovi'nibt'i' loir»!, il est fait menlinn d'une « balle bogye. « 



a 



240 IIISTUIIIE Df CO.MMUHCE 

di3 ruii et lie l'aulre <''tait à peu près égale, cl consistait 
pn douze niiîle Iwisseaux, tnesuro de Bordeaux, dont 
vingt faisaient un tonneau, Irente-huit boisseaux dix- 
neuf seliers de Paris et un last d'Amsterdam ; lesdits 
douze nnlle boisseaux, appréciés, année commune, sur 
le |)ied de 7 livres le boisseau, représentent une somme- 
de 81,000 livres. Une particularité à noter, comme 
fait l'auteur du Mémoire de 1730 avant de donner 
compte d'un envoi de soixante-seize boisseaux de grain 
en Ilollandc, c'est que celte marchandise ne pouvait pas 
sortir pour l'étranger. 

En 1710, des négociants bordelais sollicitaient la per 
mission d'y envoyer de cette graine, pour donuer, di — 
saient-ils, moyen aux paysans qui en avaient dans li^t- 
(juicnue, et entre les mains desquels elle devenait inutile 
et improductive, de payer leurs impositions; ils repré — ^Ê 
sentaient que l'huile de lin n'est pas bonne à manger et-^^ 
qu'elle ne sert que pour les peintures et à quelques=^ 
sortes de cuirs. Appuyés par la Chambre de commerce 
les pétitionnaires eurent gain de cause auprès du Consei 
supérieur'. 

D'aulres placets nous apprennent que le commerc 
bordelais im[iortail aussi en France de la graine de lin; — 
mais qu'il évilail de k décharger dans la Guienne, qui eiï^^ 

pimluisail à suffisance. Henri Woldl, négociant de Lu 

beck, et Nicolas Woldl, son fils, négociant de P-^rrdmiv. ■■ — 
propriétaires du navire X Aigle-Cotironné, demandaient u 
passeport pour faire venir ledit navire de Lubeck -a Ihis 
coff, chargé de graine de lin, bourdillon, bourdille cL*" 



t 



' Ht'tiistre tlii Conseil du eumtnercc F. 
30 solftcmlirc 17J(I. 



M. 'Si. folio 311 vcriio; «cancu 




[■:t ije f-a navigation a houheaux. 



H\ 



I 



uulres espèces de merrain et de buis de construction, (?t 
pour atler ensuite charger Téquivalent à Bordeaux, « n'y 
ayant aucunes marcliaiidises à Roscoff ni à Morlaix. » Cette 
demande fut repoussée par ce motif que la graine de lin 
pouvait être importée en France par les navires suédois 
et danois, qui étaient plus à portée de nous la fournir 
que ceux de Lubeck'. Un autre négoctani, le sieur 
Thomas Clock, exposait qu'il avait fait venir, avec pas- 
seport du roi, un navire de Lubeck à Roscoff, où il avait 
déchargé huit cents barils de graine de lin; il demandait 
un nouveau passeport jwjur aller do Roscoff à Nantes avec 
une petiîc partie de bourdillon el quelques douilles de 
merrain qui lui servaient de lest, et pour repartir avec 
un chargement à destination de Lubeck-. 

On ne voit plus reparaître la graine de hn qu'en 1722 
et en 1724. Le commerce de Rt>rdcaux s'était plaint que 
le bureau des fermes voulût Tobligor à payer certains 
droits d'entrée sur cette denrée : le Conseil d'État rendit, 
le 18 octobre 1723, un arrêt qui soumit aux droits d'en- 
trée et de sortie et aux droits locaux, la graine de lin 
venant des provinces dites étrangères dans les cinq 
grosses fermes, ou vice versa ^, 



Hlî|l,E DE SAVETTK. 

Ce serait bien ici le lieu de parler de l'huile do na- 
vette ; mais nous ne connaissons, au sujet de cet article, 

' Ilegistrn du i'.otiscil dp commcrr.P F. 12. SS, Tolio 1 verso; séance du I i no- 
vembre 1708. VojTZ ci-tlessus, p. 221. 

' Registre F. 12. 37, folio 27 recto; séance du 1 1 mars 1715. 

'' Registre B de la Clianibi-e de i;«mm(M'(ic. folios V.'M rccln et 101 verso; 
séanres tin 15 mui 1722 el du G avril 1721, 

H. Ki 




3i2 



HISTOIRE DU COMMERCE 



qu'une demande d'un sieur Brown, négociant de Bor- 
deaux, pour faire venir d'Irlande cinquante tonneaux 
celte denrée L 



Comme par le passé, les prunes venaient à Bordeai 
de l'Agenais et du Quercy *, et passaient de là en Hol- 
lande, en Angleterre, à Rouen, à Dunkerque el suBJ 
d'autres points du littoral de l'Océan. On en chargeait^ 
ordinairement tlans notre port cinquante mille quintaux, 
ù 6 livres le quintal, sur le pied d'années communes, ce 
qui fait la somme de 300,000 livres. 

Le rédacteur du Mémoire de 1730 fait observer, avant) 
de passer aux comptes qui suivent, que la prune payait 
pour droits d'entrée 17 sous par quintal, et que c'était 
toujours lo propriétaire ou le vendeur qui acquittait ces 
droits. En octobre 1707, le percepteur de la contablie en 
ayant levé plus qu'il n'en était dû sur les marcbaudises 
entrées en toire, notamment sur les prunes, k Chambre 
de commerce intervint, et la restitution des sommes in- 
dûment perçues fui ordonnée'. 

Ce fruit était expédié dans des barriques d'une jauge 
différente de celle des futailles destinées à contenir du 



' Registre du Conseil de (!omniei-cn F. 12. fi3, folio 1G2 recto ; séance du 20 ( 
lobn- Î71K. 

' Vttycî d-dpssus, l, I, p. W9 el siliv. — Djins un ancien registre de L- 
cotitablie de Uordeaux, \n)W lîiîTi. nous rctwiuvons il chaque instant de-; 
menlions d'uri-ivagos de prunes du luiiit Pays, en pipes el en sacs, en mêm- 
tenips que {Vliiiile d 'olivi> el de plumes. Voyez UolU' rff,* bateulx qiiy smtt 
ttintz t'ti suit au riebatil la ryùytri' lie Itt iiKtirane, rie., fnlios 21 verso, 25ree1o*^ 
26 recto, 2H recto. ô8 recto, etc. 

^ Registre A di- ta ntniinhre de lommerec. p Sfi; séance du 2!1 dwi'rai 
Iji-e 17(17 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 243 

vin*. Dès 1725, on songeait à substituer le poids à la 
capacité, et, le 7 août de cette année, le juge des ports 
de Bordeaux et des Chartrons rendait, sur la requête de 
l'adjudicataire général des fermes unies de France, une 
ordonnance portant que les prunes seraient pesées tant à 
l'entrée qu'à la sortie*. Cette mesure devait donner nais- 
sance à de longs débats. A un Mémoire sur le poids des 
prunes établi aux Chartrons, succéda une lettre relative 
au même objet; et l'un et l'autre furent discutés dans 
plusieurs séances de la Chambre de commerce'. Les fer- 
miers généraux ne restèrent pas muets; ils répondirent 
à leurs adversaires. En attendant, on prit des mesures 
par provision pour le pesage des prunes*. L'année sui- 
vante, les fermiers généraux firent une proposition rela- 
tive à cette opération; mais presque en même temps, il 
fut présenté à la Chambre de commerce un Mémoire 
contre ce plan *. 

En 1728, la Chambre de commerce adressa au Conseil 
supérieur des représentations tendantes à la suppression 

■ Pierre Chamau, maître de la barque nommée le Petit-Pierre, de Bordeaux, 
du port de trente tonneaux ou environ, l'avait frétée k un marchand irlandais, 
le sieur Poor, qui devait la charger entièrement de vin de ville pour aller k 
Cork et revenir à Bordeaux, k raison de ^i livres de fret, y compris le cliapeau 
do maître. Poor prétendait ne charger que sept ou huit tonneaux de vin, et 
tout le surplus en pièces de prunes, « beaucoup plus longues et plus grosses 
que barrique de vin ; » Chamau lui répondit par une protestation par-devant 
le notaire Parran, le 30 novembre 1716. (Archives du département de la Gi- 
ronde, E, notaires. Actes détachés.) 

' Registre B de la Chambre de commerce, folio 220 recto ; séance du 6 sep- 
tembre 1723. 

* Registre G, folios 3 verso, 4 verso et 3 recto; 3, 10 et 17 septembre 1726. 

* Ibid., folios 10 recto (19 dcc. 1726) et 47 recto (13 mai 1728). Cf. folio 48 
ï^cto (20 mai). 

* Registre G, folios 21 recto et iâ recto; séances des 8 et 13 mai 1727. 
Cr. folio 32 verso, 4 septembre, même année. 



I 



244 niSTOlRE DU COMMERCE 

fl'une nouvelle romaine établie au bureau des Chartrons, 
à l'effet d'y peser les prunes à l'entrée et à la sortie'. 
Dans le procès-verbal de la discussion qui eut lieu à cette 
occasion, on lit les détails suivants, par lesquels nous 
terminerons ce que nous avions à dire sur le sujet qui 
nous occupe. 

« L'usage observé dans tous les temps pour le corn- , 
merce de la prune n'obligeoit les marchands qu'à faire fl 
leurs déclarations, tant à Tentrée qu à la sortie, de la 
quantité de futailles que les commis des fermes faisoient 
jauger et peser; et les droits en étoient tirés sur leur 
évaluation, la tare déduite. 

« Le peu de valeur des prunes a donné lieu à cet 
usage, qui a été suivi jusqu'à Tordonnance du juge des 
ports cy-dessus. 11 n'est pas possible, en effet, qu'une 
marchandise qui ne coûte sur les lieux, année commune, 
qu'environ 25 sous le quintal, puisse supporter la dé- 
pense qu'il faut faire en faisant porter et peser ces fruits 
au poids du Chartron, à l'entrée et à la sortie, lorsqu'il 
est question de les charger pour l'étranger. 

Œ Si l'usage étoil changé, le commerce qui s'en 

faict ne manqueroit pas de s'anéantir.... La quanlilc 
qu'on en recueille et qui se débite, soit dans le royaiune, 
ou pour être envoyée dehors, va, dit-on, à deux cei»-^ 
mille quintaux par année, et produit environ 250,000 li' 
vres, qui se répandent parmi les pauvres habitans A* 
l'Agenois^ de MonfaulDan et des environs.,,. 

« On paye, ajoute-l-on, 34 sous de droits, sçavoir 
16 sous à l'entrée et 18 sous à la sortie d'une denrc^^ 



* Registre du Conseil de cumiuercc F. 12. 7S, p. 51 i; séance du 29 
1728. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 245 

qui ne vaut qu'environ 25 sous, indépendamment des 
9 sous qui se perçoivent sur la route au bureau d'Auvi- 
lars. Il n'est pas possible qu elle puisse encore supporter 
la dépense inutile à laquelle l'ordonnance du juge des 
ports l'assujettit, et qui va à 20 sous par baril*. » 



Le papier qui venait à Bordeaux se fabriquait à An- 
goulême, en Limousin et en Périgord; on ne l'importait 
dans notre ville que pendant les foires d'octobre et de 
mars, parce qu'alors il était exempt des droits d'entrée. 
Celui de ces deux provinces était à peu près de la même 
espèce; on ne s'en servait guère pour écrire, mais pres- 
que uniquement pour tirer des estampes et imprimer 
des livres. Le plus estimé était le papier d'Angoumois; 
il s'en faisait une grande consommation en Hollande et 
dans le Nord, où on l'envoyait par Bordeaux et par la 
Charente. 

Notre place expédiait encore beaucoup de papier en 
Espagne. Dans un registre de la contablie, figurent, à la 
date du 31 janvier 1626, vingt balles de papier char- 
gées sur la Marie, de Saint-Vincent, à destination de 
Saint-Jean-de-Luz, pour compte d'Augier de Lalande, 
bourgeois et marchand de Bayonne*; et l'on voit dans 
un registre de la Chambre de commerce les sieurs Mar- 
cliandon frères, négociants de Bordeaux, prier la com- 

* Registre du Conseil de commerce F. 12. 75, p. 313 et 316. — A la suite 
le cette discussion, p. 317, vient le tempérament proposé par les commis- 
saires. 

* Registre pour ceux qui font remettre des acquits-k-caution ; Archives du 
Appartement de la Gironde, G. Trésoriers généraux. Bureau des finances. 



iiO HISTOIRE DU COMMERCE 

pagnie de certifier que vingt-quatre balles de papier 
contenant quatre cent quatre-vingts rames aux armes 
d' Amsterdam, par eux chaînées pour Bilbao, à l'adresse 
de MM. Vial et C*", négociants dudit lieu, étaient de fa- 
brique périgourdine'. 

Le môme registre, après une lettre des papetiers 
d'Angoulème à la Chambre, nous fait connaître une ré- 
clamation du sieur Luetkens à propos de papiers chargés 
pour l'étranger*; mais il faut recourir à une autre source 
pour «^tre renseigné sur un différend qui avait éclaté 
vers le môme temps entre les propriétaires des moulins 
à papier de la Provence et ceux du Languedoc. Ce diffé- 
rend ne saurait être étranger à notre sujet, à ne consi- 
dérer que la requête présentée par les premiers à l'effet 
d'être reçus opposants à un arrêt du 18 septembre 1659, 
et, faisant droit sur leur opposition, être maintenus dans 
la possession de tirer du vieux linge des provinces de 
Languedoc, Guienne et autres'. Renvoyée au Conseil de 
commerce, cette pétition fut favorablement accueillie. 

Après la délibération à laquelle elle donna lieu, nous 
en citerons une autre, relative à une lettre concernant le 
commerce des papiers de France en Hollande, et un 
Mémoire contenant les moyens de réformer les abus in- 
troduits dans la fabrication des papiers, depuis le règle- 
ment de 1671*. 

La quantité de papier importée à Bordeaux montait 

* Registre A, p. i29; sôance du 12 janvier 1713. 

* làid., p. 35; séance du 29 avril 1706. Cf. p. 33. 

3 Registre du Conseil de commerce F. 12. 57, folio 350 verso ; séance du 
23 août 1715. 

* Registres du Conseil de commerce F. 12. 78, p. 826, 836 (séance du 15 no- 
vembre 1731), et F. 12. 79, p. 553-569 (24 juillet 1732). Cf. p. 593 (2* juiUet). 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 247 

ordinairement à cinq mille balles; sujette à des droits 
d'entrée, la marchandise était exempte de ceux de sortie. 
Voici dans quelle proportion s'opérait l'écoulement, par 
notre port, des différentes espèces de papier fabriquées 
dans les provinces limitrophes : 

Papier d'Angoulême. 

60 balles, contenant 480 rames impérial, du poids de 60 livres, à 
40 livres la rame <9,200 liv. 

60 balles, contenant 480 rames superroyal, du poids de 
45 livres, à 30 liv. la rame U,400 

60 balles, contenant 480 rames royal, pesant 35 livres, 
à 24 liv. la rame H,520 

60 balles, contenant 480 rames grand compte, pesant 
28 livres, à 20 liv. la rame 7,600 

60 balles, contenant 480 rames moyen compte, pe- 
sant 20 livres, à 14 liv. la rame 6,720 

400 balles, contenant 4,800 rames grand cornu, pesant 
42 livres, à 7 liv. la rame 33,600 

400 balles, contenant 4,800 rames petit cornu, pesant 
8 livres, à 5 liv. 10 s. la rame 26,400 

500 balles, contenant 600 rames aux armes d'Amster- 
dam, pesant 13 livres, à 6 liv. la rame 3,600 

500 balles, contenant 6,000 rames 2^ fin aux armes 
d'Amsterdam, pesant 12 livres, à 5 liv. la rame 30,000 

Total 187,440 liv. 

Papier de Périgord. 

500 balles, contenant 8,000 rames aux armes d'Amsterdam, pesant 
13 livres, à 4 liv. 15 s. la rame 38,000 liv. 

500 balles, contenant 8,000 rames 2efln, pesant 10 li- 
vres, à 3 liv. 10 s. la rame 28,000 

300 balles, contenant 6,000 rames papier à lettre ordi- 
naire, pesant 8 livres, à 3 liv. la rame 18,000 

ToTAi 84,000 liv. 



248 HISTOIRE DU COMMERCE 

Papier de Livwusin. 

200 balles, contenant 2,400 rames à impression, pesant 15 livres la 
rame, à 5 liv. la rame 12,000 liv. 

200 balles contenant 2,400 rames 2^ fin, pesant 15 li- 
vres, à 4 liv. 10 s. la rame 10,800 

200 balles, contenant 2,800 rames serviette 2* fine, pe- 
sant 12 livres, à 4 liv. la rame 11,200 

500 balles, contenant 7,000 rames aux armes d'Ams- 
terdam, pesant 11 livres 1/2, à 4 liv. la rame 28,000 

500 balles, contenant 7,000 rames 2e fin aux armes 
d'Amsterdam, pesant 11 livres 1/2, à 3 liv. 10 s. la rame. 24,500 



\ 



Total 86,500 Uv- 



RÉCAPITULATION. 

Angoulême. 2,100 balles, contenu 24,000 rames, montant à 187,440 liv. 
Périgord.... 1,300 — 22,000 — 84,000 

Limousin.... 1,600 — 21,600 — 86,500 



Totaux... 5,000 balles. 67,600 rames. 357,940 liv. 



Le chapitre consacré au papier, dans le Mémoire d 
1730, se termine par des comptes de vente de douzi 
balles de papier aux armes d'Amsterdam, fabrique d'An 
goulême, chargées pour la Hollande et pour Hambourg 
Mais le moment approchait où cette exportation allail 
cesser, et, quatre ans après, de soixante moulins em- 
ployés à la fabrication du papier, il n'en restait plus qu 
deux en activité * . 

* Reg. du Conseil de commerce F. 12. 81, p. 417421 ; séance du 29 mai 175*- 
Cf. p. 476, 477 (23 juin), et p. 538-o42 (8 juillet). 



i 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 249 



CHAPITRE XXXVI 



RÉSINE, GOUDRON, BRAI, TÉRÉBENTHINE. 



Commerce des matières résineuses à Bordeaux au xvil* siMe. — FrcqueiiU incendies des 
dépôts de ces matières ; mesures prises par la jurade pour les prévenir. — Fabrication de 
goudron dans les Landes par les Suédois; détails donnés par Porrrey Asoer, l'un d'eux, à 
Colberl. — Éricson, Elias Ahl, autres Suédois, charges par ce ministre d'enseigner aux Lan- 
dais la brûlerie du goudron. — Communications du sieur Lombard, inspecteur général de 
la marine à Bordeaux, au sujet de cette fabrication. — Témoignages de l'intérêt qu'y prend 
Colberl. — Règlement de l'intendant de la généralité de Guicnne, confirmé par arrêt du 
Conseil, du 13 juin 1672 ; lettre de Colbert à ce sujet. — Nouvelle preuve de la sollicitude 
de ce ministre pour l'industrie du goudron. — Rareté de cette denrée en France au com- 
mencement du xvill* siècle. — Discussion au sein du Conseil de commerce sur la conve- 
nance de permettre l'exportation du brai sec ; avis émis à la suite. — Encliérissement des 
matières résineuses en 1709 et 1710 ; l'exportation en est prohibée pour la Hollande, et con- 
tinue à se faire pour la côte d'Espagne ; décision du Conseil de commerce pour obtenir une 
prohibition absolue. — EfTets de cette cherté des matières résineuses ; demandes de passe- 
ports pour faire arriver à Bordeaux du brai et du goudron de Norvège et d'Ecosse. — Levée, 
en 1717, de la prohibition et report de celle-ci sur les mûmes articles de provenance étran- 
gère. — Décision prise à l'occasion de la saisie d'ime partie de brai de la Caroline. — Com- 
merce de la résine, du brai et de l'huile de térébenthine à Bordeaux, vers 1730. — Jambons 
des Landes de Gascogne envoyés à Paris avec de la résine. — Le roulage à Dax. 



Le commerce des matières résineuses, dont nous avons 
déjà essayé de démontrer l'importance dans nos contrées 
avant et après l'occupation anglaise ^ ne paraît pas avoir 
souffert, dans des temps plus modernes, de la concurrence 
résultant des relations qui s'établirent entre Bordeaux et 
les contrées du Nord : on est amené à le croire en voyant 
les navires de la basse Allemagne charger cet article 
dans notre port pour le voisinage^, et les plaintes exci- 

' Voyez ci-dessus, 1. 1, p. 473 et suiv. 

^ « Deux lests gouldcron , six quintaux cordages, chargés dans le Saint- 
André, de Norden, pour aller au lieu de Tonnay-Charente. » {Registre pour 
ceux qui font remettre des acquits à caution, 12 mars 1626, folio 19 verso. Ar- 



sso 



IIISTOIIIE DU COMMERCE 



lées par la prétention qu'avaient les fermiers Je la coii- 
tablie de lever de nouveaux droits sur les gemmes el 
résines. Cet article, joint à la térébenthine, venait des 
Landes de Gascogne el même de Bayonne * ; il se vendail, 
à Bordeaux, sur les fossés des Palières, où toutes les 
maisons qui en contenaient furent consumées par un 
grand inceiiilie, au mois de novenibre de l'année 1610-. 
La fréquence des accidents de ce genre attira ralten- 
tion de l'autorité, qui chercha les moyens d'eu préve- 
nir le retom*. En conséquence, il fui ordonné, dès le 
15 juillet 1676, que, contbrmément aux statuts et règle- 

«•hlvcs du (lépartenieiit de la (^iromle, C. Trésoriers généraux. Bureau des Fi- 
nanfes, ri'tî. (!e la nintablic.} 

' Dans le CimtcrntUt- de la receple du bureau de la couslune de Bayonne, on 
trouve, airx dates du H jaiiviLT et ilii 5l( amU ItiiTi, deux militions de chargc- 
luerit de hr<ii el de risine imnr dos liourpeois de Bordeaux (fidioèô verso el 
^^i verso). — Dans un autre repislre des Archives riéimrleraentales, on ïnit. 
à la date du 50 oitoju'c lolirî, le facteur de Ms' Saiiryn inunLatit avec trois 
ymbaratz tliarnès, cntr« autres denrées, de douze quinlaux de brai « pour 
a|iûrter ii Dordt'ulx; n mais nous ii,'nori)ris d'où vetiait cet arlicle. Voyez Uoilf 
des bateiiix (jinj sont moiitanlz en nm m defxtut ta njl/yert- de (iuanme, eW. 
E. Coniplalilie, folio 28 verso. — Les minutes de Dttyzeau [iresentenl, à lu 
date de la Teste, J3 détenittre 1510, une vente rie trente cm de résine, pur 
nobles JiomtîH's Jean de Snbiete père et fils, seigneurs de Franchon, an prix de 
Htl fnirics bnrdelais; et, sou& h'S 4 juin ot(j aoiU liilSl, deux chargements de 
(érélienlhine, dont run sur la M/fto'f/f, de Honicaux, par Jean de Naliugui*. 
pour un niiirchand de Pans. — .Ipr^s le milieu du xn» sit'cle, nous avons, 
aux dalos du Ij mai et du 27 septembre l'iOl, deux ventes de résine, 1 une Jr 
dix-sept milliers, li (juitlaumc Ccndr:iuU p.\ Jean Constuntin, par Vivien Guilhou. 
marchand de la Teste, l'autre de vingt milliers, montiint ii deux cents quintaux, 
au prix de 17 franes bordelais le f|uintal, ii Jean Clcvrac, uiarcband de Dw- 
deaux, parGastnn de Castéja, écuycr, seigneur de lluault en Hncli. ^Dcnlmi"!*. 
liasse lK-i'2, folio ij'^xx reclo et vijj'^viij reelo.) — Les tiian-Uanils île Lundits 
s'approvisionnaient aussi rhez nous de rpsine {Cmileirolle de la receple, etc. 
ftilio 7 verso, 17 janvier Ui2a); elle leur venait en pains, tandis que la ici*- 
henthine ^tait logée on barils, on on bnuleiHes de <:uivre tenant chacune pr^"* 
d'un quintal. '!l>iil., folio Tyi verso.) 

* Supidément de» Chiimifttu'x de Bardeaux, p. Hl, 171. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 25< 

ments, les magasins de résine, goudron et térébenthine, 
ne pourraient être établis que dans des endroits éloignés 
du cœur de la ville et dans des lieux indiqués par le 
maire et les jurats; défense était faite aux marchands de 
ces denrées de tenir dans leur maison et boutique plus 
de quatre pains de résine, un baril de goudron et un de 
térébenthine, « pour la montre et menu détail tant seu- 
lement, » le tout à peine de 1,500 livres d'amende et 
de privation de bourgeoisie ^ Cette amende fut ensuite 
élevée au double, lorsqu'on 1678 les règlements sur les 
matières inflammables furent renouvelés*. 

A cette époque, il y avait déjà quatorze ans que l'on 
avait commencé à fabriquer du goudron dans les Lan- 
des de Gascogne, sous la direction de Suédois appelés 
dans le pays par Colbert. L'un d'eux, appelé Porfrey 
Asoer, écrivait à ce ministre, de Bordeaux, le 12 sep- 
tembre 1664 : « J'ay passé à la forest des pinadas de 
Lacanneaux, afin d'enseigner aux habitans de cette terre 
la facture du goldron ; après y avoir faict un fourneau, 
je reconneu la mauvaise qualité du pin qui n'est pas 
propre à rendre goldron : le temps perdu est à regretter. 
Ceux de la Teste-de-Buch, Biscarrosse et autres', sont 
aussy bons que on sçauroit souhaitter à escouler goldron, 
et depuis que les habitans le sçavent faire, ilz ont fait 
une douzaine de fours pour fournir ce qu'ilz avoient pro- 

* Continuation de la Chronique bourdeloise depuis le mois de décembre 1674, 
p. 38, 39. 

* Itnd., p. 52, 53. 

» Notre Suédois ne dit rien de Capbrelon; il est certain, cependant, qu'au- 
trerois on y faisait un commerce considérable de matières rcsineu.scs. En lild, 
Henry V instituait un peseur juré de gemme et de résine dans le bailliage de 
ce canton des Landes. {Rot. Vase., 7 Hen. V, membr. 2.) 



Wi 



HISTOIRE DU CO.MMKKCIi 



mis au sieur Lombard, à 12 livres chascun baril, ou 
24 livres la barrique, en exécution de ce traicté. Les 
maistres entrepreneurs ont porté au magazin du sieur 
Caupos le goldron qu ilz avoient faicl, et en les payant, 
on a faicl payer 11 solz sur chascune barrique de gol- 
dron, et demandé un milier de rézine pour la place de 
chasque fourneau, pour les droictz seigneuriaux. Cette 
exaction a rebuté les pauvres manouvriers qui avoient 
creu, en servant le roy, estre deschargés des pilleries 
que on leur fait ordinairement. Je leur ay promis, Mon- 
seigneur, que je prcndrois la liberté de vous en aviser 
pour leur faire rcslitucr, et faire que, dans les suites, on 
les laisse en liberté. Le goldron ne peut pas porter d'im- 
position ; car les grands frais à chercher le bon gasson, 
et le temps que l'on met à le faire, le rendent plus cher 
qu'en Suède, Le sieur Lombard m'a dit que vostre ordre 
estoit que j'allasse à Bayonne pour enseigner la facture' 
du goldron. Je pars avec un valet pour m'ayder à leur 
aprendre plus tost à Fescouler ; après quoy, j'oserois vous 
supplier de me donner congé, aftin que je retourne en 
Suède. » 

Dans la correspondance de Colbert, il est parlé d'un 
autre Suédois, appelé Ericson, qui fut chargé d'ensei- 
gner dans les Landes la bi-ùlerie du goudron aux gen^ 
du pays. Éricson mourut eu France, après avoir parfaite 
ment réussi dans son entreprise. Peyrelonguc écrit d^^ 
Bayonne, le 24 décembre 1664, que les procédés secret^^ 
de cet ouvrier « produisent de merveilleux elïetz, contrc^S 
l'atlenfe de bien des gens. » Un troisième Suédois, Ëli 



> Teik i.'st, snlon tnuli' upiuruiico, rotigino du nom dune localité silu« 
sur k cliLHUin di' UDidcaux it la Tcsk. 



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ET DE LA .NAVHiVTlON A BOIlDEAi:\. 



233 



Ahl, lut employé d'abord à Toulon, puis eu Guienne; 
mais il ne satisfit pas le gouYerncnienl. Les rai^ports 
adressés à Golberl padeul même d'une accusation de 
vol portée contre cet étranger, et de l'abandon de son 
atelier par les paysans à qui il devait enseigner la gou- 
tlronncrie. Son valet suédois l'avait quitté jMJur établir 
une brûlerie à Vidauban et se faire cathobque'. 

Le sieur Lombard, dont le nom vient de passer deux 
fois sous nos yeux, était inspecteur général de la marine 
à Bordeaux. H écrivait de cette ville à Colbert, le 28 no- 
vembre IG^\ : « Monseigneur, tout le goldron qui a esté 
faict cette année en cette province a esté porté aus ma- 
gasins du roy, à Soubise, à la réserve d'environ soixante 
barrilz, que les entrepreneurs ont faict conduire au port 
d'Arcaxon pour livrer à bord de barques que je cherche 
pour y envoyer, dans le temps que Messieurs du com- 
merce d'Occident m'escrivent de leur y en faire tenir à 
la Rochelle, ainsi que je feré, Monseigneur, si c'est vos- 
tre agrément. 

« Parmi nombre de personnes auxquelles le Suédois 
avoit enseigné la facture du goldron, j'en ay deux qui 
ont esté ses premiers eseoliers, et qui savent très-bien 
faire le goldron, et sont tout preslz à marcher et obéir 
à l'honneur de vos eommaudeoientz pour enseigner ladite 
facture; en quoy on attendi'a vos ordres avec la plus 
profonde soumission. » 

, Le 13 août de l'année suivante, le même Lombard écri- 
vait, toujours à Colbert : « A présent que M. de Terron 



' Correspondance admn'islralive sous le rêQue de Luiii/t XIY. l. III, ji. 6'94, 
€95, en note. Voyez encore Lettres, instnufhmx et mf'nmrefi rf»' Culliert^ t. ni, 
l" partie, |t. TiH, note 1, el p. 10(>. 



954 HISTOIRE DU COMMERCE 

a envoyé un commis à Arcaxon, la facture du goidroii 
ira encore mieux et avec plus de progrès, ces villageois 
estant plus conteutz d'estre sollicités par les gens du roy 
que de servir sulz. » 

M. de Terron était cousin de Golbert et intendant à 
lloclieibrl. Le 24 janvier 1(366, le ministre, après l\x^ 
avoir exprimé son contentement que le sieur Lombaf*^ 
eût envoyé du goudron du Nonl à Toulouse et de là 
Toulon, annonçait avoir donné l'ordre audit Lombai 
d'arrêter tout ce qui s'en pourrait faire dans le Médo^:::^' 
parce que, vu l'impossibilité d'en tirer du Nord pour Jp 
Levant, il faudrait aiisolument y^ faire venir du goudron •! 
de nos contrées jusqu'à rétablissement de cette industr-^*^ 
en Provence*. 

Le 21 juin 1669, nouvelle communication au sujc 
du goudron et de ceux qui le fabriquaient dans les Lar»-' 
des : M- de Terron nous a demandé quelques brusleuf^ 
de goldron. Je viens d'en choisir à la montagne d'Arca,— 
chon qualre des plus experts, qui, avec plaisir, ont in- 
tention de passer en Canada pour travailler à instruir^^B 
les habitans à y faire le goldron tout de mesme qu'il ^^^ 
font à présent dans tous les villa£];es des Landes. Je I(^ 
ay fait partir pour aller à Uocliefort prcncb'e Tembar" 
qucjnenl pour Kebecq-. » 

Le 26 juillet, écrivant à M. de Terron : « Je suis biei 



' Lettre*... de Culbert, t. Ml, l" partir, p. 45. — La missive du minisir 
se croisa avec une di-pt^che de l'inlendant, qui rinfurrae « i|nf' 200 byrrilz 
pMildroji Pl environ vingt-quatre niillp iiiiincs de ti)iîl*.-s siint partis de Boi 
deaux [lotic Tliotiktu/c, et que M le premier président à donne tous les ordri 
nécessaires pour la voiture de ThuiiloUïC k Narboonc. » Lettre de Colberl d-^^"* 
Terron, du 2t janv. «itki, (Corrcsp, de Colbtrt, t, VI, Colb. JOO, Mél., p. 7(T_- 

' CorrexiMHtlanre ittlmininlrafire. ete., t, III, p. G!t."i, (iSNï. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 255 

ayse, dit Golbert, que vous ne vous serviez point d'autre 
goldron que de celuy de Médoc ; et, comme je ne crois 
pas que le roy ayt fait aucune défense pour en empos- 
cher la sortie hors le royaume, je ne crois pas non plus 
qu'il soit nécessaire de donner aucun arrest pour la per- 
mettre. » Il ajoute : « Ce seroit encore un grand avan- 
tage si l'on pouvoit en envoyer en Angleterre * . » 

L'année suivante, Colbert n'avait pas cessé de se préoc- 
cuper de la fabrication du goudron dans notre pays ; le 
17 octobre 1670, il écrivait à Lombard : « Je suis bien 
aise que la manufacture de la terbantine produise beau- 
coup d'utilité à ceux qui s'y appliquent. Je ne doute pas 
que le débit qui s'en fait aux Hollandois, ensemble celuy 
que l'on trouve du goldron qui se fait dans les Landes, 
ne fasse que les bois ne soient plus recherchez et con- 
servez qu'ilz n'ont esté jusqu'à présent^. » 

En même temps, l'on donnait l'ordre à Bordeaux de 
faire acheter du goudron et de l'envoyer à Rochefort et 
à Brest'; Lombard en faisait charger pour Dunkerque et 
s'apprêtait à en envoyer au Havre *. « Il faut, lui écrivait 
Colbert, le 21 novembre 1671, que vous excitiez les 
brusleurs de goldron de la Teste-de-Buch à rendre ledit 
goldron à Bordeaux, où ils en trouveront un débit as- 
suré, tant pour le roy que pour les marchands; mais, 
sur toutes choses, appliquez-vous à maintenir et perfec- 

1 Lettres, Instnictions et mémoires de Colbert, t. II. 2» partie, p. 478. 

' Correspondance administrative, etc., l. III, p. 859. —Colbert ajoute : « Te- 
nez soigneusement la main a m'informer tous les quinze jours de la quantité 
le vins qui s'enlèveront par tous les vaisseaux françois et estrangers. » 

' A Colbert de Terron, 2 juillet 1G71. {Lettres, instructions et mémoires de 
Colltert, t. III, 1" partie, p. 381.) 

» A Lombard, 21 novembre 1C7!. {Ibid., p. 406.) 



336 



IllSTOmE DU COMMERCE 



lioniicr cette manufacture, que je considère comme l'uni? 
des plus importantes de nosire marine '. » 

Le 21 janvier 1672, Colbert, reprenant la plume pour 
le môme objet, écrivait à Lombard : « Je suis bien ayse 
que vostre fils soit à présent dans les Landes, et qu'il 
s'applique à periectionner la manufacture du goldrou. 
S'il y a quelque règlement à faire sur ce sujet, il sera 
nécessaire que vous en parliez à M. Daguesseau et que 
vous luy communiquiez vos pensées. En m'envoyant en- 
suite ce qu'il aura réglé, Sa Majesté l'autorisera par arresl 
du Conseil. Mais soyez persuadé que vous ne sçauricz rioii 
faire qui me soit plus agréable et mesnie qui soit plus 
avantageux au païs de Méiloc que de vous appliquer à 
faire en sorte que cette manufacture se perfectionne tou- 
jours de plus en plus, d'autant que j'apprends de tous 
nos ports où l'on a envoyé de ce goldron, qu'il ne so 
trouve pas assez liquide ni si bon que celuy du ^^ord*. • 

Le mois de janvier n'était pas écoulé que Coîbert man- 
dait encore ce qui suit au môme inspecteur de la marine ; 
a J'escris au sieur Daguesseau, de la part de Sa Majesté, 
de se transporter en Médoc pour examiner les lieux où 
cette manufaclure a esté establie, prendre Tadvis de ceux 
qui y sont le plus entendus, et poui- dresser des statuts 
et rëglemens, en sorte qu'elle s'augmente et se multiplie 
Ne manquez pas de le suivre dans ce voyage et de vou' 
appliquer à connoislre tous les» moyens pour arrivci' 
cette fin; el surtout faites en sorte que cette marchai 
dise soit apportée à Bordeaux pour en faire un dél^ 



* Lettreude Cûtbert. l. Ml, l'' parU, p. 107. Cf. noie !, et p. 45'2. n" 3U. 

' Citnespimiliitiic itdmittixtrnthf. fie., l. IH, p. 8ii9. — Lettres, imtruclio 

»•! M^mnitys tir iAitUnl, I. IM, 1" partie, p. tl8. 



ET DC LA NAVkiATUJ.N A BuribllAlIX. 



nimun g\ ordinaire, v.t qu'il y en ayt toujours à. elioisii-, 

estant certain (jue lorsque k's païsans vorrout que plus 

kllc sera meilleure et plus ilz la vendront, ilz en soient 

■brtemenl excitez par leur propre iutérest à la préparer 

de mieux eu mieux. » Le .25 mars, Colbert renouvelle 

s recommandations '. 

C'est à cette époque qu'il faut rapporter le règlement 
.e l'intendant de la généralité de Guienne, cité par 
. L.-F, Tassin, dans sou Mémoire sur le brai gras et 
le goudron des Landes^. Suivant le même auteur, ce 
pèglenient fut confirmé par un arrêt du Conseil d'État 
u 13 juin 167*2^, A ce sujet, Colbert écrivait à Dagues- 
Bau : « .... Je suis bien ayse que vous espériez que le 
règlement que vous avez fait pour distiller le goUiron, 
onfîrmé par l'ai'rest du Conseil que je vous ay envoyé, 
iroduira le bon effet qu'il est à souhaiter. L'expédient 
lie vous proposez: d'imposer 40 sous sur cliaquc Iiaril 
e goklron est un peu difficile, d'autant cpi'il faut pro- 
urer, par tous les moyens possibles, ral)ondance dans 
royaume de tout ce qui sert à la marine, et les brus- 
îurs de goldron dans le Médoc ne le peuvent donner 
ussy bon et à meiileur marché que celuy du Nord. 11 
ra impossible qu'ils en ]>uisscnt fournir une quantité 
sez considérable pour se pouvoir passer de celuy-là; 
, si on le chargeoit de droits, il se trouveroit que la 
avigation enchériroit en France, ce qu'il faut éviter avec 
beaucoup de soin. 



' Correspomidiur titJnihiislratUe, elc.., l. II], p. iMM\ HOI, 

* UullelUi fiDlifiiwtlihiite dit mméiun d'itattructkm i>i»b!ique de Ilnrdfdti.r, elc, 

XV, année 1«J7. p. 16:>-1(îft. «iR-2(M. 

' /W</ , |i. la'), Hi noliv 

U. 17 



258 



HISTOIRE nr CÙMMF-RCI-: 



« Pour ce qui est des avances à faire aux brusleurs dej 
goklron, je iirétonoe que le siour Lombard n'y a: 
poun'u, vu c[uo j'ai donné ordre au trésorier de la ma- 
rine.,, de remettre 20,000 livres à Bcirdeaux pour faire 
ces avances ^ » elc. 

La sollicitude que Golhort avait si souvent manifestée 
au sujet de la fabrication du goudron ne devait pas s'ar-^ 
rêter aux témoignages que nous en avons donnés ci- 
dessus. Le 19 août 1672, il écrivait encore à Lombard : 
« Je suis bien aise d'apprendre que la manufacture du 
goldron réussisse si bien, et que les marchands com- 
mencent, à en prendre la quantité nécessaire pour leurs 
armemens; mais vous debvez observer qu'il nous en^ 
faut une très-grande quantité pour la Rochelle et pourB 
Brest, et qu'il est nécessaire qne vous fassiez travailler 
partout à en faire, et à amasser tout ce que vous ei 
trouverez de bon, et à l'envoyer ensuite dans ces deuj 
lieux. Vous voyez bien que, s'il y a jamais eu un teins" 
favorable pour augmenter et forliiier cette niauufaclure, 
c'est eu ce!ui-cy, pour la rareté qu'il y a de cette mai'- 
chandise dans le royaume et par la (Ufficulté qu'il y a 
d'en faire passer dans la Manche*. » 

Cette rareté durait encore au commencement du 
wiif siècle, au point que le Conseil de commerce, dans 
sa séance du 10 mars H 06, agitait la question de sa- 
voir si on laisserait charger du brai et de la résine de&\ 
Landes pour l'étranger'; que l'amirauté de Bayoni\<! 



1 LfUre il M. DïigHcsseaii, l-"^ jolllet 1683. (Lellret, vulructiotu et mémoit 

de CtiIlHTt. L III, l"-' [>;irtip, p. I.'i2.) 

* ijurexpuiidance iidmhiUtrative, etc., t. il], p. SOI. 

1 Riiyisirc (lu Conseil de conimcrcc F. 12. 53, l'nlw Ifl xtisi». La suilo 
aux folio.s i^ vci's*> et 7!) vers». 



l'T DE LA NAVIGATION A IKIHUKAIX. 



259 



landait un ordre à Tégard des navires génois (jui ve- 



'Ul IK 



pour tm enlever'; et que le brai <Mait compris 
parmi les marchandises venant do ïloUaude et d'Alle- 
lïiagi)** sur letiquelles la prohilution avait t'tA levée, à 
cause du liesoiu que Ton en avait-. 

La matière ne fut jamais mieux éclairée que par la 

I discussion qui eut lieu au sein du Conseil de commerce, 
dans sa séance du 9 juin 1706. M. de la Bourdonnaye, 
intendant à Bordeaux, avait écrit pour demander s'il 
convenait île permettre la sortie <lu brai sec hors du 
royaume pour les ])ays étraui^ers, « celte sortie pouvant 
faciliter aux ennemis les moyens de carenner leurs vais- 
seaux en Porluifal. >» Il fid observé que le iNord fournis-' 
sait cette denrée en très-grande quantité, que Dimkerque 
et plusieurs autres ports du royaume s'en pourvoyaient 
K « parce {pi'elle est de meilleure qualité que celle du pays 
des Landes, dont les liabilans, qui occupent }>lus de 

125 lieues eji carré, ne subsistent que par la fabrique de 
ces matières, rabondanee en estant très-|^rande et dont 
on doit plutost crainrlre la cessai ion de la culture que la 
disette, si on n'en permet pas une libre sortie, n puisque 
leur prix ordinaire avait !>aissé de plus du tiers depuis 
la guerre. Le Conseil émit l'avis de permettre fe.xporta- 
tion du brai, comme en temps de ]>aix, par tous les ports 
du royaume, en payant seulement dans les ports des pro- 
vinces réputées étrangères les droils locaux, et dans 
fcceux des provinces des cinq grandes fermes les droils du 
tarif de 1664, Quant à la crainte que l'on pourrait avoir 



' Registre ilti e.onsi^il de t-ummeica F. 12. Tiô, foliû 17S vcrsn; sèant-e du 
Itijuillel 1707. 

- lùid.. Icilin 3(t:j rnlo; st-urirc ilu "il min I7IW. 



im 



lltSTOIRE DU COMMERCE 



(le donner à l'ennemi la facilité de caréner ses vaisseaux' 
à Lisbonne en tirant le lirai sec de nos ports, à cause de 
la proximité des lieux, pour éviter cet inconvénient^ 
M. de la Bourdonnaye proposait de permettre à chaque 
navire d'emporter seulement, ti'enle milliers de brai. 
« Il a paru, ajoule le compte rendu de la séance, que 
les vaisseaux m'en pouvoient pajs charger au delà de cette 
quantité, et qu'on pouvoit sans nul risque leur accorder 
la moitié de la charge du vaisseau, qui est de peu de vasfl 
leur et d'un très-grand encombrement, n*y ayant nulle 
apparence qu'un vaisseau dont la moitié de la charge, 
qui sera de vin et d'eau-dc-vie destinés pour Hollande, 
se détourne de sa route pour porter à Lisbonne celle 
partie de brai sec, non-seulement à cause des risques de 
nos armateurs, qui pourroient les prendre, les trouvant 
sur cette croisière, mais parce que ces autres denrées, 
qui sont en très-grande abondance en Poi'tugal, ne sçau- 
roienl y estre consommées ny souffrir le fret et les frais 
d'un si long voyage pour estre portées des ports du 
royaume en Hollande, après avoir toucïié en Portugal. » f 
Il tilt arrêté qu'il serait rendu compte au roi de ces ob- 
servations *. On doit croire qu'elles furent prises en con- 
sidération; car la défense d'exporter la térébenthine, la 
résine et le brai sec fut levée*. 

L'hiver de l'année 1709, ayant été des plus rigoureax. 
causa la mort d'une grande partie des pins des Landes de 
Gascogne, et, par suite, renchérissement de leurs pro- M 
duits. Dans la crainte de cette hausse de prix, il fii^ 
défendu de laisser passer aucun de ces produits en IIoV 

' ftegisli'fl du Conseil de commerce P, 12. 51, foliitill recto. 
' Rogis(re A ûe la Chanihre de commerce «le Guit"nfn\ p. iS. 



ET DE LA NAVIGATlUN A BORDEAUX. 



26* 



lande; mais l'exportation du brai et de la résine [lour la 

icôte d'Espagne continua comme par le passé, attendu*le 
commerce avantageux que les sujets du roî en faisaient 
avec les Espagnols*. Plus tard, le Conseil de commerce» 
se fondant sur le prLx excessif de ces denrées cl sur la 
crainte que l'on en manquât dans le royaume, décidait à 
^^ runanimité que le contrôleur général serait prié de rendre 
Hun arrêt portant défense d'exporter la térébenthine, la 
■résine et le brai, sous peine de confiscation et de 3,000 
' livres d'amende, avec injonction aux intendants des pro- 
vinces de tenir la main ;\ l'exécution diidit arrêt*. 
_ Cette cherté des matières résineuses en France eut 
■ pour effet inévitable d'ouvrir nos porls aux produits 
étrangers. Un négociant de Nantes demandait un passe- 

Iport pour faire venir de Non'ège, sur un vaisseau hol- 
landais, des planches, des mâts, du goudron el du brai 
gras, dont il avait, besoin ponr son commerce, no pou- 
vant les tirer de Suède et de Danemai'k, à cause de la 
guerre du Nord; il obtint celte permission^, aussi bien 
que Robert Arbnthnol, marchand écossais, établi à 
Rouen, obtint celle de faire venir de son pays au Havre, 
par des navires d'Ecosse, porteurs de passeports du roi, 
l'inq ou six cents barils de goudron et de ijrai, « dont 
on manque en France, dit-il dans sa lettre à M. de Pont- 
Jcbarli*ain, y estant d'un prix excessif*. » La même raison 
subsistant encore en 1713 et en 1714, le Conseil refu- 



' Registre du Conseil de coinracrcc F. 12. 5K, folio 179 verso; séance du 

I!* juillet I7J0. 
I * Rcg. F. 12. 57, folio 288 vi'i-so ; Ifi novcnihre 17Ji. 
r '' Reg. F. \i. .M, fuliu lîiR voiso; sùyncc du 5 1 iivril 1710. 
[ ' Ihùl., folio ôii vtiho; ;26 sepUiiilnv 171L 



262 



lllSTUlKli l)i; COMMtltCE 



sait la permission de laisser sortir du brai et de la résina 
pour l'Angleterre, la Hollande et le Portugal '. 

Mais en 1717, la proliibition concernant les nialièr 
résineuses des Landes fut levée, et on défentlit l'impor-] 
talion de celles de provenance étrangère; vingt- quai™ 
barils de brai, déclarés du cru de la Caroline, et envoyésJ 
de Lontlres, sur un navire anglais, à deux iitarcliands île 
Rouen, les sieurs Bcard et Balle, avaient été, à leur arri- 
vée, arrêtés par le bureau des fermes. Il fut observé, au 
Conseil de commerce, qu'il y avait abondance de brai 
dans le royaume, et que, comme on avait jugé à propos 
de lever les défenses ci -devant faites de laisser sortir 
cette marchandise, il avait été réglé que la proliibitiou 
du brai trAngleterre et des pays qui en dépenduient 
aurait lieu à l'avenir, et qu'il en serait de même pour m 
les diiférentes marchandises des mômes pays interdites 
jiar un arrêt du Conseil, en date du 6 septemltre 1701. m 
Toutefois, ordre fut donné aux fernu'ers généraux àv ■ 
faire rendre les vingt-quatre barils de brai aux pélition- 
Haires'^. 

En 1730, les résines des Landes de Gascogne, façon- 
nées en grands pains du poids d'environ cent soixante 
ou cent soixante-cinq bvres chacun, étaient exportées (if 
Bordeaux à Rouen et à Nantes, d'oïi elles se distribuaicul 
dans plusieurs autres provinces. Elles servaient à faire 
des chandelles et des torches. Il s'en chargeait ordinèûH 
rement dans notre port soixante mille qnintaiLx, à 7 ^^ 



' lîi'iîislre du Conseil île LciiiiDiercc F. 1:2. .'ïT, fulios 98 vorso ut a(il vf 
(3 ri'vricr 1713, H juin ITM), el F. 12. .t8, folio 1(W verso; fil folio 308 rr 
1,10 novembre lîl4i. 

' Re{^, f. 13. Ul , non piipn<'; ^ismce du iOjuillcL 1717. 



ET DE LA NAVIGATION A RORDEAIIX. 363 

^res le quintal*, formant un total de. 420,000 livres, 
[^'oublions pas de iWvo oncotv i\w la resine ne payait 

ien à l'entrée, et ne devait à la sortie que 2 sous 2 de- 

îers par quintal. 
De la résine, on extrayait, en Guienne, deux sortes de 
brai, le sec et le gras. Le sec servait ù enduire Texté- 
rieur des navires et les cordaj^es, le gi'as à iiicnister le 
calfatage des coques. Bordeaux recevait ordinairement, 
sans payer de droits d'entrée, environ dix mille [[uin- 
taux de brai, dont la plus grande partie s'y consommait; 
le reste s'écoulait dans les poris voisins. Cet article se 
vendait eonnnuiiénient 7 livres 10 sous le quintal, ce 

[iii, pour dix mille quintaux, donne un chiffre de 

^5,000 livres. 
En ce qui concerne l'huile de térébenthine, Bordeaux 

D faisait autrefois un grand commerce avec la Hollande; 
nais ce genre d'atlaires avait entièrement cessé depuis 

ne les Anglais s'étaient mis à exploiter les pins de 
k)ston, dans la Nouvelle-Angleterre, parce que les Hol- 

ndais s'y pourvoyaient de résine, qu'ils transportaient 
hez eux et dont ils faisaient eux-mêmes de l'huile de 
érébentliine. Nous savons aussi, par un acte du notaire 

régoire, en date du 20 août 1700, qu'à cette époque, 

e la térébenthine d'Arcaehon fut portée en Bretagne, 

ais qu'on n'y trouva pas d'acheteurs. 
A la suite des matières résineuses et des autres pro- 

uctions des Laudes de Gascogne-, on peut mentionner 

' Dans une soiiimiilioti vcvw- p;ir le nobirc Michellct, ii la dale du '2 jan- 
k'i' 1712, le niilliiir do rivsitie est porré il Wl livres. 

' Dai'fiiil en (lonrie Ui liste dans son Supplément aux Chroniques de Uurdemix, 
. 19. Nous ii'iivoris rieu dit dca lièges, n iiyarit tnmvi', ii leur sujel, liiiuii refus 



%4 



IIISTOIIUJ IHT nuM.MKUCK 



« 



les jambons qui souvent les accompagnaient. Au comini 
cernent de l'année 1661, rinspecleur général <le la ma- 
rine Lombard informait Colbert de l'envoi d'une barrique 
contenant trente jambons de Lahontan, que cet oflkîer 
avait c<;>nfiée à un routier de Tours, pour la rendre à 
Paris dans un délai de seize jours. 11 iijoulail : « Aussy 
tost que on m'aura envoyé les autres de Basque, pour 
acomplir vostre ordre je vous les envoyeray '. » 

Dix jours après, un abbé des Landes écrivait au raêine, 
qui n'était alors qu'intendant du cardinal Mazarin : « Je 
vous supplierai très-humblemenl, Monsieur, de faire 
présanter à Son Émi nonce deux douzenes de jambons 
de La llontan^ avec quatre barrilz de cuisses d'oye. 
L'autre douzene sera, s'il vous plaist, pour Monseigneur 
de Fréjus. Le port est payé jusques à Bourdeaux; cette 
voyeture se trouvera excellente. Je remots à vous en en- 
voyer une plus grande dans le caresme, suivant l'urilnî 
que M. Le Normand m'a donné de vostre part^. » 

A cet envoi en succéda bientôt un autre, provenant Je 
la même source. 11 consistait en quatre douzaines de 
jambons et un baril do résine'. M 

A la fin de Tannée, le morne iiispccleur de la marinf?^ 
après avoir tenu Golbcrt au courant de ce qui se jiassa*-^ 
eu Guienne ^, lui donne des nouvelles des primeurs e?^ 

du bureau de la rontublie d'en laisser entrer aprbs ijvotr permis de rcmroaf 
sincr liiirs ville. <lleg. 1) de la Cihambre de coranii*ri-c, folio 82 verso ; sian* 
du 27 iivril JTiO.j 

* LoiJibard à Colbert, de Bordeaux, le 6 janvier KtOI. (LoUi-cs à M. de Ce 
bcil, janvier-juin ICtil , Uild. îni])., Culb. 102. Mt'l.. l'ulio i:; rerto.> 

* L'aîM de la Cagntilo ii Coibi'it, KUiinvior KMil. (Jl/iti., rollo M8 reclo.) 

* Loniktrd ii r.ollif ri, du Itordeaux, le 31 janvier I(«U. [Ibid., folio 187 verso^^ 

* « M. de Font«nay, intendant de ceUe piovinee, est parti hier suivi du niuii 
du Uaurduuu.x [Hiur .lUi'r ii LuD^çon utandrc 1 entrée des tiouiH's dans U 



i 



à 



I:T lUi LA NAVltiATlUN A UOUDEAUX. 



2(5o 



fait (le jambons, et demande un passeport afinqii'd puisse 
piui en faire tenir des premiers. Six semaines aprt>8, il 
revient à la charge et annonce rarrivce de quatre douzai- 
hnes de jambons fumés du pays basque, et l'intention où 
il est de les faire partir ponr Paris, soit par la voie du 
messager, la plus rapide comme la plus coûteuse, soit 
par le roulage, alors irrégulier ', mais tout aussi sûr, à 

mil! Benaugos, pour se niclre a l:i leste de la eavalcric iH îriranterie.fcre justice 
il quarante muistrpsquc los liuliitiins diidit Benuuges mit, les uns massacrés et 
les autres dospaiiillc ucriids cimiiiic la muin; ses puisuns sont ordinairement 
mutins cl frtiiueiumenl ils se révoltent si (in ne les ehitsliuit. Leur truupe 
grossissoit \r.)r des gens de lîi ville qui sunt eneor [dus lialùliiés \\ sédiliiin que 
ses canailles. « Lomltard ii C(dbi!rt, Ki déc. Itîtil. (C.oiL. 105. Mél., fulio 4WJ 

^erso. Cf. Icltre de liulinan, Htmleaux, 24 dir. HMi ; Ibitl.. fuliu t8."ireeLn.) 
* « A la ÎSoèl i'è ressiis quatre duu/enes de bons jambons briilés de Casque 
dans quatre paniers, pour vous Tere tenir, >lonseii;n('nr, ii la Taveur dti passe- 
port que je vous deiuande, afin de vdus les cnvoytT sûrement en dix jours, 
par vox du niesjitîtir, qui (>rant 50 lîv. du cent puiir la voUiiie; et le ruullier, 

»gui dst derejîlé et on met vingt-quatre en eesle sosou, ne faiet payer que 15ltv. » 
(Loiubart à Coibert, lîordcaux, 50 janv. 1665. CoUi. U17, Mil., rulio i)27 verso.) 
— Quelle idée faut-il se Taire de ces envois de jambons? Dans un petit livre 
pdblié en IWU, sur le passi fl l'avenir des haras, nous avons montré Sully 
faisant le eunimeree des rlievaiix : aurions-nous îii deux autres niinislrcs 
enpigès dans des affaires d un urdre entorc moins relevé? Nous sommes heu- 
reux de [louvoir dissiper une (larrille aecusalioti Cetait. a ce qu il M'mblc, 
^hn usage constant en Italie, el partieulii'rement dans les villes dont la rliareu- 
Beric riait rennmtnéc, de faire des présents de victuailles, pendant que, cbcz 
Hk>iis, on oITrail du vin. Encore en 1715, la Cliambrc de commerce de Goienne 
faisait présent à l'inlenti:uil de Rocln'fort dp sis tUnninsde vin (reg. A, p. 3(il), 
372 ; sé3n<'C des 1 i et 5K aviil), et, ii une époque bien plus rupproehée de nous, 
■a petite cour de Modem' payait un tribut annuel de zaïnpani au pape, qui Ses 
Recevait en audience particulière. Les archives du ministère des affaiics élran- 
Kèrcs de cet ancien Étal conservaient sur l'influence de cette charcuterie 
d'élite appliquée h la diplomatie italienne de tSilK deux pitres curieuses cotées 
£, tlosxier X, «» i.î.îff, et ilimier A7/, ti" i'.'î, que la tiozella îles Élrangers a 
Kait connaître par une traduction française, dans son numéro du 7M novem- 
fcre 1807. Or, Maxarin. ne roublions pas, êtyit italien; peut-être aussi l'babi- 
Kude de faire présent de jambon réiçnait-clle aussi bien en France que de 
^"aulrc vôU: des tuonts: encore aujourd'hui nos paysans, quand ils ont tué un 
«-•oction, ne manquent pas d'en envoyer a li!urs amis cl connaissances. 



266 HISTOIRE DU COMMERCE 

en juger par les envois d'argent confiés à des voilui'iers 
de Tours et de Niort, qui exploitaient cette route'. 

Le mot de voyeture employé par Fabbé de Dax a sû- 
rement le sens iV envoi : nous prenons de là occasion pour 
faire remarquer que Dax était alors un point de transit 
assez fréquenté. Dans un ancien registre de la douane de 
Bayonue il est fait mention de marchandise venue par 
la voie de Dax, C'était en 1625*. Près d'un siècle plus 
tard, un certain Michel Cintrac, de Lyon, proposait d'éta- 
blir des charrettes à chevaux et à mulets pour voiturer 
des marchandises depuis Lyon jusqu'à Dax, en passant 
par Limoges, avec un privilège exclusif pour trente ans. 
Soumis au Conseil de commerce, ce projet fut repoussé: 
« 11 a paru, est-il dit dans le compte rendu de la séance, 
que le public ne tireroit aucun avantage de cet établisse- 
ment, et que le commerce qui se fait dans ce pays par 
les routiers et jiar des charreles atelées de bœufs pour 
le transport des sels, bleds el autres marchandises, qui 
fait subsister le pays et donne moyen aux particuliers 
de payer la taille et autres impositions, tournerait à 
l'avantage de ce particulier^, » etc. Douze ans plus tard-' 
on invoquait les mêmes considérations pour combatt 
le privilège exclusif pour toutes les voitures du royaume 
attaqué par les juge et consuls do Monîauban, les cor^^* 
de marchands de Paris et autres intéressés*. 



• Min. de Couthurcs, janv., ;> mui et 18 août I66S, ^• 6 r, ."> r cl 185 

^ Cmterrolte de la reeepte de la cmstume de Bayonui, folio 71 verso {7 a*- 
1623): et 7îl l'ôito (21 iiviil). 
3 lUig. Uu Consflil iIl- roiniriLTCf F. 12. 2'>. f» 279 v»; séance du V2 juin l"! 

♦ Registre B, folio 193 verso. 10 inar-s 1724 ; el folio 104 ruclo, 30 mars. 



J 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 267 



CHAPITRE XXXVII 



ÉTAT DES MAnCHANDISES PHINOIPALES QUI VEXAIENT A BORDEAUX, TANT 

DE l'Étranger que de l'intérieur du royaume, en 1730. 



Marchandises spéciflces dans le Mémoire de la Chambre de commerce do Guicime. — Poivre. 
Bordeaux tire celte dentée de HuUaiide cl quelquefois d'An(^lc(erre ; menace de s,iisio et de 
confiscation de poivre arrive par navires anglais en lUi; prix du |ioivre à Bordeaux 
en 1730. — Girofle. Provenance de cet article; prix en gros et en détail. — Mi'scade. 
Importation de la muscade de Hollande ; montant do ce qu'elle coûte. — Ktain de Siam. 
Détails sur le commerce de ce métal îi Bordeaux ; manufacture royale de faïence du sieur 
Hustin; préférence donnée à l'étain d'Angleterre; arrêt du 12 avril 1723 concernant l'ctain 
de Siara ; saisie de théières do ce métal. — Cuivre en rosette. Provenance, commerce et 
prix de cette marchandise. — CfivnE en fevilles. Usage, conmicrce et prix do cet ar- 
ticle. — Coi'PEROSE DE Suède. AiTaircs auxquelles la couperose donne lieu ; sa provenance. 

— Peinture roige de Suède. — Plombs d'Allemagne et de la Granue-Bretag.ne. 
Prohibition de ces derniers. — FiL DE laiton. Commerce cl prix de cette denrée. — 
Frai-BLANC. Exportation de cet article h Bordeaux et surtout à Rouen ; contenance et prix 
du baril do fer-blanc. — Relations directes entre Bordeaux et Danlzick. — Cire jaune. Pro- 
venance et prix de la cire du Nord à Bordeaux. — Autres détiiils sur le conmierce dn cet 
article dans cette ville. — Cochenille. Provenance et quautitc do la cochenille importée à 
Bordeaux. — Savon. Provenance de celui qui arrivait à Bordeaux. — Fabriques de savon 
dans cette ville et dans le voisinage ; délibération de la Chambre do commerce à leur sujet. 

— Huile d'oli^'E. Provenance de cette denrée; préférence accordée aux huiles d'Espagne. 

— Importance de ce commerce. — Café. Achats annuels de cette graine sur la placo de 
Nantes ; poids et prix de la denrée. — Indigo, Safran. Silence du Mémoire de 17.'^0 au sujet 
de ces articles de droguerie ; plaintes du commerce de Bordeaux concernant des indigos en 
entrepôt en l'année 1726. — Provenance du safran importé à Bordeaux ii cette épo<iue. 



Les marchandises d'importation, telles qu'on les trouve 
spécifiées dans le Mémoire de la Chambre de commerce 
de Guienne, sont le poivre, le girofle, la muscade, l'éfain 
de Siam, le cuivre en rosette, le cuivre en feuilles, le 
plomb, le fil de laiton, le fer-blanc, la cire jaune, la co- 
chenille, l'huile d'olive, le savon, le café, la morue sèche 
■et verte, le bois de merrain du Nord venant par Ham- 
Jjourg et Lubcck, les bœufs et le suif d'Irlande, enfin 
le fer. Nous allons passer tous ces articles en revue, en 



2(J8 IIIST01HK l)V COMiMEUCE 

ajoutant aux renseignements fournis par le Mémoire men- 
tionné ci-tlessus, les lumières que nous avons pu recueil- 
lir ailleurs, notamment dans les registres du Conseil de 
commerce. 

Deux ans auparavant, c'est-à-dire en 1728, ce même 
Conseil avait eu à délibérer sur les plaintes de la Cham- 
bre de commerce de Bordeaux, au sujet de la permission 
accordée à la province de Languedoc de recevoir par Je 
port de Celte les drogueries el les épiceries ^ 



Bordeaux tirait ordinairement de Hollande quatre ceiils 
balles de poivre, pesant environ 1,800 quintaux, qui, à 
20 sous k livre, représentaient 180,000 livres. Celle 
place prenait aussi des poivres à la compagnie français^ 
des Indes; mais c'était en très-petite quantité, parce qo-*! 
le commerce trouvait mieux son compte à faire veni^ 
l'article de Hollande, où il coûtait moins cher. 

Quelquefois aussi il arrivait à Bordeaux du poivtT^®- 
d' Angleterre. En 1712, cinq négociants-, croyant poi 
voir exporter de ce pays, sur les navires anglais 
venaient en France chargés de grains, certaines mt 
chandises, à Texemple des nations neutres, en exéculio: 
de l'arrêt du Conseil d'Étal du 30 septembre 1710^^' 
avaient embarqué sur deux navires, l'un de Londres^^^^^ 
l'autre de Newcastle, du poivre, du plomb, de Faniido»^ '^^ 

' Ropisire du Conseil de commerce F. 12. 7S, p. lOî-4 ; séance du 23 notcnT^^^^ 
bt-e ITiR. 

' L'un d'eux, BarLlit-li^iiiy Luncnian.^tiiil un gros inan-haniJ de la noiissolic 
on le retrouve nilkurs, nniaDinieiil dans deux actos ilii nolatro Mkliellel, de 
Si janvier et l.'j fcvrior ITI2. 



ET DE LA N.VVIGATKKN A BORDEAUX. 



^m 



et d'autres articles : ils se virent menaces de saisie par 
l'agent des fermiers généraux et sous le coup d'une con- 
fiscation, jusqu'à ce que le contrôleur général eût donné 
l'ordre de laisser décharger et entrer en ville les mar- 
cliandises en question ' , 

En 1730, la livre de poivre se vendait 26 sous. 



Le clou do girofle se tirait exclnsivemont de la Hol- 
lande, les Hollandais étant seuls en possession de ce 
commerce. 11 en venait ordinairement à Cordeaux 90 
quintaux, évalués à 7 livres 10 sous la livre pesant, re- 
présentant une somme de 67,500 livres. Au détail, la 
livre de clous de girofle valait 8 livres 15 sous, comme 
la muscade. 



De même il n'y avait ({ue la Hollande qui fournît 
Bordeaux de muscade. Cette ville en recevait deux ton- 
neaux et demi, du poids de 560 livres le tonneau, en 
tout 14 quintaux, à 8 livres la livre pesant, année com- 
mune, le tout Hiontant à 11,200 livres. 

KTA1?( BE SIAM. 

Cet étain, le plus estimé et le plus fin qu'il y eût, 
venait de Mulack, d'oii il était transporté à Siam, lieu 



' Reg. A de la Cliamlire de cummercc de Guieime, p. 1; séance du 23 dé- 
cembre 1715. i'J. p. 42(3, 29 décembre; p. 137, 3 junvier 1713 ; cl p. 45^, i32, 
T) février de la même année. 



STTO IIISTOinE DL' COMMEUCC 

OÙ les Hollandais le chargeaient pour l'Europe. Bordeaux 
en tirait tous les ans de HollauLle environ huit cenis 
quintaux, ce qui fait, en rappréciant, année conimunc, 
à 120 livres le quintal rendu dans cette ville, prix qu'il 
s'y vendait', la somme de 06,000 livres. Quelquefois, 
sans attendre les navires qui lui apportaient ce métal, k 
commerce en allait chercher jusqu'à Marseille-. On peut 
croire que la manufacture royale de faïence établie daiis 
notre ville par Jacques Hustin, depuis une quinzaine 
d'années^, enQiloyait une certaine quantité d'élain de 
Siam; toutefois il est à remarquer que les potiers préfé- 
raient celui d'Anj^leterre. Une dame de Villeray, proprii^ 



' Un acte de Doiiïcau, du 30 avril 135!3, lHiuoign<^ de la haussa considénlile 
qu'avait èproiivt'e le prix de l'Rluiti ilepnis h» xvi« sièck, Antmne Diisiiu, niar- 
elianrl de lioideinix, aviiil vendu du vin ;» lolin 'I rislnii, marcliand de Fc^nwick, 
dans le ciiiiili* du Cornnii;iîlk\s, et ci'lui-ci avait prmiiis ûc paji'C avec Ao. \'é\A\n 
de bonne qualilt;, \i raisun de IH livrPSloimKjis le quintal ; mais il ne s'escciilâ 
pas. Va^ej. encore, parmi k>s miniilcs du mtme notiiirc, b la date du 3 mil 1311), 
une vente d'une pièce irélain tK'sant truis cent vingt-trois livres, par Roliin Af 
Saugiics, il Arnaull Richard, estunhlér, c'esL-a-dire potier d'étain, de Sainlc- 
Colomhe, a Bordeaux. 

* Voye/. le registre A de la Chambre de commerce de Guienne, p. Iffii; 
séance du 18 mai 17()S. 

' negistre du Consrll de roranien-e T. 12. 7'i, p. 815; d^'lihératiori du 7 <kK>- 
hre 17-28. — L'arrtt du Conseil d'Klat, qui autorise eel êtahlissemcnt jusqu'il 
l" j-iiivicr 17r>ft, est du 20 sf]>teml>re 1714. Uristin demanda une prorogal'wn 
de privilège [iiiur trente autres années; mais il ne l'uhtinl que pour vingt. » 
s'en r:ipporter au projet d'îii iiH consigné dans k* registre ci-dessus, p. 815, 
îi la date du 12 novemhre 1738. — Fort de son droit, il se joitcnait, en 1737, 
au directeur des fermes de Bordeaux, pour s'opposer à l'inlroduelioo d* 
suixanle-cinq paniers de faïence, ou poterie de yrès, qu'un ni'tîociant anglais 
établi dans notre ville avait rei;us d'Angleterre, et «dont il no piclendoil payer 
les droits que sur le pied de .'50 sols du cent |)csanl. » Celle faveur lai fui 
atcordée, « pour cette fois et sans tirer ii conséquence, » par dérogation s" 
tarif, d'après lequel ces marchandises devaient payer 20 livres par quinUl 
{Iliid.. F. 13. 81, p. t02, -105; séanre du ii aofil 170". Cf. p. i1\. 2J> :tortl; e» 
p. 162, ri scplcmbre.) 



ET IIR l\ N.Wir.ATION A BORDEAUX. il\ 

|laire d'une manufaoturo de laïence à Kouen, s'explique 

iclairenient ù ci'l i'^miiI dans une demande d'autorisation 

jour faire venir d'Angleterre douze milliers de plondj 

[et six milliers d'plîiiii, « nttendu, dil-t'He, ([ue ces mé- 



'taux, dont Fcnl 



tire 



Hol- 



cniree est. [lei'unse ([uami an les nre oi* 
lande, ne sont pas d'aussi honne ijualilé, pour l'usage 
qu'elle en veut ikire, que ceux qu'on tail venir d'Angle- 
tterre ' . » 

Un arrôt du Conseil, en date du 12 avril 1723, avait 
iglé l'entrée dans le royaume des élains de Siam, pro- 
venant du commerce de la compagnie hollandaise des 
Indes orientales. Ils devaient être accompagnés d'un cer- 
tificat des directeurs, dûment légalisé et estampillé, sous 
peine d'être réputés plombs d'Angleterre, et, comme 
tels, confisqués, sans prc^judice de l'amende infligée aux 
importateurs, coni'ormémeul à l'arrêt du Conseil, du 
6 scpteml;)re 1701, portant règlement sur l'entrée des 
marchandises « du cru ut fabrique d'Angleterre, Ecosse, 
Irlande et pays en dépendans. » Un négociant de Bor- 
éaux ayant négligé ces prescriptions pour soixante 
théières qu'il avait tirées de Hollande, les vit saisir par 
îe directeur du bureau des fermes, et n'en obtint la res- 
titution qu'à la condition de les renvoyer à l'étraiiger^. 

COTVRE En ROSETTE. 

Ce cuivre, (pii est de couleur brune, provenait des 
tnines de Suède; et comme Hambourg faisait la plus 

' Registre du Conseil ûv. tomiuerce F. ta. 7ô, ji. i70; séance iln \i juil- 
!l 172ti. 
' R*"}?. F. 1:2. 85; séance du il) srplerahre ITôti. 



2TS lllSTOinE DU COMMERCE 

grande partie du commerce de ce royaume, cette ville 
attirait à elle la presque totalité de cette marchandisp, 
qu'elle faisait passer ensuite sur différentes places d'Eu- 
rope. Hambourg en fournissait lialiituollcment à Bordeaux 
900 quintaux, qui, à raison de 120 livres le quintal, fai- 
saient une somme de 108,000 livres. Cette sorte de cui- 
vre se veuLlait, vers 1730, 124 livres le quintal. 



CL'ITRE ET FEUILLES. 



Le cuivre en feuilles, qui est travaillé, venait égale- 
ment de Suède ; il servait à toute espèce d'ouvrages de 
chaudronnerie et à faire du verdet à Montpellier*. Ham- 
bourg enlevait la plus grande partie de ce produit, et en 
alimentait la plupart des places de l'Europe, notamment 
Bordeaux. Cette ville en recevait habituellement i<ÛO 
quintaux, représentant, à 135 livres le quintal, 108,000 
livres tournois, Quant au prix ordinaire du cuivre en 
feuilles, à Bordeaux, il était de 145 livres le quintal. 



corPEROsr he siei>e. 




Nous devons maintenant dire quelques mots de lo 
couperose, qui nous venait de Suède. Une affaire sou- 
mise au Conseil de commerce montre que ce pays nous 
en expédiait de fortes parties. Le directeur des fermes à 
Bonleaux avait saisi quatre-vingt-onze pièces ou barri- 
ques de couperose verte, chargées sur la Canne-de- Vin, 

' En 1708, (les banquiers, les frères Galily. avaient demandé la pcrmiisi"" 
Uo faire venir a Bordeaux, par un navire de Hambourg, dix barriques de ciii"'^ 
ouvré (le Stiède, pour re dernier usage; ils éprouvèrent un refus. (Hegislpe il" 
(jinseil de coiuniene F. 12. ^ki, foliu 6 verso; séîiine du H novembre 170(1.) 



KT niZ LA NAVIGATiON A BOMDKAUX. m 

,e Stockholm, pour le ctniipte des sieurs Nairac, Tistas 
l Luneman, sous prétexte que ce sulfate venait d'An- 
gleterre et non de Suède : il t'iit exposé au Conseil que 
le premier de ces deux pays n'avait que de la couperose 
verte, ])arce qu'il ne possédait que des mines de ter, et 
qu'au contraire la Suède, riche en mines de fer et de 
luivre, produisait de la couperose de foules les couleurs; 
le, d'après le témoignage du sieur Jude, appréciateur 
epuis vingt-cinq ans au bureau des fermes de Bordeaux, 
la question s'était plusieurs ibis présentée sur la qualité 

^de la couperose venue dans des navires suédois et da- 
nois; bref, qu'en 1707 on en avait saisi une forte partie 
appîiilenant à divers négociants de Bonleaux, qui avaient 

Iplus lard obtenu mainlevée de cette saisie'. Comme le 
cuivre, la couperose nous venait de Hambourg. En 1711, 
un sieur Brunaud, négociant do notre ville, demandait 
un passeport pour faire venir de Hambourg une forte 
partie de ce sulfate; on ne dit pas si ce devait être du 
vert, du blanc ou du bleu". il convient de citer aussi 
un arrivage de couperose d'Amsterdam, d'autant plus 
qu'il donna lieu à un débat sur la quotité des droits 
'^* entrée imposés sur cet article'^. 

