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Full text of "Histoire et glossaire du normand de l'anglais et de la langue francaise d'apr la mhode historique, naturelle et ymologique"

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HISTOIRE ET GLOSSAIRE 

DU NORMAND DE LANGLAIS 

ET DE LA LANGUE FRANÇAISE 



AVRANCHES. IMl'RIMEfilK PK H, HAMrV 



HISTOIRE 



GLOSSAIRE 

DU NORMAND 

m L'ANGLAIS ET DE LA LAMiOE FRANÇAISE 

D'APRÈS LA MÉTHODE 

Historique, Naturelle et Étymologique 

t)ÉY£I.OPI->EMENT D'UN AIÉIMOIRE 
cornoNNÉ r.\u l'acahkmie hf. iu»ii:> 



'AH 



EDOUARD LE HÉRICHER 

lléseiil de rihétorique au Collège d'Avrancbes , Correspondanl i!ii Minislrt 
de l'Instruction publique 



TOME SECOND 



PARIS AVRANCHES 

■.I1F.7 ArHKV , F.UBliAi'wilNE Ui. I Chez ANFUAV, Rue DELA CoNSTiTinoN 



GLOSSAIRE 

NATIJREl ET ÉTYHOLOGIQM 

DIJ NORNAP, DE L y(iL4l8 

ET DE LA LANGUE FRANÇAISE 



PREMIERE PARTIE 



R I r, I i\ E s .\ M A T P I Q U E S . 



ABAUBIR, étonner, on. composée de Ali-Bali! comme 
Je f. Ébahir, aboîiIu (Bray), aboyer, ahi, mot d'eucoura- 
gement adressé aux animaux; c'était aussi un cri d'étnn- 
nemenl : 

Il fut loul esbalii; 
A ses gens disL tanlost .- ahi. 

{Tombel de Chartrosc Ms. d'Av. p. 37.) 

AI.4S. s. m. fracas (Bessiii) : 

Par grant aias k'il reliet. 

(Rom. de Rou.J 

On dit aussi dans le Bessin riti.vs. embarras, qui se disait 
en V. n. : 

El li cuerz de triaz s'esireignenl. 

fibid.j 



alas! hélas, interjection tout-à-fait n., dit Pluquel ; de 
jnême en a. et en v. n. En Picardie, on dit : « N'être pas 
dans les Ah ! Ah ! » c. à. d. ni heau ni laid. [Diet, de M. Cor- 
blet.) ATCHiTT (Faire), éternuer. agache, s. f. Pie; cette 
on. se retrouve dans presque tous les patois : Agacz en 
brel., Agache en pic. et en rouchi, Aguess en wallon, 
Ajace en poit., Ageasse en berri., qui conduit au f. Geai, 
Agazzo en lang., en ail. A gaz, en it. Ragazza, Gazza. 
Agace existait en v. f. et se trouve dans Y Aigle et la Pie de 
La Fontaine. En Bray, agacher se dit des oiseaux qui 
crient de peur ; on y dit encore agalechier , exciter un 
animal, et ragacha, homme grondeur. A Guern. aguin- 
CHER, agoucer , ATiACER , cxciter. Agasseus, espèce de chien 
cité par Oppien, comme mot celtique, appartient à cette 
famille. En b. n. le geai est un gay, et son surnom charlot 
couRACD. ABC, S. m. eutravB avec un billot de bois, abutter, 
mettre un abo. atah ! atant ! expression de dépit et de 
menace fort usitée dans le Bessin; elle se trouve dans 
Wace : 

Atant 
Jo nen paierai mez dez ici en avant. 

Dans le Cotenlin on dit Atah ! pour menacer les animaux , 
lorsqu'ils montrent l'intention de frapper. Ici l'interjection 
est beaucoup plus probable que le verbe Attends! proposé 
par Pluquet. 

