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Full text of "Histoire du XVIe arrondissement de Paris"

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1 





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HISTOIRE 



nir 



XVr ARRONDISSEMENT 



DE PARIS 



HISTOIRE 



DU 



XVr ARR0NDISSEMEN1 



DE PARIS 



PAR 

r^DONIOL 



ANCIEN CONSEILLER D'ÉTAT 

IMAPECTECn GéNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSl^ES EN RETRAITE 

MEMBRE DU CONSEIL DE l'ORDRE DE LA LÉGION D'HONNEUR 

ET DE LA COMMISSION MUNICIPALE DU VIEUX-PARIS 

PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE D'aL'TEUIL ET DE PASSY 



Cet ouvrage est édité au profit de l'Union d'Assistance 

du XVI« Arrondissement. 



PARIS 

LIBRAIRIE HACHETTE ET O 

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 

1902 

Droits de Iradurlion et de reproduction réservés. 






' \ 






^1 - 



INTRODUCTION 



11 s'est formé à Paris, dans ces dernières années, plusieurs sociétés 
d'histoire locale, dont chacune étudie le passé de son quartier ; on s'y 
réunit pour s'occuper ensemble de la conservation des monuments et 
des souvenirs de son arrondissement, pour étudier les moyens d'en 
embellir l'aspect et pour recueillir des détails sur la biographie de ceux 
qui l'ont illustré. La première en date de ces sociétés est celle du Vieux- 
Montmartre (XVIll® arrondissement), qui a été constituée en novembre 
1886. La seconde est la Société historique dWuteuil et de Passy 
(XVI® arrondissement), qui a été (1) fondée en 1892. La Société de la 
Montagne-Sainte-Geneviève et de ses abords (V® et XlIT arrondisse- 
ments) a été autorisée le 3o novembre 1896, et la Société historique du 
VP arrondissement^ le ao mai 1898. Des sociétés analogues ont été 
également instituées pour le VHP et ensuite pour le IV" arrondissement 
{La Cité) : les travaux de ces sociétés fourniront, sans doute, une contri- 
bution utile à l'histoire de notre cher et grand Paris. 

Les quartiers du centre remontent à une haute antiquité. LeXVParron- 
dissement est beaucoup plus moderne : il se prête donc fort peu aux 
recherches archéologiques ; mais les membres de la Société historique 
d'Auteuil et de Passy y ont recueilli des souvenirs fort intéressants, parce 
que cet arrondissement, qui était autrefois un lieu de villégiature pour 
les Parisiens, a été habité par beaucoup de poètes, d'écrivains et d'ar- 
tistes. 



(1) La Société hislorique d'Aiiteuil et de Pnssy a son siège social h la Maiiie du 
XV1« arrondissement; le Secrétaire général de cette Société dirige la publication du 
Bulletin trimestriel, qui est adressé è chacun des membre 



l*S 



2 HISTOIRE DU XVl'' ARRONDISSEMEiNT 

Je dois témoigner ma gratitude aux membres de cette Société dont 
j'ai utilisé les communications. Les auteurs de plusieurs articles qui 
ont successivement paru dans le Bulletin (i) delà Société historique 
d'Auteuil et de Passy ont bien voulu m'autoriser à les réimprimer 
comme annexes de mon travail. Pour d'autres articles de ce Bulletin, où 
Ton trouvera des détails sur les sujets pour lesquels je n'ai donné qu'un 
simple résumé sommaire, j'ai soin d'indiquer, en note, le nom de l'auteur, 
ainsi que le volume et la page du Bulletin, afin qu'on puisse s'y référer. 

Le moment m'a paru favorable pour écrire une histoire des voies du 
XVI® arrondissement (dont la longueur dépasse 95 kilomètres), parce 
que le percement des grandes rues et avenues qui en ont transformé 
l'aspect est assez récent pour qu'on puisse être bien renseigné sur les 
détails de leur exécution. Des ingénieurs (2), qui ont projeté et dirigé ces 
travaux, ont eu l'obligeance de me communiquer à ce sujet des indica- 
tions qui m'ont été fort utiles. 

Enfin, j'ai trouvé beaucoup de documents aux archives de la Seine (3), 
où M. l'archiviste Lucien Lazard, membre correspondant de la Société 
historique d'Auteuil et de Passy, reçoit avec une grande affabilité les 
travailleurs et sait parfaitement les guider dans leurs recherches. 

J'ai divisé mon Histoire du XVP arrondissement en six parties : 

1® Le passé d'Auteuil, de Chaillot et de Passy; 

2® L'histoire des quartiers de Chaillot, de la Muette et de la Porte- 
Dauphine (anciens territoires de Chaillot et de Passy); 

3** L'histoire du quartier d'Auteuil ; 

4® Observations sur la situation et l'avenir du XVI*^ arrondissement; 

5° Annexes reproduisant divers articles insérés dans le Bulletin de la 
Société historique d'Auteuil et de Passy, ainsi que la copie d'actes con- 
cernant le XVP arrondissement ; 

6"* Index alphabétique des voies publiques et privées et des principaux 
monuments et établissements du XVP arrondissement, avec indication 
des anciens noms et des principales dimensions de ces voies; index 
alphabétique des personnes dont les noms sont cités dans ce volume ; 
table des illustrations et table des matières. 

(1) Le Bulletin cité dans les notes de cet ouvrage est toujours le BuUetin delà Société 
historique d'Auteuil et de Passy. 

{•i) Je dois particulièrement remercier M. l'Inspecteur général des Ponts et Chaussées 
BoreuXf directeur des services techniques de la voie publique et de l'éclairage ; M. l'In- 
génieur en chef Bechmann, directeur du service technique des eaux et de Tassainissement; 
M. ringénieur en chef Habinet, qui a été longtemps chargé des services de voirie des 
XV« et XVI« arrondissements, et son successeur, M. ringénieur Bret, pour les renseigne- 
ments qu'ils ont bien voulu me donner. Je dois également remercier les membres de la 
Société historiiiue d'Auteuil et de Passy, dont les intéressantes recherches m'ont docu- 
menté sur le passé et l'histoire de ces deux anciennes communes suburbaines. 

(3) On trouve, aux archives de la Seine, les délibérations des Conseils municipaux 
d'Auteuil et de Passy. 



INTRODUCTION 



Il arrive fréquemment qu'une rue ou un personnage soient mentionnés 
plusieurs fois, tant dans mon texte que dans les annexes; en consultant 
les index alphabétiques, on verra les numéros de toutes les pages où 
sont données des indications sur ces rues ou ces personnages (i). 

Enfin, on trouvera dans ce volume : i® un extrait du plan de Paris 
dressé par Roussel en 1781 ; 2® un plan d'Auteuil, Passy et Chaillot 
en 1859, c'est-à-dire immédiatement avant l'annexion; 3^ un plan à 
Téchellede i/5ooo*, indiquant toutes les voies existant en 1901 dans le 
XVI* arrondissement, et le tracé des lignes concédées pour le métropo- 
litain de Paris. 

Comme j'ai eu à citer beaucoup de dates et de faits, il peut s'être 
glissé quelques erreurs ou omissions dans mes indications, et si des lec- 
teurs croient devoir proposer des modifications ou additions, je leur 
serai reconnaissant de vouloir bien me les signaler. 



Paris, le 4 octobre igo2. 



A. DONIOL. 

(Villa de la Tour, XVI« arr.). 



(1) Les index alphabéliques ont été établis de manière que le lecteur désirant se 
renseigner sur une voie publique, ou une voie privée, ou un personnage cité, puisse 
trouver les articles qui s'y rapportent aussi facilement que dans un dictionnaire. 



HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 



Le passé d'Auteuil, de Chaillot et de Passy. 



Tout le XVI* arrondissement de Paris était occupé, pendant les pre- 
miers siècles de notre ère, par la vaste forêt de Rouvray ou du Rouveret (1), 
qui couvrait la boucle de la Seine et la partie occidentale de Paris-rive-droite ; 
elle s étendait anciennement jusqu'à peu de distance de la butte Montmartre 
et, le long de la Seine, jusqu'auprès du Pont-Neuf. Cette forêt, dont le bois de 
Boulogne, le parc des Princes et celui de Saint-Ouen constituent des restes 
considérablement modiAés, est dénommée dans un édit du roi Louis XI du 
10 juillet 1469 : « Bois du village de Boulogne ». 

Ce n'est que vers le vi* ou le vu* siècle que les habitants de Paris et ceux 
de Saint-Cloud commencèrent à défricher la rive droite de la boucle de la 
Seine, abattant des arbres de la forêt de Rouvray au furet à mesure de Taug- 
mentation de la population et mettant le sol en culture ; ils transformèrent 
ainsi peu à peu le coteau boisé qui bordait le fleuve en champs cultivés et en 
vignes : ce fut l'origine du village de Nigeon (en latin : Nimio) ; il appartenait 
au commencement du vn"" siècle à Bertram, évêque du Mans, qui le possédait 
tant par une donation du roi Clotaire II que par suite de diverses acquisi- 
tions. Ce prélat, qui mourut en 623, légua par testament le village de Nigeon 
à révêque de Paris, qui était alors un des sufiragants de l'archevêque de Sens. 

Le centre de cet antique village se trouvait aux alentours du Trocadéro. 
Les habitants de Nigeon (2) se répandirent peu à peu des deux côtés de la col- 
line de Passy : les uns se dirigèrent vers l'occident et y bâtirent Auteuil (3) ; 

11) Voir rarticle sur la forêt de Rouvray, par M. Gaston Duchesne, p. 170 du II" volume, 
et p. 8 du III* volume du Bulletin de la Société historique (f Auteuil et de Passy. 

{vt^ Voir les indications données sur le village de Nigeon dans Tarticle de M. le D' Faul 
Raymond, intitulé : « De Timportance des fouilles sur le sol de Passy », p. 9i du 
I*' volume du Bulletin. 

(3) Auteuil fut nommé d'abord : « Authueîl », et en latin : <« Altarium ». — Pour Tély- 
raologic du nom d'Autcuil, voir la communication sur « les divers Auteuil », p. 6 du 
1" volume du Bulletin ; -^ et aux annexes (p. a33], Tarticle de M. Taban^s de Grandsaignes, 
intitulé ; « Deux cents ans de querelles sur un nom. » 



6 HISTOIRE DU XVI' ARROxNOISSEMENT 

les autres s'établirent plus près de Paris et créèrent ainsi le village de Chail, 
qui est devenu Chaillot et fut réuni au domaine du roi (i). 

Le premier document qui parie de Téglise de Chaillot est une bulle du 
pape Urbain II, de l'an 1007, où elle est dénommée « ecclesia CoUoïo » (2). 11 
résulte de cette bulle que l'église de Chaillot était sous la dépendance du 
prieur de Saint-Martin-des-Champs, à qui la nomination du curé de Chaillot 
appartint jusqu'à la Révolution. Des documents postérieurs désignent Chaillot 
sous le nom de « (^hailloel » (3). 

Les chanoines de Sainte-Geneviève devinrent propriétaires, en 1110, de 
tous les biens possédés alors à Auteuil, soit comme fiefs, soit de quelque 
autre manière, par les religieux de l'abbaye du Bec, près de Rouen, qui reçu- 
rent, en échange, plusieurs domaines à Vernon (4). L'acte d'échange, qui com- 
porte la cession des serfs et des serves^ cens, vignes et terres arables, avec 
les droits de justice et toutes les prestations, a été conclu sous le règne et 
avec la confirmation de Louis VI, roi des Français, et de Henri I*', roi des 
Anglais et duc de Normandie. C'est à la suite de cet acte que les abbés de 
Sainte-Geneviève sont devenus les seigneurs d'Auteuil et y ont exercé, pen- 
dant plus de six siècles, les droits de haute, moyenne et basse justice. Ils 
avaient les prérogatives d'un évéque et ne dépendaient que du Saint-Siège : 
toutefois, l'abbé était tenu, lors de sa nomination, de prêter serment au roi 
pour le temporel. 

C'est en 1192 qu'Auteuil fut érigé en paroisse par Maurice de Sully, évéque 
de Paris (5) et fondateur de la cathédrale de Notre-Dame; Boulogne et Passy 
dépendaient alors d'Auteuil; le territoire du XVI** arrondissement ne com- 
prenait donc, au xiii'' siècle, que deux paroivsses : celle de Chaillot, qui était 
la plus ancienne, et celle d'Auteuil. 

L'abbesse de Montmartre, Jeanne de Repentie, ayant donné cinq arpents 
de terre pour la construction d'une église aux Menuls ou Muns (village qui 
avait alors cinquante feux et est devenu Boulogne-sur-Seine), la première 
pierre de cet édifice fut posée en 1319 par le roi Philippe-le-Long. La sépara- 
tion juridique de la paroisse de Boulogne de celle d'Auteuil fut prononcée 
en juillet 1330 par Hugues de Besançon, évéque de Paris (6), qui détacha 
d'Auteuil tout le territoire situé au sud-ouest du bois de Boulogne actuel. 

(i) Plusieurs auteurs ont prétendu que le mot de Chaillot signiflait « abatUs de bois 
ou défrichement de bois ». Il parait probable qu'il est simplement un diminutif du mot 
Chail, ou Chai, qui veut dire, en langue celtique, forêt ou bois, le village ayant été fondé 
par ceux qui défrichèrent progressivement cette partie de la forêt de Rouvray. — Voir 
aux annexes (p. 233) une coutume de Tancien village de Chaillot, mentionnée dans le dic- 
tionnaire administratif et historique des rues de Paris, par F. Lazard. Beaucoup d'indi- 
cations ont été empruntées à M. F. Lazard. 

(2) La bulle dit que cette église est sise à « CoUoellum ». 

(3J Ou u Challoel ». — En 1393, le duc d'Orléans expédiait des lettres à Challuyau-lès- 
Paris. 

(4) Voir aux annexes Tarlicle de M. Antoine Guillois, intitulé : « La vieille église d*Au- 
teuil » et renfermant des détails sur Tinstallation des Génovéfains à Auteuil (p. 237) ; — 
la liste de curés et de seigneurs, ainsi que (p. 244) l'article intitulé : « Les abbés de Sainte- 
Geneviève, seigneurs d'Auteuil », par M. Léopold Mar; — (p. 252) Tarticle de M. Tabanès 
de Grandsaignes sur la charte primordiale d'Auteuil. 

(5) Voir à la Bibliothèque de la Ville de Paris, rue Sévigné, l'histoire de la ville et du 
diocèse de Paris, par l'abbé Lebœuf (édition Cocheris, t. IV, p. 69). — L'église d'Auteuil 
est la plus ancienne de ceUes qui ont été fondées par la collégiale de Saint-Germain- 
l'Auxerrois et qu'elle appelait ses lilles. 

(6) Voir l'ouvrage de l'abbé Lebœuf, rectifications et additions de Fernand Bournon 



LE PASSÉ DAirrEUII., DE CIIAILLOT ET DE PAHSV 7 

L'existeDce du village des Meouls en 1119 est signalée dans la chronique de 
Saint-DeDis. 

Dès le sur siècle, les ducs de Bretagne possédaient un domaine situé entre 
Chaillot et Passy et appelé « le manoir de Nigeon » ; (iuy de Bretagne, duc 
de Penthiêvre, y mourut en l'iil . C'est ce domaine que la reine Anne de Bre- 
tagne (1) donna, en lt93, aux religieux minimes, dont l'ordre lut fondé en 
Italie par François-de-Paul e. Appelé en France par Louis XI, il y amena son 
petil-neveu André d'Alesso, premier prolecteur en France de cet ordre. 
Louis XI appelait toujours François-de-I'aule bonhomme : de là vint le nom de 




ivpiil Ues Bonshonimi'i". 

(Archives <1« la Socitlt.) 

Bonshommen, donné depuis aux Minimes, ainsi qu'à leur couvent (2). En 1496, 
la reine Anne fit, en outre, don à ces religieux d'un second hôtel qui était 
coDtigu au premier et qu'elle avait achetée Jean de Cerisi, bailli de Montfort- 
l'Amaury, avecla chapelle voisine, dédiée à Notre Dame de toutes les grâces: 
cette construction se Irouvait sur les terrains des rues Le Nôtre et Chardin. 
Le couvent des Bonshommes (3j occupait l'emplacement compris entre la rue 
Beethoven, la rue Le Nôtre et le boulevard Delessert ; ses dépendances étaient 
fort étendues. Il fut supprimé en 1790, et la chapelle lut détruite en 1792. 



:série i : — 8*. — n° 7; ; et vuir aux anneies |p. igO;, l'article dp M. Henri Je Foires de 
Monla^nac sur le démemliremcnl île ta jiaroisHe d'Authueil. 

1 1 ) Voir pp. iRo à 184, du I" volume, l'article de M. Léopold Mar inlituli! : « Sur Chaillot » ; 
p. 58 du \" volume, une noie du menio auteur intitulée : h Une statue miraculeuse de la 
Vierge à Passy; pp. 3a5à3o7du III" volume, les articles du même auteur intitulés : u Le cou- 
vent dfs Bonshommes en 1770 » et " Une épave du couvent des Bonshommes ». 

12; Ilétaitdésignè, pendant lerëgDcde François 1<', sous le nom de « CouvenldeNigcon", 
<3) Pour l'apothicaircrie du eouvont des Bonshommes, voir, à la page ïi6 du second 
volume, l'article de H. Léopuld Mar, intitulé : » Passy sans pharmaciens •-. 



ISTOIR^ 1»L XVI" ARllONDISSËMKNT 



C'est de Cliaillot qu'Henri IV dirigea le siège de Paris. Parmi les sei- 
gneurs de l'.hâillot (1 ), les plus célèbres sont l'bistorien Philippe de Commines, 
qui eut, de I \1\ au lii août 1509 (date de sa mort), cette seigneurie, dont Louis XI 
lui avait fait don, et Krancois, baron de lîassora pierre, maréciial de France, qui 



fut seigneur de <:haitlot depuis le I^janvierlti30 jusqu'à sa mort en l&iti. Bas- 
sompierre servit en 1()03 dans l'armée impériale contre les Turcs; il devint 
colonel général et grand maître de l'artillerie en 1617, maréchal de Prance en 
^G2.^i, ambassadeur de France en Espagne et en Suisse. Il avait été compagnon 
de soupers et de galanterie avec Henri IV, était brave, spirituel, excellent 
général et ardent au plaisir. Ayant été accusé de comploter contre le cardinal 
de rticbelieu. il fut enfermé, le 25 février 1631, à la Itastille, où il resta jus- 



nAUTEtlL, DE CIIAIIXOT ET T 



qu'en 1643. 11 raconte, dans ses mémoires, l'usage (|u'il lit de son château de 
ChaiUot, pendant cette lougue captivité : suivant les hahitiides d'hospitalité 



^ : 



B s 






des grands seigneurs de celte époque, il le prêta d'abord à sa belle sœur et 
ensuite ù la duchesse de Nemours. Un jour que le cardinal revenait de 



lu IIISTOIDG UU XVI' ARRONDISSEMENT 

Charonoe et passait près de la Bastille, il envoya demander au prisonnier de 
lui prêter le château de Chaillot. où il avait déjà logé eu lB:ii) pendant que le 
roi (t) habitait le château de Madrid. Sur la demande de Hassompierre, la 
duchesse de Nemours se hâta de quitter le chAleau de Chaillot, où le cardinal 
demeura pendant plus de six semaines. Nest-il pas singulier quil ait ainsi 



(Collei'lion de M. Em. l'ulin.) 

demandé à son prisonnîerde lui céder sa maison de plaisance? L'an née d'après, 
le château de Chaillot fut occupé parle chancelier Séguîer (2). Bassompierre 
fut rendu à la liberté te jour môme des funérailles du grand minisire; il disait 
à cette occasion : « Je suis entré à la Bastille pour le service de Monsieur le 
Cardinal ; j'en sors également pour son service, » 

(i) Ces fjiilB HOiil rolali's ilnns im ouvrage iiitltiilù : » Le paliiis du Trocadi^ro n, cl 
imprimé en 1878 |iar i'i^ililcur Mnrcl et CM. i3. riif ltr)n;i|>arle. 

{7.} Voir aux annexes (p.253j liirlicle .ie H. Léopold Mar sur E'hili|.[.e de Coiiimincs elle 
maréchal de BassonipiciTe. 



LE PASSÉ d'aUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY 11 

Le maréchal de Bassompierre (1579-1646) fut le dernier seigneur laïque 
de Chaillot ; après lui, ce furent les dames du monastère de la Visitation qui 
détinrent la seigneurie et ses droits jusqu'à la Révolution. 

Sous Louis XIV, un arrêt du conseil du roi, de juillet 1659, érigea Chaillot 
en faubourg de Paris, sous le nom de « faubourg de la Conférence » (1). Cette 
faveur fut accordée à Chaillot dans le but d'y augmenter le produit des im- 
pôts, par suite du changement des tailles en droits d'entrée : toutefois, les 
règlements de la ville de Paris n'étaient pas tous applicables à Chaillot. 

En 1784, les fermiers généraux obtinrent de Calonne, ministre de Louis XVI, 
Tautorisation de construire un mur d'enceinte (2) autour de Paris, afin d'em- 
pêcher la contrebande et de mieux assurer la perception des droits d'octroi. 
La plus grande partie de Chaillot fut comprise dans cette enceinte et dépendit, 
en conséquence, du I*"^ arrondissement (aujourd'hui le VIII'); le surplus de 
Chaillot (c'est-à-dire la partie située au delà du mur d'enceinte et bordée par 
des boulevards extérieurs) fut réuni à la commune de Passy (3). 

Le château seigneurial de Chaillot était un édifice commencé en 1576 par 
la reine Catherine de Médicis. Henri IV et Marie de Médicis ayant renonce à 
la succession de Catherine, la liquidation fut très longue. Le président Janin 
et Bassompierre agrandirent le château, qui était construit à mi-côte, avec 
pavillon central. 

Bassompierre étant mort en 16i6 sans héritiers directs, le domaine passa 
dans les mains du comte Tillière, fut vendu ensuite par autorité royale et 
acheté en 1651 par Henriette-Marie de France, flUe de Henri IV, et veuve de 
Charles I*% roi d'Angleterre, décapité en 1649 ; cette princesse y établit, en 
1652, le couvent des dames delà Visitation-Sainte-Marie. L'architecte Man- 
sard accola au château un portique formant cloître et construisit une chapelle, 
dans laquelle Bossuet prononça, le 16 novembre 1669, l'oraison funèbre d'Hen- 
riette de France, qui avait été si malheureuse, bien qu'elle fût fille, femme 
et mère de rois. 

Le monastère royal de la Visitation est surtout célèbre (4) par les deux 
retraites qu'y fit Mlle de la Vallière, la première en 1671, et la seconde trois 
ans après, cédant la place à Mme de Montespan ; elle quitta la Visitation, en 
avril 1674, pour entrer aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques, sous le 
nom de sœur Louise de la Miséricorde. 

On peut citer, parmi les pensionnaires du très aristocratique couvent de 
la Visitation, la fille du duc de Mortemart, gouverneur de Paris, sœur aînée 
de Mme de Montespan; la fille du duc de Lorges; Marie Mancini, nièce du 
cardinal Mazarin, qui avait eu l'ambition d'épouser Louis XIV ; la fille de 
M. de Harlay, premier président du Parlement de Paris. M"" de Motteville, 
auteur de mémoires sur Anne d'Autriche et la Fronde, morte en 1689, eut 
dans ses dernières années un pied-à-terre au couvent de la Visitation. Marie 



(1) Ce nom provcnail des conférences tenueR à Tile des Faisans pour faire la paix avec 
l'Espagne et le projet de mariage de Louis XIV. 

(2) On disait à cette occasion : le mur murant Paris rend Paris murmurant. 

(3) Voir aux annexes (p. 256) l'article de M. Antoine Guillois, intitulé : « Paris depuis 
ses origines Jusqu'à nos jours ». 

(4) Voir aux annexes (p. 260) Tarticle de M. Léopold Mar sur le monastère royal de la 
Visitation de Chaillot; et l'article (p. 267) de M. Edmond Wahl intitulé :» Souvenirs anglais 
sur Chaillot et le bois de Boulogne », 



l2 iiisTOiiti^ r>r XVI' ARiinMii>isidMi:NT 



d'Esté, seconde femme de Jacques II, roi d'Angleterre, s'y relira souvent, de 
imHk 171K. 

Les bâtiments de la Visilalion furent considérablement augmentés en ITOl, 
La nouvelle chapelle de ce monastère, inaugurée le 3!) janvier ITOfi, se trou- 



vait sur l'emplacement RCtuellement occupe par le bassin du jardin du Troca- 
déro; en le construisant, on a trouvé beaucoup d ossements féminins, parce 
que le cimetière oi'i on enterrait les visitandines était situé autour de cette 
chapelle. 

Quelques mois avant le It juillet 171N), le couvent de la Visitation futsup- 
primé et les religieuses dispersées. Pendant la Terreur, les tombes niyales 
furent violées et les œuvres d'art enlevées. Les bâtiments du monastère fu- 



LE PASSÉ d'aUTEUIL. DE CHAILLOT ET DE PASSY l3 

l'élit employés à divers usages pour le service de la natioa et ils ne furent 
entièrement démolis que sous Napoléon !•'% pour donner place à la construc- 
tion, alors projetée, du palais du roi de Rome. 

L'emplacement compris entre le monastère royal de laVisitationet le Cours- 
la-Reine était occupé par l'immense prairie de la Savonnerie, qui lut, sous 
Louis XIV, transformée en une pépinière dont les sujets allaient peupler les 
parcs royaux, ainsi que les promenades publiques; c'est sur cette prairie doma- 
niale qu'Henri IV avait fait établir, vers 1605, la manufacture royale de la 
Savonnerie (ij, pour y fabriquer des lapis dans le genre de ceux du Levant. 
Elle avait son entrée au n" 25 du quai de ('haillot et se trouvait sur l'empla- 
cement qu'occupe actuellement la Manutention militaire. On y conduisait 
fréquemment Louis XllI, dans son enfance (2). 

La reine Marie de Médicis avait établi à la Savonnerie un hôpital d'orphe- 
lins qui y étaient « alimentez, entretenus et instruitz » et employés au tissage 
de la toile. 

Dans le Journal de voyages de deux jeunes Hollandais à Paris en 1656-1658 
(H. Champion, 1900), il est dit que ces deux jeunes gens, nommés MM. de 
Villiers, visitèrent un atelier de tapisserie dont le « maistre » Dupont leur 
montra des portraits qu'ils prirent « de prime abord pour des tableaux de 
véritable peinture », mais qu'en s'approchant, ils reconnurent faits « de 
laine ». Ils ajoutent : 

« Le père de cet excellent ouvrier en apporta le secret de Perse, où il avait 
passé quelques années, et ce fut luy qui en establit la facture de la Savon- 
nerie, où quantité de petits enfants sont entretenus avec un insigne advan- 
tage du public, parce qu'outre qu'on les empêche de gueuser, on fait fleurir 
un art qui n'est guère connu en Europe qu'en cet endroit. » 

La Savonnerie, qui a été manufacture royale avant celle des Gobelins, fut 
réorganisée par Colbert en 1663 et reconstituée par le duc d'Antin en 1713 ; 
elle acquit une réputation européenne par la perfection de ses ouvrages et on 
y a encore exécuté, sous le premier tlrapire, de très belles tapisseries. Elle a 
quitté Chaillot en 1825, époque à laquelle elle a été réunie à la manufacture 
des Gobelins. 

Le monastère royal de la Visitation et ses dépendances s'étendaient entre 
le quai de la Seine et la barrière Sainte-Marie (place du Trocadéro). Il était 
borné d'un côté par le couvent des Minimes, ou Bonshommes, de Tautre 
côté par la ruelle d'Hérivault, correspondant à la partie basse de la rue de 
Magdebourg, qui le faisait communiquer avec le quai, et par la ruelle Sainte- 
Marie, aboutissant à la rue des Batailles (aujourd'hui avenue d'iéna). Le mur 
d'enceinte de Paris séparait les dépendances du couvent de la Visitation de 
celles du couvent des Bonshommes ; ces dernières s'étendaient sur environ 
le tiers des jardins du Trocadéro; le reste de l'emplacement occupé actuelle- 
ment par ce jardin était compris dans l'enceinte du monastère de la Visita- 

fi) Voir aux annexes (p. 278) l'article de M. le coin le Fernand de l'Eglise, sur la manu- 
facture des tapis de la Savonnerie, ainsi que l'arlicle de M. Antoine Guillois intitulé : « Paris 
depuis ses origines jus<iu7i nos jours ». Voir également, dans le 3"^" volume du Bulletin, 
l'article de M. Henri Maïstre, intitulé : « (îhaillot et le bois de Boulogne en 1660 »'^ 
pp. 277 et 278; ainsi que l'article, du même auteur, intitulé : « Les manufactures de 
Chaillot en l'an IX » {pp. 279 et 280). 

(2) Voir aux annexes (p. 277) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Louis XIII au 
XVI« arrondittsement. >• 



H HISTOIRE DL' X\f ABBONDlt-SEMENT 

tion, dont les dépendances renfermaient tout l'espace compris entre le quai 
de la Seine, la rue de la Montagne (aujourd'hui rue Beethoven) et la rue 
Vineuse. Sur le territoire d'Auteui), les terrains compris entre la route de 
Versailles (longeant la Seine) et les hauteurs étaient occupés par quelques 



r N. de Fer, (^âottrnphc de Sn Majcsli- catliolique. 
Avec. |irivilj^gu du Roj*. — 1717. 
(Colleclion de M. Ém. Polin.) 

vignes et par les dépendances de la maison seigneuriale des abbés de Sainte- 
Geneviève. 

Ou voit qu'aux xvir et xviii" siècles, les rives de la Seine entre le Cours-la- 
Reine et le Point-du-Jour, où se trouvent actuellement des quartiers 
élégants, appartenaient, dans presque toute leur étendue, à quatre établis- 
sements : la Savonnerie, le monastère de la Visitation, le couvent des Bons- 
hommes et l'abbaye de Sainte-Geneviève. 



LE PASSÉ D AUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY l5 

Le village de Passy (1), qui est mentionné, pour la première fois, dans une 
charte de mai 1250, et fut érigé en seigneurie au xv' siècle, n'a été, pendant 
plus de cinq cents ans, qu'un hameau dépendant de la paroisse d'Auteuil et 
hahité par quelques vignerons et cultivateurs. Au xvn'^ siècle, comme on ne 
pouvait se rendre de Passy à l'église d'Auteuil qu'en faisant un long trajet par 
de mauvais chemins, Claude Chahu, seigneur de Passy, fit ériger, en 1666, une 
chapelle (2), sous le vocable de Notre-Dame-de-Grâce, qui est devenue l'église 
de Passy; cette succursale était desservie par la congrégation de Saint-Paul, 
dite des Barnabites. Grâce aux dons et à la persistance de Mme Christine de 
Heurles, veuve de Claude Chahu, le village de Passy fut érigé en paroisse par 
lettres-patentes de Louis XIV, en date du 16 mai 1672. 

L'église Notre-Dame-de-Gràce de Passy fut desservie par trois religieux 
barnabites de 1672 à 1736 ; par quatre, de 1736 jusqu'à la Terreur, et, depuis, 
par des prêtres du clergé séculier. La liste chronologique des curés de Passy, 
par M. Léopold Mar, se trouve ci-après aux annexes (p. 248). 

Dès le milieu du xvn^ siècle^ les médecins conseillèrent aux Parisiens de 
séjourner pendant Tété à Passy, pour y prendre les eaux minérales (3), qui 
faisaient alors concurrence à celles de Forges ; elles ont dû, avec la salubrité 
de l'air (4) et le voisinage du bois de Boulogne, déterminer beaucoup de 
citadins à venir, pendant la belle saison, à Passy, où l'établissement thermal 
était situé entre la rue Raynouard et le quai de la Seine, sur des terrains qui 
avaient été primitivement cultivés en vignes et où se trouvaient plusieurs 
sources, ce qui avait fait donner à ce lieu, en latin, le nom de Fonlanitum, C'est 
vers 1657 que la Faculté de médecine commença à s'occuper de la vertu cura- 
tive de ces eaux ; elles tombèrent en discrédit dans les dernières année 
du xvn* siècle ; mais, vers 1720, Tabbé Le Ragois les remit à la mode; on y 
établit des jardins et des salons qui étaient fréquentés par des personnes de 
toute condition et firent de ces eaux un lieu de plaisir. Elles furent l'objet 
de rapports favorables à l'Académie des sciences en 1670 et 1671 ; les méde- 
cins déclaraient qu'elles étaient ferrugineuses, suif ureuses et balsamiques et 

(i) Pour rélymologic attribuée au nom de Passy, voir aux annexes {p. 279) un extrait des 
documents déposés en 1892 par M. Antoine GuiUois sur le bureau de la Société historique 
d'Auteuil et de Passy, l\ résulte d'un article de M. Tabariès de Grandsaignes, p. 164 du 
IV* tome du Bulletin, que Passy est désigné en latin, sur d'anciens actes, par le mot 
Paêsiamim et que cette désinence en acuni était généralement ajoutée, à l'époque gallo- 
romaine et dans les premiers siècles du moyen âge, au nom du propriétaire pour dési- 
gner un domaine rural; telle est Torigine des noms de lieu terminés en ac dans le midi 
de la France (langue d*oc) et en y dans les pays de langue d'oïl. 

(2) Voir aux annexes (p. 280) l'article de M. Léopold Mar sur la fondation de la paroisse 
de Passy. Voir également, pp. 112 à 116 du premier volume du Bulletin, l'article de M. le 
D' Paul Raymond, intitulé : « Documents sur Claude Chahu, Christine de Heurles et la 
seigneurie de Passy. » Voir aux annexes (p. 49<*)) l'article de M. de Forges de Montagnac 
sur le démembrement de la paroisse d'Auteuil. 

(3) Voir pp. 236 à 238 du l" volume : « Les amusements des eaux de Passy », par 
M. Léopold Mar, et pp. 10 à 12 du IV<: volume du Bulletin, l'article du même auteur, inti- 
tulé : « Curieux litige entre l'abbé Le Ragois et le sieur Guichon ». Voir également» Les 
origines des eaux de Passy et d'Auteuil », par M. le D' Paul Raymond, pp. 52 à 55 du 

•W volume ; et un extrait des observations faites, en l'Académie des sciences, sur les 
eaux minérales de plusieurs provinces de France, par M. Berrus, pp. 247 et 248 du II« vo- 
lume du Bulletin. 

(4) Le Moniteur du 9 mai 1882 constate que la première épidémie de choléra, qui avait 
occasionné une très grande mortalité à Paris, n'avait fait qu'un très petit nombre de 
victimes à Passy et à Auteuil. La même constatiition ressort d'une carte staUstique de 
l'époque, que possèdent les archives de la Société historique. 



l6 HISTOIRE DU XVI® ARRONDLSSEMKNT 

les considéraient comme un remède contre la stérilité des femmes. Elles 
jouirent d'une grande vogue pendant la plus grande partie du xviii'' siècle ; 
il était de bon ton d'y aller. Laveillard, directeur des eaux, partit en 1785, 
pour suivre Franklin en Amérique, et, rétablissement ayant alors changé de 
propriétaire, l'entrée des jardins fut interdite au public; les eaux perdirent 
leur célébrité ; elles étaient cependant encore fréquentées sous le premier 
Empire, car on lit dans le Moniteur du 20 juin 1806 l'annonce suivante: 
« Le public est prévenu que l'on continue toujours la distribution des 
nouvelles eaux minérales de Passy, qu'on peut les prendre tous les matins 
dans l'endroit même où jaillissent les sources d'où on les tire, et qu'un 
jardin, qui n'est à l'usage que des buveurs d'eau, leur offre une promenade 
agréable et contribue à les rendre pi us efficaces. » Les sources ont été englo- 
bées dans la propriété de M. Benjamin Delessert, et leur débit s'est trouvé 
beaucoup diminué par suite des fouilles exécutées pour établir les fonda- 
tions des maisons du voisinage. 

La situation de Passy et d'Auteuil entre Paris et Versailles, au milieu de 
collines boisées du haut desquelles on a de très belles vues, a beaucoup faci- 
lité rétablissement, pendant le xviii" siècle, de maisons de plaisance avec 
parcs et jardins dans cette région: les châteaux qui s'y trouvaient, auprès 
de ceux de la cour, ont été fréquemment habités par des personnages de 
marque, appartenant à l'aristocratie, à la littérature, aux beaux-arts et à la 
finance. Dans l'histoire de chaque rue, je me suis attaché à rappeler les prin- 
cipaux personnages qui y ont séjourné autrefois. Pour Passy, les deux rési- 
dences les plus importantes (1) étaient, au xviii' siècle, son château seigneu- 
rial et le château de la Muette. 

Déjà célèbres sous la seigneurie de M"* Chahu, le château et le parc de Passy 
avaient une certaine importance. Samuel Bernard (1631-1739), riche ban- 
quier qui s'était enrichi sous le ministère Chamillard et avait amassé, 
dit-on, une fortune de plus de trente millions, dépensa 300.000 livres pour 
embellir cette propriété et y installa son ancienne maîtresse, Mme de 
Fontaine (2). Bernard de Rieux, fils de Samuel Bernard, et son petit-fils, 
Bernard de Boulainvilliers, eurent ensuite le château seigneurial de Passy, 
qui, vers le milieu du xviii'" siècle, était très luxueux et renfermait beaucoup 
d'objets d'art, une chapelle et un théâtre. Le parc avait plus de 8 hectares ; 
on y voyait une orangerie, des serres en cristal, des volières en filigrane d'or, 
des grottes tapissées de verdure, des berceaux où le fruit était suspendu (3) 
dans des treillages d'acajou ou de bois de rose, plusieurs terrasses et beau- 
coup de statues. 11 était situé en amphithéâtre sur la hauteur occupée actuel- 
lement par la rue de Boulainvilliers; les jardins s'étendaient jusqu'à la route 
de Versailles. La rue Raynouard séparait le parc du potager, qui était pourvu 
de deux bassins et avait une superficie de plus de 4 hectares. 

(i) En ce qui concerne Auleuil, on peut se reporter aux pages relatives à l'histoire du 
quartier d'Auleuil, pour le chAteau du Coq, la maison de Mme Helvélius, celle de Boileau 
la maison seigneuriale des abbés de Sainte-Geneviève et le cliAlcau des Boufflors. 

(2) Samuel Bernard maria une deslilles de Mme de Fontaine au fermier général Dupin ; 
elle devint célèlire par son esprit et sa beauté ; son (Ils, Dupin de Krancueil, également 
fermier général, épousa Marie-Aurore, fille naturelle du maréchal de Saxe et veuve du 
comte de llorn; de ce mariage naquit Maurice Dupin, père de Mme George Sand. 

(3) Voir Hmvrage de (^apellgue, ikititulé : « Mesdemoiselles de Nesles et la jeunesse 
de Louis XV >», Paris, Amyot, 1864. 



LE l>A3St: DAUTEUIL, DE ClIAItLOT ETDE PASSY IJ 

L'époque la plus brillante du cliâteRu seigneurial de Passy fut celle du 
séjour de M. de la Pouplinière (i), lermier générni, à qui le marquis de 
Boutainvilliei's avait cédé à vie ce château eu 1747 ; il y recevait des dames 
dignes du pinceau de Watteau, des écrivains et des artistes; pour avoir son 
orchestre constamment à sa dispositiou, il logeait tous ses musiciens au chà- ■ 
teau. On peut citer, parmi seshcHes, Jean-Jacques Rousseau, le maréchal de 
Richelieu, Marraontel, Hameau, (iossec, La Condamine.le peintre pastelliste 
La Tour, Mme de Genlis. 



(Cliâtcau seigneurial de l'assy. 



Louis-Philippe Rameau (1683-1761) était Tils d'un organiste de Dijon et fut 
lui-même organiste pendant la première partie de sa carrière ; il tint l'orgue 
à Lille, puisa Clermont, et ne commença ii composer qu'à l'âge de quarante 
ans. Il publia, en 1722, son Traité d' harmonie ; il fit représenter, eu 1739, 
l'opéra de Z)ar</(rnus, qui établit sa réputation, à laquelle avnit également con- 
tribué son drame lyrique de Castor et Pollu.v (1737). De 1748 à 1751, il fit 
de fréquents et longs séjours au cbiUeau seigneurial de Passy, où il dirigeait 
les concerts du fermier général La Pouplinière. 11 avait été créé par Louis XV 
chevalier de Saint-Michel (i) et compositeur du cabinet du roi. 

(l) Voir aux ,-inncies (p. a84} l'arliule intitulé : « Le cliAlenu seigneurial de Passy soua \o. 
règne de M. de la Pouplinière 'i, pur M. Li'utioldMar; également aux annexes (p. 2871 l'article 
du niénic aul«ur intilulé : - La Tour â l'assy el h Auteuil » ; p. i88, lu note sur « Jean- 
Jacques à la fi'to de Pnssy •> ; ainsi i|ue lartitle (p. ii88j do M. Kdround Watil sur Mme de 

Voir éftalement ri-aprfcs les détails donnés sur ce chdtcau dans la notice concernant 
la rue de DoulainvillierK, p. io.1. 

(3j Voir l'article de U. Emile Potin sur Hameau p. (ju du IV' vnlunie du Ballelin). 



a HISTOIRE DL- X 

Le dernier châtelain de Passy, Aniie-Gabriel-Henri, marquis de Boulaia- 



(Colltctlnn <1.- M. Eni. Putin.) 

villiers, seigneur de Saint-Saire, de Passy -lez- Paris et de Saiot-Pol-dc- 



LE PASSÉ D AUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY ^9 

Gresoles, prévôt de la ville, prévôté et vicomte de Paris (1724-1793), 
mourut en prison, pendant la Terreur. Après sa mort, M. Cabal, ancien 
notaire de Paris, devint propriétaire du château de Passy et de ses princi- 
pales dépendances; en 1826, il vendit ce domaine à des spéculateurs qui 
établirent, dans le parc et le potager, un nouveau quartier occupant aujour- 
d'hui une partie de la rue de Bouiainvilliers et de ses abords. 

Le château de la Muette n'était, dans l'origine, qu'une maison bâtie dans 
le bois de Boulogne, soit pour y garder les mues des cerfs, soit pour y mettre 
des oiseaux de fauconnerie quand ils sont en mues; on peut supposer 
que le château doit son nom à cette circonstance ; toutefois, d'autres étymo- 
logies (1) ont été indiquées. Cette maison devint un rendez-vous de chass3 
sous le règne de Charles IX ; elle fut donnée, le 27 mars 1615, au dauphin 
(Louis XIII), à Toccasion de la déclaration de sa majorité, par la reine 
Marguerite de Valois, première femme de Henri IV. Fleuriau d'Armenon- 
ville (2), directeur des finances, donna une fête très brillante au duc et à 
la duchesse de Bourgogne, le 6 septembre 1707, à ce château dont le roi 
lui donna la jouissance, en érigeant pour lui une nouvelle capitainerie du 
bois de Boulogne. En 1716, Fleuriau d'Armenonville céda la Muette au 
Régent sur sa demande ; il fut installé au château de Madrid et reçut, 
en outre, un brevet de quatre cent mille livres. Le Régent embellit le 
château, qui devint la résidence favorite de sa fille, la duchesse de Berry : 
elle occupait à Paris le Luxembourg. En mai 1717, le tsar Pierre le Grand 
fut rhôte de la duchesse de Berry à la Muette. Après la mort de sa fille, 
le Régent céda le château à son pupille Louis XV (3), alors âgé de neuf 
ans, qui y vint souvent pendant sa minorité et y fit plusieurs séjours au 
commencement de son règne, avec la cour. C'est à la Muette que le lieute- 
tenant général, devenu plus tard le maréchal de Richelieu, organisa une 
entrevu© de la comtesse de Mailly avec Louis XV, alors âgé de vingt- 
deux ans. Plus tard, la marquise de Pompadour quitta sa résidence de 
Bellevue pour venir séjourner à la Muette, où elle fit peindre par Oudry les 
dessus des portes de la salle à manger ; le vestibule était orné de tableaux de 
Van der Meulen. Après la mort de la marquise (4), survenue à Versailles le 

(i) Voir aux annexes (p. 3i3j des observalions de M. Emile Potin au sujet de Téty- 
moio^e du mot « Muette ». 

(2) Voir aux annexes les articles suivants : (p. IV 2^) celui de M., le comte Fernand de 
l'Église sur le Château de la Muette ; (p. 3oo) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Les 
quatre gouverneurs du château royal de la Muette » ; (p. 299) de M. le comte F. de l'Eglise 

•t La mort de la duchesse de Berry à la Muette »; (p. 3io) « Un extrait des Confessions de 
Jean-Jacques Rousseau » ; et (p. 3o3) une note de M. Léopold Mar, indiquant les personnages 
qui ont résidé à la Muette. Voir également Tarticle de M. Louis de Méric, intitulé : « Per- 
sonnel des châteaux royaux sous Louis XV, pp. i5i à i55 du second volume du Bulletin. 

(3) Voir aux annexes (p. 3o4) les deux notes de M. Léopold Mar, intitulées : « La Biche 
du Roi », et «< Projet de reconstruction du château de la Muette ». 

(4) Le maréchal duc de Soubise, qui fut gouverneur du château de la Muette pendant 
dix-sept ans, était très protégé par la marquise de Pompadour, même après avoir perdu 
la bataille de Rosbach contre le roi de Prusse, ce qui inspira les vers suivants : 

En vain vous vous flollez, obligeante marquise. 

De mettre en beaux draps blancs le «rônéral Soubise ; 

Vous ne pouvez laver, ù force de crédit, 

La tache qu'à son front imprima sa dis<;ràce ; 

Et quoi que votre faveur fasse, 
Eu tout temps ou dira ce qu*à présent Ton dit : 

• yue si Pompadour le blancbit, 

Le roi de Prusse le repasse. » 



IIISTOIKh: t>U XVI'' AHRONIIISSKMENT 



15 avril 1764, Louis XV ne vint jplus à la Muette qu'incognito, sous le titre de 
comte de Gonesse, avec le maréchal de Richelieu et quelques autres confi- 



dents, pour s'y livrer à ses goûts dépravi's avec plus de liberté qu'il nen 
avait à Versailles. Il fit rehâtir le château et consli-uire aux ahords, pour les 
gens de service, plusieurs maisons en face des(iuelles ou voyait le parterre de 
l'escarpolelte ; de laulro ertté (Iurli)'<Ie;iM se trouvaicnl la lailcrieet la pompe: 



LE PASSÉ d'aUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY gj^ 

au nord-esl s'étendaient les autres dépendances : ferme, orangerie, faisan- 
derie, etc. 

(y est au château de la Muette que Marie-Antoinette passa la journée du 
15 mai 1770, précédant celle de la célébration solennelle de son mariage avec 
le dauphin, petit-fils de Louis XV. C*est également à la Muette qu'elle résida 
généralement (1) avant de devenir reine de France, et c'est à ce château 
qu'elle reçut, avec Louis XVI, le 5 juin 1774, les grands corps de TÉtat 
venant présenter leurs compliments de condoléance sur la mort de Louis XV 
et de félicitations sur Tavènement au trône des nouveaux souverains. Les 
7, 8 et 9 juin, toutes les personnes présentées à la cour eurent Thonneur de 
faire leurs révérences de deuil à Leurs Majestés et à la famille royale. J'em- 
prunte à une communication de M. Ch. Chandebois (i) Tanecdote suivante 
au sujet de ces révérences : 

Les plus vieilles comme les plus jeunes dames accoururent à la Muette 
pour ce jour de réception générale, et les révérences profondes de certaines 
douairières, coiffées de petits bonnets noirs h grands papillons, prêtaient à 
rire. La reine, qui avait beaucoup de respect pour les convenances, s'effor- 
çait de ne pas commettre la faute grave de perdre le maintien qu'elle devait 
observer ; une plaisanterie indiscrète d'une des dames du palais lui en 
donna cependant le tort apparent. La marquise de Clermont- Tonnerre, fati- 
guée de la longueur de la séance, et forcée par les devoirs de sa charge de se 
tenir debout derrière la reine, trouva plus commode de s'asseoir à terre sur 
Ict parquet, en .se cachant derrière les robes à panier de la reine et des 
dames du palais ; de là, elle tirait les jupes de ces dames. Le contraste des 
espiègleries de M"' de Clermont-Tonnerre avec le sérieux de la repré- 
sentation qui régnait dans la chambre de la reine déconcerta Sa Majesté 
plusieurs fois ; elle portait son éventail devant son visage pour cacher un 
sourire involontaire ; l'aréopage sévère des douairières déclara que la reine 
n'aimait que la jeunesse, qu'elle avait manqué à toutes les bienséances et, le 
lendemain, on faisait une chanson dont le refrain était : 

Petite reine de vingt:ans, 

Vous qui traitez si mal les gens, 

Vous repasserez la barrière. 

Louis XVI signa au château delà Muette plusieurs édits, notamment celui 
par lequel il renonçait au droit de joyeux avènement (3). 

Le premier voyage d'un ballon libre et portant des voyageurs (i) a eu 
pour point de départ, le 21 novembre 1783, le jardin de la Muette ; le ballon, 
du système des frères Montgolfier, inventeurs de l'aérostation, était monté 
par le marquis d'Arlandes et Pilâtre de Rozier ; le trajet, qui était de 8 kilo- 

(i) Voir la correspondance entre Tlmpératrice Marie-Tlw^rèse et son ambassadeur, le 
comte Mercy d'Argenleau (d'après Alfred Darnelle cl Geffroy Didol, 1774), qui <^tait chargé 
de conseiller la jeune dauphine et de rendre compte à sa ni6re de ses conversations, de 
ses relations et de toutes ses actions. 

(2) Voir aux annexes (p. 3o4) Tarticle de M. Ch. Chandebois, intitulé : « Cérémonies de 
révérences de deuil à la Muette »». 

(3) V^oir aux annexes {p. 3o5) l'article de M. Léopold Mar, intitulé: « L'édit de la Muette 
et les différents séjours de la cour de Louis XVi au château de ce nom ». 

(4) Voir également aux annexes (p.3o8) l'article de M. Léo|)old Mar, intitulé ; « Le premier 
voyage aérien, 21 novembre ijHZ ». 



22 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

mèlres, fut fait en dix-sept minutes ; les voyageurs s'étaient élevés à la hauteur 
de 950 mètres. 



(Culk'rliuii ili' M. Cliantletiaia.) 



Les mécaniciens anglais Miln père et fils, ayant, en 1785, oITert au gou- 
vernement français de naturaliser une nouvelle manière de carder et de filer 



LE PASSÉ d'aUTEUIL, DE CÏIAILLOT ET DE PASSY 23 

le coton, obtinrent, pour l'encouragement de cet établissement, une subven- 
tion de 60.000 francs, un traitement annuel de G.OOO francs, un local gratuit 
dans le château de la Muette, alors assez délaissé (et où ils eurent à payer un 
loyer à dater de i791) et enfin, une prime de 1.^00 francs par chaque assorti- 
ment de machines qu'ils justifieraient avoir fourni en France à des fabricants. 
Miln et ses fils furent arrêtés le 15 octobre 1793. 

En 1788, Louis XVI, désirant alléger les dépenses, fit de grandes réformes 
dans sa maison et ordonna la vente de plusieurs châteaux ; la Muette fut 
comprise dans cette dernière disposition ; cependant elle n*î fut pas vendue à 
cette époque, mais, dès lors, elle cessa d'être une résidence royale. 

En 1790, c'est dans le jardin de la Muette que fut servi le grand banquet 
donné par la Ville de Paris aux députés des corps de l'armée et des communes 
de France; plusieurs milliers de fédérés prirent part à ce banquet. 

Le château de la Muette fut mis en vente par décret du ^6 mai 1791 (1); 
le conseil général de la commune de Passy, comprenant l'avantage qu'il y 
avait à conserver cette belle propriété sur son territoire, arrêta, le 29 mai, 
qu'il présenterait une soumission pour l'acquérir; mais le manque de fonds 
ne permit pas de réaliser cette opération. La propriété fut morcelée; une 
partie fut aliénée et l'autre resta propriété de l'État, puis de la Couronne 
jusqu'au commencement du règne de Louis XVIII, époque à laquelle elle fut 
définitivement distraite de la liste civile. Talleyrand avait loué à l'État le 
château de la Petite-Muette et Ta habité sous le Directoire. 

Le château et le parc de la Muette furent achetés en 1820, pour 275.000 fr., 
par Sébastien Érard, qui, né le 5 avril 1752, fonda sa fabrique de pianos en 
1780, fut nommé le 27 octobre 1810 facteur de pianos et de harpes de Leurs 
Majestés impériales et royales et reçut, le 29 décembre 1815, le brevet de 
facteur de pianos et de harpes de la cour. Sébastien Érard olïrit au roi de 
reprendre, pour le prix d'achat qu'il avait payé, cette ancienne maison 
royale de plaisance ; mais Louis XVïlï ne crut pas devoir profiter de cette 
offre. 

C'est au château de la Muette que Sébastien Érard mourut, le 5 avril 1831 ; 
il y avait réuni une magnifique collection de tableaux, qui fut vendue en 
août 1832. Les docteurs Pravaz et Guérin furent autorisés, en 1835, à établira 
la Muette un institut orthopédique. 

Depuis la mort de Sébastien Érard, le château de la Muette n'a pas cessé 
d'appartenir à sai famille, qui a tenu à conserver cette habitation, où l'accueil 
bienveillant de la dernière reine de France avait contribué à décider de sa 
fortune. Le légataire universel de Sébastien Érard était son neveu, Pierre Érard, 
qui fut nommé officier de la Légion d'honneur en 1851, à la suite de l'Expo- 
sition universelle de Londres, où il avait obtenu Tunique « Council medal », 
décernée à Tindustrie des instruments de musique. 11 mourut à Paris, le 
5 août 1855, et, après sa mort, sa veuve se fixa tout à fait à la Muette ; n'ayant 
pas eu d'enfant, elle fit donation de cette propriété à sa nièce, dont le mari, 
M. le comte de Franqueville, membre de l'Institut, habite encore aujour- 
d'hui le château. 

Le parc, qui n'occupe qu'une partie de l'ancien domaine royal de la 

. 1 . Voir aux annexes [p. 3oy) la noie de M. Léopolcl Mar, concernant la vente de biens 
nationaux dans la région de Passy. 



24 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

Muette, est très vaste, quoiqu'il ait été diminué par suite de l'exécution de 
divers travaux de voirie, notamment des chemins de fer de l'Ouest. 

Lord Ranelagh, pair d'Irlande, était un grand amateur de musique ; il fit 
construire dans son parc de Chelsea, près de Londres, une rotonde où 
chaque jour un orchestre venait jouer ; la haute société anglaise fréquentait 
ces concerts. Après la mort de lord Ranelagh, vers le milieu du xviii* siècle, 
une compagnie acheta son parc et y continua la musique, en faisant payer 
aux auditeurs un droit d'entrée de 3 shellings ; on installa des fêtes pu- 
bliques et des bals dans ce jardin, qui conserva longtemps le nom de son 
ancien propriétaire et a été remplacé par Cremorn-Gardens. En 1772, Morisan 
et Tardé, artificiers du roi, qui avaient été donner des fêtes en Angleterre 
et y avaient vu le Ranelagh anglais, conçurent l'idée de fonder un établisse- 
ment semblable auprès de Paris. Ils obtinrent du maréchal prince de Soubise, 
gouverneur du château de la Muette fi) et grand écuyer du bois de Boulogne 
(dont Morisan était le subordonné, puisqu'il était garde de la porte de Passy), 
la concession d'une grande pelouse, située dans le bois de Boulogne, où l'on 
dansait quelquefois en plein air, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui 
notre Ranelagh. La première salle fut ouverte le lundi 25 juillet 1774, sous le 
nom de petit Ranelagh; en 1779) on ajouta une seconde salle, plus aérée et 
plus vaste, et, depuis lors, ce local servit de réunion quelquefois à la cour et 
souvent au Paris qui s'amuse. En 1783, cent gentilshommes, payant chacun 
une cotisation de 72 francs par an, louèrent à Morisan son jardin pour y 
donner, chaque semaine, un bal champêtre où leurs invités étaient seuls 
admis. La reine Marie-Antoinette et le comte d'Artois (qui régna plus tard 
sous le nom de Charles X) ne dédaignèrent pas de venir danser au Ranelagh. 

En 1784, Audinot installa (2), auprès de l'établissement du Ranelagh, son 
théâtre des « Petits Comédiens de Bois » (3). 

La Révolution interrompit ces fêtes ; le peuple envahit les salons et les 
bosquets et vint y danser la carmagnole ; Morisan, qui n'encaissait plus que 
de très maigres recettes, dut faire démolir, en 1793, ses légères constructions, 
afin d'en vendre les matériaux. Mais il refit de bonnes affaires sous le Direc- 
toire; le célèbre danseur Trénitz amena au Ranelagh, reconstruit en 1796, 
ses cohortes de muscadins et de merveilleuses. Sous l'Empire, Morisan donna 
avec succès des fêtes militaires et mourut au bon moment; car, peu de jours 
après sa mort, les Cosaques vinrent bivouaquer sur ses pelouses, et ses bâti- 
ments furent convertis en hôpital militaire. L'ennemi parti, une société de 
jeunes élégants réorganisa au Ranelagh des fêtes aristocratiques, qui étaient 
données le jeudi et le samedi ; la duchesse de Berry y vint fréquemment. Le 
bal du Ranelagh était dirigé, sous la Restauration, par Mabille, qui créa ensuite 
le bal du jardin Mabille, à l'allée des Veuves (aujourd'hui avenue Montaigne). 

Le 21 août 1830, on donna au Ranelagh un grand bal dont le produit 
était destiné à soulager les veuves, les blessés et les orphelins des 27, 28 et 29 
juillet 1830 : la souscription était fixée à trois francs pour un cavalier et à 
deux francs pour une dame. Après la révolution de 1830, le Ranelagh rede- 

(i) Voir aux annexes (p. 3io) une communication de M. Ant. Giiillois à la Société histo- 
rique d'Autcuil et de Passy; on y trouve un historique du bal du Ranelagh. 

(2) Voir aux annexes (p. 3i4) une note concernant le théâtre d'Audinot. 

(3) Voir, pour le bal du Ranelagh, un article de M. Ch. de Boigne, extrait du Comm^-^ 
tionnet, tome IV, pp. 94 et 95 du VI» volume du Bulletin^ 



LE PASSÉ d'aI'TEUIL, QE CMAILLOT ET DE PASSV 35 

vint bnl public et tliéâtre forain. Le glacier llerny, gendre de j^iorlaan. flt 
exécuter, en 1H31, de nouveaux bâtiments décoré» avecguùt, sous la direction 
de M. l'eyre, architectfl du gouvernement ; les fêles du Hanelagli eurent de 
nouveau une grande vogue, principalement en 18ii et ISiG. L'établissement 
du Ranelagh a disparu en IH^K, lors de l'exécution des grandes avenues qui 
ont transformé Passy (1). 

Une grande partie des anciennes maisons de Paris a été bâtie avec des 
pierres extraites du sous-sol de la capitale, ('e mode de procéder était très 
commode à l'époque où l'imperfection des moyens de transport s'opposait à 



iColleclion Je M. Clioinlebib.) 

l'utilisation de carrières lointaines; maisila présenté l'inconvénient de créer, 
au-dessous d'une partie de la grande ville, des vides qui peuvent occasionner 
des eHondrements : c'est pour prévenir des accidents de ce genre, sous les 
voies publiques, que le service de l'inspection générale des carrières (2) a été 
créé en 1777. iieaucoup de pierres à bâtir ont été extraites des carrières sou- 
terraines ouvertes dans le calcaire grossier, au-dessous d'une partie des quar- 
tiers de Chaillot et de Passy; cette exploitation a été fort active pendant les 
xvu'elxvnr siècles et pendant le couimeucemenlduxix" siècle. L'exploitation 
des carrières souterraines a été interdite dans l'intérieur de Paris, parle 



fil Lp3 Jemitrcfi coiiHlriiclionii imncipales devaient se trouver sur l'emplacement ilu 
afinttuci de l'iivrnue Riiphaitl. appartenant Ji M. Bcrrus. 

Le bal du Ranelagh eut une Rrnnde vo^ur bou!" la direction do M. Uemy; on y ren- 
contrait le Tout-Paris de l'i^poiiue et beaucoup dn pcrsunnagcsi un df» li.ibituiïs de ce 
bai ^Liit le prince de Syracuse, nommé vice-roi de Sicile par sun Tr^re le roi de Naplea 
Ferdinand II, lora de son avènement nu trAne {H nuvvintire ilfUu). 

{■y MoD arUcle intiluli! ; " Les carritres souterraines el le sous-sol du XVI' .-irrnndis- 
sèment >. et insËré dans le liulMin, c^t reproduit aux annexe» (p. 3tô): on y trouvera éga. 
lemeot (p. 3i4) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : .. Pa^ay et Chaillot souterraiua ■, 



26 HISTOIRE DU XVI^ ARRONDISSEMENT 

décret du 22 mai 1813 ; la môme mesure a été appliquée en 1860 à la zone 
annexée, comprenant le XVp arrondissement, où le nombre des rues ayant 
leur sol sous-miné est de quarante et une ; la longueur des galeries souter- 
raines d'inspection s'y élève à 6.419 mètres. 

Uancîen mur d'enceinte de Paris, construit sur la demande des fermiers 
généraux en vue de soumettre tous les consommateurs au paiement des 
droits d'entrée, fut exécuté, de 1784 à 1786, sous la direction de Tarchitecte 
Ledoux. Cinq barrières 4I) faisaient alors communiquer Passy avec Paris. 
Après l'achèvement ^e ce mur d'enceinte, la partie de Chaillot qui se trouvait 
en dedans de ce mur était définitivement réunie à Paris, et la paroisse de 
Passy était limitée par la Seine, par le mur d'enceinte (chemin de ronde de 
Sainte-Marie, boulevards extérieurs de Longchamp et de Passy, place de 
l'Etoile), par la paroisse d'Auteuil, par la partie de la grande route de Paris à 
Cherbourg qui forme actuellement l'avenue de la Grande-Armée, et enfin 
par une ligne prolongeant la rue de Longchamp et par une autre ligne tra- 
versant le bois de Boulogne sur l'emplacement qui est occupé aujourd'hui 
parles lacs. La paroisse d'Auteuil avait toujours été, depuis 1672, séparée de 
celle de Passy par le chemin des Tombereaux (aujourd'hui rue de l'Assomp- 
tion) ; vers Billancourt, elle était limitée par la grande route de Paris à 
Versailles et par un sentier, qui est devenu actuellement l'avenue Victor- 
Hugo de Boulogne. 

Les droits seigneuriaux ont été exercés jusqu'à la fin du règne de 
Louis XVI par les abbés de Sainle-Cieneviève à Auteuil, par les seigneurs à 
Passy et par le prévôt des dames du monastère royal de la Visitation sur 
leurs domaines. A partir de 1787, Auteuil et Passy dépendirent pendant 
quelque temps (2) de l'arrondissement de Bourg-la-Reine, département de 
Corbeil. La loi du 22 décembre 1789 fit de Boulogne, Auteuil et Passy des 
communes du département de Paris, arrondissement de Saint-Denis ; ces 
trois communes formaient alors un canton dont Passy a été le chef-lieu 
depuis 1790 jusqu'en l'an VIIÏ. A l'époque oii l'on créa les sous-préfectures, 
en remaniant les cantons, les communes d'Auteuil et de Passy furent placées 
par la loi du 13 décembre 1799 dans le canton de Neuilly (arrondissement de 
Saint-Denis). 

Enfin, la loi du 16 juin 1859 a annexé à la Ville de Paris (3) la partie des 
territoires d'Auteuil et de Passy située à l'intérieur de l'enceinte fortifiée et 
a réuni le surplus à la commune de Boulogne-sur-Seine. Le décret du l*""^ no- 
vembre de la même année a constitué le XVP arrondissement, et l'annexion 
a été effectivement réalisée le 1*"^ janvier 1860. L'ancien faubourg de Chaillot 
(partie comprise à l'intérieur du mur d'enceinte et limitée par la voie nommée 
actuellement avenue Marceau) a fait partie du I" arrondissement de Paris 
jusqu'au 31 décembre 1859, date où l'ancien V^ est devenu le VHP, en même 
temps qu'il perdait, à l'ouest, Chaillot rattaché au XVPet, à l'est, le quartier 
des Tuileries et du Louvre, annexes au I'*^ arrondissement actuel. 



(1) Voir aux annexes (p. 324) larlirle de M. Léopold Mar, inlilulé : <« Nos anciennes 
barrières ». 

(2) Voir l'ouvrage de M. Fernand Bournon sur rAsseml)l(^e provinciale de l'Ile-de- 
France (départements de Saint-Germain et de CorbeiT, de 1787 à 1790. 

(3) Voir aux annexes (p. 332), un extrait de ]a loi du lO juin isrHj et l'indication des 
limites des quatre quartiers du XVl» arrondissement. 



LE PASSE DAUTEUIL, DE CHAILLOT ET DE PASSY 27 

Le XVI* arrondissement de Paris, dont la superficie est de 709 hectares (1), 
est divisé en quatre quartiers : Auteuil-Poiat-du-Jour, la Muette, la Porte- 
Dauphine et Cbaillot. Ce dernier, qui avait été d'abord nommé quartier des 
Bassins, a reçu sa dénomination actuelle (i) par décret du !20 avril 1896, 
pour rappeler le souvenir d'une localité importante ; en réalité, Tancien 
village de Cbaillot, dont dépendait la plus grande partie du quartier actuel 
de Cbaillot, comprenait, en outre, une partie du quartier des Champs-Elysées. 
Les limites du XVP arrondissement sont : l'axe de l'avenue de la (irande- 
Armée, qui le sépare du XVII" ; celui de l'avenue Marceau, qui le sépare du 
VII !% la Seine, qui le sépare du VIP et du XV', enfin le bois de Boulogne, 
dont il est séparé par les fortifications. Ses principaux monuments sont : 
l'Arc de l'Etoile, le palais du Trocadéro, la Mairie, les quatre églises parois- 
siales et quelques belles chapelles, les ponts sur la Seine, le lycée Janson-de- 
Sailly, le musée Guimet, le musée Galliéra. Il ouvre neuf portes sur les for- 
tifications : Billancourt, Point-du-Jour, Saint-Cloud, Molitor, Auteuil, Passy, 
Muette, Dauphine et Maillot. Il est desservi par sept gares des chemins de 
fer de l'Ouest (porte Maillot, avenue du Bois-de-Boulogne, avenue Henri- 
Martin, Passy, Auteuil, Point-du-Jour et Boulainvilliers), et par huit stations 
du chemin de fer métropolitain (porte Maillot, rue d'Obligado, Etoile, placedu 
Trocadéro, rue Boissière, avenue Kléber, place Victor-Hugo et porte Dauphine). 
La population de Passy était, en 1793, de 2.500 âmes en hiver (3.500 pendant 
sept mois de la belle saison) ; en 1800, elle avait diminué et n'était plus que de 
1 800 ; elle était de 2.300 en 1807, de 3.034 en 1820, de 3.528 en 1829, de 4.200 
en 1831, de 5.702 en 1836,de6.704 en 1841, de 8.G57 en 1846, de 10.375 en 1848, 
et enfin de 17.494 âmes en 1856, date du dernier recensement avant l'annexion. 
Dans ces dernières années, la population de l'ancien Paris est restée à 
peu près stationnaire, tandis que celle de la zone annexée s'est accrue de 
plus de six cent mille âmes; cette progression paraît devoir continuer, car 
la zone annexée renferme encore beaucoup de terrains non bâtis. 

Le tableau ci-après donne, pour chacun des quatre quartiers du XVP arron- 
dissement, les résultats des deux derniers recensements, pour la population 
de fait : 



QUARTIERS 



Auteuil 

La Muette . . . 
Porte-Dauphine. 
Chaillot 

Totaux 



RECENSEMENT DE 



1896 



22 071 
26.961 
21.043 
31.502 



101.577 



1901 



29.134 
30.043 
24 319 
33.591 



117.087 



(i) La largeur exlréme du XVI« arrondissement est de i.45o mètres, du Trocadéro A la 
porte Maillot; sa plus grande longueur, de 4-85o mètres, de la Porte du Point-du-Jour à la 
Porte Maillot, et sa largeur la plus minime, de 35o mètres, de la Porte de Saint-Cloud à 
la Porte de Billancourt. 

(2) Voir aux annexes (p. 333) le décret du 20 avril 1896 et le rapport qui le précède. 



28 



HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 



La population du XVI'' arrondissement s'était accrue d'environ 17.000 âmes 
de 1891 à 1896; on voit que de 1896 à 1901, elle s'est augmentée d'environ 
15.500 âmes, ce qui correspond à un accroissement continu de trois et demi 
pour cent par an. De 1896 à 1901, la population des dix premiers arrondisse- 
ments, c'est-à-dire du centre de Paris, n'a augmenté que de 1.686 habitants, 
tandis que, dans le même laps de temps, la population de la périphérie s'est 
accrue de 124.315 habitants. 

Le loyer moyen, qui n'est que de 571 francs pour l'ensemble de la ville 
de Paris, en 1901, dépasse 2.000 francs pour le quartier de Chaillot, 1900 francs 
pour celui de la Porte-Dauphine, 1.100 francs pour celui de la Muette, et 
600 francs pour celui d'Auleuil. 



^■■^•:^ 



îfe 



/ 



SM^ 



IL — Histoire des quartiers de Chaillot, de la Muette 

et de la Porte-Dmiphine 
(Anciens territoires de Chaillot et de Passy). 



Pour donner quelques indications historiques sur les rues qui ont été suc- 
cessivement établies sur le territoire de Tancienne commune de Passy, je les 
classerai, autant que possible, suivant Tordre chronologique de leur ouverture, 
totale ou partielle. Je commencerai donc par énumérer celles qui ont été per- 
cées avant le xix^" siècle (i); elles sont marquées sur le plan dessiné en 1731 
par Roussel, dont un extrait se trouve ci-contre, ou sur le plan publié en 
1800 par Picquet. 



RUES QUI EXISTAIENT AU XVIIb SIÈCLE 



Ces anciennes voies pourraient être divisées en deux catégories, dont la 
première comprendrait les rues bâties avant le xix" siècle (telles que la rue 
de Chaillot, la rue de Passy, etc.) et la seconde les routes et chemins qui 
étaient dès cette époque livrés à la circulation publique, mais n'étaient bordés 
en 1800 que de quelques maisons isolées, et ont été peu à peu transformés en 
rues (par exemple la rue de la Tour, la rue de Longchamp, etc.). Toutefois, 
je ne considère pas, dans cet ouvrage, comme rues existant au xvnp siècle, 
celles qui ont remplacé d'anciens chemins plus ou moins étroits et sinueux, 
mais pour lesquelles le premier classement ou le premier titre établissant leur 
reconnaissance comme rues est postérieur à l'année 1800 ; elles seront énu- 
mérées ci-après, suivant l'ordre chronologique de leur classement et comme 
ne datant que du xix*» siècle. 

La rue de Chaillot exislQ depuis plus de douze cents ans; elle dépend du 
VIII et du XVI' arrondissement; je n'ai à m'occuper ici que de la partie située 
sur le XVP, qui est assez courte, mais comprend Véglise Saint-Pierre de 

fi] J'ai clivi»é ce travail en trois parties : i" les rues qui existaient à la fin du 
xviii*' siècle ; 2* celles qui ont Hé ouvertes pendant la première raoilié du xix* siècle ; 
3* cellofs qui ont été ouvertes de 1850 A 1901. 



3o HISTOIBE DU XVl'' AMRONDISSEMENT 

Chaillot (\), mentionnée, comme il a été rappelé ci-dessus, dans une bulle 
pontificale de Tan 1097. 

L'église actuelle a été rebâtie d*abord vers la fin du xvn« siècle, puis en 
1740 ; elle se compose d'une nef terminée par un chœur, avec bas-côtés, mais 
sans transept; la façade de l'édifice, sur la rue de Chaillot, n'olTre de remar 
quable que sa vieille tour, d'ailleurs peu élevée. La grosse cloche, posée en 1777 
dans le clocher, eut pour parrain et marraine Louis XVI et Marie -Antoinette ; 
elle fut nommée Louise-Antoinette et fut bénie par le futur cardinal Domi- 
nique de La Rochefoucauld, alors archevêque de Rouen. Une nouvelle recons- 
truction de l'édifice eut lieu en 1785 et 1786. 

Sous la Révolution, l'église de Saint-Pierre de Chaillot, conservée d'abord 
comme paroisse (2), en vertu de la loi du 4 avril 1791, fut fermée en 1793, 
mise en vente, adjugée le 24 août 1796. Rendue au culte le 29 avril 1803, elle 
devint alors troisième succursale de la paroisse de la Madeleine. Le curé 
racheta l'immeuble et le légua par testament à une dame, qui le vendit, à la 
date du 24 septembre 1821, à la Ville de Paris, moyennant la somme princi- 
pale de 38.000 francs et une rente perpétuelle sur l'État de 530 francs au nom 
et au profit de la fabrique de l'église de Chaillot, pour l'acquittement de divers 
services dont l'édifice se trouvait grevé. 

L'église suffisait à l'ancien village de Chaillot, mais elle n'était pas appro- 
priée aux besoins d'un vaste et riche quartier de Paris. Reconnaissant cette 
insuffisance, l'administration municipale, sous le second empire, avait réservé, 
sur l'emplacement des anciens réservoirs de la pompe à feu de Chaillot, avec 
façade sur l'avenue d'Iéna,un terrain de 5.040 mètres carrés, où l'on aurait pu 
ériger une construction devant remplacer Téglise actuelle. La réalisation de 
ce projet fut ajournée, parce qu'on prétendit que cet emplacement, actuelle- 
ment occupé par la place des États-Unis, était trop éloigné du centre de la 
paroisse. Les événements de 1870-1871 firent abandonner ce projet. On s'oc- 
cupa ensuite de projeter une nouvelle église sur un terrain voisin de celui où 
on a construit le musée Galliéra; mais les négociations entamées pour l'ac- 
quisition du terrain nécessaire ne purent aboutir. 11 fallut donc se borner 
à améliorer sur place l'église de Saint-Pierre de Chaillot, dont la cure avait, 
dès 1866, pris rang de première classe. L'hôtel de M. de Tubiny, contigu à 
l'église, fut acheté ; sur son emplacement, on établit le presbytère, et M. l'ar- 
chitecte Paul Marbeau érigea une chapelle qui est dédiée à Notre-Dame des 
Victoires et qui communique avec l'église. Les extensions et améliorations 
exécutées dans ces dernières années à Saint Pierre de Chaillot ont donné des 
résultats très satisfaisants. 

La rue de Chaillot (3) avait conservé dans toute son étendue, jusque vers 
1865, son ancienne physionomie de grande rue d'un village formant faubourg 
de Paris; elle avait alors une longueur de près de 900 mètres, entre les Champs- 
Elysées et la rue de la Croix-Boissière ; mais, par suite des nombreux perce- 
ments (avenue et place d'Iéna, rue Pierre Charron, etc.) exécutés dans ce 

(i) La supcrflc-ie sous-miiiéc nu-dcssous de la chapelle annexe de Saint-Pierre de 
Chaillot isisc avenue Marceau- est de i^o niMrcs carrés. La dislance du sol au ciel de 
la carrière est de 12 m. 5»; la hauteur de la galerie d'exploitation est de 5 mètres. La 
consolidation a été opérée par colonnes do béton, piliers niaf;onnés et remblais bourrés. 

i'i) Voir aux annexes (p. 33V l'arlide intitulé : «« Une émeute A Saint-Pierre-dc-(^ihailIol ». 

(3; On trouvait, en 1849, à la rue de Chaillot des institutions :Bous({uetau n» i5 et Bigot 
ou n» ai) dont les élèves suivaient les cours du lycée Bonaparte. 



KLE DE CHAILLOT 3[ 

quartier, conformément aux décrets rendus sous le second empire, elle a 
perdu 300 mètres de longueur et beaucoup d'aucteimes maisons ont été recons- 
truites (I). 

La moindre largeur de la rue de Ctiaillot, qui avait été fixée à 1 1 mètres 



e M. tlmlle Polin.) 



par l'ortloniiaDce royale du 11 décembre ISi,';, a été portée à ii mètres par 
les décrets du (î mars lH"iH et du 'i juin IHHt. 

]l existait en 18f>7, à la jonction de la rue Morny {actuellement rue Pierre 
Charron) et de la rue de Cliaillot, un espace triangulaire qui n'était pas assez 



{ 1 , Vuir Annft l'hi'ftoii'c ilii i|uiirlitïr il'Autouil k'** inilii-iitiontt Juniiérs sur Siiin(e-P<-rinc, 
qui se trouvait aulrcfoiR rue de Cliailtot, jtrba de l'ciiiiil.'icoNient .icluellciucnt occupi^ pnr 
l'avenue Marceau, et qui, |>ar suite du percciuonl de celte avenue, a élé Iran^réréc A 
Auteuil. 



32 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

vaste pour qu'on pût y élever des constructions ; en i868, il a été converti en 
un plateau planté, moyennant une dépense de 5. (KM) francs. 

Vers la fin du xviii'' siècle, il y avait rue de Chaillot un certain nombre de 
ces immeubles galants qu'on a appelés petites maisons (i). 

Barras, ancien membre du Directoire, eut, sous la Restauration, son hôtel 
au n** 76 ancien de la rue de Chaillot et y mourut en 1829. 

Les renseignements sur l'ancienne rue des Batailles se trouvent aux alinéas 
concernant l'avenue d'Iéna. 

La rue de Passy est aussi ancienne que ce centre de population et en a tou- 
jours été la voie principale. Elle se terminait autrefois par une grille, à la 
hauteur de son intersection avec la rue de la Pompe ; elle portait le nom de 
Grande-Rue ou de « rue qui conduit au bois de Boulogne ». Elle prit, en 1793, 
la dénomination de « rue Marat » ; mais peu de temps après, le nom de Grande- 
Rue lui fut restitué. Elle ne pouvait pas le conserver après l'annexion, parce 
que la dénomination de Grande-Rue s'appliquait à la rue la plus importante 
de la plupart des communes annexées ; l'arrêté préfectoral du 26 février 1867 
lui a donné son nom actuel de rue de Passy. 

Cette rue est très commerçante ; sa largeur minima à été fixée k 
10 mètres par l'ordonnance royale du 22 décembre 1838, et cette môme ordon- 
nance l'a classée comme route départementale n'*2 de Paris à Saint-Gloud (2). 
Elle était, avec les rues de l'Annonciation, Bois-le-Vent et Raynouard, la seule 
rue de Passy qui fût pavée il y a un siècle. Le pavage en pierre de la rue de 
Passy a été converti en pavage en bois entre le boulevard Delessert et la rue 
Jean-Bologne, de juillet à octobre 1897, entre les rues Jean-Bologne et de la 
Pompe, de juillet à septembre 1898. Les becs à incandescence y ont été ins- 
tallés en avril 190C). 

Vimpasse des Carrières, dont la moindre largeur n'est que de 2 mètres, est 
fort ancienne ; elle a son entrée sur la rue de Passy, entre les n°* 24 et 26. 
Jusqu'à Tannée 1816, le numérotage des maisons de Passy commençait à la 
première maison de droite, en venant de Paris, et se continuait sans inter- 
ruption, 1, 2, 3, 4, etc. ; arrivé à la dernière maison de droite, on continuait 
le numérotage en revenant sur ses pas,* par le côté gauche. Ce ne fut qu'en 1806 
à Paris et en 1816 à Passy qu'on commença à appliquer le système de numé- 
rotage actuellement en vigueur : numéros impairs ù gauche et numéros pairs 
à droite. En indiquant, d'après les intéressantes communications faites par 
M. Léopold Mar à la Société historique d'Auteuil et de Passy, les demeures 
historiques (3) du XVI« arrondissement, je donne autant que possible les numé- 
ros actuels des maisons. 

Au n" 58 de la rue de Passy, on remarque une porte d'entrée, cintrée à 
deux battants, avec applique et heurtoir de l'époque de Louis XV; Tornemen- 
tation (lu haut est en fer forgé, encadré de petites boiseries sculptées. 

En entrant dans la cour du n° 84, on voit la grande façade Louis XV de 
l'ancien cabinet de physique du roi. 

(i) V. le volume de M. GaPton Capon, pp. 119 h 194. La grande rue de Passy et la rue 
Raynouard eurent aussi quelques petites maisons (pp. r.»'), ss.).— Paris, Darapon, éd., icpi. 

(2) En i85i, la commune de Passy a contribué aux dépenses de reclitication de celle 
roule départementale pour loo.oaj francs, doul (jo.ckjo j)ro\enant de souscriplions de 
particuliers et le surplus d'inq>ositions extraordinaires. 

(3) Je n'ai cru devoir mentionner ici (juc les maisons ayant été habitées par des pcr- 
8onnag'»s actuellement décédé 



es. 



RUE rit: i>AHSY 33 

Oa peut citer comme maisoas historiiiues de la rue de Passy : le n° 7, que 
le général Moreau habita en I7!t7et 1798 ; le a- li, occupée partir de 1861 par 
l'écrivaio socialiste Proudhon, qui y mourut eu lHG."i (il avait été élu repré- 
sentant du peuple ea lKi8) ; l'ancieu ii" 38, habité sous Louis XVI par Mme de 
Genlis (1), gouvernante des eafants du duc d'Orléans (Philippe-Égalité); le 
n' 55, où le compositeur Oossé,dit (iossec, ancien directeur de l'Opéra, membre 



'3tuatU'3tJ> 'v'avwU.W. 



de l'Institut, mort en I8àit, à l'âge de quatre-vingf -quinze ans, a passé les six 
ou sept dernières années de sa vie ; la maison n" ii;î, qu'a habitée, pendant les 
sept dernières années de sa vie, le célèbre chansonnier (instave Nadaud \i), 

{x\ Voir aux annexes (p. 288) la bitigra|ihie ilc Mme <k Genlis, i>;ic M. rCilmoml W.ihl. 

(2) Voir la conférence de M. Léo (.larclie snrCuslave Nailiiml. tH»- '-i? " '^^'t ''" '"' ^"' 
iunie du Bulletin; voir ^galcincnl aux annexes [|i. Vifi I" woonnii-iil el Icciivre Je 
rUaflau*'- 



34 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

mort le 28 avril 1893. Mme Maria Favart occupait un pavillon rue de Passy, 
n<>^ 76-78, en 1881, époque à laquelle elle donna sa démission de sociétaire de 
la Comédie-Française. Au n* 80 se trouve l'hôtel qui a été habité jusqu'en 1787 
par la présidente de Bandeville (1) ; il a été occupé, sous le règne de Louis- 
Philippe, par le chimiste Orfila, qui a lutté contre Raspail dans le procès de 
Mme Lafarge. Le compositeur Piccinni habita et mourut dans une maison de 
la rue de Passy; Jenny Vertpré (Mme Garmouche), actrice du Gymnasse, 
habita vers 1850 la maison n"" 84, à l'angle de la rue de la Pompe, où était 
installé, au x\m* siècle, le cabinet de physique du château de la Muette ; 
Louis XV y venait pour assister (2) aux expériences de Tabbé Nollet. Le 
cabinet de physique du roi fut réuni, en 1790, à l'Observatoire de Paris. 

Sur le côté pair de la rue de Passy, on voyait autrefois deux grands hôtels 
qui ont disparu. L'emplacement compris entre l'angle de la rue Gavarni et le 
n** 18 était occupé par l'hôtel de la Folie, où résidait, vers 1761, Mlle de Ro- 
mans (3), maîtresse de Louis XV ; cet hôtel, dont le prince Paul Demidoff 
était propriétaire vers 1868-1869, a été habité par Arsène Houssaye et par Jules 
Janin ; il a été démoli en 1890. A la hauteur du n^* 70 se trouvait l'hôtel de 
l'amiral d'Estaing, guillotiné en 1794 ; il a été démoli pour le percement de 
la rue Guichard, vers 1854; quelques détails seront donnés à ce sujet dans 
l'historique du quartier de Passy qui a été construit, sous le second empire, 
sur l'emplacement de l'ancien parc Guichard. 

Un« école communale de garçons et de filles et une école maternelle sont 
établies au n° 29 de la rue de Passy ; c'est M. François Delessert qui a donné 
à la commune l'immeuble dans lequel ces écoles sont établies; cette donation 
a été acceptée par délibération du conseil municipal du 10 octobre 1849. Cette 
école a 303 élèves. 

La rue de Passy est comprise, comme beaucoup d'autres rues du XVI* ar- 
rondissement, dans la zone des anciennes carrières calcaires (4), dont plu- 
sieurs sont encore utilisées aujourd'hui comme caves. 

La place de Passy, qui a 30 mètres sur 34 et où se croisent actuellement 
les rues de Passy, de l'Annonciation, Bois-le-Vent, Duban et Vital, ne date 
que de 1836. Antérieurement, il n'existait en cet endroit qu'un passage fai- 
sant communiquer la Grande-Rue (rue de Passy) avec la rue de l'Église (rue 
de J'Annonciation). La maison située à l'angle de la place et de la rue de Passy, 
et qui pendant longtemps a servi de mairie (rue de Passy, 67), était alors 
presque isolée, ayant devant elle (5) un horizon de feuillage et de verdure; 
cette maison eut pour hôtes J.-Jacques Rousseau et plus récemment Quillet, 
l'auteur des Chroniques de Passy. 

(i) Voir aux annexes (p. 334) l'article de M. Léopold Mar sur l'hôtel de la Présidente 
de Bandeville. 

{'2) Voir aux annexes (p. 335) l'article de M. Léopold Mar sur le cabinet de physique du 
Roi et une lettre écrite au sujet de ce cabinet en 1784. 

(3) Voir aux annexes (p. 338) l'article de M. Léopold Mar sur l'hôtel de la Folie. Ce 
nom provenait du lieu dit « La Folie », situé vers l'emplacement des rues Gavarni et 
Claude-Chahu. 

(4) La partie sous-minée de la rue de Passy a été consolidée par le service de l'ins- 
pection générale des carrières, sur une longueur de 45 mètres, entre l'oHgine et la 
maison no 6, de 38 mètres sous la place de Passy, et de 67 mètres entre les n»* 3i et 68. 

(5) Quand la mairie fut transférée avenue Henri-Martin, cette maison fut exhaussée et 
entièrement remaniée par M. Robert, son propriétaire. Voir la note de M. A. Dauvergiief 
p. 258 du 1II<) volume du Bulletin. 



PLACE DE PASSV 35 

Par délibération du 21 décembre 1834, le conseil municipal de Passy, con- 
sidérant que le local loué par la Mairie était insuffisant et qu*il y avait lieu 
d*acquérir une maison commune (1), autorisa l'acquisition à M. et à Mme Cré- 
ciat de leur propriété, grande rue de Passy> 67, pour y installer la mairie, 
avec toutes ses dépendances, et y créer une place publique. 

M. et Mme Créciat se mirent d'accord avec le maire de Passy pour fixer 
à 55.000 francs le prix d'achat des terrains (bâtiments et jardins), qui ont servi 
à établir la mairie et la place, mais sous la condition que la mutation de pro- 
priété serait faite à très bref délai. Comme ils ne voulaient pas attendre, pour 
le paiement, l'accomplissement des formalités permettant à la commune de 
faire face à la dépense, M. Possoz, maire de Passy, leur versa de ses deniers 
40.000 francs ; M. Anceaume, adjoint, et M. Coade, conseiller municipal, 
payèrent également de leurs deniers, mais sous la garantie personnelle de 
M. Possoz, le surplus, soit 15.000 francs, le 1" mars 1835. En vertu d'une 
ordonnance royale du 25 du môme mois, l'acquisition faite par M. Possoz et 
consorts fut réalisée, les 4 et 10 mai suivants, au nom de la commune de 
Passy, par contrat notarié. Les frais d'actes d'acquisition se sont élevés à 
3.852 francs, et les frais d'appropriation de l'immeuble à 8.197 francs ; la dé- 
pense totale a été couverte de la manière suivante : 

Part à la charge de la commune de Passy cl acquittée par cette commune 

au moyen d'une contribution extraordinaire 20.000 (r. 

Subvention accordée par l'administration du département de la Seine 

sur les fonds d'octroi de banlieue 20.000 » 

Produit de la revente à M. Morison d'une partie de Timmeuble 15.000 » 

Souscription de divers particuliers, notamment : 2.500 fr. fournis par la 
famille Delessert, 2.000 Ir. par M. Possoz, 1.000 fr. par M. Fulchiron, 
100 fr. chacun par M. le comte Portails, M. le comte de Las Cases et 
M. Guichardde Mareil, etc , 12.049 » 

Total 67.049 fr. 

L'examen du registre des délibérations municipales montre que le projet 
de pavage et de cailloutage de la nouvelle place publique a été approuvé le 
8 août 1835, que les fonds nécessaires pour l'installation des services de mairie 
ont été votés le 8 novembre de la môme année et que la mairie a été installée 
le !•' janvier 1836. 

La nouvelle place ayant 34 mètres de largeur, prit d'abord le nom de « place 
d'Armes », et ensuite celui de « place de la Mairie », parce qu'elle bordait un 
des côtés de la mairie de Passy. En 1848, on l'appela « place Béranger », en 
souvenir du long séjour que l'illustre chansonnier avait fait à Passy ; mais 
peu de temps après, on lui rendit le nom de « place de la Mairie », qu'elle ne 
pouvait pas conserver quand il fut décidé que la mairie du XVP arrondis- 
sement serait établie à l'avenue Henri-Martin. Sa dénomination actuelle lui 
a été donnée par l'arrêté préfectoral du 26 février 1867. 

La maison n^ 2 de la place de Passy, où se trouve actuellement une suceur* 
sale du Crédit lyonnais, formait, en 1827, le café-restaurant du Midi, avec 

(i) La mairie de Passy avait été installée jusqu'alors dans des locaux loués par la 
commune, rue Franklin, n° 3 ; cette maison appartenait au maire et ancien notaire, 
M. Auge de Fleury. 



36 HISTOIRE DU XVI'' ARRONDISSEMENT 

jardins et bosquets; le premier étage de cette maison était occupé, dos 1863, 
par le cercle de Passy, qui n'existe plus depuis longtemps. 

Le 8 août 1826, le conseil municipal de Passy accepta la proposition du sieur 
Bénit, demeurant rue de TÉglise (Annonciation), n"" 15, consistant à établir 
un marché sur un terrain dont il était propriétaire, rue Neuve-de-l'Église 
(Jean-Bologne). Un marché forain se tint ensuite périodiquement sur la place 
de Passy. Le premier acte concernant le marché couvert actuel consiste en 
une délibération municipale du 5 juillet 1853, demandant rétablissement d'un 
marché devant contenir 133 places et être établi auprès de la place de la 
Mairie. Les travaux de première construction du marché de Passy, qui appar- 
tient à la ville et est régi par elle, furent achevés le 25 novembre 1855 ; mais 
ce marché fut ouvert dès le 4 avril 1854. En vue de l'agrandir, la commune de 
Passy acheta à Mme Delahoussaye, le 10 août 1857, un terrain en partie 
couvert de bAtiments, pour 36.057 francs, y compris 4.657 francs de frais. 
Malgré cette extension, le marché était encore encaissé par des propriétés 
privées et avait besoin d'être aéré. En 1873, époque à laquelle les travaux 
de la nouvelle mairie de l'avenue Henri-Martin étaient poussés avec activité, il 
fut décidé que les terrains sur lesquels s'élevaient les constructions affectées 
aux divers services municipaux de l'arrondissement seraient aliénés, mais sous 
la réserve que l'emplacement occupé par la justice de paix et par le bureau 
de bienfaisance ne serait pas compris dans cette aliénation, et qu'il serait 
utilisé, pour agrandir encore le marché; il a ainsi obtenu une façade sur la 
petite place qui le sépare de la rue Bois-le- Vent. 

La rue Beethoven se nommait autrefois rue de la Montagne, nom parfaite- 
ment justifié par son excessive déclivité. Elle avait son origine à la route de 
Versailles (quai de Passy), dans le voisinage de la Seine et auprès de la barrière 
des Bonshommes, qui était une des entrées de Paris; cette entrée s'est appelée 
aussi barrière de la Conférence (1), puis barrière de Passy. Après avoir formé 
un coude très prononcé et longé le mur de clôture de l'ancien couvent des 
Bonshommes, la rue de la Montagne aboutissait au carrefour de Passy où con- 
vergent les rues Raynouard, de Passy, de la Tour, Vineuse, Franklin et deux 
voies modernes (boulevard Delessert et rue Alboni). Ce carrefour s'est appelé 
autrefois la Croix Vineuse et le carrefour de la Montagne ; il constituait l'en- 
trée de Passy et on y voyait avant la Révolution la potence seigneuriale. 
Quillet dit, dans ses Chroniques de Passy, qu'il y avait un second pilori, 
placé au bas de la rue de la Montagne, à l'encoignure du quai. 

La rue Beethoven a lait partie de la route départementale n** % de Paris à 
Saint Cloud; elle n'avait que trois ou quatre maisons au milieu duxviii" siècle 
et elle ne forme plus aujourd'hui qu'une impasse, aboutissant d'un côté à la 
route de Versailles (quai Debilly et quai de Passy), et de l'autre à des escaliers, 
parce qu'une section, comprenant tous les numéros pairs du n**12 au n<* 26, 
a été supprimée pour l'alignement du boulevard Delessert, dont l'exécution a 
permis de faire communiquer la rue de Passy avec le centre de Paris par des 
pentes admissibles. La partie la plus élevée de la rue Beethoven a été démolie 
en 1893, pour la construction du large escalier constituant la rue Alboni. 

La raffinerie de sucre de MM. Delessert avait une entrée au n^ 2 de la rue 

(i) La barrière de Passy iHait un reculemenl de la barrière de la ('onfércnce, située 
précédemment auprès de la pompe à feu de Cbaillot. 



RUE BEETHOVEN 87 

Beethoven; elle a été achetée par la Ville de Paris, au prix de 1.400.000 francs 
(contrat du 8 septembre J862). 

La maison portant le n*» 90, qui date de la Renaissance, conserve encore 
quelques restes de la censive, habitation du censier (1), où les habitants 
venaient payer les impôts dus au seigneur de Passy. 

En 1827, la montée rapide de la rue Beethoven causa probablement la 
mort du fils du compositeur Piccinni, rival de Gluck : musicien comme son 
père, il venait donner des leçons de son art, deux fois par semaine, à Passy; 
un jour, au moment d'atteindre péniblement le sommet de la montagne, il 
fut frappé d'une apoplexie foudroyante. Comme son père, il fut enterré à 
Passy, non pas auprès de lui, à la rue Lekain, où on n'inhumait plus, mais 
dans le nouveau cimetière de la rue des Réservoirs. 

La rue Beethoven a reçu sa dénomination actuelle, par décret du 24 août 
1864, en l'honneur du célèbre compositeur allemand Louis von Beethoven 
(1770-1827), qui étonnait, dès l'âge de douze ans, ses auditeurs, par la mer- 
veilleuse perfection avec laquelle il exécutait les préludes et les fugues de 
Sébastien Bach. A Vienne, il se présenta, en 1790, à Mozart, qui, prenant la 
plume, écrivit un sujet de fugue, hérissé de difficultés. Beethoven développa 
ce thème avec tant d'originalité et d'invention que Mozart, émerveillé, s'écria : 
c< Ce jeune homme sera bientôt le plus grand génie musical de l'Europe. » Son 
opéra deFirfe/io, son oratorio du Christ au jardin des Oliviers et surtout ses 
sonates et ses symphonies, notamment la Symphonie pastorale et la Sym- 
phonie héroïque, ont réalisé la prophétie de Mozart. Beethoven fut de bonne 
heure affligé d'une surdité qui le rendit morose. Des monuments lui ont été 
élevés à Bonn, sa ville natale, et à Vienne, sa patrie adoptive. 

La rue Raynouard est fort ancienne : elle figure comme entièrement bâtie 
sur le plan de Roussel en 1731; elle a porté successivement divers noms. 
Comme elle était autrefois la rue la plus importante de Passy, elle s'est appelée 
originairement rue Haute, et Grande-Rue ; quand elle fut détrônée, comme 
importance, par la rue de Passy, dénommée Grand-Rue (parce qu'elle était 
dès lors le centre du commerce dans ce quartier), la rue Raynouard fut 
nommée « ancienne Grande-Rue », ou « vieille -rue de Passy », ou « rue 
Vieille » ; elle est désignée sous le nom de <» rue Haute » dans des actes de 1691 
et de 1711. Le terrier de 172(5 rappelle « rue qui conduit du monastère des 
Pères Minimes à la maison de la seigneurie de Passy » ; on l'appelait aussi 
« rue qui conduit à la seigneuriale », parce qu'en eiïet, en la suivant jus- 
qu'auprès de son intersection avec la rue des Vignes, on se trouvait devant 
une des grilles du parc du château seigneurial de Passy, dont le bâtiment 
principal était à mi-côte de la rue actuelle de Boulainvilliers. On lui donna 
ensuite le nom de « rue des Francs-Bourgeois », dû peut-être à ce que la 
grande vogue des eaux minérales, dont rétablissement se trouvait entre cette 
rue et la Seine, avait décidé beaucoup de personnes aisées à venir s'y fixer. 
Vers 1770, elle prit le nom de rue « Basse », qu'elle conserva très longtemps et 
qui était en contradiction avec celui de « rue Haute », qu'elle portait autrefois. 
En vue d'expliquer cette contradiction, je ferai observer que la rue Raynouard 
est à une grande hauteur au-dessus de la Seine (2), mais qu'elle est basse si 

fi) Voir aux annexes (p. 341) l'article de M. Lc^opold Mar, intitulé» Un coin du vieux Passy». 
(2) Pour ce rtaincB maisons, l'entrée aur la rue Raynouard est à la hauteur du troisi^me 
étage, de Tautre côté. 



38 HISTOIRE DU XVl' ARRONDISSEMENT 

on la compare à remplacement de l'ancîea château seigneurial et surtout aux 
parties culminantes de Passy, qui se trouvent entre la rue de la Tour et l'ave- 
nue Henri 'Martin. 

Le nom actuel de la rue Raynouard (précédemment rue Basse), lui a été 
donné par le décret du 27 février 1867, en l'honneur de François- Just-Marie 



Raynouard, littérateur et philologue, né en )7.tl et mort au n' 20 ancien, 
38 actuel de cette rue. Après avoir été avocat à Draguigaan et au parlement 
d'Aix, il futnomméen 1791 député suppléanlàlAssemblée législative; arrêté 
en 1793, il ne recouvra la liberté qu'après la chute de Robespierre. Sa tragédie 
des Templiers fut représentée le :2i juillet lHl);>au théâtre du palais de Saint- 
Cloud ; la première représentation avait été donnée avec un immense succès. 



RUE RAYNOUARD 89 

le 14 mai, sur la scène du Théâtre-Français. Il entra en 1807 à TAcadémie 
française, dont il devint, en 1817, le secrétaire perpétuel. On peut citer, 
parmi les ouvrages qu*il a laissés : Monuments relatifs à la condamnation 
des chevaliers du Temple, Choix de poésies originales des Troubadours, His' 
toire du droit municipal en France sous la domination romaine et sous les trois 
dynasties, 

La circulation n'était pas toujours très commode au commencement du 
XIX® siècle ; un arrêté du 9 thermidor an XI, renouvelé en vertu d*une 
délibération du conseil municipal de Passy du 5 mai 1819, interdisait aux 
voitures attelées de plus d'un cheval de suivre la rue Basse (rue Raynouard), 
parce que le passage des rouliers pourrait nuire à la solidité des maisons 
établies au-dessus d'anciennes carrières (1). 

Il résulte d'une délibération du conseil municipal de Passy du 5 mai 1827, 
que MM. Roêhn et C*", propriétaires de l'ancien château seigneurial de Passy 
(château de Boulainvilliers), ayant exposé qu'on ne pouvait sans danger 
laisser plus longtemps dans son état actuel la partie de la rue située aux 
abords de la rue projetée du Ranelagh, parce que la pente y était très rapide 
et fort inégale, ofirirent, pour l'adoucissement de cette pente, une souscrip- 
tion de 450 francs, à laquelle vinrent se joindre d'autres oflres de fonds de 
concours, notamment celle de M. Fulchiron, montant à 200 francs. La com- 
mune accepta ces oflres et se chargea de faire niveler la rue Basse entre la 
rue des Vignes et la propriété de Mme Grével. En outre, on réalisa un accord 
entre les propriétaires pour rectifier, entre le rond-point de Boulainvilliers 
et la rue des Vignes, la rue Basse, qui décrivait une courbe assez prononcée 
devant les dépendances du château de Boulainvilliers. Le projet de nivelle- 
ment de la rue Basse aux abords de la rue du Roc (rue Berton) a été crédité 
par une délibération municipale du 3 mai 1828. Celle du 19 décembre 1832 a 
autorisé le maire à réaliser devant notaire l'échange de terrains convenu 
avec MM. Roëhn et €'• pour redressement et élargissement de la rue Basse. 
En 1834, des trottoirs ont été construits dans cette rue par la commune, les 
propriétaires riverains s'étant engagés à payer les trois-septièmes de la 
dépense. Enfin, la construction du chemin de grande communication de 
Montrouge à Neuilly (route de transit), entraînant un surbaissement du sol 
de la rue de Boulainvilliers, la commune de Passy exécuta à ses frais, en 
1841, un nouveau nivellement de l'extrémité de la rue Basse, aboutissant au 
rond-point de Boulainvilliers. 

La moindre largeur de la rue Raynouard a été fixée à 8 mètres par l'arrêté 
préfectoral du 16 février 1856 ; elle est donc assez étroite et elle est aujour- 
d'hui peu passagère ; mais les maisons situées sur le côté impair ont de belles 
vues sur la vallée de la Seine et sur les coteaux de Meudon ; comme elle 
conduisait au château seigneurial de Passy, on y avait établi, aux xvn" et xvni^ 
siècles, des hôtels importants. Le duc de Lauzun, si célèbre par ses aventures 
avec la grande Mademoiselle, aventures dont les suites (2) lui valurent un 

(i) La partie sous-minée du solde la rue Raynouard a été consolidée sur une longueur 
de 4o mètres près le carrefour de Passy et de i85 mètres entre les n»» i4 et 59, de 
1810 à i8i3. Dix-neuf maisons situées entre le commencement de la rue Haynouard (au 
carrefour de Passy) et la rue Sintrer accèdent, chacune par un escalier, h une ancienne 
carrière servant de cave. 

(2) Voir la M Notice sur le duc de lauzun » par M. Gobé, pp. t^h et a5'2 du III* volume 
du Bulletin, et, aux annexes (p. 343), 1q notp sur « Ltapzun à Passy », par M* Léopold M^r. 



4o HISTOIRE nu XVI* AIIOONDISSEMENT 

internement de dix ans dans la forteresse de Pignerol, où il se rencontra 
avec Foiiquet, l'ancien surintendant des finances, était rentré en grâce 
auprès de Louis XIV, parce qu'il avait réussi, non sans péril, à ramener 
d'Angleterre, en 1088, la reine et le jeune prince de Galles, que Jacques II 
lui avait confiés. Deux ans après la mort de la grande Mademoiselle, c'est-à- 
dire en 1695, époque à laquelle il avait soixante-trois ans, il épousa la fille 
cadette du maréchal de Lorges, sœur de la duchesse de Saint-Simon, qui 
avait alors un peu moins de quinze ans. Peu de temps après, il acheta ou se 
fit construire, dans les jardins des propriétés portant les n"* 11 et 13, un hôtel 
dont il ne reste aujourd'hui que les soubassements dans la propriété 
Delessert ; il conserva cet hôtel jusqu'à sa mort, survenue en 1723, et fut 
inhumé dans le couvent des Pelits-Auguslins, aujourd'hui l'École des Beaux- 
Arts. Cet hùtel de Passy fit l'objet d'un acte de donation réciproque de M. et 
de M"'" de Lauzun, qui porte la date du 6 novembre 1711. C'est dans cet 
hôtel que s'établirent, en juillet 1719, le duc de Saint-Simon (1) et la duchesse, 
qui était dame d'honneur de la duchesse de Berry, pour se rapprocher du 
château de la Muette, où résidait alors le Régent, qui se tenait auprès de sa 
fille mourante. 

Le baron Benjamin Delessert, banquier philanthrope fondateur de la 
caisse d'épargne, et ses deux frères, François I)elessert, banquier également, 
et Gabriel Delessert, maire de Passy, de 1830 à 183i, puis préfet de police du 
10 septembre 1830 au 24 février 1848, eurent, depuis 1800, des hôtels de plai- 
sance, dont les vastes jardins dominent la Seine et qui occupent les premiers 
numéros impairs de la rue Raynouard (2). Ces hôtels, depuis le n° 11, ont été 
ensuite habités par les membres ou descendants de cette famille, qui a rendu 
de grands services à Passy, y a répandu beaucoup de bienfaits et y a, pendant 
de longues années, pourvu seule aux dépenses des écoles publiques. Une 
délibération du conseil municipal du 3 novembre 1836 constate que la com- 
mune continue à être affranchie des dépenses annuelles des écoles des deux 
sexes, grâce à la munificence du baron Benjamin Delessert. 

C'est au n" 21 (ancien 66) de la rue Raynouard que La Tour d'Auvergne (3) 
a résidé de 1796 à 1800 ; il y recevait souvent ses amis, les généraux Desaix, 
Lecourbe, Kléber et Moreau. Sur le rapport de Carnot, ministre de la Guerre, 
le premier consul décerna à La Tour d'Auvergne (1743-1800) le titre de « pre- 
mier grenadier de la République ». On sait que, de 1800 à 1809, tous les 
jours, à l'appel de son nom, le plus ancien caporal de la 46^ demi-brigade 
répondait : « Mort au champ d'honneur ! » La Société historique d'Auteuil et 
de Passy a demandé qu'une inscription soit apposée sur la maison que La 
Tour d'Auvergne a habitée. 

Le chansonnier Déranger demeura, de 1833 à 1835, dans la mansarde de 
la maison qui suit le presbytère (n" 22 ancien, 42 actuel). L'auteur drama- 
tique Picard passa la plus grande partie de ses dernières années rue Ray- 
nouard, au coin de la rue de l'Annonciation, et c'est là qu'il mourut en 1828. 

(i) Voir aux annexes (p. 343) la note sur « Saint-Simon à Passy ». 

(a) Voir aux annexes fp. 3^3) la biographie intitulée « Les Delessert », par M. Léopold Mar. 

(3) Voir aux annexes (p. 356) l'article de M. Léopold Mar intitulé : « La Tour d'Auvergne à 
Passy ». Voir également le procès-verbal d'apposition et de levée des scellés par le juge 
de paix h la maison de La Tour d'Auvergne, rue Basse, 66, le i8 messidor an VIÏI 
et le 4 brumaire an IX (pp. 85 et 86 du IV« volume du BuUelin). 



RUE RAYNOUARD 4> 

L'abbé Raynal, littérateur et philosophe, habitait, en 1791, rue Raynouard, 
pK'^s de la rue de l'Annonciation; il mourut en 1796, k l'âge deSi ans, rue des 
Batailles, q" 1, chez un ami qu'il était venu voir. 

L'abbé Prévost, l'auteur de Manon Lescaul, a habile, lui aussi, la rue Ray- 



(CulleclioQdeJM. Em. PoUn.) 

nouard, près de la rue de l'Annonciation ; comme vers la fin de sa vie, il avait 
été nommé, en 1735, aumânier du prince de Conti : " Monsieur l'abbé, lui 
dit alors le prince, vous voulez être mon aumdnier; fort bien t mais je n'en- 
teads pas de mes)!e. » — « Et moi, Monseigneur, lui réponditM'abbé, je n'en 
dis pas. » 



/|2 HISTOIRE DU XVI« ARRONDISSEMENT 

Mlle Louise Contât, célèbre actrice de la Comédie-Française, demeura, 
vers 1791-1793, au n** 27 ancien, 47 actuel, presque vis-à-vis de la rue de 
TAnnonciation. C'est dans un pavillon situé au fond du jardin de cet 
immeuble que Balzac (1) a séjourné, de 1844 à 1847, après avoir vendu les 
Jardies et avant de s'installer à la Folie-Beaujon ; il y a composé Modeste 
Mignon, Honorine, Esther, Eve et David, le cousin Pons, Vautrin. 

Quatremère de Quincy, littérateur et archéologue, a habité, de 1802 à 1815, 
le n^Si ancien, 51 ou 53 actuel. Le^vaudevilliste Dumersan a occupé, de 1820 
à 1835, le 44 ancien, 62 actuel; le vaudevilliste Brazier demeura avec lui 
jusqu'à 1825. 

Benjamin Franklin, ministre plénipotentiaire des États-Unis, habita sou- 
vent, de 1777 à 1785, un pavillon de l'ancien hôtel de Valentinois (2), dont 
l'emplacement est actuellement occupé par la chapelle de Tinstitution des 
Frères des écoles chrétiennes, n** 66 actuel de la rue Raynouard, à l'angle de 
la rue Singer ; c'est au n** 62 de la rue Raynouard que Franklin lit la première 
expérience de paratonnerre. Une plaque commémorative (3) a été placée, le 
dimanche 8 mars 1896, par la Société historique d'Auteuil et de Passy, sur le 
mur de la chapelle des Frères, pour rappeler à la fois le séjour de Franklin 
à Passy et la pose du premier paratonnerre. 

C'est au n" 68 de la rue Raynouard que se trouve la grande entrée du 
pensionnat des Frères des écoles chrétiennes à Passy. Leur pensionnat prin- 
cipal à Paris avait été ouvert d'abord en 1837, au n"* 165 de la rue du Fau- 
bourg-Saint-Martin, dans des locaux bii le petit noviciat avait été établi en 
1835. La communauté acheta en juin 1838, à M. Briant, les deux pavillons et 
une partie des jardins d'un ancien hôtel de Passy, qui avait successivement 
appartenu au duc d'Aumont, au marquis de Ségur, au comte de Valentinois, 
dont il avait conservé le nom, au prince de Condé et enfin à M. Briant. Les 
travaux d'appropriation furent aussitôt entrepris, et c'est le 8 avril 1839 que 
le pensionnat fut définitivement transféré de Paris à Passy; il prospéra rapi- 
dement dans ce local vaste et salubre, où les constructions furent successi- 
vement augmentées : le nombre des élèves, qui n'était que de 28 en 1839, 
s'élevait à 600 en 1855, 700 en 1864 et 850 en 1899. Il comprend non seulement 
l'enseignement primaire supérieur, mais encore l'enseignement secondaire 
spécial et moderne, ainsi que des classes commerciales. Beaucoup d'élèves 
de cet établissement ont été reçus au baccalauréat de l'enseignement secon- 
daire spécial, au baccalauréat de l'enseignement secondaire moderne et à 
l'École centrale des arts et manufactures. 



(i) Voir au tome III du Bulletin, pages i54 à i58, rarlicle de M. Henri de Forges de 
Montagnac, intitulé : « Honoré de Balzac; notes biographiques; son séjour à Passy»; aux 
annexes (p. 862;, la note intitulée : « Une visite à la maison de Balzac, rue Raynouard, 47i à 
Passy »; et la note de M. L. Mar sur « les demeures de Balzac », p. 36o. 

(2) Voir au second volume du Bulletin, pages 95 à io3, le compte rendu, par M. Emile 
Potin, de la cérémonie de la pose et de l'inauguration de la plaque commémorative de 
Franklin. 

(3) D'après une note de M. de Riancey, Franklin aurait habité non le grand hôtel de 
Valentinois, où résidait son propriétaire, M. Le Ray de Chaumont^et qui est actuellement 
occupé par la maison des Frères, mais le petit hôtel de Valentinois, qui est habité parles 
sœurs de la Charité, chargées des œuvres de la paroisse, et qui dépend de la cure de 
Passy. M. de Riancey a eu pendant deux ans (1846-1847) un appartement dans cette mai- 
son, qui faisait autrefois partie de Tancien enclos de Valentinois. Comme on le verra plus 
loin, l'hôtel de Valentinois avait son entrée au n" 9 de la rue de l'Annonciation. 



RUE FRANKLIN ^6 

L'architecte BobertdeCotteet son fils, touBdeuxpremiersarchiteclesdu roi, 
eurent ua hôtel important dans la rue Haynouard, à Tanglede la ruedes Vignes, 
depuis 1720 environ; Robert de Cotte y mourut en 1738, et son fils en 1767. 

Aux n°* 73 et 75 actuels se trouvait autrefois la maison des gardes, que le 
fabuliste Florian habitait accidentellemeat, quand la princesse de Lamballe 
séjournait è Pnssy, dans sa maison de plaisance de la rue Berton, ou lorsque 



iRohert lie Colle.) 

le duc,de Penthièvre habitait le château de M. de Boulaiovilliers, que ce der- 
nier lui avait cédé à vie (1). 

J'ai rappelé ci-dessus le séjour de Pranklia k Passy, rue Raynouard : c'est 
pour en conserver le souvenir qu'un arrêté du coDseil général de la commune 
de Passy, en date du 3 septembre 17!tl, a donné le nom de rue Franklin à une 
rue du voisinage, qui s'appelait « rue Neuve des-Minimes », et occupait l'em- 
placement d'un ancien chemin, marqué sur le plan de Verniquet (1789), ainsi 

i) L^ famidc filachnnl, qui s'ost illui^tréc clann l'Univorsitë, n linliilé la rue Bnane, 
ainni que les pcinlreo François Desportes ri NoH Hnllë. 
Eugène Manuel a demeuré au n- 6 de la rue Haynouard. 



44 HISTOIRE DU XYI** ARRONDISSEMENT 

que sur celui de Roussel (1731), et reliant le carrefour de la Montagne (carre- 
four de Passy) à la barrière Sainte Marie, nommée plus tard barrière Fran- 
klin (place du Trocadéro). 

Benjamin Franklin (1706 1790) était imprimeur à Philadelphie en 1729 et 
publia le Bonhomme Richard en 1732; député de la Pensylvanie au Con- 
grès, il s'y déclara en faveur de l'indépendance des États-Unis; chargé de 
solliciter Tappui de la France, il obtînt de Louis XVI un traité d'alliance en 
1778 et fut en 1783 un des signataires du traité de paix de Paris, consacrant 
rindépendance de su patrie. 11 mourut président de l'État de Pensylvanie; on 
prit le deuil pendant un mois aux États-Unis d'Amérique et pendant trois 
jours en France (1). 

En 1790, la largeur de la rue Franklin a été fixée à ll'",70 ; la commune y 
a établi des trottoirs en 1844. Cette rue fut classée comme annexe de la route 
départementale n* 2, de Paris à Saint-Cloud ; à son origine, le sol a été 
abaissé en 1849, lorsqu'on a opéré le raccordement du débouché de la nou- 
velle direction de celle route avec les diverses voies aboutissant au carrefour 
de la Montagne (carrefour de Passy) ; elle a été remise en état de viabilité, 
aux frais du département de la Seine, en 1853. La Ville de Paris y a installé 
des becs à incandescence en 19(K) (2). 

Le général Faron habitait le n« 25 de la rue Franklin et y est mort le 
21 novembre 1881, à l'âge de soixante et un ans. La mairie de Passy a été 
pendant plus de trente aos au n*" 3 de la rue Franklin ; une délibération du 
conseil municipal du 25 avril 1828 autorise, moyennant un loyer annuel de 
800 francs, la location de trois pièces de plus dans celte maison, dont M. Auge 
de Fleury, maire de Passy, était propriétaire et où étaient installés les services 
de la mairie. Le peintre Debucourt a demeuré rue Franklin. 

Joseph-François Michaud, auteur de Vllisloire des Croisades, membre de 
l'Académie française en 1813 et de celle des inscriptions et belles-lettres en 
1837, né en 1767, fut un des fondateurs de la Biographie universelle et du 
journal la Quolidienne. Sa santé élant devenue précaire, il vint se fixer, en 1832, 
avec son jeune ami et collaborateur Poujoulat, à Passy ; il y habitait une 
modeste maison avec jardin au n° 18 actuel de la rue Franklin ; il y mourut 
en 1839. De nombreux amis, parmi lesquels Chateaubriand, assistèrent à ses 
obsèques; la Quolidienne ouvrit une souscription pour lui élever le monu- 
ment qui se trouve au cimelière de Passy. 

H. de Riancey, député et publicisle, a habile, vers 1857-1858, le n'»20 de 
cette rue. 

Sous le second Empire, on avait projeté de remplacer la rue Franklin par 
une large avenue, débouchant sur la place du Trocadéro ; mais ce projet n'a 
pas été réalisé. 

La rue Vineuse, qui forme un coude à la hauteur du n» 25, a été 
percée, avec une largeur de 9'*,60, vers la fin du xviir siècle ; elle tire son 
nom d'anciennes vignes qui appartenaient au couvent des Minimes ou 



(i) Voir l'article de M. Edmond Wahl intitulé: » Beaumarchais chez F'ranklinà Passy», 
3 décembre 1777 (p. 87 du IV» volume du Bulletin). 

(2) L'acquisition par expropriation de l'immeuble sis rue Franklin, n» a, à Fangle de 
cette rue avec le boulevard Delessert, sera nécessaire pour l'exécution de la partie du 
métropolitain comprise entre la place du Trocadéro et la gare de Lyon. 



EGLISE NOTRE-DAME DE GRACE DE PASSY 4^ 

Bonshommes. Autrefois, Chaillot, Passy et Auteuil avaient beaucoup de 
vignes (1). 

Béranger vint en 1841 demeurer chez son amie, M"** Béga, au n» 19 de la 
rue Vineuse; il y resta sept ou huit ans. Le regretté président de la Société 
historique d'Auteuil et de Passy, M. Eugène Manuel, a fait le récit d'une 
visite de Michelet au célèbre chansonnier, rue Vineuse (i). 

Le maréchal de Mac-Mahon, le général F. Douay et leurs états-majors 
descendirent, le 2^ mai 1871, dans la maison n*" 49 de cette rue. 

La rue de r Annonciation (3) va de la rue de Passy à la rue Raynouard et 
passe devant l'entrée principale de Téglise de Passy. Elle s'appela rue du 
Moulin, rue des Tierrées, puis rue de la Paroisse jusqu'à la Révolution, qui 
lui imposa, en 1793, le nom de « rue de la Raison ». Quand les églises furent 
rendues au culte, elle devint la « rue de l'Église », nom qu'elle conserva jus- 
qu'au décret du 26 février 1867, qui lui a donné sa dénomination actuelle. 

Le chansonnier vaudevilliste Brazier acheta en 18i5 la maison n° 4 et y 
mourut en 1835 ; cette maison a été habitée par l'éditeur Curmer vers 1856-1858. 

Le duc d' Aumont, lieutenant général et célèbre amateur, eut sous Louis XV, 
à l'emplacement du n^" 9, une propriété s'étendant jusqu'au delà de la rue 
Singer actuelle ; il la céda au tomte de Valentinois, prince de Monaco. En 18i>l, 
le prince de Condé et son fils, le duc de Bourbon, vinrent habiter cet hôtel 
pendant quelque temps. 

ISéglise Notre-Dame-de-Grâce de Passy a d'abord été une simple chapelle, 
bâtie par Claude Chahu, conseiller du roi en ses conseils, trésorier général 
des finances et seigneur de Passy; la construction de cette chapelle était fort 
avancée quand fut rendu le décret de Mgr Hardouin de Péréfixe, archevêque 
de Paris, en date du 28 décembre 1666, dont voici un court extrait : 

« Nous étant apparu par le rapport de notre vicaire général que les habi- 
tants de Passy ne peuvent aller sans beaucoup d'incommodité à leur paroisse 
d'Authueîl, pour y recevoir les sacrements et assister à l'office divin, à cause 
de la distance et de la difficulté des lieux, avons érigé et érigeons par ces pré- 
sentes une église succursale audit Passy, dépendante et aide de la paroisse 
d'Authueîl et, à cet effet, avons permis et permettons d'achever la chapelle 
encommencée de bâtir et sera la dite église succursale sous l'invocation de 
Notre-Dame de Grâce, de laquelle la principale fête se fera, chaque année, 
le jour de l'Annonciation de la Vierge. » 

Six années après, le 16 mai 1672, grâce aux démarches persistantes de la 



(i; Voir page i38 du H* volume du Bulletin^ Tariicle de M. Léopold Mar, inUtulé: « Comme 
quoi il en cuisait de voler le verjus à Passy, au xiv* siècle »>. 

(2) Voir aux annexes (p. 497) l'article intitulé : « Michelet chez Béranger à Passy *. 
Béranger quittant Paris pour venir s'établir à Passy, qui était alors un lieu de villégia- 
ture, disait : 

Puissé-je ici vieillir exempt d'orage, 
Et de l'oubli près de Huhir le poids. 
Comme l'oiseau dormir dans le feuillage, 
Au bruit mourant des échos de ma voix. 

(3; Sous le sol de la rue de TAnnonciation, les vides des anciennes carrières ont été 
consolidés sur une longueur de 22 mètres devant le n» 8, de 12 mètres devant le 
n« 30 et de 4* mètres devant les n°* 4 et 26 et entre les n'« 23 et 26. Devant le n* 3i» 
la distance du sol au ciel de la carrière est de 7 mètres, et la hauteur des galeries d'ex- 
ploitation est de in»,rx). 



46 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

veuve (1) de Claude Chahu, cette succursale était érigée en église paroissiale; 
cette concession contribua à Taugmentation de la population de Passy. En 
i673, la veuve de Claude Chahu fit l'acquisition d'une maison (2) pour réta- 
blissement du presbytère. 

On reconnut, avant la fin du gouvernement de la Restauration, la nécessité 
d'agrandir l'église de Passy. Le devis, dressé le 5 mars 1828 et montant à 
47.000 francs, décrivait les travaux à faire de la manière suivante : « L'objet 
des travaux est l'agrandissement de l'église, la restauration des bâtiments 
actuels et la construction d'une sacristie. L'église actuelle sera prolongée en 
forme de croix, de manière que la partie ancienne sera destinée entièrement 
à former la nef principale et les deux nefs latérales ; la partie à construire 
contiendra le transept, le chœur, le sanctuaire et les deux chapelles à droite 
et à gauche du maître-autel, à l'extrémité des nefs latérales ; une de ces cha- 
pelles sera consacrée à la Vierge, l'autre à la communion. » 

Des subventions furent accordées par le ministère de la Justice et des 
Cultes et des 'souscriptions particulières furent recueillies ; il n'en était pas 
moins très difficile d'arriver à réunir les fonds nécessaires. Le conseil muni- 
cipal de Passy demandait, par délibération du 15 octobre 1830, que les 
20.000 francs alloués parle conseil général pour l'agrandissement de Téglise 
fussent consacrés à la construction d'une mairie. 11 consentait, le 9 mai 1831, 
à payer les 68 francs de frais occasionnés par l'adjudication des travaux 
d'agrandissement de l'église; mais, à la date du 8 novembre 1835, il refusait 
de faire concourir la commune aux dépenses d'agrandissement de Téglise et 
se bornait à recommander au ministre des Cultes la demande de M. l'abbé 
Gary (Curé depuis la fin de 1830 jusqu'à novembre 1835J, qui offrait de sub- 
venir à une partie de la dépense. Le conseil municipal de Passy montra 
ensuite des dispositions beaucoup plus favorables : il approuva le 9 mai 1845 
un projet de M. l'architecte Debressenne (agrandissement et consolidation de 
l'église, etc.) montant à 70.000 francs, accepta la coopération de 10.000 francs 
offerte par la fabrique, vota 25.000 francs comme part contributive de la com- 
mune et demanda au préfet d'accorder 35.000 francs sur les fonds d'octroi 
de banlieue. Les travaux, exécutés de 1846 à 1849, sous la direction de M. De- 
bressenne, doublèrent la longueur de l'église. La pose delà principale pierre 
du clocher eut lieu le 3 novembre 1846; le procès-verbal transcrit sur par- 
chemin, avec le sceau de la mairie, et renfermant quelques pièces de mon- 
naie à Teffigie du roi Louis-Philippe, fut déposé dans une boîte de 
plomb. 

Le conseil municipal de Passy déclara, le 11 mars 1848, que les travaux 
supplémentaires de l'église devaient être reconnus dette communale. Par 
lettre en date du A octobre de la même année, le maire de Passy fit connaître 
au préfet de la Seine que les travaux d'agrandissement de l'église étaient ter- 
minés et lui proposa d'approuver le montant des dépenses, fixé à 82.530 francs; 
cette approbation fut accordée, sur l'avis du conseil des bâtiments civils. 

De 1856 à 1859, M. Tarchilecte Debressenne fut chargé de diriger de nou- 



(i) Voir aux annexes (p. 280) l'article de M. Léopold Mar intitulé : « Fondation de la 
paroisse de Passy » . 

{2) Voir aux annexes (p. 362) l'article de M. Léopold Mar intitulé : u Pourquoi le prcdhy- 
tère de Notre-Dame-de-GrAce fut acquis à bon compte ». 



[ 



RUE JEAN-BOLOGNE 4? 

veaux travaux pour Téglise de Passy; son devis montait à la somme de 
77.000 francs : agrandissement des chapelles de la sainte Vierge et de saint 
Augustin, réparation du chœur à poser sur bitume, stucage, peintures, calo- 
rifère, etc. Une partie des dépenses d'amélioration de Téglise de Passy fut 
couverte par une souscription volontaire à laquelle prit part le célèbre chan- 
sonnier Déranger, qui habita Passy et qui avait spécifié que c'était pour la 
salle de catéchisme des enfants qu'il souscrivait. Le conseil municipal accorda 
un secours de 7.000 francs pour les vitraux et Tornementation des chapelles 
agrandies. 

• Vers 1872, on a réparé le portail de Téglise ; on a travaillé à la sacristie, à 
la chapelle au-dessus et à celle de saint Joseph ou des mariages. De 1890 à 
1892, on a installé une conduite d'eau, un poste d'incendie, transformé des 
lustres au gaz, établi des tribunes devant le grand orgue et au-dessus des 
deux chapelles des bas-côtés (ce qui a augmenté de 238 le nombre des places 
de réglise), agrandi la chapelle de la sainte Vierge et le caveau mortuaire, 
établi un chœur dans une construction édifiée sur le jardin et réalisé divers 
aménagements : sacristie et cabinets pour le curé et pour les vicaires, le tout 
d'après les plans et devis de M. Train, architecte de la ville. 

En 1902, on a établi de nouvelles orgues et transféré le maitre-autel à la 
place de l'orgue d'accompagnement (1). 

On peut citer comme ayant été enterrés dans l'église de Passy : l'abbé 
d'Estrades (2), fils du maréchal de ce nom, ambassadeur à Venise en 1675 et 
à Turin en 1079, mort en 1715 à Passy, où il habitait depuis cinq ans ; l'abbé 
Le Ragois, précepteur du duc du Maine et confesseur de Mme de Maintenon, 
mort en 1730; les abbés Boucheron, mort le 22 juin 1674 ; Fleuret, mort le 
9 février 1730 ; Locatelli, qui fut curé de Passy de 1852 à 1879 et mourut le 
1-4 mai 1879; Guiral, qui fut curé de Passy de 1879 à 1886 et mourut en 
août 1886. M. Tabbé Chauvet, qui fut le premier curé séculier de Passy et qui 
administra la paroisse de 1791 à 1827, fut enterré dans le cimetière 'de Passy, 
et non dans l'église. 

La rue Jean-Bologne a été ouverte sur l'emplacement du premier presby- 
tère de la cure de Passy, établi par la dame Chahu, et d'une partie du 
jardin de ce presbytère, qui avait été déclaré propriété nationale et acquis 
par la commune de Passy. On lui donna d'abord le nom de « rue Neuve-de- 
r Église, parce qu'elle longe un des côtés de cet édifice. 

M. Renaut, propriétaire rue Neuve de-lÉglise, fut autorisé, le 31 mars 1826, 
à y exercer le commerce de marchand de bois, sous la condition de paver à 
ses frais cette rue, depuis sa propriété jusqu'à la Grande-Rue de Passy, la 
commune prenant à sa charge le surplus du pavage de la rue Neuvede- 
rÉglise. 

Une délibération municipale du 28 septembre 1827 constate que le presby- 
tère est dans un tel état de dégradation qu'il est devenu inhabitable, et auto- 
rise le maire a louer à Mme Schalcher, principale locataire, une maison 
rue de l'Eglise (aujourd'hui rue de l'Annonciation), attenant à l'église, pour y 

(i) M. Tabbé Douvain, vicaire général honoraire de Bordeaux, chanoine honoraire de 
Vannes, de Dijon et de Bayeux, qui est, depuis i886, curé de Nolre-Dame-de-Grâce de 
Passy, a bien voulu me documenter sur l'histoire de son église. 

/2) Cette liste a été communiquée par M. Léopold Mar à la Société historique d^Auteuil 
cl de Passy. 



48 HISTOIRE DU X\V ARRONDISSEMENT 

loger M. Tabbé Delaplanche, qui fut curé de Passy de 1827 à octobre 1830. 
Une ordonnance royale du 18 septembre 1843 autorisa la commune de Passy 
à acquérir une maison et dépendances, destinée à être réunie au presbytère, 
pour servir de logement aux ecclésiastiques attachés à la paroisse. Cette 
maison, qui fut achetée à la dame Meslier, était attenante au presbytère et en 
avait fait partie autrefois : son achat donnait au terrain du presbytère sur la 
rue une largeur égale à celle du jardin. Un crédit de 8.505 francs avait 
d'ailleurs été voté, le 1" février 1843, pour réparer le presbytère. 

La largeur de la rue Neuve-de-rÉglise a été fixée à 8 mètres par arrêté du 
16 février 1856. La construction des trottoirs y a été autorisée par délibéra- 
tions municipales des 4 août et 4 novembre 1817. La dénomination actuelle lui 
a été donnée par décret du 24 août 1864, en l'honneur du sculpteur et archi- 
tecte Jean Bologne, né à Douai en 1524 et mort à Florence en 1608. Elève de 
Michel-Ange, il a fait les figures et les ornements en bronze de la place 
Majeure, à Florence ; le Mercure volant, à Rome ; r Amour et Psyché, àVersailles, 
il a composé le cheval de bronze supportant la statue d'Henri IV sur le 
Pont-Neuf. 

La rue Bois- le- Vent, qui va de la place de Passy à la rue Mozart, faisait 
autrefois partie de la rue de l'Église (aujourd'hui rue de TÂnnonciation) ; 
cette dernière rue se prolongeait alors (1) jusqu'à « la Chaise )> (aujourd'hui 
boulevard Beauséjour) et se trouva divisée en deux tronçons quand on créa, 
en 1835, la place de la Mairie ; c'est à cette époque qu'on donna le nom de 
« Bois-le-Vent » au tronçon de l'ancienne rue de l'Église, se dirigeant vers 
le bois de Boulogne. Ce nom est attribué à ce que la rue bordait un chantier 
de bois sous le vent, ou, suivant une autre version, à ce que le vent venait 
par elle du bois de Boulogne. Li délibération municipale du 1*"^ février 1844 
porte que des maisons d'habitation viennent d'être construites sur le côté sud 
de la rue Bois-le-Vent, où il n'y avait précédemment que des murs de jardins, 
et que les propriétaires de ces nouvelles maisons s'étant conformés à l'aligne- 
ment, il y a lieu d'exécuter de ce côté des caniveaux pavés, pour l'établissement 
desquels le conseil vote un crédit de 1.339 francs. D'ailleurs, la rue Bois-le- 
vent ne comprenait alors que la partie enclavée entre la place de Passy et la 
rue de Boulainviiliers ; la section qui s'étend de la rue de Boulainvilliers à 
la rue Mozart s'est appelée d'abord rue des Vignes et n'a été réunie à la rue 
Bols-le-Vent qu'en 1877. 

Le surbaissement de la rue de Boulainvilliers, opéré lors de l'établissement 
du chemin de grande communication de Montrouge à Neuilly, par le pont de 
Grenelle, imposa à la commune de Passy les frais d'un nouveau nivellement, 
en 1840, pour la rue Bois-le-Vent et la rue des Vignes : le déblai atteignait 
2 mètres à la rencontre de cette rue et du nouveau chemin (route de 
transit). 

La rue des Vignes a remplacé le chemin des Vignes, qui reliait la rue 
Raynouard à l'entrée de la Muette ; ce nom rappelle l'époque où on cultivait 
la vigne sur le coteau de Passy. Un décret du 10 février 1875 avait donné à 
cette rue le nom de « rue Houdon »; mais comme il existait à Paris une rue 

(i) C'est dans celte partie de la rue Bois-le-Vent, vis-à-vis de la Muette, que se trouvait 
la maison Pastoret, où le poète André Chéuier fut arrêté le 6 janvier 1794 (voir aux 
annexes (p. 362\ l'article de M. Léopold Mar sur l'arrestation d'André Ghénier à Passy). 



BLE UtS VIGNES ^^ 

portant leiuéiue nom, l'arrêté préfecloral du i" lévrier 1H77 a rétabli l' ancien 



La. princesse de LAMaULE 



(Colli'cLion de M. Em. PotliM 

nom de la rue des Vignes. apWis (pit! l'autre rue portant également ce nom 
fut réunie, comme il a été dit ci-dessus, à la rue Boin-le-\'ent. M. Leblanc, 



5o UISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 

vice-président du conseil général des ponts et chaussées, a habité le n*» 65 de 
la rue des Vignes. Mlle Emilia Bigottini, qui s'était fait applaudir à l'Opéra 
de 1802 à 1822, vécut longtemps en son hôtel de la rue des Vignes et fit 
beaucoup de bien aux pauvres de Passy. 

Le passage des Eaux (1) est étroit et coudé, à pente très rapide ; un esca- 
lier de 114 marches irrégulières y permet la circulation entre la rue 
Raynouard et le quai de Passy. Il figure comme rue sur le plan de 1731 et 
tire son nom du voisinage des eaux minérales ferrugineuses de Passy. C'est 
une voie privée qui s'est nommée d'abord « la f uelle des Eaux « et ensuite 
le « passage des Anciennes-Eaux ». 