PEnTiiRK nouer »F. stiÉne, 

A la couperose se rattaclie la a peinture rouge de fa- 
J>rique de Suède, » à l'introduction de laquelle les com- 

' Registre du Conseil de commerce F. 12. Îi5, folio !wl versa; séiinie du 
17 aoûl 1708. Cf. folio T%Vi} verso, ±1 juillet ; el rptristri" A <le 1ï Chninlirc de 
coDiuierce, 26 juillet de la luéuie unnéc. 

' Reg. F. là. tia, folio 330 recto; li décembre 171 1. 

" Hegiblre A fie l:i (Uiamlrre de eninmeree, p, 17i, scaru-e du ^' aortl I71.">. 
Cf. p. i7ô. 2i ami t. 

11. 18 



274 HISTOIRE DU CfiîilMr.lîCr. 

mis des fermes de Bordeaux s'opposaient, à roccasion 
d'un arrivage do neui" l^arriques de cet article par navires 
suédois'. 

ti II n'y a, dit le rédacteur du Mémoire de 1730, quel 
le plomb d'Allemagne qui puisse entrer en France, cclui.j 
d'Angleterre ne pouvant ôtre introduit pai* les négociants 
qu'en vertu d'un passeport de la cour -, parce que Ja 
Compagnie française des Indes a seule le droit d'en faire 
venir. Ce sont les villes de Hambourg et de Brème qui 
fournissent Bordeaux de plomb d'Allemagne. Ce plomb 
se tire des raontagues du Hartz, en Souabe, où il v a M 
beaucoup de mines de ce métal, et n'a d'autre débouché, 
outre la consommation du pays, que Hambourg et Brème. 
Il en vient ordinairement à Bordeaux 4,500 quintaux, à 
22 livres le quintal ; font 99,000 livres. Il se vend actuel- 
lement dans celte ville 24 livres^. » 

L'écrivain que nous venons de citer ne parle que du 
plomb d'Allemagne et do celui d'Anglelerre; il y avait 
encore ceux d'Ecosse et d'Irlande, sajit; compter le plonih 

' Registre du (-«nscil de roinnierro F. là. ft3, fiili» r»!) verso; séuncfdN 
U rèvriflr 1710. 

- uLt plomb {l'Angleterre, d'Ecosse el d'Iihindc, ayant été mis au noœhrf 
des marchandises de contrebande pour l'entrée dans le royaume, par un arr^l 
Au. Conseil, du (i septembre 171)1, et Sa Majesté ayant cependant été iiiform'*' 
que... on les faisoil passer pour plombs d Alleiiiapne <"t dti Nord... Sadilc Ma- 
joslé a litmvé a propos de prendre des précaiilions ponr laisser l'entrée lilirc 
aux véritables plomiis d'.MleraHgne et du Nord, et la feinier !i ceux du ff" 
d'.Siiiglcterre. C'est ee (juj a été fait par un arrôt du ô mars 1725, distriluic f 
six articles. » Savary, Dkt. imh>. île amimeret, 1. lU, |). 216, col. f , art, P/iw»* 

■' Dans un acte de Douï.eaii.du ! 1 avril Inâl. portiintvente par un raarclwn'l 
lie Biirdeaii^, Mrolas des Landes, de \.''M (|nintaus de pUunb. h Jean J'' 
.¥t»rru, évi"(|ue de Condoni. nn voit ce métal t''valué33 sons deniers lofim"'' 
le quintal. 



i 



F:T ni- l.A N.WKiAïlnN A lUlUltlvAUX. ni> 

les Pays-Bas' cl des Pyivnées-, Quelques années au- 
paravant, un gros marchand écossais, établi à Rouen, 
■idressail au eontriMeur général une demande de passe- 
ports pour faire venir «les navires d'Ecosse avec vingt 
tottilliers de ploml> dans ciiacun, et d'autres marcliandises 
■permises, et pour exporter les vins, alors Irès-abondants 
en Guienne. Kenvoyée au Conseil de commerce, celle 
requête donna lieu à une discussion dont nous n'extrai- 

r)ns que ce qui a rapport à notre sujet. Il y fui dit que 
Ecosse ne pouvait fournir, au plus, que trois cent 
soixante milliei-s rie [iloinb de son em par an; que ce 
royaume voulant toujours entretenii- de bonnes rehiîions 
avec la France, on avait laissé venir vingt navires chargés 
de plomb et d'autres marchandises, et que vingt passe- 
ports avaient été déjà délivrés à cet effet, ce qui avait 

Idû épuiser les trois cent soixante milliers du produit des 
mines d'Ecosse^. Le compte rendu de la séance ne dit 

-pas datis «|uelle ]>roportion lîordeaux a\ait reçu de ce 

B ' On avail ouvci-t, durant ic xvi« siècle, plusieurs mines ilc plumb et ùt fer 

Baiis la province de Limliuurg. Bruin, qui éiiivail vers Vil'j, dil que les liabi- 

Biots en retiraient de vcritalilcs richesses : « Mullis «liam pltimbi ar ferri fiMlinis 

prsstaiis cultort's opiini afïlurntJa iiohiles reddil, n Voyez nussi Oîilniel [Siiciî- 

lin, Gerimniia topiHliroiM-xlewjimlti-yraphiii tAupust;i' Vimlelieuriini, si. iic. i.v,, 

în-f"), p. 13, col. 2; M. S. P, Ernst, flixloire dii lAmtioitry, elr , iiubl. i>îirLu- 

jïalleyc (Liège, iSôT-fia. grand in-8«), l. I. p. R7; cl Van Brujssel, HUhlre du 

nwercf et de la navigation en BeUilque, l. III, p. 102. 

' Dans les nilriules de Coulliures, il est Tail menliun, ii la diile du SI mars 

j7, dune saisie de suixanle-lrois barils de raine de idttiuti Iroiivês dans les 

jteaux do quatre mariniers du Mas de Verdun et d'A(.'cn, cl apparlonant Ji un 

archand de la Unchclle, « pour avoir passé debout pendant la luire et dé- 

iargë devant le port et liavre de Hourdeaux. « 

* Dans le niouvenienl du porl de Bonkaux en 17l)ti, 1707 «t 1708, tel que 

ïus le donne le Mftrnre ij/iliiiH i.imvenibre 17<K>, p. 7«; deeeinbre, p. tl2), les 

Bvires écossais moules a Hlaye, en octobre MM, liiiurcnt îiti noui()re de denS. 

Il le moissuivanl. on en voit r[ualre se croisant avec deux autres hî'Hiuu;nts 



I 



* 



27fi lilSTOrRE DV COMMERCE 

plomb on échange tle ses vins; mais nous savons que 
la requête d'Ârbuthnot fui re jetée '. 

Vint ensuite le tour des Irlandais, auxquels on avait ac- 
cordé des passeports-. En rapport d'aflaires surtout avec 
Nantes, ils y avaient importé du plomb, qui avait été 
saisi à Farrivée. On proposait néanmoins d'en lirer d'Ir- 
lande avec diverses autres marchandises^; mais rautorilé 
se montrait peu disposée à favoriser un commerce qui m 
pouvait fournir des débouchés au plomb anglais, aloi-s 
prohibé. Un marcliand français établi à Bilbao, le sieur 
Michel Morgan, dont le nom trahit une origine irlan- 
daise, avait acheté dans ce port 300 quintaux, de plomb 
provenant d'une prise, et les avait envoyés à Bordeaux, 
où ils étaient tombés dans les serres du fisc. Us n'en 
sortirent, à ce qu'il paraît, que pour être rembarqu<^s 
et réexportés à l'étranger, comme cela avait eu lieu 
pour une autre prise faite sur les Anglais, consistant en 
cent barils de plomb eti greuoUie, que le sieur Lamega, 
marchand portugais, avait reçus de Bilbao ^ Une déci- 
sion analogue fut rendue plus tard au sujet d'une forte 
partie de plomb, pareillement saisie par le directeur des 
fermes de Bordeaux, qu'un négociant de cette ville, con- 



du uiiJiiiL' pays, it la descente. Pour les iiniii'cs 1707 lU 1708, voyez le nn'nif 
rcf ucil, caliiers d'aûùl 1707, p, 36, d« soplembre, p. Ifl, 30, 132, etc. 

' RpRistre (lu Cotispii de nunmeiTt' F. 12. ."iô. folio ri3 vorsfi. 

' lùid.j folio M recto; siiance du 10 novembre 17fKj. 

=• lùid., folios ôïi reclo et oSi vtrso. Cf. folio 528 verso. — P. '27B verso 
(17 avril 1700), il est fait racntion de cent ctuarantc-trois saunions de plnoili 
apportés d'Irlande pour un marchand de la Roehelle : cet arUcle tie tigurc P" 
au notûbre des productions de Tlrlando! , ènumcrées dans le DietiomimU * 
commerce d« Savary, l. 1, p. a"j5, col. 2. 

♦ Rp|;isliT du Conseil de eonimcrce F. 1:2. .jô, folio ôtiO verso; s^-awc J" 
2ri miii ITtW. Cf. foUns 287 voi-so et 2S)0 rertn ; 11 et l« mai. 



ET DE LA NAVIUATIO.N A HOIIDEAUX. 



■277 



signalaire d'une dame de Saint-Sébastien, deniaiidail à 
vendre en France, sinon à renvoyer en Espagne*. 

^Le 5 fé\Tier 1713, lo Conseil rlonna un ordre concer- 
ant l'entrée du plomb et autres marchandises anglaises; 
mais peu d'années après i! tut révoqué; du moins, dans 
sa séance du 2 juillet 1718, la ChatuLre de commerce 
de Guienne recevait l'avis que cet ordre ne serait [dus 
pexécuté à l'avenir, à partir ihi l"'"' avril suivant '^. La 
levée de cette prohibition dut donner l'idée d'étabh'r à 
Bordeaux une manufacture de plomb laminé. 1! est de 
fait que, vers 1720, un certain Jean Chastannet, de cette 
-ville, présentait requête afin qu'il lui fût accordé un pri- 
Fvilége exclusif dans la province pour une fabrique de ce 
genre. Nous n'avons plus qu'à ajouter que les députés du 
Bomnierce se montrèrent favorables à la demande '. 



i-ri, (»: uArTfl?!. 



Le lil de laiton se fabriquait eu Suède, d'où il passait 

à liandjourg, et de là à Bordeaux. Cette ville en recevait 

■ordinairement 250 quintaux, que l'on revendait 135 ii- 

Bires le quintal, année commune, ce qui i-eprésentait une 

somme de 33,750 livres. Le prix de revient n'était que 

tde 128 livres 1 4 sous. 



FEB-fltAÎTC. 



« Le ter-blanc, dit l'auteur du Mémoire de 1730, se 
fabrique en Allemagne et k Daiilzick; mais celui qui se 



' Registre du Coiisi;!! de comnierce F. 12. S5, folio 224 verso; séance du 
28 novembi-e 17H1. 

Rogislrc B Af h Cliaiubrc âe aiinnicni", fulio Oft ructo. 

Regisln- du Coascil dt* comuicric F. 12. 70, [>. 46 ; stuavx du 10 jutiv. \T32. 



278 flISTOlRi; [)U COMMERCE 

fait dans cette dernière \ille est plus esliiiié que Faulre 
C'est par Hambourg que Bordeaux fkit venir de celte 
marchandise. Le commerce n*eii est ])as grand dans ■ 
cette ville; c'est Rouen qui en fait un très-considérable. 
— Bordeaux en tire ordinairement six cents barils, à 
110 livres le baril, années communes, ti,600 livres, — 
Il faut observer que le baril doit contenir trois cents 
feuUles de fer-blanc uni et cent cinquante feuilles à la 
double croix, et que ces dernières sont les moins tra- 
vaillées. » Le baril de fer-blanc se vendait alors à Bor- 
deaux de 110 à 112 livres, 

A lire ce qui précède, on serait tenté de croii'e que 
Bordeaux n'entretenait pas de rapports directs avec- 
Dantzick. Le premier des registres de l'ancienne Cham- 
bre de commerce de Gusenne rcMiferme, aux dates du 
30 avril et du 28 mai 1711, deux délibérations tendant 
à obtenir, en faveur des navires de Uantzick, Texemp- 
tion du droit de 50 sous par tonneau dont jouissaient 
ceux des nations neutres. 



CIRE mot:. 



« La majeure partie de cire qui vient du JNord, dit 
fauteur du Mémoire de 1730, se tire de Pologne, Mos- 
covie et des environs de Magdeboui-g. Elle est estimét' 
parce qu'elle blanchit bien, quoiqu'elle soit moins pin* 
que celle de France. Hambourg fait la plus grande pai'lie 
de ce commerce et en fournit les ports île France, » Ce 
que cette place envoyait à Bordeaux montait ordinaire- 
ment à 800 quintaux, à 25 sous la livre, année cofli- 
mune, et s'y débitait à 30 sous la livre. 

Si ces détails ne suffisent point, on en trouvera d'au- 



ET DE LA NAVUjATION A UOIIDEAUX. 



Î79 



[ires dans un facluni publié pendaiil le cours d'un proct's 
engagé, en 1715, entre Irois négoeianls de Lubcek et 
un marchand de Bordeaux, Jean Cliajieron, pour des 
fers et de la cire jaune expédiés dans cette ville '. Dans 
wn factum précédent, du même recueil, le litige roule 
)Bur eiuquante-liuil balles de cire, du ]>nx de 1(J,00U li- 
bres, achetées à Rayonne par un magistrat, messire Jean 
Loret, conseiller du roi, garde des sceaux en la chancel- 
lerie près la cour, et lieutenant géuéi-al de la Taljle de 
marbre du Palais, qui plaidait contre Éliemic Denis, 
mareliand et bour^^rcois de Borileaux. 



CÛCUfNJLLt:. 



La cochenille venait à Bordeaux, des Indes espa{i;uo- 
ies, par Cadix, en une quantité évaluée à vingt surons, 
pesant environ 2 quintaux chacun, poids d'Espagne, ce 
qui fait 4,000 livres. Pour la diiïérence, qui était de 7 
pour 100, entre ce poids et celui île Bordeaux, ôtez *i80, 
reste net 3,720, à 25 livres tournois la livre, année com- 
mune, ce cpii fait 93,000 livres. A Bordeaux, la coche- 
nille se vendait 22 livres. 




HL'ILE II (tLIVt;. 



eaux recevait ordinairement 15,(t00 quintaux de 
celle denrée, à 34 livres le quiiitid, année connnune, ce 
qui fait 510,000 livres. Les deux tiers de cette iiuanlité 
venaient de Séville, par Cadix, et le j'este de Marseille 
et du Languedoc. L'huile d'Espagne était plus estimée 

' llcL'iieil (11' fartiiiiis f Ftibl. ilc l;i ville «le ftadeaiiv, Juns|ir.. iv 511711), \ IV, 
pii'i'i' n" iô. 



£80 HISTOIRb: DU COMMEnCE 

sur notre place^ et se vendait d'habitude 4 livres de plus 
par quintal que celle du Midi de la France. 

On peut apprécier rimporlauce du conrimerce d'huile 
que Bordeaux faisait avec le haut Pays dès le x\T siècle, 
en voyant les nombreuses mentions consinnëes dans un 
volume que nous avons déjà eu T occasion de citer '. 
Pour l'époque à laquelle nous sommes arrivé, les regis- 
tres de la Chambre de commerce de Guienne présentent, 
à chaque page, des traces des tracasseries du fisc au sujet 
des droits imposés sur l'huile, et de l'appui que cette 
compagnie donnait aux négociants lésés par les fer- 
miers'. 



Au xviii* siècle, il se chargeait annuellement à Mar- 
seille, pour Bordeaux, cinq mille caisses de savon mar- 
bré, ou environ. Il en venait aussi du Languedoc, ui'i 
l'on avait établi quelques manufactures; mais on en tirait 
peu de ce côté-là, ce dernier savon étant inférieur à celui 
de Provence. 

A ces détails, l'auteur du Mémoire tle 173U ajoute: 

' « ADtbony Muilhe descent avec son giiabai-ol, truys {>ip«s hnyllic u'olYf il 
une pipi' prune... — Arnaud Vyoletc descent dys piprs e dcmye iJruuc. e «Jus 
f^ipts cstaiiy de Imyl d'dlyf, » etc. {lioile des, bateulx ipiy xotit numlmit^ eu tut 
i>ti del/(int ta rybijere de Guaroiie e par deùant celle l'uUn de Marnmnûe, elr.. 
21 et ii ocloLre 1G93, folios 2i verso cl Ti recio.) 

- Nous m ciierons qu'un de ces nÈguriants, le sieur l'into, que son nom ir»- 
dit|ue comme Portugais nu Israélite, Voyez le reiçisfie A de la (■hamltrc tl* 
couiuierce, p. 3t9 et 3j<), séances des 7 et ! t janvier \1H. Pour les réelunw- 
tïons de la compagnie au sujet des exactions des fermiers î<én6raux sut 1« 
huiles, nous ne pouvons pe renvoyer, pour l'année 1711, aux pages 175. 
278, 30f>. 3t9, 3i7. Pour les années suivantes, les mêmes griefs se répressif- 
lent encore plus fréquemment. Vuyez le registre It, folios ïi verso. 27 rorio, 
21) recto, ôl verso. 32 rectu, Jô reclo, 16 reclo, fie. 



ET DE LA NAVIGATION A BUUDRAUX. i»i 

Ce ne sont jamais les MarscilloJs tjui envoyenl à Bor- 
leaiix leur savon; ce sont les négocians de celte ville 
[ui le font, venir pour leur compte. * Ils en avaient luit 
un article d'exportation pour la Hollande', cl le rece- 
vaient souvent par là, surtout quand ce savon n'y trou- 
vait pas marchand". En 1706, un né^^jciant bordelais, 
tiommé Chaumeton, demandait un passeport pour l'aire 
enir mille caisses de savon de Marseille et les envoyer 
Dsuite dans les Pays-Bas, avec exemption de droits du 
jjureau d'Agde et de ceux île Bordeaux, et un autre pas- 
seport pour recevoir en Irancliise trois cents barriques 
d'huile venant du Languedoc"'. 

Plus tard, à ce qu'il paraît, on établit des fabriques 
lie gavon plus rapprochées de Bordeaux, et même dans 
jette ville ^ On avait demandé qu'elles chômassent pcn- 

' Liss Pays-Bas esportaicnl des savons jus(]u>n Ecosse. Un Anglais avait 
aonlH une savonnL'ri« :i Leilh et uliluriii un iirivilêgi" [wiii-Ih vente fxrhisive rie 
Bs produits; mais on se vil bientiH ubligo <le revenir sur le lucMiojtnU!. Le 
Ivou de Lcilh était de mauvaise qualité, et les liajiilanls des cnnilès eloi^tn: s 
runvaieat [ilus <r:ivjititajçc ii rc( evoir leurs mairhiindises de Holkinde. La ville. 
4! C:mipvcM' y devint le C4"Utie de fette fabrication Voyez H. tlliainliers, l}o- 
Kitk Anwih iif Scoflittid, vol. I, p. 'il!; cl Vaii Uruysscl, tihhiirc iln rom- 
Herie et de ta uavî{/ation en lirtgique, 1. 111, p. i(il, 

* Reg. D de la Chambre de commerce, folios 15â verso, 1Ô7 recto, 13H recto; 
Séances dfs2i avril. 5 cl 19 juin 1721. 

'Registre du Conseil de eonimeree F. li. îîl, folio i35 recto; séatiec du 
Ij^aoïït ITiKî, Cf folio l.la recto; et rej;. F. 12. àTi, folios 6"j recto. 07 vejso. — 
lus. loin ^F, 13. 8ti, p. 74; .séance du :3U fevr. ilU^), il cht fait mention d'iirîo 
litcstatinn entre le sieur Deselaux, négociant a Dordcanx, et les fermiers 
néraux, au sujet de la restitution des di-oils nu'm\ lui avait fait payer au bu- 
!au d'Agde sur soixante caisses de suvon et une caisse de suuiissous qu'il 
ail fait venir de Mar,seillc pour les colonies, 

* Voyez registre C, fulios U\ reeto t^lfl décciiibre 172<>), Il vcr.su cl 10 rectj 
2 et 28 janvier 1727). Plus loin, folios 27 reeto h a) verso (18, 51 juilkM cl 

aoiil), il est question d'un Métuoirc du .sieur Pelé, chef de la fabiicpic dissa- 
)ns blancs et marbrés de tîordeaux, an sujet de celte industrie et pont cm- 



'HHi IIISTOIIIE DU COMMIiiKCE 

tlaiil les trois mois «rété. Jj'inteiKknl liouchoi* consulla 
la Chambre de commerce de Guienne, et les directeurs 
de la eom|.iagnie se monli'èrent favorables à cette daa 
mande, donnant pour raison « qu'encore que les cha- 
leurs soient plus supportables en Guienne que dans les 
pays voisins de la Méditerranée, elles son! néannioias _ 
assez vives pour empescher que les savons fabriqués eaï 
esté ne soient aussi fermes qu'il est nécessaire, et que 
leur consistance estant molle, ils fondent et se dissoudent 
dans l'eau fort promptement, ce qui cause un préjudice 
considérable dans l'usage qu'on en fait*. » 



En usage depuis un demi-siècle environ *, le café, au- 



p^c'licr quL' larrt''t du Conseil ne fût élejidu aux pioluits de celte luunufadurc. 
On trouve eneurc daitis le un>me volume une (ilainLc d'un sieur Meiline ciiiiln; 
le eoiuiuis aux huiler el savons. (F" I el 2; 31 Juill.. 8, 15 cl -li aoùl ITSf.) 

' Reg. B, foliu iii reelo, 7 mars 1736. — Reg. F. li. 75, p. ôou ; mai I73B. 
Suit un arrêt rendu en Consnl d'État, le 2<{ mai 1736, conruriuéuicnt a un 
autre arràt du o uilobre l(jH8. CC. reu. It, fuliii ^1 recto. 17 julUel. 

- bitaa uui; lelti-e publit'e par' la Pairie, numéro du 23 auirt 181)7, M. KdoaanI 
Fuurnier a indique un passage curieux sui- rmtroductiun dti café en Franc«, 
le voici tout eulier ; 

Ailiuii, j'ny si mal ii la lc«lc 

Uii« je iiu sçjiis iii'i me (oiinicr, 

Kt t]UL> le mal ii:y ni'uiTCxlu. 

Ou orrliiuiie Ja aie siiii;in.'r ; 

Moi* jo «uî* |iLni |iuur la saigiiiv. 

J'niiiip ii!ii>ux prpiiilic r1ii kai'é. 

yui ;;u>Jriloii mohis iCiiu avé 
^UEiiid II' ri!klc ne puul ^^luiiir i!u iiiiu aiiiiix'. 

Co mol (li: kavé vous suiiiniinl : 

n'esl une lii|ucur arahciiue, 

thi bien, ^i voua voiiVz, turi{iii!!H|uc, 

Que (lan^ li^ l.evaiil c|gai:iin pixtiiil. 
Un s'en sml uii Affrique. on s'cu scrl en Atir , 

ElU' n |ia!vSL' ilaii^î i'Ilalie, 

Rii IMlfiiule d rhw lirs Aiiglolt, 

llii fui» la Iriiiivo fdi'l iiltk'i 



CHAPITRE XXXVIII 



r.OJIME!\CK DES 11. KS KT HE 1, AI-ni(Vli:, 

[)ramcrco do Honloaux Bv« l"Amt'rii|uc j iunuIuvi!! B«|ii>rp*ili! navii-u» qun ro |iorl y nxyuii- 
iliail. — Importnlioii* cl cxpurinlinn». — État iea mnrchandite* rnpjxtrli'e* dri lilei 
far lailiit fS:3 vaisseaux armé* à Bardeaux en 1 7S'J. — État de» lieux wù te débou- 
ebenl Im mnrcliandises cjj-dtssxu. — Ciiiiimcrce <to Dwdoatix aver In cillo ilu Gniiiro. 



'auteur du Mémoire de 1730, abordant l'exposé du 
comineroe de noire port avec le nouveau Monde, s'ex- 
prijne ainsi : « Bordeaux fait un comuierce très-étendu 
en Amérique, et y envoyé ordinairement cent trente 
Ipraisseaux du port de quatre-vin^Ms à trois cents ton- 
neaux. Ceux qu'on arme pour ce pays-là sont quasi tous 
frégates. On préiere cette espèce de vaisseaux aux au- 

Itres, parce qu'ils sont meilleurs voiliers, étant plus pin- 
ces de l'avant et de l'arrière; car c'est la promptitude 
des voyages qui décide ordinairement du succès de ces 
entreprises. La pluspiirl des vaisseaux armés dans ce 
port sont destinés pour la Martinique et Saint-Domingue, 
et très-peu pour la Guadeloupe. On n'envoyé guères 
dans les autres isles françoises, par la difficulté des ports 
et le danger des forbans. C'est ce qui oblige leurs habi- 
tans de faire transporter leurs denrées à la Martinique 
liet Saint-Domingue, qu'on peut regarder comme l'entre- 
pôt du commerce des colonies françoises. « L'écrivain 
nomme ensuite quatre des Antiîles qui envoyaient leurs 
jduits à la Martininiie : c'étaient Marie-Galanle, la 



^ prof 



[Grenade, la Guadeloupe et l'ile-à- Vache, dont il indique 



m\ 



lIISTOmE Di; COMMERCE 



l'ûlenduo. Il ajoute : « On clmrge pour les IsJes des vins, 
des eaux-de-vie, des farines, du bœuf salé d'Irlande, du 
lard, et très-peu d'autres marchandises, et on en rap- 
porte des sucres blancs et bruts, des indigos., des cottons 
et des cuirs. On tiroit autresiots de la Martinique une 
grande quantité de cacaos^ qui faisoient un objet de plus 
de a, 000, 000 de livres pour !e eonnnerce do celte isle; 
mais ce commerce est totalement tombé par la destruction 
entière des arbres qui produisent ce fruit. On va parler 
séparément de chacune de ces isles, et faire quelques 
réflexions sur ce qu'elles ont de relatif au commerce. » 

Nous ne nous arrêterons pas à ces détails, quelque 
intéressants qu'ils puissent paraître : ils ne se rapi)urleiil 
point particulièrement à notre sujet; d'aillcui's, ils ne^W 
diffèrent en rien de ceux que l'on trouve dans les Voya- 
ges (mr Antilles du P. Labal, et dans le Dictionnaire 
universel du commerce de Savaiy'. De même, nous 
nous contenterons de renvoyer à l'ouvrage de Valin, qui 
a donné les lettres patentes de Louis XV, portant règle- 
ment pour le commerce des colonies françaises*, et nous 
passerons tout de suite aux denrées que le commerce de j 
Bordeaux y allait chercher. 

l'n tJfnf (les marvltandises rapportées des Isles par 
lesdits 'Î2S vaisseaux armés à Bordeaux en il 20, nous ^ 
donne une vue claire des affaires que cette place faisait | 
avec les colonies françaises nommées plus haut : nous iw 
saurions mieux faire que de le rapporter ici, tel {fue 1 
donne le Mémoire de 1730. 



' VojPï t'C qui càt (lit ût ViterxUio du (^uinincrru que l'on Taisàil daii^*' 
llf's v<>is Tan 17^0, dans VKtnl ([tWrnl, t. 1. p. "iO^cl siijv;irites. 
' Soweaii Conwifiiluiir mir l'iiriiinnuimc tit' lit mmine, t. I, p. ôiKKîQt), 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 287 

De la Martinique. 

8,780 barriques de sucre brut, chaque barrique évaluée à 500 livres de 
poids net, font 4,390,000 livres, à 23 livres le quintal. . . 1,009,700 

40,566 barriques de sucre blanc, fixant cliacun h 600 li- 
vres de poids net, pesant 6,339,600 livres, à 36 livres le 
quintal 2,28?,256 

220 barriques d'indigo, pesant sur le pied de 300 livres 
par barrique, 66,000 livres, à 50 sols la livre 165,000 

478«uirs, à61ivres 2,988 

873 balles de colon, pesant net, à 200 livres par balle, 
1,746 quintaux, à 85 livres le quintal 148,410 

Total 3,608,354 

De Saint-Domingue. 

14,530 barriques de sucre brut, la barrique 600 livres de poids net, 

pesant 8,718,000 livres, qui font, à 26 livres le quintal. . . 2,266,680 

1,090 barriques de sucre blanc, pesant 600 livres la bar- 
rique, poids net 654,000 livres, h 42 livres le quintal. . . . 274,680 

1,408 barriques d'indigo, à 300 livres de poids net par 

i»rrique, font 422,400 livres, à 52 sols la livre, monte à. . 1,098,240 

4,950 cuirs, à 6 livres 29,700 



Total 3,669,300 

De la Guadeloupe. 

593 barriques de sucre brut, pesant la barrique sur le pied de 500 li- 
bres de net, font 296,500 livres, qui montent, h 23 livres le quintal, à 
la somme de 68,195 

975 barriques de sucre blanc, qui font, la barrique k 
COO livres de net, 585,000, montant, k 28 livres le quintal, 222,300 

7 barriques indigo, pesant net 21 quintaux, à 300 livres 
la barrique, font, k 50 sols la livre 5,250 

92 balles de coton, pesant net chacune 200 livres, font 
"^ 8,400 livres, k 85 livres le quintal 15,640 

ToUil 311,385 



lllSTOIliE DU COMMKIICK 



HECAPITULATION. 



Ln Mnrlini(|ire. . 
Saiiit-Uoiningiie. 
La Guadeloupe. 



3,fiOF 
3,66y,:300 
311,385* 



Total céiicral des ['cloui's des Isles. 



7,589,039 



Ktdt é'H Ik'Hx où se th'boiwhenl ka marchamihes cy-dtsuus. 

Sucre Miin!"- Suer*? lirnf 

Ilamlxuirg^ 6,593 biiri'iqiios. 3,000 barrii|iies. 

Hollaride 3,0;j« id. 9,32U mI. 

BrùniP 10 id. 923 id. 

Espagne 1,741 id. Néanl. 

Midddlwurg 40 id. 400 id. 

Genève' GOO id. Néant. 

Flandres 150 id. Néant. 

LiilH'uk 180 id. m kl 

Totaux. . . . 12,304 barriques. 13,782 barriques. 



A la suite de ce dénombremenl, l'écrivain que nous 
citons fait observer que le reste des sucres bruts se cou- : 
somme dans les raffineries de Bordeaux, qui, dit-il, sont ■ 
au nombre de dix-huit. Quant à l'indigo, il s'employait 
en Hollande, en Suède, en Danemark, à Hambourg, en m 
Pologne et à Marseille; pour le coton, il allait surtout 
à Rouen et à Orléans; on en envoyait fort peu à Ham- 
bourg, en échange de ces « toiles plalillles » que celte 



' Relativement aux rapports qui ont pu exister cuire Itordcaux et Genc", 
nous ne connaissons qu'un acte rc(;u par Denliors. le 17 oclobre l.'KH (}\*^ 
ty'i-2, folio viij'LXXj recto) : c'est un traniporl [\&v un mareliynd de notre vill", 
Fran(;i)is de Maxii-ies, a .i^rnaiild de Casauiwn, marchand lialiitant de Gen^'<^- 
dune somme de <>00 livres tournois, due par un autre Genevois, ArchanJau" 
de Gatiarrnche, et h prendre •< sur unii délite de S4!i' Dominique Sacque. ni>f" 
eliand de ïlilnn. » 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 289 

ville expédiait à Bordeaux, soit directement, soit par la 
voie de Nantes, pour être transportées aux colonies fran- 
çaises d'Amérique*. 

En même temps, il partait aussi de Londres pour 
notre port des étoffes de laine, dites perpétuannes; mais 
la destination n'en était pas la même : Bordeaux expé- 
diait cet article sur la côte de Guinée, et c'est ici le lieu 
de parler, pour n'y plus revenir, des relations commer- 
ciales que notre place entretenait avec l'Afrique. 

Parmi les minutes du notaire Grégoire, on rencontre, 
à la date du 9 août de l'année 1700, deux actes rela- 
tifs à un chargement de vin par Nicolas Nivelle de la 
Chaussée, « conseiller du roy, intéressé dans ses fermes, 
demeurant à Bordeaux, rue du Loup, paroisse Saint-Pro- 
jet, faisant pour messieurs de la Compagnie royale du 
Sénégal et côte d'Afrique ; » mais ce vin devait aller au 
Havre pour y être embarqué. Dans la première moitié 
du siècle dernier, nous ne trouvons que le sieur Mar- 
chais, négociant de Bordeaux, qui fît le commerce avec 
la côte de Guinée. Une fois, il expédie sur ce point une 
partie de bassins de cuivre et de couteaux flamands; 
une autre fois, il arme deux navires à destination du 
même pays, et, entre autres marchandises, il charge 
quatre cents pièces de perpétuannes, « qu'il a fait venir 
de Londres pour assortir sa cargaison ^. » Nous n'avons 
plus à signaler qu'une vente de quatre quintaux quatre 
livres d'ivoire, par un marchand de Bordeaux, à trois 
couteliers de cette ville, au prix de 925 livres 9 sous 

* Registre du Conseil de commerce F. 12. 81, p. 934 ; séance du 30 décem- 
bre 1734. 
» md., p. 928-932 (séance du 23 décembre 173i), et 979, 980 (30 déc). 
H. 19 



290 HISTOIRE DU COMMERCE 

tournois^; mais nous ignorons d'où et par quelle voie 
l'article était arrivé chez nous. 

Nous en dirons autant des toiles peintes ou indiennes, 
dont le nom indique la provenance primitive. Le 20 juil- 
let 1724, le Conseil supérieur de commerce, délibérant 
sur un avis donné par l'inspecteur des manufactures du 
département de Bordeaux, décidait qu'il convenait de 
mander à l'intendant de la province que l'intention du 
roi était qu'on apportât une nouvelle attention à empê- 
cher l'abus de l'usage des toiles peintes et étoffes des 
Indes*. 

A la suite des tableaux reproduits plus haut, et des 
remarques dont il les accompagne, le rédacteur du Mé- 
moire de 1730 présente quelques observations sur les 
marchandises des Iles, puis il passe aux droits de con- 
sommation dus à la sortie. Nous laisserons de côté ces 
diverses parties de son travail, et nous aborderons l'énu- 
mération des denrées qui constituaient le commerce 
d'importation de Bordeaux. 

' Minutes de Dcnhors, 24 avril 1361 ; liasse ciiij»«iij recto. 

* Reg. du Conseil de commerce F. 12. 71. — L'inspecteur des manuractures 
écrivait que, malgré les défenses, si souvent renouvelées, contre l'usage des 
toiles peintes et étoffes des Indes, on recommençait k en porter publiquement, 
et que même le bruit se répandait avec affectation que l'usage allait en être 
permis. {Ibid., p. 125, 126; séance du 9 août 172t.) 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 291 



CHAPITRE XXXIX 



sucres; raffineries. 

Le sucre dans l'anliquilë. — L'art de cristalliser le sucre, invciilc et prali<|uc par \e» Arabes ; 
culture des cannes et fabrication du sucre en Sicile. — Les cannes se répandent dans le 
reste du monde. — Rareté du sucre en France antérieurement au xiv* siècle ; sucres dits caf- 
fetin et cttt*on. — Emploi du sucre en confitures, en bonbons et surtout en remèdes ; dans 
l'origine, les apotbicaires le vendent exclusivement. — Le pliilosopbo Théodore et ses pré- 
parations à base de sucre ; sucre violât. — Détails sur les surrcs rosat et violât donnés par 
Amauld de Villeneuve ; sucre muscarat ou mouscarrat.- Pétition tendante à introduire aux 
tics d'Hyères la plantation des cannes à sucre. — Apparition du sucre sur le marché do 
Bordeaux au milieu du xvi* siècle. — Création des raflineries do Bordeaux par Colbert. — 
Extraits de sa correspondance à leur sujet. — Raflineries à Angers, Saumur et Dieppe. — 

. Ordonnance de Louis XIV sur le raflînage des sucres à Bordeaux. — Pétition île raffineurs 
de Bordeaux, concernant le transit des sucres de Portugal, renvoyée au Conseil de com- 
merce en 1705. — Différend entre les négociants de Bordeaux et cciu de la Rochelle, au 
sujet dos sucres raffinés dans celte dernière ville et transportés en Franche-Comté et en 
Alsace. — Réclamation d'un raffîneur de Marseille contre un arrêt favorable aux Borde- 
lais. — Dcnunde d'admission en France des sucres des colonies [Kirtugaises. — Requête de 
négociants bordelais, tendante à obtenir la même faveur pour des sucres bruts et terrés du 
Brésil. — Exportation en Espagne de sucres raflinés h Bordeaux. — Abus dans le com- 
merce des sucres déclarés pour l'exportation ; arrêt sollitité par les fermiers généraux et 
proposition des rafTineurs il ce sujet. — Surabondance des sucres des colonies sur nos 
marchés ; décisions du Conseil de commerce à cet égard, en 1715 et 17 16. — Mémoires des 
négociants de Bordeaux, relatifs aux sucres raffinés en France exportés à l'étranger ; dispo- 
sitions fiscales prises en conséquence. — Ordre des fermiers généraux, au sujet du mouve- 
ment des sucres raffinés à Bordeaux ; demande relative à l'emploi du charbon anglais dans 
les raffineries. — Pétition de la Chambre de conuncrce de la Roclwllc, au sujet des formes 
et pots de terre de Sadirac. — Pétition d'un biaitre de forges du Périgord, pour demander 
le renouvellement des prohibitions portées contre les moulins à sucre de fabrique anglaise. 
— Perfectionnements apportés an raffinage des sucres par les frères Boucherie. 



Théophraste, chez les Grecs; Pline, Sénèque, Dios- 
coride, Stace, Lucain, chez les Latins, parlent du jus de 
la canne, qu'ils désignent sous le nom de miel des ro- 
seaux^; mais malgré tout ce qu'ont pu dire les com- 
mentateurs sur les passages où deux de ces écrivains 

* Les Œuvres de Sénèque le Philosophe, traduites en françois par feu M. la 
Grange. A Paris, m. dcc.lxxviii., in-12, t. II, p. ilti, 116, en note. 



^2 



lllSTOiaii: DU CO M. M Eli CE 



menlioiinent un sucre blanc, sec el cassant, ile la grus 
seur d'une aveline, que Ton trouve dans la canne qui 
le protluit, je crois, avec Le Grand d'Aussy*, que de 
leur temps on ne connaissait le sucre que comme ud 
sirop ; le secret de le blanchir, de l'épurer, de le durcir 
par la cuisson et d'en former des combinaisons, des ■ 
friandises variées, n'avait pas encore été trouvé. 1 

L'art de cristalliser le sucre naquit de bonne heure 
cliez les Arabes; il est de beaucoup postérieur cheM 
nous, bien qu'il soit difficile de préciser l'époque de son 
introduction en Occident. Il est à croire qu'il faut en faire 
honneur aux musulmans quand ils conquirent la Sicile. 
En 1176, nous voyons le roi Guillaume II donner au nii> 
nastère de Montereale un moulin pour moudre des cannes 
à miel*; et, vers la môme époque, Hugues Falcand parle 
des champs de canne à sucre qui existaient dans les en- 
virons de Palerme, et de la manipulation à laquelle cette 
plante donnait lieu". Plus tard, en 1239, nous avons 
une lettre de l'empereur Frédéric II au maître justicier 
de la même ville, pour lui ordonner de rechercher deux 
hommes habiles dans la fabrication du sucre et capables 
de faire des élèves, afin que cet art ne se perdit pas à 
Palerme*. Ce malheur n'arriva point, grâce à Dieu, cl 
l'on peut se rendre compte, par la Pralim drlhi mcrca- 
tura de Giovanni di Antonio da Uzzano, de rimporlance 
du commerce de sucre que Païenne faisait, surtout avec 



' Uhioire dé la rïe privée dt?« Françou, t. Il, p. 107. 
' Ricilia sacra, auct, Doni. Roccho l'irro, p. 454, roi, 1, 
•' iiibl'mthera hislorica re'pii Sh'tliir, t. 1, [i W8. 

' {\eiiefit. hnp. Vred. fi, apml r.:iiTani. Cintsltl. rei/. reqn'i ulfimg. Slffl' 
|). ;^1. col I, 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 293 

Venise, en 1440*, et voir dans l'ouvrage de Domenico 
Scinà comment, en 1448, on multipliait, aux environs de 
Palerme, les plantations de cannes et les fabriques de 
sucre*. 

S'il faut en croire de Guignes', dont l'assertion a été 
répétée par David Macpherson *, les cannes à sucre pas- 
sèrent de la Sicile à Grenade, de là à Madère, d'où on les 
porta au foésil et dans le reste de l'Amérique; mais 
l'historien du sucre, Moseley, s'élève contre cette sup- 
position, qu'il qualifie d'erronée **. On peut également 
douter que les Grenadins aient, les premiers de la Pé- 

*■ Gap. Lxxxii (Copia di zucchero comprato in Palermo), dans Pagnini, dell» 
Décima e délie altre graveue, etc., t. IV. Lisbona e Lucca, hdcclwi, in-4'', 
p. 2^, 296. 

* La Topografia di Palermo, provc ed annot., p. 36, note 98. — Ne serait-ce 
pas cette fabrication du sucre en Sicile qui aurait fait dire k Jean de Mcung, 
parlant de la mort d'Empédocle dans l'Etna : 

N'en prciët or ne miel ne sucre, 
Ains cslut iloc son gopucro 
Entre les sulphureus boitions. 

Le Roman de la Rote, édit. de Méou, t. Kl, p. 140, v. 17S51. 
Il est encore fait mention de la fabrication du sucre en Sicile dans un traité 
de Marino Sanuti {Sécréta ftdelium crucis, lib. I, pars I, cap. ii; apud Bongars, 
Gesta Dei per Frartcos, ad calcem, p. 24, 1. 10) et dans le commentaire de 
Jean de Saint-Amand sur l'Antidotaire de Nicolas. {Histoire littéraire de la 
France, t. XXI, p. 26o. Cf. p. i97.) 
8 Mém. de l'Acad. des inscriptions, t. XXXVII, p. 509. 

* AnnaU of Commerce, vol. I, p. 338. Cf. p. 259. 

' A Treatise on Sugar, t^ edit., p. 26. — S'il faut en croire M. de Reiffen- 
l)erg, cité par Depping, au commencement du wi» siècle, deux navires venant 
des Canaries débarquèrent k Anvers une cai-gaison de sucre; on l'offrit k 
moins de trois gros la livre pesant. Cependant, soit que le haut prix de cette 
denrée n'eût pas permis jusqu'alors de la répandre dans les classes inférieures 
de la société et d'en rendre l'usage commun, soit que la concurrence fi\t trop 
grande, soit enfin qu'on ne fût point accoutumé encore k recevoir des denrées 
par les navires de l'océan Atlantique, les marchands eurent beaucoup de peine 
à se défaire de leur sucre, malgré le bas prix auquel ils le vendaient. {Hist. du 
commerce entre le La'ant et l'Europe, etc. Paris, mdcccxxx, in-8», p. 273,274.) 



294 HISTOIRE DU COMMERCE 

ninsule ibérique, reçu la canne à sucre de Sicile, quand 
on voit, au V siècle, le Sévillan El-Awem consacrer à 
cette précieuse plante un chapitre de son traité d'agri- 
culture ^ Quoi qu'il en soit, en 1383, le sucre était en- 
core rare dans le nord de l'Espagne. Cette année, Léco, 
qui se disait roi d'Arménie, étant venu rendre visite à 
Charles II, roi de Navarre, celui-ci, entre autres pré- 
sents, lui donna 13 livres de cette précieuse denrée*. 

Chez nous, le sucre est peu connu avant cette époque; 
s'il figure dans les inventaires des biens des classes éle- 
vées, on ne le voit pas dans les dénombrements de den- 
rées exotiques si fréquents dans nos anciens romans*. 
Il en venait, cependant, en France, au moins dès le mi- 
lieu du XIV* siècle : une ordonnance pour les apothicaires, 



< Libro de agricultura, part. I, cap. vu, art. xlvii, p. 390-393. 

* Yanguas, Dkmnario de antlgûedades del reino de Navarre, t. III, p. 131. 

3 Adenës, signalant les inlpôts établis par la Serve, Taiisse épouse de Pépin, 

dit que 

Sur trcstoutes les choses que faire i pot cslirc, 
Sur poivre, sur couniin, sur ospices, sur cire, 
Et sur blcs et sur vins, tout fis! ensemble escriro. 

li Romans de Berle aus grans pies, coupl. lxiv, p. 90. 

Un autre rinieur, décrivant un magnifique verger, énumère la réglisse, 

Kncens, gcrollc et eitounl 

Et le caiiele et garingal, 

Et spic, |)elre, pouvrc, couuuin. 

Le Bel Inconnu, etc., publ. par C. Ilippcau. l'aris, jidcccU, 
111-1:2, p. 150, 151. 

Enfin, un troisième poêle, venant de nommer la mer du Levant, fait remar- 
quer que c'était par là qu'arrivaient les riches étoffes, les oiseaux de chasse, 
les chevaux de prix, 

El li poivres et li couiius 
Et li encens ali.\andrins, 
Li gerotlcs, li garingaus, 
Les niiecincs contre tos inaus. 

Partonopetis de Blois, pulil. par G. -A. Crapclol. l'sri*- 
Mucccxxxiv, in-8', t. I, p. 56, v. l(j*i. 



I:T UIv la NAVIGATlOiN A HOIIDEAUX. Wi 

Idalée de l'an 1352', mentionne le « sucre caft'etin, ou 
sucre blanc, « qui tirait sùremenl son nom, si ce n'est 
son origine, de Gaffa sur la mer Noire ^. Dans des 
comptes de la mùme époque, il est marqué 13, 18 et 25 
deniers la livre, prix qui dilïere jk'u de celui d'une autre 
espèce, le sucre dit casson, sur les mêmes comptes •"'. 

On employait le sucre dans les confitures, eu hoji- 
bons, surtout en sirops et en remèdes. Peiulant fort 
longtenfips, le prix élevé de cette denrée la lit ranger 
dans cette dernière classe. Les apothicaires la vendaient 
exclusivement *, ainsi que reaa-<le-vie, et de là vint le 
proverbe apoiMcatre sans sucre, qui n'est pas encore 
complètement hors d'usage, pour signaler un liomnie 
dépourvu de ce qui est essentiel à son état. En 1605, 
^enri IV éci'ivail k Sully de faire payer à son apolhi- 
'caire la somme de 17,138 livres k lui due, tant pour 
remèdes que pour sucres, épiceries et tlanibeaux. 

Les apothicaires furent donc les premiers confiseurs; 
mais quelles sortes tle bonbons créèrent-ils d'abord? 
c'est ce qu'il m'est bien ditïlcile de déterminer d'une 
manière certaine. L'empereur Frédéric 11, mort le 13 dé- 

I ' Orduuuaiict's tien rois de Fftiiur tk Ui Irokième race, l. U, p. uyi. 
P ' Nous n'osons pas insimicr qui? caffef'm puiss* venir de Joffe; mais il osl 
cprUiin i|ta' 11' pays tjui t!nl(iiii;iit Jaffa pniiliiisaii: du sirto. Le sire ilo Jiiinvillc, 
racoril^ni riliiiôriiirr ilo saiiil Louis, do cclti' vilh; :i Suidi', rili; les LMiint'S d'un 
lieu apjMîlé Paxie-imiilitiu. Ktliliuii du Louvro, p. 1I8J 
•' Comptes de l'aryenterie des roh de France, clr., p. ■20(t, 2li, ±B, il(i. 
* Maglxtri JohannU de GarlaïuUa D'utumitariuii, aptul G^^raud, Paris tous 
Philippe le liel; Paris, I8ô7. in-1", p. .'i!KÎ. Cf. Wi.vfo/Ci' littéraire de la Fnince. 
l. \Xll. p. 11.— Voyez, poiii le détail des drugues dnot se cuiiiposail !u bouti- 
que d'un upfUhieairi:, ou espiciir ilf rê|iiM|Ui', IViiivcnUiiro de répiceite dt? l'ierri' 
j Gilles (l5S8j, (liitis i llistoire de la Jacquerie d'après des duatmeiils iuAlitit, par 
iméon Luce. Paris. 18o9, in-H<=. p. 251-233. 



I 



I 



286 HiSTOHili DU COMMERCE 

cembre 1250, avait maDgé la veille des poires au sucre'; 
mais rien n'indique que ce fût là le fruit de l'iiabiieté 
de son apothicaire, de celui qui lui préparait cette pou- 
dre dont il faisait usai^c dans tous ses mets. Par un or- 
gueil qui n'a jamais mieux fleuri que de nos jours, cet 
officier de la bouche impériale, répudiant le titre qui lui^ 
revenait de droit, prenait celui de philosophp, que je^ 
rendrais volontiers par chimiste'^. Pour être juste, il faut 
dire aussi qu'il lui était donné officiellement. Nous le 
voyons par une lettre adressée, vers 1240, par Frédé- 
ric II à l'un de ses officiers, pour lui commander de 
mettre à la disposition de maître Tliéodore, philosophe, 
le sucre et les autres ingrédients nécessaires à la fabri- 
cation des sirops et du sucre violât destinés à la consom- 
mation de l'empereur et de sa chambre'. Une aufre 
lettre du même philosophe Théodore au cliancelier 
Pierre de la Vigne, auquel il annonce un autre envoi 
do sucre violât*, me donne l'idée que le premier, em- 
brassant tous les genres de philosophie, avait également 
médité sur l'utilité des petits cadeaux, cl qu'il savait 
tirer du même sac deux moutures. 

Mais enlîa qu'est-ce que c'était que ce sucre violât, 
mentionné dans un autre document encore plus ancien ^'i* 

' CMiiiniffilairt: bislttmiiie et ckrimoltHjhfitf xitr kn éithémt'nàes inliliiléet : 
Diiirnali di riicssir M^tteo di LliovcnaïSEu, iKir M. le duc de Liiyn(<s. p. C, S3<l 

- Au xvii<>siiîfl«^, on disait faire It^ philimifthe pour ff montrer subtil. ('.Icinic 
parlant d'un refHsde payement par un banquier porluiîuis, compalriole el wi^ 
respundant, ii Paris, de CusUi Furtado. banquier de Bordeaux en 16(8, eu)plt>i<) 
eelte ex|>ression. {IJsance dit négoce, ou cmttuerce de ta (>anqttt' ûes k'ttrtiàt 
cliaitfie. etc.. p. 10.) 

^ CoïiKtilut. rfij. rffiii. tHriim{. SitiL, p. 3i7, roi. 1, 1. 31. 

♦ SU. do lu Uibl. inip., l'unds de Saint-Germain llarlay, d» Ijii, p. 3. d" 73. 

* Eu I22(î, Henry III écrivait au ppév6l et ati maiiv de Winchester de l«i 



* 



^ 



ET DE LA NAVIGATION A nORDEAlIX. ?97 

^Un élecluaire, répond Guyot de Provins, qui cite le vio- 
lai en compagnie du rosjit, <îu ^iijiimbraiz, du pliris, du 
diadra^ni, du penidoin, du diadoro Julii, du diamar^a- 
reJon, et autres préparât ions que Mfjntpenici' expédiait 
en boîtes et que deux ti'ouvères représenleni comme nau- 
séabondes et Juutiides'. Plus ex[)licite, un médecin niorl 
au commencemeot du xi\* siècle, Arnaud de Villeneuve, 
nous apprendra tout ce (|ue nous pouvons désirer au 
sujet de cet article, étcctuaire ou non, comme on voudra 
l'appeler. Au dire du vieux, praticien, le sucre violât 
avait mille qualités, dont on peut lire le délail dans le 
chapitre xv de son Anlidofarinm, après un autre con- 

pacré au sucre rosat, dont les vertus n'étaient Jii moins 
nombreuses ni moins admirables*. A ces deux sortes de 
préparations, dont le sucre formait, la base, il faut ajou- 
ter le sucre muscavat ou monsearrat, menlionné dans 
un compte du siècle suivant relatif à la dépense du roi 
Jean en Ai]glcterre"'^. Le silence que garde sur cet article 

■le rédacteur tle la lal)le des Comptes de l'argenterie, 
montre bien qu'il n'est point aussi aisé de deviner ce 

^ui entrait dans la composition de celle espèce de mix- 

B^voyer trois Hvres de sucrr d'Alexandrie, de l'huix. s'il s'en Irouvuil d:ms 
cette preniiiYrc ville, autreuicnt dp lui cs|ii'dier la iiu''iii*i ijunnlili? dt; siure de 
Bmy. Il ri c mandait encore, ejitrt' autres t!|>keii(!S, une onee df sucre rosat et 
une livre de sucri! violât. {ItuliiU litl. clans., an. Il) Heu. III, t. 1!, p. ft2, 
col. û.) Vwla lilen (juatre espèces de sucre, une de plus que dan* le Mémoire 
Ipur le commerce maritime de lioiten. Voy. t, I, p. 2^13, 2ii. 
■ ' La Bible V.uht de Provim, v. 26'>0-Sl. {FftMiaux et Contes, t, 11. p. 39!.) — 
De l'Etnpereri qui ijarifn su chaxieé par moult leiitplnciotifi, v. ^iH, (Wniv, Hec. 
lie fahliatix et roules, vid. Il, p. Hfl, v. 2o2t,) 
' Arnaldl MUarnivani... Opeittuinnia, etc. Hasilc;e, cijiaxxcv, in-ftilio, col. 
-458. — On trouve une recette pour faire le sucre msal dans le M<'Haijier 
Paris, t. il, p. 274. 
Omifilex (le l'anjenierie des rm de France, etc., p. 245, 246, 2133. 



HISTOIRE DU COMMERCE 



lure. (In on priit dire uufant de la sucraUe, nieiilionnée 
dans un compte dfi 143*7 '. 

Au XVI*' sièdfi, Henri II, désirant introduire la culture 
de la canne et la fabrication du sucre dans le midi de la 
France, avail fait venir d'Anvers un Français, nommé 
Gabriel le Sucrier, et résolu d'employer cet homme à 
la réalisation de son dessein, « sans s'attendre plus à 
quelques Italiens affronteurs, qui demandoienl cent mille 
escus, ou paredle grand' somme de deniers, pour mecire 
le pays en nature de porter succres. » La mort du roi, 
arrivée trois ou quatre mois après, déconcerta ce projet. 

Il fut repris sous son successeur par le m(^me Gabriel, 
o autant cxceîlont, c'est lui qui le dit, en matière d'alîti- 
ner succres, qu'on en sçaclie })oint au monde, » pour 
avoir été élevé aux lieux où se fabriquait celte denrée. 
Dans sa requête à François 11, il propose d'introduire 
cette industi'ic auprès de la ville d'Hycres, « lieu autant 
propre à cest efi'ecd qu'il y en ayt en la chrestienté. » Au 
nombre des avantages qu'il fait briller aux yeux du jeune 
roi, figure l'économie d'une grosse somme d'argent qui 
sortait journellement de France en échange des sucres 
de Portugal, sans compter le tribut payé aux marchands 
d'Anvers par les nôtres pour les sucres raffinés. 

Avant de commencer, Gabriel demandait la franchise 
pour le lieu où il s'établirait, « de sorte que tous bannis 
fiigitifs, pour autre cause que lèse-majesté, et pourveu 
qu'ils ne fussent échappez des gallèrcs de Marseilif^ 
se peussenl retirer audit Hières et y vivre en seuret<? 
comme l'on fait en Cecille et Poilugal en cas pareil; 



4 



I 
I 



' U, MiH'icc, Mémoireu ihinr servir de preuves à l'Imtoire de Drrtagn^, 



ET DE LA NAVIGATION A «ORDEAUX. 299 

car aultrement il seroit malaisé que ceulx du pays se 
poussent si tost accoustumer aux peines qu'il y convient 
mectre, comme aux pressoirs, portées, chaudières, et 
aultres faix de grand'peine. » Il demandait encore : 
!• l'intervention royale pour obtenir de S. M. T.-F. la 
permission de tirer de son île de Madère une caraque 
pleine de plants et cannes à sucre; 2° les terres d'Hyè- 
res pendant dix ans, pour les mettre en nature et en 
tirer produit, moyennant une redevance du cinquième 
au roi, comme cela se faisait en Portugal, Sicile et ail- 
leurs; 3" le privilège exclusif, pendant dix ans, de la 
fabrication et de la vente du sucre fin en France, au 
moins depuis la Provence jusqu'à la Seine ; 4° une sub- 
vention de 20,000 écus, payable en trois ans, ou la 
remise du droit de cinquième pendant dix. 

« Il est à. noter, dit en terminant Gabriel, que aucuns 
marchans italiens, ayant cy- devant entendu comme le 
feu roy avoit accordé audict Succrier tout ce que dessus 
est dict, pour le cuyder supplanter, sont naguères venuz 
en court, et ont, par le moyen de monsieur le cardinal de 
Ferrare, obtenu permission et privilège du roy pour affi- 
ner succres seullement; ce que après ils ont délaissé, 
tant parce qu'ils ne le sçauroient faire sans ledict Suc- 
crier, dont ils se fesoient forts... comme aussi que au- 
cuns marchans de Roen qui ont entreprins d'affiner 
succres, se sont opposés à l'entérinement dudict privi- 
lège, » etc. Le pétitionnaire s'off're à rendre raison devant 
le conseil du roi de tout ce qu'il avance * : nous ignorons 
quelle réponse lui fut faite. 

* Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II, etc. , 
publ. par Louis Paris. Paris, m dccc xli, in-40, p. 768-771. 



m 



mSTOIHE DU COMMIilRCK 



Le sucre ne commence à se montrer à Bordeaux qu'au 
milieu du xvi* siècle; du moins nous n'avons rien trouvé 
qui se rapporte à cette denrée, antérieurement à un acte 
de Douzeau, du 9 juin 1552, portant vente de 10 quin- 
taux de cassonade à un marchand d'Aibi par un autre, 
livrés en deux barriques dans le couraii d'un marinier 
de Toulouse*. Cette cassonade, ainsi nommée parce 
que, dans l'origine, elle était renfermée dans des caisses 
(caxones), venait, selon toute apparence, des îles Cana- 
ries*, et les navires de Bordeaux allaient l'y chercher 
pour la porter à des marcliands portugais occupés de ce 
commerce^. 

Les raffineries de Bordeaux doivent leur établissenienl 
à Colbert, sans que nous puissions tlire en quelle année 

' A iiurlir de cette é[M)que, les mnnlions de sucre abondent dans les docu- 
ments relatifs au coniiiieicp lit! Bordeaux. Ainsi, dans un llolie des batamx qus 
smt moitti'.< f ilexciulii^ (lutJniutl velle ville di Marmaude, commensant le tegtm 
jour dejnillct iô93, on lit : « Heral Raymon monte avec sa platuse, sel mult» 
de inolyn cl dus banqups [urnieritjnc. quatre pipes et dcinyesyf, une baryqu« 
casonade, » ct(;. (Archives de|witemontalfls du la Gironde. E. comjilablir, 
fulio G rectûj; « Pierre Elier «rninU! avec snn jîuabarot tntys quintal?; fylielde 
fei- et un pelyt bocuud de beJelyns et une baryqiie de merscrye et soysaolt 
lyvres casonade, v etc. (foliu 7 verso); « Fransoys Cru/el monte avec son 
gtiabarut une piiie et une baryque sucre, iroys baryques et un baricot caso- 
nade, dus pipes aiullues, iiu baryi foylhe, Iroys cajscs conliturcs, un barjeol 
gengeubre, w etc. (.folio 17versoN; « Aru^jiid fluyt moule avec son (Eiiabarvl 
une baryque casonade. une pipe sucre, quatre jiipes nioluc. set sardync ot»w 
d'araus, un^ petyt bary! syf, >• etc. (Folio ôil recto.) 

' Dans le it'tristi e du Cutisell de comuitTce coté F. li. aï», Tolio 220 verso, il 
est faU mention, ik la date du i" octobre 1710, d'une demande, par deux négo- 
ciants de Lisbonue, d'un [lasaeport pour faire venir de Madère iio chançeœenl 
de sucre, de cilruu.'i et autres friiits. 

^ State Paiin-s, Ui.mestic Séries, Charles II, Hm>. April " ; vol. CLIII. H" M. 
Cf. vol. CLVl, 0" 70. Ordre aux commissaires des jiriscs de délivrer ii FenJi- 
nandu Mendoza de Costa, négociant portugais résidant h Londres, quarïnl*- 
deux caisses de cassonade apportées par le Saint-Pierre, &e Itordeaus. wii' 
damné comme de bonne prise. 



i 



» 



I 

I 



ET DE LA NAVIGATION A BOHDEAL'X. :îOl 

la première s'éleva'. Quanti il arriva au ministère, la 
France n'en possédait pas une seule, si ce n'est peut- 
être celle dont le sieur Langheto était propriétnire cin- 
quante ans plus lard -. « Tous les sucres dos des, dit 
Colbert (12 juin 1669), alloient en Hollande pour y estre 
raffines; nous n'avions de sucres rattiiiôs que par la Hol- 
lande, l'Angle terre et le Portugal. « Neuf mois après 
tout était changé, et Colbert pouvait féliciter la compa- 
gnie du Non! de faire raftiner en France tous les sucres 
qu'elle envoyait dans ce pays. A la vérité, une surtaxe 
de 12 pour 100 avait été mise sur les sucres étrangers, 
et n'était pas supportée sans plaintes; Colbert répondait, 
en prenant la ville de liordeaux jMiur exemple, que c'était 
le seul moyen d'avoir des raflinerics en France et de 
porter les sujets du roi au commerce des Iles'\ 

' En 1724, le dopulé de Uurdcuiix ()ii'S le Conseil de cotiimerrc i'cnv;dt y lu 
Ghaniliro pour la prier de s'informer s il y avait quelque ruilhiche et;ildic duns 
cette ville, cti KîBt, iiarce que, dans le cas contraire, l'arliclc du tarif df (Ctlc 
année i-ontcrnanl les sijcn's radini-s ne pnurrait rrprdfr que leux de lï-tran- 
ger. (Rcg. B, folios 105 verso H lOH rerlo; 10 mars el I"juin l"2i.) 

* Dans un mùniutre adressi^ :iu contrôleur yi'nèrnl, ii l'eiïel d'idilenir h* pro- 
rogatioQ, pour douze ans, d'un .mût du :il> octidire 1708, purtant pinlnogation 
de privilégt^ ce n*i^oiiunt cite des lettres patentes de l'année ISOS, date de la 
ression de Ounki'niiie a la Fj'iinct', (ftcpslre dti f.dusdl de rouiiiierre F. ii.riîî, 
folio 268 verso; seaiiei* du Ut juilleî 171 l.i 

■■• Lettres, iiiHlruttims el im'timrfs de Colbert, t. Il, l" partie, introduet., 
p. CLXXtiv. Cf. t. Il, 2" partie, |). 170, i77, 'iS)^). — Anciens et noiiitt'.aiix Slctttilx, 
edit. de 1S9S, p. 'îili. — Pendant les foires de Itordeaux. il se faisait un i-rand 
commerce de sirops de capillaire et de grenade, aussi bien que d'eaux de la 
reine de Hongrie et de (leur d'nraivjîe, qui êlaienl appurlifs pal- Irs Tiiiurli;mds 
de Liiri{i;ued(>i' et de Provence. (ArnH du Conseil d'Klal du 17 dceeiiitire KillM, 
rapports dans les Andens et nomrtiax Stalittu, edit. de 17(11. ji. 238.) — Un 
article des statuts des apothicaires, portant recouiinaudatiuii de n'employer 
pour leurs sirops que de bon sucre ou de bonne cassonade blanche, •< sans y 
niesler des sucres nicschans, ny sucre, de S;iint-Horrier. ■■ donne tine pauvre 
iilôe des sucres qui sortaient des rallirreries des Pays-llas. 



302 IIISTOIHE DU COMMEUCh 

Le 6 octobre 1670, ce luinistre écrivait à Daguesseau 
intenilaiit en Guiennc : « Sur la demande que yc 
faites si les sucres rafînez en Bretagne payeront à Bour- 
deaux les droits comme estrangers, je vous avoue quej 
dans Fordi'e régulier, ils n'y dehvroient jDas eslrc sujets; 
mais, itaiis le fait particulier, comme les Bretons sont 
grands trompeurs, et surtout ceux de Nantes, et qu'il 
est difïicile, mesme impossible de reconnoistre les sue 
qui sont ralinez à Nantes de ceux qui sont fabriquez en 
Hollande, il faut les traicter tous également, et d'autant 
plus que chaque province se doibt fournir à elle-mesme 
les sucres ralînez, et que ceux de Nantes entreront faci- 
lement dans le royaume par la rivière de Loire, estaal 
nécessaire d'augmenter et fortifier les rafineries de Bour- 
deaux. Ainsy vous ne debvez faire aucune difliculléde 
faire traicter cette sorte de marchandise comme eslran- 
gère ' . » 

Le 17 octobre 1670, Colbert écrivait à Lombard, ins- 
pecteur général de la marine à Bordeaux : b Je suis bien 
aise d'apprendre que les sieurs d'Huguelas et Delbrcil 
se disposent à establir une troisième rafQnerie, et je ne 
doute pas que les autres marcliands do Bourdeaux ne 
prennent la mesme résolution, puisqu'il est facile lif 
•comprenilre qu'ils y rencontreront tous leur advanlagc; 
t'auiî-m en talion du commerce dans les isles de l'Anicri- 
que, et les ra])ports que les vaisseaux feront de quaiilili! 
de sucres bruts donneront moyen à ceux qui auront àcs 
raffineries d'y gagner considérablement. Ne manquez 



' CorreniHimlame iidmiuisliative soug le régne de Louis XIY, piibl 1'»' 
t;.-B. Dt'pping, t. in, p. !3(R). — LfUrex, imlriirtioux el mémoires de IjiH^"' 
Ml. S-- (niiUo. p :iji> 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 303 

donc pas de les exciter fortement de travailler à cet esta- 
blissement, estant certain que l'augmentation de ce 
commerce produira assurément beaucoup d'advantage à 
la ville de Bourdeaux'. » 

En même temps, Colbert veillait au salut des raffineries 
déjà existantes, menacées par la contrebande. Informé, 
par un mémoire des propriétaires, de l'entrée des casso- 
nades par le Languedoc, il écrivait à l'intendant de Bor- 
deaux, le 26 décembre 1670, pour l'assurer qu'il y 
mettrait ordre, et que l'imposition de 12 pour 100 serait 
établie dans cette province*. 

Chose singulière! pendant que Colbert encourageait 
ainsi le développement des raffineries à Bordeaux, il 
favorisait la même industrie dans les pays de production, 
de manière à susciter une sérieuse concurrence à ces 
établissements. Le 29 novembre 1672, il écrivait à 
M. de Baas, gouverneur et lieutenant général des îles 
d'Amérique : « Vous sçavez assez combien il importe au 
commerce des isles françoises de l'Amérique de porter 
les habitants à raffiner eux-mesmes leurs sucres et les 
rendre par ce moyen d'un débit plus facile et plus 
assuré : ainsy je me contenterai de vous dire que la 
compagnie des Indes occidentales ayant chargé le sieur 
de Loover, habitant de la Guadeloupe, des ordres, ins- 
tructions et ustensiles nécessaires pour montrer auxdits 
habitans la manière de raffiner leurs sucres, ou du moins 
de les convertir en cassonades blanches, terrées et raffi- 



• G.-B. Depping, Correspondance administrative smis le règne de Louis XIV, 
t. in, p. SriO. — Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. H, 2« partie, 
P.S68. 

* Lettres, itistr. et mém. de Colbert, t. II. 2' partie. |). "iflri. 



30i IlLSTOlHf; m COMMEHCK 

nées, il sera nécessaire que vous donniez, s'il vous plaist, 
non-seulemoul toutes les protections et l'assistance qui 
dépenJronl de vous audit. Loover pour Texécution de ce 
dessein, mais mesme que vous tassiez connoistre en 
public et eu particulier à tous les habitans l'avantage 
qu'il leur reviendra de s'appliquer à la manufacture des 
sucres ' . » 

Quelque temps après, il s'établissait une nouvelle raf- 
finerie sur un autre point, éloigné, il est vrai, mais pas 
assez pour que les Bordelais n'y vissent point une concur- 
rence. Le l*"" mai 1673, le conseil municipal d'Angers 
intervenait en faveur du sieur Vanbedeiibec, raffîneurde 
sucre et castonnades (sic), « appelé par ce corps et les 
magistrats de la ville pour venir cstablir sa manufac- 
ture et exercer son commerce » à Angers -. Celte afiaii¥ 
n'était pas encore terminée en 1677. 

Un autre Hollandais, nommé René Tinnehacq, avait 
établi pareillement mie ratiinerie il Suumur ; mais, à la 
révocation de l'édit de Nantes, il avait émigré et perdu 
son établissement. Le malheureux ainsi dépouillé ayant 
réclamé, le marquis de Seignelay écrivait, le 18 avril 1687, 
au comte d" A vaux, andjassadeur en Hollande, une lettre 
de refus qui se lerniine ainsi : " Il y a trop de profit à 
entretenir les rallineries pour craindre que l'adjudicataire 



( 



' Lettre», inulructUms et m'moirn de ijtihetl. t. III, 2' partie, p. 351. — 1 
Les riidinerics établies dans les Iks déviaient si importanles qu'uHes causè- 
rent il II préjudice îi celles de h (iiélrupok, doiil les ouvriers ni/'nie |iass;iieiil 
en AiiiiTitiiie. En janvier lUHl-, on défendit J'en etîildir de nouvelles, «t plus 
lard 00 suppriuiii celles qni existaient. (Boyer-Peyreleau, le« AntiUe» froii- 
ça'ue», etc. Paris, 1823, in-8», i. II, p. 34, 33.) 

*Célc8lin Porl, hiventolre anfilfitique dei archiiei nnclerittex de tu mnirie 
d'Anoer», etc. Paiiset Angers, iWI, gnind in-H-, p. IIU. 



KT [JE LA NAVKiATluN A IJUHDIvArX, 



auâ 



dudict Tinnebacq ne la fera pas \aloir, et, quand cela 



fer( 



iph 



Ipij 



seroit, co qu il 

autres raffineries qui ont dos establissomons ilans lo 
niesme endroit et dans los autres villes niaritinies du 
royaume '. » Vers le uiènio temps, im autre protestant, 
converti, agrandissait à Dieppe une raftinerie qu'il avait 
déjà, et envoyait chaque année plusieurs navires aux îles 
d'Amérique'*. 
m En 1699, Louis XIV rendait une ordonnance douf le 
■ trente et unième article regardait les droits pour des eas 
particuliers en faveur du ratliuage du sucre brut, dans 
les villes de Bordeaux, la Rochelle, Rouen et Dieppe. Le 
17 novembre 1733,» le Conseil rendit un arrêt en inter- 
prétation tic cet article '\ 

Au commencement du \vi\f siècle, un sieur Jacob 
Ratier el des frères Payen, ijui avaient une l'atlinerie de 
sucre à Bordeaux, exposaient au Conseil de connnerce le 
préjudice que leur causait le transit des sucres que les 
étrangers tiraient de Portugal, et qu'ils entreposaient h 
Rayonne et à Marseille pour les fîiire passer ensuite à 
Genève; ils demandaient qu'il fût remédié à cet état de 
^choses, fatal à leur étalalissement. Le Conseil oixlonna la 
■jonction de la lettre des raflineui's bordelais à un dossier 
■Doncernant la suppression, que le député de Lyon deman- 
dait, du transit accordé de Marseille à Genève par Lyon, 
et arrêta que, sur le tout, après le rapport fait, il serait 
^&tafué *. 



' Ciirreupmtlniirr mlmiumlraim' »tm fe rêifiif ût- Lmm .V/V, cUv 
I». iÛ6. 



t IV, 



Ui'iiL. p ïlli. 



idtiumiiiit' lie h( muriui', t. I. p. ii. 



Valin, Commentaire h 

H('g. du Conseil dr l'oniinone V. \i. 51 . Inlio 2lfl vorsiv; séaiUT ilii 7 s('|i- 



tl. 



âO 



;WG 



IIISTOIRIi DU COMMERCE 



Vers le môme temps, il éclata un différend entre les 
négociants de Bordeaux et ceux de la Rochelle. Ces der- 
niers demandaient que l'arrêt du Conseil, du 1 1 août 1699, 
rendu en faveur des premiers, fût déelaré commun avec 
les autres, et, en conséquence, rjue les sucres raflinés à 
la Rochelle, provenant des sucres bruts des îles de 
l'Amérique, qui seraient transportés en Franche-Comlé 
et en Alsace , fussent exemptés des douanes de Lyon et 
de Valence, du tiers surtajtx et quarantième de la ville 
de Lyon. A cet effet, les marchands seraient tenus de 
faire leurs déclarations, pour la destination des sucres, 
au bureau de la Rochelle, où les tonneaux et les ballots 
devraient être ficelés et plombés; il leur était encore 
prescrit de prendre des acquits -à- caution qui seraient 
déchargés par les commis du bureau d'Auxonne, par 
lequel le roi avait fixé la sortie desdits sucres pour TAl- 
sace et la Franche -Comté. Moyennant cela, les droits 
d'entrée payés pour la marchandise seraient restitués 
par l'adjudicataire des fermes de Sa Majesté. (Juajit aux 
sucres raffinés à la Rochelle qui seraient consommés 
dans l'étendue desdites douanes de Valence et de Lyon, 
ou qui passeraient dans d'autres provinces du royaume, 
ils payeraient les droits de la douane de la pi'emière de 
ces deux villes et seraient exempts de ceux de la seconde, 
« tiers surtaux et quarantième, » conformément audit 
arrêt. Après une discussion approfondie, il fut jugé à 



lembro 1705. — Les sieurs Paycn et Pelle Jircnlune bunquciDute considérable 
(luris laquelle If s rcrniiers jicnéipiix riircnt eoraprîs pour ]«> monUint de droits 
d'cnlroe sur Aea sucres. Dans le buL de se rtciipércr de cette porte, ils présen- 
tèrent requête a Teffet de pouvoir vendre, sans que l'acquéreur fût teuu de les 
réexpédiera retranger, STiO niirs tannés d'AnpIelerre qui faisiiicnt partie de 
l'actif de la faillite. (Rej;. F. 12. iJO, futin l«5 verso; «juin 17 10.1 



I:T IlE LA NAVKîATlUN A IloUDIiAUX. :)07 

propos i\o déclarer cet arriM commun entre les négociants 
de Bordeaux et ceux de la Rochelle, c'est-à-dire de placer 
les uns et les autres sur le même pied •; et quatre jours 
après, il intervint un anvt conforme émané du Conseil 
du roi. 

