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HISTOIRE ET GLOSSAIRE
DU NORMAND DE LANGLAIS
ET DE LA LANGUE FRANÇAISE
AVRANCHES. IMl'RIMEfilK PK H, HAMrV
HISTOIRE
GLOSSAIRE
DU NORMAND
m L'ANGLAIS ET DE LA LAMiOE FRANÇAISE
D'APRÈS LA MÉTHODE
Historique, Naturelle et Étymologique
t)ÉY£I.OPI->EMENT D'UN AIÉIMOIRE
cornoNNÉ r.\u l'acahkmie hf. iu»ii:>
'AH
EDOUARD LE HÉRICHER
lléseiil de rihétorique au Collège d'Avrancbes , Correspondanl i!ii Minislrt
de l'Instruction publique
TOME SECOND
PARIS AVRANCHES
■.I1F.7 ArHKV , F.UBliAi'wilNE Ui. I Chez ANFUAV, Rue DELA CoNSTiTinoN
GLOSSAIRE
NATIJREl ET ÉTYHOLOGIQM
DIJ NORNAP, DE L y(iL4l8
ET DE LA LANGUE FRANÇAISE
PREMIERE PARTIE
R I r, I i\ E s .\ M A T P I Q U E S .
ABAUBIR, étonner, on. composée de Ali-Bali! comme
Je f. Ébahir, aboîiIu (Bray), aboyer, ahi, mot d'eucoura-
gement adressé aux animaux; c'était aussi un cri d'étnn-
nemenl :
Il fut loul esbalii;
A ses gens disL tanlost .- ahi.
{Tombel de Chartrosc Ms. d'Av. p. 37.)
AI.4S. s. m. fracas (Bessiii) :
Par grant aias k'il reliet.
(Rom. de Rou.J
On dit aussi dans le Bessin riti.vs. embarras, qui se disait
en V. n. :
El li cuerz de triaz s'esireignenl.
fibid.j
alas! hélas, interjection tout-à-fait n., dit Pluquel ; de
jnême en a. et en v. n. En Picardie, on dit : « N'être pas
dans les Ah ! Ah ! » c. à. d. ni heau ni laid. [Diet, de M. Cor-
blet.) ATCHiTT (Faire), éternuer. agache, s. f. Pie; cette
on. se retrouve dans presque tous les patois : Agacz en
brel., Agache en pic. et en rouchi, Aguess en wallon,
Ajace en poit., Ageasse en berri., qui conduit au f. Geai,
Agazzo en lang., en ail. A gaz, en it. Ragazza, Gazza.
Agace existait en v. f. et se trouve dans Y Aigle et la Pie de
La Fontaine. En Bray, agacher se dit des oiseaux qui
crient de peur ; on y dit encore agalechier , exciter un
animal, et ragacha, homme grondeur. A Guern. aguin-
CHER, agoucer , ATiACER , cxciter. Agasseus, espèce de chien
cité par Oppien, comme mot celtique, appartient à cette
famille. En b. n. le geai est un gay, et son surnom charlot
couRACD. ABC, S. m. eutravB avec un billot de bois, abutter,
mettre un abo. atah ! atant ! expression de dépit et de
menace fort usitée dans le Bessin; elle se trouve dans
Wace :
Atant
Jo nen paierai mez dez ici en avant.
Dans le Cotenlin on dit Atah ! pour menacer les animaux ,
lorsqu'ils montrent l'intention de frapper. Ici l'interjection
est beaucoup plus probable que le verbe Attends! proposé
par Pluquet.
ACA , expression de la chute, comme le l. Cadere, acabas-
SER v. a. abattre bruyamment, écraser, aclasser (s'), se
coucher , qui se dit , selon Pluquet , aux environs de
Bayeux :
Par lor loges s'acciassent.
(Rom. de Rou, 1. 1, p. 86.)
Cable, en v. n. action de jeter à terre : « D'un caable, 18
sols. » Tarif de délits de ^406. « L'abateure à terre que
l'on appelle acabler. » {Grand Coust. de Norm. Tit. 8.5.)
Câbler, v. n. (Gloss, n.), battre, en parlant d'une porte;
ACA (pluie d') , pluie écrasante.
BAB. Cette syllabe labiale primitive, qui donne le f
Babouin, Babine, Babiller, fournit au n. babiner, v. a
toucher avec les babines :
Car cheux la qui leu font bien babiner du ros.
(Muse norm. J
BABET, nom de servante, s'il n'est l'abrév. d'Elisabeth
employé dans un souhait du Dessin : « La paix de Dieu ,
Babel et le pot plein. » baboter, babiller, babotier, babil-
lard . BAVER, bavarder :
Paix, par le Dyable , vous bavez.
(Farce de Pathelin.i
BAVE, blague : « en disant mainte bonne bave. » (Villon,
p. 251.) BABouix, visage, badioue (Av.), cerise, badoclier,
cerisier, bavocher. faire des bavures, c. à. d. des inéga-
lités en parlant du fil, bavoche, bavure, bébé, petit enfant,
en a. Baby, et Baba en hindostani. De là le f. Babiole, en
a. Bawble, et Bambin, de l'it. Babbo, becé, s. m. alphabet,
bobillon, bavard (Gloss, n.), biobio (faire) , bonne mine :
« Ch'est s'foute des gens que d'ies écorchier coume cha et
de venin (venir) leu faire biobio. » (Lettre en patois n.)
BAGoc. s. m. bavardage, vanterie, en fr. pop. Blague, litt.
Bat-de-la-goule, sobriquet donné aux bavards. C'est l'ana-
logue du V. fr. Gaber, railler, en a. Gab, en holl. Gabbe-
ren, en it. Gabbare. Le n. gouaper s'y rattache. En n.
BLAGUE, S. f. sign, un sachet à tabac et vanterie, en a. Blab
et Brag , se vanter. Braggart, vantard, comme le v. f.
Braggard, fanfaron. Il faut sans doute voir un dérivé de
Bagou, Bagoule, dans les vers suivans d'une fable iné-
dite , citée par M. du Méril dans sa Fable Esopiqm ,
p. 128.
Regnartqui scet du bas voler...
Dit que moult sont gracieux
Ses enfans.
BAN, annonce, proclamation à son de tambour, d'où
le f. Bannir, expulser à son de ban, bannir , proclamer les
bans de mariage, bannie, proclamation de mariage, criée,
banqcer, fiancer; de même en pic. Bannir se disait dans le
sens d'appel :
En Normandie vint o grand ost qu'il bani.
fRom. de Rou.J
Cette on. est aussi germanique , comme la plupart de nos
termes militaires, c'est le Herban (Wehr-ban) des Capitu-
laires : « Quicumque in hostem bannitus fuerit et venire
contempserit, plenum heribanum, id est sol. 60 persolvat.n
De là le f. Bande, Bannière, Banderole, Bandit, en v. f.
Bandoulier, d'où le f. Bandoulière : « La deffaicte des
bandouliers courans la N. par le S. de Tourailles. Paris,
-1621 . » Il y a en N. beaucoup de le banieb, huissier, crieur.
La loc. n.'<( De banon, » en Uberté, s'appliquait à la libre
pâture proclamée à ban, le 14 septembre; c'est le Banon
de la Coutume. De là le f. Abandon (ù hanon). bandée,
s. f. à Dives sign, un lot de terre , adjuge à la ba>me. En
isl. Bana, interdire; en gael. en irl. en erse Binn^ sen-
tence, en a. Ban, en ail. et holl. Bann, en it. Bandire,
en esp. Bando. Le n. baverole. le bluet, se rattache à
banderole. A ce groupe appartient le f. Banlieue, litt.
lieue, où l'on peut bannir; aussi le Reg. de la Vie. de
l'Eau, de Rouen, écrit Ban-lieue. En N. les enfans appel-
lent la cloche Bin-ban, c'est l'ail. Bimbaun, sonner; en
Bray aînnelée, sonnerie pour les défunts; ba^voler, se
balancer comme une cloche, banvole, herse de porte, au
M. S. M. bavole; debaltafriseb, détruire avec fracas. L'a.
Bang, coup, est le n. benguier, frapper. Le v. n. Esbaner,
Esbaneier, signifiait s'ébattre : « Desduire et esbaneier. »
(Best, divin de G. Clerc de N., source très -féconde en
onomatopées.)
BATTERIE , action de battre : « La batrye des blés. »
(^3e siècle) : batterie, aire de grange, battifoler, s'ébattre
follement, battemare, s. f. (Bray), bergeronnette, ailleurs
battelessive , comme le f. Lavandière. Il y a dans l'Av. la
loc. « battre glortecx » . faire le fier, assez analogue à l'a.
Strike blind, aveugler, battetix , batteur en grange :
Ho ! balleux , ballons la guerbe ,
liallons-la joyeusement.
(Chanson norm.)
rabat-l'air. auvent, rebat, trace du gibier, abattaiso?. ,
inclinaison d'un toit, à croupe rabattue, débat, jeu d'un
outil, place pour se débattre, de là débêtis, l'écartement
des dents d'une scie, d'où bétiller, écarter les dents d'une
scie, BiTER, toucher, en a. To Beat, et To Bite, mordre,
et l'adj. Bitter, amer, mordant :
Pour moy je n'y bile.
{Farce des Pattes-Ouaintes.)
Du reste le Gloss, n., d'après M. Chassant, donne biteb
dans le sens de mordre, bastringue, s. f. bruit vibrant,
vacarme, maison de débauche, musique, spécialement le
bonnet chinois.
Mesdames, voulez-vous danser,
V^'la Tbaslringue qui va commencer.
(Chanson norm.)
BATACLAN , fracas , anal, à Patatras : il se dit de l'ensemble
des ustensiles de ménage; battoir, battoir, en a. Battle-
door, BAGUENAS (Gloss. n.), tempête, querelle. A ccite ra-
cine se rattachent les mots a. Bat, crosse, Baste. Itaguer
et rosser, Baiiny, excepté, litt. en rabattant. Batter, farine
battue, le 1. Ba'tuere (Plante), le f. Bâton, Bâtir. Bastille,
Bastide. Bastingue. On peut encore unir à cette famille
BARATTER, battre la crème dans la baratte, ou caisse à
faire le beurre, p.aiiretoux (Gloss, n.), tapageur.
BAYER, entr'ouvrir : « Baie la porte, » d'où le f. mal
orthographié porte entre-bàiUée. En v. n. Esbaier : La
porte ouverte et esbaiée. » {R. du M.-St-Michel, v. 2647.)
« Le cheval od la goule baée. » [G. Gaimar.) begaud, s. m.
c'est le f. Badaud, begauder, litt. bayer, bahiare. begue-
viKEB, bégayer, beuguier, roter, beugitee, beuillée, s. f.
rot, BLÈcHiER, bégayer, ebluchier, grandir, en parlant des
enfans, litt. cesser de bégayer : « Vos éfans sont éblu-
chis. » BALANT, fainéant, balaner, flâner, balas, s. f. com-
mère , fainéante (Gloss, n.) Ces derniers mots pourraient
se rai lâcher au f. Baler, dér. de Balancer (Bilanx), qui
est dans les Plaideurs : « Tes bras balans à ton côté. » Ce
mot existe en n. baler, s'affaisser : « Les poumiers baient
des poumes. » A Bayer, se rapporte le f. Baie, fruit et
golfe, Bêler, Bélier, le n. belin, bélier, bliner, arietare,
uLiix et ERiîELi.\E, odcur particulière à l'e.'^pèce ovine. On
appelle Belin, dans la marine, une pièce de bois, qui joue
le rôle de bélier (Homme, n92), Lin, rut de la brebis, est
une abréviation. A ce groupe se rapporte debetter, dé-
goutter, qui suppose Bet, goutte, debet, dégel, beitron,
eau qui dégoutte du sel , bettroner , saler avec du
beltron. Bée, on. analogue à Fi, excrément.
BONDER, bondonner. A cette on. sourde, vibrante et
élastique, se rapportent le f. Bond, Bonde, Bombe, et les
mots n. BL>DER, rebinder, bondir, bo.nde-cul , jeu ou l'on
marche à quattre pattes, bonde , jeu de paume dans le
Lieuvain. V. le Clerc qui jouait à la bonde. (Hist, du
Pari, de N.. i, 167.) bedo.n (Fiers), clochette des animaux,
bedon , petit tonneau , le f. Bidon : on lit dans un arrêt
burlesque de Bayeux (^757) : « Vielles, violons, mouches,
chijlets , sonnettes , bedons , pincettes , grelots , claquets ,
etc. » De là bedaine, ventre rebondi, et bedaine, chute sur
le ventre, bedou , homme gros, bedache , corps chétif.
BEDOu (Av.). blaireau, en v. f. Bedouan. eedou signifiait
tambourin en n. :
.4insi nos Tieux français usaient de leur rebec ,
De la llûle de l)ouis cl du bedou avec,
Quand ils rcpréscnlaienl leurs rnoralilés belles.
( Vavq. (le la Frcsncnje. .irt. poct.)
— G —
BESEiv, bondir, en parlant des animaux affolés. De bedo.n ,
dérive bedoninée : « Bère à bedonnée, » litt. à plein bidon.
Le Don-don, Dondaine des chansons , est une on.; mais il
n'en est sans doute pas ainsi de VEnneovoy, refrain du
Vaudevlre, 41 , comme le croit un des éditeurs de Basselin.
Il semble être un mot ou un composé altéré, avec un sens,
comme VEvohé des Latins et Vtmi des Grecs. C'est ainsi
que M. Ampère a démontré que le gué d'une chan-
son célèbre est une allusion au château du Gué-du-Loir.
( Instr. pour les Chants po'p.) L'Enneovoy a peut-être du
rapport avec le f. Hautbois.
BOUFFER, manger gloutonnement, bouffaud, gour-
mand, BOUFFON, gros morceau de pain, bouffeteb, mettre
dans la bouche , et par ext. emboîter :
Chacun dans le silence
Le dévore des yeux et le bouffe d'avance.
{Lallemant. La CamiienadeJ
En bas-1. Buffare, et Buffectus, sign, pain blanc , d'où le
f. Buffet. BousTiFAiLLER , maugcr salement, comme le f.
Brifer, briffoîjnier (Orne), marchand de volailles, baffreb
et BAUFFRER : « Bauffrant un tourtel. » (Muse norm.)
briffe, s. f. soufflet, se rebiffrer (Av.), se révolter, litt.
rendre le soufflet. On dit aussi en N. buffe , s. f. soufflet ,
en a. Buffet, c'est le f. Rebuffade :
Par eux fut mainte bufTe donnée.
{Archxologia. T. xx , p. 304.)
Ce gonflement de la bouche, en maugréant, a donné au f.
Bouffi ; il y a en N. beaucoup de bouffaré , en v. f. bouf-
fareu , bouffi ; Bouffer est dans Rabelais , ainsi que Bouf-
faige, bonne chère. Un gourmand s'appelle bouffe-tout-cru.
De là le f. Bouffon, Bouffante, Bouffée, Pouffer, l'a.
Puff, le 1. Bucca, bouche, Bufo, crapaud, etc., Briffaud,
gourmand, nom de chien de chasse.
BOUSIN, vacarme et mauvais lieu, bousingot, tapageur;
BousiN existe dans la plupart des patois : en bret. Bouzara,
étourdir, en prov. Burs, heurt, bourfouler, bourrer, litt.
Bourrer -fouler, boursoule (Av.), brouette, bourguier,
BEtiRGUiER , heurter : on ht dans un tarif de délits de -1406 :
« De burguer, sans cheoir, 5 sols. » on caractérise ainsi une
femme facile : « Beurgue-mé , ftomberai. » bougonner ,
gronder, erbou, gronderie : « Jeter son erbou, » sa mau-
vaise humeur, buse, s. f. bout du soufflet de forge, anal,
à l'a. Buzz, abeille. Cette on. sourde est l'étymologie du
— 7 —
f. Bouter, en a. To put, Bout, Boutade. Bouton, Tam-
bour, Boucler, du 1. Bous, bœuf.
BRIT, s. m. bruit :
O meindre brit que peiirent.
{Mémoriaux fie St~Aubin.J
l'.RAiRE, (Av.), pleurer, comme To cry en a., ebruit, grand
cri, EBREHOTER (Gloss. u.), cricr haut, EBROUER , effrayer de
la voix, BRiAMï, bruant, oiseau dont le cri est Trit, Tiritz,
d'où son nom 1. Emberiza, brier, broyer, bruie, s. f.
broie : « Pain brié ou bricé, » (Gloss. n.) pain d'une pâte
fortement maniée, en a. Bray, braire et broyer, d'où,
selon Tooke, l'a. Bread, pain, ebruit, cri, ebare, clameur,
ebrit , ébruitement , rumeur, rebrit , vogue, BRIST0N^ER ,
divulguer, (Gloss. n.) bresiller, briser en menus mor-
ceaux, d'où l'a. Brittle, brelette, rosse, litt. chose dislo-
quée, et, selon le Gloss. n., une montre, breloque, désigne
une mauvaise montre ou horloge. De là bresil , bebsil , s.
m. viande de vache salée, litt. d'animal bresillc. Celte
métathèse conduit à berlai\, (Vire) son de cloches pour les
repas dans les fabriques, cerliinguette , clochette, berlot,
coq d'Inde, de son cri, berdailler, bredouiller, berdalle
et BERDASSE, femme bavarde, berdasser, bavarder, beudi-
BERDA , bruyamment , berzole , femme bavarde et légère ,
RERDALE, S. f. ccolicr , écoHcre ; berdalïer, maître d'école,
tous deux en sens péjoratif, brisier, briser, d'où rrisé,
jachère labourée, « un brisé de foin; » debrisier, rompre
la terre avec la charrue; le bris, c. à. d. le brisant, rocher
de l'anse de Plainvic; breuler . brioler , faire crouler; il a
aussi le sens de garnir de cordes : « Breuler un tonneau, »
en a. Brail, carguer; brèque, brèche, c'est l'on. a. To
break, d'où Brook, ruisseau , comme Route (rupta), liipa
(rumpere), de là encore Brink, bord; ebrequier, ébrécher;
ÉBREQuiÉ, brèche-dents, usité comme n. propre. Le v. a.
dit Brest, broyer, Broy, en v. n. orge broyée. « Pour la
moulte de 3 sextiers de broys pour cervoise. » [Compte
(le Bayeux, ISe siècle.) Brasiller, griller sur les charbons.
A cette famille de l'on. Bre, se rattache le f. Brin, Brinde,
Briquet, Broche, Brosse, Brut, Bruire, Brocard; le f.
Broche est resté en a. dans Abroach, en perce, et le f.
Brindille dans Bramble, ronce. On peut y rapporter, ou à
celle du grognement, le nom de l'ours dans le cycle du
Renard, Bruin, Bruno, et celui du sanglier Grimno; son
nom a. Bear pourrait être un nom prénom, Béranger,
comme chez nous Renard (Goulpil), d'après ce passage ;
« Berengarius (id est ursus) missam celebravil. » (Fable
Esopique, 118, par M. E. tlu Méril.) beucciiet, (Av.) roi-
telet, de son cri, dans le Maine Berrichon, brimbaler, Hit.
remuer en brisant, on dit encore trimbaler. Le n. brèque ,
brèche , en b. 1. Brcca : « Breca fada per ventum esiou-
panda.» (-1-198) en v. f. Brécher: « Il bresche sa poitrine, »
dit du Bartas en parlant du pélican. A cette on. adoucie, on
peut rapporter blinquier, cligner, en a. Blink, blinquocr,
qui cligne, en a. Blinlaird; duf. Cligner, dérive Clinquant,
employé par Shakspeare :
The French : all clinquant.
(Henri VIII, Act. I.)
De là l'a. Blind, aveugle, et le f. Blinder. On peut citer
un exemple de Bresiller, très-peu usité en f.. et qui sign,
en n. briser les membres :
J'ay les gibons si bien harquebiilais
Que je crains bien qui ne sait bresillais.
fMuse Norm.)
BRONDIR , bourdonner : « Avaler tout brandi. »
c. à. d. tout cru , tout frémissant (un insecte) . tout entier.
V. Molière , Festin de Pierre : « Des manches où nous
entrions tout brondis. » brotiods. (Gr.) hanneton, bhom-
BRON. rouet, BROiNCHioN, haunetou. brodier : « Le cul en
n. » selon de l'Aulnaye. (Gloss, de Rabelais.) brosse (faire),
passer avec un frôlement rapide, en a. Brush, passer
brusquement, brousse (faire), étalage, d'où le f. pop.
Esbrousse, d'où peut-être l'a. Spruce, se parer avec affec-
tation, rebolrser , métath. de Rebrousser : « Ne voulut
oncques tourner le dos et rebourser. » {Chron. scandaleuse.)
brousse, bois, d'où le f. Broussaille; beaucoup de lieux
sont dits LA brousse, en a. Browse, brout. broe, écorce de
grosse noix, brou, pain, anal, à l'a. Bred, bro, aiguillon
d'épine , fourche à deux dents . origine du f. Broche, brou,
lierre et viorne, en b. n., brou , en H. N. le gui. brouet,
épiderme des feuilles, (Decorde. Diet, du patois de Bray.)
toutes choses qui se broutent, brôter . brouter, broustille .
petite branche , dim. du f. Broust. brôtillon . s. m. brou-
tille, (Gloss, n.) rôtillox (Val), trognon, broute-biquette.
s. f. broubiquet, s. m. (Gloss, n.) chèvre-feuille. On dit en
proverbe : « Chest coume du latin fuuillu. n'y a qu'los ânes
qu'y brotent. » Il y avait en N. un droit de Brotage, Bro-
tagium, (Cartul. de Montebourg.) et Brostagium (1253).
Broue, s. f. (Av.) Brome, spec, le Bromiis grossus. brousse
(faire), engendre broustaui.er , faire brusquement et mal
— 9 —
une besogne, brossp.b. vrossek, faire prestement un Irajei.
DRousTER, et selou Ic Gloss. 71., BRoiiR (H. N.) , aller vile.
BKiLEisE, diarrhée, bkoe, écume, en a. Drops, et Broth ,
bouillon. BRoiER. écumer, d'où le f. Brouet , en H. N.
BROTER , écumer. dboiille , (Gloss. n.) boue, broiillas ,
brouillard :
Quel est ce gros brouillas et sa sombre noirceur?
(Satires de Courval.)
r.RocsoN , s. f. femme aux manières rudes, à Villedieu bro.
BRouAiLMR , bredouiUcr. brecher , broncber. berrecher ,
(Av.) faire sauter la galoche. A ce groupe se rapportent les
mots f. Brusque, Brouhaha, Brosse, Broussaille, Broche,
Broyer, Preste. (V. brit.) On peut y ajouter Bloc, d'oii le
n. BLOQiET, billot, bloqeet, petit fuseau de dentellière,
BLOQUE! , pièce de deux sous. Le f. Brouir, qui s'emploie
figurément, est pris dans le sens de brûler, en n., et peut
venir du 1. Burere.
c
CA , exclamation pour chasser , surtout les chats : « Ça,
chat! » Elle est dans la farce des Pattes-Ouaintes, jouée à
Caen en 1492 : « Sa chat! Sa chat! » cahin , terme de
peine; de là la SEMAi>E-cAnLN , la semaine eeweese , la
Semaine-Sainte. caiNjneb , pleurer (Bray). de là degaiMner,
imiter la voix, et par extension le geste d'un autre, à Av.
dejainker et deiNAicher : en pic. Rejanner et Rejangler, en
bourg, et fr.-comt. Bejannai, en roman Bcjamier, en
bas-1. Gannare, se moquer, comme le cri du renard est
Gannire , en v. n. Becaner, braire, d'où le f. Ricaner;
DEGAINE, démarche, Htt. imitation d'un geste, en a. Gait,
id. et Zany, bouffon, contrefaire, caler, céder, perdre
courage, est sans doute une forme de Canner, pleurer, en
fr. d'écolier, Canner ou faire le Canne. coca>,e , narine,
(Gloss. n.) cocA>'Eu, flairer. Au son Can, d'où dérivent
d'ailleurs le 1. Anser, Anas, et le f. Canne, Canard, Can-
can, se rapporte le nom du goéland, caGxNard, et cainkehotte
(Val.), canard sauvage, dont le cri est analogue. cAr.x\ARi),
pot à braise , Brasero , d'où sans doute le f. Cagnarder ,
s'accagnarder : Les marins appellent Cagnard une toile
goudronnée, tendue sur le pont contre le froid. (V. Jal.
Gloss. nautique.) En vieux n. l'oie sauvage se nommait
Gans et Gante, en vieux ail. Ganza, Kans, Ente, en a.
Gander, jars, Ganza, oie sauvage; la forme eufcmîine est
cann-ca;\n. On peut rattacher à ce groupe le bas-1. Avca ,
oie, d'où le v. f. Oiie, altéré à Rouen dans Bue aux Ours,
T. I. 2*
— 10 —
c. à. d. aux Ones, et reste dans la Reine Pedauque, et
dans le f. Ouate, en n. guette, litt. duvet d'oie et oiseau
de mer. camfrestan, on. dans le genre de Brosse, c. à. d.
néant :
Si vous gaigniez parfois queuque guenetle,
Chest pour le pain plat courae une galette,
Car pour le poids on dit Canifrestan.
/'Muse norm.)
CARAMBOLLE, S. f. saut de mouton; cauambolle, à Av., dé-
signe l'ognon qui porte les bulbes au haut de sa tige et
le bulbe lui-même, cailcaillot , appeau pour les cailles ,
réduplication de ce mot on., en a. Quail-Pipe :
Des courcaillels pour les cailles,
(Scarron. Virg. travesti ^ 1. iv.)
GAILLARD, S. m. pctltc Caille. (Gloss, n.) carculot (Terre-N.),
espèce de petit canard, caricaca (La bonne femme) (Val.),
nom employé dans un jeu où l'on donne à deviner par
derrière un certain nombre de doigts avec ces mots : « La
bouenne femme Caricaca — Combien qu'y a d'dés là ? »
cARiBARi, s. m. espèce de navette à Fiers, litt. va et-vient,
anal, au f. Charivari. Carabo, cri de ralliement de sédi-
tieux venus de Paris pour soulever Rouen en 1789, et
qu'on appela Carabots. Ce mot désignait à Caen une
socii^té populaire. (V. Le Fédéralisme , édité et annoté par
M. G. Mancel.) On peut rattacher à ce groupe Chas (Bay.),
mauvais bouillon, lavage, on. analogue à Fouah, ciiacou-
TER (Bay.), chuclîotter, en a. Chawter et Chitchat, en f.
Caquet, chavarixer, v. act. et n. charivariser, chaiauchier,
pleurnicher. C'est sans doute à cette famille qu'il faut rat-
tacher un mot qui existe sans doute encore en N., car il y
était populaire au Me siècle, d'après un chant des Nu-
picds :
Venez, commissaires poltrons,
Pour informer sur ces affaires ,
Nuds-pieds , Boidrots et les Sablons
Incaguent tous vos mousquetaires.
INCAGCER , (Gloss, de Roqucfort.) railler, braver, vieux en
fr. ECAMR, éclater de rire. En a. le jeu Caricaca est Jig.
CHIPER , filouter, on. tirée de la vivacité de l'enlève-
ment ; Chippe, se disait en v. f. : L'Aulnaye dit dans son
Glossaire de Rabelais : « Les couturières appellent Chippes
ce qu'elles volent à leurs pratiques.» En a. Chip, morceau.
De là le fr. pop. Chipoter, barguigner; en écossais, où il
y a beaucoup de français , Chipot , bon marché , en a.
Cheapen, marchander, d'où l'adj. Cheap, à bon marché.
— Il —
el To dieal , duper, cuiper , crier, gémir, d'oii cmriE,
femme criaiileuse, acariâtre, cuiquier, mâcher, manger:
de celte on., analogue à Mastkare, dérivent chico.\ , s. m.
laitue, cHiG-\'o>' , morceau de pain, chiffon, id. chiqtje,
bouchée qu'on déchire d'un morceau de pain , et chique .
chiffe, d'où le f. Déchiqueter et le n. chiquetailler, chico>
(Bray), morceau de pain, de même en pic, chiffetier .
chiffonnier, chig?.o>e , pâte d'orties et de son pour les
dindons , (Gloss, n.) chiiNchous , fibreux , tenace , de la
nature de la chiffe, en a. Chinse, remplir d'étoupes, chi-
PAiTET et CHICOTIN, S. m. sac à tabac, chinche, chiche, l'a.
pop. a gardé ce mot dans Cldnche , avare, CJiincherie,
lésinerie, Cldncliy, avaricicusement. (Halliivell's Diet, of
archaisms and provincialisms.) Roquefort appelle mot n.
QUiNQCECx, déguenillé, chiffoter, chuchotter : « On n'en-
tend pas dedans les assemblages Chiffoter. » chop , entre-
tien. (Gloss. 71.) cHiocHioT, enfant trop caressé, d'ou chio-
ciiioTER, caresser à l'excès, et chioler, cajoler, d'où le f.
Choyer, chincher, (Pont.) priser, aspirer du tabac, cni-
ferner, enchifrener, en bret. Siferni, enrhumé. Quant à
cHiFoiRiNiE, vielle (Guernesey), en v. f. CItifonie , c'est
peut-être une on. tirée de ses sons sifflans , ou plutôt c'est
le mot Symphonie : il se dit aussi en H.-N. :
Qui ne dansel a d'autre chifournie
Qu'au faux bourdon que rendent leurs bouyaux.
(Muse norm.)
On peut rapporter à celle on. le f. Chopper , usité dans ce
prov. n. : « Qui choppe s'avanche, qui chet s'détourbe. »>
RECHIGNER, sc plaindre, être morose, dont le fr. n'a gardé
que le participe; un proverbe n. dit :
Qui rechigne n'a que deu ;
Qui bat sa lemin' n'a qu'malheu.
CLIAQUIER, claquer, en a. Clack, Slap, Clap, Clash.
Celle on. éclatante est en gr. xXaÇoj, en 1. Clamor, cliaque,
(Bay.) draine, espèce de grive, appelée trait dans la baie
du Monl-Saint-Michel. cliaquaud , espèce de mauviard.
cLiAQiET, s. m. la digitale pourprée, dont on sc plaît à faire
éclater la fleur, accliabo, s. m. clameur; accliaber, accla-
mer. cLiAQiEDE.NTS (à) , à jcun , ù vidc :
E no verra aller à claquedent
Ses ballebardiers engraissais par la Garde.
(Muse norm.)
cLiAQrARD. bavard, cliaper (Bray), exprime le bruit d'un
outil mal emboité. cliapot, s. m, petite lessive, cliapée,
éclaboussure. cliaquier. jeter à terre bruyamment. On dit
— 12 —
que Dan. Huet, {irovoqué à faire une phrase de pur patois
n., dit à un paysan qui passait : « Cliaque lo su guerbet
d'ctrain por i-'supper su verva , » jette-là cette gerbe de
paille pour sécher celte mare, ecliater (s') de rire. : La
Fontaine a dit : « de rire s'éclata. » (Le meunier , son fils
et l'âne.) cliapaud , petit crapaud des murailles , dont les
notes sont Cla-2)a, de là le f. Crapaud, d'où le n. crafac-
DL\E, l'épiaire et un lichen des chênes. En v. f. Crapaud
se disait £0^;, sans doute l'ét. de Pied-bot, pied dont la
marche imite celle du crapaud. L'a. Toad a quelque rap-
port avec Bot , dont le dim. Botterel existait en v. n.dans
Wace, et forme un n. pr. encore usité en N. crapaudière,
lieu oîi abondent les crapauds. Il y avait à Caen le moulin
de Crapoldaria. (Or. de Caen, par Huet, p. \ 07.) Lupton ,
dans son First booke of notable things, appelle Crapaudi-
na, le toad stone, pierre précieuse que l'on suppose dans
la tête du crapaud , et à laquelle Shakespeare fait allusion
dans As you like it. Crapaudine, en a. ulcère de cheval.
CLICHE , diarrhée, clichard , sobriquet donné par les
paysans aux citadins en général , et en part, aux gens de
Bayeux, parcequ'ils furent affligés de lienterie et d'hémor-
roïdes pour avoir chassé saint Gerbold; d'où ce mal est
dit « Mal saint Gerbaud. » De là le verbe clichier, et à
Bayeux ecli^cher, éclabousser, et le f. Cliché, Clique,
Clistère. On peut citer ici comme exemple et comme
spécimen du dialecte n. un passage de Pathelin , dans son
prétendu délire :
Hé Dia ! j'ai le mau saint Garbot ,
Suis-je des foireux de Bayeux ?
Les playes Dieu ! quesse qui s'attaque
A men c...? Esse une vaque (insecte, coccinelle),
Une inôqiie ou un escarbol?
Jehan du Quemin sera joyeux.
Bée , par Saincl-Jehan , je berée
Voulentiers à li une fée!
ECLICHE, éclisse, comme le f. Clisse, le grec-f. Schiste, l'a.
sut. Slice, Slate, ardoise, le 1. Scissilis, l'ail. Schleissen.
Le patois a. Clency est traduit par Halliwell en miry, dirty.
CLIOQUE, cloche; cette on. est devenue Klocken, frap-
per . en tudesque , dont les Capitulaires de Charlemagne
ont fait clocca, cloche, et le moyen-âge Cloke. clioquier,
sonner en parlant des cloches, et par imitation du son
inégal des cloches. Boiter, en a. Closh, fourbure, en f.
Eclopé. Leur nom latin était Campana, et on leur donnait
aussi le nom de Sain (signum) , m. qui s'est conservée
— 13 —
dans le putois de l'Anjou, dans le fr. Tocsin (Toque, sain),
el dans ce dicton popuiaiic, souvent incompris : « Un
bruit à ne pas ouïr les Sains sonner. » la clioque des bibe-
iios est le Couvre-feu , Cover Ju au moyen-âge, en a. Cur-
few. C'est par une erreur homonyniique , comme celle qui
précède , qu'on dit prov. d'un homme qu'on enlève de vive
force . qu'on l'enlève « comme un corps saint. » C'est par
corruption pour Cahorsain, parceque sous le pontiQcat de
Jean XXII , on fit enlever dans une nuit les usuriers dont
la plupart étaient venus de Cahors à Paris, cliquettes , os
ou morceaux de bois frappés l'un contre l'autre, en a.
Clicket. Du reste , la plupart des onomatojiées de cette
classe existent en patois anglais. (V. HaÙiwell's Diet.)
ECLincETTE . S. f. batte de masque, cliquette , s. f. clochette
des Frères de Charité ; cliqueteux , sonneur de clochette.
cLi.NQiE et TI.NQUE, coqueluchc, cLiAQUER, cliquetcr , en a.
Clink, tinter, cllnquaille, s. f. cliquetis, le f. Quincaille.
CLiOQiiER, glousser, ou clioqueter : à Soint-Lo clrcbier,
et cLiucHO.N y désigne un homme qui se plaint toujours,
en v. f. Clocher, glousser, en ec. Cloak, id. en a. Clog,
entraver un animal, et Clash, fourbure. clianche, s. f.
loquet , cLiA?»cnirR , lever la clanche , decla>quier , faire
jouer un resort, ecliper, escliper, lancer de l'eau, d'où
ECLirE, ECLIPOIRE, scringue en sureau, eclii-ette, tiroir.
CO , coq. coqueter se dit du coq appelant les poules ,
d'où le f. Coquetterie. L'a. résout cette on. en chue :
« Chue, dit Junius, is the call of the cock to the hens, »
d'oii Chick, le petit des oiseaux, et Chicken, i)Oulet. En
gr. xoxxuCe'.v, chanter comme un coq. Coq sign, en fr.
comme en a. le chef; mais en n. il s'emploie dans celte
locution : « A mé le co ! » c. à. d. j'ai gagné le coq , prix
du combat, picot, dindon et javelle de céréales, dressée
debout pour sécher, en a. Peacock, paon, et Cock of ha]/,
mulon de foin, cocolicô, chant du coq. cocoli.xqueux , le
lychnis clio'k/îœ, rouge comme une crête de coq, de même
le f. Coquelicot, coquier, v. a. cocher, coqueran, (Coût.)
hermaphrodite, c. à. d. réunissant la coche et le bélier
(ran), coco, (Coût.) le rouget, parcequ'on croit qu'il émet
un pareil son : on connaît la musique des baleines, cocco-
DÈQUE, (Vill.) bête dont on épouvante les enfans, de son
cri. A cette on. se rapporte le f. Cochon, dont le n. com-
plète la famille par cochonmer, adj. qui fait ou dit des
obscénités, cochonnaille, s. f. intestins de cochon, cocho.n-
-NET, cocHELiN, et Gousso.\ , le fruit de l'églantier, aimé des
— 15 —
porcs; l'flERCE aux cochoas, en f. Porcellc, en 1. Hypoc/iœris.
coTiR, frapper un fruit, la nèfle, pour la faire mûrir, en
berr. Coii, meurtri , et Cosser, meurtrir : « De sa corne
essaye de cosser mon mastin qui l'abaye, » (Ronsard.)
GROSSER : « J'vais l'crosser, » je vais te battre; en y. f.
Cotir, frapper, chouquer, choquer, en a. Shock, chouter
(Av.) frapper : « J'vais te choute. » en a. to shoot, frapper.
cHoiTEUR, frappeur, en a. Shooter; une or. Scandinave est
possible, de Shuita, en sued, parchoctre , frapper à
l'excès : « I m'a parchoutu. » Cohoc désignait en N., selon
Roquefort, l'auditoire des juges du seigneur; c'est une
forme de Cohue qui, à Jersey et en N., sign, audience,
tribunal, de même à Mortaln : « Ante domum quae dicitur
gallice cohue in villa Moretonii. » (^339.)
A vous , messieurs de la Cohue ,
Failes ainsi el me piégez.
(J. Le Houx. Vaudevires, p. 00. j
Il y avait à Bayeux la rue de la Cohue, couac (faire),
tuer ou mourir; l'a. Quack, charlatan, exprime l'emphase
bruyante, coup a sou (Manche), coup sur coup, escoufle,
cerf-volant, comme le f. Ecoujle, milan, du bruit sourd de
ses ailes ; on dit prov : « Maigre coume une escoufle. »
(V. le Rom de V Escoufle, bibl. imp., in-4o, n» 178, dont
Fr. Michel a publié un fragment); en n. lecoufle, lecou-
FLEï , noms pr. escopier , esquiver : « Escopier la compa-
gnie. » en V. f. Escope, poltron, escopier, escroquer. A cette
famille se rattache le f. Coucou, on. universelle; en n.
coucou est le Lychnis flos cuculli; le Pain de Coucou, ou
Alleluia, est VOxalis acetosella, qui fleurit au retour du
coucou et de Pâques, couvre , colombe , pigeon ramier ,
en V. a. Culvere, (HalUivelVs Diet.) en a. Culver, couit
(faire) , disparaître soudainement; c'est sans doute la ra-
cine du bas-1. Coitus, passage : « Debent servare kuitum
cervorum. » (Le grael de Vatteville, f. ^06. Etudes de
M. Dehsle où se trouve une expression analogue : « Ut
sim paratus cum canibus et famulis meis ad custodiendum
tristum quod situm est inter Hommon et Bondevillam , »
p. 389.) couAs, corbeau, d'où le f. Croasser, en a. Crow.
CO, coup , se dit dans les jeux de l'Av. ; « Co de recul , co
de hausse, co de rempart, » en v. f. Colp et Cop. copir
et EcopiR , faire jaillir de la salive , qui s'appelle copisse : il
y a une plante dite Herbe à l'Ecopisse. Ce que le f. dit :
« C'est son portrait tout crache; » le n. l'exprime par :
« Chest li tout recopi. » Ce verbe était actif en v. f. :
— \:> —
Escopi la eniiiii le vis.
(Pom de Hoiarl, i , 08.
Ne escopie, ne senliie.
(G- de iVorm. Bestiaire divin, v. 420.)
copis?oTER, cracher souvent, en a. Spit, cracher, en 1. S^mo,
en e?i>. Escupir. De là le f. Escope, pelle à vider l'eau.
CRAQUE, s. f. fruit de l'épine noire, de sa crudité, en
pic. Traique, d'oîi le f. Crcquier, prunellier et chandelier
à branches, armes des Crequy. cr.^qie, hâblerie, de même
Crahe en v. a. «Vain glorious crakes. » [Spenser, ^-l6.)« To
crack is still used in the north of England for to boast.»
{Todd.) CRAQUELIN, carlilagc de la viande, cral, pierre cra-
quante à la surface des carrières, d'où cr que, lande pier-
reuse. CRAX (Guern), la fauvette babillarde. (Rimes guer-
nesiaises, par nn Cûtelain.) craisset, craisset, s. m.
grenouille verte, crasille, s. f. (Baie du Mont-Saint-iAlichel)
débris de coquilles écrasées, en a. Craze, Crush, écraser.
Craia7it était avec Cltantecleer un des noms du coq au
moyen-âge. craquiller, pétiller, en a. Crackle, (.raqullon,
craquelin : « Anis pour poudrer les croquillons qu'on donne
aux petits enfans. » (Compte de Bayeux, irje s.j craqielot
(Dieppe), le hareng saur ou sairet noiFii, appelé encore
APPÉTIT. CRAULER, grouillep , cn a. Crawl, ramper (comme
les animaux grouillans), crac, (à) (Val.) « Pleuvoir à crac
et à erase , » à tout écraser, cracotte , dent d'enfant , d'où
cRAC0Ti.\, petit enfant. En a. « in a crack, » en un din-
d'œil, Crack, crepitus ventris ; Crackle, pork-crackling, et
dans différens Comtés , Cracklings et Cracknel désignent
les craquelins, ciuquart, s. m. hirondelle de mer. cra?*
(Iles n.) l'alouette :
L'cran dans l'irefle paluffle adret.
(Rimes cjuernesiaises.)
CRAX, scie à larges dents, cranche, souffreteux, en pat. a.
Crink, Cranche en v. f . , boiteux, on dit en a. A crank
ship, navire faible de côté. crac-jea> (Saint-Lo), roitelet,
de son cri qui imite le craquement de la silique d'ajonc
(Jean) au soleil, crax , cron, falun. (Vexin n. ) crapou..
crapaud . en lîray où l'on chante la veille des Rois :
Bonjou les Rois ,
Jusqu'à douze mois!
lionjou la r.eine
Jusqu'à si.\ semaines!
P.onjou , l'crapou
Jusqu'au meis d'août!
cRAror conihiit au f. Crapoussin. egrat. égratignure, trace
— ^6 —
des animaux, ecrabuiiller, écraser, d'où ecabouir et ehil-
RouRDiE , bagarre , fréquent dans la Muse nor. :
Après enlrel de pleine equilbourdie
Aincbin que fos un tas de gobeiiaux.
ACRAVAKTER, écraser , comme en v. f., anal, au 1. Gravis.
CRICRI , grillon ; Ménage cite une autre forme : « Les
Poitevins disent un grelet, les Angevins un gresillon et les
N. un criet.)) [Observ. 416.) Il veut dire sans doute criqiet,
en a. Cricket, chiqie, s. f. point du jour, litt. crevée du
jour, eruptio lucis. faire cric; Dante a dit : « Fatto
cricch. »
Quand il vit l'aube crevée ,
Tantosl fist ses frères lever.
( Tomhcl de Chartrose.)
crevé de FAIM, affamé, en a. Craving; crevaisua . action
de crever, de mourir. En n. les raidillons s'appellent creve-
CŒLR : il y a la côte de Crève-Cœur, près Eslrées, à Av. la
rue Crève-Cœur, crève-chien. Viorne commun , (Vib. lan-
iana) exactement traduit par le Cynanchus. criqde (Caen),
dent, et à Val. criqiette. criqioi, (Bay.) craquemens noc-
turnes. cRiQCEcx et uiQiEux, rougc-gorgc. recri, s. m. ré-
clamation. cRicrsE, croûte frisée, anal, au f. Grignoter, en
Lret. Krina, ronger, cresteler, caqueter :
Ma femme s'y brait el crestelle.
(Chanson noim. edit, du Bois.J
SIe bêle boise ou chest que no se plaque.
Por cresteler , quand on a cault à piais
De clienne la qui touche nos métiais.
(Muse norm.)
CRÉTO.N , résidu croquant de la graisse fondue : « Bouchers
qui vendent suif ou créton aux chandeliers. » (Coût, de la
Vie. de l'Eau, de Rouen, 87.)
Laissez jusqu'au retour les tripes , les créions :
Quand l'ennemi nous presse , au diable les gueulions.
(Lallemant. La Campenade.)
cRÉi'iR, se tirer, se tendre.ère
emporte la tête. On dit prov. : « No ne fait pas buure
(beurre) dans barelte fouerouse. » — Et d'un homme de
sens : « Si no veut de la fouure de niais , n'faût pas li
pendre une pouquette au tchu. » frayer, effrayer, en a.
To fray, d'où le f. Frayeur et Effrayer, frappement, coup,
n'est fr. que dans le Frappement de Moïse sur le rocher.
La loc. de l'Av. « Frappe, qui ne frappe, » c. à. d. frapper
sans relâche, peut sign. « Frappe, qui ne frappe?» comme
on dit : « Pleurer à pleure, pleureras-tu? » affraper, frap-
per, en it. Affraiiare, en v. a. AJfrap : « Ready to
affrap. » (Spenser, p. 68.) fratel, babil (H. N.) :
Et de leur vieux fralel
Scarron eût fait la brullesque lUiade.
(Muse norm.)
fragonier, fragon ou Ruscus aculeaius , autrement IIoux-
frélon, toutes onomatopées, vulg. encore fesse-larroiN, en
a. Butcher's broom, flaireter, flairer, en a. Flirt, coque-
ter , en v. f. Fleurtir :
Rossignols qui fleurlissent
Fredonnent doucement.
(Bourqueville de Bras J
A l'on. Fra se rapporte le f. Fracas, Frayer, Fraiser,
Frasque, freid , froid , on. de frisson , en n. frechon , et
de frémissement. On dit prov. :
Freid mai, caud juin
Font aller au moulin.
FREiT, Frigidus, se disait en v. n. :
Iver esteit , grant freit faisait.
(Rom. de Rou.J
Freid, s. f. le froid, abbrév. de froidure, frenailler, bruire.
FREUMENT, fortement, en v. f. Forment, feusaie, fresaie,
et FRAYE , effraye. {L. du Bois. Rech. sur la N., p. 342.)
FRESS0AÉE, fdlc sans gêne, bruyante, fretel, babil. (Muse
N. de Petit.) feessoie, s. f. Engoulevent ou Tette-chèvre
(Caprimulgus) . affreux, énormément gros, du f. peu usité
Affre. FRECLER, frôler, battre, d'où freulée, rossée, freu-
— 22 —
LIEU, vagabond, batailleur, effraiser, émietter. frayée, du
f. Frayer, trace des roues sur la route, fremeue, s. f. fris-
son de terreur.
FRIOLER, exprime le frisson de l'appétit : « La langue
li en friole, » c. a. d. frissonne, affrioler, désirer vivement
pour manger, friolet , haricot prodome. fuiquejnelle ,
femme friande, ou vive, d'où l'on. f. Frisque, en a. Frisk;
en y. ï. Friquenelle, femme galante, friquet , moineau,
l'oiseau /mgrwe par excellence, friolier, gourmand :
Adieu , dame friolière.
(Muse Norm.)
FRico.x-FRiQtJETTE, étourderic :
Après entrit un nombre de fillettes
De ces beautés qui font fricon-friquette. (Ibid.)
FRICOT, S. m, bonne chère, litt, chose frite, fricoter, faire
bonne chère , fritel , hareng saur :
Et gaune et sec comme un fritel.
(Muse Norm.)
FRiTEDRE , friture , en a. Fritters ; Fritowre désigne des
gâteaux en a. frigousse , s. f. mauvais fricot, fretier ,
friand : « Le cat n'est pas fretier. » firli, fretin, qui sert
d'appât, ({vA frétille. ( Bay.) fribler, frissonner, et se frotter
dans ses vêtemens. fripe , s. f. vêtement fripé , d'oîi le f.
Fripier, frible, qui frémit aisément : « Un cheval frible. »
rile, rilette, restes rissolés de lard, frilous, frileux : en
argot Frileux, un poltron, fersir, frissonner. FRÉTiLLOiS-
KER, être livré à une vive agitation, d'où frétillon, per-
sonne vive; de cette on. vient sans doute le 1. Frigilla,
pinson, on dit : « Vif comme un pinson. » freluche, s. f.
ruban de dolure , d'où le f. Freluche et Fanfreluche.
AFFRiBODRDER , cugourdir de froid, cité parL. du Bois, litt.
Affre et gourd, frlcouler , comp. de fripper-bouler : « Ses
cauches sont toutes afriboulaies sus ses talons. » effriter,
eifrayer jusqu'au frisson. Le f. rattache à ce groupe, Fre-
lon, Freluquet, Frémir, Frétiller, Fretin , Freux , Friable,
Friand, Frileux, Frimas, Frime, Fringuer, Friper, Fri-
pon, Friquet, Frire, Friser, Frisson, Fritte, Galefretier,
et Xdi. Freak, boutade, Fream, grogner, Freeze, geler,
Fret, bouillir, Fribbler, freluquet, Freight, terreur. Frill,
trembler de froid, Frizle, friser.
FROE, sciure de bois, à Nancy Froux; Frouette, en
pic. miette, frôlée, s. f. (B.) pain émietté dans un liquide.
FROC, PRO, grosse étoffe rude qu'on fabrique dans l'Eure,
d'où le f. Froc, froubîr , frotter, d'où le f. Fourbir, froc-
— 23 —
FEou (Mme) . femme brusque : le Gloss, n. rapproche de
cette on. Taffetas, autrefois Tafetafle; on peut citer ici
l'a, Frolick, folâtre, Frost, gelée, qui exprime le craque-
ment du givre ou de la glace, Froth, écume, anal, au n.
FROE, sciure, mais on. plus douce, Froward, bourru,
Frog, grenouille. Le f. donne à cette catégorie Froisser,
Frôler, Froncer, en a. Frown et Frounce, Frotter, Frouer,
Forer.
G
GACHER, mâcher péniblement; gâche, galette molle et
tenace, gachard, sale en mangeant, d'où le nom de l'aliéné
malpropre , Gacheux. garead , petit pain au lait , sans
doute, pour Gâchereau.
GADER, babiller, (St-J.) en a. Gabble, bavarder, et
Gab, railler, oii l'on retrouve le v. f. Gaber, en it. Gab-
bato, en v. n. Esgaver, se réjouir :
Et qu'a rien n'esgavasses dont le peust blasmer,
Qui es delitz du monde son cuer adoune et livre.
(Chant du Roussignenl , Ms d'Avr.)
GAFFE, morsure soudaine, gueulée. gaffer, avaler, avi-
dement , comme en lorr. et en pic. ; Gafar, dans le midi ,
mordre; dans le Jura, Jaffer. gaver (se), se bourrer de
nourriture, caviox^ , s. m, gosier , pop. en fr. :
Pour descroquer la say de nolle gavion.
(Muse norm.)
On dit Gave, Gaviot , gosier, dans presque tous les
patois. GAY ailler , manger en glouton. gavigxoxN , gavi-
GNOLLE, ivresse, et gaver, enivrer : « Via notte homme
gavay. » (Muse norm.) gavart, (R.) brutal et glouton.
ESGAVIo^^ER (s'), se gorger. gafigno> , corne du pied des
animaux , sans doute primit. griffe, agaffer , prendre de
langue, engueuler, gavot, (Vill.) ouvrier rejeté de sa cor-
poration, peut-être comme ivrogne et gourmand. A cette
on. appartient le f. Gaffer , Gaffe.
GALETER, sonner le glas : le f. semble être la méthath.
du n. GALOT , carillon, galot . gronderie bruyante , en a.
Gallow , épouvanter , et Gall , fâcher , de là galoper ,
gronder :
Puisque pour loy je suis galopée.
(Farce des Pattes-Ouaintes.)
GAMER, (Vill.) gronder et enrager ; de là peut-être le f. pop.
Gamin; mais Gaminus est traduit en Tabernarius dans un
Ms du xie. s. (Bibl. imp.) game, s. f. soufflet sur la joue.
— 24 —
GACiNETER , bcibillei". GALOPER (une besogne) , la courir. « Se
recommander à saint Galopin ou à sainte Galoppe, » fuir.
GARGATTE , s. f. gosier , dérivé du bruit des alimens,
on. générale dans les langues latines : Gargate, en fr.-comt.
et en lang.; Garguillo , en bourg.; Gargalate , en vosg.;
Gargaliot, enb.-lim.; Gargaliero, enprov.; Gargata, enii.;
Gargania, en esp.; même en bret. Gargaden; dans les Iles
n, on dit gcergcette ; c'est le n. anglisé. gargate se disait
en V. n. :
Lur unt li gargates trenchies.
(Rom. de Rou, v. 3779.)
Il se disait en v. a. « By the gargat. » (Canterb. Taies, v.
^5,341.) De là le f. Gargariser, Gargouiller, par contr.
Grouiller, en a. Gargle, Gargol, maladie des porcs. Gau-
GOTiEii, blanchisseur et laveur de toiles; gargouillis, bor-
borygme. GARGorssER, grondcr en grouillant, d'où le f.
Gargousse, et par contr. grousser. gargouille, (Av.) mare
grouillante; c'était à Rouen le nom du dragon tué par
saint Romain, d'oîi le f. Gargouille, appHqué aux monstres
servant de gouttières; Gargantua, mot pop. adopté par
Rabelais, est de cette famille, ainsi que Gargamelle.
Shakespeare a ce mot dans As you like it : « You must
borroiv me Garagantua's mouth, garbouiller , gargouiller,
et faire salement une chose, en v. fr. Garbouil, saleté, en
a. Garboil, désordre, dont Warble, gazouiller, est une
forme : gazouiller en n, signifie faire malproprement une
chose. Le f. Barbouiller, Barboter, en n. varvoter (V.
Verva), expriment les mêmes sons, comme le 1. Garrulus.
GOREiiMER , avaler avec des borborygmes , être enroué. En
argot Gargue, bouche. [Etudes sur l'argot, de M. Fr.
Michel.)
GEIGNIER, geindre, d'où le f. Gêner, plutôt que de
l'hébr. Gehenna, qui est, du reste, la même on. : « Las!
on me geine bien. » (V. de la Fresnatje, Sonnets, t. m ,
p. 708.) GUiER, pleurer, gémir :
Mal li prisl grant è si gemeit.
(Rom. du Mont-Saint-Michel, v. 2998.)
GMARD, pleurnicheur, comme geig>ard,';'geigseux. limer,
Gimer sans larmes.
GINGLER, sauter, bondir. Cette on. d'élasticité donne
encore gi^geoler , branler , être disloqué : « La table gln-
geole. » gl\geole , s. f. objet sautillant : La Gingeole est
un personnage de comédie. (V. VOurs et le Pacha.) cm-
— 25 —
«iCETTE, jeune fille folâtre, ce que le f. appelle Gigue, de là
Gigue, jambe, danse, en <i.Jig, puis Gig, toupie, cabrio-
let. Dans ce'te langue Cingle, sign. Tinter, ciioutreu.
folâtrer. cmccER , bVndir, ruer; il y a une loc. n. qui
explique le f. Guingois : « De travers et de ging;inl, » se
dit d'un objet qui est de travers et capable d'attraper quel-
qu'un. L'a. Ring, sonner. Spring, ressort, sont de cette
famille, ainsi que le f. Cingler et Reginglette, et le v. f.
Springale, baliste.
GIFFE, s. f. sdufflet sourd, et giffle, d'où giffer, et
giffler: le v. f. (iiflcs ;ign. Joues. AGiFFr.ER, (G.) souffle-
ter. Giffle signifiai. Ji ue encore au 17^ siècle :
Ce (;ui fait leurs giffles enfler.
(Scarron. Virg.trav.)
GILER, jaillir et faire jaillir, giloire, siringue. cilée,
ondée; Giler se dit en berr. giile, (Guern.) diarrhée.
cALui , G.vNER, (Av.) mouillcr. C'est ù cette syllabe on.
qu'on pourrait rapporter un refrain n. :
Que l'as de belles filles,
Girlonllan, gjrlonllan
— De belles et de gentilles,
Girlonnan, girlonllan.
— N'en donras-tu point uneT
Girlonllan, girlonllan,
L'amour m'y contraint, etc. (Ronde d'Av.)
On chante ce refrain à V. dans un jeu d'ombres chinoises,
où l'en demande si l'on peut passer la rivière :
Les canards l'ont bien passée,
Tire lire e,l lire , toure loure et loure ,
Les canards l'ont bien passée ,
Girlonllan.
GUIGMER, (V.) lancer des pierres, guiler, pousser des cris
perçans.
GLICHIER, glisser, en a. Glide, en holl. Gliiden, en
ail. Gleitcn. glichoière, glicdade, glicberesse, glissoire.
(V.) en a. Glib, glissant.
GLOU, on. liquide, d'où le f. Glouglou; on dit en n. :
« Faire glou , » tomber dans l'eau, glon , contr. de Glou-
ton, (Bray.) rassasié : « Etre glon de. » gloussis, soufflet
de cheminée. En f. Glouglouter, Glousser, en gr. y^wttk,
et yuX^eiv; en pic. Glout, gourmand; en a. Glut, Glutton,
en it. GJiiottone, en esp. Gloton, en 1. Glutire et Helluo.
V. l'art, goule. On chante en N. une chanson macaro-
nique sur l'air de la Préface , en portant le doigt sur les
parties de la face :
T. I. 4*
— 26 —
De frontibus ad sorciis ,
De sorciis ad nazareth ,
De nazarelh ad menlonnet,
De menlonnet ad gorgibus.
Dans mon joli trou-lrou,
Glouglou,
Mon joli lourlurette ,
Dans mon joli Irou-trou,
Glouglou,
Mon joli tourlourou :
GONDOLER, arrondir, bosseler, se dit aussi en pic,
sans doute l'ét. du f. Gondole, on. analogue au f. Gonfler,
en it. Gonfiah. A Gondole se rattache peut-être codiller,
agiter une rame à l'arrière d'une embarcation, aller à la
GODILLE. Le V. n. avait Gandiller, tourmenter :
Borjoiz e paisanz gandillenl.
(Rom de Rou.J
GNIAF, gourmand, grand mangeur, on. qui exprime
l'action de saisir avec les dents , d'où gmaf , sobriquet des
savetiers et cordonniers , comme en pic. :
Vingt ânes attelés, trottant d'un pas égal
Portent le fier Raulin des gnafs le coripliée.
(Lallemant. La Campenade.)
GKiAQCiE, morsure de chien, gueulée, à B. cNAFrÉE. Gnac
en V. f. coup de dent. {Roquefort , t. i, p, 693.) De cette
on. se rapproche gmas, (i\le.) enfant à la mamelle, nom
tiré de son vagissement; c'est peut-être l'origine du f.
Niais et de l'it. Niaso, auquel le n. ajoute niole, niaiserie,
NioLER, niaiser, mot, petit niais, dans le Berry momot,
comme en Pic, et le n. appelle nioniotte, une niaiserie,
une vétille. A Av. imo.motte, le fruit de l'églantier. Le f.
niais a donné le fém. Nice, simple, en a. Nice, joli.
GOURGOUSSER, gronder sourdement, d'où groucer,
murmurer :
Et s'il y a nul qui en grouce.
(Myst. de Rob.-le-BiableJ
En contre ly de rien n'en grouce.
{Tombel de Chartrosc )
Gourgousser se disait en v. f. pour un liquide qui bout.
qooKMACHER, manger malproprement, gourfocler, et bour-
FODLER , bourrer : Pierre Larivey l'a employé :
D'un hiver englacé tout raidi de froydure
El qui gourloule tout d'un pas audacieux.
GODRMA^D, le goéland, en a. GuU; le f. Gourmand se rat-
tache à gourmacher. gourouffle, insecte de fours, Blatta
orientalis, ce que Pluquet écrit courouffe, « espèce de sca-
— 27 —
rabée.i) {Essai sur B., p. 293.) oousiilleii, c'est le f. Hous-
piller; 011 le trouve en v. f. « C'est fort bien fait, s'il vous
gougpillc. » [Gherard. Théâtre it., v. 74.) De ce mot,
GocsPLx , valet que l'en houspille. Ajoutons à ce groupe le
f. Gourme , Gourracr , Gourmand , Gourmet.
GRAPPE, s. f. GRAPPIN, s. m. grains perdus, qu'on
grappille : « Abjectio bladi, ut grappae hujus modi quae in
anno remanserint, recoUiganlur. » (Fleta, t. ii. ch. 82.)
« Debet habere farragina et les grapins. » (Acte de ^220.)
GBAPPDER, saisir en grattant, d'où l'a. Grabble et Grapple,
accrocher, en n. se gkapper. graviiser, gratter la terre ou
Xa gravier. L'a. Graft, greffe, et Graff, creuser, sont de
cette famille, ainsi que Grasp, saisir, Scratch, Scrape,
gratter. Le groupe f. renferme Grappe. Grappin, Grap-
piller. Gratter, Graver, Gravier, Greffe, Ravin. De ce
dernier, vient le n. raviner, dégravoyer. debamine (aller à
la) . à la dérive, gracus . grabuge :
Jav du grabus a me n'enlendemenl.
fMuse norm.)
GRAFFiNER , déchircr : « Il lui mordoit les aureilles et lui
graphinoit le nez. » (Rabelais, t. ii.) Dans le pat. du Nor-
thumberland, Grave sign, fouir, d'où l'a. Grave, tombe;
GRAVE, (T. n.) rivage couvert de galets, grabbe, crabe.
GRAipLE, gale des brebis, giiaitaid, petit cabestan de voi-
ture, gratacho.v , prunier sauviige , qui ne produit que des
cailloux (noyaux), grattine, s. f. grattin. egkat, égrati-
gnure, trace, egrachier, gratter, en a. Scratch, id. degra-
BOLisER, détruire en grattant, et par ext. déprécier, agraco
(d'). de raccroc, agrap (Orne), piège d'oiseaux, agoreb,
(Av.) écornifler, agorelu. bapin , ine, qui aime à rapiner,
n. pr. RAPmEiB, id, comme le 1. Rapere. A cette famille
appartient le f. Gratter et Regrattier.
GO, on. qui exprime un bruit sec, spécialement celui
d'avaler : « Aller tout de go, » entrer facilement dans le
gosier. On dit Gob dans un poème en patois parisien , le
Compliment des habitans de Sarcelle :
Oui, tout de gob ils entreront.
C'est l'ét. du f. Gosier. Gueule (V. Goule), Goinfre, Go-
ber, Goberger, Goblin, Gobelet, Godet, Gogo, Goguette,
Goguenard, et des mots n. suivans : gobet, ce qu'on gobe,
en a. Gobbet, gobine, bonne chère et gosier, gobacd, goc-
baud, gourmand, godabd, l'homme qui se traite bien, doù
le dicton : « Servez Godard , sa femme est en couche*. »
— 28 —
GOBBE, égagrophile, et boule de poi«;on, en a. Gob, mor-
ceau. GOBER, s. m. existe dans le nom d'une pomme, rsoccE
AU GOBER. GOBiîfER, se rengorger, goser, rassasier à l'excès.
GODiKOT, ivrogne. (H. N.)
Ces godinos dragleux de vins par siaiix.
(Muse norm)
GODELLE, (H. N.), partie de bonne chère.
Un chavetier venant de la godelle,
Qu'était si chaux qu'en entrant y canchelle. (Ibid.J
GOGCE, (Me.) goguette, GciFFRE, gueulc , GouiN , goInfrB ,
Ces couturiers m'appellent grant gouin.
(Muse norm.)
GOMioN, gourmand, gumer, (Av.) avaler, gode, s. f. ventre,
GODON , homme ventru : « Le mauvais riche erat unns
grossus godon , qui non curabat nisi de ventre. » (01.
Maillart , 40e senn. de l'Avent.) De gode vient godron,
renflement des fraises et de certaines sculptures, d'où en
n. Go;»ELorTER, godronner le linge, gosiller, degosiller,
vomir , d'oii l'a. Guzzle, manger avec excès , et Guttle,
id'. GOBiLLER, vomir, en a. Gobble, gober, en v. a Globber,
glouton. (Halliwell's Diet.) Le f. Gobelin, litt. monstre
dévorant, en n. godbli.n, d'oîi goubdner, faire voir des
visions; les marins l'appellent Goguelin. (V. \e Diet, de
marine de l'amiral Willuumez.) Quant au sobriquet des
Anglais, Godon, en a. moderne Goddam.
Ils sont allés devers leur roi Godon,
dit une chanson attribuée à Basselin , il pourrait bien être
le GODON, précité, d'auiant plus que ce sobriquet a la forme
gogo dans la 3Inse norm. :
Su Bouquinquam (Buckingham ) ossi gros qu'une vaque,
No pensât bien griper o (rebuschet,
Mais ches Gogos avec leur casaque
Ont Iretoz eu dessus leur cabasset.
Aujourd'hui encore le peuple n'envisage un Anglais que
comme un homme gros et gras. On peut citer ici, à propos
de Bouquinquam, des noms anglais caricaturés autrefois,
I'escale, pour Scale, MATvroT, pour Mathieu Got, comme
de nos jours villaun-tun, "Wellington; La « furie talbot »
désigne une fureur ridicule. Les Français appelaient les
Normands bigots :
Exclaiment bigots et draschien. (Rom. de Bon.)
De leur ancien cri : « Bg got, » par Dieu , changé en
« Dex aïe, » Dieu aide! Le f. Goujon, en 1. Gobio, en n.
— 29 —
GouGiN, en a. Gudgin : gocgij* désigne aussi un coquillage
assez abondant sur la côte de Fontenay pour avoir nommé
une cliapelle voisine, Chapelle des Gouegins, selon M. le
Cunu. {Hist, des Ev. de Couf.) L'a. Agog, a\oiv envie,
même famille. L'on. Go exprime encore un coup sec :
FAIRE GO, frapper, en v. f. Goij, Go/tie, épée, d'où le n.
GOHINER, EGOHIAER. égOrger , LGOHINE, S. f. EGOHIKEUX , S.
m. couj.eret de boucher, egohiix , (H. N.) pelite scie de
grefïeur. conm, porc, jouer a go désigne un jeu où l'on
est pris dès qu'on reçoit une lape, c'est l'a. Goff, le mail,
le Gaivf des Ecossais, chez lesquels To gaïuff s\ga. frap-
per, gogo.n, doux, mignon, d'où AcoGiNOAiNER, mignarder.
GOAxMNiER (Caen), celui qui va chercher à la ferme le repas.
GOGAiLLE, (B.) niais, godiche, id. qui se rattache au v. f.
Godin. On peut rattacher à cette famille guuailler, railler
en injuriant, en argot, Goualer, chanter, d'où Goualeuse,
chanteuse de rue.
GRELOT, tremblement du corps, gresir , grelotter.
grésillo.n , frileux ; « Chanter es grésillons , » (Rom. du
M.-St-Michel. V. 917 et 99'..) sign, chanter en tremolo;
en V. f. Grésillons sign, menottes : « Batus, navrés, mis
es grésilhins. » (D. Ca/^jm/ïer.j grésilloa , grillon. Celte
on. de tremblement réclame le f. Grêle, Grelot, Grésil,
Grémil, Grésiller. Comme on. d'écrasement elle donne au
n. GRÉMiR, écraser, gremeler, fréq., gre\!Illo.\, petit frag-
ment, gremas (St-Lo), gosier. En devenant plus rude, elle
produit GREC , avare , bourru , en a, Gniff, bourru , ckec-
qcerie, avarice, comme le f. Grigou et Gredin, quoique
Gredns, en goth. sign, faim, et Gredags, affamé, en a.
Greedy, goulu, egredlxer, (Gl. n.) vivre en avare, grette,
chènevotle, qu'on égruge. gretie (collectif), très-petite
pointe de Paris, egret ieh , égruger bes graines. Comme
on. de coassement, le n. a gresset , petite grenouille
verte.
GRI, s. m. griffe :« Gri d'alouette, » la fleur appelée Pied
d'Alouette : « Il meurdrissail de ses griz et ses croqz. »
(G. Haudent. Fables d'Esope.) griad'.ie, grincer, gbiàdents,
homme rageur et sournois, giiiwer , égratigner. grîppie ,
(Gl. 71.) femme acariâtre. CRirroj^iVER , dérober souvent.
EGRiATLiER, égratigucr. egriafi.ias, s. m, égratigure. grin
(Manche), griffe, d'où l'argot Grinche, voleur, cri fer,
saisir de la griffe, existe en pic. et en rouchi. guiper,
grimper : dans la Haute-Saône , les montées s'appellent
G raps ; à Verdun une colline se dit Gripet , à Nancy
— 30 —
Gripot. GRiPENODLV, sobriquet que Ferraiid donne aux Z>/a-
piers et purins de Rouen , c'est-à-dire Gripe-nœuds :
Des Gripnodiiis la diantre de heinée. (Muse norm.)
Les corsaires disent qu'ils vont « au cap de Grip , » quand
ils vont en course , ou encore : « A la foire d'empoigne. »
En f. Gripper , en pat. a. Gripe , saisir , ainsi que Griple;
en f. Grimper, d'oîi le n. grimpelet, le grimpereau. grin-
galet , homme sans consistance, un sauteur; le bouffon
des Mi-ocRiES, à Dieppe, s'appelait grijngalet; c'est sans
doute une métaphore, car, en v. f., Gringalet était un
cheval maigre et alerle. gricaier , crier , pleurer , d'où
grichiée , GRicHE , grouderic , crichu, de mauvaise humeur,
comme en pic. Grigner sign, être maussade en berr. et en
pic, et Grenoux, en bref, hargneux; aussi megrignier,
(Av.) sign, être bourru. De là le f. Grignotter, Grignon;
ce dernier mot est en n. grig;ne; en lorr. Grigné, croûte,
en bourg. Cringe. En a. Grind , broyer , d'où Grigner,
émouleur, grignr, (GL n.) mâchoire. Cette syllabe peint
la crudité, d'où Green, vert. A Grind, broyer, se rat-
tache Ground, terre, comme peut-être le 1. Terra vient de
Tero, écraser, grite ou brite, (H. N.) gravier, grimaud, et
grignd, (Av.) refrogué. griller, glisser en raclant, en
v. n. Egriller :
Ne sai dire s'il abaissa,
U esgiilla u meshana,
Mais il cbai, si se neia.
(Rom. de Rou.J
Toujours escrilie par nature
Noslre fraele condition.
(Tombel de Chartro.se.)
A Fougères on dit Ecrier, et il y a dans son arr. des pierres,
présumées druidiques, appelées Roches écriantes, egril-
Lous, raidillon, guillouse, (GL n.) glissoire, grigouiller,
écrire salement, en a. Scribble et Scrawl, ghigouille, per-
sonnage imbécile et malpropre :
Cii'esl coume Grigouille
Qui s'met dans l'iau ,
D'pou qui n'se mouille.
GRONDRE , gronder , comme en v. f. :
Bail PC et ceinondre
Les simples gens qui n'osent grondrc.
(Tombel de Chartrose.J
GROME, s. f. rhume des chevaux, groucer, gronder : « Et
lor font mal damage et si n'en osent groucher. » (Acte
de 4260. V. gourgousser.)
— 31 —
Encor va grochant la fornière ,
Qui est moult orgnillose cl fière. ( I.V s.J
GROiLLER, résonner dans l'estomac, en pat. a. Crolliny
(Hallivvell) , et crool et crawl, grolle, corneille, corbeau,
(Gloss, n.) Graille à Grenoble, croller, expectorer, grou-
LOMNER, (Gl. n.) renifler. Guoa^o^^ER. grogner, en a. Groan
et Grnnt. grogne, vieille femme grognon, en a. Crone, en
V. a. Boyne, {Spenser, p. 280.) Aieillc femme; dans le
Cumberland GroJidy sign, grand'mère , dit Ilalliwell, qui
cite encore en pat. a. Groin, Grone , Gronne , gronder.
GRoiACHEU , grommeler. CRor.iVE, gronderie : Grogne, dans
Chaucer, se lamenter, amu.roner, dormir à moitié, litt. à
demi-ronfler, et par métaphore, bouillir à petits bouillons.
Guo.M)iN, poisson, espèce de brème, qui pris fait entendre
un grondement : rapprocher cette circonstance du C/iant
des Baleines, observé par les marins, et du nom d'un pois-
son cité plus loin et usité à Saint-Lo.
GRUGEON, s. m. farine de fèves concassées, en a.
Grudgeon et Gurgion. egkuge , s. f. égrugeoir. egrodge
(Orne), instrument qui sépare le lin de sa graine, ghc-
GETTE, petit pressoir à bras, griger , ronger, dévorer :
I faut faire vie qui dure
Et non pas vie qui gruge.
GRu (être à), être ruiné, c. ad. grugé. On dit d'un avare :
« I grugerait , I tonderait sur un œuf. » Aussi Gruinard
semble-t-il avoir le sens d'avare dans une chanson du
i3e s. publiée par M. Fr. Michel :
Bolun , baton , ferun gruinard ,
Car toz diz a le quer couard
Por faire honor.
D'autant plus que la strophe précédente fait l'éloge de la
libéralité. A cette famille se rapporte le f. Gruau, Grume.
GUINCHER, criailler, en a. Winch, gui.nche , (Av.)
graminée (molinia cœrîclea), dont on fait des matelas et
qui rend un bruit sec. gcencchier , (Mort.) grignotter.
GUESONNER, (St-Lo) frémir d'impatience, giesette, (Val.)
rameau de buis ou de laurier; le dimanche des Rameaux
est dit les gdesettes. Nous ignorons pour quel rapport le
Gl. n. dérive ce mot du breton Ghezett , jument.
HALER , on, d'effort moins énergique que Han , ex-
prime en n. l'idée générale de tirer, ôter : « Hale-té d'io, »
— 32 —
tire-toi de là. haler sign, aussi tendre vers : « Quand les
maôves halent à la côte, ch'est singne de tempête. » En
f. Haler, en a. Haie, en sued. Hala, en holl. Haclen, en
esp. Halar. haliha. s. m. chaîne de la charrue. (Avr.)
HALiiN : « nom donné par les jicchenrs de N. à un cordage
assez fort, amarré au fdet appelé Chalut, et à l'aide du-
quel ils le halent à bord. » (Jal. Gloss, nautique.) L'art. .31
de l'arrêté de l'an xi, sur la pêche à Terre-Neuve, interdit
l'usage des fdets appelés halloi'es. haleux, (Guern.) tiroir.
HALEFESSiEu , terme de mépris, liit. qui traîne le derrière.
HALEMÈCHE, dispute OÙ l'ou se tire les mèches, les cheveux.
HALOTTEB , sccoucr à coups de genou le van , le crible.
HALOT, petit valet qui tire les chevaux par la bride, halot,
s. m. enveloppe des châtaignes , des noix , ce qu'on ôte.
Cette on. exprime encore le bruit de la respiration, halai-
siER, respirer difficilement, en lat. Halitare, en fr. Ha-
leine, Hàle. HALE, vent sec et froid, dit aussi rible, en
patois du Maine Gale, c'est exactement l'a. Gale, vent
frais. HALAisoN , le simple du fr. Exhalaison , respiration.
HALOTTER, rcspircr à courte haleine; on dit aussi falotter.
HALErx>ER, exhaler une odeur, hale, dalgir (Calv.) séchoir.
HAN, on. d'aspiration et d'effort, est resté dans l'anec-
dote du Han de saint Joseph; il engendre en N. enhanker,
ahaner , éprouver un ahan :
Hellas! il est byen enhanné
De la graut douleur que j'avoye.
(Chanson norm., p. 163, édit. du Bois.)
En rouchi on dit Ehancer. hen , mal , douleur : a Ly a-t-i
du hen dans notte draperie. » (Muse norm.) han^cche,
branche qu'on détache d'un seul coup; à Guernesey han
sign, lien fait de laiche, d'où hannière, s. f. lieu plein de
laîche, le carectum du bas-lat. hagnette, béquille. ha.mier,
butte, côte, difficile à gravir, hannier. homme de peine.
hannelle, comme Hannoche. haasart, couperet, bihan,
rouet, mot qui exprime le double effort de la fîleuse. han-
îs'elée, volée qu'on sonne pour les morts. (Gloss, n.)
HANNE, vieille femme essoufflée, hanae, culotte que l'on
passe d'un seul effort. M. Fr. Michel n'a pas donné à ce
mot son vrai sens dans son Diet, d'argot, dehanjné , qui a
perdu ses droits civils, autrement detchllotté. hagnet,
(Cart.) « petit filet faisant poche, attaché à un cercle en
fer. » (J. Barbey. Une vieille inaîtresse, p. ^89.) faire ham,
frapper avec effort , comme le forgeron , d'où sans doute
l'a. Hammer, marteau. Le Banot était la peine de la
— 33 —
démolition de la maison d'un condamné. Tombée en de-
suetude, cette loi fut remise en vigueur en Norm, jiar le
chancelier Seguier, dans la révolte des Nu-pieds. hai>gbe,
maladif, plaintif, a du rapport avec œger, d'où l'on a eu
tort de tirer le fr. Malade (male œger): c'est le v. f. mal-
ladre, d'où INlaladerie pour Maladrerie; mais Oaingre
reste dans le fr. Malingre, haindre, gémir, d'où médai-
GA'iER, blesser, en v. a. Mayhem, en a. Maim, et proba-
blement Lame, boiteux. On dit a Jersey : « I n'a ni ma .
ni mahan. » haingvous. souffreteux, plaintif, haim, hame-
çon, peut-être du lat. Hamus, son congénère. HiNNEQUiNER,
mouvoir le corps avec effort . en faisant Ahan, comme dit
l'esji. Afan, ou l'it. Affano. Le fr. Hanap n'est peut-ôtre
j'as étranger à cette famille; il se disait Hanas : « Toute
marchandise qui est portée à col d'homme est aquitée par
-t d. et à cheval par 4 d. excepté les hanas de fust aquiiez
par \ d. portez à col et à cheval. » (Coût, de la Vie. de
l'Eau de Rouen.) hanap, (Guern.) vase à boire, hagjne, s.
f. mauvais couteau, d'où, à Rennes, le dim. Hagnette,
serpette, d'où haguier, dépecer, peut-être d'ailleurs une
forme de nACEiiEii . hacher :
C'est de voir hager et froisser.
fTombel de Charlrose )
IIAI^■G^Eljx, (Bayeux) actif, remuant. A haiv^e, culotte, se
rattache le fr. Hanicroche, embarras, litt. ce qui accroche
le vêtement , qui s'est altéré en Anicroche.
HAPPE , prise brusque , surprise , se rattache au f.
Happer et Harper. L'a. Happen, arriver, semble avoir du
rapport avec ces mots, et le Perhaps, par hasard, est le
même que le patois n. « Par happe , » par chance. On dit
aussi « C'est une bonne happe . » une bonne chance. Les
fraudeurs n. avaient surnommé le duc de Harcourt Happe-
tout. Le n. a beaucoup de composés de ce genre , happe-
niais, s. m. ruse et rusé, comme le f. Happelourde, happe-
lopin, gourmand, etc. happe, s. f. grappin. Dans le Devon
Haap sign, arrêter quelqu'un; (Halliwell's Diet.) Happe,
surprise , chance, est dans les Ballades de Percy, passim ,
en a. actuel Hap, hasard, d'où Happy, chanceux, happeub,
BAPPARD , qui happe . en v. n. Hapel :
Parti boiz se Irestornent robeors è hapel.
{Rom. de Rou, v. 4934.)
HARER, V. a. exciter, crier Hari! En a. To Hare et
Harry, d'où Hurry, hâte , ont le même sens , et en v. f.
Harasser :
— 34 —
Que les chiens tu lui harasses.
(Morale du mauvais riche et du ladre.)
En bret. Harz, aboiement; de là le fr. Harasser, Harceler.
Haras , Harde, Haridelle, hargoter , secouer : « et tenaient
et hargotaient l'un l'autre forment. » haricoter, exciter
des chevaux , crier hari ! haricotier , maquignon , chica-
neur; HARFVELiER ct HARLAN, même sign. De là le n. pr.
très-commun Le Harivel. harin, mauvais cheval, harousse,
HARASSE, mauvaise jument, harjoacbier , (Bay.) syn. de
HARGOTER. HOURIN , COmmC HARIN :
Enfin, mon cher hourin ailé,
Pauvre animal toul-à-fait décharné.
(Poésies d'Edeline.J
L'a. Garran, bidet, offre une certaine ressemblance avec
ce mot, et Harridan, garce, offre le fr. Haridelle, en n.
Hardelle , garce, hargaigne , hergaig^e , et quelquefois
HERGNE et HERE, plaintif, morose, comme le fr. Hargneux
et le v. f. Méhaigner, blesser, en a. Maimed, Mayhem,
mutilé , blessé :
Ki confonl è abat el mehaigne.
(Rom. de Rou.J
HEKGNE sign, aussi vieille jument, d'où hergne, vieille
prostituée. Cette on. se trouve dans l'ail. Arg, méchant ,
et dans le v. f. Argu, mauvaise humeur : « lesquelles
raffardes et moqueries le suppliant print à grant argu ,
vergogne et desplaisir. » (Ap. du Gange.) En prov. Her-
gna, morose, en escuara Herna ; en v. a. Erhe, sign.
malade, fatigué. (HalliwelVs Diet.) harmoner, gronder,
secouer, par méth. ramoner, remuer, ramon , fracas, et
grondeur, d'où le fr. Ramoner, harasser (des^châtaignes),
les secouer sur la poêle, dite harassoire. harée, ondée,
Harne en Berry ; en basque Ouria , pluie :
Veit les luneires, è les venz, è les giels,
Et les orez, les merveillus tempes.
(Ch. de Roland, st. t8i.)
Le mot le plus saillant de cette famille et essentiellement
n. est Haro, que l'ancienne philologie expliquait par un
nom propre : c'est une on. dont La Fontaine a bien gardé
la tradition dans : Haro sur le baudet ! C'est un cri de
charge qui existe dans toutes les langues du Nord , Har-
row en a., Herop en isl., en ail. Horren, et généralement
Hourrah. Froissart l'emploie plusieurs fois , comme cla-
meur de combat : « La haro commença à monter. »
fV. notre dissertation sur ce mot: Mém. des Ant. de N..
t. xx»^.) Il avait fini par se corrompre, et au I7« siècle,
dans la sédiiion des Nu -pieds , on criait : Raoul, Rou ,
Raux. (FIcquet. Hist, du Pari, de N., t. iv, p. 607.) La
langue de la chasse a gardé un cri de chasse dans Harloup!
sus au loup! [Vénerie norm., par M. Le Masson.) Il est
encore pris en son sens propre à la date de 1705 : « On
n'avait jamais vu d'homme plus délermim; que Dumonl
qui eut l'insolence de crier haro sur un marchand qui
venait déposer contre lui. » (Journal d'un bourgeois de
Caen.) L'ancien cri de charge des Germains était une on.
analogue , le Barditus de "Tacile , comme le Clamor des
Latins; Amm. INlarcellin donne la vraie forme : « Barri-
tum civere. « Le dim. était iivuelle , sédition , usité dans
la Chron. de N. : « Se renouvela cette harelle de ceux de
Paris contre les Arminachs. » harouas , s. m. Huée : dans
le v. a. on associe souvent le cri de Harrow , forme Scan-
dinave , et le terme français Hue and cry. eoiracan , oura-
gan, en a. Hurricane. C'est à cette on, qu'est dû le v. ail.
Hari, armée, que nous avons dans Haribert, litt. brillant
dans l'armée. M. Fr. Michel a vu le Hourrah dans Outrée,
du JÎ07n. du Mt-St-M. (v. 765) :
Qui plus ne seil si chante outrée
El Dels aïe.
HAKROiET, eoRRoi'ET, hurlemciif. Le f. Ahurir, étourdir,
effrayer, sign. litt. épouvanter par un Hourra; de même
Harceler , et sans doute Hardi , dans les langues du Nord
Hard. En N. hardi ! est une exclamation de charge , d'en-
couragement : « Hardi, garçons! » arias, bruit, tapage,
(B.) analogue au f. Arroi, train, équipage; or train en n.
sign. Tapage : a Faire le train. » L'a. Arouse, exciter,
semble appartenir à cette on.
HAVER, tirer avec effort, généralement de bas en haut.
HAVET, crochet, comme en v. f. « A leurs ongles, à leurs
liavetz. » HAVENET, (BaieduMt-St-M.) filet portatif sur deux
bâtons, en a. Net. La Bête bavette ou de St-Germain est
en B.-N. une bête qui happe les enfans. daveler, (Baie du
Mt-St-M.) racler et recueillir la tangue avec la râcloire dite
OAVELET. A Guern. haveaet désigne une houe, iiavet, ua-
viAu , en Bray. javelle faite en râtelant. Le droit de Havage
sur le blé en N. exprime aussi une idée analogue : « Item
le havage de la ville de Vernon. « (Aveu du 15e 5.; havet ,
s. m. crémaillère, houvet , (Granville) gros crabe, houvet,
(Avr.) s. m. femme rude et brusque, havoire, fente de
robe par ou l'on peut aveindre les objets de la poche.
— 36 —
Cette on. renferme le lat. Habere, avoir, en esp. Haber,
en a. Have, en goth. Haban, en ail. Haben, en sued.
Hafvee, en v. f. Havoir, et le 1. Avère, désirer. Le cri des
Anglais à la prise de Caen était Havoc! pille! c'est un
terme de cette famille, et ce mot est aujourd'hui Havoch ,
ravage. Le norwégien Haave sign, traîner un filet, davik,
aspirer l'air avec colère : « La chienne va mordre , car o
s'havit l'nez. » Le f. Aveindre, qui est de cette famille, fait
en n. j'aveiîîdis au prétérit.
HERDRE, saisir étroitement, congénère du 1. Hœrere,
d'où Hœres, que traduit l'axiôrae n. : « Le mort saisit le
vif. 1) HERDRE se disait en v. n. et aussi Aerdre :
Je leur lerrai prendre, ravir et Lerdre
Ce qu'ils voudront; j'en suis bien rrsolu.
f Farce des PattesOuaintes.J
De là HERDRE, avare; hourdeu, en Bray, sign, appréhender
au corps. A Dieppe, le vent de nord s'appelle ardilllon.
En pic. Herdre et Aaerdre, même sign, qu'en n.; mais
dans les anciens titres ces mots sign, proprement saisir la
justice. Les ardants sont, dans la baie du Mt-St-M., des
courans très-rapides qui emportent avec violence; au nord
de Chausey, des écueils sont appelés les Ardentes. Le fr.
Ardillon se rattache à cette famille, herdre, ardre se dit
encore en n. pour le chien qui aboie avec fureur et se
précipite pour saisir. La Coût, de N. dit : « Se aucun
fuitif aert a une croix qui soit fichée en terre, la justice le
doit laisser en paix. »
HERPER , on. analogue à la précédente . saisir vive-
ment , accrocher, attacher. Herpe, du 1. Herpex, était
l'ancien nom de la herse, en a. Hearse, herse funèbre. Il
y a à Chausey un îlot dit le Herpet. HERioraEa, harponner,
en a. To harpoon; herpou>.eur, harponneur, en a. Harpoo-
ner; en 1. Harpago, en gr. ApTia^siv , en f. Harpagon , au-
quel il faut ajouter Harpailler , Harpe , instrument qu'on
accroche des doigts , Harpe , large pierre dans les chaînes
des murs , Harpeau , Harper , Harpie , Harpon et Herpes
marines , l'a. Hasp, crochet. En pic. on dit Harper, saisir.
Le nom n. du Busard des marais est la harpaye. Une forme
voisine des précédentes est herqcier, accrocher, d'où her-
chelée à Rouen, qui se trouve dans le titre d'un livre
rarissime : « La fricassée crostyllonée des antiques mo-
dernes chansons par une grande herchelée des plus me-
moriaulx et ingénieux cervaux de notre année. » Rouen ,
•1604. HERQUELER , (Mort.) tracasscr , maquignonner. her-
çuEUER, coureur de filles. L'en. fr. Arracher, en ii. haka-
CHiER , exprime un son analogue , auquel se rapporte
HABRAQUES, chènevottes, arrachées par le peigne, en pic.
Heroques, en a. Hurdsj étoupes. Le n. pr. heupln semble
signiiier enclin à la rapine, derqielot, (Val.) petit , chétif.
d'iiù HERQUEUx , malingre :
ConuDC est venu si poure et si Lesqueux.
(Muse norm.)
HET, cri de joie, joie :
VolluDliers, je labourcroie
D'accorl, de hel, sans esiriver.
[Chanson n., j). 163, édil. L. du Hois.)
Son opposé est débet, dé^ilaisir :
Si je vos dis Iretoz : Wesseyl
Detiaiz eit qui dira : Drincheji.
(Cliansouanglo-n. Ap. Fr. JïicLel. Rapports.)
De là UAiTEB, plaire, et déiiaiteii, déplaire, quelquefois
imjers.; c'est la racine du f. Souhaiter :
Seigneurs, vous hailte bien cest temps?
(Coutumes d'Oléron.J
Vous aulres, dittes, s'il vous liaite,
Vos noms et vous venez oflrir.
(Farce des Pattes-Ouaintcs.J
PÉHAiT, (Ghss. n.) indisposition. Du reste Het . se ratta-
chant à haïr, sign, aussi haine, qui, avec le 1. Odisse, l'a.
Hate, plongent dans l'on. On chante à Bayeut cette ronde
déjà citée, (p. 299) mais où nous n'avons pas bien inter-
prété ce mot :
Sans bel
El sans plet.
Beau chevalier rendez-vous à merci
Aux dames que voici.
Hé est un des élémens du fr. Ilélas! iléler, Hébéter,
Ebahir, Ebaudir, Ebattre, Ebroument , Ebruiter, Echo,
Ecrier, Egayer, Epeler, Elégie, et de Va. Hail, héler,
peut-être Help, secourir, Heyday, hola, et du v. f. Helvi,
salut. BEBBAiT. cri , braiment; le v. f. avait le simple :
Mais de nos genz
Ne seit peljt les pluremenz,
Li braiz, li criz ne la merveille.
( Beneois. Chron. des ducs de N.)
HEMÉE, S. f. bruit : « Et i entouimes la hemée. » (Ibid.)
On dit 1 AiRE HEM , pour appeler , en a. To hem, tousser et
épeler. To hnm, fredonner, bourdonner, qui entre dans
Humdrum, lourdaud, litt. tambour résonnant, héqueter,
bégayer, d'où le prov. « Efant hequetant , efant \i\ant. •>•
— 38 —
En bret. Hakein, en vosgien Haguier. A Avr. on dit
FACTER.
HEU , expression d'un bruit sourd , de la plainte, heu-
LARD, (Vire) plaintif, souffreteux : heulard est usité comme
nom pr.; en Sommerset Hullart sign, chat-huant. (Hal-
liwell's Diet.) En fr. Heurter , en n. hurter : la commune
de Heurtevent, arr. de Lisieux se disait Hurtavant dans
le ^^e s. [Itin. de N., t. i, 478.), étymologie du n. pr.
Heurtevent. Du reste le U se prononçait très-souvent eu.
HCBT et HEURT, S. m. petit cap ou îlot où heurte la mer :
il y a sur les côtes de la H.-N. deux îlots ou rochers du
nom de heurt ; or ce mot sign, en v. f. angle et rocher.
A Guernesey Heurter se dit heter. En H.-N. heurteux,
pierre qui heurte la charrue , cité par M. Cochet dans une
de ses fouilles, garde -heurt : « Il n'y avait sur la rue
Saint-Jean que le passage d'un carosse , qui était presque
fermé par deux puissans garde -heurts. » (Journ. d'un
bourg, de Caen.J En a. Hurt , blesser.
HIE, cri de joie, expression du rire, d'où le gr. IXapoç
et le 1. Hilaris, Ridere, Hiatus et Hinnire. mal -en -hie,
adj. mal portant, Htt. mal en joie, (St-Lo) d'après La-
mache. (Mém. de la Soc. de St-Lo.) L'a. Héal, guérir et
Health, santé, ne sont peut-être pas étrangers à ce radical.
Hi est aussi un cri de douleur; de là hdier, gémir, dont
le congénère n. est gimer ; de là higner , crier en pleurant :
Hyne, en v. f. jument, d'où Hynerie, haras. uiGxNE, s. f.
mauvais couteau, qui fait dire Hi, quand on s'en sert.
Hi est le cri adressé aux chevaux pour tirer , d'où l'a. Hie,
se hâter, et peut-être le 1. Ire. hi-hoe, hiu, cri pour pousser
les chevaux à droite : « I n'entend ni à hue ni a dia , »
dit-on d'un homme stupide. Hi est aussi le signe de l'aver-
sion, d'où le V. n. Hide , honte, d'où le fr. Hideux :
Autrement ce seroit grande hide
Par celte chiennaille païenne
Fût soubmise gens creslienne.
{Miracle de Rob. le Dyable, p. 98.)
Le fr. Hibou, Hie, Hicard, Ire, Irascible, Irriter, Hiatus,
Hirondelle, l'a. Hit, coup. III, malade, Itch, gale, ren-
ferment cette interjection dans ses différens sens. L'on.
His, plus douce est un cri d'effort pour faire monter, d'où
Hisser, et l'a. Hiss, siffler, et Hist, chut! st! en sued.
Hissa, hisser, en éc. Heis.
HO, cri d'appel, d'étonnement, d'indignation, d'encou-
ragement : « J'créiais qu'no n'pendait pas un houme, sans
— 39 —
li permettre de dire Ho ! » uo-hisse , cri des marins pour
s'exciter à élever un fardeau, d'où l'a. Hoise et Hoïst ;
quelques étymologistes a., Richardson, Ruddiman firent à
tort ces verbes du fr. Hausser; mais c'est le verbe To
halse, To enhalse, qui a cette origine, ainsi que Ta hawse,
To hance, To enhance, hoio, alte-là : « Etre fait à son
holo , » c. à. d. à son commandement, attioler , héler.
HOC, on. d'accroc, hoc, croc, en a. Hoo/,-, crochet, en
b.-l. Hoccus , se dit en Pic. (du Cange) et probablement
en H.-N. Hoqueter, sign, dans l'ancien droit n. chicaner,
incidenter : « De s'entre oyr et entendre paisiblement sans
hoqueter. » (V. D. Carpentier, Hoquelator et Hoquetus.)
HOQiETO.v , crible qu'on heurte du genou. AprEeo, s. m.
(Av.) original, homme bizarre qui fait dire Ho! hocsi^nner,
(H.-N.) heurter, à Guernesey hoqcetomser. AnonuiER,
heurter ù, accrocher, de ado, s. m. accroc, comme en
roman Ahocher, semblable en rouchi, Ahoker en pic. arro-
QUIER , id. :
L'ennemi qui tout mal attice,
Qui vit de quel piedil clocha
De vaine gloire l'arrocha.
A Villedieu auroqceter. A celte interjection se rapporte le
fr. Hocher, Hogner, Hoquet, Horion, (en N. hc.rioa ,
sign, une espèce de catarrhe.) Cahot, Cahoter, et l'a. Hog,
porc, en v. f. Hogue et hoggâtre , How, hé, comment,
Hockey, instrument usité dans le Golûng, et peut-être
Odd, bizarre . Odds, querelle. Cette syllabe engendre sans
doute aussi le 1. Odorare, flairer, Odisse , haïr, Honos,
honneur. Onus, fardeau, Opus, travail, hoiîer semble
signifier hésiter : « Mais il ne faut pas hober , le dernier
coup est sonney, » (Muse n.) ou peut-être sommeiller, et
il est alors une des formes de Lober : il signifiait Parler,
de l'isl. Hopa :
En la ville entrent à grant presse.
Li fourrier qui, ainz qu'il s'en hobent,
L'ardent de touz points et dérobent.
(Guiart. Branche des roy. lignages. 1. 1, v. 1901 .)
HOBER sign, encore remuer : « Je sentis les; cloches hober. »
(Chanson n.) hoclasser, (Orne) crier sur les chevaux, les
exciter, ou encore travailler péniblement, hodiner, remuer
la tête : « Les saints du Paradis en hodinent la tête , »
dit-on d'un fait très-répréhensible : c'est peut-être l'a. To
Nod, hocher la tête. A Guernesey houichepot, espèce de
pouding , en f. Hochepot, hochine . s. f. ustensile de cui-
sine, qui est suspendu.
— 40 —
HON , expression de la mauvaise humeur, du mépris,
d'où le fr. Honte. Honnir. Hogner, et du désir, comme
l'a. Hone, languir, désirer ardemment, Honey, cageoler et
le n. HONER, gronder, hombran, lascif; on dit : « Les Hom-
bransde Briouze. » i)Éno-\TÉ, éhonté : « Tot est deshontei. »
(Avranchin, t. ii, p. 680.) Le Glossaire de L. du Bois
donne Abolir dans le sens de humilier : c'est sans doute
pour Ahonnir :
Brunun rarchi:vesque se linl por aboni.
(Jiotn de Rou.)
On dit AGONia quelqu'un de sottises , ou agoniser, agohée
et GOHÉE, accueil bruyant, honasser, grommeler, hoigne,
fâcherie :
Je leur moiilrerai saii.s hoigne
De quel poisaiit sont mes doigts.
{Vaux-de-Vire , édit. du Bois, p. 177.)
La devise des iMaiily est : « Hogne qui vonra. » houiner ,
hennir. hoci?;e, jument en ciialeur, nouiBROus, (cheval)
ombrageux et paillard ; de cette syllabe on. vient sans
doute l'a. Whim, caprice, boutade; Ta whinny sign, hen-
nir, en v. f. Wingnier : « Ne braire, ne wingnier. (Ap. Ro-
quefort. Gloss, roman.) noumci-E, hennir de colère, en a.
Ta wince, ruer. Le houln est un vice rédhibitoire pour
les chevaux qui poursuivent constamment les jumens.
(V. Hovynn dans les expressions imiialives du Roi de
Bohême, de Nodier.) atichoci?* (coup d'), qui fait houi.ner.
Houi^E, (Av.) puce, du cri qu'elle fait pousser. nooi>cELER
et 11ÉH0UIKCELER , disloqucr. houlwiller , hennir.
HOP, expression du saut en haut : « Faire hop, »
disent les enfàns , dont le langage fait assister à l'origine
des langues; c'est le gr. utt, d'où uTrsp, et l'a. Up. De là
en V. f. Hobin, bidet, en it. Vbino , en a. Hobby; le v. f.
Hobin sign, niais, comme l'a. Hobby. Le fr. n'a plus de
mots de cette famille; mais l'a. possède To hop, sauter,
Hopping, à cloche-pied, et Hobble, boiter. Du reste, cette
syll. radicale a assez de rapport avec Houp et Hup pour qu'on
puisse les réunir. Le holl. Loopen, sauter, l'a. Leap, id.,
se rapportent à cette famille, hcpée, saut, petite distance,
ou jipÉE : « Aussi comme d'une jupée ou huée de son
ostel , » exemple où ce mot sign, portée de la voix ; jcper,
sauter, comme l'a. Jump, et aussi huper; de là aussi
d'autres mots qui marquent le mouvement en haut, comme
DCCHIER, HUQCIER, SCJUChcr, HUQUET , JUQCET , JOUQDET ,
JOUQUEUX, juchoir; de là le fr. Huche, Hucher, Hune,
— 4^ —
comme l'isl. Hup; quant ù Huppe , c'est le cri de l'oiseau,
Upup, selon Varron, d'où le 1. Upupa.
HOU , cri sourd , d'appel ou de mépris, hclhou , chat-
huant. HocHOTiTEfi, appeler en imitant le cri de cet oiseau.
HouHoc , s. m. huée ; dans l'arrêt burlesque de Bayeux de
^747 on lit : « Quelques-uns des malfaiteurs auraient crié
Hou-lîou! coupe-lui, coupe-lui! » ehoule, s. f. meute,
quelquefois un chien de chasse, suppose Ehouler, Uouler,
exciter en criant hou. houteu, appeler, crier, en a. Hoot.
HorpER, id., en pic. Houquer : « Il huka les varlets; »
(l'Enfant prodigue.) iiouteu se dit aussi en vénerie, en a.
Whoop, huer. HalliwelVs Diet, cite encore Houpen en
patois a.; Hopa, en bret., appeler. nouÉLER, crier; en a.
Wail, se lamenter, et Owl, chat-huant. chocajnt, (Av.)
chat-huant, origine de chouan, chouannerie; les premiers
insurgés , sous la direction des frères Cottereau , se reti-
raient dans les bois où ils se reconnaissaient par des cris
de chat-huant. Aussi le cri poussé sur le marché d'Avran-
ches sur un ancien chouan, accusé d'avoir égorgé M- deV.,
était : « Hou, hou, as-tu ten cutet d'o qui t'as saignié
M. de V.! » Il y aurait quelques notes philologiques à
tirer de la chouannerie : Il y avait dans l'Avranchin des
chefs appelés Bel-Allant, Bayard, Bellavidès, Montauciel,
etc. HOCLER, rabrouer, houler, se couler dans un trou,
un passage obscur, houlette et hoile, terrier, hoilet,
(Dieppe) caban à capuchon, doista, (B.) femme hom-
masse et hardie, qu'on appelle aussi EnocLE. A cette famille
appartient le f. Houle. Houlette. Houppe, Houe, en n.
eoiiETTE, en a. Hoe, en ail. Haw, Hourailler, Hourder,
Houret, Hourvari. Houspiller, Mouvoir, ainsi que l'a.
Houlet, chouette, et peut-être Hound, chien de chasse.
Quant à Hourder, M. Canel . dans un art. sur le combat
Judiciaire , dit à propos de « Campo hordando ad duellurn
tenendum , » que Hourdé est « une expression vernacu-
laire encore en usage dans quelques parties de notre
ci-devant province. » hocrde, s. f. travail : « Etre à la
hourde. » L<^ v. f. Hourde sign, étoupes, d'où l'a. Hurds,
id., et le fr. Hourder sign, bourrer avec des étoupes mê-
lées de mortier, hoclah, cri des charretiers à leurs che-
vaux, ressemble beaucoup à Hourrah. houret, (Av.) la
boule de bois au jeu de la crosserie. hourique, (Baie du
Mt-St-M.) grosse alouette de mer , avec un coUier noir .
qui traîne l'aile et crie Houri. hourée, horée, (V. Haro)
bourrasque, hocque, (B.) poussière qui s'élève de la graine
T. I. G*
— 42 —
du chanvre, et fait tousser, hocquer , voler, dérober, litt.
prendre avec un croc , Hoc et Hokoir en pic. Hoc en v. f .
Hook en a. houquier exprime l'acte du pigeon sur la
femelle, houver, fouir, hodve, houe. (Val.) hoclette, pe-
tite bêche ; hovet , s. m. pioche, houetter , fouir avec la
houe, et HODEirER, lever et baisser la tête dans le sommeil
quand on est assis ; le f. n'a pas de mot pour cet acte.
Houlerie est le nom de celle qui provoque au mal dans le
mystère de Bien-advisé. Le bourdonnement du taon ex-
plique l'a. Ouse, taon, ouo-ouo, s. m. petit chien, terme
enfantin. C'est d'une on. semblable que dérivent en a.
Woo, faire l'amour et suppHer, et Wo , malheur, que
Richardson explique par a sigh of grief . (Diet.) Le hurle-
ment se retrouve dans tous ces mois formés par Hou :
XuyiQç , Lupus , Loup, Wolf Enfin cette syllabe engendre
tous les mots d'objets qui expriment un bruit sourd ; ce
dernier mot lui-même en vient, tant il est vrai qu'on ne
définit une onomatopée que par une onomatopée.
HUE , cri dont le sens général est la haine , le mépris ,
l'expulsion, d'où le fr. Huer, l'a. Hue, huée, la vieille
clameur Hue et cri, Hue and cry, latinisée en Huesium,
Hutesium :
E Frencheiz les en cachent è a hu è a cri.
fRom. de Rou.)
K'il n'issent de la Tille ne por cri ne por hu. (Ibid.J
Le Hu était aussi le cri de guerre : Lievent le cri , lievent
le hu, I) dit Benois, [Chron. v. 5^42) plus tard c'est le
Hutin. Cette syllabe est au fond de certains mots de refus,
de rebuffade, comme ces derniers, et du 1. Refutare,
Pulsare, etc. hu, s. m. (Gloss, n. ) moue, abattement.
Hu.NAUD, morose, hue, huée, comme l'a. Hue. hcard, (B.)
lutin railleur, farfadet qui hue, usité comme n. pr. ainsi
que Huet, en v. f. niais, et Hutin, bruit et bruyant,
d'oîi Louis le Hutin, d'où l'a. Husting , assemblée, et
peut-être Hunting, chasse :
Là commença la première meslée,
Là finira le hulin.
(Eustache Deschamps.)
C'était aussi une clameur militaire , comme le Haro : « Le
hutin commença à monter. » Huée, en v. n. indiquait une
redevance : « Faire assemblées et huées sur les loups. »
(de la Perrière, Hist, de Fiers, p. 74 et -^^.) hct, à
Bayeux , l'ancien littus saxonicum, est une exclamation de
mépris , d'expulsion ; c'est le cri de guerre des Saxons à
Hastings : Ut! selon Wace, et c'est le Ont a. :
Normanz escrient : De.v aïe;
La gent cnglesche : Lt, s'escrie.
{Rom. de Rou, v. 13195.)
C'est aussi le terme avec lequel L. le Débonnaire chassait
le fantôme : « Hutz, Hictz, quod signifœat foras. » {Vita
Hludovici. Pertz, t. ii, p. 648.) Ce mot est la racine de
l'a. Outlaw, proscrit, en n. Utlague, Utlagarie. hust,
s. m. nom de mépris donné aux Réformés de N. Au prêche
de Falaise, un ministre ayant dit que chaque pain du
miracle de la multiplication était gros comme le temple,
un des assistans cria : Hust ! Dès-lors quand on voyait un
huguenot, on criait Hust! Les IsIes-le-Bas est l'auteur de
la violente satire des Hnst et du Royal martyr, ouvrage
rarissime, St-Lo, chez Pien, 1654. (V. de la Ferrière,
Hist, du canton d'At/iis, p. 90.) Le Parlement, par un
arrêt, défendit ce cri. {Hist, du Pari, de N., par Floquet,
t. IV, p. 69.) HUE, cri des charretiers n. pour pousser à
droite, par opposition à Dia, à la gauche, contr. de : Hi à
mé ! c. à d. de mon côté. En bret. Dia sign, à droite ,
parceque le conducteur se met à gauche de ses bêtes , et
l'étymologie reste la même. Dans la plupart des termes
qui précèdent, Hu a été considéré comme interjection,
c. à d. avec un sens moral; nous allons le considérer
comme purement matériel et imitatif , c. à d. comme on.
HUBiR , hausser les épaules en se plaignant : « Il est tout
hubi, » c. à d. ramassé sur lui-môme, courbé, les épaules
hautes, hlbi , malade , triste , disant Hu , de là houbille ,
(Mortagne) guenille du pauvre qui se frippe dans ses hail-
lons en haussant les épaules; en pic. Houbilles, haillons.
HOUBiLLER, BU H.-N., sigu. tourbillonuer , en parlant du
vent; à Saint-Lo , faire le hc, c'est hubir; Le Hubi est un
n. pr. n. et sign, le Bossu , ou comme on dit pop. le bombé,
hulotte, femelle du hibou, Otus stridula : « Les Hulottes,
dans la Manche, sont trois espèces de chouettes , à tête de
chat, grosses comme le merle. » (de Gerville , Etudes sur
la Manche, p. -12.) en a. Owlet, le fr. dit Huette. hublo,
s. m. (Guern.) mouette, huant, hibou, chat-huant , quel-
quefois n. pr. (Rob. Le Huant. H 203.) hudru : « Chest
coume le cheva Hudru , qui riait de ses bêtises. » Il y a
là-dessous quelque légende, le rire étant une distinction
entre l'homme et l'animal, cahu , chat-huant , resté dans
les n. pr. :
Janin, Janot, quel ojsel es-lu?
— 44 —
Es-lu pinchon, linol, merle ou cahu*
{Vaiix-de-Vire de L. du Bois, p. 168.)
Le 1. Ululari, le fr. Hurler, Huir el Hucher, l'a. Owl,
hibou, dérivent de ce cri, et à Hurler se rattache Hurhant,
Hurluberlu, et le n, hurleur, fantôme marin dans la
Hague. On dit aussi le huard, et en sommerset Hullard,
chat-huant , que le n. appelle coouan , analogue au fr.
Chouette. L'a. forme encore d'autres mots de cette syllabe.
Hurl, vacarme, d'où sans doute Hurry, fracas, hâte,
Hurlyberly, tintamarre, d'où sans doute le nom de la
vielle Hurdy-gurdy, Hubbub, tapage, Hustle, pousser,
bourrer, Huzz, bourdonner. Bug, hanneton. Huzza, cri de
joie, Huddle, désordre, Huf, gronder. Hum, grommeler,
etc., dont on peut rapprocher le f. Humer. Cette dernière
idée est rendue en n. par huver, d'où huvel, état d'un vase
à pleins bords , qu'il faut huver :
Tieul qui n'avet assez grande bouteille
Hapet sa canne et à défaut de seille
Qui l'emplissoit, c'est-à-dire à huvel.
(Muse norm.)
Contracté en heul dans ce même recueil , p. 70 : « Le
perdriau, le lapin, la sarcelle — sur notre table était à
hau huel. » Huel^ en Northumberland, est un terme de re-
proche, et se rattache à Huer. (Halliwell's Diet.) L. du
Bois cite hubir et ahurir dans ce sens de huer, hcoler ,
hurler, comme en v. f. :
Aussi li prist talant d'usier
Cum fist à dan Isengrin.
(Benois. Chron., t. n, v. <6i6o.)
Son penser a mis à chanter;
Durement ull et brait et crie.
{Rom. deRenartj v. 5406.)
Cette dernière forme conduit à l'a. Owl. huage, s. m. pêche
qui se fait en effrayant le poisson par des cris, en le pous-
sant dans une bâche. Au n. Hue, Hie, cri des charretiers,
on peut peut-être rapporter le v. f. Riote, bruit, tapage,
en a. Riot, qui semble être un cri de charretier, (Hi , Ri ,
Oh!) dans ces vers du -I3e s. écrits en un n. qui est
presque celui de nos jours , où l'on remarquera Fouette,
fouet , prononcé à l'anglaise et féminisé :
Kaunt lens est de karier
Vos chars fêlez lors charger ;
Ses chivaus deyt le chareller
De sa Ibuelle ou de sa ryole gyer.
(G. de Biblesworls. Ap. Wright. Fo^ of vocabularies.)
IGRE, s. f. (Val.) ongle, griffe, mot dont la double
syllabe, Hi-gre, représente l'effort et le grattement. On
dit aussi i>gre. Ygr en isl. Férus, mot iat. de formation
analogue. De là le fr. Ogre, plutôt que de Oïgurs, les Hon-
grois ou dévastateurs, à la suite d'Attila, qui, disait-on,
buvaient le sang des vaincus; d'ogre vient peut-être l'a.
Ugly, laid. A cette racine on peut rattacher le v. n. Angré,
fâché, en a. Angry, id., le fr. Acre et Aigre, du 1. Acris,
Agrie, et l'a. Hackle, charpir, le n. égrimer, égriflieb,
ÉGRATiG.\EK, GRi , S. m. griffe, d'où l'argot Grivois, voleur,
dont le sens s'est modifié dans le fr. Grivois. V. GRI.
J
JAFFE, s. f. soufflet, Javedad en bret. jaffage, jaffa,
colère, souffle de la colère, « Jeter son jaffa, c. à d.
exhaler sa colère, par extension, venin : « La terre jette son
jaffa, » c. à d. ses exhalaisons malsaines, ses ordures,
ses mauvaises plantes , et , par conséquent . jaf. age sign,
l'écume, les débris de la mer. (Baie du Ml-St-M.) C'est
une on. analogue à cracher, mais moins bruyante. Un
mot, JA, qui désigne la laine de rebut. Laine de Ja, est
sans doute une abrév.; c'est celle de la queue, dite aussi
cocAiLLE. jAvoER, (St-Lo) bavQrdcr. javi.nard, bavard, en
a. Jabber, bavarder, et Jar, querelle, Jaw, mâchoire,
en fr. Jargon , en v. f. Gergon , d'où le n. Jergo' , babil.
JERGOU.NER, babiller, en it. Gergone, en esp. Jerigonza,
en a. Jeer, railler. Le fr. Jaser, Japper, Jaboter, d'où le
n. de servante, de soubrette, Javotte, l'a. Jabber, bavar-
der, le 1. Jactare. Cotgrave donne Jargociller en n., d'où
l'a. Warble. Le nom argotique du N. est Jargolior, et celui
de la ISl.Jargole. (Y. Diet. d'Argot, de F. Michel, p. 234.)
JALET, babil. JALOT, dans l'Av., désigne le mag?,an ou chau-
dronnier ambulant, jaquier , mâcher lentement. En v. n.
Jangler, bavarder, d'où To jangle, quereller:
Et qui veult jangler si s'en vaise.
{Tombel de Chartrose )
jASPi>EB , bavarder , se disait en v. f. et se dit en fr.-com-
tois , en pic. et en argot, jacasser , id. jacasse , femme
bavarde, (B.) analogue à Agace, pie, en it. Gazza. jastoi-
see, babiller, japeriac, bavard : « Un tas de japeriaux. »
(Muse n.) V. GIFFE, mot auquel nous ajoutons giffard,
resté dans les n.pr., joufflu, et qui, dans Benois, (C/iron.)
sign, au fém. servante de cuisine.
— 46 —
JOJO , s. m. mot enfantin pour cheval , et encore loio ,
tiré du hennissement, comme les enfans disent bébé, pépé,
pour le petit enfant et la brebis, man, pour le bœuf et la
vache, mimi pour le chat, honhox, pour le cochon, mot
qui garde des traces de son origine, coco, coq et poule,
HUOHUO, le chien, canne -canne, canard, etc., mots primi-
tifs formés d'une on. redoublée. Jo sign, cheval en bret.,
et Jor, id., dans la langue poétique des anciens Scandi-
naves. JOPPER, (Coût.) boiter. JONFLER, faire un bruit sourd
et sifflant.
JUPÉE, s. f. (Av.) saut, espace d'un saut, où l'on crie
Hup et lup! JUPER, sauter, en a. Jump, id., et Hop, sau-
ter, Hopper, sauteur; dans la plupart des langues, cette
on. a le sens d'élévation, Uppe en all.,0;? en sued., Upp en
dan. , Op en esp. , Upp en holl. , Tuep en gr. , Super en 1. , Upa
en sansc, etc. Quanta l'exclamation Jens! citée par le
GL n., c'est sans doute Jésus! V. l'on. HU.
LABITER, se plaindre, (litt. Las Bel) labit, s. m.
(S. ïnf.) douleur, comme le fr. Glas, Glapier et Lamenter,
en a. Lament. L'ancien mot n. pour glas était Laez : « Et
paie son laez et sa sépulture en ladite église. » [Acte
de 1283.) LAIS, s. m. pi. gronderies, plaintes : « Faire des
lais. » (GL n.) On dit pousser des Las et des Hélas, en a.
Alas, d'où le 1. Lassus et le fr. Las, lasse. A cette on. se
rapporte le fr. Lai , en a. Lat/, chant plaintif, et elle con-
cilie les diverses etymologies de ce mot, Lassum, (Cic. et
Piaule.) l'isl. Lag, mélodie, l'ail. Leich et Liod. La syll.
La forme aussi Lacryma, malgré Saxpupia, et Lacérer. La,
dans les refrains, est l'expression de la joie, comme en 1.
Lallare, en gr. AXaXa^o), comme le Lala et Lonla des
chansons n., plus développé dans un chant à toute volée
des vachers du pays de Bray :
Lariala, lariala,
Lonlanla, lariala,
Lalonlariala. (V. le chapitre de la Poésie pop.)
Comme bruit éclatant , La forme l'a. Laugh , rire ,
Loud, à haut cri, et comme signe de liquidité ,' Laver ,
en n. lavechener, fréquent, du précédent, et bavarder : à
St-Lo, LAVEceiN, bavardage, parceque c'est au lavoir et au
four que, dit-on, l'on babille le plus. L'a, qui a To lave,
laver, a contracté Lavandier, Lavandière, en Launder et
Laundress.
— 47 —
LACHIER: la syll. Lack exprime un son clair et sifflant,
et ce verbe sign, fouetter en claquant, en a. Lash, sangler.
LACHŒR désigne aussi l'action du cliien sur la chienne.
LAQUE, tique, pou d'animal.
LAN, syll. nasale et traînante qui exprime la lenteur;
ainsi Lentus, Lent, Lendore, Lambin, Lanterner, Lan-
guir, Lantiponner, en a. Languish, Lentitude, Linguer,
retarder; la syll. Lon a la même valeur : Longus, long, en
a. Long. En n. la>don, discours traînant, et aussi rêne
traînante au côté des chevaux de charrette, landorer, lam-
biner, comme le fr. Lendore et comme le v. f. Lendore,
lenteur; lamer, lamère, lâche et paresseux :
Car je ne suis trop evart ne lanier.
{Chevalerie Ogier, v. 2575.)
Garde que tu sois de cheus
Qui lanier sunt et perecheus.
(Distiques de Caton.)
LiENiER, mendiant, fainéant, lanlurer, retarder : « J'ai
lanlurai le temps, la maraie s'est passée. » (Lettre en
bas-n.) Si l'étym. de Lambin, qu'on tire du savant Lam-
binus, pouvait se discuter, on lui opposerait ces vers du
Miracle de Rob. le Diable, p. 5 :
Dites où est Boute-en-courroie
Ne Lambin, ne Hupin le grant?
la>lêre, (Val.) demi-meule pour écraser les pommes, lan-
lère, pressoir à lanière, lanlère, refrain : « Chest coume
si tu disais lanière, » c. à d. rien. — « Va te faire lan-
ière, c. à d. va te faire dire des sornettes, laivlurer,
grommeler, lamcru: (clou à), clou à soulier dont la tête
est en biseau. LAu^ER, rabâcher, lai ^E, femme lente et
flâneuse, autrement toirnieresse. Landeur, dans le pat.
de Langres , est un homme qui ne fait qu'aller et venir, et
Landar en bret. paresseux. On appelle lo.ngin , longis et
sai.nt-lo'ois, un lambin. Or, Saint-Longis est le soldat qui
perça le flanc du Christ, lauri.ner, marcher lentement:
« Devant su quai je lorine mes pas. » (Muse n., Cant
rmjal.) lugan, (Coût.) traînard. Le fr. Flandrin, Flâner,
en n. FLAii>ER, d'où flac.mer, flâneur, s'expliquent comme
les précédens, ainsi que Randonner, en a. Random. Nos
syllabes pesantes sont résumées dans ce trait d'une épi-
gramme : « Le long, le lent, le lourd. » A la syll. Lan se
rapporte une classe de mots qui sign, boire en savourant,
comme le fr. Lamper. plus lent que Lapper, et Lampée.
Cf. le 1. Lambere, d'où Minshew dérive l'a. Lamb, agneau;
— /«8 —
en n. lampas, gosier : « Flatter le lampas. » Ce mot se dit
en pic., en wallon. En a. Lamjwon, sign, satiriser.
LAUFFRER, maufrer et mafrer, manger gloutonne-
ment, d'où LAUFFRKE, S. f. repas copieux, et le fr. Galima-
frée, dont le premier élément est Gale, réjouissance. En
V. f. Lufre sign, goinfre :
Sot et luffre bien le scay.
{Le triomphe des Carmes, v. 279.)
De là le nom de Lifrelofre que Rabelais donne aux Suisses
et aux Allemands , dont la gloutonnerie était proverbiale ,
et LiFFRÉE en n. sign, pitance :
Car tout checun me donnez la lifrée. (Muse norm.J
Le fr. Mafllé et Mafïlu se rattache à la forme mafrer, ainsi
que l'a. Mafjle, bredouiller. V. MACHIER.
LAP, syll, qui exprime une manière de boire de la langue,
comme le fr. Laper; en n. lapeur, buveur, en a. Lap,
laper, d'où Lap, le giron , la partie où se trouvent les ma-
melles; c'est l'origine du 1. Labrum, lèvre, de Lac, lait, de
Lambere, lécher, du gr. Xa-uxto , de Xaêpo;, du 1. Labrus,
le poisson appelé le Goulu. Cette syll. exprime aussi la
chute claire; de là le 1. Lapsus, Labi, Labes, gouffre, et
aussi Lacio. Il est à remarquer que la syll. liquide La se
retrouve dans plusieurs mots qui expriment l'eau, le 1.
Lacus , Latex, Lavare, Lac; elle se retrouve aussi au
fond du fr. Clapoter et Glapir . et de l'a. Flap, tape, Slap,
soufflet, Clap, éclat, et dans le sobriquet de la Seine,
flaquet :
Qui transit le Flaquet
Dicitur esse ouyvet.
(Le batteau de la Bouille, comédie par Jobé, 1675.)
Il faut rapprocher de Lap l'on. Lip, qui en est voisine, d'où
le fr. Lippe, Lippée, Lippu, en a. Lip, lèvre; le ]. Lippus,
chassieux, a sans doute du rapport avec cette on.; mais
Lipio, crier comme le milan est certainement un terme
imitatif.
LEST, syll. de légèreté , de vivacité , d'où le fr. Leste,
Lever, le 1. Levis, Lepus, d'où le fr. Lapin (leporinus),
Lepor, gentillesse, et Lepidus. En n. leste est un s. m.;
comme on dit du vif, on dit « du leste I » c. à d, de la
promptitude , ce mot est formé comme Preste. Quant au
fr. Lest, il dérive d'une syllabe lourde, en ail. Last,
charge, en isl. Lest, en a. Last et Ballast, mot qui s'est
introduit chez nous dans la langue des chemins de fer.
— 49 —
presque toute anglaise , et indiquant par là l'origine de
cette industrie pour nous. On peut rattacher à Leste, syll.
légère, un son analogue, qui ajoute à la légèreté la dé-
tente , l'élasticité , la syll. Lid , qui se trouve en n. dans
ÉLiDER , sauter par un ressort ou une force élastique, en a.
Lid, couvercle qui joue avec une charnière, et on dit:
(I To press up the lid , » presser le ressort. Ajoutons à
cette famille le n. lige , usité dans la loc. : « Etre à lige , »
c. à. d. à léger, sans fardeau : « Une voiture à lige, »
non chargée, ligier, adj. léger, alligieb, alléger. Le s. fr.
Liège (levis) se rattache aux mots précédens. L'a. Light,
léger, et Lissom, id., se rapproche du n. ainsi que Z^/,
lever; To leap, sauter, se rapproche du s,onLid, et Leaf,
feuille, repose peut-être aussi sur l'idée de légèreté. A
cette syll. d'élasticité on peut rattacher le fr. Fringant et
Fringuer, le n. daLigact, bout de bois. En lang. on appelle
Fringaïres , les amoureux, Frigoules, les tiges raides et
élastiques du thym, et Garrigues, les chênes épineux et
rabougris des montagnes , appelés aussi Porte-kermès.
LIGHTER , LicQtJiER , lécher , on. qui se retrouve dans
la plupart des langues, spécialement en gr. Xetxo) , en 1.
Liquor. On dit communément de quelqu'un qui n'offre
rien à manger : « N'o n'ma tant sorment pas offri d'ii-
quier la palette. » En a. Lick, lécher, lichocr, lichedr,
friand, en a. Lickerous, friand, et dans Piers Ploughman,
Licherous , en v. f. Lichierre :
Ainsi comme il fait le bons lichierres,
Qui de morsiax est congnoissières.
(Rom. de la Rose.)
LicHERiE, gourmandise, comme en v. n., et en v. a. Licho-
rie, Leachery, gourmandise, selon Hearne :
Perle les épines d'envie,
Ou d'orgueil et de lescherie.
(Tombel de Chartrose.)
LicHoiRE, bouche gourmande et bien parlante, dans un
sens satirique. lichou.\ker , embrasser beaucoup , pris en
mauvaise part. L'a. Leak, suinter, est de cette famille,
ainsi que Leech, sangsue, relichier, savourer, en a. Re-
lish, donner de la saveur, relichech , parasite, relichier,
BELicQnER , faire le parasite : « Qui qu'tu viens reliquier
lo? » La forme fr. Lécher groupe autour d'elle un bon
nombre de termes n. : lécheur et léchour, gourmand,
Lechour, en v. a. dans R. de Gloucester, p. U9, léchet,
gourmet, ainsi que léchette, p. f., lecde, morceau, bande
— 50 —
et bandelette , Lesche en v. f. employé en ce sens par Le
Rocquez , poëte de Carentan au A 6e siècle :
Autant que par un cuer de bœuf
Elle en entourrait en lesches.
(Miroir de l'Eternité.)
De là le fr. Laiche, qui s'applique aux Cypéracées, carac-
térisées en général par leur longues et larges feuilles. Le
pic, qui endurcit le ch, dit Lèke et Lekei, tranche mince,
un peu. LÉcHERiE , friandise. Le 1. se rapproche de cette
syllabe primitive dans Lingo, lécher, d'où Lingua, langue,
d'où le n. tire langié (bien), doué d'une bonne langue,
bien parlante. Le fr. Lichen se rattache à cette famille en
venant par le 1. Leichen, du gr. XctxYiv, dartre, ce qui s'é-
tend, ce qui lèche la peau.
LIRE, cri joyeux d'oiseau, refrain de chanson : « C'est
toujours la même lire , » c. à d. redite , parcequ'on dit
Lire-lire; de là le fr. Tirelire, la boite avec laquelle quête
le chanteur. Lire est surtout la chanson de l'hirondelle,
Hirundo, dans le nom de laquelle elle se retrouve. Ce
refrain redoublé se trouve dans une chanson b.-n. co-
mique qu'on chante dans les ombres chinoises. On dit en
parlant de la rivière :
Les canards l'ont bien passée,
Tire lire, lire,
Les canards l'ont bien passée,
Lirlonflan.
Ce refrain nous amène à des syn. n. de cane et caneton :
LIRE, cane, lirette, s. f. caneton, ainsi que lirote, o par-
cequ'on leur crie Lire , Lire , Lérotes , Lirotes , pour les
appeler, » dit le Gl. n., litraistan, (Vire) bavardage, coup,
de LIRE, refrain, et trantan, babil, luromer, ldrotter,
chantonner. (V. Ih Poésie pop. n. Introd.) V. LOURE.
î)e cette syllabe musicale et perçante vient le 1. Ltjra,
en gr. Xupa , Lirœ , balivernes , en gr. Xripo; , bagatelles ,
Glis, Gliris, le loir, de son cri , en n. lerot. Aristophane
se rapproche du Lire-lire dans Xripov Xripei;, du Plutus,
V. 479. lirokner, qui sign, couler, filer, en parlant d'un
liquide onctueux, se rattache à Glaire, lireux, glaireux.
piRLi , nom du moineau , est une on. voisine de tirlire.
LO ! interj. de surprise , et quelquefois d'ironie : « Une
belle happe lo ! » — « Lo ! vous v'ia ! » Elle n'existe pas
en fr. ; mais elle existe en a. dans le sens n. voici, voilà.
Elle semble avoir ce sens dans le passage cité (p. 48) de
Rob de Gloucester : « Thus come lo ! Engeland into nor-
mannes honde. » Elle est très-rare, comme refrain, et à
Val. se combine avec Hé , held! pour dire Hélas! Sous la
forme Loiv, en a. , elle exprime le mugissement et aussi le
bruit de ce qui tombe, d'où Low, bas. à bas. L'a. Loo ,
bête, d'où Looby, lourdaud, a sans doule une orig. on.,
ainsi que le 1. Laudo, Plaudo , et peut-être Loqiior. Cette
syll. est un signe de liquidité, comme Flot, Flotter, l'a.
Loch, lac, le l. Lotus, lavé, et elle est la génératrice de
la famille suivante.
LOBER et nober, baisser et relever la tête par saccades,
quand on dort ; le fr. n'a pas cette nuance que le n. rend
encore par un terme métaphorique, hoiettek, litt. imiter le
mouvement de la houe. L'a. a gardé le mot n. dans Nod,
faire un signe de la têe et sommeiller. En v. f. Lober
sign, tromper, sans doute en passant par endormir; du
reste endormir a à peu près ce sens aujourd'hui où l'on.
Endormeur est une nuance du trompeur :
Et plusieurs ira lober
Pour les despoiller et rober.
(Roman de la Rose.)
LOB , marque encore l'action de gober , d'où lobet , lopet ,
morceau , comme le fr. Lopin et le gr. Xwêoç , et le bas-1.
Lobns ; il marque aussi ébranlement d'un objet suspendu
ou flexible , comme en gr. Xojêaw , comme le n. lochieb ,
secouer un arbre, Locha, en bret.; Locher en fr. se dit d'un
fer à cheval qui remue. locheto-'si\eb, remuer souvent.
LODEB, remuer, ballotter, mot qui renferme la syll. La,
LOVAKER, bousculer, LocHiER, sccoucr, ainsi qu'ELocHiER.
On disait en v. f. Lorique, s. f. chiffon, Loriquette, petite
portion, petit lopin. Le n. lohiau, bouton sur l'œil, semble
être la contr. de Loberiau, petit lobe; louriaix, goitres ,
est le même mot. Loq est la même syll. durcie, d'où le fr.
Loque, guenille, le n. loqceté, déguenillé :
Cuits souleil, loquetez et hecqueux.
(Muse normande.)
LOQiETÉ et Déloqueté se disent en pic. loqdet, (Bray) pe-
tite loque de laine : c'est l'a. Lock, flocon de laine et touffe
de cheveux. Le fr. Loquet, même orig., d'où le n. loqce-
ton^iEr, agiter le loquet dans la serrure. En a. Lob, laisser
tomber, LocA-, serrure, Locks, entraves, sans doute le
même mot, Lap, branche taillée, Lope, prêt, de Leap,
sauter.
LOURD , syll. pesante et uu peu roulante , indique ce
qui remue, roule pesamment, d'où le fr. Lourd, Lour-
— 52 —
daud , Lourdise , Lourdeur et Lourderie , ce dernier fami-
lier, usité dans la poésie pop. n. (V. p. 333. Intr.) et le
n. LOURDEB, être lourd, être idiot; en bas-1. Lurdus, lourd,
en a. Loord, lambin, et peut-être Lusk, lent.
LOURE, s. f. cornemuse, son lourd, ronflant et con-
tinu, qui donne au fr. le terme musical Lourer, et Loure,
danse grave. « En B.-N., dit Roquefort, on appelle Loure
un gros ventre. » Il semble que le 1. a formé des mots sur
ce type; du moins Lura (Fest.) sign, sac de cuir, et dans
Lucilius, ventre, uter, outre. Le 1. Lutra, loutre, se rat-
tache à Xouto, baigner. En H. -IN. loure désigne une espèce
de flûte. LCBER , chantonner , dire turlube et Tirelire : « Ce
mimologisme du chant et de la danse , dit Nodier , ce
Traderidera, qui supplée aux paroles et quelquefois à la
musique , et qui a fourni aux vieux chansonniers Luron ,
Lurette et la Lure : Un luron ne demande qu'à chanter. »
Il y a en B.-N. une chanson lourée qui se dit aux jeux
d'ombres chinoises; on demande si l'on peut passer une
rivière, et l'on reçoit cette réponse :
Les canards l'ont bien'passée,
Tire lire, lire,
Toure loure, loure,
Les canards l'ont bien passée,
Lirlonflan.
A LBRON , homme joyeux et sans gêne , se rattachent le f.
Godelureau et le n. délurer, donner de l'usage, dégourdir.
(V. LIRE.) Le rapport entre Loher, endormir, et Lober,
tromper, existe entre lcrer, endormir en chantant, et
LURER, tromper, qui offre une seconde famille dérivée de
la première. De la lure et lurette, tromperie, en fr.
Leurre, Leurrer, en a. Lure et Allure ^ tromper, et sans
doute Lurch, voler subtilement, à Guernesey LURO?f, petit
mensonge, lukier, diseur de sornettes; en pic. Lures sign,
sornettes, et Allurer, représente le verbe a. précédent;
LANLURE, baliverne, lainleurrer, lanlerree, berner. (V.Lan.)
lerre et loure se combinent dans des refrains, comme
mélange du grave et du léger, par ex. dans la Chanson de
Jeanne: « Lerre, lerre, lerre, loure, malanlerre. » En s'a-
doucissant, cette syllabe exprime la même idée de trom-
perie, avec plus de finesse : lousse et louse, s. f. leurre,
en V. n. Leusse :
Par leusse et par voisdie prendre.
(Rom de JRou.)
De même lousser et louster , tromper par des sornettes ,
— 53 —
d'où le fr. pop. LOUSTIC, farceur de régiment; dans les
prov. rhénanes Lus, sornette; en Berry, Alouser, induire
en erreur , dont est voisin le fr. pop. Blouser, velousser ,
tromper, paillarder. velocssebr , trompeur et paillard.
V. LOUSSE.
LOUSSE, vesse; en bret. Lou; lousser, souffler douce-
ment; LoissET, petit soufflet. Loose, en a., sign, s'affranchir
de toute contrainte, lâcher, et Looseness, cours de ventre,
Fuzz, vesse.
M
MACHIER , MAQDiEB, mâcher, on. de mastication, d'où
le fr. Mâcher, Mâchoire, Mâche, Mâchonner, Mâchurer.
Mâchurer est usité dans un prov. n. cité par des Brieux
(Orig. de coût, anciennes.) : « Le chaudron mâchure la
poOle, » c. à d. décrie; à Villedieu on dit : « La pesle se
moque du fourgon. » macaille, mangeaille. macaillier,
manger malproprement, maqcillonaer , (Saint-Lo) mâcher
longtemps, maqcillon, maqdig,\o> et quicmon, morceau mâ-
ché ; àVal.BAQiiLLON. Le fr. qui admet la forme douce reçoit
aussi la forme dure dans Macque. magle, (Avr. et H.-N.)
gros ventre, mais généralement macue, d'où magu, ventru :
Qui emplissent leu maque avec des noix,
(Muse normande.)
démaqce , (T. N.) action de tirer l'hameçon de la gueule du
poisson. MAQUEDX , qui mâche :
Ventripolens maqueux de bons morciaux.
(Muse normande.J
ÉMÀQCiER, ÉMAceiER, écraser comme une chose mâchée,
d'où MÉCHIER, frapper, pocher; de là l'a. Mash, écraser,
ainsi que Smatch, savourer, en holl. Smaecken, en ail.
Sc/imaeck. Le fr. Mâchoire est quelquefois prononcé Ma-
soire, qui conduit à l'a. Mazard. Ce radical est très-ré-
pandu : Masticare en 1., Maker en pic, Maschar en lang.,
Macar en esp., Maka , nourrir, en celt., et Maachal en
héb.,etc. La syll.JIfa/)- marque une mastication sale et gros-
sière : MAFFREB , manger gloutonnement , d'où le fr. Gali-
mafrée, qui est dans Shakespeare, Galkj-mawfrtj. (Merry
wives of Windsor, Act ii, se. ^.) En fr. Bâfrer, Bâfre,
Bâfreur. La syll. Mam, qui se trouve dans le Faire mam
des enfans, engendre toute la famille de Manger, Mamelle,
sans doute Maman, en a. Mamma, d'où Mammet, poupée.
Le fr. Maflé , Maflu , exprime le mouvement liquide des
mâchoires, ainsi que l'a. Maffle, bredouiller.
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MAROUAN, chat, matou, (Orne) mot dérivé des cris
roulés du chat qui jure, comme on dit. marcob, même
sign. Scarron a dit dans le Virgile travesti :
Les gros marcous s'entreregardent.
Mais MARcou , entremetteur , est la mélathèse de Maque-
reau, et le Marcoul du centre de la France, est un médecin
sorcier , le septième mâle de la même mère , qui prétend
tenir de St Marculphe son pouvoir de guérir les écrouelles.
MAROiNER, gronder, de même en pic. et en berri. marmon-
ner, même sign. Ainsi le fr. Marmotter, Marmotte, Mar-
cassin , Margouillis , Marmot , Marmaille , Marmouset , et
l'immense famille des mots qui désignent, des objets liqui-
des ou plutôt à demi -liquides, comme Marais, Mare,
Marne, Marmelade, Marc, etc., le 1. Marcor, pourriture,
l'a. Mar, gâter, corrompre, etc.
MER, ce son , limité par diverses lettres, enfante le fr.
Merle, en 1. Merula, en n. mêle, le 1. Merda, le 1. Mer go,
Merops, le fr. Emérillon, l'a. Merlin, Merry, joyeux.
Les Gallois appellent Merlin des poneys à demi-sauvages ;
le souvenir de l'enchanteur n'est peut-être pas étranger à
cette idée.
MIMI , chat , chatte , redoublement du cri aigu de cet
animal , sensible dans le fr. Miauler, mimi est devenu un
terme de tendresse, comme le I. Mitis. minet, petit chat.
MINETTE, petite chatte; Nina, Nino et Ninetta en esp., en
fr. Mignon, Mignard , en a. Minion, favori ; de là minette,
la Lupuline, minets , chatons de plusieurs Amentacées,
MiNOTS , fourrures, miton, gros chat, sign, dans le Jura
manchon , mitis, joli petit chat , d'où le fr. Mitaine, miail-
LER, miauler, piailler, d'où miaillon, enfant qui piaille,
M[ANDER, miauler de faim, miaudoux, qui miaule doux,
hypocrite, miocher, pleurnicher, d'où mioche, petit garçon,
et miche , petite fille , et dans l'Orne miot , le dernier éclos
d'une couvée, mion , (H.-N.) tout petit enfant, être chétif,
en gr. Meiwv, petit, en isl. Mioni, homme chétif : « I ne
ferel pire que tous ces mions. » (Musen.) miacd, mendiant,
à Mortain , se rattache sans doute à cette famille ainsi que
le fr. Mijoter, cuire à petit bruit, et Mitonner. Cette on.
engendre en a. 3few, mouette, 3Iewl, piailler. Mice, sou-
ris, le gr. Muç, rat, le 1. Milvius, milan, Miceo, qui rend
le cri de divers animaux. Elle semble aussi en 1. rendre
une nuance d'affection, comme dans Mitis, Miser, Amicus.
Elle rend encore avec c un bavardage sec et rauque dans le
— 5a —
fr. Micmac, en a. plus adouci Mizmaze, confusion, et la
menace dans le 1. Mina; le sens général d'une syll. dépend
de la consonnance et de l'inflexion de la voix. Le fr. Mi-
traille exprime un phénomène à deux temps . composé
d'un petit bruit et d'un son éclatant-roulant, et le 1. Micare,
sauter et briller, ainsi que Mica, miette , exprime un jail-
lissement sec et soudain. L'oiseau appelé en fr. Mésange ,
en V. ail. Meisa, en n. mésette, meseraisge et médraace,
tire ces noms d'un chant sifilant , qui se rapproche du son
générateur de cette famille.
MOMON, personnage muet et immobile: « Rester
comme un momon. » C'est la réduplication de la syll. d'une
voix indolente et impuissante, Mum; aussi le Momon fr.
est un jeu de dés où l'on ne doit prononcer que Mum, la
syll. des muets, d'où dérive Muet, Mutus, en a. Dumb. On
dit encore en N. : « Etre comme une momie, » variante de
la loc. précédente, et non le fr. Momie, de l'arabe Mum .
cire , quoiqu'on dise en ce sens Antomie, contr. d'anato-
mie ou squelette. Morne existait en a. ; Shakesi eare s'en
est servi , et un ancien glossaire de cet auteur dit : « A
mome, a dull stupid blockhead : this owes its origin to the
french word momon... from hence also comes our word
Mum! for silence. » Aussi dans I'Avr. le momon est un pré-
sent à l'épousée ; c'était primitivement une poupée risible.
Les MOMOKs . dans l'Orne, sont des farceurs déguisés, avec
lesquels le Mumming du nord de l'Angleterre et le Mum-
mer allemand ont du rapport. (L. du Bois. Archives de N.)
En V. f. c'était Momeurs : « Momeurs et farceurs, » dit
Monstrelet, de là le fr. Momerie. En a. To mumm sign, se
masquer, et Mummery, mascarade, comme Mumble sign,
marmotter, Mump, gueuser, grignoter. Le caractère de
toutes ces on. est d'être sourdes et nasales; cette syllabe,
plus ouverte et plus sonore dorme le gr, Moitxaw , railler ,
le Momus, dieu de la raillerie, le fr. Mot, en it. Motto.
Ajoutons à cette famille môxer, bégayer, hésiter, en a.
Moan, gémir.
MOQ , syll. sonore et piquante , signe de raillerie , d'où
le gr. Mojxao), railler, le fr. Moquer, l'a. Mock, le n. mo-
QCiER, moquer, moquour, moqueur, moqiable, risible, en
a. Mockable. Le fr. Moquette , laine-velours , un faux ve-
lours, en a. Mock-velvet , se rattache à cette famille; en a.
Mock, marque tout travestissement.
MORD, syll. qui marque l'action des mâchoires sur une
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substance grasse ou craquante , d'où le 1. Mordere, le fr.
Mordre, Morceau, Mortaise, le n. morde, mordre, mor-
Dicu, mordicus, morcet, morceau, etc. (V. les Orig. lat.)
Le fr. pop. Mornifle exprime un son roulant et sifflant, en
n. MORNiiLiER , frapper d'une mornifle.
MOUFFLE, mufle, ce qui mugit et remue, d'où le fr.
Mouflard , Moufle et Moufette , le n. mouffler , allonger le
museau, mocffliner et jiocFFiJiER, remuer le mufle, mocf-
FLC , qui a un gros mufle, mouffle, s. m. mitaine; à
Villedieu, manchette de fondeur, en a. Muff, manchon,
Muffle, emmitoufller, Muffler, mentonnière, en holl.
Moffle, en ail. Muffel, en bas-1. Muffula. L'on. Mou
indique quelque chose de doux, comme Mollis, le fr. Mou,
en n. mo, en a. Mull, adoucir, amollir un liquide, et avec
un S, elle peint quelque chose de suave au toucher, comme
le fr. Mousse, adj. et s. en a. Smooth, dérive de Esmoussé,
émoussé, l'a. Moss, le fr. Moisi, le 1. Muscus, mousse, et
Mucidus, moisi, Mustum, vin doux, en fr. Moût, d'où
Moutarde, en a. Mustard, Mussitare, murmurer douce-
ment, etc.
MU , son qui se prononce la bouche presque fermée :
Quintilien appelle M littera mugiens , et 3lu en 1. est une
sourde exclamation; alors tous les mots qui marquent dif-
ficulté d'ouvrir la bouche pour parler, silence, mutisme,
bruit sourd et du bout des lèvres , se rattachent à cette
racine, ex. le 1. Mucco, moucher. Mucus, morve, Mugire,
mugir, Mulus, mulet et stupide. Murmur, Musca, mouche,
en gr. (i-uta, Mussare, bourdonner, Mutire, marmotter,
Mutus, muet, le fr. Muet, Mugir, Museau, Mufle, Muge,
Mulet, Mulelte, Murmure, Mutin, Mutir et Emeutir,
peut-être Muser, Amuser et Musique, le n. mbchier, mus-
SER, cacher, c. à d. un objet sur lequel on reste muet,
très-commun en v. f., d'où le jeu mdche-muche, en fr.
Cache-cache, muchette, cachette, d'où le jeu où l'on cache
un objet, la clemtjchette , litt. où l'on cache une clef. Ce
mot est en presque tous les patois fr. : en it. Mucciare, en
bret. Moucha, sign, se masquer, en isl. Massa, chaperon;
en pic. Mugot sign, cachette à argent, d'où le fr. Magot,
petit trésor, que le troupier appelle la Grenouille, d'où
encore le n. migot, migaut, provision de fruits de garde,
quelquefois mijaut, comme en rouchi. On dit : « vendre à
muche pot, » un liquide en fraude. En a. Mucfier, thésau-
riser, Miche, se cacher, d'où Micher, voleur de petites
choses, Murmur, murmurer, Muse, rêver, Mute, muet,
Mutineer, mutin, Mutter, grommeler. Muzzle, museau,
Mouton, en b.-l. Muto, en a. Mutton. Le n. mocte et
MoiMocTE, chatte, appartiennent à cette famille, ainsi que
le fr. Moudre.
N
NAFFLE , s. f. reniflement , comme le fr. Eau de naffe.
AAFLAiiD, nasillard. (Gl. n.) reisafler, renifler, rfnasqueb,
id. isAFiRE, gourmand, ainsi que saffre. A cette on. d'as-
piration , on peut rattacher le f. Nard , en 1. Nardus, en a.
Nard, Nargue et Narguer, le 1. Nasus , Nares , le fr. Na-
rine, Renâcler, Nasiller, Renifler, l'a. iVose, nez , iVos-
tril , narine. Sniff, ricaner. Snivel, roupie, morve.
Snuffle, nasiller, Snuff, renifler, et Snuff, tabac en
poudre. Snarl, grommeler.
NANAN , terme enfantin pour bonbon , d'où le fr. Na-
nan, et Nanna , tante. AA.\A>i , (Av.) la vipérine. ]\IA^-.MA^.
un lambin , qui a de la peine à dire cette syllabe traînante;
MAMsiAN , qui aime à gémir.
NAQUETER , claquer des dents . d'où la sign, du f.
Naqueler , se morfondre en attendant à la porte ; Nuques,
à Reims, sign, dents. Le v. f. disait Noqueter : « Trem-
blant et noquetant des dénis. » {Le Cameron de Bocace.)
>APE-souRDE, tape donnée à la dérobée; en a. Kfiap, attra-
per, et Ncqy, sommeiller, et Snap, gueulée. wirvi , déné-
gation ironique : « Nlni , c'est fini; « Ni exprime aussi la
plainte indolente, d'où le n. :-.mi, niais : «Vieux nini, va! »
et le fr- Niais, l'a. Nizy, niais, l'it. Niaso , le fr. Nigaud,
Nique. Ni existe aussi dans l'on. Hennir, en a. Neigh, dans
l'a. Nibble, ronger.
NUNU, s. m. (Hague) digitale pourprée, de laquelle
les enfans tirent la syll. Nu; i^umi, (Genets) la flûte à
peau d'oignon, mirliton; en a. Numb, engourdi.
O
O, interjection qui, en N., exprime principalement l'é-
tonnement en mauvaise part : « N'être ni dans les Ah ! ni
dans les Oh ! » c. à d. ni beau ni laid . loc. qui se dit
aussi en pic; aussi ohi sign, accident, imperfection : « At-
traper un Ohi , I) un coup , une blessure : « N'y a pai
d'bouene bête sans ohi , » sans tare. De là ohier , souffrir
des oeis des autres : « Obier de quelqu'un , » souffrir des
défauts de quelqu'un. L'isl. Oheill , (Naletudinare) a la
môme origine. L'a. Aïoe exprime au contraire l'idée de
T. I. 8*
respect, de là Aivjul, terrible; Ouph et Oaf, boun'on , et
benêt, dans la même langue, exprime la bouffée ù\i rire,
et Odd, bizarre, part peut-être de l'interj. d'étonnement.
sign, l'inîonnalion du chant dans Ode, le flair dans
Odeur (oî^oj); Olie en 1. marque le dégoût . et Oho , la sur-
prise. V. HO et IIOU.
OIE, pron. Oest , une oie, mot imité de son cri, en
b.-l. Auca, d'où la Reine Pedauque, c. à d. au pied d'oie ;
en H.-N. oia, s. m. l'oie mâle, oibesse, s. f. la femelle,
ce qu'on désigne en B.-N. par pirot et pikotte. L'ouette
est l'oiseau appelé l'Oie rieuse, et ce terme nous ramène
à la forme ancienne Oue, oie, d'où les nombreuses Rues
aux Oues, spécialement à Rouen, que l'on a ridiculement
changées en Rues aux Ours.
PAFFE, s. f. soulîiet, bouchée avalée avec gloutonnerie,
d'où EMPAFKEu, gorgcr de noum'lurc , comme eivipiffrer;
Paffe, soufflet, existe en pic. baffe, soufflet, de même en
pic. racine, du fr. Baffouer, en éc. Baff, coup de poing,
en it. Befare. Baffe existait en v. f. ainsi que Beffler, d'où
l'a. Baffle, confondre. Le fr. dit Bâfrer, Bâfre; PafTe, du
reste, se dit en fr. pop. pour lape; on connaît dans l'opéra
(les Huguenots le morceau Pif-Paf.
PANPAN, coup, choc en heurtant à une porte, comme
dans la chanson de Béranger : « Pan , pan , qui frappe en
bas? » ALiPAN, coup, soufflet, se rattache au 1. Alapa; le
V. f. disait Alippe :
Horion aront ol alippe.
(Eust. Deschamps.)
PANKEB, frapper : « J'te vas t'panner. » Le fr. Panneton
se rattache sans doute à cette racine, et peut-être l'a. Pan,
casserole; mais on peut y rapporter le fr. Pantelant, Pan-
toiment, Pantois, Pâmoison, l'a. Pa7ig, atteinte. Pangs,
souffle de l'agonie. Pant, palpiter, plus accentués que le
I. Anhelans.
PATATOE (aller à), galoper, aller quatre à quatre,
imitatif comme le 1. Quadrupedans , patdfler, (Iles n.)
gazouiller :
L'cran dans l'IrèDe palufle adret.
(Rimes guernesiaises.)
PATBASSE, chute OÙ l'on fait Patatras, patbassee, pataeaffe,
chute bruyante, patabas, s. m. id. pataqut-pataquesse , ce
qu'on appelle un cuir dans la lecture, patouillek, patrouil-
ler. JATouiLLois , boueux. PAioiiLLE , bouo llquidc . ainsi
que l'AToi'iLLiGE , en v. f. Pantouiller, patauger , (C/iron.
des ducs de N., t. ii, p. 350.) en a. Paddle, remuer l'eau,
ramer, en éc. Pattle, curoir. Le fr. Patauger, Patraque
et Patrouiller, rentre dans cette famille, ainsi que Patte,
dérive du bruit du pied, tombant à plat, à la suite duquel
le n. ajoute pattée, coup donné dans la paume, épaié,
éclopé, pataud, gros et bête; on dit : « Fin coume Patuud
sous l'four. » rALoiR; (Av.) lourd et stupide, paysan, peut-
être une corrupt, de Balourd. L'a. Pat sign, tape, Patrol,
patrouiller, Paiv, patte, Patten, patin, Pitapat, pal-
pitation. Au Ilàvre, fatarasse est un outil de calfat.
PÉTER, terme général pour éclater, iktocue, chan-
delle de résine qui brûle en pétillant, peiochiek, bois fendu
qui tient la pétoche, et en H.-N. rÉioiNjN'iÈRE. cANiNErÉTiÈRE.
cANAEPÉroiRE cl pÉToniE , sarbacauc , nom de l'outarde Te-
trax ou Cannepétière. pÉiiÈr.E. (H.-N.) ouverture de la
culotte en haut par derrière, iétra, le derrière, péiha,
paysan , homme grossier, ainsi que péteux :
Et 1 autre en fui chassé comme un péteux d'église.
(Réguler. Satire XIV.)
PÉTRELI.E, étincelle pétillante, puette, id., en voMohi Pette.
PÉTACHIE (à), à califourchon sur le dos, le pétra d'un autre:
« Porter à pétachie ; » à St-Lo , à pimpalette , et à Jersey
on dit : « Etre sur son péto, » c. à d. sur son derrière.
Tocx-PEITE, toux accompaguée d'un crepitus, pétepetun,
nom de la caille , imitation de son cri qu'on rend encore
par rÉTEPETTE. PÉTERIAS , saut des animaux en pétant.
péteux, mal élevé , comme dans le vers précédent, repet ,
rot. REPÉTER, rotter. Le fr. possède Péter, Pet Pétard,
Pétarade , Pétiller , Pétulant.
PIAFFE, ostentation bruyante, pop. en fr. puriEa, faire
un tapage vaniteux, piaffeux , qui fait de la piaffe : « Les
Piaffeux d'Evreux. » On dit aussi piaffeur, comme dans
Le Houx :
Ces f;ens-là me font rire
Qui loiil les grands docteurs ;
Néantinoins, à vrai dire,
Ne sont que vains piafl'eurs.
Ces mots n'ont été formés que du temps d'Et. Pasquier.
pii'FEi, adj. (Al.) ami de la parure, pifieter. se parer
avec excès.
PIA , doubh' cri , aigu cl perçant , d'où : « Faire i)ia-
— 60 —
pia, » et le fr. Piailler, Piaillerie, Piailleur, et le n.
piAJNCHE , petite fille qui piaille . puis femme méchante ,
acariâtre, ainsi que piakcho^, s. m. piancher, piailler.
piANER, crier comme le dindon. piaiNceb, crier comme la
pie. PIACHER , ronger , mâcher.
PIC , exprime le bruit sec d'un objet aigu , comme le f.
Pic , Picot , Picoter , Pique , Piquer , Piquet , Piquette ,
Pivert , Piqueur , Pioche , Aspic , Epieu , l'a. Pick, pique ,
Picker, pioche, Pickle, marinade, Peak, pic, sommet.