ACA , expression de la chute, comme le l. Cadere, acabas- 
SER v. a. abattre bruyamment, écraser, aclasser (s'), se 
coucher , qui se dit , selon Pluquet , aux environs de 
Bayeux : 

Par lor loges s'acciassent. 

(Rom. de Rou, 1. 1, p. 86.) 

Cable, en v. n. action de jeter à terre : « D'un caable, 18 
sols. » Tarif de délits de ^406. « L'abateure à terre que 
l'on appelle acabler. » {Grand Coust. de Norm. Tit. 8.5.) 
Câbler, v. n. (Gloss, n.), battre, en parlant d'une porte; 
ACA (pluie d') , pluie écrasante. 



BAB. Cette syllabe labiale primitive, qui donne le f 
Babouin, Babine, Babiller, fournit au n. babiner, v. a 
toucher avec les babines : 

Car cheux la qui leu font bien babiner du ros. 

(Muse norm. J 

BABET, nom de servante, s'il n'est l'abrév. d'Elisabeth 



employé dans un souhait du Dessin : « La paix de Dieu , 
Babel et le pot plein. » baboter, babiller, babotier, babil- 
lard . BAVER, bavarder : 

Paix, par le Dyable , vous bavez. 

(Farce de Pathelin.i 

BAVE, blague : « en disant mainte bonne bave. » (Villon, 
p. 251.) BABouix, visage, badioue (Av.), cerise, badoclier, 
cerisier, bavocher. faire des bavures, c. à. d. des inéga- 
lités en parlant du fil, bavoche, bavure, bébé, petit enfant, 
en a. Baby, et Baba en hindostani. De là le f. Babiole, en 
a. Bawble, et Bambin, de l'it. Babbo, becé, s. m. alphabet, 
bobillon, bavard (Gloss, n.), biobio (faire) , bonne mine : 
« Ch'est s'foute des gens que d'ies écorchier coume cha et 
de venin (venir) leu faire biobio. » (Lettre en patois n.) 
BAGoc. s. m. bavardage, vanterie, en fr. pop. Blague, litt. 
Bat-de-la-goule, sobriquet donné aux bavards. C'est l'ana- 
logue du V. fr. Gaber, railler, en a. Gab, en holl. Gabbe- 
ren, en it. Gabbare. Le n. gouaper s'y rattache. En n. 
BLAGUE, S. f. sign, un sachet à tabac et vanterie, en a. Blab 
et Brag , se vanter. Braggart, vantard, comme le v. f. 
Braggard, fanfaron. Il faut sans doute voir un dérivé de 
Bagou, Bagoule, dans les vers suivans d'une fable iné- 
dite , citée par M. du Méril dans sa Fable Esopiqm , 
p. 128. 

Regnartqui scet du bas voler... 

Dit que moult sont gracieux 

Ses enfans. 

BAN, annonce, proclamation à son de tambour, d'où 
le f. Bannir, expulser à son de ban, bannir , proclamer les 
bans de mariage, bannie, proclamation de mariage, criée, 
banqcer, fiancer; de même en pic. Bannir se disait dans le 
sens d'appel : 

En Normandie vint o grand ost qu'il bani. 

fRom. de Rou.J 

Cette on. est aussi germanique , comme la plupart de nos 
termes militaires, c'est le Herban (Wehr-ban) des Capitu- 
laires : « Quicumque in hostem bannitus fuerit et venire 
contempserit, plenum heribanum, id est sol. 60 persolvat.n 
De là le f. Bande, Bannière, Banderole, Bandit, en v. f. 
Bandoulier, d'où le f. Bandoulière : « La deffaicte des 
bandouliers courans la N. par le S. de Tourailles. Paris, 
-1621 . » Il y a en N. beaucoup de le banieb, huissier, crieur. 
La loc. n.'<( De banon, » en Uberté, s'appliquait à la libre 
pâture proclamée à ban, le 14 septembre; c'est le Banon 