Fj'année suivante, le Conseil de commerce fut appelé 
à statuer sur la pétition du propriétaire de la raffinerie 
de sucre établie à Mai-seille, Louis XIV, voulant favoriser 
le commerce des îles françaises de rAmcrique, et jugeant 
qu'il était nécessaire d'accorder le linnsit aux ratlineries 
de Dordcaux pour leurs sucres, et la reslilulion des droils 
d'entrée, avait ordonné celte restitution par arrêt fhi 
31 juin 1671, « lorsque les sucres de ces raffineries pi'o- 
venant des moscouades de Vos'^, auroient esté portés en 
Savoye, en Italie et autres ]iays estrangers. » Le pétition- 
naii'e fait observer que si les marchands et les raffinem-s 



' Registre Ju Conseil de commerce 1' 1^. til. folio 577 verso; scance du 
3 révrier 170(1. — Affriandt-s par ce résultai, les raflineiirs dOrk^ans deman- 
dent plus Lard il être Irailès comme leurs tuufrères de Uurdl<jaux et <lc la Ro- 
chelle; mais ils (lichnueiit, « parce qu'estant comme au (.entre du royaume, 
non-seulfiuenl ils ont la ville de Paris, qui favl une tri-s-prande t'otisnmmalion 
de leurs sucres, mais encore toules les provinces limitrophes, m ils les en- 
voient facilemeut par le ruojen des rivières, et qu'ils ne sont puinl bornez 
i une iwîlite consommation camme les raflincurs de Bordeaux et de la 
Rochelle, dont le roitimerce souflVirnit également par une concurrence qui 
IciirdCTicndroil onéreuse, et qui, en ruinant leurs raflirteries, ruineroit aussy 
k nvuimcrre des Isles si nécessaire au soutien de nos colonies, » etc. (Heg. 
' F. 12. ii'i, fol m 52^ recto ; séance du M seplomUre 1711.) — Une délibération 
de la Chambre do commerce de Guicnne, eu d;itc du 5 janvier MiM, nous a[v- 
prend que Bijrdeaux envoyait aussi ii Paris des sucres rafTlnés. (Registre A, 
p. 89, J>1,04.) 

' Le registre porto dem»; mais nous avons conjecture (|ijc ce nw» pouvait 
enir de cchii de quelquo raJllneur ludliindais eUilili eu rnince. comme le cliar- 
enller de Vos, uiciitionnè dans la cnrrf'spondann' de rolberl. eu KiTI. Voyez 
. IV, p. ril8. ôo9ci ô(îl. 



mm HISTOIRE DU COMMEHCIi: 

(le Bordeaux continuent de faire passer leurs sucres en 
transit par l'Italie, la Savoie', « et autres ports de la 
Méditerranée, >» il sera obligé d'abandonner sa raffinerie, 
et il conclut que, sans avoir éganl à l'arrêt ci-dessus, 
celte factdié doit être retirée à ces commerçants et in- 
dustriels. La discussion s'engagea tant sur le mémoire 
du raffineur de Mareeille que sur celui du fermier général 
intervenant en cause; mais la décision fut renvoyée à 
une autre séance'*. 

Les raffineries de Bordeaux furent aussi menacées par 
la concurrence étrangère. Un sieur de Lescolle, ancien 
consul de France à Lisbonne, écrivait au contrôleur géné- 
ral, le 31 janvier 1711, pour lui proposer d'accorder 
aus Portugais la permission d'importer librement dans 
le royaume, entre autres denrées, leurs sucres. La lettre 
ayant été renvoyée au Conseil de commerce, il fut ob- 
servé que les Portugais ne pouvaient pius nous apporter 
leurs sucres depuis qu'on les avait grevés, « fort à pro- 
pos, o de droits considérables; « car, ajoutait-on, si on 
les avoit laissés entrer dans le royaume avec les modiques- 
droits qu'ils payoient avant rétablissement de nos cok>— 



• Us continuèrent effecljvement. En 17J5, un négociant àm Doi-deaux, le 
sieur l'Vsquel, prcst'iUail h la Chamlu-c de comniei-ce de Guienne un mémoire:^ 
yiorlanl qu'um* partie de sucic qu'il envoyait en Savoie s'était perdue sur le 
UltAne. (Ri'g. A, p. 438; séanee du 33 mars 1713. Cf. p. i39, mS; 30 mars 
et 13 juilk't. ) 

' Registre du Conseil de coiumerce F. 12. 53, folio IH recto; séance du 
21 janvier 1707. — Ce ralllneur, noiunié Gaspard MaureM, n'abandonna pas 
son étaiilissement ; il le vendit, avec son privilège, ii trois associés, qui, à leur 
tour, présentèrent une requête au contrftleur général. Nous n'avons point à 
faire l'analyse de ce docuaumt. curieux d'ailU'urs pour l'histoire de l'indus- 
trie du sucre. Voyez le registre F. 12. rj7. folio I.W verso ; seanre du 38 juil- 
let 1713. 



[•r UE LA N,VVI(;AT]0N a uordeaux. 



309 



'nies, il auroit fallu renoncer au commerce que nous 
faisons par ces colonies, et par conséquent à leur entre- 
tien. » La permission demandée fut doiïc refusée ^ 

Le Conseil repoussa pareillement une requête adressée 
par les sieurs Peyronnet et veuve et Funo de Saint-Lau- 
rent, négociants bordelais, au contrôleur général, pour 
obtenir la permission de consommer dans le royaume 
quatre-vingts coffres de sucre brut et lerrc du Brésil, 
provenant d'une prise faite par un armateur de Saint- 
"^lalo et menée ensuite a Btlliao. Le directeur des fermes 
s'opposait aussi h la consommation de quarante barriques 
d'huiîe de sarde arrivées à Bordeaux eî provenant de la 
pèche des Espagnols, sous prétexte que cette origine 
l''n' était pas bien justifiée. A la suite d'une longue discus- 
sion, la permission demandée fut accordée pour l'huile, 
après justification de la provenance alléguée, mais re- 
fusée pour le sucre *. 

A ce qu'il paraît, lîordeaux exportait alors en Espagne 
des sucres raffinés. Des négociants signalèrent à la Cham- 
bre de commerce de Guienne les abus qui se commet- 
taient à Bayonne dans ces sortes d*affaires •', les fraudes 
auxquelles elles donnaient, lieu*; et les raffineurs firent 
«ne proposition au sujet de l'arrêt sollicité par les fer- 
miers généraux à l'égard des sucres déclarés pour l'expor- 
tation^, 'fout le monde avait intérêt à ce que cette denrée 

' lU'ijistrc du Conseil de commerce F. \± tiS, folio 243 verso; sûanee du 
aouiars 1711. 

' Ibid.. F. 12. 53, r»Uo 233 verso; séance du 24 avril 17H. 
* Rcg. A de la Chambre de nHiHiierce, p. 293 et 25M); séances des 21 mai et 
juillet 1711. 

« Ibid.. p. 501, njiiilliM 1711 
Uiid.l\>.7m, njuillel. 



310 



HISTOIRE DU GOMMKUCK 



eût un cours régulier ot tics débouchés à rélranger, car 
les sucres de nos coionics surabondaient en France : c'est 
à ce point qu'en 1715, sur les représentations du com- 
merce, l'ordre fut donné d'admettre à l'entrepôt, pendant 
six mois, les sucres bruis que les négociants de Bordeaux, 
de Rouen, du Havre, de Dieppe et île la Rochelle, avaient 
fait venir des îles de l'Amérique, Plus laiYl, la même 
question étant revenue devant le Conseil de commerce, 
il fut décidé à l'unanimité qu'il devait être temporaire- 
ment permis aux mêmes négociants d'envoyer à l'étranger 
les sucres bruts qui arriveraient dans leur port, avec 
exemption des droits de sortie'. 

Les négociants de Bordeaux avaient écrit à ce sujet : 
leur lettre fut renvoyée à M. de Courson, inlendajit de 
la généralité, pour avoir son avis. Gel administrateur 
répontlit qu'il y avait pour le moment dans la ville trois 
mille barriques de sucre brut au-delà de ce qui était né- 
cessaire pour la consonnnalion des radineries, et que l'on 
eu attendait encore douze mille barriques par lo retour 
de trente-deux navires envoyés en Amérique. Le Conseil, 
réglant la mise en entrepôt de ces sucres, limitait à six 
mille le nombre des barriques ainsi entreposées; elles 
rdevaient être emmagasinées aux frais des négociants et 
tsous trois clefs différentes, l'une pour eeiL\-ci, la seconde 
pour les commis du fermier des cinq grosses fermes, 
la troisième pour le commis du fermier du domaine 
[.d'Occident, sans que ces sucres pussent êtr<' tirés de 
l'entreptM, pour la consommation du royaume, avant 
d'avoir acquitté 3 livres par quinlal, conformément 

' ltpy;istft'(lii<".i)nscil (Icroramerw K. ii. M), folid ISirtlo; séance du Ht dé- 
cembre 1715. Cf. folios III rcilo iHiûû ivclo; 2 juillet el H) iiovl'uiJjic 1710. 



ET DE LA NAVIOATIÛÎS A BORDEAUX. 3H 

à l'arrêt du Conseil du 20 juin 1698, savoii' : 20 sous 

pour le fermier des cinq grosses fermes cl 40 sous pour 

'Celui du domaine d'Occideiil, a et, en outre, 3 pour 100 

audit fermier. » A l'égard des sucres bruis qui seraient 

extraits des magasins en question pour être exportés h 

l'étranger et qui ne pourraient sortir que par mer, ils ne 

payeraient aucun droit, sauf 3 pour 100 au fermier du 

I domaine d'Occident, en prenant acquit-à-caulion pour 

l justifier, dans un délai convenable, de l'embarquement, 

transport et décliarge desdils sucres bruts au lieu de leur 

destination. 

En 1717, les négociants de Bonleaus adressèrent au 
contrôleur généra! un nouveau mémoire au sujet de la 
restilulion à faire sur les sucres raliiués dans le royaume 
qui étaient exportés à l'étranger, restitution qui devait, 
disaient-ils, se régler sur les droits à payer à l'entrée 
sur les sucres bruts des lies; en sorte que si les droits 
avaient été payés sur ces sucres à raison de 3 livres par 
quintal, la restitution à opérer sur le sucre rafliaé devait 
être de 6 livres 15 sous par cent pesant, et de 5 livres 
12 sous 6 deniers seulement, s'il n'avait été payé sur les 
autres que 50 sous. L'affaire ayant été portée au Conseil 
de commerce, l'assemblée fut unaniment d'avis que, 
pour [irévenir les contestations et les procès, il devait 
être fixé une époque pour ces remboursements, et or- 
donné que tous les sucres ratHnés qui avaient été destinés 
pour l'étranger, et pour lesquels il avait été pris des ac- 
quits-à-caution avant le P'' août 1717, jouiraient de la 
restilulion de 6 livres 15 sous par quintal ; et qu'à l'égard 
des sucres raiïinés déclarés pour l'étranger et pour les- 
quels les acquits-à-caution n'auraient été pris que depuis 



312 HISTOIRE UU COMMËHCE 

le V août 1717 inclusivement, il ne serait remis que 
5 livres 12 sous 6 deniers pour cent pesant*. 

En 1724, la question revint sur le tapis. Les sucres 
raffinés à Bordeaux provenant des sucres bruts des îles 
françaises de l'Amérique devaient-ils 15 livres, suivant 
le tarif du 1669, lorsqu'ils entraient dans l'étendue des 
einq grosses fermes*? Quelques jours après, il fut décidé 
qu'ils devaient payer les droits d'entrée dans les bureaux 
de ces fermes. Quant au droit de 15 livres par quintal, il 
parut trop fort, et il fut arrêté qu'il serait fixé en connais- 
sance de cause, « et ce, dans la vue d'établir une parité de 
bénéfice, et une juste proportion de prix entre les sucres 
raffinés dans l'étendue des cinq grosses fermes, et ceux 
des provinces réputées étrangères, » de manière que les 
sucres étrangers n'eussent pas plus d'avantage que ceux 
des raffineries du royaume'. Une autre délibération eut 
ensuite lieu pour fixer le droit d'entrée sur les sucres 
raffinés à Bordeaux et destinés à la consommation des 
provinces de la ferme*. 

En juillet 1728, les fermiers généraux envoyaient à 
l'un d'eux, qui se trouvait à Bordeaux, un ordre au 
sujet des sucres raffinés dans cette ville passant par transit 
dans l'étendue des cinq grosses fermes^; mais ce n'était 
là que du provisoire, et il tardait à tout le monde de 
sortir de cet état. En attendant, les raffineurs adressè- 
rent au contrôleur général une requête pour avoir la 

< Registre du Conseil de commerce F. 12. 61, folios 14o, 146; séance du 
21 octobre 1717. 
> Reg. F. 13. 71, p. 40; séance du 13 juillet 1724. 
3 Ibid., p. 59; séance du 27 juillet de la même année. 
* Ilfid., p. 213, 12 octobre suivant. 
» Reg. F. 12. 7S, p. 639. 



NAVIGATIOF 



lORDEAUX. 



'[lei'niission de faire usage île charbon anglais, avec pro- 
rogation (le la niixlératioiii de droits déjà en vip;ueur'. 
Peu après les lenniei's généraux présenlaieiit un nicmoire 
par lequel ils proposaient un nouveau règleiuent poiu- 
mellre un terme aux abus qui arrivaient, par le verse- 
ment des sucres raffinés à Bordeaux, dans réieudue des 
cinq grosses fermes, sous le prétexte du transi! de cette 
denrée à l'étranger. Ce mémoire, renvoyé au Conseil 
de commerce, y provoqua une délibération, le 13 octo- 
bre I7'il), et donna lieu à un projet d'arrêt dressé en 
conformité des conclusions du rapport fait dans celte 
séance, projet qui fui approuvé^. 

Au mémoire des fermiers généraux succéda bienfôt 
un autre mémoire des raftineurs, présenté à la Chambre, 
dans lequel ils exposaient le préjudice que porterait à 
leur intlustrie l'exécution de l'arrêt du Conseil du 14 fé- 
vrier 1730, cjui les assujctissait à rapporter dans quatre 
mois les acquits-à-caution des sucres raffinés destiués à 
l'étranger, au lieu de six mois qu'ils avaient auparavant, 
el à payer le quadruple des droits si la vente avait lieu 
dans l'intérieur du royaume '\ « Vous sçavez, dit la Cham- 
bre, écrivant à son député à Paris, que les propriétaires 
des raffineries qui font le commerce avoient la liberté, 



' Registre du Conseil de commerce F. ià. T.i, p. 817. 7 ocluhre IT28. — 
Deux de ft'S rallineiirs, Pierre I.linstaley Larosln et le sieur flo/é, sotit nommés 
dans un acte du notaire H;inchcreaii, dii 29 ftvrier 17:2H, ]>orUinl vente, ii eux 
fiiite pai' les imiK Hostcin frères, associés, de quatre vitigt-dix-se|it ti^rriiiues 
et cinq quurls de suerc brut, ii raison de 2ly livres l'i sous le qiiiutiil. pris ii 
l'enln [kH, « qui est le prix tourant de la meilleure inartliaridise de eellfl es- 
l'ècr. » 

* Uegistre du Conseil de commerce F. -12.77, p. (17- 7ô; st-iimt' du IH fé- 
vrier ITîO. 

'' Rep. C. de kt Cluimlm" de * «miiieiee, fnHolM rerln ; stMoct du -2'i joiïi I7ôft. 




^H lllsroiltE 1)1" CoMMEFtCE 

lorsqu'ils envoyoienl leurs sucres à la foire de Beau-J 
caire, de les destiner pour l'étranger, dans respéranec 
de les rendre aux Italiens, Savoyarils, Suisses et autres 
nations qui s y rendent, et que lorsqu'on ne leui' offroit 
point un prix raisonnable, ils avoieut la ressource de les 
débiter daits le royaume en payant les droits de consom- 
mât ion. Aujourd'lujy que l'arrêt du Conseil les prive de 
cette faculté, les étrangers exigeront les sucres à un baal 
prix : ce qui ne manquera pas de iléranger le com- 
merce ' . » 

Une autre chambre de commerce, celle de la Rochelle,! 
demanda plus lard qu'il fut interdit de faire sortir dôj 
Bordeaux, pour les îles b^anyaises de l'Amérique, les] 
formes et pots de terre que les plaideure tiraient de Sa- 
dirac poui' leurs ratilneries. Les raflineurs de la Rochelle 
obtinrent un arrêt conforme à leurs désirs-. 

Forcé de nous borner, nous nous contenterons de' 
mentionner une lettre de M. de Bernage de Saint-Mau- 
rice "\ au sujet des sucres ratîiiiés à JSordeaux, qui occupa 
le Conseil vers le même temps ^; mais nous dirons un 
mot des moulins fabriqués dans le voisinage de Bordeaux 
et destinés aux colonies. Un gentilhomme, maîti'e de 
forges en Périgord, ilattliieu de Lanlanié, avait entrepris 
de confectionner des tamboui's ou cylintires, supérieurs, 
à ce qu'il prétendait, à ceux qui veuaient d'Angleterre, 
et il se tkttait d'y avoir réussi. Enhardi par le succès, 
il avait établi des dépôts de ces espèces de moulins à la 



' Troisicnie iTj^isde tics Ictlrcs, HiUo 71 verso; l.'i juiUet 1"^). 

' Heg. tlii Conseil de roiuniei'ce F. 12. 79, p. -IST»; séance du 27 mai I73i. 

^ Uiid., p. o45. 10 juillet. 

* Ilnd., [>. ôil ; Sk-aoce tlu j avril i"d. 



liT DE LA .NAVJtiATKKN A II U 11 Ut- AUX. 



Guadeloupe, à la Martinique, au cap Français et h la 
I Louisiane; mais il retrouvait les inoulius île ses concur- 
Brents anglais introduits dans nos colonies, directement 
H ou indirectement, par les ports de l'Océan, notamment 
par Bunkerque, dont les négociants se prêtaient à cette 
traude pur les envois qu'ils faisaient de ces machijies 
dans le port de llordeanx. Gêné dans son imUisIrio et 
lésé dans ses intérêts, le sieur Laulanié réclama auprès 
du contrôleur général des finances l'observation des 
prohibitions particulières et générales, portées par les 
lois ilu royaume contre l'inlroducfion en Fr-ance et dans 
les colonies des ouvrages quelconques de tat>rii-alion 
anglaise, invoquant en outre, h l'appui de sa demande, 
P des considérations d'économie politique de Tordre le 
plus élevé. L'abbé Terray renvoya la pétition à l'iiiten- 
danl de Guienne pour avoir son avis, et celui-ci, qui 
était M. Esmeiigard, lui répondit après avoir consulté 
M. Jaure, ancien jurat et premier juge de la Bourse. Si 
l'on donne communément la préférence aux moulins de 
fabrique anglaise, disait-il, c'est parce qu'ils sont plus 
finis, et quand les fabricants français apporteront à cet 
ai'licle la même attention que ceux d'Anglelerre, ils 
auront le nu^nic succès. « Cependant, ajoulail riiiten- 
diint, afin de favoriser l'émulation des nationaux, rien 
I n'empêche que la proliibitiou ne soit renouvelée, ainsi 
que le désire le sieur Laulanié, et même qu'il ne soit 
pris des mesures pour empêcher à l'avenir les fraudes 
qui se pratiquent à cet égard en faisant venir ces mou- 
lins étrangers par la voie de la Hollande ou de Dunker- 
/iue; jnais, en même temps, il y auroil lieu de faire avertir 
ïet entrepreneur et ceux qui dirigent la fabrication de 




31G 



IIISTOHŒ DU COM.yillîCK 



ces sortos (l'ouvragps, de ne rien négliger pour leur don- 
ner le tle^ré de perfection dont ils sont susceptibles*. » J 
Deux Bordelais, nommés Boucherie, avaient annoncé,* 
vers l'année 1778, le secret de pousser le raffinage plus 
loin encore qu'on n'avait fait avant eux. De cent livres M 
de sucre brut, les plus habiles ratïineurs ne retiraient 
ordinairement que soixante-sept livres de sucre fin : les 
sieurs Boucherie assuraient que, par leurs procédés nou- 
veaux, ils en retiraient quatre-vingt-dix, ce qui don- , 
nait un profit de vingt- trois livres par quintal. Résolus, ■ 
après leur découverte, à former une entreprise en 
grand, ils sollicitèrent la protection et les récompenses 
du gouvernement. En conséquence, des expériences lu- 
rent ordonnées. Elles eurent lieu à Paris, en présence 
de commissaires, et le résultat fut favorable aux deux 
frères. La partie principale de leur secret, disait uu 
homme de l'art à Le Grand d'Aussy, consistait à cuire 
plus doucement, plus lentement, les matières, d'où il 
résultait une moindre quaiilité de cette lie qu'on noninie 
itiélasse, el par conséquent une mointlre ])erte. De plu*, 
le sucre travaillé d'après leurs procédés, était, de l'aveu m 
même des gens du métier, de beaucoup supérieur pour 
la beauté aux autres sucres ordinaires manufacturés dans 
le royaume, et cependant ils ne le vendaient pas pi 
cher ^. 



I 



' Archives historiques de la llinimle, l. I, p. :2îij et suivantes, n» cxxxui. 
- Hintttire de ta tic privée des Frmuiiia, l. Il, p. 201, 30o. 



1>I-: LA NAVIGATION A BOIIDKAIX. 



'Ml 



CHAPITRE XL 



SKL, r.AB£LLE; TABAC. 

iid commerce «le sel à Biinîcaux. — Vculfs el ui liais île rdte iteiirér par (1m niari'liatiiN 

celle |>bi« nu XM* sioclf. — Hi^Ull•il|Ul.• >k> lu ^iiliolie e;i Kroiicu; lioultleii t<srili.>i< jinr l.i 

vâe de ri'l iniixll ; lu Kiilietlc sou!« l'liilî]>iiu de ValuU pl Jlmii le ituii. — llùlahtUsciiionl 

r (imils sur If «."1 en 1517 ; lu ^aiiiloii^u rie stiiilèvi', — NouvcIIe n-vultc de tcllu pro- 

iiiiro, do l'Aii(;imimiis el li'iuie |i;iilit' cli> ia (îiiiciirif. — Airniri-» ili- m'I h KiMitcaiix nu 

pUîeu du XVI* liiôirlu. — MarrlianJn ilc r'nitinrs fumiiers An riiik^Vil ilii >*1 » Itoriluiiux l'I h 

love. — llvUiil» sur liw niirTalioii» île toiuiiieivc Ju Jiian Itcnnssu-, ruii ifuiix. — l^liars*'- 

l^nl de «ol à ilc«tliialliMi ila Hiinleftux ; veille roiiddénilhledorpIlG ilcTtrï-p à Iroi* marchaiirU 

Brdelais. — Ooiniiiurcc du sol îi Bonlp.ms .iu ïvir" skVJc, — L'clpvalinn du firiv do cfltc 

Èni'CC' dnmic iialssartri" » dnix simli'ïtmiL'jit.i siiiTCssif!' ; ilôlails rit! tes l'iiimilu». — r.luir^'i"- 

Dcnt de sel il dusliiuilî»ii de Hi^a. — r\f!ru4 do passopurt à <iii» iiavirc!! île Lubuik inivii3'<>« à 

|ti>cludlv |iiiur y prfiiilro ilu sel ; motif de i'« rcfiis. — Toli'raiii o liii Cuiisoil rln tiini- 

l>rice envers la Callierine, dv DroiiUK-iiii, venue ù ll<irdi>nux avec du sel cl il'iiulre^ jiriicles 

ffis à NaiiU^. — Mi'moire ilu iiithuiutii' de lloriifaiix ptjur nliliMiir de fjiirn voiiir lu «ol 

Itéi'ossairt! à la p«V'lic' ilc la inuruc. — l'iaiiilc» des iiiarrliand.'i de wl de Bordeaux ronlre 

deux lialiilnnlii de Mariuiiies, — IJiiwuierce du laliae ù U«i-dtvtux ; le« riinrrliniiils lie itIIo 

deiirtk; fomeiilcnl le sniilèvcnieiil do lfi75. — lti«torii|ii(> <k' la lépslntieii <Ki lahar au 

XVII* nioi'le ; iiiaiiuraiiurc» de ('luirac el île la Uatliellt> ; [)i>ri1<>aiix tunci'l à l'inijiorUilidii et 

à l'o^forlaliim de ruilo ileiicix». — Le fuminprec voil d'un mauvais nil la foniie ilii tiihnc ot 

In |iroliiliiliiHi de eelui de l'orlii^tal. — Wrnils sur les lalia» de* colonies U!>pajrn<ilcs.'^ 

^Pcrniïi*ii>ii aux néjfoiianU de Ihinkenpio do lirer hIo [tonlrjuv du lahar de l'Iairac, — 

Hhi>chcrrhe du l.nliar. a hnrd dus luiviresi. — ISévixali^in du i>rivilij(fp exclusif de la vt'iilo dn 

^Batiac ; elle esl ilikdarce lilirc. — linpurlalioii nt tntillscalian rie ]ii;>ei> de Hollande eii 17 jO. 

■ « Le sel que nous avons en Saintonge, le meilleur du 
monde pour sallor, et qui excède en bouté, eu valeur et 
en longue garde celuy de Lorraine, de Bourgogne, de 
Provence et de Languedoc, » donnait lieu à un grand 
>mmeree d'exportation, lioilin, unissant sou témoignage 
celui dw Discours sur les causes de fextresme cher lé 
li est aujourtniuij en France \ ajoute : « Cela fait que 



I* A Boawleaiis, n.rv. iaxwi., pistil in-fi". (Vijrit't^s hixtoriques et tittérairex, 
>1. par F<1 Koiirni^T, 1 Vil. p. l."»â i ^ l»liis loin 'p. Wi), raiilni}' de rcl 



318 



lll:?Ti)IHK DU COMMFHCIî: 



•Et 



l'Angluis, le Flameng et l Ecossois, 
fique- de poissons salez, chargent bien souvent de sables 
leurs vaisseaux, à faute de marchandises, pour venir 
acheter noslre se! à beaux deniers comptant. » 

Ce coninierce de se! avec Bordeaux ne fut jamais plus 
actif qu'au xv!" siècle, ou du moins c'est à cette époque 
que l'on en trouve les traces les plus nombreuses parmi 
les minutes des notaires. Le 28 février 1521, l'un d'eux, 
Cochet, enregistre une vente de cinquante et une pipes 
cl dciL\ mailiaux do sel par Jean de Mynvielle, mai'chaiiJ 
et bourgeois ilc Bordeaux, ii un antre de la paroisse- 
Saint-Michel, au prix de 27 sous tournois la pipe, en 
tout 67 livres 15 sous tournois. En 1532, nous avons 
trois chargements de sel par Pietro de Touailla, l'un de 
trente pipes, l'autre de quaranlf-cinq, le troisième de 
cinquante, pour a conduire sur le port de Grenade et 
illec délivrera François de Touaille '. » L'année suivante, 
c'est le premier de ces Italiens qui achète cent vingt 
pipes de sel pour 36 francs bordelais, à raison de 
45 sous tournois la pipe-, et un autre négociant qiii 
charge sur la Grimonde, de Bordeaux, un cent deseU 
prendre à Marcnnes et à mener en Ang;leterre-*. 

On attribue communément rinstiluiion de la gabelK 
ou impôt sur le sel, à Philippe le Long; mais son ordon- 
nance du 25 février 1318 montre que cet impôt existait 



nuvrajfe, iiltribué ii lliisUiricn ilu Flailhjn, coitiiireiid encore le sel parmi M 
dioses que nous exportions alors en Angleterre et donl on trouve lecoinl 
plus étendu et plus clixonstanciÈ dans la Galerie philosifphiquf de de Ma>' 
t. [I, p, ô3j. 

^ Mioiiti'S du Doui^i'aii. 1 jiinvirr >."kî2I. (Trois actes.) 

* tdUl., '■1\ mai V.iTCt. 

' thkl.. ia.nll |,^Sr>. 



ET DE LA NAVKiATION A 1H)IU)HAUX. 



31 î> 



th'^jà', et l'on en trouve des traces bien plus anciennes 

flans notre histoire. Une onlonnanoe de Louis X, en 

y 31 5, en i'ait niontion-. (Vêtait, trailleiirs, un tribut des 

■^empereurs romains, et il t!st probalile qu'il anra sur- 

^vécu à leur domiuation, quoiqu'il ait souvent iMé niodifié 

iepuis- 

Cet impôt excita toujours des troubles en France. Sous 
'hilippe de Valois, qui l'aiignu^iila et le diminua tour à 
)ur eu 1:^31, en 1342 et. en 134ô^ il donna lieu à des 
aulèvenienls, et, suivant le rédacteur des Croniqnes de 
France: « le roy acquist la nudc grâce et Tindii^nacion 
«peuple, tant fies grans comme des petis"'.» Le roi Jean, 
jrant besoin «.l'ariçent pour payer son armée, rétablit la 
belle en 1356*; mais la levée de celle imposition vqxï- 
011 Ira une opposition formidable, qui se manifesta, en 
ifff^renls endroits, par le massacre fies agents du fisc, 
amena une coalition do plusieurs barons de Normandie 
rebelles aux commandemens et ordonnances du roy, 
t que plusieurs autres pays y prirent pied. » 
Sajis s'arrêter à ces désorflres, le roi Jean rétablit la 
belle en 13H0. L'ordonnance porte que l'on formerait 
ies greniers à sel dans les villes et dans les lieux nota- 
les, que le grènelier achèterait des marchands tout le 



* Ordonnances des roix de Frunre, rtc, l. l, \). (J7l>, ait. 1. 

* Ibid., |). (JOtKiUfi. — Pour nos provinies uieridinnalcs, \i)\e/. le rrtie gascon 
! la liuiliéme iitinét' ilKclwaid l*' t,1fWl-Kl), uK'iiiJtr. \) e( Ul. 
'■* Livre rff« fnilz et ijexiex rfw roi/ l'hitippe de Vuici)*, ili. xxx, incidettces. 

* Le» Chroniiiites de ttireJeait fioimirt, liv. I, paiL. U, tliap. xx; t. I, ji. 322, 
S. — L'nrdonnancfl doni [tiirlc iii Kniissatl se trouve diins le tome Ul de' lu 

l^ndc rolicdion do eeilos dps rois de lii iniisiéiiic race, |i. 22, art. 1 . f l dan.s 
lieaieil iièiie'ral deit iniiinini-i his framuises, (risiiiiiliiil. I IV. p. 7r»8 cl 
ivanlcs. 



Mi 



UISKHHK DU C<J,MMEHCE 



sel qui s'y trouverait et que l'on y amènerait, et qu 
vendrait pour le roi avec bénéfice du (*inquième. DaiL'i 
les lieux où d n'y aurait point de greniers, on lèverait le 
cinquième sur le prix du sel qui serait vendu et revendu, 
et ce droit serait aftenné '. 

François P"" rétablit la i,'abclie en 1517, et de 12 sous 
et demi la pipe que coûtait le sel eu 1516'*, il inonla 
jusqu'où nous l'avons vu. Peu à peu, les droits de cette 
ferme augmentèrent; mais ils étaient beaucoup moin- 
dres dans les provinces où se fait le sel que dans les au- 
tres''. Des modifications à ce réin;ime occasionnèrent une 
révolte en Saintonge et en Guienne; lavdle de Libouj'iie 
surtout se sii^nala par certains exc^s commis envers le 
commissaire « depputé par le roy pour l'entretenement 
de ses edictz et ordonnances sur le faict des salines el 
gabelles. » Le parlement informa*, et, deux mois après, 
il rendit un arrèl relatif au soulèvement de la Saintongel 

Six ans après, éclata une nouvelle révolte, bien plus 
sérieuse que la première. A l'avènement de Henri lUii 
trône, les Parisiens ayant représenté à ce prince que la 
ferme du sel augmenterait considérablement si l'on éla- 
l>lissait des greniers et des commis dans tout le royaume, 
il y eut des ordres donnés en conséquence. On mit des 
impôts sur le sel jusque dans les salines. Ceux nu'^mes qu> 



1 
I 



i 



' Oriionuances, etr., t. lU. p. iôfi, i,"7. 

• Par acte du 2 mat's de ct-Ue année. Jeun Joly , inurriiand de Mareoo*-** 
s'engage a livrer, a ce prix, sur le port lio Langon, ii Miclipau Joyeulx, idï^'' 
chand de la Rorhelle, ci^nt [lipcs dtt sel. (Min. dct Douzcau. r.r. â mars 1.'>I(S 

■' D. Dcvienno, Hist. tie la iiUe de JUmleattx, ]" part.. Uv. jH, \). W>. 
— Cet wrivaLn ne dit rien du sniJlrvi'iiipnt de IMi. 

* Rrpisiro du parlonieni R. 'ii. arn-t dn IK mai l.">ii. 
•' {Mil.. !\mH (In âOjnUlet I."i42. 



t;T Dl'] LA .NAVIGATION A BORDEAUX. 321 

le faisaient lurent, obligés d'en acheter, et on préposa 
une multitude de commis à rexécutioii des ordonnances. 
Ce joug parut insupportable, et la rigueur avec laquelle 
les ordres des partisans étaient e.xécutés aclieva d'indis- 
poser les esprits. On s'en tint quelque tenqis aux mur- 
mures; mais le bruit s'étanl répandu que les fermiers du 
sel, non contents de lever des ilroits exorbitants, mêlaient 
du sable et du gravier dans cette denrée, les communes 
de Saintonge, d'Angoumois et d'mie partie de la Guienne 
se révoltiîrent ' . 

Pendant ce temps-îà, les affaires de sel durent être 
arrêtées; il est du moins certain que nous n'avons trouvé, 
pour l'année 1549, qu'une vente de cinquante-trois pipes, 
au prix de 53 fr., h un individu de Sainte-Livrade, par 
Marie Bontenips, demeurant aux Chartreux*. Deux ans 
après, le commerce ayant repris, Nicolas Nadau, de Sou- 
lac, vendait à Bernard Forthon, marchand et bourgeois 
de Bïordeaux, vingt muids de sel rendus sous vergues^; 
Mynjollet du Boys, marchand de Capbreton, afl'rétait la 
Jeatme de Saint-Seurm pour aller chercher à l'île d'Olé- 
ron quarante-six muids de sel et les mener à Bayonne*; 
Charles Lequeulx, marchand de SaitU-Jcan d'Angély, 
chargeait cent quarante-deux muids neuf setiers de sel, 



' D. Uevit!iiiif, Jtktoire de Uardeatix, l" iiarlif, liv. Ml. p lOG. —Cet auiciir 
cili' k:s Aniinlm d'Aquitaine, de Rouchil, [lart. IV, |i. Titif et suiv.,t't X'iliH' 
toiie iiiih't'riicHe <!e Jacqiics-Auyiistiî de Tlioti; on peut y juindiv un IHgcours 
de lit riba'me et cmotion des Sanlmrjetns el Binirdeluin, pour rtmait de la yal/elie 
dutel, (iiii se trouve dans les Planti, /WMr/iHif; et di-scriptions de ptusiettrs viiks 
et fiirtgresses, Itnil de VEurope, A»ie, que des Ittdex. etc. X Lyon, M.n.Lxiii:,, 
in-tl>lirt, p. a. 

-'Minutes de Dim/eun, H juin I54B. 

' lliid.. iô mai Ij.'jI. 

' Ihid., 22 j (lin l'wl. 

M. 31 



i 



liffrf\f<nix K f-.t un tîthtf-.iAtA Ae cMtt^ ^ilk traitait z*xr 
urKr pArti^; d'; k mêffie denrée avec Peyre «lel Cr«». •:«?• 
firenarle ', 

L'anri'V; •uivant^. !♦-> tranâaiïtions >ur le sel ne farwil 
fiM rrioifi?» conMfW-nhlf^. Par acte de Douzeau. en «iate 
du 2i juin l>jr/2. deux marc(iand.s. Tun de Bonieaux. 
Tautre de Marr-nn*^, vendaient à un marchanfi de Poi- 
liefH quatre mille pipes de sel, mesure de Bordeaux ou 
de Ijiu^ou^ k rr;ndre sur le port de PofJensac; un autre 
marchand de Mar*;nnes s'engageait, le 6 juillet sui^-ant, 
k [«ver il Jacquf^ Girard, receveur du quart et demi 
jK»ur le roi k Blaye, 30 livres 18 sous tournois, dus 
pour le droit dudit quart et demi du sel qu il avait fait 
amener et descendre sur le port de Bordeaux; le 14 du 
mAme mois, Jacrjues ll(;gnauld, marchand de la Rochelle, 
vijfidttil tnîiite-quatre pipes de sel à Pierre Bargaran, 
marchand, demeunint au port de Sainte-Foy la Grande, 
au firix d(5 /i2 sous deniers tournois, rendues à Bor- 
deaux ; le 2 août, Hélie Vidau, marchand, demeurant à 
Saint-Sernin d(î Marennes, vendait à Paulin Girard, mar- 
chand d(î l*()iti(M'8, soixante muids de sel rendus à Li- 
IxMinie. 

('/('•tiiil <Mi(M)r(^ un bourgeois de Poitiers qui avait la 
IcruH! (lu sel n Bordeaux, et, h en juger par les locations 
d'inuneuhles ([u'il lit dans celte ville "', cette charge n'était 



* MIiuiIomIo I)()U«Min, 17 juillet L'iTil. 
MMil,, hnioiUIKTil, 

* lim<ntion pur J(<:tn Itoaiisso, marchand et bourgeois de Poitiers, de deux 
n«niM\n.\ ruo dos Aryonliors, d'une autre rue de la Pctite-('.arpenterie, et d'une 
twixii>n»o rue des Argentiers. (Minutes de IViuzeau. 2»i juillet lixiO.) 



\:t de la navigation a bordeaux. 323 

pas mince. Le 3 novembre 1552, suivant acio de Douzeau, 
il réglait son compte avec Bernard Vergés, marchand, 
deineurani à Langon ; dotLx jours après, le mÔme notaire 
t dressai! acte d'une reconnaissance de 40 écus d'or sol, 
^pi-ètés par Joan Reausse à Menaidt, dit Tasfet, rnarchantl 
de Bazas, et le 16 novembre notre Poitevin avan(;aiL une 
somme plus considérable {400 écus d'or sol, à raison de 
46 sous tournois, valant 9*20 livres) à Giron Girai-d, Ila- 
mond Causse et Pierre Uenycr, marchands de Bordeaux. 
A cette époque, il avait pour associé en la ferme <lu 
quart et denn du sel, André Janvier, sieur de la Peu- 
guerie, receveur du domaine royal à Angoulême, qui 
figure dans un contrat passé, le 6 novembre 1552, par 
Doiizeau, pour un achat de cent cents de sel, chaque 
cent contenant douze muids, mesm'e de Paris. Par un 
autre contrat du 14 du même mois, Jean Beaussc s'en- 
gage envers deux marchands bordelais, Aruaull de Mas- 
plède et Aruaull Durançau, à transporter du sel par eau 
jusqu'à Bordeaux et à Langon, cl. il acbèlo au pi-cmicr, 
par acte du 30 janvier 1552, tout le sel qui se trouvera 
en deux navires « de présent estant en avant Rlaye. » 

En même temps que Jean Beaussc, d'autres marchands 
Taisaient le commerce du sel. A la date du 9 décem- 
bre 1552, on trouve, parmi les minutes de Douzeau, la 
charte partie d'atri'étemenl, par Amaury Bit^dt, éclicvin 
■io la ville de Saintes, d'un navire breton de cinquante 
tonneaux, pour aller chercher au !iavre de Hrouage •< et 
en la chenal appelé c/c Mandormtf, » deux cents et demi 
de sel, et les conduire à Bordeaux; et le même registre 
>urnit, à la date du 30 décembre, un contrat de vente 
cinq mille sept coni soixante-dix -huit pipes de sel 



324 



HISTOIRE DU COMMERCE 



« eslanl es sallines de cesle ville du Boui'doaux, » par le 
représentant de sire Paulin Girard, bourgeois cl mar- 
chand de Poitiers, à trois marchands de BorrleaiLx. ■ 

Pour le wii*^ siècle, nous n'avons guère à enregistrer 
que des contraventions aux règlements de la gabelle et 
des contiscations de sel à Libourne et sur la Garonne'. 
En 1580, l'administration avait fait imprimer un reciieO 
concernant cette matière fiscale-; mais elle ne devait 
point s'arrêter à ce qu'd renferme. Un peu moins d'iin^ 
siècle après, elle augmentait le prix du sel et donnait 
ainsi lieu à une révolte terrible en Guienne et dans une 
province limitrophe. La sédition fui étouflee à Angou- 
lême; mais au boni de quelques mois, le 28 mars 1675|j 
Bordeaux se soulevait aux cris de : Vive le roi sans gc 
belle! Pendant plusieurs jours, les révoltés, après avoiji 
tué et traîné dans toute la ville un inalbeureux qui n'avait^ 
pas voulu crier avec eux, tinrent rautorité en écliec. Le, 
maréchal d' Albret , s'étanl hasardé dans les rues du quartier j 
Saint-Michel à la tête de quelques troupes, fui accosté paf^ 
un des meneurs en guenilles. « Eh bien ! mon ami, lui dit Ifi 
maréchal, à qui en veux-tu? as-tu dessein de me parler? i M 
— a Oui, je suis député des gens de Sainl-Michel pour 
vous dire qu'ils sont bons serviteurs du roi, mais qu'ils 
ne veulent point de gabelles, ni de marque d'étain, ni <ie 
tabac, ni de papier timbré, ni de greffes d'arbitrage. • 
Le maréchal, à leur merci, dut faire sanctionner celte de- 



' Miniiles de Cnuthurf!*. tHjuiUet IfiîS, folio 345 recto; et 30 octobre dH> 
môme année, fulio ôSKi recto. 

' Les Editx et onlonuaitcfx royaux, faicte» et jiubMex Kur le faki et rfflf 
ineril des aijikt, tnilln, tinliflle^t, m(maùtti< et \irenierx h *<*/, etc. A (*''"'*• 
M. D.L\xx., in-4". 



i:t dk u navigation a nonoEAUX. 



:m 



mande par le parlement, et Golbert lui-même approuva ces 

pBoncessions, qui furent suivies d'une amnistie complète. 
Elles ne ramenèrent pas les esprits; car, peu de temps 

fciprès, le 24 avril 1675, l'intendant écrivait que « si le 
roy d'Aiighîterre vouloit jn-ofiler des dispositions de la 
province et l'aire mie descente en Guyenne, uù le parly 
des religionnaires estoit très-fort, il donneroit dans la 

Pfeonjoncture présente beaucoup de peine *. » 11 ajoutait que 
la bourgeoisie ne paraissait pas mieux intentionnée que 

Wàe peuple, et que des velléités de rébellion se manifes- 
taient dans des provinces voisines. Cependant des mesu- 

_res étaient prises en vue d'un nouveau soulèvement, que 

|loul rendait probable. 11 éclata au mois d'août suivant, 
et fut vigoureusement réprimé. 11 y eut quelques hommes 

bues et une quarantaine d'arrestations. Le 21, le maré- 
chal d'Albret écrivait à. Colberl : « Hier on commença 
iVnn pendre deux dans la place Saint-Michel ; aujour- 
d'huy on conlinuera, tiinsy que le reste de la semaine, 
de donner au public tous ces exemples de sévérité. » 
Les troubles ayant recommencé à la Bastide, à la porte 
de Bordeaux, le principal instii2;ateur fut aussitôt saisi et 
Lécuté sur la roue. A partir de ce monieni, tout renti'a 



' L'intendant ne (JU pas que les Anglais n'avaient puint lenoiiCL' à PL-nlrer 

possession di' la Gnienne : or, il est nnliiin (|ii'uti siècle apivs la (;iini|uôte 

caressaient encore cet espoir. Le 1" décembre l^i, le président de Feu- 

gerolles, rendant enmpte au cardinal de Lorraine delà conimissiûn qu'il avait 

rei;ue du roi « [lour le laid des traites des bleds et des vins en la pruvitice de 

Guyenne, ■■ Mj;niilt: à Son Kinitu-nce l"u ritation des marchands Hriglais aux- 

^61» on UcHiandail Wvn (mur tonneau devin surlant hors du royaume. Us 
riaient avec la dernière insolence lie Uordeiiiix et de tout le dueliê rouime 
de leur hériLugc et ancien palriiuuiue, disant qu'il n'était pas an pouvoir du 
i»i d'onfreimlre leurs priviléi^es. (IS't'gDdat'wtis, li-ftrcx et ftit-ccx rihmes rrtn- 
Wrc» <ui ftijtir lie l'tumvix //. p. (>H2.) 



iCUS 



I 



32() HISTOIRE DU GOMMEItCli: 

dans l'orJre, et les taxes des affaires exlraordinaii'es se^ 
payèrent sans difficullé. Les Bordelais, bien convaincus 
de leur impuissance par cette nouvelle tentative, n'oi 
rent plus remuer *. 

Nous n'avons point à parler du commerce de sel que 
la Sainlonge et TAunis faisaient avec le nord de FEu- _ 
rope, bien que nous ayons sous la main tous les maté-B 
riaux qui s'y rapportent^; nous nous en tiendrons à ceux 
de ces documents qui nous montrent ce commerce en 
relation avec Bordeaux et venant y chercher d'autres ali- 
ments. 

En 1706, un sieur Thévenin, ayant fait la demande 
d'un passeport pour un navire de !280 tonneaux venaut 
sur lest de Hollande à Nantes, pour y cliarger du sel à 

' Lcllrfs, iustnictkms et mémoires de Collierl, l. l\, i" partTP. inlrinliictinn. 
p. Xf.iv, xcv. — On pi'itt lir« un réiit plus cuiiiplut de rcs soiili-vouii'iUs iIjm 
YHixtaire de Uordeaiix Ai IK Devienne, 1" ji;irLie, Uv. X, ch. xxxii. p. iSâ'CiOtl; 
et encore mieux dnns un curieux article de M. E. GauUicur, sur les pinliew»! 
cstalnguicrs de Pnrdfîiiix. \Reme d'AquUahie, etr., I. XII, p. riOl-310.) — 
r.omnH» U Durdeaiix, 1 inlrudiiclion de la pheUi- dans les Landes et dans le 
Pays Basque mit toute la population en émoi. Force de si^vir, rintendaiil<le 
<)Uieniic le fit avec la dprniire rigueur, «t les relatiuns eummcniales entre !« 
(letfx villes principales de la généralité eurent Leauenup Usodfi'ir. On trouvera 
de noiuljreux renseignements sur cette résistance ii Tautorité royale, dans 1^ 
(Mrrenjmidmue adimmxtraik'e nuns le rOi/ne de Lmii* A7V, 1. 111, introdiiction. 
p. v-vu, et dans la correspondanee adressée par l'inlcndîuit l'ellot a CoIIntI 
(même vularae, p. G«-I2ô), Vayez encore celle de ce niiiiistir, t. II. I"* |wrli<'. 
p. ÔO.-?. 

* Ms. dii Musée liritaiiniipie, BIMiollieiiuc du roi, lô. II. H, folio G2 ver*"- 
— Stdle Paliers, etc., vol. 1, Kitii? Henry Vlll, [lart II. p. 787. — Slale IVilwrs, 
Domcslie Séries, Charles II, HJlJti, Sept. J. vid. CLXX, n" 6. — Leilre», »»• 
tnii'timtx et mi'imtires de iMllnrt. t. 11, I '^' partie, p. clxxxim ; 2= partie, p, ?^'« 
(iâG, om, <j:î-2, noie de note, tiôri. twlî. iMi, (Hil. — Sur le OmUrrolk id » 
receple de la comtiime de linymwe {C Bureau des linances. Tolio 71 recloi.nl* 
date du 31 mai lOi'i, il est l'ait roenfion do l'outrée d'un navii-e iV.\l)ertlM" 
chargé de sel; mais il est sdr que ce sel venait d'Espagne, Voy, Slale l*"' 
jiers, etc.. vol. 111, King Henry Vlll. part III [nmliniied^ n" ccuxiv, p *tt. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 



327 



destination de Kiga, essuya un refus, bien qu'il se bornât 
à vouloir importer de ce port de la bourilille, du bour- 
dillon et du merrain, pour l'éclianger, à Bordeaux, contre 
des vins et autres choses permises '. 

En 1711, deux navires de Lubeck arrivaient à Bor- 
deaux, chargés, entre autres marchanihses, de quarante- 
huit barils d'alun. Ayant pris leur chargement de vin, à 
l'exception d'un huitifeme de leur capacité, parce qu'il 
ne s'en était pas trouvé davantage à vendre, ils avaient 
fait voile pour la Rochelle, dans le but d'y embarquer 
du sel. Ayant demande la permission nécessaire, les in- 
téressés éprouvèrent un relus, « à cause de l'abus que 
les neutres pourroient faire de pareilles permissions en 
portant des marchandises d'un port de France dans un 
autre, au préjudice de la navigation des sujets du roy *. » 

Les officiers de l'amirauté de Bordeaux ayant reçu des 
ordres pour empêcher que les vaisseaux neutres ne fissent 
le commerce de port en port pendant la guerre, se cru- 
rent obligés de dénoncer l'arrivée du navire la Catherine 
de Drontheim, venant de Nantes, où il avait pris cinq 
charges de sel, de l'eau-de-vie et du vinaii!;re, une caisse 
essence de jasmin, des boites de contltures, du sirop et 
de l'indigo, en échange de ^^raine de lin et de cuivre. 11 



' Hcgistre du Cniisoil du (■omra«"rce F. t-2. ."îS, folio 360 verso; séance du 
3() mars ITiKî. Cf. fulio 2(il i-rtU); séancf du "i' luiirs de la môme atinéc— IJin 
négociant de lUmicaiix, noiniué la Mulif Tliheuin, fuirail, seize ans a^n'ès, 
foniiii^ pinpriélairc 4'un naviro, siisi pour iivoii- appuili! de Cadix vinfiHleux 
pipes éf sel i-liangor, donl rt-nlice t-lait dcftiidiie fii Knuce. A rclte rî(ruetir 
' l'arrêt joigriailla (•nuliscaljun du sel, destini' \\ Hie jrté à la idct, avec con- 
(lamnaliun â 5,0(10 livres d'amende envi'is M« Charles Ootdicp, i-harK<i de 
la régie des fermes unies de France. iHegislre F. 1:2. 69, p. 172; séance du 
13 mai J'ai.) 

U<"^islre du <;«nscil de nimuicne I', 1:3. '-m, («dii» ôlK veiM»; 2S aoùl 17 M. 



328 HISTOIHI-: tu: co.mml:kce 

lui fut permis d'aclièvei' mm chargement et de s'en re- 
tourner dans son pays ', par une condescendauce qui se 
manifesta ensuite envers de& négociants de Bordeaux'*. 

La même année, tous ceux de cette place sollicitaient, 
pour leur faciliter la pt'clie des morues sèches à l'île 
Royale, les mêmes exemptions dont jouissaient les au- 
tres négociants en dilï'érents ports du royaume, entre 
autres, la permission de faire venir par des banjues (h 
la rivière de Seudre le sel nécessaire pour cette pèche, 
et de les renverser île bord en hord, au port de Bor- 
deaux, dans leurs navires, sans payer aucun droit. Le 
Conseil de commerce émit à cet égard un avis favorable, 
à la condition notamment que les déclarations et les vi- 
sites des barques de sel seraient faites en la manière or- 
dinaire aux bureaux de Blaye et de Bordeaux, et que les 
barques seraient ancrées près des pataches de cette der- 
nière viîk' jusqu'au renversciiient^. 

Vers le même temps, les nuu'chands de vsel de Bor- 
deaux portaient plainte à la Chambre de commerce 
contre deux habitants de Mai-onnes, qui, sous prétexte 
de la fourniture qu'ils s étaient chargés de faire à TÉtal, 



i 



^ RcgistM du Conseil de commerce F. 12. 37, fuiin 1!1| cci-lo; wancc du 
26 si'ptembi-p ITH. 

* Les sii'urs Men-ier ot C" avaient d^inandé de faire passer du Ilavre ;i Rur- 
doaux trois naviri^s li;trat)our^cois qui avaient servi jusfjn'iilurs ii Irjiisporii'i' 
It'sselsde la lioclielle au Havro et u Honllcur, pour aller prciidrc cliiu nui» 
leur chargement de vins et i!aux-d<»-vie sans Hrtt oliligoâ ûy faire quaranUioe. 
Celte requî'to eut un i»lein siicct>s. (Rpg. du Conseil de *"oninjurce F. 12. 5T, 
folio 208 viTso; siaricp du H décembre 17).". ^ — La douane se niontrail 
moins accoiuiutidante quand il &'!igissiiit de sels étrangers. Voyez, an sij*' 
d'une saisie a llonleaux de vjnyl-deux pipes de cctli; denrée, (•huipéesar.mliJ. 
un arrêt rapporté plus loin, a la dale du 3 mars 1722. (lOid.. V !-• '*" 
p. 172,') 

" llegislre du Coiist'il de foiimierce F. \ù. Îj7, folio :207 recio. 



KT DE LA .NAVkiATlUN A UOliDI'Al'X, 



329 



I 



I 



i 



les ruinaient entièrement, « ne pouvant [ilns avoir de 
sels des particuliers maîtres îles marais salans, ce qui les 
a rendus si rares et si cliers, ajoutent les pétiliounaires, 
qu'à peine s'y en trouve-t-il pour les besoins de la vie. » 
Une enquèle lut ordonnée'. 

Souvent aussi, sous îtrétexte <k' iburiiîturo à l'Étal, les 
agents du lise mettaient en réquisition îles quantités plus 
ou moins considérables de sel, pour faire eux-mêmes 
du commerce ou fatoriser tels ou tels marchands. Un 
acte du notaire MichcUet, en date du 18 octobre 1714, 
porte qu'un inspectèin^ général des traites foraines aux 
bureaux de la Roclieile et bas Poitou, avait fait enlever 
du magasin, de deux marchands des Sables d'Olonne, 
comme si c'eiit été pour le roi, 5,490 bvres de sel, fai- 
sant 561 boisseaux, pour les faire conduire à Bordeaux, 
à l'adresse d'un sieur Aquart'', qui les avait vendus à 
Matthieu Fontenioin, marchand de Libournc. 

B'autres acfes du même notaire méritent d'être men- 
tionnés ici. Dans l'un, du 6 novembre 1714, un nég(j- 
ciant de Bordeaux est présenté comme ayant ^clldu cent 
mines de sel à un marchand de Penne, en Agenais, à 
raison de 16 livres la mine, quittes de tous droits et 
payables partie en arij;ont et partie en prunes, ]oi;ées en 
vingt barils, à raison de 10 livres 10 sous le quinlal, et 
rendues pareillement acquittées sur le ]iort de Bordeaux. 
Dans un autre de ces actes, du 12 novembre 1714, un 
ancien maire des Sables d'Olonne apparaît à Bordeaux 



' Regisslcc A (ki la Chambre io. lomuicrce, p. 5K2; si"anc« du Ilijiiiu 1713. 

- En deux endroits dfs rcgi^lres tJu Conseil de nimmeree (F. 12. 78, p. 693, 
Î50 aoill 1751 : cL F. 12. 80, p. 1, ^2 janvier l"iS), il est fuit incrilian d'un :ir- 
iiiiitciii de lîdidcaux iionniu' .iiq>uirlii, *c qui iL^seiulde bien ii .\i}narl. 



330 HISTOIRE DL* COMMEHCE 

comme importateur de sel et exportateur de matières 
résineuses, telles que brai gras, à raison de 24 livres 
le baril, et goudron, à raison de 13 livres •, Mais le 
plus intéressant de ces documents est une sommation du 
30 octobre de la même année, qui s'appuie sur un rè- 
glement des maire, sous -maire et jurats de Bordeaux, 
ordonnant que la compagnie des maîtres sacquiers don- 
nerait vingt de ses membres aux marchands qui auraient 
du sel à décharger, « pour travailler à la décharge pré- 
férablement à toutes autres denrées*. » Une autre som- 
mation, du 29 novembre 1714, relative à vingt-quatre 
muids et demi de sel de l'île d'Oléron, montre que ce 
déchargement éprouvait quelquefois du retard. 

La part qu'eut le tabac dans les émeutes formidables 
de la Guienne, en 1675, nous autorise à dire quelques 
mots sur le commerce de cette plante à Bordeaux. 

Le 24 avril 1675, l'intendant, adressant à Colbert un 
rapport sur ces événements, s'exprimait ainsi relativement 
à cette participation : a Les marchands qui trafiquent en 
tabac, et qui, outre la cessation de leur commerce, se 
voyoient chargés de beaucoup de marchandises de cette 
nature, que les fermiers refusoient d'achepter, et qu'il 
ne leur estoit pas permis de vendre aux particuliers, sont 
bien aises que le bruit continue, pour continuer avec li- 
berté le débit de leur tabac ; les autres négociants s'es- 

' Ces matières devaient sûrement servir k bâtir des navires conformément 
aux règlements longuement exposés dans les us et coutumes d'Olonne, publiés 
par M. Pardessus dans le tome VI de sa Collection de lois maritimes, etc. Voyez 
p. 548. {Pour achepter marchandises, bray, gouldron et autres choses.) 

* Dans cette pièce, il est fait mention d'une barque de sel « mise en cou- 
tume » par le sieur Luneman, que nous avons déjà vu ci-dessus, p. 268, note 1 , 
et p. 275. 



HT i)l-: LA NAVRi.vriON A UUHDHAl'X. 331 

loieut laissé persuader, ou du moins avoient teint fie 
l'eslre, que, tlu tabac, on vouloit passer aux autres niar- 
cliandises. Les estrangcrs habitués icy fomeuleut de leur 
costé le désordre*. » 

Le commerce du tabac était effectivement entre les 
mains de cette classe de néi^ociants. Ou voit dans la dé- 
claration du rui, en date du 17 novembre 1(j20, que l'on 
faisait alors venir le petuu, autrement appelé herbe nico- 
tiane ou her^ùe à la reine, des pays étrangère, et qu'il 
ne payait aucun droit d'entrée, sous prétexte qu'il n'avait 
point été compris dans les anciens tarifs ou pancartes. 
On y expose même que cela avait donné lieu d'en taire 
apporter une grande quantité, de sorte que les sujets du 
roi, à cause du hon marché, eu prenaient à toute heure, 
excès funeste à leur santé; « à quoi S. M, voulant pour- 
voir, elle auroit imposé un droit de 30 sols par livre 
pour le droit d'entrée, excepté sur celui venant des isles 
occidentales appartenantes à la Conq>{ignie. » 

L'usage du taljac s'étant répandu de plus en plus dans 
toutes les parties de l'Europe, la plupart des princes voi- 
sins de la France en lircut un des principaux revenus 
de leur couronne, et c'est à leur imitation qu'en 1674 
le roi s'en était réservé le monopole. La déclaration 
donnée à cet ctfet est du 27 septenjbre. 

Le 30 janvier suivant, le bail de la vente exclusive du 
i tabac fut fait h Jean Breton, moyennant 500,000 livres 
[j)our chacune des deux premières années, el 600,000 li- 
vres pour chacune <les quatre dernières. L'article 11 du 
traité intervenu à cette occasion désigne, au nombre des 

' Pierre Cl<jniftil, Hhloirc de la vif et de ('tuimiiiixiralmi <lr Colhrii. cW., 



33i 



IIISTUlIlt: ULI CtKMMLUCK 



porls d'enirée de cette denrée, liordeaux avec d'autres 
porls de l'Océan. 

Le 25 janvier 167G, un arrêt du Conseil, désignant à 
peu près les mômes ports pour l'expédition des tabacs 
du cru du royaume, y ajoutait les porls principaux de la 
Méditerranée; et un nouvel arrêt du 14 mars suivant 
autorisait, à l'exclusion de tous autres, sous peine de 
confiscation et de 1,000 livres d'amende, les habitants 
de la généralité de Bordeaux et d'ailleurs, à cultiver le 
taljac. 

Il existait alors à Clairac une maniifaclure de tabac 
fondée par un individu qui, vers 1630, avait rapporté 
de la semonce d'Amérique', et Louis \1V venait d'ac- 
corder un privilège pour l'établissement d'une fabrique 
semblable, à la Rochelle, à tleux protestants zélandais, 
Jacob Lievens et Frédéric ClémeJd, « pour y presser et 
accommoder en mastinés le tabac en feuilles, tant de 
nostre royaume et isles françoises de iWraérique et au- 
tres lieux*. » Rien de pareil n'existait encore à Bordeaux, 
à telles enseignes, qu'en 1649 un religieux, qui avait des 
relations avec cette ville, envoyait de la Guadeloupe 
Saitit-Maîo le tabac dont il commerçait sous le nom d'un 
tiers-', pour échapper aux défenses portées contre ht 
ordres monastiques qui se livraient à ce trafic. 

Cependant la culture de cette plante prospérait et 
Guienne. Un arrêt du Q janvier lt)77 vint désigne" 



I 
I 



* Lo chevrilior de Vivcns, Ubnenat'wm sur dhen moyent, de tniutei^ir ft rf' 
courager VagrkuUure, prUiàpaîenient ilans la Oulenne, etc. [Boi-deaux 
n. Bcc. LVi., in-H", 2^ parlje, p. 52. 

' ifllres. imfriirthmit et mt'nioires de Colbert, l. Il, 2' parlic, p. 8f>2, 833. 

' Minuk'.s (le (".«)iiliiui('&. 10 tiovoiiilire Ili'JTi, Mw <Hi rctlu. 




ET DE LA NAVK.ATICIN A ndROKAUX, 333 

d'une manière précise les communes autorisées à planter 
du tabac. Ces commnnes, au nombre de trente-deux, 
formaient ce que l'on appelait la juridiction du et^u du 
royaume ou du cru de Guientw, et font aujourdliui 
partie des départements de Lot-et-Garonne et de Tarn- 
et-Garonne. 

Le V octobre 1680, k ferme du tabac fut réunie aux 
autres fermes du roi, et comprise dans le bail fait à cette 
époque avec un certain P. Boutet, Pendant la durée de ce 
bail, parut l'ordonnance réjjflemen taire du22 juilletl681, 
statuant sur une Ibide de détails et tixant les prix aux- 
quels devaient être livrés les tabacs du royamne et des 
îles françaises et ceux des pays étrangers. Il fut encore 
désigne des ports, tant puur la sortie des tabacs indi- 
gènes que pour l'entrée des tabacs exotiques : Bordeaux 
est porté sur ces deux listes; mais on ne voit pas figurer 
les tabacs étrangers parmi les denrées qu'attirait le com- 
merce bordelais. L'article lui venait de l'Agenais, ce qui 
n'empêchait pas les commis du bureau du tabac de faire 
éprouver des vexations sans nombre aux maîtres et aux 
matelots des navires étrangers, en opérant la visite à 
bord de leurs bâtiments'. 

Les fermiers avaient le droit de prcn<lre, par préte- 
rence, tous les tabacs qui leur étaient nécessaires, en les 
payant au cours. Pour le reste, on délivrait des permis 
d'exportation, au moyen desquels on l'envoyait en Italie. 
On embarquait peu de tabacs à Bordeaux'^, la ferme (elle 



' Registre A de la Chauibre de commerce, p. 04. 05, 111, 207, 2l»8; KJ fi;- 
vrier, 6 mars, Ift juillet 1708, 30 mai oi '.i juin 1711). 

' McHiiiirc. concrrnanl la ^Ètiéralitt: de nordcaux, iiar M. de Rcsuns, Ms. t\ii 
lii IMIdiollicciiic iiiijicnalc. fonds Morlcnuirt. w !18. fnIiftS reclo et iS redo. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 333 

d'une manière précise les communes autorisées à planter 
du tabac. Ces communes, au nombre de trente-deux, 
formaient ce que l'on appelait la juridiction du cru du 
royaume ou du cru de Guienne, et font aujourd'hui 
partie des départements de Lot-et-Garonne et de Tarn- 
et-Garonne. 

Le l*"" octobre 1680, la ferme du tabac fut réunie aux 
autres fermes du roi, et comprise dans le bail fait à cette 
époque avec un certain P. Boutet. Pendant la durée de ce 
bail, parut l'ordonnance réglementaire du 22 juillet 1681, 
statuant sur une foule de détails et fixant les prix aux- 
quels devaient être livrés les tabacs du royaume et des 
îles françaises et ceux des pays étrangers. 11 fut encore 
désigné des ports, tant pour la sortie des tabacs indi- 
gènes que pour l'entrée des tabacs exotiques : Bordeaux 
est porté sur ces deux listes ; mais on ne voit pas figurer 
les tabacs étrangers parmi les denrées qu'attirait le com- 
merce bordelais. L'article lui venait de l'Agenais, ce qui 
n'empêchait pas les commis du bureau du tabac de faire 
éprouver des vexations sans nombre aux maîtres et aux 
matelots des navires étrangers, en opérant lu visite à 
bord de leurs bâtiments*. 

Les fermiers avaient le droit de prendre, par préfé- 
rence, tous les tabacs qui leur étaient nécessaires, en les 
payant au coui*s. Pour le reste, on délivrait des permis 
d'exportation, au moyen desquels on l'envoyait en Italie. 
On embarquait peu de tabacs à Bordeaux *. la ferme (elle 

» R^pstre A de la Ctuji.Lr(; de fomwttte, p. 94, if.',, m. 207^ jQg; |- j^ 
Trier, 6 mars. 19 juillet iT08, Vl nui <rt 3 juin 1710. 

* Mémoire concernant !a v,i:mn\iV: é*: hutAfr-iax, par M. de BtsMtSy Xs lU 
la BiMiolbèque impériale. frin-Js W>TU;mitti. w !*. f»lk. J* rttitt et iS ^j^ 



334 HISTOIRE nu commeuch 

avait été détachée des autres en 1697), la terme, sur 
d'autres poinls, s'approvisionnant à l'étranger'. 

Pendant longtemjis, le commerce ne vit pas sans dé- 
plaisir que ïe gouvernement se fût réservé le monopole 
du tabac. En 1711, un ancien consul de France à Lis- 
bonne ayant ileniaudé qu'il fût permis aux Portugais 
d'imporler librement en France toutes sortes de mar- 
chandises, entre autres leurs tabacs, il fut observé dans 
le Conseil de commerce que cotte denrée n'était plus 
libre, et que les fermiers généraux, seuls autorisés à eu 
faire des provisions, avaient des commissionnaires char- 
gés de leur en acheter au comptant; au lieu qu'avant la 
ferme du tabac, les négociaiïts du royaume se procu- 
raient les tabacs du Portugal en échange de nos produits, 
ce qui empêchait la sortie de nos espèces pour une 
somme considérable chaque année*. 

Les taliacs d'Espagne, c'est-à-dire des colonies espa- 
gnoles, se montraient quelquefois sur le marché de Bor- 
deaux, et les fermiers du ilomaine d'Occident exigeaient 
des droits sur ceux qui venaient par entrepiM'"^. Le com- 

' Registre du Conseil iJc comnierce F. 12. 58, folio 7 verso; séance du 29jai 
vicr 1713. — La C<i>inf(lf-Vin, de Brôiiie, et Yi:itiU!jt>tislf-Saint'Matthieu, â' 
<iai'(lins;, ('•taient vt*niis a Dipppp avec- Iniir clinv};*^ de tabac, destiné pour ï*^ 
compte de la ferme, [uiïsii Itimlcaiix pniiry cliarger dc*.\inseteaux-dc-vic. L^ ■*' 
sieur Draueuian, oiarchand de cvUe ville, dcmaudait ii ùlrc alTraiichi ilu i\r» »'• 
df fret, fjue les ferraifrs lui avaieut fait payer nnnohstanl les arr^^ls qui exem^B^ 
talent de ce droit les navires neutros sur lesquels il avait euiharqu*^ ces ilei 
réc3. — BeJix ans ajuLs, Tiiénilure Diïiueiiian, Imiirpciiis et ni:irch;ind dr B<i 
deaux, demeurant aux Cliiirlrnns, reparafl comme partie d-iiis ua litige avi 
des UKircliands épiDiçliers. (Minutes de Miehcllel. 21 septcuibre 17U.) 

' Registre du Conseil de cQniniîi'ce F. 12. i»rj, folio 2iô verso; .séance 
30 mars ITIi. 

' Hejrfslre (1 de la filiatntHC de enij)mer'tM\ folin ~d verso; séance du 12 jai 
vier I7I<>. 



KT DE L.V NAVHJATION A llOlîDKAliX. 



335 



(le 



pli; 



mcrce de notre place s opposa h cette prétention; mais 
les traitants tinrent bon, et six mois apri'^s le jour où des 
doléances s'étaient produites à la Chambre, le tlirecteur 
|[u bureau refusait encore de relâcher les droits que Ton 
exia;eait sur lesdils tabacs '. A neuf ans de là, les mêmes 
prétentions s'étant fait jour h propos d'une partie de ta- 
bacs venue de la Havane dans un navire jarti de Bor- 
deaux en 1726, et déchargé h Bayoniie, la uièmeCliainbre 
de commerce appuya la demande adressée au (!!onseil 
pour la restitution des droits que le receveur du domaine 
trOccidenl avait perçus à Bordeaux, et <ibtint cette res- 
titution -. 

En vue de favoriser dans nos conlrées la production 

lu sol, on doiuia aux négociants de Duidverque la per- 

lission de tirer de Bordeaux le (aljac de Clairac qu'ils y 

"avaient fait acheter, en payant les droits, comme les 

^étrangers, de 45 sous par quintal de tabac sans côtes, 

ît de 17 sous pour le tabac « exprès et commun"*. » 

Un mois après, un arrèl du Conseil révoquant le pri- 
rilége exclusif de la vente du tabac accordé à un certain 
Fean Lamirail, le convertit en un droit payable à ren- 
trée, et permit à tous les sujets de S, M. de faire le 
commerce en t^ros et en détail de cette denrée, et même 
xle la manufacturer *. Vint ensuite la déclaration du 
n" août 1721, portant règlement général pour la régie 
pe la ferme du tabac. 



• Registre H df ia Chiirabre de fotunierre, folio ôôrcctu; 17 juin 17 Ki. 

* Registre C, folio in verso ; séance du lîi janvier I7i28. 

* Registr*; du Conseil de commerce F. 12. lîa, folio 339 recto ; 30 nov. 1710. 

♦ Registre B de la Chambre de comnieive, folio \i\'2 verso; séance du 13 fé- 
irricr 1720. — Plus loin, folio 1,'ifl r.vto (R junvier Mfà), il est fait nienlinn 
ï'un mcmoire des miircliiinds et nianiifiirliinersdc tihac du cru de (iuienne. 



336 HISTOIRE DU COMMERCE 

Les pipes nous arrivaient alors de Hollande*. Les 
frères Balguerie et Cousin, négociants de Bordeaux, en 
avaient fait venir par le Speedwell, de Milford, quatre 
coffres, ainsi que trois tonneaux de fil de fer, pendant 
que deux autres navires anglais apportaient à trois mar- 
chands graisseurs en détail, neuf cents pièces de fro- 
mage, et à un sieur Goudal * cinq cents planches de 
sapin du Nord. Navires et marchandises furent saisis, à 
la diligence du directeur des fermes, comme étant en- 
trés en contravention à l'arrêt du 6 septembre 1701, 
qui ne permettait aux négociants et aux bâtiments anglais 
d'importer en France que des produits de leur pays; le 
tout fut confisqué avec aggravation d'une amende de 
3,000 livres ^ 

' Registre A de la Chambre de commerce, p. 40-4â, 44; 28 juillet, S août et 
2 septembre 1706. 

* Ce négociant, dont le nom a déjà passé sous nos yeux (voyez ci-dessus, 
p. 163, note 4), et qui figure dans un factum de l'époque (Bibl. de la ville, 
Jurispr., n» 5,076, t. II, pièce n« 65), avec Samuel Boys, sieur de Lamothe.et 
Jean Boys, éta!)lis 'd Bordeaux et à Rotterdam, n'était pas Hollandais, comme 
son nom pourrait le faire supposer : en remontant au milieu du siècle précé- 
dent, on trouve des Goudal a Casscneuil en Âgcnais. (Minutes de Couthures, 
6 juillet 16(i6.) 

•^ Registre du Conseil de commerce F. 12.67, folio 9 recto; séance du 18 ja'»' 
vier 1720. — Reg. R de la Chambre de commerce de Guienne, folio 100 recto. 
2î) janvier 1720; et verso, i" février. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 337 



CHAPITRE XLI 



COMMERCE DE POISSON SALÉ, PÈCHE DE LA MORUE KT DE LA BAI.EINK. 



Part considérable prise par les ncgociaiils de Bordeaux à In pc^clie de la morue ; contrats à la 
' grosse entre les plus notables d'enire eux dans la seconde mcitié du xvi* siècle. — Deux 
garçons barbiers empruntent à la grosse pour faire le voyage de Terre-Neuve. — Dccouvcrios 
en Amérique opérées grâce aux capitaux dos Bordelais ; le projet de la reprise de la Floride 
conçu et préparé à Bordeaux. — Progrès de la pèclie de la morue ; nom de Cliapeau-Rouge 
' donné à l'une des pêcheries. — Navires de Bordciux armés pour le voyage do Terre-Neuve. 
— Vente d'aloses de Saintonge à un bourgeois do Bordeaux ; étrangers qui approvisionnaient 
cette place de poisson salé ; visiteurs de cette denrée ; manuscrit du Musée britannique relatif 
à Terre-Neuve et aux pôclies des Français. — Intérêt que porto Colltcrl aux marchands do 
Bordeaux en perte par la pèche de la morue. — Mémoires adressés à la Chambre de com- 
merce au sujet de cette pêche. — Pétitions de plusieurs négociants concernant le comnicrœ 
de cette salaison. — De Bordeaux, le commerce de la saline s'étend jusqu'en Auvergne. — 
Achats ù Bordeaux d'huile de baleine. — Pétitions concernant des importations do fanons de 
baleine. — Le saumon de Danemark succède, sur notre marché, à celui d'Ecosse. — Articles 
du Mémoire de 1750 consacrés au commerce de la morue à cette époque. — Capitaux hordc- 
iiis engagés dans les armements de pêche des Basques et des Malouins. — Monopole attri- 
bué aux marchands de poisson salé par les statuts de Bordeaux ; courte durée des maisons 
de commerce de celte place. — Des négociants anoblis restent lidèlus à lour ]irofossii>n. 