Peck, béqueter, Spike, lance., en isl. Spick, lance, le 1.
Pix, Picis, poix, Spica, épi, Picus, pivert, Spiculum,
et le n. piqce , morceau usité dans la loc. : « Par pique et
par nique , » par lambeaux , chichement, d'où le f. Pique-
nique , repas fait de morceaux apportés par chaque con-
vive, ce que les enfans appellent une piholennette. piqiois,
boyau , qui se disait en v. f . : « E ces d'Israël veneient as
Philistiens pur aguiser e adrecier le soc et le picois. »
(1er i, des Rois.)
Ci saillent as fossez o pieoi e o tros.
fRom. de Rou.J
On le trouve aussi en v. a. :
Eche man to pleye with a plow
Pykoise or spade.
{Piers Ploughman , v. 1987.)
Et il conduit à piqtjoisier , piocher , et à son fréquentatif
piGouÉCHiER et piGocHiER , d'où piGocuE, houc, ct à Bayeux
pointe de terre , du v, f. Pigache, soulier pointu ; la véne-
rie a encore ce terme pour le pied du sanglier, et Pigace
existe dans les n. pr., et pigache, à T. N.. petite ancre.
piQiETTE, la branche la plus extrême de la tête de l'arbre
en continuant le tronc, piqueur (de pierres), qui taille le
granit, en a. Picker, pioche, et Woodpecker, pi\ert. picot,
le dindon, en a. Peacock, le paon, et de là, par ressem-
blance , ricoT , javelle dressée en pyramide , mulon . en a.
Cock. En a. Picotée désigne un petit œillet blanc tacheté
de noir, et picoter, en n., sign, aussi marquer de petits
points. PIQUET , aiguillon des plantes , en a. Pike, brochet,
ces mots peignent la tête aiguë de ce poisson, picot, pois-
son du genre des plies, qui a à la queue un dard dange-
reux. (Pluquet. Essai sur Bay., p. 297.) épec , épé , le
pivert (Pic-vert), picote, petite vérole, en a. Pock, Pox;
de Picoter vient l'a. Poker, tisonnier, et Poke, tisonner.
PIQUER , s'élancer . usité dans cette formule de sorcellerie :
« Pique par sus feuille. » (V. Introd. Légendaire, p. ^9^.)
— 61 —
iiornuAv , (Bay.) lieu où l'on pique la pierre, carrirre , et
par extension rivage couvert de galets, piqueroi.le. rou-
geole. PIQUETTE, s. f. lait égoutté. PIQUE, querelle, à Guern.
FicAGNE, et un querelleur s'y appelle trache-picagae. pique
(du jour), pointe du jour; ainsi en berri : « A la pique du
jour ensuivant. » (Fr. Le C/tnmpi, p. ^47.) PiQiE-ciiiQiE,
tailleur.
PIE . cri aigu , particulièrement des oiseaux , d'où le f.
Pie, Pivert, Pépier, Pépié, le 1, Pica, Picns, Piget,
Pipire, et le n. pitiau, petit de la pie : « Prendre la pie et
les piliaux, » c. à d. tout, pivit, (Val.) vanneau, en a.
Peevit, en éc. Peeveet, reproduction de son cri. piho ,
vieux cheval boiteux . représenté par cet iambe. Le n. pr.
n. piHAN n'est sans doute pas sans rapport avec ce mot.
PIF, sifflement dur et sec : « Pif-paf, » le bruit des
balles dans l'opéra des Hiiguenots. pif-paff, le bruit de
soufflets redoublés, pif, nez, siège d'un sifflement de cette
nature, il a ce sens en argot; « ce mot vient de la Pive ou
pomme de pin avec lequel le nez bourgeonné des ivrognes
présente de l'analogie. » (Fr. Michel. Diet. d'Argot.) D'a-
bord pip désigne le nez en général . et Pive est une forme
de Pigne, pomme de pin, restée dans le fr. Pignon. Du
reste pif ne se dit qu'en un sens railleur. Accompagné d'un
grasseyement, c. à d. d'un R, ce son exprime d'autres
nuances, comme piffrer, renifler, auquel se rattache le
fr. Piffre. empiffrer, bourrer de nourriture, pîffre, fifre,
en V. f. Pi^fre : « Les Suisses avec tabourins et pifïres, »>
(15.30), en ail. PJ'eiffer, en it. Piffero, Pifferaro, en a.
Fife; et Fifer, fifre, piffok.ner. (Cbausey) remuer les
cendres de soude dites barîlle. piffoi'iîneir . brûleur de
soude et de plantes marines.
PIGNE, plainte, pig^er, crier, pleurer, pleurnicher; on
dit iron. : « Chanter comme une barrière qui pigne. »
pir,?,ASSER, fréquent, de pic:,er. pigaoier, dim. : « Qui pi-
gnote vivote. » M'^aard, pleurnicheur, pigneresse (lessive),
c. à d. urgente, comme on dit Dette criarde. P!g:.eux , dans
la Muse n., semble sign, homme de peine , manœuvre :
Dy may pourquay no vait les brouetliers
Et ces pigneux de diverse manière.
A Rennes , Pignanl sign, grondeur. On dit aussi p.'gler
pour piG.vEH , que Lacombe définit : « Crier comme une
charrette mal graissée. » (Supplém.) picheli.n, souffreteux.
Le 1. Pœna, ïii. Pianga, du 1. Plangere, ont quelques
— 62 —
rapports avec celte famille. En a. Pinch, pâtir. A cette
syll. se rattache le f. Pigeon (pipio), et le n. avec un trille,
piiiL! , moineau; pirli désigne encore le petit bâton au jeu
(le ce nom.
PINCHIER, pincer, en 1. Pinsare, broyer; la syll.
Pinch marque l'action de serrer, accompagnée d'un serre-
ment de dents. Le n. chuinte tout le groupe fr. de Pincer.
l'iAGRE , avare, exprime la nuance de pince-maille; on dit
prov. d'un avare : « I tondrait sus un œu. « On peut y
ajouter pinseuox elPLvcHON, pinson, en v. ail. Finco, en
a. Finch, usité dans Bull-finch, bouvreuil, c. à d. le moi-
neau en boule , syll. imitative du chant de cet oiseau ,
qu'on retrouve trilfée dans le 1. Fringilla, de Frinyultire,
et surtout dans Spinthio, et dans le gr. (j7rt!;tov.
PION, respiration forte et sourde, engendre pio.ncek,
dormir bruyamment, mais sans ronfler, et, expression de
l'expiration d'effort, engendre pioi\ker, piocher, d'où l'a.
Pioning, travail de pionnier, d'où le fr. Pionnier et l'a.
Pioneer, p.on^e, (Av.) corvée, journée de prestation, pin-
lOcaER , piquer fréquemment , qui se rattache aussi à
pi:,ciiiLR.
PIP et PEP , on. qui produisent spécialement des noms
et des cris d'oiseaux , comme le f. Pipe , Pipeau , Pipée ,
Piper, Pépie, Pépier, le 1. Pipio, d'où le fr. Pigeon, l'a.
jP/pe, chalumeau, Pip, pépie. Peeper, poussin. le n. pir-
RiFiPi (faire), pour rendre les trilles et le Pépiage àes
oiseaux. A Al. piru'i, s. f, marionnette, on. tirée du cri de
Polichinelle.
PIR, roulade vive, d'où pirlî, moineau, piuipi, (Al.)
marionnette, cri de Polichinelle, et cri rauque comme
iiiioT, riROTTE, oison, oie, perette, trachée artère de l'oie,
piiioTTER , crier comme l'oie , à Guern. pirette , oie , et
riROCE , troupe d'oies, pirot, s. m. la Bêle nodiflore, aimée
des oies. On dit encore pire, oie. Roulement rapide, Pir,
avec la syll. sourde Ou donne le fr. Pirouette, Pirouetter,
et le n. pirli, (Av.) bâtonnet, qu'on fait tourner sur lui-
même au jeu de ce nom, et l'a. Purr, filer (comme les
chats), ainsi que Purl, gazouiller. Le n. purer, dégoutter,
d'où le fr. Purée, et le sobriquet n. des laveurs de laine,
PDRîNS, expriment aussi un bruit hquide analogue. L'a.
Purr, alouette de mer, est tiré d'un cri roulant.
PISS exprime le jet d'un liquide , d'où pis , mamelle de
vache, qui a vieilli en fr., et Pisser, à la famille duquel le
— Go —
n. ajouie iisseia. qui se dit d'une vUAXe passée . comme
brûlée per l'urine, granit pisseux, uh granil très-oxidé.
pissorm, (Lisieux) urine, el rissr, (Al.) piter, (Mortagnc)
blanchir inégalement le fil ou la toile. rissoT , pi??at; il y
a à Rouen une rue du Pissot. On dit d'un imbécile qu'il
met « les bœufs à pondre et les poules ù pissier, » dicton
que cite le bibliophile Jacob sur le mot de Villon : « Ferrer
oes el canettes. » Aussi cop.ssier, gardeur de dindons, en
n.-N., semble renfermer cette idée satirique, pisse-tiaaigre.
personne acariâire. riscAMi>E, mauvaise boisson aigre.
FissECALE, duns l'Orne, ivrognesse. pissEiiEr, (Mort.) source
spongieuse dans les landes, pivaj , s. m. urine en B.-N., et
boue délayée à Rouen, pissotièue, nom plaisant d'un pis.
pissocET, s. m. tresse de paille par où filtre un liquide. En
a. Piss, uriner, Pissabcd, dent de lion ou Pissenlit ; l'exd.
Pish sign, zest et narguer; on dit en n. isitt! En 1. Pisi-
tare exprime le cri de l'étourneau. Celle syll. exprime
aussi une fuite subite : a Faire psitt, » d'oîi'le fr. Piste
qui enfante, au Havre, le riSTEin, domestique des hôtels
chargé d'aller à la recherche des voyageurs. Psitt exprime
le bruit de l'eau sur le fer chaud ; ainsi Voltaire dit qu'une
larme tombant sur le nez de Fréron « fit psitt comme sur
le fer rouge. « isitt, appel doux et discret, et imposition
de silence.
PIT : à cette syll. plaintive se rattache le fr. Piteux ,
Pitié, Pitoyable, et le n. rniABLE, compatissant. pitiEr,
s'apitoyer sur, en a. To pity, et le f. Pituite, qui exprime
en outre l'expulsion de la salive. Pit rend encore le batte-
ment du cœur dans Palpiter, en a. Palpitate, et dans
Pitapat , pall itation.
PLANPLAN, double syll. qui, traînante et allongée,
exprime une respiration pénible , souffrance , et d'où l'on
a tiré un saint imaginaire , type de résignation et de gé-
missement :
Coume le bienheureux saint Planplan
Qui se passait avec rian.
Le fr. Plainte, quoique dérivé de Planctus, rend cette
nuance nasale; mais, prononcé bref, pla> exprime un coup
retentissant , comme dans : « Plan ! attrape. » C'est une
des formes de vlan, planplan, tambour, pour les enfans,
comme l'on. Bataplan, et les deux notes du tambour s'ap-
pellent Ra et Fia. Le 1. Plango, Planctus, exprime le
même son auquel la consonne suivante ajoute la vibration.
Le n. dit piiaiînte, en it. Pianto, comme pliante, plante.
— 64 —
en it. Planta: cette double pron. très -voisine est sanà
doute la pron. latine.
PLAT et FLAT, bruit d'un objet plane et large qui
frappe un objet plane et large; de là le gr. IlXatu;, nXaTavo;,
le 1. Platea, d'oîi le f. Place, Platessa, poisson plat, Pla-
nus, Planta, partie plate du pied , le fr. Plat et sa famille
à laquelle le n. ajoute plan (jeter en — mettre en) , c. à d.
à plat, laisser sur le sol. platlne (de pla-pla) , langue bien
déliée, pron. pliatine. puapliater , bavarder. L'a. possède
presque tous les mots fr. de cette famille, et en plus Plat,
pièce de terre, et lisser, Plates, bandes de fer, Platter,
grand plat de bois, flat donne au fr. Flatter, caresser du
plat de la main . Flan, Flatir, aplatir le flan, Flàtrer, mar-
quer avec un Flatoir, ou fer rouge plat, Flétan, poisson
plat, beaucoup pèche à T.-N. où il se dit fliétan, Flétrir,
de l'ail. Flastra, écraser, en isl. Flatr, plat, en a. Fiat,
plat , Flatter, planoir. La forme Flax indique un clapote-
ment de liquide , comme le fr. Flacon , en v. f. Flascon ,
Flaque, Flaquier, et Flanquer (un soufflet), en a. Flash,
rejaillir, d'où par imitation Flash, éclat, reûet. Flask,
flacon. Il faut ajouter l'it. Fiasco , passé dans le fr.
PLOxMB , poids qui tombe dans l'eau, d'où Plumbum,
Plomb, Plonger, l'a. Plug, le piston d'une pompe, Plump,
tomber à-plomb, Plunge, plonger. Plodder, cul de plomb,
le n. piNGER , plonger. pl>'gé , mouillé, piaget, rond que fait
une pierre en plongeant, pingeot, à Mortagne, ricochet
sur l'eau. PiNCER, dans l'Orne, puiser, parceque pour puiser
on plonge un vase, et dans la Vendée c'est être submergé.
PiNUE, adj. (Mortagne) qui a le poil lisse (comme au sortir
de l'eau), plaisser, (Av.) mouiller, par ex. : « La lame
vous plaisse. » Dans le Gl. n. blasser sign, laver une plaie.
Le 1. Pluo , Pluvia , représentent aussi la chute d'un
liquide , d'où le fr. Pleuvoir , en n. ploeyer , tlcure ,
PLiEURE ; Fluo est une forme de Pluo , et le Flou des ar-
tistes exprime le fondu des tons. Le fr. pop. Flouer, trom-
per avec douceur, rentre dans celte nuance, s'il n'est une
contr. de Filouter. Le n. ploltre, analogue à loqcet, est
le pêne d'une serrure qui.fait ce bruit dans un trou, comme
au billard Bloc indique la chute de la bille dans la blouse;
ce dernier mot a la même origine , et }'&. Blow représente
un coup liquide et sourd , comme le fr. Ploc.
POINTE , comme Punct et Pug, exprime quelque chose
de dur et d'allongé, moins aigu que Pic, et quelquefois
— (55 —
plus contondant que perçant , comme le 1. Pugnin, Pun-
gere, Pumex, le fr. Pointe, à la famille duquel le n. ajoute
poiiME , lange d'enfant coupé en pointe, poiôna:st, le flux,
le moment où point la mer, on dit encore pageaist; surpoi-
GNEE, fouler le poignet. A Pointe se rattache l'a. Pun,
plaisanterie , pointe.
PON exprime le poids, l'eiïort pour peser sur, comme
le 1. Pondus, Ponere , d'où le fr. Pondre, Poiis, Pomum,
Pendere, l'a. Pound, poids d'une livre, Pundle, grosse
femme, le n. poncer, exprimer un liquide d'un objet en
pesant sur lui , pokceux , pressoir à mouton ; l'espèce de
tonneau qu'on appelle Poinçon se disait en v. n. Ponson
et Pontson. (V. Coût, de la Vie. de l'Eau de Rouen.) A
Vire on dit pogeb, comme en rouchi, ce qui se rappro-
cherait d'Eponger.
PO , PAO , chute d'un corps grave , explosion : c'est la
racine du 1. Ponere, poser. Pondus, du fr. Poser. Pocher.
se meurtrir en tombant. Poids, de l'a. Pound. Le fr. Pouf
exprime une chute plus sourde , à laquelle le f. commu-
nique une espèce de chiffonnement ; de là le n. Pouf,
lourd : « Du blé qui est pouf. » podffre (terrain), pou-
dreux, qui rend un son sourd et léger sous le pied, comme
on dit un marbre Pouf. Mais le sens le plus commun de
Pouf, c'est l'essoufflement : pouf, gros homme essoufflé et
l'LOiJFFRE, (Rouen) dans la Muse n., p. ?>\ :
Su gros ploiifre de Vinclient.
POUFFALiER, syn. du précédent, pouf, gonflement de la robe
en tournant vivement ; les enfans disent : « Faire des
poufs. I) POUF, blague, vanterie : « Faire des poufs, » en a.
Puff, charlatanerie , comme le fr. Bouffée, BoufTi , Buffle.
V. BOUFFE. L'a. forme encore Puffy, bouffi. Puffin, plon-
geon marin. Buff, soufflet, en v. f. Buffet, to Buffle, être
embarrassé. Le n. dit bouffer, manger en soufflant, bouf-
farde, une grosse pipe, bouffakder, exhaler beaucoup de
fumée. En s'adoucissant , cette expiration devient Pouss,
d'où Pousser, Pousse, maladie des chevaux, Poussif, le
n. pousser, être poussif , roussi, poussif, l'a. Pursy, id.
POUAH, exclam, de dégoût, pouas, (Bay.) noyau de
fruits, ce qu'on rejette, pouacre, sale, de même en pat.
lorrain, poufine, s. f. excrément, pouetie, mangeaille pour
les cochons, puam , s. m. un avare sordide. Cette syll. a
produille 1. Putidus , le bas-i. Putus, le v. f. Pwfe/sale,
d'où le fr. Putain, le bret. Pimez, pourriture, et le fr.
T. I. 9*
— 66 —
Puer . Punaise , Putois , Punais , le bois-punais . ou cor-
nouiller sanguin., le 1. Pus, pus, Putris, pourri. En
kymry Putan, prostituée, en a. Putage, prostitution.
Puddly, gâcheux, bourbeux, Puet , huppe. Pu est aussi
le cri de la pudeur ou de la honte : « Pu I que c'est laid, »
c. à d. que c'est sale 1 et la même idée de dégoût se trouve
au fond du 1. Pudet , du fr. Pudeur, Répudier. L'a. Pugh,
fi ! est le cri naturel et primitif.
PUPU, huppe, en 1. Vpupa, de son cri Upiip, selon
Varron; à Mortain pcpltte. dont la contr. donne l'a. Puct,
huppe , en fr. Pupue , Puput en v. f. : « Langues de pu-
putz ou cœurs de ranes verdes. » (Rabelais. Pantagruel.
Q
QUEDAQUER , (Gucrn.) glousser, caqueter, quoaqueu .
craquer, faire couak, en a. Quack, charlatan, et Quacking-
grass , la plante à sonnette, Rhinanthus crista galli. On
dit : « Faire un couak ou un canard, » c. à d. une fausse
note, spécialement sur la clarinette; l'a. appelle Quack
crier comme le canard. En a. Quake, trembler, en l. Quas-
sari, en a. Quaff, boire à grands coups, en n. soiffer,
Quash, froisser, trembler. Quaver, fredonner, quezette,
(Val.) branche de buis ou de laurier pour la messe des
Rameaux, du bruit du feuillage; ce mot sign, aussi petite
fille folâtre.
QUICK, signe de mouvement sec et rapide; dans un jeu
d'enfant on dit : « L'oiseau a fait quick, » c. à d. a dis-
paru soudainement. En a. Quick, vif, Swift est une on.
analogue. Le fr. n'a guère à cette lettre Q. qu'une on.:
Quincaillerie, pour Clincaillerie.
QUIOLE, diarrhée, qdiolard, qui a la diarrhée. V. la
Farce des Quiolards en pat. n.
R
RABOTER, traîner en raclant par soubresauts, rabot,
tout outil qui rabote, en a. Rabbet, raclure; à Guern. ra-
BLET, râcloir de four, rablet , dans l'Orne, un mauvais
couteau, rabuqcier , heurter, remuer, rebêquier , rabrouer,
d'où le fr. revèche et Rêche, en bret. Rec'h, chagrin, en
n. KÈQi'E, bourru, baiche, adj.: « Pommes dures, dites
Raiches en B.-N., indépendamment de leur saveur acerbe
qui leur a valu l'épithète d'étrangle-kien. » {Did. de la
Conv., art. Cidre, par Pelouze père, qui avait habité la
— 67 —
lî.-N.) Ce ternie semble exprimer la rudesse sèche. On
distinguait aussi en N. le vin doux et le vin reech. [Y. La
Vicomte de l'Eau, par Ch. de Beaurepaire, p. 22.) On y
trouve aussi « Une tonne reequie après la mi -mars. »
(p. 23.) V. RACLiER. En pic. Rêche, sign, rude et aigre.
RACLIER, racler, gratter, kacle et rache, écumoire ,
dans les salines de l'Av. en a. Rake , râteler et éplucher.
RACLIER , avoir la voix rauque, anal, au fr. Râler et Railler.
RANCLE , s. f. mal de gorge, raillot , râle, raclier , rosser.
RACLiE, rossée, rèclier, recueillir soigneusement une chose,
surtout ramasser les pommes , en a. Reek et Rick, recueil-
lir; l'a. et le n. pourraient être une contr. de ce dernier
mot. Dans l'Orne on dit raicher , gauler les pommes, rê-
QciLLO-\ , RAQiiLLO.N , trognon de fruit ou de chou , et quel-
quefois HÔTiLLOK ; dans la Muse n. :
Pisqui naveil seupé rien que des raquillons.
A Av. RAQDiLLE , S. f. ERACLiER , égratigncr , faire éclater
(une branche du tronc); l'a. Rag, haillon, renferme sans
doute l'idée de déchirement , en fr. un câble Ragué est un
câble déchiré; c'est l'a. Ragged, déguenillé, raquette,
(T. -IN.) grosse arête qu'on arrache à la morue, haraqce,
s. f. ce qu'on arrache des fibres du chanvre ou du lin ,
chènevote. Le fr. Racine, en n. rachike , exprime le déchi-
rement de ce qu'on arrache, erachier , éraquier, arracher,
comme dans le Tombel de Chartrose :
Que hors du corps li erachierent.
RAFLE , grattement sifflant , d'où rafler , égratigner.
rafle, razzia, rafleur, qui rafle, erafleb, égratigner, era-
FLURE, en ail. Rajfen, emporter tout; en a. Raffle, rafler,
Raff, balayer, rafoi er , ( Caen ) comme affouer , gronder ,
chasser, rafale, misère, haffalé, misérable.
RAGOT, conte, bavardage, en v. f. Ragote, reproche
ofTensant. haggïti-r , rabâcher ; Ragot et Ragote se disent
en pic. et en rouchi. On dit encore rabobiner , comme en
pic, répéter les paroles, uabillecx , rabâcheur, ragot,
arbre rabougri, à Av. racole, branche. Le fr. Ragot sign,
aussi un être rabougri , et Ragot, jeune sanglier, est aussi
une on. Cette on. existe dans le 1. Rabies, et plus sifflante
dans le fr. Rage, d'où le fr. pop. Rageur, irrité, grondeur,
en a. Rage, rage.
RAINE, grenouille, peu usité en fr., du râlement de
cet animal . qui est dans le 1. Rana et l'a. Frog; le pic. dit
— 68 —
ftmie, le bret. et l'erse Ban; Boyne en v. pic, RAiiVEQCiAix,
(Guern.) rainettes, à Av. ranée, racaille. En N. les maré-
cages s'appellent souvent cakteralne, chameraine, et la
MODUAiNE est un affluent de la Guintre. C'est de Raine que
vient sans doute rainel, renel, reniad. souvent employé
dans la 3Inse n. dans le sens de ruisseau , mare , à moins
qu'il ne vienne du celt. Ben, eau courante . d'où l'a. Bain,
pluie. Beneau, ruisseau, est dans un acte pic. de -12X7.
benead, en H.-N., sign, ruelle de lit : c'est alors un terme
métaphorique. Le f. Grenouille, Grenouillette, Renoncule,
est de cette famille, et le n. y ajoute gueaocille, gre-
nouille, grenouillage, grenouillère; à Lisieux gdenocille
ou patte de raine, désigne le Banunculus repens. grejnguil-
LE1TE, excroissance dans la gorge, renatelle, (Gl. n.) gre-
nouille. Le V. f. Boterel, crapaud, rentre un peu dans
cette on. et reste dans les n. pr. : au Bom de Bon, v. 3464 :
De mautalent é dire enflé com botereille.
RAMON, râclement accompagné d'un bruit sourd, gron-
derie , en v. f. Bamon, balai , d'où le fr. Ramoner, ramo-
ner, par métath., ermoiner, remuer des objets : « Qui qu't'
ermones? » et grommeler. On dit encore ramponner, gron-
der, qui conduit à ra]sdon, babil, et rançonner, bavarder.
RAMONER entre dans la composition et le sens de Ramina-
grobis, qui, avant Lafontaine, sign, grondeur, comme
dans J. Le Houx :
Ceiui qui fait du critique
Et du Raminagrobis.
Le fabuliste n'en a fait qu'une on. imitative du roulement
du chat, analogue au fr. Ruminer. Le fr. Ramage, Rama-
ger, exprime un double son ouvert, imitatif du chant des
oiseaux; en n. rocmagjer, grommeler, eoumage, gronderie,
en V. f. Boumant, murmure, en a. Bornage, tapage. Quant
à Boomage, dérivé de Boom, place, il a donné au fr.
Arrimage, placement à bord; Roume se dit du grognement
du sanglier : « Le sanglier roume, » et Borne, en v. a.,
sign, gronder , grouiller. RouMANCHiEa , gronder , comme
dans la Siuse n. :
Où client cateux roumanchaient comme fos.
RAP, on. d'enlèvement rapide, exprimée par le 1. Ba-
pere, le fr. Rapt, l'a. Bap, enlever, le n. rapin, ine, ra-
piNiEB, qui rapine; Bap sign, aussi tape. En s'allongeant .
cette syll. devient Râpe, qui marque un grattement doux ,
d'où le L Badere, le fr. Râper, Drap, étoffe rase, mot qui
— 69 —
donne à l'a. Trappings, draperie du cheval, caparaçons; le
fr. Rapetasser suppose Rapetasse, lambeau, linge usé,
râpé. L'a. Reap, moissonner, semble se rapporter à ce
radical, et le 1. Rapum , rave, indique le rongement,
comme le fr. Rave, Rat, en v. ail. Rato, ainsi que Raser,
avec plus de douceur , auquel se rattache le n. rasecr , ra-
soir , comme en a. Razor, rasant , de caractère facile, litt.
facile à raser : « Il n'est pas rasant , » c. à d. d'humeur
docile, ex. de l'actif pour le passif, assez commun dans
les langues pop. L'on. Rat, ràclement bref, donne le f.
Rater; allongée en Rate, elle donne un grattement rude,
comme dans le 1. Rastrum , le f. Râteau , l'a. [Rake, le n.
KATET . râteau , ratelecre , objet râtelé.
RAVE, bruit d'un sommeil rauque, d'où le n. eavassi-r,
rêvasser, le fr. Rêve, Rêver, en a. Rave, rêver; Dream,
rêve, renferme un ronflement analogue. Le fr. Ravauder,
importuner, tracasser, exprime un bruit rauque, ainsi que
l'a. Raven, corbeau, et manger avidement, Raw, cru, le
1. Ravus, enroué. V. l'art. GRAPPE auquel il faut ajouter
begrat : « Vendre de regrat, » parceque le regratier gratte
sur la denrée première pour en retirer un profit ; il y a
dans les Rôles de l'Echiquier (H 98) une « Auborc la re-
gratière; » en a. Regrate, vendre en détail.
RIC , son aigu et dur , comme dans Ricaner , et qui
marque rigueur, comme dans Ric-à-ric; à Av. ric-a-ras se
dit d'un vase plein jusqu'aux bords, juste à ras. ric-a-eas,
contigu : « Rie- à -ras la forêt. (Souv. d'un chasseur, par
M. Le Masson.) richoiiner et richoler, ricaner, d'où iii-
CH0I^E, rieur. RICOCHET , (Mort.) ricaneur, riqueu, rouge-
gorge à Val., ailleurs c'est le roitelet. En 1. Rictare, crier
comme le léopard, Rictus, rire. Cette syllabe exprime la
raideur. Rigor, puyoïo, Rigide, en Si. Rigid. Le f. Ricochet,
par son double son heurté, marque le double coup d'un
objet lancé qui fait un angle dans son mouvement brusque.
En a. Riggle, frétiller , et Rig, garçonnière.
RIFFLIER. RiiNFLiER, égrafigner : « È riflerent la charn
jesque il furent sanglenz. » [Liv. des Reis, t. m, ch. ^8.)
RIFFLE et RLNFLE, (Av.) gourme des enfans. Rii\FLocs, qui
a la RLNFLE :
J'ai rifle et rafle et roigne et laigne.
{Miracles de Ste Geneviève, ap. Jubinal.)
Un de ces mots nous livre une autre maladie de peau .
BAFLE. en H.-N.. comme le dit la Muse n. : « Leur chair
— 70 —
noire et ràfleuse. « L'a. Rifle sign, rayer, et le subst. Rifle,
carabine rayée, Riffraff, rebut, déchirure, et Riff, déchi-
rer , fendre ; Rifler se disait en v. f . pour rapiner , et en v.
a. Riflowr, voleur, riflard, s. m. varlope (qui rifle); bi-
FLARi), parapluie, de son bruit en s'ouvrant. Une on. moins
sifflante forme rîble , bise piquante à Bay., et rïle à Av.,
en V. f. Riblon, vent : « On veit les cors au riblon de la
mer. » (Le Rocquez, Miroir de l'Eternité.) En passant de
la cause à l'effet, rible, en H.-N., veut dire halitre (Hali-
tus) ou gerçure de la peau par le vent sec et froid : le fr.
Hâle se rapproche de cette forme, dans le Maine Gale,
qui est exactement l'a. Gale, brise. On peut rapprocher de
RiATLE le frottement doux et un peu sifflant du fr. Rincer ,
en n. riachier, on. qui existe aussi en isl. Hreinsa, net-
toyer : « I l'i rinche le bé , » sign, il lui donne à boire .
dans un sens de séduction. En a. Ring, racler, et Rin-
gworm, dartre, se rapprochent beaucoup de rijvfle par le
sens et le son. En argot a. Riff-raff, lie du peuple.
RI . expression du rire", d'où le, 1. Ridere, le f. Rire .
Ricaner, Rioter, le n. riochier, rioter, rigotter, railler,
comme dans une chanson n. (Edit, du Bois, p. ^82.) :
Ne venez plus ainsi m'y rigoller.
Ce mot existait en v. f.; c'est la racine de Rigolette, jeune
fille rieuse, et du v. f. Rigolage, qui est dans le Tombel
de Chartrose :
El sunt toujours en rigolages.
RiGNOLER , gronder. De Rigolle vient riolle , gaîté : « Être
en riolle, » un peu ivre, qui est devenu i?«o//e, plaisante-
rie : « Ces blasmes ne sont que de simples riotles, » dit la
Muse n., et par extension débauche, querelle, comme l'a.
Riot, qui a ces deux sens. La riote était une cloche de
Fecamp, ripipi, pirripipi. s. m. roulade pépiée des oiseaux,
se rapportant en partie au 1. Pipire et à l'a. Ckerup, rama-
ger, contr. en Chirp, id. repepin, roitelet, appelé encore
RiQDiQUi , (Av.) et à Val. riqueux , à Av. berruchet. riqui-
Qci sign, encore en n. une bonne liqueur , qui fait chan-
ter. V. HL
RING exprime un frottement plus rude que ri^ce. rin-
gler, (Orne) glisser en grattant, comme griller en B.-N.
RiNGLARD, RINGARD, fourgou, rabot pour racler le four, bin-
GALER à Av. sign, remuer , trimballer. En a. Ring, râcloir
de porte. Ring, sonner, analogue au dri.ne-drine des en-
fans et au refrain d'une chanson populaire. Le 1. Ringor
— 71 -
sign, rechigner, el le fr. GringoHer veut dire fredonner.
La syll. lii.NG est au fund de Dégringoler, Gringalet, et des
termes qui expriment le broiement.
ROC . syll. rude et cassante, qui forme un subst. en n. :
« Donner un roc , c. à d. une forte réprimande. IMaigré le
gr. poiç, fcnle. escarpement, elle exprime sansdoule l'aspé-
rité, comme le français Rue, Roche et Rocher, en n. roque
et ROQCiER. en bas-1. Rocarium : « Fro qnodam fossato fa~
ciendo ante rocarium. n (120.3.) Le dim. est ROQ;EiLE. et
RccuELLE, resté dans les noms de lieu, roqce semble être
devenu Rcgue dans Osmontville-la-Rigue, si ce n'est la
Hogue. à cause de ses falaises et de ses landes élevées.
On dit encore rochier. selon ce dicton du Dessin , sur les
rochers du Calvados :
Quand lu verras le blanc rnoulier,
Prends garde au rochier.
ROQiiER, à Mortain, gravir un roc. roquer, àCaeu. lancer
une pierre, ou comme on dit en B.-N., une roche, de
même rochier : « Et rochout pierres encuntre lui. » (Liv.
des Reis.) richier, lancer, en a. Rush, jeter, et le fr. Ruer
(des pierres) en est la contraction. Dans le Jura Rocher
sign, frapper, et Rokcter, en pic, lancer des molles de
terre, dites Rokes et Rokettes. Le fr. Roc. aux échecs, sign,
tour, parceque, en général, les tours sont posées sur des
rochers, et la Roquette est une plante saxalile. L'a. Rock,
bercer, remuer, n'est peut-être pas sans rapports avec
cette racine; mais Rocket, fusée, pétard, exprime le ron-
flement brusque et sec.
RON, syll. de grattement sourd, d'où le fr. Ronger,
Rogner, Rognon, en a. Ronion, femme grosse et mas-
sive, en n. roig-mer. rogner et ronger, roigne, rogne, en
a. lîoywe. R0!G^E (de bois), tronçon, bout de bois, roi-
GNEDX, qui a la rogne, en a. Roynish, en v. a. Roignous
sign, scabby. (Halliwell's Diet.) roiner. ruminer : « Un
bœuf qui roine. d La forme Ronger groupe autour d'elle
ROKGER . ruminer ; le fr. a gardé le Ronge du cerf, roage .
mémoire , ce qu'on rumine; on dit Ringer à Nancy, et
Roingir dans le Jura, pour ruminer, roicher, sign, aussi
ronger. Le fr. Ronce, en n. roache, en 1. Rubvs, renferme
l'idée de déchirement et d'accroc, rendue plus explicite
dans ÉROACE. d'où éro^cer. extirper les ronces, rokcecx,
noueux, qui se dit en patois de la Meuse et en fr. dans
Acajou ronceux. éroncer conduit à éhucer, dépouiller une
branche de ses feuilles : « Bovem stricti? frondibus ex-
— 72 —
pies, » (Horace. Ep. -I.) d'où euce, s. f. le Raphanus ra-
phanistrum, herbe qu'on extirpe, roisse . (Mortain) s. f.
arbre émondé. éracee sign, arracher : « Les armes ont esté
ostées et erracées, » en v. a. Rash, arracher. Rucir se dit
en vénerie n. du cerf qui ronge les feuilles. V. l'ouvrage
rare du veneur n. La Conterie sur la Vénerie n. L'expres-
sion a. Aroiiynt t/iee, terme d'impatience : Are you not...
out? a été prise par Richardson, comme syn. de Regnawed
thee. Dans le cycle des animaux le chien appelé Roonel ,
c. à d. le galeux, en fr. Rouvieux, désigne un étalon ga-
leux. En 1. Runcare sign, sarcler, Runcina, varlope. La
syll. Ron, redoublée, donne le rg^ro.^ du chat, et le fr.
Ronron, débit ronflant et monotone; limitée par F, elle
produit Ronfler, en n. roafliee, rojcliocr, ronfleur, et
RONFioix, nom du hanneton; l'a. Snove, marque un ronfle-
ment plus roulé; de \k Snort, s'ébrouer, d'oîi Snot, morve,
et Snout, nez. Limitée par Pr, elle rend le brisement
Rumpere, rompre; Rober, dérober, en v. f. et Roberie,
exprime le vol avec effraction , différent de Furt, vol sans
violence : en a. Bob, voler. Robber, voleur.
ROT, (Àv.) s. m. maladie des animaux qui rejettent
leur vagin; Rot, en a. désigne le claveau. C'est la famille
du fr. R.oler, du 1. Ructare, du gr. poyôetv, en a. Eructate,
terme classique qui rend mieux l'acte que le mot pop.
Belch. Le 1. Rota, roue, rend un bruit roulant, plus clair
que le fr. Roue, Rouler; l'a. Row, ramer, exprime un
bruit clair et long.
ROU, roulement sourd, d'où Rouler, Roue, Roucouler,
Rouet, d'où l'on dit que le chat^^g et l'a. Purr se rapproche
de ce bruit. Roupiller, Roupie, le l. Rumor, pron. Rou-
mour, le fr. Déroute, d'où l'a. Rout, vacarme. Le f. Ra-
brouer, le n. FROU-FROU, renferment cette syll. Elle donne
au n. :roua>,er, (Mortagne) mâcher malproprement; à
Guern. BOUAJiAiE, gémir. (Rimes guern.) eouauder, (Mor-
tagne) exprime le cri des chats en rut, leur marouaud.
RouEssiER, (St-Lo) grommeler, roupiller, parler du nez et
répéter la même chose ; roupiller sign, aussi avoir la
roupie, d'où eoupilleux et roupieux, triste et grognon,
comme dans la Muse n. :
Car sans le vin chacun se dit roupieux.
V. ruffle et eouffle; V. aussi gbouiller, auquel il faut
ajouter le dragon de Metz, appelé Graouillé. (V. Myth,
celt, du dragon de Metz.) rouleur, marchand forain.
— 73 —
RUFF , expression d'une respiration énergique , pas-
sionnée, ù'où le fr. Rufien, en a. Ruffian, rifile, vigou-
reux, Rufjle, bourru en Berry, Ruffle, désordre, tumulte,
en a., ainsi que Rough, rude, qui se disait Ruff, et se
pron. de même. (V. Gloss, de Palsgrave.) En fr. Taroufle
indique un homme dont les sourcils se croisent, ce qui est
un signe de force, ultafian , paysan débauche , combinai-
son de Fait et de Ruff. Déterminée par T et P, la syll. Ru
annonce le cri de l'appétence physique, comme le fr. Rut .
le pop. Chahut, danse, l'a. Rut, Rutting, le n. rupi.n ,
vigoureux, en argot Rupin sign, beau, rocpette, testicule,
BUBisQiEux, en rut, et e.miuiusqueux , amoureux, roufle ,
souffle sonore : « Faire ronfle , » respirer bruyamment , et
par extension, faire de l'étalage, de \esh-rouffe, ce qu'on
dit en pic. : « Faire rouf-rouf. » rouvan , s. m. mauvaise
haleine , mauvaise odeur exhalée par une personne. La
syll. Rug exprime une surface inégale, comme le 1. Ruga,
le fr. Ride et Rugueux , et l'a. Rough , Rugged et Rug.
SACïIIER, SACQUER, secouer, on. plus vive et plus
sonore que le fr. : elle se disait en v. f., et il en est
resté Sac , Saccade et Saccage ; les deux formes existaient
en v. n. :
Dan Beraarl en a saque el poing s'espéc.
{Rom. de Rou.j
Et lanl tirèrent et sachierent.
(Tombel de Chartrose.J
saqce-feu, briquet, et le jurement par euphémisme, saque-
MOx-piED. sAQiET, S. m. saccadc. saccagier, saccager, sac-
cage, grande quantité, primitivement de choses saccagées,
comme de bois abattu, saccagié ! exclam, de colère en
B.-N., souvenir de quelque cri de charge, comme l'a. Ha-
voc. Le V. f. avait Sacquebute, qui devient à Ch. salledute,
cannepetière , sarbacane. En a. Sakergun, canon de rem-
part. Shake, secouer, d'où Shakspeare ( Shake-spear),
comme chez nous le n. pr. saquespée, d'une famille n.;
mais ce nom était autrefois un n. com. syn. de lieu de com-
bat , presque toujours dans un défilé : il y a un Pertuis de
Saquespée à Cérences , un autre près de Mortain. Le 1.
Exquatere donne au n. escoure , et par métath. le fr. Se-
couer; ESCOURE se disait en v. n. : « Richard ki tant se fu
escous. I) (Rom. de Rou, v. 44-12.) Escorssi^s, vannures,
pailles secouées. De là le fr. Secousse, le v. f. Rescousse,
T. I. 10*
— 74 —
retour à la charge. L'on, de cette famille est , pour ainsi
dire , universelle : Saquer en pic. et en rouchi , Saka en
bret., Sacar en esp., Chaca en hébr., Sacha en celt., etc.
Au fr. Secouer le n. ajoute secouée , secousse , secouée et
SECOUER LE JACK (onanisarc). sacouter, (Mortagne) chuchot-
ter, et chacouter : « Luy saccouter souvente fois en l'o-
reille.» (De la Fresnaye). Le n. socquier, secouer, donne
l'a. Shook.
SAFRE , se dit d'un fruit sec et âpre : « Une pomme
safre , » et d'un temps sec et piquant , sens qui s'accorde
bien avec la valeur phonétique du mot , surtout quand on
prend la forme saffe. Quant à Safre , fr. , glouton , le n.
ajoute SAFRETÉ, gloutonnerie, safrement, gloutonnement,
et on dit ce prov., cité dans le Thresor des Sentences do-
rées, p. 83 :
Femme safre et yvroigneresse
De son corps n'est pas maîtresse.
On disait aussi Saffranier en v. n., glouton : « Des ban-
querouttiers et saffranhat, caquet, tatin, coup, Taiin, en v.f.,
embarras. V. tin. tayaider , brailler, crier Taiaut ; on se
sert encore de tayaud dans le sens de brouillard, de brume
du soir, qu'on appelle dans l'Av. « brume->,eiaj«te, » c. à d.
noyante, tataixte, tante, en v. f. Ante; en 1. Tata, papa.
TER produit le 1. Terebra, en fr. Térébration , en a.
Terebratc, le fr. Tarière, en n. teriêre, \&\.Teredo, Terere,
(i'où Terra, terre, comme l'a. Ground vient de Grind,
broyer, Terrene, le n. teuin, tarin, en v. a. Terins, (Cant,
tales, edit. Tyrrwhitt, p. 473.) xEGcrER, (Gl. n.) tousser.
V. ta TAR.
TETTE, on. universelle, spec. titOoi;, mamelle, Teth en
kymri, Tez, en bret. el Teth, en a. Teats, tettes, en v. a.
Tetters, (Halliivell's Diet.) en fr. Telle, en n. téteir, qui
tette ou suce sa langue, en v. f. Tetrel, resté dans les n.
pr. tétrelle , s. f. biberon, tétine de souris , le sedum
album , rOrpln blanc.
TIC , bruit aigu , comme dans le tictac d'un moulin ,
comme le fr. Tic, mouvement soudain et convulsif, et
Tique , insecte, tique , la vive , trachinus vipera , dont la
piqûre est très-maligne, tique de jan, petit oiseau vif, à
tête noire , commun dans les falaises de la Hague , où il
habite les buissons d'ajonc épineux ou jan. tique, s. f.
objet pointu, attache, d'où le fr. Etiquette, et l'a. Ticket,
et Tick, prendre à crédit, c. à d. marquer d'une étiquette,
pointer un nom. V. Stic, tinque , coqueluche, teiquier ,
teiglier , TÉGuiER , tousscr. TÉQUE, balle de paume, téquier,
jouer à la téque. tique.nard, espèce de canard sauvage
dont le cri aigu est marqué dans Anas acuta. Les enfans
appellent une montre, une horloge t;c-toc; en argot a.
Ticker, montre, en argot fr. Toquante. Le fr. Titiller ex-
prime plus doucement Vacuité de cette famille. V. trique.
TIN , (H.-N.) glas, racine de Tinter, Tintamarre, Tin-
toin, retentir, du n. tinterelle, tiate^elle. sonnette en
tête ties processions, tjaterelle est aussi le campanier des
chapelles ou des ecclésioles. TI?iTE^ELt.'ER, et aussi clique-
TEux. sonneur de time.nelles. A Guern. iiaet, tintement ,
voisin du 1. Tinnitus, retlmer, relentir, comme dans le
Eoin. du Mt-St-M. :
Les monlaignes
En relintoient e les plaignes.
PRETiiNTAiLLE , attirail bruyant, sens prim, du v. fr. Pretin-
taine, femme bruyante, coureuse, qui explique la loc. fr.
« Courir la prétentaine. »
Asleure Icby la moindre prétentaine
Se vest et marche ainchin comme une Reyne.
(Muse normandc.J
De là le personnage fastueux de la marquise de Prelin-
taille. Jouer à « tintam-clochette; » à Val. c'est balancer
une personne sur deux mains croisées; à St-Lo on dit en
PAiMPALETiE. ( Lamarchc. Mém. de St-Lo.) Le fr. Tintouin
semble avoir été le v. f. Tatin, embarras, inquiétude.
En a. Tinkle, Tingle, tinier. Le f. Tine, en 1. Tina, se
rattachent à celte on. hi^nder, bondir, re:!I]nder, rebondir,
reproduisent la syll. in avec vibration, rebel , beffroi de
Rouen.
TONNE, bruit vibrant et un peu sourd, d'où vient
Tonner. Tonnerre', Tonneau, l'a. TImnder, tonnerre, en
sued. Dunder, le n. tooer, tonner, touaerre, tonnerre,
TODMAu et tounet, touncau , e.mocneux, entonnoir, en a.
Ton, tonne, Tun, tonneau. Tunnel, tuyau. creton?*er,
tonner avec roulement. tonto.\, refrain, to.mon, tôton.
DÉTou^ER, vider un tonneau.
TOQUE, redoublé, toque-toque, donne le terme enfantin
pour montre et horloge, en argot Toquante, Toc, en argot,
cuivre, toquette, montre, toquer, heurter, comme le fr.
Tocsin, composé de l'on, et de sigmim, cloche, d'où la
loc: « On n'entendrait pas les sins sonner, » mot qui se
rapproche de l'a. Sing, chanter; le fr. Toqué, fou, sign,
qui s'est heurté la tête, fêlé, en a. Crack; de là toquard,
entêté, toquard, capiteux, qui toque la tête, toquard, la
digitale pourprée , dite encore claquet, tocso.n , femme de
manières rudes et heurtées; l'a. Dox, salope, semble être
la syll. forte du mot n.; à Avr. tocson sign, imbécille, qui
heurte tout, téque, balle de paume, qu'on toque avec la
main ou un bâton, téquier, frapper la téque. ristoquier,
frapper çà et là. toquetfe, (Av.) dim. du fr. Toque, petit
bonnet de femme, toquet; en brct. Toc, chapeau, en gai.
— 80 —
Toc, id.: « Arriver toque à la voile, » loc. n. pour dire
venir, heurter , en parlant d'un navire.
TORDRE, en I. Torquere, devient teubdhe et teurtre
en b.-n., ainsi que les dérivés eteurdre, tordre, teurtil-
LiER, tortiller, teurtico, torticolis, teurquette, s. f. objet
tordu en corde, teorqieïte de iabac, teurquette de pain,
teurquette, la Herniaire, aux fleurs agglomérées et comme
tordues; tortelle, le Vélar, aux branches torses, tour-
gxole , soufflet , en fr. pop. Torgnole , coup à tour de
bras, moins énergique que chatourne, s. f. coup qui fait
tourner la tête de celui qui est frappé. Le Tor latin et le
Tour fr. deviennent touocr, en n. comme touourmenter et
sa famille, comme l'a. Toiver, tour; mais la forme n. a été
rendue plus ouverte et plus accentuée par ra.;TououRME.NT,
celui ou celle qui tourmente, tracasse. Le fr. Torcher, du
1. Tergere, devient TORcniER. Tourner donne tourpi^er,
toupiller , toupin , grosse toupie fouettée , d'où la loc. :
« Fouetter coume un toupin; » en argot Toupier, tourner.
A Tour il faut ajouter tournier, tournoyer, vagabonder,
TouRMoux, vagabond, tournieresse. vagabonde, tournioux,
espèce de panaris , qui fait le tour du doigt. L'on. 1. Tur-
tur, qui est devenue en fr. Tourtre, Tourterelle, devient
teurtre en n. Une on. voisine, Tartir, en argot, du four-
besque Tartire, exprime un acte facile à deviner, et de là
vient le fr. Tarte.
TOP (faire), laisser tomber, et tomber; en a. Topple,
tomber en avant ; de là le f. Toper , toucher , frapper dans
la main; il sign, aussi le choc de deux verres, d'où to-
pette , petit Hacon , mot usité dans le commerce ; aussi
Toper, en a., sign, buveur, et Tope, pinter ; en v. a.
Stoup, coupe : « Stoups of wine. » (Hamlet, act. v, p. 2.)
L'a. Topsy-turvy, sans dessus dessous, n'est peut-être pas
étranger à l'idée de chute.
TOTOT , usité à Val. dans un refrain :
Titi Carabi,
Totot Carabot.
Or CARABOT sign, un nain, d'où sans doute la fée bossue des
contes, ou fée Carabosse. Les carabots étaient des Jacobins
composant un club à Caen en 93.tolet, cheville d'aviron :
« Tolets de fer; » (M^e Bovary, p. 362.) en a. Thole,
tolet. toto, (Orne) gros sabot.
TOU répété donne toutou, animal favori pour les en-
fans, et figure dans Tousser, en n. toussieb, et en b.-n.
— 8J —
TOUTKE : Roquefort cite toussii-r, en usage en B.-N. et en
Bretagne, dans roiiiv , brutal el maladroit, scion M. G,
Mancel; touln est le sobr. donni'; à quelques communes
près de Cerisy. (Blason jwp. de N., t. i, p. 205.) toulner,
grogner. En a. Twang, son aigu. Twattle , caqueter,
Tweak, tirer par le nez et faire pousser ce cri, Tivinge,
l)incer, ainsi que Twitch.
TRAC (faire), comme crac, se briser, d'où le fr. Tfae,
Traquer , Détraquer et Tracas ; en n. tuaquet , moulinet
pour effrayer les oiseaux, traquet, la stellaire, de son fruit
craquant, traquette, crécelle, à Val. raquette, traquet,
(GL n.) moineau. TRiouETTe, s. f. id., dans l'Orne. Le f.
Traquer, suivre à la piste, d'où l'a. Trace, id., est devenu
en n. trachier , terme générique pour chercher : trachour
(de pain), mendiant. En argot Traque, crainte, et Trati-
ner, marcher, en a. Tramp et Trample, fouler aux pieds.
On peut adjoindre à cette famille le f. Trappe, d'où Attra-
per, l'a. Trap, trappe et attraper. Trapc, courir les rues,
trotter, attrape, s. f. coup et gainillicite , comme dans les
Satires de Courval :
Tousiours la main ouverte à airapcr du bien ;
Leur plus chère maîtresse est apeléc Alrape.
Au fr. Tracasser le n. ajoute tracasse , femme tracassière.
A Mortagne , on appelle eirase . s. f. un objet misérable
qu'on écrase, usité dans cette loc. : « Ch'est eune étrase
que c"téfant. » train, tapage, « Faire du train, « du bruit.
TRAi>TRAi.\ (d'une maison), le courant des affaires d'un
ménage, voisin du fr. familier Trantran.
TRE exprime le tremblement, ainsi le 1. Tremere, le fr.
Trembler, l'a. Tremble, le n. tremuer, tressaillir, tremutu,
tremblement, fracas : une chanson du 16^ s. est appelée le
Tremutu. tressiner, tressaillir, trémoaer. se trémousser,
d'où trémone, grosse cloche; les bourdons de Bayeux s'ap-
pelaient trémoes : la sonnerie générale des cloches de sa
cathédrale était dite tumultus. trémlx , trémie, tressauter,
tressaillir, tressaut . tressaillement, à Guern. tersauter
et TERSAUT. tresser, (GL n.) frémir, tret ou trait, s. m.
espèce de grive, treuler, roter et péter, treuker, (M.)
exprime le chant de la poule qui va pondre, treuter, péter.
TRÉE, traie, (Av.) truie; à Val. trie : « I chante coume
eune trie prinse dans eune barriire. » treuleu et étreiler ,
écraser , comme dans la Campenade de Lallemant , en pa-
tois virois :
Etreulez, emeuKez, evenlrez, elripez.
T. I. 11-
— 82 —
iREDAiAE, (Bay.) refrain, fredon, du v. f. Trudaine, plai-
santerie : « Ce sont trudaines, » (Farce de PatheUn) anal,
au fr. Fredaine. L'R était dite la lettre canine, du grogne-
ment du chien.
TRI marque le déchirement, le frottement aigu, comme
le 1. Tritus, le f. Tripe, Etrille, Tringle, l'a. Trip, bron-
cher, et avec Lie, ce que le fr. appelle Trille, etrillier,
(Val.) déchirer, grillier , broncher, tripot , le marché , où
l'on trépigne: en B.-N. le tripot est aussi la place du marché,
à Pont-l'Evêque , c'est la halle au blé : « Ladite Maison-
Dieu et le Tripot sont restés. » (Beziers. Hist, de Bayeux,
p. 16.) TRIBALLER. TRIMBALLER, rCmUCT bruyamment. TRIBAL,
(Av.) petite voiture à bras, trimballeur, qui trimballe; en.
argot le mannequin du « trimballeur des refroidis, » est le
corbillard, rebol, en v. f. beffroi, riper, frotter, en par-
lant d'une corde, trillerot, loriot, de ses trilles, étrille,
s. f. (Coût.) gros crabe rude, trdu-r, battre le pavé, les
chemins, d'où, en argot, Trimard, chemin. Le v. f.
Triga, (Lacombe) tarder, explique l'a. Trigger, enrayure.
Tricher, détente. On peut ajouter trlnquier, trinquer, tbin-
qcette, petite quantité de boisson, en a. Drink, boire.
TROMPE, ronflement sourd et un peu vibrant, qui
forme le fr. Trombe (ffTpo[ji,go(;), Trompe, Trompette, Trom-
peter, l'a. Trump, Trumpet, Trumpeter, Trunk, trompe
d'éléphant, Trundle, rouler, le n. trompétecr, qui joue
de la trompette, trompetterie , bruit de trompettes; un
calembourg n. donne l'ét. de trompette en associant un
bruit avec l'idée d'erreur, trompéteux, qui sonne de la
trompette : « Hay trompelteux qu'on se resveille. » (Muse
n.) On a encore la forme archaïque thompetour. En isl.
Tromba, trompe et tambour, et Rumba, trombe.
TROTTE , s. f. course , temps de trot, trottins , les
pieds de mouton, considérés comme viande; on dit par
sobriquet : « Les Trottins des Andelys, » en a. Trotters,
pieds de mouton, trottig.no> , pied de mouton, trottlner.
aller le petit trot, trotailler , pejor. de Trotter, trotteur,
trottelse, cheval ou jument pour le trot , en a. Trotter et
Trotting -horse ; c'est cette on. qui a donné le bret. Troad,
pied , et en isl. Dratta sign, marcher; en argot Trottante,
souris, (dans LaFontaine Trotte-menu), le rat est le Trot-
teur, le lièvre le Trottin, le babil Trottoir; en argot a.
Trottouer, selon Cotgrave. A cette famille se rapporte le f.
Trôler. TroUe et le dérivé a. Troll, rôder: en n. troeil-
— 83 —
LIER, mourir, râler, en a. Trot, vieille femme, trouillier
sign, barbouiller, salir, et en a. Trollop sign, salope; on
(lit aussi TouiLLiER . barbouiller , et quelquefois débar-
bouiller grossièrement : « Touillier un éfant qui fait sa
glosée, » c. à cl. qui bave en bredouillant. Ces mots gloser,
GLOSÉE , premiers rudimens du langage , très-usités en
C.-N., sont la racine de yXoxTGa, du fr. Gloser, de l'a.
Gloss et Gloze. Le n. tocillier donne emodillier et en-
DouiLLiEii , bousiller, enhoiillage, torchis, crépissure. Or
CRÉPIR a un autre sens en N.: dérivé de crampe, il sign,
se raidir et passe par recrampir, qui se dit à Rouen : « Se
recrampir en arrière , » dit la Mme n.
TURLURE , refrain de chanson , qui exprime un chant
sourd et bas, d'où tcrlurer. chantonner, tcrlirette,
chansonnette , Tt RLUEriE , cornemuse , comme en v. f. dans
la C/iron. de Benois :
Quant el chef oui li chaperon
El la panera el le baston
El la verge el la rnacuetle
Pendue al cou la lurluelle
Riens me sembla sos ciel meins .sage.
Dans la langue des pêcheurs n. deT.-]\. tirlutte sign, un
engin de pêche ftiit d'un cylindre de plomb garni d'épingles
recourbées pour prendre î'encornet. turlc et lulu , (Calv.)
alouette : on dit les tirlus de Secqueville. tcrlvpin , far-
ceur, qui fredonne, qui turlure, comme totjrlocrou, soldat
d'infanterie : « Au ^7e s. Turlureau , bon garçon, gail-
lard, comme l'it. Turluru , viendrait de l'halDitude de
chanter. » (Fr. Michel. Diet. d'Argot.) On dit encore en
n. le refrain tourelocre. (V. Gloss. On. p. 25.) turlu-
TUTU , refrain , chant assourdissant , manière de narguer.
Les enfans à Val. chantent :
Turlululu
Capeldefêtu.
TURLiTU, mirliton; en a. Turmoil, vacarme. On peut
ajouter à la famille de tor , celle de tc , comme tuter ,
(H.-N.) sucer; la Muse n. (p. 368) dit en parlant des
Dunkerquois qui fument : « Je les laisse tuter. » tuter se
dit aussi à St-Lo; Tuter et Tutonner, même sign, en pic.
TiTC, terme enfantin, trompette et derrière. Cf. le 1. 2uha.
TuiTi, babil des oiseaux, tcitui, (Av.) roitelet. En B.-N.
on termine un conte par ces mots : « Et tui, tui, tui, men
p'tit conte est fini. » titau (Nicolas). (Val.) nom pop. du
geai; en a. Tush , tarare! fi!
— 84 —
VA.RVAT,viRvoT, elenH.-N., varput, formesdcBARBOT,
Barbolter , expriment le grouillement de la boue remuée
et sign, bourbier; on dit aussi vervat , et , selon le Gl. n.,
VERVOT. On raconte que Daniel Huet, né à Caen, et évêque
d'Avranches , mis au défi de faire une phrase complète-
tement en patois, dit à un paysan qui passait et qui le
comprit : « Cliaque lo su guerbet d'étrain por r'super su
verva. » — Jette-là cette botte de paille pour épuiser, assé-
cher ce bourbier. De ces formes viennent varouiller, agiter
un Hquide , varvasser , patauger ; à Guern. varvaquiêre ,
s. f. bourbier, à Val. barillier, barbotter; de là, à Chau-
sey, BARILLIER , rcmuer la soude , dite barille. Le fr. Gar-
gouiller, Barbouiller, Bourbe, appartient à cette on., ainsi
que l'a. Warble, gazouiller, et peut-être aussi Varech,
algue, fucus, primit. tout ce que rejette la mer, en isl.
Vogrek; ce mot entre dans l'a. Shipwreck, naufrage, litt.
épaves de navire; il se dit en n. vraic, d'où vraiquier,
récolter du varech , en bref, goémon. Le fr. Varlope ex-
prime le râclement suivi d'un son léger qui le termine.
vEiivARD , grondeur, verver , gronder, vernaillier, faire du
bruit, comme frenaillier; en argot Verver, pleurer.
VÊNE. vesse, vé>eu, vesscr. vékard, qui vesse. On dit:
Faire cas de ce que no dit
Courae d'une poule qui vêne
Au haut d'un quesne.
vÊNETTE, petite fille impertinente; véinette, grande frayeur,
l'effet pour la cause; en H.-N. vessée et vessarde, grande
peur : « La peur extrême , dit Montaigne , et l'extrême
ardeur troublent également le ventre en le laschant. »
{Essais, t. I, ch. 34.) La Muse n. emploie ces derniers
mots, p. 387 :
Et n'eus jamais une telle vezarde,
Baillirent à tous une telle vezée.
vEzoN, femme de mauvaise vie, en argot Vessie; Oudin
désigne le vezon par ilculo, et « Avoir la vesse, » sign,
en argot la même chose qu'avoir la vessée. vesse, enB.-N.,
est le sobriquet des tisserands. En a. Fizzle, vesse.
VI, exprime un cri aigu, d'où viper, crier, en a. Weep,
crier, pleurer, vipard, criailleur. V. une singulière inter-
prétation de VIPER dans une Vieille maîtresse, p. 368 , ou
Vipère (Vivipara) est dérivé de viper, vioînner, vibrer
d'une manière sourde, rioiNDiR. id. pivi. le vanneau huppé.
L'a. Whip, fouet, a la même racine, comme le fr. Violon.
Vielle, Vibrer, l'a. Fiddle, violon, Viven, criailleuse,
mégère, en n. chipie. Fiend, ennemi, (fl!) Fife, fifre.
VLOPER . rosser, anal, à Vlan, vlopée, rossée, vlopedr,
baiailleur. floper, ilans l'Orne; en a. Flop, agiter avec
bruit , et Flog, fouetter.
VRAC, on. de déchirement, d'où vrac, rupture, vra-
quier et ÉvRAQciER. déchirer brusquement, d'un temps.
VRAC à Mort., sanglier, de sa course et de ses brisures.
(V. M. Sauvage. Art. Coulouvray.) vra, s. m. roussette ou
chien de mer. vradelkr, vredeler, vreder, faire, comme
on dit. VREDI-VREDA, comme le Trac-trac de M™<-- de Sevigné.
On appelle une femme bruyante Madame vrol-vrou et
FRor-FRou. VREDEAU et vERDEAu , fausset , boude , du bruit
du liquide. vrom)re. bruire, vroi , s. m. virousse, s. f.
diarrhée, drisser . Gl. n., foirer, prouster , id. vriller,
forer avec la vrille, vrillette . insecte plus connu sous le
nom d'Horloge de mort.
Y
YAHOUE, s. m. (Guern.) hébété, lourdaud, qui dit à
tout Ya, Houe.' Yi, (Coût.) vêtement raccommodé de divers
morceaux, qui fait crier Hiu! Hiu ! vousets, (Coût.) souf-
flets, d'où YorsER. souffler; l'on, de bâillement est rendu
en a. par Yaicn; Yelp, glapir, Yux , hoquet.
Z
ZIG . camarade, mot troupier, de même en argot;
M. Fr. Michel le dérive de l'it. Zigno, lézard : « Un vieux
zig. I) un bon vieux camarade; en pic. Zigue , un bon
luron. ziorER. lancer de l'eau avec une seringue, faire
jaillir, autrement giler. Un anal, de Zigzag est le n. brocce-
zi.vcuE. ivresse, état où l'on fait des zigzags; c'est sans
doute la première partie de ce mot qu'on emploie quand
on dit d'un homme ivre : « Il en a une fameuse branche. »
zi>'E-zrsE . s. f. mot enfantin, tout ce qui vibre, sonne,
d'un son clair, comme le v. f. Sin, qui entre dans Tocsin :
« Firent les sinz sonner. » (Rom. de Rou.) zlne-zine, spé-
cialement le bonnet chinois. Le fr. Zigzag est encore rendu
en n. par zist-zest : « Faire des zists-zests, » être ivre;
ou encore : « Etre entre le zist et le zest , » être à demi-
ivre . ce qu'on appelle aussi : « Etre entre deux vents , «
lisez sans doute : « Entre deux vins. » zézayer, prononcer
en Z . c. à d. Z pour G et J, comme à Quillebeuf. au
— 86 —
Pollel, etc. zia.NER , voir, forme du fr. Guigner: « T'as
biau faire , tu ne zignes pas biin. »
ORIGINES CELTIQUES.
ABRIER, abriter, donner un abri, en n. abrias, du
celt. Aber, havre, racine d'A\ ranches, Abrincœ , que
M. Hore explique par Havre des \\e?>^(innis , île, en bret.,
et inch en gaël), de sa baie ou se trouvent les îles de Tom-
belaine et du Monl-Saint-Michel. Havre est devenu en n.
HABLE : il y a le hable de Grandcamp, le Hable en Brutelle,
l'Hur du Hable en Bosqueville (Hague); c'est l'ancien
terme : « Une nef est en ung hable, » (Roles d'Oleron,
t. II.) « Au hable de Dive es mettes de la coustumc. »
(Acte de 1406 de St-Et. de Caen.) La forme pure Aber se
trouve encore dans Avremesnil, près de Dieppe, Abreville,
près d'Honfleur, en A. dans Aberconway, bouche du
Conway, Aberdeen, bouche de la Dee; l'a. en a formé
Harbour, port, en v. a. Harbrotigh, auberge, comme
Vauban appelait le port de Cherbourg l'auberge de la
Manche , et ce mot se décompose sans doute en Haber's
burgh; (V. Chaucer et Spenser. Egl. June.) une île devant
le port de Saint-Malo s'appelle Harbour, La forme Scan-
dinave de ce mot, plus aspirée, est Haven, Hafn, visible
dans Copenhague, Kœbenhaven, et a laissé en N. le cap de
la Hève; Jersey, appelé Gersich, dans les Actes de Saint-
Hélier, est dit Agna ou Agnus, dans ceux de Saint-Mar-
couf , c'est peut-être le Havn Scandinave.
AUNAY, AUiNOY, A€i>EiuE, licu planté d'aulnes, du celt.
Ar, le et ù'Aun, Avon, Aven, rivière, d'ofi le nom communal
ARi)ETO?i, sur la Sélune ou I'ardée, htt, la rivière; l'aulne
vient au bord des eaux : « Pevent prendre et coupper es
aulnois et mares du Trait, » (Coutumier des forêts. Trait.)
— « In quo alneto covant et ponant cigni silvestres et aves
de ripperaria ibidem nidificant , etiam in estate heronni ,
buchoerelli, aquile volantes, etc. » (Très, des C/i. Cou-
tances , 18 bis) « Duquel annoy couvent et ponnent les
synes , oues savaiges et oyesseaux de riviere et en esley
les herons, buchoeraux, egres vales, etc. » (Ap. L. Delisle.
Etudes, p. 488.) Cette expression Ai-an nomme des loca-
lités celtiques n. : alauna , auj. AUeaume, sur le Merdret,
près de Valognes (Vallis alauniœ)^ et les deux paroisses
d'Allone (Manche). Alloniîs^ qui ont pour préfixe le mot
— S7 —
chrét. MuiiiERS. Monasteria , l'Aulne, près de Saint-Lo,
Alna; les Lnelles de César, dont le chef-lieu était Crocia-
tomtm, que l'on a quelquefois placé à Alleaume où se trou-
vent des monumens romains assez considérables, pour-
raient avoir la même racine (Alnelli); il y a une rivière
d'Eaulne, Elna, et le nom 1. de l'Orne est Olna, dans
Wace Ogne , autrefois aussi Oulne; il y a encore une
rivière Olna en N., au sud de la forêt de Perseigne; Alen-
oon, sur la Sarthe, a peut-être la même et. L'An breton
semble être devenu I'ante, nom de la rivière de Falaise,
d'où le dim. les aadelles, les anpelys; une des rivières
d'Alençon est la briante. litt. Pont sur l'Ante (V. Bria),
ou la rivière, comme Briançon. L'art, celf. Ar, Al, se
préfixe à beaucoup de noms top. n. : Aucey, autrefois Alcei,
lilt, la rivière (Sée), Auvers. Alvers, de Ver, rivière; Ar-
den, forêt; il y a en N. plusieurs forêts dites d'AROENNE,
d'A^DAiisE, Cf.Hardencourt , Hardinvast. Hardonville, le
Bec-d'Andaine , près Genêts, près de l'emplacement des
bois cités dans les chartes du Mont-Saint-Michel . le Bois
de Neiron , de Crapoult, de Bivie (Beuvais); Ardenne, en
Champ., forêt; en n. ardenne. bleuet, fleur des bois, et
FAUSSE -ARDENTE, la Jasionc. Aurigny, pour les Anglais,
Alderney, se serait appelé Ardennay. selon M. Bisson.
(Mém. deVAc. de Caen, •181.'), p. 5/«.) VAvon, rivière,
est commun en Angleterre. Cf. le 1. Amnis, Le syn. de
Aulne est aussi celt., le Vergne, de Ver, rivière. Du reste.
la transmutation de w en </ permet de rattacher à Arven,
Argentan (Argentomagus), Argentelles , Argences , Ar-
ganche; Argences est VAregenus, selon M. de Gerville.
AUBE, blanc, cité par Servius, {Ad jEneid. L. v.) comme
celt. Alb, ne subsiste plus en fr. que dans l'aube du
jour, l'aube du prêtre, en a. Alb, Albique, Albâtre, Au-
bier, Aubépine, en v. a. Albespyne, qui est dans Maun-
deviles'travels , p. 13 ; mais il subsiste dans des noms top.
n., tels que pierre-acbes , en Chalandrey, adbe-roche, près
Saint-James, aubevoie, près Gaillon, acbevoie à Franche-
ville, AUBEMARE, devBuu Aumale ou albemarle (marne);
ce mot règne surtout dans les îles n. : à Guern. auce, voile
de l'aile d'un moulin, aubeilie. repas de baptême, aux
vêtemens blancs, et aube, gelée blanche. (V. Rhncs guern.)
aubocfin, aubifoin, album femim. aubette, cité par L. du
Bois, le petit point du jour, aubet. aubier. AP.Lr.TTE, pois-
son de la Seine, Alburnus. A Bay. noble-épine, pour Aubé-
pine; le v. f. Aubour, le viorne, arbuste à fleurs blanches,
— 88 —
espèce de boule «Je neige . est de cette famille , et l'a. en a
gardé Auburn, aujourd'hui rouge-brun; Cf. le 1. Albns
et Alpes. En argot Aubert, argent, en fourbesque Albume.
ANGUILANEU , guilaîseu , s. m. étrennes , aguiginettes
en Bray, oguinake, à Guern., en v. f. Hoguinane, d'où le
verbe Hoguiner, étrenner, en esp. Agidnaldo, en bret.
Eghinai , tous mots dont les variantes sont dans tous les
patois fr. , et qui ont été presque universellement interprétés
par un prétendu cri druidique : Au gui l'an neuf! comme si
les Druides parlaient fr.; c'est selon M. de laVillemarqué :
« Eghinad dél » Etrennez à moi ! (V. le Barzas breiz, t. ii.)
A Guern. les enfans chantent le dernier jour de l'année :
Oguinâni! Oguiiiâno!
Ouvre ta porle et pis la r'clio.
Et on trouve dans la 3Iuse n. :
Entre amour et amourette
11 y a lerjous quiqu' aguinchele.
V, ce que disent les enfans à Gisors. Intr., p. 278. Dans
le Berry on appelle les étrennes Guilané; en prov. agénois,
^5e s., Guioneou, Guilane. (Jaubert, Voc. du milieu de la
Fr.) On disait en v. f. : « Trouva des varlets... qui alloient
quérant aguilen neu. » {Lettres de -1473, ap. D. Carpen-
tier.) Les Picards, dit Fleury de Bellingen , après avoir
crié l'anguillaneuf y adjoustent : Planté! Planté! » (Expl.
des prov.fr.) V. pour ce planté (plenitas) le chant n.Intr.
p. ^76. Des Brieux a conservé un chant n. sur les Hagui-
gneites, et dit qu'en H.-N. les étrennes s'appellent éki-
viÈRES (Coût, anciennes, p. 4) :
Si vous veniez à la despense,
A la despencc de chez nous,
Tous mangeriez de bons cliouit,
On vous servirait du rost,
Hoquinanol
Donnez-moi mes Laguigncles
Dans un panier que voicy,
Je lachelay samedy
D'un bonhomme de dehors,
Mais il est encore à payer.
Haguinelo!
B
BANNES, s. f. tombereau, du celt. Benna, (Catul)
voiture, et les Gaulois appelaient Combennones , des com-
pagnons d'armes. ba>aeau , large tombereau , et bannet ,
en v. f. Bannel : « Unus benellus sive hotellus. » (Inv. de
St-Ouen, 1338.) Ce dernier mot usit. dans l'Av. oîi hotte
— 89 —
sign, une petite banne, et HoxTÉr: , son contenu. On disait
en b.-l.: In carretis suis et super suas banastas. » Rôles de
VEch., 1199.) Aussi il y avait à Rouen une petite banne
dite BEN?iASTRE : « Si le pein vient à cheval en bcnnastres.»
(Co^it. de la Vie. de l'Eau.) isan^elée, contenu d'une banne.
BANNELER, portcr à banneléc. BA>NioLE, mauvaise charrette,
en Bray (Decorde). bajj^ette, petite charrette et berceau
d'osier, ce qui nous conduit à blmse, (Av.) ruche et panier
de paille tressée pour mettre la pâte, dlngt , id. bix\otier ,
fabricant de binots. bingot, id., d'où la locution : « Elevé
comme poulet en bingot , » comme on dit : Coq en pâte.
DINGUE, manne, bingdet, s. m. boîte à lavandière, bannon.
cuve à cidre. Du n. binjne dérive l'a. Bin, huche, d'où
Corn-bin, huche ù blé, le terme marit. Binnacle, habi-
tacle, et le fr. Binard. QuandàBAI^E, mauvais cabaret,
du Gl. n., il a peut-être du rapport avec cette famille, et de
la forme banne vient l'a. Wain, charrette, populaire dans
C/iarles's wain, la Grande Ourse; en éc. Ban, une banne.
Il y a une parenté probable entre Banne et le fr. Manne ,
caisse de paille et d'osier, à Gr. maune; on appelait man-
DELiERs, les vanniers. Il y a, à la pointe de la Hague, une
ligne de rochers, appelés raz-des-bannes , où la tradition
met une forêt de Bannes; c'est peut-être une forme du
ceW. Bin , hauteur. (V. ce mot.) Gribanne , espèce de
navire, est sans doute un comp.; c'était un navire de la
Seine : « Chargeage des gribannes et autres bàtimens
chargés de cidre. I) (Acte de ^690.) L'intendant Foucault,
dans sa relation de la bat. de la Hogue, dit : « Entrèrent
dans une gribanne. » Selon Jal, (Gloss, natit.) la Gribanne,
que les auteurs du ^7e s. donnent pour un navire n.. res-
semblait d'autant plus « à une grande banne , » qu'il était
à fond plat et sans quille : « Qu'il fasse marché avec les
maîtres de gribannes ou de ballandes. » (Bilande, en fr.
sloop.) (Lett, de Seignelay.) La gribanne est souvent citée
auprès d'un autre navire le Heu et Heuc, en holl. Hulke ,
en a. Hoy, navire côtier.
BARDOLER, chantonner, dire un refrain; ce mot,
d'orig. onom. comme son syn. eredoler et le fr. Bredouil-
ler, se rapproche cependant d'un mot celt, de la même
orig., Barde, de Bardus, cité par Diodore de Sicile, L. v,
ch. 31. et du Barditus, de Tacite. M. du Méril remarque
que Bebarder, en v. f., sign, dire un refrain; en gall.
Bairdd, chanter, d'où Guimbarde, mot bret., litt. abeille
chantante, instrument que les N. appellent moque, mouche:
T. I. 12*
— 90 —
Bard, en a., barde, poète. C'est par une on. voisine que
les latins désignaient le cri de l'éléphant Barritus, en fr.
Baret. V. bar aux orig. onomatopiques.
BARGUIGNIER , marchander d'une manière mesquine
et minutieuse, Harder, contr. de Baragouiner, litt. de-
mander pain et \in , Bara-gouina, en bret. Il se disait
en V. n. :
Meuz en peussent bargaigner.
Ce mot de Benois (Chron.) conduit à l'a. Bargain, mar-
chander. BARGUiNEOB, chipoticr (l'a. Cheap, bon marché),
en a. Bargainer, qui offre un marché , Bargainee , qui
accepte un marché ; bargliinage , action de marchander,
BARRE , le premier flot d'une marée dans les rivières ,
dans la Garonne Mascaret, (de St-Macaire où il remonte).
BARRE s'emploie pour tous les estuaires n. On trouve Bar,
flot , dans les Acta SS. (Avril, i. Ind. mon.) Bar sign, eau en
V. f., et beaucoup de localités fluviatiles s'appellent Bar; cet
élément pourrait bien exister dans Barfleur, en pat. bar-
FLiEUR , dans Harfleur , en pat. harfliedr , litt. Baie ou
Fiord, de la barre, du flot. Quant à barre, barrière,
traverse de bois , ce mot est celt, d'après Festus , Barra ;
il a donné au fr. Barrer, Baril, Verrou, en prov. Barroul,
en n. varrou, varrouiller, verrouiller; de là bar, s. m.
une civière, chevalet ; barrier, gardien de barrière, péager,
est resté dans les n. pr. : « De la charretée de bois non
doUé, 2 den. le barrier les reçoipt. » (Tarif de Bay., ^ 5e s.)
En a. Bar, barre. Barrier, barrière. Le fr. pop. Barraque,
mauvaise maison de planches, a donné à l'a. Barrack,
caserne, et baril a donné Barrel. L'a. n'a pas de mot pour
BARRE, excepté High tide; mais il en a un en patois : « In
some parts of England the influx of the tide is called the
bore. » (Jamieson.) Le n. ajoute au fr. Embarras débarras,
s. m. délivrance, tous deux comp. du v. f. Baras, obs-
tacle : « Qui baras quiert , baras il vient , » dit Rutebeuf.
Barrage a donné, à St-Pierre-Miquelon, le barrageois, gou-
let fermé de bancs de sable. Pour Verrouiller on disait en
n, Cadener (Catena), aujourd'hui cadenasser. De bar, s.
m. civière, est dérivé baratte, baril pour battre le beurre.
barattée, mesure, contenu d'une baratte, baratter, battre
le beurre, en v. f. Debareter, battre. V. dans la Vie de
saint Bernard : a Delata in quadam capsa seu bara. « Ce
mot Bar, cité par Boxhorn , Antiq. ling, brifannicx lexi-
con, 9 , est devenu le fr. Bière, cercueil, en n. bière, fan-
— 9) —
tome, revenant. C'est le bas-1. Bara, boîte, cité ci-dessus.
De Bar, boîte, dérive ber, berceau, {Berciohim, cité par
Mabillon.) toujours usité en n. : « Ce qui s'apprend au ber
ne s'oublie qu'au ver. » [Prov. de Bay.) nERcniER, bercer.
Quant au v. f. Barat, tromperie, racine du fr. Baratterie
et de l'a. Barter, troquer, et Barratry, fraude, il se rat-
tache au bref. Barad, tromper. On disait en v. n. Baretie :
« Presbyter de Bellavilla habet naves in mari et est infa-
matus de baretee. » {Reg. d'Odon Rigault.) Il est très-
probable qu'à r.AR se rattache le celt. Bac, bateau, en bret.
Bag, qui a passé par Barque et qui se trouve aussi dans
les langues du Nord. (V. Orig. scand.) La famille n. qui
complète ce que nous avons dit à batel est bacherolle ,
r.AQUEROLLE, (Calv.) tiuc ou grande barrique à porter de
l'eau; on disait Barquerolle en v. f., petite barque, bachot,
petit bac. bague et baqtje, s. f. filet et grosse toile, bacoot,
(Bay.) ûlet. barquette, petite barque; il y a près de Caren-
tan le pont de la Barquette ; un doc. de \ 5S6 sur Saint-Lo
cite : « Les barquettes qui servent à la traverse d'icellc
rivière.» (La Vire.) Le fr. Baril, Barrique, l'a. Barrel,
se rattachent à Bar, ainsi que le n. babille , s. f. cendres
de plantes marines pour la soude, et mises en baril.
(Chausey.) babiller, brûler et mettre en baril la soude, en
a. To barrel, mettre en baril. La Barille dans le commerce,
surtout dans le Midi, se dit des plantes propres à faire de
la soude, bereau, qui aujourd'hui veut dire robinet, canal
d'où sort un liquide, sign, baril dans Basselin (p. -147) :
Les pipes, les bereaux pleins de liqueur vermeille,
Ce sont mes gros canons qui battent sans faillir.
BEAUME, grotte, rocher, fréquent dans les noms de
lieu du midi de la France, conservé en Auvergne et en
Prov. n'a guère laissé de trace en N., excepté sans doute
dans les deux localités de beaumais , l'une arrond. de Fa-
laise, l'autre arrond.de Dieppe; la première se trouve
dans les chartes sous la forme de Belmeiœ ; (Itin. de N.
de L. du Bois, t. ii, p. 388.) c'est le bas-1. Balma, le
Balsima des Capitul. de Ch. le Chauve. Mabillon donne
Balma, rocher, comme nom gaulois; {A7in. Ben. t. i,
p. 24.) Baou en prov. masse de rochers.
BÉ , bec, mot gaulois, selon Suétone. [Viiell, p. ^8.)
BEccor, joli petit bec. faire becco, baiser, iseccoter, baiser
souvent, becquier , becqueter, becquie . becquée, beccot ,
s. m. petite bécassine, becquet , s. m. deoqcette , s. f.
— 92 —
l'instrument dit Bec de corbin. becar, pou, en Bray. dec a
VIS, vis-à-vis. REBECQUiER, regimber, becqu, bégu, et béchu,
BÉCHET , usité clans les n. pr. abéquier , donner la becquée,
en a. Beak, bec. V. bec, cap, aux Orig. scand. C'est sans
doute le même mol, et ces deux sign, se rattachent à l'on,
d'acuité, Pec, Pic. On peut ajouter becquaud , bégaud,
branche fendue en bec pour tenir la pétoche ou chandelle
de résine, bégaud, nigaud, qui allonge la bouche en homme
ébahi, bégacder, faire le badaud. Les troupes de paysans
gaulois, appelés Bagaudœ , (Paul Orose, liv. 7.) ont pu
tirer leur nom de la niaiserie attribuée aux gens des cam-
pagnes. BiGAUDELLE, cerisB dcs champs; il y a la Grosse
Bigaudelle ou cœur-d'ane , belle et bonne cerise noire. La
loc. de BEcco sign, en moins, dépareillé . comme « Un bas
de becco; » le bret. Besk sign, privation d'un membre.
A Val. la loc. de tip sign, en plus, en nombre impair:
a Avoir un sou de tip; » en argot,'Je Bêcheur est le minis-
tère public , et Bêcher sign, injurier.
BEILLE, s. f. ventre; Amhasilla a cette sign, dans les
Gloses d'Abbon , liv. 3 , où il est donné comme gaulois ;
i4m représenterait l'art. celtique; on dit encore bedille; de
là BEC1LLIE, ventrée, beuillu, et à Jersey bieillu , ventru.
bocailles, intestins, en pic. Breuilles. boèle, gros ventre.
ÉBOÉLER , ébouailler, et à Jersey ébieillir. éventrer; ainsi
dans Wace : « Auqunz esbueloient. » La Muse n. dit
brecillu, comme le pic. : « Chès gros breuillus; » (les
Anglais.) à Bay. breuille sign, intestins et le duvet des
petits oiseaux : « Qui n'ont que la bedache, » ou le ventre.
breuillot , petit oiseau, ébreuler , écraser , litt. jusqu'à
faire sortir les intestins. La forme boèle conduit au v. f.
Boel , boyau, à l'a. Bowel; Salez, dans le Diet. d'Hal-
liwell, est traduit par bowels. Esbuillonner se disait en
n. pour peler des pommes : « 3 sous pour esbuillonner
des pommes à Cromelles. » (Ap. Delisle. Etudes, p. 478.)
BEILLE est devenu Belly, ventre , en a.; en bret. c'est
Boëllo. Le fr. Débraillé est de la famille de Braie; mais à
Dieppe un hareng braillé est un hareng ouvert et à demi-
salé. L'ambasilla en un seul mot rappelle qu'un N., au
-17e s., employait de la même manière un mol arabe,
Alfange (al, le. fango , cimeterre) : « Ils tirent leurs
alfanges, » (Corneille, le Cid.) comme à l'imitation delà
Seine, il mettait une barre dans le Guadalquivir. (Ibid.) La
BÊLE, sii(m nodiflorum, a peut-être été nommée de sa res-
semblance avec les boèles, entrelacis liquide comme ses
tiges submergées; en fr. Berle.- Le n. pr. lii-LLiAiir». verilru.
est commun en N., et ne doit pas être confondu avec
Abeilard, syn. de Bigre, ou preneur d'abeilles.
BERNE, grosse couverture de chanvre, (Av.) d'où le fr.
Berner, faire sauter sur une berne; ce mot est indiqué par
Cujas. (TmiYe, p. 8.) Covarruvias. dit M. du Méril ,
donne le sens de sayon à l'esp. Bernia ; aussi disait-on
Bernie en v. f., en lat. Berna. (Roquefort. Sub verbo.)
V. BER^E aux Orig. germ. : Berne désignait l'habillement
militaire des Francs. Le fr. pop. Bernicle est un mot de
refus railleur pour berner; en arg. Bernardine, sornette,
en V. f. Bernard , imbécile.
BEUVRE, BiÈVRE, LELTRON, liiEn ct BU, formcs diverses
d'un mot celtique , qui signifie rivière , canal. Beuvron fut
le nom primitif de St-James-de-Beuvron : « In burgo quod
appellatur Beurona. » (il»; siècle.) De là les Beuvc, Beu-
ville , Beuvreuil , Beuvrigny, et probablement les Beuze-
ville, Beuzeval, et les Bezu, Bion, Biéville, Biville. De là
lev. fr. Abévrer, Abeuvrer, Abreuver. Le mot Bief, en pat.
ciEu, désigne un canal, en bas-1. Bovium. La Dierge,
(Avranchin) pourrait être une forme de Bièvre; « Faire
bien et biau » à Villedieu , c'est entretenir le cours de la
fonte par le canal ou liei. Ce mot se disait Beyum dans
les chartes n. : « Pro beyo molendinorum. » Les Beuvre et
Beuvron de Normandie sont sans doute la même chose que
le Boum, anglais, qui signifie, dans le nord de l'Angleterre,
ruisseau ou petite rivière , brook. Il est dans Shakespeare
« Come over the bourn. » (King Lear. Act. in, p. 6.) C'est
aussi dans ce pays un affixe topographique; Bourn signifie
aussi colline, montagne, dans Shakespeare et Milton; mais
c'est alors le français Borne : « From the dread summit of
this chalky bourn.» {King Lear.kcX. iv. p. 6.) Le fr. Bièvre,
castor , animal de rivière , est l'a. Beaver, id. La racine ,
primit. de cette famille, est sans doute le celt. Bu, eau, qui
est en lat. dans Imbuo, et d'où vient le fr. Buanderie, le
n. BCAXï, (Av.) brouillard, BmE,Bin, cruche : « Boire eau de
labié; » (Basselin, p. 123.) à Coût, baile, cuvier. blot,
s. m. corne où le faucheur mouille sa pierre à aiguiser, et
à" Vire, gros sabot, en v. f. i?M/m,^cornet à faucheur, buée,
qui a vieilli en fr., lessive et vapeur : « Le long des bàti-
mens s'étendait un fumier , de la buée s'en élevait. »
(Mme Bovary, t. i, p. 21.) On dit d'un brouillard épais:
« Un brouillard de M. de Vendôme, les trois quarts d'eau.»
BuoTiE, BioTTE; boutcille. BiER . Icssivcr; le pic. a poussé
— 94 —
la dérivation jusqu'à Bueur, vapeur, buot , tuyau de che-
minée ; de même eu rouchi. buise , gouttière, bdirette ,
flacon, qui conduit au fr. Burette. Le prim. Buo se trouve
dans un Ms du 15e s., cité par M. du Méril [Mélanges,
p. 288 ) : « Buo, moillier et arrouser, et n'est mie en user. »
Ce radical forme sans doute les noms loc. Le Buat, sur
rOir, Buais, sur l'Airon, les Bohon, sur les marais de la
Taute. Au fond , la racine de cette famille est la syll. U,
qui, en gr., produit uo3 , être humide, uoojp, eau, en 1.
Udus, Humor, Humus, Hijems, Hyades. Elle produit aussi
la famille suivante : boe, boue, qui se disait en v. n. : on
trouve dans les rôles de l'Echiquier les noms pr. Will.
Batlesboes et Hiigo Corliboes; il donne beaucoup de dérivés
n. : BouETTE , mangeaille du porc , animal dont le nom est
Bouant en argot, boueux, (Vire) gros sabot, bouotte,
limace, boiers , s. m. boues des rues. BOEcniER , bauc[I!er .
embourber, à Av. pêch[er et bauchier, d'oîi le fr. Bauge;
mais bauge, dans l'Av., sign, nid d'écureuil; c'est l'a. Bog,
fondrière, baucharder, patauger, bauchour (sabot), sabot
pour la boue; en H.-N. bauce, la longue, rame-gouvernail
des bateaux de la Seine, qui plonge dans la boue : « La
bauce qui traînait. » (Mme Bovary, p. 362.) Le nom du
Reaord , dans son cycle, est Saucent, bouse, excrément,
en a. Ooze, boue, le fr. Bouze, et sans doute Ouse, tan.
bousiller, bâtir en pisé, bousillage, crépissure en terre.
îiousER, couvrir d'excrémens. bousiae, vessie, debousage,
retrait de l'étoffe de son bain de bouse, La forme Bourbe,
qui est on., et peut-être la racine de la famille, a son
anal, dans le gr. Bopêopoç , limon , et groupe autour d'elle
beaucoup de mots n. : bourder, s'embourber, bourdée,
coup de collier pour débourder, bourde, bourbe, kour-
BELOT, gâteau de pommes; au barbottement dans la boue
est dû BOURRE, cane : « La bourre barbottant dans la
bourbe. » bourrot , caneton, bourhette , petite cane , et
gâteau en forme de cane, bourboter , marcher comme la
cane, bourbier, ordure balayée du jardin, de la maison,
en a. Burrow, se terrer et terrier, et Bur^J, enterrer.
boukbiton, (Av.) le coquelicot, sans doute du nom de quelque
plante de marécage; à ce rad. pourraient peut-être se
rattacher le v. f. Botterel, crapaud, qui est dans le Bom..
de Bou, et resté dans les n. pr. n., le nom. des ï;otteraux.
en 1. Boterellœ, arr. d'Evreux, et bouttebelle, (Av.) Tor-
chis, plante des marais. En b. l. n. Bunus, bien : « Bunus
Olnœ. ') Cf. Burrœ, vétilles, dans Ausone.
— y:; —
BISCACOIN (de), (Orne), de bitiis, de travers, quel-
quefois contr. en bicoin, lilt, de biais en coin; or, le fr.
Biais dérive du celt. Bi/œn, de travers. La loc. de biau sign.
l'un pour l'autre : « Mettre ses souliers de biau. » Le
Silène enflé est pour Linné le Cucubalus behen.
BLIÈQUE et blièche, adj. en fr. Blet, blette : « Une
poume blicque, » c'est-à-dire molle : « No servit le dessert
de mesles bleques. » (Musc n.) On a lire ce mot de l'arm.
Blod , mou, et du kym. Blydd, mou et savoureux. Mais,
comme on le dit aussi du bois qui blanchit : « Du bois
blié, I) ou cANi (canus), il est plus probable que c'est une
forme germanique, celle de Bleich , pâle en ail., en a.
Bleic/i, blanchir, et Bleak, blême. Ce mot fr. est de cette
famille. Blami, en isl., pâleur, blettir, battre les nèfles
ÉBLÉQuiEB, écraser un fruit. En v. n. Bletron, bois blet.
BLIOC (en), en masse, en totalité, en celt. Block, tout.
On dit aussi clianque (à la) : « Acaler à la blianque, »
acheter tout ensemble, ce qu'on dit encore en n. : « A la
traverse, et en pic. Hachemache, lilt, hache et manche.
V. PLOMB aux On. comme dans arriver en blioc, d'où Bilbo-
quet, de bille, boule, et du bruit de cette boule en tombant
dans sa coupe, ou de Boscus, bois.
BLIOSSE , s. f. prunelle . fruit de l'épine noire dite
BL0SSIER, en arm. Bolos, Polos, bliosse désigne aussi la
cenelle ou fruit de l'épine blanche, en pic. Bleusse. blossir,
selon un livre n. sur la fabrication du cidre , se dit des
pommes qui s'amollissent. On trouve un « Joh. le Belo-
cier, charte du -iSe s. L'a. Sloe, prunelle, n'est peut-être
pas sans rapport avec les précédens.
BOBE ou baube , engourdi de froid : « Aver les mains
baubes, » en bret. Bav, même sign.; le v. f. avait Abau-
bir, engourdir. On dit aussi gaude pour baube; gaud dans
le Gl. n. , sign, imbécile, ainsi que glaude, ibid., de là
le péj. GODICHE, GODicDON , stupidc. Le Baubi , nom
propre.
BONDE, limite, en b.-l. Bonda, en a. Bound, borne,
usité dans les anciens doc. n., spécialement dans le Reg.
de la Vie. de l'Eau de Rouen, dans le sens de limite, sur-
tout sur la Seine, existe dans les n. top. n.; il y a un ruis-
seau de la B01NDE à Elrepagny, trois comm. de Bondeville,
beaucoup de Bonneville , de Bonnelot , de Bonnemaison ,
de Bonnebosc, de Bonfossé, de Bonneuil, etc., c'est sans
(kni[e\(i Bonn germ, et un des élémens de noire Lillebonne,
— 96 —
Juliobona, située sur une limite de peuples gaulois. Le fr.
Bonde est une on. ou un dérivé de blne. V. PINE.
BOUGETTE. poche, en fr. Bougelte, sac de voyage.
en V. f. Bot/ge, du celt. Bulga, cité par Nonnius; (p. 55,
édit. de Gerlach.) c'est l'a. Budget, petite poche, compte,
retransporté en fr. comme Fashion (façon) , Confortable,
Sport (Desport), etc. Il est, dans Spenser, au sens de
poche : « Out of his bouget he drew great store of treasure.»
(p. ^77.) De là BOGUE, enveloppe, poche : o Bogue de l'œil, »
paupières : « Bogue de châtaigne, » Bogue, œil, et montre,
en arg. BoomE, chassie, bogdillard , chassieux, eboguier,
dépouiller de la bogue, bougie, bougine, bousine, vessie du
porc servant de bourse, de blague (Boulge), bouges, hauts
de chausses, d'où le fr. Bouger, litt. remuer les bouges.
bouguets, osselets pour jouer à ce jeu, peut-être de ce qu'ils
étaient portés dans les poches , en arg. Bouchon, bourse,
et Boucaner, corrompre par argent, c. à d. avec la bourse.
Ce mot fr. est en n. pouque, s. f. sac. pouquette, poche
CACHE-P0UQUE, chassc-poche , garçon de meunier qui va
chercher les sacs de maison en maison. On dit prov. :
Quand i plieut le joù saint Marc
1 n'faut ni pouque ni sa.
En v. a. Poke, sac, en a. Pocket et Pouch, poche. V. Vi-
sion of Piers Ploughman :
For poverle halh but pokes
To pullen in bise goodes
roucHON, POUQUETON, gros et mauvais sac. poqueton, homme
gauche. (V. pocre.) pochier, poquier, être flasque comme un
sac. poche, s. f. abcès, élevure, de même en a. Pock ,
pustule , d'oij Pox, vérole , Cow-pox, vaccin ; c'est ainsi
qu'on appelle cloche une pustule pleine d'eau, pochier,
pocher au noir, d'où pochier, faire une tache d'encre, dite
pochard, pochard, ivrogne qui se poche, pocharder, s'eni-
vrer grossièrement; en a. Poker, fourgon; l'a. Poacher,
braconnier, litt. l'homme au sac, à la poche, est anal, au n.
EMFocHECR, qui empoche ; en a. Poach, pocher. On remar-
quera en n. et en a., l'emploi de la forme faible ou fr., et
de la forme forte ou n,
BOSC, usité dans la top. n., en arm. Bochard, bosquet,
quoiqu'il existe en it., Bosco, qui se rattache à Bocxoi ,
nourrir, comme Pascua à Pasco (Boaxw), comme Nemus à
NefAw, faire paître, bocage, en n., désigne un pays boisé,
comme celui de Vire , dit le Bocage , Cf. Teurthéville-en-
— 117 —
Bocage, près Val. hôcains, hab. du Bocage viroi.'^. V. VHist.
des Bocains, par R. Seguin, bôcain (sabot), gros sabol
sans bride, usité au Bocage. Le fr. doit à Bosc^ 1° Bocage,
Bosquet, Boquillon, Boucage, Boucaut, Bouchon; 2° à sa
forme Bois (boscus). Boiser, Boisage, Boisseau, Buis
(buxus), Buisson, Boîte; 3° et à la forme Bûche, Bûcher,
Bûchette, Bûcheron. A la première, le n. rapporte bocage,
pays boisé. boca[n , hab. du Bocage, bocage, linge œuvré
qui se fait dans le Bocage virois et près de Cacn , autre-
ment oeuvre; l'a. Book, en v. a. Buk, hvre, vient sans
doute de ce rad., parceque les lois, les inscript, ont été
gravées sur la pierre , le métal , le bois ; les premières
lettres isl. liraient leur nom de Feudha, bois, la matière
où elles étaient gravées, bôquet , bouquet , et dans l'Ar.
fleur. BÔQUET, pommier non greffé, qui ne produit que des
fleurs. BOUQCET, crevette, crustacé dont la réunion forme
\m buisson, comme on le dit des écrevisses. bouquetodr ,
(Mt-St-M.) filet pour la crevette, bucaille , s. f. épais
fourré, (Gl. n.) nom top. com., ainsi que n. pr. : « Il est
partout coume Marie Bucaille , » sorcière condamnée au
^8e s., (V. /. d'un Bourg, de Caen, p. 50.) qui « feignait
de paraître en même temps dans des lieux différens. » bu-
QUETTE, bûchette, d'où à St-Lo euette, brandon et flam-
mèche. RABUQtJiER, remuer les bucheltos, remuer; en v. n.
Bosqiieron, bûcheron, d'où !e dim. Boquillon, qui est
dans La Fontaine, dans la Hache et le Bûcheron : « A J. le
Perquieret bosqueron pour avoir couppé le bois des
Noes , » (Dépenses de Gaillon.) plus loin : « J. le Bos-
qucillon. » A Av. bosqceuon . paysan. Bosc devient Bost
dans Bricquebostj^dans le Livre noir de Coût., Bricobost;
Busk, bois en isl., en goth. Boste. A la deuxième forme le
n. rapporte boise, branche, baguette : « Je n'i quere hasten
ne boise, » {de Conncbert, v. 228. ap. M. du Méril. Essai,
p. 235.) où hoise est sans doute une erreur. On dit prov.:
« Doler la boise, » c. à d. arranger doucement une aflaire,
cageoler , comme le fr. Emboiser. boisette , branchette :
« Un feu de prête : un lison et deux boisettes. » On disait
Boisart, forestier, resté dans les n. pr.; boisson, bouchon
de paille, de feuillage, qui sert à nettoyer : « Sale coume
un boisson. » boissomer, fourbir. Le fr. Bouchon est le
même mot; le Bouchon, enseigne de cabaret, est un fais-
ceau de branches, en a. Bush, buisson, et, dans Shakes-
peare, bouchon d'auberge, bouchon, cabaret. noxoN, id.,
de là le fr. Boucher, fermer avec un bouchon de paille, de
T. l. 13*
— 98 —
branches : « Sa cheminée il boschoit. » (01. Basselin.)
Koiis , buis , « Croix boisiée , » en v. n. ornée de buis, en
a. Box , buis et boîte , d'où Box , boxer , sans doute
primit. se battre à coups de bois, bcsoqde, branchette.
Bi'soQUiER, remuer des branchettes, faire des riens, boisse-
LEB : « Le blé boisselle, » rend à boisseaux. A la troisième
forme le n. rattache buquier, en Bray, frapper fort, bu-
CHIER, abattre du bois et le dépecer : « Il buschait et abat-
tait du bois. » {Lett, de grace. Ap. du Gange.) bucherie,
(Av.) un bûcher, bdcherie , une bataille sanglante, bo-
quette, branchette. bûchette, id. bucaille, (Gl. n.) fourré
épais. V. ci-dessus, buchte , (Gr.) morceau de bois pour
mesurer la dimension des huîtres, debuquier, sortir le bois
du lieu où il a été coupé. En N. les différentes dimensions
du bois avaient des noms particuliers : à la bûche réglemen-
taire , Moule (modulus) ou Mole, on opposait la Gloe,
(V. au scand.) et l'Atelle (V. au lat.) : « L'aultre busche ou
maneuvre nommée gloe doit avoir deux piez et deux doye
par terre, s'il y a gloe qui ne soit pas de bone moeson, est
vendue à la care. » (Ord. de ^397.) Care sign, sans doute
monceau carré : « 32 gloes pour chascune care. » La même
ord. quaUfie Atelle, les morceaux de gloe trop petits qu'on
devait mettre à part ; l'atelle se portait à soiïime et la gloe
en charrette. Le bûcheron s'appelait Gloier : « Residuum
glooerii et ligni fabri et caronli et cymerarii|et esporarii, »
(Le Grail de Vatteville.) art. à peu près traduit par un art.
du Coût, des forêts, Brotonne : « Les demouranz du gloier,
du huchier, de l'espeureur, du coespel , du carbonnier, du
chandrier. » (V. Delisle. Etudes, p. 367.) Huchier, traduit
par ligni faber, se rattache à Bûche , dont Huche n'est
qu'une forme. On pourrait rattacher à Bosc le fr. Bouc ,
Boucard (chevreuil), l'a. Buck, id., le fr. Bique, le n.
biquette, chevrette, si ces mots ne se trouvaient dans les
idiomes germ.; mais Bouc se dit aussi Bouch en armor.,
et Bwch en gallois ; en v. f. Boc : « Boc a non le malle en
romanz; » (Best, divin, v. 1 560.) de là le fr. Boucherie. Enfin
on peut rattacher à la famille de bosc le n. bou, pron. Bouou,
le bouleau, en 1. Betula, bou, verge pour donner le fouet :
« M'nachier les éfans du bou; » on a dérivé Betula, du celt.
Betu. boulard, bouleau, bouis, buis, en 1. Buxus, en a. Box,
Avec quelques analogies se présente Bascaîida, corbeille,
en gaulois, selon Martial, (t. xiv, p. 99.) et Juvénal.
(t. ^2, p. 46.) en irl. Baiscaidh, en bret. Bashin, en a.
Basket; mais il y a plus de certitude pour rattacher à la
— 99 —
famille de Bose , le Buck du Nord , tout fauve mâle
et chevreuil, en n. biquet, chevreuil et loup, dit pop.
Compère Brocard. Ajoutons à Bosc le fr. Buse , Buse , en
a. Buzzart, l'a. Box, boîte, etc. Beaucoup de noms de
végétaux partent du celt. : quesne, chêne, en 1. Quercus,
du celt. Cuez, arbre, par excellence, le Velar de Vêler,
cresson, Brassica, chou, en bret. Bresic ; le Bunias, selon
Dioscoride, vient d'un mot celt. sign, mamelle, pour la
forme de sa racine; Vigne se disait Awid, en lat. Viiis; la
racine de Rubus , ronce est Rub , rouge ; l'Apium , l'ache ,
vient û'Apon ; Blitum , la Blite vient de Blith , fade ; Fes-
tuca, la Festuque, d'où le fr. Fétu, vient de Fest, aliment,
en a. Feed, nourrir, etc. Parmi les noms pop. celt, de
plantes , recueillis par Marcellus Empiricus : « Ab agres-
tibus et plebeiis remédia fortuita atque simplicia didici , »
il y en a qui entrent dans le patois n.; le Colocatonos
semble être le coquelicot , en n. cocolincaut et colinqueux,
mais plus rapproché de l'irl. Codlainean, pavot ; l'Odocos,
l'hièble, paraît être resté dans une plante différente, mais
comme celle-ci, difficile à extirper ,11a doqie , doclie, en a.
Dock, que d'ailleurs l'interpolateur de Dioscoride nomme
Aouxiove; (p. 474.) c'est \Q[Rumex patientia, la Patience,
mot corrompu de l'espèce Lapathium. Le papin est la
bouillie des enfans en N., en a. c'est Pap ; or, c'est aussi
ailleurs la bouillie de pavot, Papi, Papa, bouillie. Le
Gilarus de Dioscoride n'est pas sans analogie de son avec
I'arosse des N., en fr. Aroche, en a. Orach. M. du Méril
cite d'autres noms celt. : Baditis, le nénuphar, Bricum,
l'armoise, Gigarus, la renouée, Gilarus, le serpolet, deux
mots qui semblent faire double emploi, Halus, la con-
soude, Ratis, la -filicule', Visumarus, le melilot, [Essai
sur la form, dufr., p. ^^7.} et plus loin d'autres de même
orig., conservés par Dioscoride et son interpolateur : Albo-
gon, le pouliot (selon Nemnisch, en quelques pat. Albo-
lon), Anepsa, l'ellébore blanc, Belinuncia, la jusquiame
(consacrée au soleil, Belenus), Beliocandia, la millefeuille,
la Betilole, la bardane, etc.
BOUTER, frapper du bout, heurter; ce mot Bout est
un rad. primitif réclamé par le celt. Bod, le gr. BuOoç ou
BuTiov, qui est dans Curopalates, avec le sens d'extrémité,
et aussi par les langues germ. :
Et li boula
D'un de ses deis en mie le front.
(Guill de Sainl-Pair.)
— 100 —
BOXTER , frapper de la corne ; on dit metaph. « I boutte , »
comme en 1. : « Habet fenum in cornu , » de là l'a. Butt,
heurter de la tête; de là le fr. But, Boutade, Bouture, Bou-
toir, Boutis et Bouterolle. Le v. f. Bouter, mettre, est resté
dans Boute-en-train, etc., et dans l'a. Put, mettre, bouteuse
(l'Aigle) , l'ouvrière qui met les épingles sur les cartons.
Aboutir est aussi un dér., ainsi que Débouter (d'une de-
mande). ABOUTER, mettre bout à bout : « Aveir de la peine
à abouter, » équivaut au fr. unir les deux bouts de la
bourse, du budget, recette et dépense, ebouter, émousser,
briser le bout, rééduquer , s'émousser : « N'en est point ,
qui contre li nait rebouqui , » (Muse n.) n'ait perdu cou-
rage; dans une charte, IF. Buteor. rebouter, remettre les
membres, reboiteux, qui remet les fractures, de même en
V. f. : « Il ressort et ge rebout. » (R. de la Rose.) débouter,
tirer avec le bout, debouteux , outil pour pousser une che-
ville, un clou en dehors, embout, bouterolle, en v. f. Em-
bout, entonnoir (emboîter), buter, toucher par le bout :
« Le N., dit Nicot, bute à l'héritage d'un tel, ce que le fr.
dit Aboutit, » en b.-l. Abbotare, en a. Abut, confiner. L'a.
About sign, à bout, comme dans cet ex. de Johnson :
He has brought about his purpose , » il est venu à bout
de son projet, abuter, arriver à but. butieb, v. n. arrêter
court, d'où peut-être le f. Butte, susbout, debout : « Se
tenir sus bout. » « Susbout ! » crie-t-on aux animaux cou-
chés, comme le v. n. sus, debout : « Ne fîert Engleiz qui
sus remaigne. » (R. de Rou.) bououet , osselet . est peut-
être pour Bout d'os : à Villedieu mate , au Teilleul po^set
et ponette. m. Ch. de Beaurepaire a émis une et. pro-
bable pour la Bouille, près de Rouen : « Pourrait sign,
extrémité , comme semblerait l'indiquer Buticula et cette
citation de du Gange. V. Butus : « J. Noel marinier à la
Bouille du Kay de Rouen. » {Vie. de l'Eau, p. ^48.) Il y
a en N. la loc. : « Faire butte d'un bout, » c. à d. faire la
culbute, autre mol composé de But. buigraix, épi brisé.
BRAGUE, s. f. culotte, de Bracea, cité par Suétone
comme gaulois, (J. Cœsar) et d'où vint le nom de Gallia
braccata, ou Gaule narbonnaise, est resté en fr. Braie,
Brayette et Brayer. Ce dernier mot, en v. f., sign, culottes :
« Fors sa chemise et ses braiers. » (Best, divin.) Le n. pr.
Brayer est commun en N.; or, les Brayers étaient en v. f.
les fabricans de hauts de chausses, {Liv. des met. d'Et.
Boileau.) mais Briard sign, originaire de la Brie. En bret.
Bragez; de là braguier. culotter, débraguier, déculotter.
— loi —
eu fr. Debrailler. Dans la Muse n. l'écolier fout'tié dil :
« Me fail débreler quand je prends hoc pour hac. » bra-
GULTTE, petile braie : « Sans braguette un lansquenet. »
(01. Basselin, p. 206.) brayère, brellière, ce qui est sous
la braie : « Les garchons esprouvent leur brellière. »
{Muse n., p. /H 5.) En v, n. Braoel, dim. Debrailier suppose
le simple ; or, le GL n. cite brailler , s'habiller avec soin ,
litt. se braguer, se brayer. braie, filet, primit. en forme de
braie. Le n. bragies, quelquefois brégces, adonné l'a. Bree-
ches, ou plutôt ce dernier mot est celto-breton, en a. s. Brœc,
en V. a. Broc; un savant antiquaire écossais rattache le gaël.
Breacan, plaid, au Bracca gaulois. Il paraîtrait que les
Romains adoptèrent les braies , comme les zouaves ont
adopté la culotte arabe , car la colonne Trajane porte des
Romains braccati. La langue nautique possède Brague de
canon, Brague de gouvernail, en a. Breeching of a gun,
etc. To Brail (Brailler), carguer, trousser les voiles. Pour
désigner le banqueroutier, les N. ont trois mots de races
diverses : débragbié , celt., detchuloïté , lat., DÉHA^;^É ,
scand.
BRAY, en celt, marais', boue, usité dans la top. n.,
comme le pays de Bray, les trois comm. de Brai-la-Cam-
pagne, Brai-ia-Champagne, Brai-en-Cinglals, Folcmbray.
Osembray, Tinchebray, Vibraye (gué du marais), Brebeuf
(habit, du marais), Breval, Bremontier, en Bray, ou
moutier de Bray, en 1. Braium monasterium ; Brachi et
Braffais sortent peut-être de ce radical ; quant à Braiosc ,
Braisose , Briouse , c'est beaucoup plus probable , d'après
ce passage de D. Huet : « Du même mot (brai) est venu
l'adj. Braieux et Sources braieuses, comme ont parlé quel-
ques-uns de nos vieux écrivains pour dire sources bour-
beuses. » [Or. deCaen, p. 313.) Ce mot est le fr. Brai,
en 1. Brajum ; (Hariulphus. Chron. centulense , v. 19.)
Brea, en esp., sign, boue, en bret. Brae. Il y a sans
doute du rapport entre Bray et Bresse, vallée, que Ch.
Nodier a mis comme n. comm. dans son Supplément , et
qui est resté dans la Bresse, et qui semble exister dans les
noms n. : Brecey, Breci, la rivière de Braise, Brée, etc.
BOUERRI , BOCRRi, s. m. âne, bourrique, à Granville
BRI , de Buricus, cité par Vegèce et par Isid. de Seville :
« Mannus equus brevior est quem vulgô Buricum vo-
cant; » {Orig., t. xiii , p. ^.) en esp. Burro, âne, en
bas-1. Burra, d'où le fr. Bure, Bureau, Beurre. Bourrer,
— 102 —
Bourrelle , Bourrade , Bourreau ; le congénère 1. est Bur-
rhus, roux, le gr. lluppoç. Burra, bure, est dans VAnthol.
et les Gloses d'Abbon. (L. m.) On dit par sobr. les Bouris
d'Eturqueraie. On dit aussi en N. Bouerrique : « Saô
coume la bouerrique du diable ou de Robespierre. » Tour-
ner en bouerrique , c'est faire perdre la tète, bourricot ,
ânon. BouRRiERS , objets légers, poils et pailles, balayures :
« Je ne suis qu'un bourrier qui vole. » (Régnier. Sat.,
p. 315, édit. Jannet.) bolrlier , l'homme qui garnit les
harnais de bourre, bouerret, bourreau, en v. f. Barrel,
resté dans les noms pr. L'a. Bur désigne la bourre ou duvet
des plantes, spécialement la Bardane; l'a. Burl sign, éplu-
cher du drap , déchirer de la bourre , bourreler; on disait
aussi Bourrel en v. n. : « Pour salaire de bourrel , pour
ardoir un porc qui'avoit estranglé un enfant à Douvres. »
{Compte du bailli "de Caen en 1356.) boderelle, femme
cruelle. Le Mannus, bidet, cité plus haut, est un mot
d'or, gauloise, (V. Dubner, iVo to sur Horace.) mais n'a
pas laissé de trace en N.
BRAVE, paré', bien habillé, fier de sa parure, d'où est
venu le fr. Brave, par le rapport de la fierté et du courage ;
Brao a cette sign, en bret.; de même dans les autres
idiomes celt. : Brimv en kymri , Breagh en irl. et en gaël.
BRAVER, être bien habillé, êlre fier, braverie, pompe, faste,
en a. Bravenj, bravoure, bravement, splendidement : « S.
Jehan bravement acoustré. » (Entrée de Charles VIII à
Rouen.) Brave se disait même des edifices : « Estoient
portez moult braves leurs chapiteaux. » (Le Rocquez.)
« C'estoit un fort brave édifice ressemblant au théâtre de
Rome qu'on appelle Collysie. » (Floquet. Hist, du Pari,
de N., t. II, p. 332.) To brave est en ce sens dans Shakes-
peare : « Had it braved , » c. à d. « Made it splendid , »
selon un glossaire. Bravery, en v. a., est la braverie n.
Shakespeare parle ainsi de la splendeur du ciel dans
Hamlet : « This brave o'erhanging , this majestical air. »
En a. Brag, vantard , se rapproche du fr. Blague , vante-
rie. braver, v. n., faire le brave.
BREHAIN , BREHAiGNE, Stérile, en bret. Brechain, id.,
resté en fr. au fém. brehenine se dit de la perdrix qui n'a pas
pondu. Les éditeurs de la Concept. N.-D. donnent Brehain
comme usité en N. sur ce vers : « Ne doit pas homs
brehains ester. » (p. 14.) Ce mot a eu la forme Baraigne,
restée dans l'a. Barren, nu, stérile (sol.) : « La baraigne
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plusurs enfantad. » [L. des Rois, t. i, p. 2.) Brehaiii exis-
tait au H2e s. : « Ne doit pas bons brehains ester o ceux
qui pueent engenrer, » (Wace. Establ. de la Concept.,
p. U.) et G. de St-Pair citait : « Brefaigne, qui toz tens
fu terre brehaine, » ou « grifaine. » En berrich. Bragne ,
femme stérile. Quelques loc. n. renferment ce mot :Barenlon
(tonium, hauteur), Barentin. Le n. pr. Bregain est com.
dans l'Av. Cf. Bregin , filet à mailles courtes (brèves). Il y
a aussi des Bréhan en N.
BREN, excrément, résidu, en fr. Bran, son, et dans le fr.
pop. Bran de Judas, tache de rousseur, dite en n. brevette.
Pline tire ce mot du gaulois : « Galliœ suum genus farris
dedere quod illic brance vocant. » (L. iviii, p. 7.) 0. Vital
rattache bren à la même or. (L. in , p. 449.) La famille n.
de ce mot est embreaeb, et e.mbrenèquier, salir de bran : « A
grand peine estions-nous desembrenaiquais , » (Muse n.)
de même bersotiser, beraifiquer, mot de physionomie pic.
BERNIFICOTER , d'oÙ EMBERLIF i COTER , ERENEl'X , Sale , BRE^ÈCHE
(Orne), petite ordure, contr. en uriche. d'où le terme inju-
rieux de « Cuisinière de briche. » bre.^é , marqué de taches
de rousseur, brenette , tache de rousseur, brenette , s. f.
breuvage de son, ainsi que beenée, qui sign, encore mé-
lange d'orge et d'avoine semé au printemps, bri.nette,
farine de féverolles. De Bren dérive le fr. Brin , auquel se
rattache le n. brinhe et brindille, branchette, et bringue,
fragment : « Mettre en bringues, » briser; de même en
berrichon. L'a. Bramble, ronce, se rapproche de Brindille.
Il serait possible que la famille de bray et celle de bren ,
fussent identiques. La Brenne, en Berry, est la région des
marais.
BRENNE. mamelle d'animal, spécialement de truie, en
bret. Brennid et Bronn, en Bray brongnes , tettes de la
truie , ou coche en n. ; à Guern. brodînes , mamelons ; en
v. f. Brenes, Broignes, tettes de lice, et se dit encore en
vénerie. (V. la Vénerie n. de M. Le Masson.) breivnu, ma-
melu, mamelonné, traie, truie, s'appelait Scrofa, d'où le
fr. Scrophule ; il était devenu Croffa en n. : « Quœdam
croffa portabat unum puerum apud Listreyum. » [Reg. des
amendes de Cerisy, f. ^4.) V. fresciague aux or. scand.
La famille de bremse n'est peut-être pas sans rapport avec
celle de Bren.
BRETTE, femme de Bretagne; Louis XII appelait Anne
de Bretagne: « Sa brette moult adorée. » brette, coiffe bret. ,
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comme on dit une pïcakde, une bourgogne, brette se disait
comme simple adj.: il y avait à Pontorson les Tours brettes,
celles qui étaient vers la Bretagne. Breton devient bertoa :
fi Le flieu (fléau) berton est pu large que le flieu n. » Le v.
f. avait Bret : « E Rei bret l'apelèrent. » (R. de Rou.) C'est
le Breiz armor, qui se disait en v. n. : « Pesait que li Brcz
sen vantast. » (R. de Rou, v. -14698.) Le fr. Brette, d'où
Bretteur, Brettailier, sign, une arme tranchante venue de
Bret. Aussi en v. f. Breton sign, brigand, routier et second
dans un duel. On rapporte à cette orig. le v. f. Bretèche,
tour crénelée , qui a laissé en fr. le terme héraldique Bre-
lessé, mais qui subsiste dans la top., la Bretèche près Av.,
la Bretcque près Rouen : « La bretèque de la Gauchie. »
{Enquête de Caen , ^3c s.) « Operationibus de pontibus et
breticis. » Il existait en v. a, Britage, « a parapet; » (Ual-
liwelVs Diet.) ainsi que dans Britaged et Bretexed, crénelé.
(Ibid.) (1198.) En a. British, américanisé en Britisher; à
Jersey buitiche (sou), différent du sou jersiais. Le fr. Bret-
telle pourrait venir de Bret; il se contr. en n., brelle, bri-
cole pour les chevaux. Nous avons en N. beaucoup de loc.
en Brette: Bretleville, Brettefay {fau, hêtre) : il y a à Brette-
ville-en-Saire , près du hameau de Brettefay, une galerie
druidique, bretoniser, (Val.) remuer un tonneau sur lui-
même; en V. f. Bretonner sign, piller comme faisaient les
Bretons : « Les Angloys furent mal payez, par quoy furent
plus abandonnez à prendre et bretonner sur le peuple. »
(Chron. de N.) En esp. on dit : « A la bretonna, » d'un
arrimage particulier. On dit qu'une futaille est arrimée
en breton , lorsque son arc est perpendiculaire à la lon-
gueur du vaisseau. L'amiral Navarette dit que tout objet
placé le long du bord est mis à la bretonne , en esp. abre-
tonado. (V. Jal. Gloss, naut.) bretonkeac, « turbot en
n. » dit de l'AuInaye; {Gloss, de Rabelais.) en a. Bret. Un
mot usité au Teilleul, frontière bretonne, est BiiESSiEU,
billot de bois ébauché : << De la charretée de bressieux .
pelles, lattes, fûts de bât. » {Tarif de Bay., -13e s.) V.sur
l'antipathie des Bretons contre les N., qu'ils appellent Gallo,
Vlntr. p. 373, et ceux-ci disent : « 99 Bertons et un cochon
cha fait chent. » Les N. appellent encore les Bretons Lani-
gouce, de leur danse nationale , dont le refrain est Lani-
gous (la vieille, lan coz). Il y avait au salon de -1857 un
joueur de biniou dansant la Nigouce , par Le Bourg. Le
N. raille encore le Breton en l'appelant : « N'entends
qet , » je n'entends pas , à cause de son ignorance du fr.
— 105 —
Il imite plaisamment son langage en appelant l'argent ;
a De la lous, » c. à d. Gouz, argent, en bret. Il y a aussi
en Angleterre un type de Français ridicule, nommé Mon-
sieur n'entends pas.
BREUIL , en bas-1. Brogilus , bois , broussaillc , de
BrogsB , champ , qu'on trouve dans le Scholiaste de Juve-
nal, comme gaulois, (p. 347.) sans doute le même que
Brocus , cité dans le Gcsta abbatum fontancllensium ,
(il, 50.) se conserve dans une multitude de noms locaux,
tels que Broglie, Broil, Brogue, Bro, Bréel, Brée , pour
la plupart avec l'art.; en v. f. Bréle, forêt; il y a la Bresle,
riv. de H.-N., Bréel en Mesnil-Hubert (Orne) , la Broise,
Broiselle : « Brolium juxta Meduntam, » Broville, et peut-
être Bruis, nom prim, de Brix, près Cherb. Broil, bois,
se disait aussi en v, f. : « El val de Josaphat y est un broil
foillu. » (Alex, de Bernay.) broil, bois, est cité comme
encore usité dans le Gloss, n. bredil , breu , s. m. pièce de
bois qui tient l'essieu fixé, breuiller (un essieu) , le munir
d'un breuil. debreuiller, tirer le breuil ; à Al. brediller est
pris dans le sens pr., rôder dans les bois ; Brogilus est dans
le Capitul. de Villis : « Lucos quos vulgus brogilos vocat. »
C'est le Broglio it. d'où nous avons tiré Imbroglio , et
le verbe Embrouiller. Un texte, cité par MM. duMéril,
(Diet, de pat. n.) prouve pour Brogilus que la manie
des et. grecques est antérieure à la Renaissance : « Intér-
rogavit si vos perivolia (TCptêo);iov) haberctis. L'a. a con-
servé ce mot dans sa pureté, Brog, champ ; de là est venu
l'a. Brogue, jargon de paysan, patois, spécialement le
Brogue irl. Ce mot sign, encore sabot, chaussure des bois
et gros soulier; en gaël. Brog, soulier, c'est la chaussure
des Highlanders; le gros soulier n. s'appelle aussi broqcin,
BRosQuiiv, d'où le fr. Brodequin ; en holl. Brosequen, en a.
Buskin, brocbe , s. f. groupe d'arbres forestiers. r,RO-
CAR1, chevreuil, brocqer, (Gloss, n.) traverser les bois,
en V. f. Broccr, d'où sans doute Berser, chasser. Le Brog
celt, entre dans le nom d'une principauté bretonne, le
Broveroc'h, litt. champs de Waroch, chef breton du 6e s.
En bret, Broh, blaireau, en a. Brock, de Brog ou de son
grognement; c'est aussi d'une on. que dérive le v. n.
Brohon, ours : « Li gainuns enchaenez e brohuns, » (R. de
Rou.) encore n. pr. fréquent en B.-N., et que Pluquet, sur
ce vers, tire du bret. et du gall. Broch et Broh, féroce,
sauvage. V. brod , brousse et bbière qui ne sont sans doute
que des formes du même radical.
T. I. 14*
— ^06 —
BRIÈRE , bruyère , en a. Briar, ronce , en armor.
Bruk , bruyère , forme dure du Brog précédent , en 1.
Bruscus, cité comme gaulois par Adelung, (Pertz, n, 279.)
d'où est resté le nom du fragon, Ruscus, en n. houx-frélon.
En n. BRIOCHE, (M.) bruyère; à Guern., brousse, bruyère.
Le n. BRIÈRE se disait en lat. : « In brieriis et landis in
foresta de Guoffer prope Falesiam ; » la forme Bruhairez ,
bruyères, est dans le R. du Mt-St-M., v. 733, et son syn.
était le lat. classique Mirica : « Decimam miricarum...
minutas décimas, scil. miricarum. » (^24S.) Une s'applique
plus qu'au Mirica gale, le Sweet gale des Ecossais. Brusc,
en prov., sign, l'ajonc épineux, en v. f. Bruqueux, cou-
vert de bruyères : « Ord pays et bruqueux. » (Froissart.)
Or, dans leur langue, en irl. et en armor., Bre et Bri sign,
eminence. Ce radical Bruk semble exister dans les loc.
Brucheville, Bruquedalle, Brucourt, Brumare, Brix, (Bru-
cius) que lui dispute cependant Bruge, pont. V. brige.
Le Diet. d'Halliwell cite en v. a. Brire, bruyère, et le
Gloss, n., BREHOLiÊRE, qu'il faut sans doute écrire Briolicre,
et qui sign, à Lis. une mauvaise bruyère. De Bruk et de
Brogue dérive le fr. Broc , grand vase de bois , le n. broc ,
BRo , broche et fourche de fer. embroquier , embrocher ;
En v. f. Abrocher, éperonner, en a. Broach, broquette,
petite broche et membre viril. Les gibets étaient générale-
ment placés près des villes sur des terrains incultes ,
landes, bruyères, ainsi près de Val., la Lande du gibet,
près de M., la Brieve de la Justice, près de Saint-Hélier ,
le Mont patibulaire, près de Caen, Terra perditorum et
le fief de la Terra gaiole (geôle).
BROUSSE est la forme douce des radicaux précédens ;
très-usité en v.f., ce mot n'a laissé de trace que dans Brosse,
Brossin , loupe végétale , et le dim. Brousaille , et en N. il
existe dans les innombrables noms top.. Brousses, Brous-
series, etc., et dans brousse, (Av.) s. m. lin ou chanvre que
l'on arrache, broussetille, brindille, broussette, boursette,
en f. Mâche , brousses , s. f. pi. bois taillis , bro , brou ,
bro-de-inoix , liqueur faite de l'écorce de la grosse noix,
BRÔTER, en V. f. Broster, brouter (terme sans doute on.
V, BROTER aux orig. on., en armor. Brousfa, en irl. Brous),
BROU, feuillage qu'on eruce, qu'on arrache à rebours, brou,
en Bray, le gui. Le fr. Brindille , Brin , est peut-être de
cette famille; cependant, dans beaucoup de patois, Brande
sign, lande , broussaille. Le n. emploie brin comme signe
de nég. : « Ne crains brin, » (Musen.) ainsi que miette.
— ^07 —
liRiNGE , rameau , d'où semble venir le fr. Branche , se dit
à Vire , selon MM. du Méril , ( Diet, de pat. n. ) avec
BRiNGER , fustiger ; Bringe existait en v. f. Composé de
Brousse et de Col, chou, est le bret. Brouskaol, (lilt,
branche de chou) brocoli, en n. rricoll^. Feuille de chou,
en v. n., était pris comme sign, d'atténuation, comme
Brin , ci-dessus : « Je me mespiz com une fuille de col. »
(R. de Rou.) Du Col breton vient le fr. Chou, le Caivli-
flower, giroflée, de l'a., le n. cbolet , espèce de petits
choux : « Chelets et naveaux ne doibvent rien. » (Tarif
de Bay.) Le lat. Brassica, chou , est le bret. Bresic. Kail-
garth, jardin potager, cité dans Halliivell's Diet., sign,
jardin à chou , et ce kail est resté dans le chou marin ,
Sea-cale. Le Col bret. existe dans le fr. Colza, en flam.
Colzaad, graine de chou, où l'on voit l'a. Seed, semence.
BRIGE , pont, cité dans les Gloses de Vienne, (i , 779.)
et Briva dans du Cange et de Valois, (Notitia Gall., -100.)
et quelquefois Bria , Brio , ne se sont conservés en N. que
dans la topographie: Briovère , ou pont sur la rivière (la
Vire), est l'ancien nom de Saint-Lo; Breviodurum , litt.
pont-de-l'eau , est , croit-on , Brionne ou Pont-Audemer ,
passage de la voie rom. de Juliobona (Lillebonne), à No-
viomagus (Lisieux); Pontoise était Briva ad Isaram;
Amiens semble être Samarobriva, pont sur la Sambre,
devenue Somme. Dans les Brive , il y a encore Brevands ,
passage sur le Vey , composé de Vand , eau , en danois ,
d'où la rivière la Vandelée (Manche). On peut citer, d'a-
près M. du Méril et d'après D. Huet , {Orig. de Caen ,
296.) Bricquebec (pont du ruisseau), pour le peuple Bri-
guebec , Bricqueville , pour le peuple Brigueville, Bruque-
mont, Bruqueville, Brucheville, passage sur le Vey, Bru-
court, Brumare (pont de l'étang) , Bruquedale (de la val-
lée), Bricquebost (du bois); cette double forme concorde
avec le v. f. Brige et Bruge, pont; c'est l'a. Bridge: ainsi
Cambrige sign, pont sur le Cam (de Cambe, vallée),
comme la riv. d'Alençon la Briante, sign, pont sur la
rivière. C'est aussi le Bnick ail. Comme les gués ont pré-
cédé les ponts , ce rad. a cettte double sign. Les loc. en
Pont sont du moyen-âge ; elles surabondent en N. avec le
nom du constructeur pour suffixe , Pontorson , Pont-
l'Abbé , Pont-Audemer (Aldemar) ; les noms prim, sont
tirés de la nature et impersonnels; la philologie montre
ici le développement de la personnalité. V. brogue. Bru
se dit en isl. pour pont. (V. M. du Méril. Mélanges arch.,
— -JOS —
H 33.) Le celt. Briga est donné comme sign, réunion
d'hommes , d'où le fr. Brigand , Brigade , Brigandine ,
Brigantin. En v. f. Bricon, coquin : « Blasmcz e tenu por
bricon, » (/?. de Rou, v. /H 84.) qui devient briche dans la
Muse n. de Petit : « Leisse-mey là . briche . » d'où briche,
terme d'injure, usité dans cette loc. citée par MM. du
Méril : « Cuisinière de briche, que fais-tu là? de la
briche. » d'où brioche, maladresse. Bricon, mauvais sujet,
vient de l'it. Bricone, comme de cette langue vient le nom
de navire, Brigantin , en v. f. Brigandin : « A l'entrée du
Havre mettrons nos petits vaisseaux armés qu'on appelle
Brigandins, » (Froissart. Chron., iy, ^5.) briscot, canard
(Mortain), est peut-être , selon MM. du Méril, une cor-
ruption du V. f. Briquet, sot. En Bray bricoler, aller de
côté et d'autres comme les brigands, brigander, faire le
brigandage, brigakd , (Av.) Vendéen : « Ma mère fut une
brigande. (V. Hugo. Préf. des Feuilles d'aut.) M^^ de la
Rochejaquelein explique l'orig. de ce mot : « Cet accoutre-
ment, les vestes et les pantalons leur donnaient tout-à-fait
la tournure de brigands, comme les républicains les appe-
laient. » {Mém., VIII, ^47.) De Brigand vient l'a. Prig,
voleur, faquin, bbicolique, débris, ramas, mauvais meu-
bles, semblerait se. rattacher à bricoler; c'est plutôt un
term. on. d'objets brisés, comme Bric-à-brac; on dit:
« Manger ses bricoliques et même ses bucoliques, c. à d.
son mobilier , autrement son baza , son bataclan, brigan-
dine , (Av.) planche mince. Quant aux paysans gaulois
révoltés, les Bagaudes, leur nom sign, troupe: Bagott,
en gall, multitude; Bagueh, combattre, en erse.
BRINGE , BBiNDÉ , brindelé, en a. Brinded et Brindkd,
tacheté , rouge et noir , en parlant des bêtes ovines ; à
Jersey bringi , à Val. brindi , d'où bringcet , jeune bœuf.
(V. Intr., p. 290.) « Man vremail , man bringue , » chant
de la Bresse , peut-être de l'arm. Briz , bigarré , la racine
du mot Breton, litt. l'homme peint, tatoué, que les Rom.
traduisaient par Picte. V. l'art. Breton , auquel il faudrait
rattacher celui-ci. brindi est un des noms pr. des bœufs ,
comme moisi, blanc et noir; tiré du caractère, c'est joli,
en son vieux sens, gai; roulo, cadet, ou d'un nom de
foire, folligney, ou de la forme, basse-cône, etc.
BRUCHET, os de la gorge, dit pomme d'adam, et, dans
les oiseaux, l'os saillant de l'estomac, le fr. Bréchet, du
bret. Bruched, estomac, en gall. Braighead, en irl. Bra-
ghad, en pat. guern. bruqiet et brichet. Dans Rabelais
— ^09 —
Brcchct, l'os fourchu de la poitrine. On dit •: « Fouler sus
rbruchet , » serrer la gorge ; c'est l'a. Brisket et Briskct-
bone; il est probable que l'a. Breast est de cette famille.
Sa l'orme en v. f., Brichet , donne l'ét. de Sobriquet, en
n. souriaiQiET, comme en v. f.; c'est primit. un coup sous
le menton : « Percussil super mentonem faciendo dictum
le soubriquet; » (Acte de 1335. Ap. Archives du Nord de
la Fr., III, 35.) et d'après un autre de ^398 : « Donna
deux petits coups appelés soubzbriquets des dois de la
main sous le menton. » V.. pour les sobriquets n., irnssirn
et le Blason pop. de N.
c
CABIN , buffet, cabiinet , petite armoire , en a. Cabinet,
secrétaire , congénère du fr. Cabane , Cabine , Cabaret ,
Cabanon, Cabas, Cabasset, Cahutle, du celt., selon Isid.
de Seville : « Hanc rustici capannam vocant. » {Orig.,
XV, ^2.) Caborde était aussi le nom de la hutte gauloise :
« On a reconnu des cabordes à Alaise, et leurs restes s'ac-
cordent avec ce qu'ont dit les anciens de ces habitations. »
(Rev. des Soc. sav., août 1859.) En a. Cabin, cabane. Ce
sont des dérivés de la racine cay, creux ; aussi "V. ce mot aux
Orig. lat., ainsi que cap aux Orig. celt., qui n'est peut-être
que le même radical. En argot Caber'mont, cabaret.
CAGNARD, réchaud, brasero, comme en v. f., du
celt, et osque Casnar, vieillard. (Varron. Quintilien.) De
là le fr. Cagnard, Cagnardise, Cagnarder, Cagneux, lilt,
aux jambes de vieillard. La mort, représentée sous les
traits d'un vieillard, est quelquefois dite Cagnolle : « Je
veux que la cagnolle me pisse rompre. » {Bluse n., p. 34.)
En pic. Cagnon, vieillard. En v. a. Cagnard sign, coquin.
(HalliwelVs Diet.) cagnard , tendelet sur un navire.
CAIENNE , s. f. du bret. Ké, enclos, d'où le v. f. Kai,
quai, (Froissart.) le fr. Quai, levée de terre sur le rivage,
en a. Quaxj, sign, à Cherb. l'enceinte de l'arsenal , dit de
la Caienne; c'est le dim. des précédens. Il existait en v. f. :
« Iceulx Flamens marchans ne povoit venir au hable qui
estoit clos, et aussi pour cause du guet qui estoit sur les
murs et sur les caennes. » (^378. Ap. D. Carpeniier.
Vo Caij.) Jal dit « que des maisons dans les ports où l'on
prépare la nourriture des marins s'appellent Coqueries et
Cayennes , et que ce nom se dit aussi de la caserne des
matelots. » (Gloss, nautique.) C'est l'ét. de Cayenne, des
Cayes , en Amérique.
— no —
CANNE, crdche; ce mot en ce sens existe en irl. Kanna,
et se trouve dans les Gloses galloises du 12« s., (Reliq.
antiq., i, 93.) dérivé d'un primitif qui sign, tuyau, objet
tubulaire , d'où le gr. Kawa, roseau, en fr. Canne, comme
le Canna lat. : Canna-gutturis , ap. Aulu-Gelle, trachée-
artère, d'oii Cannabis, chanvre, en gr. KawaSoç, Canalis,
tube et canal, Cannalis, (Isid.) cannelure, Canistrum, en
gr. xavaarpov , corbeille faite de roseaux , etc. De là la
famille fr. Canne, Canal, Canette, Cannevas (cannabis) ,
Cannelle , Cannelon , Cannelure , Canon , Canule , etc. La
famille n. est canne, cruche, en a. Can, id. cannée, cru-
chéc : « Nostre vin ils ont bu à cannées. » (Muse n. Les
Lansquenets.) On trouve Chane dans le Liv. des Rois :
« Pots chanes et pichers, » en v. n. Chanée. V. le R. du Mt-
St-M., dîi l'éditeur en son Glossaire a marqué ce mot du
signe de l'inconnu. Le fr. populaire Canon, cruchon, verre :
« Boire un canon sur le comptoir. » chanette , s. f. vase
allongé pour le miel, eenail , canal , en a. Kennel et Chan-
7iel; l'a. Gun, canon , est une forme du mot fr., s'il n'est
la syll. forte du v. f. Mangon, resté en N. dans les n. pr.,
en v. a. Gon. cannepétoire et cANNErÉxiÈRE, espèce de sar-
bacane en sureau, cannibotte , tige sèche de chanvre et de
toute plante fistuleuse. caninebotte et caille botte , l'obier,
boule de neige, cankivière, chanvrière : « Ch'est coume la
canivière au diable, le mâle et la fumelle n'en valent rien, »
prov.de Bay. sur un mauvais ménage; à Guern., cannivê.
cannecis, canneberge, fruit du myrtile. canot, petit panier en
roseau, comme le l. Canistra, en a. Canmj, couvert de ro-
seaux. CANNETTE , petite tige sur laquelle on roule le fil : de
là CANNETTE, objct Toud sur lequel on dévide, d'où cannette
et CAN1QUE , petite bille de marbre , si ce mot ne vient de
Canus , blanc ; les enfants appellent les caniques blanches
MALBRESSEs (dc marbre), kennelle, canelle, comme en v.
n. : « Gengivre, girofle, quenele, vermelon. » (Coût, de la
Vie. de l'Eau.) becanette , s. f. robinet , litt. cannette à
bec. FANAIL , sans doute pour canal, gosier : « Se réchauf-
fer le fanail d'un coup de chenic. »
CAP , CAB , tête , radical spécialement latin , et qui n'est
pas tout-à-fait étranger au celt, où l'arm. Kab sign, extré-
mité , bout, où le kymri Cap et le gael. Ceap sign. cap.
(M. du Méril. Essai, p. 39.) Le n. tire beaucoup de mots
de ce radical : cabot , s. m. grosse tête, d'où le sobr. les
Cabots de Bueil. cabot , chabot , le rouget, cabot , l'agros-
tème des blés, cabot , s. m. javelle debout , la tête dres-
— M I —
sôe, cAiioT. espèce de mesure de grains : « /Vveir la têlc
grosse coume un cabot. » de là Cabot, petit bateau, d'où
Caboter, Cabotage, cabot, têtard, cabot, mulon de foin.
CABOCHE, grosse tète, tête dure, d'où CAroceuiD, en Bray,
entête. CABOCHIEE, bosseler la tête : « Je me heurtai la
caboche et le pié. » ( Régnier. Sat. xi.) cabasser , cabosser,
(Av.) se faire des bosses à la tête : « Les bergiers me ca-
bassent. » {Pathelin, 75.) caiîoche, s. f. clou à grosse
tête, et vieux clou dont il ne reste que la tête, cauoche,
chou-pomme, en a. Cabbage, chou, en fr. Chou-cabus.
CABoiJRET , s. m. féverolle. cabstan , cabestan , en a. Caps-
tan, en isl. Capstern, litt. tête de poupe, en arm. Cabesir,
en gael. Cabstar. Le radical Cab existe en fr. dans Cabus,
Cabillaud , Cabasset , Cabochon ; la forme Cap , plus spé-
ciale au lat, engendre en fr. Cap, en a. Cape, Caparaçon,
Cape, Capeline, Chapeau, Chef, en a. CMef, Capitaine,
en n. maritime captai>e, en a. Captain, Capelan, d'où
le n. CAPELANIER, (T.-N.) bateau pour le capelan, avec un
filet dit SALEBARBE , ctc. Le n. rattache à ce radical capet ,
cAPiAu, chapeau, copet, coupet, sommet, en a. Cop, cime,
et Top, id. cAPET-TAGivETJx, S. m. la bardane, fleur en capi-
tule, qui s'attache aux cheveux comme la teigne, cattiole,
(Av.) coiffe à barbe flottante, pourCapiole, petite cape,
en a. Cap, coiffe, casquette, capichin, capucin, en a. Ca-
puchin, et Capuched , encapuchonné, en v. a. Capouch,
capuchon , et carapoice est le bonnet des pêcheurs du
Mt-St-M. CAPET , dans le sens ancien d'ornement de tête ,
en v. f. CJiapel , existe en n. dans le prov. : « Le maîte
tcheu (chez) li met sen capet à la lessive. » caper (se), se
cacher, se mettre sous cape, peut-être l'ét. d'ÉcAPER,
échapper, cap-et-qdece , (Gr.) sign, le poisson tout entier.
DÉCAPITER (se), selon L. du Bois, se dépiter, perdre la têle.
A la forme Chap, qui donne le fr. Chape , Chapeau , Cha-
pelle, Chapeler, Chaperon, etc., le n. rattache chaper,
aller et revenir, comme les porte-chapes, chapet, chapiau,
chapeau : il y avait à Saint-Lo la confrérie de Saint-Jean
aux chapiaux, (Dubosc, sur Aigneaux, Mém. de St-Lo.)
et GRANDS CHAPIAUX cst le nom pop. des Frères de la doctrine
chrét. CHAPITREAC, (Av.) porche d'église, en Berry Chapi-
tiau, non pas de chapiteau, comme le dit M. Jaubert,
(Voc. du Centre.) mais le dim. de chapitre ; c'est là qu'on
délibérait au moyen-âge. Toutefois en v. a. on disait Cha-
pitrel, chapiteau. A la forme Che, qui forme le fr. Chef,
Chefecier . Chevet , Chevance , Chevêtre (capistrum) , d'où
— 112 —
Enchevêtrer, Cheville, Cheveu , etc., le n. rapporte cnEViii
(se), se rendre maitre, qui a vieiUi en fr., cheva'jnk, (Coût.)
poisson, le meunier, en a. Chiven, cabilleau , gievètue,
forme de chevêtre , cité par MM. du Mcril , comme partie
d'un mouton de pressoir, dechevelé, échevelé, en v. a.
Dischevelled , (Halliwell's Diet.) gievet , chevet, en v. n.
Quevechel, traversin. En n. chef de ville, sign, principal
village, et se pron. tchu-d'ville, et tête de pont dans Chef-
du-Punt, commune de la Manche; Chefresne, ibid., sign.,
selon M. de Gerville, source de la rivière, de la Sienne;
à Bay. rue du Chief-de-Ville, c. à d. de l'entrée; dans
Wace : « El chief d'une vallée; » Chef-de-Caux-Sainte-
Adresse, en v. n. Kidecaus; Chef-de-l'Eau, arrondissement
de Rouen ; de Chef dérive le fr. Achever , conduire à fin ,
se chevir, d'où le v. f. Bonchef, succès, et RIeschef, insuc-
cès, en a. Mischief. Il y a à Angoville une chapelle de
Gratte-Chef.
CARA, cet élément semble sign, tête, comme le gr.
xapa, et entre dans Caracalla, manteau gaulois à capu-
chon (CarachallamJi) , qui fut le surnom d'un empereur
romain; Tabar était le manteau simple, cabafocce, grande
casquette qui couvre la nuque , mot usité sur les bords de
la baie du Mt-St-M. Cf. le fr. Carapace, caracot, (Gr.)
justaucorps de femme, cahmoignole, carmagnole. L'esp.
Caracol, limaçon, d'où le fr. escalier en caracol, d'où
Caracoler , lilt, se replier sur soi , n'est peut-être pas
étranger à cette idée de vêtement , de capuchon ; en n. ca-
racot, petit cheval, carrique, s. m. grand manteau. A Val.
au jeu de la Bonne femme caricaca, celui qui la représente
a les yeux bandés ou la tête couverte , et devine combien
on présente de doigts : a La bouenne femme Caricaca,
combiin qu'y a d' dés là? » caliborgjnon , (Val.) borgne, à
tête voilée, caliboniat (à), les yeux bandes ou la tête voi-
lée. CARABAS, (Bay.) lourde voiture, en b.-l. Carabaga,
machine de guerre : « Fecit approximare carabagas qui
jaciebant lapides; » (Martenne, Thés, ii.) de là caius. ber-
ger , parcequ'il traîne avec lui une petite hutte roulante ,
et comme on dit en N. : « Prêtres et bergiers sont sor-
ciers , » cARAS sign, sorcier, galipette, s. f. bonnet.
(Ch. Deslys, \q Mcsnil aubois.) Cf. Carimara de l'argot,
guenille.
CAR, rad. celt, qui sign, rouge et forme Carotte, Ga-
rance. Carmin, et se trouve dans le 1. Caro, chair. Le
— H 3 —
n. ajoute à Carotte : cauotter (du beurre), le rougir avec le
suc de carotte, et carotter, d'ailleurs fr. pop., duper; on dit
encore : « Tirer une carotte. » c'est l'analogue de l'it, Pian-
tar carote, dont le sens lit. conduit à l'idéee de séduction.
cAROTTEim, faiseur de dupes; en a. Carroty, brun-roux; en
N. on appelle les cheveux rouges : « Poil de carotte ; » on
appelle encore carotïier, celui qui joue petit jeu, ou une
joiîETTE. Quant à Garence, on le trouve sous la forme
Warance : « Mesurage des guèdes , cendrez , vaude et
warence , » (Arch. mun. de Rouen.) et dans le capitulaire
de Villis : « Waisda, vermicula, warentia, etc. » Il y avait
des Garcncièrcs en N., d'après quelques noms top.; on
pourrait aussi trouver des Gaudières , Guedières ou Vai-
dières . souvenir des cultures de guède et de gaude. Le n.
corRBoi , terre argileuse rougeâtre , en bret. Konrrez et
Courrez , terre glaise , qui se dit d'ailleurs dans le langage
scientifique, est usité dans l'arrond. de Mortain, où St-Jean-
du-Corail garde ce mot, comme dans l'Av., St-Jean-du-
Corail des Bois.
CARN, pierre, en celt., entre dans les noms de localités
remarquables par leur sol pierreux ou par des monumcns
druidiques, comme Carnac [ac, rivière), en Bret., Karnak
en Egypte, et en N. Carneville, où il y avait plusieurs
menhirs et dolmens. Carnet, Carneille; il y a, dans la
Seine-et-Oise, la forêt de Camel, où est le mon. druidique,
dit Pierre Turquaise , mot syn. de Sarrasin. C'est le Cairn
de l'Angl., de l'Irl., comme Crewkern (Dorset); les Cairns
sont des cercles de pierres, de vieux châteaux; on trouve
Caern avec le sens de ville dans la composition , comme
dans Caernarvon , la ville de l'eau , syn. de Carnac. Dans
le Northumb. Kairn. sign, une pierre funéraire sur une
hauteur. (HalliwelVs Diet.) Guernesey semble offrir cet
élément, Cairn-See, mont sur l'eau : sa ville est très-élevée.
Carnes sign, collines sacrées. Wace a donné l'ét. de York
dans le R. de Rov, v. D^83 :
E Verwic oui non Ebrawe,
Ki primes fu kaer-Ebraw.
Et Caer-Eden est l'ancien nom d'Edimbourg. V. eu Galles,
Cardigan, Cardiff, Caermarthen, Caerpilly, Caerleon. Le
Cairn , avec la pron. anglo-n. est devenu Cain , comme le
Mont à la Caine, près de Cherb., comme la Caine, arron-
dissement de Caen, Cainet, ibid., Cagni , ibid., peut-être
Caban, Cahagnes, Cahagnolles, Cnni, Cannehan, Canon,
T. I. 15"
— H4 —
Cauouville, Cauville, Cliagiii , Chahains, Chaigncs, Chai-
gnolles. Une autre forme est Kejn, arete, dos de mon-
tagnes : « dont nos ancêtres ont fait Cevcnnes , écrit Cefn
dans le Diet, kymri de Davies , Chevin dans le Britannia
de Cambeen , Cheim , en comique , Kefn dans les anciens
livres armo., et dans la langue usuelle en Bretagne on
pron. Kein. n (M. du Méril. Essai sur la form, du fr.
^24.) Cevenne, dans le pat. du Jura, sign, une hauteur.
Le Caer anglais et irl., le Ker bret. sign, ville, est commun
aux marches bret. sous forme de Guer , comme Baguer-
Pican et Baguer-Morvan (^van, hauteur, et mor, mer),
(arrond. de Dol.) et Carfantin, ibid., litt. la ville de la
fontaine. En N. cet élément devient Car , comme Caren-
tan, pop. Querente, le Carbec, ruisseau du village, hybride
celto-scand.; il y a aussi le Kerbec, près le Theil; il y a
Quéron, près de St-Pair, et Cairon, près de Creuilly. Il
y a Caer, arrond. d'Evreux, Carville, pléonasme celto-latin,
Caervilla au J2e s. Ce mot s'adoucit en Cer dans Cérences,
Cerisy (ville sur Sée, rivière : la Seule et l'EUe), Cercueils,
Cerqueux , Cherencé , sur la Sée , les Chéris . Cheron ; il
se métathèse comme dans Créances, Crêpons, Cresserons.
CAT, chat, CATTE, chatte, appartient à plusieurs familles
de langues, en bret. Qaz, en 1. Cattus, dont Catulus est
le dim., en goth. Kalta, en a. Cat. On dit des personnes
expérimentées qu'on veut tromper : « N'faùt pas traînai
fétu d'vant vuus cat. » Les Anglais disent : « Qu'un chat
regarde bien un roi , » et les N. : « Qu'un chien regarde
bien un évoque ; » d'un petit objet à diviser entre plusieurs,
on dit : « Ch'est eune soueris pouer chinq cats ; » on dit :
« Amouereuse coume une catte. » De là le fr. Catin , s'il
n'est l'abr. de Catherine. Il y a à Rouen la rue du Cat
rouge. La famille n. de ce mot est très-nombreuse : ca-
TAUD, sournois; catis, id., en v. f. Cateux, rusé; catefust
(Vire), souricière, litt. chat de bois, anal, au pic. Cat en
bos; cATEFiSTÉ (Bray), prudent, litt. qui a été pris au
piège ; catmarin, le plongeon ; catiner, caresser comme un
chat; CATIKER (se), se recoquiller, baisser les oreilles; catir
et SE CATIR , se blottir ; cato^jner , chatter , en a. To kitten,
id.; GATONS (à), à plat ventre, aller à catimiim, id.; catune,
(Bay.) sourcil, cil; catcner, jouer de l'œil, comme le
chat; cATouiLLiER, chatouiller, litt. flatter, gratter un chat,
en a. Trickle; caton, petit chat, en a. Kitten; catons ,
chatons des arbres, en pat. a. Chats, en a. Catkins; cade-
LER, choyer comme un petit chat; cat-huant. chat-huant .
— Ho —
duns I'Av. ceouA.N : « Le nez camus ainchin qu'un cahouen.»
(Mîisc n.) Se catir se disait en v. f. : « Ele se quatil de lès
l'un des piliers. » (Aucassin et Nicolcte.) Le fr. a gardé la
l'orme dure ou n. dans Cataire, Catimini, Catir, lustrer
une étoffe, la lisser comme une peau de chat. Le nom
cyclique était d'orig. germ., T\bert{Dieprecht, bon voleur);
il y a en N. beaucoup de Tibert , Tiberge , Teberge , et le
nom cyclique du blaireau , Grimbert (béte fauve) est re-
présenté par les n. pr. Grimbert , Gibert , Gibierge. (V. du
Méril, Fable Esopique, ^05.) Il y a aussi des Pelchat ,
Pelcat, L'expression a. de Tomcat, un chat, opposé à
She cat, une chatte, montre que Thomas était son prén.
en A. Nous ne lui en savons pus en N. Pour itAMiNACRonis,
V. Ramon, aux On. En argot Chat, geôlier, Chat fourré,
juge, greffier , Chatte, écu de six livres.
CHER, s. m. botte de chanvre ou de lin, en bret. Kerr
et Coarh; de ce dernier se rapproche plus le cois du Bes-
sin, paquet de chanvre roui cité par Pluquet; de là cheret,
rouet , cité par Lallemand dans la Campénadc :
Pauvre cheret qui, dans des lemps heureux,
Filois mes amours et ma laine.
Le v. f. disait Charrel, le b.-l. Cherium, (Diet, roman de
Dom Fr.) en bret. Qarr, Qerry. cheuet, choiret sign, en-
core un morceau de mauvais linge; Cherain en pic, sérain
et serançoir , ou carde pour préparer le chanvre , et Che-
raincer, séraner. Dans l'Av. cher s'adoucit en cer. Il y a
peut-être un lien entre battre le chanvre et battre le
beurre; du moins chiraiine sign, baratte, en rouchi Che-
raine, en a. CJmrn; seuaoes (Pluquet), vases à lait. Il y
a en 13. -N. un chant pop. :
Ch'est la fille à marraine,
Qui fait dans la cbiraine, etc.
COAN , s. m. espèce de pot de terre , selon Pluquet ,
Essai hist, sur Bay., peut-être primit. pot à crème, du
bret. Coëvenn, Cohen, Coen, crème.
COMBE, vallée, Cumba, d'après Festus. en gr. Ku[j.go;,
cavité, en bret. Can, vallon, commun dans les dial, du
midi. Nodier a illustré les Combes de la Franche-Comté.