de la Coutume. De là le f. Abandon (ù hanon). bandée, 
s. f. à Dives sign, un lot de terre , adjuge à la ba>me. En 
isl. Bana, interdire; en gael. en irl. en erse Binn^ sen- 
tence, en a. Ban, en ail. et holl. Bann, en it. Bandire, 
en esp. Bando. Le n. baverole. le bluet, se rattache à 
banderole. A ce groupe appartient le f. Banlieue, litt. 
lieue, où l'on peut bannir; aussi le Reg. de la Vie. de 
l'Eau, de Rouen, écrit Ban-lieue. En N. les enfans appel- 
lent la cloche Bin-ban, c'est l'ail. Bimbaun, sonner; en 
Bray aînnelée, sonnerie pour les défunts; ba^voler, se 
balancer comme une cloche, banvole, herse de porte, au 
M. S. M. bavole; debaltafriseb, détruire avec fracas. L'a. 
Bang, coup, est le n. benguier, frapper. Le v. n. Esbaner, 
Esbaneier, signifiait s'ébattre : « Desduire et esbaneier. » 
(Best, divin de G. Clerc de N., source très -féconde en 
onomatopées.) 

BATTERIE , action de battre : « La batrye des blés. » 
(^3e siècle) : batterie, aire de grange, battifoler, s'ébattre 
follement, battemare, s. f. (Bray), bergeronnette, ailleurs 
battelessive , comme le f. Lavandière. Il y a dans l'Av. la 
loc. « battre glortecx » . faire le fier, assez analogue à l'a. 
Strike blind, aveugler, battetix , batteur en grange : 

Ho ! balleux , ballons la guerbe , 
liallons-la joyeusement. 

(Chanson norm.) 

rabat-l'air. auvent, rebat, trace du gibier, abattaiso?. , 
inclinaison d'un toit, à croupe rabattue, débat, jeu d'un 
outil, place pour se débattre, de là débêtis, l'écartement 
des dents d'une scie, d'où bétiller, écarter les dents d'une 
scie, BiTER, toucher, en a. To Beat, et To Bite, mordre, 
et l'adj. Bitter, amer, mordant : 

Pour moy je n'y bile. 

{Farce des Pattes-Ouaintes.) 

Du reste le Gloss, n., d'après M. Chassant, donne biteb 
dans le sens de mordre, bastringue, s. f. bruit vibrant, 
vacarme, maison de débauche, musique, spécialement le 
bonnet chinois. 

Mesdames, voulez-vous danser, 
V^'la Tbaslringue qui va commencer. 

(Chanson norm.) 

BATACLAN , fracas , anal, à Patatras : il se dit de l'ensemble 
des ustensiles de ménage; battoir, battoir, en a. Battle- 
door, BAGUENAS (Gloss. n.), tempête, querelle. A ccite ra- 
cine se rattachent les mots a. Bat, crosse, Baste. Itaguer 



et rosser, Baiiny, excepté, litt. en rabattant. Batter, farine 
battue, le 1. Ba'tuere (Plante), le f. Bâton, Bâtir. Bastille, 
Bastide. Bastingue. On peut encore unir à cette famille 
BARATTER, battre la crème dans la baratte, ou caisse à 
faire le beurre, p.aiiretoux (Gloss, n.), tapageur. 