Le commerce du poisson salé forme un élément si 
considérable de l'histoire que nous avons entrepris de 
retracer, que l'on ne saurait nous blâmer d'y revenir, 
même en remontant plus haut que le point où nous nous 
sommes arrêté. 

Après le milieu du xvi"' siècle, on voit à chaque ins- 
tant les négociants de Bordeaux prendre part à la pèche 
de la morue sur le banc de Terre-Neuve, non directe- 
ment, mais par leurs capitaux. Les marins et les arma- 
teurs étaient généralement des Basques et appartenaient 
au port de Saint-Jean-de-Luz. Le 28 mars 1561, Jac- 
ques Piclion prèle à Johanis de Harapsu, l'un d'eux, 
II. i'i 



HISTOIRE DU COMMERCIi 

60 livivs tournois à la grosse aventure, pour faire partit' 
des avituillenients du navire de eelui-ci, « pour aller 
à la pesc'lie de la niolue en Terre - Neuf ve '. » D'autri 
fois, le même eapilalisle avance des sommes plus con 
sidérables à tPautres Basques de Saint-Jean-de-Luz et ilei 
Bayonne -. 

Mais plus ordinairement c'étaient deux frères, niar-! 
chands et bourgeois de Bordeaux', qui faisaient ces 
sortes ri'aflaires. Les minutes du notaire Denliors sont! 
remplies il'actes qui leur sont relatifs et qui confirment 
pleinement ce que nous avons dit tic la patrie des pé- 
cheurs de morue "*. Par l'un de ces actes nous apprenons 
que nos néj^ociants ne se bornaient pas à des avances 
de fonds pour la pioche de la morue; ils en vendaient 



' Minules di* Denliors. Uasso 181-2. r<ilio xix reclo. — J»iqiic-i riclion absent 
est représenté ii;irGuillenietle Doiillro. wi rt'ttime. — Les miniUes do IKm/«u 
rcnfermenl aassi dos ronlrats h la grosse; mais rien n'iniliqiiû qu'ils eussent 
pour objet la péilie de Iti nioriip. L'un d'eux, du 50 aoveiubrc 1531, psI pour 
i;uillwn) Pr.il, pim-iireiir d'Ahûn King, inurcliiind, tiimrgeois cl t'inalier it 
Lnndres, qui eiiipriintË ainsi 17U livres louriiois, phi.s iô /m-iis d'or au sokili 
lin autre, du 23 avril 15ii8, cnnslate un prM a ta grosse aventure iiii patiumlf 
la Lt'gère, (!<" t'érariip, par la Catherine, du m^nio port, dune somme de H li- 
vres 8 sous U)urnniâ,.a raison de 51) pour 100 d intcnM. 

* Minutesde Ik-nhora, 14 avril, 20 dèecmlircet 3l>j{invicrlô'61, folios iiij"ïiy 
rorlo. iiij»» ïiiij vei-sn . m ciij vt-rsn e1 >i riiij^» vij verso. — A reUc de^ni^^e pag'. 
il&'apil d'tm navire de Saint-Vinienl. comme .Miusleai février, au folio m iij'lvj 
verso. Six jours après, le même notaire enregistre un rontral semblable |>»iif 
l'aviiailleroent de la Maildainf, de Rayonne (27 février !-".*51, folio m iij'ln*j 
verso), déjà pourvue de deux autres cùtés (34 et 26 janvier, folios m ij'xxx verso 
et mij^xxxv vers<v. 

< Une (|ui(Ean(-e pour Jeanne de Saigucs, damoiscllc, rentre Mathelini' de 
Maiirian. aussi daumiselle (minutes de Tliemer. 20 nov. 1377, liasse l>*-"^' 
folio lli veiïio). semble indiquer que 1rs Maurian avaient ftte anoblis. 

* Minules de Denbors, «, iO mars, 13, 14, il, i29 avril Irîtîl , f(»lios xliij verw. 
iiii"viij recto et verso, iiij"x reeto et iiij»Mj verso, Miij'iiij"xvj verso. '-^ 
(lernier renvoi se rapporte à un navire de tiajvbreloti. 






ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 339 

aussi \ soit qu'ils eussent acheté des chargements en- 
tiers, soit qu'ils se fussent associés avec d'autres pour 
en acquérir'^. 

Avec eux on peut nommer Pierre Reynier et Etienne 
de Comet comme se livrant à des opérations semblables, 
avec cette particularité que le premier avançait ses fonds 
à un navire de notre port, la Jacquette-Colette, de Bor- 
deaux', et que l'autre se présente avec un air équivoque 
de noblesse *, tandis que Jean d'Ansogarlo, bourgeois du 
navire la Jeanne, de Saint- Jean-de-Luz, s'annonce avec 
la qualité à'écwjer dans deux contrats à la grosse passés 
dans la même étude et pour le même objet *. 

Plus humble, mais non moins entreprenant, Jean Gre- 
nier, natif de Jonzac, compagnon, c'est-à-dire garçon 
barbier, demeurant à Bordeaux, empruntait 27 livres 
10 sous tournois à deux négociants accoutumés à ces 
sortes d'affaires, « pour aller à la pesche de la molue en 
Terre-Neufve, dans le navire nommé la Jehanne, de 



* Minutes de Denhors, 16 avril 1361 ; liasse t8i-2, folio c xxv recto. 

* Ibid., 15 décembre 1361; folio ixexlvij recto. — Le même notaire enre- 
gistre plus loin un acte d'association entre Jean Joyculx et Mery de la Noue, 
marchands de la Réole, et Jean Tortiguc, marchand de Porl-Sainle-Marie, pour 
la perte ou le gain résultant de lu vente de quarante pipes de morue sèche, au 
prix de 16 livres la pipe, et de vingt et un tonneaux de vin, a 30 livres chacun. 
{Ibid., 13 février 1S61 ; folio Miij^xix verso.) 

» Minutes de Denhors, 2 avril 1361; folio xl recto. Cf. 3 et dernier jour de 
février (folios m ijeliiij recto et m ij» iiij>« x verso). 

* Ibid., 26 avril 1361 ; folio c xlvj recto. 

» Ibld., 3 mai 1361 ; folio c Ixix verso, c Ixxj recto. — Jean d'Ansogarlo était 
en même temps baile de Saint-Jcan-de-Luz. Voyez ci-dessus, t. I, p. tëi, et un 
acte de Denhors, du 10 février 1561 (liasse 181-2, folio Miij'xvij verso), dans 
lequel il est présenté comme débiteur d'un marchand de Bordeaux, conjointe- 
ment avec un autre, Micheau de Susset, allié par sa femme, Marie de Suulgucs, 
"a l'un des notables commer(;ants de cotte ville. 



340 HISTOIRE DU COMMEIlCIi; 

Sainct-Jelian-tle-Lus. « Le coiuptfigtwn était peu en 
fonds, à en juger par un autro acte passé le même jour, 
portant reconnaissance d'une dette de 21 livres tournois, 
envers Guillaume Clavier, maître couturier de Bordeaux, 
« à cause de despence que lejict debteur a faite dedans 
la maison dudict Clavier ^ r> 

Un autre garçon barbier, entraîné par l'exemple de 
son camarade, s'enrôla de son cùté sur un navire de 
Libourne, pour se livrer à la même pèche, et, dans ce 
but, il s'adressa aiL\ négociants qui avaient prêté à Jean 
Grenier; mais il les trouva moins larges, et n'en ]>iit 
tirer que (3 livres tournois, pour lesquelles le iiotaii'e 
Oeidiors dressa le même jour, c'est-à-dire le 23 mai-s 
1561, un autre contrat à la grosse-. La mention qui s'y 
trouve de médicaments, tloiif le prix entrait dans c.eWc 
somme, montre clairement que Fempruntenr allait i\ 
Terre-Neuve pour exercer son état, tout en ]>renant part 
aux bénélices comme aux risques et perds de l'expédi- 
tion . 

Nous ne citerons deux autres contrats à la grosse, en- 
registrés par le même notaire le 20 février 1561 •", que 
parce qu'ils offrent un Bayonnais prêtant, à Bordeaux, 
de l'argent h deux de ses compatriotes, propriétaires as- 
sociés d'un navire en partance pour Terre-Neuve. De 
tous ces documents réunis, il est permis de ctuicliu'i' 
que le commerce de Bordeaux a été de bonne lieiin' 
l'âme des expéditions entreprises par les Basques pour 



' Minutes Je Donlmrs, 2r> mars t.'ktl ; Uassr 184-3, Min^ u iiij' Kxij roriii > 
M juje Ixxiiij reclo. 
- tfiiil., ftiliii Miiifhxv vcetn. 
■* tùiJ., Inlitis M ij^xlix roiln Cl m ij' I rciio. 




ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 34< 

la pêche de la baleine et de la morue, et que si ceux-ci 
ont fait des découvertes en Amérique, c'est grâce aux 
encouragements des Bordelais. La reprise de la Floride, 
en lj568, n'a pas d'autre origine. Le capitaine Domini- 
que de Gourgues, méditant de recouvrer cette province 
sur les Espagnols, trouvait à Bordeaux un concours qu'il 
eût vainement espéré ailleurs ^ . 

A l'exemple des Biscaïens, les Normands, et succes- 
sivement les Bretons, les Rochelais, les Saintongeois et 
les habitants des Sables d'Olonne, s'appliquèrent à cette 
pêche si lucrative, surtout depuis l'année 1604, où 
Henri IV favorisa l'établissement d'une nouvelle colonie 
au Canada*, et de bonne heure Bordeaux prit part à 
leurs opérations^. Le nom de Chapeau-Rouge, donné à 
certaines pêcheries, est sûrement un souvenir de l'hôtel- 
lerie où les marins qui les fréquentaient venaient con- 
clure des affaires. 



. » « ... Il veud son bieit et empruncte de sfis aniys, tant ponr faiic bastir, 
armer et équiper deux petits navires, en forme de roberge, et une patachc, en 
façon de frégatte de Levant, qui, a faulte de vent, peussent voguer à rarac. et 
feussent propres pour entrer en la bouche des grandes rivières^, qu'aussi pour 
acheter la provision d'une année de vivres, et autres choses nécessaires pour 
les hommes de guerre et mariniers qu'il entendoit mener. » ( La Ileprise de la 
Floride, édit. de la Société des Dibliophiles de Guienne, p. 29, 30.) — Ce pus- 
sage, joint k un acte de Caslatgne, du 14 mai la72, portant vente de quatre 
cents quintaux de biscuit au vaillant capitaine d'aventure par deux marchands 
fourniers de Bordeaux, semble limiter a ses amis personnels le secours qu'il 
reçut pour son expédition. On sait qu'elle partit de ce port le 2 août; elle se 
composait, sans parler de deux barques, de trois navires, dont le principal 
avait pour patron un Bordelais, François Lagué, marin consommé, au rapport 
de Dominique de Gourgues, qui le qualifie de « homme aussi expérimenté au 
fait de la marine qu'il en soit de ce temps. » {Ibid., p. 48.) 

' Valin, Noitveau Commentaire sttr l'ordonnance de la marine, liv. V, lit. V! ; 
t. Il, p. 723. Cf. p. 730, 737. 

' Minutes de Douzcnu, 14 mars 1552. 



342 



IIISTOIRR DL' CÛ.VlMKIlCi: 



Un peut signa]Q]% nu cuniïnencenu'til du x.vi* siècle, la 
sortie de l'Adour, pour le voyage de Terre-Neuve, du 
Saint-Pierre, de Bordeaux, navire de cent quarante ton- 
neaux, en même temps que celle de la Marie, du même 
port, et, peu après, l'entrée de la Marguerite, aussi de 
Bordeaux, barque de faible lonnage, qui apportait de 
cette ville vingt barriques de sardines, chargées par 
Gilles d'Ândaldcguy, bourgeois de Bordeaux ', nommé 
ailleurs comme ayant embarqué, saos doute à deslinaliou 
de notre ville, soixante-trois jarres d'olives*. 

Nous laisserons de côté une vente de vingt-huit dou- 
zaines «Faloses, à raison de 18 sous la douzaine, « comme 
par le passé, m à Ramond de la Vergue, citoyen de Bor- 
deaux, par mi marchand de Plassac^. Nous ne parlerons 
pas non plus des Normands et des étrangers. Anglais, 
Irlandais, Écossais, qui venaient approvisionner le mar- 
ché de Bordeaux de poisson salé, ni des «i visiteurs d'ice- 
luy *, » Une pareille digression nous entraînerait loin 
de notre sujet, encoi'e plus que l'examen des pièces reu- 
fennécs dans un manuscrit du Musée bi'ilannique, qui 
se l'apporte à Terre-Neuve et aux expéditions entreprises 
pour protéger les pêcheries contre les onvahissen»ent8 
des Français^, Nous passerons à ce qui, dans 1" histoire 
des pèches, concerne particulièrement Bordeaux et les 
deux derniers siècles. 

Après le milieu du xvii*' siècle, nos armaleurs, à vo 

' f.ttnlerrulle de ht retepli; du bitreun df la tiHtsIuiiic de li<J(ii>ttne, 17 février, 
17 et 20 mars 1023 ; folios 25 reclo, ES retlo et i'iH roilo, 
» lùkl., 27 fiAiior Ifiij; foliii 25 ri'cto 
^Minutes (le Duuzeau. IHjuin UiCA. 
* Àiideiix€t iiiwreaujr SlatHt.'i, cw . i> 2-21-^l, 
^ AdilitioïKilMss. iHWi. 



I 

I 

I 
I 



KT DE LA .NAVIGATION A lîUHDt- AUX. 



343 



qu'il parait, s'adonnaifiiil volontie 



rs a 



pèche 



ue 



morue. Colbert écrivait, le 3 jajivici" 1(576, à M. de 
Sève, intenilaiil de Guienno : « 11 est nécessaire que les 
marchands de Hordeaux qui ont perdu leurs vaisseaux 
ilans le voyage de Terre-Neuve, rapportent des pièces en 
bonne forme pour justitier de leur perte; et, sur le 
compte que j'auray Fhonueur d'en rendre au roy, je ne 
doule pas que S. M. ne veuille bien les décharger du 
payement du droit de 3 livres par tonneau, pourvu que 
leur perte soit bien constante ^ » etc. 

Au commencement du xviii'-" siècle, les négocianis de 
Bordeaux continuaient à prendre part à la pèche tle la 
morue. La Cliambre de commerce adressait au contr<V 
leur général un mémoire, pour demander la suppres- 
sion des droits sur toute la carijçaison des navires qui 
allaient à Terre-Neuve faire la troque ou la pêche du puis- 
son sec ou vert, et elle se iaisaii lire un autre mémoire 
au sujet du rétablissement de la pèche au niêiue etulroit 
et du reversemeid des sels, devant Bordeaux ou lilaye» 
dans les bâtiments destinés à ces expéililious*. 

Kii 1709, les sieurs Ayma, Pujols et Duc, négociants 
de liordeaux, demandaient qu'il leur fût permis d'ache- 
ter eu Hollande un navire de construction anglaise, qu'ils 
destinaicid à la pèche de la morue et au commerce de 
l'Amérique sous pavillon fran<^^ais. Les directeurs de la 
Chambre de commerce, consultés, ayant rendu le nu'il- 
leur témoignage aux pétitionnaires, ceux-ci obtinrent du 
la permissma qu'ils sollicitaient; niais 



supen 



' Lellrex, iiiulnifiituini'l mémoires ûe Colhnt^ i. III, I" |i;ii't., p. "i^G, noU> 2. 
' nt'Kislre A lii- l:t Cliiiriihro (l(i comiiierct!, p. IH <j> ffM-ii-r iï(tH). j>. 10(1 
il!>;ivri1 17(!K^. p. 1(W 01 iimii. p. I(*7' i:> juin), p. IM cl 112 (,ilJjiiiHf1i. 



:«4 



IIISTOIIU: Dl «JOMMEIK^I-: 



[l'uvaiU j)ii en proiiter à cause tJu iTUfliérisscuienl des 



et auti 



it 



'ils' 



I 



inesuros 

avaient prises et leur en fit différer rexécution, ils adres- 
sèrent au Conseil, Tannée suivante, niie nouvelle rcquèle 
qui obtint le même succès'. On en peut dire autant tîe M 
celle d'un autre négociant de Bordeaux^ le sieur Beau- ■ 
jon. 1! avait demandé de l'aire décharger au port de cette 
ville neuf cent quintaux de morue verte, venus pour son 
compte sur un bâtiment commandé par un capitaine 
anglais, qui avait échoué à Pile de Ré : le Conseil donna 
un ordre pour autoriser cette opération-. 

Dans rintervalle, un Écossais établi à Bordeaux, 
Geort^'e Hoyd, adi'essait au contrôleur tjjénéral un ])lacct 
au sujet de l'opposition que lui faisaient les commis des 
fermes, de lui laisser décharger deux parties de morue 
verte, de pèche française, l'une de neuf mille cent cin- 
quante et une morues, et l'autre de quatorze mille. A Yen 
croire, ces dernières, venues de Bilbao, y auraient été if- 
versées sur des barques, du bord d'un navire fi-ançaisde 
(jranville qui les avait péchées au banc de Terre-Neuve. 
Boyd suppliait qu'il lui fût permis (en payant les dn)ili!) 
de déciiai'ger et de vendre ces morues à Bordeaux, où, 
disait-il, elles étaient nécessaires h la subsistance du 
jieuple. « H a paru, dit le ju'ocès-verbal de la séaiio' 
du Conseil où cette afl'aire fut rliscutée, que ces nionips 
dévoient esire rcnvovées à reslrani>;er, si mieux n'avmi- 
le sieur Boyd que les deniers qui provienilronl de l:i 
vente qui s'en fera soient consignez pour esire cuidij^- 



' Registre du Consoil de nmiiuon-c F. ii. «TÎi, folio !Î9 verso i.si-ancf à» 
" iii»i ITOfl) ; el folin 2()o tvrUt (7) scplcnibri! 1710). 
- R*tî. F. 12. 0". fttli" K vLM>o; séante dt* |8 j;m>ii'r 17ilO. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEArX. 345 

quez si... il est justilié que ces morues viennent de nos 
ennemis'. » 

Un registre des archives départementales de la Gi- 
ronde que nous avons déjà eu l'occasion de citer plus 
d'une fois, le Rôle des bateaux qui remontèrent la Ga- 
ronne jusqu'à Marmaude en l'année 1593, présente à 
chaque ligne des mentions de transports de morue, 
qui montrent bien dans quelle proportion énorme cette 
espèce de salaison contribuait à l'alimentation publi- 
que. Bordeaux en envoyait jusque dans le centre de la 
France, si l'on peut tirer une pareille conclusion d'un 
acte du 30 janvier 1561, portant vente à un marchand 
(le Moussages, en Auvergne, de merluche, baleine et 
hareng^. 

A cette époque, les Basques allaient encore à la poche 
de la baleine, et, sans sortir des minutes du notaire 
Denhors, on trouve des achats de fortes parties d'huile 
de ce poisson à des armateurs de Saint-Jean -de-Luz et 
de Saint -Vincent''; mais il paraît qu'au xvn" siècle, la 



• llegistre du Conseil de comuieiTC F. 1:2. fiTi, folio lil verso; séiince du 
2« février 1710. 

* Minutes de Denhors, liasse 184-2, folio m ij« xlvij recto. — Le lo février de 
la même année, Jean Bocliier, marchand de Périgucux, reconnaît devoir ô^) li- 
vres tournois a François de Pontcastel, marchand, bourgeois et jurât de Hor- 
deaux, pour prix de quatre pipes de mcriuche et de morue. {!bitl. , ('" m iij" xxxix 
recto et Miij'^xl recto.) 

' Minutes de Denliors, 12 et 20 mars ItJGl; liasse 181-2, folios m iiij"'xix verso 
ctiiiiij<>lxiiij recto. — Dans le premier des deux contrais, il s'agit de trente 
barriques de graisse de baleine achetées au prix de H livres Vi sous tournois 
l'une; et dans le second, de vingt barriques d'huile moyennant 9 livres tour- 
nois chacune. — Nous n'avons pas trouvé co terme A' huile, au lieu de graisse, 
avant 1707, date d'une affaire soumise a la Chambre de commerce, et dans la- 
quelle il est question de quarante-deux barils d'huile de foie de stockti.^'h, venus 
au sieur Doué par un navire danois (reg. A, p. 72, li juillet 1707). Plus lard, 



346 



(IISTUIBE W COMMERCE 



baleine ne se montrait plus sur nos côtes, cl iiièim; ijui^ 
les Basques avaient renoncé h l'aUer chercher dans les 
mers dn Nord. Un boiirgenis de Bordeaux, nommé 
Fraîiçois Laure on Lavre, étalili à Porto et désirant 
rentrer en France, avait sollicité la permission de joindre 
à ses elîets cinq cents quintaux de fanons de baleine. Il 
allégua, à l'appui de sa demande, que depuis longtemps 
les Basques n'allaient plus à cette pèche'; qu'en 1707, 
ils y avaient envoyé seulement un petit navire, « qui fut 
rançonné; » que l'année suivante ils n'en avaient expé- 
dié aucun, et qu'ainsi ils ne faisaient pas concurrence 
au commerce des autres négociants français. En dépit 
de ces arguments, le Conseil, considéiant que ces fanons 
(le baleine étaient de pêche, sinon de propriété hollan- 
daise, jugea convenable de refuser-. 

Toutes les pèches étrangères étaient prohibées depuis 
plusieurs années, et l'on ne s'explique pas comment lo 
commei'ce pouvait l'ignorer. C'est, cepejidanl, l'excuse 
que meltaient on avant, tl'abonl des marchands de nolix? 
place, pour obtenir itiainîevéo d'une saisie opérée à la 
requête de l'un des commis tic la conq)agnie du Nord 
lésée dans ses privilèges ■", puis un négocianî suédois éta- 



la Cli:iiiil)i-L> iuUTviriL ihjtts iino waUx :ilViiin' idativo ii tin ucluit de tiioroi'ci 
d'huile de pDissou. {tbid., p. 2tG, o iinvciiihit; ITKJJ 

* Vi^jez. il CL" sujet, une Irtlrci ilun sieur Ttirlnile isans duule biturlnde . île 
Saiut-Jean-de-Luz, au sujet de k piVlie de la lialeiue. dans le rogi->lriî du (^mi- 
seil de i-tiuirtu'ivr K. 1:2. Tû . fitlin 21 1 vei-si) (.seauee (iu ^ déceuiltre 17Jô); ''1 
Sdiiif-JtuuHif-Liii liiHtoiiqiH- et iiillDtYsqiif, de., [lar I.ionoedojeU lie. llayoïiiii'. 
18j(J, 1)1-15, {1. IW. 

= Reg. F. i± îiô, rolio '2ii versd; si;anee «ii: H iiiaes JT()8. Cf. foliu i47 ïcrw, 
16 mars. 

•"' Le pieniier président de PDUtae îi CoUtert, Ilonlcanx, le2o seitlemhrc KXS. 
i.r»ii)l. iiujt.. i'.nlli. tu. Mil , Mm tô'j rcdo.) — Ce ruagislriit siiinjle le d«iJi- 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 347 

bli à Bordeaux, le sieur Luetkens. 11 avait reçu une partie 
de fanons et se les vit saisir par les conmiis des fermiers 
généraux. 11 eut beau réclamer, prétendant que cette 
marchandise provenait de la pêche des sujets du duc de 
Holstein-Gottorp : la Chambre de commerce, à laquelle 
il avait porté ses doléances, ne jugea pas même à propos 
d'envoyer son mémoire au contrôleur général, comme 
elle le fit plus tard dans une circonstance analogue*. 

Fort de cette décision, le directeur des fermes de Bor- 
deaux fit saisir un paquet de fanons de baleine apporté 
par le capitaine d'une navire suédois. Un négociant de 
notre ville, dont le nom a déjà passé sous nos yeux^, 
Thomas Clock, intervint en même temps que les direc- 
teurs de la Chambre de commerce de Guienne, et, sur 
leurs représentations réunies, le Conseil supérieur pro- 
nonça mainlevée de la saisie, à charge de renvoi du pa- 
quet à l'étranger^. 

Au nombre des salaisons que les étrangers continuaient 
à importer à Bordeaux, nous avons encore à mentionner 



mage qui pourrait résulter pour les fcrnnicrs du convoi, si la saisie était main- 
tenue. A cette époque, le fermier dos cinq grosses fermes de France l'était en 
même temps des apprêts des huiles et fanons de baleini». Un contrat ii la grosso. 
reçu par le notaire Brisson donne a penser que ce traitant se laissait aller 
quelquefois k s'intéresser aux armements de pèche. (Minutes de Couthures, 
18 septembre J663 et 11 janvier 1(567.) 

•Registre A des délibérations de la Chambre de commerce, p. 2t (10 dé- 
cembre ITOj) et 51 (10 novembre 1700). Cf. p. 73 (-28 juillet 1707). 

* Voyez ci-dessus, p. 241. 

» Registre A de la Chambre de commerce, p. 108; séance du 2:2 juin 1708. 
— Registre du Conseil de commerce F. 12. 53, folios 522 recto et 323 verso; 
séances des 30 juin et 6 juillet 1708. — La maison Clock existait encore vers 
le milieu du xviii' siècle, comme en témoignent deux actes du notaire Treyssac 
des 16 juin et 13 juillet 17.i4 (folios 830 et 976), relatifs k l'abandon de la car- 
gaison d'un navire. 



:II8 HISTOIRE ru: COMMERCE 

le saimiuii, qui ny arnvL' plus aujourd'hui. Au com- 
mencfiiniMît iki xvui'' siècle, il nous venait de Danemark. 
Lin néi^OL'ianl écossais qw nous avons déjà vu tlaiis| 
notre ville, el Tuu de ses coinpafriotes établi à Ilouen,! 
représentant les avantages qui reviendraient au royaume 
s'il plaisait à Sa Majesté de leur accoj'iler des passeports, 
tant pour les vaisseaux écossais qui viendraient chercher j 
de DOS produits que pour les navires fra!i(;ais qu'ils vou-i 
(Iraient, envoyer en Ecosse pour en tirer diverses mar- 
chandises, mentionnent le saumon de ce pays comme 
article d'exportation. Consulté sur le point de savoir s'il 
y avait lien de prendre en considéruliun les placets des 
sieurs Boyd et Arbutlinol, le Conseil de commerce, après 
avoir émis l'avis île li-aiter les navires écossais avec la! 
même laveur que les suédois et les danois, qui étaieul 
exemptés du di'oit de 50 sous par tonneau, inanifestâ' 
Topinion qu'on ne l'isquerait rien par nue pareille di^ 
marche, attemlu que le roi ne tirait aucun droit des pro- 
ductions de l'Ecosse, qui ne venaient point en Fi'ance; 
que les navires danois qui nous apjKulaieiil du saumon, 
au lieu de celui d'Ecosse, étaient exeuipts du ilroil Ji) 
fret, et que la modération îles droits était avantageuse j 
aux fermes et au conuuerce, « nos pesches et nos manu- 
factures oc souffrant aucun dommage de ce qui vient 
d'Ecosse, car nous ne peschous point de saumon ', 



' Rt'Histi'i; (lu r.uiist'il ài' riiiiiiiicrrp l>'. 1^. .">!, Iiilb iB ri'olo; séance 
â!) juillet 17Ui, « Et apiva diverses ii'tU'xions (iiitessiirtoiilcbci's oliscnaliuns. 
il :i éie aiTi'slè que les dcinili'siJt' HuLitii et de Iturilemix etriroienl aux ntp>- 
clans de ces deux villes qui uul quelque eoiiinuMTe et rclalioR en Escossc. p«iir 
les pressentir sur les vefies qu'ils peuvent avoir dans le commerc* n faire ««« 
les Ksfussds, et sur Vespèrant'e dont ils jwiirroient se (iJilier qu'il ne sfroll 
|ieut-eslii' |i;is iui|wjssilde qiir l- ii>v ne les favorisai de (jucknie exomiilioli'l'' 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 349 

Le Mémoire de 1730, qui nous donne la statistique 
du commerce de Bordeaux pour cette année, ne fait 
mention ni de saumon salé ni même de hareng, bien 
qu'il en vînt alors comme par le passé et comme aujour- 
d'hui*; il renferme seulement les articles suivants sur 
les deux espèces de morue qui arrivaient à Bordeaux 
pour alimenter cette ville, la Guienne et les provinces li- 
mitrophes. 

u MORUE SÈCHE. 

«t n se fait à Bordeaux une grande consommation de 
morue sèche, qui provient des pêches faites par les ar- 
mateurs de Saint-Malo et de Saint-Jean-de-Luz. Cette 
pêche se fait sur les bancs de Terre-Neuve ou à l'isle 
Royale^. Les vaisseaux qui en viennent arrivent ordinai- 
rement dans ce port depuis la fin du mois de novembre 
jusqu'à celle de janvier. 

« Bordeaux en reçoit non-seulement pour sa consomma- 
tion, mais même pour celle des provinces du Languedoc, 
du Limousin, du Quercy et de plusieurs autres lieux. 

« Il en vient ordinairement 30,000 quintaux, à 16 li- 
vres le quintal, cy : 480,000 livres, 

droits, pour l'avantage réciproque de ce commerce, et que, sur les éclaircissc- 
mens qu'on pourra tirer par cette entremise, il sera pris ensuite telle résolu- 
tion qu'il sera jugé a propos. » 

' Voyez, dans le registre A des délibérations de la Chambre de commerce, 
p. 479, a la date du 19 octobre 1713, une plainte concernant une exaction 
de droits extraordinaires sur les harengs. 

* Le rédacteur du Mémoire aurait pu ajouter le Canada. Dix ans plus tard, 
les négociants de Saint-Jean-dc-Luz demandaient que les morues provenant de 
la pèche opérée dans ces parages Tussent exemptes, à Bordeaux, du droit d'en- 
Irée. (Registre du Conseil de commerce F. \i. SH, p. Iô7, 138; séance du 
18 mai 17il3 



:i=iO HISTOIRE DU COMMERCE 

« HORDE VERTE. 

« La pêche de cette espèce de morue se fait par les 
habitans des Sables-d'Olonne et des environs de la ri- 
vière de Seudre en Saintonge. Elle se fait au grand banc. 
Les vaisseaux qui reviennent de la pêche commencent à 
arriver dans ce port vers le commencement de juillet et 
successivement jusqu'à celui d'octobre, et y viennent 
aborder directement pour éviter les frais d'un décharge- 
ment et rechargement. 

« Bordeaux en reçoit ordinairement, pour sa consom- 
mai ion et pour celle des pays voisins, cent soixante mil- 
liers, le .millier composé de mille quatre cent vingt-six 
morues, évalué sur le pied d'années communes, à 500 li- 
vres; font : 80,000 livres. 

« On donnera un compte sur l'armement d'un vais- 
seau destiné à cette pêche, dans le mémoire qu'on va 
faire pour la Rochelle, parce que cette ville est plus à 
portée de ces sortes d'entreprises que Bordeaux, qui n'en 
a jamais fait ' . » 

On est tenté de douter de cette assertion en voyant 
une plainte des négociants de Bordeaux intéressés à la 
pêche de la morue, au sujet d'une attaque des Anglais 
contre les habitants de l'île Royale, qui se livraient à 
cette pêche à Canceaux^; mais il n'y a ici qu'une appa- 



' A la fin (11! l'artiilc sur la morue sbche, on lit : « On ne peut pas donner 
icy de compte de l'armement d'un vaisseau destiné pour la pèche, parce que 
les ncgocians de Bordeaux n'ont jamais Tait des armemcns de cette espèce; on 
se réserve do le faire quand on sera à Saint-Jcan-de-Luz, où l'on passera fn 
allant en Espagne. » 

- Hog. n de la Cliamhre de commerce, folio 7o rcclo, \" décembre 1718. 



ET DE LA NAVUJATION A BORDEAUX. iHii 

rence de contradiction. Les Bordelais, nous l'avons déjà 
dit, n'armaient pas de bâtiments pour Terre-Neuve; 
ils engageaient seulement leurs capitaux dans ces entre- 
prises , aussi bien que dans les armements qui avaient 
pour objet la pêche de la baleine'. 

Les retours des chargements de morue sèche se fai- 
saient à Bordeaux, aussi bien qu'à Nantes, en Espagne 
et en Portugal *, quelquefois en échange du sel qui nous 
en venait'. A l'arrivée d'une cargaison de ce genre 
dans notre port, les marchands qui faisaient ce com- 
merce se la partageaient, conformément au statut, et, 
autorisés par un statut spécial, ils ne souiîraient pas que 
la marchandise leur échappât pour aller sur un autre 
marché, « La raison et le motif des règlemens, disait 
l'un d'eux dans une sommation relative à une partie de 
morue de 160 quintaux vendue à des marchands toulou- 
sains, est qu'il faut. que la ville soit pourveue, et qu'il est 
juste que les marchands d'icelle qui en supportent les 
charges, soient préférés à des estrangers *. » 

Ces marchands, dénommés dans une sommation sem- 
blable, du 28 octobre 1713, dépassaient le nombre de 



' « Il est rare, dit Savary, que les marchands de Bordeaux ayent des vais- 
seaux en propre pour la pèche de la baleine ; mais il y en u beaucoup qui 
s'intéressent dans les armemcns qui se font pour cela ît Bayonne, Saint-Joan 
de-Luz et Saint-Malo. » {Dklimmaire universel de commerce, édit. de 1718, 
1. 1. p. *I,col. \.) 

* Le Bcuf, Dm Commerce de Santés, p. 123. Cf. p. lOo. 

3 Parmi les minutes de Cochet, on trouve, h la date du 25 décembre 1?J20 
un acte de vente de quatre-vingt-douze pipes de sel de Portugal, « quicles de 
xxj pipes pour xx, » moyennant la somme de 6r>2 livres et demie tournois, par 
Pierre Boyer, marchand de la Rochelle, a Mathurin Rondeau, marchand de la 
paroisse Saint-Michel. 

* Minutes de Michellet, 17 février 1711. 



3;)2 HISTOIRE DU COMMERCE 

vingt et un ^ En comparant la liste donnée par le notaire 
Michellet avec celle de V Annuaire général du commerce 
et de l'industrie de la ville de Bordeaux, et en voyant 
combien peu de ces noms y figurent, on arrive à cette 
conclusion que les maisons, sur notre place, n'avaient 
pas une longue durée, et que lorsqu'elles faisaient for- 
tune, ceux qui en héritaient s'empressaient d'échapper 
aux affaires et tentaient de monter dans une sphère ré- 
putée supérieure, bien qu'on puisse citer l'exemple de 
notables commerçants, anoblis pour avoir exercé des 
charges publiques, qui restaient fidèles à leur profession 
première"^. 

1 Lorens Bonnet, Antoine Géraud, Cléniens Duvergier, Durand Domerq, 
Etienne Faget, Antoine Brousse, Jacques Terrier, Jean Vidal, Dominique Bon- 
net, Jean Allaux, Benoit Bonncfoux, Pierre Àzimon, Antoine Deiribail, Jean 
Diiprat, Jean Moninioreau, Pierre Deyraut, Jacques Despouis, Jean Cauley, les 
demoiselles Noguès et Qucyrac, les sieurs Vergés et Dclpech. 

- Parmi les minutes de Banchcreau, on trouve, h la date du 10 mars 1728, 
un acte par lequel messire Duran Douraerc, conseiller secrétaire du roi, mïi- 
son et couronne de France, demeurant a Bordeaux, rue de la Roussellc, re- 
connaît devoir aux sieurs Philippe Fernaiidès et fils, négociants, rue Bouhaut, 
la somme de 7,999 livres 18 sous, pour prêt k la grosse sur la Souvelle-Galère, 
de Bordeaux, du port de 200 tonneaux, ou environ, en partance pour la Marti- 
nique, avec la faculté de pouvoir aller a Saint-Domingue. 



ET Dl- LA NAVIGATinN A DOUnnAUX. 



3o3 



CHAPITRE XLII 



MEllRAIS, BOIS DE CONSTRUCTION ET DE CIUl'FF.IGE, VERREHIES 
ET FABHIQCES DE BAS. 



JinpnrUti(>n dcmerrain élraiieer; arrêt du parlcineot de Borilcftitx proLlbant tVxixirladon ilu 
bois. — Am'vajços de liuis des Pyrciiécs ; ChIIhtI i-crii ù leur «ujcl à ririlpiulnrit do Tluclio- 
ftirt. — Lcllre du [ireiiiloi' [ircsiilciil au naripiufiit de Durdtaux, en 17H3, rolativuuieul au 
bois de eWixK timliAri|iin {Xtiir riirriiit.'ign rli>s iinvirc^-, distiissinii, h ri> sujcU, »ii sc>iti ilir Hon- 
«eil ilo commi'rro. — Aiilrc doliltt'inUtni dt> la ni<'riie aiisenilili'e, en 17(XJ, ciiiirernaiil ilivei-ses 
martlinnJisus tlniijjéres, etilrc nutres, des |diiiii'liV4 dt rlièiii". — DeiiuiiilG di- iKif-îiciHiii 
pnur un iiJivirc rhar^é <io lioiii du Nord; niénuiirc d'uir iimpcclcur de In marine à M. de 
t'iiiildiarlraiii sur la convcnamo (l'«cfi)rdcr diw [>aisc[iorls aux iiairiiVK don lillu» Itanxûali- 
q<ie!<; dccii>ioii coufuruie du r.oMuil dn roiDnicrce. — Sum's Ac i|U!ilrudciiiniiiiu»di] paitMS- 
porl» |K)ur dea nir^aisDii!» du kii.s du Nord. — linposilinii des niiiilmil» do T(mlii«i<e nur les 
bois des Pïmiées i rtVlnmali^ms l'Iuvr'e» h ce iiijel; cli(^rl(5 tîii Tni'rratii en 1723- — l'en do 
Mil quo l'on UiiaU autrer«i» rlu tioi» do novor ; l(<l)ro de l'inleiiilaid de Giii(<iiii« au contrôleur 
grinér»! sur mu? demande d'osporlnlinn do re Imis. ^ Ohsiarli'ri njipi)si>s k rarrivéo des biiia 
du Héri^'ord par lo inanjuis duSaiilaid ; In ChumlirR <li< t-oiuiiiori:<! ilo Guiuinie s'uixiipe do 
lover Cl» difikullés. — l'ruvoriaiico de la plu» grandi! parlic ilii luerraiii einplityi! par ha ton- 
nelier» lie Biinlcaux. — Dinieii!>ioiiRdii uinnain à pipe du Manihnurt;; son eiiiphvt. — [Knten- 
fions du mcrrain propre h fidrn dra picWcs à eau-dc-vie. — Mcrrain ilo Lulieck ; nvodo ilo 
■veiitK, iliiuGiisions. — (uirisumni.iliun dn merraiii lîe Haiidioiiri; K dn J.Hlictli a Hnrdfîniix. — 
Arrivage» rie luorrain de Lorraiin! fiar la Mpusp et lelHiiri; il esl rtirlit'Trlic h lîiirdennx; 
dinion^^îons de ce inurraiii ; prix, mode ilc vunlo. — Cunuiierce du c Imrlioii île lon-e à Iter- 
dciiux ; preniitrcs Iraros que l'nn en reirnuve. — Aiitorisalifui de Tniro voiidro un (oniMUiu et 
demi de charltou lia lerrc aiiclai». ^ buulodles ol verreries en Giiiediic; requête du sieur de 

IUillac. — Fabrii|u.e hIb faïence de Jaciuoi» Faulier et Jacques lliLNlln ; verreria de Bnurjf- 
8ur-Gironde Tonijin! par un Alleiupml ', rabnijiie de verres el ito linuleîllcs iju liienr Miic.liol. 
— FabricaliDD de ItBH k Bordeaux ; an'lil;^ cl règlements ijuï se rapimrlenl à celte iiiiiuBln'B. 
Dans notre premier volume, nous nous sommes lon- 
guement étcmlu sur le comuicrce des bois à Bordeaux, 
tant que cette place était alimentée, sous ce rapport, par 
Des pays limitrophes ; niai.s il ari'iva un moment où ces 
■sources de production s'épuisèrent, et où les mcrrains de 
la Saintonge, du Périgord et du haut Pays ne purent plus 
suffire à la labrication des barriques, à k construetion 
des barques et des navires, el à celle des édiliccs. Déjà, 
[bien avant le milieu du xvi" siècle, le parlement avait 

II. 23 



354 



HISTOIRE DU CCniMEHCE 



« prohibé et dcffendii à foutes manières de gens de por-l 
1er, lie faire emporter le bois de merrain, chauffage, àl 
faire bastir maisons, ne autre bois, hors le ressort de 
la seneschaucée de Guyenne, » ce qui n'empêchait pas 
les marchands de Marennes, d'Oléron et de Bretagne, 
de charger dans les principaux ports de la province ces 
diverses sortes de bois ' . 

Après le milieu du xvii* siècle, il descendait des Py- 
rénées par la Garonne, en même temps que des mar- 
bres*, des bois de charpente, très-beaux, et abondants 
au point d'effrayer Colbert*. Le 28 avril 1678, ce mi-j 



' Défense de transporter du bois et des liléa hors de la sénèchanssée éà\ 
Giiienno. 20 avril 1518 {Ane. etnouv. StaliiSs, etc.. éd. de 1701, p. 300 : Du pau, 
latte, liibdlkit, merrain, corossoji et couUire), et 1"^ aoill ITiôS. iRegisli'e dn 
parlement de Cordeaux B. 21, folio IBj verso.) — Plusieurs actes du ootair» 
Denhors nous ronscigncnl sur les diverses dénominations de bois hIoi's ein- 
ployéus en (iiiieune. Dans l'un d'eux, du 3!) sc[itemi>i'e l'Siil, liasse 184-2. folio 
vij^xxviij reeto.deuxma/rowHwr*, nu fabricîiuts de merrain, dans TEntre-deux- 
Mni's, s'engac-'eut, moyi'iinaiil la somme de l'y fr. bordelais pnur chaque nnilier 
de merrain de barrique garni , k Iravailler de leur état dans le bois et forèl du 
cbâlcan de M^ de Pardaillan, en la parnisse de Lignan; « plus pour millier 
latefuille, millier de barres, 20 s.; plus pour millier de ray de carrctc, 3 fi 
bourdellois; plus pour millier de fonsaille qui se trouvera davantage, 7 s. pour 
pille du nombre de deux eeussnixani* chaisnes. « Diins deux autres ailes, du 
6 janvier 1361 {}bid., folitis Melj verso et kcII] verso;, il s'agit de trente et d 
quatre-vingts tonnr aux do bois m de casse et caudyn, » rendus de Castres \i. BoP-] 
deaux, nioyennant 30 suus par tonneau. 

* Registre du secrétariat, année 1(170; Ms. de la Bibl. itnp. Fr. 66a2, folio 
ii3 verso et 217 recto, Il juin. (Passeport pour les sieura Misson et la Doul- 
laye pour aller en Languedoc et aux Pyrénées faire tirer des marbres « qu'd 
convient incessamment conduire aux ports de Valentiné, Monréjaux, Sainl-Uéat 
et ailleurs, pour commodément les voiturcr le long des rivières de Garonne rt 
autres jusques îi... Paris. » — Rrcvcl de permission ponr le sieur Forniont, 
banquier de la rnéme ville, d'extraire des marbres des carrières du Languedw.) 
Voyez encore folio l!)ô verso, 28 mai Ki70. (Passeport k la Grue pourfairf 
venir a Paris des marbres de Rance, Barbenson, Dinan et autres lieux.) 

s Lettre a Colbert de Teiron, -ii janvier 1606. {Lettres, instruclimu el «^ 
moires de Colbert, t. III, l"» partie, p. 46.) 



iiii 

i9™ 




ET DE LA NAVIGATION A BOHDEArX. 



3oS 



iiistre, instruit du retard dos constructions à Rochcfort, 
par suite de la disette des bois, écrivait à Tiatendant 
d'en faire voiturer la plus grande quantité possible do la 
forêt de Bénauge \ qui lui avait été signalée depuis 
longtemps comme abondante en bois de construction -, 
mais qui avait du souffrir des horribles dégradations 
exercées particulièrement dans la Guienne, le Languedoc 
et le ressort du parlement de Pau"\ 

Au commencement du xvui" siècle, le premier prési- 

idenl au parlement de Bordeaux, écrivait à M. de Pont- 
cliartrain, au sujet du bois de chêne embarque pour 
l'arrimage des vaisseaux marchands qui sortaient de la 
rivière. La lettre ayant été renvoyée au Conseil de com- 
merce, puis aux députés pour l'examiner dans leurs réu- 

[nions particulières et donner leur avis, il fut obseiTé 
que la facilité qu'avaient les maîtres de ces navires d'em- 
barquer du bois de chêne pour servir à leur arrimage, 
préférablcmonl au bois de pin, d'aubier et de treinlde, 
qui était tout aussi bon pour cet emploi, causait à Bor- 
deaux une grande disette de bois de chêne; finalement, 

llo Conseil émit l'avis d'en défendre l'usage pour l'arri- 
mage des navires ^ 



' LeUreK, iMtntcliwis et m^nwirex de Colltert. t. Ml. 2' i)ailie, (>. 9îj. 

' Hcitman lui écrivait de Bordeaux, le 23 décembre 10C1 : « J'ay reconû k 
lUiiri vujuj,'i; do nôiuiuge, dans le. parc du tliastcuu, une fuslayc' furl vive et four- 
nJR <le beiiux brins de bois, daits bfjiu'lle un |n-Lit diuisir jiisrîtuîs a miUo |iieds 
de tlicsne pnuv otii|jlojX'r ou ïi la constriieMun dos iiavirL-s ou :iiix ouvrages lia 
Chastcau-TtomiJclte. Si la ftiost; nièrile d'cstre relevée, je raiinifoiuliray dans 
DU détail plus eslendu. » (Colb. 103 Mcl., folio 191 rectu.) 

'Colbcrt a M. ûc Stve, itaeiidatil li lîurdeaux, 12 août 1672. {Letlreu, ins- 
Iruclhiix et mi'itwire^^ ik C»lbert, t. IV, p. 2:jO. Cf. p. t", 2ri7.) 

• Registre du duiseil de cuniuicrce F. i-1. -M, ftiliit Ho recto; st'anw du 
lojanviei 1705 CL Mio 77 verso, 9 dec»>in!)ie 1701. 



356 



HISTOIRE DU COMMERCE 



En 1706, il fui informé que parmi les navires arrivés 
à Bordeaux, l'un avait apporté vingt barils d'amidon 
non compris dans son passeport, un autre des planches ■ 
de chêne au lieu de la bourdille qu'il avait eu la permis- 
sion de décharger, et un troisième deux cent cinquante- 
cinq saumons de plomh de Holstein. Après délibération, 
il parut à l'assemblée que l'amidon devait être renvoyé, 
parce qu'il n'était permis qu'aux Suédois et aux Danois 
d'en apporter en France; que l'on pourrait permettre de 
décharger les planches de chêne, parce qu'elles étaient 
de la nature de la bourdille et que l'on en avait besoin; 
et qu'à l'égard du plomb, on devait le renvoyer, parla 
raison qu'il n'y a pas de plomb dans le Holstein, et que 
le métal en question ne pouvait provenir que de l'An- 
gleterre * . 

Vers la fin de la même année, les villes hanséatiqnes 
adressaient une pétition h Louis XIV, pour savoir si le 
roi, tout en ne jugeant pas à propos do leur acconler 
la liberté de commerce dont jouissaient les Hollandais, , 
voudrait leur permettre d'envoyer en France leurs na-fl 
vires sur lest, pour y prendre leur chargement de mar- ' 
chandises et denrées du cru du royaume. Ces villes 
demandaient encore un passeport pour un navire qui se 
trouvait charge do bourdillon, bourdille et planches de 
sapin, et deux autres passeports pour deux bâtiments 
que l'on aurait voulu envoyer, l'un à Bordeaux, l'autre à 
Rayonne, sur lest ou avec quelques mai'chandises pe^ 
mises. A celte occasion, l'inspecteur de la mariue i 
Bordeaux envova à M. de Ponichartrain un mémoire 



I 
I 



i 



• Registre du Conseil de coniniercc F. l^ 'il, folios ô70 verso el 379 rerK 
séaaces des Jâ janvier el '.i février )7(Ki. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 367 

li exposer les avantages que la Guienne recevrait 
dans son commerce, si le roi aeconlait <les passeiiorts 
aux navires des villes lianséati{(iies, dont plusieurs maî- 
tres étaient déjà venus h Bordeuux sous pavillon suédois 
ou danois, qui les exGm|itait du tlroit de 50 sous par 
tonneau, qu'ils eussent mioiLX aimé payer pour avoir la 
liberté de venir sous leur pavillon national. Après une 
discussion approfondie^ il fut décidé à l'unanimilé d'ac- 
corder des passeports aux navires des villes hanséatiques 
pour venir lèfjes dans les ports fran(,'ais, « et pour y ap- 
]>orter même le mcrrain, bourdillon, LourdîUe, ci géné- 
ralemcnt toutes sortes de bois, u parce que l'on en avait 
besoin en France, et principalement en Guienne; « n'y 
ayant pas lieu, ajoute le secrétaire du Conseil, de craindre 
que ces vaisseaux abusent des passeports, puisque les 
cautionnemens qu'ils sont obligez de donner de 3,000 li- 
vres pour ceux du port de cent tonneaux et au dess(jus, 
et à proportion au dessus, excèdent la valeur du bois 
dont ils seront chargez, à condition néantmoins de payer 
le droit de 50 sous par tonneau, ainsi que les Hollandois 
le payent '. « 

Le Conseil se montrait encore favorable aux demandes 
de passeports pour des navires chargés de bois du Nord. 
Un négociant, Henrv' Meyer*, représentait qu'il avait 
commencé à faire bâtir, au bord de la rivière, deux 
grands magasins et une maison, et que, ne trouvant pas 
dans la province des planches de sapin telles qu'il les 



* Ri'gislre duConst-il île i-ommcn-t! F. 12. 33, f(>li<i nri reuto; séance du 17 no- 
vembre I7(K5. or. folk) M verso; Béani'o du \è novembre. 

' Piirmi les minutes do Etandiereau, on rencontie, ii la Jatc du 17 juillet 1727, 
lin Kirliard de Miîjer, rk'i;oi'i;mt aux OlKiiIrtitis. Cf. ti-dessus, p. SlMi. 



338 



IIISTOIRK DU CUMMEHCE 



I 



lui lalkil, il se voyait réduit à s'adresser à Amsterdam. 
11 fut observé que, coufoj'méiiieiit aux renflements, les 
planclies de sapin devaient se tirer de Suètle ou de DR' 
neniark, mais qu'à cause de la guerre du Nord on ne^ 
pouvait pas cq faire venir aisément. Fiiialenient, le pas- 
seport demandé fut accordé, et trois autres pétitions 
analogues réussirent également'. H 

Yoyant le chemin que prenaient les bois des Pyrénées, 
les capitouls de Toulouse mirent une imposition sur le 
merrain'*. Les réclamations no se lircnt pas attendre, 
surtout après un arrêt du parlement de celle ville qui 
défendait le trauy]>ort, hors de la province de Langue- 
doc^, d'une marchandise aussi recherchée. Le nierrain 
était alors rare et cher dans tout le royaume'', bien que 
de temps immémorial les étrangers, notamment les Hol- 
landais et les Anglais, fussent dans l'usage de rapporter 
à Bordeaux les futailles des vins et des eaux-de-vie qu'ils 
y avaient achetés^. 



« 



' Registre F. là. STi, folios 42 verso (iS février 1710 j, 5 t-j verso (I i mars\ 
16S verso (9 mai), 173 recio 30 mai). — L'un di"s aiUcm-s de ces |u'liHons, 
(^otrielis Delfgïind, qiic son piiiioia indigne comtiiii llolUindais, aUcfrue une 
uiai&un (juil cun&Uuil cl les LâliuienU qu'il fuit navi;;ai;r uiix iles de l'Ame-, 
riqui!. L'un de ses <;(jin{)atriotes, Théodore van dev Ilulst, banquier b ParisJ 
avûil demandé etobllot pafiiilleiitL'nl un passeport puur une giiliule qui devait 
venir de Ktenigsberg à Ilmdeaux avec im eliaiizement de [ilanches de sapin cil 
de merraîn, et prendre des vins en échange pour la Prusse iibiiL, falioôfjj 
vci'so ; 2<i septembre 171 1), IMus tard, c'cfel un sieur Siinzes qui oMicnl la pe^ 
mission de faire venir de Lubeck des bois de construction el de nuTrain (Re* j 
gislrc F. 1"2. 'SI, folio 221 retlo; l" février 171-1). 

* Registre A des délibcralions de la Chambre de eummerce de Gui«one, 
p. '2(i8 (seanee du îi février 1711), 299 (S juillet). 51M) (16 juillcl), elSO»; 
(20 aoiU). j 

■' Reg. n. folio 181 verso (19 août iHTi). CL folio 18i verso, 2 sept. 1733. 

* Ibiil., folio 131 verso; séance du 17 avril. 1721. 

* iti'itl., folio 187 vei-so, IMH reeio; 30 dèeenilire 17i5. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 3o9 

Le bois de noyer, aujourd'liui si recherché par les 
ébénistes, ne l'était pas autant, à beaucoup près, au 
commencement du siècle dernier, el le commerce y 
trouvait des embarras plutôt qu'une source do profits. 
Le 24 juin 172(5, M. lîuucher, intendant en Guicnne, 
avait écrit au contrôleur général que quelques particu- 
liers du Périgord ayanl demandé la permission d'envoyer 
à l'étranger des planches de bois de noyer dont ils ne 
trouvaient pas à se défaire dans la province, il la leur 
avait refusée confonnément à l'arrêt du 11 août 1720, 
portant délcnse de faire sortir du royaume du bois de 
noyer non ouvré. M. Boucher ajoutait qu'il y avait à 
Bordeaux des marchands qui en avaient fait venir^ et 
qui l'avaient gardé plus de deux ans sans trouver à le 
revendre, quoique, à sa connaissance, ils l'eussent sou- 
vent ofl'ert aux balles des menuisiers. Consulté sur la 
convenance qu'il y avait, en cette circonstance, à faire 
fléchir la loi, le Conseil de commerce émit l'avis de per- 
mettre l'exportation demandée*. 

Les arrivages de bois du Périgord n'étaient pas alors 
faciles, par suite du refus que faisait le marquis de Sail- 
lant, seigneur de Comborn, de laisser ilotler te merrain 
que l'on pouvait transporter par la Vézère dans la Dor- 
dogne* et la Gironde, et cela au grand détriment des 
provinces arrosées par ces rivières, comme aussi de l'Au- 
vergne, de la Marche et du Limousin. Touchée de cette 
considération, la Chambre de commerce prit l'jilïaire à 
cœur, écrivit au contrôleur général et fit transcrire sur 



' Ri^gtstre (lu Conseil tic commei'Cti l'. 12. 75, p. 179; ISjuillel 17-26. 
* Voir, puur le l'éjîiHie des péages sur ces rivilTcs dans lu secoûJe partie du 
xvir siècle, lu cotTcspondance ilc Colbert. t. IV, p. 487. 



360 IllSTOlItE ou COMMEUCE 

ses registres \c placet et le mémoire iVun sieur Malleville, 
qui lui avait dénoncé les faits*. ^ 

La plus grande partie du merrain employé à Bordeaux 
pour faire des futailles à vin et à eau-de-vie venait dans 
cette ville par Hambourg et Lubeck, qui étaient l'entre- 
pôt de presque tous les bois du Nord; on le prcférail 
au merrain des provinces voisines, et il se vendait tou- 
jours plus cher. 

Le merrain à pipe de Hambourg avait cinquante-sept 
pouces de longueur, de quatre à six pouces de largeur, 
et un pouce et demi d'épaisseur; le millier était com- 
posé de mille six cent seize pièces ou douclles. Ce mer- 
rain se refendait. On ne l'employait pas à faire des 
pipes; on s'en servait pour les barriques, parce que l'oo ■ 
trouvait dans la longueur la hauteur du fût et les fonds. 

Le merrain propre à faire des pièces à eau-de-vie avait 
quarante-six pouces de longueur, de quatre à six de lar- 
geur et un d'épaisseur. 

Le merrain qui servait k la fabrication dos barriques de 
trente-deux veltes, jauge de Bordeaux, avait ti*ente-cinq 
pouces de longueur, de cpiatre à cinq pouces de lai'geurel M 
un pouce d'épaisseur. Le millier, conmie pour le pré- 
cèdent, se composait de mille six cent seize douelles, et 
se vendait sur ce pied-là à Bordeaux, au lieu qu'il n'en 
contenait que mille deux cents à Hambourg. 

Le merrain de Lubeck, employé à faire des barriques, 
se vendait a Bordeaux au millier, composé de mille huit 
cent dix-iiuil pièces ou douelles, savoir : mille deux 
cent douze de trente-six pouces de longueur, de quatre 

' Rct'is""e r, des délibéralioiis de la Chambre de comiiioroi', folios 48 vci'so 
(2 juin 1728). i9 recto (17 juin). 



1 



I 




ET DE LA .NAVKiATlUN A DOKDEAUX. Mi 

à six pouces de "largeur, cl de trois quarts h un ]>ouce 
d'épaisseur; et six cent six fonds de vingt-quatre pouces 
<le longueur, de six à huit pouces de largeur, et de trois 
quarts à un pouce irépaisseur. 

Passons maintenant à ce que l'auteur du îilémoire de 
1730 intitule : Consommulum à Bnrdeaux. Nous co- 
pions : 

SAMBOCRG. 

Deux cont tiiiqiuitik' milliers de la \^'' cspi\p, \\ (iOO livres le uiillier, 
L'onipos»^ (le inilli! sixcwiL st'izo iloiiolles, nioi)U>nl cy. 1oO,00(( liv. 

Tmi^5 coiit l'iiniiintilc milliers do la 2" c«p6cc, à 
400 livres le iiiillii'i', composé id ■liO.OOO 

Six cenls uiillk'rs de la 'èfi espèce, à 300 livres II' 
millier, composé Ul 180,000 



r..L;il 470,(100 liv. 



lluil cent milliers, à 300 livres le uiillitr, composé 
de mille htiiL eciii luiiL (louellcs, iiKjiiiriU cy. ..... ?40,ni)0 liv. 



Total 710,000 liv. 



L'auteur du Mémoire ajoute : o On observera icy 
qu'outre le nierrain cy-dessus, il en vient de la Lorraine 
à Bordeaux, depuis environ deux ans, qu'on fait des- 
cendre par la Meuse et le Uliiji jusqu'à Bordrecht, ville 
de Holkuide, d'où on le fait transporter icy. Ce bois est 
recberelié à cause de la longueur de ses doucllcs, et de 
celle de ses fonds. Bordeaux en reçoit ordinairement 
trois cents milliers à barriques, composé le millier de 
mille deux cent douze douelles et six cent six fon«ls; les 
douelles ont trente-six pouces de longueur, de six à huit 



362 TllSTQlRE DU COMMERCE 

pouces de largeur cl de trois quarts à un pouce d'épais^ 
seur. 

« Estimé le millier à 380 livres, les trois cents mil- 
liers font 114,000 livres. » M 

L'auteur du Mémoire donne ensuiîe un « compte de 
cent cinquante ring longaille et soixanlu-quinzc tal, au ^ 
compte de fo limaille chargés à Lubeck pour Bordeaux; » | 
et auparavant i! fait observer que le mcrrain ne se vend 
pas au millier dans cette ville, mais seulement au compte; M 
que le compte contient deux cent quarante pièces, tant 
pour la loniïiiille que pour la fonçaille, et que ce bois se 
vend à Bordeaux au millier de dix-huit cent tlix-huit 
pièces^ savoir : douze cent douze pièces de longaille, et 
six cent six de fonçaille. 

Si l'on considère Timportance qu'a prise de nos jours 
le commerce du charbon de terre à Bordeaux, on ne 
trouvera pas mauvais que nous recherchions à quelle 
époque il a commencé. Au xiv® siècle, nous voyons un 
marchand français venant de Newcastle prendre un f 
chargement de charbon eu échange d'une cargaison de 
blé ' ; niais l'historieii de cette ville ne nous apprend M 
rien sur la destination de ce combustible. Nous ne ™ 
sommes pas plus avancé sur la provenance du charbon 
mentionne dans les comptes de Saint-André, à l'année 

' liotiiU parliamenlortim, vol. I, p. (33, col. 2. Pctilioncs in Parliamcnto, ^q 
A. D. lôâj, 19 Ed. Il, n" 9. — John Biiind (//)« Hislory and Antiquities of the 
7'own and Ceunty of tlie Toivn of lieueastif iipoii Tyne. etc. London, A. D. 
MDCCixxx. in-i", vol. Il, p. 2oK), analysant la pétition au roi d Angleterre 
d'un l'crlain TJittnias Rc'nle, i le socn homme liiïf de Ponlise, ■ rend ce der- 
iiiiM' num par l'oiituise : il nous semble (|ii'il y a lii trieur, et qu'il vaudrait 
mieux le tr.iduire par Pmithieu, celle province de l'ancienne France ùtaat plus 
susceptible de foumir des mutins que le Vextn rr:un;ais. Gf. cinlessus, (. li 
p. 2j(i. note 2. 



ET DE LA iSAVlCJATION A nORDEAUX. 



363 



ilO\ et il nous faut remonter jusqu'au conimonceracnt 
(lu xviii'^ siècle pour reucoutror un arrivage tlo charbon 
de terre à Bordeaux. 

Le 18 avril 1705, Peter Axen et. Samuel Moaxtens et 
C"^ demandaient Fautorisatioii de l'aire vendre un ton- 
neau et demi de eliarbon de terre venu à Bordeaux sur 
un navire do Bergues, se fondant sur rignorance où ils 
étaient de la prohibition de cette marchandise. Les dé- 
putés du Conseil de commerce étaient d'avis de refuser 
la permission demanJée, par la raison que les Anglais 
ne souffraient l'enlrée d'aucune mtirchauLlise de France 
en Angleterre; mais attendu la petite quantité do celle 
dont il s'agissail, il parut à Fassenddée que l'objet ne 
-méritait aucune attention, et qu'il ne pouvait tirer à con- 
, séquence de laisser la liberté d'en disposer comme on 
voudrait, sans qu'il fût besoin do donner un ordre parti- 
culier^. 

Plus tard, la prohibition du charbon de terre anglais 
fut levée et remplacée par des droits considérables. En 
1728, le Conseil refusa de renouveler l'arrêt qui les mo- 
dérait; les commissaires pensaient qu'il y avait en France 
suffisamment de charbon de terre et qu'il fallait en fa- 
voriser la coiisonmialion. En vain le déjjuté de Bordeaux 
représenta combien il serait onéreux pour le commerce 
que notre vihe et la Rochelle fussent obligées de se servir 
|de char'bou français, et nuisible h la navigation d'augrnen- 



' " Itein, xxxvj Aprilis suivi pro duoJecim succis carbonis li pro iHirlagio, 
1,1 fr. vj anl. 

« hem, suivi pru iluobus bojsellis carbonis de Icrru. sulvciidis pro boisello 
1 liij solidtis torn., xxxij arfi. » {Compûla S. Andreic, reg. 1, iinii. lolO.) 

' Registre du Conseil tic fumuierce l-'. li. 51, fulio 337 recto; séance du 
13 mai 1 70."i. 



364 HISTOIRE DU COMMERCE 

terlesdroits sur les niarcham lises étrangères. La Cliambre, 
crut devoir intervenir, mais d'abord sans plus de succès:] 
de toutes parts, en Nivernais comme en Languedoc, on 
ouvrait des mines de houille, et le Conseil voulait donner 
un débouché aux charbons français '. Cependant nos raffi- 
neries se formaient, et de vingt-deux qui avaient été éta- 
blies à Bordeaux, douze avaient cessé de fonctionner, au 
grand dommage des colonies^. Enfin, de guerre lasse, lei 
Conseil de commerce admit la demande de la Chambre 
et des ratïineurs, qui passa à l'unanimité"'. 

Après avoir parlé du merrain qui sert surtout à faire 
des barriques, nous ne saurions mieux faire que de dire 
un mol des bouteilles. 11 ne paraît pas qu'elles fussent! 
d'un usage général avant le commencement du xviii* siè-j 
cle; c'est du moins ce que dit un sieur de Billac, bour-| 
geots de Paris, dans un placet adressé au contrôleur 
général pour obtenir le privilège d'une verrerie dans un 
rayon de quinze lieues de Paris. X l'en croire, l'usage 
des bouteilles de gros verre noir était devenu plus fré-j 
quent, depuis que l'on avait trouvé un avantage à lirerj 
des pièces de vin entières en bouteilles, et il avait le se- 
cret parlieulicr de faire fabriquer ces sortes de bouteilles, 
ainsi que des flacons et des carafons, aussi beaux et plus 
forts que ceux d'Angleterre et de Lorraine, par suite des I 
fréquents voyages qu'il avait faits en Italie, en Allema- 
gne, en Hollande et de l'autre côté de la Manche*. 



' Registre r, des délibérations, folios S2 verso, ?i3 verso et 73 reclo. 

* Ilml , falios H vereo, Ti nrto, 7(i vrrso. — Trnjsjî'nie rcyislrL' des Mttes, 
fulio GH Kvhî Pi verso. — Troisiérae registre des tiiêtnoiros, folio 1^ verso. 

" Registre C, Mios 84 vci-so, 83 verso, 86 ret-lo. 

' Registre du Conseil de commerce F. 12. 57. folio 04 rcflo; séance i3« 
S avril 1713. — Le mois suivaiiL, deux autres imluslriols pre&i'Utaient unefx*- 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 3fi5 

Depuis l'anni'^e 1711, îlonleaux avait une fabrique de 
faïence, fondée par Jacques Fautier, qui s'associa ensuite 
Jacques Ilustin, bourgeois et marcliand de cette ville'; 
mais il ne s'y trouvait pas de verrerie, tandis que Bourg- 
sur-Gironde en poss('Mlail une,fo]Kl('eparI?altliazar, gonlil- 
hoinme verrier do Witzl^onrL;, qui s'ctaîl associé les sieurs 
Charancé et Sartres". INon loin de cette verrerie s'éleva 
bientôt une concurrence redoutable. Le sieur Mitchel, 
qui était sûrement Anglais, sollicita d'abord le privilège 
exclusif de faire fabriquer des verres et bouteilles ^^ puis 



Ution serabMile, en faisant valoir des considérations analogues, r Folio W ver-so, 
27 mai. Cf. fulio -ft vcisti. 13 mai.) 

' Ri'cufil dv ruulums», Bibl. de Baiclcaux, Jurisfn-. n" 5,07(1, 1. lil, fulio IIG. 
, Cf. ci-dessus, p. ^i et 270. -- Il est fait mention de la manufacture tlcfulcnce 
de nordeaux dans le registre du Conseil de couinicive F. 12. 19, p. 200 (séance 
du 2H février 17ô2), à prujws de la demande de l'alibé de Hniiucpinc, seijrneur 
de la baronnif de Samadet. dans la Chiilosse, tendant a obtenir un jivivilége 
exclusif iii^ndajit vingt ans, pttur r<!t:il)lisseiacnt, dati.s sa terre, d'une ruauu- 
I facture semblable. Cf. p. 320, séance du ti mars 1732. 

' Arrft qui exemple île la taille cet ètcaugcr et ses ouvriers, en conséquence 
[de rarriH du 25 janvier ITïi. iTlei-'istce du Conseil de etinmierce F. 13.73, 
p. li-')-ll7; séance du 7 février \1^.) — Exemption accordée au même du 
droit de eonlablie, ou bcal, sur toutes les marchandises et denrées qu'il 
fera venir pour sa eunsoiumation particulière, et sur les articles destinés ii sa 
manufacture. Ihid., p. f>i>8; 1" aoiH 1720. Les projets d'arrêts sont p, 527- 
S29; si'ance du K août.) — Délibération sur une requêle des sicui s Charancé 
et Sartres. (Reg. F. 12. 7:>. p. 2ô2; 11 mars 1728.) 

' Ilegistre C, folio 99 reeto, 17 août lîôl). — Le sieur Milchel fondait sa 
demande .sur les motifs suivants : 1" il avait fait des dépen.scs considérables 
pour mettre sa f;il)ri(iuc sur pied; 2" la tjuanlité de verres et de bouteilles qui 
sortaient de chez lui, en même temps que de l'usine du sieur Fonherp, était su- 

Ppèrienre a la eonsommalî.tn de la province ; 3" ce qui se fabriquait K Dwdeaux 
sullisait aux besoins b)c;uix; A" ces deux fabriques se détruiniienll'unc l'autre, 
k cause de leur pniximité rldu sléfaiit d'écoulement. Lepétîtiimnairc concluait 
en disant que .son établissement étant plus ancien, il était jii.'^te du le eonser- 
■ \er par préfcrencc a celui du sieur Fonberg. Sur quoi la Chambre répondit: 
j 1" que la verrerie de Dourg ne coulait pas moins que celle de Bordeaux; 
2" qu'outre leur produit, la province consiunniail urit^ fois jdus de verres et de 



3fi6 



HISTOIRE DU COMMKnCE 



il demanda pour sa manufaclure et celle du sieur 
berg, établie à Bourg, l'exclusion de toule autre dans un 
rayon dt> rlix lieues, et divers autres privilèges * ; mais 
on ne voit pas qu'il ait été traité avec la même faveur 
que l'étranger qui, le premier, enseigna, chez nous, à 
couler des glaces-. 

Le Conseil de commerce, appelé à se prononcer sui'' 
ces sortes de demandes, avait souvent à donner son avis 
sur d'autres industries. Ses registres nous apprennent 
qu'il y avait, à Bordeaux, un inspecteur des manufac- 
tures, et, entre autres arrêts, ils en renferment plusieurs 
concernant une fabrication qui a disparu de nos murs, 
celle des bas. A la date du 13 déceni!>re 1715, cette 
fabrication avait été permise^; le 3 septembre de Tanné 
suivante, intervint un arrêt sur un différend qui s'étail 
élevé entre les marchands de Bordeaux et divers arti- 
sans de la même ville. Certains de ces derniers, notam- 
ment les bonneticrSj les chapeliers et les chaudronniei's, 



a 



bouteilles, qui venaient de Rouen, Hauibourg et autres lieux; 3" que le sàen 
Mitchel n*avail qu'il fiibritfuer des verres l't di's bouteilles supérieurs k ceux d« 
ta njanuriiclure de llburj; pour lu faire lom^e^ d'dle-nH''nie, etqiic, liienluinde 
détruire l'une de ees fabriques, il serait ii désirei' qu'il s'en étiibllt d'autres, |)arc4 
que l'abondant^e de ta marchandise en abaisserait le prix et en auguienterail 11 
consoïiiniation. 

' Registre du Conseil de euuimeree F. 12. S-'j, p. l-<6 ; séanec du mars ITW. 
= Dans un registre itliis léeent, îa veuve Miteliell [nk) csl représentée deman- 
diint niaiulevèe d'une partie de salieor. un rendre de varech, qu'elle avait 
tirée d'Angleterre puur sa verrerie, établie îi liordenux. (Registre K. 12. 88, 
p. 588; délibératii)n du 7 décembre !7il.) 

* M Ce Tut !i Saint-Germain-cn-Laye que l'on eouimcnça en France il faire 
des glaces à la façon de Venise. Teseo Mntio, gentilhomme italien, ayant a]»- 
porté le s«cret de cette verrerie ou glare, le roi le naturalisa et Panoblil en 
13(}|, » (Leheur, Hisltûrc de la l'ilk et de tout le d'wcùHe de Paris, t. Vil. 
p. 2:^1.) 

' Registre du Conseil de commerce F. 12. j!), folio 8 verso. 



I 



« 




ET DR LA NAVIGATION A HUHUKAUX. 



367 



'éfaîcnt avisés, contrairement à rancien usage, de se faire 
attribuer le droit d'aller faire des visites domiciliaires 
chez les principaux, bourgeois et marchands de la ville. 
Appuyés par les directeurs de la Chambre de commerce 
de Guienne, les plaignants obtinrent gain de cause'. 

Par un autre arrêt du Conseil d'État, en date du 
30 août 1716, il fut permis de faire dans Bordeaux 
des bas de soie au métier^; Toutefois, celui du 3 juil- 
let 1721 défendit la faljrication et la venïe des bas à 
deux fils. Le Conseil rappela plus tard ces arrêts à 
l'inspecteur des manufactures^, et celui-ci répondit en 

• Regiistrp du ronseil de commerce F. I^. fffl, fitlio ICô veeto. Cf. folio 168 
verso. — Des visites d'un genre analotriic avaient lieu dans d'autres corps 
diktat; on le voit p;ir un arrûl sur la requôle de la communauté des orfèvres 
de {{ordeaux an sujet de la perciplinn des droits qu'ils levaient pour visites, 
brevets d'upprentissytîe cl ttceplirm a la niaUiise. (Ret,', P. 12. (m, folio 51 

[■verso; sonnée dn 1" fi'vrier 171!).) 

* Registre H de la ("hauibre de coniracrre, folio 41 recto, séante du (1 tio- 
vembre 1716. Cf. folio 46 verso (2 janvier 1?17). — L'intendant ayant fait 
cominufiiquer ii la Chambre de commerce cet arrêt, avec une lettre de M. d'Ar- 
gfinsnn, (ninr avoir le sentiment de la cinnpannie. cîl« régiondlt : i" qu'il fallait 
tenir la main ij re\f"çiilion de raitùde t diidit arr«'l, et cxi|;cr que les soies 
pr<ïparêes pour faire les bas au niùlier, ne pussent tire eNipknécs a moins de 
Luit brins, à cause de la flncsso et délicatesse de chacun d'eux; 2« que les 
soîcs préparées pour la fabricatiou des lias noii-s ne devaient Mrc teintes 
qu'après avoir clé travaillies et levées de dessus le mèlicr. eonfonnémenl ii 
l'article 7 duiiil ri-^'lement; I^" qu'en ce qui eoneernait l:i loniiueiir des bas do 
sftfe pour homme, il Hait nécessaire, pour être bons et marebands, qu'ils fiis- 

( sent du poids de sept ii buit onces, et non de quatre, selon l'article 3 des sta- 
tuts accordés a l:i ville de Lyon, par lettres-iiatenles dti mois de février 1730. 
(Deuxième registre des parères de la Chambre de commerce de Guienne, 
folio 32 j-ecto.) — L'année siiivanlc, M, d'Argenson deiiiaiidait des rcnspigne- 
œcuts relativement ;iu nombre des brins de lil et au poids des lias de (llo- 
selle, ou démet, les bas ne pouvant être bons qu'à la condition d'y employer 
trois brins de lil et de donner aux bas d'bomme le poids de quatre onces et 
d«mie, et ii ceux de femme celui de deux onces et demie. (Iteg. U de la 
Cbambre de corameree. fidio 'iO recto; séance du 18 novembre.) 
^ Registre F. M. 71 ; séance du âU juillet 17ii. 