Cette syll. Cam indique en gael. une courbe, Camus, une
baie, en gr. id., xa[i.<}oç, et xajxapa, voûte, en 1. Camera,
chambre. Ce mot existe en N. sous la forme de combe et
de cambe : la Cambe-cn-Auge , la Cambe-le-Marais (apnd
cambas), Cambes, arrond.de Caen, Camembert, Combon,
— ^^6 —
{fiombonium , -H*-- s.) Gommes, arrond. de Bay.. Com-
meaux, Cambernon, Cambremer, Cambrccourt, les Cam-
brettes, village près d'Harfleur, Cametours (torp, village),
Chambray (Cambreium) , les Chambres (Cambrœ) , Com-
brai (Combraium) , Chambine , Chamboy , Maucombe ,
arrond. de Neufchâtel. La forme bret. Can existe dans
Canisy (Cam-See, vallée de la rivière, la Vire) , et Fécan
(Fiscannum), la combe du poisson ou des pêcheurs, Cani,
près d'Yvetot. Les Combes sont communes de l'autre côté
du détroit; il y a dans le Devon Combe-Martin, Wivels
Combe ; Cambridge , etc. On les trouve presque partout :
identité entre le Cambden d'Angl. et le Kempten de Ba-
vière (Cambodunum) ; sur les bords de la Seine on trouve
Chambre, comme les Chambres de l'Av. et le dim. : « La
chambrette de Porqueval jusqu'à la chambre au leu. » (Ch.
de Beaurepaire. Vie. de l'Eau, -179.) Combe est resté dans
l'a. Comb, vallée; Comb se dit encore en irl. et en pat. a.
( Halliwell's, Diet.) Par le rapport de la vallée et de son cours
d'eau , on peut rattacher à cette famille le Cam ou riv. de
Cambridge, la Canche etleCanchon, riv. de Mortain; il
y a une Cance à Annonay; la Canche (Aira) est un gra-
men des terrains bas et humides. Ecos en Vexin est appelé
Scancius par 0. Vital. Ambe , ruisseau , des Gloses de
Vienne est une forme de Cambe. Aussi quelques riv. n.
portent ce nom ; selon les chartes de Savigny, cette ab-
baye : « Cingitur tribus aquis Chamba . Chamberna et
Nigra aqua... Aqua quae dicitur Camba... Chambesneta flu-
violus. » Le Grand Andely est situé dans un val arrosé par
le Gambon. L'argot appelle Combrousier le paysan , et
Cambrousse, le voleur des campagnes, litt. Rousse des
Combes. Quelques-unes de nos Cambes pourraient bien
représenter des brasseries , en v. f. Maières : « In Ulteriori
portu 50 mansuras et 6 cambas. » (Delisle. Et. 482.)
« Apud Augum decimam de la maiere. » (Ibid.)
CONDÉ, terrain dans l'angle formé par deux affluens;
c'est la position des Condate des itinéraires rom.; c'est le
syn. celt, du 1. confluent devenu Conflans, Confolans
(conflnentes), en fr., Coblentz, en ail. Il y a plusieurs
Condé en N. : Condé-sur-Noireau , Condéel , léproserie du
Cinglais , peut-être Conteville , Condé-sur-Iton ; c'est à ce
dernier lieu que M. Le Prévost place le Condate de l'Itin.
d'Antonin. V. Walcknaer. Géog. des Gaules, i, 383.)
COTTE, chaumière, du bret. Coet, bois; une orig. isl.
est possible. V. Orig. scand., et c'est sans doute une ra-
— il7 —
cine priniit.; en a. Cot, Cottage, cliaumiùre, et Colqucan,
mari qui s'occupe du ménage, jocris.^e, litt. reine de la
cotte. Le Coesnon est appelé IJnda Coetni par G. le Breton.
(Avr. mon., n, 468.) Il y a d'autres Coesnon; un lieu jires
de Brest est dit Coesnon, (V, Walcknacr. Géog. des Gaules,
I, -102.)coiSEL (moulin à), mot sur le ?cns duquel IM. Delisle
est resté incertain, (V. Études sur l'agr. en N.) et qui sign,
dont les roues sont à auges, se rattache peut-être à ce mot,
en bret. c'est Koajel. De Coet vient le fr. Cotret, peut-être
Colir, meurtrir; de là les paysans dits Cottereaux , et
Cotterel, n. pr., de CottereUus, piéton et brigand.
COULINE, GOULiisE, torche de paille, usité en v. f. : en
bret. Goulou, lumière, Goiilaouen, luminaire. On chan-
tait en N. le jour de l'Epiphanie, en brûlant la mousse des
pommiers avec des torches :
Couline vaut lolo,
Pipe au poumier,
Giierbe an Loisset.
On disait aussi cou.NErTE ou i LAMiîARi. (E. de Beaurepairc.
Essai sw les Ch. pop. de N. ^4.) A Val. la chasse noc-
turne aux oiseaux se fait avec le iîave^et (filet) et la cor-
LiiNE. Il ne serait pas impossible qu'il y eut du rapport entre
ces mots et le bret. Col, chou, on fait llamber les tiges de
choux desséchées; quoiqu'il en soit, Col, chou, existait
en V. n. : « Je men soucie comme fueille de col. » (R. de
Rou.) Eq pat. a. Cole, chou, (Halliwell's Dkt.) d'où le fr.
Colza et Brocoli. Ajoutons le n. chouieiv, marchand de
choux.
COURT, s. f. terme de la top. de B.-N., qui désigne
la terre seigneuriale , attachée au manoir ; les grandes
terres de l'arrond. de Val. sont appelées Court : la court
de Mandeville, en orlhog. admin. Magneville , la court
d'Huberville, etc.; ce mot congénère du lat. Hortns, du
scand. Gort , Gard, de l'a. sax. Ileort , d'où Wort et Or-
chard, existe dans l'a. Cort, cour, et dans le celt. Cort,
habitation. Il y a des rapports entre son dim., Cour! il et la
Haia, puisque ce dernier mot a été trad, par Courtil. [Rcch.
sur le Dom'sday, [ar d'Anisy et de Ste-Marie.) Le Court
était en plein usage au commencement du ^ |e s., comme
on le voit par le remarquable Dotalitium du duc Richard
-en faveur de la princesse Adèle : « Concedo curtem de Ver
super fluvium Scnœ... et super eumdem fluvium curtem
quae appellatur Cerencis... concedo curtem supra marc
— 118 —
(|U9c elicit ur Agon... cum curte quae dicitur Moion , etc. »
(Ap. Acheri Spicileg.) De ce radical celt, et scand. vien-
nent quelques derives n. : courtil , jardin potager , très-
usité dans l'Av., d'oîi le fr. Courlillère :
Toutes fois moy et mon jardin
Nous différons en une choze,
Je me vueil abreuver de vin
Et d'eau noslre courlil s'arroze. (Vaux-de-Vire.J
Il y a à Av. la rue des Courtils , et dans l'arrond. la com-
mune de Courtils. Ce mot prend la forme Costil dans la
top., et se disait autrefois comme nom commun : « Costil-
los de Petit Duit — unum costillum quod est inter masu-
ram Muriel de Valle. » (Delisle. Et., 485.) Il y a des
familles le Courtillier, le Courtier, etc., et à St-Lo cour-
TiLLiER sign, jardinier. La famille pic. et sans doute liaut-
n. de ce mot est plus nombreuse : Cortil, jardin, Courtil-
lage, réunion de courtils, Courtiller, marauder dans les
jardins, Courtin, petit jardin, Courtiner, jardiner, Cour-
tinier, jardinier , Courtaine, s. f. l'aménagement de deux
jeunes époux. ( Corblet. Gl. pic.)
CRAU, s. m. (Gl. n.) grouet, gros gravier, et aussi les
pierres tendres du lit d'une carrière , qui se pulvérisent et
deviennent de la boue, d'où grau, grou, s. m. boue
liquide, en a. Grout, sédiment, mortier liquide, crois,
pierraille, peut-être contr. du n. gravois, gravier, crau
vient primit. d'une on. d'écrasement; on dit Crag en bret.;
on connaît la Crau ou delta pierreux du Rhône; en gael.
Creag, en irl. Cruach, en v. f. Crau, pierre tendre. L'a.
dit aussi Craiv, en pat. a. Crag, qui, dans les comtés de
l'Est, sign, dépôt de coquilles fossiles. Crag, en celto-a.
ou, comme dit Cambden, en bristish, sign. : « A rough
steep rock ; » aussi Crag et Craig, en a. sign, un rocher.
En b,-l, Cravum, champ pierreux : « In cravo sive in agro
lapidoso. » (Ap. Ethnog. gauL, 249.) Grauval à Jobourg.
De Craig vient le fr. Grès, Grison; le terme cAlE.^x^E,
r.AYEs, d'où Quai, se rattache sans doute à ce radical.
V. cAiEMNE. Il y a peut-être du rapport entre grau , boue
liquide, et les Crosa, Crosum, Crossa, Crotum, du b.-l.,
que du Cange traduit par lacuna, étang, d'où vient le fr.
Creux; on peut retrouver ces formes dans les noms top.
n. : Croci (marais de la rivière), Crodala (de la vallée),
Croisi, Croisille, Crouai , Croville, Croth, Grois, Gros-
mesnil, Grosbois, Groville, dont du reste il faudrait avant
tout connaître les formes anciennes.
HO
DALE (de saumon), ce qu'on appelle généralement
l>arne de saumon, du mot gaulois Dam, portion. On a
cru trouver cet élément dans Darnetal , le nom d'un bourg
près Rouen , d'un village d'Auge , et de l'emplacement où
sont situés l'église , le pont et le moulin de St-Pierre de
Caen; il est plus probable que ce mot est Tarn, rivière,
étang, resté dans l'a. Tarii. Quant à dale, sa forme est
plus voisine du scand. Dale, portion, en a. Deal, d'où
les DEi.LAGEs du Bcssin , et dont Dam est la forme celt.
V. DALE aux Orig. scand.
DIOLEVERT, signalé par MM. du Méril, (Diet, du
pat. n.jk Coulances, dans l'arrondissement duquel nous
n'avons pu le trouver, et dans l'Orne, par L. du Bois,
(Gl. n.) entremetteur de mariages, que MM. du Méril
tirent du bret. Didalvez, vaurien, fainéant; toutefois ce
personnage s'appelle en Cret. le bâton de genêts , Bazva-
lan. A Av. cAucnE-NÈRE (chausse-noire), par allusion aux
prêtres; dans l'Orne on dit encore BADOcnE, kadociiet. On
dit encore pop. Ambassadeur, que l'on a tiré de VAmbacius
celt, cité par Festus : « Ambactus apud Ennium lingua
gallica servus dicitur, » [Essai philos, de M. du Méril,
206.) mais qui est V Ambagiator des Chartes. Le nom pop.
du faiseur de mariages dans l'Av. est scand., Trucheman,
litt. homme de confiance (truth-man); c'est le fr. Truche-
ment. V. Man à l'art, des Orig. scand.
DOLENT (champ), ce nom de champ est comnmn dans
l'Av. et la Bret. fr.; ainsi on connaît à Dol le beau menhir
du champ Dolent. C'est le bret. Tal, élevé, qui est devenu
Dol, table, d'où Dolmen, table de pierre. Ainsi s'explique-
rait le Mont Dol, la ville de Dole. ChenedoUé (Calvados),
était autrefois Camdol, champ élevé ou vallée élevée : ses
étangs sont desséchés.
DOUE , s. m. au nord de la Manche, doué , au sud ,
lavoir, du rad. Dour, eau, qui est dans tous les pays celt,
depuis l'Espagne où Dora sign, rivière, jusqu'en Ecosse
où Door a le même sens. En bret. Dour, eau. Cf. l'Adour,
le Doubs , la Durance , le Douron , la Dordogne , la Dore ,
etc. Dans la région pyrénéenne , ce mot est un nom com-
mun fém., et dès-lors on devrait écrire La Dour, et le
Mont-Dore. Cf. le gr. uSwp , eau. En N. nous avons la
Durance . à St-Floxel en Cotentin , appelée Durix et Du-
— 120 —
ronna dans la vie de saial Floxel, Durcé (Orne) et Ducey
(Manche), Duclair, sur la Seine, Duroclamm , Douvres,
Dovera, Dobra, Douville, Doubrend , Vaudeuvre; il y a
aussi la Durance, Droentia, affluent de l'Orne à Pont-
d'OuilIi; l'Orne elle-même se trouve sous la forme Odorna;
le Du, rivière du havre de Surville (Manche). II y a dans
le canton de S. G. de Vievre en N. une petite rivière dite
le Dour, à Condé la Dourance, la Dourdan que Siapleton
nomme Guiteflida, nom scand., la Drome , sans doute
pour Douronne , dont on dit : « La Drome , a chaque an
cheval ou homme. » Il y a une Dronne dans la Corrèze.
(V. la carte de l'ancienne N. de Siapleton.) Le pont de
l'Arche paraît-être le Breviodurum (pont de la rivière) des
anciens itinéraires sur la voie de Juliobona (Lillebonne) à
Noviomagus (Lisieux); on reconnaît Bay. dans l'ancien
Augustodurum; Leurre, près du Havre, se disait Lodo-
rttm au ^2e s. Douvre, près de la Délivrande, est situé sur
un ruisseau dont la source s'appelle Sources de Douvres;
D. Huet rattache à ce mot Troarn, situé sur la Dive; à la
limite n. Dreux, Durocassis. L'A. a aussi presque en face
de notre Douvre la ville de Douvres , mot que Cambden
rattache au Dour celt., et Durovernum (Canterbury), Du-
rocortum , etc. , et Halliwell donne au pat. a. Douer le
sens de grève sablonneuse. En A. Andover (litt. l'eau), et
en Irl. Landovcry. Le pléonasme Rivière de Dour , de
Douve, etc., est très-fréquent; de même dans sa lettre au
Sénat, ap. Sallusle, Pompée appelle le Guadalaviar « Flu-
men Durium, » et de même en Ail. Durbach (bach, rivière).
Dour en prov. a engendré une nombreuse famille, Douiro,
urne, Douit, canal, Dourcado, cruche, etc. Ce radical
engendre aussi un bon nombre de mots en n. : doue, s. m.
(Val.) lavoir, par ex. le Doue Salmon; douet, (Av.) id,,
ailleurs doui , dou , à Guern. doint , à Caen doi : « Usque
ad doet Hcrberti; » {Establ. des N., U.) en bret. Douez,
fossé; en v. f. Dois: « Loutre... les poissons fait en la
dois mucier; {G. Le Loherain, i, 264.) de là le dim.
topog. le Douetil, les Doitils, le Doitel : « Niger Doitel-
lus. » On dit encore en topog. n. la Doitée. endoieter ,
mettre dans un douet : « Endoueter le lin. » douve , large
fossé plein d'eau, plus probable de Dour que de l'isl.
Diup, profond; en v. f. Dove: « D'ici qu'az doves des
fossez. » DOUVE (grande et petite), Ranunculus lingua et
R. Flammula, renoncules des marécages, dangereuses aux
bêtes ovines qui sont dites rouvÉES, quand elles en sont
— 121 —
malades. On peut tirer de Dour le fr. Douve et Douelle,
qui n'est pas contr. dans le n. doutelle, petite douve de
tonneau, comme en v. f. Douisil, sign, canelle, robinet,
ce mot conduit au fr. Douille, et comme on disait en v. f.
Doualle, conduit , on obtient le n. dalle , aqueduc , en
fr. large pierre. Dour, eau, en armor. Divera, couler, en
irl. Dob, rivière, en éc. Dibhe, liqueur, d'où les riv. Dee
et Dify, a formé les riv. n. la Dive, la Divelle , Dielette.
Dour a subi beaucoup de métamorphoses. Il est devenu :
\o OCR, et sous cette forme il entre dans plusieurs noms
topog. n. : Urville (pour le peuple Ourville), Ourville, Ou-
ville, dite la Rivière, l'Ouve, Ponl-d'Ouilli, la riv. d'Où,
l'ancien nom de l'Epte, le comté d'Eu (Augus), le pays
ClK\iqq(Au(jus), l'ïïuyne (Orne), sans doute prim. l'Ouine;
il y a une com. d'IIuynes dans la Manche, sur la Sélunc;
la Touques (T-Aulga) et la Tau te.
2° Sous la forme aur, or, il nomme l'Aure, riv. de
Bay., l'Orne (Olna), Orival, (S. -Inf.) Orville, Orbec, Or-
bois, Orglandes, Ormesnil, Orval, l'Orbiquet, le Loreur,
Lorei, Lore, l'Yère, Eora, entre Eu et Dieppe. Aure entre
dans le nom primitif de la forêt de Brotonne sur la
Seine : « Arelaunensis silva , Fiscus Arelaunus , » où les
princes mérovingiens avaient un palais pour les plaisirs de
la chasse; mais le nom indigène était Brotunh , comme
il est dans la charte de G., comte de Talohu... St Wan-
(Irille avait les églises « Wativillœ et Brothonii. » {Rolls,
préf. I, 154.) Cf. Arelate. Arles.
3° Auiî, OR passe à om, d'où l'Oir, qui nomme le Val-d'Oir,
à Ducey, VEora, auj. l'Yère, le Mauloir, la Gloire, près
Val., l'Oison , affluent de la Seine, Orval (Manche), jadis
Oirval : « Gels de Sole e cels d'Oirval , » (li. de lion.)
rOdon , jadis l'Ouldun , l'Ouai , affluent de l'Orne , l'Oon
(Ulduiius).
4o AUR modifié en euu, dr donne l'Eure, dont le nom
pop. est Ure, que Voltaire a mis dans la Henriade. (Cf.
l'Eure, Urœ Jons, affluent du Gard, Walcknaer, Gcog,
II, 180.) rUrou, sur l'Eure, VUldra, auj. le Merdret ,
(Val.) Eurville (Dieppe), l'Avre, affluent de l'Eure, l'E-
vron, affluent de la Sélune, Leure, près du Havre, Eu-
vrecy, Evreux; ces derniers mots conduisent à la forme
Ebre, visible dans Ebron, Epreville, Yvry. Ibreium, Irai
(Orne, eaux minérales), Irreville, Evreux; ainsi, l'on a
tout à la fois, dans trois divers pays, Ebora, Evora, Ebo-
racum, York , et Ebroicx , Evreux.
T. I. i6*
— ^22 —
5o Modifiés en air, les élémens précédens enfantent
l'Airon, Airel, (St-Lo) Hairel, (Gr.) l'Airou, l'Aron, i'Ai-
rette , le Lair , le Laise , le Laison.
6° Par l'affinité des liquides , air devient EUon , l'Elle ,
comme l'Ellé et l'Ille en Bretagne, (Cf. aussi l'Isle (Ella),
affluent de la Dordogne) l'Eaulne (Helna), Tellœ, nom de
la Bethune au 7^ s., et entre ainsi dans Andelle (Indella) ,
Andely, Lastelle, Helleville, et peut-être Rouelle (Havre)
et Rouelle sur Égrenne , et S, G. de Rouelle , dans Cor-
celles, sur la Seine, EUecourt, Elletot, Lillebonne {Elle-
bona et Juliobona) , Lilletot, Lilli, et peut-être la Bresle.
La Bélhune était dite Tellœ, d'après une charte de 672.
Un nouveau groupe est produit par un changement qui
n'est pas sans exemples , l'aspiration v ; ainsi printemps ,
eap, Ver; etSsw, Video; l'ail. Èrenglas, verglas (litt. verre
de terre).
7o AIR et ELLE , avec une simple aspiration , deviennent
VER et WELL ; ainsi Elbeuf (Wellebue), Rouelle, {Rodwelle.
L. du Bois, Itin. de N., 557.) la Veule (Waiohim), et
peut-être Cailli , du moins St-André de Cailli s'appelait
Ria S. Andreee, riv. de St-André; de même Cailleville,
Caillouet. Ainsi les innombrables ver : Ver, Vire et Vi-
renne, Verence et Berence, Varenne, la Vère, affluent du
Noireau, la Verette, à Segrie (Orne), le pont de Vère,
Louviers (Leucoveris), Anvers, (Alvers, ^2e s.) situé sur
deux rivières. Fervache sur la Vire, Berjou {jou, hau-
teur), dont , sans doute, Berou et Barou sont des contrac-
tions. La liste de l'Abbaye de la bataille présente en un vers
plusieurs dérivés n. de cette famille : « Vernon, Verland,
Verlay, Vernois, Verny. » Ajoutons par métathèse le Vre-
tot, Vraiville, Epretot, Epron, Evron. Il faut rattachera
ver le fr. Verne, fV. aln.) en bret. et en kymri Gwern,
aulne et marais. Varech, jadis Verec, en n. vrec, ainsi
qu'en a. Wrech\ V. du reste ce mot aux Or. scand; le n.
VERVA, s. m. flaque d'eau boueuse. V. aux Or. on.; le fr.
Vaudevire, signalé dans Vlntr. à \a. Poésie pop., pour lequel
il faut ajouter ce témoignage de Bourg, de Bras sur l'au-
teur des Vaudevires : « Du pays de Vaudevire partent et
tiennent leur nom ces anciennes chansons , que le vulgaire
mal à propos appelle Vaudevilles, desquelles fut auteur
un 01. Basselin , duquel n'en faut ravir l'honneur et cecy
tiens-je d'un docte et rare seigneur. » [Cosmog., i, -H9.)
Ver est ainsi désigné dans le Dotalitium d Adèle : « Gur-
tem que dicitur Ver super fluvium Senœ. » (la Sienne.)
— 123 —
On peut ajouter : Ver-sur-mer , Verbois , Verbose , Ver-
clive (litt. coteau de la rivière), Yeret, Vergoncey, Ver-
nay, Verson, Veli {Verleium, -H86) Virey, Viron, Mont-
viron , Viroiival , Virville , Briovère, l'ancien Saint-Lo. De
Ver vient verhaule, s. f. (Bay.) cours d'eau, courant de la
rivière, thalweg, un hybride comp. du scand. Hole, creux;
en V. f. Fer, vallée. Comme le peuple en gén. et le N. en
particulier ne prononcent pas Vr final , ver devient la Vce
à Bagnoles, la Vée à Vimoutiers {Vimonasterium , litt. le
moutier de l'eau), la Vie à Livarot, Vieville , Etouvi sur
la Vire ; il y a en A. la Wye , et en Galles la Vye. Par un
échange qui se remarque de Vadium à Gage , du fr. Vail-
lant à l'a. Gallant, de l'ail. Waso au fr. Gazon, de l'ail.
Varg, loup, au fr. Garou, etc., Ver devient ger, comme
Ger (Mortain), Gerville (Coût.). Cf. Le Gers, Le Gard.
8° L'aspiration s'exprimant aussi par S, comme dans le
passage de uttvoç ù Sommis, le F s'échange avec S. pour
pour produire sée, radical très-répandu, en goth. Saiw,
en a. sax. Sœ, en ail. See, en scand. See, en esp. Sio,
en a. Sea, mer , d'où la Sée et la Selune, riv. de la baie
du Mt-St-M., la Sie, d'où le Valdecie, la Fosse Sous-Sie
près Bay. où se perd l'Aure, Céaux sur la Sélune, la Scie,
près Dieppe , la Sège , la Sève , la Sinope , la Sienne , la
Seine, le Senillon, la Saane (Sedana), la Sennevière, la
Seule , la Saire : « Ad oram Sarœ , » dit G. Jumiège , la
Sorde, d'où Sourdeval, la Sèvre, la Soûle, d'où Courseul
(sur la Soûle), et dans les finales, surtout dans l'Av. :
Precey, Aucey. Sacey, Brecey, etc., et comme préfixe
dans Celland (Séland) sur la Sée, Serlande sur la Seine.
La forêt de Sessiac, Sessy, Sciscy régnait le long d'une
côte baignée par la Sée.
90 La forme saire, sara, conduit à thar, riv. de l'Av.
et au Thara de la grande charte du Conquérant sur Cherb. ,
où est cité aussi le Tharel : « Dextram alam crassi piscis
de werec a Tharello usque ad Tharam fluvium. » (Ap.
Mém. de Cherb. ^852, p. K2.) L'affluent du Thar de
l'Av. s'appelle leTharnet; Lithaire {Lnt/iara, Luiehare),
semble renfermer cet élément; Il y a encore la Tarenlaise,
Tirpied pour Tarpié {Pié, hauteur). Il serait possible que
Thar fut le même mot que Saire , prononcé à la manière
septentrionale ; cependant une et. scand. est possible ;
N. Warsaae signale le Tarn a. étang, comme scand. en v.
a. Tarne. Cf. Tournai, {Tarneium, ^2L■ s.) et le monas-
tère Pentalœ, litt. cap. de rivière.
— ^2^ —
1 0° Enfin, Doi u se change par affinité en couii, comme le
bret. Gouër, ruisseau, enn. Gourfaleur {fall, chute), Gorey
à Jersey, Goury (Hague); cette forme conduit à Gavre, deve-
nu Gave dans les Pyrénées , où Neste est son syn. et aux
formes n. : Gavrai , dans la vallée de la Sienne (Gabreium
et Wavreium). le Cavron, près de Pirou, Galdreflogiœ ,
(12e s.) auj. Vaudelages, Gavrus, (Calv.) peut-être Gau-
ville , Gouville et Guibray ; de ce dernier lieu , célèbre par
sa foire, est venu guibraie, s. f. cadeau de foire; l'Avre,
affluent de l'Eure , sert de transition entre le groupe evre ,
EBRE , et le groupe des gavre ; de là sans doute Vauvrai ,
Vaudreuil , Vaudreville , Vaudre , Vaudrimare , Vaudri-
mesnil. On pourrait rattacher à ces derniers mots le celt.
Vand, eau, resté dans la riv. de laVandelée, Brevands (gué
de l'eau), Wandrille, Vandes : « Venda in centena sagiensi, »
(Chron. de Font, du 6^ s.) Tallevende, Bavent (Bathven-
tum), Vendœuvre, la Vanne. Cf. les Vienne (Vindobona).
De VAND vient peut-être vendoise , s. f. poisson , espèce de
dard de la riv. d'Oise : « Je nai vaillant une vendoise. »
(Barbazan. Fabl. et Cont., iv, 480.) Cf. l'Ante, la riv. de
Falaise, et son dim. l'Andelle, etc. Tala, en celt., rivière,
dans les chartes Talohu sign, la rivière d'Où ou Eptc, dans
le comté d'Arqués : « In fluvium Tellas... in pago Tellau. »>
O. Vital dit que Tala est l'ancien nom de la rivière Dun ;
de là Talle, Taillemoutier , Taillebourg, la Taille (eaux
minérales), Taillebois, Taillebosc, Taillepied {pié, puy,
hauteur), Tailleville, Tallevende sur la Vire, etc.
DRAGUE, s. f. (Guern.) marc de bière, drèche, orge,
en irl. Braich, en a. Dregs, lie. drage, (Av.) drèche. dra-
GIE, s. f. grain concassé qu'on donne aux bestiaux; c'est
de ce grain farineux que vient le fr. Dragée, diîache ("T.-N.)
résidu d'huile, droue, (Av.) espèce de brome, Bromus
ttbper, qui gâte les blés, en v. f. Droe, ainsi dans le R. de
Courtois d'Arras :
Mais mon pain resamble becuit,
11 est fait d'orge ou de droe.
Peut-être se rattache à cette famille , qui repose sur une
on. de craquement, un mot de la H.-N., très-employé dans
la Muse n. : dragler , boire beaucoup , draglecx , buveur ;
on buvait autrefois beaucoup de bière en H.-N.
DUN , hauteur, en bret. Dunenn et Tunenn, usité en
suffixe, Dunum eX Tonium , comme Augustodunum , ou
Bayeux , Moritonium , ou Mortain , et Crociatonum . que
— I2j —
M. (le Gcrville met à St-Cômc. hauleur sur le Penesme ,
(penitissimus?) ou le fond du bpssin de l'Ouve. Cf. le gi\
Bouvoç, hauteur, dun a donné au fr. Dune, Dunette , à l'a.
Down, et Town, ville, en a. sax. Tun; en pat. a. Down, col-
line, et dans le Northumb. banc de sable. (HalliweU's Diet.)
Toutefois Down en a. Den en sax. Dale en scand. sign,
vallée, le bas, peut-être par suite de la confusion de deux
idées différentes , mais dont les objets se touchent en réa-
lité. Ces derniers se rattachent au sanscrit Dhoon, au
russe Z)ow, etc.; aussi Jacquemont (Lettres, t. i, p. 2j9.)
fait-il remarquer le pléonasme, d'ailleurs universel en
topographie , que font les Anglais dans l'Inde en disant :
« The valley of the dhoon ; » c'est la superposition cons-
tante du terme de l'envahisseur sur un terme synonyme de
la langue de l'envahi. A l'a. Down se rattache To clonse,
plonger. En N. Dune est très-usité pour tous les rivages
sablonneux , et subsiste dans la topog. comme dans Don-
ville, situé entre des dunes, et une hauteur, dans Ducey
(hauteur de l'eau), en A. dans Morelon (Cornwall) et
Moreton (Dorset), dans Mortain [Moretonium, W'^ s.)
(l'éminence des mores, V. ce mot), dans Saane (Sedana),
lilt, la riv. de la hauteur, dans la Dourdent , même sens ,
et DUi\, rivière, est représenté par le Dun (Yvetot), Saint-
Martin-Don (Vire), l'Oudon (Uldunus), l'Oon , l'Ouve
(Unva) riton, près d'Evreux. Nous avons notre Londres
(lun-dain, eau-hauteur) dans Londinières en N. haudune,
roseau des sables. Quant à l'a. Doicn, duvet, d'où nous
avons Edredon ou duvet de l'Eider, il vient sans doute
d'une racine celt., Dum, duvet, en bret.; mais aussi Dmm
existe en dan.; le premier donne au n. deimer, perdre sa
plume, son poil : « Le cat deume. » pumet , poil ou plume
qui tombe, deumet, gazon fin des sables maritimes, iedmer
sign, encore couvrir de poils ou de plumes : « Vot habit est
tout deumé. » Aussi Dun, dans les chartes n., sign, duvet :
« Stramen ad usum thalami mei et cultam de dun. » (H 20.)
i)€r< s'est conservé en ce sens à Guernesey. Cf. le 1. Dumus,
bruyère. Le fr. Duvet vient de Tiifetxim, dérivé de Tufa,
plante soyeuse des marais.
F
FO, fou, Fol en bret., Ffol en kymri, et on lit dans
une lettre de W., abbé de St-Romi : « Pra?tereo quod in
ipsa civitate S. Remigii follem me verbo rustico appel-
lasti. I) {Analecta, i. 257.) folletie, (Av.) l'arroche. iolier,
— ^26 —
folâtrer, on v. f. Foler : « Si folerent el les ydoles aoure-
rent. » (Best divin, v. 1544.) affoler, devenir fou. Comme
une autre et. est possible , V. les Orig. scand.
FAINTIR, défaillir, et saiatir (Val.) ; on dit d'une per-
sonne qui lâche les objets qu'elle tient : a Quiqu't'as , tu
saiûtis. » Ce mot paraît venir d'un rad. celt., du moins
Fainne en éc, Faine en irl., en bret. Fatein, sign, lan-
gueur , et en a. Faint sign, défaillir. Le v. f. avait Fain ,
faible : « N'en poi mangier tant ert le mien cuer fain. ><
.{Berthe aux gr. pies, str. 49.)
FANGUE, fange, en arm. Fancq, boue; Fane en prov.,
Fanfjo en it. et en esp., Fane en v. f.; du reste, en isl.
Fen, en goth. Fœni, en a. Fcn, marais. Cf. le 1. Fimus.
FANcuEux , fangeux ; il y a une commune dite Fongueuse-
mare (Havre), et dans les Vosges on appelle Fangs les
marnières tapissées de mousse, fanguier (se), se plonger
dans la boue. A cette famille appartient le fr. Fiente en
n. FIANT, d'où FiANTER, cu a. Fiant S , la fiente des bêtes
de chasse ; en v. f. Fien : « Chascun y va curer le fîens el
dur et mol. » (Le conte des Vilains de Verson, v. 38.) fé>er,
faire de la fiente , d'oii se rapproche vèner , vesser. fiam-
BEYER, fumer la terre, aux marches bretonnes, et le fumier
s'y appelle fiambat. Nous rattacherions à cette famille
fifotte, (Bay.) frai de poisson jeté à la côte, et dont
on se sert pour engrais; M. de Gerville appelle fifote
l'astérie ou étoile de mer, avec laquelle on fume les terres
dans le Calvados. Ajoutons troo-figaon, derrière, qu'on
trouve dans le Motjen de parvenir, (r, -105.) en argot
Fignard. Nous croyons que par un échange qui n'est pas
commun, mais existe entre 8u[ji.o; et F^m^s, Frelaté et Trans-
latus, Fangue est devenu tangue, sable des estuaires,
différent du sable de mer et qui est très-recherché comme
engrais, d'où tanguer, remplir de tangue, tanguiêre, lieux
où l'on prend la tangue : la Tanguière de Moidrey, de
Courtils, etc. tangoir (chemin), par où l'on va aux tan-
guières , tangueur , celui qui charrie de la tangue. On
trouve mention de la tangue dans le -12e s. : « Excepta
tanga, » (Charte de -1 192.) ainsi que tanguière : « In tan-
garia mea. » (H98.) Toutefois un trouvère contemporain,
G. de Saint-Paier, moine au Mt-St-M. n'emploie que
« Sablun. » Une charte de -133^ cite le chemin : « Tan-
goour de St-Pair. » Ces chemins sont appelés « Sablon-
nours » ailleurs , car à Val. la tangue s'appelle Sablon.
— ^2^ —
Notre et. de Tangue est confirmée par un l'actum relatil
au droits d'un évêque sur la tangue au dessous de St-Lo :
« Tangue estoit ce qu'ailleurs aucuns appellent Fange... et
icelle appelée Tangue comme estant pure fange. » Le fr.
maritime Tanguer, Tangage, se dit du navire qui enfonce
son avant dans l'eau, et primitiv. dans la boue, la tangue.
FEURRE , s. m. paille , foin , du bref. Fourza, Farsa,
remplir, ou peut-être mieux de l'isl. Fodr, nourrir, en
b.-l. Fodrum, Foderagium, d'où le fr. Fourrage, Four-
rer, Fourrure, Fourrier, Fourreau, feurbe, restée Paris
dans la rue du Fouarre, se disait en v. f., il se dit en pic.
et en H.-N., comme dans ce vers de la Muse n. :
On n'eust osé sortir sans feurre à son capel.
On dit prov. en Bray : « Rebattre le feurre de ses glanes, »
pour redire, rabâcher, focrrier et foyer, en Bray, désigne
un agneau d'un an qui a toujours été nourri dans les her-
bages. AFFOURER, muuir de fourrage (Orne); affocrrée,
certaine quantité de fourrage ; en Berry on dit affe^er ,
nourrir de foin.
FRIME , s. f. semblant , apparence : « Faire une chose
pour la frime, » en bret. Dremm et Frem, physionomie;
en b.-l. Fnimen, en v. Frume, mine : « Renart qui set de
tantes frumer, (7?. du Renart, ii. \&\.) en argot Frimer,
envisager, frimousse, visage, pris en sens railleur : « On
se barbouille les frimousses. » (Henriade trav.) Ce mot est
comp. du précédent et du v. f. Mouse, visage, l'a. Motith,
qui se disait en v. f., et d'où nous est resté Moue : « Une
talmouse pour bouter et fourrer sa mouse. » (Testament
de F. Villon.) En argot Frimousser, tricher au jeu, litt. se
donner les figures , et Frimousseur, tricheur, frime est du
fr. pop.; il est prononcé d'une manière ouverte, à la ma-
nière a., dans la bouche des paysans de Molière : « Pour-
quoi toutes ces fraimes là? A quoi est-ce que ça vous sart? »
{Méd. malgré lui, ^erActe.)
FROC, fro, (Guern.) s. m. lieu inculte, en ïû.Fraoch.
En V. n. le Froc était une place plus large que le chemin ,
fréquemment citée dans les chartes n. : « De quodam red-
ditu vocato le Fro. » (Extenta de Guernerio.) « Froca que
habebat communia. » « S'il y a larges places c'on apele
fros. » (Coût, de Beauvoisis.) « Un fief assis... de l'autre à
côté au frou de la ville. » En ^ 403 , à Condé-sur-Risle :
« Douze froz , nomme communes. » Le Froc est appelé
— ^28 —
Frondîim dans une charte de 1 27G. (Ap. Delislo. Et.) Eu
pic. uu Froi de rue est une place inculte, lieu public.
{Coîtt. d' Abbeville, art. -18.) Le syn. de Froc aujourd'hui
est PLAcis et PLAciTRE, Eu V. f. Frou sign, large chemin
public, terre inculte; il y a encore des familles Le Frou.
GALLOIS, VALOIS, GALLAis, chez les Bret. Gall, mot
qui désigne un peu injurieusement les Fr. et les Haut-
Bretons qu'ils nomment Gallou, G alio , comme en ail.
Welsc/i sign, étranger, et qui est resté en A. sous la forme de
Wales et de Welsch, et pour le dial. fr. dans le Wallon, est
le primitif Gael, contr. de Gadhel, Gwyddils. (A. Thierry.
Conq., 4.) Mais les trois variantes ci-dessus peuvent repré-
senter le Gaulois de la Gaule, et le Gallois de la Galles :
« Beaucoup d'hommes forcés par la conquête des Nor-
mands de s'expatrier du pays de Galles, vinrent en France
et y furent bien bien accueillis ; c'est probablement le
grand nombre de ces réfugiés qui rendit les noms de Gal-
lois et de Le Gallois si communs comme noms de famille
en France; » {Ibid., iv, 212.) en v. f. Galois sign. fort.
La Furia francese est exprimée par la loc. : « De gallico, »
usitée chez les Bretons pour à l'improviste. (Diet. celt, de
Rostrenen.) gaulois se dit du v. f.; nous trouvons le n.
pr. Le Burgalois dans le Canton d'Athis de M. de la Fer-
rière, (p. 543.) c'est le Bordelais, Burdigalensis. Ecossais
existe dans le n. ecochois : « Fier coume un Ecôchois. »
Escot est resté dans les n, pr. : « Galoys, Irroys, Escotz. »
(Cartul. de Montvilliers , -15e s.) Une orig. gauloise est
visible dans l'a. Galligaskins, braies, probable dans Ga-
loche, en a. Galloshoes , en esp. Galocha, en it. Galozza,
car le mot Gallicœ est cité par Aulu-Gelle, comme intro-
duit avant Cicéron qui s'en est servi, [Phil, ii, 30.) et
qu'on traduit par chaussure des Gaulois. Galoche est dans
P. Ploughman et Chaucer: on disait Galage. II y a en N.
beaucoup de familles Lirois, d'Iri'ois, Irlandais, d'/m-
land, terre d'Ir , Erin , comme VIran, le nom de la Perse.
Wace l'appelle Erin , et on comprend peu comment M. le
Prévost a noté ce lieu comme inconnu, dans ses notes sur le
R. de Rou. (V. aux ravages d'Hastings.) Des ordonnances
des rois d'A. appelaient : « Les Irreys anemis nostre sei-
gneur le Rey. » Comme les vainqueurs refoulent les indi-
gènes dans les bois et les montagnes , le Gelt des légendes
isl. et des Sagas, spec, de Eyr-biggia Saga, cet homme des
— 129 —
bois, couvert de plumes, fut le Keltc relégué dans les bois
par les conquérans. Les A. appellent Celt ce que nous nom-
mons haches celtiques, dont beaucoup sont scand. Ce mot
de Scot, qui relie les Celles aux Scythes, sign, en celt, un
vagabond, et dériverait des habitudes nomades des 5;>cu6ai.
Les Perses , selon Hérodote , les appelaient Soxat , en
hébreu Skakak , discurrere. Selon Cambden , les Border,
écossais se donnaient le nom de Scuytes ou Skytes; mais
les Highlanders , qui le regardaient comme une injures
gardent leur dénomination originelle , Albanich. V. Jamie-
son's Scottish Diet. Quant aux prêtres gaulois, les Druides,
il est peu probable que leur nom soit tiré du chêne, quoique
d'ailleurs Apu; soit un nom oriental resté dans les idiomes
celtiques. On peut trouver l'origine de ce terme dans l'ir-
landais, où Draoid signifie un homme savant, un sage, un
mage; aussi le passage de saint Mathieu : « Les Mages
\inrent de l'Orient , » est traduit dans une version irlan-
daise : « Les Druides vinrent , etc. : Feuch tangadar
Draoilhe, etc. » Pour les Gaels actuels, Druidheadh sign,
magicien. Cependant on ne peut nier que Dair, chêne,
en irl., n'ait des rapports avec le grec Apuç , ainsi qu'avec
le bret. Dero, Derv, chêne.
GAMBE, jambe, en gael. et en irl. Gamban; Vegèce a
employé Gamba dans le sens de jambe d'animal (xajxTiTw),
en sanscrit Djanga, cuisse, et la racine de ces mots est le
Cam, signe de courbure, générateur de la famille cambe et
COMBE. V. ces termes. Ce mot s'est adouci en fr. dans Jambe,
dont la famille n'est pas nombreuse; celle de gambe, qui lui
donne Gambader, Gambit, Gambiller, Gambade, est très-
étendue : \° GAMiiE , jambe , dans le Sommerset Gamble,
id., GAMBET, croc en jambe, gambier, qui a de mauvaises
jambes, commun dans les n. pr. Le Gambier, gambu, qui
a de longues jambes , gamboler , agiter les jambes , Gam-
bol, en a. qui appelle Gambrel la jambe du cheval, gam-
bette, petite épée collée à la jambe, coutelas : « A tout
ma gambete, je me percherais le boudin. » (Petit. Musen.)
gambarder , gambader , gamblakdalne , gambades : « I s'en
allit tout dreil fere gamblandaine. » (Ibid.) gamberger (se),
se dandiner , à Mort, ciimberge , culbute , gambache et ga~
MACHE, grande guêtre de toile qui couvre toute la jambe, en
Northumb.Gamas/^eSj guêtres, ainsi que Gambadoes et Gam-
bogins, gambiêre, grande guêtre, gambouiîser et gAMBouiNEB,
traîner la jambe, marcher difficilement, dans les Vosges
Cambiner, chambbakler, litt. branler sur les gambes, chan-
T. I. 17*
— ^30 —
celer, gambotter, gabotter, se balancer en dansant, gam-
BiLLER, remuer les jambes de côte et d'autres, en argot ,
Gamhiller, danser, Gambilleur, danseur, dans la marine
GambMler, se hisser, gambille , s. f. gambillard , s. m.
boiteux, GAMBIER, (Bay.) morceau de bois recourbé pour
suspendre les animaux de boucherie; en a. Gammon et
Ham, jambon; 2° la forme adoucie en J produit dans le n.
JAMBET, croc en jambe : « Mult li a tost fait le jambet;
trébucha le moine al pas.» (Benois, Liv. ii.) gibon dans
la Muse n., jambe , comme en pic. : « J'ai les gibons si
bien harquebutais. » guibolle , jambe : « Jouer des gui-
boles, » s'enfuir, giber, bondir, regibeb, bondir en ar-
rière , le fr. Regimber , et l'a. applique Gib au recul du
cheval ; c'est le fr. Gigue et le n. gigcier , ruer , l'a. Kick,
lancer des coups de pied. Le droit de jambage est une
tradition restée dans le peuple; il existait en N., mais
pouvait se racheter à peu de frais. V. Dehsle , Et., p. 72.
V. Ibid, le texte assez significatif de l'exercice de ce droit
dans le Conte des Vilains de Verson, v. ^63. V. surtout sur
cette question controversée un ouvrage d'un ancien élève
de l'Ecole des Chartes où sont cités des documens basques
d'après lesquels l'enfant aîné du vassal est déclaré noble ,
comme pouvant être l'œuvre du seigneur, jambet, (Av.)
mal, fatigue des jambes; en v. f. Giambeux, bottes, de
même en v. a. : « Adowne their giambeux falles. » ( Spen-
ser, p. 90.) Jambicare, boiter, qui manque dans la nou-
velle édition de du Gange, celle d'Henschel, est dans le
poème d'Alda, édité par M. du Méril. {Fable Esopique,
432.) « Jambicat incedens. » Le nom pop. de Robert
Courte-heuse était aussi Gambaron : Vulgô cognominatus
est Gambaron et Brevis ocrea, » (0. Vital, p. 545.) Des
chartes du 13e s. mentionnent un G. Gambon, Germ.
Gambardi (htt. le Jambard), et le plastron des jambe
s'appelait alors Gambeson.
GARS, le mâle de l'oie, en bret. Garz, id.; on dit aussi
jars. On appelle Foire de gars une espèce de petit galet.
Avec son sens de mâle, ce mot, qui se rapproche de ce terme
si répandu, Vir en 1., Fear en celt., Wight, en a., Varo en
ail., d'où le fr. Baron, est devenu gars, gas, garçon, dont
le fém. pris en bonne part est garce, fille, garcette, petite
fille ; en gaël. et en irl. Gairseach, jeune fille, et Guerchez
en bret.; Garcette, dans la marine, est une verge, un
martinet, comme en argot la guillotine s'appelle la Demoi-
selle , et la Maid, en Ecosse , où cet instrument de mort a
— I 3 I —
('•lé inventé. On dit : « Gars de Caen, filles de Bayeux. »
GAECAiLLE. unc réunion d'enfans, spécialement d'une même
famille , en v. f. Garçonnaille : « Garchonnaille , mâle
mesnie. » {Vie de St Alexis, \. 493.) Le Giii de l'a. pour-
rait être une contr. de ces mots : du moins les et. ne trou-
vent pas ce mot dans les langues du Nord, où ses rad.
apparens Eorl, Kerl et Karl sign, un mâle; en outre on
se sert en N. d'une forme péjorative voisine : girliqle ,
grande fille dégingandée, gabçomer, rechercher les gar-
çons ; GARro>NiÈEE , ccUe qui aime les garçons ; cergadder ,
(Gl. 71.) folâtrer, litt. se gaudir avec les gars; gergaud,
(Ibid.) qui aime à folâtrer, gerce, brebis, est une forme
de garce ; on dit aussi gerqce : « 31 gersias. » {Cartul. de
St-Etienne de Caen.) « Inter oves et jersias. » hardelle .
(Jersey.) fille facile, usité dans 01. Basselin, est une forme
aspirée de Garce ; hardelier , qui court les filles, hardelle
est dans une chanson jersiaise : « Ch'tait un' bouonn'
gross' hardelle. » (Ch. Hugo, Norm, inconnne.) Garçon (de
boutique , de café) semble garder le sens ancien de gar-
çon, domestique, opposé à Bachelier, jeune homme noble;
ainsi en un poème n., le Myst. de la Concept, de Wace,
on lit . p. i 5 :
N'esteient pas li pasleur garçon,
Mais bacheler auques vaillant.
Gars, Garçon se prend dans le sens de l'a. Fellow. On
chante en N. : « Nous étions treis bons ga* , dondaine
mala ! » et on lit dans un vaudevire :
Ensemble esloient les bons garçons
En répétant les viroises chansons.
Rouen a toujours eu une réputation de débauche . et ses
habitans étaient appelés : « LigarsilleordeRoam. »> (I3es.)
GALT, bois (Bay.) : « Bagaudœ dicti sylvicolœ; Gau
enim hngua gallica sylvam sonat. » (Altaserra, Benim
aquitanicarum , p. 134.) Ce mot s'est conservé dans le
Bois du Gant, (Av.) pléonasme ordinaire, dans Mesnil-
Gault, dans le Goult, Goulet, dans Lande de Goult, dans
le GooU du Cartul. du Mt-St-M.; de là le nom Gautier,
forestier, resté dans les n. pr. Les Gantiers furent au
16e s. des paysans révoltés dans le Maine et la N. (V. Flo-
quet, Uîst. du pari, de N., m.) Dans Roger de CoUerye.
Gautier est toujours pris dans le sens de voleur, pillard.
La forme lat. de ce rad. est Saltus, resté en topog. n.
dans plusieurs sauts, bois, comme dans Sautchevreuil .
— 132 —
prim. Saltchevroil , litt. bois du chevreuil , el la forme
germ, est Wald, forêt , en v. ail. d'où l'a. Wild, sauvage,
et Weald, forêt; il y a une localité dite Waltier dans
l'Eure. GAUTIER , s. m. oison , mâle de l'oie ; c'est sans
doute un surnom du cycle des animaux , tiré de ce qu'on
conduisait les oies paître dans les bois. Ce nom appartient
toutefois à la nomenclature germanique de ce cycle mi-parti
de tradition française et teutonique , où il a souvent un
forme d'outre-Rhin :
Si i fu wafiers li oisons.
{Renart li nouvel, v. 157.)
M. du Méril fait remarquer que Baudet, le nom populaire
de l'âne , vient , selon toute apparence , de Baudoins, Bal-
dwin, surnom de l'âne dans cet ordre de romans, {Fable
Esopique, p. ^26.) et il dit, p. ^25 : « Il est impossible de
ne pas reconnaître l'appellation poétique de l'ours dans
Bruin, surnom populaire encore usité en Angleterre. » On y
aperçoit aisément une onomatopée, Brohon en v. f.; le même
auteur signale l'origine de Lamb, agneau, en angl. et en
ail. dans ces vers imitatifs : « Semper lam., lam, lupus
inquit, » qui rappelle le Bée de la Farce de Pathelin, et les
enfans normands appellent bée, la brebis. V. l'A, B, E, que
le loup traduit naturellement par Agnus, (p. ^57.) Il est
donc certain que l'A. S. Wald, plaine, champ, et l'an-
glais Wald, forêt, Wild, sauvage, ainsi que l'ail. Wil-
den, sylvescere, le sued. Wild, id., appartiennent à cette
famille ; With , forêt , s'en rapproche , et c'est un élément
Scandinave que M. Warsaae signale comme un affixe fré-
quent dans la topog. a. Quant à Glos , commun dans la
topog. n., c'est un élément probabl. celt, et peut-être de
cette famille : Glos-la-Ferrière , (Glotis, ^^e s.) Glos-sur-
Orbiquet , Glos-sur-Rile. Il peut avoir le sens de rivière.
Cf. la Clota, de Tacite, riv. d'Ecosse. (Vie d'Agricola.)
GEN, en celt., colline (du Cange) , forme dont se rap-
proche le bret. Knehen, hauteur, est resté dans la com-
position de quelques noms de heu, comme Genets, sur des
dunes , Gonneville , dont la lande des Catelets est élevée ,
peut-être Quinéville, butte qui domine la mer. La ville
gauloise d'Ingena, auj. Avranches, est sur une montagne.
Le Dotalitium d'Adèle cite des localités dans un doyenné
dont le chef-lieu est un puy, les Pieux , avec cette indica-
tion : « In vicaria quœ vocatur Kelgenas. » Or toutes ces
localités dominent la mer. Il en est de même de Jumièges
— 133 —
(Gemmetica), Genesville. Gueneville. Cf, Gènes. Genève,
les loc. celt. Genabum, Ganodurum , Agen, Agincourt,
Argentan (ar, le, gen, hauteur, Ionium, ville), Guingamp,
Gien , etc.
GOUBLIN, gobelin, revenant, en bret. Gobilin, se
rattache à l'on, go, gop.ee. V. les Orig. on. 0. Vital,
parlant d'un démon chassé par saint Taurin d'un temple
de Diane, dit : Hune vulgus Gobelinum vocat; » (Liv. v,
556.) aussi Diable était-il interprété par ce mot : « Qui-
dam , cum arcam suam plenam denariis aperiret , invenit
super eos simiam sedentem et dicendem : noli tangere pe-
cuniam , quia est Colewin , id est dyaboli. » Ce mot qui a
sans doute des rapports avec Goule , espèce de vampire ,
est le Kobold des nations germ., et sans doute le KwêaXoç
des Grecs, golbli^er, visionner; gocblinage, action de
visionner et visions. L'argot Gobelin, dé pour escamoter,
pour gober un objet , confirme notre etymologic.
GOUINE, femme, pris en mauvaise part, en brel.
GouMn, femme de mauvaise vie, voisin du gr. y"Jvy), en
gael. Gun, en irl. Coinne, en kymri Givn; Quean en a.,
méchante femme, d'où Cotqiiean, jocrisse; mais ce mot,
comme beaucoup d'autres en a., pourrait être la syll. finale
et dominante du fr. Coquine. guei>eite, fille légère, fem-
melette; GCENUCHE, s. f . , GUEMCHO.\, S. f., vieille femme dé-
sagréable, en fr. Guenon. On peut rattacher à cette famille
GAiSE, (Guern.) robe, le v. f. Gone, l'a. Gotvn, l'it. Gonna.
GOii>E en N. et gguis elle, jupon : « Les haliberz unt suz
les gonelez. » (Benois.) Gefi"roi d'Anjou était surnommé
Grise-gonnelle. e.\go>ceu, enfoncer dans les vêtemens, en
1. Ingonnicare , enfoncer dans la robe; de Goune vient le
fr. Guenille, Déguenillé, en n. éguenilié; écuemllier,
secouer une guenille, et, par suite, disséminer ce qui est
dans les vêtemens : « Eguenillier ses puches » (puces), sou-
gceinille, souquenille, litt. guenille de dessous; cuenil-
laud, misérable vêtu de guenilles, en mauvaise part;
GUÉNER, mendier, gcémpe, vieille femme déguenillée, ga-
MPio.\, garnement: à Grenoble Ganippa, un déguenillé.
Cf. le mot celt, ci-dessus avec l'idée de femme, rendue en
a. -sax. par Cwen, Quena, en holl. par Queue, en ail. par
Qîien, en sued, par Kuna, en a. par Quean, Queen, tous
mots congénères avec le gr. yuvtq. Il faut y rapporter le
gascon Gouie, fille, d'où l'ancien mot Gouge, prostituée.
M. Fr. Michel en a rapproché le pop. Gaupe.
— 134 —
GRUET, gruau, Groel en breL, Gruel en kymri, en
V. f. Gruel, obuelicr, fabricant el marchand de gruau;
GRDLÉE (Av.) bouillie de gruau à l'eau ou noces, (Ibid.) A
Val. GRAULE, CRAULE, en isl. Graul, bouillie; à Guern. il
sign, gateau de gruau, de là grauler. cuire à l'eau. Ces
mots reposent sur une on. de broiement. V. aux Orig. on.
Aussi Gru se trouve souvent avec Grudum pour sign, le
blé dont on faisait la bière , en ail. Gruz, bouillie. On dit :
« Etre à son gru et à son bouilli. » c. à d. à son pain et à
sa viande , ou à son ménage. Les moulins s'appelaient
Moulins à gru : « Molendina ad grudum et ad thannum. »
(Ap. Delisle, Et., 48-1.) En gr, ypu, sign, un rien, litt. une
rognure. On dit Gruel en a., delà la bouillie d'avoine ap-
pelée Groats, dégrcellieu , deoriier , broyer contre terre ,
se salir. Gruger est une on. du même genre; gru, abrév.
de Grugé, sign ruiné, misérable. Toutefois, en v. f., Gru
et Dru sign, ami , d'où le fr. Gruerie : « Por St Michiel
qui est si druz. » (R. du Mt-St-Ml, v. 700.) grugecx, man-
geur de bien : « Aintels grugeux quemenchent le ballet de
la folie humaine. » (Muse n.).
GUÉ RET, jarret, en kymry Gar, en bret. Garr, Gar-
ricq, jambe , petite jambe , en v. f. Gare, jarret : « Un
coup de cheval au guéret de derrière; » (Comptes de Bay.)
de là cuERTiER , s. m. jarretière , en a. Garter; gderter .
lier la jambe d'une jarretière , comme en a. To garter. On
dit aussi guertière, fém.. jarretière, et « Donner des guer-
tières , » c'est flanquer des coups dans les jambes avec un
objet pliant, gabtière existe en pic, en flam., en rouchi .
en it. Gartiera, en pic. Garoule, jambe. Ga7'o en prov.,
Garou en lang. DansWace, Guarez, dans cette allusion
aux Enervés de Jumièges : « Kil nait les guarez cuis. »
[R. de Rou, v. 2988.)
GUIGNE, cerise rouge, en bret. Kign, cerise sauvage;
de là GtiGNE, figure rouge, trogne; guîne, branchies rouges
du poisson : « Regarder à la guine , » lilt, voir si le pois-
son est frais , figurément interroger une physionomie ; en
a. Gills, ouies de poisson ; de là le fr. Guigner ; mais gui-
G.MER, en n., sign, lancer (des pierres).
H
HAIT, HET, désir, joie, resté dans le fr. Souhait, bien
qu'étant radicalement l'on, de l'appétence, du frémisse-
ment du désir , du hennissement . se peut rattacher au
— ^3o —
bret. Hel, désir, dont l'opposé est Deliet , désagrément.
HET se trouve dans une chanson n. du recueil de L. du
Bois :
Volunliersje labourerais
D'accord, de het, sans estriver.
V. une chanson du Bessin dans Ylntrod., p. 299. Il donne
au n. HAiTER, plaire : « Nulle chose ne li haite; » (Tombel
de Cliartrose.) il s'emploie unipers. comme le fr. Il plail :
(1 Dittes , s'il vous haite , voz nous. » (Farce des Pattes-
Oiiaintes.) dehait , dégoût , tristesse , d'où dehaitier , être
dégoûté, découragé : « Plein d'ire et de deshait. » (Benois.
Chron. des ducs de N.) « Mult dehaistez et mult pensis. »
(Ibid.)
HART, s. m. lien en branche tordue, resté fém. en fr.
avec le sens de corde : « Mettre un hart à une barrière. »
En bret. Ere, lien.
HERNU, (Cherb.) brouillard épais, en rouchi et en
brabançon Armi, du bret. Arnu, Am; Hernu, en pic,
sign, orage; il est quelquefois adj. : « Le temps est hernu.»
A Beauvais, le Hernu est un temps sombre. (Corblet,
Diet, de pat. 2iic-) A Mortain , dermer, se mettre à la
pluie : « Le temps hernue. »
HEUSES , bottes , guêtres : « Vulgô Huese , » disait
J. de Garlande dans son Diet., p. 587; ce mot se trouve
dans les langues celt, et germ.: Heuz en bret.. Has en gall.,
Uosa en irl., Hosan en goth., Hose en a., en fr. House,
crotté , et Houseaux , en n. hoi sus. Le duc Robert était
dit ou Gambaron ou Corte-heuse; Hcuse se dit en pic; en
Bray House, équipé, habillé : « Bien ou mal house, » et
Hoi'SES y veut dire guêtres de chasse. soisÉ, bien nippé, du
Diet, du pat. n., est une forme de hotisé. Il y a en N.
beaucoup de familles Le Heusé; aussi les Heuzey d'Au-
derville portaient d'argent à la botte de sable. De là le fr.
Housse, en v, f, culotte, d'où sans doute Houssier, mar-
chand de housses, en a. Hosier, marchand de bas.
HOUDRÉ, HEUDRi, sale, moisi, à moitié sec, du bret.
Hudur, malpropre , en v. f. Heudrir; il y a les n. pr. Le
Heudri, Le Heudier dans les actes n. Cf. le gr. uowp, en
reportant cet article à son rad. dour.
I
INNIS, i.NCH, île, nous semble, en adoptant l'ét. de
M. Hore. entrer dans Avranches, Abrincœ, htt. la baie
— 136 —
des îles, c. à d. du Mt-St-M. et de Tombelaine. Bien que
les terminaisons en Gny soient dans le nord de la France
la finale celt, en Gnac {ac, eau), dominante dans le midi,
quelques-unes pourraient représenter le rad. Innis, île ,
comme Isigny, presqu'île entre deux Veys , ou estuaires.
La première syll. pourrait représenter l'Isis , la ville an-
tique de Bretagne, objet de tant de discussions. L'Innis est
commun en Bret., comme Gavrinnis, l'île du gave, de la
rivière; il entre dans l'ancienne appellation de la Grande-
Bretagne : « Ynys Prydain, » l'île de Prydain; les Hébrides
s'appelaient îles des Galls, Innisgaël. La forme Inch est
assez commune en Ecosse; ainsi une île du Frith d'Edim-
bourg fut appelée : « S, Colme's inch, » maintenant Inch-
comb , où fut bâtie une abbaye dédiée à saint Colomb,
appelée par Cambden : « Inch Colm or the isle of Colum-
ba. » A Jersey l'îlot d'Ich-ho. Remarquons le même chan-
gement de ce nom dans la Mare St Coulman, (St Colom-
ban.) peu éloignée de la N. Nous ne croyons pas que la N.
possède Ilis, église, en bret., finale de la ville de Lannilis,
et sans doute les localités n. Ilevile, Ilois, etc., représen-
tent ELLE, rivière. Quant à Avranches, un des principaux
objets de cet article, il faut y rattacher une locution, qui
n'a cependant pas fait proverbe parmi les paysans, comme
le veut sainte Beuve dans un art. sur D. Huet : « Etre
tout évêque d'Avranches, » c. à d, être indisposé, euphé-
misme substitué par M. de Froulé, évêque de cette ville,
à l'expression de sa pelite-fille qui répétait naïvement le
mot grossier d'un charpentier : « Etre tout Jean-f... »
J
JAROUSSE, ARossE, {Flore de N. de Brebisson.) espèce
de fève, nom vulgaire du Lathyrus sativus, ou Gesse cul-
tivée ; en bret. Jurons , fève. Dans l'Av. aukousse , au-
RocHE est une forme d'Arroche, ou Bette cultivée, en a.
Orach; Bette est un mot celt., Betès en bret., en a. Beet.
JARRY, terme assez fréquent dans l'Av., et qui semble
être un nom commun; il y a le Mont Jarry à Av., le Grand
Jarry à Touchet. Or Jalle désigne les pierres sous la terre
végétale des landes de Gascogne et de Bretagne; de là
Jalet, caillou, d'où Arc-à-Jalet, qui lançait des pierres, et
sans doute le fr. Jalon et la pierre dite Jade, mais non pas
Jais , en v. f. Gagate, du fleuve Gages où on le trouvait.
JOE, joue, en bret. Voc'h; en bas-n. on dit très-ouvert
— ^37 —
jaie; c'est l'a. Cliaw, màclioirc; on trouve /atce dans les
Voyages de Maundevile , p. 288. bajoe, mâchoire de porc,
litt. basse-joue, en pic. Âbatjoe, en Messin Bajoues, en
V. f. Joe : « La mère li avoit totes les joes mengies. » En
a. Chops, joue , bajoue.
LECH, pierre, donne au fr. Liais, pierre de liais , et le
terme archéol. Cromlech, litt. pierre en voûte , de Cromen,
Cromadh, voûte, toit, et il est resté dans quelques noms
locaux, comme Grève de Lecq à Jersey, grève très-ro-
cheuse. Cet élément subsiste principalement dans les noms
des pierres dites druidiques ; il existe même détaché dans
les assez nombreux pjeebe-lée , comme Pierre-lée à Villy,
(Calv.) Grise-lée ù Flamanville (Hague), village où il y
avait des menhirs, (de Pontaumont, ^w^î^r. de N., xxii,
^98.) Il y a la Pierre Courcoulée ou Pierre des Huguenots
dans la forêt de Fougères. Il y a la pierre Courcoulée , ou
le dolmen de Ventes , arr. d'Evreux. On trouve Pecoulce
dans un acte de 1 2h\ du diocèse d'Evreux : « A petra Pecou-
lee usque ad collem. » {Cartul. n, de L. Delisle, 3i8.) Lonlai
(Lonlaium), jeut sign, longue lée; le pléonasme est fréquent
dans les termes celt, dont le sens finit par être oublié.
LECH est surtout dans les nombreuses pouquelées des îles
anglo-n., litt. Pierre des fées, de Poiike, fée, qui figure
dans le Pouïpiqtiet et Poulpican des Bretons, resté en a.
dans Pmk, farfadet; P. Ploughman offre la forme Pouke; en
isl. PwAesign. mauvais esprit et désigne le démon (Hickes).
En B.-N. où la pion, est très-ouverte on dit pouqcelas; la
galerie de Vauville est dite Rocher pouquelas ; on dit aussi
COI pelée , comme la pierre Coupelée , menhir renversé de
la forêt de St-Sever, la pierre Ecoupelée de Tourlaville. Il
y a le village de la Pouquelée , à St-Jean-du-Corail , et la
pierre Pouquelée à la Ferté-Fresnel. Sur la lande de la
Hague, les Pouquelées, l'Académie de Cherbourg fit étu-
dier en M 00 une belle galerie druidique qui n'existe plus.
C'est ici le lieu de citer les principaux noms populaires des
pierres antiques en N. : le menhir est dit Pierre-fiche ,
Pierre-fitte (Jîchée), Pierre-buttée , Pierre-levée, Pierre-
fonte (enfoncée), Pierre-debout , Haute-borne; le dolmen
est dit Pierre-late {latus}, Table; le Cromlech s'appelle
Pierre-cerclée (en cercle); et la Cerclée désigne l'abside
arrondie de la cathédrale de Coutances, en v. f. Cherche,
le chœur, d'après un passage, incompris de l'éditeur du
T. I. 18*
— 138 —
Rom. du Mt-St-M., v. 344. Les noms légendaires sont
Pierre-au-diable , Roche-ès-fées , Chaire-au-diable , Ron-
delles et Ecuelles du diable (ronds marqués dans la pierre
comme à Louvigné) , Pierre des Huguenots , termes qui,
en général , annoncent la malédiction jetée sur des restes
d'un culte ennemi. Charlemagne défendait encore en ses
capitulaires l'adoration des pierres , arbres, fontaines. Les
galeries s'appellent Alignemens, allées couvertes, coffres
de pierre , exactement le terme des antiquaires^ Cistvean,
grottes des fées , des géants. Les logans et les pierres qui
sont supposées tourner sur elles-mêmes , spécialement
dans la nuit de Noël , sont dits Pierres branlantes, Pierres
tournantes. Pierres folles, Pierres dansantes. Il y a sur
les limites de Normandie, dans l'Ille-et-Vilaine, un aligne-
ment de roches , dit Cordon des Druides. Il y avait à
Guernesey une pierre qui , frappée , résonnait , la Roche
qui sonne ; l'endroit porte toujours ce nom. A la famille de
LECH nous rapporterons un mot qui , sur les côtes nord de
la Manche, se dit du granit du bord de la mer, landemer,
s. m. Une pointe près de Barfleur s'appelle Landemer ; un
hameau de Gréville (Hague) est celui de Landemer, où
domine la roche petrosiliceuse ; il y a encore dans cette
Hague le Landemer sur le raz des Bannes , Lan est un
élément celt, qui sign, terre et plaine, en esp. Llana, en a.-
s. Lana, en a. Lane, passage, et Lawn, plaine entre des
bois. Ce Laun est devenu en 1. Launum . d'après l'armor.
Lan, territoire, le congénère du germ. Land, comme Me-
diolanum (Evreux), et Lanna Pauli sign, le couvent ou
terre de St-Paul-de-Léon au 6e s. {Bolland. 12 mars, 28.)
LANFÈS , s. m. filasse fine ; on dit aussi lanfois ; c'est
le bret. Lanfez, filasse; à Vernon, au ^3e s., on prenait
la dime « des guèdes , du lanfois et du lignois (huîle de
lin). » [Liv. des Jurés de St-Ouen, f. ^55.) A Jersey t.lian-
FÈs. De Brieux a conservé un dicton qui fait allusion à la
fécondité des ressources : « Il a bien d'autres lenfais à
sa quenouille. »> La forme Lanffeis se disait en v. f. : « Tous
les denirs qui o lanffeis ou o lin sont offerts. » Lanfet , au
Maine , est un paquet de fil. (Voc. du Ht-Maine.) V. du
Cange, v^ Lauffetus. Cf. Linna, vêtement gaulois, selon
Isid. de Seville.
LATON, laiton, en a. Latten et Latoîin, en ail. Letton,
en esp. Alaton, en it. Ottone, Latta; Richardson le dé-
rive du gall. Latun. (Diet.) C'est ici le lieu de signaler
— -139 —
raffinitc des noms de métaux cclt. et lat., témoignage d'une
origine commune : lat. Aurum , gaël. Or, gall, et brct.
Aur, en gr. Apyupiov (d'apyoç, blanc, en celt. Arg)-, lat.
Argentîttn, gaël. Airyiod, gaW.Ariant, hreL Argafid. L'a..
Iron, fer, gaël. Jarunn, gaW. Haiarn, l'esp. Hierro, bret.
Houarn, le lat. Ferrnm, le gr. <7i5r,pov (atrjpov). Le gaël.
Praiz, bronze, le gall. Près, l'a. Brass, le n. buaser,
souder avec le cuivre , ne sont pas sans rapport avec le 1.
œs, œris. (V. Wilson , Archœologij of Scotland, 350.)
Ajoutons à ces noms celt, de métaux Sjwon, cuillère en a.,
en gall. Sponog, id.
LISE, boue tenace, gliise, argile, (Val.) et bourbier
à Coût. LISE, dans la baie du Mt-St-M., sables déliques-
cents, d'oii EiNLisiER, embourber, lisoix, bourbeux. MM. du
Méril localisent à Vire alise, alisée dans le même sens;
en bret. Leiz, humide. La forme n. glise conduit au fr.
Glaise.
LUUE , leue . s. f. lieue , en brct. Ler, Leau, du gaulois
Leuga, Leuca, (Is. de Seville. Orig., xv, -16.) issu de Lech,
pierre. On peut encore citer d'autres expressions celt, don-
nées par les Latins : Arpent. Arepennis, (Colunielle, de Re
rustica,yj .) Alouette, ^i/a^rfa, (Suet./.Cœsflr,ch. 24.) Alpes
Gallorum lingua alti montes, (Servius, ad Virg. Œneid, iv,
442.) Alose, Alosa, (Ausonne, 3Iosel., v. ^27.) l'oiseau
inconnu que Pline appelle du nom gaulois Eglecopala , le
Gœsuni, lance toute de fer, (Virg.) le char des Bretons.
Covinus, indiqué par Mela, (m, 6.) en arm. Cov, ce qui
est coFFi, en irl. Kobhan, cofîre, en b.-l. Coj)Itinus, en
n. COFFIN , cornet de papier , coffir , bosseler ; le moine de
S. Gall donne Veltres, lévriers en v. f. comme « De gal-
lica lingua. » Dusshis, cité par St Augustin, démon incube,
et par Isid. de Seville comme gaulois , en bret. Duz ,
Teuz, lutin, est resté dans l'a. Deuse, diable.
M
MAIE, s. f. pétrin, en bret. Met; maie, table de pres-
soir ; MOLÉE , (Av.) plateau de sable avec rebord où l'on
dessale la tangue pour faire du sel; en it. Madia; ce mot
est dans la plupart des patois fr.
MAGUS , « Mansio veteribus Gallis , » selon du Gange,
termine un certain nombre de noms de villes n. : Le Mage,
arr. de Mortagne, Rot/wmagus, Rouen, et sur une mé-
daille gauloise Ratlnimacos, Neomagus, Lisieux, Argent o-
_ -140 —
magus, Argentan. Le premier élément de Rolhomagus est
le nom d'une idole désignée ainsi dans l'oflice de St Mel-
lon : « Extirpato Roth idolo; » ainsi le nom primitif de Le
RoUebec était Rotbec. Une station du nom de Ritumagvs.
qu'on a placée à Radepont, près de Fleury-sur-Andelle ,
figure dans l'Ilin. d'Antonin. Les Magen ail. sont iden-
tiques aux Magus, ex. Rheinmagen, Ricomagus. Quant
au nom de Rouen , il a reçu bien des formes : Rone dans
Canterb. taies; Rouan , dans le Diet. d'Halliwell; Roim ,
dans le Rom. de Robert le Dyable : « Près de Roim sor
Saine.» (p. ^33.) La Saga de Hrolf appelle ce dernier
« Ruda iarl, » c. à d. l'iarl de Rouen. Quant à Roumesin.
que Roquefort explique par monnaie romaine , ce mot
sign, l'argent Roumois. (Rothomagensis.) Le nom de
Rouen a peut-être formé la Rouvel : « C'est l'ancien tocsin
municipal de la ville de Rouen... elle n'est plus qu'une
innocente tinterelle , qui a repris le rôle de la Cache-ri-
baud... est surnommée aujourd'hui la Cloche d'argent.»
{Norm, illustrée, i, 23.) Nombreux sont les sobriquets de
Rouen qui , comme les véroles de Rouen , font allusion
aux vices de cette ville : en argot elle s'appelle Amélie.
V. la fin de l'Introd.
MARANDÉ, hameau près de Val., oîi l'en va faire la
collation, c'est le v. f. Marandé, Meren, collation, d'où
Marauder, goûter, en bas-1. Marenda, en bref. Merenn,
collation. Près de ce Marandé , il y a le village de la Tri-
galle, mot qui, en v. f., sign, cabaret, et qui est d'orig.
celt. V. du Cange , v» Tricalus.
MOIRE , mare : « Bère à la grand'moire , » c. à d. à la
mer : « Arc-en-cié du matin met la moire à quemin ; » en
arm. Mar, en lat. Mare, radical celt, et lat., représentant
essentiellement le grouillement de l'eau. Il donne au fr.
Mer, Marais, Mare, Marée, Cormoran (corvus marinus).
Amarre , et au n. :
^o MAUAiE. marée, moire, mare, jié. mer, mot riche en
dictons : « La mé est pus riche que la terre; j'bérais la
mé et les poissons, dit-on dans une grande soif; « Bère à la
grand tasse, » se noyer à la mer, et l'idée de se noyer se
rend sous cette forme : « Bère la laveure de s'en tchu. »
« Trait' (traître) coume la mé. » « Plieurer coume mé qui
monte. » marque, (Av.) marée haute. La forme Mare, en
a. Meer, étang, et Mire, boue, subsiste dans beaucoup de
noms locaux, surtout dans les Mers de l'embouchure de la
— \'l\ —
Breslc et dans le Val de Saire, Galleiriare , à Gatleville;
Inglemare; ailleurs Roumare, tous accolés à des noms
germ., Gatte , Angle, Rollon; mareïeiii, MARi:ïusii, (Gr.)
celui ou celle qui parque les huîtres, pêcheur, pôclicuse;
MORET (eau de), purin de fumier : « Aquam de morcto; »
MOBET, (Orne) sentine. maroter, patauger, saumaké, im-
prégné d'eau de mer; il y a à Jersey, près de la mer, un
lieu dit Samarès, et à Guernesey un semblable dit Sauma-
rès ; les Moëres des Flandres offrent le même radical ; mi-
rage, marécage et rivage, le rivage sous Ravenoville s'ap-
pelle le Mariage, litt. région de la mer ; marailler, se salir
dans la fange; (Gl. n.) marette, (Ibid.) petite mare; en
topog. n. marette et marelle, petite mare; aux limites
bret., à Dol, la terre grasse du rivage s'appelle La Mare,
ce que M. Malagutti appelle le Merl dans son cours
de chimie agricole , (p. 381 .) et qu'il définit une vase ma-
rine mêlée de coquilles. Beaucoup de localités n. tirent de
la mer des sobriquets qui ne sont pas sans intérêt :
St-Pair-sur-Mer , le Mt St-M. au péril de la mer, et dans
les vieux documens : « In pelago maris, » sur la plage,
Champeaux-en-grève; St-Jean-le-Thomas est appelé dans
D. Huynes : « S. J. au bout de la mer. » A St-Pair, la cha-
pelle Ste-Anne-des-Sables, puis, près de Carteret, St-Paul-
des-Sahlons. Wace appelle la baie du Mt St-M. : « La terre
marine , » comme il nomme la Neustrie : « La terre ma-
rage. » Autour de cette haie en Bret., près de la N., vous
trouvez Villedé-de-Marine, St-Benoit-des-Ondes, plus loin
St-Michel-en-Grève. Le n. amarreh, terme maritime, s'ap-
plique à toute action d'arranger, d'attacher; témarrer, litt.
lâcher l'amarre, s'éloigner, sign, faire sortir, conduire:
« Démarrer la mariée. ->
2° Directement du rad. celt. Mor, se tire une famille
a. n. assez nombreuse, les landages marécageux, en v.
n. More, et en 1. Mora, d'où les Moors d'Angleterre et
d'Ecosse. Un acte de H. 345 pour Clitourp offre ce mot en v.
n. : « Chascune acre de mor. » (Ap. Delisle, Et., 735.) Delà
nos Rues et Chapelles du more. De là moret, moiret, le fruit
de l'airelle myrtille qui caractérise Mortain et ses environs :
« Vive Mortain, St-Jean, Bion. quand les mourets sont en
saison. » Mortain lui-même sign, hauteur des Mores, ainsi
que Mortagne. A Val. ces fruits se vendent au cri : « Moue-
rets I Mouerets ! » mockille , morille, moure , mouere , fruit
de la ronce, mûre sauvage, en bret. Mouar. La ronce
s'appelait Mourier. comme le conjecture M. Delisle sur ce
— 142 —
texte de 1303 : « Super la haize du mourier. » (Cf. Roque-
fort, GL, II, 188.) MOURON, divisé en petit et en grand, la
stellaire moyenne ; mouron , s. m. la salamandre terrestre ,
saurien des landes humides; on dit : « Sourd coume un
mouron , » et : « Si mouron entendait , si taupe veyait ,
n'y erait sus terre houme qui vivrait. » On suppose une
haine mortelle entre le mouron et le crapaud, de sorte que
l'homme mordu par l'un n'a , pour se dégager , qu'à mon-
trer à l'autre son ennemi, moorojnné , qui a des taches
jaunes sur la peau comme le mouron; mouronket, s. m.
espèce de pomme tachetée. (Brebisson, Annuaire n. ^84^ .)
MouRETTE, la macrcuse, morette, la foulque ou poule d'eau,
MORiocuEMiN et MORiKCLiN, Ic marrubc commun, plante sau-
vage, MORiNE, charogne , en a. Murrain. Le Mobec semble
sign, le ruisseau du marais ou de la lande, Mor-bec, et
Marcey, marais de la rivière, de la Sée , ce qui exprime sa
vraie situation. On conçoit que More, landage et brous-
saille , ait sign, racine en v. a. : a We use the word mores
in the west of England for roots. » (Somner. V. Spenser,
p. 354.) Comme la Morinie ou Picardie nos noms loc. en
Mor, Mar, annoncent des terrains maritimes ou maréca-
geux. V. Morainville , Morières , Morigny, Morsalincs,
Morville, Marolles, Maromme, comme les Maremmes,
ainsi le rad. March, en a. Marsh, marais, entre sans doute
dans Marchainville , que 0. Vital nomme Marchesvilla ,
dans Marchesieux , Marche-Maisons , sauf toute réserve
pour l'ail. March, limite. A Savigny marchoux, maréca-
geux. L'aspect sombre et brun des mores et moors , leur
sol noir , comme celui des bruyères , ont valu à More le
sens de noir, d'où le fr. Morelle. Moreau, More, Mori-
caud , Morillon , en a. Murrey, d'un rouge obscur , More-
land, terrain montagneux, Morel, morelle, à qui sa couleur
sombre vaut le nom de Night's shade, ombre de la nuit.
MORON, noir : « Bridez, sellez cheval moron. » (Chans, n.)
MORET, noir; dans le prov. : « Taupin vaut bien Morette, »
c. à d. l'homme vaut la femme.
3° Ce radical prend la forme Marg, et donne ainsi au
fr. Margouillls, et Pline nous apprend que les Gaulois
appelaient Marga, la marne. Il dit Si\\?,?,\ Acaunumarga ,
litt. la blanche boue (en bret. Cann, blanc, comme le 1.
Canus) : « Acaunumarga... ratio alendi terram terra ipsa,
quod genus margam vocant. » (L. ^6, ch. 6.) On trouve
dans l'édit de Pistes : « Margila trahebatur. » (Ch. 29.)
De là le n. tire : marga . s. m. boue, saleté, mabgouillier,
— l/«3 —
salir dans la bouc, MAncoiM: et marcoiletie, Ijoucho salo,
MAUGoi'LKTTK, S. f. linge qui enveloppe le visage, de même en
pic, MARGouLiiNE , bonnct , béguin d'enfant, margouais ,
(Val.) boue, décombres, maugeolle, l'appendice cbarnu
sous le bec des volailles, et par ext. écrouelle , ce qu'on
appelle pour les volailles iuvejte dans l'Av., margade, la
méduse qui , déposée sur le rivage , devient une boue
lique; on dit prov. dans la baie du iMt St-M. : Trempé
coume une margade et être en margade , c. à d. en bouil-
lie, en gelatine, margas à Quillebeuf, le goéland, maugo^de,
la seiche; margast, le fou de Bassan ou nouoiE , en a.
Boobtj, stupide, sot oiseau qui fréquente les mares. Le
delta du Rhône, la Camargue, renferme cet élément. A
Pont, une maréchaussée est une mare barrée , litt. par une
chaussée. Cf. les n. pr. gaulois en Mar : Segomar, Virdu-
mar . Indutiomarus , etc.
4° comme le Marga celt. est devenu Marne en fr., on
peut grouper une famille secondaire autour de cette der-
nière forme. M. Delisle cite en N. beaucoup de Marnièrcs :
« Marneria a Oissel. . . Marneria de Falvelou (à Bonneville) . »>
On irouve des Le Marneeur. marné, le Guilmot, de sa
couleur cendrée. On dit à Granville : « La mé marne de
tant de pieds , » c. à d. s'élève sur le rivage, sur la marne.
(V. Et., 2G6.) Mais cette forme s'est liquéfiée en B.-N., et
a ainsi passé en A. comme dans l'a. Mari, marne, dans le
Merlhv(i\. marlièri:, marnière et falunière : « Cullura de
Marleiz, » à FeugueroUes. marous, marneux, et même une
des liquides disparaît généralement : male , s. m. fumier :
« Du malle pour mailer leurs terres. » (Coût, des forêts
de N.) « Terres malées de blanc malle. » (J3I8.) malée, s.
f. tas de fumier et fosse, maler, fumer la terre, malière,
marnière : « Assis es manières glisouses (à Varreville). »
[Terrier de Montebourg, f. 21 .) « Malière as Sacqueinvilleis
(à Sie-Colombe). » Aumale est la contr. d'Albemarle, en 1.
Albamarla.
MIELLE, s. f. (Manche) grève plate, sèche et mobile,
comme les Miellés de Cherbourg, où il y a le quartier des
miellés, mot présumé celt. par analogie avec tous ceux qui
nomment le sol et spécialement les rivages; d'ailleurs dans
le dial, de Vannes, Bily désigne une pierre friable. (V. Ilos-
trenen , v» Grès.) Ce mot est assez fréquent dans les actes
n. : « A St-Jean-le-Thomas , pro miella xx sol. » « 1399,
item une miellé et lande depuis St-Remi jusque à Glati-
gni. » Pour la même année des miellés sont citées dans un
— 144 —
aveu (Je la Haie-du-Puits, à Denneville : « Qucmuna de la
miellé. » millegkeu (Manche), s. m. désigne le Roseau des
sables, dont on fait de petits baluis ou bai.iettes, sans
doute litt. grain des miellés. On trouve dans un aveu de
Sortosville de 1403 : « Sont deubz neuf cens de mille-
greux. » M. Delisle pense avec raison que Malegieu, cité
dans un aveu de -1453 , est une faute de copiste; il faut
sans doute lire Malegreu. On désigne en général , sur le
littoral occid. de la Manche , les graminées des miellés et
dunes sous le nom de haldd.^e, (V. Dune.) litt. du haut
des dunes ; ce terme est cité sous une forme voisine , dans
une charte du ^3e s., relative au Mt St-M. : « Tangam,
sabulum, juncum et haudinam et totum pasluragium quod
habemus mariscis inter falesiam de Dunvilla. » En Gas-
cogne, le roseau des sables s'appelle Courbet, et il fixe
aujourd'hui les vallées des dunes, dites Lettes ou Lèdes,
derrière lesquelles est une zone de marais appelés les
Barthes. Le mot préc. est celt, et sign, lieu étendu , con-
génère du 1. Latus; Letavia était un des noms de l'Armo-
rique. (V. un art. de M. Morin. Rev. des Soc. sav., 427, ii.)
En parlant des falaises de Flamanville , M. de Gerville re-
trouve trois langues dans leurs dénominations : « Guerfal,
Griselée , Baligan sont des noms gaulois qui indiquent des
rochers; les Câtcls sont d'origine romaine et signifient
vigies, Exploratoria ; les hautes falaises de Caubhue, Le-
deheu , Lahoue ont été ainsi nommées des Saxons ou des
Normands. » {Et. sur le dép. de la Manche, \\T.)
MENTE, beaucoup : « Mente et mente fes, » mainte
fois; ce mot que, pour raison de prononciation n., nous
écrivons différemment du fr. Maint, est le comique et
l'arm. Me^it, beaucoup, en goth. Manags , en v. ail. Ma-
nac, en a. Many ; cet élément celto-germ. a plus duré que
son corrélatif lat. Mult, beaucoup, excepté en a. où Much
le conserve.
MOQUE, grande tasse; moqlie, s. f. le contenu d'une
moque; m camot, s. m. demi-tasse de café (Pont.) ou mi-
moquc; en a., Mug, godet, que Skinner dérive du gall.
Mwglio, chauffer, vase à chauffer.
MOUTE, chatte, nom affectueux, surtout quand il est
redoublé en modmocte , c'est une extension de mouton ,
mot d'orig. celt.: Maoud en bret.. Molt en kymri, Mollt en
gaël., Molt en gall, et en irl. Comme pour tous les noms
d'animaux , une on. est au fond de celui-ci. mooton et
BREiiis. grand arbre horizontal du pressoir. Cf. Chevron
(chèvre). Bélier, instriimens de force. On dit prov. :
« Fort coume un ran (bélier) , » à Coût, roi , solive , sans
doute de rouvre (Robur).
MUCHIER, cacher, a ses anal, dans les idiomes celt.;
Moucha, se masquer, en arm., et Miissa, cacher, en irl.
Ce mot est dans tous les pat. fr., mais quelquefois avec la
forme douce Musscr ; en it. c'est Mucciare ; il a sans doute
pour rad. la syll. Mu, qui est l'expression du silence. Il
se disait en v. f. : « En terre muchent ù foent. » (B. de
liou.) « Par autre engin se muchent. » Vendre du cidre en
fraude se dit : « Vendre à muche-pot » Un jeu où l'on
cache un objet s'appelle à Val. cliémuchette, s. f. litt. oîi
l'on cache une clié (clef). Toutefois Rabelais dit Cligne-
musselte, jeu où l'on ferme les yeux, tandis qu'on cache
un objet ; on dit ailleurs micue-muciie. muche , cachette :
« 300 obol. de muche, » (H98.) d'où musse et mue, cage à
poules; en pic. muchot, trésor caché, en fr. pop. Magot,
en n. migaut, et migadt, provision de fruits, que réclame
aussi la St-Michel, époque où l'on commence la mijaut.
Mvss , jeu de cache-cache , se disait en a. : « I cried hoa
like boys unto a musse, » (Shakespeare, Ant. et Chop.)
en a. Miche, se cacher, Mucher, thésauriser, Muckerer,
thésauriseur.
MULON , MULOT , HULOT , S. m. meule de foin : « Une
ne dotai chastel plus k'un mulon de fain. » (R. de Rou.)
peut venir du 1. lUoles , mais se trouve avec une sign, plus
directe dans tous les dial. cell. : Malan, gerbe, en arm.,
Moel, tas, en kymri , Mcdach , monceau, en gaël., Maoil,
amas , en irl. On trouve dans 0. Vital : « Fœni mullo-
nem. » Dans les Revenus de Verson , paraphrasés en le
Diet des Vilains de Verson , (Ap. Delisle. Et. à la fin.) on
trouve un dérivé de ce mot : « Tenetur fenum admulsin-
nare. » mllotter , mettre en meules ; hulotte , meule de
foin , à Val. vuillotte.
N
NANT , élément topog. n. qui sign, vallée , torrent , et
se trouve dans Nonant, Nonancourt, Roche-Nonant, Ter-
nant. Un acte de Lothaire 1er, (\q 852 , dit que le couvent
de Nantua tirait son nom des sources qui l'avoisinaient ;
en kymri Nant, vallon, et, par suite, torrent, en arm.
Nannt, id., et Annt , rigole, qui renfement tous An, eau.
T. 1. 19*
— U6 —
En Suisse fr. et en Savoie, Nant sign, torrent, el Ed.
Lindius et Giraldus Cambrensis disent que ce mot a le
même sens en saxon. (V. Ethnogénie gauloise Aç, M. Bello-
guet, 2M.) Le nom primitif de St-Marcouf était Nant,
Nantel , Nanteuil ; Childebert lui donne dans une charte le
nom de Nantus, que Wace lui attribue lors de l'invasion
des Normands :
A Seint Marcof en la rivière,
Riche abbaye eil et plénière,
Naote à cel jor aveit non.
Toutefois , ce lieu dans sa vallée et avec son abbaye re-
nommée , peut s'interpréter d'une autre manière, par « La
plus antique racine , dit H. Martin, qui désigne les choses
saintes chez tous les peuples celt, depuis la Galatie jusqu'à
l'Irlande; » en irl. et en gaël. Naomtha, Nemtha, sign,
sacré, et Fortunat interprète Vernemetis par Fanum ingens
gallica lingua , et Ver s'explique par Ffar, élément celt.
qu'Owen traduit en « Which extends out; » c'est l'a. Far,
au loin. Ainsi Nemetodurum est Nanterre , litt. le sanc-
tuaire de l'eau, comme il y a à Domfront N.-D.-sur l'eau;
Nemetum , plus tard Augustonemetum , est Clermont ; on
sait que Auguste latinisa les dieux et les lieux de la Gaule.
Cf. Nemausus, Nîmes, et Netnetacum, Arras. Roquefort
cite Nemoz , lieu consacré à la religion.
NAPPERON, s. m. petite nappe : « Nappe, en irl.
Noipicin, en gaël. Neapaicin, en a. Néapkin; cette et.
nous semble préférable au 1. Mappa. (Ed. du Méril, Essai
sur la form, du fr., ^44.) D'ailleurs Mappa est un mot
punique. C'est de napperon que vient l'a. Apron , tablier .
en V. f. Apronier. En Berry, Nappe désigne le Nénuphar :
« Dans le langage figuré du pays, ce mot décrit fort bien ces
larges feuilles qui s'étendent sur l'eau comme des napes
sur une table. » (G. Sand, le Champi, Préf.)
NOC, NO, s. m. canal, bieu, en v. f. Nocquière: « Sera
tenu ledit héritage recevoir les eaux qui descendent du
canal et nocquière... » (Ap. Roquefort. Gl. rom.) Ce mot
vient du bret. Naoz, canal, et Noed, gouttière. A Bay.
le Noc ou No est l'auge circulaire du pressoir, noc est aussi
fém. et se rapproche de Noa, rigole, source, prairie hu-
mide, en V. f. Noe et roue : « Unam noam ante domum. »
« Une noe contenant... laquelle noe est joignant à la rivière
d'Arve. » On lit dans le Best, divin :
Comme renart soleil embler
Les gelines costanz de noes.
— M7 —
Ce mot est très-commun dans les noms tie prairies, de
lieux bas et humides, et admet les variantes ^oue, «guette,
so: LLE , ^oyA^T , nèle , PvOïers , koards , ainsi que le mon-
trent les détails suivans : à Vire on appelle la source de la
Sienne, la Noe de Sienne; l'abbaye de la Noue, au diocèse
d'Evreux, est appelée dans un acte Nathatoria; aussi dit-
on dans l'Av. d'un terrain mouillé : « Il est noyant , » et
un ancien fief du Mt St-M. à Macey, situé sur un sol hu-
mide , s'appelle Noyant. A Guern. koelle sign, un maré-
cage. Les Nèle, comme Nèle-en-Bray et Nèle-Norman-
deuse, sont dits anciennement Noella. On trouve Noards,
arond. de Pont-Audemer. dont il faut rapprocher peut-être
Le Renouard, arrond. d'Argentan, la Noe-Poulain, ibid.,
Noyon-le-Sec , arrond. d'Andely , Nolleval , beaucoup de
Noyers; pour le Noyer-Mesnar , 0. Vital écrit Noer Mai-
nar; Nouenyille se disait Noevilla. Les Neuville se récla-
ment plus de ISoa que de Nova villa par leur latinité , No-
villa. C'est aussi la racine des nombreux Nogent, tous sur
des rivières , Noiodumtni et Noviodunmn, et Noviomagus.
Noue , qui d'ailleurs est fr. dans le sens de gouttière et de
terrain humide , se dit sur les côtes de N. pour les fosses
sur les rivages, comme la Fosse ou Noue de Courseuiles.
Nous croyons que c'est de koe et de noer , inonder, plutôt
que du terme trop général de Necare, tuer, que dérive le
fr. Noyer, en n. neier et mer : « Ne me leissier ici neier
en ceste mer. » {B. du Mt St-M., v. 2602.) Aussi Noer
sign, nager en v. f. : « Passèrent la rivière au noer. «
(Froissart.)
o
OCHE et ^ocHE, coche, entaille; ochié, s. f. bois tail-
ladé de coches; ochier, (Gl. n.) ébrécher, comme en v.
f . : «Son branc d'acier ensanglante, oschie. » (Benois,
Chron., v. ^8922.) Oche a naturellement sign, fourche de
branche , comme dans le v. 91 , du Best, divin :
En l'oche du premier coupel
Verreiz le rai de soleil bel.
Si le fr. a gardé Décocher , il a perdu Encoc/ier, mettre
dans la coche de la flèche. En bret. Coch, cran, en basque
Ozco, et en prov. Osko. La double forme n. a donné à l'a.
Owche, bouton, qui est dans Shakespeare, Ouch et Nock,
Notch, enfin Dawk, entaille; par ext. l'a. Notch sign. pop.
femineum pudendum. Malgré les sources celt, ci-dessus, il
serait possible que le fr. Coche , dont le n. noche et oche
— 148 —
sont des variantes, fût une forme de Escorchcr, Escorccr.
en n. escocbier, d'autant [ilus que dans l'écossais qui a
reçu assez fortement l'influence fr., Scotch sign, faire des
entailles. L'a. Dawk précité se rapproche du b.-l. Dica,
coche, syn. de Talea, entaille, (Stapleton. Rolls. Préf.)
qui servait à marquer les sommes reçues.
PAPIN, s. m. bouillie, du celtique Pap, même sign.;
ce mot se trouve dans presque tous les patois : en rouchi
Papin, en fr.-comtois Papale, en dauphinois Papet, Pap
en wallon et en flamand, Pappi en ail., Pappa en it., en
a. Pappy et Pap; tapi à Bay. sign, coquelicot ;• mais on
sait qu'on a fait et qu'on fait encore des gâteaux avec la
graine d'œillette ou de pavot , en angl. Popptj. Ces mots
peuvent sans doute se résoudre en une onomatopée,
comme Palper; d'ailleurs on disait Papper, manger avec
sensuahté , de là Papelard , bien antérieur à Rabelais :
Tel fait devant le papelarl
Qui, par derrière, pape Jart...
(Miracles de la Ste Vierge.)
Papefigue sign, becfigue, et Papegault, perroquet veut
dire litt. qui pape le gault (forêt), ou qui becquette les
branches de la forêt. A l'on. Pap, on peut rapporter d'au-
tres mots n. : paper , ouvrir la bouche pour respirer , pour
palpiter, papoter , barboter et baiser bruyamment , d'où
PAPOT, grouin de porc, papoite, (Gl. 7i.) bouillie. On lire
du celt, le nom du pavot, malgré Papaver, parceque Papa
sign, bouillie en bret. et dans presque tous les patois. Au
Sap le Coquelicot s'appelle coq.
PARQUET, le préau des prisons à Rouen, selon Roque-
fort , (GL rom.) d'où le fr. Parquet, magistrature; Par-
quet, en V. f., petit parc, (V. Delisle, Et., 347.) où il cite
Haia del Parcliet, du Livre noir de Bay.; pabquier, parquer,
spécialement les huîtres. Il y a plusieurs familles Le Par-
quier. Le Parquois, c. à d. gardien de parc. Générale-
ment le Parc désigne une villa murée , spécialement une
villa épiscopale; ainsi le Parc à Sainte-Pience , villa des
évêques d'Av., et le Parc, contigu à Coût., villa des
évêques de cette ville. Parc semble être le bret. Parcq,
même sign., quoique une et. germ, soit possible, Pergan,
défendre, et même une et. lat. Paradisus, parc, d'où le
fr. Parvis. Une enceinte, fortifiée sur une hauteur, se
— IVJ —
flisail Railli en irl., mot qui sign, monlagne, d'où k's
Alpes Rhétiques. Rethel, les Monts d'Arhcs. L'ii. Park
sign. Pare el enclore.
FICHIER, pucHiER, grand pot à cidre, en a. Pilcher;
on dit Ficher en bret.; Picotin, petit pot, est sans doute
un dim. A Val, ricoiiN sign, une demi-tasse de café. A
Vire ncHET est syn. de pïchier : « Les bras sont armés de
tasses, de pichets.» (Lallemant, La Cmnpénade.) picher
est dans le Liv. des Rois : « Hyram fist vaisselle de mainte
baillie, poz. chanes et pichers. » (L. ^3. eh. 7.) On lit
dans le Registre du Mt St-M.. à la date de 1317 : « Unum
picherium vini. » Ce mot existe en Vendée : « De laeve
Ircdc en in pichae. » (Chanson, Mém. de l'Ac. celt.) A Val.
picniER, vider de l'eau avec un pot, d'où « Puchier la
lessive. »
PINN, TENN, r.iKN, rad. celt, qui désigne des objets en
pointe, en pyramide, la cime, d'où le fr. Pinacle, Pignon.
Epine (spina), Pin, etc, et les noms top.. Apennins.
Alpes pennines , Pennafiel , Pennafior . les Pines , pics de
Corse et d'Italie . par ex. en Corse les « Pines di Vir-
gine. « Al-Ben, l'Ecosse, d'où Albion; Tite-Live a donné
une juste et. de ce mot. Lib, 21, cb. 38, Ce mot domine
dans les idiomes celt, par ex, dans le canlabre Pimm et
dans l'esp, Pennas, rocher aigu; en irl. Bawne , emi-
nence.
En top. n. il prend la forme Rigne ; il y a les Pierres
des Rignes , près d'Ecouché , monument druidiques. Rin-
gard , en V. f., sign, hauteur, et nous avons Muneville-le-
Ringard , où il y a un Exploratorium , le Mont Pinguet;
Ringard est le nom d'un village sur une hauteur à St-Jean-
le-Thomas; il y a à Tonneville une lande élevée, dite Le
Rigard, Nous avons Rêneville, aux hauteurs couronnées
de moulins, un des points les plus élevés de la Manche,
Rivillc , lande et falaise de la Hague , Riniville , arrond. de
Val., La Rigne, arrond. de Vire; Longue-Roque à Nchou
est appelé Longue-Rigne en -1283. (Le Rredonchel. Hist.
de Nehou,) Rigne, grosseur, tumeur, se disait en v. f. :
« Whaiils of great bignes, » en -1030. et on trouve dans
Villon : « Il se fit une bigne à l'étal d'un boucher. » Ce mot
existe dans le pat. du Rerry. d'après le Vocab. de Jaubert.
Il y a en N. une pomme qui s'appelle p.inet, et gros-binon.
(Rrébisson, Ann. w. -1851.) mnne, manne arrondie et ven-
true; BuoT , monceau et ruche, binot, le derrière, bixgot,
(Val.) manne et boite à lavandière : « Etre élevé coume
— 130 —
poulet en un bingot , » c. à d. avec des soins délicats. Ce
V. f. Beigne, enllure, donne le fr. Beignet, pâtisserie
soufflée, gonflée; le bret. Biniou, en n. bignocf, sign,
cornemuse , lilt, outre gonflée , et par ext. chapeau. Esbi-
gner a dû sign, meurtrir , du moins Fr. Michel dit qu'il
s'emploie en N. dans le sens de tuer {Diet, d'argot, -U8.)
BINETTE, s. f. bousier, insecte noir, arrondi, qui rend du
sang quand on crache sur lui ; les enfans lui disent : « Bi-
nette , donne mé d't'en sang , j'te donnerai d men vin
blianc. « Quand au pop. Binette, tête, c'est le nom d'une
perruque de Binette , perruquier de Louis XIV. (V. Dict-
d'argot de Fr. Michel.) On pourrait rattacher à cette classe
BOUEGE , le renflement des douvelles d'un tonneau : « Avoir
tant de pouces de bouege. » On dit : « Ce tonneau bouege
ou ne bouege pas , selon qu'il est plus ou moins renflé au
centre; en a. Bouge, s'enfler; bouguier, donner du bouge.
La forme Pinn, qui donne au fr. Pignon , Pinacle , Pin,
Penne (penna), Epinoche, Epingle, et à l'a. Pin, épingle.
Pine, pin, Pinion, bout d'aile, Pink, l'épinoche, auj.
Minnow (mignon), engendre en n. : pine, virile pudendum,
d'où les n. pr. Pinel, Pinard, Pinot, Pinardel, corres-
pondant de Conardel, etc., en v. a. Penis, (HalliivelVs
Diet.) et dans le Northumb. Pen sign, a sow's pudendum.
pi.NER, far l'atto; en v. f. Pigne, cheville, comme en v. a.:
« Pynne of timber, » el à Av. la ri sign, la galoche;
Pinnedunez dans Rabelais sign, peu honnêtement la pointe
du nez. A Bay. pigache sign, un champ en pointe, comme
en V. f. ce mot sign, soulier pointu, et en vénerie désigne un
sanglier qui a une pince plus longue. Le Pen-bas, bâton des
Bretons, litt. bâton à tête, avait passé en A., où Pen-bawk
sign, un bâton de mendiant. (Halliwell.) Tourner fignole
est une loc. n. qui signifie tourner les talons, primit. tour-
ner le pignon d'une maison. Pine s'abrège en pie; il y
avait à Bay. la rue Coupe-Pie , et le vicomte de cette ville
en 1530 était Th. Coupe- Verge. Cette famille est la même
que celle de Pic, Pique, etc., (V. les On.) qui du côté de
Paris devient Le Pec, la hauteur; pec, pé, s. m. point de
départ d'un jeu de course, d'où péquier, prendre position
au Pec, comme on dit auj. au poteau, à la perche, péquier,
rester embourbé, piqué, pingee, usurier, nom des Juifs
comme crucifiant des enfans avec des pingres (épingles).
Q
QUEMIN, chemin, se rattache à Caman, en kymri ,
— 151 —
Kamen en armoricain, où Cam signifie Pas. Il a tous les
dérivés de chemin ; il y a en N. ce dicton :
Petit paqucl et long quemin
Fatiguent le jieierin.
Un composé de ce mot est Mariochemin , Marioquemin ,
Marinclin, c. à d. Marnibe des chemins, Marrubium vul-
gare. On dit aussi Queminet : « Assiets j'ai la proz de men
queminet. » (Muse n.) quemi.mer, celui qui surveille ou
répare les chemins; on disait en H.-N. cnEMiNAOEa; les
religieux de Jumièges furent condamnés sur la poursuite
« Du plancager et du cheminager. » Il y avait un planca-
ger de llouen à Paris : « Chargé de couper arbres, espines,
saulx , mettre planches entre plusieurs fossez. » (I4G^ .)
QUEMISE, QUEMINSE, s. f. chemise; en gaël et en
irl. Caimis, en v. ail. Hcmidi; queminsette, petite chemise
et devant de chemise appliqué sur l'autre à la poitrine.
R
RAINSÉE , s. f. pluie, ondée; en pic. Rainser veut
dire pleuvoir ; en languedocien Ren signifie pluie , comme
Rain en anglais, du celtique Ren, eau coulante. De là le
français Rincer et l'anglais Z)mm ou De-rain, De-noyer,
et Drainage. Pop. : « Donner une rainsée, » sign, une
volée de coups.
RONCE et EROJiCE , s. f. probablement de Rubus , du
celt. Rub, en bref. Rus, racine commune au latin Rubus.
Il y a en N. beaucoup de loc. en noACEREr, s. m., en rok-
CERAIE, Ro.NciÈRE, S. f.; ÉRo.xcHiER , débarrasser de ronces.
RINDELLE , claie ou plancher qui borde la charrette ,
existe dans les dial, celt., Ridel en arm., Rideal en gaël.
et en irl.; en fr. Ridelle.
RHEDDE , en 1. Rheda; c'est sans doute à ce mot qu'il
faut rapporter la rhedde ou visite , sans doute à cheval ou
en carosse , que les magistrats faisaient dans les prisons
de Rouen : « Rhedde, visite des prisons pour sommaire-
ment vuider les causes des prisonniers admonestant les geô-
liers de leur donner eau et paille fresche, et les tenir nets. »
{Les treze livres des Pari., vni, 29.) Rheda est un mot gau-
lois, comme l'attestent Cœsar, Quintilien, Isid. de Seville.
Il a son analogue dans les langues du Nord , Ride en a.,
et Reidcn en v. ail., en a. aller à cheval, en voiture. C'est
le V. f. Rydde, course, Rydder, galoper. Du reste, ces
mots sont des on. de roulement . et c'est d'eux que vient
— 152 —
le fr. Rôdeur, en a. Rambler. On peut ciler ici Essède en
V. f., cliariot, (ïEssedum, cliariol gaulois, ainsi que Pe-
torritum, voilure à quatre roues des Gaulois, dont M. de
Wailly retrouve le nom en Flandre, où Peterridan sign, un
char à quatre roues. A propos de la ville û'Eporedia, Pline
dit que ce mot sign, en langue gauloise un homme habîle
à dompter des chevaux. (Lib. m, cap. 21.) Lacombe,
(Supplément.) donne Rydde, course de cheval, en v. î".
On trouve sur l'emplacement d'Alaise, probablement Ale-
sia, le chemin des "l'ermes et le chemin des Rhèdes. (Rev.
des Soc. sav., août 1859.) Reviers, que l'on a tiré de Ripa-
riœ, ofîre un autre sens; son nom ancien est Radeverum,
litt. riv. de la route , anal, à Radepont , quant au préfixe.
Le fr. Route, lui-même, ne vient sans doute pas de Rupfa;
Rod en irl., Rodo en arm., Rû et R/ieiv en kymri, en a.
Road, lui assignent une orig. celt. Le v. f. Conroi, en
b.-l. Conredium, qui désignait : « Quidquid ad alimentum
datur; » sans doute denrée, pourrait renfermer l'idée de
Rhède , celle de transport.
S
SAP, bois de sapin : h Marchand de bois de sap, » est
l'enseigne des marchands de bois du Nord ; en bret. Sajrr
et Sap; du reste , en v. ail. Sapinus; sap existait en v. f. :
« Mainte hante de sap e de fresne bruissier. » (R. de Rou.)
SAPiNAiE et SAPAIE, daus les noms de lieu, sapinière; il y a
la Sapée, près de Gacé. sapi.nette, s. f. une espèce de
petit sapin. Le savi.mer est un conifère qui se rattache à
celte famille; c'esile Junipenis sabina. Toutefois, comme
le sapin n'est pas indigène en Gaule , il serait possible que
son nom fut l'aspiration de Abictinus. Quoique 0. Vital
dise que le 5a/) (Orne), tire son nom d'un grand sapin,
nous inclinerions pour cette loc, et pour d'autres comme
le Sap-André, le Sap-Mêle, à voir là le Sab celt, fossé. V. du
Gange. En argot , Sapin des cornans, pour sign, la terre ,
est I& traduction de Plancher des vaches, bille, s. f. tron-
çon de bois, est en arm. Bill, en irl. Billead; de là le fr.
Billot. A cette idée de bois, on peut rattacher celle de
porte , le Door a. porte , en bret. Dor et aussi Dor en ail.;
aussi porte de fer peut se rendre presque de même dans
les deux idiomes. Ouarndor en celt., Z)o?owarw en germ.
Un texte tiré de la vie de S. Eugend qui mourut vers 5^
cite : « Viens cui vetusta paganitas ob clausuram fôrtissi-
mam templi gallica lingua isarnodori, id est , ferrei ostii
— Iu3 —
nomcn indidit; » en all. Eisendor, in isl. I^aniy for, cii
a. Iron.
SOL DARD, soldai, dont le fr. Soudard est une forme;
ce mol vient moins bien de Solde que du Soldurii de César,
les braves dévoués au service d'un chef. Dans Régnier,
Sat. X : « En guise de soldarls, » rime avec Parts. En
brct. Soldur. Le paysan n. vante ainsi la verlu de la
soupe : « Ch'est la soupe qui fait l'soldart. » De là l'a.
Soldier, soldat; aussi Wacc dit-il toujours <■ Un soldeier. «
L'r caractéristique a disparu dans l'it. Soldato, qui arrive
à l'idée de solde par une route différente. On peut
réunir à ce mot plusieurs termes cclt. qui ont de l'affinité
avec l'idée d'homme de guerre; Brance, épée , en v. f.
Branc, que Phne attribue au celt.; trcc, en n., adresse,
primit. coup de poing, on., mot béarnais et gascon. V. les
gloss, de Rabelais; rLEUTiim , flétrir, en celt. Flastra,
écraser, on., d'où l'a. Fester, se corrompre; Caieia, petit
dard garni de pointes, origine de la masse d'armes, en
usage chez les Teutons et les Gaulois. Cf. le Gœsum de
Virgile, épieu gaulois; Tabard, manteau long chez les
Gaulois, en a. Tabard, resté dans les noms de famille n.;
le v. n. Pel/érer, piller, dérober, {Ckron. des ducs de iV.,
ni, 498.) d'où l'a. Pilfer, escamoter, en bret. Pilferer,
colporteur; March, jument, en bret.; en a. Mare, jument,
resté dans le fr. Cauchemar, litt. chevauchée de cavale,
en n. cauquemau, mot cell, selon Pausanias : «i Itctcov ovojxa
ixapxa UTO To)v KeXtiov. » (In P/iocide.) BLiAUDE, blouse.
V. du Cange à Bialdum. diguedi, femme, (Guern.) mot
que l'auteur des Rimes guern. tire du bret. Dighez, femme :
« L'ierrien (propriétaire) r'garde sa diguedi; » mais qui
semble renfermer une idée peu chaste. Cf. le vieux refrain :
« Belle diguedi , belle diguedon , don, don. » tiumeu, mar-
cher beaucoup : l'arm. Tremen sign, aller de côté et d'autre,
en arg. Trime, rue, Trimard, chemin, albroche, à Guern.,
un homme grossier , que l'auteur des Rimes guern. dérive
du fr. Allobroge. bisqcine, s. f. espèce de chasse-marée, orig.
de Biscaye , dont l'habitant s'appelait Bisquin en v. f.
(Lacombe. Supplément.) mauke, manne, en a. Maund,
id., en bret. Mann. L'a. Apple, pomme, dérive du cell..
Aval en bret., et Appel en v. f., selon Lacombe, Ibid.
ECLAIRE , la grande chelidoine , en bret. Sklear, dégolrdir ,
déniaiser, de Gurdus, mot esp. : « Gurdos pro slolidis
accepit vulgus ex Hispania duxisse originem audivi. »
(Quint. L. I, eh. 9.)
T. I. 20*
— d34 —
STRATE , rue , du bret. Strœd, malgré le 1. Strata :
« Strata viarum, » (Virg. Enéide.) en a. Street, rue,
resté dans plusieurs loc. n. en estrée, estry, et latinisé en
Srata, comme Estry (Calv.), Estrée (Eure) : « N.-D. de
Strata , » Estrée la Campagne, qu'il ne faut pas confondre
avec les estres, estrées, estuaires. Strasbourg tire son
nom de ses voies romaines, Strata : son nom primit. était
Argentoratum ; il a tiré de ses routes, au 6e s., son nom
de Stratœ burgi. (Walcknaer , Géog. des Gaules, i , 52^ .)
La grande route, qui coupait l'A. du S.-E. au N.-E., s'ap-
pelait sous les Saxons Wœtling street , peut-être pour
Wœstling, route de l'Ouest.
SURELLE, oseille, dim. d'un rad. celt., car Sur sign,
acide dans tous les dial, de cette langue, en arm. en kymri,
en irl. en gaël.; on fait ce calembourg sur une nouvelle
certaine : « Ch'est su coume vinaigre. » surir, tourner à
l'aigre; suret, s. m. (Av.) sauvageon, dont le fruit est
acerbe; suretière, pépinière de surets; suriaux, (H.-N.)
aigreurs ; en a. Sour, sur, et To sour, surir. Pisse-vinaigre
est le sobr. d'une femme avare et acariâtre.
TALARD, (B. du Mt St-M.) berge de rivière, qui, dans
les grèves , s'écroule rongée par les eaux , cong. du fr.
Talus , Taluter , en bret. Talud, pente. On peut réunir à
ce groupe lageu, roseau, herbe aquatique; en bret. Lagen,
marais, d'où le fr. Lagune, en gaël. Lochan, flaque, en
gall. Llugad, bourbier, flag (St-Lo), roseau et glayeul,
d'où l'a. Flag, flamme de navire, pavillon, lagen a sans
doute donné au fr. Ajonc, ou jonc marin.
TETRELLE , s. f. biberon ; têtard , tétour , celui qui
tette sa langue; il y a beaucoup de familles Tetrel et Le
Tetrel; tétine de souris, l'orpin blanc. Comme dans le fait
de la succion il y a deux sons distincts , le S et le T , les
Lat. ont pris celui-là, Sugere, les Grecs celui-ci, tit6o;,
mamelle , ainsi que les idiomes celt. : Teth en kymri , Tez
en bret.. Tit en a.
TOR , TUR , élément qui indique une eminence , en v. f .
Thoron, hauteur, et en v. f. Turault, Tarai, élévation de
terre ; il y a dans l'Av. le cap Torin , et près de Rouen le
mont de Turinge, souvent cité dans les vieilles chron. n.
V. Walcknaer, Géog. des Gaules, n, 75, lequel cite un
— 1 35 —
grand nombre de Taurn, hauteur, dans la Nuriquc. On
trouve encore en N. Torigny sur une eminence bordée
d'étangs, Tordouet, litt. hauteur de la riv.; il y a Tours,
appelé Tor dans un acte de ^ 096 ; il y a Tourville , Torcy,
Turtot, Thury, le quartier de Turin à Val. sur une colline.
Quant à la loc. précitée , Tordouet , on appelle tordodet ,
un drap, froc, fabriqué dans les environs et près de
Lisieux. Quant à Porra, Borra, en b.-l., c'est un vallon
buissonneux à eau stagnante : « Cavus dumetis plenus ubi
stagnât aqua. » Porrois est le nom prim, de l'emplacement
de Port-royal des Champs. Nous soupçonnons un élément
celt, dans Tamer, qui entre dans Tamerville , sans doute
avec le sens de rivière, comme la Tamise ; du moins Tamer
est une rivière assez forte entre le Devon et le Cornwall.
Il y a Thomer, arrond. d'Evreux , et Thomery, près de
Fontainebleau. Des cavernes de montagnes , des habita-
tions souterraines portent en Ecosse le nom général de
Weetn, du gaël. Wamha, cave, d'où sans doute l'a. Whelm,
couvrir, enterrer. (V. Wilson. Archœol. of Scotland, 80.)
Le nom celt, du rossignol n'est par reste en a.; c'est Nigh-
tingale, litt. brise du soirj en bret. c'est Eaustig, en
kymri Eaws, en gaël. et en irl. Spideag. Une poétesse
anglo-n., Marie de France, a renfermé ces mots , dans le?
vers suivans , avec le fr. Rossignol , devenu Raisum :
Une aventure vus dirai,
Dunl li Bielun firent un lai;
Laustic ad nun, ceo m'est avis;
Si l'apeleut en lur pais :
Céo est Reisum en franceis,
E Nihtegale en dreit engleis.
Un lai du même auteur est le Loup-garou , qu'il appelle
Bisclaveret , c'est une forme du bret. Bleiz-garv (Blis-
garv).
TRAOUL , dévidoir , treuil , en arm. Traouil, en kymri
Troell; il devient tro : par ressemblance on appelle à Av.
TRo , un gâteau cornu. Par la suppression de R , ce mot
devient en fr. Touer, en a. Toiv, et produit todaille, ser-
viette . autrefois placée sur un dévidoir ; ce mot est dans
Chaucer, Towaile, et dans Kuonrad von Wurzeburc,
Twewele. Le pat. de l'Auvergne a gardé Touailla , le pic.
dit Touillon pour torchon , et le n. dit touillier pour tor-
cher , essuyer :
Tant le truilla et le ctiarma
Que li lecherres s'en alla. f Fabliaux J
— ^56 —
d'où SATRouiLLE, S. f. et sATRociLLON . P. m. femiTic ou
homme malpropre , satrouille , seiche, substance molle et
visqueuse. On dit encore toijin , homme sale, toiine, che-
velure sale et tabatière étroite; on dit touillée, une volée,
comme on dit pop. une brossée, une peignée. J. de Gar-
lande dit en son Diet. : « Trahale dicitur à traho , gallicè
TraaiL » On disait aussi en v. f. Trouet : a II faut filer au
trouet sur les costez de cest apostre. » (Martyre de St~
Denis.)
TRUANDER, gueuser, du bret. Truand, truand, Truan
en kymri, et Trugghanta en gaëi. et en irl., malheureux;
TRUANDISE , S. f. vagabondagc. Prov. : « Qui fit normand
fit truand. » En argot Trncher, gueuser, Truchc, aumône.
Rapprochons de ce groupe l'ét. de Bâtard, que M. du
Méril tire du mol bas , d'orig. celt, et que détermine ce
texte de Mouske sur Ch. Martel , v. \ 558 :
El ( Pépin ) s'eut de bas un fil
Ki moult ol haut cuer et gentil.
Y. Cette finale lopog. représente la terminaison celt, en
m (eau), prédominante dans le Midi; par ex. Damigny
est parti de Digmaniacum : « Villa Digmaniacum quœ sita
est in pago ossismensi , in centena Alencionensi. » (C/iron.
de Fontenellc, ^^e s.) Ainsi deux loc. de l'Av., St-Pair et
Beauvoir, étaient primit. Sessiacum, devenu Sessy, et Atis-
teriacum, devenu Austry. Cf. villa Danciacum, lOe s..
auj. Doncé, arrond. de Mortagne, et Soulangy, arrond. de
Fal., Solengiacum , ap. 0. "Vital. Cf. aussi le suffixe indien
Lach (lieu, d'où locm), et le suffixe Loch, des loc. germa-
niques. Cette finale Ac est aussi , suivant Davies . un suf-
fixe irl. indiquant propriété ; ainsi le Brennacum de Grég.
de Tours et de Fredegaire, auj. Braine, est l'habitation
du chef, Brenn, dont les Romains ont fait le n. pr. Bren-
nus ; ce mot existe en irl. : Ossian se fît aimer de la fille
du Brenno, ou chef de Rego. Même formation à l'époque
gallo-romaine : Tiberiacum, Berchem , Juliacum, Juliers,
ou ville de Tibère . ville de Jules. Cf. la finale gr. «xo;.
Tandis que l'usurpateur Maxime n'a laissé qu'un mauvais
souvenir en N. où maxi sign, méchant, par ex. à Bay., il
a été chanté par les Gallois , comme on le voit dans le
Mabinogion de lady Charlotte Guest ; ce recueil , dont
le titre sign, récit romanesque , nous montre Macsen
VIeddig nu Maxime le Fort dans un songe très poéliiiuc.
Vespasien a eu en N. le sort de Maxime , et vaspasu.^ y
veut dire mauvais sujet, vagabond.
ORIGINES LATINES.
A. Par un remarquable abus, le gén. a pris prescjue
partout en fr. la place du possessif; il n'en était pas ainsi
en V. f. : « Pro Deo amur. » (Serment de 84^.) « Li Deo
inimi (ennemis de Dieu); (Cant, de S. Eulalie.) et « La loi
Deo » (loi de Dieu), f li. de Bomcivals.) « Que frum del
arcbe al Deu di Israel. » (Les A liv.des Rois, 18.) « Filz
a putains.» ( R. de Rou.) De même le n. dit : « La
maison à Pierre, » ainsi que les enfans : « Le livre à petit. »
On dit encore : « Le denier à dieu , » à la fête des Rois.
On pourrait retrouver un rapport de ce genre dans de
vieilles expressions a., telles que Jack a lent, (Mernj wives
of Windsor.) John a dreams, (Hamlet.) c. à d. Jean aux
rêves , Jean à la lanterne , si off ne se changeait en aff, a
dans plusieurs pat. a. Devant un autre A, cette iirép.
se liquéfie par un I euphonique : « A-i-A v ranches , à
Avranches.
ABAICE , s. f. buflet, grande assiette, (Val.) iïAbaciis,
buffet : « Super unum bassetum mappam ponebat; » (Act.
SS. Mai IV.) en v. f. Abace. On dit encore en fr. Abaisse,
croûte de pâtisserie en forme de plat, et Abaque, probabl.
venu de la Renaissance, ainsi que l'a. Abacus; d'Abaque
pourrait dériver l'a. Bea/cer, coupe, godet, comme aussi
de Beak, bec. Cf. la Bouillabaice des ports. Le 1. Discus
a laissé dans l'a. Disk, plat, et Desk, plateau, pupitre,
et peut-être Deck, pont de navire.
ABBAIE , ABBiE , abbaye, d'Abbada , en a. Abbey;
M. Cochet a signalé divers « Chemins de l'abbie, » en
H.-N. On disait abbaie en v. n. : « Un monastère et abbaye
éminente, » est un vers de dix pieds de le Rocquez. (3Iir. de
l'Etern.) Oa disait aussi le dim. Abbayette, dont le I. était
Abbatiola, qu'on trouve dans un Ms du Mt St-M., comme
on trouve Ecclesiola dans le Dom'sday. Il y a encore plu-
sieurs loc. dites l'Abbayette en N., plusieurs ont aussi
Abbé pour suffixe, le Pont-l'Abbé (Manche), le Mont à
l'Abbé (Jersey); abbé en n. désigne ordinairement le
vicaire.
— -158 —
ABHME, abime, dans le sens d'énorme quantité; en
parlant de pommes on dit : « Y'en a eun abiime... les pou-
miers en sont abiimais. » Ce mot a été fém. : « Mers et
abismes profondes, » (Molinet.) comme le 1. Abyssus; en
a. Abyss, abiimer, gâter, perdre, litt. jeter dans l'abîme,
hyperbole pop.
ABOMINER, exécrer, abominari; le fr. n'a qu'Abomi-
nation et Abominable ; on dit : « Abominer de sottises ; »
en a. Abominate. Cf. abolir dans « Femme abolie de que-
nailles, » c. à d. fatiguée par une abondante maternité.
ABRE , arbre ; le n. comme l'a. aime à supprimer l'R
devant une consonne. Vaugelas dit dans sa 403^ Observ.
qu'on disait autrefois Abre à la cour; de là abrier, abriter,
auquel se rattache le fr. Abri, abrier se dit dans la langue
maritime n.; VAbre major était le grand mât des galères ;
« Pour l'amour du buisson va la brebis à l'abre, » selon
un prov. cité par L. de Lincy. Il se disait en v. f.; il est
dans G. de Tyr, au I3e s. Montaigne dit : « En manière
qu'elle les abriast. » {Essais, L. i, ch. 20.) abrias , abri,
en lang. Abriga. abreau , petit arbre enduit de glu pour
prendre les oiseaux , cité par L. du Bois , (Gl. n.) qui
mentionne aussi bois d'arbe et arbre pour le pommier ,
considéré sans doute comme l'arbre par excellence en N.;
ABRIC0LER, (Av.) abriter; arborée, û! Arbor : il y avait en
Normandie des portes de villes appelées Arborée; c'était
sans doute une porte auprès des bois ou entourée d'arbres.
Ainsi, à Bayeux : « St-Loup s'avance vers la bêle dont la
retraite était dans un bois proche la porte Arborée. » (Plu-
quet. Essai hist. sur Bay., 333.) Le Livre vert du chapitre
d'Av. signale dans cette ville une rue Dorée, paroisse de
N.-D.-des-Champs, dont le nom pourrait bien être une
altération. Rob. Cenalis dérivait, toutefois sans vraisem-
blance historique, le nom d'Avranches d'Arboricce, Arbo-
retanus : « Ab arborum frequentia. » Cette localité encore
très-boisée l'était beaucoup plus au 16e s. à l'époque du
prélat. Rouen a aussi sa Porte-Dorée. A St-Lo c'est la
Porte-Dolée , du côté de laquelle coule la Dolée.
ABSOLU (jeudi), le Jeudi-Saint ou d'absolution :
Au Jeudi absolu
L'querêime est sus l'c...;
Au Vendredi-Sainl,
Il est sus les reins ;
Au Samedi bénit
L'querêrae est fini.
— 159 —
ACATER, acheter (ad captare). en pic. et en rouchi
Acater, en it. Àcatare, en v. f. Acliapter, dans les Rôles
n., Acatmn, Acatare; acatour, aclieleur; acatehesse, ache-
teuse; en a. Cater, faire la provision, Caterer, pourvoyeur,
Cateresse, pourvoyeuse. Achate et Acliatour sont dans Chau-
cer, V. 573 et 570. II y a peut-être quelque rapport entre
ces mots et deux autres termes cités par le Gl. n., cabas,
tromperie, et Cabas, tromperie, et Cabasser, tromper, qui
se disaient en v. f. Au rad. de la famille d'ACAiER , se rat-
tache Accii'ER, recevoir et prendre, en Bray (Decorde), ù
Vire et à Bay., escroquer; de là son abrév. chiper, filouter,
argot des collèges n.; chipecr, filou.
ACHÉE, (Av.) ver, amorce de vers, en v. f. EcJiée,
û'Esca, amorce pour le poisson; on dit : « Le gardin est
pliein d'achées , » c. à d. de vers, aachier, amorcer, achai-
soiN , odeur de chose corrompue , de charogne , peut-être
primit. de vers : « Etre malade d'achaison , » de dégoût;
en a. Jc/œ, douleur, souffrance : « L'achaison prit le p'tit
gars; i n'peut tout hère. » (Dép. d'un témoin à Av.)
ACHIER, acier, dérivé û'Acies, tranchant : « Li païz
desfendre el fer è à l'achier. » (/?. de Bon, v. 3960.)
« Deux arbalestres d'achier. » {Délib. de V Hostel-de-Ville
de Rouen. ^460.) achiérer, garnir d'acier : « achierer eun
ôtil, » un outil (en fer).
ACOUTER, écouter, d'Anscultare, en a. Scout, explo-
rer, battre la campagne, en écouler les bruits. Cf. Ascouto
d'Janette, chanson savoyarde.
ACSONDE (en), en silence, en cachette : « Mordre en
acsonde, en acsoude, » en parlant du chien qui mord sans
aboyer; en v. f. Asconse, lanterne sourde, el Abscond, se
cacher, du 1. Abscondere.
ADAM (rouME, nocd d'), l'os saillant de la gorge, le
bréchet : « J'en ai jusqu'à la poume d'Adam, » c. à d.
gorgé de nourriture. Le dicton bien connu :
Quand Adam bêchait.
Quand Eve filait,
Quel gentilliomme y avait?
existait en v. a., et il est cité dans Wright's songs and
carols, Song, i :
"When Adam del v'd and Eve span,
Who was then the gentleman?
On appelle en a. Adam and Eve, les bulbes de V Orchis
mascula, de leur ressemblance vague avec la figure hu-
— 160 —
maine. On dit en N. : « Je ne le connais ni d'Eve ni
d'Adam, » c. à d. nullement.
ADIRER, égarer, ad-crrare, peu usité en fr. : «■ Que-
relle des choses adirées, » Titre du cli. 87 de l'ancienne
coût, de N.; il est question dans le R. cleEou, « De la
cuille adirée. » adoiker, détériorer, mais peut-être (.Vachil-
terare; toutefois Adouré, égaré, est dans Ch. d'Orléans :
« Un jour m'avint adouré sur la mer. » Dans le traité de la
Fleta^ Adhirée est lat. en Adhistratum. Adirer est dans
un dicton sur une loc. n. : « La Chapelle, (arr. de Pont-
Audemer) où un magnan s'est adiré trois jours. >> {Blason
pop. de N. ^87.)
ADORER, adulera l'excès; adorecr, flatteur prosterné,
en a. Adorer, adorateur ; on dit : « Les adoreuîs du
monde, c. à d. flatteurs des gens; adoram, id.; adoratioivs
(faire des), adulations semblables à l'adoration, ayant pour
syn. ADOREMUS. Rapprochons du sens de ces mois qui sont
des met. ou des hyperboles, agios (faire des), des adora-
tions, des flatteries, mot tiré de la prière liturgique:
« Ayio; ôsoç ; » « Mille agios sont à ma fantaisie. » En
roman du midi il sign, prière. C'est ainsi que Henshaw
tire l'a. Dirge, chant funèbre, du psaume Dirige nos.
AGIOTER, caresser, flatter.
AFFULER (Bray), revêtir d'une coiffe, de Fibula,
agraffe; de là affclure, p. f. bonnet de femme; affluber,
affubler, et son opp. déflcber : « Un des Grieus le vit dé-
fublé, » (B. de Bou.) et « La fist d'un mantel aft'uber; »
(Tbid.) en b.-l. Afjlbulari. Le pic. et sans doute la H.-N.
ont cette famille plus complète : Affulette, voile de deuil;
Affu (Affulure), coiffe; du reste affuler est en wallon, en
rouchi , en remois.
AGE, s. f. âge, féminisé d'après Mtas : «Vingt ans,
ch'est une belle âge. » agié, âgé; agikr, émanciper, donner
l'âge légal ; agemeat , ou an d'âge , majorité ; « Etre
d'âge , » être majeur; ainsi en a. : « To be of age. » En v.
a. To age, vieillir : « My daam ages fast. .) De même dans
les deux langues : * Un homme d'âge, » vieux. Régnier
emploie âge dans les deux genres; mais il dit. Ode ii :
« L'âge dorée , celle de fer. »
AGET, s. m. manière d'agir : « Avoir de Taget, » c. àd.
de l'espace pour agir, liberté d'action; eu prov. Agi ^ ac-
tion. En Bray, aget a un sens plus étendu; il sign, les
— 16» —
actes, les êtres : « Connaître les agets d'une maison; » de
même en pic. et en rouchi : trois dialectes très-semblables.
ACET a aussi le sens gén. d'agencement, de jeu : un objet a
de l'aget quand il fonctionne, agit librement ; le fr. agencer
se rattache à cette sign, et devient en n. cekcer (Val.),
ranger, ajuster; se ce.ncer, se ranger : « Gence-té, » range-
toi de côté. ACTioUxNER , far l'atto. acti , actif, aget, em-
plette, en Bray, est aussi une forme du fr. Achat.
AGNET, AfuMAU , agneau , d'Agnellus , en v. f. : « Porc
ne berbiz ne oue ne aignel. » (R. duRou.) On dit prov. :
Ch'est coume les agnets de Caumont , n'en faut qu' treis
pouer étranglier un loup, acineler, mettre bas des agneaux :
Si bidentes agnellant. . . » (Cartul. S. Trin. Cadomi ,
fol. 49. j La formule d'investiture « per capellum de pelli-
bus agni , » par un chapeau de peaux d'agneau , se ren-
contre quelquefois dans les actes n. Il y a beaucoup de
familles Piedagnel.
AGU, s. m. usité dans cette loc. : «Les coques donnent
l'agu, » c. à d. aiguisent l'appétit; acc, aigu: La Pierre-
Aguë, menhir à Longueville , arrond. de Coût. ; agccdier,
aiguiser; Agusser, id.; en prov. Agusar, en esp, et en
catal. Agiizar, en port. Aguçar, en it. Agyzare ( MM. du
Meril , Diet, de pat. n.) ; à Guern. aguincoir, agacer, et
AGDINCHETTE, agacerie; agousser, exciter; acuti, tranchant,
fil , à Vill. : « donner de l'aculi. o aiguisée , douleur lanci-
nante; aigui.le, aiguille, A'Acula, dim. ù'Acu ; ainsi en v. f. :
« Bréeusde fd, agulle, toute tapisserie ; » aigullte, aiguillée;
en V. a. Aygulet., aiguillette : « Golden aygulets; » (Spen-
ser, p. 78.^ en a Aigulet ; l'a. Quill sign, pointe aiguë,
plume taillée, apoc. du fr. Aiguille; Agler, en v. a. ai-
guillier ou étui à aiguilles; Aguiler est dans le R. de Rou;
BISAIGUE, bisaiguë. L'a. Edge., tranchant, pourrait être la
contr. de Aiguise (Aig-se) ; aigre, s. m. vinaigre fG/. n.) ;
AiGRAs, verjus ; aigriotte, cerise aigre, en a. Égriot, cerise
sauvage ; de là la Griotte et le Griottier des jardiniers.
AIGLAMIER , églantier , en v. f. Aglanthier. Aigre dans
Yorkshire, acide.
AIDIER, AINDER , aider; aihde, s. f. aide; à Jersey on
dit à table : « Aindez-vous, » comme l'a. Help you, servez-
vous. « Ainde-té , c. à d. soutiens ton corps.
AIAUX, s. m. pi. (Bray), les narcisses de prés, ressem-
blant aux aulx (Allium).
AILETTES, s. f. pi. ailes d'une bobine; (Val.) Ai-
T. I. 21*
— U2 —
lettes^ en v. a. pièces de l'armure de l'épaule, et Aih dans
le Sussex sign, les barbes de l'orge.
AINNÉ , aîné , garde dans sa pron. Ircs-nasablc du pré-
fixe l'ét. Ains-né, Ante natus : « Enorer ses ainz nez, amer
ses mains nez. » (Règle de St Benoist.) « Mains né a été
remplacé par Puis-né, Puiné, en a. Poney, jeune cheval.
ANTivriLLE, la surveille, antenais, cVAntè natus ou û'Antè
annum, poulain d'un an , en v. f. Antenois, chevreau d'un
an : « Deux vieaux et deux vieux antenois. » (Didier de
Verjus.) En rouchi Antenoisse, laitue plantée avant l'hiver;
c'est l'ét. du v. f. Antan: « Où sont les neiges d'antan? »
(Villon.) ANTAN est usité en H.-N. et fréquent dans la
Muse n. : « Que j'n'avions fet de depis antan. » On trouve
le mot décomposé dans 01. Basselin , édition Travers :
Au prix d'anl an un chascun
Diet qu'on a trois pots pour ung.
Cf. les dérivés fr. à!Antè, Antique, Ancien, Antérieur,
Anticiper, Antidater, etc. Ancien (Antè), en n., sign,
vieux, ex. : « Cet homme est pas mal ancien. » Le v. n.
avait gardé des formes de comparatif, comme Ancianor,
{R. de Rou , au commt.) plus ancien , Greignor, plus
grand, Juvenor, etc.; nous croyons que c'est une forme
de ce genre qui se trouve dans ce vers de R. Gloucester ,
p. 75:
And for be the silierore, be wende to Scotland.
Securior, ailleurs en v. a. Siker, Sikere, et surtout dans
cet ex. de Piers Ploughman , p. 307 :
Somme apples aren rype
Swettour and saverrour and more grettour
Than that seilde (seldom) haven the son.
Ce pléonasme More grettour est dans Shakespeare , More
greater.
AIR , souffle , brise , litt. air en mouvement : « N'y a
pas d'air, » c. à d. de mouvement d'air; airer, aérer.
AiRÉE, s. f. quantité de fruits ou branches abattue par un
coup de vent : « Y a eu eune airée. «
AIRER, labourer, issu d'Jrarc, mot presque univ. ,
mais qui n'a laissé que quelques dérivés en fr. , et encore
d'orig. savante : Arable , Aratoire , Araire ; en gr. Apouv ,
en lat. Arare, en esp. Arar, en goth. Aran^ en ail. Ei^en.
en sued. Arja, en a. s. Erian, en a. Ear, etc., vocable
primit. ; on a rapporté à ce rad. l'a. Oar, ramer (Richard-
son's Diet.) par une métaph. très-commune, aireure (Val.)
— U3 —
l'açon de la terre à la charrue; aikée, terre labourée: « N'a
ne boef ne charrue ne vilain en arée; » (R. de Rou.) aire ,
planche de terre dans un jardin (Gl. n.) , avec le dim. ai-
uette; airie, syn, d'AIR?:; airiée, quantité de terre labou-
rée; en éc. Ârriage, labourage. Le fr. Erable se disait
Arabile.
AIRIÉE , iVArea, quantité de blé battu sur l'aire; ahrie
( Gl. n.) , s. f. le haut, l'aire d'un fossé, c. à d, du talus
d'un fossé. Dans l'Av. l'aire s'appelle la place (platea).
Comme le lat. Area sign, aussi une planche de jardin, il
peut réclamer VAire ci-dessus.
Aïs , planche , peu usité en fr. ; aïs , planche au pain :
(( Aveir du pain sur l'ais, » c'est être dans l'aisance; en 1.
Axis, essieu et planche; aisseu, essieu; en v. f. Esseul;
le n. essente, bardeau, se disait en v. f. Essetile (Axula);
en a. Axle, essieu; aisselet, petit essieu; aisseltte, plan-
chette; AissELiER, buffet; ALLIER, platc-formc en planche,
en est peut-être la contr. ; du reste, on dit quelquefois
vaisselier; ce mot a reçu une forme fautive dans le Journal
d'un bourg, de Caen, 287 : « Le tonnerre a fendu la pyra-
mide (flèche d'église) jusqu'à la hauteur d'une fillette
(clocheton). . . par un trou dallier par où il a dû passer. »
AissiAu, bardeau. Le dim. 1. Axula, Astula, donne quel-
ques mots précéd. et la famille secondaire suivante :
atelle, s. f. morceau de bois fendu, éclat, en 1. Astula,
Assula, en armor. Astill, Etell, éclisse, racine du fr. At-
teler, le collier du cheval étant formé de deux morceaux de
bois; en n. attelée, attelure, attelage; en b. 1. Astella :
« Astellam summarii. » Les morceaux de bois se classaient
autrefois en N. par leur épaisseur : chouque, en b. 1.
Clioca (secare), souche, en Bûche-de-Molle, MoUa, en Gloe,
Gloa (isl. gloa, brûler, en ail. gloen, en a. glow), en
Atelle, Astella. Un texte de Du Cange fait de ce mot une
expression n. : « Icelluy prestre tenant en sa main une
busche de bois qui se nomme au pais n. une hastelle. »
Cette aspiration conduit à hatelet, côte de porc, par le
rapport des os au bois, d'où hatelle et oastille, s. f. l'in-
térieur de cet animal, en v. f. Haste.
Et quand javoie le verjus ,
Mon haste en la broche tome.
/'Fabliaux anciens.)
Et la Muse normande dit : « Un hastelet , bœuf , mouton ,
sallade ; » en a. Haslet dans Hog's haslet, l'intérieur du porc.
— 16-4 —
Le V. f. Estelle, Estille, rattache à celte racine Astula,
Assula, d'où le v. f. Ais; de là aussi le fr. Haste, manche,
et l'a. Haft, manche, et le v. a. Ast, branche d'arbre.
HATiER, grand chenet de cuisine; uaitier (Val.) , poêle à
frire. Cf. le 1. Hasta, bois de lance, et le fr. Hampe, que
le n. appelle hante, par ex. : hante de iliai, hampe de fléau ;
HATiLLE veut dire encore rate de porc , en v. f. Hate : » Ou-
quel ostel ils eussent fait cuire une hate menue. { Ap. Du
Gange , ^392. ) Ce dernier mot n. se trouve dans presque
tous les patois fr. , aussi les Bénédictins ont dit au mot
Hasta : « Recentis suillœ frustum undè rusticis nostris : Je
vous enverrai du boudin et de la bastille. » Le fr. Hart ,
corde, sign, primit. branche tordue; c'est le sens de haut,
s. m. en n. ; se dit aussi Hart en ail. et en bret. ; il pour-
rait bien se rattacher à cette famille ; en Bray, herchelle ,
petit lien à fagot , d'où herchelée à Rouen , enfilée.
AISIÉ, Aisii, aisé, du 1. Otium, par l'it. ^gio, loisir;
AISIIEMEIST , aisément ; aisances d'une maison , tout ce
qu'elle a de commode. En a. Ease, aise, facilité, Easij,
aisé. MESAISIER, gêner dans la fortune; mesaisié, gêné : « Il
veil celui mesaisié; » {R. du Mt St-M., v. 2675.) mejaige,
mésaise, rapproché à' Agio, d'où mé gauge : « Etre à mé-
gauge , » mal à l'aise dans ses mouvemens , gauche ; de là
le fr. Gauche, qui a succédé à Senestre dans la langue lit-
téraire au 16e s., dit M. du Méril. On dit : « Etre à mé-
saise, à mesaise, à mégauge d'une personne, » c. à d. être
gêné, fâché de son absence, gauchir, se déjeter, en par-
lant d'un instrument ; cauchier , gauchet , gaucher. On
disait autrefois Desaise, mesaise, d'où l'a. Desease, indis-
position , et Desaisié, d'où le v. a. Deseased, fréquent dans
Spenser, comme on trouve l'hybride Wel-esed, bien aise,
dans Canterb. taies, v. 29.
AITRE , portique (atrium) et terrain près d'une église .
jouissant de droit d'asile , mot resté dans des noms loc. :
AITRE , à Rouen , désigne l'ancien cimetière St-Maclou ;
celui de de S. Cande s'appelait « l'Aitre S. Cande; » il y a
à Rouen la rue de l'Aitre-St-Nicolas. V. sur les Aitres le
Droit d'Asile de Ch. de Beaurepaire. On dit fautivement
en fr. : « Connaître les êtres d'une maison. » L. Aitres ,
atria; Estre, en v. n. séjour : « En Ynde, en Aufrique
est lor estre. » (Best, div., v. 3004.) En v. f. Oriol, porche,
du dim. Atriolum. d'où l'a. Oriel, terme a. d'architecture et
collège d'Oxford. V. du Gange , Vo Oriolum. V. ate.
J
— 165 —
ALLELUIA, mot hébreu (Louez-Dieu), nom donné à
une fleur qui vient ù Pâques, où l'on chante Alleluia,
c'est XOxalis acetosella; on dit aussi Pain de Coucou,
Surelle, en a. Wood-Sorrel.
ALIBI , excuse , détour : « Trachier des alibis ; » de là
le fr. Aliboron, en v. f. Aliborum, homme subtil à trouver
des détours.
ALUMELLE, lame de couteau, pour Lamelle, dim. de
Lamina, lame, d'où le fr. Lamine, Laminer, en v. f.
Alemele: « L'alemelle d'un poitevin acier. » (Cheval. Ogier
de Danemarche.) « Haguay à grands coups d'allumelle. »
(Muse n.) Dans la plupart des pat. Alemelle. chalemiiv
(Orne) petit couteau d'enfant.
ALLEMENT, s. m. voie, avenue : « Counaîte les alle-
mens et les aboutissans , » c. à d. les voies et alentours
(d'une maison), du verbe Aller, à' Ambulare , d'où le fr.
Amble, Emblée (tout d'arrivée). On dit en N. : « Allai
sen quemin, » comme en a. : « To go one's way, » comme
aussi : « Marcher sen quemin. » Ce verbe fait au prêt. n.
j'allis, et au subj. j'allisse, comme en v. f. : <- Coume
fol alissiez. • (Mr. de Rob. le Dyable, p. ^20.) Dans ce
môme roman, on trouve, p. -12 : « Sus alons m'eut, »
(indè) où me est un datif attributif et impérieux, et p. -13 :
« Allons m'en. » A Av. on dit ce pléonasme : « Je me suis
m'en allé, » dans l'Av. s'en aller sign, va devenir : « Le
blic s'en va meur. » ellipse de être, alleure , s. f. marche
particulière du cheval : « Dans laquelle il fait entendre
quatre battues, et qui diffère du trot et de l'amble. Ce
genre de locomotion , fort usité au moyen-âge pour les
chevaux de route, s'est conservé plus longtemps en N.
qu'ailleurs, et paraît être spécial à cette contrée. » (Ephrem
Houel, de St-Lo, oflicier des haras.) Toutefois, en v. n.,
ce mot sign, manière de marcher et Grant- Alleure, galop,
comme dans ces vers de Benois :
Mais nun le pas ne l'ambleure,
Mais merveilles grant alleure.
Et dans Jehan de Saintré : « De la grant alleure des des-
triers, l'un hurta à l'autre. » De Amble, ou plutôt de Re-
ambulare dér. l'a. Ramble, rôder, et on dit en éc. Bonally
(bonne allée), coup d'adieu, de l'étrier. ambléchiiveb, mar-
cher péniblement; (Gl. n.) raller, aller en arrière, de
nouveau, en v. f. R'aller, retourner : « Si sunt r'alez enz
el mostier. » (/?. du Mt St-M., v. -1089.) En pat. comme
— U6 —
en fr., la conjug. d'Aller se combine avec celle de Vadere:
« Je vois ou je wois, <• « Que je voige ou woige. » amiîron
(d'), d'emblée; (Gl. n.) ambulant, surveillant d'octroi , en
isl. Ambl , vagabond, vavite , diarrhée , en v. f. Vava ;
dans Pathelin Va-fort.
AMABLE , aimable , amable , prén. de femme , en v. f.
Aîné, aimé; Basselin dit : J'ame. aimer (s'), se plaire,
encore usité au ^7e s. : « Je m'aime où tu n'es pas. »
(Melicerte.) amin , ami , comme dans Belle Amelot : « An
hait chantait, et son amin nommait... Garin, mon dons
amin. » {Romancero Jr., 272.) V. la chanson de Richard
Cœur-de-Lion : « Moult ai d'amins , mais povre sont li
don. » Cette forme conduit à Minion, d'où le n. mumoiner,
gâter de caresses, amou , amour ; il y a à Val. des familles
Bliandamou (pâle d'amour). Amour est resté fém. au
sing, comme en v. f . , ainsi , dans cette chanson n. :
Ah I que l'amou est agriable !
Elle est de toutes les saisons.
amoderedx , amoureux ; amicable , amical , amicablemeim , à
l'amiable, comme dans le Tombel de Chartrose :
Saint Père amicablement
Le dist vien len o moi en gloire.
AMouEKETTE, amourctte , en v. a. Amorette, id. et nœud
de rubans; (Roman of the Rose.) Amowre, amour est
dans les Sevyn sages, v. 2962; amoderaquier (s'), s'amou-
racher ; s'amoimiu , id. ; amiteux , amical , comme en pic. ,
d'où RAMiTER, réconcilier, d'AMiiER, rendre ami , en v. n.
Amiser : « K'il s'amisist vers Rou, » (/?. de Rou, v. -1086.)
et s'Amissier. A Minion se rattache I'amiinioner, précité,
et AMiGiNARDER , rendre mignard , ainsi qu'AMiKioTER ; toute-
fois en isl. Mmom';, vir gracilis, en v. ail. Minneon, aimer;
en a. Paramour^ amant.
AMBASSADOUR, entremetteur de mariages; c'est la
forme prov. d'un mot l. en Tor, tel qn' Ambagiator , d'Am-
bire, solliciter, contr. en Ambagiator, en b.-l. Ambaxia-
tor : « Per ambaxiatores; » {Bibl. de Véc. des chartes. Mars
^857.) du reste Ambagiator se tirerait mieux ù' Ambages,
qui donne Ambagiosus. A Ambire se rattache AMiiiiioiNiNAiRE,
ambitieux.
AMENDER , profiter : « Amender d'une chose , » en
profiter (Av.); amejnder et hamender, v. imp. : « I li ramende, «
sa santé s'améliore; amende et ramekde, raccommodage :
— ^67 —
« Pour une ramcnde aux souliers de Germaine. » (Comptes
de Bay.) uamenuer, raccommoder; AMENr^A^cE, s. f. amen-
demenl. R. Blenda. Cf. ama>der (du pain), mêler
d'amandes.
AMÉ, amer, û' Amarus; pousie d'amaret , pomme ci tie
par L. du Bois, Arcliivcs de N., 79. Un lexique anonyirle.
publié par M. Leglay , renferme Amarosta, pommes sau-
vages; c'est sans doute le Damerct célébré par 01. Bas-
sel in :
Le dameret excellent
A la couleur belle ,
Si j'en beuvois bien souvent,
Faudroit la hardelle.
AMERTUMER , rendre amer ; amarotte , marocte , anal, à
V Amarosta précéd. , désigne une" plante amère , la camo-
mille puante (cotula); en v. a. Camouro, interprété par
Halliwell enTanaisie, plante amère. Le pat. n. retourne lefr.
Doux-amer en AMER-D0CX , espèce de pommage; mais il dit
DoucE-MORELLE, uom d'unc pomme douce-amère ( Brébisson,
Ann. n., -18'H), est sans doute pour le dim. Douce-amère.
La pomme d'AMEROT, amelot, est une pomme amère. (Ibid.)
AMECHE (Av.), cerise aigre, en v. f. Amarcl , cerise sau-
vage; en V. a. Amere, amèrement. On dit vulg. : « Amè
coume ,'sie » (suie) , « Amè coume chue » (ciguë), « Amè
coumc fié » (fiel).
ANCELLE, d'Ancilla, servante, est un mot resté dans
des n. pr. n. Dancel, Lancelle ; sous la forme de Ceile, il
se disait au moyen-âge en Irlande : le savant hagiographe
Angus était appelé Ceile-De, serviteur de Dieu ; on trouve
CeUe-C/irist , serviteur du Christ, et quelquefois Gilfa,
Gilla-Patrick , serviteur de Patrice. V. O'Brien, in voce
Gilla.
ANCRET, ancrage, ù'Anchora, mot resté dans la top. :
il y a à Chaussey le Petit et le Grand-Ancrct; il y a aussi
la Grande-Ancre ; il y a encore plusieurs localités maritimes
du nom de l'Ancresse : il y a l'Ancresse à Guern. , d'où le
nom du commun voisin, Ancress-common , m se trouve
un cromlech; on sous-entend Roche, Roche-Ancresse ;
MAÎTRESSE-ANCRE , la grande ancre.
ANDAIN, à Val. ondain, s. m. litt. enjambée; c'est ce
qu'un faucheur abat à chaque pas , de l'it. Andare, contr.
du 1. Ambalare (V. allemekt) ; ce mot, d'ailleurs f., est un
terme agricole général : en Bray, on dit ourdon {Diet, de
M. Decorde) ; en v. f. Andane , rangée, comme les sillons
— 168 —
du faucheur : « Navires par andanes. » En esp. Anda-
na, file.
ANERIE , A?siÈBE , dans la topog. n. , semblent indiquer
une étable à ânes ; dans l'Av. , Anerie est une hutte de
sauniers, viedase, s. m. terme injurieux, litt. vis envisage
d'âne. Jeannette est le nom ordinaire donné aux ânesses ,
et Martin celui de l'âne. La chanson de l'Ane Martin est
pop. partout. V. bodeeique. L'Eriophore s'appelle chardon
ATJX ANES ; et le Tussilage pas-d'ane.
ANGE, (Bay.) espèce de papillon de nuit, du genre
pyrale. (Pluquet.) La forme de ce mot a été Angre, au
9e s., et Angle. On dit : « Chanter coume un ange, parler
coume un ange , dormir coume un ange. » angelot , petit
ange. Quant à angelot, espèce de fromage, ce mot sign,
fromage d'Auge , son pays d'origine , primit. acgelot ou
plutôt augeron, nom des habit.; du reste le R. de la Rose
dit Angelons :
Ou de tartres ou de flaons,
Ou de fromages angelons.
Ce mot avait passé en a. où Angelot désignait un petit fro-
mage : « Brought from N., » dit Halliwell : « Your an-
gelots of Brie. •> (The wits, iv , ^ .) La Muse n. prend une
autre forme: « De paire cuite o pot, de noix et d'angrelots, »
souvenir à' Angre, ange, forme prim, ù! Angélus. On ap-
pelle angelcs l'heure du matin, de midi et du soir, oîi l'on
sonne l'Angelus , ou prière à la Vierge. On appelle ciel a
l'ange un ciel de lit en baldaquin quelquefois soutenu par
des anges. Il y a un autre mot ange, s. f. espèce : « Dou-
nez-mé d'iange de vos peis ; » c'est une apocope d'un mot
essent. n. pouMAGE, espèce de pomme, et l'on a dans l'Orne
la forme intermédiaire, désangier , détruire l'espèce , la
race , quant à anger , munir de : « Angez-moi d'un bon
couteau , » c'est peut-être un contr. d'arranger.
ANGOISE, pron. Angoèse, angoisse, û'Angustia (An-
gere); Poire d'angoise ou etranguillon , qui suffoque ; an-
glioux, ouse, (Lis.) sensible à la douleur. (Gl. n.) angré,
irrité : « Il est angré conte mé ; » en v. f. Angrès, en a.
Angry, îkohQ, Anger, colère; il est resté dans les n. pr. n.
Langrès , Langrais ; on dit en fr. quelquefois chemin an-
gustié (étroit).
ANGULLE , anguille : « D's angulles , qui veut d's an-
gulles? » cri des mareïeuses à Gr. , du dim. ù'Anguis,
serpent, Anguilla. anguille; mais Ânguiculus dans Cic.