BAYER, entr'ouvrir : « Baie la porte, » d'où le f. mal 
orthographié porte entre-bàiUée. En v. n. Esbaier : La 
porte ouverte et esbaiée. » {R. du M.-St-Michel, v. 2647.) 
« Le cheval od la goule baée. » [G. Gaimar.) begaud, s. m. 
c'est le f. Badaud, begauder, litt. bayer, bahiare. begue- 
viKEB, bégayer, beuguier, roter, beugitee, beuillée, s. f. 
rot, BLÈcHiER, bégayer, ebluchier, grandir, en parlant des 
enfans, litt. cesser de bégayer : « Vos éfans sont éblu- 
chis. » BALANT, fainéant, balaner, flâner, balas, s. f. com- 
mère , fainéante (Gloss, n.) Ces derniers mots pourraient 
se rai lâcher au f. Baler, dér. de Balancer (Bilanx), qui 
est dans les Plaideurs : « Tes bras balans à ton côté. » Ce 
mot existe en n. baler, s'affaisser : « Les poumiers baient 
des poumes. » A Bayer, se rapporte le f. Baie, fruit et 
golfe, Bêler, Bélier, le n. belin, bélier, bliner, arietare, 
uLiix et ERiîELi.\E, odcur particulière à l'e.'^pèce ovine. On 
appelle Belin, dans la marine, une pièce de bois, qui joue 
le rôle de bélier (Homme, n92), Lin, rut de la brebis, est 
une abréviation. A ce groupe se rapporte debetter, dé- 
goutter, qui suppose Bet, goutte, debet, dégel, beitron, 
eau qui dégoutte du sel , bettroner , saler avec du 
beltron. Bée, on. analogue à Fi, excrément. 

BONDER, bondonner. A cette on. sourde, vibrante et 
élastique, se rapportent le f. Bond, Bonde, Bombe, et les 
mots n. BL>DER, rebinder, bondir, bo.nde-cul , jeu ou l'on 
marche à quattre pattes, bonde , jeu de paume dans le 
Lieuvain. V. le Clerc qui jouait à la bonde. (Hist, du 
Pari, de N.. i, 167.) bedo.n (Fiers), clochette des animaux, 
bedon , petit tonneau , le f. Bidon : on lit dans un arrêt 
burlesque de Bayeux (^757) : « Vielles, violons, mouches, 
chijlets , sonnettes , bedons , pincettes , grelots , claquets , 
etc. » De là bedaine, ventre rebondi, et bedaine, chute sur 
le ventre, bedou , homme gros, bedache , corps chétif. 
BEDOu (Av.). blaireau, en v. f. Bedouan. eedou signifiait 
tambourin en n. : 

.4insi nos Tieux français usaient de leur rebec , 

De la llûle de l)ouis cl du bedou avec, 

Quand ils rcpréscnlaienl leurs rnoralilés belles. 

( Vavq. (le la Frcsncnje. .irt. poct.) 



— G — 
BESEiv, bondir, en parlant des animaux affolés. De bedo.n , 
dérive bedoninée : « Bère à bedonnée, » litt. à plein bidon. 
Le Don-don, Dondaine des chansons , est une on.; mais il 
n'en est sans doute pas ainsi de VEnneovoy, refrain du 
Vaudevlre, 41 , comme le croit un des éditeurs de Basselin. 
Il semble être un mot ou un composé altéré, avec un sens, 
comme VEvohé des Latins et Vtmi des Grecs. C'est ainsi 
que M. Ampère a démontré que le gué d'une chan- 
son célèbre est une allusion au château du Gué-du-Loir. 
( Instr. pour les Chants po'p.) L'Enneovoy a peut-être du 
rapport avec le f. Hautbois. 

BOUFFER, manger gloutonnement, bouffaud, gour- 
mand, BOUFFON, gros morceau de pain, bouffeteb, mettre 
dans la bouche , et par ext. emboîter : 

Chacun dans le silence 
Le dévore des yeux et le bouffe d'avance. 

{Lallemant. La CamiienadeJ 

En bas-1. Buffare, et Buffectus, sign, pain blanc , d'où le 
f. Buffet. BousTiFAiLLER , maugcr salement, comme le f. 
Brifer, briffoîjnier (Orne), marchand de volailles, baffreb 
et BAUFFRER : « Bauffrant un tourtel. » (Muse norm.) 
briffe, s. f. soufflet, se rebiffrer (Av.), se révolter, litt. 
rendre le soufflet. On dit aussi en N. buffe , s. f. soufflet , 
en a. Buffet, c'est le f. Rebuffade : 

Par eux fut mainte bufTe donnée. 

{Archxologia. T. xx , p. 304.) 