368 



niSTOlRK UU COMMERCE 



dénonçant l'abus qui so pratiquait à Bordeaux et dans 
rétendue de son département, où Ton continuait, disait- 
il, la fabrication et la vente des bas au métier à deux fils. 
Le Conseil, après avoir délibéré sur celle communica- ■ 
tion, recommanda aux olïîcîers de police de tenir la main 
à l'exécution des derniers arrêts rendus sur ce sujet'. 11 
y revint le 4 juillet cl le 22 août 1726, sur de nouvelles 
représentations de l'inspeeleur des manufactures des gé- 
néralités de Bordeaux, d'Auch et du Béarn, puis suifl 
une lettre du sieur Delan, successeur de Collet^ dansées" 
fonctions, comme dans la guerre entreprise par celui-ci 
contre le débit qui se faisait, à Bordeaux, de bas à dciix^ 
fils. Nous mentionnerons encore une letti-e de M. Bou-B 
cher, inlendaut à Bordeaux, sur les plaintes portées par 
les jurés des fabricants de bas de celle ville contre plu- 
sieurs de leurs confi-ères établis en différents lieux de^ 
son département, qui, contrairement k farrôt ilu 9 sep-™ 
tembre 1716, faisaient des ouvrages défectueux, et, pai' 
suite, du tort à leur industrie'; mais depuis longtemps 
les fabricants de Bordeaux avaient cessé ii'alimenter le 
commerce *. 

i Rt'iîistPt> F. \± 71, p. 12u, 126; séance du 9 août 1724. 

s Ri^lîislre F. 12. 73, p. 449 et u7(>-573. 

■' Rfyislre F. 12. KTi, p. 521 ; séance du 30 août 1730. 

* « M. l'irik'ndant ujajil fuit diiiiiinder ii la Chambre, de la pyrl du Conseil 
do coniiiierct', si la fulnique dfs bas d'tîslamo cl le eorurncrci? qui s'y eu Uà 
étaient considcraliles, il a eslë rapiiridu que l'un et l'autre csUticnl de pt'tile 
conséquence, n'y ayant ii Hordeaiix que soixante mÈlici-s, y compris dix-Luil 
pluci''S dans Vliospital de la uKiniifaclurc. desquL-ls uid'tsei's il y en a a pi'éM^Dl 
<|tiai-anle occupés seulement ;i Iraviiiller pour les liahilans. » i.Ueg. Bdesdtli- 
bératiuus, folio 126 vci'so; 51 janvier i7il.) 



CHAPITRE XLIII 



BdCCK SAI.E ÏT SblK t) UlIAM*!: ; IKIU 



CuiniiK-ivf oi uswpp (Ivi licpuf salé «l'Irlande ; diilTro ilc« iinporinlii;»!» iJo i o (fciire À Bonlc-^ux. 
— Opiiiinn«(lii I*. l.a\yM t*l i!o Sjivary au bujuI liu cuUb iiinirtiaiulisi! ; fniiubs mixi]iiullo& ello 
HLinuail tioii. — Modn irniliiil, mil:irninuiil K ïtiihliii, ilii Iwiîut smk". — SiiUiririanile; diilTre 
dps iiii|iurlalioii« annuelles île celle iloiinio à Itordraux. — Pruliiliil ioirs iloiit ellp ctiiil l'olgol 
à l'cdlrôe L>t à In snriip i\e co porl; nxlrnil d'cnw ledrc de Cnlliuil, iuiifoimc à so» prinripcs 
prnnomiques. — Les Irlinidnis ctflwiit di; \pnir h lliiriivaux, apri'S un arrCl du ("onseil en 
dylf iJu 'iS décembre 17i7. — fSeiinAles dus n6;,'oci.intsdoNnii((?B et de Bordeaux qui (iiisaieul 
le coiuiucrce avei' l'irlauijc cl l'Amiiriquc. — Opposition do In Clmmliro iJo comiiitTco do 
Guienne; nisons sur lesipiellos ollo «appuie; arr^l <[ui pt-nucl auï iic[,'ocianls français d'en- 
voyer rliarifor en Irlaiiik' des saluisoiui à daslinnlion ile* colonkis. — Olislai-Ies oppo«>g à 
l'arrix-'c de» inarrliniidise» irtaiidaUeii admises dans mt^y \HtrU. — l'rrdiiliilïiiti TBslreiutu do 
l'ctaia d'IrInn'Io. — Cnmuion-D liesi cuiri! il'IrUnrle à Itordeanx ; il'nliiird jinihilic^i, !!.<« y seul 
ensuite adnii» nvci: ceux ilc Montevideo. — Furs dp Su(>de et d'E»p.'i(fne ; quaiililô que Bor- 
deaux en ruf'eviu'l. — Détail des foni d'Espaçne îin|Hirliin ù noriteaux. — Délitieration du 
Conseil de toratncree relative k une dcnuindc d'imporblinn de fur de Suède. — Ûlistrfnliiiiis 
du rédacteur du AlciULiirr du l'ôftsur li-s ihaimps entre Stnclilinlui ri Am*lci'il.iui. -DétniN 
sur les poids de Suéde. — l'ro'liictloii de* fnr^u.< du Poiig-ord vers 1730. — Comiiieri'e dos 
chaiidièn» A suctp, do furraos et dn puis île lerre de Sadirnc, entre Bonloaux cl le» riilimics ; 
cicporUlion de pelllu polnrie de fer en Kspiijjiie. — Kidirirniloii iln ranmw dn fiT en t'tri;ronl. 



Bordeaux el les autres ports do Franco taisaient voiiii' 
kle Duliliii et de Corlv lIu bœuf salé' pour l'cxporlor cti 
Amérique; celle marclianilise nous arrivait eu l^ai-il;!, pe- 
sant, avec; la sauniure et la futaille, ilc 280 à 300 livres 
chacun. On l'employait à la nourriture des matelots, et, 
dans les colonies, surtout à celle des nègres. Il s'en fai- 



* Il en venait iiussi ùe WalcifonJ, itii UMnoi fanage du docleur Cliarks Siwilli. 
{Tlie aittient and limt'ut S(ale ofthe Luuiitjt antl City nf Wtiferfinil, ilc. Diiblio, 
|ji.ftcc.XLvi., in-8", p. 270.) Itans un :mtt'e ouvrage, k' nièmc Écrivain ii donné 
'le détail des exportations dp Cork vers le uiUieu du xvii)« sil-cle, en s'élendaiit 
plus parliculi^rcnient sur le commerce du liœiif salé avec la Fraucc. {The an- 
tlent and prea^ul Sfuti^' of ihe CiinaUj mil Cdij of Citrl;. etc. Dublin, sicnni,, 
in-8°, vol. I, p. l|l>-ilô, eti note.) 

II. M 



u 

I 



370 niSTOIRE DU COMMERCE 

sait une grande consommation ; Bonleaux seul, annuelle 
ment, lirait d'Irlande au moins 25,000 barils, ce qui 
lait, sur le pied de 20 livres par baril, ann^e coni 
mune, 500,000 livres. 

Le P. Labal vante cette salaison, non sans stigmati 
ser les fraudes auxquelles elle donnait lieu : « Le bœuf 
salé d'Irlande, dit-il, est le plus estimé et avec raison; 
car il est certain qu'il est toujours le meilleui', le plus 
gras, le plus désossé, et le moins sujet aux friponneries, 
pourvi!i qu'il n'ait point été refait dans un certain portfl 
que la charité m'empêche de nonuner, où l'on en est 
venu à cet excès, de mettre dans les barils des têtes de 
bœuf toutes entièi'es avec les jambes et les pieds, et 
même au lieu de bœuf, de la chair de cheval, avec les 
pieds encore tous ferrez*. » 

Écoutons maintenant ce que dit Savary du commerce 
d'exportation de l'Irlande : « Les cuirs, les suifs, l 
beurres et les chairs salées se vendent au poids; ei 
c'est un des meilleurs commerces de Tisle. Mais les étraii 
gers doivent être sur leurs gardes lorsqu'ils enlèvent c 
marchandises, aussi bien que pour tout ce qu'ils aclie 
tent des Irlandois; ces insulaires ne se faisant gueres àeM 
scrupule d'y ajouter plusieurs mauvaises drogues, pour ™ 
en augmenter la pesanteur, comme des crottes ilans les 
cuirs ; de mauvais beurre et du suif au fond des tinettes 
de beurre; des pierres dans les suifs, et des cornes et i 
pieds de bœufs dans les barils de chairs salées *. » 



I 



' Nouveau Voyage aux ixieg de r.Anu'riqiie, etc. A Paris, m. dcc.xlii., in-8», 
t. IV, p. 2ntl. Cr. Heg. U (\f la ChimiNro île comiJiene, folio JK) reclo. 

* Dkt'kmuairc iiiûirrxcl fin amimerce. l. I, p. 2'ifi, col. i, — John Rutly, apM^ 
avuir inditiiiè re passage de Savary, assurt; que dcptiis le temps du eut fcrtvaifl 



RT rHv LA NAVIGATION A nonDKACX. 371 

L'auteur du Mt>moirc do 1730 donne un compte dô- 
taill('' de la façon dont se faisaient, sur les lieux, les 
achats de bœuf salé; niais il fait observer auparavant 
que l'on comptait t\ Dublin par grand cent de 112 livres, 
composé de quatre quarts de 28 livres chacun, livre or- 
dinaire, et que les 1 1'2 livres de Dublin ne faisaient, 
poids de Bordeaux, Pai'is et Amsterdam, que 10^ livres 
7 onces 17/25. 

Les suifs que Borileaux tirait tTIrlande se vendaient, 

I comme le bœuf salé, au grand cent de 112 livres, 1! en 

venait ordinairement dans cotte ville 6,000 quintaux 

tous les ans, à 40 livres le quintal, ce qui faisait une 

somme de 240,000 livres. 

Les Irlandais importaient ces diverses marchandises à 
Bordeaux ^ ; mais ils rencontraient souvent des obstacles 



Ifs choses s'élaicnt bien améliorées. [An Essaij towards a naîural Uhtary uf 
the Cminljf oflUiifiin, etc. Dublin, 1772, in-R», vol. I, p. 'Hld.) La tuauviiiso fui 
di's ('omnirrg;inls irl.inilnis a élè sit-'iialée pur un Aiiylnis, Eihvaiil Wukcticld, 
k proiius de (ciix do tîalvvay. {An Àtcuiutt of Ircland stulislkul and iu>lilhijl. 
Lundciii, 1812. in-t». vol. !!, p. 29,) L'historien de letle villp, Juiik'n llaidi- 
nian, repiuisse ayee indi^natinn «ne inppiilaliim [laieillo (Ihe tlintory nf (he 

\ Town and Cmiuty vfGalway, otc. Dublin. 1820, iti4", p. 28(1, 287), et cite un 

' émigré fiançais qui voyageait en Irlande, a la lin du sil'de détniet' : « Un mar- 
chand dii vin, (lit nntlrp ta m patriote, m'a J<mné relie raisen du peu d'ui-tiviL; 
dn pommrrce dans eotU; ville, et m'a vraiment dit de hiinne foi : « ,\vant que 
« la France sût préparer le vin, c'était ii nalway qu'on le faisait. — nommenl! 
B lui repundis-ji!, ]e n'imaginais pas que vous aviez en jamais de vignes h Gai- 
•< way. — Oh! non, répondit-tl; mais en France, le vin était tout simplomt'nt 
« le jus du raisin, et on nous l'apporlait ii Cahvay pour le rendre Imvabk; 
B niaUieureusemen!, les marehiind.'* de Itnidoaiix le prépamil aussi liicn que 
« nous, et lela nniis a rnupé les bras, » [i'ronteiM.le d'un Friutçiiix danx l'Ir- 
lande, etc. par de LutDenaye. Dublin, ITflT, in*, p. 17(1.) 
' LcUriî du sieur GuiUoré, de Nantes, qui demande permission de faire dé- 

l'Chargcr Ji Nantes le navire irlandais nommé YÀmllli^, parti de Lonlondcrry 
avec une caritaison de chairs salées destinées pour k-s îles franraises de F.Vmé- 

[riquc, de cuirs vciLs. de suif, de beiiire et de saumuiis, ijuil devait porter ii 



372 HISTOIRE DU COMMERCE 

à l'entrée ou à la sortie de ce port. Les principes de] 
Colbert, on le sait, étaient de ne point tirer de réli-aiv»] 
ger les marchandises que la France pouvait fournir d« 
son cru, et de se passer des autres autant qu'il serait 
possible, ou de ne les tirer que par échange pour éviter 
de faire sortir l'argent du royaume * : dans ce but, il 
prohiba l'exportatiou des salaisons d'Irlande aux colo- 
nies. « J'apprends, écrivait-il au sieur Desnanots, m 
1671, que quelques marchands de Bordeaux ayant reçu] 
des barils de bœuf d'Irlande en raesme temps que la] 
défense a esté faite de transporter aux isles de l'Amé- 
rique aucune marchandise prise en pays eslranger, ils 
espèrent que la liberté de les faire charger pour lesdites 
isles leur sera donnée pour cette fois. Puisque cela est] 
ainsy, vous leur en pouvez permettre la sortie; mais ne] 
manquez pas de déclarer, non-seulement à ces mar- 
chaniîs, mais inesme à tous les autres de Festendue ilc 
vostre ressort, que le roy ne «lonnera plus, à l'avenir, 
aucune de ces sortes de permission, Sa Majesté voulant 
qu'ils se résolvent à prendre ces chairs salées en France 
pour leur commerce aux isles*. » 

Ainsi contrariés, les Irlandais qui importaient des sa- 
laisons à Bordeaux cessèrent d'y venir après l'arrêt du 
Conseil, eu date du 23 décembre 1727, qui permeltail 
aux négociants faisant le commerce des îles et des colonies 
françaises de l'Amérique d'envoyer leurs navires directe* 



Bordeaux, suivant son passeport, et qui avait clé obligé de se rérugier a HmM \ 
pour échapper ii d(?ux corsaires de Jersey. (Registre du Conseil de commer» 
F. 12. Sri, folio 5a recto; 1" mare I7(H).) — Bordeaux recevait aussi delà eott« 
irsrlanile. (Reg. A des délibérations de la Chambre, p. t27; 28 duc. 17118.) 

' SMtres, Imtruciwns et mémoires de Colhert, l. lU, 2" partie, p. 739. 

^ lt>id., p. ^iôl. Cf. t. II, |)it"ce ri" HJ<) et note. 



ET DE LA NAVIGATION A IIUUDEAUX. 



373 



nient en Irlande pour y charger du bœuf salé et le trans- 
porter outre-mer. Le 19 déoeniLre 1728, celle permission 
fut pj'orogée pour un au à compter du P"" janvier 1729, 
puis successivement d'année en année jusqu'après 1730 '. 
Les Nantais, qui taisaient un grand commerce avec 
l'Irlande, ne s'étaient pas eonlentés de liemander ta per- 
mission d'aller clierclier des salaisons dans cette île; lis 
sollicitaient la môme autorisation pour les farines, la chan- 
delle de suif, le Ijeurre et le poisson salé, notainment le 
saimiou; ils essuyèrent un refus ^. Les négociants de 
Bordeaux qui faisaient le commerce d'Amérique, présen- 
tèrent aussi une requête au contrôleur général afm d'ob- 
tenir la faculté d'envoyer leurs navires en Irlande pour 
y charger à droiture, pour les colonies, les denrées ci- 

' dessus; mais ils rencontrèrent une vive opposition dans 

|la Chambre, qui chargea deux de ses membres de se 
rendre chez l'intendant, en vue de lui représenter le tort 
que ces négociants foraienl à la province, si leur de- 
mande était agréée, et émit le vœu qu'il ne fût pas donné 

Ide prorogation à l'arrél du 23 décembre 1727 concer- 
nant les bœufs salés'. En même temps, la Chambre 

lécrivil au contrôleur général pour s'opposer à la demande 
en question, (;t cmjiècher la prorogation de l'arrêt*. 

, Les raisons pour lesquelles la Chambre s'opposait à ce 



• RcgrislM" ilii Conseil Je commerce V. 12. 77, p. 30-38 (séance du 50 jan- 
vier 17501, 133 (.±2 PL'vrier 1731), etc. — Uejiistr-e C fies dclibèrations de la 

■ Cliambrc de cimiuierue, folios 11 verso (séance <lu 12 février 1728), 73 verso 
iÇJi novembre et S" décembie \"^^^), 70 vers*} el 77 reclo et vers» (15. 23 
[et 29 décembre^ 83 recto, 84 verso et 85 verso (5 janvier, l»' et 9 février 
[J730). etc. 

' Repslre C, folio 39 verso; séance du 8 janvier 1728. 

' Ibid.. folio SI reclo; scance dii l'J jnillel 1728. 

* Tmisiéiiut rejsislrc des lettres de la Chambre de commerce, folio ÎJO recto. 



374 IllSTOlUt: DU COMMEUCE 

que Tun mivoyât des navires en li'laiule, pour y prendre 
des denrées à destiuation des Iles, élait que les Irlandais, 
ne trouvant plus do débit à Bordeaux, diminueraient 
beaucoup leurs envois et ne prendraient pas en échange, 
comme ils avaient habitude de le faire, les vins, eaux-de- 
vie, prunes et autres denrées du pays. La demande des 
négociants bordelais, ayanl été portée au Conseil de com- 
merce, donna lieu, après délibération, à une décision 
conforme à celle de la Chambre ', au grand contente- 
ment des Irlandais établis à Bordeaux, et à Nantes*. Ce 
ne fut qu'en 1735, à la suite de plusieurs demandes, 
que fut rendu un arrêt permettant aux négociants fran- 
çais d'envoyer charger en Irlande des bœufs et viandes 
salés à destination des colonies^; mais déjà peut-être ou 
préparait de ces salaisons aux îles du Ca]>Vert, dans un 
but de concurrence*, et l'on songeait à se tourner du 

1 Reglslr-o C des délibérations de ly Chambre, fiilio îil verso, 21 jiiillet IW. 
— Rfpislrc du Conseil F. 12. T*i, p, fCifl; !i aiiùL t72'^. — Le rnnlrùlcur pénérjl 
répondit i|ni* la rrqui^tc des ncgiiL-hinls rie nordeinix aïuil été l'cjclce |Hiur le» 
raisons coiitcnucs dans la lettre di' la Chatiilite; qu"a l'épard de la t»ermissi9ii 
demandée puur une année rt pour des raisons particulières, daller cberrbw 
en Irlande des bteuTs salés, elle ne serait pas renouvelée sans que les cliiuii- 
Lres de commerec iotéressées fussent entendues, i Repislie C, Toliu îii verso.) 

* Dans le re}iistre A. ii la date du '21 tuai 1712. il est r;iil mentinn d'un sirur 
Wells, néjiot'iiitit de Bordeaux, a propits d'un navire irlaniais parli de re fwrl 
chargé de denrées de la pruvinrc et capturé par un corsaire fran^jais; et iluns 
le reff'istre du Conseil de commerce F. 12. 55, Tolio 9, d nn sieur PomiDiqud 
Joyps, marcliand irlandais établi ij Nantes, qui avait présenté un placet pauf 
deinatnler que SCS cinn|iatriotes pussent dueliarger dans les ports de Nanles, 
Ilordcaiix, la llorhelle et autres, et vendre librement les laines dlrlande.durit 
l'entrée était perniis.e en France, quoiqu'elles ne fussent point cnonrcci dan* 
ks paiisepoi ts. 

» Registre du Conseil de eoniuicrce F. 12. 81 , p. 604 (séance du 2i> août 1734); 
et F. 12. K\. p. 3.>i et SSft (séance* des 17 et ôl mai 173H). L'arréi du 2fi niai 
ITTVj a été itiiprimé. 

' He^isvtrt du Coiiseil de commerce F. 12. 8«. p. Il»-i20; 27 avril ïliU — 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 375 

côté du Danemark pour en obtenir cette sorte d'appro- 
visionnement'. 

En terminant, il convient de faire observer que les 
marchandises d'Irlande, admises dans nos ports, n'y ar- 
rivaient pas toujoin^s sans obstacle. Le sieur Koyd ayant 
fait venir 29 quintaux de plomb et 2'i de laine dans 
trente barils, exposait au contrôleur général qu'attendu 
rimpossibilité d'exporter des laines d'Irlande sans dé- 
guisement, la sortie en étant défendue sous peine de 
mort, il s'était vu dans l'obligation de mettre ce plomb 
dans les barils « pour les rendre de mcsmc poids que 
ceux du bœuf salé-. » 

L'étain n'était pas davantage du nombre des marcban- 



Un sieur Samanè, du nordpaiix, avait demanilè ext'iJi|itioti d*' dioits pour 
les sels (lu'il faisail |i:isser aux Iles du C.a[^Vi'It, pour y préparer des viandes a 
dcstinalion des llis françaises d'Amérique; celle Taveur lui fui accurilêc. — 
Dans le nifnie volume (p. îiiiH, Itt nnvcmbre ITIl; il est fail luenliùa d'une 
demande d'un ni'gocianl de Morlaix en Diamlevi'tc di\ plusieurs îiarils de bœuf 
Sidù. en transil pai- Bordeaux, destinés pour les eiilntries, saisis faute de la di^- 
claratiun prescrite |iar un JinM du parleuienl de !lerm«^. —Ailleurs h'. 12. 81, 
p, 9ôi! et^lHl ; :2ô elôO déeeinltrei. il est f;iil mcntiim ilc la lirmandc d'un ncpo- 
cianl de Marseille, qu'il lui (ùl piîrniis d'aller k t'-adix charger six ctnls liarri- 

[qiies dt! bd'uf salé pour la Martinique. 

' « Nous espérons, disait la Chambre de commerce Écrivant au tontrôleur 
général, que le Danemark pourra nous fournir des bn'uls salés par la pro- 
vince de Jutland, qui est la plus alumiSaule en biHail. 11 est néanmoins à crain- 
dre que celle province n'en si^tiuroil fijurnir assez ; roais il y auroit une autre 
ressimree, qui est le mouton snlé, dont les Danois tirent une grande quantité 
de rislande. Il y a mc^nie unccompagnie k Copenhague, que le roi de Dane- 
mark y a établie pour faire ce corn inerte, avec un privilège exclusif.... Nous 
poumons aussi tirer du iiiÈme pays les beurn's, suifs et chandelles, en accor- 
dant la méniL^ exeiupliori de droits aux luarcliandises venant de Uuneniurk 
qu'avoient celles dlrlande, " etc. i.Troisièuic registre des lettres, folio 220 
verso. Cf. registre D des délibérations, folio 85 recto.) 

[ » Hegistre du Conseil de commerce F. li. riT), folio 7!) recto; séance du 
13 juillet 171)9. — La laine est estimée ô.DOO livres et le plomb lC^i(t; ;irdiu est 
dumie aux commis des tenues de délivrer le plomb eu percevant les droits. 



3W 



[IISTOIRE DU COMMEIinC 



dises qu'il était permis de faire venir; néanmoins, comme 
cet article sentait aux potiers d'étain et aux ouvriers qui 
employaient la soudure au plomb et aux autres métaux, 
on en tolérait quelquefois l'entrée ; du moins on l'ac- 
corda, pour un l)aril, à un négociant de Bordeaux 
nommé Folckart Both ' , 

Les cuirs d'Irlande, qui entraient autrefois dans le 
commerce d'échange que cette £ie faisait avec Bordeaux-, 
avaient été prohibés par l'arrèl du Conseil du 6 septem- 
bre 1701, qui fermait nos porls aux cuirs britanniques. 
Un marchand de Lancastre l'apprit à ses dépens, quanil, 
ayant adressé en consignation à un négociant de Bor- 
deaux, nommé Jacob Albert, parmi des marchandises 
permises, soixante-seize cottes de cuirs forts et trente- 
quatre cuirs tannés, il obtint pour toute faveur de les 
renvoyer à l'étranger"'. La prohibition ayant été levée, 
l'Irlande recommença k nous expédier des cuirs, en con- 
currence avec Montevideo, d'où Bordeaux en recevait par 
la voie d'Angleterre*. 

■ Registre du Conseil de commerce F. 12. oo, folio lâ-Hrcilo; séance du 
20 décembre 1700. — Difléremmcnt écrit, ce nom a di-jb passe sous nos yeux, 
p. 2»2. 

* Par acte de Denlmrs, en ilaie «lu 13 fév. KiOl G»asse 184-2. folio ■ilij<'xxii 
viîrsi)), Jotiii niirry, m;ia'li:uid do. la ville de Dinglc, demeurant à Cork, ivcou- 
nutl dtîvoir ii Etienne du llurg, mai'cliand de UiuJeaux, Iretite-six cuirs de 
vactie n de siiison de lii t'rijnd" sorte, » eu échiinjre de: trots tonneaux de vin. 

^ Registre du Conseil de couinierce F. 13. 37, Iblio 181) recto; séiince du Ssep- 
leniJjrc 1713. — Le Conseil prit la mîime décision au sujet de 300 quintâux de 
bonnes de tKi'uTqui s'étaient trouves dans un liiltimenl d'AuisIerdaia arriv* 
au lias de la riv'iL're de Bordeaux, que M. de Lamuij^non de Courson avait fait 
arri^ter devant Itle de Pâtiras, dans lu crainte de la contagion qui décimait 
alors les bestiaii.\ en iMlaiide. {Ibid., folio 388 recto; séance du 7 novem- 
bre 17 ti.) 

' Registre B des dil'lihéraliotis de la Cliauibre de coiumorcc, fulio 9S recto; 
séance du avril 172^4. 



I 

I 

I 




ET DE LA NAVIG.VnuN A UnUUEAUX. 



377 



11 venait à ISonloaiix, tic Suède et irEspagne, du fer 
supérieur à celui qui sortait des forges du royaume; 
la quantité qui nous arrivait ainsi de l'étranger montait 
ordinairement h vingt mille barres, pesant 6,000 quin- 
taux, à IG livres le quintal, année commune, représen- 
tant 96,000 livres. 

Savary, exposant les relations commerciales qui exis- 
taient entre notre porl et l'Espagne, donne en ces ter- 
mes le détail des fers qui nous venaient de ce pays : 
« Le commerce que Ton fait de Bouleaux en Espagne, 
et d'Espagne à Bordeaux, est peu considérai )le. On y 
envoyé des pots de fer et du papier de Périgonl, du blé 
et autres graius, quand le transport en est permis, sur- 
tout du froment et des fèves. — Les marchandises qui 
ten viennent par les retours sont <lu fer plat et ilu fer 
quarré, des ancres à navires, des avirons; des pierres à 
aiguiser, des huiles de baleine et fanons; des clous de 
poids et menus; des laines et des sardines, quand on en 
pèche à la côte d'Espagne '. » 

En 1713, tles négociants français ayant demandé la 
permission de faire venir du fer de Suède, il en fut ré- 
féré au Conseil de commerce, qui en délibéra dans sa 
séance du 30 août. On y lut une lettre rie M. de Camp- 
redon, résident de France à Stockhobu. Après avoir 
fléclaré qu'il ignorait si dans ce royaume on avait besoin 
cr de Suède, il ajoutait que si, comme on l'assurait, 
les Anglais en avaient apporté une grande qiiantilé à 



' hictionuaire imivtrsel (lu covinieice, t. 1, p. il. lwI. I. 



378 



iustoihe du commerce 



Bonleaux et à Rouen, il était surpris que les Français 
ne Tallassent pas chercher eux-mêmes, qu'ils pourraient ^ 
l'y avoir pour 66 ou 70 livres le millier, qu'il se vendait 
à Bordeaux 100 livres et à Rouen jusqu'à 120 livres, fl 
Les Anglais venaient ordinairement sur lest en Suède 
pour faire ce commerce; mais, on cette année 1713, ils 
y avaient amené une grande quantité de vin, M. de Gamp- 
rcdon ne dit pas de quel pays*. 

Le rédacteur du Mémoire de 1730, après les détails 
que nous lui avons empruntés, continue en ces termes : 
« Avant que de donner des comptes d'achat et de vente 
d'une cargaison faite en Suède pour Bordeaux, on obser- 
vera qu'il n'y a pas de change direct d'aucune place du 
royaume pour Stockholm ; que les traites et remises ne 
peuvent se faire que par la voye d'Amsterdam ou de 
Hambourg^; qu'Amsterdam change avec Stockholm en 
donnant im rixdalder courant pour 32-33, quelquefois 
35 marcs de cuivre, ce qui varie suivant le change, et 
que le dalder de cuivre est composé de 4 marcs, et cha- 
que marc de 8 orts. 

« Le poids de Suède, ajoute l'écrivain, est de deux 
sortes : Tun qu'on appelle schippon, dont on se sert poai' 



' Registre du Cfinseil de comniertc P. 12. S7, fiilio 177 verso. — Le procès- 
vcrlml (le ki séance se tiTinini* ainsi ; « 11 a paru d'un sinlinunl unaiiiinc qud 
la permission de faire venir en Fnmce du Ter du SuL-de dcvoil eslre accordé* 
à tous les riègncians qui en dem:inileriiienl, en payanl les droits. » 

* Déjîi, h rartirlc du hanifsalé d'irlaudc, l'auteur avait dit : « 11 faut (d»scr 
ver qu'il n'y a pas de change direct pour l'iriauilc, et que les remises, ou 
traites, se funt toujours par Londr^-s dans les nét^oeiations qu'on Tuil dans ce 
pays-là ; ce qui fait une dillèrence, au pruliL du couimettunt. de M, 12 et quel- 
quefois de 15 pour l(K); ttarct! que l'espèce d'Irlande est plus basse que cell» 
d'Anh'letorre d'enviion 8 pour HH1, cl que l'Irlande a |ieu d'occasions de rc- 
nwUre ii T Angleterre. » 



i:t l>l la .navjgatiu.v a IJOUUEAUX. 379 

peser les nrarclmndises grossi&res, coiilicnl ■100 livres, et 
se divise en 20 lispomis de 20 livres chacun; et l'autre, 
appelé de même, sert h peser les umrchandiscs fines, 
comme le fer, le cuivre, et coiilieiit 320 livres, et se 
divise en 20 lisponds de 16 livres chticun, » 

Vers 1730, les forges du Périi^ord produisaieuf doux 
espèces de fonte, consistant, l'une en eliaudières desti- 
nées à la cuite des sucres bruts dans les îles de F Amé- 
rique, l'autre en marmites et autres uslensiles de cuisine 
pour l'exportation en Espagne. 

Il se elrirgeait à Bardeaux, annôc commune, pour 
les colonies, mille huit ccnis chaudières à sucre de dif- 
férentes i:;randeurs, sans parler des formes et pots de 
terre fabriques dans les environs, à Sadirac'. Quant à 
l'importation de la petite poterie de fer en Espti^ue, l'au- 
teur (lu Mémoire de lu (Chambre de commerce de Guienne 



1 Vttyez ci-dessus, j). ~Ai. — Lu rahrii|iii' de Sutllrar rpimmlail au xvi» sifc- 
[de, si ce n'est pUis, liauL Le 2i juilkt I31'J, lîerLiMiiA E>i|iiciii, tlit lierilmmê, 
: ciinfess.il, p;ii'-de\;iril mil.iîi'c, iiviiir vftidii il Plitlippon TetU, iLurvIiund tic la 
I pai-oisse S;iiiil-Mir liel. » Imil Juiivnijîe dt! pokiie tiu'il ffia (iii fiMa fiTC, • a 
[dater de ce juiir jusqu'il la Suiiit'.Vii:ti<;l âUivuDtc, « luiirclii; Fiiilu xiiij urJitsla 
xij*, ouvre giosse cl ouvraijîcs Je liuict ou de six nu v arJils la douzaine, pour 
tracqiu*, etc. » Lo 25 février lîilO, on trouve un aiitie iiiaichaml de la pa- 
roisse Syint-Mirliei, Perrol de Lulialiil, passant im Kintiat avec Pcy IJunneau, 
et lui ai'lR'laiU « tout l'OMvraiyede [loterie de teii'e. (uni oulles, Lrucs, cliauf- 
Ifelles (lue autt-e «uvraige, qui', le.lil Pey Boniieau (Vr:! ou fera ferc en ladilu 
[paroisse Cn\ Sadirae... juc'ii la Fesle de Ncistre-Danic Cliandelcur. etc. » Le 
SO njaiii de ranmèe suivante, le mùiue niarcUaiid sî^iie un truite semblable 
avec deux autres notkrs de In uii?iiie liitulite, llertnind et Jean r;i|inn, Eudn, 
le 7 iiKii et le M liéeeiiilire V.dl, l'Iiilipium Pelil rt'iwriill et fuit ciupktte de 

1>'in}!t douzaines « eonques lionnes et niarrliandes, « et de k six grosses d'oii- 
Trajge de potlierie de verderie bonne cl marchande, romme sont cliaulïelcs, 
plats, escut'Ues et autres ouvraiges, » au prix de 8 francs bucdeais le tout. 
(Minutes do Oocliet, Masse lOU.) {".es pots sortaient de ki nièiue rabH(|ue, cl 
de celle d'uu iionuué Uaiiinii Dumu, de Sadirac aussi. 



380 



IIISTOIUE DU COMMlilîCE 



se déclare hors d'état d'indiquer la quantité qui sortait 
de notre port; & mais on est informé, dit- il, que Tobjel 
en est très-mince et d'une très-petite importance. » 

Il semble avoir ignoré que les forges du Périgord nej 
se bornaient point aux articles de ferronnerie que nous 
venons de signaler; elles produisaient encore de l'artil- 
lerie. En 1671, Colbert, donnant des instructions h son 
fils, le marquis de Seignelay, lui disait : « En Périgord, 
il y a une fonte de canons de fer establic, et une manu- 
facture de toutes sortes de fers pour la marine '. » 

Un registre de la Chambre de commerce de Guienne 
fait mention, à la date du 4 novembre 1706, de la sai- 
sie, un jour de foire, de vingt-quatre cations de fer pro- 
venant de forges du Périgord*. il est naturel de penser 
que notre port demandait aussi des ancres à cette pro- 
vince; mais nous n'y avons trouvé qu'une trace peu 
visible d'une pareille fabrication^, plus avancée, à c« 
qu'il semble, au xvif siècle, dans le Nord que chez 
nous*. 



* Lettres, inglruitfvm et mémoires deCoWert, i. Ml, i' pjrlit, p. 43. 
^ Refîistre A Ans dilibtni lions, p. tS) 

" En 1720, lii CUaiiibre tle cummerce de nuienne, re piosealanl au conlrtV 
leur içètiL-i'al que m cttle pro'vinci; ni ks provinces voisines ni-taiciit <:n éliil 
de produire assez de eliarbon pour l'enlretieii seul des ralTmeri^s cl des deux 
verreries iHaWies a Bordeaux, ajoutait â rcs dêbouthcs les forges où ron Ta- 
briiiuait les aotrcs et autres agrès pour la marine. (^Troisième registre dci 
niénnures, folio l'Sli verso.) 

* Dans une kitro de Cullu'rt a II. Arnoiil, Intendant des galères à Marseille, 
dalt'c du i!) février Hi()(l, il est fait mention d'un maître forpeur d'ancresalUn) 
de Lulicrk par ee oiinistre et établi en France. {Lettres, instructions et mf- 
moires de Colberl, t. III, \"' partie, p. 57.) 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 381. 



CHAPITRE XLIV 



LES COURTIERS A BORDEAUX. 

Ancienneté des courtiers un Champagne et en Provence. — Motif do l'institution des courtiers 
à Bordeaux. — Premières nominations de ces ofliciers ministériels, à la suite do t>nnque- 
routes, de litiges et d'autres circonstances. — Les courtiers se constituent de bonne heure 
en société ; leurs statuts. — Arrôt du 7 septembre 1398, contre des marchands étrangers et 
courtiers volants. — Autre arrêt contre les entreprises de ces derniers ; renouvellement des 
statuts des courtiers jurés de Bordeaux. — Arrêt du Conseil relatif à ces ofliciers ; dé- 
fenses qui leur sont faites. — Rcqucte des courtiers aux jurats pour l'approbation do leurs 
statuts; demande de congé à ceux-ci par un courtier. — Les courtiers dans la dépendance 
de la jurade. — Désorganisation de la compagnie des courtiers au milieu du wii* siècle ; 
causes do cette décadence. — Ktat florissant du courtage à BordiNiux ; les courtiers aspirent 
à devenir officiers royaux ; fâcheux résultats d'une pareille ambition. — Elle euliardit les 
commissionnaires étrangers, fléau du commerce de l'époque. — Remède proposé contre ces 
maux. — Édits de Louis XIII en faveur des courtiers jurés. — Déclaration du mois do 
mars IGU dirigée en partie contre les commissionnaires étrangers et forains et les courtiers 
volants. — Renouvellement des mômes défenses. — Manœuvre d'un courtier volant do 
Bordeaux condamnée par le juge de l'auiirautc. — l'crisistancc du parlement de Bordeaux 
dans sa jurisprudence à réjfiird des courtiers. — l'réluiilions de ces odiciurs repoussécî par 
les jurats. — Menaces de suppression des courtiers. — Déclaration du roi, en date du 20 oc- 
tobre lG6ô, qui leur garanti! la propriété de leurs offices. — Louis XIV se met au lieu et 
place d'un courtier, cl réunit ses droits au bureau du convoi et contablic. — Autres arrêts 
du même prince concernant les droits des courtiers royaux. — Proposition soumise au Con- 
seil de commerce au sujet des courtiers. — Interprètes de l'amirauté. — Conclusion. 

La plus ancienne trace que l'on rencontre des cour- 
tiers jurés, se trouve dans une ordonnance de Louis X, 
dit le Hutin, en date du 9 juillet 1315, par laquelle ce 
prince établit des courtiers pour servir d'interprètes aux 
Italiens qui fréquentaient les foires de Champagne et de 
Brie*, et pour faire leurs marchés; mais il y avait égale- 
ment des courtiers dans une autre province de la France, 
non moins fréquentée par les étrangers. Quand on voit de 
ces intermédiaires en Provence antérieurement à 1234^, 

* Ordonn. des roisde Francede la troisième race, etc., 1. 1, p. 585, 586, art. 6,7. 

* Fauricl, Histoire de la poésie provençale, t. I, p. 557. 



382 niSTOlUF DU COMMERCE 

comment supposer quo rinstiUilion en fui i?iconniio sur 
le littoral de l'Océan? 

Les courtiers, surfout les courtiers de vins', occu- 
pent une telle place daus le commerce de Bordeaux, 
qu'ils en ont une toute marquée dans l'iiistoire de ce 
commerce. Us y furent institués principalement pour] 
conduire dans les Graves les Anglais qui venaient acheter i 
des vins. 11 n'y avait, en eflfet, daus l'origine, que ces* 
seuls étrangers qui tissent des affaires avec notre place. 
Plus tard, les Hollandais, puis les Suédois, les Danois 
et les autres peuples des liords do la mer Baltique, ayant 
noué des rapporis du niAme genre avec Bordeaux, se 
virent <lans l'obligation d'avoir recours au ministère des 
courtiers. 

Les premiers de ces officiers furent nommés, au com- 
mencement du XVI® siècle^, par le maire et les jurats, àfl 
la suite de désastres qui avaient porté la perturljation 
dans le commerce local. La facilité avec laquelle les _ 
propriétaires de vignobles des environs livmienl leurs | 
produits à quelques mareliands anglais venus pour \(s 
acheter, et le long crédit que leurs facteurs ou corn- M 
missionnaires leur faisaient donner, avaient occasionné à 
la fin un très-grnnd nombre de banqueroutes et îles 
pertes considérables à ces malheureux propriétaii'cs. 
victimes de leur complaisance et de la conliauce aveugltf 
qu'ils avaient eue en ces étrangers. 



' Jl y en avait d'aulres, tels qtie des conrliers de chevaux. Voyez clcin attfs. 
l'un flo Dou/.oaii, ilii rî octobre 15j9, l'aulrn tl'Arfculhi', on diite du I"' dccciii- 
lire \tm. 

* Vnjri!, ]Kri mi Ifs niînutt's de Cocliel, à l:i daio du 2 tivril IS22. le teslam. ni 
do Nicolas Esitcrit, ■> l'iing du nombre des trente ratiratiers i>rdunne;: en 'J 
prL'scnli' vdlc ol tilf de lioiirdeaulx, » 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 383 

D'ailleurs, il survenait fréquemment des conlestations 
entre marchancb cl propriétaires, soit pour le prix des 
vins, soit pour les conditions de payement, soit encore 
parce que, la baisse se déclarant, les Anglais niaient 
avoir acheté. Ces abus et mille autres ditVieuUés sans 
cesse renaissantes, joints aux fraudes comiiiiscs par les 
marchands, de complicité avec leurs facteurs, au détri- 
ment du fisc, obligèrent enfin de remédier au mal par 
l'institution de courtiers chargés de faire les déclarations 
d'entrée et de sortie des marchandises dont les navires 
étaient chargés, et de conduire en Graves les Anglais qui 
voulaient acheter des vins; et lorsque les marcliands 
avaient convenu avec les propriétaires du prix de leurs 
vins, les courtiers devaient les marquer, cclfe marque 
étant le sceau qui assurait et consommait la vente et 
l'achat : de là vient que, encore aujourd'hiû, il n'y a 
point de vin vendu s'il n'est marqué. 

Les courtiers se constituèrent de bonne heure en so- 
•ciélé, arrêtant que les dii'ecfeurs auraient el prendraient 
connaissance de toutes les ventes, trocs, achats, em- 
prunts et autres opérations de commerce avec l'étran- 
ger, à crédit ou au cornptaut, et qu'il n'en serait fait 
aucune sans leur aveu et approbation. A cet efïet, il fut 
ordonné, conformément aux anciens statuts, que les 
commissionnaires ne pourraient faire acte de commerce 
pour l'étranger sans le ministère d'un courtier approuvé 
et commis par les directeurs; que les commissionnaires 
exhiberaient à ceux-ci h:'urs procunilions el commissions, 
en exécution de l'article 358 de l'ordonnance de lilois, et 
les provisions exigées pour remplir leur mandai. Néan- 
moins, pour intéresser la compagnie et les courtiers in- 



38i 



FIlSTOinF- nu COMMKIICE 



I 



dividuellomeiit au Lien public et les opposer aux empié 
tetiieuls des éJruiigers, il fut convenu que tous les cour' 
tiers seraient solidairement obligés et responsables < 
payement de toutes les ventes et uégocialions qui seraient: 
faites par leur ministère '. 

Les courtiers devaient encore tenir chaque année un 
registre et y consigner leurs opérations, aveo leur signa- i 
lurc et celle des marchands pour le compte desquels ilsf 
avaient fait affaire. Et, à cette occasion, le statut prévoit 
le cas où les marchands ne sauraient signer ou écrire,, 
trait qui ne doit point être oublié, si l'on veut se rendj'e' 
compte de ce qu était un négociant à cette époque : le 
courtier était tenu d'appeler des témoins, de leur « re- 
corder et déclarer ledit marché ou bargaigne*, » et de 
coucher leur nom sur son registre. 

Les courtiers furent dès lors garants des droits sufj 
les marchandises, par les déclarations qu'ils en faisaient, 
et ils devaient répondre de la qualité des vins^ et delà 
solvabilité des marchands pour lesquels ils les mar- 
quaient. Ce fut en considération de toutes ces garanties 
qu'on leur attribua d'abord 8 sous bordelais pour chaque 
tonneau de vin chargé par les étrangers, honoraires qui 
furent augmentés par ta suite, et qui venaient toujours s'a- 
jouter au prix d'achat, à moins de stipulation contraire'. 

' Cleirac, tes ILs ei coutumn de la mer, etc., S" partie {Jurisdiction de h ma- 
rine), % II, n» ir»; éilit. de Rmica. l(>7i, 10-4", p. 323. 

* Amiem et imn-eanx Slatutx de la ville et cité de liourdeam, etc.. odil. de 
1012, in-i", p. 2(H. — Li's registres de «"omnierce, avec Tobligiilion de les pré- 
scnler devant hi cotir ii sa réquisition, sont mentionnes dans un arle de 167f. 
qui se trouve parmi les minutes do Couttiurcs, aux Mios ôtri cl 547. 

■'' Acte noliiiié d'Arlcnel, en dato du l" avril l5oH. (Archives du dépuric- 
nient de lu Tiiruiide.) 

* Vente de quarante-six tonneaux do vin blane du rni de Hions, îj i-aiM» <l<' 



i:t de la navigation a IIORDEAUX. 



Mi 



On fit cependant des statuts par lesquels on déleiidit 
à tous mai'ehands anglais d'arhelcr, h l'avenir, ni vin ni 
autres iriarcliandises sans le ministère d'un eourticr, sous 
peine de 1,000 livres d'amende et de confiscation des 

• choses par eux achetées; comme aussi à toutes autres 
personnes d'atlVéter ou lueltre en coutume directement 
les navires et barques sur le port el havre de Bordeaux 

iet sur la rivière, à peine encore d'amende de 1,000 li- 
vres. 
Mais conmie on prévit bien que ces facteurs ou com- 
niissionnain^s, pour ne point perdre ce qu'ils retiraient 
de leurs commettants, se ])rL'lcraient encore secrètement 
à faciliter toutes sortes d'entreprises, en feignant de 
chai'ger pour leur compte les marchandises que les An- 
glais pouvaient acheter sous main par leur ministère, 
pour éviter ce nouveau mal, aussi dangereux que le 
premier, et ùter aux commissionniiircs les moyens de 
^frauder les droits et de tromper le puJdic, il fut défendu, 
Bpar les mêmes statuts, à tous marchands étrangers, bour- 
■ geois ou non, d'acheter ni de charger des vins ou autres 
denrées pour leurs commettants, sans courtier, à peine 
de 1,000 livres d'amende, 
^ Il fut encore interdit à toutes sortes de personnes de 
™fi'immiscer dans les fonctions des courtiers, aux mêmes 
, peines, et à ceux-ci de faire directement ni indirectement 
^nucun commerce; et, pour anéantir tous les moyens em- 
ployés par les étrangers pour commettre leurs fraudes 
accoutumées, il fut ordonné qu'aucun d'eux ne pourrait 
^être admis à follicc du courtage, et enjoint aux courtiers 

111 livres !(( tonneau, «(uitle de uourlajjîe. (Minulfs- <K" CiuiUmiits. en «laie dti 
Ifi févi ier Uiûii.j 



II. 



SS 



:M\ 



HISTOIRE DU COMMEIICL 



tic préférer, en la vente des vins, les bourgeois à loua 
autres, à peine d'ameiifle arbitraire '. 

Ces statuts ont été renouvelés plusieurs fois, et, 
recourir aux anciens arréis renihis par le parlement pour 
les confirmer, contentons-nous de rappeler celui qu'il 
rlonna, le 7 septembre 1598, contre plusieurs marcliainls 
étrangers et courtiers volants, ou marrons, qui avaient 
causé, cette même année et la précédente, un nombre 
prodigieux de banqueroutes, et porté au commerce de 
Bordeaux un coup dont il eut bien de la peine à se re- 
mettre. , 

Cepeiulant, les courtiers volants s' étant relevés rie fa- 
çon à porter ombrage aux courtiers jurés, la cour rendit 
un nouvel arrêt, le 17 juin 1603, contre les entreprises 
des premiers; et le 17 septembre suivant, les maire et 
jurats, réunis aux cent trente du conseil de la ville et 
présidés par deux conseillers au parlement, renouveli.'- 
rent tous les statuts des courtiers, et la défense à toutfs 
sortes de personnes de s'immiscer dans leurs fonctions, 
à peine de 1,000 livres d'amende. La cour renouvela 
encore la même défense par ses arrêts des 13 décem-j 
bre 1603, 27 juin 1631 et 22 décembre suivant. 



' Au milieu de loutcs ces prescriptions, an ne voit pas qu'il filt itilcrdit iu(j 
courtiers (1r se grouper par petites associations. A viint le milieu du \\i- siinclo, j 
cinq murcliiiiids, et " du nombre des IrenU' cijiir:itiers stiittiés et estaMi&ïj 
lîordeaux, » s'associaient (tour finq ans, " en tous, esl-il dit dans l' acte reçu i 
par Kouîeaii, le ^2!) octobre lîJiT, et iiliat-iin les gains et iimlils niiils et un 
chai'un d'eux feront, tunt à vendre qu'a mlietir ;nicuncs marcliandises.'d faire 
frets de navires, barques, vendre hêritaiyc, possession et tout autrement e» 
façon que te soit, confcrnant leur estât de couratier. » — Auparavant, na 
trouve, parmi les nii>mes niinules, une nuire association de commerce, dsns 
les « articles aft'ordés entre Jacques et Pierre de Misurin et Pierre Hnaignon. • 
le 30 avril Il>i4. 



ET DE LA .V.WIGATinN A DORDEAl'X. 



387 



)ans l'intervalle, le roi, en son Conseil d'Étal, vou- 
lant donner moyen aux bourgeois et niarcliaiids de Bor- 
deaux de corriger les abus dont se plaignait le commerce, 
et approuvant les règlements arreMés par les jurais, avait 
ordonné que nul étranger, fût-il devenu bourgeois, ne 
pourrait être reçu courtier juré. En confirmation d'un 
statut municipal de Tan 15B4, coiilirmé lui-môme par 
arrêts du parlement des 31 janvier et 30 mars 1579*, 
et à l'exemple de ce qui s'observait à Paris, où nul hôte- 
lier ne pouvait être courtier de son hôte*, défenses et 
înliibitions furent faites aux membres de la corporation 
de loger des marchands éh-angers et régnicoles, et d'em- 
magasiner chez eux les marchandises que ce.s derniers 
feraient porlcr â Fiordeaux-' : ces marchandises devaient 
être remises et enchayèes dans la maison d'un marchand 
bourgeois, dont le propriétaire pouvait avoir une clef, et 
le courtier une au Ire. Après avoir ordomié que les cour- 
tiers cxci'ceraient en personne, le roi ajoute : « Et leur 
est dcfl\?ndu se servir aux champs d'aucun courtier vo- 
lant, serviteur ne autres personnes interposées, pour 
faire la fonction de leurs charges, de prendre ny exiger 
des bourgeois, marchans et habitans de ladite ville, au- 
tres ny plus grands droicts et salaires que ceux qui leur 
sont permis par lesdils statuts, réglemens et arrest de 
ladite cour de parlemenl; comme aussi de faire les com- 



' Anckux et nouveaux SliHulit île lu rUd- et àlé de PmtrtlefiHS, p. 205. 

î Ordonnaiiciî du inévûl de Paris louthaiit les « cou ira liions » de iheiaux. 
{Orthmnancex den raix de France de la Irotxième. raee, i, l[, p, ôH2, cul. 2.) 

Un aclc de Diiuîcau, en date du fi juillet 1532, nous lévile un nantisse- 
mcnl par un marxliand de Monségur a ua mnrc-liand de îlordcaiix d<i frisons 
do Gallrs, « qu'il a on la niaisnn ilc Jclian ik Bejulieii, bourgeois cl e irnitiLT 
diulil rhirdfiinx, » 



38H HISTOIRE DC COMMEHCi: 

missionnaires, Iraliquer particulièrement, faire des car 
gaisons pour leur compte, cl de prestcr aux païsans, 
bletls, barriques et autres choses pour prendre leu 
denrées, h lout à peine de privation de leurs charges el 
d'amende arbitraire'. » 

nictitnt après, les courtiers s'étant donné des statuts, 
lem-s ttailes présentèrent aux jurais une requête tendant 
à obtenir leur approbation. 11 fut déhbéré et décidé qu'il 
serait convoqué une assemblée des cent trente*. Un 
courtier avait besoin d'aller à Langon et à Sainf-Macaire 
prendre du vin de personnes qui lui devaient de l'ar- 
gent : il deman<la un conj^é aux jurais, et l'obtint pour 
huit jours, avec Sa reconunandatiun d'exliiber son livi-e 
à son retour^. 

Les courtiers dépendaient en etfet de Tad m inist ration 
municipale. En vertu d'ordonnances rendues en 1576 
el en 1584, la connaissance et juridiction de tous lesi 
faits et difliTcnds des courtiers, concernant les marchés, 
ventes, achats, trocs et autres négociations opérées pour 
les étrangers, aussi bien que ce qui regardait les oflicL"! 
entre eux, appartenaient au lieutenant général et juge de 
l'amirauté de Guienne au siège de la Table de marbre, 
au palais, à Bordeaux. Ce droit lui fut conservé par arrêt 
du Conseil du 6 mai 1637; mais depuis, la compagnie 
des courtiers étant poursuivie pour la suppression il« 
leurs charges par les maire et jurats, ces officiers minis- 
tériels, pour faire leur paix, passèrent entre eux « ari-ét 
d'appointé du privé conseil, » en date du 20 juillet 1644, 



I 






' ConUuuntitm ii la Uirtiiiiiiin' linitiilfhint'. p. -Hi, 3(i. 
5 Ibid.. p. 12. 
^ lbiil.,v. 14. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 389 

par lequel la juridiction concernant le courtage fui trans- 
férée aux maire et jurais '. 

A ce moment, la compagnie des courtiers de Bordeaux 
était à peu près désorganisée. Composée d'éléments hé- 
térogènes, en partie d'étrangers qui servaient de prcle- 
noms' à des commissionnaires anglais et flamands, elle 
ne sut pas marcher d'accord. Les directeurs n'eurent 
jamais la volonté, ni peut-être l'esprit, de prendre une 
position élevée; et, faute d'adresse ou de capacité, ils 
laissèrent à d'antres le gouvernail du commerce. A l'ex- 
ception de quelques courtiers, gens de î>ien, chacun lira 
de son côté, tous ne s' accordant que sur un seul point, 
à produire au bureau les commissions cl les provisions 
de leur emploi, pour îes faire reconnaître hoiines et sol- 
vables aux directeurs; « et n'en parloient jamais, ajoute 
Cleirac, si ce n'est seulement lorsqu'il y avoit plainte 
qu'elles se trouvoient mal faites, après avoii' payé les 
droits, et que la compagnie estoit engagée par la quit- 
tance de leur receveur. « 

Le plus grand mal fut qu'aucun île ces courtiers ne 
voulait abandonner à d'autres ses pratiques, dans la 
crainte de perdre le tour de bâton, les béates, les sur- 
ventes et les grands profits secrets, qu'ils faisaient de 
toutes mains, au détriment de la bourse comnnme-. 

En dépit des désordres auxquels était en proie la 
compagnie des courtiers, l'industrie (hi courtage à Bor- 
deaux était des plus florissantes; cet état de prospérité 
éveilla chez ceux qui l'exerçaient une folle ambition. Ils 



' C.li'irac, lex Vs et coutumes de la mer, de, ô' partie (JurisdicHcii de la 
Mariné), ç, II, H" !), p. 321. 
- im.. rr- 17-1», p. 52*. 



390 



HISTOIRE DU COMMEUCE 



I 
I 

I 



aspirèrenl à devenir officiers royaux, pour ne dqietidre 
que du cardinal de Richelieu, alors général du commerce 
et de la marine, et bi-iller, en quelque sorte, d'un rayon 
de son autorité; cette folle visée les perdit, « Estinianl 
s'élever, dit Clcirac, ils sont toinbcz, bien miséraljlement 
pour eux, dans les serres de certains partisans, trailans, 
sous-traîtans, arrière-lraitans, participe, cautions, intéres- 
sez, banquiers, advocats au Conseil, solliciteurs', clercs, 
commis, commissionnaires, et autres généralement quel- 
conques, qui les tondent, les desplument, les déchirent 
et mal-traitent à la juifve : en telle sorte que la liberté de 
leurs personnes, la receple de leur bureau, et leurs pro- 
pres oiîGces de courratiers royaux, ne sont plus à eux. » 
Cleirac entre ici dans le détail de toutes les charges qui 
pesaient sur les malheureux courtiers ; et il délile un ■ 
nouveau cliapelot noîi moins effi-ayaiit que le premier, 
quand il parle de centaines de milliers île livres du parti 
avec l'intérêt au denier dix, de gratiticatioos, taux frais, 
changes, rechanges, protêts, prévarications, barateries et 
autres avanies et exactions, qui, dit-il, « dépa^^soienl de 
beaucoup le principal, croissoieiit et augmentoient tous 
les jours en gangrène. » M 

D'un autre côté, les intendants tle justice et leurs sup- 
pôts, les porteurs de quittances, taisaient hahituellenieiit 
et fréquemment visite aux courtiers pour les saluer en 
qualité d'olTiciers royaux; de sorte que ce titre, loin 



I 



' Hommes de loi; anglais, sollicilors. Un iicte do Douzcau. on dulc du 
17 avril L'iTi", est iriilique etitiinie passt' en présence de M« Jean Chappellrti 
n soUk'ileur frequantanllc [lalays auiiict Bourdeaulx. » Voyez encore les ai- 
nules de Denliors, ;iu 12 jvril cl :iti Hi ni:ti ISOl ; liasse 181-2, Mius cïliW 
recto et ij'- xxij reetti. 



ATION A BORDEAUX. 391 

d'accommoder leurs affaires, finit par les détruire tout à 
fait et rendit leur condition chétivc et misérable'. 

Les commissionnaires étrangers, auxquels les cour- 
tiers avaient mission de rogner les ailes, repi-irent leur 
vol de plus belle. S'il faut en croire l'habile juriscon- 
sulte qui nous fournit ces renseignements, rien de plus 
funeste que les opérations de pareils intermédiaires pour 
le commerce de Fépoque : « Ils persévèrent, dit-il, do 
triompher impunément de leurs larcins et monopoles; 
ils continuent à spolier annuellement les naturels du pays 
de leurs revenus; la recepte du roy est par eux affoiblie 
de la moitié, et finalement, lorsqu'ils sont cliargez de 
butin, ils se portent tout à leur aise, sans empesche- 
ment, l'un après l'autre, à la banqueroute, qui est leur 
port, leur but et le lieu de leur reste (repos) ^. » 

Passant au remède contre ces maux, Cleirac le trouve 
dans les us et coutumes des vilîes hanséatiques, où les 
courtiers sont inconnus, «Ils n'eurent oncques besoin de 
leur ministère, dit-il : aussi, à bien considérer, ce sont 
pièces inutiles, voire de grand empcschement au com- 
merce. » Pour les commissionnaires étrangers, « ce sont 
autant d'esjûtHis et de vedcKcs dans le pays, pour re- 
connoistre et découvrir le foiide et les avenui's du coni- 

nreiidre à féirard de 



mercc ■ 



11 



it qu nu pari 



ces gens-là : prohiber leur industrie, ou du moins la sou- 
mettre à des restrictions équivalant au môme. 

C'est ce que fd Louis Xlll, en ménageaîit toutefois l 
courtiers jun's, dont il confirma le privilège : « Pour 



es 



• Cleirau./frv fs et cmttiuies ûe. Ut mer, vU:., Z^- juivlif, % «i, w ilWi, p. âiï. 

* Ibid.. n" 25. p. ô-i-'i t-( 350. 



392 



IIISTUIIIK DL' COMMERCE 



remédier, dit ce prince, dans son arrêt de février 1635^ 
aux abus et désordres qui se commettent au fait de cou 
tage dans notre ville de Bordeaux et pays bordelois, p 
les commissionnaires étrangers, forains et courtiers v 
lants, qui s'entrcimclleiit audit exercice île courtage, en 
ce qu'ils font [irèler îles vins et autres denrées à des 
personnes dont il airive perle au grand intérêt des ven 
deurs, quels arrests qui ayent pu estre rendus par nostn 
cour de parlement de Bordeaux, dont il nous a esté fait 
diverses plaintes par plusieurs bourgeois de ladite ville» 
qui, ayant vendu des vins et autres marcliandiscs par le 
moyen desdils commissionnaires et courtiers volants, ils 
les font plaider après un long temps, tant en Angietefn 
qu'autre pays, pour le recouvrement de leur du, joint 
que par le moyen desdits désordres, le commerce et n 
goce est presque du tout anéanti ; nous avons estimé n' 
avoir un meilleur moyen pour faire cesser lesdits désor 
dj'cs, que de iaire défenses à toutes autres personnes de' 
s*entremettre du fait desdits courtages dans lesdites villes 
de Bordeaux, » etc. Cet édit fut suivi d'un arrêt duCo 
seil, du 23 janvier 1038, faisant les mêmes défenses. 

La déclaration du mois de mars 1644 arriva ensuite 
pour mettre un terme aiLx fraudes commises envers le 
fisc et arrêter la diminution des tailles, devenue telle, 
que le trésor avait été eu perte de 800,000 livres, par 
suite des pratiques des marchands étrangers et des cour- 
tiers volants. « Et de plus, ajoute Louis XIV, ayant esté 
averti que les commissionnaires étrangers, forains et 
courtiers volaids, continuent à coniniettre divers abus au 
commerce, faisant passer leurs marchandises en fraudr, 
sans payer Jios droits à nos bureaux, chargeant des miu'* 






i 



I-T DE LA .NAVICATION A IIOIUJEAUX. 



393 



landises de conlre-vente (conirebande), proliibfe et 
défeatlues par nos ordonnances : ce qui cause une grande 
«Hminution en nos fermes de Guienne, et un notable pré- 
judice à noslre service, nous avons eslimo que, pour y 
pourvoir pour le bien dudit commerce, soulagement du 
public, etc., il cstoit nécessaire de iaire, etc. A ces cau- 
ses, etc., faisons très-expresses défenses à toutes autres 
personnes de s'immiscer aux droits de courtage, ni en la 
fonction ni exercice desdits courtiers, dans les villes de 
Bordeaux, Bourg, Libourne, et pais bourdelois, à peine 
de 3,000 livres d'amende, et de plus grandes, s'il 
échoit. K 

Le i>0 juillet suivant, le roi renouvela les mêmes dé- 
fenses en ordonnant l'enrcgist renient de sa déclaration 
par un arrêt de son Conseil d'Étal, et le parlement, par 
son arrêt du 14 décembre de la même année, en enre- 
gistrant cette déclaration, réitéra ses anciennes «léfenses 
en ces termes : « La cour a fait et fait inhibitions et 
défenses à tous marchands étrangers, forains, commis- 
sionnaires, bourgeois et non bourgeois, d'acheter aucuns 
lins, miel, prunes, pastel, ou autres denrées et mar- 
chandises mentionnées csdits statuts, en la présente ville, 
Chartreux (Chartrons), banlieue d'icelle et sénéchaussée 
de Guienne, pour leurs marchands commettants, en 
autre manière que pour la seule direction de l'un des- 
dits courtiers royaux, a peine de 1,000 livres d'amende, 
qui demeurera acquise h leur boëte. » 

Par ce même arrêt, la cour renouvela la sage précau- 
tion établie depuis longtemps et renouvelée aussi par 
Tordonnaiice de Blois, à l'égard des commissionnaires. 

Et pour éviter, est-il dit dans la suite du dispositif de 



394 



HISTOIRE DU Cn\UfEnCE 



I 



cet arrêt, et einpesclier les fraudes que lesiiits commis 
sionnaires pourroienl cuiiimctlre eu leur emploi et achat 
de marchandises, seront tenus iceux cornruissionnaires ■ 
de livrer auxdits courtiers leur commission, confornié- 
meut à ronloniiance de Blois, arl. 358. y> Le Conseil 
d'Étal donna depuis trois arrêts faisant les mêmes dé- 
fenses, à la date des 20 février 1G47, 12 février 1648» 
et 27 août 1649. 

Un autre arrêt de la même époque nous révèle une 
manœuvre interdite aux courtiers jurés, et dont leurs M 
concurrents ne se faisaient point faute '. Fidèle à sa juris- 
prudence, le parlement rendit encore un grand nombre 
d'aiTéts conformes h ceux que nous avons cités, notam- 
ment le 7 juin 1646, le 3 novembre 1649, le 20 fé- 
vrier 1650, le 20 septembre 1658, le 3 septembre 1671, 
le 17 décembre 1678, et le 6 mars 1679. 

Forte d'aussi puissants appuis, la corporation des cour- 
tiers jurés voulut obliger les bourgeois à se pourvoir de 
nouveau devant le juge de l'amirauté, pour affirmer que 
leur déclaration, faite au bureau de la contablie, ne con- 
tenait point de fraude, et à représenter en outre leur 
livre de compte comme de i-aison : les jurais délibérèrent 
et décidèrent qu'ils interviendraient au procès, « pour 
empèclier une nouveauté si préjudiciable à la lîberlé du 
commerce*. » 

A la fni de l'année 1654, le conseil privé du roi avait 
rendu un arrêt relatif aux courtiers de Bordeaux'; mais, 

' Cloii'aL', les l's et imitttmeii de la mer, S"* puilic iJinintliclUm tk la mar'm^' 
S XVII, 0" (i, n. 5t9, — r.r. Valiii, Nouveau Vomweiitaire sur t'indunnmicedtii 
iiiarlne, rU-., I. T, \\. (>:i!); et ri-<](»}vSiiR, p. (J!)-7I. 

' QnitiitualioH ù la Ctironique l>onideloiiie, etc., p. 97, Il teviier !0(i5. 

' M' Jacques Duliiui'tins, coMiniissaire des guerres et «immis en la m-clH' 



FT DE LA NAVIGATION A HnHUEArX. .'{93 

à ce qu'il paraît, on se plaignait de celte instilulian et 
l'on en demantlait la suppression. Menacés <lans leur 
existence, ces officiers minislériels mirent tout en œuvre 
pour parer le coup, et la mesure proposée fut ajournée. 
On peut croire que la somme de 20,000 livres avancée 
par M. de Cliaaevas, maître des courtiers ile Guieiinc, 
pour être employée au ]>ayement des blés achetés par 
Colbert, ne fut pas sans effet pour faire pencher h ba- 
lance en leur faveur '. 

Lom's XIV ne se conlenîa pas, par l'arrêt du Conseil 
d'Ëlal du 20 octobre 1663, de faire « inlnhilions et dé- 
fenses à (ouïes personnes de s'immiscer es fonctions des 
courtiers royaux dans les villes de Bordeaux, lîourg, 
Libournc et pays bordelois, ni même do fretlcj', mellre 
en coutume, ou acquitter aucuns vaisseaux t^ans le mi- 
nistère d'un courtier; » ii déclara encore que ces agents 
ne pourraient être ilépossédés de leurs oflices, pour 
quelque cause ou raison que ce fût, soit par suppression 
ou autrenicnl, sinon en les remboursant, au préalable, 
comptant, et en un seul payement, do la somme de 
î)60,000 livres qu'ils avaient financée dans ses coftres. 
11 est vraiseniblable que, pour devenir jurais, ils étaient 
tenus, comme les marchands auxquels on avait dû les 
assimiler, de cesser tout tratic et d'abandonner le com- 
merce pendant toute la durée de leur magistrature'*. 

Le l'oi en attendait sans doute encore de l'argent ; car 



du liureau des courtiers de Burde^iix. loin- si(;nifia ce! iintM le î8 dw-eiiibic. 
(Minutes de Coutliuies, 5 janvier 1G:>:j, Iulio 1 rcflo.) 

' Letli-es de liiUeiidijnl iloliuun ii Lolk>il, des îi, 22, £o cl 20 mai 1002. 
(Colb. 1(W. Mi4.. folios lli), 700, 7m el THi.) 

* Dai-nal. Stippléinenl dfx ilitimiiitieit ilf la iwlAe ville et cili' île Itimidcaim, 
B. 92. :ina. lo78. 



3% 



inSTOinE DU CO.\lMl£fîCE 



cet arrêt lut bientôt suivi d'un autre, en date du 23 no- 
vembre 1675, portant que les droits des courtie 
royaux seraient payés dans le bureau de Sa Majesté, 
que les 80,000 livres seraient versées conformément à 
l'arrêt du 20 octobre 1663. Pour la consers^ation de ce« 
droits, il était prescrit à ces otïiciers de tenir un rcfçisire 
d'entrée et de sortie des marchandises où les déclara 
lions seraient consignées, et de mettre des gardes et cha 
loupes à Blaye^ 

L'année 1680 apporta un grand changement dans' 
l'exercice du courtage : le roi prit sur lui le traité pro 
visionnel que Raymond Sauvage, l'un des courtiers de 
îîordcaux, avait fait avec ses collègues, traité par lequel 
il s'était engagé à leur donner à chacun 500 livres pal 
an, pendant Irois années consécutives, sur le produit d 
la recette des droits qu'ils levaient sur les vins et aulp 
marchandises, chargés par les marchands étrangers, fo 
rains et non bourgeois. Par arrêt du f>onsei] d'État, en 
date du 27 avril <le l'année ci-dessus, le roi, se incttanl 
au lieu et place de Sauvage, s'engagea aussi à donnei 
500 livres par an à chaque courtier, et incorpora 
mêmes droits à son bureau <lo convoi et contablie 
lioi'dcaux ^. 

Au commencement du xviu" siècle, les courtiers de 




< Onliiuitiiiiees, i'ditx el rii'claraf'wiix, eh\, amcemanl Patithorité. JKrisdkthml 
et vmrifnHitwe. de la cmr des uijdfx de Cu'ienne. Ms. de la Bibliolhi^qiR' de U 
ville do Udi'iloîiiix, Cdli! 2,0U7. C. fulio ibS rotlo. 

" On est riinilé a crnirc <iiic de pareils arrangcint'iils n'ël:iienl pas nouveau», 
qijund on lit dans le Cataitigue des partham, ensemble leur généalogie et »• 
Iraction, rie, mœurs et fortmies (u.w.. u., In-i"), p. 20 : • Villctlf a, cnlrw 
très li'îiktez, cdiiy des courliois de Ilorduiiux. où il s'l'sI cxlrcmcmtiiil enficM 
avec SL'S associez, » eU.'. 



ET DE LA NAVItiATION A lîORDEAUX. 



;î97 



Bordeaux, déjà trop nombreux, à considérer leurs dissen- 
sions intestines', bU virent à la veille de le devenir eti- 
eore davantage. 11 fut présenté au Conseil de commerce 
une proposition tendant à créer, h tilrc d'offices hérédi- 
taires, le uonilire de courtiers de change, de banque et do 
toutes sortes île mareluimlises, qui serait jugé nécessaire 
à liorilcaux cl dans les principales villes de commerce, 
a où il y a, dit le prûcès-verl)al de la séance, des parti- 
culiers qui en font les fonctions sans titre, aux nu^mes 
droits et émoluments que perçoivent ceux qui y exer- 
cent ces sortes (remplois, « Cet le proposition renfermait 
encore ime créadmi de commissionnaires de vins qui 
a'aiiraicni de droils que pour ceux qui seraient vcnchis 
par leur entremise. Il lut arrêté que les députés du com- 
merce duiineraicnt leur avis sur ces divers points, après 
les avoir examinés dans leurs assemblées particulières-. 

Un certain Veyric avait acheté des vins pour un né- 
gociant : les courtiers royaux lui intentèrent un procès 
et le firent condamner; mais rafllaire n'en resta pas là, 
et les juge et consuls de la Bourse intervinrent dans 
l'instance contre les courtiers*'. 

En 1712, la paix était revenue parmi les courtiers, et 
le 16 mars ils passaient entre eux une police pour dix 



' Sîmmnire imir Jean llnatein, Jean Sel/illc, Philippe fMmoihe, Pierre Diipin, 
\JeAtn Coiilom, Jean l.autlie, Pkrre Croignac fl te vaive de feu Laroqite, l/oiit- 
[fieois et courliers rayaux de Borilmui, iniïmez sur l'appel d'une sentence de 
l'amirauté dn ît jiihi 1718, contre Pierrette Vallée, Jaaiues Mercier et André 
(yrtjflM, tfMsjfi Imirgaiis et courliers nnjaii.r, appeUans de ladite sentence. (Re- 
j CMcil (le Tartiims upiiartinnnl h la bililiotlièquc |iub!i(]iic de la ville de Dor- 
[deaux. n"ô,070, l. V, iiii-ct- m- H.) 

' Ilegislrc du (Ums'oil ilc coiuminfo F. 1:2. iil, lolio 19!) verso; si'ancn fin 
[Tjuiiler 1705. 

' Uoiiihln' \ ûr la Chaiiilnv do niniHierc«, p. ô«; sèancn du :23jtiiti I7ll(i. 



398 [IISTOIIIE m COMMERCE 

ans '• La Chambre <!c commerce de Guienne eut ensuile 
à connaître d'un arrêt de règlement concernant leurs 
fonctions, rendu par le parlement et cassé par la coi 
des aides. Le conflit ayant été porté au Conseil d'État, 
la Chambre intenint, et, pendant que les courtiers en- 
voyaient à Paris pour solliciter la confirmation de l'arrêt 
primitif, elle consignait ses obsenatious dans un mé- 
moire. Pour s'éclairer davantage, le Conseil renvoya] 
l'atîaire par-devant l'intendant pour avoir son avis*. 

Dans le même but, la Chambre, ayant, à nommer une 
commission pour examiner le règlement que demandaient 
les interprètes de langues étrangères au lieutenant gé- 
néral de ramirauté "% relativement aux. droits auxquels 
ils prétendaient pour les services qu'ils rendaient aux 
marins étrangers, mandait trois courtiers royaux pour 
donner leur avis, conjointement avec trois marchands 
anglais, Sniik, Lynch et Sanson; trois Hollandais, Clock, 
Hoth et Zeleti; trois marchands faisant le comiiicirc des 
villes hanscatiques, Lukes, Wolt et Poop; et trois P'raii- 
çais, Saige, Brunaud et Albert*. Distincts des courtiers, 
mais remplissant en partie les mêmes fonctions^, les ia- 

^ Registre A des délMnliona de la Chaubre do commerce, p. 360-363, ô6i. 

« Ibid.. p. .-«S. :m, rm, yjl tl9. 21, 28 juillet I712), .|o6. 437, ni, 472,1 
471, ITT» y-2{ riiiii, I"- juin, ^l, r>l aotVt. 7 et ti septembre 1713). 

■'' Voir, sur la charge de l'iimiral de Guyenne, Valin. Commentaire ntr for'] 
tlnnnance */<* la manne, etc.. t. I. p. 38, 31). 

' lU"j:ih.lrL' IJ (les (l«''lihoratii»ns, folio Lw ret-lo; lo mai 1721. 