Un décret du 2 octobre 1865 a réuni sous la seule dénomination de rue 
Berton deux rues qui figurent sur le plan de 1731, savoir : la rue de Seine 
(prenant naissance au quai, devant son nom au voisinage du fleuve, et dont 
la direction est perpenpiculaire à celle de la rue Raynouard) et la rue du 
Roc, en équerre et débouchant sur la rue Raynouard ; cet ancien nom de 
rue du Roc eât attribué à ce qu'un gros bloc de pierre se trouvait dans cette 
section, ou à ce qu'elle aboutissait au point culminant de la montagne, ou 
roc. La dénomination actuelle a été donnée en mémoire du compositeur 
Henri-Montan Berton (1766-1844), qui entra, comme violon, à l'Opéra, à quinze 
ans, fut nommé professeur d'harmonie au Conservatoire, lors de sa création 
en 1795, dirigea l'Opéra italien de 1807 à 1809 et fut nommé membre de 
l'Institut en 1815. Le père de Berton, qui avait été également compositeur, 
fut surintendant de la musique du roi. 

Le côté gauche de cette ancienne rue de Seine était occupé par une pro- 
priété de Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, 
amie de Marie-Antoinette et une des plus déplorables victimes des massacres 
de septembre 1792. Cette belle propriété avait d'abord appartenu à Geneviève- 
Marie de Durfort de Lorges, fille du maréchal de Lorges, belle-sœur du duc 
de Saint-Simon et veuve, depuis 1723, du célèbre duc de Lauzun. Après elle, 
le domaine fut acquis, le 9 septembre 1734, par la marquise de Saissac, fille 
de Louis-Charles d'Albert, duc de Luynes. Vint ensuite la nièce par alliance 
de la précédente propriétaire, lacomtess3 d'Egmont-Pignatelli, belle-sœur du 
maréchal de Richelieu ; de son premier mariage elle avait eu, en 1748, Louis- 
Joseph-Charles-Amable d'Albert qui, devenu duc de Luynes et de Chevreuse, 
et pair de France, entra en possession de la propriété le 18 mai 1775 et la 
vendit, le 1*"^ février 1783, à la princesse de Lamballe, veuve du fils du duc 
de Penthièvre, avec lequel elle pouvait communiquer aisément, puisqu'il 
habitait le château seigneurial de Passy, dont le parc avait une issue sur la 
rue Raynouard, à peu de distance de la rue Berton. 

Le lendemain de la mort de la princesse de Lamballe, c'est-à-dire le 
4 septembre 1792, on apposa sur sa maison de Passy les scellés, qui ne furent 
levés que le 3 avril 1793. La propriété, d'abord saisie et vendue comme bien 
d'émigrés, fut, après l'accord survenu en mai 1796 entre la République 
française et le roi de Sardaigne, remise le 12 janvier 1797 à Charles-Emma 
nuel de Savoie-Carignan, neveu et héritier de la princesse de Lamballe. Ne 
pouvant pas habiter ce domaine, il s'en défit le 8 août suivant en faveur du 
citoyen Joseph Baguenault et de sa femme, dans la famille desquels il resta 

;i I Voir ,'uix annexes (p. 3C/|} Tarlicle de M. l.<'»op(»ld .\far intitulé : •« Le passage des Eaux »>. 



PONT d'iÉNA 5| 

jusque vers 1845. La propriété avait autrefois, du côté des numéros pairs de 
la rue Berton, quelques dépendances qui furent acquises par la famille 
Delessert pour la régularisation de ses terrains. 

Depuis cette époque, la propriété de la princesse de Lamballe (1) a été cons- 
tamment occupée par une maison de santé pour aliénés. Le docteur Esprit 
Blanche y transféra en 1846 la maison de santé qu'il avait sur les hauteurs de 
Montmartre et en partagea la direction médicale avec son fils aine, le célèbre 
docteur Emile Blanche. Il mourut dans cette maison le 5 novembre 18o2. 
Son fils, le docteur Emile Blanche, conserva la direction de la maison jusqu'en 
187i, époque à laquelle il la céda au docteur Meuriot, récemment décédé. 
Après avoir quitté la direction de la maison de santé de la rue Berton, le doc- 
leur Emile Blanche se retira en son hôtel de la rue des Fontis, n"* 19 (actuelle- 
ment dénommée rue du docteur Blanche); il y resta pendant les vingt der- 
nières années de sa vie (i) et y mourut le 17 août 1893. 

La rue GuilioUy dont le côté droit est bordé par les jardins de la maison de 
santé du docteur Blanche, est fort ancienne et porte un nom de propriétaire. 
Sa largeur a été fixée à 8"*,:î0 par arrêté du 16 février 1856. 

Le côté gauche de la rue Guillou est très voisin de la voie ferrée, ouverte à 
Texploitation en même temps que l'Exposition universelle de 1900 (chemin 
de fer de Courcelles aux Invalides). L'établissement du pont sur lequel ce 
chemin de fer traverse la Seine a nécessité un abaissement du quai de Passy, 
au droit des rues Guillou et du Ranelagh, qui a été réalisé d'ootobre 1899 à 
novembre 1900 ; on a exécuté également (3) en 1900 la mise en état de viabi- 
lité de la rue Guillou (suppression du caniveau central, établissement de 
chaussée empierrée et de trottoirs). 

La grande route n" 10 de Paris à Bayonne par Versailles, Tours et Bor- 
deaux est dénommée quai Debilly entre le pont de l'Aima et la rue Beethoven, 
et quai de Passy entre la rue Beethoven et le pont de Grenelle. C'est en 1572 
qu'on a commencé la construction du quai Debilly et il prit alors le nom de 
quai des Bonshommes, parce qu'il longeait, dans une partie de son étendue, 
les dépendances de leur couvent ; on le désigna ensuite sous les noms de 
chemin de Paris à Versailles, quai de la Savonnerie (4), quai de Chaillot. 
L'article 2 du décrel du 13 janvier 1807, daté de Varsovie, est ainsi conçu : 
« Le quai sur lequel le pont d'Iéna doit s'appuyer du côté de Chaillot et 
qui doit être élargi et refait dans une nouvelle direction s'appellera, dans la 
partie comprise entre la pompe à feu [o) et la barrière, quai Debilly, du nom 
du général (6). » 

Leponl (Tléna (7) réunit le quai Debilly au quai d'Orsay, dans l'axe du 

(i) Les indications données sur In propriété de la princesse de Lamballe onl été com- 
muniquées à la Société historique par M. Léopold Mar. 

f2) Voir ci-après les renseignements donnés dans la notice concernant la rue du Doc- 
leur-Blanche, qui appartient au quarUer d'Auteuil. 

(31 Les travaux ont été exécutés sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux, 
de M. l'ingénieur Bret et de M. le conducteur Germain. 

(4) Voir ci-dessus les indications données sur lancicnne manuracture royale de tapis 
de la Savonnerie (genre perse et turc). 

5* La pompe à feu sera mentionnée dans la notice concernant l'avenue du Trocadéro. 

iG' Le nom du général Debilly, tué /lia bataille diéna, s'écrivait en un seul mot; cepen- 
dant, on a écrit souvent le nom du quai en deux mots : « de Billy ». 

'7 Mon article sur «< la Seine entre le pont d'Iéna et le viaduc d'Auteuil »» est repro- 
duit à la tin de ce livre, aux annexes (p. 305). 



52 HISTOIRE DU XVl' ARRONDISSEMENT 

Champ (le Mars et du palais du Trocadéro ; il appartient aux VIP et XVP arron- 
disseraeats. Sa constructioa vis-à-vis de l'Ecole militaire a été autorisée par le 
décret du 27 mars 1806; il devait d'abord s'appeler « pout du Champ-ds- 
Mars » et être couslruit en fer et fonte : la majorité du conseil général 
des ponts et chaussées donna heureusement la préférence à rétablissement 
d'un pont en pierre de cinq arches de ±H mètres. Par un décret daté de V^ar- 
sovie, Je 13 janvier 1807, Napoléon P*' lui donna le nom de pont d'Iéna, en 
mémoire de la bataille gagnée le 14 octobre 1806 par Tarmée française (maré- 
chal Davoust,ducd*Auerstaëdt)sur les Prussiens ; le projet d'exécution, dressé 
par l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Lamandé, dont le nom a été 
donné à une des rues de Paris, a été approuvé par décret du 27 juillet 1808; 
la dépense du pont et des quais voisins, montant à environ 6 millions, a été 
entièrement supportée par l'État ; les travaux, commencés en 1808, ont été 
terminés en 1813. Le mur du quai Debilly avait été reporté dans le lit de la 
Seine, et ce quai élargi aux dépens de la rive opposée. 

On lit dans l'ouvrage publié par M. Brugère, en 1823 ; 

« Le pont de l'École militaire semblait devoir être à l'abri de tout événe- 
ment, d après la capitulation de Paris ; mais le nomd'Iéna qu'il portait alors, 
en mémoire d'une victoire remportée par les Français, suggéra h larmée 
prussienne le projet de détruire ce beau pont. En conséquence, des ouvriers 
mineurs, commandés par un officier, s'occupèrent à miner la partie inférieure 
des piles. Les procédés employés exigèrent heureusement un temps assez 
long, dont on profita pour faire des représentations qui furent écoutées et le 
pont fut sauvé. Des incrustements exécutés avec un grand soin ont fait dis- 
paraître jusqu'aux moindres traces de cette tentative. » 

On a attribué la conservation de ce monument à l'énergie du roi Louis XVIII 
et à l'intervention de l'empereur de Russie Alexandre I" (1) ; une ordon- 
nance royale de 181i lui attribua le nom de « pont des Invalides », et 
Louis XVIII fit effacer les aigles sculptées sur les tympans du pont, au-dessus 
des piles ; elles furent remplacées par des L adossées et surmontées de cou- 
ronnes. Après la révolution de 1830, le pont reprit son nom d'Iéna ; en 1852, 
Napoléon III fit disparaître les L, auxquelles furent substituées des aigles 
sculptées par Barye, et, l'année suivante, on plaça sur les quatre piédestaux 
des extrémités du pont les quatre statues de cavaliers tenant des chevaux 
en main ; le projet de ces groupes équestres, montant à 110.000 francs, avait 
été approuvé en 1849. 

Chaque culée a 15 mètres d'épaisseur ; la largeur entre les parapets est de 
13'", 70, chiffre qui me parait insuffisant : cette exiguïté a causé quelques 
accidents les jours de grandes fêles. L'élargissement du pont d'Iéna, effectué 
pour les besoins de l'Exposition universelle de 1930, n'avait qu'un caractère 
essentiellement provisoire ; des considérations esthétiques s'opposaient au 
maintien de cet élargissement (2). 

La passerelle Debilly, construite pour les besoins de l'Exposition univer- 
selle a son axe à 48) mètres de distance de celui du pont dléna. Elle 

(i: Voir aux annexes ^p. 370) larticle de M. Léopold Mar intitulé : « Par qui le pont 
d'Iéna fui sauvé en 1814 »>• 

f2 Le pont d'Iéna figure parmi les monuments artistiques sur lesquels rafflchage est 
interdit, même en temps d'élections. Les passerelles ea bois élargissantles trottoirs pour 
piétons de chaque côté du pont ont été maintenues jusqu'à présent. 



QUAI DEBILLY 53 

a 120 mètres de lonp^ueur et est supportée par doux fermes en arcs équilibrés ; 
sa largeur est de 8 mètres. Les frais de construction se sont élevés à 
îiHO.OOO francs. La Ville de Paris a obtenu de l'Exposition la cession de cette 
passerelle, qu'elle se propose de conserver pourTaHecter au service du public. 

La moindre largeur du quai Debilly a été fixée à 17"*,70par une décision 
ministérielle du 13 fructidor an VIII (signée Lucien Bonaparte) et à 27 mètres 
par une ordonnance royale du 27 septembre 1826. C'est au quai Debilly, 
près de la pompe à feu de Chaillot, que TAméricain Robert Fulton avait 
amarré le bateau à vapeur qu1l avait inventé. Le Monileiir du 26 thermidor 
an XI (14 août 1803) en donne la description suivante : 

« C'est un bateau d'une apparence bizarre, puisqu'il est armé de deux 
grandes roues posées sur un essieu, comme pour un chariot, et que, derrière 
ces roues, est une espèce de grand poêle, avec un tuyau que Ton dit être une 
petite pompe à feu destinée à mouvoir les roues, armées de volants ou rames 
plates, et le bateau. » 

Fulton fit avec succès, le 9 août 1803, des expériences de vitesse, sur la 
Seine, entre la pompe à feu de Chaillot et la barrière des Bonshommes. Le 
recueil polytechnique des Ponls et Chaussées (page 32 du VI*' cahier de 
Fan XI) rend compte de ces essais dans les termes suivants : « Aidé seu- 
lement de trois personnes, Fulton mit en mouvement son bateau et deux 

autres attachés derrière En remontant le long du quai, sa vitesse contre 

le courant de la Seine nous parut égale à celle d'un piéton pressé, c'est-à-dire 
de 2.400 toises par heure; en descendant, elle fut bien plus considérable. 
Il monta et descendit quatre fois, depuis les Bonshommes jusque vers la 
pompe de Chaillot. 11 manœuvra à droite et à gauche avec facilité. L'un des 
bateletsvint prendre au quai plusieurs savants et commissaires de l'Institut, 
parmi lesquels les citoyens Bossut, Carnot, Volney, Prony, etc. Sans doute 
ils feront un rapport qui donnera à cette découverte tout l'éclat qu'elle 
mérite. » 

Il est bien regrettable qu'on n'ait donné en France, à cette époque, aucune 
suite à ces expériences. Fulton retourna aux États-Unis et y transporta la 
nouvelle industrie des bateaux à vapeur qu'il venait d'expérimenter k 
Chaillot (1). 

On peut voir, dans le jardin d'un hôtel du quai Debilly, près de la 
Manutention, un cèdre ; c'est tout ce qui reste d'une propriété qui était 
connue sous le nom de maison du cèdre; elle a été occupée par Mme de Pom- 
padour, lors de la construction de l'École militaire, puis quelques années 
plus tard par Sophie Arnould (1740-1802), cantatrice de l'Opéra, célèbre par 
son esprit frondeur et libertin. Le pavillon de cette propriété, qui était la 
retraite favorite de Sophie Arnould, au temps des fêtes galantes du 
xvni* siècle, a été démoli en 1865, par suite des travaux exécutés pour le per- 
cement des avenues de l'Aima et du Trocadéro. Sophie Arnould eut du comte 
de Lauraguais trois enfants, dont l'un, Dioville comte de Brancas, colonel du 
11^ régiment de cuirassiers, fut tué au combat de l'île de Lobau. Ayant 
quitté le théâtre en 1778, elle se retira à Clichy, puis à Luzarches (2), où elle 



11) Les premiers essais de foncUonnement d'un bateau à vapeur, avec roues à aubes 
avaient été faits, à la fln du xviii' siècle, par le marquis Claude de JoufTroy d'Abbans. 
[1) V'oir aux annexes (p. 371) l'article de M. Chandebois sur Sophie Arnould. 



54 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

devînt suspecte comme ayant été autrefois l'amie d'aristocrates. Des agents 
du comité révolutionnaire étant venus faire une visite domiciliaire dans sa 
modeste demeure : « Mes amis, leur dit-elle, j'ai toujours été une citoyenne 
très active et je connais par cœur les droits de l'homme. » En continuant 
leurs perquisitions, ils s'arrêtèrent devant un buste du compositeur Gluck : 
« C'est Marat, le père du peuple », leur déclara Sophie, et ils furent très 
satisfaits de ces réponses. Dans ses dernières années, elle obtint de François 
de Neufch«1teau un logement à l'hôtel d'Angiviller, près du Louvre. Comme 
le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois lui promettait le pardon : « Je suis 
comme Madeleine, dit-elle, beaucoup de péchés me seront remis, parce que 
j'ai beaucoup aimé. » 

Georges Cadoudal a habité le n^ 10 ancien du quai Debilly, de la fin 
de 1803 au commencement de février 1804, à l'époque où il cherchait d 
renverser le gouvernement consulaire ; il y reçut le général Moreau et y 
cacha le comte Armand de Polignac ; le général Pichegru, qui conspirait 
contre Bonaparte avec Georges Cadoudal, resta avec lui dans cette maison 
du 2:2 ou 23 janvier au 2 ou 3 février 180i. 

La rue Gasion-de-Saini-Paul est une voie privée, qui va du quai Debilly ù 
Tavenue du Trocadéro ; elle doit son nom au propriétaire qui l'a fait 
ouvrir. 

La Manutention (subsistances militaires), comprise entre le quai Debilly, 
la rue de la Manutention, l'avenue du Trocadéro et la rue Gaston-de-Saint- 
Paul, occupe une partie de l'emplacement de l'ancienne manufacture royale 
de tapis de la Savonnerie. C'est en 1836 qu'on a construit la première partie 
des bâtiments de la Manutention ; le maréchal Maison, alors ministre de la 
Guerre, venait souvent visiter les travaux : cet établissement était alors or- 
ganisé de manière à produire 140.000 quintaux de farine par an et à contenir 
les approvisionnements nécessaires pour nourrir 40.000 hommes pendant 
trois mois. D'autres bâtiments ont été construits en 1840(1). 

Le quai de Passi/ est planté d'arbres, comme le quai Debilly. L'ordon- 
nance royale du 3 juillet 1842 en a fixé la moindre largeur à 20 mètres. Par 
délibération du 10 août 1844, le conseil municipal de Passy a accordé une 
subvention de 33.000 francs aux travaux d'amélioration de ce quai. 

L'abbé Le Ragois, dont le nom est lié à l'histoire des eaux minérales de 
Passy, a habité de 4717 à 1730 une maison correspondant probablement au 
n° 32 du quai de Passy ; il fut le confesseur de Mme de Maintenon et le 
précepteur du duc du Maine ; il découvrit dans son jardin deux nouvelles 
sources ferrugineuses, en 1719. 

C'est sur le quai de Passy, au bas de la rue Beethoven, que se trouvait la 
barrière de Passy (précédemment des Bonshommes), et c'est à cette barrière (2) 
que Bailly, maire de Paris, et Lafayette, commandant de la milice pari- 
sienne, vinrent recevoir, le 17 juillet 1789, Louis XVi venant de Versailles. 
Cette barrière a été démolie en 1867. 

La ruelle Saint-Pol, ou du Fief-Saint-Pol, perdit son nom sous la Révo- 
lution, quand on supprima toutes les appellations qui rappelaient la féoda- 

(i) Voir l'arlide do M. le commandant Dubois, intitiilc^ : «< Incendie de la Manutention 
militidre du quai do Rilly, iKV5 », p. (mj A 79. du II* volume du Bulletin, 

(îjj Voir aux annexes (p. 3-24) rarlicle de M. Léopold Mar, intitulé : « Nos Anciennes 
Barrières >». 



KUE DE LA POMPE 55 

lîtë. Le fief Saint-Pol appartenait aux seigneurs de Passy, qui le men- 
tionnent dans rénumération de leurs titres. Cette ruelle, qui partait du 
château seigneurial, aboutissait aux « terres fortes d'Auteuil » (terres argi- 
leuses). Le i*' décembre 1792, elle prit le nom de « rue des Fortes-Terres », 
puis celui de rue de la Glacière, en raison d'une grande glacière qui avait 
été installée à son extrémité. En 1836, on voyait encore, à Tendroit où la rue 
des Fortes-Terres débouchait sur le chemin des Tombereaux (aujourd'hui 
rue de TAssomption): à gauche, le saut-de-loup qui séparait des champs le 
jardin du château de la Tuilerie, et, à droite, la glacière, abritée contre le 
soleil par des marronniers. Un décret du 24 août 186i a donné i\ cette rue le 
nom du sculpteur Augustin Pajou (1730-1809), grand prix en 1748, membre 
de l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1760 et membre de l'Ins- 
titut lors de sa formation. Cette voie, dont l'aspect a été considérablement 
modifiée par les nouvelles constructions, va de la rue Mozart à la rue de 
l'Assomption, en croisant la rue du Ranelagh,et a pris le nom de rue Davioud, 
en mémoire de l'architecte Gabriel-Jean-Antoine Davioud (1823-1881). En 
1897, la rue Davioud a été mise en état de viabilité entre les n**' 17 et 21. 
On a commencé en avril 1901 les travaux d'élargissement de la rue Davioud 
entre la rue Mozart et le n** 13,*ainsi que le nivellement de ladite rue 
Davioud ; ce nivellement était motivé par l'ouverture d'une voie nouvelle, 
qui sera mentionnée dans l'alinéa suivant et qui fait communiquer la rue 
Davioud avec la nouvelle voie- percée entre la rue du Ranelagh et la rue des 
Bauches. La largeur de la rue Davioud, qui avait été fixée à 8 mètres par 
l'arrêté du 16 février 1856, a été portée à 12 mètres par le décret du 29 mai 1867, 
en raison du percement de la rue Mozart. 

La rue Pajou, dénommée d'abord impasse Pajou par arrêté préfectoral du 
10 novembre 1873, n'allait autrefois que de la rue des Vignes à la rue des 
Bauches et se trouve prolongée par la voie nouvelle ouverte en 1901 entre la 
rue des Bauches et la rue du Ranelagh. L'impasse Pajou était le restant de 
l'ancien sentier du Calvaire, classé comme chemin public rural le 5 oc- 
tobre 1857. Ce chemin partait de la rue de la Glacière et arrivait au lieu dit 
« la Chaise » (boulevard Beauséjour); une grande partie de son étendue a été 
supprimée : 1"" par le prolongement de la rue du Ranelagh, au delà de la rue 
Davioud; 2*" par le percement de la rue Mozart. 

La rue de l'Assomption (autrefois chemin des Tombereaux) sépare le 
territoire de Passy de celui d'Auteuil ; la notice sur cette rue est donnée 
dans la partie de cet ouvrage qui est consacrée à l'histoire des rues d'Au- 
teuil. 

La rue de la Pompe \i) doit son nom à la pompe qui alimentait le château 
de la Muette. Elle a d'abord consisté en une ruelle qu'on avait pratiquée le 
long des murs de ce château ; elle aboutissait à une porte du bois de Bou- 
logne, située alors auprès du point actuel d'intersection de la rue de Passy 
et de la chaussée de la Muette. Cette ruelle, que l'on appela d'abord « le nou- 



(i} La hauteur des galeries d'exploitation des anciennes carrières situées sous le sol 
de la rue de la Pompe est de 2«»,43 devant le n» 24, de 2",3o à l'angle de la rue de la 
Tour et de 5 mètres à Tangle de la villa Herran. La distance du sol au ciel de la carrière 
est de 5«>,26 au puits de service, devant le n* 24, de 3™ ,95 à Tangle de la rue de la Tour 
et de 8>°,S> près de la villa llcrran, 



56 



HISTOlDi: T 



veau chemin «, fut Iransforméc en rue (1) dans les dernières années du 
XVIII" KÏi'cle, et, comme la pompe qui fuiiraissait de l'eau au chAteau se trou- 
vait prôs <le rem|)laceinent de la nouvelle voie, on lui donna le nom de rue 
de la Pompe. Kn fK(IU, cette rue ne donnait acci'S à des maisons que dans la 



.5, >•■ 



; -a 



partie comprise entre son origine et son pointactuel d'intersection avec la rue 
de la Tour ; k partir de ce point, la rue de la l'ompe était continuée par un 
chemin tortueux, qui traversait la plaine de P;iss]- dans toute son étendue et 
venait déboucher près de la porte Maillot, sur l'avenue de Neuilly {aujourd'hui 



RUE DE LA POMPE ÔJ 

avenue de la Grande-Armée). Vers 18:25, la société qui avait entrepris la 
transformation de la plaine de Passy en un nouveau quartier, élargit et 
redressa ce chemin, qui prit, lui aussi, la dénomination de rue de la 
Pompe. 

La route de Montrouge à Neuilly, comprenant, dans le XVP arrondisse- 
ment, le pont de Grenelle, la rue Boulainvilliers et la rue de la Pompe, a été 
classée comme chemin vicinal de grande communication le A septembre 1839, 
et comme route départementale n^ 10 le :25 juillet 1851. 

La rue de la Pompe s'arrête actuellement à l'avenue du Bois-de Boulogne, 
le décret du 10 août 1868 ayant donné à la partie de cette rue qui s'étendait 
entre l'avenue du Bois-de- Boulogne et l'avenue de la Grande-Armée le nom 
de rue Duret, en mémoire du statuaire Francisque-Joseph Duret (1804-1865), 
élève de Bosio, qui a concouru à l'achèvement du palais du Louvre et fut 
nommé, en 1843, membre de l'Académie des Beaux-Arts. 

Au n" 20 de la rue Duret se trouve la cité Félix^ voie privée, qui n'a 
que 'S'^Jù de largeur et a été ainsi nommée, parce que Félix est le prénom 
de M. Guépin, qui a fait construire cette cité. 

L'arrêté préfectoral du 8 novembre 1840, qui incorporait la rue de la Pompe 
au chemin de Montrouge à Neuilly, avait fixé pour cette rue une moindre 
largeur de 12 mètres, maintenue par le décret du 12 mai 1882, sauf en ce qui 
concerne la section comprise entre l'avenue du Trocadéro (Henri-Marlin) 
et la rue de Longchamp, section pour laquelle le décret fixe la largeur à 
15 mètres; ce décret porte, en outre, que les parties de Timmeuble n" 2 com- 
prises dans le tracé de la voie publique ne pourront être occupées par la 
Ville qu*après acquisition amiable ou expropriation, et non par application 
de la servitude de reculement. 

On remarque d'élégantes loggias à la façade de la maison de rapport qui 
porte le n" 7 sur la rue de la Pompe et qui a été construite récemment par 
M. Tarcbilecte G. Debrie (\), 

L'auteur dramatique F. Ponsard (1814-1867), qui fut élu académicien en 
1855 et à qui on doit: Lucrèce (1843), Agnès de Méranie (1846), Horace et 
Lydie ^ Charlotte Corday [V^TA))^ T Honneur et V Argent (1853), le Lion amou- 
reux (1866), a passé les dernières années de sa vie à Passy (2) ; il y mourut, 
à l'hôtel portant le n*" 9 de la rue de la Pompe, assisté des bons soins du 
critique Jules Janin (3), qui avait un pied-à-terreàPassy dès 1843 et demeura 
dans son chalet, portant le n" 11, depuis 1856 jusqu'à sa mort, surveaue 
en 1874. 

« Cher petit bas-bleu à talons rouges, écrivait un jour Jules Janin à la 

i) Cet architecte a été primé, au concours de façadeP, pour sa maifion de la rue du 
Roi-<le-SiciIe, 

'^2; Ponsard fut toujours malheureux au jeu : il perdait aux dominos avec Jules Janin, 
an lansquenet chez Augier. Etant allé retrouver à Spa, en 1853, M et Mme J. Janin, il 
voulut voir si sa mauvaise chance l'avait abandonné et y perdit tous les droits d'auteur 
qu'il avait gagnés A l'Odéon. Pour le séjour de Ponsard à Passy, voir dans le Bulletin Tar- 
Ucle de M. Léopold Mar, intitulé: « Ponsard à Passy », p. 6i A 63 du IV« volume. 

3; Voir aux annexes (p. 373) la Conférence faite par M. Antoine Guillois sur Jules Janin 
à une soirée littéraire donnée, à la mairie du XV1« arrondissement, par la Société 
historique d'Autcuil et de Passy. — Voir également la communication de M. Ch. 
Chamiebois : « Vers écrits par Jules Janin au bas d'une photographie du chalet »>, p. i5o 
cl i5i, et rarticlc de M. Louis Aigoin, intitulé : «« Jules Janin et Félix Arvers », p. i5i et 
i53 du III^' volume du Bulletin. 



58 HISTOIRE DU XVI' ARRONDISSEMENT 

comtesse de Mouzay, je fixe désormais ma lente à Passy; car, de cette colline 
charmante, il me semble qu'on peut mieux ouvrir ses ailes vers Tinfini. »> 

Jules Janin avait fait inscrire au nord de la façade de sa demeure ces deux 
vers de Clément Marot, l'un de ses poètes favoris : 

tt Que le ciel nous préserve en ce bas monde, icy, 
De faim, d'un imporlun, de froid et de soucy. » 

Cette propriété, qui avait 1.100 mitres de superficie, était placée au milieu 
des arbres de la Petite-Muette ; Jules Janin raflectionnait beaucoup et y avait 
réuni un p^rand nombre de livres rares, que sa veuve donna à l'Institut, à la 
condition que la salle qui contiendrait cette bibliothèque porterait le nom de 
son mari. 

Le chemin de fer de Courcellesau Champ de Mars a été construit en souter- 
rain près de cette propriété ; le chalet de Jules Janin, habité après lui par le 
colonel Mannheim, a été démoli en 1898; on vient d'exécuter une nouvelle 
rue, établie au-dessus du souterrain du chemin de fer; elle va de la rue 
Gustave-Nadaud à la chaussée de la Muette, coupe la propriété habitée autre- 
fois par Jules Janin et sera probablement dénommée rue Ponsard, 

Le compositeur Rossini a habité, vers 1857, Tancien n^ 24 de la rue de la 
Pompe. Don Carlos, prétendant à la couronne d'Espagne, et sa première 
femme, la duchesse de Madrid, occupèrent, de 1877 à 1881, un hôtel sur l'em- 
placement duquel la rue de Siam a été percée. Cet hôtel avait été habité, à 
partir de 1825, par le comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainle- 
Hélène, qui y mourut en 1842, àTâge de soixante quatorze ans, après avoir eu 
la satisfaction de voir rendre à la France les cendres de Napoléon P% à qui il 
avait donné tant de preuves de dévouement. Son fils, le marquis de Las Cases, 
né en 1800, qui avait eu, pendant quelque temps, l'honneur de servir de jeune 
secrétaire à l'empereur à Sainte-Hélène et qui y avait ensuite accompagné 
le prince de Joinville, quand il vint y prendre les cendres de Napoléon, fut 
conseiller d'État, député et sénateur du second Empire; il habitait également 
rue de la Pompe, vers Je n** 47, une maison attenante au jardin de l'hôtel de 
son père ; il y mourut en 1854. 

Le graveur Bertinot, membre de l'Institut, habitait au n" 35, en 1856-1859. 
Une chapelle ayant son entrée sur la rue de la Pompe a été reconstruite, 
en 1898-1899, par les Carmes, dans l'îlot compris entre la rue de Siam et la 
rue de la Tour. Ces religieux, n'ayant pas cru devoir demander au gouverne- 
ment d'autoriser leur congrégation, ont quitté la France en 1901, et leur 
chapelle est actuellement fermée. Adolphe Crémieux, avocat et homme poli- 
tique, vint habiter en 1873 au n° 75, à l'angle de l'avenue Henri-Martin, et y 
mourut en 1880. La mairie du XVI* arrondissement, qui s'élève à l'autre 
angle de l'avenue Henri Martin, fut inaugurée officiellement le 21 avril 
1877 ; mais les bureaux y étaient déjà installés depuis quelques années. 

C'est sur la rue de la Pompe que le lycée Janson-de-Sailly (1) a son entrée 
principale. Sa création a été décidée par décret du 30 décembre 1876; la 
première pierre a été posée, le 15 octobre 1881, par le ministre Jules Ferry ; 
Victor Hugo assistait à cette cérémonie. La construction a été dirigée par 



(i) Voir aux annexes (p.38o) larticle de M. Antoine Guillois, intitulé ; « Ouelques Mots 
sur le lycée Janson-de-Sailly ». 



r.YCÉE JANfiON-DE-SAII-LY Sg 

l'architecte Laisné, et les cours ont comniencé dans les bAtiments. encore 




(Cotlcclion de U. Ém. Polin.} 

inachevés, le 10 octobre I8Ki ; les travaux, ont été terminés en avril 1885. 
Ce lycée, qui est très bien agencé, conformêuieul à toutes les règles de 



6o HISTOIRE Dr XVl" ARRONDISSEMENT 

l'hygiène, est le plus vasle de Frayée : il occupe une surface de 33.774 mètres 
carrés, dont ll.OUO mf'tres Mlis, el le reste consacré à des cours pluntées el 
à des jardins. Le lerrain a été aciielé au prix de trois millions, grâce à 
UQ legs tait h l'Université par Janson de SaiUy, beau-fn-re de l'urateui 
A. Berryer. L'Ktat a fait élever à ses frais les constructions, quiontcoOté envi- 
ron neuf millions. 



Jules Janin. 

(Colleclion tic M. Cliiindel»ls.) 

Les élèves forment, d'après leur âge, quatre divisions qui ont chacune leur 
cour de récrftation,' leurs salles d'études et de classes, leur réfectoire et leurs 
dortoirs particuliers. L'infirmerie se trouve dans un bâtiment isolé et elle a, 
dans ses dépendances, un petit jardin pour les convalescents. 

M. Kortz a été proviseur du lycée depuis sa fondation jusqu'au 15 septem- 
bre IHfll, époque à laquelle il fut remplacé par M. Tourteau. Cet établis- 



STATION DE PASSY 6l 

sèment n'a besoin de recourir à aucune subvention : son budget de dépenses 
comprend environ 1.400.000 francs, équilibré par des recettes dont le mon- 
tant s'élève à la même somme. 

Beaucoup de belles habitations ont été construites à Passy, depuis que le 
lycée Janson y a été fondé ; le voisinage du bois de Boulogne attire et retient 
les familles ; la population aisée s'accroît très rapidement, ce qui favorise la 
prospérité du lycée, où le nombre des élèves augmente chaque année. Il 
n'était que de 458, en 1884, année de la fondation et est, en 1001, de 1853, dont 
800 pour l'enseignement classique, 400 pour l'enseignement moderne, et le 
surplus réparti entre les classes élémentaires et primaires. L'augmentation 
porte principalement sur le nombre des élèves externes, qui était de 233 en 1884 
et s'élève, en 1001, à 1.377. Pour être en mesure de satisfaire aux demandes 
de nouvelles admissions, il faudrait créer un lycée d'externes à Auteuil. 

Le nombre des élèves reçus chaque année au baccalauréat est en moyenne 
de 200. Depuis dix ans, 800 élèves ont été reçus aux écoles du gouvernement 
(polytechnique, normale, Saint-Cyr, navale, centrale, institut agronomique 
et écoles supérieures du commerce). En douze ans, le lycée Janson a obtenu 
huit fois le prix du Lendit de Paris, fondé en 1880 par le président (^arnot. 

La Chausiée de la Muette prolonge la rue de Passy jusqu'aux pelouses du 
Ranelagh, en passant devant l'entrée principale du château (1) dont elle porte 
le nom. C'était autrefois un chemin compris dans l'enceinte du bois de Bou- 
logne: une partie avec grille, située à l'extrémité de la grande rue de Passy (2) 
et à la naissance de la rue de la Pompo, donnait entrée au bois; plus tard, 
cette porte fut tranférée à l'endroit où S3 trouve aujourd'hui la station de 
Passy ; enfin, elle fut supprimée lors de l'annexion, en 1800. 

Le décret du 11 décembre 1811 classa la chaussée de la Muette comme route 
départementale n^ 2, de Paris à Saint-Cloud, et fixa sa moindre largeur à 
14 m. 50 ; elle s'étendait alors jusqu'à la porte de la Muette. La partie retran- 
chée de l'avenue de la Muette a reçu, en 1805, les noms d'avenue Prudhonet 
avenue Raphaël. 

Ce n'est qu'en 1860 qu'on a achové la chaussée de la Muette, qui est plantée 
d'arbres; elle n'est bordée de maisons que dans les parties comprises 
entre la rue Mozart et la rue Largillière d'un cùlé, entre la rue de la Pompe 
et le château de la Muette de l'autre côté, le surplus étant occupé par les 
pelouses du Ranelagh. Jenny Vertpré (Mme Carmauchei, actrice du Gymnase, 
habita longtemps le n"^ 8 de la chaussée de la Muette, avant 1857. 

La station de Passy (chemin de fer de Paris à Auteuil) a son entrée sur la 
chaussée de la Muette. Le 30 septembre 1890, la compagnie du chemin de 
fer '3) fit abattre, sur une longueur de lOi) mètres, la palissade séparant la pro- 
menade du Ranelagh du trottoir de la station de Puosy, afin d'établir le pavil- 
lon de réception où le tsar Nicolas II et la tsarine débarquèrent le oc- 
tobre 1896, pour faire leur entrée triomphale à Paris par le Ranelagh, les 



(i) Voir ci-dessuf:, et aux annexes, p. 2(j5, les indications données sur Thistoire du 
château de la Muette. 

''2) ("est sans doute pour ce motif que la rue de Passy se termine encore aujour- 
d'hui au point où commence la rue de la Pompe. 

3 Voir pages 176 A 180 du IP' volume du hulletin, l'article de M. Emile Polin, intitulé : 
* Le Tsar Nicolas II et la Tsarine à Paris »», et, aux annexes p. 38ij,un extrait du Journal 
le Gaulois, du i3 septembre iç)0i. 



ba HlïSTOlBI-: UV XVI" AimONmHSbMKNT 

avenues Prudhon et Rapliaël, le bois de Boulogne et l'aveoue des Champs- 
Elysées. 

Comme c'est par Passy que celte entrée a eu lieu, la Société historique 
d'Auteuil et de Passy, qui veille à la coDservation des souvenirs historiques 
du \VI" arrondissemeat, a formé le projet d'ériger au Ranelagh un monu- 
ment comraéraoratif de l'arrivée de l'empereur et de l'impératrice de Russie 
â Paris. Le projet de ce monument a été établi par l'éminent statuaire 
M. Gustave >iichel, qui est vice-président de cette Société et lui prête son 
concours avec le plus grand désintéressemenl. 

Ce monument ne peut être élevé que sur des terrains appartenant à la 
ville; l'autorisation du conseil municipal de Paris est donc nécessaire. Dans 
la séance du conseil du 21 avril I8!IH, M, Le Breton, rapporteur de la 3' com- 
mission, a proposé d'émettre un avis favorable à la demande de la Société, 
étant entendu qu'on adopterait l'emplaa'meiit admis par le service d'archi- 
tecture de la ville (I) et que la V commission serait appelée il statuer sur 
l'esthétique du monument, avant son exécution. Ces conclusions furent 
adoptées ; mais le conseil décida, le iU avril 1808, qu'il n'y avait pas Heu de 
concéder un terrain et qu'il apposcraitlui-méme une plaque coramémoralîve. 

Néanmoins, la Société n'a pas abandonné son projet; elle ne l'a jamais 
perdu de vue ; elle continue ses démarches et elle espère que le conseil muni- 
cipal lui accordera bientôt un emplacement p^ur l'érection du monument 
projeté. 



(Collection lie M. Cliandcbolp,.) 

Les renseignements concernant l'avenue de la Petite-Muette seront donnés 
ci-après, en parlant de la rue Ciustave-?s'adaud, qui l'a remplacée. 

La partie de la rue de la Tour qui est comprise entre la rue de Passy et la 

vc uu cruiseriieiil li^' la chuui^M-e Je la Muette ul 



RUE DE l,A TOUR 



rue de la Pompe était autrefois un simple cliciiiia qui était tracé à travers 
champs, s'étendait depuis le clos des p(>r<;s Minimes (vulgairement itons- 
bommes) jusque vis-à-vis du mur du cliùteiu royal de la Muette, et s'appelait 



Pavillon où le Isor Nicolas II et la tsarine ont déban|U^ le Ci octobre i&jC. 
(Archives de la SociitÉ) 

le " chemin des Moines ■>, probablement parre que c'était celui que prenaient 
les Minimes pour aller à la plaine de l'assy ou :)u bois de lloulogne. A la fin 
du xviir sircle, le chemin des Moines tut élargi à trente pieds (!l m. 75), en 
vue de former une rue q»e l'on désigna d'abord sims le nom de ■■ rue du 
Moulin-de-la-Tour>>,jt cause d'un moulin banal ([u'onavaitétablisurrancienne 
loHF qu'on voit encore aujourd'hui dans le jardin de la maison portant le 



64 HISTOIRE DU XVi' AHHONDISSFMENT 

n° 86. Cette tour, qui a servi autrefois de prison, a été restaurée en 1897 (1) ; 
il n'est nullement certain qu'elle soit un vestige du château que Philippe le 
Bel (2) a occupé ù Passy. Ce moulin ayant été démoli, on donna à la voie qui 
nous occupe le nom de « rue de la Tour », qui était plus simple et présentait 
l'avantage d'éviter une demi-similitude avec la rue voisine (aujourd'hui rue 
SchelTer), qui s'appelait alors rue des Moulins. 

Les délibérations du conseil municipal de Passy montrent que la viabilité 
de la rue de la Tour laissait beaucoup à désirer pendant les quarante pre- 
mières années du mx** siècle. C'est en 1819 que ce conseil vota un premier 
crédit pour l'exécution d'un empierrement à la rue de la Tour. Le puisard qui 
avait été établi au point bas, c'est-à-dire à la jonction de la rue de la Tour 
et de la rue de la Pompe, ne pouvait pas absorber toutes les eaux, lors des 
grandes pluies ; elles inondaient les caves et les rez-de-chaussée du quartier 
et interceptaient la circulation. Il est dit, dans la délibération municipale du 
31 mars 1826, que le conseil, considérant que la rue du Moulin-de-la-Tour a 
acquis de l'importance par les constructions qu'on y a faites récemment, 
qu'elle n'est praticable pour aucune espèce de voitures, surtout à la fin de 
l'automne et pendant l'hiver, que l'écoulement des eaux ménagères des 
maisons y est une cause perpétuelle de dégradations, mais que la com- 
mune n'est pas en état de supporter les frais d'ua pavage, alloue un crédit 
de mille francs par an pour réparation et entretien. Cependant les dégra- 
dations occasionnées par les transports que nécessitait l'exploitation des 
carrières souterraines obligèrent le conseil à voter des crédits spéciaux : 
il approuva, le 2 mai 1828, un projet de cailloutage de la rue de la 
Tour (3) et, le 10 août 1844, il autorisa la construction de trottoirs et de cani- 
veaux pavés sur une partie de cette rue, savoir: du coté des numéros pairs, 
depuis la rue des Tournelles (rue Louis-David) jusqu'à la rue de la Pompe, 
et, du côté des numéros impairs, depuis l'extrémité de la propriété Guichard 
(dans le voisinage de l'angle de la rue Desbordes-Valmore) jusqu'à la rue de 
la Pompe. 

Vers 1840, la rue de la Tour, qui, jusqu'alors, n'allait pas au delà de la rue 
de la Pompe, fut prolongée jusqu'à l'avenue de Saint-Cloud (extrémité de 
l'avenue Victor-Hugo, aujourd'hui englobée dans l'avenue Henri-Martin). Le 
cadastre de 18i0 n'indique que trois maisons construites sur ce prolonge- 
ment. Enfin, vers 1858, la ville de Paris continua la rue de la Tour sur des 
terrains retranchés du bois de Boulogne, jusqu'à la rue Militaire (boulevard 
Lannes). Sur cette partie, qui n'a élé classée que par le décret du 14 mai 1883, 
une zone de servitude non œdifîcandi, ne permettant de construire qu'à 
10 mètres de l'alignement des clôtures, a élé établie du cùté des numéros 
impairs, sur 45 mètres de longueur au delà de l'avenue Henri-Martin. 



(i) Voir aux annexes (p.SSj».) l'article intitulé : «< La Tour de la rue de la Tour, n® 86 », par 
M. Léopold Mar. Un édit si^jné par Philippe-lc-Bel en i3i2 est daté de Passy. 

{'}) dette tour avait déjA subi, sous le premier Empire, une restauration complète, qui 
lui a fait perdre son cachet primitif; du haut de la plate-forme, on a une très belle 
vue. Un dessin de cette tour a cHé donné dans llllustration (numéro du 2 septembre 

i3i On doit supposer que les dénominations inscrites dans les délibérations municipales 
sont exactes ; on pourrait donc conclure de celles qui viennent d'être citées que l'appel- 
lation de « rue de la Tour » a élé adoptée entre i82() et i8'28. 



ntiK DE i.A Toun 65 

Jusqu'en IHtMi, la rue de la Tiuir (I) sélendail du carrefour de l'assy au 



(i) La lonf; u eu r tic u parties soUii-inini^cs ilu roI Uc la rue de la Tuur i|i 
M^H de [806 A 180g et ea iHSG, enlru \c carrefour île Pnssy H le 
(4t mèlrea. La distance ilu sol nu ciel de la nnrrièrc cet de 3" ,05 rt li 



66 HISTOIBE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

boulevard Lannes ; la partie de cette rue comprise entre l'avenue Henri- 
Martin et le boulevard Lannes a reçu, en 1896, le nom de rue Adolpke-Yvon, 
en mémoire du peintre Adolphe Yvon (1817-1893), qui y a eu son atelier pen- 
dant les vingt-cinq dernières années de sa vie. Il était élève de Paul Dela- 
roche, a fait des tableaux d'histoire, quelques belles toiles religieuses et des 
portraits. Il fut le seul artiste attaché officiellement à l'expédition de Crimée; 
il exposa, au salon de 1857, la Prise de Afalakoff^ tableau qui avait été com- 
mandé pour les galeries de Versailles et qui valut à son auteur la médaille 
d'honneur. La maison d'Adolphe Yvon, qui porte le n<» 16, est décorée au 
sommet, au-dessus du second étage, d'un médaillon qui représente Michel- 
Ange et au-dessus duquel est un bas-relief composé d'une palette, avec appuie- 
main^ entourée de palmes et de lauriers. Deux grandes frises émaillées, 
surmontées d'un cartouche sculpté, accompagnent le médaillon, à droite et à 
gauche, et deux bustes à l'antique, placés aux angles du bâtiment, en 
complètent la décoration. 

Le théâtre Rossini avait été établi au coin de la rue de la Tour et de la 
rue des Sablons (aujourd'hui rue Cortambert); il fut inauguré le 26 mars 1867; 
on y jouait des drames, des comédies et des vaudevilles ; il a cessé d'exister 
en 1876. 

Le comte Portails, homme d'État et ancien ministre, mourut, en 1858, dans 
sa propriété du n^ 62 ancien de la rue de la Tour (78 actuel), qu'il habi- 
tait depuis longtemps. La rue des Sablons (rue Cortambert) a été ouverte 
sur le milieu du parc de cette propriété. Le docteur Ed. Bamberger, 
député de Metz, puis de la Seine après 1870, habite encore la maison 
n«78. 

Mme Montigny, dite Rosé Chéri (!), célèbre actrice et femme du direc- 
teur du théâtre du Gymnase, mourut, en 1861, au n'' 75, dans l'hôtel qu'elle 
habitait depuis plusieurs années avec son mari, qui y mourut également 
en 1880. Le général Jomini demeurait rue de la Tour en 1864 (2). 

Villemain, homme de lettres et ancien ministre de l'Instruction publique, 
mort en 1870, avait habité, pendant bien des étés, l'hôtel du n** 86, où se 
trouve la tour; cet immeuble est occupé par une institution de jeunes filles. 

Le célèbre chanteur Duprez (1806-1896) s'est éteint dans la maison n^ 119 
de la rue de la Tour, qu'il habitait depuis cinq ans. 

Mme Claude Vignon (Mme Rouvier), romancier et sculpteur, fit construire 
en 1866 un hôtel, aun'' 152 de la rue de la Tour, qu'elle habitajusqu'àsamort, 
en 1888. Cet hôtel se trouve dans la partie qui est actuellement nommée « rue 
Adolphe-Yvon » et porte le n**6 de cette dernière rue ; il avait été endommagé 
pendant le siège de Paris (3). On voit sur la façade de cet hôtel un grand et 

l'angle de la rue de Passy, iira,C5 à l'angle de la rue Corlaniberl, 8",45 au puits de ser- 
vice près delà rue Desbordes- Valinore, 8°>,i5 A l'angle de la rue Eugène-Delacroix. La 
hauteur des galeries d'exploitation est de i™,()5 près de la rue de Passy, 4 mètres près de 
la rue Cortambert, 2™,95 près de la rue Desbordes-Valmore, 4 mètres près de la rue 
Eugène-Delacroix. 

(i) Voir aux annexes (p. 383) rarticle de M. Léopold Mar, intitulé : « Rose Chéri, M. Mon- 
tigny n. 

(2) La Société historique d'Auteuil et de Passy a demandé que le nom du poète Eugène 
Manuel, son ancien président, soit donné à la partie de la rue de la Tour comprise entre 
la rue de la Pompe et l'avenue Henri-Martin. 

(3) Voir aux annexes (p. 385) Tarticle intitulé : u Les Ruines de 1870-1871 au Point-du- 
Jour, à Auteuil, à Passy et au Trocadéro ». 



RUE DECAMPS 67 

beau bas relief , qui a été exécuté entre les deux fenêtres du premier étage, 
par Mme Claude Vignon ; c'est une imitation du bas-relief qui orne l'attique 
de la fontaine Saint-Michel. 

Le comte Xavier de Montépin, né en 18^4, fut d'abord journaliste ; il fonda 
en 1848 le Canard, qui fut supprimé, puis le Lampion, où Villemessant, le 
futur directeur du Figaro, écrivait des nouvelles à la main. Les Filles déplaire 
commencèrent sa célébrité en 1855; il a tiré de son roman la Porteuse de pain, 
un mélodrame qui eut un succès colossal. Jamais homme n'a écrit autant de 
volumes : il en a publié plus de cinq cents; ses romans-feuilletons eurent un 
grand succès. Un incendie détruisit en 1881 son hôtel et ses précieuses col- 
lections; il avait fait reconstruire, rue Adolphe-Yvon n° 12, son hôtel et y 
mourut en 1902. 

La villa Guibert, récemment établie, a son entrée au n" 83 de la rue de la 
Tour. (Pour M. Guibert, voir p. 124.) 

La rue Eugène-Delacroix et la partie de la rue Decamps comprise entre 
Tavenue Henri-Martin et le rond-point de Longclramp occupent remplace- 
ment d'un chemin qui figure sur les plans de 1731, sous le nom de chemin de 
Versailles. Ce chemin, qui traversait la plaine de Passy, prit le non? de chemin 
ou rue de la Croix, parce qu'une croix avait été plantée à l'angle de la rue de 
Longchamp. -Le 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy, délibérant, en 
exécution de la loi sur les chemins vicinaux, sur la reconnaissance et la fixa- 
tion de la largeur des rues destinées à remplacer d anciens chemins, demanda 
que la rue de la Croix fût classée comme chemin vicinal. Le tableau joint à 
cette délibération porte qu'une largeur légale de 10 mètres est proposée pour 
la rue projetée; qu'elle ira de la rue de Longchamp à la rue du Moulin-de- 
la-Tour (rue de la Tour), qu'elle remplacera le chemin de la Croix, ayant 
7 mètres de largeur, et que ce chemin tire sou nom d'une croix qui existait 
autrefois à sa jonction avec la rue du Moulin-de-la Tour et qui a été détruite 
pendant la Révolution. La rue de la Croix fut, en effet, classée comme chemin 
vicinal par l'arrêté préfectoral du 6 juillet 1825. 

L'élargissement de la rue de la Croix à 10 mètres ne fut réalisé qu'en 1848 ; 
on exécuta à la même époque une rectification de cette rue, pour la faire 
aboutir au point d'intersection de la rue de la Pompe et de la rue de la Tour 
(section comprise actuellement entre cette rue et l'avenue Henri Martin). 
C'est en 1853 et 1854 qu'on régularisa l'échange entre la commune de Passy 
et la Société Malézieux, pour la substitution de la rue de la Croix et de plu- 
sieurs autres rues à d'anciens, chemins. 

Le décret du 24 août 1864 a donné le nom de rue Decamps à cette rue de la 
Croix, en mémoire du peintre Alexaodre Gabriel Decamps (1803-1868), dont 
la veuve habita longtemps cette rue et mourut, en 1888, dans la maison n"" 2 de la 
rue Largillière. Decamps a emprunté les sujets de plusieurs de ses tableaux aux 
mœurs orientales {Paysages d'Anaiolie, Anes d'Orient, Café turc. Grand Bazar, 
Halte de cavaliers arabes); il a peint aussi des tableaux d'histoire (Moïse 
sauvé des eaux. Défaite des Cimbres) et des scènes où figurent des animaux 
de toutes sortes : Singes experts (satire du jury de l'Académie de peinture), le 
Singe au miroir. Singes boulangers, etc. Il a obtenu une première médaille 
en 1834. Il est mort à Fontainebleau d'une chute de cheval. 

Bressant, excellent acteur du Théâtre-Français, habitait la rue Decamps, au 
n*» 11 ancien, vers 1857-1860. 



: IIU XV!' AimONDlSSUMI 



Les trottoirs réglementaires ont été construits, en 189!), à la rue Decanips ( I ) 
des n'^là 5 etdesQ'"6fi 10. I^coQvertissementen pavage en bois a été opéré, éga- 




lement en IK!K), pour lit partie de cette rue comprise entre le rond-poiutde Long- 



Ci] il s'est produit autrefois de nombreux Tontis (éboulemenU occasionnés par les 
excavations îles anciennes ciirri^rcsi dans la partie de la rue Décampe située entre le 



RUE SCIIEFFER 69 

charap et le n* 6. Uécole communale de garçons de la rue Decamps a 348 élèves. 

Avant 1868, la rue Eugène-Delacroix (1), qui a son origine actuelle à la rue 
Decamps (autrefois, rue de la Croix), se nommait « rue du Chemin-de-la- 
Croix », puis « rue de la Croix ». On peut donc accuser Tadministration 
d'avoir fait un jeu de mots, quand elle a donné à cette rue le nom du peintre 
Ferdinand Victor-Eugène Delacroix (1790 1863), qui était un grand artiste, 
mais qu'aucun lien ne rattachait à Passy. 11 est vrai que des noms de peintres, 
de sculpteurs et d'écrivains ont été donnés ainsi à beaucoup de rues du 
XVI* arrondissement, sans qu'ils y aient jamais séjourné. Eugène Delacroix 
entra à dix-huit ans dans l'atelier de Pierre Guérin, qui avait déjà pour 
élèves Géricault et Ary Schefler. M. Thiers disait, dans le Conslilulionnel, de 
son premier tableau {Dante et Virgile, salon de 182^): « Je ne sais quel sou- 
venir de grands artistes me saisit à l'aspect de ce tableau ; j'y retrouve cette 
puissance sauvage, ardente, mais naturelle, qui cède sans effort à son propre 
entraînement. » Eugène Delacroix peut être considéré comme le chef de 
l'École romantique en peinture ; il a obtenu la médaille d'honneur en 1855 et 
fut élu, en 1857, membre de l'Institut. On peut citer parmi ses œuvres : la Mort 
du doge Marino Faliero^ le Combat du giaour et du pacha, Justinien au Conseil 
d'État, les Massacres de Scio, la Mort de Vévêque de Liège, Fausl^ Médée^ la 
Liberté sur les barricades, V Entrée des Croisés à Constant inople, Orphée, le 
Plafond de la galerie d'Apollon, diverses salles de la Chambre des députés. 

Beauvallet, acteur du Théâtre -Français et auteur dramatique, s'était retiré 
au n** 5 de la rue Eugène-Delacroix; il y mourut en 1873, dans les bras de son 
ami Souchier (2). 

La villa Souchier, dont l'entrée se trouve au n° 5 de la rue Eugène-Dela- 
croix, doit son nom à son fondateur et a été établie à la même époque que la 
villa de la Tour, mentionnée ci-après ; elle ne peut être habitée que bourgeoi- 
sement; on ne peut y exercer aucun commerce, ni aucune industrie. 

La rue Se heffer figure au plan de 1731, comme chemin prenant naissance, 
à la rue Vineuse et s'arrêtant au chemin des Bornes (devenu depuis rue des 
Sablons, puis rue Cortambert) ; il desservait un premier moulin, situé près 
de la rue Vineuse, et conduisait à deux autres moulins, dont l'un (le moulin 
Leclerc) était situé en face de la rue Bellini, qui n'existait même pas à l'état 
de chemin à cette époque. Par suite d'élargissements successifs, ce chemin 
fut transformé en rue, sous la dénomination de « rue des Moulins », qui a 
été conservée jusqu'après l'annexion; ces moulins à vent, qui n'existent plus, 
étaient bien placés, puisqu'ils se trouvaient sur la partie culminante de 
Passy. La rue des Moulins, pour laquelle des travaux d'assainissement avaient 
été approuvés par le conseil municipal le 8 août 18i0, fut classée comme 
chemin vicinal par arrêté préfectoral du 26 décembre 1846. La Société Malé- 
zieux, qui avait succédé à celle dite de la plaine de Passy, entreprit, en 1848, 
de prolonger, sur des terrains qui lui appartenaient, la rue Scheffer depuis la 



n" 48 et la rue de la Tour; la voie sous-minée y a tHé consolidée sur 75 mètres de ton- 
deur. Vis-à-vis du n* 48, la distance du sol au ciel de la carrière est de 8», 10 et la hauteur 
de la galerie d'exploitation est de 4 mètres. 

(1) Le sol de la rue Eugène-Delacroix a été consolidé, sur 28 mètres de longueur, entre 
les n«* la et 16. 

(2) La largeur de la rue Eugène-Delacroix a été fixée à 8 mètres par l'arrêté préfec- 
toral du ]6 février i856. 



70 HISTOIRE DU XYI" ARRONDISSEMENT 

rue des Bornes (rue Corlambert) jusque vers la rue de la Pompe. Ce prolon- 
gement a été remis à la commune de Passy le 6 mars 1853; d'ailleurs, l'extré- 
mité de ce prolongement s'est trouvée supprimée par suite du percement de 
l'avenue Henri-Martin et a été incorporée dans le sol de cette avenue ou dans 
le périmètre de plusieurs propriétés riveraines. 

La largeur de la rue des Moulins a été fixée à 8 mètres par arrêté du 
16 février 1856. Le décret du 2i août 1864 a donné à cette rue le nom de 
rue Scheffer, en l'honneur du peintre Ary Schefïer (1793 1853), qui a com- 
mencé à exposer au salon de 1812 et a composé en 1819 le Dévouement des six 
bourgeois de Calais (salle des Conférences de la Chambre des députés). On lui 
doit beaucoup de belles toiles empruntées aux sujets religieux ou aux créations 
des grands poètes; il a fait les portraits de La Fayette, Talleyrand, Lamartine, 
Béranger et de la reine Amélie; il a été professeur des enfants de Louis-Phi- 
lippe, particulièrement de la princesse Marie, qui lui a légué ses œuvres d'art. 

Le chansonnier Béranger habita pendant quelque temps le n"^ A de la rue 
Schelîer, à l'angle de la rue Vineuse; il quitta celle maison en 1830. La mai- 
son n<* 61, à l'angle de l'avenue Henri-Martin, a été occupée par le général 
Borgnis-Desbordes, quia commandé en chef auTonkin. 

M. Prévost de Longpérier, conservateur des médailles au musée du 
Louvre, membre de l'Institut, est mort à l'âge de 05 ans, le 15 janvier 1882, 
en son hôtel de la rue SchefTer, n"* 47. 

Au n° 51 de la rue Schefïer se trouve la villa Scheffer, qui a été fondée par 
MM. Dorimieux et Collongettes et ouverte le 14 mai 1888. Elle ne peut être 
habitée que bourgeoisement, à l'exclusion de tout commerce, atelier, magasin, 
fabrique, industrie, dépôt de marchandises ou hôtel meublé. Les ateliers 
d'artistes ne sont pas compris dans l'exclusion qui précède, non plus que les 
écuries et remises pour l'usage personnel des propriétaires et locataires 
d'immeubles faisant partie delà villa. Aucune enseigne ou annonce commer 
cialeou industrielle ne peut être mise sur aucune des constructions. 

Il est question de prolonger la rue Schefïer jusqu'à la rue Franklin. 

La rue Louis-David va de la rue Schelîer à la rue de la Tour ; elle a été 
percée autrefois sur les « champtiers des hautes et des basses Tournelles », 
ainsi nommé parce qu'il avait été établi au lieu dit canton des Tournelles, 
mentionné dans le bail d'une maison de Passy (1) passé le 12 avril 1570 
(minutes d'Ancelot Fanin). Elle se nommait jusqu'après l'annexion « rue des 
Tournelles ». Le 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy demanda que 
la largeur légale de cette rue (2) fût portée de 5 à 10 mètres. Elle a d'abord 
été nommée « rue David », en l'honneur du peintre Louis David (1748-1825), 
surnommé le Corneille de la peinture. Son parrain était Sedaine, secrétaire 
de l'Académie d'architecture. David alla à Rome comme grand prix et eut 
logement au Louvre de 1781 à 1805. Député de Paris à la Convention, il avait 
voté la mort du roi Louis XVI, fut exilé en 1815 et mourut à Bruxelles. 11 fit 
renaître le goût des beautés antiques et des sujets classiques et eut pour 
élèves Gérard, (iirodet et Gros. Il a peint les Horaces (1786), le Serment du 



(i) Voir l'article de M. l'abbé Beurlier, inliUilé : « Noies relatives à rhistoire d'Auleuil, 
de Passy, de Chaillot et de Boulogne >», pp. 3io A 3.i>. du ÏII* volume du Bulletin. 

(2) A Tangle de la rue de la Tour et de la rue Louis-David, la disUnce du sol «tu ciel 
de la carrière est de ii™,85; la hauteur de la galerie d'exploitation est de a™,85. 



CIMETIERE DE PASSY 7I 

Jeu de Paume (1792), la Mort de Sacrale (1787), Brulus, rEnlèvemenl des 
Sabines^ le Couronnement de l'empereur Napoléon Z"*", la Distribution des 
aigles^ Léonidas aux Thermopyles^ un portrait de Mme Récamier^ etc. 

Un arrêté du 3 mars 1881 a remplacé le nom de « rue David » par celui de 
« rue Louis-David », en vue d'éviter des confusions avec la rue Félicien- 
David, qui se trouve à Auteuil. 

Henry de Riancey, avocat, membre de l'Assemblée législative de 1849 et 
publiciste, qui resta toujours fidèle à sa foi religieuse et à sa foi monar- 
chique (1), eut son hôtel au n** 6 de la rue Louis-David et y mourut le 
9 mars 1870. Il avait demeuré précédemment rue de Passy (à la hauteur de 
la rue Guichard), rue des Artistes (aujourd'hui rue Gavarni) et rue Franklin. 
La rue Pétrarque^ où était autrefois le moulin Leclère, forme un double 
retour d^équerre et se compose de deux parties : la première, qui est ancienne, 
constituait l'impasse des Moulins, aboutissant à la rue des Moulins (rue 
Schefïer) ; l'autre partie, communiquant avec la rue des Réservoirs, n'a été 
classée qu'en 1863. La dénomination actuelle a été donnée par décret <du 
^ août 1864, en l'honneur du poète italien Pétrarque (1304-1374), qui passa 
une partie de sa vie à la cour des papes d'Avignon ; ses odes et sonnets, 
inspirés en grande partie par sa passion pour Laure de Noves, sont remar- 
quables par leur délicatesse de sentiments ; il donna de la pureté, de l'élé- 
gance et de la fixité à la langue italienne. 

La rue des Réservoirs tire son nom des petits réservoirs de Passy auxquels 
elle donne accès et qui alimentent (2) en eau de Seine, pour le service public, 
une partie du XVI'' arrondissement. Elle se continuait autrefois, sous la 
même dénomination de rue des Réservoirs, jusqu'à la rue des Moulins (au- 
jourd'hui rue Schefler); cette section porte actuellement le nom de rue 
Pétrarque. C'est au n** 2 de la rue des Réservoirs que se trouve l'entrée du 
cimetière de Passy, séparé de la place du Trocadéro et de l'avenue Henri- 
Martin par des murs de soutènement. 

En 18^6, en travaillant aux fondations de la maison de Passy qui est 
située à l'angle des rues Raynouard et Berton, on mit à jour quelques cer- 
cueils en pierre et plâtre contenant des ossements desséchés, ce qui semble 
établir qu'il y a eu là autrefois un lieu d'inhumation pour Passy. L'usage des 
cercueils en pierre et plâtre n'ayant guère dépassé le xiv** siècle, il est permis de 
supposer que cette partie du territoire était déjà habitée avant cette époque. 
Vers le xvi" siècle, le cimetière de Passy fut établi sur un emplacement 
situé à Tangle de la rue de l'Annonciation et de la rue Lekain, côté des 
numéros impairs; ce qui reste de cet ancien cimetière paroissial, où fut 
enterré le compositeur Nicolo Piccinni, ainsi que plusieurs membres de la 
famille Delessert, se trouve aux n"* 3 et 5 de la rue Lekain, entre cette rue et 
la rue de T Annonciation. Quand ce cimetière fut désaffecté, au commence • 
ment du xix*' siècle, les terrains qu'il occupait furent vendus et ensuite recou- 
verts de constructions ou traversés par des rues ; toutefois un terrain de 
50 mètres carrés, où se trouvait la tombe d'Etienne Delessert, banquier et phi- 

(i) Voir aux annexes (p. 390) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Ex libris et fers à 
dorer des bibliophiles de noire région ». 

(2) Mon article intitulé : « Le Service des eaux dans le XV!" arrondissement » est 
reproduit aux annexes (p. 395). La désaffectation des petits réservoirs de Passy a été 
prononcée par arrêté préfectoral du 16 mai 1900. 



7*2 HISTOIRE DU XVI* AHRONDIS^EMKNT 

lanthrope, fut rncheté par la famille Delessert et constitue un ancien cime- 
tière qui est situé, comme il a été dit ci-<)essus, entre la rue de TAnnoncia- 
tion et la rue Lekain et où ne peuvent entrer que les membres de la famille 
Delessert. La plaque funéraire de Piccinni, en marbre noir, est encastrée 
près de la porte d'entrée, dans le mur de la maison qui fait Tangle de la rue 
de TAnnonciation et de la rue Lekain. Nicolas Piccinni, né à Bari (Italie), en 
1728, est mort à Passy le 17 floréal an VHI (17 mai 1800) ; la ville de Bari a 
réclamé ses cendres en 1888 ; mais il n'a pas été possible de donner satisfac- 
tion à cette demande, parce que ces cendres se trouvent au-dessous de 
maisons bâties. 

Le cimetière actuel de Passy date du commencement du xvn** siècle. Par 
délibération du 25 pluviôse an X (4 février 1802), le conseil municipal de 
Passy, considérant que le cimetière de la rue Lekain est environné d'habita- 
tions et que, dans un intérêt de salubrité, il y a lieu de le déplacer, accepta 
la donation offerte, le 11 messidor an IX, par le citoyen Claude Bonneau, d'un 
terrain de 8 ares et 57 centiares, au bord du nouveau boulevard de Passy, 
demanda que le citoyen Uussault, maire de Passy, fût autorisé par les consuls 
à y établir un nouveau cimetière et autorisa la mise en adjudication des tra- 
vaux de murs de clôture et de pose d'une porte d'entrée. 

Les crédits nécessaires pour des agrandissements successifs de ce cime- 
tière ont été accordés par de nombreuses délibérations municipales, parmi 
lesquelles on peut citer celles du 3 mai 1810, du 27 mars 1828, des 2 mai et 
13 juin 1833, des 10 août 1844, 2 août 1845 et 4 août 1847. 

Le prix d'une concession perpétuelle de 2 mètres carrés avait été fixé à 
220 francs en 1806. La délibération municipale du 27 octobre 1834 a augmenté 
les tarifs d'un quart pour le droit des pauvres; elle a, en conséquence, fixé à 
275 francs le prix d'une concession de 2 mètres carrés et elle a établi, pour les 
concessions dépassant 2 mètres carrés, des tarifs croissant progressivement, 
savoir : 275 francs pour les deux premiers mètres carrés, 250 francs (200 pour la 
commune et 50 pour les pauvres) pour le troisième mètre, 375 francs pour le 
quatrième mètre, 500 pour le cinquième, 625 pour le sixième, et ainsi de 
suite en augmentant chaque mètre en sus de 100 francs pour la commune et 
d'un quart pour les pauvres. En outre, les concessionnaires faisaient généra- 
lement un don à la commune. Pour le cimetière de Passy, comme pour les 
autres cimetières compris dans l'enceinte de Paris, on n'accorde plus de 
nouvelles concessions de terrains. 

Parmi les personnages enterrés au cimetière de Passy, on peut citer 
Raynouard en 1836, Michaud en 1839, le comte de Las Cases (1) en 1842, le 
docteur Esprit Blanche en 1852 et son fils Antoine-Emile Blanche en 1893, 
Beauvallet en 1873 (tous ces noms ont été mentionnés plus haut). Jolin, dit 
Gil-Pérès (acteur du théâtre du Palais Royal) en 1882, Eugène Cortambert en 
1881 et son fils Richard Cortambert en 1884 (tous deux géographes distingués), 
le peintre réaliste Edouard Manet en 1883, le jurisconsulte Faustin Hélie 
(dont le nom a été donné à une rue de Passy), en 1884, le célèbre collection- 
neur Frédéric Spitzer, la veuve de Carnot (2), président de la République, 

(i) Son fils, le marquis de Las Cases, a été <^galement inhumé au cimetière de Passy 

en 1854. 

(2) Voir aux annexes (p. fo^) un extrait du discours prononcé à TAcadémie des sciences 
morales et politiques, consacré à la mémoire de Mme Carnot. 



RUE BOISSIÈRE 78 

en 1897, qui a tenu à avoir une tombe très simple, Sophie Croizetle 
(Mme Slern), l'astronome Hervé Paye, le conseiller d'État Deraagny. 

Un des plus beaux monuments du cimetière de Passy est le tombeau, de 
style russe, élevé pour une illustre jeune fille, Marie Bashkirtsefl (1), qui est 
morte à vingt-trois ans et s'était déjà fait apprécier comme écrivain et comme 
peintre; elle n'avait vécu que pour l'art et les lettres et elle avait formulé ses 
volontés dernières en ces termes : « Je veux dormir mon dernier sommeil 
dans le cimetière de Passy. » 

Le corps de Mlle Jane Henriot, pensionnaire de la Comédie-Française, 
morte dans l'incendie de ce théâtre, a été transféré, le 27 juin 1900, au cime- 
tière de Passy. 

La rue Boissière^ qui va actuellement de la place d'Iéna à la place Victor- 
Hugo, doit être divisée, au point de vue de son histoire, en deux parties tout 
à fait distinctes : 1** celle comprise entre la place d'Iéna et l'avenue Kléber, et qui 
faisait partie de l'ancien Paris (quartier de Chaillot); 2** celle comprise entre 
l'avenue Kléber et l'avenue Victor-Hugo, laquelle, à la fin du xvni* siècle et 
pendant les 59 premières années du xix*, se trouvait sur le territoire de la 
commune de Passy. 

Première partie (ancienne rue de laCroix-Boissière). — Un arrêté préfectoral 
du 2 avril 1868 a réuni la rue Boissière et la rue de la Croix- Boissière sous le 
nom de rue Boissière. On appelait boissières les croix auquelles il était 
d'usage d'attacher du buis, le jour des Rameaux; on voit encore figurer la 
croix-boissière sur des plans de Paris datant du xviii® siècle. La rue de la 
Croix-Boissière, inscrite comme simple chemin sur le plan de Roussel (1731), 
fut tracée vers 1780 ; elle commençait alors au chemin de Longchamp et 
aboutissait à la campagne. Sa moindre largeur fut fixée à 7 mètres, le 17 août 
1818, pour la partie comprise entre les rues de Longchamp et de Lubeck; 
elle fut portée à 12 mètres, pour toute l'étendue de la rue de la Croix- 
Boissière, le 17 août 1840. Le décret du 17 septembre 1864 déclara d'utilité 
publique l'élargissement à 16 mètres de la rue de la Croix Boissière et le 
redressement de cette voie entre la rue de Lubeck et le carrefour formé 
par la rencontre de l'avenue de l'Empereur (aujourd'hui du Trocadéro) avec 
l'avenue d'Iéna ; ce déccet, qui a été immédiatement exécuté, comportait la 
suppression de la partie de la rue de la Croix Boissière comprise entre les 
rues de Lubeck et de Longchamp. 

Deuxième partie (rue Boissière extra muros). — Par délibération du 14 mars 
1825, le conseil municipal de Passy demanda que le chemin de la Boissière, 
ayant une largeur de 6 mètres et bordé de quelques constructions, entre le 
boulevard extérieur de Longchamp (2) (avenue Kléber) et la rue du Bel Air 
(rue Lauriston), fût prolongé jusqu'au grand rond point de la plaine (place 
Victor-Hugo), avec moindre largeur de 10 mètres, (^e projet fut réalisé promp- 



(i) Voir la biographie de Marie BashkirtscfT, par Mme la comtesse de Mouzay, pp. 223 
à 225 du II I^' volume du Bulletin. 

(2) Avant l'annexion, le mur d'enceinte de Paris était, du côté de Passy, bordé exté- 
rieurement par le boulevard de Longchamp entre le rond-point (place du Trocadéro) et 
la rue de Longchamp, ensuite par le boulevard de Passy, qui s'étendait de la rue de 
Longchamp à la place de l'Etoile. Le boulevard de Longchamp est remplacé par l'avenue 
Kléber ; le boulevard de Passy a été supprimé pour la formation d'une partie de cette 
avenue et des rues La Pérouse et Dumont-d'Urville. 



74 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

tement^ et la nouvelle rue prit le nom de rue Bolssiëre, diminutif de celui de 
la voie (rue de la Croix-Boissière), qui était située à Tintérieur du mur d*en- 
ceinte de Paris et dont elle formait le prolongement sur le territoire de Passy. 

Lors de l'ouverture de l'avenue du Roi-de-Rome (aujourd'hui Kléber), 
le raccordement de la rue Boissière avec cette avenue a été opéré au moyen 
d'une pente de 6 centimètres par mètre, sans donner lieu à aucune indem- 
nité en faveur des riverains, parce qu'alors aucune construction n'existait 
encore sur la partie de la rue Boissière abaissée en vue de ce raccordement. 

En 1897, le pavage en pierre de la rue Boissière a été converti en pavage 
en bois, (^ette rue est desservie par une station du chemin de fer métropo- 
litain (1) établie, en 1899, sous l'avenue Kléber. 

L'avenue de Béuiainvilliers, qui existait au xviii'' siècle, est mentionnée 
ci-après dans l'histoire de la rue de Boulainvilliers. * 

Le territoire du XVP arrondissement est limité par deux lignes droites 
qui se croisent au centre de l'arc de triomphe de l'Étoile, savoir : Taxe de 
l'avenue Marceau et celui de la grande route n** 13 de Paris à Cherbourg 
(avenue de la Grande-Armée) ; il comprend ainsi plus du tiers de la superficie 

m 

de la place de V Etoile. 

Cette magnifique place, dont le sol est plus élevé que tous les terrains 
environnants, a été d'abord un simple rond-point, où divers chemins venaient 
aboutir à la grande route de la haute Normandie. Au commencement du 
second Empire, elle se trouvait encore en dehors de l'enceinte de Paris, sur 
les territoires de Passy et de Neuilly. 

L'avenue des Champs-Elysées, plantée en 1670, s'arrêtait alors à la grande 
rue de Chaillot (2). En 1729, la place de l'Étoile, nommée autrefois « l'Étoile 
de Chaillot », formait un octogone inscrit dans un cercle de 50 toises 
de rayon. Le public parisien et les étrangers avaient déjà adopté la promenade 
des Champs-Elysées. En 1762, le marquis de Marigny (3) et de Ménars, frère 
de la marquise de Pompadour, surintendant des beaux arts et des bâtiments 
du roi, prolongea l'avenue des Champs-Elysées jusqu'à la porte Maillot à 
travers la butte de l'Étoile, qui fut aplanie. En 1774, Louis XVI fit abaisser 
de 16 pieds la butte de l'Étoile, et élargir l'avenue droite allant du jardin 
des Tuileries au pont que l'ingénieur des ponts et chaussées Perronnet venait 
de construire à Neuilly ; les terres provenant de l'abaissement de la butte 
de l'Étoile servirent à surélever la partie des Champs-Elysées où se trouvait 
la grille de Chaillot et à régulariser la pente ; ces travaux furent dirigés par 
Perronnet; en outre, il continua l'avenue jusqu'à Courbevoie, ce qui compléta 
l'entrée triomphale de Paris ; la place de l'Étoile, vers laquelle convergeaient 
alors quatre avenues, fut agrandie ; on en changea la forme octogonale : elle 
devint circulaire avec un diamètre de 120 toises (arrêt du Conseil du Roi 
du 21 août 1777) et on l'entoura d'amphithéâtres gazonnés, formant le pro- 
menoir de Chaillot, qui a été concédé à la ville de Paris par les lois du 
i9 juillet 1852 et du 22 juin 1854. 

(i) Voir ci-après les indications données au sujet du chemin de fer métropolitain de Paris. 

(2) La barrière de l'Étoile était un reculement de la barrière des Champs-Elysées, qui 
limitait autrefois Paris à la hauteur des rues de Chaillot et de Rerri. 

(3) Louis XV avait érigé la terre de Marigny en marquisat pour le frère de Mme de 
Pompadour et lui avait donné la direction générale des jardins du roi. 



ARC DE TRIOMPHE DE l'ÉTOILE 76 

L'arc de triomphe de V Étoile a été projeté par les architectes Chalgrin et 
Raymond, membres de Tlnstitut; Raymond ayant donné sa démission, 
Clialgrin resta seul chargé de Texécution de ce monument, élevé à la gloire 
des armées françaises ; les travaux en furent commencés en mai 1806, et la 
première pierre fut posée solennellement le 15 août de la même année. 

Quand Napoléon P"" et Marie-Louise se rendirent de Saint-Cloud aux 
Tuileries (1), pour la célébration de leur mariage, l'arc de triomphe ne s*éle- 
vait encore qu'à la hauteur de la corniche du piédestal ; mais Chalgrin avait 
fait exécuter, au moyen d'une charpente recouverte de toiles, le simulacre 
de l'ensemble de l'édifice sous lequel le cortège impérial passa, le 1'^'^ avril 1810. 

Un journal du 26 mars disait: « Dès ce jour, il n'y a pas une fenêtre, 
depuis la porte Maillot jusqu'à la place de la Concorde, qui ne soit retenue 
ou louée cinq ou six louis au moins, pour assister à l'entrée dans Paris de 
l'empereur et de l'impératrice Marie-Louise. La plus petite chambre chez les 
restaurateurs ayant vue sur la route que doit suivre le cortège ne s'obtient 
pas à moins de 5 ou 600 francs. >> — Les choses n'ont pas changé. 

Chalgrin étant mort en 1823, les travaux furent continués par son élève 
Goust et par Huyot ; ils furent achevés, de 1832 à 1836, par l'architecte 
Blouet, membre de l'Institut, qui était né à Passy en 1795 et mourut 
en 1853. — (V. aux Annexes^ p. 404.) 

Le 29 juillet 1836, on inaugura solennellement l'arc de triomphe et on a 
compté que le l*'*" août de la même année, 58.000 personnes étaient venues 
contempler ce monument, dont la construction a coûté 9.631.115 francs. Sa 
hauteur est de 49"*, 48, sa largeur de 44'",82 et son épaisseur de 22™,21; le 
grand arc a 14",62 de largeur. Ce monument appartient à trois arrondis- 
sements : le VI 11% le WV et le XVI P. 

Le diamètre de la place de l'Étoile est de 240'",86; cette place a été le 
théâtre de toutes les grandes solennités nationales. J'ai assisté, le 
13 décembre 1840, au retour des cendres de l'empereur; Taffluence était 
énorme, bien que le froid fût très rigoureux. 

Le 31 mai 1885, le cercueil de Victor Hugo, qui était mort le 22 mai, fut 
exposé sous l'arc de triomphe de l'Etoile. Un gigantesque cénotaphe, qui se 
dressait sous la voûte de cet arc et avait 22 mètres, était du plus grandiose 
effet: un immense voile de crêpe partait du sommet du monument. Pendant 
toute la journée, une foule immense défila devant le cénotaphe. La nuit, une 
double haie de cuirassiers portait des torches dont la lueur se mêlait à celle 
de 36 lampadaires à flammes vertes. La cérémonie des obsèques, qui eut lieu 
le !•' juin (2), attira un tel concours d'admirateurs du grand poète que Flo- 
quet s'écria : a Ce ne sont pas des funérailles, c'est une apothéose. » 

A la cérémonie du centenaire de Victor Hugo, qui a été célébré au Pan- 
théon, dans la matinée du 26 février 1902, avec une grande pompe officielle, 
M. Gabriel Hanotaux, directeur de l'Académie Française, a terminé son dis- 
cours par les paroles suivantes : 

« Il mouru-t. Un frisson, une rumeur immense coururent de proche en 



(i) Voir aux annexe<% (p. 324) rarlicle de M. Léopold Mar, intitulé : « Nos Anciennes 
Barrières ». 

(a;. Victor Hugo avait voulu lecorhiUard des pauvres; mais le Parlement vota en son 
honneur des funérailles nationales. 



76 HIHTOIRe DU XVt* ARRONHISSEMENT 

proche dans la ville, dans le pays et dans le monde tout entier. L'univers se 
leva, tendant vers lui des palmeB. L'arc de triomphe se revêtit d'un voile noir. 
Les poètes veillèrent son corps couché sous le portique. Les cuirassiers 
tenaient des torchati allumées. Et quand le Jour des funérailles se leva, quand 



les torches se furent éteintes, quand, derrière le corbillard des pauvres (1), 
une foule telle qu'il l'eût aimée 'se fut rangée et que la ville entière se fut 



VICTOR HUGO 
Par Gustave Michel. 
(ArcbWea de la Sociélè.) 



78 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

remplie d*un tumulte où le deuil de la mort se confondait avec la joie de 
l'Immortalité, alors lui, tumultueux encore et déjà légendaire, il traversa 
Paris à la tête du cortège prodigieux qui rejoignait la colline de Napoléon à 
la colline de Clovis et il fit rouvrir devant lui les portes du Panthéon, pour y 
ramener la gloire. « 

La place de l'Étoile n'était encore bordée, en 1854, que de chétives construc- 
tions, principalement occupées, comme sur les autres boulevards extérieurs, 
en dehors des barrières, par des débits de vins. La transformation de cette 
place est due au décret du 13 août 18oi, qui en a fixé la belle ordonnance et 
les alignements, avec constructions symétriques, grilles en fer et fonte, suivant 
un type obligatoire, séparées des constructions par des jardins d'agrément. Ces 
grilles reposent sur un socle bas en pierres de taille et les bâtiments ne 
peuvent être élevés qu'à 16 mètres en arrière. Les splendides hôtels qui bordent 
ainsi la place ont été construits en 1868 et 1869 ; ils ne peuvent avoir d'entrée 
que sur les avenues rayonnant vers la place et sur la rue circulaire, nommée 
rue de Tilsit d'un côté de la place, et rue de Presbourg de l'autre (1). 

En avril 1900, la place de l'Étoile a été munie de candélabres électriques. 

Le chemin de fer métropoliiain de Paris dessert souterrainement la place 
dé rÉtoile : cinq branches, dont quatre en exploitation et une actuellement 
ouverte jusqu'à la place d'Anvers (ÏX'^ arrondissement), ont cette station pour 
point de départ. 

L'insuffisance des moyens de transport dans Paris commandait l'exécu- 
tion de ce métropolitain ; les omnibus et tramways circulant à fleur de sol et 
forcément limités par cela môme dans leur capacité de transport et dans 
leur vitesse, parce qu'ils ont à croiser dans les rues beaucoup d'autres véhi- 
cules, ne permettent ni d'effectuer des trajets un peu longs avec la rapidité 
désirable, ni de transporter à la fois de très grandes masses de voyageurs. 

Il est donc logique de recourir pour les longs trajets et pour les directions 
importantes à un moyen de locomotion plus puissant, c'est-à-dire à un chemin 
de fer métropolitain, établi sur des lignes entièrement isolées de la voie 
publique et se prêtant à la réalisation, entre deux stations consécutives, d'une 
grande vitesse. Les progrès récents de l'industrie électrique appliquée aux 
transports fournissent la solution la plus satisfaisante de ce problème. La 
transmission de l'énergie électrique à distance autorise, en effet, la substi- 
tution aux pesantes locomotives d'un matériel beaucoup moins lourd, capable 
de circuler sur des courbes de très petits rayons, tels que ceux qu'on est 
obligé d'admettre sur le métropolitain d'une capitale. En outre, ce système 
se prête bien à l'organisation de trains extrêmement fréquents. 

Les lignes du métropolitain de Paris exploitées entièrement en 1901 sont 
celles de la porte de Vincennes à la porte Maillot, de l'Étoile au Trocadéro 
et à la porte Dauphine. Cette section du métropolitain, qui n'est que la hui- 
tième partie du réseau actuellement concédé, représente une longueur d'en- 
viron li kilomètres. Elle est totalement souterraine, mais éclairée à la 
lumière électrique ; elle ne présente donc pas, pour les voyageurs, les mêmes 



(1) Voir aux annexes (p. 4o6) des extraits des mémoires du baron Haussmann, commu- 
niqués par M. Emile Potin ; voir, également, aux annexes (p.4i3}, la loi du 22 juin i854 et 
le décret du i3 août de la même année, concernant la place de TEtoile et l'avenue 
du Bois-de-Boulogne. 



LE CHEMIN DE FER METROPOLITAIN 79 

inconvénients que les tunnels de chemins de fer, qui sont fréquemment 
obstrués par la vapeur et surtout par la fumée des locomotives, ce qui em- 
pêche de les éclairer d'une manière efficace. Les voitures sont munies de 
portes à coulisses. Les murs des stations, où la durée de chaque arrêt ne doit 
pas dépasser trente secondes, sont revêtus de carreaux en grès cérames 
blancs. Le souterrain est relativement chaud en hiver et frais en été ; les 
trottoirs des stations sont à peu près de plain-pied avec le plancher des wagons. 

C'est pendant l'Exposition universelle, le 19 juillet 1900, qu'on a ouvert à 
la circulation publique la première section du métropolitain, c'est-à-dire 
celle qui va de la porte de Vincennes à la porte Maillot, ainsi que les stations 
intermédiaires de TAlma, Marbeuf, Champs-Elysées, Concorde, Tuileries, 
Palais-Royal, Louvre, Châtelet, Hôtel- de-ville, Saint-Paul, Bastille, gare de 
Lyon, Reuilly et place de la Nation. Peu de temps après, on a ouvert les 
stations d'Obligado et de TÉtoile. L'embranchement de la place de TÉtoile 
au Trocadéro (avec les deux stations de l'avenue Kléberetde la rue Bois- 
sière) a été inauguré le 2 octobre 1900, et celui de la place de l'Étoile à la 
porte Dauphine (avec une slation à la place Victor-Hugo) a commencé le 
service public le 13 décembre de la même année. La construction a coûté 
environ trois millions par kilomètre. Les entrées des gares du métropolitain 
ont été construites et décorées par M. l'architecte (3uimard. 

La traction électrique assure un mouvement doux, et les trains, composés 
chacun d'une voiture motrice et de voilures d'attelage, se suivent de très 
près. La voiture motrice prend, au moyen de flotteurs flexibles, le courant 
sur un rail latéral à la voie et le transmet aux machines dynamos placées sous 
les essieux ; toutes les voitures renferment des lampes électriques. 

Le régime du métropolitain consiste en une association entre la Ville de 
Paris, qui construit le réseau à ses frais, et la compagnie concessionnaire, qui 
arme ce réseau et l'exploite. Le tarif des voyageurs pour un trajet quelconque 
sur les diverses lignes du métropolitain est fixé à "13 centimes en première 
classe et à 15 en seconde. La part de la ville consiste dans le prélèvement 
de 5 centimes par billet de ^ classe et de 10 centimes par billet de 1™ classe. 

Avant Touverture de ce chemin de fer, on prétendait que la clientèle pari- 
sienne ne se résignerait pas à descendre dans des souterrains pour faire une 
course en ville. Mais le public a accueilli, au contraire, avec une grande 
faveur, ce nouveau mode de transport, grâce à la vitesse et à la multiplicité 
des trains et au prix peu élevé qu'on lui demande ; le métropolitain, dont la 
création fait honneur à MM. E. Ëmpain, A. Berthelot et Bienvenue, permet 
d'aller en quelques minutes d'une extrémité de Paris au Louvre ou au Palais- 
Royal. Le nombre des voyageurs transportés a dépassé 4. 400.000 en avril 1901. 
Les intéressés demandent que de nouvelles lignes soient concédées, pour 
desservir leurs quartiers. Le conseil municipal a approuvé, le 13 juillet 1900, 
le projet de construction du métropolitain entre l'Étoile et la place de la 
Nation, par les boulevards extérieurs de la ligne droite. L'exécution de cette 
ligne sera en souterrain et, pour partie, en viaduc ; la dépense de cons- 
truction est évaluée à environ 2.700.000 francs par kilomètre. Parmi les 
autres lignes concédées, il y en a deux qui emprunteront le sol du XVP ar- 
rondissement, savoir : 

!• La ligne des boulevards extérieurs de la rive gauche, qui part de la place 
du Trocadéro, passe sous la rue Franklin, entraînera l'expropriation de la 



8o HISTOIRE DU XVI^ ARRONDISSEMENT 

maison sise rue Franklin n*" 2 et boulevard Delessert, débouche dans la rue 
Alboni, vers le milieu de laquelle elle se trouvera à ciel ouvert, pour traverser 
la Seine sur l'emplacement de la passerelle de Passy ; elle aura, rue Alboni, 
une station nommée « quai de Passy » ; les travaux ont été commencés 
en 1902; 

2** la ligne Auteuil-Opéra, partant de la porte Molitor, récemment ouverte 
entre Auteuil (boulevard Exelmans) et Boulogne, passera sous la rue Molitor, 
traversant une première fois la Seiue en aval du pont Mirabeau, desservant 
Grenelle et Tesplanade des Invalides, traversant une seconde fois la Seine et 
passant sous la place de la Concorde, la rue Royale et le boulevard de la 
Madeleine, pour aboutir à TOpéra. Cette ligne aura daus le XVl» arrondisse- 
ment trois stations (boulevard Exelmans, rue Chardon-Lagache, et avenue de 
Versailles, près du pont Mirabeau). 11 faudrait obtenir la concession d'une 
autre ligne, pour relier Auteuil aux quartiers du centre, par la rive droite de 
la Seine. 

Vavenue de la Grande- Armée, dont Taxe séparait, avant l'annexion, le terri- 
toire de Passy de celui de Neuilly, a reçu, sous le règne de Louis XVI, comme 
il a été dit ci-dessus, sa largeur actuelle, qui est de 70 mètres. Elle s'est 
nommée d'abord « avenue de Neuilly » ; on l'a appelée ensuite avenue de la 
Porte-Maillot, parce qu'elle est suivie par les nombreux promeneurs se ren- 
dant au bois de Boulogne, dont cette porte était l'entrée la plus fréquentée 
avant le percement de l'avenue du Bois-de-Boulogne. On a exécuté, en 1840, 
d'importants travaux d'embellissement à l'avenue des Champs-Elysées, entre 
le rond-point et la barrière de l'Étoile, ainsi qu'à l'avenue de Neuilly (avenue 
de la Grande-Armée), entre la barrière de l'Étoile et la porte Maillot. Le décret 
du 2 mars 1864 a assigné à l'avenue de la Grande-Armée sa dénomination 
actuelle, parce qu'elle prend naissance à Tare de triomphe élevé à la gloire de 
la grande armée du premier Empire. C'est en i8i0 qu'on a effectué la réfec- 
tion des trottoirs et des chaussées de cette avenue, qui a été munie de candé- 
labres à gaz en 1844. 

Jacquemart, graveur à l'eau forte, a habité la maison n" 23, depuis 1873 
jusqu'à sa mort, survenue en 1880. L'hôtel du ministre de la république de 
Salvador se trouve au n" 27 de l'avenue de la Grande-Armée, dont le côté 
droit (numéros pairs) dépend du XVIl'' arrondissement. 



Rues ouvertes pendant les cinquante premières années 

du XIX^ siècle, dans les quartiers 
de Chaillot, de la Muette et de la Porte-Dauphine. 



Au xviu'' siècle, aucun nom de rue n était indiqué sur les murs de Passy, et 
ce n*est qu*en 1816 qu*on se décida à y poser des plaques indicatrices à l'en- 
coignure de chaque rue. Quant à Téclairage de nuit, il fut complètement 
inconnu jusqu*à la fin de Tannée 1791 ; alors seulement, un premier réver- 
bère à rhuile fut suspendu devant le corps de garde de la milice nationale. 
L'éclairage général de la commune ne fut installé qu'en 1825, toujours au 
moyen de réverbères à réflecteurs. Ces réverbères, qui, en 18i5, étaient au 
nombre de vingt, n'étaient pas allumés pendant la période de la pleine lune. 

11 y eut peu d'opérations de voirie à Chaillot, Passy et Auteuil pendant les 
guerres de la Révolution et du premier Empire. On ne relève à ce sujet dans 
les délibérations du conseil municipal de Passy, en ce qui concerne le quar- 
tier de la Muette, que la demande de prolongement de l'ancienne rue des 
Carrières ; ce prolongement, qui parait avoir été terminé vers 1808, constitue 
actuellement la partie de la rue Vital comprise entre la rue de la Tour et la 
rue Nicolo (1). Du reste, le budget de la commune de Passy était modeste à 
cette époque : en 1806, les recettes de la commune s'élevèrent à 2.047 fr. 80 
et les dépenses à 2.045 fr. 52. Il n'y avait alors qu'un seul réverbère h Passy. 

La rue Bizel doit être divisée, au point de vue de son histoire, en deux 
parties, dont la première forme la section comprise actuellement entre 
Ta venue Marceau et la rue de Chaillot, la seconde, la section comprise entre 
la rue de Chaillot et Tavenue d'iéna (2). 

Première partie. — Elle remplace un ancien chemin qui figure au plan de 
Jouvin de Rochef ort (dressé en 1672), allant du quai de Seine à la rue de Chaillot 
et portant le nom de u ruelle des Tourniquets ». Elle a été classée comme 
« rue des Blanchisseuses » par une décision ministérielle du 13 fructidor 
aa VIII, fixant sa moindre largeur à 10 mètres ; cependant, elle n'a constitué 
jusqu'en 1826 qu'une ruelle tortueuse et assez étroite, ayant une largeur 

(i) Voir ci-après les indications données au sujet do l'ancienne rue des Carrières. 

{'?.'■ La longueur de voie sous-minée est de 15 mètres devant le n° 19 de la rue Bizet 
cl de 81 mètres entre le n"* 2.3 et l'avenne d'iéna. La distance du sol au ciel de la carrière 
csl de 8 ni. 3o ; la hauteur de la galerie d'exploitation est de 3 m. Tjo, devant le n' 0. 

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82 liîSTOIRE DU XVI*^ ARRONDISSEMENt 

moyenne de 4 mètres. A cette époque, M. Bizet, propriétaire des terrains 
environnants, proposa d*en rectifier la direction, ôe qui lui fut accordé par 
une ordonnance royale du 9 août 1826. Lors du. percement de Tavenue 
Joséphine (avenue Marceau), la partie de la rue Bizet qui commençait au 
quai Debilly se trouva supprimée. 

Deuxième partie, — Elle a été ouverte, en prolongement de la première, 
en vertu d'un traité passé, le 2 juillet 1866, entre la Ville et la Société Thome 
et C •'. Elle a été classée par le décret du 12 février 1883, fixant à 12 mètres la 
moindre largeur de cette partie. 

L'arrêté du 26 février 1867 a donné aux deux parties de cette rue le nom 
de Bizet, c'est-à-dire celui du propriétaire à qui était due la rectification de 
la première partie. 

L'église grecque qui se trouve aux n"* 7 et 9 de la rue Bizet a été construite, 
sous la direction de M. l'architecte Vaudremer, membre de l'Institut, aux frais 
de feu M. Demetrius Stefanovich Schilizzi, qui en a fait don au gouvernement 
hellénique, sous la condition qu'elle serait consacrée au culte de la religion 
orthodoxe grecque et mise à la disposition de la colonie hellénique de Paris. 
Ce bel édifice a coûté environ 1.650.000 francs (achat de terrain et construc- 
tion). Les peintures des icônes et les décorations du plafond sont dues au 
peintre Charles Lameire. L'église a été inaugurée en décembre 1895 ; elle 
appartient au gouvernement hellénique ; mais les frais d'entretien sont sup- 
portés par la colonie hellénique de Paris. 

L'hôtel du ministre du royaume de Roumanie se trouve actuellement au 
n** 25 de la rue Bizet. 

La rue de Longchamp (1) occupe l'emplacement rectifié d'un ancien chemin 
que les Parisiens prenaient pour aller en pèlerinage, puis en promenade, pour 
suivre la mode, à l'abbaye de Longchamp, particulièrement du mercredi au 
vendredi saint (l); c'est sur les terrains qui dépendaient autrefois de cette 
abbaye qu'ont lieu les courses de Longchamp et la revue du li juillet. 

La partie de cette rue comprise entre la place d'Iéna et l'avenue Kléber 
avait autrefois dépendu de Chaillot (fief de Longchamp) et fut renfermée 
dans Paris, lors de la construction du mur d'enceinte, sous le règne de 
Louis XVI ; cette première partie fut classée par la décision ministérielle du 
3 vendémiaire an X, qui lui assigna une moindre largeur de ll'",70. 

La seconde partie, comprise entre l'avenue Kléber et la rue Spontini, a 
été jusqu'en 1884 séparée de la partie de la rue de Longchamp située au delà 
de la rue de la Faisanderie par un îlot de maisons qui s'étendait entre les rues 
Spontini et de la Faisanderie. Par délibération du 16 octobre 1829. le conseil 
municipal de Passy, considérant que cette seclion est dégradée par les 
charrois (2) des exploitants de carrières, que la situation est surtout intolé- 

(i) Voir aux annexes (p. 4i4), pour l'origine el TiHymologic du mol « Longchamp », l'ar- 
Ucle sur Longchamp de M. le comte Feniand de l'Eglise. 

(a) En i8S'i, 1889 et 1890, la partie sous-minée du sol de la rue de Longchamp a été 
consolidée sur 97 mètres de longueur entre les n«* i5 el 35, sur 187 mètres entre Tavcnue 
Kléber el la rue Laurislon el sur 60 mètres entre les rues Spontini el de la Faisanderie. 
La distance du sol au ciel de la carrière est de 6 mètres A la place d'Iéna, de i2™,3o à 
l'angle de la rue de liUberk, de i9'",r>4 à l'angle de l'avenue MalakofT el de 9™,5<> entre les 
rues Spontini el de la Faisanderie. La hauteur des galériens d'e\j)loitâtion est de a™,5o au 
premier point, de i™,8'| au second, de i»",75 au troisième, de i™,r»5 au quatrième el de 
4"Sîio au cinquième. 



RUE DE LA MANUTENTION 83 

rable au point de jonction avec l'avenue de Saint-Denis (avenue Malakofl), 
que la profondeur des ornières s'élève à 1 mètre et qu*elles sont continuelle- 
meût remplies par les eaux pluviales, demande que le préfet de la Seine 
mette les carriers en demeure de fournir immédiatement les matériaux 
nécessaires à la réparation, la Société des terrains de Passy ayant offert de se. 
charger delà main-d*œuvre. Cette Société redressa, en 1834, et élargit à 11™,70 
la partie de la rue de Longchamp comprise entre Tavenue Kléber et la rue 
Spontini. 

La section comprise entre les rues Spontini et de la Faisanderie a été 
ouverte, en 1884, en vertu d*un contrat entre la Ville de Paris et les proprié- 
taires intéressés. Enfin, la partie comprise entre la rue de la Faisanderie et 
le boulevard Lannes avait été ouverte par la Ville de Paris, sur 12 mètres de 
largeur et 150 mètres de longueur, et d'abord comme voie privée sur des. 
terrains retranchés du bois de Boulogne. 

Un arrêté préfectoral du 10 novembre 1873 a maintenu le nom de rue de 
Longchamp pour les parties comprises entre l'avenue d'Iéna et la rue Spon- 
tini, ainsi qu'entre la rue de la Faisanderie et le boulevard Lannes. L'exécu- 
tion, en 1884, de la section comprise entre les rues Spontini et delà Faisanderie 
a établi la continuité de la rue de Longchamp depuis la place d'Iéna jusqu'à 
ce boulevard, 

Le pavage en pierre a été converti en pavage en bois de mars à juin 1900, 
dans la përtie dé la rue de Longchamp comprise entre la place d'Iéna et la 
rue du Bouquet-de-Longchamp. Au n^ 154 de la rue de Longchamp, près de 
Fangle de la rue de la Faisanderie, on voit un hôtel de style Renaissance, 
qui a été élevé en 1881 par M. l'architecte Brière ; il se compose d'un rez-de- 
chaussée à trois fenêtres, avec porte cintrée à deux vantaux ; d'un premier 
étage à trois croisées, celle du milieu à meneaux; et d'un second étage 
à balustrade de pierre formant balcon devant, trois fenêtres à frontons se 
détachant eu relief sur un haut toit à lucarnes. Rue de Longchamp, n^ 137, 
rue de Lota, n** % se trouve un hôtel du style Louis XIÏI, avec avance en 
encorbellement au premier étage (MM. P. Dureau et Orième, architectes, 
1894). L'hôtel contigu (M. F. Delmas, architecte, 1894) possède un haut' 
pignon, étage à la mode flamande. 

La rue de la Manuiention occupe une partie de la rue « Basse-Saint- 
Pierre », qui portait ce nom à raison de sa proximité de l'église et qui allait 
du quai Uebilly à la rue de Chaillot. Sa largeur avait été fixée à 7 mètres par 
une décision ministérielle du 15 vendémiaire an IX et à 14 mètres par une 
décision de fructidor an XII; le décret du 23 novembre 1849 prescrit une 
moindre largeur de 12 mètres. En 1864, la rue Basse-Saint-Pierre, qui se 
terminait encore alors à la rue de Chaillot, en formant un coude, avait 
3HD mètres de longueur; mais le décret du il septembre 1804 supprima la 
partie comprise entre lavenue du Trocadéro et la rue de Chaillot ; quant à 
la section comprise entre le quai Debilly et l'avenue du Trocadéro, elle fut 
régularisée à la suite d'une convention entre TÉtat et la Ville et forme la rue 
de la Manutention, ainsi dénommée par l'arrêté préfectoral du 26 février 18(57, 
parce qu elle longe le bâtiment des subsistances militaires ; son accès à 
lavenue du Trocadéro a lieu par un escalier de soixante-quatorze marches. 

La rue Basse-Saint-Pierre a vu la demeure de Mlle Dumesnil (tragé- 
dienne morte en 1803), de A.-L. de Gontaut Biron, duc de Lauzun (mort en 



84 HISTOIRE DU XVI' ARRONDISSEMENT 

1793) et, en 4796-1797, de Tallien (président de la Convention, puis du conseil 
des Cinq-Cents), et de Mme Tallien, née Cabarrus. 

La rue de Magdebourg (1) peut être divisée, au point de vue de son histoire, 
en trois parties comprises : la première, entre le quai Debilly et l'avenue 
d'Iéna,la seconde, entre l'avenue d'Iénaet celle du Trocadéro, et la troisième 
entre l'avenue du Trocadéro et l'avenue Kléber. 

La première partie allait du quai à la rue des Batailles (aujourd'hui 
avenue d'iéna); le plan de Verniquet (1789) l'indique sous le nom de a ruelle 
d'Hérivault » (Etienne Hérivault était procureur fiscal en la prévôté de 
Passy). Elle a été classée comme rue par une décision ministérielle du 7 fruc- 
tidor an XII. En 1806, elle a reçu le nom de rue de Magdebourg, en mémoire 
de la prise de cette ville par les Français, le 8 novembre de la môme année. 
Sa largeur, qui avait été fixée à 7 mètres par la décision ministérielle du 
7 fructidor an XII, a été portée à H"',r30 par le décret du 23 novembre 1849. 

La seconde partie a été d'abord un chemin qui figure sur le plan de Ver- 
niquet (1791) sans dénomination ; on lui donna le nom de « rue Sainte- 
Marie », parce que le chemin que remplaçait cette rue longeait le mur du 
jardin du monastère de la Visitation-Sainte-Marie. La largeur de cette sec- 
tion avait été fixée à 10 mètres par la décision ministérielle du 23 frimaire 
an VIII ; le décret du 17 septembre 1864 a déclaré d'utilité publique l'élar- 
gissement à 12 mètres et, pour réaliser cette disposition, un autre décret du 
2i du même mois a sanctionné le traité passé entre la Ville et la Société 
Thome et 0'\ L'arrêté préfectoral du 2 avril 1868 a réuni la rue Sainte- 
Marie, qui prolongeait en ligne droite la rue de Magdebourg, à cette der- 
nière rue, sous la même dénomination. 

Le décret du 17 septembre 1864 a ordonné le prolongement, avec 12 mètres 
de largeur, de la rue Sainte-Marie (aujourd'hui rue de Magdebourg) jusqu'à 
l'avenue du Roi-de-Rome (avenue Kléber); ce prolongement, exécuté au 
moyen du traité passé par la Ville avec la Société Thome et C'**, et ci-dessus 
visé, a reçu, par arrêté du 20 juillet 1868, le nom de rue de Magdebourg. 

En 1789, la partie de la rue de Lubeck comprise entre la rue Boissiëre et 
la rue de Longchamp existait à l'état de sentier. En 1864, la rue de Lubeck 
commençait à la rue de la Croîx-Boissière (rue Boissière) et se terminait à 
l'ancien boulevard de Longchamp (avenue Kléber), près de la place du Tro- 
cadéro ; elle avait alors 592 mètres de longueur et se composait de deux par- 
ties. La première, comprise entre la rue de la Croix-Boissière (rue Boissière) 
et la rue de Longchamp, avait remplacé un chemin étroit et sinueux, 
indiqué sans dénomination sur le plan de Verniquet (1791). La seconde partie 
était comprise entre la rue de Longchamp et l'ancien boulevard de Long- 
champ, au point où se trouvait la barrière Sainte-Marie (la section comprise 
entre cette barrière et la rue de Magdebourg s'est trouvée ultérieurement 
supprimée) ; en vertu d'une décision ministérielle du 19 juillet 1806, cette 
seconde partie fut ouverte, vers 1807, sur des terrains qui avaient dépendu 
autrefois du monastère de la Visitation Sainte-Marie, et sa largeur fixée à 

(i) Le sol (Je cette rue a été consolidé, en 1887 et 1888, sur une longueur de 110 mètres 
entre les avenues d'iéna cl du Trocadéro. La dislance du sol au ciel de la carrière est 
de 5'n,Co près l'avenue d'iéna, de S^soS à l'anj^'lo de l'avenue du Trocadéro, et de i5™,5i à 
l'anffle do l'avenue Kléber. La hautcMir des galeries d'exploitation est de 2 mètres au 
premier point, de 3 mètres au second et de 2 mètres au troisième. 



RUE KEPPLER 85 

ia"',^!. On lui donna, ainsi qu'à la première partie, dont elle formait un 
prolongement, le nom de rue de Lubeck, pour rappeler la victoire remportée, 
les 6 et 7 septembre 1806, par les Français sur les Prussiens, commandés par 
Blûcher. 

Par suite du percement de Tavenue Kléber et de l'avenue d'Iéna, la frac- 
tion de la rue de Lubeck comprise entre la rue de Magdebourg et Tancien bou- 
levard de Longchamp a été supprimée et son emplacement se trouve confondu 
dans la place du Trocadéro et dans la partie de l'avenue qui s'étend de cette 
place à la rue de Magdebourg ; il ne restait donc plus de la rue de Lubeck 
que le tronçon compris entre la rue de Magdebourg et la rue Boissière. 

Le décret du 17 septembre 1864 a prescrit le redressement et l'élargisse- 
ment à 13 mètres de la rue de Lubeck, ainsi que son prolongement jusqu'à 
l'avenue des Champs Élysées ; un autre décret du ^4du môme mois (1) a sanc- 
tionné le traité passé entre la Ville et la Société Thome pour l'exécution de 
ces dispositions. En vertu d'un décret du 2 mars 1867, la partie de ce prolon- 
gement comprise entre la rue Boissière et la place d'iéna a reçu le nom de 
rue de Lubeck, et la section comprise entre la place d'iéna et l'avenue des 
Champs-Elysées a été dénommée rue de Bassano. Par suite de ces diverses 
transformations, la rue de Lubeck n*a plus aujourd'hui que 49() mètres de 
longueur. L'hôtel du ministre du royaume du Portugal est situé au n° 38 de 
cette rue, où se trouve, au n" 4, l'institution des dames de l'Assomption, 
édifiée par MM. Revoit et Moret, avec façade romane à trois étages, garnie de 
fenêtres géminées. 

La rue Keppler, qui n'a que 108 mètres de longueur, est la partie restante 
d'une ruelle de 240 mètres de longueur, qui fut tracée en 1792 de la rue de 
Chaillot à la rue du Chemin-de-Versailles (aujourd'hui rue Galilée) et porta 
d*abord le nom d'« Hébert », ensuite celui de « Sainte-Périne » (en raison du 
voisinage de l'abbaye du même nom, établie alors rue de Chaillot) qui fut dé- 
nommée « Sainte-Geneviève » en 1806, parce que les bâtiments de ladite abbaye 
avaient été précédemment occupés par les chanoinesses Augustines, dites de 
Sainte-Geneviève. La rue Sainte-Geneviève a été classée par une décision 
ministérielle du 2 août 1816, qui lui a assigné une largeur de 8 mètres, portée 
à 10 mètres par un arrêté du président du conseil des ministres, chef du pou- 
voir exécutif, en date du 17 août 1848. 

La partie de la rue Sainte-Geneviève comprise entre la rue de Chaillot et 
l'impasse des Jardins (aujourd'hui rue de Bassano) a été supprimée vers 1864, 
et son emplacement est entré dans celui de l'avenue Joséphine (aujourd'hui 
avenue Marceau) et de la rue de Bassano. Le nom de rue Keppler a été donné 
à la partie restante, par le décret du 24 août 1864, en l'honneur de Tiliustre 
astronome Jean Keppler (1571-1630), à qui on doit les lois du mouvement des 
astres. Il alla, en 1600, se fixer auprès de Tycho-Brahé à Uranienbourg, pour 
faire des observations astronomiques, le remplaça ensuite à Prague comme 
astronome de la cour, obtint de Rodolphe le titre de mathématicien de l'em- 
pereur d'Allemagne avec un traitement, fut professeur à Lintz et mourut à 
Ratisbonne. Il établit le système de Copernic sur des bases solides et décou- 
vrit en 1618, après de longues recherches, les trois lois qui portent son nom 

(i; La Société Thome et C'« était rémunc^réc de ses travaux par une subvention muni- 
cipale de 375 francs par mètre superficiel de terrain livré à la voie publique. 



86 HISTOIRE DU XVI^ ARRONDISSEMENT 

et qui déflnissent les mouvements des corps célestes. Il ne laissa que vingt 
deux écus, deux habits etiune seule chemise. 

La rue (lu Bouquet-de-Longchamp doit son nom à un ancien bouquet 
d'arbres qui existait au village de Longchamp, territoire de Longchamp. 
Le plan de Verniquet (1789) l'indique sans dénomination. Sa largeur a été fixée 
à 8 mètres par une décision ministérielle du 18 juin 1817, et à 10 mètres 
par un décret du 17 août 1848. 

Le sol de la rue Bellini a été abandonné à la commune de Passy par M. Joyeux, 
son propriétaire, suivant acte du 11 juin 1823. Elle a été tracée, au canton de 
la Planchette, sur remplacement d'un chantier dit de la Planchette ou de la 
Marbrière. Elle avait en 18:2-> une largeur de 5", 66 et a porté longtemps le 
nom de « rue de la Planchette ». Sa largeur a été fixée à 7 mètres par arrêté 
du 16 février 1856. Le décret du 24 août 1864 a donné le nom de Bellini à la 
rue de la Planchette, en mémoire du compositeur Vincent Bellini, né à Catane 
le 1*^' novembre 1802 et mort prématurément, le 23 septembre 1835, à Puteaux, 
après avoir fait représenter à Paris les opéras de Norma, la Somnambula^ 
J, Puritani. 

Par délibération du 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy demanda 
que le chemin de la Pelouse, ayant précédemment de 6 à 10 mètres de largeur 
fût classé avec moindre largeur de 10 mètres, La rue fut, en effet, percée, avec 
10 mètres de largeur, en 1825, sur une partie [du promenoir de Chaillot, ou 
pelouse de TÉtoile, et fut nommée « rue Neuve-de-la-Pelouse ». Cette rue, 
qui va de la rue Chalgrin à Tavenue de la Grande-Armée, n'a été achevée 
qu'en 1860; elle est desservie par une station du chemin de fer métropolitain. 
Le décret du 10 août 1868 l'a dénommée rue d'Obligado, en mémoire de la 
victoire remportée, le 20 novembre 1845, par la flotte anglo-française, sur les 
Argentins. L'ordonnance royale du 15 février 1846, qui a élevé le capitaine 
de vaisseau Tréhouart au grade de contre-amiral, sur le rapport de l'amiral 
commandant la station navale du Brésil et de la Plata, signale les actions 
d'éclat accomplies par le capitaine de vaisseau Tréhouart dans l'attaque du 
barrage et des batteries d'Obligado (Parana). 

(Quoique la rue Chalgrin ne soit pas très longue, son histoire est fort com- 
pliquée; elle se compose actuellement de deux parties formant équerre; celle 
qui va du coude à la rue Le Sueur s'est appelée « rue des Bouchers », et celle 
qui va du coude à l'avenue de la Grande Armée se nommait précédemment 
« rue de Belle vue ». 

La première partie, aboutissant à la rue Le Sueur, est le restant de l'ancien 
chemin des Bouchers, qui allait autrefois jusqu'à la rue de Villejust et dont 
une partie assez étendue a été supprimée par suite du percement de l'avenue 
du Bois-de-Boulogne; celle que l'on a conservée avait été classée, comme 
« rue des Bouchers », avec moindre largeur de 8 mètres, par l'arrêté préfec- 
toral du 16 février 1856. Un décret du 9 septembre 1861 a approuvé le redres- 
sement de cette rue des Bouchers et a autorisé la Ville à accepter la pro 
position qui lui avait été faite par le comte de Clermont-Tonnerre et M. Bigé 
de supporter tous les frais d'expropriation et de leur concéder, en retour, la 
partie supprimée de la rue des Bouchers, qu'ils ont réunie à leurs propriétés, 
en avançant leurs clôtures jusqu'à l'alignement du prolongement de la rue 
Saint-Ange (aujourd'hui rue Le Sueur). 

h^ seconde partie de la rue Chalgrin, prenant aujourd'hui naissaiice à 



DUE DE SAIGON 87 

l'avenue du Boîs-de-Boulogne et formant un coude avec la première partie, 
est ce qui reste dune rue qui commençait à la rue du Bel-Air (rue Lauriston), 
traversait l'avenue Victor-Hugo et avait été ouverte en 1825, avec une largeur 
de 8 mètres, sur les terrains de la plaine de Passy; sa situation lui avait fait 
donner le nom de « rue de Bellevue »; des travaux d'assainissement et d'amé* 
lioration y ont été exécutés conformément aux délibérations du conseil muni- 
cipal de Passy en date du 1" août 1839 et du 10 novembre 1845. Elle fut coupée 
parle percement de l'avenue du Bois-de-Boulogne, et, à la suite de ces tra- 
vaux, la partie de la rue du Bel -Air comprise entre la rue Lauriston et l'avenue 
Victor-Hugo reçut la dénomination de « rue de Traktir ». 

La dénomination actuelle de la rue Chalgrin lui a été donnée par le 
décret du 2 octobre 18()o, en l'honneur de Jean-François-Thérèse Chalgrin 
(1739-1811). qui obtint le grand prix d'architecture en 1758, acheva l'église 
Saint Sulpice, fît construire celle de Saint-Philippe-du-Roule. fut nommé 
membre de l'Institut en 1799 et chargé de l'érection de Tare de triomphe 
de rÉtoile. 

C'est à la hauteur de la rue Chalgrin que la Ville a fait construire, avenue 
du Bois-de-Boulogne, le monument de l'inspecteur général des ponts et 
chaussées Alphand, qui a tant contribué à Tembellissement de Paris et à la 
transformation du XVl'' arrondissement ; sa statue (!) est entourée de celles 
de quatre collaborateurs : M. Huet, inspecteur général des ponts et chaus- 
sées en retraite; M. Bouvard, directeur des services d'architecture de la 
ville; M. Roll, peintre, et M. Dalou, sculpteur. Ce monument, élevé en l'hon- 
neur de l'organisateur des Expositions universelles de 1867, 1878 et 1889, a 
été inauguré avant l'ouverture de l'Exposition liniverselle de 1900, le 14 dé- 
cembre 1899. 

ha rue de Traklir faisait autrefois partie de la rue de Bellevue, ouverte en 
i8i5, comme il a été dit ci-dessus. Le décret du S octobre 18(>5 a donné le 
nom de Traktir à la partie de la rue de Bellevue comprise entre la rue de 
Lauriston et l'avenue du Bois-de Boulogne ; l'autre partie de la rue de Belle- 
vue porte actuellement le nom de rue Chalgrin ; enfin, un décret du 13 juin 
1875 a déclassé et supprimé la partie de la rue de Traktir comprise entre la 
rue Lauriston et l'avenue Victor-Hugo; remplacement que cette partie occu- 
pait a été vendu à un propriétaire riverain. 

Traktir est le nom d'un pont sur la Tchernaïa (rivière qui se jette dans 
la baie de Sébastopol), auprès duquel l'armée franco-sarde remporta une 
victoire sur les Russes le 16 août 1855. * 

La rue de Saigon a été percée, en 1824 ou 1845, sur une partie du prome- 
noir de Chaillot, ou pelouse de l'Étoile, avec une largeur de 10 mètres, et prit 
d'abord le nom de « rue de la Pelouse ». Le nivellement général de cette rue fut 
autorisé par une délibération du conseil municipal de Passy du 10 avril 1851. 
Sa dénomination actuelle lui a été donnée par le décret du 10 août 18G8, en 
mémoire de la prise de Saigon, capitale de la Cochinchiue, le 17 février 1859. 
La rue de Saigon a été munie, en 1899, de trottoirs réglementaires. 

Le plan extrait de l'atlas des environs de Paris, dressé par l'ex- bénédictin 

(1/ Voir aux annexes (p. 4i6) l'article de M. le coint'» Fernand de l'Kglise, sur Tinaugu- 
ration du monument Alphand. — L'aftichage est inlerdit, mCmc en temps d'<ilccUoqs, sur 
ce monument, 



88 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

Coutous, revu et publié eu 1800 par Ch. Picquet, montre que toute la plaine 
de Passy, entre la rue de la Tour, la rue Lauriston, la lisière du bois de 
Boulogne, Tavenue de la Grande-Armée et le mur d'enceinte de Paris, ne 
formait, à la fin du xviii® siècle, qu'une vaste étendue de cultures et de 
vignes, coupée par des excavations provenant de carrières et de trous à 
sable. Cette situation ne s*est pas modifiée pendant les premières années du 
XIX*' siècle, parce que les capitaux étaient peu abondants ou timides ; d^autre 
part, la spéculation ne s*était pas encore emparée de cette question. Mais 
Taccroissement de Passy fut considérable, à partir de 1824, par suite des 
percements de rues et des constructions qui eurent lieu dans cette plaine. 
La création du nouveau quartier, qui fut nommé d'abord « Èlysée- 
Charles X », est due principalement à la Société des terrains de la plaine de 
Passy, qui était devenue propriétaire d'une grande partie des terrains com- 
pris entre l'avenue de Neuilly (avenue de la Grande-Armée), le boulevard 
extérieur (avenue Kléber), la rue du Petit-Parc (rue Spontini) et le village 
de Passy. Cette Société entreprit, à partir de 1825, la transformation d'an- 
ciens chemins, généralement étroits et sinueux, en rues suffisamment larges. 
Elle dressa un plan général d'alignement des rues projetées, et ce plan fut 
approuvé en principe par le conseil municipal de Passy, en 1825. 

11 fut convenu que la commune de Passy abandonnerait des terrains à la 
Société, en échange du sol des nouvelles rues que cette Société devait remettre 
à la commune. Ce contrat d'échange de terrains fut approuvé par une ordon- 
nance royale du l""* mai 1832, mais suscita entre la commune et la Société de 
nombreuses difficultés, notamment au sujet des conditions dans lesquelles 
les nouvelles chaussées devaient être entretenues. Ces difficultés ne furent 
définitivement réglées qu'en 185G, après une nouvelle enquête. Le plus im- 
portant de ces contrats d'échange est celui par lequel la Société des terrains 
de la plaine de Passy a remis à la commune les voies suivantes, après leur 
achèvement : avenue Dauphine (avenue Bugeaud), rue des Bassins (rue Co- 
pernic), rue Boissière, rue Saint-André (rue Cimarosa), rue du Bel-Air (rue 
Lauriston), rue et rond-point de Longchamp, rue du Petit-Parc (rue Spon- 
tini), rue Perier (rue Pergolèse), rue des Sablons, rue Mesnil et rue de la 
Pelouse (rue de Saigon), en tout 3 hectares 83 ares et 3 centiares. 

La Société (1) était devenue propriétaire de beaucoup de terrains dans la 
plaine de Passy, et c'est surtout à elle qu'est due la transformation de cette 
plaine en un quartier élégant. 

La partie de la rue Le Sueur qui est comprise entre l'avenue de la 
Grande- Armée et le croisement avec la rue Chalgrin, a été ouverte en 1825, 
avec une largeur de 10 mètres. Cette section, qui prenait naissance à la rue 
des Bouchers (rue Chalgrin), dut son premier nom de « rue Saint-Ange » au 
banquier Boscheron Saint-Ange, l'un des principaux actionnaires de la 
Société des terrains de la plaine de Passy. L'ouverture de la partie de la rue 
Le Sueur, qui, sur une faible longueur, se trouve comprise entre la rue Chal- 
grin et l'avenue du Bois-de-Boulogne, a été autorisée par le décret du 9 sep- 
tembre 1861 et promptement réalisée, après l'achat des terrains nécessaires 



(i) La Société des terrains de la plaine de Passy était composée, en i83i, de MM. Capron, 
Constantin, Bigé, Brack, Dosne (beau-père de M. Thiers), Picot, Minguet (banquier), 
Cominet (syndic des courtiers de commerce}, Didier et Cosnard (ancien notaire à Passy). 



SOCIÉTÉ DES TERRAINS DE LA PLAINE DE PASSY 89 

à Mme Brossard dlnval. La rue Saint-Ange a été dénommée rue Le Sueur 
par le décret du 24 août 18G4, en l'honneur du compositeur de musique Jean- 
François Le Sueur (17(>0-18!$7), qui obtint au concours, en 1786, la maîtrise 
de Notre Dame de Paris et fit représenter à l'Opéra, en 1804, la tragédie 
lyrique intitulée Ossian ou les Bardes ; Napoléon lui fit remettre, par le géné- 
ral Duroc, la croix de chevalier de la Légion d'honneur et une tabatière d'or 
avec cette inscription : « L'Empereur des Français à Fauteur des Bardes (1). » 

La maison n** 6 de la rue Le Sueur a été habitée, en 1871-1873, par le 
général Chanzy ; c'est de là qu'il partit, en juin 1873, pour aller occuper le 
poste de gouverneur général de l'Algérie. La maison n° 7 a été occupée par 
Tarchitecte Léon Vaudoyer, en 1864-1874. 

Le rond-point de Lcngchamp a d'abord été un carrefour irrégulier, formé 
par le croisement des chemins de Longchamp, des Sablons, des Belles- 
Feuilles et de la Croix (rue Decamps) ; sa forme actuelle, avec rayon de 
25 mètres, lui a été donnée en iH^o parla Société des terrains de la plaine de 
Passy ; il tire son nom de la rue qui le traverse ; ses alignements ont été 
maintenus par l'arrêté préfectoral du 16 février 1856. Le pavage en bois y a 
été établi en 1898. 

Le développement des constructions a été favorisé par rétablissement de 
trois routes, dont la construction a été commencée à la même époque, vers 
1825 ou 1826, et qu'on appelle aujourd'hui l'avenue Victor-Hugo, l'avenue 
Malakofl et l'avenue Bugeaud. 

L'arrêté préfectoral du 9 mars 1826 autorisa la Société des terrains de la 
plaine de Passy à ouvrir une nouvelle communication entre Paris et Saint- 
Cloud, reliant, par une ligne droite, la place de l'Étoile aux abords de la 
porte de la Muette. La Société fit ouvrir, avec une largeur de 23",30, cette 
route, qui est devenue l'avenue Victor-Hugo, et qui s'appela d'abord « avenue 
Charles-X », du nom du roi régnant. Quand Charles X suivit, pour la pre- 
mière fois, cette route, le 22 mai 1826, en se rendant de Paris à Saint-Cloud, 
ii adressa une allocution (2) aux conseillers municipaux et habitants de 
Passy. Après la Révolution de 1830, on appela cette voie « avenue de Saint- 
Cloud », parce qu'elle permet d'aller de Paris à Saint-Cloud en traversant le 
bois de Boulogne. Le raccordement de cette avenue avec la grande route 
n* 13 de Paris à Cherbourg (avenue de la Grande-Armée) fut terminé 
en 1829. 

Après avoir achevé le cailloutis des trois avenues : celle de Saint-Cloud 
(Victor-Hugo), celle de Saint-Denis (Malakoff) et l'avenue Dauphine (Bu- 
geaud), la Société des terrains de la plaine de Passy demanda que la com- 
mune fût chargée de l'entretien de ces chaussées. Mais le conseil municipal 
de Passy déclara, par délibération du 27 août 1833, que l'échange relatif aux 
routes et chemins de la plaine de Passy ne devrait être approuvé qu'après 
que la Société, propriétaire de ce quartier, se serait engagée à continuer 
l'entretien de ces routes et chemins, savoir : 1° des avenues de Saint-Cloud 
et de Saint-Denis, tant qu'elles ne seraient pas reconnues roules départe- 

(i) Le nom de Le Sueur avait <^té précédemment illustré par le peintre Eu^^tache 
Le Sueur (i6i6-i655), qui a peint la vie de saintBruno, en 22 tableaux, pour le couvent des 
Chartreux, la vie de saint Martin et celle de saint Benoit. 

(2) Voir aux annexes (p. 416) une citation des Chroniques de Passy, par QmUcU donnant 
un extrait d'un discours de Charles X. 



Ç)0 HISTOIRE DU XVI*' ARRONDISSEMENT 

mentales; 4" et des autres routes et chemins, jusqu'à ce que la commune 
puisse trouver, dans Taccroissement de population de ce quartier, des avan- 
tages qui en balancent les charges. 

En raison de ces litiges, l'entretien de Tavenue de Saint-Cloud était fort 
négligé ; à son croisement avec la rue de Longchamp, cette avenue était sou- 
vent sillonnée de profondes ornières, provenant de la circulation des voi- 
tures de cawiers. L'ordonnance royale du o septembre 1839 remédia à cette 
situation en classant l'avenue de Saint-Cloud comme route départementale 
n** 04 de Paris à Saint-Cloud par la plaine de Passy. Ce classement, qui était 
sollicité depuis 182(> par la commune, mettait l'entretien de la chaussée à la 
charge du département de la Seine. Cependant, il laissait encore à désirer, 
car, dans sa délibération du 1**^ février 1844, le conseil municipal de Passy 
demande qu'on répare le cailloutis, dont il signale le mauvais état, qu'on 
rétablisse la circulation, alors interrompue depuis le chemin de grande 
communication (rue de la Pompe) jusqu'à la porte du bois de Boulogne, 
qu'un trottoir soit construit au rond point et que la circulation des voitures 
non suspendues soit interdite sur la route départementale. 

Le décret du 2 mars 1804 a donné à l'avenue de Saint-Cloud le nom 
d' « avenue d'Eylau » (1), en mémoire de la victoire remportée le 7 février 
1807 sur les armées russes et prussiennes. Lors du percement de l'avenue de 
l'Empereur, Textrémité de l'avenue d'Eylau (Victor-Hugo), qui se terminait 
précédemment à la porte de la Muette, a été incorporée dans l'avenue de 
l'Empereur (avenue Henri Martin). 

La dénomination actuelle de l'avenue Victor-Hugo lui a été donnée par 
arrêté du 2 mai 1881 pour la partie de l'avenue d'Eylau comprise entre le 
rond-point et l'avenue Henri-Martin, et par arrêté du 9 décembre 1885 pour 
la partie comprise entre le rond-point et la place de l'Étoile, en Thonoeur de 
l'illustre poète Victor Hugo (1802-1885), dont l'hôtel, qu'il a habité depuis 1878 
jusqu'à sa mort, porte actuellement le n" 124. Son acte de décès, dressé par 
M. Marmottan, maire du XVP arrondissement, sur la déclaration de Léopold- 
Armand comte Hugo, son neveu, et du député Lockroy, son ami, porte que 
Viclor-Marie Hugo, membre de l'Académie frauçaise, sénateur de la Seine, 
né à Besançon, fils du général Joseph-Léopold-SigisbertHugo, veuf de Adèle- 
Julie Foucher, est mort en son domicile, avenue Viclor-Hugo, 50, le 
22 mai 1885, à Tàge de quatre-vingt-trois ans. 

Le Supplément du Petit Journal {{'-'^ mars 1885) contient un article sur 
Victor Hugo (2). 

Le dimanche 27 février 1881, eut lieu, devant la maison de Viclor Hugo, à 
l'occasion de son entrée dans sa quatre-viugtième année (on sait qu'il était né 
en 1802) une manifestation de nombreuses délégations, qui ont défilé devant 
l'hôtel habité par le grand poète, pour lui offrir des fleurs et des couronnes (3). 

(i) Ce nom d'Kylau a tHé maintenu pour la viUa cTEylaUy voie privée de 65 mètres de 
longueur, située avenue Victor-llup^o, l^'i. 

(2) Voir Bulletin de la Sociélé historique d'Auleuil et de Passy, t. IV, pp. io4 et suiv. 

(3; La première délégation introduite dans la maison du poète était une députation de 
petits garçons et de petites filles, précédée d'une bannière bleue et rose sur laquelle on 
lisait : « L'art d'être gr.ind-père. » 

La famille Lockroy a dans son hôtel, qui porte actuellement le n" i^o de l'avenue 
Victor-Hugo, reconstitué la salle à manger et le salon, tels qu'ils existaient dans la maison 
habitée par Victor-Hugo au n" i2ij (ancien 5o) et avec les ménaes ni^ubles, 



AVENUE VICTOR-HUGO 9I 

On remarquera que le nom de Victor Hugo a été donné, de son vivant, à 
l'avenue qu'il habitait, ce qui constitue une distinction tout à fait excep- 
lionuelle. 

Sur la partie de Tavenue comprise entre la place de l'Étoile et le rond- 
point, se trouvait une butte formant une montée et une descente très préju- 
diciables à la circulation. Pour faire disparaître cette butte, la Ville a 
commencé par opérer rabaissement partiel de l'avenue du côté des numéros 
pairs, où les habitations étaient alors psu nombreuses; le règlement des 
indemnités dues aux propriétaires de ces maisons, qui devaient se mettre au 
niveau de la nouvelle chaussée, s'opéra aisément. Mais on laissa, au contraire, 
subsister provisoirement, à l'ancien niveau, une rue haute de l'autre côté de 
Tavenue, qui présentait une suite presque continue de maisons relativement 
anciennes et généralement assez médiocres. Cette rue parallèle, d*une largeur 
d'environ 8 mètres, atteignait, en son point culminant, 7 à 8 mètres de suré- 
lévation au-dessus du sol de l'avenue rectifiée (avec laquelle elle communi- 
quait par plusieurs escaliers) et se prolongeait vers Passy, jusqu'au point où 
son niveau se confondait avec celui de Tavenue rectifiée. 

Les maisons des numéros impairs se trouvaient ainsi dans une situation 
piécaire et fâcheuse, à laquelle il a été remédié de la manière suivante: la Ville 
a repris, en 1873, le long des numéros impairs, les travaux d'abaissement des 
chaussées hautes, qui avaient été commencés (1) en 1865 ; elle les a presque 
achevés de 1888 à 1892 ; ils ont été faits par tronçons successifs, au fur et à 
mesure de l'avancement des constructions, et ont donné lieu à une dépense 
de 1.468.121 francs. Ils ont été terminés (2) en 1899; l'avenue est aujourd'hui 
bordée de maisons neuves,'des deux côtés, la régularisation de la pente de 
l'avenue Victor-Hugo y facilite le passage des voitures, qui sont fort nom- 
breuses, suitout les jours de courses d'Auteuil, et permet d'apercevoir de 
l'avenue Henri-Martin l'arc de triomphe, placé à 1.800 mètres de distance. 

En 1898 et 1899, le pavage en pierre do l'avenue a été converti en pavage 
en bois, entre la place Victor-Hugo et la rue de Longchamp. 

Le n"" 6 de l'avenue était habité pendant l'été par Augustine Brohan, 
sociétaire du Théâtre-Français, en 1855-1860; et le n° 28 par le docteur Andral, 
en 1856-1858. L'hôtel du ministre de Venezuela se trouve au n** 15 de Tavenue 
Victor-Hugo. 

Le philosophe Strada, poète et peintre, auteur de r Epopée humaine^ est 
mort en 1902, en l'hôtel qu'il occupait entre l'avenue Victor-Hugo et l'avenue 
Henri-Martin et où il avait installé un musée ; il a légué ses œuvres à la 
France. 

Le rond-point ou place Victor-Hugo^ dont les alignements ont été fixés 
par ordonnance royale du 7 mai 18i0, occupe un cercle de 100 mètres de 
diamètre. Cette place a été créée en 1825 ou 1826 par la Société des terrains de la 
plaine de Passy ; elle s'est appelée d'abord « rond-point Charles-X », en 1830 
» rond-point de Saint-Cloud », puis « rond-point des Bassins », » rond- 

(i) A Ta venue Victor-Hugo, les travaux de i865 ont élé dirigi'^s par M. l'ingénieur Dar- 
cel et M. le conducteur Selheimer; ceux de 1878, par M. l'ingc^nieur Rousseau et M. le 
conducteur Léon ; ceux de 1888 à 1892, par M. l'ingénieur Babinet et M. le conducteur 
Lepellier. 