Ce gonflement de la bouche, en maugréant, a donné au f. 
Bouffi ; il y a en N. beaucoup de bouffaré , en v. f. bouf- 
fareu , bouffi ; Bouffer est dans Rabelais , ainsi que Bouf- 
faige, bonne chère. Un gourmand s'appelle bouffe-tout-cru. 
De là le f. Bouffon, Bouffante, Bouffée, Pouffer, l'a. 
Puff, le 1. Bucca, bouche, Bufo, crapaud, etc., Briffaud, 
gourmand, nom de chien de chasse. 

BOUSIN, vacarme et mauvais lieu, bousingot, tapageur; 
BousiN existe dans la plupart des patois : en bret. Bouzara, 
étourdir, en prov. Burs, heurt, bourfouler, bourrer, litt. 
Bourrer -fouler, boursoule (Av.), brouette, bourguier, 
BEtiRGUiER , heurter : on ht dans un tarif de délits de -1406 : 
« De burguer, sans cheoir, 5 sols. » on caractérise ainsi une 
femme facile : « Beurgue-mé , ftomberai. » bougonner , 
gronder, erbou, gronderie : « Jeter son erbou, » sa mau- 
vaise humeur, buse, s. f. bout du soufflet de forge, anal, 
à l'a. Buzz, abeille. Cette on. sourde est l'étymologie du 



— 7 — 

f. Bouter, en a. To put, Bout, Boutade. Bouton, Tam- 
bour, Boucler, du 1. Bous, bœuf. 
BRIT, s. m. bruit : 

O meindre brit que peiirent. 

{Mémoriaux fie St~Aubin.J 

l'.RAiRE, (Av.), pleurer, comme To cry en a., ebruit, grand 
cri, EBREHOTER (Gloss. u.), cricr haut, EBROUER , effrayer de 
la voix, BRiAMï, bruant, oiseau dont le cri est Trit, Tiritz, 
d'où son nom 1. Emberiza, brier, broyer, bruie, s. f. 
broie : « Pain brié ou bricé, » (Gloss. n.) pain d'une pâte 
fortement maniée, en a. Bray, braire et broyer, d'où, 
selon Tooke, l'a. Bread, pain, ebruit, cri, ebare, clameur, 
ebrit , ébruitement , rumeur, rebrit , vogue, BRIST0N^ER , 
divulguer, (Gloss. n.) bresiller, briser en menus mor- 
ceaux, d'où l'a. Brittle, brelette, rosse, litt. chose dislo- 
quée, et, selon le Gloss. n., une montre, breloque, désigne 
une mauvaise montre ou horloge. De là bresil , bebsil , s. 
m. viande de vache salée, litt. d'animal bresillc. Celte 
métathèse conduit à berlai\, (Vire) son de cloches pour les 
repas dans les fabriques, cerliinguette , clochette, berlot, 
coq d'Inde, de son cri, berdailler, bredouiller, berdalle 
et BERDASSE, femme bavarde, berdasser, bavarder, beudi- 
BERDA , bruyamment , berzole , femme bavarde et légère , 
RERDALE, S. f. ccolicr , écoHcre ; berdalïer, maître d'école, 
tous deux en sens péjoratif, brisier, briser, d'où rrisé, 
jachère labourée, « un brisé de foin; » debrisier, rompre 
la terre avec la charrue; le bris, c. à. d. le brisant, rocher 
de l'anse de Plainvic; breuler . brioler , faire crouler; il a 
aussi le sens de garnir de cordes : « Breuler un tonneau, » 
en a. Brail, carguer; brèque, brèche, c'est l'on. a. To 
break, d'où Brook, ruisseau , comme Route (rupta), liipa 
(rumpere), de là encore Brink, bord; ebrequier, ébrécher; 
ÉBREQuiÉ, brèche-dents, usité comme n. propre. Le v. a. 
dit Brest, broyer, Broy, en v. n. orge broyée. « Pour la 
moulte de 3 sextiers de broys pour cervoise. » [Compte 
(le Bayeux, ISe siècle.) Brasiller, griller sur les charbons. 
A cette famille de l'on. Bre, se rattache le f. Brin, Brinde, 
Briquet, Broche, Brosse, Brut, Bruire, Brocard; le f. 
Broche est resté en a. dans Abroach, en perce, et le f. 
Brindille dans Bramble, ronce. On peut y rapporter, ou à 
celle du grognement, le nom de l'ours dans le cycle du 
Renard, Bruin, Bruno, et celui du sanglier Grimno; son 
nom a. Bear pourrait être un nom prénom, Béranger, 
comme chez nous Renard (Goulpil), d'après ce passage ; 