•' Nous voulons parlei' de l'interpivlation drs langues Olrangères. A ce sujrl. 
nous renviin-oTis aux lellros de provision de l'ofTice de eourtier loyal en faveur 
de Cnilliinme Mniicliet, et .lulres pièces et cerlilicals, tant de la part du jii^e 
de l'aminiutè cl des courtiers myaiix. que de la part de la Chambre qui »vall 
procède a l'exiiuien du récipiendaire, dont les réponses sont ronsignMs a» 
ilctixii'uie rejîislre di's meitioires, folios 11 et 12 r et v" (8 et âO août 17151. 
yuiitre ni'Kinianls devaient altesler, entre autres (jualitos, son <« intellijîen"' 



lîT DE LA \AYU;ATinN A UORDEAUX. 399 

terprètes de l'amirauté tivaient présenté une requête ea 
augmentation de leurs salaires, qui n'étaient fixés qu'à 
3 sous par navire et ne produisaient à chacun que 7l) li- 
vres par an, ee qui était bien peu de chose, à considérer 
la nuiMiplieité fie leui'S obliîjfatioiis, La Chauilire donna 
son avis à cet éii;ard '; mais il était préeipilé et elle revint 
sur sa délil)ération. S'étanl fait représenter la réponse 
qu'elle avait donnée au pied de la requête, après mûre 
réflexion, elle décida que la supplique ne serait point 
remise à ses auteurs et que la délibéi-ation précédente et 
la réponse venue à la suite seraient nulles-. 

Attaqués dans leurs {onctions, les courtiers présentè- 

aiLv Umgucs t"lr-.iugi»ri's. » Déjà, p. 7i, 7;>, nuit -2, rt p. 1W>, eu tink'. nous 
avons vu un sieiii" L:ifi)n', ciiiirlifi' i*l inlc j'|iri'tc di's liinKUL's du Kuril. Dans 
ïua des regii-lres imqucl nmts aviins renviijo, il est qiicslitm d'iin iiiimitiii'c 
qu'il aval! îmJicssi' ii la rdi:itidirt! dans le liut d'DJitt'nJr 1;i [tcruiissioti dV'nvoyer 
des jeiinps ^ens en Uull;inde pour y apprcndri! lii langue et lo comuicno, ea 
donnant caution suTisante pour leur n^our. 

' Deiisi&mt' registre des mémoires de l:i f.iiîimlire de e(Uiinieri;e de friiienne, 
fulio lïj rectn. — Les pt'Jiu'S et sttins des supidianls consistai i"nt : 1 " ii visiler 
tmis les lu'itinieals èUangcrs entriinls et sorUinl.'); 2" ii se Iruuver (uus les 
mutins au rjppDrl, tl laprès-dlnée au greffe ; Ti" ii inlerprcler les ccintestulions 
survenues entre Ifs élniugers, et, lors ilii dépurl dos navires, ii faire prêter 
au maître le serinenl do ne prcnJre ni or, m argent, ni passager; i" k préve- 
nir les uit'derins, cluirurtiieiis et iipotliiciiires, i'\ œfnte les prêtres, lorsqu'un 
ujaitt'c ou un uciltlol tuMiliait malade, a lui faiw donner les secuiirs néces- 
saires, et à VL'iller ii la sépulture de ceux ((ui dteédaient; > à terniinfir toutes 
les contestations soulevées entre les niatelols étrangers, les piloles lamaneurs, 
lestcurs, délrsteurs et airimeurs; 6» ii interpréter les ilérlaralJTOs des roallres 
& l'oecasiou des avaries qui arrivaient ji^urnelleiiicnt, \\ faire expédier des pas- 
seporLs aux passagers élrafiiïers, ii les eauduire devant le Ireulenant général de 
raniiraulé et le eoniuiaiilanl de l:i provinre; 7" a se l'emlre à lord des navires 
sur le foniniaudeinent d« premier, pour y rélaltlir Tordre; S" a leur amener 
les esclaves élrangeis; 1)^ à faire ranger les navires (piand il arrivait quelque 
I prince, et a se transporter ainsi sur chaque Intiment étranger; 10« enDti, b 
faire enterrer les iinvés étrangers. 

' Repistrc lî des deliLéralions, fiditf 133 reeto; séaaee du 29 avril 1721, 



400 HisroniE du commeiice 

rent un mémoire à la Chambre, qui ne Fadopta qu api 
s'être tait remettre les arrêts et statuts sur lesquels il était 
basé'. Deux ans après, ils se crurent en état de mettra 
opposition au départ de vingt- neuf barques; mais ill 
durent se désister, sur l'ordre de Tinlendant adressé ai 
syndic-, et ils s'associèrent aiin de devenir plus Ibrls^ _ 
Pour atteindre ce but, il fallait de l'union, et ils furent^ 
bien des fois en lutte les uns contre les autres*, quand 
ils n'avaient pas, comme en 1739, quelque contestation,! 
au sujet fie leurs privilèges, avec les directeurs de laj 
Chambre de commerce et les jurats^. 

Tels sont les faits les plus saillants de l'iiistoire du 
courta!::fe légal à Bordeaux, depuis ses origines jusqu'à 
celte époque. Nous pourrions continuer cette histoire 
pendant la suite du xyiu" siècle ; mais à Bordeaux, 
comme ailleurs, le courtage a dès lors acquis une forme 
multiple et définitive, en grande pai'tic maintenue par 
les rédacteurs du code de commerce, d'où il a, de nosj 
jours, presque eniif^remenl disparu. 



1 Registre D des ilèiibé rations de la Chambre de toraïuerce, folios J83 verso, 
iRi vorsi). 1S.> rci;lo ot verso (21 octobre, 11, 10 t^l il) novembre 1723). 

* Il'id., l'iilio 102 recto et verso; 24 fcvrier et 2 mars 17â4. 
^ IbiiL, folio 216 verso; 1i juin l72o. 

♦ Voy«, enlr- autres, dans les registres du Consoil de commerce F. 12. 79, 1 
p. CIO et mi (séances des âl juillet et 14 août 17Ô21. et F. 12. 81, p. 331 
(21 janvier 1731\ la ronteslation qui éclata entre le sieur Laforc, cotirtitr 
royal île noivleiiiix, cl iiliisknirs autres «iiortiers ititmcnants, d'une part, et le 
sieur Laoïolbe, aussi coiirtii!! royal en ladite ville, et les syndics de la eouiiDii' 
nantù des rourtiers intcrvcuaiils, d'autre part. 

' Registre du Conseil de cnniuieree V. 12. Wi, p. i03, 121-457; OaoïU 1739, 



ET DE L\ XAVIGATIOS A BOllDEALlX. 



m 



CHAPITRE XLV 



NAVIGATION Al BAS I) K LA GIRONDE. 

Criiisii'rcs i'liililii;s |mr Collieil ii l'i'iiln'c nie lu ri\itTe de Durileauii et siu' lu tôle Je Discayc ; 
(lancers (le l'i'm>ioncliiirf (te II fiirniiik" ; viÀle, nii ITOO. i1c5 (uivraucs t'xtfulM lijinfi ws 
parajtM; iwaniilo du lini» i-leviM! uiilro ilimi bancs iIhi mlile. — Alli'msBfitieiil romic ■iii 
Iki» do Uiir^lmii iHfiiiKi^Itliin IpimIquI n l'piiliîvcr; ntilrts jirujtls rptalifs îi lies Iravaun à (aire 
il iino lit! itovnut BUy<.', à U tour de Ctinlminn, el à rélnhlissomctil tl'im capitaine du \Kirl h 
llunti!.iiix. — filults lamaiieiirs ilii lias do la livit-re; plaiiili-s contre It'iirij exncIiuiH cl 
cuiitre ri(^(inr:n!rc el riiir^fuirllo île l'un d'eux. — Exjnawi oldi(;.n)oirc dos pilotes Iniiifi- 
iieiir» ; en I7i0, ceux du Pauillae dfiiiaitileril une aupncnlation do salairo ; iimivcUe requêle 
™ )7il, i');:ilenuMit rejelpo, — H(rlaTiiiilioii semliIaMe diw piloles laniiiiKnir« rlu (wrl do 
Boiirs-snr^iiroiide ; rr"'gleiiiflnl ({ui «il esl la siiiUî; la Cliauibre «le roimm.'rf« do tïu'ieiine en 
unJuiiMu le di'[>(il dan* st's archives. — Re^iuèk^ de-s pilolos laiiiancim de Uordoaux cl de 
Blaj'o. — l'rnujiérilc do la ainilmelion iiinrilinie ii Uonleanx dans la première iiuiiUn iln 
Wiii' f-ièidc ; ruiiuète préiR'iii™ nnx jiwaU par les cliHi-|ieidiori7 du navire |Kjur uhk'iiir d'i'lre 
cripJ!^ en niailriso ; Jours prclonlions «nul rcpou'siv^ par la Cliambre rte coDinient!. 



îqu'à présent nous avons été tellement occupé avec 
le commerce de Bordeaux, que nous avons laissé de cô!é 
la navigation sur le grand fleuve qui conduit à ce port 
et l'état dans lequel se trouvai la Gironde au commen- 
cement du xvtii^ sii^cle; ou si nous en avons parlé, ce 
n'est qu'en citant le Mémoire de la Chambre de com- 
merce de Guiemie, dressé en 1730 '. 

Pendant la guerre de IIoHjinde, sous Colbert, on 
it établi des croisières à L'entrée de !a rivière de Bor- 
deaux et sur la côte du golfe de Gascogne, pour en chas- 
ser les corsaires et pour donner escorte aux bâtiments 
de Bayonne-; mais rcmbouchure de la Gironde était 
encore mieux défendue par les bancs de sable et les 

' Voyez ci-dessiis p, I8H. 18î>. 

' LfUrfH, iiialiKcHoiiK i'I iiK'moiirn ik Ctillurt, l. UI. ^"^ pai lii", p. Toi. 

ir. % 




I 



I 



402 HISTOIRE DU COMMERCE 

autres accidents (le terrain qu'elle présenlait. En 1700, 
l'ordre étant arrivé de la cour d'opérer la visite des ou- 
vrages exécutés dans ces parages pour la sûretq de la 
navigation, celle visite avait eu lieu en présence des 
principaux pilotes de Boyan et de plusieurs autres ma- 
rins ', Après s'être longtemps contenté du clocher de 
Soulac^ on venait d'élever une pyramide de bois pour 
servir de baiise destinée à guider les gros bâtiments en- f 
trant dans la Gironde par la passe de Malhelier. Une 
fois les périls de cette passe évités, les capitaines, conti- 
nuant leur route pour passer entre deux hancs de sable, 
l'un nommé l'Ane du Nord, l'autre fa Mauvaise, sen- 
taient le besoin d'un signal qui leur indiquât le milieu 
entre ces deux écueils, d'autant plus que la sonde n'é- 1 
tait point praticable du côté du banc de Mathelier, où 
l'on trouvait de dix -sept à dix- huit brasses de profon- 
deur *. m 
Aux approches du port de Bordeaux, il se trouvait " 
d'autres atlerrissements ^ qui entravaient la navigation 



' Deuxième registre des niêmoires de la Ciiambic de coraniercc , folio 57 
recto; 23 mai 1717. 

* Ibid. — En 1741, on agita la (jucsliûri de démoli r l'ùglise et le elocticr d« 
Soiilae. Les (Niiritaines du port de Rordi'uux et les pilotes lamuneure de Pauil- 
!ac réclamèrent auprès de la Clraiiibie de tomnierce. La compajçnie, adoptant 
leur niëujoire, décida que l'un érrirait ii M. Carton, député auprès du conseil 
supérieur, en lui envoyant copie du placet, en même temps qu'au gi-and aminl 
et au comte de Slaurepas, avec prière d'appuyer, de son ctllé, les raisons du 
commerce pour la conser»'atiun et Fcnlrclien de re^tlise et du clocher de Sou- 
lac, comme étant une balise en évidence, absolutnenl nécessaire pour la sû- 
reté de la navigation de la Cironde (Registre D des dèlihérations de la Chanil>re 
de commerce, folios 102 verso (31 août l"il), 103 recto (7 septembre). Cf. fo- 
lios lOC recto et verso ili septembre), et 1()8 recto (3 octobre). 

^ Ce mot ilii\{ employé, b Hordeaux, diins une autre afceplion, parfailemenl 
délinic dans des mémoires imbliés k loreasiun d'un projet « de continuer un 
atterrissement, ou grève, depuis la porte des Paux jtiwju'aii palais de la c*Mt 




KT m: \A NAVIGATION A ROlîDEALlX. 403 

l'ii Ici'soriur de Franco au Inircaii des finances de celle 
ville, M. de Cressé, présenta un projet pout' enlever un 
banc do sable formé au ])as de Hacalau et pour appro- 
fondir la passe; celte proposition, soumise à la Clianibro 
de commerce, ne paraît point avoir eu de suite'. Plus 
tard, on remit sur le tapis un autre projet relatif à des 
travaux à faire à une île devant Blayo : le roi voulait que 
les négociants de Bordeaux contribuassent à ces répara- 
tions; mais la Chambre résista longtemps^. On revint 
aussi à la tour de Cordouan, qui, h vraî dire, n'avait ja- 
mais été délaissée, si ce n'est dans les siècles précédents*; 
enfin, portant ses regards plus près d'elle, la conipugnio 
eut à délibérer sur rétablissement proposé d'un capitaine 
jde port '^ : elle s'immisçait ainsi dans la possession où 
étaient les jurais de faire par eux-mêmes les fonctions de 
maîtres de quai *, privilège confirmé et maintenu par 

des Aides, dans retendue de cent loiscs Ao long, [iniir dnnncr aux romnier- 
çanls une autînienliilion (remharqucment et do. di-barquetiient dans un en- 
droit iniiUlc il r:ihordag<', paire qu'on y jrlloU ti»ulps les immondifM's de la 
ville. « L'auteur de Tun de ces mêmoirc^s, ri'pondant au dê|iuti; du parlement, 
qui alTeclail, a ce qu'il parait, de confundre les alleriisseuienls avec les quais, 
disait : » Personne n'ignore qnc les quais sont faits pour eontraindre et rejeter 
le cours doVcait, au lieu (jue lesaltorrtssemenls, ou {;rtvi's, foraient les ports 
par la pente iloiice qu'il est d'usage de Icui' donner, et Tadlilenl raboiil:iî;e. n 
{fi/ponxc il l'tdt'e snmnmirc que If df'iwlt' riu jinrleiHeiil de lii>nkiitix ti mise à la 
télé du nh'nmre qu'il a fait imprimer, etc. Archives de lliùtel de ville.) 

* Registre B des délibérations, folio 21)6 recto H verso; séances dea i et 
21 dtcen)l)re ITîi. 

* Registre C, du folio i versfi au folio 21 verso; séanees des 17 septendire, 
28 novembre, 'i, 19, 21 et iS décembre 17:20; 2 janvier et 8 mai 1727. 

> Ibid., folios ^i verso et r>0 reeto; 15in;ii et U aoiU 17i7. Cf. ei-dussus, 1. 1, 
p. 452, et deuxième registre des mémoires, folio lia verso (fidécemhrc i72l)V 

* Rcg. n. folios 209 verso, 210 recto et verso; 8 et 15 fév. et 1" mars I72'i. 
s Ils les exeri;a1ent enrore le Zl} novembre 1723, date d'un ri^glement en 

vingt-<inq arlieles, publié sous ee titre ; Ordtnuiamr de tiii'Xfiieiirx ks miin; 
nouK-muire ri jiniils, roncermttt le tmrt et hnvre de la eilkfk Uimletius. A IJor- 



404 HISTOIRE Dl] COMMERCE 

arrêt du 7 juillet 1687, avec la jouistîance de plusieurs 
autres droits qui appartenaient naturellement à ramiral 
de Guiennc ou à la juridiction de l'amirauté'. 

Un pilote lamaaeur de Pauillac avait, par son ignorance 
et son incapacité, fait écliouer un navire hollandais sur 
un banc de sable. Pressé de repartir, le maître porte ses 
plaintes à la Chambre, qui s'intéresse auprès des officiers 
pour lui faire rendre justice *. A Taccusalion d'incapa- 
cité, vint bientôt s'en ajouter une autre, celle d'exaction. 
En 1716, les négociants de Bordeaux présentèrent à la 
Chambre un mémoire dans letpiel ils se plaignaient que les 
pilotes lamancurs exigeaient des navires français, et sup- 
toul lies étrangers, un droit supérieur à 20 sons par pied 
de cale. 11 y avait, sur ce point, une instance pendante de- 
vant le lieutenant général de l'amirauté, et la compagnie 
était priée d'interveuiri elle le tît, et il fut décidé que 
les pilotes ne prendraient d'autres droits que ceux qui 
étaient portés par le règlement de l'aniirauté de 1712'. 

deaiis, clxoï Cuilliniiiie Bimdé-Hoû, w.mckxiv., iii-S", tle 12 pages. — En 1729, 
un sieur l'Vydieu, ni-t'oeiunt de [iordeaux et propriétaire d'un ponton ecboué 
près (le Bacalan, ayant été condamne b le faire onlever dans Irois jours, « les 
maire, smis-uiuire el jurais, gouviiineurs de Ilordeaux, juyies rriniinels H de 
police, iiermettenl au sulislilut du procureur sindic de faire afflelier et publier 
ks proclamais pour lairt' la délivrance... a celui ou eeu\ qui seront les moins 
disans, » du ponlou en question, «n vertu de l'article IG de l'ordonnance n- 
dessus, ainsi conçu : « Est enjoint aux propriétaires des navires et bateaux 
qui s'enfunceronl au devanl la présenle ville, de les faire enlever dans trois 
jours pour Itnil délai, et faute de ce faire, lesdits navires, barques ou batcaax 
enfonce/, sont déclarer abandonnez et apparliendronl a ceux qui ferunlies 
frais pour les faire relever cl tirer liors de la rivière, conforniément a un arrèl 
du parlemetil du i mars \'M\. » 

' Vaiin, CtmiiHetiiaire nur i'mditmiance rfc la marine, t. I, p. 129, 150; el 
t. lE, p. lU, lis. 
' Registre A îles délibérations, p. 9H et 100; S(iances dos 4 cl 19 avril I7# 
^ Ucgisire II, l'tilio ii reclo el verso; séances des M el II» janvier lîlG. 



I 



I 



ET DE LA NAVIGATION A IJORDEAUX. 405 

Ces auxiliaires de la navigation devaient, pour êlre 
reçus, subir un examen de commissaires nommés par la 
Chambre'. En 1720, ils présenlèrGJil requête h l'ami- 
rauté pour obtenir qu'il fût fait un règlement concernant 
leur salaire, conformément à l'art. 2, titre 111, de l'or- 
donnance de la marine. Cet le requtMe fut appointée par 
le procureur du roi d'un « soit couTuiuniqué j> aux com- 
missaires^, et la Chambre donna son avis à ce sujet*. 

Cependant, les pilotes lamaneure ne se tinrent pas 
pour batlus. L'année suivante, ils présentèrent au lieute- 
nant général de l'aniirauté une nouvelle requête en aug- 
mentation de salaire; mais elle ne fui pas mieux accueillie 
que la première : ayant été renvoyée à la Chambre, elle 
fut rejclée*. 

Ces pilotes étaient ceux de Pauillac, qui conduisaient 
les navires à Hlaye. A leur tour, les pilotes lamaneurs 
du port de Bourg exposèrent à la Chambre que le salaire 
qui leur était du, à raison de la conduite des navires de- 
puis ce port jusqu'à Libourno, n'ayant jamais été fixé, 
ils demandaient qu'il le fût. Cette requête suivit la mar- 
che ordinaire ; et sur l'avis de la Chambre, consigné au 
pied de la pétition, le lieutenant général de Famirauté 
fil un règlement, qui fut imprimé, et dont la compagnie 
ordonna le dépôt dans ses archives, en même temps que 
celui du tarif du 7 juin 17'20 concernant les droits des 
pilotes lamaneurs de Pauillac^. 

' Voyez le ri'jiisti't! r. des dt'libùraliflns, folio 8 vcrfo; stîsncc ilti *» dér. 1726. 

' Uettistri' lî, folii» 1)8 verso; swinci; c!ii t jiinvicr 1750. 

•' Deuxième icjîisliv des méiuoiies, folio !1(l vcreit; \\ taui 1720. 

* lU'i^isIre R, folios ri^ vcjsû et )^ reeto; Jêlibi ruliotis des 3 janvier et 20 fé- 
vrier 17il. — Deiixiénifl rffïislre des ménioires. folio 437 rceto; 21 avril 1721. 

* nc(j|istro B (les (léliljt rations, folios I2G vi'rst>, 1î!7 vij-so. iô7 verso; séan- 




i06 HISTOIIΠDU CUSIftlKHCE 

En 1723, les piloles laiiianeurs du porl de Bordeaux 
faisaieut remettre à la Chambre uae requête qu'ils avaient 
présentée au lieutenant général de l'amirauté pour l'aug- 
mentation de leur salaire; la eorapaguic répondit qu'il o'y 
avait pas lieu à relever, et que conséqucmment le règle- 
ment de 1712 serait exécuté selon sa Ibntte et teneur'. 

Ll« an après, les pilotes lamaneurs de Blaye succé- 
daient à ceux de Bordeaux ; ils faisaient la même demande 
que ces derniers, et, à ce qu'il pamît, ils réussirent*. 

A voir ces réclamations répétées, on pourrait croire 
que la navigation, à Bordeaux, s'était ralentie; bien au m 
contraire : une liste des navires sortis de ce poi-l tlepiiis M 
la récolte des vins nouveaux, en 1720 ^, et le chifl'ro des 
navires partis de Bordeaux pour Amsterdam, en 1734*, fl 
montrent bien que notre petite marine était plus floris- 
sante que jamais, et Tadminislration ne néi^ligeait aucun 
moyeu pour lui fournir des sujets^. 

tcsdes25jariv(«i, 20 rùvniT cl 13 juin IT^l. — DuiixièTire rr^'istre des nié- 
iijûiivs, Mm li" vci-su; ±i avril 1721. 

' flegistre B, fulios !77 verso, 178 vereo; séances des 17 juin cl i juil- 
let 17il. 

* Ibid., folid 188 rcclo; staiicc du 7 janvier 1721. — Les riglcments des 
15 réviû'i' 171^, 17 jtiiu 1721} cL 8 inui 17:^1, !>ûnt cunsignés diins \ii truisièmc 
regiiitre des ménioires, lùlios iM rcctn, 01 rceto et verso, avec Tavis de Iji 
(Ihamhrc mis au pied de la rcqutMe des pilules hmaneuriii de rtonleaiu, a*ls 
euncluanlaii rejet de rauginenUiliuii dcuiandêc, comme étant prejiulieiabieitii 
toiniiierte, 

* Deuxième registre des mémoires, folio 121 reclo eL vei-so; on y trouve les 
noms des propriétaires et des capitaines des navires, au nunibrti Ae cinquante 
€t un. 

* Macpherson, Aimais of Ommene, vol. lll, p. 504. — Ce nombre est porté 
îi quatre-vingt-huit. — V'ojeï, î>our le niiuivcmenl du port de Bordeaux, w 
emnmencemcnt du xviiie sièi-le, ci-dessus, p. illi, noleô. 

* Voir, entre autres documcnls du commeiieenienl du xviii* siècle, Onkm- 
nance du roff, portanl qu'il sera embarqué sur tous les basliments <jtd armeront 
il llintieaiijï «» mtitfkil tiorke jmtr ehaijtie dix hommes de rèijuipaije ileaditt 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 407 

Il n'est point non plus hors de propos de faire remar- 
quer que la construction des navires continuait à pros- 
pérer \ à ce point que les charpentiers qui exerçaient 
cette industrie présentaient requête aux jurais pour ob- 
tenir qu'elle tYd érigée en maîlrise^. Jaloux (l'exécuter 
seuls le travail local, ils prétendaient empêcher les négo- 
ciants de se servir d'autres ouvriers pour faire construire 
ou radouber leurs navires, et s'arroger le titre de maîtres 
constructeurs sans subir aucun examen ni faire de chef- 
d'œuvre. Ils voulaient encore que le bois de construction 
qui arriverait devant Bordeaux fût partage entre les maî- 
tres et payé au prix fixé par (es jurais, quand les parties 
ne pourraient tomber d'accord; enfin ils réclamaient une 
augmentation de salaire. Consultée, la Chambre de com- 
merce accueillit fort mal le projet de statuts que la jurade 
lui avait renvoyé. Après plusieurs considérations de di- 
verse nature, le rapporteur manifeste le plus profond 
étonnement « que des cliarpentiers de vaisseaux, dont 
la majeure partie ne sçait ny lire ny écrire, et pas un 
seul les règles et les proportions de la construction, et 

boitimeni. Du 23 aoust 17ô>0. A Paris, de TlmprliDede royak, m.dccxxx., deux 
feuillets in-i». 

1 Déjà noniiiii'i diins un Miv. Ai Micliellot, du 2f> rèvrier 1711, commo copro- 
priélairti il'un navire fliarjii' pour la Marliniiiue, Ji-îin riéliueau, « maître 
constructeur di; vaisseaux a nurdeanx. demeurant sur le port, paroisse Sainte- 
Croix, » reparaît deux ans plus tard, et convient avec Pierre Sor'uu, eapitiiine 
de navire, habitant des Sables d'Oloime. de lui faire un Lûliruf iit de cinquante 
pieds de quille, perlant sur terre, pour le prix de i,()00 livres. (Minutes de 
Micliellet, l mars i711. CI". :28 a\ril et 19 jtiin 1712, cl ci-desjius, p. 100, 
note 1.) Voyez, au sujet d'un iliantier plus aneieu, felui de Saljçe, plus haut, 
p. 8ij et 8W. — Dans les registres des délibéi'ations de la jurade Jl est fait inen- 
lion, il ta date du 30 aoùl 17011, diin certain Mcvnard. cmnuie ayant rendu 
des sei-viccs, en qualité do runstiucteur, pendant (|ii;irante ans (ju'il en exerça 
la profession. 

' Deuxième registre des luemoires, foliu £» i*elo; i\ wm 1710. 



408 HISTOIRE DU COMMERCE 

lesquels sont tous sur les rôles des classes, et par consé- 
quent assujétis aux ordres des commissaires de la ma- 
rine, qui peuvent les faire partir au premier ordre qu'ils 
reçoivent de la cour, » aient eu la hardiesse de leur 
présenter des statuts pareils. « D'ailleurs, ajoute-t-il, 
s'il étoit question de parler de leurs salaires, on leur 
feroit voir qu'ils ont été bien téméraires de les avoir 
voulu fixer, sous l'autorité de la justice, à 30 sols par 
jour, sans aucune distinction du bon ou du mauvais ou- 
vrier, ny des saisons de l'année, veu que les meilleurs 
n'ont été souvent payez que sur le pied de 22 sols. » 



L;1 Uli LA NAVIUATJU.N A «UUDEAUX. 



4oy 



GHAriTRE XLYI 



i,ES jrii-!j ^•,<lM^fEKç.\^••rs a iinut>E,u;x. 



riMUUcrcu «lus csrlavcs par k'i. Juifs i-ii Aijuil^iine. — A<:rus«liini [torlM cimlra lo9 Juifs «le 
diriicaux il'avtiir livrù cullc ville mix NorriKiuiis. — IHniiiisilicms IngiMnlivfi r<iii«'«!rii!iiil les 
Juir»rl<i J*iiil<ni cl licGflSfojîiic mi Mtl'siwio. — lllutlliull^( de ixnut i\v IKirilutiiiit ilans le» 
rOles i;asi'uii«, les acies di- Uyiuer ni ailliiurs; redi-vdiicc ii«! ]><H^r<> iinimst'o iiux Juifs do 
Dorilcaux roinnio il cou.v d'Ais ««i» l'nnouco. — Juif^e^pa^'iial» et jioiiu/JÙiiclalilL'* ilc lionne 
houri! «Ijjis iiolro yiUe. — Martliauil pivrtug^ais ik'tùJiJ au lugia du Cliii|i«;iii-Ut>iipu, cti 1516. 
— ÉiuijfTJilioti ilps Juifs il'Eaiiojtno ul de Purlnpil tliassc» |iar ]'ln<|uîiii(iiiu ; il» ce ivfntriedt 
h Bu[li(r.iu3i el c:j liasrupie. — Aciivilu iiH|iiiiii(!c jni «■oiiiiiiorculKinJcIiiis prir tiM i'li'am,fr<; 
jaJoiljio c|u'it* ii;>]iil'util. — Hflrai(c de «.ciUiiiis d'eiilro iriix ; édil» rifinliis cii fu\cui «k's au- 
Iro* pjir Henri 11 ut llu-uri 111, cii JSJiU i;l Hî'jI. — IVrsislaiicn ilt< l'envie doiil les Juifs [lor- 
lii;;3ii$ sont rol>jt.'t- orduiiiiaiitc ilu luariirliul il'Ornauo il!îjlim?e a les jinil ■;;cr. — Affîuciice 
lies JiiifK (3s|>u(;niils à Bordeaux, purlou( w l'qwque des fuiies; nlI'aiTy du iUidIre de |K)sle 
l'itiilL'ii. — [Kimiuiinliuii luirlto coulnj tuus lo* PHrtugai* de Burùcaiix; elle ii'a [las ilo 
^tiilc». — Mesures riiTinireiuica iiriees ou ItjiS t«nilro les l'urlujrai» de In Ouieuiie ; iiilervea- 
liiiiis de* jurais lui k>ui' faveur. — ruursuites rii,'uiirau.sus du Ils* tiudru eux. — Noiables 
i'«nmuer(JiaU jmf:9 de Bordeam au itnuniiMiiciiicnl dit Kviir i-iiVIc; faliriijues fuiiiléeji pir 
rerlniiis H'cnire eux. — Miinufialiiiii d(?s Juifs «le Uunleaux [lar le .".ieur de l'rcsH^iy. — 
Uei|uéte lies Juif;, de Ilnrdc'iiix il l'en» d'<'leiidn< leur ro:i.iii«n-e. — ll|i|iii;-ilioit du-, iii.'ir- 
l'Iiand» de ItiJDij. — Procès iiitenlês i« I» faniiilc Modirin. — Arrivée des Juifs nvi„-iiiiutiiiis et 
allciiiaiiilsoii CuitMiiio; arrc'l du Cniiiîeil |>roitntijar!l l'e'cjntbiiiii des ijiiiiveaux venus; seizo 
raiiiilleit 5onl ôliligrc* de sorllr de Burdeainx. — l'ineel de «leiix Juifs a\ii,'nuiinnis |nuir ètro 
rélaldi» d.iiw leur cnuiniercc ; oiiiuisilion de In Cliaiiilire. — l'iaiiile» rtmlre le< Juifs et les 
iiiareliaiid.t foraiii!< ; tu L'.linmlirD |K3rsis(e dans sc^ Idi^e-t, el iio se rciMÎ i(u"aux dlieervalluils do 
M. ilu Touriiy. — UiHour d'uii cerlMin iitmilirv du Juîfi< avi;;ii<iiinaiK -, iU luuriieiil l«iir îudii!i- 
Irievcr» la Laiiquu elleft aiiiieiiieriU. — Leur |KiUliuii |i«iiir èlrc rijlevrà do l'arir''! da 1734 
tj»l couronnée <ti< surcès. — Nnuvellop [xjliliiuis df»i Juifs nviKiiDnii.iii* ; elfe s«nil ri'i'nu^nijfls 
|inr Io« jurais' et lo Ciiii-tcil da eoiiiiiieirp; i'erniis!"ioii»i de cmiiiiieirer aeciirilé» :i ces Juifs; 
lellrcs iwlucituK iihluiiuas cii Mai) |iar siix familles de* leurs. — Amiéu do iiuuve;iux Juif» à 
liordeaux-, ilssuut euL'ure expulséK. — Liiiiilaljon de l'aiilapujii.suic uiilre \vn Juifs purtu- 

I^aié el avigDoiuiiiis. — Voyage de trnis Jui^ tKl^Jl^lai.■< à l'nris (>»ur \ faire le Lomiucrec. 
Les Juifs se montrcMit de ])onne heure à Bordeaux; on 
!S y voit, comme dans l'ancienne Rome, ftiit^ant le com- 
merce des esclaves. Cette industrie, d'autanl plus pro- 
ductive que les guerres cruelles doni, l'Aquitaine était 
jilors le tliéàtre devaient ralimenter sans cesse, élait 
œrct'c par les Juils de nos provinces iiiéridioiiales en 



410 HISTOIRE DU COMMERCE 

vcrlu d'un privilège impérial qui leur permettait d'aclie-j 
(cr les captifs provenant des pays conquis, de les con- 
duire eu Espagne e( de les vendre aux musulmans. Le] 
clergé s'éleva enfin contre cet infâme trafic; il parla, par 
la bouche d'Agobard, à Louis le Débonnaire ', et fit ré-j 
voquer le rescrit qui autorisait ce commerce, dans un' 
concile tenu à Toulouse l'an 829. Âdalelme, évèque mé- 
tropolitain de Bordeaux, assista à l'assemblée synodale 
pour représenter la Vasconie, dont les intérêts étaient en 
jeu, à cause du voisinage de cette province avec la Pé-j 
ninsule*. 

Nous ne savons si les Juifs de Bordeaux conltnuèrenlj 
le commerce des esclaves ; mais on peut le croire si \'oa\ 
ajoute foi à l'accusation portée contre ces Juifs d'avoir, 
en 848, livré la ville aux Normands^. Ils ludjitaient déjà 
ce Mont -Judaïque dont parle la Chnmique bordelaise i m 
l'année 1273, et dont il est fait mention dans l'acte de™ 

' .,. <■ PiiediL'iivimiis fliristianis, ut maiicijiiii cis (JiiJa'is) christiana nos 
venderenl, ul ipsos JuiIli'ds eliiistianos vcndcre ad Hispanias non penniUfr 
«tînt, » etc. {Sancti ÀtjoMnii, archiepiscopi Ltiiidiiwmis, Opéra, éd. Sîeplian» 
Buluzto. Parisiis, m.dc.lsm., iii-8", l. I, p. 62. Cf. Not. ad Agobard., t. Il,] 
p. t8. 19.) 

-Siiiionile de Sisniondi, llhiohe ties FraiiçaU, t. II, ili. vi, p. 4"i. — Lou«j 
lions, Histoire de t'anàeunt; province de Gascoijne, etc., t. I v^ Paris. Î8ô0» 1 
in-S"). p. 177, 178. — Deldieverry, Histoire des Israélites de Bmdeaux. HoP- 
deaux, 18-jU, in-«", p. 15, 10. Cf. Pagi, Critim hinlorico-chronoUiijicn iu mù^ , 
versos Annales eccimttxticos E. et H. ùrsariscardinalis Uaronil, l. IU, aon.WSJ 
et 8i9, p. riôT. col. 1. p. r).T8, col. 1, ^ xi-xiv. 

s Annal. Ikrt., :ip. D. Bon(juot. {Becdex hut. des Gaules, etc., l. Vil, p. 65, 
C) — Chron. degesl, ^'tirlwaun., ap. du Cliesne. Nisl. Franc. Stri/i/.. t. II. 
p. 52o, A. — La Mlle de Toulouse fut livrée de I:i mùnic manière que Bo^ 
deaiix, et sans doule pour If s mêmes motifs, aux Sarrasins, en loi, s il fanten 
croire Delanere [l' Iniredulilé et mescreance du sortilège, etc. Paris, ■.w.xxii. 
in-l", p. Mii). Il est juste de dii-e que l'on ne ti-ouve rien de seoiblalik <1«M 
y Histoire ij^nérale de Lai);iiiedo<- de TD. de Vie et Vaissetc. Voy. liv. VIII. 
ili. xxiv, (. I, p. 507, el p. I>!I3. col. 1, note lxxxuj, n" xxi. 



KT DE L.V ^AVIti.\TIO^ A UOHDEAUX. 



M 



tlonalioii cl de fondation du prieuré de Saint-Maiiin par 
Gooftroi, duc de Guieiine, sous la date de 1077 '. 

■ A partir de cette époque, il n'est plus question dos 
Juifs de Bordeaux avant le xii!*^ siècle; encore les docu- 
ments contemporains ne sont-ils pas toujours explicites 
I8U1' leur compte. 
En 118*i, Pli ilippe- Auguste avait rendu une ordon- 
nance par laquelle ses sujets étaient décharifés des som- 
mes qu'ils pouvaient devoir aux Juifs : celte ordonnance 
dut atteindre ceux de la Guienne, bien que soumis à la 
domination anglaise, par la raison qu'ayant des débi- 
teurs partout, ils ne pouvaient écliappor aux effets d'une 
pareille loi. L'autorité ecclésiastique en indiqua les 
moyens pour l'avenir. En 1:214, le cardinal Robert de 
Cork, légat du Saint-JSiége, écrivit à Jean Sans-Terre pour 
rinformer qu'il avait convoqué un concile à Bordeaux. 
Dans cette assemblée, il fut ordonné que les seij^neurs 
réprimeraient les usures des Juifs, sous peine, pour ces 
derniers, de voir tout le commerce s'éloigner d'eux, et, 
pour les marchands comme pour les barons, d'être fiappés 

fc'excommunication*. En 1219, par suite d'une mesure 
générale, qui s'étendait aux Juifs de Poitou et de Gas- 
cogne, il fut interdit à ccllx de Bordeaux d'acheter ou 
de vendre aucune espèce d'objets, excepté les vivres du 
jour, autrement qu'au vu de prud'hommes chrétiens. 

* DUcours xitr lex aatiqtiitei tnwréex près le prh'iiri' Saint-Martin t^x ïlaitr- 
tteaux en juillet VJHi, ii lu siiilc de lu Clmmiqne ùonleloisc. ttlit. de M.nctiii., 
folio Vi récit». Cf. Darnul, Sut>i>i des thrt>iùi}ues, etc., p. 1 J ; cl DctilicvciTy, 
nre des Israélites de iiimleaiix, p, IG, 1". 

lymer, Fvedern, etc., t. I. lurs I, p. 01, col. I et 3. — I>. Dcvietine, Hïst. 
Bordeaux, t. 1. |t. 50. — Uetclieverry. Uiuttiire dfx Ixrnt'tUes dt" Uordeuiu , 
IK, ^>, "2 1. 



412 



HISTOIRE DU COMMERCE 



Défense leur était également faite de recevoir en gage du 
linge mouillé ou taché de sang, ni rien qui appartînt à 
sainte Eglise et pût donner lieu au moindre soupçon. 
« Ainsi, ajoute le roi dans sa lettre à G. de Neville, son 
sénéchal, que cela avait lieu au temps du roi lîenn', 
notre aïeul, el au temps du roi Richard, notre oncle'. • 
11 est à regretler que la pli rase présenle trop d'obscurité 
pour qu'il soit permis île décider si le roi veut parler 
d'une législation en usage en Angleterre, ou seulement 



en Poitou et en Gascogne. 



Le 3 juin 1265, Edward, fils aîné du roi d'Angleterre, 
lionne à Bernard Macoynis, citoyen de Bonleaux, s<ja| 
Juif de Lesparre, Bernard Bénédict, poiu" le posséder' 
pendant sa vie, ainsi que tous les revenus qu'il pourra 
en tirer, 11 parait ([ue ce Juif de Lesparre étail fort 
connu; car Bréquigny nous a conservé une donation, 
datée du 21 octobre 1283, dans laquelle un autre Juif 
est désigné par la qualité de frère de ce Béuédict-. 

Le 23 mai 1275, Edward I*"" écrit au connétable de' 
Bordeaux qu'il a appris que la communauté des Juifs, 
déjà en proie à la disette qui se faisait sentir cette année, | 
se trouvait encore accablée d'impôts. 11 défend en con- 
séquence à cet officier d'opprimer les Juifs ou de les im- 
poser sans son ordre *\ Dans une seconde lettre, adressée 
cette fois au sénéchal de Gascogne en môme temps qu'au 
connétable de Bordeaux, Edward leur annonce être ia- 



" Bot. tut. danx.. :in. ô'> Ron lU, A l>. 1219; vol. I, p. 507. col, ± 

* Martial et Jules I>«l[iil, Soiice sar un manmcrit de la hitilMhèque de W»*- 1 

f'fitliiillpt, S VII. (AV/irrs c/ fsiraits des innuusmls,clc., t. XIV, i» purt..p. t^) 

— Ucliliovony. llixt. (ks Isrm'lUcs de Itordeatu, p. 26. 
3 UymiT, Fdiltra, pU\, t. 1, pats II. \>. Ii«, lol. 2. — Dclcticvcrry, //«/• 

dr» hraél. dr Kordeaiix, ]». 52. 



F.T DE LA NAVIGATION A HORDEAllX. 



iVA 



que la communauté il os Juifs de Gascogne, à 
l'instigation de certains de leurs concurrents, se Ironve 
surchargée d'impôts énormes levés sous les prétextes les 
Ifelus liitiles, et ([ue l'on sévit avpc la plus grancîe i'iji,ueur 
contre ceux qui ne peuvent les payer; qu'il n'entend 
point que les Juifs soient persécutés de la sorte, et que, 
lorsque la justice aura à s occuper d'eux, on les fasse 

«'uger par des chrétiens prud'hommes et loyaux'. 
I La communauté des Juifs de Gascogoe ayant remontré 
iju roi que la plupart d'entre eux émigraienl pour échap- 
)er aux tailles inlolérables dont ils étaient grevés,, ce 
prince revint il la charge pour ordonner «le les ilimi- 
nuer. D'un autre côté, en 12f)l, Piiilippo le Bel fit une 
Prdonnance pour enjoindre à tous his Juifs venant de 
Guienne et d'Angleterre de quitter le royaume avant la 
mi-earême'^. 

Dans les rôles gasons, il est encore fréquemment fait 
mention des Juifs de Bordeaux, nommément {l'Aarûn de 
_Londres"\ et d'Éîie, fils de Bénédict, de la même ville ■*, 
il, sans doute, avaient cpiitté l'Angleterre pour se rap- 
bocher de l'Espagne, en vue tl'y chercher un asile, au 
où ils seraient inquiétés dans les possessions anglai- 
ses. Un soi't funeste leur était réservé dans cette nou- 
velle pairie. Vers la tin du xiu** siècle, ils étaient expulsés 
de la Guienne^, et de nouveau en 1318-19 ^ A cette 

r* Fœtlers, t. 1, pars II. p. 196, col. 2. — U\»f. des hrni'l., p. 3i, ôj. 
* (HiiH, vol. n. riiliii 88 recti), 
» IM. Vase, 27 nm. HI. memb. U; ô Ed. I, iiumb. .">; Il Ed. 1, tiiciiih. t. 

♦ lùid., 12 Ed. I, incnili. 2. 

8 mu., 17 Ed. I. part. I, momli. U. 

* Hfid.. 12 Ed. Il, iiknilb. 6, in rf«r.w. — l.illera, xigitln Fmufornm rt'tfiit xi- 
ynula,tk bimis Jnérorum Hwtleijak, lOEtl. II. {Theautkul kiikmlitrx mut in- 



4U IllSromE DU COMMERCE 

cpoqiir, \h lombaient sous les coups îles paysans', le 
roi Eilward II se faisait ruiidre coniple de leurs biens, et 
onlonnait une enquête au sujet des meurircs commis suri 
leurs personnes*. D'autres documents publiés par Ryraer j 
achèvent de jeter du jour sur la condition des Juifs de 
Bordeaux et de la Gascogne sous les Flanlagenets '\ Aux 
termes d'un terrier de rarchevêché, de l'an 1356, les 
Juifs de Bordeaux étaient tenus à une redevance annuelle 
de huit livres de poivre envers l'archevêque, payables à 
la NoëH, Quand on voit, en 1143, un archevêque d'Âix 
donner aux Juifs de cette ville la permission d'avoir une 
synan;oe;ue et un cimetière, à condition qu'ils lui paye- 
raient, à lui et à ses successeurs, h perpétuité, deux livres 
du meilleur poivre, et en 1383, un autre archevêque ao»' 
corder au même prix un sembîaljle privilège à tous les 
Juifs do son diocèse^, on est amené à penser, avec le 
P. Bougerel*, qu'à Bordeaux comme à Aix, la plupart 

ventorkx of tlw Ttruxiirn i>f lits Majenly'g Exchequer, elc, éd. by Sir Francis 
Palgrave, vol. |[|, 18Sli, iri-8", ji. 121,ii»Gi.) — Dans une lettre au stnethal^ 
de Gascogne que l'on Iroiive sous cctlc indication, Edward cuainicncc par roa- 
nircsfep son profond rtonnemcnt de ce qu'après avoir, îi ploskurs reprises,] 
donné Tordre d'pxpnls«r les JuiTs ri'sidnnl en Guirniie, ec( ordre fùl resté sins 
exùculion. Voyez ent-oie le nMe gascon de l;i quatrième année d'Edward II, 
niemli, !'i (de Deli'ilis tjiie deMiantiir Judeis, lefdiidk nd optis flegi»), el cfllaii 
de la septième année du même règne. (De Juiiels expdiendis.) 

* M Per quosdani tiialefactores qui pasloreîli vulgariter nunrupanltir. » — j 
Pour faire connaître les piistinirepais de IS20. nous ne pouvons que i*envo;er'j 
h unenolicc de M. Léon Dessalles, qui oceup'^ vingt-deux pages des Annalfi 
agrkiileH et lilk'raires de lu Doniogne, anii. iHii, et h la eolleclîun Doal, rciii- 
servée an ealùnet des iiianusrrils de la fsihiiolliéque impériale, vol. LU, f'tP*. 

* Itot. Vfflsr., 13, li. Ed. ïi, memh. 7, in dorso. 

!i Fo-dera, etc.. vol. II. p. -W el 180; éd. Ht, t. 1, pars tl, p. Hli, col. 2, il j 
p. ID(i, fol. 1. * Baurein, Variétés liordriohi'x, etc., t. Uî, p. SiV 

* Pitlon, Atiiialesde la sainte Éijthe d'Aix, p. 123, IfiO. 

" Mémmrex imir servir ù l'hiatoire de» Juif* dffiiii* leur arrivée eu pTf 



« 



ET DE LA NAVIGATION A UORDEAIX. 415 

■étaient épiciers, peut-être même en relation de commerce 
avec le Levant et TEspagne, puisque le poivre constiluail 
le tribut qu'on leur imposait le plus habituellement. 

11 est certain que, fort anciennement, il y eut à Bor- 
deaux des Juifs espagnols et portugais uniquement dési- 
gnés comme venant de l'un ou de l'autre royaume de la 
Péninsule, A ne parler que des Portugais, ils exportaient 
de leur pays, dans les possessions britanniques, de l'huile, 
du vin, de Vnsey*, de la cire, de la cochenille, des 
figues, des raisins, du miel, du cordouan, c'est-à-dire 
du maroquin, des dattes, du sel, des peaux et d'autres 
denrées*; mais il est douteux que toutes celles qui vien- 
nent d'être énumérécSj par exemple le vin, la cire et le 
miel, soient venues de Portugal faire concurrence, sur 
notre marché, aux productions de la Guienne. 

En 154{>, nous trouvons une mention d'un marchand 
portugais à Bordeaux : c'était un certain Lope Diaz, dont 
le nom est encore porté avec honneur dans cette ville 

^par une faniiUe israélitc; mais nous ne pouvons dire que 
îe Lope Diaz y fût établi. L'inventaire après décès, au 
logis du Chapeau-Rouge, de ses papiers et effets"', semble 
indiquer que cet étranger n'avait pas sa résidence à Bor- 
deaux, soit qu'il ne fût qu'un marchand forain, ou que 
les jurais lui eussent refusé la permission de se fixer dans 
notre ville, en vertu des articles 7 et 8 des statuts, litre 
îes marchands, qui leur conféraient ce droite 



ivence, etc., dans les Mt'moires de iilh'nttîirg ft d'hintoire du V. Dcsinuicts (ii 
Paris, Mnocxi.]:);, iti-8"', t. Il, pari. Il, ;t. !î7fi, ô77. 
' Voyez ci-dessus, t. I, p. 1 10, note l. et p. 157, note 3. 

* The Llbel of Enoiish Policy, tipnd Wright, Piditiftil Poews ttml Sinifjs, 
t. Il, p. l<iô. ^ iliniilos (le 1)ou7Cmii, ô jimvior l'iW. 

♦ CuiUimatitnt (/<■ Iti <Jn<mii/ui; ImtrtleMitf, «te, p. 75, Cf. p. 78. 



flG HISTOIRE DU COMSIERCE 

Dans son teslainenl, reçu par Denhors le 19 juil^ 
Ici 1561, imbie Ariuiuid de FetTun, conseiller au pari 
ment de fîonleaux, nifiotionnc une maison, rueBouquièn 
« où se liont à louaiiJ;e lo Portugalois '. » Quelque temps 
après, on voit dans notre ville Jean Gonsalves, natif 
d'Oporto'; mais ces renseignements sont trop iiicom^ 
plets pour que l'on puisse on tirer quelque lumière. 

Si, à cette époque, le nombre des Juifs portugais étail 
peu considérable chez nous, il s'accrut bientôt dans un^ 
notable proportion. A une date que nous ne pouvoï 
préciser, mais qui ne saurait dépasser la fin du xvi* siè-' 
cle, un agent français écrivait de la frontière d'Espagne ;j 
« Nous n'avons icy rien de nouveau, sinon furces iui[| 
fuyans l'inquisition d'Kspagne.,.. Hz s'en vont touz veï 
Bordeaux et autres quartiers de Gascogne, où ilz espè- 
rent trouver retrailte. Ce sont, à proprement parler, Ma- 
rannes, lesquelz, sous le nom de chresfiens, retiennenl 
plusieurs ceremouies et observacious mosaïques. Le pis 
que je voy au sujet de leur exil d'Espagne et de Portu- 
gal, est que plusieurs gens de bien y sont enveloppez 
pour atlrapper, et memement ceux qu'on estime avoi^fl 
qupl({iie sentiment de la religion. Taiil y a que cette per- • 
séculion apporte une grande diminution du conmiercc 
en ce païs-là, et beaucoup de noz marciians s'en retirent ■ 

• Liasse IKi-i, folias vxxxj rcclo et xxxiij verso. ^^ 

'Minutes de Castaigne, liasse 87-11-, folin iiij"ij verso; acte du 28 jan- 
vier lîJTâ. — Nous np. (lirons ritn des niiirdianilsfftpagniils établis a Bordeaui, 
tels qu'Adam Fnmi csco et « Loiiripes Ikmiayne, » tmit portant U criiiio qii'ilsj 
étaient chirlii'ns. Le premier arlietail, p;ir acte de Denlinrs, en d;iU" ilu ' 
17 rn;ir3 ir>6l (liasse i8-H2, fn in Miiij'xivj rcrlo), tous les clous de caiMiM 
((u'un triiiltre eïavttier devait rubriqncr danb l'iinnèe; et l'uutre vendait du iil^ 
k un bltoiireur de Sainl-MitrilUn. Minutes de Themer, drrnierjour de février 
1j77, liussc; iK8-Ili.) 



1:T DK la NAVIIÎATIUN A liORDliArX. 



17 



do jour à autre, l! y a plus, qiw l'argent est trrs-rare en 
Espagne ', » etc. 
y Les Juifs en avaient apporté beaucoup avec eux à Bor- 
deaux. EspafTiiols et Portugais, ils s'y livrèrent au com- 
merce et donnèrent une nouvelle activité à celui de cette 
place. Imposés comme les autres régnicoles, ils furent, 
du moins certains d*entre eux, naturalisés et autorisés 
par là à demeurer et à traliquiîr tlans le royaume; mais 
la jalousie de leurs nouveaux compatriotes ne farda point 
và s'éveiller, « îcur imposant calomnieusenient et faulse- 
ment plusieurs crimes, pour leur donner occasion d'aban- 
donner ladite ville et, se retirer en leur pays^, » etc. 

Plusieurs prirent ce purïi. Ceux qui restaient ayant 
adressé une requête h ITenri III, ce prince y fit droit par 
^tles lettres patentes datées de Lyon, le 12 novembre 1574, 
le parlement de Bordeaux enregistra le 19 avril 1580, 
'Ta requête de Diego Mendès Dias, Simon Meira el au- 
tres inarchauds portugais iudjitant Bordeaux ■\ On y 
t trouve un rappel d'autres lettres patentes émanées, en 
il 550, de Henri H, et conçues dans le même sens*. 
' Manuscrit «le In Bibliolhî'que «illonk'nni\ r.:ilipiil;i , K. X. fnlio 9^ l'prio. 
Ce volume :i tU- endonimugê par le l'eu. 
I * Delclieverry, Uhtoor iln hraélïlex de llordeaux, p. iO, ik). 
" Pr'iv'i It'ufs , don l les Jit ifx pnrtiipais jnmssfn t m Fran ce depu îs / .V-ï i) . A Paris , 
de rimprirnoric tle Stiiniie, in.»c(;.i.\xvii., in-l2, p. U-tO. — Au lieu de Meirn, 
nous proposons tic lire Laweiru. Le Meirn ndininé dausï'enreiîislrenrent dii 
parlement rie Ilordeiuix étiiil vT:iisenilit;i!ilenieiit Vun îles anrètits d'Anloîne 
Lomeyre, (|iie ut>us reveiTons, avec l:i qualîlé de niai-cliand-lianquipr, au ciini- 
inencenient du xvni" siècle, el d Abraliam Lamevre, qui viv:iil an milieu. Voyez 
ci-api'ès, p. i±i, Tiuleô, el p. 128, 

* n nomme les mareli:mds et .intres I'iii1u(rais, appelles no?freiutx-rlir<*l'teris, 
dit le roi. Nous ayent par gens e\pi is qu'ils ont envoyés par derri, fait etiten- 
(Irc qu'ayant ronnu. pour avoir depuis qiu^'.que Irnips en <;!i Iraliqii6 en nostre 
Ojaultne, la gnmle et Uimw justiec qui s'e^erec en ici-lui... île .««rie que cela 
II. 27 



418 



HISTOIRE DU COMMERCE 



L'envie qu'inspii'aient les marchands juifs de Bor- 
deaux n'en persislail pas moins, en dépit des services 
qu'ils avaient rendus'. Ce sentiment était encore si viff 
au commencement du xvu" siècle, que le maréchal d'Or- 
nano rendit, le 2 janvier 1604, une ordonnance qui dé- M 
fendait à tous les habitants de nuire en parole ou en 
action aux marchands portugais et autres étrangers qui 
voudraient se retirer à Bordeaux pour y vivre et com- 
mercer*. 



fait que l'cntrecours de la marchandise est menée et conduite en telle lil>ertê,1 
que sans aucune siispiciûn d'injures, les niarrliands peuvent aUcr, Inliqncfj 
et frctiuctitci- on to'.s endroils de nostredlt royaulmc, pays, terres et scignoii 
ries de nostre obtissaoce que bon leur semble, et en toute seurcté ejierccr 
leurs arls et niimuracturcs ; considirant aussi que pour avoir de tout tompl| 
nos prédteesscuts et No«s singuli&r^nienl favorisé les marcliands de nostr 
dit royaulnie, Nous U'i avons, en beaucoup de villes dicelui, avantages dél 
toeaux et grands [irivilcges, pur le tnoyen desquels ils font de grands gains el| 
augmenlent de jour en jour leur trafic ; et que [lour la cuminoditè de la situa»; 
tion de nustredit ruyaulme, par lequel (oultre qu'il est fuit terli'o etabonduat^ 
en bleds, vins et auUres coniniodités requises pour la vie buraaine, qui est iil| 
grand iimyen aux uiîmbanrîs d'ieelui dVparptier, estant ceiili des aullres pay» 
coTiiiaints faire grandis il<;'pcnses a la nourriture de leurs ramilles, gens, faH 
teurs, servilcBi's et entremetteurs'' ûncnt et passent plusieurs belles et grandes 1 
rivières et fleuves navigables, sur lesquels se fait un grand tralic, et en ôullrti 
est pour h plus grande partie environne tant As la mer du Levant qne it retlll 
du Ponant, sur laquelle les cstrangers voisins de nostredil royaulmc (qui pJusj 
que nuls auUiTsde toute l'Europe font Irain de marchandises) rréqiirnlenlolj 
marchandenturdinaiicment.desortt'quele moyen de bien vivre est ouvert a un] 
chacun qui se veut employer en quelque sorte que ce soit, ausdils Portu^iiis... j 
est venu singulier dûsir, qui leur «"oist de jour en aullre, de venir résider Cf j 
cestui no.slre rnyaulme, et y amener leurs reriimes et familles, apporter leiiraf 
gent et tiieulilcs,., raoyerinaut qu'il nous plaise leur accorder lettres de nainri-l 
lUè, » elr, ■Vrh'ilt'ift'x, doul lfn Juifs piiitiignls jouissenl en France, etc., p. l-3,)j 

' Les grains uiamiuérenl en [o'Xi, el la disi-lle fut si grande que la ville do] 
Bordeaux était l'euiplie de pauvres qui mouraient de faim. Il Tut an-été qu'ib 
seraient Qistiibtics chez tous les particuliers, sans acceplioo de poreonne. Lj 
nation portugaise se distingua, dans ectle. occasion, par une tiumanité qui ei- 
ci la radniir;ilion universelle. Voyez la Chnm'ujiie bnunleloise, 2" partie, p. 11. 

■ UiUlicverry, llislolr»' ikx Ixrst'lUeis de liordeatuv, p, ."il. lii. 




BT IHZ LA .NAVICATION A IIOKDRAUX. n'a 

Une pareille protection ne pouvait qu encouraf(er les 
Juifs d'Espagne h venir à Bordeaux : aussi en voyail-on 
fréquemment, dans nos tnui'S, surloul :ï l'rpfujne des foi- 
res. Une troupe de marchands israêliles, qui se rendait 
dans cette ville, eut une alfaire qui faillit avoir de graves 
conséquences pour tous les Juifs qui rhalnlaienl. Ces 
voyageurs s'étaient arri^tés sur le cliemiu de Rayonne et 
f logés chez le maître de poste nommé Ponteil; ils se cou- 
chèrent après avoir ouvert tous leurs ballots, soit pour 
les revoir, soit pour les arranger difteremment. Le len- 
demain matin, ils firent retentir la maison de leurs cris, 
prétendant qu'on les avait volés et montrant une fenêtre 
entr'ouverte comme le chemin par où on avait pénétré 

Ichez eux; à les en croire, leur perle montait à cinq ou 
six mille écus en Lagues, joyaux, perles et pierreries. 
Arrivés à Bordeaux, ils informèrent et obtinrent décret 

I contre ledit Ponteil, Le malheureux fut arrêté et mis fi 
la <|uestion; mais on n'en put tirer aucun aveu, et, faute 
de preuve, il fut relaxé, « à demy ruiné de corps et do 
frais'. » 
Quelque temps après, un compatriote, peut-être même 
un i^arent de ce même Ponleil et sou homonyme, vou- 
lant lirer vengeance de lu conduite des Porlugais dans 
cette alTaire, se porta connue dénonciateur de tous ceux 
f de la ville de Bordeaux, qui formaient environ cinquante 
ou soixante familles. Secondé par vingt-quatre témoins, 
il les accusa de judaïsme et des crimes les plus exécra- 
J)les. Soit que ces allégations parussent mensongères à la 
I justice ou qu'elle eût été circonvenue par le crédit dont 



' P, de Lanuro, Vlncredulil^ el mfœremwv du M>rlUe\n\ cU*.. p. ^70. 



m 



inSTOinE Dl) COMMERCE 



jouissait alors à la cour Philotée Elian de Monlalto, 
deciti portugais cl juif de race, le parlement fil constituer 
Ponteil prisonnier, tandis qu il n'y eut. jamais qu'ajour- 
nement personnel conire ses adversaires*. 

L'avocat du roi Dusaut soutint de sou mieux Taccu- 
sation ; mais comme les Juifs étaient depuis longlenips 
établis à Bordeaux et avaient entrée daus une infinité dej 
bonnes maisons où ils allaient ven<lre leurs marchandises, , 
ils trouvèrent moyen de faire plaider leur cause par un 
très-bon avocat. « Le plus fort de son plaidoyer, dit de, 
Lancre, fut sur la calomnie qu'on leurmettoit sus : qu'il 
y avoit soixante ans qu'ils estoient en la ville, parlant ^ 
qu'ils avoient prescrit leur domicile et logement ; qu'ils y ^ 
estoient grandement utiles, laissant leurs denrées à beau- 
coup meilleur compte que les autres marchands, » etc. 
De son côté, Ponteil confia sa cause à un célèbre avocat ^i 
du temps, nommé La UocJfC, dont le terrible conseiller ^ 
reproduit le plaidoyer dans toute son étendue. Cet avocat 
donna à fond sur les Portugais; mais il avait affaire à 
forte partie. Ils firent si bien, qu'ils obtinrent interdic- 
tion du parlement de Bordeaux et parvinrent à étouffer 
les suites de faction intentée contre eux-. 

Rassurés de ce côté-là, les Juifs portugais de Bordeaux 
ne restèrent pas longtemps sans concevoir de nouvelles i 
appréhensions. La guerre était déclarée entre la France B 
et l'Espagne . Le roi catholique ayant mis embargo sur 
les vaisseaux, marchandises et meubles, appartenant aux 
Français qui étaient en Portugal et autres lieux de son 
royaume, le roi de France, usant de re]>résailles, or- 

1 L'îmtriliilHi' et meicreanre du mrlilrfie. i'ic, p. tK». 
' fl/itl.. II. iST. 



I 

4 




ET UE LA NAVIGATION A HUIIDEAUX. 451 

donna qu'il serait fait inventaire de tous les meubles et 
marchandises appartenant aux Portugais de k Guiennc, 
et commit à cet effet, le 14 mai 1625, M. de Gourgue, 
I premier président*. Pour conjurer le coup qui les mena- 
çait, ils s'adressèrent à raiirninistralion municipale, et 
les jurais prirent, le 4 juin 1625, une délibération por- 
tant qu'il serait expédié mi cerlillcat de bonnes vie et 
mœurs au roi et aux membres de son Conseil en faveur 
de ces marchands. II y est consigné « que dans icelle 
ville ils y sont utiles à cause de leur négoce, vendant et 
débitant leurs marchandises sans contredit de personnes, 
trafiquant avec tonte loyauté et fidélité-, » etc. 

En janvier 1630, la paix entre les deux couronnes 

ayant été proclamée et le commerce rétabli entre Fran- 

Içais et Anglais ^, les bourgeois de Bordeaux se plaignent 

« de ce qu'il y a dans cette ville un grand nombre de 

commissionnaires étrangers qui font les plus grandes af- 



* Detcheverry, //w/t'ire des hra^lilex île liordeaux, p. iiO, 57. — Il y avait 
alors dans la Pi-niasule un pi-and noEiibre de Frani;ais. appelés Garadiex, ve- 

. nus (le la Guienne et atid'es provinces. Voyez les Mùmnires de Guurville, à 

■"année 1669, (CullHCtion Pelitot. 2« série, l. LU, p. 413.) 

» DctcliPvcny. p. f)7. — N(ius n'avons poitit ii parler des mari'liands portu- 
gais do Rayonne; nous dirons tonlefols ([ne Ifs noms de renx qui li:iliilaii'nt 

Ic^'Ue ville, ou pIiilAl le faubourg de S:nnt-Esprit, en li{"2'>, sonl ennsignés dans 

ne Couinrotli' de la rccepti', du litirvaii de lu amslitme de Kiajimiir! de cette 
année. (Archives du département de la Gironde, H Bureau des finances.) On 
y voit lipnrer Jacoh Lais, Daniel Menriquez, Diego IVacosta, Alfon.so Nufiez, 
Fernando llodri?o dcineiirani ii Iliariils, Meklitor Albemos, Simon Raya, 
Coelln, Asccnso Nnilez, ele. (Folios ô i*. "i r". 8 r\ 10 i«, 11 v", 13 v, 2W r», 
21 v", 2.> V", ôi r", .S8 r", 7-2 v", 112 r», Wù v", 10(3 v", 11IJ r", elc; L'im d'eux, 
Dento Luis, Taisait des aiïairesavec Bordeaux, d'où il lirait, sans doute pour 
l'Espagne, de grosses aiguilletles de cuir, de Tawir, des serges de Saint- 
Maixcnt, des toiles de Hollande et antres, et de la prosxerie. (Folios 32 r°, 

,T7 v. r,r. folios "il V", ri7 r», li9 v\ IH r".) 

' Cmtlnuathu ii la Uiroiiitiue l'imrdeloke, p. 32, ann. 1C29. 



un 



IIISTUIUE DU COMMENCE 



fuires, al, bien auc diverses ordonnances uiissenl tMiioiiU 



'ij' 



aux Portugais de vider la ville dans jrois mois, le nom- 
bre en augmente tous les jours. Us y tiennent les plus 
belles boutiques et magasins de toutes sortes de mar- 
chandises^'. r> ^ 

A cette déclaration vîeiment se joindre celles des ju- ™ 
rats dans leur correspondance avec le secrétaire d'Elat 
Cliàleauneuf, à l'occasion d'une sédition dont la répres- 
sion avait causé les plus grands désordres à Bordeaux : 
« Les Portugais, qui tiennent des rues entières et font 
im commerce considérable, écrivent ces magistrats, ont 

demandé leurs passeports Les Portugais et étrangers, 

qui font les plus grandes afil'aircs, clierc lient les moyens 
de se retirer d'ici. Gaspard Gonsallès et Alvarez ont 
tjuilté depuis peu, qui étaient des plus considérables 
pnrmi eux. Nous nous apercevons que le commerce 
cesse-. » 

Cette considération n'arrêta pas le flsc. Le roi, par 
une déckralion du 't2 janvier 1697, renouvelée de trois • 
autres, l'une du 26 janvier 1037, la seconde du moisfl 
de janvier 1646, la lroisi«^me du mois de mai 165(5, 
avait ordonné que les étrangers établis en France depuis 
1600 payeraient les sommes auxquelles ils auraient été ^ 
taxés par des rôles arrêtés en Conseil; Darnour, cbar^'t^" 
d'en faire le recouvrement, exerrja les poursuites les plus , 
rigoureuses contre les marchands espagnols et portugaise 
établis à Bordeaux. Ceux-ci exposèrent au Conseil qu'ils 
n'étaient pas dans le cas de la déclaration, puisqu'ils 
étaient naturalisés Français depuis 1550; mais les bo-^ 

' DcUlievcrr y. IJhhùre des IsniiTitcs ilf Hordfmix, p. r»H. 
' LelUes des 21 cl 30 ilxrpiiihn- l67o. {Iliid.. p. ((5.1 



I 

I 
I 



âu^b^oi 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 



423 



soins de l'État firent oublier au gonvornement des enga- 
gements qu'il aurait dû l'ospccter. Il intervint, sur la 
lête des Portugais, un arrêt du Conseil, par lequel Sa 
Majesté modéra à 20,000 livres, avec les 2 sous pour 
livre, toutes les taxes faites et h faire sur les Portugais, 
en exécution de la iléclaralion du 22 juillet 161)7 *. 

Avec la tranquillité, les fugitifs revinrent, et d'autres 
iTiarchatids espagnols de la même religion augmentèrent 
plus tard la petite colonie*. En 1636, le nombre de ses 
membres ne dépassait pas deux cent soixante^. En 1648, 
Coste Furlado, banquier portugais, plaidait contre Tho- 
iniis Craf, marchand-commissionnaire anglaise Vers le 
môme temps, Jacques Castaigne^ marchand portugais et 
bourgeois de Bordeaux, faisait le commerce des huiles 
d'olive, et généralement des denrées coloniales, telles 
qu'amandes et savon, et avait pour commettant, à Dax, 
un certain Pierre Gomez''. En 1664-65, David Lopès 
était armateur et chargeait des vins et des eaux-{le-vie sur 
la Ph(n\e-Ctmronnèe^ . En 1684, la nation se composait 
de vingt familles; du moins c'est là le chiffre qui revient à 
Bordeaux dans le nombre des expulsions prononcées par 
l'arrêt du Conseil d'État, en date du 20 novembre de la 
même année'. On n'y voit figurer ni les familles Despi- 



* Histoire de l't'lablinsement deis Juifs ù Uordeinix et à Itaijonne, depuis iSSO, 
par le cilojen L. K. IJ. ^Beaufleury). A Paris, an Vlll, in-8», p. 30, 7>{. 

* Aclf-f interprétatifs de la coutume de Uordeaux, à lu suite des Coutumes du 
rexsort du purlt'weiil de Utiieiwe, par les rrires Lamollio, l. Il, p. S(Wif), Cf. 
t. I. p. ">})5. ô93. 

^ Uiatoire dei^ hraéUtes de Uordeuiix, p. 59-62. 

* Ck'irac, Vsance du ut'ytwe, etc., p. 10. 

" Minutes de Coulliures, 1(1 wtobre 1035, folios 583 nclo et 381 recto. 
" Stale Papcrs, Ooiiioslif Séries, Cliailes II, KMU-Go, vid, CXV, n" 7J. 
' llisliiire des hrat'iiteji de lUtrdemi.i , p. (11. 



éS4 iiisTuiiU': i)i; com.mj-iicic 

uossa el Azevédo, auxquoUcs notre ville (lut une i'abi'iquc 
lie maroquin, ni celle de Dominique Lopès tl'Oliveira, 
qui y établit mio fabrique de mouchoirs de soie ', ui le 
nom de Raphaël, qui se rattache à une fondation bien 
plus consid6raJ>le, celle de la salle de spectacle achevée 
en 1738 '^ Des factums publiés pendant le cours des pro- 
cès soutenus par cette famille, en 1724 et 1725, nous ont 
appris que ses divers membres, outre la banque, faisaient 
des affaires considéi-ables en toute espèce de denrées^, el 
nous savons d'ailleurs qu'à celte époque les Juifs, h Bor- 
deaux, n'étaient pas trop mal vus par la justice'. 

' H'tstvire (/t'.f Ixmi'lUeft de Bnrdemtx, p. GO. ^ En I07R, im imvrier on dnip 
d'or avkit oblcnii In [lermissioti ûv Taiie luules sortes d'cUiiïesdosoie; j'ignore 
s'il leva un aleliei- (l:ins celte ville, {Qmliii. de la Chroii. bourd., elc, p. 36. 
r.f. ci-ilL>ssus. t. I, p. 28?).) 

* Histoire dn Ixrai'lites de Bordenux, p. 68. en noie. — Dans «me aotrc com- 
pilation {flistinrc, rfc.<î Ihi'i'itrex de Kordeauj, l'tc. Bonlcaiix, t8G0, in-S», p. 2!>), 
M. netclievoriy fait reiniinjuor que les Jiiirs ètnieiil exiliis du lliéàtre, sans 
ajoutpr qui; liiii d'eux avait i-onlribini à son ctaWissenifint. 

■■' UUil, pulil. de la ville de Bordeaux, Jurispr., n»3,07r>, t. I, f(ilia,Ti; l. Il, 
pièce H" 73, «l t. iV, pièce n" 4a. On y voit figurer trois Raphaël : David et 
Abraham, père et flls, et Jacob. Ce dernier est qualibé de banquier à nonlcaiix, 
> iletiieiiniiit sur les Toss^s des CrîinJs-L'.arnies, tlaris un etinlrat d'ussurance 
reçu par Treyssîic, h la dulc du !,'> juillet 174-1, et il y fit;ure en uumpagnie 
de ûnw Rodripucs el d'un .Vbnibum Francia, qui avait déjà paru, avec lu 
sieur Alirabam Lamcyre, dans un autre acte du nuHiie notaire (16 juin 1714). 
Uuant II Rapbael p^re et fils, ils demeuraient rue Doidiaul, non loin de DsiviJ 
Paez, auquel ils envoyaient une «omtuation, reçue par [Sanchrreau, le 10 fé- 
vrier 17:28. 

♦ Coutumes du ressort du pnrkmmt de Guieuve, putii. p;ir les friros Lamo- 
Ihe, t. Il, p. R6-89. — A la suite de pertes considérables, ks siiurs Azevedo, 
les Trères Germé, les trois Trires Bunllls, Lrspiaul et Maiin, négociants de 
nonleaux, avaient fait faillite ; ils présentèrent uuc rei{uélc tendant a ulilenir 
le renvoi des ronle.st^itions n<;es et a naître, pour raison desdites faillites, par- 
devant les juges et consuls de cette ville, et ils oLlirirent un urrél couforme, 
aussi bien que Messieurs Isaae (^arvalho. Jacidi Kodriguez, Antoine et Miinoel 
Liipez, Moise Mercadé el Isaac Rodriguez de Camiios, négociants de .Saiol- 
Espril, près d« Ifciyonne. (Registre du Consfil do romniercc F. 12. 57. folio 3W 



i:t lhv la navigation a iioitDi;Ai-.\. 



m 



D'autres [liècos du niôuic {^inuv, joiuU's à <les iloeu- 
lUL'uts d'un ordre diftereot, fout passer sous nos yeux 
les Gradis, qui, diuis les affaires, marcliaieul de pair 
avec les Raphaël, et dont la race n'est pas éleiute \ les 
Peixotte, qui, après avoir jeté autant d'éclat, ont à peine 
laissé un souvenir, les Saspurtcs*, les Fcrnandès^', les 



verso el STiS recto; séance ilii 30 aoiU ITKJ.) — Si'liaslieii l-I Noi'l Giîniié, ou 
Goniê, avaienl perdu l'I iltinuindc ï rac-lieti'r le uaviro la Ileine-Esfher. capturé 
dans la rivière de lîmileaus par des (oi-saircs (11' {;iici'n«'soy. (Hep. P. 12, ri'i, 
pjiio ilH ruclo; séance du i(J septembre 1710.) L'ayaut reLOUvré, ils tlomandÈ- 
renl cl oblinrenl de In faire venir sur lest à Bordeaux, avec pavillon ft équi- 
page illandais, mais à la condition quf cet -îquipagc retournerait en Irlande. 
{lùùi., foliij •Xki versn: séance du '24 avril 1711.) — Il n est piiére proliable ijiie 
ce navire soit le même que le liâliiiiiint hollandais suisi vers IGTO par M. de 
Daas. gouverneur et lieiilenant général des lies d'\nièri<iue. (l.fUretf, iitslnic- 

^ttoui et màmlres de Colberl. t. III, £= [lartie, p. WlO.) 

' Vovez le ri'gislre II des déliliérations de l:i Chanihre de coum;ercc, f"» 76 v" 
(22 décemlire 1718), etHl r" (16 mars 1719). 11 s'aftit d'une saisie de cacao ap- 
parteiiaftt à un fîrudis, peut-être Antoine, luenlienné dans le recueil de la 
lUIduitlieiiue de la ville tle Uordeaux. Jurispr., n".^,()7tî, t. X, ridio77i. Le mim 
de Gnidh reparaît dans deux artes, l'un de Miriu-llct, du 7 n-ivendte 17i:>, 
Vautre de Ltanelicreau, du Sljuillet i'^l. 