(2) Sous la direction de M. l'inspecteur général Boreux, de M. l'ing^énieur Prêt el de 
M. le conducteur C|ievallier. 



92 HISTOIRE DU XVl' ARRONDISSEMENT 

point de la Plaine »,et ensuite place de l'Hippodrome ». Elle a reçu le nom de 
« place d'Eylau « par arrêté du 19 août 1864, et celui de « place Victor-Hugo » 
par arrêté du 9 décembre 1885. Elle a été plantée et remise en bon état, en 
1865, moyennant une dépense de 32.000 francs. 

Le conseil d'administration de la Société des terrains de Passy décida, en 
1837, la construction d'un bassin-fontaine pour décorer la partie centrale de 
cette place, qui portait alors le nom de « rond point de la Plaine >>. Un 
contrat fut passé, à cet effet, avec la compagnie des eaux d'Auteuil, et l'archi- 
tecte Heudebert fut chargé de diriger les travaux, qui furent immédiatement 
entrepris et bientôt terminés. Le bassin était en pierre, avait âO mètres de 
diamètre et renfermait un second bassin concentrique, également en pierre, 
au milieu duquel s'élevait un socle octogone en fonte, supportant deux 
vasques superposées de même métal (1); Teau s'échappait du sommet de 
l'édicule et retombait en cascade dans le bassin (V. p. 93). 

La fontaine fut ensuite supprimée, les deux bassinç ayant été remplis de 
terre et garnis d'arbustes et de fleurs. 

On a inauguré le 26 février 1902, pour le centenaire de Victor Hugo, le 
monument (2) élevé au grand poète par le sculpteur Barrias. La cérémonie 
était présidée par M. Loubet, président de la République, ayant à sa droite 
M. Dausset, président du conseil municipal, et, à sa gauche, M. de Selves, pré- 
fet de la Seine. Les membres de la famille de Victor Hugo avaient été placés 
dans une tribune spéciale. Des discours ont été prononcés par M. Paul Meu- 
rice, président du comité du monument, par M. Dausset et par M. de Selves (3). 

Une station du chemin de fer métropolitain (ligne de l'Étoile à la porte 
Dauphine)est établie sous la place Victor Hugo, au débouché de l'avenue 
Malakofl. 

Un hôtel bâti à la place Victor-Hugo, entre la rue Boissière et l'avenue 
Malakofl, a été occupé pendant plusieurs années par l'ambassade de Chine (4). 

Le premier hippodrome fut ouvert, le 4 juillet 1845, au rond-point 
de l'Étoile; les travaux exécutés pendant les premières années du second 
Empire, pour l'embellissement de celte place et de ses abords, obli- 
gèrent M. Arnaud, directeur de cet hippodrome, à le déplacer; il le trans- 
porta sur un terrain domanial, avec entrée sur la place aujourd'hui nommée 
place Victor-Hugo, près l'aboutissement de l'avenue Bugeaud; on dépensa 
plus de 250.000 francs pour l'installation de ce théâtre (5), qui a peu duré. 

(i) Ces indications ont été communiquées A la Société historique d'Auteuil et de Passy 
par M. de Forges de Montagnac. 

(2) Victor Hugo y est représenté assis sur un rocher. Quatre figures sont disposées au- 
dessous de lui : à sa droite, la Poésie dramatique; h sa gauche, Ja Poésie lyrique, figure 
ailée qui lui ofi're une lyre ; derrière, l'Epopée, sonnant de la trompette, plane au-dessus 
d'un trophée d'armes et de drapeaux, ayant assise à côté d'elle la Poésie satirique, qui 
tient un fouet et montre du geste le Poète justicier. Les quatre faces du piédestal sont 
décorées de bas-reliefs en bronze, rappelant quelques-unes des grandes œuvres de 
Victor Hugo. — V. Bull, delà Soc. /i/«/., numéro consacré à Victor Hugo. 

(3) L'œuvre de Barrias a coûté i5o 000 francs. Le président du comité du monument 
était Paul Meurice, le vice-président Emile Augier, les membres Donnât, Anatole de la 
Forge et Auguste Vitu. 

(4) Cet hôtel avait un mur de clôture à créneaux, avec tourelles aux angles (V. p. 93). 

(5) Le conseil municipal de Passy avait consenti A remplacer pour cet hippodrome, en 
1846, la taxe des pauvres par une annuité fixe de 6.000 francs ; elle fut réduite à 3.ooo francs 
en 1848 et fixée, en 1849, à 3 p. 100 de la recette brute pour les deux cents premiers mille 
francs de recelte, et â 5 p. 100 sur l'excédent. 



EGLISE SAINT-HONORÉ-DKYI^U ç/S 

Uéglise Sainl-Honoré-d'Eylau, qui n'était d'abord qu'uue chapelle suc- 
cursale de la paroisse de Passy^a sapriacipale entrée sur la place Victor- 
Hugo; elle est établie entre la rue Mesuîl et l'avenue Victor-Hugo. La délibé- 
ratioD du conseil municipal de Passy du 10 novembre 1H.'U porte que le déve- 
loppement acquis récemment par le quartier de la Plaine a fait reconnaître la 

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nécessité d'y élever une chapelle; elle autorisa l'achat, ù raison de l'i fr. 131e 
mèlre carré, du terrain nécessaire à l'établissement d'une chapelle au ruud- 
poÎDt de la Plaine. Le conseil de fabrique s'était engagé, le H août 1832, à 
payer le mobilier de la chnpelle (la dépense initiale pour es mobilier a éle de 
5.i(M) francs). Par acte du 10 décembre IS">^, le maire de Pa^sy acheta, au 



94 HISTOIRE DU XVI'' ARRONDISSEMENT 

prix de 17.947 francs, les terrains nécessaires pour permettre Térection, au 
rond-point, d*une chapelle de secours et d'écoles. Le décret du 31 mai 1854 
autorisa la commune de Passy à contracter, pour faire face aux frais de cons- 
truction de ces bâtiments, un emprunt de 100.000 francs, remboursable 
en cinq ans, et à s'imposer, pendant cinq ans, âO centimes additionnels. En 
outre, rÉtat fournissait une subvention de 2.000 francs et le département des 
fonds de concours s'élevant à 1.000 francs. La dépense de première construc- 
tion, pour la chapelle et les écoles, s'est élevée à 1 19.304 francs, y compris 
rachat des terrains, mais non compris les intérêts de lemprunt. Les travaux 
furent exécutés de 1K53 à 1856, sous la direction de M. Tarchitecte Debres- 
senne. 

La chapelle fut consacrée, le 25 mars 1857, sous le vocable de chapelle du 
Sacré-Cœur, par M. Tabbé Locatelli, alors curé de Passy, qui y installa 
M. Tabbé Dorveau comme vicaire. 

Par décret du 15 août 1862 et par ordonnance archiépiscopale du 27 du 
même mois, la chapelle fut érigée en église sous le vocable de Saint-Honoré 
et avec la délimitation de paroisse qui existe encore aujourd'hui. Elle fut 
inaugurée, le l*"^ septembre 1862, par Mgr le cardinal Morlot, archevêque 
de Paris. L'édifice était devenu la propriété de la Ville de Paris, en vertu de 
l'article 9 de la loi d'annexion du 16 juin 1859. 

Cette église fut pillée le 15 avril 1871, par un détachement du 42*" bataillon 
des fédérés de la Commune, et le presbytère fut alors transformé, pendant 
quelques jours, en caserne. 

En 1883 et 1884, des travaux d'amélioration, consistant en agrandissement 
de la nef et adjonction d'annexés, ont été exécutés sous la direction de 
MM. les architectes Rousseau et Train; l'église, dont le curé était alors Monsi- 
gnor Slsson,fut bénie par Mgr Guibert, archevêque de Paris, le 10 février 1884, 
en présence du duc de Nemours. 

Malgré ces agrandissements, l'église Saint-Honoré-d'Eylau (1) était insuffi- 
sante pour les besoins d'une population de plus de 30.000 âmes. Aussi 
M. l'abbé Marbeau, curé de cette paroisse, fit-il construire dans le voisinage de 
l'église, au n" 66 de l'avenue Malakofl, une vaste chapelle dont les bâtiments 
ont été exécutés de 1896 à 1897, par M. Paul Marbeau, et qui est connue sous 
le titre de Notre-Dame de la Cité paroissiale. Elle est, en effet, comme le centre 
d'une cité comprenant, avec la crypte et les annexes, sur divers points de la 
paroisse, chapelle des catéchismes, salle pour les œuvres, écoles libres, patro- 
nages, ouvroir, crèche, école maternelle, asile de vieillards, fourneau popu- 
laire, etc. Cette chapelle, qui a 60 mètres de longueur sur 27 mètres de largeur, 
est surtout remarquable par les dispositions pratiques et utilitaires de sa cons- 
truction et de son agencement : à l'intérieur, l'emploi du fer a permis de 
diminuer l'épaisseur des colonnes, de sorte que les fidèles peuvent de tous 
les points voir les cérémonies liturgiques ; les cinq nefs peuvent, selon les 
besoins, constituer des centres séparés ou n'en former qu'un seul. 

L'avenue Malako/f se nommait précédemment « avenue de Saint-Denis »; la 
plus grande partie de cette avenue a été ouverte en 1826, avec une largeur de 
23"', 30, par la Société des terrains de la plaine de Passy ; le surplus, du côté 

(i) dette (église ira qu'une nef terminée ]>ai* un chœur et doux chapelles latérales for- 
mant transept. 



AVENUE BUGEAUD qS 

de la porte de Neuilly, fut exécuté peu de temps après. Elle établissait une 
communication entre Passy et Saint-Denis, par la roule de la Révolte ; elle 
fut classée comme route départementale n"" 9 par l'ordonnance royale du 
28 août 184(). 

Elle a reçu, par décret du 24 août 1861, son nom actuel, qu'elle doit à 
la prise du bastion Malakofî par larméa française placée sous les ordres 
du maréchal Pélissier; ce fait d'armes décida de la prise de Sébastopol, le , 
8 septembre 1855. Aimable-Jean-Jacques Pélissier, né en 179i, capitaine dans 
la garde royale en 1827, chef d'escadrons à la prise d'Alger en 1830, colonel en 
1843, commandait Taile gauche à la bataille dlsly, fut nommé maréchal de 
camp en 1846, général de division et gouverneur général de TAlgérie en 1850 
et commandant en chef de l'armée d'Orient en 1855. La prise de Sébastopol 
lui valut le bâton de maréchal de France, le titre de duc de Malakoil et une 
dotation de 100.000 fraocs. 

Les travaux d'abaissement et d'achèvement (1) de cette avenue ont été 
exécutés, pour la partie voisine du Trocadéro, en 1877-1878, et pour le sur* 
plus en 1888 et 1889. 

L'avenue Malakofl a été pourvue, en 1897, de trottoirs réglementaires 
entre la place Victor-Hugo et l'avenue du Bois-de-Boulogne; des becs à incan- 
descence y ont été installés en janvier 1900. 

Le baron de Pontaiba, qui avait été page de Napoléon I" et aide de camp du 
maréchal Ney, a demeuré au n** 38 de l'avenue de Saint-Denis. La maison 
construite au n** 81 de l'avenue par M. l'architecte Le Voisvenel a été primée 
par la Ville de Paris au concours de façades de 1900. 

La partie de Yaveniie Bugeaud comprise entre la place Victor-Hugo et la rue 
Spontini a été ouverte en 1826, avec une largeur de 15 mètres; la seconde 
partie, qui s'étendait autrefois jusqu'au bois de Boulogne, fut percée peu de 
temps après, sur les terrains du parc de la Faisanderie. La nouvelle voie reçut 
le nom d' « avenue Dauphine », en l'honneur de la duchesse d'Angoulême, 
dauphine de France. La seconde partie de cette avenue a été remaniée lors du 
percement de l'avenue du Bois-de-Boulogne. 

Le décret du 24 août 1864 a donné à l'avenue Dauphine sa dénomination 
actuelle, en l'honneur de Thomas-Robert Bugeaud de la Piconnerie, duc 
d'Isly (1784-1849), qui s'engagea dans les vélites en 1804, au camp de Boulogne, 
fit les campagnes du premier Empire, se retira dans son pays (Dordogne), à 
Exideuil, pendant la Restauration, fut nommé maréchal de camp et élu député i 
réprima à Paris, en 1832 et 1834, les insurrections républicaines, gagna sur les 
Marocains la bataille d'Isly, ce qui lui valut le titre de duc, et eut un r<^le 
prépondérant dans la conquête et la colonisation de l'Algérie, dont il fut 
gouverneur général. Il était très aimé des soldats et favorisait l'agriculture; 
sa devise : Ense et arairo^ explique les efforts de toute sa vie. 

Le pavage en bois a été établi, en 1899, sur la partie de l'avenue Bugeaud 

(i) Les travaux de 1877-1878 ont Hé exécutés, à l'avenue MalakofT, sous la direction de 
M. l'insçénieur Barlet el de M. le conducteur Léon; ceux de 1888-1889, sous ladireclion de 
M. l'ingénieur Babinet et de M. \v conducteur Lepeltier. 

La voie sous-niinée a été consolidée sur une longueur de 33a mètres, entre la place 
du Trocadéro et la rue Saint-Didier. La distance du sol au ciel de la carrière est de 
i6«,2.5 devant le no 5, de 19™ ,54 au puits de service à Tangle de la rue de Longchamp, el 
de 2i™,5o à langle de la rue Saint-Didier. La hauteur des galeries d'exploitation est de 
i"»,go au premier point, de in»,55 au second et de i"*,75 au troisième. 



<)(> HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

comprise entre les rues Sponlinl et de la Faisanderie. Le chemin de fer mé- 
tropolitain passe sous Tavenue Bugeaud, où se trouve une de ses stations 
terminus, celle de la porte bauphine. 

La rue Laiirision (1) a été établie, en iH±{\, par la Société des terrains de la 
plaine de Passy, sur l'emplacement du chemin du Bel-Air (ancien chemin de 
Versailles, allant du chemin de Longchamp à la barrière de rÉtoile),qui avait 
en 1825 une largeur moyenne de 7 mètres. Celte nouvelle rue, ouverte avec 
une largeur de 9*", 75, s'appela « rueNeuve-duBel-Air », puis « rue du Bel-Air» 
et « rue des Peupliers ». Le décret du 24 août 1864 a donné à cette rue sa 
dénomination actuelle, en l'honneur de lacques Alexandre-Bernard Law, 
marquis de Lauriston (1768-1828), petit-fils du financier Law (2). Il entra, 
en 17.84, à l'École militaire, où il se lia avec Bonaparte; nommé lieutenant 
en 1785 et capitaine en 1791, il refusa d'émigrer et fut chef de brigade dans 
l'artillerie à cheval en 1795; aide de camp du premier consul, il fut nommé 
général en 18(X) et porta à Londres la ratification du traité d'Amiens. Général 
de division en 1804, commandant de l'artillerie de la garde à la bataille de 
Wagram, il dirigea l'arrière-garde de l'armée française pendant la retraite de 
Russie, fut fait prisonnier à la bataille de Leipsick et rentra en France à la 
paix. Il fut nommé parle roi Louis XVIII pair de France et capitaine des 
mousquetaires gris en 1815, ministre de la maison du roi en 182(), maréchal 
de France en 1823. Le maréchal de Lauriston était un des principaux action- 
naires de la Société des terrains de la plaine de Passy. 

En 1848, on exécuta des travaux de remise en état de viabilité de la rue du 
Bel-Air (Lauriston), entre la rue de Longchamp et la rue Boissière, pour 
occuper les ouvriers sans travail. 

La rue du Dôme, qui a une largeur d'environ 9'",85, a été ouverte en 1823, 
coir.me voie privée, sur les terrains delà Pelouse; elle a été classée comme 
voie publique par l'arrêté préfectoral du 3 octobre 1855 et elle communique 
par un escalier avec l'avenue Victor-Hugo. Son nom parait dû à ce qu'elle se 
trouve dans une situation culminante d'où on peut voirie dôme des Invalides. 
La rue Cimarosa a été ouverte à 8 mètres de largeur, en 1825, et fut 
nommée, à cette époque, « rue Saint-André », prénom d'un des actionnaires 
de la Société des terrains de la plaine de Passy. La délibération municipale 
du 24 août 185f> a crédité les travaux nécessaires pour remettre en bon état 
de viabilité cette rue, dont la largeur a été portée à 12 mètres, par arrêté 
préfectoral du 18 juin 1866. Sa dénomination actuelle lui a été donnée par 
le décret du 24 août 1864, en l'honneur de Dominique Cimarosa (1754-1801), 
qui a composé plus de 120 opéras italiens, sérieux ou bouflons, parmi les- 
quels on peut citer : le Directeur dans rembarras (Imprésario in anguslie) 
et le Mariage secret {Il Malrimonio segreto). Un médaillon, qui repro- 
duit les traits de ('.imarosa et qui rappelle les dates de sa naissance et 
de sa mort, a été placé dans la façade de la maison située à l'angle de la rue 
de ce nom et de l'avenue Kléber. 

La rue Copernic, qui va de l'avenue Kléber à la place Victor-Hugo, a été 
ouverte, en 1825, avec une largeur de 12 mètres ; elle prit le nom de « rue 

fi) Dr 1887 à 1S89, le sol a <H(^ consolide^ sur une longueur de 117 mètres, entre les 
n«* 117 et r27: devant le n" 116, la dislance du sol au ciel de la carrière csl de ii",K> et 
la hauteur de la j^alerie de r)»",rK). 

(•2) Voir aux annexes (p. /|i7. l'article inlilulé : «. La fille de Law au rond-point de rÉloilc ». 



RUE PAUQL'ET 97 

des Bassins », parce que les bassins et réservoirs, qui servent à ralimentation 
d*eau de la ville, sont établis le long de cette rue. Celle qui avait reçu égale- 
ment, dans le XVI° arrondissement, le nom de rue des Bassins et qui porte, 
depuis le 8 août 1895, le nom de « rue Auguste Vncquerie », se trouve dans 
le voisinage, mais sur un autre emplacement : entre la rue Newton et la rue 
Dumont-d'Urville. 

La dénomination de rue Copernic a été donnée par le décret du 24 août 
1864, en Thonneur de Copernic (1473-1543), mathématicien et astronome, 
auteur de la théorie du système planétaire; il publia son ouvrage sur ce 
système à Nuremberg, en 1543. 

Le pavillon de Tingénieur en chef du service technique des eaux et de 
lassainissement de la ville de Paris a été établi en 1901 au n*" 34 de la rue 
Copernic, dans les dépendances du nouveau bassin des grands réservoirs 
de Passy. 

La rue de Villejust a été ouverte, en 1825, sur des terrains dont la plus 
grande partie avait été cédée à la Société des terrains de la plaine de Passy, 
par M. l'avocat Pauquet de Villejust (mort à Paris en 1839). Elle s'étendait 
d'abord de la rue du Bel-Air (Lauriston) à l'avenue de Saint- Denis (Malakofl) ; 
le percement de la section de la rue de Villejust située entre Tavenue Kléber 
et la rue Lauriston a été déclaré d'utilité publique, par décret du 20 juil- 
let 1877. 

Cette rue a été coupée en deux parties par le percement de Tavenue du 
Bois-de-Boulogne, et le décret du 10 août 1868 a donné le nom de rue Pic- 
cinni à la partie comprise entre cette avenue du Bois-de-Boulogne et l'avenue 
MalakoQ, en Thonneur du compositeur italien Nicolas-Marcellin-Antoine- 
Jacques Piccinni (1728-1800), qui habita Passy, et dont la pierre tombale se 
trouvait à Tancien cimetière de Passy, rue Lekain. II fut appelé en France, 
en 1776, par Marie- Antoinette, pour lui donner des leçons de musique ; il fit 
représenter plus de cent opéras dont Marmontel était souvent le parolier; 
il fut le rival de Gluck : la querelle des piccinnistes et des glûckistes fit beau- 
coup de bruit au xviii' siècle. 

A répoque où la rue Piccinni faisait partie de la rue de Villejust, les ali- 
gnements y furent réglés' par l'arrêté préfectoral du 3 octobre 1855, qui 
maintint une moindre largeur de 10 mètres. 

La rue Pauquet se divise, au point de vue de son histoire, en deux par- 
ties : la plus ancienne est celle qui est comprise entre la rue Dumont-d'Ur- 
ville et l'avenue Kléber; elle fut ouverte en 1825, avec une largeur de 
12 mètres, et doit son nom à M. Tavocat Pauquet de Villejust, qui avait coo- 
péré à la création de celte rue Pauquet et de la rue de Villejust. La première 
rue Pauquet s'étendait originairement jusqu'à la rue de Lauriston ; mais, 
lorsque le boulevard de Passy fut rectiHé et devint Tavenue Kléber, la sec- 
lion comprise entre l'avenue Kléber et la rue Lauriston fut supprimée, et le 
surplus de la rue Pauquet fut élargi. 

La partie de la rue Pauquet comprise entre les rues de Chaillot et Du- 
mont-d'Urville fut ouverte à 12 mètres de largeur, suivant l'ordonnance 1 
royale du 18 mars 1836, sur des terrains appartenant à MM. Dumouslier, 
Laurent et Grassal (1) ; elle prit le nom de « rue Pauquet-de-Villejust ». 

(1) Voir aux annexes (p. 417) les règlements de voirie limitant à 12 mètres la liauteur 
(Jei> mai^ions (rues Pauquet, Newton et de^ Bassins). 



gS illSTOIBE bu XVI° AI«ll(«niSSEMIî\t 

■ L'arrêté préfectoral du 2 avril 1808 a réuni la rue Pauquel-de-Villejust 
et la rue Pauquet sous celte dernière déQomiDation. 

Emile de Giràrdin, publiciste, habita la maisou a" 38, ea I8tii-I870. Ra- 






navalo, ex-reine de Madagascar, fut logée rue Pauquet par le gouvernement 
français, en juta 19)11. 

La rue des lîelles-FeiiiUes va du rond-point de Longchamp à l'avenue 
Bugeaud ; ce nom ne s'est appliqué d'abord qu'à la partie comprise entre le 
rond-point de Longchamp et l'avenue Victor-Hugo: la section comprise 



RUE SAINT- DIDIER Çfij 

entre l'avenue Victor-Hugo et Tavenue Bugeaud a porté, pendant longtemps, 
le nom de « rue des Biches ». L'arrêté préfectoral du 2 avril 1868 a réuni, 
sous le nom de rue des Belles-Feuilles, ces deux rues, qui ont été ouvertes 
vers 1825, avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains de la plaine de 
Passy, à travers les lieux dits « les Belles-Feuilles » et « les Biches ». Le 
pavage en bois a été établi en 1899, entre l'avenue Victor-Hugo et les 
n«' 17, 19. 

La fondaiion Thiersy destinée à faciliter les études, à Paris, de quelques 
jeunes gens possédant une instruction supérieure, se trouve à Tangle de la 
rue des Belles-Feuilles et de l'avenue Bugeaud. Dans les derniers jours de 
sa douloureuse maladie, Mme Thiers appela auprès d'elle sa sœur, 
Mlle Dosne, et M. Mignet. Elle leur exprima le désir que sa fortune, 
dont elle laissait la jouissance à sa sœur, fût, après celle-ci, employée à la 
fondation d'une école qui serait destinée à rappeler le souvenir des grands 
travaux de M. Thiers et où des jeunes gens, déjà distingués par leur savoir 
et leur esprit, seraient admis pour compléter leur instruction et se perfec- 
tionner dans rétude des hautes sciences, de la philosophie et de l'histoire. 
La date fixée par iVlme Thiers pour l'accomplissement de son désir a été 
devancée par Mlle Dosne, qui a tenu à réaliser elle-même la pensée de 
sa sœur. Par un acte passé le 17 décembre 1892, elle donnait à la « fonda- 
tion Thiers » l'hôtel qu'elle faisait construire depuis 1890, sur les plans de 
M. AldroQ, au rond-point Bugeaud, et elle y joignait des valeurs dont le 
revenu était calculé pour subvenir largement aux besoins de la maison. 11 
fut décidé que quinze jeunes gens (docteurs, licenciés ou lauréats de Tins- 
titut) y seraient entretenus, chacun, pendant trois années consécutives ; 
chacun d'eux peut se consacrer librement à telle étude qui le séduit; les 
candidats sont présentés par les directeurs des établissements scientifiques. 
Cette fondation, reconnue comme établissement d'utilité publique le 29 avril 
1893, s'est ouverte à ses premiers pensionnaires le r*^ mai de la même année. 
Elle a été dirigée d'abord par M. Hauréau et ensuite par M. Jules Girard (1) ; 
en 1899, les membres du conseil d'administration étaient MM. Gréard, Aucoc, 
Picot, Croiset et le directeur ; MM. Barthélemy-Saint-Hilaire, Léon Say et 
Bardoux, tous les trois anciens ministres, avaient précédemment été mem- 
bres de ce conseil. 

La partie de la rue Saint-Didier comprise entre l'avenue Malakofl et 
l'avenue Victor-Hugo a été construite en 1825, avec une largeur de 10 mètres, 
par la Société des terrains de la plaine de Passy, dont M. de Saint-Didier 
était un des principaux actionnaires ; cette largeur légale de 10 mètres a été 
confirmée par l'arrêté d'alignements du 3 octobre 1855. 

La section de la rue Saint-Didier, qui se trouve comprise entre les ave- 
nues Kléber et Malakoff, a été également construite, vers 1825, par la même 
Société, mais avec une largeur de 9™, 75 (maintenue par le décret du 12 juin 
1883). Cette section porta d'abord le nom de « rue du Télégraphe », parce 
qu'elle traversait un emplacement sur lequel un télégraphe aérien avait été 
établi. I/arrêlé préfectoral du 2 avril i8(i8 a réuni la rue du Télégraphe à la 
rue Saint-Didier, sous cette dernière dénomination, afin d'éviter une confu- 



,1 M. Jules Girard, directeur de Itt fondolion Thiois^ Q9^i mort le 3i mars ujirii 



lOO HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

sion avec une autre rue du Télégraphe existant dans le XX** arrondissement, 
près de Tancien télégraphe aérien de BellevîUe. 

Au n" 60 de la rue Saint-Didier, se trouve la salle Humbert de Romans, 
qui a été construite sur les plans de M. l'architecte Hector Guimard, n*a pas 
moins de douze cents mètres carrés et possède une très bonne acoustique ; 
elle est garnie en bois d'acajou et contient un orgue monumental ; elle est 
utilisée pour des auditions musicales et pour des réunions (1). 

C'est rue Saint-Didier que le Père Didon a fait construire les écoles Saint 
Dominique et Lacordaire (2). 

Le marché Saint-Didier est établi à l'angle de la rue Saint- Didier et de la 
rue Mesnil ; il a été construit en exécution d un traité conclu, le iâ décembre 
1805, entre la ville de Paris et MM. Ferrere et C'*, banquiers, pour la con- 
cession de seize marchés qui devaient être installés dans un délai de dix-huit 
mois et parmi lesquels figurait le marché Saint- Didier, prévu pour 105 places, 
sur une superficie de 1.015 mètres carrés. Le marché a été ouvert le 
1-' août 1867. Son rendement a été de 23.500 francs en 1901. 

Léon Gambetta, membre du gouvernement de la Défense nationale et 
ancien président du conseil des ministres, a habité, pendant les dernières 
années de sa vie, la maison n« 57 de la rue Saint-Didier. 

En 1825, un simple chemin longeait, d'un côté, le mur de la Faisanderie, 
appelée aussi « le Petit-Parc » (propriété qui dépendait autrefois du château 
de la Muette et a appartenu ensuite au ministre Casimir-Perier), et, de Tautre 
côté, les terrains de la plaine de Passy. A cette époque, la Société des terrains 
de la plaine de Passy transforma ce chemin en une rue de 10 mètres de largeur, 
qui prit le nom de « rue du Petit-Parc ». Jusqu'après l'annexion, elle s'éten- 
dait, sous ce nom, de l'avenue de la Grande-Armée à la rue de la Tour. Le 
décret du 2 octobre 1865 a substitué, au nom de la rue du Petit Parc : 1° celui 
de rue Pergoièse, pour la partie comprise entre l'avenue de la Grande-Armée 
et l'avenue de l'Impératrice (avenue du Bois-de-Boulogne) ; 2" celui de rue 
Spontini{3), au surplus de la rue du Petit Parc. 

Gaspard-Luigi-Pacifico, comte Spontini de San Andréa (1774-1851), vint 
en France en 1803, donna des leçons de chant à l'impératrice Joséphine et fit 
représenter les opéras de ia Vestale, en 1807, et de Fernand Cortez, en 1809. 
En 1811, il épousa la nièce de Sébastien Érard et habita souvent, depuis 1820, 
le château de la Muette, où sa veuve mourut le l**' octobre 1878, dans sa 
quatre-vingt troisième année. 

La villa Spontini a son entrée au n" 37 de la rue Spontini, vis à-vis l'abou- 
tissement de la rue du Général-Appert. 

Le compositeur napDlitain Pergolèse (1710-1736) fit faire de grands progrès 
à l'art musical; il a comp3sé l'opéra bouile Serra padrona, et est connu 

(i) La salle Humbert de Romans, dont la fondation est due à riniliative du P. Lavy, a 
été inaugurée en novembre iç)()i. 

(2) La voie sous-minée a cli'' consolidée, de i88i à 18S7, sur 3i8 mètres de longueur, 
depuis l'avenue Klébcr jusqu'à 80 mètres au delà de l'avenue MalakofT. Près de cette 
dernière avenue, la dislance du sol au ciel de la carrière est de 23«,3o, et la hauteur de 
la galerie d'exploitation est do 2 mètres. 

(3) La rue Spontini ne va plus jus(ju'à la rue de la Tour; la section comprise entre la 
rue de la Tour et l'avenue Henri-Martin se nomme » rue Mignard », et celle comprise 
entre l'avenue Henri-Martin et l'avenue Victor-Hugo a Hé incorporée au square Lamartine. 
Voir ci-après les indications (p. i44) données au sujet de la rue Mignard. 



RUE DE BOULAINVILLIERS lOl 

surtout pour son Siabai; il mourut à Pouzzol d^une phtisie pulmonaire. 

Le ministre Casimir Périer, propriétaire du parc de la Faisanderie, fit 
rectifier le tracé de la rue du Petit Parc (aujourd'hui rue Pergolèse) entre 
Favenue de la Porte Maillot (Grande-Armée) et l'avenue Dauphine (Bugeaud). 
C'est sans doute pour ce motif que cette section porta, pendant un certain 
nombre d'années, le nom de « rue Périer » ; mais le nom de rue du Petit- 
Parc finit par prévaloir jusqu*au décret précité de 1865. Après avoir été offi- 
cier du génie, banquier et président de la Chambre des députés, Casimir 
Périer (1777 1834) a été un chef de cabinet très énergique; c'est sous son 
ministère que les Français prirent Anvers et Ancône. 

Jacquemart, graveur à Teau-forte, a demeuré rue Pergolèse, au n' 56, en 
1866, et au n» 1, en 1867 1872(1). 

La rue du Petit-Parc était en si mauvais état en 1848 que la circulation y 
était interceptée ; elle fut réparée à cette époque, ainsi qu'en 1856. En 1881, 
la partie de la rue Spontini située entre Tavenue Henri-Martin et la rue de 
la Tour a reçu le nom de « rue Mignard ». Le pavage en pierre de la rue 
Pergolèse a été converti en pavage en bois en 1899 entre Tavenue du Bois-de- 
Boulogne et la rue Weber ; en 190(), entre l'avenue MalakoR et l'avenue de la 
Grande-Armée. 

La fue Dosne est une voie privée qui date de 1827 et doit son nom à la 
famille Dosne, propriétaire de cette rue, qui forme équerre et a une largeur 
de 10 mètres. M. Dosne a été agent de change, puis receveur général des 
finances du Nord ; il était le beau-père de M. Thiers et est mort en 1849. 

La rue Picot prolonge la rue Dosne et va de l'avenue Bugeaud à l'avenue du 
Bois-de-Boulogne ; elle fut ouverte vers 1827, avec une largeur de 10 mètres, 
sur des terrains appartenant à M. Picot, avoué à Paris (1768-1859), un 
des actionnaires de la Société des terrains de la plaine de Passy. Cette rue 
débouchait autrefois dans la « rue Andréine », qui a été supprimée pour livrer 
passage à l'avenue du Bois-de-Boulogne. 

Une ordonnance royale du 27 septembre 1825 a autorisé rétablissement du 
pont de Grenelle (2), qui est divisé en deux parties par l'île des Cygnes (3), 
séparant la gare de Grenelle du bras droit de la Seine ; cette tle appartient au 
XV' arrondissement. Autrefois, ce bras droit de la Seine, suivi aujourd'hui 
par la navigation et servant de port à Passy, était si peu profond qu'il était 
traversé à gué par les animaux qu'on menait paître dans l'ancienne île. Les 
travées métalliques qui ont remplacé, en 1875, l'ancien pont en charpente, 
ont été exécutées dans les ateliers de la maison Cail. Le passage spécial 
conduisant aux pontons des bateaux à vapeur (station du pont de Grenelle) a 
été élargi en 1898(4). 

La rue de Boulainvilliers tire son nom du marquis de Boulainvilliers, 
prévAt de Paris sous Louis XV et Louis XVI et dernier seigneur de Passy. Il 
était petit-fils du célèbre financier Samuel Bernard et mourut en prison, en 

(i) Pendant la durée de l'Exposition Universelle de 1889, on a donné rue Pergolèse des 
représentations à la Plaza de Toros, salle construite par M. rarchitecle Pierre Botrel. 

(2) Mon article intitulé : « La Seine entre le pont d'iéna et le viaduc du Point-du-Jour » 
est reproduit aux annexes (p. 3Ck>). 

(3) Voir aux annexes (p. 41^)» l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Comment de Paris 
on venait jadis A Passy ». 

.4) La voie qui mène au pont est aujourd'hui une rue bordée de hautes maisons, et 
dénommée chaussée du pont de Grenelle ; un escalier descend au bas quai et aux pontons. 



102 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

1793, pendant la Terreur. Après sa mort, M. Cabal-Castel, ancien notaire de 
Paris, devint propriétaire de l'ancien château seigneurial de Passy et le 
vendit, en 1826, à des spéculateurs, qui établirent, dans le potager et le parc, 
un nouveau quartier. 

La partie de la rue de Boulainvilliers qui se trouve entre le quai de Passy 
(près du pont de Grenelle) et le carrefour où aboutissent les rues de Boulain- 
villiers, La Fontaine et Raynouard, existait au xvui® siècle et était dénom- 
mée, avant l'annexion, « avenue de Boulainvilliers » ; cette partie forme limite 
entre le quartier de la Muette (Passy) et celui d'Auteuil. La plus grande 
partie du restant de cette rue (c'est-à-dire la section comprise entre le carre- 
four précité et la partie supérieure, qui est voisine de la rue de Passy) a été 
percée, vers 1828, sur les dépendances de l'ancien château seigneurial de 
Passy (château de Boulainvilliers). Le surplus, c'est-à-dire la partie supé- 
rieure de la rue de Boulainvilliers, jusqu'à la rue de Passy, a été ouvert par 
voie d'expropriation, sur des terrains appartenant à M. Singer, pour l'exé- 
cution du chemin vicinal de grande communication de Montrouge à Passy, 
reliant, par le pont de Grenelle, la rive gauche de la Seine (Montrouge, Vau- 
girard et Grenelle) à la rive droite (Auteuil, Passy et Neuilly) ; ce^ chemin a 
ensuite été classé comme route départementale n** 10. 

Le chemin de fer de Paris à Auleuil, exploité par la Compagnie deTOuest, 
est très utile pour Passy et Auteuil, puisqu'il les met en communication avec 
la gare Saint-Lazare, c'est-à-dire avec le centre des affaires. L'importance de 
ce chemin de fer a été considérablement augmentée par l'exécution du dou- 
blement des voies entre la station de Courcelles et celle de l'avenue Henri- 
Martin (permettant d'avoir des trains assez fréquents pour transporter, au 
besoin, plus de 15.00() voyageurs en une heure), ainsi que par la construction 
de la ligne reliant la station de l'avenue Henri-Martin à celles du Champ de 
Mars et des Invalides ; cette nouvelle ligne n'a qu'une station intermédiaire, 
celle de la rue de Boulainvilliers. 

Ces travaux (1), qui ont été exécutés sans entraver un seul jour la circu- 
lation de la ligne d'Auteuil et sans occasionner aucun accident, présentaient 
de graves difficultés, car on ne disposait que d'un temps très court pour les 
achever avant l'ouverture de l'Exposition universelle de 1900. Il a fallu 
percer dans des bancs d'argile pour les souterrains de la ligne aboutissant 
au Champ de Mars, qui traverse le bras navigable de la Seine au moyen d'une 
travée métallique de 85 mètres de portée ; enfin, les trains sont si fréquents 
sur la ligne d'Auteuil que les changements de voie ne pouvaient y être posés 
qu'entre une heure et trois heures du matin. La ligne a été mise en exploi- 
tation, le 12 avril 1900, entre le chemin de fer d'Auteuil (avenue Henri-Martin) 
et la station du Champ de Mars, et, le 15 du même mois, entre le Champ de 
Mars et les Invalides. La station de Boulainvilliers a été ouverte le 
5 juin 1900 (2). 

(i) Ces travaux ont été exécutés sous la direction de MM. les ingénieurs en chef des 
ponts et chaussées Ed. Widmer, ingénieur en chef de la construction de la Compagnie, 
dos chemins de fer de l'Ouest; Bonnet, adjoint au directeur de cette Compagnie, etRabut, 
ingénieur principal de la première circonscription. 

i'i) Le chemin de fer reliant directement la gare des Invalides h Versailles, ouvert 
d'abord entre les Invalides et le Val-Fleury, a été livré, dans toute son étendue, à 
l'exploitation, après que les difficultés du percement du tunnel sous le bois de Meudon 
ont été vaincues, le i*"" juin 1902. 



CITÉ DE BOULAINVILUERS 103 

C'est à l*angle de la rue de Boulainvilliers et de la rue de La F'ontaiae que 
se trouvait la maison d'arrêt de la garde nationale, au n*" 15 de la rue de 
Boulainvilliers. L'Institution Saint-André, pour jeunes demoiselles, s'y est 
installée en 1874 et n'y est restée que pendant quinze mois. L'emplacement 
de l'ancienne maison d*arrét de la garde nationale fait actuellement partie du 
magasin d'éclairage de la ville de Paris. 

On peut citer, parmi les hùtes du château de Boulainvilliers : 

M. et Mme Claude Chahu, fondateurs de la paroisse de Passy; 

Bernard de Rieux, second fils du banquier Samuel Bernard et président de 
la seconde chambre des enquêtes au Parlement de Paris, qui eut le château 
seigneurial depuis 1739 et mourut le 13 décembre 1745 ; 

Bernard de Boulainvilliers, fils du précédent, prévôt de Paris, qui eut le 
château de son père depuis la fin de 1745 et le céda à vie d'abord à M. de la 
Pouplinière et plus tard au duc de Penthièvre; 

Le Riche de la Pouplinière, fermier général, qui eut la jouissance du châ- 
teau depuis 1747 jusqu'à sa mort, survenue en 1762 ; 

Le compositeur Rameau, qui demeura pendant quelques années chez M. de 
la Pouplinière, vers 1748-1753 ; 

Marmontel, qui demeura chez M. de la Pouplinière, de mai 1749 à 
février 1753; 

Le compositeur Gossec, qui demeura depuis 1751 chez M. de la Poupli- 
nière, comme directeur de son orchestre ; 

Mme de Genlis et sa mère, qui demeurèrent en 1759, pendant six mois, chez 
M. de la Pouplinière ; 

La comtesse de Laraothe, aventurière compromise dans Va/faire du Collier, 
née en 1756, et recueillie enfant, vers 1763, par la marquise de Boulainvilliers, 
en son château de Passy, où elle fut élevée ; 

Le duc de Penthièvre, à qui M. de Boulainvilliers avait cédé à vie son 
château ; il fut l'unique descendant du comte de Toulouse, l'un des fils légi- 
timés de Louis XIV et de Mme de Montespan ; son fils épousa la princesse de 
Lamballe ; la fille du duc de Penthièvre était la mère du roi Louis-Philippe, 
Tout en cédant à vie le château de Passy, le marquis de Boulainvilliers gardait 
pour lui les droits seigneuriaux; 

Enfin, Jean-Pierre-Claris de Florian, qui s'est illustré comme fabuliste. 11 
était entré comme page, en 1758, chez le duc de Penthièvre, fut lieutenant- 
colonel de dragons dans le régiment de Royal-Penthièvre et membre de 
l'Académie française ; il suivait partout le duc comme secrétaire de ses com- 
mandements, fut arrêté en 1793 et mourut dans une petite maison de Sceaux 
le 13 septembre 1794. Son tombeau est visité chaque année par la Société 
littéraire des Bosati, qui vient rendre un poétique hommage à sa mémoire. 
Pendant son séjour à Passy, Florian a habité fréquemment la maison des 
Gardes, comme cela a été dit ci-dessus, à propos de la rue Raynouard. 

Lepeintre, acteur des Variétés, se retira à la rue de Boulainvilliers de 
1833 ou 1834 à 1844 ou 1845. 

Le hameau ou cité de Boulainvilliers a entrée sur la rue de Boulainvilliers 
et sur la rue du Ranelagh. Cette cité fut créée par la Société Roëhn et C®, 
vers 1838, sur une partie des dépendances de l'ancien château de Boulain- 
villiers; elle se compose de maisons d'agrément entourées de jardins ombra- 
gés. Le chanteur Cbollet l'a habitée vers 1850-1855 ; Boufié, acteur du Gym- 



lo4 HISTOIRE DU XVl" ARRONDISSEMENT 

nase, se retira, en 1851, au n« 9 et y était encore en 1858. Edmond Got ("1822- 
1901), qui y occupait, depuis 1872, le n° 11, se plaisait à y recevoir ses anciens 
élèves et ses amis. Il y est mort le 20 mars 1901. 11 était entré en 1844 à la 
Comédie-Française, où il resta pendant plus de cinquante ans ; il avait été 
admis au sociétariat dès 1850 et devint, en 1873, après le départ de Régnier, 
le doyen de la maison de Molière, où il avait acquis une grande autorité. Il 
lut nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1881, comme professeur au 
(Conservatoire, et avec cette particularité qu'il était le premier comédien décoré 
dans l'exercice de son art : jusqu'alors, un sociétaire du Théâtre-Français, bien 
qu'il fût, en outre, professeur au Conservatoire, n'avait été décoré qu'en pre- 
nant sa retraite. C'est Edmond Got qui eut l'initiative de la comédie moderne, 
telle qu'elle est jouée aujourd'hui, c'est-à-dire en s'attachant à l'interpréter 
avec naturel et simplicité ; il s'adonnait entièrement au personnage qu'il 
avait à représenter. 

La partie de la rue du fianelagh (1) comprise entre le quai de Passy et la 
rue de Boulainvilliers a été percée vers 1824, avec une largeur de 11™, 70. Elle 
fut ainsi nommée parce qu'elle devait conduire au Ranelagh ; quelques 
années après 1824, elle fut continuée, avec la même largeur, jusqu'au chemin 
de la Briquetterie (aujourd'hui supprimé), sur des terrains appartenant à la 
Société Roëhn et C'*'. Par délibération du 24 mai 1831, le conseil municipal 
de Passy approuva le tracé présenté par cette Société pour la rue du Rane- 
lagh, devant établir une communication directe entre le pont de Grenelle et 
le bois de Boulogne; cependant, ce ne fut qu'en 1854 que la rue du Ranelagh, 
absorbant la sente de la Chenille, fut prolongée jusqu'à la rue de la Glacière 
(rue Davioud), au delà de laquelle la sente du Calvaire se trouvait maintenue. 
L'ouverture du surplus de la rue du Ranelagh a été autorisée par les décrets 
d'utilité publique du 29 mai 1867 pour le prolongement entre la rue Davioud 
et la rue Mozart (section remplaçant la sente du Calvaire), et du 14 juillet 
1877 pour la partie comprise entre la rue Mozart et le boulevard Beauséjour (2). 

Marguerite-Joséphine-Georges Weimer, actrice qui s'est rendue célèbre 
sous le nom de Mademoiselle Georges, est morte à soixante-dix-huit ans, le 
12 janvier 1867, dans la maison qu'elle habitait, rue du Ranelagh, 31. 

Henri Martin, auteur de VHistoire de France, a habité, de 1865 à 1878, 
l'ancien n<* 74 deïa rue du Ranelagh. 

On remarque, au n** 101 de la rue du Ranelagh, à l'entrée de l'avenue des 
Chalets, un hôtel Renaissance, construit par M. Sauvan ; au n° 109, un autre 
hôtel, édifié en 1881 par M. A. de Chièvres, surmonté ultérieurement par des 
ateliers; au n" 94, un hôtel ogival en pierres et briques, avec tourelle octo- 
gonale en saillie et gargouilles originales; il est précédé d'une porte d'entrée 
à peintures ornementées, placée au milieu d'un mur à créneaux. 

La partie de la rue Galilée comprise entre l'avenue des Champs-Elysées 
et l'avenue Marceau, dépend du VIll* arrondissement; le surplus de cette rue, 
c'est-à-dire la plus grande partiede sa longueur, appartient au XVP arrondisse- 
ment. La section comprise entre la rue de Juigné (place des États-Unis) et la rue 
Vernet (VIII" arrondissement) remplace un chemin tortueux, qui était marqué 

(i) Voir ci-après (p. 201), dans riiistorique de la rue de rAssomption, des indications 
sur le lycée Molière, dont les entrées se trouvent au 38 de la rue de TAssomption et 
au 71 de la rue du Ranelagh. 

(2) L'école communale de garçons de la rue du Ranelagh avait 281 élèves en 1901. 



RUE DES SABLONS 105 



sur le plan de 1731 comme chemin de Versailles, et sur le plan de A^erniquet 
(1791) sans dénomination ; il dépendait de la terre et seigneurie de Chaillot. 
Cette rue s'est d'abord appelée « rue du Chemin-de Versailles »; une ordon- 
nance royale du 6 avril 183â lui a assigaé une moindre largeur de 13 mètres. 
Elle prit, en 1849, le nom de u rue du Banquet », pour rappeler le souvenir du 
fameux banquet de la Réforme, qui servit de prélude à la révolution de 
février 1848. En 185i, on lui rendit son nom de rue du Chemin-de-Versailles. 

Le décret du 16 novembre 1853 prescrivit le prolongement de la rue du 
Chemin-de- Versailles, à travers le promenoir de Chaillot, depuis la rue Vernet 
jusqu*à Tavenue des Champs-Elysées. Le décret d'utilité publique du 17 sep- 
tembre 1864 prescrivit le prolongement de la rue Galilée depuis la rue de Juigné 
(place des États-Unis) jusqu'à l'avenue Kléber, et le décret du 24 du môme 
mois sanctionna le traité passé entre la Ville et la Société Thome etC* pour 
Texécution de ce prolongement. 

Le décret du 24 août 1864 a donné à la rue Galilée sa dénomination 
actuelle, enl'honneurde Galileo Galilei, ou Galilée (1564-1642), que les Médicis 
nommèrent, quand il n'avait que vingt-quatre ans, professeur de mathéma- 
tiques à l'Université de Pise. La hardiesse de ses idées en physique l'obligea 
à quitter cette ville en 1592; il alla à Padoue, où il professa pendant vingt 
ans. 11 fut persécuté, à la fin de sa vie, pour avoir publié en Italie un ouvrage 
où il exposait, d'après Copernic, le mouvement de la terre et l'immobilité du 
soleil. On lui doit la découverte des lois de la pesanteur et l'invention ou 
le perfectionnement du télescope, du thermomètre, du pendule et de la 
balance hydrostatique (1). 

L'intrépide aéronaute brésilien Auguste Severo, qui, en 1902, a perdu 
la vie en faisant une ascension dans son ballon dirigeable Pax, habitait 
la rue Galilée. 

La rue Mesnil a été ouverte en 1834, avec une largeur de 10 mètres, sur 
des terrains de la plaine de Passy, appartenant à M. Mesnil. 

La rue des Sablons n'allait primitivement que du rond-point de Long- 
champ à la rue Saint-Didier; elle paraît avoir été ainsi dénommée en souve- 
nir d'une carrière à sable, à Tépoque où la plaine de Passy commença d'être 
mise en valeur. Cette rue peut se diviser, au point de vue de son histoire, en 
quatre parties: 

1** Celle comprise entre la rue Saint-Didier et le rond-point de Long- 
champ, qui conserve encore aujourd'hui le nom de rue des Sablons, a été 
percée vers 1834, avec une largeur de 10 mètres ; 

2** La section allant du rond-point de Longchamp à la rue Schefïer cor- 
respond à l'ancienne « rue des Bornes » , remplaçant le chemin des 
Bornes, dont le nom était dû aux bornes qui, sur ce point, indiquaient les 
limites des dépendances du couvent des Bonshommes. Il résulte de la déli- 
bération du conseil municipal de Passy, en date du 14 mars 1825, qu'à cette 
époque, le chemin des Bornes n'avait que 2 mètres de largeur, qu'il avait 
son origine è la rue des Moulins (rue Schefïer) et se terminait à l'embranche- 
ment des chemins de la Croix (rue Decamps) et de Longchamp. Ce chemin 
fut classé vicinal pararrêtédu6 juillet 1825; vers 1848, il fut élargi à 11 mètres 
et transformé ainsi en une rue qui prit le nom de rue des Bornes. La remise 

[i) On a donné, dans cette région, des noms d'astronomes à plusieurs rues (Galilée, 
Newton, Copernic, Keppler, Euler). 



106 HISTOIRE DU XV!** ARRONDISSEMENT 

du sol de la rue des Bornes à la commune de Passy par la Société Malézieux, 
qui avait succédé à la Société des terrains de la plainede Passy, a été approuvée 
par les délibérations municipales des 6 mars 1853 et 5 février i85i. L'arrêté 
du 2 avril 18G8 a réuni la rue des Bornes à la rue des Sablons ; 

3** La partie comprise entre la rue de la Tour et la place Possoz, qui fut 
ouverte avec une largeur de 10 mètres, par suite du lotissement du parc 
Guichard, et fut nommée « rue Saint-Hippolyte », en l'honneur du curé de 
Passy, l'abbé Hippolyte Locatelli. L'arrêté du 3 septembre 1869 a réuni la 
rue Saint-Hippolyte à la rue des Sablons; 

4" La section s'étendant de la rue Schefler à la rue de la Tour, ouverte en 
vertu du décret du 2 mars 1863, qui porte : « La Ville est autorisée à accepter 
l'offre faite par les sieurs Harold, Ernest, et Jules Portails, qui s'engagent à 
ouvrir, à travers les terrains dont ils sont propriétaires, entre la rue des 
Moulins (Scheffer) et la rue de la Tour, une rue de 12 mètres, destinée à 
former le prolongement de la rue Saint-Hippolyte et de la rue des Bornes, à 
la charge par la Ville de leur payer 40.000 francs. » Ce prolongement fut immé- 
diatement exécuté et prit d'abord le nom de rue Saint-Hippolyte. 

Pendant vingt-deux ans, à partir de 1869, la rue des Sablons s'est étendue du 
rond-point de Longchamp à la place Possoz; mais le décret du 24 avril 1891 a 
donné le nom de rue Cortamberi à la partie de la rue des Sablons qui était com- 
prise entre l'avenue Henri-Martin et la place Possoz (1), en l'honneur d'Eugène 
Cortambert (1805-188i), qui habitait Passy et y mourut; il s'est rendu célèbre 
comme géographe et a publié beaucoup d'ouvrages classiques; il a professé 
au lycée Charlemagne (2) et a, le premier, tracé sur le tableau noir le dessin 
des diverses contrées du globe, à mesure qu'il les décrivait à ses auditeurs ; 
il a été président de la Société de géographie de Paris et de la Société de 
géographie commerciale ; il a su rendre attrayante l'étude de la géographie. 
Mme Cortambert a écrit sur le langage des fleurs, sous le pseudonyme de 
Charlotte de Latour, un livre qui a eu beaucoup de succès et dont la 6*" édi- 
tion a paru en 1814. Richard Cortambert, fils d'Eugène, a publié, lui aussi, deo 
ouvrages intéressants sur la géographie. 

Le XVP arrondissement constitue une des huit paroisses qui forment la cir- 
conscription consistoriale de l'église protestante réformée de Paris, telle 
qu'elle a été organisée par le décret du 25 mars 1882. La paroisse protestante 
de Passy (3) est desservie par un pasteur titulaire et deux pasteurs auxiliaires. 
Le temple est situé rue Cortambert, n° 19, sur un terrain appartenant au 
conseil presbytéral. Le culte réformé est célébré en cet endroit depuis 1880; 
mais, pendant une dizaine d'années, le temple n'était qu'une modeste cons- 
truction en bois et fer. Comme elle était devenue insuffisante par suite du 
développement de la population, elle a été remplacée, en 1890-1891, par un 
édifice en pierre, qui contient 500 places environ. Le nouveau bâtiment a été 
construit, sur les plans de feu M. l'architecte Aubert, au moyen de fonds 

(i) La voie sous-minée a été consolidée sur ya mètres de longueur, près de langle de 
la rue de la Tour et de la rue (lortambert. 

(*^.) Voir la biographie des géographes Kugène et Richard Corlainhert par leur flls et 
pelit-lils, p. '21 et ^3 du IVo volume du Bulletin. 

(3) Celle paroisse est administrée par un conseil presbytéral, «pii comprend, outre le 
pasteur titulaire, cinq membres laïques ; les deux pasteurs auxiliaires y siègent avec 
voix consultative. 



BUE GAVARNI I07 

provenant exclusivement 'de souscriptions volontaires ; il a été inauguré le 
dimanche 15 novembre 1891. 

Au n*' 20 de la rue Corlambert se trouve la chapelle de Notre-Darae-du-Très- 
Saint-Sacrement, achevée en 1900, dans le style gothique, par MM. les archi- 
tectes Coulomb et Chauvet. Elle est desservie par la congrégation des ser- 
vantes du Très-Saint- Sacrement (i). 

On voit au n° 43 de la rue Cortambert un hôtel du style semi-gothique 
fleuri, en pierres et briques, édifié par M. Sauvan. Le général du Barail, avant 
d'être ministre de la Guerre, avait habité la maison qui a été remplacée par 
cet hôtel. 

Ponsard, poète et auteur dramatique, habita de 1866 à 1867 le a** 60 de la 
rue Cortambert. 

L'illustre astronome Faye, doyen de l'Académie des Sciences, ancien 
ministre, membre du bureau des Longitudes, inspecteur général honoraire 
de renseignement supérieur, habitait le n"" 39 de la rue Cortambert et y est 
mort en 1902. 

La rue Gavarni, qui est coudée, va de la rue de Passy à la rue de la Tour; elle 
fut percée en 1835, avec une largeur de 9 mètres, sur des terrains appartenant 
à M. Deyeux, et prit le nom de « rue des Artistes ». Le décret du 10 février 1875 
lui a donné sa dénomination actuelle, en Thonneur de Sulpice-Guillaume 
Chevalier, dit Paul Gavarni (1801-1866), qui passa plusieurs années à Tarbes, 
au cadastre, fit ses premiers dessins dans les Pyrénées et emprunta son nom 
de guerre à la cascade de Gavarnie (2). 11 fut le collaborateur d'Emile de 
(iirardin au journal la Mode et alimenta te Charivari pendant plusieurs 
années. Sainte-Beuve a fait de lui le portrait suivant : « Tout ce qui a passé ou 
défilé sous nos yeux depuis trente-cinq ans en fait de mœurs, de costumes, de 
figures élégantes, de plaisirs et de repentirs, tous les masques et les dessous 
de masques, les carnavals et leurs lendemains, les théâtres et leurs coulisses, 
les*aihours et leurs revers, les malices d'enfants petits ou grands, les dia- 
bleries féminines ou parisiennes, il a tout dit, tout montré et d'une façon si 
légère, si piquante, si parlante que ceux même qui ne sont d'aucun métier 
ni d'aucun art, qui n'ont que la curiosité du passant, rien que pour s'être 
arrêtés à regarder aux vitrines, ou sur le marbre d'une table de café, quelques- 
unes de ces milliers d'images qu'il laissait s'envoler chaque jour, en ont 
emporté en eux le trait et retenu à jamais la spirituelle et mordante 
légende. » 

Le gouvernement du roi Louis-Philippe, qui s'attacha à donner une vive 
impulsion à tous les travaux publics, voulut doter la banlieue de Paris de 
moyens de communication ne forçant pas à traverser la ville pour aller d'une 
commune à l'autre. Les routes départementales ainsi créées (indépendam- 
ment de la route départementale n° 2, qui empruntait la rue de Passy, et 
dont le classement date du premier Empire) sont les suivantes : 

La route départementale n^ 9, qui suivait l'avenue de Saint-Denis ^avenue 
Malakofl); 

.i) Cette congrégation a pour objet Tadoration perpétuelle du 1res saint sacrement 
exposé, et les œuvres euchaiistiques ; elle a été fondée en i856 par le père Eymard ; sa 
maison mère est au n* 23 de Tavenue Friedland. 

-2: Voir aux annexes (p. 419) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : «^ Gavarni, garde 
oalional ». 



RUE SINGER IO9 

La roule départementale n° 10, à laquelle étaient incorporés le pont de 
Grenelle, la rue de Boulainvilliers et la rue de la Pompe; 

Et la route départementale n" 64 (avenue Victor-Hugo). 

Le classement de ces voies exonérait la commune des frais qu'impose leur 
entretien, et il dispensait le public d'avoir affaire à Toctroi de Paris (ce qui 
avait lait donner à ces routes le nom de routes de transit). Ces avantages 
n'existent plus depuis l'annexion; mais ces mesures n'en ont pas moins pro- 
curé des améliorations durables, car l'ouverture, la régularisation ou l'élar- 
gissement de ces routes facilitèrent la circulation, permirent une augmentation 
notable des constructions de maisons particulières en bordure de ces voies 
et déterminèrent, dans leur voisinage, le percement de plusieurs rues nou- 
velles. 

La rue Singer a été ouverte en 183fi, avec une largeur de O^jToïSurdes ter- 
rains provenant des dépendances de Tancien château de Boulainvilliers et de 
l'ancien hôtel de Valentinois; ils appartenaient à M. David Singer (1778-1846), 
qui avait acquis dans l'industrie du coton une certaine fortune et en légua une 
grande partie à des établissements charitables. Parmi les nombreuses dispo- 
sitions testamentaires de ce philanthrope, on peut citer deux legs de 300 francs 
de rente chacun aux ministres de la Guerre et de la Marine, « pour un prix 
annuel et perpétuel qui sera attribué au simple soldat et au simple matelot 
qui Taura le mieux mérité par sa bonne conduite et l'ancienneté de ses 
services ». 

Les travaux d'assainissement de la rue Singer ont été autorisés, le ^ mars 
1848, par le conseil municipal de Passy. 

Benjamin Franklin habita souvent, de 1777 à 1785, un pavillon dépendant 
de l'ancien hôtel de Valentinois, dont l'emplacement est actuellement occupé 
par la chapelle de l'Institution des frères de la doctrine chrétienne (n"" 1 de 
la rue Singer). Le duc d'Aumont a habité Passy à l'emplacement de la rue 
Singer, n*" 2. Le jurisconsulte Faustin-Hélie, dont le nom a été donné à une 
des rues de Passy, a habité, de 1871 à 1879, le n" 13; il avait occupé précé- 
demment, de 1859 à 1871, le n" 3 bis de l'avenue Saint-Philibert, qui va de la 
rue Singer à la rue des Vignes. Eugène Scribe demeura pendant quelques 
mois, vers 1849, au n" 40 de la rue Singer. 

Des règles spéciales ont été édictées par l'ordonnance royale (i) du 18 mars 
1836 pour la rue Newlon, la rue Pauquet et la rue des Bassins (aujourd'hui 
rue Auffusle-Vacquerie). En vertu de cette ordonnance, MM. Dumoustier, 
Laurent et Grassal obtinrent l'autorisation d'ouvrir sur leurs terrains ces 
trois rues, chacune de 1^ mètres de largeur, à la charge par eux de livrer 
sans indemnité, à la Ville de Paris, le sol occupé par les nouvelles voies 
publiques, de supporter les frais de pavage et d'éclairage desdites rues, d'y 
établir des trottoirs en pierre dure, de la forme et de la largeur déterminées 
par l'autorité municipale, de pourvoir à l'écoulement souterrain ou à ciel 
ouvert des eaux pluviales et ménagères, et de ne pouvoir élever les construc- 
tions riveraines au delà de la hauteur de ii mètres. Le décret du 8 août 1895 
a donné à la rue des Bassins le nom de rue Augu^te-Vacquerie. 

Carnot, président delà République, habitait le n"29de la rue des Bassins, 
avant le â décembre 1887, jour de son installation au palais de TËlysée. 

;i; Voir «aux annexes ip. 417) une copie de celte ordonnance. 



IlO HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

La partie de la rue Nicolo qui est comprise entre la rue de Passy et la rue 
Vital figure sur le plan de Passy, publié en 1860 par M. Th. Lefèvre, sous le 
nom de « rue des Carrières », qu'elle a conservé jusqu'au décret du 2 octobre 
1865. Le surplus de la rue Nicolo, c'est-à-dire la partie comprise entre la rue 
Vital et la rue de la Pompe, a été ouvert, en 1854, avec une largeur de 
10 mètres, et a reçu le nom de « rue Saint-Pierre ». La section mentionnée 
ci-dessus, de la rue des Carrières, a été réunie par le décret du 2 octobre 1865 
à la rue Saint-Pierre, sous l'unique dénomination de rue Nicolo, en l'honneur 
de Nicolas Isouard, dit Nicolo (1775-1818), qui a composé, pour l'Opéra- 
Comique, vingt-neuf pièces, entre autres Joconde, 

Cette première section de la rue des Carrières (comprise entre les rues de 
Passy et Vital, actuellement incorporée à la rue Nicolo) avait remplacé le 
chemin du même nom qui conduisait, de la grande rue de Passy aux massifs 
des carrières. Il est dit, dans une délibération municipale du 25 pluviôse 
an XIII (14 février 1805), qu'antérieurement à 1776, cette ruelle n'avait qu'une 
largeur de 5 pieds 10 pouces ; que, sur le rapport des voyers de l'ancienne 
justice de Passy (canton de la Folie), le marquis de Boulainvilliers, der- 
nier seigneur de Passy, fit rendre par son prévôt, en 1777, une ordonnance 
portant la largeur à 24 pieds (7", 76) ; et que c'est à cette époque que cette voie 
reçut le nom de « rue Boulainvilliers ». Ce nom fut supprimé par un arrêté 
du conseil général de la commune de Passy, en date du 3 septembre 1791, 
qui remplaça le nom de rue Boulainvilliers par celui de rue des Carrières. 

Sous le premier Empire, le conseil municipal de Passy insista, à diverses 
reprises, en faveur de l'achèvement du prolongement de la rue des Carrières 
et arriva à le réaliser. Ce qu'on appelait le prolongement de la rue des ("ar- 
rières, c'était une voie formant un angle presque droit avec la première partie 
de ladite rue, aboutissant à la rue du Moulin-de-la-Tour (rue de la Tour) et 
constituant actuellement la partie de la rue Vital comprise entre la rue de la 
Tour et la rue Nicolo. La rue des Carrières formait ainsi un coude très pro- 
noncé et occupait, au commencement du xix* siècle, des emplacements appar- 
tenant aujourd'hui à la rue Nicolo et à la rue Vital, à l'époque où ces deux 
rues n'existaient pas encore ; d'ailleurs, la rue des Carrières a conservé son 
nom pendant plus de soixante-dix ans, et n'a été réunie aux rues Nicolo et 
Vital que longtemps après leur percement. 

La comtesse de Castiglione, célèbre par sa beauté sous le second Empire, 
a habité le n** 51 de la rue Nicolo de 1859 environ à 1870 ; elle est morte à 
Paris, le 10 avril 1901 (1). 

L'hôtel portant le n'' 38 sur la rue Nicolo a été reconstruit par Mme de 
Monchicourt à la suite du succès obtenu en Belgique par niérodiade^ de 
Massenet, dont son fils, M. Milliet Monchicourt, avait fait le livret. 

La première partie de larwe Vital, comprise entre la rue de la Tour et la 
rue Nicolo, a été longtemps, comme il est dit ci-dessus, une partie de la rue 
des Carrières, dont la plus grande fraction avait pris, en 1865, le nom de rue 
Nicolo. Cette partie de la rue des Carrières, ayant une largeur de 8 mètres, a 
été réunie à la rue Vital par l'arrêté préfectoral du 2 avril 1868. 

La seconde partie de la rue Vital, comprise entre la rue Nicolo et la rue 

i) Voir, p. 'x-]^ et '-^77 du III« volume du liullelin^ l'article de M. Léopold Mnr sur la 
comtesiso de Castiglione. 



RUE DE LA FAISANDERIE 111 

de Passy, a été ouverte, en 1839, avec 10 mètres de largeur, sur des terrains 
appartenant à M. Vital et à ses frais. Cette voie, qui mettait en communication 
le centre de la rue de Passy avec le quartier des Tournelles (rue Louis-David), 
la rue de la Tour et les rues nouvelles de la plaine de Passy, reçut, confor- 
mément à la demande formulée parle conseil municipal dans sa délibération 
du 2 mai IHiâ, le nom de M. Vital, qui fut adjoint au maire de Passy de 1837 
à 1848, fut réintégré en 1852 et nommé, lors de Tannexion, vice-président du 
bureau de bienfaisance ; il mourut le 15 juillet 1881, à Tâge de quatre-vingt- 
quatre ans, dans la maison n*" 43 de la rue Vital. 

La maison n"* 38 de la rue Vital porte cette inscription : « L'historien 
Henri Martin, né à Saint -Quentin le 21 février 1810, est mort dans cette 
maison le 24 mars 1884. » Il Thabitait depuis 1878. Levasseur, chanteur de 
rOpéra, a demeuré au n<» 8 ancien (33 actuel), de 185G à 1857, et Ponchard, 
chanteur de TOpéra-Gomique, au n"* 44, où il mourut en 1860. 

Jenny Vertpré, actrice du Gymnase et femme du vaudevilliste Garmouche, 
vint demeurer, vers 1857, au n"* 15 de la rue Nicole, et y mourut en 1806. 
Eugène Gortambert demeurait au 20, et son fils, Richard Gortambert, au 25 
de cette rue. 

La rue Lekain fut ouverte, en 1830, avec une largeur de 8 mètres, sur un 
terrain appartenant à M. Singer. Elle prit d'abord le nom de « rue de la 
Fontaine », à raison d'une fontaine établie à l'angle de la rue Singer. Le 
décret du 24 août 1864 lui donna sa dénomination actuelle, en Thonneur du 
tragédien Henri-Louis Gain, dit Lekain (1729-1778), à qui on doit plusieurs 
réformes importantes pour la mise en scène, notamment en ce qui concerne 
le costume : avant lui, on jouait les personnages antiques avec des habits du 
jour. Il commença par monter, avec d'autres jeunes gens, une association 
pour jouer la comédie dans des maisons bourgeoises; il fut remarqué par 
Voltaire, qui le flt jouer sur un théâtre qu'il avait établi dans la rue Traver- 
sière-Saint-Honoré {rue Molière), pour la représentation de ses pièces. Grâce 
à sa protection, il débuta à la Gomédie-Française en 1750 et joua, devant la 
Cour, le rôle d'Orosmane ; à la fin de cette représentation, Louis XV dit aux 
courtisans qui l'entouraient : « Lekain m'a fait pleurer, moi qui ne pleure 
guère. » Il fut ensuite admis au nombre des comédiens du roi et on composa 
pour lui cette épitaphe : « (^i-git Lekain, Melpomène avec lui. » 

Le n^ 3 de la rue Lekain contient la tombe du compositeur Piccinni ; ce 
terrain faisait partie de l'ancien cimetière paroissial (Ij de Passy. 

La rue Talma a été ouverte en 183Î), avec une largeur de 8 mètres, sur des 
terrains provenant des dépen<}ances de l'ancien château seigneurial de Bou- 
lainvilliers. Elle reçut d'abord le nom de « rue Neuve-Bois-le-Vent », parce 
qu'elle débouche sur la rue Bois-le-Vent. Le décret du 21 août 1864 lui a 
donné sa dénomination actuelle, en l'honneur du tragédien François-Joseph 
Talma (1763-1826); élève de Mole, de Dugazon et de Fleury, il débuta en 1787 
à la Gomédie-Française et atteignit la perfection dans son art ; Napoléon I*' 
l'aimait beaucoup. 

La rue de la Faisanderie (2) tire son nom de l'ancienne faisanderie du 

(i; Voir ci-dcrtsilfl, p. 73, les indications <lonn<^es au sujet des cimetières de Passy. 

f2 I^ voie sous-minée a iHé consolidée en i88<), sur mj nièlres de longueur A partir 
tie Tanglc de la rue de Longchamp, vers la rue Bénouville ; la disUnce du sol au ciel de 
la carrière est de 8 métrés^ et la hauteur de la galerie d'exploitation est de 4'"»'^' 



112 HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 

château royal de la Muette, qui s*étendait entre le bois de Boulogne et la rue 
Spontini et avait été vendue comme bien national; les trois quarts de cette 
propriété, dénommée aussi « le Petit-Parc », furent achetés au domaine de 
l'État, en Tan VI, par M. de Saint-Simon, et, l'autre quart, par M. Béhague. 
En 1818, ces acquéreurs vendirent la propriété au roi Louis XVlll, qui céda 
le Petit-Parc et des terrains dans la plaine de Passy à M. Casimir Périer 
(qui fut ministre sous le gouvernement de Juillet) pour 6().00() francs; ces 
terrains valent aujourd'hui des millions. 

La rue de la Faisanderie a remplacé la principale avenue du Petit-Parc, 
qui fut transformée en une rue de 12 mètres de largeur, vers 1840, c'est-à-dire 
environ quinze ans après la création de la rue du Petit-Parc (aujourd'hui rues 
Spontini et Pergolèse). Elle ne s'étendait primitivement qu'entre l'avenue 
Bugeaud et la rue de Longchamp ; elle s'appelait alors « rue de la Vieille- 
Faisanderie ». Elle a été ensuite prolongée d'abord jusqu'à la rue du Puits- 
Artésien (rue Dufrénoy) et vers i8ri8 jusqu'à l'avenue d'Eylau (avenue Victor- 
Hugo). M. de Chabrol avait fait réparer, en 1856, la rue de la Faisanderie, 
dont la mise en état de bonne viabilité fut achevée en 1860. Des becs à incan- 
descence y ont été installés en 1899. 

Le général lung habitait le 23 bis de la rue de la Faisanderie. L'hôtel du 
ministre de la principauté de Monaco se trouve au n^ 27 de cette rue, qui 
renferme beaucoup de beaux hôtels. Au n^ 23, à la maison de santé du docteur 
Lochard, on voit une grande grille ajourée, en fer forgé, du style Louis XV. 
Au n« 42 est un petit hôtel gothique, construit en 1881 par M. Brière. Au u? 64 
se trouve un hôtel monumental, élevé par M. Dumoulin pour M. Làuerre ; il 
est du style Louis XIV et à trois étages, garnis chacun de trois fenêtres. Celles 
du milieu sont couronnées par un fronton triangulaire, reposant sur deux 
pilastres qui encadrent ces fenêtres superposées et accompagnées de balus- 
trades, de cartouches et de deux statues d'enfants. L'hôtel portant le n° 68 his 
est du style gothique fleuri; il a, au premier étage, une balustrade sculptée à 
jour, bordant une terrasse ; une autre balustrade, semblable à la première, 
forme couronnement au-dessus des fenêtres du premier étage, qui se trouve 
en retraite de la terrasse. 

L'enceinte fortifiée de Paris a été construite en 1841 et 1842 ; elle était 
bordée intérieurement par la rue Militaire, qui a fait l'objet d'une remise 
conditionnelle à la Ville de Paris par le génie, approuvée par la décision 
ministérielle du 28 juillet 1859. 

La rue Militaire est remplacée par le boulevard Lannes, entre la porte 
Maillot et la porte de la Muette, et par le boulevard Suchet, entre la porte de 
la Muette et la porte d'Auteuil. Le boulevard Lannes a été dévié, en 1899, 
entre les avenues de la Grande-Armée et du Bois-de- Boulogne, en vue de 
permettre l'exécution des travaux de doublement des voies sur le chemin de 
fer de Courcelles aux Invalides (Compagnie de l'Ouest). 

Une zone de servitude non œdificandi, sur une largeur de 5 mètres en 
arrière de l'alignement des clôtures, a été imposée (1) pour les boulevards 
Lannes et Suchet, aux propriétaires acquéreurs de terrains provenant du 
bois de Boulogne ; ils sont, en outre, tenus d'établir des clôtures suivant le 

{i} Voir aux annexes (p. 4*î<>) un extrait du conlral de vente des terrains pour les bou- 
levards Lannes et Suchet. 



AVENUE SAINT-PHILIBERT 1 l3 

type réglementaire, avec interdiction d'exercer aucun genre de commerce ou 
d'industrie. 

La largeur du boulevard Lannes a été fixée à 12 mètres par le décret du 
septembre 1801; celui du 2 mars 18GI lui a donné sa dénomination, en 
l'honneur de Jean Lannes, duc de Monlebello (1700-1800) ; général de brigade 
en 1707, il se couvrit de gloire à la bataille d'Arcole, accompagna le général 
Bonaparte en Egypte, commanda la garde consulaire, gagna la bataille de 
Montebello en 1800, fut nommé maréchal de France et duc à la proclamation 
de l'Empire, se distingua aux batailles d'Austerlitz, léna, Eylau et Friedland 
et fut blessé mortellement à la bataille d'Kssling. 

Le boulevard Suchet a 14 mètres de largeur; sa dénomination lui a été 
donnée par le décret du 4 mars 18Gi, en l'honneur de Louis-Gabriel Suchet, 
maréchal et duc d'Albuféra (1772-18:2()); volontaire en 1701, capitaine en 1708, 
général de division en 1805, il commanda l'armée française en Flspagne, de 
1808 à 1812; il fut nommé maréchal en 1810 et duc en 1812, après la conquête 
du royaume de Valence. Il se fit remarquer par sa modération et son équité ; 
Napoléon disait de lui : « Si j'avais eu, en Espagne, deux maréchaux comme 
Suchet, non seulement j'aurais conquis la Péninsule, mais je l'aurais 
conservée. » Suchet lut créé pair de France par le roi Louis XVllI. 

L amiral Jauréguiberry a habité le n° 45 du boulevard Suchet. 

La suppression de l'enceinte fortifiée de Paris entre la Seine et la porte 
de Pantin est, depuis longtemps, décidée en principe; mais la question finan- 
cière n'a pas reçu encore de solution. L'exécution est subordonnée à une 
entente à établir sur la fixation de l'indemnité à payer à l'État, pour la 
cession des terrains qui dépendent de cette partie des fortifications et qui 
seraient occupés par des boulevards, des rues et des constructions parti- 
culières. Pour la partie comprise entre la Seine (Point-du-Jour) et Paulin, 
l'estimation des terrains, faite par l'administration des domaines, montait à 
130 millions, chiffre qui sera probablement réduit. La Ville de Paris aurait 
à dépenser une cinquantaine de millions pour travaux de voirie. La réali- 
sation de ce programme entraînera la création de nouveaux quartiers, ce 
qui favorisera l'accroissement de la population dans la région de l'ouest; 
mais cette opération demandera probablement beaucoup de temps, car le 
prix des terrains serait avili, si on voulait les vendre tous en môme temps. 

La cité des Belles-Feuilles, dont l'entrée se trouve près de l'intersection de la 
rue des Belles-Feuilles avec la rue Mérimée, a été fondée en 18iO, par 
M. Tamise t, propriétaire. 

La rue des Marronniers a été ouverte en 18i2 sur l'emplacement d'une 
allée de marronniers, qui ornait le parc de l'ancien château de Boulainvilliers; 
pendant plusieurs années après sa création, ce n'était qu'une impasse abou- 
tissant à la rue du Hanelagh. Pour remédier à cette situation, le conseil 
municipal de Passy a décidé, par délibération en date du 1:3 juillet 1817, que 
la rue des Marronniers serait prolongée jusqu'à la rue de Boulainvilliers, sous 
la condition que les propriétaires intéressés verseraient les subventions 
offertes par eux pour ce travail; la délibération du 10 février 18i0 autorisa le 
maire à acheter à M. Morel et à M. et Mme Heurtant le terrain nécessaire 
pour réaliser ce prolongement. 

Vnrenue Sainl-Philihcrl est une voie privée, qui est fermée, pendant la 

8 



Il4 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

nuit, par des grilles à ses deux extrémités et qui prolonge la rue Lekain 
(autrefois rue de la Fontaine); c'est sans doute pour ce motif qu'elle est dési- 
gnée sous le nom de rue de la Fontaine sur le plan cadastral de 1859. Cette 
avenue a été ouverte en 1846 sur des terrains appartenant à MM. Messier et 
Amovet et provenant des dépendances de l'ancien château de Boulainvilliers. 
Elle porte le prénom du propriétaire, M. Boullée, ancien magistrat, qui Ta 
achevée. 

L'impasse ou passage Colhenel, qui a 5",60 de largeur, est une voie privée, 
allant de la rue de la Faisanderie au boulevard Flandrin ; elle a été créée 
en 1846 par M. Cothenet, propriétaire. 

La rue Benjamin-Delessert, qui a été ouverte en 1847, est incorporée au 
boulevard Delessert; les indications concernant cette rue seront données 
ci-après, en parlant dudit boulevard (voir page 157). 

Par délibération du 14 mars 1825, le conseil municipal de Passy avait 
demandé que le sentier, ayant alors 2 mètres de largeur et allant de la bar- 
rière Sainte-Marie (place du Trocadéro) au chemin de la Croix (rue Decamps), 
fût remplacé par une rue de 10 mètres de largeur et que cette rue fût dénom- 
mée « rue Blanche », comme traversant l'ancien canton dit c l'Arpent- 
Blanc ». Ce vœu n'a été réalisé qu'en 1848, époque à laquelle la « rue Blanche » 
fut ouverte, avec une largeur de 10 mètres, entre les abords du boulevard de 
Longchamp et la rue Decamps. Par délibération du 18 juillet 1847, le conseil 
municipal de Passy avait approuvé le projet d'ouverture de la rue Blanche, 
la faisant déboucher sur le boulevard extérieur de Longchamp, en face de la 
barrière Sainte-Marie, par le passage déjà ouvert alors au public sous le nom 
d'impasse Triboulet. La partie de la rue Blanche la plus voisine du boulevard 
de Longchamp a été supprimée pour la formation de la place du Trocadéro. 
La remise de la rue Blanche, par la Société Malézieux, à la commune de 
Passy a été approuvée en 1854. En 1862, M. Herran prolongea la rue Blanche, 
comme voie privée de 12 mètres de largeur, entre la rue Decamps et la rue 
Herran. 

Le décret du 24 août 1864 a donné le nom de rue Greuze (1) à la rue 
Blanche, en l'honneur du peintre Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), qui se 
forma presque seul, se plaisait à peindre des scènes intimes et sut se former 
un genre très brillant par la naïve simplicité et la grâce infinie qu'il prétait 
à ses personnages. Il a laissé beaucoup de tableaux célèbres : r Accordée de 
village, la Cruche cassée, le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants^ 
la Jeune Fille qui pleure son oiseau-mort. Comme son ami Vernet lui reprochait 
de ne solliciter ni récompense ni distinction, il lui répondit : « Que veux-tu, 
j'ai le talent facile, mais le jarret trop raide ; je suis un homme d'autrefois : 
je ne m'incline que devant Dieu et devant les femmes. » 

La rue Leroux a été ouverte en 1848 sur des terrains de la plaine de Passy, 
appartenant aux héritiers de M. Leroux, ancien agent de change, qui avait 
été un des principaux actionnaires de la Société des terrains de la plaine de 
Passy et qui mourut en 1843. Elle a porté précédemment le nom de « rue 
Debelleyme » et fut ainsi classée par le décret du 31 octobre 1863* Elle a été 



(i) La consolidation du sol soiis-miné a été executive sur 7 mètres de longueur en 
1890 et 1893 ; la distance du sol au ciel de la carrière est de a2™j6o< vers la cité Oreuzej 
et la hauteur de ta galerie d'exploitation est de 1*^,90. 



RUE PIERRE-CHARRON llO 

coupée en deux parties par le percement de l'avenue du Bois-de Boulogne. 
La section comprise entre Tavenue Victor-Hugo et l'avenue du Bois de-Bou- 
logne a conservé le nom de rue Leroux, et le décret du 11 septembre 1888 a 
donné le nom de me Laurenl-Pichat à la partie comprise entre l'avenue du 
Bois-de-Boulogne et la rue Pergolèse, en l'honneur de l'écrivain Laurent 
Pichat (1823-1886). 

La rue Duban a été ouverte en 18i8 sur des terrains appartenant à Mme de 
la Houssaye et provenant des dépendances de l'ancien château seigneurial de 
Passy. Elle reçut d'abord la dénomination de « rue du Marché », parce que le 
marché de Passy borde un de ses côtés. Le décret du 10 février iHlt\ lui avait 
donné le nom de « rue de Bouille », en l'honneur de M. de Bouille (17G8-1800), 
l'ancien gouverneur de la Martinique, qui se signala, dans la guerre de l'indé- 
pendance américaine, par la prise de la Dominique et de Saint-Christophe, 
fut nommé lieutenant-général en 1784 et général en chef de l'armée de la 
Meuse en 1791). L'arrêté préfectoral du 1(> août 1879 a donné à cette rue sa 
dénomination actuelle en l'honneur de Félix Louis-Jacques Duban (1797-1870), 
premier grand prix d'architecture en 1823, membre de l'Institut et président 
du conseil général des bâtiments civils, auteur de divers ouvrages d'archéo- 
logie, ainsi que de la restauration du Palais de l'École des Beaux-Arts (1832- 
1838), du château de Dampierre, appartenant au duc de Luynes, de l'hôtel 
Mole, qui est devenu le ministère des Travaux publics, delà Sainte-Chapelle, 
du château de Blois et d'une partie des travaux du Louvre, c'est-à-dire de 
ceux qui furent exécutés de 18i9 à 1851: galerie d'Apollon, façades regardant 
la Seine et le jardin de l'Infante. On lui doit les figures adossées aux pi- 
lastres qui supportent la balustrade circulaire du tombeau de Napoléon P''aux 
Invalides, le tombeau de Paul Delaroche, le monument funéraire de François 
Arago et le monument érigé à l'Kcole des Beaux-Arts en l'honneur du pein- 
tre Ingres. Duban a passé les dernières années de sa vie à Passy, dans l'hôtel 
qu'il avait fait construire rue Desbordes-Valmore, n** 11 bis (1). 

Gouzay, directeur du personnel au ministère des Travaux publics, demeu- 
rait au n"* 2 de la rue Duban et y est mort. 

La partie de la rue Léonard-de-Vinci comprise entre la rue Leroux et la 
rue de Villejust fut ouverte, en 1848, comme voie privée et avec une largeur 
de 10 mètres, sur des terrains appartenant aux héritiers de M. Leroux, ancien 
agent de change. On l'appela « rue Christine », prénom d'une petite-fille de 
M. Leroux. Elle a été classée comme voie publique par le décret du 27 jan- 
vier 1866, qui en a fixé les alignements. Le décret du 10 août 1868 lui a donné 
le nom de Léonard de Vinci, né au château de Vinci, près Florence, en 1452. 
Ludovic Sforce le logea dans son palais et le nomma directeur de l'Académie 
de peinture et d'architecture de Milan. 11 habita ensuite Florence et Bome et 
vint enfin se fixer en France, où François P** le combla de bienfaits. Il mourut 
près d'Amboise en 1589, et on prétend que ce fut entre les bras du roi. Il a 
peint à fresque /a 5a//i/e Cé/ie, dans le réfectoire du couvent des dominicains, 
à Milan. Le musée du Louvre a de lui neuf tableaux, entre autres les por- 
traits de Charles VIII et de Lésa del Giocondo (la Joconde), 

La rue Pierre-Charron n'appartient au XVI" arrondissement que sur une 

^i) Voir la biographie de Duban par M. Ducrcu/.el cl l'arliclc tlo Mme Chocliod* 
Lavergne, pp. rjt3 à 126 du III<: volume du Bulleiin» 



1 l6 HISTOIRE DU XVi'' ARRONDISSEMENT 

faible partie de sa longueur, entre Tavenue Marceau et la place d'Iéna. Elle 
se nommait, en 1849, « rue de TUnion », et formait le prolongement de la 
« rue d'Angoulôme-Saint-Honoré » (aujourd'hui rue de la Boëtie), qui avait 
été concédée par lettres patentes au comte d'Artois et dont les alignements 
avaient été fixés, le ^i novembre 1778, par le bureau de la Ville. Le décret du 
17 septembre 1861 prescrivit l'élargissement de cette rue à 20 mètres et 
d'autres travaux d'amélioration du quartier de (^haillot (rue de Lubeck, rue 
de Magdebourg, etc.). Le traité passé entre la Ville et la Société Thome et G'®, 
pour l'exécution de ces travaux, fut approuvé le 17 mai 1864. Le décret du 
"1 octobre 1865 donna à la voie élargie le nom de « rue Morny ». Enfin, le 
décret du 25 janvier 1879 lui assigna sa dénomination actuelle, en l'honneur 
de Pierre Charron (1.j41-16()3), fils d'un libraire de Paris qui eut vingt-cinq 
enfants; il fut d'abord avocat, puis entra dans les ordres ; ce moraliste a repro- 
duit, dans son Traité de la Sagesse, les idées de Montaigne, dont il était 
l'ami (1). 

En 1898, le pavage en pierre de la partie de la rue Pierre-Charron com- 
prise entre la place d'iéna et la rue Brignole a été converti en pavage 
en bois. 

L'hôtel du ministre de la république du Chili se trouve aux n"* 18 et 20, 
celui du ministre du royaume de Danemark au n° 27 de la rue Pierre- 
Charron. 

La mlla Aimée est une voie privée qui a été fondée, en 1850, par M. Bar, 
au n" 29 de la rue de la Tour; sa moindre largeur est de 5 mètres. 

Le propriétaire d'une voie privée peut lui donner un nom de fantaisie : 
l'administration ne prescrit de changer ce nom que dans le cas où il serait 
de nature à créer des confusions et à faciliter des erreurs. 



(i) On a adopté, pour une partie de ce ((uartier, des noms de moralisteR : rue de la 
Boëtie, avenue Montaigne, rue Pierre-Charron. 

La longueur de la voie sous-minée, rue Pierre-Charron, entre la place d'ïéna et le 
n* 12, est de 169 mètres ; il s'est produit de nombreux fontis. A l'angle de la rue de 
Lubeck la distance du sol au ciel de la carrière est de 4™>^; la hauteur de la galerie 
d'exploil/ition est de 2»,()o. 



Rues ouvertes de 1851 à 1901, 
dans les quartiers de Chaillot, de la Muette 

et de la Porte-Dauphine. 



L'élablissement de nombreuses lignes de chemins de fer aboutissant à Paris 
devait donner aux travaux de percement de rues nouvelles une impulsion 
très vive, par suite de l'accroissement de la population, de la circulation pu- 
blique et du mouvement des affaires. Mais, comme les événements de l8iS 
apportèrent un arrêt brusque au développement des travaux, ce n'est 
qu'en i8:i!2 que commence l'ère de la transformation radicale de Passy et 
d'Auteuil, due principalement à la direction du baron Haussmann, préfet de 
lu Seine, et de l'inspecteur général des ponts et chaussées Alphand, qui a 
Iracé d'une manière magistrale les grandes avenues du XVI" arrondis- 
sement (I). 

Dès le commencement de cette période, la situation de cet arrondissement 
s'est trouvée heureusement modifiée par l'ouverture du chemin de fer d'Au- 
teuil et par les embellissements du bois de Boulogne. 

Le boulevard Deauséjoiir, qu'on avait proposé de dénommer « boulevard 
Alphand »>, parce qu'Alphand l'a habité pendant plus de trente ans, longe le 
chemin de fer d'Auteuil depuis la chaussée de la Muette (station de Passy) 
jusqu'à la rue de l'Assomption (limite de Passy et d'Auteuil). Ce boulevard a 
remplacé un chemin de ronde du bois de Boulogne, que le plan cadastral 
de 1847 indiquait encore sous le nom de « route de ronde à Auteuil »>. Autrefois, 
quand on entrait dans le bois de Boulogne par la grille de Passy, on voyj?it à 
gauche le parc de Beauséjour renfermant, au milieu de beaux arbres séculaires 
et de vastes pelouses, des chalets, cottages et pavillons isolés, construits sur 
remplacement d'anciennes écuries du roi [1), Le Père Lachaise, célèbre jésuite, 
avant dernier confesseur de Louis XIV, y eut un pied-à-terre. On y avait 
établi ensuite une hôtellerie. Mme Récamier habita, sous le premier Empire, 

(i) Voir aux pp. ^06 ei s. des annexes les extraits des Mémoires du baron Haussmnnn, 
communiqués par M. Emile l^otin. Le Supplémenl du Petit Journal (i3 juillet 1884; contient 
un article Fur M. Alphand. 

(2) Laurent de Jussicu y planta un arbre de Judée, Chateaubriand y travailla h ses 
mémoires; J.-J. Ampère y résidait en même temps que la princesse de Liéven • Rossini 
y donna ses premières soirées musicales ; Téditeur Heujj^el aimait A y réunir les célé- 
brités artistiques. 



I l8 lUSTOlHE DL" XVI" AURONDISSF.MENT 

un pavillon dépendant du château de la Muette et situé dans le parc de Beau- 
séjour ; elle y recevait (Chateaubriand. Rossini eut, vers 1829, une habitation 
de plaisance au roQil-poiot du parc de Beauséjour; c'est à Passy qu'il a 
composé en partie Guillaume Tell. La princesse de Talleyrand, la priDcesse 



de Liéven, la marquise d'Agiiesseau ont occupé des pavillons de ce parc, qui 
avait une superricie de 2 hectares 59 ares et 19 centiares, et qui était limité 
par le chemin de ronde dénommé aciuellement boulevard Beauséjour, par 
le sentier du Calvaire et diverses propriétés. Il a été coupé par le percement 
de la rue Mozart. 

Far délibération du '■2H janvier IKia, le conseil municipal de Paris demanda 
que la mise en état de viabilité du boulevard lîeauséjour fût à la charge 
de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain (aujourd'hui 
Compagnie des chemins de fer de l'Ouest), concessionnaire delà //^ne de Paris 



LK BOIS DK BOrLOGNE II9 

à Auieuil, en vertu du décret du 18 août 1852. Cette délibération fut approuvée 
par une décision du ministre des Travaux publics du 18 mars de la même 
année. En 1856, la Ville a vendu aux riverains du boulevard Beauséjour une 
zone de terrains situés au-devant de leurs immeubles, avec obligation de se 
clore au moyen de grilles d'un modèle déterminé et de cultiver cette zone en 
jardins d'agrément. 

Alphand, directeur général des travaux de Paris, habita depuis 1854 le 
premier chalet à gauche de la villa Beauséjour, qui a son entrée au n"" 7 du 
boulevard portant le même nom; il mourut, le 6 décembre 1891, dans cette 
propriété, qui est occupée encore aujourd'hui par sa famille. 

Pendant plusieurs siècles, le bois de Boulogne (1) a été aménagé, de même 
que les autres forêts de la couronne, avec de larges avenues et ronds-points 
ou étoiles, comme on en rencontre dans tous les bois ayant également dé- 
pendu des chasses du roi. La loi du 8 juillet 1852 céda à la Ville de Paris le 
bois de Boulogne, sous la condition de consacrer au moins deux millions à 
rerabellir, le Gouvernement désirant y remplacer les allées poudreuses de 
l'ancienne forêt par des jardins anglais. Les dépenses d'aménagement du bois 
se sont élevées à 16.206.252 francs ; mais la Ville a vendu pour 10.401.484 francs 



(i) Voir dans le Bulletin de la Société historique les articles suivants, de M. Léopold 
Mar : « Trois Rencontres au bois de Boulogne », p. 177 du I«» volume; —au III» volume : 
« Un Souper du Régent à Bagatelle», pp. 68 et 69; — « Les Emaux du château de Madrid », 
pp. 71 et 72 ; — et « Une Grande Chasse au bois de Boulogne », p. 168; 

ft Le Château de Madrid », par M. le comte Fernand de l'Eglise, pp. 129 à i33 du 
II • volume ; 

1 Les Souvenirs anglais sur le bois de Boulogne », par M. Edmond Wahl, pp. 64 à 66 
du Ifl« volume; 

« Les Fôles de nuit au bois de Boulogne », par M. Charles Alphand, petit-fils du direc- 
teur des travaux de Paris, p. 164 du II !• volume; 

« Le Troubadour Catelan », par M. Antoine Guillois, pp. 200 et 201 du I»' volume ; 

Anciennes inscriptions de la pyramide Catelan, p. 20 du III* volume; 

Poésie de Mistral sur le troubadour, p. 21 du III» volume; 

Observations sur la sécurité au bois de Boulogne, pp. 187 et 206 du III» volume ; 

«( Les trois Chênes du bois de Boulogne », par M. Tabariès de Grandsaignes, p. 112 
du II» volume ; 

« La Forêt de Rouvray », par M. Gaston Duchesne, pp. 170 du II» et 8 du III» volume; 

u Le Bois de Boulogne pendant la Révolution », par Mme Chochod-Lavergne,pp. 21 à 
23; — « La Comédie â Bagatelle », par M. le D' Chassagne, avec une note de MmeChochod- 
Lavergne, pp. 226 et 227; — « Tué par les fauves », de M. Gaston Duchesne, p. 199; —et 
« Anecdote sur Bagatelle », par M. Lena, p. 227 du IIP volume. 

Voir également l'article publié par M. Brau de Saint-Pol Lias dans le Monde moderne 
de juillet 1899, et un article du Petit Journal du 17 juillet 1895. 

La monographie du bois de Boulogne pourra faire l'objet d'un ouvrage spécial ; je me 
bornerai donc ici à ajouter aux indications données ci-dessus la liste suivante de livres 
publiés au sujet du bois de Boulogne : 

Lettre de saint Vincent de Paul au cardinal de Larochefoucauld, sur l'état de dépra- 
vation de l'abbaye de Longchamp. En latin, avec la traduction française et des notes par 
Tabbé Jean de Labourderie, Paris, Montardier, 1827; 

Vie de Mme Isabelie, sœur de saint Louis^ fondatrice de l'abbaye de Longchamp, par 
Danielo, Paris, 1840; 

Le bois de Boulogne, précis historique et littéraire, par Mme Emilia Telsatme, Paris, 
imp. A. Delcambre, i854; 

Notice pittoresque et historique sur le bois de Boulogne et ses environs, par G. I)., chef 
de bureau à la préfecture de la Seine, Paris, A. FonUine, iKx>; 

Le liois de Boulogne architectural, awec dessins, par Th. Nequer, Paris, Coudri- 
lier, 1860; 

Paris-guide, par les principaux écrivains et artistes de la France, Paris, Librairie 
Internationale, 1867 (voir l'article d'Amédée Achard sur les Champs-Elysées, le bois de 
Boulogne, Auteuil et Passy), t. II, pp. 1228 à i25o. 



t20 HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 

(le terrains et a reçu de l'État une subvention de 4.110.313 francs, ce qui a 
réduit la dépense à sa charge au chiffre de 3.(>04.i55 francs. 

Les travaux de transformation du bois de lioulogne ont été commencés par 
rarchitecte Mittorf, membre de l'Inslitut, avec le concours du jardinier Varé. 
Ils ont été repris et achevés par Alphand, qui est l'auteur du plan de transfor- 
mation effectivement réalisé et qui a été heureusement secondé par le jar- 
dinier paysagiste Barillet-Deschamps (1). 

Le projet dressé, à la lin du xix*' siècle, pour l'éclairage électrique du bois 
de Boulogne, supposait qu'il serait exécuté successivement en trois lots : 
1" allée des fortifications entre les portes Maillot et Dauphine et parcours de 
la porte Dauphine à Suresnes ; i" allées du tour du lac ; routes de Saint Cloud, 
de la Muette à Neuilly, des lacs à Passy ; 3° avenue de l'Hippodrome et partie 
de l'avenue de la Reine-Marguerite. 

Il est bien regrettable que la situation des crédits n'ait pas encore permis 
de réaliser ce projet. 

La rénovation des principaux quartiers de Paris, notamment du 
XVl»* arrondissement, par Alphand, est basée sur ce qu'au lieu de procéder à 
des percements de rues isolément, comme on l'avait fait jusqu'alors, il a 
arrêté, d'après des vues d'ensemble, le tracé de larges avenues et de nouveaux 
boulevards. 

La première avenue ainsi créée fut celle du Bois de Boulogne, Le décret du 
2 mars 1864 lui avait donné officiellement le nom d'« avenue de l'Impéra- 
trice », qu'elle avait déjà reçu en fait, depuis sa création. Un arrêté du maire 
de Paris, du 12 septembre 1870, la dénomma « avenue Uhrich » (nom du 
général qui commandait Strasbourg pendant le siège de cette ville). Elle a 
reçu, par décret du 10 février 1875, sa dénomination actuelle. 

En vue de faciliter les relations entre le centre de Paris et le bois de Bou- 
logne, le gouvernement décida, par décret du 31 mars 1854, la rectification et 
l'élargissement de la route départementale n° 4 entre les abords de la place 
de l'Étoile (2) et la porte Dauphine, ainsi que, par décret du 13 août de la 
même année, l'ouverture de la nouvelle voie (3) sur une longueur de 90 mètres 



(i) I/ouvrage qui a été pul)lic sur la généralité de Paris (divisée en ses vingt- 
deux élections), le 4 septembre 1708, et dont un résumé a été communiqué à la 
Société historique par son secrétaire général, M. Emile Potin, indique pour le bois de 
Boulogne une superficie, « tant en bois planté que places vuides ou remplies de bAti- 
ments », qui équivaut à 678 hectares. Il est dit dans cet ouvrage que le bois cstu renfermé 
de murailles », que les religieuses de Longchamp y possédaient anciennement 80 hec- 
tares, qui ont été réunis au corps du bois par arrêt du conseil du 18 mai 1679 et qu'un 
arrêt du même conseil du ay avril i68y a ordonné que, pour indemniser les religieuses 
de cette réunion et pour leur racheter leurs droits d'usage et de pAlurage, il leur serait 
fait fonds annuellement de 2.400 livres. 

La superficie du bois de Boulogne est actuellement de 848 hectares, dont 876 en forêt, 
19.3 en gazons, jardins et maisons, 129 en routes et sentiers, 121 en concessions diverses 
et 29 en eaux. La longueur des routes, allées et sentiers est de iCo kilomètres, et celle 
des ruisseaux de 12 kilomètres. L'alimentation des lacs et des cascades consomme envi- 
ron 8(X) mètres cubes d'eau par jour. 

Les locations, concessions et recettes diverses procurent un revenu annuel d'environ 
6oo.o(X) francs, un [>eu supérieur aux dépenses annuelles d'entretien. 

Voir à la page 9 du IIP volume du liullefin une note de M. Tabariès de Grandsaignes 
sur d'anciens plans du bois de Boulogne. 

(2) Pour la place de l'Etoile, voir page 76. 

(3) Les travaux d'ouverture de l'avenue du Bois-de-Boulogne ont été commencés par 
le service des routes départementales de la Seine ; ils ont été continués et terminés par 



AVENUE DU BOIS-DE-BOULOGNE J21 

à partir de la place de l'Étoile, qui se trouvait alors en dehors de l'enceinte 
de Paris. On a créé ainsi une grande voie dont la largeur est de iO mètres au 
débouché de la place de TKtoile, sur une longueur de 90 mètres ; au-delà et 
jusqu'à la porte Dauphine, la largeur est de 140 mètres (1). Une zone de servi 
tude non œdi/icandi est réservée sur 10 mètres de largeur, de chaque côté de 
Tavenue, sur les terrains qui avaient été expropriés par la Ville ; aucun genre 
de commerce ou d'industrie ne peut y être exercé (2). L'ouverture de l'avenue 
du Bois-de-Boulogne était comprise dans les travaux à faire suivant le traité 
conclu le 18 mai 1858 entre l'État et la Ville de Paris, en vue de la réalisation 
d'une série d'opérations de voirie. Les dépenses d'établissement de cette 
avenue se sont élevées à 54:2.991 francs, dont moitié à la charge du départe- 
ment de la Seine, attendu que l'avenue se trouvait alors en dehors du mur 
d'enceinte de Paris et faisait partie de la route départementale n'' 4; en outre, 
la Ville de Paris a dépensé une somme de 105.0(X) francs pour l'élargissement 
du pont du chemin de fer d'Auteuil, les semis et plantations de l'avenue et le 
drainage de l'allée des cavaliers. 

Le percement de l'fivenue du Bois-de Boulogne a supprimé la rue An- 
dréine, la rue des Vernis et une partie de la rue de la Pelouse. 11 a coupé 
les rues de Bellevue (rues Chalgrin et de Traktir), des Bouchers (Chalgrin), de 
Villejust, Leroux, l'avenue de Saint Denis (avenue Malakofï), les rues du 
Petit-Parc (Spontini et Pergolèse), de la Pompe, Picot, de la Faisanderie et 
l'avenue Bugeaud. 

Le n'' "11 de l'avenue du Bois-de-Boulogne a été habité par l'économiste 
Michel Chevalier, de 1862 à 1879, et le n« 64, près la villa Saïd, par Jean-Hip- 
polyle-Auguste Delaunay de Villemessnnt (ce dernier nom était celui de sa 
mère), qui a fondé le Figaro et plusieurs autres journaux, est né en 1812 et 
mourut en 1879, à sa villa de Monte-Carlo ; il avait habité, en 1853, une villa 
de la rue Boileau et conserva sa maison de l'avenue du Bois-de-Boulogne 
depuis 1872 jusqu'à sa mort ; il a été inhumé au cimetière d'Auteuil (3). 

C'est à lavenue du Bois de-Boulogne que se trouve l'hùtel qui a été légué 
par le I)*^ Evans à la ville de Philadelphie et qui a été loué et aménagé par 
rÉtat pour y loger des souverains pendant l'Exposition universelle de 1900 ; 
c'est en sortant en voiture de cet hôtel que le shah de Perse a failli être 
victime d'un attentat. 

Le public sera bientôt admis à visiter, au n° 59 de l'avenue du Bois de- 
Boulogne, les magnifiques collections de l'hôtel où le célèbre auteur drama- 
tique Dennery est mort à l'âge de quatre-vingt sept ans et où Mme Dennery 
avait rassemblé un très grand nombre d'objets d'art japonais ; ce musée, dont 
M. Deshayes est l'érudit et aimable conservateur, permettra d'apprécier non 
seulement les arts, mais encore Thistoire du Japon. 

le fservice des promenades et plantations de Paris, sous la direction d Alphand, de 
MM. Fontaine et Darcel, ingénieurs des ponts et chaussc^es, et de M. Lalo, conducteur 
chef de section. 

(1) Cette largeur de 120 mètres comprend une chaussée centrale de 16 mètres, deux 
allées latérales de 12 mètres chacune, deux larges zones gazonnées et plantées d'arbustes, 
eniln deux chaussées ayant chacune 9 mètres de largeur et longeant les grilles des 
propriétés riveraines. 

i'2) Voir aux annexes (pp. 4i3 et s.) la loi du 22 juin iSr>4 et le décret du i3 août de la 
même année concernant la place de l'Etoile et Tavenue du Bois-de-Boulogne. 

1,3) Voir les pages 93_et ^ du tome IV du Bulletin. 



122 HISTOIltE DU XVl" ARRONDISSEMENT 

A Tangle de l'avenue du Bois-de- Boulogne, de la rue Duret et de l'avenue 
Malakofi, n"" 124, rarchitecte Sanson a élevé un palais pour le comte Boni de 
Castellane (1). lise compose d'un grand corps de logis principal à un étage 
sur rez-de chaussée et de deux ailes semblables, en retour d'équerre, le tout 
garni de hautes fenêtres cintrées, reliées entre elles par des pilastres de 
marbre rose. Une balustrade court tout au long de l'entablement du bâtiment. 

On voit au n"" 30, à Tangle des rues Lesueur et Chalgrin, un hôtel d'un 
bel aspect ; au n"" 32, un hôtel Renaissance, édifié en i884 et riche d'ornemen- 
tations ; et, au n"* 54, un grand hôtel, avec large' perron tournant et riche 
balustrade en pierre ; un fronton cintré couronne le milieu du bâtiment. 
L'hôtel du ministre de la république de Saint-Marin se trouve au n"" 44 de 
l'avenue du Bois-de-Boulogne. 

La rue de Presbourg constitue une partie de la rue circulaire, créée pour 
donner des accès aux hôtels de la place de l'Étoile, conformément au décret 
du 13 août 1854, qui a réglé la belle ordonnance de cette place et de ses abords; 
ce décret a assigné à cette rue une largeur de 21 mètres; elle a été tracée 
avec des rayons de 160'",43 et de 172"\42. Le décret du 2 mars 1864 lui a 
donné sa dénomination actuelle, en mémoire de Presbourg, ancienne capi- 
tale de la Hongrie, où fut signé, le 26 décembre 1805, le traité cédant Venise 
et une partie du Tyrol à la France et érigeant la Bavière et le Wurtemberg 
en royaumes. 

Georges V, dernier roi de Hanovre, né en 1819, à qui son infortune (con- 
quête de son royaume par la Prusse) noblement supportée et son infirmité 
(il était devenu aveugle) avaient concilié Testime et FaiTection de l'Europe, 
est mort le 12 juin 1878 dans l'hôtel n'' 7 de la rue de Presbourg. L'ambassade 
de Turquie se trouve dans cette rue, au n*" 10. Coquelin aîné, l'acteur célèbre, 
demeure au n** 6. 

Parmi les grands percements qui ont été exécutés dans le XVl** arrondis- 
sement, sous le second Empire, celui de l'avenue du Bois-de-BouIogne est le 
seul qui ait été terminé avant Tannexion des communes suburbaines, pro- 
noncée par la loi du 16 juin 1859. Les avenues portant actuellement les noms 
de Marceau, Trocadéro, Henri-Martin, léna et Kléber ont été décrétées en 
1858. Pour suivre l'ordre chronologique, je ne parlerai de ces avenues qu'après 
avoir mentionné les rues ouvertes de 1854 à 1838. 

La villa Saïd, impasse ayant son entrée n** 56 de l'avenue du Boîs-de-Bou- 
logne, et barrée, à l'autre extrémité, par le chemin de fer d'Auteuil, a été fon- 
dée en 1854, avec une largeur de 7^,50, par M. Hardon, un des entrepreneurs 
des travaux de construction du canal de Suez. Le nom de cette villa, qui est 
plantée d'arbres, rappelle celui de Port-Saïd, par lequel le canal de Suez 
débouche sur la Méditerranée, ou celui de Saïd Pacha (1822 1863), khédive 
d'Egypte (Saïd est le nom que les Arabes donnent à la Haute-Egypte). Paul 
Dalloz, directeur du Moniteur universel, du Monde illustré, etc., mourut en 
1887, dans son hôtel de la villa Saïd, n** 1. Anatole Fran;:e, de l'Académie 
française, demeure au n"" 6. 

La villa Dupont, ainsi dénommée par l'arrêté du l '^ février 1877, est une 
voie privée, en impasse, qui aboutit à la rue Pergolèso et a été créée en 1854, 

(i) Mme la comtesse Boni de Castellane a donné un million pour rôdiflcation de Thôtel 
de la Charité, rue Pierre-Charron (VIII« arrondissement). 



PARC GUICHARD 123 

SOUS le nom de cité Dupont, avec une largeur de 4 mètres, par M. Dupont, 
propriétaire des terrains. 

La rue Marbeau, qui est voisine de la villa Dupont et aboutit également à 
la rue Pergolèse, a été ouverte, en 1854, par M. Dupont, sur des terrains ayant 
appartenu à M. Marbeau, trésorier général honoraire des Invalides et père 
du fondateur des crèches. 

La villa du Redan, qui débouche sur l'avenue Malakof!, près des fortifi- 
cations, est une voie privée, de G^jSO de largeur, fondée en 1854 par M. Cessard, 
propriétaire des terrains, qui, à l'occasion du mariage de l'impératrice, lui 
donna le nom de « villa Eugénie ». L'arrêté préfectoral du 1*"^ février 1877 lui 
a donné sa dénomination actuelle, en raison du voisinage du redan de la porte 
Maillot. 

Le 6oa/et;ardi?mi7e-i4 Méfier doit son nom au membre de l'Académie fran- 
çaise (1820-1889), auteur de tant de pièces de théâtre qui ont eu le plus grand 
succès. Comme il était très modeste, il disait : « Je suis né en 18i0 et, depuis, 
il ne m'est rien arrivé. » La partie de ce boulevard qui se trouve auprès du 
château de la Muette a été exécutée en 1854 et est restée fort longtemps à 
l'état d'amorce, n'ayant que 250 mètres de longueur. L'achèvement de ce 
boulevard a coïncidé avec celui de la ligne de chemin de fer qu'il suit parallè- 
lement. On avait d'ailleurs réuni, en 1890, au boulevard Émile-Augier, le 
<* boulevard Flandrin prolongé », qui formait impasse sur une longueur de 
50 mètres, à partir de l'avenue Henri-Martin, à gauche du chemin de fer. Ces 
deux tronçons ont été réunis grâce aux travaux (1) exécutés de décembre 1898 
à juillet 1900; maintenant, le boulevard Émile-Augier constitue une voie con- 
tinue, longeant le chemin de fer d'Auteuil depuis la chaussée de la Muette 
jusqu'à l'avenue Henri-Martin. 

La rue Rude a été ouverte en 1854, lors du percement de l'avenue du Bois- 
de-Boulogne, sur des terrains appartenant à la Ville et provenant de lancien 
promenoir ou pelouse de l'Étoile. On Ta d'abord appelée « rue Neuve ». Le 
décret du 2 mars' 1807 lui a donné sa dénomination actuelle en l'honneur du 
sculpteur François Rude (1784-1855), grand prix de Rome en 1808. 11 avait 
commencé par être poôlier-fumiste ; on lui doit le Jeune Pêcheur napolitain, 
la statue en bronze de Gode^froi Cavaignac au cimetière Montmartre et le 
fameux bas-relief de l'arc de l'Étoile, intitulé le Dépari, ou la Marseillaise 
conduisant les soldats français au combat. Un autographe de Rude porte : 
o Je crois cette fois avoir réussi, car il y a là dedans quelque chose qui me 
fait passer à moi-môme chaud et froid dans Tûme : nos guerriers courent 
à la défense de la patrie et non à la gloire. » 

Le vice -amiral comte d'Estaing (2), né en 1729, avait rue de Passy un hôtel, 
qui était surtout remarquable par l'étendue et la beauté de son parc. Il 
slllustra par ses campagnes de 1778 et 1780, battit la flotte anglaise près Sainte- 
Lucie et prit la Grenade; il fut exécuté sous la Terreur, le 28 avril 1794. 

Le parc de l'hôtel d'Estaing (3), qui^a été nommé ensuite parc Guichard, 

[i) Ces travaux de voirie ont Hé dirigés par M. l'inspecteur général Boreux et par 
MM. les ingénieurs Babinet et Bret. 

(>} Voir aux annexes (p. 4ao) l'article do M.Antoine Guillois, intitulé : « L'Amiral d'Estaing 
è Passy et à Sainte-Pélagie ». 

(3} M. de Riancey a occupé le premier étage de l'hôtel d'Estaing, depuis i848 jusqu'à 
Aa démolition. 



124 HISTOIRE nu XVI' ARRONDISSEMENT 

avRii une superficie de ±t arpents et s'étendait depuis la rue Desbordes- 
Valmure jusqu'à la rue île Pcissy ; il possédiiit de lieaux mouvements de ter- 
rain et un délicieux pavillon Louis XV. (lette vasic propriété passa entre les 
mains de M. Uuicliard, ancien avocat à la Cour de cassation et aux conseils 
du roi, avocat de la liste civile sous la Hestauration et auteur de plusieurs 
ouvrages très estimés. 

On avait établi, vers la fin du gouvernemeni du roi Louis-Pbilipe, les plans 
des rues à percer dans le parc (ïuichard, pour vendre avantageusement les 



terrains; mais M. Ouicbard tenait à ce que, de son vivant, sa propriété, qu'il 
babitait, fût conservée. 11 mourut à lilgu de quatre-vingt-cinq ans. et son iils 
céda, en 185i, le parc fiuicbard k une compagnie qui était représenlée par 
M. (luibert, propriétaire, demeurant rue de la Tour, n" (13, alors membre 
du conseil municipal de Passy; il fit percer ù travers le parc Ouicbard, 
indépendamment de la place Possoz, six rues de 10 mètres de largeur, savoir : 
la rue Guichard. la rue SaiQt-lli|ipolyte (aujourd'hui Cortambert), la rue 
Sainte-Claire (rue Faustin-llélie), la rue Saint-Georges (rue Uelaroche), la rue 
Saint-Pierre (rue Nicolo) et la rue Notre-Dame (rue Desbordes-Valmore). La 
réception de ces nouvelles voies, d'abord ajournée par suite d'un vote du 17 fé- 
vrier 18oti, fut prononcée par une délibération du conseil municipal de Passy 



PLACE POSSOZ 125 

en date du 5 décembre 1858. Il résulte de cette délibération, pour laquelle 
M. Guibert s était abstenu de voter, que les rues du parc Guichard avaient 
été dès 1854 assainies par des égouts, qu'elles étaient nivelées avec les rues 
adjacentes, garnies de caniveaux pavés, trottoirs et appareils d'éclairage. En 
conséquence, ces rues, établies par la Société civile formée entre MM. Gui- 
chard, Guibert et Lesar, ont été remises à la commune de Passy, pour être 
entretenues par elle, et classées comme voies publiques. 

La « rue Sainte-Claire » avait été ainsi nommée parce que Mme Ohnet, 
dont le mari était l'architecte de la compagnie du parc Guichard, portait le 
prénom de Claire. Le décret du 3 décembre 1885 a donné à cette rue le nom 
du jurisconsulte Fausiin Ilëlie (1701)-188i), qui a habité la rue Singer de 185Î) 
à 1879, et ensuite l'hôtel n° 18 de la rue Desbordes-Valmore jusqu'à sa mort, 
survenue en 1884. Faustin Hélie a été président de la Cour de cassation; sa 
théorie du Code pénal et son traité d'Instruction criminelle font autorité. 

La rue Delaroche (nommée précédemment « rue Saint-(ieorges », en raison 
du prénom d'un des cointéressés de M. Guibert) a reçu son nom, le 21 août 
1864, en l'honneur du peintre Hippolyte, dit Paul Delaroche (1797-1856), 
membre de l'Institut, qui a décoré l'hémicycle du palais des Beaux Arts. 

La rue Desbordes-Valmore (i), nommée précédemment rue Notre Dame, 
parce que l'église de Passy a été consacrée sous le vocable de Notre-Dame-de- 
(irâce, a été ouverte, comme les rues précédentes, en 1851, sur les terrains de 
Tancien parc Guichard. Elle a reçu son nom actuel, par décret du 24 août 1864, 
en l'honneur de Marceline Desbordes, dame Valmore (1786-1859), qui a publié 
des romances, contes en vers; élégies et autres poésies, A celles qui pleurent, la 
Veillée, etc. — Il résulte de conventions acceptées par les propriétaires 
qu'une servitude non allias lollendi limite, sauf pour les maisons d'angle, la 
hauteur des constructions sur le côté droit de la rue Desbordes-Valmore, 
entre les rues de la Tour et Nicolo, ce qui conservera aux numéros pairs de 
cette section leur caractère d'élégants petits hùtels. 

hà place Possoz, qui a 45 mètres sur 35, doit son nom à Jean-Frédéric 
Possoz (1797-1875), qui a été maire de Passy sous la monarchie de Juillet (2), 
ainsi que pendant les premières années de l'empire jusqu'à l'annexion. 11 
résulte d'une lettre de M. Guibert, administrateur de la Société des terrains 
de l'ancien parc Guichard, que cette Société avait résolu de donner à cette 
place le nom du maire Possoz, sans l'en prévenir. M. Possoz, dernier maire 
de Passy, s'y était fixé en 1827; il fut maire de 183i à 1848 et membre du 
conseil général de la Seine pendant le même temps; réintégré comme 
conseiller général en 1849 et comme maire de Passy en 1852, il fut,- jusqu'en 
1870, le doyen du conseil général de la Seine. 

On voit, sur deux côtés de la place Possoz (d'une part, entre les rues Cor- 
tambert et Delaroche; d'autre part, entre les rues Faustin-Hélie et Guichard), 
des parties non bâties qui constituent des amorces de la voie projetée pour 
relier directement la place du Trocadéro à la rue Mozart et à la chaussée de 
la Muette ; cette voie, projetée dès le second Empire, n'a pas été exécutée. 

1/ La voie sous-minéc a été consolidée en i&'iG, sur 50 mètres de longueur; devant le 
n» 6, la distance du sol au ciel de la carrière est de 8™,3o et la hauteur de la fçalerie 
4'exploitaUon est de 3",5o. 

12 Voir aux annexes (pp. 421 et V^.3 ) les biographies de MM. Possoz et Dauvergne» 
mairef» de Passy. 



126 HISTOIRE DU XVl" ARRONDISSEMENT 

Le boulevard Flandrin, dans l'axe duquel passe le chemin de fer, s'est 
d'abord nommé « boulevard latéral au chemin de fer d'Auleuil « ; il se 
compose, en eflet, depuis la station de l'avenue Henri-Martin jusqu'à la rue 
Dufrénoy, de deux voies séparées l'une de l'autre par la voie ferrée ; la largeur 
entre les constructions et la clôture du chemin de fer est de 12 mètres. La 
partie comprise entre la rue de la Tour et la rue du Puits-Artésien (rue Dufré- 
noy) a été ouverte par la Ville de Paris, en 1856, sur des terrains désaffectés 
du bois de Boulogne. Le côté pair a été ensuite continué depuis la rue du 
Puits-Artésien jusqu'à la rue de Longchamp prolongée, sur un terrain appar- 
tenant à M, Théry, au moyen d'un échange fait entre ce propriétaire et la 
Ville, en 1857. Le prolongement entre la rue de Longchamp et la rue du 
Général-Appert (1) a été exécuté, par les propriétaires riverains, comme voie 
privée. Du côté de la porte Dauphine, le boulevard Flandrin avait été ouvert 
dès la création de la station du chemin de fer, dénommée station du Bois-de- 
Boulogne ; mais le boulevard est resté fort longtemps en lacune, aux abords 
de l'impasse Cothenet, ce qui réduisait également ces deux sections du côté 
pair du boulevard Flandrin à l'état d'impasses. 11 sera bientôt achevé, puisque 
le co])seil municipal de Paris a, par délibération du il avril 1900, autorisé le 
préfet de la Seine à acquérir, moyennant 100.000 francs, la partie de l'im- 
meuble sis impasse Cothenet, n° 12 bis, d'une superficie de 486 mètres 
carrés, nécessaire pour compléter, sur ce point, l'ouverture du boulevard 
Flandrin. 

Le nom actuel de ce boulevard lui a été donné par décret du 2 octobre 1865, 
en l'honneur d'Hippolyte Flandrin (1809-1864), peintre d'histoire, élève 
d*Ingres, grand prix de Rome en 1832. On lui doit la vaste frise de Saint- 
Vincent-de-Paul, les peintures murales du château du duc de Luynes, à 
Dampierre, et de l'église Saint-Germain-des-Prés. Un monument lui a été 
élevé dans cette église : « A Hippolyte Flandrin, ses amis, ses élèves, ses 
admirateurs ; — enlevé prématurément aux arts qu'il honorait par son 
caractère et son talent. » 

Les glacières du bois de Boulogne sont établies sur le côté impair du 
boulevard Flandrin, près de l'angle de la rue Dufrénoy. Barthélémy Saint- 
Hilaire (1805-1895), philosophe et helléniste (2), traducteur d'Aristote et de 
VUiade, secrétaire général de la. présidence de M. Thiers, sénateur, que la 
Société historique d'Auleuil et de Passy s'honorait de compter parmi ses 
membres, habitait, au boulevard Flandrin, Thôtel portant le n" 14. 

Un décret du 3 novembre 1856 autorisa la Ville de Paris à acquérir de 
MM. Théry et Duval la propriété d'une partie du chemin ouvert par eux sur 
leurs terrains pour établir une communication entre l'avenue d'Eylau (avenue 
Victor-Hugo) et le boulevard latéral au chemin de fer d'Auteuil. Cette acqui- 
sition fut faite en 1857, par contrat notarié des 10 et 20 mars; la nou- 
velle voie, ayant 12 mètres de largeur, fut nommée « rue du Puils-Arlésien »>, 
à cause du voisinage du puits artésien, foré de 1855 à 1863, au square Lamar- 
tine. Vers 1860, cette rue fut prolongée par la Ville jusqu'au boulevard Lannes. 

(i) La partie du boulevard Flandrin située aux abords de la rue du Gémirai -Appert a 
été mise en état de viabilité en 1897. La longueur de la voie sous-minée estde i4 nièlres. 
Près l'avenue du bois de Boulogne, la distance du sol au ciel de la carrière est de ii"',rx>; 
la bauleur de la galerie d'exploitation est de 4 mètres. 

['ïj Voir aux annexes une notice historique sur Barthélémy Saint-Ililaire, p. 4*4. 



PONT DE LALMA I27 

Le décret du 27 février 1867 a donné à la rue du Puîts-Artésîen sa dénomi- 
nation actuelle de rue Dufrénoy, en l'honneur de Pierre-Armand Dufrénoy 
(1792-1857), inspecteur général des mines, qui a fait avec Élie de Beaumont, 
de 1823 à 1841, la carte géologique de la France. Le doublement des voies du 
chemin de fer a exigé la reconstruction du pont Dufrénoy, achevée de février 
à août 1900. 

La rue des Bauches était autrefois un sentier qui traversait le lieu dit « les 
Bauches » ; il résulte des délibérations du conseil municipal de Passy, en 
date des 10 novembre 1845 et 11 décembre 1846, que ce sentier avait alors 
2*,75 de largeur, que c'était une voie privée fournie par les propriétaires rive- 
rains dans rintérôt de l'exploitation de leurs terres qui, encore à cette 
époque, n*étaient pas bâties; le conseil municipal estimait que ce sentier 
n avait aucun caractère d'utilité communale. 11 a été successivement élargi, 
au moyen d'abandons de terrains consentis par les propriétaires riverains. 
L'arrêté du 16 février 1856 a fixé pour cette rue une largeur légale de 8 mètres. 

L'avenue Montespan, qui va de l'avenue Victor-Hugo à la rue de la Pompe, 
a été formée, en 1856, par Arsène Houssaye ; c'est une voie privée de 7",50 de 
largeur, fermée pendant la nuit à ses deux extrémités par des grilles. Le nom 
de cette avenue rappelle celui de Françoise-Athénaïs de Rochechouart, qui 
épousa, en 1663, Henri-Louis de Pardaillan, marquis de Montespan. Arsène 
Houssaye, à qui sa galerie de portraits du xvni« siècle a valu la décoration, en 
1846, a été administrateur de la Comédie-Française de 1849 à 1856. 11 a publié 
beaucoup d'ouvrages, dont plusieurs se ressentent de sa prédilection pour 
répoque de Louis XIV et de Louis XV, pour ses arts, ses mœurs et sa littéra- 
ture, et rappellent, avec beaucoup d'esprit, d'ailleurs, les grâces raffinées de 
ce temps. 

La rue Bénouville^ qui s'est d'abord appelée « rue Chabrol », a été ouverte 
en 1856, avec une largeur de 10 mètres, sur des terrains appartenant à M. Cha- 
brol, architecte du Palais-Royal, mort en 1875, et à M. Marbeau, fondateur et 
président jusqu'à sa mort de la Société des crèches (1). Les alignements de 
cette rue ont été fixés par arrêté du 16 décembre 1856. Elle a reçu sa dénomi- 
nation actuelle, par décret du 10 février 1875, en l'honneur du peintre Fran- 
çois Léon Bénouville (1823-1859), qui obtint le grand prix à l'École des Beaux- 
Arts, sur ce sujet : Jésus dans le Prétoire^ et exposa, en 1853, une grande toile : 
Saint François-d* Assise mourant;^ qui a été achetée par le musée du Luxem- 
bourg. Rue de Bénouville se trouve, depuis 23 ans, un cirque où M. Molier, 
UD maître en dressage et en haute école, donne tous les ans, sur invitations, 
une représentation d'amateurs du grand monde. 

Sur la rive droite, la moitié du pont de l'Aima appartient, du côté d'amont, 
au VIII«, et l'autre moitié, du côté d'aval, au XV1« arrondissement. Le décret 
du 6 décembre 1854 a décidé, en mémoire de la victoire remportée le 20 sep- 
tembre de la même année (2) par l'armée d'Orient, en Grimée, la construction 

(i) M. Marbeau avait acheté^ en i844f son immeuble, qui tenait d'un côté à la rue de la 
Faisanderie (i63«»,56), de l'autre à la rue du Petit-Parc, actuellement Spontini (i52 mètres) 
à gauche, à remplacement de la rue Chabrol, actuellement Bénouville (io4",6o), et, à 
droite, à l'emplacement de la rue de Longchamp prolongée. 

(2) LAlma est un fleuve de Crimée qui se jette dans la mer Noire, entre Sébastopol 
el Eupatoria ; la victoire fut remportée, près de ce fleUve, par le maréchal de Saint- 
Arnaud et lord Raglan, à la tête des armées française el anglaise, sur une armée russe, 
commandée par le prince MentschikofTé 



12^ HISTOIRE DU XVI' ARRO^Dl.SSEHE^T 

avRit une superficie de -ii arpents et s'étendHit depuis la rue Desbordes- 
Valniore jusqu'à la rue de Passy; il possédait de beaux mouvements de ter- 
rain et un délicieux pavillon Louis XV. ('ette vasie propriété passa entre tes 
mains de M. (iuicliard, ancien avocat à !a Cour de cassation et aux conseils 
du roi, avocat de la liste civile sous la ItestauratioQ et auteur de plusieurs 
ouvrages tn'^s estimés. 

On avait établi, vers la lin du gouvernemeni du roi Louis-Pbilipe, les plans 
des rues à percer dans le parc Guichard, pour vendre avantageusement les 



terrains; mais M, Ciuicliard tenait à ce que, de son vivant, sa propriété, qu'il 
habitait, fût conservée. Il mourut à l'iigc de quatre-vingt-cinq ans, et son fils 
céda, en IHT,\, le parc (luichard à une compagnie qui était représentée par 
M. (Juibert, propriétaire, demeurant rue de la Tour, n° ti3, alors membre 
du conseil municipal de l'assy; il lit percer à travers le parc Guichard, 
indépendamment de lu place Possoz, six rues de 10 mètres de largeur, savoir ; 
la rue Guichard, la rue Saint-lii|ipolyte (aujourd'hui (^ortanibert), la rue 
Sainte-Claire (rue Faustiu-1 lêlie), la rue Saint-Georges (rue Delaroche), la rue 
Saint-Pierre (rue INicoIo) et la rue Notre-lJame (rue Desbordes-Valmore), La 
réception de ces nouvelles voies, d'abord ajournée par suite d'un vote du 17 fé- 
vrier I8âti, lut prononcée par une délibération du conseil municipal de Passy 



PLACE DE LALMA I29 

leur exceptionnelle des eaux pendant Thiver de 185 i à 1855 fit obstacle à 
rachèvement du pont de l'Aima dans le délai fixé. La circulation y fut établie 
provisoirement le 15 août 1855 ; mais des mouvements survenus au décintre- 
ment retardèrent Touverture définitive du pont jusqu'au 2 avril 1856, jour où 
il livra passage au cortège impérial, qui se rendait au Champ de Mars pour la 
remise des drapeaux aux régiments revenus de la campagne de Crimée. 
Toutefois, le pont de TAlma ne lut entièrement achevé qu'en 1857. 

H se compose de trois arches elliptiques ; celles de rive ont 38'",50 et celle 
du milieu 45 mètres d'ouverture. La longueur est de 153 mètres et la largeur 
de ^ mètres : la chaussée est de 14 mètres et les deux trottoirs font 4 mètres 
chacun. La dépense du pont proprement dit, qui a été partagée par moitié 
entre l'État et la Ville de Paris, s'est élevée à 1.(^20.000 francs. 

Les quatre statues qui décorent les avant-becs et arrière-becs du pont sont 
en pierre dure de Chérences et ont coûté 110.(X)0 francs. (Chacune d'elles 
représente un militaire des corps de l'armée de ligne ayant pris part à la 
campagne de Crimée. Les statues des avant becs (un zouave et un soldat de 
l'infanterie de ligue) sont dues à Diéboldt ; les deux autres (un artilleur et un 
chasseur à pied) sont d'Arnaud. 

Le décret du 6 mars 1858 a déclaré d'utilité publique Touverture des voies 
suivantes : 

i^ Un boulevard de 40 mètres de largeur, devant partir du quai Debilly, 
dans Taxe du pont de l'Aima, pour aboutir à l'avenue des Champs-Elysées 
(ce boulevard est l'avenue de l'Aima) ; 

i" Un boulevard de 40 mètres de largeur, devant commencer audit quai, 
presque en face ledit pont, et devant aboutir à la place de TÉtoile (c'est l'ave- 
nue Marceau) ; 

3** Un boulevard de 40 mètres de largeur, partant du même point et se 
dirigeant sur la barrière Sainte-Marie (c'est l'avenue du Trocadéro) ; 

4** Un boulevard de 40 mètres de largeur, partant de la place de l'Étoile, 
pour aboutir au quinconce placé vis à-vis du pont d'Iéna (c'est l'avenue 
d'Iéna); 

3** Et des amorces des voies secondaires, traversant ces boulevards ou y 
aboutissant, ces amorces devant être ouvertes sur toute l'étendue des pro- 
priétés situées à l'intersection des voies principales et des voies secon- 
daires. 

Le même décret a autorisé l'ouverture, dans la commune de Passy, d'un 
boulevard de 40 mètres de largeur, devant prolonger le boulevard ci-dessus 
décrit sous le n" 3 jusqu'à la porte de la Muette (c'est l'avenue Henri-Martin), 
et d'un boulevard formant rectification de celui de Passy et se prolongeant 
jusqu'à la rencontre du boulevard de Longchamp (c'est l'avenue Kléber). 

L'ouverture de l'avenue de l'Aima a coûté 14.489.484 francs, d'où il faut 
déduire 1.103.504 francs de recettes provenant de revente de terrains et vente 
de matériaux, ce qui fait ressortir une dépense nette de 11.385.780 francs. 
Je ne donnerai pas d'autres indications sur l'avenue de l'Aima, parce qu'elle 
se trouve entièrement sur le V1II« arrondissement ; mais la place de lAlma 
appartient en partie au XV1«. Elle a été déclarée d'utilité publique par le 
décret précité du 14 mars 1858, comme coaséquence des alignements indiqués 
sur les plans joints à ce décret ; elle a été terminée en 1801, c'est-à-dire avant 
rachèvement de l'avenue de l'Aima ; cependant, les plaques indiquant le nom 

9 



l3o HiSTOtnE DU XVI'^ ARRONDISSEMENt 

de cette place n'ont été posées qu'en 1871 ; elle dessert des courants multiples 
de circulation. 

Les avenues du Trocadéro et Henri-Marlin, qui sont séparées par la place 
du Trocadéro, n'en formaient autrefois qu*une seule, dénommée « avenue de 
l'Empereur •>; elles ont été exécutées (l) de 1862 à 1868, sous la direction 
d'Alphand ; les travaux ont été terminés d'abord entre la porte de la Muette 
et la place du Trocadéro, ensuite entre cette place et le quai Debilly. 

Le décret du 6 mars 1858 n'avait pas tardé à être exécuté sur le territoire 
de Passy (avenue Henri-Martin); mais six ans après la promulgation de ce 
décret, les travaux considérables qu'exigeait l'ouverture du boulevard entre 
la place du Trocadéro et le quai Debilly étaient encore peu avancés. Le décret 
du 2 mars 1854 donna au nouveau boulevard le nom d' « avenue de l'Empe- 
reur », et deux décrets des 17 février et 24 septembre 1864 approuvèrent les 
traités passés entre la Ville de Paris et la Société Thome et C®. La dépense 
totale pour les opérations de voirie auxquelles s'appliquait ce traité, et parmt 
lesquelles figurait l'achèvement de l'avenue du Trocadéro, s'est élevée à 
19.810.149 francs ; mais la revente des terrains et matériaux avait produit, au 
1"' janvier 1870, une recette de 2.647.572 francs, et il restait encore à cette 
époque des terrains à aliéner. 

lîln 1866, les déblais de l'avenue du Trocadéro, à qui ce nom a été donné 
par un arrêté préfectoral du l''' février 1877, que le décret du 10 novembre 
suivant a confirmé, étaient poussés avec la plus grande activité; on ne les 
interrompait même pas pendant la nuit : c'était le moment qu'on choisissait, 
par mesure de précaution, pour faire jouer la mine. Aux abords du quai 
Debillv, il a fallu exécuter un remblai dont la hauteur maxima estde 11 mètres. 
Dans cette partie du tracé, qui domine la Manutention des vivres militaires, 
construite sur remplacement de l'ancienne manufacture royale de tapis de la 
Savonnerie (2), il n'existe de maisons que sur le côté nord ; le côté le plus 
voisin de- la Seine n'(^st pas bàli et forme une terrasse laissant la vue s'étendre 
au dessus des immeubles situés au pied et n'ayant pas d'accès sur l'avenue ; il 
a donc fallu la maintenir par un grand mur de soutènement de 360 mètres de 
longueur, fondé sur un banc d'argile. 