— ^Gy —
sign, petit serpent; du reste dans cette loc. aisgulle désigne
tous les reptiles de mer, congres, anguilles, etc. angille-
E.\FiLAiE, à Val., est la farandole, et elle est exécutée au
chant prov., les Belles- Olivettes, angdllie, enfilée d'an-
guilles; c'est de ce rad. que dérive le fr. Andouille, de sa
forme, en b.-l. Anduilla, abdomen de porc, la matière
dont elle est faite; l'a. Eel, anguille est la syll. forte du fr.;
ÉQUiLLE (Havre), lançon (squilla). Cf. les roches n. dites
Equilles.
AGUE, aigce, auque, du 1. Aqua, eau, qui a donné au
fr. Aiguière, Aiguade, Aiguail, Aiguayer, Aigue-marine ,
a formé une nombreuse famille en n., d'abord sous la
forme dure :
■|o LESSAI, que l'on a expliqué par Lez-ay, parce qu'il est
sur la riv. de l'Ay (Aqua), et qu'on disait en 1. Exaquium; de
même Essai, canton du Mêle-sur-Sarthe; c'est sans doute
aussi l'ét. d'Esquai, sur les bords de l'Orne, près de Vieux,
et d'un village d'Esquai, sur le bord de la Soûle, près de
Bay., de la Saigue, qui passe à St-Planchers ;, de l'Aigle
(l'aiguë), sur la Rile, d'Aiglande (Aqmlandœ), d'Acque-
ville, d'Agi, d'Agon, situé sur la Soûle, avec deux étangs
et port de mer, d'Augeville, d'Augaire, d'Auquainville,
d'Auguemesnil, et des nombreux Bazoque et Bazoche,
Basses-Auges (basses-aigues), des Besaces (id.), deDaubeuf,
habitation près de l'eau. La plus grande partie des noms
locaux commençant par Ec, Eque, Eg, Agues, Aches,
offrent encore le même élément : Fervaques {Fervidx aquae),
Fcrvaches , Ectot ( eaux minérales ) , Acqueville , Aiguillon
(petite aiguë), Aigneaux. Les nombreux Yquelon de la
province peuvent rentrer dans cette famille, en passant par
Esqual, Equilly (Aquilies au Liv. noir.), Equillon , arr. de
Mortagne {lalgensis, Collect, des hist, de Fr., t. xi, p. 228);
Equelle, comme Veauville-l'Equclle; Auqxie Qi Eve sq A\-
saient indistinctement au xiie s. en N. , comme dans le /?.
du M. St-M.:
De tôle rien orcnt planté
Ne meis d'evc tant solemenJ,
Quar auques cirent loing del Mont.
A cette catégorie se rattache le n. aigaire , le lycopode
aquatique ; aquerir , mouiller : « Un terrain aqueri , » qui
donne cru , humide , aquatique : « Mai cru , Juin chaud ,
emplit la grange jusqu'au haut. » On trouve dans les Rôles
11. de ^^98 le nom ou sobriquet d'un passeur, d'un bate-
T. II. 22*
— 170 —
lier : « Anselmus Passegue. • (aive) . Cf. les Aiguës , Aix ,
du midi de la France.
2° Ensuite, sous la forme douce, Agua a donné aige, auge;
AUGET, s. m. petite auge (Aquagium ou Alveus) . On dit prov. :
« L'aûge est faite pouer le cochon, » c. à d. la femme est
assortie avec le mari. La forme Algia, d'où le pays d'Auge
et d'Eu (Algia et Augus) , était même un subst. pour dire
sol humide : on trouve dans la charte de fondation de St-
Et. de Caen : « Cum sylva, algia et cum terris. » Une loca-
lité d'Auge a gardé la forme primitive d'Aubin-sur-Algot;
il y a un village d'Alge près de Gournay. augeu, à' Algia,
boue : « Tu vas tomber dans l'augeu. » augeron est le nom
des habitans d'Auge, et en gén. des marchands de bestiaux.
La forme Auve réclame Auville, sur le Vey et la Vire, et, en
s' adoucissant encore , Auxais , Auseboc , Auzouville , Aze-
ville, etc. On trouve Auva : « Juxtà ripam ipsius fluminis
Auvie. » (Auge) (Ap. Mabillon, Acta S. Scubilionis, 84.)
On employait en N. Aeuer pour arroser : « Lequel pré puet
estre aeué troiz foiz en la saison. » {Et. de M. Delisle, 273) ;
c'est le fr. Evier et l'a. Ewer, aiguière. On trouve pour
baigner « Enyaver » dans le Compte de la comté d'Eu
(f. 55). L'Aquagiume&[ devenu en \. f. Age, ce qui explique
la loc. pop. : « Etre tout en age, » c. à d. en eau. En a.
Eaves sign, gouttière, et Eve, devenir humide; on trouve
aussi pour le pat. de divers comtés a. : Eware, porteur
d'eau, Ewer, aiguière, Etvte, verser de l'eau, et Everose,
rose d'eau, contr. en Eurose. (Halliwell's Diet.) On re-
trouve Aive dans des suffixes topog. n., comme : l'Evieux
(aquosus), altéré dans Savigny-le-Vieux, situé sur plusieurs
cours d'eau , dans St-Martin-le-Vieux , sur le bord de la
mer , dans Salmonville-l'Éage , dit encore Salmonville-la-
Rivière, arr. de Rouen. Cette dernière forme leage est
l'argot a. Lage^ eau. £'t;e entre dans le n. pr. Boilève, dont^
Boileau est le syn. moderne. Ouche est une forme de cette
famille, comme le paysd'Ouche, en partie n., malgré l'an-
cien 1. Uticum. La forme Ebe, d'où le fr. Ebe, marée mon-
tante, et Ebée, vanne, en v. f., entre dans Ebécrevon, près
de St-Lo, écrit aussi Hébécrevon. Ces diverses formes pro-
duisent plusieurs noms de rivières : la Dive, la Divette , « la
Diveletle, » dans une pièce de l'abb. de Cherb.,et Dielette,
qui en est la contr., rivière qui forme le port de ce nom;
toutefois le fief de Direth pourrait aussi réclamer ce
nom. (V. de Gerville, Et. sur la M., t^. U 6.) L'Ouve est
improprement appelée la Douve, le D étant l'agglutination
- ^7^ —
de la prép. De; par ex. , la rivière d'Ivetle devient la Di-
vette, etc. Cette forme Ive, qui est d'ailleurs la pron. a. de
Eve, issu du V. n. « Dous ewes a en la cuntrée » (fi. de fiou,
V. ^5658;, conduit aux noms topog. Ifs, Yvelot (habitation
de l'eau), qui n'est pas un hybride, car on trouve Auga, eau,
en isl. A. Thierry traite de fable la royauté d'Yvetot, et en
attribue l'invention à Nie. Gilles. (Dix ans d' Et. hist., 299.)
Nous avons ici le plus universel des vocables indo-euro-
péens. qui n'est peut-être pas même étranger aux sémitiques,
ex. : Oued, rivière, en arabe; en effet, Ab, Anb , eau, en
persan, Ac en celt. (V. Y.), Aqua en 1. Nous trouvons ce
rad. en esp. : l'Ega, le Gallega, la Segre, l'Aguas, etc. Cf.
Aa, riv. , en scand; VAa à Gravelines, VAar (Araris) ; en
v. ail. Ava, en goth. Anva,
La famille n. actuelle a pour génératrice la forme uu ,
eau , en a. Yaw , embardée : « Bien perdu n' vaut pas d'
liau. » « L'iau va à la rivière. » « Y n'est pire iau que l'iau
qui dort. » « Créiiz cha et beuvais de l'iau. » d'où ucsoux,
aqueux, marécageux, ucsir, uriner; ud-de-vie, pron.
Vaie, comme en a., eau-de-vie; Shakespeare disait Aqua
vitse, {Twelfth night.) essiau, pieu de moulin, en v. f. Es-
sayau, égoùt, q\. Esseaver, vider, Essiavere, bonde d'un
étang, et Enyaver, écouler, en ajoutant Issir (exire). ut
DE MODEET, cau de purin et teinture pour le cordeau des
charpentiers , litt. eau noire. On trouve même la forme
dans le château d'O , à Mortrée , bâti sur pilotis au milieu
d'un étang.
ANILLE , béquille , litt. appui de vieille femme , Anus;
il existait en v. f.; en blason il sign, fer de moulin (bifur-
qué). AKETTE, contr. d'Anillette, et à Bay. hagnette (Plu-
quet), béquille. On disait potence pour béquille en N. :
» On lui avoit enlevé ses potences (de poteau). » (Floquet,
Hist, du Pari., iv, 26.)
ANIMA, animal, dérivé A' Anima, principe de vie, âme :
ce dernier mot entre dans divers dictons : « 01 a les uurs à
la perdition de s'n âme , » dit-on de celle qui a les yeux
passionnés. « I n'a pas d'âme à sauvai , » se dit pour s'en-
courager à tuer un animal.
ANNAIE, année ; ainsi dans le souhait du jour de l'an :
• Eune bouenne annaie et l' paradis à la fin d'vos jouers.»
ANNCET, un annuel; annouilliiiie . litt. Annuellière, vache
qui a été un an sans faire veau : « ^ 4 vaches à let , que
laitières que anoillères; item \ bouvet; item 7 veaux d'an-
— 172 —
ten; item 3 aumailles qu'on appelé hondins. » (Ap. Delisle.
Et., 721.) En berrichon Annoge, génisse.
ANSERÉE (Bay. Pluquet) , le plantain lancéolé, lilt,
herbe à l'oie [Anser] ; le fr. possède Anserine, nom géné-
rique des chenopodium ; de là aussi Patte-d'Oic , ainsi
qu' Anserine , nom de la Potentilla anserina.
ANTE, tante, à'Amita. Ce mot est du dial. deH.-N.,
dans la Basse on dit tatante, en langage enfantin, comme
pour oncle, toutoî< : « Te nante (ton ante) ta lesse se bottant
sa trouye. » (Muse n.) Kelham cite dans son Anglo-n. diet.
nANTiN, oncle; en H.-N. et en pic. Antin, masc. de akte,
lequel existe dans la plupart des pat. fr.; en a. Junt,
tante ; L. du Bois (Gl. n.) cite tantine , nom enfantin de
tante.
ANTOMIE (Bray), squelette, engourdi, immobile comme
un squelette, en v. f. Antomie (anatomic) ; entomer, rendre
immobile; entomi (Gl. n.), engourdi, peut venir aussi du
V. f. Entomber, endormir, atomie, squelette, en wallon
Atomeie.
ANUI, ANii, AKiEU, aujourd'hui, forme euphon. pour
A hui, ad hodiè; ce dernier en v. f. Hu, Hui : « En l'an
1238, hu jor de mardi devant Pentecouste. » (Coût, de
l'eau, ch. 30.) « Tel pert hui ki gaingna ier. » {R. de Rou.)
A Fiers on dit meshui , désormais , de magis hodiè. Au-
jourd'hui est un pléonasme que le peuple n. charge encore
en disant : « Au jour d'aujourd'hui. » Ce dernier mot n'est
pas très-ancien ; il se trouve sous une autre forme dans le
Tombel de Chartrose, ^4e s. : * Et tous ont aujourdieu le
pris. » V. JOUER.
AORÉ et ÀACRÉ , doré , en parlant des céréales : « Du
carabin bien aauré » (Adauratus) ; on dit aussi iauré ;
AVROiNNE, aurone.
AOT , AAUT, août, pron. très-ouvert, ù' Augustus, en a.
August; Voltaire nomme encore ce mois Auguste; aaiter,
faire l'août ou la moisson; aatjteron, aoûteron; aodtage
(pomme d'), mûre vers le temps de la moisson; miaôt,
mi août; à Dieppe les fêtes de mi-août sont dites miouries;
cette forme Aôt était celle du v. n. dans le R. de Rou :
Tout un esté et un aost
Misrent au navire atorner.
On dit prov. : « Quand aôt fait septembre , septembre fait
l'aôt. » AOTEcx, (H.-N.) aoûteron; (Gl. n.) on trouve en
— 173 —
V. n. la forme plus et. d'Aaust: <- Les meiris (merils) du
mois d'aaust , tant come I'aaust dure , quant qu'il en pot
coillir au raste. » (13^ s.) L'a. Oast-house, séchoir de hou-
blon , renferme peut-être Aost ; à Guern. avout , août ;
AouTERESSE , sautercllc.
APEUR, APos, ennui, du 1. Aporia, perplexité, em-
barras ; Du Gange l'explique par Tœdium : « Chà m' fait
apos . ') c. à d. me donne de l'ennui , du regret ; desapos .
regret : « Etre en desapos d'une chose , » en être privé. Il
est probable qu'on veut dire Mésapos, Apos est dans la
Muse n. de Petit :
Aune , Anne , que fail apos
De ne point luquer rna Toinelte.
APIER. s. m. ruche, d'Apîarium. A Caen, quand les
abeilles essaiment , on leur présente une ruche en criant :
« Apier bel! apier bel! » aibette, abeille, en a. Bie,
syll. forte du p., et Beille, en Poitou; et dans la H.-N. :
« Que chequ'un coure comme une aubette. » ( Muse n.)
On disait plus souvent Aveite en v. f. : « Ingénieuse avette,
subtile dérobe-fleur. » (P. Lombard de Gr., 16e s.) En
B.-W. l'abeille porte le nom génér. (M.) môqie. On dit
lap;er, comme Lierre; marcapier, raisiné, litt. marc de
ruche. Le v. f. Bigre, chercheur d'essaims {Apiger), est
resté dans les n. pr., clans l'Herbe au bigre et les francs-
lîiGREs de la Cochère.
APLIET, filet, du gr. mouv, barque, en b.-l. Aploi-
dium; apliet, sign, aussi attirail de harnais à Val. : • Apleit.
autrement le harnais. » [Ord. des rois de Fr., 1376.) Wace
dit dans le R. de Rou : « Mal fera soc ne coltre ne apleit
remuer. » A Vire, aplée sign, ce que peut labourer un atte-
lage, ou, comme on dit, un harnais, ablet, piège, dans le
Gl. n. , d'oîi ableter , céder , c. à d. tomber dans le
piège.
APOLON, p. m. corset, justaucorps qui dessine la taille
comme celle d'un Apollon; mot du siècle dernier,
APPELAI, appeler, usité dans cet idiotisme : « En ap-
peler, en rappeler, » c. à d. revenir à la santé, litt. appeler
de la sentence du médecin ; être A^PE^A^T, même sign. ;
Appelant est subst. en ce sens dans Rabelais : « Le visage
d'un appelant. » rappelle, s. f. rappel, batterie de tambour:
« Battre la rappelle , « féminin sans doute à cause du genre
des autres batteries , la générale, la diane. la retraite, la
marche, l'assemblée, la breloque.
— 174 —
APPÉTIT DE MANGIER (Av.) , appétit : le fr. n'est
donc qu'une ellipse; appetissiee, donner de l'appétit, dont
le fr. n'a que le part. prés.
ARAIGNIE , ERAiGNiE, araignée, d'Aranea; araigaieb,
débarrasser de toiles d'araignée ; eraignods , couvert de
toiles d'araignée ; araigne , araignée , dont s'est servi
Lafontaine : « Eraignie du matin, chagrin; éraignie du
soir, espoir. » eraigme, grappin, en v. f. Yrengne, chausse-
trappe.
ARCHE, (Guern.) s. f. grand coffre, Area, d'Arcns,
parcequ'il est arrondi ; arquier , arquer ; archerie , dans le
Nord , jeu de l'arc , en a. Archery; arcanson , résine pour
l'archet , colophane , en v. n. : « Arquensson et encens ,
néant. » (Coût, de la Vie. de l'Eau.) On dit arche de
TRIOMPHE, s. f., en a. Areh. Arche sign, quelquefois Pont,
comme l'Arche de Chiffrevast et le pléonasme Pont de
l'Arche. Le fr. rattache à cette famille Arc , Archer , en v.
f. Arquois , d'où un Arquois est devenu le fr. Narquois;
Archet, Arçon, Arquebuse (de l'it. ArcoMigio, litt. arc
percé, Buso), Arquer. Le v. f. Arçonneur, chapellier, est
resté dans les n. pr.
ARDRE, brûler, d'où le fr. Ardent, Ardeur, d'Ardere;
ARSI0N , grande chaleur : « I fait arsion , » le soleil brûle ;
on disait Arsir en v. f., et à Mortagne on dit sarcir pour
brûler, dessécher : « Les viles flst arsir, » {R. de Rou.) et
aussi Arson, incendie : « Arsons mist en sez viles. » {[bid.,
V. 4328.) En a. Arsun; en argot Ardent, s. m. chandelle;
Molière met ce mot Ardent dans la bouche de ses pré-
cieuses. En V. f. Arsyne, incendie; en v. n. Arsin, arbre
tué par le feu.
ARDRE, EEDRE, dérivé de Hxrere, sign, s'attacher à,
comme le v. f. Herdre : « Lèpre qui s'herdit au corps. »
( Le Rocquez , Miroir de VE. ) Erse signifiait poignée :
« Tenant sa erse et sa prinse si fort. » (Ibid.) On disait
aussi AERDRE , dont le n. est la contr. : « Un fust aerst ,
si l'embrassa. » (R. de Rou. ) et ailleurs : « La femme es-
tait auques de ses mains aerdant. » ardre se dit aussi de
l'action du chien qui s'attache à sa proie ; ardam ( B. du
Mt St-M.), flot de mer rongeur et violent, resserré entre
le rivage et la rivière.
ARGENTU, riche en argent ; arge.meux, couleur d'ar-
gent ; ARGENTÉE ( maisou bien ) , où il y a beaucoup d'ar-
— I7.J —
gent. V. l'art, des métaux aux Orig. celt, argem . s. f. :
« Allais, marchais... argent enfouie... » (Ed. About.
Germaine.)
ARMAIRE, armoire, d' Armarium, meuble pour les
armes ; Wace disait Aumaire : « Ne galice en aumaire. »
(R. de Rou.) ARMATEusE, femme armateur, à Gr. , où les
femmes sont très-intelligenîes et entreprenantes, et où l'on
dit aussi une banqtjière , celle qui tient la banque. A cette
famille le fr. rapporte Arme, Armadille, Armature, Armée,
Armet, Armistice, Armoiries, etc. En a. Arm, arme, et
du I. Jrmus, bras. En prov. Armari, en lang. Armazi.
ARRIÈRE, arrière, ad retro ; mtnEVi, reculer; rière!
cri aux chevaux pour reculer; de même en a. Rear, comme
Rear-admiral ; arriérages, arrérages: « Ne puet demander
d'arriérages. » (Coîit. de N.)
ARRIVAI, arriver, litt. venir à la ri\e (Ripa), aborder;
d'arrivée, tout d'abord, comme le fr. Emblée, qui devrait
être Amblée {(ï Ambler, aller). On le disait en v. n. : « Et
d'arrivée les Sarrazins tuèrent deux mil chrétiens. » {Chron.
de N., 135, vo. ) On dit : « A l'arriver, » subst.-infinitif ,
comme en possède beaucoup le fr., tandis que l'a. procède
par le part. prés. Le v. n. en avait plus encore , témoin
ces passages cités par Raynouard dans le R. du Rou,
dans ses Observ. sur ce poème, p. 59 : « Li demourers
nous puet grever ( v. ^230). Mult oïssiez al enterrer
(v. 5920). Veritez est k' a l'arriver... (v. M7/H). Al passer
planche vus gardez (v. 5667). » L'a. dirait pour ce dernier
exemple : « Take care in the passing the plank. » Du reste,
tout infin. est un subst. ; ainsi , j'aime à lire sign, je tends
à l'action de lire, en a. « / aim to read. »
ARROUSSE, croche, en a. Oracli, l'arroche, spéciale-
ment celle des jardins ou Bonne-Dame { FI. de N. de
Brebisson. ) ; on dit aussi aurosse (V. notre Flore pop. de
N. et d'A., 77.); mots peut-être issus du nom 1. Atriplex.
Cf. JARODSSE , arousse et GARoussE OU la Gesse.
ARSELIN (Val. ) , arsenic (d'ap^viv, mâle, Arsenicum
dans Pline), usité dans cette forme d'affirmation : « Si
chenna n'est pas vrai , qu'su verre de bère m' porte arce-
lin. V. rintrod., p. 448. En argot. Arsenal, arsenic.
ARSENAC, arsenal; Rabelais dit aM&?>\ Arsenac. L'ét.
de ce mot, que M. Jal (Gloss, nautique) n'a pu trouver, doit
être recherchée dans l'arabe al Senal; du reste . le Senale
— 176 —
it., qu'il cite lui-même dans le sens de poulie, palan, donne
raison de cette expression ; d'autres la tirent de l'arabe
Darcena, port de guerre. Ajoutons à cette famille arabe
Armena, almanach; on crie dans les foires : « Armenas
curieux, armenas menteux, messieurs ! » On trouve dans
la 3Iuse n. : « Tu fais de docte z'armenas. »
ARTISAN (Av.) , gros ver qui perce le bois : expression
métaph., meilleure que le fr. Artison, d'où Artisoné (bois),
rongé [lar les vers.
ARUSMÉTIQUE , s. f. Arithmétique; c'est peut-être le
seul cas normand où l'on aperçoive le th. saxon; mais cette
prononciation est purement euph. En v. a. on disait Ars-
metrike. V. Canterb. taies, v. J900, et dans un ms.
Cotton. Galba, ix :
Géométrie and ars metrike
Fisik and also Retorike.
Tout en citant cette note sur Chaucer, p. -179, nous
croyons qu'il est question dans ces exemples de Àrs
metrica.
ASINANT (Guern.) , l'aube et le soir, mot obscur, pro-
bablement écrit comme VAsserant, la serant, le soir, dans
le B. du M. St-M., et que sous cette forme M. F. Michel
n'a pu y déterminer, (p. ^35.)
ASPERGÉS , s. m. aspersion. M. du Bois le cite dans
le sens de goupillon et arrosoir , comme dans ce passage
de Marol :
Il y avoit dedans
Pour aspergés une rose fennée.
De même en pic. Quand les enfans lancent de l'eau sur
quelqu'un , ils crient : aspergés !
ASSAIS, assez, de Ad-satis : le pat. n. met souvent ce
mot après l'adj. : o Bouon assais , » assez bon , comme l'a.
Good enough; du reste, c'était une construction du v. f. :
« Faites bêles assiez. » (R. du M. St-M., v. M.) On trouve
dans les Rôles n. de ^^98 : « Gislebertus boen assez. »
ASSASIN , Assassin , de l'ar. HascMchi, litt, enivré
d'Haschich; assasin , assassinat : « Il a fait un assasin. »
AssASiNER , assassiner. On dit encore assaslwdr. Ce mot ,
venu par les Croisades , est écrit Haussaci par Joinville ,
et il a été latinisé en Arsacidx.
ATE, âtre, qu'on tire d'Ater, noir; à Morlain ce mot
sign, sol : « Le fein sèque ben . car l'atre est sèque. » En
B.-N. on commence très-souvent ainsi un conte :
— ^77 —
Chest un conte
De Robert men oncle
Qui crachait dans l'âte
Et disait : Mûque, niâquc,
Chest d la pâle.
Toutefois Aire peut mieux venir de r«^/î'M»i^ cour intérieure,
auquel il faut ajouter Atrier, lieu de justice des seigneurs n.
Aire, foyer, sous forme A'Aistre, se dit dans plusieurs
comtés d'A. {Halliwell' s Did.)
ATHÉE, ATHis, noms de loc. n. : la Ue^ village de l'Av.;
la 2e, dans l'Orne , objet d'un livre de M. de la Perrière ,
Hist, du canton d'Athis. Juvcnal appelle Attegiœla. cabane
des Maures, que Virgile nomme Majxdia, mots probable-
ment puniques, malgré le 1. Tego pour le -l'r. Athegia est,
selon Le Beuf, le nom donné à Athies sur la Seine, dans
Y Hist, de Ste Geneviève. Il y a en France des Atheux , un
Etiole {Attegiola), des Etoiles, un Etuz. (V. M. Le Prévost,
Notes sur les comm. de l'Eure.) L'Athis de l'Orne est ap-
pelé « paroisse de Atheys » dans un acte de -1300.
ATRE , AAiiTRE . adj. Autre , Alter, Al étant pro-
noncé Aô comme en a. : ainsi en v. f. , comme on le voit
encore dans Marâtre (mater altera), etc. De Alius vient
le V. n. Eh, El, autre, comme dans le R. du Mt St-M.,
V. 2840 :
Puis redemande se esleil
Avenu rien el que soleil.
En a. Else, autre; on disait Al pour ailleurs : « Je ne
pense al fors la ou mes cuers s'acline. >> (Gace Brûle.)
Wace dit {Concept. N.-D., 63.) pour de chose et d'autre :
f Parloit et de ce et del; » en v. a. Ailes, Alleys, du I.
Alius. Celte pron. se trouve dans Tbebât pour Tbébaull,
comme en v. n. : « Le quens Teibalt. » (R. du Mt St-M.,
V. 1597.)
ATTÉDIER, attrister, et attiédier, comp.de Tœdium,
ennui , qui n'existe pas à l'état simple en n. ou en fr.;
mais reste dans l'a. Tedious, ennuyeux. Le Rocquez dit :
« La brièveté attédieuse de ceste nostre vie humaine; » et
01. Basselin :
N'abrégeons point nostre vie
Par nous trop altédier...
AUBE : ce rad. déjà traité au celt. (V. Orig. cell.) existe
aussi en 1. comme dans Albus, Alpes, etc.; nous ajoutons
ici Aubusson, arrond. de Vire, sans doute Blanc-buisson,
et AiBETTE. ORRETTE, qui . sur Ic Mttftral de Coût., désigne
T. II. 23*
— ns —
le cul-blanc ou hirondelle de mer. L'Aubette est une pe-
tite rivière aux limites de la N. V. blunc.
AUDIVI (aver s'n) , litt. avoir son audience, c. à d.
crédit : « Les gouverneurs qui avaient audivit du temps
du roy Louis. » {Mém. d'Ol. de la Marche, Intr.) On avait
aussi en terme de palais une autre forme : « Les ungz se
présentent en jugement, les autres à l'audiendi. » L'a.
possède Audit, audition, et rendre des comptes.
AUMAILLES, bestiaux, d'Ànimalia, très-peu usité en
fr. : « Les berbis prennent è l'almaille... Pors è veilles è
almailles. » (R. deRou.) « Qui chevaus, asnes e almailles.»
(Benois.) Il était encore dans la langue litt. au 16^ s. :
n Les aumailles marchent lentement. » (Vauq. de la Fres-
naye.) admet, jeune beuf, Juvencus. En Suisse, dans
l'Isère, on dit ArmaiUis et Armaillé. On connaît les chants
des ArmaiUis. V. amma. Le mot Hondin existe peut-être
encore en N., aux environs de Caen, par ex. : * 3 au-
mailles que on appelle hondins. » (Inv. des Templiers de
la bail lie de Caen.)
AUMOUSNE , aumône ; ce mot , parti d'EXe^ifiioduvY) ,
passant par Elemosyna, Elemosne, Almosne, arrive réduit
au squelette , c. à d. aux consonnes , à l'a. Alms, acmois-
isiER , AtJMocNEREssE , f. , AUMoij-MEux , bienfaisant , cha-
ritable :
Einz ert sainte et religiose
El debenere et ausmoniere.
[Vie de St Alexis , v. 65.)
ACMÔNiEK , charitable , se dit au centre de la France.
(V. Jaubert , Gloss.) Le nom de l'Ausmousne et de Terre
de l'aumousne est resté à d'anciens biens d'église, de mo-
nastère, cités en ce sens dans le R. du Mt St-M., v. ^403 :
Les almosnes essille el art.
On appelle AUMOisAE fleurie, celle qui consiste à faire un
cadeau avec un objet reçu à ce titre.
AUNAGE, (Av.) toile de façon ou de tisserand; auiNier,
fabricant d'aunage ; ce mot Aune, dérivé de Ulna, bras ou
mesure du bras, est dans la plupart des langues euro-
péennes : en gr. ÛXevy), en 1. tJlna, en a. -s. Eln, en a.
EU, Elne, en goth. Alleina, en hoU. Elne, en ail. Ellen,
en esp. Alna, etc. En a. Elbow, coude, est le pli du bras,
the bow of the ell. Il se pourrait que l'a. Awning, tendelet,
fût le n. ACNAGE ou une de ses formes.
— 179 —
AU(jUEJl, V. a. pron. dure de Occire, Occidere, qui a
passé par Ochier: « Les penons ou ochions. » (Cout. du
Beauvoisis, cli. 30.)
AURAGE. s. f. orage : « line grande aurage; » forme
et. d' Aura, souffle. Selon de I'Aulnay, Gloss, de Rabelais.
Aguyon était chez les N. et les Bretons le vent doux, le Zé-
phyr des Grecs; ce mot semble être cependant une forme
d'Aquilon.
AURIPIAUX, s. m. pi. mal d'oreille, signalé par des
pellicules ou piaux aux oreilles; fidèle à l'ct., le pat. n.
dit ACREiLLKii, et non pas oreiller; pesaureilliei; (Caen).
couper l'oreille; on dit ailleurs essaureillier. Oreille se
pron. en b.-n. très-liquide, olieille; acrillard, qui a de
longues oreilles; acreillière, l'insecte perce-oreille. Le
Buplèvre s'appelle aureille de lielvre, comme en a. Hare's
ear; la Gantelée est en a. \& Hair-bcll , la cloche du lièvre,
et l'Asaret a pour nom pop. aireille d'homme.
AUSÉE, audace, d'i4Mc?erc; oisée (St-Lo ) , petite fille
évaporée, osée, adsier, oser.
AUTEL : « Le nom d'autel est généralement donné aux
monumens sépulcraux dans les îles fr. » ( V. Lukis ,
on primœval Antiquities of channel islands, Arch.Journ.,
1, ^A2).
AUTEUR, s. m. livre : « Il a fait des auteurs, » il a
composé des livres, confusion de la cause et de l'effet. C'est
à peu près ainsi qu'on dit : « Cherchier des antiquaires, »
c. à d. des antiquités, alteurs, père et mère, aitorisier.
autoriser, autecr. comme uomicide. sign, cause, en fait
d'accident : .) J' n'en siis pas l'auteur. »
AUTRICHE, autruche : « OEufs d'autriche; » en a.
Ostrich : » In fundo uno scucli (écusson, en a. scutchon)
nigro cum pennis de ostrich. » ( Inv. de la chapelle d'Ed.,
m, d'A. ) du 1. Avis struthio.
AVANCE , avance, en fait d'argent ou de profit : « Telle
nourriture fait plus d'avange, » c. à d. fait plus de profit,
sans doute une contr. d'Avantage; avanoier, avoir de
l'avance dans ce sens; avakchiee, avancer; avajntagier .
donner un avantage dans une succession, avaist, profond .
qui est bien avant; avanxeur, profondeur, paravant, avant :
• J'arriverai paravant té ; » de même en v. a. : « Was
placed paravaunt. » ( Spencer, p. 336. ) Le mot Avant
s'abrège souvent en Vara, comme cela a eu lieu fréq. en a. :
— 180 —
ainsi Vampey, empeigne . signiûe Avanl-pied , en passant
par la forme intermédiaire qui est dans le Diet, de Pals-
grave, Vant-pié. On peut citer encore Vantbrace, Vantage,
Vanguard, Vaneourier, Vaimure f avant-mur). Spencer
écrit Advaunst, avant, va de l'avant, homme hardi; il
nous semble que Babelavante , traduit par Babbler dans le
Diet. d'HalliwelI, est notre mot n. Nous rattachons à cette
famille AVEiR, précocité, primeur, surtout usité dans ce
prov. : « L'aveu n'emprunte rien au tardi , » c. à d. le
diligent n'emprunte rien au paresseux ; » de là avorible ,
AORiBLE , DRIVE , précocc , d'où l'a. Early, prématuré , de
bonne heure; à Jersey, avoueri; à Mortagne, on dit dsible.
précoce. En v. f. Aneessour (Antecessor), en a. Ancestor,
ancêtre ; il y a encore des Lancesseur.
AVEINE, avoine, Avena, d'où le suffixe d'Isigny-pain-
d'aveine. On appelle le poivre « Aveine de prêtre. » ayenas
(Mortain), paille d'avoine. « 1289 a cheux : noef vins
garbes d'estrains , cest a savoir sexante de fermentas ,
sexante d'orjas et sexante d'avenas. » (Cartnl. de S. Wan-
drille.) — ^29^ a Ros : « Un cent de formentaz et un cent
d'orgaz. » (Livre des Jurés de S. Ouen, f. 65.) Ces formes
sont des pluriels des subst. en atuni , que supposent les
mots Vechat , Pesât, Lentilat, Favat, qu'on trouve dans
le Gloss, de Du Cange, au mot Trituratores. averon se
reconnaît dans les archaïsmes suivants, cités parHalliwell
Haver, avoine; Haver-cake , gâteau d'avoine; Haver-sack,
sac d'avoine; Haver-grap, avoine sauvage (Cotgrave)
Haveridil (a sieve for oats) (Diet. ) Ce mot Averon, qu
désigne la folle avoine, est aussi bien l'ail. Haver, avoine
qu'un péjoratif (Aveneron); avenerie, s. f. (H.-N.) champ
d'avoine. On dit à Bay. de deux personnes qui ne valent
pas mieux l'une que l'autre : « Ch'est averon et peis per-
chié. » On reconnaît dans ÏAversac le havresac du fr..
venu des reîtres allemands , litt. sac à avoine.
AVER, Averivm, c. à d. l'avoir par excellence, dési-
gnait les bestiaux : a Fames porjorent , aveir pristrent. »
(B. de Bou.) Il existait dès la Conquête : « Aver endirez. »
(Lois de Guill.) Affre, en a.-n., semble désigner un bou-
villon, et figure assez souvent dans V Estaurement , Stau-
ramentum , ce qu'on appelle aujourd'hui Monture des
manoirs et des fermes : « 2 s. 6 den. pour un affre. » (Ap.
Delisle. Etudes, p. 255.) « Pro defectu boum, et 7 avro-
lum . et vaccarum et pecorum et ovium. « (Bot. Scacc.)
— ^81 —
— Cu?n iiistauramenfo xii bouni et avroruiii. (Ibid.)
— Pro bobus et affris emptis, etc. » (Ibid.) Ce mot
pourrait désigner un cheval . si l'on ne ferrait aussi
les bœufs : « Debet iiij ferra ad aiïr. » [Consxiet. de
AxemutJi. -1275.) C'est l'a. actuel Heifer, génisse. A
Jersey avers désigne les enfans de la maison, averkom ,
sobriquet, litt. nom d'animal, aver, s. m. Avoir: « Man-
ger s'n aver, » sa fortune. C'est aussi Aver en a.; en
it. Averars, en esp. Averignar. Le pat. n. fait ellipse
de // dans l'unipersonnel il y a, comme le v. fr. : « Oultre
l'Angleterre en Ebernie, oîi régnoit un roi nommé Eiga.
avoit un serpent orgueilleux. » {Ms du Mt Si-M., Bibl.
d'Av, no 24 .) A aver peut se rattacher averlan , grossier ,
du V. f. Averlan, maquignon, que l'on tire aussi de l'ail.
Eaverling; Cotgrave lui donne un sens qui peut se conci-
lier : « Averlan, a good fellow, a mad companion , merie
Greeke , sound drunkard. » aver, v. a., avoir : * Pouel
encor a\er des choses. » (Mémoriavx de St Aubin. Pro-
logus.) Havour, avoir, propriété, se disait sous Henri VIII.
(V. State paters , m. 297.) Le part. prés, avant, ayant,
se dit à Pont., en a. Having. Je pense que les Saussever
représentent un nom et surnom communs au moyen-âge ,
Sans aveir, ex. Gauthier-sans-aveir, et un jiersonnage de l;i
Conquête qui est dans la liste de Brompton , Sauzaver.
altération de Saunzaveir, famille qui s'établit en A. à l'é-
poque de la Conquête. Avoir s'employait en cette forme :
" Si comme je le ay cscript par le marfirologe. » comme
en a. : « As I bave il written. » (V. Avranchin, ii . 67^.j
Le ^7e s. avait souvent cette forme. V. Corneille, V. La
Fontaine, par ex. : « L'écorce a sa langue pressée. » (Phil,
et Baucis.) Aveer, dans le sens le sens de propriété, se
disait en vieil anglais : « No charge of aveer ne of richesse. »
{Maundevile's travels , 292.) Aver signifiait aussi a wor-
khouse. (HalliueU's Diet.) Aver -silver était la taxe pour
les bestiaux , les Avers.
AVERTIN, (Guern.) caprice; en v. f. Avertin, épilep-
sie; à Bay. evar sign, violent mouvement de colère, d'où
EVARÉ, agité de terreur, d'oîi farer, partir effrayé; c'est le
simple du fr. Effaré. Efferatus , de Fertis. V. fel. Cf.
Aversata, possédée, usité dans la loc. : « vieii.i.e-aversas. »
AVI AU. oiseau, d'Avicella, usité à Bay. et en v. f. :
« Li aviax ki en lewe sont empreis té baingniez , » un des
rares vers du R. de Ron qui soient encoie n.
— 182 —
AVOCASSEtllE, s. f. métier d'avocat, corps des gens de
loi, petite besogne de l'avocat, péjor., en v. n. Advocacie,
plaidoyer. V. V Advocacie N.-D. ou la Vierge plaidant
contre le diable , poème du 14^ s. en langue fr. n., publié
par M. Chassant, avocecat , avocat , de Vocare, qui donne
Voucher, que Cotgrave cite comme n., et qui signifiait
appeler en justice, d'où l'a. Avouch, Vouch, prouver,
témoigner. L'a. q.'^i^qWq Adivowson (advocatio) ,\ç,^sâji:ondigc.
AVOUERTER, avorter, d' Adulterare ; le fr.dit Avoutre,
bâtard adultérin, et même avec la forme n., Avouètre. En
a. Advoutry, adultère. On dit prov. : « Quand i toune
(tonne) en Avent, l'hivé est avouertai. »
AVRI , avril , û'ApriUs, avkiller , (Gl. n.) faire des
giboulées, un temps d'avril. V. la jolie chanson en pat.
poitevin : « La régine avrillouse. » (Ap. du Méril. Mé-
langes, 320.) Avrilled, en v. a., se disait de la bière qui avait
été Avrillée. Il y avait autrefois certaines redevances qu'on
payait en avril et qu'on appelait Avrillage : « Lesquelles
rentez sont nommées les avrillages de St Maulevrier. (Couf.
des Forets. Le Trait.) Presque tous les mois avaient un
attribut féodal. V. Moy, Juilet, etc., dont l'ensemble for-
mait le calendrier des paysans , en y comprenant les pro-
verbes et les dictons. Les suivans forment une espèce de
chant pop. d'avril :
Quant l'avri fait le mai,
Le mai fait l'avri.
A la mi-avri
Faut y veie à s'coiivri.
A la nii-avri
L'coucou esl mort ou vi.
Avri le doux,
Quant i s'y met esl l'pire de lous.
Le coucou en avri
Esl venu, s'il a à veni.
Nul avril
Sans épi,
Bourgeon d'avri
ÎS'met pas d'eidre au l)ari.
Quant à peisson d'avri . poisson d'avril , c'est sans doute
pour Passion d'avril , c'est en ce mois que le Christ fut
jugé et renvoyé d'Hérode à Pilate, et ce renvoi d'une per-
sonne à une autre est un des caractères de cette facétie.
B
BABET. jeune servante, un peu complaisante comme la
Babet de Bi'ranger. mot dérivé A' Isabelle, Isabeau, se trouve
— -183 —
dans un dictim du Bessiii , que le coninieulaleur du li. de
Rov cile pour expliquer la Trêve ou Paix de Dieu établie
par G. Le Bâtard : « On dit encore trivialement dans le
Dessin , lorsque des gens se querellent : La paix de Dieu ,
Babet et le pot jylein. » Il semble aussi que ce sont là, pour
un Normand, les trois conditions d'un bonheur parfait.
BACCHANAL (faire le) . (Val.) tapage, orgie, qui rap-
pelle le « Bacchanalia vivunt » de Juvénal ; baccuana, un
mauvais sujet, viveur : « Vilain bacchana. va! » de même
en a. Bacchanal sign. : « A follower of Bacchus. » Le re-
cueil de chansons n. de L. du Bois, est intitulé : « Chan-
sons... et bacchanales. » BAciiiQut:, bizarre, mal tourné,
souvenir des silènes ou des ivrognes. De toute la mytho-
logie . le peuple n. ne connaît guère que bacchu et Vénus ,
(}ui figurent dans une chanson pop. : « Bacchu sera mon
capitaine , — Vénus sera mon lieutenant. »
BACON, lard, existe en pic, en wallon, en a.. Il y a
un prov. n. cité par Pluquet (Essai sur Bayeux) :
Harengs el bacons
Sont bonnes provisions.
En fourbesque Boccone, lard, en argot fr. Bacon, p(irc.
(Fr. Michel.) Il se disait en v.' f. :
Mais c'est deal)le, bien le sai
Qui a fait moine de bacon.
{Du Segretain moine, v. 606.)
BAcojv existe dans les n. pr. Nous croyons avoir entendu
CACOK^ER et bacon:sage, pour sign, saler du porc. En a.
Bacon, lard. L'it. Boccone, semble donner l'orig. lat. de
ce mot, et vouloir dire la viande salée et saumurée dans
un vase, Bocca, en I. Banca , cou]ie.
BADORNE,s. f. (Gr.) corde ou tissu de vieux cor-
dages.
BAINGNIER, baigner, de Balneum, d'où les loc. n.
de bains, comme Biville-la-Baignarde. el un village de
Bagnère , près Rouen , Bagnoles ; aussi à Guern. bacisole
sign, bain, petit bain; B.y.>G.NoiR. baigneur; baiagnade,
bain et lieu pour le bain; en a. Bath et Bagnio, bain.
BAIE , ouverture, est un radical lat. qui se trouve dans
des noms de loc. situées sur des baies, Baiœ (Baies),
Béziers (Bœterrœ), Bayonne , Blaye , et probablement
Bayeux, à deux lieues d'une baie, en 1. Civitas Bajocas-
siiim, Bagiœ, Baiœ. On trouve encore BaionviUœ (Carte
— 184 —
de Stapleton). près de l'embouchure de la Soûle; Port-
Bail , dont on trouve la latinité Portus Ballii, peut-être le
port du Baile et aussi le port de la Baie; une anse d'Auri-
gny est dite Braye; Bahais est au fond de la baie d'Isigny.
Les habitans du Bessin s,ox\\.\q?, Baichins, dans Wace Bais-
sinois; mais considérés comme moins civilisés que les
autres Normands, ils communiquent à l'adj. Baichin,
Baichine, le sens de niais. (Gl. n.) Quant à Bayonne, il
donne bisquike , espèce de de chasse-marée , très-usité à
St-Vaast, Utt. navire bisquin; basqier, (T.-N.) sign, arri-
mer la morue à la manière basque. (V. Notice sur Gr. par
Guidelou, 99.) bayeoslne, s. f. coiffe de Baveux. L'adj. de
Bayeux é!ait autrefois, du moins pour la mesure des
grains du Bessin, Baoueis, et Baonnois : « Un quartier
d'avoine baonnois... boisseau d'orge baonnois. » (T. des
chartes reg. 64. pour Baoueis. Censier de St Vigor.)
BALER, être pendant, usité seulement au part. prés, en
fr. : « Et que font là tes bras ballants à ton côté ? » (Rac.
Plaideurs], sign, primit. s'agiter, se remuer, et se rat-
tache au gr. BaXXoi En n. ballam, s. m. un fainéant.
M. Fr. Michel ajoute pour ce mot, qu'il appelle n. , « qui
passe son temps à se promener. » (Diet, d'argot, 28. J A
ce mot se rattacherait le bret. Bala, se promener; toute-
fois une et. 1. est plus probable. Le gr. BaXXoj , le 1. Bal-
lare sign, s'agiter, danser, comme Movere, qui a ces deux
sens; de là Ballon, objet léger et sautillant, comme Balle
de paume ; balloa, derrière, usité dans cette loc. : » J' vas
te lever le ballon... J' te lèverais bien le ballon sans palan. »
BALLETTE, petit ballot , petite valise : « 2 petites ballettes
d'alun et 2 ballettes de garance. » (Arch, munie, de Rouen.)
or les bras sont généralement pendant, battant dans la
danse, de là le sens du n. baler , être pendant, et de là il
n'y a qu'un pas à être fainéant , se promener nonchalam-
ment. Ce sens de baler, pendre, se trouve dans la loc.
brayonne : « Les pommes baient des pommiers. » (Decorde.)
BALANER, même sens; balandier, fainéant; balas (Sl-Lo ),
commère paresseuse; babèque (Bay.), id. balvander, selon
MM. du Méril, sign, regarder l'ouvrage les bras croisés ;
peut-être plutôt les bras ballants. A Rouen, baloquer, être
fainéant, Ubertin , et dans le sens propre, être pendant :
t' La gambe qui baloque. » (3e part, de la M. n.)\ de là le
fr. pop. Balochard, débauché. AGuern., balancier, feu
follet, litt. qui danse, 6a//e. biller, flotter, en parlant
d'une étoffe, probablement comme bagder (V. ce mot) :
— 185 —
« Tantes , bunières contre vent balle. » ( Ciarin fi Lo/icrm,
I, 95.) Le fr. Bal, Ballet , le pop. Trimballer et Brimbal-
1er, appartiennent à cette famille. BalJadin est du v. a. ,
pour désigner une espèce de danse, selon Halliwell ; bala-
deuse, petite voilure légère et sautante; en argot, Bala-
deuse, boutique sur deux roue?.
BALIER, balayer, du 1. Betula, bouleau; bou, en n. ,
sign, cet arbre et une verge; baliette, petit balai; baliette,
le roseau des sables dont on fait des baliettes ; baliure ,
balayure ; balièbe, s. f. trou aux ordures, balai -ebiné,
baleteriné, balai usé, érein'é, en n. erké : « Cb'est un
baletcrné , •> c. à d. une personne sur laquelle on ne peut
compter. En v. f. Boul, bouleau.
BAMBOCHE, ivrogne; bambocher, se livrer à l'ivrogne-
rie; BAMBOCHEDR , ivroguc ; BAMBOCHAPE et BAMBocBE, partie
de boisson. Ces mots sont sans doute des formes de Bom-
bance : « Li Norman est fier, vanteor et bombancier, » dit
Wace; car le fr. Bamboche s'éloigne beaucoup de ce sens,
et vient de l'it. Bambocchio, conircfaU. Bombance dérive
de Pompa, ^ête. bombancbieb , bombakceb, faire bombance;
l'a. Bombast semble tenir à cette famille, et Boast, vanter,
en est une abrév. ; Bombast a été fr. , du moins il existe
un livre rare, publié à Rouen en n06, sous ce titre :
Prophéties du comte Bombast, chevalier de la Rose-Croix,
neveu de Théophraste-Paracelse, etc.
BARBILLON , s. m. barbe des céréales ; barbifier ,
raser, presque comme le v. f. :
Wislaces manda un barbier,
Sur le ponl se fil barbiier.
BARBouE , S. f. (Guern.) épouvantai!; barbelotte, barbe-
1.E1TE , coléoptère noir, bousier, sur lequel les enlans cra-
chent en disant : « Barbelette, donne mé d' ten sang, j' te
donnerai d' men vin blianc. » barbiche, barbe au menton.
barbassionné, génie malfaisant et barbu, auquel on s'adresse
dans le Bessin, dans un chant du jour de l'an :
Taupes el mulots,
Sortez de men clios ,
Ou je vous casse les os ;
Barbassionné ,
Si lu viens dans mon clios,
J' le briîle la barbe jusqu'ès os.
V. Introd., p. ^76. Cf. le barboue précité, qui est sans
doute quelque chose de semblable ; mais le mot du Bessin
existe en a. barbason , qui est dans Shakespeare, et qu'un
T. H. 24"
— -180 —
ancien glossaire explique par « the name of a devil or
fiend, t) Voici le passage : « Amaimon sounds well; Lu-
cifer well ; Barbason well. » ( Merry wives of Windsor,
act. II, sc. 2.) Le premier génie cité, Amaimon, semble avoir
un rapport de nom avec le momon n. et le Morne a. V. Momon
aux Orig. on. barbelée (gelée), gelée blanche qui ressemble
à des barbes de plumes ; on disait en v. f. Sagette (flèche)
barbelée. Il est très-probable que l'a. Barley, orge , est le
fr. Blé barbelé, une espèce d'avoine s'appelant la Barbée.
(V, notre Flore pop. de N. et d'A., p. 83. ) besbue, peut-
être pour Barbue (Cherb.) , vieille femme : il y avait dans
cette ville la procession de la Besbue. A cause de Judus .
on se méfie de la barbe rouge :
Barbe rouge et neirs cheveux ,
Defie-ren si lu peux.
Il y a dans l'Av. une tourmole, c. à d. un jeu où deux
enfans se font tourner en croisant leurs mains et en chan-
tant :
Barbarisse,
Ma nourrice , -y
Dos à dos
Tournez-nié le dos.
En Pic. le premier vers est : « Pain-d'épice ; » à Val. .
c'est le jeu <■ En dindant clochette. » barbillon, poisson qui
a de grandes barbes , .''ans doute une espèce de barbue.
BARBisTRAL, barbier ; ce mot, que donne le Gloss, n., a une
physionomie provençale. En argot , Barberot, barbier ;
Barbichon , copucin ; le fr. Bichon est la contr. de ce
dernier.
BARRABAS , usité dans la loc. : « Il est couneu coume
Barrabas à la Passion, » c. à d. partout; on sert en ce
sens de : « Coume Gloria patri. »
BASOQUE , la basoche, dérivé de Basilica, palais de
justice; une rue de Poitiers, la Basoche, est dite dans un
vieux doc. Basilica; l'église de St-Martin de la Basoche, à
Tours, est ainsi désignée : « Ecclesiam quœ S. Martini
Basilica dicitur. » {Bibl. del'éc. des ch. Janv. ^827, 222.)
BASSIER, BAissiER, BAiCBiER, baisscr , de Bas, lequel
semble dériver du gr. Ba9o; ou Baat; ; toutefois le bret. et
le kymri offrent Baz, le gall. Fas. En a. Abash, Bash,
baisser, (ï on Bashful, honteux, litt. plein d'abaissement.
On dit d'une grande richesse : « N'y a qu'à s'baissier et à
prendre. » bafssin. ouvrier du bas pays. e. à d. du Bas-
— 187 —
Maine; baissiis, homme de B.-N. qui vient travailler dans
la Haute, bassée, basque d'habit, en fr. Bassetille, probabl.
changé en Basquine; (Gl. n.J baiss (coter , marchander
d'une manière mesquine. De là le fr. Bas (de chausses),
en n. bas-d'esiame (étamine); bas-d'estamiee , fAv.) fabri-
cant de bas ; de Bas dérive Bastard . dont nous avons
donné l'ét. p. 156, à propos de Ch. Martel, à laquelle il
faut ajouter pour le même sens :
Charles Martiaus fut apielés
Pour cou que de sougnant fu nés.
Aussi disait-on en v. f. Fi/s de Bas ou de Bast; de là le
V. f. Bast, bât. litt. selle de domestique, d'où bastier.
BATiER , bourrelier : « Bastiers et faiseurs de harnois. »
{Corporations de Coût. ^60^.) batière, s. f. gros bas.
A Bas se rattache basse, servante, (Vîil.) du v. f. Bachelle,
Bacele, Baissele, le fém. de Bachelier, lilt. Bas chevalier :
« A la Daerie à trois basses; » (1.307. Inv. du château de
Caen.) à Guern. on dit caisse, en pic. Bacelle; la forme
Vacelle est. dit Roquefort, encore usitée en Champagne et
en B.-N. On disait en' v. n.. selon la Vie de St Alexi,
V. .316:
Les baesses et les serjanz
En firent duel et plaintes granz.
Dans le centre de la Fr. la fille d'honneur de la mariée
s'appelle Bachelière. (V. Jaubert, Gloss, du Centre.) Le
masc. semble avoir été Bays, esclave , serviteur :
A une dame du pays
Fut-il par grant amour bays,
(Ap. M. du Méril, Mélanges, 44^.) où se trouve cette
citation avec le féminin :
Dame du tout sui et maistresse :
Mais avis m'est que pour baesse
Maternent me vouiez tenir.
BAtHELox, bachelotte, bas de taille : « Une poule hache-
lotte. I) l'espèce dite Bantam. On dit aussi basset, bassette,
dont le fr. a gardé Basset (chien), baiss^re, (Guern.) lieu
bas et marécageux . en Bray bassire; basse, s, f. banc de
sable en mer ; le fr. Vase pourrait venir de cette famille ,
malgré l'isl. Veisa, palus putrida; mais c'est d'elle que
vient le fr. Bassin (d'une rivière), baissière, la fin d'un li-
quide dans un fût. sur le bas; bavoleite, s. f.bavolef, coiffe
à barbe volante et pendante, litt. qui vole bas; bavol. s.
m. id.; bavolie. s. f.. au Ml St-M.. désigne une grande
— t88 —
porte à bascule, à coulisse. On dit prov. en N. : « Quand
la haie est basse , tout le monde y passe.
BASTANT , bien portant , extension du fr. Bastant ,
suffisant, de l'it. Basta, il suffît (bene stat?) en esp.
Bastar.
BATISTÈRE, baptême, (Percy) en v. n. Bautestire, de
Baptisterium , ainsi dans Benois . {Chron. ii, v. 22876.) '•
« Maufez , sans fei de baptestire ; » batistère, en Bray, acte
de baptême. On dit prov. : « Tranquille coume Batiste , »
peut-être comme St Jean-Baptiste ; car on dit : « Doux
coume un petit St-Jean. » On prétend que le jour St Jean-
Baptiste on voit à son lever « le soleil danser trois fois. »
(Jnn. de la M. 1832.) baptême, sommet de la tête que l'on
baptise : « J'vas l'douner sus ton baptême, » c. à d. frap-
per sur la tête, baftisier , baptiser. On appelle une per-
sonne stupide : « Une bête baptisiée ; » ou on lui dit :
« Qui qu'a élai assez bête pouer te baptisier? »
BATTE, battre, en 1. Batuere, d'une on. éclatante,
en a. Bate, battre; battocr, battoir, en a. Battledoor,
Batler et Batlet; batteux, batteur en grange, en b.-l. Ba-
tator.Y. la chanson des Batteux, Intr., p. 289; batterie,
bataille privée; rabatte, tomber en décadence : « J' va en
rabattant; » rabatte, retrancher d'un total, d'où l'a.
Bating, excepté , dont l'ét. est visible dans des phrases
comme celle-ci : « They bring many ideas with them,
bating some faint ideas of hunger and thirst. » (Locke) ;
bat, s. m. empreinte de coup, spécial, de marteau; ba-
taillous, batailleur, en a. Bataillons; bataillard, id.;
rebot (Guern.) , s. m. batte à beurre, d'où rebuter, battre
le lait; hebat et rable (Coût.), racine de roseau dessables,
dont on fait des brosses, et qu'on trouve sur le rebat, partie
du rivage que bat la mer, l'estran; battant, le gouet, dont
la fleur ressemble à un battant de clochette; socbatte,
battre le blé en dessous sur le chevalet, d'où soubats
(Jersey), paille battue, tarifée sous ce nom au Weigh bridge
de S. Helier; BATTÉE(Gr. ), pêche de poisson plat ; abat
(vent d' et pluie d'), pluie ou vent violent: «Arrivé à
Caen par une pluie d'abat. » (J. Barbey, Memorandum, 3) ;
on dit plus énergiquement Pluie d'ACRASE : « Tout écrasait
de pluie, comme ils disent ici.» (Ibid., 5.j; balèque.
femme bavarde, litl. Bat-langue; bat de la goule, grand
bavard; abat-pain, grand mangeur: batacla> . batterie de
— I SI) —
cuisine, pop. bai te et i'Abbaite sign, battre et ball re jus-
qu'au bout. lîiTER (Av.), toucher, battre : « Ne m' bite
pas, » c. à d. ne me frappe pas; en a. Bi(e, mordre, et
Beat, battre : « Les cailloux bitent à la terre. » {Chans, n.)
BATTAisOiN, inclinaison d'un toit; battifolek, s'ébattre folle-
ment ; BATTE cLORiEUx se dit d'un vaincu qui s'attribue la
gloire. BATTEMARE (Bay.), bergeronnette. De Baiucre dé-
rive Baculvs, bâton, sans doute pour Batulns, d'où le fr.
Bastir, litt. édifier avec des perches, des bâtons, d'où le
fr. Bastide, Bastingue (de l'it. Bastinga, toile pour servir
de rempart, de bastille). Bastion, contr. deBastillon, qui
se dit d'une tour au M. St-M. ; en n. bastiller (se) , s'en-
fermer , se fortifier dans une maison ; il y diverses loc. n.
nommées des Bastilles, par ex. : la Bastille en Ardevon ,
bâtie par les Anglais; il y a aussi des Bastides, comme
Beuzeville-la-BasIille , sur le Vey, jadis la Bastide : « Les
aides qui ont esté mis sus pour le fait des bastides de St-
Sauveur-le-Vicomte en Cotentin. » [Lecantond'AUiis, 543.)
« Enfoncé la ville de Pont-l'Abbé , l;i bastide de Beuze-
vlUe. » ( Ordotm. de Charles V. ) Quelquefois Bâton se
change en vato.\ , surtout dans le sens de « donner du
bâton, » d'où vatojs.ner. On disait autrefois Gaston :
« Près des gastons, tostes et autres boiz nécessaires
pour mener et charrier ledit bois et merrien. » ( Coîit.
des forêts. Pact.) Toste signifie sans doute le bâton qui
sert à tordre la corde, ou liure; gaston a aussi ce sens
maintenant, et ce sens est déterminé par l'exemple suivant:
« Peust prendre et faire gastons en la dicte forest, sans
paier amende, pour lier leurs charettes, pour remuer le
boiz et pour tout ce qui lour plaira, pourvcu que iceulx
gastons soient doUés par iiij costés et un des deux boux
avant que le forestier le place. » {Ibid. Evreux. ) Batel/e,
s. f. petit bâton qu'on passe sous la gorge du porc pour
l'empêcher de franchir les haies, d'où emcateller; ce bâton
s'appelle encore barret, barreau, batcn friseux, à Har-
fleur, est le montant de la scie dans la Fête de la scie.
batoniste, habile à jouer du bâton ; les bâtonistesde Caen
et de Rouen sont renommés : du reste ce genre d'escrime
est ancien : <■ Richart sout escrimer o virge è o baton. »
batonmer, surveillant de l'octroi, armé d'un bâton. A
Bâton se rattache le fr. Batte, Batteleur, Bastonnade, etc.
De Batteleur, joueur de batte, dérive le v. f. Baster (bas-
teler), faire illusion, tromper.
BAUBE, bègue, de Balbiis, d'où le fr. Balbutier; bau-
— 190 —
BER, bégayer; béglier, id.; BÉDA^GLIEB (Val.), id.; de là
lîÉCAUu . niais, et béoaider, niuiser; baube, engourdi de
froid; bacbir, engourdir : « Aveir les mains baubes; »
ABADBER, frappcf dc stupeur; l'idée de paralysie, d'inertie
est l'idée gén. qui relie ces divers mots. L'origine première
est une on. bégu , niais , est sans doute une forme de
Bègue.
BAUDOUR, s. m. réjouissance, de Baudir (Gaudere);
un prov. n. dit :
Baudours cl bobans
Ne l'ont pas riches gens.
De même en v. f. : « Oisillon par baudour chantent et par
envoisure. » De Gaudere vient le fr. Jouir , en n. s'éjodir.
Il y a à Av. une place dile Baudange, dont on lire le nom
de ce rad.; comme Baudour est un nom de lieu, il est ainsi
interprété : « Lingua romana gaudium Deorum. » (J. de
Guyse, Ann.de Hainant.) gaudik (se), se réjouir, en H.-N.;
RECAiDiR (se), id. : « Rien ne me regaudit; » (Muse n.)
pol'rgaudir (se), se prélasser : « Qui se pourgaudent su su
quay. » (Ibid.) A baiîdour se rattache le v. f. Baude; bau-
flerie, joie, d'oîi l'a. Bawd, Bawdry et Bawdy, comme on
trouve dans le Diet, d'flalliwell Gaud, Gaudees, Gandery,
Gawdy; dans Shakespeare Gawdy sign, un jour de réjouis-
sance. GADELER, CADELER (H.-N.), s'ébattre ; GAl'PE, (Gl.n.)
joie, à Créances; en v. f. Gaupe, prostituée; gaddiamcs
(faire son), s'applaudir. Quant à robains, qui se disait en
V. a. : « I say for no bobance ; » (Canterb. taies, v. 61 51 .)
c'est le V. f. Bobance, le fr. Bombance. V. bambocbe.
BAUME, s. m. de Balsamum, nom collect, des menthes,
dont quelques-unes sont appliquées sur les coupures;
ABAUJiiR , (Gl. n.) affadir , de l'effet que produisent les
substances odorantes.
BAVE , s. f. bavardage , en it. Bava, bave, la syll. on.
d'une respiration forte; bave, mensonge, blague: « Savez
les manières , en disant mainte bonne bave , d'avoir le
meilleur de la cave. » (Coquillard.) bave, s. f. bavard ou
bavarde; baverette, bavette, petit linge sous le menton
des enfans; bavous, baveux; bavochier, se dit de filer gros
[lar places, inégalement; bavol (fdcr). avec des bavures;
BAVOQUE, s. f. bavure de fil; baveuiie, bave; bavée, forte
émission de bave, dont on dit plaisamment : « Pousser
une génisse, » comme ailleurs : « Un renard ou queue
de renard. »
— 191 —
liAYARl) (cheval), celui de Renaud de Monlauban, où
se plaçaient les quatre frères Aymon, de sa couleur liai.
de Bacca, baie de laurier, cité comme le modèle des cour-
siers ; il se dit encore comme adj. bayard , bai ; il est en-
core a., et il sign, un cheval vaillant et hardi : « Opon his
stede bayard he van the dike; » (R. Brume, p. 272.) dans
Chaucer il sign, cheval bai. bayotte (vache), en Bray,
rouge el blanche.
BECÉ, alphabet; en a. Absey, d'où : « An absey-book, »
un catéchisme : « Ne saveir ni A ni B; » abcépaire . abé-
cédaire, mot moderne, croix-de-dieu , alphabet, commen-
çant par une croix; les enfans de l'Av. chantent :
Croix de Dieu, à la biboche,
J'ai du pain dans ma calotte,
J'ai du vin dans men baril,
Bien assez pour me nourri
Mé et ma petit' souris.
La lecture dans les Mss s'appelle : « Lire dans les con-
trats; » naguère encore on lisait dans des contrats réels en
parchemin ou en papier. On les appelait aussi des chi-
canes ou papiers judiciaires. En pic. : « Crossette abilbo-
quette, not' moue te n'a point d'barette.»
BECHEVEL. ce que le fr. appelle Bêche, hybride de
Bec, pointe, et de Chef, tête, (V. Cap.) Caput, c. à d.
pointe à la tète, en parlant de deux épingles en sens diffé-
rent; BECVEQUIER, disposcr ainsi; recveqiie, jeu de béche-
vel; béjuel et béiuet, contr. de béchevel; béidéter, dispo-
ser en béchevel; en a. Bevel, disposer en équerre et de
biais; aussi, pour gagner à ce jeu, il faut faire chevaucher
une épingle sur l'autre; le fr. dit encore Tête-bèche;
Rabelais dit : « Testé béchevel, » que le commentateur, de
l'Aulnaye explique par Biscaput, qui ne rend nullement
compte de cette disposition.
BEDEAU , le dernier oiseau de la couvée , comme le
bedeau ferme la procession; ce dernier vient de Pedellus,
(le Pedum, de la baguette, marque de sa dignité; bezot,
id.; il y a beaucoup de familles Le Bezot : « En ma qua-
lité d'bezot, m'a fallu aller chercher la jarr'lière de la
mariée. » (Chans, n. parlée de Berat, la Noce à mon frère
André.) A Guern. cet oiseau s'appelle fouillot, cl la ven-
trée d'un animal iocillère; dans l'Av. le dernier oiseau est
dit cLos-cu. Le Bedel , nom pr. encore très-commun, était
chez les N. un des officiers inférieurs du manoir : « Be-
— Ii>2 —
delli were the under baillifs of the manors; » (Sir H. Ellis.
Intr. to Doms'day, i, 340.) en v. f. Bedel: « Prevoz è
bedels. •> {li. de Rou.) A Val. le bedeau est dit cacbe-
cHiEiN; en v. \i. Chaccchiens, « the same as berners. « (llal-
liwell. )
BÉDOUIN , terme de mépris ancien, ravivé par la con-
quête de l'Algérie : <- Sale coume un bédouin. « Ce nom
s'applique dans la garde nationale aux bommes non ha-
billés en uniforme. Il se disait autrefois des Arabes et
même des Juifs. On lit dans un livre de dépenses de la
Vie. de l'Eau, de Rouen : « Pro vadiis beduini morlui
baptizati. »
BEISSANT, obéissant, à'Obedire; on dit souvent:
« Veux-tu m'obei. » beissaist semble être l'a. Buxom, gai,
souple. On emploie en N. un mot clérical, tombé en dé-
suétude en fr.. Obédience : « Cha n'est pas de men obé-
dience , » c. à d. de mes attributions.
BÊLE, s. f. pron. anglo-n. du fr. Berle [sium nodifio-
rum), est un terme générique pour les plantes submergées
des ruisseaux.
BÊLUE, berlue, de l'it. Berlume, et Barhime, petite
lueur iparviim lumen), en v. f. Bellugo, étincelle, ébêluek,
éblouir, iskluette, étincelle, que le fr. a contr. en Bluelte;
Beluga sign, étincelle en roman; en berri. beblctek, éblouir;
ÉBÉsuiR, (Guern.) éblouir; éblérer, (H.-N.) regarder avec
une sotte curiosité, en a. Blere, dans Chaucer, éblouir;
(V. Diet, de Bailey.) égaluer, (Val.) éblouir : « Le solei
m'égalue. » galis, louche : « J'siis galus, » dit en B.-N.
le conscrit louche qui se présente à la révision; berluiseb,
éberli'iser, éblouir, en n. luiser (luceo) . luire, emberli-
ficoter, duper, litt. mettre dans la berlue; embreloqi'ieb .
égarer : » Embreloqui d'une mélancolie. » {Muse n.) ber-
LiMGDiER, vaciller aux yeux. (H.-N.) Le fr. Hurluberlu,
hébété d'étonnement , ébloui ; ce mot ressemble de forme
au n. BERLUBERLC , par troc, {Gl. n.) sans doute merlu
(merluche) contre merlu; terlc, {Gl. n.) Hallucination.
BEN, bien, de benè : « Tuit clerc ne sevent pas ben
chanter ne ben lir. » (Vie de S. Th. Becket.) abiéaer, amé-
liorer, mettre à bien; Abienneur, selon Roquefort, dési-
gnait celui qui met à bien un héritage; bencité, le béné-
dicité . en V. a. Bénédicte et Bencite. (V. Cani. taies , v.
i3399.) On dit comme preuve d'ignorance : « I n'sait pas
— 193 —
sen bencilé. » beaame?(, certainement, de Bene et Amen.
BÉMB, (Gt. n.) sécher un peu le linge, l'abienner; Bien
devient bi ; bile«t , très-lent. En éc. Bean et Bein, bien, à
son aise : This man is bean, » cet homme est bien, d'ail-
leurs loc. n. ; Ben, dans le sens de Well, en v. a. Bene.
BÉ.^iÉDiT, à Genets, le chardon roulant, ailleurs Chardon
6cm7 ou de Saint-Benoît, comme la Benoite, en a. Herb
Bennett ; bénit, coquillage en forme de bénitier, la patelle;
BÉi>ETi£B, bénitier, dul. Benedicterium, comme en v. f. : <- Un
béneetier de cuivre. » (Delisle, Et., 727.) bÉiMN. bénit et
béni : « Bénin seit la main qui m'élrenne, » dit le marchand,
en recevant le premier argent de sa vente et en faisant
avec lui le signe de la croix; l'a. Handsel, étrenne de
vente, sign, la main pour la vente. be>hecbé, bienheureux :
« Benheurez sont ceulx qui tes sermons creurent, » (Chant
du Roussigneul, ms d'Av.) du v. f. Heur, Hora, bonheur :
« Notre heur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé. »
Ce mot n'a pas survécu au 1 7^ s. Comme Benè est une
forme de Bonus, le n. bodon, boden, bon;,estde cette famille.
BERBIS, brebis, du l. Vervex; du reste on trouve
Berbix dans Pétrone; de même en v. f. : « Etrangle mou-
tons e berbis. » (R. de Rou.) On dit prov. : « Qui s'fait
berbis, le loup le mange; » « A berbis tondue Dieu garde
le vent;» « Berbis qui bêle perd goulée; » « A berbis
comptée le loup y prend. » bergieb, berger: « Prêtres et bcr-
giers sont sorciers. » (Dicton du Bessin.) bebca, s. m. collect.
qui désigne à Val. l'espèce ovine, etqui explique le fr, Ber
cail; ces mots sont des formes de Berbicarius ; bebqde,
(Gl. n.) vieille brebis; berqdieb, berger : « Vachiers et
berquiers. « {Fnv. de la Templerie de Bretteville-le-Rabel.)
BEBQCEBIE , bergerie : « Capitulum Constantiense habet
berqueriam (à Aurigny) ; » (Toust, de Billy, ms.) ber-
GÉE, (Av.) maison ou étable isolée; beseu se dit des mou-
vemens désordonnés des brebis et des vaches en rut.
GEBQUE, jeune brebis à Av., et une vieille à Bay., d'où
vjeille gerqde, injure à une femme âgée. Le v. f. Berque-
rie s'est dit aussi Becquerie : « Les ainsnez des becqueries,
beuveries et porqueries sont frans es feire de Montore. »
BEBBIETTE, BBEBIETTE , petite brcbis , figure dans les chan-
sons n. BBEBioN , BERBioN , iuscctc qui vit sur les brebis ;
on appelle tle-brebis, dans le Calv., la grassette. (Mém.
de la Soc. d'agr. de Caen.) L'a. pour brebis est Ewe,
du 1. avis.
BÈRE, boire, en v. f. Bevere, du 1. Bibere : « Noel fait
T. IF. 25*
— -)9/< —
bevere son voisin. » ( Fr. Michel, C/ians. bac/tique du 1 3^ s. )
p.ÈRE, le cidre, le boire par excellence en N. V. ùVlntr. p. 32
les divers adj. par lesquels le N. célèbre sa boisson ; on
a dit Boire : « Valleur des quattriesmes des boires vendus
à détail au diocèse d'Av. » ( Reg. de la Cour des comptes
en ^374.) On conjugue Bere, je bets, tu bets, il bet,
comme dans un vieux dicton des Miracles de Sie Gene-
viève : ■
A la guise de Normandie
Je bet a vous de chipe en chope.
Et au prêt, je beus : c Quar tant en beut. » (Tombel de
Chartrose.) De là debet, le goût que laisse le cidre , le fr.
Déboire; berdalle, ivrognesse, litt. dalle à bère; bereau,
la gouttière d'une bouteille, canal d'un pressoir, en v. n.
espèce de cruche.
Les pipes, les bereaux pleins de liqueur vermeille,
dans 01. Bassehn, mot qui en se contr. a donné au fr. Broc ,
en n. bro; berelle, querelle après boire ; béchon, boisson;
BoissoiNPiiER, BECceo.'SNER , euivrcr; beuchonnier , ivrogne ;
berzingue, bezingtje, s. f. et besin, s. m. ivresse ; berzole,
femme étourdie , comme une personne ivre, d'où berzer,
courir comme un insensé , d'où bezer en Bray, et en Av,
VESER, se dit des vaches qui courent follement piquées pa.
les mouches; de là bescocer, dans l'Orne, se troubler
comme dans ce vers de Froissart (Poésies, 338j : « Haro !
que fai? je me bescoce. » De Bibere vient Biberagium,
breuvage, d'où le n. Brevée, quantité de liquide pour
bestiauTt; beuverie, partie de boisson, comme dans Le
Houx' :
Dire toujours une chanson
De vau-de-vire et beuverie.
Le Houx, plus correct et plus moderne, écrivait le Boire;
mais Basselin, plus ancien et plus pop., disait le B&re,
témoin ces vers, mal orthographiés :
Dû temps de son feu grand père
Sans cesser de boire.
(p. 171 ei passim, edit. Travers.) debeter, dégoutter;
DEBtT, dégel; betteron, s. m. dans les salines de l'Av. ,
l'eau salée qui dégoutte; betteron, s. m. toute chose
salée ; rettronner , saler comme du bettron ; « Soupe bet-
tronnaie. » rabiot (Bay.) , reste d'un hquide , et par suite,
reste en général; Nodier définit rabiot ce qui reste dans le
bidon après la distribution à l'équipage , d'où il lire
Rabioter (rebibere"); abioter, cité par L. du Bois, sign.
— =195 —
cle\cr un enfant au petit put , ce qui suppuse ahiot, bibe-
ron; REBEiiE, dessécher: « Quemin rebu par le solei. »
Porter à la relne-boite , c. ù cl. sur quatre bras entrelacés,
comme aux Rois on porte la Reine , à qui l'on dit : La reine
boit. » BETTE, p. f. fMortain) petit cidre qu'on appelle gén.
uEisso.N , c'est une contr. de Buvette , et il est dans Rabe-
lais avec un sens différent : « Je ne peux entrer en bette, »
c. à d. en ribotle. Il y a beaucoup de dictons sur le Bère,
et nous en avons cité ù Vlnir., p. 32^ ; nous pouvons ajou-
ter : « Bère sus lait rend le cœur net. » « Flieur n'est pas
poume, poume n'est pas bère. • « Du bère à qui que le
coucou n' fera pas pliaisir,» c. à d. qui se gâtera vers son
retour, nu, ivre, comme en v. f ., comme Po/?« en latin
et Drunk en a. ; bedi-iîeda , abondamment , en parlant de
pommes, litt. Bets-d'ici, bets-de là : «Y en aàbedi-beda. »
RoiDROT, BoiDROTE, saunicr, saunière ( Av.J V. la chanson
des Boidrots, Intr., p. 269 ; blie, cruche , en v. f. Buiré,
d'où Burette, forbetcre , s. f. maladie d'un cheval forbu ,
c. à d. « quia beu fors letemps qu'il devait boire. » (H.Es-
tienne , Préœllence du langage fr. ) Le n. confirme cette
etymologic par forbeisson . forboissox. mal qu'on attribue
à l'épanchement d'un liquide dans le membre malade; on
lève ce membre quand on boit. '
BES, BÉ, préfixe de certains mots, le I. Bis, comme
dans le fr. Besace (bis saccus), Besaiguë f Ws «cw^ws j ,
Besicles (bis oculi), en n, beb mêles ; Beset, deux a$;
Besson, jumeau, et dans le n. beaom, sobriquet ou double
nom; bestourker, retourner, bis tornare (Gl. n.) Besson.
oublié en fr., conservé dans les pat. du centre de la
France, a été perdu en N., où il ne reste que dans les n. pr.
Il s'y disait aussi autrefois, et Vauq. delaFresnaye trad, le
gemellos de Virgile : « A chevrotté deux bessons dans le
bois. » Le rescoci du v. n., escamoté, qui est dans la
Chron. des ducs de N. (t. ni, 5J6), semble sign, deux fois
secoué, en n. escois; du moins l'escamoteur choque deux
jois son gobelet en disant : Une, deux. Toutefois, comme
dans le fr. Bévue, pour Mévue ou mauvaise vue, l'élé-
ment be représente 3Ie; or Benom peut sign, mauvais notn,
et nous avons trouvé BESToiiR^ER avec le sens de mal
tourner. Quant à Si, Bis, sa dérivation du 1. est certaine:
Bigame, Bigarré, Bigle, Bi^on { bis jocutuïn , eOmme
joujou) . etc. en fr. ; en n. ë'ïgorne (bicornis) , double'en-
clume. V. MÉ. Quant à'BENdNi, l'enfant préféré , 'c'esl' 'le
Benjamin, en a, Ben. Le préfixe Been a. est très-souvent
— 196 —
intérioralif , comme le 1. In : Bedew {Dew , rosée) , ar-
roser, comme Irrorare; Bedim {Dim, obscur), obscurcir,
comme Inobscurari ; Befall {Fall, tomber), survenir,
comme Incidere, etc.
BET (M.) , BiAU, beau, du 1. Bellus; on dit mécham-
ment d'un coquin paré : « Biau coume un pis (puits) neu ;
i n'y manque quela corde. » biacté, beauté, en a. Beauty :
« Che n'est pas d'o la biauté que no va au moulin, » dit-on
d'une personne belle et pauvre. « A tout oisiau sen nid
semble biau. abosir ( s' ) , mot attribué par Romme aux
marins n. pour indiquer faire une cm6c//ie(V. sonDict.de
marine ) . Willaume écrit abeausib; mais il faut dire abiau-
siR. que nous avons entendu entre Gr. et Jersey, biacté,
s. f. degré de parenté marqué par le préfixe Beau, comme
Beau-père, etc. ; on dit en ce sens : « Les biautés ne s'ac-
cordent jamais, » c. à d. les parentés d'alliance, biaccocp,
beaucoup , de Bella copia, qui a remplacé Mult , et qui se
montre vers le ^ 5^ s. : • Je le crains biau coup , somme
toute. » (Farce des Pattes-ouaintes.) Joinville disait autre-
ment : « Le roi ot par la pez faisant grant coup de la terre
le comte. » (Hist, de S. Louis, 35.J bellement, largement :
« Faire les choses bellement. » biau entre dans plusieurs
nomsloc. : biauveir, Beauvoir (Belveir), biacssaclt (Bellus
saltus), Beaussaut , biaufai, Beaufai (Bella fagus) ; il y a
aussi beaucoup de lieux dits biacbepaibe , Beaurepaire.
L'ancien Tout beau, dans le sens de « arrêtez-vous , » qui
fait un effet assez étrange (ians le « Tout beau, Pauline, » de
Corneille, se dit en N. aux chiens : « Tout beau, cadet I »
Le V. a. employait beaucoup ce mot , comme Belamour,
Belami : c'est surtout Spenser dans ses imitations du fr. ;
il emploie Beauperes, c. à d. beau compagnon (pair),
(p. ^52) Belchos, feminale pudendum. Ibid. L'a. a gardé
Beauté; Beau, un petit-raaitre , un dandy; Belle, petite-
maîtresse ; les A. appellent Belles pucelles de France, ou
Fair maids of France, les fleurs de la Renoncule à feuilles
d'aconit, beadbelle, hypocrisie, litt. où l'on fait le beau
ou la belle; beauperdu (œil), œil perdu qui veut paraître
clairvoyant, belle (la), la dernière et décisive partie du
jeu. Enargot,jBeWe, occasion favorable, belle des prés (Av.),
la Reine des prés , ou Spirée ulmaire.
BÊTARD , grosse bête , c. à d. homme stupide ; cette
finale péjor. se modifie en bêta , qui est fr. fam. : « Jean
Nicolas, çu grand bêtas. » (Fr. Berat, Le Marié.) bêtasse,
s. f. femme bête ; béton, petit niais et porc. Plaute emploie
— 197 —
Bestia dans un sens d'injure; Auguste, parmi les mots qui
lui étaient particuliers (Suét.. Octav., 87) , se servait de
Betizare dans le sens du fr. Avachir : « Ponit Betizare pro
languere, quod vulgo lachanizare dicitur. » (Ibid.) bestial,
le bétail, comme en v. f. ; ainsi, dans les Conteste, Bon. Des-
perriers (p. 95) , et dans un acte de Fiers de H 630 : « Ferlillc
en bled, bestial et aultres choses; » et en a. d'alors :
« Feiding of bestial!. » ^Gordon's Hist, of the house of Su-
therland, 3) Ce mot est aussi dans Montluc, et semble dater
du ^6e s. : le fr. n'a que le pi. bêtisier, dire ou faire des bê-
tises, ressemble au Betizare précité; bêtifier, devenir sot.
faire des sottises, mot de physionomie pic. Du reste, la
forme infin. en fler est assez commune : « Elle vil l'enfant
tout sanguifîc qui se débattait dans les bras de la Zabelle. ■>
(G. Sand, le Champi.) Balzac en a abusé : « Mollifié mes
nerfs... une mélodie qui dulcifie mes pores. » (Le Lys dans
la Vallée. ) en a. par ex.. Beautify, embellir. Exemplify,
illustrer par un exemple, bebéte, s. f. terme enfantin, et à
Av. BiBiTE, bestiole; BiBET(Val. ), moucheron, et à Av.
r.ciBET : « Ch'est bouon singne, quand on veit danchier les
bibets; » c'est Ta. Wyhit :
L'araigne qui tous les ans
Fesoil son nid au dedans
Avec mouches et bibets
Qu'elle prenoit dans ses rets.
{Chanson n., édit. du Bois, 240.) bijiette, petite élevure
sur la peau, vient de Buho, comme le prouve cet ex. :
« Mains belles et nettes de cirons ou de bubettes. » (R. de
la Rose, v. 4 3995. j bête a saie, à Jersey . le porc, qu'on
appelle dans la M. veto de saie, embêter, ennuyer, tra-
casser; DÉBÉTIR, dégourdir un niais; débèti (aveirdu).
de l'aisance dans les manières. En a. Beast, bête; Beetle,
escarbot, litt. Bestiole; iiéte au Bocor< Dieu, bête a la
Vierge, le criocère. Par un procédé qui semble dédoubler
la personne, ce que lefr. rend par la Bête de Thomas, par
exemple, le n. le rend par la Bête à Thomas, pour sign,
l'imbécille Thomas.
BIDETTE , jument allant I'allure; aussi dit-on dans le
Colentin bipette d'allure; bidaillgn, méchant petit bidet;
BiDOCHE, s. f. mauvais bidet. En argot. Bidet si^n. tout
moyen de correspondance, par allusion au cheval des
courriers, bidoche est un personnage déguisé, comme à
cheval sur une petite échelle recouverte de grands vête-
— -198 —
mens, el quise présenle à la noce en gesticulant : cet usage
règne dans le St-Jamais ou canton de Sl-James.
BIGARIiEÏ , BIGARREAU , bigaireau ; le fr. Bigarré , qui
a formé Bizarre , en v. f. Bigearre, dérive du 1. Virgatm,
d'où le fr. Vergé (papier). De là Bigarade, etc. Nous ne
croyons pas Bigearre ancien, et il n'existe pas en a.; nous
le soupçonnons de venir de la Renaissance; il est dans la
|re p. de Xlntr. à la vie dévote. On lit dans les Olim du
châteaii de Tourlàville', par M. de Ponlaumont. pour la
fin du ITe é. : « Il sei^a 'big'earre en ses façons de faire. »
(p. 5^.) V. vERGïE. La cerisp, dite' bigaidelle , à Av., est
sans doute pour Bigarraudetle, d'après le fr. Bigarreautier,
le cerisier aux bigarreaux; beige, noir-blatic ou jaune pâle :
« Une vache beige. -> La loc. « Coiffé à la bigarnoise , »
(Gl. n.)c. àd. d'une manière effrontée, se rapporte à cette
famille, si plutôt elle ne représente « A la Béarnaise,» ou à
la manière du Bigorre. bilbarré, bigarre: «Il est bilbar-
rez. » (Mnsen.) birette, petite verge (Gl. n.)dn 1. Veretnim.
BILIOUS, bilieux et acariâtre : « Un houme qui ne s'fait
pai d'bile, » c. à d. qui ne se gêne ni le corps ni l'esprit.
En a. Bilious , bilieux.
BILLE, argent, petite monnaie, de même en argot
bille , d'où le fr. Billon : « NicoUe Junon me promet de la
bille; » (Inv. gén. àQ\Si Muse n., 3^.) en v. f. Sillonner,
battre monnaie de cuivre; Billon et bille ont leur cong. en
esp. Vellon, monnaie; tous ces mots dérivent du 1. Binio,
denier. Cf. le fr. Billonner. En v. f. Bille sign, multitude,
en mauvaise part, comme séquelle. V. les cit. de. Fr.
Michel, Diet. d'Argot, A9 , auxquelles nous ajoutons ces
vers de R.. de Collerye , p. 274 :
Bazochiers ne prise une groseille,
Certain je suis que leur bourse est rnallade;
De ces reboux et leur bille pareille .
L'on m'a compté la chose nompareille.
BISEÏ , pain bis , de l'it. Bigio , d'où le fr. Biset , Bi-
selte, Biser, Bistre, bisetïe, s. f. pain bis : « Le zarti-
sans, les bleffreux de bizette. » (3fuse n.) risette, la ma-
creuse; risette, s. f. pigeon ramier; biset (Orne), pierre
grise ou gangue de diamant d'Alençon : « Devant lui od
une perre byse. » (Chans, de Roland.) Cette pierre grise
dans la M. est le grison, ou grès ; biseul, (Gl. n.) gros cail-
loux de silex brut ; biset, dans la garde nationale, le soldat
sans uniforme. Le fr. Bison peut réclamer ce rad., malgré
l'ail. Wisunt.
— 190 —
BLIANC. BiAAC, blanc, en il. Bianco, iV Albicans;
iiiv>cHr. fern, est dans un vieux cliant de l'Av. qui semble
se rapporter à des jugemens d'animaux , et dont le re-
frain est :
La bique bianche, la poure bique biauche,
La bique à Jacques Andreu.
V. Introd., 340. blianc, s. m. maladie des arbres, moi-
sissure. Bi.AKcniERiE , blanchisserie; nous avons déjà cité
le n. pr. n. iîlandamour, qui est dans Cant, taies, (v. ^3828.)
et qui semble sign, pâle d'amour, mais une variante donne
Pleindamour; siix-BLu^cs , (M.) deux sous et demi, sou-
venir des Blancs à la couronne : « Un cscot honneste à six
blancs par teste. » (J. Le Houx, Chans, inédite.) On le dit
aussi en Poitou, d'après la chanson de noces : « Un gâteau
de six blancs, madame la mariée; « BLA.^cATlD (Rouen), s.
m. espèce de toile légère en fd; bla^cfiet, s. m. camisole
légère, primit. blanche; en a. Blanch, blanchir. Blank,
blême, Blanket, couverlure, et peut-être 7?/mc/if , reculer
(d'effroi?) ; en argot Blanchi, nègre. Blanchisseur, avocat,
Blanquette, argent. V. le Diet, de M. Michel, où il dit :
« Qu'il est fort difficile de se rendre compte de la sign, et
de l'ét. d'un mot dans la citation suivante, lequel veut
dire sans doute but à tirer , un blanc :
Brouez-moi sur ces gours passans,
Advisez moi (visez) bien tout le blanc. (Villon.)
BLIESSIER, blesser, du 1. Lœsus, do Lœdere, duquel
vient le fr. Laid ; en v. f. Laidir, blesser ; bliesseure, bles-
sure. On dit : « Laid coume péchié mortet.» et « Si laid qu'i
faudrait un patron au bouon Dieu pouer en faire un de
même. »
BLIET, s. m. image, (Av.) On dit donner un buet,
pour donnej- une image à l'école; c'est peut-être ce qu'on
a appelé : « Billet de satisfaction. » On dérive Billet , de
Biblidion, petit livre, blet, s. m. à St-Lo signifie mer-
veille, rareté, BLiÉTER, v. n. , être immobile comme un
bliet ; on dit de même : « Sage comme une image. »
BLIÊTE, motte de terre, glèbe, du b.-l. Blesta, motte
à brûler; èi!lièter, émotter; ébliétocr, outil pour émolter;
BUÊTRTJ, rustre : « Et su blestru de Guillot men compère. »
(Muse n.)
BLIOUQUE , s. f. Boucle , du 1. Bucula. Cette forme
se retrouve dans la plupart des patois, et existait en v. f. :
« Portoit en escharpe la grande escharpe la grande espéc
— 200 —
du pareiwnt du roy, dont le pommeau , la croix, la croix,
la blouque. » (Monstrelet. Chron. 22.) D'où blouqdier,
boucler , en pic. Ablouker, d'où encore déiîlocquier , dé-
boucler, dénouer; en a. Buckle, boucle. De ce mot vient
le fr. Bouclier , en a. Buckler.
BOBINETTE, s. f. dim. du fr. Bobine, que l'on dérive
de Bombyx : « Tirez la bobinelte et la chevilletle cberra. »
( Perrault, Chaperon roî^^ye. ) bobeliner et embobeliner, litt.
revêtir la bobine , puis envelopper la tête : en v. f. Bobelin,
espèce de chaussure. De là le fr. Bobèche, objet rond comme
une bobine.
BOCHE, s. f. Bosse, en b.-l. Bussa, dérivé de <pucraw,
enfler, d'où Pusa et Pustula. On dit : « Puer la boche,
sentir la boche, »> et Bossa était un bubon pestilentiel qui
venait aux aisselles : « Une bosse ou apostume le prist au
bras. « (du Cange.) L'Hellébore Fétide s'appelle heriœ a
LA BOCHE et co^i TREBUCHE, saus doutc parccqu'ellc résout ces
bubon.«. Bocau, adj. bossu; bocuier, v. a. bosseler; bosser,
V. n., sign, présenter un relief, un certain volume : « Ça
bosse gros ou ça ne bosse guère, bosco, s. m. bossu, dans
un sens injurieux. Vauban dit Bossiller dans son Mém. sur
Cherbourg : « Le pays est assez uni , mais il bossille jus-
qu'à former des hauteurs considérables. » En a. Bunch,
bosse. CARABOT, s. m. betit bossu, d'où la Fée Carabosse.
Les Carabots, métathèse dérisoire de Caporaux, étaient
des sous-ofliciers de garde nationale à Caen , qui se for-
mèrent en club et en milice un peu jacobine, et , comme
les sans-culottes, adoptèrent un nom injurieux. Leur bat-
terie s'appelait la Carabotte. V. Souvenirs du Fédéralisme
en \ 793 , p. i 0.
BOUDINE, s. f. intestin, en fr. Boudin, d'où ésoudiker,
v. a. dépouiller de ses intestins, boddike , s. f. gros intes-
tin, et BOOsiNE, vessie, dérivé de Botulus, en b.-l. Bodinus,
probablement de Bos, bœuf, en a. Pudding, raboudlner,
v. a. recoquiller, comme sont les intestins; boudinaille,
tripaille. On dit bgudi.naie, suite, enfilée de boudins; boude,
vessie.
BOELES , s. f. boyaux , d'où éboéler , faire sortir les
boyaux du ventre :
Quer desoz le ventre le fiert,
Si forment que tot l'esboele.
(Bestiaire divin, v. J326.)
En angl. Bowel, en armor. Bouyel , ital. Budello, dim.
J
— 201 —
(Je Botulm.y. beille. V. Intr., 227. l'emploi de Boudin
dans les contes n. boyard, (T.-N.) s. m. civière pour por-
ter la morue verte , prim, pour les boyaux de poisson.
BOÈiME , s. m. : « Il a l'air d'un boème , » d'un bohé-
mien : « L'air sale et noir d'un sorcier. » (Gl. n.) L'anglais
ne semble pas avoir adopté cette forme fr., mais celle qui
dérive de la croyance à l'origine égyptienne des Bohémiens,
Gypsy, comme en esp. Gitano.
BOEU, bœuf, de Bo*, liovis , en gr. Bouc, mot on.;
BOECTo>>EB, castrer les vaches; boeuvonnage, castration des
vaches; vache bcedfome, vache castrée; boustolier. mar-
chand de bestiaux ; boustoleb, vendre des bestiaux de foire
enfoire; BEiFTLNS, litt. petits bœufs, mot qui désigne des ro-
chers entre Jersey etlaFr.; on les appelle encore le Saut du
Bœuf. (Tabl. hist, de Jersey, par Ahier, 96.) bitfeterie,
buffleterie. Il y a en N. beaucoup de heux dits la Beuve-
rie. En a. Beef, bœuf. Le fr. Pied-bot vient de Bos , d'où
riÉroT ou^j?>rf de lion, la renoncule rampante.
BOUGIER, bouger, de l'it. Volgere, en 1. Volvere ;
couGEA-\T (bien), (Av.) remuant, vivant : « Un éfant biin
bougeant. » bougette , s. f. enfant qui bouge toujours.
BoiGiEXETTE , fiUc évciUée et joyeuse , usité dans la loc. :
« Courir la bouguenette , » comme dans la Muse n. : a I
l'ont bien couru la bouguenette. »
BOUGRE, s. m. bougresse, s. f. avec la sign, générale
de coquin, scélérat, paillard (de Bulgare) ; bolorerie, s. f.
coquinerie. bolgber, appeler bougre et maugréer; Bougour,
en V. a. Cinœdus, c. à d. dans son sens prim, sabocler,
jurer, maugréer, comp. de sacheb et de bougrer.
BOUON , B0UEN est sorti du b.-l. Buonus : « Buona
pulcella, » sont les premiers mots du cant, de Stc Eulalie;
en V. f. Buens : « Buens homes ; » c'est la forme esp. et
it. Buen: « Buen viage, » bon voyage; en v. a. Boon,
bon : « A boon companion, » et le substantif Boon, béné-
fice ; aussi dit-on en n. : « Le revenant bouon, » le profit :
« Le revenant bon dudit Hostel-Dieu est distribué en au-
mosnes. ■» (Acte de Hocquigny, en -1677.) En a. Boongrace,
(Cotgrave) l'ornement de lit appelé Bonne-grace, et Boun,
que Halliwell traduit par Ready; Bien et biau se trouvent
dans la Vision de Piers Ploughman , p. ^ 28 ; en a. Bonny
sign, bon et gentil : « For bonny sweet Robin. » (Hamlet,
act. IV. o.) Boa existe aussi dans l'a. hybride Bonfire, feu
de joie, et dans Bun, bonbon, racoiiener (Orne), ravauder,
T. It. 26*
— 202 —
(GL n.) RACOLENEDSE, couturicre qui ravaude; bointif, bon,
généreux; bo.ntivement , bonnement; ainsi dans l'épilaphe
de J. Le If ennuyer, évêque de Lis., faite en -Jo7C : « En-
vers Dieu et chascun bontif et aimable. » De boiio_\, a-bobon,
de bon , sérieusement : « Jouer de bon , c. à d. avec un
enjeu sérieux; à son ex. a été formé l'a. Agood, tout de
bon; BouEXNEs-GE.NS , paysans; boue.\-homme , le peuple de
campagne, le paysan, Jacques Bonhomme, d'où sa révolte
est dite Jacquerie ; le nom de Bonnes-gens est encore dans
redit de François 1er, du ^4 septembre 1323, et passim
dans tout le moyen-âge : « Fut le dimanche demander à
l'église par le curé et savoir aux bonnes gens. -> (Lettre de
^383.) La prose commençait ainsi : « Bonnes gens, vous
debvez sçavoir que vous estes tous et toutes tenus aujour-
d'hui de recevoir le St Sacrement. » On disait au sing. :
« En la présence de grant foison de bonne gent. » (Acte
de ^ 336.) On chantait celte chanson au moyen-âge dans
les campagnes, et un fermier a. était alors appelé : « The
Gude man » (Thierry, Conq., m, 7.) :
Jacques Bonshommes,
Cessez, cessez, gens d'armes et piétons,
De piller et manger le bonhomme
Qui de longtemps Jacques Bonhomme
Se nomme.
BIEN, (Av.) usité en ce sens : « Ce gardin a grand besoin
de bien, » c. à d. d'amélioration; bon, avantage : « Tirer
son bon; en a. Boon. « bonre, servante, ou bonne d'en-
fans; bon.net, coiffe de bonne; bonnette, s. f. petit bonnet,
en fr. maritime Bonnettes, en a. Bunt. De la formule «
Bon pour, » est venu le fr. Bon , billet , reconnaissance,
d'oîi Abonner.
BOUECHE, s. f. bouche, BocECHiiE, s. f. bouchée , de
bucca. BABBooQUET, S. m. (H.-N.) bouton qui vient aux
lèvres. BABBOUQUET, soufflct sur la bouche : « D'un bar-
bouquet, cinq sols.» (Tarif de ^406.) boquet, s. m.
(mettre le) passer la corde du licol dans la bouche du
cheval, ce qui s'exprime en H.-N. par babbouquier, litt.
barrer la bouche ; bôchier (Val.) , boucher, litt. fermer la
bouche ; boccabt (Gr.), baril à morue, forme de Bocal, en
b.-l. Baucalis , vase à large bouche; embodqueter , mettre
en un boucaut: débouchier, déboucher; débouchié, s. m.
intelligence : « Aveir du débouchié. » bouqce, bouche, d'où
en Bray bodquier , pour les abeilles qui se groupent à la
bouche de la ruche ; rebouquier , reculer la bouche par sa-
— 203 —
liété, ôlrc rassasié : « I r'bouque su la chai. »> A cette forme
dure appartient le fr. Bouque , Bouquer.
BOUG , joug , de Jugum ( Zuyoa) ; bougiier , atteler au
joug; on dit aussi un jouqtje, l'a. Yoke. Lel. Jugum, sign,
hauteur, donne tous les monts jou, comme le Mont-Jou ,
nom prim, du M. S. M, Jobourg, Montjoieetc. A Jersey,
Boor.UE sign, ruche.
BOUILLI , bouillir, de Bullire, d'où le fr. Bouillie , le
mets national des N. , surnommés les bouilleux , comme
les Danois , dit M. Fabricius , sont nommés groedoedende
par les Allemands. ( Rech. sur les traces des hommes du
Nord.) A ce nom il faut ajouter le dicton :
Chapon de Normandie
Une crôte dans la bouillie.
Cependant cette nourriture est peu fortifiante , comme le
reconnaissent les N. eux-mêmes : « Ventre de bouillie dure
un*^ heure et demie. » bouillage , toute espèce de bouillie ;
BociLLON BLANC, lamolèuc; liOciLLOx KoiR, la molènc noire;
BOUILLON, marécage, d'où la loc. Rouge-bouillon, à Jersey;
BODiLLERiE , usioc à faire de l'eau-de-vie avec le cidre ou le
poiré : « Pressoirs, charretteries , bouilleries. » (Mme Bo-
vary, I, ^0^.) BOUILLEUR, fabricant de cette eau-de-vie;
BOUILLANT (S. Martin le), le S. Martin d'été , suffixe de St-
Martin , arr. de Mortain ; ainsi en v. f. , dans la Fable du
chev. à la robe vermeille :
Avinl enlor la S. Martin
Le boillant que gibiers aproche.
Les BoiDBOTS ou sauniers de l'Av. , qui font le sel par
l'évaporation , ont peut-être un nom contr. de Bouillerol :
V. deux art. de M. Canel , l'un sur les : « N. boulieux,
N. bigots, •) et l'autre sur les sobriquets Drachiers, Bigots
et Boulieux.
BOUIS , buis , du 1. Buxus , une forme de Boscus. V.
l'art. Bosc, que complètent les mots suiv. : busot, s. m., brin
de paille et poil follet; busotier, faire des riens, litt. re-
muer des boisettes : à boise se rapporte la rue des Trois-
Boises, à Dieppe , et un petit livre en pat., imp. à Rouen
en ^ 622 : « Chant real fait par deux bons garchons Drap-
pier, estant assichez à leurs aise sur la boise de nos curties. »
De là coiSER , battre à coups de bâton ; boiton , gros sabot
[Gl. n. ) ; i;oQUET, etie, bocager, sauvage : «■ Pomme ho-
quette; » {Gl. n.) bochillon, ibid., pommier sauvage;
BUQUiLLiER , ramasscr des bûchettes ; bouquet, osselet , as-
— 20/i —
Iragale pour jouer, sans doute prim, un morceau de bois.
A BouL, Bou , bouleau , il faut ajouter la commune de
Champ-du-Bout , prim. Champ-du-Boul ou du Bouleau ;
ainsi , en v. n. : « Cinq bools au trésorier d'Av... de boul ,
d'ozieres et d'orties. » (Cartul. n.) boulard (Val.), bouleau ;
BouLAissE, verge de bouleau ( Gl. n. ); de là bule, bugle,
le peuplier noir. Il faut encore ajouter la famille de bisson,
buisson, de Buxus, d'où Ecole bissonnièee, et à Av. école
BissoN, d'où la loc. : « Faire bisson... faire bisson de caté-
quisse. » De même en v. f. : « As boiz e as bissons tapir. »
(R. de Rou) BissoNNER, faire l'école buissonnière. En v. n.
Buisson sign, petit bois : « J'ay à ma dicte baronnye plu-
sieurs foretz , bois et buissons ; » (Aveu du comte de Fiers
de \ 605 ) et plus loin : « La forest et franc bisson de Ha-
louze, le fai (futaie) de Fiers.» A boisson, bouchon de
paille ou de broussaille, issu de buisson, on peut con-
firmer son et. par ce vers du R. de Rou, -13574 :
A un boisson k'il tressailli.
On dit ironiquement : « Doux coume un boisson de ron-
ches passaies d'hivé, » c. à d. sans feuilles. BoucHo?^^ER,
faire grossièrement une besogne ; bôchon , s. m. un mal-
propre , sale comme un bouchon.
BOULER, pousser comme une boule , du 1. Bulla, en
it. Balla, en esp. Bolla, malgré l'isl. Bolli, en a. Rowl,
vase rond, comme le n. unesoLLE, soupière; rabouler,
renvoyer la boule au jeu de quilles ; rabocleub, qui renvoie
la boule , en a. Bowler, joueur de boule ; débouler , dé-
guerpir ; abouler, par ex. : « Abouler de l'argent, » verser,
d'où ablot pourAboulot, à-compte, comme « les quatre
sous d'ablot aux ecus de six livres ; » en argot Abouler,
venir; rebouilleux, à Caen, sign, rejeton; reboulet, son
rehulleté, et rabulet , farine repassée , comme en rom. et
en pic. ; boulot , homme petit et trapu , ce que le fr. ex-
prime par Bouleux ; boule , tête ; « Perdre la boule , aveir
une bouonne boule , » en a. Poil, tête , Pollard, arbre
décapité, en n. têtard, bulleter, forme du fr. Balloter,
remuer la farine dans un bulletet ou étamine, donne au fr.
Bluter, Blutoir : « Misterium bultelli , » (Cart, de Fecamp),
et en a.Bolter, blutoir, bole, fraude, citécommen.et pic. par
M. Hippeau sur le v. 2J99 du Bestiaire div.: «Dire par son
barat et par sa bole, » est sans doute une forme de Dol;
mais je le crois aussi n. d'après la traduction que Cotgrave
— 205 —
fait de Bouler en Beguile. Le fr. Boulingrin est un mot a.
BoivHng-yreen , gazon pour jouer à la boule; Bouillet,
dans son Diet. , dit qu'à Rouen ce mot sign, une prome-
nade. La famille fr. de Boule est Bouler, Boulet, Boulette,
Bouleverser, Bouleux , Bouliche , Boulier, Boulon , Bou-
lin, etc. De ce dernier, qui sign. prim, pot de terre rond mis
en un mur comme retraite aux pigeons, le n. tire doulignie
{Gl. n.) , pièce de bois dans un boulin. Quant à Bille, qui
a quelque rapport de sign, avec Boule, il vient du 1.
Billus et engendre en n. bille , s. f. tronçon d'arbre, d'où
le fr. Billot, court tronçon ; du reste le fr. Bille sign, aussi
morceau d'acier carré ; billard, en Bray, boiteux, cagneux,
selon Decorde, et qui a les pieds en dedans, selon le Gl. n.,
litt. qui a la jambe comme un tronçon, billeite désignait
une planchette: «brandillant au bout d'une perche et d'une
branche , et ores se nomme billette branchère pour signal
aux marchants de payer leur coutume. (La Barre, Formul.
des Esleux, ch. 24); de là le fr. Billet, planchette, éti-
quette, ainsi Billette en héraldique; de là lefr. Bilboquet,
Utt. boule qui bloque; Billevesée, litt. balle soufflée, vesée.
Le V. f. avait aussi Boule, Baule, dans le sens de foire,
fête, son sens en argot actuel , sans doute parcequ'on s'y
boule. BouLAAGiER , boulaugcr, du 1. Polenlarius . en v. 1.
Bolendegarius ; boulangb, farine destinée à être boulangée;
couLA.\cE, préparation de la pâte; Boulangière , s. f. gros
insecte noir qui habite les foyers , blatte orientale , à Caen
GODROUFFE.
BOURBE, s. f. (Val.) gâteau de pommes ou poires,
métaph. du fr. Bourbe, dérivé de Bopêopo; , limon; bour-
BELOT, dim., gâteau fait d'une seule pomme ou poire en-
tière; BODRDi.\ à Rouen. Dans l'Av. bouriîiton désigne le
coquelicot. De là le fr. Bourbe, d'oij Boue, Bouse, Bour-
bier, Bourbillon. En Bray, boyers, m. pi. les boues des
rues; bousiller, frotter de Ijoue, travailler salement; bou-
siLLAGE, enduit de boue; bodrder, s'embourber, en par-
lant d'un cheval , d'une voiture , et par ext. s'arrêter
sans pouvoir avancer ; bourre , s. f. cane , qui vit dans la
bourbe; bouuot, caneton; bourette, petite cane; bodrette,
gâteau des assemblées en forme de cane ; il y a un village
de la Mare-ès-boures, près de Mirbel; bocrotter, marcher
comme les canards ; on les appelle au triple cri : a Bou-
rots , Bourots , Bourots ! » bouteuelle , s. f. Orchis ou
PENTECÔTE , plante des marécages , des bourbiers , vient de
ce mot ou plutôt du v. f. Botterel , crapaud , animal des
— 206 —
lieux humides :aussi à Cherb. l'orchis est dit Pain à la
cuilleuvre.
BOURGOIGNE , s. f. coiffe à large dentelle, large den-
telle originaire de Bourgogne. De là vient sans doute l'es-
pèce de casque appelé Bourguignote , en a. Burgenet ,
et dans Shakespeare Burganet. (King Henry F/,'act. v, 2.)
Dans le Bessln on appelle bourguignotte le sommet de la
coiffe des femmes recourbé en cimier. L'argot Bourgui-
gnon, soleil, vient, selon M. Fr. Michel, de l'exhibition
du Créateur dans les lanternes magiques , commençant
ainsi :
L'Père éternel
Conduisant la lune et l'soleil,
Avec sa p'til' barbe au menton.
Saut', Bourguignon.
Allusion au dicton sur les Bourguignons tués et salés dans
le» fossés de Nancy, terminé par ces deux derniers vers.
BOURRU, de la nature de la bourre : « Cheveux bour-
rus, » ce que le fr. appelle du même rad. ébouriffé, ce
qui explique le fr. Bourru. Bien que nous ayons rattaché
cette famille au Buricus d'Isid. de Seville, c. à d. au celt.,
et bien que Bura, en isl., sign. Vestis rustica, une orig.
1. est possible par Burrhus, roux, que d'ailleurs nous
avons indiquée p. J 02 , à l'art, boderique , auquel il faut
ajouter le fr. Bural , Buratine , Bourriche , Bourrée , litt.
amas de bourre , et le dicton : « Les Buraux de Bernai , »
où on fabriquait des bures, bdron, s. m. bure; en a. Bur,
la bardane, plante à duvet, à bourre, et Burl, éplucher
le drap , litt. Bourreler.
BOURSICOT , s. m. petite bourse ; cocrsicoter , faire
de petites économies , boursiller , du 1. Bursa , en gr.
Bupffa, cuir, en fr. Bourse, en a. Purse. Caen était re-
nommé au -15e s. pour ses bourses dites Tasques, en v. n.;
mais gén. Tasses, Tassetes, de l'ail. Tasch.V. le mot ta-
CHiER. fiEMRouRs , remboursement et somme remboursée ,
corresp. au fr. Débours : « Rentrer dans ses débours. »
c. à d. ce qu'on a déboursé ; rembours a dès-lors le sens
de représailles , comme dans ce passage : « Au rembours
de Naudin ! criait cette multitude indignée. » ( Floquet ,
Hist, du Pari., iv, 24i.) bourse-a-pasteur , la Capsella
bursa pastoris, de la forme de ses fruits. Le fr. Boursoufle
sign, soufflé en bourse.
BOUTIQUE sign, un engin de pêche en forme de bou-
— 207 —
teille : « Il était interdit d'avoir une boutique fermée et
attachée à une perche. » (M. de Beaurepaire. Vie. de l'Eau
de Rouen, p. ^56.) A bouteille se rapporte Botfe, s. f.
gros baril pour le cidre ou le vin : « Pour une botte , pipe
ou queue de vin. » (Ibid. Coutumes.) C'est le même mot
en it. : la Botta était de deux mille litres; la Botic fran-
çaise de 500 : « Une nef de 500 tonneaux qui font mille
bottes. » Le fr. Boutique, en v. f. Buticle, est le 1. Buti-
cula, bouteille, en a. Bottle, dim. de Butta (Buxtç), en
b.-l. Butica, vase, boutiqiier, arranger divers ustensiles,
litt. la boutique; botte, s. f. petit tonneau; on appelait
Bottatum vinum le vin qui gardait un goût de fût , et ce
terme était usité dans le midi de la Fr. et vers l'IiaUe où
un tonnellier s'appelle Bottaio ; busse (Argentan), demi-
pièce de hquide , peut aussi se rattacher à bcie , cruche.
(V. BÈiiE.) Le fr. a gardé Boutillier, en en a. Butler, l'in-
tendant du vin; mais le n. dit Le Bouteiller, n. pr. très-
répandu ; BouTiLLO.N , panier en forme de bouteille où l'on
met des œufs, avec lequel on secoue de son eau la salade ;
il y a à Val. le Jeu du boutillon : « J'te vends men bcu-
tillon — Qu'y met-on? » et l'on devine l'objet pensé.
BRACïIE, brasse, du 1. Brachium, bras, en v. f. Brach,
par ex. dans le surnom du frère de Rob. Guiscard , G.
Fier à brach , litt. qui fiert , ou frappe à tour de bras ,
lequel G. semble être un des premiers éléments du type
Fier-à-bras. On dit : « Prendre à brache-corps , c. à d.
de manière à entourer avec les bras, bracoier, prendre
dans les bras; en a. Brace, tout ce qui lie, embrasse, bre-
telle, en n. embrasse, agrafe de rideaux; embrachier, em-
brasser; en a. Embrace; embrachour, embrasseur; bra-
ceiiE, brassée : « Trois chesnes de brachie et de mains...
à fere une maison ou pour réfère, » (Coût, des forêts.
Lions.) BRASSER, faire, agir, se prend souvent en mauvaise
part. (M. Le Prévost.) braser, brasser: « Braser de la
bière ; du cidre bien brasé ; » brachier , brasser , autrefois
Brachiner : a Cervoise brachinée dans la ville ne paye rien
en sortant, » {Tarif de Bat/., ^5e s.) et Brachin sign, un
tour de brasserie ou une certaine quantité de bière : « A
G. Marette, bracheur, pour la façon de 29 brachins de
cervoise 9 d. chacun brachin. » (Compte de Bay . , ^5e s.)
Le fr. a la forme douce dans Bras, Brasser, Embrasser,
Brassières , pour lequel le n. a le sing, brassière , et la
forme dure dans Braquer; l'a. Bracket, console, sign,
peut-être litt. petit bras.
— 298 —
Le fr. Branche est une expression métaph. tirée de Bra-
c/dum^ en u. biianque, en b.-l. Branca, de là le lat. ma-
caronique : « Debranca in brancam dégringolât atque facit
pouf. » (V. les On.) « La branque à coupper au-dessus de
la roe.» (Coût, des forêts, Bur.) cranc.vge, branchage; à
Jersey le crancage est la visite des routes par les autorités
de la paroisse pour faire émonder; isra^quette, branchette,
en a. Brake, buisson, Braky, épineux, c'est le n. bran-
Quii, branchu; on dit aussi branqu; ébranqtjier, ébrancher;
BRANCAiLLE , mauvaiscs branches. Le fr. n'a guère que
Brancard à rattacher à la forme dure ou n., ainsi
que Branc-ursine , qui se dit autant que Branche-ursine ,
et Braconnier, du v. f. Bracon, branche, litt. voleur de
bois; le n. bronquier, broncher, Utt. heurter contre une
branche, ou plutôt de l'it. Bronco , en v. f. Bronc, tronc.
BRIQUERIE, briqueterie; briquier, briquetier, mieux
formes que les mots fr., du b.-l. Brica, tuile, d'où le fr.
Imbriqué et Imbricée (tuile). Quant à briquet, s. m. qui,
selon le Gl. n., se dit pour tête en H.-N.; nous le mettons
ici sur un simple rapport matériel. Le nom vraiment pop.
de la brique, en B.-N., est maton, litt. terre mate, argile.
Ce dernier mot d'Argilla devient en n. ardille, d'où quel-
ques loc. sont appelées les ardilliers, les ardillères;
L. du Bois cite pour Vimoufiers : « Chemin argalète , »
c. à d. raboteux; ce mot qui, comme toute la famille,
repose sur Arg, Ard, pénible , sign, sans doute argileux ,
et il en donne l'ét. lui-même en citant quelques pages plus
loin : ARGELATRE , argile.
BROSQUIN , brodequin , que nous avons tiré du Brog
celt.; (V. BROIL.) en a. Buskin, pourrait venir du v. f.
Bordequi, issu de l'esp. Borcegui, nom d'une chaussure
moresque.
BRULON , tison , bois à demi consumé , du fr. Brûler,
en V. f. Brusler, contr. de Perustulare ; le simple, Ustu-
lare, est même resté en N. dans le nom loc. de la Chapelle-
Urée, arr. d'Av., Capella uslata, dans les Rôles de l'Echi-
quier , et les paysans disent la Chapelle-Ulée ; un registre
des Synodes la nomme Capella usta ; la tradition tire ce
mot d'une chapelle du lieu, miraculeusement conservée
dans l'embrasement d'une forêt. (V. Avr. mon. et hist.,
I, 256.) BRÙLOMVER, cousumer à demi; brûlerie, incendie;
BRÛLEURE, brûlure; Brûlé se dit dans le sens metaphor.,
comme le fr. pop.: « Ça chauffe, « et devant un adj.:
— 209 —
« Brûlé-chier, » très-cher, « Brùlé-saô|, » très-saoul. budle-
GOULE, s. m. pipe courte, en argot Brûlot; brule-goulk ,
pistolet , arme à feu ; la République fr. avait une
frégate dite Brûle-gueule, bbolir , brûler les végétaux par
la chaleur ou le froid; brùlin , s. m. odeur de roussi;
BRÛLÉ, id.; BRûLOUR, brùlcur : vers ^830 la N. fut désolée
par les brûlours. Il y a à Val. le jeu de I'angclle-brùle ,
dans lequel on cache un objet et où l'idée de brûler dans
ses diverses nuances sign, approcher plus ou moins de cet
objet ; le très-grand rapprochement se marque par le cri
de « Grand feu , grand feu ; » aussi , en argot , Brûler,
c'est être découvert.
BUTTÉE, hauteur, spec, sur un chemin : la famille de
but, Bout, peut aussi, comme nous l'avons dit à l'art.
BOTJTER du celt. , être rattachée à une orig. autre que le
celt.; ainsi BuTiov, extrémité , de Bu6oç, fond, est dans
Curopalatès. A cet art. nous ajouterons butteron, petit
cap de rivière , comme le Butteron près Av., et butteron .
recoin de chemin, espace vide et inutile, syn. du v. n.
Froc, qui est sous la forme de Frondus dans une charte de
^ 276 : « Quas communiler in frondo ceperunt. » Botavant,
dans G. le Breton, P/iilippide, désigne une forteresse dé-
truite par Ph. -Auguste, et il interprète ce mot par « pulsus
in anteriora. » bcttée (pierre), désigne un menhir : de là
la loc. de la Pierre-Buttée à Brix , où il y avait une pierre
de cette espèce. A cette famille de Bout appartient le fr.
Bouton, ainsi que l'argot Buter, tuer, frapper du bout d'un
instrument : butter a , heurter à ; en v. f. Aboter : « Abote
l'us, s'est enz entré. » (Benois, Chron., 1. ii, v. 25053); eu
a. Bute, Abufe, et Put, mettre, bouter. Un type de dissipa-
teur s'appelle pop. Boute-tout-cuire.
BUURRE , beurre, confr. du 1. Butyrum : « La disme
des prez anciens et des eus et du burre a li. » (Acte de ^ 280) ;
« Pro caseis et burrez de vacaria de Barnevilla. » (Rot.
Scacc. , I, 77, de Stapleton.j A Bay. , bieurre : « Pour
6 pots de Tallevande à mettre du bieure. » (Comj)te de
Bay.) bcurrer, frotter de beurre, embcurrer, mettre du
beurre sur un mets; dorer (Val.), frotter d'un corps gras,
spécialement d'excrément ; c'est sans doute une forme de
BEURRER , du moins le v. a. Bewray avait ce dernier sens ,
par ex. dans ce passage de Milton : « He gave early signs
from his infancy, bewraying the font and water, while the
bishop was baptizing him. » (Hist, of England.) Le Gl. n.
T. IT. 27.
— 2^o —
donne berangtjier , marchand de fromage et de fruits , qui
est sans doute pour Beurrangier, beurrier, cabouke, s. f.
babeurre, et caboussat, s. m. soupe au babeurre (Gl. n.)
On dit des promesses exagérées : « Proumett pus d'
buurre que d' pain. » Mengier sen buurre avant sen pain, »
c'est se ruiner en folles jouissances. On lit dans une lettre
en patois b.-n. : « N'y avait pas pus d' té (de ta personne)
d'vant r pourta d' Chidbourg ( portail de Cherbourg) que
d' buurre sus 1' pouce. » Un jeu enfantin et pop. de B.-N.
est celui du Petit pot à beurre , où l'on exerce sa langue
de cette manière : « Si j'étais petit pot à buurre, je me dé-
petipotabuurrais biin. » Celui qui prononce mal paie une
amende. « Faire sen buurre, » est une loc. pop. pour sign,
faire son profit; or en argot Beurre sign, argent monnayé,
et Beurrier, banquier : M. Fr. Michel tire le sens de ce
mot du prov. : « Quand on manie le beurre, on a les mains
grasses. »
FIN DU PREMIEU VOLCME
— 2\\
ÇA, rarement usité, excepté dans le cri : « Ça. chat! »
à cause de la consonnance . et dans l'Av. : « Ha ! d' ça ! »
à droite, cri adressé à l'attelape, paropp. à : « lia! d'ci ! »
à gauche : de ce-là ( Hocce-illàc ) . On dit généralemeut
CHA pour Cela, et dans la presqu'île de la Manche coenna :
le pays de chenna commence aux Pouts-d'Ouve; c^E^■^A
pour Chella : toutefois on dit encore cuenkela. cha se disait
en V. n. : « Et cha et la. .> (R. du M. S.-M., v. 2070.;
CABRI, chevreau, de Capra, peu usité en fr.; capriole,
cabriole , en v. f. Capreole, et Capriole se dit encore en
terme de manège , en a. Capriole : de là le fr. Caprice ,
lilt, saut de chèvre, et Caprisant (pouls) ; cAruioLEE. sauter
comme un cabri; cap.reux (Bay.) , petit marchand de bé-
tail, litt. chevrier; calbret, saut de chèvre et ricochet d'une
pierre sur l'eau; cdièvre, chèvre, en H.-N. quièvke, forme
fréquente dans les comptes de la Vie. de l'eau; d'où le fr.
Chevron , syn. de force , comme Bélier, mouton , brebis ,
désignent des pièces de bois , en n. crevon , chevron , en
V. a. Crevon, selon Halliwell ; nous hésitons devant l'in-
teri)réfation déjà donnée d'Hebecrevon. lorsque nous trou-
vons Terra Ileberti Chevronis ; crevo.mser . munir de che-
vrons; le V. f. Chevrel, chevreuil, subsiste dans l'a. Chevrel,
mais n'est en N. que dans le n. pr. et dans Mont-Chevrel,
arr.d'Alençon (MonsCapreoli), et Sautchevreuil, arr. d'Av.,
litt. le bois du chevreuil, Salt-CIiebrol dans une charte de
Henri I^r, et Sanchemel (1. Sauchevel) dans le Myst. N. D.
de Rob. le Dyable. chivière , civière , Chivereum dans les
Rôles de l'Ech. de ^i98; coiverée, s. f. le contenu d'une
civière; ciiivière-a-rocelle , brouette, par opp. à la précé-
dente, dite cniviÈRE-A-nRAs ; la brouette ne date pas de
Pascal : « ^446 , item pour une vergue de fer pour mettre
à la chevrière à rouelle; » cbièvrefuuiele. chèvrefeuille,
dans l'Av. et la H.-N. coièvuefin , en v. f. Chevrefoil ei
Cabrefoil, tel est le Lai du Chevrefoil, de Marie de Fr. ;
cdevrette, larve du hanneton (Av.) ; crevette à Val, la che-
vrette ou la salicoque, en a. Crevet ; on appelle crevettes
à Fecamp les bateaux employés à la pêche du hareng. On
a cru que le v. f. Carol, danse, l'a. Carol, est une contr.
de Capreole : c'est le 1. Choreola; Jean de Viteldit : « Les
Dryades gentilles caroloient... » La chivelle, civelle (Av.),
saule qui sert d'osier, est l'espèce Saljx capraa ; mais ci-
T ir. 1
212
VELLE , CHiVELLE désigne à Val. une courroie à double ar-
guiilon , sans doute en tête de chèvre, en a. Sivevel, an-
neau ; on appelle cliou a chivelle , peut-être pour à se-
melle, des clous plats différents des clous à tête pointue
mis au talon.
CADET, s. m. [Capitetum, petite tête) autrefois soldat
engagé, sign. auj. en n. un assez mauvais sujet, et s'unit
généralement à une épithète péjorative : « Un malin cadet,
un méchant cadet. » C'est sans doute pour cela que ce
nom est fort appliqué aux mâtins en B.-N. En Ecosse,
Caddie : « Is an errand man. » Richardson's Diet. , addit.
Dragon est encore un nom de mâtin, ainsi que Turc,
César, Jupiter, Sultan, Cerbère. Ce dernier mot, très-
populaire, désigne une personne revêche. cadette, femme
hardie et entreprenante.
CALOTTE, s. f. bonnet de papier sous la coiffe, du gr.
KaXuTiTw ; CALOTTE , claque sur la tète. En v. a. Callet,
femme impudique dans Shakespeare; Chaucer dit Ca/o^ ,
« from the french Calote, » dit le Dr Grey, calotter,
frapper à la tête, calot, s. m. enveloppe d'un fruit;
ÉcALOT, id.; ÉCALOTTER, dépouillcr du calot : « Ecalotter
des noix. »
CACHIER, chasser devant soi, en it. Caciare, dul. Quas-
sare, ou mieux de Cassis, filet, existe en v. f. et dans tous
les pat. fr.; il produit le n. cache, chasse; cacoier, chas-
ser : « Touttefoiz que le roi cache en ladite forêt de Rou-
vroy; » cachour et cacheux, chasseur; cachard, animal
difficile à faire avancer; cachoire, s. f. (Bray.) le coup de
rétrier, ce qu'en pic. on appelle \e fouet, ailleurs cachour,
cachou ; ACACHiER, mener vers : « Vent cuntrere ki à la terre
l'acacha; » (R. de Rou.) cache, s. f. chemin de chasse,
avenue : à Val. cache sign, une venelle; cache, action de
conduire au moulin , et quantité de grain qu'on y porte :
« Cacham duorum equorum ad suos molendinos. » (Charte
de H ^ 70.) « Debet habere cacham ad molendinum; » (^ -1 99.)
ainsi le valet qui conduit les chevaux du moulin s'appelle
à Val. cache-pouque ; cache-marée , s. f. fouet de meunier ,
hybride fait de cache et de mar, jument , resté dans le fr .
Cauchemar, Maréchal, etc. cachue, s. f. troupeau, ce
qu'on chasse devant soi : « Eune cachie de vaques. » En
a. To catch, poursuivre, atteindre, en éc. To cache, con-
duire, abrégé en Ta ca, chasser, d'où Catchfly, la plante
dite Gobe-mouche; comme cachier sign, pousser devant,
— 2J3 —
on comprend ce que veut dire : « Cachier un cliou , « c'est
l'enfoncer. 01. Basselin désigne par Chasseur le maillet
qui pousse les cercles (p. ^97.) :
Comme moy, tout bon beuveur
Au maillet et au chasseur
Met les deux mains saus vergongne.
CACDE , S. f. le rut , dans l'Av. chasse ; cachier , être
en rut, litt. pourchasser; en berri. Chassoueille , vache en
chaleur, C/iassotier, taureau. {Voc. du Berry, 27.) deca-
CHiER, DECAssER, pourchasser ; Dequace est en ce sens dans
Cant, ^ato; FiACAcniER, ramener, racachie, bande nom-
breuse et désordonnée; (Gl. n.) cache-tchieiv, litt. chasse-
chien, bedeau, de même en v. a. Chacecinens; cache-ruche,
menthe poivrée , sans doute parcequ'elle est antipathique
aux abeilles. Le fr. Cachalot ou Souffleur sign, peut-être
qui cache ou lance l'eau. Le fr. n'a gardé que la forme
douce Chasse , Chasser , Pourchasser ; ce dernier en v. f .
Purchas, acquisition , d'où l'a. Purchase , acheter : « Au
pourchaz et coustage desdits religieux. » Quant à cachier,
celare , c'est le même mot par la correlation de la pour-
suite et de la nécessité de trouver une retraite , à moins
que ce ne soit plutôt une forme de Cagier, mettre en cage
(V. cave), cachard , dissimulé; cache, cachette; cache-cacue
(jeu de) ou de cachette; c mcchier, cacher, comb. de ca-
chier et du v. f. Mucliier; a camuche, jeu de cache-cache;
CACHOTTER , agir ou parler avec mystère ; bécachier , tirer
d'une cachette. Le fr. a adopté la forme dure pour cette
sign. : Cacher, Cachet, Cachette, Cachot, Cachoterie. En
argot Cachemitte , s. f. cachot.
CADIEN, EîiNE, originaire de l'Acadie ou du Canada
(Baie du M. S. M.) : « Les Canadiennes ressemblent aux
Cauchoises. » (Malte-Brun, xi, ^57. Géog.) Le Canada a
été colonisé principalement par des Normands; les Diep-
pois ont fondé Québec. Outre ce dernier mot représentant
les Bec de Normandie, il y a dans ce pays Krennebec.
Longfellow a représenté les souvenirs normands de l'Aca-
die, aujourd'hui Nouvelle Ecosse, dans son joli poème
d'Evangeline : « With her norman cap. » Il y a un Havre de
Grâce à Terre-Neuve. A Valognes, lorsque les enfans
veulent lancer un objet très-loin , ils disent : « L'envier
jusqu'au Missipipi. » On y chante aussi :
Je m'f... d'ça
Je suis du Canada.
CAFÉ , s. m. une demi-tasse de café ; cafion , mauvais
— 2U —
café; cAFoiuN , id., finale péj. comme babouin, chafouin,
sagouin.
CAILLII, de couleur de caille; càilcaillot , appeau
pour la caille; on appelle les gendarmes les cailliis, de
leur couleur blanc et bleu-noir. Le bœuf de couleur gri-
velée s'appelle le cailli ou la caille ; dans le Diet, de La-
combe, ce mot sign, pie, adj.
CAILLIER; cailler, de Coagulare; caille, motte de lait
caillé; caille, déjection blanche; caillesotte, boule de
neige, métaph. du fr. Caillebotte, masse de lait; caille-
BOTTEii, (Bray.) bouillir le lait jusqu'à ce qu'il se change
en caillots. {Diet, de M. Decorde.) caille, s. f. gros cra-
chat; caille, (Gr.) la méduse qui, jetée à la côte, se change
en matière glaireuse.
CALAMISTRER, (GL n.) parer, de Calamistrum , fer
à friser. Ce mot a en fr. son sens propre de friser.
CALENDE , s. f. alouette :
Calendre chante mieulx en cage
Quel ne ferait au vert boscage.
(Tombel de Chartrose.j
ce mot est resté à Rouen dans le Portail de la Calende,
à la cathédrale , et la rue de la Calende. Quant à Caladre,
c'est un oiseau merveilleux , Charadre pour les anciens ,
décrit dans le Bestiaire divin :
Kaladrius est un oiseux. (v. 445.)
Haliiwell donne au pat. a. Chalande le sens de chantre.
CAILLOUET (Val.), petit caillou, de Calculus : « Les
petites filles auraient joué aux caillouets sur l'herbe. »
(J. Barbey, Memorandum, 89.) Il y a une poire de cail-
louet, en V. a. Caleweis. V. Cant, tales, v. 7093, expliqué
en « Poire de caillouel. » Cotgrave dit que Caillouet est le
nom d'une poire très-bonne, caillod , noyau de fruits ,
comme en a. Cherry-stone, noyau de cerise; cailloueb,
attaquer à coups de cailloux : J. Cailloue, imp. à Rouen,
avait pour marque un noyer contre lequel des enfants jet-
tent des pierres, avec la devise : « Je suis toujours cailloue. »
GAYEU, s. m. petite moule noire, semblable à de petits
cailloux; c'est le Mutilus incurvatus; on crie à Val. : « Du
caieu ! du caieu! qui qu'en veut? » C'est sans doute le sens
de Caieu, petite bulbe d'oignon, cailleme.nt, grand coquil-
lage en spirale , ou Bernard-l'Hermite , à Av. bermgaud;
en n. Bernard devient bênard. et Bois-Bénard est même
— 2Jo —
devenu bois-bf..vatre. Le fr. Galet csl une forme de cail-
LOCE r : à Jersey , gallot , caillou : « Des monchiaux d'
g-dllots, d'écaillés de bainin. » {Jersey, par Delà Croix, 47.)
CAINE , chaîne , de Catena : il y avail à Bay. une rue
de la Caine, ainsi nommée de la chaîne que l'évêque faisait
tendre. {Essai, parPluquet, ^^7.) cAnEr^EU, cadenasser; de
là le fr. Cadène et Cadenelte; caguenas (Av.), cadenas.
cHAi?»G?»E, chaîne; e.nchai.ng.meu . enchaîner; chai^gno^ ,
chaînon; en fr. Chignon, en a. Chain, chaîne : « Cadene ,
dit Cotgrave, an iron chain. » coiinole, chaînette, mani-
velle , a Av. CHOI.NOLE , SOI^OLi;.
CAISSE DU CORPS, poitrine, buste, d'où peut-être
l'a. Chest, car le b.-n. pron. Tchaisse; caisse est le 1.
Capsa, d'oîi Châsse, Châssis, dont le dim. Capsula a donné
chasuble , en outre Capse et Capsule, caisse du corps a pour
syn. côrrRE. s. m. et côifeaille, e. f.
CALENGIER (Villedieu), menacer, défier, frapper:
(I J'vas t'calcngier, » c. à d. batirc; c'est le v. f. Calenger.
Challangcr, du 1. Calumniari, réclamer, d'où l'a. Chal-
lenge, réclamer, défier. Au jeu de quilles, dans la même
localité , c4le>gieiv sign, les i'aire sauter avec la boule. Ce
terme CaUengier renferme sans doule une expression ono-
matopique, fort répandue, qui signifie Appeler: Ka),£tv, eu
hoU. Kallen, en kymri At Calla, en a. To call, en a.-s.
Gillan. Le fr. Appeler se rapproche de ces vocables. Ro-
quefort cite Calenger, usité en Normandie, avec le sens de
barguiner, calomnier. ciLLENciER a conservé à Guern. son
sens prim, de réclamer; il sign, quelquefois en N. mar-
chander. Il y a des terres dites cale^ges : « Les calenges
sont un grant nombre de terres gesantes pour ceu que le
commun de la wille deu Bosc les calengoient. » [FJv. des
Jurés de St-Ouen.)
CALER, céder, faiblir, terme métapli. de caler, abais-
ser les voiles , litt. vers la cale , du gr. xoiXv) , cale, malgré
l'isl. Kial, car ce mot existe dans toutes les langues lat.;
en effet , en it. Callare, en esp. Callar, et en prov., catal.
et port. Calar. C'est en ce sens que Cicéron a employé
Calare : « Calare grana, » déposer les grains, c. à d. dans
un endroit creux ; c'est aussi le Calare d'Is. de Seville.
Cette sign, de baisser pavillon est dans ce texte : « Denun-
tiavit hominibus dicte navis ut deberent calare... qui ho-
mines calare noluerunt et armaverunt se. » La famille n.
de Caler est : calard, poltron, cvleux, paresseux, caleuseu
T II. 2
— 216 —
paresser, calieuseté, paresse; ces trois derniers sont du
Gl. n. et du pat. brayon ; fi de cale, (Gl. n.) défi de caler,
à qui calera? Quant à caler, mettre bas, en pic. et en
brayon, c'est peut-être la contr. de Canailler, mettre bas
des chiens. Le fr. Cale, bois de soutien, d'équilibre, n'est
sans doute que le mot maritime Cale , parce que c'est là qu'on
arrange , qu'on équilibre , qu'on arrime les objets ; de là
Calaison, en a. Kelson, carlingue. De là calot, fonds de
réserve : « Faire son calot; » de là le n. calé, bien équipé,
bien paré. Toutefois le fr. Cale, morceau de bois pour
mettre le pieds d'un objet de niveau, dérive mieux à'Œ-
qualiset d'égaler; c'est en n. blot. contr. de Billot. Quant à
Cal, du 1. Galium, il donne au n. calodx, caleux, et le
fr. Calade dérive du 1. Gallis , sentier.
CALI , ce préfixe , qui existe dans le fr. Califourchon ,
est aussi une forme d'Œqualis; ainsi Califourchon sign,
affourché de manière que les jambes sont également de cha-
que côté; le n. renferme un plus grand nombre de ces compo-
sés : CALiBORGKE , S. m. aveuglc et borgne , au Maine Ca-
horne; caliborgnon, id., mais péjor. ; caliborgnette , voile
qui sert à bôner, aveugler, Eborgner, s'est étendu et signifie
lunettes; caliberda, califourchon, calipette, le serre-tête
des femmes de la plaine de Caen , qui est peut-être une
contraction de calibobgnette , mais qui sûrement n'est pas
issu de xaXuTtTw. De même calibaro, calibarau (Eure), à
moitié ivre , paraît offrir le même élément avec l'idée de
boire. Quant à calibacdie, grand feu clair, c'est sans doute
pour Claribaudée : en Nivernais et en Berry, on dit Chari-
baudée. Quant à calibaudecx , adj., (St-Lo) Glaireux, il
paraît dériver d'une autre racine , et Calimaçon ne lui est
peut-être pas étranger.
CALVADO (rochers du); ce mot, selon M. de la Rue,
signifierait Roches pelées, chauves. Calvados; comme on
trouve sur des caries anglaises Calvador, on a supposé
que c'était pour Salvador. On sait que c'est sur ces écueils
que se perdit Y Armada de Philippe II ; un des endroits les
plus périlleux s'appelle encore la Fosse d'Espagne. Du
reste, cette origine de Calvados reste obscure. V. l'Introd.
à l'art. Calvados , par M. Mancel , dans la N. illustrée.
CAMBRE, chambre, du l. Cambra, voûte, issu de Cam,
signe de courbure ; camérie , litt. pension de chambre , c.
à d. où l'on ne paie que la chambre ; camérien , pension-
naire pour le logement seulement et la soupe; chambrière
— 217 —
ou SERVAME, bàton qui tient droite la charrette, camrade,
camarade, litt, compagnon de chambre, en a. Comrade;
en n, on dit aussi au fém. : « Une camarade. » Le fr. Ca-
maraderie dale de nos jours ; camaradeu, faire le camarade.
La famille fr. contient Camarade, Camerier, Cameriste.
l'esp. Camarilla est adopté , Camerlingue , Chambellan ]
Chambranle, Chambre, Chambrelan, Chambrer, Cham-
brée, Chambrière, etc. En a. Camoxjs, camus, recourbé.
Chamber, chambre, Chamfer, cannelure, voisin du fr.
Chanfrein , litt. frein recourbé , la partie de l'armure qui
couvrait le devant de la tête du cheval. Quant au sens
propre de ce rad. Cam, courbure, qui existe en gr. xaixTtrw,
en gall. Kam, il donne au fr. Cambrer, Cambrure, Ca-
mard. Camus, à l'a. Cambered, cambré, Cambrel, bâton
recourbé; en v. f. Chambrerie, intendance de monastère.
V. la famille cong. de gambe.
CAMBRE, chanvre, dul. Cannabis; cambrer, chambrer,
garnir de chanvre, spec, un robinet; canivière (Bay.),
chenevière : « Chest la canivière au diable : le mâle et la
femelle ne valent rien, » dit-on d'un mauvais ménage.
cambotte, tige de chanvre , et généralem. toute tige fistu-
leuse sèche; canevotte, chenevotle; canneva, à Guern.,
canevis ; caivevis (Val.), chenevis : « L'huile d'olive ou
chenevis. (Coût, de la Vie. de l'eau de R.) chanixetas (Av.),
blé niellé; channevassé, niellé; chaîsevi.n, id.: il y a une
poire dite de chanevin et cahevln; il y a des loc. nommées
CHENEVARE, CHENEVIÈRE. On trouve dans le J5/a5on joop. deN.
ce dicton : « Les Normands naissent avec un grain de che-
nevis dans une main et avec un gland dans l'autre, » pour
indiquer la corde et la potence qui les attendent. En Nor-
wège, les scaldes appelaient la potence «le cheval de
Sigurd, parceque ce Viking avait le premierfait pendre son
ennemi. Ibid., p. 75. coainvriiX, le galeopsis tetraJiit.
En a. Hemp, chanvre, litt. hampe, tige droite. V. à Vlntr.
les chansons de lin et de chanvre. Cf. les chanvreurs du
Berry et leurs chants dans les romans rustiques de G. Sand.
Cette famille se rattache à canme. V. ce mot. La famille fr.
contient Chanvre, en v. f. la chanvre, qui est dans Lafon-
taine, Canevas, Chenevière, Chenevis, Chenevotte. On
appelle le chanvre salade de N. Ce groupe se rattache à la
famille de canse (V. ce mot) , ainsi que les suivants :
^o CANISTRE ( Av. ) , corbeille, de Canistra; on disait
Canastre : « Pour canastre ou pannier desdits fruits. »
— 218 —
(Coût, de la vie. de Veau.) canistiuoe (St-Jamcs) , nourri-
ture portée aux champs dans un panier, Canistra;\. ca-
LisTRADE : en a. Canister, boîte à thé.
2° CAILME, calme, du 1. Calamus, le chaume étant
l'asile de la tranquillité; kebme {B. du M. S. 31.), calme.
ACALMiE , s. f. calme en mer ; acauhr, se calmer. De Cala-
mus vient Chaume, Chaumière, Chômer, litt. rester sous
le chaume; mais dans l'Av. chômer sign, être privé de:
« J' n'ai jamais chômé d'pain. » chalemie , chalumeau.
( H.-N. ) « Entonner avec sa chalemie. » (Petit, Muse n. )
De là lefr. Calumet; mais en n. calumet sign, le couvercle
de la pipe, et de là encore Calamité, de Calamitas, prim,
grêle sur le chaume; l'a. possède aussi Calamity , misère.
Calm, calme. Calamus, roseau. Lefr. Camouflet sign,
litt. chaume soufflé, soufflé avec un chaume. L'a. possède
notre mot chaume sous la forme Shaivns, chalumeau,
hautbois, et Haum, chaume, qui disputerait hien Home
à Ham, habitation; chaumet : « Petit oiseau commun en
N. qui est si léger qu'il se pose sur la pointe des plantes. »
(Diet, de la Conv.) chacmer sign, encore paresser, en v. n.
Oisiver (Otiari), comme dans le T. de C/tartrose :
Festes malement coultive
Qoi de bones euvres oisive.
ÉCHACMITRER, (Gl. n.) effarouchcr , chasser, litt. loin du
chaume; chaumage. disette, en v. f. Esear , cité, Escars,
d'où l'a. Scarce, Scarcity, en it. Scar so , csp. Escasso,
selon Ménage , de Exparcus.
CAMELOTTE , s. f. petit bagage de colporteur , dérivé
de Camelot, étoffe de poil de chèvre, prim, de poil de
chameau, Camelus : « Mangier la camelotte , » est pour
l'ouvrier ce qu'est pour le soldat : « Manger la grenouille, »
c. à d. l'ensemble de ses marchandises; en a. Camelot qX
Camlet \ camelotte, s. f. monde peu distingué; à Paris le
monde camelotte est la Bohême; chameau, terme injurieux
adressé spec, à qui a le dos arrondi ou bossu; camelotier,
colporteur : « Camelotier , joueur, fainéant. » cambotte ,
hotte à colporteur, contr. du précéd.; camion, petite voilure
de colporteur; camioner, traîner en camion.; (Edeline. Six
mois de prison , 4 9.) camionage, transport en camion. Le
fr. Camion doit être un dim. , Camillon.
CAMOUMINE , camomille , du gr. yajxat , parce que la
plante est étalée : on employait autrefois une huile dite de
Camomine; camière, (Bay.) camomille (Flore de N.); dans
— 219 —
Lacombe Camamieri, camomille; il y a une punirnc de
CAMiÈuE : le champ philologique du ponmiage est très-vasfe
et nécessiterait une monographie; nous croyons que le
syn. de Pommage était 3Iélage, en v. n., cité dans ce vers
24/(6 du /?. du M. S. M., et laissé inexpliqué par M. Fr.
Michel , dans son Gloss. :
Les costumes et le melage.(de Guernesey.)
C'est aussi l'hypothèse de du Cange sur 3felagium. Cf. les
nombreux noms de plantes et d'animaux commençant par
Cam, comme Cameline et Cameléopard.
CAMP, champ, sillon : « Touerner un camp, » c. à d.
faire un sillon, mais plus probahl. de Cant, revers, renver-
sement de côté. V. ce mot. cqancieke , lisière d'un champ
(Av.) : « Lever les chancières, » c'est amonceler la terre de
cette lisière; cbaktchelle, s.f. petit champignon jaune; cha-\î-
PAGNiER (Av.), garder les bestiaux dans les champs ou les
faire paître à la corde, en v. f. CJiampoyer, encore usité
en vénerie; CAMPAGNE, plaine, très-vaste champ, par ex. ,
près de Val. la Campagne St-Floxel, élym. de toutes les
Champagnes : de même en a. Champaign, pays décou-
vert; le Champian du v. a. est exjiliqué par « an open
country; » de même pour CJtampion; (IkiUiiceU's Diet.)
CAMON-MÈRE, clté par Cotgrave fyl. w. diet.) et trad, par
Edgeivliore, se rapproche du fr. Cantinière; camail (01. n.)
(Lis.), travail dans les champs ( Campalia). On appelle
dans l'Av. un bâtard un loussm de haïe, ce qu'ailleurs on
appelle l'Enfant des champs ou le Clmmpi; escampeu , dé-
camper, en a. Scampier, de là ecaper, Escampare, en a.
Eseape, en fr. Escapade, en it. Seampare, en esp. Esca-
par ; en a. Rose campion est la passe-rose. Campus a
donné fampana, cloche de la Campagne de Rome, en fr.
Campane, Campanule, etc., en n. cajipanier, clocher en
campanile, campanille (Gl. n.) , s. f. clocher; canti\i;tte,
s. f. (GL n.) criocère; V Inula Hellcnium. ou VEnula cam-
pana des oiïicines est devenu en a. Elecampane, campôt,
congé, l'ancien Campos habere , avoir la clef des champs :
« Ch'est anieu campôt. » champêtre, s. m. garde-cham-
pêtre; chamitrelle, s. f. petit champignon; cami's, champs,
est usité dans celte formule de la fin des contes en b.-n. :
Tout en conlaut
.J'allis à mont les c;m)ps ;
J' (rouvis eune enfiiaie d' boudins ,
J'en fis part à mes amins :
El tui, lui, lui,
Men p'tit tonte est Oni.
— 220 —
CANGHON, chanson, de Cantatio, en it. Canzone.
CANCHONS est dans le Gieus de Robin et Marion , dont la
couleur est sensiblem. n. ; canchounette , chansonnette;
CHANTODB, chantcuF ; CBANTERIE, chant : (( Chanteries qui
n'ont ni bout ni fin. » herbe-au-chantre , le vélar, comme
bon contre l'enrouement ; chamepleure , gros robinet de
bois, litt. chante et pleure : aussi en a. Chantepleure est
une expression prov. : « For singing and weeping. » ( Hal-
liwelVs Diet.) Le Ms Harl. 4333 renferme une ballade
commençant ainsi : « Moult vaut mieux pleure chante que
ne fait chante pleure. » chaatrie , assez communs dans les
noms de terres rappelle le bénéfice d'un chantre, en a.
Chantnj. Chanter entre dans la comp. de noms loc. très-
com. en N. comme chantepie , un futaie, chaatemesle, un
bocage, chanteraiine , une grenouillère, chanteloup, un
bois, etc. Le nom cyclique du coq, Chanteclair, conservé
par Lafontaine , en a. Chanticleer, existe en N. dans les
n. pr. Dans le cycle de Renard , les noms d'animaux ap-
partiennent ou à la famille germ., comme Hersent, la louve
{Hersivint, brave à la guerre) Grimbert , le blaireau, Re-
nard, Isengrin, le loup, ou du lat., comme Behjn, le
mouton, C/iantecleer, le coq, Firapeel (fier de sa peau), le
léopard, Pinte (peinte), la poule, d'où le fr. Pintade; en
esp. Pentada. En n. les surnoms d'animaux sont nom-
breux : Chariot, le geai, gâteau, la pie, Martin, l'âne,
JEANNETTE, la chèvrc, COLAS, le corbeau, dechant, ou chant
qui détonne , se dit dans la loc. : Chanter à chant et à
déchant, chantodner, chanter tout bas. En argot. Faire
chanter sign, tirer de l'argent par menaces , d'où Chanr-
tage, en a. Cant, argot.
CANCRE, chancre, dul. Cancer, en a. Canker; cancre,
dépôt sur les dents; chancbette (Av.) , l'herbe à Robert,
guérissant les maux de gorge, aill. chancrelle; chancreb,
se couvrir de chancissure , en parlant des végétaux. Nous
réunirons à cette maladie, quoique venant d'un autre rad.
yaYYpaiva, de y?*" , je mange, le n. cangraine, gangrène,
en a. Gangrene : « Aussi la cangraine s'y mit. ( Ms. de
Sacey, Avranchin, ii, 486.) En it. Gancrena.
CANENDRIER, s. m. calendrier, de Calendœ, -1er jour
du mois, où l'on payait l'intérêt des dettes; aussi Calen-
drium signifiait-il le hvre des rentes. Un papier rentier du
M. S. M., rédigé par l'abbé Pierre le Roy, réunissait
dans son titre la forme du patois et cette ancienne signifi-
— 221 —
cation, le Quanandrier ûu Papier rentier. (Ms. de la bibl.
d'Av.)
CANIR, blanchir, en parlant du bois qui pourrit, blan-
chit, du 1. Canere : » Du bois cani, « qui est dans l'état
qui précède la pourriture; à Genets, cdoim (bois), mort,
vermoulu; cArMiR, blêmir, se flétrir : « Un visage caumi; »
CACMOMIR, id., augment.; cagae, de couleur gris-clair
(vache). (Diet, de Brmj, de Decorde) ; un ilôt de Chausey
est dit LA CA.AUE, et auprès sont les canuettes; de là le fr.
Chenu, Cenelle, ou épine blanche; en n. cdenu, issu de
Jovene, jeune , est un terme d'excellence : « Ch'est du
ch'nu , » comme en v. f. : « Et li vieil et li chenu. (Chanson
du -ISe s.) CANUT, S. m. maubèche , parceque le blanc do-
mine dans son plumage; camque, ca,\?,ette, petite balle
de marbre blanc. De Candere, blanchir, vient Candere,
brûler, d'oîi le fr. Candi, Chandelle, Candélabre, Chande-
lier, et les mots n. :
CANDELLE, chandelle, en 1. Candela, en it. Candcla,
en a. Candie; chandellier, s. m. fabricant de chandelle :
une Hste de corps et métiers de Coût. , dans le ^6e s. , cite
les chandelliers ;ceA_ADELLE, s. f. gouet, arum maculatum,
de la ressemblance de sa fleur avec une chandelle; teimr la
CHA>DELLE indique le rôle d'un complaisant en amour, chan-
delecr, s. f. galanthus nivalis, qui fleurit à la Chandeleur :
un dicton est tiré de la fêle de ce nom et de la rigueur de
la saison :
A la Chaudeleur
Les grandes douleurs ;
Et un autre de l'accroissement des jours :
A la Chandeleur
Deux heures creissent le jour.
On dit encore :
A la Chandeleure
La chandelle pleure.
— A la chandeleu
Le mesle est dans l'œu.
— A la Chandeleur,
C'qui gèle la niit dégèle le jour.
CANT, côté, partie inclinée: « Etre de cant, » c. à d.
de côté ; « une pierre de cant, » ce que le fr. appelle de
champ; de là ca.>ter, pencher, incliner; d'où cantet, pain
entamé, c. à d. mis sur le côté, et par ext. le morceau
détaché, en a. Cantle et Cantlet, morceau, coin de pain .
en b.-l. Cantus, morceau, d'où le fr. Echantillon, en a.
__ 222
SeanilcL et toute la famille de Scant : en wallon Can, en
it. Canfo, en prov. Cantoim, en fr. héraldique Canton et
en fr. Canlon. fragment de pays, coin, car c'est là le sens
prim. : « Assassinant aux cantons des rues ou en un coing
des bois. » {Brantôme, i, 722, edit, du Panthéon.) De là
le fr. Décanler, verser, c. à d. pencher un vase, et l'a.
Decanter, flacon : on a dit en fr. Escanter, d'où le fr.
Echanson, celui qui verse, qui cscante, en n. acameb,
renverser . « Aquanîer l'honour de la crestienté ; » (T. de
Chartrose) en a. Ascaunt et même Ascant , de côté, et
Cant, chavirer; camourkeii , tourner de côté : <• Le pied
m'a canîourné; » cham.ibanler, vaciller. Le fr. Cantine,
coffre divisé en compartimens , en cantons , produit la
Cantine niilitaire, Caniinier et le pop. Cantinière; Canton
donne Cantonnade, coin du théâtre, Cantonner, Canton-
nière, Cantonnier, Chantier, Chantourner, Chantignole;
en termes de ponts et chaussées Canton est la partie de
route que soigne un cantonnier; en argot, Canton, prison.
Cantonnier, prisonnier. L'idée de pencher, de verser de
cette famille se rattache au 1. Canthvs, Cant/iarvs, cruche,
objet creux , qui lui-même" est sans doute de la famille de
GAINEE. V. ce mot.
CAPON, poliron, de Capon, chapon; capodiVer, faiblir,
être poltron; capoonade, lâcheté; chapotjner, chaponner.
CAPOT. (Gr.) mantelet de femme à capuchon; de là le
fr. Capote. Ce mot est pour nous l'occasion de compléter
la famille de Caput , traitée aux Or. celt. V. cap. tète de
CAPE, (Coût.) cape des veuves ou pour la communion;
CAPEU , se refrogner , se renfoncer sous sa cape ; camchier,
frapper à la tête . sur le capuchon; cabinet , (Gl. n.) s. m.
petite armoire, de même en a. Cabinet \ cABA^s, meubler;
CABAGiTJS, vieux meubles; caielle, chapelle, resté dans les
n. pr. et dans les noms loc. , comme Capelle-les-Grands .
arr. de Bernay. le village de la Capelle, près St-Lo, comme
en V. : v Ni avoit autel ne capele. » (R. de Brut.) On peut
raporocher du n. chapitrac le v. a. Chapitrel, chapiteau :
« With thaire chapitralles. » (Halliwell.) écapli'R, enlever,
l'écorce, Escaplere dans les Rôles de l'Éch. de H98 , d'où
le fr. Chapeler, vient du 1. Scalpere, d'où Scalper, Sculpter,
Scalpel, FAii'.E cAPoiT, loc. imitée de l'ail. , tomber et être
décapité. V. le dernier chap, de l'Intr.
CAQUIER. du 1. Cacare (Gr.) : « Va caquier cont' la mu-
raille. » CACA, mot enfantin, on., excrementum; en v. a.
Caik, ulvt'uin oxuiicrare (Ha/ Hurl l'a Die.) incahi ikk, nar-
guer, lin. incacare : de là le fr. Chier, Chiure ; on v. 1'.
Concilier, salir crexcrénicns ; eu n. chii-tte, s. 1". petit
cnfaiU délicat; cuœ-es-lit, masque sale et déguenillé;
uoRT-EA-f.HiAM, lambin, inerte; ouiolle, diarrhée; chioise,
latrine; le radical de celte famille , mot favori du peuple,
entre dans une foule de locutions. Y. la Farce des Quio-
lards.