- Minutes de Mi< liellet. lo mars 171 1 (acliat de vin p:ir Honry Peixutle, baur- 
gcois et marchand de KorJeaux, y demeurant, rue lîouhaul); 17 mai, 17 août 

' 1712 ' proléls il 1.1 requête de Léon Peixiille, is-roémos qualités); 2 nnv. 171-i 
(h; Biénie est représente comme sarbant le liDllandais!, — Miiailes de Itan- 
clicrcau, 12 janvier et 23 novembre 1727 (.\aron Saspiutcs, nétrociant Ji Bor* 
deaux, puis sa veuve et le sieur Abraham Saspurtcs, son Uls, dcuicurant tous 
trois rue ISoiihaut, reeounaissent devoir b Aiiraham Pcisol te et (ils, d'abord 

^2,(KI0 livres, puis l,iQ"j livres, pour prél ii la gro.ssc sur le S.iiivt-Auiuiiig, de 
Bordeaux, dniilles Saspoi tes sont propriétaires,!; 4 et 17 mars 1727 (Irttip de 
change tirée de Itaudwurg sur Léon IVisoKc et lils); Ojuin 1727 (venle d'une 
maison li Abraliam Peisolte fils) ; 24 novcntbre 1727 (protêt par L. Peixotte et 
lils); 23 mare 172S (anéL entre les mains du sieue Féger, iiéi?m-iaiit de Bor- 
deaux, sur ce qui peut être dû a un rapiluine de navire par h. PrixoUe). 

^ Minutes de rianchcrriiu. 22 avril 1727 (o))position par Pltiliiqic Fernandés 
cl fils, né(.'neiants, rue lîoubaul, is-mains de sieur ("hulk, négociant a !a Itnus- 

[ Belle ; l juillet lopposition par l*b. Fernandes et fils, au départ du Snlut-Pierre, 
d'Amslerdani, détenteur de vingt-cinq livres de pille de r:ieao, chargées par 
Hodrigue/, marchand de celte ville, j)iiur le ciuriptr desdits Fernandés, en 



ii6 



lIlSTuJllIi; DU COMMERCE 



Lamega ', les Mezes^, les Péreirc, savoir : Jean Lozade'', 
Joseph Nunès Péreirc, banquier, vicomlc de la Menaude, , 
baron d'Ambès', qui^ comme tel, avait le droit de présen- ■ 
1er aux cures de ses seigneuries ; Jacques Péreire Souarès, 

deux peltt€S caisses) ; 23 et 26 novembre même année (prîlls k la grosse d'une 
somme de iî.OOO livres sur le Marquis-de-Lacaze et sur la Diane, de Ro^ ^J 
deaux, en cliiirtre pour les Antilles'. Cf. et-dessus, p. 3r>2, en noie. — La pâte ^M 
de eycyo niCHlimiriLC plus liaul t.lait sûremeul du ebucobt, déjà connu soiis ' 
ce nom aviinl Vannée WX\. Voyez D. FeliWeri, Histoire de Paris, in-folio, t.V, 
p. soi, cl M'« de Sévignè. lotlrc du lîi avril 1671. 

1 MinuU's de Michellet, iû juin 17U (biens saisis à la requMc du sieur La- 
mègue, nian'liand de tJurdeau.\, en la paroisse de Sainl-Esléplie en Mi-don.— 
BlinuUs de llanchefi>au, âl-s janvier 1737 (Abraham Lauiega, négociant, rue 
Bouliaul, affirme un boindieu) ; 25 février (pyùl a niessire Jacques de Pichon, 
baron de Longucville, conseiller au parlement, par Isaac Rodiifues Uenriqii^s,! 
demeurant rue du Mîrail, de 3, o XI livres. La somme est payilse audit Abraham); 
21 mai (ptwuration donnée \i Abraham Lamega. par Isaac TuUekin, demeu- 
rant ïi Middb'bourg, suivant acte wvu par Henry de Wilde, notaire à Amster- 
dam, en dalL' du ■•21 mai 1737) ; 3 juillet ijiré! a la grosso par les sieurs Lamega 
frères et C« au eapi laine de la Princesse-cIc-Seiidre, de Bordeaux, îi destination 
de Saint-UuuiiAgue I ; 2:2 aoAt (sommation par les mêmes de payer le prix d'ua 
envoi d'indigo de Saint-Domingue) ; 3 novembre (Isaac de Léon, de Bayonnc, | 
présente aux sieurs Lamego (sic) une lettre de change sur eux tirée par 
Abraliam de Torrès. Cf. 8 novembre); 4. 23 janvier 1728 (protêt, bailafcmii! 
d'un boiirdieu dans li paroisse île Talcnce). Cf. ei-ilessus, p. 270. 

* Minutes de Micliellct > Msric Lopès, demoiselle, veuve d'Emmanuel Me/es, • 
bourgeois et marchand-orfévrc de Bordeaux, y habitant, rue des Ayres);'| 
S août 1712 (cession ii la veuve Mezes et k son flls Alexandre, associes); 
\i mars (prî-t d'argent par les mêmes) ; 22 mars et 2 mai (mention d' Ale.xïn- 
dre en nn&mc temps que de David Crespès et d'Antoine Albarès); 4 juillet 1713 
(signature d'.Vlexandre au contrat de mariage enlre David Garcia, mairliand, 
nalifde la ville d'AlmenJra, en Portujîal, demeurant rue (touhaul, et la Illie 
d'André Vas, marcliaiid, et de demoiselle Ft'an<;oise Labrcchède, niênte rue); 
29 mai, 11 dérenibrc el i juin 1711 (vente et localifin de maisons rues Bouhaul 
et des Aiigustins), Voyez encore ks minutes de nandiei-eau, au 4 mars I7i7 
et au ITj janvier 172S. 

s Minutes de Michellct, 7 mai 1711 (sommation qui renferme l'adrcs-se et la 
signature de Jean Lozade i'crcirc); 7 juillet et 17 :ioi\t (bail 'jl rerme de la terre 
et seigneurie de Puyo ii ce ujèmc Jean). 

* Recueil o,(176, t. Il, pii'ce n" «7; t. IV, pièce n" U\. Cf t. VI. n- S7, W: 
tl t. XVI. n" lôâ. 



liT ïy[i LA NAVIlîATlON A IKHUH-AUX. 



427 



hdurgeois et marchand du Bordeaux, qui, en 1720, plai- 
dait eonlre Thomas Cloek, uiarchand de vins et spiri- 
tueux aux Charlrons ', en même temps que receveur 
général de la loterie des RR. PP. de la Compagnie de 
Jésus*. Citons encore les iamilles Rodrigues^, Fonsè- 
que ^, Haïs '^, Depas*', Pinto ^ Silva** et Alvarès de 

' Rcnn'il n" 5.07G. l. II, [lirir n" 68. Cf. n» GO. 

* Miiiules do QandiiM'L'iui, It jtiin 1757. — Dans l'iicte, il est luit luonlion de 
àcus. coDiaieri;anlâ israéliles, ]Ucndi''s France et Antoine Dïcosb, luoins mnnu 
que SariHid Dacosla, (leiurtirant me (lu Mirînl, non loin de Hi'iiry Goraf's, 
(l'Isaac Rodi'ifîui'^s llfnriqut's, de Grorpe Francia, lU' rnrftvif ,\h!'ahain Alva- 
ros , vl sans ilouU- [tarent do « lilnisL' Diteosia, tiiartliand |)urtiiguis, nie 
Bnuhaut. a (.Minutes ik' r.ui<Siiig[R\ t Janvier i7(lH; de MicUollel, l(i mai, 
30 noveinhre et 1" dêcedibro 1715; 2 révritr, IS mars 171 i; et de Banche- 
reau, Ui janvier. 9 jnin, 17 jnillet et 12 aoiH 17:27; 23 ot â-'i Teviior I7i8.) 
Dans le (iornicr des acLcs iiiixqiiels nous venons de renvoyer, llfureiit en ni^ine 
temps Abraham de Sida el Pierre Goiiit\s Silv;i. 

=• Minutes de Runclwroiiii, i'6 août 1757. (Antoine Rodrigncs, marchand, est 
mentionné comme demeurant rue Saint-Julien, et David, son lilis, rue des Au- 
guslins.) 

Quatre memlnes de letle famille, qui hahitaicnt la rue Douliaut. son! mm- 
[ nif'S dans deux. acti;s de lîaneliereau des IS avril el 5 juin 1727. 

" Des nionibrcB de telle famille, au nombre de quaire i^-iilemenl, sont iiien- 
tionni-s dans les m imites de Daricliereaa. a la date du 15 aviil 1757. 
■ Kccucil 3,07U, t. XI. n»» 10, 11, 17, 20. — « Antoine Lftjiès Dt-pas, hour- 

If eois cl maprhand de Bordeaux, y deraenraivt, rue Saiutc-Catborine, figure 
avec Micbcl Toledo, ès-iiiiSincs qualités, son f>eau-frère el son assoeîé, dans 
trois acle.s rc(;us par les mituii«?s Grégoire, h la diile du 2 oelolire el. du 57 no- 
vembre 17(K), llobardeau, le 3(1 octobre 17lô, fl MiiheUel, le U> seplem- 
Ibro 171 1. Après Antoine, viennent Louis el h'rancols Lopis Depas, ncgodants 
de Bordeaux, > demeurant, sur les fossés de l'Hûlel-de-Ville, qui prtHenl, par 
acte de DanelK^roati, du M janvier 1727, 5,000 livres !) Pôrriro Souaris, rue 
Sainte-r,alhcrine, armateur i\aJacoù, de iïm-dcau.'i. :i deslin;UiQii de la ^hirlini- 
que ou Saitit-Domîngue, où il avait tm fivrt (iîi août . On trouve aussi, parmi 
les niâmes niiniUes, ii la date du il aoilt, Pliilippi! Lopi'S Hepas, m'-gociant, 
sur les fossés des Carmes, syndic de la nation portugaise, 
■f Recueil 0,07», t. XVII, n" 21)8. Voyez ci-dessus, p. 2S0, no!n 2. 

* Registre A de la Chambre de commerce, p. U; 2 septembre 170*1. — Re- 
I rucil 5,071), n™ 10, 11, 17, 20. — Minutes de llanebereau, -}7, noveinlin' 17-J7; 

t;j février 1728. — Gabriel de Silva. nétcofiant. bwsiis des TauîU'Uis, était lils 



|$8 UISTOIUE UV COMMtUCt; 

Léon ', dont les unes ont conliiiué à prospérer, tandis que 
les autres sont tombées dans un état voisin de la misère ; 
Pierre Henriquès Hierro^, Joseph-Alphonse Albarès et 
Jacques Lopès, son oncle''; Jacob Goraès Beiza et son 
adversaire Paul Crifta, « appelant d'un avis arbitral 
rendu entre les parties par les sieurs Bilîate et Bonnaud, 
bourgeois et anciens consuls de la Bourse, le 21 fé- 
vrier 1721 * ; » Antoine Lameyre, marchand banquier, et 
François Menilfes^; Joseph Henriquès Médine, bourgeois 
et banquier, « appelant d'un appointement rendu par les 
juge et consuls do Bordeaux, en date fin 18 juin 1718, 
contre Nicolas Wolt, négociant, habitant aux Cliartrons ^. » 
Nous passons David Paez et Isaac de Sosa, nommes dans 
le recueil de factunis que nous avons déjà mis à contri- 

de François Ac Silva, doctcuf en incdrcinc, nienlmnné dans deux actes de Mi- 
chellot, (k"s 2o janvier l'L \'i fîîvner 1712, et dans la Correspondance ailmiuu- 
trcilire sons le rèijne. de Lmiis XIV, t, IV, p. C)2fr(55;), — Antiricnrenient on 
pi'ul signuliT un Jean de Silva, avocat au parlement dfî Iturdeunx (reg. B. 31, 
aiTél du 9 mais \IH\), De sa femme, Jeanne de lîidarl, il eut plusieurs filles, 
qtialillèes du rlamm&elles dans divers aeles de Douzoau (7, 11 juillet, 27 août 
iriGI'i, el de Oeiiliers (IB, 17 et 18 uodt. I»', 4 et 8 sepleuibre 1561). 

' Minules de fiiineliereau, !0 avril 1727. (Aliraliaiu Alvarès de Léon, niar- 
cliaiid îi Bordeaux, y demeurant, rue des Aiiguslins.) 

' Minutes de Baiicliereau, à lu date du 23 novembre 1727. 

» Ikiueil 3,«7G. t, I. 

♦ Uild.. folio Bl. — Ce Billalc, député de la Chamlue anpri's du Conseîl' 
commerce, avait été (hargo, avec lroi.s autres, de IraTailier ii un ]iritjct de 
traité do cdinmenc tivec l'Esput^iie. La compagnie dieida qu'elle s'asscmlilcrail 
cxlraurdînairi'ment et a|)pel]erail k*& négociants de Itordeaux en relation d'af- 
faires avec ce pays, pour avoir des nièniuires sur cette maliorc. (tteg. D des 
d^'Ii^éralions, folio 107 verso; 11 et \l\ uvril 1720. Cf. folios 109 verso. 111 
verso, IH recto et v<?rso, etc.) 

s Recueil j,07«i, t. Ht, folios G, 13. 

* ItÂd. t. IV, ^ la lin. — Voyez ri-dessus, p. 282, en noie. — Joseph Médine, 
négociant, rue BtRiliaut, ligure, avec Samuel Navarre, dans un acte de Bao- 
clierrau, du 2t avril 1727, et le second di; ces Israéliles seul parmi les luinulfs 
de Micluilel, ii la date du 2 uoveralire 171 4. 



ET DE LA NAVIGATION A BORDKAUX. 



499 



billion ', et ne citerons plus qu'ïsaac Lacam et Jesbant 
LacanI (car le nom de laïuille se présente sous ces (jeux 
formes), propriélaires d'une rafiinorin de siirre aux Cliaj'- 
trons en 1695 ^ et Emmanuel Fernandès Mirande, dont 
nous n'avons que le nom à enregistrer ici, à la suite de 
celui de Pinto', comme ayant passé de Bonlcaux à Tou- 
louse*. 

Vers le même temps, la Chambre de commerce rece- 
vait un mémoire contre les Portugais qui avaient tait 

» Recueil 3,t)7«, t. X, n« 10. 11, 17, 20, et fiilin 73. 

* Ibid., f. V, n" 70, p. i. — ls;i;u' Lac;iiii, iwvv snn l)Pau-p^^l• Jncoli llalior, 
•• bourgeois et marchand tic ltorde:iiix, » nomme ci-dcs^u'i, p. ôUj, ligure d;ins 
«ne quillaïK^u reçue par le notaire Gr<!gf>ire, ii la date du féviier 1700. Dans 
un antre acte pnsteiieiir, il est qnalifii' d'iVnyer, ronseillor, secrt-taire du roi, 
de la cour des aides cl linances de Guiennc, habllant la paroisse Saiiit-Siméon. 
(Minutes de SlidiHlet, h"^ dcccnilMC 1711.) 

' Il y avait aussi, ii AiiJslcrJatii, îles Pintu, estimés au itiiinl d'**tre liotiiires 
de la visite du ppitK-e dOt'anpc et tle sa famille. 

* Dans un iiete reçu p:ir Coutljures. It! 8 déocmbre IfAiO, Joseph iMirande, 
Iniareliarul de Toiiltiiisc, est présenté romme fils du niurcband de Uerdeaiix. — 

En 1732, deux Juifs piirtiigiiis de tiutre ville, les siriirs NorifS cl Piiilo, akin- 
dimnanl hur faïuilic et leur fniiune, (|Ui étiilt eunsidéiable, se rendirent au- 
près ù>' leur tante, supérieure du convenl de N.-D. du Rcfu^'e, a Toiilmtsc, s'y 
firent instruire dans la religion chrétienne et demandèrent le l)ai)tfirae. Il leur 
fut conréré avec beaucoup d'érlat par l'arclievfque, le 12 avril i732, et les 
deux néiipliytos eurent pour parrains les rapitouls, au nom de la ville. (Ileau- 
Oeury, Hinl. de it'tnlilh'sewen! tle^ Jttifn à iionle:iiix et ii Banonite, p. 10, 41.) 

I— Deux ans aupriravaul, les Imis filles d'un néj^iteiynt Israélite que mois i-on- 
naissons déjà ayant pris le voile, hi famille avait réelamé auprès de lauto- 
rilé, et Louis XV rendit une ordûonance, en date du tS juillet 1728. « Bien, y 
est-il (lit, que Sa Majesté, pour bonnes eiinsidérations, appmuve que les trois 
filles d'Alexandre Mezes demeurent dans le couvent des L'rsuliries de la ville 
deDordeaiix. où elles sont volontairement ciitiées, et d'où leur mère s'est ef- 
forcée de les retirer par une voie de surprisi" qui lui anroil atliré une punition 
|exeniplaire si Sa Majesté ne preféroit la elémence !) la sêvérile, Sa Majesté fait 
rfcs-expresses inhibitions et défenses h tous supérieurs et supérieures, religieux 
[et religiieuses, eouvens et communautés, de recevoir ii l'avenir dans leurs mai- 
Isons les cnfans des Juifs, sous prétexte de religion, avant l'ùgc de douze ans. « 
[{Privili'tii'x, iliml lfi> Mis iwrlmitiiH jimhxeul m Fnmtr, ele.. p. i\.) 



430 



lIlSTOinE DU COM.MKIICB 



entrer dans liordoaux des inarcliandises des Indes' : œ 



Poi 



imme cuux 



ii[[nAi 



['dit le 



lugais, 
tagc des Idlrcs do diange *, étaient sûrement des Juifs. 
L'année suivante, un sieur de Pressigny vint se joindre 
à la croisade entreprise contre les Juifs de laGuienne.ll, 
renioutrail que leur établissement à Bordeaux, à Bayonne | 
et ailleurs, pouvait avoir de dangereuses conséquences, 
en ce qu'il en venait un nombre si considérable d'Espa- 
gne et de Portugal, qu'ils égaleraient bientôt, ajoulait-il, 
le nombre des chrétiens dans cette province^. Par arrèlj 
du Conseil, en date du 21 février 1722, le roi ordonna 
que les intendants et commissaires départis pour l'exé- 
tion de ses ordres dans les généralités de Bordeaux et « 
d'Âuch dresseraient, à la poursuite et diligence du sieurB 
de Pi'essigny, des états de tous les Juifs qui y étaient éta- 
blis et domiciliés, avec des détails circonstanciés, notam- 
ment sur le principal commerce dont ils s'occupaient; 
mais ceux-ci ayant invoqué la déclaration de Henri II, 
du mois d'août 1550, confirmée par lettres patentes de] 
Henri IH, des li novembre 1574 et 19 avril 1580, et 
par d'autres de Louis XIV, du mois de décembre 1656,] 
obtinrent de son arrière-pelit-fds une nouvelle confir- 
mation, moyennant la sonnne de cent mille livres et deux 
sous pour livre en ]dus, en faveur du joyeux avéneniciil 
du roi h la couronne. Ses lettres patentes, données à| 
Mcmlon au mois de juin 1723, furent provisoiremenl 

* Registre C de lu Chambre de roninierce, Tolio Î2 verso; dvlibérïtion (la' 
31) iiiiii 1727. 

* Regislre It de la Chamliic de coaioicrcc, fulio lâi reeto; séiiiirc du ^de- , 
nfiiiilire 1730. 

^Artïtiivcs du ministt'ic dos AfTiiircs étrangères. Guyenne, vul. CLXIV. ft»- 
lios 280-2>h2, 



ET DE LA NAVIGATION A OUnnEAUX. 43i 

enregistrées au parlement de Bordeaux, alors en vaca- 
tions, le II septembre suivant '. 

La même année, quelques Juifs de Bordeaux inlri's- 
saient au contrôleur général une refjuôle tendant à ce 
qu'il leur fiU permis de vendre, dans l'éleuduc du res- 
sort du parlement de Paris et des autres parlements 
du royaume, les marcliandises qu'ils achetaient dans 
les foires, et, pour cet effet, d'y séjourner pendant un 
mois de chaque saison. Les commissaires auxquels celte 
demande avait été renvoyée furent d'avis de la rejeter*. 

Deux ans jilus lard, les Juifs de Dijon présentaient 
aussi une l'oquète à l'aulorilé. Après avoir rappelé que, 
par lettres patentes du mois de juin 1723, le roi avait 
accordé aux Juifs domiciliés en France le privilège de 
vendre et trafiquer pendant un mois de chaque saison, 
dans toutes les villes, bourgs et villages du royaume, ils 
exposaient que trois Juifs de Bordeaux, s'étant rendus 
à Dijon, avaient demandé au parlement de Bourg{>gne 
l'autorisalion de vendre dans le ressort, en vertu de ces 
lettres, dont ils avaient obtenu la confirmation au moyen 
du payement d'une somme de 100,000 livres pour le 
joyeux avènement du roi à la couronne ; ils s'appuyaient 
encore sur un arrêt conforme rendu par le parlement de 
Bordeaux, le 22 juin 1724. Us ajoutuient qu'étant venus 
à Dijon avec des marchantlises pour y faire du com- 
merce, et ayant appris que les marchands de celte ville 
avaient dessein de leur faire de l'opposition, ils avaient 
été obligés de recourir au parlement pour obtenir que 



< Prh'Ut'ues, dont let Juifn porlur/ais jofiisneitt e» France, etc., p. 2S-32. 
' Registre ri II ('.(ms^'il «Je fitinraeivo F. li. 7 i, p. t.OÔS; soLiniodu HO iléieni- 
brc 17i8. 



m 



HISTOIRE DU COMMEItr. 



I 



Tanvl cilé plus liauL lui exéculé suivant sa forme et 
teneur, avec défense d'apporter aucun trouble ut empé- 
rhetnent h leur commerce. 

De leur nilé, les marchands de Dijon présentèrent 
une l'equète par laquelle ils demandèrent qu'avant de 
prononcer sur celle des Juifs, il fût enjoint à, ceux-ci de 
communiquer à leurs adversaires les lettres sur lesquelles 
les enfants d'Israël fondaient leur privilège, et de justi- 
lier qu'ils étaient réellement de nation juive; mais sans 
s'arrêter à la demande des marchands, le parlement de 
Dijon rendit, le 21 juillel 1730, un arrêt conforme aux 
conclusions des Juifs. Foris de celle décision, nos trois 
Bordelais vendirent à Dijon, pendant le mois d'août, et 
vendirent avec tant d'avantage, que leurs concurrents se 
virenl sur le penchant de leur ruine. fl 

Dans leurs efforts pour la conjurer, ils représentaient ~ 
que le commerce de Bourgogne était exirèmcmcnl 
limité; ils signalaient ensuite les inconvénients qu'en- ^ 
traînait, à leur sens, le commerce des Israélites; ils B 
parlaient du grand nombre d'acheteurs que les Juifs atli- 
l'aient sur la fausse apparence du bon marché, de la 
conduite qu'ils tenaient avec les négociants pressés par 
leurs créanciers, des banqueroutes frauduleuses qu'ils 
occasionnaient et qu'ils étaient toujours prêts à, favori- 
ser; enfin du préjudice qui en résultait pour le com- 
merce en général; mais en dépit de loutes ces alléga- 
tions, plus ou moins fondées, les trois Juifs bordelais 
fiu'ent maintenus dans leur droit * par deux arrêts du 



I 



1 Registre du Conseil Ae commerco F, 12. 77. p. 727-731; sénnce du 21 d**- 
ceinbre 1731). Cf. F. 12. 78. p. KM); 8 fi-vricr 1731. — An mois île iltVom- 
lire 1757, SI. Ik'Hfiirl.s, i»l<irs wnlrùleiir ^t-iièryl. av;H( envoyé » M. rkioclicr. 



ET DE LA NAVIC.ATIO.N A UORDEAUX. 



3S 



l'iement de Dijon, en date du 22 juin 1724 et du 
29 juillet 1730. 11 fut aussi permis au nommé Joseph de 
Lezia et à d'autres marchands juifs établis à Cordeaux, de 
trafiquer, vendre et négocier, pemlanl un mois de cha- 
que saisoD de l'année, dans toutes les villes, bourgs et 
lieux du ressort de ce parlemeut. Ces arrêts, ayant été 
déférés au Conseil d'État, turent cassés le 20 février 1731, 
et défense fut faite aux Juifs de vendre et débiter des 
marchandises dans aucune ville et aucun lieu du royaume 
autres que ceux où ils étaient domiciliés'. 

Deux procès intentés ii l'ini des notaldes commerçants 
de la nation juive vinrent alarmer les Israélites portugais 
au sujet de la solidité de leurs privilèges, et donner une 
nouvelle force à ranimosilé dont ils étaient l'objet. Un 
sieur Gaubert, qui avait de grandes obligations à la famille 
d'un certain Médina, avait fait, le 16 septembre 1729, en 
faveur de la veuve do ce négociant, une donation entre 
vifs de la majeure pai'tie de ses biens, s'en réservant 

I la jouissance pendant sa vie, et se réservant aussi une 
petite somme pour en disposer à sa mort. Après son 

iiiécès, un parent Irès-cloigné intenta un procès à la 
veuve Médina pour faire annuler celte donation, préten- 
dant que, en sa qualité de Juive, elle ne pouvait hériter 

, d'un chrétien, et que les privilèges accordés aux Juifs 

înlendiint en Guit'ane, un tnëmoirc des luaichands ta détail de Itordeaux, de- 
mandant la pcrtiiission de s établir en jurande, et ce dernier, après l'avoir cnui- 
inuni(iué au\ jurats et aux directeurs de la Clianibre de cyinmerce cl s"ètre 
assuré de leur consontemenl, avait adressé, le fi avril 1738, ii M, Desforts un 
avis favorable : dans sa séance du 28 février 1732, le Conseil de eoramcrcc 
résolut de surseoir au projet de statuts envoyé à M. [îouclicr. jusqu'à ce que 
l'on eût vu 8i lou pouviiil prendre qiieltju*>s mesures au sujet du cnmmerc*' 
des Juifs. (Reg. F. 12. "!), p. 212, i213.) 

Arrliives départementales de tu Gironde, Intendanie, C 071. 

M. » 



m 



histoirh: ul' (Ju.mmf.hce 



ne s eiilendaieiil que de la faculté dont ils jouissaienl 
d'hériler les uns des autres. 

Le procès fut jugé au sénéchal de Guienne, en faveur 
de la veuve Médina. Appel au parlement. Pendant le 
cours de cet appel, le cliancelier demanda qu'il fût sursis 
au jugement et. qu uu lui rendit eompte de l'aflaire, ce 
qui fut fait. Depuis, le roi rendit un arrêt par lequel il 
évoquait le procès à lui et à sou Conseil, en interdisant 
la connaissance au parlement de Bordeaux '. 

Les faits de l'autre procès sont ainsi exposés dans une 
requête au garde des sceaux par la veuve d'un avocat au 
même parlement, en date du 17 juin 1733. Le 7 octobre 
de l'année précédente, le mari avait fait un testament 
par lequel il instituait Joseph Médina, « Juif judaïsant, 
de Bordeaux, » son légataire universel et son exécuteur 
testament^re, ne laissant à sa femme qu'un petit bien 
situé dans la paroisse de Bègles, « pour luy tenir lieu de 
tous ses droits et prétentions-. » Après le décès du tes- 
tateur. Médina prit possession de cet héritage, d'une 
valeur de plus de 50,000 écus et d'un revenu annuel de 
7450 livres; en môme temps, si l'on s'en rapporte à 
la requête, îl suscitait à la veuve des créanciers qui lui 
intentaient procès au sénéchal de Guienne. Privée de la 
jouissance de la petite métairie qui lui avait été léguée, 
réduite à l'aumône, elle s'adressa au garde des sceaux, 
mais seulement après avoir attendu longtemps l'issue de 
l'affaire, dans l'espoir que Sa Majesté ferait connaître 
ses intentions au sujet des Juifs tolérés à Bordeaux, et 
prononcerait s'ils pouvaient étendre leurs privilèges jus- 



I 
I 

I 

I 
I 



* .Vt('liiv(\s tU's A feints l'irarijîi'ros, (luyL-rinc. vol. CLX.IV, folîtis 3I.">,3J(!. 
' Viive/ le iiièiiii' vuluiixi!, fulio 31 1 «'cto. 



UT DU LA .NAVIGATION A HUUDEAUX. 



m 



à succéder aux biens île ses sujets chréliens jiar do- 
nations entre vifs et dispositions testamentaires'. 

Afiriandés par le développement qu'avait pris le com- 
merce entre les mains des Juifs portujrais de Bordeaux, 
d'autres Israélites s'empressèrent de venir s'y établir 
avec l'espoir d'une même l'éussile. Ils ne se firent ii;uère 
remarquer d'abord que par leurs discordes^ ; mais, deve- 
nus riches, les Lange, les Aslruc, les Dalpnget, les Cas- 
sin, les Petit, les Boyer^, donnèrent de l'ombrage aux 
autres marchands, tant bordelais que portugais. Ils fu- 
rent dénoncés^, et, h la suite de plaintes, il ijitervint, 
le 21 janvier 1734, mi arrêt tlu Conseil d'Étal ordonnant 
l'expulsion de tous les Juifs a^'iguoniiais, ludesques ou 
allemands, établis en Guienne^. En vertu de cet arrêt, 

' Voyez le volume CLXIV déjà cité, folio 315 recto. 

' Arrtl t|ui leiivoic par-deviinl M. Laimiiisnoa de Courson, inlendanl en 
Guienne, les conteslalions entre les sitiirs Lange Mossé, Josi'pîi Dalpiigot et 
Joseph Petit, raarclundii juifs établis 'd Bordeaux, et la communauté des Juil's 
d'Avignon. (Reg. du Conseil de ci>nii«e?'ce, 3n déteuilue 1717.) — En 1720. le 
premier de ces Israélites, ilomiriliè rue des Autiustins, ayant actielé en partici- 
pation avec les sieurs Seinii Dalpugel. Josepli Dalputiet père et sun lils, asso- 
ciés, une petite caisse de dentelle, se plaignait de leur mauvaise fui. (Minutes 
de Dandiereau, 38 novembre 1727.) 

' Voyez le dénombrement de ces familles dans les papiers de l'înlendanre. 
(Archives du dépaitcment de la Gironde, C, portefeuille ri72. Cf. Ileeueil 3,07fi, 
t. m, folio 28 verso, et t. VI, n" i:i, ">7, îiT, G-t.) 

* Intendance, C, portefeuille 37â, (l'élition signée de Joseph Vidal et de 
L^inge Mossé. a l'intendanl. au sujet des Juifs avignonnais, dont ils donnent le 
dénombrement, avec des détails sur leurs affaires (2ft avril 1722). — Reg. f. 
de la Chiimbrc de commerce, folios 100 verso. 192 recto (30 et 31 déc. 1753), 
193 recto (21 janvier 1731). lf»8 verso (18 février). 2(M) rertn (4 mars), et 201 
recto (i«" avrils. — Comme Lange Mossé. Joseph Vidal et Blanche Rabe), sa 
femme, demeuraient nie des Angiistins. (MiniitesdeDanchereau, t8fév. 1727.) 
— A la lin dti siècle, on trouve un Abraham Vidal, juif pnrtugais, négociant à 
Paris, dont la succession donna lieu a un mémoire, qui a été Imprimé en 1784, 

1-4". et a !in arrêt du parlement, en date du 1« février de la m^^uie année. 

* Cet arrêt, qui u été impriniè en un placard, se tnuive dans 1c volume des 



436 iiisTuiiii'; or co.mmhhcl: 

on ii*. sortir de Bordeaux seize fauiilles juives, au nombre 
desquelles se trouva celle des Dal[)ugc"t, que les mar- 
chands do draperies et de soieries, promoteurs de Tar- 
rêt, avaient eue principab.'ment en vue, parce qu'elle 
faisait un gros commerce de ces marchandises, qui. 
rivalisant avec le leur, y nuisait nécessairement '. Ces 
Dalpuget, et quelques autres Juifs avignonnais établis à 
Bordeaux, au nombre de douze, tirent les plus grands 
efforts pour faire révoquer l'arrêt et obtenir le bénéfice 
de la déclaration du roi, de juin 1723. 

Dans un mémoire publié à cet effet, ils exposaient 
ainsi les motifs de la jalousie et des attaques inces- 
santes dont ils étaient l'objet de la [lart des marchands 
de Bordeaux ; « Les remontrans vont aux emplettes; ils 
suivent avec soin le tems des foires; ils font leur com- 
raerce par eux-mêmes, et vivent avec épargne; ils se 
passent de commis et de garçons; la plus petite habita- 
tion leur est bonne, pourvu qu'ils y trouvent de quoi 
faire un magazin, et rentermer leurs marchandises; ils 
ne font aucune dépense, ni à l'extérieur ni à l'intérieur; 
occupez du seul objet de leur connnei'ce, tous plaisir» 
leur sont interdits; et contents d'un petit profit, ils sont 
en état de vendre à bon marché : de îà la débite de leurs 
marchandises, de là le concours des acheteurs, de là la 



Archives du minislère des Affaires étrangiîros, Gojeiintr, vdl. CLXIV. folii» 2îl. 
Il lianrui lien ii iim' onliKinancr de Vintendaiil. on dalp dti 11» in;ii 17*i, a h 
siiiU' (le laquelle fut liiit, rhc/ les Juifs iivipionnais, un inventaire dont le prrw 
rtsvcrlial est eonservé ans areliives de la prefeelure de la Gironrle, sous la 
ciite C, [wrlefeiiille ô~2. 

• Uegislre du (lonseil de «omuierce F. 12. Hl, p. 77. 7»; séance du Si jan- 
vier I73i. — Iteaiillcury, lliaLiiri' il.' IVtithlliitnnenl île» Juifa à liordenns, v\t.. 
p. 4ii-4H. — Delolievei'ry, Ituthiie tics hfaéiiU'H de linrdeatu, p. 7>, 7."i. 




m „,. „ „„ „ 

■ préférence sur les autres marcliaiids, 4|ui, élevez et ac- 
cHtùluniez à une vie lolalenienl tlilTerente, sont obligez 

P de tenir leurs marchandises sur un pied trop liaul. » 
Venant ensuite aux reproches adressés aux Juifs, de dé- 
biter des articles défectueux, le rédacteur du mémoire 
s'élève contre cette accusation et déclare que « quand le 

(cas s'est trouvé {ce qu'où n'a presque point vu, et qui 
néanmoins peut arriver au raarcliand le plus exact), les 
remontraus ont sui'-Ie-ciuuii]) repris leurs marciiandi- 
scs^ » 
M Ni les raisons ([u'ils firent valoir, ni rancienneté de 
^ leur résidence, ni les bons certilîcals qu'ils rapportaient 
de leur probité commerciale, ni même la promesse de 
grossir les rangs des chrétiens-, ne tlécliircnt les persé- 
cuteurs; tous ces Juifs durent soi'tir de Bordeaux, à l'ex- 
Iception de neuf flmiilles, qui obliurenl un sursis de neuf 
• .4m Roy et h Sosmfjiietirs de ton Consfii, pùliUon île Jos{"ph-Jacoli d \l|ui- 
gi'l, pcrc et lils; ,Ioso[* el David Pt'til, [ktc et fils; l'Anfi*" Musse; N;iiliaii As- 
Inic; S^jbii il Al|uif:i't; Jo!»ei4i Castintt; Léon t'ulil; Lfim tlt t;:itT,iiss(inno et 
Manuel d'Aliuiget. [Paris j De l'iriiprimerit" de la voiivo Kiiafit'ii, rut' de la Un- 
dicUe, 1751, in-folin, p. 6. 7. (Anliivcs du minislcTc des Affaires iHrnngÈres, 
Guyenne, vol. CLXIV, folio 324 vi^r-so i"l Sâo rcclo.) Cf. Cerlifkaf» que rappor' 
lent les Six balpwjet. beau-père el gendre, jusll/iculifs ik leur uncieune rési- 
itevrf à bordeaux, de la ri'tjiiltiril^ et prttbiié de leur commerce, de l'exmtiUide 
h IcHru pnijemeuH el enganeinens. de la mtthfaithn dex S<^hjneiirs, Cotnmu- 
iwtWt et purliatlkrs qui ne sont potiriiis chez eux de differenies ^kiffes et 
marchandises; et enfin de l'arantime qu'il s aurait pour ia province et hattitan* 
de Bardeaux qu'Un ii fussent rt'tahiîn. liir|)rifïii'; de (> finiîllnls in-folio. uVrcliivrs 
(Itparlcincntiilcsi d»^ la ("rirondc, Intcndiitur, C. psirtcfiMiillp 373.) 

' La prieiiie du ••ouvenl des C.armélilcs de llnniraiix av;iil dfiiiaruli' t|ii'il fiït 
permis â la veuve LaoK^ de commercer dans cette vilk-, et et-la en coiisidéni- 
Uon de ce que ecUe Juive avait une fllle qu'elle offrait, It ce prix, de diiler 
ponr entrer en religion Les commissaires du Conseil de coiunicrce furent 
d'avis de ne puint secarler du parti que l'on avait pris de ne &i>ufrir ii llur- 
deanx aucun Juif avijïnonnais. (Ue^islic F. 1"2, H», [>. w, scaiicc du Itî fé- 
vrier 17iL) 



438 UISTOllti; UU COMMERCE 

mois pour inelh'e unlre à leurs affaires'. Ils se retirèrent 
dans la généralité de la Roclielle, en dépit de l'arrêt du 
parlement, du 22 août 1729, qui faisait défense aux Juifs' 
de s'y établir à perpétuité ou pour un lemps^, et, mieux 
traités qu'à Bordeaux, ils obtinrent une sentence du juge 
de police de Saintes, qui leur permettait de lever bouti- 
que; mais cette sentence fut cassée par un arrêt du 
Conseil, en date du 31 mai 1735, portant que les Juit's 
établis dans les villes de Saintes, Rochefort, Cognac et] 
autres de la généralité de la Rochelle et du paj's d'Au- 
nis, semient tenus d'en sortir sans délai. Ils ne se pres- 
saient pas de s'exécuter dans toute la rigueur de l'ordon- 
nance : tout en quittant les villes où ils s'étaient retirés, 
ils y avaient laissé les marchandises qu'ils prétendaient 
avoir enqjortées lors de leur expulsion de Bordeaux, 
et cela dans le but de se ménager un prétexte pour 
demander un délai de six mois afin de les vendre. Ins- 
truit de cela, le Conseil de commerce, dans sa séance 
du 30 août 1736, décida de proposer au contrôleur gé- 
néral de mander à M. Bignon, intendant à la Rocbelle, la 
répugnance de rassemblée à accorder aux Juifs avignon- 
nais cette grâce, avec prière de rendre une ordonnance 
qui, en rappelant les dispositions de l'arrêt de 1735, 
leur enjoindrait de justifier, dans deux mois, de la vente 
et de la sortie hors du royaume, de leurs marchandises, 
sous peine de confiscation et sans autre délai"'. 



' Registre F, 12. ai, p :!0(), ■i^W israncc du 4 niai-s 175-i), et 57ô i lô luai^. 

* L'arrtl spéi'ifie " Joseph et Jacob Dulpuget, père et (Us, et autres our- 
l'IiMoUs juifs en cDiiiîtagnic. se disant itiiinliaiids de draps de soyc vu compa- 
iitw. <tr ];t villt' dv Uindcaux. » U a rie iiiiprimo ;i Paris, chez Pierre Sit»«' 
en ipiaUe pages in-l". 

* Rpgisijv I-'. Il K,"i, p. :d:\ -tHi. 



KT DE LA NAVItiATION A tiOUUKArX. 



439 



Cette décisiun était à peine prise, que des Juifs avi- 
gtioiuiais, Josepli-Jacob et Emmanuel Dalpuget, beau- 
père et gendre, présentaient au contrôleur général un 
placet pour demander d'être rétablis dans le commerce 
de draperie et de soierie qu'ils faisaient à Bordeaux avant 
l'arrêt dn '21 janvier HîM. La Chambre fut chargée de 
vérifier les faits avancés par les pétitionnaires et de don- 
ner son avis sur leur requête; elle conclut qnil fallait 
s'en tenir à l'exéculion dmlit arrêt, et il fut remis à fin- 
tendant un mémoire pour servir de réponse au placet. 
Convoqués chez ce magistrat, les jurats et les directeurs 
de la Chambre persisièreiit à demander le maintien du 
règlement attaqué'. 

Peu d'années après, sur les plaintes portées au con- 
trôleur par les marchands des diverses villes du royaume, 
entre autres contre les Juifs, l'intendant demanda à la 
Chambre : P si relativement à ce qui se pratiquait df\né 
ce département, il y aurait quelque inconvénient à leur 
laisser la liljerté de fréquenter les foires, généralement 
ouvertes à tout le monde ; 2° si l'on devait ôter aux col- 
porteurs forains la liberté de passer et de séjourner un 
certain temps dans les villes et villages, hors du temps 
des foires ; Z^ si en suji'posant celte liberté laissée aux 
uns et aux antres, la précaution de faire visiter soigneu- 
sement leurs marchiiniiises, à leur arrivée, par les gardes 
des marchands ne serait pas suflisante pour empêcher 
les contraventions aux l'èglemcnls, qui étaient l'unique 
motif (le Texclusion sollicitée contre eux, La Chambre 
.répondit par un mémoire toujoin*s empreint des mêmes 

' Rcpisirp D lies (]<'liW'ii(litiiis. folûts IS vei'so, Kî leeio (H cl -Jl nov. I7r>7\ 
l'I 17 ri'clo (7 (iLTctolin-i 



440 iJJSTOIllE bV COMMI-IICE 

idées', et y persista, lorsque, en 1744, deux Juil's avi- 
gnoiiimis, Rogé et Abraham, adressèrent une requête à 
r intendant de Guienne^ pour demander la permission de 
vendre en gros et en détail des draperies, des soieries, 
des dorures et autres artietes, pendant les foires franclies 
de Bordeaux. Plus libéral, il faut le dire, M. de Tourny 
répondit que l'esprit de l'arrél de 1734 était assez sé- 
vère en lui-même sans l'étendre davanlage, qu'il n'avait 
d'autre but que d'empêcher les Juifs avignannais et alle- 
mands de s'établir à Bordeaux, mais non d'y venir en 
foire, et que, dans son opinion, l'intérêt général devait 
prévaloir sur l'intérêt particulier, étant bien entendu 
d'ailleurs que les marchandises dcsdits Juifs seraient as- 
sujetties aux visites des gardes et jurés de la corporation *. 

L'éloigiiemenl des Juifs avignonnais de Boitleaux ne 
dura qu'un temps, principalement celui de Jacob-Joseph 
et d'Emmanuel Daipuget. Bien vus dans cette ville, où ils 
n'avaient pour ennemis que les marchands de draperies 
et de soieries, ils revinrent d'abord comme en passant, 
et, après différents séjours entrecoupés, ils reprirent do- 
micile et furent laissés en paix quand on les vil tourner 
tout leur commerce du côté de la banque et des arme- 
ments. Mais, craignant d'être inquiétés d'un moment à 
l'autre, ils demandèrent, au mois d'août 1748, d'être 
exemptés de la prohibition de l'arrêt du 21 janvier 1734. 

Le ministre Saint-Floreotin envoya leur placet à M. de 
Tourny, qui le communiqua aux jurais de Bordeaux et à 
la Chambre de commerce, en émettant un avis favorable. 



' Registre D des fié libération s, folios fltl rccli» et 103 rcctu (13 avril cl 7 wi»- 
tL'iiiJ>i'e 17il). 
' ll'itl., lultuh l«l M-iM cl \Hi ii:cl(v v-7 lî'MJer cioitur» 1741 , 



ET DE LA >AVJliATtO.\ A liOllUl'Al X. ^1 

Il faut croire que cet avis enlraina les autres'; car le 
22 avril 1749, il fut eit])édié à Jacob et Emmauuel Dal- 
pugel, beau-père et gendre, un brevet du roi par lequel 
ils étaient assimilés aux Juifs portugais et relevés de la 
rigueur de Farrèt du Conseil, du 21 janvier 1734, à la 
charge néanmoins qu'ils ne ])ourraîenl faire, ni par eux, 
ni par personnes interposées, directement ou indirecte- 
ment, le commerce de draperies ou soieries en gros ou en 
détail, sous quelque prétexte que ce fût, et à la condition 
qu'ils se renfermeraient daos le commerce de la banque 
et des îles de l'Amérique, auquel ils se bvraient depuis 
quelque temps, le tout à peine de nullité <lu brevet-. 

Ce brevet ouvrit la voie à d'autres Juifs avignoanais, 
tels que Nathan, Salon Astruc et Moïse Lange, qui ob- 
tinrent pareillement la permission de résider à Bordeaux 
pour faire le commerce maritime et la banque-^. Le succès 



1 ' Voycï. flans I*' ri'gislrn E des (Il'UIr'i jtiuiis, folio 58 verso, celk de la Cliirm- 

bre de «•imiuiiiro, iib datu du II It-vrler 17a9. 
- Lv liievel. on dule du 1:2 jiiiltel 175(), sf trouve aux Arthivis dépLirtemeii- 

» taies, Inlendanne, C, parlcrcuille 372. 
' Detchev«rry, HkUiire des Israélites ik Bordeaux, p. 75-77. — Un arriH dn 
Conseil, enregistré îi Bordeaux, le -1\ juillet lti(i7, ordonnait (lu'îl ne serait 
plus n'çu aucun biiurgeois. f\m, outre 1rs tunililes requises pur le statut, n'eût 
1,000 livres sur un tiavire, t'I *juc nul ne tievail ('tre admis aux charges do 
jumt f\ di^ ju^T de la itourse, s'il n'avuit part dans un liàliinent jusqu'il lii 
somme de2,(MKl livres, et les consuls de 1,(X)I1, {fAmt. ii la Chnm. donrd., elr., 
p. lUO. Cf. |i. 105, lOî»,) \ cette êpoqne, un pareil rhilTre était tout à fait con- 
sidérable. Un avorat, venant de dire qu'un liouri;eriis avait, dés Ifiîii, plus de 
4n.(l(H1 l'eus de liii'ii, p;ii lie en niaisous et niélairks. [Kirlîc eu argi'ntcrraiptant 
n fl en ntarcliarulises, ajoute : « r/estoit lun dfs plus (ii lips el îles [dus accre- 
^■dilex niarrliandsde la \illede [lordeatix. Il avoit, ii demeurer en repos, tî.OODli- 
^Bvres de rente; en truvaillunl, son fonds et son iulelli^enre luy produisuient 
^Bans l(! négoce un profit eonsiderriWe. » ctc, (Fnrtitm aur l'tijipfl jimir lietiini- 
tti-tles Marie et i't'unrime Viillmi.i. elr. liild. puld. de h» vilk> ck' nurdejuiv. Jii- 
rispl. U"5,07K, ■i'^ reeueil 



442 IIlSTOIltE DU COMMERCE 

de leur requête, qui nous a été conservée', inspira à] 
(J'auires Juifs la pensée d'en adresser une semblable. Lai 
pétition de Lyon Petit, des frères David Petit et de Salon 
Dalpugcl, suivit le même chemin; mais les jurais, con- 
sultés, conclurent au rejet de la demande, et l'avis des^ 
directeurs du commerce se trouva conforme à celui des 
jurats *. Cet état de choses dura jusqu'en 1753; à cette 
époque on accorda à quelques-uns de ces Juifs avignon- 
nais des permissions ou brevets temporaires, pour coni' 
mercer dans la ville ; mais ils voulaient plus, et, en 1757, 
ils présentaient au roi une pétition pour obtenir le droit 
de cité et la liherté de commerce à l'égal des Juifs por- 
tugais. Ils rencoidrèrent dans la Chambre de commerce 
la même opposition'. Enfin en 1759, ils obtinrent des] 
lettres patentes qui admettaient six familles des leurs à| 
tous les privilèges, franchises et libertés, dont jouissaient] 
tant les sujets naturels que les marchands portugais ou] 
nouveaux chrétiens établis à Bordeaux^. 

A la faveur de cette ordonnance, d'autres Juifs se glis- 
sèrent bientôt dans la ville. Le maréchal de Richelieu, 
gouverneur de la Guienne, prit, le 18 septembre 1761, 

' Intendant, C, porteretiille 372. — Les exposants y demandent d'avoir la 
liberté de vendre ot d'acheter, en fiiire seulement, ainsi que tous les autn'S 
muiThands, toutes sortes de mareliandises permises, cou forai èmetit aox stalul» 
et usages de la ville de Bordeaux, sans tenir de boutique ouverte, ni vendre, hors | 
les temps de Toire, amcune espèce de niarchîindise en gros ni en détail. 

' Registre E des délibcralions de la ChaniLuc de eoiumeree, folio 129 rwl«| 
(27 août ITÎiO). 

s Registre F des dëlibL- rations, folios 51 verso et 52 recto (il et 2i dértm- ! 
hre t7.ï7). 

' LeUrfH patentes en faveur de» Jitifg on Souveiiux Chrt'Iiem Avigtiomm*. 
éiniiiis a Itonleaiix, Dotinées ii Vcrsiiiltcs au nmis de mai l'SO. Regislrees n 
lurhmcjil. le ] t juillet IT.'iO. A Itoideaux, (lie/ .l.-lt. Lacornéc. etc. ; I p3|f<"' 
in-4".'> — Uctctievcrrv, li'uimre den Ixifn'liles de lUmlediu, p. 78, 7fl. 



r-T DR LA NAVIGATION A BURDLAUX. 



443 



I 



I 



un arrêté pour les expulser, et les nouveaux venus, au 
nonibre de cent cinquante-deux environ, durent s'éloi- 
gner. Il n'y eut d'exception que pour un Juif allemand 
nommé Ephraim, auquel le maréchal, par une seconde 
ordonnance du 28 se]>tembre, permit de rester momen- 
tanément à Bordeaux, pour remplir des engagemenls 
contractés avec plusieure correspondants étrangers et du 
pays, relativement à une fourniture considérable de vin 



casser 



I 



I 



S'il faut en croire Beauflcurj', Ephraïm, Juif allemand, 
établi depuis longtemps à Bordeaux, avait sollicité, pour 
lui et pour sa famille, dos lettres patentes de naturalité 
conformes à celles qui avaient été données en faveur des 
six familles avignonnaiscs. Elles lui furent accordées, 
avec cette restriction, cependant, qu'il en jouirait sa vie 
durant, lui et sa famdle, mais que leur effet cesserait 
pour ses enfants après sa mort*, il ne paraît pas que ces 
stipulations furent observées; car, avant même la fin de 
l'année 1761, Ephraïm était informé qu'il lui fallait 
prendre le chemin de l'exil ^, 

Dans la lettre écrite à cette occasion par le maréchal 
de Richelieu aux jurais, le 20 novembre 1761, figure 
Jacob de Perpignan, avec Josué de Sasias, Rousse de 
Rouagre, Sainuelle Rouget et une autre vieille fenrnie, 
« tous de la nation avignonnoise. » Jacob de Perpignan, 
établi à Bordeaux depuis plus de cinquante ans, n'avait 
pas été compris dans les privilèges accordés aux six 
familles de Juifs avignonnais ; il avait été excepté de l'ex- 



' Dotchcvcrry, Histoire des Israélites de liordeaiu, p. 8.'», 8«. 

» Hoaiilkiiry, ifisl. ilf ri'tnMixHfiufnl itfn Jiiif'n (i lUiidcaiix. fU .. p. M. 

^ Di'hhcvi'tiy, U\hi. f/cjt hruéi. de Umleunx, [v. tHi. H7. 



414 



HISTOIRE DU COMMERCE 



pulsion ordonnée par l'arrêt de 1734, rtMiouvelé en 1761 
par une ordonnance parliculière du gouverneur de la f 
Guienne. Louis XV écrivit h ce dernier pour qu'il fùl 
permis au sieur de Perpiguan de continuer de demeurera 
à Bordeaux avec sa famille. <« Cette grâce, dit Beau-™ 
fleury, éloit due à l'cslime publique dont il avoit tou- 
jours joui, à la pureté de ses mœurs et à la régularilé de 
sa conduite ; mais elle ne satisfaisoil pas son cœur, parce 
qu'il craignoit que ses enfans ne fussent recherchés après 
sa mort. 11 sollicita aussi des lettres patentes de nafura- 
lité; elles lui furent accordées, à la charge de payer 
3,000 livres, applicables au nouvel hôpital des Enfants 
trouves <le Bordeaux. Elles sont d'ailleurs conçues dans 
les termes les plus honorables pour lui, etc. » Ces let- 
tres patentes furent enregistrées au parlement de Bor- 
deaux, le *2 mai 1776*. 

Trois familles juives, originaires d'Avignon, mais éla- 
blies à Bordeaux, se voyant eu butte aux persécutions des 
marchands de draperies et de soieries, imitèrent par laj 
suite l'exemple de Jacoh de Perpignan et ne furent pas 
autrement traitées. Au mois de décembre 1775, elles 
ol)linrent des lettres patentes de naturalité, à la charge 
de payer une somme de 3,000 livres, destinée à la cons- 
truction de rhô[)ital des Enfants trouvés, qui devait rem- 
placer l'hôpital Saint-James*, et à condition • qu'aucuDs 
autres que ceux (\\\'\ eomposoiont ou composcroienl à 

' //«/. lie VétaM\*si'ment des Juifs u llordemix, ctc , ji. (k>, 60. — Uctrhc- 
vcrry. IlixI. des Innu'itln de lUmlemix, p 87 

* Dans (les lollics palenlcs, du 8 uiui 437-1, concernant les jescnu* ikfct 
Ijuspice, il l'sl onlunm^ [te les. liislribiier mm-sculenient « aux peUcrin:; alliii) 
\'\ vi'fiaiis a Sainct-Jacques iluniut lu ttMiips iliiug jour ol d'une iiuicl, fl a 1» 
nourriture tlo Umii> Ibuiiiu^ i|iii s'acuui'lu'i'<iut HUtlict liuï>|iiUl, dunuit lci<n> 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. Wi 

l'avenir les trois familles des exposans puissent prétendre 
à la grâce qui leur est accordée. » Ces lettres patentes 
furent enregistrées au parlement de Bordeaux, le 20 avril 
1776 ^ et suivies d'autres confirmatives des privilèges 
dont les Juifs portugais jouissaient en France depuis 
1550, données à Versailles, au mois de juin de la même 
année, et enregistrées le 8 mars 1777 ^. 

Une pièce de l'année précédente nous amène à conjec- 
turer que l'antagonisme qui existait entre les Juifs por- 
tugais et avignonnais, ne s'étendait pas en dehors de la 
sphère commerciale. Un ingénieur, membre de la colonie 
portugaise, avait imaginé de construire un pont sur la 
Garonne, que l'on ne franchissait de Bordeaux à la Bas- 
tide qu'avec mille ennuis et non sans danger^ : à la suite 
du mémoire publié à cette occasion *, il s'annonce comme 

couches, » mais « à la nourriture et entretenemcnt des enrans exposés et au- 
tres orphelins. » (Archives de la ville, GG, hôpitaux et maladreries.) 

* Beaufleury, Hist. de l'établissement des Juifs à Bordeaux, p. S4, 55. 

• Privilèges, dont les Juifs portugais jouissent en France, p. 53-40. 

' Une ordonnance des jurats, en date du 5 juin 1754, renouvelée d'une autre 
de septembre 1717, qui établissait un tarif pour le passage, commence ainsi : 
« Pour ce qui a été représenté par le Procureur-Sindic de la ville, que quelque 
attention qu'on ait eu de prescrire par plusieurs ordonnances de police, les 
règles que les bateliers, servant k traverser la rivière pour la Bastide, sont 
tenus d'observer; néanmoins chaque jour on reçoit des plaintes de l'inexécu- 
tion de ces ordonnances : ils prétendent pratiquer entr'eux un tour de rôle 
pour le passage; ils exigent des passans beaucoup au-delà de la taxe qui leur 
a été imposée; enfin, par une avidité criminelle, ils ne comptent jamais avoir 
trop de monde dans leur bateau, et le chargent d'un nombre considérable de 
personnes, » etc. (Placard imprimé en deux feuillets in4°, par la veuve de 
P. Brun.) 

♦ Projet d'un sieur Silveyra, pour l'établissement d'un Post sur la Rivière de 
Garonne, construit au-devant de la porte Bourgogne, sur des Bateaux ou Pon- 
tons, pour aller de Bordeaux à la Bastide, et dont le passage, tant dessous que 
dessus, sera praticable en tout temps, et présentera à la vue 5S Arcades, qui 
auront chacune 2^ pieds de large, de 12 à 16 pieds de hauteur, au-dessus du 



44(i 



HISTOIRE DU COMMERCE 



demeurant « chez le sieur D'. Astruc, rue Bouhaul, à| 
Bordeaux. » 

Avant cette époque, nous voyons apparaître un uotn 
bien connu de nos jours dans la finance. En juillet 1760, 
eles Juifs de Bordeaux, s'appriMant à faire le voyage d« 
Paris, sollicilaient des passeports : c'étaient David Lopes, 
Samuel Pcreirtî et Abraliam Astruc ; dans les trois certi- 
ficats présentés aux jurais et transmis au comte de Saint- 
Florentin, ils annoncent vouloir séjourner quelque temps 
dans la capitale pour y faire le commerce de la soierie 
et de la bijouterie'. Tous les Juifs, en général, qui ve- 
naient à Paris, ne pouvaient y rester qu'au moyen des 
passeports limités qui leur étaient accordés, et ils étaient 
assujettis à une police toute particulière. flj 

Plus à Taise à Bordeaux qu'ailleurs, les Israélites de- 
vaient pi'éférer le séjour d'une ville où ils étaient sur un 
pied d'égalité avec les plus notables citoyens, et se tour- 
ner plus volontiers du côté do l'Espagne et des colonies. 
Ils continuèrent le même genre d'affaires que leurs an- ^ 
cêtres, surtout la banque et les armements; et leur ca-H 
pacilé, autant que le succès de leurs entreprises, acheva 
de leur assurer une place distinguée dans le monde dont] 
nous avons tenté de retracer les annales. 



Hivean de feau, à laiiie mart'e. [A Bordeaux, chei la teuve Calamy, etc.. ITÎ6.J 
17 pagos in-i». 
* Dclclieverry, Histoire des Israélite* de Bordeaux, p. 105. 



CHAPITRE XLVII 



I.E TllAlTK ne METKCÎKN; CONOIA'SION. 

Omission Ju ML-moinjilrwso (lar In rii.iiuhro île romiacicc tlo Guiiinui! en 1730; lo \tai\6 rie 
Mollnicn |irL'Rcnté comraiî n_vaiU niiii(^ Ik PorlujTîil ; fiil-il missi désantrcux jiour Bordeaux, 
el srs enets lurMl-its iiiiritëJlals? — SUili5lli|iiK du CJtiinimnTe île IlonU'anx a» r.nnitnence- 
TiK-nl ilii KVItr sirt'lc; clal Jos im|>r)rlalii)[» iIës vins Au Fi'uir'O ti Ia douane iPAni^leterrc, 
ili> 11)86 H nSG. — Inijt&rtanre des doux preniiiTP* |iénodos dorciinales. — £]iai|UQ Au 
riiilirniiictiLin des viriâ de Ptirtuijal à.vH trs llos-Brilaiirà(|Mes ; ruuesles cBcti! dos idéf» 
(imliiMlivcs de Cullici'l cl. île la rùvuuatiuii dis l'ùilil de Niintcs; pmitngiiliiHi du la vUiruUure 
on Porlupal. — Uaiit Itw (iri'rtili're» uiiiiik'H du xviir Mi-cle, l'exjiorlflliou diis \Uis do France 
en Anglulurre n'é|iri)ii'vn |wi.s de ilimitiiilion ; cite va n](''ni<! on uuirmenlanl ; Irailc canriu 
avec ce jm;» j«out l'inlluBnce dus iilikii de Tur^ol. — Hcurrux uiTct ûe te Irailé pour la )iros- 
pcrilo d(> {lonic'jiiix ; iiuiivcllvs idôcs Ëft>iRiinii|uas, renDuvoléi'H de ColViort, inaugurdc* par 
la llc\olution française. — Mii(iluMiuii,>u vt Tur^'oC !nig;,Mciii|j^ inccuiitiusdsins leur pAyS- 



Nous avons exposé avec les plus grands détails les 
vicissitudes du commerce de Bordeaux, depuis le pre- 
mier siècle de notre ère jusqu à Tannée 1730, date d'un 
travail remarquable, qui présente une image fidèle de ce 
[commerce à cette époque; mais le Mémoire de 1730 se 
tait sur un événement des plus graves, qui devait avoir 
des suites fâcheuses pour la prospérité de Bordeaux, 
dont les vins forment la principale richesse. Nous voulons 
parler du célèbre traité d'alliance offensive et défensive 
conclu, le 27 décembre 1703, avec la Grande-Bretagne, 
[par les soins de son ambassadeur Paul Methuen \ traité 



^ Ce traité a été public bien des Tais, nutamnienl par Marlens, liecueil liex 
priuiiiiaus iraités d'aUiance, etc., ï" étlilion. suppliimcnl, l. 1, i>. 41 ; par 
Hertslet, Complète Cutlection of the Treatkx and Conventions and reciprocal Re- 
fUritntions al présent gubshting beUvem Grettt llritaiii and fareign Puwers, etc., 
vol. Il, p. 2i; f l par Jiise Ferreira Rorges d? Caslru, Cidkcrào tk Iralmlos, etc. 
Lisboa, na liuprensa Naciotial, I8.')<»-IH,')8, jn-S", I. Il, [i. 103, 



HH 



IIISTolllK 1)1' COMMrJJCE 



lÊ 

anfl 



qui fit oiilrei- le Paiiugal dans lu grande alliance t'onlrn 
la France, et qui est représenlc comme ayant pai",ily5é, 
pendant un demi-siècle, l'industrie, l'agricultiire, le co 
merce et la uavi|i;ation d'un pays autrefois plus tlnrissan 
que le nôtre'. Le coup que ce traité porta au commerce 
de Bordeaux fut-il aussi funeste et se tit-il sentir tout d'a- 
bord? C'est ce que nous nous proposons de rechercher. 

Parmi les statistiques, dont certaines nous sont four-B 
nies par les registres de la Chambre de commerce*, nous 
choisissons les états des importations des vins de France 
à la douane d'Angleterre pondant un siècle, de 1686 à 
178(>, ]H>ur ne nous occuper que des dix périodes dé- 
cennales qui, seules, rentrent dans notre sujet. 

Les deux premières, c'esl-à-dire celles de 1686 à 1696, 
et de celte dernière date à 1706, ont une grande impor- 
tance, parce que, d'une part, la révocation de Tédit de 
Nantes, d'un autre côté, les manœuvres de Louis XIV et 
ses guerres entreprises pour sauver Jacques II, auquel il 
donnait plus tard un asile à Saint-Germain et le titre de 
roi d'Angleterre, déterminèrent le gouvernement britan- 
nique h s'entendre avec le Portugal et à conclure avec 
lui le traité de Methuen. 



I 



' Adrien BaU>i, Exsal slulistiqtie sttr le royaume de l'ortuf/at eltfMgarve, flfj 
Paris, SB'Sa, in-8o, t. \", p. 2i. — Celte assertion de l'auteur est longa«iDcnt| 
réfutée (î:ms une publii:alion de la Chambre de commerce àc Bordeaux, ioti' 
luloc : Méiiiiiire nuy la pmsitiUilé de twtrliire vn traité de commerce etitft là 
Fratiie et rAuyletcrre. Rnnleaiix, imiirinicrie de Suwcrinck, juin 18U, jifiind 
in-8": voyez p. fH-l(Hl. 

^ Ktal dfs prix rie diverses marihmiilinest arrivant rien pays élranfier» dantl^ 
port de lîordeaux, en l'an I7t'i. (Ikuxiî'me registre des rm^inoiresdelarjuiii- 
!>ro de coinniprce, fnliûs 33 vi-rsû el suivants.) — ftécapilulalian du firix de* 
inarrhandises sortiea de firirdefiu.i fji l'ajuiée 1717 el de n'ile.t qui \i »oul i*w- 
tr('e.s. IMil.. Mut TU recto.! 



I 



ET DE I.A NAVIGATION A BORDEAUX. 44!) 

C'est à dater de cette époque que le Portugal a pu 
introduire, à notre grand détriment, ses vins dans les 
Iles -Britanniques. Les idées prohibitives de Colbert et 
rémigration des cinq cent mille industriels protestants 
concoururent» en outre, à donner sur nos manufactures 
de toutes sortes la supériorité aux marchandises de fa- 
brique anglaise. C'est ainsi que des privilèges furent 
concédés au Portugal et que dos échanges s'opérèrent 
au profit des manufacturiers d'outre- Manche, pendant 
que nos dmps et nos soieries, admis de tout temps dans 
la Péninsule', étaient exclus des marchés de Lisbonne 
et d'Oporto, et que la culture de la vigne se propageait 
avec rapidité, surtout le long du Douro. 



I 



Voyeï ]c traitÉ de Mailrid *14 janvirr IS^'^i). arl, 24> dans !«■ Reatetl ijérté- 
ral d£s anciennes luis fraufiiiieit dlsainljert, t. XU, p. 266. — Au commence- 
ment du siècle tkrnkr, nos drapa èlaknl; en faveur en Espagne, surtout a 
cause de tu dispo!>ition des Espagnols i\ s'Iiabiller k la rrunçaiiie : c'est du moins 
ce qu'avançaient deux uianufatluricrs de Sedan, les sieurs Poupart e( Catel. 
qui demandaipnl la restituticm des droits de sarlie perçus aux liureaux de 
Poitou, et de ceux dn cnntatdie perçus & Bordeaux, sur sept t)alles de drap 
qu'ils avaient expédiées en Espagne, et e el;i an préjudiee des eN*>roptions dont 
jouissaient par privilège les intéresses dans la fabrique de Sedan. (Registre du 
Conseil de commerce F. 12.53, folio 203 recto; 2 décembre 1707. Cf. folio 213 
verso; 23 du môme mois.) Un arrêt du Conseil d'État, en date du 3 mars 1738, 
aecorda aux draps de celte provenance la faculté du transit en franchise dfl 
droits, qui n'existait pas ra^me auparavant pour les draps du Midi adressés 
aux marchands de Dordeaux. {Uegislre V. 12. 87, p. 129, 7 avril 17.iO; et re- 
gistre B des délibérations de la Chambre de commerce, folio 81 verso, 23 mars 
1719. Cf. folios 8a et 86 recto.) A cette époque, les plus gros.ses affaires de 
ce genre avaient lieu a Bordeaux pendant la foire, et les inspecteurs des manu- 
factures en résidence dans cette ville rendaient compte au contrâleur général 
des marchés conclus en mars ou en octobre. (Registre F. 12, R{, p. 66fW(70; 
26 août 1754.) C'est sûrement pour faciliter des transactions, ùtjh bien gênées 
par des entraves de plus d'un genre, qu'a l'approche de Tune de ces foires, Ir 
Conseil de commerce délibérait de rendre un arrêt portant établissement, a 
Bordeaux, d'un bureau, îileffetd'y visiter toutes les êtofres de laine, ete., et 
d'y apposer le plomb du conlrAle. i Registre ¥. 12. 8i, p. il; 18 janvier 1734.) 
II. 90 




450 



mSTOIRK LUI COMMERCE 



II faut cependant remarquer que dans ces deux pi 
riodes de 1696 à 1706, il n'y eut aucune diminiilioii 
dans nos expéditions de vins. Pareillement, après le 
traité de Methuen, de 1706 à 1726, par exemple, on ne 
voit aucun ralentissement sensible dans ces sortes d'af- 
faires, en dépit des calamités de 1709 ' et de l'accroisse- 
ment considérable de la consommation des vins de la 
Péninsule chez nos voisins' ; quelques années même 



' Le parlement de Bordeaux écrivaiL à Louis XV, le l*"- juillot 1767, la lettre 
suivante, dont nous ne retrancherons rien que )a pèrorais«)n et la Tormule de ' 
la fin : « Sire, quelque attendrissant que soit pour voire eoeur p:iternel le la- 
blcau Je la misère de vos peirples, il est du devoir de voire parlement de le 
présenter aux pieds de voire trône et de soUîeiter de votre justice des secnur» , 
proportionnes l\ leurs besoins. Les vins forment le principal revenu de cette j 
provini^e; de leur exportation racilitée ou stispcnduc dépend l'aisance ou la] 
ruine des propriétaires; la culture des vignes exige des avanres Irès-considèni- 
hles, et l;i vente des vins, toujours incertaine, est nécessairement liée h l'elal 
du coinmi'rec, 

» Que de perles immenses n'a pas éprouvées ce commerce dans la dernière 
guerre ! et malgré la gène, la contrainte et la pauvreté de vos sujets, que d'eP- j 
forts patriotiques n'ont-ils pas faits pour acquitter les subsides! Votre parle»] 
ment. Sire, ne peut vous dissimuler que le retour (te la paix n'en a pas rameDi 
les douceurs : le <"onimercc de celle capiuile est encore sans activité, plusieurs ' 
vaisseaux sont dans ce i»ort exposés en vente; leurs retours, depuis plusieurs 
anuëes, ne i-apportenl aux armateurs qu'un état de leur perte ; les consIrucUiHU 
ont cessé; les débouchés ne sont plus les mêmes; les colonies qui nous rrs- 
tent sont ouvertes 'd la cupidité des étrangers; les denrées ne se vendent plus, 
ou le prix qu'on en relire ne dédommage pas des frais. Cependant les impMs 
wmt excessifs, et vos peuples sont épuisés. 

" L'intempérie des saisons dans cette province aggrave encore la calaoïilê 
publique. Tous les fruits de la terre ont été successivement détruits ou altéré^: 
l'hiver de 1760 peut élre comparé, par ses effets, i celui de 1700; la moili* 
des vignes h été arracliéo par une suite naturelle du dépérissement du cum- 
merce; la discite des vins n'a pu même en procurer la vente, et, par surrruH 
de malheur, les gelées viennent d'enlever les espérances de la rÊcolle i»ro- 
chaîne, a 

* u Le Portugal et l'Espagne fournissent vingt mille tonneaux de viu à I'Ad- 
gleterre , la France n'en fournit pas mille ; cependant je suis sûr que Iw 
Aiifçlois préfirenl les vins de Frame à tous les autres : la raison de celte dif- 



ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX. 



451 



présentent de l'augmentation, et, au fait, jusqu'en 1786, 
les vins de France semblent, dans tout le siècle qui 
prend fin vers cette date, n^avoir pas cessé d'être deman- 
dés dans la Grande-Bretagne et en Irlande, contrairement 
aux appréhensions d'un administrateur bien à portée de 
juger les choses*. II paraît même que, depuis lors, l'ex- 
portation n'a fait que s'augmenter, et la cause détermi- 
nante de cette progression ne peut évidemment être autre 
que le traité conclu sous Tinfluence des idées dont Tur- 
got avait été le plus glorieux représentant. 

Ce traité, tant conspué, tant calomnié par les prohi- 
bilionnistes ou les protectionnistes d'aujourd'hui (car il y 
en a encore et beaucoup), fut pour Bordeaux une source 
de richesses. C'est ce traité, encore plus libéral que celui 
de 1860, qui renforça notre marine, déjà si florissante 
pendant le cours et à la suite de la guerre d'Amérique. 
L'Assemblée constituante fut fidèle h celte politique libé- 
rale dans Je tarif de 1791; mais la guerre rompit ses 
desseins. La Convention, en haine de l'Angleterre, hé- 



féreûle consoramalion se prend dans ce qu'un a louché cy-dessus des droits 
de sortie et du retardemont. Il y a une aulrc raison, qui est le défaut d'un rè- 
giempnt de commerce : nos vins payent rinquanto livres sterling, ou quatre 
cents écus, par tonneau, pour entrer en AnRlelcrrc, pendanl que ceux de Por- 
tugal et d'Espagne ne payent que vingt et une livres sterling. « {Mémoire sur 
les vins par rapport à la atHurc des terres et au commerce, conservé dans les 
Archives du département de la Gironde, carton 333.) 

i 1 n Les vignes, disait M. de Tourny, lorsqu'il sollicitait du Conseil des dé- 
fenses d'en planter, les vignes ruineront dans peu toute la Guienne. Celle 
denrée n'est pas d'une absolue n^cessilé : les eaux-de-vie qu'un tire de ces 
vins n'auront jamais un cours bien réglé ; et cepeudiint Ifi goiU de; l'agriculture 
se perd,, la populatinm diminue. » {Eissai hhfi>rique sur l'admimslration de, 

[Hontieur le Marquis fie Totimi, etc., par M. Marie de Sainl-Gcorge»:. A Bruxel- 
les, M. ticc. I.XXXII., in-8», p. 18, 17. Cf. Hern:idyn, le S'uitjrdphe hordeiais . A 
Bordeaux, \»U, in-«\ p. ôi.) 



tm HISTOIRE DL COMMERCE 

rissa noti'e commerce de prohibitions; les anciennes idées _ 
de Colbert reprirent faveur, et les révolutionnaires sem- f 
blèrent prendre à lâche de restreindre les relations com- 
merciales, au lieu de les étendre, pour le plus grand 
bien de la nation, comme l'avait tenté Turgot et comme 
l'avait démontré si clairement Adam Smith. 

En somme, on ne peut s'empêcher de gémir, en con- 
sidérant Montesquieu et Turgot au milieu du siècle qui les ( 
vit naître, et en pensant au sort réservé à leurs idées. L'un 
trouvait dans ses méditations et son génie la notion la M 
plus vraie de la liberté politique; l'autre, heurtant de 
front les préjugés reçus, appliquait avec sagacité les doc- 
trines qui tbnt aujourd'hui les nations prospères; et 
pourtant ils ont été méconnus d'abord dans leur propre 
patrie \ au point qu'il a fallu près de soixante-dix ans 



' L'intendant Boucher écrivait, k 18 avril 1727, uu contrijlfiur général ; 
■t J'ai reçu, aver la lettre que vous m'avez fait l'ijornetir de m'écrire le 7 du 
présent mois, le [ilucet prèsentt' par le stoiir de Montesquieu, (lonr demander 
1:i permission lie planter en vignes trente journaux de landes qu'il a arheptei 
le 24 décembre dernier, et le mémoire par lequel il piétend justifier quo Varrêt 
du Con&cil, du 27 février 1T2S, qui défend de faire de nouvelles plantations en 
vignes dans la généralité de Guicnne, est contraire au bien de ceUe pruvioce 
et du royaume. 

n Comme le si«ur de Montesquieu a beaucoup d'esprit, il ne s'embamue 
pas de traiter des paradoxes, et il se (latte qu'à la faveur de quelques raisons 
brillantes, il lui sei'a facile de prouver les ctiuses les plus absurdes. Je vous 
prie de me dispenser de répondre ^ son mémoire et d'entrer en lice avec lui: 
il n'a d'autres occupations que de chercher des occasions d'exercer son esprit. 
Pour moi, j'ai des choses plus sérieuses qui doivent m'occuper. et je me con- 
tenterai de vous dire qu'avant qu'il eût fait celte acquisition, et même avant 
que l'arrâl qui a défendu la nouvelle planlalion des vignes eût été rendu, il 
était du sentiment commun de toute la province que non-seulement il ne falloil 
pas souffrir qu'on plantât de nouvelles vigne.'k, mais qu'il auroil été a souhaiter 
qu'on arnwhât au moins un tiers de celles qui avoient été plantées depuis 1709. 
Son intérêt personnel le fait aujourd'hui changer de langage, et non de scnli- 
raent; car je suis persuade qu'il est toujours dans les mêmes principes, et qur 



I 




ET DE LA NAVIGATION A BORDEAUX, 



iîilî 



pour leur former en France une majorité d'adeples. Ail- 
leurs, au contraire, et tout de suite, des disciples nom- 
breux se sont groupés autour de leur nom , comme autour 
d'un drapeau; ils ont fait fructifier leurs idées et sont 
devenus grands liommes eux-mêmes, en s'inspirant de 
ces grands esprits. 

le mémoire qu'il vous a présenté est un jeu d'esprit dont il connoit mieux que 
personne la taussetè. Mais il ne doit pas (^Ire écouté, et il y a beaucoup nioins 
de raison de lui aerortlcr lu permission qu'il (kniande, qu'il une inlitiilé de (icj- 
sonnes qui voudroicnt planter eu vignes des tci-j'cs qu'ils possèdent depuis 
longtemps ; et pour peu qu'on s écartât de l'exécution de l'arrêt du Conseil au- 
quel vous m'avez ordonné de tenir la main par votre lettre du 2= mars dernier, 
le peu de terres labourables ou prairies qui restent dans cette province, du 
moins aux environs de celte vill«, scrutent bîentiH cimverties en vignes. 