« Berengarius (id est ursus) missam celebravil. » (Fable 
Esopique, 118, par M. E. tlu Méril.) beucciiet, (Av.) roi- 
telet, de son cri, dans le Maine Berrichon, brimbaler, Hit. 
remuer en brisant, on dit encore trimbaler. Le n. brèque , 
brèche , en b. 1. Brcca : « Breca fada per ventum esiou- 
panda.» (-1-198) en v. f. Brécher: « Il bresche sa poitrine, » 
dit du Bartas en parlant du pélican. A cette on. adoucie, on 
peut rapporter blinquier, cligner, en a. Blink, blinquocr, 
qui cligne, en a. Blinlaird; duf. Cligner, dérive Clinquant, 
employé par Shakspeare : 

The French : all clinquant. 

(Henri VIII, Act. I.) 

De là l'a. Blind, aveugle, et le f. Blinder. On peut citer 
un exemple de Bresiller, très-peu usité en f.. et qui sign, 
en n. briser les membres : 

J'ay les gibons si bien harquebiilais 
Que je crains bien qui ne sait bresillais. 

fMuse Norm.) 

BRONDIR , bourdonner : « Avaler tout brandi. » 
c. à. d. tout cru , tout frémissant (un insecte) . tout entier. 
V. Molière , Festin de Pierre : « Des manches où nous 
entrions tout brondis. » brotiods. (Gr.) hanneton, bhom- 
BRON. rouet, BROiNCHioN, haunetou. brodier : « Le cul en 
n. » selon de l'Aulnaye. (Gloss, de Rabelais.) brosse (faire), 
passer avec un frôlement rapide, en a. Brush, passer 
brusquement, brousse (faire), étalage, d'où le f. pop. 
Esbrousse, d'où peut-être l'a. Spruce, se parer avec affec- 
tation, rebolrser , métath. de Rebrousser : « Ne voulut 
oncques tourner le dos et rebourser. » {Chron. scandaleuse.) 
brousse, bois, d'où le f. Broussaille; beaucoup de lieux 
sont dits LA brousse, en a. Browse, brout. broe, écorce de 
grosse noix, brou, pain, anal, à l'a. Bred, bro, aiguillon 
d'épine , fourche à deux dents . origine du f. Broche, brou, 
lierre et viorne, en b. n., brou , en H. N. le gui. brouet, 
épiderme des feuilles, (Decorde. Diet, du patois de Bray.) 
toutes choses qui se broutent, brôter . brouter, broustille . 
petite branche , dim. du f. Broust. brôtillon . s. m. brou- 
tille, (Gloss, n.) rôtillox (Val), trognon, broute-biquette. 
s. f. broubiquet, s. m. (Gloss, n.) chèvre-feuille. On dit en 
proverbe : « Chest coume du latin fuuillu. n'y a qu'los ânes 
qu'y brotent. » Il y avait en N. un droit de Brotage, Bro- 
tagium, (Cartul. de Montebourg.) et Brostagium (1253). 
Broue, s. f. (Av.) Brome, spec, le Bromiis grossus. brousse 
(faire), engendre broustaui.er , faire brusquement et mal 



— 9 — 

une besogne, brossp.b. vrossek, faire prestement un Irajei. 
DRousTER, et selou Ic Gloss. 71., BRoiiR (H. N.) , aller vile. 
BKiLEisE, diarrhée, bkoe, écume, en a. Drops, et Broth , 
bouillon. BRoiER. écumer, d'où le f. Brouet , en H. N. 
BROTER , écumer. dboiille , (Gloss. n.) boue, broiillas , 
brouillard : 

Quel est ce gros brouillas et sa sombre noirceur? 