CARABIN, s. m. sarrasin : c'e.st ce dernier mot forlem.
accentué : Sarrasin , Polt/gonuvi farjoinjrum , dérive des
(leuples de ce nom, saracennmfrujncnlum; on l'appelle
encore Blé noir. Une espèce venue de Sibérie , 5. Tatari-
cum, s'appelle sibéui et à Val. stBUi. Le souvenir des Sar-
rasins semble s'êlre conservé dans quelques noms loc. : il
y a à Mortain la Grotte aux Sarrasins. V. Inlr. de noire N.
Scandinave. La première mention que M. Delisle ait
trouvée de celte plante est de 1460 : « Super décima fru-
mentorumSarracenorum. » ( Liv. vert. d'Avr anches, p. 262.)
sARRAsiNAs. S. m. (Av.) paille de sarrasiu battuc.
GARAS, sorcier : « Bàii (vêtu) coume un grand caras, »
de C/mragus, sorcier; on dit aussi : « Bàli coume un sor-
cier; » quérvs, sort, maléfice ; ENQDERAUDER (Av.). ensor-
celer; DESENQUERAUDEii, débarrasser d'un maléfice.
CARBON. cHERGOx, QUEUBo.N , charbon , du 1. Carbo;
en a. Charcoal, charbon de bois, de Coal {Canlis, lige):
QUERcou.MER , charbounier : a Querbounier est maite tcheu
(chez) li. » QCERBOQiETrE, s. f. petite braise des fours;
éteinte . elle se vend à Val. pour les chaufferettes. Il y a
<Ies loc. en caERBONNEi, querrocmere . c. à d. charbon-
nière ; QCERr.o.x ( Bray ) , insecte , le chrysomica trne-
brica.
CARDRON, CHEKDRo.N, chardon, du 1. Carduus; le v.
f. Cardon est resté dans une plante voisine de l'arlichaul :
« Li milliers de cardons lanerez si doit I maaille. » (Mon.
de r/iist. du Tiers-Etat, i, 8'».) On dit encore CARDO^-
LiNiER, {Gl. n.) le chardon à foulon, de Lanarius : « Tis-
serans et laueurs, arsonneurs. » (M. du Méril. Poésies
inéd. du moyen-dge, 347.) cardroanette et chardron^ette,
s. f, chardonneret ; herbe a la CHARDnOxN.\ETrE , s. f. le
séneçon. Un Chardonnet était un plant de chardon à fou-
lon; en -1218, R. d'Auvergni cite : « Un chardonnet comme
bornant un pré dans la vallée de la Risle : « Inter pratum
de Pareo et inter cardoneturn Roeerii. » (Oclisle. Et., S.^S.)
T It. ^
— 224 —
Il y a une commune n. qui a ce nom pour suffixe; il y a
près d'Av. la terre du Cardron. écaudonner , (Gl. n.) dé-
barrasser de chardons; écardonnette, (Ibid.) s. f. char-
donneret ; CARDON , s. m. ( Caen ) crevette , des barbes dont
elle est hérissée; jarde, écaille de poisson, d'où éiarder,
écailler : « Les chardes de son dos (de la baleine). » (Best,
div.) EssAiiDER, enlever les écailles du poisson, en man-
ceau Ejarder, tirer les jardes. (Voc. du H. -Maine.) A cette
famille se rattache le fr. Carde, Carder, Cardère, Echarde;
il y a en N. des familles Le Cardonnel , sans doute syn.
de Cardeur.
CAROIGNE, charogne, de Garnis : « De caroigne puor
multmale; » (R. du M. S. M.) Caroigne, carcasse, est
dans R. de Gloucester , et Caraigne dans Cant, tales,
V. 2015. ; en n. carne, comme en v. f. : ainsi , dans un
poème du -126 s. : « Caro mearequiescal in spe, » est traduit
par La meie earn reposerat en espérance. » On dit aussi
QCERNE, appliqué à une rosse, ainsi que carcan, cari,
cAROu , mauvais cheval ; Caro, en h. -l., cheval; en v. a.
Kareyne, carcasse, et Carrion (Ualliwell); ce dernier
mot représente carne cassus, ou plutôt une forme péjora-
tive; cARPELousE, cheuille, Utt. chair velue, caro pilosa,
en a. Caterpillar : aussi Courval appelle cet insecte : « Ces
chenilles peines qui gaspillent les fleurs. » (Sonnets.) La
forme dure en fr. donne Carnage, Carnassier, Carnation ,
Carnaval , Carne , Carnet , Carnivore , parmi lesquels Car-
nation donne à l'a. Carnation, œillet de couleur carnée, et
Carnaval devient en n. carnava , qui sign, en outre un
masque , et entre dans le dicton : « Fêtai carnava avec sa
femme et Pâques avec sen curé. » A la forme douce ap-
partient le fr. Chair, Charogne, Charnage, Charnel, Char-
cutier, etc. , et le n. chai , viande : « La chai nouerrit la
chai; » caAiRcuirER, charcuter; chaircctier, charcuiier;
CARNION (T.-N. ) , le trou ou chaufîaud où l'on jette la tête
et les intestins de la morue; cherneau ( Gl. n.) , couperet
recourbé, ailleurs chergote; charnage, chair, et carnage:
n Bœuf, lard, mouton et bien autre carnage ;i>('l/w5e n.)
Crônier, équarrisseur : ce mot , qui se dit dans le Maine
iVoc. du Haut-Maine , par M. de M.) , n'existe en N, que
dans les n. pr. Le Cronier, de Carogne, charogne, d'oîi
Ecarrisseur; cirSée, charrée, primit. chair pulvérisée,
aujourd'hui matière fécale en poudre pour l'agriculture, et
par ext. cendre lessivée : à Av. , pour la première , on dit
GaiNDE cbarrée; charnier (M.), endroit où l'on pend la
— 225 —
viande . el faire tapage se dit : « Faire trembler le lard au
charnier. « challn, s. m. abeilles mortes dans le miel.
CARPENTIER et cuerpemier, s. m. charpentier, du 1.
Carpentum, char, b.-l. Carpentarins; it. Carpentero, esp.
Carpintero. qcerieme, s. f. charpente, qcerfenter, char-
penter, en a. Carpenter, charpentier.
CARPETANQUE (Calv.), la carpe à miroir, parcequ'cn
suppose gratuitement qu'elle est le produit de la carpe
et de la tanche; kerpe, carpe : « Bougier coume une
kerpe. »
CAS, s. m., le cassé : « Une chose sonne le cas, c. à d.
le cassé, comme en v. f. : « C'est quas dont la prestres doit
estre quas, » {Testament de l'Ane, v. 91.) casse, s. f. frac-
ture , cassure : « Le voiturier ne répond pas de la casse, »
du 1. Quassvs; cassodr, casseur; cAssoiR-D'issiLTiEs, tapa-
geur; CASSAGE, (Av.) de bois, pour fendre le bois de corde,
cASiEL. fragile; cavulccs, (Av.) id., probabl. pour casil-
leux; l'a. Cavillons a gardé le sens I. de pointilleux, ainsi
que To cavil; en n. cavilier sign, égayer; au 13e s. on
disait Catillos, sans doute rusé (catvs, cautvs) : « Le siècle
qui tant est wychose (l'a. Wicked, le fr. Vicié) et catil-
lose; » (Traité d'Agric.) et au 15e. Cavilleux sign, dan-
gereux , difficile : « Mainte œuvre cavilleuse. » (Tombel de
Chartrose.)
CASQUETTE, ivre : « Il est casquette , » de même en
argot , lilt, avoir dans le casque , du I. Cassis, c. à d. dans
la tête, comme dans cette phrase : « Ce malheureux Jean
s'en donna dans le casque. » [Art de plumer la poule sans
crier, ^03.) casqieter, saluer, flatter.
CASSE, s. f. du 1. Capsa: « Casse d'aigulle, » chas
d'une aiguille; casse-a-rôt, (Av.) lèchefrite; cassetier ,
(Val.) étui à aiguilles et épingles, et dans l'Orne cassead,
en a. Case, étui; casieoie, casserolle, litt. petite casse;
l'a. Castrel , bouteille, ressemble au n.; cassot, (GL n.)
s. m. stalle de lavandière; chas, s. m, ca\ité de la navette;
CHASSE, s. f, cercueil : « Je daubis dans la châsse. » [Chans,
n. citée dans l'Intr.) L'a. Cash, argent comptant, est une
forme de Caisse, et Cashet une forme de cassette. Le fr.
Cassonnade, en n. casig.msade, vient des caissons cîi on
l'appone.
CASSINE. mauvaise maison, en it.Cascina, du I. Casa;
CASE d'hcis ct_ r.AsTuis . rcduit près de la porte; cassi>kr .
— 226 —
renfermer dans sa maison ; il y a le \illage de la Caisse
dans le vallon ou fossé du Haguedike, en Gréville; à cette
famille appartient le fr. Case, Caserne, Caser. Casanier,
Casemate, de l'esp. Casamata, litt. maison cachée , l'a.
Case, maison. De Casa vient le fr. Chez, en Av. chieis.
ciEBS : « Chiens nous, » et à Val. tcqeu; une tombe du
Mont-aux-Malades porte Chiens, céans. Quant à casaquin.
s. m., casaque, usité dans la loc. : « J'vas t'tomber sus le
casaquin ou la veste, » c. à d. rosser, il est probabl.
d'orig. celt.; Casach en gaël., Casog en irl., Cassock, sou-
tane , en a.
CASTAGNEUX , le petit grèbe, de sa couleur brun-
rouge, châtain, de Castanea, d'où le fr. Castagnette, en
esp. Castannetta; châtaigne d'iau, la mâcre; chaïaigjne de
MÉ , l'oursin ; le marronnier d'Inde a pour nom pop. Châ-
taigne de cheval, en a. Horse chesnut , en bot, Hippocas-
tanum.
CASTALOINE , (Val.) couverture de lit en laine, orig.
de Catalogne, autrefois Caste/oigne ; ûo même en v. a.
cASTELOiGiNE , {Cttnt. falcs , V. -158.) en pic. Catelogne. La
Mvse n. fait un calembourg sur la conquête de celte pro-
vince par Louis XIII : « L'espagnol dort sans castelongne. »
(p. 292.) Un nom topog. désignait aussi en v. n. une me-
sure de bière : « ^448. Pour deux hambours de bière paie
45 sous. » (Delisle, Et., 484.) Le fr. Castille est aussi dé-
rivé du caractère fier et querelleur des Castillans. On disait
Castiller, Quétiller, battre, rosser. Ajoutons Cahorsain,
ou usurier de Cahors , resté dans le n. pr. n. Cahours.
CASTRE , retranchement , camp , du 1. Castrum , resté
dans des noms loc, comme le Mont-Castre, près de Mon-
tebourg, comme dans le cantique de St-Léger : « En cas-
tres l'enmenat, -> en v. a. Cestre, aujourd'hui Cester, Ches-
ter, dans beaucoup de noms loc. comme Chester, Win-
chester, Worcester; l'a, nous a donné Bicêtre, corrompu
de Wichester , d'où en n. bicêtre, prison, comme le
Bicêtre près de Cacn; le fr. a gardé directement du rad. 1.
Encastrer. Les castiers de Flamanville de même. Mais c'est
le dim. Castelhim , camp et forteresse, qui a laissé le plus
de traces en fr., comme Castel, Château, Châtelet, Encastil-
tage, Accastiller, et en N. où la topographie donne en abon-
dance CATEL, CASriiEL, CATIAU, CASTILIOIS, CATELET, CHATELLIIB,
OATS . et peut-être carteret , car dans la loc. de ce nom on
a reconnu un camp romain . le Castel. et le Livre noir dit
Caslcrium; luu.s cc;^ mois Liniiuiiceiil uiic slaliun rdiiiaiiie ;
aux Castch succidorcnl les Ferlés. M. c!e Gerville cni|tloic
Castillon comme nom commun , ex. le Castillon de Teur-
lliéville. {Et. sur la M., 20ri.) à Jersey Càlel prédomine
ainsi qu'à Guernesey où catelai.x sign. pop. le Guerncsiais;
ainsi les Bimes gnernesiaiscs sont signées un Càtelain;
(M. IMetivicr.) en a. Castle, cliàleau; dans l'Orne chate-
LET sign, un dévidoir, de sa ressemblance avec une petite
tour; à Bayeux chatel est resté dans le dicton :
Pas de porte de cbàlel
Sans martre ni blerel.
cAsiu, s. m. prison, comme l'a. Dungeon, se dit aussi en
argot , ainsi que Cartuche. On pourrait croire que le v. 1".
Chas, château de bois pour les sièges, représente notre
rad.; mais sa forme de Chats -Chatels, dans Joinville.
donne un chastel armé d'un engin appelé Chat et Chatte.
Il y a une autre famille qui a des raj)ports de forme avec
celle-ci : c'est celle du h.-\. Cafallvs, bétail, d'où l'a.
Cattle, bétail, en v. f. Chatel, meubles, en v. a. Catel,
bien, propriété; en a. Chattels, biens meubles; à Jersey.
CHATEL se dit encore , et les séances de la Cour se divisent
encore en assises d'heritages et en assises de chatei,s on
bien meubles; de là le fr. Cheptel.
CATHELINE , Catherine , de Catharina : la foire de la
cATHELiNE cst rcnomméo dans la M., et on dit de sa date
en nov. :
A la Catheline
Tout bois prend racine.
Comme en v. f. : Fait le samedy devant la Seinte Kateline
virge. ') (Ch. de la Luzerne.) Ce mot est devenu en fr. Ca-
tin, et en n. cateau, syn. de fille débauchée, avec la
variante quetousse, à Val.; cateai est le nom de la pie,
Ibid., d'où son sens de voleuse; en a. Kate, en irl. Ka-
thleen. cATBi.v se dit dans la chanson des cordonniers, citée
p. 288 de Vlntr. Quant à cateliaette ou :\)oiui;t, le fruit
de l'Airelle myrtille, il se disait en b.-l. Castellum: « Cas-
tellum . mora , herbagia alia. » (Comptes du M. S. M.)
CATÎEMEKT, s. m. (Jers.) punition, en v. f. Castoie-
ment , de Castigare, rendre chaste; de là le 1. Castrare,
châtrer, en n. chajroix, châtreur, en v. n. Chastre, mou-
ton ; chatbeux . grand couteau ; chatreijx (Bay.) espèce de
poulpe.
CAIK'HE. chausse, de Calcare, d'où cAvririEU. chausser.
— 228 —
CAUCHON, chausson; chapi.ne-caucbe (à), nu-pieds; cauche-
NÈRE, lut. chausse-noire, c.à d. le prêtre, comme entremet-
teur de mariages; on l'appelle encore baoochet et colibert,
coLiBABT. L'a. Shoe semble venir de la forme douce du fr.
Chausse ; cependant l'u. iS. Sceogian, chausser, l'ail. Schu,
le sued. Sko, le holl. Schoe, rendent aussi admissible une
orig. septentrionale, chapine- chausse, (Av.) à pas silen-
cieux, nu-pieds, ainsi que à ru-chapin; le mot Chopin,
dans Shakespeare, désigne une chaussure élevée, (Hamlet,
II, 2.) et Choppine, en v. a., sign, sandale, (Halliwell.)
ainsi que Chapins : « Chapins or high patins. » (Howell.)
cHAPiN , (Gl. n.) pied , ancienne chaussure. La sign, de ce
mot, c. à d. pantoufle, est indiquée par ce vers de Villon :
« Aller sans chausse, en eschappin; » cacquln , talon de
chausse , (Gl. n.) en it. Calcagno. La loc. être né coiffé
se dit on N. : « Etre né cauchié et vêtu. »
CAUD, CAUDE. chaud, chaude, du 1. Calidus : « A
p'iit tempérament faut caud solei et p'tit vent. » Il est re-
marquable que le rad. Cald, en 1., sign, chaud, et le rad.
Cald et même Kalt, germ., sign, froid; du reste le froid
brûle : « Ustos frigore, » dit Justin en parlant des Scyttes.
Quoi qu'il en soit , la méprise est facile , comme on le voit
dans l'anecdote d'Ekkardus où « Kalt, Kalt est aqua, •> est
interprété par Cold par un valet germain. (Casus S. Galli,
ch. X.) CACFFER , chauffer , en a. Chafe; chabffe , s. f.
chauffage; cacmomi, (Bay.) desséché, litt. en momie;
CAiDRON, chaudron, en a. Cauldron; caudromsier , chau-
dronnier, en éc. Caird, chaudronnier; on dit prov. : « Faire
bouenne mine au caudron pour aver du caud; » cauderole,
bouffée de chaleur; caude et chaude, tour de feu donné au
fer, ex. : « Un bon forgeron fait un fer à cheval en une
chaude. » Basselin dit Eschaudée, p. -H 9. chaude, rossée;
cgAUDET, cidre tiédi, en a. Caudle, chaudeau : « en B.-N.
amassent un lait sûr pour leur caresme , le nommant du
caudel. »> (La Barre. Formul. des élus.) On donne le
chaudeau aux mariés le lendemain des noces, chaudet ,
rhume, refroidissement; échauder, v. n., se flétrir par la
chaleur, en parlant des fleurs et des fruits; caumet, (Coût.)
pipe, conir. de calumet; chaffret. s. m. (Hague) bagarre,
le fr. Ecbaffourée : « La bataille d'Arcole était un fameux
chaffret; » écbaubouilur. exténuer de chaleur, litt. chauffer
jusqu'à bouiUir; échalocré, échauffé; chaudik, s. m. fraise
de veau ou de porc bouillie; calun, chalin, en v. f. Cha-
Hne , éclair de chaleur, en Bray Câline; caliper : <i I ca-
229
lune. » il fait des éclairs de chaleur; cali>eb , en Bray,
se dit des animaux qui cherchent l'ombre; chaudepissE .
strangurie, en pat. a. CItawdpys ; (Halliweli.) l'a Scald
est le fr. Echauder; chacd.n el chaudron désignent les en-
trailles du porc, en v. f. Chaiidun; on dit par menace:
« J'vas t'fouler l'chaudin; » Shakespeare a employé Uial-
dron et Chaivdron pour entrailles. Le v. a. avait encore
d'autres mots de cette famille : « A bassen , a chawfer, a
chawûn dish. » (Ap. Bristish monacliism , 276.) En a.
Chafe, chauffer, et Chaff, paille; or, le N. appelle de la
CHALFFE, la paille, les broussailles. On trouve dans le Ms
du continuateur de D. Huynes : « La mer jetta un poisson
d'une grosseur extraordinaire, appelé chaudin ou petite
ballene. » Il y a un dicton n. qu'on peut rapprocher de la
p. ^ de Xlntr. :
Bat à fred. bat à ctiàs,
Bals ta remme el n'Ia lue pas.
CAUT, Cautus, est resté dans le dicton : « Il est enco
pus caut que l'diable; » l'a. a en ce sens Cautious, de là
le fr. Caution, Cautèle. On a dit en v. f. Cauld, de
Callidus.
CAUX , chauve, de Calvus, est resté dans les n. pr. n.,
Le Caux, Le Chaux, Chauvet, Cauvin, comme en v. f. :
« Cest Karles fu Karles li Kaux, » (/?. deRou, v. 298.)
et au.ssi dans des loc. comme la Butte Chaumont, Calvus
mons, les hauteurs de Chaulieu, Montchaud, près Vire;
un Grégoire de Calvalandc donna à Ouville le prieuré de
Calvalande. En Amérique on appelle les vides pelés des
savannes bald j^laces. Le fém. est dans solris-cauve, (Val.)
chauve-souris.
CAUX, CAX, chaux, de Calx, comme en v. f. : « Pour
un tonnel de caulx prins à Bernières. » {Comptes de B.,
^5e s.) (I Fist e cax et pierre atraire. » (R, de Rou.) chau-
ler, munir de chaux, en a. Caulk, calfater; le fr. Calfa-
ter, en V. f. Calfreter, dérive de Calx el Fricare; Calfeu-
trer est la même chose; caichiie, chaussée, litt. fait à la
chaux , d'où les nombreux vieux chemins dits chaissé ,
cACcaîE, cnEMH CHAUSSÉ : « Chemino chaucie, » (Cartul.
de la Luzerne.) et Chcminum calciatum; il y a en N. des
chaussées de lu Reine Blanche, celle qui est marquée dans
la M. sur la carte de l'état-major, des chaussées de Brune-
haut, jsar ex. une sur la rive de la Bresle. En v. a. Caxi-
.•jpî/, chaussée , conservé dans l'a. Cansc-trai/ ; cHArLÈRE,
marchand de chaux; (Coût.) cuaiffonos, ternie de la navi-
gation sur la Seine , peut-être un fond à pierre cimentée ;
du moins il est question d'un chaiîffonds , dit trevule de
FODBNEAux , dans le naufrage d'un steamer qui avait aban-
donné le chenal. [Débats, Her nov. 1857.) Le village de
Cauquebourg, en Beuzeville , tire, selon M. deGervillc,
son nom d'une antique chaussée; de même peut-être
Ecauqueville et Ecausseville sur la voie romaine d'Alauna
ji Crociatonum.
CAVE , s. f. cavité dans la terre, dans une rivière, etc..
en a. Cave; cavèe , s. f. chemin creux , en a. Cavey , une
mue, une cage: « Fosses parfont chavées; » {K. de Rou.)
CATER, creuser, en v. n. Chever : « Une pierre cheva; »
{R. du M. S. M., V. I IG6.) engaver, mettre dans une ex-
cavation, en a. Carve, creuser; cavoie, s. f. chemin creux,
comme en v. f. dans le sens d'excavation, carrière : « Ves-
quit dans la cavoie tout un an; » (7\ de Chartrose.) cwe-
RET (Vill.) , ruisseau dans un ravin; MM. du Méril citent
cAvm, fossé, qui se dit en v. f. et en pic; Le Cheffresne
(M.) est latinisé en cava fraxinus au Liv. noir de Coût. ;
de là aussi , peut-être , Cavigny près de Saint-Lo , Chavoy
près d'Av.; cayet (Gl. n.), dévidoir, sans doute de la boîte
ouverte qui lui sert de base; cabiner (Genets), frapper dans
un trou ou cave avec la toupie; caouret, s. m. latrine,
litt. cave à fourre (foire); cage, casanier (Lis.), mot qui
conduit au fr. Cage, de Cavea, d'où Cagier, Cachier, c. à d.
Cacher (V. cachier) , et Cajoler, Cageoler, Caveola, dont
la contr. est coller , tromper : Oudin définit ce mot par
CUGEOLER.
CELLE , cellule , monastère . du 1. Cella, resté dans des
nom loc, la Selle-la-Forge, la Selle-en-Ouche, Selles, arr.
de Pont-Audemer, Lacelle, et peut-être Lacei; Cella sign,
dans Martial maisonnette; selon le Gl. n., celle, à Caen,
sign, magasin ; mais il était pris autrefois en un sens reli-
gieux, et était syn. d'hermitage : 140 celles dépendaient
de l'ordre de Grandmont ; l'euphonie n'empêchait pas de
dire : « Que celé celle à enfers fust. » (R. du M. S. M.,
V. H 965.) Aussi Cell, en a., sign, cellule, et en v. a. Celle,
sign. : « A religious house. » (Halliwell's Diet.) Les pre-
miers solitaires d'Irlande en tiraient leur nom de Culdee ,
litt. Cella Dei; Kill sign, cellule en irl. : ainsi Kildare est
Kil-Dara . cellule du chêne . parcequ'un grand chêne om-
brageait le monastère qui a donné son nom à la ville, chel-
LIER, cellier, en a. Ce/Zar; cenas, (Gl. n.) grange, grenier,
(le Ccllarium ; il se dit aux Marches de Bretagne.
CEMETIÈRE, cimetière, de Kot[y.r,T7iptov , couche, en 1.
Cœmeterium , en a. Cemetry, comme dans ce dicton ;
Au Vendredi-Saint se le cemeliere n'est fermo
Il y aura grande rnorlalilé.
01. Basselin dit : « On plante de pommiers les bords de
cemetières près des morts; » et Wace : « As cemetières
tot atraient. » (7?. de Rou, v. WVïù.) On dit aussi cheme-
TiÈRE et cniMETiÈRE : « A l'issue de la grand'messe au chi-
metière; » (Coût, de JS.) on trouve dans les Mém. des
Ant. de N. : « A l'uys de l'église et au chimetière. »
(t. vin, 38.) Plusieurs champs de bataille n. sont dits:
« Chimetières aux Anglais, » par ex. à Vengeons. (Ms de
M. Demons.)
CERCLIER , cercler , de Circulus ; cerclée , nom de
l'abside de la cathédrale de Coût., Circata, pour laquelle
il y avait un impôt sur le clergé : « Pro circata decem et
seplem cenomanses solides. {Liv. blanc, f. 20.) Nous
croyons que c'est ce mot et non Church, donné par M. F.
Michel , qui est dans les vers suivants :
Jonchier deveint dedenz le cor
Ella cherctie, l'erière-cuer,
Le chapitre e le refeclor.
{R. du M. S. M., V. 544.)
Du reste le fr. appelle Ccrche un arc de cercle; à cercle, en
a. Circle, se rattache Carcan, Circinus , en n. quercan ,
et Cerner, Cerne, Cerneau, en a. Kernel, fruit rond. Nous
mettons à cette famille un mot de l'Av., cercaut, s. m.
vieille branche, en argot Cerclé, tonneau. Du 1. Circare ,
circuler, vient le fr. Chercher, en n. cherchier, en a.
Search, plus voisin du v. n. : « Leurs gens qui les cer-
choyent, » {Chron. de N., -104.) et l'a. 5eeA' pourrait être
la contr. durcie du précédent; cberchous, chercheur; en
H.-N. d'ailleurs on a la forme douce cerchier, d'où est
venu l'a. Search : « Ne cerchez pas de falots à candelle. »
(Ferrand, Chant royal.)
CERIMONÏE, s. f. cérémonie, du 1. Cerimonia, se dit
en Prov., en Dauph. : « Fit ordonner pour la cérimonie. »
('Cretin, Deplor. sur Olkergan. ) Cette répugnance à deux
syllabes en é se retrouve dans la Serene, pour la Sirène ,
enseigne d'hôtellerie , commune au moyen-âge. « L'alle-
T H. 4
— 232 —
chant plaisir des Serenes de la vie. » (Ronsard, Ode 5,
1. 5. ) M. d'Avenel écrit serimowe. (Hist, de D. Huet.)
CERTAMEN, certainement; on dit ce pléonasme : « Il
est seur et certain , » Certiûcat « coume par lequel , » loc. n.
elliptique ou suspensive qui laisse deviner la chose à
prouver.
CESSIER, cesser, de Cessare; pecessier, cesser: «Jen'
decesse de prêchier (parler). » a cessaint (Vill.), le soir, lilt.
à travail cessant ; recesse , flaque d'eau laissée par la mer
(Av.), de Recessus, en a. Recess; en v. a. Resset, une re-
traite. (Halliwell's Diet.)
CHA , pron. cela , ça. Le n. donne un son mordant à c
suivi d'une voyelle , doux en fr. Ainsi, il ditC7i«, Chi (ci) ,
Ainchin (ainsi), Ichin (ici). Ainsi l'a., ex. : Conscious,
Ancient, etc. La pron. n. de ce dernier mot est figurée
dans le recueil des Croniques et anchiennes istoires de la
Grant Bretaigne a present nommée Engleterre, par Jehan
de Waurin, Ms. cha, dans le nord de la M., se dit cheinna.
V. CA. CHETTE-CI, CHETTE-LA, cclle-ci, cclle-là (Av. ct Jerscyj :
« Chette-là, ben seu, n'a pas 1' filet. » (Chans, jers. ap.
N. inconnue de Fr. Hugo), env. f. Ceste: « Une plus chère
obligation que cestecy (Malherbe, Lettres); dans le nord de
la M., STi-CHiN, STEL-CHiN, celui-ci, celle-ci; sti-la, stel-ia,
celui-là, celle-là; à Av., chèse-ci, cbèse-la, ceux-ci, ceux-
là , ressemblent à l'a. These; en v. n. Cest-li , celle-ci :
« Por loramorde cestli face. » {R. du 31. S. 31., v. 2623).
CHA est un terme vague qui dispense du mot précis, comme
dans la loc. : Cha soune, » Utt. la cloche sonne, et dans
le subst. CHATOURNE, claque, ou cha (tête) todene, et dans
Chavirer.
CHABOT, sabot; chabotier, sabotier; chabotecx, qui
fait un grand bruit de sabots; chaboter, faire un bruit de
sabots; chadoterie, s, f. tapage de sabots; chavatte, sa-
vate; cHAVETiER, savcticr; chaveter, réduire en savate,
froisser, salir; en prov. Sahatto, chaussure, en esp. Za-
patto, en arabe Sabatt. Ce mot n'existe pas en a. , parce
que le sabot n'est pas d'usage en A.; chabernot, savetier,
terme de mépris, en H.-N. chabrena : « Après may crient
ces chabrenas ; » (3Iuse n.) de là chabrenal , sale, négli-
gent : CAPERNOT, ibid., mauvais charpentier : « Eté dans ses
p'tits chabots , » c'est être moralement gêné. Pour Sabot,
dans le centre de la Fr. , on dit Bobot et Bot ( Gl. de
— 233 —
M. Jaubei-l), mot qui peut être l'origine de Kollc. On
chante dans l'Av. la ronde des Sabots .. assez joli chant .
évidemment altéré à la fin :
En passant par la Lorraine,
Mes sabots, la ridondaine,
Ati I all I mes sabols de bois.
J'ai rencontré trois capitaines.
Mes sabots, etc.
Le premier m'a dit : Je l'aime
Mes sabots, etc.
Le second m'a dit : Tu m'aimes.
Mes sabots, etc.
Le troisième m'a dit : Vilaine.
Mes sabots, etc.
Je ne suis pas si vilaine.
Mes saliols, etc.
Puisque le fils du roi m'aime.
Mes sabots, etc.
Qu'il m'a donné pour élrennc
Mes sabots, etc.
Un violon de bois d'èbène...
CHAINCHIER S. m. fripier; ce nom subsiste à Rouen
dans la Bue des Chainchiers ; le mot Cainse et Chamche
sign, autrefois chemise, et était la contraction de Camisa,
et Chaincerie sign, lingerie, d'après un ex. de du Gange :
« Chaincerie une fois par an deux deniers. » ( Coût, de la
Vie. de l'Eau à Rouen. ) En it, Cencio; queminse, chemise;
QUEMiNSETTE, chcmisette ; un plaideur acharné dit pour un
procès : « J'y mouegerais ma dernière queminse. » Quand
la chemise se montre par un trou de la culotte, on crie
par derrière : « Combien l'bôquet? c. à d. le bouquet , ce
qu'on demande à la foire ou à l'assemblée à celui ou à celle
qui, pour se louer, porte un bouquet à la main ou à la
tête. Le h.-l.Camisia^eui avoir un orig. lat. ; Cama, lit, en
esp. (xaf^at, à terre); mais on dit Caimis en irl. et en gaël;
en lang. Camisa, d'où les Camisards, qui étaient vêtus de
blouses blanches.
CHAINGNE, chaîné; ENCBAiNGMER, enchaîner, àe, Ca-
tena (xaôeva, un à un); coAiGNOLLE, manivelle qui mouvait
une chaîne , ou qui a remplacé une chaîne. Ce mot s'est
altéré en choignolle, à Av. sol^olle, d'où ceoiiNOLLER,
adapter une choikolle, et dechoigkolleb , desoiixoller, v. a.
disloquer ; en v. f. Soignole, manivelle qui meut la chaîne
d'un puits ; le fr. Chignon sign, la nuque , la chaîne des
234
vertèbres du cou , d'où chigiAo.n , partie des cheveux relevée
par le cou ; Chiguon est dans Villon Chagnon (édit, Jannet.
190), ainsi que le n. chignole, nuque : en argot, Cadenne
sign, chaîne du cou, d'où le fr. Cadenette; en anc. prov.
Catal , en esp. Cadena. cnAiGREirE (porter en) sign.
porter sur les deux mains croisées. On dit à Lis. : « A rune
la boise. »
CHAIRE . chaise , du 1. Cathedra : « Se met dans une
chaire ou s'assied sur un banc. » (Régnier, Sat. x.) La
forme intermédiaire est le v. f. Chaere; chairer, enfermer,
les enfants dans une chaise barrée. Au contraire, dans
l'Av., CHAISE signo la chaire du prédicateur, du 1. Casa:
« Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise. »
(Molière. Femmes sav.) Dans le nord de la M., caire,
comme en v. f.
CHAITIS, adj. chétif, en v. f. Chaitis, C/iefis, Caitis,
dérivé de Captivus :
Seit arse cesie vile Iule...
Seient en cil mené chaitif
Qui i seront bel Irove vif.
(Benois, Chron. de Norm , v. 1855.)
En a. Caitiff, en en it. et en esp. Cativo, en hoU. Katuff;
cAPxi , captif : « Se rendre capti , » se captiver.
CHALUT s. m., espèce de filet probablem. dérivé de
chaland, de xeXavSiov, petite galère à rames; chaluteb, pê-
cher au chalut.
CHANGE s. m. chemise ou vêtement de rechange :
« N'emporter avec soi qu'un change; » changier (se)
se vêtir d'autres habits : « J'vas m'changier; » du b.-L
Cambire, Cambiare; echaî\gier et essangier (Val) du linge,
c'est le passer à l'eau, le laisser tremper, lui donner un
léger changement , si toutefois ce mot ne renferme
l'idée d'eau, comme Essavier, par ex. En a. Change, chan-
gement. Exchange, bourse, Changeling , enfant supposé,
ce qu'on dit en fr. « Changé en nourrice. »
CHARIVARINER v. a. et n., rendre l'objet d'un chari-
vari, du b.-l. Carivaria, tapage : « Inibemus ne faciant
larvas seu carivaria super matrimoniis. » (Ap. Martenne,
collect. 38.) II s'agit d'une mascarade (Larvas) accompa-
gnée de cris Carivaria, on. CHARiyARiNEUR , charivariseur :
à Jersey, la nuit de la Saint-Jean,, on crie , on bat les us-
tensiles de cuisine, ce qu'on appelle : « Faire braire les
poêles. I) (V. notre notice sur Jersey, Revue de Caen ^845.)
— 23o —
CHARMEUR, enchanteur, en a. Charmer ; ce mut est
dans une chanson n., citée par E. de Beaurepaire {chants
pop., 51) :
Le rossignol charmeur
Y cheminait quant et mé.
Charmer a son sens prim, dans Basselin : « Tant est bon
cestuy-ci (pommé) qu'il m'a presque charmé, » dul. Car-
men, chant magique, en v. f. Carme, vers, mot qui est dans
une inscrip. funéraire de l'église de Cerences ; « J'en fais
tous mes carmes. » (Basselin, 119.) L'idée d'ensorceler,
d'envoulter, ou litt. percer le Voiilt , ou l'image de quel-
qu'un, se rend dans l'Av. par ExNqueuaudeb, v. caras. Carme,
vers, Carmen, existait en v. a. : « To chaunt our charmes
at will. » (Spenser, 410) On emploie encore charme dans
son sens magique dans la loc. fr. « Venir à charme , »
et dans la loc. u., avec l'éclipsé de par: « Venir comme un
charme. »
CHAUFFAUD , s. m. échafaud, comme en v. f . , de l'it,
Catafalco, d'où le fr. Catafalque. V. Du Cange, à Chauf-
fatidiis.
CHAUT 3" pers. du v. fr. Chaloir, importer, qui n'a
laissé au fr. que nonchalant, nonchalance, on dit ; « Cela
ne m'chaut pas, » et comme dit la Muse n. : « Que m'en
chaut? je le porte à ma guise, » et 01. BasseHn : « Le
mauvais latin ne nous chaille. » (p. -JSO.j C'est sans doute
à ce dérivé du 1. Callet qu'il faut rattacher le fr. Chaland,
litt, partisan, car en n., Chaland sign, ami, amant, en
mauvaise part : « Cette femme et ses chalands , » d'où
chalandise, achalander.
CHAUVIR, dresser les oreilles d'un air sournois, peu
usité en fr.; chadmir, id.; chauvet, caivet, animal sour-
nois, qui chauvit; Régnier traduit le demitto auriculas
d'Horace par « Tu chauvis, » du I. Calvere, tromper.
CHEUNDRE, ceindre, de Cingere; recheint, s. m. ligne
concentrique pour resserrer un animal qu'on veut saisir ;
CHEINTCRE, ccinturc ; la cheinture s. martin est l'arc-en-
ciel , en prov. Arc san Marti, et Area de san Martin en
esp.; à Bay., les ceagles sont des rues de ceinture, comme :
rue des Cengles, les Cengles de Sl-Floxel , les Cengles de
St-Patrice, dul. Cingulum; (V. Pluquet, Essai sur Bay.,
M 6.) CHEiGrsELX (H.-N.), tabUer qui ceint les reins : « Pu-
rins qui venez aux serées avec vos chaigneux. » (Bluse n.)
CHENAS, usité dans la loc. : « Coumc un pape dans un
— 236 —
cheims, » pour dire fier el solennel, lilt, dans un cénacle ;
pour le peuple n. , le visage du pape représente une belle
face rayonnante de santé : « Aveir une figure de pape. »
V. cBi.^E , rad. de ce mot.
CHENDRE, cendre, du 1. Cineris, en a. Cinder, fraisil,
en V. a. : « Cynders of cole brize; » C'est le sobriquet
d'une commune n. : Les chendres nèrcs d'Anisy; le mé-
cuEDi DES CHE.\DBES, Ic jour dcs Ccndres ; chendroux, cen-
dreux; CHENDRER, couvrir de cendre; chendrouillier et
cHENDRiLLONNER , remucr salement les cendres , couvrir de
cendres ; cheindrillon , s. f. celle qui se souille de cendre
ou reste toujours au coin du foyer; on dit encore cul-
cHEADiioux. On dit en N. : « Faut mouegier sept boissets de
chendre pour allai en paradis. »
CHENSOIR , encensoir, en a. Censer, enchens, encens ;
encenser, v. n. , se dit métaph. des chevaux qui lèvent fré-
quemment la tête; Censer sign. , dans Shakespeare, une
espèce de poêle dans la boutique d'un barbier. (V. Taming
of the shrew.) Encens vient du 1. Incensum et tout ce groupe
se rattache à la famille de candelle.
GHENT, cent, de Centum, comme en v. n. : « Ghent
mile. » {R. de Rou., 313.) che.ntalne, centaine; CHENTAmE
(trouver la), c. à d. le nœud d'une difficulté, litt. le cen-
tième tour de dévidoir oij l'on fait le nœud au fil; aussi faire
tourner la chentaine sign, embarrasser : « La chierlé o pus
hupais fait tourner la chentaine; » (Muse n.) chentiime de-
r\iER , droit de mutation, autrefois le centième denier ;
chentime s. f. centime : « J'nen donnerais pas une chentime
fendue en quatte. » « Aveir des mille et des chenl, » c'est
être très-riche; chentenier (îlesn.) adjoint au connétable ou
maire, administrant une chentaine, souvenir des anciens
Hundred saxons et des Centenies 1. En bret., Kant, cent,
comme dans le prov. : « Kant brot, Kant kis; Kantparrez,
Kant ilis; » cent pays, cent modes, cent paroisses, cent
églises.
CHER, choir de cadere, part. p. cheu, fut. Je cherrai,
prêt. Je CHEus ; de là mescheoir ( Gl. n. ) échouer et mes-
CH!EF (ibid) malheur, en a. mischief; on disait en v. a. bon-
CHIEF, bonheur, bonne chance, car chance contr. de Che-
vance se rattache à Cadentia; de là le fr. chance, chanceux;
en écC/iancy, heureux; on dit de quelqu'un de peu de
chance : « Né le lendemain de la chance et mort la veille; »
en a. Chance, chance , Perchance . par hazard ; enchée ,
— 237 —
Iréniic OÙ choit le grain ; cheute, chute; eguelte, e^uelte
p. f. éboulement; CBEVER à ]M. choir; echouebie, place d'é-
chouage à Saint-Pierre-ct-Miquelon ; accidemer, frapper
d'accident : « Le reboutour guérit les bêles accidentées ; o
cabre, en v. t Cable, bruit, duns l'Orne , sans doute d'un
objet qui tombe; échiaace, échéance, de là le fr. cadence,
cadavre, cadole, caduc, décadence; enn.DECADiR, déchoir;
en a. Decay; ainsi, dans le dicton de l'Av. : « Ch'est
coume la ville des Biards, qui décadit chaque jour d'un
Hard. »
CHER, cerf, et surtout Cerf-volant, insecte, la lucane;
on croit qu'une tête de cher dans la poche porte bonheur.
Le 1. Cervus est devenu Cel dans la loc. la Lande de
Corcel. dans l'ancienne forêt de Lions; ce mot , qui sign,
où l'on court le cerf, garde sa forme étym. dans les vieux
documents : « Une lande Corcers a nun. o ( R. de Rou,
V. 5668. j et ap. Dehsle, Et. , 370 : « Hz peuvent faucher
en la Lande de Cocerf. » Le mot Daim, dul. Dama, semble
avoir donné au V. f. Dainchj , élégant de forme, Vu Dandy,
en V. a.Dainte, comme dans covers de Chaucer {Prologue,
V. ^68):
Fui many a dainle Lors hadde he in stable.
Delà, dans la langue delà vénerie, Daintier, d'où sans
doute l'a. Dainty, friandise. On dit ordin. en N. : « Puer
coume un daim. » L'a. Deer n'est pas sans ressemblance
avec Daim, et la femelle Z)oe avec le fr. Daine, pron.
Dine.
CHERISE, cerise, de Cerasus , ville de Pont, en a.
Cherry ; cherisier, cerisier; à M. cebase, cerise; de là les
noms loc. la coerisaie, le caERisEx, cheriset, cerisaie. V.
passim les noms des espèces de cerises, parmi lesquelles
l'a. Cherry-duck, litt. cerise à canard, est pop. dans la M.;
c'est la cerise d'A. des jardiniers. On peut rattacher à cette
famille le fr. Merise, litt. Mau-cerise. cerise sauvage.
CHERVELLE, cervelle, du 1. Cerebrum: « Pnapaspu
d'chervelle qu'un lieuvre; » échervelé, ccervelé, en n. ch
se durcit dans certains mots issus de Cap, Caput, comme
QUEVEU, cheveu, quevèt, chevet, queville, cheville, quetir,
chevir , quivière, civière, etc. Ce dernier est dans les Rôles
de l'Ech. de ^^98 : Chivreum a\'ec Baiardum on len. bard.
CHEUCRE, CH0UCRE, sucre, en a. Sugar, pron. Chougre ;
CHOiCRER. le chucrin-vert, poire. etc.V. Chucrc, p. 't^2 de
y Mr.
— 238 —
CHEVA, cheval, du 1. Caballus, comme dans le prov. :
Che n'est pas I' cheva qui laboure l'aveine qui la majue ; »
on dit encore : « Bête coume un cheva. » Les enfans se
défient par un terme de chevalerie : « Je m' f... d' té à pli
et à cheva. » pied-de-cheva, grosse huître de rocher, à Val.;
piED-DE-cHEVA (Litry), morceau de houille imitant le pied
de cheval; chataigïne-de-cheva, marron d'Inde, en a. Horse-
chesnut; coce-de-cheva , la prêle; chevalerie, n. coll. pour
l'ensemble des chevaux. : « A c'te feire , la chevalerie se
vendait biin; » de même en berrich. : « On a saisi la che-
valerie et la récolte; » ( Fr. le Champi, 473 ) ce que l'a.
exprime par « on horse back , » le v. a. le rendait, comme
en fr., par «ahorse. » (Rob. de Gloucester.) chevaucheure,
s. f. petit sac de paille eu guise de selle ; achevaler (Gl. n.),
mettre à cheval; dechevaler, descendre de cheval; galvau-
der, GALVAUDER, chovaucher vite, courir à travers; galvau-
DOCR, celui qui galvaude; cavalière (porte), la grande porte
du manoir n. ; mais cochère ( porte ) a prévalu en fr. ; la
petite porte est dite riÉTO^imÊRE. On a aussi dans la M. la
forme dure qdeva, cheval, comme dans Caballus et dans le
fr. Cavale, laquelle se disait en v. pic. : « Les hospitaulx de
S. Loys dits du Queval dor à S. Omer. » quevalchier ,
chevaucher; quevauchie et pecquevéchie (jouer à) , c. à d.
à faire chevaucher une épingle par une autre en la pous-
sant du doigt. M. duMéril rattache au rad. Cah, tête, Ca-
ballus, Capra , etc. Le v. a. employait Chivaler, cheva-
lier, et l'a. actuel garde le mot fr. Le Cavelier est un n. pr.
commun en N.
CHIBE, cnivE, cive, du 1. Cœpa, oignon; en a. Chives :
« Vert coume chive ; » chibot, s. m. ciboule (Cœpula) en
lang. Cebot, en v. f. Cibot et CMbolle, ainsi qu'en v. a. ,
comme dans ces vers 4389 de la Vision of P. Ploughman :
Chibolle et chervellc
And ripes chiries manye.
Un de ces mots est le cerfeuil, le chervil actuel; en n.
ÉCHERVI désigne un légume qui disparaît , le chervis. Ilal-
liwell cite dans son diet., Chibbals, oignons, etChibe, sorte
d'oignon.
CHICAINE, chicane, du 1. Ciccum, en passant par l'esp.
Chico, peu, htt. difiiculté sur une petite chose; Chicanour,
chicaneur : « Un normand , un fils de pirate , de bouvier ,
de chicanou, comme dirait Rabelais, de buveurs de cidre,
etc. » (J. Barbey, Memorandum, 96.) Les rues tapageuses
— 23 9 —
sunt dites pup. Rues c/ncatie; on appelle Papiers-cldcane
les contrats ou mss. usités en lecture dans les écoles. A ce
rad. le fr. rattache chiche, chicot, chicoter, et l'a. Chicane,
chicane, Chickpeas, pois chiches, et de là laloc. fr. chiquet
àchiquet.
CHE, çu, ce;cH£T, cet, en v. f. Cist (hic iste), et çte
devant une voy. : « Çu quemin, çt'anima. » V. Su passim
dans la Muse n. cf. cha , chelle {Hœc illa , en v. f. Icelle) .
celle, à Av. le sien : « not paumelle (orge) d'anieu est biin
secque; la sienne d'hier itou; » chin, ci : sti-chin, celui-ci;
AiNCHo, ainsi : PAR-cei>, par ici.
CHIFFER, chiffonner, de chiffe, en arabe iSe/m , ro-
gnure; CHiFFETiER, chiffonnicr; chiffeter, déchiqueter; ce
mot fr. dérive de chique, chiffe : « Remue tes chiques; »
chiquetier, clfiffonnier ; écbiqieter, déchiqueter : en argot,
Chiffon, Cldffon rouge désigne la langue, et l'argot a. la
désigne aussi par Red rag.; de Chiffe vient l'a. Shift,
chemise de femme, en pat. a. Chife, fragment.
CHIFOURNIE(Guern.), vielle, en V. f. Chifonie, dérivé
de symphonie ; il est dans la 3fuse n. :
Qui ne dansest à d'autre chifournie
Qu'au faux bourdon que rendent leu bouyaux.
CHIIER, cher, du 1. Cams : « Le blié est biin ceiiER;»
CHIERTÉ, cherté ; e.xchiérir, enchérir, chiire, caresse : «Faire
des chiires, » des mines caressantes, des chères, en wallon,
Caire, mine et en prov. Carou, env. a. C//eere dans Spenser
p. 8, en a. Cheer; echere, jalousie, et echerdam ( Gl.n. ,)
jaloux, sont peut-être des formes de Enchère, qui est sou-
vent une forme de la jalousie , car le jaloux enchérit sur
son rival ; chihette ( Gl. n. ) rire caressant d'enfant ; cetérir
caresser, comme Cherish en a. La famille secondaire de
charité, Caritas, donne au n, charité, confrérie ; « Se il
advient que aulcun des frères de ladicte charité eschet en
maladie de mezellerie. » (Statuts de laconf.de S.-Malo de
Bay) ; on disait Carité : « Cy ensuivent les estatus de la
confrairie et carité de Bernay. » (Bibl. de l'éc. des Chartes.)
CHARITAM (Perche), confrère de charité ; caristau , qui de-
mande la charité, comme dans ce blason des gens de Vil-
liers ( S.-Inf. ) :
Les manants de Viliiers
Caristaux l'été, carislaux l'hivé.
CALISTRADE S. f., sac à provision , le fr. Caristade, de forme
prov. : « Aller à la calistrade, » c. à d. mendier.
T M. 5
— 2'.0 —
CHUN, el TcniL\ dans le nord de la M., quik.\ à Coût, et
en H.-N. : « Toultefolz que le roy cache en la forêt de Rou-
vray pour un an une mine de brest pour faire du pain à
ses quiens. » (Delisle, Et., 388), du 1. Canis : la forme
QCLN donne peut-être au fr. Requin, appelé d'ailleurs Chien
de mer. Ce mot entre dans beaucoup de dictons n. : « Etre
recheu coume un chiin dans un jeu de quilles. — Allai de
travers coume un chiin qui revient de vêpres. — Un chiin
regarde biin un evêque. — Noble coume les quartiers d'un
chiin. — Quand no veut tuer sen chiin , no dit qu'il est
eragii. — Coume disait Dagobert à ses chiins : N'y a si
bouenne compagnaie qui n' se quitte. — Etre à cheva sus
le tchiin , c. à d. désappointé. — Ne faut pas élevai un
tchiin pour se mordre, etc. (V. Pluquet, Essai, 305.)
Berat a employé le quien de la H.-N. : « L' quien du berger
qui me r'iuquait. » (Le Doigt coupé.) qi]e.\aille , le fr. Ca-
naille , prim, portée de petits chiens , et maintenant l'en-
semble des enfans d'une famille, en v. n. Chiennaille:
« Cette chiennaille païenne. » (Mir.de Rob. le Dyable, 98); à
Val. QUENASSE, enfant; quenot, petit chien; de là le fr. Chenet,
de sa forme de chien accroupi : « A Rouen, on dit parmi
le peuple Qucnot pour petit chien; on appelle aussi les
chenets des Quenots. » (Dictionn. de la Conversation, art.
Chenet.) Aussi les A. l'appellent Dog, et les Ail. Feuher-
hund, chien du feu. quenotter, chienner; décaniller et
DÉcHEiMLLER, faire déloger, litt. tirer du chenil, en a. Kennel;
en v. f. : « La chiennine morsure. » (La Fresnaye, Idylles.)
ceL\ER, colporter, courir les campagnes, travailler dur, litt.
courir comme un chien, faire un métier de chien ; chineub,
colporteur : il pourrait aussi venir d'Echiné, en it. Schiena,
dos , du gr. 2x'^°? ' hérisson et colonne vertébrale , d'où
Echiner, en a. Chine, en n. etchlner; etchineux, couperet
de boucherie. On rapporte au chien, avec une nuance de
mépris , les produits naturels très-communs , comme vio-
lette DE CHIIN, viola canina, rose de chiin, l'églantine, en
a. Dog-rose et Dog-briar ; le Dog-wood est le cornouiller.
CHIME, s. f. (Bay), rejeton de choux, litt. la cime,
du 1. Coma, ou plutôt de Cacumen, d'où le fr. cime, cimier;
ÉcHiMER, écimer; chimelette (Av.) cbimette, baguette fine
et flexible (S.-Lo) ; cotjmète, comète; coeffe a la cocmette,
ou simpl. COUMETTE (Val.), coiffe recourbée en cimier; en
a. Cornet, comète; au 1. Coma se rattache le v. f. Coint,
joh, bien peigné, en. a. Coint, en a. Quaint, joli, en l.
Comptas, d'où le n. pr. le Cointe; c'est de là que vient le
— 241 —
fr. Accointer, lilt, aborder avec gentillesse, en a. Acquaint,
Acquaintance, etc.; du reste en gall. Gwaint , gentil, en
bret. Coënt, aimable. La vieille orthog. cyme, cymaise,
conflrme l'ét. de cette famille par le 1. Cacumen.
CHIMNAIE, cheminée, en a. Chimney, du gr. Kapiivoç
(xatw) : « Neir coume la chimnaie. »
CHINE , dîner , du 1. Cœna, pourrait exister quelque part
en N. ; du moins, le v. f. avait Rechinoy , le goûter; en n.
BÉCI^E (re-cœnare), collation; récier, collationer; en lang.
Hécate, repas du midi; l'a. possède Ccnatory, mot d'orig.
savante; le mot Cénacle paraît être dans cette locution :
« Fier coume un Pape dans un cenâ. » V. cue.^as.
CHINQ, cinq, du 1. Quinque; on trouve Cinque dans
d'anciennes inscr. italiennes ; « mil IIII c. ving et chinq. »
(Acte de la Vie. de l'Eau) ; l'a. a gardé ce mot dans les
■> cinque-ports ; » le a cinq pace •> est une danse que sir
J. Davies appelle « a gaillard » et on trouve dans la Cym-
belinede Shakespeare: « A mole cinque spotted. » Du reste,
l'a. renferme dans des sens spéciaux les noms numéraux f. :
One, en v. a. On : « it chance me on day. » (Spenser, 402)
deuce, troy et treble, cinque, week (semaine ou huit jours);
douze est sous forme de douce dans Spenser, p. J 78 : « Like
a doughty doucepere. » et Doseperis dans Chaucer est le
fr. les douze pairs de F., en v. a. a dosein, une douzaine,
en a. dozen. Les cniNQ dés, ou l'ancohe; l'herbe aix chinq
DENTS , sans doute la potentillc. On dit prov. :
Une soupe aux clioux
Aumédecliin oie chinq sous.
ceiNQUANTE, Cinquante : « De la nature du melon; faut en
choisi chinquante pour en trouvai un bouon, » CHI^QUAN-
XAENE, cinquantaine, chi.nq-quemlns, carrefour à cinq chemins.
CHIPER, prendre, filouter (Bay. Vire), usité surtout en
argot de collège, du 1. Capere; acciier, en Bray sign, rece-
voir et prendre; chipie, femme avide et intéressée; de là le
fr. chipoter, et l'a. Cheap, bon marché; capti, captif, concen-
tré sur : « Etre capti à sen coumerce, » de là l'a. Keep,
Kept (Captus), en a. -s. Cepan; de là Keep , donjon. Le
f . Capable est en a. Capable , de Capere ; mais Able , ca-
pable , est la contr. du fr. Habile, en v. f. Hable. De là le
fr. Capter et sa famille, d'où Acheter (Adcaptare) , en n.
acater; en it. Acatare; dans les Rôles n., ^m/are, Acatum,
achat : ACATorR , acheteur; acatobr de biens . celui qui achète
— 242 —
des terres pour les revendre; apeuchever , apercevoir : ched
est la term, du part, passé reçu , aperçu , etc. En argot
Choper, voler, Chopin, vol.
CHIRE , cire , du 1. Cera : « Por i c. de chire. » [Coût,
de la Vw. de l'Eau.) chirocx, chassieux; chirer, crier;
ceiGROs (H. N.) , la cire grasse des cordonniers , comme
dans la Muse n. :
Je renonchis au ligneul, au chigros.
ceiRiER, drier; chirage, cirage; chferge, cierge; chiergier,
cHiERGiÈHE, marchand de cierges; chirobène (Gl.-n.), cire
de cordonnier; Cf. le fr. Ciroène.
CHIROT, sirop, suc doux, de l'arabe Sirab, potion
médecinale, en a. Sirup, chiroteu , rendre un suc doux :
« La pipe chirote; » chiroter, déguster, savourer : «Chi-
roter sen café; « ch(Rotier , gourmet, buveur de sirops.
CHISET, ciseau, en it. Cisello, du 1. Cœsus, en a. Chi-
sell; cmsiAu, id. ; enchiseler, ciseler, de Incisus; chigail-
lieh, dépecer malproprement , le fr. Cisailler, de cisaille;
cisiAux, ciseaux, en a. Scissors; l'a. Chase, ciseler, est une
forme de cette famille.
CHOEU , chœur , du 1. Chorus , en a. Choir ; chœuret,
enfant de chœur; à Villedieu curot; en pic. Moignot , litt.
moinillon; à Bay. la rue de la Maîtrise s'appelait Rue aux
Chœurets: Wace dit Clerzon, petit clerc.
CHOINE , pain de première qualité , litt. pain de cha-
noine; à Av. on dit encore Pain de Prêtre, pour la seconde
qualité ; ainsi dans le T. de Chartrose :
Un pain ne scei choine ou fouace.
salade de chanoine , la mâche ; ce mot dérivé de Canonicus
(xavojv) est en a. sous la forme de Canon; en v. f. Canoines
(R. du M. S. M., V. J036.); la plupart des villes épiscopales
n. ont leur Rue aux Chanoines. V. à Tint. p. 204 la légende
du chanoine de Cambremer; il y a des terres dites Cha-
noinerie; en a. Canonrtj; en argot Chanoine, sign, rentier,
sens analogues aux dictons : « vivre comme chanoine ,
gras comme chanoine. » Il y a à Villedieu une pomme de
cnoiNE; on dit prov. : « N'faût pas magier sen choine le
premier, » c. à d. ce qu'on a de meilleur. On trouve aussi
Cheine en v. f. : « Il doit avoir \ mes général ausi comme
^ moine et autel cheine, » c. à d. un pain blanc comme en
a. un moine ; Cler-matyn avait la même sign, en v. a. , comme
dans ce vers 4407 de la Vision of P. Ploughman:
— 2/i,-î —
iVe no beggere ete breed
That banes inné were ,
Yul of coket and clermalyn
Or ellis of clene whele.
CHOLAR (Caen), soulier: « Escouessinerseucholards.»
essuyer ses souliers avec de la paille courte et battue dite
ESCODESSIN, du 1. Solctt , OU micux, du b.-l. Sotularius,
forme de Sutor, d'où dérive le nom pr. très-commun en N.,
Le Sueur; choule, jeu à la soûle, litt.au soulier, parceque
la balle est lancée avec le pied; c'est le Joot-ball des A. ;
de là CHOULER, provoquer, c. à d. défier à la soûle; à Cherb.
cnAOLocR sign, fainéant , litt. joueur de soûle ; en Pic. on ce
jeu est encore en vigueur Cheoler, Chouler sign, repousser
durement; decholer (Cherb.), pousser çà et là comme on fait
à la soûle, que l'on pousse de paroisse en paroisse; à Bay.,
CHOLE, vogue, réputation, litt. victoire à la soûle; de la
forme choule, choulier, soulier, vient l'a. Shoe, chaussure.
V. Cauche. chueller, s'amuser , flâner; chuelleur, flaneur,
litt. joueur de soûle; choumacre, terme d'injure de l'ail.
Schumacher, en h. Shoemaker , cordonnier.
CHOPE, chopine, de Cupina, dim. de Cupa; en a.
Cope-House, cabaret; chopiine, à Val. demi -pot, à Av.
quart de pot; chopiner, boire fréquemment chopine; cho-
piNEUR, buveur de clîopines ; GALoPE-cHoriKE, type d'ivro-
gne à Val., et St-CuopiN est un patron des buveurs; cnopi-
NETTE , dim. affectueux; en a. Chopin, chopine; à Villedieu
on dit CHOQUETTE, mais c'est un on. de choc, de l'usage de
choquer, de trinquer; en v. a. Coket sign, vase servant de
mesure, et le b.-l. avait en ce sens Coketa. Toutefois, cho-
pine se dit en irl. Scipinn , en ail. Schoppen. Pour Coket
V. l'art. CHOiNE.
CHOSE s. f., employé peu respectueusement pour le nom
d'une personne qu'on oublie ou qu'on ne veut pas cher-
cher: « Dis donc, chose, coument que tu t'appelles? « Chan-
ger chose en Virgile ou bien l'autre en Platon (Regnier,AS'a^.
H-t). CHOSE s. m. f< un chose, » un instrument quelconque, un
objet. Ce mot chose , dérivé de Causa est ellipse dans les
phrases pop. suivantes : « Ce n'est de refus , ce n'est pas
de trop. » Une phrase d'un prône du 12e s. attribué à Mau-
rice de Sully et publié par M. Hippeau, nous montre Cose
et Chose réunis : « Segnor et Dames , ces coses ont esté
dites pour vous. Ces choses doivent êstre examples et
amonestement de laissier le mal; » mais la copie est du
\ 3e s. Une chronique de ce siècle, Chron. de Rains, garde la
2U
forme primitive : « Je suis une petite cose , » dit une mé-
sange. (Ap. M. du Méril, Fable ésopique, U5.) cnosE, s. f.
pudendum, dans Chaucer Bel-chos; de même en pat. a.
Thing, pudendum, (Halliwell's Diet.); chosette, petite
chose; quiqde chose, quelque chose, en a. Kickshaws, ba-
gatelles; on dit aussi quique-seit, quelque chose (qui que ce
seitj , en a. Kicksey -Wicksey , femmelette, litt. quelque
chose vicié.
CHOUQUE, bûche, le fr. souche, du X.Secare; chou-
QUET, s. m., petite bûche; chouqde de noet, souche de Noël,
qui , conservée et arrosée d'eau bénite , préserve de la fou-
dre ; « Unam fagum , unam chouquam, ad Natalia. » (Car-
tul de S. -Georges.) On dit aussi chcqce et chuqcet; ce der-
nier commun dans les n. pr.; achuqdeté, (Bay.) entêté, litt.
comme une bûche. Parmi les autres dér. fr. de Secare, on
remarque Soc, section, secte, segment, siècle, scier; en
n. scier, en a. Saw, scion, seigle, sicaire, souche, souchet,
en a. Stock, tige; sexe dérive du supin archaïque, sexum
pour sectum, et indique une division de l'espèce animale ;
en n. sesque, désignant surtout la femme : « Une personne
du sesque, » en a. Sex et Seiver, écuyer-tranchant, est le
fr. Scieur.
CHOUYER, choyer, qu'on a tiré de choisir, mais qui
vient mieux du terme de tendresse chou; chouchou, simple
interject., comme dans les termes de vénerie : chou, chou-
là, chou-pille; de là l'argot Chouette, joli, excellent; c'est
par une on. voisine que l'a. exprime faire l'amour. Woo,
d'où Wooer, amant. Quant à chou, légume, que nous avons
mis au celt, il peut venir du 1. Caulis, devenu en a. Coal,
charbon, par abrév. de Charcoal, charbon de tiges; env. a.
Cynders of cole, sign. Breze (braise) dans les Ed. de la
langue fr. de Palsgrave, et Coles of fyre (tiges de feu), sign,
charbon.
CHRIT, crucifix : « Un biau chrit ; » cheétienneté, chré-
tienté; CHRisTiÉNER, rendre Chrétien , cu a. Christen; cidre
CHRÉTIEN ou RAPTisiÉ , mêlé d'eau; en a. Christmas, Noël ,
litt. messe de Noël; œil-he-christ, l'aster; quant kCriste-
marine, qui désigne et la Salicornie et le Crithmun-mari-
timum, et dans lequel un romancier n. a vu le radical de
cette famille (Une vieille maîtresse), c'est ce dernier mot
Crithmum. renier chrême et baptême, être renégat, blas-
phémateur.
CHUE s. f. cigûe . Conium maculatum : « Vert coume
*
chive ou comme chue; » suelle s. f., même sign. {GL n.)
pour Chuelle , se dit à Vire; \jEthusa cynapium se dit
prop. PETITE ciGÛE, du l.CîCM^a, en n. chigue; sielle dé-
signe aussi la Berce.
CI , cil , du 1. Cilîum; cillet , cil :
Pour haulser les sillcls de l'ebenin sourcil.
(Guy de la Boderie.)
cilter , ciller; souerc[ , sourcil; souercillieu , sourciller:
« Jouer à souercillier. « (Val.) Jouer à qui ne sourcillera
pas devant un coup menaçant.
CIÉ , ciel , du l. Cœlum; enciéler (un lit) , y mettre un
ciel , d'où l'a. Ciel et Cieling , plus souvent Ceil, lambris-
ser, et Ceiling, lambris; céleste, prén. de femme commun
dans la N.; maucié (à) lilt. à mauvais ciel, c. à d. mauvaise
exposition, à Av. viEuciÉ. Quant à Cieu, aveugle, du 1.
Cœcus, il n'existe que dans les n.p. Le Cieux : « Ils ont
dit à Longin le cieu. » {Ancien mystère.)
CIEUS, CHIENS, chez, du 1. Casa, qui précédéd'uneprép.,
s'est conservé en it. « A Casa, In Casa; » on lit encore dans
la Chanson des Saisnes, 1. 1, p. 23 :
Chascun va an sa lerre et an son chasement.
et l'esp. a conservé Camiento et Casar, qui se retrouve dans
les Alcazars de cette langue latino-arabe; Casetie , Ga-
zette s. f., terme de fabrique de porcelaine, enveloppe des
vases mis à cuire. V. cassiiNE.
CILDRE, cidre, en y.n.Sildre, en a. Cider, en isl.
Seydr , du 1. Sicera, espèce de bière, d'où le fr. Cervoise ;
mais en b.-n. le cidre est le bère, ou le boire par excel-
lence; ciDRAiLLE, s. f., mauvais cidre, en a. Ciderkin; eîvci-
DBAiLLiER, gorgcr dc cidre; L, du Bois a employé cipriste,
brasseur dc cidre, pour trad, le titre d'un livre a. The
Cidrist (Londres ^57) : « Les Anglais, dit Fénélon, ne
se refusent aucun des mots dont ils ont besoin. » (Lett, à
l'Acad.) On disait Cidrer , faire le cidre, gén. tiler: « Sont
tenus mes hommes de Dorville ayder à faire sildrer.» (Aveu
de Dorville, 1497.)
CIRUGIEN , cÉRUGiEN, chirurgien .Chinirgus, en a. Sur-
geon, cÉRCGiE, chirurgie, en a. Surgery.
CITROUILLET s. m. , petite espèce de citrouille , du I.
Citrus, citron :
Entre Georget (S.-Georges)
Et Marquet (S. -Marc)
— 2/(6 —
Il est un jour seulet
Ou no sème citrouille et cilrouillet.
ciTROCiLLET (S.-Hilaire), confiture de citrouille; citbounelle,
ou HERBE AUX MOQUES, melisstt officinalis \ en a. Citron, ci-
tron, Citrul, citrouille.
CIVILITÉ, ancien livre d'école, en caractères gothiques,
intitulé : Civilité puérile et honnête ; « Luure dans la civi-
lité, » sign, être savant; on dit aussi : « Luure dans les
contrats, ou papiers-chicane. » Aujourd'hui : « Lire dans
les Mss. » Sous la Répubhque fr., citoyen était ironique-
ment changé en sotoyen; en v. f. Citien, en a. Citizen.
CLIAÏ , CLIAIRE , clair , claire , du 1. Clarus, en a. Clear;
ÉcLiAiREB, éclairer, en a. Glare; écliai, éclair; écliaire,
chélidoine , en a. Clary, comme chélidoine est anglisé en
Celandine; ecliauvgi (Val.) éclaircir, mais dans le sens phy-
sique : « Ecliairgi le teint; » cliaire-vaie , clairevoie, mais
appliqué à Val. à la galerie d'une tour, ce qui rend le mot
archéol a., Clerestory; clairiiner (Bray), reluire, en argot
Clarinage, bruit clair, en v. f. Clarin; clarine, en a. Cla-
ranery , clochette : « Trompes, pypes and claraneries. »
(Metrical Romances, de H, Weber, 1. 335); aussi en pic.
Clairon, éclaircie du ciel, et en H.-N. clariner sign, faire un
bruit clair, comme dans la 3fuse n. : « Nos a biau clariner
près l'auge la caudière, et crier Tiau , tiau , tiau ; pas un
de nos gorrets ne répond Ouyn , ouyn , ouyn à nos cham-
brières; » clarinage est aussi dans la Farce de Quiolars;
(édit, Techener , 9). cluiret, vin clair, est cité dans plu-
sieurs chansons n., en a. Claret; un gloss.de la bibl. de
Rouen, écrit au ^ -le s. renferme : « Amistis, potatio cla-
reti ; » cet Amistis est VAmystis Tréicia des odes d'Horace
(^eriiv,); cLiARiBOCBE , brcuvagc clair et mauvais; cliari-
baudée s. f. feu clair; comme le rapport de la plante dite
Eclaire avec l'idée de clarté n'est pas très-apparent, on peut
rapprocher ce nom du bret. Sklear. L'a. Clean, net, semble
la fusion de la loc. f. clair et net; mais Clever, qu'on a
tiré de Clarus, vient du fr. Célèbre.
CLIAIE, claie, de Craticula, dim.de Crates, d'où l'a.
Grate, gril, ce mol fr., ainsi que grille , en dérive aussi , il
a passé par le n. gbedil (Gl. n.) gril ; gridiron , gril, est un
hybride a. -fr.; Vd.. Cradle, berceau, se rapproche plus
encore du rad.; à Jersey Grès, gril, sens direct issu de
l'a. Grate. Delà le fr. Clayon, Clayonnage; éclayer (H.-N.),
se disjoindre, devenir en claie.
— 239 —
sunt dites pup. Rues chicane] on appelle Papiers-chicane
les contrais ou mss. usités en lecture dans les écoles. A ce
rad. le fr. rattache chiche, chicot, chicoter, et l'a. Chicane,
chicane, Chickpeas, pois chiches, et de là laloc. fr. chiquet
àchiquet.
CHE, çu, ce;cHET, cet, en v. f. Cist (hic iste), et çte
devant une voy. : « Çu quemin, çt'anima. » V. Su passim
dans la Miise n. cf. cha , chelle (Hxc illa, en v. f. Icelle) ,
celle, à Av. le sien : « not paumelle (orge) d'anieu est biin
secque; la sienne d'hier itou; » cm.\, ci ; sti-chin, celui-ci;
AiNCHm, ainsi : pab-cdin, par ici.
CHIFFER, chiffonner, de chiffe, en arabe 5e/m, ro-
gnure; CHiFFETiEB, chiffounier; chiffeter, déchiqueter; ce
mot fr. dérive de cqiqce, chiffe : « Remue tes chiques; »
CHiQDETiER, clfiffonuier ; échiqcetee, déchiqueter : en argot.
Chiffon, Chiffon rouge désigne la langue , et l'argot a. la
désigne aussi par Red rag.; de Chiffe vient l'a. Shift,
chemise de femme, en pat. a. Chife, fragment.
CHIFOURNIE(Guern.), vielle, en V. f. Chifonie, dérivé
de symphonie ; il est dans la Muse n. :
Qui ne dansest à d'autre chifournie
Qu'au faux bourdon que rendent leu bouyaux.
CHIIER, cher, du 1. Carus : « Le blié est biin cbiier;»
cHiERTÉ, cherté ; enchiérir, enchérir, cbiire, caresse : «Faire
des chiires, » des mines caressantes, des chères, en wallon,
Caire, mine et en prov. Carou, env. a. C//eere dans Spenser
p. 8, en a. Cheer; echere, jalousie, et echebdakt ( Gl.n. ,)
jaloux, sont peut-être des formes de Enchère, qui est sou-
vent une forme de la jalousie , car le jaloux enchérit sur
son rival; CHiRETiEf G^. ». j rire caressant d'enfant; chérir
caresser, comme Cherish en a. La famille secondaire de
charité, Caritas, donne au n. charité, confrérie ; « Se il
advient que aulcun des frères de ladicte charité eschet en
maladie de mezellerie. o (Statuts de la conf. de S.-Malo de
Bay) ; on disait Carité : « Cy ensuivent les estatus de la
confrairie et carité de Bernay. » (Bibl. de l'éc. des Chartes.)
CHARiTAiST (Pcrche), confrère de charité; caristau , qui de-
mande la charité, comme dans ce blason des gens de Vil-
liers ( S.-Inf. ) :
Les manants de Villiers
Caristaux l'été, caristaux l'hivé.
aLisTRADE s. f., sac à provision, le fr. Caristade, de forme
prov. : « Aller à la calistrade, » c. à d. mendier.
T II. 5
— 240 —
CHUN, el TCHiiN dans le nord de la M., quie?,' à Coût, et
en H.-N. : « Toultefoiz que le roy cache en la forêt de Rou-
vray pour un an une mine de brest pour faire du pain à
ses quiens. » (Delisle, Et. , 388), du 1. Canis : la forme
QCiiN donne peut-être au fr. Requin, appelé d'ailleurs Chien
de mer. Ce mol entre dans beaucoup de dictons n. : « Etre
recheu coume un chiin dans un jeu de quilles. — Allai de
travers coume un chiin qui revient de vêpres. — Un chiin
regarde biin un evêque. — Noble coume les quartiers d'un
chiin. — Quand no veut tuer sen chiin , no dit qu'il est
eragii. — Coume disait Dagobert à ses chiins : N'y a si
bouenne compagnaie qui n' se quitte. — Etre à cheva sus
le tchiin , c. à d. désappointé. — Ne faut pas élevai un
tchiin pour se mordre, etc. (V. Pluquet, Essai, 305.)
Rerat a employé le quiem de la H.-N. : « L' quien du berger
qui me r'iuquait. » (Le Doigt coupé.) qcenaille , le fr. Ca-
naille , prim, portée de petits chiens , et maintenant l'en-
semble des enfans d'une famille, en v. n. Chiennaille:
a Cette chiennaille païenne. » (Mir.de Rob. le Dyable, 98); à
Val. QUENASSE, enfant; QUENOT,peîit chien; de là le fr. Chenet,
de sa forme de chien accroupi : « A Rouen, on dit parmi
le peuple Qucnot pour pelit chien; on appelle aussi les
chenets des Quenots. » (Dictionn. de la Conversation, art.
Chenet.) Aussi les A. l'appellent Dog , et les Ail. Feuker-
himd, chien du feu. quenotteu, chienner; décaiMller et
DÉciiE-MLLER, faire déloger, litt. tirer du chenil, en a. Kennel;
en v. f. : La chiennine morsure. » (La Fresnaye, Idylles.}
CBLNER, colporter, courir les campagnes, travailler dur, litt.
courir comme un chien, faire un métier de chien ; chineor,
colporteur : il pourrait aussi venir d'Echiné, en it, Schiena,
dos , du gr. S^tvoç , hérisson et colonne vertébrale , d'où
Echiner, en a. Chine, en n. eichlner; etchlnecx, couperet
de boucherie. On rapporte au chien, avec une nuance de
mépris , les produits naturels très-communs , comme vio-
lette DE CHIIN, viola canina, rose de chiin, l'églantine, en
a. Dog-rose et Dog-briar ; le Dog-ivood est le cornouiller.
CHIME, s. f. (Bay), rejeton de choux, litt. la cime,
du 1. Coma, ou plutôt de Cacumen, d'où le fr. cime, cimier;
ÉCHIMER, écimer; cnoiELETTE (Av.) chimette, baguette fine
et flexible (S.-Lo) ; cocmèïe, comète; coeffe a la coumette,
ou simpl. COUMETTE (Val.) , coiffe recourbée en cimier; en
a. Cornet, comète; au 1. Coma se rattache le v. f. Coint,
joli, bien peigné, en. a. Coint, en a. Quaint, joli, en 1.
Comptas, d'où le n. pr. le Cointe; c'est de là que vient le
— 241 —
fr. Accointer, lilt, aborder avec gentillesse, en a. Acquaint y
Acquaintance, etc.; du reste en gali. Gwaint , gentil, en
bret. Cocnt, aimable. La vieille orthog. cyme, cymaise,
conflrme l'ét, de cette famille par le 1. Cacumen.
CHIMNAIE, cheminée, en a. Chimnetj , du gr. Kafxtvo;
(xatw) : « Neir coume la chimnaie. »
CHINE , dîner , du 1. Cœna, pourrait exister quelque part
en N. ; du moins, le v. f. avait Rechinoy , le goûter; en n.
RÉciiNE (re-cœnare), collation; récier, collationer; en lang.
Récate, repas du midi; l'a. possède Cenatory, mot d'orig.
savante; le mot Cénacle paraît être dans cette locution:
« Fier coume un Pape dans un cenâ. » V. ciie^as.
CHINQ, cinq, du 1. Quinque; on trouve Cinque dans
d'anciennes inscr. italiennes ; « mil IIII c. ving et chinq. »
(Acte de la Vie. de l'Eau) ; l'a. a gardé ce mot dans les
•» cinque-ports; » le « cinq pace <> est une danse que sir
J. Davies appelle « a gaillard » et on trouve dans la Cym-
belinede Shakespeare: « A mole cinque spotted. «> Du reste,
l'a. renferme dans des sens spéciaux les noms numéraux f. :
One, en v. a. O71 : « it chance me on day. » (Spenser, 402)
deuce, troy et treble, cinque, week (semaine ou huit jours);
douze est sous forme de douce dans Spenser, p. HS : « Like
a doughty doucepere, » et Doseperis dans Chaucer est le
fr. les douze pairs de F., en v. a. a dosein, une douzaine,
en a. dozen. Les chinq dés, ou l'ancolie; l'herbe aux chiinq
DENTS, sans doute la potentille. On dit prov. :
Une soupe aux choux
Au médechin ôte chinq sous.
ceiNQUANTE, cinquante : « De la nature du melon; faut en
choisi chinquante pour en trouvai un bouon, » chisnquan-
TAiNE, cinquantaine, cni.NQ-QUEMiNS,carrefouràcinq chemins.
CHIPER, prendre, filouter (Bay. Vire), usité surtout en
argot de collège, du 1. Capere; AccirER, en Bray sign, rece-
voir et prendre; chipie, femme avide et intéressée ; de là le
fr. chipoter, et l'a. Cheap, bon marché; capti, captif, concen-
tré sur : « Etre capti à sen coumerce , » de là l'a. Keep,
Kept (Captus), en a. -s. Cepan; de là Keep , donjon. Le
f. Capable est en a. Capable, de Capere; mais Able, ca-
pable , est la contr. du fr. Habile, en v. f. Hable. De là le
fr. Capter et sa famille , d'où Acheter (Adcaptare), en n.
ACATER ; en it. Aeatare; dans les Rôles n.^Acatare, Acatum,
achat ; acatour , acheteur; acatocr de biens , celui qui achète
— 212 —
des terres pour les revendre; apeuchever , apercevoir : coed
est la term, du part, passé reçu , aperçu , etc. En argot
Choper, voler, Chopin, vol.
CHÏRE , cire , du 1. Cera : « Por i c. de chire. » (Coût,
de la Vie. de l'Eau.) chirocx, chassieux; chirer, crier;
CHiGRos (H. N.), la cire grasse des cordonniers, comme
dans la Muse n. :
Je renonchis au ligneul, au chigios.
cHiRiER, cirier; chirage, cirage; chierge, cierge; chiergier,
cHiERGiÈRE, marchand de cierges; chirouène (Gl.-n.), cire
de cordonnier; Cf. le fr. Ciroène.
CHIROT, sirop, suc doux, de l'arabe Sirab, potion
médecinale, en a. Sirup, chiroter, rendre un suc doux :
« La pipe chirote; » chiroter, déguster, savourer : «Chi-
roter sen café; « chirotier , gourmet, buveur de sirops.
CHISET, ciseau, en it. Cisello, du 1. Cœsus, en a. Chi-
sell; cHisiAu, id. ; enchiseler, ciseler, de Incisus; chigail-
LiER, dépecer malproprement, le fr. Cisailler, de cisaille;
cisiAux, ciseaux, en a. Scissors; l'a. Chase, ciseler, est une
forme de cette famille.
CHOEU, chœur, du 1. Chorus, en a. Choir ; chœuret,
enfant de chœur; à Villedieu curot; en pic. Moignot , litt.
moinillon; à Bay. la rue de la Maîtrise s'appelait Rue aux
Chœurets: Wace dit Clerzon, petit clerc.
CHOINE , pain de première qualité , litt. pain de cha-
noine ; à Av. on dit encore Pain de Prêtre, pour la seconde
qualité ; ainsi dans le T. de Chartrose :
Un pain ne scei clioine ou fouace.
SALADE DE CHANOINE, la mâchc ; ce mot dérivé de Canonicus
(xavojv) est en a. sous la forme de Canon; en v. f. Canoines
(R. du M, S. M., V. 1 036.); la plupart des villes episcopates
n. ont leur Rue aux Chanoines. V. à Tint. p. 204 la légende
du chanoine de Cambremer; il y a des terres dites Cha-
noinerie; en a. Canonry; en argot Chanoine, sign, rentier,
sens analogues aux dictons : « vivre comme chanoine ,
gras comme chanoine. » Il y a à Villedieu une pomme de
cdoine: on dit prov. : « N'faût pas magier sen choine le
premier, » c. à d. ce qu'on a de meilleur. On trouve aussi
Cheine en v. f. ; « Il doit avoir \ mes général ausi comme
^ moine et autel cheine, » c. à d. un pain blanc comme en
a. un moine ; Cler-matyn avait la même sign, en v. a. , comme
dans ce vers 4407 de la Vision of P. Ploughman:
— 2i3 —
We no beggere ete breed
That benes inne were ,
Yut of coket and cler-malyn
Or ellis of dene whele.
CHOLAR (Caen), soulier: « Escouessinerseucholards.»
essuyer ses souliers avec de la paille courte et battue dite
ESCouEssm, du 1. Solea , ou mieux, du b.-l. Soiularius,
forme de Sutor, d'où dérive le nom pr. très-commun en N.,
Le Sueur; choule, jeu à la soûle, Iitt.au soulier, parceque
la balle est lancée avec le pied ; c'est le Joot-ball des A. ;
de là CHOULEK, provoquer, c. à d. défier à la soûle; à Cherb.
CHAOLODR sign, fainéant, litt. joueur de soûle; en Pic. où ce
jeu est encore en vigueur CJieoler, Chouler sign, repousser
durement; decholer (Cherb.), pousser çà et là comme on fait
à la soûle, que l'on pousse de paroisse en paroisse; à Bay.,
CBOLE, vogue, réputation, litt. victoire à la seule; de la
forme chodle, choulieb, soulier, vient l'a. Shoe, chaussure.
V. Gauche, chueller, s'amuser, flâner; chcelleur, flaneur,
litt. joueur de soûle; choimacre, terme d'injure de l'ail.
Schumacher, en h. Shoemaker , cordonnier.
CHOPE, chopine, de Cupina, dim. de Cupa; en a.
Cope-House, cabaret; chopiine, à Val. demi -pot, à Av.
quart de pot; chgpijner, boire fréquemment chopine; cno-
piNECR, buveur de chopines ; galope-chopine , type d'ivro-
gne à Val., et SI-Chopln est un patron des buveurs; coopi-
NETTE, dim, affectueux; en a. Chopin, chopine; à Villedieu
on dit ceoQUETTE, mais c'est un on. de choc, de l'usage de
choquer, de trinquer; en \. a. Coket sign, vase servant de
mesure, et le b.-l. avait en ce sens Coketa. Toutefois, cho-
pine se dit en irl. Scipinn , en ail. Schoppen. Pour Coket
v. l'art. CHOiKE.
CHOSE s. f., employé peu respectueusement pour le nom
d'une personne qu'on oublie ou qu'on ne veut pas cher-
cher: « Dis donc, chose, coument que tu t'appelles? « Chan-
ger chose en Virgile ou bien l'autre en Platon (Régnier, «Sa^.
•H). CHOSE s. m. un chose, » un instrument quelconque, un
objet. Ce mot chose , dérivé de Causa est ellipse dans les
phrases pop. suivantes : « Ce n'est de refus , ce n'est pas
de trop. » Une phrase d'un prône du ^2es. attribué à Mau-
rice de Sully et publié par M. Hippeau, nous montre Cose
et Chose réunis : « Segnor et Dames , ces coses ont esté
dites pour vous. Ces choses doivent êstre examples et
amonestement de laissier le mal; » mais la copie est du
^ 3e s. Une chronique de ce siècle, C^row. de Rains, garde la
forme primitive : « Je suis une petite cose , » dit une mé-
sange. (Ap. M. du Méril, Fable ésopique, U5.) chose, s. f.
pudendum, dans Chaucer Bel-chos; de même en pat. a.
Thing, pudendum. (Halliwell's Diet.); chosette, petite
chose; quiqxje chose, quelque chose, en a. Kickshaivs, ba-
gatelles; on dit aussi quique-seit, quelque chose (qui que ce
seit) , en a. Kicksey -Wicksey , femmelette, litt. quelque
chose vicié.
CHOUQUE, bûche, le fr. souche, du 1. Secure; chod-
QUET, s. m., petite bûche; chouqde de noet, souche de Noël,
qui , conservée et arrosée d'eau bénite , préserve de la fou-
dre ; « Unam fagum , unam chouquam, ad Natalia. » (Car-
tul de S. -Georges.) On dit aussi chcqde et chuquet; ce der-
nier commun dans les n. pr.; achuqoeté, (Bay.) entêté, Utt.
comme une bûche. Parmi les autres dér. fr. de Secure, on
remarque Soc, section, secte, segment, siècle, scier; en
n. SCIER, en a. Suw, scion, seigle, sicaire, souche, souchet,
en a. Stock , tige ; sexe dérive du supin archaïque , sexuni
pour sectum, et indique une division de l'espèce animale ;
en n. sesque, désignant surtout la femme : « Une personne
du sesque, » en a. Sex et Seiver , écuyer-tranchant, est le
fr. Scieur.
CHOUYER, choyer, qu'on a tiré de choisir, mais qui
vient mieux du terme de tendresse chou; chouchou, simple
interject., comme dans les termes de vénerie : chou , chou-
là, chou-pille; de là l'argot Chouette, joli, excellent; c'est
par une on. voisine que l'a. exprime faire l'amour, Woo,
d'où Wooer, amant. Quant à chou, légume, que nous avons
mis au celt , il peut venir du I. Cuulis , devenu en a. Coul,
charbon , par abrév. de Churcoul, charbon de tiges ; en v. a.
Cynders of cole , sign. Breze (braise) dans les Ed. delà
lunguefr. de Palsgrave, et Cales offyre (tiges de feu), sign,
charbon.
CHRIT, crucifix : « Un biauchrit; » cheétiemveté, chré-
tienté; christiéneu , rendre chrétien, en a. Christen; cidre
CHRÉTIEN ou RAPTisiÉ , mêlé d'eau; en a. Christmus, Noël ,
litt. messe de Noël; œil-pe-christ, l'aster; quant kCriste-
marine, qui désigne et la Salicornie et le Crithmun-mari-
timum, et dans lequel un romancier n. a vu le radical de
cette famille (Une vieille muîtresse), c'est ce dernier mot
Crithmum. reinier chrême et baptême, être renégat, blas-
phémateur.
CHUE s. f. cigûe , Coniutn maculatum : « Vert coume
chive ou comme chue; » scelle s.f., même sign. {GL n.)
pourChuelle, se dit à Vire; VjEthusa cynapium se dit
prop. PETITE ciGiiE, du 1. CzcM^a, en n. chigue; suelle dé-
signe aussi la Berce.
CI , cil , du 1. Cilium; cillet , cil :
Pour haiilser les sillcls de l'ebenin sourcil.
(Guy de la Boderie.)
ciLTER, ciller; souerci , sourcil; souEnciLLiEu, sourciller:
« Jouer à souercillier. « (Val.) Jouer à qui ne sourcillera
pas devant un coup menaçant.
CIÉ, ciel, du 1. Cœlum; enciéler (un lit) , y mettre un
ciel , d'où l'a. Ciel et Cieling , plus souvent Ceil, lambris-
ser, et Ceiling, lambris; céleste, prén. de femme commun
dans la N.; maucié (à) litt.à mauvais ciel, c. à d. mauvaise
exposition, à Av. V1EUCIÉ. Quant à Cien , aveugle, du 1.
Cœcus , il n'existe que dans les n.p. Le Cieux : « Ils ont
dit à Longin le cieu. » {Ancien mystère.)
CÏEUS, chiens, chez, du 1. Casa, qui précédé d'une prop.,
s'est conservé en it. « À Casa, In Casa; » on lit encore duns
la Chanson des Saisnes, 1. 1, p. 23 :
Chascun va an sa terre et an son chasement.
et l'esp. a conservé Camiento et Casar, qui se retrouve dans
les Alcazars de cette langue latino-arabe; Casetie , Ga-
zette s. f., terme de fabrique de porcelaine, enveloppe des
vases mis à cuire. V. cassine.
CILDRE, cidre, en y.n.Sildre, en a. Cider, en isl.
Seydr, du 1. Sicera , espèce de bière , d'où le fr. Cervoise ;
mais en b.-n. le cidre est le bère, ou le boire par excel-
lence; cidraille, s. f., mauvais cidre, en a. Ciderkin; enci-
draillier , gorger de cidre; L. du Bois a employé cidriste,
brasseur de cidre, pour trad, le titre d'un livre a. The
Cidrist (Londres -1757) : « Les Anglais, dit Fénélon, ne
se refusent aucun des mots dont ils ont besoin. » (Lett, à
l'Acad.) On disait Cidrer, faire le cidre, gén. tiler: « Sont
tenus mes hommes deDorvilleayder à faire sildrer.» [Aveu
deDorville, -1497.)
CIRUGIEN , cÉRCGiEN, chirurgien ,Chirurgus, en a. Sur-
geon, cÉBUGiE, chirurgie, en a. Surgery.
CITROUILLET s. m. , petite espèce de citrouille, du I.
Citrus, citron :
Entre Georgel (S. -Georges)
Et Marquet (S.-Marc)
— 246 —
Il est un jour seulet
Ou no sème citrouille et citrouillet.
ciTROuiLLET (S.-Hilaire), confiture de citrouille; citrounelle,
ou EEîim Avx MOQjiES , melissa of Jicinalis ; en a. Citron, ci-
tron, Citrul, citrouille.
CIVILITÉ, ancien livre d'école, en caractères gothiques,
intitulé : Civilité puérile et honnête ; « Luure dans la civi-
lité, » sign, être savant ; on dit aussi : <> Luure dans les
contrats , ou papiers-chicane. » Aujourd'hui : « Lire dans
les Mss. » Sous la RépubHque fr., citoyen était ironique-
ment changé en sotoïen; en v. f. Citien, en a. Citizen.
CLIAI , cLiAiRE , clair , claire , du I. Clarus, en a. Clear;
ÉCLiAiuER, éclairer, en a. Glare; écliai, éclair; écliaire,
chélidoine , en a. Clary, comme chélidoine est anglisé en
Celandine; écliairgi (Val.) éclaircir, mais dans le sens phy-
sique : « Ecliairgi le teint; » cliaire-vaie , clairevoie, mais
appliqué à Val. à la galerie d'une tour, ce qui rend le mot
archéol a.. Clerestory; clairiiner (Bray), reluire, en argot
Clarinage, bruit clair , en v. f. Clarin ; clarine , en a. Cla-
ranery , clochette : « Trompes , pypes and claraneries. »
(Metrical Romances, de H. Weber, 1. 335); aussi en pic.
Clairon, éclaircie du ciel, et en H.-N. clariner sign, faire un
bruit clair, comme dans la Muse n. : « Nos a biau clariner
près l'auge la caudière, et crier Tiau , tiau , tiau ; pas un
de nos gorrets ne répond Ouyn, ouyn, ouyn à nos cham-
brières; » CLARINAGE est aussi dans la Farce de Quiolars ;
(édit. Techener , 9). cliairet, vin clair, est cité dans plu-
sieurs chansons n., en a. Claret; un gloss.de la bibl. de
Rouen , écrit au ^ ^ e s. renferme : « Amistis , potatio cla-
reti ; » cet Amistis est YAmystis Treïcia des odes d'Horace
(^erliv.); CLIARIBOCBE , breuvagc clair et mauvais; cliari-
BAUDÉE s. f. feu clair; comme le rapport de la plante dite
Eclaire avec l'idée de clarté n'est pas très-apparent, on peut
rapprocher ce nom du bret. Sklear. L'a. Clean, net, semble
la fusion de la loc. f. clair et net; mais Clever, qu'on a
tiré de Clarus, vient du fr. Célèbre.
CLIAIE, claie, de Craticula, dim.de Crates, d'où l'a.
Grate, gril, ce mot fr., ainsi que grille , en dérive aussi , il
a passé par le n. gredil (Gl. n.) gril ; gridiron , gril, est un
hybride a. -fr.; l'a. Cradle, berceau, se rapproche plus
encore du rad.; à Jersey Grès, gril, sens direct issu de
l'a. Grate. Delà lefr. Clayon, Clayonnage; éclayer (H.-N.),
se disjoindre, devenir en claie.
CLIÉ, clef, du 1. Clavis (xXe-.;); la cons, caractérislique
est restée dans CLIEFFEB , à Mortain, fermera clef, dans
DECLiAVER (unc voiturc), lâcher la clavette, en n. cluvot
s. m., en pro\ . Desclavela, déclouer, {Lacomhe, Supjjlém.)
dans CLEFTER, fermer à clé, d'où declefteb, ouvrir à clef;
à cette famille appariient le fr. Clef , clavecin, clavette,
clavicule, clavier, cheville (C/awcM/aj, et l'a. Key, clef;
quant à la maladie dite claveau, clavelée, c'est un mot celt.;
Clefijd et Clenved, maladie, en brct., Cleffel, en corn., Cle-
wct , , en kymri. De Clavis, par Clavns, vient aussi le fr.
clou, en n. cliod : <■ Gras comme un chent de clious, »
d'où CLIQUER, clou, CLIOCTER, cloutcr , cLiouTiER , cloutier,
CLioDïERiE, cloulerie, etc.; le v. a. avait Cloyd, cloué, et l'a.
dit Clove, pour clou de girofle, et Clout, pour clous du
soulier et du cheval, et Clout, raccommoder; cliou de
FOCEDRE, la belemnite; en argot Clou, prison, de là la loc.
être au clou; Clite, clou, en terme de marine, en a.
CLIÉMENT, Clément, pvén.,ôe St-Clemens; St-Clié-
ment, commune sur le passage du Vey; clémektis (Roque-
fort, Gloss, rom.) , chapelain de l'église de Rouen, Cf. le f.
Clémentines.
CLIERC , clerc , du gr. xXripo; , suffrage , parceque le
clergé prim, était désigné par l'élection; Henri 1er, duc de
N., était surnommé Beau-Clerc; cléricaille, s. f., péj., le
corps des clercs , la basoche; cf. dans Wace Clerzon, en-
fant de chœur; cliergerie, nom assez commun de terres ou
de maisons ayant appartenu au clergé; en a. c/er A-, clerc.
Clergy , clergé. Lafontaine a gardé à ce mot sa sign, an-
cienne de savant : « Un loup quelque peu clerc. »
CLIGNIER, cligner, ù'Inclinare (xXtvo)); cliin, clin;
CLIMCSETTE, S. f . , jeu OÙ l'ou cligne les yeux pendant qu'on
cache un objet : « Jouer à la cline-muche. » {Myst. de l'As-
somption) , ce que le fr. nomme cligne-musette. Cependant
comme à Val. on dit cliémuchette , c'est sans doute le jeu
où l'on cache une clié, ou clef; toutefois, le vrai mot n. pour
cligner est blinqcier, en a. Blink et Wink.
CLIORE, clore, du 1. Claudere; clios , clos, en a.
Close, inclosed, clos, enclos: «Taupe et mulot, sors
de men clios, » (V, Intr., p. IT-d), clioset , petit clos,
en a. Closet , cabinet : « Closeltum pro rege in capella
sua de syndone de triple. » {Inv. delachap. d'Ed.\\\);\'di.
Cloy , rassasier, semble être ce rad. ; les moulins à coisel
dont M. Delisle dit (Et., p. 5^2) : « Nous ignorons quels
T M. (>
— 248 —
en étaient les caractères , » portent encore ce nom et se
rapportent à notre rad,; ce sont ceux où les aubes sont closes
et qui meulent en dessus : « Molendinum coisselli ; » mou-
lins A coisiAu , ou à cHoisETTE , c'cst Une forme de clausula;
ailleurs , à Sourdeval , le moulin à choisiau est simplement
à lames, à cloison; clioserie (marches du Maine j, ferme ,
métairie; closier (Gl. n.) , fermier d'une closerie ; closette,
espèce de pomme à cidre (Villedieu) , et peut-être loson
(closon) , ibid; on appelait les bassins maritimes clos a
galées (galères) ; il y en avait à Honfleur , à Rouen ; la
presqu'île de Cotentin a porté le nom de Clos : « St-
Ouen de Querquebu ou clos de Costentin. » (Aveu de
Blanchelande) ; « Clos du Costantin. » (Charte de Charles V,
^375); CLI0P0RTE, s. m. cloporte , et du fr., litt. porc clos
(dans le bois) , quelquefois appelé tmde de bois et pod de
BOIS, en a. Woodlouse; clos-tecx, à yeux clos : « S'élance
à yeux clos ; » cliopoing , le poupard , Cancer pagurus.
M. de Gerville écrit : Clos-poings (Et. sur la M., 3) à
Guern. , painclios , parcequ'il ferme ses pinces.
CO, cou, col, du 1. Collum, d'où le fr. collier, collet ,
en a. Co^/ar , accoler , en a. Coll, colleter; codoie, litt.
cou d'oie, tailloir d'un pont; coset (Cherb.) , ornement du
cou; de là Bricole, litt. bride du col, et le n. embeicoleb ,
lier d'une bricole; cohan (Bay.) , pot de terre avec col et
anse; en v. n. decolasser, décoller; on distinguait un des
St-Jean Baptiste par l'épithèle de « Le Décolassé ; » pend-
co , TEURT-co , celui ou celle qui a le cou incliné vers l'é-
paule : « Turbé, l'teurt-co s'iamente et brait. » (Rimes
guern.)
CO , coup , en v. f. Cop , de KoXttoc : « Co de recul ,
co de but , etc. » (Av.) termes du jeu de la canique ; le fr.
Coup-sur-coup se dit à Av. : cop-a-sou , et on y dit aussi
pour à-coup-sûr : « Au co la quille, » en v. f. Cop, coup et
Colp , en b.-l. Colpus, contr. de Colaphus, en gr. KoXacpoç,
KoXcpo;, en a. Cope, coup. Quant à Coup , dans le sens de
fois , il est très-usité en N. : a Crier deux ou treis coups. »
COCODRILLE, crocodile, du 1. Crocodilus, en pat. a.
Cokedril; Maundeville , dans ses voyages, dit, p. 32^ : «A
cokodrilles; >• ainsi en v. f. Cocodrille; Chro. des ducs de
N. , ^H,525, et plus tard : « A ses jambes un cocodrille
et dessous écrit Affriqua. » (Entrée de Charles IX à Rouen).
Un maire bas-n. faisait de ce mot une on. d'arrachement :
— 249 —
« A Chiilboury, novosarroque uncocodrilledechcntsou,»
c. à d. on vous arrache une pièce de cinq francs.
COEU , cœur , du 1. Cor (xYip) ; la famille fr. est moins
riche que la famille n.; cœuhu, courageux, fort; ÉcœraEB,
soulever le cœur et enlever le courage , en v. f. Ecorer ;
« Nos occist, si nos ecore. » (Best, divin); coeurial, appé-
tissant , qui donne du cœur ; courage , cœur : « Dire ce
qu'on a sur le courage, » c. à d. décharger son cœur, son
sens archaïque, qui existait en a. : « Thy coward corage ; »
(Spenser, 84), cœur est en a. sous la forme Core : «My
heart's core ; » courraie s. f. le cœur et les poumons d'un
animal; tête et cocraye (Val.) réunion de ces objets et de
la tête , en Bray cohet s. m. : « Dans mes corets allumés à
la flambe. ■» (Petit, Muse n.) , ce sont des formes du v. f .
Coraille : « Et les boiaus et la coralle. o {Best, divin, v.
H 627); on dit d'un homme très-brave : « I s'battrait sa
courraie à la main; * l'a. Record est le v, f. Recorder, et le
Grand coustumier ait, ch.-lOi : « Record est racontement
de chose qui a été faicte; » ccEcr.iE, personne dégoûtante;
DECORD, désaccord : « Arbitres d'un decord concernant ledit
hostel; » {Compte de Bay, ^5e s.) égarer (Bay. selon Plu-
quet), ennuyer, Htt. écœurer; cotjerocx , courroux , du 1.
Corruptum, comme l'indique le v. f. Corropt.
COFFIN , cornet de papier , enveloppe , du 1. Cophi-
nus, en gr. xocptvo;, d'où l'a. Coffin, cercueil, mais coffin
sign, aussi en p. a. : « A conical paper for holding spices, n
(Halliwell) ; » coffir, creuser en plis, par ex. « Un cha-
peau coffî, I) de là le fr. Goffe; coffe, s. f. un creux, spec,
dans une étoffe ; l'a. Cove, creux, enfoncement dans le
rivage, est sans doute ce mot, ainsi que l'a. Cufs, man-
chettes , partie plissée, coffie; coffre, coffre, en a. Coffer;
coffraille , la cavité du torse ; coffrer , emprisonner ; de
cerad. le fr. Coiffe, coiffer, en passant par \eh.-\.Cufia, en a.
Coif, en n. coiffier , coiffer : « Eté né coiffié , » c. àd. avec
la coiffe ou membrane sur la tête, que les Romains regar-
daient comme un signe de bonheur ; coiffer s. m , coiffure,
« Le coiffer granvillais; » escoffion s. m., nippes de fem-
mes ; ESC0FF1ER, décapiter, litt. enlever la coiffe; on dit en
bret. Cof, coffre , en gael. Cobhan. Dans la Meuse Coffi-
note, panier. « De Cophis (prisons) ductus in castrum. »
(Nov. Chron. n.. 26.;
COGIER, du 1. Cogère, forcera Vire et réunir à Av. ,
n'a laissé en fr. que le mot d'orig. savante , Coaction et est
usité en ce sens : <• L'eau coge devant la porte, » c. à d.
est stagnante; en pat. a. Cog, forcer (Hallivvell) , et l'a.
posscde Cogency , Cogent , Cogently, etc. Quant à Co^ ,
dans le sens de denteler , c'est une forme du fr. Coche, du
n. ocHE, ainsi que Cog, caresser, dont le sens est déter-
miné par le celui de otch,en p. a. V. oche.
COI, COITE, tranquille, de Quietus, en a. Quiet, très-
rapproché du n. par la prononciation; accoisier, apaiser,
verbe très répandu. V. Gîoss. du milieu de la France : « Sédi-
tion de Rouen accoisée par le Dauphin. » Dupleix. Règne de
Charles VIII. V. le chant n. cité par M. de Beaurepaire, p. 4 . ;
ÙMl.Quietus vient le fr. Quitte, l'a. Quietus, mort, et Quit-
tance comme le fr. Quitus, et l'adv. Quite, tout-à-fait, prim,
absolument libre, et d'ailleurs Quitte est aussi adv. en fr.;
ACQCiTOURE (Orne), chose faite pour s'acquitter vite; qcit-
TANCHE, quittance; quittanchier, quittancer. La loc. coite
(faire) trépasser, ressemble beaucoup à l'expression a. : To
carry a quietus, qui sign, plaisamment faire mourir;
Quietus (sit) était sans doute une formule de bénédiction
sur le mort.
COIGNÏET, petit coin, du 1. Cuneus; il y avait à
Caen le Coignet au bergier ; accoignieb , acculer dans
un coin ; achaner , se tapir dans un coin ; biscacoin ,
de travers; coignage , s. m. encoignure; cOx\gkieb, co-
gner, litt. enfoncer un coin; en a. Coin, coin, et Coigne,
coin , dans Shakespeare et en pat. a. bicoin (Gl. n) , id. et
contr. du précédent; on dit encore : « De coin en carre, »
c. à d. en diagonale, litt. de biais en coin. Quant au fr.
Coing, en a. Quince, il vient de Cydon, et a donné coi-
gnassier , en v. f. Coingnier : « Le Quoingnier , » ( Charte
de ^255) , on dit en n. : « Du coume un coing. — Jaune
coume un coing. »
COLÉRER, mettre en colère, du 1. Choiera; en a.
Choler, bile, colère; colébeuî, adj. colère; coléra-mord-
Du (dur) , nom plaisant du Choléra-Morbus; cocLiQrE, coli-
que, qui entre dans des loc. bas-n. souvent citées aux étran-
gers comme spécimens du patois : « Qui qui ch'est qu'cha
qu'où dit qu'oui a? (Qu'est-ce que c'est que cela qu'elle dit
avoir?) — Ch'est la coulique qu'on dit qu'oui a.-— La rataco ?»
(L'a-t-elle encore?) L'ancien nom pop. du choléra était
trousse-galant.
COLIN , prén. dérivé de Nicolas , très-usité dans le nord
de la M., en a. Colin; en fr. Colin, paysan de comédie;
— 2:>l —
Spenser s'est désigné dans ses vers suus.le nuni de Colin;
Clout et un commentateur disent : « The worde Colin is
french and use of the poet Marot. » colinette et couline,
torche de paille des paysans. V. Intr. p. 176; coloettk
(Vire), bavolet; COLIN, espèce de poisson dugenreGadc:« Co-
lins, congres, harengs; » coLiN-FEumETiE , coli.n-fillette ,
homme qui joue le rôle de femme dans le ménage , ou en-
core MicHiÉ-FEMMETTE ; COLAS, grand sot, niais; on dit iron. :
« Servez Colas, sa femme est en couches. » Nicolas, en
passant par le scand. Niaul, est devenu le n. pr. n. Neel,
quoique latin, gén. en Nigcllus ; de là le fr. Cohn-Maillard .
COLLE, bourde, conlr. de Cageoler, litt. mettre en cage,
Cawo^a; COLLER, en argot de collège, prendre un élève en
cas d'erreur ou d'ignorance ; colle, collaison, échec dans
un examen; colleur, examinateur, répétiteur; en a. Co//,
tromper, Coller^ trompeur. Ce groupe se rattachant à cate,
V. ce mot.
COLOMBE , coilomde, s. f., pilier de cloison, du 1. Co-
lumen, ou plulôl de Columna; le fr. n'a que le dérivé Colom-
bage ; coDLOMBER , garnir de coulombes ; codlonke , colonne,
en a. Columna; corokel, colonel, ou chef de colonne, même
en a. Colonel, pron. Keurnel, du v. a. Coronell. V. Spen-
ser, 536; du reste , le pat, est sans doute fidèle à une au-
tre et., à Corona, troupe qui a passé en Esp. dans Coro-
nella, régiment, dont le chef était un Coronal; le mot fr.
qui remonte à François l»-'»- était prim. Coronet. Rabelais
et Pasquier ont suivi cette forme; mais pour revenir à
coulombe, issu de columna, on avait env. f. Coulombette.
par ex. : « Haultes coulombettes bien ouvrées. » (Christ,
de Pisan , le Did. de Poissy).
COMBLIER, combler, du 1. Cmnulare, en basl. Cotn-
brus (de Cumulus) , abattis de bois , d'où le fr. Encombre ,
Décombres , en a. Cumber, obstacle , et Incumber, embar-
rasser, en x.a.Accombre et Acumbre (Halliwell's diet);
COMBLIER à Av. sign, déterminer à : « J'nai peu le comblier
à faire cha; » c. à d. arriver jusqu'au but, au comble; on
distingue la mesure rase et la mesure comble ; en a. Coomb,
mesure de blé (c.imble.)
COMMENCHIER, encomjiexchier , v. a. commencer,
de Com?ninisei, inventer. Dans la composition des verbes
en a. , By, en a. s. Be, en a. ont le sens d'intériorité, comme le
fr. En : ex. To Beget, engendrer, To Begin, en-commencer,
To Beddagle, en-crottcr, etc. On dit aussi codueischier ,
— 252 —
commencer et qu'meinchier à Val. ; cooiiENceEMENr et à Val.
«u'MEiNCHEMENT : « Il y a qu'menchement partout. » Les
formes chuintées sont très-anciennes : « Il commencha oreir
issi. » {R. du M. S. M. V. ^J 53). A Vire, où domine la pron.
a. de e en i, on dit comminchier.
COMPLIET, complet, du 1. Completns ; couvlîètek ,
compléter; complues et compliens, complies (Comp/eYorm),
en a. Complin; ajoutons un mot assez voisin , dérivé du I.
Complex, c. à d. accompliice , complice , en a. Accomplice.
COMPTOUR , compteur, dul. Computare; ce moi éiàit
devenu en v. f. Contour ; il y a en N. beaucoup de familles
Le Contour, le Conteur, le Coûteux; ce mot signifiait tré-
sorier : « Lesquelz vingt-cing livres nous paions au comp-
teur du vicomte de Caen. » {Aveu de S.-Etienne, -J554) ;
plus anciennement que cette date on ne trouve guère que
la forme Contour : « Et y sont les semonces exécutées par
le prestre et coustour d'ycelle Eglise. » {Acte de -1283.)
« Procureurs et serviteurs du grand cousteur de N-D. de
Bayeux. » {Invent. ap. Pluquet, Essai, 88.) Ce mot était
encore usité dans les temps modernes ; M. Demons dans
l'état de la cathédrale de Coutances, fait en ^8I4, dit qu'il
y avait avant la Révolution : « Trois coustours ou bedeaux.»
(Mss du séminaire de Coût.) Il existait aussi en a. : « A
sherieve hadde he ben and a countour. » (Chaucer) ; on
écrivait aussi Comptour, d'après les notes de Cant, tales ,
p. -1 76 ;coDTRE, signifie encore sacristain en H. -IS.; enB.-N.,
c'est le ccsTo , et en pat. a. Countour sign, trésorier , selon
ledict.d'Halli\Yell; accontocr, escompteur; en ^.Account,
compter, Count, compte. Counter, jeton; aussi dit-on en-
core dans l'Av. : « Je ne sais ni jeter ni compter. » discon-
ToiiR, prêteur d'argent, usurier, en a. Discounter , escomp-
teur.
CONE, corne, du 1. Cornu : le n., comme l'a., ne pron.
pas le r devant une consonne; on dit prov. : « L'bouen
Dieu n'doune pas d'cônes à bête qui hurte. » côjner , son-
ner d'une corne; cônu, cornu; cô>u, gâteau en forme de
chausse-trape ; cônu, cocu, et en pat. a. Cornifle sign,
duper; cornart (cheval), atteint de cornage, c. à d. dont
la respiration imite le bruit du cor; côîjard, cerf- volant;
coRNAED , côNARD , cocu ; il y avait à Rouen et à Evreux
des Fêtes des Cônards ; de ceux de Rouen on disait :
Aux Cônards est permis tout dire
Sans offenser du prince l'ire.
— 253 —
Les CônanJs, Conardi, élisaient leur ahbé cl le prome-
naient k Rouen sur un chariot, et à Evreux sur un âne;
suivant Taillepied (Ant. de Rouen) les Cûnards avaient
succédé à une confrérie de Coqueluchiers {Coqiieluchon ,
capuchon) ; ils avaient les termes de Conardie, l'adv. Co-
7iardemcnt : o L'ingénieuse lessive qu'ils ont conardement
montrée aux jours gras de lo'iO; » (Le Triomphe de V ab-
baye des Cornards, Rouen 1587.) comau , cocu, d'où le
sobriquet : « Les coniaux de Barou, » près de Falaise, et
« Un tour de Barou, » sign, une bêtise; corkette, femme
dont le mari courtise une autre femme : « Si o l'a fait cor-
nard, i l'a faite cornette; » côNtELLE, la perce-oreille, qui
a deux cornes; cô.mère, s. f. coin de maison : « E le rucl
doit venir à la cosnièrc de la meson Eudet. » [Pan. lib.
rub. Troarni, fol. I '».) ; on dit encore la corne d'un bois,
d'un champ; c'est l'a. Corner, coin; on disait aussi Cor-
net : « Faire la cauchie deu cornet du cymetière jusqu'au
premier pont. » (Liv. des Jurés de St-Ouen.) Le fr. ap[>elle
Cornier ce qui est à l'angle d'un objet, et Cornière désigne
un angle à la rencontre des gouttières , et en H.-N. cornet
sign, coin : « Dans le cornet de notte queminel. » (Muse n.)
il y a un poisson dit goornaut , en a. Gurnet et Gurnard,
dont Skinner dérive le nom de Corniculum , parcequ'il est
remarquable par sa tête osseuse; corgini: , s. f. angle,
coin; corgne, (Av.) borgne, litt. qui regarde de coin; en
V. f. Corner sign, être dans un coin; et « Une croix qui
corne, » en pic, est une croix plantée dans un coin; Cor-
net, encrier, a pour syn. en a. Inkhorn; bigorne, de
Bicornis, enclume à deux pointes, en a. Bickern; bigornée,
façonner sur la bigorne, cigorne, pièce de bois noueux;
DÉCORNER : « I ventait à décorner les bœufs ; » counebichet
et BicHET, vase à boire en forme de corne, comme les vases
à boire des Scandinaves; c'est aussi le coquillage dit Ber-
nard-l'ermite, ou encore coRNir.ArT et bernigact; encornet,
le calmar céphalopode; écorné, châtré : «■ Un mouton
cornut u coillut; » (C^ar^e de 1263.) corne du diable ou
la Macrc. Le fr. Cornemuse vient du bret. Corneor et
flloîiez, voix humaine. La Cornouaille en A. et en Bret.,
latinisée en Cornu, renferme l'idée de coin.
CONEILLE , corneille, du 1. Cornicula ; conillot , cor-
nillas : « Neir coume un conillot ; le coniau ci-dessus, so-
briquet des habitants de Barou, pourrait bien être ce mot
contracté : cornaille s. f. (Gl.-n.), la famille des corneilles.
— 2a4 —
iles corbeaux; coNEiLLE OU pïed de co.neille, ù Seez , hi
Scabieuse, en fr. c'est la Lysimachie.
CONFESSIER, confesser de Confiteri; confession; on
dit en parlant d'une personne méchante au fond et de bonne
apparence : « No li donnerait le bouen Dieu sans confession; o
co.NFKSSE, confesse; on dit dans toute circonstance où on
se succède un à un : « Ch'est ichin coume à confesse; »
co>iFEssiouivA , confessionnal ; confessouii, confesseur; on
dit souvent père-confessodr; confitior, confiteor : «Moueri
sans aver l'iemps d'dire sen confitior, »
CONGIÉ , congé , en it. Congedio, du 1. Commeatus, en
V. f. Comjat; le fr. Congédier se rattache à l'it. ; en pat. a.
Congie sign, leave, permission , selon Halliwell (Diet.). Le
congé militaire joue un certain rôle dans les chansons n.
modernes.
CONNÉTABLE, chef civil delà paroisse, maire. (Ilesn.),
lilt. Cornes Stabuli, chef, en v. f. Quens, Corns, chef,
comte. Cf. Maréchal (mare, cheval, Sc/ial, serviteur), et
ces deux mots qui sont devenus des dignités, prouvent
l'importance du service des écuries autrefois ; Ecmjer ad-
met la même remarque.
CONNIL , coMN, lapin, de Cuniculus, inusité en fr.,
existe dans des noms loc. : la Conilière , le Mont-Conin
(à Genêts, nom tiré de D. Huynes) : a Capella de monte
cuniculi, » le Conical, à St-Pierre-Langers , le Conilleau,
à St-Nicolas-près-Granville; en a. Comj, lapin, en it. Co-
niglio, en esp. Conejo , en ail. Kunele; en sued. Kaning,
en V. f. Conin et Connil : « De chascun cent de peaux de
mouton, connils, aignelins, etc. » [Tarif de Bay . , ^5<-■ s.)
Ce mot est très-répandu en pat. a. sous la forme de Co-
ney, Cony, Conynge. Le fr. pop. Conniller avait son équi-
valent en v. a. où , du temps de Shakespeare, Coney-
catcher sign, fourbe, imposteur, extension du sens de
braconnier.
CONSEI, s. m. consultation, délibération : « Le temps
est au consei, » c. à d. demande qu'on se consulte, incer-
tain; en a. Counsel et Council ; le sens archaïque de Con-
seiller, parler bas, pourrait exister encore quelque part.
CONSÉQUENT , considérable ; conséquence , impor-
tance : « Une maison conséquente ; — Une affaire de con-
séquence. » Ces termes, qui sont d'ailleurs populaires,
avaient un dérive singulier qui se trouve dans un Procès-
— 255 —
verbal fuit à Caen en ^ 608 : « Une simple place de plai-
doierie, peu conséquencieuse à la ville; » ce sens très-
logique existe aussi dans l'a. Conséquence; par conséquence,
par conséquent, en a. By consequence.
CONTOUR, conteur; du \.Commcntum, d'où le fr.
Conte, resté dans l'a. Account , relation; on dit par pléon.
coN TOUR DE CO -MES; V. Ics formulcs des contes en B.-N.,
p. 227 de Vlntr.; en terme de coutume, enN., \eCo7iteor,
Contour i:\ai\. l'avocat chargé d'exposer les faits; on dit
fam. en fr. conter des fagots , c. à d. de bourdes, d'où Fa-
gotin; coNTERiE , action de conter; cote-nouvelles, rap-
porteur indiscret; son syn. plus énergique est le come-pet :
on chante au délateur ces vers :
Conte-nouvelles
A vingt chandelles ,
La paille au c...
Rapporte t'élu.
Le mol Co}n7}ie7itum se composant de 31 ens , esprit, on
peut rattacher à ce groupe dememer (se) , s'occuper de litt.
se mettre dans l'esprit : « Qui s'demente de tout n'fait ren
de bouen. »
CONTRE, CONTE, du 1. Contra, s'emploie ainsi : « Il a
fait cha par en contre mé, » d'où le fr. ù rencontre; malgré
le Cont reporteur, dans le sens de colporteur, employé au
^6e s.; ce dernier sign, porteur à col, mais contreporteur
renferme l'idée de pays voisin , contre, d'où le fr. contrée,
l'a. Country; en n. contrée sign, canton voisin : « Y a des
poumes par contrées ; » controverse s. f. le sens contraire,
le revers, par ex.. d'une étoffe, se dit dans ce sens : « Aller
à la controverse des autres, » c, à d. en sens inverse, comme
en 1. par ex. Controversia aquœ, le choc de l'eau en retour.
CONTRICHION, contrition, pron. a.-n., du 1. Contritio:
« Ch'était des contrichions à matelot; chan'durequel'temps
d'passai l'iau. »
COPER, couper, en gr. Kotiteev : « Et leur ai fait copper
les testes; » (Ckron. scandaleiise) copet, codpet, en Bray
C0UPELET, cîme d'un arbre, la partie qu'on coupe, en v. fr.
Coupel , en a. Cop et Coppel , sommet, dont Top, id., est
une forme; colpelle . cîme d'arbre, et Acop, en v, a. sign,
en pointe, selon le Diet. d'Halliwell (^,17) et Decoped, dé-
coupé, est dans Cant, tales, 843 ; ecoufeleb, décapiter un
arbre; on trouve souvent coupel dans les chartes n. : « Ra-
mos sine coupello; » en wallon Acopet sign. en haut; coc-
■ 7
— 2oG —
MT désigne aussi le gros intestin des animaux , le boyau
supérieur ; la phrase suivante nous offre plusieurs formes
de ce radical en v. n. : « Pevent escoupeller, paient pour
l'escoupleur xv solz . et se il (l'arbre) est escoquenard vert,
ilz paient pour escopleure six solz. » Coût, des forêts. Les-
coupeleur s'appelait aussi Coespel, nom d'homme fréquent
en N. ; nous croyons que Coupard, n. pr. aussi commun ,
désignait ce qu'on appelle aujourd'hui le chatroux, car co-
per sign, châtrer; coipiau, copeau : « Estoit vole (léger)
commeun coipeau. o (Rog.de Collerye, T'i); lev. f. Copiée,
bois taillis, en 1. Copitiœ, a laissé à l'a. Copiée et Copse ,
taillis; coespeler se dit d'une terre gelée , qui est raboteuse;
en ec. Chop sign, couper, hacher; à S.-Lo un gopin est un
fabricant de serges; recope , s. f., seconde mouture, re-
coupée (Val), « du pain de r'cope. »
COQ, cusinier de navire, du 1. Coqims, Coquere, cuire,
en a. Cook, d'où le fr. coquin, en pat. a. CoMn , en v. a.
Cokysse, cuisinière; de là aussi Coekney , badaud, dans
Chaucer Cokanay. V. une note, p. ^86 du Chaucer de Tyr-
whitt où l'on démontre que ce mot signifiait cuisinier, Co-
quinator; de là le fr. Pays de Cocagne, en a. Country of
Cockaigne (coquina) , liit. de cuisine, de bonne chère ; de là
le fr. Gueux, du v. f. Queux, cuisinier, resté dans maître-
queux ; GUECSARD (Val.) , coquin ; cemépris jeté sur le cuisinier
conduit au n. cocace, risible, et dans le fr. Cuistre; l'heube-
AUX-GUEux, la clématite; tchcube (Val.), cuire; tchidsson,
cuisson; tcbccsine, cuisine, d'où Va.. Kitchen; tchcu, cuit:
a II a du pain t'chuu t'cheu H, » sign. à Val. un homme
aisé, ainsi que la loc. : « Aveir du pain sus l'ais; » en a. Cod-
dle, parbouillir, est un dim. de coquere, ainsi que Codling,
pommes cuites.
COQLE, cocLE, coque; on dit d'un mal qu'on repousse:
« J'aimerais muuspesquier des coques au Mont-St-Michié;»
dul. Cochlea, en a. Cockle, d'où le fr. Coquille. coqueUcot, co-
quelourde, coqueluche, coqueluchon , coquillage, cuillère,
coco, cocon, coche (voiture), lequel était fem. du temps
d'Henri IV, en a. Coach, et en argot Coquille sign, cabrio-
let, cochlearia, d'où l'a. Cockleary, en spirale, recoquiller,
d'où l'a. CocA-^e , se rider; coocetier, coquetière, qui re-
cueille la coque dans la baie du M. S. M. ; ecoquier , tirer
de sa coque, égrener : « Espiz escoquies en garbes desliées.»
(Liv.desJurés de St-Oen), en a. Cockle, ivraie et pétoncle.
Le mot voisin Concha a donné au fr. Conque , à l'a. Conch ,
— 257 —
et aux langues pop. un mot obcènecitéen entier parWace,
à propos d'une rivière, au R. de Bon; V. ^ 5000, et reproduit
dans la Chron. de N., -128, et dans la leçon d'anglais dans
Shakspeare (Henri F, act. ^^^, 4); on lui donnait aussi
pour syn. Coquille : • Ne faictes fourbir vos coquilles. »
(Rog.de Coller) e, ^22); les troubadours ne se sont pas
gênés pour ce mot. par ex.Bern.de Ventadour dans le
nom de samaîlresse, V. dans le Renard contrefait l'histoire
de la Dame qui suspendit Virgile (M. du Meril, Mélanges,
444); le n. lire de ce mot plusieurs verbes; il y a une
riche synonimie sur cet objet dans l'a. ancien et pop. ,
comme le démontre passim le diet. d'Halliwell. Concha a
encore donné à la N. des noms loc, par ex. la cokchée, à
Chausey et ailleurs; à St-Malo, la Grande-Conchée. En
argot Coquillard, pèlerin, usité dans les n. pr. Le v. f. Cotyle,
coupe, du 1. Cotyla, resté dans le fr. Hydrocotyle, ou écuelle
d'eau, subsiste en a. dans Kettle. On peut illustrer l'art.
cccLE par un dicton n. qui est l'équivalent du 1. : « Ferre
lignum silvœ, » et du fr. : « Porter l'eau à la mer, » c'est
« porter des codes au Mont-St-Michié, » ce que Régnier
exprime ainsi , Sat. IV :
Que mal instruit je porte en brouage le sel ,
Et lines coquilles vendre à ceux de Saint-Michel.
CORDEÏ, coRDiAu, cordeau, du gr. xopSiq, intestin, en
a. Cord^ corde et corde de bois, en v. f. Cordel, cordeau ,
en pat, a. Cordelles (Ilalliwell); de là le fr. Cordage, cor-
deler, cordelette, cordelle, cordelier : « Saô coume un
cordelier, » dit-on en N. , corder, corderie, cordier, cor-
don, cordonnet.
CORDOIIENIER , cordonnier, ûeCordouen, oucuirde
Cordoue; on distinguait le cuir du cordouen : a De cuirs,
de feutre, de parche et de cordouen. {Coût, de la Vic.de
l'Eau de Rouen.) « Rog. cordubanarius. » (Charte de St-
Etienne) , « Walterus le cordwannier; » cordobeiner, v. n.,
exercer la profession de cordonnier; coRDouEi>ERiE , cordon-
nerie; ces mots existaient en v. a. : « Buskins he wore of
costliest cordwaine. « (Spenser , 302.)
CORMIER, coRMEiLLE , nom de loc. n. dérivé du 1. Cor-
nus , cornouillier. d'où le fr. a tiré Corme ou Sorbe, et
Cornouille : Il y a la léproserie des Cormiers près Beau-
mont, diocèse de Lis. ; on trouve plus fréq. la métalhèse
Cromeil, cromelle, et en v.f. la Cornouille se disait (7roswc;
on trouve un nom do bûcheron assez sismificatif : « Cer-
— 258 —
marius le Crorniei cindit quamdani fraxinum. » (Delisle,
Et. 356.)
CORPORANCE, corpulence, du 1. Corpus : « II res-
sembloit de corporance à son père; ■> (Chron. de N., verso
■123); coBPORc, corpulent : « Un jaians mult corporrus. »
(Rom. de Brut.); il se disait encore au le^s. : « Navires plus
éminenls et corporus. » (Martin du Bellay, Mém. L. X) ;
CORSÉ, repu et qui a du corps; corser, prendre corps à
corps, ou comme on dit en n. : <- à brasse corps; » decorse
diarrhée ; eacorser (H.-N.) , mettre dans le corps, par ex.
une médecine; corioral, caporal (Gl.-n.), de même en a.
Corporal , et aussi en it. et en esp., litt. chef de corps. L'a
qui a pris au fr. la langue de la stratégie et des fortifica-
tions, possède Corps, corps d'armée; en outre Corpse et
Corse , corps mort, cadavre. Le français apporte à cette fa-
mille, outre les mots ici cités, corporal, corporel, corpora-
tion, corpuscule, corsage, corset, corselet, en a. Corslet
(cuirassé), incorporer, corvée, litt. service corporel, mal-
gré le b.-l. Corvata, qu'on attiré de curvatns.
COUCOU, en 1. Cuculns; on crie ce nom à ceux que l'on
veut désigner comme cocus. Il est appliqué en N. et en A.
à plusieurs plantes, et souvent aux mêmes, ainsi Xorchis
mascula est le coucou et le Cuckoo-floiver ; le lychnis flos
cuculi est la fleur de coucou et le Cuckoo-flower ; Voxalis
acetosella est le pain de coucou et le Cuckoo-bread. En pat.
a.Cuckow sign, cocu, et Cuckquean désigne <> a female
cuckoo, » ce que le n. appelle une corkette, une coinette.
Le rapport qui existe entre le coucou et les fleurs qui por-
tent son nom vient généralem. de leur floraison vers l'ap-
parition de cet oiseau. Ajoutons aux précédents le coucou,
désignant la primevère. La bave de coixou est l'insecte dit
Cercrops écumeuse; Cuckoo, en a., est le Hare's bell. On
dit prov. avec avoir dans le sens de devoir :
A la mi avri,
Le coucou est mort ou vi.
A la mi-avri ,
L'coueou vient, s'il a à veni.
On dit d'un cidre qui ne se conservera pas bon jusqu'au
printemps : a Du hère à qui que l'coueou n'fera pas pliaisi, »
COUDRE , fem. en p. n. comme le 1. Conjlus; lefr. le fait
masc; arbuste qui produit les noisettes; il y a beaucoup de
loc. dites la Coudre; coudrier, dissyllabe, coudrier; cou-
BRETTE, s. f. , nom poét. du coudrier , commun dans les
— 239 —
cliansons n.; couiiRirsE (Av.), le chiendent. On dit prov. :
(I Année de noisettes , année de bâtards. » Le nom com-
munal Coulouvray se dit en pat. Coulvray, en 1. Cw^
vrenim, Couldrehim, c. à d. Couldraye ; le nom d'une com-
mune voisine, Bois-Benâtre , a par sa singulière orthog.
ouvert le champ à de bizarres hypothèses ; c'est Bois-Be-
nard, et Boscus Bernardi est commun dans les chartes n.
spec, dans les Rôles de l'Echiquier.
COUE, queue, du 1. Cauda, en a. Ctœ; on dit prov. : « A la
mi-mai, coued'hivé.B Une chanson n. du le^s. dit en parlant
des A. : « Ils ont une longue coue. » (Intr., 248); coieb, cou-
ver, d'où l'a. Cower, se baisser; couillo^', cocyon, testicule,
et par suite poltron, en a. Cullion, en pat. a. Collons, en
y . Si. Gullion , en it Ctcllione : « Brutal prestolan, ô trop
lasche coyon. » (Sat, de Courval) ; couille, s. f. , testicule;
coiiLLiEB, s. m., corne de faucheur, placée entre les jam-
bes, en v. fr. Coyer ; coïer, cornet de papier, imitant cette
corne; dans la Bresse, cette corne s'appelle Coillu, dans
le Jura Convier, en Vendée Coue; mais ce mot est le v. fr.
pierre à aiguiser, dérivé du \. Colis, en fr. queue; cocil-
LÈRE (Bay.) s. f. cornet de papier; couie, même sign.; cocier,
(Gl-n.) paysan grossier; accouer, attacher à la queue ou
mettre à couver; coue>j\e, fiente; cotEiNNER, fîenler; codan-
kée (Av.), s. f. excrément d'animal; ecoma?,t, affadissant,
pourrait peut-être se rapporter à ces derniers mots; coiette,
petite queue, d'où bat-couette ou hoche-coue, la lavandière
ou bergeronnette ; coivaln , œuf couvé :
Apportez-en dix-huit ou vingt (œufs),
Mais n'apportez pas les couvains.
[Chant de la Passion dans l'Av.); cotiver, satisfaire un
besoin naturel; coditron (Guern.), têtards de grenouil-
les, œufs attachés à la crapaude; couvée^ monceau de fu-
mier qui couve sous la terre; ecoiek, priver de la queue;
on dit aussi eqceuteb, plus récent; cocvette, chaufferette;
racofet, bouchon de paille en forme de queue; recoué, re-
çu (Av.) , enfant qui vient longtemps après les autres ,
litt. couvé en arrière; redo, l'erdot, même sign, et prob.
même et.; colvet, chauffe-pieds ; couvain, s. m. collect., les
jeunes abeilles non écloses; cacoue, s. f., roseau à balais
(Av.), litt. queue de chat, en Berry, balai de silence (Voc.
de Jaubert); aquiaulée (Gl.-n.), suite, séquelle, queue. Le
fr. ne tire de la forme pop. que couard et couardise, en a. Co-
ward, Cowardice , et de plus Cow, intimider.
— 260 —
COUECHIER, coucher, en \. f. Coulc/ier, àeCollocare;
couecha(;e, s. m. toute chose bonne à faire couche; cole-
CHÀGE, le coucher; couechiie, couchée, en a. Couchée; la
loc. « Couechier par écrit » confirme l'ét. par collocare. A
Val. la loc. « Biin couechii » sign, tant mieux , c'est bien
mérité , bien placé , Colcliié. On dit prov. : « Coume no fait
sen liet, no s'coueche. » En a. Couch, couche, repos, cou-
cher, mettre par écrit.
COUENNE, du 1. Catena, dérivé de Cutis, peau, garde
son sens et. dans coijemse de lard; c'est une injure de sa-
leté : « Vieille couenne; » couenne, /)ems; coiEN^iu, couen-
neux; coctice (Saint-Hilaire), lanière de cuir attachée au
bâton.
COULAGE , gaspillage dans les dépenses d'une maison,
du 1. Colluere, d'où le fr. Couler; coulée s. f. passage
étroit; il y a des petits cours d'eau appelés colLA^DIÈREs;
il y a à Coût, le ruisseau de I'ecoulanderie; coulant, s. m.
courant; coLiDOR, corridor, anal, au fr. couloir; ajoutez
le fr. coulis, s. m., et coulis, adj. et coulisse, qui est dans
l'a. Port cullis, herse, litt. porte à coulisse : « Pro barris et
portis coleiciis. » (Acte de -1205.) Il est possible qu'à
ce rad. se rattachent les noms top. la Coulombe, sur la
Sienne, Coulommiers sur une rivière assez forte, Coulibœuf,
sur la Dive. Ajoutons Coulonces ; le n. coulanderie est à peu
près reproduit dans l'a. Colander, Cullender, couloire,
en esp. Coladero, d'où viennent direct, len. et lefr. colidor,
corridor. Quant à l'a. Scullery, lavoir, ce n'est pas le n.
Ecoulerie; il dérive d'écuelle, litt. Escuellerie; mais en pat.
a. Cooler, sign. « a large tube » ainsi que Coul (Halliwell.)
COULEU, couleur, de 1. Color, en a. Colour, et en n.
coLouiîER et COLLEUBER, colorcr, comme en berrichon :
« moins couleuré que son frère. » (Petite Fadette, 89j;
couLEn, fausse apparence, prétexte : « J'inventai des cou-
leurs. » (Corneille) ; ainsi, dans Shakspeare Colours, trom-
peuses apparences ; il est aussi en ce sens dans la gr. de
Palsgrave.
COULIEUVRE, et qïilletjvre à Val., du 1. Colubra,
couleuvre; raisik a la collieutre, le taminier commun;
dans l'A v. le chiendent s'appelle corDROE; peut-être pour
Coulvrine, à cause de ses racines rampantes; on a àMor-
tain la contr. de couleuvre dans couvre, comme dans la
loc. : « Bère coume une couvre; » on dit aussi par contr.
en a. Culverin, couleuvrine.
— 26J —
COU.ME, comme, du 1. Quomodo; on joue un jeu où
l'on commence par ces mois : « J'monte une marche, » et
l'on doit ajouter : « Coume mé » jusqu'à ce que les der-
niers mots soient grotesques ou injurieux ; coori-corçA ,
doucement, passablement, litt. cuuME-çi, codme-ça, qui se
disent pop. ; le fr. dit couci-couci; cocmem. comment, dul.
Qua mente. Le fr. peu usité Commer, faire des comparai-
sons, offre une physionomie pop.; colmetoct, signe de
superl. : « 11 est malin coume tout, » comme on dit « Tout
pliein malin. < « Coument dis-tu? » pour Que dis-tu? Dans
le Norfolk, ces derniers mots sont encore usités sous la
forme que donne Halliwell : « Sammodithu; » (Diet.) c'est
une formule pour demander des nouvelles de la santé , que
ce lexicographe n'a pas saisie ; on dit toujours en N. :
« Comment dites-vous? Conmient dit la santé? » Ace mot
a. qui est une phrase, on peut enjoindre un semblable,
Quandary, perplexité, litt. Qu'en dirai-je? V. Beaumont
et Fletcher et Richardson's diet.
COUMÉDIE, comédie, du \.Coniœdia, en a.Comed/j;
couMÉDiEN, comédien; coniiQiE, comique, etc. La termi-
naison fr. ie se pron. ^?^ en n. ex. comedIxN.
COUMESTIBLE, comestible; il n'y a que par ce mot
encore peu pop. que le fr. se rattache à la communion des
langues indo-européennes: en pers. Ata, engoth. Itan, a-s.
Etan, a. Eat, hoW. E ten, aW. Essen, sued, ^^a, gr. eSetv,
1. Edere; le fr. Mets, l'a. Meat, qui a un air de famille, se
rattachent direct, à l'isl. Mat, lait, la nourriture par excel-
lence.
COUMODE, commode; coumodité, commodité; cocmo-
DÉME.M, commodément.
COUMUN, commun ; coumun et codmCxML, s. m. bien com-
munal, en a. Common; coumi,>e, maison cocmuiXE, mairie;
nuEMuxE. id.; accomicher (Bay), mettre en commun; en
V. f. il sign, communier : « Grand planté de messes pour
accomicher ceux qui dévotion avaient. » (Froissart.)
COUISAITRE, connaître : « Je n'ie connais ni d'Eve ni
d'Adam ; » on dit : « No ne connaît le vilain que quand no
z'est à sen pain; » couiXAIssa>che. connaissance; decounai-
TRE, ne pas reconnaître : « I faisait niit à décounaître les
terres ; » en a. Know et Con, d'où Cunning, intelligent,
mais qui sign, connaissance dans Shakspeare : « That errs
in ignorance and not in cunning. » (Othello, Act. ^^^,.3.)
— 262 —
COUPLIER, coupler, de Copulare\ coupuie, couple;
DEcouPLiÉ (bien), bien fait, en parlant d'une personne, mais
sans doute pour Découpé, dessiné; en a. Couple, Cou-
pling, en f. Couplet, en n. coupliet, accoupler; en a.
Cobble, rapetasser, d'où cobbler, savetier; couplière ou
CHAPE, lanière qui réunit les deux parties du fléau. Quant
à Câble, il. vient du 1. Capulum, en v. f. Châble, qui se dit
peut-être encore sur la Seine : « Les bateliers de la rivière
de Seine prononcent diable et ils appellent les petits cha-
bles chableaux. » (Observ., 392); capeler, attacher une
corde , on dit par pléon. : « Capeler un câble. »
COUR, couER, du 1. Curia, cour de justice, assez pop. à
Jersey, moins cependant que le vieux mot Cohue; ce mot
d'orig. lat. n'existe presque pas dans les langues pop., et ne
doitpasêtreconfonduaveclacour aussi d'orig. lat., qu'onde-
vrait écrire Court, puisque toute cette famille est caractéri-
sée par le T. Ce dernier mot est le 1. Cohors, Chors,
cour de maison, de métairie, l'anal, du gr. xop'^oç, du germ.
Croft, du scand. Gard, de l'a. Wort.kuwQ époque reculée
en N. Curtis^ sign, une terre seigneuriale, comme on peut
le voir par le curieux douaire d'Adèle, cité dans le Spici-
lege d'Acheri : « Concedo curtem de Ver.... etc.» Aussi, en
B. N. COURT désigne encore les grosses terres dépendantes
du manoir; on dit à Val. la court d'Urville, la court de
Mandeville, etc. ; c'est de ce court qu'est dérivé le fr. cour
dans le sens de cour de prince, cour de maison, mots dont
l'orthog. est fautive, et ne les rattache pas à leurs dérivés ,
cortège, courtiser, courtisan, courtois, courtine, etc. L'it.
Corte et l'a. Court ont été plus fidèles à l'ét.; l'a. possède
Court, Courteous, Courtesan, Courtier, Cur, chien dégé-
néré, litt. de cour; en pat. a. Courtelages[<^n. cour et jardin.
Len., spec. dansl'Av., aie dim. courtil, jardin; ily aà Av.
la rue des Courtils, et dans l'arrondissement la commune de
Courtils; de ce mot, le fr. tire Courtihère, autrement Jardi-
nière, insecte des jardins; ce mot était devenu Co5^ï7.* «unum
costillum. « (Cartul de St-Lo); on disait courtillier, jardi-
nier : « Mettre à la garde des courtils son courtiller et son
compagnon. » (Avranchin, ^ 1,429); courtillier se dit à
St-Lo pour jardinier. V. court aux or. celt.
COURROI, le fr. corroi, argile; Vauban'disait Conroij:
« Une clef de conroy ou terre grasse bien battue. » [Mém.
sur Cherbourg); en marine , le courroi est un mélange de
suif, de soufre et de goudron ; à Mortain. on dit courail
— 20;; —
pour la terre argileuse el l)lanclie; de là le ?ii(îixe des deux
loc. St-J. du Corail el St-,1. du Corail des Bois; on dit aus?i
COROT: au Maine Conroi, argile. En v. f. 6'o?i?'o/, dérive du
1. Coyigregare sign, réunion, V. passim dans le Boni, de
Rou. cl aussi convoi, troupe; c'est sans doute aussi l'ét. de
notre corroi, lilt, terre agglomérée; ainsi en pat. a. Conreij
sign. : « run together. » (Halliwell). Dans le sens de réu-
nion de bestiaux, il se trouve dans une charte de Jersey de
^45^ : « Mettre les conres dehors des étables. » (Fr. Hugo.
N. inconnue). 11 a encore le sens de soin (cura(io).\. cv-
RIOLEIi.
COSSE, GôssE, cosse, du b.-l. Cossa, en a. Cod, gousse ;
et le n. gôsse mène au fr. Gousse, enveloppe de l'ail, à son
dim. Gousset, bourse et creux de l'aisselle, en a. Gouechet,
petite poche de culotte ou de gilet; delà gousse, s. f. argent
de poche; de là le fr. Cosson . insecte qui se loge dans la
coque des grains, Cosson, bouton delà vigne; ecôssek,
EGôssER, écosser; ecôssodr, écosseur; côsseac, côssiac ,.
tuyau de plume à écrire; à Val. cosset; côssé, cossu; côs-
sciiENT, richement; gôssiep. el grossier , à Val., balle des
céréales; gôssox . et à Genèls cocno.\KET, fruit de l'églan-
tier.
COUESIN. cousin, du 1. Consanguineus , en a. Cousin,
cousin; couesineu , v. a. se traiter de cousin ; coie>Ii\age,
s. m. qualité de cousin. On chante une vieille ronde où a
survécu le superlatif trcfous , en n. tertois :
Sonmcs-nous pas cousins , cousines?
Sonmes-nons pas cousins lerlous?
V. la chanson des CousincUcs, Intr. , p. 332. On dit pop.
d'une personne flère : c Le roi n'est pas sen cousin. » Au
terme Cousiner se rattache l'a. Cozen, cajoler, litl, traiter
en cousin. On appelle à Villedicu , où le sacre, fêle du Sl-
Sacremenl , se célèbre avec solennité, cocsins du sacre, les
prétendus parents qui viennent demander l'hospitalité ce
jour-là. coLsr^E, belle-mère; codsinet, œillet mignonette ,
en a. Minionet; cotjsinette, passe-pomme, en quelques en-
droits POMME I1F satnt-comest. (GL 71.) Tallcmant des Réaux
raconte l'origine d'un dicton n. : « On donna la vie à un de
ces mutins (des Nu-pieds d'Avranches) , à la condition
qu'il pendroil les autres... Il y en avoit un qui esloit son
cousin germain; quand ce vint à lui : hé, cousin, lui dit
ce malheureux, ne me pends pas. Cela passa en proverbe.
Cet homme quitta le pays cl se fit ermite. » Le fr. Cousin ,
insecte, dérive du 1. Cvlcinvs.
8
— 264 —
COUOURBE, courbe, du 1. Curvus; courbe (H.-N.) s. f.
attelage de deux chevaux pour halage , sans doute parce-
qu'ils sont rôunissousun seul joug ou cercle. II y avait sur
les bords de la Seine un droit sur les courbes, appelé Cour-
bage. courge , s. f. joug pour porter les seaux ; sans doute
de là le fr. Courge, fruit arrondi. En fr. Coubattu , litt.
courbé de faligue, Curvatus, enn. codrbattre, harasser,
en it. Courbatare, comme dans la 3Iuse n. :
Chy lu as veu ma fame checourbatlre.
On tire du b.-l. Corvada (curvata) le fr. Corvée, litt. tra-
vail où l'on est courbé , mais plus prob. de Corps , comme
étant la redevance du corps , par opp. aux redevances en
argent ou en nature ; du v. f. Corvéer, il n'est resté en fr.
que Corvéable. En a. Curve, courber, Curvet, courbette^
Curb, gourmette.
COUOURÏ, cooERT, court, du 1. Curtus; codert, de petite
taille, comme l'a. Short; couertaud, péj., homme petit et
trapu, d'où sans doute le fr. Courtaud de boutique , litt.
petit garçon; en fr. Courtaud (cheval) et Courtauder ; en
V. f. Cort, qui est peut-être l'a. Short, par cette ligne : ail.
Kurtz, hoU. Schorte, a. -sax, Sceort; onditavecépigramme :
« Couerte messe et long dîner. » courte, s. f. penis d'en-
fant ; courtine , id. , d'où faire courtine , se baisser pour
uriner, spec, en parlant de la femme : aussi faire courtine
sign, encore s'accroupir, s'étaler, comme les femmes, sur
une chaufferette ; c'est ce que les Pic. appellent Faire cha-
])elle. A CODERT, à vide, en besoin de : « Etre à couert d'ar-
gent; « on appelle une personne en cet état M. ou M^e
d'argent-court. En a. Ct«-^, court, Curtail, couper, litt.
en pat. a. Cutly, faire courte queue, comme on fait pour
les chevaux.
COUOUTEUME , coutume, du 1. Consuetudo, dont la
forme intermédiaire était Constud, en a. Custom; couou-
TECME, s. f. droit de péage : « Liard à Hard la cououteume
s'amasse ; » comme en v. f. : « Chacune nef au port de Caen
donrra la jolie et loial coutume. » [Etabliss. de N., 85.)
Aussi en A. Custom sign. Douane, cououtumanche , ac-
coutumance; cououTDMiER, coutumier, en a. Customary,
chaland. Les îles n. sont encore régies par la Coutume
de N. On dit prov. : « Une feis n'est pas cououteume. »
COURLIEU, courhs, en a. Curlew; bé-de-cocrlieu , le
Claucium maritimum; ce mot se rattache à courir, du
— 265 —
moins Corlieu en v. f. sign, courrier, comme dans ces
vers du R. de Rou :
Dune vaissiez corlieus errer,
Barons e chevaliers mander.
Le bécasseau falcinelle s'appelle Petit corlis et Cocorlis ;
l'oiseau, assez semblable au courlis, qui s'appelle ù Genêîs
coBBEGEOiX, se rapporte peut-être à cette famille.
COURRE , courir, du 1. Currere , resté en fr. en véne-
rie, chasse à courre : « Je n' vais pas allai courre jusque là; »
cocERi, courir; on dit prov. : » Vaut muus tenir que
coueri ; » coijeeocr, coureur, en pat. a. Corowf ( Halli-
well); cocERoisE, coureuse; coieri, couler : « L' pot
couert, l'iau couert; » couerrie, course, vagabondage;
couEBAssER , vagaboudcr ; coceiusserie , s. f. vagabondage ;
coiERASSiER, courcur de femmes; courser (Av.), pour-
suivre à la course, en a. Course ; cocrson , filet sur cercle
mis contre le cours de l'eau; coiers, cours, écoulement :
« Avoir un couers es gambes ; » decouers , décours de la
lune :
Gelée blianche en decours ,
De l'iau après deux jours.
AccoiRsiER, achalander, donner du cours à la vente, en v. f.
Acconrsier, chaland; iecoursier, désachalander; enn. re-
QCERRE, rechercher, comme courre; ainsi, dans la Chanson
des Oreillers, Intr. , p. 293 : « Je ne puis les requerre. »
Le fr. Courtier dérive de courir, car c'est en b.-l. Currate-
rius , ainsi que Courtaud de boutique; le fr. maritime
Courcive, anal, à Cursive (écriture), semble sign, partie
où l'on court.
COUST, ce que coûte une chose, du 1. Constare, resté
en fr. seulement comme terme de pratique; « Le coust ôte
le goût , » c. à d. une chose chère ne plaît pas ; en a. Cost,
prix , frais ; coùtage , dépense : « Avaricieux qui craignent
le coùtage. » (J. le Houx.) coùtageix, coûteux : « Si couta-
geux pour la ville. » (Acte de l'Univ. de Caen, ^608.)
COUTE, coude, du I. Cubitus ( cu?nbcre ) ; accovie^ ,
accouder; accoit (Gl. n.) , accoudoir. On disait Coîite en
v. f. : « Se drecha dessus son coûte. » ( Tombel de Char-
trose.) « Debout sedreca sur son coule. » (La mort du roij
Siceine, édité par M. Trébutien.)
COUTE, le fr. vieilli Couette, dul. Culcitra, resté dans
le fr. Courte-pointe, Culcitra pnncfa, du verbe poindre .
— 26C —
piquer, visible dans le fr. Pourpoint ; de là le n. coiétil .
coutil , litt. toile de coûte ; couetilier , fabricant de coutil ,
et d'où le fr. Coutier, icL et le fr. Couteline.
COUTENTIN, cccsTE]NTL\, Cotentin, le Pagns conslan-
tinns, dérivé du nom prim, de Coutances, Constantia cas-
tra; cooiEisTix, taureau ou bœuf de la race cotentinaise;
coTE^TI^E, vache de cette race : « A gros Normand , gros
cotentin, » axiome d'éleveur, cité par Fr. de Neufchâteau
à l'art, vache , du Dkt. de la conversation ; cotentine, coiffe
du Cotentin.
COUTET, couTiAu, et à Av. cutet, du 1. Cultellus , cou-
teau; le serment « per cultellum » était une formule commune
enN. ; coutlier, coutelier, en a. Cutler ; de là le fr. Cou-
telas , en a. Cutlass. Cf. le fr. Contre, du 1. Culter (co-
lère, cultum) , le père de cette famille, qui se rattache à
cooLOîiiE. De là le fr. Accoutrement, Accoutrer, qui prim,
sign, armer d'un couteau, d'une épée; aussi à Jersey on
dit encore pour la milice: « Habits et accoutremens, »
c. à d. uniforme et armes. En a. accoutre, équiper. Cf.
le fr. Coutille , Coutillade. En a. Cut, couper, d'oîi Cutter,
couTRE, à Jersey, espèce de navire, cotre.
COUTRE , couETiUE, coudre, du 1. Consuere; coietire,
couture ; coueture, s. f. l'art de coudre : « OUe apprend la
couelure; » cocetcrerie, couture longue et ennuyeuse,
manie de coudre; coeesette, petite couturière peu habile;
cocETtRiER, couturier, anciennement le faiseur d'habits,
remplacé auj. par Tailleur; mais l'a. Taylor est ancien. Le
simple Suere avoil donné Sutor, cordonnier, litt. je cou-
seur, en v. f. le Sueur, resté dans les n. pr. , et il est resté
dans Va. Sew , coudre, Setver, couseur.
COUTURE (Guern.), s. f. champ cultivé : c'est l'ancien
mot Cultura, qui est resté dans la top. n. comme nom
pr. de terres et de champs , La Coulure et la Culture. En
Pic. Couture sign, aussi champ cultivé, comme en v. f. :
Ne vigne provignie ne couture semée.
{Rom. de Rou, v. 1445.)
Il y a en N. beaucoup de familles La Couture. V. coiloî<ie.
COUVRI, couvrir, dul. Cooperire, en a. Cot'e;-; couverte,
couverture d'étoffe , et couvercle : « N'y a si p'tit pot
qui n'trouve sa couverte. » Pour cacher un objet sale et
métaph. pour voiler une chose honteuse, on dit : « Servi
de couverture à boisson. » L'a. Cover sign, aussi couver-
— 2GT —
lure et couvercle, dlcoiveete, s. f. : <• Ce lieu a de la dé-
couverte, » c. à d. que de ce point on découvre beaucoup
de pays. Le fr. Couvert, dissimulé, était en v. n. Culvert;
l'a. a gardé ce mot pour chemin couvert; le fr. couvrir,
en parlant de l'union des animaux a donné à l'a. « Feme
covert. » terme juridique pour femme mariée, ou simple-
ment Covert; aussi Cover sign, s'accoupler. Parmi les com-
posés on remarque couvre-chef, en v. f. Cwchief, en a.
Kerchief, plus usité dans Hand kerchief, mouchoir, cou-
vre-feu, en a. Curfew, qui rappelle une des ordonnances
de Guillaume le Conquérant; décocvri, découvrir, en a.
Discover ; on dit : « Découvri St-Pierre pour couvri St-
Paul, » c. à d. emprunter pour payer. Quant à recouvrer,
il vient de Recuperare , et donne à la langue pop. becoc-
VRANCE, action de recouvrer et spec. iiecoivra>ce, terme des
marins pour l'action d'échapper au naufrage, d'où les cha-
pelles de N. -D.de Recouvrance.
COVETTE, pour corvette , femelle du corbeau, en i.
Corviis, usité à Val. oîi l'on appelle cotettes spec, les cor-
beaux dans les clochers; en Bray on dit cahouette. pour
petite corneille et à Guern., ce mot désigne lacorneilleaux
pieds rouges; ce mot plus on. que dérivé du précédent, se
rapproche de l'a. Caw, croasser et du fr. coasser, souvent
appliqué au corbeau; en n.coiAS (Av.), corbeau; c'est par
une on. analogue qu'on dit Chouette, et le n. chouetteb.
crier comme la chouette , d'où le dicton :
So chouette le se (soir)
O part por lé;
S'o chouette le malin
() part pour le yeisin.
Le V. f. disait Kauve, comme dans la fable 48 de Marie de
France :
D lin vilain disl qui nnrrisseil
Une kauwe que nn;lt ameil.
CAUVET, rusé, litt. comme la corneille; covette. fille
joyeuse ; corbin , corbeau , resie en fr. dans canne à bec de
corbin; il y a au Mont-S.-M. la Tour es Corbins; bé de
coBBiN, petite pince aiguë; bé de corbin, le ranuncuhis
arvensis ; Corbin se trouve dans la chanson de la caille,
V. Intr. p. 29G. très-pop. en N., excepté dans l'Orne où pré-
domine la chanson de l'alouette :
L'alouette, l'alouelte,
Nous la plumerons l'alouette.