« Le sieur de Montesquieu n'a aciiepté les terres qu'il veut mettre en vignes, 
qu'au mois de décembre dernier. Si effectivement elles n'étoient propi-es qu'k 
la vigne, il ne devuit pas en faire l'acquisition, puisqu'il n'ignoroit pas la dis- 
position de l'arrêt du 27 février 1725, qui défend ces sortes de plantations. 11 
peut les mettre en bois ou en faire tel autre usage qu'il trouvera plus conve- 
nable, sans pouvoir se plaindre du peu de revenu qu'il en tirera, piiisi|ue toute 
cette acquiâitit)n ne lui revient qu'il fiftiivres une fois payées, et 9 deniers 
d'exporle et 1 soi de rente par journal. 11 a encore acquis soixante-dix autres 
journaux au uiéme endroit, qu'il ni'avoit pareillement demandé de pouvoir 
planter en vignes, et il ne s'est i estreint aux trente journaux pour lesquels il 
vous demande aujourd'hui la permission, que parce qu'il a reconnu que la de- 
mande de cent journaux parottroit exorbitante; mais il se Halte que si on lut 
permettoit d'en planter d'abord trente, il pourroit obtenir la nuême permission 
pour le reste, parce qu'il ne convieadroit plus de l'obliger ^ planter du bois dans 
le surplus, k cause du préjudice que sa vigne en pourroit recevoir. J'ai l'iion- 
neur, » etc. (Arcliivcs du département de la Gironde, carton 522. Dans le sui - 
vaut se trouvent deux mémoires, dont l'un semble élrc celui de Montesquieu.) 



FIN DU TOME SKCOMJ. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



Tome I, préface, p. iv, iv la fin. 



I 
I 



Dans un Discours sur les antiquilez troumes près le 
prieuré S. Martin lès Bourdeaux, en- juillet 1594, 
p. 42 verso, il est fait, mention du sieur de Donzeau, 
lieutenant particuliei', la même année, en la sénéchaussée 
tle Guienne, Le nom du notaire est donc Lien Donzeau, 
comme celui d'Alexandre et de Jean Donzeau, qui figu- 
rent dans des actes rei^us par leur homonyme, les 21 fé- 
vrier, 2 et 18 avril, el 27 juin 1517. Toutefois, nous 
continuerons à écrire Douzeau. 

Tunie !, p. 89, noie 3. 

Sur les rapports de commerce qui existaient autrefois 
entre Bergerac el Bordeaux, voyez encore les Rôles gas- 
cons de la vingt-septième année de Henrj' III, memh. 8 
fPro burgensil/us Ehje de Erigera koj, et de la trente- 
septième du môme règne, memb. 7. — Au xvi"-" siècle, 
ces rapports étaient devenus plus fréquents, et l'on en 
retrouve souvent des traces dans les minutes de nos an- 




456 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



cieas notaires. L'un d'eux, Douzeau, enregistre, à la date ^ 
du 11 novembre 1547, une oblige d'un marchand de fl 
Saint-Valery-sur-Somnie, pour trente tonneaux de vin de 
Bergerac moins une barrique, livrés à Libourne, moyen- M 
nant 30 écus sol d'or. Vient ensuite un acte du 29 sep- 
tembre 1550, par lequel Jean Calvé vend à Edward 
Wilmot, marchantl de Southampton, « tiel nombre et 
quantité de vin que l'on pourra mectre et charger sur 
ung navire, du lieu de Bergerac ou des envjTons. » (Cf. 
13 octobre 1550.) Dans cette quantité, il pouvait entrer 
du vin de Saint-Émilion, pareil au.\ quinze tonneaux 
expédiés à Southampton, au prix de 15 écus sol le ^ 
tonneau, rendu dans cette ville (Douzeau, 20 octobre ^ 
1550), et aux vins doux, blancs et clairets, achetés pour 
Quimperlé, par actes du même notaire, en date du 
22 mai 1552. 



Tome I, p. 121, note 2. 

Les minutes de Douzeau renferment, à la date du 
12 mars 1550, une reconnaissance par Christophe God- 
win, marchand d'Ipswich, à trois marchands de Bor- 
deaux, de 550 écus d'or sol, k raison de la vente de 
cinq cents tonneaux de vin qui devaient être fastes et 
goûtés par George Jobson et William Eslople, mar- 
chands de Hull. 

TaïUf {. ]!. IÔ7, ligfki i. 

La pièce suivante, transcrite par M. Célesfin Port, sur 
une copie authentique do 1546, conservée aux archives 
de la préfecture de Mai ne-el- Loire (série E. 2954, fa- 
mille Kerenlrec), offre un nouvel exemple de l'exercice 



ADDITIONS ET COUHECTIO'S. 



157 



I 



du droit de représailles sur les corsaires brelons pen- 
dant le cours de la guerre de Cent ans : 

« A tous ceulx qui ces prescnles lettres verront et orroiil, fiertraii 
lie Roede, marchant île Bourdeaux, salut en nostre Seigneur. Sachent 
tous, comme je, ledit Berlraii, Pierres Faurc, Durant ti'Anglars et plu- 
sieurs autres niarchans de h principaitllc d'Acquictaine, çay en arreres, 
par la scurcié des irieves qui estoient pour le temps on duché de Bre- 
taigne, nous fussions allez et porter vins, draps et autres denrées et 
marchandises pour marchander es dictes parties de Bretaigne, et no- 
nobstant lesd. trieves aucuns des suhgicctz de ti-ès-noble et très-puis- 
sant seigneur Mons^ Charles do Hloys nous pristrent, pillèrent et des- 
roberent de no/ biens et marchandises, detenuz aucuns de nous en 
prison, raoczonnez et faict plusieurs autres dommaiges, et eussions 
requis lod. Mons"" Cliarlcs que sur ce nous fust pourveu de remède; et 
sur ce, je, Icd. lîertran de Roede, tant pour nioy que pour lesd. Pierre 
Faurc, Durant d'Angkirs et autres marchans, eusse pryé et supplyé à 
noble et puissant seigneur M^ Hues de Karantraicl, chevalier, seneschal 
et lieutenant du viconte de Lymoges, pour Icd, MonsT Charles, qu'il 
luy pleusl se traire par devers la court dud. Mous' Charles, et faire tant 
et poursuyr que nous feussons desdommaigeï de nostred. porte, et 
eniprès laq. chose, led. Monsi" Hues ayt tant faict et procuré par devers 
led. Mons' Charles, que led. Mons"" Charles a voulu, octroyé et ordonné 
que l'on puisse lever et prendre 45 deniers par livre de et sur toutes 
les denrées et marchandises que les subgeetz dud. Monsr Charles, du 
duché de Hretaigiie, porteront, chargeront et doschargeront en la prin- 
cipaulLé de Guyenne, jusques à iroys ans prouchains cnsuyvans aniprès 
la niy-aou8t dernièrement passée, pour estre convertiz lesd. deniers, 
baillez et livrez à desdommaiger moy et les autres marchans de ce que 
sera trouvé que nous aurons eu de doramaigc... pour laq. poursuyle 
faire led. Mons'" Hues, tant par luy que par les siens, a très-grandement 
travaillé et mys et frayé du sien propre jusques ti la monlance de mil 
francs dor du coing du roy de France» et de plus, si comme je en suis 
diligemment et bien acerlainé et informé... lesq. mil francs dor... je, 
led. rJci'lran de Roede, tant pour moy que pour lesd... autres marchans, 
ny promis, pruuiect et suis tenu speciainmcut, sonhz l'obligation ex- 
presse de moy et de tous mes biens... rendre, payer et haillerand. 
Mons' Hues de Karantrei, chevalier, ou ii Iionnorable hunume, discrcct 
[cl saige, Monar Hamon Rolierl, prostré, piocnicur dud. Mons' Hues,,. 



488 



AODITJONS ET COliUlLCTIONS. 



c'est assavoir bOO francs dur dwJans b fesle de S'.-Mai-Un d'yver... ♦.'! 
les autres 500 francs d'or dedans ta fesle de Pasques... en tout ce que 
dessus est dit et devisé tenir, parder et accomplir... ay promis et jure 
aux sainctz Euvaiigilles iioslre Seigneur, corporaumeut louché le livre, 
el en lesmoing de ce, je eu ay donné aud. Mons' Hues de Karanlrel, 
chevalier, ces présentes lettres scellées, à ma supplication et requeslc. 
du scel estabiy es contractz en la Rochelle.... Ce fut faict le \xi« jour 
d'aoust, l'an mil ccc soixante et quatre, u 

A la suite de cette pièce, nous croyons devoir eu rap- 
porter mie autre, datée également de la Rochelle, el qui 
n'éclaire pas moins T histoire du commerce de Bordeaux 
pendant la guerre de Cent ans : 

« A mes très-hùnrmtrez seigneurs viesscigneurs les gens des compks 
Wu rvtj, noslre S);v, à Paris. 

n Mes irès-honnourez seigneurs, je me recommande à vous tant hum- 
blemont comme jo puis. Et vous pîaiso savoir, mes Irès-honuourez sei- 
gneurs, que diemeiiche dernier arriva en la chenau de la Rochelle, hors 
la cliaure, une barche appelée la harcfic Saimie-iîark de la Teillaye, 
qui venoit de Bourdeaiix charg-ée de xj. fardeaux de draps d'Angleterre 
et de vj. Angloys. Et lanlost après vindrent par devers moy les maire 
el eschevins de ladicle ville, et me prièrent que je donnasse congié aus- 
diz Anglois de entrer en ladicte ville avec leurdicte barche et marchan- 
dises. Ausquels je respondi que non foroie jusqiies a ce que j'eusse parle 
aux gens du roy. Et pour ce que lesdiz maire el eschevins se doubloienl 
bien que je ne leur donneroie point ledit congié, aclendu que lesdiz An- 
glois. sont ennemis du roy, et que les trêves esloicnt faillies, el aussi 
afin que caulelousemcnt mo amusassent durant qu'ilz me faisoienl leur 
requesle, îlz firent entrer dedenz ladicte ville lesdiz Anglois, leur barche 
et marchandises. El incontinent qu'ilz furent dcscenduz, ledict maire 
misl lesdiz Anglois es prisons de leschevinnage de ladicte ville, saisil 
ladicte barche el print lesdiz draps et autres denrrées, el encore les 
détient. Et après ce que je sceu lesdiz cas, feys commandement ausdiz 
maire et eschevins, sur tout quanque ilz se ponoicnt mesfero envers k; 
roy, que incontinent ilz me rendissent ez prisons du roy lesdiz Angloys 
avec loulos leurs dicles manhandi.ses; laf|iielle chose ilz ne voulurent 
fere, ains s'o|ipobereul, proleslaiis dapiicller. El dienl les gens de cm- 



I 
I 

I 




ADDITIONS I:T COHUECTKKNS. 



scil de pas- deya qu'ilz ont corilstiué leui-s privilèges et jurisdicUon. EL 
lie fusl seulement que pour avoir fait entrer lesdia ennemis dedeas ta 
ville du roy apv{?3 la trêve et saiiz mon congié. Et après sont venuz par 
devers nioy lesdiz maire et esclievins, et m'ont requis que je les re- 
ceusse à opposicion ; et pour ce que je leur ay respondu que je ne les y 
reœvroic point jusques ;i ce t|iie je vous on eusse oscript et eu response 
de vous, oui appelle, et se fondent sur cerlaines lettres que depuis ont 
receues... qui ne faict riens h leur fait, considéré qu'il n'osioit nouvelles 
de trieve quant lesdiz Angloys entrèrent. Et pour ce, mes très-honnou- 
rez seigneurs, que ee fait est gros et poysant tant pour ladietc prise, 
qui puet valoir ij" livres et plus, comme pour la conséquence du temps 
à venir, et aussi qu'en nulles conliscations vacans no espaves tant de 
biens d'ennemis du royaume que autrement, de leurs bourgois ne 
d'autres ilz n'ont aucun devoir ne congnoissance, ains est le vray de- 
maine du roy, et en oultrc que en ce il n'y a ni\\ des gens du roy de 
par de^ qui me vueillent aidier, ne secourir, ne qui s'en vueille enlre- 
raectre, no le poursuir, se n'est le receveur, pour ce qu'ilz sont touz du 
conseil et eoilege de ladiele vdle, j'envoie présentement pour cesLe 
cause ce cbevaucheur par devers vous, afin que vous soyez avisez pour 
quelque cause que ce soit de non laissier aler ce droit, et que lesdiz 
maire et eschovins qui envoient devers le roy se tiennent certains do 
impetrer telles lettres du roy comme il leur plaira, ne vîengnent à leur 
entencion dudict fait, et que sur ce m'cnvoiez IccLres du roy et de vous 
nécessaires pour la conservation de son deniaine, ou autrement la plus 
belle branche de son dicl demaioe yra à perdicion, sanz ce que jamais 
on l'y puisse ramenner... Si vous suppli, mes Irès-honnourez seigneurs, 
que, sur ce, vous plaise m'envoyer telles et si bonnes lectres que le droit 
du roy et son demaine y soit gardé.... Escript k la Rochelle, le xv^ jour 
_ de novembre (UiOJ. 

H « Le tout vostre, Pierre de Villesnes, gouverneur de la Rochelle. » 

^ (Bibliothèque impériale, collection Gaignieres, État» do Nor- 

^^^^^^ mandie, 557, i" pièce.) 

^* 



Tome I, p. 156, note 1. 



Dans le rôle de France de 1402 (4 et f> Henry IV, 
membr. 19), on trouve un sauf-conduit pour Arnaud 
Piers Crosat, bourgeois de Pampclunc, admis à circuler 



460 



«vnuiriuNs et cohrections. 



à l'époque et autant de fois qu'il lui plaira, dans les pos- 
sessions anglaises, et d'y faire entrer un navire d'Espagne 
chargé de ses effets et de marcliandises quelconques. 

Tome I, p. 164, v. 3 des notes. 

Samuel Pepys écrit, à la date du 10 février 1668-69: 
« Le duc d'York vient de recommander une nouvelle 
espèce de vin dernièrement découverte, appelée vin de 
Navarre, que j'ai goûtée et que j'estime être un bon 
vin. » {Diarij of Samuel Pepys, vol. IV, p. 99.) 




Toriic I, V- 168, note i. 



Voyez encore, relativement au prix que nos ancêtres 

attachaient au vin vieux, Floovaui (Paris, mdccclvui, 

in-18), p. 31, 32, v. 1011 et 1018; Fierahras (Paris, 

MDcccLX, in-18), p. 100, v. 3299; et îîmn de Bordeaux 

(Paris, MDCCCLX, in-18), p. 120, v. 4008 et 4029, et 

p. 123, v. 4131. Dans un autre endroit de ce dernier 

poëme, p. 84, n" 2811, des pèlerins armant un navire, 

embarquent 

Bcscuit, k grant pleuUi, 
Et pain et car cL vin vies et clani. 

Tuiiie L p, 191), note 2. 

L'acte que nous avons signalé comme étant d'Ed- 
ward m et du 13 août 1358 est d'Edward I" et du 
13 août 1302- Connu sous le nom de carta mcrcatoria, 
il a été publié plusieurs fois, entre autres par Hackluyt, 
dans son grand recueil de voyages [the principal Navi- 
galiom, etc.), vol. I, p. 133-137. — La charte d'Ed- 
ward 111 eu laveur des marchands qui venaient chercher 



• 



 



ADDITIONS ET COTIRECTIO.NS. 



mi 



des vins en Gascogne, est de 1363, et se trouve dans le 
manuscrit cottonien Caliaula D. m, folio 78. 

^^^ Tome I, p. 306, note 4. 

Ajoutez qu'il est fait mention d'autres membres de la 
même famille dans un acte de vente d'une propriété par 
Marthe Angevyn et Guillaume Angevyn, son père, de la 
paroisse Saint-Seiirin en Blayais, à Nicolas Toureau, de 
la même paroisse. (Minutes de Duuzeau^ 6 février 1548.) 

■ Parmi les minutes de Douzeau, il est fait mention, à 
I la date du 27 mai 1559, de Perriu Charlbues, commis 
péager de M. de la Rocque, des péages et passages des 
villes de Saint-Macaire, Langon et Cadillac, à Toccasion 
d'ujie déclaration à lui faite, par un couralier de Tou- 
louse, du pastel qu'il avait chargé aux Chartrons. 



Tomef, p. 21,(1 



Tome I, p. 358. 

Dans le garde-note des Archives déparlemenlales de 
la Gironde, on trouve à chaque pas des actes relatifs au 
commerce des cuirs à Bordeaux. Le 23 août 1552, Dou- 
zeau enregistre la vente à un cordonnier, par Christophe 
des Prés, demeurant à Niort, de veau tanné, pour le prix 
de 45 livres tournois ; et le 25 octobre suivant, le reçu 
de Bernard Cycard, corroyeur d'Agen, de partie d'mie 
somme de 725 livres tournois, duc, pour deux cenls 
douzaines de peaux de mouton, par Roger Sadler, mar- 
chand de Londres, demeurant alors à Bordeaux. Ce 
commerce de peaux entre cette ville et l'Angleterre est 



4G2 ADDITIONS ET CORRECTIONS. 

(•unfirmé par une charte-partie, dressée par le même 
notaire, le 17 avril 1557 : il s'agit du chargement sur le^ 
Robert, de Grimsby, pour Jean Ducasse, marchand et 
bourgeois de Bordeaux, au nom de William Meue, mar- 
chand et bourgeois de Londres, de cinq barriques vine' 
tières, pleines de peaiLx de maroquin, « dont n'y a à 
chescune barrique que douze douzaines de peaux de mar* 
roquin. » Citons encore les minutes de Benhors : on y 
rencontre, à la date du 11 septembre 1561, un acte de 
vente de soixante-six douzaines et neuf peaux de vedelins 
de Poitou, par Antoine Masse, marchand de Toulouse, à 
Jean Cleyrac, marchand de Bordeaux. (Liasse 184-2, folio 
vij'^1 verso.) — Nous n'avons rien dit des cuirs que le Pé- 
rigord envoyait à Bordeaux : nous avons une trace de ces f 
sortes d'expéditions dans un acte de Coulhures, en date 
du 22 dcceiBbre 1665, mentionnant une saisie de dix 
cottes de cuirs sur un batelier de Bergerac. — 11 ne faut 
pas oublier que notre ville possédait autrefois de nom- 
breuses tanneries, situées non-seulement sur les fossés 
qui en ont retenu le nom, mais en d'autres endroits. 
Par acte du 25 mars 1525, Bernard Dubourdieu, de 
la paroisse Saint-Custau de Lenyac, s'engage à fournir 
à Pierre Garyntau, marchand tanneur, de la paroisse 
Saint-Ëloi, dix cas de tan, au prix de 35 sous le cas, 
rendu, aux frais du vendeur, sur le port de Langon. 
(Minutes de Brunet, liasse 67-4. Cf. 16 mai 1525.) Dans 
d'autres documents, il est fait mention d'une a adouberie 
sur l'estey du Peaulgue, » vers la rue des Palanques 
(Gendrault, 26 octobre 1543), et d'un établissement sem- 
blable situé * au Palais Galiane, au lieu appelé à FoiK 
fl'Audfge, » non loin de la vigne désignée sous le non) 



I 
I 




ADDITIONS ET CORRECTIONS. 463 

de Planfey de Nanjitc, retenu en partie par la rue qui 
l'a remplacée. (Douzeau, 11 avril 1559. Cf. 18 mai. — 
Deuhors, 9 mai 156^; liasse 184-2, folio Ciiij"'xiiij 
verso.) — En 1713, le sieur Jacob Albert, dont le nom 
a déjà passé sous nos yeux, demandait l'admission de 
diverses marchandises qu'il avait fait venir d'Angleterre 
à Bordeaux, notamment de soixante-seize cottes île cuirs 
forts et de trente-quatre cuirs tannés, tous articles prolii- 
[bés : sa requête fut couronnée de succès. (Registre du 
Conseil de commerce F. 12. 58, folio 58 recto ; séance 
du 30 août 1713.) Plus tard, des négociants de Bor- 
deaux ayant demandé de pouvoir faire passer à l'étranger 
les cuirs tannés qu'ils tiraient des îles françaises de 
rAmérique, avec la même exemption de droits qui leur 
avait été accordée par les lettres patentes de 1717 sur 
les sucres terrés, les indigos, etc., essuyèrent un refus. 
(Registre F. 12. 88, p. 61-66; délibération du 2 mars 
1741.) 

ToniÊ I, p. 208, ligne 8 des notes. 

Parmi les minutes de Douzeau, on trouve, à la date 
des 20 et 22 avril 1561, im acte de vente d'un millier 
de merlus à Jean de Machicourt, bourgeois et marchand 
de Bordeaux, par deux marchands bretons. 

H Les mmutes des anciens notaires de Bordeaux présen- 
lent à chaque pas des mentions de vente de laine. Sans 
nous arrêter à un acte de Gendrault, du 11 mars 1548, 
nous en citerons deux de Douzeau, du 5 juillet 1549 et 
du 13 janvier 1550. Par le premier, .fean de Meaulle, 



Tome 1, p. 283. 



itîi 



ADDITIONS ET COHRECTIONS, 



de la paroisse de Mons, vend à Simon du Prey, inur- 
chaiid d'Albi, cent quintaux de laine grosse, de lande; 
|p second concerne le chai'gement par Menaull Yincens, ■ 
au nom de Bérard de Garduque, de quinze balles de 
laine à destination de Rouen. 



Timu' I, [). 288, note 4. 

On voit par les Olîm (t, 111, 2" partie, p. 173, 174), 
qu'en 1306, les marchands espagnols venaient vendre 
des draps à Paris, Voyez, sur les marchands de Gastille 
trafiquant en France, des lettres patentes de Louis XI, 
en date de septembre 1479, dans le grand recueil des! 
Ordonnances, t. XVm, p. 499-502. 

Tomr I, p. 992. 

Les minutes de Douzcau fournissent encore nombre 
«ractes relatifs au commerce de draps de nort et anglais 
qui avait lieu à Bordeaux ; nous ne citerons ici qu'une 
reconnaissance de 13 livres et demie tournois, par Mi- 
chel du Portau, marchand de Bazas, à Robert Prouch, 
marchand d'Angleterre, pour prix d'une pièce de drap 
large Jrize; et une vente de deux pièces de drap blanc de 
nort à un marchand de Saint- André de Cubzac. (23 
vrier 1538 et 14 juillet 1552. Cf. 5 juillet 1552 et 
dessus, p. 12, note 3.) 

Tome I, p. â96, noie 1. 

En France, la couleur bleue n'était aussi répandue que 
parce que c'était la couleur du roi. On sait d'où vient le 
mot blouse. L'abbé de Marolles représente les paysans 




I 



I 



ADlItTIO.NS ET CURRECTIONS. 46& 

veslus de leurs robes bleues bien plissées. » {Mémoi- 
res, etc. A Paris, m.dc. lvl, in-lulio, p. 13.) « G'estoit 
ainsi, dit Furetière, qu'on habilloil les pauvres orphelins 
et les eufans de Thospilal, létiioîn eeux du Saint-Esju'it 
et de la Trinité. » {Roman comique, édit. de la Biblio- 
thèque elzévirienne, p. 330, Voyez encore Tliistoire du 
poêle Sibus, parmi les Vnriêlrs /lîstorlgnes et littéruirea 
publiées par M, Edouard Fournier, t. VII, p. 93.) 

Tome I, p. 306, noie 2. 

Paj-mi les minutes d'un autre notaire, Douzeau, il est 
fait mention, à la date du II et du 16 octobre 1525, 
d'un chargement par Thomas Gosling, marchand de 
Londres, de cinquante-deux tonneaux de vin et d'une 
certaine quantité de pastel pour le Passage, à délivrer 
à Thomas Baker, autre rnarciiand anglais, demeurant à 
Renleria. Ce même Gosling figure auparavant, sous la 
date du 19 novembre 15*i4, dans un protêt à défaut de 
paiement do 409 écus sol, prix de trente quintaux de 
plomb, et de fîOO livres tournois. 

Tome 1, p. 316. 

La pièce suivante, transcrite par M. Paul Ilaymond 
sur un registre des Archives du département des Basses- 
Pyrénées (E, 302, folio 129), nous fait connaître le nom 
de l'un des armuriers de Bordeaux à la fin du xjv* siècle, 
et peut donner une idée de l'extension qu'avait prise son 
industrie; on y voit figurer en même temps: un Alle- 
mand, qui, scion toule apparence, travaillait dans la 
même ville, longlenjps avant les armuiiers milanais sur 
lesquels M, Ernest Gaullieur nous a donné de curieux dé- 
II ao 



IW AUDITIONS ET CORIIKCTIONS. 

tails dans la Revue d'Af/uituine, douzième année, t. Xil, 
p. 36-53 : M 

M Conegude cause sie que Guîlard de Junqii yeres, armnrer de Bordeu, , 
l-ambort Hrnqiie, tl'Alnmitnie, armurei' rie colas tle fer, reconogoo e nu-fl 
Ireyiin e en vorlat coiifossan aver prees c recebut de la ui;ta de Moss. ^ 
de Foixs cenl flontis d'aiir d'Aragon, por los quaus lo i>ronielon e s'obli- 
gan aver perlai a Modaas lx. baeinetz ab capiTialh e lx cotes de fer oi 
plus, si plus poden, boos e sutTicienlK, dessi au diemcnge après la Epi- 
pbuiiic pmsiniar vient; c no parlir de la dicle viete de Morlaas p.iri lai 
viiliiiilal dtni diii Moss. de Foixs, enlro ayen pagalz los diils c Iloriiis 
deus diils arjices, o deus au 1res obradges que faran, o si a tantz arners , 
110 y poden aver ni far au 1res obradges de que podessen pagar, que re-l 
deran e pagucran los diils r. florins. E per so tenir et complir obli!<an, 
lors cors e persones e tolz lors bées tnobles c no niobles, quan poties- 
sen esser prees e occnpaLz e melulz en preson, e causes que han ni] 
aurnti per lois loex e per tôles scuhories, on que fosscn Irobatz ni 
atlenlz, a la reqiiesLe du dict Moss. de Foix o de son nian porladorde 
queste carie; speciaumens s'en sosmeton a la conipullion de la seiiiiorie 
de Uordeu e generaumens a totz autres senbors e jtidics seclaris c de 
glisJ. E a maior feriiiece, juran cada un de lor sur los sunlz ovangelifi de 
Diu, tocalz de lors niaas decxtres, que ayxi ac ihieran el complinu.fl 
cum sobrofliit es, seys far ni vier en res contre. Fcit fo a Orles, lo^ 
XJCVii jorn (le da'ember. Fan m gcc iaxv. Tesliinonis son : Arnaul (fc 
Sont-Cliristau, Aniaulùu de Fayet, rterdolot de balaiisuu. 

n Ë. ju U. do LnuU [nolarij, a etc. ^J 

A la fin du xv!"^ siècle, la fabrique d'armes de Bor- * 
ileaux avait cessé d'exister, et los geus de j^uerre, pour 
peu qu'ils fussent de qualité, demandaient leurs équipe- 
ments à Paris. On trouve, parmi les minutes de Denhors, 
à la date du 25 mai 1561 (liasse 184-2, folio ifxlvij 
verso), un reçu de 62 livres 5 sous tournois, par Philibert 
Morin, marchand de Niort, « à cause de certaines armes, 
bariles, panaches et autres choses, que ledit Morin a 
portées depuis la ville de Paris jusques en cesle ville de 
Bourdeaux pour mons*^ le maréchal de Termes. » 



ADDITIONS ET COHHHr.TlUNS. 



467 



Toiiwl, p. 400. note J. 

On lit, parmi les minutes de Doitzeau, à la dale du 
16 janvier 1552, un bail à loyer de la maison du Cha- 
peau-Rouge « pour Tovro S. Reiiiy de Bordeaux, » 
moyennant 60 francs bordelais par an. — Aux anciennes 
hôtelleries de Bordeaux, il faut ajouter celle où pendait 
pour enseigne le Milord d'Angleterre, (Minutes de Gré- 
goire, 21 mars 1700.) Historien des cabarets et des hôtel- 
leries, nous ne pouvons ré.sisler au désir de mentionner 
celle des Trois-Rois, à Castillon, nommée dans un acte 
de Denhors, du 23 février ]5tîl. (Liasse 184-2, folio 
Miij*lxj verso.) 

Tiirac I, i>. m, nutt! l. 

Parmi les minutes de Denhors, on trouve deux con- 
trats [^d'apprentissage, l'un par lequel sires Jacques et 
Pierre de Maurian échangent, pour un an, Pierre Desai- 
gues, fils de maître Micheau Desaigues, avocat au par- 
lement, leur neveu, contre Robert Frosman, fds de 
John Frosman, marchand île Fenwick en Cornouaille 
(liasse 184-2, folio siiiij'^xxxiij reelo; 16 mars 1561); 
l'autre pour Guillaume Meynard, fds de Pierre Meynard, 
charpentier de barricfues, destiné à compléter son éduca- 
tion chez John Zebe, marchand, demeurant en la ville 
de Turniran en Angleterre. {îbid., folio Mliij recto; 
12 décembre de la môme année.) — Après la révocation 
de l'édit de Nantes, ces échanges d'enfants furent pres- 
que interdits. Le marquis de Seignelay, écrivant à l'in- 
tendant Morant, le 25 février 1687, lui reconmiandait 
d'empêcher, en Provence, l'envoi des enfants à l'étran- 



468 



AUDITIONS KT CtUlHF.CTlONS. 



giM-, SOUS le prétexte de leur faire apprendi'e des lan- 
gues. {Correspomhncc adminùtrative sous le règtie de 
Louis XIV, i. IV, p. 404.) 

Tome I, p. 4:28. 

Il existe, à la date du 12 janvier 1485, des lettres pa- 
tentes du duc François II, portant défense de prendre 
plus du quarantième denier sur les vins amenés au port 
de Nantes tles parties de la Rochelle, Bordeaux, Bayonne 
et autres lieux circonvoisiiis, (Archives de la préfecture 
du département de la Loire-Inférieure, Marine, folio 78.) 

Tome I, \>. 130, noie 1. 

Voyez, sur le commerce des vins de France à Anvers, 
Geschieilenis van Aniwerpen, etc., bewerkt door F. H. 
Merteus en K. L. Torfs^ t. IV. Aniwerpen, 1848, in-8^ 
p. 174, 175. — Au moyen âge et même jusqu'à l'éta- 
blissement de la répubhque des Provinces-Unies, les re- 
lations commerciales entre ces pays et le midi de la 
France étaient à peu près nulles. Pour ce qui est tlu 
commerce des vins, on se contentait de ceux que l'on 
tirait d'Ailemagne, el les vins de l'ouest, comme on les 
qualifiait (Westerche wijnenj, ne pai-aissaient que sur 
les tables somptueuses des princes. Ils venaient d'Anvers 
ou de Bruges, les grands marchés de l'époque ' ; la Hol- 

* Les Flamands^ les approvisionnaient surtout en vias d'Aiinis. On lit dans 
la Ctimniquc de Loridi-es, :i la dalc de 1383 : u Cette annî'c, le comte d'Aniu- 
del. amiral dAngkU'rrf! Louilialtit Siur mer avec les Flamands le jour de 
Nntre-Dame <>n cai'^inc; il les battit ut s'empara de plusieurs navires chaînés 
'de vins de la Ruchelle.... Lii Mmime des liâlimenls, griinds et petits, caplorfs 
en celle circonslanee, montait à quatre-vingt-six, et 11 s'y trouvait dix-srpt 
mille tonneaux ûv vin >• (^l Chrouicle of Lovdmi fi'oni lOftD la iiH.î, olf 
Lftiidûo, B(.m:c<.,xxvii., in-4", p. 77.) 



ADDITIONS ET COKRECÏJON: 



469 



lande ii'ayaitt commencé à visiter les ports de notre midi 
que vers le milieu du xvi" siècle. Deux résolutions des 
Ëlats, des 9 mars et 5 novembre 1549, témoignent en 
passant et sans entrer dans aucun détail, de l'importa- 
tion des vins français, et de la nécessité d'en régler les 
droits. Avant et après cette époque, nous trouvons : 
1" sous l'aunée 154(3, un placard de Charles-Quint dé- 
fendant d'importer sans pernn'ssion des vins français en 
Hollande, placard enregistré dans le premier Mémorial 
van Dam, folio 190 recto (Archives de la cour, à la 
Haye); 2" un autre placard, de 1563, qui règle le prix 
des vins de France et de Lorraine en Hollande (Iroisième 
Mémorial Ernst, folio 27 recto; mômes Archives) ; 3° en 
1564, une révocation de ce placard, avec permission de 
vendre au prix que l'on voudra {îMd., folio 164 verso) ; 
â"* une ordonnance de 1583 concernanl l'impôt sur les 
vins français, tant rouges que blancs, imprimée dans le 
grand Recueil des placards (Groot Placaatboek van Hol- 
land), t. 1, p. 1G57, et souvent renouvelée et modifiée, 
notamment en 1607 et on 1631. [Ibid., p. 1661 et 1669.) 



Tdmt; I. \i. 435. 



L noi 

H Dans un inventaire dressé par Coulhures, le 20 jan- 
H vier 1665, on trouve mentionnés les tableaux suivants, 
sans que rien indique l'école à laquelle ils appartenaient : 



h 



Plus deux tabbaux peints à l'iiuile, l'un rcpi'esealanl le (Ils de Dieu 
portant la croix, ûL TauU-e le courannonicfil de la Vierge, fort a niions. 

Ptïis deux Lablefliix fort vieux peinls à l'huilo, l'un reprcscnlanL stiiiicl 
iean-BapListe, el l'atili-e la Madelaine. 

Pkis f|i]alro Uihlfaiix peînis à riuiile, fort vieux, represeulnns, l'un 
sainct Jean, l'autre sainut Audré, saiiicl Pliiiipe, et laulre sainct Jacques. 



170 



ADDITIONS ET CORKECTIO.NS. 



Tome I, p. 437. 

Au nombre des marchands flamands élablis à Bor- 
deaux, dont le notaire Coulhures nous a conservé les 
noms, nous mentionnerons encore Josué Van Herlaerl, 
Jacob, son frère, et Samuel Beck, impliqués dans un 
procès, venu à la suite de violences exposées dans un 
acte utile à consulter pour la connaissance des mœurs 
commerciales du milieu du xvn^ siècle. (Liasse 118-7, 
folios 283-330; 14 mars 1665.) 

Tome I, p, 430. 

Voyez, au sujet du dessèchement des marais de 
Guienne, Corresprmdance administrative sovs le rèijne 
de Louis XÎV, t. FV', p. 63; et Lettres, instructions et 
tnémoires de Colbert, t. IV, p. 232. 

Tome l.p, Ul. notes. 

Les minutes de Douzeau renferment encore, à la date 
du 30 octobre 1550, un acte relatif au chargement, à ■ 
Bordeaux, de vingt- trois tonneaux de vin pour Sainl- 
Jean-de-Luz, et, au 26 juin 1551, un autre document 
pareil concernant le chargement d'une quantité presque 
double, à destination de Glaves (Galvez?) en Espagne. 



Tfttiiel, p. Wi. 



Dans les Triomphes et nouvelles de la cour, avec la 
réception de Madame Alienor et les enfants de France, 
par les princes et les dames, le 11 juillet 1530, le nom- 
bre iks Jiavifcs de ij;uei'rc ul inai'fhands ancrés dans le 



ADDITIONS ET CgilRECTIONS. *?♦ 

leaux, est porté comme s' élevant de cent qua- 
rante à cent soixante. Le narrateur ajoute que la dame de 
Nevers fut suivie « par bien quatre cents gallcres, gallions, 
barques, caraques, et autres vaisseaux de mer, grands, 
gros et menus. » (Le Cérémonial frauçois, 1. 1, p, 770. 
Cf. p. 774.) 

Tome 1, p. m, ligne 10. 

Lisez Chirac, et rectifiez ce que nous avons dit, à 
faidc du passage suivant, emprunté h une lettre du mar- 
quis dcSeignelay àColbert, on date du 2 décembre 1670 : 
« Les marchandises du plus grand débit [à Agen] sont 
les pruneaux. 11 en sort tous les ans pour 50,000 escus, 
que les HoUandois achèlent pour leurs teintures. » {Let- 
tres, instructions et mémoires de Colberl, 1. 111, 2^ par- 
tie, p. 25.) 

Tome I, |), 517. 

Voyez, dans les Oiim du parlement, t. I, p. 279, un 
arrêt conire Boson « de Bordeîia, » chevalier, qui avait 
arrêté et dépouillé deux marchands in conductu et secii- 
ritate régis, en 12(58. Cf. Bourquelot, Mémoires pré- 
sentés par divers savants à l'Académie des inscriptions 
et helles-lettres, etc., t. Y, V partie, 2" série, p. 24, 
note 1. 

Tome !!,!>. 8, ligne tO. 

« Alexandre Parentes » est mentionné dans un acie de 
Cas^aigiie, (ïu 7 juin 1568. (Liasse 87-12, folio iiij''lxxvj 
recto.) 

rtirf., note 1. 

.Aidéricuremeiit à 15 iO, les minutes de Douzcau rcn- 



471 ADDITIONS ET COUHECTIOKS. 

lermeiU nombre d'actes dans lesquels figurent les 
TouaiHa. Le 14 mai 1517, c'est une reconnaissance de 
20 francs bordelais par Thomas Aj^el, dit Legris, cor- 
ratier, et sa femme, à Pietro et Andréa, et le 23 du 
même mois, une autre reconnaissance de Ramon Re- 
gnon de Saint-Martin^ de Lormont, pour vente de draps, 
à Pietro, absent, représenté par son frère Andréa. Le 
3 août nous offre une quittance, pour solde de tout 
compte, donnée par Pietro à Pierre de Pouyauk, de 
Saint-Macaire, qui, le même jour, recommence sur nou- 
veaux fmis, en achetant du blé et en empruntant de 
l'argent à notre Italien. Ses affaires de bulles, comme 
en témoigne un acte du 14 août 1517, remontent bien 
plus haut que 1521. Le 27 du même mois, il achète des 
baiTÏques à Jean Chauderon, courtier de la paroisse de 
Saint-Remi; enfin, le 3 décembre, il donne procuration 
à Matthieu de la Rue, marchand et bourgeois de Bor- 
deaux, 

Tonu; l[, p. J:2. 

Jean Gaussen, « escuyer, bapleur de monnoye, » est 
mentionné dans les minutes de Denhors, à peu de dis- 
tance d'Arnauld du Vergier, quand vivait également 
monnayeur. (Liasse 184-2, folio ix*xlix recto, 11 no- 
vembre 1561; et folio Miiij'"'vj verso, 20 décembre.) Les 
minutes de Castaigne nous permettent d'ajouter à cette 
liste le nom d'un autre batteur de monnaie, Lauj'CQt 
Daillaire (13 mars 1568, folio 207 recio). 



Tutu*; II. p. *0. 

Dans le registre du parlement de Bordeaux, colé B 17. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 

Jean de Nahugues est 



473 



la date du 23 juin 1524, qua- 



lifié de marcliand riche et puissant. 

Ibid., note i. 

Les minutes de Douzeau renferment également une 
procuration donnée par le même Jean d'Aste à Jean 
Compte, prêtre de Saint-Remi (29 mat 1518), et un acte 
portant vente de merrain au premier. (12 Juin de la même 
année.) 

Tome H, p. 23, ligne 3. 

Jean de Sainte-Marie figure encore, avec la qualité de 
jurât en même temps que de marchand et de bourgeois, 
parmi les minutes de Ûenhors, à la date du 12 mai et 
du 12 septembre 1561. (Liasse 184-2, folios ij'^j recto 
et vij'liij verso.) 

Tome 11, |). 25. 

Par acte de Douzeau, du 12 décembre 1517, « An- 

thoine Louppes, dit de Villeneufve, marcliand, paroissien 

H de Sainct-Remy de Bourdeaux, baille et octroyé à af- 

fazandure un bourdieu à Carinhan entre-deux-Mers. » 

■ Le même notaire nous a conservé une sentence de Ro- 
geron et Touailla, rendue par des arbitres, au nombre 
desquels figure Antoine Loppes (15 février 1518). 

m Les rapports entre Lyon et Bordeaux ne présejitenl 
rien de plus curieux qu'une demande en restitution fl'an- 
ciens titres qu'on disait avoir été jadis pris, dans la mé- 
Iropolc des Gaidos, i)ar les Gotlis, et transportés par eux 



Tome II, page 23, note 1. 



47* ADDITIONS ET CORRECTIONS. 

dans celle de rAquitaine, demande conservée dans les 
Archives municipales de Lyon, registre AA. 116. Les 
registres de notre Clianibre de commerce ne conservent 
d'autres traces que celles de l'intervention de la compa- 
gnie dans un procès entre les provinces de Languedoc, 
Provence et Daupliinc, contre certaines prétentions de laj 
ville de Lyon (Reg. B des délibérations, folios 80 recto 
(16 février 1719), 84 verso (19 mai), 85 verso (2 juin) 
et 89 recto (21 juillet). Ce procès était relatif au transit, 
principalement des denrées coloniales, comme la contes- ■ 
talion élevée entre les sieurs Richard et James Brad- 
shaw, négociants à Bordeaux, et les fermiers généraux, 
sur la question de savoir si les marchandises expédiées 
de Lyon en temps de foire et sortant de Bordeaux pour 
l'étranger, devaient acquitter le droit de contablie. (Re- 
gistre du Conseil de commerce F. 12. 83, p. 54; séance] 
du 26 janvier 1736.) 

Tome 11, p. 2G. 

A la fin d'un acte de Castaigne, du 12 août 1568, 
dans lequel il est fait mention de feu Jacques de Monta- 
lemberl, seigneur d'Essé en Poitou, et de François, sans 
doute son fils, on lit : « Noble homme M" Ântho^Tie de fl 
Loupes, escuyer, pour avoir esté présent. » (Liasse 87-12, \ 
folio v''iiij'"'xV recto.) Dans un autre acte, apparaît Pierre 
de Villeneuve, marchand et bourgeois de Bordeaux. (IVIi- 
nutes de Denhors, 11 septembre 1561; liasse 184-2, 
folio vij'^lj recto.) 

Tome ]l,p .57. 
Les minutes de 'riiciner renlenuent, à la date du 26 fé- 



ADDITIONS ET 



475 



vner 1577, un « aciiapl, puur Pierre de la Fous du Lu- 
don, » d'une- propriété appartonant à Jean de Saugues, 
qualifié de bourgeois et marchand de Bordeaux. 

Tunie II, p. 33, notti 1. 

Le sieur de Charnisey appartenait à une famille de 
Touraine bien connue. Voyez la généalogie de la maison 
de Menou, etc., dans les Mémoires de Michel de Ma- 
rolles, etc. A Paris, m.dc.lv!., in-folio, p. 376-397. 



Tunie II, p. 34, note 2. 

Nous sommes loin d'avoir fait meiUion de tous les 
actes des notaires Castaigne et Themer, relatifs aux af- 
faires d'Augier de Gourgue; dans la multitude de ces 
documents, nous avons encore remarqué ceux-ci : Le 
^12 mars 1568, Patris Loyslegui, soldat sous k charge 
du capitaine Lesignan, reconnaît avoir reçu de ce com- 
mis à l'extraordinaire de la guerre, 40 livres tournois à 
lui ordonnées par M*"" de Monluc. (Liasse 87-12, folio ij*'ij 
recto. Cf. folio cciij recto et verso.) Plus loin, le même 
Augier est appelé « receveur du tallion et parties ca- 
suelles de Bordelois, et fermier gênerai du domaine de 
S. M. » [Ibid., folio ccv vcr.so; 13 mars 1568.) Le 9 fé- 
vrier 157Si, il prête 1,000 livres à Jean de Sonnart, se- 
crétaire du duc d'Anjou, frère du roi. (Liasse 87-14, 
folio cxviij recto.) Des minutes de Themer, nous n'ex- 
trairons que l'acte d'aflerme des degrés do l'échelle du 
Palais par M, le général de Gourgue, dressé le 25 juin 
1577 {liasse 488-15, folio 99 recto), et une reconnais- 
sance d'un prêt de 15 livres tournois à un gabarrïei' tle 



47G ADDITIONS ET CORRECTIONS. 

Barsac. (Liasse 488-16, folio 114 recto; 18 août 1577. 
Environ deux mois auparavant, Theniei' avait dressé le 
contrat de mariage d'un laboureur nommé Bernard de\ 
Goitrgue, habitant de la paroisse de Talence lès Bor-| 
deaux. 

Tome U, p, 35, note 3. 

Jacques Gobineau, ou Gobyneau, figure dans les mi- 
nutes de Denhors, d'abord le 6 octobre, puis le 23 dé-^| 
cembre 1561, avec la qualité de jurât. (Liasse 184-2, 
folios viij'^xl verso et Miiij'\\v recto.) Dans ces deux ac- 
tes, notamment dans le premier, où il est question d'une 
vente de drap noir et bleu, il est représenté par Guil- 
lemette du Vigne ou du Vignet, sa femme, sans doute 
parce qu'il était interdit aux jurais en exercice de tenir ' 
boutique ouverte. 

Tome II, p. 3(i. 

Les minutes de Denhors renferment plusieurs autres 
actes concernant des Pichon. Dans l'un, du 3 novem- 
bre 1561 (liasse 184-2, folio ix'^xxxviij recto), Jacques 
Pichon figure eu compagnie de Pierre Boucault, mar- 
chand de la ville de Bourg, comme représentant de Guil- 
laume de Gascq, contrôleur de la recette des deniers de 
l'impôt, mis en la sénéciiaussée de Guienne, de 15 sous 
tournois pour chaque tonneau de vin. Dans un autre 
acte, du 6 décembre de la même année (folio Mxxviij 
recto), apparaît Jacquette de Leslonar, veuve de feiïi 
M^ Pierre Pichon, en son vivant receveur du tailion do 
Guienne. Mentionnons encore une vente de <lraps parj 
Jacques Pichon et M* Ricliurd Pichon, clerc de la ville j 



ADDITIONS KT CnHIlEC'l'mxs. 



177 



Tome II, p. 37. 



lie Bordeaux, absent, à Jean de Casenave, marcliaiid de 
Sainl-Macaire, moyennant le prix de 510 livres tournois. 
{Ibid., folio Mij*=lxij recto; 4 février 1561.) 

■ Par acte de Cochet, en date du 21 décembre 1512, 
Robert le Prévost, marchand et bourgeois de Eouen, 

K confesse devoir h sire Arnault de Pontac, « marchand et 

■ bourgeoys de ceste ville de Bourdeaulx, » la somme de 
337 livres 10 sous tournois. 



Tome il, p. 39, note i. 

Les minutes de Douzeau offrent nombre de contrais 
bons k consulter pour dresser la statistique des prix des 
vins de Grave et de Médoc vers le milieu du xvi^ siècle. 
L'un des plus curieux, est un acte du 9 août 1532, par 
lequel N.-H. Baulde Dusaulx, écuyer et bourgeois de 
Bordeaux, réaccense à messire Pierre Ducasse, prêtre, la 
dîme du vin de Tannée que ce gentilhomme avait précé- 
demment accensée de l'abbé de Verleuil dans les parois- 
ses de Mai^aux , Soussans et Cantenac, et ce moyennant 
trente-trois pipes de vin du crû de ces dîmes, avec 
obligation pour le sieur Dusaulx de fournir les futailles 
et un homme pour surveiller la fabrication du vin. Le 
'23 octobre, après les vendanges, Jean Eernard, voilier 
de Cissac, vend vingt-cinq tonneaux de vin clarel, moyen- 
nant 500 fr. bordelais; et, le 28 mai de Tannée suivante, 
une vente de vin pareil, de Macau, s'effectue au prix de 
5 fr. la barrique. Le 3 août 1541, Aruauld de Saint- 
ISaturnin, de Moulis en Médoc, \^\\(\ une barrique de vin 



.478 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



blanc et trois lie vin clairet, le tout passé par la caiielle, 
c'est-à-dire soutiré et rend» k Bordeaux, moyennaiil la 
somme de 19 fr. bordelais, prix du vin du haut Pay^B 
(Dûuzeau, 18 février 1541), inférieur à celui qu'obte- 
nait quelques années plus lard Bernard de Saint-Jean^J 
pour deux tonneaux de vin de graves, vendus à Jean Les-™ 
tonna (minutes de Gendrault, 28 juin 1548 ; liasse 293-1, 
folio clxiiij), et à comparer au prix donné pour quat: 
tonneaux et demi do vin de même espèce, vendus 
24 janvier 1550, par Jean de Madronnet, chanoine 
Saint-Scurin, pour Biaise do Madronnet, son frère, officiai 
de Libonme et curé de Cantenac. Cette même année pré- 
sente, à la dale du 18 août, une vente de quinze ton- 
neaux de vin clairet, du cru et paroisse de Sainl-Laui-eiil 
et Pauillac, par M" Raymond de la Bégorce, notaire ilanfl; 
la preniièrc de ces localités, k Eslève Dagucrre, bour- 
geois et hôtelier de Bordeaux, au prix de 62 écus sol. 
— Dans un autre acte de Douzeau, du (> mai 1552, deux 
barriques de vin de Ludou (« claret, fusl, vin et ligne ») 
sont portées à 12 francs bordelais, prix d'une petite 
partie de vin clairet, vendue le 5 juillet suivant, par 
Léonard Jonson, marchand d'AstafFort; et dans un acte 
de Deiihors, du 27 septembre 1561 {liasse 184-2, folio 
vij'^iiij'^ix verso), un achat de vin rouge « du creu près 
de Siprès » a lieu moyennant le prix de 13 fr. la pipe, 
peu de jours avant une vente par Jean d'Anduisse, 
écuyer, homme d'armes de la compagnie du comte de 
Lude, à John James, marchand de Londres, de quatre 
tonneaux de vin rouge, à raison rie 35 fr. 1/2 le tonneau. 
(Ibid., folio ix^'xxvij recto; dernier d'octobre 1561.) En- 
fin, si nous descendons jusqu'à Couthures, nous voyons. 



trfl 

I 
I 



I 



^ 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



479 



I 



à la date du 27 novembre 1654 {liasse 118-2, folio 528 
recto), du vin d'Ambarès, porté à 24 écus le tonneau, et 
au 23 juin 16G5 (liasse 118-7, folio 118), du vin de graves 
vendu à raison de 25 écus le tonneau. Il est encore fait 
mention dans un autre acte de Douzeau, du 3 avril 1546, 
du vin claret , vin de graves et du a plantey de la Cra- 
berye, » à Caudéran. îNous n'en finirions point si nous 
voulions citer tous les actes de Douzeau qui éclairent 
l'histoire de la viticulture dans les graves de Bordeaux et 
en Médoc. Nous mentionnerons seulement : 1" une décla- 
ration du 12 septembre 1541, par laquelle M* François 
de la Graulet , huissier en la cour de parlement à Bor- 
deaux, reconnaît et confesse avoir et tenir féodaleraeut 
des maisons situées en la paroisse Saint-Miche! de Mar- 
gaux, au lieu appelé aux Ayrins^ pour 2 deniers d'es- 
porle et deux tiers de vin clairet du cru dudil lieu, cha- 
que année ^ à rendre au port de Meyre ou de la Barde ; 
2^ une vente d'une pièce de terre et vigne à Margaux, 
contenant par un bout sept arregnes, et par l'autre six, 
franche en aleu (28 août 1548) ; 3° un bail à ferme par 
messire Bernard d'Ornossan, sieur de Montagne, capi- 
taine des galères du roi, à Jean de Poyallet et Jean de 
Merlateau , paroissiens de Pauillac , de la seigneurie de 
Mouthon dépendant de Caslelnau en Médoc, « pour Tan- 
'lîée et récolte, moyennant quinze tonneaux devin claret 
du cru dudit Mo thon. » (12 juin 1549,) • — • Nous avons 
encore remarqué, parmi les mêmes minutes, un acte 
relatif à l'ile de Macau (21 novembre 1532, folio ij^'lix 
recto), dans laquelle un pacte de louage, reçu ]>ar Gen- 
_ drault, le 24 décembre 1548, signale du vin. — Les 
■graves et le haut Médoc étaient donc de bonne heure 

L 



i 



480 



lECTIONS. 



encore 



ADDITIONS ET C 

plantés en vignes; toutefois-, 
cantons bien des terrains ei 
Themer, en date du 18 mars 1574, on voit Jean Mourin, 
rignier, s'engager envers Jean de Casau, élu en rélection 
de Guîenne, à « luy labourer et fudir les vignes qui 
s'ensuivent : 1" luy labourer le désert qui est par dessus 
la maison dudit de Casau en graves de Bourdeaux, size 
eu Pipas, qui peut consister en vingt hommes. » (Liasse 
488-16, folio 176 recto.) • 



Tome M. p. 44. 



H 



Dans les Archives de la préfecture du département de 
la Loire-Inférieure, on trouve une pièce de 1641, qui 
donnerait à penser que l'un de nos archevêques faisait h 
commerce des vins. Il y est question de cent tonneaux 
pour Henri d'Escoubleau de Sourdis, qui n'aurait point 
acquitté les droits. (Finances, n'* 12, Devoirs de la ville, 
f. 33.) 

Tome II, p. M, noie I. 



4 



Le Pierre du Perrey nommé dans cette note, étâîr 
à ce qu'il paraît, un notable commerçant de Bordeaux. 
Pour ce qui le concerne , lui et sa famille , on peul 
recourir k tleux actes de Denhors, l'un du 13 janvier 
1561, l'autre du 20 juillet de la môme anuée. (Liasse 
184-2, folio 1, v*=cxxiii] recto et Mclxvj verso.) 

Tome n, |). (18, note S. 

Voyez, sur le conseil de commerce, aux délibérations 
duquel nous commençons ici à renvoyer : Des Imtilu- 
lions commerciales en France. — Histoire du bureau 




ADDITIONS ET COlUtECTEONS 484 

du cummerce et du mnseil royal des finances, et du 
commerce, par le V'^ lïutteau fFOrigny, t. V\ (Paris, 
Dentu, 1857, m-8^) 

Tome II, p, 123, noie 2. 
Au lieu de 326, lisez 362. 

Tomf H , ]), 126, notfl 4. 

Le Mémoire sur le coinnierce de Bordeaux en août 
1730 se Irouve parmi les manuscrits de la Bibliothèque 
j^lazarine, sous la marque P. 1612, in-folio. 

Toiuc II, |). 14S, noie 2, ligne 9. 

Lisez swanskins, sans e. 

Tome H, p. 146, en note. 

Dans un Esfût en f/ros de toufcs les victuailles four- 
nies à l'escrivain du roij, dans le navire /"Anna, à 
commencer du xvj'' décembre 166D, figurenl « vingt- 
quatre tonneaux et soixante-dix pots de cidre, chacque 
tonneau eonteuant quatre cents pots, qui font en tout 
neuf mille six cents soixante-dix pots. » (Lettres h M. Col- 
bert, janvier- juin Ifîdl. Golb. eu. Mél., foiio 288 recto.) 

Tome II, p. 148. 

Si nous n'avions pas donné pour limite à notre travail 
l'année 1730, date de celui de l'ancienne Chambre de 
commerce de Guienne, nous aurions fait mention de 
plusieurs documents plus récents qui viennent encore à 
l'appui de ne que nous avons dit des restrictions appor- 
tées par les Bordelais au commerce des vins étrangers à 

Il M 



iHî ADDITIU.NS KT CoHUECTI UN». 

leur lerriloire. Le registre du Conseil de commerce, cot^ 
F, 12. 86, renferme un grand nombre d'articles quil 
éclairent ce sujet ; nous n'en citerons que trois : 1" uiiôj 
requête du sieur Élienne Caussade, négociant de Bor- 
deaux, qui demandait la cassation d'une sentence iUcsM 
jurats qui l'avait déclaré déchu du droit de boui^eoisie' 
et coudamné à 2,000 livres d'amende pour êlre allé 
acheter des vins à Marmande (p. 41, séance du 29 jan- 
vier 1739. Cf. F. 12. 87, p. 250,7 juillet 1740; p. 286, J 
14 juillet; p. 299, 11 août; p. 307, 26 août; p. 375, 
3 septendjrc) ; 2** des plaintes du sieur Argeliez, négo- 
ciant de Montpellier, au sujet d'une ordonnance des 
mêmes jurats qui l'avait condamné à réduire en cau-j 
de-vie plusieurs barriques de vin de THermitage et délB 
Roquemaure, restées à Bordeaux après les cargaisons 
faites' (p. 101, 5 mars 1739) ; 3" une autre requête d'un M 
sieur de Carbonnières, {Icmantleur en cassation d'un 
arrêt du parlement de Bordeaux^ qui avait prononcé Ui 
confiscation de soixanle-six barriques de vin de Dom-j 
mes, expédiées à destination des îles françaises de TAm^ 
ritjue , par ce motif que ces fùls étaient de même jauge 
que la barrique bordelaise. (P. 345, 16 juillet. Cf. F. 
12. 87, p. 497; 29 décembre 1740.) L'un des registres 
suivants, marqué F. 12. 88, renferme également plu- 
sieurs articles concernant la descente des vins du Quercy, 
de l'A gênais el du haut Pays dans le faubourg des Char- 
trons, et généralement la police des vins eu 1741. |F<> 
lios 1 et suiv., 101, 107, 113, 256-270 et 582.) 



' Voypi les OEiivrt'S de Turgol, 2' ùdltlfiii {CMeclloH des imucipivu t'cMif- 
m'iHlen. P;iiis, <;uill;iumin, I8tt, in-S"), t. Il, p. ôU iH.siiiv., el cfe /« Phile»»- 
phie de Ttirijot, |)ar \. Mastier. Paris, Ift(i2, p. lOTï. 



AUDITIONS I:T CUllHECTtO.NS. 



483 



I 
I 

I 

I 

I 



Touje II, p. 140, note 1. 

Consultez encore une plainte de l'ambassadeur de Hol- 
lande au sujet do la jauge et de la falsification des vins 
de Bordeaux, soit par le transvasement dans des futailles 
bordelaises des vins étrangers à la sénéchaussée, soit par 
certaint^ mixture de sucre et de sirop que diverses per- 
sonnes faisaienl. entrer dans le vin blanc. Dans leur 
séance du 6 juin 1738, les députés du commerce firent 
observer que l'on pourrait peut-être mettre fin à ces abus 
en faisant exécuter un arrêt du parlement tlo Bordeaux, 
du 16 mars 1683, qui défendait de couper, de mêler et 
de transvaser les vins. {Reg. F, 12. 84, p. 306.) Les 
membres du Conseil auraient encore pu invoquer un 
autre arrêt du 15 septembre 1662, sur le muettement 
des vins, arrêt qui a été imprimé et que l'on trouve au 
département des manuscrits de la Bibliothèque impé- 
riale. {Colb, CXI. Mél., folio 437.) 11 est vrai que le pre- 
mier président de Pontac, sur les représentations des 
fernn'ers du convoi, avait dit aux jurais de surseoir à 
l'exéculion de cet arrêt du parlement. {îbid.^ folio 435 
recto.) — La plainic de l'ambassadeur de Hollande étant 
revenue sur le taj>is, « M" les Commissaires, porte le re- 
gistre du Conseil F. 12. 84, p. 445, à la date du 5 sep- 
tembre 1737, ont été de sentiment unanime qu'il y a lieu 
d'envoyer à M, Boucher un exemplaire du règlement du 

5 novembre 1729, fait pour la contenance des futailles 
de Bayonne, en îe priant d'examiner ce règlement, d'en 
conférer avec la Cliambre de commerce, et de voir si les 
dispositions en pourroient être adoptées en tout ou en 

artie, pour sa généralité, » 




m 



ADDITIONS ET ConiU-.CTiUXS. 



Tome II, p. 15!». 

On conserve dans les arcliives de la Chambre de com-i 
mercc de Nantes deux pièces imprimées que nous n'a- 
vons pas trouvées ailleurs; 1" un arrêt du Conseil d'État, 
du 6 oclobrR 170r>, qui proroge pour cède année, sans 
tirer à conséquence, la franchise de la foire de Bordeaux, _ 
jusqu'au dernier jour du mois de novembre de ladite | 
année inclusivement, en faveur des vaisseaux hollandais 
et écossais qui viendront dans les ports de la sénéchaus- 
sée de Borrieaux, avec passeport de S. M., pendant ledit 
temps, chargés de vins, eaux-de-vie et autres denrées cl 
marchandises du cru ou des fabriques du royaume; 2" un 
autre arrêt du conseil d'Ëtat,en thite du 15 février 1720,j 
concernant les privilèges des foires de Bordeaux. 

Tome 11,1». 173. 

Plusieurs commerçants de Bordeaux et d'autres villfs 
s'clant plaints des négociations frauduleuses laites immiV 
diatement avant la publication de Farrèt du 26 mai 1726, 
concernant Taugmenlation des espèces, le Conseil do 
commerce, dans sa séance du 27 juin 1726, répondit 
qu'il n'y avait d'autre parti à prendre que de faire en- 
tendre, par le canal des intendants, aux juges et consuls 
de leurs départements, devant lesquels ou avait porté j 
des affaires de celte espèce, de les juger suivant leurs lu- 
mières el l'exigence des cas. {Reg. F. 12. 73, p. -iSS. 
Cf. p. 434.) — A ce qu'il paraît, la chose n'était paS; 
toujours facile, elles tribunaux consulaires étaient quel- 
quefois dans l'embarras. Douze ans auparavant, les juges- 
consuls de Bordeaux avant écrit à M. Dauuesseau, nu 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. iSïi 

sujet de la déclaration qui réglait le paiement des lettres 
de change, à l'occasion de la diminution des monnaies, 
ce magistrat en référa au contrôleur général. (Reg. F. 
12. 57, folio 221 verso; 9 février 1714. Cf. folio 345 
verso; 2 août 1715.) 

Tome II, p. m, note i. 

Voyez encore, sur le commerce des blés après le mi- 
lieu du xvii^ siècle, Lettres, instructions et mémoires de 
Colbert, t. IV, p. 215, 299. 

Tome 11, p. 247. 

Un inventaire du milieu du xvu® siècle nous fait con- 
naître le prix du papier à Bordeaux en ce temps-là : 

Premièrement : quinze rames papier, à 27 s. la rame. || U I| M \\ 

Plus Iroys rames papier du casé, à 16 s. la rame. . . || 02 1| 08 1| 

Plus une rame du grand papier quassé, à 25 s. la rame. || 01 1| 05 |j 

Plus cept rames grosses veres comuns, à 16 s. la rame. |1 05 1| 12 1| 

Reconnoyssance des marchandises quy se sont trouvées dans la 
boutique de moy Piere Chardevoyne, bourgeois et marchant 
de Bourdeaux. (Minutes de Couthures, 15 avril 1665.) 

Un savant qui a écrit sur les marques des papiers les 
plus anciens conservés dans les archives publiques de 
l'Angleterre*, incline à croire que Bordeaux fournissait 
autrefois du papier à ce pays. Après avoir cité nombre 
de registres de la contablie, et reproduit les marques 
depuis 1320, l'auteur conclut ainsi, par deux observa- 

* Spécimens of Marks used btj the early Manufacturers of Paper, as exUbi- 
ted in Doaments in the Public Archives ofEngland. Communicated by Joseph 
Hunier, etc. {Archvcologia, vol. XXXVII, p. 447-iji.) 



\»i 



AUniTlO.NS ET CORHECTIONS. 



tiens générales : t D'abord, le grand nombre de coniples 
écrits sur papier venus en Angleterre de nos possessions 
d'Aquitaine, et le petit nombre de documents de la mêmt' 
époque écrits"dans cette île sur toute autre matière que 
du parchemin ou du vélin, peuvent donner à penser que 
le papier était une substance bien plus répandue dans le 
midi de la France qu'en Angleterre. En effet, celte cir- 
constance que l'on trouve, dans des pièces dressées 
presque en même temps, à Bordeaux et en Angleterre, 
ainsi qu'on peut le voir par le n" 17, du papier porlaut 
la mênje marque, semble indiquer ou que nous recevions M 
notre papier de Bordeaux, ou que l'Angleterre et l'Aqui- 
taine s'approvisionnaient à la même source. Nous pou- 
vons en inférer également que c'est par l'Espagne el 
peut-être ses provinces arabes, qu'il faut passer pour 
arriver au peuple, encore inconnu, auquel on doit cetle 
ingénieuse et admiral:>le invention. » 



I 



TomeM.ii. 2^4. noie â. 



I 



Plus communément on s'embarquait à la Roclielli' i 
[îour Québec. Au commencement du xvnr" siècle, lefll 
Neptune, d'environ cent quarante tonneaux, était parti 
de ce premier port avec un chargement de draperie: il 
lut pris par des corsaires anglais, et abandonné aux as- 
sureurs, François Banos, Pigneguy, Barraud, Jacques 
Lopes, Four(age et Durand. (Minutes de Micbellel. 
1 1 novembre 1711.) 

T(HiM? 11. p. â6H, note 3. 

Dans uu A7<f/ tics Itonneurscl charges que f es jurais 
fie lu rii/f de Bordeaiu: ont, nous lis<nis : « A Pàquos. 



ADDITIONS ET CUllRI-CTlO.NS, 4K7 

les jurats uni cliacun dix grands jambons des meilleurs 
de Laliontan, qu'un niarehand de Tiindroit a accoutumé 
d'acheter pour la ville et pour les présents que la ville 
fait à Paris aux ministres. » Et plus loin : « Quand il 
arrive <Ies barques d'oranges, le marchand en porte jus- 
qu'à trois cents chez le jurai marchand, qui les partaL;e 
aux jurats, et de même des citrons. — Pour les sardines, 
ils n'en ont pas; ils ont affermé ce droit. — Ils ont un 
cent de royans par iikdière, et ils se le partagent, » 

Tuinc II. p. m. 

Le silence que garde rauteiir du Mémoire au sujet du 

cuivre de Périgord, donne à penser que la mine signalée, 

de Bordeaux, à Colborl, dans une lettre du 31 août 1670, 

P n'avait donné aucun produit. Voyez la Correspondance 

administrative sous le règne de Louis XI \\ t. IV, 

Ip. 31-33. 
Tome II. p. 2«l. 
Dans ÏÉtai de la France, etc., par M. le comte de 
Bûulainvilliers (à Londres, m.ucc.xxvii., in-folio), on 
trouve, t. II, p. 317-347, un Extrait du Mémoire de la- 
.généralité de Bordeaux, dressé par ordre de Monsei- 
gneur le duc de Bourgogne, en lan 1698, par M. de 
\,Bezo?is, intendant. 



Tome n, [I, 5{lo, ii la liii. 



Le 12 mai 1703, les députés de Bordeaux et de Lyon 
réclamaient pour ces deux villes le liénélice du transit, 
en alléguant surtout rimpossibilité où elles étaient de 
soutenir la coneiurence des places situées dims l'étendue 



488 ADIUTlUiNS ET CORRECTIONS. 

tles cinq grosses fermes, où les denrées et les produits 
des lubriques étaient grevés de droits moins forts. Le 
Conseil entendit aussi les fermiers généraux, c'est-à-dire 
Tavis contraire; mais avant d'émettre son propre avis, 
il pria le contrôleur général de s'entendre encore avec 
ces financiers et leurs contradicteurs et de prendre alors 
seulement, sur cette matière, une résolution conveiudilc. 
Voyez le registre F. 12. 51, folio 186 verso. 

Tome U, p. 313, note 3. 

L'arrél du Conseil sur le transit des sucres raffinés, du 
14 février 1730, a été imprimé; il se trouve àlalîiljliu- fl 
tlièque impériale, dans un recueil in-4'', coté F, volume 
indiqué comme contenunl des édils supplénjentaires, de 
janvier 1729 à novembre 1730. 



Tome II, [1. 320. 

Pendant toute cette époque, nos provinces méridio- 
nales furent troublées et le commerce du sel i'ul on souf- 
france. Pour l'année 1521, nous ne trouvons qu'une 
vente de soixante pipes île sel par noble homme Pierre 
de Rabayne à Jean Caritier, marchand de la paroisse 
Saint-Michel. (Minutes de Cochet, liasse 104-1, 17 juin 
1521.) Dans un registre d'enregistrement des édits, con- 
servé aux Archives du département de la Gironde, on 
lit, à la date du 4 janvier 1526-27, une commission do»- 
née par François P*" h Montpezal et Jean de Sermit, son 
lieutenant de robe courte, pour mettre lin aux assem- 
blées séditieuses de Sarlal, « gens portans ejiseignc, 
crians (pi'il fallait luer gentils-lionnnes et gens de jus- 



ADDITIONS ET COIIRECTIONS. 489 

tice, crians vive la gueyte, pillans, incendians et cons- 
pirans contre les arrests du parlement. » (Arrêt du par- 
lement, 1523-24.) 

Tome II, p. 325, en note. 

Le nom de Bourdelois, donné, au commencement du 
siècle, à un vaisseau anglais, n'indique-t-il pas que nos 
voisins n'avaient point encore, à cette époque, renoncé à 
leurs vieilles prétentions? Voyez la Gazette nationale 
ou le Moniteur universel, primidi 11 brumaire, an X, 
n«41, p. 161, col. 2. 

Tome II, p. 348. 

Nous n'avons rien dit du commerce , à Bordeaux , des 
saumons salés d'Irlande, n'ayant rien trouvé qui se rap- 
portât à cette denrée, mentionnée par M. E. de Fréville, 
dans son Mémoire sur l'ancien commerce maritime de 
Rouen, etc., p. 294. 

Tome II, p. 363, ligne 5. 

Après avoir parlé de la houille que l'on tirait des mon- 
tagnes de Cransac, l'intendant Pellot écrivait à Colbert, 
le 5 mai 1664 : « L'on peut faire estât que ledit charbon 
de terre vaut à Bordeaux, une année portant l'autre, 
15 solz le quintal, et l'on m'a dit que la voye dudit 
charbon, pesant environ vingt quintaux, vaut à Paris 
45, 50 ou 60 fr. la voye, ce qui seroit 45 solz, 50 solz 
ou 1 escu le quintal, et, suivant la réduction que j'ay 
faite, je juge que le quintal dudit charbon de Cransac, 
vendu à Bordeaux, coustera à peu prex 10 solz, et rendu 



192 



ÏAIlLi; r)KS MAT1EI«K>. 



CHAPITRE XXVII. 
NOnBI.ES COMMERÇANTS A BOIIDF.AUX AU XVl" SIÈCLE. 

Jeitn de N»huei](?s. — Nubie bouiaie Jean d'Aste; Cbarlcs d'Asie, connéUbIf 
(le Bordeaux. — Jeun de SaiDte-Murie, tuarcbatiil et jurât de Bordeaux; Jean 
de Sainte-Marie, sieur de Kicault; Pierre de Sainle-Marie, sieur de Mardll»- 
net. — Antoine Lu|i|tes de Villeneuve; ses associés, ses parents; il eslanit- 
bli. — Robin de Saugues; sa fjmille; doutes sur sa condition. — François 
Malbosc 1 el II. — Franrois Viûllant; vente de fiaslel et de clous par ce né- 
gociant, — Brandelvn de l;i Harayere. — François Mcllet; pasUlUmet de 
Bordeaux ; relations de commerce de i.f. Mellet avec llouen; il sert de témoin 
pour on contrat entre un comédien rt un jeune Normand ; Jean de Mellel, 
receveur en Condomois. — Louis, Jean, Charles de Sk-nou. — Bernard, Ar- 
uauld, Hcliot Botineau, Augier de liotirgiie. — Jean de la Vie et autres 
membres de la nrànie raoïille. — Jean, Rîcbiiid Picbun. — Jean, Arnauld. 
Louis de Pontac. — [mportiinre des affaires de ce dernier. — Vente ii ri" 
mtK de rhùtel de Tartas en 1iSr», et de la maison noble d'Espagne en lo43; 
Romain Brun engage ses biens îi un marcliand pour argent prêté cl fonmi- 
tures. — Ordonnance de l'an I'i78 lelative aux jurais tenant bouliquc; cer- 
tains deiilie eux eonlinuenl les alTaires; ordonnances royales louchant U 
dignité du négoce. — >ohles de rare faisant actes de commerce. . ... 10 



CHAPITRE XXVIII. 

VIOSSlTLDIiS IJII COM-VIKIICF. IIK ROntïKAl'X AtX XYl* KT XYIl»^ SIÊCLt». 

Concurrence que les vins de Sainlooge Taisaient u ceux de Guienne. — Impôts 
donl ces derniers étaient grevés après le milieu du xvi< siècle; renchérisse- 
ment des denrées a Bordeaux. — Dillicultcs pour faire parvenir des vins de 
Guienne !i Paris. — .Mémoire des inai'chands de Londres concernant les 
exactions dont ils se prétendaient victimes à Bordeaux et dans le voisinage. 
— Élévation des droits du fisc; mauvais aloi des monnaies de l'époque. — 
Plaintes des marchands de vins des Iles-Britanniques ii F.li;.abelli et à Jac- 
ques I". — Traité de commence conclu le 3(i mai lilOti etilre la France cl b 
Grande-Bretagne; institution, a Bordeaux et ailleui-s, d'un tribunal arbilnl 
chargé de (■oniiallro des contestJttions entre iiiarcbands anglais {•{ français; 
atttibutioris de ce tribunal. — Plaintifs des