L'avenue Henri-Martin, qui s'est nommée d'abord « avenue de l'Empe- 
reur », puis, de 1877 à 1883, « avenue du Trocadéro », a reçu, par décret du 
3 décembre 1885, sa dénomination actuelle en l'honneur d'Henri Martin 
(1810-1883), qui a été maire du XVP arrondissement et a publié VHistoire de 
France depuis les lemps les plus reculés jusque 178g, ouvrage couronné par 
l'Académie française. Cette avenue a été exécutée en déblai du côté de la place 
du Trocadéro et en remblai du C4)té du bois de Boulogne. La hauteur du mur 
de soutènement du cimetière de Passy montre que les déblais ont été consi-. 
dérables; leur hauteur a atteint 10 mètres. On les a utilisés pour remblayer 

(1 Les travaux d'ouverture des avenues du Trocadéro, Henri-Martin, d'Iéda et Mar- 
ceau ont été exécutés sous les ordres de M. l'ingénieur Darcel, avec le concours de 
MM. les conducteurs des ponts el chaussées Lalo, pour l'avenue Henri-Martin, et Selhci- 
mer, pour les trois autres avenues. 

Le sol sous-miné de l'avenue du Trocadéro a été consolidé, en 1887, sur 5570 mètres 
de longueur, entre les n"» a-.^ el 44 ; «^ l'angle de la rue de Magdebourg, la dislance dil 
sol au ciel de la carrière est de 8™ ,08, el la hauleur de la galerie d'exploitation esl de 
3 mètres. 

;t>)Voirci-dessusfpp.53 et8.3) pourlamanufacturede la Savonnerie etpourlaManutenlioni. 



AVENUES DU TROCAD^IIO ET II EN RI- M ART IN l3l 

les terraios de la Muette, situés entre le square Lamartine et le bois de Bou- 
logne, qui appartenaient à la Ville de Paris; on les a vendus, avec la condi- 
tion de bâtir dans un délai déterminé. La rue de tu Pompe a été traversée à 
niveau et on n'a établi sur l'avenue Henri-Martin que trois pentes, dont l'une 



Portrait d'Henri Martin. 

«Colkelion de M. Emile Polin.) 

règne depuis la place du Trocadéro jusqu'à la rue de la Pompe, l'autre 
depuis la rue de la Pompe jusqu'au square Lamartine et la troisième entre ce 
square el la porte de la Muette. 

La station de l'avenue Henri -Martin (t) (bilureation delalit;iie d',\uteuil el 
de celle des Invalides) et la mairie du XVf arrondissement(i) ont leur entrée 
sur l'avenue Henri-Martin, au long de laquelle une servitude non œdifuandi a 
été réservée de chaque côté, conformément aux conclusions prises au nom de 

!i) Cette slntiun ae nommnil iiréc^dnninient ■■ slatiim de l'iivt^nuc du Ti-otadfro " ; ce 
nom ^tnit liicn jdstitl^, h l'époque où l'avenue du Trocadéro attendait jusqu'auprès de In 
porte de la Muette; mais, ensuite, l'avenue du Ti'oradéro a été dénommée, dans la partie 
voisine de la sLilion. nvcnue Henri-Martin, n'aillciint il ronvenait d'éviler une conrusion 
avec la elation du mélropuliljiin éinblii- ti la place du Troradéro, On n donc donné h In 
«talion du Trocndém, en iguo, 1c nom d'IIenri-Martin. 

l/i.) Voir pa({e 187, note 3, le» indications données sur [a constrtiction el l'inauguration 
lie la mairie du XVl'arrondittsement. 



l32 HISTOIRE DU XVl^ ARRONDISSEMENT 

la Ville de Paris (1) devant le jury d'expropriation, dont la décision a été 
rendue le 14 juillet 1860 : aucune construction ne peut être élevée dans une 
zone de 10 mètres en arrière de Talignement des clôtures; cette zone devra 
toujours être cultivée en parterres d'agrément, de niveau avec lavenue; 
toutes les grilles de clôture sont du modèle réglementaire ; la façade princi- 
pale des maisons est parallèle à Taxe de l'avenue ; elles doivent être habitées 
bourgeoisement et, en conséquence, aucun genre de commerce ou d'industrie 
ne peut y être exercé. 

La largeur de l'avenue Henri-Martin est de iO mètres, savoir : deux trot- 
toirs de 6 mètres chacun, deux voies carrossables ayant chacune 9 mètres et, 
dans la partie centrale, une allée cavalière de 10 mètres ; la distance entre les 
façades des maisons de cette avenue est de 60 mètres. 

La construction de Tavenue de TEmpereur (avenues du Trocadéro et Henri- 
Martin) a entraîné la suppression d'une partie du passage de la Pompe-à-Feu,des 
rues Basse-Saint-liierre, Gasté, de Longcharap,de Lubeck,Greuze,SchefIer,de 
la totalité de la rue Virgile. L'extrémité de l'avenue d'Eylau (avenue Victor- 
Hugo) a été absorbée par l'avenue Henri-Martin depuis la rue de la Tour, d'un 
côté, et le boulevard Flandrin,derautre, jusqu'aux boulevards LannesetSuchet. 

Il a fallu élargir le pont qui faisait passer le chemin de fer d'Auteuil sous 
l'avenue d'Eylau (avenue Victor-Hugo); cet élargissement a été exécuté en 1860 
par la Compagnie du chemin de fer, à qui la Ville a remboursé la dépense de 
ce travail, montant à 21.000 francs. 

Les travaux de viabilité de l'avenue Henri-Martin, aux abords de la station 
du chemin de fer, nécessités par l'établissement de la ligne de Gourcelles aux 
Invalides, ont été exécutés de juin 1898 à septembre 19(K). Les becs à incan- 
descence ont été installés en mai 1900 sur l'avenue du Trocadéro, entre la 
place du Trocadéro et la place d'Iéna. 

La pompe à feu (2; de Chaillot se trouve entre la place d'Iéna, le quai 
Debilly et l'origine de l'avenue du Trocadéro. Le service devant être transféré 
à Auteuil, la rue Viilehois-Mareuii sera établie sur une partie de l'emplace- 
ment des bêUiments de la pompe à feu de Chaillot, qui a été désaffectée par 
arrêté du 16 mai 1900; les travaux à faire pour la nouvelle usine élévatoire 
d'Auteuil (avenue de Versailles, 77) ont été adjugés le 26 mai 1900. 

En l'an IX, on avait établi dans l'enceinte de la pompe à feu (n*** 6 et 7 du 
quai de Chaillot) des ateliers où étaient employés plus de quatre vingts 
ouvriers forgerons, fondeurs, etc., pour y fabriquer de l'artillerie de terre et 
de mer de tout calibre. 

Le dépôt des phares et le laboratoire d'essais de l'École des ponts et chaus- 
sées occupent actuellement l'espace compris entre l'avenue du Trocadéro, 
l'avenue d'Iéna et la rue de Magdebourg; l'entrée principale est sur l'avenue 
du Trocadéro. Après avoir occupé, de 1834 à 18i8, un immeuble situé rue 
Nolre-Darae-des-C'hamps et loué par l'État, le dépôt des phares fut établi, 
en 1849, conjointement avec le laboratoire d'essais de l'École des ponts et 



(i; Voir aux annexes (p. /l'iG' les règlements spéciaux applicables à l'avenue Henri- 
Mnrtin. 

::» Voir aux annexes (p. ^iC) et s.) InrUdo de M. Lropold Mar, intitulé: « L'Ancienne Pompe 
A feu (le Chaillol »». — Mon article sur le service des eaux dans le XVI« arrondissement, qui 
«lonne aussi des indications sur l'histoire de la pompeà feu, est également reproduit aux 
annexes (p. 3<p > 



PALAIS DU TROCADÉRO l33 

chaussées, sur des terrains appartenant à l'Ktat et situés au coin du quai 
Debilly et de la rue de Magdebourg (1). 

Lorsqu'à l'occasion de l'Exposition universelle de 1867, la Ville de Paris 
entreprit d'anaénager les pentes du Trocadéro. elle entra en pourparlers avec 
rÉtat, qui, suivant traité du 6 décembre 1866, consentit à abandonner les 
terrains du quai Debilly; il fut décidé que le dépôt des phares et le labora- 
toire de rÉcole des ponts et chaussées seraient installés dans le terrain 
triangulaire compris entre la rue de Magdebourg, l'avenue du Trocadéro et 
l'avenue d'Iéna. La portion de ce terrain joignant la rue de Magdebourg, et 
mesurant i.765 mètres carrés, fut affectée au dépôt des phares ; celle située 
près de l'angle de l'avenue d'Iéna et de l'avenue du Trocadéro fut affectée au 
laboratoire d'essais de l'École des ponts et chaussées. Pendant la construc- 
tion des bâtiments actuels du dépôt des phares, de 1867 à 1869, ce dépôt fut 
installé provisoirement dans un immeuble, aujourd'hui disparu, qui était 
situé rue des Batailles, laquelle n'existe plus et a été remplacée par l'avenue 
d'Iéna. On voit que c'est depuis 1869 que le dépôt des phares est installé à son 
emplacement actuel. 

La façade sur la rue de Magdebourg est surmontée d'une tour carrée, avec 
plate-forme permettant l'installation d'un feu qui, les jours de fête publique, 
projette des rayons lumineux jusqu'à Montmartre et au square des Buttes- 
Chaumont, d'une part, et de l'autre jusque sur les coteaux de Meudon et de 
Bellevue. 

Un projet de loi a été déposé en 1901 par le ministre des Finances, en vue 
d'aliéner les terrains occupés par le laboratoire de l'École des ponts et 
chaussées, ainsi qu'une bande des terrains du dépôt des phares en bordure 
sur l'avenue d'Iéna; mais les bâtiments de ce dépôt en façade sur l'avenue 
du Trocadéro et sur la rue de Magdebourg ne seraient pas touchés. 

En 1811, Napoléon P' voulut établir au Trocadéro un palais (2) pour son 
héritier, le roi de Rome. Les plans furent dressés par les architectes Fontaine 
et Percier et les fouilles commencées; mais la chute de l'Empire fit aban- 
donner l'entreprise, et cette région, qui avait été occupée autrefois parles dé- 
pendances du couvent des Bonshommes et du monastère royal de la Visitation, 
redevint un désert escarpé et servit, sur divers points, de réceptacle aux 
immondices de Paris. En 1825, le conseil municipal de Passy avait proposé 
d'améliorer la demi-lune existant en face de la barrière Sainte Marie (au point 
où se trouve actuellement la place du Trocadéro) en y créant une place de 
50 mètres de rayon. 

Le gouvernement de la Restauration avait décidé que l'emplacement du 
palais du roi de Rome serait affecté à la construction d'une caserne, dont la 
première pierre fut posée par le dauphin et la dauphine le 31 août 1826; 



(i) La superflcic sous-minéc est de 4-7fX) mètres carrés sous le dépôl des phares et de 
88o mètres carrés sous le dépi^t de l'Ecole des ponts et chaussées. A l'angle de l'avenue 
du Trocadéro et de la rue de Magdebourg, la distance du sol nu ciel de la carrière est 
de 8",8, et la hauteur de la galerie d'exploitation de i™,7o. A l'avenue d'Iéna, devant le 
dépôt, la distance du sol au ciel de la carrière est de 4*°/'24, el la hauteur de la galerie 
d'exploitation de i™,28. 

î2: Voir aux annexes (p. 43o) l'article do M. Antoine Cluillois. inUtulé : « Le Palais du roi 
de Rome ». — Voir également l'extrait du discours de M. Lanier: « A travers le Trocadéro >»» 
pp. 217 à 222 du !«»• volume du Bulletin, Les archives de la Société possèdent des vues du 
palais projeté, ainsi que les portraits de Fontaine et de Percier. 



l34 HISTOIRE DU XVl" ARRONDISSEMENT 

troisième anniversaire de la prise, par le duc d'Angoulême, d'un fort de Cadix 
appelé Trocadéro, dont la reddition avait terminé heureusement la guerre 
d'Espagne. La caserne n'était pas encore bâtie en 1830; mais le nom de Tro- 
cadéro, qui avait été donné à ce coteau de Chaillot,à la suite du fait d'armes 
du 31 août 18^3, fut maintenu par les gouvernements suivants. 

Pendant bien des années on ne vit sur cet emplacement que des ruines (1) 
(fondations du palais du roi de Rome et bâtiments inachevés d'une caserne). 
Mais comme ce plateau domine le Champ de Mars et a une très belle vue sur 
les coteaux de Meudon et de Sèvres, il importait de comprendre la mise en 
état de viabilité de cette partie de Chaillot et de Passy dans le plan d^amélio- 
ration des quartiers de l'ouest de Paris, et cet embellissement a été réalisé à 
l'occasion de l'Exposition universelle de 1867. Le projet primitif consistait à 
créer une vaste place, descendant en pente douce vers la Seine, et dont la 
partie culminante aurait été terminée par un demi-cercle sur lequel auraient 
débouché neuf avenues ou boulevards desservant Chaillot et Passy. Ce projet 
fut modifié en cours d'exécution et les pentes disposées de manière à consti- 
tuer un vaste amphithéâtre où la population pourrait se grouper pourvoir 
les illuminations du Champ de Mars ; des pelouses entourées de parterres 
furent établies pour dégager la vue; la dépense s'éleva à 3.228.240 francs, 
dont environ 2 millions et demi pour les terrassements. 

L'aspect a été complètement modifié en 1878 par la construction du palais 
du Trocadéro, à l'occasion de la troisième Exposition universelle de Paris. 
A cette époque, l'escalier monumental qui donnait accès à la place dut être 
supprimé et la place elle-même a reçu des modiPications importantes. En vue 
d'assurer le dégagement des abords de l'Exposition, un square fut établi, 
moyennant une dépense de 714.000 francs, auprès de la rue Franklin. 

Le projet du palais du Trocadéro, dressé par MM. les architecles Davioud 
et Bourdais, fut approuvé le 15 juin 187G. La période effective des travaux de 
construction, exécutés sous la direction de ces deux architectes, n'a duré que 
pendant dix-huit mois, ce qui porte à une moyenne de plus de 500.000 francs 
la dépense mensuelle, soit à près de 20.(XX) francs la dépense de chaque 
journée de travail pour l'érection de ce monument : il a donc été exécuté 
avec une vitesse vraiment remarquable ; il fut inauguré le 1" mai 1878. 

Les galeries du palais du Trocadéro sont surtout consacrées à l'art déco- 
ratif du passé. La salle des Fêtes, qui peut contenir cinq mille spectateurs, 
est fréquemment utilisée pour des concerts et des réunions; on y a célébré, 
en 1894, le centenaire de l'École polytechnique. Le tableau suivant montre 
que le palais du Trocadéro est, de tous les monuments de Paris (bâtiments de 
l'État ou églises paroissiales), celui dont le sommet au-dessus du niveau de 
la mer est le plus élevé. 



(i) Ce quartier fut môme peu sur durant un cerUiin nombre d'années. 



PLACE DU TROCAOÉRO 



l35 



NOMS DES ÉDIFICES 



Colonne Vendôme 

Opéra 

Tour Saint-Jacques 

Saint-Vincent-de-Paul 

Notre- Dame-de- Paris (tours). 

Saint-Sulpice (tours) 

Arc de TEtoile 

Val-de-Gràce 

Sainte-Clotilde 

Notre-Dame-de-Paris (flèche) 

Panthéon 

Dôme des Invalides 

Trocadéro 



ALTITUDE 

da sol de la Toic 

publia ue 

au pica de 

rédince 

(au-dessus du 

niveau de la mer) 



mètres 
34 » 
36 04 
36 » 
52 30 
3,n 40 
36 » 
58 » 
52 » 

34 19 

35 40 
58 23 
38 59 
61 50 



UAl'TEUH Di; SOMMET OR L'ÉDIFU'.t: 

au-dessus du 



sol de la Toie 
publique 



mètres 
44 » 
47 » 
54 » 
46 > 
66 > 
70 » 
49 48 
64 » 
96 » 

100 » 
78 > 

100 70 
82 50 



niveau de la mer 



mètres 

78 » 

83 04 

90 > 

98 30 

101 10 

106 » 

407 48 

416 » 

430 49 

435 40 

436 Ï3 
439 29 
444 » 



Après la remise par l'État des terrains qui avaient été occupés par TExposi- 
tion de 1878 au Trocadéro, la Ville de Paris fit exécuter sur cet emplacement 
une promenade publique en 1879-1880; la dépense nécessitée par ces travaux, 
comprenant la création d'un parc de 20 hectares, a été de 601. (KK) francs. 

La place du Trocadéro (1), occupant un cercle de 125 mètres de rayon, est 
établie au-dessus d'anciennes carrières (2), dont les vides souterrains ont 
rendu les fondations du palais très coûteuses. La dénomination actuelle de 
cette place, où se trouve une station du chemin de fer métropolitain (3), a 
été donnée, par arrêté du l*''" février 1877, en mémoire de la prise du fort du 
Trocadéro sur les Espagnols le 31 août 1823; elle s'était appelée d'abord 
« place du Roi-de-Rome ». 

Pendant la durée de l'Exposition universelle de 1900, le parc du Troca- 
déro a été occupé par l'exposition coloniale, où l'on a vu beaucoup de cons- 
tructions originales, mais établies très légèrement et, par conséquent, éphé- 
mères. Il est néanmoins question d'y conserver le bouddha de la pagode cam- 
bodgienne, renfermant des moulages très curieux de la civilisation Khmer. 
Le bassin central de la place a été occupé par le pavillon de Madagascar. Ce 
bassin était précédemment orné d'un jet d'eau, qui jouait rarement, parce 
que son fonctionnement consommait une quantité d'eau énorme. L'aquarium 
du Trojcadéro est dirigé par M. Juillard. 

On a élevé, au long de l'avenue Henri-Martin et auprès du cimetière de 
Passy, plusieurs maisons de rapport, dont la construction, dirigée par 
M. l'architecte Vaudremer, a exigé l'établissement de divers grands murs 



11) Voir «aux annexes (pp. 433 et 430) les règlements spéciaux applicables à la place du 
Trocadéro, ainsi que l'article de M. Léopold Mar, intitule : « Au Trocadéro, 3i août i8-^0». 

{;!'. La superficie sous-minée s'élève à environ 2.'»oo mètres carrés ; h l'angle de 
l'avenue MalakofT, la distance du sol au ciel de la carrière est de ir)n>,rx), et la hauteur de 
la galerie d'exploitation est de i">,8o. 

Mon article sur « Les Carrières et le Sous-Sol du XVI* arrondissement », renfermant 
un plan de la partie centrale des fondations du Trocadéro, est reproduit aux annexes 
'p. 3i5\ 

(3; Pour le métropolitain de Paris, voir pp. 78 el ss. el ,220, 



XVl' ARRONDISSEMENT 

de soutènement. Parmi ces maisons, celle qui est le plus rapprochée du cime- 
tière doit être mentionnée comme ayaat une Jacado originale : elle est en 
brique, avec bow-windows et pans de bois apparents; elle est surmontée de 
six fenêtres à pignons en bois, faisant saillie sur ta toiture. 

Au n° 43 de l'aveaue Henri-Marlin se trouve un bel Ii6tel faisant l'angle 
de la rue C-ortambert. On peut citer, en outre, l'hûtel gothique situé à l'angle 
de l'avenue Henri-Marlin et de la rue (ïreuze. 

L'aménagement du bois de Itoulogne et des autres promenades de Pari») 
fil reconnaître la nécessil»', pour le service municipal, de disposer d'un éla- 



Lc clialet de Lamarlinc. 

(Colkction de M. Chandcbois.) 



blissement horticole, devant fournir par mulliplication toutes les plantes 
destinées aux garnitures du bois de Boulogne, des jardins publics et des 
.squares de Paris; ces plantes ont besoin d'être conservées à l'abri pendant 
l'hiver. Il fui donc décidé, en iaS4, d'installer une pépinière, dite le Fleuriste 
de la Ville, dans les terrains du clos Georges, délaclié du bois Je Boulogne 
et remis à la Ville en même temps que ce bois, r/est dans ce but que le 
Fleurisie de la Muetle fut installé près du n" 10!) de l'avenue Henri-Martin. 
Alphand présenta, en 18.'J8, un projet montant ci ^ItO.OOO francs pour travaux 
complémentaires de premier établissement (serres, orangerie, bureaux, etc.) 
etàlt/.IHKI francs pour dépenses annuelles; ce projet, qui (ut réalisé vers 
18(>3, procura de notables agrandissements au Fleuriste, dont la superficie 
fut portée à i. i(Kl mètres carrés. En mai i8Ha, l'exposition des azalées fut 
visitée par plus de seize mille personnes. Le Fleuriste de la Muette et ses 
serres ont élé transportés en 1808 au Parc des Princes, sur le territoire de 



SQUARE LAMARTINE iSj 

Boulogne, près de la porte d'Auteuil, et on a établi, sur l'emplacement du 
Fleuriste, plusieurs rues qui seront mentionnées ci-après. 

Le décret du 27 août 1859 avait autorisé la Ville de Paris à concéder viagè- 
rement, à titre gratuit et honoriflque, à M. et à Mme de Lamartine, ainsi 
qu'à leur nièce, Mlle Valentine, chanoinesse de Cessiat (i), pour leur habita- 
tion personnelle, un chalet avec un beau jardin, situé dans les dépendances 
du bois de Boulogne, et occupant Tespace compris entre les numéros actuels 
107 et 113 de Tavenue Henri-Martin. L'entrée était au n" 135 de Tavenue de 
l'Empereur (vers le n** 143 de l'ancienne avenue du Trocadéro et le n** 111 de 
l'avenue Henri-Martin), près du parc du château de la Muette. La chanoinesse 
de Cessiat céda à la Ville, en août 1879, le droit de jouissance qu'elle possé- 
dait en vertu de ce décret, moyennant le paiement d'une rente viagère 
annuelle de 12.000 francs. Il résulte d'un procès-verbal d'adjudication dressé 
le 21 octobre 1879 par M'' Delapalme, notaire, que la propriété connue sous le 
nom de villa Lamartine (2) a été vendue par la Ville à M. Beaure pour 
478.000 francs ; on y a bâti trois somptueux hôtels. 

L'acte de décès de Marie-Louis-Alphonse de Lamartine , signé par le 
vicomte de la Guéronnière et par le baron de Chamboran, porte qu'il est mort 
à l'âge de soixante-dix-huit ans, le 28 février 1869, au n*» 135 de l'avenue de 
l'Empereur (aujourd'hui avenue Henri-Martin). 

Presque vis-à-vis de l'emplacement du chalet où l'illustre poète a passé les 
dix dernières années de sa vie, se trouve le square Lamartine^ où sa statue en 
bronze a été érigée (3) ; elle fut inaugurée le 7 juillet 1886. Ce square, qui a 
40 mètres de largeur sur 105 de longueur, a été établi en 1863. L'arrêté du 
8 juillet 1881 lui avait attribué le nom de « place Victor-Hugo » ; celui du 
8 juillet 1886 lui a donné sa dénomination actuelle en l'honneur de Lamar- 
tine (1790-1869). 

Mme Flobert, vice-présidente de la 2'* section de la Société historique d'Au- 
teuil et de Passy, a proposé, le 12 mai 1899, la suppression des ifs qui 
donnaient au square Lamartine un aspect un peu funèbre et leur remplace- 
ment par des parterres de fleurs. Cette demande a été transmise à la muni- 
cipalité par le secrétaire général de la Société historique d'Auteuil et de Passy 
et favorablement accueillie ; on a remplacé les massifs d'ifs par des parterres 
de fleurs, en ne laissant subsister qu'un if à chaque extrémité de ces 
parterres. 

C'est au centre du square Lamartine que se trouve l'oriflce du puits arié- 
sien (4), masqué par des massifs d'arbustes. Ce puits a été creusé de 1855 à 



(i) Mlle de Cessiat, qu'on appelait aussi Mlle Valenline de Lamartine, était (llle d'une 
sceur du poète; elle renonça au mariage pourôlre Tappui et la consolation de la vieillesse 
de Lamartine, qui la fit nommer chanoinesse d'un chapitre noble de Bavière. Son corps re- 
pose dans le caveau de famille de Saint-Point, 

{2: Voir p. 116 à 118 du II» volume du BuUetin l'article intitulé: « Le Chalet de Lamar- 
tine à Passy » et un extrait de Tétude consacrée à Mlle Valentine de Lamartine par 
Mme Emile Ollivier, dans les numéros du Correspondant des 25 novembre et 20 décem- 
bre 1895. 

3) Voir aux annexes (p. 437) les vers prononcés par M. Clovis Hugues à l'inauguration 
de la £»tatue de Lamartine. 

(4; Voir aux annexes (p. 438) l'article de M. Léopold Mar, intitulé : « Le Puits artésien de 
Paf^sy ». On trouvera aussi aux annexes (p. 395) des indications sur ce puits, dans mon article 
sur « le Service des eaux à Passy », ainsi que dans l'extrait des mémoires du baron 
Haussmann communiqué par M. Emile Potin (p. 406). 



AVENUE MARCEAU iSg 

1861 ; ses eaux concourent à l'alimentation des rivières et lacs du bois de 
Boulogne. 

Le côté impair de V avenue Marceau, nommée précédemment « avenue José- 
phine », appartient au XVI*' et le côté pair au VIII* arrondissement. Le 
territoire de Tancienne commune de Passy comprenait le côté pair au delà de 
la rue de Presbourg, jusqu'à la place de l'Étoile. Le percement de cette 
avenue, autorisé par le décret du 13 août 1854 pour la section comprise entre 
la place de TÉtoile et la rue de Presbourg, et par le décret du 6 mars 1858, 
pour la partie comprise entre la rue de Presbourg et la place de l'Aima, fut 
immédiatement commencé, mais n'était pas encore terminé en 1864 (1). 

Le décret du ±1 janvier 1864 approuva le traité conclu entre la Ville de 
Paris et la Société Thome et C**, par lequel cette Société s'engageait à exé- 
cuter : 1** l'ouverture de l'avenue n** 1 (Aima) ; 2** l'achèvement de l'avenue José- 
phine (Marceau) entre la rue de Chaillot et le carrefour de l'avenue de 
l'Empereur (Trocadéro); 3** l'amorce de cette dernière avenue, depuis son 
point de départ au quai Debilly jusqu'au pan coupé sur le passage de la 
pompe à feu. 

Sur l'emplacement de l'Institution Sainte-Périne-de-Chaillot, qui a été 
transférée à Auteuil (2), on a percé, en 1865, une partie de l'avenue Joséphine 
(Marceau) et de la rue Bassano, ainsi que les rues Christophe-Colomb, Euler 
et Magellan. En outre, l'expropriation des terrains occupés par cette Institu- 
tion a permis d'élargir la rue de Chaillot. 

La construction de l'avenue Marceau'a supprimé : 1" une partie de la rue 
Bizet;2'* l'impasse des Blanchisseuses; 3" une partie de la ruelle Sainte- 
Geneviève (me Keppler) ; 4** une partie de la rue Newton (3). 

Le nom d'avenue Joséphine avait été donné à celte voie, par décret du 
2 mars 1867, en l'honneur de l'impératrice Joséphine. Sa dénomination 
actuelle lui a été attribuée, par décret du 16 août 1879, en l'honneur de Fran 
çois-Séverin des Graviers Marceau (1769-1796), fils d'un procureur au bailliage 
de Chartres. Élu, en 1791, commandant du second bataillon des volontaires 
d'Eure et Loir, il était général à vingt-quatre ans, commanda l'aile droite de l'ai - 
raée française à Heurus, reçut en 1796 le commandementde la premièredivision 
de l'armée de Sarabre-et-Meuse et fut tué, à Al tenkirchen, à vingt-six ans et demi . 
La ville de Chartres lui a élevé, en 1851, une statue en bronze, qui est de 
Préault ; le musée de cette ville possède le beau tableau de Bouchot : Les 
Funérailles de Marceau, 

La rue des Balailles, qui est remplacée par l'avenue d'Iéna, existait depuis 
fort longtemps à Chaillot; Henri IV et Gabrielle d'Estrées y demeurèrent 
en 1393, avant l'entrée du roi à Paris. William Pitt, premier comte de Chatam, 
et Mme d'Épinay y ont logé. Le comte Treilhard, ministre sous le premier 
Empire, y a séjourné sous le Directoire ; le comte Regnaud de Saint-Jean- 



fi) Le niveUement de l'avenue Marceau a été fixé par arrêté du 12 décembre 1860 pour 
la partie comprise entre la place de TEloile et la rue de Chaillot, par arrêté du 
29 juin i865 pour la partie comprise entre la rue de Chaillot et la place de TAlma. 

.2) Voir page 216 les indications données sur l'institution de Sainte Périnc. 

;3/ La longueur sous-minée de l'avenue Marceau, entre la rue Pierre-Charron et la rue 
de Chaillot, est de 65 mètres; devant le n"* 33, la distance du sol au ciel de la carrière 
est de i2™,65; la hauteur de la galerie d'exploitation est de i">,8o. La consolidation a été 
opérée au moyen de piliers maçonnés et de remblais bourrés, 



l40 HISTOIRE Di: XVr ARRONDISSEMENT 

d'Angély, vers 1812-1815; Honoré de Balzac, vers 1832-1835 (sur remplace- 
ment du n" 12 de l'avenue d'Iéna), (ancien 13 de la rue des Betailles); Jules 
Sandeau, avant 1844. 

Au n^ iode cette avenue se trouve l'hùtel de style Louis XIV que le prince 
Roland Bonaparte a fait construire par M. Genty. 

Le ministre du Royaume-Uni de Suède et de Norvège demeure au n° 58, 
et le ministre de Tempire du Japon, au n" 75 de l'avenue Marceau. 

Le 12 novembre 1848, on a livré à la circulation une nouvelle barrière, 
dite des Batailles, pour relier directement Chaillot à Passy. Les omnibus 
circulant entre Passy et la place du Carrousel pouvaient économiser huit à 
dix minutes pour leur trajet en prenant la nouvelle route, qui suivait la rue 
des Batailles et, après avoir franchi le mur d'enceinte, aboutissait au carre- 
four de Passy. 

Le décret du 6 mars 1858, qui a déclaré d'utilité publique l'ouverture de 
Y avenue dléna^ nommée d'abord « boulevard n^ 4 de Chaillot », avait assigné 
à cette avenue une largeur de 40 mètres; mais le plan d'alignements joint au 
décret n'indiquait qu'une largeur de 36 mètres, dimension qui a été efTecti- 
vement suivie en exécution (1). 

Les travaux furent commencés dès 1858, et leur exécution exigea plusieurs 
années. Le décret du 2 mars 1864 donna à cette voie, quand elle n'était pas 
encore terminée, le nom d'avenue d'Iéna, en mémoire de la victoire rem- 
portée par l'armée française sur les Prussiens le 14 octobre 1806. Un décret 
du 24 septembre 1864 approuva le traité passé entre la Ville de Paris et la 
Société Thome et C" pour l'achèvement de l'avenue d'Iéna, dont le perce- 
ment a coûté 13.466.281 francs ; la revente des terrains et des matériaux 
ayant procuré une recette de 993.610 francs, la dépense nette ressort à 
12.472.671 francs. 

L'avenue d'Iéna a remplacé Tancienne rue des Batailles entre le boulevard 
Delessert et la place d'Iéna ; elle a absorbé Vimpasse de la Croix-Boissière et 
une partie delà rue Newton. Le duc de Vivonne, frère de M. de Montespan, 
mourut en sa maison de Chaillot le 15 septembre 1688. 

Bailly habitait pendant l'été une maison de campagne qu'il avait achetée 
vers 1758, quand il n'avait encore que vingt-deux ans. Le 15 juillet 1789, au 
lendemain de la prise de la Bastille, il avait été nommé maire de Paris et était 
rentré fort tard à sa maison de Chaillot. Le curé de Saint-Pierre, escorté de ses 
marguilliers, se rendit chez Bailly, qu'il connaissait depuis longtemps, pour 
le féliciter et pour lui annoncer qu'il venait d'être nommé marguillier d'hon- 
neur de la paroisse : « Je suis touché de votre démarche, lui répondit Bailly; 
mais je ne puis accepter ce titre, n'en ayant jamais rempli les fonctions effec- 
tives; d'ailleurs, la Constitution proscrit toutes ces places d'honneur, 
incompatibles avec l'égalité. » 

Jules Grévy, ancien président de la République, habita son hôtel de l'ave- 
nue d'Iéna depuis le 2 décembre 1887 jusqu'à sa mort, survenue en 1891. 

(i) Pour Taveniie d'Iéna, la longueur de la voie sous-minée est de 178 mètres entre la 
place des K!tats-Unis et la place d'Iéna et de 169 mètres entre cette dernière place et la 
rue de Magdebourg. Quelques fontis, dont un venu à jour en 1797. La consolidation a été 
opérée au moyen de piliers maçonnés et de remblais bourrés. Près la place des Etats- 
Unis, la distance du sol au ciel de la carrière est de i6«,5o; la hauteur de la galerie d'ex- 
ploitation est de 4 mètres. 



MUSÉE GUIM£T l4l 

L^hôtel du ministre de la République de TËquateur esl au a^iide Tavenue 
dléna. 

Lai place d'Iéna, qui a 70 mètres de largeur, comprend deux grandes faces 
rectilignes ; elle a été formée en même temps que Tavenue d'Iéna et en vertu 
du même décret du 6 mars 1858 ; elle est restée longtemps âans dénomina- 
tion ; son nom lui a été donné par un décret du 10 décembre 1878. Le 3 juil- 
let 1900 a eu lieu, sur la place d'Iéna, la cérémonie d'inauguration de la statue 
en bronze de Washington (1), offerte à la France par un comité de dames des 
Etats-Unis ; elle est Tœuvre de deux artistes américains : David Frencli et 
Edward Potter. Des candélabres ont été installés sur cette place en février 
1900. Michel Perret (1813-1900) occupait Thôtel n*» 7 de la place d'Iéna (2). 
L'hôtel du ministre du royaume de Perse se trouve au n" 1 de cette 
place. 

Le musée Guimet^ qui constitue un établissement unique en Europe au 
point de vue de l'histoire comparée des religions, particulièrement de celles 
de TAsie, occupe un espace compris entre la rue Boissière, l'avenue et la 
place d'Iéna. A la suite de ses voyages et missions scientifiques, M. Guimet 
'A rassemblé à grands frais, dans ce musée, qui a d'abord été établi à Lyon, 
baaucoup d'antiquités et de curiosités hindoues, thibétaines, chinoises, japo- 
naises, égyptiennes, alexandrines, grecques, romaines, gauloises, etc., d'objets 
de céramique japonaise et 13.000 volumes, tant imprimés que manuscrits. 
Cet établissement était connu, à Lyon, sous le nom de Musée Guimet 
dès 1879. 

C'est en 1882 que M. Guimet prit la résolution de transférer son musée à 
Paris. Ce projet a été réalisé grâce à sa tenace persévérance, à ses libéralités, 
à son désintéressement, ainsi qu'au zèle et au dévouement infatigable de 
M. Xavier (^.harmes, alors directeur du secrétariat au ministère de l'Instruc- 
tion publique. La première idée de M. Guimet avait été d'offrir son musée à 
la Ville de Paris; mais ses amis et M. Xavier Charmes lui représentèrent que, 
par son but même, ce musée devait plutôt relever du ministère de l'Instruc- 
tion publique, d'autant plus que c'était ce ministère qui avait confié à 
M. (iuimet les missions scientifiques au cours desquelles il avait commencé 
à réunir, en Asie, les images de divinités, les livres et manuscrits religieux, 
les objets sacrés de l'Inde védique, de l'Inde brahmanique, du bouddhisme 
chinois et japonais, en ayant soin de s'en faire expliquer le sens par des 
indigènes. 

Le 9 janvier 1883, M. Guimet offrit de céder à l'Etat, sous certaines condi- 
tions, toutes ses collections, vitrines, etc. M. René Goblet^ ministre de l'Ins- 
truction publique déposa, le 1^' juillet 1885, sur le bureau de la Chambre des 
députés, un projet de loi approuvant une convention aux termes de laquelle 
M. Guimet s'engageait à céder à l'État toutes ses collections et à faire cons- 
truire à ses frais et risques, sur un terrain à céder par la Ville, un palais dont 
la dépense était évaluée à 1.590.000 francs, moyennant le paiement en trois 
annuités d une subvention de 780.000 francs, sous la condition qu'un crédit 



'ij Sur le piédestal de cette f^latue équestre est gravée l'inscriplion suivante : u Offert 
p,ir les* femmes des Etats-Unis en souvenir de l'ami tic et de l'aide fraternelle prêtées 
por la France lors des guerres de l'Indépendance. » 

;2) Voir h la p. 207 du III« volume un article nécrologique sur Michel Perret. 



il^2 HISTOIRE DU XV!" ARRONDISSEMENT 

annuel de 45.000 francs serait ouvert par THltat pour Tentrelien du musée, que 
M. Guimet en serait le directeur à vie et, qu'après lui, le directeur serait choisi 
par le ministre de Tlnstruction publique, sur une proposition des corps 
savants ressortissant à son ministère. Ces dispositions furent approuvées par 
une loi du 8 août 1885. 

M. Guimet avait exprimé le désir que remplacement du palais fût choisi 
de manière à avoir les dégagements nécessaires sur une grande voie et à se 
trouver à proximité des musées modernes (Trocadéro, musée Galliéra, 
grandes collections des ponts et chaussées). On pouvait satisfaire à ces condi- 
tions en achetant un terrain d'environ 4.000 mètres carrés, k l'angle de 
l'avenue d'Iéna et de la rue Boissière ; mais les ventes faites auprès de cet 
emplacement en 1884 et 1885 faisaient ressortir un prix, par mètre carré, de 
400 francs, impliquant une dépense de 1.600.000 francs, que la Ville trouvait 
trop élevée. Cette difficulté fut aplanie à la suite de négociations avec les 
propriétaires, MM. Grienenger et d'Erlanger, qui oflrirent de céder le terrain 
pour 1 million ; ce prix fut accepté, le 15 décembre 1885, par le conseil muni- 
cipal de Paris. 

Le palais a été construit sous la direction de M. 1 architecte Terrier, et 
les collections y ont été installées en 1888; M. Guimet est encore actuel- 
lement le directeur du musée, qui a pour conservateur M. de Milloué et 
pour conservateur adjoint M. Deshayes. Les ^\nnal€s et la Bévue de rhis- 
toire des religions donnent un exposé très complet de toutes les religions 
orientales. 

Lors de la construction du mur d'enceinte de Paris, sous Louis XVI, ce 
mur fut bordé à l'extérieur par de larges boulevards qu'on appelait « boule- 
vards extérieurs ». La commune de Passy payait des participations pour 
l'entretien des boulevards extérieurs de Passy et de Longchamp, qui était 
fait par les soins de la Ville de Paris : ces deux boulevards ont été supprimés 
par suite de la construction de l'avenue Kléber. 

L'utilisation de ces boulevards extérieurs était tout indiquée dans le pro- 
gramme des travaux d'embellissement de l'ouest du nouveau Paris. En effet, en 
prolongeant la ligne qui passait par la barrière Sainte-Marie (place du Troca- 
déro) et par la barrière du Roule, on obtient l'alignement droit qui forme 
l'axe des deux avenues actuelles Kléber et Wagram, s'étend sur plus de 
2.800 mètres de longueur et croise perpendiculairement, sous l'arc de 
triomphe de l'Étoile, Taxe des magistrales avenues des Champs-Elysées et de 
la Grande-Armée. 

L'ouverture de la partie de Yavemie Kléber comprise entre la place de 
l'Etoile et la rue Pauquet a été autorisée par le décret du 13 août 18.j4, qui a 
réglé tout ce qui concerne cette place et ses abords. Le surplus de l'avenue 
occupe l'emplacement de Tancien boulevard extérieur de Passy, entre la rue 
Pauquet et la rue de Longchamp et celui de l'ancien boulevard extérieur de 
Longchamp, entre la rue de Longchamp et la place du Trocadéro. L'ancien 
boulevard extérieur de Passi/y qui s'étendait de la barrière de Neuilly (place 
de l'Étoile) à la barrière de Longchamp, n'était pas en ligne droite dans toute 
son étendue : à 400 mètres environ de distance de l'Étoile, il sïnfléchissait 
suivant une courbe qui raccordait les deux alignements du boulevard. Cette 
courbe ne pouvait pas être maintenue dans le plan d'embellissement des 
abords de la place de l'Étoile ; on forma donc l'avenue Kléber en rectifiant 



AVENUE KLÉBEB l43 

rancien boulevard de Passy, suivant le tracé approuvé par le décret du 
6 mars 1858. Elle fut complètement terminée en 1805 ; le décret du 2 mars 1804 
la dénomma u avenue du Roi- de-Rome », parce qu'elle va de la place de 
rÉtoile à la place du Trocadéro et que c'est sur cette dernière place que le 
palais du roi de Rome avait été projeté sous le premier Empire. La dépense 
totale pour la construction de cette avenue s'est élevée à 10.935.22^ francs, et 
la revente de terrains et de matériaux a produit 1.318.732 francs ; la dépense 
nette a donc été de 9.010.490 francs. 

Dans son parcours, cette avenue a supprimé : r la rue Guerlain; 2'' une 
partie du chemin de ronde de Longchamp, entre la rue de Longchamp et la 
place du Trocadéro ; S*" une partie du chemin de ronde de l'Étoile, entre les 
rues de Longchamp et du Belloy. Sur la partie supprimée du boulevard exté- 
rieur, on a construit la rue de Lapérouse et une partie de la rue Dumonl-- 
d'Urville. 

Le décret du 10 août 1879 a donné à cette voie le nom d'avenue Kléber (1), 
en Thonneurde Jean-Baptiste Kléber (1754 18(K)) qui, après avoir servi huit 
ans dans l'armée autrichienne comme ofQcier, fut élu, en 1790, chef d'un 
bataillon de volontaires de l'Alsace, sa patrie; il se distingua au siège de 
Mayence, servit ensuite un an en Vendée, acquit la réputation d*un général 
habile à l'armée de Sambre-et-Meuse, dans les campagnes de 1794 à 1790, fut 
mis ensuite en demi-solde et habita Chaillot en 1790 et 1797. Le général Bona- 
parte lui confia le commandement de l'armée d'Egypte, quand il revint en 
France. Il fut poignardé par un fanatique, Suleyman-el-Halebi, jeune homme 
de vingt-quatre ans, et inhumé, avec toute la pompe militaire, dans un des bas- 
tions d'Ibrahim-Bey. La ville de Strasbourg a élevé à Kléber une statue de 
bronze en 1840. 

La reine d'Espagne Ysabelle II, grand'mère du roi Alphonse XIII, habite 
depuis 1808, quand elle est à Paris, l'hôtel monumental qui avait appartenu 
d'abord au comte Basilewski et qui est actuellement nommé le palais de 
Castille ; il est situé au n" 19 de l'avenue Kléber, à l'angle de la rue Pauquet. 
La reine Ysabelle a fait apposer, sur les deux principales grilles d'entrée, un 
Y sur fond d'azur, dans un écusson accolé à celui des armes de France, le 
tout dans un petit cartouche timbré d'une couronne royale. 

L^ambassade des États-Unis d'Amérique se trouve au n" 18, la légation du 
Guatemala aux n"^ 55 et 57, celle de la République Argentine au n"" 87, et celle 
de la principauté rte Bulgarie au n* 94 de l'avenue Kléber. Le n" 92 de cette 
avenue est occupé par un hôtel de style Renaissance, avec tourelle à deux 
étages, en saillie sur la rue Saint- Didier, n»* 2, où se trouve l'entrée. 

Cette avenue est desservie par quatre stations du métropolitain (Étoile, 
avenue Kléber, rue Boissière et place du Trocadéro). Les becs à incandescence 
installés sur la partie de l'avenue Kléber comprise entre la rue Galilée et la 
place du Trocadéro, ne datent que de 1900. Sur le trottoir, à la hauteur du 
n** 79, se trouve un kiosque en fer pour la descente dans les carrières de Passy ; 

i' Les travaux de Tavcnue Kléber ont été exécutt^s, sous la direction d'Alphand, par 
M. Oarcel, ingénieur des ponts et chaussées, avec le concours de M. le conducteur 
Selheimer. 

I-a voie sous-minée a été consolidée sur 3o4 mètres de longueur entre la place du 
Trocadéro et la rue Saint-Didier. La distance du sol au ciel de la carrière est de i5™,20, 
et la hauteur de la galerie d'exploitation de i*,7r>, au puits de service placé au n® io6. 



l44 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

on y accède par un escalier de quatre-vingt quatre marches, construit en 1786 
dans les dépendances de Tancienne barrière de Longchamp. 

Les deux faisceaux d'avenues, rayonnant les unes de la place de TÉtoile 
et les autres de la place du Trocadéro, ont coupé les quartiers de Chaillot et 
de Passy de manière à modifier notablement le relief assez tourmenté de ces 
deux quartiers. Pour les nouvelles avenues qui pouvaient être tracées en ligne 
droite et sans franchir des crêtes trop élevées (comme les avenues Kléber, 
Victor-Hugo, Henri-Martin), on a suivi le principe du point visuel, afin 
d'avoir de longues perspectives; c'est ainsi qu'on est arrivé à faire voir Tare 
de l'Étoile de l'avenue Henri-Martin. Mais le percement de l'avenue Kléber 
et de l'avenue Henri-Martin et l'abaissement de l'avenue Victor-Hugo iso- 
laient, comme par des fossés, tout l'tlot qui se trouve compris entre ces trois 
avenues et qui est plus élevé que les grandes voies qui l'environnent. Pour 
remédier à cet inconvénient, M. l'ingénieur Darcel a étudié, dès 1801, pour 
le raccordement des rues avec les nouvelles avenues, un projet de nivel- 
lement général, qu'il importait d'exécuter promptement : car plus on aurait 
retardé l'exécution de ce travail et plus il serait devenu onéreux, en raison 
des constructions nouvelles à acquérir et par suite de l'élévation progressive 
du prix des terrains. On a admis une pente rapide (7 centimètres par mètre) 
pour la rue Lauriston, en vue d'en assurer la communication avec la rue 
circulaire et la place de l'Étoile. Il a fallu également admettre des pentes 
fortes pour raccorder la rue des Sablons et la rue Cortamberl avec l'avenue 
Henri-Martin. L'ouverture de l'avenue du Roi de-Rome (Kléber) avait exigé 
un déblai de 1"»,70 au débouché de la rue du Télégraphe (Sainl- Didier), et 
cette dilïérence de niveau avait été rachetée provisoirement par un escalier 
qui supprimait l'accès des voitures ; en 1863, le raccordement fut établi au 
moyen d'une pente de 4 centimètres et demi par mètre, sur environ 65 mètres 
de longueur, les constructions préexistantes s'opposant à l'établissement 
d'une pente uniforme, qui n'aurait été que de ^ centimètres par mètre. Comme 
la profondeur des déblais dépassait 9 mètres à Tintersection de la rue de 
Viiiejusi avec l'avenue Kléber, il a fallu admettre une pente de 7 centimètres 
et demi par mètre pour le raccordement de cette rue. 

La rue Mignard (1) formait autrefois l'extrémité de la rue Spontini ; cette 
extrémité, voisine de la rue de la Tour, avait été ouverte en 1858, avec une 
largeur de 10 mètres, par la Ville de Paris; elle avait d'abord porté le nom de 
« rue Neuve-du-Puils-Artésien ». L'arrêté du 6 mai 1881 a donné le nom de 
rue Mignard à la partie comprise entre l'avenue du Trocadéro et la rue de la 
Tour. La rue de Siam ayant été ouverte en 1884, le décret du 25 février 1886 
a complété la rue Mignard, en classant la partie comprise entre la rue de la 
Tour et la rue de Siam. 

Pierre Mignard (1612-1695), auteur des fresques de la coupole du Val-de- 
(Irâce, a peint des tableaux d'histoire et plus de cent trente portraits, entre 
autres ceux de Mlle de la Vallière, de Mme de Montespan, de Mme de Sé- 
vigné, de La Bruyère, de Mme de Maintenon. Ses tableaux étaient si soignés 
qu'on a depuis nommé mignardise le défaut des ouvrages dans lesquels le 



(i) î.«i rue Mignard renforme, devant le n» G, une ancienne» carrière; la distance du Bol 
au ciel de cette carrière est de 4 mètres, et la hauteur de la galerie d'exploitation est de 
2™,6o; la voie sous-minée a été consolidée sur une longueur de 3o mètres. 



RUE LAPÉROUSE l45 

soin est poussé à l'excès et qui paraissent peu naturels. Après avoir fait neuf 
fois le portrait de Louis XIV, il avait Tlionneur de le voir encore poser devant 
lui, pour une dixième toile. Louis XIV lui dit : « Mignard, vous me trouvez 
vieilli. » — « Sire, répondit l'artiste, je vois quelques lauriers de plus sur le 
front de Votre Majesté », et, le jour même, il était nommé directeur de TAca- 
démie de peinture. 

C4'est rue Mignard, n*» il, à Tangle de la rue de la Tour, qu'habitait le poète 
Eugène Manuel, inspecteur général de TUniversité. Pour honorer sa mémoire^ 
la Société historique d'Auteuil et de Passy, dont il avait été le président pen- 
dant huit ans, a fait apposer sur sa maison une plaque qui a été inaugurée le 
dimanche 27 octobre 19()l. De nombreux et beaux discours ont été prononcés, 
par ses amis et ses admirateurs, le 4 juin 1901, jour de ses obsèques, et le 
±1 octobre 1901, jour où la plaque commémorative a été posée sur sa maison* 
sous la présidence de M. l'inspecteur général Adrien Dupuy, délégué par le 
ministre de Tlnstruclion publique et des Beaux-Arts, pour présider cette 
cérémonie. On pourra lire ces discours aux pages 42 à 52 du IV** volume du 
Bulletin^ avec le compte rendu des obsèques de M. Eugène Manuel, à qui sont 
dus le développement et la prospérité de la Société historique d'Auteuil et de 
Passy. Elle a demandé que son nom soit donné à une des rues du XVI* arron- 
dissement (1). 

L'impasse de Malakoff, qui a son entrée au n® 161 de l'avenue Malakofl, 
a une largeur de 5 mètres. Elle a été créée, en 1858, par la Compagnie du 
chemin de fer sur des terrains ayant appartenu à M. Cassard. Elle a reçu sa 
dénomination en 18IV4. 

La rue Dumoni-iTUruille a été ouverte en 1800 sur l'emplacement de deux 
anciennes voies, créées à l'époque de l'établissement du mur d'enceinte de 
Paris sous Louis XVI (chemin de ronde de l'Étoile et une partie du boulevard 
de Passy). La largeur légale, qui avait été fixée à 11"\69 par arrêté du 17 août 
1848, a été portée à 12 mètres lors de l'ouverture de l'avenue Kléber, l'aligne- 
ment étant maintenu du côté des numéros pairs. Le décret du. 2 mars 1864 a 
donné à cette rue sa dénomination actuelle, en l'honneur du célèbre naviga- 
teur Jules-Sébaslien-César Dumonl-d'Urville (1790-1842), qui a publié ses 
voyages autour du monde et ses études sur la Polynésie ; il a découvert 
plusieurs terres dans l'océan glacial antarctique; il fut chargé en 1830 de 
conduire Charles X en Angleterre, fut nommé contre-amiral en 1841 et périt 
dans la catastrophe du 8 mai 1842 (chemin de fer de Versailles, rive gauche). 
Le général Boulanger, qui fut ministre de la Guerre, a habité le n** 11 bis de 
la rue Dumont-d'Urville en 1888-1889. 

Rue Dumont-d'Urville n** 1 et rue de Belloy n* 2 on voit un hôtel du style 
Renaissance, qui a été construit en 1883 ; au second étage et faisant face à la 
place des États-Unis, s'avance une tourelle en encorbellement. A l'encoignure 
de la rue Dumont-d'Urville et de l'avenue d'Iéna se trouve un hôtel qui a élé 
construit en 1867 et où demeurait le maréchal Bazaine lorsqu'il fut arrêté. 

La rue Lapérouse a été ouverte en 18(50, avec 12 mètres de largeur, par la 
Ville de Paris, sur l'emplacement d'une partie de l'ancien boulevard de Passy; 
elle n'existait antérieurement que du côté des numéros impairs, dont les 

'I : Voir aux annexes (p. 499) le discours par M. Dupuy (le 27 octobre 1901). On trouvera 
également aux annexes (p. 440) celui que j'ai prononci^ aux ohst^'quos du regretté M.Manuel. 

10 



l46 HISTOIRE DU XVI' ARRONDISSEMENT 

alignements ont été fixés par une ordonnance du bureau des finances du 
16 janvier 1789. Sa dénomination lui a été donnée par le décret du 2 mars 1864, 
en l'honneur de Jean-François de Galaup de Lapérouse (1741-1788), enseigne 
en 1764, lieutenant de vaisseau en 177o, capitaine de vaisseau en 1780; il s'il- 
lustra en Amérique dans la guerre contre les Anglais, sous les ordres de 
l'amiral d'Estaing ; il partit de Brest en i785, avec la Boussole et r Astrolabe, 
pour un voyage de circumnavigation, découvrit au Kamtschatka le détroit 
qui porte son nom et arriva à Botany-Bay en 1788 ; on n'eut plus ensuite de 
ses nouvelles. En 1827, le capitaine anglais Dillon découvrit les débris de 
son navire et. Tannée suivante, Dumont-d*Urville trouva des indices certains 
de son dernier séjour à l'île de Vanikoro (Océanie), où il avait perdu la vie, 
et y fit élever un monument funéraire. Emile de Girardiu, publiciste, a 
habité le n*» 27 de la rue Lapérouse de 1877 à 1881, date de sa mort. 

La rue Herran, qui longe le lycée Janson-de-Sailly et a 12 mètres de lar- 
geur, est une voie privée, ouverte en 1862 par M. Herran, qui a été successi- 
vement en Espagne, en Angleterre et en France, ministre des républiques 
américaines de Honduras, Salvador et Costa-Rica. 

La rue du Général-Apperl est une voie privée ; elle fut ouverte en 1864, 
avec une largeur de 12 mètres, sur des terrains appartenant à M. l'ingénieur 
Philipps, qui, à l'époque où elle était encore à l'état d'impasse, la nomma 
« rue Appert »>, parce que la première maison y fut construite par le général 
Appert{1817-189l). Ce général servit longtemps en Afrique, futnommé général 
de brigade le 14 juillet 1870, commanda la place de Versailles en 1871 et une 
division d'infanterie, à Orléans, en 1875. 11 fut ensuite envoyé à Saint-Péters- 
bourg, où il était très apprécié par le tsar, ce qui lui permit de rendre de 
grands services à la France. C'est sur la demande des habitants que la déno- 
mination de « rue Appert » a été remplacée, le 10 avril 1893, par celle de « rue 
du Général-Appert ». Le prolongement de cette rue a été ouvert d'août 1897 
à avril 1898, entre les rues de la Faisanderie et Spontini ; tous les frais de 
cette ouverture (viabilité complète et éclairage) ont été payés par M. de 
Rothschild. 

La Ville de Paiîs décida de ne pas aliéner les pelouses du lianelagh et de 
les aménager pour en faire une promenade publique. Par délibération du 
6 décembre 1857, le conseil municipal de Passy accorda à la Ville de Paris 
une subvention de 1.000 francs, pour établissement de bancs sur ces pelouses. 
Elles sont actuellement desservies par les avenues Ingres, Prud/îon, du liane- 
lagh et Raphaëlyàojxi les riverains sont astreints, dans l'intérêt de Tembellis- 
sement du quartier, à certaines servitudes (l), en vertu du cahier des charges 
régissant la vente aux enchères du 4 décembre 1858. Cette adjudication 
comprenait 44.756 mètres carrés, qui ont été vendus pour 1.351.000 francs. 
A répoque où elle a eu lieu, la situation des pelouses du Ranelagh laissait 
encore beaucoup à désirer ; elles étaient envahies par des haies et des brous- 
Bailles ; des chemins de piétons y étaient tracés dans tous les sens. Les ingé- 
nieurs de la Ville dressèrent, en 1859, un projet montant à 155.000 francs 
pour niveler le sol, le semer à nouveau, y tracer les chemins longeant le parc 
de la Muette et le chemin de fer d'Auteuil, terminer les nouvelles avenues 

(i) Voir aux annexes (pafçe 440 les règlements spéciaux qui régissent les abot*ds du 
lianelagh (contrat de vente des terrains bordant les avenues Ingres, Prudhon et Raphaël}. 



PELOUSES DU RANEI.ACn 1^7 

et les raccorder avec le boulevard Sucliel et la chaussée de la Muette. Tous 



si 

il 
II 



ces terrains avaient été relraiicliés du bois de Itoulogne lors de rétablisse- 
ment des fortifications de Paris et cédés alors à la Ville (I). 

RaphaC). Prudhon et Ingres ont été ouvertes en 18G0, sous la direction 
les ordre» Uc M. l'ingénieur Uarcel et de M. le conducteur Seilhoinicr. 



t48 HISTOIRE DU XVl" ARRONDISSEMENT 

Dans ce joli coin de verdure se trouve le monument élevé à La Fontaine, 
grAce à une souscription qui avait été ouverte sous les auspices de M. Mar- 
raottan, maire du XV1« arrondissement; la moitié des fonds a été fournie 
par Passy et Auteuil. Le groupe est dû au statuaire Dumilâtre et a été fondu 
par M. M. Thiébaul; M. larchitecte Franlz Jourdain est l'auteurdu piédestal. 



Dllertinn de M. Cm. l'alin ) 



M. SuUy Prudhomme, qui occupe, à l'Académie française, le fauteuil de La 
Fonlaine.aproDoncéun discours très applaudie l'inauguration du monument, 
qui a eu lieu le m juillet IKill . On peut le trouver aux archives de la Société. 
L'avenue Raphaël, précL'ddmraent c. boulevard du Banelagh ■>, doit son 
nom à l'illustre peintre italien Raphaël Sanzio (i483-lî>20) ; élève du Pérugin, 
ilcomposa, il dix-huit ans, leMariagedela Vierge, peignit ensuite à Florence /n 
Belle Jardinière, puis fut iippelé k Kome par Bramante, archilecte du pape 



AVKNUE INGRES i^Q 

Jules II, qui le chargea de peindre les salles du Vatican (fresques de VÉcole 
d'Athènes, de la Dispute des Docteurs, de la Bataille d'Ostie, de r Incendie de 
BorgO'Vecchio). Les ouvrages de Raphaël sont si connus qu'il paraît inutile 
de les énumérer ici. 

Cuvillier-Fleury, ancien précepteur du duc d'Aumale, mourut en 1887 à 
rbùtel n** 4 de l'avenue Raphaël, qu'il habitait depuis plus de vingt ans (1). 

L'avenue Raphaël renferme beaucoup de jolis hôtels et de coquettes villas 
s*épanouissant au milieu de la verdure. On peut citer : au n** 10, un hôtel 
gothique à pignon central, et, au n** 8, une villa qui est une des premières 
construites dans l'avenue Raphaël et dont la façade est formée de briques de 
différents tonss avec application de faïences émaillées de couleurs variées; en 
avant et à gauche, accolée à la façade principale, s'avance une véranda penta- 
gonale surmontée d'une terrasse et, sur le côté, toujours à gauche du bâti- 
ment principal, s'élève une tour octogonale également en briques et faïences 
polychromes (2), couronnée par une autre terrasse en saillie. 

Vauenue Prudfion, qui constituait précédemment une partie de la chaussée 
de la Muette, a reçu sa dénomination actuelle par décret du 2 octobre 1865, 
en mémoire du peintre Prudhon (1760-1823), à qui on doit : le Crime poursuivi 
par la Justice et la Vengeance célestes, le Christ mourant sur la croix. 

Le célèbre compositeur Gioacchino-Antonio Rossini, qui avait demeuré 
pendant quelque temps à la rue de la Pompe, habita, à partir de 1857, une 
villa qu'il avait fait construire sur un terrain qui lui avait été gracieusement 
concédé par la Ville de Paris, près de la porte de Passy, entre le chemin de fer 
d'Âuteuil et le boulevard Suchet (n"" 5 de Vauenue Ingres) ; il mourut dans 
cette villa, le 13 novembre 1868, à l'âge de soixante-seize ans. 

Au n"" 4 de l'avenue Ingres, vis-à-vis de l'ancienne maison de Rossini, se 
trouve un hôtel qui a été construit par M. AUouard, et dont une reproduction 
a été donnée par M. César Daly, dans son ouvrage intitulé : De rarchitecture 
privée au xix* siècle. 

On voit, au n** 1 de Y avenue Ingres, un hôtel de style Renaissance, présen- 
tant deux riches façades : l'une, sur l'avenue, est masquée par les arbres ; 
pour bien juger l'autre, qui domine la voie ferrée, il convient de la regarder 
du boulevard Beauséjour. Des mosaïques sur fond d'or sont incrustées dans 
les tympans des hauts pignons qui surmontent les fenêtres. 

L'avenue Ingres, qui s'est nommée d'abord « boulevard Rossini », a reçu 
sa dénomination actuelle, par décret du 2i août 1864, en mémoire du peintre 
Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), élève de David, grand prix de 
Rome en 1801. 11 peut être considéré comme un maître classique et comme 
le représentant du dessin correct et de la peinture sobre, toujours empreinte 
d'un idéalisme élevé. A l'Exposition universelle de 1855, un salon fut exclu- 
sivement réservé à ses œuvres. Il fut nommé sénateur en 1862 et ensuite direc- 
teur de la villa Médicis. Plusieurs hôtels de l'avenue Ingres avaient été 
endommagés par les obus en 1871. 

(i) Cuvillier-Fleury, avant de devenir le principal rédacteur du Journal des Débals et 
un des grands électeurs de l'Académie française, avait été précepteur du duc d'Orlt'ans, 
flis aîné du roi Louis-Philippe. 

(2) Diverses indications sur les hôtels et villas ont été extraites d'une communication 
faite par M. Léopold Mar à la Société historique d'Auteuil et de Passy, sur les belles 
façades du XVI* arrondissement. 



|5o HISTOIRE DU XVI* 

Les avenues Ingres. Prudhoa et Raphaël ont été munies du becs à incan- 
desceoce en mai 190U. 

L'ouverture de la partie de la rue de Freycinel comprise entre Tavenue de 
l'Empereur (Trocadéro) et la rue Morny (Pierre-Charron) a été déclarée 



(l'utilité publique par le décret du 17 septembre It^tii, fixant à li mètres la 
largeur de cette rue; elle remplaçait le passage de la Pompe-àFeu, qui avait 
été lormé à la fin du xvm" siècle, était coudé, commençait au quai Debilly el 
finissait à la rue de Chaillot. Un autre décret du 24 du même mois sanctionna 
le traité passé entre la Ville et la Société Thome et C' pour l'exécution de la 
nouvelle voie. 



RUE HAMELIN l5l 

La déclaration d'utilité publique pour Touverture de la partie de la rue de 
Freycinet comprise entre la rue Pierre-Charron et Tavenue d'iéna a été pro- 
noncée parle décret du 2 mars 1867. La Ville a utilisé des terrains provenant 
des anciens réservoirs de Chaillot, pour l'ouverture de cette section, qui a 
également une largeur de 12 mètres et dont les travaux ont été exécutés par 
la Société Thome et C'*, suivant un traité passé le 2 juillet 1866 entre la Ville 
et cette Société. Vimpasse des Réservoirs s est trouvée confondue dans le 
tracé de cette seconde section. 

Le décret du 2 mars 1867 a donné à la rue de Freycinet (1), dans tout son 
parcours, cette dénomination, en Thonneur du navigateur Louis-Claude 
De Saulcesde Freycinet (1779- 1842), qui a découvert des terres australes; il fut 
nommé capitaine de vaisseau en 1820 et entra à TAcadéraie des sciences 
en 1825. La légation du royaume de Serbie se trouve au n" 9 de la rue de 
Freycinet. 

La rue de Bassano appartient au XVl» arrondissement entre l'avenue d'Iéna 
et l'avenue Marceau, au VIII», entre l'avenue Marceau et l'avenue des Champs- 
Elysées. Cette rue peut être considérée comme faisant suite à la rue de 
Lubeck, dont elle est séparée par la place d'Iéna. Le décret du 17 sep- 
tembre 1864 avait autorisé le prolongement de la rue de Lubeck depuis la rue 
Boissière jusqu'à l'avenue des Champs-Elysées ; les travaux furent exécutés 
par la Société Thome et C, et le décret du 2 mars 1867 a donné à ce prolon- 
gement, entre la place d'Iéna et l'avenue des Champs-Elysées, le nom de rue 
de Bassano. Ce percement, pour lequel on a adopté la largeur de 13 mètres, a 
englobé (2) la ruelle des Jardins, qui existait en 1730 et allait de la rue Kep- 
pler à Vimpasse des Réservoirs, supprimée, comme il a été dit ci-dessus, par 
suite de la création de la rue de Freycinet (3). On remarque, au n° 48 de la 
rue de Bassano, un bel hôtel qu'habite l'illustre peintre Honnat, membre de 
•l'Institut et professeur à l'Ecole des Beaux-Arts. 

Hugues-Bernard Maret, duc de Bassano (1763-1834), fut un des fondateurs 
du Club des Feuillanls; il a été ministre des relations extérieures en 1811, 
pair de France en 1831 et ministre de l'Intérieur en 1834. 

La rue Hamelin (4), qui va de la rue de Lubeck à l'avenue Kléber, se trouve 
à la hauteur de l'ancienne barrière des Bassins, point où le mur d'enceinte 
décrivait un arc de cercle ayant pour efiet de faire abandonner au boulevard 

(i) Sous le trottoir de la rue de Freycinet se trouve un escalier circulaire de i4'"t55 
de profondeur (63 marches), construit en 1784, dans l'enceinte des réservoirs de la 
pompe à feu de Chaillot, pour desservir les réseaux de l'inspection générale des 
carrières. La longueur de la voie sous-minée, rue de Freycinet est de 99 mètres, outre 
la venue d*Iéna et la rue de Chaillot; il s'y est produit quelques fontis, dont 3 venus à 
jour en 1807 et 1812. La hauteur du sol au ciel de la carrière est de ii«»,07; la hauteur de 
la galerie d'exploitation est de 3™4^- 

(2) Sur le VIII« arrondissement, le percement de la rue de Bassano a supprimé, entre la 
rue Vernet et Tavenue des Champs-Elysées, la rue du Château-des-Fleurs, qui avait été 
créée en vertu d'un arrêté du conseil du roi du 21 août 1777 et qui servait de limite 
orientale au promenoir de Chaillot. 

(3) La longueur des voies sous-minées est de 42 mètres, devant les n*"*6, 8, 10 et 12 de 
la rue de Bassano ; une carrière isolée s'y étend sous les propriétés des n«« pairs seulement. 
Entre les rues Pauquet et Bizet, la distance du sol au ciel de la carrière est de i9™,95 : la 
hauteur de la galerie d'exploitation est de 6™,5o. 

(4) La longueur de la voie sous-minée est de 4^ mètres sous la rue Hamelin, à l'ori- 
gine de la rue de Lubeck. La consolidation a été faite par remblais bourrés sur 20 mètres de 
longueur. La distance du sol au ciel de la carrière est de i3"',70, et la hauteur de la galerie 
d'exploitation est de 4™/^- 



lb2 HISTOIRE DU XVI^ ARRONDISSEMENT 

de Passy (ancien boulevard extérieur) la direction de Tavenue Kléber et de 
lui faire suivre celle de la rue Dumont-d'Urville. Elle a été ouverte avec une 
largeur de 12 mètres, en vertu du décret du 17 septembre 1864; un autre 
décret, du 24 du même mois, a sanctionné le traité passé entre la Ville et la 
Société Thome et C*«, pour l'exécution du percement de cette rue, qui a reçu 
son nom, par décret du 2 mars 1867, en l'honneur de Tamiral Ferdinand- 
Alphonse Hamelin 11796-1864), neveu du contre-amiral Hamelin, mort en 
1839. Il fut embarqué à onze ans sur la frégate la Vénus, commandée par son 
oncle ; il prit part, à quatorze ans, enqualité d'aspirant, à la bataille du Grand- 
Port, que Duperré livra à la flotte anglaise et qui nous rendit TIle-de-France; 
il fut nommé enseigne en 1812, lieutenant de vaisseau en 1821, capitaine de 
vaisseau en 1836, contre-amiral en 1842, vice-amiral en 1848. Pendant la 
guerre de Crimée, il commanda la flotte française dans la mer Noire ; il fut 
nommé amiral en 1854, ministre de la Marine en 1855 et grand chancelier de 
la Légion d'honneur en 1860. 

En septembre 1897, le pavage en pierre de la rue Hamelin a été converti 
en pavage en bois (1). 

La rue de Belloy a été ouverte à 12 mètres de largeur, en 1866, tant sur 
l'emplacement des anciens réservoirs de Chaillot que de divers immeubles 
acquis par la Ville (traité passé le 2 juillet 1866 avec la Société Thome et C^*). 
Le nivellement a été fixé par l'arrêté du 7 novembre 1866; mais le classement 
de cette rue comme voie publique n'a été prononcé que par le décret du 
25 juin 1883, modifiant les alignements. 

Le décret du 10 août 1868 a donné à cette rue sa dénomination en Thonneur 
de Jean-Baptiste de Belloy (1709-1808), qui remplaça l'illustre évoque Belzunce, 
à Marseille, en 1756, fut nommé archevêque de Paris en 1802 et cardinal en 1803. 

La rue de Juigné^ longeant le terrain qui avait d'abord été réservé en vue 
de la construction d'une nouvelle église à Chaillot et qui forme aujourd'hui* 
la place des États-Unis, a été ouverte en 1866 par la Ville, sur l'emplacement 
tant des anciens réservoirs de Chaillot que de divers immeubles acquis 
conformément à un traité passé entre la Ville et la Société Thome et C'«. Le 
décret du 10 août 1868 avait donné à cette rue sa dénomination en l'honneur 
d'Antoine-Éléonore-Léon Leclerc de Juigné ;1728-1811), évoque de Châlons 
en 1764, archevêque de Paris en 1781, qui fut député aux États généraux, 
s'expatria et ne revint qu'en 1802 en France, où il passa ses dernières années 
dans la retraite. La rue de Juigné ne porte plus ce nom actuellement, parce 
qu'elle fait partie de la place des États-Unis, qui a été créée également en 1866 
par la Ville, s'était d'abord appelée « place Galilée », avait reçu, par décret 
du 10 février 1875, le nom de « place de Bitche », en mémoire de l'héroïque 
défense de cette place pendant la guerre de 1870-1871, a été classée et alignée 
par le décret du 25 juin 1883, et a reçu sa dénomination actuelle, par décret du 
16 août 1881, en l'honneur de la grande république américaine. La place des 
États-Unis, qui a 60 mètres sur 55, est ornée d'une statue de Washington 
et La Fayette et renferme un jardin anglais. En 1897, le pavage en pierres de 
la place des États-Unis a été converti en pavage en bois. 

Le décret du 2 mars 1867 a donné le nom de Mozart à l'avenue devant être 
ouverte entre la chaussée de la Muette et la rue de la Fontaine. Le décret du 

(i) En 1902, recelé municipale de garçons de la rue Hamelin avait 242 élèves. 



RUE MOZART l53 

29 mai suivaut a déclaré d'utilité publique l'ouverture de cette voie, en spéci- 
fiant qu'elle aurait 20 mètres de largeur ; qu'elle partirait du carrefour formé 
à Auteuil par la rencontre des rues Poussin, des Vignes (Pierre-Ouérin), de la 
Fontaine (La Fontaine) et de Magenta (Pierre-Guérin) ; enfin qu'elle aboutirait 
au point de jonction des rues de la Pompe et de Boulainvilliers, avec forma- 
lion d'un carrefour de dégagement à Tintersection de ces deux dernières rues 
avec la rue de Passy. 

Le percement de cette rue Mozart a été immédiatement commencé; mais 
on n'a exécuté, sous le second Kmpire, que la partie comprise entre la rue 
Bois-le-Vent et la rue de l'Assomption (1). On a ouvert, en 1876 et 1877, la 
section qui s'étend de la rue de l'Assomption à la rue Ribéra, ainsi qu'une 
amorce près de la rue La Fontaine ; on a fait, en 1881 , la partie qui s'étend entre 
la rue Ribéra et la rue La Fontaine ; enfin on a mis en état de viabilité, de 
juin 1895 h février 1897, la section comprise entre la chaussée de la Muette et 
la rue Boîs-le-Vent. 

On a donc mis près de trente ans à percer la rue Mozart (qui dessert 
Auteuil et Passy), ce qui tient à ce que les travaux ont été interrompus fré- 
quemment, et Ton peut dire que les prévisions n'ont pas encore été complète- 
ment réalisées, car les ingénieurs de la Ville avaient projeté primitivement 
de prolonger la rue Mozart jusqu'à la place du Trocadéro, afin de relier direc- 
tement cette place avec Auteuil. On n'a pas exécuté jusqu'ici ce prolongement, 
qui devait avoir 20 mètres de largeur, comme la rue Mozart ; plus on atten- 
dra, et plus la dépense s'accroîtra, en raison des constructions qui s'élèvent 
sur le tracé. On peut diviser ce prolongement en deux sections : la première 
aboutirait à la place Possoz, où l'emplacement de la voie projetée est indiqué 
par deux amorces; la seconde section couperait la rue Vital près de son inter- 
section avec la rue Nicolo, la rue de la Tour entre la rue Bellini et la rue 
Louis-David, la rue SchefTer à son intersection avec la rue Bellini; elle tra- 
verserait la rue Pétrarque et, ce qui constitue une grave difficulté, le cime- 
tière de Passy, pour rejoindre la place du Trocadéro, entre l'avenue Henri- 
Martin et la rue Franklin, au point où le mur du cimetière de Passy a été 
reconstruit, en lîKK), avec une forme à arcades, qui diffère de celle adoptée 
pour les autres parties de ce mur de soutènement. 

La dépense totale faite de 1807 à 1897, pour l'ouverture de la rue Mozart, 
s'est élevée à ±47'2.655 francs ; la revente des terrains et des matériaux de 
démolition ayant procuré une recette d'environ 7oO.O(K) francs, le sacrifice de la 
Ville de Paris pour la création de cette voie peut être évalué à 1.700.000 francs- 

Le compositeur Jean-Chrysostome-Wolfgaug-Amédée Mozart (1756-1791) 
fut présenté à l'empereur d'Allemagne François 1" à l'âge de six ans ; il com- 
posait déjà alors des pièces de clavecin et jouait à livre ouvert; il n'avait pas 
encore huit ans quand il touchait l'orgue à Versailles ; il fut présenté l'année 
suivante à la cour d'Angleterre. Il composait de mémoire, sans le secours du 
piano, et jetait rapidement ses idées sur le papier ; il est l'auteur de DonJuan, 
des Noces de Figaro, de la Flûte enchantée, d'une célèbre messe de requiem et 
de beaucoup de symphonies. 

(i) Les travaux de la rue Mozarlonlclé dirifçés de i806i\ i8G8 par M. l'ingénieur Ernest 
Rousseau et M. le conducteur Maliieu; on 187G et 1878, par M. l'ingénieur Harlet ol M. le 
conducteur Lomprez; en 1881, par M. l'ingénieur CluKiuet et M. le conducteur Holy; en 
i8g6, par M. ringénieur Babinet et M. le conducteur Chevallier. 



l54 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

Le décret du 21 novembre 1901 a modifié les alignements à Tangle de la 
rue Mozart et de la chaussée de la Muette. 

Vimpasse Mozart, qui a son entrée au n** 36 de la rue Mozart, à peu de dis- 
tance de la rue du Ranelagh, n'a qu'une largeur de l"',^^ sur une longueur 
de 28 mètres et était précédemment nommée « impasse de la Chaise ». C'est le 
restant d'une ancienne sente, dite de la Chaise, qui avait été classée comme 
chemin public rural par arrélé du 5 octobre 1857 ; elle commençait à la rue 
de la Glacière (ensuite rue Davioud) et arrivait au lieu dit La Chaise (Beau- 
séjour). Une grande partie de son étendue s'est trouvée supprimée par suite 
du percement de la rue Mozart. Le nom d'impasse Mozart a été substitué à 
celui d'impasse de la Chaise par l'arrêté du 3 septembre 1869. 

Le décret du 2 mars 1867 a donné le nom de rue Largiiiière à la voie à 
ouvrir entre la rue Mozart et le boulevard Beauséjour ; un autre décret du 
29 mai de la môme année a déclaré d'utilité publique l'ouverture de cette rue, 
qui a été immédiatement exécutée : 1° sur un emplacement appartenant à la 
Ville et précédemment occupé par le service municipal des promenades et 
plantations ; 2** sur des terrains appartenant à la Société Ileugel et G**. 

Nicolas Largiiiière (1656-1746) fut d'abord attaché, en Angleterre, à la per- 
sonne du roi Charles II ; la protection de Van der Meulen, peintre historio- 
graphe de Louis XIV, lui procura des commandes de portraits en France ; 
Charles Le Brun le prit en amitié. La vérité du coloris, la fraîcheur du ton 
et la légèreté de touche de Largiiiière le firent surnommer le Van Dyck 
français. Il entra, en 1686, à l'Académie de peinture, dont il devint ensuite 
chancelier. On lui doit un ex-voto qui décore l'église Saint-Étienne-du-Mont, 
le Repos, donné à Louis XIV par la Ville de Paris, en 1687, et le Mariage du 
duc de Bourgogne en 1697 ; il a fait 1.500 portraits. 

Au n*" 4 de la rue Largiiiière, à l'angle de la chaussée de la Muette, se 
trouve l'habitation que s'était fait construire M. l'architecte Lheureux, mort 
récemment ; il a dirigé l'agrandissement de l'École de droit, avec nouvelle 
façade sur la rue Saint-Jacques. Si on entre dans cette maison, on voit du 
jardin une construction originale : trois corps de bâtiment reliés à gauche 
par une tour à deux étages, qui sert d'escalier et à laquelle s'adosse une 
rotonde. La description de cette habitation se trouve à la page 821 de Y Ency- 
clopédie d'architecture, publiée par Mme veuve Morel et C''. 

La villa Herran, qui a son entrée rue de la Pompe, au n* 85, a été formée 
en 1867 par M. Herran (1). 

La villa de Longchamp a son entrée sur la rue de Longchamp, entre le 
n* 36 et le n" 38, près de l'avenue Kléber ; c'est une voie privée qui n'a que 2'',50 
de largeur et qui constitue une rectification d*un ancien chemin de Chaillot, 
qui était dénommé « ruelle du Bouquet-des-Champs », était coudé et avait 
une largeur variant entre 1 mètre et 3"', 50. Cette rectification avait été dénom- 
mée rue Rigaud (2) par le décret du 27 février 1867. Les propriétaires lui ont 
donné, en 1887, le nom de villa de Longchamp. 

(i) Voir p. itfi pour la rue Herran. La longueur de la voie >*ous-nunée est de 20 mètres 
à partir de la rue de la Pompe ; la distance du sol au ciel de la carrière est de 8™,55, et la 
hauteur de la galerie d'exploitation est de 5 mètres. Quelques fontis s'étaient manifestés; 
la villa Herran a été consolidée par les propriétaires de cette voie privée. 

(2) Hyacinthc-F'rançois-Honoré Rigaud (iGTkj-ij^S) a été directeur de rAcadémie de 
peinture en 1735 ; le Louvre a de lui le Martyre de saint André, les portraits de Lebrun et 
de Mignard. 



HUE FOUCAULT l55 

La rue Niiot a été ouverte sur une propriété de la famille Nitot. Le terrain 
de 75.000 mètres carrés, clos de murs, compris entre la rue de Cbaillot et 
Tancien mur d'enceinte, avait été acheté en 1810 par M. Nitot, un des bijou- 
tiers fournisseurs de Napoléon I*' (1) et était connu sous le nom de clos 
Nitot. Un banquet réformiste y fut donné en 1848. Le décret du 13 mars 1869 
a autorisé le colonel Nitot, le comte Treilhard, conseiller d*État, le sénateur 
Boittelle et le baron d'Erlanger, alors propriétaires du clos Nitot, à ouvrir 
sur leurs terrains et suivant les alignements fixés par ledit décret, une rue 
de là mètres, destinée à faire communiquer la rue de Lubeck avec la place 
Galilée (place des États-Unis), à charge par eux d'abandonner gratuitement 
à la Ville de Paris le sol de la rue projetée et de se soumettre aux autres 
conditions énoncées dans leurs soumissions de fin 1866 et du 8 novembre 1868. 
L'arrêté du 20 juillet 1868 avait donné à cette nouvelle voie le nom de rue 
Nitot. 

Le percement de la rue Le Nôtre, avec une largeur de IS mètres, est indi- 
qué sur le plan annexé à la loi du 28 avril 1869, approuvant la convention 
passée entre l'État et la Ville de Paris pour la place du Roi-de-Rome (place 
du Trocadéro) et ses abords. Cette rue a une pente très rapide ; le décret du 
10 novembre 1877 lui a donné sa dénomination en l'honneur d'André Le 
Nôtre, architecte et dessinateur de jardins (1613 1700), fils d un surintendant 
des Tuileries. Ayant succédé à son père, il fit planter la grande allée des 
Tuileries, dessina pour Fouquet le parc du château de Vaux, créa l'immense 
parc de Versailles et les jardins de Trianon, ceux de Chantilly, Saint-Cloud, 
Meudon et Sceaux, ainsi que la terrasse de Saint-Germain, les canaux du 
parc de Fontainebleau et la promenade d'Amiens. Louis XIV lui conféra le 
cordon de Saint-Michel et voulut lui donner des armoiries : « Des armoiries, 
répondit Le Nôtre, j'ai déjà les miennes : trois limaçons couronnés d'une 
feuille de chou. » 

La rue Théry est une voie privée, ouverte en 1869, avec une largeur de 
12 mètres, sur des terrains appartenant à M. Théry, fabricant de chocolat. 

La rue Détrousse a été ouverte, comme voie privée, en 1869, avec une lar- 
geur de 12 mètres, par la Société Latessieur de Launay, dont un des princi- 
paux actionnaires était M. François-Hubert Debrousse (1817-1878), qui a 
construit plusieurs chemins de fer (ligne de Picardie et Flandres, Compagnie 
franco-algérienne). Le décret du 29 novembre 1901 a classé la rue Debrousse 
au nombre des voies publiques et en a fixé les alignements. 

La rue Foucault a été ouverte, vers 1874, par la Ville de Paris, avec 
12 mètres de largeur ; le nivellement y a été fixé par l'arrêté du 13 octobre 1874 
et elle a été classée au nombre des voies publiques par le décret du 7 juil- 
let 1884, qui en a fixé les alignements. Sa dénomination lui a été donnée par 
le décret du 10 novembre 1877, en mémoire de Jean-Bernard-Léon Fou- 
cault (1819-1868), physicien et membre de l'Académie des Sciences. La hau- 
teur des maisons de la rue Foucault est limitée à 14™,30. 

Foucault a fait, de 1850 à 1852, des expériences qui ont été fort remar- 
quées et qui rendaient visible le mouvement de rotation de la terre. Si on fait 
osciller un pendule, il se déplace dans un même plan vertical ; il se meut 
donc dans un plan invariable, pendant que la terre tourne. Pour l'observateur 

(i) Voir p. 442 rarticle de M. Emile Potin intitulé : « Une Rue de Chaillot ». 



l56 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

placé sur la terre, c*est le plan d'oscillation du pendule qui paraît se déplacer 
d'orient en occident, c'est-à-dire en sens inverse du mouvement de la terre. 
Comme le disait Foucault, dans son feuilleton scientifique du Journal des 
Débais, « le mouvement apparent du pendule révèle au spectateur le mouve- 
ment réel du globe qu'il habite». Le pendule de Foucault était constitué par 
un fil d'acier d'environ 70 mètres de longueur, fixé par un bout au sommet 
de la voûte intérieure de la coupole du Panthéon et portant, à l'autre extré- 
mité, une boule de plomb d'environ 30 kilogrammes, traversée par une tige 
de cuivre et munie d'un style d'acier. En raison de sa grande longueur, le 
pendule mettait IG secondes à revenir au point d'où il était parti ; la terre 
continuant pendant ce temps à tourner, le pendule répondait à une autre 
division du cercle, de 8 mètres de circonférence, au-dessus duquel il oscillait, 
et chaque oscillation double du pendule correspondait à un déplacement 
d'environ 2 millimètres et demi. Pour manifester ce déplacement, on avait 
garni le pourtour du cercle d'une couronne de sable, posée sur le dallage du 
monument, à l'intérieur d'une balustrade circulaire qui en séparait le public ; 
une brèche était pratiquée dans cette couronne de sable par une pointe fixée 
à la boule du pendule. Les expériences du pendule de Foucault seront refaites 
au Panthéon en 1902, sous la direction de M. Camille Flammarion, secrétaire 
général de la Société astronomique de France, directeur de l'observatoire de 
Juvisy, auteur de la Pluralité des mondes habiles, et de M. Berçet, directeur 
du laboratoire de M. Lippmann à la Sorbonne. L'appareil sera installé sous 
la coupole par les soins de M. Nénot, architecte de la Sorbonne. Le fil d'acier, 
qui aura un diamètre de 72 centièmes de millimètre, sera retenu au repos 
par un fil de chanvre qu'on enflammera pour le rompre et mettre l'appareil 
en mouvement. 

La villa de la Tour a été formée, à partir de 1874, par M. Souchier, pro- 
priétaire des terrains qui appartenaient depuis longtemps à sa famille ; il 
était maire de Chantilly à l'époque de son décès, survenu en 1891. Pendant 
la nuit, cette villa est fermée par des grilles ; elle appartient actuellement 
aux propriétaires des neuf maisons qui y ont été construites. Elle forme un 
coude et n'avait primitivement d'entrée que sur la rue de la Tour, au n*» 96 bis; 
mais M. Souchier lui a donné ensuite une seconde entrée sur la rue Eugène- 
Delacroix, en autorisant la construction de deux maisons en façade sur cette 
rue, sous la condition de laisser un passage libre d'une largeur de 4 mètres ; 
cette largeur est celle qui existe entre les clôtures des diverses maisons de la 
villa ; mais les actes de propriété interdisent d'élever des constructions sur 
les jardinets, de sorte que la distance minima entre les façades des maisons 
(excepté les deux qui donnent sur la rue Eugène-Delacroix) est de 9",67 sur 
la partie perpendiculaire à cette rue Eugène- Delacroix, et de 10 mètres sur la 
partie perpendiculaire à la rue de la Tour. 11 résulte des actes de propriété 
que la villa doit être habitée bourgeoisement ou par des personnes y établis- 
sant seulement leurs bureaux ; — que les murs sont mitoyens jusqu'à la hau- 
teur des constructions pour les parties construites, et jusqu'à la hauteur d'hé- 
bergé pour les parties non construites ; — que les propriétaires ont à leur 
charge les gages du concierge de la villa, l'entretien du pavillon qui lui sert 
de logement, celui des grilles, de l'égout commun, des trottoirs et des pavages. 
Il était stipulé, en outre, qu'en cas de décès de M. Souchier, comme dans le 
cas où il ne serait plus propriétaire d'un seul terrain de la villa, l'adminls- 



BOULEVARD DELESSERT ibj 

tralion de ladite villa passerait entre les mains d*un syndicat des proprié- 
taires. Cette éventualité s'étant réalisée, un acte constitutif de syndicat a été 
enregistré le l'*^ octobre 1895 ; les propriétaires syndiqués ont établi entre eux, 
par un acte que Tauteur a rédigé en 1899, des servitudes réciproques, ayant 
pour but de limiter les saillies permises sur les façades et, pour mieux assurer 
Taérage, d'adopter pour la hauteur des bâtiments des maxima un peu infé- 
rieurs à ceux qui résultent des règlements de voirie en vigueur à Paris. 

La rue Fresnel a été ouverte en 187G par la Ville de Paris, avec une largeur 
de 12 mètres ; le décret du 10 novembre 1877 en a fixé les alignements et lui 
a donné le nom d*Augustin-Jean Fresnel (1788-1827), qui entra, à seize ans et 
demi, à TÉcole polytechnique et fut nommé ingénieur des ponts et chaus- 
sées. Il commença en 1816 ses études sur la lumière, qu'il n'a plus interrom- 
pues jusqu'à sa mort; il fut élu, à Tunanimité, membre de TAcadémie des 
Sciences en 1823. Il est Tinventeur des phares lenticulaires et a fondé ainsi, 
avec Topticien Soleil, une industrie nouvelle, demeurée depuis essentielle- 
ment française; ces appareils lenticulaires ont été successivement adoptés 
pour réclairage des côtes du monde entier. 

Le coude et surtout les déclivités excessives de la rue Beethoven rendaient 
extrêmement difficiles les communications entre Passy et le quai de la Seine. 
Le conseil municipal de Passy émit, le 7 août 1842, un vœu en faveur de 
l'adoption du projet qui avait été présenté, le 13 mars de la même année, par 
M. le baron Benjamin Delessert, en vue de diminuer les pentes et de per- 
mettre un meilleur accès de la montagne de Passy. ('e projet fut modifié par 
les ingénieurs des ponts et chaussées et présenté par eux sous le titre de 
« rectification de la route départementale n** 2 de Paris à Saint-Cloud » ; on 
sait que cette route empruntait la rue Beethoven et la rue de Passy. Le projet 
ainsi modifié fut approuvé par une délibération, en date du 30 juin 1844, du 
conseil municipal de Passy, qui accorda, le 2 août 1845, une subvention de 
40.000 francs, à laquelle M. le baron Benjamin Delessert (1) ajouta un don de 
50.000 francs. Cette rectification fut autorisée par l'ordonnance royale du 
4 juin 18-46 et exécutée, en 1847, sur des terrains qui avaient dépendu origi- 
nairement du couvent des Bonshommes. Elle forma la rue Benjamin-Deiesseri, 
qui constituait un prolongement de la rue des Batailles (actuellement avenue 
dléna). 

L*aménagement du parc du Trocadéro entraînait Touverture d'une large 
voie pour relier directement la rue de Passy au centre de Paris ; il suffisait 
pour cela de prolonger le débouché offert par l'avenue d'iéna. Un décret du 
17 mai 1876 prescrivit donc l'ouverture d'un boulevard de 30 mètres de lar- 
geur, pour remplacer la rue Benjamin-Delessert et une partie de la rue 
Beethoven. Ce boulevard (2), qui supprimait la rue Benjamin-Delessert, en 
rélargissant et en la transformant, devait d'abord se nommer « boulevard 
Benjamin-Delessert » ; mais on décida ensuite qu'il porterait simplement le 
nom de « boulevard Delessert », afin de rappeler les services rendus non 
seulement par Benjamin Delessert, mais encore par (labriel Delessert et par 



(0 Voir aux annexes (p. 343) la biographie de Delessert, par M. Léopold Mar. 

(a) Voir dans la Revue bleue du 3o avril 1892, page 555, un article de M. Léo Claretie 
mentionnant les relations de Jean-Jacques Rousseau avec la famille de Lcsscrt (ancienne 
orthographe du nom des Delessert). 



l58 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

tous les autres membres de cette famille qui, originaire de Lyon, s'était fixée, 
dès le xviii" siècle, ^ Passy. 

Les travaux du boulevard Deiessert (1), qui ont été terminés au commen- 
cement de 1877, ont donné lieu à une dépense de L691.479 francs. 

La plantation du boulevard Uelessert a présenté des difficultés parti 
culières : du côté des numéros pairs, elle est faite dans un banc de roche 
calcaire et y a exigé l'ouverture d'une tranchée de 3 mètres de largeur sur 
1 mètre de profondeur, destinée à être remplie de terre végétale; du côté des 
numéros impairs, les arbres ont été plantés dans le remblai du boulevard, 
mais également dans une fouille continue de 3 mètres de largeur, parce que 
les déblais, plus ou moins rocheux ou calcaires, qui formaient ce remblai, 
étaient peu favorables à la végétation (2). Le boulevard Deiessert a été muni, 
en 1901), de becs à incandescence. 

Une avenue devant relier la place du Trocadéro à la porte Dauphine et 
porter le nom d' « avenue du Prince-Impérial » avait été projetée sous le 
second Empire (décret du ^9 mai 1866). C'est seulement en 1877 qu'une amorce 
de cette voie a été exécutée sur une longueur de 97 mètres à partir de la place 
du Trocadéro, et avec une largeur de 36 mètres. La partie comprise entre 
l'extrémité de cette amorce et le rond point de Longchamp a été construite 
en 1887 et 1888 avec une largeur (3) de 16 mètres et moyennant une dépense 
de 339.193 francs. L'arrêté du 9 déceinbre 1883 a donné à cette voie le nom 
d'avenue d'Eylau (qui avait été précédemment attribué à l'avenue Victor- 
Hugo), en mémoire de la victoire remportée le 7 février 1807 par la Grande 
Armée sur les Russes et les Prussiens, qui perdirent iO.OOO hommes, 18 dra- 
peaux et 16 canons. 

L'ambassade de Siara a quitté, en mai 1900, le n** i\ de la rue Pierre- 
Charron et a été transférée avenue d'Eylau, n" 14, dans un hôtel construit 
exprès pour elle. 

U impasse des Prêtres est une voie privée, située avenue d'Eylau, 37. 

La rue Chardin a été construite, en 1876, par la Ville de Paris, avec une 
largeur de 12 mètres. Elle a reçu ce nom, par arrêté du 10 novembre 1877, en 
l'honneur de Jean Baptiste-Siméon Chardin (1699-1779), membre de l'Aca- 
démie de peinture à 28 ans, qui passe pour un modèle de grâce simple, 
d'observation naïve et de fine bonhomie; il est l'auteur du Benediciie, que 
possède le Louvre, et de divers tableaux représentant des scènes d'intérieur, 
curieuses pour l'histoire du costume de la classe moyenne au xviii'- siècle. 

La passerelle de Passy, ou « pont de Passy », se trouve dans le prolonge- 
ment de l'axe du boulevard de Grenelle et franchit les deux bras de la Seine, 
séparés par l'île des Cygnes. Elle eut, tout d'abord, pour objet de remplacer, 
dans l'intérêt des piétons, le pont d'Iéna, affecté exclusivement à l'usage des 
personnes qui visitaient l'Exposition universelle de 1878 et elle a été conser- 
vée, après la clôture de celte Exposition, parce que l'expérience avait démon- 
tré qu'elle était fort utile pour la circulation du public (i). La faible altitude 

(i) Ces travaux ont été dirigés par M. Tingt^nieur Barlct et M. le conducteur Lomprez 
(a) Les travaux ont été dirigés par M. Rousseau, alors ingénieur et depuis inspecteur 
général des ponts et chaussées. 

(3) Les travaux ont été dirigés par M. Tingénieur Babinet et M. le conducteur Lepel- 
tier. 

(4) Mon article sur « la Seine entre le pont d'Iéna et le viadilc dVVuleuil », donnant des 
indications sur la passerelle de Passy, est reproduit aux annexes, p. 365. 



MUSÉE GALLIÉRA iBg 

des quais, aux abords de cet ouvrage, n'a pas permis de le rendre accessible 
aux voitures ; il ne constitue donc qu'un simple passage pour piétons, ayant 
6"»,50 de largeur entre les garde-corps et une longueur totale de 249 mètres. 
Cette passerelle, à laquelle on accède par des escaliers de treize marches, a 
été livrée (1) à la circulation le li avril 1878 et a coûté 420.000 francs. Cet 
ouvrage sera remanié prochainement, en vue de livrer passage aux trains de 
la ligne circulaire du chemin de fer métropolitain de Paris, sur un pont mo- 
numental, pour la travée métallique duquel un concours a été ouvert entre 
les constructeurs, conformément à une délibération du conseil municipal en 
date du 26 janvier 1902. 

La rue Galliéra et la rue de Brignole, ayant 12 mètres de largeur, ont été 
ouvertes, en 1878 et 1879, par Mme la duchesse de Galliéra et classées par le 
décret du 30 août 1879, portant que tous les frais de mise en état de viabilité 
seront acquittés par la dame Marie Brignole-Salle, duchesse de Galliéra, 
veuve de Raphaël de Ferrari, duc de (ialliéra, conformément aux clauses et 
conditions d'un acte notarié, reçu par M** Delapalme, notaire à Paris, le 31 oc- 
tobre 1878. Suivant cet acte, la duchesse cédait gratuitement à la Ville partie 
d'un terrain de 17.t)00 mètres carrés, situé entre l'avenue du Trocadéro, la 
rue de Morny (actuellement Pierre-Cliarron) et la rue de Freycinet, pour 
l'ouverture de deux rues nouvelles (Brignole et Galliéra), l'établissement d'un 
square et la construction d'un musée public, à édifier aux frais de la duchesse, 
qui y placerait des statues, des tableaux et autres objets d'art qu'elle avait 
alors l'intention de léguer à la Ville. 

Le musée Galliéra est compris entre les rues Pierre Charron (où se trouve 
l'entrée principale), Brignole, Galliéra et l'avenue du Trocadéro, qui donne 
accès au square dont le frais décor encadre si bien ce monument princier (2) ; 
la superficie du musée et du square est d'environ 9.800 mètres carrés. Le 
musée est devenu propriété municipale à la date du 1*"^ juillet 1894; l'ouver- 
ture a eu lieu en avril 1895. 

De son vivant, la duchesse de Galliéra, qui a attaché son nom à tant 
d'œuvres artistiques ou charitables, avait formé le projet de léguer à la Ville 
de Paris sa galerie de tableaux. Mais au cours des travaux, la Ville ayant 
laïcisé ses écoles, cette décision fit revenir la duchesse sur sa détermination 
et, ne pouvant retirer la donation en tant que monument, elle conserva du 
moins la propriété de ses tableaux, dont la collection est restée dans son 
palais de Gênes. La Ville se trouvant, dès lors, dans l'obligation de garnir le 
musée, dut en changer la destination. Elle y fit placer des tapisseries anciennes 
qui proviennent de Beauvais, Aubusson, Lille, Bruxelles et Turin, et dont la 
valeur est estimée à 2 millions et demi. C'est au musée Galliéra que le prési- 
dent de la République Félix Faure inaugura l'exposition de portraits de 
femmes et de dentelles organisée par la crèche du XVl*' arrondissement. 
L'exposition des œuvres de Corot, faite à l'occasion de son centenaire, s'y 
tint également. On y a installé des statues achetées aux différents salons, des 
émaux, des grès, des porcelaines, etc. 

(i) C<ît ouvrage a été dirigé par M. l'inspccleur général Huet et M. l'ingénieur Bartct; 
la partie métallique a été exécutée par la maison Caii. 

(2) Voir à la page ^ du i'' volume du Bulletin un exlrait du journal C Éclair ^ du ii jan- 
vier 18981 sur le musée Galliéra. Divers détails rapportés ici sur ce musée sont extraits 
d*une description qui en a été donnée dans k Magasin piltoresquet 



iiisToiiiE nv xvr 



Par délibération du 30 novembre lOiiO, le conseil municipal de Paris a 



décidé, sur la proposition de M. le consL'ilIcr Ouentin-Raucluirt, président 
de la commission du Musée, que •■ de^exposi lions périodiques d'art industriel 



RUE BERLIOZ t()l 

auront lieu au musée Galliéra; elles comprendront les travaux des meilleurs 
élèves des écoles professionnelles de la Ville de Paris et aussi les œuvres d'art 
produites dans les sections du meuble, du métal et autres, par les ouvriers 
de nos faubourgs ». 11 se fabrique, en effet, à Paris, notamment au faubourg 
Saint-Antoine et au Marais, des œuvres de premier ordre qu'il est utile de faire 
connaître. La transformation officielle du musée Galliéra en un musée d*art 
industriel moderne (1) a eu lieu le 22 juin 1901. Les premiers objets exposés 
comprenaient des bronzes, des étains, des céramiques, etc. On n'admet que 
les œuvres seules des ouvriers mômes, et non les produits mis en vente par 
les maisons de commerce. Le conseil municipal de Paris a voulu ainsi réha- 
biliter Tart industriel et démontrer la parfaite compatibilité du beau et de 
l'utile, de la valeur économique d'un objet et de son intérêt esthétique. Ou 
créera chaque année, au musée Galliéra, des expositions se rattachant cha 
cune à une branche plus particulière de l'art industriel : on y a fait en 1902 
une exposition de reliures d'art modernes, qui a eu le plus grand succès. 

Les recherches sont facilitées avec beaucoup de compétence et d'amabilité 
par M. Formentin, nommé conservateur du musée sur la demande expresse 
de M. Philippe Ferrari, fils de la duchesse de Galliéra. 11 était tout désigné 
pour ces délicates fonctions. 

Le palais a été élevé sous la direction de M. Léon Ginain, de l'Institut, 
architecte de la Ville, qui s'est inspiré des styles italien, grec et arabe, ainsi 
que du palais de Gènes. Les constructions, commencées le 28 mai 1879, ont 
été terminées le 27 février 1894. La duchesse de Galliéra est décédée le 
6 décembre 1888 ; elle n'a donc pas vu l'achèvement du monument, qui lui a 
coûté 6 millions 500.000 francs. Les fondations ont 20 mètres de profondeur. 
De la porte monumentale, qui donne accès à la rue Pierre-Charron, deux 
larges portiques soutenus par vingt-six colonnes forment une enceinte demi- 
circulaire ; des balustrades à l'italienne couronnent la ligne de faite. La façade 
méridionale qui regarde la Seine est percée de trois larges fenêtres cintrées 
occupant tout l'édifice principal, dans lequel se trouve la galerie. En péné- 
trant par le square, on voit trois statues représentant l'architecture au centre, 
la sculpture à droite et la peinture à gauche ; ces trois statues, dues à 
MM. Chapu, Thomas et Cavelier, sont séparées par six colonnes corin- 
thiennes. La porte en acajou qui sépare le vestibule de la grande salle cen- 
trale est sculptée d'une manière très remarquable et a coûté 9.000 francs. 

La rue Berlioz est une voie privée, qui va de la rue Pergolèse à la cité du 
Redan, et se trouve à peu de distance de l'avenue Malakofï ; cette rue a été 
ouverte en 1879, avec une largeur de 10 mètres, par MM. Romain, Boulanger, 
Morel, Philippon et Durst-Wild, qui lui donnèrent le nom de Louis-Hector 
Berlioz (1803-1869), critique musical et compositeur, membre de l'Institut. 
Dans sa jeunesse, Berlioz avait abandonné la médecine pour s'adonner à la 
musique. Ce fut la cause d'une lutte avec sa famille, et il se vit obligé, pour se 
créer des ressources, de donner des leçons de flûte et de guitare, instruments 
auxquels il est resté constamment fidèle et dont il s'est uniquement servi 
en composant. Il est l'auteur de la Damnation de Faust, des Troyens et de 
beaucoup d'autres œuvres originales. 



(i) Voir le BuUelin municipal officiel du 2G juin 1901. 

11 



I2 IIISTOinii: DU XVI" \RHONr»ISSF.MKNT 

Les bâtiments de la Pelite-Muetle (i) ont éié séparés du château et du 



(Colleclion (le «. Éni. Polin.) 

grand parc par suite delà cunstruction du chemin deferd'Auleuil ; I' « avenue 
(1) Voir aux nniicxos (p. 4{») une nule sur lu ili-iiioliliiHi <lo In PctilcMuolIc. 



RUE OCTAVE-FEUILLET l63 

de la Petite Muette « était une voie privée, formée, lors de rétablissement de 
ce chemin de fer, pour desservir les propriétés résultant du morcellement de 
la Petite-Muette, et pour leur donner un débouché sur. la rue de la Pompe. 
Ce qui restait des bAtiments de la Petite-Muette fut démoli en 1891. La rue 
Gusiave-Nadaud, qui va de la rue de la Pompe au boulevard Émile-Augier, 
a absorbé la plus grande partie de Tancienne avenue de la Petite-Muette; le 
surplus a été annexé au boulevard Émile-Augier par Tarrôté préfectoral du 
i8 décembre 1894. Le décret du 8 janvier 1895 a donné à la nouvelle rue, 
conformément à la demande présentée par la Société historique d'Auteuil et 
de Passy, le nom du célèbre chansonnier Gustave Nadaud (1840-1893), qui 
habitait, dans le voisinage, le n*" 63 de la rue de Passy; Roubaix, sa ville 
natale, lui a élevé un monument (1). La rue Gustave-Nadaud est traversée 
soulerrainement par le chemin de fer de (llourcelles aux Invalides. 

A droite du chemin de fer d'Aitleuil et parallèlement au boulevard Émile- 
Augier, on avait amorcé, auprès de l'avenue Henri-Martin, sur une longueur 
de 53 mètres, un boulevard, qui a été achevé de décembre 1898 à juillet 19()0, 
en môme temps qu'on élargissait la plate forme du chemin de fer, pour y 
porter le nombre des voies de deux à quatre. Cette voie a été dénommée, 
en 1893, boulevard Jides-Sandeaii, en l'honneur de Jules Sandeau (1811-1883), 
membre de l'Académie française, ('et auteur a donné au Théâtre-Français, 
en 1851, Mademoiselle de la Seiylière, et, en 185i, avec Emile Augier, le Gendre 
de Monsieur Poirier: plus tard, Jean de Thommeray, 

C'est aussi de décembre 1898 à juillet 1904) qu'on a percé et mis en état de 
viabilité les rues deslinées à desservir le nouveau quartier devant être bâti 
sur l'emplacement de l'ancien Fleurisle de la Muette, savoir : 

La rue Guy-de-Maupassanl, prolongeant la rue de Siam jusqu'au boulevard 
Éraile-Augier ; \arue Edmond Abouti prolongeant la rue Mignard, également 
jusqu'au boulevard Émile-Augier ; la rue Oclave-Feuillel (2), longeant le parc 
de la Muette depuis l'avenue Henri-Martin jusqu'au pont par-dessus le che- 
min de fer ; elle établit une communication avec le boulevard Émile-Augier; 
la rue Eugène-Labiche et la rue de Franqueville, qui vont de la rue Octave- 
Feuillet au boulevard Jules-Sandeau (3). 

Les noms de ces dernières rues ont été donnés en l'honneur de M. le comte 
de Franqueville, propriétaire du château de la Muette; d'Edmond About 
(1828-1885), qui a été directeur du journal le AVA" Siècle jusqu'à sa mort, 
survenue peu de temps après son élection et avant sa réception à l'Académie 
française ; de l'auteur dramatique Eugène Labiche (1815-1888), à qui on doit 
tant de pièces spirituelles ; du célèbre romancier Octave Feuillet (1821-1890), 

(i) Voir aux annoxos ;p. /,4^,) l'article sur le monument de Gustave Nadaud, ainsi que 
Tarlicle intitulé : « L'Œuvre de Nadaud «, par M. Emile Potin. Voir également la confé- 
rence de M. Léo (Maretie sur Gustave Nadaud, pp. 227 ù 234 du 1®' volume du Bulletin^ et 
les articles publiés le 29 avril 1898 dans le Petit Journal et, le lendemain, dans lEsta- 
fette. 

{'?.) L'hôtel construit h la rue Octave-Feuillet par M. l'architecte Arnoud a été primé 
par la Ville au concours de façades de igcx). 11 est dit, dans le rapport du jury, que cet 
hôtel est très harmonieux dans l'ensemble de ses proportions, la silhouette de sa toiture 
et la forme de ses baies; que sa t^rande lucarne centrale, très puissante, cmironne bien 
tout le motif du milieu, (jui est légèrement en encorbellement; enfin, que l'ensemble forme 
une excellente façade d'hôtel particulier, d'un aspect noble et confortable. 

(3) Ces travaux de voirie ont été exécutés sous la direction de M. l'inspecteur général 
Boreux et de MM. les ingénieurs Dabinet et Bret. 



l64 HISTOIRE DU XVl^ ARRONDISSEMENT 

membre de l'Académie française ; et, enfin, du romancier Henri-René-Albert- 
Guy de Maupassant (1850-1893). 

On peut encore citer les rues suivantes comme ayant été percées pendant 
la seconde moitié du xix*' siècle à Passy: 

La rue Crevaiix, ouverte entre l'avenue du Bois-de-Boulogne et l'avenue 
Bugeaud, et classée par le décret du 16 janvier 1882, portant que la dépense 
des travaux de viabilité, d'éclairage et de conduite d'eau pour cette voie sera 
supportée par la Société foncière lyonnaise, conformément à l'engagement 
souscrit en son nom le22 janvier 1881. La dénomination de cette rue lui été 
donnée par arrêté du28août 1882, en l'honneur du docteur Crevaux (1858-1881), 
explorateur massacré, sur un affluent du Paraguay, par les Indiens Tobas; 
le récit de ses quatre voyages a paru dans ie Tour du Monde, La municipalité 
de Buenos-Ayres a voté une allocation de i.OOO francs pour élever à Crevaux 
un monument dans le cimetière du Nord. La rue Guslave-Courhet, de 12 mètres 
de largeur, a été ainsi dénommée par décret du 3 décembre 1885, en Thon- 
neur du peintre (justave Courbet (1819-1877), chef de l'École de peinture 
réaliste. Elle a été classée et alignée par le décret du 25 octobre 1887; elle a 
été ouverte en 1882 par la Compagnie foncière de France. La rue de r Amiral- 
Courhet, voie privée de 12 mètres de largeur, allant de l'avenue Victor-Hugo, 
n° 1(K), à la rue de la Pompe, n° 150; elle a été ainsi nommée en Thonneur du 
vice-amiral Ainédée-Anatole-Prosper Courbet (1827-1888), qui s'est illustré 
par ses campagnes en Extrême Orient. La rue Bugeaud est une voie privée, 
qui va de la rue de l'Amiral-Courbet à l'avenue Bugeaud. La rue Lëonce-JRei,- 
naud, ouverte en 1884, a été classée et alignée, avec moindre largeur de 12 
mètres, par le décret du 31 octobre 1893. Son nom lui a été attribué, par le 
décret du 3 décembre 1885, en l'honneur de Léonce Reynaud (1803-1886), 
inspecteur général des ponts et chaussées et professeur d'architecture, qui a 
construit un grand nombre de phares sur les côtes de France et dirigé pendant 
32 ans le service des phares, dont le dépôt est placé dans le voisinage et a 
son entrée principale sur l'avenue du Trocadéro. La rue de Sfax, qui porte 
un nom tunisien, s'était appelée, pendant quelque temps, urue Vaudoyer »; 
elle a reçu sa dénomination actuelle par arrêté préfectoral du 27 février 1886 ; 
elle a été classée, alignée et nivelée par arrêté du 10 janvier 1891 ; elle a reçu 
le nom d'une ville de Tunisie, pi'ise par les troupes françaises le 16 dé- 
cembre 1883. 

La villa Sponlini, située rue Spontini, 37, est une voie privée qui a été 
ouverte en 1884. La rue du Bois de Boulogne, voie privée, a été ouverte, en 
1888, par M. Gâteau; lorsque cette rue sera classée, son sol devra être cédé 
gratuitement à la Ville. Le square du Bois-de-Boulogne, voie privée, a été 
fondé par MM. Bechet, Delhomas et (]'% Courbée et Godard ; il a été ouvert, 
le 6 mars 1863; suivant le décret du 13 août 185i, il ne peut y être exercé 
aucun commerce ni aucune industrie, si ce n'est en vertu d'une autorisation 
du préfet de la Seine, qui en détermine les conditions, et ces autorisations sont 
toujours révocables. La villa Michon, voie privée, a été ouverte en 1890 par 
M. Michon; l'hôtel du ministre du royaume des Pays-Bas se trouve au n** 6 de 
la villa Michon (entrée par la rue Boissière, 29). La rue LéoDelibes a été 
construite en 1891 par la Société civile des terrains de l'avenue Kléber, qui 
a cédé gratuitement le sol de cette rue à la Ville. Elle a été classée comme 
voie publique par le décret du 10 juin 1893. Elle a été ainsi nommée en Thon- 



RUE MÉRIMÉE l65 

neur de Cléraent-Philibert-Léo Delibes (1831-1891), membre de l'InsUtut; ce 
compositeur a donné à l'Opéra divers ouvrages, notamment le ballet de Sylvia 
et celui de Coppélia. La rue de Sonlay s'appelait précédemment « rue Lefuel »; 
Tarrôté du 20 février 1886 lui a donné le nom d'une ville du Tonkin, prise par 
Jes troupes françaises le 10 décembre 1883. La rue Weber, précédemment 
« rue Niison », a reçu par décret du 11 mars 1886 sa dénomination actuelle en 
rhonncur du célèbre compositeur Charles-Marie-Weber (1786-1826), auteur 
du Freyschùlz eid'Obéron, La rue Yvon deVUlarceau porte le nom de TaK- 
tronome (1813-1883). La rue de Siuniy construite en 1884 par une Compagnie 
d'assurances, a rer/u ce nom parce que Tambassade du royaume de Siam y 
était autrefois établie; elle a été bâtie sur remplacement d'un hôtel qui a 
appartenu au comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainle-Helcne, et 
qui a été ensuite occupé, après Ja dernière guerre carliste, par Don Carlos, 
duc de Madrid, prétendant au trône d*Espagne. 

La rue de Lola, qui commence rue de Longchamp, 137, et finit en impasse^ 
est une voie privée, ouverte en 1894 par MM. Dehaynin etOubbay. La maison 
construite au n** 8 de la rue de Lota, sous la direction de M. Tarchitecte 
Bouweuz van den Goyen, a été primée par la Ville de Paris au concours de 
façades de 1899. 

La rueAlboni a été exécutée en 1893 et 1894, par la Ville de Paris, sur les 
terrains de M. Hottinguer; le sol a été cédé gratuitement. Elle offre de 
larges escaliers qui permettent de se rendre du carrefour de Passy au quai et 
ont été bordés de plantations d'arbustes en 1898. Les décrets des 8 mai et 
10 août 1896 ont donné à cette rue sa dénomination en l'honneur de Marietta 
Alboni (1824-1894), devenue ensuite comtesse Pépoli, puis Mme Ritzer. Elle 
fut élève de Kossini ; sa voix de contralto a eu le plus grand succès à Paris 
et à Londres à partir de 1847. Elle a fait des legs importants à l'Assistiince 
publique. Une société a élevé, en 1899-19(X), sur les collines qui s'étendent de 
chaque côté de la rue Alboni, entre Passy et le quai, de grandes constructions 
entourées de jardins. D'abord affectées à l'établissement de vastes hôtels, 
à prix fixe par semaine, pendant la durée de l'Exposition universelle 
de 190(), elles sont actuellement converties en maisons de rapport. La rue 
Alboni, dont la largeur est de 15 mètres, a été munie, en 19()0, de becs à 
incandescence. On construit actuellement la ligne circulaire du métropoli- 
tain, partant de la place du Trocadéro, pour desservir des boulevards de la 
rive gauche; cette ligne sera en souterrain sous la rue Franklin et sous 
la partie supérieure de la rue Alboni ; elle sera ensuite à ciel ouvert pour 
franchir la Seine sur le pont de Passy; une station dénommée « Quai de 
Passy » sera établie vers le milieu des escaliers de la rue Alboni ; le préfet de 
la Seine a approuvé en 1902 le projet de ce pont qui comportera une partie 
centrale pour le métropolitain et deux parties latérales, dont une pour les 
piétons et l'autre pour les voitures. 

Vavenue Julea-Janin, qui a ses accès sur la rue de la Pompe, est une 
voie privée de 7 mètres de largeur, ouverte vers 1884 (l) ; un décret du 8 jan- 
vier 1897 a classé le débouché de cette avenue sur la rue de la Pompe. L'avenue 
des Chalels est une voie privée de 6 mètres de largeur, établie entre la rue 
du Ranelagh et la rue de l'Assomption. La rue Mérimée est une voie privée, 

(i^ Voir ci-dp}*surt le?^ indication^ (Ionm»Cf* sur le criliriuc Jllll»^* .lanin f 1804-1874). 



l66 HISTOIRE DU XVI" ARRONDISSEMENT 

de 8 mèires de largeur, qui doit son nom à Prosper Mérimée ("1803-1870), 
membre de l'Académie française et auteur d'œuvres charmantes. Elle va du 
n® 61 de la rue des Belles-Feuilles au n°22 de la rue dePomereu, voie privée qui a 
été ouverte vers 1884, avec une largeur de 12 mètres, sur les terrains appar- 
tenant à M. de Pomereu. La rue de Pomereu, qui part du n"* 134 de la rue de 
Longchamp, s'est arrêtée longtemps à la rue Mérimée; de juin 1899 à janvier 
1900, elle a été prolongée sur les terrains de M. Ménier, jusqu'à la rue des 
Belles-Feuilles. La raeLa/o, qui doit son nom au compositeur français Lalo 
(1830-1892), auteur de nombreuses symphonies et du délicat opéra-comique le 
Roi d Ys, est une voie privée de 12 mètres de largeur, qui va de la rue Pergolèse 
au boulevard Lannes. Elle a élé ouverte sur l'emplacement de la granplazade 
Toros, théâtre construit par M. l'architecte Botrel, où des représentations de 
combats de taureaux avaient été organisées pendant l'Exposition universelle 
de 1889. Le pont Lalo, construit en môme temps que le chemin de fer de 
Courcelles aux Invalides, a remplacé une passerelle en bois, qui ne servait 
qu'au passage des piétons. 

Le nom de Claude Chahu, trésorier général des finances, seigneur de Passy 
et fondateur de l'église Notre-Dame-de-Grâce, a été donné par décret du 
8 janvier 1895, sur la demande de la Société historique d'Auteuil et de Passy, 
à la rue qui va de la rue de Passy à la rue Gavarni. Elle avait été ouverte, 
comme voie privée, en 1891, par MM. Talamon et Guillemard ; elle a été 
classée au nombre des voies publiques par le décret du 20 décembre 1901. 

De mars à juin 1900, on a ouvert sur les terrains de M. Meyer, entre la 
rue delà Touret larue Claude-Chahu, une voie nouvelle dont la largeur est 
de 12 mètres; elle a été classée au nombre des voies publiques par le décret du 
20 décembre 1901 et sera probablement dénommée rue « Fraucisque-Sarcey ». 

On a commencé en 1900 et terminée en 1901 les travaux de percement : 
1° au compte de M. Fouquiau. d'une rue nouvelle de 12 mètres de largeur, 
entre la rue des Bauches et la rue du Ranelagh; 2"* au compte de M. Blanc, 
d'une voie de 14 mètres de largeur à établir entre cette rue nouvelle et la rue 
Davioud. G'est celle-ci qui recevra probablement le nom d'Eugène Manuel, 
le regretté président de la Société historique d'Auteuil et de Passy. 

Comme rues percées ou admises en 1901, on peut citer : 1"* la rue de Ville- 
hois-Mareuil, qui est projetée sur l'emplacement de la pompe à feu de ('haillot, 
et qui doit son nom au vaillant colonel, mort en combattant pour les Boars; 
elle ira de l'avenue du Trocadéro au quai de Billy et aura 15 mètres de largeur; 
2*» la voie nouvelle, ouverte sur les terrains de M. Georges Ville, entre l'avenue 
Victor Hugo et la rue de Villejust ; 3** la rue projetée par la Compagnie des 
chemins de fer de l'Ouest (1), entre la rue Gustave-Nadaud et la chaussée de la 
Muette, au-dessus du souterrain construit, entre les stations de l'avenue 
Henri-Martin et de Boulainvilliers, pour l'établissement du chemin de fer de 
Courcelles aux Invalides. 
De nouvelles rues, dues à l'initiative privée, seront prochainement ouvertes. 

(i) M. Caplnin, conseiller municipal,a demand»^ que le nom de Ponsard soit donné à celle 
nouvelle rue, parce qu'elle coupe le jardin de la maison où le poMc Ponnard est mort. 



t 



III. — Histoire des rues, boulevards 
et avenues d'Auteuil. 



Pendant plusieurs siècles, Auteuil n*a été qu'un village, composé de quel- 
ques maisons groupées autour de Téglise et de la maison seigneuriale des 
abbés de Sainte (Geneviève, ou au Point-du-Jour ; mais, dès le règne de 
Louis XIV, sa situation sur un coteau dont le pied est baigné par la Seine et 
le sommet couronné par les ombrages du bois de Houlogne, près de la 
route de Paris à Versailles, qui était alors constamment sillonnée par les 
carrosses se rendant à la Cour, y attirait les amateurs de villégiature et 
beaucoup de personnages célèbres. Ce n'est cependant que dans ces dernières 
années que la population d'Auteuil est devenue très importante. En 107^, en 
efiet, on ne comptait sur son territoire que 70 feux, comprenant 20 veuves et 
15 ménages qui vivaient des charités de la paroisse. La population de la com- 
mune d'Auteuil, y compris le hameau du Point-du Jour, était de 1.077 habi- 
tants en 18(K), 1.103 en 1817, 2.759 en 1831 et 0.270 (J'après le recensement 
de 18^)0, c'est à-dire peu de temps avant l'annexion, tandis qu'en 1901 le 
quartier d'Auteuil, dont le territoire est beaucoup moins vaste que celui de 
l'ancienne commune, renfermait 29.134 habitants. C'est pendant la seconde 
moitié du xix* siècle qu'on a exécuté la plus grande partie des travaux de 
voirie d'Auteuil (1). 

Pour donner une monographie sommaire des voies publiques et privées 
d'Auteuil, je les diviserai en trois catégories : 1" celles qui existaient, à l'état 
de rues, dès le xvni*' siècle ; — 2" celles qui ont été établies depuis 18(X) 
ju.squ'à l'annexion ; — 3" celles (|ui ne datent que des quarante dernières 
années du xix*' siècle. 



RUES D'AUTEIIL QUI EXISTAIENT EN 18(H) 



Ces rues ne sont qu'au nombre de onze, savoir : la (irande-Hue (actuel- 
lement rue d'Auteuil et rue Hémusat), la rue La Fontaine (dont l'ancienne 

(i) La superliric île la commune d'Aiileuil était «le 'fSy hectares, et sa populaliou do 
3.236 liabilanls en i83t), S.Oocj en 1841^3.559 en 1S4O, 4.i«5 en i85ijj!i.V.)j en i8</). U longueur 
totale des cent rues existant) en lyooj à Auteuil) est d'environ 3o kilomètres. 



]68 HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 

extrémité, c est-à-dire la partie la plus voisine de la Seioe, forme aujourd'hui 
la rue Gros), la rue de Seine (actuellement rue Wilhem), la rue des Garennes 
(actuellement rue Boileau), la rue et la place des Percharaps, la rue Verderet, 
une partie de Tancienne rue de la Municipalité (actuellement rue Chardon- 
Lagache), la rue du Buis, une partie de la rue Ribéra et Favenue de Versailles. 
Je n*ai pas compris dans celte énumération la rue de TAssomptiou, qui 
forme, avec la partie basse de la rue de Boulainvilliers, la limite entre Auteuil 
et Passy. On voit, sur les anciens plans, outre ces rues, plusieurs chemins 
publics, qui ont été ensuite convertis en rues. 

La rue (TAideuil occupe la plus grande partie de lancienne Grande Rue, 
qui était au xvi'' siècle la seule rue d'Auteuil, commençait à la route de 
Versailles et se terminait à la porte du bois de Boulogne. L'arrêté préfec- 
toral du 20 juillet 186H a réuni, sous le nom de rue d'Auteuil, la section com- 
prise entre le bois et la rue Boileau a la partie de Tancienne rue Molière, qui 
s'étendait de la rue Boileau à la place de TÉglise (i). En 1898, on a établi un 
pavage en boisa la rue d'Auteuil, entre le boulevard Montmorency et la rue 
Désaugiers, en même temps que les rails étaient posés pour le petit tramway 
remplaçant Tomnibus jaune d'Auteuil à Saint-Sulpice. 

L'extrémité de la Grande-Rue, du côté gauche en allant vers le bois de 
Boulogne (aux environs des n*** (>3 ù 73 de la rue d'Auteuil), était bordée autre- 
fois par le château du Coq, construit par le cardinal de Richelieu et légué 
par lui au domaine de la Couronne en même temps que le palais Cardinal. 
Ce château, dont les fenêtres avaient vue sur la plaine du Point-du-Jour, 
composée alors de champs cultivés et de quelques vigues, a été habité par 
Louis XV pendant son enfance ; il y est revenu à diverses reprises. Cette pro- 
priété a été ensuite occupée par Mme Elisabeth, sœur de Louis XVI, par le 
chancelier Pasquier, président de la Chambre des Pairs sous Louis-Philippe, 
et par le ministre Guizot. Le parc, qui avait une grande profondeur, a été 
coupé lors du percement de la rue d'Erlanger. 

Outre le château du Coq, il y avait à AuteuiL au xyiii*" siècle, deux grandes 
propriétés : le parc et le château des Boufflers, qui se trouvaient vis à-vis du 
château du («oq, sur le côté droit et à l'extrémité de la Grande Rue (comme i^ 
sera dit ci après, au sujet de la villa Montmorency, qui occupe une partie de 
l'emplacement de l'ancien parc des Boufllers) — et la propriété des abbés de 
Sainte-Geneviève, seigneurs d'Auteuil (2). 

Cette propriété des (iénovéfains s'étendait, au sud de l'église, jusqu'à la 
route de Versailles, sur l'emplacement occupé actuellement par la maison de 
retraite Chardon-Lagache, l'institution de Sainte Périne et leurs abords. Elle 
fut vendue sous la Révolution, lors de la suppression des maisons religieuses, 
comme bien national, pour 27.00() livres. La maison élevée sur l'emplacement 
de l'hôtel seigneurial des abbés de Sainte-Geneviève fut achetée, sous le 
premier Empire, par Cretet (3), ministre de l'Intérieur. Le baron François 

(i) La ninindre largiMir do la nie d'Aulcuil a été flxéc à vi mètres par l'ordonnance 
royale du 12 mai i83o [xuir la section qui s'étend du bois de Boulogne à la rue La Fon- 
taine, et par l'arrôté préfecloral du 16 juillet iSfiypour la partie comprise entre la rue Boi- 
leau et la place de l'Epliso. Les alignements ont «''té modifiés par un décret du 12 juin i883. 

(•2) Voir aux annexes (p. f^\\y) l'article de M Antoine (uiillois, intitulé : Auteuil au xvm» siècle. 

(3) Emmanuel Cretet, ministre de l'Intérieur, qui fui inhumé solennellement au Panthéon» 
est mort. ^ Auteuil, le aS novemhre i8<kj, dans l'ancienne maison seigneuriale des abbés de 
Sainte-Geneviève . 



BUE D AUTEUIL lOg 

iiérard {!) l'acheta vers 1812 aux héritiers Crelet et la posséda jusqu'à sa mort, 
eu 1837 ; la propriété fut conservée par sa veuve, qui y mourut en 1848 et qui 
en avait loué une partie au ministre t^uizot. Ce vaste domaine appartint 
«nsuite à la famille d'Aubussoo de la Feuillade, qui le céda en IK5K; on y a 
transféré l'institution de Sainte-Périne. 

La maison n" :>^) de la rue d'Auteuil, qui est située sur le côté gauche de 
cette rue. entre les rues Michel-Ange et d'Erlanger, et qui avait été construite 



au commencement du règne de Louis XV sur des terrains dépendant de la 
seigneurie d'Auteuil, était au xviii^ siècle coutiguë au chûteau royal du Coq. 
E a 1772, cette maison et son parc furent achetés pour ;il>.UIH) livres au peintre 
pnstelliste On^ntin de la Tour p;ir une femme généreuse et charmante, qui 
l'illustra en y faisant un très long séjour, Mme Helvétius, dite Notre-Dame 
d'Auteuil, dont notre collègue M. Antoine (iuillois a (ait connaître le Salon, 
dans un ouvrage couronné par l'Académie française (I). Toute l'aristocratie 
d« l'intelligence, toute la société philosophique du xvni< siècle et toute la 

(Il Voirouvnniic\.--i ((.p. ../,5 cl jJ'.N) l.s nilirlcs .i,-M. [..i<ij.i.iil Mon: le* abbés de Sainte- 
Geneviève, teigiieurg iTAuleuil: l-'ranfoU Gérard. 

(a) Le Salon de Mme IMvfUat, \tssr Aniuinc Ciuillois, lil)r<-iirii' r.;iliiiiinn-L<Hy, iSijf. Ot 
nuvrOKP CAt inenlitinni'^ lUins !■■ iTipjioi-t qui a élé irn^rrô ;i l.i iiiiko ai3 ilii I" volume du 
BulMin et doni un exlrnil c^t ii-tiroduil a 



lyo HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

phalange des idéologues s'y réunissaient. On peut citer parmi les hôtes de 
Mme Ilélvétius (1) : son fils adoptif, le sénateur Cabanis (1757-1H08), littérateur 
et philosophe, Franklin (170(3-1790), Diderot (1713-1784), le ministre Turgot 
(1727-1781), l'abbé Morellet (1727-1819), Charafort (1711-1794), le baron d'Hol- 
bach (1723-1789), le poète Boucher (1745-1794), le marquis de Condorcet (2) 
(1743-1794), l'idéologue Destutt de Tracy (1754-1836). 

Le général Bonaparte vint à Auteuil visiter Mme Helvétius quelque temps 
avant le 18 brumaire ; en se promenant dans son jardin avec lui, elle lui 
dit : « Général, si l'on savait tout ce qu'il peut tenir de bonheur dans un 
arpent de terre, on songerait moins h conquérir le monde. » 

La maison de Mme Helvétius fut occupée de 1808 à 1814 par Bumford (3), 
qui avait épousé, en 1805, la veuve de l'illustre Lavoisier et, dans les dernières 
années du second Empire, par le prince Pierre Bonaparte; c'est là qu'eut 
lieu, le 12 janvier 1870, une altercation entre le prince et deux publicistes : 
M. Ulrich de Fonvielle et Victor Noir ; ce dernier fut tué d'un coup de pis- 
tolet tiré par le prince. 

En 1871, les lédérés de la commune avaient établi leur état-major dans 
cette maison, qui fut incendiée (4). Elle a été reconstruite et est occupée 
actuellement par une école normale Israélite, où l'on reçoit les meilleurs élèves 
d'écoles d'Orient et d'Afrique (5) ; ils y passent quatre ans pour perfectionner 
leur instruction. 

La propriété qui porte les n**' 43 à 47 de la rue d'Auteuil est un des derniers 
vestiges complets de rarchilecture du xvm*^ siècle dans ce quartier : au milieu 
du bâtiment principal à deux étages, un large porche d'entrée, en avant-corps, 
à quatre pilastres, supporte une terrasse à balustrade ; une autre balustrade 
en pierre, également en avant-corps, règne tout au long du rez-de-chaussée. 
Deux grands pendentifs sculptés d'instruments de musique accompagnent à 
droite et à gauche un bas-relief placé au milieu du bâtiment et représentant 
trois amours. Le dessous des fenêtres du second étage est orné de guirlandes 
de fleurs. Les pavillons latéraux en équerre sont du même style que le corps 
de logis principal, mais ont été rajoutés après coup, dette maison a été habitée 
par Mlle Antier, actrice qui s'était rendue célèbre par ses bons mots ; elle a 
été occupée ensuite, de 1740 à 17(37, par les demoiselles de Verrières, amies 
du maréchal de Saxe et du poète Colardeau ; elles y recevaient la Ville et la 
(^our et y donnaient des fêtes qui avaient beaucoup d'éclat. 

(llondorcet a habité la rue d'Auteuil. Le docteur Chardon-Lagache et Sam- 
son, célèbre acteur de la Comédie française, ont habité le n° 10 de la rue d'Au- 



(i) Voir aux annoxos (pp. 4^)i ot s.) lartirle do M. Antoine Guillois sur le monument de 
Mmellelvi'tius; son article intitulé : Madame de Co/î(/orcc/ à /l «/cm//, son article sur Volney, 
et son article intitulé: Turijol à Auteuil. 

Voir éî?alement Tarlide de M. René Acollas sur le Salon de Mme Helvétius, p. i'j\ du 
I" volume du Bulletin. 

(2) Voir à la paj^e 83 du IV" volume du Bulletin l'acte de notoriété dressé par le juge 
de paix, le 'n pluviôse an lil, à la recpiéle de la veuve de Condorcet, pour reclilier son 
acte de décès. 

i3) Le physicien et philanthrope américain Rumford est mort à Auteuil, le 22 août i8i4, 
dans l'ancienne maison de Mme Helvétius. 

(4) Voir aux annexes (p. 385) l'article de M. Kmile Potin sur les ruines de 1870-1S71. 

(5) Voir aux annexes (pp. //|r» et ^r^S) l'article déjà mentionné de M. Antoine Gu illois sur 
Auteuil au xviu" siècle^ et l'article du même auteur sur la promenade historique de la Société 
d'Auteuil et de Passv. 



RVE t>AUTEUIt 171 

teuil, de 1867 à 1871; celle maisoD,occupéeacluellemeDt parle' pensionnat de 
Mlles lîouré, se trouve presque vis-à-vis de l'entrée de l'école Jean-Baptisle- 
Say. Samson est le premier comédien qui ait reçu la croix de la Légion 
d'bonneur : Napoléon 1" n'avait pas accordé cette distinction à Talma, qu'il 
honorait cependant de son amitié, et qui avait joué souvent devant uu par- 



Cutido l'épi. 
iCoUccUon de M. Ém. l'oi 



terre de rois : c'est, d'ailleurs, comme professeur au Conservatoire, et non 
comme artiste du Théâtre-Français, que Samson a été décoré eo MU. 