L'alouctle tout du long.
— 268 —
Corbin entre dans la loc. : « Neir coume un corbin; » l'éc.
Corby , corbeau , est le fr. Corbin ; corbière , nom assez
commun d'îlots et de rochers fréquentés des corbeaux. Les
nom des diverses espèces de navires ont été tirés des oiseaux :
ainsi le fr. Corvette, qui est notre mot n., goélette , fem.
du goéland, Frégate, etc, en n. feégade, usité au jeu de
cartes dit foutreau, oîi l'on bat les doigts du perdant avec ces
mots :
La frégade
Qu'est en rade ,
Le baliau
Qu'est un vrai chabot.
Ainsi BCSE, en n. espèce de faucon, désignait un navire ap-
pelé encore Busse : « ÎSefs et dromons, buses et barges. »
(Rom. d'Alixandre). Ord. Vital dit : « Quatuor naves quas
canardos vocant de Nortwegia in Angliam appulsae sunt. »
C'est sans doute sa traduction des Drakards {Drake, canard)
des Scandinaves. On appelait aussi Cane un bateau sur la
Saale au moyen-âge : « Navis quam Cane in vulgari ap-
pellant. » (Charte de -M 68.)
CRABE , s. f. crabe, « Une crabe éragie , » espèce de
crabe fortement armé, du 1. Carabus, en gr. axapaSoç,
d'où le fr. Scarabée; toutefois, enisl. ^môôî se traduit par
Cancer; crabiêbe, s. f., rocher riche en crabes; crabe, s. m.
petit être chétif; cbabin et cbabichon, dimin. : on dit les
Crablins d'Harfleur; le n. ajoute Craliier, oiseau qui se
nourrit de crabes , Cravan , oiseau et coquillage , et Cre-
vette, en n. cbevreite, en a. Crab, crabe, d'où Crabbed,
bourru , Craber, rat d'eau. A cette famille appartient le fr.
Ecrevisse , en gr. xapaêtç, langouste , en n. écreviche , cre-
viche; en a. Crawfish et Crayfish; crevdche, petite crevette.
CRACHE, s. f. crasse, du 1. Crassus ; crache, saleté
morale : <- Faire des craches à quéqu'un; « crachocx, cras-
seux; CRACHOcx, avare, comme le 1. Sordidus; decrachieb,
décrasser; en a. Crass, épais, grossier, dont Cross,
bourru, n'est sans doute qu'une variante, ainsi que
Coarse , épais, grossier; crasset, s. m. croûte grasse qui
couvre la tête des petits enfans , et est appelée chapeau;
cresset, s. m. lampe de fer, en forme de lampe antique, avec
un double fond , en v. a. Cresset^ qui est encore dans Mil-
ton : « Blazing cressets; » et Cresset sign, encore auj. en
a. le feu qui sert de signal; il se disait aussi en v. f . :
« Sijuy doitbailler crasset et chaindoille. » {Rôle^d'Oléron,
vu.) A Guern. crassilie, lampe, et crastiller. briller.
— 2G<> —
i;rassin, cbachlv, petite pluie grasse; crassikeh. chachiner.
pleuvoir du crassin. Ce mot Crassus se retrouve dans le
V. f. Craspeis, Uti. crassus piscis, collect, désignant les gros
poissons à huile et gras, et on trouve souvent associés
Craspeis et Porpeis {porciis piscis), comme le marsouin,
litt. maris suinus, porc de mer. Crassus donne encore une
autre forme : Gros, Grossier, etc. , d'oîi Groseille, en a.
Gooseberry, litt. grosse baie ou grasse baie , le v. f. Grossier,
épicier, litt. marchand en gros, en a. Grocer, l'a. Croat,
huit sous, litt. un gros, ainsi que Gro^s, une grosse ou
douze douzaines , en b.-n. grossier, gros : « Su mousieu
est biin grossier, c. à d. gros. Enfin Crassus donne Graisse .
Graisser, etc., en a. Gi-ease , en n. graissier, graisser;
GRAISSE, s. f. engrais; graissier (de la terre) , fumer : on
dit d'une bonne terre : « Do lié no z'en graisserait les au-
tres; « béte-de-graisse , bête qu'on engraisse; guaicuier,
graisser, en éc. Creish, id.
GRACHIER . cracher, de l'on. 1. Scracere. V. crac On
dit prov. d'une jactance dangereuse : <■ Crachier en haut
pouer que cha r'tombe dans 1' bc (bec) ; » pour marquer la
ressemblance, on dit, par ex. : « Ch'est sen père tout cra-
chié. » La loc. : « Crachier au bachin » sign, être forcé de
donner de l'argent, litt. dans le plat du quêteur; cuAcnoun,
cracheur; cracherie. manie de cracher. L'a. n'a pas de mol
pour ce râclement éclatant.
CRAINDRE (se), se dit du fait de se sentir en faute :
(( Va, je n'me crains pas, » c. à d. je parle avec le courage
de l'innocence, du b.-l. Cremere, pour Tremere, en v. f.
Crémir; crainte que , de crainte que ; crainti , craintif. Se
craindre dans le sens moyen, c. à d. craindre pour soi, se
disait en v. f. : « Se cramoit que aucuns ne li reprochast. n
(Wace, Concept. N.-D.,^. ^5.)
CRAMESI, cramoisi, en a. Crimson, de l'ar. Kermès,
en b.-l. Chermesinmn.
CRANIÈRE, maison délabrée, pleine de crevasses, en
a. Cranny, crevasse, fente, du fr. Cran, entaille, en b.-l.
Crena, d'où le fr. Créneau et l'a. Crenated, crénelé; en
V. f. Cranner, boucher les fentes.
CRÉATURE , cRiATURE , femme , s'est dit en fr. de la
femme et de l'enfant par mépris : « Y a des criatures qui
valent des hommes au trava. » Il est en ce sens dans la
chanson de Roger Bontemps. V. Intr., p. 320. L'a. pron.
— 270 —
la première syll. de ce mot comme le n.; ainsi en v. n. :
« L'image no'stre crialor. » (R. du M. S. M.)
CRÉCELLE, crécerelle, du 1. Crepitaculum, de Crepi-
tare, on. qui donne au fr. Crépiter, Crépitation, Crépitant,
Recrépir, litt, refaire un mur craqué, Crépir, id.. Crépi ,
Crépissure, en a. Crepitate, pétiller; c'est sans doute par
une on. analogue en partie qu'on dit créaxcer (Cré-han),
frapper alternativement le van du genou droit et du genou
gauche pour rassembler les objets à rejeter. Cf. le fr.
Crécelle.
CREITRE, croître, du 1. Crescere; pour représenter la
l^roximitc des 'deux églises, on dit : Entre Portbail et
Gouey, ne creit ni herbe ni blié. On adresse en B.-N. ce
souhait à celui qui cternue : « Dieu t' creisseelt'bénisse! »
Aussi trouve-t-on dans les rôles n. : « W. Dex le beneie....
Dex le croisse deCadomo. » (Echiquier, ^ 198). Lafontaine
disait encore : « Si vous voulez le laisser craître. » (L.VI,
f. 2) ; CREITRE est aussi actif: « Il a d'quei creitre deux tou-
niauxd'bèrc; » creitre, s.m., croissance, comme on dit le
PAITRE, la nourriture : « Chest coume les poulains du
Perche qui se défont au creitre ; » creissance , croissance ;
RECRE[TRE, agrandir: « Recreitre sa maison; » creissant, le
croissant de la lune, c. à d. quand elle croît : « Je soumes
dans l'creissant ; » decreissance , décroissance ; décret, s. m .
décadence : « Terre en décret, c. à d. ruinée; accret, ac-
croissement. Le fr. ajoute recrue, recruter, croit, etc. La
branche a. est assez riche, Increase, croître, Crew, hommes
de l'équipage, recrues, Recruit, recruter, etsansdouteG^'ow,
croître. Crescent, croissant, Decrease, déclin, et en v. a.
Decrewed, Acrewed (Spenser, 215 et 221), et Concreiv :
« He let to grow and griesly to concrew. » Le fr. Cresson
vient du rad. de cette famille, en a. Cress, ainsi que cres-
sonnière, qui désigne souvent des terres en N.; en v. n.
souvent un marécage : « Décima nasturciandorum... Mas-
sagium cum cressonneriis. » (Delisle, Et. 278); en N. la
cRESsOx\iNETTE cst Ic crcssou alcnois , c. à â.Orlenois, ou
d'Orléans. (V. noire Flore pop., p. Z.Suppl.) Unmotpropre
au Calvados appartient à cette famille , c'est la crétine .
ou crue des eaux, d'où encrétlné , inondé, en b.-l.
Cretina , cretiva; on disait aussi au moyen-âge Crea-
ture et Quertine : « Se y a noieries ou crétine d'yaue, »
disent les Chron.de St-Denis, V. une dissertation de
M. G. Mancel sur cette expression. A Rouen, on appe-
lait Escrues les bords de la Seine inondés.
— 271 —
CKÉ.MILLIE' (Val.) crcmaillèrc. du 1. Cremare : « Uiic
cramillie. » {Inventaire de 1307.) « \ cramillie, I grail. •>
{Ibid.) On dit à une personne au visage taché : « T'as
donc baisié la cremillie; » « Pendre la cremillie, » c'est faire
le festin d'installation dans une maison ; « Baisier la cre-
millie , » c'est dire adieu au domicile qu'on quitte. Le fr.
possède encore Cremaillon, et l'a. Cremation, brùlement.
CRÉMILLON, ECRÉMiLLON . petit fragment de crème, du
1. Cremor , qui n'est sans doute pas sans rapport avec Grw-
mus , d'où le fr. Grumeau, en a. Cream, crème; ceémeix ,
de la nature de la crème et riche en crème. On dit prov. :
fl Prendre la crème et laissier le lait , » c. à d. prendre le
bon et laisser le mauvais.
CRÉPIR (se), se raidir, se dresser, se crisper : « Se
crépir sur ses ergots, » se dresser avec force sur ses
pieds; du 1. Crispus, crépu, d'où vient le fr. Crêpe, m..
et Crêpe, f., Crêper, Crépine, Crépon, Crépu, Crisper,
en a. Crape, un crêpe et une crêpe, Crisp, etc. Du n.
CRÈriR, se raidir, se crisper, semble venir l'a. Creep, se
traîner, ramper, grimper.
CRERE , croire , du 1. Credere, en v. f. Crere : au 1 7e s.
encore , la forme et. Créance l'emporte sur la forme du
dialecte de l'Ile-de-France, Croyance; l'a. garde ce mot
Créance, confiance; creu part, pass.; mécpeu, non cru; on dit:
Une feis veu ,
Chent feis mécreu.
En B.-N., on pron.d'unemanièretrès-liquidecRERRE, comme
en V. n. dans le Bestiaire divin : «Crerre. » Au fut., on dit
je cRÉRAi , etc. ; on dit prov. : « J'aime muus crere que
d'aller veir. » Le fr. possède Crédit, auquel se rattache le
dicton pop : « Crédit est mort , les mauvais payans l'ont
tué. » L'a. possède aussi Credit, Credence, creed; ce der-
nier est le 1. Credo, qui se dit en N. dans cette locution :
« Je l'counais coume men credo,» c. à d. parfaitement. On
dit aussi :
Il est coume Saint-Tboumas,
I n'veut pai crere quand i n'veil pas.
On dit aussi deceere, cesser de croire; l'état de doute se
représente ainsi : « Je n'creis ni ne decreis. » Cette forme
nous conduit au fr. Discredit , en a. Discredit. En N. on
appelle credence, s. f., un bahut: c'est le fr. Credence qui
sign, table près de l'autel, du côté du Credo ; Rabelais prend
Credentiers dans le sens de buffetiers. M. du Méril cite
d'uQ gloss, du 14e s. : B Acredo, Escrim. » (écriii). {Mé-
langes, 27). Un mot a. cité par Halliwell , dans son Diet. ,
Facrere, dissimulation , semble êlre le n. Fait-crere.
CRÊTER, comme dans : « Les poules crêtent, » c.àd.
la crête leur pousse ; le fr. possède Crête , en v. a. Creabted
(Spenser, -192), en a. Crest, crête; ceestelé ; dans la
Muse n., semble sign, paré d'un ornement de tête , ainsi en
parlant des banqueroutiers.
Leurs femmes paraissent crestelées ,
Lestes d'habits et partout dentelées.
Aussi CBÉTÉ à Lis. sign, paré ; de là Guette, bien mis; cbète-
i)E-co, ou cocRÉTE, le Rhiïianthus crista galli ; Cretelle dé-
signe la graminée dite Cynosurus cristatus ;'E.cxèiev, priver
de la crête. Quant à criste-mabine , en fr. Crête-marine , il
vient de Crithmum maritimum ; toutefois , ce mot désigne
aussi et plus souvent la Salicornia herbacea.
CRÉTON, on., résidu croustillant qui provient de la
graisse bouillie; on trouve dans la Muse n. :
Et fondit aiuchin qu'un créton.
CEÉTOKNER, se formcr en créions.
CRIBLIER, cribler, du 1. Cribrum ; cribliage , action
de cribler; criblieuhe, criblure : en a. Ribble, cribler; en
V. f. Cruvelier, faiseur de cribles; en v. f. Cruvel : Cruve-
lier existe dans les n. pr. , ainsi que Crîbier, qui sign, sans
doute aussi fabricant de cribles.
CRIGNE , chevelure , pris en mauvaise part , du 1. Cri-
nis; CRIGNE , en Bray , l'ensemble des herbes , en forme
de crinière, que ramasse la herse ; crignasse, crignache.
vilaine chevelure ébouriffée ; crignasse , s. m. homme mal
peigné; écriginé, échevelé; crignu, qui a une crinière : la
branche fr. offre Crin , Crinier , Crinière , Crinon ; le v. f. a
Grenon, moustache, en n. guernon; on dit vulg. : «Je
n' crains ni ses noms ni ses guernons. » Cf. les n. pr. Guer-
non, Blanc guernon , etc. L'a. n'a que Crinose, poilu.
CROTE, croûte, du 1. Crusta : « Ne pas aveir une croie
à s' mettre sous la dent. » On dit iron. : « I m' garde une
crôte pouer quand j' serai vuus (vieux); » « Garder une
crôte pouer la faim , » est l'équivalent du fr. Garder une
poire pour la soif, crotet, crottin, en a. en vénerie Crotels,
crottes des bêtes de chasse. (Halliwell.) A cette on. se rat-
tache le fr. Croustille, Croustiller, Croustilleux , Croûte-
lette , Croûte (mauvais tableau) . Croùtier, Croûton . Crus-
— 273 —
lacé, Incruster, l'a. Crust, Crusted, Crusty, rébarbatif,
Incrust , etc. En N. « Vieille croûte » est une injure , pour
dire : couvert de la crasse et des aspérités du temps , et
par suite, vieillard à préjugés; d'où ekceoùté, routinier;
CROULEVER, sc soulever, en parlant de la croûte d'une cica-
trice, de la peau, en v. f. Croutelevé, couvert d'une croûte
galeuse. On tire aussi de Crusta le fr. Crotte , d'où Crot-
ter, Crottin. Quant à crouet, s. m. (Genets) pierre friable
qui se trouve dans les Dunes, il se rattache à crad des or.
celtiques.
CROUEX, croix , le b.-n, prononce ce mot en deux syl-
labes; CROISETTE, petite croix, en fr. désigne une plante,
le Galiet-croisette, du 1. Crux, de même en v. n. : « Un
mantel semey de croisettes et florins d'or. » (Inv, de la
cathéd. de Bay., en 1476.) En archéologie ce mot est né-
cessaire, comme l'a. Tracery, tracerie, les figures tracées
dans un fronton. L'ordre des Croisiers , litt. des croisés ,
Cruciarius, en a. Crozier, croisé, a laissé à Caen le nom
de Rue des Croisiers ; croix de dieu , la croix qui précède
l'alphabet, et l'alphabet lui-même; grosser, battre, rosser,
litt. croiser les jambes, donner le croc en jambe; en a.
C7-0SS, croix, croiser et traverser; croche, bâton recourbé;
croche, crosse, en a. Crutch; crochir, courber en crosse;
CROCHIR (l'œil), cligner d'un air d'intelligence; croisiée, croi-
sée, litt. fenêtre en croix, originaire de la fin du ^ 6^ s. Cros-
serie désignait le jeu du Mail, ce que les A. appellent Goff,
Golf, aujourd'hui; (V. Avranchin, i, 56.) la boule de bois
s'appelait le Jax; \q, game of la crosserie\?,& ioxxQ encore sous
ce nom en A., spec, à Eton; de là le fr. Croc; quant au
fr. Croquant , on a dit que c'étaient des paysans armés de
crocs; mais d'Aubigné tire ce mot de Croc en Limousin
où naquit la révolte ; en fr. Crosser sign, pousser la balle
avec une crosse. Un tissu s'appelait Creseau , sans doute
croisé : « Demie aulne de crezeau bleu , aulne et demie de
reverche. »> (Compte de l'hospice d'Av. en ^623.) On dit
encore revege; mais Creseau a disparu, crccir, (Gl. n.)
torturer, du 1. Cruciare, litt. mettre en croix; V. la boîte
à crucir, Crvcetum. [Intr., oooO La forme italienne et
prov. Croisade a prévalu; la forme a. n. était Croiserie,
anal, à l'a. Crozier et à l'ordre des croisiers : * La pleinle
par entre mis sire Henry de Lucy, counle de Nichole et
sire Wauter de Bybelesworth pur la croiserie en la terre
seinte. ») (Ms. Bibl. bodl. 3904.) Pluquet tire le dicton:
' Faut-il aller vous chercher avec la croix et la bannière?»
de l'usage, d'aller chercher processioniicllemeiit le chanoine
qui ne se levait pas pour matines. Le fr. ajoute Croiser ,
Croisière, Croiseur, Croche, Crochu, Crochet, Croisillon,
en a. Cruise , croisière.
CROUPETTE, courbette : « J' n'aime pas les gens qui
font des croupettes, » de l'it. Groppa, fesse, d'où le fr.
Croupe , en esp. Grupa, en V. f. Grup ; cropette {Gl. n.) ,
excrément d'enfant ; de là le fr. Croupade , Croupe , Crou-
pière , Croupion , Accroupir ; l'a. Crupper, croupière ,
Rump, croupion.
CRU, humide, mouillé, se dit du 'sol : « Ch'est une
terre crue, » on. tirée du bruit d'un tel sol sous le pied, ou
du 1, Crudus, cru, c. à. d. craquant et humide; le fr. em-
ploieécrudans lesensdequin'apasétémouillé, comme toile
écrue, d'oîi sans doute toile cretonne, etDécruer; crceur,
humidité , êcreclé, à Bay., à demi-cuit, et le Gl. n. donne
ÉcREULÉ avec le sens de diminué de crudité, mais non tout-
à-fait cuit; CROTiiR, mouiller, et à Pontorson qoérouir;
cRouEiN , s. m. pomme tombée avant la maturité ; écruà.nt,
imprégné d'eau ; comme à l'idée de crudité se rattache celle
de dureté, on comprend la loc. fr. à cru (aller achevai), c. àd.
sur le dur, ou sans selle. Le 1. Crudelis dérive de crudus ,
d'où cruor , sang; de là le fr. Cruel, en n. cruet,
Cruauté, etc. , l'a. Cruel , Cruelty , etc.
eu, cul, du 1. Cuius , en pat. a. Cule, le derrière, eiCullof,
coussin pour la selle; à Val. et Cherb. iceuc, cul; tchuc-
LER (se), se coucher sur le derrière; deculer, t etchuler ,
reculer: batchcle, bascule (de baculus) ; batchu s. m. , pa-
lonnier, croupière, litt. bat-cul, en \i&u\.Bacul: « Jel'a-
perçoi à l'usure de son bacul. » (Rabelais Pant. ch. 3). Au-
trefois cul entrait dans le style noble : Tournait (à Jupiter)
le cul, espaule et dos. (Le Rocquez, Miroir de V éternité) ;
TCflULOTTE, culotte; TCHUL0TTER , vôtir d'uue culotte; det-
chclotter , dévêtir de sa culotte, et par ext. perdre ses
droits sur les biens de la communauté; on dit en ce cas :
(I Ch'est la femme qui porte les tchulottes ; » on appelle
plaisamment sANs-TcncLOTTE, l'homme qui est dans cette
situation; culotter, tchclotter (une pipe), lui donner la
couleur brune , soit naturellement , soit en la revêtant d'un
linge, d'une culotte; culotte pop. vieux imbécille, abrév.
de culotte de peau, qui désigne un vieux soldat ignare :
« Vieux soldat, vieille bête, » dit-on vulg. ; c'est un dicton
b. n. : (. Des uurs à flieur de tête coume des boutons de
— 275 —
tchulotte. » Le fr. Culot, le dernier petit d'une couvée est
un mot pop., à Av. clos-cc; le fr. Culbuter sign. litt. bou-
ler le cul ; TAPE-cu ?. m., petite carriole : à Rouen tapecul
désisnait une herse qui tombait sur les talons des passants
(V. Richard , Recherches sur Rouen, ^4^ ) , comme un tour-
niquet s'y appelait Tornoul (Ibid., ^40j; cisser, remuer
le derrière, en ce. Ctisser étalon; sait-cubletie (Gl.-n.) ;
CBBLETTE s. f. , Ct CCMBLET , TCHIMBLET (Val.), CUlbutO , CU
a. Tumbler , sauteur, bateleur; on dit pour syn. de Cum-
blet : « Tchu par d'sus tête. » Le mot générateur de cette
famille entre dans un grand nombre de dictons n. : « Faut
faire biau tchupouer aveir la fessaie meins forte. — Coume
le sien qui crache au tchu de sa vaque : Si cha n'fait pas
de biin, cha n'fait pas d'ma. — Pouer une fessaie, le tchu
n'tombe pas. — Petai pus haut que l'tchu. -— 01 est d'ia
goule et du tchu. — Une ivrognesse de sen tchu n'est maî-
tresse. » Il y a dans l'Av. un dicton qui paraît être la mo-
rale d'un vieux conte : « T'as raison , car ton âne pette. »
On caractérise ainsi une personne indolent : Via ma tête,
men tchu viendra demain. On lance cette espèce de malé-
diction : « Rouen vent , la paille au tchu , et le feu dedens,
longue route et mauvais quemin. » Le droit de culage est
souvent mentionné dans les chartes n. ; une redevance ana-
logue s'appelait en a. la Guerson : « Debent dare guersum-
mam. hoc est non possunt maritare se nec filias sine hcen-
tia domini. o (Delisle, £"^.69.)
CUEILLER, cueillir; le fr. tire son fut. je cueillerai,
de la forme pop. ; en a. Cull , recueillir, en fr. Cueillette,
récolte, collection, etc.; dans la Hague, collège, s. m.
école primaire; dans l'Av., chansoms cueilloires, celles
qu'on chante à la récolte du lin et du chanvre. V. Intr. ,
p. 297; cueillerie, récolte du lin et du chanvre.
CUI . cuir, QCii à Av. , tchtju à Val. : « Ch'est du coume
du tchuu , » du 1. Corium , d'où le fr. Coriace , Cuir ,
Cuirasse, Courroie, Corroyer, Courtine, l'a. Cuirass,
Coriaceous, Curtain, Curry, corroyer et étriller, mortcli,
litt. cuir mort , les pellicules du cuir chevelu; cuirot, s. m.
bourse de cuir, en v. f. Cuiret, comme dans le Fabliau
d'Estourmi :
Je les vis mellre hors du coffre
Et les deniers et le cuiret.
ciROT, emplâtre sur cuir; couriette (Gl. n.), petite lanière ;
à Rouen, le quai des Curandiers ou Corroyeurs; co^RTL^E
— 276 —
(faire) sign, faire cliape sur le feu avec sa robe, déployée
en rideau, en courtine, prim, rideau de cuir. Une branche
importante se rattache à cuir : c'est celle de codrgiie, en
V. f. Escorgée, le cuir et la ficelle du iout du fouet, en
fr. Escourgée, en a. Scourge^ fouet; acorgier, lier avec
une ficelle, et munir d'une corgiie. On disait aussi Courgie
en V. f. :
De coup de courgies nouées
Et de saeles acérées
Fut sa char tout depecie.
(La Mort du roy Sweine.)
Dérivé du 1. Corrigia, courroie, et orig. de ce mot fr. , du
1. Corrigere, ou plutôt du 1. Corium, cuir, en it. Corrigia,
courroie, en a. Scourge, fouet. Dans le centre de la F.,
Ascourgeon , ( V. Gloss, de Jaubert ) , comme en v. f. :
« Lasche trois coups d'un escorgeon; » (Villon.) Mais le fr.
Escourgeon , orge hâtive , offre le dim. d'orge avec un autre
élément. Il faut rattacher à Cuir l'ancien nom du savetier,
Courvaisier : « Sociis cordelbanariis et corvesariis rothoma-
gensibus. » ( Charte de la gilde de Rouen.)
CUIDIER, GUIDER, penser, du 1. Cogitare , encore em-
ployé par Lafontaine, est resté en p. n. dans le sobriquet
des Coutançais, « les Sorcddiés de Coutances, » et en fr.
dans Outrecuidance.
CURIOLER, ÉCURI0LER, questionner, se montrer cu-
rieux, du 1. Cura, d'oii le fr. Cure, Va. Cure, Curer, gué-
risseur, etc.; CURIOUS, curieux, en a. Curious; tchuré (Val.),
curé : « Quand i plieut sus 1' tchuré , i dégoutte sus
r vicaire ; » « Louange de se et de sen tchuré ne vatit ren ; »
CUBÉ (Dieppe) , le matelot qui fait la prière ; curoter (Av.) ,
aller de presbytère en presbytère, autrement vicairier;
dans la Bretagne fr. ou n. , on appelle le chef de la paroisse
Recteur, et Curé le vicaire, comme en a. Curate est le
second prêtre de la paroisse, Vicar ou Rector est le premier ;
TCHURiE , facilité à guérir , à la cure : « J' siis de bouenne
tchurie , » c. à d. d'un bon tempérament. Le v. f. Conréer
et le subst. Conroi, très-usités dans Wace avec des sens
divers, tirent un de leurs sens de Curare, Curatio, par ex.
dans ce passage de la Concept. N.-D., p. 22 :
Por quoi ne prenz conroi de toi?
Que l'en s'en devoit esbaudir,
Mieux conréer et mieux vestir.
La branche de Curer renferme en n. cubage , à Val. tchu-
RAGE, s. m. la persicaire, qui remplit les fossés humides,
— 277 —
que l'on cure ; ccRor ( Av. ) , curoir ; « Du curel dont il
cureit sa terre et sa charrue. » ( T. des cli. reg. ,175, 38.)
ETCHUREii (Val. ), écurer, en a. Scour, écurer {escurer},
Skirr, id. : toutefois on dit en isl. Skura, en ail. Skeuren;
ETcnuRAGE, curage.
CUT, cri des enfants au jeu de cache-cache, en gr.
KeuQo), cacher; cutiv, avare, litt. qui aime à cacher; en
V. n. Cuter sign, cacher :
Tant de pertuis où se culast
Une soriz ne ne passasl.
{R du M. S.-M., V. 2118.)
En l'aserant (la serant) s'en est entrés
Dedens l'egliese e recutei
En un angleit
{IbicL, V. 2387,)
CUURE, à Val. tchire, cuire, du 1. Coquere , \. coq ,
part, passé ; cut , cute , cuit , cuite , reste dans le fr. Char-
cutier , en n. chaircutier , d'où le verbe chairclter , tailler
des chairs, en v. u.Quit, Quite, comme dans le R. de
Brut :
La harbe avoil et les guernons
Soillie de car quite es carbons.
On dit d'une personne dans l'aisance : « 01 a du pain
t'chuu sus l'ais. » Le fr. Biscuit (bis coctus) , existe en a.
dans le terme maritime J9îsAe^. En a. Cook, cuire, cuisi-
nier, cuisiner, etc., en n. coq, cuisinier des navires ou
maître-coq; ccure, cuire, est employé unip. comme dans
« Il li en cuira , » c. à d. il en sera puni ; tchcdsson , cuis-
son ; on dit d'une grande chaleur : « Ch'estune tchuusson,»
et à Av. arsion; cuisse?}, cuusso.n, fournée. Le fr. Cuistre,
dérivé de Coquere, sans doute d'un pej. Coquaster, s'ajoute
à l'a. Cochie]/ , au fr. Coquin, pour montrer le mépris jeté
sur la profession de cuisinier.
CUUSSE, à Val.TCHDSsE, à Av. quesse, cuisse, du 1.
Coxa, en v. f. Qidsse : « En la quisce feri Thermite. »
(Mouskes, chron. rimée), en a. Thigh, cuisse, cuish, cuis-
sart; cdissette, s. f. , petite cuisse; ecuisser, dépouiller de
la cuisse.
D
DACER, donner de l'argent par force : « Faut que tu
daces de l'argent, » en v. f. Dace, impôt sur les marchan-
dises, enb. 1. Z)acia ; « ad multas teneantur collectas, da-
cias sive steuras. » (Charte do -1286), et même on trouve
— 278 —
Datare dans Sid. Apolinaire : « Tributum annuum dataie.
(L. V. lett. 13;) DACE, se dit en H.-N., el se trouve à la p.
-t56 de la Muse n. :
Pour le zimpols , les daces el les péages.
C'est le 1. Datio, et Datare est dérivé de Dare, et le nom de
collecteur ou Dacier subsiste dans les n. pr. Le fr. tire de
cette famille Date , c. à d. la formule Datum, donné à tel
lieu, Dataire, Daterie, Datif, Dation et les comp. dater
en B.-N. signifie être puissant , eminent, parce qu'il veut
dire remonter à une certaine date, par allusion à l'ancien-
neté de la noblesse : « M. un tel date le plus dans la pa-
roisse. » V. le calembourgcité à date. A cette fam. se rat-
tache le fr. Dé à jouer , en it. Dado, du 1. Datus, en a. Die,
Dice, qui semble venir du fr. Dix, c. à d. dix points.
DAINGNIER, daigner, du 1; Digmcs; on dit pour une
chose faite avec une indifférence : « Faite à la je n'daigne. »
DAiNGNiEii est usité sous cette forme : « Y a tant de poumes
que les cochons n'en daingnent , » c'est le 1. Dignor avec
l'ablatif, en di. Deign, daigner; dedainginer, dédaigner, en
^.Disdain; endagner Gl.-n.) inviter; indi^gne, s. m. , un
méchant, un misérable : « Vilain indingne, va! » « Ch'est
un indingne. » dai^g.mer s'emploie aussi dans le sens de
penser : « Ch'était si long que jen'aipasdaingnié enfini. »
DAME, excl. reste de l'invocation par N.-D., a main-
tenant le sens de résignation, et quelquefois de bravade
et de dédain : « Dame! que voul'ous faire? Dame! faites
muus, s'ous pouvez, » dérivé de Domina, d'où le fr. Dame,
Demoiselle, Donzelle, Damer, Damier, Mademoiselle, en
n. MAMESELLE ct JIESELLE , commc dc Dominus vient Dom ,
Damoiseau, Dameret; en a. Don, monsieur. Dam, mère et
dame, Damsel, jeune flile. Miss, dans le sud de laFr. Misé
(V. Misé Brun, par M, J. Sandeau), abrév. deMiselle. da!
exclam, de surprise, abrév. de dam; odi-da. ^o^'-DA, oui certes,
non certes; de même en pat. a. Da/ (Halliwell). Le nom
de la Vierge est resté dans des noms loc, Dame-Marie-
sur-Iton , et Dame-Marie-Maupas. Domna Maria; Cf. les
nombreux Dammarie. donne ( vieille ) , vieille femme
ennuyeuse, en it. Donna; toniqle , (Gl. n.) femme
ennuyeuse (Vire), en pat. a. Donmj, prostituée; demoi-
selle , s. f. (Val.) petit verre d'eau-de-vie , peut-être de
ce qu'on la partage souvent en deux verres; un buveur
disait en refusant de diviser : « Une demoiselle à deux,
ch'est une p..., « ainsi le fr. Demoiselle vient de ce que
— 27'.» —
le paveur la prend par les bras et la fail danser, tredami- .
ancre de miséricorde, lilt, de N.-D. Ce mol pourrait aussi
s'écrire dam. de Domiims, en v. T. Dam, Dans, Damledeu,
dans Wace, Seigneur le Dieu. Ainsi la rue des Ursulines à
Bay. était la rue Dam Jourdan. (Pluquet, Essai, I lo.) Dan
se disait aussi en v. a. On dit pop. : « Messieurs et Dames ; »
.MoisiLLo^'j qui fait la demoiselle. En v. n. damoisel était
Danncel, Danccl , fréquent dans les n. pr. Ajoutons le
fr. Vidame (vice domini). De Doininus , Dommis , dé-
rive le b.-l. Domnigerium , domination, d'où est venu
le fr. Donjon, en n. dangeo.n , en a. Dungeon, tour et
cachot, litt. Domination, ainsi que le fr. Danger, en
V. f. Dangler, puissance, qui renferme à la fois Tidée
d'atlaque et de défense; ce mot est resté dans son sens
prim, dans la loc. n. : » Tiers el Dangier, » c. à d. le
tiers de la valeur de la coupe des bois prélevé par le roi,
et ensuite la dime du Seigneur sur le tout. En v. a. Dan-
ger avait le sens de domination ; pangerocs , dangereux ,
en a. Dangerous. Ajoutons demai>e, domaine, en a. De-
mesne, id.; mais le mot n. désigne spec. le grand champ
qui touche à l'habitation seigneuriale.
DANMNER. damner, du \. Damnum, en fr. le Dam, eu
a. Damn, d'où le juron God dam! en v. f. Dampner :
« Débander les yeulx es dampnés. » ( T. de C/iarfrose. )
PANM>É , adj. de malédiction , pour les pers. el les choses ;
« Danmné voleu ! Danmné mauvais temps! •> conoanm^er,
coxDAi>'ER, condamner; damage, doemace, dommage, du
b.-l. Damnaghmi , en a. Damage; on emploie celte loc.
juridique : « Au meindre doumage faisant, » où le part,
prés, joue le rôle de vrai subst. , comme en a : « Al the
doing; » damagier. ioumagier, endommager, en a. ta da-
mage : (( Hz estoient damagiez par fortune de tens , par
pluie. » {Liv. des jurés de S. Oen, fol. C4. ) A docmage se
rattache l'a. Doom, juger, condamner, d'où le Doomsday,
le jour du jugement.
DANTER, dompter, du 1. Domitare : « II est trop
malin; faudra qui s' dante ; « en a. Daunt, intimider.
DARDILLON (Bray), aiguillon d'une boucle, à Val.
ARDILLON , dim. du f. Dard , en gr. Apotç, pointe de flèche ;
Ar.DiLLo>', au Pollet, vent vif du nord-est, qui pique, qui
darde ; dard , poisson d'eau douce , vandoise ; arcelet
(Val.), sans doute pour Darcelet, l'épinoche {gasterostens
aeuhalus) : aussi Rabelais appelle Darcean un petit dard.
10
— 280 —
Le navire d'A. Karr, près du Havre, s'appelait VArcelet.
AKDE, s. f. le bâton qui tord une corde, peut-être aussi du
V. f. Aenlrc (Hscrere), serrer.
DATE, s. m., urine : « Toy salive, date et ordure. »
(G.Alexis, ap. Pluquet, Essai sur Bay); dater, uriner;
ce mot est sans doute le même que lefr. Dartre, pron. à la
manière a. n. , lequel serait une forme de Tartre , du 1.
Tartarum, le dépôt terreux et blanchâtre d'un liquide; eu
n. TARTRE désigne le dépôt qui se fait sur les dents, en a.
Tartar, tartre, et Tart, aigre; nous croyons qu'il faut aggré-
ger à cette famille , qui a pour idée mère l'idée de saleté ,
le fr. Tarte, Tartine, Tarlelette, comme on appelle bourbe,
en n. un gâteau de pommes , l'a Dirt , boue, et le n. tab,
goudron, en a. Tar , id , et matelot, comme on dit Boots ,
le cireur de bottes, ainsi que lefr. Tare, déchet, litt. dépôt,
et Tarir, réduire au dépôt, à la boue. Pour illustrer cet ar-
ticle, nous citerons un calembourg fait dans un poste de
douaniers de la baie du M. S. M. ; l'un disait : « Quel est
celui qui date (à la prééminence , V. dater) dans la com-
mune ? — C'est moi qui date , répondit un autre. »
DAULE (B. du M. S. M.) , s. f., gros congre, avec de
grands yeux et une gueule énorme , c. à d. un diable , du
I. Diabolus, en v. f. Déable : « Un déable aveit privé... »
( /?. de Rou, Y. 97U ) mais la forme primit. est Daule :
« Faire daule servir. » (Cantique de Ste Eiilalie) diatre ,
DiÈTRE , diable , euphémisme , comme dans la Muse n. :
Il donne au diètre les hallebardiers ; » à Jersey, e.ndiaintré ,
endiablé; diatre, diantre, excl. euphémique; en a. Devil,
diable, par réduction Evil, III , le mal : ainsi Benois di-
sait Derverie pour diablerie; de là le n. endéver (faire),
faire enrager, donner au diable, qui d'ailleurs est pop.
en fr. ; le fr. ajoute Diablerie , Diablement , Diablesse ,
Diablotin, Diabolique, Endiabler, Diablerie, en \A.Dea-
blie , etc. On a traduit le Diva , si fréquent en v. f . , par
Diable et Dame; Fr. Michel dit que c'est une simple excl..
dans son Glossaire du M. S. M. ; mais c'est le die age du
lat. , il doit s'écrire : « Dis, va, « et cette loc. commence
presque toujours des interrogations. Le nom du diable
s'applique à beaucoup de produits naturels, ou mauvais ou
de la légende diabolique ; dans les végétaux : le diable en
HA1E, la clématite, en a. Devil in a bush, le diable en
BiJissox , la nigelle, le mors du diable, en a. Devil's bit, la
Scabiosa morsm diaboli , ou snecisa , vxm du diable , le
— 281 —
champiguon, luisi.v dl' I'Iaisle et vekjus di ihauli:, lahiyoiic,
SA.NG ii£ DRAGo.N, svn. (Jo (lemoii , la Patience sanguine , et
pour les A. le Snap-dragon est le mufflier, tètk du diable,
la mâcre; dans les minéraux, les nummulites sont les
MON.NAiES DC diable; daus Ibs animaux , dalle est le poisson
ci-dessus, la lophie baudraie est le diable de mer; diable
est aussi le Cijdopterus lumpus ; ces termes désignent
peut-être le même poisson, ainsi que lièvre de mer, mollet,
SEIGNEUR ; diable désigne une voiture à hautes roues qui
porte des fardeaux en dessous. Ce mot entre dans un grand
nombre de loc. : « Mener la vie. » s. e. du diable; ainsi
que « Faire la vie ; » « Deveir à Dieu et au diable ; » « No n'
peut peignier un diable qui n'a pas de queveux ; » « Via 1'
diable qui battit Jean. » c. à d. la cause et la raison;
" Vaut muus tuer 1' diable que le diable ne nous tue; »
« Quand le diable fut vuus, i s' fit hermite, d dicton du
Rom. de Renard , et cité par allusion dans le Myst. de Rob.
le Diable: « Renard, je croy, devient hermite. « (p. 46.)
Quand il pleut et qu'il fait soleil . on chante :
I plieut , i fait solei ,
Cli'est r diab' qui bat sa l'emme
A grands coups de balai.
DE, du 1. De, s'emploie généralement en n. pour l'ablatif,
et le gen. se marque par à : « La maison à Pierre, » et on
évite ainsi l'équivoque du double De fr., génitif et ablatif,
comme l'a. avec of q\ from; c'est ainsi qu'à l'imitation du
fr. Debout (de-bout) , le n. dit par ex. : « Parler d'assis, de
couché, etc.. comme dans le dicton :
Le maîle tcheu li
Pisse d'accroupi.
DÉ, Dieu , en v. n. Dex, de Deus; le cri des N. était
n Dex aie ! » Dieu aide ! Dé est fréquent dans Wace dans
la loc. Z)fw;2(/e , Seigneur Dieu; le cri des croisades était
« Diex li volt ! » La forme dé subsiste en N. dans des noms
locaux , comme Montdée , Mons dei , près de Bay. ,
S. -Jean de Daie, près de St-Lo; la Chaise Dieu, arr. d'E-
vreux. Casa dei, a pris la forme moderne, mais Chandai,
Campus dei, arr.de Mortagne, a gardé l'ancienne. Les
trois Villedieu de N. ont suivi la marche de la langue, mais
aux marches bretonnes, il y a Villedé-de-Marine. Une es-
pèce de pomme s'appelle : « Ah ! mon Dieu ! » à cause .
dit-on, de sa grande abondance. Ce mot entre dans uncer-
tain nombre de n. pr. . Dieu-l'a-fait , l'Hommc-Dicu, Dieu-
donné.
— 282 —
La forme n. Dex et la forme fr. Diex sont restées dans
beaucoup de serments, pardié, par Dieu, et pardi, en a.
Parde (Chaucer) , Perdie (Udal) : « Ah ! dame perdie ye
have not doen me right. » (Spenser) , et Perdy est dans
Shakespeare ; NOM DE dié , nom de Dieu; moedié, par la
mort de Dieu ; vertidié , par la vertu de Dieu , altérés en
Morgue , Vertigué , comme on peut voir ce dernier p. 64
de rintr. ; de là la loc. : « A la grosse morguenne , » à la
hâte, brusquement. Un acte de ^ Si 8 cite : « L'hostel Dié
de Cherbourg. » A Guern. adi , adieu , comme le gascon
Cadédi , chef de Dieu. Dans le nord de la M. on dit : « Ma
fé de Duu , » ma foi de Dieu. On dit d'un mauvais payeur :
« Le bouen Dié au prêter , le diable au rendre. »> Par eu-
phémisme cette finale s'est modifiée dans des temps plus
modernes : Morbleu , Corbleu , par le corps de Dieu, Ven-
trebleu, par le ventre de Dieu , 5acre6/eî( , par le sacrement
de Dieu, Parsambleu, par le sang de Dieu, ou plutôt par
la sang de Dieu , car ce mot était fém. dans les serments :
« Il vaudrait mieux que vous jurassiez, vous, la tête, la
mort, la sang. » (Molière, Comtesse d'Escarbagnas).
DÉ, doigt, du 1. Digitus, resté en fr. dans Dé à
coudre : « ... Si bouta un de seis deiz enmie le front; »
(R. du M. S. M.) DÉioT, doigtier; chinq-dés, l'ancoUe; on
dit d'un buveur : « No n'a pas besoin de li mette le dé
dans la goule coume aux p'tits viaux. d II y a dans l'Av. un
jeu enfantin , une chatodille , qui consiste à chatouiller la
paume de l'enfant, et à prendre les doigts l'un après l'autre,
à partir du pouce, en disant un chant évidemment al-
téré :
L'alouette , olle a fait sen nid ,
OUe a ponii des œufs;
Quand o s'escapit',
C'tilà la bappit ,
C'tilà la plieumit,
C'tilà l'efTondrit,
C'tilà la grillit,
Et c'tilà qui la mangit ,
Chest le p'tit dé du paradis
Dans ce même jeu enfantin, on donne des noms risibles
aux doigts, à partir du pouce : poucerot, lèche-pot, longis,
MAL-ASSIS , et le PETiT-rÉ DU paradis, dé figure dans une
curieuse chanson n. dui5e s. du Ms. de M. Lambert :
Et je rolissois l'oye
Et Irempois men dey dans la Iccheiroye ,
Hé hoyel
~ 283 —
DÉBAIJCHIER (se) , se désoler : « Faut pas s'débau-
chier pouer perdre chent sous; » |dei!Aicue, désolation];
extension du fr. Débauche, Débaucher, en 1. Debacchari,
parceque le paysan b.-n., quand il a une peine profonde,
se soûle pour oublier. V. sur debauchier les dernières p. de
rintr. où l'on trouve « Etre aux debaux , » c. à d. dans la
douleur; de même en H.-N. : « Dolente, débauchaye et ne
sachant que faire » (Petit. Muse norm.j De la mythologie, le
peuple n. connaît surtout bacchu, Bacchus; V. à l'Intr. la
chanson : « Bacchu sera mon capitaine; » cacchaka, s. m.,
bacchanale, tapage .• « Faire le bacchana; » bacchanal, ivro-
gne tapageur, en a. Bacchanal ian.N. bacchu. Quant au fr.
Embaucher, il vient du v. f. balche, en it. Balco, poutre,
boutique, litt. mettre en boutique, d'où le fr. Balcon.
DELABRE , s. m. , homme en désordre , délabré :
« Grand délabré, va! » du 1. Labero, qui est cité par Festus
d'où Zaftari; l'a. n'a pas cette expression; le fr. possède
Délabrer, Délabrement.-
DELICHES. délices, du I. Deliciœ; delichious , déli-
cieux, en a. Delicious; en v. f. Belief, délice, d'où l'a.
Delight :
En cen aveinl lor deliet.
(R. du M. S. M., V. 76.)
On disait aussi en v. n. Delitte, comme dans ce passage
d'un poème en hague langage , ou de la Hague, sur Th.
de Biville, au ^3e s. :
Il avait des sens moult grant suite
Qui en sa sainteté se delitte.
En fr. Délecter; delicater , rendre délicat, efféminé : « No
s' delicate à forche de s' delicater, » peu usité en fr.; delica-
TERiE, effémination, recherche, en a. Delicacy, délicatesse,
friandise.
DEMENCE, décrépitude, ruine : « Cette maison tombe
en démence; ■ c'est un sens'métaph. tiré de la vieillesse
humaine, qui aboutit à l'enfance, à la démence. A ce mot,
composé du 1. Mens, s'ajoute le n. dementer (se), se
mettre dans l'esprit, s'occuper de : « Le v'ia tombé ; aussi
de qui qui s' démente ? a De même en v. f. :
De tot fit ço kil vot , de rienz ne se desmente.
Il sign, aussi troubler l'esprit, dans le sens du ]. [Démens,
comme dans le JR. de Rou :
Démentez vous forment, sospirez et plaignez.
AH res desmenlent comme si fu seveliz.
— 281 —
On dit encore EiND£MENÉ , agité, troublé, égaré, sans doulc
pour Endementé : « Il est endemené de la poule à Simon , »
c. àd. du diable, ensorcelé. ; dans Régnier, Sat. XI, En-
demené.
DEMOURER, demeurer, dul. Demorari, en a. Demur,
hésiter, différer; demeurer, s'arrêter : «Demeure donc :
est-i impatient ! » demotjrance , demeure : « Vostre conseil
sans demourance. » (T. de Chartrose.) demodrage, retard ,
d'où l'a. maritime Demurrage, starie; demelré, arrêté par
la maladie, perclus : « Il est demeuré d'eune gambe , »
d'oij DEMEURANCEfG/. u.), maladie, paralysie ; deiwedrée, s. f.
retard : « Sans faire longue demeurée. » (T. de Chartrose.)
On dit à Av. d'un locataire , d'un fermier : « I demeure
pour un tel, » c. à d. tient la maison, la ferme d'un tel.
DENTU, qui a de fortes dents , d'où le n. pr. Ledentu ,
du 1. Dens , en a. Dent , dent d'une roue, d'une scie ; en
fr. Dentaire , Dent de lion , plante , en a. Dandelion , Denté,
le subs. Dentée, Dentelaire, Dentelle, Dentier, Endenté,
etc. , et peut-être Davier, en n. davi, outil de charpentier à
crochet, et Davier, moulinet, terme de marine, en a.
Davit. En n. dent-de-loup , la mille feuille; a dems , la face
contre terre , comme dans le v. 6903 du R. de Ron :
Chaeul as denz , chaent envers.
De là adenteu, mettre la face contre terre, ibid. v. ^3225 :
E Irebuchier e adenter.
Ailleurs : « Sur l'arçon l'adente , » et dans le Tombel :
« Honteusement est adenté ; » dentlière, dentellière; den-
telé, orné de dentelles {Muse n. V. créter.)
DERAIN, DRAIN, dernier, enh.-\. Deretranarius, du 1.
Retro ; ainsi en v. n. dans le R. de Rou :
Al derain le prist Ron et en buies la mis.
La forme intermédiaire était Derraien : « Al derraien
vienent as portes, » {R. du M. S. M., v. 2666.) et jus-
qu'au ^ 6e s., on le disait : « Toute la derraine porte du
pont. » (Entrée de Charles VIII à R.) A Val. drain; les
enfans au jeu disent : « J'siis l'prin, t'es l'drin. » On disait
aussi Primerain : » Renouvelle ton jardin primerain. »
(Ibid) ; derain est dans la plupart des patois, en a. Dar-
reyn est un terme de loi . et Darrain sign, terminer. De
Retro vient le n. rière, arrière; rierer, riire, faire aller en
arrière ; on crie au cheval pour le faire reculer : « rière ! »
en V. f. Rere. en a, Rear; l'arrière ban s'appelait : « Ad
— 28.J —
rerebrandum. » (Rôles de l'Ech. de i 198) drière, derrière;
à Coût, le RiiiiE adressé aux chevaux n'est plus qu'un
simple grasseyment : Rrrr.
DERÉ , regret : « I manjue, in'era (il en aura) derc; »
DESi, désir, dul. Desiclerarc, lilt, appeler des astres {Sidéra)
du ciel; dsieé, Désiré, du \. Desiderius , d'où Didier; mais
à Evreux on disait l'abbaye de S. -Désir. Un mot de for-
mation anal, est désastre, litt. me-s-astre, mauvais astre ,
mauvais présage; on disait à la Renaissance Bien-astre,
né sous une bonne étoile; en n. désastre est un subst con-
cret et se dit d'un mauvais sujet, qui ruine tout : « Grand
vilain desastre, va! » Ce passage de l'abstrait au concret
est fréquent dans les langues pop. En a. Disaster, et Desire.
MINI, du Méril, en donnant dechiler, l'expliquent par tom-
ber du ciel; celiqije se disait à la Renaissance : « Grâce
celique, » céleste. (Le Rocquez, Mir.de l'éternité.)
DESERT, du 1. Desertus, est en N. un nom loc; il y
a plusieurs lieux nommés le desert, la déserte, desertine':
(( Habitent en la desertine, » V. 523, dit le Bestiaire divin,
des Arabes du désert; c'est lev. f. Désarter , défricher, en
fr. ESSARTER, d'où Ics licux dits les essarts; or défricher
c'est faire un vide, un lieu désert; c'était le sens de désert
en V. n. comme dans le /?. de Bon. V. 72-) :
Les champaignes el les deserz
Boncs seillieues environ
La Icrre veient a Ijandon.
Du reste Essarter peut venir du 1. Sarrire, sarcler. Le
thème du Déserteur, qui a fourni un opéra fr.. est aussi
un sujet de chant pop. en N. Eu a Desert, Déserter, Déser-
tion, etc.
DESTIN , du 1. Destinare , pris souvent pour le devin :
« Aller au destin , » c. à d. au devin ; le peuple n. est gén.
fataliste : « Ch'était dans 1' destin , » est une loc, fréquente :
it No n'peut pas éviter sen destin, id.; en a. Destimj.
DEU, peine, dul. Dolere : « Faire du deu, » causer de
la peine; c'est le v. f. Deul, en fr. Deuil : « De grant
deul par lor folie... (T. de C/iartrose.) beui.er (se) (Vil-
ledieu) , s'affliger, comme en v. f. , par ex. dans le Chant
du Boussigneul :
Et ceux qui plus les prisent plus à la fin s'en deulent.
DELousER (H.-N. ) . se lamenter, se douloir; ainsi, dans la
Muse n . :
— 286 —
Se doulousant je disons seulement
Plus oie qu'antan tout le monde a du pire.
En fr. Dolenl , Douleur ; le n. dolent sign, souvent non-
chalant, stupide : c'est l'a. Dull et ses dérivés, el l'éc. Dolly,
malade. Le peuple n. ne dit pas « être en deuil, » mais « être
en neir, » en a. in black; l'a. a aussi Dole, être dolent :
il y a Doole pour Dole dans le Virgil of Surrey , et Deol
dans R. de Gloucester; doilant, malade, sensible à la dou-
leur, part. prés, de Douloir; dans le Dessin, douilla]\t :
« Avoir une tête douillante ; " (Pluquet, Essai sur B.) d'où
le fr. Douillet, plutôt que de Doux; adoulé, à Guern.,
affligé; adouler et dedler (Gl.n.), être souffrant; doclu.
attristé ; doulfanche, doléance; douillette, robe de chambre
et par-dessus de soutane.
DEUX, pron. très-ouvert, deux, du 1. Duo, en a. Deuce,
pour les cartes : « Ne faire ni eune ni deux , » ne pas ba-
lancer, parcequ'au jeu du saut , on crie un temps pour
avertir et un pour s'élancer; dedxhme, deuxième; doubuer,
doubler ; doublieure , doublure ; on dit : « Fin conte fin
n'est pas bouen à faire doublieure, » c. à d. ruse contre
ruse; doublier, nappe de table; c'est le mot des -12^
et ^3es. , litt. nappe double : « Doubliers et touailles. »
( Comptes de C, ^307. ) « De toailles et doupliers. » {En-
quête de -1275) du 1. Duplex, en a. Double; redodblier,
revenir sur ses pas.
DE VER, devoir , du 1. Debere; ind. prés, je deis , tu deis,
IL deit; fut., je dérai; part. pass, dec; en fr. Dette, Débi-
teur, Débit, Dû , Redevance, etc., en a. Due, Debt, Duty,
etc. ; mais le v. a. avait l'inflnitif-subs. Devoir, Dever, sous
un grand nombre de formes : Dever et Devoir sont dans
Cant, tales, et Duty a la forme de Deutee. V. 6934 , Dc-
voyre est dans Spenser, p. 387 ; dans l'Av. « Faire son
devoir, » c'est accomplir la communion pascale. » L'a. En-
deavour, tâcher de, semble être notre mot avec la particule
intériorative : « Dever is used by Chaucer for endeavour ,
says Junius, and it is so used in the north of England to
this day; thus endeavour is, as Minshew expresses it, debi-
tum oflicium prœstare. » Le n. ajoute débine, « être en dé-
bine, I) en décadence, en dettes, ou peut-être en débile,
debilis; débiner, médire, calomnier, ruiner de crédit; de-
BiSTRAc , en Bray , en ruines. Le n. a divers dictons où
figurent des mots de cette famille : « Qui paie ses dettes
s'enrichit. — Dever à Dieu et au diable. » — On dit que la
— 2S7 —
caille crie : « Paie tes dettes; o il y a mémo une cliansoii
pop. avec ce refrain.
DEVINAILLE, énigme, un \. Divimts : k Legière est
cette devinaille. » (Benois, C/iron. 1. M. v. 13174) : «C'est
tout trufe et devinaille. » (Adam d'Arras , 35); devinette,
petite énigme; une collection des énigmes serait assez ca-
ractéristique ; il y en a beaucoup de pop. en B.-N. ; celle-ci
est une des plus communes : « Qui qu'à la corde au co et
qui va coume un fo ? » pour le rouet; il y en a beaucoup
en I. macaronique, comme : « Pipassa canosa, » c. à d.
la pie passa, le chat n'osa; devinette existe en pic, en lorr.,
en rouchi; h Besançon Dcvinoife, en yyalion Advinat. V. pk.
DIFFÉRENT, s. m. ., différence : « couper en deux le
différent, ■> c. h d. la différence entre les prix du vendeur et
de l'acheteur; différemment qce, autrement que; indiffé-
rent , appliqué aux choses , comme en a. : « Ce pré n'est
pas indifférent , » c. à d. commun , ordinaire.
DIIMANCHE, DiEMANCHE, dimanche, non pas de Dies
dominica, mais de Dies magna, en v. n. dièmaine (Chron.
des ducs de N.;) on disait aussi diemanche : « Il doit le die-
manche après la Seint-Oein. r,(Cout. de la Vie. de. VEau de
B. L. 22;) au 1. Dies se rattache le fr. Diane, la batterie du
point du jour, et le fr. Jour, en passant par l'it. Diurno ,
Jorno; l'a. Daij est son congénère, en a. s. Dag. V..touer.
DIIX, dix, du 1. Decern; diixiime, dixième; les uiix
HEURES , c. à d. le sud ou le soleil à dix heures; diime, la
dime : « Une déisme retindrent en lour fieu lay; » {Charte
deBerjou, I3es.j diimer, percevoir la dîme; diimeresse
(grange), pour mettre la dîme, on dit aussi la grange-
mime ; en v. a. Dismer, qui est dans Shakspeare , qui le
préfère à Tens , en a. moderne Tilhe, le Ifle, de Ten ; en-
dizeleu (H.-N. ), mettre les gerbes en dixain. A ce rad.
appartient le fr. Denier, d'où Denrée; en n. daedene, s. f.
(Bay.) pièce de six deniers en cuivre jaune. Le denier a
DIEU , ce sont les arrhes d'un marché ; on dit : « Cha vaut
un biau denier, » c. à d. un prix élevé.
DINER (se) du 1. Decœnare et non de Disjejunarc ,
d'oîi Déjeuner, moins ancien, litt. rompre le jeûne, en a.
Breakfast; la forme pronom, se disait aussi en v. f. pour
ce dernier :
Par le sang l)ieu, je l'oys marcher,
Lfi pillard sans tnoy se desjeune.
(Actes des Apôtres. L. 1)
— 288 —
En a. Dinner; dinette, s. f., petit dîner; dinocb, dineur.
L'a. Cœnare a laissé des traces dans le fr. Cène, Cénacle,
dans le n. recieb. V. chine.
DIRE, lire: « La bouenne sœu le fail dire; » msour,
diseur, de même en pat. a. , selon Halliwell , qui cite aussi
Ditour, avec Dites, récits, le simple du fr. Redite; dieeie,
s. f. bavardage, cité dans le roman V Ensorcelé, p. 229,
semé de pat. n. ; « Qu'en dites-vous? ou plutôt : Qu'en
dit'ous? •) comment vous portez-vous? on dit aussi en ce
sens : « Qui qu' vous en dites? » dit, parole : « Faut veir
les faits et pas les dits. » faire dire (un instrument), en
jouer; dicace, fête de la Dédicace, qui conduit au flam.
Ducasse, c. à d. la fête de la Dédicace de l'église parois-
siale; en v. a. Bitty, sonnet.
DISPUTER, gronder, tancer : « Maîte Jean dispute
trejous ses valets; » disputour, grondeur; dispdtaison, dis-
pute. Le fr. Dépit vient de Dispicere, en v. f. Despif; en a.
Spite; en n. depitecx , dédaigneux : « La belle repond
despiteuse. » (01. Basselin, p. 54) Le v. f. Despiser, du
1. Despicere, est fréquent dans le Mir. JS. D. de Rob. le
Dyable : « Sainte église et Dieu despiz ; » (p. 2) « Diex qui
ne despis quelque pécheur; » (p. 45) en a. Despise, mé-
priser.
DISQUE, dnl. Discus, palet, assiette, ena. Dish, plat;
nous ne citons ce mot fr. que pour compléter sa famille :
c'est l'a. Desk, pupitre, en v. a. Dess, qui nous conduit
au fr. Dais : « The desk or canopy over the heigh table. »
(Warton, Hist, of english poetry) En prov. Desco, cor-
beille, dim. Desquel. ( Lacombe , Supplém. ) Cependant on
dit Tisch , table, et Disch en holl. : de là l'a. Deck, pont
d'un navire. Le n. a une forme voisine de tous ces mots,
mais bien différente de sens : dique ( Baie du M. St M. ) ,
jusqu'à : « Couler dique au fond ; » c'est le v. fr. Dusque,
du 1. De usquè, d'où le fr. Jusque. Quant à dichenavakt,
DiceiN-EN-AVAKT, désormais, d'ici en avant, c'est le DHst cli
en avant (de isto die in ante) du serment de 842.
DIVISIER, diviser, du 1. Dividere; devisier, id. : « Li
parz devisent; » (R. de Rou) devision, division, en pat. a.
Devision; devise, borne d'un champ : c'est un axiome de
droit : « Qui plante pignon plante devise ; » on disait en ce
sens : « deviser : « Es metes qui desous sont nomées et de-
visées; » [Acte n. de -1282) devisecbs, arbitres, en b.-l., de
Divisif : « A chemino usque addivisias. «• (Charte de -1268)
— 281) —
De làle fr. Devis, Dcvider, Deviser, Devise, Indivis, l'a.
Device, Devise, Divide, etc. dévier, dévider: « Dévier du
fi. I) DEviPEUx , dévidoir, mais plutôt de Wind , tourner,
virer, à Guern. vier. On trouve un nom spécial de devise
en ^248, pour un abornement de bois près de Darnetal :
• Dividicula lapidea magna et dicta Greys noviter posita
3 pedum; « {Nov. N. chron. , 33) c'est sans doute le fr.
Grès, en n. orison. V. veir.
DO, avec, métatlièse de od, en v. f. pour Ad : « Si ot
od lui un cavalier. » (Mouskes, Chron. rimée, v. 12957)
Ainsi en it. Da de Ad, en gaél. Mi et Yiu, Je et moi; en
bret. Me et Etn, disent MM. Du Méril; on peut ajouter le
pic. Ed pour De; Od s'est changé en Ove, Ovec, en fr.
Avec , en n. aveu : « Viens aveu mé. » Dans le nord de la
Manche, Avec se dit dotout, datoit : « Il l'a tué d'atout
sen bâton; <> comp. de Do et de tout, c. à d. avec (tel
objet) , et c'était tout.
DOLEURE , ce que détache le rabot, la varlope , du 1.
Do/are, doler; dolette, dim. du précéd. ; doler la boise
sign, métaph. flatter, litt. aplanir ce qui est raboteux ;
le fr. Doloire. De Dolare vient le 1. Dolivium, doloire,
d'où vient le fr. Douve, Douvain, Douelle, le n. douvelle,
petite douve de tonneau, ';et sans doute aussi Dolium,
tonneau , et peut-être le fr. Douille.
DOOUX, DOUCHE, doux, douce, du 1. Dulcis : « Très
douche Vierge Marie; » (Poème /•a^ar^^ sur Th. de Biville;
Mém. de Cherb.) douechatre, douceâtre; douchemem, dou-
cement; DoucHERECx, doucereux ; docchet, doucet; dou-
chette, doucette; doucheur, douceur; doucheuon , co-
quillage bivalve, lisse, plus doux que la coque à laquelle il
ressemble; adouech[ , adoucir; « A la douce, tout à la
douce, » doucement, faiblement, surtout pour la santé;
doudoux (Val. ) , bonbon, terme enfantin ; dosse (H.-N.) ,
planche tirée de l'aubier, litt. planche douce; doichiiner
(H.-N.), dorloter. Il y a dans l'Av. des fam. Doucin. L'a.
n'a de celte famille que des mots savants : Dulcify , Dulcet,
Dulcorate, etc.; il emploie Sweet, dérivé û^Suavis, en v. f.
Souef.
DORMI, à Val. dormin, dormir, du 1. Dormire; se
DORMI , comme le fr. s'endormir : « Pois avint si qu'il se
dormeit; » (R. du M. St M., v. -191 ) dormocr, dormeur,
en a. Dormouse, litt. la dormeuse, c. à d. le loir, en n.
i.érot; dormiton. le loir; de làlefr. Dortoir, Dorloter, etc.
— 290 —
L'a. Dormant, Dormer-window, lucarne, en n. verre-
dormant; Dormitory, dortoir; en v. a. tout objet fixe était
dit Dormant; dormaillier, DORVAiLLER(Val.), mal dormir;
à R. , le jouR-DORMECB était le jour de congé des cha-
noines; à Val. , un borgne s'appelle dort-d'uk-uu (œil);
DESENDORMIR , réveiller : « Pour bien me desendormir. »
(J. le Houx.)
DOSSIER (Av.), panier de pêcheur, porté sur le dos, en
1. Dorsum, mais Dossum est cité par Varron comme un
archaïsme {De re nistica, 1. ii, c. 5); en a. Dorser et
Dorset, panier, en v. a. Dosser (Chaucer, edit. Tyrwhitt,
464); DossiÈRE, selle du cheval de timon; adosser (s'),
s'arrondir le dos; adossé, voûté; delà le fr. Dosseret ,
Dorsal, Dossier.
DOUANE , s. m. Douanier. Douane dérive de l'it.
Dogana , qui dérive de Doge , lequel vient lui-même
de Dux.
DOUNER, donner, du 1. Donare; au fut. je donrai :
« Quel' femme lui donrons-je? Chanson cueilloire. V. Intr.,
p. 297 ; le subj. que je donge : « Je n'ai point appris que
je donge mes draps en dormant. » (Pathelin); dounaison ,
donation : « L'église de Daubuef est à la donnoison à
l'abé. » (Liv. des Jurés de St-OenJ ; dokinée, donke, s. f. ,
don , l'a. Dote, cadeau, est le même mot ; adocwer , arriver
heureusement, coïncider bien : <■ J'avons bien adonné pour
le biau temps; » adojnne, bonne chance; si cuDOiNNE, s. f.,
litt. si cela adonne , c. à d. bonne chance ; l'impér. de par-
donner à Val. devient : « Parnez-mé, » pardonnez-moi, je
vous fais excuse; Pardon qui, en Bret., signifie fête pa-
roissiale, se disait à R. où il y a le Champ du Pardon ,
et un registre de ^ 4 84 signale « la foire du pardon à tenir
le jour St-Romain. » Quant au subj. Doint (Donet), il a
disparu ; mais reste dans des inscr. comme à Montviron :
« Dieu lui doint merci, » sur une croix ; il est passim dans
01. Basselin : « Dieu doint qu'elle soyt appaisye. » (p. 2-17)
« qu'el doint aux Engloys malle fin. « (p. 2-16), et dans les
chartes : « Seigneur et père cui Dieu pardoint , » citation
remarquable par son dat. Cui, tirée d'une charte d'Henri V
d'A.; en v. f. Guerdonner, récompenser; en prov. pour
sign, ne rien donner ; on dit :
Dounerle Poitou
Et la Sainlonge au boul.
DOURER, DORER, enduire d'une matière grasse, du sens
— 291 —
du fr. Dorer, enduire de jaunes d'œufs, litt. de couleur
d'or; ADOiRER (Av.), salir; on dit q. q. fois « du dor » pour
de l'or; l'or de Villedieu sign. iron, du cuivre; on dit :
« Tout c'qui brille n'est pas or; chajj dorer, salir : « Toute
notle meisonen esteil chandorée. » (Muse n., p. 30); dorée
(Guern.), tartine, doeionineux, litt. salisseur, et ailleurs :
« Dorionneux de cabinets à selle , sans vous sera mainte
cambre dorée. »
DOUTER, V. a., douter de, du X.Dubitare : « Je doute
cha; » douter, soupçonner, même une personne: « Je
doute un tel; » doltanche, s. f., doute, soupçon : « Pour
vérifier une coupable doutance. » ( Ms de dom Huynes. )
En a.Doîtbt est aussi actif : » To doubt somebody, » se
méfier de quelqu'un. Douter est le simple du fr. Redouter,
et en v. f. Doter sign, redouter : « Une ne dotai cbâtel. »
(/?. de Bon).
DOUTRINER, doctrijner, instruire, du 1. Doctrina; le
fr. n'a qu'Endoctriner : « Por ce qui n'est qui les doc-
trine. » (7", de Chartrose) « Li père l'eut fait duire et
doutriner. » (h. de Rou.)
DRAGUE iVal.), fèves, ou céréales concassées, d'oîi le
fr. DRAGÉE, bonbon en farine; on tire ce mot du gr. Tpayri^ia;
mais il représente plutôt une on. de craquement; dragier ,
réduire en dragiie; drageour, ce qui écrase le grain; en
fr. Drageoir, boîte à dragée. V, dracue. Aux baptêmes on
crie au parrain et à la marraine : « Dragiics , Dragiies ! »
DRAILLER. v. n., être battu par une mer orageuse
(Granville). Jal, dans son Gloss, nautique, cite drailler,
qu'il tire de l'it. Straglio et le donne comme une variante
du fr. TP.AiLLE, bac; toutefois ce dernier mot a du rapport
avec Treuil, en v. f. Treuil, dévidoir; aussi y a-t-il un
cordage appelé draille , et l'a. dit Drawl, trainer; ces
mots semblent venir du 1. Trahere, en a. Draw (V. drague);
cependant une orig. celt, est possible. V. l'art. Traoul.
DRAPET, DRAPiAu , s. m., lange d'enfant; quand on
veut railler un enfant qui fait l'homme , on lui crie : « Il a
CO l'drapet au tchu; » du fr. Drap , qu'on a tiré du 1. Tra-
bea, trabée , mais qui renferme plutôt le rad. Ras; encore
en fr. Ras est une étoffe rase croisée de laine. Ratine, id.:
le D est euphronique; en fr. Drapeau, Draper, Drapier,
Draperie, en a. Drape, Draper, Drapery , Trappings,
housse ; mais le v. a. avait Drapes, langes, et dans Spenser
— 292 —
comme en ii. , Drapets (p. \ 06). Il serait possible que le fr.
Retaper fût pour Redraper . relever les poils du drap , ré-
parer le drap.
DRÉCHIER, dresser, du 1. Dirigere : « Quinze jour-
nées à dreschier l'estoc de l'orloge et rechevillier. » (Compte
d'Ev. 1396); erdreschier , redresser, métath. de Retro
essent. n. etpic. : « Esdrece-loi. » (Concept, N.-D., p. 6.)
Va. Dress, faire la toilette, est ce mot, plus sensible dans
» Dress a \ine , » diriger, tailler une vigne ; il se dit dans
le sens de toilette en berri. : « Elle avait cru se faire belle,
et son dressage était bon pour faire rire. « (Petite Fadette,
\ ^ 8); ce mot est ancien : il estdans LaFontaine sous forme de
Détroit (L. X, f. \ 5). Il semble aussi que l'a Raise est le mot
fr. ; on a en fr. Dressage, Dresseur, comme termes de l'élève
du cheval; en a. Dresser est un buffet, et un Dressoir; du
l. Directum vient le fr. Droit, en n. dreit, dreite « la main
dreite, » d'oii dretier et drier, droitier, peut être aussi du
V. f. Destrier, du 1. Dexter; dans la Hague dret joue le rôle
de superl. : « Dreit bouen, •> très-bon , ex. : « n'est dreil
chenue {Juvenis ,) c. à d. bien portant; mais étreiï, étroit;
ETRECHIR, rétrécir, dont se rapproche le fr. Detresser, vien-
nent plutôt du l. Strictus , en a. Straight, d'où District, en
n. DisTEiT , pop. pour arrondissement ; endreit , endroit, litt.
in directum , le lieu en droite ligne; àdreit, adroit : « Adreit
coume un prêtre normand; » on dit iron. : Adreit coume
un cochon de sa coue. Le v. f. Adresse , de ad dircctio, en
it, Addrizza, direction en mer, semble être resté dans le
village de Ste-Adresse, sur lequel il y a une légende. V.
Intr. , p. 224 ; « Une grande lanterne de verre pour donner
lumière d'adresse aux navires qui veulent Genes appro-
cher. » Chron.de J. d'Autun); de là Adresser, orienter :
(' Ledit seigneur fit adresser les voiles celle part. » {Ibid) ;
aussi ADRECHiER sigo. OU u. bicu diriger sa route; suivre le
bon chemin : <■< J'avons bien adrechié , » c. à d. nous som-
mes arrivés à bon port. La branche a. de cette famille se
complète par Direct, Dirge, chant funèbre, litt. le psaume
Dirige, Right, etc. Au 1. Dexter, cité plus haut, il faut
rattacher le fr. Dextre, Destrier, le n. Destrier, marteau
de maréchal, et des noms pr. n., comme poiiNdextke, litt.
maladroit. L'a. n'a qu'une périphrase pour droitier, n^/«^
handed; mais il a gardé dans Left, gauche, un dérivé du 1.
Lœvvs.
DRU, vigoureux, pop. en fr. tiré dugr. ApSpoç, robuste.
— 29. -5 —
existe dansle n. p. Ledru et par metath. Lcidu. Dans le
sens de serré, de près à près, il dérive peut-être du v. f.
Grue, en b.-l. Grua, forêt, d'où le fr. actuel Gruerie; et
le V. f. Griiel et Grael, livre statistique des forêts, et alors
Dru signifierait et. serré comme un bois. Il y a des loc. n.
qui portent ce nom, comme la Haule-Grue, arr.de Dom-
front. Une forêt de ce quartier, voisine de celle d'Andaine,
était célèbre sous le nom de Silva Drua, ou de Forêt drue.
Il y a encore un autre Z)rM, ami. d'or, germ., d'où s'est formé
Druerie, amitié; c'est le v.hW.Trut, aimé, comme dans
ces vers du Rom. de G. mi Cort nés :
S'avons perdu el je et vous assez
Amis el drus, el parents et privez.
DU , dur, du 1. Durus; Dor, bois en celt., d'où Door,
porte , en a. ; Soupov, Sopu, bois de lance , etc. : « Ch'est un
lioume du à la detente, » ce que le fr. appelle Dur à la des-
serre; on nomme le mo et le du, la réunion du cœur et
du poumon d'un animal ; durer , prendre patience ,
rester tranquille , le sens d'Endurer; de même en b.-l. :
« Festinus eo, durate, comités. » [Comédie sans nom,) en
pat. a. Z)M?-e, souffrir; le fr. Dur se trouve dans Shakespeare
sous forme de Dear , blessure (As you likeit ^ act. 2. se. 3);
on écrivait aussi Dere en v. a. ; durer, vivre : « Il a duré
deux jouers emprès sa cheûte; durarle , espèce de pomme
qui se garde longtemps ; ainsi en fr. Duracine . pêche dure.
Dans cette famille entre le fr. Durée , Durcir , en n. Dur-
chi, Duret, Dureté, Durillon, Endurer; le v. f. avait Pe/-
durahle , éternel; l'a. offre la plupart des mots fr. et de
plus Durance, emprisonnement; Duresse^ id. , Endurer,
qui endure, Induration, action d'endurcir, etc.
DUIRE, du 1. Diicere, instruire, façonner, visible dans
le n. pr. macduit, mal instruit, et dans le fr. Séduire, litt.
conduire à l'écart (seorsiim) : « Li père l'eut bien fet duire
et doutriner. « ( R. de Hou) « Le faisoient pour être duits
à courtoisie. » (Froissartj Le fr. Duire, plaire, vient du 1.
Decere; le v. f. avait Duisant, convenable; ainsi dans 01.
Basselin :
A la personne vieillarde
Mauvais boire est-il duisaut?
Nenny , nenny , iiéias ! nenny.
Duisihle est dans la farce des Pattes-Ouaintes : « Bien
duysibles a un chescun , « et cet adj. se dit aussi en pic. ;
dans ce pat. . « une fausse duite » est une fausse démarche :
DiiTE. à Fiers, s. f. , est un tour de métier qui amène le fil
— 29'. —
dans la trame, et le trou pour faire enirer la trame ; en a.
Duct, passage, duire pourrait aussi se rattachera Docere.
comme semble l'indiquer le passage suiv. du R. de Rou :
Nus ne se pot vis escaper,
S'il ne fusl bien duit de noer,
c. à d. instruit à nager, duiee venant de Ducere a plusieurs
comp. : Séduire , Conduire , Réduire , Déduire , etc. , des-
quels le n, tire conduite . action d'accompagner, terme de
compagnonage : « Faire la conduite , » c'est accompagner
l'ouvrier, le soldat , hors de la ville; on appelle en N. che-
vaux de conduite, les chevaux supplémentaires, spec, pour
les côtes. CONDUIRE, en pat. n., fait au prêt, nous con-
duîmes , etc. : « Lesquels ensemble conduirent leur armée
vers Escosse. » {Chron. de N., ^25) Déduire donne Dé-
duit, divertissement; mais à Cherb. , dedcit sign, espiègle,
malin. Le fr. ajoute encore Viaduc, Aqueduc : l'a. ne pos-
sède, comme terme simple, que Duct, passage, mais il a
tous les comp. comme le fr. Conduct , Seduce, De-
duce, etc.
DUMET, poil des animaux, sans doute le fr. Duvet,
dérivé de Tufetum, de Tufa, herbe cotonneuse des ma-
rais. Rabelais a employé dumet pour Duvet, et l'adj. Du-
meté ; « Nascuntur alise plumœ qua; dicuntur a quibusdam
dumse. ') (Fréd. II, De arte venandi) dumer, perdre son
poil : (• Le cat dume ou deume ; » Dum sign, la même
chose dans le pat. do Suffolk (Halliwell); cependant une
orig. germ, ou scand. est possible; en v. f. Dun, duvet :
« Une couette de dun; » (Charte de Henri I à Roland
d'Oissel, vers -1120) d'où l'a. Down, duvet, (['on Eider-
down, édredon, litt. duvet de l'eider; en sued. Dun, en
all. Dunen. Le 1. Dumus n'est sans doute pas sans rapport
avec cette famille, du moins à Villedieu edumer sign, dé-
barrasser des broussailles.
E
E, elle (Av.) : « E Ta é vient, » usité comme sujet, le,
régime : » Chez le, » (Ibid.) à Val. lié; à Val. elle, sujet,
est ou devant une cons. : « Ou va, ou viint, » et cl devant
une voy. : « 01 a dit. » Dans l'Av. , interrogat. eu : « Dira-
t-eu? » dira-t-elle?
ECALE , écaille : « Ecale d'huître , » écaille d'huître , de
l'it. Squalia; M. du Méril tire ce mot du v. ail. Scala,
plus rapproché du n.; en fr. Ecale et en a. Scale, écaille,
qui ^'^.•^l "'Ciit Sliule , il'du l'a. Slall , coquille; dcaili.î.ki:.
place où l'on dépose les coquilles d'iiulîres; à Gr. le quai
(ic l'Ecaillère; ecalim (Gr.), p. m. menues écailles d'huiire.^:
ECALOT et niLOT. écale des fruits; ecalot, cmiite d'une
plaie; ecaloter. dégarnir de son enveloppe; 1'. Escalop ,
pétoncle, coquille, est le u. ecalot; caii.lama^ (Day.), grand
coquillage siirivalve: cui.leu. caïeu. s. m. espèce de pe-
tite moule qu'on vend à Val. au cri de : « Du caïeu , qui
qu'en veut? » litf. petite écaille, comme le fr. Cayeu .
bulbe imbriquée des liliacées; Ch. Nodier rattache à
coquille le village de Pic. , Cayeux. On appelle caves, sur
les bords de l'Océan, des bancs de rocs feuilletés, d'où
sans doute le fr. Quai ; du moins il produit caye.mije, place
de l'arsenal de Cherb., au bord de la mer : de là Cayenne
et les Cayes en Amérique. Quant à Echalolte, il vient de
Ascalonia (cepa). de la ville d'Ascalon , et le n. ECuriEn
est le fr. Cha{:eler, du 1. ExscaJpere.
ECAPER. échapper, en v, f. Escaper, en a. Escape,
de Scaphare, fuir dans une barque, ou i}q Excampare ,
sortir des champs . (iifférent d'Esquiver, qui vient du S/,ip
du Nord, en a. Eschew, esquiver.
ECAUCHOIS, Ecossais : « Fier coume un Ecaucliois; »
il y a en N. des familles Lescot, c. à d. de Scotus, Ecos-
sais. Les Cauchois, hab. du pays de Caux, tirent leur
nom des anciens Calèies; on dit p.rov. : « lîelle coume une
Cauchoise. » c\icrroisE . coiffe de Caux.
ECHARS, chiche, qui a vieilli en fr. ainsi que Eschar-
sement el Escharseté, se dit sans doute encore quelque
part dans la N. . du moins ils restent en a. dans Scarce,
rare, et à peine , et Scarcely et Scarcity; en il. Scar so ;
en v. f. Escars , Escarccié ; mais la Muse n. em|)loie es-
QCERCDEVE.NT . chichemcnl ; le fr. chiche lui-même est pour
ChescJte. Le fr. a Escarcelle, et INIenage tire Escars û'ex-
parcus.
ECIÎAUFAUD, cHAiFAiD, échafaud, de l'it. Catafalco
iàefalco, poutre), d'où le fr. Catafalque, en a. Scaffold ,
en V. f. EscJtalfaut ; à T.-N. , chaufaid est un hangar
suspendu sur pilotis, el saillant sur l'eau , dont le toit en
toile s'appelle tald. el dont la table, qui recoil les fnies
de morue, est dite cageot.
ECHERPI, écharper, en v. Cltarpe, instrument pour
tailler, en a. SJiarp, tranchant: cherpie, charpie: delà
— 296 —
le fr. Echarpe , litt. morceau coupé . déchiré , en a.
Scarf : c'est le I. Carpere, couper.
ECHERVI , chervis, plante ombellifère, se ratlache au
fr. Carvi, en 1. Carum, orig. de Carie; cuerciffs, salsifis.
Le chervis est un légume dont la culture est presque aban-
donnée ; on l'appelle encore Chéroui ; en prov. Escheniijs,
en a. Chervil, chervis et cerfeuil, or l'a. semble faire de
ces deux mots un seul; chehfec, cerfeuil, du 1. CJtœro-
phyllum, litt. la plante qui réjouit.
ECHIELLE , ECHULLE, à Val. etchiille, échelle, du 1.
Scala, d'où le fr. Escalader, dont l'a. Ladder, litt. Scala-
deur, est une apocope; ecalier, échalier, en b.-l. Sccdera:
« Tresteras super- scaleras; » le n. alier, pieu d'échafau-
dage, est aussi l'apocope de ce mot. ecame, s. f . , et
ECAMET, barrière de cimetière, est le 1. Scamnum, dont le
dim. Scabellum donne escabiau et escabet, escabeau, en
V. f. Eschamel : « L'eschamel sur quoy li roys tenoit ses
piez, » (Joinville, Hist., ^5) et en pic. VEcomiau est le
marche-pied de la voiture; equelette, ridelle, Utt. éche-
lette; equelette, s. f. le grimpereau; Ecalles-Alix , arr. de
R. , est latinisé en Scalœ-JEliciœ; VEsquelle de N.-D. était
à R. une petite cloche qu'on sonnait le matin vers ^ 300. Le
fr. donne encore à cette famille Echalas, Escalader, Eche-
lon , Escale, Escalier, et l'a. Scale, escalader, Scalade,
escalade , etc.
ECHINEUX, instrument de boucher, couperet, qui
échine, de l'it. Schiena, du gr. E/tvoç, hérisson, de ce que
la colonne vertébrale est hérissée d'apophyses; s'ecbiner,
se harasser de fatigue; chiner, colporter par les campagnes;
CHI1NECR, colporteur; en a. Chine, s'éreinter; au nord de la
M. ETCHLNER, échiner, etc., car ce pat. , comme l'a. , fait
toujours sentir un T devant Ch. Le fr. donne encore
Echinée, et le terme pop. Esquinter, éreinter, du v. f.
Esquine , échine; on dit encore un cheval fort d'esquine ;
ESQUiNTEUR , litt. ércinteur, un crâne, un fîer-à-bras. L'a.
Squint a un autre sens et sign, loucher, c. à d. regarder
de coin, en n. ecolmer, briser les angles, les coins.
ECLIISSE, ECLiicHE, éclisse,dul. Clivus , d'où le fr.
Cliver : V. cliff; eclijssier, éclisser ; on dit aussi esliice ,
éclisse , qui conduit à l'a. Slice, tranche. Quant au fr. Es-
quille, il vient de Fit. Squidilla, dim. de Squida, éclat de
bois, d'où le fr. Esquille : à B. I'equille est le lançon de
Granville, c. a. d. l'Amnodyta tohianus; mais il vient d'ai-
— 297 —
guille, acicula; el Eclanche, en n. eclia.acije , vient sans
doute d'Eclater.
ECLIUSE, écluse, du 1. Exclusus , dans le sens de bar-
rière ; ECLDfSER , contenir par une écluse ; esclotoire ,
écluse; le fr. ajoute Eclusée, Eclusier , en a. Sluice,
écluse : V. clios ; il ne parait |ias que ce terme soit très-
ancien; du moins Wace, dans le R. de Rou, se sert d'un
autre :
El les niolins en eslanctiièrent.
ECOCHIER, meurtrir la peau, écorcher. du 1. Codex,
écorce, qui renferme Corium, cuir: V. cuu ; ecochier sign,
encore écraser un membre , une branche , etc. , duquel
sens vient EcocoEriE , s. f. casse-noix , tenaille ; Ecochcs,
en V. f. : (1 Tant que les escoches tournèrent; » (T. de Char-
(rose) Ecoi'CHE, s.f. large couteau qui écorce le lin, le
chanvre , et qui est employé comme tourne-galette , mot
que les enfants à Val. emploient dans un jeu, accompagné
de chant, où l'on se fait tourner rapidement :
En ditidant cliochelle ,
Tourne-galelle ,
Jai Irouvé une pesie et un chabot ,
Tourne-galop.
EcoBCHE , S. f. graisse arrachée de l'intérieur d'un animal ;
en V. a. Escorc/ies, terme de vénerie, animaux écorchés ;
en a. Cork, liège, bouchon, litt. écorce; Scorch, rôtir;
mais dans le Lincoln on dh Scotch, mincer; le fr. Cosse
se rattache sans doute à cette famille. V. côsse.
ECOLE , pron. école , en souvenir du v. f. Eschole , du
1. 5c/io/a /en a. 5f/ioo/; ÉCOLIER, écolier; écolage, rétri-
bution de l'école; ÉcoLE-r.issow (Av.), école buissonnière ;
SAINTE-SCOLASSE , Sainte-Scolastiquc.
ECOLOMIE, économie, d'œconomia; ecolôme, économe;
ECOLOMiSER, économiscr , en a. Œconotmj, économie, Œco-
nomist, économe; cette famille n'est pas ancienne et re-
monte sans doute à la Renaissance.
ECOUFLE (Val.), s. f., cerf-volant en papier, du fr.
Escoufle , milan : : « Maigre coume euneécoufle. »11 y a en
B.-N. des familles Lescouflet. Ecoufle figure à l'oreille un
objet mince , léger et soufflant.
ECOURRE , EscouRRE, secouer, du 1. Succutere : « Dtdbt
le fourrier battre et escourre le lit. » (01. de la Marche .
Mem. ^ 1,494) ; en fr, secouer, secousse, le v. î. Rescousse;
assaut , charge en retour , d'où Rescous , assailli; ecoies-
— 2ïiS —
siJNS , pailles et balles secouées d'un van , en H.-N. escossin.
d'où EscossiKER, ncttoyei' le grain; en a. Shake , [dus voi-
sin encore du n. saquier, secouer sec; escoisse, secousse;
EScouER (Val.), secouer, et scoueb; en Bourgogne le bat-
teur est dit Écoussei et dans l'Isère Escossour, fléau à
battre; en v. f. Tout-d'escousse, tout d'un coup. Comme
Succutere est comp. de sub-quatere , auquel il se rattache ,
V. CAS, et il y faut ajouter, l'a. Quash, briser, trembler.
ECOUTEUX , EcouTOUB , écouteur , du 1. Auscultare
(axouoj), en a. Scout; en fr. Ecouteux se, dit du cheval dis-
trait ; EcoiiTANT , auditeur, comme en v. f. , comme dans
cette fin du Rom. de Frégus :
Ichi est la fia du romaiicL :
Pais et salus as escoulans.
EscoT (G/, w.) , espace que parcourt la sentinelle; en u.
Scout, sentinelle; en v. fr. « Donner escot , » c. a. d. au-
dience, et Scouds, sentinelle; le fr. ajoute Ecoute, Ecou-
tille, litt. ouverture par où on écoute, Ecoute (cordage) ,
et les mots scientifiques Ausculter, Auscultation.
ECOUVETTE , s. f. , balai , dim. du 1. Scopa; en N. les
sorciers sont appelés Chevaucheurs d'écouvettes (V. du
Gange, V» Scobail) ; aussi on trouve dans Villon :
« Coume un chevaucheur d'écouvettes. » On disait aussi
Ecouve, balai, d'où le nom de la Forêt d'Ecouve, c. à d.
des genêts {Cytisus scoparius) , comme en a. Broom sign,
à la fois genêt et balai; de là le fr. Ecouvillon, en n. egou-
VILLON.
ECRELLE, écrouelle, du 1. Scrofula, de Scrofa, truie ^
d'où le fr. Scrofule, Scrofuleux^, Scrofulaire; en pat. a.
Scroyle, sign, selon Halliwell : « A mangy fellow, » el se
trouve dans Shakespeare, V. le Diet, de Johnson; cuouelle,
écrouelle, conduit à l'ec. Crewel, id. ; crouellier, scrofu-
leux.
ECREVICHE. s. m., écrevisse, en a. Crawfish, de cara-
bus, crabe, v. l'art, cabri, auquel il faut ajoulerECREViÈnE,
place où l'on pêche l'écrevisse : il y a l'îlot de l'Ecrevièrc ,
entre la F. et Jersey; ecrelle, crevette des ruisseaux :
« Maigre coume eune écrelle. »
ECRIN, bahut, coffre à vêtemens.'(Val.), du l. Scrinmm,
d'où le fr. Ecrin , et l'a. Shrine, châsse , en v. a. Scryne :
(I This overlasting scryne. » (Spenser, Faerie queene, Intr.);
le fr. Ecran pourrait bien être le même mot, d'autant plus
— 291) —
qu'(!ii dil 5(r(?c/?, écran , en a. Cepeiulanl on dil en ail.
Schrannp..
ECRIVOUR , r.ciuvEUx , écrivain , celui qui écrit , de l'on.
Scribere, en gr. (Txapicpo;, , stylet, ainsi dans le Coup d'ail
piirin de Dambouniey :
Eunn poche en rime^ enliculais
l'ar Itcriveux l"coiip d'o'il piiriii;i
De là le fr. Scribe, gribouillage , en a. Scribble, mal écrire,
Ecrit , dont on dit prov. en N. : « Les écrits passent les dits, »
Ecriture, Ecriteau, en n. ecritiau , Ecritoire, en n. ecri-
TOEB, Ecrivailleur, en n. eckiva!ll:ek, ecritasser, péj. d'é-
crire, ECRivASS'ER, écrivailicur. On dit encore prov, : « Les
écrils sont des mâles; les paroles sont des fumelles. » Ena.
Write, Writer, etc. ; l'a. Shrive, confesser, est tiré par
Ihre et Skinner de Scribere, et fait allusion à l'usage an-
cien d'écrire et de signer sa confession.
ECROU, pron.ÈcRou, vis, du \. Exrotulare, dérouler,
sensible dans l'a. Scroll, rouleau , écrou , qui possède aussi
la forme fr. Screw; le fr. Escroues, Ecrou, registre de pri-
son , d'où écrouer, a la même racine, en a. Screw, intro-
duire, litt. enrôler; le fr. Rôle, de Rotulus, en est la forme
simple, en a. Roll, rouleau, et rôle ou registre, mots ana-
logues au fr. Volume, Volumen, de Yolvere ; de là le fr.
Enrôler, Roturier, \i\\ . Botularius , l'homme porté au rôle,
le contribuable , etc. V. l'art, rece , du I. Hota.
ECUELLE, pron.êcuelle, ùu]. Scutella,ùim. de Scuta,
plat, d'où Scïiium, bouclier, en v. f. Escuelle, en v. f. Es-
cueltier, d'où l'a. Sculier, marmiton; eciellette, jjetite
écuelle, en -à. Skillet, poêlon; en fr. Ecuellée, en a. Scul-
lery, \d\oiv, qui su{)pose\c fr .Escuellerie, sculion, marmiton.
Seuil, petit bateau, comme une écuelle, d'où parext. Seuil,
crâne , comme on dit la calotte de la tête, Scullcap, casque
et coiffe , Shuller, canot de rivière. On appelle en N. écuelle
l'Ombilic, et Ecuelle d'eau, l'Hydrocotyle. En a. Scuttle,
panier.
ECUIREU, écureuil, d'une et. probablement non lat. à
csLW^c (\\x Sqnirius dont le dim. est Scuriolus , que nous
allons citer; en a. Squirrel, écureuil; son nom dans l'Av.
est un nom cyclique jacqlet , et comme cet animal est ma-
tinal, on dit : « Le lever dès le pailre au jacquet, » c. à d.
dès le point du jour. La source première du mot Squirius,
est une on., le cri de l'animal : « Feresculam quam vulgo
— 300 —
humilies squirium vocarit. n (S. Columbani vita, ap. Mabil-
lon, siècle II, p. 17.); dès lors une et. celt, est possible.
ECUIRIE, à Val. etchdrie, écurie, du 1. Equus, cheval,
en V. f. Eque, en \ A. Equine : equirie, (Gl. n.}, écurie,
ajoutons le fr. Equestre, Equitation, en a. Equestrian,
Quinlaine, litt. Equitana, exercice équestre, en v. f. Qui-
tane.
ECUNIVIE, écume, du 1. -Spwwîa; cependant ondit^Awm
en isl. et Scum en a., d'oîi Scummer, écumoire , ainsi que
Coom, écume ; eccmoèke, écumoire ; à Val. etchui>,me, écume,
etc. ; ECLNMOUE, écumeur.
EDCHU , ETCHU, écu : « Un etchu de siix francs; » en
B.-N. on compte encore par ecus de trois francs et de six,
et par pistoles ; écu vient du 1. Scutum , parcequ'il est
chargé des armes du roi; de là Ecuyer, en a. Equernj ,
Squire, Esquire , Ecusson , en a. Schutcheon , qui garde la
pron. n.; Curry, étriller les chevaux.
EDUQUIER, faire l'éducation, en a. Educate, du 1.
Educare (Educere). V. duire; eddcable, susceptible d'édu-
cation.
EFANT, ÊrA^Hï . enfant, du \. Infans, en a. Infant. On
dit prov. : « L'éfant tient du père ou du maile parrain: »
ÉFAî\CE . enfance , mais spec, pour celle du vieillard : « Il
est tombé en éfance; •> fanfakt, petit enfant, terme de
caresse. V. une lettre de Fénélon, appelant de ce nom son
neveu. De là le fr. Faon. pro. Fan, litt. enfant de cerf. Il y
avait à R. comme dans tout le nord de la F. et dans la Bel-
gique, des écoles de Bons-Enfants, dits encore jBomw/a/ifs,
et quelque fois Capets, Capettes, de la petite cape de leur
tête; c'étaient les écoliers pauvres; bon -enfant, joyeux et
cordial compagnon ; bon-enfant , un peu simple : « Tu
creis cha, t'es bouen effant. »
EGA , égal : « Cha m'est éga; » du 1. Œqualis , en a.
Equal; égalisier , égaUser, en a. Equalize; de OEqualis
vient l'a. Even, en passant par le v. f. Ewal , d'où Ewer,
comparer; ^'Ivel ,Q.n v. f. , d'oià Even; egaillier, pour ar-
river à répandre également, éparpiller : « Egaillier de la
terre, c'est répandre également sur le sol; on connaît le
commandement militaire de Jean Chouan à ses hommes :
« Egay'ous mes gas. » Equipoller, équivaloir, équipolence,
s. f. équivalent, en v. a. Equipolle (HalliwellJ; à B. équo-
reur, marchand de marée, dul. OEquor, AéTxyéA'Œquus.
— HOI —
EGAIRER (Val.), égarer, du I. Variure, melcr, em-
brouiller; EGAiRER, à Val., sign, aussi vaincre, parceque
l'action d'égarer a été d'abord une victoire dans la connais-
sance des chemins : « J'I'égaire à saulcr, » c. à d. je te
surpasse. On disait escaikeiv en v. n. comme dans le /?. de
Rou : « En mer a esté csgairés. » On parle de l'existence
de l'herbe qui egaire, c. à d. qui empêche de trouver son
chemin dans le champ où elle se trouve.
EGLIESE , église, du 1. Ecclesia, en v. n. Tgliesc, Iglise
(R. du M. S. M ,) qui conduit au bref. îlis, église; Sainte-
Mère-Eglise , arr. de Val., signale le titre qu'on donnait
aux premières églises fondées dans un canton :
E a sa mère ôglise fcsist e renie el fliiii.
dit Garnier, Vie de St-Thomas Recket (p. 65) ; une rue de
Ray. s'appelait Rue de la Mère-Eglise , c. ù d.de la Cathé-
drale; PETiTE-ÉGLiESE, sectc dcs prêtrcs qui nercconnîiissent
pas le concordat; à R. clemEiMIas , et en A. RIanchardistes,
parce qu'à Londres c'était l'abbé Rlanchard, et en N. l'abbé
Clément qui étaient les chefs de cette secte. En Rrelagne ,
ces prêtres s'appelaient Louisots, parcequ'ils ne reconnais-
saient d'autre autorité politique que celle de Louis XVIII.
ELÉSIR, élire, choisir, deElif/erc; les N., comme les A.,
adoucissent quelquefois le (/ en 5, principalem, les Polle-
tais. V-Intr. ,p. 30. De là le fr. Election, Elite, l'a.
Elect., etc; le n. applique Elite aux choses : « L'élite de
la halle, » c. à d. le meilleur blé de la halle.
ELIDER, s'élancer, en parlant d'un ressort, du I. Elu-
dere, éviter, esquiver; en a. Lid, couvercle qui joue sou-
vent avec un ressort; elide, rondelle entre la roue et le
bout de l'essieu ; elide, s. f. déversoir latéral d'un moulin;
ELCSER , s'amuser; elusio?», fantôme, ai)parence : on croit
que celui qui a un mouron ou salamandre sur soi dissipe
les elusions des sorciers et bateleurs; en 1. Elusio , trom-
perie ; ce sens concret existe en a. : « Stay, illusion ! » ar-
rête, fantôme! {Hamlet, act. i , -I.) aulieu, éluder; adlu-
sio.x, s. f. moyen détourné ; ailubie, id. (Gl. n.); Elusion
se disait en v. f.
ELIER, décanter le cidre, le soutirer, du 1. Eluere ,
laver, nettoyer; eliage, s. m. action d'élier; eliures, fèces
déposées au fond du vaisseau.
ELPHANT. éléphant, du 1. Elephanfus , en a. Ele-
— 302 —
p/iaibt, m V. f. Olifant, éléphant el cor d'ivoire : « Son-
ner de l'olifant. »
ELUGIER, ennuyer, tracasser, étourdir, comme dans
la 3Iuse n. , p. 30 :
Et si la cervelle m'éluge.
On dit aussi loger; ainsi ibid., p. 405 : a Je n'y veux luger
mon jugement. » Le v. a. Élenge sign, affligé, comme
dans ia Vision of P- Ploughman :
Hevy cbered I yede and elenge in herle.
On a tiré ce mot de Lugere , mais sans rapport de sens ;
c'est plutôt le 1. Elucus , étourdi, assoupi.
EMPERIÈRE, en v. f. Empereur, resté dans les nom-
breuses familles Lemperière, Lemprière, à Jersey et sur
le littoral de Fr. en face; E',irÉKEUR, empereur, spec. Na-
poléon I«=r; le fém. en v. f. Emperesse a disparu, même
dans les n. pr. , mais est resté dans l'a. Empress.
EMPIEGNE (Val.), Empeigne, du 1. Impingerc , en-
gager dans, c. à d. dans la semelle.
EMPLER (Val.), emplir, ind. prés, j'emple , j'emplons ;
fut. 3'emplerai , etc., du 1. hnplere; de même en v. f. , par
ex. Gislebertus emplecon , cité aux rôles de l'Echiquier de
M 98 : il se dit aussi en H.-N. : « Ches gens là qui emplent
leur vessie. » (Muse n.)
EN , adv. du point de départ : « J'en viens . « dérive du
1. Inde , et il est devenu pron, pers. en fr. et sign, de cela;
aussi écrivait-on Ent en v. n., [sar ^y.. passim dans le Mi-
racle de Rob. le Diable :
Si feray je, soiez enl fiz.
Toutefois En, régime direct, comme dans cette phrase :
« Avez-vous des livres? Je n'en ai pas » représente un
autre élément , c. à d. le 1. Unus : « Non habeo unum. '>
Cet En se dit à Caen eni : « Je n'eu ai eni, » c. à d. :
« Non habeo unum, » de cela; c'est l'a. Any : « I have not
any. » Aussi en v. a. on disait Ane pour One; le fr. Nenny
est dès lors pour ne-eni : « Avez-vous des livres? Nenni, »
c. à ù.non unum. Cf. le fr. Dont, en v. f. d'Ond, du l.
de undè.
EN, prép. d'intériorité , du \.In, en a. In, s'emploie en
n. devant les noms de paroisses rurales : » Demourer en
Ccaux , en Bacilly , » c'est une ancienne forme : « En la
Haye du Puis il y avait 35 feux poiansguet.... en St-Sym-
i
— 30.) —
phoricii , 28 feux. » Selon L. du Bois, on ilit eu N. : " en
table • iiûur à table, comme dans J Le Houx :
Aussy tenir nous ne pouvons
En table plus propre langage.
Cosigne 1. d'intériorité, transporté en a. avec les éléments
fr., a pour équivalent savon y, en v. a. : « y-logged, logé
dans, y-cledd, habillé, enveloppé, etc., et en a.Be; Be-lo~
ve, en-amourer, Be-gird, en-vironner, De- smoke , en-fu-
mer, etc. ens, du X.Intus, resté dans le fr. Céans (ci-ens) :
« Mettre du fein ens; -> iens, id., dans « se mettre iens , »
c. à d. dans une maison , de là sans doute Va. Inn , loger ,
et Inn, auberge; être dedans sign, être ivre, comme dans
ce dicton salyrique contre les moines:
Il est dedans
Comme le frère Laurent.
Une demi-ivre.sse s'exprime par celte loc. maritime :
« Etre vent dessus, vent dedans, » ou « Etre entre deux
vins ou mieux deux vents; » être dedans sign, être dans
l'erreur , être dupé , ou comme on dit pop. être enfoncé ;
en a. c'est le contraire : « To be out, » se tromper, litt.
être en dehors de la vérité ; emprès, après, du 1. In prope :
1 vint emprès mé, » comme en v. n. : «Li jugleor emprès
venout (G. Gaimar) ; mais auprès vient CC ad prope; ente,
entre , du 1. Inter : « ente deux soleis , » c. à d. entre
soleil levant et soleil couchant ; » à Villedieu , une situa-
tion moyenne se peint ainsi : c. Eté ente eune verte et une
meure; » entre-deux sign, entre bon et mauvais : « Dei-
vent aveir deux pains d'entre deuz, » (Liv. des jurés de
S. Oen.)
ENCHENS, encens, du 1. Incensum, de Candere, en a.
Incense : « J'ai guéri ma dent aveu d' l'enchens ; » en-
cdenser , encenser, mais se dit spec, du cheval qui lève et
baisse continuellement la tête; encdensour, encenseur;
ENCHENSiER, cnceusoir, en a. Censer ; ce mot figure dans un
prône risible qu'on chante dans i'Av. , et oîi l'on voit
qu'une personne prend le rôle du curé ou du vicaire :
Moussieu r curé n'est poin ici ,
Moussieii r vicair' n'est point hardi;
No souncra les clioclies .
No niellra d' lian dans l' benèlior,
Et de l'enchens dans l'enchensier.
On alleum'ra les cierges;
No priera poucr Champion, Championelte,
La bouonn' fernm' Turluretle,
Qu'est mort' l'aiil' jouer en champ :
13
— 304 —
Prenais garde d'en faire autant ;
Et pouer la bouenn' femm' Tourfinière,
Qui na pas peu nen pus rauus faire.
ENCLIUME, ENCLEUME, Enclume, du 1. Incudis, en
V. f. Encude; encliumette, enclumeau : « Etre entre î'en-
cliume et le martel, » c. à d. entre deux maux; » « Aveir
la tête dure coume eune encliume , » d'où tête d'encliume ,
ou simplement encliume , homme stupide et entêté.
ENCOVER, désirer, du 1. Cnpere, d'où le fr. Con-
voiter, l'a. Covet, désirer, Covetous , avide , convoiteux ;
on trouve Encobir en v. prov- , et Encovir en v. f . ; ainsi
dans le Rom. de la Violette :
Par ma foi ! fait-elle Je radote
Quant jou ai cheloui encovi
Conques de mes deux iexne vi.
ENÉMI, ennemi; ainsi l'a. Enemy, du 1. Inimicus:
à Val. ENEMiN, ennemi, comme amin, ami, d'où amite»(s') ,
se lier d'amitié ; ramiter (se) , se réconcilier. On dit :
« Tous les amins n'apient pas, » c. à d. n'épousent pas.
ENFÉ , enfer, du 1. Inferus, i.nferna, infernal, en a. In-
fernal, souvent employé subst. : « Inferna d'gamin; <> enfer
(Val) , plancher qui porte les meules ; enfé , enfer désigne
en N. des lieux bas : il y a le pré d'Enfer près Cherb. ; le
village d'Enfer à Genêts ; près de Vire l'Enfernet.
ENFLIER, enfler, du 1. /w^are; enfliecre , enflure;
ENFLE, id : forenfle , id ; EiNflieume, id ; enflié (l'j sobriquet
de l'orgueilleux; l'a. possède Inflate, Inflation, d'origine
savante ; exveblieure, tumeur.
ENGIER, embarrasser, gêner, en f. Enger, vieux,
du 1. Angere, d'oùangoisse, enn. angoise, en a. Anguish, en
di. Angry, fâché, en v. n. Engrès; en fr. savant Angine,
Orobanche, Cynanque, en gr. Ayx^.
ENGIN , instrument, machine , du l. Ingenium , l'effet
pour la cause, d'où le fr. Ingénieur, en a. Engine , ma-
chine et Enginer, le fr. Génie, en a. Enginery; en fr.
Engeigner, devenu ingénier; endagné, invétéré (Bay.),
cité par Pluquet, peut-être d'Ingenitus, en supposant En-
gagné; enhersé, ibid, même sign.; ingeni, s. m., intelli-
gence naturelle et mécanique : « Aveir del'ingéni; » de là
le fr. Génie; ENGIGORNER, tromper, en H.-N. engigorniac ,
trompeur : « Leux engigorniaux , » dit la Muse n.
ENNIEULEMENT , s. m. fin du monde . litt. annihile-
i
— 30j —
MEM, du fr. savant, Annihiler, réduire à néant. On
trouve dans la Muse n. ce mot qui suppose Ennieuler :
Mais si Dieu veut Jusqu'à l'ennieulement
May el mes vers vanteront son altesse.
ENNII, ennui; e.msieb, ennuyer: e.nmaint, ennuyeux;
E.N>uvA]NCE, en a. Annoyance ; en prov. Enueg , du verbe
supposé An-nuire (ad-nocere) ; à St-LoRUAu; desennier, dé-
sennuyer; en V. a. Annye et Annoyance (Rob. of Glouces-
ter) , en a. Annoy et même Noy qui, dans leur sens de nui-
sance et leur forme, marquent bien l'ét. ; en v. a. : « so
sore anuyed. » [Sevyn sages, v. 2613); les autres langues
dessinent mieux, l'ét., en it. Noia {noxia), en esp. £'wq;o.
ENQUE, en a. Tnk, du 1. Incaustrum, d'où Encaus-
tique, Caustique, etc.; ainsi, v. 585 de la Vie de Si
Alexi :
Il a demandé parchemin
Et enque à cil qui le gardout.
On dit : « Nei coume de l'enque, » et : « L' papier ne
refuse pas l'enque. » De même en hoU. Incht . en it. In-
chiostro ; l'ail. Tinte, l'esp. Tinta ont un autre rad. ,
Tinctus, en it. Aqua tinta, enquier , encrier, en a. In-
k/wrn, litt. corne à encre, en n. cornet.
ENTAMILLON, s. m., petite entame, du gr. eraixov;
ExMAMACE, s. m., action d'entamer; on dit plaisamment en
entamant le pain, après avoir tracé dessus une croix avec
le couteau : « Quand no fait cha à Paris , no z'a un pain. »
ENTRANCE , entrée; en a. Entrance, du 1. Intrare [in-
tra), V. EN. Ce verbe, issu de Intra, conduit à Intereà, qui
semble avoir donné le n. eîstresiais, sur ces entrefaites ,
jusqu'à ce que; on trouve en v. n. une forme voisine, par
ex. dans la Chron. des ducs de N., 1-1 , v. 21348 :
Ce quident bien tot enlreshet
Que ja contreus n'ayez recel.
ENTRINER (s'), s'obstiner, en v. f. Entrin , entier,
c. à d. rester entier, comme on dit : « Un homme entier, »
de celui qui ne laisse pas entamer sa volonté; entrtnement,
s. m., persistance, en \.{. Enterignement, entièrement; en
a. Entire, etc.
ENVIER, envoyer, du 1. m ma, en a. Envoy, député;
ENvu>cE, action d'envoyer. V. vaie ; on dit aussi enveier ,
d'où vient le fr. J'enverrai : « Molt se hâta de l'enveir. »
(G. de St-Pair). Cf. Envier dans le Jura. Enviar en esp. et
Inviare en it.
— 30G —
EPAGNOL , épagneul, en a. Spaniel, du 1. Uispanio-
lus, d'Espagne; pagkolée, le trèfle des champ; espag^ot,
Espagnol ; en fr. Espagnolette.
EPAIS, gros de corps : «Un homme épais, • du 1.
Spissus ; EPAissiER, épaissir ; EPAissouRE , épaisseur; en a.
Spiss, épais; de là le fr. maritime Episser, nouer deux
bouts de corde, litt. les épaissir; Epissoir, en a. Splice,
épisser.
EPAULE, pron. Epaôle , épaule, en it. Spalla, du 1.
Spatula, palette de l'omoplate; epaclier, épauler; epal-
LiÈRE, partie de l'épaule dans le vêtement, bretelle; en fr.
Epaulard , Epaulée , Epaulette ; paulette , courroie qui
retient le fardeau sur les épaules; Epaule est sous sa forme
et. en V. a. : « Many spalles. » (Spenser, p. 90.) polatre,
gilet, sans doute pour Epaulâtre; de là palatrer, poacrer,
habiller, comme dans la Muse n. :
En ste façon l'avait poacré Miquelle.
EPÊNOUI, épanouir, en v. f. Panois, épanoui, du 1.
Panucius, bouton de fleur, sans doute de Panus , peloton
de laine. On dit pop. : « Epanouir la rate, « réjouir.
EPICHE, épice, du 1. Species, litt. espèces de drogues;
on dit iron. : « Bouenne épiche , » personne rusée et ma-
hgne; « Chière épiche, » chose plus chère qu'elle ne vaut;
EPicHiEu, épicier; ce mot se prend en mauvaise part en
général : « Sale épichier, vilain épichier, ou simplement
épichier: » delà le fr. Epicer, l'a. Spice, épice, etc. Au
1. Species se rattachent le fr. Espèce, Spécial, Spécieux, etc.,
l'a. Species, Special, etc., len. espécialémeim, en a. Espe-
cialltj ; EsrÈcrATJTÉ , rareté d'un bel objet : « Il a acaté cha
biin chii par espéciauté ; » c'est l'a. Speciality , particula-
rité ; ESPÉciFiEB, spécifier, en a. Specify/: « Pour la dicte
vente si come ele est dessus espécifîée. -> (Acte de ^324.)
EPIER, pron. épier, guetter, du 1. Spicere , regarder,
en a. Espxj , épier; Spy , id.; epieur, espion ; de là le fr.
Espion, Espionner, d'oij le n. espionneur, espion; en
argot de collège, pion, maître d'études, mais le fr. Pion
est une contr. de Piéton, ainsi que Pionnier; toutefois, on
dit en isl. Spia, observation.
EPIER, arriver en épi, du 1. Spica ; epiage, s. m. action
de monter en épi et le moment où les épis se montrent;
l'a. Spike of corn est plus fidèle à l'ét. : ce mot de Spica,
comme Spiculum, sign, pointe; de là le fr. Epieu , l'a.
— 307 —
Spike et le n. ei'i, estocade et girouette. V. Essai sur les
Epis, etc., par de la Querrière , p. 4. epi-d'eau, le po-
tamot; epi-a-la-vierce, laraponcule; en fr. Epiaire, \eSta-
chys, en n. Ei'i-FLECRr. A iSp'm peut se rattacher un oiseau
au bec long et aigu , le Pivert , c. à d. Picus viridis , en n.
EPÉ, en a. Wood-pecker, litt. piqueur de bois ; le fr. Epeiche
et Epêque; en pat. lorrain, c'est la même idée qu'en a. :
Biche-pou, c. à d. pique-bois; à B. langue -de- iec, la
laiche. Ajoutons Speckle, Speck, tache , piqûre , du 1.
Spiculmn, pointe.
EPIN-NE, épine, du 1. Spina, d'où les loc. dites l'Epi-
naie , l'Epinay , l'Epinet , du 1. Spinetum, en v. f. Spinet ;
on dit aussi épinard, épinaie : « A la mi-mars, l'cou-
cou est dans l'épinard ; » épiler (Val) , débarrasser des
broussailles, c. à û. Epiner ; le b.-l. Spinal, d'où la ville
d'Epinal, avait cette sign.; à Bay., l'aubépine est dite :noi;le-
épi^e; de là le fr. Epinard , Epingle (Spinnla), en v. a. Pin,
d'où le u. ÉriNGLiER, attacher avec des épingles : épinglette,
épingle de chemise, de jabot ; on dit aussi ÉPI^GRE, qui est
dans Rabelais : « Jouer aux pingres , » mot qui conduit à
l'a. Pin; de là Va. Spangle, ainsi que Spin, fder, c. à d.
tirer le fil sur un volant hérissé de petites pointes, de
même Spindle, fuseau, du v, f. Espingle, et de Sjnn dérive
Spinner, fileur, qui àe\ien[ Spider, araignée, htt. lafileuse.
En fr. Epinoche, le gasterostcus aculcatus, en n. arcelet
pour Darcelet , petit dard. Quant à épine, espèce d'étoffe
en H.-N. , c'est l'Alepine, litt. tissu d'Alep. V. l'art. PI^N.
EPLIÉTER, exécuter vite : « Do la faux no z'épliète
pus que do une faucille ; » en v. f. Expiliet sign, finir, com-
pléter; c'est le 1. Exp)letus, accompli; en hevv'i. Ejileter,
expédier, faire vite ; en v. n. Epléter, spec, engins de pê-
che, différent du berri. Aplettes, inslrumens, en n. Apliets,
du 1. Aploidium. En fr. Explétif, Exploit, en a. Exploit ;
mais exploit (d'huissierj, en n. expliet , vient du 1. Explici-
turn. Dans ce même sens d'activer un travail, on peut
citer ces vers du Rom. du M. S. M. , v. 491 et 537 :
Li buens evesque espliela
De son moslier que fait l'a.
A granl espleil ounl amonleiz.
EREUR, erreur, pron. comme l'a. Error, du 1. Errare,
errer, en gr. Eppoj : « Faire une ereur, » c. à d. dans un
compte, sens pop. et spec, de ce mot ; la langue delà vé-
nerie possède Erres, traces du cerf; la marine erre, marche
— 308 —
du navire; le fr. ajoute Errement, Erroné, Errata , Errati-
que, tous mots savants; Va. Err, Errabble, Errand, mes-
sage. Errantry^ folie, Errata, Erroneus, Erratick, Er-
ring, etc. La légende du Juif-Errant est très-pop. en N. : il
y a environ quarante ans, on le vit passer à Val. sous la
forme consacrée, à laquelle il ajoutait une clochette; mais
de cette légende, ce qu'on sait le mieux, c'est la particula-
rité des cinq sous :
J'ai chinq sous dans ma bouerse,
J'en ai Irejours autant;
Ch'est ma seule ressouerce,
En tout lieu, en tout temps.
Le V. f. ajoutait des mots à cette fam. : Errant, à l'instant ;
Errede, déraisonnable, Errée, voyage, Errandonner, d'oij
le fr. Randonnée, l'a. Random; l'a. Rant, extravagant, est
aussi la syll. forte de Errant.
ERJUER, ennuyer, fatiguer : " Tu m'erjues d'tes bê-
tises, » du fr. Arguer, disputer, poursuivre un adversaire
de ses raisons , du l. Ar guère, en a. Argue; il a un sens
voisin du n. en v. f. dans ces vers 23988 de XhChron. rimée
deMouskes :
Mais li maus qui l'argue et cose
Se tenoit et hastoit de près.
ERMIÏIÊRE, HEBMiTiÊRE, S. f. hermitage, assez com-
mun dans les n. loc. ; en fr. Hermite, du 1. Eremita, du
gr. EpYijjio;, solitaire, en a. Hermit, Hermitage; on a dit
en V. f. Armitage, et ce mot existe comme n. pr. en A.
Il y a en N. un nombre considérable de lieux dits l'Hermi-
tage. On connaît le prov. : « Quand le diable fut vuus, i s' fit
hermite. » Il y a beaucoup de familles L'hermite , et aux
environs de Val., plusieurs famiWes Er mice , sans doute le
même mot. On trouve en v. f. Ermel, terre inculte;
Heremps et Herms , id. ; en b. 1. Heremus; dans l'archipel
a.-n. se trouve l'ile cV Herms, litt. terre inculte et solitaire.
ERONDE, d'Hirundo, erojndelle, d'Hirundella , hi-
rondelle ; on dit en fr. Queue d'aronde; la Muse n. se sert
d'ERO^DE dans ce vers :
Changent ly de pays ainchin que des zerondes.
Il y a dans l'Av. des familles Arondel , qui ont cet oiseau
pour armes parlantes ; le fr. dit Arondelat , petit d'hiron-
delle; en a. c'est Swallow, la plupart des noms d'oiseaux
y étant saxons.
ESBIGNER, se dit en N. dans le sens de tuer, selon
— 309 —
Fr. Michel {Diet, d'argot), lilt, priver de la bine ou tête :
V. tws ; mais le sens pop. général de s'escigner est s'en-
fuir : « L'amant, qui s' sent morveux, s'esbigne. » (Desau-
giers. Parodie de la Vestale.) A Granv. on dit : « Esbinc
de iof, •) sors d'ici, litt. fuis au lof, c. à d. au large. Dans
sa seconde acception , il se rattache sans doute à la loc. :
«Tourner pignole, » s'enfuir, lilt, changer maison de face,
de pignon, du 1. Pinna, dans César, créneau de muraille ,
d'où Pinnaculum , faîte , pinacle. Dès-lors , ces mots ren-
trent dans la famille de pinn, cime, pointe. V. ce mot.
ESCAMOTOUR, escamoteur, du fr. Escamoter, du I.
Excambiare : tout escamotage est un changement , suppose
le v. f. Escambe; en v. f. Escamote, balle do liège pour
jouer aux gobelets. V. change.
ESCOLTE, escorte, qu'on tire du 1. Cohors, escoltér,
escorter; de là sans doute Escouade; en a. Escort, es-
corter; mais l'ét. par Cort , cour, est beaucoup plus pro-
bable, comme celle de Cortège : escorte sign, alors entou-
rage militaire d'une cour, V. cour et court.
ESLIANDRE, esclandre, en a. Slander, du 1. Scanda-
lum; ESLUNDRER , livrer au scandale; l'a. a aussi le verbe,
Slander, diffamer; scandalous, scandaleux; sca^dalisier ,
scandaliser; en a. Scandai, Scandalise, Scandalous.
ESPADRON, espadon; espai)Ro>ner, espadonner, du I.
Spatha, large épée, en esp. Spada. Cf. l'a. 5pac?e/ pique
et bêche.
ESPARPILLIER, éparpiller, du fr. Epars, en). Sparsus,
de Spargere; epaupillier, id. ; parpillier, id. ; l'a. Sparkle
et Spark, étincelle, pourrait bien représenter Esparpiller,
en passant par Sparquiller, du moins l'étincelle est ce qui
s'éparpille; de même l'a. Spirtle, dissiper, peut repré-
senter Espartiller. Au rad. Spargere se rapporte le fr. As-
perger, en V. f. Espargoier. Aspersion, Aspersoir, en v. f.
Esparsou, en n. un aspergés, 1' Asperse, diffamer. Dis-
perser, en a. Disperse, Espargoute, du 1. Spergula, et
peut-être Esparcette, en a. Sparcet. Esparpiller semble
donner le mot suiv., fam. en fr. : escarbillard , étourdi,
éventé : « Cette fille est coifféeà l'escarbillard, » litt. à l'es-
parpillard. En roman, Escarbillard &\^mï\Q gà\ ., plaisant,
rusé. Dans le pat. toulousain, Escarbilhat , dispos, assez
voisin du fr. Esparpiller. En esp. Escarapela se traduit
par dispute et par nœud de ruban à la coiffure. On trouve
— 3 JO —
Escarbilhat clans la Nouvelle 52 de Des Perriers. En pat.
lorrain, Escarbouillette , étourderie. » {Gloss, norm.) La-
combe donne Escardussa, égrillard.
ESPÉRER, attendre : « Espère mé lo. » Le gr. EXiriÇsiv,
le 1. Sperare ont cette sign. ; par ex. : <• Sperare dolorem, »
attendre avec crainte un malheur; de même, en v. a. Hope
dans Cant, tales, v. ;482, et enfin dans presque tous les
pat. fr ; aussi on lit dans la Miise n. :
Bien encore pirs no z'espère.
Espoir, en b.-n. espoer, participe de cette sign.; « Il est
biin ma; y a mauvais espoer. » Espoir vient de l'ar-
chaïsme I. Speres, qui est dans Ennius; espei, espoir;
ESPÉBAKCHE, cspérancc; espéeable, qui est à espérer.
ESPRITU , ESPRITÉ , spirituel , ingénieux : Esprité se
disait en v. f. ; en a. Spirited., vif, animé, Spiritous, actif,
ardent. On dit d'un enfant à l'intelligence précoce : « Il a
trop d'esprit, 1 n' vivra pas; » de celui qui a plus d'esprit
que de fortune , on dit : « Il a pu d' pensaie que d' pain
trempai. » Un dicton associe l'esprit et la beauté : « Bel
esprit ; n'a jamais gâté biau visage ; » on dit aussi : Long
nez , etc.
ESQUINTER, assommer, harasser; en v. prov. Esquin-
iar, déchirer : « Comenseron lurs vestirs a esquintar. »
{Lexique rom., m, 491 .) Esquinter se dit en pic, à Paris,
et dans le langage pop.; en v. prov. Esquina, échiner,
rompre l'échiné. V. ECHI^E.
ESSART. s. m. terre défrichée , d'où le fr. Essarter, du
1. Sartum, de Sarrire, sarcler; il se disait en v. f. :
Lau vist vignes u vergiers ,
l'urmenz u allres bels essaiz,
Creisseit buissons de Iules parz.
(Bcnois, Chron., I. i, v. <I57.)
De là le n. pr. fréquent Desessarts; il y a un grand nombre
de loc. dites Essarts en N. ; dessarter , deserter , défri-
cher; de là aussi SARCET (Vire), gaule, du v. f. Sarcel,
aiguillon, et sans doute sarche (Mortagne) , souche ou le
trépied sur lequel on pose la cuve; sarcles ( Bay. ) , mau-
vaises herbes sarclées; en pic. Sart, un champ, et en v. f.
Essargoter, heurter contre des troncs, des souches; c'est
sans doute de ce rad. que vient Desertus , en fr. Désert,
dont nous avons parlé à l'art, désert , auquel il faut
ajouter ce prov. :
I
I
— ;ni —
Jeune femme, pain tendre cl bois vert
Mellcnt la maison en desert.
ESSE , s. f. zigzag d'un ivrogne : « Faire des esses ; »
ESSE, chemin sinueux en forme (ÏS ; le fr. Esse a d'autres
sign.; Scarron, dans le Virgile travesti, 1. v, a employé esse
dans le sens pop. :
Pinla si bien, qu'il fit mainte esse.
Les noms tirés des lettres sont assez pop. : ainsi, près
d'Av. , le tracé de la route de Pontorson a donné à deux
collines le nom les M et le nom le V. C'est ainsi que le
chevalet du casseur de bois s'appelle un X , qu'un piège à
mulots s'appelle un quatre fk chiffres, esse est la termi-
naison des noms et adjectifs de femme en N. et en A. :
«Marie la gaiolesse, ou la geoHèrc (Acte n. de -1198);
Beatrix la Kaisnesse, la Chênesse, ou Chêne - femelle
(Acte n. de -1203); Àeliz l'Embracheresse , c. à d. l'Em-
brasseuse, » etc.
ESSENTE (Av.), s. f. bardeau, du fr. Ais, en 1. Àsser,
et mieux aissente, litt. petit ais, sans doute pour Aissette;
en V. f. Essende : « Un couvreur d'essandc , -> (1379) en
b.-l. Essenta; on trouve aussi Esseune : « Quand ils
quieuvrent leurs maisons d'esseune. » M. de la Querrière
emploie EssEiNTÉ : « Murailles essentées en ardoise; » (p. 69
de l'Essai sur les girouettes) il donne aussi essentier.
ESSiAU, AissiAU, bois pour barrer l'cau , déversoir; de même
en V. f. Esseau : « Tous les esseaux et tous les filets, d {Tùi-
quête de Caen, ^3e s.)
ESSEU(Val.), essieu, dul. Axis^ Axillus, enn. Axlc,
en it. Asse, en v. f. Essue :
Les essues è les roes è li culfresarant.
(Voy. deC/iarleynagne, v. I8.ï.)
On disait aussi Escseul : « Se aucun escseul do lour cha-
racte et, hernoys ront. » (Coût, des forets.) esselet, et
mieux aisselet, petit essieu, par e.\. de brouette; aisseler,
munir d'essieu : « Enesseller les quarettes toutlefois que
mestier en esloit. » {Comj)te de B., l/rl6.)
ESSIÉMER, EssrMEU, essaimer; essiemace; essimeur,
qui recueille des essaims, on v. f. Bigre, du 1. Apiger , du
]. Examen, essaim, en a. Swarm, peut être le mot n. es-
siE.MER , Siénier ; essœmillier (Val.) . disperser, comme un
essaim; essaisijne. s. f., grande troupe, peut-être d'Examen.
Il y a un mot assez voisin en v. f. . mais différent de sons.
14
— 312 —
c'esl Essiller, ravager, du 1, Exilis, lilt, réduire à rien .
(V Examen vient Examinare, faire des essaims et par ex.
trier, peser, d'où le sens du fr. Examen, en a. Examina-
tion.
ESSORÉ, étourdi, léger, comme l'oiseau à l'essor; esso-
iiER, prendre l'essor, en a. Soar, de l'it. sor area, sur l'air.
V. AIR ERUSÉE, s. f . , ossor, volée. dansl'Orne, aune faible
ressemblance avec cette famille . et doit peut-être se re-
porter à ERRE, d'autant plus qu'on disait en v.f.Errée,
marche, voyage.
ESTAFIER. mauvais sujet, débauché, de l'it. Staffiere,
homme d'écurie, de Staffa; étrier; de là Estafette.
ESTAIM (Vire); s. m., laine filée, en fr. Estame et Es-
lamet; estamier (Av:) fabricant de bas au méfier; uas-d'es-
TAMiER, id.; du \. Stamen, le fil de la chaîne; du 1. Stare :
M Les bas d'estain, en N., sont faits de la plus belle laine.»
(Roquefort, Gl.de la langue rom.) De là le fr. Etamine,
tissu clair, en n. etamin-ne , d'où la loc. fr. passer par l'éta-
mine, et la loc. n. : « Ch'est eune autre étamin-ne , » c. à d.
une différence, parceque le meunier emploie une ^3tamine
plus ou moins fine. Le fr. ajoute le terme botanique Eta-
mine, en a. .S^awe» et aussi Tamis, en v. a. Tamine et
Tammy. De stare le fr. tire une partie de la conj. d'Aller :
Etre, Etant, J'étais, Eté, etc.; le terme judiciaire Ester,
l'a. StaT/, Stand, etc. ; le fr. ajoute Etable, de Stahulum ,
en R. Stable, d'où le fr. Etalon, cheval; Etaler, de Stallus ,
stalle, en a. Stall, en n. éta (Val.); estalière (H.-N.) , pê-
cherie, rang de pieux; Etablir, en a. Establish, Etabli, en
n. ÉTABLIE , s. f., Etat, en a. State, Etai, Etançon, de Statio,
Stage, Etang, Stagnant, Stance, Station, statue, ena. Jto-
tue , en n. estatoe. On dit q. q. fois pop. : « Je suis été »
pour j'ai été, litt. sum status; on lit dans une épitaphe de
H 628 : « Je suis été comme vous, demain vous serez
comme moi. » Cf. l'a. Stair, Story, contr. A'Estayer,
Estagerie.
ESTAIMIER, potier d'étain , de même en fr. : * Bailli
à Jehan Hue , estaimier par jurement pour la fachon d'un
pot d'étain, une eguyere, etc. » (Comptes de B., en -1507;
de là le fr. Etamer. et le n. etamage, en fr. élamure, du
1. Stannum; l'a. n'a gardé que la syll. forte d'étain , Tin ;
son syn. Pewter est le v. f. Feutre, espèce de métal ; de Tin
vient Tinner, mineur, Tinker, chaudronnier-étameur et
— 313 —
suns doute Tankard, pot à couvercle, coinmc généralement
les pots d'étain.
ESTIME, usité dans la loc. « Tirer à l'estime. » ce que
le fr. appelle « au juger, » du \.jEstimare et Existimare ;
de là le fr. Estime, et le terme maritime. Estime , calcul ;
en a. Esteem, estimer; estimer, en n. calculer : « J'estimo
que cette terre vaut quatre clients francs ; -> ce mot se contr.
en Esme, appréciation; les Rouennais avaient des poids
au-dessus de ^2 1. qu'ils appelaient Esmes. Ce mot Esme
s'emploie encore dans la marine, et il entre dans ce vers
de la i}h(se n. dans le sens de plan :
Mais le François qu'aveit bien pris son esme.
ESTIQUE, ASTiQCE, s. f. (Val.) élastique, c. à d. du
caoutchouc découpé en petites lanières , par ex. : « Tèque
(balle) , en astique ; » du gr. EXaaxYi; ( d'EXauvw) , litt. qui
pousse; estique, astique, adj. élastique. Nous avons en-
tendu un soldat appeler astiqie la gymnastique.
ESTOUMA, estomac, du 1. Sfomachus, d'où le fr. Esto-
maquer, en n. estoumaqlier, en n. Stomach.
ESTRE , estrée, chemin pavé, dérivé du 1. Stratum,
d'où Virgile a dit : « Strata viarum, ■> qui est resté en a.
dans Street, rue, n'existe en N. que dans des noms de lieu
qui témoignent du passage d'une voie romaine; mais il
existe en fr. sous la forme prov. : « Battre l'estrade, c. àd.
le pavé, en v.f. Es^mcZer; le fr. a gardé estrade dans le
sens de théâtre. Il y a la paroisse d'Estrée dans l'Eure , la-
tinisée en N.-D. de Strata, Estrée-la-Campagne, Estry
dans le Calvados; ainsi Strasbourg : « Juxta stratam ro-
manam. « Le v. f. disait Estre et Estrée, pour grand che-
min , par ex. dans la str. 82 de Berte aux granspies :
Vit Pontoise et Poissi et Meulent en l'estrée.
Estrée, chemin, se dit encore en pat. pic. (V. Diet, de l'abbé
Corblel). La Nova n. Chron. donne la dimension d'une
Strata : « Phil, dedil publicam stratam a via que ducit a
Lendine per silvam Brotoniœ ad capellam S, Vedasti 24
pedes in latitudine, etc. » estre est cité comme a. n. par
Halliwell dans son Diet, avec le sens de rue , et par ext.
ville :
So long he leved in Itiat estre
That for bys name be hystTunaslre.
Toutefois , ce dernier élément est Cestre, le 1. Castrum. Le
fr. rattache à cette famille du 1. Sfernere, Prosterner, Pros-
— 314 —
tralioa, Slrate, Stralifier, en a. Stratify, Strata, etc. Go-
wer dil Estrete pour Street ; on sait que le wethlinga street :
« Strata quani filii regis Vethlestraverunt, » (Rog. deHove-
den, 432). traversait, au temps des Saxons, l'A. de Douvres
à Chester. Cette Wethlinga strata, ou route des jeunes
Welhle (le dim. ling, en saxon) , semble jeter quelque lu-
mière sur l'expression controversée de VOtlinga saxonia ,
désignant le Bessin, sous les Saxons, et ^ premier élément
pourrait bien représenter un nom d'homme, ou du moins
un diminutif et signifier la Petite Saxe.
ESTRE, estuaire, du 1. Œstuarimn, en b.-l. Estrium ,
en a. Estuary, resté dans dans des noms loc., comme
l'Estre, à la bouche de la Sinope, Ouistreham à celle de
l'Orne, Estretat, près du Havre. Etelan, au -13e s. Este-
lant, sur la Seine, litt. terre de l'estuaire , Estran , près de
Dieppe, l'Estrée, en Maizy, près de l'estuaire du Vé (Va-
dum) d'Isigny ; on voit làlefr. Estran, en a. Strand, etc. On
croit reconnaître l'Estre du Cotentin dans ce passage de la
Chron. de Fontenelle : « Zaxtrainpago constentiensi, » qui
peut être une forme de Estra. A ce mot était un subst.
commun en v. n. :
Si nos lor poons l'estre de l'ewe ester.
dit dans le R. de Rou Olhon qui veut, en assiégeant Rouen,
intercepter en aval le cours de \Ewe, c. à d. de la Seine.
"V. ailleurs pour ESTRE , Intr. , p. 93. Il y a à Guern. un
mot qui semble enêtrelacontr., erée, bras de mer. Ala ra-
cine d'Œstuariîwi, c. à û.Œstus, l'a. rattache Estuance ,
chaleur, Estuate, Estnation, Esture, le fr. rattache Eté,
en V. f. Esté, Etuver, Etuviste, Etuvée , auxquels tiennent
les mois a. Stove, poêle, étuve , Stew , étuver et étuve,
Steward, intendant, c, à d. de cuisine, en v. f. Estiiart,
Steivs, maison de débauche, litt. maison de bains.
ETANQUIER, étancher, en v. prov. Estanqua, arrêter
l'eau d'un étang, en v. f. Estanche, vivier, réservoir, le fr.
Etang, en v. f. Estang, du 1. Stagnum , qui donne au fr.
Stagnant; en a. Stanch, étancher, d'où Stanchion, épon-
tille, et comme Stanch, étancher, sign, aussi arrêter, l'a.
donne à l'adj. Stanch le sens de ferme dans ses principes ,
bon, d'où Stanchness, sincérité. On disait aussi en v. f.
Tança, boucher.
ET AUDI , assommer, étourdir d'un coup ; à Villedieu ,
ETAn; c'est le fr. Etourdir, en v. f. Estordir, pron. à la
— 3i:i —
manière a, n. ; or ce mot vient de I'it. StonUto, du I. Stoli-
dus ; quand l'acte est naturel, le n. dit aussi étourdi, étour-
dir, ETOiRDiTioN, étourdissement, en v. f. Estordoison ; le
I. Stultus, contr. de Slolidus, donnait au v. f. Estot, ex-
travagant; mais c'est à tort que Lacombe tire Estoutic de
Stultitia ; c'est l'a. Stout, fier et brave, l'ail. Stolz , id.
G. de N. dit : « Humble de cuer, non pas estouz. »
V, orig. germ.
ETE, être, du 1. Stare. V. Estaim; mais dans les dérivés
du I. Esse, le n, offre esseince, état, situation : « Revenir à la
même essence, » c. à d. à l'état premier, ainsi dans la
Muse n. :
Le médecin plein d expérience
Pour le lerneltre (le corps) en sa première essence
De là le fr. Essence, en a. Essence, les subst. Etre, et les
Etres, en b.-n. etai, été; de Etant, vient le terme forestier
Etant, et le n. EiiMPERCHE; de même que la conjug. du
verbe subst, est une association de Esse et de Stare, ainsi
en a. elle l'est de Be et de Was, comme celle d'aller l'est du
sax. Go est du 1. Went (venit) ; ainsi en fr. Vadere (je vais)
et de Ambulare (allant); en I. Fero et Tuli.A la famille im-
mense de Stare se rattache un dérivé de Struere, Strues ,
monceau; le h.A.Struntus, d'oîi le fr. Etron, en v. f. Es-
tron, auquel le n. ajoute etroupser; son syn. a. Turd, est
sans doute le fr. Tourbe, venant du v. f. Tiirro, motte;
d'oîi aussi l'a. Turf; la périphrase pop. de Turd est Sir re-
verence, comme en fr. pop., c'esi Sentinelle, métaphore et
calembourg.
ETELLE, étoile, du l Stella : » I fait cliai d'ételles; »
ETELER, étoiler dans le sens imp. : « Il ételle, » c. à d. il
fait clair d'étoiles; grain d -ételé , petit-ételk, oiseau à la
tête étoilée, {Sterna hirundo). On appelle sus le bord de la
Seine ételles les vagues jaillissantes de la barre ; £'/<?//e est
le V. f. : « Uncor sur le ciel estellei. » {T. de Chartrose); de
là le fr. Stellaire, Constellé, etc. , l'a. Stellar, Stellation,
Stelliferous , Stellion, du 1. Stellio, espèce de lézard ta-
cheté. L'astronomie pop. n. ne connaît guère que l'ltelle-
vÉMS ou JOCRNiL, le Chariot ou Grande-Ourse, en a.
Charles's wain, chariot du roi Charles, la Poussinière,
POUCHI.MÊRE, ouïes Pléiades, le chemin St-Jacques ou la
voie lactée; voir Intr., p. 275.
ETERNET. éternel, usité dans le pèbe-éterinet . Dieu le
— 316 —
Père : « Allai veir le Père éternet, » c'est mourir; eu a.
Eterne, Eternal, éternel, etc.
ETERSE, brosse (Gl.-n.), du lat. Detergere, essuyer; de
là peut-être essencher, fripier (S. -Inf.) selon le Gl.-n.; en
fr. Deterger, Détersif, en a. Deterge, Detersion, Detersive.
Le V. f. Estorse, pressurage , vient d'Extorquere.
ETEULE, ETOUBLE, s. f., chaume resté debout quand on
a coupé l'épi; se dit en fr. dans le sens de chaume et tou-
tefois a vieilli. A Mortain règne ce système de l'etodbliage
ou gluage; à Av.il y a la foire des Etoubles, c. à d. après
la coupe des chaumes; il y a anssi la foire d'Étoublon, dans
le même temps; c'est le 1. Stipula, paille, d'où vient le fr.
Stipuler, lilt, rompre la paille ; ce mot d'Estouble est dans
tous les pat. fr. ; en a. c'est Stubble , chaume , abrégé en
Stub, tronc, si toutefois ce dernier ne vient pas directe-
ment du rad. 1. Stipes, d'où Stipe, dans la langue bota-
nique.
La forme prov. Estobla nous conduit à une branche n.
de Stipula: étot, chaume, souche de chaume à Val.; on dit
même « Aveir des étols dans les mains, » quand des pailles
raides ou des aiguillons s'introduisent dans la chair; de là
le dim, etibot, aiguillon, d'où EiiBOQuiEB, remuer la terre,
la cendre, etc. avec un etot , une baguette , comme dans
un dicton du coin du feu : « Attise, Louise, souffle , Pi-
toufle, ctiboque ou équerbote, Charlotte. » La Muse n. em-
ploie ETIBOT dans les sens métaph. : « z'étibots de ste-
béchon bouillie, » c. à d. aux picotements du fliip;.eto-
QUER (Gl.n.), débarrasser des étots; etoquolb, outil pour
étoquer ; etoquedre, s. f., accroc; etot a pu aisément se
transformer en ecot, chaume raide, souche de chaume; de
là EcoTEu, dégarnir du chaume sur pied. Toutefois la phi-
lologie comparée semble rattacher etot, au rad. sroc: Voir
stiqbieb; en «effet, dans le Jura, Etoque, arbre coupé par
le tronc, en it. Stoco, souche, en esp. Estaca, en fr. Estoc ,
en ail. Stock, en a. Stock, tronc, en v. n. Estoc , tronc.
Quant à esto, aussi usité dans la loc. : « Etre de l'esto de
telle personne; » c'est pour écot (de Quotus). A ce rad. on.
se rattache aussi tique, attache, clou en v. f., d'où le fr.
Etiquette, l'a. Ticket, le n. etiqcenard, le canard à longue
queue, ainsi nommé de ses pieds « Tiquetés de noir. »
(Chesnon , Histoire naturelle de N.)
ETEUR, balle pleine d'argent qu'on jette aux noces et
aux baptêmes dans l'Av. . en fr. Eteuf. en v. f. Esteur, en
V. a. Stowre, qui est pris par Spenser dans le sens de com-
Ijat, pai'ceque cette balle est un objet de lutte, en v. f.
Estor, peut-être cependant de l'isl. Stord. Eleuf, balle de
paume, vient du 1. Stuj)a, étoupe, d'où le fr. Etouper; mais
en n. ce terme etouper s'étend à ce qui bouche les brèches
des haies, comme en Sl. Stop, boucher, arrêter, par ex. :
« To stop a passage , d boucher un passage ; de là Stopple,
bouchon, en v. f. J^s^ow/^aiY ; nous croyons retrouver encore
Etoupe dans l'a. Tape, ruban de fd et Taper, torche. L'a.
Stoi), arrêter, a passé dans notre langue maritime, où l'on
dit Stopper, arrêter la machine. Le fr. Etouffer est de
celte famille.
ETURGEON, esturgeon, en a. Sturgeon, en I. Sturio.
ETHNIQUE, païen, idolâtre; nous ne citons ce mot fr.
que qour introduire l'ét. d'un mot a. sur lequel un philo-
logue a. en réputation, le d' Trench, s'est étrangement mé-
pris : c'est Heathen, païen, athée, qu'il tire de Heath,
bruyère, et qui est une forme de Èthnicus ; le peuple n.
appelle aussi païen ou athée, quiconque n'est pas chrétien ;
il y a un nom pr. commun en N. qui représente un terme
analogue, c'est le Menicier, c. à d.le Manichéen.
ETORER, munir, et enrichir, du 1. Staurare, d'où Res-
taurare; en a. Store, munir, et abondance , on dit iron. :
« le voilà bien étoré , » par ex. avec une mauvaise épouse;
de même en v. f. : « Le Mont-Saint-Michel estora. (B. du
M. S. M.) : « Fist Jumiegc u estora. » (Ii.de Rou); touer,
habiller, ajuster; restorion, vieil objet mal restauré (Av.);
ETORON, enfant malingre. L'a. a un dérivé d'instaurare,
c. à d. Instauration. En v. n. YEstauremenf et Y Est or élaieni
ce qu'on appelle la monture d'une terre ou l'ameublement
d'une maison : « Quœ pertinent ad staurum curie veslre...
debent ibi remanere de novo slauro... hoc est instaura-
mentum domus : una tabula cum duobus testis. » (Delisle,
Et., 30.3.)
ETOUERNIAU, ETOUERxNET, étourneau , du 1. Sturnus ;
ET0UER.>(iAU, jeune étourdi ; l'a. Starling, étourneau , n'est
pas sans rapport avec le v. f. Estornel , id.
ETRAIN, s. m., paille, du 1. Stramen, de Sternere, dont
il grossit la famille. V. estre; en v. f. Estrain, d'où l'a.
Straw, paille :
D'esirain et de chenevolles.
(Vaux dp Vire, édil. du Bois. p. '(8.)
— 318 —
Ce mot, qui part d'un antique rad. commun, est très-ré-
pandu à la fois dans les langues lat. et germ. ; en fr. Estrain,
et dans tous les pat. fr., en a. Stravj, en isl. Stra, en dan.
Straa, en a\\. Stroh, etc,; à cette famille qui repose sur
l'idée de joncher, se joignent l'a. Strew, joncher, le v. f.
£'s^ra5, débris, le n. ETEBNiB (H. -N.), étaler la litière. En
N. : « Mettre de l'étrain dans ses bottes , o c'est devenir
aisé ou riche.
ETRANGLIER, étrangler, du l.Strangulare;EmAisGvu-
LON à Val. désigne la poire d'angoisse; en n. étranguillo',
esquinancie de chevaux ; en a. Strangles sign. la gourme ,
Strangle^ étrangler. Strangulation, strangulation , Stran-
guillion, en v. a. Strangurie [State papers, m. 30) ; on dit
prov. pour un malheur déjà ancien : « C'qui est passai n'é-
trangle pas. »
ETRENNER, se prend dans le sens actif comme en fr.,
mais encore dans le sens neutre : « Je n'ai pas étrenné , »
dira un marchand pour sign, je n'ai encore rien vendu; de
là ÉTRENKEB, être inauguré, recevoir son premier emploi :
<' Il est coume le gibet de Crépon, i n'a pas étrenné, « est
un dicton du Calvados. En H.-N. étrenner, faire un ca-
deau de noces : « J'étrenîmes un gresset et une grande
marmite. » (Muse n.) Le vendeur, en recevant son premier
argent, dit quelquefois: «Bénieoubeninseitlamainquim'é-
trenne , » en faisant un signe de croix avec tout ou partie
de cet argent. Etrenné dérivé du 1. Strena, litt. récompense
du brave, Strenuus, donne lieu à plusieurs dictons; ainsi
le souhait de bonne année et d'étrennes se fait ainsi en N. :
« Une bouenne annaie aveu bien d'autres et l'paradis à la
fin d'vos jouers; » on dit encore :
Etrennes d'houneu (honneur)
Durent jusqu'à la cliandeleu.
ETRET. ETRETTE, élroit, étroite, dul. Strictus, deStrin-
gere, étreindre : « Voyez-vous ces cases étrètes » (Lafon-
taine. V. f. 8), en a.. Strait, détroit, et Straight, étroit; de
là le fr. Etrecir, Rétrécir, en n. etréchier, retréchtr. Res-
treindre, en n. retreindre , Détroit, Détresse, en a. Stress,
en it. Stretto, Etriquer, en n. etrequier (St-Lo), serrer dans
ses vêlements, d'où le n. pr. Létrechier, Létrequier; etri-
QDOts (St-Lg), doigtier de cuir pour dévider le fil; de là I.
Stretch, eïïon, étendre, roidir; le verbe Etreindre et le
subs. Estreinte conduisent à Va. String , serrer, Strong,
fort, Strenght, force, litt. étreinte; or étreinte, en n. sign.
— 319 —
loul ce qui serre, un levier, un cabestan ; on dit j unprin-
seu (pressoir) à longue ou à courte étreinte. » De Stringerc
vient Strigils étrille, en n. étrillier, étriller; étrille, s. f.,
gros crabe très-rude au toucher.
ETREUFFER, rendre étruffé , du v. f. Stroufe, lien,
chaînon ; etreuffecre, étruflfure : ce mot peut aussi repré-
senter une forme, comme E-cuissé, car le n. se donne
tousles privatifs tirés des membres : ainsi esselter, priver
de l'aile (de l'aisselle) : « Un cygne essclté. » (Baie du M.
StM.)
ETRI, étrier, du b.-l. Strivarium, d'où le fr. Etrivière,
en V. f. Streur, étrier et échelon , et Estrie . ce qui sert à
serrer; d'oij l'a. Stirrup, étrier, comp. (]e Stir, remuer,
mouvoir, comme le fait l'étrier, et de la prép. uj) ; de là
sans doute aussi l'a. Strap, courroie, et donner les étri-
vières , d'où le fr. Estrapade, en a. Strappado. Cf. le n.
estrope; V. cet art. Ce que le fr. appelle coup de l'étrier,
le n. l'appelle pousse-cu.
ETUINE, s. f. étui de bonnette, mot que Jal appelle
vieux n., lire de l'it. Stuchio, d'où le fr. Etui, et sans
doute Etau. Cependant le fr. Etui peut venir de Tuyau, de
Tubus, Tubellus.
EUVANGILE, vangile, évangile : «Vrai coume mot
d'euvangile; Che n'est pas mot d'euvangile. » L'a. pos-
sède Evangelical, mais son terme ancien et pop. est
Gospel, litt. Good spell , le bon appel, la bonne annonce.
(Junius. )
EVÉQUIÉ, évéché, du 1. Episcopus, en passant par
Euescop, Ebisque, Biscop, d'où l'a. Bishop, et ^[lav Evesqite;
on dit : « Un chien regarde bien un évêque. » evêquerie,
nom de terre d'un évêque , comme dans ces vers du /?. du
M. S. M. :
As moines ont luil otreié
Gênez et Iz de l'evequié.
Outre Bishop, qui donne Bishopwort , poivrette, l'a. pos-
sède Episcopal, Episcopacy, etc. Il y a beaucoup de fa-
milles l'Evêque et l'Archevêque. On appelle encore ves-
qderie , terme top. , la terre d'un évêque; à Fleury , il y a
l'Archevesquerie. Cf. Nonnerie, Moinerie, Cliergerie, etc.
EXEMPLE, s. f. exemple : « Mouetrai la bouenne
exemple, » resté fém. en fr. dans une exemple d'écriture;
de même en v. f. . comme dans le T. de Chartrose :
— 320 —
Cest miracle est exemple espresso
Qu'il fail l)on ofl'rir à la messe...
L'a. a le mot Example, et, riche en mots en fij , comme
la H.-N. et la Picardie pour les mots en ^er, il dit Exam-
pUfy. éclairer par un exemple, mot qui manque au fr., mais
qui existait sous une forme plus simple et plus pop. en
a. n. : « Pour essampler les amants marriez; » (Rubrique
d'un poème de Gower) cette forme vient du subst. en v. f. :
(I Essample bone et bêle. » (Best, divin, v, 693) La loc. :
« Par exemple, » en n. , est un brusque refus d'adhérer à
une proposition évidemment inacceptable. Le 1. Exemplum
vient d'Exemptum, fait détaché, choisi.
EXILER (s') , sortir, s'élancer dehors (Eure) : « Après
cela il s'était exilé , » (Déposition du (/at-de forestier, procès
Jeuffosse) dérivé de Exsilire , sauter dehors , d'où exil ,
en a. Exile; l'a. possède aussi le dérivé du 1. Exilis dans
Exile, chétif, lequel forme le v. f. Essilier, ravager, dé-
soler.
EXPIQUIER, expliquer : « Expique-té, » n'est pas sans
rapport de sens et de physionomie avec l'a. Speak; s'expi-
QCiER sign, s'exprimer : « I s'expique biin, » en parlant
d'un prédicateur, c. à d. il parle bien; EXPicAiiON, explica-
tion. Le fr. Epeler, en v. f. Espeler, en a. Spell, ne pour-
rait trouver son et. dans Appellare, mais dans Explicare,
qui est sous cette forme dans la Chanson d'Antioche,
v. 215 : « Sire, or le m'espeles. » Cf. l'a. Gospel, à l'art.
ECVA'VCILE.
FABIN, FLUBiN, rapporteur, hypocrite, flatteur, du 1.
Fabulari; en Norlhumb. , Fabbin, flatteur ( Halliwell) ;
FABLE, pron. FA-îLiEu, histoirc merveilIeusc ct incroyable ;
en pic. Fabulette, s. f. conte. En v. f. Fablier, conter,
Fableor, conteur, en fr. Fabliau, Fabuleux, en a. Fable,
fable , Fable , dire des fables , fabler, Fabled, raconté en
fable, en histoire. Fabulous, etc. A Fabulari, par l'esp.
Hablar, parler, se rattache le fr. Hâbleur, Hâbler, Hâble-
rie; au simple Fari se rattache l'a. Fate, destin. Fatal, le
fr. Fatidique, etc. C'est aussi à Fari, Fatum qu'il faut rap-
porter le fr. Fée, Féer, en prov. Fade, en n. faie, s. f. et fé,
s. m. , V. Intr. , p. M6 , et l'a. F'airtj , le fr. Enfant, en a.
Infant, V. efaat , Fameux, Fat, en 1. Fatuus, sot. On a
— :i2l —
pu voir ù rinlr. , Poésie satirique, que les N. ont celle
reine d'une manière prononcée , et qu'ils ont été des Fa-
blcors; ajoutons que c'est un N. , Louis le Roy , qui a eu
l'idée et a fait l'esquisse de la Satire Ménippée.
FACHIER, fâcher, du b.-l. Fastidiare, fâcher, du 1.
Fastidire; fachous , fâcheux ; fâcherie , vieux en fr. ; fâche ,
fâcherie; defachier, défâcher; en dit à une personne qui
se fâche : « T' eras les deux peines , de t' fàchier et d' te
defachier. » En éc. Fash et Fashery. On peut aussi tirer
Fâcher du 1. Fasciare, attacher, lier, et par son rapport
avec Fascis , faix , il peut signifier accabler d'un far-
deau.
FADE, lâche, poltron, déloyal, ù Val. : • T' es un
fade ; » le fr. Fade vient du 1. Fatuus et produit Fadaise ,
Fadeur, Faguenas; l'a. Fade, languir, se faner, sign. litt.
devenir fade, comme on dit en fr. mine fade; en gascon
Fade, folle, et en prov. Fada, sot; le syn. n. d'Affadir
est affaudep., affautrer, soulever le cœur, comme les
choses fades. De /^a^2<w5 vient le fr. Fat, Fatuité, Infatuer;
en a. Fatuity, Fatuous. Quant à Fade, qui dans le midi
et le centre de la Fr. sign. Fée, il doit être reporté kFari,
d'où l'it. Fata, fée : il donne en pat. fadet, fils d'une fée,
ou FÉ, s. m. , comme on dit en n. , et fadette, fille de fée ,
petite fée : de là le fr. Farfadet , lilt. Enfant-fadet.