Le château et le parc du grand manufacturier Ternaux-Rousseau, sur 
lesquels des indications plus détaillées seront données ci-après, au sujet de 
l'historique de la rue Molitur, ont été utilisés, de 1852 à 1870, pour l'insti- 
tution Notre-Dame d'Auleuil, fondée par l'abbé Léviîque. Kn 1871, M. (Iréard, 
vice-recleur de l'Académie de Paris et alors directeur de ren!sei)j:nenieul 
primaire au ministère de rinstriiclion publique, fut visiter celte propriété et 
reconnut qu'elle réunissait toutes les conditions favorables pour un groupe 



172 HISTOIRE DU XVl^ ARRONDISSEMENT 

scolaire. Elle est actuellement occupée par plusieurs établissements, notam- 
ment par Vëcole Jean-Baptiste-Say (1), nommée d'abord : « École municipale 
supérieure ». 

Cette école a son entrée principale au n° 11 bis de la rue d'Auteuil, dans un 
renfoncement formant une petite place ; elle a, sur la rue Chardon Lagache, au 
n° 8, une façade et une seconde entrée, qui ont été inaugurées, le 30 mars 1900, 
par M. Leygues, ministre de l'Instruction publique, M. de Selves, préfet de 
la Seine et le conseil municipal de Paris. Le principal pavillon, à peine mo- 
difié, de l'ancien château Ternaux, forme aujourd'hui la partie centrale de 
récole Jean Baptiste-Say, qui était originairement réunie à l'école normale, 
le tout constituant un groupe unique,qui fut inauguré le 28 octobre 1872 par 
Jules Simon, alors ministre de l'Instruction publique, et était d'abord placé 
sous une seule direction. En 1875, l'école municipale supérieure a été séparée 
de l'école normale (2) et rattachée au système des autres écoles du même 
degré; elle a pris, le 10 juin 1876, le nom d'école Jean Baptiste-Say et a, 
depuis 1882, une existence tout à fait indépendante. Elle a reçu, de 1882 à 
1897, plusieurs agrandissements qui ont porté sa superficie à 16.895 mètres 
carrés; de nouveaux bâtiments ont été élevés, sous la direction de M. l'ar- 
chitecte Salard (3). On peut citer parmi ces acquisitions celle de la mai- 
son sise à l'angle des rues Chardon-Lagache et du Buis, habitée jadis par 
feu M. Hauréau, premier directeur de la Fondation Thiers; une partie sert 
d'infirmerie et l'autre partiede logement à l'économe. L'école Jean-Baptiste-Say 
donne une instruction intermédiaire entre celle de l'enseignement primaire 
et celle des lycées ou collèges. Les jeunes gens s'y préparent.(2) aux carrières 
du commerce et de l'industrie, ou aux examens du baccalauréat moderne, 
des écoles d'arts et métiers et d'autres écoles du Gouvernement. 

La maison n" 2 de la rue d'Auteuil, située à l'angle de cette rue et de la 
rue Théophile-Gautier, porte l'inscription suivante : « Ici s'élevait une 
maison de campagne liabitée par Molière vers 1667. » Malgré le caractère 
officiel de cette plaque, on n'est pas fixé d'une manière parfaitement cer- 
taine sur l'emplacement qu'occupait la maison habitée de 1667 à 1673 par 
Molière (5) à Auteuil. Certains prétendent qu'il correspond à celui du n** 29 
de la rue Bémusat (qui était le n° 1 de l'ancienne rue Molière) et que la 
maison située presque en face (et habitée ensuite par Mme Bécamier, 
puis par l'abbé de Genoude, publiciste) aurait été occupée, comme maison 

(1) Voir l'arliclc de M. Emile Potin sur l'école Jean-Boptislc-Soy, qui est reproduit 
aux annexes (p. 4^*^.). 

(2) L'école normale d'Auteuil, qui s'étend de la rue Bôileau à la rue Molitor, sera men- 
tionnée ci-après dans l'historique de la rue Boileau. 

(3) Le nombre des élèves de l'école Jean-Baptisle-Say n'était encore que de 2^0 en 
janvier 1879. Il est actuellement de «luinze cents. 

(4) Pendant la période décennale de 1888 à 1898, 333 élèves de l'école J.-B.-Say ont 
réussi dans le concours d'admission aux écoles et 623 dans les examens ; 96 sont entrés 
dans les administrations publiques, 362 dans les administrations privées et 688 dans le 
commerce. 

(5) Voir pour le séjour à Auteuil des poètes du xvir siècle les articles de M. Antoine 
Guillois sur la Ghampmesié à Auteuil et sur la maison de Boileau, reproduits (pp. 463 et 8., 
468, 471) aux annexes; l'article de M. Mareuse sur la maison de Molière f'i Auteuil (p. 88 du 
r»" volume;; les communications de M. Emile Saint-Lanne (pp. 8ç) à 91 du le»- volume) et 
aux annexes fpp. 467, 4^> 472) 'es notes sur le pavillon de Molière, ainsi que les articles 
de M. Emile Potin sur Boileau ; les documents inédits sur Jean Racine (p. 24 du I"' vo- 
lume) et le tableau généalogique de la famille Bacine, page 4^H)' 



de plaisance, par le grand poêle tragique (I) Jean Racine (1639-1699), et 
serait celle où il a composé les Plaideurs. Il est assez difficile de préciser 
aujourd'iiiii les demeures de Molière et de Racine à Auteuil, parce qu'ils y 



Molière, par Coypel. 
(Colleclion d« U. Ém. Potin, 

furent locataires et non propriétaires : on D*a donc pas retrouvé, comme pour 
Boileau, leurs noms dans les actes de vente fi);urant aux archives des notaires. 
Un extrait du bail de location signé par Molii;re se trouve cependant à la 

(i) L'sclc (le ninriapie ile Jt-nn-Baplistn Rnclne, cnn9e[llcr ilu Rny, Ir^norior de Fronce 
«•n la (généralité ilc Moulins, n élé inscrit sur les refflMlri'H de SainUSi-vorin le i" juin 1677. 



1^4 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

page 1G4 de Paris- Atlas (1). Molière était à sa maison d'Auteuil, le 26 juillet 
1672, quand il signa son bail pour la maison de la rue de Richelieu, où il 
devait mourir quelques mois après. 

Autrefois, la (Iraude Rue d'Auteuil traversait tout le village, depuis son 
entrée jusqu'au bois de Boulogne. Sous la première République, M. Benoit, 
second rnairo d'Auteuil, qui avait donné le nom de d'Aguesseau à la place 
substituée à l'ancien cimetière, attenant à l'église, proposa de ne laisser le 
nom de Grande-Rue qu'à la partie la plus large de celte voie, c'est à dire à la 
section comprise entre le bois de Boulogne et la rue Boileau; afin d'honorer 
la mémoire de Molière, il demanda que son nom fût attribué à la partie alors 
sinueuse de la Grande Rue, située entre la route de Versailles et la rue Boileau. 
Ces dispositions, qui entraînaient un changement de numérotage pour les 
maisons, furent approuvées le 18 prairial an IX par le sous préfet de Fran 
ciade (nom que portait alors la ville de Saint-Denis) et, le 17 fructidor de la 
môme année, par un arrêté du préfet de la Seiue, Frochot, portajit ([ue la 
Grande-Rue d'Auteuil serait divisée en deux parties ; que la première com- 
mencerait à l'entrée du village, finirait à la rue Boileau et porterait le nom 
de rue Molière ; enfin, que la seconde partie continuerait à porter le nom de 
Grande-Rue, depuis la rue Boileau jusqu'à la porte du bois de Boulogne. 

La rue Molière (aujourd'hui remplacée par une partie de la rue d'Auteuil 
et par la rue Rémusat) occupait l'emplacement d'un chemin qui paraît avoir 
été établi de temps immémorial; mais la partie voisine de la route de Ver- 
sailles n'était pas encore bAlie en 18(K) : toute la région voisine de la Seine 
était alors occupée par la saussaie d'Auteuil. Ce chemin avait été amélioré 
en 170i; mais son élargissement ne fut terminé qu'en 1805, à la suite d'iui 
traité passé entre la commune d'Auteuil et le sénateur Antoine César de 
Chotseul, comte de Praslin. 

Un décret du 27 février 1867 donna le nom de rue Molière à une rue de 
l'ancien Paris, qui avait été précédemment dénommée rue Traversière-Saint- 
Honoré, et ensuite rue de la FontaineMolière, fontaine érigée non loin de la 
maison où Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, est mort à 51 ans. Comme il 
est de principe, pour éviter des confusions, que deux rues de Paris ne portent 
pas le même nom, un décret du 20 juillet 1868 fit disparaître dans notre 
arrondissement le nom de Molière, en décidant que la Grande-Rue et notre 
rue Molière seraient réunies sous le nom de rue d'Auteuil. 

La place située devant l'église a conservé le nom de place d'Aguesseau 
depuis le commencement du xix^ siècle jusqu'au décret du 26 février 1867, 
qui l'a dénommée /^/«ce d'Auteuil. Elle a été habitée, de 1727 à 17.^1, parle 
chancelier d'Aguesseau, chez qui Louis Racine faisait de fréquents séjours ; 
avant 1781, par le poète tragique Ducis (1738-1816), qui remplaça Voltaire à 
TAcadémie française, en 1778, et qui a popularisé en France l'œuvre de 
Shakespeare ; ensuite par Victor de Tracy, fils de l'idéologue Destutt de Tracy ; 
par le colonel Coutelle, premier aérostier de l'armée, qui rendit à Fleurus, 
avec son ballon, de grands services à l'armée française et qui légua une partie 
de ses biens aux pauvres d'Auteuil. 

En 1753, Louis XV ordonna l'érection, en face de la porte de l'église d'Au- 

(i) Ouvrage de M. Bournon, publié en ujoo par la librairie Larousse, 58, rue des 
Écolcîi. 



l'iACE d'autkuil lyî» 

teuil, d'une pyramide destinée i) abriter les cor|is du cliancelier Henri-FraQ- 
çnis d'Aguesseau (I), né en UMH et mort en février IT.'il, et de son épuuse, 
Anne Leff-vrc d'*^>niipssf)n, di'rédée en 17l(;>, [)'Agupsseiiu avait d'abord été 



JEAN FRAINÇOIS DUCIS, 

N; iVcrsailU» !<■ 21 Août 1755. 

(Collurtlon du M. Éin. Poliii.) 

(i; Voir aui annexes (|i. 461J' la nnlifo sur d'Aguesscau, par M. ilo Kwg''^ ilc 
lagnao. 

Annp LofÈvre d'Orincsson, fpoUBc du rlianct'lier d'Aifuc-^scati, csl mirli." 11 AuIcl 
(•r décembre 1735, à r>lgi> de [17 ans. 



1^6 HISTOIRE DU XVI*' ARRONDISSEMENT 

inhumé, suivant son désir, auprès de sa femme, dans l'église mèmed'Auteuil. 
Le monument de 1753 consistait en une pyramide à base de marbre, couron* 
née par un globe d'or, surmonté d'une croix. La sépulture de d'Aguesseau 
fut violée en 1793 ; mais les ossements furent recueillis par M. Benoit, maire 
d'Auteuil, et le tombeau fut restauré le 30 frimaire an IX. Après Tachèvement 
des travaux de réfection de la pyramide, qui avait été renversée en 1793, une 
cérémonie publique eut lieu en présence du maire d'Auteuil et du petit-fi!s 
du chancelier d'Agucsseau. Dans son discours, le maire déclara que cette 
place prendrait désormais le nom de place d'Aguesseau. La pyramide, qui 
avait été entourée d'une grille aux frais de la commune, en mai 1848, est 
actuellement remplacée par une colonne surmontée d'une croix et dédiée au 
Christ sauveur. L'affichage est interdit mémo en temps d'éleclions, sur le 
monument d'Aguesseau. 

La mairie d'Auteuil fut établie originairement sur cette place; une déli- 
bération du conseil municipal d'Auteuil, en date du 17 thermidor an XII, 
approuva un projet de reconstruction de la maison commune à la place 
d'Aguesseau. Celte mairie fut transférée, en 18ii, h la rue Roileau. 

L'ancienne église d'Auteuil (1), dont le portail et la tour octogonale étaient 
du xi\^ siècle, fut profmée le 16 novembre 1793, transformée en club, puis en 
grange et ensuite en fabrique de salpêtre. Klle fut rendue au culte en 
mai 1795. Comme cette église, dont la première pierre fut posée par le roi 
Philippe-b-Long, en 1319, était devenue absolument insuffisante pour les 
besoins de la population toujours croissante d'Auteuil, et que, d'ailleurs, elle 
menaçait ruine, M. l'abbé Lamazou (4), curé d'Auteuil, entreprit de la rem- 
placer par un nouvel édifice. La reconstruction put être réalisée grûce à une 
transaction passée entre le conseil municipal de la commune et le curé de la 
paroisse. La première pierre delà nouvelle église fut posée le 1*"'' juillet 1877 ; 
les travaux, entrepris immédiatement, sous Ja direction de M. l'architecte 
Vaudremer, furent terminés le 40 octobre 1804, jour où Mgr Richard, cardi- 
nal-archevêque de Paris, consacMa la nouvelle église. 

L'église Notre Dame d'Auteuil alTecte la forme dune croix latine; au tru 
meau de la pjrtc d'entrée, la Vierge^ statue en pierre (Maniglier, 1884); au 
tympan de cette porte, un bas-relief en pierre (Maniglier, 1880), représente 
le Christ entouré des symboles des quatre évangélistes. Au dessus du portail 
se dresse le clocher, dont la forme rappelle le dessin de la tiare pontificale. 
La nef et le chœur sont entourés d'un bas-cùté, avec chapelles aux transepts 
et à l'abside ; le transept est à la hauteur du chœur. Cet édifice appartient au 
style roman byzantin ; il unit l'élégance à la simplicité et imite les anciennes 
basiliques chrétiennes. Quoique les dimensions en soient peu considérables, 
il présente les caractères d'un monument religieux complet, avec chapelle 
des catéchismes, crypte» sacristie et dépendances (3). 

L*ancienne Grande-Rue était étroite et sinueuse auprès de la place d*Au- 

(i) Voir aux annexes (p. 237) rariicle de M. Antoine (jiiillois sur la vieille égline d'Auteuil; 
à la page 211 du I" volume du Bulletin^ une communication de M. Tabbé Oepontaillier, 
et, à la page i92 du III* volume du Bulletin, les notes de M. Tabbé Beurlier sur la 
paroisse d'Auteuil. 

(2) M. l'abbé Lamazou fut nommé évéque de Limoges avant l'achèvement de l'église 
d'Auteuil ; il mourut en i883, évéque d'Amiens. 

(3) La longueur de la nouvelle église d'Auteuil est de 04 mètres du porche à Tabside ; 
la largeur du transept est de 24 mètres. 



Htil.lSE NOTRE-DAME D AUTEUIL 



teuil; mais, lors de la reconstruction de l'église, on en a amélioré les abords 
et on a remplacé la courbe de l'ancienne Orande-Rue par deux voies larges et 
rectilignes : la première constitue l'extrémité de la me Théophile (iautier; 



Û 



il 

II 

Si 



^1 



la seconde forme la partie de la rue Rémusal comprise entre la rue 
Théophile-Gautier et la rue François (iérard. Cette rue Rémusat, qui rem- 
place une partie de l'ancienne Grande-Rue (partie dénommée rue Molière 
depuis l'an IX jusqu'en 1808), a reçu son nom actuel par décret du 10 no- 



178 HISTOIRE I>\J XVT* ARRONDISSEMKNT 

vembre 1877, en mémoire de Charles-François-Marie, comte de Rémusat 
(1797-1875), homme politique et littérateur, fils d'un chambellan de Napo- 
léon l'S qui fut préfet de la Haute-Garonne, et de Jeanne de Vergennes^ 
amie intime de Timpératrice Joséphine. M. de Rémusat, parent de La Fayette 
et de Casimir Périer, représenta presque constamment, depuis octobre 1830, 
le département de la Haute Garonne ; il fut ministre de Tlntérieur le 
l'^'mars 18i0, ministre des Affaires étrangères le â août 1871 et membre de 
rinstitut. Il a publié de nombreux ouvrages. A la suite d'un traité passé avec 
M. Barraud, propriétaire riverain, un arrêté du 9 mars 1878 autorisa la recti- 
fication et l'élargissement à 20 mètres de la rue Rémusat ; cette opération de 
voirie a coûté 43.500 francs. 

L'ancien senlier des Arches a porté ensuite le nom de rue Sainie-Gene- 
viève, parce qu'il conduisait à la maison seigneuriale de l'abbaye de ce nom. 
Dans sa séance du 29 pluviôse an II, le conseil de la commune d'Auteuil 
décida que celte voie serait appelée rue de la Montagne. Quelques années 
plus tard, on lui donna le nom de rue de Seine (1), à raison de sa proximité 
du fleuve. Cette voie publique^ dont le tracé figure sur le plan de Roussel, 
pnblié.en 1730, et qui forme aujourd'hui la rue Wilhem, partait de la place de 
l'église d'Auteuil, laissait sur sa gauche cette église et, sur sa droite, la vaste 
propriété des Génovéfains (dont la plus grande partie est occupée aujourd'hui 
par l'institution de Sainte-Périne), rencontrait la route de Versailles à environ 
270 mètres à l'aval de la Grande-Rue et se prolongeait jusqu'au chemin de 
halage longeant la rive droite de la Seine. La dénomination actuelle de cette 
rue lui a été donnée par le décret du 24 août 1864, en mémoire de Guillaume- 
Louis Bocquillon, dit Wilhem (1781-1842), fondateur des écoles populaires 
de chant en France, qui fut chargé, en 1819, de créer l'enseignement de la 
musique et du chant dans les écoles mutuelles de la Ville de Paris et organisa, 
en 1833, les réunions périodiques des élèves de toutes les écoles, instruits sépa- 
rément, en un seul chœur, qu'il désigna sous le nom dorphéon, et où ils chan- 
taient sans aucun accompagnement instrumental. La méthode d'enseignement 
de Wilhem ne tarda pas à se populariser en France et à l'étranger. 

Un décret du 27 janvier 1876 déclara d'utilité publique l'élargissement à 
12 mètres de la partie de la rue Wilhem (2) qui se trouve comprise entre les 
rues Mirabeau et Chardon- Lagache : ce travail a coûté 28.900 francs. Jus- 
qu'à ces dernières années, la rue Wilhem suivait, entre l'avenue de Ver- 
sailles et la rue Mirabeau, un tracé sinueux qui est occupé actuellement 
par la rue Narcisse-Diaz ; un décret du 22 décembre 1890 a déclassé cet 
ancien tracé et l'a remplacé par un tronçon en ligne droite, prolongeant 
la partie de la rue Wilhem comprise entre la Seine et l'avenue de Ver- 
sailles; la Ville de Paris arriva, en 1892, à terminer les acquisitions de 
terrains nécessaires pour réaliser cette opération de voirie ; les terrasse- 
ments et la mise en état de viabilité de cette section donnèrent lieu à une 
dépense de 70.650 francs. Enfin, par suite d'arrangements avec les proprié- 
taires riverains, la partie de la rue Wilhem comprise entre le chemin de halage 
et l'avenue de Versailles a pu être établie à son niveau définitif et mise en état 

(1) En i838, il fallut dépenser 838 francs pour mettre en état de viabUité la rue de 
Seine. 

(•2) La largeur de la rue Wilhem avait été fixée à 6 mètres par l'arrêté du i3 fé- 
vrier i838. 



RUE LA FONTAINE I79 

de viabilité ; ces derniers travaux, autorisés par arrêté préfectoral du 9 fé- 
vrier 1895, oat entratoé une dépense de 33.100 francs. La mise en état de 
viabilité de la rue Wilhem, entre le quai d'Auteuil et l'avenue de Versailles, a 
été achevée en septembre 1898. 

La dénomination de la rue Narcisse-Diaz, qui remplace, comme cela vient 
d'être exposé dans l'alitiéa précédent, une partie de l'ancienne rue\Viihem,lui a 
été donnée par le décret du 8 janvier 1895, en mémoire de Narcisse- Virgile Diaz 
de la Pena (1809-1876), né à Bordeaux, qui fut décoré en 1851, et envoya, à 
TExposition universelle de 1855^ des tableaux très remarqués. 

La rue La Fontaine peut être divisée, au point de vue de son histoire, en 
deux sections distinctes, savoir : la partie comprise entre la rue de Boulainvil- 
liers et la rue Gros, qui se nommait autrefois rue de la Tuilerie, et la partie 
qui s'étend de la rue Gros à la rue d'Auteuil et qui faisait autrefois partie du 
chemin, puis de la rue de la Fontaine. 

Ce chemin figure sur le plan de Roussel, et était aussi dénommé, 
en 1731, « chemin conduisant à Passy ». Il doit son nom de « chemin 
de la Fontaine » à une source, dont les eaux coulaient autrefois dans toute 
la longueur de cette voie publique. En 1766, le prévôt d'Auteuil ordonna 
aux propriétaires riverains de creuser à leurs frais un fossé de 3 pieds de 
largeur et 3 pieds de profondeur pour recueillir les eaux de la source, qui, en 
se répandant sur le chemin, le rendaient impraticable. En 1800, ce chemin 
n'était bâti qu'aux abords de la Grande-Rue ; le surplus constituait une voie 
publique qui n'avait qu'une faible largeur, n'était pas bordée de maisons, 
longeait le parc de Boufflers et se dirigeait yers la Seine en aboutissant 
à l'avenue de Versailles. 11 est mentionné, dans un arrêté préfectoral du 
8 mars 1825, sous le nom de rue des Deux-Fontaines et a fait ensuite partie 
de la route départementale n"" 29. 

L'ordonnance royale du 12 mai 1830 a fixé à 10 mètres la moindre largeur 
de la rue de la Fontaine ; une délibération municipale du 10 décembre de la 
même année constate que les propriétaires riverains avaient pris l'engage- 
ment de céder gratuitement les terrains nécessaires pour réaliser cette lar- 
geur de 10 mètres entre la rue des Perchamps et la prairie d'Auteuil ; cette 
cession n'avait d'ailleurs été consentie que sous la condition que l'adminis- 
tration ferait combler le fossé creusé en 1766, que le déversement des eaux 
ménagères rendait infect. L'arrêté du 16 avril 1857 a fixé une moindre lar- 
geur de 12 mètres, applicable à la partie comprise entre la rue de Boulain- 
villiers et la rue Gros. On a élargi successivement la rue de la Fontaine par 
voie d'alignements, et le conseil municipal d'Auteuil y a fait exécuter de 
nombreux travaux d'assainissement, de pavage et autres améliorations. 

Un concours a été ouvert, à partir du 1'" janvier 1898, par la Ville de Paris, 
entre architectes et propriétaires des maisons élevées pendant l'année. Le 
casiel Déranger^ construction fort originale qui a été élevée au n** 16 de la 
rue La Fontaine par M. l'architecte Hector Guimard, a été primé par le 
conseil municipal au concours de façades de 1898. 

Le décret du 2 octobre i865 a donné le nom de rue La Fontaine : 1® à la 
rue de la Tuilerie; 2^ à la partie de la rue de la Fontaine faisant suite à la pré- 
cédente ; en vertu du même décret, la partie de l'ancienne rue de la Fontaine 
comprise entre l'avenue de Versailles et la rue de la Tuilerie a été nommée 
rue Gros. 



iflu histoire: du xvi' arrondissement 

La dénomination de « rue La Fontaine » a été ainsi substituée à celle de 
« rue de la Fontaine », en mémoire de l'illustre fabuliste Jean de La Fontaine 
{1G21-1603), qui fut souvent, à Auteuil, le-commensal de Boileau et de qui 
Chamfnrt, qui, lui aussi, fréquentait beaucoup Auteuil, a dit : « Il offrit le 
singulier contraste d'un conteur trop libre et d'un excellent moraliste, reçut 
en partage l'esprit le plus fin qui (ut jamais et devint en tout le modèle de la 
simplicité ; il posséda le génie de l'observation, même de la satire, et passa 
pour un bonhomme. Dérobant sous l'air d'une négligence quelquefois réelle 
les artifices de la composition la plus savante, il fit ressembler l'art au naturel. 



(CollecUon de H. t'.handebois.) 

souvent même à l'instinct, et, cachant son génie par son génie même, il fut, 
dans le siècle des grands écrivains, sinon le premier, du moins le plus 
étonnant. » 

Le décret du 30 novembre 1862, s'applîquant à tout un ensemble de tra- 
vaux, avait déclaré d'utilité publique l'ouverture d'une rue E, d'une largeur 
de 20 mètres, formant la rectification du débouché de la rue de la Fontaine, 
du cAté de la rue Molière, aujourd'hui rue d'Auteuil ; ce travail, qui n'a été 
réalisé qu'en 1872, a donné à la rue La Fontaine une largeur de 20 mètres 
entre la rue Pierre-Guériu et la rue d'Auteuil. On a construit en 1873, 
moyennant une dépense de 39.000 francs, les trottoirs réglementaires en 
bitume dans la partie de la rue La Fontaine comprise entre la rue Pierre- 
Guérin et la rue Gros. En 1809, on a fait le pavage en bois entre la rue Poussin 
et la rue d'Auteuil, ainsi que l'installation de becs à incandescence. 

L'ancienne rue de la Tuilerie, qui passait entre le parc du château de la 
Tuilerie cl son potager, avait d'abord lait partie de la rue Basse, aujourd'hui 



LE CHATEAU DE LA TUILERIE l8l 

rue Raynouard ; mais le décret du 2 octobre 1865 a réuni cette section à la 
rue La Fontaine, qui est devenue ainsi le prolongement, sur Auteuil, de la 
rue Raynouard ; actuellement, cette dernière rue se trouve, sous ce nom et 
dans toute son étendue, sur le territoire du quartier de Passy. 

Le domaine de la Tuilerie remontait à une époque très reculée ; en effet, 
on voit figurer dans le compte des prévôts et baillis de France, en 1248, une 
recette de 50 sols provenant de la terre des Tuileries de Pacy (sic). En 1655, 
ce domaine était grevé d'un cens de 3 sols parisis envers Tabbaye de Sainte- 
Geneviève. Dans un document de 1719, on le désigne ainsi : « Maison et jar- 
din entre Passy et Auteuil, appelé vulgairement les tuilleries de Passy, 
paroisse d'Auteuil. » Ce nom provenait, sans doute, de ce qu'une fabrique de 
tuiles était établie dans le voisinage. 

Le château de la Tuilerie, rebâti, sous Louis XVI, par le marquis Latourdu 
Pin-Gouvemet, avait été nommé d'abord le château invisiblcy parce qu'étant 
entouré d'arbres épais, il n'était aperçu d'aucun côté, bien qu'il joutt lui-même 
d'une vue fort étendue. Il devint ensuite la résidence de la comtesse de Brienne, 
qui s'était intéressée à Napoléon lorsqu'il était élève à l'École militaire ; le gé- 
néral Bonaparte s'y reposa à son retour d'Egypte ; il fut la demeure de Talley- 
rand, sous le Consulat, du général du génie Michaud d'Arçon, collaborateur de 
Carnot, et, en 1840, de Thiers, qui était président du conseil des ministres. 
Comme il n'était pas toujours d'accord avec le roi Louis-Philippe, les jour- 
naux de l'époque avaient imaginé ce jeu de mots : u La Tuilerie dit oui, mais 
les Tuileries disent non. « Le château de la Tuilerie, qui avait son entrée prin- 
cipale sur la rue du même nom, fut ensuite habité par la tragédienne Rachel, 
par le docteur Véron, auteur des Mémoires d'un bourgeois de Paris (1), et 
par Mme la comtesse de Montijo, mère de l'impératrice Eugénie, qui y fit 
construire une salle de spectacle, transformée ensuite en chapelle. Une partie 
de ce domaine fut aliénée en 1850 ; le château et la partie conservée du parc, 
ayant une superficie d*environ 45.000 mètres carrés, ont été acquis en 1855 de 
M. le comte Migeon, moyennant 430.000 francs, par la communauté religieuse 
de l'Assomption, qui vint s'y établir, après avoir quitté le n° 75 de la rue de 
Chaillot, sur l'emplacement de laquelle devaient être exécutés divers tra- 
vaux de voirie. Cest donc du domaine de la Tuilerie que provient le beau 
parc des dames de TAssomption (â). 

Par acte daté du 15 prairial an XII, Mme de Vaudey, fille du général 
Michaud d'Arçon et propriétaire du château de la Tuilerie, céda gratuitement 
à la commune d'Auteuil 7 ares et 26 centiares pour élargir la sente de la 
Tuilerie, la prolonger jusqu'à la montagne de Boulainvilliers et convertir 
cette sente en chemin vicinal, pour faciliter les communications entre Auteuil 
et Passy. Un arrêté du 9 germinal an XII assigna à ce chemin une largeur 
de 8 mètres et 80 centimètres. Cette largeur fut portée à 10 mètres par l'or- 
donnance royale du 12 mai 1830. La commune d'Auteuil dut recourir à l'ex- 
propriation en 1838, pour acquérir les terrains nécessaires à l'achèvement de 
cette rue de la Tuilerie, dont la largeur a été portée à 12 mètres par l'arrêté 



(i) Voir aux annexes (page 471) une note concernant la rue de la Tuilerie et, page 108 
du second volume du Bullelin^ un article de Mme Chochod-Lavorgnc sur le général 
d'Arçon. 

(9.). Voir ci-après, page 201, les indications données avi sujet de la rue de l'Assomption. 



l82 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

du IG avril 1857, et à 20 mètres (au moyen de nouveaux alignements du côté 
des numéros impairs) par le décret du 10 juillet 1882. Celte rue avait été 
munie de trottoirs exécutés de 1857 à 1859. 

La partie de la rue La Fontaine qui formait autrefois la rue de la Tuilerie 
donne entrée au hameau La Fontaine, ainsi qu'au hameau Béranger, dont le 
chalet n^ 3, d'abord transformé, puis actuellement entièrement démoli, a été 
habité (1) par le célèbre comédien Bouilé (1800-1888), qui eut beaucoup de 
succès au théâtre du Gymnase. 

Au n^ 40 de la rue La Fontaine se trouve Vorphelinat de Vabbé Roussel, 
fondé le 19 mars 1866 pour recueillir des enfants vagabonds, abandonnés ou 
maltraités et chercher à en faire d'honnêtes gens. Il comprend deux sections, 
dont la première est l'œuvre de la première communion, qui est destinée 
aux enfants de treize ans et au-dessus, n'ayant pas encore reçu l'instruction 
religieuse ; ils restent dans la maison pendant trois mois, pour y recevoir 
cette instruction. La seconde section est l'œuvre des apprentis et est composée 
d'orphelins auxquels on apprend différents métiers, tels que ceux de menui- 
sier, de serrurier, de tailleur, de mouleur, de cordonnier, de relieur et surtout 
de typographe. Les frères de Saint-Vincent-de-Paul prirent possession de 
cette œuvre le l*'' mai 1895. M. l'abbé Fontaine succéda, en 1896, à M. l'abbé 
Roussel (qui est mort le 11 janvier 1897) dans la direction de cette maison ; 
il y a fait construire des bâtiments pour dortoirs et ateliers (2). Une école 
professionnelle y a été inaugurée le 2 mai 1898. Le nombre des pupilles 
s'élevait à 800, au commencement du xx" siècle. M. le sénateur Roussel, 
membre de l'Institut, est vice-président de l'œuvre. 

On a vu ci-dessus que la rue Gros a fait partie, jusqu'en 1865, de la rue 
La Fontaine (section comprise entre la rue de Boulainvilliers et la rue de la 
Tuilerie). Un élargissement à 20 mètres, au droit d'immeubles appartenant 
à la Ville, a été prescrit par le décret du 10 juillet 1882 pour cette rue, dont 
la mise en état de viabilité n'a été terminée qu'en 1899, époque à laquelle la 
largeur réglementaire de 20 mètres a été réalisée entre le n» 10 et la rue La 
Fontaine. La dénomination actuelle de cette rue lui a été donnée parle décret 
précité du 2 octobre 1865, en mémoire du baron Antoine-Jean Gros (1771-1835), 
peintre d'histoire, qui fut présenté au général Bonaparte, dès son entrée à 
Milan, par Mme Joséphine Bonaparte, s'illustra par le tableau du général au 
pont d'Arcole et fit la campagne d'Italie avec le grade d'inspecteur aux revues. 
Il peignit, en 1804, les Pestiférés de Jaffa, puis Bonaparte aux Pyramides, le 
Lendemain d'Eylau, François I^^ et Charles-Quint visitant la basilique de Saint- 
Denis, 11 fut nommé membre de l'Institut en 181 ?> et professeur à l'École des 
Beaux-Arts en 1816. On lui doit la décoration de la coupole de Sainte-(iene- 
viève (Panthéon). Le prix de ce travail avait été fixé à riO.OlX) francs ; quand il 
fut terminé, Charles X dit à l'artiste : « Les rois doivent donner plus qu'on 
ne promçj: en leur nom, surtout quand ils ont à récompenser des hommes de 
votre mérite : voici 100.000 francs et le titre de baron. » 



(i) Voir l'article de M. le cominandnnt Dubois sur la maison de HoulT6, page 23i du 
II" volume, ainsi que la page io6 du 111* volume du Bulletin, 

i'i) M. l'abbé Beurlier, cur^^ d'Auleuil, docteur ès-leltres et membre de la Société des 
Antiquaires de France, a bien voulu me communiquer des indications sur divers établis- 
sements religieux de sa paroisse. 



RUE BOILEAU l83 

La rue Boileau (1), ancien chemin puis rue des Garennes, a son origine 
à la rue d'Auteuil, au point où se trouvait autrefois, devant une maison 
dénommée de l Image Notre-Dame^ la jonction de la Grande-Rue et de 
la rue Molière ( rues actuellement dénommées l'une et Tautre : rue 
d'Auteuil). Elle aboutit à lavenue de Versailles. Le tracé de cette rue n'a 
donc pas été modifié; au xvui® siècle, elle n'était bordée de maisons que sur 
le côté droit et aux abords de la Grande-Rue ; sur le côté gauche, c'est-à-dire 
le plus voisin de la Seine, elle servait de limite à la grande propriété des 
Génovéfains et, vers le Point-du-Jour, elle traversait des champs cultivés. Le 
plan fixant les alignements de la nie Boileau et lui assignant 8 mètres comme 
moindre largeur a été approuvé par arrêté du 27 septembre 1837. Des trot- 
toirs, ayant coûté 8.942 francs, ont été construits en 1843 à la rue Boileau ; en 
outre, des caniveaux y avaient été établis, moyennant une dépense de 
2.648 francs, pour faciliter l'écoulement des eaux ; cependant, la chaussée 
était si dégradée en 1855 que le maire d'Auteuil dut prendre un arrêté pour y 
interdire le passage des voitures non suspendues et attelées de plus d'un che- 
val ; une somme de 10.000 francs fut consacrée, en 1856, à l'amélioration de 
la rue Boileau, où les constructions se développaient dès cette époque aux 
abords de l'avenuede Versailles. De nouveaux trottoirs ont été établis en 1858; 
l'égout de la rue Boileau, qui date de 1859, a coûté 60.882 francs. D'autres 
trottoirs réglementaires ont été établis rue Boileau, en 1899, entre les rues 
d'Auteuil et Molitor; en 1900, entre la rue Molitor et les n**» 54-59. En avril 
1899, la rue Boileau a été munie de candélabres avec becs à incandescence. 
Vers le milieu du xix* siècle, on a créé un ensemble de voies privées désigné 
sous le nom de hameau Boileau (2) et composé d'une vingtaine de petits hôtels 
entourés de jardins, pour la plupart habités par des bijoutiers de Paris, à 
Torigine. 

La dénomination de rue des Garennes était due à ce qu'elle conduisait au 
lieu dit « les Garennes », dont le nom se trouve déjà mentionné dans des 
actes du xv" siècle (3). Un arrêté de la municipalité d'Auteuil, en date du 
26 octobre 1792, porte : « Le nom de Boilot {sic) sera donné à la rue des 
Garennes, en mémoire du citoyen dont Thabitation était dans cette rue. » 
Cette dénomination, qui a été confirmée par le décret du 2i août 1864, rap- 
pelle le souvenir du séjour de plus de vingt ans que fit, pendant la belle 
saison, dans une maison située sur remplacement du n° 26 de cette rue (4), 
Boileau-Despréaux (1636-1711), auteur des Satires, de i'Arl poétique et du 
Lutrin. Il avait acheté, en 1685, douze ans après la mort de Molière, cette raai- 



(i) L'aclc de décès de « Nicolas Boileau, escuyer, sieur Despréaux, l'un des quarante 
de l'Académie française », a été rédigé le i5 mars 1711, par M. de la Janire, curé de Saint- 
Jean-le-Rond, en présence de son ïrhe Jacques Boileau, chanoine de la Sainte-Chapelle, 
et de son petil-neveu par alliance, Gilbert de Voisin, président de la ileuxième Chambre 
des enquêtes du Parlement. 

{2) Ce hameau comprend l'avenue Despréaux, dont l'entrée est au n" 38 de la rue Boi- 
leau et qui donne accès à Vavenue Molièrty ainsi qu'aux impasses Corneille, Racine et Vol- 
taire . 

(3) Voir les notes historiques de M. l'abbé Beurlier (p. 3ii du III* volume du Dallelin). 

(4^ Voir, pour le séjour de Boileau à Auteuil, Tarticle de M. Léopold Mar intitulé : 
Fragment et correspondance de Boileau se raltachant à la maison dWuleuil (pp 87 à 90 du 
IV» volume du Bulletin, l'article de Mme Chochod-Lavergne intitulé : Réception de Boileau: 
à V Académie française (p. 92 du IV" volume), les articles de M. Emile Saint-Lanne sur la 
maison de Boileau (p. 3o du I®"^ volume); et aux annexes : (p. 47O l'article de M. Antoine 



l84 HISTOIRE DU XVI" ARRONDISSEMENT 

son au prix de 8.000 livres ; mais il y fit des embellissements et l'agrandit [tar 
des acquisitions de terrains. 11 aimait à y recevoir Racine, M. et Mme Dacier, 
Chapelle, La Bruyère, le père Bourdaloue, l'abbé Loyseau, curé d'Auteuil et 
aumônier de Louis XIV, ainsi que ses autres amis. 11 y reçut aussi des per- 
sonnages, parmi lesquels on peut citer : d'.\guesseau, le duc de Bourbon, le 
prince de Conti, La moignon, de Pontchartrain. Pendant son séjour à Auteuil, 



JBOIlLEAIl IDlBSFMIBATliX , 



Boileau était constamment entouré de son fidèle jardinier Antoine, à qui il a 
dédié son épltre XI ; il recevait souvent les enfants de Bacine, qu'il prome- 
nait au bois de Boulogne et dans les sentes d'Auteuil. C'est de sa maison 
de campagne qu'il a daté beaucoup de lettres, pendant treize ans. A 
partir de 17(KI, le mauvais état de sa santé l'obligea à espacer d'abord ses 

Guillni)! sur Boilcnu A Aiilcuil (p. ijt) \es notes de M. E. Potin sur Biiilcau; l'artiHc 
ili^jà cit^ lie M. E. l'iilin intihilt : la Maison de Boileau appréciée par Voltaire (\i 4G7) ', l'nr- 
tii'[e de M. Li>o|iuI<l Mar ttur le jnrdlnier ilc Boileau (p. {7:^! ; celui de M. Ruf^ne Manuel 
intitulé: Bossuel chez Boilrau (p. 473); l'aïUclc déjà cité, de M. Antoine Guillots sur la 
maison de Boileau (|). Iti^i ainsi que les paf(cs 78, K> et 170 du L'' volume du Bul'.elin el la 
page 66 du IV* volume. 



RUE BOILEAU l85 

visites à Auteuil, et ensuite à ne presque plus venir à la campagne ; c est sans 
doute le motif qui le détermina à vendre sa maison d'Auteuil, en 1709, à son 
ami Leverrier, qui avait fait graver, en 1704, le portrait du poète par Drevet 
et avait fait mettre, au bas, les vers suivants : 

Au joug de la rnison asscrvissant la rime, 
El môme en imitant, toujours original, 
J'ai su dans mes écrits, docte, enjoué, sublime, 
Rassembler en moi Perse, ttorace et Junéval. 

Boileau (i) sentant qu'il y avait de la vanité dans ce quatrain, répondit à 
Leverrier : 

Oui, Le Verrier, c'est là mon fldèle portrait. 

Et le graveur en chaque trait 
A su très finement tracer sur mon visage 
De tout faux bel esprit l'ennemi redouté; 
Mais dans les vers pompeux qu'au bas de cet ouvrage 
Tu me fais prononcer avec tant de fierté. 

D'un ami de la Vérité 

Qui peut reconnaître l'image? 

Louis XIV montrant des vers de sa composition à Boileau, lui demanda ce 
qu*il en pensait : « Sire, répondit-il, rien n'est impossible à Votre Majesté ; 
elle a voulu faire de mauvais vers et... elle a réussi. » 

Boileau s'étant présenté au Trésor royal pour toucher sa pension, remit 
son ordonnance à un commis qui, y lisant ces mots : « La pension que nous 
avons accordée à Boileau, h cause de la satisfaction que ses ouvrages nous 
ont donnée, etc.. », lui demanda de quelle nature étaient ses ouvrages : « De 
maçonnerie, répondit le poète, je suis architecte. » 

De toutes les épigrammes, celle que Boileau estimait le plus était 
oelle-ci : 

t'.i-gist ma femme ; ah! «juelle est bien, 
Pour son repos et pour le mien. 

Introduit dans la salle de l'Opéra, a Versailles, Boileau dit à l'officier qui 
assignait les places : « Monsieur, mettez-moi dans un endroit où je n'entende 
que la musique ». 

Après Leverrier, la maison de Boileau à Auteuil fut habitée par Gendron, 
médecin du Régent, par la femme du chancelier d'Aguesseau, par Chamfort 
en 1779, et ultérieurement par ('aulaincourt, duc de Vicence. 

Il y a quelques années, on pouvait voir encore, dans un jardin de la 
uiila Boileau (rue Molitor, 18), un superbe marronnier, contemporain de 
Boileau; il a été détruit par un coup de tonnerre; il ne reste plus de cette 
époque qu'un orme gigantesque qui se trouve dans la propriété portant le 
n® 20 de la rue Molitor. 

L'école municipale de la rue Boileau était fréquentée, au commencement 

(i) Ces détails sur Boileau sont extraits d'une communicntion faite par M. Léopold 
Mar h la Sociétt^ historique d'Auteuil et de Passy, et intitulée : « wl/îrtsroncornanl quehpies 
célébrités du XVI* arrondissement. » 



HISTOIRE DU XVr 



du XX' siècle, par deux cent quaire-vingl-six garçans. Elle a pour directeur 
M. Emile Langlois. 



HUBERT ROBERT, PEINTRE. 



iCollcrIinn di' M Ein. l'ol 



La mairie d'Auleuil, qui fui d'abord établie sur la place d'Aguesseau 
l^ujourd'hui place d'Auteuilj, avait été Irausférée, en IHil, dans la partie de 

II) D'aprË? l'original, |icinl pnr InRrcïi. 



ÉCOLE NORMALE d'aUTEUIL 187 

la rue Boileau comprise entre le hameau Boileau et la rue Molitor (1); la 
maison utilisée pour cette destination était voisine de celle qui avait été habitée 
par Hubert Robert (2). Elle fut achetée par la commune d^Auteuil, en 1843, 
pour y installer la mairie, moyennant un prix principal de 36.000 francs (3). 

Les parents d'Alfred de Musset, M. et Mme de Musset-Pathay, ont habité 
pendant quelques années,avec leurs trois enfants, une maison située rue Boi- 
leau et à peu de distance de la rue de Musset, entre un vaste jardin et une 
cour close par une grille ; le poète s'y trouvait en 1828, à l'âge de dix-huit 
ans, après avoir obtenu le prix de philosophie au concours général, et c*est 
dans les bois (4) d'Auteuil qu'il a fait ses premiers vers. 

Uimpasse Boileau, dont la formation remonte au commencement du 
XIX® siècle et dont rentrée se trouve au n** 98 de la rue Boileau, a été ainsi 
dénommée par arrêté préfectoral du 1'*'" février 1877.; on l'appelait précédem- 
ment u impasse des Pauvres » ; sa moindre largeur est fixée à 5*", 50. 

A Tangle du boulevard Exelmans, n* 25, et de la rue Boileau, se trouvait 
la maison du célèbre statuaire Carpeaux (5) ; elle a été démolie en 1898. 

Au n^ 78 de la rue Boileau se trouvait la villa Bamboul, située entre 
cette rue et le boulevard Exelmans ; elle avait été formée en 1863, sous le 
nom de villa Saint-Allais ; le nom de fantaisie de « Bamboul » lui avait été 
donné par MmePlanteau, devenue propriétaire, en 1877, de cette voie privée, 
qui a été ensuite dénommée « villa Exelmans » et est actuellement remplacée 
par la rue Blanchon (rue Boileau, 76, et boulevard Exelmans, 35) ; ce nom est 
celui d'un directeur d'établissement médical, situé dans cette rue. 

Au n* 34 de la rue Boileau, M. l'architecte H. Guimard a construit, 
en 1891, un hôtel orné de motifs en terre cuite et de faïences émaillées à 
riches dessins polychromes. 

Les écoles normales du département de la Seine sont établies à Auteuil et 
à Batignolles ; celle d'Auteuil, qui forme les instituteurs primaires, occupe un 
espace compris entre la rue Boileau, la rue Molitor et la rue Chardon-Lagache ; 
elle est contiguë à l'école Jean Baptiste-Say et elle a son école annexe rue Boi- 
leau n^ 23. Ainsi que cela a été dit ci-dessus, page 172, les deux écoles étaient 

(i) Voir larticle de M. Gabillot sur la maison d'Hubert Robert h Auteuil (p. 8o du 
n« volume du BuUelin), 

(2) Voir aux annexes (p. 47^) l'article de M. Antoine Guillois, rendant compte de 
l'ouvrage de M. Gabillot : Hubert Hobert el son temps. 

(3) Les travaux d'appropriation de la nouvelle mairie d'Auteuil furent adjugés le 
3 octobre 1843 ; l'hôtel où elle avait été installée fut payé en plusieurs termes, dont le der- 
nier a été soldé par la commune en juillet 1847. 

Les mairies d'Auteuil et de Passy ont été supprimées par suite de l'annexion et rem- 
placées par la mairie du XVI* arrondissement, qui est en façade sur l'avenue Henri-Martin 
et sur la rue de la Pompe. Le projet de cette nouvelle mairie, dressé par M. l'architecte 
Godbeuf et montant à 2.346.762 francs, a été approuvé le 28 décembre 1866. Elle a été 
construite : i» sur un terrain de 3.490 mètres carrés, acquis de M. de Las Cases, moyen- 
nant 261.783 francs, suivant acte passé par M<> Delapalme, notaire ; 2<> sur un terrain de 
48 mètres carrés, cédé par M. Cail, aux termes d'un acte d'échange passé par M® Ancy, 
notaire ; 3* sur des terrains provenant des expropriations faites, suivant jugement du 
22 mai 1860, pour le percement de l'avenue. Les travaux ont été commencés en 1867, 
interrompus par la guerre et repris en 1875; ils ont coûté 2.340.000 francs. 

(4) Voir (p. 474) 1 article de M. Emile Potin intitulé « Cn Ami d'Alfred de Musset » et 
(p. 476) la communication faite par M. Antoine Guillois sur le même sujet. Voir également 
l'article de M. de Bussy intitulé : Im Muse au bois d Auteuil^ page 172 du IIP volume du Bul- 
letin. 

(5) Voir (p. 476) l'article de M. Emile Potin intitulé : Auteuil qui s'en va. Cet article est 
reproduit aux annexes. 



l88 HISTOIRE DU XVI'' ARRONDISSEMENT 

d'abord réunies, ou plutôt juxtaposées dans les mêmes locaux et ont été inau- 
gurées par Jules Simon, ministre de l'Instruction publique, le 28 octobre 187â, 
en présence de Léon Say, préfet de la Seine, et de M. Gréard, directeur de 
l'enseignement primaire. L'entrée des deux écoles était alors rue d'Auteuil, 
Il bis, ou rue du Buis, 5. Elles occupaient une partie de l'ancienne propriété 
qui servit de résidence, au xviii® siècle, à plusieurs opulents fermiers généraux, 
fut possédée par Ternaux, le célèbre manufacturier qui introduisit en France 
la fabrication des châles cachemires, et fut ensuite occupée par l'ancienne 
institution Notre-Dame-d'Auteuil, fondée en 1852 par l'abbé Lévéque. Au i*" oc- 
tobre 1876, l'école Jean-Baptiste-Say obtint son autonomie administrative, 
mais en gardant d'abord en commun avec l'école normale plusieurs bâtiments, 
notamment le gymnase. C'est le 8 octobre 1882 qu'on a ouvert la nouvelle 
école normale d'Auteuil, avec entrée rue Molitor; 10: la construction des nou- 
veaux bâtiments a été dirigée par M. l'architecte Salleron. 

De l'ancien parc Ternaux, jadis fort vaste, puisqu'il s'étendait jusqu'à 
la vieille rue Jouvenet, il ne reste plus qu'un lambeau, avec un beau cèdre, 
contigu aux constructions nouvelles de l'école normale, dont il forme le 
jardin botanique. 

La rue des Perchamps^ établissant une communication entre la grande rue 
(aujourd'hui rue d'Auteuil) et la rue La Fontaine, existe à l'état de chemin 
sur les plus anciens plans d'Auteuil. Le nom que porte cette rue est celui 
du lieu dit ou territoire dont elle fait partie; ce nom s*est écrit successi- 
vement de diverses façons : les Parchants, les Perchants -à- la -Croix en 
1492, le Grand-Perchant, la place du Grand-Perchamp en 1773. Sur un plan 
du xvii'' siècle, on voit: « Petit-Perchamp ou vidange de la ville », ce qui 
paraît indiquer que ce chemin était utilisé à cette époque pour la vidange des 
déchets, déblais et immondices. Les philologues ne se sont pas encore mis 
d'accord sur l'étymologie de ce nom de Perchamp : on a supposé qu'il signi- 
fiait champ d'un bleu vert, ou champ de l'égalité (1), en raison du voisinage 
de l'ancien cimetière attenant à l'église, ou champs égaux (2j, provenant de 
coupes successives faites par les habitants dans les bois qui s'étendaient 
autrefois sur l'espace compris entre la rue La Fontaine et la rue Théophile- 
Gautier. En 1818, année où fut ordonné le numérotage de toutes les maisons 
d'Auteuil, on a dépensé 1.050 francs pour réparer le pavage de la rue des 
Percharaps. Une délibération du conseil municipal d'Auteuil en date du 
14 décembre 1825 a approuvé un plan d'alignements, comportant l'élargisse- 
ment delà rue à 6 mètres ; cette largeur a été, en effet, approuvée par arrêté 
préfectoral du 4 février 1820, mais elle a été portée à 8 mètres, par arrêté 
du 27 septembre 1837. Le tracé sinueux de la rue des Perchamps a été rem- 
placé, auprès delà rue d'Auteuil, par un tronçon en ligne droite, avec une 
largeur de 12 mètres en prolongement de la direction générale de la rue des 
Perchamps; ce travail, commencé en 1884, définitivement autorisé par le 
décret du 19 juillet 1890 et terminé en 1892, a coûté 28.270 francs. On a pour- 
suivi l'amélioration de cette partie de la rue des Perchamps, en octobre 1893, 
en reconstruisant à l'alignement, à son débouché sur la rue d'Auteuil, une 

(i) Voir aux annexes {p. 287) rarllcle, déjà cité, de M. Antoine (iiiilloiP, sur la vieille 
église d'Auteuil. 

(2) Voir, iv la page 152 du I*' volume du Bulletin^ l'article de M. Kmile Saint-Lanne fin- 
ies Perchamps. 



RUE RIBÉRA 189 

maison qui continue à la diviser en deux branches, dont Tune fort étroite, 
très mal pavée et sans trottoirs. C'est un reste du xviii* siècle, époque à 
laquelle la rue des Perchamps était bordée de petites constructions, occupées 
par des vignerons et des blanchisseuses; on les a remplacées, sur la place 
des Perchamps et pour les numéros impairs de la partie comprise entre cette 
place et larue d*Auteuil, par de grandes maisons modernes de rapport. Le 
surplus de la rue des Perchamps, resté sinueux, est un des rares, mais peu 
propres, vestiges du vieil Auteuil. 

La largeur de la place des Perchamps a été fixée à 12 mètres par l'arrêté 
préfectoral du 27 septembre 1837. 

La rue Verderet^ qui n'a que 50 mètres de longueur, est fort ancienne ; 
elle s'est appelée successivement Mérodée, Merderée en 1736, Merderet, enfin, 
d^une manière plus convenable, rue Yerderet. Sa largeur avait été fixée à 
8 mètres par arrêté du 27 septembre 1837 ; mais les maisons du côté gauche 
ont été démolies lors de la construction de la grande voie qui porte actuelle- 
ment le nom de rue Chardon-Lagache ; les alignements du côté pair ont été 
fixés par le décret du 20 septembre 1896. 

La sente dite des Tas-de-Cailloux a été remplacée en 1779 par une rue 
appelée ensuite rue de la Municipalité et dont remplacement est aujourd'hui 
occupé par la rue Chardon-Lagache ; la partie de cette dernière rue qui se 
trouve comprise entre la rue Claude-Lorrain et la rue Jouvenet existait à 
l'état de rue dès 1779. Des renseignements au sujet de Tancienne rue de la 
Municipalité sont donnés ci-après dans Thistorique de la rue Chardon- 
Lagache. 

La rue du Buis est également fort ancienne ; elle occupe l'emplacement 
d'un ancien chemin qui existait dès 1755 au lieu dit « le Bouys » ; elle finis- 
sait originairement à la rue Yerderet ot a été prolongée jusqu'à la rue de la 
Municipalité, lors de la construction de cette dernière rue entre la rue Jou- 
venet et la place de l'Église. 

La partie de la rue Ribéra qui est comprise entre la rue La Fontaine et la 
rue Dangeau se nommait, au xvni^ siècle, rue de la Croix, en raison d'une 
croix de pierre qui y avait été posée, fut brisée en 1793 et remplacée plus 
tard par une croix de bois. La largeur a été fixée à 8 mètres par arrêté du 
28 janvier 1828 ; le prolongement entre la rue Dangeau et la rue Mozart a été 
autorisé par décret du 29 mai 1867. La mise en état de viabilité de la rue 
Ribéra a été terminée en 1882 et a coûté 17.100 francs; la dénomination 
actuelle de cette rue lui a été donnée par décret du il septembre 1869, en 
mémoire du peintre espagnol Joseph Ribéra (1588-1656), surnommé l'Espa- 
gnolet, qui vint tout jeune à Rome, y étudia d'abord à l'atelier du Caravage 
et se rendit ensuite à Parme auprès du Corrège ; son génie sombre et hautain 
se plaisait surtout à représenter les supplices des martyrs. 

Trois maisons, d'un style original, ont été construites en 1894 par M. Tar- 
chitecte J. Boussard, aux n°» 41, 42 et 45 de la rue Ribéra. C^elle qui 
porte le n^ 41 a quatre étages de loggias, supportées par des cariatides de 
femmes ou par des colonnes. 

La route n° 10 de Paris à Rayonne par Versailles, Chartres et Bordeaux, 
était très fréquentée, dès le w\V siècle, par les carrosses circulant entre 
Paris et Versailles ; elle s'est nommée d'abord route de Versailles, puis sur 
notre territoire « chaussée d'Auteuil » ; un arrêté du 1"*^ février 1877 lui a 



190 IltflTOIRE DU XyV" ARRONDISSEMENT 

donné son nom actuel d'avenue de Versailles; elle est plantée d'arbres. Les 
fourches patibulaires d'Auleuil étaient autrefois situées sur la route de Ver- 
sailles (i). Le service des ponts et chaussées y a exécuté, en 1846, radoucisse- 
ment de la côte du Point-du-Jour. On a réuni à cette avenue une petite fraction 
de la route de la Reine (conduisant à Boulogne) qui avait été coupée par 
les fortifications. Le décret du 10 octobre 1883 a fixé la moindre lar- 
geur à 25", 60. 

Au n"^ 7 de l'avenue de Versailles se trouve l'atelier de l'Union d'assis- 
tance par le travail du XVI"" arrondissement de Paris, ouvert en juillet 1896; 
cette union donne chaque année de Touvrage à quelques milliers d'indigents 
des deux sexes qui, sans cette ressource, seraient réduits à la mendicité. Elle 
a été présidée d'abord par Léon Say, ancien ministre des finances, et après 
sa mort par M. Jean-Casimir Périer, ancien président de la République; elle 
l'est actuellement par M. Coulon, vice-président du Conseil d'État, membre 
de la Société historique d'Auteuil et de Passy. 

Hippolyte-Guillaume*Suipice Chevallier, dit Gavarni (1801-1866), célèbre 
dessinateur, aquarelliste et lithographe, a habité l'avenue de Versailles à partir 
de 1845 et s'était fixé en 1865 à la villa (2) de la Réunion. Son buste en bronze, 
par Puech, sera prochainement érigé place Saint-Georges. 

Entre l'avenue de Versailles et la Seine, à l'aval du pont Mirabeau, se 
trouve la pompe à feu d'Auteuil (3). La loi du 10 avril 1901 y a autorisé la 
translation des services de l'ancienne pompe à feu de Chaillot, chargés de 
remonter les eaux de la Seine au réservoir d'où elles repartent pour être 
distribuées dans le XV!"" arrondissement. 

L'éclairage électrique a été installé à l'avenue de Versailles, suivant 
Tautorisalion donnée par l'arrêté préfectoral du 5 avril 1900. 

L'école municipale de l'avenue de Versailles était fréquentée, au com- 
mencement du xx^ siècle, par deux cent trente-six jeunes filles. 

L'œuvre de l'hospitalité du travail se trouve au n'' 52 de l'avenue de Ver- 
sailles. Son but est de fournir aux personnes sans ouvrage un travail provi- 
soire qui leur permet de vivre, sans avoir recours à l'aumône, en attendant 
le moment où elles pourront trouver un emploi. L'établissement ne les reçoit 
que pendant une période d'au plus 20 jours; on y prend note de leurs apti- 
tudes et on s'efforce de les placer. 



(1) Voir une note de M. Antoine Guiliois sur remplacement de la jusîice des G6nové- 
fains à Auteuil; elle se trouve dans un article déjà cité du même auteur. 

(a) Voir aux annexes (pp. fyjS et ss.) la note sur les demeures de Gavarni cl TarUcle 
de M. Em. Potin : Auteuil quiê*€n va^ auquel il a été déjà renvoyé. 

(3) Voir mon article sur le service des eaux dans le XVI» arrondissement, ainsi que 
Tarlicle de M. L. Mar sur Tancienne pompe à feu de Chaillot; ces deux articles, déjà 
cités, sont reproduits aux annexes (pp. 3(/) et 4^0). 



Histoire des rues établies à Auteuil depuis 1800 

jusqu^à l'annexion. 



Auteuil resta à peu pr6s stationnaire pendant la Révolution et fit peu de 
progrès sous le premier Empire ; mais, après les guerres, les rues déjà bor- 
dées de propriétés se peuplèrent peu à peu, les champs disparurent sur divers 
points, et plusieurs voies publiques à l'état de chemins se transformèrent en 
rues. 

En Tan X, le chemin du Point-du-Jour à Billancourt fut élargi, débar- 
rassé des eaux stagnantes et forma la rue de Billancourl, classée sous ce 
nom par arrêté préfectoral du 25 prairial an X. Les alignements de cette rue 
ont été fixés par les arrêtés du 13 février 1838 et du 16 juillet 1855, portant la 
largeur légale de 8 à 10 mètres. En 1848, la commune d'Auteuil a fait exécuter 
des remblais sur la rue de Billancourt, pour donner de Touvrage aux ouvriers 
nécessiteux (1). En raison de Taugmentation de la population aux abords de 
l'avenue de Versailles, les trottoirs de la rue de Billancourt furent mis en 
état de viabilité, suivant un arrêté du 17 août 1880, autorisant une dépense 
de 4^.200 francs. 

A partir de 1808, le conseil municipal, à raison du développement des 
constructions, s'occupa très activement des mesures à prendre pour amé- 
liorer et assainir les voies publiques, ainsi que pour élargir ou régulariser, 
par voie d'alignement, celles où habitait la partie la plus dense de la 
population. 

La rue Jouvenet occupe Templacemeat d'un chemin très ancien et sinueux; 
elle s'appelait précédemment rue de la Réunion et figure sous ce nom au 
cadastre de 1823 ; mais elle existait dès le commencement du xix* siècle, car 
l'arrêté du l®*" avril 1808, prescrivant l'ouverture d'une rue nouvelle, qui s'est 
appelée sous le premier Empire rue d'Iéna, porte qu'elle ira de la rue de la 
Municipalité à la rue de la Réunion (2). Dans sa séance du 5 août 1859, le 
conseil municipal proposa de lui donner le nom de M. Jehannot, ancien 

(i) Sur la rue de Billancourt, la commune d'Auteuil a dépensé CAVj francs en i833 pour 
établissement de caniveaux, 7.160 francs en 1889 pour pavage de cette rue et de celle de 
la Demi-Lune, et 5.8o3 francs à la même époque pour travaux de nivellement et d'assai- 
nissement. 

(2) Voir ci-après l'historique de la rue de Musset. Les alignements de la rue de la 
Réunion ont été fixés par l'arrêté préfectoral du i3 février i838. 



192 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

maire; cette proposition n'a reçu aucune suite, et la dénomination actuelle de 
la rue Jouvenet lui a été donnée, par décret du ^i août 1864, en mémoire du 
peintre Jean Jouvenet (1644-1717), qui se fît connaître dès Tàge de dix- 
neuf ans par un tableau appelé « la Guérison du Paralytique », autrefois à la 
basilique de Notre-Dame de Paris. 11 entra en 1675 à l'Académie de peinture, 
sur la présentation de Lebrun. On lui doit plusieurs tableaux qui ornent le 
musée du Louvre, ainsi que des peintures de la chapelle du château de Ver- 
sailles. Devenu paralytique du côté droit, il s'exerça à peindre de la main 
gauche, et c'est de cette main gauche qu'il fit, pour le chœur de l'église 
de la Visitation, le tableau appelé Magnificat. 

L'école municipale de la rue Jouvenet était fréquentée, au commencement 
du XX* siècle, par 274 jeunes filles. 

L'impasse Jouvenet, qui débouche dans la rue Jouvenet à la hauteur de la 
rue Lancret et qui est aussi ancienne que ces deux rues, se nommait précé- 
demment impasse de la Réunion et a reçu sa dénomination actuelle par 
arrêté du 27 mai 1881. Sa largeur a été fixée à 8 mètres par arrêté du 
13 février 1838. Elle a à peine 30 mètres de longueur. 

La rue Lancret, autrefois impasse ou passage des Miracles, est également 
fort ancienne (1) et a reçu sa dénominatic; i actuelle, par décret du 24 août 1864, 
en mémoire du peintre Nicolas. Lancret (1691-1743), qui fut condisciple et 
ami de Watteau dont il suivit les conseils et fut reçu en 1719 à TAcadémie de 
peinture, sous le titre de « peintre des fêtes galantes ». On connaît de lui au 
moins 80 tableaux, reproduits fréquemment par la gravure ; beaucoup d'ori- 
ginaux sont au Louvre, à Dresde et dans les palais du roi de Prusse ; on a pu 
voir ces derniers à l'Exposition universelle de 1900 (pavillon allemand). 

La rue de Musset s'est appelée d'abord rue d'Iéna, puis rue Benoit. Un 
arrêté préfectoral du l®*" avril 1808 ordonna l'ouverture de la partie de cette 
rue comprise entre les voies qui portent actuellement les noms de rue 
Chardon-Lagache et de rue Jouvenet ; cette section a porté d'abord le nom de 
rue d'Iéna. Le docteur Lacroisade, qui avait succédé à M. Benoit comme 
maire d'Auteuil, demanda qu'il fût interdit de bâtir des maisons sur le tracé 
du prolongement de la rue d'Iéna, projeté vers la rue Boileau ; l'administra- 
tion déclara, le 25 novembre 1814, qu'elle ne pouvait pas empêcher les pro- 
priétaires de bâtir, tant que ce prolongement n'aurait pas été régulièrement 
et définitivement autorisé. En 1816, après la mort de M. Benoit, qui fut maire 
d'Auteuil de 1793 à 1813, remplit ses fonctions avec beaucoup de zèle et fit 
exécuter divers travaux d'intérêt général, le nom de rue d'Iéna fut changé 
en celui de rue Benoit. La partie de la rue de Musset comprise entre les rues 
Chardon-Lagache et Jouvenet (ancienne rue d'Iéna) figure seule, sous le nom 
de rue Benoit, au plan cadastral de 1823. Le prolongement, entre la rue Jou- 
venet et la rue Boileau, qui avait été projeté avant la fin du premier Empire 
et fréquemment sollicité par la municipalité d'Auteuil, notamment par une 
délibération du 3 mai 1825, n'a été autorisé que par l'ordonnance royale 
du 23 décembre 1839, maintenant pour l'ensemble de la rue Benoit une 
largeur légale de 8 mètres. Ce n'est qu'en avril 1841 que M. Molin, alors 
maire d'Auteuil, a acheté les terrains nécessaires pour réaliser ce prolonge- 

(1) Les alignements de la rue Lancret ont été fixés par arrôlô du 27 septembre 1887, et 
ceux de la rue Jouvenet par arrêté du i3 février i838. 



RUE PIERRE-GUÉRIN igS 

ment ; une indemnité de 975 francs a été payée en 1842 pour ces terrains par 
la commune aux hoirs Reculé. Une somme de 19.100 francs a été dépensée} 
en 1889 pour achever la mise en état de viabilité de la rue de Musset, ancienne 
rue Benoit, qui a reçu sa dénomination actuelle, par décret <iu 24 août 1864, 
en mémoire du poète Louis-Charles-Alfred de Musset (1810-1857), élu aca- 
démicien en 1852 (1). 

L'école municipale de la rue de Musset était fréquentée, au commencement 
du XX® siècle, par 359 garçons. 

La rue Pierre-Guérin (2) a remplacé la sente des Vignes, qui est devenue 
ensuite la rue des Vignes. Cette sente réunissait, de même que la rue des 
Perchamps, la grande rue à la rue de la Fontaine, en longeant à gauche les 
murs du parc de Boufflers et à droite les nombreuses vignes qui recouvraient 
alors le coteau montant vers Passy : jusqu'en 1870, on voyait encore des 
vestiges de ce vignoble, ou tout au moins de nombreuses tonnelles dans de 
petits jardins, séparés par des treillages, sur les terrains situés entre les 
emplacements occupés actuellement par la rue Chardon-Lagache et la rue 
du Docteur-Blanche; de nombreux sentiers bordés de haies serpentaient 
dans cette région. 

La rue Pierre-Guérin se prolonge en impasse, sur une longueur de 
90 mètres à partir de la rue de la Source ; le surplus de la longueur de cette 
rue peut être divisé, au point de vue historique, en deux sections distinctes, 
dont la première va de la place des Perchamps à la rue de la Source, et la 
seconde (qui constitue une sorte de prolongement de la rue Boileau) va de la 
rue d'Auteuil à la place des Perchamps. 

La première section, qui remplace Tancienne sente des Vignes, est de 
beaucoup la plus ancienne ; il résulte d'un alignement, délivré en 1810, que 
cette sente n'avait alors qu'une largeur de 2 mètres ; un arrêté de 1822 a fixé 
la largeur légale de ladite sente à 12 pieds. La municipalité d'Auteuil vou- 
lait délivrer les alignements de manière à donner à cette voie une largeur 
de 8 mètres, ce qui motiva des contestations avec les propriétaires rive 
rains. Le préfet de la Seine fit observer que la conversion d'une sente en rue 
ne pouvait être légalement acquise que par l'approbation d'un plan général 
d'alignement. Il déclara que, par application de la loi du 28 février 1805, le 
classement de la sente en chemin vicinal ne permettrait pas de lui donner 
une largeur supérieure à 6 mètres ; enfin, que la largeur de 8 mètres, demandée 
par le conseil municipal d'Auteuil, ne pourrait être réalisée que si une ordon- 
nance royale convertissait plus tard le chemin en rue. Conformément à une 
délibération prise le 23 août 1823 par le conseil municipal d'Auteuil, l'arrêté 
préfectoral du 8 mars 1825 classa et aligna le chemin vicinal, dit sentier des 
Vignes, avec une largeur de 6 mètres. L'arrêté du 27 septembre 1837 a donné 
au sentier des Vignes le nom de rue des Vignes, en lui assignant une largeur 
minimum de 8 mètres ; enfin, le nom de rue Magenta a été, comme on va le 
voir, donné à cette section, ainsi qu'à la seconde, pendant quelques années. 

(i) Pour le. sôjoiir de Miissol U Aul<^uil, voir ce qui a ùlê dit ci-dessus, à la lin de 
l'historique de la rue Boileau, pafçe I87. 

(2) Les alignements ont été réglés par l'arrêté du 8 mars 1825, pour la partie comprise 
entre la place des Perchamps et la rue de la Source, à 10 mètres de largeur par l'arrêté 
du 3o juin iS-'iô pour la partie comprise entre la place des Perchamps et la rue de la 
Source; ces alignements ont été modifiés par le (lécrel du 15 juin iSH7>. 

i3 



194 HISTOIRE DU XVl* ARRONDISSEMENT 

L'ouverture de la secoade section, sous le nom de rue Neuve-Boileau, a 
été réalisée en 1856, à la suite de l'approbation donnée par délibération muni- 
cipale en date du 1*'^ février de la même année, à un projet d'échange de 
terrains entre la commune d'Auteuil et M. Boudon, cédant 1.200 mètres 
carrés pour ouvrir cette nouvelle rue, avec une largeur de 10 mètres. En vertu 
d'une délibération prise le 8 juin 1859 par le conseil municipal d'Auteuil, le 
nom de rue de Magenta a été donné non seulement à la rue Neuve-Boileau, 
mais encore à une partie de la rue des Vignes (1), en souvenir de la victoire 
remportée le 4 mai 1859 par les Français sur Tarmée autrichienne. Le décret 
du il septembre 1869 a supprimé, à Auteuil, le nom de la rue des Vignes et 
celui de la rue de Magenta et a donné à cette voie sa dénomination actuelle, 
en mémoire du baron Pierre- Narcisse Guérin (1774 1833), peintre d'histoire, 
professeur à l'École des Beaux-Arts, qui fut nommé membre de l'Institut 
en 1815 et a été directeur de l'Académie de Rome de 1822 à 1829. — Des can- 
délabres et becs à incandescence ont été installés, en décembre 1899, à la 
rue Pierre-Guérin. 

Une ordonnance royale du 27 septembre 1825 a autorisé l'établissement 
du pont de Grenelle (2), qui est divisé en deux parties par l'Ile des Cygnes, 
séparant la gare de Grenelle du bras droit de la Seine, et qui donnait passage 
à la route départementale n** 10, reliant la rive gauche de la Seine (Montrouge, 
Vaugirard et Grenielle) à la rive droite (Auteuil, Passy et Neuilly). Les travées 
métalliques qui ont remplacé, en 1875, l'ancien pont en charpente, ont été 
exécutées dans les ateliers de la maison Cail. Le passage conduisant aux 
pontons des bateaux parisiens (station du pont de Grenelle) a été élargi 
en 1898. La Chaussée du ponl de Grenelle, voie qui conduit au pont et accède 
à Tavenue de Versailles, est bordée de maisons de rapport. 

La partie gauche de la section de la rue de Boulainvilliers, qui se trouve 
comprise entre les abords du pont de Grenelle et le carrefour où aboutissent 
les rues La Fontaine, de l'Assomption et Raynouard, dépend d'Auteuil ; le 
surplus de cette rue appartient à Passy. Elle doit son nom au château sei- 
gneurial de Boulainvilliers. La section de la rue de Boulainvilliers qui, dans 
le voisinage du pont de Grenelle, forme limite entre Passy et Auteuil, s'ap- 
pelait autrefois avenue de Boulainvilliers et était empruntée par la route 
départementale n° 10 de Montrouge à Neuilly. 

On peut citer, parmi les voies datant du premier tiers du xix'^ siècle, les 
rues Désaugiers, de la Source, Jasmin, Téniers, Van-Loo et le quai 
d'Auteuil. 

La rue Désaugiers (3) est une voie minuscule qui va de la rue d'Auteuil à 
la rue du Buis ; elle s'est appelée d'abord rue des Bons Enfants et a reçu sa 
dénomination actuelle par décret du 24 août 1864, en mémoire du chansonnier 
Marc Antoine Madeleine Augier, dit des Augiers (1773 1827), dont la verve 
souple et féconde s'exhalait en joyeuses et bouffonnes chansons, parmi les- 
quelles on peut citer Cadet Buteux^ Monsieur et Madame Denis, Il a com- 

(1) Le 10 novembre i85(>, le conseil municipal d'Auteuil a autorisé rétablissement 
d'une chaussée empierrée avec caniveaux et bordures de trottoirs dans la rue des Vignes. 

(2) Voir ma note intitulée : « la Seine entre le pont d'Iéna et le viaduc d'Auteuil »; elle 
est insérée aux annexes .p. 3fô). 

(3) Les alignements ont été lîxés pour la rue Désaugiers comme pour les rues Verde- 
ret et du DuiS| dont elle est voisinci par l'arrêté du a; septembre i837« 



RUE DE LA SOURCE 196 

posé beaucoup de pièces de théâtre, entre autres : les Petites Danaïdes, 
la Chatte merveilleuse, M, Vautour, Il dirigea le Caveau moderne et 
devint, en 1815, directeur du théâtre du Vaudeville. Nodier a dit de Désau- 
giers : « Malin sans méchanceté, il a fait rire aux dépens de tout et ne s'est 
jamais permis de faire rire aux dépens de personne. On ne saurait ni 
compter ses épigrammes, ni lui en reprocher une seule. Il a exercé la critique 
sans blesser et le pouvoir sans nuire. » Un buste lui a été élevé à Fréjus, sa 
ville natale. 

La rue de la Source et la rue Jasmin, précédemment nommée rue de la 
Cure, sontà peu près parallèles et ont succédé à d'anciens chemins publics qui 
existaient au nord de la rue La Fontaine ; ces chemins étaient fort étroits. Le 
nom de rue de la Cure est attribué en raison de la vertu curative que possédaient 
les sources d'eaux minérales, découvertes daîis les vignes d'Auteuil. Au-dessus 
des glaises, chargées de pyrites et de cristaux de gypse, qui constituent une 
partie du sous sol d'Auteuil et de Passy (1), il existe une nappe d'eau chargée 
de sulfate de chaux et de sels de fer ; c'est de cette nappe que provenaient les 
sources, traversant les sables ocreux qui surmontent l'argile. Une d'elles 
existait dans le parc de la villa Montmorency; une autre portait le nom^ de 
source de la Vigne ou source Joseph et alimentait une fontaine dans la grande 
rue ; la source Quicherat, découverte en 1842, a été exploitée jusque vers 1894, au 
n* 4 de la rue de la Cure. Les tranchées exécutées pour la construction d'égouts 
et de maisons particulières ont à peu près complètement tari ces sources. 

La rue de la Source a remplacé une sente dite des Vignes, pour laquelle 
le conseil municipal avait proposé, le 23 septembre 1822, d'approuver un 
plan d'alignements, avec 6 mètres de largeur ; cette voie est indiquée sur le 
cadastre de 1823. Le 10 octobre 1827, M. Evrard, alors maire d'Auteuil, 
demanda au préfet qu'elle fût convertie en une rue de 8 mètres de largeur, 
portant le nom de rue de la Source, afin que les constructions projetées par 
les riverains fussent bien alignées ; il a été donné satisfaction à cette demande 
par l'arrêté du 28 janvier 1828, classant la rue de la Source avec une moindre 
largeur de 8 mètres. 

La mise en état de viabilité des parties de la rue de la Source comprises 
entre la rue Pierre-(iuérin et la rue Rafïet, ainsi qu'entre les rues Mozart et 
Ribéra, date de 1878 et 1879 et a coûté 33.000 francs (2). On a complété ce 
travail, en 1889, par la mise en état de viabilité de la partie de la rue de la 
Source située entre les rues Raffet et Mozart, moyennant une dépense de 
23.250 francs. 

Le prieuré des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, établi depuis 
1893 rue Garancière, puis rue Vaneau, a été transféré, en 1895, au n° 3 de la 
rue de la Source, dans l'ancienne propriété de feu M. Perrichet. Les Bénédic- 
tins, n'ayant pas cru devoir demander au gouvernement d'autoriser leur 
congrégation, ont quitté, en 1901, la maison qu'ils occupaient à Auteuil. 

L'ancienne rue de la Cure, dont l'assiette a été profondément modifiée par 
suite du percement de la rue Mozart, avait remplacé une partie de la seate de 

(i| Voir, pour les eaux d'Auteuil, à In pngc Oa du !•' volume du Bulletin, rarticle 
de M. le docteur Raymond sur les origines de« eaux de Passy et d'Auteuil, et une note 
sur le service des eaux dans le XV!" arrondissement, insért'îe aux annexes (p. 3ç)5). 

(2) Ces travaux ont ôté cxccutt^s sous la direction de M. de Fontange, ingénieur en 
chef, de M. Bartet, ingénieur, et de M. Loraprez, conducteur des ponts et chaussées. 



Saitpar luLmijm.inijSi Inu-aUbnt au fin^lroit >^cjcu Mn ^rt. 

Jean. Se^tlàU- '^'an/ûO. Santrc iu. S<j>i.. S'héla- en. la mmc 'i'Z^^U^ ■ 

Çra«t\êr\. 17^ far Xmm Ë/wla ^.M^tf ^j-air i'u.\A.i^ ^-^ 

(Collection (te M. tm. Potin.) 



RUE TENIERS I97 

la Glacière, qui allait jusqu^à la rue Pajou. Cette ancienne rue de la Cure 
commençait à la rue de T Assomption ; mais, en 1877, la partie comprise entre 
cette dernière rue et la rue Mozart a été supprimée et son emplacement vendu 
à un propriétaire. Un décret du 2 mai 1881 a fixé les dimensions, avec 
moindre largeur de 6 mètres, de la partie qui est située entre la rue Mozart 
et la rue de TYvette et qui, actuellement, porte seule le nom (1) de rue de la 
Cure; les travaux autorisés par ce décret du 2 mai 1881 lurent terminés en 1885 
et ont coûté 119.000 francs. Une autre partie de l'ancienne rue de la Cure, 
comprise entre la rue de la Cure actuelle et la rue Jasmin actu?!le, a été 
supprimée par décret du 8 novembre 1883, fixant une moindre largeur de 
12 mètres pour la section de Tancienne rue de la Cure comprise entre la rue 
Rafietetla rue de l'Yvette. Enfin, le décret du 3 décembre 1885 a donné à 
cette dernière section le nom de rue Jasmin, en mémoire du poète languedo- 
cien Jaquon Jasmin (1798-1864), qui a ressuscité la langue des troubadours et 
est resté toujours fidèle, malgré ses grands succès poétiques, à son état de 
perruquier, à Agen. 

Par délibération en date du 7 mai 1809, le conseil municipal d'Auteuil 
demanda que le chemin du Bac, conduisant à la Seine, presque en face de la rue 
d'Iéna (récemment ouverte et actuellement nommée rue de Musset), fût rendu 
praticable aux voitures et que le passeur fût obligé de tenir constamment son 
bateau, à l'usage des passagers, devant ce chemin du Bac. II figure au plan 
cadastral de 1823, sous le nom de rue du Bac (2). Le décret du 11 septembre 
1869 donna à la rue du Bac, une des plus déclives de Paris, le nom de rue 
VanLoo, en Thonneur d'une famille de peintres hollandais qui se fixèrent en 
France et dont le plus célèbre est Charles-André, dit Carie Vanloo (1705- 
1765) ; il fut chargé par le duc de Savoie de faire le portrait du prince de 
Carignan, qui devint son protecteur et lui paya son voyage et un long séjour 
en Italie. Il se fixa ensuite en France, où il obtint un fauteuil à l'Académie en 
1731, le titre de premier peintre du roi et la direction de l'École de peinture. 
II a fait les portraits de Louis XV, de Marie Leczinska, de Mme de Prie ; on 
cite parmi ses tableaux : Diane et Endymion^ Saint Pierre délivré de prison^ 
Henri III recevant les chevaliers du Saint-Esprit y Henri III sur son lit de mort 
(collection du marquis de Biencourt), Charles IX (château de Chambord). 
Les Van-Loo ont donné trois générations de peintres. 

La rue Téniers, qui va, comme la rue Van-Loo, de l'avenue de Versailles 
au quai d'Auteuil, n'a qu'une largeur de 1™,95 ; c'est une voie non classée, 
appartenant à la Ville de Paris ; elle s'est nommée d'abord sente, puis rue de 
1 Égout, parce qu'elle prolonge un égout. Elle ne peut servir qu'aux piétons et 
on y descend par un escalier de l'avenue de Versailles. Elle a porté ensuite le 
nom de rue Callot et a reçu sa dénomination actuelle par décret du 11 sep- 
tembre 1869, en mémoire de peintres célèbres : David Téniers, dit le vieux 
(1582-1649), qui a peint surtout des scènes villageoises, et son fils, David 
Téniers, dit le jeune (1610-1685), qui fut élève de Rubens, professeur de Don 

(i) Il existe, en outre, rue Raffet, i3-i5, une ruelle de la Cure^ en prolongement de la 
rue Jasmin, qui était autrefois une partie de la rue de la Cure ; cotte ruelle n'a que 
i"»,5o de largeur et 3o mètres de longueur. 

(a) Le conseil municipal d'Auteuil a voté, le 8 février iS^fi, un crédit de i.3oo francs 
pour la construction d'un mur de soutènement. Les alignements de la rue Van-Loo ont 
été fixés par le décret du 4 février i884» avec largeur de 8 mètres. 



190 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

Juan d'Autriche, et a laissé un nombre énorme de tableaux, d'après lesquels 
on a fait beaucoup d'estampes. Téniers le jeune a porté jusqu'à la perfec- 
tion le genre de son père : il peignait avec beaucoup de finesse et de vérité 
les mœurs rustiques, les scènes de cabaret et les kermesses flamandes. — 
Un unique et étroit trottoir a été établi à la rue Téniers en 1858. 



Carie Van-Loo, 
(CoUecUon de M. Ém. PotlD ) 

Le quai d'AuUuil ne consistait originairement qu'en une servitude de pas- 
sage, au long de la Seine, pour le halage des bateaux. Un décret spécial du 
!â2 juillet 1H63 a classé l'élablissement du quai d'Auteuil entre le pont de 
Grenelle et les fortifications d'aval, sous la réserve que les expropriations 
seraient terminées dans un délai de trois ans ; mais cette condition n'a pas 
été remplie. Le Conseil d'État ayant décidé, par arrêt du 1" août 1890, qu'il 
résultait de l'inobservation de ce délai que le classement de 1863 n'était plus 



ItU6 FÉLICIEN-DAVID I99 

valable, divers propriétaires, entre les rues Wilhem et Van-Loo, réunirent à 
leurs immeubles le sol de Tancien chemin longeant la Seine, et le service de 
la navigation dut construire, sur le domaine public fluvial, un nouveau chemin 
de halage. En 1895, la situation a été améliorée à la suite de contrats passés 
entre Tadministration et MM. Brionne et Magniez, propriétaires riverains. Un 
décret du 3 juin 1899 a classé, ou plutôt reclassé, sous le nom de quai d'An- 
teuil, la voie publique comprise entre les boulevards Exelmans et Murât, et 
déclaré d'utilité publique les travaux d'élargissement de cette voie, travaux 
estimés à 210.000 francs. L'éclairage a été installé, sur ce quai, en juin 1900. 

L'avenue de Versailles a été mise en communication avec le quai d'An- 
teuil au moyen d'une voie de 12 mètres de largeur, ouverte aux abords du 
pont de Grenelle : ces travaux, autorisés par arrêté du 21 octobre 1897, ont 
coûté 12.000 francs. Une rampe d'accès au quai d' Au teuil, autorisée par arrêté 
du 18 juillet 1899, a été établie en aval du pont Mirabeau. 

Enfin, on a construit récemment une rampe d'accès pour les voitures du 
quai aux abords du pont-viaducd'Auteuil.Du cùté amont de ce viaduc, on des- 
cend encore par un escalier au quai, près de la rue Van-Loo. 

Sous le gouvernement de Juillet, plusieurs chemins qui existaient à Au teuil* 
dès le XVIII'' siècle et traversaient des champs cultivés ou des vignes, furent 
bordés de constructions et devinrent peu à peu de véritables rues. 

La rue Félicien-David a été nommée successivement chemin et rue des 
Pâtures, chemin et rue de la Prairie, ensuite rue Cuissard, puis rue Hérold. 
Cet ancien chemin, qui n*était d'abord destiné qu'à la circulation des piétons, 
avait, en 1817, une largeur de neuf pieds (2'",92) et était bordé, de chaque 
côté, par une belle plantation de peupliers ; il traversait d'anciennes prairies 
communales d'Auteuil, qui ont été vendues successivement à divers particu- 
liers, et il figure au cadastre de 1823 sous le nom de rue des Pâtures (1). La 
municipalité d'Auteuil ayant demandé que la largeur légale de ce chemin fût 
augmentée, M. de Rambuteau, préfet de la Seine, déclara, le 10 février 1834, 
que la commune n'avait droit qu'à une largeur de 2"',92 et qu'elle ne pourrait 
porter cette largeur à 6 mètres qu'en achetant aux propriétaires riverains les 
terrains nécessaires. Le tableau de classement des chemins vicinaux de la 
commune d'Auteuil, approuvé le 2 août 1837, comprend, sous le n*» 3, un 
chemin dit « des Pâtures ou de la Prairie », avec une largeur légale de 
6 mètres. Les alignements de cette voie publique ont été fixés par un arrêté 
du 13 février 1838, qui est encore aujourd'hui en vigueur, avec une moindre 
largeur de 8 mètres. Comme cette rue de la Prairie était fréquemment inon- 
dée, au point de devenir impraticable pour les voitures, on y fit exécuter des 
remblais en 1848, pour occuper les ouvriers sans travail ; la voie fut exhaus- 
sée et améliorée de 1849 à 1852, moyennant une dépense de 27.121 francs. 

Un arrêté du 6 avril 1857 donna à la rue de la Prairie, sur la demande de 
la municipalité d'Auteuil, le nom de rue Cuissard ; cette demande était fondée 
sur ce que M. Cuissard, ancien militaire décoré, membre du conseil muni- 
cipal et propriétaire des terrains bordant les deux côtés de la rue, sur plus 
de la moitié de sa longueur, s'était mis volontairement à Talignement, sans 
demander aucune indemnité à la commune, et avait ainsi porté de 2°',92 à 

(i) Le nom de rue des Pâtures est acluellemont donné à une rue faisant communiquer 
)a rue Félicien-David avec l'avenue de Versailles. 



200 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

8 mètres la largeur de la voie publique. — Unégouta été construit, en 1859, 
sous la rue Cuissard ; ce travail a coûté 20.426 francs. 

Le chemin vicinal des Pâtures ou de la Prairie, qui avait son origine à la 
rue de Boulainvilliers, avait 600 mètres de longueur, tandis que la rue Féli- 
cien-David, qui commence à la rue Gros, n'en a que 450 : cela tient à ce que 
la partie comprise entre la rue Gros (alors rue de la Fontaine) et la rue de 
Boulainvilliers a été supprimée en 1861, époque à laquelle la Ville de Paris a 
établi sur cet emplacement, qui est riverain de la rue de Boulainvilliers, un 
dépôt de pavés et des magasins ; en vue de cette installation, elle avait acheté 
8 ares et 63 centiares de terrains, pour 316.000 francs, à MM. Moity et Massot, 
par acte notarié du 3 juillet 1861. 

Le décret du 24 août 1864 a remplacé le nom de rue Guissard par celui de 
rue Hérold, en mémoire du célèbre compositeur Louis-Joseph-Ferdinand 
Hérold (1791-1833), élève de Méhul, qui a donné Zampa, en 1831, et le Pré- 
aux-Clercs^ en 1832. Son nom a été attribué, par décret du 21 février 1881, à 
la rue d'Argout (précédemment rue des Vieux-Augustins), parce qu'il est né 
dans la maison portant le n^ 10 de cette rue. Comme il est de principe que 
*deux rues de Paris ne doivent pas porter le même nom, ce décret de 1881 a 
remplacé, à Auteuil, le nom d'Hérold par celui du compositeur Félicien César 
David (1810-1876), qui alla avec les saint-simoniens en Orient. On lui offrit, 
au Caire, la place de professeur des beautés du harem, mais sous la condition 
qu'il se servirait des eunuques comme intermédiaires, c'est-à-dire que le 
professeur devait enseigner la musique aux eunuques, qui se chargeraient de 
transmettre ses sages et utiles conseils aux épouses du vice-roi. Félicien David 
refusa de donner ainsi des leçons par procuration ; à son retour à Paris, il 
écrivit la Symphonie du Déseri, qui eut un grand succès et le mit hors de 
pair ; on lui doit, entre autres œuvres, les opéras de Chrislophe-Colomb et de 
la Perle du Brésil, ainsi que Topéra-comique Lalla-Rouck. 

Des becs à incandescence ont été installés, à la rue Félicien-David, en 
juillet 1900. 

La rue François-Gérard se nommait précédemment rue des Planchettes ; 
elle a remplacé un chemin dont le tracé figure sur le plan de Roussel. Des 
trottoirs y ont été construits, en 1858 et 1859. L'arrêté du 27 septembre 1837 
avait fixé la largeur légale de cette rue à 8 mètres; mais le décret du 27 jan- 
vier 1876 a établi les alignements avec une moindre largeur de 12 mètres 
pour la partie comprise entre la rue d'Auteuil (aujourd'hui rue de Hémusat) 
et la rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache). Par dé- 
libération du 17 décembre 1852, le conseil municipal d'Auteuil a demandé 
à l'unanimité que le nom de rue des Planchettes fût remplacé par celui 
de rue François-Gérard, comme témoignage de gratitude publique pour la 
mémoire du peintre d'histoire (1) qui avait résidé pendant plus de vingt- 
cinq ans à Auteuil ; cette nouvelle dénomination a été prescrite par le décret 
du 2 juin 1853. Le baron François-Pascal-Simon Gérard (1771-1837) fut élève 
de David, au milieu d'émulés tels que Girodet et Gros ; il a fait les portraits 
des célébrités du commencement du xix'^ siècle : le général Hoche, le maré- 
chal Soult, Mme Récamier, Louis XVIII, le général Foy, Canova, Ducis, 

(i) Voir, pour le séjour du baron François Géranl à Auteuil, rarliclc déjà cité de M. L. 
Mar sur François Gérard, qui est reproduit aux annexes (p. 44^). 



RUE ni-: L ASSOMPTION 201 

Mme de Staël, Mlle Mars, Talma ; aussi avait-il été surnommé le peintre des 
rois et le roi des peintres. On lui doit beaucoup de tableaux, notamment 
BélisairCj Psyché, la Bataille d'Aiislerlitz, VEnlrée d'Henri IV à Paris, Sa 
maison de plaisance, à Auteuil, était située sur remplacement de Thôtel 
seigneurial des Abbés de Sainte-Geneviève. 

Samson, sociétaire de la Comédie-Française, a demeuré au n** 2 de la rue 
François-Gérard; il eut le prix de comédie en 181!2 et compta, parmi ses 
élèves, Mlle Rachel et les deux Brohan. 

La rue de V Assomption, précédemment chemin et rue des Tombereaux, 
sépare le territoire d*Auteui1 de celui de Passy(i). Le nom du chemin des 
Tombereaux provient de ce qu'il servait de passage aux charrettes que l'on 
déchargeait aux fortes terres d'Auteuil. Il figure sur le plan de Roussel, 
auquel il est bien antérieur, puisqu'il a servi de limite à la paroisse de 
Passy, dès sa fondation, en 1672. Avant le xix" siècle, il était renfermé 
entre deux murs, celui du parc de Boulainvilliers et celui des jardins 
du château de la Tuilerie, et, comme il était étroit, il se trouvait com- 
plètement ombragé par les branches des arbres de ces deux vastes pro- 
priétés. Il fut porté en tableau de classement des chemins vicinaux d'Au- 
teuil, approuvé le 2 août 1837 comme chemin vicinal n" 1, de 850 mètres de 
longueur et 7 mètres de largeur légale, entre la demi-lune de Boulainvilliers 
et les murs du bois de Boulogne. Par délibération du 15 février 1854, le 
conseil municipal d'Auteuil a approuvé une offre des propriétaires riverains, 
consistant à fournir une souscription de 2.780 francs et à céder gratuitement 
les terrains nécessaires, sous la condition que la largeur serait fixée à 10 mè- 
tres ; l'arrêté du 6 juillet 1855 a effectivement porté la largeur légale de 7 à 
10 mètres. Des travaux, adjugés en 1855 et terminés en 1857, rendirent la rue 
immédiatement praticable sur une largeur de 8 mètres, étant entendu qu'elle 
serait portée à 10 mètres par voie d'alignement, au fur et à mesure de l'érection 
de constructions par les riverains. Ces travaux ont coûté 9.600 francs ; une 
subvention départementale de 4.000 francs était venue s'ajouter aux fonds de 
concours donnés par les propriétaires riverains et le surplus de la dépense a 
été partagé également entre la commune d'Auteuil et celle de Passy. 

Il a été dit ci dessus, dans l'historique de la rue La Fontaine et du château 
de la Tuilerie, que ce dernier a été acheté, en 1855, par la communauté reli- 
gieuse de l'Assomption. Cette belle propriété se trouve sur le côté gauche de la 
rue et, par conséquent, sur le territoire d'Auteuil ; elle renferme un très grand 
parc et sa superficie s'élève à 49.079 mètres carrés. C'est vers 1846 que Mlle Eu- 
génie Meilleret de Brou a créé, avec Monseigneur Affre, archevêque de Paris, 
l'abbé Combalot et le Père d'Alzon, la congrégation des Augustines de l'As- 
somption, dont le nom a été donné, vers 1856, à la rue qui nous occupe. Cet 
ordre, dont la maison mère est au couvent d'Auteuil, a de nombreux établis- 
sements dans le monde entier ; la reine Mercedes, première femme du roi 
d'Espagne Alphonse XII, était une ancienne élève du couvent d'Auteuil. 

Le monastère des dames de l'Assomption a été construit en 1856 et 1857, 
sous la direction de M. Tarchitecte Verdier. Le domaine de ce couvent a été 
mis en vente, à la requête du fisc, en 1901, pour refus par la congrégation 

(i)Voir les indications données ci-dessus, dans l'historique de la rue La Fontaine, 
au sujet du château de la Tuilerie, page i8i. 



202 HISTOIRE DU XTl* ARRONDISSEMENT 

d*acquitter les droits d'accroissement. A la suite d'une première adjudica- 
tion, il avait été adjugé pour i.060.000 francs à M** Charveau, avoué; mais 
une surenchère s'étant produite dans les délais légaux, le domaine a été remis 
en vente sur une mise à prix de 1.213.314 francs adjugé définitivement à 
M* Charveau pour 1. 400.000 francs; la congrégation continue à occuper 
rimmeuble. 

Au 38 de la rue de TAssomption se trouve l'entrée des élèves du lycée 
Molière, lycée de jeunes filles, qui n'admet que des externes et des demi- 
pensionnaires. Ce lycée, qui a son entrée principale rue du Ranelagh, n"^ 71, 
a été créé par décret du 6 août 1888 et inauguré le 8 octobre de la même année. 
Il est administré par l'État et s'étend sur une superficie de plus de 9.000 mètres 
carrés. Cet établissement renferme une classe enfantine pour les jeunes filles 
de six à sept ans, une classe élémentaire^ trois classes préparatoires pour les 
jeunes filles de sept à douze ans et cinq classes d'enseignement secondaire. 
Le diplôme de fin d'études secondaires délivré par ce lycée permet aux jeunes 
filles qui en sont munies, soit de se présenter aux concours d'admission aux 
écoles normales de Sèvres et de Fontenay-aux-Roses, soit de se mettre en 
instance pour obtenir un emploi d'institutrice primaire ou de maîtresse répé- 
titrice dans les lycées et collèges de jeunes filles. 

La rue Le Marois est une partie de l'ancien chemin du vieux pont de 
Sèvres, converti ensuite en route départementale. Le décret du 24 août 1865 
a donné à cette rue son nom en l'honneur de Jean-Léonor-François, comte 
Le Marois (1776-1836), qui fut élève de l'école de Mars en 1794, se distingua 
comme aide de camp du général Bonaparte à Lodi et à Roveredo et fut chaîné 
de porter au Directoire les drapeaux conquis sur les Autrichiens à Arcole. 
Colonel à Marengo, général de brigade en 1802, il fut nommé général de divi- 
sion après la bataille d'Austerlitz ; il fit la compagne de Russie et défendit 
glorieusement Magdebourg. 

La rue Le Marois a été munie, en 1899, de trottoirs réglementaires. 

La rue Claude-Lorrain, précédemment allée du Cimetière, puis rue et 
avenue des Clos, figure au cadastre de 1823, pour la partie comprise entre la 
rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache) et la rue Boileau 
partie dont la largeur légale a été fixée à 8 mètres par l'arrêté du 27 sep- 
tembre 1837. Le conseil municipal d'Auteuil avait autorisé, le 27 octobre 1834, 
l'achat à M. Bernard de 4 ares et lly centiares pour élargissement de la rue 
conduisant au cimetière. Le prolongement de la rue Claude-Lorrain, entre la 
rue Boileau et la rue Michel-Ange, a été autorisé par arrêté du 4 novembre 
1869, et le classement de cette section, avec largeur légale de 12 mètres, a été 
prononcé par décret du 14 juillet 1877. Cette voie (1) a reçu sa dénomination 
actuelle par décret du 24 août 1864, en mémoire de Claude Gelée, surnommé 
le Lorrain (1600-1678), qui excella surtout dans les paysages et fit admirer la 
beauté de son coloris et la richesse de son style ; il passa la plus grande partie 
de sa vie à Rome, où il dirigea pendant plus de vingt ans une école d'où sont 
sortis des peintres distingués. 

Le cimetière d'Auteuil, qui a été ouvert en 1800, fut agrandi en 1807, 
grâce à la générosité du sénateur Le Couteulx de Canteleu ; de nouveaux agran- 

(i) La cité ouvrièro de la rue Claude-Lorrain a été visiléc, en 1898, par M. Carnol, 
président de la République. 



BOULKYAliO MURAT ao3 

dissements ont été réalisés entre 1 843 et 1847. Il s*étend à peu près parallèlement 
à la rue Michel-Ange et occupe Tangle compris entrecelte rue et la rue Claude- 
Lorrain; il a été ravagé par le bombardement de 1871. L'ordonnance royale du 
10 mai 1845 a autorisé pour ce cimetière un agrandissement qui a été réalisé 
en 1846, moyennant une dépense de 16.000 francs. Depuis longtemps ce cime- 
tière ne s*ouvre plus que pour les propriétaires de concessions perpétuelles. 

Je me bornerai à signaler, parmi les tombes du cimetière d'Auteuil, celles 
de la comtesse Amélie de Boufflers^ de Mme Helvétius, de la famille de Ca- 
banis, de Rumford, de Tarchéologue Barthélémy, auteur du Voyage du jeune 
Anacharsis en Grèce, du peintre Hubert Robert, de Tabbé LacroUe, curé d'Au- 
teuil, victime de son dévouement pendant l'épidémie cholérique de 1832, du 
manufacturier Ternaux-Rousseau, du géomètre Legendre (1834) (1), du chef 
d'orchestre Musard, qui a été en 18-18 maire d'Auteuil (1859), de Gavarni (1866), 
de Villemessant, fondateur du Figaro (1879), de Paul Dalloz, directeur du Mo- 
niieur universel (1887), du peintre Adolphe Yvon et du compositeur Gounod 
(1893) et de son beau frère Zimmermann. On lit, sur les dalles tumulaires, 
d'autres noms illustres : Palikao, Goupil, Alphand, Benoit, maire, et Lego- 
nidec, curé d'Auteuil, Tarbé des Sablons, etc. 

La rue Gudin se nommait autrefois rue de la Demi-Lune, parce qu'elle abou- 
tissait à une demi-lune où débouchait également la rue de Billancourt; elle 
faisait partie de la route départementale n"" 1. Sa dénomination actuelle lui a 
été donnée par décret du 27 février 1867, en mémoire de Charles-Etienne- 
César, comte Gudin (1768-1812), condisciple de Napoléon I*"* à l'école militaire 
de Brienne, sous-lieutenant au régiment d'Artois en 1784, chef de bataillon en 
1793, chef d'état-major de Gouvion-Saint-Cyr, général de brigade en 1799, tué 
au début de la campagne de Russie. 

C'est en 1899 qu'on a établi les trottoirs réglementaires entre le n** 12 de 
la rue Gudin et l'avenue de Versailles. 

L'ordonnance royale pour l'établissement de l'enceinte fortifiée de Paris 
fut signée le 10 septembre 1840; le 8 novembre de la même année, le Conseil 
municipal d'Auteuil présenta diverses objections contre ce projet, dont la 
réalisation devait rendre plus difficiles les communications avec le bois de 
Boulogne. La loi du 3 avril 1841 ouvrit pour cette opération un crédit de 
140 millions, dont 35 à dépenser en 1841 et 20 en 1842. Les fortifications furent 
établies, vers le Point-du-Jour, sur des vignes ou des champs cultivés et, pour 
le surplus du territoire d'Auteuil, sur des terrains boisés. La remise condi- 
tionnelle de la rue Militaire, longeant intérieurement les fortifications, a été 
autorisée par la décision ministérielle du 28 juillet 1859; cette rue Militaire a 
été classée comme voie publique, avec moindre largeur de 14 mètres, par le 
décret du 9 septembre 1861. Celui du 2 mars 1864 a donné le nom de boule- 
vard Murai à une partie de la rue Militaire jusqu'à la porte d'Auteuil et le nom 
de boulevard Sachet au surplus delà route Militaire, depuis la porte d'Auteuil 
jusqu'à la porte de Passy. Joachim Murât (1771-1815), beau-frère de Napo- 
léon I*', dont il fut l'aide de camp en Italie et en Egypte, commanda la cavalerie 
de 1805 à 1808 et fut proclamé roi de Naples le 1«' août 1808. Sa biographie 
est assez connue pour qu'il paraisse inutile de la résumer ici. 

(i) Voir les communications de M. Léo Glaretie à la page 8 du I" volume et la note 
sur la tombe du mathématicien Legendre, page 88 du II* volume du Bulletin, 



204 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

Le décret du 23 septembre 1880 a autorisé le prolongement du boulevard 
Murât au delà de l'avenue de Versailles. 

C'est par la porte du bord de Teau et sur une indication donnée par 
M. Ducatel, piqueur des ponts et chaussées/que Tarmée entra dans Paris, le 
21 mai 1871 . 

Le passage Murai, qui va de la rue de Billancourt au boulevard Murât, est 
une voie privée, qui a été ouverte en 1881. 

Les constructions furent interrompues à la suite des événements d'^ 1848; 
mais elles prirent un grand essor à Auteuil, à la suite de la loi du 8 juillet 
1852, qui a cédé à la ville de Paris le bois de Boulogne (1), et en a permis la 
transformation, et du décret du 18 août de la même année, qui a autorisé la 
création du chemin de fer de Paris à Auteuil, inauguré en septembre 1853. 

La Compagnie concessionnaire de cette ligne (Compagnie du chemin de 
fer de Paris à Saint-Germain, remplacée ensuite par la Compagnie des che- 
mins de fer de TOuest) acheta pour 400.000 francs Tancienne propriété de 
Montmorency- Boufflers, par actes notariés (étude Fould) de novembre et dé- 
cembre 1852. Sur ces terrains, dont la superficie était de 13 hectares 67 ares 
et 47 centiares, la Compagnie du chemin de fer a établi la gare d'Auteuil et 
ses abords, la villa Montmorency, le boulevard de Montmorency et les trois 
rues du Débarcadère, des Arts et Montmorency ; ces divers travaux, com- 
mencés en 1853, furent terminés en 1856. La Compagnie avait proposé à la 
commune d'Auteuil de recevoir au nombre de ses voies publiques la rue du 
Débarcadère (aujourd'hui rue Poussin), la rue des Arts (aujourd'hui rue Gé- 
ricault) et la rue Montmorency (aujourd'hui rue Donizetti); mais l'accord 
n'ayant pas pu s'établir à ce sujet entre la Compagnie et la commune, ces trois 
rues n'ont été rangées parmi les voies publiques de Paris que par le décret 
du 23 mai 1863, approuvant le tableau des voies publiques du quartier d'Au- 
teuil, comme suite à la délibération prise le 6 février de la même année et 
après l'annexion, par le conseil municipal de Paris. 

Au commencement du xviii* siècle, on voyait à l'extrémité de la Grande- 
Rue, tirant vers le bois de Boulogne, l'Ostel du Parc, qui était occupé en 1728 
par l'abbé Rouillé ; ce domaine a ensuite appartenu aux familles de Boufflers 
et de Montmorency ; il occupait l'espace compris entre le bois de Boulogne, 
la Grande-Rue d'Auteuil, le chemin de la Fontaine et le chemin des Vignes. 
Il a été habité longtemps par la marquise de Boufflers, dont le salon était fort 
célèbre; elle est morte en 1787. Le 22 pluviôse an Ylll, le domaine fut vendu 
parla citoyenne veuve Boufflers pour la somme de 65.185 francs; il appartint 
sous la Restauration à la duchesse de Montmorency (2). 

La villa Montmorency, qui occupe une grande partie de l'ancien parc des 
Boufflers et renferme des maisons avec jardins, appartenant à divers proprié- 
taires, est comprise entre le boulevard Montmorency, la rue Poussin et la rue 
Pierre-Guérin, avec entrée sur chacune de ces trois voies. Elle avait pour 
concierge en 1867 la fille du fameux ciseleur Gouthière. Elle renferme cinq 
voies privées, qui y ont été construites en 1854 par la Compagnie du chemin 

(i) Voir, à la page 69 du premier volume du Bulletin, les documents communiqués par 
M. Emile Saint-Lanne. 

(2) Voir (p. 4^) larliclc do M. Antoine Guillois intitulé : leg Boufflers à Auleuil; il est 
reproduit aux annexes ainsi que le texte d'une lettre de la comtesse de Boufflers au poète 
Roucher, et une note sur la vente de la propriété de Bourflers. 



RUE DONIZETTI 2o5 

de fer et qui portent les noms d'avenue de Monlmorency, avenue des Syco- 
moresy avenue des Peupliers, avenue des Tilleuls (1) et avenue de Boufflers. Ce 
dernier nom rappelle le souvenir du chevalier Stanislas-Jean de Boufflers 
(1738-1815), fils de la célèbre marquise, qui fut d'abord abbé, puis chevalier 
de Malte, se fit nommer gouverneur du Sénégal en 1785, membre de T Acadé- 
mie française en 1788 et est surtout connu par ses poésies légères. 

L'hôtel des frères Jules et Edmond de Concourt, surnommé par eux le 
grenier d'Auleuil, était entre l'avenue des Sycomores et le boulevard de 
Montmorency, où il avait entrée au n** 67. Edmond de Concourt est mort le 
16 juillet 1896. Le prix de vente de cet hôtel, qui a été aliéné, en août 1901, 
doit être versé à l'Académie de Concourt, qui fonctionnera dès que le décret 
de reconnaissance d'utilité publique, dont le projet est soumis à l'examen du 
Conseil d'Etat, aura été promulgué et aura accordé la personnalité civile à 
cette académie. 

Le boulevard de Monlmorency (2) doit son nom à la maréchale de Luxem- 
bourg-Montmorency, auparavant, marquise de Boufflers (1707-1787), men- 
tionnée ci-dessus comme ayant été longtemps propriétaire du domaine. Les 
conditions d'exécution, avec largeur de 12 mètres et plantations d'arbres, ont 
été fixées par la décision du ministre des Travaux publics du 18 mars 1853, 
approuvant rétablissement de plusieurs voies latérales au chemin de fer d'An* 
teuil. La construction de ce boulevard a été faite sous la direction d'Eugène 
Flachat, ingénieur en chef de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint- 
Cermain et sous la surveillance du service des promenades, à la tête duquel 
était Alphand. 

Le décret du 24 août 1864 a donné à la rue des Arts le nom de rue Géri- 
caull, en mémoire du peintre Jean-Louis-André-Théodore Géricault (1794- 
1824), qui exposa en 1812 son Chasseur de la garde impériale en 1814 son 
Cuirassier blessé et en 1819 le Radeau de la Méduse. Il est mort prématuré- 
ment d'une chute de cheval. 

Le même décret à donné le nom de rue Poussin à la rue du Débarcadère 
(précédemment rue Neuve), également ouverte par la Compagnie du chemin 
de fer en 1853 et ayant 15 mètres de largeur. Nicolas Poussin (1594-1665) s'est 
distingué surtout dans le paysage historique ; il commença à Rome, en 1628, 
une suite de chefs-d'œuvre qui lui donnèrent une grande réputation ; il fut 
appelé à Paris vers 1640 par le cardinal de Richelieu et reçut, avec une pen- 
sion de 3.000 francs, et un logement dans un pavillon, situé au milieu du jar- 
din des Tuileries, le titre de premier peintre du roi avec la direction de tous 
les ouvrages de peinture et d'ornement des maisons royales. Il fut chargé de 
la décoration de la grande galerie du Louvre. 11 retourna en septembre 1642 
à Rome, où il mourut; il y fut enterré dans l'église Sainte-Marie in Lucina, 

La rue Poussin avait été détruite jusqu'au marché par le bombardement 
de 1871 (3). 

La partie de la rue Donizelli, comprise entre la rue La Fontaine et la rue 
Poussin, a été ouverte en 1853 parla Compagnie du chemin de fer et à reçu 

(i| La veuve du peintre Alphonse de Neuville s'est éteinte le 9 février i(joi,au n® iode 
l'avenue des Tilleuls. 

(a) Voir aux annexes (p. 490) le procès- verbal d'adjudication du 2G juillet li^, imposant 
des règlements spéciaux pour le boulevard de Montmorency. 

(3) Voir aux annexes (p. 385) l'article déjà cité sur les ruines de 1870-1871. 



206 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

alors le nom de rue de Montmorency ; mais comme ce nom appartient à une 
rue du III" arrondissement de Paris, le décret du 24 août 1864 Ta dénommée 
rue Donizetti, en mémoire du compositeur de Bergame, Gaëtano Donizetti 
(1798 1848), qui fut professeur de contrepoint au conservatoire de Naples et 
maître de chapelle à la cour de Vienne; il a composé plus de soixante opéras, 
parmi lesquels on distingue Anna Bolena, YElisir d'Amor, Lucia de Lam- 
mermoor, ainsi que Topera comique si populaire « la Fille du Régiment ». 
En 1872, la rue Donizetti a été prolongée jusqu'à la rue d'Auteuil ; elle 
a englobé la rue du Tour -de -la -Fontaine, dont Télargissement à coûté 
5.019 francs. 

La rue Chanez occupe, avec la rue de Civry, à peu près l'emplacement d'un 
ancien chemin qui était voisin de la lisière du bois de Boulogne et qui allait, 
au sud de la commune de Boulogne, se raccorder avec la route de la Reine. 
Cet ancien chemin a été remplacé, un peu avant l'annexion, par une voie non 
classée et dénommée avenue de l'Aima, dont l'établissement près de la gare 
d'Auteuil avait été imposé par le domaine de l'État aux acquéreurs de terrains 
provenant du bois de Boulogne. La mise en état de viabilité de cette avenue 
a été terminée en 1869 ; le décret du 10 août 1868, l'avait dénommée rue 
Chanez, en mémoire du baron Jean-Baptiste- Victor Chanez, général de bri- 
gade (1746-i82:>). 

La maison de Casimir Périer, qui se trouvait au n° 7 de la rue Chanez, au 
milieu d'un superbe jardin, a été détruite avec tout son mobilier par le bom- 
bardement de 1871. 

La rue des Pâtures^ qui va de l'avenue de Versailles à la rue Félicien-David, 
fut ouverte en vertu d'un arrêté préfectoral du 13 février 1854, qui a fixé les 
alignements de cette rue. 

Le, chemin de la Caliote n'était d'abord qu'un passage de 7 mètres de lar- 
geur et 18 mètres de longueur, qui faisait communiquer l'avenue de Versailles 
avec le chemin de halage. Son nom était parfaitement justifié, puisque les ga- 
liotes qui assuraient alors le transport par eau y avaient un débarcadère pour 
desservir Auteuil. La circulation sur ce chemin prit de l'importance à cause 
des chantiers de bois, charbons et autres matériaux qui s'établirent peu à 
peu entre le fleuve et l'avenue de Versailles. Sur la proposition présentée le 
14 août 1855 par le conseil municipal d'Auteuil, un arrêté du sous-préfet de 
Saint-Denis, en date du 23 février 1856, fixa les alignements de la rue de la 
Galiote, avec moindre largeur de 12 mètres. Une délibération municipale 
du 13 novembre 1858 alloua une somme de 3.150 francs pour le pavage de 
cette rue. Lors de la construction du pont Mirabeau (1) en 1897, la Ville de 
Paris vendit à M. Briens le sol de l'ancienne rue de la (ialiote, qui fut rem- 
placée, en vertu du décret du 21 avril 1897, par une rue parallèle de 30 mètres 
de largeur et 40 mètres de longueur, située en prolongement du pont, c'est- 
à-dire un peu à l'amont de l'ancienne rue de la Galiote. Conformément à la 
demande de Mlle Madeleine Godard et au vœu précédemment émis par la 
Société historique d'Auteuil et de Passy, le décret du 29 juin 1897 a donné à 
cette nouvelle voie le nom de rue Benjamin-Godard^ en mémoire du composi- 
teur Paul-Louis-Benjamin Godard (1849-1895), d'abord violouiste du plus 

(i) Voir ma note sur la Seine» onire le pont d'Ic^na ol le viaduc dAulcuil; elle est 
reproduite aux annexes, page 366. 



RUE GEORGE-SAND 207 

haut talent, puis auteur de symphonies et de concertos, enfin de Jocelyn et 
de la Vivandière, à rOpéra-Comique. 

Dans les premières années du second Empire, plusieurs grandes propriétés 
situées dans le voisinage de la rue La Fontaine et de la rue des Perchamps 
furent morcelées, ce qui permit à des particuliers d'aménager l'avenue Bou- 
don et l'avenue Heymès. 

Par une délibération du 6 novembre 1852, le conseil municipal d'Auteuil, 
sur la demande de MM. Sipière et Boudon, autorisa Touverture, entre la rue 
La Fontaine et la rue Rémusat, de deux nouvelles voies qui ne furent d abord 
exécutées qu'incomplètement et formaient une équerre à laquelle on adonné 
le nom A* avenue Boudon ; la partie située entre la rue La Fontaine et la rue 
George-Sand existe encore aujourd'hui, sous le nom d'avenue Boudon ; c'est 
une voie privée de 9 mètres de largeur. La partie de l'avenue Boudon qui 
autrefois formait un coude et débouchait rue La Fontaine est actuellement 
incorporée dans la rue George-Sand. 

L'avenue Heyroës était une ancienne sente, qui n'avait dans l'origine que 
1 mètre de largeur et figure sans dénomination sur le plan cadastral de 1842. 
Elle a été élargie à 4 mètres, vers 1850, par la veuve du général Heymès, qui 
avait fait les campagnes du premier Empire, est cité dans l'histoire de 
Thiers, fut nommé maréchal de camp en 1831, était aide de camp du roi 
Louis-Philippe et a été enterré au cimetière d'Auteuil. La propriété Heymès 
était située vis-à-vis de l'avenue du même nom, à la rue de la Source. Elle con- 
sistait en un parc très ombreux, avec de vieux arbres et un pavillon qui ne 
comprenait qu'un rez-de-chaussée et un étage. C'était une de ces fraîches et 
mystérieuses habitations cachées derrière les haies vertes de ce qu'on 
appelait alors le quartier des Vignes, où l'on se perdait dans des sentes étroites 
et sinueuses, bordées de grands arbres, de prairies et de quelques vestiges 
de vignobles. 

L'avenue Heymès, qui était alors fermée par des barrières en bois, et où 
deux riverains seulement avaient des droits de passage, débouchait par le 
haut dans la rue de la Source jusqu'à l'exécution de la rue Mozart. La pro- 
priété Heymès a été acquise à l'amiable par la Ville de Paris en 1882. (Voir le 
Bulletin municipal officiel du 22 novembre 1883.) 

La rue George-Sand (précédemment avenue Boudon entre cette rue et la 
rue La Fontaine, avenue Heymès entre les rues La Fontaine et Mozart) a 
été classée par le décret du 31 décembre 1880, qui en a autorisé l'ouverture 
entre la rue Chardon-Lagache et le coude formé alors par les deux sections 
de l'avenue Boudon. Le décret du 5 novembre 1883 a prescrit l'élargissement 
de l'avenue Heymès (qui a coûté 93.0(K) francs), l'a incorporée à la rue George- 
Sand et a classé celte dernière rue entre les rues La Fontaine et Mozart. 
Enfin, le décret du 11 mars 1886 lui a donné son nom en mémoire d'Aman- 
tine-Lucie-Aurore Dupin, dame Dudevant, arrière-petîte-fille de Marie de 
Verrières, ci-dessus mentionnée comme ayant habité la rue d'Auteuil; elle 
est née en 1804, a vécu jusqu'en 1876 et s'est illustrée comme écrivain sous le 
pseudonyme de George Sand. Son père avait habité Auteuil pendant la 
Révolution. 

Antérieurement à l'annexion, Auteuil était surtout une réunion de mai- 
sons de plaisance fréquentées pendant la belle saison par la population pari- 
sienne ; le principal revenu de ces propriétés consistait dans le produit de 



2o8 HISTOIBE DU XVl' ARRONDISSEMENT 

leur localiiin cuiiime maisons de campagne. Aussi, dès que fut posé le prin- 
cipe de l'acoexion d'Auteuil ii la Ville de Paris, 'divers propriétaires et négo- 
ciants s'émurent-ils du dommage que pouvait leur causer la réalisation de cette 
mesure : pour les uns, c'était la menace de perdre les locations d'été; pour 
d'autres, c'était l'obligation de se déplacer ou de payer les droits d'octroi. 



Gcoi'gi' Siind. 

(Oillrctian de M. Éni. l'olin.) 

La loi du lli juin l«.">d a porté les limites de l'aris jusqu'au pied de l'enceinte 
fortifiée ; elle a réuni à Boulogne les parties du territoire d'Auleuil qui se 
trouvaient au delà des lortifica lions. De toutes les communes annexées k la 
Ville de Paris, Auleuil était ta seule qui ne fut pas contiguë à l'ancien mur 
d'enceinte, dqjit elle était séparée par le territoire de l*assy. 

La délibération du conseil municipal de Paris du (i février I8G3, qui a 
servi de base au décrel de classement du i;i mai de la même année, énumcre 
toutes les voies publiques d'Auleuil qui existaientàcelle époque, et le tableau A 



RUES ÉTABLIES A AUTEUIL DEPUIS 180O JUSQU'a L* ANNEXION 209 

indique les voies à mainteDir et dont le classement a été ainsi conflrmé. 
Ce tableau A renferme toutes les rues d'Auteuil qui ont été mentionnées ci- 
dessus et, en outre, trois chemins : la sente de la Fontaine, le chemin des 
Fontis et la sente du Four, dont il sera parlé ci-après, leur sol ayant été 
ultérieurement incorporé aux rues Dangeau, Railet, du Docteur-Blanche et 
de l'Yvetle. 



i4 



Rues, boulevards et avenues classés à Auteuil pendant 
les quarante dernières années du XIX^ siècle. 



Les parties bâties à Auteuil avant rannexion se trouvaient principalement 
entre la rue d* Auteuil et la rue de TAssomption, ou au Point-du-Jour. C'est 
surtout dans les quarante dernières années du xix" siècle que la construction 
des maisons a pris une grande extension dans toute retendue comprise entre 
l'enceinte fortifiée, la Seine et Passy. Ce mouvement a été favorisé par la 
réalisation de grandes opérations de voirie, dont la plus importante a été 
autorisée par le décret du 30 novembre 1862, à la suite duquel ont été percées 
les rues Chardon-Lagache, Mirabeau, Molitor, Michel-Ange et d'Erlanger. 
On a ainsi entamé, immédiatement après l'annexion de la commune d'Au- 
teuil, un programme d'ensemble dont la réalisation par le service des ponts 
et chaussées, sous la direction du baron Haussmann et d'Alphand, a provoqué 
l'exécution à Auteuil de nouvelles rues, de20mètres de largeur,ayant ensemble 
une longueur de plus de \ kilomètres. 

Le baron Emile d'Erlanger, né à Francfort-sur-le-Mein en 1832, banquier 
et consul de Grèce à Paris, avait acheté de l'État de vastes terrains prove- 
nant de la réunion à Paris d'une partie du bois de Boulogne. Il constitua 
une société pour mettre en valeur ces terrains, qui étaient alors déserts, en 
friche et sillonnés d'ornières, et pour y fonder un nouveau quartier, en y 
établissant diverses rues, ainsi qu'une exposition universelle et permanente. 
11 offrait de céder gratuitement à la Ville 27.000 mètres carrés pour percer 
ou élargir les nouvelles voies, de les mettre à ses frais en état de via- 
bilité et de céder les terrains nécessaires pour prolonger le passage des 
Clos jusqu'à la rue, alors projetée, qui porte actuellement le nom de Michel- 
Ange. Les projets présentés par le baron d'Erlanger furent modifiés par la 
Ville de Paris et, pour que ces modifications pussent être effectuées, il acheta, 
au prix de 974.600 francs, les propriétés Ozeuae, Renneville et Prince Pierre 
Bonaparte ; il dépensa, en outre, 711.000 francs pour divers travaux de viabi- 
lité et de nivellement en faveur desquels une subvention municipale de 
600.000 francs était accordée. 

A la suite des traités passés les 7 février et 22 mai 1862 entre la Ville de 
Paris et M. d'Erlanger, le décret précité du 30 novembre de la même année 
autorisa l'ouverture des quatre voies suivantes : 

Rue A, parlant de l'avenue de Versailles au point où la rue Rémusat (alors 



HUË MICHËt-ANGË 211 

rue Molière) vient y aboutir, longeant la nouvelle maison de retraite de Sainte- 
Périne, puis coupant la rue Boileau à la hauteur de l'ancienne Mairie d'Auteuil, 
et rejoignant le boulevard Murât, après avoir passé sous le chemin de fer 
d'Auteuil ; cette rue A, qui s'est d'abord nommée nouvelle route d'Auteuil, 
puis boulevard d'Auteuil, porte actuellement le nom de rue Mirabeau entre 
l'avenue de Versailles et la rue Chardon-Lagache, le nom de rue Molitor entre 
la rue Chardon-Lagache et le boulevard Murât; 

Rue B, prolongeant l'ancienne rue de la Municipalité jusqu à la place 
d'Auteuil et formant actuellement une partie de la rue Chardon-Lagache; 

Rue C, reliant le centre d'Auteuil à la porte de Saint-Cloud et actuelle- 
ment nommée rue Michel-Ange ; 

Rue D, correspondant à la partie de la rue d'Erlanger qui se trouve com- 
prise entre la rue d'Auteuil et le boulevard Exelmans. 

On n'exécuta d'abord que les travaux des rues C et D; ces travaux (1), 
qui furent terminés en 1863, donnèrent lieu à une dépense de 780.824 francs. 

Le décret du 2 mars 1864 a donné à la rue C le nom de Michel-Ange, en 
mémoire de Michel-Ange Buonarotti (1475-1564), qui annonça dès l'enfance 
des dispositions extraordinaires pour les arts, fut d'abord protégé par Lau- 
rent de Médicis, qui le traita comme son fils, se fixa ensuite à Rome sous les 
papes Jules II et Léon X et jouit également de la faveur des papes Paul III et 
Jules III. On lui doit la statue de Moïse dans le mausolée de Jules II, le 
tableau du Jugement dernier dans la chapelle Sixtine et beaucoup d'autres 
œuvres grandioses, parmi lesquelles les statues de plusieurs Médicis, notam- 
ment // Pensieroso (le Penseur), et les Deux Gladialeurs du Louvre. Il s est 
imposé à l'admiration du monde comme sculpteur, comme peintre et comme 
architecte ; ce n'est qu'à l'âge de soixante-douze ans qu'il commença la 
construction de Saint-Pierre de Rome et il consacra dix-sept ans à ce 
travail. — La rue Michel-Ange a été plantée en 1877. 

On remarque aux n*»' 25 et 27 de la rue Michel-Ange deux hôtels primiti- 
vement semblables, de style renaissance, construits en 1880 par M. Eugène 
Le Maire et tous deux précédés d'un perron à balustrades. Celui du 25 appar- 
tient à M. et Mme Emile Potin, et celui ^u 27, agrandi, à M. le docteur Salathé. 

La partie de la rue d'Erlanger comiprise entre la rue d'Auteuil et le boule- 
vard Exelmans a été terminée en 1863. Le décret du 19 août 1864 porte : 
« La voie nouvelle ouverte parallèlement à la rue Michel-Ange sur les ter- 
rains de M. d'Erlanger conservera le nom de ce propriétaire, nom sous lequel 
elle est déjà connue. >> 

La maison de Ponson du Terrail (2), rue d'Erlanger n** 11, avait été endom- 
magée par le bombardement de 1871. 

L'arrêté du 4 novembre 1869 autorisa M. d'Erlanger à ouvrir la partie de 
la rue portant son nom, qui s'étend du boulevard Exelmans au boulevard 
Murât ; il fit promptement exécuter ce percement. 

Le même arrêté autorisa M. d'Erlanger à faire ouvrir, sur des terrains dont 
il était propriétaire, la rue de Varize, divisée en deux branches, et la rue de 
Civry. Elles furent ainsi dénommées, par décret du 10 février 1875, en l'hon- 

(1) Ces travaux ont élô dirigés par rlrigénieilr en chef de La Galisserie, Tingénieur 
îîernard et le conducteur des ponts et chaussées Duperron. 

(•2) Voir aux annexes (p. 385) l'article de M» Ei Polirt sur les ruines de 1870-18714 



212 IIISTOIRI^ DC XVI'' ARRONDISSEMENT 

neur de deux villages situés près deja ville de Châteaudun, illustrée par la 
défense héroïque du 18 octobre 1870. Les travaux (1 1 faits en exécution dudit 
arrêté du i novembre IHGl), ainsi que pour l'achèvement de la rue Chanez, 
ont coûté 153.500 francs. 

Au n*" i.*) de la rue de Varize, se trouve Tasile Schilizzi, tenu par les petites 
sœurs des pauvres ; il a été fondé par MM. Paul Stefanowich et Jean Schilizzi, 
au nom de leur frère, M. Demetri Schilizzi, banquier à Paris. Le terrain a 
été acheté en janvier 1896 et la construction commencée en février de la 
même année, sous la direction de Tarchitecte Vaudremer ; elle a été terminée 
le 'H mars 1897 ; les donateurs ont fourni tout le mobilier. S. E. le cardinal 
Richard, archevêque de Paris, a béni, le 3 juillet 1897, cet établissement, qui 
contient ^0 vieillards : li5 hommes et 1^5 femmes. Il est uniquement entre- 
tenu par les quêtes que font chaque jour les petites sœurs des pauvres. 

Un traité fut passé, le 13 août 1867, entre la Ville de Paris et M. Perri- 
chont, qui fut conseiller municipal d*Auteuil de 1886 à 1896, pour l'exécution 
des travaux d'achèvement de la rue Molitor, de la rue Mirabeau et de la partie 
de la rue Chardon-Lagache située entre la place d'Auteuil et la rue Jou- 
venet. 

Les travaux de la rue Molitor furent terminés, en 1869, entre les rues 
Chardon-Lagache et Michel-Ange, ainsi qu'entre la rue d'Erlanger et le bou- 
levard Murât. 

L'Institution Notre-Dame-d'Auteuil, établie vers le milieu du xix* siècle 
pour l'éducation des jeunes gens et dirigée, avant 1860, par les abbés Lévêque 
et Poiloux, avait un vaste parc, ombragé de beaux arbres, qui s'étendait 
encore, en 1867, de la rue d'Auteuil à la rue Jouvenet, le long des propriétés 
bordant la rue Boileau, au sud est. Ce parc occupait l'emplacement de l'an- 
cien château de M. Ternaux (â), qui fut d'abord transformé en une grande 
teinturerie, rattachée à l'industrie des châles Ternaux (cachemires français). 
M. Laivessière, l'un des derniers propriétaires, morcela le parc ; les lots abou- 
tissant sur la rue Boileau furent promptement vendus et bâtis. En 185â, 
M. Laveissière fils vendit la propriété à M. Lévêque, préfet des études de 
l'Institution Poiloux, de Vaugîrard, qui y fonda l'Institution Notre-Dame- 
d'Auteuil, contenant alors près de 6 hectares. L'abbé Lévêque mourut en 1864 
et, après lui, la prospérité de l'Institution déclina : la distribution des prix 
de 1870 fut la dernière. En 1868, ce beau parc ne contenait plus que A hec- 
tares, parce qu'il avait été coupé pour l'ouverture de la rue Molitor et séparé 



(i) Ces travaux ont tHi^ dirigés par Tingénicur Rousseau cl {Kir le conducteur des ponts 
cl chaussées Loiiiprcz. 

(2) Celle prupriélé Ternaux tMail, au xvii" siècle, aliénante au jardin de la maison 
seigneuriale des abbés de Sainte-Cicneviève; elle avait son entrée rue du Buis, près de 
la place de l'Kglise, cl renfermait deux maiscms conliguës. Elle appartint, de il^5à iG5tj, 
k Slichel de VerllKUinm, marquis de ManoMivre, conseiller d'Klat, et à sa femme, fille 
d'Etienne d'Aligre, surintendant des finances, puis chancelier de France. Elle fut possédée, 
de 1609 à iri77, par Edouard Gayot, et achetée le '29 avril 1677 par Louis Prévôt de Maze, 
gentilhomme de la maison du Roi, qui fit reccmslruire le château et le céda à la mar- 
quise de Rénel.qiii mourut en 1719. Son fils, l'abbé de Rénel, hérita de celle propriété; 
M. Parent de Rosan croit qu'elle fut habitée par d'Aguesseau. Ouatre ans après la mort 
de d'Aguesseau, en i75.\ elle fui acquise moyennant 20.0(k> livres par la veuve du cheva- 
lier de Marign> : elle la revemlil en 177^ à HenoisI Decon, ancien substitut du procureur 
général au grand conseil, qui s'en délit en 1777, moyennant 20.U00 livres, en faveur d'IIéberl, 
trésorier de l'argenterie du Roi, et de Bai lieux, marchand de musique. 



RUE NOLITOR 2,3 

des maisons hospitalières voisines (Institution de Sainte-Périne et maison dB 



2 »: 

a. B 



retraite Chardon-Lagache) par le prolongement de la rue de la Municipalilé, - 
actuellement nommée rue Chardon-Lagache. 



2l4 HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 

En 1872, la Ville de Paris acheta le reste de ce parc, soit 32.339 mètres 
carrés, au prix de 833.000 francs et paya en plus les charges, pour y établir 
récole Jean-Baptiste-Say (1) et l'école normale d'instituteurs. Des indications 
ont été données pages 172 et 187 au sujet de ces deux établissements : l'école 
normale a son entrée rue Molitor, n"" 10. 

Au n° 1 bis de la rue Molitor se trouve Thôtel Delfaut, construit par 
M. l'architecte Hector Guimard; la partie saillante en est terminée par un 
pignon garni de deux petites fenêtres jumelles cintrées, surmontant un arc 
surbaissé, qui encadre un bas-reliefjen faïence vernissée, dont le sujet prin- 
cipal est un coq gaulois ; au-dessous du bas relief , la fenêtre rectangulaire du 
premier étage s'ouvre sur un balcon en fer d'un dessin original. 

La dénomination de la rue Molitor lui a été donnée par le décret du 
2 mars 1867, en mémoire de Gabriel -Jean- Joseph comte Molitor (1770-1849), 
général de brigade en 1799, gouverneur de Dalmatie en 1806 et de Poméranie 
en 1808, maréchal de France après la campagne d'Espagne en 1823, gouver- 
neur général des Invalides en 1847 et grand chancelier de la Légion d'hon- 
neur en 1848. 

La villa Molitor a été ouverte en 1873, par M. Paul Verhoeven, sur des 
terrains dont il était propriétaire, entre les n** 7 et 9, et aboutit au croisement 
des rues Chardon-Lagache et Jouvenet. 

Le pavage en pierre a été converti en pavage en bois, rue Molitor, entre 
les rues Boileau et Chardon-Lagache en mars 1900. Puis le pavage en bois 
a été poursuivi jusqu'à la rue Michel-Ange, là où s'infléchit le tracé du 
tramway électrique à plots qui sort par la porte de Saint-Cloud, pour passer 
devant le cimetière de Billancourt et aboutir au pont de Billancourt. Des can- 
délabres à incandescence ont été installés dans cette rue au mois de mai de la 
même année. En 1901, on a percé une porte dans les fortications, en prolon- 
gement de la rue Molitor, pour la faire communiquer avec Boulogne et per- 
mettre l'établissement du tramway de Boulogne à Montreuil, dont le tracé 
primitif a été détourné dans la rue Michel-Ange. La création d'un nouveau 
bureau d'octroi à la porte Molitor a été autorisée le 28 novembre 1901. 

La rue Mirabeau, séparant l'institution de Sainte-Périne de la maison de 
retraite Chardon-Lagache, a été terminée en 1869 dans toute sa longueur. 
Elle a été ainsi nommée, par décret du 2 mars 1867, en mémoire d'Henri- 
Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau (1749-1791), orateur et homme politique, 
qui a exercé une influence prédominante sur les résolutions des États géné- 
raux de 1789, où il représentait le Tiers-État de la ville d'Aix. 

On a commencé en 1894 et terminé en 1897 le ponl Mirabeau (2), qui 
relie à Auteuil la grande artère qui fait communiquer le quai de Javel avec 
les entrepôts de Bercy et traverse les XV, XIV'^ et XIIP arrondissements 
de Paris, sous les noms de rues de la Convention, d'Alésia et de Tolbiac. 

La partie de la rue Chardon-Lagache qui s'étend de la rue Claude-Lorrain 
à la rue Jouvenet, remplace l'ancienne rue de la Municipalité, qui date du 
xvm® siècle et figure au cadastre de 1823, mais était beaucoup moins large; la 



(i) Voir «1UX annexes (p. 462) larticle dt^jà cité de M. Emile Potin sur l'école J.-B.-Say, 
(ti) Voir aux annexes (p. 365) ma note sur la Seine entre le pont d'Iéna et le Point-du-Jour; 

voir 'également aux annexes (p. 49») l'article de M. L. Mar intitulé : Auteuil il y a deux 

cents ans, et, p. 491 également, un article sur le pont Mirabeau, 



RUE CHARDON-LAGACIIE 21 5 

rue Chardon -Lagache, en eflfet, a une largeur de 20 mètres, tandis que rarrétô 
préfectoral du 27 septembre 1837 avait fixé une largeur de 8 mètres pour la 
ruç de la Municipalité qui, jusqu'à Tannexion, se terminait en impasse, sans 
atteindre Tavenue de Versailles. 

Dès que Tadministration de l'assistance publique eut loué à la Ville de 
Paris les vastes terrains sur lesquels est établie Tinstitution de Sainte-Périne, 
-elle proposa d'ouvrir un lai^e boulevard entre l'extrémité de la rue de la 
Municipalité et la place de l'Ëglise d'Auteuil et de donner à ce boulevard une 
largeur de ^ mètres ; par délibération du il septembre 1858, le conseil muni- 
cipal d'Auteuil refusa de concourir à la dépense. Mais ce projet fut repris 
aussitôt après l'annexion, et le décret précité du 30 novembre 1862 prescrivit 
le percement d'une rue B, prolongeant la rue de la Municipalité, entre la rue 
Jouvenet et la place d'Auteuil ; toutefois ce prolongement, auquel l'arrêté du 
26 février avait donné également le nom de rue de la Municipalité, ne fut 
réalisé qu'en 1869 ; ce travail, qui a été exécuté par M. Perrichont, a coûté 
160.000 francs. 

L'arrêté préfectoral du l'*" août 1879 a donné à la rue de la Municipalité le 
nom de rue du Point-du-Jour. L'utilité publique du percement de cette rue 
a été déclarée par le décret du 5 février 1889 pour la partie comprise entre la 
rue Jouvenet et le boulevard Exelmans, par le décret du 9 avril de la même 
année pour celle qui s'étend du boulevard Exelmans à l'avenue de Versailles. 
Le prolongement de la rue Cbardon-Lagache jusqu'à l'avenue de Versailles, 
aux abords du chemin de fer, a été exécuté en 1892, moyennant une dépense 
de 11.000 francs. 

La partie de la rue Chardon-Lagache comprise entre le boulevard Exel- 
mans et la rue de Musset a été élargie et améliorée en 1896; cette opération 
a coûté 10.000 francs. 

Des candélabres et becs à incandescence ont été installés à la rue Char- 
don-Lagache, en novembre 1899, entre la rue Jouvenet et le boulevard Exel- 
mans, en juin 1900 entre les rues Jouvenet et d'Auteuil. C'est de 1900 que 
datent la mise en état de viabilité des terrains cédés à la voie publique par les 
héritiers Deschandeliers (n"' 81-83, à l'angle du boulevard Exelmans), et le 
convertissement en bois du pavage en pierre devant l'École Jean-Baptiste- 
Say, concurremment avec le passage du tramway Boulogne-Montreuil. 

Le nom de rue du Point-du-Jour, attribué en 1879 à cette belle voie, pou- 
vait créer une confusion avec la rue du m(^me nom, existant à Billancourt: 
aussi le décret du 8 janvier 1895 et l'arrêté préfectoral du 10 mars 1896 ont-ils 
donné à la rue qui nous occupe sa dénomination actuelle, en mémoire du 
philanthrope Chardon-Lagache (1806-1879), dont le père (1) avait exercé la 
médecine pendant plus de cinquante ans à Auteuil, où il était surnommé le 
médecin des pauvres. Il avait fait une grande fortune dans le commerce, 
s'occupait sans relâche d'œuvres philanthropiques et était membre du conseil 
général de l'assistance publique. 11 passait la plus grande partie de l'année 
dans sa propriété, rue d'Auteuil, 16 (2), autrefois rue Molière, 26; son parc, qui 
aboutissait à la rue d'Auteuil, s'étendait jusqu'aux rues Théophile-Gautier et 



(i) Voir aux annexes (p. 495) l'article de M. E. Potin sur Chardon-Lagache. Les archi- 
ves de la Société historique possèdent une Vie de cet homme de bien. 
(2) Ce n' i6 est aujourd'hui le pensionnat de MUcs Douré^ 



2.1 6 HISTOIRE nu xvi« arrondissement 

George-Saûd ; après la mort du fils de Chardon-Lagache, survenue en 1893, 
cette propriété, qui a été morcelée par des opérations de voirie, avait été 
achetée par le marquis de Casa-Riéra, qui avait reçu, dans son hùtel de la rue 
de Berri, 29, la reine Isabelle, au moment où elle quitta TEspagne. C^est 
M. de Casa-Riéra qui a cédé ces terrains pour la viabilité des rues Mignet et 
Leçon te-de- Lille; c'est dans son parc que furent trouvées des pierres de Tan- 
cienne église, réédifiées avec goût par M. Guimard dans la cour du presbytère. 

La maison de retraite Chardon-Lagache, dont la grille se profile en pan 
coupé sur la place d'Auteuil, occupe tout Tîlot compris entre les rues Char- 
don-Lagache, Wilhem et Mirabeau. Elle a été créée, entre 1863 et 1865, par 
Chardon-Lagache, de concert avec sa femme et son fils, pour abriter des vieil 
lards des deux sexes, ayant au moins 60 ans, qui, en dépit d'un long travail, 
n'ont pas pu réunir des ressources suffisantes pour vivre chez eux ; cette maison 
est aujourd'hui complètement administrée par l'Assistance publique. 

L'Institution de Sainte-Périne occupe, avec la maison de retraite Char- 
don-Lagache, une grande partie du parc de l'ancienne propriété seigneuriale 
qui servait de maison de plaisance (1) aux abbés de Sainte-Geneviève. L'ab- 
baye de Sainte-Périne, à laquelle cette Institution doit son nom, était d'abord 
à Compiègne ; elle fut transférée, sous Louis XIV, à la Villette. En 1746, cette 
abbaye, à laquelle s'était réunie la communauté des religieuses chanoinesses 
de l'ordre de Saint-Augustin (établie en 1638 à Nanterre), fut installée sur le 
côté droit de la rue de Chaillot; elle portait aussi le nom de Notre-Dame- 
de-la-Paix. La maison de Sainte-Périne fut fermée sous la Révolution ; 
M. Duchayla y fonda, en 1806, avec la devise : Otium cum dignitale^ un 
asile pour la vieillesse, qui avait pour présidente d'honneur l'impératrice 
Joséphine, et où les personnes des deux sexes, âgées ou infirmes, étaient 
admises moyennant une pension annuelle ou te versement d'un capital 
une fois payé. Un décret du i" avril 1808 autorisa cet établissement, dont 
l'ordonnance royale du 8 février 1815 confia la direction à l'administration 
des hospices. L'ouverture de l'avenue Marceau entraîna l'expropriation des 
terrains occupés par cet asile : c'est alors que l'administration de l'Assis- 
tance publique installa cet établissement sur le vaste domaine d'Auteuil, qui 
fut agrandi, le 30 janvier 1850, par Tacquisition de terrains situés entre la 
rue de la Municipalité (aujourd'hui rue Chardon-Lagache) et l'avenue de 
Versailles. Le millésime de 1860 est inscrit sur la façade du bâtiment prin- 
cipal. Les pensionnaires de l'Institution de Sainte-Périne paient 1.400 fr.par an. 

Mlle Scriwaneck, qui a eu autrefois de grands succès au théâtre du 
Palais-Royal, habite actuellement l'asile de Sainte-Périne, dont les pension- 
naires ayant conservé des relations dans le monde des théâtres organisent, 
chaque année, cinq ou six fêtes intimes, avec le concours de leurs jeunes 
camarades, les artistes en activité de service. 

L'Institution de Sainte-Périne a été ravagée (2), lors du siège de Paris, par 
les obus des armées allemandes. 



(i) Voir aux annexes (p. 287^ l'article de M. Antoine Guillois sur Tanciennc église 
d'Auteuil. 

Les noms des différents propriétaires du domaine que les abbés de Sainte-Geneviève 
possédaient à Auteuil ont été indiqués ci-dessus dans l'histoire de la rue d'Auteuil. 

(2) Voir h la page 280 du UV volume du Bulletin l'article de M. le docteur Raymond 
sur le bombardement de Saint-Périne. 



BOULEVARD EXELMANS 217 

L*expiration du bail, en 1905, pourra donner lieu à un lotissement du 
parc de Sainte-Périne; si cette évenlualit^> devait se réaliser, il serait à dési- 
rer que des conditions fussent imposées aux acquéreurs, dans un intérêt 
esthétique, pour que le gracieux aspect de ce quartier ne soit pas 
compromis (1). 

La fondation Rossini, établie en vertu du testament de ce grand compo- 
siteur, pour les chanteurs et musiciens français et italiens, vieux et sans for- 
tune, se trouve auprès de la rue Wilhem, dans Tenclos de l'Institution de 
Sainte-Périne, avec entrée sur la rue Mirabeau. M"* Monrose, de TOpéra- 
Comique, fille de Tex-sociétaire du Théàtre<Français, est parmi les plus 
notables pensionnaires. Les artistes sont reçus gratuitement à la fondation 
Rossini. 

On construira prochainement de nouveaux bâtiments annexes de la fonda- 
tion Rossini sur un terrain de 500 mètres carrés, sis rue Wilhem, touchant 
rinstitution de Sainte-Périne et acheté par TAssistance publique. 

Le nombre des pensionnaires était, en 1901, de 239 à Sainte-Périne, 135 à 
la maison de retraite Chardon-Lagache et M à Tasile Rossini. 

Au n^ 41 de la rue Chardon-Lagache et à l'entrée de la villa de la Réu- 
nion, on voit une villa originale, construite en 1893 par M. Tarchitecte Hec- 
tor Guimard, en pierres meulières et briques, avec faïences décoratives et 
toitures en grosses tuiles rondes vernissées ; le cintre de la porte d'entrée est 
abrité par un large auvent angulaire à consoles obliques. 

Gavarni est mort dans la maison qui occupait le n"" 29 de la rue Chardon- 
Lagache, là où l'on voit actuellement trois hôtels modernes. 

L'avenue de la villa de la Béunion, qui joint la rue Chardon-Lagache à 
l'avenue de Versailles, a été établie en 1856. Elle donne, au n"" 18, accès à 
Vavenue de VErmilagey nom donné par le propriétaire, parce qu'elle condui- 
sait à un kiosque dit TErmitage. 

Le décret du 14 juin 1861 a déclaré d'utilité publique le prolongement du 
chemin de fer de ceinture depuis la gare d'Auteuil jusqu'à la ligne d'Orléans ; 
le chemin de fer d'Auteuil au Point-du-Jour a été ouvert à Texploitation le 
25 février 1867. Le principal ouvrage d'art de ce chemin de fer est le long 
viaduc du Point-du-Jour (2), dont les 152 arches, de 5 mètres d'ouverture 
chacune, constituent une sorte de passage couvert. D'après le plan joint au 
décret du 14 juin 1861, deux voies de 16*^,50 chacune de largeur étaient pro- 
jetées de chaque côté du chemin de fer, entre la rue d'Auteuil et le quai de 
la Seine. En effet, une décision du ministre des Travaux publics, du 
30 avril 1862, autorisa la création de deux voies latérales au chemin de fer, 
entre la rue d'Auteuil et l'avenue de Versailles ; une décision semblable, du 
24 juin 1863, décida le prolongement de ces deux voies entre l'avenue de 
Versailles et le quai d'Auteuil. Les travaux ont été dirigés par M. l'ingénieur 
en chef dés ponts et chaussées Darcel et ont coûté 482.100 francs. La déno- 
mination de boulevard Exelmans a été donnée à la voie de chaque côté du 
viaduc par* décret du 2 mars 1867, en mémoire de Rémi-Joseph-Isidore, 



(i) Voir dans les Causeries de Bianchon^ par le docteur Maurice de Fleury, un joli cha- 
pitre sur Sainte-Périne. 

(a) Voir aux annexes (p. 366) mon article sur « la Seine entre le pont d'Iéna et le 
viaduc d'Auteuil •. 



^t8 HISTOIRE DU XVl** ARRONDISSEMENT 

comte Exelmans (1775-185^), qui fut aide de camp de Murât, colonel à Aus* 
terlitz, général de division en 1812, commanda la cavalerie à Waterloo, fut 
nommé pair de France en 1830, grand chancelier de la Légion d*honneur en 
1850 et maréchal de France en 1851. Le statuaire Carpeaux (1) avait son 
atelier au n"" 25 du boulevard Exelmans; le général vicomte de Montfort, 
beau-père de Carpeaux, demeurait au n* 2 du boulevard Exelmans et y mou- 
rut, le !20 mars 1883, à l'âge de soixante -seize ans. 

Par actes des 18 septembre et 27 octobre 1860 (étude Delapalme), la Ville 
de Paris acheta pour 277.140 francs, à la Compagûie des chemins de fer de 
rOuest, 5.364 mètres carrés de terrains, provenant originairement du parc 
de Montmorency-Boufflers ; ces terrains ont servi à élargir la rue d'Auteuil, 
à rectifier le débouché de la rue La Fontaine sur la rue d'Auteuil, à établir 
le marché (2) d'Auteuil, ainsi que les deux rues longeant les côtés latéraux 
de ce marché et servant à l'isoler. Ces deux rues ont été dénommées, par 
le décret du 2 mars 1867, rue Girodet et rue Isabey ; après avoir été longtemps 
des voies privées appartenant à la Ville, elles ont été classées par le décret 
du 12 juin 1883 (3). La Compagnie des chemins de fer de l'Ouest a payé la moitié 
des frais de mise en état de viabilité de la rue Girodet, qui est la plus voisine 
de la gare. Le marché d'Auteuil a été construit en 1866 et 1867 par la Com- 
pagnie générale des marchés, à qui la Ville de Paris avait, par traité du 
12 décembre 1865, accordé une concession de cinquante ans, à dater de l'ou- 
verture, pour sept marchés, parmi lesquels figurait celui d'Auteuil, compre- 
nant 111 places; il avait été ouvert le 16 octobre 1867. Le terrain sur lequel 
il existait a été vendu, loti, bâti. Un marché forain l'a remplacé, qui se tient 
sur le terre-plein des rues Donizetti, La Fontaine et d'Auteuil. 

Le peintre Anne-Louis Girodet (1767-1824) avait été adopté parle médecin 
Trioson, dont il joignit le nom au sien. Parmi les tableaux qu'on lui doit, on 
peut citer : Joseph reconnu par ses frères^ qui lui valut le grand prix de Rome 
en 1789; le Sommeil cTEndymion, en 1791 ; Hippocraie refusant les présents 
dWrtaxerxès, toile magnifique faite en 1792 pour son tuteur, le docteur Trio- 
son, qui en fit hommage à l'Académie de médecine de Paris ; Antiochus et 
Stratonice, en 1793; Fingalavec ses guerriers^ dans leur séjour aérien, en 1802; 
la Scène du Déluge, qui obtint le grand prix décennal en 1806. 11 était, en 
outre, poète et a traduit Anacréon et Lucain, 

Jean-Baptiste Isabey (1767-1855), peintre des cérémonies et du cabinet sous 
Napoléon I", qui lui donna un appartement aux Tuileries, dessina le Sacre, 
fit tous les portraits de la famille impériale, notamment celui du général 
Bonaparte à la Malmaison. Sa collection de miniatures est un des monuments 
historiques de l'époque ; on y voyait les portraits de la reine Marie-Antoi- 



(i) Le décret du 17 juillet 188-2 a fixé une largeur de fx) mètres pour le boulevard 
Exelmans, qui est planté d'arbres; les alignements et nivellement ont été établis, pour 
la partie comprise entre l'avenue de Versailles et la rue Chardon-La gache^ par le décret 
du 26 avril 1897. 

(2) Le 18 août 1826, le conseil municipal avait émis un avis favorable à rétablissement 
d'un marché h Auleuil pour y vendre tous les jours des comestibles. Ce marché est 
actuellement démoli. Sur son emplacement une rue a été ouverte et des immeubles cons- 
truits. 

(3) Nous nous souvenons encore du joli chalet en briques et du grand jardin, avec un 
très beau rideau de peupliers, que la Compagnie de l'Ouest louait à des particuliers e( 
que les modiflcations dont il est question ici ont fait disparaitrct 



RUE THÉOPHILE-GAUTIER SIQ 

nette et des ducs d'Angoulême et de Berry. Sous la Restauration, il devint 
directeur des décorations de l'Opéra, peintre du roi et administrateur des 
fêtes et spectacles de la Cour. Son fils, né en 1801, a envoyé des tableaux 
remarquables aux Expositions de 1824 à 1855. 

Dès 1876, le service des ponts et chaussées étudia, en vue de la reconstruc- 
tion de réglise d'Auteuil, tout un'programme de travaux d'amélioration aux 
abords de cette église. Ce programme, qui a été sanctionné par le décret du 
27 janvier 1876, comprenait l'élargissement de la rue Williem ci-dessus men- 
tionnée, le percement de la rue Corot etTouverture ou achèvement, à 20 mè- 
tres de largeur, d'un prolongement de la rue de la Municipalité, entre la rue 
d'Auteuil et la rue François-Gérard ; cette dernière section s'est nommée 
d abord rue de la Municipalité prolongée ; elle a fait ensuite partie de la rue 
du Point-du-Jour et se nomme, aujourd'hui, rue Théophile-Gautier. Ces der- 
niers travaux (1), exécutés en 1876 et 1877, ont coûté 122.847 francs. 

La rue Corot, qui est latérale à l'église, et renferme le presbytère, a été 
mise en état de viabilité en 1877, moyennant une dépense de 10.300 francs. 
Son nom lui a été donné par arrêté préfectoral du 4 février 1879, en mémoire 
du célèbre peintre paysagiste Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875), qui 
avait obtenu, en 1855, la médaille de 1*^® classe ; Corot, homme excellent, a 
été surtout le peintre de Ville-d'Avray et des environs de Paris. 

L'ouverture de la partie de la rue Théophile -Gautier qui est comprise entre 
la rue François-Gérard et la rue Gros', ainsi que l'élargissement de cette 
dernière rue au droit d'immeubles appartenant à la Ville, a été autorisée par 
le décret du 10 juillet 1882. Mais les démarches à faire pour l'acquisition des 
terrains ayant été très laborieuses, ces travaux ne purent être commencés 
qu'en 1885, année pendant laquelle on exécuta la première partie (2), comprise 
entre la rue François-Ciérard et l'avenue Perrichont. Le dernier tronçon de 
la rue Théophile-Gautier, entre cette avenue et la rue Gros, donna lieu éga- 
lement à de très longues négociations avec les propriétaires de terrains, 
de sorte que la percée jusqu'à la rue Gros ne put être réalisée qu'en 1890. 
La dépense s'éleva (3), pour ce dernier tronçon, à 165.950 francs. 

Le nom actuel de cette rue, dont la plus grande partie appartenait autre- 
fois à la rue du Point-du-Jour, lui a été donné par le décret du 23 jan- 
vier 1892, en mémoire de Théophile Gautier (1811-1873), poète, publiciste, 
critique et littérateur, grand ami de Victor Hugo et de Gérard de Nerval. 
Il a passé quelques années de son enfance près du pont de Grenelle et a 
demeuré, dans sa jeunesse, rue Gros. Il s'est signalé par le culte de l'art, de 
la beauté et du romantisme ; son style original peut être considéré comme 
une ciselure littéraire. 

Au n® 57 de la rue Théophile-Gautier se trouve un établissement d'in- 
struction, dirigé parles Dominicaines du Saint-Rosaire: le corps principal 
du bâtiment est l'ancien château des Choiseul-Praslin. C'est dans le salon 
durez-de-chaussée de ce château que périt dans les flammes la princesse de 

(i) Ces travaux ont tHé exécutés, sous la direction d'Alphand et de l'ingénieur en chef 
de Fonlanges, par l'ingénieur Bartet et le conducleur des ponts et chaussées Lomprez. 

(2) La direction de ces travaux a été contlée à l'ingénieur en chef Barabanl, l'ingénieur 
Habinet et le conducteur des ponts et chaussées Navez. 

(3| Ces travaux ont été faits sous la direction de l'ingénieur en chef de Tavernier, de 
l'ingénieur Babinet et du conducteur des ponts et chaussées Navez, 



220 HISTOIRE DU XYl* ARRONDISSEMENT 

Carignan, dont la robe prit feu au moment où elle allait se rendre au bal. 
La maison fut ensuite occupée par une école ecclésiastique, dirigée parTabbé 
Millot, puis par une Institution déjeunes filles dirigée par Mlles Suleauet 
Moittié, qui la cédèrent aux Dominicaines le 8 septembre 1890. Dans le 
jardin, on remarque un portique d'ordre ionique sur le fronton duquel on 
lit cette inscription : « Ici fut la maison de Molière. » 

Le maire d*Auteuil écrivait, le 9 mars 1857, au sous-préfet de Saint-Denis 
que les 200.(KK) mètres carrés faisant suite au plateau de Passy et se trouvant 
placés entre le bois de Boulogne, le chemin de fer, la villa Montmorency et 
la rue de TAssomption, qui ne renfermaient autrefois que des vignes, étaient 
occupés par des jardins enclos de haies et par des maisons de campagne, 
dont le seul inconvénient consistait dans la difficulté des communications, 
cette région n'étant desservie que par quatre sentiers ayant 2°S50 de largeur 
et dénommés : les Fontis, la Cure, le Four et la Petite-Fontaine. Le maire 
ajoutait que la valeur des terrains s*était élevée à 10 francs, qu'elle tendait à 
augmenter, qu'il était impossible délaisser ce quartier plein d avenir dans la 
situation où il se trouvait et qu'il avait nommé une commission pour étudier 
le tracé de nouvelles rues, mais que cette opération rencontrait des difficultés 
sérieuses, parce que le plateau comprenait 677 parcelles, appartenant à plus 
de cent propriétaires. En vue de réaliser ce programme, le conseil muni- 
cipal d'Auteuil projeta, le 2^ août 1857, des alignements pour la sente du 
Four (aujourd'hui rue de l'Yvette), la sente de la Fontaine (aujourd'hui rue 
Raiïet), la sente de la Petite-Fontaine (aujourd'hui rue Chamfort) et la 
sente des Fontis (aujourd'hui rue du Docteur-Blanche) ; mais ce n'est que 
bien des années après que ces sentes ont été effectivement transformées en 
rues. 

L'ancienne sente du Four devait son nom à un four banal, dont il est 
fait mention dans des titres de 12-25, 1450 et 1257. L'arrêté du 1*' fé- 
vrier 1877 a donné à cette voie le nom de rue de /' Vveile; elle a été élargie ( 1 ) 
de 1883 à 1885, près de son débouché sur la rue Mozart, moyennant une dépense 
de 52.250 francs. 

La partie de la rue Raffet qui va de la rue de la Source à la rue du Docteur- 
Blanche remplace l'ancien sentier de la Fontaine. On commença en 1877 par 
améliorer les pentes et la viabilité de cette rue, entre celle des Fontis* 
(aujourd'hui rue du Docteur- Blanche) et celle de la Cure (aujourd'hui rue 
Jasmin), moyennant une dépense de 37.400 francs; ensuite on exécuta le 
prolongement de la rue Raflet entre celle des Fontis et le boulevard de Mont- 
morency, opération qui a coûté 19.000 francs. Le nom de cette voie lui a été 
donné par le décret du 24 août 1864, en mémoire de Denis-Auguste-Marie 
Raffet (1804-1800), qui entra en 1827 dans l'atelier de Gros et plus tard dans 
celui de Charlet. C'était un dessinateu^ habile et charmant, un aquarelliste 
remarquable. On distingue parmi ses œuvres V Album du voyage du prince 
Demidoff en Crimée et en Asie-Mineure, et la Bévue nocturne^ espèce de 
résurrection des soldats des armées de Napoléon P', se pressant devant 
l'ombre du grand capitaine. 



(i) Cet élargissement a H6 exéculé sous la direction de l'ingénieur en chef Barabant, 
des ingénieurs Chabert et Dabinet, et du conducteur des ponts et chaussées Navez. 



RUE CHAMPORT 221 

La ruelle de la Cure (voie privée) a son entrée entre les n**» 13 et 15 de la 
rue RaSet. 

La rue du Docleur-Blanche s*est nommée d*abord sente, puis rue des 
Fontis et occupe la partie haute du coteau d'Auteuil. Ce nom de Fontis 
(fondrières), qui a été appliqué souvent aux affaissements du sol provenant 
de l'exploitation de carrières souterraines, provenait ici des mouvements de 
terrain occasionnés par 1 extraction d'argiles pour la fabrication des briques. 
Pour opérer un raccordement avec la riie Raffet, on amorça en 1877 la mise 
en état de viabilité de la rue des Fontis ; moyennant une dépense de 37.400 francs. 
En vue de poursuivre rœuvre ainsi commencée, un décret du 31 janvier 1881 
autorisa Télargissement de la rue des Fontis, la mise en état de viabilité fut 
complétée au prix d'une dépense de 10.400 francs pour la partie comprise 
entre les rues de l'Assomption et de l'Yvette, et d'une dépense de 29.000 francs 
pour la partie restante, c'est-à-dire pour celle comprise entre la rue de 
l'Assomption et le petit tronçon qui avait été déjà exécuté en 1877, en même 
temps que la rue Rafiet. 

La dénomination actuelle de cette rue lui a été donnée, par décret 
du 16 janvier 1894, en mémoire du médecin aliéniste Esprit Blanche (1796- 
1852), qui avait établi à Montmartre (1) une maison de fous et la dirigeait 
avec son fils le docteur Antoine-Emile Blanche, qui vint prendre en 1847 la 
direction de la maison de fous de la rue Berton à Passy et eut deux fils : l'aîné 
mourut jeune ; le second est le peintre Jacques Blanche, qui habite l'hôtel 
n* 19 de la rue du Docteur-Blanche, où son père était venu se retirer et où il 
mourut le 17 août 1893. Le docteur Meuriot succéda au docteur Blanche 
comme directeur de la maison de santé de la rue Berton ; il avait été reçu 
docteur en 1868 et est mort en mai 1901. 

La rue Dangeau occupe une partie de l'emplacement d'une ancienne sente 
étroite et sinueuse, dite de la Petite-Fontaine, qui est marquée au cadastre 
de 1823. Son nom lui a été donné par le décret du 24 août 1864 en mémoire 
de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau (1636-1720), favori de 
Louis XIV, qu'il accompagna dans toutes ses campagnes, en qualité de 
colonel aide-de-camp ; il était académicien et ami de Boileau, qui lui dédia 
sa Satire sur la noblesse; il se servit de son crédit pour favoriser les gens de 
lettres. Dans son journal historique il a inscrit, jour par jour, de 1684 à 1720, 
tout ce qui se passait à la cour et dans la famille royale ; il dit en mourant : 
« J'ai la conscience de n'avoir jamais écrit dans mou journal un seul men- 
songe. » C'est une des plus courtes, des plus étroites et des moins droites 
rues de Paris. 

La rue Chamfort a remplacé une partie de l'ancienne sente de la Petite- 
Fontaine; le nom de rue Dangeau ayant été attribué à la voie qui va de la rue 
Ribéra à la rue Mozart, la rue très courte qui va de la rue Mozart à la rue de la 
Source se trouvait sans nom ; sur la demande de notre collègue M. Antoine 
(juillois et la proposition de la Société historique (2) , sa dénomination 
actuelle lui a été donnée par le décret du 8 janvier 1895 en mémoire du poète 

(i) Voir les pages 199 du !•' volume, 89 du II* cl 288 du III" du Bullelin de la Société 
historique (VAuteuil et de Passy. 

Voir ci-dessus les indications donm^es au sujet de la maison de sanlt^ du docteur 
Blanche dans riiistorique de la rue Berton. 

(2) Voir les pages 44 <?! ^^> du I" volume du Buttetin. 



224 HISTOIRE DU XVI^ ARRONDISSEMENT 

peintre Franco w M/ W (1815-1883), Sixxieur de T Angélus, des Glaneuses, etc. 

C'est également en 1889 qu'on a ouvert Vimpasse Exelmans, voie privée 
dont rentrée se trouve au n* 5 du boulevard Exelmans. 

La rue Chapu a été ouverte comme voie privée, entre l'avenue de Versailles 
et le boulevard Exelmans, en 1893, par M. Tassu, architecte et propriétaire, 
moyennant une dépense de !25.806 francs. Elle a été classée par décret du 
^ juin 1897 et avait été nommée d'abord rue Nouvelle, puis rue Maxime; le 
décret précité lui a donné sa dénomination actuelle en mémoire du sculpteur 
Henri Michel-Antoine Chapu (1833-1892), membre de l'Institut, auteur, entre 
autres œuvres, de cette immortelle statue, la Jeunesse, au tombeau d'Henri 
Regnault. 

En 1894 et 1895, deux voies nouvelles. Tune de 12 et l'autre de i\ mètres 
de largeur, ont été ouvertes par M. le marquis de Casa-Riéra, moyennant une 
dépense de 93.106 francs, entre les rues Théophile-Gautier, George-Sand et 
des Perchamps. Des décrets de 1896 ont donné à ces rues les noms de Leconie- 
de-Lisle et de Mignel, Le célèbre poète Charles-Marie-René Leconte de Lisle 
(1818-1894) était membre de l'Académie française. L'historien François- 
Auguste-Marie Mignet (1796-1884), ami de Thiers, remplaça, à la fin de 
1836, Raynouard à l'Académie française et devint, l'année suivante, secrétaire 
perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques. 

M. Huet a ouvert en 1894 la voie privée dite rue des Grandes-Papeleries. 
et M. Sénécal a établi en 1895, moyennant une dépense de 4.322 francs la voie 
privée dite rue Pierre-Ducreux. C'est également en 1895 qu'on a percé, 
moyennant une dépense de 19.941 francs une voie privée dite villa-Mozart, 
qui se trouve au n"" 73 de la rue Mozart et se termine actuellement en impasse, 
mais doit aller jusqu'à la rue La Fontaine. Cette voie, qui a été établie par la 
Société des Immeubles de la rue La Fontaine, n'a actuellement que 58 et aura 
plus tard 354 mètres de longueur. 

Une voie nouvelle, autorisée par arrêté préfectoral du 5 juillet 1898, a 
été ouverte en 1899, entre le boulevard Exelmans et la rue Daumier, au 
compte de M. Fournier, propriétaire; le décret du 23 avril 1900 a donné le 
nom de rue Auguste- Maquet à cette voie, qui est peu éloignée lie la porte de 
Billancourt. Elle a été ouverte sur des remblais accumulés depuis quelques 
années et sous lesquels avait achevé de disparaître un très beau jardin, dont 
l'hôtel a été récemment démoli. Ce parc, qui avait le défaut détre en contre- 
bas du boulevard Exelmans et exposé aux infiltrations de la Seine, lors des 
hautes eaux, avait été admirablement dessiné, vallonné et planté, avec grotte, 
rivière, ponts rustiques. 11 appartenait à M"*° Cuvelîer. 

Une rue nouvelle va être percée également par M. Fournier entre la rue 
Auguste Maquet et le quai d'Auteuil. 

On a décidé, en 1901, l'ouverture d'une nouvelle voie devant prolonger la 
rue Bosio, sous le nom de rue de la Mission-Marchand, et se trouver comprise 
entre la rue Pierre-Guérin et la rue de la Source. Le décret du 21 novembre 
1901, qui a classé ce prolongement de la rue Bosio, lui a assigné une lar- 
geur de 12 mètres et en a fixé les alignements et le nivellement. Cette rue 
est ouverte sur partie du jardin ayant dépendu de l'hôtel de M. l'architecte 
Foulquier. 



IX. — Observations sur la situation et Tavenir 

du seizième arrondissement. 



La population du XVI« arrondissement, qui était de 43.33:2 habitants en 
1872, s'est élevée en 1901 à 117.087 âmes: elle a donc presque triplé pen- 
dant les trente dernières années, ce qui est d'autant plus remarquable que 
Taugmentation est principalement due à l'immigration d*une population fort 
aisée. Il y a tout lieu de croire qu'il ne s'agit pas ici d'une vogue passagère et 
que cette progression continuera ; car on a observé dans les grandes villes de 
l'Europe occidentale et de l'Europe centrale que la population jouissant de 
revenus d'une certaine importance, se porte de préférence vers les quartiers 
de Touest. 

Cette tendance générale me paraît pouvoir être en partie attribuée à la 
prédominance, dans nos régions, des vents de l'ouest, qui apportent les éma- 
nations de la campagne sur les quartiers occidentaux et celles de la ville sur 
les parties situées dans la direction opposée. D'ailleurs, les vents du nord et 
de l'est étant beaucoup plus frais et moins fréquents que ceux qui viennent 
de l'Océan, c'est à l'est et surtout au nord des grandes villes qu'il est d'usage 
de cantonner les industries incommodes et insalubres qui ne peuvent être 
établies qu'après une autorisation administrative, et dont le voisinage est peu 
agréable, surtout pendant l'été. 

Non seulement le XVI" arrondissement occupe l'extrémité occidentale de 
Paris rive droite, mais encore il se trouve dans une boucle de la Seine qui 
est voisine de très belles campagnes. On y a percé, à grands frais, des avenues 
larges et bien aérées ; le voisinage immédiat du bois de Boulogne y attirera 
toujours les amateurs de verdure et de promenade ; il est très salutaire pour 
les enfants. A ces avantages généraux, le quartier de Passy joint celui de repo- 
ser sur un sol perméable, par conséquent facile à assécher, et plus élevé que 
la presque totalité de celui de notre grande capitale. Les jardins d'Auteuil, 
c*est maintenant Paris et c'est en même temps la campagne ; on n'y a pas, 
comme aux environs, dans la banlieue, le brouhaha de la circulation et l'en- 
combrement des promeneurs du dimanche. Aussi, beaucoup de personnes dé- 
sertent, quand elles le peuvent, les anciennes constructions des rues étroites du 
centre de la Ville, pour venir s'installer dans les maisons neuves qui ont été 
récemment bâties en grand nombre sur le solduXVb' arrondissementetoûelles 
trouvent des ascenseurs, des monte-charges, l'eau froide et l'eau chaude à tous 

i5 



226 HISTOIRE DU XIV* ARRONDISSEMENT 

les étages, des bow-windows, salles de baias et galeries, de vastes salons, le 
chauffage à Teau chaude, le téléphone, Féclairage électrique, des vérandas, 
une distribution intelligente des appartements et toutes les installations du 
confortable moderne. 

Les spéculations auxquelles donne lieu, depuis près de quatre-vingts ans, 
la mise en valeur des terrains du XVI* arrondissement y ont beaucoup réduit 
rétendue des parcs et jardins. Il est regrettable et fâcheux, à ce point 
de vue, que le nombre des hautes maisons de rapport s'accroisse constam- 
ment; mais il serait bien impossible d'arrêter ce courant. On devra, du moins, 
s'attacher à ce que les façades soient moins uniformes et à ce qu'elles présen- 
tent de réiégance, une certaine originalité et des silhouettes artistiques. 
D'ailleurs, on conservera toujours l'avantage de la proximité du bois de 
Boulogne et, même dans les rues entièrement bâties, les vastes îlots qui les 
séparent ont généralement encore beaucoup d'arbres, ne fût-ce que ceux des 
larges et nombreuses avenues et d'un grand nombre d'établissements publics. 

Enfin, Auteuil et Passy sont mis en relations avec la gare Saint-Lazare 
par des trains extrêmement fréquents ; l'extension et l'accélération des 
moyens de transport diminuent considérablement Tinconvénient résultant 
de ce que le XVP arrondissement est éloigné du centre de Paris ; l'adoption 
de la traction mécanique pour les tramways a déjà réduit très sensiblement 
la durée des trajets. Une amélioration encore plus importante a été récem- 
ment obtenue pour les quartiers desservis par les premières lignes du chemin 
de fer métropolitain, qui facilite beaucoup les relations, grâce à la vitesse et à 
la multiplicité des trains. Quand les lignes métropolitaines auront reçu 
tous les développements dont elles sont susceptibles, les négociants et les 
hommes d'affaires prendront de plus en plus Thabitude d'imiter leurs collè- 
gues de Londres, en établissant leur domicile de famille en bon air et dans une 
demi campagne, tout en conservant leurs bureaux dans la partie centrale de 
la ville. Le perfectionnement des moyens de transport (développement des 
voies ferrées, augmentation du nombre et de la rapidité des trains, abaisse- 
ment des tarifs) abrège les distances et constitue un des principaux facteurs 
de la prospérité toujours croissante du XVI* arrondissement. 

Parmi les lignes métropolitaines actuellement concédées, la seule qui 
intéresse le territoire du quartier d*Auteuil est celle qui partira de la porte 
Molitor, pour traverser la Seine à Taval du pont Mirabeau; mais elle est 
insuffisante pour bien desservir Auteuil, qu'elle ne fera communiquer qu'avec 
la rive gauche plus directement. 

11 est indispensable qu'on facilite davantage les relations de Passy et 
d'Auteuil avec le centre de Paris en concédant une nouvelle ligne pour relier 
le quartier d'Auteuil au réseau métropolitain actuellement exploité dans le 
XVP arrondissement. La création de cette nouvelle ligne a été admise par 
une délibération du conseil municipal de Paris en date du 13 juillet 1901. Le 
tracé aurait son origine à la place du Trocadéro, en prolongement du tronçon 
qui s'y arrête actuellement ; il passerait sous l'avenue Henri-Marlin, depuis 
celte place jusqu'auprès de la Mairie, ensuite sous la rue de la Pompe et la 
rue Mozart et aboutirait à la porte de Saint-Cloud. Entre la rue Mozart et 
cette porte, deux tracés sont proposés : on pourrait suivre soit la rue La Fon- 
taine et la rue Michel-Ange, soit la rue Pierre-Guérin, la rue Boileau et 
l'avenue de Versailles. Ce dernier tracé, empruntant des rues plus étroites. 



OBSERVATIONS SUR LA SITUATION ET l' AVENIR DU XVI* ARRONDISSEMENT 



227 



serait, sans doute, d'une réalisation moins aisée et plus coûteuse (expropria- 
tioDs, déplacements d'égoûts, etc.). Quoi qu'il en soit, cette ligne augmente- 
rait le nombre des stations métropolitaines, non seulement à Âuteuil, mai3 
encore à Passy, etelle aurait une clientèle nombreuse» La population de ce 
quartier augmente, en eflet, chaque année et a beaucoup de relations avec 
le centre de Paris ; Taffluence est énorme aux courses d*Auteuil, surtout 
pendant le printemps et Tété. 

On voit déjà Télectricité briller à Paris dans divers quartiers, même 
excentriques, tandis qu*elle n'éclaire pas encore les grandes avenues de 
Passy. Il serait assurément désirable que l'éclairage électrique fût prochai- 
nement installé, non seulement dans le jardin des Tuileries, les Champs- 
Elysées et l'avenue de la Grande-Armée, mais encore sur les pelouses du Ra- 
nelagh, ainsi que sur toutes les grandes voies du XV!*" arrondissement et du 
bois de Boulogne. Si ce bois était éclairé, au moins en partie, la sécurité y 
serait mieux assurée et l'on pourrait plus aisément y donner de belles fêtes; 
la clientèle devenant plus nombreuse, la Ville verrait s'augmenter les rede- 
vances provenant des loyers des concessions qui lui donnent déjà de très belles 
recettes. Les propriétés privées augmentant de valeur^ les revenus provenant 
des impositions en recevraient une certaine impulsion pour la Ville et pour 
l'État. Il conviendrait, en outre, d'augmenter au bois de Boulogne le nombre, 
trop restreint, des abris pour protéger les personnes en cas de pluie, et 
d'allouer des crédits annuels plus élevés de manière à permettre un entre- 
tien plus soigné des avenues et des pelouses, ainsi qu'un curage plus fré- 
quent des lacs et des petites rivières. L'embellissement du bois de Boulogne 
n'intéresse pas seulement les habitants du XVI'^ arrondissement, puisque le 
chemin de fer de ceinture et les autres moyens de transport y amènent de 
nombreux promeneurs qui y viennent le dimanche de tous les quartiers de 
Paris, pendant la belle saison. 

Il est à désirer que les parcs qui ornent encore aujourd'hui le XVP arron- 
dissement, notamment celui de la Muette, ne soient pas vendus à des sociétés 
qui y feraient construire des maisons de rapport. Si cette éventualité 
devait malheureusement se réaliser pour la Muette, il faudrait au moins que 
le projet de lotissement fût établi de manière à réserver de larges espaces 
où l'on conserverait les vieux arbres du parc. Cela serait même Tîntérêt 
bien entendu de la spéculation, parce que ce serait de nature à attirer des 
locataires en état de payer des loyers élevés. Il conviendrait, en outre, d'im- 
poser aux acquéreurs, par les contrats de vente, des servitudes analogues, 
pour les façades, à celles qui régissent l'avenue Henri-Martin, le boulevard 
Suchet et d'autres voies du XVI^ arrondissement. Il importe, en effet, de 
ne pas dénaturer l'aspect du Ranelagh et de l'entrée du bois de Boulogne. 

On devra étendre le plus possible l'établissement des pavages en bois et en 
asphalte. Le carrefour de Passy, situé à l'intersection des rues de Passy, 
Franklin, Vineuse, Raynouard et du boulevard Delessert, est trop étroit; cet 
inconvénient s'est encore aggravé depuis que les tramways à air comprimé 
empruntent la rue Franklin et stationnent à la rencontre de cette rue avec Je 
carrefour; il serait urgent de l'élargir, et cette opération serait actuellement 
assez facile, puisque les maisons à rescinder n'ont qu'un seul étage. 

Le lycée Janson-de-Sailly, où le nombre des élèves a atteint le chiffre de 
1.853 en 1901, ne peut pas en recevoir un plus grand nombre; pour être en 



228 HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

mesure de satisfaire aux nouvelles demandes d'admission, il serait utile d'éta- 
blir à Auteuil un établissement d'enseignement secondaire organisé suivant 
les idées modernes. Danslecas où Tlnstitution de Sainte-Périne serait désaf 
fectée, une partie de remplacement de cette Institution pourrait être consa- 
crée à cette fondation. 11 serait, d'ailleurs, utile d'assurer, dans de bonnes 
conditions, le transport des élèves entre le domicile de leur famille et le 
lycée. 

Les travaux de la ligne de Courcelles aux Invalides et de son souterrain 
étant entièrement terminés, on reprendra prochainement les constructions 
au-dessus de ce souterrain, notamment auprès de la rue Gustave-Nadaud 
et du carrefour formé par la rencontre des rues de Passy, de la Pompe, 
Boulainvilliers, Mozart et de la chaussée delà Muette. Ce travail sera facilité 
par le percement de la rue que la Compagnie des chemins de fer de 
l*Ouest a ouverte entre la chaussée de la Muette et la rue Gustave- 
Nadaud. 

Le prolongement de la rue Mozart, qui devait être dénommé « avenue de 
la Muette », est projeté depuis le second Empire ; pour le faciliter, on a 
ménagé des amorces à la place Possoz ; le point où il devait aboutir, sur la 
place du Trocadéro, est marqué par des arcades accolées au mur de soutè- 
nement du cimetière de Passy ; mais ce prolongement n'a pas encore été 
exécuté. Si l'opération de voirie qui consisterait à le réaliser jusqu'à la place 
du Trocadéro parait trop coûteuse, on pourrait, du moins, prolonger la rue 
Mozart depuis la chaussée de la Muette jusqu'à la place Possoz, ce qui don- 
nerait un débouché par la rue Cortambert et ferait disparaître le rétrécisse- 
ment fâcheux que présente la rue delà Pompe pi es de sa jonction avec la rue 
de Passy ; malheureusement, ce travail entraînerait la démolition de la mai- 
son remarquable, dans laquelle le cabinet de physique du roi avait été 
établi au xviii*' siècle. 

C'est à la station de l'avenue Henri-Martin que se trouve la bifurcation 
de l'ancienne ligne (desservant Auteuil, le Point-du-Jour et la ceinture 
rive gauche) et de la ligne de Courcelles aux Invalides, qui a été inaugurée 
en 1900 ; elle établit une communication directe entre Passy et le Champ de 
Mars et permet, grâce au nouveau chemin de fer reliant la station des Inva- 
lides à celle de Viroflay, d'aller directement de l'avenue Henri-Martin à Ver- 
sailles et sur les lignes du réseau de l'Ouest, sans avoir à faire, comme 
aujourd'hui, un détour par la gare Saint-Lazare. La station de l'avenue 
Henri-Martin ne pourra pas être concurrencée, dans notre région, pour le 
transport des voyageurs allant, par les véhicules des grands réseaux, de la 
rive droite au quai d'Orsay, attendu que des considérations d'esthétique, 
ainsi que l'énormité des dépenses qu'il faudrait faire, s'opposent à ce que la 
construction d'un pont de chemin de fer, pour le passage du matériel des 
grandes Compagnies, soit autorisé au-dessus de la Seine, entre la halle aux 
vins et le pont d'iéna. Mais la station de l'avenue Henri-Martin ne prendra 
toute l'Importance qu'on peut en attendre que si on réalise, ce qui est pro- 
bable, la jonction des gares desservant à Paris les grands réseaux, notam- 
ment celle de la gare des Invalides (réseau de l'Ouest) avec la gare du quai 
d'Orsay (réseau d'Orléans). 

Le déclassement des fronts ouest et nord de l'enceinte fortifiée de PariAf 
entraînant la suppression de cette enceinte entre la Seine et la porte de 



OBSERVATIONS SUR LA SITUATION ET L*AVENIR DU XVI* ARRONDISSEMENT 229 

Pantin, a été admis en principe par la loi du 17 février 1898 (1). Mais une 
opération aussi importante soulevait de grosses difficultés financières : la Ville 
de Paris aurait à dépenser une cinquantaine de millions pour Texécution des 
travaux de voirie sur cette vaste zone ; Tadministration des Domaines, qui 
offrait de céder à la Ville les terrains dépendant des fortifications, entre 
le Point-du-Jour et Pantin, estimait à 130 millions la valeur de ces terrains. 
La municipalité de Paris estimait cette évaluation beaucoup trop élevée. 
On peut, d'ailleurs, observer que le prix des terrains serait avili si on 
voulait les vendre tous en même temps aux spéculateurs disposés à y élever 
des constructions. 

A la suite de longues négociations entre le ministre des Finances et la 
Ville de Paris, il a été reconnu d*un commun accord que la vente de l'inté- 
gralité des fronts ouest et nord de Paris, entre la Seine et Pantin, n'était pas 
opportune ; que la masse totale des terrains qui deviendraient ainsi dispo- 
nibles, jointe à celle des zones de servitude militaire, serait trop considérable 
pour ne pas influer désavantageusement sur les prix ; qu'en outre, beaucoup 
de terrains situés dans des quartiers peu peuplés encore, n'ont aujourd'hui 
qu'une valeur insignifiante auprès de celle qu'ils sont appelés à prendre plus 
tard ; enfin qu'il convenait de limiter, quant à présent, Topération à la seule 
fraction susceptible de prendre immédiatement une grande plus-value, 
c'est-à-dire à celle qui longe le bois de Boulogne, entre la porte d'Auteuil et 
la porte Maillot, et qui borde le XVP arrondissement. 

Il a paru préférable de ne projeter actuellement le remplacement de l'en- 
ceinte fortifiée par de nouveaux quartiers qu'entre la porte d'Auteuil et la 
porte Maillot, parce que c'est la section sur laquelle la vente des terrains sera 
le plus avantageuse et parce que les difficultés soulevées par un déplacement 
de l'octroi ne se présenteront point pour la partie qui longe le bois de Bou- 
logne, puisque ce bois se trouve déjà compris à Tintérieur des barrières. 

La Société des Amis des monuments parisiens, présidée par M. Normand, 
a émis le vœu que, lors de la création d'un Paris nouveau sur l'emplacement 
des remparts détruits, les pouvoirs publics veuillent bien témoigner de leur 
sollicitude pour la beauté de Paris. « 11 importe, disait cette Société, qu'une 
ceinture de villas, et non de bâtisses de commerce ou de spéculation, borde 
les rues nouvelles et le bois de Boulogne ; qu'un fragment de l'enceinte soit 
conservé comme souvenir de Paris qui s'en va et comme élément pitto- 
resque ; que suivant les vœux du congrès de l'art public, les rues soient cou- 
pées de jardins, de bancs artistiques, de refuges ayant un caractère déco- 
ratif ; enfin, que les intérêts de la spéculation ne soient pas seuls consultés et 
que les nouveaux quartiers à naître soient, pour Paris, une parure nou- 
velle. » 

Satisfaction est donnée à ce vœu par le projet que M. Bouvard, directeur 
technique des services d'architecture, des promenades et des plantations, a 
dressé, avec l'assentiment de la commission du vieux Paris, pour l'établis- 
sement de nouveaux quartiers de luxe, sur l'emplacement des fortifica- 
tions à démolir, entre la porte d'Auteuil et la porte Maillot. Cet éminent 
architecte s'est attaché à créer de larges avenues, des parcs et squares tout 
remplis d'arbres et de verdure, des voies spacieuses souvent obliques pour 

(i) Voir les indications données à ce sujet page ii3. 



l ... t 

23o HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 

ê 

éviter runiformilé et la banale symétrie. De belles perspectives seraient 
ménagées sur le bois de Boulogne, notamment en conservant toute la largeur 
(ie la porte Dauphine, de celle de Passy et de celle qui donne le point de 
vue de la porte de la Muette ; enfin, on n'admettrait que des façades élégantes 
et variées, les acquéreurs des terrains devant être soumis à des servitudes qui 
sont définies de la manière suivante dans la convention signée, le 14 février 
190^, par M. Caillaux, ministre des Finances, et par M. de Selves, préfet de 
là Seinç : 

a) Il ne pourra être établi aucune construction sur les zones teintées en rouge clair 
au plan annexé ; elles seront plantées et maintenues en parterres d*agrénient. 
- 6) Ces terrains seront clos en façades par des grilles en fer d'un modèle et hauteur 
déterminés par l'administration municipale, sur socles en pierres de taille. La même 
grille devra être établie tant sur Taligncment de la voie publique que sur les lignes 
séparativoR des propriétés dans la largeur de la zone cultivée en jardin. Ces grilles ne 
pourront être obstruées par aucun volet ou persienne ; elles devront être constamment 
entretenues en bon état de propreté. Les acquéreurs des terrains seront tenus d'établir 
lesdites grilles de clôture sur la voie publique dans un délai maximum d'un an, à l'excep- 
tion du premier acquéreur de l'ensemble desdits terrains, tant qu'il ne les aura pas uti- 
lisés. 

c) Il ne pourra être élevé en façade sur la zone non œdificandi que des maisons d'habi- 
tation bourgeoise ; en conséquence, aucun genre de commerce ou d'industrie ne pourra 
y être exercé à moins d'autorisation spéciale de la Ville de Paris. 

d) Les façades principales des constructions seront établies parallèlement à la voie 
publique ; les parties latérales des bâtiments qui ne se relieraient pas entre eux devront 
recevoir une décoration analogue à celle de l'ensemble, mais sans obligation d'ouver- 
tures, chaque propriétaire devant faire son aflTaire personnelle des dispositions à prendre 
avec ses voisins pour que la présente condition reçoive son exécution. Aucune des faces 
de CCS constructions ne pourra présenter de mur nu, dit pignon séparatif, ni recevoir 
d'enseignes, réclames ou afflches. Pour garantir l'exécution des clauses qui précèdent, 
les propriétaires des terrains seront tenus (i) de soumettre à l'approbation de l'adminis- 
tration municipale, avant tout commencement d'exécution, les plans des constructions 
projetées. 

Ces servitudes remplaceraient, pour les boulevards Lannes et Suchet, 
celles qui leur sont actuellement imposées ; la largeur de ces boulevards 
serait portée à 20 mètres. Un pont serait construit en prolongement de la rue 
Ràfïet. 

La Ville de Paris deviendrait propriétaire de toutes les voies publiques à 
créer (dont la superficie est évaluée à environ 190.000 mètres carrés), ainsi 
que du sol des boulevards Lannes et Suchet. Le montant des dépense^ de 
démolition, de nivellement et viabilité pour travaux à faire par la Ville, lui 
serait avancé par TÉtat jusqu'à concurrence de 8 millions ; ces avances, qui 
seraient remboursées ultérieurement, produiraient un intérêt de 3,25 p. 100, 
qui ne commencerait à courir que deux ans après la ratification de la conven- 
tion. La Ville devrait achever les travaux dans un délai de dix-huit mois à 
dater de cette ratification. 

Un projet de loi approuvant la convention passée entre l'État et la Ville 
de Paris, le 14 février 1902, a été déposé le 17 du même mois à la Chambre 
des députés par les ministres des Finances, de la Guerre et de l'Intérieur. 



(i) La Société des Amis des monuments parisiens 'avait demandé qu'une servitude de 
hauteur (correspondant à trois étages au plus) fût imposée par la ville pour les maisons 
du nouveau quartier, afin qu'on ne pût pas y remplacer des hôtels élégants par de hautes 
maisons de rapport. Cette restriction n*a pas été admise. 



ANNEXES 



REPRODUISANT DIVERS ARTICLES 
INSÉRÉS DANS LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE D'AUTEUIL ET DE PASSY 

AINSI QUE 
LA COPIE D'ACTES CONCERNANT LE XVI* ARRONDISSEMENT 



ANNEXES 



REPRODUISANT DIVERS ARTICLES 
INSÉRÉS DANS LE DULLETIS DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE D'AUTEUIL ET DE PASST 

AINSI QUE 
LA COPIE D ACTES CONCERNANT LE XVI* ARRONDISSEMENT 



UNE COUTUME DE L'ANCIEN VILLAGE 
DE CHAILLOT 

P. Lazare, dans son Dictionnaire administra- 
tif et historique des rues de Paris, p. 246, 
cite une cootume de l'ancien village de thaillot 
^ui nous semble pea connue. 

€ Ce hameau, dit-il, faisait autrefois partie du 
« domaine du roi. Avant l'origine des affranchis- 
« sements, c'est-à-dire au xn^ siècle, il y régnait 
«une coutume, nommée Be'fert ou Béfeht, qui 
« mérite d'être rapportée. La femme et les enfants, 
« contre l'usage ordinaire, suivaient le sort du 
« mari quant à la servitude ; par exemple, une 
€ femme de Chaillot, serve du roi par naissance, 
« qui épousait un homme serf de Sainte-Gene- 
« viève à Auteuil, devenait serve de l'abbaye de 
« Sainte-Geneviève, ainsi que tons les enfants 
< qu'elle mettait au monde ; et réciproquement, si 
« une femme d' Auteuil épousait un homme^serf 
« du village de Chaillot, la femme et les enfants 
* devenaient esclaves du roi. » 



DEUX CENTS ANS DE QUERELLES 
SUR LE NOM D'AUTEUIL 

Les mystères de la linguistique m'ont toujours 
inspiré une respectueuse surprise. Cette science 
donne, paratt-il, la clef de toutes les difficultés 
sur l'origine des noms d'hommes et des noms de 
lieux ; l'humanité est replacée au bel ûge qui 

f précéda la tour de Babel ; plus de confusion des 
angues ; toutes celles-ci, grâce aux travaux accu- 
mulés d'érudits philologues, sont ramenées à trois 
grandes classes : celle des langues à flexion, qui 
BOUS intéresse particulièrement, se divise en deux 



familles, dont l'une, la famille des langues arvennes 
ou indo-européennes, plus siMkiale à l'Europe, 
engendre des groupes bien définis, se subdivisant 
en branches, en rameaux sur lesquels s'alignent 
les lances antiques et modernes, comme le latin 
et l'ancien gaulois, comme le français, le breton, 
l'anglais, l'allemand, etc. La signification des 
noms de Chandernagor (la < ville du bois de santal » 
on la € ville de la lune », au choix) ; de Tom- 
bouctou (la « ville d'entre les dunes »), de Papetee 
(la « Petile-Eau », la < ville des ruisselets », notre 
chef-lien de Tahiti, cette perle de l'Océanie), n'a 
plus de secrets pour nos savants et même pour 
nos étudiants : tout cela est admirable, surtout 
pour les profanes. 

« Mais, me suis-je dit à moi-même, si, pour 
aborder ces belles et savantes études, je commen- 
çais par le nom du lieu que j'habite ? Si je me 
rendais un compte exact de la signification du nom 
d'Auteuil, sur lequel il me semble avoir aperçu, 
de c^té et d'autre, quelques indications un peu 
vagues et, autant qu'u m en souvient, un peu con- 
tradictoires ? » 

Hélas ! pour mon début dans la linguistique, je 
tombais sur une des questions les plus inextri- 
cables, auprès de laauelle les jungles de l'Inde, 
les marais du Bhar-el-Ghazal, les maquis même 
de la procédure pouvaient passer pour être d'une 
pénétration facile. N'importe; aiguillonné par la 
difficulté, me débattant au milieu des broussîdlles, 
recourant à l'assistance des savants de profession, 
j'espère m'ètre frayé on chemin à travers cette 
forêt vierge et je crois de mon devoir d'offrir à 
notre Société historique la primeur et le résumé 
de l'indigeste travail que je vais avoir la hardiesse 
de mettre prochainement au jour, en l'allégeant ici 
de presque tout le fatras de citations latines, cel- 
tiques et autres dont je me suis trouvé dans la 
nécessité de le charger. 

Il y a déjà quelane deux cents ans que la discus- 
sion est ouverte ; ta difficulté de la clore tient aux 
causes suivantes : 



23^ 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



D'abord, le nom d^Aateoil, malgré sa simplicité, 
sa bonhomie apparente, est d*iiiie décomposition 
difficile : la première partie da mot, oti, le préfixe, 
change notablement de forme, soivant qu'il est 
écrit en français on en lalin, et ces diverses formes 
paraissent rentrer tantôt dans le groupe ita- 
lique, tantôt dans le groape celtique, tantôt dans 
le groupe germanique ; la dernière partie du mot, 
euil, le suffixe, est une forme très répandue tant 
en français que dans les textes latins, mais géné- 
ralement banale, non caractéristique et à cause 
de cela négligée. Puis, les études déjà faites 
péchaient un peu en ce que chacun des auteurs ne 
s'attachait guère qu'à une localité, celle de sa 
région, sans étudier à fond les autres localités du 
même nom. 

Cependant les lieux portant le nom d*Auteuil, 
ou de son diminutif Antooillet, doivent avoir — on 
s*accorde à le reconnaître — une même origine 
linguistique. Voyons leur nombre et leur réparti- 
tion en France. 

Nous en rencontrons dix, tous dans le bassin 
de la Seine, sauf un seul, qui en est, d'ailleurs, 
très rapproché. Ce sont : Auteuil (Seine), Auteuil 
et AntouiUet (Seine-et-Oise), Auteuil (Seine-et- 
Marne), Auteuil et Autheuil-en- Valois (Oise), Au- 
theuil et Authouillet (Eure), Autheuil (Eure-et- 
liOir), Autheuil (Orne). Que le nom s'écrive sans 
h ou avec un h après le t, cela n'est d'aucune 
importance, comme le montre Littré à propos, par 
exemple, du mot français Haut et de ses formes 
berrichonne, latine, provençale, catalane, espa- 
gnole, italienne, etc. 

Afin de me constituer une base d'opérations, 
j'ai commencé par récolter le plus grand nombre 
possible des formes les plus anciennes du nom 
qu*il s*agit d'étudier. Pour les communications de 
ce genre qui m'ont été faites, je dois des remer- 
ciements particuliers à M. l'abbé Porée en ce qui 
concerne l'Eure, à M. le comte de Dion pour ce 
qui se rapporte au département de Seine-et-Oise, 
à H. le vicomte de Caix de Saint- Aymour, très 
documenté sur le département de l'Oise, à H. H. 
Lecesne pour le département d'Eure-et-I^ir, à 
M. Louis Duval, pour le département de l'Orne. 

Ce que nous trouvons de plus ancien remonte 
an commencement du ix*^ siècle et se rencontre 
dans le polyptique, ou livre censier, de Saint- 
Germain-des-Près, écrit par Irminon, qui fut à la 
tête de cette riche abbaye de l'an 800 à l'an 830 
environ, et mis an jour, avec addition de très 
savants commentaires, par M. Benjamin Guérard 
et par M. Longnon. Parmi les dépendances de 
l'abbaye figurent des terres, des vignes, des mai- 
sons, des serfs, des fermiers vivant sur le territoire 
d'Auteuil (Seine-et-Oise , canton de Montfort- 
l'Amaury). I^ nom de cette localité est toujours 
écrit Altôgilum (ou Altogilus, au nominatif, sui- 
vant certaines personnes). Les formes du x^ siècle 
manquent. Celles du xi« sont Altolium, Alioilum, 
Altuillium pour Autheuil (Eure) et Auteuil (Oise). 
An XII* siècle apparaît d'abord, en ii09, le nom 
de notre Auteuil parisien, dans la charte d'échange 
entre l'abbaye du Bec et le chaoitre de Sainte- 
Geneviève; le nom y est écrit Altôgilum d'après 
Tabbè Lebeuf et Adrien Le Valois, Altoilum 
d'après M. de Lasteyrie. En ii77, ce même nom 



s'écrit Auteohun; pus il devint Altolliun, Alton- 
linm, Altolium, Aatolium, Autheuil, Auteuil. 

Je vous fais grâce de nombreuses mentions, des 
XII* et XIII* sièdes, concernant des localités homo- 
nymes de l'Oise, de SeineetOise, de l'Eure, d'Eure- 
et-Loir, et je résume le tout de la manière sui- 
vante : 

La forme Alt (ogilom, oilam, olinm) tsi bien la 
plus ancienne de tontes; exclusive, du ix* au 
XI* siècle, elle se montre encore au xii*, concur- 
remment avec les formes françaisec, Alt (nil, eil, 
el), plus fréquente que les notations Aut (oilum, 
olium), Aut (ol, uil), et elle persisté an xiii*8iède. 
Il parait dès lors rationnel de coi^jectnrer que le nom 
de nos localités situées dans des pays de langues d*od 
devait se prononcer originairement Altoil, Altol on 
Alteil. 

Cest le savant abbé Lebeuf qui, le premier, 
dans son Histoire frumutnentaU du diocèse de 
Paris écrite ily a deux cents ans, a émis uneopinion 
sur l'étymologie de notre Auteuil. S'attachant 
uniquement au préfixe au de la forme française et 
relativement moderne, il estimait qu'il signifiait 
prairie en langue celtique et que ce sens se jus- 
tifiait par les prairies qui existaient ou qui avaient 
dû exister sur le territoire d'Auteuil, au long de 
la Seine. Les critiques ne manquèrent pas à cette 
interprétation. Si FAuteuil ancien pouvait se faire 
remarquer par sa ceinture forestière, par ses 
vignes, par son coteau, il n*apparatt nullement, 
ni d'après les documents anciens, ni d'après les 
apparences actudles, qu'il ait jamais été un pays 
de prairies. Les savants se sont fait un plaisir 
d'ajouter, pour faire un peu échec à l'abbé Lebeuf, 
que le mot auquel celui-ci donnait le sens de prairie 
était germanique et non celtique, et qu'il s ortho- 
graphuiit aue ou awe, et non au. Ce qui est plus 
sérieux, c'est que ce malheureux préfixe n'est pas 
du tout celui que l'on rencontre dans les docu- 
ments les plus anciens, ou le nom commence par 
les lettres AU, 

L'intelligente imagination de plusieurs étymo- 
légistes s'est donné carrière sur cette dernière 
racine. Quelques-uns ont voulu y voir une rémi- 
niscence du mot latin altare (autel). « On prétend, 
dit H. de Feoardent dans son Histoire d'Auteuil, 
que les premiers habitants de ce village ayant 
groupé leurs maisons autour d'une chapelle ou 
collège que les Druides avaient autrefois fait cons- 
truire dans la forêt de Rouvret et sur la partie la 
plus élevée, ce lieu fut appelé en latin Altare 
(autel). » Notre collée, M. Guillois, dont la 
sagace érudition a éclairci tant de points de notre 
histoire locale, a écrit aussi dans noire Bulletin : 
« Auteuil, dont l'étymologie est due au collège 
des Druides qui, suivant la tradition,- s'étaient 
établis dans cette partie de la forêt de Rouvray. » 
Il a rappelé ensute l'étymologie (prêtée ail- 
leurs) tirée du mot Altus (locus) qui, dit-il, « ne 
détruirait même pas la première interprétation, 
l'idée exprimée par altus s'appliquant aussi bien 
à ce qui est sacré qu'à ce qui est élevé : altuSt 
altar. Les autels, dans le principe, étaient tou- 
jours sur les lieux élevés ». 

Cette interprétation a malheureusement contre 
elle la linguistique, aussi bien que les notions 
les plus sérieuses de l'archéologie. Les Druides, 



ANNEXEE 



235 



cTomme on le sait, ne connaissaient pas les temples. 
Ottant aux monuments mégalithiques (dolmens, 
menhirs, etc.), appelés à tort pierres druidiaues, 
ils sont presque partout antérieurs au culte arui- 
dique ; leur origine non celtique est, d'ailleurs, 
prouvée par ce fait qu'on les rencontre sur bien 
des points du globe où la race celte n*a pas habité. 
Au surplus, je ne connais aucun texte qui per- 
mette d*affirmer que, dans le Toisina^e immédiat 
de notre Anteuil, on ait constaté Texistence d*un 
monument mégalithique, de pierres druidiques. 
D'autre part, si une circonstance de cette nature 
avait donné naissance au nom d*Auteuil, ce nom 
serait fréquent en France, tandis que les Auteuils 
sbnt rares et circonscrits dans deux provinces. 
Enfin, les lieux qui tirent véritablement leur éty- 
mologie du mot autel {altar, altare^ aliarium) 
ne sont pas rares en France ; mais ils se rattachent 
à une origine peu ancienne et au culte chrétien, 
comme Ta montré M. Cocheris dans son ouvrage 
sur VOrigine et la formation des noms des 
lieux. 

Plusieurs écrivains, familiers avec la langue 
latine, ont fait dériver du mot latin Altus le prénxe 
Alt et, par suite, le nom d*Autenil. Notre savant 
collègue, M. Femand Bournon, a écrit dans ses 
Additions et Corrections à Vabbé Lebeuf: € Le 
centre de ce village a été de tout temps sur une 
hauteur, peu élevée, il est vrai, mais suflSsante 
peut-être à justifier une étymologie formée avec 
le mot altus, » 

Nombre de personnes ont protesté contre cette 
interprétation. « Si, disent-elles, on aborde notre 
Autenil en venant du Bois de Boulofçne, on marche 
sur un plateau dépourvu de saillies ; si Ton s*y 
dirige en descendant la Seine, on remarque bien 
les hauteurs de Chaillot et de Passy, mais on dis- 
tingue à peine celle d* Anteuil. L*église, qui a tou- 
jours été le point central de Tagglomération, ne 
prend naissance qu'à une quinzaine de mètres au- 
dessus du niveau de la Seine, dont Tétiage lui- 
même se place à une bien faible altitude. » 

Ces considérations ne permettent ffuère, en effet, 
de s'arrêter, comme étymologie, à l'idée de hau- 
teur, à moins d*v joindre quelque correctif. 

Le préfixe Ait se rencontrant aussi bien dans 
le groupe celtique que dans le groupe italique, 

{plusieurs archéologues ont proposé le radical gau* 
ois de préférence au radical latin ; de ce nombre 
est M. Fernand Bournon qui a bien voulu, à ce 
sujet, me confirmer ce qu'il a inséré dans son 
article sur Anteuil, paru dans la Grande Encyclo- 
-pédie, M. le baron de Coston, dans un livre 
Vttymologie des noms de lieux, indique indif- 
féremment Tune ou l'autre racine comme devant 
s'appliquer à Anteuil. 

Mais on voit toujours se dresser l'objection 
tirée de la modeste élévation de notre Auteuil. 

En somme, les partisans de la montagne et ceux 
de la prairie, ceux du haut et ceux du bas, paraî- 
traient un peu devoir être renvoyés dos à dos, à 
considérer spécialement notre Auteuil qui 

n'ovnit mérité 

Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité. 

Hais dans la querelle est intervenu un champion, 
muni d'armes toutes nouvelles et possesseur d'une 



grande autorité : ce n'était rien moins que. le très 
érndft celtisant, professeur et académicien, M. d'Ar- 
bois de Jubain ville, qui, dans ses Recherches sur 
l'origine de la propriêU* et des noms de lieux 
habités en France, consacrant une étude toute 
spéciale au nom d' Auteuil, est venu déclarer ce 
qui suit : 

« Auteuil vient d'Audu^, qui veut dire, en latin, 
€ acheté aux enchères » ; c'est le nom latin con- 
servé à certains esclaves ; on trouve six ou huit 
exemples de ce nom et de dérivés dans des ins- 
criptions du midi de la France et de l'Italie et 
dans quelques autres documents; on rencontre 
aussi son application à un ou deux autres noms de 
lieux ; il faut admettre que la lettre c à*Auctus 
est tombée dans le nom Autoilum, Autolium, 
Auteuil. 

Malgré toute la déférence due à l'autorité de 
M. d'Arbois de Jubainville, un examen attentif ne 
permet vraiment pas de retenir cette solution. 

D'une part, la qualification de Auctus, donnée 
ou plutêt laissée à un esclave, est rare ; il conve- 
nait que chaque esclave romain reçût on nom ou 
un surnom spécial, comme en témoignent, d'ail- 
leurs, à chaque pas, les écrits des prosateurs et 
des poètes latins; la récolte de M. d'Arbois de 
Jubainville en France et en Italie est bien maigre. 
Les localités pouvant dériver du nom d'homme 
Auctus devraient donc être fort rares: néanmoins, 
rien que dans le bassin de la Seine, nous trouvons 
une dizaine d' Auteuil ou Autbeuil, que Ton vou- 
drait rattacher à ce nom. De plus, on n'aurait pas 
de motif pour refuser d'appliquer ce nom d'homme 
à la plupart des 130 autres localités de France 
dont le nom commence également par les trois 
lettres Aut, Où cela conduirait-il? 

D'antre part, la domination romaine s'étant sur- 
tout exercée dans le midi de la France (région 
dans laquelle M. d'Arbois de Jubainville a, d ail- 
leurs, relevé les inscriptions d'Aiœtus qu'il cite), 
c'est là principalement que devraient se trouver 
les noms de lieux dérivant de ce nom d'homme. 
Au contraire, on peut constater que sur les 140 lo- 
calités de la France dont le nom commence par 
Aut, 40 seulement se trouvent au sud de la Loire, 
tandis que 1 00 se rencontrent au nord de ce fleuve ; 
30 seulement apparaissent au-dessous de la lati- 
tude Lyon, alors que 120 se placent au-dessus. 

Enfin, ainsi que je crois l'avoir démontré d'abord, 
la base du raisonnement de l'éminent linguiste 
manque de solidité, puisque c'est la racine ait et 
non le radical aut qui se rencontrait primitive- 
ment dans Altogilnm, Altol. 

Voilà donc les partisans du nom servile aussi 
découragés que ceux de la prairie, de la hauteur 
et de l'autel. 

Mais, au milieu de tout cela, que devient la 
finale euil, ogilum ? On est bien d'accord sur ce 
point que la désinence latine ogilum, oilum, 
olium correspond à la désinence française oil, 
euil, lie; mais c'est tout. Pour les uns, cette 
désinence n'a aucune signification ; les autres lui 
en découvrent beaucoup trop. Ceux-là y voient 
les sens divers suivants, présentant un des plus 
merveilleux gâchis que l'on puisse rencontrer en 
philologie : cachette, lieu désert, caveau, demeure 
quelconque (l'abbé Garnier) ; montagne (Laroque) ; 



236 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



tente de ber|^ (Lancelot) ; forêt, maison (Ade- 
Inne) ; — ruisseau, idée de propriété (Mone). 

Un savant, M. Houzé, non pas plus erndit, sans 
doute, que plusieurs de ses confrères, mais peut- 
être plus heureux que tous, a émis à ce sujet Tin- 
génieuse opinion que Toici dans son Étude sur la 
signification des noms de lieux de France. 

La désinence latine ogilum, olum, olium (qui 
correspond, on le reconnaît, à la désinence fran- 
çaise oil, euil, eil) a, dans beaucoup de cas, un 
sens diminutif; capreolus^ filiolus^ gladiolus, 
linteolum, sont des diminutifs qui ont été tra- 
duits car cheyreuil, filleul, glaïeul, linceul, et 
cette signification se rencontre pour les mêmes 
mots dans toutes les langues indo-latines : italien, 
espagnol, portugais, provençal, lan|[uedocien, etc. 
De nombreuses citations, de multiples exemples 
sont apportés par Tauteur à Tappui de sa thèse. 
U ajoute que le radical ait est cité plusieurs fois 
sous forme substantive et avec la signification très 
nette de colline par un auteur de la plus haute 
et de la plus universeUe autorité en ce qui con- 
cerne la langue celtique : Zeuss, dans sa Granit- 
matica Celtica, 

Conséquence : Auteuil veut dire coltine, avec le 
sens dimmutif, petite colline, collinette. 

J'avoue que cette explication me satisfait ; elle 
me parait rationnelle et simple. Au point de vue 
de la linguistique, on ne peut méconnaître que, 
dans un certain nombre de cas, la désinence fran- 
çaise euil a un sens diminutif. 

Je vous prie de vouloir bien vous reporter, dans 
notre Bulletin, aonée i898, paf;e 48, à la gra- 
vure que notre excellent vice-président M. Mar a 
présentée, avec une note intéressante (comme 
tout ce qu*il publie) et qui est Tagrandissement, 
an quart environ, d*une vue perspective d'Au- 
teuil (Seine), vers Tannée 1700, tirée de la Géo- 
métrie pratique de Manesson Mallet. Elle con- 
firme d'une manière sensible Tappréciation qui 
f>récède. La vue est prise de la rive de Grenelle; 
a Seine coule ensuite et montre son bord opposé ; 
au delà apparaissent, successivement étages, un 
chemin de halage, la route de Versailles, sillonnée 

1)ar les carrosses, une voie pour piétons; plus 
oin la montée s'accentue, couverte de clos de 
vignes et d'arbres fruitiers, pour aboutir au pla- 
teau sur lequel se dressent Téglise, la maison sei- 
gneuriale et un certain nombre d'autres habita- 
tions. Bien que la butte soutenant le vieil Auteuil 
ne s'élevftt que d'une cinquantaine de pieds ou 
d*un quinzaine de mètres au-dessus du niveau de 
la Seine, cette saillie était fort sensible pour qui 
la regardait soit de la rive opposée, soit du lit du 
fleuve, soit même du bas de la rive droite, par 
contraste avec ce qui l'environnait, c'est-à-dire 
avec la dépression d'entre Auteuil et Passy, la 
plaine du Point-du-Jour et de Billancourt, et la 
vaste et plate étendue de Grenelle. 

D'autre part, si le nom d'Auteuil ou d'Autheuil 
doit représenter une même origine (petite colline, 
petite hauteur), contrôlons cette idée d'après la 
topographie de chaque lieu. Auteuil (Seine-et-Oise) 
se montre sur un coteau dominant un sous-affluent 
de la Maulde; Autheuil (Eure-et-Loir) s'étend 
sur un plateau peu élevé au bas duquel coule le 
Loir ; Autheuil (Orne) apparaît sur le penchant 



d*an coteaa qui descend vers un affluent de THuisne ; 
Autheuil-en-Valois (Oise) se dresse sur une col- 
line d'oti sort un ruisseau qui se jette dans l'Oise; 
Auteuil (Oise) se place au pied et sur le penchant 
d'une colline ; Autheuil (Eure) s'allonge au bas 
d'une colline voisine de l'Eure. 

Mais allons au-devant d'une objection. Corn* 
ment se fait-il que tons les Auteuil ou Autheuil se 
trouvent localisés dans l'Ile-de-France et la Nor- 
mandie? Gomment le radical ait et la désinence 
euil ne se montrent-ils pas réunis ailleurs ? 

Non seulement parmi les cent trente autres 
localités dont le nom commence par ouf, mais 
encore parmi les ({uinze ou vingt autres qui ont 
pour préfixe ait, disséminées dans toute la France, 
un certain nombre peuvent être considérées comme 
ayant, avec une ciésinence un peu différente, la 
même signification que celle attribuée par M. Houzé 
au nom d'Auteuil. Si, dans l'Ile-de-France et la 
Normandie, le préfixe ait s'est adouci en aut et 
si le sutfixe eutl s'y rencontre plus fréquemment 
qu'ailleurs, c'est par suite d'une tendance géné- 
rale des dialectes de ces provinces à supprimer 
les consonnes on à les amollir en multipliant les 
voyelles. 

Mais je m'aperçois qu'il est grand temps de 
terminer cette étude, bien peu récréative; ma 
seule justification serait d'avoir amené notre So- 
ciété historique à partager ma manière de voir et 
à clore ainsi le temple de Janus en ce qui con- 
cerne cette tonte petite, mais vieille, querelle 
entre savants, en attendant qu'au point de vue de 
toutes les controverses plus graves, de toutes les 
discussions plus irritantes, nous puissions aussi 
parvenir à le fermer (i). 

Tabariès de Grandsaignes. 



(i) M. Mnr avail dessiné, pour son article « Au- 
leuil il y a deux cents ans », partie d'une vue ex- 
traite de la Géométrie pratique (V. ici même, p 49?), 
dédiée auroy par Allain Manes:'on Mallet, n Paris, 
chez Anisson (1702), et M. Tabariès de Grand- 
sni^nes, dans une brochure tirée à part du présent 
article, a reproduit celle vue in extenso. L'ouvrage 
duquel elle a été tirée se compose de quatre 
volumes. Il e.st recherché pour ses dessins. Noua 
signalerons les suivants concernant notre région : 

Tome I. — Flan du Cours de la Reyne. 

Tome II. — Hauteuil (agrandi par M. Mar) ; les 
Bons Hommes de Passy ; Chaillot (vue prise en 
amont). 

Tome III. — Passy ; Moulin de Javelle ; Chaillot 
(vue prise en avnl). 

Tome IV. —Deux vues de Sainl-Cloud prises 
du pont. 

Dans le texte, peu de choses nous intéressent : 
la longueur du Cours la Reyne, de la porte du côté 
des Tuileries à celle du côté de Chaillot, était de 
C74 luises ^i.3j3 mètres). Le rond ou cercle qui s'y 
rencontrait n'était pas au milieu, mais plus rap- 

f)roché de Chaillot. Devant Auteuil, la largeur de 
n Seine avait iSo toises («ja mètres), celle du petit 
bras de la Seine entre la rive gauche et l'extré- 
milé orientale de l'Ile des Cygnes, 144 pieds (46 
mètres). Enfin In fnltière de la chapelle des Bons 
Hommes mesurait a6 toises (5o mètres). 

(Note de M. Chandebois). 



ANNEXES 



287 



LA VIEILLE ÉGLISE D'AUTEUIL 

Aajoord'hai encore, dans quelques villages 
égirés de Bretagne, à la célébration des mariages 
chrétiens, les étrangers sont tout étonnés d*aperce- 
Toir, dans Téclat brillant des toilettes rustiques 
et dans Tappareil joyeux des noces les plus mo- 
destes, au milieu même du chœur de 1 église, un 
catafalque qui est là pour rappeler à tout le ha- 
meau là mémoire de ceux qui ont disparu ; de 
même ce matin, en écoutant la vieille cloche de 
Téglise de Notre-Dame d'Âutenil qui célébrait la 
consécration définitive du temple nouveau qui 
doit remplacer Tancien (1), ma pensée s'aban- 
donnait au souvenir des sept ou huit siècles pen- 
dant lesquels l'antique clocher abrita nos aïeux. 

Âuteuil, dont Fétymologie est due au collège 
des Druides (2) qui, suivant la tradition, s'étaient 
établis dans cette partie de la forêt de Rouvrav, 
fut érigé en paroisse, en 1492, oar Maurice de 
Sully (3), premier fondateur de la métropole de 
Notre-Dame de Paris. 

Le chapitre de la collégiale de Saint-Germain- 
FAuxerrois exerçait sa juridiction ecclésiastique 
prest^e jusqu'à Saint-Cloud; ce fut donc lui qui 
constitua la nouvelle paroisse. Celle-ci était fort 
étendue puisqu'elle tenait sous sa domination 
spirituelle tout le nays compris entre la Seine au 
sud et à l'ouest, les limites de la forêt de Rou- 
vray au nord et la paroisse de Chaillot (4) à 
l'est. C'est ainsi que l'abbaye de Longchamp, qui 
sera fondée un siècle plus tard, dépendra d 'Au- 
teuil. 

Le curé primitif était le chapitre de Saint* 
Germain-l'Auxerrois, qui désignait et déléguait 
pour remplir les fonctions curiales un vicaire per- 
pétuel. Aussi, la collégiale exigeait-elle, en retour, 
comme marque de vassalité, une dlme de vin qui 
lui était payée par les habitants d'Auteuil. 

Cet état de choses dura jusqu'en 1745 ; à cette 
date, sous l'épiscopat de Mgr de Vintimille, le 
chapitre de Saint-Germain-rAuxerrois fut réuni 
à celui de l'église métropolitaine. Dès lors la 



(i)N'esl-ce pas le coh de répclor rinscripUon 
jiO^véc sur l'une des pierres du collège de Nn- 
varre : 

Sixle^ domus^ donec flaclax formica marinas 
Ebibat el lotum lesludo perambulat orbem ! 

(Reste debout, ronison, tant que la fourrai n'aura 
peshu les flots de la mer, tant que la tortue n'aura 
pas Tait le tour du monde !) 

(a) Altare. Aliariam^ AUoiiam, Aullheail, Tne 
autre êlymoloffie voudrait faire venir Auteuil d'Al- 
tuê loctt» (lieu liaut) mais je la crois contredite par 
notre position topojBrraphique. Elle ne détruirait 
même pas la première interprétation, Tidéc ex- 
primée par Altu9 s'appliquani aussi bien à ce qui 
est sacre qu'à ce qui est élevé : AUua^ Allar, Les 
autels dans le principe étaient toujours sur les 
lieux élevés , on en verra l'application plus loin 
pour Auteuil même. 

(3) Maurice de Sully, évoque de Paris, de 1160 à 
1196. L'évéché de Paris resta sufTraKant de l'évê- 
clic mctropolilain de Sons jiis(|u'au 22 octobre 
1622, époque où Paris devint le siè^c d'un arche- 
vêché. Ce ne fut d'ailleurs qu'au viii* siècle que 
les évêchés métropolitains devinrent archevê- 
chés. 

(4) Nigoon, à celle époque* 



nomination du curé d'Auteuil appartint à l'arche- 
vêque de Paris. 

Pendant ce temps-là, les Génovéfains, conces- 
sionnaires par échange des droits des moines de 
l'abbaye du Bec, en Normandie, devenaient sei- 
gneurs séculiers du territoire d'Auteuil. Ils n'y 
possédaient, au point de vue religieux qu'un sim- 
ple prieuré; mais ils étaient et ils restèrent 
jusqu'à la Révolution les maîtres du pays, y exer- 
çant sans conteste les droits de haute, de moyenne 
et de basse justice. A ce titre, en i247, ils affran- 
chirent les serfs, et cette manumission fut confir- 
mée par saint Louis, sous la condition que les affran- 
chis défendraient les droits et les biens de l'ab- 
baye quand ils seraient menacés (1). C'est ainsi 
quils se chargèrent d'élever quelques-uns des 
enfants d'Auteuil; ainsi qu'ils prirent leur part 
des calamités publiques en donnant volontairement, 
en 1272, cent livres jiour les frais de la faem 
de Philippe le Hardi contre le comte de Foix (2).' 

L'histoire de cette première période de la pa- 
roisse d'Auteuil est l'histoire de tout le moyen 
âge. Le curé est, pour ainsi dire, le mandataire 
de ses fidèles; c'est lui qui achète, vend, échange 
au nom de la communauté et l'on retrouve le nom 
du curé Simon, qui vivait vers i250, dans de 
nombreux actes, aujourd'hui déposés aux archives 
nationales. 

Bientôt, ce sont les guerres continuelles, l'in- 
vasion des grandes compagnies et la Jacquerie ; 
Auteuil, par sa proximité de Paris, a le triste 
honneur d'attirer sur lui les premiers coups (3). 

En i358, Charles le Mauvais, roi de Navarre, 
dans sa lutte contre le Dauphin (plus tard 
Charles V), incendie notre village et tue une partie 
de ses habitants (4). 



(1) Les serfs d'Auteuil furent, ici, particulière- 
ment heureux ; car, suivant un usa^e presque 
constant, les serfs devaient verser une certaine 
somme pour prix de leur liberlé (V. de Ménor>'al, 
H'tsloire de Pari», I, 275). L'historien de l'abbaye 
de Saint- Denis, Dom Félibien, gui n'est pos sùs- 

ftecU dit (L i43) : • Jamais un seigneur ne donnait 
a liberlé à ces jt^ens-là ni ne leur faisait la moin- 
dre ^ràce sans la faire bien acheter ; et les exeni- 
t)lt>s de ceux qui l'ontfait par motif déchanté sont 
>ien rares. » 

(2) En i3i3, il y eut « ayde >, payée par les Pa- 
risiens, pour la « Chevalerie ■ du llls atné de 
Philippe le Bel, celui qui, un an plus tard, fut le 
roi LouisX le Hutin. La paroisse de Saint-Jacques- 
laBoucherie donna, à cette occasion, 2.7^0 livres 
(c'est le maximum) ; puis venaient Sainl-dermain- 
l'Auxerrois avec 2.!»! livres et Salnl-Euslache 
avec i.5uo. Une quinzaine de paroisses dépassè- 
rent le chiffre de 100 livres : seize n'alteig^nirfiil 

Cas cette somme. Aulouil, d'après ce critérium et 
ien que dans la banlieue, aurait donc été à celle 
époque une paroisse d'importance moyenne, mar- 
ciiant à côté de Saint-Benoit, de SaintGermain- 
le-Viel et de Saint-Josse ; dépassant les Saints- 
Innocents, qui n'arrivaient qu à H:i livre«. 

(3) En i3/;6, lorsque Edouard HI d'Angleterre 
vint établir son quartier ^énérol à Poissy; les 
habitants des environs se réfugièrent à I*aris. Du 
haut des tours de Notre Dame, on distinguait 
pendant la nuit la pince des bour^^s et des 
châteaux aux tourbillons de flanmics qui svn 
élevaient : Saint-C'iond. Boiilo«{iie. Vauj^irard 
(V. (U» Ménorval, Histoire de Paris^ I, '36-a). — 
Auteuil fut. (les celle première attaque, incendié. 

(4) Les relijîienses (le Longchamp furent, en 
cette année i358, tellement menacées et maltrai- 
tées qu'elles durent rentrer dans Paris, abandon- 
nant leur couvent au pillage et a 1 incendie. 



2.> 



ueâTouii: dc 



;*r ABRO>DI.-4EME?IT 



Pm. *frâ le UMe de trrâ^f. ^aami b 
(■wn ht ni^MC, le captLuMe u^bÉ» ftokert 
hiMibs TÎU rmt^ et Mettre .Utnd à I» et 1 
saf . < pMfct les iMi et ««fiM les ««Ir» >. 

^ B^e le«fa qae les Aillais, le* Iiii[mh et 
ka brigïAds nMafeûeal le psii. Les baktaais 
ibaaéoMèreBt b urre et wm (ammt «rwlle ^ 
bieatAt le coable la ailhe^ de sas ji è ti e » . 
Aprâ In Twtoirts de da taoclni. U nltvc et 
In i^mhemtats mammemcrrtat ; mm les hei- 
giBdi étùeat étiUk dans la l^rit fom jb m de- éUh de 
UM Lmô XI, et d (■ r^- cm de : 



aifié ^ h d Mtf T t MWit i 




d à b BnTwMe ; il « 

aMi rt fe iav d> b Dêdi 



nlta pour Aiieail i 
son lerrîlmre. 

Boait^m (I) fat d«tacb« de l'^gloi 
paroi») 1 le (â). 

iiH<|a'i ta KérolDlioD. nn double usage sobsuta 
dans les relations des deux communes, comme 
poar affirmer l'aDdeiioe prédomioance de la pa- 
miue-tnrrt. Toas les mardis de llqars. le curé 
d'Aoleuil. ancito (nëlropoIJUio. allait célébrer la 
messe à Boulogne ; il j tronTut vingt éms sur 
l'antel. De leur c'iié, nos Toisins venaietit eniendre 
i Aoieuil b messe de minuit, et on leur préparait 
sur la place nue feoillette de TÎn el cent boites de 
paille pour éclaira' leur retour. 

Eo iSli, Pasxy fol, à son loor, séparé d'Ao- 
teail. 

Depois le mois de décembre 4666, il y arait 
du cAié de la Moctle une chapelle ; mais le décret 



Les babitaols de I*assy. 
montrés jakiox de leur ai 
pas nos marmorer celte intérionté. Ih Great si 
bien. Nme Chaha à leur IHt, qa'ils obtiutat 
à la fin lear érection eo paroissa détincle. Le 
chapitre de Saint-Gcnain-rABxemis et le rare 
d' AulFoil avaient résisté le pins loo{temps pos- 
sible; ils dorent céder à la fin elle t8maitO>2, 
Mgr de Uariay de ChampTalloa, arcbeTèiiae de 
Paris, prutoofa la séparation. 

Il arait fallu désinléresief Anlenil;la traasac- 
tioo fut passée deranl M* tirêsoire, aotaii« nijil, 
le i:H mai 167 J. Le corê d'Antenil conserrait, du 
reste, le droit eiclasif.qnll eiMtaJnsqa'l la Réro- 
lolioD. de rclèbrer. chaque année, t P»ss\. l'office 
de l'Annonciation, fêle palrooale de la DOOTetle 
paroisse. 



I la iiii'Iuirïe Ac Meni--uti'i ,.i« 
É Je DiMiloKne i>'np|H:lnîl Pivrr 



La Tieilleègtiscd'Anleuil, le monument le plus 
ancien de tous les enriroQS da bois de Boulogne, 
s'élevait i l'c\tréniité de la rue do rilUge, près 
de la Seine, l'ne estampe ooos la montre, an 
milieu des tombes, pbntee, devant sa fa(*de, de 
quelques oo^ers qoe des enfants do p»yv sont en 
train de gauler. l)e nos joan, on t arriTail par 
nne place qne deni rangées de fani acacias om- 



^^NEXES 23() 

brageiicnt no peu. Dans l'axe dn porche, l« mo- Un portail du xi[' siècl« (4) anit éU cacbé 




PORTE DENTME 
Ech«1[(d*llo:51.pMïlrc 



nnnent da chancelier d'Agnesseao rappelait seul 
le cimeiière d'autrefois (1). 

A droite de l'église et faisant pour ainsi dire 
eorpstTec etie te dressait Ispresbytèreeti gauche 
l'andenne mtirie (2). 

Sur nu fond de rerdure se détachait le chxber 
roman, i couronne pyramidale, qui était l'oi^pieil 
de notre vieille ^liae (3). 



Il) Ce uionument, dont le plan nvait «lé ap- 
prouvii par le roi, ïpii donna le marbre (V. Du' 

re»Us de Mme d'A|(<i>'»9oau (qiii mourut A Aiileiiil 
en ip& et uul demnndu A y Aire inhumée), etceux 
du chancelier, mort le g février 1751. rlemnndnnt 
lui auKsi A reposer donii noire clmElitre. La oj- 
ramide fut ërfK^ en 17^. En lynS, rcs tombes 

ouverts. Les ossements, relrouvrs par les soliia 
du maire Bonolt. furent reml» dons un cercueil de 
bai» sous k monument que k Kourerncmenl con- 
sulaire lit rt'parer en l'an IX. l^s dciu Insrrip- 
lions de iia3y furent rêtablleH. On y ajouta celle- 
ci qui a bien le cachet de son époque : La nature 

NK rArt IIUR PR^IH LEH ORAMIM UnHHES A LA TKHBK : 



pellatlon de rue < 
aujourd'hui par u 
âTégliae. Le chen 



■ iléiaf,. 



tnmpê (l'EIynef Campi); sinHi, dons plusieurs villes, 
le Champ de repos ou mt>me simplement le Champ; 
■Insl. ABouloKue-sur-ijeine, la place de l'èKlIse 
s'appelint. Il y u un siècle, ptscc du l'archnmp ou 

(1) En 1877, l'ancien presbytËrc était devenu la 
innjw>n dri iianureu où étaient io^és K^alultemunt 
quelques indigents ; et la mairie, Ironsférve rue 
Boileau jusqucn iHBo. avait été trsnsfuriiiée en 

Compiers. Mai», en iBoo. la plare 
i grande place d'un véritable vll- 

cloche- 



. Talr de ta grande plac 



13) Lors de la démolition, en 1K77, li 
' — s, le baptistère et la slat-* •■- '- 
-._lt dans la ta^de. Furent . 
propriété Chardon- Lagache. 



Hi Le clocher était un p.-u pi" 

doute n celle époque it 
qui suivit l'an mille et < 



Raoul Glaber 



2^0 HISTOIBE DU XVl' ARRONDtSSEMEMT 



porche d'abord pen élevA, ainsi qu'on pont En 1565, la grosse cloche ftait montée dans 

l'esUmpe de 4675, puis par un nrï- le clocher. Elle portait cette inacripiion (4) : 



K , ,-- - , 

table biliment qui le masqnait en enlevant ï la < L'as 4565.nonsiusmes faicte par lonales 

façade tonte espèce de caractère. tants d'Anteail et fus nommée Marie, alors m 

An iv° siècle, i droite de l'entrée, on constmi- {pilliers Pierre Attra; (9) et Estienne de ' 

sit nne cbapelle seigneuriale qui était, de nos hers. * 



jours, dédiée i la Vierge. ]l y aTail là un beau Au xvit* siècle, l'église fut agrandie ; on plafa 

litrail d« Beaniais qui représentait une Annon- dans le cbœarqaelques stalles eu bois sculpté d'un 
ciatùm, tandis qu't la clé de la voûte étaient 

ilplées des armùries qu'entonr ' 

irlande gothique taillée i jour. 



sculptées des armùries qu'entonrait une gracieuse ,,„ . ., , , , . 

lirlande gothique taillée à jour. k-I'I^p".™,!!^,;?',',,* ",n;:;m,''Z!n*';il'vi" îf ' 



Je coupent un rriicilli. uiio vicrtie et 
villu de l'aris.Çtlluclucliu n été rlescendi 

icce dnna le clocher Je léglise nouvelle 

, -.- obre i8«',. 

iDliquité pour revêtir une blanche robe d'û(;li- [i] El non Athar, comnie disent cerUilns diKU- 



fcHt -. • On eM dit que le monde enlicr, d'un cl placée dnna le clocher do li-glise nouvelle le 
accord, evait secoué les haillons de son -' — ■■■'-— -i"' 



joli trivail. Les GéDOTé^ios coiivrireiit les mon 

de lableaai dool quelçines-nDs, qai nppelaientla 
rie de saint Je an -Baptiste, étaient dus aa pioceau 
de ces moines artistes ;pea à peu l'église se meu- 
bla et s'embellît; deuicbapelles furent construites, 
l'une dédiée ï saint Jean-ltaptiste et l'antre à 
sainte GeueTière. Cette dernière avait été fondée 
en <656 par Nicolas FitloD, bour|eoi9 de Paris, 
arec adjoactioa d'un chapelain attitré tenant école 
pour les garçons d'Auteuil et de Passv qui, chaque 
soir, après ta classe, allaient cbanler i l'église le 
salut de ta Sainte Vie^^e. 
Pais, ce fut ta création d'une maîtrise dirigée 



lEB 2^1 

■ consacré Tingt lignes de latin à la mémoire dn 

docteur de la Faculté de Montpellier, an mèdecia 
ordinaire do régent, etc., etc. Il lui aurait suffi 
de dire que Gendron était l'ami des pauvres, qu'il 
tes soignait eraluitement et que, sonrent même, 
il les aidait de sa bourse ; c'est Hl une tradition 
généreuse qui s'est conservée, presque sans inter- 
ruption, chez quelques-uns des médecins d'Auteuil. 
Dans ce siècle, on bas-relief en marbre blanc 
fut mis i l'entrée de la nef pour rappeler la perle 

{rèmaiurée et irréparable de Mme Rousseaa- 
emaoi, bienfaitrice des pauvres. Ce monument, 
le seul qui ait été replacé dans ta nouTell* église. 



par un prêtre auxiliaire qui touchait 300 livres 

Gr an ; c'était la générosité on peu forcée i 
loclle on avait taxé Uaude Chahu et sa femme, 
Christine de Heurtes, les deux fondateurs de la 
paroisse de Passy. 
Auleuil comptait alors environ cinq cents ' 
Hais les siècles marchent et la mort fait se 
Tre. Les murs et le sol de l'église en témoignent. 
Dans le chœur, voici la tombe du comte de Sa' 
serai, maître de camp de cavalerie, ci-devant gi 
dien des gendarmes, écossais, etc., décède le 
3U août 166t ; dans ta nef, c'est la pierre d'An- 
toine-Nicolas de Nicolai, premier président de la 
Chambre des comptes de Paris, mort 6 Auleuil le 
13 juin 1731 ; cette longue épitaphe est celle de 
Claude Dtshais-Gendron, l'acquéreur de la maison 
de Itoileau, l'hdle de Voltaire quand celui-ci viea- 
dra en pèlerinage ï la demeure du grand critique. 
Lebeau, secrétaire de l'Académie des inscriptions. 



est relégué, loin des regards et de ta lumière, 
dans une dépendance de la crypte, en face d'une 
œuvre admirable du grand Carpeaux, la Mater 
Datorosa (1). 

Le IBnovembre 1793, lecuré, M.LeVachalde, 
fut insulté et outragé en conduisant on enterre- 
ment. Le lendemain, l'église fut profanée et pil- 
lée ; les tableaux, les ornements, les statues et les 
livres, qui composaient la bibliolhèque des OéDO- 
véfains, furent Lrùlés sur la place même. De 17^3 
1 17U5, le temple catholique devint un club, puis 



rliitccliire du monument de Mme Roua- 
lUi n'a pas permis île pincer ce Ikniu 
is JÏ'IElisn nouvelle ellu-nitme, il im 

tl'Aiileiill, qui e'iDtOTea.-<c avec tant de 



242 



HISTOIRE DU XVl® ARRONDISSEMENT 



ube fabrique de salpêtre et enfin un grenier à 
fourrage. 

Quant aux travaux entrepris depuis le commen- 
cement de ce siècle, ils n*ont eu qu*un caractère 
d*utilité pratique et ils ont été tellement éphé- 
mères qu*il est inutile d*en parler. 

fje i"' juillet 4877, la première pierre de la 
nouvelle église était posée (1). 

On trouva dans les fouilles, jusque sous les fon- 
dations de Tancien clocher, des squelettes super- 
posés qui prouvaient qu'avant le xi" siècle il y 
avait eu déjà un cimetière et par conséquent une 
chapelle en cet endroit. 

Notre illustre confrère, M. Vaudremer, qui a 
construit la nouvelle église, me disait ce matin 
qu'il avait songé à conserver hors œuvre notre 
vieux clocher. Des différences de niveau et le 
mauvais état des constructions Tobligèrent à 
renoncer à ce projet ; mais il voulut, du moins, 
en garder comme un souvenir, et c'est ainsi que 
la nouvelle flèche, dans quelques-uns des détails 
de sa partie inférieure, rappelle notre vieille tour 
d'autrefois. 



Au XVII* siècle, le voisin le plus rapproché de 
l'église, c'est Molière. Son passage à Auteuil est 
resté légendaire parmi nous. 

Quand il mourut, le 17 février 4673, à dix 
heures du soir, le curé de Saint- Eustache, sa 
paroisse de Paris, refusa à ses restes mortels la 
sépulture ecclésiastique. Le 20 février, la veuve 
du grand comique adressait une requête inutile à 
l'archevêque de Paris. C'est alors qu'accompagnée 
du curé d'Auteuil, M. Loyseau, qui comptait 
peut-être sur son titre d'aumênier du roi, elle 
courut à Versailles se jeter aux pieds de Louis XIV. 
Malheureusement, le bon curé saisit l'occasion 
pour se justiâer lui-même du soupçon de jansé- 
nisme. Le roi le 6t taire, puis il congédia brus- 
quement les deux solliciteurs ; il écrivit toutefois 
à l'archevêqae, Mgr deUarlay de Champvallon, 
pour le prier de trouver un moyen terme. On se 
décida à accorder aux restes de Molière un pea 
de terre, mais le corps ne put passer par l'église. 
Le 24 février, au soir, le cercueil, accompagné de 
deux ecclésiastiques, fut porto au cimetière Saint- 
Joseph, rue Montmartre, où deux cents personnes 
le suivirent, chacun tenant à la main un flam- 
beau. 11 n'y eut aucun chant. 



(i) Il vient (le paraître une peiile notice fort 
inlércssanlt; sur lu nouvelle éj^lise d'Aulcull, sur 
la marche des travaux, leur prix, les particula- 
ril«*s de la coiislruclion, etc. Bien que cflUî bro- 
chure ne porte pas de nom d'auleur, on peut, je 
crois, l'allribuer à notre distingué conrrcrc, 
M. Barthélémy Rnynaud. C'est ainsi que; celle 
solennité du ào octobre 189a aura inspiré deux 
études difTérenles sur l'église d'Auteuil. La Con- 
sécration d'une église est une cérémonie mys- 
tique, fort rare de nos jours, qui rappelle les fêles 
aui avaient lieu aux premiers temps de l'Eglise, 
ans les catacombes de la Rome ancienne, où 
l'on cons «crail pour le sacrillce de la messe les 
tombeaux des Martyrs. — A j)ropos de la nouvelle 
église d'Auteuil, je signiilerai une modification que 
l'on y a fait subir pour la première fois, jr croi'*, 
aux ormes de In ville de Paris, en remplfi«;ant les 
fleurs de lys par des èloilrs. 



Le jour même, un attroupement, animé d'in- 
tentions hoitiles, s'était formé sous les fenêtres de 
Molière et, pour le dissiper, il fallut jeter à la 
foule des pièces de monnaie. 

Boileau, dans son épitre à Racine, a rendu 
immortelle l'intervention du curé d'Auteuil : 

Avant qu'un peu de terre obtenue par orière 
Pour jamais sous la tombe eAl enfermé Molière... 

Le curé Loyseau, tout janséniste qu'il pouvait 
être, n'en était pas moins adoré de la population 
et lorsque, en 4698, la Champmesié, qui était 
venue prendre l'air à Auteuil, dans la maison 
d'un maître à danser, s'y trouva subitement et 
gravement malade, ce fut encore lui, bien vieux, 
qui l'assista à ses derniers moments. Longtemps, 
elle avait refusé sa visite; enfin, elle renonça à la 
comédie et se montra très repentante de sa vie 
passée. Tous ces détails, Boileau les tenait du curé 
d'Auteuil et il les transmettait k Racine qui, tout 
entier alors aux doctrines de Port-Royal, ne s'en 
montrait pas autrement touché, ni aOecté. 

Un autre voisin de l'église, le chancelier d'Agues- 
seau, se signalait à peu près à la même époque par 
son attitude dans la lutte religieuse qui menaçait 
de diviser la France. En 1713, ce fut d'Auteuil 
qu'il partit pour aller s'opposer, à Versailles, à 
l'enregistrement de la bulle UnigenUus. Mme d'A- 
gueàseau lui avait dit: Mon ami, allez: oubliez 
devant le roi femme et enfants; perdez tout, 
hors l'honneur. » Et comme, en arrivant à la 
cour, le nonce Quiriui lui disait: € C'est ainsi 
qu'on forge des armes contre Rome. — Non, 
Monsieur, répondait d'Aguesseau ; ce ne sont pas 
des armes, mais des boucliers. » 

C'était l'époque aussi où le P. Bourdaloue venait 
souvent à Auteuil, chez Boileau, avec lequel, mal- 
gré une vieille amitié, il était souvent en désac- 
cord (l). 

Dans la seconde moitié du siècle dernier, 
l'église d'Auteuil se ressentit de Tinfluence irréli- 
gieuse des temps. Sans parler de Louis XV, qui, 
enfant, avait assisté plusieurs fuis aux oflBces de 
la paroisse et qui, presque vieillard, y était revenu 
passer une partie de l'été de 1 764 , un souvenir 
plus profane encore se rattache aux mors de la 
vieille église : le poète Colardeau, hôte habituel 
des demoiselles de Verrières, a raconté quelles 
étaient ses distractions quand il les accompagnait 
à l'office: 

Je sais très à proj^os porter une bougie. 
Présenter une main ou bien donner un bras; 
J'accompagne à la messe et j'y rime tout bas 
Du i^aint du jour le roman ou la vie. 

Ces vers, faits à rêglise, existent encore et se 

(i) Auteuil parait avoir été un centre janséniste : 
Boileau, Hacine, Loyseau, d'Aguesseau. les Gé- 
novofains. Mais il râcbèle son jansénisme par 
labri quil a offert à loulrs nos gloires lilléraires. 
Puisuue nous parlons d'églises, qu'il me soit per- 
mis de rappeler qu'à l'entrée delà crvpte de Sainl- 
Sernin, iie Toulouse, où reposent de nombreux 
marlyrs, on peut lyre : 

Snllnst in loto orbe, sanriior hic locus. 

En cbangeant un seul mot on aurait la devise 
d'Auteuil ; 

y allas in lolo orbe lillernrior hic locux. 



ANNEXES 



-543 



troaveot anjourd*hoi dans la collection d*an lettré 
délicat (i); ils sont impossibles à reproduire à 
cause de leur impiété et de leur crudité. 

Il y avait encore autour de Téglise et tout près 
les maisons de Legendre, de Destutt de Tracy et, 
de nos jours, celle du peintre François Gérard. 
Thomas et Ducis demeurèrent dans Tancien pres- 
bytère, qui touchait à Téglise et <}ui, vendu en 
1793 comme bien national, fut habité depuis par 
le colonel Cou telle qui, le premier, en 1794, 
s*éleva dans un aérostat militaire aux plaines de 
Fleurus. 

La nouvelle maison curiale, rétablie en 1876, 
fut construite sur l'emplacement ancien des parcs 
de MM. de Praslin, Destutt de Tracy et Le- 
gendre. 

Qnant à Tantiqne château sei^eurial (2), il 
servait aux abbés de Sainte-Geneviève de maison 
de plaisance et recevait tous les mercredis la visite 
des novices qni y venaient en promenade. 



Les vignes d*Auteuil, qui avaient alors une 
réputation eurofiéenne, appartenaient pour moitié 
à la paroisse et pour moitié aux Génovéfains. 

Le vin de la paroisse était attribué aux cha- 
noines de Notre-Dame de Paris, qni en gratifiaient 
leur église afin au*il fût fait, le jour de leur anni- 
versaire, après leur mort, un repas à quatre ser- 
vices. Celui des Génovéfains était vendu à des 
évèques, et, parfois, transporté jusqu'en Dane- 
mark. 

La fête paroissiale, qui avait lieu le 15 août et 
les dimanches suivants, se tenait sur la place de 
réglise et k rentrée du bois de Boulogne. C'est 
dans cette dernière partie seulement <|u*on dansait 
puisqa'autour de l'église s'élevait le cimetière. 

J'en aurai fini avec ces usages particuliers quand 
j'aurai dit que quelques habitants étaient tenus de 
fournir chaque année une certaine quantité de 

{vaille pour mettre sons les pieds des femmes, à 
'église, à la messe de minuit (1). 



Quelques coutumes bizarres ont longtemps sub- 
sisté dans l'ancienne paroisse d'Autenil. L'est là 
que fut conservé le plus longtemps l'usage de 
prendre, sous forme de droit, le chaperon du 
marié et le voile de l'épouse. 

Tous les ans, le premier vendredi de mai, on 
faisait sur le territoire de la commune une pro- 
cession pour les biens de la terre, qu'il ne faut pas 
confondre avec la procession des Rogations et qui 
s'appelait procession des petites bêtes, parce 
çiu'cile avait pour but d'obtenir la destruction des 
insectes nuisibles à la culture. On se rendait ainsi 
jusqu'à la chapelle Sainte-Madeleine, qui remontait 
au xiii* siècle (3), etjusqu'à lacroixde fer, qui se 
dressait à mi-cdte, à' peu près au croisement actuel 
des rues Mozart et Hibéra; cette dernière voie 
s'appelait, il y a encore trente ans, rue de la 
Croix, et c'est là, d*après une tradition ancienne, 
que les Druides avaient placé leurs pierres con- 
sacrées (4). 

fi) M. Gaston Maugras. 

(a) II s'élevait là où est aujourd'hui la maison de 
retraite Chardon -Laffache. 

(3) Le nécruloge de l'abbaye de Sainte-Gene- 
viève, au second jour des Ides de Décembre, dit: 
« Obiit Amelina fnmUiaris noslra^ qute dédit nobis 
oclo libroH de qutbus consirucla est Capella Alto- 
tio. 9 

Huit livres! moins de 200 francs. La chapelle 
devait être bien petite ! 

Il y avait aussi dans la rue des Garennes (au- 
jourd'hui rue Boileau) une ruelle des Processions, 
dont le nom semble indiquer que le cortège sacré 
passait par là. 

(4) M. de Ménorval. notre savant confrère, dans 
le lome I de son Histoire de Paris, p. 16, conslate 
qu'à l'époque gauloise nos ancêtres pla<;aienl fré- 
quemment auprès des collèges druidiques des pâ- 
turantes pour les chevaux. Il cilo. comme exemple, 
les prairies de Vaugirard. de Grenelle et de Vau- 
vert (depuis, le Pré-aux-Clercs). Or, nous trou- 
vons dans les anciennes cartes d'Autcuil que le 
bas de la rue Ribéra, vers le 70 actuel de la rue 
La Fontaine, est toujours indiqué comme lieu dit : 
le pré aux chevaux, ce qui tendrait à prouver 
qu'Autcuil était bien habite par les Gaulois cent 
ans environ avant notre ère et que le collè«fe dus 
Druides qui avait fait de la fort't de Rouvray un 
sanctuaire et un lieu de pèlerinage (V. Ménor- 
val. I, p. 16 et note) devait avoir à Auteuil des 
pierres consacrées. 



L'histoire n*a enregistré ^ue quelques-uns des 
noms des prêtres qui ont dirigé la paroisse d'Au- 
tenil avant la Révolution. En dehors des curés 
Simon, Loyseau et Le Vachalde dont j'ai parlé, je 
n*ai retrouvé, parmi les inscriptions 'de Tancien 
cimetière, que ces noms : 

Pierre Carbonnier, curé mort en 1725 ; 

Jacques Piqu;:t, curé, mort en 176i; 

Jacques Férey, vicaire, mort en 1736 ; 

Julien Cabart de Danneville, vicaire, mort 
en 1775. 

Après 1789, pendant quelque temps, la paroisse 
d'Autenil eut à sa tète, comme curé constitution- 
nel, l'abbé Lefèvre-Laroche, le commensal de 
Mme Helvéttus. L'abbé Laroche, connu sous ce 
seul nom dans tous les mémoires du xviii* siècle, 
se faisait appeler, lorsc^n'il était notre pasteur, 
l'abbé Lefebvre. 11 rendit, pendant la Révolution, 
do grands services. Ce fut lui qui, le 13 juillet 1789, 
présida à la distribution des poudres saisies an 
port Saint-Nicolas et qui, les 5 et 6 octobre, cou- 
rut le risque d'être massacré en voulant empêcher 
la populace de brûler les papiers de l'Hôtel de 
Ville de Paris. En 1791, puis en 1799, il fit partie 
de l'administration du département de Paris; 
appelé, après le 18 brumaire, au corps légis- 
latif, il en sortit en 1803. C'est lui qui, en 1800, 
rendit les derniers devoirs à Mme Helvétius. 

Parmi ses successeurs, je trouve M. Lacrole, 
qui enterra Cabanis (2),etqui mourut après trente 
ans d'exercice, victime de son dévouement à ses 
paroissiens pendant la cruelle épidémie de 1832 ; 
et M. l'abbé Legonidec (18451858), dont les tra- 
vaux sont restés chers à tous ceux qui se sont occu- 
pés des lettres bretonnes. 

Enfin, je ne saurais non plus oublier aujourd'hui 
le souvenir de MgrLamazou qui, de 1874 à 1881; 
a dirigé la paroisse et qui peut être regardé 
comme le véritable fondateur du nouveau temple. 



(1) V. un manuscrit du xiii* siècle, sur Auteuil, 
h la bibliothèque Sainte-Geneviève. . 

(2) Cabanis était mort en Seine-et-Oise ; il fut 
ramené à Auteuil, où il y eut une pi"emière céré- 
monie avant celle du Panthéon. 



244 



HISTOIRE DU XVI' ARRONDISSËMENt 



L'Eglise catholique a la pieuse cootame d'unir 
toas les jours le culte des morts à la prière des 
Tirants ; j'ai pensé qu'en lui empruntant cet usage, 
il pouvait être intéressant. Messieurs, d'évoquer 
devant vous, pendant ({uelques instants, le souve- 
nir de cette vieille église qui, à son jour, a vu 
s'incliner sous ses voûtes des orateurs illustres 
comme Bourdaloue, des magistrats courageux 
comme d'Aguesseau et des poètes immortels 
comme Boileau, Racine et Molière. 

Auteuil, le 20 octobre 189:2. 

Antoine Guillois. 



LES ABBÉS DE SAINTE-GENEVIÈVE 

SEIGNEURS d'AUTEUIL 

En donnant, dans le numéro du 30 juin 4893, 
des listes chronologiques de dignitaires civils et 
ecclésiastiques d'Auteuil, Passy et Chaillot, nous 
n'avions pas cru devoir parler des seigneurs d'Au- 
teuil, qui depuis 4462 ne furent autres que les 
abbés de Samte-Geneviève, pensant que la liste 
complète et chronologique de ces abbés devait être 
facile à trouver pour qui désirerait la connaître. 

(^pendant, Jacques du Breul, dans son livre 
du Théâtre des antiquités de Paris, tout en 
s'étendant longuement sur l'histoire de l'abbaye 
de Sainte-Geneviève, ne donne pas, comme on 
disait alors, le Catalogue de ses abbés. L'abbé 
Lebœuf, dans son Histoire de la ville et du dio- 
cèse de Paris^ se contente d'indiquer, comme 
sources à explorer, quelques manuscrits de la 
bibliothèque Sainte Geneviève et la Gallia chris- 
tiana. Nous avons donc pensé qu'il serait inté- 
ressant, sinon très utile, d'établir, d'une façon 
simple et claire, cette liste des 63 seigneurs d'Au- 
teuu , et pour cela nous avons compulsé les 
ouvraees mentionnés par l'abbé Lebœuf et surtout 
la Gallia christiana, plus la France pontificale 
de Fisquet, qui rectifie et complète la Gallia chris- 
tiana. 

Voici le résumé de nos recherches, précédé de 
craelques détails sur la seigneurie et les seigneurs 
a'Auteuil. 

En vertu d*un échange qui fut fait, en 4440, 
entre les chanoines sécuuers de Sainte-Geneviève 
et les religieux de l'abbaye du Bec-Hellouin, près 
de Rouen, ces derniers cédèrent aux Génovéfains 
tout ce qu'ils possédaient à Auteuil et à Paris, et 
reçurent d'eux, en échange, des domaines près 
de Vernon, entre autres le bourg de GamiUy. 
Quand les chanoines réguliers de l'ordre de Saint- 
Augustin, s'établirent à Sainte-Geneviève en 4 448, 
un des chanoines séculiers, Simon de Saint-Denis, 
jouisisait en prébende de la terre d'Auteuil ; en 
4462, sur le point de mourir, il en fit don aux 
chanoines réguliers, leur cédant tous ses biens et 
particulièrement un grand pré situé à Auteuil, 
sur le versant de la ci)te qui descend à la Seine* 



C'est là que fut installée l'habitation seigneuriale. 
Le territoire de la seigneurie d'Auteuil s accrut en 
peu de temps ; il comprenait au commencement 
du xviu^ siècle, en dehors de son enclos, du 
côté de Saint-Cloud, 22 arpents de vigne pour 
la fa<:on desquels les habitants d'Auteuil devaient 
des corvées. L'abbave possédait alors des hommes 
de corps, des serfs attachés à son domaine, qui 
se rachetèrent et furent mis en liberté sous le 
règne de Saint-Louis, en 4247. 

Depuis 4468, l'abbaye de Sainte-Geneviève eut 
la singulière prérogative de ne relever que du 
saint-Siège; mais l'abbé était tenu néanmoins, lors 
de sa nomination, de prêter serment au roi, pour 
le temporel. En 4227, il fut autorisé par le pape, 
lui et ses successeurs, à porter les habits ponti- 
ficaux, la mitre, la crosse et le grand anneau pas- 
toral ; il avait le droit de lancer des monitoires 
comme les évéqnes ; et dans les processions de la 
châsse de Sainte-Geneviève, pour obtenir beau 
temps ou pluie, ou la fin de quelque calamité, il 
avait la droite sur l'évèque de Paris et sur son 
chapitre et bénissait le peuple comme le prélat. Il 
était également autorisé par le saint-siège à con- 
naître et juger toutes les causes, tant ecclésias- 
tiques que civiles, et constituait alors un ecclésias- 
tique pour son vice-gérant. Les actes, citations, 
enquêtes, procès, sentences, étaient rédigés par un 
greffier également nommé par l'abbé, et, s'il y 
avait contestation, on pouvait en appeler trois fois 
devant des juges ecclésiastiques choisis par ledit 
abbé (4). Faute d'entente, 1 affaire allait, eu der- 
nier ressort, en cour de Rome. 

Sur ses terres et seigneuries, qui devinrent con- 
sidérables, l'abbé avait droit de censive et de 
haute, moyenne et basse justice. Une des peines 

Principales qu'il pouvait proponcer était celle de 
Echelle, On attachait le condamné sur une 
échelle, de manière à faire passer ses pieds et ses 
mains dans un ais percé de trous. Il y avait aussi 
ï Enfouissement : le coupable restait exposé, la 
moitié du corps en terre, pendant un temps déter- 
miné. Nous voyons même dans un manuscrit, con- 
servé à la bibliothèaue Sainte-Geneviève, qu'en 
4295 Guérin des Andelys fit enterrer vive la lar- 
ronnesse Marie de Romainville sous les fourches 
patibulaires d'Auteuil (2) et qu'en 4302, Jean de 
Hoissi fit subir la même peine à Amelotte de Chris- 
teuil pour avoir volé une cotte et quelques bijoux. 
Ces peines barbares.infligées surtout au moyen Age, 
le furent encore quelquefois à Tépoque de la Renais- 
sance ; mais, depuis lors , les abbés de Sainte- 
Geneviève n'usèrent de leur pouvoir qu'avec la 
plus grande modération (3). 

La maison seigneuriale d'Auteuil, séjour pri- 
vilégié des abbés de Sainte-Geneviève, était située 
près du côté méridional de l'ancienne église, sur 



(i) Les Ronshommes de Pnssy devaient foîrc 
jii^er leiirM c«iises par la Chambre apostolique de 
Sainte-Geneviève. 

(a) Les fourches patibuloires d'Auteuil étaient 
situées sur la route de Versailles, probablement 
uu rond-point de la barrière actuelle. 

(3) Il y avait d'autres coutumes et redevances 
assez bizarres que noire collègue, M. Antoine 
Guillois , a nientiounées dans son intéressant 
arMcle, qui précède, sur la vieille église d'Au- 
teuil. 



l'empItMineDl acta«I de h rne Wilhem et de l'éu- 
blissement Cburdoo-La^ache. Elle fnt agrandie 
succeasiTemeot par Philippe Cousin i la fin du 
XV* siècle, par Guillaume Le Duc au commen- 
cement du ivi°, et au ivi[* par le cardinal de 
La Roehefoncauld. Les terrains qui, à l'est, 
allaient h peu près jusqu'à la Seine, s'éten- 
dirent, i l'onest, jnsqu't la rae Boileiu. Lors de 
la suppression des maisons religieuses sous la 
RéTolution, les propriétés des GénoTéfains h ka- 
teoil, déclarées biens nationaux, furent vendues 
37.000 litres. La maison seigneuriale appartint. 



a45 



LISTE DES ABBÉS DE SAINTE -GENEVIÈVE, 
SEIGNEURS D'AUTEIIL 



l"EuDF3an Odou. Fat abbé du 24 août 1148 
à 11S4 enriron, époque il laquelle il démissionna. 
Kodes, l'ami de Gnillaame de Champeaux et 



Armes de l'Ahbaye royale de Sa in le- Geneviève. 



ions le premier Empire, au minisire de l'Intérieur 
Crèlel, puis fnt achetée vers 1813 par le peintre 
Franfois Gérard, qui la posséda jusqu'à 1837, 
date de sa mort. Sa veuve la conserva et y mourut 
le 1*"' décembre iSiS. Après elle, la maison 
passa an neveu et seul hériiier de Kranteis Gérard, 

]ni la retendit vers 1830 i Mme la comtesse 
'Aubusson de la Feuillade, laquelle mourut peu 
de temps après, en 1806. Entin, en IS.IS, les 
deux allés de Mme d'Aubusson de la Feuillade la 
cédèrent i la ville de Paris, désireuse de trans- 
férer sur son emplacement l'établissement de 
Sainte-Pénne-de'Chaillol, qui allait être démoli. 



ranta|;oniste d'Abélard, était prieur de l'abbaye 
Saint-Victor, quand il fut choisi pour rèlormer 
celle de Sainte-Geneviève, Son œuvre acbevéA, il 
retourna ï Saint-Victor, ota 11 monrut en 1173. 
Eades ne fut pas seigneur d'Aoteuil, comme oo 
le verra plus loio ; nous ne le citons qne pour 
compléter la liste des abbés réguUers. 

En 1165, il fut ehoisi pour être parrain de 
PbilippeTAuKUBle, avec Ernise, abbé de Saint- 
Victor, et Hugues, abbé de Saint-Germain -des- 
Prés. 

S'AuDERTOD ALiiEaT.Dell54i11C3. Hoamt 
en 1177. 

Fut le premier seigneur. d'Autenil, depuis la 
donation de Simon de Saint-Denis, en 116^. 

;i> Ue Gar(n. Elu en 1163 pour remplacer An- 
berl,fat contraint de démissionner quelques années 
après, i la suite de démêlés (cindileiu. 



2/i6 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



4« Hugues. Abbé de i\6l on 1468 à 4175 
environ, dateoîi il permuta. 

5" EriENfiE dit de Tournai, né à Orléans en 
4435. Abbé de 4476 environ à 4493. Nommé 
éTéque de Toarnai en 4492, ne fut sacré qu^en 
4493. Mourot en 4203. 

Cet éminent abbé rétablit Tordre dans la com- 
munauté et fut choisi, en 4487, par Philippe- 
Auguste, pour être parrain de son 61s atné, qui 
devint le roi Louis YlII. Il a écrit un certain 
nombre d^ouvrages estimés de son temps. 

e^ Jean de Tooct. De 4493 jusque vers 4222. 
date présumée de sa mort. 

7'' Galon. D*avril 4222 à mars 4223, date de 
sa mort. 

8« F. Herbert. De 4223 à 4240, date de sa mort. 

D*aprés le Théâtre des Antiquités de Paris, 
de J. du Brenl, et la Callia christiana, Herbert 
fat le premier abbé de Sainte-Geneviève autorisé 

Sar le pape en 4227 à porter les habits ponti- 
caux, la mitre, la crosse et Fannean pastoral. 

9* Robert de la Ferté-Milon. De 4240 à 4246 
environ. 

Ce fut lui ^i fit faire la magnifique châsse de 
Sainte-Geneviève, en vermeil doré, pour laquelle 
on avait employé 193 marcs d'argent et 8 marcs 
d'or. 

40* TniBAUD. De juin 4246 environ au 6 dé- 
cembre 4265. Mourot à Rome le 9 mai 4266. 

D'après l'abbé Lebœuf, en désaccord sur cela 
avec J . du Breul et la Gallia christiana, Thihaud 
aurait été le premier abbé de Sainte-Geneviève 
autorisé à porter les habits pontificaux (?). 

44« Eudes II ou Odon. De 4266 au 43 no- 
vembre 4275, date de sa mort. 

42* Arnoul, de Romainville. Rlu au mois de 
novembre 4275, démissionna en 4280 ou 4284. 
Mourut le 40 octobre 4286. 

43* Guillaume, d'Auxerre. Abbé du 26 mars 
4282 au 48 avril 4284, date de si mort. 

44* GuÉRiN, des Andelys. De 4284 au com- 
mencement de 4296, date od il permuta. Mourut 
le 22 février de cette même année. 

45» Jean de Vie. De 4296 au 25 août 4298, 
date de sa mort. 

46* Jean de Roissi (en Parisis). De 4298 i 
4307, date de sa mort. 

47* Jean, de Saint-Leu-Tavemy. De la fin de 
4308 au 47 juillet 4334, date de sa mort. 

48* Jean, de Borest près Senlis. De 4334 à 
434f , date de sa mort. 

49* Robert de la Garenne. Issu d'une famille 
noble de Toulouse. Abbé depuis 4344, l'était 
encore en 4347. 

20* Jean de Virt. Etait abbé en 4349. Mourut 
le 26 janvier 4358. 

24* Jean Ardenne. Abbé depuis 4358, le fut 
jusqu'au 23 mai 4363, date de sa mort. 

24 ^ Bernard, de la Rochelle. Fut élu après 
la mort de Jean d'Ardenne, mais mourut en 4364, 
avant d'avoir été intronisé. 

'22* Jean de Bassemain. De 4365 au 27 octobre 
. 4388, date de sa mort. 

23* Etienne de la Pierre, du Bourbonnais. De 
la fin de 4388 à 4405, date de sa mort, 

24*' François, de Nyons. De 4406 à la fin de 
4444, date de sa mort. 



25* Raoul Mareschal, de Franchose en Boar- 
bonnais. De la fin de 4444 au 5 août 4426, date 
de sa mort. Ce Franchose en Bourbonnais pourrait 
bien être Franchesse, dans le département de 
l'Allier (?). 

26* Robert Micron, de Marisy-Sainte-Gene- 
viève, près la Ferté-Uilon. Du 25 novembre 4426 
au 44 octobre 4432, date de sa mort. 

27*PiERRE Caillou ouCaillon.Do 4432 on 4433 
au 27 août 4466,datedesa mort. Devenu infirme, 
avait remis ses pouvoirs en 4449 à Jean Bouvier, 
mais conserva son titre d*abbé. 

28* Jean Bouvier. De 4466 jusque vers 4472, 
dato de sa démission. Mourut le 4 7 novembre 4 479. 

29* Philippe Langijois, dit VArijglais. Succéda 
à Jean Bouvier vers 4472 et démissionna le 23 juil- 
let 4488. 

30* Philippe Cousin. D'août 4488 à 4547. 
Permuta alors pour le prieuré de Saint-Eloide- 
Roissi-en-Parisis, dont était supérieur Guillaume 
le Duc, qui suit. Mourut le 47 avril 4524. 

Philippe Cousin avait a^andi et embelli la 
maison seigneuriale d'Auteuil. 

34* Guillaume le Duc, dit de Roissi. De 4547, 
épooue où il avait permuté avec Philippe Cousin, 
à 4534, année ob il donna sa démission. Mourut 
le 3 juillet 4 537. 

Guillaume le Duc avait continué les agrandisse- 
ments de la maison seigneuriale d'Auteuil. En 
4520, il avait été nommé évéque inpartibus de 
Bellina, dans la Mauritanie Césarienne. 

32* Philippe le Bel, de Luzarches. Du com- 
mencement de 4534 à la fin de 4557, époque où 
il démissionna à cause de ses infirmités. Mourut 
le 3 juillet 4558. 

33* Fr.-Joseph Foulon, de Paris. De la fin de 
4557 à mars 4607. Mourut au mois d'août sui- 
vant. S'était adjoint le jeune Benjamin de Brichan- 
teau en 4602. 

Joseph Foulon avait puissamment contribué dès 
4592 à la réduction de Paris en 4594; aussi 
Henri IV, reconnaissant, voulut-il Tavoir comme 
assistant à son abjuration et à son mariage avec 
Marie de Médicis. 

34*^ Benjamin de Brichanteau, fils du marquis 
de Nangis. Né en 4585. Adjoint à Joseph Foulon 
dès 4602, fut élu abbé le 34 mars 4607, c'est-à- 
dire à peine âgé de vingt-deux ans. Qoelques 
années après devint évéque et duc de Laon, mais 
conserva la direction de Sainte-Geneviève jusqu'à 
sa mort, arrivée le 43 juillet 4649. 

35* et 36* François de la Rochefoucadlt, 
d'abord évéque de Clermont et de Senlis, puis 
cardinal et grand aumônier de France, fut nommé 
exceptionnellement, par le roi, abbé commenda- 
taire de Sainte-Geneviève, aprte la mort de 
Benjamin de Brichanteau, réforma complètement 
l'abbaye, créa la bibliothèque en 4624 (4) et 
agrandit la maison seigneuriale d'Auteuil. Il 



(i) Une inscription, placée dans le vestibule <le 
la nouvelle Bibliothèque Sainte-Genevièvre, rap- 
pelle ce fait. Avant 1634, l'abbaye ne possédait 
que quelques manuscrits ; en i6do, le cardinal de 
la Rocheroucaud fit don de ses livres aux Géno- 
vcfains, et. depuis, celle bibliothèque s'est accrue 
successivemenl, grâce aux libéralités de généreux 
donateurs. 



ANNEXE» 



247 



moanit en 1645. Eo 4634, il s'était adjoint 
Charles Faurk avec le titre de supérieur coadju- 
taur.et général de toute la conjprégation de France. 
Il fat alors décidé qu'à TaTenir les abbés seraient 
élus pour trois ans et seraient rcéligibles. Charles 
Faure, né à Louvecienoes en 4594, fut réélu en 
4637 et exerça jusqu'au mois d'octobre 4040. 



SUITE DES ABBÉS TRIENNAUX, RÉÉLIGÏBLES 

37^ François Boulard, né à Sentis en 1605. 
Abbé du 34 octobre 4640 à la 6n de 4643. 

38® Charles Faure. Elu pour la 3* fois à la fin 
de 4643, mourut le 4 novembre 4644. 

39® François Blanchard, d'Amiens. De la fin 
de 4644 à septembre 4650. 

40® Antoine Sconir, né à la Ferté-Milon en 4 608. 
Abbé du 44 septembre 4650 à septembre 4653. 
Fut alors envoyé à Uzés (Gard) comme chanoine 
du chapitre de cette ville ; c'est là qu'il enseigna 
la théologie à Racine, dont il était l'oncle mater- 
nel, en 4664 et 466^. A. Sconin mourut à Uzés 
le 40 janvier 4689. 

44® François Blanchard, d'Amiens. Abbé de 
nouveau, du 42 septembre 4653 au 44 sep- 
tembre 4665. 

42® François Bouurd. Abbé de nouveau, du 
2i septembre 4665 au 9 janvier 1667, date de sa 
mort. 

43® François Blanchard. Abbé de nouveau, de 
septembre 4667 à 4675, date de sa mort. 

44® Paul Beurrier, né à Chartres en 1608. 
Abbé du 47 septembre 4675 à septembre 4684. 
Mourut le 25 Janvier 4688. 

45® Erard Floriot, né à HuUiécourt, près Tulle, 
en 4622. Abbé du 45 septembre 4684 au 44 jan- 
vier 4685, date de sa mort. 

46® Antoine Watrée, né en 4641. Abbé de 
janvier 4685 au 24 juillet 4688, date de sa 
mort. 

47® François Morin, de Langeac. Elu le 1 4 sep- 
tembre 4688, fut abbé jusqu'à septembre 4694. 
Mourut le 46 novembre suivant. 

48® Jean de Montenay, né à Caen en 4634. 
.Abbé du 20 septembre 4694 à septembre 4697. 

49® Jean-Baptiste Chaubert, né à Beaugenc^ 
en 4643. Abbé du 42 septembre 4697 au § mai 
4703, date de sa mort. 

50* Jean de Montenay. Abbé de nouveau, du 
40 septembre 4703 à septembre 4706. Mourut le 
40 juin 4707. 

54® Claude Paris, né à Chàlons-sur-Mame en 
4636. Abbé du 9 septembre 4706 à septembre 
t709.MourutIe 45 juillet 4744. 

52® Jean Paulinier, né à Pézenas en 4 6 {6. 
Abbé du 42 septembre 4709 à février 4715. 

53® Gabriel de Riberoli.es, né à Paris en 16 H. 
Abbé du 12 février 1715 à septembre 1721. 

54® Jean Paulinier. Abbé de nouveau, de sep- 
tembre 1721 an 6 mars 1727. 

55® Gabriel de Rirerolles. Abbé de nouveau, 
du 11 septembre 1727 à septembre 1733, date 
de sa démission. Mourut le 3 novembre suivant. 

56* Pierre Sutaine, de Reims. De septembre 
1733 à septembre 17:^9. 



57® François Patot, d'Angers. De septem- 
bre 1739 à septembre 1751. 

58® Duchène. De septembre 1751 à septem- 
bre 1754. 

59® Chaubert. Du 12 septembre 1754 à sep- 
tembre 1766. Ce fut lui qui bénit,le 1®'' août 1758, 
le terrain oii on allait élever la nouvelle église 
Sainte-Geneviève (actuellement le Panthéon). 