FAGOT, s. m. baliverne : « Conter des fagots , » d'où
le type de farceur appelé Fagotin, extension métaph. du fr.
Fagot, faisceau de branches, en v. f. Fascot, du 1. Fascis,
Fascina, Fasciculus; de là le fr. Fasce, Faix, Fascine, en n.
FouEsciNE, Fascinage et peut-être Falourde; en a. Fagot,
fagot. Le fr. Faquin vient de l'it. Facchino, porte-faix; en n.
FAQciN sign, élégant : « Te v'ia biin faquin anieu ; » il se
trouve en ce sens dans les pat. de Pic, du Berri, et dans
le Tarn. On dit le fém. faquime, élégante, riche en sa
mise. Le 1. Fœcis , fèce, dépôt, en a. Fœces, lie, n'est
peut-être pas sans rapport avec cette famille; du moins il
donne au n. à T.-N. fécièhe, cuve où l'on dépose les foies
de morues, les fèces.
FAILLI, p. passé de Faillir, en 1. Fallere, sign, chétif ,
et s'emploie comme injure : « Failli tchiin. Failli gas. Failli
mousse, » de même à Rennes; en pic. Cœur-failli sign,
mou, lâche; on lit dans une chanson jersiaise : « Faillie
et maigre comme une hache. » {N. inconnue); en v. a.
Faily sign, un lâche; à AI., on dit : « A jourfailli , » c. àd.
— 322 —
nuit venue; fàillakï, menteur; faille, disette ;faillitude,
à Guern., défaillance; défaillance, ruine, chute : « Une
maison en défaillance; » fallace, tromperie, en a. Fallacy,
de même en v. f. : « Cognoissant la fallace de ce dragon.»
(Le Rocquez) « Chicanerie, arsenal de falace. » (Sat. du
sieur de Courval); faille, faute; en langage géologique,
Faille sign, affaissement et répond à l'a. Fall ; de Fallere
vient Falloir, parcequ'on a besoin de ce qui manque, de ce
qui Faut, de ce qui tombe; à la limite de N. se trouve'
Montereau-faut-Yonne, c. à d. où fault, unit l'Yonne en se
jetant dans la Seine; faut-du-corps, le flanc, là où le corps
faut : « Prendre par le faut du corps; » toutefois Gyrdelle
dans le Diet, de Palsgrave est trad. \^ârFaîdx du corps, litt. la
faucille; FAiLLiRA(il),ilfaudra;lefr.ajouteFaillible, Fallacieux
Faillite, Faux, Faussaire, Fausset, Faute, Défaillir, Défaut,
etc. L'a. Fall, tomber, Fallacy, Fallacious, Faillible, False,
Falter, bégayer. Fault, etc. Ajoutons le n. faitirieb, qui
commet un faux; fauter, commettre une faute, en v. f.
Faulter, d'où l'a. Falter; faitecr, l'auteur d'une faute :
* Faultes reprend sur ceux qui sont fauteurs ; » falle, gorge,
estomac, lieu où l'aliment tombe , vient peut-être de Fallere:
« Mon fourneau, ce sera ma falle. (01. Basselin) fallu, qui
a une grosse panse ; deffalé , effalé, débraillé ; enfaler,
avaler; blaache-falle, la fauvette; fallue, grosse galette
qui emplit la falle, qui gonfle, ou qui est ventrue ; ce mot
est dans une chanson de la fête des Rois :
Voilà coupée la fallue :
Faut savoir qui est le roy,
En chantant à tête nue,
En chantant tous d'une voix:
Le roy boit, le roy boit,
La part à Dieu, s'il vous plaît.
FAIMGALLE, fralngalle , faimvalle, dérivé de Faim
canine, en passant ^^bx Faim canne , Faimcalle, et cette
dernière forme se dit quelquefois, ainsi que Soif calle;
faihgallier , famélique; famijnot (Orne), petit pain de
sarrasin, litt. petit pain de famine, appelé aussi tanvée. Du
1. Fames vient le fr. Faim, Famine, Famélique , Affamer;
en n. affamocr, qui affame; l'a., qui a presque toujours
pour la même idée deux mots, l'un saxon, l'autre n.,
ajoute au sax. Hungry \e fr.-n. Famine, famine, Famish,
affamer, etc.
FAIRRE, liquide en b.-n. faire, du 1. Facere, se trouve
en a. dansFîY, convenable, litt. fait, bienfait, et dans to fit.
\
— 323 —
comme : " This coat fits you very well , » litt. vous fait
bien; mais ce mot s'est modifié dans le v. f. Faitis, joli, du
1. Facticius, d'où affeter , orner (Gl. n.), en v. f. aifaitieb,
préparer : « Haubers et helmes afailier. » (/?. de Piou), en
fr. Afféterie; le v. a. disait Effayted , préparé, discipliné,
Afeytid, joli, Fetislij, joliment, en a. Feat, propre, joli ,
d'où Feature, trait du visage, en n. faistcre, fistire,
sculpture, objet sculpté, litt. figure, trait du visage; le pain
fait, façonné, joli, était en v. n. Pain fetis : o Le pain fetis
qui est cueilliz es paroisses {Liv. des Jurés de St-Oen). On
dit encore aujourd'hui PAi.\-rAfOK?iÉ ; l'a. possède Feasible,
qui peut être fait. Facile, facile; faiter, dresser, aplanir le
linge, une couture; affaiter (Bray), assaisonner, parfaire;
AFFAiTiER(St-Lo). analogue deFAiTER, par ex. : « C'tequeminse
est rude, mais o s'ra biintôt affaitiie, » c. à d. adoucie;
comme ou dirait en fr. Faite ; affèter, même mot, enjoliver,
bien arranger : « L'iau d'vie jaune est de l'iaud'vieblianche
affêtaie ; » faisible, faisable, dul. Facilis, facile, qui semble
être (ie\enu. l'a. Fickle, irrésolu, volage, selon Skinner;
FAIT, bien, fortune : « Il a l'esprit de gardai sen fait; »
FAIT, capacité, action : o II n'est pas d'un grand fait, »
c. à d. ni intelligent ni actif; faitirier, syndicd'uneconfrérie,
litt. facteur; faisa>ce , faisa>de , redevance en nature;
FAiSAKCE, action de faire, usité dans l'expression : « Garder
ou quitter la faisance valoir; fachon, façon, en a.Fas/iioji,
mode; fâche, face, en a. Face.
Dans les comp. n. ontrouveFAiMANT, fainéant, FAI^'IA^TISE,
fainéantise, falma>ter, fainéanter. litt. faire néant, bien
déterminé dans le Testament de Patlielin , p. 121 :
Fut présent Malhelin le Sourd.
Allourné de Gaullier, faict nyent.
Un composé analogue est usité euN., c'est le mot fêtard.
où l'on reconnaît faire tard, c. à d. lambin, paresseux, d'où
fetardise : (I La fetardise des catholiques causa la perte de
R. •) (Ap. Floquet, Hist, du Pari., -11,383). A St-Lo ,
Fainéant se contr. en FA^ET, paresseux ; fai.mer, fainéanter;
co>tbefaisa>,che, action de contrefaire, en v. a. Counterfe-
saMnce,dissimulation, dans Faerie qiteene, ch. 9,49; defaires,
habits de rebut {Gl. n.) , litt. choses dont on se défait;
DÉFAço", défachok, facilité à se défaire : « C'te marchandise
n'est pas de àéfachon-,» Défaçon existait env.f. dans le sens
de défaite : <( Sa mort è sun domage è sa défacion.» (B. de
Rou, V. 4405); mefaitoir, malfaiteur : « 01a justice pour
prendre les meffaitours. » {Acte 7i. de -1282); biexfaisant,
— 324 —
qui est actif, rend service dans la famille : « C'te p'tiote est
déjà bien faisante, » et c'est sans doute dans cette expression
n. que l'abbé de St-Pierre, qui était b.-n., a pris le terme
de Bienfaisance, dont il est l'introducteur.
Le verbe Faire entre dans un grand nombre de loc. n. :
« Non fait , Si fait, c. à d. oui et non , litt. non fait, et ainsi
fait, le V. f. si, pour ainsi. Un ex. du /?. de la Rose, v. 4226,
nous présente cette expression, avec le sens explétif, exac-
tement comme en a., et nous en éclaircit la sign. :
Cognois le tu point? — Oil Dame.
Non fais. — Si fais. — De par l'ame.
En a. : « You do not. — I do. » Aussi l'idiotisme a. : « How
do you do? » existait en v. f., comme nous l'avons montré
p. 46 del'Intr., avec quelques autres loc. sur Faire. On
dit encore « Faire un fait, » d'une chose, c'est la détruire,
c. à d. faire qu'elle soit un fait accompli. Fait est usité dans
cette loc, où il a le sens de l'a. Fit, Feat : « Coume te
v'ia fait ! » c. à d. arrangé, vêtu; « Fait et bâti coume quat'
sous , I) c. à d. coume une fille à quatre sous. Faire s'em-
ploie pop. dans le sens passif, comme dans cette chanson
militaire :
Quoiqu'ça, c'est une chose qui m'enrage
D'êl'/ait niouri loin du pays.
Ainsi autrefois : « L'angelot d'argent qui fut fait faire par
dom Guernon. » (Ms de D. le Roy, Liv. des curieuses recJi.)
" Repparacions faictesfaireenchasteldelaHayeduPuis. »
{Reg. de la Haye du Puits , 15e s.) M. Hippeau cite comme
n. la loc. : « Ne faire que sage, » s. e. chose, conservée dans
Lafontaine. (Rest, divin, notes.) Ne pas faire rappelle le nil
agis des Latins dans ce cas : « Cet homme ne fait rien
auprès (en comparaison de) tel autre, » c. à d. ne réussit
pas, n'approche pas de son mérite. On dit prov. : « Qui
s'fait brebis, le loup le mange. »
Deux des principaux dérivés du 1. Facere sont Faciès,
le miroir de l'action, comme Vultns est le miroir de la
volonté , et ensuite Faber. Le premier donne au n. et au
fr. FkCBE , face , fachade, façade , le fr. Face (bien ou mal),
Facette, Facétie, en a. Facf^m , gentillesse ; effachier ,
effacer; defacier. pefachier, effacer, en a. Deface, etc., en
a. Face, face. Fair-faced, bien face, Facetious, facétieux.
Efface, effacer. Le second donne Fabriquer, enn. fabkiquier,
Fabricien, Orfèvre, en u.fèvre, artisan en métaux, resté
dans plusieurs rues aux fèvres des villes de N., dans les
n. pr. Fabre, Lefebvre, Lefebure. Le Faure; en a. Fahricl-,
etc., en n. f abkiquier , fabricieii : « Michel Fabriquier,
chanoine de ladite église. » (Inv. de la cathéd. de B., 1476.)
On disait Fever, fèvre, en v. a. Dq I. Fabrica, vient le
b. 1. Forgia, en v. f. Farche, en fr. Forge, d'où le n.
FORGiEU . forger, usité dans ce prov. aUittéré : « A forche
de forgier, on se fait forgeron. »
FAITIAU, E-NFAÎTuu, enfaiteau, du 1. Fastigium; eniaî-
TiER, munir d'un faîte; en fr. Faîtage, Faîtière.
FAMULER (se) (Morlagne) , se familiariser, du 1. Fa-
7)vilus, serviteur. (MM. duMéril, Diet, dupât, n.) Ce mot
appartient au groupe de Famille , Familier, en a. Family ,
Familiar, etc.
FANA, fanal; en N. , c'est une grande lanterne que les
domestiques portent devant les maîtres; c'est le 1. Funale;
lANOT, fanal, falot; Fawo^ est encore dans le Diet, de Nicot,
de 1584; il est devenu le fr. Falot; le v. a. avait Fallas,
fanal : « ïhorow coverture of bis fallas; « (Gower) aussi
;i Guern. faille est une torche de paille enduite de graisse;
on dit FALOTiEE. allumeur de réverbères, fanal, sans doute
une allératiiin de falle , V. ce mot. sign, gorge; <■ Se
graisser 1' fanal. -> c'est avaler. De cette famille se rap-
proche rit. Fanfaluga, flammèche, d'où le n. fa.nflie,
lueur, clarté; fanflcer, éblouir, le fr. Fanfreluche, dont
la contr. donne le n. krelcche, chose de nulle valeur, do-
lure. FlRloche et frelogde, id. , comme dans la Muse n. :
A leur queux pendoit une freloj^up.
FANTOMER, e.nfantômer, ensorceler, du gr. «tavxaay-a,
d'où le fr. Fantôme, Fantasque, Fantaisie. Fantastique,
en a. Phantasm, Fantasy, Fancy, Fantasdck.
FAR. s. m. farce, ce avec quoi on farcit; Farsed est
dans Cant, tales, v. 233; du 1. Farcire, bourrer, mettre
du far dans une volaille; ainsi , en v. f. : « D'un fars bien
menu lui fait un autre ventre, » (Pibrac) d'où lefr Farcir;
de là Farcir, mêler le 1. à la langue vulg. ; d'où le fr. Farce,
du caractère bouffon que prirent \es farcitures. V. Intr. .
p. 243; Farceur, en n. farcecx; en a. Farce, farcir et
farce, Farcical, drôle; ajoutez le fr. Farcin, en I. Farci-
minum, en a. Farcy. L'a. Fart, s'il n'est une on. , peut
venir de ce rad., comme l'effet pour la cause. On peut
rattacher à cette famille le fr. Fardeau, en a. Fardel, sac,
le fr. Farder, s'abaisser par son propre poids , peut-être
du I. Farcino , mêler, d'où le 1. Sarcina, bagage.
— •^2C, —
FARETTE , petite farine qui se forme sur les liquides
du 1. Far, Farris, d'où Farina; flieu, pour Feu, Feurrc
fleur de farine, fliou, id. ; en a. Flour; fliecrettr, syn
de FARETTE ; EFFRiNER , pour EFFARiNER , réduirc en pous
sière; frinot, meunier, le fr. ajoute Farine, Farineux, Fa
rinier, Enfariner, Fatras, du 1. Farrago, mélange de plu-
sieurs grains, conservé dans l'a. 1. Farrago, fatras et
pot-pourri, e[ Farraginous ; de Farina, il n'a que Farina-
ceous, farineux.
FASCHINER, fasciner; faschiaocr , qui fascine; fas-
cHiî\ATio> , fascination; FiScm.NAGE, ifZ. ; en a. Fascinate,
Fascination, Fascinons. Ces mots ont leur point de départ
dans l'idée de lumière et suivent cet itinéraire : <I>ao<;
(«pao-xoi), <I>ai7xatv(..) (cpacvo)), Fascinare.
FATIGUIER, fatiguer, du 1. Fatigare (fatim-agere), en
a. Fatigue; defatiguier, délassé; defatigue, s. f., délasse-
ment ; FiTiGUE, maladie par la fatigue : « II a attrapai une
fatigue. » Le fr. ajoute Infatigable , l'a. Fatigable, Defati-
gate, fatiguer, tiré du 1. Defatigare, Indefatigable , infa-
tigable. Cf. l'a. Fag, contr. de Fatiguer , d'où Fag en ar-
got de collège, l'élève serviteur d'un autre, son homme de
fatigue, et l'a. Faint: « Ele d'aler ne se faint. » [Best.
div., 232.)
FAUVE , pro. faôve, fauve, du 1. Fulvus, en a. Fallow,
d'où peut être son autre sens de inculte et de jachère , d'après
lacouleur fauve des landes et des marais; l'a. Furze, bruyère,
n'est pas très-éloigné du 1. Furvus, une nuance de Fulvus;
Cf. le V. f. Furelique, petite monnaie noire (Lacombe^w^;;;/.)
du moins l'a. prend à une autre nuance, au 1. Fuscus, le mot
Fuscation, action d'obscurcir; le fr. aussi a un mot de cette
nuance, Offusquer; Vdi.Fox, renard, en ail. Fuchs, sign,
le fauve, et les chasseurs appliquent le subst. coll. le Fauve,
à toutes les bêtes fauves; fauverette , fauvette; fauvel ,
FABVET , un peu fauve, resté seulement dans les n. pr., ainsi
que Fauveau ; c'est l'anal, du 1. Fulvius. V. la légende n.
de la Fauvette, qu'Hégesippe Moreau a arrangée sous le
titre de Fabliau n. Y. Intr., p. 210.
FAU, hêtre, du 1. Fagus , d'où foutet, fouteau, hêtre ,
litf. petit fau, d'où le fr. foutelaie, s. f., bois de hêtres;
le fr. Hêtre vient du 1. Ostrya, qui dans Pline désigne
une espèce de frêne. Le fau en bret. est Fav . et le rad est
^ayo), manger. Ce mot existait en v. f., par ex. dans Berte
aus gram pies, p, 48 :
J
— 327 —
Lierte III ens el lies assises sous uii I'o.
it y a près (Je Val. le village de la croix des i ics , il y a le
bois des Faus, Boscus fagorum ; on a dit aussi fai' d'uij
le dim. Faiel, resté dans le Faiel près d'Andely. les Faiaux,
les Fduquets. Cf. Sl-Honorinc-ilu-Fai. Fai-le-Moncel .
Beaufai, irèsde Moriagne. les Essarts-le-Fai,arr. d'Evreux,
bois des Faux (Eure) , boscus fagosus ; Fagvs désigne dans
\q Livre noir (\Q,C\)\x\. St-Chrisioplie-du-Faocq, et FagumeX
FamcMm désignent Fai; Mare-aux-Faus, diocèse d'Ev. Di'
Faginus dérive le fr. Faine, en n. iai.n-ine; Yoctelle, à
Moriagne, la faine ; la coût, de N. dit Hêtriè'c: cependant
Hêtre est plus moderne que fau ; fauie, s. f., charbonnière
de bois, litt. de Fau (II. -N.); Fagot ; eut se rattacher à
Fagus, en a. Fagot.
FAUX, pron. faô, faulx , du I. Faix; facquier, faucher,
et faucher lesjambes. c. àd. venir en travers, d'où tba-
vÉQLiER (Val.), pour Trafauquier. litt. faucher à travers;
FAïQUET, petite faux et croc enjambe, en v. f, Faiiquet :
« manches de fauquets d'armes. » (Toustain de Billy, Com^j^e
de St-Lo, ^574) ; falcil!A:N, s. m., peiite faucille ; faichon,
id.; hauchon, en v. f. ; il est dans Joinxilie pour le clerc
qui poursuit avec un fauc/ici trois serjam; en a. Falchion
et Fauc/iion; falqcour, faucheur : « Faukeour es prés
avait, une pièce de prés faukoit. » {Ro)n. d'Eustache le
Moine) ; fauche, action de faucher; faiquai^ox , fauchaison;
FAicHETTE. petite plante qui est difficile à faucher. Iclotier
corniculé; HERBE-A-LA-FAix. l'euphorbe. Ajoutons la branche
fr. Falquer. Défalquer. Falcade. Défalcation, et la branche
a. Fake, pli d'un cord<!ge, Falcated, Falcation, Falchion,
Defalcation. Le 1. Falco, faucon, sign, bec recourbé eu
faulx; de là Fauconneau. Fauconnerie, Fauconnière; dans
la top. n. FAico.NiMÈRE sign, aire de faucon : il y a à Cherb.
la butte à pic de la Fauconnière; en a. Falcon, faucon, el
sans l'ail. Habicht, l'a. Haw/, ressemblerait à la syll. forte
de Faucon, en v. f. Fau : « Plus isnaus que faux ni espcr-
vier. » {Fom. d'Agolant , p. ^0I) , Fauconet , fauconneau .
Falconnj. Falconer, etc.; FAtixoisET (Av.), émouchet,
comp. de Fau et oiset.
FAVEU, faveur, du 1. Favor, àe Favere ( Fart bona) ,
qui rentre dans la famille de Fon .• V. fahin; on dit prov. :
« Une heure de faveu vaut muus que diix ans de bouens
services; » favor:s!ER, favoriser; favoliiable, favorable;
FATOCEI. favori, barbe encadrant la face; favofri (animal)
fieri sijuv(!nt de n. pr. aux chiens el aux chevaux; en a.
Favour. To favour, Favourable , Favourite, elc.
FAYENÇOUR, faïencier, de Faenza, ville d'Italie ; de
là Faïence, Faïencerie ; on dit iron. Faïence ou porcelaine
de Gers, pour poterie, comme Or de Villedieu, pour
cuivre.
FÉ, fer, du 1. Fer rum : « Du coume du fé; » feb-
UÀiLLiER, remuer des ferrailles; ferrer (Guern.) , repasser
du linge; feriueresse, repasseuse; ferro.mnier, ouvrier en
fer, en v. f. Féron : « l)es ferons entre la rivière d'A et
d'Aure; » (1396) d'où les gentilshommes n. dits Gen-
tilshommes ferons, ou chefs de mines; Féron est resté
dans les n. pr.; il y a dans la M. la rivière du Port-au-
Féron , il y a en N. beaucoup de Ferrières , forges ou
mines, chemins ferrés, c. à d. empierrés; delà le fr. Ferret,
Ferrure. Ferrandinier, Ferrugineux, en a. Ferret, fleuret,
sans doute le même mot, probabl. Fetters, fers, duv. f.
Ferrato, hraquemarl, Ferratier, forgeron; il y a dans les
villes u. des rues de la Ferronnerie. En a. Farrier, vétéri-
naire, lilt, ferreur, maréchal-ferrant , Farriery, art du
vétérinaire; en pat. a. Ferrer, vétérinaire. Les seigneurs
de Ferrières, près Bernay , prenaient, à cause de l'impor-
tance et de l'ancienneté de leurs forges, le titre de premiers
barons /o55îer.s de N.; il y a une quinzaine de paroisses du
nom de Ferrières en N. ; il y a à Surtainville le village de
la Ferrière , où, pendant le ^oe s., les A. exploitaient le
plomb; ferret, à Villedieu, petit tisonnier de fer, nous con-
duit à l'a. Ferret; ENFÉRor^NER (H.-N.), selon le Gl. n. ,
passer un fer dans le groin du porc.
FÉ, foi, en a. Faith et Fatj , du 1. Fides: « Par ma fé ; en
V. a. My fay ; » fiance , confiance , en a. Confidence : « Grant
atente et grant fiance; » (Benois, C/iron. de N. ) de là le fr.
Fiancer, Fiançailles, ena. Affiance, fiancer; fiacté, confiance,
de même en v. f. : « N'y a pas d' fiauté à aveir sus li. » fiat,
p. m,, à Bay., foi, confiance : dans la plupart des pat. fr.
fiate; FIEFFE, S. f. fief, et action de fieffer; beaucoup de
champs s'appellent la Fieffé; fiecffe (M.), id. : « Vostre
ennemi avez mult richement fieufé; » (/?. de Rou, v. 2388)
iieffataire, feudataire; de là le fr. Fieffé, solidement
constitué, établi, comme dans « coquin fieffé , » toujours
pris en mauvaise part; défier (se), à Av. craindre : » Je
m' défie qu'il vienne; » fieu, fief; il y a beaucoup de terres
dites le Francfieu : « Si ont la moitié des guedes es frans
i
— o21) —
ficux. » (L. des jurés de St-Oen.) fidei.io.n (GI. n.), cadeau
d'amitié. Ajoutons le fr. Féal, Fief. Féodalité, Inféoder,
Fidèle, etc., et l'a. Faithfid, fidèle. Fiduciary, fiduciaire,
FieJ, Fee, fief. Feof, inféoder, Defy, défier, Affy, se fier,
en n. affieb (s.). Dans l'Av. on dit ma Fitte, ma foi , voi-
sin de l'a. Faith ; ailleurs ma figue, dans la Hague ma fin-
GCE et MA FfiNGUETiE, en pic. Ma fikelte; Roquefort signale
comme bas-n. : ma foingue, ma io.\cue. (G1.)
FEIES , fois : <■ Y avait cun' feie , coume no dit Irejouers
eun' feie, » début des contes en B.-N. , du 1. Vicis , tour;
le V. f. Toutes voies, d'où l'a. Al-ways, toutes fois, tou-
jours, est la trad, du 1. Tolisvicibus; en n. malme et maiinte
FÉ1ES, cnfr. Maintes fois, dansWicliff won?/ zt.'«t5, mainte.'^
fois; en v. n. Fais: « Si fait aucune faiz bien dire; •>
(T.deChartrose) «J'ai bien mil faiz mort desservie, » (ibid.)
c. à d. méritée , en a. Deserved. Le 1. Vicis donne au fr.
Vice, Vicaire, Vicissitude, Vicomte, Vidame, etc., en a.
Viscount, Vicissitude, Vicar, Vice. Ou trouve en v. f. une
forme encore plus voisine du rad. 1.. c. à d. Fie, dans
Adam Raymond :
Et tous ceulx du bois à la (ie
Chascuns l'aisoil sa mélodie.
FEIN, foin, directement du 1. Fenum, comme le fr. Fenil.
Fenouil, Fenouillette, fein existe dans tous les pat. fr.;
e-nfenouiller (H.-N.), envelopper de foin; fanée (Mortain),
s. f. coll., l'ensemble des étoubles et des herbes qui sont
coupées et fanées; féiner, faner; fé.nage. fanage : « Le
fennage, c'est à savoir fenner, tasser et oyder a mestre au
fenil; {Aveu de 1495) faînii-, famn, fenil; feinieb, id. :
« Par les arsiz, par les feniers; » (/?. de Rou, v. ^0059l
fe.nasse, s. f. mauvais foin; fane (Cacn), s. f. foin des
herbes du rivage : « Est quémande que la fane fauquie en
grant cours de l'eau; (Enquête à Caen , ^6es.) fékoqui:
f Gl. n. ), s. f. débris de fuin; fenaison, fanaison :
Telles Rogations,
Telles fenaisons.
On dit aussi : « Quand le bouen Dieu fait un àue, i met
une botte/Je fein auprès. «
FEINTISE. feinte, vieux en fr.. du 1. Fingere, feindre:
feinte, s. f. coup simulé; en fr. Fiction, fictif, etc.; en a.
Feign, dissimuler, Feint, prétfxto, Fnnfise, id.. Feigner.
dissimulateur, etc.
— o30 —
FEMME, pron. l■A^-ME, da 1. Femina; boiewhe-femme .
vieille femme; feumelle, iumelle, femelle ; fumelle, fel-
MELLE, femme, pris en mauvaise part; fuumelette, femme-
lette; FUMELiER , qui aime les femmes, en v. f. Feminau,
FIJMELEU, s'ébuitre avec les femmes; delà l'a. Fumble, jouer
avec, ciiifîonner. Cf. le n. fimelle (chan\re). en réalité
le màle, et l'a. Fimble hemp , id. En marine, Femelots du
gouvernail; en a. Féminine, féminin; en fr. Efféminer,
a. Effeminate, Féminiser, Fémur. Parmi les dictons n.
sur les femmes, on remarque :
Femme couchiie el fagot debout ,
Houme n'en vil jamais le bout.
Femmes , moines et pigeons
Ne savent où ils vont.
FENDOUR, fendeur, du 1, Findere; fendaint, un crâne,
lilt, un pourfendeur, de là le fr. Fente, Refend, Fendoir,
Fissure, Fêler, de Vissulare, d'où Fêlé (cerveau), sign,
fou, comme on a dit en a. Crack, Fêlure. Le 1. Fiscus,
panier, d'où Fiscella, corbeille, semble appartenir à Fis-
silis , d'où le fr. Fissile, Ficelle. De Fissus vient le fr.
Fesse, Fesser, Fessu, etc. ; en a. Feaze, fesser, fouetter.
FERTILISIER, fertiliser, dul. Fertilis, de Fero; en fr.
Fertile. Fertilité, Inferiile; en a. Fertile, Fertilize, etc.,
et Feracity , du 1. Feracifas ; de Fero vient Feretrum ,
cercueil, châsse, en v. f. Fierté el Fieltre : « Fleltres
d'argent è vessels d'or; » (/?. du M. S. M. , v. 2708); à
Vllledieu, fierté, châsse : on connaît la cérémonie à R. de
Il levée de la ûerte de S. Romain; en v. a. Fertre, selon
Halliwell.
FÉTUER, faire des riens, litt. remuer des fétus, en 1.
Festuca, de Fetus, production; delà le fr. Festuque; on
dit d'une personne indolente et incapable : «On' change-
rait pas un fétu d'bout. » Cf. le fr. Cogne-fétu, Félu-en-cu
ou Paille-en-cu.
FEUVE m.], fève, du 1. Faba; un dicton du Bessin est :
n Feuves flories, temps de folies; » feuvas, favas, s. m.
ensemble de liges de fèves, en b.-l. Fabatum; ainsi, en
a. n., dans G. de Biblesworth , ap. Wright, A vol. of
vocabularies :
Un warrock de peys enrascel,
Les favas des (eves de ce lyet.
L'a. n'a pas de mot n. pour ce végétal , mais il appelle les
haricots fèves fr. , French-beans ; le fr. ajoute Feverolle.
in II. iKiVtWE; à Val. . les enfans jouent « es I'cuveltej;. »
c. u (J. quand clés feverolles sont l'enjeu : on dit de celui
qui ne veut jias rester en arrière de générosité : « Si no li
doune un peis, i rend eune i'euve. » fliageolet, haricot,
du I. Fascolus, litt. petite fève, en v. f. Faseol : « L'exemple
y est manifeste en pois, febves, faseols, noix , albergcs ; d
(Rabelais, Pant., \\\, 8) en pic. Flageolet, en rouchi Fla-
geole, à Lynn Fiageolc, en berri. Flageolet, en a. Facelcs,
en pat. du Westmoreland Feasils, selon Halliwell. qui cite
aussi la forme it. Fagioli. A Val. cabouket est syn. de
Feuvfilte.
FI, fil , du 1. Filus : I pliouvait tant . quej' n'avais fi d'
se ( sec) sus mé ; » filotier (Orne) , marchand de fil, tis-
serand ; FiLERESSE, filaudièrc ; filetie, s. f. le premier fil
ou rayon du jour; fileix, épervier; filoire, fîleusc, d'où
CRANS. N filoire; r.EFitoQiiER , uscr, défaire les (ils; FiiA>-
DRiER. filateur, aux marches bretonnes; le fr. Afliler sign,
donner le fil, mais le n. affiler sign, mettre dans la route,
dans le fil de la route , comme on dit le fil de l'eau , et
comme on dit : « Enfiler sa route; » affilée (tl'), de suite,
de fil, comme on dit de l'enchaînement des idées dans la
conversation : « De fil en aiguille; » û' Affilée se dit aussi
en Berri; défilée, file; filet, poisson très-allongé, appelé
aussi horfi, mot qui dès-lors semble renfermer Fil plutôt
que Fis/t (V. Or.scand., fiche); fi lax tre (Baie du ÎNL StM.),
ruisseau qui file sur la grève; filache, filasse, et lin: « cueilli
de sa filache, » c. à d. du lin, d'où , par contr. , l'a. Flax,
lin; on dit prov. :
Ni U filaclic prés du lison .
Ni la fille près du garçon.
C'est un dicton du Bessin : « Filez filasse : AL de Nesniond
l'a dit, » parceque cet évêque recommandait le travail.
FisrocPE, litt. fil d'étoupe, grosse étoffe faite de bourre ou
d'étoupe ; defilatiok, généalogie et suite d'une affaire,
d'une histoire; on appelle j^op. Fil-en-trois, Fil-cn-qnatre,
de l'eau-de-vie à divers degrés; ri bru.n, café; neuf i le .
s. f. (.M.) ruban de fil. Le fr. ajoute à cette famille Filage.
Filament, Filandière . Filandre, Filleule. Filou, Filon.
Filardeux, Filature. File, Filet, Filière, Filigrane, Fili-
pendule. Enfiler, Effiler, Défiler, Feutre, du I. FHtmm,
d'où Filtrer, litt. passer à travers des fils, des poils, etc. ;
en a. Filament, File, Filaceus, Flax, Fillet, Filigree,
Filch, filouter, File, limer, pousser en ligne droite, Filler,
— 332 —
filtrer, Defile, etc. En v. q. Filander e\ Fylaundre étaient
les « Bask worms in hawks ; « (Halliwell) en v. a. Filoure,
afliloir, en n. AFraocR. Cf. le 1. Filus el Pilus : V. pel.
Ajoutons le fr. pop. Flouer, contr. de Filouter; rLooEcii ,
trompeur, escroc.
FIEN, FiAN, s. m., fiente, issu de l'on, fi, que fait ex-
primer une mauvaise odeur, et par là se rattache au 1. Fi-
mns, au celt, fangue (V. ce mot). Halliwell tire le mot Fillfi,
ordure (même et.,) de l'a. s. et on disait en v. a. Fen, fiente,
d'où Fenny et Fenowed, qu'il traduit par Mouldy; Fiants,
terme de chasse, sign, dans l'a. qui a pris la langue de la
vénerie au n., excréments de bêtes fauves; féner (Gl. n.) ,
rendre des excréments; fif.ns (H.-N.), fumier, en pic. Fien,
fumier; fiambeyer, en v. f. Fiambrer, épandre du fumier,
du Fiambat; fedmer, fumer la terre, du 1. Fimus.
PIEUVRE, fièvre, du 1. Febris (Ferveo) ; on dit dans
l'Av. : « Faut qu'là fieuvre purifié-je le sang. » Parmi les
phrases b. n. qu'on cite comme inintelligibles à un Fr. .
se trouve celle-ci : « Quiqu'ch'est qu'cha qu'o dit qu'ol a?
— Ch'est la fieuvre qu'o dit qu'ol a. — La r'a t'a co?
(L'a-t-elle encore?) » fiecvrocs, fiévreux : il y a près de
Pontorson la Chapelle-ès-Fieuvrous, où l'on va en pèleri-
nage pour la fièvre; Feverous, fiévreux , en v. a. par ex.
dans Gower; fiecvrotte, fiévrotle; de là le fr. Febrile, Fe-
brifuge, Febricitant, Enfiévrer, en h. Fever, Feverish, Fe-
brile, Febrifuge. On peut rattacher à cette famille Février,
en n. fevri, ou février, dissyllabe , lequel vient de Ferveo
par Februa, sacrifice à l'eau bouillante. Il y a sur ce mot
des dictons, comme : « Faut qu'février emple les fossaies
et qu'mars les ressèque. » et :
L'iau de février
Vaut grou d'fumier.
Février i l'anelier, (Pluquet, Contes et Prov , H7.) parce-
qu'il se fait beaucoup de mariages en ce mois , avant le
Carême :
Février donne neige,
Bel été noirs plesje.
(Ibid., ns.j
Ajoutons à Ferveo Ferveur, Ferment, Fermenter, etc , en
a. Fervour, Ferment, etc.
FIIEBLE, faible, du 1. Flebilis : pour confirmer cette
et. , M. du Méril cite Fleble dans Aimé , Ystoire de H Nor-
man z , p. ftb, et Flebe dans G. Marchant, p. 89; en a.
cunimc en n. Feeble : « Fieble des rains, pourc cslianché ; »
(Farce des Pattes ouaintes) fiiblêche, faiblesse, syncope;
FiiBLii, faiblir; telle (Caen), grêle, étiolé. L'a. a pris au fr.
Foible, le faible, le côté faible, penchant. Le 1. Flere a
laissé peu de traces dans notre langue.
FUR. riiRE, fier, fière, du 1. Férus, qui est en son sens
jjrim. dans ce portrait du N. : « Li Norman est fier è van-
tenr è bombancier. « (R. de Rou). fiirté , fierté; On dit :
(( La fiité n'appartient qu'aux chevaux. » fur, fier, en par-
lant du cheval, ardent, emporté; fouerque-fière , longue
fourche à deux dents; en fr. Farouche, en n. faboucbe,
trèfle rouge ou incarnat ; evarî;, effaré, : EFFARorcHiEii, ef-
faroucher; Va. Scared, épouvanté, a quelque rapport avec
EVARÉ. On dit : « une fière maladie, » c. àd. cruelle; effoi-
CHIER, effaroucher, contr. ; effarocette, s. f., oiseau des
marais, la petite rousserolle; en fr. Féroce, du 1. Ferox ,
en a. Fierce, farouche; feu, contr. de Féru (Gl.n.), vif.
vigoureux; FiiUMENT, vigoureusement; il y a des familles
Le Fru, Le Frou; farami^e (bête), à Savigny. bête féroce,
du 1. Ferina; en berri. Faramine sign, bête féroce (Voc. du
Berry) ; en v. f. Ferum, venaison, et Fterain, toute bête
fauve; iiéraui», fiéraude, fier de ses habits, d'où sans doute
faraud, malgré notre et. scand. V. ce mot; fiéraijd existe
en pic, en berri. dans le Tarn; fiercir (se) en H. N. se
mettre en colère. Mais il y a une autre branche de cette
famille, formée par la substitution de L à R.
FEL, FEUL, vif, crucl, vigoureux , en v. f. Fel : « Li roi fu
fel et fier, forment se corocha, » (R. de Rou). « Sunt si
hainos e si feus. » (Benois) , d'où le fr. Félon, en a. Felon,
en H. N. flo.\, furieux; en a. Felo-de-sé, suicide, litt. félon
de soi, sÉ en n.; Félonner, Flonner, mettre en fureur en
v. f. ; FiELLu CG^.w.j, courageux; affeuler , irriter; cette
branche existe en a., Fell, barbare, farouche. Fell, terras-
ser, en a. s. Felle, en hoU. Fel, en it. Fello, cf. le fr. Fiel ,
du 1. Fel (férus), en n. fiet, d'où le fr. Enfiellé. A Séez,
FIEL désigne la jacobée; defeler, (Gl. n.), jeter son fiel, sa
colère. Cf. le 1. Felis {férus}, d'où le fr. Féline , en a.
Feline. Le n. fétre, panaris, est peut-être pour Felle, cruel,
du moins, en v. a. panaris se disait Felone, traduit par
Whitloiv, et Fellomivood sign, la douce-amère, employée
contre le panaris.
Une autre branche de Férus est celle de Ferire, frapper,
d'où le fr. Férir. Féru. Férule, en a. Ferula, en n. fércre :
» Douiier des terures, » ou des PAiriiEs; en v. f. t'éreur,
baiteur; Fier-à-bras sign, qui fier t à tour de bras. Do
Ferire vient Feria, fête, férié, oîi l'on frappait les victimes,
d'où le fr. Foire, parceque les foires ont pour origine une
fête, aussi la plupart portent-elles des noms de saints, en
n. FEUE, en a. Fair, en v. f. Père : « Vunt et reviennent
corne à fère. » (R. de Rou). Quelques foires n. portent des
noms de province, par ex. l'Angevine, à St- James, les Poiie-
vines, à R. ; « I den. pour un cent as poitevines. » (Coût.)
Il y a en B.-N. des foires dites Fères-ès-cats, c. à d. Fère
Acard, Feria Achardi, parcequ'une d'elles se tenait à l'her-
mitage de Si-Achard. (LeCanu. Hist, des év. de Coût., 440);
FEHRAOE, lieu de la foire, resté dans plusieurs noms locaux :
« In feria sedente super unam piessam terre , facienSem
viam dicii ferragii, etc. (Charte de Cherb.) On lit dans la
visile de François 1er à St-Lo : « Lesdits sires furent len-
contrés au ferrage de la Madeleine. i> A Feria se rattache
Festus, fête, d'oîi le fr. Festin, Feston, ornement de fêle.
Festoyer, Xh.Fcast, fêle, Festoon, feston, Festive, Festi-
vity, elc. ; le n. refe-oui, evestodi, gai, gaillard, du I. Fes-
iivus ; FÊTE, iiabilde fête : <• Se mettre à sa fête, » c. à d.
prendre l'habit du dimanche, ou commeondit encore pop. :
a Sus sen dix-huit, » c. à d. deux fois neuf. On célèbre au
séminaire de Mortain, à l'abbaye Blanche, la Fête des phi-
losophes, le lundi de la l'entecôte, oîi un élève de philoso-
phie, grotesquement habillé, prononce un discours bur-
lesque sur la philosophie. De l'idée de fête à celle d'activité,
d'empressement, il n'y a pas loin; de là le l. Festinare, qui
donne à l'a. Festination, Fcstinately.
Une dernière branche de Férus serait celle de Ferrum
qu'on en dérive ordinairement, Fer, en n. fé : « Du coume
du fé. » V. l'art, fé, fer, auquel il faut rattacher ferlam-
piER. FCELAM.'iER, mauvais sujet, vagabond : c Elle est
amoureuse d'un grand ferlampier, » [Théâtre it. de Ghe-
rardi, i, 527.) sans doute une forme de Ferblantier, par-
ceque les #05^0^5, fondeurs, ferblantiers sont errans et
mal famés. Toutefois le 1. Ferrum, par la nature de l'idée
et par ses rapports avec le celt. Horn, l'a. Iron, l'ail.
Eisern, accuse une racine primitive.
FIIRME, FEUBME, ferme, du 1. Firmus; L\FirRM£, infirme;
co.\FnB.yER, donner la confirmation, ou plaisamment, un
souHlet; ^n a. Firm, ferme , firmness , etc. Ferlé désignait
dee ffirteresses. en 1. Firmitas ." il v a d€B La Fcrté en N..
siU'C. La Ferté-Mact' , etc. De Finnus vient le fr. Fermer,
en n. jreumer. à Val. froumer : » Froume la porte, » dont
le syn. est : « As-tu été à Paris? » fermitcde, du 1. Finni-
tudo , tout ce qui sert à fermer, fermeture; fermant.
meuble qui ferme à clef; dans le 67. n. FERjuir.ryE; en v.
f. et a. Fermail, fermoir. De Finnus vient encore le fr.
Ferme, c. à d. terre fortifiée, en a. Farm, Fermier, en
a. Farmer, Affermer, Fermage; en B.-N. le fermier dit :
« Not' maite, » en parlant du propriétaire; on dit par eu-
phémisme : <' Not' bourgeois. » On met dans les baux
cette recommandation : « Soignera la lerre en bon père de
famille. » On dit que le fermier n'aime pas chez lui la
visite du maître et qu'il y a avantage à aller chez celui-ci :
« Vaut muus user ses souliers que sen capet. » com 1ère,
plante qui confirme, consolide, c. à d. la consoude offici-
nale, Consolida, en a. Confrey.
FILBFRT , grosse noisette allongée , en a. Filbert :
M. du Méril croit que St Philibert avait introduit ce noi-
setier à Jumiège; M. Delisle lire son nom de sa maturité
vers la St Philibert ; on appelle cette noisette Pâté d'Er-
mite ; la St Philibert est aussi une pomme douce du pays
d'Auge. (V, Brebisson, Ann. n., 1841.) Toutefois ce nom
de Saint, d'orig. germ., serait mieux place dans le glos-
saire germ.
FILSET, fisset, très-jeune fds : « Men fisset, quel âge
que t'as? » du 1. Filius; fisseton, fiston, id.; fillot,
fillotte, id.; fieu, fils (1].-N.): « Nous Oedes fins le duc de
Bourgongne » (1 258) ; filleu , filleul ; fillathe , filleul ,
ou demi-fils . resté dans les noms f.r. : un acte n. de ^260
cite parmi des témoins : « Th.de Cormeilles, Poignant son
fillastre; » ce suffixe en âtre, comme dans ce mot, et dans
Marâtre, est Alter, pour dire second fils, seconde mère, et il
a été remplacé par Beau, C'est une forme très-commune
de dire le Fils Provost, le Fils Garnier; c'est le procédé n.
qui a importé les Fitz en A. et en Irlande, les Fitz Uamon,
les Fitz Gerald, etc., équivalents du 5o?i saxon , comme
Robertson , de VO irlandais , O'Connor, du Mac gaélique ,
Mac-Grégor, de VAp des Gallois; en a. Fitz, fils; Fillette
est pris ici dans un sens assez curieux : « Deux fillettes ,
de la pyramide du côté du mitli de l'abbaye royale de St-
Elienne^ ont été renversées, (Journal d'un bourg, de C.)
c. à d. deux clochetons; en v. a. on disait en ce sens
Fylyote, clocheton (Halliwell) ; Fillette était aussi le nom
17
— 337 —
d'un lut de vin : « Pour une fillette de vin , moitié d'une
demi-queue 3 den. » (Coût, de la vie. de Veau de R.) au-
jourd'hui on dit Feuillette. Cf. une DEMOISELLE d'uu-de-vie.
Dans le Berry, /'Wf5 désigne les œilletons des plantes, ex. :
« des filles d'artichaut. » (Vocab. du centre de la Fr.) Les
A. appellent la renoncule bouton d'argent « les belles filles
de Fr. , ou Fair maids of Fr. » Parmi les dictons n. sur les
filles, on trouve : «VuuUe fille, vuulle guenille. — Fille
pâle demande le mâle. — De mère pilouse fille teigneuse. »
FINI, à Val. Fi-M.N', finir, du l. Finis. Dans l'Av. on dit
au prêt. : Nous foissimes, vous pèrissites, ils béjvissirent ; »
en v. f. : « Nous périssumes. « fl\ se dit comme superl. :
nx-BOCEN ; « Au fin fond, » c. à d. tout à fait au fond :
« De toutes mes fins forches , " de toutes mes forces; or,
Fine-force, nécessité, est dans les State-papers, u, 478 et
suiv. , et en v. a. « By fine forche; » Rog. de Collerye dit,
p. 21 : « J'ai fin froit, » c. à d. en n. : « J'ai fin fred, »
ou froid; de même le part, pass. : " Ch'est un fini coquin ,
un fini travaillant; » enfin, nuancé d'impatience Fin se dit en
n. : M A la fin des fins. » La vieille loc. de la Coutume n, :
« Bailler à fin d'héritage , » se dit toujours à Jersey : « Ar-
thur de Cossé baille en eschange à fin d'héritage; » (Acte
de 1376) et dans le sens de but, d'objet; de là la loc. : « A
celle fin , » c. à d. dans l'intention, loc. qui n'était plus fr.
au temps de Ménage. » {Observ., p. 439.) Le 1. Fines,
frontières, reste dans quelques loc. n. d'origine romaine:
Feings ('Fmci-j , arr. deMortagne, Huisnes, au moyen-âge
Isnes, que nous croyons être le Fines de l'Ilinéraire d'An-
tonin; [Y . Avranchin , art. Huisnes) il y a aussi Feins,
mais en Bret, près de la N. ; ajoutons Fains, arr. d'Evreux ;
de là le fr. Finage. finissemem, fin; f.'nichemfnt, id., en a.
Finishnent ; DEFixiiioix, fin dernière d'une affaire; finable-
ME^T, finalement : « Finablement sans resortir; » (Benois,
Chron. des ducs de N.) « Et nostre corps finablement; »
( J. le Houx) on dit encore fo flnale, pour dire extrême
fin. riNETTE, s. f. droguet de St-Lo; fimssieb, finir, d'où
l'a. Finish; fÉiMb, finir; de là le v. f. Fine, amende, taxe,
d'où l'a. Fine, amende, le fr. Finance, Financier, en fr.
pop. Financer, arranger une aflaire par de l'argent. Le fr.
Fin, délié, donne au n. finot, un peu fin, fi.notteb, jouer
au fin, et à l'a. Fine, fin, beau, délié : des philologues a.,
entre autres Church (Notes surlSpenser) , tirent T/tin, mince,
délié, de l'adj. Fia; ny^Eti ( Gloss, n.), ruser; (H.-N. ),
Fi.NOTEB . id.; FLVABÉ. fiu . rusé , litt. fin nez, fin-naré;
— 338 —
fi.moi-j:r, faire le fin, raffîner; rnioLEr, raffiné; ^■IG^oLE^]x.
dans le Coup-d' œil purin , p. 19 ; Fio.\ , le dernier poli, le
fini , d'où « Donner le fîon ; » » Académiciens qui pariez
dégoût, dit T. de P., étudiez le fîon. et placez ce mot
dans votre dictionnaire. » pinassieb, finasseur. Le v. f.
Finer, trouver, donne Va. Find, trouver: toutefois on dit
en a. -s. Findan, en hoU. Vinden , en ail. Finden, en
iruéd. Finna. On chante en B.-N. ce refrain :
Toute cdansoii qui prend sa fin
Demande à bère, à hère, à bère;
Toule cbanson qui prend sa fin
Demande à bèr' jusqu'au matin.
Nous avons parle Intr. p. 28 de la répugnance des N.
et des A. à prononcer deux syll. en i de suite, i.mem.
infini, Infcnetive pour les A., Infinilif. Parlons, à l'occasion
de ce mot d'une forme qu'on trouve en gr., en ail., en v.
f., et qu'on appelle Impératif-infinitif, comme dans ces
deux jîassages de Wace :
JosepL, dist-il, le fils Davi,
Ne crémoir pas, ne l'esmaier.
(Concept. N.-D., p. '<6.)
Va lost, dist-il, ne targier.
(R. de Rou )
Cette forme nous semble être le résultat d'une ellipse et
iiffrir la nuance d'un commandement adouci , comme on
dirait encore aujourd'hui pour une recommandation : « Ne
pas craindre ! (cremoir) Ne pas l'étonner! (esmaier) Ne
pas tarder! (targier) » forme à laquelle nous ajoutons les
mots surtout, par exemple; ainsi on dit : o Ne pas rire
.-surtout ! Ne pas parler, par exemple ! »
FIQUIER, ficher, fixer en attachant, en mettant dans un
trou, du 1. Fif/ere;riQ.VE, s, f. objet aigu, oulil qui pique;
le fr. Fiche; dans le centre de la Fr., Fiche sign, épingle;
on dit de celle qui n'a absolument rien : « n'a ni fique ni
digue. >) c. à d. ni épingle ni aiguille; affiquet, id.; l'a.
Ticket, objet qui fixe, le fr. Etiquette, note fichée, fixée ;
.\FFiQUiER , fixer, arranger, le fr. Afhcher ; affiquier , fixer
ses vêtements Si\ec(ie?.Jiqiies, des épingles, comme on dit :
« Tirer à quatre épingles ; « le fr. Attifer est la métathèse
du précédent ; en v. f. Tifer, d'où Skinner tire l'a. Tiffany,
gaze : de là du moins l'a. Tiff, picoter; on disait Fic/ie en
V. a. : fl The freke fiched in the flesche. » ( Ms. Morte Ar-
t/ioure. ) FiQciEii et defiquieb sign, piquer et arracher des
échalas dans ce passage sur le travail de la vigne : « Avoir
— 339 —
deffiqué , taillé , fouy . fjqaé , reffuuy , houé , redrechié et
escouppeli'. I) (Dépense de Gaillon.) On trouve « Defiiquc
demi-arpent de vigne » dans le Compte de l'archevêque
de R. E.vFiQLE, s. f. palis pour faire une haie.
La forme douce fichier sign. spec, apphquer un coup :
«' Fichier eune chaque, » d'où l'a. Fetch, comme dans
« Fetch a blow, » ficher un coup, <- Fetch out, » ficher
dehors. Le v. a. avait aussi Fitchew, dans le sens de fouine,
animal qui se fiche dans les trous, appelé encore Fitchat.
On dit FICHIER dans le sens du fr. donner, par ex. : « Qui
qui m'a fichié eune bête coume cha? » de là le fr. pop.
Fichu, mal tourné, impudent, que le n. emploie comme
préfixe péjor. devant les adj. : « Un fichu gas, un fichu
mauvais sujet ; » de là le subst. fr. Fichu , mouchoir au-
tour du cou, litt. négUgemment jeté autour; le fr. Fixe
devient quelquefois i isqde. La forme douce s'emploie aussi
dans le sens propre : mirlifiche, s. f. ornement affecté de
toilette ; or Mirli dans la langue pop. représente Miri , de
Mirus, merveilleux, comme Mirlif ore, Mirlificoquentieux,
excepté dans Mirliton, pure on.; mirlihchiesi , [larer de
mirlifiches, enjoliver; plate-fiche, patte-fiche, s. f. clou à
têle plate et courbée. Le v. n. avait Clou-fichier, clouer,
qui est dans le Bestiaii'e cliviii, v. 780. Cf. le fr. Figer,
en n. fligier, litt. fixer, durcir.
La locution « se fichier, » c. à Ci. se moquer, a une autre
origine: elle vient de l'it. Fico et Figo, figue, d'où l'on
dit : « Faire la figue à quelqu'un, » c. à d. un geste railleur,
en appliquant le pouce sur la lèvre inférieure et en faisant
tourner la main ouverte; c'est l'a. Fig, bagaielle, en v. a.
Fico : « Give them the fig, — Not care a fig, » sont des
ex. cités par Halliwell. La loc. Ficher le camp, c. à d.
s'enfuir, ou plutôt Déficher le camp, sign, lever le camp,
en déterrer les pieux. On sait que Pierrefitfe, litt, pierre
fichée , désigne un menhir ; on trouve aussi Petrafihe et
Pierre-lée, c. à d. levée, Petra levata.
FLAN, enBray, sign, assemblée, ducasse, par ex. :
« les flancs de Bures, » (Decorde. Diet, de pat. brayon)
sans doute des galettes ou flans qu'on y mange; or, le fr.
Flan, en a, Flawn, en v, f. Flaon et Flawon, a été tiré de
Planus, plat : toutefois on dit en a. Flado, bouillie, en
goth. Fiant, en v. a. Flancha;\iav ext. Flan, sign, en fr, rond
de métal, semblable à une galette; flammiche, à Mortagne.
tourte, litt. Flan et miche; en pic. Flammiche, galette.
— 3 '.I» —
FLIAiMBE, flamme, (lui. Flam7na(ûc Flare. V. iLuiRiiii):
« Qui ne fut en flambe et cherbon. » (R. ^/e /foi/); fliambe,
la fleur iris; fliami'.eu, flamber; nn dit delà nier ihosphores-
cente : « Quand la mé fliambe. cli'est que le lemps chan-
gera. » FLiAMBANT. brillant , étincelanl : «Tout fliambant
neu, » c. à d. brillamment neuf ; fliambant, extrêmement
pimpant; fliamgaiit, matelot d'uncourage brillant ; flambar.
petit navire en usage sur les côtes de N. ( Jal , G/055, nau-
tique ) ; iLiAMBART, fcu follct ; l'a. FlttUTit , briller, est le
contr. de Flambant; fliambée, s. f., feu clair et brillant ; en
appelle une fliambée « une joie de mariage , » de son peu
de durée; fliammèche, flammèche; en pic. Flamike. On dit
aussi FUAMME, flamme, en a. Flame, etc.; orifliamme , ori-
flamme, litt. flamme d'or, drapeau rouge et or, en v. f.
Orijlambe, en a. Oriflam ; comme on dit en fr. : * Conter
sa flamme, son amour, » l'a. dit Flam , conter fleurette;
FLiAJiME. en fr. Flamme, couteau pour saigner les animaux,
litt. en forme sineuse et flamboyante, en a. Fleam, lancette.
FLiA.MMEii(t.n.), frapper d'un coup de flamme : « La morue
fliammée se gâte. » Ajoutons le fr. Flammant, en v. f. Flam-
bant, oiseau phénico])tère. De Flare vient une autre bran-
che, celle d'Enfler, en n. ekflier, en a. Inflate; en n. eafle,
enflure; enfjjdme, id., et la branche suivante :
FLIAIRER, flairer; fliai, flair; fliairedx, flaireur;FLiErRER,
fleurer : « Cha flieure bouen; » flairtir, ilieurer, par ext.
être amoureux, comme l'animal qui flaire la femelle, » et
de là fliecrtir, coqueter; fliairter, id. , d'oii l'a. Flirt,
coqueter, Flirtation, action de coqueter; ce mot est dans
Bourg, de Bras : « Rossignols qui fieurtissent. fredonnent,
degoisent; » de là flieurette, coquetterie, d'où le fr. « Con-
ter fleurette. » De Flare le fr. tire encore Flatueux, Flatuo-
sité. Flamme, l'a. Flavour, saveur, Flavourous, savoureux,
Flatulency, etc.; Flagrant (de Flagrare, rac. Flare), Fla-
granctj, en fr. Flagrant. L'a. Fleer raillerie, a quelque rap-
port avec Fliairer. Le \.Fragaria, le fruit odorant, donne
le fr. Fraise, dans l'Av. frase, d'où frasier, fraisier, en a.
Strawberry, litt. la baie de l'herbe, ûeVEstrain, Straw,
en v. a. Preiser, fraisier. (Halliwell.) Beatrix Le Frasier
est citée dans les Boles n.
FLIANDRE, flaikdre, cité par MM. du Méril, dans le
Diet, de pat. n., avec le sens de recuUr, et employé par la
Muse n., p. 42 :
Pis men parpoini qu'est fait en fachon de coiirline,
Tait f[ue je llains souvent à baissier men esquignc.
— 341 —
Peut-être le même mot que le v. f. Faindre, défaillir, en a.
Faint, languissant, sans doute la conlr. de Fatigatus: « Ele
se fainl d'aler. » ( Benois , Chron. )
FLIASQUE, flasque, du LFlaccus, Flaccidus, flasque;
Cf. le fr. Flache , l'a. Flaccid, Flabby et Flag, devenir
flasque. On tire du même rad. le fr. Flanc, partie vide et
flasque, qui donne au fr. Flanquer, Efflanquer, Flanqueur,
Flanconade, à l'a. Flank , Flanker, au n. flanquieiï, frap-
per, litt.dans le flanc; flianchet, flunotln, les côtes d'un
animal de boucherie; flianquet, flanc, en H.-N. : « La
pique aux gris, au flanquet la rapière. •> (Muse n.); i la:xqdin
(H.-N ), côté de la chemise ; en rouchi Flanquet , Flan-
quin, voisin du fr. Flandrin, sign, efflanqué. L'expression à
franc étrier est pour à flanque étrier : « Aller à flanque
ctrier. » (Souv. de la marquise de Créqmj.)
FLIÉCHI, fléchir, spec, plier sous un poids, du 1. Flcc-
tere; fliéchissement, fléchissement; l'a. Flesh, iniiier,
exciter, par ex. des chevaux, se rapproche de Fleciere
cquos; en v. f. Fléchières, branches fléchies et entrelacées.
FLiÉcHE, flèche : « Faire fliéche de tout bois, » user de tous
les moyens; en a. Flitch, flèche, al Fletcher, faiseur de
flèches, resté en fr. dans les noms pr. Flécbier; flièche,
feuille desséchée de la Molinie bleue, dont on fait des ma-
telas, et qui est raide et droite comme une flèche; KLiEcniÈRE,
la Sagittaire; de là le fr. Enfléchures , Flexible , Flexion,
Inflexion, Génuflexion, l'a. Flexible, Flexile, Flexion;
Flexure, Genuflection , e\. peul-èire Flinch , cesser, gau-
chir. Quant à Flèche de lard, ou sa partie charnue, c'est
l'a. Flesh, chair.
FLIÉGME, flegmatique, comme on dit hypocondre pour
hypocondriaque, du gr OXsyp-a, parceque le flegme est
défini une humeur recuite ; de là le fr. Flegmon, Flegmo-
neux . Flogistique, la fleur dite le Flox, et l'a. Phlegm,
Phlematick, Phlegmon, Phlogistion; en pat. a. Fleume
sign, le flegme, et Flemnous , flegmatique. (Halliwell.)
V. FLIUER.
FLIET (Val.), flied (Av.), fliau en H.-N., fliail ailleurs,
en a. Flail, fléau, en v. a. Flarje {State papers, ii , 28),
du 1. Flagellum : en pic. Fleyeu et Fli, en lorr. Flayet,
en fr. -comtois Fié, en bret. Fleu , en v. f. Flael; de là
FUirrER, battre avec force , comme « Fliaiter des fruits , »
les gauler; aussi fliairon, dans la M. , sign, une grande
g;mle portant fdets où se prennent les oiseaux de mer dans
— 3'.2 —
los iiuils noires; !i Bay, flaileu se dit ainsi : « La porte
llaile, » c. à ô. bat, frappe, litt. comme un iléau, mot plus
voisin (le l'ét. Flaç/elhimciduv. f. Flagel, F/ae/. Ajoutons
le fr. Flageller, Flagellant, l'a. Flagellation. Les parties
(!u riéau sont le maintien, la vERGiEet la chape, comme uu
temps de Jean de Garlande : « Flagellorum très partes
sunt : manulentum, virga et cappa. » {Diet., p. 59S. ) Ce
groupe, issu de Flagellum , fouet dont on châtiait les es-
claves, et qui faisait brûler la peau , vient de Flagro. V. par
conséquent à l'art. FLUMiiE.
FLIEU, fleur, du 1. Flos; flieuri , fleurir : « Pa.^ques
riieuries, temps de folies; » fliedraiso.\, floraison ; flieuro-
CHiF.R, mal fleurir; fliorès (faire), faire florès; déflieurir,
défleurir; fueuraln, collect. (Calv.), débris de feuilles et de
fleurs des fourrages; flieir de lis, fleur de lis, en a. Flo-
wer-de-luce ; flieu de coucou, le lychnis déchiqueté; flieu-
i)E-fieuvre, primevère, dont la floraison coïncide avec les
fièvres printanières; jonc-flieuri, le butome en ombrelle .
en a. Flowering rush ; en a. l'Iris est dit Flower-de-hice ;
une localité du Monmouthshire est appelée Fleur-de-lis.
Dans l'Av., les fleurs sont dites bôquet, bouquet. En a.
Flower, fleur, Floris/i, fleurir, Flouris/i, fleuron, Floweret,
fleurette, etc., d'où Flag-fiower, l'iris des prés, Pasques-
flower, l'anémone des bois, St- Agnes- jloiver, la nivéole ,
symbole de pureté , Bell-Jlower, les campanules sauvages.
Le fr. ajoute Fioriture, de l'it. Floritura, floraison. Aux
Iles n. on dit « à flieu de bras » pour à force. (Chanson
citée dans \diN. inconnue.) Le jeu de file et flieur, le fr.
Pile et face ou croix, en a. Cross and pile, sign, que d'un côté
de la pièce de monnaie est le fleuron et de l'autre la pile
{Pilum), arme, qui a cette sign. On invoque Ste-Fleur, en n.
FLiEUR, contre le tonnerre. (V. fntr., p. 227.)
Quant à flieu, fleur de farine, en a. Flour, il pourrait
bien n'être, malgré notre explication à l'art, far, qu'une
extension métapb. du précédent ; du moins dans les lan-
gues germ, fleur et farine sont la même chose; ainsi en
isl. Flur, fleur et pur froment, en a. Floiver et Flour; de
même en bret. Bleud, farine, et Bleum, fleur, l'a. Bloom ,
Blossom. Pour Fleur, surface, c'est un élément scand.
V. FLIEUR, d'où le fr. Effleurer, Affleurer, en a. Floor,
plancher. A far ajoutons faricakd , (Gl. n.) atome , rien.
FLIOQUE, s. f., flocon, du 1. Floccus, toufl"e de laine,
en a. Flock et Flake, flocon ; l'a. Loch est sans doute le
même mot; fliocon, nœud de coton ou de laine, d'oÙEîFLo-
QCETER, effiler, étirer ; floquet, petit-maître orné de houp-
pes, en V. f. Floc, houppe de laine ; on dit par sobriquet :
« Les floquets du pays de Caux. » {Blason pop. de N. ,
I, ^94.) FRO, s. m. étoffe de laine, qui se fabrique à
St-Lo , Lisieux , etc., est dérivé du 1. Floccus ; de là le fr.
Froc; l'a. Frock, manteau de moine, est devenu Rock
et Rocket, le fr. Rochet; dans Froissarl Rochet sign, épée
entourée de laine , et pièce d'artifice bien recouverte ; d'où
l'a. Rocket, fusée. Outre les frocs , Masseville cite encore
une étoffe à Lisieux : « Il y a de bonnes manufactures de
frocs , depichinas et de toiles. » (Etat géog. de N.)
FLIUER, fluer : « La mé fliue et refliue, » du 1. Fluere,
û'oh le fr. Flot. Fluctuation, Fluide, Fluet, en v. f. Flouet,
Flou, Flueurs, Flux, Fluxion, en n. defluxion , Affluer,
Influer, Fleuve, etc., l'a. Flow, Flux, Dejluxion, fluxion,
F load , flood, Flolson^ épave, litt. flottaison. Fluctuate,
Fluencij. Fluent, Fluid, Fluor, etc. ; len.FLirur.s, flueurs,
FLicx, flux de sang; fliux, s. m., flux, en a. Flush, jeu de
cartes où celui qui gagne a la plus grande affluence de
cartes de la même couleur ; ce mot est dans Rabelais ;
fifotte, s. f., litt. fian-flottant (Calv.) , astéries , épaves,
dont on fait du fumier; fliofliotter , clapoter; fliedme,
crachat, pituite : « Remue fliume et maint auire mal. »
(Eust. Deschamps, p. ^66);àGuern.,FUUME,enb.-l. Fleuma;
dans Wace Flum sign, fleuve, du 1. Flumen : o Danube
flum mult grant; » en pat. a. Flem, cours d'eau, tranchée
pour drainer. (Halliwell); flion (Vire), mal qui a du rapport
avec la diarrhée, en v. f. Flon, flux de ventre; à Guern.
FLON sign, clou et est sans doute une contr. de furoncle;
l'herbe qui le guérit ou l'herbe St-Antoine s'appelle herbe-
AU-FLO.>i ; FLocETTE (M.), girouctte, du I. Fluçtuare. Quant
au suffixe n. Flieur, comme dansHonïïieur, Barflieur, etc.,
que nous croyons être le Fwrrfscand., il a été latinisé en
Fluctus, en Flotus et en Flue; Barbejluctus, Barbaflotum,
et Barbeflue, Witteflue. Sur la Seine flotte sign, flottaison :
« du varech en flotte, » épave flottante; fleter (H.-N.) ,
charger à bord, litt. mettre sur le flot et les bremans étaient
un corps de porte-faix occupés à fleter les marchandises.
(Vie. de l'Eau de R. par M. de Beaurepaire, p. 256).
FO , fou , qu'on a tiré de Follis, soufflet, et. à laquelle
le fr. Folle-farine, c. à d. lapins légère fleur de farine, donne
quelque consistance; mais on trouve Fol, sot, en isl. ; on
— 3 '.3 —
dil celte énigme : « Qui qu'à la corde au co et qui va
coume°un|fo ? » pour dire le rouet ,• l'a. Fond, qui raffole, et
folâtre, a quelque rapport avec ce mot et plus encore Fon-
dle, caresser, raffoler; dans le Norlhumb Fou sign, ivre ,
selon Halliwell; Folage, folie, en v. f., folier, être atteint
de folie, en v. f. Foloir, folâtre; folle, s. f., filet dont on
se sert en haute mer; folle, trombe; foliot, vêtement su-
ranné et ridicule ; follette ou POULETTE (Av.), l'arroche ;
follichon, badin; follichoner, badiner; en a. FoUt/, Foo-
lish, Fool, Foolery \ on croit en B.-N. que la floraison des
épines blanches est le signal du retour de la folie , de la
démence.
FOND, profond : « La rivière est tout-à-fait fonde . »
du 1. Fundus ; fondker, aller au fond (de l'eau), du 1, Fun-
dus, fond; PARFOAD, fin-fo.nd, l'extrême fond : « Aller au
fin fond d'Iiau. » fo>'draille, fondrille, s. f., le dépôt, le
fond d'un liquide ; fo.nceu, allerau fond, creuser : « Foncer
dans la terre; » fo.ncer sus. fondre sur, comme on dit
charger à fond; fo>cet. ce qui est au fond d'un vase, d'une
pipe, etc.; focée, portée d'un animal, et même on dit
d'une femme : <■ 01 a ieu deux éfans d'une foncée; » fon-
cer, payer, verser les fonds : <■ Il faut foncer ou je veux
qu'on me tonde. » (Chansons n., édit. du Bois, 370) ; de là
defocek (une rente), la rembourser; roisiECRE, d'une saison,
le fond : « Dans la fonteurede l'hivé ; » fo.ncecr, id.; af-
FojfDRER, couler à fond : « Por ce les convient afondrer. »
(Best, divin de G. clerc de N. v. ^202) ; foindeler, préparer
les fonds « Fondeler du carabin, » préparer un fonds pour
le sarrazin; effondrer, enfoncer : Pierre Simon, o enfon-
drieur de maisons » fut roué à R. en 1.^34. (Floquet, Hist,
du Pari., 440); enfoisçaille, FONf.AiLLE. planche du fond
d'un lit ; fo.nd, reste de marchandises : « Vendre son fond, »
en V. f. Fondie. A cette catégorie s'ajoute le fr. Foncé.
Foncer, Foncet, Fonder, Fondement, Fondrière, Profonde
etc.. Va. Fund, fonds, Found, Founder, Fundament, etc.
Pluquet cite pour le Bessin Àvonder, engraisser, et l'in-
terprète par le \, Ahundare ; mais ce dernier n'est pas actif;
AVO.NPER sign, sans doute mettre à fin, à fond , sens qu'il
parait avoir dans cet article : « Pour quatre boisseaux
d'orge pour avonder les porcs. » (Compte de la Maison-Dieu
de B.)
A Fundus se rattache Fodere, litt. travailler le fond,
d'où le n. fou. fouir; cherfoii . litt. fouiller en sarclant :
— 344 —
« Cherfouir en tour le lavendier; » ( Comptes de Gaillon
pour 1409) CHERFouiLLiER , id., mais dans un sens péjor. ;
DEFoci, déterrer : « Et de la terre la defouirent; » ( T. de
Chartrose, Ms.) fodillier, fouiller; farfouillier, fouiller
à fond , complètement : « Des frémis quand no z'y far-
fouille ; » ( Muse n. ) fouillard , morceau de bois pour
sonder les fossés; fouille-m. , en pic. Fouille-en-brein ,
le Stercoraire ou Rhisotragus ater ; fodille-au-fct, mar-
miton; FouÊNE, s. f. trident pour fouiller les fossés et
prendre les anguilles : « Nul des autres peut porter une
fouesne au poisson prendre ; » (Ch. de -1 300, de S. Et. de C.)
B0CCF0UENER (St-Lo) , fouiUer partout; fouillasser, fouiller
salement; fouillot, nid que l'on fouille; foul\-ne, fouine:
« Nez de fouin-ne, figure de fouin-ne, » museau allongé ;
FoiiMLLiER, fréquent, de fouiller; fojnillard, rôdeur, qui
fouille partout; de là, selon Roquefort, certains brigands
appelés Foiiillars, mais plutôt les hommes des forêts , en
N., de la verte-feiillée; fosse, fosse, du 1. Fossa; fossard,
fossarius, resté dans les n. pr.; Fossier, en v. n., mineur,
propriétaire de mine; fosse (Litry), s. f. puits d'extraction
de la houille; faude, que nous écririons fode, de Fodere,
fosse oij l'on fait le charbon, cité par le Gl. n. ; fôsse.
crique profonde et très - encaissée , comme la Fôsse
d'Omonville (Hague) ; fossé , en B.-N. , non pas le creux,
mais la levée de terre, le rempart, la motte, comme en a.
Moat, fossé, Htt. la motte, d'où Emooled, déraciné;
FÔSSE, voie dans un bois; Fosse, en top. n. . sign, un re-
tranchement, par ex, la Fosse, Bon-fossé ( Bonum. fossa-
tum), nom qui sert de suffixe à quatre communes de l'arr.
de St-Lo , et suppose un long retranchement , Gefosse
( Gervoldi fossa ) , les Fossés de Rob. le Diable , entre la
N. et le Maine, dans le doyenné du Saonnois, ainsi nommé
des Saxons ; une charte de 1 276 signale à Flottemanville
(Hague) un lieu dit Fossata de Flottemanvilla. L'a. n'a de
cette famille que Fosse et Fossil, à moins que Foui, trou-
bler, salir, ne soit le fr. Fouiller.
FONDE , fondre , du 1. Fundere : « Le solei fait fonde
la neige; » d'où le fr. Fusion, Foison ifusio) , Frofusion,
Fonte, Fondeur, Confondre, Fuseau , Fusain , bois pour
les fuseaux, de même en a. Spindle-tree , en v. f. Fus,
Fusée, Fuser, Infuser, etc., en a. Founder, fondeur,
Foundery , fonderie, Fusée, fusée et fusil, Fuse, fondre ,
Fusion, fusion et les composés, etc. En n. confonde,
salir, déchirer ('ses vêtemens) , comme on dit en fr. pop.
à
— UVy —
Abîmer : « Il a confondu ses liardes ; « de même en v. f. ;
Fi'isALN, fusain, dont voici l'ét. : « Ex cujus ligno fiunl
fuxe et vielarum archecti ; (P. de Crescentiis, 1. v, 64)
FCiSAiN est dans le Coût, des forêts, art. Roumare; fuiset,
FisET, fuseau, ce sur quoi on répand la filasse, le fll; en
V. a. Fusel, fuseau, d'après Halliwell ; fisiau, id.; fisée,
fusée, c. à d. la charge du fuseau : « Femme filant fisée. »
Quant au suffixe Ficel, autrefois Fuissel, des paroisses
Beauficel , arr, de Morlain, Beauficel-en-Lions , « Apud
landam de Bello Fuisselloin foresta de leonibus, » et dans
les rôles de l'Echiquier Bel-fuisscl, c'est peut-être une
forme de Faust, Fau, Foustel, hêtre. Remarquons qu'on
distinguait le Fau [Fagus) du hêtre : « Debet unam fagum
et unam hestrum ad natale domini, « (Acte n. de ^200), et
que Hêtre ne vient pas de Ostnja, comme nous l'avons dit
à l'art, fau, mais de Fagastnim, péj. de Fagus, en v. n.
Haistriau : « Ad levatum suarum baccarum vi haistriaux
et II furons et rursus rohaistrieux (sic) ad estalariam de
Wigreis. » (Grael de Watteville, f. 107; Toutefois Fuissel
peut représenter plutôt le mot Fossé : du moins Fousseler
sign, fossoyer en v. f. V. foui. Le 1. Fundere existe aussi
sous une forme très-favorite du peuple et des N. , c. à d.
foctbe.
FODTBE, focte, outre sa sign, propre et bien connue,
comme subsl. et comme verbe, d'où fodtré, (cheval) vigou-
reux, a le sens gén. d'appliquer violemment, comme foutre
UN COUP, asséner; on trouve dans des rôles n. de H -198 :
« Rie. Foutkout ; » été foutu, c'est être, perdu, usé, ruiné ;
aussi FOUTU, comme préfixe, a un sens péjor. : « Foutu
chien, foutue bête; » foutre, dans le sens absolu : « J' vas
f foutre, » battre, avec son part, foutu, se rapproche beau-
coup de l'a. Fight, et surtout de son part. Fought; aussi
le pat. a. possède Fouty, un misérable; (V. Ric/iardson's
Diet.) Jamieson donne ce mot comme usité en Ec. et dans
le n. de l'A.; Halliwell cite en pat. a. Futre , avec cette
citation : « Futre for thy base service. » (Diet, of Archaisms)
Fout, en Northumb. , sign, un enfant gâté (ibid.) ; on dit
en terme de mépris : « A foutra for you (ibid. ); Foutry ,
chétif (ibid.) ; la plupart de ces mots pop. a. se retrouvent
dans les mots n. : foutriquet, foutard : « Ce petit foutri-
quet qui le veut; en musique, » (Musen.) petit garçon
chétif; foutiner, foutimasser, foutaise, foutimasserie ,
FouTiNETTE sont des dim. et péj. de foutre dans son sens
jtropre; foutrot (Val.), Jeu oîi Von fout des coups de cartes
— 346 —
sur les doigts; foctùment, en extrême quantité : « Y a
foutùment de l'ivraie dans l' blié ; » jean-foutbe, un coquin ;
JEAN-FOCTRERIE , coquinerie ; se ForiRE, se soucier peu, se
moquer : o Je m' fous d' té à pié et à cheva. » L'expres-
sion Foute le camp, s'enfuir, s'emploie surtout dans le
dicton :
11 est coume le tchiin de Jean de Nivelle :
I fout r camp quand no l'appelle.
Ce Jean de Nivelle paraît avoir été un personnage réel de
la ville de Nivelle (V. Walknaer, notes sur La Fontaine)
et le précurseur de Cadet Roussel, selon cette chanson
du \ 5e s. :
Hay avant Jehan de Nivelle,
Jehan de Nivelle a deux houseaux ;
Le roy n'en a pas de si beaux,
Mais il n'y a pas de semelle;
Hay avant Jehan de Nivelle.
Une autre branche du 1. FundereesiFons, Fontis, enù.
Fonts, Fontaine, Fontenier, Fonticule, Fontinal , en a.
Fountain, Fount, Font, Fontanel, en n, fomekelle, petite
fontaine, Fontenaille, Fontenay, restés dans la topog. , en
V. f. Fontanel, comme en a., qui a encore gardé Fontinel;
on disait aussi en v. f. Fontenelle, comme dans ces vers
du Chemin de vaillance, de J. de Courcy :
Me endormy sur la fontenelle
Qui me semble plaisante et belle.
Or le sommeil ou le repos près d'une fontaine est un thème
commun des chants pop. Le plus connu en N. est la chanson
de la Claire fontaine. Y. Intr., p. 357. Comme Fons est
masc, il est probable que font, fém., resté dans la topog..
est une abrév. du Fontenelle précité , comme en N. La
Haye-Bellefont; du reste Fo^î^ , fontaine, resté dans l'a.
Fount, subsiste dans le centre de la Fr. (V. Voc. du Berry.)
Parmi les dictons sur Fontaine , on remarque : « N' faut
pai dire : Fontaine, je n' bérai pai d' ten iau; » « Tant va
la cane à l'iau , ou à la fontaine , qu'à la fin o casse. »
FOR, préfixe tiré du l. Foris, dehors , en gr. Xwptç, le-
quel a donné Hospes, l'homme du dehors ami , et Hostis,
l'homme du dehors ennemi , comme en gr. E? donne
EXôpoç, et Setvoç modifie un grand nombre de mots fr. en
leur faisant signifier une action en dehors de leur but di-
rect; par ex., en v. f. Fors : « Tout est perdu fors l'hon-
neur, » Forban , litt. banni au dehors, Forcené, en v. f.
Forsené, litt, hors de sens , Forceps, ce qui amène au de-
— 347 —
hors, Forclore, exclure, Forfaire, lîlt. faire en dehor?, par
ex. de l'honneur, Forfante, qui parle en dehors (de la vé-
rité) , Forhuir, Forlancer, Forjeter, Fourvoyer, For-ma-
riage, Forpaltre, Forsenant, Faubourg, env. f. Forebourg,
etc. Le fr. Fort-vêtu, c. à d. velu au-dessus, en dehors de
sa fortune, devrait s'écrire Forvêtu. En a. For, joue le
même rôle, par ex. : For, prép. signifiant malgré, nonob-
stant, litt. en dehors. Forth, en avant , et dans les com-
posés : Forbear, s'abstenir, c. à d. rester en dehors. Forbid,
défendre, ou ordonner en dehors , Forgive, pardonner ,
litt. donner , mettre en dehors (l'acte coupable) , Forlorn,
abandonner , le fr. Forlonger , usité en vénerie , Forfeit ,
forfait, de même Forget, Forsake, Forsivear, etc. Ajoutons
pour les deux langues Forain, en a. Foreign, l'homme du
dehors, en n. horsain, en v. î.Forein, extérieur : « Ne tint
à nul domage de perdre la beauté foreine. » {T. de C/iar-
trose). L'a. Fore, antérieur, d'où Before et tant de comp..
peut être considéré comme le même mot, parceque l'anté-
riorité constitue une circonstance extérieure à une chose,
en dehors d'elle. Le n. emprunte un bon nombre de déri-
vés à ce rad. ; fobiêbe,s. f., sillon en travers des autres, en
dehors des autres, lieu de passage et labouré le dernier :
« Onines subtrabes, forerias, logiam et vias. » (Cartul. des
baronnies de S.-Oen), en v. f. Vorière; l'a. Furrow, sillon,
conduit, a un rapport de forme et de sens avec ce mot; à
Guern. fodaibière, en pic. Florière, en b. n. fouïère ; fobei-
iSES(les), s. f., îlots de Chausey, les plus dangereux et les
plus en dehors de l'archipel; la foraine, îlot au large du
cap de la Hague; defodr (Av.) le plant, legard qui entoure
la métairie, litt. le dehors; ainsi au I2« s. on disait : « De-
forienes choses , » c. à d. extérieures. {Li quatre liv, des
dialoges Grégoire); defoul, id.; ei foule, s. f., coll., bes-
tiaux engraissés et vendus, litt. mis dans le défoule; fo-
RENFLE, enflure. Dans les nombreux comp. de For, le n.
offre roRBANisiR , dont il n'est resté en fr. que Forban :
« Que chicanerie puisse estre forbannie de nus maysons. »
(01. Basselin); le syn. a. de Forban est Outlaw , le pros-
crit, le hors de loi; forbeture, transpiration sortie; i orbes-
son, id.; fourbu, forbu, litt. qui à bu à contre-temps, comme
l'explique H. Etienne : ♦ Fors le temps qu'il devait boire. »
(Précellence du lang. fr.}; forces, s. f. pi., grands ciseaux
de jardinier, Forceps; en rouchi, Efforches, ciseaux à tondre
le drap , de même en v. f. ; Cotgrave cite comme n. forças
qu'il traduit par « Seizure, » c'est le fr. Forgager, litt. dé-
— 348 —
gager une dette. De roa dérive le fr. Sortir, Sortie; mais
en n sortie s'emploie dans la loc. : « Aveir d'ia sortie , »
c. à d. l'intelligence et la désinvolture que l'on gagne à sor-
tir de son pays, à faire son tour; de ce rad. vient aussi le
fr. Foire, le n. fèbe , dont nous avons donné la branche, et
la branche issue de Forum, c. à d. le fr. For, Fur (et me-
sure), en n. teube et Fuca, du 1. Forum, marché, litt. tarif
du marché, en v. f. Feur, foire et marché , et aussi Fuer :
« A nul fuer n'en doit nus dire se bien non. » (Bien des
fames, ap. Jubinal , Jongleurs, 84) ; on dit aussi a feur et
A MESEURE : « Il répondit qu'à nul feur il ne ferait le ma-
riage. » (Joinville) On peut citer, à l'appui de cette et. que
l'on a pas besoin de demander à l'ail. Fuder, poids, charge,
le nom de la ville de Feurs , Forum Segusianorum ; mais
la N. ne possède aucun nom top. issu de Forum, marché ,
très-commun dans les noms de villes du midi. Quant à
Foire, dans un autre sens, en \.Foria, en n. fouerre, on
le tire aussi de Foris, quoiqu'une orig. on. soit possible
V. FLAu, article auquel il faut ajouter que les « Quatre
mots n. » sont : <- Un Kien, un Cat, une Pouque. — Et le
quatrième ? — Ch'est d'ia fouerre à ta goule? En H.-N.
c'est : « Cat, Kien, Pouque et Mouque, » ailleurs mous-
tille. De Foris on tire aussi Forare, forer, en a. Bore, id .
Cette citation de Foire est pour nous une occasion de donner
le sobriquet des « Foireux de Bayeux, » affligés de dyssen-
terie ou du ma saint-gabbot par leur évêque St-Gerbold ,
qu'ils avaient chassé, et un passage du Pathelin qui ren-
ferme ce sobriquet et qui est un spécimen de patois n. dans
la bouche de Pathelin en délire :
Or cha, Renouart au Tiné
Hé dea, que ma c... est pellouse,
Eli' semble une catte pelouse
Ou à une mouque à miel;
Bé ! parlez à moy, Gabriel ?
Les playes Dieu ! Qu'est-ce qui s'ataque
à men c. .? Est-che or ou vaque,
Une mousque, ou ung escarbot?
Hé dea, j'ay le maù Sainct-Garbot!
Suis je des Foyreux de Bayeux?
Jean du Quemin sera joyeux :
Mais qu'il sçache que je le sée...
Bé ! par Saincl-Jehan je berée
Voulentiers à luy une fée.
Le troisième vers nous semble une mauvaise leçon : met-
tez Elle et lisez Carpelouse, en n. la Chenille, d'où l'a. Ca-
terpillar. Si Pathelin était N., comme on l'a dit souvent .
— 349 —
il n'y a pas lieu tic s'étonner qu'il parle n. devant des N. ,
parcequ'il emploie ici un dialecte pur ou même chargé ,
c. à d. le b.-n. qui contraste avec son idiome littéraire : les
hommes instruits parlant patois ne parlent qu'un patois
plus ou moins francisé. Parmi les traits qui mihteraient en
faveur de la provenance n. de Pathelin , outre le caractère
général de ruse matoise et de duplicité qui règne dans
la pièce, on peut citer quelques dictons usités en N., par
ex. : ' Avocat potatif à trois leçons et à trois psaumes, »
qui offre la loc. n. : « C'est un bréviaire de Fecamp à trois
psaumes, et rien du tout qui ne veut. » La loc. « Gros et
gresle » p. 84) est toujours usitée en N. : « Faire [gros et
gresle, » c. à d. laisser tout aller. Sur « sommes-nous be-
jaune ou cornards? » L. Jacob remarque que ce dernier
mot était synonyme de sot en N., où régnaient les confré-
ries de Cornards. A la famille de fok, Fordin, appartient
le fr. maritime , t. Mener en furin , » c. à d. au dehors
du port.
FORCHE, force : « A forche de forgier, no s'fait for-
geron; » FORCHiER, forcer; s'efforchier , s'efforcer : « Les
diz religieux induement et de nouvel se efforchoient d'avoir
cognoissance des mesures en ladite paroisse qui est es me-
tes de leur baronnie de Gênez. » (1330, Avranddn, ii,609);
FORCHFiR, qui force, en î^. Forcer; forcoat, forçat; forche-
MEîiT, violence, du 1. Fortis, d'où le fr. tire encore Fort,
Forteresse, Fortifier, Fortin; l'a. est plus riche en dérivés :
Force, Fort, un fort. Fortress, Fortify , Fortitude, Forcible,
les trois dim. Fortin, Fortelet, Fortilage, et d'autres for-
mes secondaires. Quant à la loc. «Force a word,» c'est le fr.
Forger. Dans les comp.. Renfort, Renforcer, en n. re.\for-
CBii, en a. Reinforce, Reinforcement, renfort, en n. reffor-
CH1ER. engager vivement, Conforter, Confort, l'a. Comfort,
Comfortable, d'où le fr. mod. Confort , bien-être physique.
Confortable, etc. Réconforter, Reconfort, en a. Recomfort ;
Deconforter, Deconfort, en a. Discomfort. Parmi les loc.
pop. n, où entre Fort et Forche , on remarque : « Fort
coume un arbre, un quesne, un cheva, un Turc , une béte,
un bœu, etc. » On dit d'une personne extrêmement forte :
« I n'counaît pas sa forche; » de toutes ses forces se dit à
Val. : « De ses fins forches, » c. à d. finies, à leurs der-
nières limites ; on dit prov. : A la forche, pas de résis-
tance. »
FOUAIX. faix, du 1. Fascis : « Un founix d'herbes , de
— 350 —
branches;» forte-foiiaix, s. f., corde ou linge pour embras
ser un faisceau; en fr. Porte-faix, Arrière-faix, Faisceau
Fascine, Fascinage, en terme héraldique Fasce. en a. Fessy
Fascine; fgoessi^e (M.) fascine, botte de paille pour ser
vir de coussin , en v. f. Faissine, en 1. Fascina, oublié pa
plusieurs lexicographes : Ovide a dit : Fascina frondis
ailleurs messine, tresse de paille sur des sabots, peut-être
de Messis, moisson; fodessiner, garnir de fascines.
FOUECELLE, foicelle (Orne), s. f. corbeille ou vase
à égoutter le lait, du 1. Fissus, Fissilis (Findere) , parce-
qu'elle est faite d'osier fendu , Fiscella, d'oii le fr. Ficelle,
en V. f. Fisselle , Fessdle; on dit aussi froicelle, et en
Daupbiné c'est Freissela; en H.-N., fiisselier, moule au
fromage, et faiselle, table de pressoir. Le fr. ajoute
Ficelier, Ficeler ; en fr. pop. , ce dernier sign, arranger,
serrer au corps le vêtement : « Te v'ià bien ficelé » sign^
vêtu d'habits bien faits , bien ajustés. On dit pop. : « Con-
naître les ficelles d d'une chose, c. à d. les rouages, les
ressorts, d'où ficelle, adj. , habile, adroit, filou, comme
dans ce couplet de Cadet Roussel :
Cadel Roussel a Uois garçons:
L'un est voleur, lautre fripon ;
Le troisième est un peu ficelle, etc.
Du reste, celte branche se rattache à Fendre. V. fichier.
FOUEDRE, foudre, du 1. Fiilgur, de Fulgere, en v. f.
Fouldre et Effondre, tempête, en a. Foulder : a With fo-
wle enfouldred smoake. « (Spenser, p. .59) ; pierre-de-foue-
dre, belemnite; focdrer (S.-Inf.) , s'emporter, litt. fou-
droyer. Lefr. ajoute à ces mots Fulguration, Fulminer, et
V h.. Fulguration, Fulminate, Fulgent, Fulgency, Fulgid,
Fulgour, Effulge, Effulgence, etc.
FOUÉE, flambée, et bois pour une flambée, du b.-l.
Focata, d'où Focagium, le fouage, ou impôt par feu , du
1. Focus, d'où vient le fr. Feu, en v. f. Feue, Foc; focatlne,
petite fouée : « Cha n'est que fouée et fouatine, » comme
on dit d'un feu de paille; fiée. s. f., faisceau d'herbes, d'où
la loc. : (I Une bonne fiée , »> une grande quantité : « Nulle
fiée n'ataint as viandes espiritez, » (Best, divin) fec, in-
cendie, comme en a. Fire .• « Y a eu un grand feu , " en
a. « great fire; » fourolle, torche, le fr. Furolles; af-
FouER , exciter , attiser le feu : « Affouer un chien ; »
FODACHE, fouace, gâteau cuit au foyer, en 1. Focacius; à
Caen. fotjée est syn. de Fouace. H y a des familles
i
— u\ —
Fouace,. Fuuasse; fooyeh . foyer, comme en v. 1". et clans
la chanson de Jeanne :
On c'quo filait sa quenouillelte ?
Sus un l)illot, en un coin du fouyer.
TBEFoiET, S. m., CD V. f. Trefoucl, la bûche de Noël, en A.
Yule log ; éteinte et conservée, elle préserve de la foudre ;
rouiiLLE (Gl.-n.), s. f., bûcher, lieu où l'on met la fouée ;
FOLAiLLES, branchcs brisées et sèches, propres à faire une
fouée. Il est souvent question de la bûche de Noël dans les
chartes : « Unam fagum et unam choquam ad Natale. »
(Cartul. de St-George, i2j.el l'ex. suivant donne l'ét. deTre-
fûuet, Bûche en arrière du foyer : « 1231, unam quadriga-
tam neraoris ad natale pro reîroprostfocinio. • (Cartul. de
Fecamp, 5) rrsi, foisi, briquet, en 1. Facile, d'où le fr.
Fusil ; FoisiL,. ce que le fr. appelle Fraisil, c. à. d. le poussier
de charbon ; ce mot se dit dans les grosses forges de l'Orne
et de l'Eure; foisiller, à Mortain. remuer les cendres; fi-
roLLET, feu-follet dans l'Orne; follot, écrit à tort faulau,
id.; en pic. Fofu, litt. fol-feu; à Vire, rafouet; le fr. ajoute
Fougon, Fougade, Fomenter, Fougue, de l'it. Foga, ar-
deur, enn. fou^ie, élan. Fougueux, en it. Focoso ;\'a. a peu
de mots de ce rad. : Fewel, chauffage. Focus, foyer. Focal,
de foyer, FocUlotion, Fougade, etc. : le premier seul est
ancien. C'est à Fouage qu'il faut rapporter le fr. Fougère,
lilt, plante pour la fouée, en H.-N. fd.nquière {Gl-.n ), d'où
FouGERAiE, S. f., champ de fougère, et fougeray, s. m., com-
muns dans les noms topog. La disparition du 1. fgnis, du
fr., du n., de l'a., est remarquable; c'est sans doute YAgne
de la mythologie scand., ce roi qui combat contre Frost ,
la gelée, sans doute le même que Vy^gni du sanscrit. Ce
mot, avec le sens de feu. règne sur les côtes de la Baltique;
en Lithuanie Ug7ii sign, feu ; c'est Ogon en slave.
Le fr. Foie, foyer de la vie, en a. Liver , litt. viveur, la
vie, se dit en n. faie : « Maigre coume un feie de tchiin, » et
dérive de Focus. Toutefois, une orig. septent. est possible :
Feiz, gras. env. ail.; il est dans une note malbergique de
la loi salique, Faisseth. Quant à Feu, défunt, c'est le 1.
Functus ; mais, dans la M., défunt prévaut, et on dit :
* Défunt men père, » et fu.nt. qui conduit au fr. Feu. Ter-
minons cet article sur Focus, feu, par le nom pop. du na-
vire à vapeur, .navire a feu , le fr. Pyroscaphe.
FOUOU, four, du 1. Furnus (archaïque Formus, chaud) :
« Ch'est au fouou et au moulin que no z'apprend les nnn-
19
— 332 —
\elles; » « Neir coume la goule d'un fouou; » foiiocr-a-
BAN , four public ; le ban était autrefois la circonscriplioa
où nul ne pouvait se dispenser de porter son blé ou sa
pâte à un moulin ou à un four déterminé , et les hommes
du ban étaient dits Banniers ou Mouiiers; foienet, foueniau,
fourneau; fouenet-a-caux, fourneau à chaux : « Sonfournel
à faire chaux; » {Coût, des forêts, Conches) quelques loc.
s'appellent fodrnel, FouEXEr, foceniau, fourneaux, comme
en A. des noms de Hou ont pour suffixe Kill, Kiln, four à
chaux, en a. -s. Cylaie, Cyln; le fr. Forge nous semble
venir de Four par le Y. prov. Fourja, forger, Fourguigna,
fourgonner, et nomme les loc. n. Fourges.Forges-les-Eaux,
Forges-les-Tourelles; de là le fr. Fourgon , Fourgonner,
en n. foijrgancer , rorRcoiTER; on dit prov. : « La pelle se
moque du fourgon , » c. à d. qu'un défaut se raille d'un
autre; comme une autre et. est possible, V.fouour; foue-
NAisE, fournaise, en a. Furnace; fodenier , fournier, à
Jersey boulanger : on connaît les barons formers de Lisieux ;
F0UE.MER, faire cuire du pain au four : « Un pain de deux
tournois, se il fournie entre la S. Andrieu et Noel; » (De-
lisle, Et, 882) FoiFNAiE, fournée; fouerxi, fournil. De
Fnrnus vient aussi le fr. Fournir, en b.-l. Furnire, litt.
emplir le four de pain, d'où Fourniture, Fourniment, Four-
nisseur, Fournissement, Enfourner, Défourner; en n. ex-
rouEHNER sign, métaph. avaler largement; en a. Furnish,
Furniture, en v. a. Fourniment, fourniture, dans Spenser,
p. 204; FouRMTCRES ( Av. ), vêtements, chaussure qu'on
donne en sus des gages en argent ; fouebni (bien), fort en
chair. Du 1. Formus, four, \ien[ Fornix, voûte, etpar ext.
lieu de prostitution, d'où le fr. Forniquer, Fornication,
Fornicateur, en a. Fornicate, For7iication , Fornicator,
Fornicatress. Il y a une branche du pat. n. qui nous semble
se rattacher à cette famille, c'est celle de focrcelle, four-
chelle, bouche large et gourmande, comme on dit ex-
FouRHER pour avaler abondamment : « Après fourcele
menton. » ( Jeus d'Adam le Boçu. ) Ce mot a le sens d'es-
tomac en H.-N. : « Mon entonnoir très fidelle — ne laisse
entrer dans ma fourcelle — breuvage, s'il n'est excellent. »
( Orig. de Caen, 9o.) V. passim dans la Muse n.
FOUOUR, fourche, dans le sens de bifurcation d'un ar-
bre, d'un chemin : « Le fouour d'un abre, d'unquemin;»
on dit aussi le fouour d'une culotte , là où les jambes se
partagent; le fr. Carrefour renferme le four n., litt. la
fuuicliu en (jualre. Aussi on trouve dans le Rom. de Lance-
lot : « Illec dessus a ung quatre fourc de sept voyes. « «La
grant Dive au fourc de Garet. » ( Enquête à Caen , IS^ s. )
On trouve aussi le foioub d'arbre en v. n, : « Item le bois
vert en gesant, le prespié hors et le sec en estant, l'aleron,
le fourqz et la branche pour leur ardre. » (Coût, des forêts.
Bur.); le premier /o?/?-»/ s'appelait Escoqucnard : « Si ont
le chesne tout sec au dessoubz du premier four appelé Es-
coquenard. » {ibid). « Habent furcos fagi excepta magistro
furco, » c. à d. l'Escoquenard ; rouERQCE, fourche, en a.
ForJi, en v.a.Forke; foiebquiœ, s. f. , ce qu'une fourche
peut porter; foderqiet, chemin qui fourche, embranche-
ment; FoiERQtEFiiRE, grande fourche en fer, VM.furca-
ferrea : « Très forkes fieres as fiens. » (Acte de ^230).
n Epieux et fourches-fières. » ( Lafontaine , Le Lou^) , la
Mère et l'Enfant) ; le v. a. Piche-Forke est traduit par Pals-
grave en Fourclie-fière; en H.-N. on dit foibqce-file et
focrodeliebe; on l'appelle encore focrqde-gerbière, c. à d.
ù gerbes; focerquieb. fourcher; foierquieb dans ce sens :
• La langue me fouerque , » c. à d. je dis un mot pour
un autre ; ejn-fouerquieu, prendre au bout d'une fourche. A
la forme dure le fr. ajoute Bifurquier , Bifurcation, l'a.
Fork, Forked, Forky, etc.; entre la forme dure et la forme
douce se place le fr. Fourgon, en n. focercoin , litt. four-
chon pour attirer. Fourgon, voilure à timon, à bras ; pour
la forme douce, le fr. offre Fourche, Fourcher, Fourchette;
Fourchon, Fourchu, Enfourcher, Affourcher; et len. donne
fouebchine, bifurcation; cHKi^E-FOURcnu (Av.), s. m., situa-
tion de qui est planté sur la tête : Rabelais dit Chêne-four-
ché ei Arbre-fourchu ; focrcbet, mal qui attaque le pied
fourchu des porcs et des bœufs; roi rchemlx, chemin bifur-
qué et carrefour; Il y a des loc. n. dites Fourques (furcœ),
Fours, Fourches; le pat. du Devon dit aussi Forches, em-
branchement, selon Halliwell qui cite aussi en a. Four-
chure, la bifurcation des jambes : « Gambes ont lunges
dreites et larges la fourchure. « [R. de R.) On disait aussi
Furcelle : « Sovent li muille la furcellc e larson delà sele.»
(Benois, ckron. Y. 5475). On appelait Sostres, en v. n.
(substrabes) : « Silicet quod remanet post fulcam, sine ap-
positione rastri. » (Cartul. de Jumiège). Par une métath.
naturelle et d'ailleurs propre au n. Le Fourc ou le Four
d'un chemin , c. à d. la Fourque , devient Le Froc , vieux
mot qui désignait des places incultes plus larges que le
chemin, situées spec, aux carrefours, et désignées dans les
— 33/i —
doc. n. sous les formes de Froca, le Frou, le Fro, Fro, Pros.
(V. Delisle, Et.i\^.} restées dans les n. pr.
FOURME , forme, du 1. Forma, mélalhèse de Mopcpv);
de môme en v. f. : « Car de la passion la fourme ne me
livre ; » (Chant du Roussigneul) mais l'emploi spec, de ce
mot en n. est forme de soulier : « Remette un soulier sus
la fourme , » à Val. fododrme ; en v. a. Fourme : « Conse-
crate in fourme of bread; » (Barclay, Ship offooles) focr-
MiEB, formier; delà l'a. Frame, forme, comme le fr, pop.
Frime, forme, semblant : « Faire une chose pour la frime, «
c. à d. pour la forme, l'apparence; par ext., frime sign,
ruse; en v. f. Frume, mine, grimace; toutefois, comme une
orig. celt, est possijjle, V. frime; en a. Frim sign, beau,
comme le 1. Formosus; c'est par un changement semblable
que le V. f. Fourmage, litt. lait mis dans une forme, est
devenu Fromage, en n. froumage; les trois formes étaient
usitées en v. n. : « Six fromaiges telx comme l'en fait au
pays par chacun an; » (^42^) o Pour chacun chef de
fourmage cinq deniers; « (Coût, de la Vie. de l'Eau deR.)
a Ele avoit tant de froumages;» [Chron. de Benois) une
rue de Caen conserve une quatrième forme , la rue For-
mage. Le 1. Caseus n'a pas laissé de traces en pat. n. ni
en fr. , quoiqu'il ait donné au v. f. Casié, laiterie, fro-
magerie , Chasier, panier à égoulter le lait, à l'a. Cheese,
en a. -s. Kyse, à l'it. Cascio, à l'esp. Queso; le fr. savant
a Caséum et Caséux. On dit pop. : « Mangier du froumage
de bisque, » pour sign, bisquer, c. à d. enrager, calem-
bourg sur le fromage de Biscaye , des Basques; on dit même
simplement en ce sens : « Mangier du froumage. »
FOUOURMI, FROMi, FRÉMI, fourmi , du 1. Formica
(Mup[ji7i?) ; il y a des familles Fromy; ainsi dans la Musen.:
Qui a veu sortir de leur Irou.
Des frémis, quand no z'y farfouille.
Ces mots n. sont très-souvent m., comme en v. f., par ex.
dans le Bestiaire divin. V. 95.3 :
Seignors, pernons garde au formi
Qui se travaille, et provist si.
« Il n'a si gros qu'un fremy. » {Farce du munyer, 256). On
dit prov. : « Le fromi amasse l'été de que vivre l'hivé; »
FOllOURMiLLIlBE , FEOMILLIIBE , FREMILLIIRE , fourmillièrC ;
FOUOURMrLLIEH . FROMILLIER , FREMiLLlER fOUrmillCF , COmmC
dans la Muse n. :
Aiiicliin fremillenl devant nous
Ces soudards allant à la Bouille.
lOCOlKMILLEMEItT , FROMILLEJIEST , FBEMiLLE.YlEM , fourillillc-
incnt. Le fr. ajoule Fourmiller , animal, Formicciiit. L'fi.
emploie Formica; mais son mot est d'orig. germ.. Ant, en
a. s. Acmits, en v. f. Ameis,
PRATER, FRATiiÈRE, FBATRES, S. m. hoibier; les bar-
biers étaient la corporation des Fratres servientcs des mé-
decins : « Qu'Esculapc lui serve de frater, » (Coursault,
Poésies.) Le 1. Frater est un de ces mots universels, comme
la plupart de ceux des membres de la famille : <I)paTtùp en
gr., Brother en a., en ail. Bruder, en irl. Brathair, en bret.
Breuzr, en v. slavon Bratr, en sanscrit BJirdtr. freire ,
frère, et à Val. freirre, très-liquide; frérot, jielit frère,
terme d'amitié ; frérot, élève des frères des écoles chré-
tiennes; c'était un des noms pop. des Franciscains; fbe-
REux (II. -N.), cousin germain; farage (Orne), s. m. com-
munauté d'hommes, et quelquefois de femmes; fhérage.
te?. /FBARiE, coRFBARiE, coufréric ; FRARIE, frairie; flaries
(Orne), réjouissances, festin, primit. de confrérie; un dicton
n. conserve le souvenir des représentations des mystères
par des confréries : « Fierté de Rouen, Flaries d'Argen-
tan ; V. FIERTE ou la proccssion de St Romain ; Frary,
fraternité, se disait en v. a. (Halliwell) , et dans P<?rc?/ '5
ballads, Play frères est pour Play felloics. Le fr. ajoute
Fraternel, Fratricide, Fraterniser, ce dernier date de la
Révolution; l'a. Fratricide, Fraternal, Fraternity, Friar,
un moine, en v. f. Frier, Friary, Confraternity , etc. Le
V. f. avait Fraresc/ie , fortune entre frères, entre héritiers,
Frerastre, beau-frère et demi-frère, Frère de bast , frère
en bâtardise; la finale âtrc. alter, a été remplacée par un
terme de courtoisie , le préfi.xe Beau , ainsi Beau-frère
pour Frerdtre; il n'est guère resté que Marâtre, et encore
avec un sens odieux. On dit pop. : « Etre de la confrérie, »
c. à d. des maris trompés . allusion aux confréries des
Cornards de N. (V. coae.) La fonction d'allumer les lampes
des églises était attribuée à un Frère lampier, homme de
peu et sale de profession, d'où Frélampier. en n. ferlam-
pier; comme une autre et. est possible, V. fe.
FRAUDEUX, FRÀCDOCR, fraudeur, du 1. Fraus (^pouSoç);
On disait en N. fraulpeix pour frauduleux : « En cas de
marchié de bourse frauldeux. » (Du stil le de procéder en N.);
du reste Fraudosus est un terme archaïque qui est dans
— 3oG —
Accius; FRAI DE, s. f., objet qui provient de la fraude; ou
dit pop. : « Vendre , Àcater en fraude. » Le fr. ajoute
Fraude, Frauder, Frauduleux, Frauduleusement, en a.
Fraud, to Defraud, Defrauder, Fraudulent, Fraudulenaj ,
FraiulfiU.
FRAYÉE, FiUYi.li:, ornière, trace frayée, dul. Frangere,
on. universelle, pour laquelle nous renvoyons à l'art, brit ;
FRAYON, partie intérieure de la charrue, qui s'unit au soc
et sert à briser le sol; fraiser (Villedieu), briser les angles,
les arêtes d'un trou foré , et fraise sign, briser dans le pat.
de Norfolk (Halliwell) ; fraisoir, fraisobr, outil pour frai-
ser; FEETTE, ligature, bandelette, primitiv. bâton, qui sert
à lier, et un bâton est un fragment ; fretter, emmaillot-
ter; en fr. Frette, lien de fer et en fr. héraldique Frette
sign, un bâton croisé ; en v. f. Fract et Frette, brisé ; de là
les loc. Pontefract, en A, trad, en Brokenbridge, et Frette-
meule, arr. d'Yvetot, en 1. Fracta-mola, de Vracto molen-
dino; en v. f. Fraite, brèche; de là le fr. Effriter , l'a. Fret,
se briser, se rompre en parlant d'une étoffe ; de là le fr.
Fretin, par abrév. Frai, litt. petite chose, mince, brisée ,
frette, dans Wace Frait : « Li lices sunt totes fraites. »
Le fr. ajoute à cette fam. Fracas, Fraction, Fragile, Franc,
dans le sens de fragile, ex. du bois franc, d'où Framboisier,
Enfreindre, Franchir, Frange , Frasque , en a. Freak, ca-
price, Frêle, contr. de fragile, Freluche, Freluquet, Friable,
Friche, terre qu'on brise , en v. f. Fraitij, terre inculte,
Friction, Frille, Fraise et Frise (cheval de), pieu pour briser
un assaut, etc., termes qui se retrouvent presque tous en
a. Quant à Frangipane, querontiredel'inventeurFrangipani,
il faut remarquer une singulière harmonie entre son nom
et son invention. A la racine on. de cette famille se ratta-
che le fr. Friper, frotter ses habits et jusqu'à un certain
point les déchirer, d'où Fripier, Friperie, en n. frippe, s. f.,
vêtement usé :
Tandis que vous mangez le cliaudin el la Irippe,
Ils peuvent lout-à-coup vous tomber sur la frippe.
(Lallemant, la Campénade, ch. m, 17.)
Ce mot est ancien, car on trouve dans Wace : « Multvois-
siez Franceis et défaire et defriper, » c. à d. dépouiller ; fri-
roiiLLE, guenille. Le fr. Fripon vient ou d'une on. de vol
preste ou de ce mot Fripe, comme Gueux en son mauvais
sens est venu de gueux, mendiant, selon le prov. : «Misère
engendre tricherie. » Quant à feupe, guenille, c'est la meta-
à
— 3:i7 —
lliose de PEL'FFE , friperie, en a. PelJ, objet iimiile, sans
doute d'une orig. celt, par ex. en bret. Pilferer, colporier.
Pilhcn, guenille, en v. f. Pilferer, piller.
FRED, IRE: E, froid, froide, du 1. Frigidus , dérivé de
l'on, du frisson ; une commune n. a pour suffixe F redebise;
il y a à Caen une rue de Fremantel ; il y a le village de Frede-
rue, près de Colbosc; ired, s. f., id., abrégé de iredettiie,
froidure: « Dieu donne la freid selon l'iiabit. » Chez les La-
tins mêmes Friyidus s'était ainsi contracté : « Da fridam »
(aquam) (Imcrip. de Pompéï) , c'est VAguafria des Espa-
gnols; F«ÉDi, froidir; refred, refroidissement; refbed, mal
causé par le refroidissement ; FRÉt>ERo^. s. m., pierre froide,
de nature ignée ou volcanique , en v. f., Frejau; enfroidl'Bé
(Gl. n.), pris de froid. On dit en fr. fam. Froidureux, fri-
leux. V. le gloss, on., p. 21. L'a. offre Frigid, Frigidily ,
Frigidly, Frigorifick, etc. A cette on. de frémissement, fris-
son , se rattachent plusieurs mots fr. , a. et n. : Fredon ,
Fredaine, Frelon, Frémir, Frétiller, Frire, Friand, Frileux;
en n. friloux (il y a la chapelle es Friloux), Effrayer, Fri-
mas, Frinquer, Friquet, Frisson,, en n. FuÊcnoN, etc.; en
a. Fluttering, Rime, frimas. Fry , Fréam, Freeze, Fret,
Fright, Frill, etc., en v. f. Friller, trembler de froid. La
branche fr. Frais, Fraîche, vient de l'it. Fresco, d'où le fi\
Fresque, contr. du 1. Frigesco ; de là le fr. Fraîcheur,
Fraîchir, Rafraîchir, etc. l'a. Fres/d , Freshness, Freshet,
étang d'eau douce; en n. fraîceeurs, s. f. pi., refroidisse-
ment : « Il n'attraperait jamais de maladie ni fraîcheurs
en gardant les animaux. » (Fantaisie par M. la Martre,
Av. J848); rafraîchi, s. m., rafraîchissement; on dit iron. :
« T'es frais, va! » c. à d. dans une triste position, comme
on dit : « T'es blanc , va ! » Dans l'Av. on dit : « Un fred
neir, >> c. à d. le froid d'un temps sombre , et « un fred
rouge, » c. à d. qui fait rougir la peau.
FRENAIE, s. f., bien planté de frênes, du 1. Fraxinus ,
il y a en N. beaucoup de loc. dénommées de cet arbre : Le
Fresnay. La Frênaie, Le Frêne, Frêneuse, Frenoi; frênot,
petit frêne; Freyn, un hêtre est citéparHalliwellcommepat.
a.; en v. f Fraissé et Frai. Enn. co7RÊi\E, litt. co, pour mau,
mauvais frêne, c. à d. le sorbier des oiseaux , on dit encore
Frêne à fruits rouges, c'est l'analogue de cocoè.ne, l'érable,
covEscE, la gesse hérissée (Ervum hirsntîim);\'a. semble de
tirer le nom du frêne de sa couleur cendrée, Ash-tree. (Ash,
cendre) Cf. le fr. Fraxinelle, on v.prov. Fraissineto, f»im-
— 358 —
preiielle, dotilla famille a da rapport avec celle du frêne.
Oil Irouve sur cet arbre un dicton dans le Trésor de Sen-
tences : (' Dessous le frêne venin ne règne. » Le n. pr.
Pelfresne est commun en N. , et la commune de Chef-
fresne (M.) est latinisée en Cava fraxinus ; Chefrène,
dans l'Orne.
FRÉNAILLER, effre.nailleb (s'), être de vive humeur,
courir, litt. comme un animal sans frein , du 1. Frenum,
d'oîi le fr. Effréné, Refréner; l'a. ne possède rien de celte
famille; ireingalle, s. f., mouvement en zigzag d'une voi-
ture sur une pente, quand on serre le frein du cheval,
comp. de Frein et de Val; freikgaller, conduire avec ces
procédés; en v. f. Freneyr, éperonnier, faiseur de freins.
FREULON, !RÙLO>', FURON, FDULON, frelon ; frulomnière,
s. f. trou de frelons : à cette on. de frémissement se rap-
portent les mots Frêle, demoiselle, Fredon, Fredaine, voisin
du V. f. Trudaine, bagatelle, plaisanterie, Freluche, prim,
(iolure, qui frémit sous la varlope, d'oîi le fr. Freluche,
houpe de soie , qui donne Freluquet , en bret. Furlukin,
bouffon, Frésaie ou Effraye, en n. affresaye, affresas ,
Frétiller, Freux, Frégate, oiseau, du bruit de ses ailes, etc;
on trouve un nom voisin de FurluJdn, c. à d. farlaquiis ,
dans une chanson n., V. Inlr. , p. S'io; c'est sans doute
la jeune fille folle et rieuse :
Que j'aime la genlie farlaquin.
Le fr. Freluche se dit en H.-N. furluche , ornement de
tête, d'où FCRLiGHER, sc friser, se hérisser, comme dans la
Muse n., p. 27 : Furluchés ainsi que des coqs : on dit aussi
FDRLUFER : « Furlufcz-vous ct parlez hardiment. « {Ibid.)
L'a. a très-peu de représentans de cette on. Ajoutons le
noTJX- FRELON , le petit hous., le Fragon, Ruscus aculeatus,
appelé Fesse-larron, fragonier, en a. Butcher' s broom ; ce
mot et le n. doux-fuelon ont beaucoup de rapport, parceque
les bouchers s'en servent pour frapper les frelons , les
mouches sur la viande. Le 1. Crabro, frelon, offre une on.
plus ronflante : ainsi l'a. Hornet e\ Drone, frelon, bourdon.
On dit prov. : « N' faut pas emôquier les freulons. » A cette
même on. ou au 1. Farina (V. far) se rattachent les mots
n. : DEFREUN, s. m. poussière, ce qui s'est effrité; eifreuîjer,
réduire en poudre; fred.m.n, frinbt, petit fragment; frinot,
farinier, en un sens plaisant; freux, vigoureux, brusque :
« Du cidre freUx; » fru, id.; freoment, (Bay.) vigoureuse-
ment; FKEULER, frôler . d'où FREULiER , mauvais sujet, cou-
i
reur. lilt, qui se lieurte à tout. Dans iuiioa . mis près du
Ir. PVcIon , nous trouvons une preuve que le n. aime à
enrudir la liquide : ainsi cristère , clystère , Mabire , ce
nom pr. si commun dans la M. , pour iMabile {Amabilis).
FRI, frire, du 1. Frigere; frit, frite, mangé, ruiné,
litt. passé en friture; c'est ainsi que Le Houx dit : « A
Basselin ne demeura que frire; » en a. Fnj, frire; fri-
TEUBE, friture, en a. Fritter, beignet, en v. a. Fritoivre ,
gâteau; fritier, s. m. poêle à frire, écuelle , comme dans
cet évangile burlesque qui se dit dans l'Av. :
En c' temps-là, Jésus dit à ses disciples :
Ceux qui Toudrontd la soupe eront des marmites ;
Ceux qui ne voudront mangier à poignies
Acateront des quilliers ;
Ceux qui n' voudront du creux de lou maiu
Acateront des fritiers, etc.
iRicACHiER , FREGACHiER , fricasser ; fritel (H.-N.) , hareng
saur, litt. poisson frit : « Etgauneet sec comme un fritel. »
(Muse n.) fricachiie, fricassée, en a. Fricassee; fricot, s. m.
bonne chère, viande apprêtée , litt. frite; fricoter, faire
bombance; fricotedr, amateur de bonne chère : « Les
maraudeurs et les fricoteurs sont les fléaux de l'armée ; »
(Charge de Charlet) frigousse , mauvais fricot. V. l'on.
frioleb. a cette famille se rattache le fr. Friand , Frian-
dise, Affriander, Fricandeau, AfFriter, Affrioler. En v. f.
Frire avait aussi le sens de frémir. C'est à une on. de ce
genre qu'il faut rapporter le nom d'une jeune fille fré-
tillante, fricon-friqdette, et par ext., étourderie, frasque,
comme dans la Muse n. :
Après entrit un nombre de fillettes
De ces beautés qu'ont fait Fricon-friquette
FRISIER, friser, du 1. Phryx, Phrygis, parceque les
Phrygiens portaient les cheveux frisés, selon Phne (L. 8 ,
ch. 8), en a. Frizle; defrisier, défriser, et par ext. rabais-
ser, humilier, ruiner, comme on dit en ce sens : « Rabat-
tre le toupet ;» de là le fr. Frisotter, Frisure; frison, s. m.,
boucle de cheveux; on chante ainsi malheur à celle qui af-
fiche un trop grand luxe : « 01 a d'biaux frisons, d'biaux
béguins : o cherra ; » frison , sobriquet de celui qui est
frisé; frisette, de même pour une femme. Le fr. Frise
vient du môme radical , d'autant plus qu'en 1. Phrygius
sign, brodé; en a. Frieze; de là le fr. Orfroi , litt. brodé
d'or, en v. f. Frois, broderie; de là le fr. Fraise, collerette,
chose godronnée, frisée, d'où Fraiser; de là aussi le fr.
— 360 —
Fraise, mésentère et boyau, objet plissé, frisé, d'où Fres-
sure. Quant à Fraise, devenu Frise, dans cbevaux de frise, il
vient du 1. Frangere. L'a. Frieze , ratine . sigu. drap de
Frise.
FRIT, fruit, du 1. Fructus, de Frui, jouir, d'oîi Fru-
mentum, froment : « De bouen arbre bouen frit ; » frita-
GiEB, amateur de fruits ; FRiTiER, fruitier; friquenaillieb ,
pillard de fruits. A ce rad. se rattachent les mots fr. Fruc-
tifier, Frugal, Fruité, Fruiterie, Fruitier, les mots a. Fruc-
tify, Frugal, Fruit, Fruitery, Fruitage, Fruiterer, Frui-
tion, etc. La branche ûeFrumentum donne au fr. Froment,
Fromentacé, Fromentée ; àl'a. Frumenty, Frumenfacious,
au n. FouEMEM, froment :
A la Saint Sacrement,
L'épi est au tourment.
FROUMENT, id. ; on trouve dans les actes n. : Fourment
baioueis , » c. à d. de Bay. ; FROME.\TiL, V Arrhenaterium
elatius, qui vient dans les blés ; ce mot désigne aussi le
raigrass ; fromentière, froumentièue, nomme des loc. n. Il
y a des familles Fromentin. V. Bouquet fruitager (avec
fruits) de l'Intr., p. 293.
FRONDES, feuilles et liges de pommes de terres, à Val.
FRECLEs, à Av. PAMPES, PAMi'RES, du 1. FroncUs, qui n'a pas
laissé de dérivés en fr. ; l'a. possède Frondiferous, d'orig.
savante. Le rad. 1. repose sans doute sur une on. de frémis-
sement, de fragilité. Quant à Fronde, arme de jet, en n.
ELiNGUE. V. or. scand. : ce mot est tiré du grondement
sourd de la vibration, en 1. Fundus, et fronde, satire en
chanson, est une on. du genre de Frédon , dont il paraît
être la contr. ; de là Fronder, Frondeur.
FRONTET, fronteau , bourrelet d'enfant , en v. f. Fron-
tail , du 1. From, en a. Frontlet, et en pat. a. Frountelle,
bourrelet, d'après Halliwell; frontière (Vill.), chair du
front du porc; affronter, regarder hardiment, delà le
fr. Affronter et le fr. héraldique Affronté; dans Shakes-
peare, A front se trouve dans le sens n. ; affro.m, s. m.
offre d'une chose qu'on ne donne pas, à Val. offre-bête,
Utt. qui rend bêle, confus ; affbontedx, qui promet ce qu'il
ne tient pas, et par ext. séducteur : « Affronteux d' filles; »
AFFROiNTocR, id.; le fr. ajoute Froncer, Frontal, Frontière,
Frontispice, Fronton, Effronté; l'a. Front, Frontal,
Fronted, Frontier-, Affront, Affronter, Fffrontery , elc.
A
— 361 —
FUI, fuir, du 1. Fugere, d'où le Ir. Fugitif, en v. f.
Fuitif, Fugue, Fuie, Fuyard, Fugace, Fuile, en v. f. Fuie,
Refuge, Refuser, Réfuter, l'a. Fugitive, peut-être Fly, et
Flight, fuite, Fugue, Fugacious, Refuge, Refuse, Refute,
Confute, etc.; en n. fcyecb, fuyard; fcitif, comme ci-
dessus, par ex. : « Se montrer fuilif, » c'est éviter de se
prononcer sur une chose, ou éviter les rencontres. L'a.
Fidge, Fidget, semble venir de Fugere, Fugifare, dont le
premier mot a le sens dans ce vers : « Where ha you ben
fidgind abrode? » (Gammer Gurton's needle, act. i.)
FUMAIE, FEUMAIE, fumée, du 1. Fumus ; l'a. Foam,
écume , brouillard , se rapproche de ces mots ; le fr. pos-
sède encore Fumage, Fumer, Fumeron, Fumet, Fumiga-
tion, Fumiger, Fumiste, Enfumer; l'a. Fumado, Fumage,
Fume, Fumette, Fumid, Fumigate, Fumy, etc; le n.
FCMEB, couver le feu de sa colère, n'en exhaler que quelques
accens, comme en v. f. : « Qui que s'en marrisse ou s'en
fume; -> (J. Michel, Myst. delà Passion) ainsi en a. Fu~
mingly sign, en colère; defcmer, expulser la fumée; de-
FDMEUB, DEFUMisTE, fumistc ; FUMERIE, action dc fumer,
manie de fumer ; fumette , s. f. petit fumeur ; en fr. moderne
Fumoir, lieu où l'on fume; fdmebas^ fumeron; la Fume-
terre, en a. Fumitory, sign. Fumée de la terre, selon
Pline, qui dit que son suc produit sur les yeux le même
effet que la fumée , en I. Fumaria; on dit prov. : « N'y a
pas d' feu sans fumaie, » et • Pas de fumaie sans feu ; »
on dit aussi que la fumée « cherche la plus jolie » personne
de la maison ; a Ennuyeux coume la fumaie. » Le v, f.
disait Fun : « Por le fun noir qu'essir on en voit. » { Marie
de Fr., Purgat. de St Patrice.) Fn N. le Fumage était une
taxe sur toute maison à feu : « Duos denarios de fumagio. »
{Chartul. S. Trin. de C, fol. 59.)
FUMIÈRE, fumure (Calv.), place où l'on met le fumier,
du 1. Fimus, issu de l'on. Fi, V. Y\k^; de là le fr. Fumer,
Fumure, Fumées des bêtes fauves, qui se disent en a. Fu-
mets , en V. a. Fewmets , Fewmishings et Fewmashings ,
selon Halliwell. « L'œil du fermier vaut du fumier. »
(Moisans de Brieux, de Caen , Orig. de quelques coût.)
<• Etre brave sur son fumier, » c'est ne l'être que chez soi.
FURER, AFFUREB (Gl. n.) , voler, du 1. Furari; env. f.
Furt, vol, Furon, voleur ; on peut rapprocher de ce mot
ce dicton du Bessin : « Ch'est la noblèche à Mathieu Furon :
va l' couchier, lu souperas demain ; » on dit aussi Firou ;
— 3G2 —
V. Pluquet, Exsai sur Bay.; mais c'est Furon dans le
Pédant (Je Cyr. de Bergerac, p. 27. A la famille de Fur se
rattache le fr. P'ureter, Fureteur, Furet, Furtif , l'a. Fur-
tive, Ferreter , Ferret.
FURIE, usité en B.-N. avec un nom hist. : « Furie-ïal-
bot , » en un sens railleur, pour une fureur soudaine et
impuissante, souvenir du général a., Talbot et des guerres
a.-n. du ^5e s. : « Veiiz donc la furie-Talbot. » Du reste ,
TALCOT a un autre sens en B.-N., celui de tache noire, de
saleté, d'où talboter, salir de taches, par ex. : « I s'est
talboté à la marmite. » A celte famille du 1. Furere se rat-
tache le fr. Fureur, Furibond, Furieux, l'a. Furij, Furious;
c'est du même radical que sort le 1. Furunculus , en fr.
Furoncle, Fronde, en a. Furuncle, en n. fron, froi\cle, à
Guer. FLON, d'où l'herbe St-Antoine est dite en ce lieu
HERBE-Au-FLON ; FORANGCE (Bay.), sclou Pluquet, croûte sur
une plaie ; à Jersey frangde ; à Caen formal , bouton , fu-
roncle; en V. f. Furine, sorte de maladie du cheval.
FUSTER, FDiSTER, fustiger, du 1. Fustis, d'où le fr. Fût,
le V. f. Fus, bois; Fust existe dans son sens propre de bois
dans CAT-EN-FUST , souricière , quelquefois cat-e.\-bos ;
FÙTEa (se), se méfier, comme l'animal qui a été fustigé,
d'où le fr. Fûté, fin, adroit; le fr. héraldique Fùté est pris
dans le sens propre; focteau, hêtre, foitelaie , bois de
hêtres, le fr. Futaie; le fr. Affût , piège , litt. arrangé en
morceaux de bois, Affût (de canon) ; en argot Affûté, fin
htt. qui a été pris à l'affût; raffûter (Gl. n.), ajuster; ra-
fistoler, réparer grossièrement un objet disloqué ; rafcts
(Bay.), vieux meubles; rafiecx, guenilles; ekfuter, mettre
dans un fût : « N'faut pas enfùter l'hère dans l'creissant,
parcequ'i moue; » iffûtiac , petit outil de bois; le fr. ajoute
Fuste, Fustet, Fustiger, Futaie, en n. foutelaie, Futaille,
Affûter ; l'a. possède Fust, fût, et mauvais goût , Htt. goût
de fût. Fustigate; de Fust, mauvaise odeur, vient Fusty,
chanci, Fustiness, moisissure. Du b.-l. Fustetus, petit bâ-
ton, vient du fr. Fouet, d'où Fouetter, Fouailler , Fouet-
teur, le n. fodatine, verge, fouatiner, fouailler; focedrail-
ler, id., péjor. Le n. fisset, fissiao (Val.), se rapporte
moins à Fustin qu'à Fissilis , et sign, barre d'un treillage,
hce (V. fichier) ; de là fissetcre, sculpture, arabesque des
bahuts , parceque généralement ils sont divisés et flanqués
par des barres, des bâtons; de Fustis vient Fistula, flûte.
Htt. petit bois, d'où la fr. Flûteur, Flûter. en n. flieûtre .
I
— 3G3 —
n.iEUTE, en v. n. « [Et fleuste el chalenieals sonnoient. »
(R. du M. S. M., p. 782.)!miste^flùte (à la), sans gène,
d'où : « Etre coiffé à la mistenflùte. » « C'qui \iint d'ià
flieùtre s'en \a du tambour; » de là affistoleb, arranger
de menus bois; kafistoleb, réparer des meubles délabrés.
Le fr. ajoute Fistule, Fisluleux, l'a. Fistula, Fistulous,
Fistular; le v. f. rattache à Fustis, Fusterie, chantier, bû-
cher. Fusto, poutre, Fustier, menuisier, etc. Quant au fr.
Futile, il vient de Fundere, deFntilis,, qui sign. prim, qui
laisse couler : « Canes futiles , » qui ne peuvent tenir leur
ventre. Pour Futaine, c'est un mot dont l'ét. est déterminé
dans le diet, de Jean de Garlande : « Fnsco, Fustaine, »
d'où rcsTAisELLE; de ce rad. Fuscus, le fr. ne tire qu'Offus-
quer ; l'a. en tire Offuscate, et Fuscation.
FOUILLE à Val., feille à Av., feuille, du 1. Folium
(<I>uXXov) : « Trembler menu coume lafuuille; » en v. n.
Fuille : » Com fuille de tremble tote lor vie tremblèrent. »
(T, de Chartrose) ; fcdillaiso-, pousse des feuilles et son
époque, en a. Foliation; fcuillace, feuillage : « Entre ces
verts fueillages. » (Sat. de Courval) ; en a. Foliage; on dit
en a. Fuelmorte , couleur feuille-morte , qui est devenu
Philomot ; le fr. Chèvre-feuille se dit à Av. chètre-fiin;
FiuiLLiE, feuillée, jonchage de feuilles : « Pour la fieullye
de la Penthecouste. » (Compte de lafabr. de Granville pour
1586) ; une fuillie, /wé-Z/a/a, était un berceau d'arbres, que
Stapleton traduit par Arbour ; aussi beaucoup de loc. n.
s'appellent la Feuillie, plus encore la Folie, Haute-folie, du
1. Fo/m^a; FuuiLLABDs, tas de vieilles feuilles; feillabd(Av.),
feuille de fer, bande plate, longue et mince, d'où l'a. Foil,
fleuret, d'où Foiler, vainqueur, ainsi que le v. a. Foil,
feuilles d'étain derrière une glace, et Failles, feuilles (Hal-
liwell's diet.); triollet, pour Trifoliet, désigne le Trifo-
tium repens; les sorciers n. cherchent le trèfle-a-quatre-
fecilles, celui qui sert à nouer l'aiguillette; tbêfle-d'es-
PAG^E, trèfle rouge, comme pag>olée désigne le Trifolium
pratense ; fouillasseb, remuer les feuilles :
Quand mai brouillasse,
Avri fouillasse.
fcuiller. pousses des feuilles; fucillu, feuillu; on dit d'un
mauvais latin ou d'un langage obscur : « Ch'est du latin
fuuillu; n'y a qu'les ânes qu'y brôtent. »V. les compagnons
de la verte feuillée de N. , Additions de l'intr.
— 3Gi
GABAKER, gouverner une gabare, en 1. Carabus (Sid.)
canot; de là le fr. Gabari, modèle de navire, litt. de Ga-
bare, et par ext. en n. gababi, caractère : « I n'est pas du
même gabari, » métaph. nautique, comme « Etre du même
calibre » est une métaph. militaire; mais comme une et.
scand. est possible, V. orig. scand. gababeb.
GABEGIE , tromperie : « Ce mot trivial, dit Nodier, est
d'un usage si commun qu'il n'est pas permis de l'omettre
dans un diet. Il est évident qu'il nous a été apporté par les
Italiens. « Ce mot, en effet de physionsmie it., dérive du
V. f. Gaber, se moquer, rire, du 1. Gaudere, lequel subsiste
en pic, en rouchi., en berr. V. le mot baudoub. Le fr. n'a
gardé de ce rad. que Gabatine, et peut-être Gabet; l'a. n'en
a pas. Toutefois, le v. a. avait Gabbe, plaisanter , Gaber ,
farceur, Gabberies, farces, Gaby, enjoué ; en v. f. Gaboise,
moquerie; mais le n. en possède un bonnombre : gaberien,
farceur, moqueur de femmes; gabosseb, gabotteb, sautiller,
sans doute des habitudes légères des gabeurs; gadolieb
(Bay.), mauvais sujet; galibieb (H.-N.), polisson; mais ga-
LiBiEBy sign, aussi homme maigre, or, dit M. Decorde: «Ala
Guadeloupe on nomme Galibis les squelettes trouvés dans
le calcaire. » {Diet. du pat. Brayon, 85), c. à d. qu'on croit
y voir les restes des races prim, ou des Galibis ; comme le
bref, dit Guap, plaisanterie, on peut, en dernière analyse ,
faire reposer cette famille sur la syll. Ga, qui, très-ouverte,
exprime la joie et la raillerie. De Gaudere dérive la famille
du V. f. Baudir, que nous avons donnée à l'art, baudoub .
dans lequel il faut rappiocher de la place Baudange, à Av.,
la porte Baudoyer, à Paris; les ébats pop. se prenaient en
dehors des villes et devant les portes. A Gaudere se ratta-
che encore le fr. Gaudir, Gausser , Gausserie, le n. gads-
seub; il y a des familles Gosse. Cf. l'a. Gibe, gausser.
GABIER, matelot placé en vigie dans la hune , dans la
Gabbia, mot it. dérivé du 1. Cavea, cage, en v. f. Gabio,
cage ; donc ce mot appartient à la famille de cave ( V. ce
mot); delà le fr. Gabion. Gabionner, en a. Gabion. De
Cavea, Caveola, en b.-l. Gaiola , vient le fr. Geôle, Geô-
lier, Engeoler, litf. mettre en cage; l'a. Gaol, Gaoler, Jail;
en N. les rues des vieilles prisons s'appellent Rues de
Geôle, par ex. à Caen, à Av. Jatte, que nous avons ratta-
ché à une orig. scand. V. Gade , peut mieux se rapporter
A
— 365 —
à celle famille, en b.-l. Gabata, (Cavata); on disait même
cATTE à Caen, selon M. Mancel, ap. Blason pop. de N.,
p. -183; d'où GATTiERS, sobr. des Caennais delà rive gauche
de l'Orne, parceque l'abbesse de la Trinité leur distribuait
de la soupe dans des jattes, tandis que ceux de l'autre rive
étaient les Cramponniers , comme ayant volé les crampons
de la porte Milet; (iatte est dans la 3Iuse n. : « Ma com-
mère une gatte et uneléchefritte; » gattei.ot (Gl.-n.) s. m.,
petite jatte; gattecove, s. f., gâteau, à Dieppe, selon de
Brieux, litt. gatte creuse, si ce n'est pas plutôt gâteau (pastel-
lum), cofi, c. à d. creux; gatte, ù Val., auge de pressoir ,
ou chaque tronçon d'un tour de pressoir; de là gatte ,
grande dalle plate, parapet, d'où « Jouer aux gattes, ■>
pousser du pied, à cloche pied, un palet de gatte en gatte.
V. en le modifiant par cette interprétation l'art, gatte aux
orig. scand. Terminons cet art. en remarquant que Gaiola a
gardé sa forme en pic, où Gayole sign, la cage d'un mou-
lin, que Cayola sign, cage en basque, et que de là vient le
fr. Engeôler et Cageoler, Cajoler, litt. mettre en cage. Nous
rapprocherons de Gauge, jauge , le n. gouge et noucE , le
renflement d'un tonneau, ce qui influe sur son jaugeage ;
d'où Bouiu. qui est renflé au centre. C'est aussi à Cave que
nous rapporterions gaviox , s. m. , gorge , d'où encaver ,
avaler, gavast (Bay.), brutal; gavache, id., en H.-N.,
comme dans la Muse n. : « Ils vous traiteront de gavache; »
mais comme cette pièce est dirigée contre les Espagnols,
les lansquenets, c'est peut-être la trad, de Gavascho jmerco
(porc). Cf. le hoU. Ghivole, geôle; dans les vers suiv de
la farce b. n. des Pattes-Ouaintes , Galée sign, mise en
geôle : « Je suis bien galée et de près contrainte. »
GABLE, pignon, le fr. Galbe, du prov. Garbi, forme,
en esp. Galibo, de l'ar. Qualyb, moule, en v. f. Garbe, en
a. Gabel; mais l'isl. Gafl rend possible une or. scand.
V. gable au Gloss, scand.
GAGIER, gager, du 1. Vador ( Vado ) , en b.-l. Vada-
gium; gagieb, fiancer, litt. donner les gages du mariage;
gage, dans la top. n., indique une terre donnée en mariage;
il y a dans Gringore (Menus propos, 15e s.) , un dicton
b.-n. :
Si je vous dois je tous paycraye,
Ce sont les gages de TreVières.
Le fr. ajoute Mortage , Gageure , Gagerie , Gagiste , En-
gager, Dégager; le v. f. Gagie, aliénation, Gagière, enga-
L
— 36G —
gement; Wagerie, id.; l'a. Wage, gager), Wager, pari,
Wages, gages, Engage, Disengage, etc. |Gage ^peut aussi
réclamer Jauger , en n. caugier, en b.-l. Gagga, comme
en V. n. : « 6 liv. servant à guauger; » (Vie. de l'eau de R.)
en a. Gauge, Gauger et Gage, en v. a. Gowge, jauge.
GAI (Val.), geai, de Graculus, on. grasseyante, ou
plutôt du V. f. Agace, Gace, en it. Gazza, en a. Jay,
V. agache; on dit : « Grichu coume un gai, » c. à d. mo-
rose et agaçant ; on dit : « Les gais de Routot » (Eure) ,
selon les Prov. de Crapelel, 49. Le surnom du geai dans
la M. est CHARLOT-GODBABT, c. à d. le gourmand; il y a
beaucoup de familles Le Gay; le gai-des-vig]nes est le Cas-
tagneux.
GAINER, ragainer, ramasser, renfermer, litt. mettre
dans la gaine, en 1. Vagina, d'où le fr. Vagin, Gaine, Gaî-
nier; dégainer, rengainer : » Rengainer son compliment, »
c'est refouler en soi une pensée gracieuse, un conseil; on
dit prov. : « Selon la gaine, le coutiau. »
GAL, coq (Bay.), et gad, id., du 1. Gallus; gal est resté
dans un dicton railleur sur quatre mauvais vignobles dont
trois appartiennent à la N. :
Le vin Tranche-bouyau d'Avranches,
Et Rompt-cheinture de Laval,
Ont mandé à Renaud d'Argenches
Que Coninhou aura le gal,
C. à d. aura le coq , ou le premier rang ; Conihou était à
Rouen un nom commun : « Arrêt du Pari, en ^ 575 sur le
vin, sidre, poirey et conihoux ; on dit encore : « A mé l' co ! »
c. à d. la palme , ou « J' siis 1' co ! » c. à d. le premier.
Dans les jotes ou joutes de coqs qui avaient encore lieu
dans les écoles il y a environ quarante ans , et ailleurs , le
coq vaincu appartenait au vainqueur; de là l'orig. de cette
loc, dans laquelle le scand. Coq a remplacé le l. Gal, qui
reste dans le n. pr. Le Gal. Cf. l'a. Cockpit. Du reste , ce
mot Gal sign, le coq en v. f. :
Mais li Griusles ategnent com renars fist le gal.
Qu'il saisi par le geule quant ot canté jornal.
(Alex, de Bernay, Rom. d'Alixandre.)
Ce dernier mot rappelle l'expression b.-n. : a Etoile jornale,»
c. à d. celle de Vénus. Gau se disait aussi en v. f. ; « De-
vant le jor, ains que gaus ait canté.» (Chevalerie Ogier.] On
dit aussi jau, en hevri.Jau; gacleter, babiller comme un
coq ; de GalUna vient le fr. vieux de Geline, poule chaponnée,
— 367 —
si commaiie dans les redevances féodales sous la forme de
« Geline de regard, -> Gelinotte; en v. f. Galet, jeune coq,
Gah'niero, volière, gelinière, Gallinis, poulailler; le Gl. n.
donne cuerne, poule, et le cite dans une vieille chanson n.
(Vau de Vire, p. li>o); glln^e (II.-F. ), s. f. cxcrtmenl
de poule; la Stellaire moyenne se diUioRGEMAE, litl. pâture
de la poule, Morsus gallinw. Le vin d'Argences , citr
ci-dessus, figure dans le poème de la Bataille des vins,
par H. d'Andely, -IS»; s. Phil. Augusie fait comparaître les
vins les plus remarquables, que goù'e un prêtre anglais :
celui d'Argences retourne sur ses pas, cl n'ose se montrer
devant le roi.
GALÉE, galère, vaisseau, du b.-l. Galea, mot resté dans
les emplacements des anciens ba.ssins, comme à Rouen le
Clos-ès-Galécs; de même à Honfleur; en fr. Galère, Galé-
rien, Galerie, tour de la poupe, Galion, Galiote, Galéasse ,
en it. Galeazza, en esp. Galeaza, en a. Galley, Gallery,
Gallion , Galliot, Galeas. Galée existe en fr. en terme
d'imprimerie, planche carrée à rebord, en a. Galley, au
môme sens; galerie.n.nk, voiture cellulaire pour les prison-
niers ; GALÈRES , bagne , prison centrale : « Il a été es ga-
lères ; » viE-DE-GALÊRE . situatiou pénible et laborieuse :
« Etre à la galère, » c. à d. dans une condition pénible.
Le mot cALÈiiE a été tiré par quelques et. du gr. raXv), qui
dans Hesychius est une espèce de banc. V. Du Gange, V°
Galea; mais plus prob. cependant il a une orig. scand. : en
isi, Galeida, bâtiment léger.
GALL dans le comp. est une forme du 1. Male et une
partie de la famille de mi, mal. V. ce mot ; elle existe dans
les mots péjor. comme Galimafrée, lilt. Male-mafrée, de
MAFRER. mâcher. Galimatias, litt. Mal-maquias. de maqdieb,
mâcher, et non pas de l'anecdote apocryphe de l'avocat qui
confond le coq, Gallms, avec le nom de son client, Mathias;
cALicouGKE, vilaiu borgne, à Val; caliberda, califourchon;
CALiBAREAU. (Eurc) ïvrc; GALEFEETiER. gourmand ; galvaider,
courir une besogne, la faire mal; galimachon, mauvais, sale
limaçon ; en v. f. Galifre, grand mangeur. Cette interpré-
tation annuUe celle que nous donnons de ce préfixe ,
p. 216. ii«. et celle que nous avons donnée dans l'Inlr. de
notre Flore pop. de N., ci d'A. sur sa torme contractée
GAD et CAD qui caractérise les nomspéj. de trois espèces de
plantes en B.-N. : la gadvesce, gauvèche , litt. mauvaise
vesce. VErvum hirsutvm , qui étouffe les blés, le cadchéne
— 368 —
et cAiQUESi\E, litt. mauvais chêne, l'érable, le caufeèke, lilt,
mauvais frêne, le sorbier des oiseleurs; gadplumé, mal
peigné; gacsec, pour mau-sec; gactdé, à demi-tué; gacpi-
TRER, pétrir salement, Gaupinet,ea\. f. mal-p..., sans force;
c'est ainsi que Mal devint Mau dans les composés. C'est
encore ce préfixe qui donne l'ét, très-controversée du fr.
Gauche; le n. mè(;acge sign, mal à l'aise « Je siis à mé-
gauge, » c. à d. mal placé pour agir avec adresse, en pas-
sant par Mesaise, Mejaige (en it. Mal-Agio, mal à loisir) .
et MÉGAUGE. V. l'arf. aisié; gauche est adj. et sign, mal
tourné, ne mettant pas à l'aise : « Ce bâton est gauche ou
gauchi, » tourné de manière à gêner l'action. Ce gai (mal)
se change naturellement en gar, comme garbodillier, bar-
bouiller, litt. mal-brouiller, en a. Garboil, et par métaph.
GRAB0DILL1ER, gribouiUcr, Garbure, Gargouiller , Gaspiller,
en n. GAusriL),ER , Gargoter, Gargousse, gastouser, mal
tondre, en n. todser, les cheveux; à Av. une bouillie de
froment, s'appelle gaulorin. Toutefois Gar peut être aussi
une on. Il y a un dicton n. sur Gauche : « Adreit coume
un prêtre n., » c. à d. maladroit, parceque Saint-Gaucher
est un prêtre de N., dont il est fait mention dans le bré-
viaire de R. C'est à gacvesce , ci-dessus , que nous rappor-
terions la gaze de Gr., qui désigné la même plante, en
passant par Gauvesce, Gause , ainsi que gazillon à Val.;
on dit aussi gauzet , gerset, en fr. Gerzeau. Ajoutons glo-
rer (Orne), dormir mal, pour Gcm-lorer, de lorer, on, de
ronflement.
GALI , GALIR, lancer, jeter : « Galli du sarrasin , » c'est
lancer les javelles sous le fléau en les secouant avec la four-
che; GALissouR, ousE, celui ou celle qui galit; il se disait en
v. f. : « Et ses banieres fors gali, (Mouskes, Chron. rimée,
v. ^9805); de même on dit : o J'vas t'gali d'hors, » c. àd.
te jeter à la porte; du 1. Jaculari , d'où le fr. Jaillir: ga-
LiNE, s. f. , le jeu du bouchon et le bouchon lui-même ,
qu'on lance, qu'on galit; galboche, id,; du reste, le pic.
Galir, pour Agalir, sign. niveler, rendre égal, peut rendre
compte de l'opération ci-dessus pour le sarrasin, parceque
Galir est éparpiller, étendre les javelles , en n. égailler ,
répandre également, niveler, éparpiller : « Egay'ous, mes
gas ! » commandement de Jean Chouan à ses soldats, de-
vant le canon des bleus ou républicains. De Joculari vient
Jongler, de Joculator, Jongleurs. V. ega : G prend souvent
la place de C : ainsi Glistère , clistère , en a. Glister :
« Issues glysters and scarifications. » (Boyle's works.)
— 309 —
GALILÉE, s. f., scène de la Passion, peinte ou sculptée
dans les églises, par ex. la galilée de Poilley (M.), ou scène
du Jardin des Oliviers : « Galilees, wliere the processions
ended, » dit Fosbroke dans son British monachism, 20S.
GALOUX, galeux, du 1. Callus, durillon : « Qui s'seut
morvoux se mouche; qui s'sent galoux se gratte ; » « Res-
ter dans un coin comme une brebis galouse; » on dit pop.
en fr. se galer, se gratter; le bedegar, produit de la mor-
sure du cynips rosea, se dit en n. galle du rosier; ainsi en
a. Galljlij, mouche à galle, désigne cet insecte qui produit
aussi les galles du chêne; ainsi le fr. Galle est le même
que Gale; gàlir (Si Lo), gâter, user par le frottement; l'a.
Gall, écorcher, a peut-être du rapport avec cette famille ;
« Malin coume la gale. » « I n'a pas la gale aux dents , »
c. à d. mange beaucoup ; on dit encore : « J'nai pas la gale
es dents, » c. à d. on peut boire dans le même verre que
moi. Il y a à Val. un jeu qui rappelle le « Scabies extre-
mum occupet » des Romains; on crie aussi « Gale au der-
nier! On dit « donner gau » à. celui qui est le dernier, et
qui est , par ce cri et la tape qui l'accompagne , mis hors
du jeu; à Bay. gèbe, gale du chat. Le fr. a gardé le 1. 5m-
bies dans la Scabieuse; l'a. dans Scabby, galeux. De Gale
vient le n. galon, à Val. malon, ou croûte jaunâtre et bro-
dée d'un ulcère; GALODiNER, revêtir d'unc gale, d'où le fr.
Galon . Galonner, en a. Galloon.
GAMELLIER, qui mange à la gamelle, du 1. Camélia ,
vase de bois courbe; on dit : « J'navons pas magii à la
même gamelle, » c.àd. été nourrisàla même table, mais avec
une nuance de mépris ; gargamelle (boire à la). Av.. c. à d.
vider d'un trait le vase ; de là la Gargamelle de Rabelais.
Gamelle, Camélia, se rattache au rad. Cam, courbure.
V. combe; nous rapporterions à Gamelle le n. gamélie, gaa-
nelie , ce qu'on peut mesurer de blé ou d'autre chose sem-
blable dans le creux des deux mains rapprochées; on trouve
en V. n. gallesuie, selon M. Delisle , Et., p. 568 , qui n'en
cite que cet ex. : « Cum xiru gallesuies salis albi; n mais
nous soupçonnons qu'il faut lire Gallesnie; enH.-N. laGAL-
LENIE s'appelait archet {Vie. de l'Eau de R., 239); il y avait
en b.-l. une mesure dite Jalogneus , et en Fr. -Comté la
mesure des deux mains est la Jaloignie, le mot n. adouci ,
et Jegneux en pic. est un pot de terre de cette mesure; de
Gallenie vient le fr. Gallon, en v. n. galon, mesure qui a
valu deux ^jo^e/s ou deux litres environ, d'où l'a. Gallon.
— 370 —
Plaçons ici, d'après le Gl. n. gassot, petit vase, petite ga-
melle, qui est le nom de Gassot , maire de Bourges , au
-17e s. , qui en prescrivit l'usage : c'est peut-être le Gac/ion
du V. n. : « Trois gâchons de fourment. » (Cartul. de Vi-
randeville.) Ajoutons une mesure pour la crème, en usage
à Pont-Audemer, la gouyèbe, et déjà connue au ^5e s.; (A.
Canel, Hist, de Pontaudemer, i, -104) c'est le fr. Aiguière.
GANGRENOUS, cangkenous, gangrené, du gr. TaYypatva
(rpaivoj , manger,) en 1. Ganyrœna ; cangkè.ni: , gangrène;
cAîNGBENER, gangrcucr ; eu a. Gangrene, Gangrenons,
comme en n. gangkene : « La cangraine se mit dans son
bras. » {Avranchin, n, 486.)
GANNE, traître, félon, du 1. Ganeo, mot resté dans les
u. pr. et dans les nombreux chateaux-gain in es. ganinière ,
enganînerie de la top. n., lesquels attestent quelque félonie;
ainsi le Chàteau-Ganneà la Haye-Pesnel, célèbre par la ré-
volte de Foulques contre Saint-Louis, aux troupes duquel,
selon la tradition, il échappa en faisant ferrer ses chevaux
à rebours. De là dans nos vieilles épopées lestraitres Ganne,
Gannelon, etc. ; en v. f. Ganelet, traître ; un vieux prov. dit :
« Traître comme Gannelon. »
GAQUIÈRE, GAQCiiRE, jachère, en v. f. Gasquièrc: « De-
mie acre à gasquière arer. » (Liv. des Jurés deSt-Oen), du
1. Jacitura, terre qui doit se reposer, de Jacere, d'où lefr.
Gésir, Gisant, Gite, en n, giixe, en v. f. Giste, Gésine, en
n. gégiine, Gesse, plante rampante, Jacée, id. , Giton , Ja-
centes (terres), Adjacent, etc. A Val. :Fairedelagaquiire,«
c'est une façon spec, donnée à la terre , c. à d. labourer
sans semer, en v. f. Gacherte (terre), labourée, non semée,
sens que ce mot a dans la citation ci-dessus. A Val. gîte
sign, saison, chaleur des animaux : « Cette chienne est en
gîte, c. à d. gisante; gîte, soliveau , litt. bois gisant : D.
François appelle Gettes , Gites , les chantiers. (Diet, ro-
man, -13-1). Du rad. de cette famille l'a. n'a pas de mots
vraiment pop. et anciens : il n'a que Jacent, Adjacent, Ad-
jacenc7j; mais on trouve Gest dans Shakspeare avec le sens
d'étape : « Behind the gest. » (Winter's tale. Act. i. 2) , et
en argot a. Agist sign, paitre, c. à d. giter en un lieu.
GAUFRE, pron. Gaôfre, du b. 1. Gafrum, litt. gateau
ferré; on l'appelait encore pain ferez; ce mot se rattache
donc à FÉ, fer et gatet, gâteau (Pastellum). V. Paitre; en
a. Wafer, gaufre, pain à cacheter. De Gaufre , pâtisserie.
— 371 -
A'ieul Gaufrer (une étoffe) ^Gaufreur, Gaufrier, Gaufrure.
11 y a en n. des familles Le Gaufre , Le Vaufre.
GAUGUE (noix), grosse noix, du 1. Jitglans ; riiorlicul-
lure cite encore le Noyer de Jauge, dont le fruit est très-
gros; GADGuiEB, noyer; ce mot existe en v. f., en pic, en
rouchi ; l'a. Walnut, grosse noix, renferme sans doute cet
élément, et. plus probable que celle que nous avons donnée
au gloss, germ, à l'art, gault.
GAULOUR, celui qui gaule, pron. Gaôlour, du 1. Cau-
lis, tige, perche, en a. Goal, en v. f. Gole, en pat. a. Gaul,
levier; gaclot, s. m., petite gaule, gaulis; valot (Gl. n.) ,
id., d'où VALOTEU, gauler; taule (Bay. Pluquet) , gaule;
vauleu, gauler; en argot gal'lé, s. m., cidre; aussi l'on dit :
» En N. on vendange avec la gaule. ■> De valot vient
vAnoT, bâton à serrer une corde, d'où le fr. Garotter, l'esp.
Garotta, en v. fr. Waroquier et Waroqueau, gros bâton ;
de là peut aussi venir le n. varou, verrou, qu'on peut ce-
pendant rattacher, à cause de varouillier , verrouiller , au
prov. Baronl, barre. V. barre aux orig. celt.
GAVELLE, javelle, en 1. Javella, dans les doc. a. n.
GaveUa, par ex. dans Fleta; « Ad pi-imas gavellas, » {Le
Gracl de Vatteville, f. 96), d'une forme du 1. Capula, poi-
gnée ; GAVELER, javeler; gavelcur, javeleur ; gavelot, petit
râteau attaché à la faux ; dans le pat. de l'est de l'A. , on
dit Gavel; Halliwell dérive l'archaïsme a. Givcïed, de l'a. n.
Gavele. Par sa racine, ce groupe rentre dans la famille de
Capio. V. CHIPER, GocriL et giebbe, et ajouter à ce dernier
ouEr.BELOT , insecte parasite des bêtes ovines.