60® N. Delorme. De septembre 1766 à sep- 
tembre 1769. 

61® Etienne Viallet. De septembre 1769 à 
septembre 1772. 

62« Raymond Rivoire. De septembre 4772 à 
septembre 1778. 

63® André Guillaume de Géry, né à Reims 
en 1727. Abbé de septembre 1778 à septembre 
1784. 

6^® et dernier. Claude Rousselet, né à Troyes 
en 1730. Abbé de septembre 1784 à 1790. Vers 
1802, Mgr de Belloy, archevêque de Paris, le 
nomma chanoine titulaire de Notre-Dame et lui 
donna, quelques années après, le titre d'archi- 
prélre, garde de la nouvelle église Sainte-Gene- 
vicre (le Panthéon). C. Rousselet mourut à Paris 
le 17 janvier 1808. 

De cette longue suite de seigneurs d'Anteuil. il 
ressort que les plus marquants furent, par ordre 
de date : Etienne de Tournai, cet éminent abbé 
qui devint évéque et eut l'honneur d'être choisi 
par Philippe-Auguste p'>ur être parrain de son 
fils aloé, le futur roi Louis VIH ; Pierre Caillou, 
abbé pendant trente-quatre ans ; Philippe Cousin, 
qui régit l'abbaye pendant viugt-neuf ans, agran- 
dit et embellit considérablement la maison sei- 
gneuriale d'Auteuil ; Guillaume le Duc,qui continua 
chez nous Toravre de Ph. Cousin, son prédéces- 
seur, et devint évéque in parti bus; Joseph Fou- 
lon, qui administra pendant près de cinquante ans 
— le plus long règne des seigneurs d'Auteuil — 
et devint le protégé de Henri IV, reconnaissant 
du service qu'il Iji avait rendu en contribuant 

{»uissamment à la soumission de Paris en i 594 ; 
e célèbre cardinal François de la Rochefoucauld 
et son associé Ch. Faure, qui réorganisèrent com- 
plètement l'abbaye après la mauvaise gestion du 
trop jeune Benjamin de Brichanteau, coadjutenr 
de Joseph Foulon dès l'âge de seize ans, élu abbé 
à vingt-deux an» et sacré évéque peu de temps 
après ; enfin, Antoine Sconin, qui nous intéresse 
à double titre, comme seigneur d'Auteuil et comme 
oncle maternel et professeur de théologie de celui 
qui devait être notre hôte quelques années plus 
tard, l'illustre Racine. 

Léopold Mar. 



AUTEUIL 
liste des curés oui onf administré la paroisse 

L'église N.-D. d'Auteuil, érigée en paroisse par 
Maurice de Sully, 70'' évéque de Paris, en 1192, 
releva de Saint-Germain-l'Auxerrois juFqu'à 1745, 
puis de l'archevêché de Paris. (D'après les aima- 



248 



HISTOIRE DU XVI* ARHONOISSEMENT 



nacbs royaux, impériaux et nationaux, et les 
renseignements donnés par M. l'abbé Caron, vi- 
caire-général de rarchev6ché, à M. Fernand de 
rÊfiise, membre de la Société historique d'An- 
tenil-Passsy.) 

Simon était curé vers 4250. 

LoisEAu (François), conseiller et aumônier du 
Roi. Curé en 1667, l'était encore en i698. 

Carbonnier (Pierre) tut curé jusqu'à 1723. 
Mourut en 1725. 

Piquet (Jacques-Georges), de 4723 à 1761, 
date de sa mort. 

Barré (Joseph), de 1761 à 1785. 

Vaschalde (Jean-André), de 1785 au 16 no- 
vembre 1793. Revint le 18 mai 1795. 

Lefebvre-Laroche, sous le seul nom de I^- 
febvre, curé constitutionnel, du 16 novembre 1793 
au 18 mai 1795. 

VvscHALDE (Jean-André), du 18 mai 1795 à 
1809. 

Lacrôle(E.-G.), de 1809 à 1832, époque oh il 
mourut du choléra, victime de son dévouement. 
Fut inhumé au cimetière d*Auteuil. . 

De Fisicat, de 1832 à 1835. 

PuEx, de 1835 à 1845. 

Le Gonidec de Kerdaniel (Pierre-Xavier), de 
1845 au 14 février 1858, date de sa mort. 

EuDns,del858àl867. 

Gatbeun, de 1867 à 1870. Devint curé de Saint* 
Philippe-du-Roule. 

JoiRON, du 13 juin 1870 à mai 1872. Devint 
curé de Saint-Ferdinand-des-Temes. 

HuGONY,demai 1872 à 1874. 

LAMAzou,de 1874 à 1881 .Fit construire Téglise 
actuelle. Devint évêque de Limoges. Mort en 1883. 

QuiNARD, du 30 juin 1881 au 27 mai 1886, 
date de sa mort. 

Depontaillier (Uoo), curé depuis le 11 août 
1886 (1). 

LISTE DES MAIRES QUI ONT ADMINISTRÉ LA COMMUNE 

Depuis rétablissement de cette magistrature 
(décret de l'Assemblée nationale du 14 décem- 
bre 1789), jusqu'à rannexion (d'après les Aima- 
nacbs nationaux, impériaux et royaux) (2). 

GiLLET (Jean-Claude), de 1790 à 1793. 

Benoit (PierreAntoine),de 1793 àl812,d'abord 
sous le titre d'agent municipal. Inhumé au cime- 
tière d'Auteuil. 

La Croisade (de), de 1812 à 1817. 

Evrard, de 1817 à 1829. 

PiTOLET, de 1829 a 1831. 

Brechemin, en 1831 à 1833. 

AoviLLAiN (Jean -François), de 1834 à 1838. 
Mourut en 1843 et fut inhumé au cimetière d'Au- 
teuil. 

MoLiN, de 1838 ou 1839 à 1848. 

Musard (Philippe), célèbre chef d'orchestre et 
compositeur, en 1848-1851. Mourut en 1859 et 
fut inhumé au cimetière d'Auteuil. 

(i) M. Depontaillier a été reniplucé par M. l'abbé 
Beurlier. 

(2) Les almanachs éUinl préparés d'avani^o, je 
crois que les dates de nomination non préciséus 
peuvent être reportées à l'aunée précédente. 



Jehénot (Antoine), de 1852 au 1«' janvier 1860, 
date de Tannexion. Inhumé au cimetière d*Aa- 
teuil. 



PASSY 

LISTE DES CURÉS QUI ONT ADMINISTRÉ LA PAROISSE 



Krigée définitivement en paroisse distincte et 
indépendante le 18 mai 1672, cette église fut des- 
servie jusqu'à la Révolution par des Barnabites 
du prieuré de Saint-Rloi de Paris (sis devant le 
Palais de Justice), d'abord au nombre de trois 
jusqu'à 1736, puis par quatre, et relevait de 
Saint-Germain-i'Auxerrois. 

(D'après les archives du chapitre général de 
l'ordre des Baraabites, conservées à Rome, et 
d'après celles de Téglise de Passy.) 

Boucheron (Don Hyacinté-François), né à Mon- 
targis. Entra en possession de la cure le 22 juin 
1672 et, frappé de paralysie, fut forcé de se 
retirer en 1674. Mourut le 22 juin de la même 
année et fut inhumé dans le chœur de l'église, au- 
dessous de la lampe. 

Fauconnier (Don Marcel), né à Paris. Curé de 
juin 1674 à 1677. Mourut à la maison de Paris, 
au mois d'octobre 1692. 

Drspéris (Don Simon), né à Dax. Curé de juil- 
let 1677 à juillet 1697. Est appelé Despériers 
dans les Acta et Desprières dans le catalogue des 
religieux Barnabites. Mourut à Dax, le 24 juil- 
let 1709. 

Fleuret (Don Alexis), né à Soissons. Curé du 
12 juillet 1697 au 13 décembre 1728, époque 
où, vu son grand âge, il renonça à la cure. Louis aV 
en étant informé, ordonna au cardinal de Fleury, 
le 22 décembre suivant, de mander aux Barna- 
bites de Paris qu'il lui serait agréable qu'ils voa- 
lussent bien nommer Don Duché, attaché à la 
paroisse de Passy, et qui venait parfois lui dire la 
messe à la chapelle du château de la Muette. — 
I)on Fleuret mourut le 9 février 1730, et fut 
inhumé au milieu du chœur de l'église. 

Duché de la Verrière (Don C^wr- Victor), ci- 
dessus mentionné. Curé du 9 janvier 1729 au 
6 février 1735, date de sa démission. 

Ju (Don Fulgence), né à Paris. Curé du 11 fé- 
vrier 1735 à mai 1758, date de sa mort. 

Danuichon (Don Louis). Élu curé le 14 juillet 
1758, resta onze mois, puis donna sa démission. 

Le Brun (Don Alexis), né à Pau. Curé du 
9 mai 1759 à septembre 1772, date de sa mort. 

NoGuÈRRs (Don Clément), né à Pau. Curé du 
29 janvier 1773 à 1791, date de sa mort. 

Chauvet (Pierre- Antoine), d'abord en religion 
Don Stanislas Chauvet. Né à Soissons. Asser- 
menté, remplit les fonctions curiales depuis le 
11 décembre 1791, quitta le presbytère sous la 
Terreur, du 22 mars 1794 au 11 octobre 1795 
et conserva la cure de Passy jusqu'au 8 juin 1827, 
date de sa piort. Avait alors 88 ans. Fut inhumé 
au cimetière de Passy. 

Delaplanciie, de 1827 à octobre 1830. 

Gary (C), vicaire desservant, d'octobre 1830 
à la Qn de novembre 1835, 



Ltft (J.-B.), eoré de Chaillot. administrateur 
da 5 décembre 1835 au 25 janvier i836. 

JoussEUn (Antoine-Eloi), de Su jaoTier 1S36 i 
septembre iHH. Uerint curé de Sainte-Elisa- 
beth. 

SoLAcaoux (Franfoia), de septembre {843 i 
janTier 1816. Deviat curé de Samt-Laorent. 

CoRuiËHE (Prosper- Honoré) d'ami 1846 à la 
lÎD de décembre 18SJ. Se retira i Aoteail, ob il 
monrut le 6 janvier i86!j. 

LocATKLu (Hippoly te -Adrien- Simon), de ian- 
vkr 18S3aal4 mai 1879, date de sa mort. Fnl 
iubunié an cimetière de Passy. 

Gi'iRAL (Jean-Marie), du î juillet 1879 k 
août 1886, date de sa mort. Fat inbumé au cime- 
tière de Paasj. 

DouTiiH (Damasej.cnré actael,depais aoAt 1886. 



(D'après l'Histoire de la Ville et de ùnit /« 
dioeèie de Pans, par l'abbé Lebiruf, d'après des 
actes cooserfés ï l'HOlel-Dien de Paris et les 
manuscrits des Barnabites possédés par l'église de 

PjkiLLAKn (Jeanne de), dame de Passy. Espi- 
gDeulQtEspignolel'SUr-Seine. Vivait en 1il6. 

Le fief retourna au roi Louis \1, qui, le 2jin- 
TÎer 1168, le donna à Jean de la Dnescbe. 

Lt DftiEsi:HE (Jean de), président de la Cham- 
bre des Comptes. Etait encore seieneur i Passv en 
U75. 

SviFAMc (Jean), secrétaire du roi, seigneur de 
Passy k la lin du iv° siècle. 

(ulé dans l'Histoire géTiéalogique, du père 
Anselme, dans les Chronùfiiet de Pasty, de Onîl- 
lel. mais non par l'abbé Lebœur.) 

Petit (Jeaii). 

DuiÉs (Pierre), avocat au parlement. 

Macbeco (Mathieu), huissier au parlement, vers 
1515-1530. Mourut en 1533. 

Ceblléii (Jean). 

Du V&t (Nicolas), maître des requêtes, seigneur 
de Passy en 1558. (Est cittï par Doni Ubineau; 
mais le fait n'est pas très certain, dit l'abbé Le- 
hœuf,) 

Henhi de Sa vncK, conseiller général et surinten- 
dant des iinauces du duc d'Anjou. En 15*7^, etc. 

.Macheco (Mathieu), chanoine de Paris, murt 
en 1592. 

ARGEHTiËaE (N... de) seigneur jusqu'à 1658. 

CuAHu (Claude), conseiller du roi en ses con- 
seils, trésorier général de France et général de 
ses finances en la généralité de Paris. Seigneur 
de 1658 au 2 janvier 1670, date de sa mort. Sa 
veUTe, Christine Chrestienne de Heurles, fonda- 
trice de la paroisse de Passy, conserva la sei- 
goenrie, quoique retirée à Paris depuis 1673, 

(i) Ils eurent lonKlenip» le litre de • aeiRncur» 

Sneiiriedê Pussy, du fltf Saini-l'ol, [|iii Hnit aMiié 
i>a3sy et <iet-nit »o trouver untrv 1b châlcsu «H- 
KDeurinl et Auluuii. Ln riin Pajuu ortuellu (précé- 
■lEmment ntc du la Clociôi'u) s'nppclail avant tn 
Révulution, rue ou ruelle Suiul-Pol ut devuit y ïod. 



mourut en son haiet de la rue Saint-Honoré, prés 
des Jacobins, le 19 novembre 168;^, etfut inhumée 
dans l'église du couvent des Jacobins. 

La Brikfe (Armand de). Seigneur de lliSi à 
1700, date de sa mort, La Dame de la Briffe, 
femme d'une grande piété, mourut \ son chAtean 
de Passy le 38 mai 1686. (Quelques temps après, 
M. de La Briffe se remaria. Il était mallre des 
requêtes an Paiement de Paris, et devint procu- 
reur général. Pierre-Armand de La Bhiffi, soq 
fils aîné fut seigneor après lui. 

Ohceau, possédait la seigneurie en 1711-1713, 
etc. 

D'OnsiCHY, acheta la seigncnrie de Passy aux 
héritiers d'Orceau.Pl la revendit pre$((ue aussitôt. 

Mme Veuve ne FomAinE (née Marie-Armando 
Carton), fille aînée du célèbre acteur et auteur 
comi(|ue Danconrt (Florent Carton, dit). Acquit 
la seigneurie dn sieur d'Orsignr, le 8 juin 1730, 
Elle ta possédait encore en juillet 1736. Née vers 
1(J85, elle fut actrice pendant quelques années, 
dans sa jeunesse, épousa M. de Fontaine, ancien 
commiasaire de marine el des galèrrs de France 



Armes du Marquis de Roulainvilticrs. 

Étoile de même, éltncelante ou revoiiDéu d't 
Son père, Bemord do Rieui, avail les mâm 



et mourut en révrier 1740, d'un cancer an sein. 
La seigneurie passa i Bernard de Hieux, sans que 
nous puissions préciser la date, qui se trouve entre 
1736 et 1739. 

Behnakh m Rir.ui (Gabriel), second fils du 
célèbre banquier Samuel Bernard, conseiller au 
Parlement de Paris el président de la 2" Chambre 
des Enquêtes. Ktaii déjà seigneur en mars 1739 
et le fut jusqu'au 13 décembre 1715, date de sa 

Une note inscrite au Journal des Baniabites de 
Passy dit:« te 29 mars \Ti^. jour de PdiHiet, 
Bernard de Hievx. seigneur de Passy. est mire 
dans Jiolre église alor.i qu'on chantait lierce ; 
notre curéDon h. ià est allé le recevoir avec 
t'aspersoir.puis l'a conduit auchamr ii la stalle 
des Seigneurs >; cela ressemble fort à une intro- 
nisation ou réception de bienvenue, 

BouLAinviLLiF.RS (A une -Gabriel- Henri itr.nNARn, 
marquis de), fils du précédent. Prévôt de Paris 
sous Louis XV et Louis XVI, seigneur depuis la 
fin de l'année 174S. Céda vers 1747 son château 
à vie (mais non ses droits) au fermier général le 
Riche de la Pouplinière. Apm la mort de ce der- 
nier (S décembre 1762), il rentra en possesioD de 



25o 



HISTOIRE DU XVI* ARRON 



son chAteaa et, plus tard, le céda de 
vie aa doc de Penthièvre. M. de 
d'après certains biographes, «mvbC en ijrison en 
4793 ott i7d4; d'i^Pèf Vautres, il vivait encore 
«■ IWI. ÉMffii loi, le château fut acheté par 
JL GabalCastel, ancien notaire de Paris, qui le 
revendit en 4826 à des spéculateurs qui le dé- 
molirent et créèrent alors le quartier Bîdulainvil- 
liers. 



LISTE DES MAIRES QUI ONT ADMINISTRÉ LA COMMUNE. 

Depuis rétablissement de cette magistrature 
(décret de l'Assemblée nationale du 44 décem- 
bre 4 789) jusqu à Tannexion (diaprés les aima- 
nachs nationaux, impériaux et royaux, Tannuaire 
dePassy de Lefeuve, etc.) 

Le Yeillard (Louis-Guillaume), ancien direc- 
teur et propriétaire des eaux minérales de Passy, 
écuyer, doyen des gentilshommes servants du Roi 
et ancien syndic municipal. Elu le 4*''' février 1790, 
fut guillotiné en 4791. 

Le D' Dussault, de 4791 à 4793. 

Devèze (Pierre), maître charpentier, de 4793 à 
mars 4795. 

Dussault, renommé le 4 4 mars 4 795 sous le titre 
d'agent municipal, reprit le titre de maire en 
4800 et administra jusqu'à janvier 4808. 

Amavet (Jean-Blaise), ancien capitaine d'infan- 
terie. De janvier 4808 à août 4845. Fut inhumé 
au cimetière de Passy. 

AuGÂDE Fleur Y (Josué-Alexis), notaire à Passy. 
D*août 4845 à août 4830. Fut inhumé au cime- 
tiére de Passv 

Delessert* (Gabriel), d'août 4830 au 44 fé- 
vrier 4834. 

Possoz (Jean-Frédéric), d'avril 4834 an 44 
mars 4848. 

Tard (Amédée), de mars à mai 4848. (Maire 
un peu fantaisiste qui se laissait voir, coiffé du 
bonnet phrygien et chaussé de gros^abots, garnis 
de paille plus ou moins fraîche.) 

Dauvergne (François-Fortuné), du 24 mai 4848 
à mai 1 4 852. Fut inhumé au cimetière de Passy. 

Possoz (Jean -Frédéric), deuxième fois, du 
24 juin 4852 au 4<" janvier 4860, date de l'an- 
nexion. Fut inhumé au cimetière de Passy. 



VACANCE DE SEICNEORIK 



CHAILLOT 

liste de SEIGNEURS AYANT EXERCÉ LA HAUTE, 
MOYENNE ET BASSE JUSTICE. 



(D'après l'Histoire de la Ville et de tout le 
Diocèse de Paris, par l'abbé Lebœuf.) 

Arrode (Jean), seigneur à la fin du xiii*^ siècle. 

Arrode (Nicolas), mort en 4346. 

Michel (Jacques), écuyer à la fin du xiv' siècle. 
Vivait encore en 4400. 

Bacheuer (Arnaud), neveu et successeur du 
précédent, seigneur jusqu'à 4438. 

HoussEL (Henri), avocat au parlement, sei- 
gneur depuis 4438, vivait encore en 4445. 



Goi DE Lévis, seigneur depuis 4450. Après lui, 
le fief revient à Louis XI, qui, en 4474, le donne 
à Philippe de (^mmines. 

CoMMiNEs (Philippe de), célèbre historien, de 
4 474 à 4509, date de sa mort. 




Armes de Philippe de Commines. 

De gueules au chevron d'or, accompan^né de trois 
coquilles d'argent. 



TnuMERT (Jean de), était seigneur en 4524. 

(jiEssÉ (Simon), général de la Cour des mon- 
naies, du 29 décembre 4576 à 1580, date de sa 
mort. 

Le Tonnelier de BRETEDiL(Jean), tuteur et cura 
teur des enfants mineurs de Simon Cressé, et Bar 
DON (Mathieu), avocat du parlement, seigneur 
du chef de sa femme (seigneurs intérimaires) 

Cressé (Philippe), fils de Simon Cressé, en 4583 
4588 (4). 

Gilles de Frksnoy, seigneur jusqu'à 4594 

Griffon (Jean), seigneur depuis 4594. 

Mme DR Castille, nlle du président Jearnin 
Jusqu'au 42 janvier 4630. 

Bassompierre (François de), maréchal de France 




Armes du Maréchal de Bassompierre. 
D'argent, à trois chevrons de gueules. 

seigneur de 4630 au 42 octobre 4646, jour où il 
mourut d'une attaque d'apoplexie. Fut inhumé à 
Chaillot. 

Religieuses de la Visitation Sainte-Marie de 
Chaillot (Les) eurent la haute justice depuis le 



(i) Notons en passant que a mère de Molière 
s'anpelaii Marie Cressé, et son f^and-père mater- 
nef Louis Cressé. Descendaient-ils des seigneurs 
de Chaillot? 



ANNEXES 



25 1 



iâ mai 1651, pais les jostices sobalternes, d«pim 
1686 et 1693; les ont eaes sans doate jusqu'à 
la RéTolutioD. Un prévôt, choisi par elles, exer* 
çait en leur nom. 

MAIRES DU XVI« ARRONDISSEMENT 

DEPUIS l'aMNEXIOII DE PASST ET d'aDTEUIL A PARIS. 

BoNjrEMAiNS (Henri-Pierre-Edouard, baron de), 
de 1860 à septembre 1870. 

Henri -MABnN < Bon-Louis), historien, de sep- 
tembre 1870 à 1871. 

GmoD (GnsUTe), de 1871 à 1879. 

He.^ri -Martin (Bon-Louis), deuxième fois, de 
1883 au 14 décembre 1883, date de sa mort. 

Marmottan (le docteur Henri-Joseph), maire 
actuel, succéda à Henri-Martin. 

Léopold-Mar. 



NOTES COMPLÉMENTAIRES 

SUR LES SEIGNEURIES DE PASSY ET DE CHAILIjOT 

Dans la liste ci-dessus donnée des seigneurs 
de Passy, nous avions d*abord omis de nommer 
M. d'Arsentière, qui fut seigneur jusqu'au 16 fé- 
Trier 1658, époque où — malgré son nom, qui 
semblait prédestiné — se trouvant dans une situa- 
tion des plus obérées, il céda son château et ses 
droits seigneuriaux à Claude Chahu, en échange 
de S. 900 livres de rente. 

En 1684, THétel-Dieu de Paris, qui avait hé- 
rité en grande partie des biens de la veuve de Claude 
Chahu, revendit la seigneurie à M* Jean Arnauld 
de la Briffe, alors maître des requêtes au Parle- 
ment de Paris, sur lequel nous arions peu de ren- 
seignements. Nous avions dit, sans plus de détails, 
3ue sa première femme, dame d'une grande piété, 
ont notre église s'était heureusement ressentie, 
était morte en son château de Passy, le 28 mai 1 686 . 
Nous ignorions alors Qu'elle était Marthe-Apiès 
Potier de Norion, fille de Nicolas Potier de Novion, 
célèbre premier président au Parlement de Paris 
et membre de l'Académie française. Un de ses 
frères, André, avait été également président au 
Parlement de Paris, et Jacques, un de ses autres 
frères, était devenu évèque de Sisteron en 1674, 
puis d'Evreux en 1681. On voit qu'elle était bien 
apoarentée. 

M. J.-A. de la Briffe se remaria quelque temps 
après arec Mlle Bonne Barillon d'Amoncoort. Une 
lacune existant au journal des Barnabites de Passy, 
nous n'arions pu suivre M. de la Briffe au delà de 
la fin de 169^ ; mais grâce aux Mémoires de Saint- 
Simon, nous savons aujourd'hui que M. delà Briffe, 
brillant maître des requêtes, était procureur géné- 
ral moins brillant depuis 1694 (1), et qu'il mou- 
Ci) Ici, Saint-Simon commet une erreur de date: 
dans un acte notarié du 7 février I691 que pos- 
sède notre collègue, M. Barre, il esldéjà qualiflé 
de procureur général ; il l'était, en elTet, depuis 

1689- 



ml seigoeur de Passy à la fin de l'année 1700, 
après «M lai^e maladie aggravée par le chagrin 
et les àèf99ti ^H ^miiéfn^m dans sa eharge, 
par le fait da premiei pi émàtÊâ Adâib <it Hariay, 
à l'esprit fin, mais des plus morèofli. 

En même temps que seigneur de Paasy, M. àb 
la Briffe était manpiisde Ferrières (Seine-et-Marne) 
et en possédait le château, qui, de nos jours, s'est 
beaucoup embelli depuis qu'il appartient aux ba- 
rons de Rothschild. 

Après la mort de M. de la Briffe, ce fat le fils 
atné de son premier mariage, Pierre Arnauld de 
la Briffe, également marquis de Ferrières,. né en 
juillet 1678, (fxï eut la seigneurie de Passy. Il 
épousa Françoise Brnnet de Rancy, devint con- 
seiller d'Etat et maître des requêtes, puis intendant 
de Bourgogne, Bresse, Bugey et pays de 6ex, et 
mourut à oyon, le 7 avriH740(l). Il n'avait pas 
conservé longtemps la seigneurie de Passy, car, 
d'après un acte notarié de 1711, que nous a gra- 
cieusement communiqué notre collègue M. Barre, 
nous voyons qu'à cette date c'était Orceau qui en 
était titulaire. Cet acte dit que, le 5 février 1711, 
Pierre Orceau, écuyer, conseiller, secrétaire dn 
Roy, maison, couronne de France, etdeses finances, 
seigneur de Passy, vendit à très haute et très puis- 
sante dame Olympe de Brouilly de Pienne, é[M>u8e 
du duc d'Aumont, pair de France et premier gen- 
tilhomme de la chambre du Roy, la partie supé- 
rieure d'une maison sise. en face delà propriété de 
ladite dame (emplacement delà rue Singer, n* 2), 
et qui masquait une partie de la belle vue qu'elle 
avait devant elle. Cette maison, dont elle n'achetait 
l'étage supérieur que pour le démolir, donnait d'un 
côté sur la rue Raynouard, appelée alors ancienne 
Grande-Hue ou rue Haute, et, de l'autre, avait 
en contre-bas un rez-de-chaussée contenant un des 
pressoirs à vin de la seigneurie, qui devait rester 
intact, et donnait sur la rue Berton, qu'on nommait 
alors ru^ delà Roche. 

Cette servitude de non-surélévation existe tou- 
jours pour la petite propriété susdite, ce qui a per- 
mis aux différents locataires, qui se sont succédé 
dans la maison d'angle de la rue Singer, n* 2 
(entre autres à la comtesse de Giresse-Labeyrie, 
à l'éditeur de livres de luxe J.-G.-D. Armengaud, 
et depuis longtemps à M. Marin, l'éminentet sym- 
pathique directeur général (2) des chemins de fer de 
l'Ouest), de jouir d une vue aussi belle qu'étendue. 

Quant au pressoir à vin de la seigneurie, qui 
devait rester à per(>étuité dans la petite maison 
d'en face, il dut émigrer sous la Révolution, car 
depuis on n'en a pas plus entendu parier que des 
vignes qui l'alimentaient, et qui se sont contentées 
de laisser leur nom à une rue du voisinage. 

On se rappelle encore que nous nons sommes 
étendu assez longuement sur le séjour oue fit, pen- 
dant une quinzaine d'années, M. de la Pouplinière 



(1) Nous devons les renseignements qui précè- 
dent à l'obligeance de M. le marquis de ba BrifTe, 
propriétaire du château de Neuville» près Hou- 
dan, et descendant en ligne directe de nos deux 
seigneurs de Passv. 

(2) C'est M. de Larminat qui est actuellement 
directeur de la Compaf?nie de l'Ouest; M. Marin 
est ingénieur en chef, conseil de celte Com- 
pagnie. 



252 



HISTOIRE DU XVr ARRONDISSEMENT 



aa chàteaa seigneurial de Passy, qae lai ayait cédé 
•à vie M. de Boulainvilliers, snr les fêtes qu'y donna 
ce fermier général, sur Torchestre qu'il v entre- 
tenait, sur la généreuse hospitalité qu'il y avait 
donnée à Rameau, à Gossec et à Marmontel, et 
surtout sur sa célèbre infortune conjugale de 1748, 
qui, bien dûment constatée, avait amené une sépa- 
ration définitive d*avec sa femme, petite-lille de 
l'auteur comique Dancourt. Une malheureuse expé- 
rience ne guérit pas toujours les hommes, et notre 
fastueux Turcaret, en dépit de sas soixante cinq 
ans, et sa première femme étant morte, avait, en 
i760, convolé en secondes noces avec une jeune 
fille de vingt et un ans, dont nous ignorions le nom. 
C'était une demoiselle de Gondran, issue d'une fa- 
mille du Languedoc. Elle était jeune, belle et cour- 
tisée, et son mari ne fut guère plus heureux avec 
elle qu'il ne Tavait été avec sa devancière. Gomme 
dit La Fontaine : 

Il avait pris sur ses vieux ans 
Femme jeune en toute manière, 
I! prit aussi soucis cuisants, 
Car Tun sans l'autre ne va guère. 

M. de la Pouplinière mourut le 5 décembre 4762, 
après avoir fait son testament à Passy même, le 
i«>' novembre précédent, ne se doutant nullement 
qu'il allait laisser sa nouvelle épouse dans une po- 
sition des plus intéressantes. Jugez-en ! un mois 
seulement après sa mort, sa veuve, plus ou moins 
désolée, mit au monde un fils dont on lui disputa 
la paternité ; de là, procès retentissant et long, 
qui, néanmoins, se termina par la reconnaissance 
juridique des droits de l'enfant. C'est alors qu'un 
mauvais plaisant proposa pour la tombe de la Pou- 
plinière, en faisant allusion à ses prétentions litté- 
raires, cette épitaphe que nous croyons devoir trans- 
crire de nouveau : 

Pour être auteur, ci-glt qui paya bien : 

Ces lia coutume. 
L'ouvrage seul qui ne lui coûta rien, 

C'est son posthume. 

Enfin, dans notre article sur Bassompierre, sei- 
gneur de Chaillot depuis 4630, nous n'avions pas 
suffisamment noté qu'avant lui c'était Mme de Cas- 
tille, fille du célèbre président Jeannin, qui détenait 
la seigneurie de Chaillot avec les droits de justice 
y afférant ; il est probable qu'elle l'avait eue de 
son père, qui lui avait donné tous ses biens, à la 
condition toutefois que s'il lui venait des enfants 
mâles, ils porteraient le nom de Jeannin et non 
celui de Castille (1). Ce M. Pierre de Castille, qui 
avait adjoint plus ou moins indûment à son nom la 
particule de, n'était, dit-on, qu'un ancien marchand 
de la rue Saint- Denis, pour lequel son beau-père 
avait obtenu différentes missions et même la charge 
de contrôleur général des finances. 

M. et Mme de Castille habitaient déjà Chaillot 
en 1618 ; Héroard, dans son Journal , cite, à la 
date du 18 janvier de cette année, une visite que 
leur fit le jeane Louis XIII. Peut-être possédaient- 
ils déjà la seigneurie, et nous ne serions pas très 
étonnés d'apprendre un jour que le président Jean- 



(\) Pour tourner la dirficulté, ils prirent le nom 
de Jeannin lie Castille. 



nin en ait été titulaire avant eux. Ce qui est certain * 
c'est qu'il eut une maison importante à Chaillot* 

L. Mab. 



TEXTE DE 

LA CHARTE PRIMORDIALE D'AUTEUIL 

DONT L*ORIGIXAL SE TROUVE AUX ARCHIVES D*AUTEUIL 



€ An nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. 
Ainsi soit-il ! 

€ Que tous présents et à venir sachent quel 
« échans^e fut fait et de quelle manière entre les 
€ chanoines des saints Ap6tres Pierre et Paul et 
€ de sainte Geneviève llUustre vierge, et entre les 
€ moines du monastère de Sainte-Marie-dn-Bec. 

€ Donc Etienne doyen et toute la réunion des 
« chanoines de la susdite église ont concédé an 
€ monastère de Sainte-Marie-du-Bec et aux moines 
€ qui y servent Dieu tout ce quMls avaient et tout 
« ce que d'autres tenaient d'eux, soit comme fief, 
€ soit de quelque autre manière, à Vemon-le- 
€ Château et au hameau de Gamilly et aussi tout 
€ ce qui a pu leur être enlevé auxdits lieux par 
€ violence ou par fraude, pour le posséder de droit 
« à perpétuité. Semblablement Guillaume abbé et 
« toute la congréi^ation du monastère du Bec ont 
€ concédé à TégUse de Sainte-Geneviève et aux 
« chanoines qui y servent Dieu tout ce qu'ils avaient 
« et tout ce que d'autres tenaient d'eux, soit 
€ comme fief, soit de quelque autre manière au 

< hameau d'Auteuil (apud Altoilum Villam) et 

< en la ville de Paris, en serfs et serves, en cens, 
€ en vignes et terre arable, avec les droits de 
€ justice et toutes les prestations qu*ils y avaient, 
« et aussi tout ce qui a pu leur être enlevé auxdits 
« lieux par violence ou par fraude pour le possé- 
€ der de droit à perpétuité. 

€ Les présents ont fait l'objet d'un acte public 
€ au chapitre de Sainte-Geneviève Tan mil cent 
« neuf de l'Incarnation du Seigneur, le iv des ides 
€ de janvier, sous le règne et avec la confirmation 
« de Louis roi des Français, l'an deuxième de son 
€ règne, et de Henri roi des Anglais et duc des 
« Normands, Van dixième de son règne. Présents : 
« Etienne, doyen ; Bernard, préchantre; Gislebert, 
« trésorier; Clair, prêtre ;Widon, prêtre ;Landric, 
€ Ursion, Robert, diacres ; Frédéric, Albert, Henri, 
€ sous -diacres; Gérold, Odon, Alberic, novices, 
« avec les autres chanoines. Des moines : Boson, 
« prêtre ; Baudoin, de Tournai ; Rodulf, cellerier ; 

< Richard, sous-diacre. Témoins pour les cha- 
€ noines : Henri l'atné ; Baudoin, cellerier, sur- 
« nommé Rustique ; Landric, camérier ; Germain, 
€ comptable ; Etienne, boulanger ; Belot, fils de 
€ Rainard ; Etienne Bidun. Témoins pour les 
€ moines : Guillaume, de Malleville ; Guillaume 
« de Bec-Richard ; Heldegar de Gournay. 

< Ensuite, le xvii des calendes de février de la 
« susdite année, les présentes ont été rapportées 
t et confirmées daqs le chapitre de Saiqte-Marie* 



ANNEXES 



253 



c dû-Bec. Présents dadit monastère : Gnillaame, 
« abbé ; Baidric, prieur ; Roger, préchantre ; 
€ Sefred, trésorier ; Rodolf, camérier, aTee les 
€ autres moines, et des chanoines : Clair, prêtre ; 
« et Gislebert, trésorier. Témoins pour les moines : 
« Gansfrid, prêtre ; Hugo, prêtre ; Guillaume, cha- 
« pelain ; Robert, mareschal ; Roger, cuisinier ; 
« Odon, cuisinier ; Gerulf, forestier ; Guillaume 
«de Saint-Sidoine; Aitard, fils de Robert. Pour 
< les clercs : Mainard et Belot. » 

M. Robert de Lasteyrie, qui a donné le texte 
latin de ce document dans le cartulaire général 
de Paris, estime, pour divers motifs, que Ton doit 
considérer la pièce comme datant plus probable- 
ment de janyier iilO (n. st.) que de Tannée ii09. 
Nous nous proposons de rechercher si le cartulaire 
de Tabbaye du Bec ne fournirait pas d'actes encore 
plus anciens se rapportant à Auteuil. 

E. Tabariès de Grandsaignes. 



PHILIPPE DE COMMINES 

ET LE 

MARÉCHAL DE BASSOMPIERRE 



seigneurs de ghaillot 



Dans la liste des seigneurs de Ghaillot, il en 
est deux tout à fait remarquables : Philippe de 
Commines, le célèbre historien, et le fastueux et ori- 
ginal maréchal de Bassompierre. Malheureuse- 
ment, on ne trouTe guère de détails sur Philippe 
de Commines en tant que seigneur de Chai Ilot ; il 
parle peu de lui dans ses Mémoires. 

Né en 1445 au château de Commines, à 13 kilo- 
mètres de Lille, il fut éleyé à la cour de Phi- 
lippe le Bon, duc de Bourgogne, et devint le.com- 
Çagnon des plaisirs de Charles le Téméraire. En 
472, il quitta le service de la maison de Bour- 
gogne pour s'attacher à Louis XI, qui Ten récom- 
pensa en le nommant conseiller, chambellan, 
prince de Talmont, seigneur d'Argentoo, etc., et 
lui donna en 1474 la seigneurie de Ghaillot, qui 
devait être alors de bien peu d'importance. Après 
la mort de Louis XI en 1483, la récente Anne de 
Beaujeu, sachant que Commines avait pris part an 
complot des princes, le fit arrêter et empnsonner 
pendant trois années, sur lesquelles il passa huit 
mois à Loches, enfermé dans une cage de fer. 
Charles VIII, malgré les services que lui avait 
rendus Commines, se montra peu reconnaissant, 
et Louis Xn encore moins; aussi Commines, dé- 
laissé, se décida-t-il à occuper ses loisirs forcés 
en se faisant Thistorien impartial des faits dont il 
avait été témoin, ce qui lui mérita le titre de nou- 
veau Tacite. C'est peut-être alors qu'il joignit 
cette belle devise à ses armes : Qui non laboret, 
non manducei, Philippe de Commines conserva 
la seigneurie de Ghaillot jusqu'à sa mort, arrivée 
le 16 août 1500, en son château d'Argenton^ Son 



corps fut transporté i Paris, dans une chapelle 
du couvent des Grands-Augustins, et le monu- 
ment sur lequel il était représenté ainsi que sa 
femme, Hélène de Ghambes Montsoreau, sauvé 
sous la Révolution par Alexandre Lenoir, se voit 
actuellement au musée du Louvre. 

François de Bassompierre, sur lequel nous som- 
mes beaucoup plus renseignés, naquit au château 
d'Harouel, en Lorraine, le 12 avril 1579, jour de 
Pâques fleuries, arriva à Paris en octobre 1598 
et obtint peu de temps après ses entrées à la cour. 
Son éducation avait été très soignée, il avait étudié 
avec beaucoup de succès la philosophie, le droit, 
la médecine et même l'art de la ^erre, malgré 
le dire de Tallemant des Beaux, (jui prétend qu't( 
la savait comme un homme qui n'en a jamais 
ouï parler. Toujours est-il qu'il était brave. 
Outre les lanjiues anciennes, Bassompierre savait 
au moins trois langues vivantes, le français, l'alle- 
mand et l'italien, et devait être bibliophile, car il 
s'était fait faire un Ex libris — chose peu com- 
mune alors — dont on conserve un exemplaire 
an cabinet des Estampes de la Bibliothèque Natio- 
nale. Ajoutez à ces qualités qu'il était beau de 
visage et de prestance, très libéral, même envers 
ses gens, fort galant avec les dames, qui l'en 
récompensaient ; enfin, type parfait du gentil- 
homme d'alors ; il fut un des seigneurs les plus 
brillants de la cour de Henri IV et de Louis XIII 
et l'homme de son temps qui eut le plus de bril- 
lant et de vivacité dans l'esprit. Sa réputation 
était telle qu'on avait fini par appeler partout des 
Bassompierre les gens de bonne mine et de bonne 
tenue. 

Bon chien chasse de race; aussi Tallemant des 
Réaux dit-il de lui : « // avait de qui tenir pour 
aimer les femmes et dire de bons mots, car son 
père s'en mêlait. » Parmi les trop nombreuses 
aventures galantes qu'on lui attribue, nous n'en 
retiendrons qu'une, qui lui suscita bien des désa- 
ffréments : ce fut sa liaison, dès 1608» avec 
Marie-Charlotte de Balzac d'Entragues, sœur de 
la marquise de Vemeuil. Un fils naquit de cette 
union le 17 août 1610. Quelques années après, 
Bassompierre eut un instant la velléité cie se 
rendre aux sollicitations de M^^" d'Entragues, qui 
voulait l'amener à l'épouser ; un premier ban fut 
publié le 3 avril 1615 à l'église Saint-Paul, et le 
Ti mai suivant, leur fils, Louis de Bassompierre, 
âgé de cinq ans (1), fut baptisé dans la même 
église et inscrit en tontes lettres sur les registres 
de cette paroisse, fils de Messire François de 
Bassompierre, etc., présent ; et de dame 
Marte-Charlotte de Balsac (sic) sa femme. — 
Que se passa- t-il depuis ? On l'ignore. Bassom- 
pierre craignit-il d'aliéner sa liberté ? C'est pro- 
bable; aussi rétracta- t-il son commencement 
d'engagement ; de là procès sur procès qui durèrent 
huit ans. Cité devant l'official de Paris, il fut 
condamné à épouser M"® d'Entragues, mais ne se 
soumit pas.La cause fut alors renvoyée au Parle- 

(i) Louis de Bassompierre entra dans les ordres, 
devint évoque de Saintes le C décembre 16^8, puis 
aumônier de Pliilippe d'Orléans, frère de 
Louis XIV, et mourut dans son diocèse le i" juil- 
let 1O76. La Gnllia chriatiana en fait un grand 
éloge. 



254 



: XVI" ARRON DISSE»! E^T 



ment de Rooea. Peu sûr du succès et pour solli- 
citer ses juges, Bissompietre s'y fit suirre de 
deax cents de ses amis imi raccompagnèrent chez 
tons tes conseillers du Parlement, co qui amena 
des rixes dans les rues avec les partisans de 
M"° d'Eolragues. KoRd les juges, effrayés el 
circoDvenns par les intrigues de la reine mère 
(Marie de Medicis). qni avait pris parti pour Bas- 
sompierre, donnèrent gain de cause i ce dernier ; 
mais, malgré cet arrêt, M"' d'Ëntra^ues persista 
jusqu'ï sa mort à porter le nom de U"' la maré- 
chale de Bassom pierre. < raime autant, puis- 



motfon dite Beavregard, ttte à Chaillot, joi- 
finant le cloi de» Uinime* de Nweon, plut, 
la Haute Justice, apparlenaneei et dépendances 
d'icelle et autres droits de juridiction, avec 
tout les meubles qui sont dans ladite maison, 
moyennant la somme de 80.495 livres ISliott. 
Bassomperre paya comptant 53, 375livres15 sais 
et. pour les 37.650 livres restant, constitaa à 
Qiarlolte Jeannin 4.696 livres 17 sob 6 deniers 

Ifuaud Anne d'Autriche apprit celte icqaisition, 
elle lai dit : « Hé ! pourquoi avei-votis acheté 



Bas^onipier 



qu'elle veut prendre un nom de guerre, disait 
ironiquement ttassom pierre, qu'elle prenne celui- 
tii qu'un autre. » 

Bassompierre se distingua dans la plupart des 
guerres que Henri IV et Louis XUI eurent isoule- 
nir. fut nommé colonel des Suisses et de 503 
rettres en 16U et maréchal de France en i6ii. 
Depuis, il Tut enrové en ambassade extraordinaire- 
en l'^pagne en 1624. en Suisse en 4625 et en 
Angleterre en 4626. 

Nous voilà enfin arrivés au mois de janvier de 
l'année 163U, époque Dix il devint seigneur de 
Chaillot. par l'achat dn chAteau. luI se trouvait à 
peu près situé k la hauteur de la salle des letes 
du palais actuel du Trocadéro el avait été cons- 
truit par Catherine de Médicis. puis avait passé. 
dit-on, i la maison de (Irammont et appartenait 
alors à la lîlle du président Jeannin. Le contrat 
de vente el d'achat fut signé le 42 janvier entre 
dame Charlotte Jeannin (M™* de Casiilte) cl le 
maréchal de Bassompierre ; il porte : Une grande 



celte maison ? C'est un vide-bouteille. — Madame, 
dit-il. je suis Allemand. — Mais ce n'est pas être 
i la campagne, c'est le faubourg de Paris. — 
Madame, j'aime tant Paris, que je n'en vaudrais 
jamais sortir. — Hais cela n'est bon qu'A y mener 
des g... — Madame, j'y en mèuerai. >> bt il tint 

A peine devenu seigneur de Chaillot, il fut 
envoyé de nouveau en ambassade extraordinaire 
en Suisse, avec une provision du roi de 340.000 
livres; il s'y montra tout 1 fait gentilhomme bon 
enfant. Il avoue naïvement dans ses Uéinoires 
qu'il se rendit plusieurs fols malade par suite de 
dëbauclies ; mais une saignée, suivie d'une bonne 
pnrgalion. le remettait sur pieds. Le jour de son 
audience de congé, les députés des tieiiecanlons 
lui offrirent un festin d'adieu, puis lui firent la 
conduite. Au moment du départ, Bassompierre 
leur propose galmeni do boire le vin do c«up de 
l'élrier. Ils envoient chercher leurs grands verres : 
« yoit, non. dit ooire ambassadeur, le vin de 



ANNEXES 



255 



Vétrier doit te boire dan» une botte, » Et il se 
fait retirer une des siennes qn^on remplit de Tin, 
il y boit treize bonnes gorgées à la prospérité des 
treize cantons, pais la passe tour à tour aux treize 
dépotés, qui la rident entièrement. Tootes les 
excentricités auxquelles s'était livré Bassompierre 
pendant ses quatre mois d'ambassade, et surtout 
la manière originale dont il avait fait ses adieux, 
excitèrent tellement lenthousiasme des Suisses, 
qu'un monument populaire en consacra longtemps 
le souvenir : c'était l'enseigne d'un bottier, que 
l'on voyait encore à Berne au siècle dernier, et 
qui portait une immense botte à la Louis XIll 
avec cette inscription : A la botte de Bassom" 
pierre. 

De retour à Chaillot, Bassompierre fit faire à sa 
maison des embellissements considérables et la 
décora de peintures tant soit oeu lé|;ères. Onand, 
en 1652, les religieuses de la Visitation en prirent 
possession, ces peintures existaient encore; mais 
l'innocence et la modestie de ces pieuses filles les 
empêchèrent d'y voir ce qu'elles avaient de répré- 
hensible, et ce ne fut que plus tard qu'on se 
décida à les couvrir ou à les effacer. 

Ce fut probablement au moment de l'acquisition 
de son château et de sa seigneurie de Chaillot, 
que, pour en rendre l'accès plus facile et plus 
agréable, Bassompierre fit construire i ses trais 
un parapet en pierres do taille tout au long du 
Coors-la-Reine, pour le préserver des crues de 
la Seine, ainsi qu'un pont de pierre sur le fossé 
de la ville. 

Le i5 novembre 1630, Bassompierre pendit 
dignement la crémaillère dans sa nouvelle demeure, 
en compagnie de son beau-frère, le brave maré- 
chal d'Ëpinay de Saint-Luc, et du maréchal 
Charles de Créqui, duc de Lesdiffuières, accom- 
pagné de son fils aîné François de Créqui, comte 
de Sault. On aurait pu appeler ce dîner, le dîner 
des maréchaux présents et futurs, car le 
comte de Sault devint lui-même maréchal de 
France en 1668. 

Bassompierre ne faisait pas assez fi de la bonne 
chère, aussi à cette époque était-il devenu déjà 
quelque peu obèse. M. de La Rochefoucauld, le 
rencontrant un jour,daas un certain état d'ébriété, 
lui dit : < Vous voilà gros, gras, gris, — Lt 
vouSj lui répondit-il, vous voilà teint, peint, 
feint, » La Rochefoucaud avait peint sa oarbe. 

Ce pauvre maréchal de Bassompierre n'était 
guère installé à Chaillot aue depuis un an, quand, 
le âS février 4634 , le cardinal de Richelieu, auquel 
il portait ombrage, le fit arrêter et conduire à la 
Bastille (4). A la nouvelle de son arrestation, la 
princesse de Conti, Louise-Marguerite de Lorraine, 
avec laquelle on prétendait qu'il était marié se- 
crètement (2), mourut de saisissement et de dou- 
leur, et un journal de la cour affirme que Bas- 
sompierre fut fort regretté dans Paris, à cause 
de la candeur de son bon naturel. C'est à sa 
longue détention que nous devons ses mémoires, 
dans lesquels il nous apprend qu'avant son entrée 



(i) 11 avait alors i.6o(>.u)o frnn<*s de ilettes. 

(2) Bassompierre avait un tils <le Marguerite ^e 
Lorroîne, veuve du prince de Conli, et qui mou- 
rut peu de temps après lui. 



dans la forteresse, il avait brûlé 6.000 lettres 
d'amour, pour ne pas compromettre les femmes 

3 ni les lui avaient écrites. Pour occuper les loisirs 
e sa captivité, non seulement il écnvait, mais il 
lisait beaucoup. Un jour MalleviUe, son secré- 
taire (4), étonné, le surprend lisant l'Ecriture 
Sainte : « Que clierchexr-vous donc dans ce 
Hure, monseigneur ? » Et Bassompierre regardant 
la porte : « Je cherche, dit-il, un passage,., que 
je voudrais bien trouver, » Plusieurs fois pen- 
dant sa détention, Bassompierre, un peu malgré 
lui sans doute, consentit i prêter son château de 
Chaillot à Richelieu, qui n en fut guère recon- 
naissant, car notre malheureux prisonnier ne 
{>artit de la Bastille que le 49 janvier 4643, après 
a mort du cardinal. 

Enfin dans l'arrière-saison 
La fortune d'Armand (-j) s'accorde avec la mienne, 
France ! je sors de ma prison 
Quand son Ame sort de ta sienne. 

Tel est le quatrain que Pierre Maynard met 
dans la bouche de Bassompierre délivré, et dont 
le troisième vers contient l'anagramme de son 
nom, à une lettre près. 

Une des premières visites de Bassompierre fut 
pour Louis aUI, qui, le trouvant vieilli, lui demanda 
son âge. € Cinquante ans, sire. — Comment, cin- 
quante ans ! — Oui, sire, je retianche les douze 
années passées à U Bastille, puisque je ne les ai 
pas employées au service de Votre Majesté. » Ces 
douze années d'inaction avaient considérablement 
augmenté son embonpoint, si bien que, lorsqu'il 
reparut à la cour d'Anne d'Autriche, la reine lui 
dit en plaisantant : < Maréchal, ouand donc 
accoucherez-votts ? — Madame, réponoit-il, quand 
j'aurai trouvé une sage... femme. » Elle lui pro- 
posa d'être gouverneur du jeune Louis XlY ; il 
déclina cet honneur, s'en excusant sur son âge, 
mais reprit sa charge de colonel des Suisses et 
sut bientôt rétablir ses affaires, qui avaient été 
un moment en fort mauvais état. 

Il avait alors soixante-quatre ans, était encore 
agréable et de bonne mine, et, comme on vient 
de' le voir, toujours lanceur de pointes et de quo- 
libets. Malgré son obésité, sa santé était excel- 
lente, mais il ne la ménageait pas assez, aimait 
trop le bien vivre et le bon vin, même le clairet 
de sa seigneurie de Chaillot, alors assez estimé. 
Les melons et les pêches pavies étaient son régal 
favori ; il en abusait. 

Uuand Marie-Louise de Gonzague, fille du duc 
de Nevers, épousa, en 4646, Ladislas IV, roi de 
Pologne, celui-ci envoya en ambassade, pour la 
célébration du mariage par procuration, un cer- 
tain nombre de seigneurs polonais. Ces riches per- 
sonnages, logés au Palais-Royal, mangeaient le 
plus gloutonnement et le plus malproprement du 
monde, ce qui excitait fort te curiosité des Pari- 
siens ; ajoutez à cela que plusieurs d'entre eux 
eurent la malencontieuse idée de s'affubler à la 
française et de se couvrir de perruques qui ache- 
vaient de les rendre grotesques. I^ur originalité 



(i) Claude de Mallcville devint un des quarante 
do l'Académie rrnii(;aise. 
(2) Prénom du cardinal de Richelieu. 



256 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



plat natoreOement à Rassompierre, qoi tint à les 
recevoir et à les traiter en grand seigneur dans son 
château deCbaiUot. € Le régal fut fort honnête, 
rien ne mawiuait au festin, on y bot même 
pins que de raison : egregie », dit Tallemant des 
Réaox. 

Cette réception à Chaillot dat être une des der- 
nières. Bassompierre étant allé voir le maréchal 
de Vitry, son ancien compagnon de détention, à 
son châteao de Goubert, près de Proyins, v fat 
frappé pendant son sommeil d'ane attaqae d apo- 
plexie, le 42 novembre 1646 (i). Sa mort avait 
été si donce, qa*on le trouva le matin dans la 
posture où il avait Thabitude de dormir, une main 
sous le chevet de son lit à Tendroit de sa tète, et 
les genoux légèrement relevés. Son corps gros et 
gras, ballotté par les ornières de la route, fut 
ramené en assez mauvais état à Chaillot, où, sui- 
vant son désir, il fut inhumé. 

Il y avait alors à Chaillot, et depuis fort long- 
temps, une chapelle êcigneuriale, qui fut agrandie 
et érigée en paroisse sous le vocable de Saint- 
Pierre, en i659, quand cette commune devint 
faubourg de Paris (2) ; ce fut probablement dans 
cette chapelle ou dans son caveau que fut inhumé 
Bassompierre. 

Au résumé, sous un tel seigneur, fastueux mais 
généreux, juste et bon pour les humbles, et de 
plus gai et bon enfant, ce qui ne gâte rien, les 
habitants de Chaillot ne dorent pas être trop mal- 
heureux ni subir bien rigoureusement les droits 
de haute, moyenne et base justice dévolus à un tel 
seigneur et maître, qui certainement n'en abusa 
pas et dut être fort regretté de ses administrés. 

Léopold Mar. 



PARIS DEPUIS SES ORIGINES 

JUSQUE NOS JOUBS 

Notre savant collègue M. E. de Ménorval vient 
de donner au public le troisième volume de son 
Hisloire monumentale de Paris depuis ses ori- 
gines jusqu'à nos jours, 
' J*ai déjà eu Thonneur d'entretenir la Société 
des deux premiers tomes de cette publication. 

En avançant, à la suite de M. de Ménorval, dans 
cette étude historique, Tintérèt, loin de diminuer, 
s'accroît, s'il est possible, de toute la curiosité 
qu'éveillent des événements plus modernes et dont 
nous saisissons mieux les ramifications avec l'his- 
toire que nous vivons nous-mêmes aujourd'hui. 

Ce volume commence à l'avènement de Henri IV 
et va jusqu'à la mort de Louis XIV, en 17i5.C'est 
une des périodes les plus glorieuses de notre his- 
toire : celle où la monarchie atteignit son apogée, 
où la France devint vraiment la grande nation ; 
celle aussi où Paris, s'embellissant de monuments 



(i) Son pÎTC éUtit mort ^U' In niomc façon. 
(:!j L'éLMise Sainl-Pîcfro-de-Clialllot a t^uhi bien 
«IcM niooificalions, mais n'a pa» changé de place. 



grandioses, s'est enrichi de ces cheCs-d'œovre qui 
font encore l'admiration de tons les artistes. 

Siècle illustre entre tons, où les hommes d'Etat 
s'appelaient Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert 
et Lonvois ; où deux grands rois, Henri IV et 
Louis XIV, malgré leurs fautes et leurscriiiies,hono- 
raient les fleurs de lys de France ; on lespoètesse nom- 
maient Corneille, Racine, Molière ; où la chaire des 
Eglises résonnaitdes tccentsdes Bourdalone et des 
Bossuet ; où les arts comptaient une pléiade incom- 
parable de peintres et de sculpteurs nés sur le sol 
de la France ! 

Mais, dans l'histoire des peuples comme dans 
la vie des individus, les jours heoreux sont pré- 
cédés et suivis de deuils et de misères. Après les 
gloires du içrand siècle, voici les morts répétées 
dans la famille royale, les défaites, les raines, la 
famine. 

Avant les années heureuses du règne de Henri IV, 
il y avait en ces longs mois où le roi légitime avait 
été obligé de conquérir son royaume sur ces ligueurs 
trop souvent unis à l'étranger. 

A tous ces moments de la vie nationale» Paris a 
la part prépondérante qu'il a toujours eue dans 
notre histoire. H faut lire, dans l'ouvrage de M. do 
Ménorval, cette relation du siège de Paris en 
4590 (i)où, leroi étant à Chaillot, nous voyons se 
dérouler devant nous un spectacle que nos yeux, 
hélas ! ont pu comtempler il n'y a pas trente ans. 

Déjà, on mangeait les chevaux, les chiens, les 
rats ; une boullie épaisse remplaçait le pain. Les 
viellards comme les enfants à la mamelle mouraient 
d'inanition. On formait les projets les plus extra- 
vagants ; et, quand on vit que la cité allait se 
rendre, il y eut, à cette date aussi, des Français 
qai proposèrent de brûler l'Hôtel de Ville et le Par- 
lement ! 

Si j'ai insisté sur cette partie du livre de M. de 
Ménorval, c'est que, pour notre génération, die 
est presque encore d'actualité ; c est aussi parce 
qu'elle montre bien ce que furent des Parisiens à 
toutes les époques de leur histoire. 

Tout le reste n'est pas moins attachant: entrées 
solennelles des rois, fêtes populaires, mœurs et 
usages de la bourgeoisie et du clergé, intérieurs 
des grands seigneurs, toute la vie de la Cité pen- 
dant près de cent cinquante ans se déroule ainsi 
devant nous dans un décor mouvant et curieux. 

Aussi, ce gros volume, qu'on ouvrirait avec 
crainte, si l'on n'avait rexpérience de ses atnés,se 
ferme-t-il en laissant le regret qu'il soit si tôt 
fini. 

Antoine Guillois. 

Voici maintenant, textuellement reproduits et 
parfois légèrement rectifiés dans des notes, les 
passages de Paris depuis ses onçines jusqu'à nos 
jours (t. III) qui intéressentl'histoirede nos quar- 
tiers : 



(i, A oc propos, il réfute cette léjrende d'Hen- 
ri IV, faisant posser de la nourriture aux Pflri- 
siens. La vérité est que les oniciers et les soldat» 
de l'armée ro^'ale trouvaient ainsi un moyen de 
se procuHîr larjrent qu'ils ne recevaient pas du 
roi, dont les caisses étaient vi<lcs. 

<Jue d'erreurs sont ainsi relevées et détruites A 
chaque paj^e de ce volume î 



ANNEXES 



•257 



P. 7 et 8. — Le U août 1588, poar fêter 
di^ement l'anniversaire de la Saint-Barthélémy, 
hait ligueurs et ligueuses s'embarquèrent sur la 
galliote, à Passy ; on les vit débarquer au bas de 
Saint-Cloud, gravir la cOteet, arrivésdevantréglise, 
s'étendre à terre afin de racler le sol de leur 
langue sur le lieu du supplice et de rapporter avec 
eux quelques parcelles des cendresdusaintmartyr. 
A leur retour, la Seine,subitement agitée, se sou- 
leva, engloutit la barque, « et tous furent noyés 
près du couvent des Bonshommes », sans que les 
reliques Qu'ils rapportaient de leur saint aient eu 
la vertu de sauver un seul d'eux du naufrage. 

P. 279 et note. — Le village de Chaillot, favo- 
risé par la présence de la reined'Angleterre,Uen- 
riette, qui y avait fondé en 1651 un couvent de 
filles de la Visitation^ dans l'ancienne maison 
de Bassompierre, fut érigé en faubourg par arrêt 
du Conseil deiuiliet 1659. 

Note. — Cnailiot fut érigé en faubourg sous le 
nom de faubourg de la Conférence, dans le but 
d'augmenter ses revenus par le changement des 
tailles en droits d'entrée. Lesouvriers et marchands 
de Chaillot furent déclarés exempts des lettres de 
maîtrise malgré les poursuitesqu' avaient voulu exer- 
cer contre eux les gardes-jurés des communauté." 
d'arts et métiers de Paris. L'église date du 
xii^iécle,mai8elleaété complètement reconstruite 
an xvii^, puis au xvm*. Sur le maltre-autel, on 
voyait un saint Pierre délivré de ses liens par 
un anqe. 

P. 284 et note. — Abbaye de Sainte-Gene- 
viève, rue de Chaillot. Les cnanoinesses de Sainte- 
Geneviève, établies à Nanterre, furent tranférées 
à Chaillot en 1659. Elles appartenaient à l'ordre 
de Saint- Augustin. 

Note. — Cette abbaye de la rue de Chaillot 
est très connue sous le nom de Sainte- Périne, 
qu'elle doit à des religieuses de la Villette qui y 
vinrent en 1746. Supprimée en 1792,elle devint, 
en 1800 (1), une maison de sauté payante pour 
les deux sexes. Atteinte par les percements de 
voies nouvelles, elle a été transférée, en 1865 (2), 
rue Mirabeau (3), à Auteuil. 

P. 285 et note. — 11 y avait au basde Chaillot, 
au lieu dit la Savonnerie, un petit hospice d'en- 
fants construit par Marie de Medicis ; la chapelle 
était sous le vocable de Saint-Nicolas. Le nom de 
la Savonnerie est resté célèbre par la manufacture 
de tapis de Perse que Henri IV établit en cet en- 
droit. Elle fut réunie aux Gobelinsen 1828. La 
Manutention militaire occupe aujourd'hui l'em- 
placement de la Savonnerie. 

P. 308 et 309. — Au mois d'août 1651, le 
sieur de Monbrun-Souscarrière fit voir au roi 
et à son frère, < en la rivière de Seine, au-dessous 
de Nigeon et Chaillot, une espèce de ballet de 
tritons et sirènes par des hommes ayant tout 



(i) En 1800, sous l'influence «le Joséphine Bona- 
parte. I*arrai len premiers souscripleurs flgureiil 
• le Premier Consul » al m Madame lionaparlea. 
Nous sommeâ donc avant l'Empire. 

(2^ La date de 18G0 est inscrite au fronton du 
bâtiment principal. 

(3) L'entrée principale est rue Chardon-Laj^a- 
rhe, n* 11 : cette voie, en 1860, s'appelait rue de la 
Municipalité. 



le bas du corps dans des figures de queues de poisson 
soutenues par des vessies, en sorte que ces per- 
sonnages ne montrent que leur haut, qui est de 
figure humaine. » 

Un spectacle plus curîeux avait intéressé « force 
gens de la Cour », le lundi 15 mai (1651) : une 
course entre le prince d'Harcourt et le duc de 
Joyeuse, € sur chevaux nourris depuis trois semai- 
nes au village de Boulogne ainsi que l'on nourrit les 
chevaux de course en Angleterre, de pain fait 
avec anis et faverolles et, les deux derniers 
jours, de deux ou trois cents œufs frais. Ils menè- 
rent leur course de la barrière de la Meute on 
Muette y sur le chemin de Saint-Cloud, en reve- 
nant par le ch&teau de Madrid. Le prince d'Har- 
court, vêtu d'un habit fait exprès et très étroit, 
un bonnet en tète juste et ses cheveux dedans, 
ayant trois livres de p'omb en sa poche pour peser 
autant que le maître d'Académie, le Plessts du 
Yernet, qui courait en place du duc de Joyeuse. 
Au tournant de Madrid, le Plessis prit le devant 
et, arrivant cent pas avant l'autre à la barrière 
de la Meute, gagna le prix ». 

P. 479. — (Lors ae la seconde dispersion de 
Port-Royal, en août 1664, une religieuse jansé- 
niste fut envoyée à (Caillot.) La supérieure de 
Chaillot. la mère de La Fayette, combla d'égards 
celle qu'on lui imposa. 

P. 502, note 3. — L'historien Mézeray avait 
une maison de campagne à Chaillot. 

P. 550, note. — Molière était à sa maison 
d'Auteuil, le W juillet 1672, lorsqu'il signa le 
bail de la maison de la rue de Hichelieu, oti il 
devait mourir six mois plus tard. 

P. 5i9, note. — Marie deChampmeslé mourut 
le 15 mai 1698, à Auteuil, dans le voisinage de 
Boileau, et fut inhumée le 17 mai à Saint-Sulpice. 

De plus, je dois signaler, dans le plan joint à 
l'ouvrage de M. de Ménorval, quelques erreurs de 
position, relatives : 1° à la Savonnerie, qui était à 

Sauche du ruisseau (qui se jetait près du pont 
e l'Aima actuel), et non à droite; S"» aux Filles 
Sainte-Marie et aux Bonshommes, qui étaient aux 
pieds de Chaillot et de Passv, et non aux pieds 
d'Auteuil ; et 3<> enfin, à l'église N.-I). d'Auteml 
(n° 15 du plan), qui était beaucoup plus rappro- 
chée de la rivière que le plan nel indique. 

Mais ce sont là des erreurs tout à fait insi- 
gnifiantes, et je m'excuse de terminer ainsi par 
une critique, quel(|ue minime qu'elle soit, l'ana- 
Ivse d'un livre qui procurera à ses lecteurs tant 
de moments précieux et charmants. 

Antoine Guillois. 



SOUVENIRS ANGLAIS 

SUR CBAILLOT ET LE BOIS DE BOULOC.NE 



LBS BONNES HOMMES 
LA FAMILLE DES STUARTS 

Joho Evelyn, Esq., auteur de plusieurs ou- 
vrages sur des sujets variés : La Navigation et 

»7 



258 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



le Commerce; Sylva ; les Mystères réoélés du 
cabinet de toiustte des dames, etc., grand 
Toyagear, amateur d^objets d*art, esprit carieax 
OUI savait regarder et ne ressemblait pas à ceux 
de ses compatriotes dont soufeot les caravanes 
bariolées parcourent Paris pour vérifier leur Mnr- 
ray on leur Baedeker, consignait dans un journal, 
régulièrement tenu durant quatre-vingt-deux ans 
(de 4624 à 4706), ses observations et ses souve- 
nirs. Il décrivait les monuments visités, les choses 
dignes de remarque, en Angleterre, en Italie, en 
France ; il racontait ses promenades, parlait des 
personnes qn*il avait rencontrées, et ((uelques-unes 
de ses notes concernent notre arrondissement. 

REVUE AD BOIS 

Le 13 avril 164i, Evelyn prend une voiture 
pour assister à une revue générale de tous les 
gendarmes de la ville, au bois de Boulogne, 
devant Leurs Majestés et les grands ; vingt mille 
hommes de troupe et encore plus de spectateurs. 
Les soldats y tirent tous leurs exercices et étant 
mis, cavalene et infanterie, en plusieurs forma- 
tions et figures, représentèrent une bataille. 

Dans sa gazette rimée, Loret, dix ans après 
(10 janvier 1654) nous décrit une autre de ces 
revues où les gardes, 

La plupart ayant bonne trogne 
Allèrent au bois de Boulogne, 
Où ce vaillant et brave corps, 
Des plus complets et des plus forU, 
Fit selon l'art et la milice 
Admirablement rezercice. 

Le roi parut en habit riche et pompeux, mieux 
paré encore par cette jeune ardeur guerrière 
qu*on voyait sortir de ses yeux . 

Le 27 février 1644, revenant de Saint-Germain 
à Paris, Evelyn passe par Madrid, puis il va aux 
< Bonnes Hommes », dontil admire la chapelle 
et la Bibliothèque. 

MADRID 

f.e 25 avril 1650, il décrit Madrid, les ter- 
rasses et les galeries, Tune au-dessus de l'autre 
jusqu'au toit, et les matériaux qui sont tons de 
terre peinte comme de la porcelaine de Chine, 
dont les couleurs semblent très fraîches et sont 
très fragiles. Il y a des statues et des reliefs de 
cette poterie, des cheminées et des colonnes au 
dedans et an dehors. Sous la chapelle est une 
cheminée au milieu d*une pièce, près de la salle 
des gardes. La maison est fortifiée par un fossé 
profond et a une vue admirable sur le bois de Bou- 
logne et la rivière. Pauvre Madrid ! Evelyn ne lo 
reconnaîtrait aujourd'hui aue par ce réverbère 
qui porte rinscription : Château de Madrid, 
Appartements meublés. 

LES C BONNES HOMMES » 

Le 23 janvier 1651, Evelyn va revoir les 
Bonnes Hommes qu'il décrit : Un couvent qui a 
un beau cloître où sont peintes les vies des ner- 
mites ; le jardin sur un rocher avec plusieurs des- 



centes, une belle vigne et une gentille vue sur la 
cité. On y élevait en ce moment dans la chapelle 
un magnifique autel, 24 janvier. 

Le lendemain, journée bien remplie : après avoir 
vu un dromadaire, une très monstrueuse bète qui 
ressemble beaucoup au chameau, mais plus grosse, 
et un saltimbanque, Evelyn fait une visite au 
frère Nicolas, que, sans lu, nous ne connaîtrions 
pas, et ce serait dommage. Il est le médecin, 
Tapothicaire, le chimiste du couvent. M. Anatole 
France en pourrait faire un joli conte de frère 
Nicolas, qui a guéri M . Senétan d'une maladie mor- 
telle, et, en reconnaissance de celte guérison, M. Se- 
nétan fait bâtir un autel monumental qui coûtera 
37.500 francs. Frère Nicolas conduit Evelyn dans 
son laboratoire, où il a une rare collection de re- 
mèdes spagyriques. Il est peintre aussi, peintre 
sur boites ; au lien d'y écrire les noms des 
drogues, il v représente, ainsi que sur les pots, 
les ngnres des drogues et des simples. Il monlre 
à Evelyn comme grande curiosité un peu de mer- 
cure, d'antimoine. 

Guy Patin, partisan de la purge et de la sai- 
gnée, n'aimait pas les « moines froquez et défro- 
quez, charlatans, chimistes, soufdeurs, apothi- 
caires et ton^iiam o^mi atu /ton ^< m/^ si mio« » , 
qui admettaient l'antimoine. € Jamais, dit-il, 
6 mai 1650, tête encapuchonnée ne fut propre à 
notre métier. » Guy Palin se trompait, frère Nico- 
las y était propre, et, grâce à lui, le couvent avait 
son'autel. 

LA VISIFATION DE SAINTE-MARIE 

Chose étrange, Evel)n, qui avait des sympa- 
thies pour Charles I*'', qui vit souvent Henriette 
de France, ne dit rien sur le séjour aue fit cette 
reine à Chaillot, ni sur le couvent qu elle y fonda, 
et oh vint faire des retraites, plus tard, cette 
autre reine d'Angleterre exilée, Marie de Modène, 
la femme de Jacques II. Elle légua au monastère, 
en (ouvenir d'elle et de son mari, une verge ou 
discipline dont Macanlay (Hist.,chap. vi) raconte 
ainsi Thistoire : 

A son avènement au tréne, le roi, déjà rema- 
rié, mais resté fidèle à sa maltresse Catherine 
Sedley, forma de bonnes résolutions, parla en pu- 
blic contre la licence du temps, annonça à la reme 
qu'il ue verrait plus jamais Mrs Sedley. Il man- 
qua à ses promesses et alors eurent lieu des scènes 
curieuses. La reine pleura, et les courtisans, qui 
assistaient à ses repas, virent remporter les plats 
sans qu'elle y eût touché. Les larmes ruisselaient 
sur ses joues en présence des ministres et des 
ambassadeurs. Evelyn fut à deux de ces dîners. 
< laissez-moi me cacher dans un couvent, dit- 
elle au roi. Vous êtes prêt à hasarder votre 
royaume pour l'amour de votre salut, et pourtant 
vous perdez votre salut pour l'amour de cette créa- 
ture. » La reine, raconte Burnet, assembla dans 
son appartement tous les prêtres qui avaient 
l'oreille de Jacques. Le roi fut appelé, et tous les 
Pères se jetèrent à ses pieds pendant que la reine 
éclatait en plaintes (1). Jacques II pendant quelque 

(ij D'après Macaulay. le Père Pètre, jésuite se 
jela Hcul aux genoux du roi. 



ANNEXES 



259 



temps eontinaa à rirre mal ; mais soayent il était 
bourrelé de remords, et, dans ses heures de re- 
pentir, il faisait sévèrement pénitence. U vengeait 
sur ses royales épaules les injures faites à la 
reine, il se frappait de cette discipline que la reine 
garda et laissa au couvent de Chaillot, dont Ma- 
caulay cite les manuscrits parmi ses sources. 

LA PRINCESSE dVnGLCTERRE 

Par quel bizarre enchantement, écrit Hamil- 
ton dans une lettre à la princesse d'Angleterre, 
fille de Marie de Modène, 

Par quel bizarre enchanlement 
La maison de feu Bassompierre, 
Cet homme jadis si jg^lant, 
Est-elle aujourd'hui le couvent 
Oui reçoit tout ce que la terre 
A de plus digne et de plus grond (1). 

Malgré la piété de la reine, la vie n'était pas 
austère à Chaillot. Hamilton, dans une épttre en 
vers, feint que les sœurs de Saint- Dominique de 
Poissy reprochent aux filles de Sainte-Marie de 
Chaillot de retenir parmi elles, au milieu des 
plaisirs, leurs hôtesses royales (p. 340) : 

Chez vous tout conspire à leur plaire, 
Amusements et soins divers 
S'offrent en prose comme en vers. 

Les amusements sont des éni^es ; on com- 
pose des devises. Les vers sont faits par des cour- 
tisans rimeurs de vétilles, et aussi par les reli- 
gieuses pour la fête de la princesse, par sœur 
Gabrielle, sœur Charlotte. 

Ma sœur Madelcinc-Marie. 
De qui l'autre nom va devant. 

Hamilton veut dire qu'elle s'appelait Marie- 
Madeleine. 

Hamilton avait écrit des couplets pour le même 
jour; le 2" finit ainsi, p. 418 : 

Chantons, nymphes de cette cour, 
Dans nos chants célébrons ce jour 

Sans cesse. 
A ces mots B... prit son ion 
Et flt, touchant comme Apollon 
Sa lyre. 
Les couplets de chansons 
Que Je vais dire. 

Suit la mention : couplets de MileB... Talnée. 
Qui est Mlle B...? 

Dans Fépltre des Œuvres, de Poissy, citant les 
religieuses poètes, Hamilton avait dit : 



U 



Ma sœur BuUion 

Dont je ne dirai pas le nom, 
Fait de vers une Icyriellc 
Qui seraient dignes d'Apollon. 

Pourquoi ne pas dire son nom ? Serait-ce parce 

?|n*il la faudrait nommer Mlle Bullion l'aînée et la 
aire paraître un peu plus âgée au moins que la 
cadette, qui était au couvent aussi ? Bullion l'aince, 
autant dire la vieille. 

11 faut citer ces vers dont Tauteur a été, par 
Hamilton, deux fois comparée à Apollon, une fois 



(1) Œuvres, p. 16a, vol. 3, éd. Paris, j8o3. 



à cause de la rime, et la seconde peut-être aussi 
(p. 419) : 

Air : Climat doux et paisible. 

Ornements de votre âge, 
Objet de nos chants, 
Recevez l'hommage 
De notre humble encens. 
Ce jour vous vit noitre 
Chaque autre a vu croître 
Vos attraits charmants. 

Sans la princesse, Mlle Bullion se déplaît au 
couvent : 

Sans vous la tristesse 
Y règne sans cesse : 
Tout est ennuyeux. 

Mais ouand la princesse est là, Mlle Bullion 
chante ; les forêts, les campagnes et les ruisseaux 
la voient dire aux oiseaux : 

Hôtes de nos bois, tour à tour 
Célébrez ce jour: 
Tout vous répondra 
O gai lan la! 

Mlle Bullion trouve naturel que son nom appelle 
à la rime Apollon. Pour elle-même et pour Ha- 
milton, elle y met sans modestie FHêlicon. 

Nous qui savons la roule 

De l'Hélicon, 
Nous qu'ici l'on écoute, 
Tendre Hamilton, 
Chantons vous et moi tour à tour 
Ce célèbre jour; 
Tout nous répondra : 
O gai lan la ! 



LE PRÉTENDANT ET SES MINISTRES FEMELLES 

En 171:2, la princesse d* Angleterre mourut de 
la petite vérole. « Tous ceux qui connurent cette 
jeune dame, dit un ennemi de la famille Stuart, 
l'évéque Burnet (Hist, de mon temps, p. S94, 
vol. 6, éd. La Haye, 173^, la regardaient comme 
une personne accomplie. Son frère, le prétendant, 
tomba malade de la même maladie, dont il 
échappa. Ceux-là mêmes qui ne parlaient du frère 
qu'avec peu d*estime faisait de la sœur un cas 
singulier. Il perdit en elle un grand appui qu'elle 
lui procurait de toutes les personnes qui rappro- 
chaient. » — L'histoire du frère est, elle aussi, 
lice à celle de Chaillot et du bois. 

En 1716, Bolingbroke, chancelier du préten- 
dant réfugié en Lorraine, était à Paris, chargé de 
soUiciier la cour de France en faveur de son 
maître. 11 était en relations avec une foule de Ja- 
cobites qui complotaient, se murmuraient à Foreille 
des secrets d'Etat, se montraient des lettres en- 
courageantes de leurs amis. 

La grande roue de la machine, dit Boling- 
broke dans ses Mémoires secrets (Londres, 1754, 
p. .HO, 2* partie) était une nommée Olive Trant. 
Klle habitait dans une petite maison du bois de 
Boulogne, près de Madrid. Elle avait rendu des 
services au régent. Elle avait ramené d'Angleterre 
une jeune personne que Bolingbroke n'avait pas 
connue, qui sans doute était fort belle. Elle fit par 
ce moyen la cour au régent. Le duc d'Ormond, 
le Vainqueur de Vigo, ancien vice-roi d'Irlande, 



26o 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



sortait souvent de Paris arec un grand air de 
mystère. Bolingbroke, afec qui il demeurait, se 
demandait si ces excursions avaient pour objet les 
affaires ou les plaisirs, et soupçonnait qu'il y avait 
des unes et des autres. Ormond allait au bois chez 
Mme Trant. Il y avait chez elle une demoiselle 
de Chausser^ qui Tassistait dans ses démarches. 
Celle-ci avait été tille d'honneur de Madame. Ces 
deux dames, avec Fabbé de Tésu, secrétaire du 
régent, avec une espèce de fou, ancien intendant 
de Normandie, et plusieurs autres politioues de bas 
ordre formaient ce que Bolingbroke appelle la Junte 
du bois de Boulogne, qui n^ociait avec le régent, 
avec Tambassadeui* d'Angleterre, avec les Hignlan- 
ders d'Ecosse, envahissait en imagination la Grande- 
Bretagne, et couronnait dans Westminster Théri- 
tier légitime du trône. Mme Trant reçut aussi Bo- 
lingbroke. A ce grand personnage ^ui s'était mis 
sous sa direction, au comte de Bolingbroke, pair 
d'Angleterre, ancien secrétaire d'Etat, ancien mi- 
nistre des affaires étrangères, signataire du traité 
d'Utrecht, écrivain distingué et philosophe de va- 
leur, cette aventurière remit un billet signé du 
régent, écrit en apparence à une dame, mais réel- 
lement adressé an comte de Mar, qui plus tard 
leva en faveur du prétendant l'étendard de la ré- 
volte. Do Mme Trant dépendit l'expédition du 
chevalier de Saint-Georges, la vie de milliers de 
braves gens. De sa maison du bois elle tenait les 
fils d'une conspiration en Angleterre et de toutes 
les intrigues jacobines en France, jusqu'à ce que 
le régent finit par trouver qu'elle l'excédait, lui 
rompait la tète et l'ennuyait à la mort. 11 repro- 
cha à Bolingbroke d'avoir traité avec elle. Il dé- 
savoua toutes les cabales et les coteries. Il n'avait 
jamais eu l'intention de soutenir le prétendant, 
mais ces intrigantes l'avait forcé par leurs impor- 
tunités à paraître s'intéresser à la fortune du 
chevalier, pour leur donner l'air d'avoir du cré- 
dit. Peut-être aussi était-il indécis, voulait-il mé- 
nager le prétendant et tenir toujours l'Angleterre 
embarrassée. 11 aurait pu empêcher la seconde 
expédition du chevalier qui, avant son départ, 
était resté quelque temps à Chaillot dans une mai- 
son de M. de LauzuD. Lord Stairs, l'ambassadeur 
anglais en France, apprit où il était et somma le 
gouverneur français Je l'arrêter. Mais le régent 
était décidé à ne pas savoir où se cachait le prince, 
et la police avait la mission, que, dit-on, elle re- 
çoit parfois, de ne pas le chercher et de ne pas 
le trouver. (V. Jobez, La France sous Louis XV , 
vol. I, p. 5^212, éd. 1864.) 

Le chevalier se plaisait sans doute à Chaillot. 
Thackeray fait dire de lui par un de ses person- 
nages, dans Henri Esmond, qu'il y avait une de- 
meure où il s'enterrait des semaines entières et 
avec toutes sortes de personnes de mauvaise com- 
pagnie. 

Ceux qui parlaient mal du prince avaient rai- 
son. Il ne valait pas qu'on se sacrifiât pour lui. 
Il avoua lui-même à Bolingbroke qu'à la mort de 
la reine Anne il avait fait quelques mouvements 
comme si son dessein eût été de s'embarquer pour 
l'Angleterre ; mais il n'avait pas envie d'y aller 
alors. La cour de France se fit un mérite de 
l'avoir empêché ; c'était une farce jouée de con- 
cert pour soutenir la réputation de son caractère. 



Il laissa ses partisans Tattendre et s'exposer poor 
lui. Le mensonge lui coûtait peu. Qaana il revint 
d'Ecosse à Saint-Germain, après sa malheureuse 
expédition, on le pressa de retourner en Lorraine. 
La France ne pouvait pas lui donner d'asile. Il 
n'était pas pressé ; il voulait voir le régent. Il 
sollicita une entrevue. Elle fut refusée. Alors il 
déclara à Bolingbroke ou'il partait, ses malles 
étaient faites. Il envoya dire aux ministres du ré- 
gent qu'il était parti. Mais, an lieu de prendre la 
poste, il alla à la petite maison du bois de Boulogne 
Où demeuraient ses ministres femelles, comme les 
appelle Bolingbroke. Il y resta quelque temps à 
se cacher. Il y vit des ambassadeurs, ceux d Ea- 
pagne et de Suède. 

Bolingbroke recevait pendant ce temps des 
lettres censées écrites par le prétendant en route 
et, sachant très bien à quoi s'en tenir, faisait 
semblant d'être dupe. Il renvoya par Ormond les 
papiers et les lettres qui lui turent redemandés, 
et déclara qu'il ne voulait plus rien avoir à démê- 
ler avec le prince. Il eût aussi bien fait de com- 
mencer nar là. On l'accusa de négligence, de trahi- 
son et d incapacité. 

Thackeray fait sur le chevalier de Saint-Georges 
cette réflexion : C'est pour des mortels comme 
ceux-ci que les nations souffrent, que les partis 
luttent, que les soldats combattent et versent leur 
sang. Des têtes courageuses tombèrent, et Niths- 
dale en fuite, et Derwentwater sur l'échafaud, 
tandis que riosoucieux ingrat, pour qui ils ris- 
quaient et perdaient tout, s'enivrait en mauvaise 
compagnie dans sa petite maison de Chaillot. 

Mme Trant, qui avait annoncé souvent qu'elle 
entrerait aux Carmélites, se reprit au monde par 
la politique et épousa un cadet de grande mai- 



son. 



Edmond Wahl. 



LE MONASTKRE ROYAL 

DE LA VISITATION DE CHAILLOT 
4651-1791 

EMPLACEMENT DU TROCADÉRO 

Monographie lue au Congrès des Sociétés 
Savantes le 8 avril i896. 



Sur le penchant du coteau qui forme aujour- 
d'hui le irocadéro, Catherine de Médicis s'était 
fait élever une riche maison de plaisance, qu'après 
elle on nomma la maison de Grammont. En jan- 
vier 1630, le maréchal de Bassompierre, seieneur 
de Chaillot, l'acquit de la fille du président Jeau- 
nin et l'embellit considérablement. Cinq ans après 
sa mort, le 12 mai 1651, les héritiers du maré- 
chal la revendirent à Henriette de France, troi- 
sième fille de Henri IV, veuve de Charles I'' 
d'Angleterre, qui désirait y établir des religieuses 



26l 



de 1* VisiUtioD de Sainte-Marie {i). L'auloriaa- 
tioD nécessaire pour rétablissement de ce conTent 
de fondation royale, donnée le ÎS jnla 1651, ne 
Tut enregistrée 'an Parlement qne le 49 janTJer 
16S2. Henriette de France lit alors approprier 
cette maison k st nooTelle destination, et telle 
elle resta jnsque ten 1700, ipoqnt ou la plopart 
des bltiments, ainsi que l'c^lise, forent recons- 
tniits, celle dernière aar les dessins de Gabriel, 
am frais da maréchal de larges et de son beaa- 
père. Nicolas de Frémonl, gante du trésor royal. 
L'inlCrieur de la noDTelle é);lise, de forme oelogo- 
Dale, ne fnt terminé qn'en 1760 : elle était très 
ricbeioent décorée, et l'on admirait fort sa grande 
porte. cber-d'(FDTre de serrurerie ; mais Germain 



l'ordre de la Visitation ne seront pas inutiles arant 
d'arriver i la partie eiclunTement historique de 

notre cooTent. 

Koodè eu 1610 i Annecy, par saint François 
de Sales et M"" de Chantai, cet ordre ne fut k 
l'origine qo'un refoçe pour des veuves et des 
femmes maladives qui ne faisaient qne des vitui 
simples et se dévouaient au soulagement des 
pauvres malades. Plus tard, saint trançois de 
Sales érigea cette congrégation en ordre monas- 
tique et affranchit les aouielles religieuses des 
austérités ordinaires du cloître, les dispensant 
des Jeûnes rigoureux et des oIRces nocturnes. 
L'ordrose composait de 1 mis sortes de religieuses: 
lescAt>n'ï/«,lesaM(id«M et les «(rur* convemei 



Armes du Marérlial de Lorges el de Geneviève de Frémont, sa femme (i|. 



Brire, dans sa Description de la Ville de Paris, 
n'ext pas tendre pour son architecture e'itérieure. 
< 1^ dessin en est agréable, dit-il, sans être d'un 
goût délicat ni étumè; on s'aperçoit trop que les 
principales parties ont été copiées sur quelques 
édifices de Paris. Le comble qui le courre est 
pitoyable et choque la vue, n'ayant aucun rap- 
port avec le reste. Quelques critiques ont juste- 
ment comparé la forme de celte conatructiou k nn 
panier à mouches. > L'enclos do monastère des- 
cendait jusqu'au chemin de Versailles et élait, an 
sud-ouest, séparé du couvent des Bonshommes 
par on «louble mur de clAtore {i). 
Quelques notes snr l'origine et les règles de 



t«ret!i'**'r.*"front ' îilï' 
ment:ÏM/Jf« Jei 
(î) Lanci.Tine ru. 






!■ lemjiH oppelèps popiilniie 

Tvê! ruelle cl bsrrièrn Sainti- 
aient IpTrocQjf^ro, timientloiir 
■t des Fille» de Snlnle-Marle m 



OU domestiqoes. Les choristes avaient seules le 
droit de chanter l'office au chœur; les associées 
et les sceurs converses n'étaient pas tennes 
d'assister aux ofRces, mais, en compensation, de- 
vaient dire un certain nombre de Pater et d'Ace. 
Le strurs converses s'occupaient, comme dans 
tontes les maisons religieuses, de la cuisine el des 
travaux du ménage. Le silence devait être rigon- 
reusement observé depuis le premier coup de 
Matines jusqu'à Primes du jour suivant, depuis la 
récréation du malin iusqu'ï Vêpres, ainsi qu'aa 
dln» et au souper. La supérieure était nommée 
ponr trois ans, et son mandat pouvait être renou- 
velé. Le costume était noir, et se composait d'une 
robe en forme de sac, avec cordelière k la cein- 
ture, d'un voile d'étamine noire non doublée, d'un 
bandeau noir snr le front et d'une barbette de 
toile blanche sans plis, avec une croix d'argent 



0) SculptfP^ 



ledum 



kistoihe nu xvi" arrondissement 



sDspCDdne aa cou et retombsnt snr la poitrine. 
Les sœurs c^DTerses porlaient an Toîle blaoe. Les 
armoiries de la congrégation se composaiect d'nn 
dcnr percé de deai Qècbes, sur lequel étaient les 
monogrammes de Jèsns et de Marie ; il était snr- 
monté d'une croix, et le loal était enfermé dans 
nae couronne d'épioes. Depuis 1665, les Visilaa- 
dines fêlaient solennellement, au 39 janrier, saint 
François de Sales leur fondalenr.el, depuis 1167, 



jcstice en leur nom tenait ses audiences tons les 
samedis à 3 heures, dans on Tieui bâtiment. 
qu'on appelait les prisons de ChaUlot,tt qai èlail 
situé sur le bord de la Seine, près dn mor de 
clbture dn courent. Il prenait le titre assez con- 
pliqné de prèuûl royal, juge civil, criminel 
et (U police, commitsiire enquêteur et eiami- 
nalear aux inventaires de la préTûté de Cbaillot, 
faubourg de la Conféreoee. 



Henrictle Je France-, li'nprès Van \>\cV. 



an 2t août, sainte Jeanne Chaclal, leur fonds- 

Voyons maintenant (|ueU furent les droits de 
oropriélé et les droits seisneuriaui des reli^euses 
Je la Visilalion de Cbaillot. Kn septembre ISSti, 
elles obtinrent du roi l'amortissement complet de 
leur propriélé, dite château de Chaillol, de la 
maison du jardinier, dn jardin et bois clos de 
murs, arec la confinnatlon da droit de haute 
justice (1), sans être tenues, pour ce. de payer 
finances, mais seulement le prévAt, qu'elles dési- 
gneraient pour exercer en leur nom, en mai 1686. 
Elles obtinrent la moyenne justice en 11)93. Le 
32 aoflt de cette dernière année, on enregistra 
au Parlement des lettres patentes du roi en leur 
faveur, porrant union da fief, dit de Longchamp. 
sis i Chtillot, et de ses dépendances. & celui de 
Cbaillot. Une des petites Iles, dont, plus tard, fut 
formée ej) partie la grande Ile des Cygnes, leur 
appartint paiement (3). Le prévAt exen;aot la 



(0 Ce droit leur avait étti aeconlê 


di-s idSa. 


(al Ce«l celle Ile, située vi»-à-vi» .1 
la ViBitallon.4.ion appelait, jicroi!., 




l" le llè'unK- 


champ. 





HKNRIETTE DE FRANCE 

M'" DE U FAYETTE 
UllISE M BAVlIvRE 

(l63)-)fi6!)) 



Maintenant que nous connaissons les origines de 
l'ordre, son bal, ses principales règles, tes droits 
(le propriété et de seigneurie du couvent deChail- 
lot, arrivons i sa partie historique, dont le plus 

Ïrand intérêt se trouve peut-être an début, mais 
ont la suite cependant nous laissera encore beau- 
coup à glaner. Nous l'asons dit, ce fut Henriette 
de France qni en fut la fondatrice en 16M. 
Itefogiée en France en ifilîi, la reine malheu- 
reuse, ainsi qu'elle s'appelait elle-mjme, avait 
eu i subir toutes tes vicissitudes des troubles de 
la Fronde, et souvent même s'était vue réduite à 
manquer des choses les plus nécessaires. H"" de 
Hotleville rapporte dans ses Mémoires que, le 
14 juillet iSM, Henriette de France la recevant 
dans une mauvaise chambre du couvrit des Ctr- 
mèlites. oii elle s'était retirée pour qQelqoet jours, 



lui moDtri oDe p«lite«iupe d'ordmi laquelle elle 
liuTiit, et loi jur« qu'elle n'iviit d'or, de qoel(|iie 
manière que ce pût être, que celol-ll. Elln njonU 
qu'aossiiAt ipr^ le départ da princp de Galles 
(Clitrlei II). elle s'était lae abindonnée de tous 
ses gens, qu'elle ne poniait payer. Et le cardinal 
de Itetz, conRrmaDt cette misère, dît : < Gnq ou 
siiiours deTiut qneleroi sortit dePari9(6jeniier 
1&«9), j'allai chn la reine d'Angleterre (au Lou- 
Tre) que je trouvai dans la chambre de madame 
sa fille, qni a élé, depuis. Madame d'Orléans. Elle 
me dit d'abord : Vous voyes, te vient tenir 



ji\ai encore par l'amitié qu'elle arait ponr la mère 
l.tiDillier et pour la mère Angélique, qui l'avaient 
nidée dans I établissement de cette maison et en 
furent les premières supérieures. Celte mère Ao- 
cèlique n'éiait autre que H"* Louise- Angélique 
Motier de La Fayette, belle-sceor i* H"* de La 
Fayette (si connue par ses écrits), nièce de l'été- 
qiie de Limoges, premier aumAoier d'Anne d'An- 
triche, et parente du célèbre père Joseph, ï'émi- 
neiue griie. Née Tors 1630, elle avait été fille 
d'honneur d'Anne d'Autriche, avait inspiré tu 
ffoid Loais XQl une véritable passion qni, néto- 



Lc couvent Ues llonshoinnies, ' 
tCollecllon de M. Ém. Polii 



compagnie à Henrielle, la pauvre enfant n'a 
pu te lever aujourOmi faute de feu. Le vrai 
était qa'il y aiait sii mois que Msiarin n'avait 
fait payer la reine de sa pension, que les mar- 
chands ne voulaient plus fournir et qu'il n'y avait 
pas un morceau de bois dans la maison. > Hen- 
lensement, cette détresse ne fut que passagère ; 
le cardinal de Relz. ému, exagéra la bunte de cet 
abandon devant le Parlement, qui envoya 4O.OU0 
livres. L« ly du mois taivant, la malheureose 
reine recevait l'horrible noutelle de l'exécution 
de SOD mari, dont elle porta le deuil toute sa vie. 
Après tant d'épreuves subies avec le plus grand 
courage, la religion seule pouvait lui offrir quel- 
que coiuolalioa ; aussi pnt-elle, peu de temps 
après, la résolution d'aller ensevelir sa douleur 
dans son monastère de la Visitation de Oiaillot. 
Ell« y avait été attirée par la beauté du lien et 



moins, fut toujours innocente, et s'était retirée en 
1t>37 (1) an couvent des flllfa de la Visitation de 
la lue Saint- Antoine, avant de venir k celui de 
Chaillot, oii elle mourut supérieure réélue an mois 
de janvier ICtiS. ■ C'était, — dit H"* de HoUe- 
ville, ^- ane belle brune, aimable et fière tout 
ensemble, ayant beaucoup île douceur et en même 
temps beaucoup de Berté dans l'esprit (S). > 

Henriette de France 1 Chaillot sut faire un saint 
usage de ses maux, donnant i la communauté 

II) Lr cardinal de Richelieu, jaloux de !■ bipn- 



B'-ns Csu<><>in, ro 
Ile de La Kavel 

11) Il Pii«te lin i 



bnnpnrtmltde Mlle d 



de Mlle de U 



^&\ 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



Texemple de toutes les vertos. Elle s'occupa 
d^élever pieasement ses enfants et, surtoot, de 
dompter par Thumilité chrétienne l'orgueil de 
sa jeune fille, Henriette d'Angleterre (i), qu'elle 
obligf'a plusieurs fois à servir les religieuses Pt 
les pauvres. Bossuet dit aussi : « Henriette de 
France étant à Sainte-Marie de Chaillot, où elle a 
pratiqué beaucoup de vertus, nous Ta vous vue 
prendre sans répugnance et sans chagrin le soin 
de sa dépense, qui a été en certains temps fort 
petite ; elle en faisait les comptes et s'occupait à 
cela dans un esprit de pénitence et d'humilité. » 
Kt Tallemant des Réaux, dans ses Hùt ariettes, 
raconte que faute d'une chaise honnête la veuve 
de Charles I®'' ne jjut assister d'une façon dé- 
cente aux processions du Jubillé de iGiîh, 

Kn 4658, elle eut le bonheur de recevoir au 
couvent de Chaillot sa nièce nouvellement con- 
vertie, la princesse l^uise-Marie, palatine de 
Bavière (2), fille du roi de Bohème et petite-fille 
de Jacques F' d'Angleterre ; elle l'y traita comme 
sa propre fille. Louise y demeura une année 
entière, et y édifia par ses vertus toute la com- 
munauté. Oubliant le prestige de son rang, elle 
ne dédaignait pas d'aller avec les simples reli- 

§ieuses soigntfr les bestiaux et faner les foins 
u couvent (3). En 4659, Henriette de France 
eut une autre joie : elle reçut à Chaillot le bref 
de la béatification de saint François de Sales, le 
fondateur de l'ordre, ^ui devait être canonisé le 
19 avril 1665. On a raison de dire qu'un bonheur 
ne vient jamais seul, car après la mort de 
Cromwell, Charles II Stuart ayant pu remonter 
sur le trône de son père, Henriette rentra triom- 
phante dans cette même Angleterre, dont elle 
s'était éclinppée avec tant de peine seize ans aupa- 
ravant. Elle ne revint en France qu^en i665, et, 
après quatre nouvelles années passées diins l'asile 
de paix qu'elle avait fondé, dans cette humb'e 
maison qu'elle aima, dit Bossuet, plus que ses 
palais, elle mourut presque subitement le 10 sep- 
tembre 4669, dans une propriété qu'elle avait à 
Colombes et où elle allait passer les plus beaux 
jours de l'été. Déjà malade, une dose trop forte 
d'opium qu'elle prit la plongea dans un sommeil 
dont elle ne se réveilla pins. Quarante jours après, 
le 16 novembre, le duc d'Orléans, son gendre 
(Monsieur), et la princesse Henriette, sa fille 
(Madame), lui firent faire un service solennel dans 
l'église du couvent de Sainte-Marie de Chaillot, où 
son cœur et ses entrailles venaient d'être déposés. 
Bossuet, pour lors évèque nommé de Condoni, 
prononça son oraison funèbre en présence dos 
principaux personnages de la cour, retraçant en 
termes magnifiques la triste destinée de cette 
malheureuse princesse. 

(i) Epousa p1ii8 Inrd Philippe d'Orléans, frère 
unique do Louis XIV, qui fut assez froid pour elle. 
Elle expira en quelques heures au château «le 
Sainl-Cloud, le iSjuin 1670; elle ne survécut donc 
que neuf mois k sa mère. 

(2) Sa sœur cadctlc devint la seconde femme du 
duc d'Orléans et fut mère du régcnl. 

(3) A sa sortie de Chaillot, elle alla prendre l'ha- 
bit à l'abbaye de Maubuisson, en devint abbcsst; 
en 1664 et y mourut le 11 février 1709. âjiféc de 
quatre-vingt-six ans. Depuis son arrivée on 
France, Louis XIV lui faisait servir une pension de 
12.000 écus. 



Voici le portrait que M"* de Motteville a tracé 
d'Henriette de France dans ses Mémoires : 

€ Quand elle arriva en France, en 1644, elle 
était défigurée par la grandeur de ses maladies et 
de ses malheurs, et n avait guère de marques de 
sti beauté passée. Elle avait de beaux yeux, un 
teint admirable et le nez bien fait. Il y avait dans 
son visage quelque chose de si agréable, qu'elle 
se faisait aimer de tout le monde ; mats elle était 
maigre et petite, elle avait même la taille gât^e, 
et sa bouche, qui naturellement n'était pas belle, 
par la maigreur de son visage, était devenue 
grande, tomme sa beauté n'avait duré que Tesptce 
d'un matin et l'avait quittée avant son midi, elle 
avait accoutumé de maintenir que les femmes ne 
[Meuvent plus être l)ollos, passé vingt-deux ans. 
kUe avait infiniment d'esprit, mais de cet esprit 
brillant et enjoué qui plaît aux spectateurs. Elle 
était agi*éable dans la société, honnête, douce et 
facile, vivant sans nulle façon avec c«ux qui avaient 
rhonneur de l'approcher, et était naturellement 
libérale. » 



\A DUCHESSE DE NEMOURS ET SES FILLES 

(46.H2-i668) 

Les guerres de la Fronde étant terminées, il y 
eut à la fin de juillet 1652, entn^ François de 
Vendôme, duc de Beaufort, le célèbre Roi des 
HalleSy et son beau-frère, Charles- Amédée de 
Savoie, duc de Nemours, une querelle à propos 
du combat de Jargeau. Elle se renouvela pour une 
question de préséance, au conseil de Monsieur 
(Gaston d'Orléans), et prit un caractère tellement 
violent, que le duc de Nemours provo<jua son 
l)eau-frère en duel, et malgré les résistances 
naturelles de ce dernier, il fallut, le mardi 30 juil- 
let, aller sur le terrain choisi, au Marché aux 
chevaux (emplacement des rues Louis-le-Grand, 
d'Antin et (vaillon). 

Le duc de Nemours, qui n'avait que vingt-huit 
ans, fut tué raide d'un coup de pistolet à la tète, 
et, par contre-coup, son témoin, M. de Villars, 
tua celui du duc de Beaufort, M. d'Uéricourt, lieu- 
tenant de ses gardes. A la suite de cet horrible 
duel, dans lequel son propre frère avait tué son 
mari, la duchesse de Nemours (Elisabeth de Ven- 
dôme), petite-fille de Henri IV et de Gabriello 
d'Estréos, vint, dans son désespoir, chen-her un 
refuge à la Visitation de Cuaillot. Elle y amena 
ses deux filles, qui y demeuivrent pendant de 
longues années et n'en sortirent, l'aînée, Marie- 
Jeanne-Baptiste, qu'en 1665, i)our devenir du- 
chesse de Savoie, et la seconde, Louise-Marie- 
Françoise-Elisabeth, dite M"« d'Aumale, enl666, 
nour é{)ouser Alphonse VI, roi à demi idiot du 
Portugal, puis, en 166«, dom Pedro de Bragance, 
frère d'Alphonse et roi à sa place. La duchesse de 
Nemours, morte en 4664, avait été inhumée, sui- 
vant son désir, dans le cloître du couvent de la 
Visitation de la rue Saint-Antoine. 



ANNEXES 



265 



M"« DE U MOTTE-ARGENCOURT 
MARIE MANONI 

(i657-ifi.n9) 

Cest bien avec intention que nous réunissons, 
un peu tardivement peut-être, les noms de ces deux 
jeunes filles aimées de Louis XIV, et dont nous 
n^avons pas voulu parler plus tôt pour ne pas 
interrompre le récit du séjour d'Henriette de 
France à Chaitlot. 

Donc, au commencement de Tannée 4657, 
Anne d'Autriche avait pris depuis peu comme 
tille d'honneur M^'* de La Motte- Argencourt M). 
Sa beauté n'était pas éclatante, ni son esprit fort 
extraordinaire, dit M™* de Motteville, mais elle 
était aimable. Ses yeux bleus, surmontés de sour- 
cils noirs et de cheveux blonds, lui donnaient en 
même temps un air de douceur et de vivacité si 
agréable, qu'il était difficile de se défendre de 
ses charmes ; aussi le jeune Louis XIV s'y laissa- 
t-il prendre et finit-il par lui déclarer sa passion. 
W^° de La Motte repoussa les propositions peu 
mesurées du roi; puis, voyant qu'il s'éloignait 
d'elle, s'éprit violemment du marquis de Riche- 
lieu, marié à la fille aînée de M"'* deBeauvais (2), 
première femme de chambre et favorite d'Anne 
d'Autriche. La marquise de Richelieu, jalouse à 
bon droit, incita sa mère à faire éloigner de la 
cour M'**' de La Motte, et on l'envoya au couvent 
de la Visitation de ('haillnt, où, quoiqu'elle no 
s'y fût pas retirée de son plein sré, désabusée des 
vanités de la cour, elle resta volontairement, sans 
être religieuse, après avoir donné à celte maison 
vingt mille écus que lui avait remis le roi, et s'y 
créa une vie fort tranquille et fort heureuse. Vers 
1700, les bâtiments du couvent tombant en ruine, 
ce fut elle qui fit les plans des nouvelles cons- 
tructions, à l'exception de l'église, qui fut confiée 
à l'architecte Gabriel. M''* de La Motte mourut à 
Chaillot le 25 octobre 1709. 

Marie Mancini, la meilleure des nièces de 
Mazarin, née en 1639, demeura pendant deux ans 
comme pensionnaire, avec sa sœur Hortense, au 
couvent des filles de Sainfe-Marie de Chaillot, et 

L resta jusqu'au commencement de l'année 1657. 
I cardinal la fit venir alors h la cour. Son esprit, 
sa grJice, ses manières enjouées faisaient oublier 
son manque de beauté, et Louis XIV, qui s'en- 
flammait alors si facilement, en devint passion- 
nément amoureux, beaucoup plus même quïl ne 
l'avait été déjà de sa sœur Olympe Mancini, de- 
venue comtesse de Soissons. Marie Mancini répon- 
dit à cette passion, espérant toujours que le roi 
l'épouserait. Fort jalouse, et craignant de laisser 
échapper sa conquête, elle no quittait pas le roi, 
qu'elle suivait partout et allait jusqu'à l'obsession. 
Mazarin, voulant anéantir les folles espérances 
de sa nièce, prit la résolution de l'éloigner et de 
l'envoyer pour quelque temps au couvent de 



(i) Ne pas confondre avec Mlle de LaMotle- 
Houdancourt. ce qui a lieu assez souvent. 
(i) Voir rarticle qui suit. 



Brouage, près de la Rochelle. La séparation des 
deux jeunes amants, à la fin de 1659, fut des 
plus pénibles. € Vous pleurez, dit Marie au roi, 
vous êtes le niallrey vous m'ainiez.., et je 
pars! » Dix-huit mois après, le 11 avril 1661, 
on lui fit épouser solennellement par procuration, 
dans la chapelle de la reine, au Louvre, en pré- 
sence de toute la cour, le prince Colonna, grand 
connétable de Naples(l), et, depuis, elle eut une 
vie des plus aventureuses, dont le récit ne serait 
pas ici à sa place. Ce que nous tenons à noter 
cependant, c'est qu'en 1705, s'étant avisée de 
quitter l'Italie pour venir voir sa famille, on no 
lui accorda cette faveur qu'à la condition qu'elle 
ne mettrait pas les pieds à Paris et encore moins 
à la cour. Elle vint alors s'installer à Passy, dans 
une petite maison appartenant à son frère, le duc 
de Ne vers ; mais, comme elle ne connaissait plus 
personne en dehoi-s de sa famille, l'ennui la 
prit, et elle s'en retourna peu de temps après à 
Kome. 



LES FILLES DE MADAME DE BFAUVAIS 
ET DE LA MARQUISE DE RICHELIEU 

(1652 à 1709) 

La trop célèbre M""® de Beanvais, qu'on appelait 
aussi familièrement la Beauvais, cette créature 
insinuante, première femme de chambre et favo- 
rite d'Anne d'Autriche, qui ne l'appelait que 
Cataut (abréviation de son nom de Catherine); 
cette femme laide, désagréable, sans attraits, dont 
les mœurs furent loin d'être pures, avait cru 
devoir confier à notre maison naissante sa fille 
atnée, Anne-Jeanne- Baptiste, qui n'avait pas la 
moindre vocation religieuse. Aussi, comme les 
verrous et les grilles ne sont pas un garant 
de la vertu des filtes, Anne s empressa-t-elle 
de se faire enlever par le marquis de Richelieu 
(Jean-Baptiste-Amador Vignerot), qui l'épousa à 
Saint-Eustache le 12 novembre 1652. Le marquis 
avait dix-sept ans, la mariée quinze ans et treize 
jours ; elle était filleule d'Anne d'Autriche et de 
Gaston d'Orléans (2). Sa vie fut courte; elle mourut 
au Louvre le 29 avril 166H, juste un an après son 
mari, et fut inhumée dans la chapelle de la Sor- 
boone, lieu de sépulture des Richelieu. On attribua 
la mort prématurée des deux jeunes époux à de 
trop fortes doses de vin d'émétique (ou antimoine) 
que leur avait administrées GuénauU (et non Gué- 
naud), ce premier médecin de la reine Marie- 
Thérèse, qui ne faisait ses visites qu'à cheval, et 
dont Boileau a dit dans sa sixième satire : 

Guénaud sur son cheval en passant in'éclaboussc 

et dans sa quatrième (ce qui est plus grave) : 

Combien dans un printemps 

Guénaud et l'antimoine ont fait mourir de gens ! 



(i) Le roi lui fil de magnifiques ptésents, mais la 
vil partir sans êniolion, ne se souvenant plus du 
feu passager qu*cllc avait autrefois allumé dans 
son cœur [Mémoireit de l'abbé de ChoLsy). 

(2) Ni sa mère, ni les parents du maVquis de Ri- 
cliclieu ne voulurent assister à ce mariage. 



266 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



Le marquis et la marquise de Richelieu lais- 
saient cinq enfants : Armand-Jean, duc de Riche- 
lieu, qui fut général des galères et père du célèbre 
maréchal de Ricbeiieu ; Louis- Armand, marquis 
de Richelieu, dont Varticle suit ; et trois filles, 
Marie-Françoise, Elisabeth et Marie-Marthe, qu*on 
sVmpressa, quand elles furent en âge, d^envoyer 
au couvent des Visitandines de Chaillot, pour y 
être élefées sous les yeux de leur tante, sœur 
Claire-Angélique de Beauvais, dont nous parierons 
plus longuement tout à Theure, et qui, entraînée 
par son zèle, eut le tort de contraindre ses nièces 
à prendre Thabit, malgré le peu de désir (jumelles 
en avaient . Marie-Françoise devint religieuse à 
Chelles, pui» prieure de Tabbaye deCrécy-en-Brie ; 
Elisabeth quitta Thabit et se maria en 1696 avec 
un substitut du procureur général du Parlement 
de Faris ; la troisième, Marie-Marthe, devint 
abbesse de Saint-Rémi-des-Landes,dans la Manche. 

Passons à la tante, à la deuxième fille de M™*' 
de Beauvais, Claire-Angélique. Première femme 
de chambre en survivance d'Anne d'Autriche, elle 
était bien faite, agréable et de beaucoup d'esprit, 
eut toujours une conduite irréprochable ; aussi la 
reine la traitait-elle comme sa fille et son amie, 
et lui accordait-elle une si grande confiance qu'elle 
l'avait chargée de la distribution de ses aumdnes. 
Le jour même de la mort d'Anne d'Autriche 
(20 janvier 4666), Claire-Angélique, qui depuis 
quelque temps aspirait à la vie religieuse, se 
retira à Sainte-Marie de Chaillot, on elle avait 
été élevée, prit d'abord le petit habit des Visi- 
tandines, c'est-à-dire des pensionnaires, qu'elle 
changea en 4668 contre celui des professes, et 
prononça ses vœux le 42 août entre les mains 
d'Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris (4), 
en présence de la reine d'Angleterre (Henriette 
de France), du duc d'Orléans et des pins grands 
personnages de la cour. O fat Bossuet qui pro- 
nonça le sermon de profession, intitulé dans ses 
œuvres : Sermon pour la profession d'une de- 
moiselle que la reine mère avait tendrement 
aimée (2). Sœur Claire- Angélique de Beauvais, 
jusque-là bienfaitrice séculière, deyini le modèle 
des religieuses ; aussi fut-elle, en novembre 4692, 
une des trois sœurs visitandines choisies par 
Louis XIV et M""* de Maintenon pour organiser, 
avec la mère Priolo, supérieure du couvent de 
Chaillot, la maison naissante de Saint-Cyr. Enfin, 
après de longues résistances inspirées par sa 
modestie, elle fut, à son tour, élue supéneure le 
29 mars 4695, réélue le 45mai 4698 et en 4704, 
puis le 9 novembre 4706, et mourut dans son 
couvent, le 23 novembre 4709, âgée de soixante 
et onze ans. 

Pour en finir, ou à peu près, avec les enfants 
et petits-enfants de M'"*^ de Beauvais qui ont eu 
quelques attaches à notre arrondissement, disons 
qu'un de ses quatre fils, Louis, qui se faisait 
appeler le baron de Beauvais et qui mourut d'apo- 
plexie en août 4697, fort regretté de I^uis XIV, 
était gouverneur des châteaux et maisons royales 

(i) Ancien précepteur de Louis XIV, membre de 
l'Académie française, auteur d'une Vie de Henri IV, 
souvent réimprimée. 

(2) Voir leN Chefs-d'œurre oratoires de Bossuet, 
édition Lefèvre, i84/«, t. IV. p. ^3 « 56i. 



de Madrid et de la Muette, et capitaine des chasses 
du bois de Boulopie. Une chanson du recueil de 
Maurepas le qualifie ironiquement de garde des 
perdrix. Le 26 août 4685, il avait en une fille 
qui, deux jours après, fut baptisée à Féglise de 
Passv, ce qui peut faire supposer qu'il habitait la 
Muette (4). 

RICHELIEU (LOUIS-ARMAND DE VIGNEROT, 
2« MARQUIS DE) ET MARIE-CHARLOTTE 
DEMAZARIN. 

(4680? 4730) 

Ce second fils du marquis de Richelieu et de la 
fille aînée de M"**' de Beauvais suivit le mauvais 
exemple de son père, et enleva du couvent de la 
Visitation de Chaillot, où elle avait été placée 
comme pensionnaire, Marie-C^ariotte de Mazarin, 
fille du duc de Mazarin, grand maître de l'artil- 
lerie (2), et d'Hortense Mancini, nièce du cardi- 
nal. Ca deuxième marquis de Richelieu était né en 
4654, et la fille d'Hortense Mancini en 4662; 
l'enlèvement dut donc avoir lieu vers 4680. Louis- 
Armand, personnajue débauché et même crapu- 
leux, fut, en punition de son rapt, exilé assez 
longtemps hors de France, épousa, toreément sans 
doute, Marie-(]barlotte, et, après avoir été mestre 
de camp d'un régiment de cavalerie, devint gou- 
verneur de la Fère et mourut en 4730. Sa femme, 
belle comme le jour, dit Saint-Simon, s'est ren- 
due célèbre par ses désordres et les courses de 
sa vie errante. Elle s'enivrait dans la perfec- 
tion, et mourut à Dieppe en 4729. 

M"«^ DE LA VALLIÈRE 
(1671-4674) 

Les deux retraites de M'^^' de La Vallière au 
couvent de la Visitation de Chaillot ont été dif- 
féremment racontées par M*"^ de Sévigné et plus 
tard par Saint-Simon. W^^ de La Fayette, beau- 
coup plus explicite, nous semble devoir être beau- 
coup mieux renseignée, et voici ce qu'elle dit : 
«Au mois de février 4674, après une brouille 
avec le roi, M"*' de La Vallière se croyant perdue, 
la tète lui tourna. Elle sortit le mâtin des Tui- 
leries et s'en alla comme une insensée dans un 
petit couvent obscur qui était à Chaillot. Louis XIV, 
qui l'aimait passionnément, à la nouvelle de cette 
fuite, fut extrêmement troublé et fit si bien qu*il 
finit par savoir oh était La Vallière : il y alla à 
toute bride, lui quatrième ; il la trouva "dans le 
parloir du dehors de ce couvent, on n'avait pas 
voulu la recevoir au dedans. Elle était couchée à 
terre, éplorée et hors d'elle-même. Le roi demeura 
seul avec elle et, après une longue conversation. 



(i) Voir \q Dictionnaire critique de Biographie el 
d Histoire, par A. Jal (article Beaaiuiis). 

(2/ DrAle d'oriffinal que ce duc de Mazarin, qui, 
trouvant ses filles trop belles, et craignant 
qu'elles n'en tirassent vanité, eut un moment la 
velléilé de leur faire arracher des dents de devant 
pour les enlaidir. 



ANNEXES 



267 



Tobligea à revenir, et envova chercher an car- 
rosse ponr la ramener. » Toat fat oablié, et la 
belle à scrupules, qu*on appelait aassi la péche- 
resse vertueuse^ reprit sa position habitaeïle à 
la coor. Mais en 1674 (elle avait alors trente ans) 
elle prit irrévocablement le parti de quitter la 
coor poar entrer en religion, et, dans les pre- 
miers jours d'avril, elle annonça sa résolution au 
roi, qui la vit partir d*an œil sec. I^ couvent de 
la Visitation de Chaillot la reçut pour la seconde 
fois; elle y resta jusau'an 20 avril, jour où, après 
s'être jetée aux pieds de la reine (1) et lui avoir 
demandé pardon de Tavoir offensée, elle courut 
se jeter dans le carrosse qui la conduisit aa cou- 
vent des Carmélites de la rue Saint-Jacques (2). 
Elle y prit Thabit sous le nom de sœur Louise de 
la Misâicorde, et y mourut en 17iO, après trente- 
six ans d'une vie exemplaire (3). Au moment de 
son entrée en religion. M™® de Sévigné avait fait 
d'elle ce curieux éloge : Celait une petite vio- 
lette qui se cachait sous Vherhe et quiétait hon- 
teuse (Têlre maltresse, (Tétre mère, d'être du- 
chesse ; jamais il n'y en aura sur ce moule- là. 



M™^ DE MOTTEVILLE 
(4666-1689) 

Après la mort d'Anne d'Autriche (i666), M">« de 
Motteville (Françoise Bertaut), sa confidente intime 
et son amie la plus fidèle, vint se retirer au cou- 
vent de la Visitation de Chaillot, pour lequel elle 
avait beaucoup obtenu de la générosité de la reine 
mère (4). De paissants motifs lui avaient fait 
choisir cette maison ; elle y retrouvait la reine 
d'Angleterre, Henriette de France, qui lui avait 
toujours témoigné la confiance la plus absolue et 
i laquelle elle avait suggéré l'établissement du 
nouveau monastère. D'autre part, sa sœur ca- 
dette, Madeleine -Eugénie Bertant, qu'on avait 
surnommée Socratine. à cause de sagesse, avait 
quitté la cour le 14 août 1650 pour entrer au 
couvent des Filles de Sainte-Marie de la rue Saint- 
Antoine, puis était venue à celui de Chaillot dès 
sa fondation et y avait fait profession. Animée 
par l'exemple de sa sœur, M™^ de Motteville avait 
pris le parti de s'y retirer le plus fréquemment 
possible, mais néanmoins sans y contracter aucun 
engagement. Malgré le titre mérité de bienfai- 
Irice séculière que lui avait donné les religieuses, 
ne voulant pas être à leur charge, elle leur avait 
fait don d'une certaine somme d'argent et s'était, 
en outre, engagée à leur servir une pension viagère 
qu'elle paya toujours très exactement. 

Elle écrivit, dans le calme de la retraite qu'elle 
avait adoptée, plusieurs traités sur la religion et 



(ij Marie-Thérèse venait souvent in la Visitation 
de Chaillot, pour y pleurer, loin des regards de 
la cour, les froideurs et les infidélités de 
Louis XIV. 

(2) Voir les Reinex du Monde^ article La Vallière, 
par Arsène Houssaye. 

(3) La règle austère qui rèji^issait les Carmé- 
lites lui avait fait préférer cet ordre à tout autre. 

(4) Anne d'Autrirhe s'était retirée de temps en 
temps à la Visitation de Chaillot pour oublier les 
tracas et les soucis de la régence. 



s'occupa surtout à revoir et & retoucher ses 
Mémoires pour servir à l'histoire dAnne 
d'Autriche, ouvrage certainement inférieur par le 
style aux mémoires du cardinal de Retz, mais 
aussi intéressant par le fond, pour qui vent bien 
connaître l'histoire des troubles de la Fronde et 
de la jeunesse de Louis XIV. M"*^ de Motteville 
mourat le 29 décembre 1689, âgée d'environ 
soixante-huit ans. Sa sœur était morte supérieure 
du monastère, en 1673. 



MARIE D'ESTE, REINE D'ANGLETERRE 

(1688-1718) 

Marie-Béatrix-Eléonore d*Este, fille du duc de 
Modène et seconde femme du malheureux Jac- 
ques n, roi d'Angleterre, avait été forcée de se 
réfugier en France avec son fils Edouard, dit le 
Prétendant, dans les derniers jours de l'année 
1688, et son mari était venu la rejoindre peu de 
temps après. La pieuse reine dépossédée quittait 
régulièrement le château de Saint-Germain pour 
venir passer les jours de grandes fêtes religieuses 
au monastère de Chaillot ; elle y arrivait l'avant- 
veille, souvent avec la princesse Louise, sa fille, et 
n'en repartait que quelques jours après (1). An- 
toine Hamilton, dans une de ses lettres moitié 
{)ro8e, moitié vers familiers, adressée vers 1706 à 
a jeune princesse d'Angleterre qui séjournait alors 
avec sa mère au couvent de Chaillot, lui dit: 

Par quel hizarre enchantement 

Iji maison de feu Bassompierre, 

Cet homme jadis si galant. 

Est-elle aujourd'hui le couvent 

Qui reçoit tout ce que la terre 

A de plus digne et de plus grand, etc. 

Et dans une autre épitre adressée aux religieu- 
ses à propos d'une fête qu'elles avaient donnée à 
la reine et à sa fille, on voit que quelques-unes 
d'entre elles tournaient les vers de circonstance 
très a^ablement, notamment Anne-Séraphique 
de Bullion et Marie-Thérèse de Bullion, sa sœur, 
toutes deux filles du prévôt de Paris et sœurs de 
la duchesse d'Uzès: sœur Gabrielle, sœur Anne- 
Charlotte Bochard de Saron, 

Sœur Jeanne-Françoise (a) on un mot. 
De ses chansons, par l'harmonie, 
Ferait croire que le ^énie 
Ue feu Voiture est à Chaillot. 

Pour chanter lesdites chansons, il y avait alors 
les admirables voix de sœur A. Graphique de 
Bullion et de sœur Marie-Madeleine. Un peu plus 
loin, Hamilton, badinant et passant en revue ce 
que l'on voyait du couvent, recommande aux 
jeunes Visitandines de détourner leurs yeux du 
Cours la Reine, 

Où le heau monde se promène 
Et souvent sur ses pas entraine 



(1/ Jacques II flt d'assez nombreuses visites aux 
Visitandines de Chaillot. 

(a) Jeanne- Françoise Le Vayer, fllle d'un maître 
des requêtes, intendant du Bourbonnais et savant 
écrivain jurisconsulte. 



268 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



De ces vilains peliU amours 
<jui séduiscnl la ^ent mondaine. 
\oii8 qui voyez cvs tendres lieux. 
Nos soMirs, (*létourneK-en les yeux. 
Détournez aussi la prunelle, 
D'un certain moulin de .la\elle. 
Car bien souvent l'esprit malin 
Sous l'ombre d'une matelot le 
Se fourrant dans cett« Kar^otte, 
Oui porte le nom de Moulin, 
Mène In sagesse bon train 
El met la raison en compote. 

Ouand à PhMel des Invalides, 

Doré juiiques aux pyramide»^ 

il leur permet de le regarder autant qu'elles le 
voudront, sans le moindre inconvénient ; elles n*y 
verront pas de 

... blondins perfides 
Dont l'aspect est souvent falal, 

mais des 

GenU ériopés, couverts de rides. 
Qu'on peut lorgner sans aucun mal. 

Laissons Hamilton et ses vers libres, dont nous 
avons peut-être abusé, et revenons sérieusement 
à Marie d'Esté, qui combla le couvent de ses 
bienfaits. Vers 47i3, elle fit faire pour Téglise 
trois tableaux importants qui étaient fort appréciés 
des connaisseurs : les deux premiers étaient des 
apothéoses de Jacques II, son mari, et de la prin- 
cesse liouise, sa fille ; le troisième la représentait 
elle-même en prière. Nous ignorons ce que sont 
devenues ces peintures intéressantes. A l époque 
dont nous parlons, qui fut la plus prospère pour 
le couvent, les œuvres d'art n'y manquaient pas ; 
la supérieure, dans une de ses lettres circulaires, 
dit qu'elles ont tellement de statues qu'elles sont 
forcées d'en orner les jardins (i). 

Marie d'Esté mourut à Saint-Germain le 7 mai 
4748 ; le lendemain, la duchesse palatine d'Orléans 
écrivait dans sa Correspondance : « La bonne et 
pieuse reine d'Angleterre n'est plus. Assurément 
elle doit être au ciel. Elle ne gardait pas un liard 
pour elle, elle donnait tout aux pauvres; elle 
n'a jamais tenu un propos méchant sur qui que 
ce soit, et, si l'on se mettait à l'entretenir sur le 
prochain, elle disait : Si c'est du mal de quel- 
qu'un, je vous prie, ne le dites pas. Elle était 
polie et agréable quoique loin d'être belle, et elle 
était toujours gaie. » Saint-Simon en fait égale- 
ment le plus grand éloge et reconnaît qu'elle eut 
toutes les vertus qui font les saintes. Le 9 mai, 
à onze heures et deiDie du soir, son corps, sui- 
vant son désir, fut apporté et inhumé dans son 
cher couvent deChaillot, oji reposait déjà, depuis 
4704, le cœur de son mari et. depuis 4742, celui 
de sa fille Louise-Marie d'Angleterre (2). 



(i) Quelques années plus lard, le rêlèhre Res- 
tout leur Ut pour leur chapelle de Saint-Francuis 
de Sales un très beau tableau représentant 
Mme de Chantai et ses religieuses invoquant ce 
saint. 

(2) Les corps des Sluarls, des deux frères Char- 
les Il et Jacques 11, rois d'Angleterre, et de Louise- 
Marie, flile de Jacques IL avaient été inhumés 
dans la chapelle des Bénédictins anglais, rue 
Saint-Jacques, n* 269. 



AFFAIRE P. MANIS 
(1716-1748) 

Nous voici arrivés à une époque désastreuse où 
tous les moyens semblaient bons pour pressurer 
la bourse des pauvres habitants taillables, et 
voici ce qui arriva à Chaillot. Par un arrêt du 
Conseil d'Etat du roi, daté du 44 juillet 4746, un 
fermier général du nom de P. Manis avait été 
autorisé à faire poser des barrières pour fermer 
le bourg de Chaillot, dit alors faubourg de la Con- 
férence, et à y établir des bureaux d'octroi pour 
percevoir les différents droits d'entrée. Mais les 
habitants, ahuris, et les religieuses de la Visita- 
tion, Dames du Heu, firent opposition aux pré- 
tentions de P. Manis et prouvèrent que Chaillot, 
quoique faubourg de Paris sous le nom de fau- 
bourg de la Conférence depuis 4659, ne devait 
payer de droit que sur le vin, et non d'autres 
entrées comme les autres faubourgs, parce qu'en 
somme cet impôt n'était qu'une commutation de 
4.000 livres annuelles de (aille dont on avait cm 
pouvoir charger ce village en 4650; mais, comme 
on n'arrivait pas à pouvoir y lever cette somme, 
le Conseil, en 4659, avait changé ladite taille en 
impôt, tant sur le vtn du cru(i) que sur les vins 
venant du dehors, ce qui avait fort bien réussi, 
puisque, dés le début, il avait rapporté.par année, 
au moins 8.000 livres. De plus, par un autre 
arrêt de son Conseil du 48 octobre 4707, Louis 
XIV avait formellement déclaré qu'en érigeant le 
village de Chaillot en faubourg de Paris, if n'avait 
pas prétendu augmenter les charges de ses habi- 
tants. Pour toutes ces excellentes raisons, les 
Dames de la Visitation et les habitants de Chaillot, 
désahuris, eurent gain de cause, et, le 7 mai 
4748, un arrêt contradictoire du Conseil du roi 
fut rendu contre le traitant P. Manis (î). 



LA PRINCESSE RAGOTZKY 
(4747-1722) 

Vers 4747, la princesse Ragotzky (Charlotte- 
Amélie), vint s'établir dans notre couvent, où elle 
mourut le 48 février 4722, ûgée de quarante-trois 
ans, et c'est là qu elle fut inhumée. Fille du 
Ijndgravo de liesse Rhinfels Wanfried, elle avait 
épousé, en septembre 4694, le célèbre Ragotzky 
(François-Léopold), qui s'était mis à la tête des 
Hongrois soulevés contre l'empereur d'Allemagne, 
avait été enfermé à Neustadtau mois d'avril 4701, 
et avait pu, grâce à sa femme, s'évader de prison 
le 7 novembre suivant, déguisé en dragon. La 
princesse Ragotzky qui se trouvait alors à Vienne, 
avait été, pour ce fait, enfermée dans un couvent, 
où elle était restée jusqu'à 4705. Après avoir 
vécu pendant quelque temps à Varsovie, Rajrotzky 
fut proclamé prince de Transylvanie en 4704 et 

(i) Le cru royal de Chaillot fut longtemps es- 
time. (Voir Sot re-lkime -de-Paris, de Victor Hugo, 
1. 1, S 3.) 

(^) A cette époque, la population de Chaillot 
n'était guère que de 2^5 Teux. 



ANNEXES 



269 



de nouveau en 4707 ; les Hongrois voulurent 
même TéUre roi. Proscrit eu 4744, après la paix 
de Nagy-Caroly, il yint en 4743 se réfugier en 
France avec sa femme, sous le nom de comte de 
Saroz, vécut beaucoup à la cour de Louis XIV, 
qui le prit en affection, lui donna 600.000 livres 
sur THôtel de Ville, plus 6.000 livres par mois. 
Avec 30.000 livres par an que lui assura l'Espa- 
gne (4), il arrivait à plus de 400.000 livres de 
rente. Après la mort de Louis XIV, il alla vivre 
pieusement chez les Camtldules de Grosbois, et 
en 4747, éloigné de France sur la demande de 
Fempereur d'Allemagne, il se réfugia à Rodosto 
en Turquie, ou il mourut en 4735, âgé d'environ 
56 ans. Avant sa retraite au couvent de Chaillot, 
sa femme avait eu une conduite peu régulière ; 
Kagotzky ne permettait pas, néanmoins, qu*on dit 
du mal de la princesse, rappelant qu'elle lui avait 
sauvé la vie et Favait fait évader de prison, et 
qu'après cela il ne lui était plus permis, à lui, 
peut-être le plus heureux des trois, de s'in- 
former de ses actions. 



LA VEUVE DU KÉ(;ENr 
(1735-4749) 

En 4735, la veuve du régent se réfugia cbez 
les dames de la Visitation de Chaillot ; elle avait 
son pavillon particulier, adossé au mur de clôture 
du couvent. Née en 4677, Françoise-Maiûe de 
Bourbon, dite M^^^ de Blois^étùi fille légitimée de 
lx>uis XIV et de M"*" de Montespan. Douée d'infi- 
niment d'esprit, mais d'un orgueil excessif, petite 
fille de France iusijue sur sa chaise percée, dit 
crûment Saint-Simon, tenace à l'extrême dans ses 
volontés, paresseuse à Fexcès et très supersti- 
tieuse, on la disait néanmoins vertueuse; mais 
il faut reconnaître que sa vertu peu aimable n'avait 
pas eu le don de retenir son trop volage mari, uni, 
pour cause, Favait surnommée Af°** Lucifer. C est 
peut-être ici le cas de dire, en modifiant légère- 
ment le proverbe, que, tfuand iV"*'' Lucifer 
deinnt vieille, elle se fit ermite, car M"»* d'Or- 
léans était bien proche de la soixantaine quand 
elle rechercha le voisinage de nos pieuses Visitan- 
dines, auxquelles, malgré son caractère bizarre, 
elle fît beaucoup de bien. Elle passa de vie à 
trépas le 4" février 4749. 



Ici semble devoir s'arrêter la liste des person- 
nages marquants, reines, princesses, duchesse et 
autres dames ou filles nobles, qui vinrent se 
réfugier au couvent aristocratique de la Visitation 
de Chaillot. 

Vers le milieu du règne de Louis XV, la maison 
semble péricliter, et nous ne trouvons plus rien 
de particulièrement intéressant à signaler pour 
son histoire. Comme personnel, au temps de sa 
prospérité, elle comptait en moyenne trente reli- 
gieuses professes, cinq à six sœurs converses, 



deux ou trois novices, deux aspirantes, deux 
sœurs tourières et une vingtaine de pensionnaires. 
La communauté, qui avait trois autres maisons 
à Paris, fut supprimée en 4794, et une partie de 
ses biens fut vendue. \jes bâtiments du couvent, 
devenus propriété particulière, furent démolis en 
4840, et sur leur emplacement ou creusa les fon- 
dations du palais du roi de Rome, palais destiné 
au fils de l'empereur, mais que les événements 
politiques ne permirent pas de continuer ; l'empla- 
cement du palais du roi de Rome, demeuré à l'état 
de terrain vague et complètement bouleversé, fut 
longtemps daigné sous le nom de rampes de 
Chailbt, Louis XVIll projeta d'y élever un monu- 
ment grandiose en souvenir de la prise du fort 
du Trocadéro par son neveu le duc d'Angouléme. 
La butte en prit le nom, mais le monument ne 
s'éleva pas. Ce ne fut qu'à l'approche de l'Exposi- 
tion universelle de 4867 qu'on se décida enfin à 
aplanir le sommet du coteau et à niveler les 
pentes, pour construire l'escalier gigantesque <|ue 
nous avons vu jusqu'à l'approche de l'exposition 
de 4878, exposition qui nous a enfin valu le palais 
actuel et ses verdoyants et pittoresques abords. 



JOURNAL DU MONASTÈRE ROYAL 
DE LA VISITATION DE CHAILLOT 

Noie. — Sous cellu rubrique, nous classonn ciiro' 
nolof^iquement les principoui faits, parmi les- 
quels on en trouvera un assez ^rand nombre qui 
n'ont pu trouver place dans nos pa^es précé- 
dentes (1). 

4654 (42 mai). — Henriette de France achète le 
château de Chaillot aux héritiers du maréchal de 
Bassompierre, pour y établir un nouveau monas- 
tère de la Visitation des Filles Sainte-Marie. 
Quand les sœurs vinrent dans la maison, elles la 
trouvèrent remplie de peintures profanes; mais 
leur naïveté et leur modestie les empêchèrent d'y 
voir ce qu'elles avaient d'inconvenant. Ce ne fut 
que quelque temps après qu'on se décida à les 
couvrir ou à l^s faire disparaître. 

4652 (49 janvier). — L'autorisation de l'éta- 
blissement du monastère est enregistrée au Par- 
lement de Paris. 

4652. — Les batailles de la fin de la Fronde 
obligent nos premières visitandines à se retirer 
dans la ville ; on en laisse trois pour garder la 
maison. 

4652. — La duchesse de Nemours, petite-fille 
de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, se retire 
avec ses deux filles, à la Visitation de Chaillot, 
après la mort tragique de son mari. 

4652 (fin). — Le marquis de Richelieu enlève 
la fille aînée de M™° deBeauvais, première femme 
de chambre et confidente d'Anne d'Autriche. 

4656 (septembre). — Les visitandines de 
Chaillot obtiennent du roi l'amortissement com- 
plet de leur propriété et la confinnation du droit 
de haute justice qui leur avait été accordé dès 
4653. 

4657 (jcnvier). — Marie et Horteuso Manciiii, 



(1) Ragotzky était depuis lonj^temps membre de 
la Toison d'or. 



^V.p. lai). 



270 



HISTOIRE DU XVI*" ARRONDISSEMENT 



nièces de Mazarin, quittent la Visitation de Qiail- 
lot, oii elles aTaient été pensionnaires pendant 
deux ans, ponr rentrer à la coor. 

i657. — Mort de Nar|aerite-Thérèse Ranchin, 
veuve Vanel, qui avait fait à ses frais transformer 
en chapelle de la Vierge un pavillon situé au bas 
du jardin, à plus de cent marches au-dessous des 
bâtiments du couvent. La veuve Vanel, qui n'avait 
été (^ue novice, reçut le voile le jour de sa mort. 

i658. — Séjour pendant un an, au monastère 
de Chsillot, de la princesse Louise, palatine de 
Bavière, nièce de Henriette de France. 

i659. — Henriette de France reçoit le bref de 
la béatiBcation de saint François de Sales. 

1659 (22 juin). — Mort, à Fâge de trente-six 
ans, de sœur Marie-Cbristine-Emmanuelle de 
Morlemart, fille de Gabriel de Rochechouart, duc 
de Mortemart, gouverneur de Paris, et sceur aînée 
de M"^" de Montespan, de M™" de Thianges et de 
la célèbre abbesse générale de Tabbaye et ordre 
de Fontevrauld. 

4661 (fin). — Prise d^habit de Jeanne-Thé- 
rèse-Angélique de Mesmes, fille d'Antoine de 
Mesmes, ancien prévôt des marchands et président 
à mortier ; en présence de trois reines : Anne 
d'Autiiche, Henriette de France et Marie-Thérèse. 
Sœur J.-T.-A. de Mesmes mourutàChaillot, le 
18 janvier 1709, Agée de soixante-trois ans. 

1665 (janvier). — Mort de M"« de La Fayette, 
supérieure, belle-sœur de la comtesse de La 
Fayette, si connae par ses écrits. 

1666 (20 janvier). — Le iour même de la 
mort d'Anne d'Autriche, M"" Claire-Angélique de 
Beauvais, première femme de chambre en survi- 
vance et amie de la reine défunte, se retire à la 
Visitation de Chaillot, où trois fois elle fut élue 
supérieure, et mourut le 23 novembre 1709, âgée 
de soixante et onze ans. 

1666. ^ M""» de Motteville, confidente intime 
d'Anne d'Autriche et auteur des Mémoires pour 
servir à l'histoire de cette reine, se retire à la 
Visitation de Chjiilot, dont elle est nommée bien- 
faitrice séculière. 

1669 (10 septembre). — Mort d'Henriette de 
France, fondatrice du monastère où elle avait sou- 
vent vécu depuis 1653 environ. 

1669 (16 novembre). — Rossuet vient pronon- 
cer la magnifique oraison funèbre d'Henriette de 
France, en présence des principaux personnages 
de la cour. 

1671 (février). — M"« de La Vallière se réfu- 
gie au monastère de Chaillot ; Louis XIV vient l'y 
chercher et l'oblige & revenir à la cour. 

1674 (avril). — M^*« de La Vallière se retire 
pour la seconde fois à la Visitation de Chaillot, 
d'où elle part le 20 avril, pour entrer aux Carmé- 
lites de la rue Saint-Jacques. 

1678 (fin février). — La duchesse de Noailles, 
mère du futur cardinal archevêque de Paris et 
ancienne dame d'atour d'Anne d'Autriche, se re- 
tire au couvent de Chaillot, après la mort de son 
mari, et y reste pendant quelque temps. 

1680 (29 janvier). — La reine Marie-Thérèse 
visite le monastère et assiste aux offices de la fête 
de saint François de Sales. 

1680. — Le second marquis de Richelieu, sui- 
vant le mauvais exemple de son père, enlève 



la fille d'Hortense Mancini, nièce de Mazarin. 

168i (21 novembre, fête de la Présentation). 
— Bourdaloue vient prêcher. 

1686 (mai). — Les visitandines de Chaillot 
obtiennent le droit de moyenne justice. 

1686 (30 décembre). — Bourdaloue prononce, 
en présence de François de Harlay de ChampvaUbn, 
archevêque de Paris, le sermon de profession de 
M'*** Marie-Gabrielle de Frémont, fille du bienfai- 
teur du couvent, garde du trésor royal. Sœur 
M. G. de Frémont mourut à Chaillot le 22 dé- 
cembre 1713. 

1689 (26 février). — Jacques II devant partir 
le surlendemain, pour tenter de reconquérir sod 
royaume, vient faire ses adieux aux religieuses 
de la Visitation de Chaillot. 

1689 à 1718. — Marie d'Esté, reine d'Angle- 
terre, femme de Jacques II, fit dans cet espace de 
temps de nombreuses retraites au monastère do 
Chaillot, qu'elle combla de bienfaits. 

1689. — Marie d'Esté remet le voile iM"« Ma- 
rie-Béatrice de Lévis, qui mourut à Chaillot le 
7 février 1720. 

1691 (20 février). — Bourdaloue fait un ser- 
mon de profession pour une jeune fille noble, à 
laquelle Marie d'Esté remet le voile (1). 

1692 (24 novembre). — La mère Priolo, su- 
périeure, les sœurs Claire-Angélique de Beauvais, 
Marie-Constance Gobert el Marie-Elisabeth Le- 
moine sont appelées à Saint-Cyr par Louis XIV 
et M"^*^ de Main tenon pour organiser cette maison 
naissante. M"^° de Maintenou vient elle-même les 
prendre en carrosse au couvent de Chaillot. La 
mère Priolo, fille do diplomate et lettré de ce nom, 
resta seize mois à Saint-Cyr. 

1693 (22 août). — Les visitandines obtiennent 
le droit de basse justice et Tunion du fief dit de 
Longchamp à celui de Chaillot. 

lo94 (fin mars). — M'"** de Maintenou, recon- 
naissante, ramène elle-même de Saint-Cyr la mère 
Priolo et la sœur Claire- Angélique de Beauvais. 

1695. — La princesse Conti, petite-fille du 
grand Coudé, remet le voile à une jeune fille 
noble. Dom Thomas de Champigny, supérieur des 
barnabites de Passy, prononce le sermon de vé- 
ture. Il est bon de rappeler, à cette occasion, 
que les barnabites de la paroisse de Passy 
venaient souvent officier chez les visitandines de 
Chaillot. 

1696 (fin août). — Bourdaloue vient pronon- 
cer le sermon de profession de M'^'' Marie-Char- 
lotte Chassepot de Beaumont, fille d'un conseiller 
à la Grand Chambre du Parlement de Paris ; ce 
fut encore la reine d'Angleterre, Marie d*£ste, 
qui remit le voile. Sœur M.-C. de Beaumont 
mourut à Chaillot au mois d'août 1721. 

1698. — Mort de Louise-Antoinette Ck)lbert, 
supérieure, sœur du célèbre ministre. 

1698. —Il y eut à la Visitation de Chaillot, 
dans le courant de cette année, une cérémonie des 
plus touchantes. M^*" Gabriel de la Roquette, 
cvêque d'Autun, y donna solennellement la con- 



(1) On trouve ce sermon dans les opuvres com- 
plèles de Bourdaloue, mais sans le nom de la 
jeune professe. 



^mr*f 



ANNEXES 



271 



firmatioa à près de deax cents soldats de Thôtel 
royal des Inralides (1). 

1700 (commencement de Tannée). — Mme de 
Maintenon ramène elle-même les denx religieuses, 
Marie-Constance Gobert et Marie-Elisabeth Le- 
moine, qni étaient restées plus de sept ans à 
Saint-Cyr pour Torganisation de cette maison. 

ilOO (15 août, fête de l'Assomption). — 
Bourdaloue Tient prêcher. 

1700 (20 novembre, veille de la Présentation). 
— Massillon vient prêcher. 

1700. — Mlle Magne Nompar de Canmont La 
Force, la plus jeune des filles au duc de La Force, 
rentre an couvent de Ghaiilot ob elle avait été 
élevée et s*y fait religieuse. Ses deux sœurs, Char- 
lotte et Suzanne, y avaient été élevées également ; 
Charlotte était alors religieuse à Evreux, et Suzanne 
à Saint-Denis. 

1 70S (1 9 septembre). — Service extrasolennel en 
musique pour 1 anniversaire de la mort de Jacques II, 
célébré par le cardinal de Noailles, archevêque de 
Paris, en présence de plus de vingt-cinq arche- 
vêques et evèques, de la maison de Louis XIV, et 
de celle de Marie d*Ëste, veuve de Jacques U. 

1702 (17 novembre). — Le corps du maréchal 
de Lorges, mort à Pans le 22 octobre, est apporté 
des caveaux de Saint-Roch au monastère de la 
Visitation de Chaillot pour y être inhumé. U avait 
été bienfaiteur du couvent, où sa fille était alors 
aspirante religieuse, avait contribué avec son 
beau-père Nicolas de Frémont, garde du trésor 
royal, à Térection de la nouvelle ^lise ; aussi les 
reusienses firent-elles sculpter ses armes et celles de 
sa femme dans le fronton du principal portail. Le 
maréchal de Lorges était neveu de Turenne, et 
beau-père de Saint-Simon et du duc de Lauzun. 
Son cœur avait été donné aux Bénédictines de 
Conflans, près Paris. 

1 703. — Des voleurs pénétrèrent de nuit dans 
le couvent, mais ne trouvèrent à emporter que 
huit cuillers d*argent, oubliées au réfectoire. Vo- 
leurs volés! 

1703 (1*' mari). — Bourdaloue fait le sermen 
de profession de Mlle Louise-Gabrielle de Durfort 
de Lorges, fille du maréchal et belle-sœur de Saint- 
Simon et du duc de Lauzun. La reine Marie d*Ëste 
lui remet le voile. 

1703 (il novembre). — Ms*" A. Anselme pro- 
nonce Toraison funèbre du maréchal de Lorges. 

1706 (29 janvier, fête de saint François de 
Sales). — On célèbre la messe pour la première 
fois dans la nouvelle église à peme terminée. Le 
soir, aux vêpres, Massillon vient prêcher. 

1709 (dimanche des Rogations). — Prise de 
voile de Marie-Paulede Douglas, fille orpheline de 
lord Dumbarton, noble d'Ecosse, qui avait suivi 
Jacques II en France. Sœur M. P. de Douglas 
mourut à Chaillot le 17 octobre 1710, à peine 
âgée de vinfft ans. 

1709 (fixi). — La princesse de Condé, Anne 
de Bavière, dite la princesse Palatine^ mère de 
la duchesse du Maine, étant devenue veuve, vient 



fi) En 1678. l'église de riiôtcl royal des Invalides 
n'elait pas terminée et ne le fui guère que vers 
1706 ; la cérémonie dont nous parlons n'aurait 
(fooc pu s'y célébrer. 



choisir un appartement dans le couvent, jpour s*y 
retirer de temps en temps. Mourut en 17^3. 

1710 (14 juin, veille de la Sainte-Trinité). — 
Bossuet dit la messe, en présence de Marie d'Esté 
et de la princesse Louise, sa fille, pour la célébra- 
tion solennelle du centenaire de la fondation de 
rOrdre. D'autres cérémonies eurent lieu les jours 
suivants. 

1714 (18 avril). — Mort, à Tâge de 70 ans, 
de sœur Marie-Françoise de Harlay, fille du cé- 
lèbre premier président Achille de Harlay et 
d*Anne Madeleine de Lamoîgnon. 

1717. — La princesse Ragotzky se retire au 
monastère de la Visitation de Chaillot, ou elle 
meurt le 18 février 1722. 

1718 (fin). — Louise-Françoise de Bourbon, 
fille du duc du Maine, âgée de onze ans, entre 
comme pensionnaire à la Visitation de Chaillot, où 
elle reste quatre ans et demi. Le duc et la du- 
chesse du Maine firent beaucoup de bien au cou- 
vent. 

1721 (fin novembre). — Le fameux Cartouche, 
mis à la question, avoue qu'il est entré dans 
réglise du couvent avec l'intention d'y voler la 
lampe du chœur, mais qu'au moment d'accomplir 
son sacrilège, il en a été empêché par une puis- 
sance invisible et s'est senti saisi d'un tremble- 
ment général. 

17â (17 juin). — Mme de Ventadour, gou- 
vernante des Enfants de France, vient au couvent 
de la Visitation avec l'infante d'Espagne, Marie- 
Anne-Victoire, alors âgée de cinq ans, et accor- 
dée de Louis XV. La supérieure offre à la reine 
de France en perspective un enfant Jésus en cire. 
€ Marnant dépéckons-notis, dit la fillette pres- 
sée à Mme de Ventadour, en pensant à Louis XV, 
mon mari m'attend (1). » 

1723 (9 octobre). — Mort de sœur-Thérèse- 
Séraphique de BuUion, fille de Ch.-Denis de Bul- 
lion, prévôt de la ville, prévôté et vicomte de 
Paris, et sœur de la duchesse d'Uzès. Elle était 
entrée dans la maison vers 1695, à l'âge de neuf 
ans, et avait pris l'habit vers 1704. 

1727 (9 septembre). — On apporte le corps de 
la maréchale de Lorges, et on 1 inhume auprès de 
celui de son mari. 

1728 (6 juin). — Mort de Louise-Henriette de 
Bullion-Montlouet, religieuse, âgée de soixante- 
douze ans et professe depuis cinquante-cinq ans. 
Etait fille de François de BuUion, président au 
Parlement de Paris et surintendant des finances. 

1735. — La veuve du récent se retire à la 
Visitation de Chaillot, mais dans un pavillon à 
part, attenant au mur de clôture. Elle y fait de 
fréquents séjours et, malgré ses bizarreries de 
caractère, sait être généreuse pour le couvent. 

17J^9 (17 janvier). — Un ouragan épouvan- 
table enlève presque toutes les toitures des bâti- 
ments, brise les vitres et endommage fortement 
les murs de clôture. Les dégâts sont estimés à 
plus de 7.000 livres. 

1763 (23 décembre). -^ Mort de Louise-Ga- 

(1) Le 5 avril 1725, sous prétexte d'une trop 
(grande diflérence (l'âge avec Louis XV, la jeune 
infante fut renvoyée à son père Philippe v, et, 
dans le courant de la même année, le roi épousa 
Marie Lcczinska. 



272 



HISTOIRE DU XVI® ARRONDISSEMENT 



brielle de Dorfort de Lorges, fille da maréehal de 
Lorges. Elle avait été supérieure pendant vingt- 
quatre ans. 

1767 (17 février). — Mort de Mane-Thércse 
de Bullion, religieuse, fille de Ch.-Denis de Bul- 
lion, prévôt de la ville, prévOté et vicomte de 
Paris, et sœur de la duchesse d*llzès. 



LISTE DES SUPÉRIEliRES 

LVIrrlion i'Uùi triennale et renonvehible. et se foi- 
bail ^cnérulemenl le juur de Fascension. 

Hélène-Angélique Lhuillier. De 1(55i au 
!25 mars 1655, jour de sa mort; avait été supé- 
rieure au couvent de la rue Saint- Antoine, avant 
de venir h Chaillot. 

Louise- Angélique Motier de la Fayette. De 1655 
à 1661. 

Marie-Elisabeth de la Sourdière. De 1661 à 1664. 

Louise-Angélique Motier de La Fayette, réélue 
en 1664, mourut en janvier 1665. 

Anne-Marie Bolain. De 1665 à 1671 . 

Madeleine-Eugénie Bertaut, scur de Mme de 
Motteville. De 1671 à 1673, date de sa mort. 

Françoise-Angélique Priolo. De 1673 à 1679. 
Etait Talnéi'des trois filles du savant Priolo qui 
avait rempli diverses missions et écrit en latin 
une histoire de France allant de 1644 à 1664. 

Louise-Antoinette Colbert, sœur du célèbre 
ministre. De 1679 à 1682. Mourut en 1698. 

Françoise- Angélique Priolo (3** fois). De 168S 
à 1685. 

Marie-Louise Croyset. De 1685 à 1691. 

Françoise- Angélique Priolo (4*^ et 5^ fois). De 
1691 à 1695. Pendant ce temps passa seize mois 
à Saint-Cyr pour organiser cette maison naissante, 
et fut alors remplacée par Anne-Elisabeth Moufle. 
La mère Priolo mourut le 31 mars 1710. 

Claire-Angélique deBeauvais. Du29marsl695 
à 1703. 

Marie-Constance Gobert. De 1703 au 27 oc- 
tobre 1706, date desamort. 

Claire -Angélique de Beauvais, réélue pour la 
4^ fois le 9 novembre 1706, mourut supérieure 
le 28 mars 1709. 

Anne-Elisabeth Moufle (2« fois). De 1709 à 
1715. Mourut le 4 novembre 1719. 

Anne-Charlotte Bochard de Saron. De T Ascen- 
sion de 1715 an 16 mai 1718. 

Catherine- Emmanuelle de Kichebourg. De l'As- 
cension de 1718 à 1720. 

Anne-Charlotte Bochard de Saron (2" fois). De 
1720 à juillet 1723. 

Jeanne- Françoise Le Vayer. De juillet 1723 au 
3 juin 1725, date de sa mort. Née en 1683, elle 
était fille d'un maitre des requêtes, intendant du 
Bourbonnais, et, de plus, savant écrivain juriscon- 
sulte. 

Anne-Charlotte Bochard de Saron (3^ fois). De 
juin 1725 à 1728. Mourut le 31 juillet 1729. 

Catherine-Emmanuelle de Kichebourg (2*^ fois). 
De juin 1728 à 1731. Mourut le 7 juin 1738. 

Louise-Gabrielle de Durfort de Lorges, fille du 
maréchal. De 1731 à 1737. 

Marie-Séraphine Damiette. De 1737 à 1740. 



Louise-Gabrielle de Durfort de Lorges (î^ fois). 
De 1740 à 1746. 

Marie-Séraphine Damiette (2« fois). De 1746 
à 1749. 

Uuise-GabrieUe de Durfort de Lorges (3* fois). 
De 1749 à 1755. 

Marie-Séraphioe Damiette (3* fois). De 1755 
à 1758. 

Louise-Gabrielle de Durfort de Lorges (4* fois). 
De 1758 an 23 décembre 1763, jour de sa mort. 
Avait été vingt-<iuatre ans supérieure. 

Marie-Séraphine Damiette (4« et ^^ fois). De 
la fin de 1763 à l'Ascension de 1770. Mourut le 
8 août 1770, Affée de soixante-huit ans. 

Anne- Madeleine Chalmette. De 1770 à 1776. 

Marie- Gabrielle Roslin. Supérieure de 1776 à 
1779, au moins. 



PRINCIPALES INHUMATIONS (1) 

hvH cccui-s deH Sliiarts étaient déposes sur la tri' 
bune du chirur do l'église, et le caveau mortuaire 
des autres personnages et des religieuses était 
sous l'église. 

Noie. — Le recueil des Letlre» circulairex de la 
Visitation de (Ihaillot, que possède In Bibliothèque 
Nationale, s'arrétnnl ii 1779, et les dilTéreoles mai- 
sons de la Visitation auxquelles je me suis adressé 
n'en possédant pas éf^alenient de postérieures à 
cette date, il m'a été impossible d'établir la liste 
des supérieures des on/e dernières années. 

Marie-Christine-Emmanuelle de Mortemart, re- 
ligieuse. 22 juin 1659. Fille de Gabriel de Roche- 
chouart, duc de Mortemart, gouverneur de Paris, 
et sœur aînée de Mme de Montespan, de Mme de 
Thianges et de Tabbesse générale de Fonte vrauld. 

Mme Cognet, première femme de chambre et 
amie de la i^eine d Angleterre, Henriette de France. 
30 juin 1659. 

Henriette de France, fille de Henri IV et veuve 
de Charles l*^** d'Angleterre. Fondatrice du monas- 
tère, 16 novembre 1669. Son cœur et ses en- 
trailles. 

Charles II, Stuart, roi d'Angleterre, fils aîné 
de la précédente. 1685. Son cœur. 

Louise- Antoinette Colbert, supérieure. Sœur 
du célèbre ministre. 1698. 

Jacques II, roi d'Angleterre, 1701. Son cœur. 

Gui-Aldonce de Durfort, duc de Lorges, maré- 
chal de France et neveu de Turenne. 17 no- 
vembre 1702. — Sa femme, Geneviève de Fré- 
mont fut inhumée auprès de lui le 9 septembre 1 727 . 
— Leur fille, Louise-Gabrielle de Durfort de 
lx)rges, qui avait été supérieure du couvent pen- 
dant vingt-quatre ans, fut mise auprès d'eux, le 
24 décembre 1763. 

Geneviève Durand, femme de Nicolas de Fré- 
mont, garde du trésor royal. 19 aoilt 1763. Son 
cœur. Etait la mère de la maréchale de larges et 
contribua, ainsi que son mari, à la reconstruction 
de l'église. — Sa seconde fille, Marie-Gabrielle 



II) Nous croyons devoir republier celte liste, 
Mins laquelle notre monographie serait incom- 
plète. 



de Frémont, religieuse da coavent, y avait êlè 
iobumée le 3^ décembre 1713. 

JeaDiie*Thércse-Aiigéli(jue de Mesmes, reli- 
gieose, fille d'Henri- A atome de Mesmes, iDcien 
prévnt des marchands et président à martier. 
18 janvier 1709. 

Louise-Marie Sluart, fille de Jacqaes II et de 
Marie d'Esté. 1712. Son crrur. 

Marie- t'rançoiM de Harlay, religieoM. Fille 
d'Achille de HirUy, célèbre premier président au 
Parlement de Paris. 18 avril 1714. 

Maria d'Esté, reine d'Angleterre, seconde 



XES 273 

i laquelle elle luccédait. Pendant longtemps il n'j 
eut entre le Cours la Reine et les buttes ani se 
trouvaient i l'entrée de Paasy. et qui sont dere- 
nues Je Trocadéro, que la manuraeture de la Sa- 
vonnerie, une verrerie et l'hôpital dont nous par- 
lons plus loin. 
Lorsque Henri IV élaldit à Paris et dans quel- 

Snes autres villes des manafaetores de tapisserie, 
anoblit les directeurs étrangers de ces manufac- 
tures et les eiempta des droits d'aubaine, eux et 
tous les ouvriers qui viendraient do debors tra- 
vaitler sous leurs ordres. Une bonne partie du 



f,n Savonnerie au xvn* kIècIi'. 

(Archives de la Société.) 



fenuM de Jacques II. 9 mai 1718. Son corps, i 
part son «turet une partie de ses entrailles. 

rJtarlotte- Amélie Ragotzky (princesse). 16 fé- 
vrier 1722. 

Anne-Thérèse-Séraphiquede Bnllion, religieuse. 
fille de Ch. Denis de nullion. prévôt de la villn, 
préviMé et ^icamté de Paris, 9 octobre 1723. 

Marie-Th'rése de Bullion. religieuse, sii-ur de 
la précédente. 17 février 1767. 

Loaise-Henrietle de Butliun-Montlouet. reli- 
gieuse, fille de FrBni;ois de Bullion-Montlouet, 
président an Parlement de Paris et surintendant 
des finances. Mourut le 6 juin 1728, i soiiante- 
doDwans, professe depuis cinquante-cinq ans. 

Lëomlo m* a. 



LA MARUFACTURE 01 TAPIS 
DE LA SAVONNERIE 



C'est sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui 
la Manutention militaire, quai Debilly, que fut 
éUblieaucomuteneemeatdaivii' siècle, vers 1607, 
la célèbre manufacture de tapis appelée la Savon- 
Derie. Ce nom lui venait d'une fabrique de savon 



personnel de la Savonnerie, qui fabriquait des 
tapis à l'imitation de mux de Perse et de Turquie, 
durent bénéficier de cette prérogative. 

La Saronnerie était le but d'une des promenades 
favorites de Louis Xlfl enfant; on l'y conduisait 
soit en carrosse, soit en bateau. 

Pierre Dupont fut le premier directeur de la 
manufacture de la Savonnerie. En1663,lerameui 
Colbert, le Mécène de son siècle, l'ami de tous les 
arts, organisa cette fabrique d'une façon toute 
particulière ; par la suite, elle fut négligée, mais, 
sur la fin de 1713. de PardaiUan, dnc d Anlin, en 
fit réparer les bâtiments et lui rendit tonte sa 
splendeur et toute son activité. 

Pierre Dupont a écrit dans son livre de la Slro- 
maUmrgie ou de l'Ejxeilfnce de la manufac- 
ture dei lanis diU de Turi/uie (1632) un récit 
complet de la fondation de cet éttbIissemenL 

Nous De pouvons mieux faire que de laisser k 
celui-U même qui provoqua celle fondation le 
soin d'exposer, dans un langage pittoresque et 
animé, l'ori^oe et les premiers développements de 
la Savonnerie. 

< S'étant adonné à rillumioure, feu madame 
de Chasieaunenf (que Dieu absolve), comme elle 
estolt dame très vertueuse et adonnée du tout à 



la piété et dévotion, prit le dit Dupont t son ser- 
vice pour loy faire quelques paires d'heures dll- 



2^4 "•**■ 

fur aussi à la dite itmt, quelque temps tpris 
(comme ï la plus coneuse de Paris). qnelôuM 
escbaotilloDs de toutes sortes d'ouvrages de Tur- 
quie faicta d'or, d'ai^ent, de so;e et laine, les- 
quels comme chose non encore vené, elle présenta 
i la Royne mère qui les fît roir tout à l'heure an 
feu Ro; : lequel peu de jours après, allant voir 
les peinturea de sa gallerie et de sa sale des anti- 
ques que feu M. Bunel son peiolre faisait alors, et 



1 XVl' ARHOMIISSEMENT 



des logis de dessous sa gallerie avec un attelier 1 
cosii pour ledit Dupont : pour estre comme une 
pépinière d'ouTrien de la dite manufacture, ce fut 
en l'an 1604. Auquel lien il a loajoars fait u 
demeure depuis le temps et y a initruit Dlusieon 
apprentils, suivant le commandement qu'il eu avoît 
reteu de Sa Majesté ainsi qn'il fait eacore i pré- 
sent. 
< Or le feu Ro; venant un jour voir ud em- 



Dc Pardaillan, duc U'Antin. 
(D'apr«!i iiiic repraductluii photographique [aile par l'auteur 



entrant en la maison du dit Bunel. vit un tonds 
de chaise faict d'ouvrage de Turquie, que le dit 
Dupont y avoit laissé et se resouvenant de ce que 
feu HadamedeChasteauoeur en avait rapporté à la 
Royne commanda ii feu M. de Fourcy, intendant 
de ses bastimens et manufactures, de faire venir 
ledit Dupont en aa préseoce, ce qu'il St le lende- 
main en la gallerie haute. 

< Venu donc ledit Dupont, il présenta 1 Sa 
Majesté un quarreau faict de soye et or, avec une 
chaire faicte de laine dudit ouvrage de Turquie 
<fue Sa Majesté eut très agréable et commanda sur 
1 heure au dit sieur de Fourcy de faire bastir uo 



meublement qui se laisoit alors pour son service 
qui e^loit d'or et de soye et qui est aujourd'hui 
dans l'hostei du Luxembourg, promisl, en la pré- 
sence de beaucoup de Seigneurs, d'eslablir la dif 
maiiufaciure par toute la France, ainsi qu'il avut 
faict celle des tapisseries de Flandres, de l'or m 
Milau, des estones de draps d'or et de aoye «' 
d'autres, affin (comme il diaoit) d'emçeaeher 1* 
transport de l'or et de l'ar|;ent qui se fait hors da 
pays par le tratfic continuel des dites estolTes et 
par ainsi enrichir la pairie et faire travailler iK" 
intinité de fainéaDS et de fagabonds. 
* Mais la mort Inneste de ce yrand IIIoiian{ae 



ayant donné fin i ses braTes et généreux desscâns 
airesla par [tej nesme moveo ledit Dupont enses 
entreprises. TaQlefois, sçachani que les Rojs ne 
meurent point, il s'adressa au Roy i présent ré- 
gnant en l'année 1t>96 venant veoir les ouvraeea 
(jni se faisoient pour Sa Majesté, et luy lit entendre 
quelle avoit esté la dèlibèralion du fea Roy pour 
l'establissement de ladite manufacture luy en pro- 
posant les moyens faciles par la mètode d'ensei- 
gner audit ait les enfaas qui demeuraient dans les 
hospiiaai et les tilles pareillement en plusieurs 
antres oarrages, ce que ledit Dupont prometloit 
et promet encore faire. 

< Auquel Sa Majesté commanda d'en adresser 
la Requeste à son Conseil,' affin d'v estre mesme- 
ment ponrven. Ce ifu'ayant délibère faire ledit Du- 
pont et jugeant qu'il ne pourroit exécuter luy seul 
une charge si onéreuse n'ayant encore aucun de 
ses enfants en aage compétent pour luy ayder : 
s'assodai an qui aToît esté son apprenly nommé 
Loordel arec lequel et conjoinctement il présenta 
la dite Requesle au Conseil. 

c Et pour parvenir i cest eiïect, ledit Dupont 
et Lourdet allèrent trouver M. de Foorcy qui avoit 
la charge de feu son père, lequel les présenta à 
H. Auberg, conseiller d'Estat. avec la dite re- 
queste pour en faire son rapport au dit Conseil. 
Ce qu'il fit et a fait depuis avec tant de probité et 
d'équité et avec tant de circonspection au bien 
public de la patrie qu'il s'est montré un rempart 
tellement inexpugnable contre les orages de l'envie 
et de la mesdisance de quelques-uns qu'il en a 
obtenu les articles et arresls survenus par sa seule 
diligence ainsi qu'ils se peuvent icy voir avec la 
suite d'une infinité de traverses qu'ils ont rencon- 
trez en quelques endroits. > 

Pierre Dupont et Simon Lourdet sont, en effet, 
les premiers fondateurs de la Savonnerie; mais 
bénéllciant de l'antériorité du brevet, Dupont doit 
en être considéré comme le premier directeur. 

La Savonnerie était une de ces manufactures 
que le roi Menri IV avait fondées pour affranchir le 
royaume de l'indoslrie étrangère qui tendait à 
l'envabir. Hais la mort du bon roi la fit abandonner. 

Marie de Hédicis, pour utiliser le local qui avait 
été loué i un sieur Isaac-Martin Haunoir, y éta- 
blit uQ hApital d'orphelins et enfants abandonnés, 
comme en témoignait publiquement une plaque de 
marbre placée sur la porte de la chapelle et por- 
tant l'inscription suivante : 

La très ADi-.usTE HAttiE de Médigs 



K ESTABLI CE UEli DE CHARITË l>l>i;i 

Alimentez, eutretedus eti 
Les enfants tirez des hôfitaux 






E Dieu l 



CEl6t5 

Le brevet de fondation de l'établissement stipule 
eo effet que les enfants y seront instruits en la 
crainte de Dieu et i faire plusieurs ouvrages de 
toile et autres. 

Sons la direction habile de Simon l.ourdel, les 



CBS sy5 

ouvriers de la Savonnerie ne lardèrent pas i ac- 
quérir une grande habileté i lenra ouvrages. Eo 
16.S9, Lourdet reçut la commande de deux tapis 
pour la Reine et en 1665 un tapis pour la galerie 
d'Apllon. Trois ans après, Philippe Lourdet, qui 
avait succédé k aonpére, faisait commencer l'exé- 
cution du célèbre tapis de la grande galerie dn 
Louvre. Ce tapis, qui ne fut achevé que vers la fin 
du règne de Louis AlV, se composait de 93 pièces 
variées, comprenant : médaillons, armoiries, tro- 
phées, paysages, (leurs, de 7 aunes et demie de 
longueur sur 4 à 5 de largeur chacune et formant 
dans l'ensemble une vaste composition générale. 
Philippe Lourdet mourut en 16T1. Sa veuve. 



Armes du duc U'Antiii. 
IDessin de H. Mar.) 



Jeanne Haffrey, lui succéda avec le titre de « Ta- 
pissier et directeur de la Manufacture de ta Sa- 
vonnerie >. Louis Dupont, qui avait bérilè des 
privilèges de son père, s'installa i la Savonnerie 
et travailla dans des ateliers distincts de ceui de 
la veuve Lourdet. A la mort de la veuve Lourdet, 
survenue en iH'i, un nommé Sauvain dirigea 
pendant un an son atelier ; puis Louis Dupont 
réunit sous sa main tous les services et resta 1 nni- 
que directeur. En ilH. Jacjnes de Nourville 
succéda i Dupont. Sous cette direction, la Savon- 
nerie reçut de nombreuses commandes et produisit 
comme ijcuvres principales no tapis pour la chambre 
du roi (1734), an tapis pour la salle du trAuei 
Versailles (1726), un tapis pour le salon de la 
Muette (1733), etc. 

En 1743, Duvivier succéda comme entrepreneur 
è de Nourville. La manufacture exécuta à cette 
époque des lapis pour Trianon et C.hoisy, dont 
Gravelot, Chevillar et Terrier avaient fotiroi let 
modèles, pour la marquise de Pompadour un 
meuble fort important composé de 3 canapés de 
14piedsde long. Sfauteuils et 1 écran d'après let 
dessins de Chevillar. 

Il fut (|uestion k un moment de transporter la 
Savonnerie près des Gobelins ; mais le directeur 
des bâtiments du roi objecta d'une manière asget 
plausible que, changer pour changer, il vaudrait 
mieux établir tes Gobelins près de la Savonnerie, 
car. disait-il, si les Gobelins étaient situés dans 
an quartier moins perdu, ils seraient visités par 



276 

les gens qualifiés et opulents qui sont sans cMse 
sur la route de Paris à Versailles. 

La Savonnerie resta doue i. Cbaillot comme au- 
pararant. Il paraît, cependant, certain quo, dès 
1738, elle arait cessé de s'administrer eile-mème. 
KUe n'eut plus de directeur propre, et le direc- 
teur des Gobelius en recul la direction. 

En résumé, la Savonnerie, depuis 
jusqu'à la RéroIntioD, a tenu dans l'indi 



HISTOIRE DU XVl' AHRONDtâSEMENT 



culés de 1S04 A iSU. Le tapis du gnoA cabiHt 

de l'empereur, allégorie des cohortes de la L^ofl 
d'honneur, dont quelques fragments décorent in- 
jourd'hui le paUit de la grande cbancellene. I« 
tapis de lacbambre de l'impératrice iSaint-Cload, 
le lapis de la salle dite des Enfants de France, 
aux Tuileries, qni tut achevé sous ta RestauratiiHi, 
le tapis de la chapelle des Tuileries, fureit an 
nombre de ces ouvrages. 



Atelier de le Savonnerie à la Manuraclure des Gobclins. 
(Reproduction pholographiqiiL- de l'aulour.) 



nationale une place très honorable, mais de second 
ordre an point de vue de l'importance de la pro- 
duRlion. Grâce aui documents des Archives na- 
tionales, on a pu faire le compte frénéral da 
cette production, de 1743 à 17ti6; il s'élève A 
1.061.274 livres. 

Le Consulat ramena un peu d'activilé dans la 
manufacture, et l'Empire lui rendit toute sa pros- 
périté du xvii< siècle par des commandes multiples 
et par l'oetraî d'un budget régulier et considé- 
rable. Percier, Ventame et Lagrenèe fournirent 
les modèles des grands ouvrages qui y furent ené- 



Le IS février 1836, la manufacture royale d« 
la Savonnerie quittait les vieux bâtiments de Chail' 
lot, ou elle avait été établie. Elle avait été rénnie 
par ordonnance du roi en date du 4 mai 18^ ft 
la manufacture des Gobelins, ou elle devint un 
simple atelier spécial sous une direction unique. 
A partir de ce moment, l'histoire de la Savonnerie 
se confond avec celle des Gobelins et n'a plus d'in- 
térêt ponr nous, puisque cette manufacture est 
transférée dans nn autre quartier, le XUl* arron- 
dissemeal, dont nous n'avons pas i nous occuper. 
Nous ne devons point pour cela mépriser la Savon- 



nerie, qai complète si henrensemeat la mantirac- 
ture Dationale de (apissertes et i]ui a produit tant 
de lermeiUes. Sa dieptritioD. si jamais elle avait 
lieu, serait oa désastre artistique pour uotre pajrs. 
La graTorequi précède reproduit l'atelier de la 
SaTannerie (1889) k la manufacture des Gobelins, 
dont il formt une division spédale. 

C'^FuNiiiDDErÊcLisEDEFtHiitEn deFëiji. 



LOUIS XIII AU XVI" ARRONDISSEMENT 

Jeau Héroard, médecin ordinaire, rooseillei' et 
secrétaire de Henri IV, pais i^emier médecindo 
dauphin {l>onis XUI), a noté jour par jour tes 
moiodres faits et gestes de ce dernier et auguste 
clientidepnb le jour de sa naissance, 37 septembre 
1601, jusqu'au mois de janvier 1638. Dans le 



Louis Xlll en i6a3. 



[Porlrsil par Sébasli 



grand nombre dr menus détails relatés i son 
Journal, on en trouve d'assez intéressants. On y 
aiiprend entre antres choses — fait précieux pour 
l'histoire! — <\ae Dotre petit dauphin u'aimait 
pas l'ail, contrairement i son père, qui en abusait; 
qu'il était bien souvent fouetté et refonetté, même 

Car le bon roi Henri ; c'était alors la correction à 
I mode, correction que le petit prince, fort vo- 
lontaire et fortcolére, ne mentait que trop souvent. 
Ce qu'on j apprend surtout, c'est qu'u aimait i 
venir se promener et chasser dans notre région, 
et Toici, classées chronologiquement, le détail des 
diverses visites qn'il nous fit. 

Lesamedi SSaoùtiSOi, le dauphin coucheï 
Saint-Cloud ; le lendemain il est ramené en litière i 
Paris. Le tlls de Sully, accompagné de soixante 



277 

chevaui, vient au-devant de lutïChaillot.HenrilV, 
qui était alors i Fontaineblean, avait envoyé 
1 ordre à Sully de faire traverser Paris i son ttls 
pour satisfaire la curiosité des Parisiens. 

Mercredi iO septembre 1608. — Le dauphin 
arrive i Qiaillot. dans la maison de Mme la com- 
tesse de Cuichen (la belle Corisande. ancienne 
maltresse de son père, oCi la reine Marguerite 
vient le voir. U reste dans cette maison jusqu'au 
vendredi 1 "î. Le jeudi 1 1 , il était sorti par le parc, 
avait poussé jusqu'au couvent des Bonshommes, y 
était entré par la grande porte et, après avoir 
visite le cloître et ta bibiothéque, y avait entendu 
la messe. .\u moment de sortir, les Pèreslui avaient 
oOert deux plats de prunes et un de leur pain. 

Mercredi i5 mars ifi09.— Le dauphin est mené 
an parc du château de Madrid, qui appartenuit 
alors & la reine Marguerite, [vemiére femme de son 
père. 11 y godte cbez le concierge, puis se rend i 
i'abhaye de Longchamp. 

Vendredi 11 septembre 1609. — Le dauphin, 
d'après l'ordre du roi, est mené i Chaitlot pour y 
voir son frère le duc d'Anjou (1 ) et Mesdames ses 
sœurs, qui y étaient arrivées la veille. Il goAte avec 
eux. Henri IV et Marie de Uédùis viennent In 
rejoindre. Mais la petite fête de famille ne fut pas 
complète, le jeune duc d'Oriéans (4) ayant dû rester 
i Saint-Germain, retenu par un Dui de ventre. 

Vendredi HO lumembre 1609. — Ledaupbinva 
courir un loup dans la garenne du chiieau de 
Madrid. 

JfUfJt/Jjiiniûr/fiyO.— Le danphin va chasser 
dans le parc du château de Madrid et, moaté sur 
sa petite baquenée baie, «ourre deux lièiTes. La ploie 
et la grêle surviennent;!! ploppe pour pgmr la 
cbltean, mais y arrive tellement trempé qu'il lui 
faut changer dechemise. L'orage passé, il remonte 
ichevat et goûte, toujours à cheval, d'noe petite 
tarte de massepain et de marrons rAtis dont 
il avait garni ta pochette à son départ de Paris. 

Samedi S4 amJfâfO.— Ledauphinestmeoé 
en carrosse à la manufacture de tapis de la savon- 
nerie (3). La concierge lui dit tnalaoroitement qu'il 
n'est pas grand ponr son Ige et que son fils à elle 
est [dus grand que lai. Il sort tout en colère, mur- 
murant longtemps de U remarqne de cette femme. 
De U, il se rend i Autenil au jardin de l'abbé de 
: Sainte-tieneviève, monte à cheval et ; court la 
poste, M. de Itissay faisant le postillon. Puis il y 
goûte. 

Mardi 4 mai IfilO. — Va à cheval chasser dans 
le parc du chdleau de Madrid. 

Lundi 11 mai m 10. — Sans rancune dupropoi 
de la concierge, il retourne ila Savonnerie. 

Trois jours après. le limai, son père est assas- 
siné, et le mli roi (4). 

Jeudi 10 juin IGIO. — Le te:nps étant très 



(1) Gnaloniic Fmnrc Ir 
uni pnr la tiiort île son Ti 
i^ila d» litre ilc iluc cl'Oi 

(i) DciiiiL-ine m» de 1! 



le iluuil'Urléunali^- 
1 IV. qui mourut ea 



lmti«rorniùv en tniiniirnctiiro di- Inpla A In liirque 

il SB lroiivnlt^iiri'i'mplai'i'm<-nlncru<-i(le In Me- 

iiiiti'nli'iTi. nu iiiini île Iljllv.— V.nrlkle préccdent. 

^'^S I.01IU xlll iiiulirut OKiiltnient un il m*l 



278 



HISTOIRE DU XVI** ARRONDISSEMENT 



chaud, Louis, XIU s^embarque le soir et va jusqu'à 
la Savonnerie. A 9 heures, il est également ramené 
par eau. 

Mardi 22 juin iôiO, — Louis XIU se rend en 
carrosse à la SaTonnerie et s*y fait peser. Poids de 
Sa Majesté : 53 livres. 

Jeudi i$ juillet iSiO* — Mené en carrosse 
au chftteau de Madrid, il y chasse le liè?re et Toi- 
sean. 

Dimanche i5 août i6i0, fête de V Assomp- 
tion. — Louis Xlll est mené en bateau jusqu*à 
Chailiot, et ramené au Louvre dans son petit 
carrosse découvert, traîné par six bidets. 

Samedi iS et mercredi 22 septembre iôiO. 
— Uest mené en bateau couvert jusqu'au couvent 
des Bonshommes. 

Mercredi i5 décembre iôiO. — Louis XIÏI 
est conduit en carrosse au bois de Boulogne pour 
chasser le loup. 11 en prend deux. Ramené à 
cheval, et tout joyeux de sa capture, il se met à 
jaser avec toutes les personnes qu'il rencontre, 
leur demande qui elles sont, où elles vont, etc., 
comme faisait son père. 

Jeudi 23 décembre i6i0. — Chasse deux loups 
au bois du château de Madrid et vole une cor- 
neille. 

Jeudi i*^ mai i6i4. — Va entendre les 
vêpres au couvent des Bonshommes, puis se 
rend à Auteuil, au jardin de M.Brouay;ilypèche 
dans son petit vivier et déniche des merles. 

Mercredi 28 mai i6I4. — Va entendre la 
messe au couvent des Bonshommes, et de là se 
rend à Saint-Cloud; revient par le bois de Boulo- 
gne, où il chasse à Tarquebuse, tue quelques oiseaux, 
entre antre un loriot et une orfraie. 

21 octobre i6i4. — Louis XIU est déclaré 
majeur. 

Vendredi i9 décembre 161 i. — Louis XIU 
se rend à Auteuil pour visiter une maison qu'il 
désire acheter; il y joue longtemps, puis va se 
promener au parc du château de Madnd. 

Mardi 21 avril 10 il. — A une heure et demie, 
Louis XIU monte en carrosse et se rend au cou- 
vent des Bonshommes, où il fait conduire de 
petites pièces de canon pour tirer aux corneilles. 
Cette nouvelle sorte de chasse lui réussit un peu ; 
il en tue une. 

Samedi 15 juillet 1611, — Après avoir 
donné audience aux ambassadeurs de Venise et de 
Savoie, Louis XIU se rend au couvent des Bons- 
hommes où il goûte, boit du vin clairet (1) et de 
Teau dans son chapeau, et fait boire ainsi M. de 
Guise et autres. 

Mardi 25 juillet 1611. — Louis XIU se dirige 
vers le couvent des Bonshommes et, pour la pre- 
mière fois depuis qu'il est roi, se baigne à la 
rivière, ce qui lui réussit assez mal, car il en revient 
enroué. 

Jeudi 18 janvier 1618, — Louis XIU sort de 
Paris par la Porte-Neuve (2), va à pied jusqu'à 
Chailiot, faisant mener son petit canon par ses 



(1) Ce vin clairot devait probohlomonl provi'iiir 
des coteaux de la rue Vineuse, apportenant alors 
aux Bonshommes* 

(a) Porte flnnciuéc d'une haute tour, qui séparait 
le Louvre des Tuileries A la hauteur du guichet 
du Carrousel. 



petits gardes suisses. U se rend chez M. de Cas- 
tille, qui lui lait faire une collation et lui donne 
des petits canons de fer, fabriqués en Suisse. Le 
lendemain, il va visiter entièrement le château de 
Madrid, pour y faire choix d'un logement où il 
vient s'installer le mardi suivant. De là, le jeudi 
!25 janvier, il va se promener dans le bois jusqu'au 
pavillon de la Muette, tenant on émérillon sur le 
poing ; le lundi S9, reçoit les Notables qu'il avait 
fait venir de Bouen, où ils étaient assemblés, et 
leur donne brusquement leur congé, sans que l'édit 
qui devait répondre à leurs cahiers eût été rendu. 
Le mercredi 34, il va visiter la Volerie (i) de 
Lonffchamp 

Mardi 23 Juin 1620, — U se rend à pied des 
Tuileries à 1 lie qui se trouve vis-à-visdu couvent 
des Bonshommes, et y tue à l'arquebuse une grande 
quantité de gibier. Mis en goût, il y revient deux 
jours après, passe à Grenelle, revient pourpasser 
l'eau, fait dételer d'un chariot un cheval aveugle, 
l'attache à son petit bateau qu'il faisait toujours 
porter dans une charrette, se met dedans, le fait 
tirer par le cheval en amont de la rivière; mais 
cet animal, se sentant battu aux jambes, se met à 
courir et à s'écarter, si bien que le bateau se fût 
renversé, si le sieur de Kéaux, lieutenant des 
gardes du corps, ne se fût empressé de couper la 
cordfi 

Dimanche 28 juin 1620, — Va tirer de 
l'arquebuse dans l'Ile Maquerelle (ancienne lie des 
Cygnes). 

Mardi 30 juin 1620, — Retourne à l'Ile 
Maquerelle et s y baigne (cette fois,sans s'enrouer). 

Lundi 31 mai l827, — Va souper à Auteuil. 

Mercredi 16 juin 1627,— Retourne à Auteuil, 
où il dine chez M. Coquet, commissaire général de 
sa maison. 

— Ici s'arrête, pour nos recherches locales, 
le journal d'Héroard. Ce fidèle serviteur du roi 
tomba malade au camp devant la Rochelle, et y 
mourut le 8 février 1G28, âgé de soixante-dix-huit 
ans. De tout ceci, il ressort que le jeune Louis XUI 
avait une passion réelle pour la chasse et qu'à 
cette époque, les loups, les orfraies, les lièvres, les 
corneilles, les loriots étaient en assez grand 
nombre au boisdeBoulogne,cequi explique la pré- 
dilection du jeune prince pour cette promenade. 
Loups et orfraies ont, par bonheur, complètement 
disparu du bois. On aurait peut-être quelque peine 
à y rencontrer de vrais lièvres; mais les fameux 
coniU, c'est-à-dire les lapins, qui osaient s'aven- 
turer alors, et pour leur malheur Jusqu'à Chail- 
iot, y sont encore en assez grand nombre. Le 
gibier, comme on l'a vu, ne manquait pas non 
plus dans l'ancienne Ile des Cygnes, ainsi que dans 
celle qui se trouvait vis-à-vis du couvent des 
Bonshommes. On a ddt remarquer que, dans le 
récit des pérégrinations du jeune roi, il n'est nulle- 
ment parlé de Passy ; c'est qu'alors ce village 
n'était qu'à l'état embryonnaire, tandis que ses 
voisins, Âoteuil et Chailiot, avaient déjà une cer- 
taine importance. 



(1) Lieu où on mettait les oiseaux do proie dres- 
sés pour l'espèce de chasse qu'on appelait alors 
lii Volerie.. Le dur de Luynes. favori (le Louis Xlll, 
exct^llail à dresser ces oiseaux. 



ANNEXES 



279 



TermÎDOiis pal* quelques notes complémentaires 
snr Lonis XIII, qoi nous le feront peut-être encore 
mieux connaître que les faits au jour le jour ra- 
contés un peu sèchement par Héroard. Disons 
d*abord que la confiance dans Fastrologie judi- 
ciaire était tellement grande au moment ae sa 
naissance, qu*ii dut, dit-on, son sumon de Juste 
au hasard qui Favait fait naître sous le signe de la 
Balance — 5e non è vero, è bene trovato, — 
Quant à nous, nous attribuons plutôt Forigine de 
ce surnom à sa grande déyotion. Louis XIII était 
fort adroit de ses mains. € On ne saurait, dit 
Tallemant des Réaux, compter tous tes beaux 
métiers qu*U apprit, outre tous ceux qui con- 
cernent la chasse ; car il tauait faire des ca- 
nonsdecuir^des lacets,des/ilets,des arquebuses, 
de la monnaie. — Il était bon confiturier, 
bon jardinier; il fit venir des pois verts de pri- 
meur, qu'il envoya vendre au marché. Il rasait 
bien et, un jour, il coupa la barbe à tous ses 
officiers. Il cofiiposait en musique et peignait 
un peu. Son dernier iiétier fut de faire des 
châssis avec son favori, le duc de Luynes.i^ 
A noter aussi son goût pour les échecs, {;oût telle- 
ment prononcé qu il s'était fait, ou fait faire un 
échiquier spécial qui loi permettait d'y jouer,même 
en carrosse, sans redouter les mouvements du 
Yéhicule. Enfin,comme dit une de ses épitaphes de 
fantaisie : 

Il eut cent verlii» de valets, 
Et pa!4 une de maître. 

Léopold Mar. 



DOCUMENTS DÉPOSÉS DANS LES ARCHIVES 

DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE 

D'AUTEUIL ET DE PASSY 

A la distribution des prix du petit lycée Janson- 
de-Saill}r, le !28 juillet 1892, M. Perrens, membre 
de l'Institut, inspecteur général honoraire de Tins- 
traction publique, a prononcé, comme président de 
cette solennité, quelques paroles qu'il nous appar- 
tient de signaler. Pressentant la voie dans laquelle 
la Société historique s*en^age de plus en plus 
chaque jour, il a invité ses jeunes auditeurs à lire 
avec intelligence les plaques bleues des rues de 
notre quartier pour y suivre tout un cours d'his- 
toire, de littérature et de beaux-arts. Après avoir 
parlé de Passy, il a célébré Auteuil « peuplé de 
grands noms et de grands souvenirs ». Tout au 
plus me permettrai-je de formuler une seule ré- 
serve. M. Perrens approuve trop, à mon sens, — 
et je ne serai pas le seul, je crois, de cet avis, parmi 
les membres de la Société, — il excuse trop l'ha- 
bitude que l'on a prise de remplacer de nos jours 
tous les anciens noms par des appellations nouvelles. 
Il a fait avec esprit le procès du Paris antédilu- 
vien de sa jeunesse, — c'est lui qui parle — mais 
j'avoue qu'il ne m'a pas convaincu quand il a plai- 
santé ces vieilles dénominations si pittoresques et 
si colorées, qui avaient leur charme, et dont le 



moindre mérite était de rappeler à tous un passé 
dispara. 

Prenant Paris dans sa constitution topographique, 
M. de Ménorval, dans son ouvrage Paris depuis 
ses origines jusqu'à nos jours, est appelé à par- 
ler du raisseau qui prend sa source au bas des 
hauteurs de Ménilmontant, passe au nord des grands 
boulevards, irrigue les cultures maraîchères des 
faubourgs Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, 
Saint-Honoré et vient se jeter dans la Seine au bas 
de Chaillot. Au xvii^' siècle, ce cours d'eau s'ap- 
pelle le raisseau des Porcherons ; en 1737 et 1750, 
revêtu de murs et voûté, il devient le grand égout. 
C'est sur ses bords, aux Porcherons, que Rampo- 
neau tenait, vers 1760, le cabaret de la Grande- 
Pinte, 

Pour les temps préhistoriques, à l'époque de 
l'âge de pierre, notre savant confrère signale la 
découverte, à l'Ile des Cygnes, d'une barque mo- 
noxile, c'est-à-dire creusée dans un seul tronc 
d'arbre. 

Puis, lorsqu'il parle de l'étymologie du nom 
d'un quartier voisin, le Gros-Caillou, qui, d'après 
Jaillot, viendrait d'une borae servant de limite 
entre les seigneuries de Saint-Germain-des-Prés 
et de Sainte-Geneviève, dont nous dépendions, 
M. de Ménorval dit que cette pierre levée peut 
parfaitement avoir été une borae, après avoir été, 
dans le principe, un monument mé^lithique. 

Nous en sommes bientôt à l'histoire de la Gaule 
et, ainsi, à une question qui a déjà été soulevée 

Earmi nous : je veux dire la lutte sous Paris de 
abiénus et de Camulogène. Au mois de mai de 
l'année 5i2 avant Jésus-Christ, tandis que César 
était occupé sous Gergovie par Vercingétorix, La- 
biénus, son premier lieutenant, fut charaé de s'em- 

{)arer de Lutèce et de battre le chef oes Parisii, 
e Gaulois Camulogène. Arrêté au bout de cinq 
marches, à son départ de Sens pour Lutèce, par 
la rive gauche de l'Yonne et de la Seine, Labiénus 
dut, le sixième jour, rétrograder jusqu'à Melun. 
\Â, après un jour de repos, et devenu maître d'un 
équipage de pont, il reprit la route de Paris, par 
lu rive droite, cette fois. Le huitième jour, Labiénus 
était campé vers le Ch&telet ; Camulogène, qui avait 
brûlé Lutèce et coupé les ponts, était en face de 
lui, de l'antre côté de la Seine, vers le Luxembourg. 
Pressé par les mauvaises nouvelles qui lui arrivent 
de César, Labiénus se décide à une action immé- 
diate ; il feint de remonter la Seine vers Juvisy 
ou Corbeil, tandis que le gros de ses troupes des- 
cend jusqu'à Auteul. (V, plus loin p. 49a.) 

Le neuvième jour, vers trois heures du matin, 
sub luce, les Romains passent le fleuve et, au 
point du jour, la bataille s'engage dans la plaine 
de Grenelle. Les Gaulois sont défaits et un instant 
poursuivis par la cavalerie romaine. Les troupes 
de I.abiénus repassent la Seine sur le pont de ba- 
teaux d' Auteuil et reprennent par la rive droite 
la route de Sens. Camulosène avait été tué dès le 
début de l'action. M. de Ménorval voudrait lui voir 
élever une statue, dominant la Seine, à la pointe 
occidentale de l'Ile des Cygnes. La Société pour- 
rait, lors de la construction prochaine du pont 
Mirabeau, reprendre l'idée de M. de Ménorval, en 
demandant que la statue du chef gaulois soit éri- 
gée sur ce point de notre territoire. Grâce au do- 



28o 



HISTOIRE DU XVl^ ARRONDISSEMENT 



cornent nouveau que nous apporte M. de Ménorval, 
Toici un chapitre romain à ajouter à Thistoire 
d'Auteuil. Puisse-t-il tenter un de nos confrères ! 

Nous passons vite sur l'étymolone que l'histo- 
rien attribue à Passy. Pacciacus, dit-il, serait le 
domaine d*un Gallo-Romain, nommé Paccius. 11 
nous appartient de lui signaler, sans prendre parti, 
une autre étymologie : Passus ad aquas^ puis 
Passy-les-Ëaux, et aujourd'hui encore le passage 
des eaux. 

Nous arrivons ainsi à cet aqueduc d'Auteuil qui 
fut coupé par les Normands, lors du fameux siège 
de 886. « Dès le milieu du iii° siècle, dit M. de 
Ménorval, un aqueduc conduisait les sources d'Au- 
teuil à quelque grand établissement thermal situé 
dans le profond déblai qu'occupe aujourd'hui le 
Jardin du Palais-Royal, au-dessous des rues de 
Richelieu, des Petits-Champs et des Bons-Enfants. > 

J'aborde, enfin, la question de l'emplacement 
de la Justice des Génovéfains, seigneurs d'Auteuil, 
et c'est ici qu'éclate l'importance des sociétés his- 
toriques comme la nôtre qui, dès leurs premiers 
jours d'existence, peuvent apporter à des ouvrages 
aussi consciencieux que celui que j'étudie un sup- 
plément d'informations. M. de Ménorval rapporte 
qu'en i295 le bailli de l'abbaye de Sainte-Gene- 
viève condamna à être enterrée vive une femme 
accusée de vol, Marie de Romainville. Sept ans 
après, Amelotte de Cbristeuil subit la même peine 
pour avoir dérobé une cotte et quelques bijoux. 
Notre histoire locale nous apprend qu'Auteuil avait 
le triste privilège, dû sans doute à son éloignement 
de Paris, d'être le théâtre de ces cruelles exécu- 
tions. Les fourches d'Auteuil, d'après les anciennnes 
cartes, étaient sur la route de Versailles, et c'est 
encore là qu'était la potence qui fut détruite lors 
de la Révolution. Quant à la justice de l'évèque 
de Paris, elle était à Saint-Cloud, Philippe- Au- 
guste ayant défendu au prélat par l'accord de 
Melun (1^222) de faire exécuter aans la banlieue 
même de Paris. 

(Extrait de documents déposés en i892 par 
M, Antoine Guillois sur le bureau de la So- 
ciété historique d*Auteuil et de Passy.) 



FONDATION DE LA PAROISSE DE PASSY 

Etablissement des deux premières écoles. 
Revenus de la paroisse en 1757. 



baptiser la rue Gat ami actuelle, pour reporter ce 
nom à Autenil, où il serait mieux à sa place, et 
de lui donner celui de Claude Chahn (i), le 
généreux seigneur de Passy uni, de ses deoiers, 
ht élever, en 1666, l'église ae ce lieu, la dota, 
fit faire tons les ornements nécessaires à la célé- 
bration du service divin et prodi{[ua ses efforts 
pour la faire ériger en paroisse indépendante, 
efforts qui ne furent couronnés de succès qu'après 
sa mort, griice à la ténacité de sa veuve, Chris- 
tine Chrestienne de Heurtes. C'est de cette époque, 
en effet (i67S), que datent le rapide accroissement 
et la prospérité de Passy (2), qui, jusque-là, 
n'était véritablement qu'un village compose, pour 
la plus grande partie, de laboureurs, de vigne- 
rons, de tuiliers, de cabaretiers, et de beaucoup 
de lapins. C'est donc à juste titre qu'on peut con- 
sidérer M. et Mme Chahu, comme les preoiiers 
bienfaiteurs et presque les fondateurs de cette 
commune. 

Claude Chahu était conseiller du roi en ses 
conseils, trésorier de France et général de ses 
finances en la généralité de Paris. A quelle date 
devint-il seigneur du lieu ? on l'ignore ; toujours 
est-il qu'il 1 était sûrement en 4664, et probable- 
ment auparavant. Son château ou manoir seigneu- 
rial, dont on peut lire une élogieuse descnption 
dans la Lettre poétique à M. des Yoeteauœ, du 
Père Lemoine, de la Compagnie de Jésus, était 
situé sur l'emplacement de la rue Boulainvilliers 
actuelle; il fut entièrement reconstruit en 1678, 
et démoli en 48*26 (3). Outre ce chftteau, M. et 
Mme Chahu avaient hôtel à Paris, rue Saint- 
Honoré, sur le territoire de Saint-Roch, et non 
loin du couvent des Jacobins, auxquels ils avaient 
donné, pour une certaine fondation, 4.!£00 livres 
de rente, le '22 août 4664. Claude Chahu 
mourut le S janvier 4670. Sa veuve, Christine 
Chrestienne de Heurles, était fille de Philippe de 
Heurtes, seigneur de Potronville, conseiller et 
maître d'hôtel ordinaire du roi, et de dame 
Anne de Vassault. Elle conserva encore quelques 
années la jouissance du château et de la seigneu- 
rie, et quand elle eut bien assuré la vitalité de la 
nouvelle paroisse et des écoles, céda ledit châ- 
teau et se retira définitivement, en 4673, en son 
hôtel de Paris, où elle était encore en 4684. 
Mme Chahu fut inhumée dans le chœur de 
l'église de Passy (4). 

Passons maintenant à l'histoire assez mouve- 
mentée de l'établissement de cette église. 

Vers la fin du xyi** siècle, on seigneur de Passy 
avait fait élever une petite chapelle dédiée à 



d'après ij^s documents officiels conservi^is aux 

ARCHIVES DE l'ÉGLISE DE PASSY, COMMUHIQUÉS PAR 
M. l'abbé DOUVAIN, CURÉ ACTUEL (4). 

Récemment, notre confrère, M. Emile Potin, 
proposait à notre Société d'émettre le vœu de dé- 



(i) Quillct a fort hien résumé ces doruinents 
dana aesChronique.'i de Passy^ devenues 1res rares; 
mais j'espère qu'on ne sera pas fâcliê de les 
Irouverici. beauconu plus au long, et d'autres en 
plus, tout è fait inéaits. 



(i) Claude Chahu, car aucun des acles notariéd 
que j'ai sous les yeux ne comprend la particule. 

(a) La découverte de ses eaux minéroles ne fut 
pas sans y coniribuer un peu. 

^3) Nous donnerons prochainement la liste des 
seij;neurs de Passy qui l'occupèrent successive- 
ment, ainsi que celles des curés de cette loca- 
lité, etc. 

(/i) Son portrait, peint en 1672, d'après nature, 
appnrlienlà l'c^lise de Passy et a été lithographie 
en i836, pour être rais en tète des Chroniques 
de f*nssy, de (juillet. — C'est d'après celle liliio- 
grjiphir assez mauvaise, mais ressemblante, que 
nous avons i's»*ayédc faire revivi*u la Dame et fon- 
dai rire de Pasuy.' 



Notre-Dame de Grèce, nais celte chapeHe (ea 
bois, dil-on) élaut deTOnne insuffisante sons toDS 
les rapports, le 33 novembre IStiB, messire 
Clande Chahu el Otrestienne de Heurtes s'enga- 
cèrent, par deianl notaire, i faire élever à leurs 
frais un nouTean sanetuiiire et i le doter de 
166 liTres 13 sols, 4 deniers de rente ao- 
nnelle, pour la subsistance da prêtre qni la des- 
Mrrirait. Les babilants do Pasay promirent, de 
learcAté, 150 lirres par an, plus le logement et 
les meubles nécessaires au desserrant qui, muyea- 
nsnt CM conditions, devait s'engager i dire qua- 
tre messes par semaine, y compris les fêtes 
et dimanches, Â tenir l'école des garçons et i 
leur enseigner le catécbisme. {tuant au casnel des 



Claude Chaha ayant érigé ladite église de 
Passy en soccursale pour le soulagement des dits 
habitants, ils aTaient mis les choses en tel état 
par leurs soins, que le service divin s'y faisait 
avec toute la décence et t'édiRcation qu'il se pon- 
Tait désirer, de sorte qu'ils avaient lieu d'espérer 
que ledit sieur curé de la paroisse d'Anleni) an- 
niit sajet d'être satisfait devoir qne Dieu en était 
glorilié et les peuples soii;neusemenI assistés du 
spirituel ; mais que la jalousie des dits habilanls 
d Anieuil ayant susfilé depuis deux ans plnsiews 
troobles et procès entre eux et lesdits habitants 
de Passy ; et les demandeurs voyant les pebes 
Qu'ils avaient d'aller aux fêtes principales en 
1 église d'Auteail. à cause du mauvais ctemin et 



GhriPlinc de Heurleu, dame Cliahu. 



baptêmes, nuriages et enterrements, il devait re- 
venir au curéd'Autenil, la nouvelle ^liaen'étant 
qu'une succursale de celle de ce village. Les tra- 
vaux de construction de l'église, déjà commencés 
en iH&S, dorèreat pen, sans doute, car elle ne se 
composa d'abord qne d'une nef et d'une aile gau- 
che, conduisant i la chapelle de la Vierge. Us 
choses allèrent ainsi jusqu'à la mort de Claude 
Chahu; mais nous voyons qne, six mois après, il 
j ent instano) entre l^restienne de Heorles, sa 
venve. demandant que l'église de Passr, succur- 
sale d'Aateuil, fat érigée en paroisse, a une part, 
Cl François Loyseau. curé d'Autenil, les doyens, 
chanoines et chapitre de Sainl-Germaio-l'Auxer- 
rois, cnrés primitifs et présentateurs de laditecnre 
d'Auteuil. opposants k ladite érection, d'autre 
part. Dans la requête, présentée le 13 juillet 1670 
à l'archevpqae de Paris par la dame Chahu, les 
■nargoilUers et les habitants de Passy, il est dit 



du débordement des eaox qui s'y rencoDtreut 
quelquefois, les querelles et les inimitiés que les 
habitante d'Auteuil et ledit curé exerçaient contre 
eux t cause des fonctions qui se doivent faire en la 
dite église succursale, et l'assujettissement qu'ils 
avaient d'aller prendre ledit curé à Aoteuil pour 
les mariages, baptêmes et enterrements i faire 
an dit Passy, pour lui demander s'il en voulait 
venir faire les fonctions; à qnoi ne fatisfaisant 
pas assex ponctuellement, les conviés s'en retour- 
naient sans rien faire, en sorte que les enfants 
étaient en danger de mourir sans baptême, et les 
autres sans être administrés des sacrements. 

Sur ce, les demandeurs offrent de doter la fu- 
ture pamisse d'un fonds snfUsant pour la subsis- 
tance du curé, et d'indemniser le curé et la fa- 
bnque d'Auteuil. 

(.'arthevéqne de Paris fit faire une enquête de 
comnwdû et incommoio, assigna les parties à s« 



282 



HISTOIRE DU tVl" ARRONDISSEMENT 



réunir le jeudi 24 juillet, à 9 heures du matin, 
dans réalise de Passv, pour être entendues con* 
ti'adictoirement, et, le 30 octobre suivant, auto- 
risa rérection de Téglise succursale en parois- 
siale, à la condition expresse d'indemniser le curé 
et les marguilliersd*Auteuil, ainsi que le chapitre 
de Saint-Germain-rAuxerrois. De plus, le nitur 
curé de Passy et ses successeurs ne devront pré- 
tendre en rien aux dîmes grosses et menues do 
leur village, et les demandeurs seront tenus d*en- 
tretenir f église, chœur, nef et cloches de toutes 
réparations, et des livres, linges, calicots et or- 
nements nécessaires an culte. 

Mais le chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois, 
très jaloux de ses droits, ne voulut pas se sou- 
mettre à la sentence de rOfBcial de Paris et en 
appela devant le Parlement comme à*abus. Le 
17 janvier 1671, la Cour ayant dit qu'il n'y avait 
pas abus, condamna les appelants aux dépens et 
à l'amende simple. Enfin, le 17 avril suivant, il y 
eut transaction entre eux et la dame Cfaahu. 
Par décret du 18 mai 1676, l'archevêque de Pa- 
ris érigea l'église succursale de Passy en parois- 
siale, sous le vocable de Mre-Dame'de-Grdce, 
devant être desservie à perpétuité par les reli- 
gieux Barnabites du prieuré de Saint-Eloi de Pa- 
ris, sis devant le Palais de justice. \j6 l*** juin 
suivant, accord entre les Barnabites et le chapitre 
de Saint-Germain-l'Auxerrois qui se réserve, en 
qualité de curé primitif, d'officier à Passy, si bon 
lui semble, le ^5 mars, jour de l'Annonciation, 
décrété fête patronale de la nouvelle paroisse (1), 
ainsi que la veille aux premières vêpres, sans 
toutefois rien prétendre aux offrandes et oblations. 
Le 13 avril 1672, toutes les parties se mettent 
d*accord; le chapitre de Saint-Germain-l'Auxer- 
rois, le curé d'Auteuil et ses marguilliers con- 
sentent définitivement à l'érection de l'église suc- 
cursale de Passy en paroissiale, en la forme et 
manière que Mgr l'archevêque de Paris jugera la 
plus utile à l'église, à la charge de la conserva- 
tion des droits du chapitre et de l'indemnité à la 
cure et fabrique d'Auteuil. Le chapitre de Saint- 
Germain-l'Auxerrois continuera aonc à toucher 
les dîmes grosses et menues, sans être obligé à 
l'entretien du chœur de l'ôglise de Passy, ni à four- 
nir les ornements et livres de ladite église, ni de 
contribuer, en aucun cas^ à la portion congrue. 
Quant an curé d'Auteuil et à ses successeurs, ils 
seront indemnisés par une somme de 60 livres 
par an, et la fabrique, par 15 livres, qui leur se- 
ront payées par les seigneurs de Passy, sur les 
fonds et rentes dont ils ont doté ou doteront la 
cure... Le droit de nomination du curé est dé- 
volu à Mme Ghahu, fondatrice et patronne, et, 
perpétuellement, aux seigneurs de Passy, ses suc- 
cesseurs, qui l'indiqueront aux doyen, chanoines 
et chapitre de Samt-Germain-l'Auxerrois, les- 
quels seront obligés de le présenter à l'arche- 



vêque de Paris, qui, seul, pourra lui accorder oa 
refuser l'institution. Le 29 avril 1672, M. de la 
Brunetîère, grand vicaire de l'archevêque de Pa- 
ris, est envoyé à Passy pour y faire une dernière 
enquête sur l'utilité de l'érection eo paroisse, il 
la déclare, dans son procès-verbal, très utile et 
nécessaire : // faut même, dit-il, unir ladite 
cure à quelque communauté ecclésiastique, 
afin qu'elle soit mieux desservie (1) et que 
les jn-inctpes de la religion chrétienne, qui y 
étaient fort mal pratiqués, à cause des dé- 
bauches continuelles qui se font au dit lieu de 
Passy, y fussent rétablis, etc... 

f..es 4 et 5 mai suivant a lieu, par devant no- 
taire, la transaction de Mme Ghahu avec ks 
Barnabites ; entre autres choses, il est dit dans 
Tacte que € la fondation, construction et dotation 
de l'église paroissiale à Passy a été faite en vue 
de la plus grande gloire de Dieu et pour la néces- 
sité du salut des habitants du dit villase, composé 
d'un grand nombre de manants, dans Te voisinage 
et presque aux portes de la ville de Paris, lieu par 
conséquent fréquenté et rempli de beaucoup de 
cabarets. » Un peu plus loin, on ajoute que la 
dame Ghahu a jeté les yeux sur la communauté 
des R. P. Barnabites c pour la bonne odeur qu'ils 
répandent, à cause de leur grande vertu et piété, 
tant en cette ville de Paris qu'en tous les autres 
lieux de leur établissement. » Par cet acte, 
Mme Ghahn assure 8.000 livres pour la dota- 
tion de la cure, et donne la maison servant de 
presbytère (2). Gomme fondatrice et patronne, 
elle se réserve, à l'église de Passy, les droits ho- 
noriGques, ainsi quà ses successeurs, les sei- 
gneurs du dit lieu, et, en cette qualité, € ils se- 
ront recommandés au prône, à perpétuité, pourront 
faire mettre litres et ceintures funèbres, tant de- 
dans que dehors l'église, auront séance dans le 
chœur de ladite église, au lieu qu'ils jugeront le 
plus honorable, jouiront du droit de sépulture 
dans le susdit chœur, pour eux et leurs enfants, 
du droit de pain bénit, du pas à la proces- 
sion, etc., etc. » 

Enfin, le 16 mai, sont données les lettres pa- 
tentes du roi, datées du château de Saint-Germain- 
en-Laye, confirmant l'établissement définitif de la 
cure de Passy, signées de la reine Marie-Thérèse, 
de Golbert pour le Roi, et scellées du grand sceau 
de cire verte en lacs de soie rouge et verte. Ges 
lettres patentes furent enregistrées au Parlement 
de Paris le 21 juin 1672 et, dès le lendemain, les 
Barnabites entrèrent en possession de la cure. 

El le roinhnt finit, fnulc de combattants. 

Après bien des vicissitudes, il avait donc fallu 
près de deux ans à Ghrestienne de Heuries pour 
arriver à l'érection définitive en paroisse, du village 
de Passy ; mais cela ne suffisait pas à son zèle, 



(i)GcUeclanso explique le nom dcriKMlrr.tnnon- 
cialion^ donnée à la voie qui mène à l'éj^lise. Plus 
lard, cette fête patronale, qui était en même temps 
relie de la commune, fut reportée au premier 
dimanche de mai. Elle se tint longtemps autour 
du château seigneurial, le longde la rue Haynounrd, 
puis sur les pelouses du Hniiela^h, jusqu'à l'an- 
nexion 



(i) Ici M. de la Brunctière se plaint amèrement 
de la négligence des vicaires, qui, peu instruits 
et faihlcment rétribués, aliandonuaient leurs 
fonctions, et contribuaient par leur mauvais 
exemple, à la corruption des mœurs. 

(a) C'est sur une partie de l'emplacement de ce 
)reniierpresbyl(*rr cl de son jardin qu'a été percée 
a rue Jean-irolo^ne. 



ANNEXES 



a83 



elle Toulut encore assurer l'établissemeDt des 
écoles. Un nommé Savinien Legras, conseiller no- 
taire et secrétaire dn Roi, avait donné, avant 
4667, une maison avec petit jardin pour y loger 
femme on fille destinée à Tinstruction des enfants 
du village ; mais une partie dn jardin ayant été 
prise pour la construction de l'église, on affecta 
cette maison au presbytère, et, quelques années 
après, par acte du 29 janvier 4673, la dame de 
Chahu donna à la Communauté des manants et 
habitants du dit village, pour y installer une 
nouvelle école de filles et garçons, une maison 
nouvellement construite entre cour et jardin, à elle 
appatenant, située dans la vieille rue, plus de sept 
vingt dix livres (sic) de rente pour aider à la 
subsistance de la maîtresse d'école, sans que cela 
puisse dispenser les parents des écolières et éco- 
liers de payer la rétribution mensuelle. Les filles 
occupaient le rez-de-chaussée, le logement de la 
maîtresse était au (premier, et le second étage, qui 
avait une entrée particulière et distincte, était affecté 
aux garçons, dont Técole, comme on Ta vu plus 
haut, devait être dirigée par un des prêtres Barna- 
bites. Enfin, le même jour, Mme Chahu, moyen- 
nant un nouveau don de 4.200 livres de rente, 
fonda à Téglise de Passy une messe de Re- 
quiem (4) : 

Pour y être dite et célébrée tous les jours à 
perpétuité, savoir en été à quatre heures du ma- 
tin, et en hiver à six heures, par le Révérend Père 
curé de ladite église, ou autre religieux d'icelle, 
par lui commis, pour le rrpos de Tàme de ladite 
dame fondatrice et de celle dudit défunt son 
mari. Laquelle messe sera tintée en forme de 
Passion, à trois reprises et différentes fois pour 
en avertir les habitants; en fin de chacune des- 
quelles messes, sera chanté à haute voix un 
De Profundis à la même intention ; et sera 
payée la dite messe à raison de 20 sols par jour, 
faisant 36<^ livres par an pour la rétribution d'icelle, 
à la charge de fournir, par le dit Révérend Père, 
le pain, vin et cire nécessaires pour la dite célébra- 
tion, laquelle commencera du jour du décès de la 
dite dame Chahu, laquelle fonde aussi, en la 
dite église de Passy, deux services complets de 
trois grandes messes hautes, chacune avec Recom- 
mandaces (sic) et un Libéra à la fin, et Vigiles à 
neuf leçons, la veille de chacun des dits deux ser- 
vices, lesquels seront dits et célébrés, Tun, le se- 
cond jour de janvier de chacune année, qui est le 
jour du décès du dit sieur Chahu, et Tautre à 
pareil jour de celui du décès de la dite dame 
Chahu, à perpétuité aussi pour le repos de leurs 
âmes. Pour la célébration desquels deux services, 
les marguilliers de la dite église fourniront les 
ornements nécessaires et huit livres de cire jaune 
neuve, savoir : six cierges de demi-livre chacun 
sur Tautel, six autres cierges de pareil poids autour 
de la Représentation, trois devant la Vierge, et 
deux pour les acolytes. Et paieront au Père curé 
pour ses droits, assistances, messes de chacun ser- 
vice et vigiles, la somme de six livres, aux deux 



(l) J'ai cru devoir cilor au lon^ les clauses de 
celte foiidotiun, curieuses comme détails du 
temps. 



Pères, pour leurs messes et assistances aussi de 
chacun service, 40 sols chacun ; aux deux chapiers, 
à chaque service, chacun 45 sols ; à quatre enfants 
de chœur, chacun 5 sols pour chacune service ; au 
bedeau, 20 sols pour chaque service. Et pour le 
pain, vin et offrande, 20 sols pour chacun service. 
A rissue de chacun desquels deux services, les dits 
marguilliers serontobligés de distribuer aux pauvres 
du village du dit Passy, qui se trouveront à l'église, 
60 sols, etc. 

Les deux actes ci-dessus furent faits en pré- 
sence : de la dame Chahu ; de Dom François 
Hyacinthe Boucheron, curé ; de Jean Morin et Nico- 
las Griminv, marguilliers ; de Nicolas Charles, 
lieutenant de la prévôté de Passy ; de Jean Lebert, 
procureur fiscal de la terre et seigneurie du dit 
lieu ; de Charles Rozy, greflier et tabellion ; 
d'Etienne Le Comte, maître tuilier, et de Pierre 
Lebert, vigneron, tous manants et habitants du 
dit Passy, et représentant la plus grande et 
saine partie des habitants du dit lieu. 

Récapitulons, et surtout tenons bien compte de 
la plus-value qu'avait le capital k cette époque. 
Nous voyons donc que Claude Chahu et Chres- 
tienne de Heurtes, sa femme, avaient d'abord fait 
construire, en 4666, l'église de Passy de leurs 
propres deniers, l'avaient dotée de 466 livres, 
43 sols, 4 deniers de rente annuelle et donné tous 
les ornements nécessaires au culte. 

Les 4 et 5 mai 4672, Mme Chahu dote la 
cure de 8.000 livres et même de 8.600 livres, 
somme qu'elle versa aux Bamabites, le 46 dé- 
cembre suivant, et leur fait don de la maison ser- 
vant de presbytère. Le 29 janvier 4673, elle donne 
à la commune de Passy une maison nouvellement 
construite pour remplacer l'ancienne école de filles 
et garçons, plus une rente annuelle de sept vingt 
dix livres pour aider à la subsistance de la mal- 
tresse d'école des filles, et, le même jour, en exé- 
cution du testament de son man, elle laisse 
4.200 livres de rentes à l'Œuvre et Fabrique de 
l'égÛse, pour la fondation de messes et services à 
perpétuité. Enfin, le 7 juin 4684, nouveau et der- 
nier don de 5.000 livres pour aider les Barnabi tes 
de Passy à l'achat d'une maison entre cour et jar- 
din, ayant entrée dans la rue Raynouard actuelle, 
le jardin s'étendant jusqu'à l'église. Ce fut cette 
maison, payée 42.000 livres, qui remplaça et i 
place encore aujourd'hui l'ancien presbytère, 
était devenu tout à fait insufRsant. 



rem- 
qui 



REVENDS DE l'ÉGLISE bE FASSY EN 4757 

Reportons-nous maintenant i près d'un siècle 

§lus tard, et voyons quels étaient alors les biens 
épendant de la cure royale de Passy. En voici 
le résumé, dressé le 27 juin 4757, par Dom Cou- 
terot, supérieur Bamabite de la communauté du 
lieu. 

Li\res. 
4^^ Payé annuellement par la maison mère 
des Bamabites de Paris, pour la por- 
tion congrue 300 

2» Produit moyen du casuel de la cure. 700 



28& 



HISTOIRE nu XVI* arrondissement 



3* 500 lifres de rentes an principal de 
20.000 Unes, sur l'Hôtel de ViUe de 
Paris, et poor laquelle somme la dite 
communauté est chargée de dire tous les 
jours une messe basse à perpétuité (1). 

4" 504 livres payées annuellement par la 
fabrique de la paroisse, pour laquelle 
somme elle est tenue de faire 5 oro- 
cessions et 5 senrices, et de dire 6d sa- 
ints, i6 grandes messes et 362 messes 
basses 

5° i'id livres , rapport annuel des con- 
fréries établies à Passy, pour laquelle 
somme la paroisse est tenue de dire 
23 grandes messes, 24 saluts et 2 ser- 
vices 

6° Produit du loyer d*une maison occupée 
par M. le curé deSaint-Jean-en-Gréve, 
et pour laquelle il y a promesse de bail. 

7® Produit du loyer d une maison occupée 
depuis 1752, par Mme Vve Caignard, 
bourgeoise de Paris 

8*^ 120 livres, y compris 10 livres payées 
par la fabnqne, produit du loyer de 
l'ancien presbytère, occupé par le sieur 
Bauchet, vitrier 



500 



504 



126 



280 



120 



120 



Total des revenus. 2.650 

Sur laquelle somme sont à déduire les charges 
ci-après : 

Livre * 

1*^ 53 livres payées annuellement par les 
Bamabites de Passy, pour leur part des 
frais et charçes de leur province. . . 53 

2® 50 livres par an au maître d'école de 
la paroisse 50 

3® Entretien annuel de la lampe de l'église. 40 

4® Rente viagère payée à Mlle Marie- 
Madeleine Faguet, bouq^eoise de Paris. 70 

5® Gaçes de deux domestiques, savoir un 
cuisinier et un jardinier, tenant lieu de 
frères lais 240 

6® Moyenne annuelle de l'entretien et des 
réparations des jardins et maisons . . 450 



Total des charges. 



903 



Il restait donc en tout, poor l'entretien de l'église 
et de quatre Pères Barnabites, 1.747 livres !... 
Certes, ce n'était pas cher, même en tenant compte 
de la plus-value de l'argent à cette épocjue. Avec 
l'équivalent de cette somme, que pourrait-on faire 
aujourd'hui?... 

Léopold Mab. 



(i) Celle renie avnil élê conslituée en 17.% par 
la marquise «le Saissac, née d'AIherl de Luyncs, 
pour la nourriture et l'entretien d'un quatrième 
père Barnabite. 



LE CHATEAU SEIGNEURIAL DE PASSY 

sous LE RÈCNE DE M. DE LA POUPLUICBE (1) 

Vers 1747, le Tertneux marquis de Boulainvil- 
tiers avait cédé à vie à M. de la Pouplinière, qui 
l'occupa une quinzaine d'années, son château sei- 
gneurial de Passy; et ce fut l'époque la plus bril- 
lante, l'âge d'or de ce joli séjour (2). 

Alexandre-Jean-Joseph Le Riche de la Poupli- 
nière, né à Paris en 1692, était fermier général 
depuis 1718 et encourageait les artistes et les gens 
de lettres avec une mwiificence vraiment royale. 
Il n'était pas lui-même sans prétendre à quelque 
talent, écrivit un roman, Daira (3), histoire orien- 
tale publiée en 1760, fit des chansons et un assez 
|[rand nombre de comédies pour son théâtre par- 
ticulier et sema en outre une quantité de Immis 
mots, qui, s'ils eussent été recueillis, eussent pu 
fournir la matière amusante d'un fortTolnme (4). 
Sa maison de Passy devint, suivant une expression 
enflée du temps, le « Temple des Muses et des 
Plaisirs ». Parmi les célébntés auxquelles il avait 
accordé la faveur d'un logement chez lui, nous rap- 
pellerons : Rameau, Gossec et Harmontel. 

Le compositeur Rameau, grand, sec et maigre, 
faisait, dit Jean-Jacques dans ses Confessions^ 
la pluie et le beau temps dans la maison de M. de 
la Pouplinière. — C'était dans l'hôtel de ce der- 
nier, à Paris, qu'avait été exécuté pour la première 
(ois, en 1733, le premier acte du premier opéra 
de Rameau, Hippolyte et Àricie, dont la musique 
d'un genre nouveau avait révolutionné Paris et 
Versailles. M. de La Pouplinière, qui n'était pas 
fâché d'avoir un tel maître sous la main, se l'était 
attaché, malgré son humeur peu facile. Il dut venir 
à Passy, en même temps que son Mécène, et y était 
encore en 1753. Jusqu'à l'arrivée de Gossec, en 
1751, ce fut Rameau qui dirigea l'orchestre com- 
posé de musiciens que La Pouplinière entretenait 
et lojgeait chez lui pour les avoir constamment à 
sa disposition. Le château possédait une petite cha- 
pelle, et, les jours de fête, à la messe, Rameau se 
reposait en allant toucher l'orgue, fonction au'il 
avait longtemps remplie à Lille, à Clermont-r er- 



(i) On écrit aussi Poplinière, Popelinière et 
Poupelinière, mais Pouplinière est plus cor- 
rect. 

(2) M. de Boulainvilliers. dont le chAieou était 
siluéau sommet de la rue Boulainvilliers actuelle, 
avait conservé son titre el ses droits de seigneur 
de Passy. 

(3) (Note du secrétaire.) Nous n'avons pas lu 
Daîra;M. Mar non plus, très probablement. Vol- 
taire, qui s'y connaissait, assure que c'était une 
«nuvre exécraljle : •« C'est, je vous jure, dit-il. on 
des plus absurdes ouvrages qu'on ait jamais 
écrit. Pour peu que l'auteur en fasse encore un 
de ce goiU. il sera de l'Académie. 1» 

('4) Exemple. Une femme qui cherchait à se faire 
remarquer s'approche un jour dé M. de la Pou- 
plinière, qu'on venait d'annoncer, et lui dit : • // 
me semble. Monsieur, uuus avoir vu quelque part. 
— Cent nossihle, Madame lui répliqua-t-il./i/ vais 
quelquefois. » — Ce mot a été repris par un de 
nos auteurs comiques dans une pièce clu Palais- 
Roval : Tricoche et Cacolel, 



ANNEXES 



285 



rand et même à Paris. Plusieurs de ses opéras 
furent composés an moins en partie à Passy, tels : 
Zaïs^ Pugmalùm^ Naïs, Zàroastre, la Guir- 
lande, Acanthe et Céphise, Lisis et Délie et les 
Sybarites, les quatre derniers en collaboration 
aTec Marmontel, dont nous parlerons toutà Theure. 
Gossec, d'origine belge, n'ayait que dix-huit ans 
qamd il arriva à Paris, en 1751, et accepta aus- 
sitôt avec empressement la place de chef de mu- 
sique que lui offrit chez lui M. de La Pouplinière. 
Le séjour qu'il y fit ne fut pas de longue durée, 
mais lui fut très profitable par les bons conseils 
qu'il reçut de Rameau, et ce ne fut pas sans regret 

att'il dut abandonner cette position agréable pour 
e?enir chef d'orchestre chez le prince de Gonti (1 ). 
Arrivons à Marmontel. Grâce à ses Mémoires, 
nous connaissons exactement la date de son ins- 
tallation définitive chez M. de La Pouplinière et 
celle de son départ. 11 y entra après la première 
représentation de sa tragédie àWristamêne 
(30 avril 1749), et en sortit après la première 
représentation de son Egyptus (d février 1753). 
Les trajgédies qu'il y composa, Cléopdtre, tes 
Héraclides et Egyptus se ressentent de Vobscur- 
cissement de ses facultés intellectuelles, qu'il 
attribue naïvement aux plaisirs immodérés de la 
table. Je m'étonnais, dit-il, ({ue mes esprits ne 
fussent pas aussi purs, aussi libres que dans la 
rue des Maçons ou dans celle des Mathurins. — 
Ah ! c'est que le travail d'imagination ne peut pas 
être embarrassé par celui des organes. Les Muses, 
a-ton dit, sont chastes, il aurait fallu ajouter 
qu'elles étaient sobres. » — Si son séjour de quatre 
années chez M. de La Pouplinière ne lui fut pas 
très favorable au point de vue littéraire, au moins 
aura-t-ii été utile à nous-mêmes par les détails 

3u*il nous donne sur le passé et le présent intinpes 
e ses hôtes. Pour le passé, le voici : M. de La 
Pouplinière vivait depuis douze ans avec une petite* 
fillA de Dancourt (â), l'acteur et l'auteur comique 
bien connu, quand le cardinal Fleury, informé, 
l'obligea, sous menace de radiation de la liste des 
fermiers généraux, d'épouser la jeune innocente 
qu'il avait trompée. Cette Mimi Dancourt, comme 
on l'appelait alors (on lui avait conservé le surnom 
de sa mère) joignait, à une grande beauté, une 
intelligence rare, une mémoire prodigieuse et un 
tact exquis pour juger les œuvres littéraires et 
théâtrales. G était plus qu'il n'en fallait pour faire 
rechercher la maison de son mari. € Cette maison. 



(i) Gossec qui avait débuté à Passy, vinl en 
i8a3 se retirer au n* 55 ancien de la rue de Passy, 
et c'est là qu'il mourut en 1839. 

(2) Plusieurs biographes donnent pour femme à 
M. de La Pouplinière Af imi Dancourt, la seconde 
fllle de Dancourt ; c'csl une erreur. — Des deux 
filles de Dancourt, l'ainée avail épousé M. de 
Fontaine, commissaire et contrôleur de morine, 
qui acheta en 1720 la seigneurie de Passy, et 
mourut vers 17^0 ; la cadette, Mimi Dancourt, née 
vers 1686, et comédienne jusqu'à 1728, se maria 
avec M.Deshaves. gentilhomme, flls d'un lieute- 
nant général d artillerie et vivait encore en 176.3 ; 
il ne peut donc s'asir d'elle comme femme de La 
Pouplinière, mais ae sa fille. Au reste, Marmon- 
tel, dans ses Mémoires^ dit : • Il avait épousé 
Mlle Dancourt, fille d'une comédienne >, et cette 
comédienne était bien Mimi Dancourt. Mme de 
L^ Pouplinière avait elle-même rempli des rôles 
de soubrette, dans sa première jeunesse. 



dit le baron Grim, était le réceptacle d'une foule 
de gens de tons les états, tirés indistîncteirent de 
la bonne et mauvaise compagnie. Gens de la cour, 
gens du monde, gens de lettres, artistes, étran- 
gers, acteurs, actrices, filles de joie, tout y était 
rassemblé. » Aussi lui donnait-on le nom de Ména- 
gerie, et, au maître, celui de Sultan. Parmi les 
habitués notables de ses salons, se rencontraient 
Jean-Jacques Rousseau, Duclos, Raynard, Suard, 
La Condamine, Saurin, Darcet, Vaucanson, le 
peintre Carie Vanloo et la charmante cantatrice 
Italienne, sa femme ; Chardin, le peintre de nature 
morte, le pastelliste La Tour et le sculpteur Pigalle, 
les écrivains anglais David Hume et Gibbon et la 
plupart des ambassadeurs étrangers. L'armée était 
représentée par les maréchaux de Saxe et de Lo- 
wendal et surtout, pour le malheur du ménage 
La Pouplinière, par le futur maréchal de Richelieu, 
l'homme le plus aimable, le plus libertin et le plus 
séduisant de son époque. 

M. de La Pouplinière avait été déjà averti par 
des amis charitables des assiduités récompensées 
de Richelieu auprès de sa femme. Depuis lors, la 
vie en commun lui était devenue insupportable . 
€ Il fallait voir à table, dit Marmontel, ces deux 
époux vis-à-vis l'un de l'antre ; la morne tacitur- 
nité du mari, la fière et froide indignation de la 
femme, le soin que prenaient leurs r^ards de 
s'éviter, et l'air terrible et sombre dont ils se ren- 
contraient, surtout devant leurs gens, l'effort au'ils 
faisaient sur eux-mêmes pour s adresser quelques 
paroles et le ton sec et dur dont ils se répondaient. 
On a de la peine à concevoir comment deux êtres, 
aussi fortement aliénés, pouvaient habiter ensemble, 
mais elle était déterminée à ne pas quitter sa mai- 
son, et lui, aux yeux du monde et en bonne jus- 
tice, n'avait pas droit de l'en chasser. » — La 
découverte, à l'automne de 4748, de la fameuse 
plaque tournante de la cheminée qui permettait à 
Richelieu de s'introduire de la maison vacante qu'il 
avait louée tout exprès, dans l'hôtel de M. de La 
Pouplinière, rue de Richelieu, vis-à-vis de la Biblio- 
thèque (et non à Passy), fut enfin un motif plau- 
sible de la séparation qu*il désirait et il le saisit. 
Il faut encore lire, dans les Mémoires de Marmon- 
tel, comment cet époux malheureux fit constater, 
le ^ novembre, en présence de sa belle-mère, du 
commissaire du quartier, d'un architecte assisté 
d'un maître maçon, de son ami le mécanicien Vau- 
canson et de l'avocat Balot, sa découverte et sa 
disgrâce ; les détails en sont fort amusants. La 
perfection du travail de la plaque, de ses gonds 
invisibles, faisait l'admiration de Vaucanson qui, 
s'inquiétant fort peu de la situation critique de son 
ami (1), s'écriait : Ls beau travail \ ^excellent 
ouvrier! et voulait à tout prix empêcher la des- 
truction d'un tel chef-d'oeuvre. Ennn, la sépara- 
tion eut lieu. M. de La Pouplinière s'engagea à 
verser à sa femme une somme de 5.000 livres, 
une fois donnée, pour son ameublement, et une 
rente annuelle de 40.000 livres, sa vie durant (2). 

(1) Un mauvais plaisant dit alors que La Pou- 
plinière était bien heureux d'être fermier général, 
parce qu'on l'aurait fait payer aux barrières, 
comme Me à corner. 

(2J Voir les Mémoires de (VArgenson. Dans ceux 
de Marmontel, il est parlé d'une façon dubitative 
d'une rente approximative de 20.006 livres. 



HI8TOIKK DU XVl* ARRONDISSEMENT 



Elle loua alors ud ippatt«meDt dans la rue Ven- 
tadour. et c'est là que. dans l'attbli, elle mounit 
d'an cancer su seia en iloi. 

M. de La Poaplinière, assez vile consolé de ses 
déboires, avait repris «on train de vie babituel, 
rouvert an printemps sou salon de Passy, riins- 
tallé son orchestre réputé le meilleur d alors, et 
son théitre sur lequel on ne jouait que des comé- 
dies de sa fa^n. et où brillait souvent dd essaim 
de jolies danseuses de la Comédie Italienne, sous 
la eondnite de Deshayes, eicelleot actenr comique, 
et compositeur de liallets. 



un peu tardive de se 
e tut gupre plus beureose 
que la première. 

Ad mois de janvier 1T6j, nouvelle disgrtu. Il 
Tut ra^é de la liste des fermiers ginèraoi, et.d» 
chagrin, moarut ï la fin de la même année, le 
5 décembre (1). 

Cinq jours après, Elachaumont écrivait ainsi soi 
oraison funèbre : « Les Muses pleurent depoii 
qnelques jours la mort d'un de leors nourrisMOs 
et de leurs protecteurs en même temps. C'est H. de 
U Pouplioière. Son nom, h jamais Tameui dans les 



Le lUcbe de J.a l'ou|iliniËrc. 



Tons les ans, le jour de la fête de l'Annonria- 
tion. fête patronale de Passy. il mariait sii lilles 
pauvres de la localité, les habillait, les dotait d'un 
trousseau et d'une somme de 500 livres. Le soir, 
il y avait grand bal dans son parc, ouvert à fous 
les habitantsde la commune ; c'était pour lui, tout 
compris, une dépense d'environ C.OOO livres. 

Au résumé, ce riche linancicr, de bonne mine 
et de manières aimables, Ht beaucoup de bien dans 
sa vie. Mme de Genlis (1), qui avait demeuré chei 
lui. avec sa mère, pendant toute la belle saison de 
1759, fait de lai le plus grand éloge. Kn 1760, 



par M. W'olilup. mW). 



l,ioHmpbic 



fastes littéraires, ^ 

l'impression de Si- „ . , 

nombre (â). On ne doit jamais oublier sa muDÎ6- 

cence envers les ai listes. Un orchestre entier se 

trouve dispersé par L perte de cet Apollon. > Et, 

trois semaines plus tai'd, il lui composait celle 

épilaphe : 



(!) Il cxi-lc lin po 


rtniil do M. lie La Poiipli- 




!•. a mi-corps, eirciilllant de» 


Z"-^ suï'.mr'lab'Sr 


Celte pitct, trt-s rare et de 




fort likn grnvte par Dalc- 


clioii. dai.ri-H Vigcr 


rl c'i-»l d'après elle qu'a ëlë 


.lcs^i...'i! In irpriidiic 


inii qiie nous en donnons. 


(ï) l.'csniiir ]i]u!> 
nu H- l'iallsu pas. 


moins réel dt Qachaumont 



ANNEXES 



287 



Sous ce tc^mbeaii. repose un financier; 
11 fut de son êtnl 1 honneur et la crili({ue ; 
Généreux, bienfaisant, mais toujourfi singulier, 

11 soulaji^ea la misère publiaue. 
Passant, priez pour lui, car il rut le premier. 

Un mois après sa mort, sa veave accoucha d*an 
fils dont on lai disputa la paternité, ce aoi donna 
lieu à an procès fameux et à cette nouvelle et très 
méchante épitapbe : 

Pour être auteur, ci-git qui paya bien : 

C'est la coutume, 
L'ouvraee seul qui ne lui coûta rien 

C'est son posthume. 

Mais, malgré tout, les droits de l'enfant furent 
enfin reconnus juridiquement. Tout est bien, dit-on, 
qui finit bien (1). 

Léopold M.\r. 



LA TOUR A PASSY ET A AUTEUIL 

Supposez-vous un instant en 1759. Vous de- 
meurez aux galeries du Louvre, logement n^' 8. 
Comment vous yprendriez-vous pour vous rendre 
au château seigneurial de Passy, sans monter en 
voiture d'aucun genre, ni en bateau d'aucune 
espèce, ni à cheval, ni sur un âne ou un mulet, 
sans marcher ni nager? — Telle était l'amusante 
énigme que posait un jour le célèbre peintre pas- 
telliste 1^ tour, aux nombreux habitués des sa- 
lons de M. de La Pouplinière, dont il était l'un 
des hôtes les plus assidus, et qu'il disait avoir ré- 
solue. Et chacun de chercher, de se creuser la 
tète inutilement, et de donner enfin, comme on 
dit vulgairement, sa langue au chat. « Rien de 
plus simple cependant, dit La Tour : en quit- 
tant le Louvre, ne sachant pas nager, je me 
suis accroché à un bateau qui partait du port 
Saint-Nicolas, il m'a* remorqué, et.., me 
voici ! 

Cette gaminerie d'un jeune homme de cin- 
quante-cinq ans pourrait paraître invraisemblable 
si elle n'était racontée sérieusement par Mme de 
Genlis (qui en fut témoin auriculaire), au tome 
premier de ses volumineux Mémoires, et si nous 
ne connaissions maint autre trait d'originalité du 
grand artiste < tantôt bon, tantôt irritable et 
fantasque — disent les frères de Concourt dans 
l Art du xviii^ siècle, — plein de manies et ne 
taisant rien comme tout le monde ». Cette ap- 
préciation de son caractère est bien confirmée par 
un fait que cite VAlmanach littéraire de 1792, 
et, d*après lui, les frères de Concourt. — En 
1752, Mme de Pompadour fait appeler La Tour à 
Versailles pour faire son portrait. « Dites à Ma- 
dame que je ne vais pas peindre en ville. » 
Pourtant, cédant à de nouvelles instances, il se 
décide à s'y rendre, mais il pose ses conditions : 
les séances ne devront être interrompues par per- 



(1) Principaux ouvrages c<msnlli''s : Mémoires de 
Aiarmontel. Mémoires secret» de Havhaumonl. Mé- 
moires du marquis dWrgensnn. Journal historique 
de Barbier. Mémoires de Mme de Genlis. 



sonne, et il aura toute liberté de se mettre à son 
aise. Accordé! Il arrive, et, avec un sans-gène 
incroyable, le voilà détachant les boucles de ses 
escarpins, ses jarretières, son col, sa perruque 
qu'il remplace par un petit bonnet de taffetas; 
puis il se met à l'œuvre. — A peine est-il ins- 
tallé en face de son modèle, que Louis XV entre. 
€ Vous m'aviez promis. Madame, dit La Tour 
en ôtant son bonnet, que voire porte serait fer- 
mée. » Sur ce. le roi se met à rire et l'engaée à 
continuer. « Impossible d'obéir à Votre Ma- 
jesté, réplique-t-il. je reviendrai quand Ma- 
dame sera seule. » Il se lève, emporte sa perruque 
et ses jarretières et va reconstituer sa toilette 
dans une pièce voisine, en murmurant plusieurs 
fois : € Je n'aime pas à être interrompu. » 

Avec La Tour et ses fontaisies, on est tout dis- 
posé à faire l'école buissonnière et à s'écarter 
tant soit peu de son sujet, car ici il ne nous appar- 
tient guère que comme hôte de Passv et habitant 
d'Auteuil. Notre peintre connaissait bien le che- 
min de Passy, il était venu souvent au château 
seigneurial quand le président Bernard de Rieux 
en était possesseur ; il avait fait de lui un superbe 
portrait en pied qui fit sensation au Salon de 1741 , 
et dont les badauds admiraient surtout le cadre et la 
glace, oui n'avaient pas coûté moins de 1 .200 livres : 
le fils ae Samuel Bernard pouvait se payer pareille 
fantaisie. En 1742, ce fut au tour de Mme la pré- 
sidente de Rieux à poser; le portrait, en costume 
de bal, tenant un masque à la main, eut aussi 
les honneurs du Salon. J'aime à penser que le 
cadre fit dignement pendant à celui de son mari. 
Quand Bernard de Rieux mourut, en 1745, le 
château, comme on le sait, passa à son fils, le 
marquis de Boulainvilliers, qui le céda à vie au 
fermier général Le Riche de La Pouplinière. La 
Tour, nous l'avons dit au début, était un des hôtes 
habituels de M. de la Pouplinière et fit plusieurs 
beaux portraits du maître et de la maîtresse de 
la maison, personnages qui nous sont déjà connus 
et sur lesquels nous n'avons pas à revenir, en 
ayant parlé longuement à l'article précédent, 
intitulé : Château seigneurial de Passy. \jd 
maître pastelliste, qui affectionnait nos parages, 
avait loué, vers 1750, une maison de campagne 
donnant sur l'emplacement du n° 59 actuel de la 
rue d'Auteuil, et suivie d'un parc de deux arpents 
au fond duquel s'élevait un petit pavillon dont la 
pièce principale, éclairée par un dôme, lui servait 
probablement d'atelier. Cette maison, dont il de- 
vint acquéreur en 1770, avait été construite au 
commencement du rèçne de Louis XV, sur des 
terrains qui dépendaient de la seigneurie de 
Passy (1). La Tour y reçut, dit-on, le maréchal 
de Saxe, dont il avait fait le beau portrait qui se 
voit actuellement au musée du Louvre, et Louis XV 
(un de ses modèles sans rancune) ne passait ja- 
mais dans le village sans envoyer demander des 
nouvelles de son peintre. Son peintre en titre, 
non seulement, en effet, il l'était depuis 1750, 



(i) Voir l'article : Auteuil au dixhuilit'me siècle. 
l. I, p. 1») du Bulletin, et le livre : le Salon de 
Mme lielvétius; Cabanis et les Idéologues, pjir 
M. Ant. Guillois. p. sfj. auxquels nous empruntons 
les (iêlails sur la maison de Ln Tour, et sur sa 
cessi<)n ù Mnu' Ile|vclius, en 1772. 



288 



HISTOIRE DU XVI" ARRONDISSEMENT 



mais il était encore celai de toute la famille 
royale : la reine, le dauphin, la dauphine et leurs 
enfants, tous avaient posé devant lui. Et n*avait 
pas cet honneur qui voulait ! Ouelq[ue offre de ré- 
munération ^u*on lui fît, la célébnté du person- 
nage ou le titre d'ami pesait avant tout dans le 
choix de ses modèles. Cest ainsi que les maré- 
chaux de Belle-Isle, de Lowendal et de Saxe pour 
l'armée ; Voltaire, Rousseau, Fontenelle, Crébillon 
père, d*Alembert, Diderot, Helvétius, Duclos, 
Bachaumont, La Gondamine, Buffon, pour les 
lettres ; les actrices Clairon, Favart, Adrienne 
Lecouvreur et Sophie Arnould; les danseuses 
Mlle Salie et la Camargo, à ne citer que les plus 
célèbres, eurent leurs portraits de la main de ce 
machiniste merveilleux, de ce grand mapicien, 
comme l'appelle Diderot; aussi, un sixain à la 
mode du temps put-il dire, sans trop de flatterie : 

Cher! de» héros et des belle». 
De La Tour, tes touches fldèh*s 
Les reproduisent traits pour traits; 
Et par une aimable imposture 
Tu séduis même la Nature 
Qui s'admire dans tes portraits. 

S'il avait longtemps séduit la nature, la na- 
ture en 1772 commençait sans doute à ne plus le 
séduire, car, le 30 avril de cette année, il se dé- 
cidait, moyennant 30.000 livres, à vendre sa 
propriété dAuteuil à Mme Helvétius, et ce fut son 
ami, le notaire Laiguedive, dont il avait fait un 
excellent portrait en 4761, qui fit le contrat de 
vente. 

Né en 1704, La Tour commençait à se faire 
vieux ; néanmoins, jusou'à 1784, occupa son 
logement des galeries au Louvre, ne voulut pas 
le quitter sans avoir assuré la fondation de trois 
prix pour les jeunes artistes, et se retira alors à 
Saint-Quentin, sa ville natale, où il mourut quatre 
ans après, à demi tombé en enfance (1 ) , après y avoir 
laissé de nombreuses donations : en faveur d'une 
école gratuite de dessin qu'il avait fondée pour 
soixante-dix élèves, d'un Bureau de charité pour 
les artisans infirmes et pour les femmes pauvres 
également infirmes ou en couches. 11 laissait en 
usufruit, au seul frère qui lui restait, les pastels, 
tableaux et objets d'art qui garnissaient sa mai- 
son et forment aujourd'hui la belle collection La 
Tour du musée de Saint-Quentin (i). 

Bénis soient, quand même, les bourrus bien- 
faisants! 

Léopolu Mar. 



(i) Dès ijCu. Diderot lui iirt-dit celle fln : • Je 
sortait du gafon^ dil-ll. Je muia entré chez La Jour, 
cet homme si singulier qui apprend le latin à soixante- 
cinq ans et qui abandonne l'art dans lequel il 
excelle f)our s'enfoncer dans les profondeurs de la 
métaphysique, qui achèvera de lui déranger la tête. ■ 

(2) Ce musée, pour ce qui nous intéresse parti- 
culièrement, possède les portrnilsde la présidente 
de Rieux et ceux de M. et de Mme de La Poupli- 
nière, cbâlelain et châtelaines de Fassy. 



JEAN-JACQUES A LA FÊTE DE PASST 

Jean-Jacçjues Rousseau, invité par M. et Mme de 
La Pouplinière à venir dfner au château seigoeorial 
de Passy, s'y rendit. <i*était le jour de FAnoon- 
ciation, fête patronale de la commune. Après dîner, 
on alla se promener à la ftte, qui se tenait alors 
dans les jardins du chûtean et vers le milieu de la 
rue Raynouard; M. de La Pouplinière s*amuiait à 
jeter de Targent aux paysans et riait beaucoup 
de les voir se ruer les uns sur les autres pour le 
ramasser. Jean-Jacques profita du moment où tonte 
la compagnie était occupée de ce spectacle, pour 
se dérooer à la foule et chercher, suivant sa cou- 
tume, un lieu plus solitaire. Arrivé près de Tave- 
nue qui, du château, conduisait à la route deVer- 
sailleis, il voit une petite fille qui portait des 
pommes sur un éventaire et n'avait pas d'acheteur: 
< Combien vos pommes ? lui dit-il. — Six sons 
pour vous servir, mon bon monsieur. — Ehbien, 
ma chère enfant, je vous les achète toutes, A 
condition que vous irez les porter à ces petits 
savoyards me vous vouez à deux pas de 
nous. » — La jeune marchande ne demanda pas 
mieux et les petits garçons, jui ne s'attendaient 
pas à pareille aubaine, se mirent à croquer les 
pommes, en sautant de joie. Cette manière de 
taire des heureux valait bien celle du riche finan- 
cier auquel Piron dit un jour : Allez cuver votre 
or. 

(Extrait en partie des Chroniques de Passy, 
deQuillet, t. I, p. 425 et i 26.) 



MADAME DE GENLIS 
1746-4830 (i) 

Mme de Genlis intéresse la Société historique 
pour les rapports qu'elle eut avec plusieurs per- 
sonnages qui ont vécu dans notre domaine, avec 
Miranda qui la protégea dans sa fuite, quand elle 
émigra pour la seconde fois, avec la comtesse de 
la Motte, la célèbre héroïne du Collier de la Heine, 
qu'elle vit chez Mme de Boulainvilliers et dont elle 
fit nommer le frère commissaire de la marine, et 
surtout par différents séjours qu'elle fit à Passy (2). 
Elle habita aussi Ghaillot. Elle fut enterrée au 
mont Valérien. 

(1) Sources phincipalks. — Mémoires inédits de 
Mme la comtesse de Genlis sur le xviii» siècle et sur 
la liévolution française^ depuis 1766 jusqu'à nos 
jours, 8 vol. in-8, Paris, iSaS — Leçons dT une goa- 
vernante à ses élèves ou fragments d'an journalqui 
a été fait pour F éducation des enfants de M. le aue 
d'Orléans, 1791, 2 vol. in-12. — Les Souvenirs de Fé- 
licité L..., 1807, in-12. — Sainte-Beuve, Causeries 
du lundi, t. 111, pp. i9 à 37. — Mme de Genlis, sa 
vie, son œuvre, sa mort, 1746-1830, d'après des do- 
cuments inédits, par Honoré Bonhomme. Paris, 
iK85, librairie des Bibliophiles, Jouaust. in-12. — 
Miss Kavanagh. Frenchwomenofletien. Tauchnilz, 
i863. — M.-L. de Sévelinges, Mme la comtesse de 
Genlis en miniature. Paris, Denlu, 1826. ln-8. — 
Cousin d'Avallon, Genlisiana, 1820, publié à la 
littérature politique, t. 111. pp. 16 ss., avec cette 
devise : Mulierem quis fortis inveniet, etc. 

(2) HAtel de Genlis, n* 58 de la rue de Passy. 
Renseignement dû à M. Mar. 



ANNEXES 



289 



Il faut dire qu'elle intéresse aussi la plupart des 
autres Sociétés d'histoire parisienne nées et à 
naître, car elle passa dans beaucoup de quartiers 
et on lui demandait un jour très sérieusement : 
«Où logez-yous cette semaine, Madame (4)? » 

Suivons-la maintenant dans sa carrière aventu- 
reuse. Etudions son caractère par sa vie, par les 
sentiments qu'elle inspire aux autres et par ce 
qu'elle nous en dit elle-même. Malgré les docu- 
ments, les jugements de ses contemporains et ses 
bavardages indiscrets, il restera un certain 
nombre de points obscurs. 

LA MUSE ERRANTE (/ULR.> JAKIfl) 

Elle s'appelait Félicité-Stéphanie Ducrest de 
Saint-Aubin. Mais on l'appela aussi comtesse de 
Bourbon-Lancy, Mme la chanoinesse à l'âge de 
sept ans, puis comtesse de Genlis, marquise de 
Sillerv, puis citoyenne Genlis, Mme Bruslart. Elle 
eut plusieurs autres allas. 

Elle naît à Champceri, près d'Autun. Elle ré- 
side à Cosne, à Saint- Aubin, dont son père est 
seigneur. Il se ruine, part pour Saint-Domingue. 
Mme Ducrest et sa fille, alors à Parts, rue Traver- 
sière, se réfugient chez M. de Chevilly, homme 
de robe. Mme Ducrest, sans domicile, recourt à 
celui de ses amis. Il le fallait bien. Les amis com- 
prenaient cette nécessité. M: de Chevilly ayant été 
saisi par ses créanciers, nous trouvons la mère et 
la fille à Passy, chez La Pouplinière. Puis au cou- 
vent de Saint-Joseph, qu'habite Mme Dudeffand, 
leur parente, puis par-ci par- là dans Paris. M. le 
comte de Bruslart de Genlis, depuis marquis de 
Sillery, épouse Mlle Ducrest. 1^ mari rejoint son 
régiment, la femme entre dans un couvent. Elle le 
quitte, habite la Picardie, le château de Sillery ; 
elle entre au Palais- Koy al comme dame pour 
accompagner la duchesse de Chartres, en 4770 ; 
elle devient à trente et un ans gouvernante do 
Mlle de Valois, en 4784 gouverneur des princes ; 
elle s'établit avec ses enfants et ses élèves au cou- 
vent de la rue de Bellechasse, réside de temps en 
temps à Saiot-Leu, voyage en France, en Angle- 
terre. Au début de la Révolution, elle demeure à 
Passy, émigré en Angleterre par-ci par-là, revient 
à Paris, part pour Tournai, Saint- Amand, pour la 
Suisse, à droite, à gauche, pour l'Allemagne, de 
cOté et d'autre, rentre à Pans. Domiciles variés : 
rue d'Enfer, l'Arsenal, rue de Berri, passim dans 
Paris, puis Mantes, Chaillot, etc. Elle mourut près 
de Saint-Philippe-du-Roule, faubourg du Houle, 
ii«24. 



INCIDEirrS ET ACCIDENTS 

De la naissance à la mort, que d'événements 
relatés par les Mémoires! Que Mme de Genlis se 
rend intéressante ! Ln gros bailli manque s'asseoir 
sur l'oreiller oii elle est emmaillotée : c'était l'as- 
phyxie certaine. A dix-huit mois on la repêche 
dans un étang; elle s'assied dans une cheminée et 



(l) Giraull de Sainl-Fargenii, Quartiers de Parië^ 
p. Wi. 



garde deux marques de brûlure. Le grand prieur 
qui la reçoit à sept ans chanoinesse, en lui cou- 
pant une mèche de cheveux lui enlève un bout 
d'oreille. Plus tard, elle est bien près d'être tuée 
d'une balle à ricochet par le duc d Orléans qui, lui 
tournant le dos, s'exerce au pistolet. A Reggio, une 
folle, dont elle se débarrasse d'un coup de poing, 
veut l'étoufler. Elle a la vie dure, dit Carlyle^ Ta 
vie d'un chat, de neuf chats ; elle échappe à la 
strangulation, à l'immersion, à la combustion, à 
l'eau, au feu, au fer, au plomb. Un jour, dans sa 
chambre, rue de Vangirard, elle voulut à tâtons 
prendre un petit meuble, elle se heurta contre une 
malle, fit la culbute, se cassa deux dents, se 
pocha un œil, se bossua le front, se débossua le 
nez. < J'avais, dit-elle, le nez légèrement re- 
troussé ; comme tous les nez de ce genre, il était 
joli, délicat, il a été très célébré eu vers et en 
prose. Je l'avais conservé dans toute sa délica- 
tesse. La petite bosse est maintenant enfoncée. » 



L AMOUR, CE ROM ME RESTA 

• 

Mme de Genlis fut-elle jolie ? Peu importe au- 
jourd'hui, dira-t-on. Il importe beaucoup. Ces 
charmes du nez, du visage et de la taille, ces 
agréments, dont elle nous entretient beaucoup, 
expliquent sa fatuité. Les vêtements, les attife- 
ments, les falbalas, les paillettes, les déguise- 
ments qu'on lui fit porter, préparent son naturel 
fardé, grimé, les attitudes et les poses qu'elle prit 
dans la mascarade de son existence. 

Toule petite, il ne suffit pas qu'on lui dise : 
tenez- vous droite, mademoiselle ; ne louchez pas, 
mademoiselle; fi! que c'est vilain. On lui empri- 
sonne la taille dans une cuirasse lacée au crochet, 
les pieds dans des souliers de petite Chinoise, le 
cou dans un carcan de fer, on lui couvre la tête 
de trois ou quatre mille papillottes, les yeux de 
besicles. Elle porte une aune et demie de paniers 
et sa largeur devient le double de sa hauteur. 

Elle apparaît ensuite sous les traits de Cupidon 
dans un opéra-comique de sa mère. On la trouve 
si gentille qu'elle garde comme toilette ordinaire 
son attirail d'Amour, ses ailes bleues, son habit 
rose, son carquois, son arc pour aller à la messe 
le jour de la Fête-Dieu : Cupidon par de légers 
changements se métamorphose en ange. 

Dans une fête de famille, elle représente l'Amitié 
en costume de Savoyarde ? Pourquoi Savoyarde ? 
Plus tard, elle personnifie Iphigénie en robe de 
lampas cerise et areent, fourrée de martre. Ado- 
lescente, vêtue en nomme, elle saute les fossés. 
Jeune femme, elle joue la comédie chez M. deCa- 
raman, en vestale, en sultane favorite. La sultane 
a quelque reproche à faire au maître de la maison ; 
elle le pince, l'égratigne, lui donne des coups de 
pied dans les janibes, après quoi on se réconcilie. 

MOINS JOLIE qu'elle NE SK ChOIf 
(opinion DKi AUTRl^lS FEMMES) 

Sans travesti, comment la voient réellement ses 
contemporaines ? 

(1) Abrégô (!e8 Mémoire» (é<l. OllendorlT, p. 11) 

»9 



ZgO IIISTOIKK UL' XVI' A RHOM>l SERMENT 

« El'e auDe gaietéde jolies deats, «dit Mme Je troussé. Elle était mime et ponrait preodre de* 

Cambi. phïsioDomies variées (1). » 

Mme de Bourders ; « Elle fait mentir le pro- Ecoulens Mme Vigée Lebrao (2) : 

ferbe qui dit que lea visages ronds o'oal pas de * Mme de Gentis était assez grande el très tnea 

physionomie. > faite; ellen'ajamaiidd jlre précisément jolie; elle 



Mailainu de Gentis vcrr^ la lin de 90 \ip. 
:»'»pris k poKraH de M" Clitraiifline. — Cillerlion de M. Emile Potin.) 

d'AbraDtès trouve < qu'elle a une taille . avait beaucoup de ph;rsionomie. Je pense qoe sa 

ite. aisée, ronde et même souple el gra- physionomie aorait pris difficilement l'eiprosaon 

v»u«, mais l'air méchant, agile. Ses yeux taillés 

en amande racontaient tont autre chose que ce qui 

derrail animer un visage de jolie femme. Son nez [i ' Mme d'AbrsaU-s. (« Suloat loat tEmplrt el 

ne se sauvait de la réputation de ctos nez que '-i i>f'l<'araiion.— i',utim. 

parce qu'il pouvait prétendre 1 celle de nez ro- ji^mJ)?;;™' îi'.' '''"""' ^- '"' " " '""^ ''" 



ANNEXES 



291 



de la boolé ; mais elle prenait toute autre expres- 
sion avec une mobilité prodigieuse. » 

Mme de Genlis tient à passer pour petite. « J'ai 
couché, dit-elle, dans un berceau d'enfant trop 
petit pour que mademoiselle (de Chartres) y pût 
dormir. » (12 juillet 1787.) 

Mme d'Oberkirsh {Métnoires, t. H, p. 61) ac- 
corde i Mme de Genlis du charme, mais peu de 
naturel. « Elle pose sans cesse poui* son portrait 

esique et moral. Un ridicule immense de cette 
me masculine, c'est sa harpe, elle la porte 
partout avec elle ; elle en parle lorsqu'elle ne l'a 
point, elle joue sur une croûte de pain, et elle 
s'exerce avec une ficelle. Quand on la regarde, 
elle arrondit les bras, pince la bouche, prend un air 
sentimental, un regard analogue et remue les doigts. 
Mon Dieu ! que le naturel est une belle chose . » 
A la fin de sa vie, Mme de Genlis fit faire son 
portrait par Mme Chéradame : « Je suis représen- 
tée jusqu'aux genoux, écrivant pendant la nuit, 
ayant à côté de moi une lumière prèle à s'éteindre, 
et m'arrètant en voyant naître le jour. Je fis 
mettre sur la table, à côté de la lumière, un vase 
de fleurs et enfi 1 un seul livre sur le revers du- 
quel ce mot est écrit : Evangile. Il y a derrière 
moi une harpe dans l'ombre (I). » 

CONQUÊTES ET TRIOMPHES 

Nous abrégerons le long cortège de ceux qui 
ont succombé aux charmes de Mme de Genlis. Il 
faudrait avoir recours à des classifications do 
soupirants, todt un numérotage par chiflres et 
lettres de l'alphabet. Ce sont des hommes de 
lettres, des professeurs, des roturiers, des nobles, 
des étrangers qui tombent à ses pieds, s'engagent 
de désespoir, l'insultent après l avoir adorée, en 
prennent la jaunisse. Elle eût pu épouser le baron 
d'Âudlau (qui intéresse Auteuil), qui lui envoya 
son arbre généalogique. 11 se rejeta sur Mme Du- 
crest et fit sa femme de celle qui eût pu être sa 
belle-mrre. Mme de Genlis dit avoir dédaigné La 
Harpe, la fleur des pédants, qui l'aima pédante- 
ment, Marie- Joseph Chénier, Dernardin de Saint- 
Pierre. On lui attribue comme amants : Brissot, 
Pétion, Mirabeau cité par Sévelinges, conte à 
Sophie Monnier, lettre au 2 fév. 1780, ses rela- 
tions avec Mme de Genlis et une longue entrevue 
en voiture. 

Il convient d'insister sur trois soupirants, qui 
appartiennent à notre domaine. 



LA POUPUNIKRE 

Parmi les personnes qui donnèrent l'hospitalité 
à Mme Ducrest et à sa fille, fut I^ Pouplinière. 
Elles arrivèrent à Passy le jour qu'on mariait six 

Kuvres jeunes filles dotées par le financier, 
le Ducrest prit part aux danses, aux galas, aux 
concerts et aux fêtes, ioua de la harpe ; elle ob* 
serva aussi ceux qu*elle voyait et les jugea. Da* 
lembert a une figure ignoble, Sainte-Foix res- 
semble au crime, le poète Bertin au remords. 



(1) Mémoires^ p. 392. — Ollcndorff, iSyd. 



La Pouplinière lui donna des professeurs de 
musique, de danse, de déclamation ; il soupire à 
la pensée au'il a soixante-six ans et que cette jolie 
créature nen a que treize (1759). On l'entend 
murmurer en la regardant et même dire tout 
haut : quel dommage ! 

Stéphanie Félicité, reconnaissante de cet hom- 
mage à ses yeux noirs, à son nez à la Roxelane, 
à ses talents, se disait aussi : quel dommage ! 
< Je compris fort bien à la fin ce mot si souvent 
répété et je fus fâchée moi-même de n'avoir pas 
trois ou quatre ans de plus, car je l'admirais 
tant que j aurais été charmée de l'épouser (1). » 

Plus tard, Mme de Genlis se montra ingrate, 
elle trouva que Voltaire se trompait en appelant 
un peu Irop légèrement La Pouplinière : Mécène 
et protecteur des arts (2). 

Le palais de Mécène était peuplé de filles de 
spectacle, de nymphes, de grâces et de bacchantes. 
C'était l'époque oii Dubois-Crancé voyait La Pou- 
plinière entouré de jolies duchesses. < Lui était 
seul dans son magnifique fauteuil et se plaignait 
d'avoir été changé en nourrice parce que, disait- 
il, il était fait pour être roi (3). » Marmontel 
dans ses Mémoires U) laisse deviner, en termes 
trop clairs pour quil soit facile de les citer, 
quelques-unes des scènes dont la maison était le 
théâtre et cette soif de Tantale qu'avait le vieux 
La Pouplinière pour tous les plaisirs. On lit dans 
un livre de notre collègue, M. Lhomme (5) : 
€ Mme de Genlis était pauvre, mais le financier 
La Pouplinière lui fit donner une excellente éduca- 
tion. » 

3° CONTE DES MILLE EF UNE NUITS 
LE MARIAGE DE Mlle DuCREST 

11 y avait un jour un aga des janissaires très 
noble, très beau, très brave, qui s'appelait le 
comte de Genlis. Il était le prisonnier d'une fée 
malfaisante qui avait nom la perfide Albiun. Il 
rencontra un autre captif qui regardait en sou- 
pirant un couvercle de botte sur lequel était 
peinte une ravissante odalisque qui jouait de la 
harpe. Le comte admira le portrait, apprit qu'il 
était inférieur à l'original. 11 crut ce que disait 
un père qui ne voyait à sa fille nul défaut. Il 
tomba amoureux du portrait sur la boite ; il lut 
des lettres élogieuses pour le modèle ; une mère 
les avait écrites ; un père y ajoutait ses commen- 
taires. Le captif était M. Ducrest, qui revenait 
de Saint-Domingue. 

L'officier fut rendu à la liberté par l'interven- 
tion d'un génie, qui était son oncle le marquis de 
Puisieux, ministre des affaires étrangères. 11 
porta à Mme Ducrest les messages de son mari, 
à Mademoiselle son cœur à lui et sa main. Le 
mariage eut lieu. Il demeura secret, puis se dé- 
couvrit. Ici ce n'est plus un conte d'Arabie, mais 



(1) Pp. i3, li. Mémoires (OUcndorfr). 
hi) Souvenirs de Félicité L..., p. 70. 

(3) Disc, de Dubois-Crancc. Jung, vol. III, 
p. ii5. 

(4) P. 114, liv. IV, éd. 1819. 

(5) Les Femmes écrirains^ Bibl. lit. delà Fumille* 
Lioi'jiric de l'Art, Paris. 



292 



HISTOIRE DU XVI* ARRONDISSEMENT 



un roman moderne. La riche et paissante famille 
fiit au comble de la fureur jusqu'à ce que, n'ayant 
rien de mieux à faire, elle se résigna. 

PHILIPPE-ÉGALITÉ 
PROMENADE A BAGATELLE 

Mme d'Âbrantès nous apprend que Mme de 
Geolis fit impression sur le duc de Chartres à 
rOpéra, où elle dansait un quadrille. Chaque 
couple formait un proverbe. Le duc de Chartres 
et quelques-uns de ses amis mirent sous la peau 
d'un gros chat un petit Savoyard qui vint miauler 
au milieu des danseurs et fut écarté à coups de 
pied. Les miaulements se changèrent en pleurs. 
Les spectateurs s'élevèrent contre la cabale. C'est 
ce soir-là que le duc tomba amoureux de la com- 
tesse. Elle était en paysanne, avec une robe de 
taffetas broché rose sur rose, le corset semblait à 
peine retenir une chemise de batiste. La tète était 
coiffée d'une rose au milieu d'une touffe de gaze 
d'argent et de petites plumes (i|. 

Quelles furent ensuite leurs relations ? Dans ses 
Mthnoires, le comte de Clermont-Gallerande, 
cité par de Sévelinges (p. 198), affirme que 
Mme de Genlis fut la maltresse du duc. Miss Bur- 
ney, la romancière anglaise sur qui peut-être 
nous reviendrons, car elle aussi appartint à Passy, 
a des doutes. Elle trouve en Mme de Genlis la 
plus délicieuse et la plus accomplie Française 
qu'elle ait jamais rencontrée. Mais peut-on se lier 
avec elle? 

< Hélas ! dit miss Buroey, que faire ?on s'élève 
contre elle avec tant d'universelle violence et 
j'ai si peu de preuves de son innocence, j'en suis 
intérieurement si peu convaincue par ce que 
j'observe de sa conduite, de ses manières et de sa 
conversation, que je n'ose me risquer à une corres- 
pondance avec elle. Mais si elle est l'amante du 
duc de Chartres, que de points obscurs ! Pourquoi 
ne reste-t-elle pas au Palais-Royal ? Le prince 
est jeune, il n'est pas fidèle, elle Tabandoune et 
s'enferme à faire des éducations (2). » 

Mrs PÎlkington (Memoirs ofcelebrated female 
characters, Londres, 4804) dit: « Il n'est pas 
aisé de supposer qu'une femme qui a peint la 
vertu sous des couleurs si aimables puisse en même 
temps marcher dans la voie du vice. » 

iMme d'Oberkirsh se prononce : « Les intimités 
du duc de Uiarlres avec Mme de Genlis ne sont 
un secret pour personne et il ne s'en tient pas à 
elle seule. » — Mme d'Oberkirsh se souvientd'avoir 
dérangé à la Folie-Sainte- James, près de Baga- 
telle, un couple amoureux : c'étaient le duc d'Or- 
léans et Mme de Genlis. « Ils étaient censés brouil- 
lés, par respect pour Mme la duchesse d'Orléans, 
qui 1 avait obtenu à force de larmes, et ils furent 
bien contrariés de nous voir là. Son Altesse Séré- 
nissine avait demandé le huisclos du jardin. M. de 
Sainte-James le lui avait promis. Le concierge 
laissa entrer par erreur. Le prince nous salua 
assez platement ; la dame prit un air superbe et 

(i) D'Abrantès. Snlons, p. 44'«- 
(a) Cité par miss Kavanagh, Englhh women of 
lellers, p. 48 (Tauchnilz). 



releva la tète en nous regardant fixement comme 
une impératrice. Je la revis le soir, je ne sais 
plus où, avec son éternelle harpe, qu'elle traî- 
nait partout à sa suite. Elle sembla ne point me 
reconnaître et sa hauteur ne s'abaissa pas devant 
ce sonvenir (1). » 

IJS ENNEMIS DE MADAME DE GENLIS 

Comment l'apprécièrent ceux de ses contempo- 
rains qui ne furent pas amoureux d'elle ? 

En général, ils la détestèrent. Elle eut pour 
ennemis, tour à tour ou ensemble, les aristocrates, 
les républicains ; les jolies femmes, dont elle disait 
du mal ; les laides, qui n'aiment pas les jolies 
femmes ; les coquettes, qui l'appelaient prude ; les 
vertueuses, qui l'accusaient Je lé|[èreté. Elle eut 
aussi, parmi ses ennemis, ses anciens amis. 

Sa tante, Mme de Montesson, ne l'aimait pas. 
Est-ce étonnant ? elle l'appelait sa tantâtre. 
Mme de Barbantane, comme elle dame du Palais- 
Royal, lui voulait mal de mort. Rien de surpre- 
nant ; elle disait : < Mme de Barbantane a un nez 
d'un rouge éclatant. » — Comment l'abbé Raynal 
lui eût-il voulu du bien ? elle le qualifiait de « vieux 
libertin apostat ». Elle insultait, on l'injuriait. 

Il courut sur elle, dans les salons, des énigmes 
en vers qu'on ne peut trop citer en entier. 

Au physique je suis du genre féminin. 
Mais au moral je suis du genre masculin. 

< Les œuvres de Genlis se vendent plus qu'elle 
ne vaut..., » etc. 

Aujourd'liui prude, hier galanlr, 
Tour h tour loUe et docteur, 
Genlis, douce gouvernante, 
Deviendra dur gouverneur, 
Et, toujours femme charmante, 
Saura remplir son destin : 
On peut bien ôtre pédante 
Sans cesser 

Mme d'Oberkirsh (2) l'appelle « une manière 
de vaniteuse, femme à sentences, femme qui quitte 
son grand habit pour les culottes d'un pédagogue ». 
Elle ajoute (3) : « Décidément ces jeunes princes 
d'Orléans ont un gouverneur un peu singulier. U 
tient trop de la gouvernante et il n'oublie ses 
jupons que lorsqu'il devrait s'en souvenir. » 

Quand elle entre dans certains salons, les hommes 
causent d'elle presque tout haut avec des rires 
malveillants (4). On la représente, en caricature, 
armée d'un sucre d'orge et d'une férule. Laclos, 
familier du Palais -Royal, écrit sur elle : 

Change donc, ma fille, 
Ta plume en aiguille, 
Brme ton papier; 
Il faut te résoudre 
A filer, à coudre; 
C'est là ton métier. 

Mme de Staël s'étonne que le vin de Sillery soit 
bon, portant le nom de la marquise. H vaut mieux 



3l2. 



(i)Mém.A- II. p. î 

(2) Mémoires y t. II, 

(3) Id.. p. 260. 
(/,) Mme d'Abrantès. Salons, 



p. 61. 



ANNEXES 



293 



ne faire ane meotionDer les outrages da comte 
de Tilly dans ses Mémùires. Rivarol lui fit nne 
gnerre acharnée : « Il n*aimait, disait-il, ane les 
sexes prononcés. » Louis XVIH dira d'elle : Si 
Mme de Staël en politique est beaucoup trop homme, 
Mme de Genlis est un peu trop femme. » Sir Ch. 
Morgan Tappelle : < une vieille sorcière menteuse 
qui a l'air démarcher sur des ressorts... » etc., etc. 

SES RARES AMIS 

Dans ce concert de yitupérations, il y a quelques 
témoignages farorables. Grimm (i) trouve en elle 
Tespnt de Locke, le génie de Rousseau, Tâme de 
Fénelon et la naïveté de Gessner. Bu