GAVILLEUX, dangereux, qui demande de grandes pré-
cautions, du 1. Cavillosus {Caveo); de ce mot, dans le sens
de railleur, vient goiviller, se moquer en face, que
MM. du Méril tirent du bret. Gival, mauvais, risible;
couviLLER, se moquer, à Mortagne : en fr. Cavillation ;
en a. Cavil, Cavillous, Caviller.
GAZIER, sobr. d'une commune de l'Orne : « Les gaziers
de Tanques. » Gaze dérive de la ville de Gaza (Du Gange) ;
en a. Gauze, forme qui fait croire qu'elle existe aussi en n.;
de là le fr. Gazer, Gazier, fabricant de gaze. Quant à Ga-
zette, il dérive de l'it. Gazeito , petite pièce de monnaie,
du 1, Gaza, richesse; Gazetticr, en a. Gazetteer: on dit
en B.-N. d'un cheval qui reste attelé sans débrider, « qu'il
lit la gazette. » Gazette prévaut sur journal dans la langue
— 372 —
pop. : • Lire sur la gazette ou sur les papiers : » en a. : « on
papers. » Quant à Gazette, enveloppe de moule de porce-
laine, c'est le fr. Cassette. V. case.
GEBLINE, martre, en fr. ;Zibeline, et martre zibeline,
fourrure qui formait dans les armoiries le noir ou sable ;
or, ce mot , d'où s'est formé Sabeline, Zibeline, vient de
l'ar. label, noir; on trouve dans un doc. n. du ^3e s.:
« Je. Gebeline; » de là le n. pr. Gebelin.
GEINDRE, GEiGNiEB, gémir, du 1. Gemere, en passant
par Gemre ; racine on. V. gefgnier; geigkgcs, gémissant;
GEiG.^iEBiE, plainte ennuyeuse et lâche, gémissement ; en fr.
pop. Geindre, garçon boulanger; plus directement du 1.
Gemere vient le n. gimeb, himeb, pris en mauvaise part,
pleurnicher; gimard, pleurnicheur; gimous, id!.; l'a. Gitnmy,
Gim, freluquet, pourrait venir du n., d'où Gimrack, joujou.
Lefr. Ginguet, chétif, vient de Geignier, sign. litt. plaintif,
gémissant : de là le v. f. Ginet, peu à peu, avec peine, en
geigna7it.
GELIN , froid de tempérament , geslin , id. ; commun
dans les n. pr., du 1. Gelidus, Gelu, d'où l'a. Gelid, gelé,
Gelded, châtré; or, le n. celi.\ s'applique spec, aux che-
vaux ; de là le fr. Gelée , d'où l'a. Gellij , gelée de viande .
Gélatine, Gélatineux, en a. Gelatinous, Gelivure, dontlen.
a l'adj. gélif, endommagé par la gelée, avec la var. Ogif;
le n. ajoute e^gelé, gelé, comme dans la Ronde des Cousi-
nettes: « Vous êtes un engelé; » (Intr., 332) d'où le fr. En-
gelure; GEALE, dans le Gl. n., sign, engelure, d'où eagea-
LELx. ibid., qui a des engelures; dégelée, rossée, comme
on dit : « J' vais te dégourdir, » c. à d. frapper; on dit :
« A la Saint-Vincent, tout dégèle ou tout fend; •) (Pluquet,
Contes, etc., 130) « Blanche gelée en decours, de l'iau sous
deux jours. » déget, dégel , à Val. debet, et dégeler s'y dit
débeteb; déceleb, mourir, dans un sens plaisant : « Il a
dégelé bien du monde depuis queuque temps. » galir et
galer , geler : « Je suis gali de fred et d'iau ; » de là peut-
être Galetas, lieu où l'on gèle ; mais l'a. Garret semble
donner, en se rapprochant du fr. Guérite, le lieu où l'on
guette, où l'on garde, c. à d. sommet; on le tire aussi de
l'arabe Galata, en v. f. Galatas, chambre; quoi qu'il en
soit, de là vient le n. GALATixNE(être en) , c. à d. garder le
lit. la chambre, avec la nuance railleuse.
gliace, gliache, glace, d'où l'a. Glass, et même Jce,
la syll. forte, dul. Glacies; de là le fr. Glace, miroir, Gla-
— 37H —
cier. Glacière. Glacis. Glaceux, Glacial, d'où lediclon : "A
Noet souvent les moquerons ; à Pâques souvent les glia-
chons; » (V. Pluquet . Contes, 12'i) Verglas, litt. verre de
terre, de l'ail. Erd-Glas; glachier , glacer, en a. Glaze;
GLiACHON. glaçon; glacier, verrier, doit exister quelque
part, du moins c'est en a. Glazier, auquel s'ajoute Glassy,
vitré; glucerie, gliacueuie, place où l'on travaille le verre,
se trouve dans la topog. n. , par ex. la Glacerie , près
Cherb. . ancienne fabrique de glaces de Tourlaville; gla-
cière, ici ; on trouve aussi des lieux dits rodteillekie.
GÉNI. ingé.m, esprit, intelligence naturelle, génie, du I.
Genius, Ingenium, de Geno, produire, d'où la branche fr.
Genre. Général, Génération, Engendrer. Généreux. Geni-
tal, Genilure, Ingénier, Engin, Ingénieur, Ingénu, etc., et
la branche a. Engender, Gender, General, Generation, Ge-
nital, Genius, Genuine, Engine, Eyigineer et Gin (engin) ,
trébuchet; la branche n. gem , ingem, ci-dessus, gênée,
nombreuse famille , comme dans la Muse n. :
Salve pater, mater et loule la gênée.
gè?«e (coq de) (Pontorson), coq de race . coq de combat ,
usité au-delà du Coësnon , en Bret.; gérera, général;
gendre, genre. Ajoutons le fr. d'orig. grecque Genèse, Gene-
thliaque. Généalogie, en n. génulogie, spec, l'évangile sur
la généalogie de J. G. , en a. pron. de même pour la se-
conde syll.. Genealogy ; gigogne (la mère), type d'une mère
très-prolifique, spec, aux marionnettes et aux ombres chi-
noises; mais d'autres ramifications partent de ce radical
GENS, du I. Gens (geno), dans le sens prim, famille, pa-
rents : « Nous gens » sign, nos parents par le sang , par
ex. : « 01 a laissié s'n'homme pour ertourner cheux ses
gens; » en fr. Gent, nation. Gens, personnes; delà Gentil,
Gentillàtre, Gentilhomme, Gendarme, Gendarmer, Gent,
fém. Gente, en v. a. : « A lady gent. » (Spenser), ex. de
I'adj. après le subst. en a.; en éc. Genty, gentil; en n.
GENTi, gentil; gentiment, joliment, en a. Genteel, Gent,
Gentle, Gentleman, Gentility, Gentry, etc. . en v. a. Gen-
darmes et Gendarmery : « To have the gendarmery and
bands of horsemen. » (Shype, en 1551). Dans les dictons
n. où entre le mot Gens, on remarque : • Coume disait Da-
gobert à ses chiens : N'y a si bouennes gens qui n'se quit-
tent. ') De gent. joli, on tire le fr. Agencer , arranger, en
b.-n. GENCER. qui a le sens de ranger , ranger de côté :
» Gence-té » se dit comme sign, fais place, gare ! à Vire il
a un sens plus él.. celui de \ètir; 'on le disait en v. f. :
« Recognoissez lesdicls de nostre maistre , et vous genccz
iiour lou remède y mettre. {Légende de Faitfeu.) A Guern.
GEiNSAGE ou LABGESSE est un élargissement du chemin où
l'on peut se gencer, se ranger; c'est l'ancien fko.
GENAiE, s. m., genêt, en 1. Genista (geno); genesteelle.
\q Genista tinctoria, ou Genêt des teinturiers, cnfr. Genes-
irolle; genétaie, s. f., lieu planté de genêt; genètel, id.;
GE.NÊTET, id. : « Est de peu de valeur, car elle est plaine de
feugieres ou de geneitais. o (Delisle, Et. 288) Il y a des
familles Plantegenest en B.-N.
GENcniVE, gencive, en I. Gengiva, du 1. Gigno, ce qui en-
gendre les dents ; l'a. a du rad. 1. l'adj. Gengival. 01. Bas-
selin , p. 173. a introduit le mot latin dans une chanson
farcie :
Aïais toujours le vin
Lavet gingivas.
GENIEUVRE, GE.MiYRE, genièvre, du 1. Juniperus, en
a. Juniper, en v. f. Goievre : « Genès, genevre , seu , ron-
ches... » (Rôles de V Echiquier, it, -123); de là génevraie .
s. f., lieu planté de genévrier; il y a unlieudit Jennevray,
près de Vernon; dgik-ne (M.), liqueur de genièvre . venu ,
d'après la pron., de l'a. Gin, id.; ainsi à Jercey, feu, feu.
vient de l'a. Fire, dont il est la syll. forte et finale.
GÉNOTTE (M.), racine bulbeuse , de la forme et du
goût de la noisette, du Geum bulbocasianum , et la plante
elle-même; dans la S. -Inf. jarinotte; dans le Berry Anotte;
en pic. Ernoite, selon le Botan. cuit, (iv, 227); en Bray
gebnotte ; il semble que la finale de ce mot est notte ,
NONOTTE, noisette , en a. Nut; quant à la première syll. .
c'est peut-être jar, oie, litt. noisette d'oie; ainsi certaines
plantes des haies et du bord des chemins sont consacrées à
l'oie, comme l'Anserine {Potentilla) ; toutefois nous préfé-
rons l'étym. par son nom fr. actuel Terre-noix, Ternotte,
Gernotte : c'est aussi son nom en a., Earth-nut.
GENOUIL , genou, du l. Geniculum, de genu (Tow,
ayxojv, angle,) d'où l'a. Kneel, agenouiller, Knec, genou ,
le fr. Agenouiller, Genouillière, Genouilleux, Genuflexion,
le n. A GEiN0T]ii,L0?is, loc. adv., pour à genoux, par ex.:
« Marchier à genouillons; n il faut donc écrire en deux
mots ce vers du Roy Sueine, édité par M. Trébufien :
« Agenoillons ce dist le livre; » comme dans ce vers du
R. du M. S. M. : « Devant l'autel à genoillons. » (V. 157.5).
— 37:i —
liE.NouiLLiER, foulcr du gcnou : « Genouillier une guerbe;»
r.E.NODiLLET , VAlopccurus geniculatus ; mais L. du Bois
applique ce mot à la Veronica hederœfolia; cenouilion,
p.m., genouillère; c'est une formule de vénération usitée
à Val. : a No devrait s'mette à genouil par iou qui passe. »
On dit encore : « Nu coume un genouil ; » ivoi'Non , terme
enfantin pour les genoux des bébés.
GENRE, gendre, du 1. Gêner (ra[x€poi;); on dit aussi
GENDRE : « Faire d'une bru deux gendres, » dicton de
l'Orne, syn. de frapper d'une pierre deux coups, ou de tirer
d'un sac deux moutures. Le mot Biau-fils prévaut , rare-
ment Fillâtre, en a. Son in law, fils devant la loi.
GERCE, GERQCE, brebis qui n'a pas porté, brebis en
gén., du 1. Vcrvex : « xxxj jersias. xxiiij arietes; » (Char-
iul. S. Trin. Cad., fol. 29; Cf. l'insecte appelé Gerce, d'où
le b.-l. Berbicarius , berger, en n. bebgieb, d'où Berge-
lonnette et Bergerette, si communs dans les chansons pop.;
de là Bercail ; le n. bebca désigne l'espèce ovine : « L' berça
s' vend biin anié; » (aujourd'hui); on appelle une vieille
fille : a Vuuille gerque, » à Av. jabce; quant à Bergeron-
nette , oiseau , c'est sans doute l'oiseau des berges de ri-
vières, d'après ses habitudes. Cf. le 1. Berbix (Pétrone).
GERCHIER, gercer, en v. f. Garser, inciser, scarifier,
lilt, avoir un eschare, Eschara, d'où Scarificare, découper
la peau; gebchedbe, gerçure, ou à'Excoriicare, écorcher,
en n. ecorchieb, gobchier, gerchier, gercer.
GÉROUFLE, GÉBOFLE, girofle : « Cliou d' gérofle, » de
l'it. Garofolo , en arabe Garonfel ; mais, selon Linné, de
Kapuov, noix, et <I>uXXov, feuille; GEBOFuiE, giroflée : «Ge-
rofliie à chinq branches , » c. à d. une claque de la main
ouverte; gerooflier, giroflier; en a. Gillijlower.
GEYANT, géant; getane, géante, du 1. Gigas (rtyac, fils
de la terre, yy) , yiYvop.ai) en a. Giant, Giantess; de là
le fr. Gigantesque , en a. Gigantick; le v. f. disait Gyens:
« Ny estoyt homme ne femme fors seet gyens ; » (Chron.fr.
ms.) l'ancienne forme n. était Gigant, resté dans les n. pr.
Le Gigan et Jugan. V. dans le R. de Rou, v. 7774 , l'hist.
d'Auvray le Gigant ,
Ki eut nun Auvere Gigant.
GIBET, de Far. Gibel, hauteur, en a. Gibbet ; nous ne
citons ce mot fr. et n. que pour signaler des n. loc. qui
rappellent des lieux de pendaison , par ex. : la Lande du
— 376 —
Gibet, près Val. ; le Mont patibulaire , pi\;s St-Helier, à
Jersey ; la Brière de la Justice , près Mortain ; ailleurs , les
Fourches, les Piliers, le Champ des Pendus, etc.
GIBIÈRE, gibecière, du fr. Gibier, du 1. Cibarium, en
V. f. Gibacier, large bourse; giboïeok (Val.) , marchand de
gibier, en fr. grand chasseur; gibieux, giboyeux; de là le
fr. Giboyer, Gibelotte, en n. giblette, en a. Giblets,
abattis. Giberne, litt. sac à gibier. Le fr. Ciboire ne vient
pas du 1. Cibus, mais de Ciborium (Ktêwptov), coupe,
gobelet.
GIBLOU, forme pop. du nom d'une loc. voisine de Li-
sieux, Gemblours, usité dans le dicton : « Le bon Dieu de
Giblou , » c. à d. une divinité dérisoire ; on appelait la
Chronique de Sigebert de Gemblours, Chron. de Sig. de Gi-
blou. (Gl. n.)
GIBOU, en v. f. bossu, du I. Gibbus, bosse, n'existe
que dans les n. pr. n., ainsi que Guibout et Gibon ; en fr.
Gibbeux, Gibbon (singe), Gibbosité, en a. Gibbous, Gib-
bosity, Gibbousness, et peut-être Gibbe , vieil animal, le
propre de l'âge étant de courber, de voûter, Gibcat, vieux
chat.
GIGIER, GIBIER, gésier, tiré direct, du 1. Gigerium; en
pic. Giger et Gigier, Giger en rouchi , Gigi dans le Jura ,
Gigier dans la Meuse : au ^ 6e s. on employaait ce mot :
« Le gigier qui toujours renouvelle. » (Le Rocquez, Mir.
de l'Et.) On appelle gigîer-de-gabs (mâle de l'oie) les
galets, ou cailloux roulés ; on dit par injure : « Tu n'as pas
d' cœu ; lu n'as qu'un gigier. » En a. Gizzard, gésier.
GIOGRAPHIE , géographie , giomètre , etc. , mots fr-
pron. en n. comme en a.; giomètre, spec, mesureur de
terre; Géomance n'existe pas dans la langue pop., mais
on pourrait peut-être trouver le v. f. Ingromance, nécro-
mancie.
GIORGIN, georgin, dim. de George ( rsojpyoç );" geor-
gette, GEOBGiNE, fém. de George; il y a plusieurs dictons
sur ce saint: « A la St-George, le blé dans la gorge. »
« A la St-George, seume ten orge. » Ce saint s'appelle,
comme plusieurs autres, d'un nom très-familier, Georget,
Marquet (Marc); c'est ainsi que ces deux saints, avec
Jacquet (S. Jacques), sont appelés près de Paris les saints
vendangeurs. Ce nom est devenu jore ; il y a des familles
St-Jore dans l'Av. , et aussi joire :
Devant Baieues, à St Joire,
Ço conte cil ki sel l'esloirc.
Il s'agil ici de l'église St-George, près Bay. ; St-George-de-
la-Rivière, arr. de Val. , était autrefois « St-Joires-en-
Bauptès. » {Eeg. de la Haye du Puits, ^oe s.)
GIRE, Gilles, prén., du I. S. Egidius, comme dans cette
chanson n. du recueil de L. du Bois :
Venus sommes du Vau de Vire
En pellerinage à Saint-Girre,
Jésus nous gard' d'encombrer.
De là le dim. gibot. gibaid ctlefem. cirltti;; mais ce nom
est devenu syn. de niais, faiseur de farces, paillasse: delà
GiBiE, grimace, farce; «r.^id, girotin, farceur, grimacier,
dans le Bessin, selon Pluquet (jR. de Rov, i,24l); gibot ,
niais; girette, niaise; le pat. a. gardé le n. girie dans la
forme prim. Gilry , tromperie (Halliwcll); delàlefr. Gille,
homme qui a l'air niais, paillasse des trétaux, et la loc.
« Faire gile, » s'en aller, s'enfuir, loc. que l'on dit tirée de
Gilon, prince du Languedoc, qui s'enfuit de peur d'être
roi et qui fut canonisé sous le nom de St-Gilles ; le mal
St-Gilles est le cancer. On dit comme adage de menage :
» A la St-Gilles, prends quenouille et file. » En n. gille,
s. m., espèce de jeu de cartes : « Jouer un lourde Gille, »
c. à d. une perfidie; aussi en v. f. Gile, Guile, perfidie,
hypocrisie, en a. Guile, d'où peut-être Guilt, coupable, du
moins, Richardson l'yrattache; l'a. GmZ/, tromper, enest une
forme, ainsi que Goule, et Gear, colifichet, peut représenter
la girie du n. ; Gile se trouve dans une pièce anglo-n. ap.
Th. Wright's, Political songs, p. 50 :
Et sire Jon d'Ayvile
Que oncques aima treyson ne gilc.
De là le fr. Gilet, litt. habit de Gilles, en v. f. Gilière , ba-
teleur. En pat. a. Gilour , trompeur , en v, a. Giloure :
« Giloures of the people. » (Halliwell's Diet.); le même
cite Guilery, tromperie , usité dans le comté de Derby ;
c'est plutôt au v. f. Guile, tromperie, à Guileor, que nous
rapporterions le type de Guilleri qu'à Gala. V. ce mot. Au
V. f. Guile se rattache len. pr. Guillon, Villon, fourbe, que
l'on a tiré du poète Villon , ou qui a fait croire que ce
n'était pas son nom de famille, mais ce dernier point est
contredit par les deux épitaphes que ce poète « de la Mathe-
Gaudie, de la pinse et du croc • a laissées de lui-même.
fV. édit. Jamet, ^99); mais ce nom, qui offre un rapport
— 37S —
sensible avec sa vie el son caractère, n'a peul-êlre pas étr
sans influence sur lui. Quant à Matte, ci-dessus, d'où
vient le fr. Matois, et les « enfants de la Malte » étaient
les filous, c'est sans doute le v. f. Maque, marchandise, qui
nous a laissé Maquignon.
GIROUNÉE, GiRocNAiE , s. f. contenu d'un tablier,
c. à d. du giron, dul. Gremium, par metath.; aussi dit-on
encore gerocnée, de même en \. f. ; Cf. Gironné , terme
héraldique; en ce sens, l'a. possède Giron. On dit aussi
GRONÉE et grevée; en pic. Gron, giron : « Ses grons d'herbe
a la dame emplie. (G. de Coinsy.) Ajoutons lefr. Grémial.
GLIAI, GLAT, l'Iris pseudo-acorus (Flore de N., 3^ édit..
p. 303j; GLIAI, id., abrév. de Glayeul, du 1. Gladiolus, de
ses feuilles ensiformes ; de Gladius vient le fr. Gladia-
teur, Glaive, en a. Glaive, Gladiator, en v. f. Gloujou,
glayeul.
GLIAND, gland, à Av. liand, du I. Glandis; gliandee,
glande, en a. Glanders, morve, et Gland, glande; glian-
DRÉ, glandé ; gliander, recueillir des glands et nourrir de
glands; gliakdée, glandée; glian; age, s. m. action et droit
de recueillir des glands; gliand dans le sens collect. : «N'y
a pas d' gliand c't' annaie. » Le fr. ajoute Glandule, Glan-
duleux, l'a. Glandule, Glandulous, Glans. GLiA?iE,V. grai-
jiiB. AGLiANTiEB, églantier, en v. f.Agland pour gland, son
fruit ressemblant à un gland.
GLIOIGE , GLioER, gloire, mot popularisé par les chan-
sons militaires et par la liturgie; glouiette, église consa-
crée à la Vierge : il y a une Gloriette à Caen ; on appelait
Gloriette, en v. f., de Gloire, magnificence, apothéose, une
chambre sur un navire, sans doute prim, une chapelle à la
Vierge; en v. f. aussi G^n'g^fe, maison de plaisance; ainsi
dans Parth. de Blois, v. 6908 :
Une moult bien painte cambrelle,
K'Urrake nome gloriele.
GLORIA, coup d'eau-de-vie par lequel on termine le café,
comme Gloria Patri termine l'office, selon le dicton : «En
la fin se chante le gloria; » on dit : « Ch'est coume Gloria
Patri, no l' trouve partout. » glorefier, glorifier, comme
en Y. n. : « Dex, sire Père, ton saint nom glorefie; » (/?. de
Rou, V. 4378) ; glorieuseté (Gl. n.) fierté ; gliobiole, glo-
riole; GLioRiois, fier, glorieux; on dit : « Battre glorious, »
c. à d. faire le vainqueur, loc. sans doute tirée du coq vie-
— 379 —
iorieux. et qui sign. b'él)a11rc glorieux; en a. Glory, Glo-
rious, ijlorify.
G LÏOSER, se dit des premiers gargouilleiiicns de l'cu-
fant, premiers rudimens de la parole; c'est une on. très-
primitive , de là le gr. FXwaaa, le fr. Gloser, Glose, Glos eur.
Glossaire, Glossateur, Glotte; en a. Gloss, g\o&e, G lossari/,
Glottis; de là encore le fr. Dégoiscr. V. l'on. oloc.
GFJU, glu, du I. Glus, glutinis, colle, d'où le fr. Gluer.
Gluau, Glulen, Engluer, Agglutiner, Dcglucr, en a. Glue,
colle, glu, Glue, gluer, Gluey, gluant, en n. giiuer, gluer,
c.LiDEnx, visqueux; gliu, le gui dont les baies donnent la
glu; GLUTENiER, GLCTiEB, S. ui., 1a bardauc, dont le capitule
accroche facilement, autrement Grateron; ces mots dési-
gnent aussi le Galiet aparine; olot, glotte (terre) collante,
jKin émottée ; oioiTANT. collant , en parlant du sol; peul-
ôtrc de là les nombreuses loc. n. Glos , latinisées en Glo-
tium-, Glocium, Gloscium. La Muse n. emploie fréquem-
ment unmotqui nous semble venir de Glu. gluiîer (V. ci-des-
sous.) Le Gl.-n. dit alise, tourbier. Ajoutons le fr. Glaiser.
Glaisièie Glaire, Glaireux, Glaise; V'à.Clay, argile, est la
syll. forle de Glaise, d'où Clayey, glaiseux; il a aussi
Glaire, glaire. Du n. glise, argile, terre visqueuse, vien'
le fr. Glisser; Glissade, Glissement, Glissoire, en n. gli-
ciiiîiR, glisser, glicoade, glissoire, glicheresse, id., glicok-
BiE, manie de glisser, en a. Glib, glissant, Clid, glisser;
comme un orig. on. est possible, V. glichier. glumek, sign,
litt. prendre à la glu, comme dans ce vers :
J'étais glumé et pu niais qu'un oizon
On trouve ailleurs : « Pour plaire o siècle il faut glumer
sans cesse, » c. à d. voler, ruser, prendre à la glu; au.ssi
glamlt, glaimet fG/.-w.J, la logette pyramidale de bran-
chettcs pour prendre, englumcr les oiseaux. Toutefois.
MM. du Méril donnent à gieumeb , du Coup-d' œil purin,
p. 62, le sens d'engloutir, deux on. analogues; dans le
Gl.-n., GLiM (Eure), sign. Crêpe, espèce de pâtisserie, et
un autre glam du même gloss, désigne pour Bay. la Fru-
tercula arctica. Une branche de cette famille sort du 1. Glis,
glilis, argile, qui est au fond identique avec Ghis.
CLUSE (Val., Coût.), argile, boue, tenace, en fr. Glaise,
du I. Glis, terre grasse « El sablon et en la glise. o V. 2420
{Best, divin) ; on trouve dans les rôles n. Jo. de Glesiis et
des familles de G//50^vw; gliisous , glaiseux : <i Assis es
terres glisouses; « lise (BaicduM. S. M.), boue dos chc-
— 380 —
rains et spec, sable mouvant, d'où engliiser (Coul.) , enli-
siER (s') (Av.), se prendre dans une lise, un bourbier; il y
a sur les rivages, mais dans les terres , à Pontaubaut, le
village de la vaqde enlisée; lisocs, glaiseux.
GODAN, mensonge joyeux, piège, du 1. Gaudere, mot
qu'il faut reporter à sa famille; V. gaber, usité à Val.,
selon MM. du Méril : « Donner dans le godan; » (Did.
dupât, n.); à Mortagne, godences (Gandentia), contes pour
amuser; à Gausser se rattache gaesse, mensonge pour rire,
d'où : (( Etre à sa gausse (Bay.), c. à d. à son aise, à son
plaisir; ainsi M. Chassant l'interprète par Joie dans ce
vers de la Muse n. de Petit : « Je serais à ma gosse. »
GOITE, pron. fermé, du 1. Guttur; goîtrods, goitreux;
en a. Hernia gutturis, goitre; de là le fr. Guttural, l'a.
Guttural ; Gmiis, gcitus, gosier. Le v. n. avait Goitron,
gosier, comme dans ce vers ^285 du Best, divin :
Puisqu'il les tient en son goitron,
Toz les dévore cet larron.
Le goitre est un des caractères des crétins, c. à d. chré-
tiens , V. cHRiT, parcequ'ils sont regardés par le peuple
comme des saints; on dit dans l'Av. : « Des tours d'ANiÉ-
cHBiT, » c. à d. très-méchants, diaboliques.
GONDOLER, donner des formes arrondies, spec, pour
le bois, du fr. Gondole, dérivé du gr. KovSu , vase, en a.
Gondelay et Gondola, en it. Gondola : de là le fr. Gondo-
lier et Gondole, vase à boire, le sens prim.; Gondoler, en
pic, en manceau Gandoler.
GORER, couper un porc, une truie, du gr. Xotpoç,
porc, en v. f. Gore; de là le fr. Goret, l'a. Gore, piquer,
sang figé. Gory, sanglant, litt. comme un animal goré,
G or belly , gros ventre, litt. ventre de porc ou de truie;
G0BDBE, plaie, ulcère; corot (Bay.), id.; le fr. Goret se dit
GOERET en H.-N. : « un gorret hagué sur unchouquet; »
id. à Guern. ; en v. f. Gorin, cochon de lait, et Gore,
Gorière et Horière y sign, prostituée : Isabeau de Bavière
était appelée la Grand' Gore ; de là en v. f. Gorrier :
Mes suppos, gorriers, gorrias
Ne m'aident inter angustias,
dans la Moralité del'Enf. prod.; de cette idée de prostitu-
tion vient GOURER , tromper : « Y zont ainsi gouré nostre
pauvre mestier; » (Musen.) goubour. trompeur, mois aux-
quels le fr. ajoute Goure, Goureur; de cette idée vient
— 381 —
encore gouek, se pavaner, etuoREu, ilégonter; dans lu
Seine-Inf. . core sign, lues venerea, el on pat. dn Nor-
thumberland, Gor, sale, en Norfolk, Gore, fumier, et
Gorrell, personne grasse, et en Craven , Goiry, très-gras ;
l'a. W/iore, et le v. a. Hore, sont le même mot; en effet,
dans Rabelais, //ore est une prostituée; il parle dans le
ye livre de Pantagruel de la Grand' Gore de R., allusion à
l'épidémie syphilitique de la N. en 1325, d'où le sobriquet
de Verolez de Rouen, qui se trouve aussi dans son Triomphe
de dame Verolle, dont on ne connaît plus qu'un exem-
plaire; c'est dans le dim. de Hore, c. à d. Horelet, qu'il
faut chercher l'orig. de Harlot, prostituée, d'où l'on a
tiré si singuUèremenl et si souvent l'Ariette, mère de G. le
Bâtard , dont le nom était une corruption du danois Her-
leve, Her, eminent, et Levé, chérie, en a. Lief. (V. A.
Thierry, Hist, de la Conq., i, 230.) Il semble quecoRE ait
été le sobr. des N. , du moins on lit dans le Diet, de La-
combe : « Gortz, les N, qui ont ravagé la Fr. (Supplém.)
De GORE et de gaudib vient GORGA^niXE. gourgandine; en
V. f. Gourine; Gourri, vagabond; gourgaudir existe en
H.-N. : « Pour s'en aller gourgaudir sur ces ziaux. »
(Mïtse 71.) JOUER, se parer comme une gore, d'où le fr. Mi-
jorée, Mijaurée, litt. mal jorée; houret, usité dans le dicton
<' Sale coume un houret. »
GORGIER, gorger, remplir la gorge, du 1. Gurges, assez
visible dans Ingurgiter, ou d'une on.; en a. Gorge, d'où
Gorgeous, superbe, litt. qui se rengorge, ou comme on dit
T^o]}. fait-jabot; de là le fr. Gorgée, Gorgeret, Gorgerette.
Gorgerin, Dégorger, etc., etlen. gorgiie, gorgie, (iORGETTE,
gorgerette en v. a. Gorgette : « my gorgetle. » (Percy's hdX-
\ads, sir Àldingar.J GOKc^ÈRE, gorgerette, gorju, quiadela
gorge, voisin de l'a. Gargeous; il y a des familles Le Gorju;
en V. 1. Gorgias, prostituée; laine de gorgette (Av.), cou-
pée sous le cou. Au 1. Gurges se rattache sans doute Gor-
ges, arr. de Coût., dans les marais de ce nom, et l'a.
Gurge, gouffre. Le fr. Gosier est pour Gorgier, comme
Gésier pour Jigier, etc. ; de là le n. égosillieb etcosiLLiEB,
vomir; degoisier, babiller, degois, babil, comme dans cette
chanson n., p. -100 de l'edit. de L. du Rois :
Belle qui menez tel desgoys ,
Dictes moi qu'e-sse à dire.
iGosER (Gl.-n.), gorger de nourriture jusqu'au gosier,
« jusqu'à la poume d'Adam . » « jusqu'au noud Gabrié. »
— 382 —
GOSSE, cosse el gousse, d'où Ecosser, Eoosseur, Cossu,
litt. bien enveloppé, bien vêtu, Cosson, qui écosse le grain,
en a. Cod, cosse et gousse, et Gossamer, duvet des plantes,
semble renfermer le mot n. ; de Gousse, enveloppe, poche,
vient naturellement le fr. Gousset , en a. Gusset , en n.
GODECHET, pochc de gilct : « Faut toujours aveir la main
augouechet; ■> gouechette , s. f. , petit gousset, par ex.
« Gouechette de mououtre , » c. à d. de montre. Quant au
fr. Gousset, mauvaise odeur, d'où Gousset, creux de l'ais-
selle, il vient du 1. Coxa, cuisse. V. caisse; aussi dit-on
pop. : « Sentir la cuisse, » en a. Gusset. Toutefois l'a. Gos-
samer dérive du v. f. : Gossampine, le cotonnier.
GOUEJAT, goujat, que MM. du Méril tirent de Ga^mnw.v,
valet de soldat, mais plus voisin du prov. Goyat, ensansc.
Goyati, en fr. Gouge , en v. f. Gouge, femme livrée aux
soldats, en a. Gouge; gougette, coquette; de là l'a. Gou~
jeers, morbus gallicus, et son syn. env. f. est peut-être l'a.
maritime Goodgins, femelets. V. gouiise aux orig. celt. Le
fr. Gourgandine a aussi beaucoup de rapport avec le persan
Gourgandje , prostituée. Le fr. Gourgane, fève de marais,
n'a qu'un rapport apparent de forme avec ces mots, il vient du
n. GORDAN. àGuern., tourbe, en ail. Torf, gazon, en a. Twf.
Quant à Gouge, outil, en n. gouege, il vientdub.-l. Guvia,
de Gava, parceque c'est un ciseau creux; de là le fr. Gou-
jon, cheville de fer, et Goujonner.
GOUEJON, goujon, du 1. Gobio. (V. Go aux orig. on.),
en a. Gudgeon; fréquent dans les n. pr. ; godegin (Val.,
espèce de coquillage. V. Ibid sur laChapelle-ès-Gouegins.
GOUERD, gourd : « Aveir les mains gouerdes, » du 1.
Gurdus , mot d'orig. esp.; de là le fr. Engourdir, en-
GouERDi. Dégourdir, degouerdi. Gourdin, objet lourd et
inerte, Goussaut, oiseau trop lourd, Goussaut (cheval), id.;
l'a. n'a de cette famille que Gourdiness , enflure au pied
des chevaux. Quant à Gourde, calebasse, c'est le 1. Cuciir-
bita, d'où vient le fr. Courge; en a. Gourd sign, à la fois
Gourde et Courge.
GOUFFE, gouffre, dugr. KoXtTroç, sein, env. f. Goulfre,
d'où le fr. Golfe; en a. Gulph, gouffre; Engouffrer, en a.
Ingulph. Cf. le nom de la forêt de Gouffer.
GOULE, gueule, du l. Gula (TuaXov, cavité), engendre
une très-nombreuse famille: ^o en fr. Goulée. Goulet.
Gouliafre . Goulot, Goulotte . Goulu. Gueulée . Gueuler.
I
— 383 — ' ^ ;
Gueulard, Dégueuler, Eugouler, Engouer, Gourmand,
Gourme, Gourmette, Gourmer, Gourmet; 2° en u. gullet,
gosier, (j^ilhj, égout, peut-être de couler, gulosily, gour-
mandise, probabl. gull, mouette, sauf goulen en bret., à
Val. GODLMiS, de sa voracité, gormand, gourmand, gor-
mandize, empiffrer, gurnard , gurnet , gournal , guill,
dupe, c. à d. du farceur, goulias , V. ci-dessous; 3° en n.
cocLAiE , goulée : « L'herbe est bien couerle , si no n'at-
trape sa goulaie o ; gold, buveur ;goulaed, godliban, gouli-
piAT, GOCLiMACD, GorEMAs, goumiand, d'où le fr. Gourmand,
en n. gocebmand: « Qui dit N. ditgouermand; » goilimas,
GouMAS, s. m. mangeaille, fréq. dans la Muse n. ; goulet,
embouchure de rivière : « Pons de golet, le goullet , ec-
clesia de guleto ; » de là le v. a, gullet, rivière (goulotte)
et arche d'un pont (Halliwell), et guller, un ravin, et
gallygut, un glouton ;gorlias, grand parleur, d'où à Guern.
gocliaser, bavarder; goulailleb , par contr. gouailler,
prendre de gueule, le pop. Engueuler, en argot goualeuse,
chanteuse de rue; gouée, cri à pleine bouche; goulevam,
qui flatte la bouche, o cidre gouleyant; » dans le Maine ,
gouleyer, être appétissant; (Voc. du H. -Maine) couler,
DECOULER, dégueuler; gguline, p. f. petit bonnet qui serre
la goule; godlafre, le fr. pop. Gouliafre, qui mange sale-
ment ; galaffbe , glouton : le diable est appelé goulaffre
dans les Mir. de la Vierge, par G. de Coinsy; gouras, coc-
RAO» , gourmand , d'où le sobriquet du geai « chahlot
GOURAS , d'où le subst. un (orBâs, un geai, en v, f. gour-
baut, goinfre, resté dans le n. pr. Goubaut, Goubaux ;
G0ULENET, GOURMET, le rougct , à cause de sa grosse gueule,
en a. gurnard, gurnet, gournal; bagoul , bagout, babil;
RAT-DE-LA-GOULE , sobr. du Lavard ; agoubeb, regarder avec
appétit , en gourmand ; gourmald , gouumas , goulmas , la
mouette . qu'on met dans les jardins pour manger les in-
sectes; GouLiARD, qui a de la gueule, c. à d. de la blague,
en b.-l. goliardus , farceur, en v. f. gouliardois et golias
dans les poésies attribuées à Walter Mapes, aussi en v. a.
gulardus et gouliards, selon Halliwell, ainsi que gule,
gloutonnerie ; EGUEULER, priver de gueule (H.-N.): «La
grand Perrette (la ville de la Rochelle, Pctrella) a present
egueillie; » (Musen.) MARGouLEriE, bouche sale, comp. de
Maie ; margocline, s. f. petit bonnet de négligé ; margeole ,
litt. mauvaise goule, écrouelles , d'où margeole, chair rouge
sous le bec du coq, de la poule, du dindon ; margouline, s. f .
poisson plat, imitant la raie, avec une grande gueule molle;
— 38.; —
GUEULETON, partie iJe mangeaille; covle-de-sanglier (Bay.),
roche de lias avec cristaux ; PEGODÊME(à), à satiété; re-
GorÈME, id.; argoi'ème, ici. (Gl. n.) ; angodlème, calembourg
pour sign, la goule, le gosier; c'est un dicton assez ancien,
puisqu'il est dans J. Le Houx :
Cesluy (verre) va vous devancer :
Vous le voyez en Angoulème.
Ainsi il emploie un jeu de mots semblable sur une Icc.
voisine de Vire , sa ville natale : <- Cecy s'en va droit au
pont Escoulant, » c. a d. à Pontécoulant, p. 82. guillebe-
DOBiN, capuchon de femme, litt. béguin de gueule, d'oîi le
fr. Guilledou (courir le), comme on dit « courir le cotillon ; »
RiGOLLER, régaler, d'où par contr. riolle, débauche, d'où
peut-être le v. f. rioUe, querelle, l'a. riot, émeute : « Mou-
voir débats et riottes. »
Nombreux sont aussi les dictons n. où entrent goule et
ses dérivés, comme le sont tousles termes relatifs au boire,
au manger et aux autres fonctions animales : « La justice
a la goule bien grande ; » pour Vénus et Bacchus, on dit :
« Il ou ol est d' la goule et du tchu ; » « No n' doune pas
à un gouermand c' qui mageraît biin ; >>-au dicton ci-dessus :
« Qui fit N. fît gouermand, » qui rappelle l'épithète de
Bombancier que lui donne Wace, il faut ajouter : « Franc
N. et vrai trijlagoulamen , doué de toutes les qualités épi-
loguées en ce mot et désignées dans les cinq syllabes , car
il était traître , flatteur, gourmand , larron et menteur. »
{Illustres prov. , 3.) C'est une allusion au dicton maca-
ronique :
Dum Normannus eris,
Triflagoulamen eris.
« Rester la goule sous 1' nez , » c. à d. ébahi. Nous rap-
porterions à l'on. GO, V. ce mot, et à goule, len. agobille,
outil, sans doute prim, ustensile de cuisine; «Lyn, fu-
seaulx, estendafds, haples et toutes agobilles servans à
leur art. » {Les Ev. de Connoiltes, édit. Techener, ^8.);
DEGOBiLLE cst son Contraire.
GOUTTE, s. f. aqueduc (Carentan), du fr. Egoutter, du 1.
gutta; sa branche fr. est Goutte, Goutte, maladie, par ce
rapport du dicton : « La goutte vient de la goutte, » Gout-
telette, Goutteux, Gouttière, Egout, Godet, en 1. guttetus,
Dégoutter ; sa branche a. est gout, gutta serena , goutte
sereine, gouty, guter, guttulus , et peut-être g'M^^^, ruis-
seler, l'a. gut, intestin," sign. prim, canal, égout, et gut
— 3S5 —
avait ce sens en v. a. ; gout se disait dans le sens de
goutte, drop : « Gouts of blood , » dit Shakspeare; sa
branche n. offre : egocttobb, à Val. ecoutocr, pierre que l'on
tire, que l'on égouttc, de la chaux liquide, d'où gotours ,
impuretés (Lumps), en v. a. , selon le Diet. d'Halliwell , et
goty, ibid., vase à puiser; egodtter , dans l'Av. se dit
même de ce qui n'est pas liquide : « Egoutter des pois dans
l'aire; » dégotteb (Val.), faire fondre et tomber goutte à
goutte, tiédir en gen., comme on dit en ce sens Dégourdir,
aussi r ÉGOTTÉ sign, homme moralement dégourdi , sens
qu'il a en rouchi; glotte (Calv.), probablement du précé-
dent, natle de jonc pour egoutter le fromage ; dégouttièbe,
gouttière; on dit prov. : « Quand i plieut sus l'tchuré , i
dégoutte sus l'vicaire; » dégolt, ce qui tombe des gout-
tières; il existait en v. n. : « Là fors, là u chet li degoz , »
(Benois, chron., l.ii, v. 26423), et même tout ce qui tombe
goutte à goutte, comme en v. f. par ex. dans le Myst. de
madame S. Barbe :
Fais le rostir, toi Godifer.
Trempe ton pain dans le degousl.
DEGociTiM (Gl.n.), id. ; pour la goutte, maladie , on dit :
a Goutte tracassée est à moitié pansée ; » godiau. godet; on
dit aussi Godet, comme dans le dicton : « On fait des go-
dets à Beauvais et des poêles à Villedieu; » godailler, boire
à plein godet; en v. n. ^oc?e< était une mesure usitée dans
la baronie de St-Pair; godenot, dans la Muse n., sign, bu-
veur : « Ces godenos dragleux de vin par seaux ; » c'est
sans doute le fr. Godenot, petit homme mal fait , à moins
qu'il ne vienne de Godin, nigaud, formé de Claude, niais ,
d'où le n. glalde, niais , dans le Jura englauder , duper
[Gl.-n.) Le n. goichon, godet, a quelques rapports avec ce
mot, par ex. en passant par Gaudichon, comme on dit ga-
LicHON , petite galette. V. pour guichon l'intr. , [). 227.
Quant à guedé (Bay.), gorgé de nourriture, il vient de Go-
der, Godailler; de là guédot, porc en H.-N. et à Guern. ,
en fr. Guéder, soûler; ce mot jette quelque lumière sur
GCELOT, s. m. , à Val. guélotte, s. f. , le sinapis arvensis ,
qu'on jette aux pourceaux.
GOUVERNA , gouvernail , du 1. gubernare (xuêspvav) ;
GODVERNEB, V. n., terme mar. , porter le cap; couvebnecx,
gouverneur; godverneuse, gouvernante, en a. governess;
ajoutons l'a. govern, governant , governance, guberna-
tion, et le fr. d'orig. mar. la gouverne.
— 38(5 —
GRACHIER, gracier, du 1. gratia (gralus) ; gbacier,
remercier : » Dieupristàgrâcier.» fCAwa/.O^/terv. 628j,en
fr. Grâce, Graciable, Gracieuser, Gracieux, Gracilité, Dis-
gracier, Regretter, Gratifier, Gratitude, Gré, Agréer, en a.
grace, graced, graceful, gracile et gradient, gracility ,
gracious, disgrace, gratify , gratification , agree, etc. Le
souhait a. « God gracious ! « nous semble être « God grace
us , » que Dieu nous bénisse ; en n. gbachieux , gracieux ;
GRACIEUSETÉ, gratification ; agriocbes et agbiottes , caresses
(Gl.-n.) ; AGRiABLE, agréable, comme l'a. agreeable; re-
GRAciER, remercier : » Moult dévotement en prist à regra-
cier n. s. » (Gilion de Trasignye) ; malgré, malgré; env. n.
« Etre en gré; » c. à d. en désir : « Es-tu de m'eschapper
en grès? » (gratus) (Mir. de R. le Diable, p. 36), et en-
greer pour Agréer, être d'accord, être satisfait, comme l'a.
agrée : « Je vueil de savoir estre engrant que me direz. »
Ibid; de là engrès , en v. f. fâché, du 1. ingratus , en a.
angry, fâché. Ajoutons le fr. Gratiole, Gratis, Gratuit, l'a.
gratuitous, et la loc. « Against the grain, » c. à d. contre
le gré. On dit en b. n. avec la vieille pron. de A en E
« Par graice de cœur, » c. à d. par ^bienveillance; c'est le
graice du v. f.
D'un dérivé de ^ra^i , de gracilis, vient le fr. Grêle,
Gracilité; en a. gracile; gracility ; de là aussi grelin, litt.
corde grêle, le n. emploie geéle dans la loc. : » Faire gros et
grêle, » c. à d. se laisser aller complètement.
GRADE, GBADiLLE, S. f. (Val.), le fruit, la grappe du
petit groseiller, ou Ribes rubrum, appelé dès lors gradel-
lier; m. de Brebisson cite aussi gadellieb (Flore de N.);
c'est une forme du fr. Grappe; or ce mot se rattache au 1.
racemus ; l'ail, traube, se rattache, comme ces mots, aune
on. d'arrachement, de grapillemenl; à Av. on dit cadbe, le
fruit, et CAPRIER, la plante; le Gl. n. donne castille, petite
groseille; à St-Lo Gradille désigne l'oseille dont l'acidité est
proverbiale comme celle des petites groseilles. (MM. du Mé-
ril, Diet, du pat. n ); gbipillon, s. m., grappe de branche,
produit d'une végétation extravasée (Gl. n. ), dans le
pommier et le poirier , semblable à la touffe de gui ; gbappo,
fort en grappe, » du sarrasin grappu. » Le fr. ajoute Gra-
piller, Grapillon, Grappe, Grippe, auquels il faut adjoindre
l'Assomption mécanique de l'église de Cherb., pop. gbippéi,
auj. détruite (Hist, de Cherb., 250); en a. grape, raisin.
GRADER, honorer d'un grade « soldat gradé, » le
— 387 —
simple du tï. Dégrader, du 1. gradus; grade , t^. f. grade :
» Ch'est une belle grade: » (Val.) de là lefr. Grade, Gra-
dation, Gradin, Graduer, Graduel, s. m., Dégrader, Degré,
et le comp. Congrès , Ingrédient , Progrès , etc. , mots qui
existent presque tous en a. ; en v. n. Graduel, s. m. , se
contr. en grael : « Item en la chapele i galice, i bon
messal et ii viez depecietz, i sautier, i grael; » (Invent. ap.
Delisle, Et., 724) de même en a. grail. Quant à Grael,
registre forestier, V. dru. Pour Graal et le St-Graal ,
c'est le V. f. graal, plat de grès, et pour Grès, V. crais aux
orig. celt. ; il est resté en n. dans graillon, odeur de pot
de cuisine , par ex. : « Cela sent le graillon , » c. à d.
l'odeur de vieux pot de cuisine : de là sans doute le fr.
Graillon ; graillonneb , donner le goût de graillon. Il faut
donc laisser de côté l'ét. de Ménage de sang-real (sanguis
regalis) pour le St-Graal; le v. a. avait aussi graile pour
ce mot : » The holy grayle. » ( Spenser, Faerie gueene. )
GRAINI, arriver à grain, en parlant des plantes, du 1.
granum; en fr. Graine, Grainetier, Grainier, Egrener,
Engrener, Granuler, Grenade ( granastmn ) , Grenadier,
Grenadille, Grenaille, Grenat, Greneler, Grénetis , Gre-
nettes. Grenier, Grenu, Granit, Grange (granarium), etc.;
en a. grain, granit, granulate, grenafe, grenadier, engrain,
teindre en rouge, en grenat, parcequ'en v. f. graine sign,
la cochenille , engrail, engrener, garnet, granary, grains,
grange, etc. ; en n. gbenaison (Bray) , quantité de grain et
abondance : « Année de hannetons, année de grenaison ; »
ENGRAiNER , ensemcncer, semer : « La menthe s'engraine :
ch'est une mauvaise herbe; » egbaiisiacx, s. m. pi., choses
égrainées : « Ramasser des égrainiaux de châtaignes ; »
ENGRAIN (Av.) se dit de ce qui reste dans un vase : « Je
magerai dans vot' engrain, » terme tiré de la meunerie où
ENGRAIN, à Val. KUN sigu. Ics restes d'une mouture à la-
quelle en succède une autre : « Moudre sur un bon ou
mauvais engbain ou run; » en v. fr. grun, grain; ce mot
se trouve dans une espèce de berceuse ou balancelle de
l'Av., évidemment altérée :
Le p'iit chiin s'en vat au moulin courant, (ter)
Port' un' p'til' somm' de sarrasin, disant : [ter)
Il faut la mette en bouen engrain.
Le mônier i'i doune eun' galette,
La mônière un coup de patelle.
Le p'iit chiin s'en reviint pignanl, [ter]
Et pis Hop! par sus l'escalier !
- 388 —
GRAi^ErEû(6/. 71.), placer grain à grain la semence; eououer,
ibid.; égrener; grainot, petit grain; graillot, miette de
pain ; grekite , granit ; pierbe-de-grain , ici. ; grenaille , li-
maille de fer; grande et petite-graine (Calv.), deux variétés
du sainfoin; guernier, grenier, en a. garner, d'où peut-être
garret, en fr. Galetas; V. celin. Quant à l'a. grange,
grange, Chalmers remarque que o Grange is strictly the
farm of a monastery, hut in northern counties, they call
every lone house or farm which stands solitary, a grange ; ■>
c'est la grange de dîme ou dimeresse, ordinairement isolée
aussi en N.; granche, grange, en b.-l. granchia; grange,
à Carrouges, la toile sur laquelle on bat le sarrasin (Gl. n.) ;
dans l'Orne, grangette, s. f. trébuchet, litt. où l'on met
du grain.
De granare, plutôt que de glans, glandis, vient le fr.
Glaner, en n. glianer; gliant, glane, glianedb, glaneur,
glianeure , glanure , glianeresse , glaneuse : « Si doit avoir
une glenneresse entre les gavelles des coutures S. Ouen; »
(Liv. des Jurés de S. Ouen) en a. glean, glaner; le fr. mar.
Glener, rouler en rond , est peut-être de cette famille ; l'a.
appelle le gland acorn, litt. ac (oak) et corn, fruit du
chêne.
Le fr. Grumeau , quoique dérivé du 1. grumus , semble
avoir du rapport avec gramcm, en n. crdmelot, V. grdet.
Le dicton v. f. gargaesse, resté dans le pat. du Jura.
GUEUSARD, mauvais gueux, forme péj., du l. coquus,
(l'ofi le fr. Queux, Maître-queux; il faut donc faire rentrer
cet art. dans la famille de coq; le fr. tire de cette forme
Gueux, Gueuser, Gueusaille, Gueuserie; le n. ajoute le
r,DEiiSARD, ci-dessus, GiEusETTE, petite gueuse, engiecsek,
duper, engeôlar, cueso.x , et veson , gueuse, prostituée.
HERBE-Ès-ccEcx, la Clématite, de la propriété vesicante de
ses feuilles, avec lesquelles les gueux se font des plaies. Cf.
le syn. de sens et d'orig. Coquin, et pour ce nom de cuisi-
nier devenu injurieux, V. COQ.
GUI, dans quelques rares composés, représente le 1. bis,
comme dans Guimauve, bismalva, qui est ainsi écrit dans le
Capitulaire de Villis : « Bis malvas, sive alteas ; » dans gui-
sarme, hache à deux tranchants, dans guedoiijle, houteille à
deux orifices; nous soupçonnons cet élément dans un mot
del'Av., GciMOissox, cmMoissEiioN, le saumon à son premier
âge, c. à d. à deux mois, fretin de saumon, appelé orgeu,
ibid., à son second âge. Ajoutons gigorke, bûche mal
taillée, biscornue, comme une Bigorne (bicornis), bekom,
sobriquet, litt. double nom. Quant au fr. Gui. V. vi. En n.
BiiN, BEN, bien, du 1. benè, devient lu dans la Hague; aussi
un n. pr. commun à Val. et à Cherb., Le Bitouzé, sign,
le bien tondu.
GUIDE , s. m. rêne : « Le guide de dreit , le guide de
gaôche, » en fr. Guide, s. f. ; Guide, Guidon, Guider, du
b.-l. guidare, guiare, c. à d. viare; aussi disait-on guida-
iicum^ouvviaiicum, sauf-conduit, (/««V/a^m?/? pour viagiîun,
voyage; en v. f. guier, conduire; l'a. est plus riche que
le fr. : guide, guideless, guider, guidance, guidage; le n.
GCiDE-AKE, a un sens injurieux et désigne tout livre qui aide
l'ignorance : un écolier appellera goide-ane le catéchisme
dans la main du curé, la traduction dans la main du pro-
fesseur. V. VEIE , voie.
GUIGNIER, regarder du coin de l'œil, en esp. guinar,
cligner; de là lefr. Guingois, de travers, quoiqu'une autre
et. soit possible. V. gingler aux orig. on. A Val. guigmeu
sign, lancer, spec, des pierres, lapider, en bret. guincka,
lancer avec force. Pour le fr. Gnignon, V. crig. germ., fin
de la lettre G. Cf. l'oiseau dit Guignard.
GUIMPLE , s. f. voile de femme, guimpe, qu'on a tiré
du 1. vinculum, en a. wimple, pourrait mieux se rattacher
à la fam. du fr. Guipure, de l'isl. gvimpur [gcnus quoddam
fimbria vestium), en a. gimp, guipure, et guipe, guiper, cl
— 39G —
ivJiip, surjet. Nous avons cite un mot n. usité à Val., en-
vi.NCLiER, salir un verre, encrasser, qui a un rapport de
forme avec le 1. vinculum, vinclum.
HABILE, habile, mais avec une nuance de ruse et de cu-
pidité, en V. f. liable, en a. able. Le fr. ajoute Habileté,
Habiliter. Rehabiliter; l'a. est plus T\d\e : hability , ability,
enable, ableness, iinable,reenabling. Le rad. habere donne
le fr. Habitude, Habituer, Habituel, litt. ce qu'on a cou-
tume d'avoir , en a. Iiabit, habituai, habitude , habituate ;
de là le fr. Habiter, litt. avoir, occuper fréquemment, d'ha-
bitude, en n. habiter de. spec, pour l'action du mâle des
animaux sur la femelle; en a. habit, habiter; de la contr.
d'Habiter vient le fr. Hanter, d'où Hantise, en a. Eaunt ;
en n. hantocr, revenant, qui hante, en a. haunter; mé-
HANTîSE. mauvaise compagnie; nAiNTEMEivT (H.N.). hanlise;
EAKT. revenant; dans le Gl.-n. hedzon sign, un lutin
qui hante le foyer, comme le prétendu éc. Trilby de No-
dier; de làHAKTÉ. fréquenté des nANTS.des lutins, de même
en a. Jiaunted. V. le poëme The haunted house. Pour Han-
tour, V. Avranchin, ï. 500 : « Detpis la Révolution, les
hantours ont disparu. -> En n. Hanter (une femme, une
fille), (Val.), c'est la rechercher en mariage et la fréquen-
ter; on dit : « Qui hante longtemps, n'épouse pai (pas) . »
et prov. : « Dis mé qui qu'tu hantes et je te dirai c'quc
t'es. » L'a, hunt, chasser, habiter (les bois) , pourrait être
le même que haunt. Cette famille se lie . par le rad. , à la
suivante.
HABILLIER, habiller, revêtir d'un habit, dul. habitus,
d'où Habillement, Habillage, etc.. en a. habit, habiliment;
on dit prov. « L'habit n'fait pas l'moine. •> On appelle une
personne sale et laide : « Un cochon habillii. » On dit par
euphémisme pour un porc : « Un habilli d'saie; » besha-
r.iLLiER. déshabiller; deshabiilti (Val.), s. m. , jupe et cor-
sage de même étoffe : » Un deshabillii d'indienne ; » en a.
deshabille, id.; rarillier, habiller une seconde fois. A Bay.,
à la Fête-Dieu, figurait le champion, pop. VHabilli defer,
ainsi qu'une marionette dite le Petit Tanneux. (Pluquet,
Essai hist., 273).
HAIM, hameçon, du 1. hamus ; en pic. et sans doute en
H.-N. hamille, appât mis à l'hameçon, en v. f. ains. haim
— 307 —
est usité à T.-N. à la pèche de la morue : « Sa prépara-
tion est un art et cet art a une langue , tout un idiome
technique propre aux pêcheurs de morue. » (Michelet , La
Mer, ^0o). V. , pour ce langage de T.-N.. ^notre ouvrage
passim, et Notice sur Granville, par Guidelou.
HAINGEUX, remuant, méchant; hai.nt.er, fatiguer, du
1. angrere; ces mots s'ajoutent à la famille de ce rad. V.
A.^Go;SE; v. dati aux orig. scand., article auquel il faut ajou-
ter uAI.^G^EUIl (Sl-Lo), ennemi.
HALITRE, hàle; halite, gerçure sur les lèvres par
l'effet du vent et du froid, d'où halitreb , gercer par le
froid, du 1. halare, exaler, Hàler; de là Haleter, Halener,
Haleine, Haloir, Exhalaison, etc.; en a. exhale, exJiala-
tion et haie, robuste, litt. Halé. Le fr. Havir, Have, vient
sans doute du bref, have, chaleur d'été. Cf. le 1. œstm.
BANQUE, hanche, ce qui fait un angle, ayxT), angulus;
iiANQU, fort en hanches; en a. haunch, hanche, et de ce
même rad. vient ankle, cheville du pied, litt. l'angle. Le 1.
anchora est de cette famille; l'a. dit angle, hameçon. Cf.
COUPLE, s. m., l'emboiture de la hanche [copula). Cf. L'An-
glade, longue presqu'île à T.-N.
HARDELÉ, à Av. habcelé (œuf) , sanscoquiUe; en pic.
liarde , id. ; du b.-l. hardellus; on le dit pondu par une
poule très-grasse; l'œuf de coq mis dans le fumier produit,
croit-on, un serpent; et la poule qui « chante le co, » c. à
d. comme le coq, annonce la mort de son maître. Quant à
UAUDER, il sign, troquer : » De bon cueur mes livres harde-
rois pour les escots où tu serois ; » (01. Basselin) d'où
HAKDOciK, faiseur ou moyemieur de mariages, litt. troqueur.
V. GARS.
HART, s. m., fém. en fr., lien de branche tordue, ce
qui sert à fixer, à arrêter (Arter) , du 1. restare. V. sa fa-
mille; en a. halter, hart, licol, qui conduit au fr. Halte, en
fr. pop. halter, faire halte, temps d'arrêt; on dit aussi
temps de halte ; de là l'a. hait, boiteux ; on dit en n. « Etre
arrêté d'une gambe; » c. à d. garder la maison pour un mal
de jambe. On appelle à Avr. ironiquement « Château de
mille harts, » une maison disloquée, liée de mille harts; en
H.-N. L'ERCHELLE, petite hart à lier des fagots. (Decorde,
Diet, du pat. brayon) , d'où eeechelée, enfilée , cité Intr. ,
p. 358.
HASARD, adv., peut-être, par hasard : «J'irai vous voir
— 398 —
hasard. » (Av.) « S'il vient, liasart, en un banquet. » (Viliou,
331 , édit. de Jacob.) Cf. risqcable, même sign. , ibid. Le fr.
Hasard est l'esp. azar, as , ou chance du jeu : en fr. Ha-
sarder, Hasardeux, en a. hazard, hazardable, risquable.
HAT, HAÔT, haut, du 1. altus, ou des langues du Nord, à
cause de l'asp.; en wallon hats, en v. f. : « Halz murs et
haltes terres ; » (Villehardouin) en a. high : de là le fr.
Hausser, Exhausser, Rehausser, Hautain, Hautesse, Hau-
teur, Haussière; en a. high, highness, hight , hauglihj,
hawser, enhance, etc.; en n. hûchier, haôchiee, hausser,
HAT, HAÔT, hautain, en v. a. hawte, élevé ou hautain, et
hawte, élever [State papers, Henri viii) ; hatjtcrier, navire
de long cours, parcequ'il calcule la hauteur des astres;
HACT0UR (haute-heure), heure avancée; haddone, V. don.
HÉBÉTER, ennuyer, fatiguer : « Tu m'hebétes, » tu
m'ennuies, un peu différent du sens du fr. ; héséthre , hé-
bétude; en a. hebetate, hebetation, du 1. hebes.
HEIR, héritier, en v. f., du I. hxres, subsiste dans les
n.pr. Lair (l'heir), en a, heir, et fem. heiress; le fr. offre
la forme Hoir. Hoirie, et ajoute Héréditaire, Hérédité,
Héritage, et l'a. heirloom, hership, hereditary, inheritance,
inherit, etc. Le 1. hœres se rattache à hœrere par un rap-
port exprimé dans cet axiome de droit n. : « Le mort saisit
le vif. » La vieille formule n. « A vendre à fin d'héritage »
est toujours usitée aux îles n.
HÉLAIN-NE désigne Yhiula helenium, souvenir de la
Belle-Hélène ; en fr. Helaine désigne la pariétaire; et
Helaine-cisampelos, le liseron; helain-ke, Hélène, prén.
HÉQUENÉE, jument qui va l'amble, en esp. hacanea,
haca, du 1. equina, du 1. equus, en x.f.eque, en fr. Eques-
tre, Equitation, Quintaine (eqiiitana), en a. hacknetj, che-
val de fiacre, et sans doute nag, jeune cheval; le fr. Ha-
quet vient du v. f. haque, cheval ; equitana, en devenant
en V. f. quitaine, en fr. Quintaine, montre la disparition de
la syll. faible initiale, comme dans liotro'e, héliotrope;
MORUAGiE, hemorrhagic ; morrouites, hémorrhoïdes.
HER, hier, en 1. heri , dans « Her sei, » hier soir :
« Par cest pais, dist-on, ersoir mefu mandé. » (R. de Rou) :
« Osmunt li proz, avant erseir, par son engin, par son sa-
veir... » (Benois, chron. L. ii, v. -14179); hié, hier; l'a. se
tire d'hesternus, yesterdaij.
HERBER, nourrir d'herbe, du \. herba; herber, faire
— 399 —
des sétons avec une herbe, spec, l'helicbore vert, ditHEBBE
A herbeb; hebbière, s. f., planche de jardin; lerbieb, id., à
Val; herbier, s. m., mauvaise herbe, d'où herbiers , ordu-
res de jardin; jardîn-hebbe , jardin potager; hebbagier,
mettre les bêtes dans les herbages : on lit sur les enseignes
des auberges : « Un tel herbage les bêles de passée; heb-
bagier (Coul), engraisseur de bétail; hebbet (côtes de N.),
la zostère maritime dont on fait des matelas ; hebbu, s. m.,
(Baie du M. S. M.), parlie de grève herbue; herbous , her-
beux, en a. herbous; qekbalîste, herboriste , en a. herba-
list; HEBBiÈBE, gorge, Canal par où passent les herbes, chez
les animaux et par ext. chez l'homme : « Sidre , cervoise ,
tout passe par l'herbière. » (P. de la Lande de Caen) Le fr.
ajoute un certain nombre de dérivés d'une origine moderne
et savante; l'a. possède herb, herbage, herbal, herbid, etc.
On appelle en n. hebbe-scee en gén. le genre Souchet (ca-
rex), mais spec. VAira cxspitosa (Flore de N.); il y avait
dans la forêt de Lions une lande dite Amara herba , que
Cassini place sous le nom de Mère-herbe; on distinguait au
moyen-âge lefenum salsum, sans doute notre herbe-sure ,
du fenumfriscum : <■• Unam careciam feni saisi et aliam
junci et terciam feni frisci. » (1231, coût, de Tostes). herbu
est ainsi latinisé dans un acte du M. S. M. de 1240 : « Tra-
didimus viridariam novam versus montem, vid xxj acras ,
quam fecit claudi abbas Ricardus. » herbier est représenté
en v. a. \iSiverber, arber (Halliwell.) Or, à Val. on dit her-
bier et akbîer. Quant aux nombreuses plantes qui ont herbe
pour préfixe en n., voyez le&jmssim et notre Flore pop. de
N. et d'Angl.
HÈRE, ÈRE, dame (Gl. n) , dame, maîtresse (H.-N.) ;
du 1. hera; le fr. Hère peut venir de herus ou de l'ail.
herr, seigneur, identiques au fond, ainsi que le sax. hare,
here, seigneur, et hila, selon Cambden, sign. « Lord and
Lady. » [Britannia. — Saxon uords.)
HÈRICHON, herchon, hérisson, du 1. hirsutus, en v. a.
urchon, en éc. hurcheon, en a. urchin, d'où urchin, petit
gamin, litt. petit hérisson, hérissé; de là les noms pr.
fréquents à Val. et à Cherb. Le Hérissé , Le Hérissier, Le
Héricher; les Le Héricier de Gerville ont des hérissons
dans leurs armes; la famille d'Héricy porte d'argent à
trois hérissons de sable : Jean Le Héricher était curé de
Clitourps et notaire apostolique de Valognes en 1692; il y
a aussi des familles Herson ; hérichoivner, herchoniser, héris-
25
— /.ou —
ser, Cf. le fr. Hérissonné ; herche, hebqde, herse [Hirsutus] :
« Les queveux l'i frisent coume des dents de herque; »
HERCBiER, herser; HEBCHEOR, HERSEUB, méchant violoniste ,
qui racle, qui herse, déchire les oreilles; herchage, her-
sage ; HERCHIE, QiERCHiE, la lentille hérissée, Ervum hirsu-
tum; HÉRicHETTE , S. f. fretin du bar, poisson hérissé ; l'a.
donne à cette famille harrow, herse, harsh, rude, âpre,
hirsute; le fr. Herse , grille de fer d'une porte , est l'a.
hearse, corbillard, qui est encore un treillis, e[ herse, cha-
riot funèbre.
HERMINETTE, hache à pied, à Val. tile, n'a sans
doute qu'un rapport de forme avec le fr. Hermine, que du
Cange tire d'Arménie, iitt. fourrure d'Arménie; c'est peut-
être une forme de Arme, et devrait s'écrire abminette;
quant aufr. Hermine, il a aussi la forme et. ArmeUne, en
a. Ermine : de là le n. pr. L'Herminier, Lerminier;
l'hermine se dit en n. margotin et laitîce (blanc comme
lait) , et la légende les appelle les âmes des enfants morts
sans baptême.
HÉRODE entre dans le dicton : « Vuus coume Hérode. »
HÉR0DIASE, s. f. (Gucrn.) corbillard, dérivé, selon l'auteur
des Rimes guern. , de Hérodias , reine des sorcières et des
tourbillons. Parmi d'autres allusions bibliques , on re-
marque : « Aller d'Hérode à Pilate; « « Vuus coume Ma-
thieu-Salé , » c. à d. Mathusalem ; « Bavard coume la
servante à Pilate. Nabuchodonosor, en a. Nebuchadnezzar,
se disait en v. n. Nabuchor (R. du M. S. M.), en it. Na-
buco. On dit encore : • Couneu coume Barrabâ à la
Passion.
HÉRON, ou plutôt ÉRON, « un éron, » héron, du 1. ero-
dium (sptoSto;) , en a. heron, hem; hérounière, érounière,
héronnière; en manceau aigron, de son aigrette. Quant au
suffixe de la loc. Cherencé-le-Héron, c'est un nom d'homme,
assez commun au moy Qïi-kgQ, Hairo.N . Avranchin, H, 75.
HÈRONDELLE , s. f. hirondelle , hirundo , de son cri
aigu; ERONDE (queue d'), aronde : Vaugelas approuvait
Hérondelle; nous croyons que c'est à tort que l'Umbilic est
appelé Hirondelle dans la Flore de N. : lisez rondelle, de
ses feuilles rondes.
HERPIE, harpie, méchante femme, en a. harpt/, du gr.
apua^oj ; de là HERPON , harpon , en a. harpoon ; herpagon ,
Harpagon; HERpm, harpin; herper, harper, en a. harp:
— .'.01 —
« iMaims ferreas quas harpagonas vocant. » (Q. Curt. ) en
V, f. hcrpe, herse : à Chausey, l'îlot Le Herpet; habpaye, le
busard des marais : le n. prononce Aie la finale fr. le. Le fr.
ajoute Herpes marines, épaves qui s'accrochent au rivage;
en a. harp, s'arrêter sur ; du reste , toute cette famille re-
pose clairement sur l'on., ainsi que la plupart des mots
aspirés : l'H est, par excellence, la lettre des mots imitatifs.
HÉTIQUE , s. m. gros poisson huileux , de la forme de
la raie; d'après cette définition assez vague, il ne faut pas
chercher l'ét. de ce mot dans le fr. Étique, dérivé de fièvre
hectique (extixoç) , mais sans doute dans le scand. , comme
les noms de la plupart des poissons n.
HEUMAT (Orne) , entêté , qui a la tête dure comme un
heaume (MM. duMéril); en v. f. helme, peut-être du
V. f. erme, arme , mais plutôt à cause de l'aspiration, de
l'ail, helm, en isl. hialm, et en v. f. hialme, en a. helmet,
casque; rapprochons de ce mot l'a, haber, hauhert, et hor-
bergeon, haubergeon, pour décomposer haberdasher, mer-
cier, litt. frotteur de haubert, l'étoffe ayant succédé à l'habit
de fer.
HIÈRE, lierre, (le hière) , du 1. hedera , à Guern. yerre
(Rimes guern.), en esp. yedra, en pic. hière; à Val. dikrd.
GLiÈBu ; cette finale sonore vient des marchands qui forcent
la dernière syll.; à Val. on crie : « glièbu, glièbu. » Nous
avons entendu un homme très-savant dire que le cri de
Rempailleur à Paris était Rempailleur, du pur roman; nous
croyons que c'est la finale forcée, dans une intention spec,
comme gliebru. Pour Lierre, V. Intr., p. 34. Cf. l'a. le-
man, l'amoureux, du fr. l'amant. Cf. le I. hedera à hœrere;
LiERRETTE, S. f., Ic lierre terrestre; en v. f. lerre: « Maison
de pierre dont li pignon sont covert d'ierre. » ( Ap. M. du
MévW, Essai, 273) « Un chiche enveloppé de feuilles d'hierre.»
(Secrets du S^ Alexis , 83). Le fr. Auréole, litt. nuance
d'or, ressemble à Lierre (la hière), dans ces vers du Myst. de
la Passion de Valenciennes : « La laureole de martire. » Le
pat. n. LiEBRu se retrouve dans le h.-l. lerrutmn, lierre.
HIMEUR, humeur, du 1. humor : « Ignia himeur qui
quienne. » (Molière, Don Juan, acte ii, se. ^), en a. hu-
mour, d'où le fr. mod. a tiré Humour, humorist, Humo-
riste, etc. Cf. la branche Humide, etc., et toute la famille
partie du rad. uoi , être humide, d'où le 1. hyems , humus,
hyades, udus, unda, uva, sudor, etc.
— 402 —
HISTOÈRE, histoire, en 1. historià (totojp, qui sait) ,
s'emploie dans le sens de prétexte, apparence , manière ,
par ex. : » Histoère de dire , » c. à d. pour ainsi parler ,
c. à d. 'sans sérieux , sans réalité; « Histoère de rire, »
c. à d. pour le plaisir de rire. Ce sens pop. repose sur
l'histoire considérée comme conte imaginaire, l'absence de
la réalité; en a. history, story ; dès 615, un évêque disait :
• Nulla storia ; -> le n, dit aussi stoibe. Ce mot et la lec-
ture toute récente des curieuses Pop, taies of the west high-
lands de J. Campbell, nous suggèrent Hdée de mettre ici
un conte n.,à l'éloge du travail, écrit sous l'audition même
d'une petite fille de douze ans, Marie Chauvois, de Céaux,
pastouresse, qui le tenait de sa couturière, et que nous in-
titulerons la FILEBESSE :
Il y avait une femme qui battait sa fille; il passa par là
un monsieur qui lui dit : Ma bonne femme, pourquoi donc
que vous battez votre fille? — Elle file, elle file tant que je
ne peux pas l'entretenir de filasse. — Donnez-la moi, moi
je l'entretiendrai bien de filasse. Il emmena la fille et lui
donna une grande ^«(/«e de filasse. La fille se mit sur la
porte à pleurer. 11 passa par là une grande femme qui
avait de grandes dents et lui dit : Ma pauvre fille, qu'est-ce
que vous avez donc à pleurer ? — Il m'a été donné une
grande paque de filasse à filer, et je ne sais comment atten-
ter (arranger) mon rouet. — Eh bien! si vous me promettez
de m'inviler à vos noces , votre paque de filasse sera filée
pour ce soir. Le lendemain, le monsieur lui donna encore
une paque de filasse à filer. La fille se mit sur la porte à
pleurer. Il passa une bonne femme qui avait de grosses
lippes. Elle dit à la fille : « Qu'est-ce que vous avez donc
à pleurer? — Il m'a été donné une paque de filasse à filer,
et je ne sais pas comment la filer. — Si voulez m'inviter de
vos noces, votre paque de filasse sera filée pour ce soir. Le
monsieur lui en donna encore une. Elle se mit encore à
pleurer sur sa porte. Il passa encore une bonne femme qui
traînait sa couraie (cœur et poumons). Elle lui dit : Ma
pauvre fille, qu'est-ce que vous avez donc à pleurer? — Il
m'a été donné une paque de filasse à filer, et je ne sais
comment la filer. — Si vous voulez m'inviter de vos noces,
votre paque de filasse sera filée pour ce soir. Le monsieur
ne lui donna plus défilasse et l'épousa. Alors la fille appela :
Bonne femme grandes-dents, venez à mes noces, venez,
venez ; et le monsieur lui dit : Ma pauvre bonne femme ,
qu'est-ce qui vous a fait allonger les dents comme ça? —
J'ai (ant filé, tant travaillé, que mes dents ont allongé comme
ça. La fille appela encore : Bonne femme grosses-lippes ,
venez à mes noces, venez, et le monsieur lui dit : Ma pau-
vre femme, qu'est-ce qui vous a fait grossir les lèvres
comme ça ? — J'ai tant filé , tant travaillé , que
mes lèvres sont devenues grosses comme ça. La fille appela
encore : Bonne femme traîne-couraie, venez à mes noces ,
venez ; et le monsieur dit : Ma pauvre femme , qu'est-ce
qui vous a fait sortir la couraie du corps? — J'ai tant filé,
tant travaillé, que ma couraie est sortie de mon corps. Le
monsieur alors brisa le rouet, et je dansîmes, et je frico-
times, et je ne fîlimes plus.
HITRE (Val. ) , huître, du 1. ostreum; hitrieb, pêcheur
et marchand d'huîtres : « Le nais li pure coume la pouque
d'un hitrier; » hitrière, huîtrière; en a. oyster : « Ilitre à
l'écale , » injure à une personne stupide.
HIVÉ, hiver, du I. hibernus : <■ L'hivé est dans un bissà:
s'i n'est dans un bout, il est dans l'aôte. » On personnifie
cette saison dans le bode.^-hoi'me hivé , et quand le soleil
brille avec la pluie, on chante :
I plieut, i fait solei :
Ch'est le Loiien-hounie Hivé
Qui bat sa femme à coups d' balai.
Quand il neige, on dit : « Ch'est le bouen-houme Hivé qui
plieume ses oies. » Le fr. ajoute Hivernal , Hiverner, Hi-
vernage; en a. hibernal; en n. hivernage, fourrage qu'on
fait manger vert au commencement de l'hiver , comme la
vesce ; hiterwer, dans la Musen., sign, entrer en hiver :
(I Stannée chi s'est d' bonne heure hivernée. »
HOBLON, noPLO.N, houblon, en 1. humuhis, de humus,
parceque c'est une plante rampante, en a. hop, qui semble
être l'abrév. du n.; de là Houblonner, Houblonnière :
à humus se rattache la branche fr. Humble (humilis), en a.
humble. V. himecr.
HON-ME, homme, dul. homo, en v. f. home, hom, om,
en fr. On; il y a om dans le serment de 842, et home dans
les Lois du Conquérant : « Et de tant os cum home trarad
de la plaie; » (Art. xii) de là Homicide, Hommage, Hom-
masse. Humain, Humanité, en a. homicide, homage,
human, humanity, etc. : enn. hommée (marches du Maine),
terrain qu'un homme peut faucher en un jour, environ
3'i ares; hommelette. s. f. homme chétif; irodon (pois).
— 40.'. —
espèce de petit pois de mai, lilt, du prude iiomme; homi-
cide, auteur d'un accident quelconque : « Si l'as cassé ta
cane (cruche) , j' n'en siis pas l'homicide ; » il y a dans
l'Av. un latinisme, par ex. : « I n'est d'honme de casser su
bois, » c. à d. non est hominis, ce n'est pas le pouvoir d'un
homme. Le fr. On se métathèse en no : « No n'avait
jamais veu eun honme aussi barbeu. » ( Complainte du
Juif-Errant) Le mot Honme figure dans un dicton n. : « Si
taupe veïait, si moueron (salamandre) entendait, n'y erait
sus terre honme qui vivrait. » On dit aussi hol'me, homme.
HON-NÊTE, uocNÉTE, honnête, du I. honestus; en n. le
1. lion, om se change en ou, V. infrà; hon-hesté, hou-
NESTÊ , politesse , gén. sous forme de cadeau : » I n' serait
pas (saurait) faire eunehounesté à un quicun ; » « Le pro-
cureur de Tyr leur fist de grandes honestez; » (Chron. de
N., I39J on dit prov. : « Honesté confond rigueur. » C'est
ainsi que la rente additionnelle, \a /aisance, était appelée
au moyen-âge un regard , en fr. un Egard , un respect :
« In Brehal et Hambia decimam respectuum meorum ; »
(Cartul. de Hamhie) de là le fr. « Avoir des égards envers
quelqu'un, n en n. « des hounestés. » HorwEu , honneur;
journées-d'houned, c. à d, d'obligeance, gratuites; uoDiNEoas
(aux cartes), honneurs, de même en a.; le fr. et l'a. pos-
sèdent à peu près tous les mêmes mots de cette famille;
mais en a. honesty désigne spec, une plante, la lunaire; en
V. f. honors, fiefs, d'où honos et honneur, ensemble de fiefs,
baronnie.
HOPITA, hôpital : <• Enfant d' l'hopita, » ou hopitalieb,
Val. , enfant d'hospice : on se console d'avoir en perspec-
tive l'hôpital avec ce diclon : « L'hopita n'est pas fait pouer
les tchiins ; » de là le fr. Hôte, Hôtesse, Hospitalier, Hos-
pitalité, Hôtel, etc. ; en a. hospital, host, hospitable, hotel,
hostess; en n. hosteler (GL n.), héberger; en top. n.
HÔTEL (.M.) est commun dans le sens d'habitation de cam-
pagne; de même en v. n. : « A l'ostel poinst à un vilain; n
{B. deRou, V. ^3i99); delà le v. f. host, serf, paysan,
habitant d'un hostel; d'où le n. hostier, homme sale et
couvert de boue : « Bâti coume un hostier; « (Val.) un
acte n. de ^276 est fait par R. Hostiarius : a Hosliarii
tintinnire impedimenta gaudes; » ûànsla Muse n. eostièbe,
métairie : « Tout chiquetez comme des gueux d'hostière. •
Le fr. Hôte vient du 1. hospes, de foris, litt. l'homme du
dehors ami, tandis que //os^w, issu aussi de /om , sign.
— /iO:i —
l'homme du dehors ennemi; de là Hoslile, Hostilité, Hostie,
en a. hostile, hostility, host, hostie; de làle v.f. host, ost,
armée en face de l'ennemi : aller à Vosl est donc aller à
l'ennemi, /lostis; de là le fr. Oslage, Otage, litt. gnge de
l'ennemi; le 1. hostire, d'oîi le fr. Oter, sign, frapper l'en-
nemi : le fragment sur la manière de prononcer l'a.-n. cite:
Oste dit homme en batayle; » (Hist, litt.) On appelait à
R., dans les guerres de religion. Forissites, de forissir,
sortir, les religionnaires bannis: le fr. Hors est en n. ho.
Dehors, deho; le bouejou viint de d'ho :
A la Quasimodo,
No met les quilles dcho.
HOBSiiN, étranger; dehoksé, gauche et comme étranger.
Pour Hors d'âge, on dit noBS ace, comme en a. n. : « Ne
home arage, ne folnastre, ne mesel ousté de comune gens. »
(liritton, Mtjrror of justice.)
HOREUR, horreur, pron. comme l'a. honour, du 1.
horror, on. de frisson, V. Intr. p. 31 ; le n. emploie ce mot
en sens concret, par ex. pour un être très-laid : • Ch'est
eune horeur; » « Eune horeur d'homme, de femme; »
HORiBLE, horrible; iiobibliément, horriblement; l'a. ajoute
horrent, hérissé, horrible, horribleness , horrid, horrifick,
et fam. horrify, épouvanter. V. BÉRicnoN.
HOUPETTE, petite houppe, à Val. bodpette, comme
celle du bonnet de coton; de l'oiseau à aigrette, upupa,
la Huppe; de là le fr. pop. huppé, qui relève la tête, fier,
important; enfr. Houpper, en n. EnoDPrEB, abattre le bout
de la gerbe; le fr. Houppelande paraît, être un vêtement de
la prov. de Suède, Upland.
flOURE, heure, du 1. hora, usité dans la loc. : « A
c'I' houre, » (Av.) à cette heure; asteu, id. : « Asteu les
œufs veulent ête pu savants qu' les poules; » (Lettre en
b.-n.) et dans encoc, encore, à Val. , E^co et co : « La r'a
t'a co ! » l'a-t-elle encore (la fièvre)? on lisait, inscrites par
les Granvillaises sous le tableau du siège de Gr. , donné
par la Convention à Granville — la Victoire, ces paroles :
J'y étions et j'y serions co! » On dit aussi aco, par ex.
dans ce dicton sur une belle personne : « No z'irait loin
pouer trouvai pus biau, et aco troverait-on? » co se trouve
dans un dicton sur quatre loc. de l'Orne :
Oui et Moulins sont bons,
Bray etO passent co.
MALHouRors , malhcurcux ; benhoubous , bienheureux ; en
— 406 —
V. a. hov)re, en a. hour : « Unhappy howre ; » (jSpenser,
Faerie queene] on dit à Av. : « Venin à haute houre, » à
heure avancée, d'où hautorier, retardataire; hocbette
(Hague) , petite heure; le fr. Heur, de Bonheur et Malheur,
est ce même mot : « Notre heur n'est qu'un malheur plus
ou moins consolé; » on dit pop. : « Tout n'est qu'heur et
malheur; » la forme fém. est restée dans « la maie heure; »
CEURÉ , exact, régulier; à Caen, hobé, arrivé à l'heure.
Ajoutons le fr. Alors, en it. all ora, lors, lorsque. Le v. f.
ores, maintenant, subsiste dans Désormais (dès ores mais),
Dorénavant, litt. de maintenant en avant ; oeains, id., est
en H.-N. {Gl. n.) dans mesm' grains, même naguère; c'est
sans doute le mesodan de la Muse n. :
Ne me fais point raesouan gémir dessus s'ia fèrc.
Mais ces mots sign, désormais, comme à Guern. où l'on
ditMESAïAiN. Un comp. û'hora est Horloge, masc. en n.,
d'après le neutre horologium; de là le Gros -Horloge à
Caen et à R. ; on trouve horologe en v. f. , spec. Cartul.
de l'hospice d'Av. ; on dit aussi auloge , comme dans
cette inscr. du Gros-Horloge de Caen (13U) :
Puisqu'ainsI la ville me loge
Sur ce pont pour servir d'auioge,
Je feray les heures ouïr
Pour le commun peuple esjouir.
A propos de l'adv. Encore , signalons un jeu de l'Av. qui
rappelle un refrain pop. « Petite souris vit encore, » intro-
duit dans une des plus jolies chansons du duc d'Orléans :
« Nouvelles sont venues de France ; » c'est le jeu de Petit
bonhomme vit encore , où l'on passe de main en main une
bûchette allumée, peut-être une tradition affaiblie des Lam-
padophores de la Grèce.
HOUSSER, nettoyer avec un balai de houx, spec, avec
le Petit-Houx ou Houx-frêlon, ou Housson, du 1. ulex; on
disait houssum enb.-l. : a Houssum ad clausuras faciendas; »
(Reg. Scacc, f. ^^ ) on l'appelait aussi cinus : • Cinus
gerens cina; {Diet, de J. de Garlande, 610) d'où le fr. Ce-
nelle : de Houx vient Houssaie, Houssine, Houssoir, Hous-
sage, Houspiller; La Houssaie est commun comme nom
top. ; on dit aussi le masc. Le Housset et Le Houssel. A
Val. on fait sur ce mot une énigme : « Ou (houx) j' te
r dis, ou j' te r nonme : tu n' le devineras pas que je n' te
1' nonme. « L'a. holly offre du rapport avec le 1. ulex, dont
— U>7 —
les dérivés fr. el n. sont aussi aspirés, et dont il reproduit
la syllabe forte.
Hlil, huit, en 1. ocio : « Je soumes hui; • hditiime, hui-
tième; HUiTAiN-NE, huitaine; hcitain, service funèbre de
huit jours; à Jersey, octante, 80, seitante,70, notante, 90;
l'a. eight est le môme que le fr., en passant par les formes
interm. euct , euet , eivit du v. f . ; les commentateurs de
Shakespeare tirent le terme utis du fr. Huit; l'a. week,
semaine, huitaine, est aussi le même mot, et le v. f. vvech,
wit, vuictieme, s'en rapproche beaucoup : « Il tinra deux
eschaquiers, en l'an, en N. , des quiez li un commancera
aus vuictiemes (octaves) delà S. Michel; » (Edit de Ph. Le
Bel, en ^302); «xx s. pour -1 despens d'eschevins et de wit
hommes, quant en asaia les chanons. » (Compte de Lille,
^359) La loc. pop. : « Eté sus sen dix-hui, » c. à d. dans
toute sa toilette, est un calembourg sur « deux fois neuf. »
Ajoutons le fr. Octave, en v. f. oitave, Octant, etc.
HUILOUS, huileux, du 1. olea, olive, d'où Huile d'olive ;
HUILERIE, moulin où l'on fait l'huile; enhcileb (H.-N.).
oindre d'huile consacrée, en a. enoil, oindre, qui est en ce
sens dans Hamlet ; de même en v. n. : • L'ont enoilé; » (S.
Aubert) (R. du M. S. M., v. ^204j; en pic. enheulier, par-
ceque ce pat. dit heule, huile : de là le fr. Huiler, Huilier,
Olive, Oléagineux, l'a. oil, oily, oleose, oleaginous, olive.
V. orig. scand.HAiEj'le refrain des olivettes, chant et danse
après la récolte des olives ; en A. olivettes , id. , chant im-
porté du Midi dans le Nord. Ajoutez lefr. Huile d'oeillette
pour oliettc, olivette, plante oléagineuse; le v. f. oilier,
marchand et fabricant d'huile, subsiste dans les n. pr. Ce
mot fluide se retrouve dans presque toutes les langues :
goth. aleus, a. -s. ele , a. oil, hoU. olie, sued, olja, it.
oglio, esp. olio, gr. sXaiov. Quant à Olive, Olivier, n. pr.,
c'est le scand. olaf, olof, d'où le n. de la commune de
Lolif, toujours latinisé en « de Olivo. » (V. Avranchin,
n. 648.)
HUUS, ncis, porte, du 1. ostium, comme en v. f. : «Vint
à l'us de la cambre; » ( Voyage de Charlemagne) {os,
bouche) : t Clios c'I' huus, » ferme cette porte; « Ne pas
trouver le co à l'hus, » c'est arriver trop tard ; de là le fr.
Huissier, Huisserie, en v. f. huisserie, uisse, visière de
casque , et l'a. ushcr, huissier et introduire. V. haie aux
orig. scand.
HYNTROPIE, s. f. hydropisie , en îi. dropsy, à Val.
26
HriNTfiOPÏsiE, où l'on retrouve l'aï (i) a., comme dans le mot
baguais pbïson, prison, V. Intr., p. 27; hïntropique, hydro-
pique , en a. dropsical ; ajoutons à ces mots d'or, grecque
un autre de la même or. hynpocbite, hypocrite; hynpo-
cBÏsiE (Val.), hypocrisie; à Val. : « Faire de l'hynpocrile, »
c'est faire le flatteur; hynpotheque, hypothèque; hynpothé-
QDTEB. hypothéquer.
I , il , du 1. ille : I dit , i va ; » on dit d'un homme laid :
« I fera un vilain défunt, si la mort ne l'amende; » de même
en V. n. ; « Se sel a esté acheté en compagnie , l'en n'est
pas tenu de nécessité aquiterlei, devant qu'i monte le pont
de Seine. » (Coût, de la Vie. de l'Eau de R., xxii.j Cf. l'a.
he, identique pour la pron.; È, elle, illa : « E dit, è va; »
dans la M. , olle : « 011e a dit, » et o devant une con-
sonne : « va; » Li, lui , comme complément indirect et
attribut : « Ch'est li ; va do li ; » lé , le , complément di-
rect : a Donne lé; » lié, lu, elle, attribut et compl. dir. :
a Ch'est Hi; va do lié; » ainsi en v. n. : « De lié (Pope) fu
nai Williame; » {R. de Rou, v. 346) i, ils, È, cl, o, elles:
« I disent, è vont, ol ont dit, o disent ; » ieux, eux : « Ch'est
pouer ieux. » V. Intr. ,41. i est employé comme eupho-
nique aux prem. pers. interr. : « J' peux-t-i? » puis-je?
<• J' pouvons-t-i? » pouvons-nous? et en pléonasme, comme
dans la chanson de Biron : « Le roi i li répond; » ilo , lo ,
là, illic, en v. fr. illuec, illoc : « Saint homme qui vint lo. »
( Mém. de S. Aubin, 20. j de delà, de là : « De chin, de
delà, » d'ici et là. Lev. f. leans, opposé de Céans, se
trouve dans une inscr. de l'église de Gatteville : « Priez
pour les bienfaiteurs de leans » (là ens). Le v. f. oil, oui,
hoc-illud, est gén. en n. odé, ocei; icelui, hic-ille. Nous
soupçonnons que le jeu de mail n. , le jax I' Av. ) , oii l'on
crie : « A jax , à jax 1 » est le v. f. Ajaix , aux autres , litt.
à els (aliis), qui a un rapport de forme avec els, eux (illos);
jax en v. f. sign, aussi bergerie. (V. gebce.) En H.-N.
AL , elle.
I, if : « Un bel i, » en a. yew, yeven, adj., s'éloigne assez
de son nom 1. Taxus, « gallicè Taison, » dit J. de Garlande,
pour être cherché dans le celt. : en bret. ivon; l'a. ivy ,
lierre, semble être le même mot; le fr. Ivette, le Teucrium
— '109 —
chamA'drys, désigne une plante à feuilles assez semblables
à celles du lierre.
lANS, ENS, dedans, le 1. intùs : « Se mettre ians, » à
l'abri dans une maison , d'où peut-être l'a. inn, auberge,
en V. a. logis intérieur : « Unto his inné began to draw; »
(Spenser, 308) de là le v. f. leans, céans : « S'ils te pous-
sent prendre è par force ans entrer; » (Benois, Chron.)
« Je pleure ens et me ry par dehors; » (Alain Chartier, 582)
« Laiens avoit quarante chevalier. » (Villehardouin) Le fr.
Dedans est par euph. pour De ens, comme De hors; Etre
dedans sign, être dans le piège, l'erreur, en a. to be out
(c. à d. de la vérité) ; Etre dedans sign, être ivre (Etre dans
les vignes) , et on dit : • Il est d'dans coume le frère Lau-
rent. «
ICHIN (M.), ici, du 1. hïciste, en H.-N. ichite, par
abrév. Ci, Cy, en n. cnm : « C't'endret-chin, » cet endroit-
ci ; DicniN QUE, jusqu'à ce que, le v. f. de si que :
Que ja del mont ne se méust,
De si que s'ovre fait éust.
[R. du M. S. M.j V. 353.)
Son syn. n. est jusque Li que, en v. f. Duskes à que (de
usque ad quod). Quant à iochi.n, ainsi , c'est le 1. in sic :
« A Dieus les amène J. C. inchy. » (Inscr. de l'église de
Néhou.) Le fr. Y, en v. n. i, vient d'ibi et se trouve après
le verbe, comme l'a. there : « Pour garder les (bœufs) par
nuit et aporter i lour lis. » (Liv. des jurés S. Oen.) (V. Intr.,
4^ . ) Le fr. Ceci vient de hic iste, abrégé en Ce ; Cet et
Cette, en v. f. cest, ceste, de hic iste, hsec ista; Ceci, de
Me istic; Cela, de hïc illac. (V. Intr. , U\.) La forme dure
et. s'est conservée dans iki en rom. , en fr.-c. , en bourg. ,
dans igui en dauph. , aqui en calai. , en port, et en esp. ,
qui en it.
IDAIE, idée et siège de l'idée, tête: « Aveir dans l'idaie, o
c. à d. dans l'esprit , la volonté : « Quand il a une chose
dans l'idaie, l' diable ne l'i tirerait pas. » cônee dans l'idaie,
c'est cogner dans la tête; avoir de l'idaie, c'est avoir de
l'intelligence; le fait intellectuel, léger et invisible, devient
le syn. d'atome, de rien : idaie, idée, très-petite quantité :
« Je n' veux qu'une idaie d'iau-de-vaie. » (M.) En gr.
Ei5£ia , forme.
IDOINE , idiot , sans doute par une confusion de ,ce
dernier mot avec le fr. Idoine (idoneus). V. p. 331 del'Intr. .
la chanson du niais qui laisse échapper la fille .
— 410 —
El, moi, comme un idoine,
Je la quittai aller.
Peut-être aussi a-t-on dit inidoine, maladroit. A Idiot,
Idiotisme, Idiome, du gr. tSioç, l'a. rattache idiom, idiot,
idiotism, idiocy; pour Idoine, en a. idoneus.
IDOLE , s. m. , fém. en fr., idole, du 1. idolum : il est
m. dans La Fontaine : • Jamais idole, quel qu'il fût; •>
(L. IT, f. 8) en v. f. ydle, idole, par ex. Liv. des Rois, 333 ;
la loc. n. : « Tranquille coume un image, » pourrait con-
duire à l'a. idle, paresseux; mais comme en et. il faut se
méfier du sens met., il est plus naturel de voir dans ce mot
le fr. Indolent, qui a passé par Tint, du v. f. idoul, fai-
néant, et de le faire rentrer dans la famille de dec, V. ce
mot. A Idole s'ajoutent le fr. Idolâtre, Idolâtrie, Idolâtrer,
et l'a. idol, idolater^ idolatrize, idolatrous; idolist, etc.
lÈPRE, IÈ3E, gale de chat, lèpre, du 1. lepra; le n. dit
de même ubd, liard, iette, liette, bandelette; leprods,
lépreux, en fr. Léproserie, en a. leper, leprosy, leprous.
lEUN, lEDNE, un, une, du 1. unus ; ionze, onze ; « Ne
faire ni ieune ni deux, » ne pas hésiter; en a. one, oneness,
only, unite, etc. ; en fr. Unité, Unir, Unique, etc.
IGNORER (en) , ignorer, en 1. ignorare : t J'en ignore
de cha, » j'ignore cela; de là être e> ignore, être dans
l'ignorance : « Je siis en ignore ; » ig?<orant. inoraist, niais :
« Grand inorant !» « Il est biin ignorant d'aver fait cha ; »
aussi, pour ignorer, l'a. n'a que to he ignorant; ajoutons le
fr. Ignare.
ILET, s. m. , iLETTE, s. f. , îlot, en a. islet , et par apo-
cope, ait; à Val. rilet, quartier isolé sur le canal; de même
à Bay. sur la rivière , et les Iles-Bardel se disaient Ys-
bardet au ^ 5^ s. ; il y a l'Iletle devant Brevands ; du 1. in-
sula (in salo) ; en v. f. isle, en fr. Ile, Insulaire, en a. isle,
island , islander, insular, etc. Islet se disait en v, f . , ainsi
dans Mouskes, Chron. rimée, v. -14327 :
Ce fut tout droit en Pinkegni,
En un islet de Sainne iqui.
IMAGE , s. m. , malgré le 1. imago : « Sage coume un
petit image : » de même en v. n. : L'image de la mort peint
en sa pensée; » (T. de Chartrose) « Beaux images; »
(Christ, de Pisan, le Diet de Poissy) imagier, imager; ima-
gerie, collect, d'images; on a dit imaginier : «Corporation
des maçons, tailleurs de carreau et imaginiers de Cou-
— '.Il —
tances » (1381) ; de ce dérivé û'imitari vient Imaginer, etc.,
en n. maci.ner. et magi^e sign, j'imagine, je suppose : « Il
est midi, magine ; « ir<MAGi.\ATio.> . invention , ruse; en a.
imitate, image, imagine, etc.
IMBECILLE. abr. en décille. stupide, du 1. imbecillus,
en a. imbecile]; becillité, imbcciliité, en a. imbecHity.
IN, dans les comp. négatifs, ne se fond pas, comme en
fr. , dans la consonne suivante, ex. : inmekse, s. m. , im-
mensité : « Y en a un inmense , » c. à d. une très-grande
quantité ;iNLrMi.\ATioN. illumination; illisible, illisible, etc.;
c'est un archaïsme I. ou un résultat de la nasalité n.
INDE (Val.), noirâtre, en v, f. inde, bleu sombre, d'où
Indigo ; le R. de la Rose donne sans doute l'ét. de ce mot
dans ces vers :
Adonc prent l'Air son mante) iude
Qu'il veist trop voienliersen Inde.
Aussi dit-on pop. noir comme du bois d'Inde; de là le
fr. Dinde (de Inde), Dindon, Dindonnier, Indienne. Cf. le
Dindenaut de La Fontaine, dans la fable de VOurs et des
Compagnons.
INDITER, enseigner, élever, dul. indicere; à Jersey,
l'iNDiTEMENT cst Une première enquête , et endite, selon le
bailli Le Geyt, sign, dénonciation, et éditer, déférer à la
justice; en a. indict , accuser, indictment, accusation.
D'indicare vient le n. indique, indice : «Donne-moi des
indiques de la première nuit. »> [Chansons n. de M. de
Beaurepaire, p. 96.)
INDUSTRIER , terme de l'Av. : « Indusirier un champ
en luzerne, en blé, en sarrasin, » c'est-à-d. le préparer et
l'ensemencer, du 1. indnstria, industrie, en a. industry.
INTERET, amour du gain : « Il est d'un intérêt crache ; »
du 1. interest; i.nteressié, avare et avide ; en a. interest.
INTRIGUER, intriguer, dul. intricare ; de là le fr.
Intrigue, en a. intrigue ; imricueur, intrigant, en a. intri-
guer : ces mots se prennent gén. en bonne part : « Aver
d' l'intrigue, » c'est être ingénieux et adroit dans les
affaires.
lORD, lOBDE, sale, le v. f. ord, d'où Ordure, du 1. sor-
didus : « lordes bêtes, » animaux venimeux; en a. orts,
choses de rebut; orciichon, s. m. personne sale, lilt, ord
G^ICHO^,■écuelle sale; ekordI; salir; en v. f. ordoier, salir;
— 412 —
le fr. Ornit^re est de cette famille, et l'on dit oudière en
H--N. et OiMÈRE en B.-N. : « Suure de pet et d'ônière, »
c. à d. suivre de très-près; le fr. ajoute Sordide, Ordure,
en a. sordid, ordure, et sans doute sore, ulcère, et peut-
être dross, ordures.
lOU, où : « loù qu' tu vas ? » pop. lousque, du I. uhi.
ISCARIOT, traître comme Judas Iscariot, comme dans
les Satires de Courval :
Des loyaux confidents, (raistres custodi nos,
Vous êtes des Judas, de vrais Iscariots
On a supposé à La Haye-Pesnel une rue Iscariot. V. Gl.
de Roquefort.
ITOU, aussi : « Et mé itou ; » l'a. a gardé lasyll. forte,
too, aussi; ce mot existe dans tous les pat. fr. et dans ceux
de la Suisse; etoti (Av.), id.; nous croyons que c'est ce
mot qui est dans ce texte pris dans le Diet, de Richardson,
art. Sinew : « And karf atoo a veyn; « itant, autant :
TOUT I TANT : » J'ose bien au meins itant dire ; » (T. de
Chartrose) itieu-malieu , ainsi et ainsi, çà et là, pêle-
mêle : c'est le 1. ita.
IVOER , s. m. ivoire , « du bel ivoer, » du 1. ebw,
en a. ivory ; en v. f. ivoirier, ouvrier en ivoire ; Ivory , n .
pr. à Val.
IVRER, enivrer, du 1. ebrius : « Qu'on voye quelqu'un
s'ivrer du vin de son tonneau ; » {Sat. de Courval) « N'allez
plus aux assemblées. Danser, rire et vous ivrer; »
(Chanson n.) ivrongne,' ivrogne; ivrokgnesse , ivrognesse,
comme dans le dicton : « Ivrongnesse de sei n'est maî-
tresse; » ivBONGNASSER, péj. d'ivrogncr; de là le fr. Ivraie,
le lolium temulentum, Ivresse, en a. ebriety.
IXE, s. f. chevalet pour scierie bois, en forme d'X;
ainsi on appelle quatre un piège qui a la forme de ce chiffre
barae. V. esse.
J' je, en 1. ego , est presque toujours apostrophé en n. :
B J' veux, j'aime; » en v. f. jeo, jo et io: « Si io returnar; »
(Serment de 842) en v. a. ich : a Ich have wonne my
goods ; » (Vis. of P. Ploughman) c'était à peu près le même
mot en frank : « Einan kuning weiz ih. » V. Intr., p. 230.
- /.1 3 —
t' se supprime souvent en n. : « Oui. jiense bien, » je pense
bien, et représente toujours la l" [lers. du pi. : o J'avons,
j'érons; » quant au je final du subj. n. , il représente le 1.
en iam : Que je vienje (veniam). qui sert de type de conjug.
et qui s'adoucit en se : « Qui veut jaugler, si s'en vaise. »
{T. de Chartrose.) Le Je zézayé est usité dans la H.-N.
ùQuillebeuf, au Pollet , e\.c.\ . Intr., p. 30. On méta-
thèse quelquefois Je, on dit Ej : « Ej vas, o comme en
pic; ainsi dans le canton de Marigny, on métathèse De :
« Un verre ed bère : » c'est le dialecte pic.
JACQUOT. JACQCET, dim. de Jacques, Jacobus, en a.
James, qui existait en v. n. : « Desqua S. James de Beu-
vron; " (Chron. des Ducs de N.) « G. Giffard qui a St Jame
aveit esté. » Il y avait à Caen une chapelle de St-James ,
« Monstier de S. James. » De là le nom de famille Jame,
Jametel : Jacquot est syn. de niais, jacqdes-dalle ou dare
est un type de gourmand, d'ivrogne, lilt, à la grosse be-
daine. V. DALLE ET DIRE; uu autrc type est jacqces-sacce,
mauvais cuisinier, en a. Jack-Sausage et Saiicy-Jack ; en
gén. Jacques éveille l'idée de domestique, et Jacquot est le
nom du perroquet; en a. Jack-Ass est le nom de l'àne; à
ces mots d'animaux ajoutons Samsonnet (petit Samson), le
maquereau etl'étourneau, Richard, le geai, Coco (Jacquot),
le singe (Gl. w.j; en a. Jack-Fool. imbécille, Jack-o-Lan-
tern, le feu follet; on personnifie même le café, sous le
nom de Jean-le-Brun ; jacqcet (Av.), l'écureuil; on dit à
Val. : (( Se lever dès le paîlre au jacquet, » dès le point du
jour. Le jax de l'Av. , pour la boule au jeu de mail , est le
même mot, du moins elle se dit Jack en a. , où elle a pour
syn. Mistress (TroUus, t. ni. 2), ce qui rectifie l'interpréta-
tion du mot lErx. Pour cet infinitif subst. ci-dessus, « le
paître, » il n'était pas rare en v. f. : « Le paîtie. c'est le
naître; » « M'a le parler rendu que j'ay dès mon naître
perdu. » (Mir. de Rob. le Dyabk, \\^.)
JEAN, mari trompé par sa femme, .TE.4>i-,iEAN , double
niais, du I. ./oannes ;jea?(.\ot, .teamn : « A. Guillin de trois
femmes fut janin, » niais ; c'est à Val. un masque de paysan
imbécille; ainsi en it. Gianni, en a. Zani, en esp. Juan,
et Bobo-Juan ou Jean-le-Fou ; « En a., dit Tyrwhit, lors-
que nous appelons un homme John, nous ne voulons pas
lui donner un titre d'honneur ; » Jeanne et Jeannette sont
les petits noms de la chèvre et de l'ânesse; c'est le Jenny
a.. A'm\o Jcnny , méHer à tisser, importé d'A. à Condé
— 414 —
en 1807; jea^quin , s. m. petite tasse tie café (H.-N/), de
Jean Quin, garde-chasse, qui lui donna son nom en'l82o
(Decorde); dans l'Orne, jgdbjeot , s. m. lasse de café. De
Jeanne viennent Jeannette , Jeanneton , jea^netou.xette,
TODNETTE. Outre Ics types de Jean qui pleure et de Jean
qui rit , il y a dans l'Av. Jean qui perd :
Jean qui perd
Berclie (rejours le petit l)er.
Jean qui perd;
La bergère m'appelle Irejours
Jean qui perd.
Jean qui perd a tout gàlé le lait, etc.
De Johannes viennent le v. f. Jehan, les n. pr. Jelienne,
Gohan, la Gohannière, etc.
JENNE , jeune , du 1. Juvenis : <• Se rendit assez jeune
en une abbaïe; » (T. de Chartrose) en v. f. Genvre, du 1.
Junior, d'où le n. pr. Genvresse : « Raol le genvre... le
diemayne que l'en chante Letare {Reg. redd. M. S. J/. ),
devenu Gemble : « De gembles e de viez ont assez grant
conrei; » (/?. de Rou, v. 378^) je:xKet, un peu jeune; jec-
NESSE, jeune fille : « Couplé sous le joug d'hymenée avec
une jeunesse; » (Vauq. de la Fresnaye) de même en a.
youth, très-rapproché du v. f. jouette (juventa), jeunesse;
l'a. young est le v. f. iovene; du 1. juvencus, jeune bœuf,
vient le fr. Jouvenceau, de Juvenca, Jouvencelle, génisse,
en n. ge.msson, jeune bœuf, bien distinct de ce.msso??, cité
par L. du Bois, altération de Séneçon ; « Junèche qui veille,
vuuillèchequi dort, ch'est signe de mort. » jolvette, oiseau
de mer, gros comme un pigeon. (Coût.)
JESUET. hypocrite, qui fait le Jésus, le patelin; petit-
.lÉSBS, Val., id., et l'on dit alors : « No li donnerait le
bouen Dieu sans confession. » Il y a des rues , des routes
dites le Petit-Jésus , d'après des statuettes du Christ ; je-
suiTRE, jésuite, pris en mauvaise part : « Qui te font de-
grimer ainchin les jesuistres. (Mtise n.); on disali jesuiste,
V. l'établ. des jesuistes, à Caen, par M. Puiseux , Rev. de
Caen.
JET, calcul avec des jetons (Av.) : Je ne sais ni jet ni
calcul; ainsi en a. cast up an account, faire un compte;
aussi en v.n.: « Pour un jet de getons pour les calculs
dudit hostel et la bourse 18 d. (Compte de Bay. , -1507) ;
LEVAIN de jet (Val.) , levain de bière , c. à d. fait avec des
jets de houblon, du 1. Jactare, d'où vient le fr. Jeter et ses
nombreux 'lérivés. et. l'a. jet, jut, juttij , jetty , jelleau ,
contr. du fr. Jet à'eàu . jetson et jetsafn, épave, le fr. Jet-
taison , en v. f. jetoison : Se getoison se faisoit en la mer.
{Rôles d'Oléron) ; ainsi kelson , calaison , stemson , estan-
çon, ainsi on dit en n. : La mer jette sur la côte; jeter ,
dans l'Av. avec un nom de couleur • Jeter blanc, noir , >•
c. à d, offrir une apparence de blanc, de noir ; jeter (Av.) ,
vomir, de même l'a. casZ"; REJETEii. pousser des rejetons,
en n. rejetlns; ajeter (ad jectare) , précipiter : S'ajetersus
quiqu'un coume poureté sus l'monde. L'a. geat , trou d'un
moule par où l'on jette la matière, est le fr. Jet; on dit
prov. : Faux coume un jeton. » Cf. le fr. Jactance, Jacu-
latoire.
JEULIEN , JEULI0T. JECLIOTTE, Julicu , JulienDC , un
exemple de l'éloignement du normand pour le U fr. comme
l'anglais; jedlie, Julie; juilet. juillet , le mois de Jules.
On \rou\ejuylet dans un acte a. n. de -1375 ; on dit prov. :
Le bouen juilet met faucille au poignet, ou en [lat. du
Bessin : En juignet, faucille au poignet. En v. n. Juillet
était dit Mois de carroi, comme consacré aux transports de
bois : De venditionibus nemorum in mense quareti (1263.)
JEUN-NER, jeûner, du X.jejumis ; jeu.n-ne, jeûne, jedn,
adjectif usité à Val. dans : A cœur jeun. c. à d. à jeun;
JECKODR, qui jeune; déjetiiv-ner, déjeuner, de dejejnnare ,
litt. cesser le jeûne, comme l'a. breakfast, lilt, rompre le
jeûne.
JEUS , jus : du jeus de rigoliche , du jus de réglisse ;
lEDSiER, tecter, rendre du jus; jedteix, juteux.
JOCER, s'amuser, niaiser, du X.jocari; en rouchi c'est
jocquer, d'où le fr. Jeu, en v. f. joc. Le jeu n'en vaut pas
la chandelle, dit-on prov. d'une chose qui ne rapporte rien;
JOUETTE, joueur mesquin; joccler (Av.), folâtrer, du 1.
joculari; joster (Val.), jouer, plaisanter, d'où josteur, far-
ceur; josTE, jôïE , joute , spec, les combats des coqs, qui
naguère se faisaient dans les écoles : Item deuxcoqsàjous-
ter pour les enfans allans à l'école. (Aveu de 1398) : Le
maistre qui tient l'escole à Dieppe iiij coqs quant les joux
sont à l'escole. C'est aux N. que les A. ont pris cette sorte
de plaisir; de là l'a. joke, joker et just, jostle, ce dernier
est un fréq. De joculari viennent plus spec, avec lefr. Jon-
gleur, en b. I. joculator, jaxgler (S. -Inf.), en imposer, qui
est dans le coup-d' œil purin (p. -14), en v. f. jangler , men-
tir, en a. jangle, ei jonglerie a encore ce sens en fr, ; en
•27
— /H(i —
Bray on d'lijaugler, bavarder : Et qui veut jaugler (à l'é-
glise), si s'en vaise {T. de Chartrose); jolet , à Mortagne .
jeu ; JOLET, à Av., a ce sens dans la loc. : Aveir sen jolet ,
c. à d. son loisir, sa liberté, et dans : Former à son jolet,
c. à d. à sa manière, à son jeu; jolage (Lande d'Airou) :
En fait de poumes, il y a un joli petit jolage; jolecx. mo-
queur; c'est un sobr. en H.-N. : les joleux d'Yville. Lefr.
Jaser, en n. jasier, est le v. f. jacer, adouci. En v. f. joli,
dérivé de joculari ou plutôt de gaudialis, a le sens de
joyeux, que les paysans de l'Av. appliquent encore à leurs
bœufs , qu'ils appellent joli ; de même en a. jolly, joyeux :
Full ioUy knight. {Faerie queene, canto i, ^); en n. joli,
gentil, a la forme de jolei , joleîe , pron. comme l'a, jolly;
en n. jolieb, folâtrer; l'embarcation légère et follette que
nous appelons yole est ce mot, et vient de l'a. primit. jo%-
boat, en a. yawl. Le fr. Joyau, Joaillerie, même fam., en
a. jewel. Le fr. Jouir, dérivé directement de gaudere, se rap-
proche du l.jocari, et est employé activement en n. comme
dans ce gasconisme : la santé qui se jouy... l'amitié est
jouie (Mortaigne), comme l'a. enjoy; à Val. , par une ext.
de l'idée de résistance à l'acte charnel, on dit Jouir, c. à d.
venir à bout, dompter, se chevir; à Mortain , réjouie, ce
qu'à Paris on appelle Rejouissance , ou os ajoutés à la
viande.
C'est encore à Jongler, en v. f. jogler, que nous rappor-
terions JOBERiE (H.-N.), dans le sens de Jonglerie : L'au-
theur se mocque de leur joberie (Muse n.) ; comme le jon-
gleur était un rôdeur , un flâneur , jober sign, être oisif ,
flâner, d'où : Battre le Job, flâner; de ce sens de musarda
celui de niais il n'y a pas une grande distance, d'où job ,
niais, jober, regarder d'un air hébété ; de là le fr. pop. Jo-
bard, imbécille; jobin, id. : Les Jobins d'Anguerni , près
Caen. La N. a son type de jobarderie dans M. La Palisse
et J. de Nivelle; laB.-N. dans M. de la Vaquerie : • Qui
semait du poil de vache pour faire pousser des bœufs. »
.todane (Val.), benêt; l'a. job, agioter, a quelque rapport
avec le n. jober, et Jobard est dans l'a, jobbernowl, niais ,
et JOBER , jongler, dans l'a. jobber, agioteur. C'est encore
a Jeu que se rattache Va. jeopardy, risquer, que Richardson
tire du v. i.jeuparti, où l'on choisit, à ses risques et
périls , une des deux choses qu'on propose.
JONQUETTE (Caen), fleur dont on jonche les rues les
jours de la Fête-Dieu, en fr. Jonchée; le fr. Joncher dérive
de J une us , ainsi que Joindre, en 1. jungere, litt. lier de
jonc; JONQDETS , jonchets; jonqcière (Guern.) , terrain où
croissent les joncs; en N. passim les loc. les Jonquerets ,
le Jonquet, la Jonquière; en a. junket, gâteau, litt. : milk
or cream cheese carried intra vimina juncea. (Richardson's
Diet.); dans le Devon ^wnAe^, friandise ; en Q..juncate. en
it. giuncata. En n. Joindre se dit joignier : Joignier les
deux bouts, c. à d. de l'année, s.-e. équilibrer la recette
et la dépense ; en a. join ; jointer, emboîter deux objets ,
en a. joint. A. jungere se rapporte le 1. jugum, en fr. Joug,
en n. jook, en a. yoke; jouglieb, jooler, attacher au joug ;
L'Ulex europœus, \u\g. jonc marin, parcequ'il affectionne
les bords élevés de la mer, se dit dans le nord de la M. jan
et Bois-JAN, de sa vague ressemblance avec le jonc; écrasé,
il est donné à manger aux bestiaux ; janièbe, terre où croit
le jan : Terres pleines dejons, ronces etespines pourestre
mises en labour (Reg. de la Uaye-du-Puits) ; il y a geans
dans le Coût, des forêts , et on lit dans la Vie du B. Tho-
mas : De bous (bouleau) ou de jaam sauvage. V. cette vie
écrite en Hague langage d'où nous détachons deux angli-
cismes : La bonté de li.... plein de la Dieu grâce , et les
imparf. en eut, aujourd'hui en ot , dans cette contrée : Il
parlent, montrent, etc. V. cette vie par L. Delisle , 12.
Ajoutons un mot qui a quelque rapport avec Jonc, janoode,
JACcouE qui , à Mortain, désigne le haveeon, ou le Fromen-
tal : La jaucoue creît pus vite que l'bouen blié.
JOTTE (Av.), citrouille; Soupe de joite, soupe de ci-
trouille : dans le centre de la F., jatte désigne la moutarde
des champs. (Boreau, H 379, Flore.)
JOU, du 1. Jovis, existe dans le serment très-usité dans
l'Orne, par jou, en v. a. Per Jove, en a. Bg Jove ; c'est
voisin du serment gascon : Cap de Jou; Molière dit encore :
« Per Jovem /je suis ivre. » {Dépit am., II , vu.) Il paraît
que le par jou devient dans l'Av. parchocte : « Par-
choute oui, parchoute non. » JcriN désigne un être méchant
et malfaisant, c'est l'idée chrétienne qui transformait en
diables les dieux payens ; on l'emploie comme injure :
« Vieux Jupin , va! » a Ch'est une invention , un tour de
Jupin , » c. a d. diabolique , ou du dieu qui trompait la
surveillance de son épouse ; Jupiter est un nom donné aux
chiens grands et méchants. Il y a des familles Jou vin, et de
là vient peut-être Juvigny, en pat. Jouvigné.
JOU, jocou, jour, de l'it, jorno, de l'adj. de dies, ou
diurnus : « Le bonjou viint du d'hors , » c. à d, c'est à
l'arrivant de dire bonjour; jor, jour, aojoud'hui , et aujor
d'aujord'hui, aujourd'hui; jouernal, adj., du jour : «Etoile
jouernale, » étoile du matin; en v. a. journall : « Their
journall labours; » (Spenser, p. 58) de même en v. f . ,
comme dans le /?. d'Alixandre :
Mais li Grius ategnent com renars fist le gai,
Quil saisi par la geule quant ol canté jornal.
On dit prov. : « lau matinale n'est pas jouernale ; » jodocr,
jour, souvent avec le sens d'espace : « Y a du jouour pouer
cha, » c. à d. du temps ; c'est peut-être à ce sens que se rat-
tache JocÉ, guère, pas (Orne) : « I n'a joué de pommiau, »
point de mollet, c. àd. jour, apparence, vue; journet (Al.),
journal de terre : « Journel de terre se trouve à chaque
page des aveux des comtes d'Al. » (Delisle, Et., p. 537.)
joREUx, aux marches bret., le porte-lumière, le porte-
lampe; jour dormant désignait à R. le jour de congé des
chanoines; l'a. journey, voyage, est du v. n., V. Chron.
de Benois, i , v. 7746 ; journieur (Guern. ) , journalier, en
V. f. journéeur. Le mot di {dies) termine les noms de la
semaine, excepté dans Dimanche, en v. f. diemaine {dies
magna) ; c'est le contraire en v. prov. : divendre, vendredi,
dijou, jeudi, dimierke, dimanche; en v. f. di, jour: « A
l'uisme di, » au Séjour. » {Concept. N. D., p. 7.) A St-Lo,
le lundi, jour de travail, est dit « Journée de gamaches, »
c. à d. oîi l'on met les guêtres. Cf. l'a. day , le sax. dag ,
le 1. dies. On dit : Long comme un jouour sans pain.
JOU, JOIE, hauteur, du l.jugum, d'où le fr. Jucher, en
n. juqcier; .iuquocr et jour, juchoir; de là Jobourg , litt.
bourg de la hauteur, Jeufosse, promontoire élevé sur la
Seine, Monijou, l'ancien nom du M. S. M., les deux Mont-
joie de la M; il y a la Jugette à Omonville (Hague). Val-
jouais, arr. de Coût., sign, peut-être val du jou , au Liv.
noir, S. Andreas justa Jleuterium. Ajoutons Jourque, arr.
de Vire, avec sa hauteur, puis Joganville, Joué , Joui ,
Juaie, peut-être Juilley, avec sa butte des quatre vents.
Cf. les monts Jou ; il y a dans une charte n. de -1230 : Ho-
ninem vocatum Jouche-hors; jerquier, jucher, en a.juke,
id. Cf. l'ancienne butte Montjoie, avec ses légendes de tré-
sors, dans l'ancienne voie de Bay. au M. S. M.; les Monts
Joie, ou monceaux de pierres , comme témoins d'une sé-
pulture ou d'un événement, ont aussi cette éf. Ils ont pour
équivalent en Irl. et en Ecosse les Kairns. On dit encore
— 419 —
chez les Highlanders : « Curri mi clach er do cuira , « j u-
jouterai une pierre à votre cairn , i, e, j'honorerai votre
mémoire. V. The archœlogy of Scotland by D. Wilson,
p. 59. Du ].jugum, hauteur, vient son sens de cou, d'où le
fr. Jugulaire, le n. jigcleb, vexer, litt. égorger.
JOUXTE, près, du 1. juxta, est resté dans la top. n.:
on dit St-J.-du-Corail jouxte Bion, St-Aubin jouxte Boul-
ley, clc; de là jouxter, être conligu; jouxte, borne, usité
dans la loc. : Les jouxtes elles aboutissants.
JUBÉ , ce mot 1. s'est conservé dans la loc. : En venir
à jubé, c. à d. à soumission, à dire : jubé, ordonnez :
« Laissez-moi jouer mon personnage, je le ferai à jubé.
(Hauteroche, Les bourg, de qualité). On dit encore Faire
jubé, se soumettre. Le fr. Jubé désigne celle parlie de l'é-
glise où le diacre disait au célébrant : Jubé, domine. Ajou-
tons le fr. Jussion.
JUGIER, juger, du \. judicare {Jus dicere) ; jdgié (Av.),
interdit, stupéfait, comme un homme jugé, condamné, en
^vo\. jkuja, stupéfait; jugece, juge , dans le sens iron, de
lajugerie de Rabelais : De ce jugeur que l'on nomme cadi
(Poésies d'Edeline). jcgette, la justice de paix , litt. la pe-
tite justice; en v.n. ^'ws^we. justicier, comme en a. justice,
d'où lord justice , chief justice ; juhedb (prêtre) , qui a prêté
serment à la Constitution civile du clergé, vieux n. ressus-
cité des jureurs, jurés, introduits en A. par G. le Conqué-
rant; JDBY, juré; PARjcBE (Lis.), pari, action de jurer par,
de même en lorrain ; juste (cocme de), comme il est juste ;
on pourrait trouver quelque part en n. juste, juiste, pinte,
mesure : Des juistes de vin furent portées à nos seigneurs
de l'Echiquier. (Hist, du Pari. deN., i, 306). Parmi d'au-
tres mesures n., on peut citer les mesures de sel, metent,
croche, ambre, hoquet, poise, eirtîche, particulier à l'Av.;
on disait aussi pense, litt. pesée (pesum) de fromage, jus-
TANÉMENT (Av.), justement, tout de suite; jcste, justau-
corps de femme. La famille a. de judge est à peu près la
même que la famille fr.
JUI, juif, pris en mauvaise part : Vuus jui ! vieil avare;
de même en v. f. , et le fém. était juiesse : D'une femme
juiesse condamnée à mort. (T. de Chartrose). Il y a dans
les villes n. des quartiers affectés aux Juifs , des rues es
Juifs, Juiverie. Shakespeare dit: Hierodof Jewry (.^n^onj/,
act. i). et en gén., dit UaWiv^'eW, Jewnj désignait un quar-
— '(20 —
tier des Juifs; il y avait à Mortain une léposeric de Jéru-
salem; jui, juif (Val.) , le martinet, parcequ'il émigré de
l'Orient, de la Judée; JUDÉE, sculpture, bas-relief, repré-
sentant une scene de la Passion, comme la judée de Poil-
ley; judas, traître; à Val., au jeu de dés, les point de jddas
est l'as. En N. au moyen-âge, le Juif était assimilé à la
bête : « Un Juif, qui est réputé pour bête , devait dix de-
niers. » Vie de l'Eau, p. 222.
JUMENTIER (cheval), qui aime les juments , du l. ju-
mentum : jumeintebie, collection de juments.
JUMET, JCMiAU, jumeau, du 1. gemellus; jumelle, s. f.,
double pilier du mouton du pressoir; il y a en N. des fa-
mille Jumel , le syn. de Besson, usité au centre de la Fr. ;
un poète de l'Av., J. de Vitel, se sert cependant de ce mot
et pour lui Bessons flambeaux sign, les deux yeux. En v. n.
gemelle désignait une espèce de filet, sans doute de haye-
NET : Nullus potest habere piscarias, nisi cum pinchone et
gemella, et sine bauqueto nisi in panels in quibus fuerunt
ab anliquo. (Acte sur les droits de pêche à Troarn , au
IS»^ s.) y.pauche, chaussée. L'a. a gardé gemel dans ge-
mel, gimal, gimbal, termes héraldiques pour sign, double
barre.
LA CELLE, celle (illa, hœc illa), en v. f. icelle, pléon.,
analogue au fr. Laquelle; on connaît le mot attribué à la
maréchale Lefebvre : La celle à Lannes , c. à d. l'épouse ;
on dit LE SIEN, la sienne (Av.) , celui , celle : Coume l'sien
qui crache au tchu d'sa vaque : si cha n'fail pas d'biin ,
cha n'fait pas d'ma ; on dit en delà, au delà, comme le fr.
En deçà; nom de delà! juron euphémique; la , aiïirmatif ,
dans Oh I la oui ! Oh ! la non!
LABEURNE, laburne, ou aubours, espèce de viorne ,
ou aubier, en 1. alburnum, de ses fleurs blanches ; dès lors
ce mot rentre dans la fam. de albe; de la couleur de son
bois vient l'a. auburne, d'un brun obscur.
LABOUERER, labourer, du 1. labor are; laboiou , la-
bour ; LABouERiEux , laborieux ; LiBOCERABLE , labourable ;
labouereux, laboureur ; laboueraison, saison du labourage
et labourage; le fr. ajoute Labeur, Labeurer, Labora-
toire, etc.; l'a. labour, laboratorij, labourer, etc.; en v. f.
— V2\ —
labourer, travailler : ainsi le travail s'est confondu avec le
labour dans les familles 1., comme le gain dans les familles
germ. En v. f. laboureux, laborieux, que nous trouvons
dans un curieux portrait des N., tiré d'une géog. du -15^ s. :
Sont les populaires de grant peine et fort laboreux
hommes et femmes, et sont honnestes gens de vesture et
de mesnaige, et sont grans beuveux en leurs festimens et
grans chières se font par boire. (Labbe , Alliances chron.,
1,704.)
LABRYNTE , nabyrinte , labyrinthe . désignant spec.
celui qu'on fait dans les jardins : Faire un nabyrinthe; on
dit aussi abiringue, en a. labyrinth.
LACHIER, fouetter avec une corde, un lacs, laqueus ,
en a. lash, fouetler; lacheub, fouetteur, en a. lasher; lâ-
ceoN, lacet, spec, pour prendre des oiseaux : Pris uncisne
od mun lacun. (Marie de Fr., Lai de Milun, v. 185) ; la-
cHKT, lacet, en a. lace, et par ext. dentelle; lachier, lacer;
DEi.AcHiEE, délacer; la forme n., c. à d. e pour a, de la-
queus, lacs, donne le fr. Laisse et Lesse , d'oii mener en
laisse, et l'a. leash, lesse; en pic. ^acer, tricoter. De laqueus
vient le fr. Laquais, Laqueton, Laquéaire, l'a. lackey, laquais,
en V. f. naquet. Ajoutons le fr. Lacinié , découpé en cour-
roie, et sans doute Lacérer, eu a. lacerate, etc. , le fr.
Laîche, en n. laichet, et il y a à Courtils le village du Lai-
chet , herbe à feuilles allongées en lanière, laîqle, laiche;
laïque, lanière, bande de cuir, taille de pain allongée. L'a.
latch, loquet, rappelle la cordelette, la lanière des ancien-
nes portes , et latchet garde le sens propre , c. à d. cour-
roie ; aussi en n. lachet est le genista sagittaUs , dont les
tiges sont flexibles et propres à enlacer , le même que le
LAicDET ci-dessus.
LACHIER, saillir, en parlant de l'action du chien sur la
lice, en 1. lycisca; à ce rad. se rattache laced înutton , ex-
pression pop. en A. et employée par Shakespeare pour une
prostituée; en v. f. Usee, prostituée, anal, à Louve, à Gore;
etc.; l'ét. du 1. lycisca est le gr., Xuxtaxv), litt. fille d'une
louve ou d'un chien.
LADRE, avare, salement avare, comme un lépreux ou
ladre, mot dérivé de Lazare, le mendiant couvert de plaies
devant le mauvais riche et patron des lépreux; larre est la
forme interm.; delà Ladrerie, en v. f. ladrerie, maladre-
rie. maladrie, hospice des lépreux ; de ce dernier vient le
— 422 —
I'r. Malade, Maladie, Maladif, en n. maladies; en a. «la/arfy,
maladie; en a. lazar, lazar-house , ladrerie. Ajoutons le
fr. mod. Lazaret, de l'it. lazaretto, id. en a.
LAGNE, s. f. (Gl.-n.), rondin pelé , peut-être du 1. li-
gnum, d'où le fr. Ligneux, l'a. ligneous ; en v. f. langre,
fagot, laigne, bois à brûler et laignier, charretée de boijj à
brûler.
LAGOUSTE, langouste, du 1. locusta , écrevisse , litt.
habitant des lacs, i)our locusta (lacustris), en v. f. laoust ,
dont se rapproche l'a. lobster ; le I. locusta a aussi le sens
de sauterelle, de la ressemblance de l'insecte avec le crus-
tacé, en a. locust, sauterelle; la racine de cette famille, le
I, lacus, donne au fr. Lac, Lagune et Lacune, Lacustre, ù
l'a. lake; la forme loch est l'analogue celt. , et d'ailleurs
très-commune en Ecosse ; en v. f. la, lac, lagas, amas d'eau
corrompue ; de là peut-être le fr. Lacerne, du 1. lacerna ,
habit contre la pluie, le v. f. laganeia, dégoutter, d'où
lagan, chassie.
LAGUE, largeur, du 1. largus, 1er absorbé danslapron.
ù la manière a.-n. , et le ^ dur comme dans le fr. mar.
Larguer, Lague, sillage, lilt, le large, dans l'argot largue,
prostituée, et dans le fr. Elaguer, litt. élargir; du fr. mar.
Lague rapprochons le v. f. lagan, droit de bris, de ce qui
vient du large ; suivant une règle assez commune , le g
s'adoucit en 5, z , comme dans Laize, dans le n. elaisi ,
élargir : « Laschent li resnes, si s'eslaissent, » (R. de Rou,
V. 6703) c. àd. s'étendent, se déploient; lai, lé; on trouve
ce dicton dans B. de Bras et dans Pluquet , Essai, 260,
lequel devrait être disposé en quatrain :
A Bernières sur mer fut prise la grant baleine,
De cinquante pieds de lai : la longueur n'est pas vilaine.
On lit dans un ms. du M. S, M. , penès nos : « en jong et
en lay; » ce mot était aussi adj. en v. n. : « Quatre coffres
de yviere desquels deux sont plus longs que leys. • {Inv. de
la cathéd. de Bay., -1476) Du reste, le 1. latus peut aussi
bien réclamer Lé, lai ; mais Laize a formé Lisière, la bande
qui marque la largeur de l'étoffe, en n. liset (Val.), abrégé
en LIS, d'où le fr. Liserer; en a. list, lisière, listel. De
largus vient la branche fr. Large, Largeur, Largesse,
Elargir, etc., et la branche a. large, largess, largeness,
largition. On dit iron, d'un homme fort et parcimonieux :
« Il est large, mais ch'est des épaules. « Au 1. latus se rat-
tache le fr. Latitude, en a. latitude, laiitudinarian , et
peut-être le fr. Latte , en a. lath , en v. n. laz , dont le
V. ail. latta peut aussi rendre compte; mais c'est de là que
vient le fr. Délai, en 1. dilatio , de dilatare, en v. f. de-
layer, en a. delay ; de même le fr. Délayer vient de dila-
tare : délayer est étendre la substance; ajoutons l'a. lattice,
treillis de lattes. Cf. les dolmens n. dits Pierrelate {latus).
On rattache à latus le 1. lanx, plat, d'où bilanx , en fr.
Balance, Bilan, le balancement d'un budget, Balancer, Ba-
lant, en a. balance. Il y a un mot fr. Laie, clairière, qui
peut venir de latus ; c'est l'a. ley, lea, enclos, prairie. Cf.
lawn. Ajoutons lisette (Orne) , ruban de fil , d'où lisseau,
peloton.
LAI, laïque, dul. laicus, du gr. >ao; , litt. l'homme du
peuple, du siècle, delà lefr. Lai, Laie, en a. lay, séculier,
laity, le corps des laïcs; on dit : « Il est pu facile à un laï
de s' sauver qu'à un prêie. »
LAIDI, enlaidir; le mot Laid vient du 1. Ixdere, blesser, et
laidir avait ce sens en v. fr., ainsi que laidanger, d'où le n.
pr. Le Laidi, Le Laidier; ces mots ont encore le sens de
le honni, le déshonoré, comme en v. n.; l.4idedre, injure,
offense, fléau; alaidier, ennuyer, assommer d'ennui; l'a.
n'a pas cette expression métaph., et le fr. ajoute Laideron,
Laideur, Laidasse; l'a. n'a pas non plus le terme du sens
propre Blesser (leesus), si ce n'e?t sans doute blister, vési-
catoire, pustule; en effet, en v. a. bliss, blesser : « With
his club him all about so blist, » (Spenser, 327). et Todd
explique bUst par wounded; en n. blechier, blesser; on lit
dans une poésie attribuée à Villon, mais qui a un caractère
assez n. : « Porter fruits qui le deussent blécier; » blesse
( Gl. n. ) , blessure. Le fr. Lésine semble dériver de lœsus
et sign, un tort fait à quelqu'un, une lésine de ses intérêts ;
LESiN , lésinier, comme dans ces vers de J. Le Houx :
Ne soyez point plus lesin
Que toute la compagnie.
En V. f. lait, outrage, malgré soi [lœsus], d'où Faire par
lait, à contre-cœur; de là l'a, loath, à contre-cœur, du 1.
Ixsus, Voa représentant Y se, et le th représentant le s.
L AIN-NE, laine, dul. lana; lainods, laineux; lain-nier,
lainier; laneh (S. -Inf.), arracher le poil, comme le laneox
tire la laine du drap; aussi le 1. laniare, d'où lanius, bou-
cher, sign. et. arracher la laine, écorcher; de là Lanier,
Lanerel. noms du faucon, lanière, bande de peau; l'a. pos-
sède /ant/îce, lanigerous, lanuginous, mais son vrai mot
■28
est wool, qui est le 1. vellus, toison ; le fr. ajoute Lange ,
en 1. laneum; langet, lange; languedr (Guern.) , drap de
laine, en v. f. langeul; lanfroneb, ibid. , laver du linge,
V. LiNGEB. Ajoutons le fr, Lanice, Lanifère, Lanugineux, et
en a. les noms du faucon lanner, lannerel, laniard, et lan-
cate, déchirer. M. du Bois cite aleiniee, vagabond, mauvais
sujet ; ce pourrait être une métaph. du faucon, du lanier ;
c'est sans doute aussi à cette famille qu'il faut rattacher le
n. LANDON, s. m. rêne de cuir, litt. lanière : « Pour le cor-
dage de 20 1. de cambre pour faire du landon. » {Compte
de la Maison-Dieu de Bay., -15e s. j En v. a. lanier dési-
gnait une lanière et dans le Suffolk sign, une escourgée.
Le fr. botan. Linaigrette, le jonc à coton, sign, aigrette de
laine.
LAISI, loisir, pour le oisir, otiari : Faire une chose à
sen laisi ; Tout à lesir à lors mesons (T. de Chartrose) ;\'a.
loiter, tarder, accuse mieux l'ét., eilaisure, loisir, se rap-
proche du n. On dit à Val. : Etre à delaisi, et à Jersey ad-
LAisi , c. à d. à son loisir. On dit prov. : Houme à laisi n'a
jamais bien fait, analogue à : l'Oisiveté est mère de tous
les vices; laisant, paresseux, en a. lazy ; lus ANvm, pares-
ser. Ajoutons le fr. Loisible, Oisif, Oiseux, Oisiveté; oi-
siver, être oisif, est dans le T. de Chartrose.
LAITU, laiteux, du 1. lactis, lait : un peisson laitu , ce-
lui qui a la laitance ou laite, ou simplement laitu, poisson
mâle, de même en a. milter, de milk, comme spawn, œuf
de poisson, forme «pawner, le poisson femelle ; laiteeon,
veau , pourceau , poulain , encore allaité , de même en
Berry ; ce mot est métaph. dans la Muse n. :
Chela s'entend du pu grand jusques o lefterons.
LAiTicE , LAiTicBE , l'hermine , redoutée dans les basses-
cours; elle est pour les paysans l'âme d'un enfant mort
sans baptême; sa couleur de lait en hiver, explique son
nom; sa couleur rousse en été, donne raison de son autre
nom, RosEBEu; celui de bouvred!l vient du rouvre ou chêne
où cet animal habite; aussi, d'après une de ces couleurs ,
laitisse, en v. f., sign, fourrure grise. Si le nom et la légende
n'existent pas en A., ils sont allés avec les N. en Acadieet
entre autres souvenirs de la mère-patrie , Longfellow n'a
pas oublié la blanche lettice dans son poërae d'Evangeline,
dont l'héroïne porte la coiffe n., wor/na» cap. » Toute-
fois lettice, fourrure grise, existait en v. a.; Palsgrave écrit
letice ; Halliwell n'en parle pas. Le fr. ajoute à la famille
I
de lait : Allaiter, Laitage, Laite, Laiterie, Laiteron et Lace-
ron, Laitier, Laitière, Laitu.', en a. lettuce; l'a. n'a que ce
mot et lacteous, lactanj, lactescence, lactation^ lactiferous ,
et dainj, laiterie, pourrait être une contr. de ce mot fr. et
une permutation de / en d, d'ailleurs peu commune, comme
dans 5axpu(xa, lacryma. Le fr. Délecter, en 1. delectare, ap-
partient et. à cette famille , litt. allaiter. On peint ainsi
une colère soudaine : Monter coume un lait bouilli ; on
dit: Bère sus du lait, cha rend l'cœu net.
LAMBIAU, LiMBET, lambeau, du 1. limbus, bord, frange,
ou de lambero (fesius), décbirer; en blason Lambel , bri-
sure, en a. label; Cf. le fr. Lambrequin.
LAMBRISSIER, lambrisser, de lambris pour Le ambris.
enl. ambrex, (imbrex), tuile {brica, brique), d'où lefr. Im-
briqué, en a. imbricated, imbrication.
LAMELLE, petite lame, dim. du 1. lamina, d'où le fr. La-
miner, Laminage, Laminerie; allcmelle, lame de couteau,
en V. f. alemelle, en a. lamina, laminated, lamellated.
LAMPIER, lampiste et allumeur de lampes, en a. lam-
plighter , d'où Frelampier, en n. ferlamtieb , litt. Frère
lampier, l'allumeur du couvent; lamper, couler, filer, se dit
d'un corps gras et liquide comme l'huile de la lampe ; lam-
PDREB, id. ; LAMPER, s'élanccr en flamme comme une lampe ;
LAMi'ÉE, contenu d'une lampe et flamme brillante; en a.
lamp, lampe, lampoon , satire, libelle. Le fr. ajoute Lam-
padaire. Lamperon, Lampion; quant à Lamper, avaler, c'est
une on. comme Laper, d'oùle n. lampas, langue, gosier, le fr.
Lampas ; de l'a. lap, laper , vient lap, giron , le lieu où
le petit animal lape.
LAMPREIE, lamproie, ena. /ampreydul./rtWî&ere^e^rflTn,
en it. lampreda; lampriad, lamprillon, et petite anguille; si
cette et. est vraie, le fr. n'aquecemot dérivé du 1. l amber e ;
l'a. possède lambative, lambent, et peut-être /awzô, agneau,
l'animal qui lèche, suce, et lambkin, agnelet.
LANCOIER, lancer, du l. lancea, d'où l'a. lanch et
launch, et sans doute glance, lancer un regard : du moins
Skinner le dérive de eslancer; laincbe, lance, lakchette ,
lancette, lanchieb, lancier; elaischié, élancé, dans le sens
de haut et mince , en a. lank, grêle ; lanchon ( Gr. ) , petit
poisson très-allongé, qui se trouve dans le sable; c'est un
ammodyle désigné aussi sous le nom vulg. d'EQCiLLE :
M. Le Sauvage les distingue cependant ( Mém. de VAcad.
— /•2(> —
de Caen, 1825) ; dans le Westmoreland, launce désigne le
lançon , que l'on appelle en a. sand-eel ( Halliwell ) ; on dit
d'une taille fine : « Minche coume un lanchon; » la:ncelée,
LANCELLE, plantain lancéolé : « Prenez centaure et lancele,
plantein et triefle verte. » (Roquefort.) Le fr. ajoute Lan-
cière, Lancinant, Lançoir, Elancer, Elan. etc. ; l'a. lancer,
lancet, lancinate, etc.
LANCRET (Bay. ), mauvais garnement, interprété en
l'Antéchrist (V. chbit) par MM. du Méril {Diet, du pat, n.),
mot où l'on remarque la erase de l'article, comme dans
Landit (indictum), Luette, Lambris, Lierre, Landier, Len-
demain; pour ce dernier, les deux éléments sont distincts
dans ce vers (p. 47) de Giars de Vienne :
L'andetnain por matin ont congié demandé.
On dit d'un homme laid : « Ch'est un vilain chrétien ; »
Déchristianiser est un mol de la Revolution, lancé par Mi-
rabeau.
LANGUI, LENGUi, languir, du 1. Zaw^were ; langceu, lan-
gueur, spec, phthisie; LÀNcricHANT, languissant, en a.
languishing; lakgodeeeox , langoureux; l'a. est plus riche
que le fr. : languid, languidness, languor, languish, etc.,
V. aux on. lan. Pendant longtemps a langui à Bicêtre,
traité comme fou, le découvreur de la vapeur comme puis-
sance motrice, YdMiQxivÙQ?, For ces mouvantes, un Normand,
Salomon de Caus , qui devança de cinquante ans l'Anglais
Worcester dans cette découverte. V. Arago, Eloge de Watt,
et la poésie d'un Normand, Salomon de Caus, par M. Tra-
vers. [Gerbes glanées, p. ^^.) Cf. le v. f. laisner, différer.
LANTEURNE, lanterne, comme l'a. lantern, du 1. la-
terna (latere), c. à d. oîi l'on cache la lumière; le dicton ,
Dire que des vessies sont des lanternes, a donné lieu à
Lanterner, Lanternier, Lantiponner, expressions métaph.
qui n'ont pas passé en a. Au 1. latere se rattache le fr.
Latent, l'a. latent, latitancy, latitation, latitant. Quant à
Lanterner, être lent, irrésolu, flâner, Lanternerie, Lanter-
nier, c'est un autre mot engendré par la syllabe de lenteur
LAN , V. aux on. C'est aussi à une on. qu'il faut attribuer
le fr. Lanturlu , dont le sens railleur est rendu en n. par
un refrain analogue : « Turlututu, capet d' fétu ; » on appelle
CLiou-A-LANTCBLC celui qul a une tête conique; lantcblc .
jeu de cartes, en v. a. lanterloo, que Halliwell définit
un jeu.
LAPINER, faire des petits lapins , du 1. leporinus ; on
dit prov. : « Quand y a du crotiu. y a du lapin; » lapeket,
lapereau; de leporis vient le fr. Lièvre, en n. liecvee; la
I'ATTE-DE-LiECVBE est le trifolwm arvcTise ; lf.vret, levraut,
en a. leveret; lévbieb, en deux syll., lévrier ; le nom de la
femelle de ces animaux, Hase, a du rapport avec l'a. Itare;
le piED-DE-LiEm be ci-dessus est de même en a. harefoot, et
harier sign, lévrier; l'a. possède d'orig. savante l'adj. lepo-
rine. Le fr. Clapier semblerait venir de Lapier (leporium) ,
sans l'on, se Glapir, anal, à Tapir. Poursuivre deux des-
seins à la fois se dit : « Coueri deux lieuvres; » et « Faire
lever un lieuvre , » c'est faire naître un incident. Ajoutons
le fr. Levrette, Levrette, Levron et Le Gièvre , peut-être
altéré de Lièvre, c. à d. le Grèbe oreillard.
LAQUE, lâche, du 1. laxus ; gband st. laque , grand fai-
néant. Intr. , 3 î2 ; l'a. slack suppose le v. f. eslaquier, lâcher;
LAQDIEB, lâcher; relaqcier, relâcher, Laxatif, en v. a. laxe,
clistère (Palsgrave) ; de là le fr. Relaxer, Relâchement, eu
V. a. lacker et lack, lâcher, d'où l'a. lack , manquer de; il
est dans le sens prim, dans Vision of P. Ploughman : Ich
woll lak no lyf, je ne laisserai pas la vie, c. à d. je ne serai
l'as privé, p.'^S^ ; en a. lusk, lâche; en a. relax, lax, flux,
laxity , relaxation, release; c'est aussi de relaxare que
vient le fr. Relayer , Relais , en a. relay ; de laxns vient
plus dir. lazy, paresseux et ses dérivés; en n. laisant, pa-
resseux; LAisANDEB, paresser. De laxare vient la branche
du fr. Laisser.
LAissiEB, laisser; laibe, id., d'où le fut. je lairbai : je
vous lairrais dans ce lieu solitaire. (V. de la Fresnaye) ; les
deux formes coexistaient en v. n. , comme dans ces vers
successifs du R. de Rou :
Fo!z esl s'il le lait amender
Kar se il li laisse assembler.
On disait au part, lai , laissé , d'où I. lay, mettre , don^
presque tous les sens se ramènent à l'idée de laisser ; on
disait en v. f. laire, mais l'a. leases, choses laissées, lease ,
bail, lessee, locataire, viennent du v. f. lais, bail et testa-
ment, forme de legs, legata, et le v. f. lease, sign, cession;
loose, lose, lâcher, perdre: lose ground, lâcher pied; elais-
scRES, ELAiTCBES, fcstes ; l'a. let, laisser, semble être le v. f.
lait, laissé. C'est aussi de laisser que viennent les mots fr.
Lais et Relais de mer, et le terme forestier Lais, arbre
laissé dans la coupe. Le 1. luxus , luxé, est une forme de
— 428 —
laxus, luxe, luxure, en a. luxury ; de même lascivus, en fr.
Lascif, en a. lascivious, d'où l'it. lazzi, qui a passé en fr. ;
en V. f. lacivieux.
LARDIER (Val.), marchand de lard, du 1. laridum, de-
rive du gr. Xapivoç, gras ; le Zarc^ams était l'horame chargé
des provisions de lard pour le roi, et le Lardarium, le lieu
au lard, ou fief de lardier, in meo lardario rothom. (1 179);
en a. lard, larder, larder er ; Le fr. ajoute Larder, Lardon.
Lardoire. A propos du fief de Lardenière, M. Delisle dit :
Le nom seul de ce fîef suffit, selon nous, pour en rapporter
la création au Xle ou XII^ s. (Et., 528). V. sur les Larde-
ries ou fiefs de lardier son Mém. des revenus publics , 81 .
On dit : Faire son lard , ou faire son beurre, pour faire
sa fortune. Laridon ou ronge-lard est le surnom du chien
« qui hantait la cuisine. » dans V Education de La Fontaine
(L. VIII, 24). Ajoutons le fr. Delarder.
LARIGAUT (bére à tire), la cloche ou bourdon donné à
la cathéd. de Rouen par l'archevêque Rigaut . et nommée
La Rigaut; sa mise en branle était accompagnée de force
libations; le fr. Larigot, est une on. et rappelle un refrain
connu eu N. : Lariguinguette, lariguingot.
LARRIS, s. m. pi. (H.-N.), landes, mauvais terrain, du
1. aridus, mot où se trouve aussi la erase de l'article,
comme dans les précéd., V. lancket; Larris existait en
V. f . ; à Villedieu, «Jeter au larri » sign, jeter un objet
que doivent se disputer des combattants , comme la soûle
sur une lande , un terrain vague. Ajoutons le fr. Aride ,
Aridité, l'a. arid, aridity.
LARROUNER , faire le larron , du 1. latro , en v. f.
lerres et lierres: « Li soudoyant, li cuvertlerres ; » (G. deN..
Bestiaire divin) Lerrel, commun dans les n. pr. , en est le
dim.; larrounet, larronneau; du I. /afrocim^m vient le fr.
Larcin, en a. larceny ; quand un mauvais sujet invoque le
témoignage d'un autre , on dit : « Demande à men coupa-
gnon si j' siis larron ; » on dit aussi : Ch'est l'occasion qui
fait r larron. »
LASSIER. lasser, du 1. lassus, las, sans doute le même
(]}\& laxus , V. la fam, de ce dernier; de là lassiture, lassi-
tude ; ACLASSEB, cité par L. du Bois, s'assoupir, c. à d. de
fatigue, env. n. aclasser ; délassier, délasser; délasse, s. f.
délassement , lieu de repos; il y a. à mi chemin de Val. à
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Cherb. , une halte qu'on appelle La Délasse; de même à
Querqueville; de cette fam. l'a. possède lassitude.
LATINIER, latiniste, savant; savoir le), sign. pop. être
savant et un peu sorcier; ainsi on dit à Bay. : « Prêtres
et bergiers sont sorciers ; » on dit plaisamment d'une chose
de diflicile apparence et qu'un autre veut expliquer :
« Ch'estdu latin fuuillu : n'y a qu' les ânes qu'y brôtent. »
Au moyen-âge, où l'on disait : • Grœcum est, non legitur.
Grec sign, un grand savant ; tel était aussi le sens de
latinier :
Apres le fisl bien ensaigiiier
Le père a un sien lalinier.
Li laliniers parfu tant saiges
Qu'il li aprisl de toz langaiges.
(Ap. M. du Méril, Essaiphil., 191. ) Latin signifiait toute
langue inconnue , même le langage des oiseaux entre eux
( V. Fable Esopique de M. du Méril) . et le peuple appelle
latin toute langue qu'il ne comprend pas. Le v. a. appelait
latimer un latiniste, et latyneres est dans Maundeville's
Travels, p. 58. Le fr. ajoute Latiniser, Latinisme, Lati-
niste, Latinité; les mêmes en a., qui ajoute la forme lateen
(sail), voile latine. On dit : « Perdre sen latin, » c. à d.
ne pas réussir à comprendre une chose, et : « Etre au bout
de sen latin. » c. à d. au bout de son savoir.
LAUER, louer, du 1. laudare, rad. laus, en v. f. los, qui
est encore dans La Fontaine : Vendôme consentez au los
que j'en attends. (Phil, et Baucis) ; lacejsge, louange :
Lauenge de se et de sen curé ne vaôt riin , laoengieb ,
louanger; laue-ngeocr , louangeur; LAUEJicEBTE, mauvaise
louange ; laosengieb , flatteur , en v. f. losenges , dont
louange est la contr. : Li faus ami Id de losenges servent
en liu de cunseil n'entendent qu'à découvre enblandissant.
Moralités cXXéQs dans du Cange, au mot alloser, louer, don-
ner los, renom ; losengier existe en pic. et il est dans le
/?. de Rou, V. \ 3952 : Par felons è par mal parliers. . . . è par
lozengiers; aloseme.nt, éloge; aloser, louer (Gl. n.) En a.
losenger, laud, laudable, laudableness . laudably; en fr.
Loueur, Louable, Louanges, dérivé du 1. laudancia. Laudes.
On dit : Chanter laudes et matines, c. à d. chant sur chant.
Le n. LODER n'a qu'un rapport de son avec le précéd. ; il
sign, battre avec un bâton , d'où lodée, rossée, et se rap-
proche de l'a. load y accabler, charger, qui parl'interm. du
V. n. loth et last, poids pour les cuirs (lastus coriorum
consistif ex decern dakris), conduit à l'a. last, au fr. Lest.
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LAUR.ETTE , s. f. le laurier-sauce, du 1. laurus; lai-
UETTE, le daphne mezereum, et le daphne laureola est la lau-
réole; LAmiorm (Av.), laurier tin, le laurus tinus; le fr.
Lauréole est devenu l'Auréole par le détachement de l; on
trouve dans le Myst. de la Passion de Valenciennes :
Mais en souffrant mériterez
La lauréole de martire.
LAURIER A LAIT, le laurier-cérise ; LAURiER-st.-AisioiiNE , l'épi-
lobe en épi. Le fr. ajoute Laure, Lauréat, l'a. laurel,
laurier, laureled, lauré , laureate, laureation. Il y a des
loc. n. dites le Laurier, Laurière. V. la chanson des Lau-
riers, Intr.. 309. Pour se donner la gloire d'une chose, on
dit : Se donner les lauriers, pop. les gants.
LAVOUR, lavoir et laveur , du 1. lavare , laver , en a.
laver, lavoir, et lave, laver : Ch'est au lavour et au four
que no z'upprend les nouvelles; « Furnoetlacuredeuntes. »
(Hor. 5a;. 4); «Besins, lavoures. » (Chaucer): lavechiiNEr ,
fréq. délaver; lavecrin (Guern.) , lavage; laverie, s. f. ,
lieu où on lave la vaisselle; id. en rouchi; en pic. c'est
buanderie; lavîer, évier, appelé aussi vaisselier; laveohe ,
lavoire; elavar, s. m. , écluse de dégorgement, en v. f.
elavasse, crue d'eau , en fr. Lavasse, en v. f. eslaver, laver,
en rumonche , /«f me, avalanche et tourbil