(Satires de Courval.) 

r.RocsoN , s. f. femme aux manières rudes, à Villedieu bro. 
BRouAiLMR , bredouiUcr. brecher , broncber. berrecher , 
(Av.) faire sauter la galoche. A ce groupe se rapportent les 
mots f. Brusque, Brouhaha, Brosse, Broussaille, Broche, 
Broyer, Preste. (V. brit.) On peut y ajouter Bloc, d'oii le 
n. BLOQiET, billot, bloqeet, petit fuseau de dentellière, 
BLOQUE! , pièce de deux sous. Le f. Brouir, qui s'emploie 
figurément, est pris dans le sens de brûler, en n., et peut 
venir du 1. Burere. 

c 

CA , exclamation pour chasser , surtout les chats : « Ça, 
chat! » Elle est dans la farce des Pattes-Ouaintes, jouée à 
Caen en 1492 : « Sa chat! Sa chat! » cahin , terme de 
peine; de là la SEMAi>E-cAnLN , la semaine eeweese , la 
Semaine-Sainte. caiNjneb , pleurer (Bray). de là degaiMner, 
imiter la voix, et par extension le geste d'un autre, à Av. 
dejainker et deiNAicher : en pic. Rejanner et Rejangler, en 
bourg, et fr.-comt. Bejannai, en roman Bcjamier, en 
bas-1. Gannare, se moquer, comme le cri du renard est 
Gannire , en v. n. Becaner, braire, d'où le f. Ricaner; 
DEGAINE, démarche, Htt. imitation d'un geste, en a. Gait, 
id. et Zany, bouffon, contrefaire, caler, céder, perdre 
courage, est sans doute une forme de Canner, pleurer, en 
fr. d'écolier, Canner ou faire le Canne. coca>,e , narine, 
(Gloss. n.) cocA>'Eu, flairer. Au son Can, d'où dérivent 
d'ailleurs le 1. Anser, Anas, et le f. Canne, Canard, Can- 
can, se rapporte le nom du goéland, caGxNard, et cainkehotte 
(Val.), canard sauvage, dont le cri est analogue. cAr.x\ARi), 
pot à braise , Brasero , d'où sans doute le f. Cagnarder , 
s'accagnarder : Les marins appellent Cagnard une toile 
goudronnée, tendue sur le pont contre le froid. (V. Jal. 
Gloss. nautique.) En vieux n. l'oie sauvage se nommait 
Gans et Gante, en vieux ail. Ganza, Kans, Ente, en a. 
Gander, jars, Ganza, oie sauvage; la forme eufcmîine est 
cann-ca;\n. On peut rattacher à ce groupe le bas-1. Avca , 
oie, d'où le v. f. Oiie, altéré à Rouen dans Bue aux Ours, 

T. I. 2* 



— 10 — 

c. à. d. aux Ones, et reste dans la Reine Pedauque, et 
dans le f. Ouate, en n. guette, litt. duvet d'oie et oiseau 
de mer. camfrestan, on. dans le genre de Brosse, c. à. d. 
néant : 

Si vous gaigniez parfois queuque guenetle, 
Chest pour le pain plat courae une galette, 
Car pour le poids on dit Canifrestan. 

/'Muse norm.) 

CARAMBOLLE, S. f. saut de mouton; cauambolle, à Av., dé- 
signe l'ognon qui porte les bulbes au haut de sa tige et 
le bulbe lui-même, cailcaillot , appeau pour les cailles , 
réduplication de ce mot on., en a. Quail-Pipe : 

Des courcaillels pour les cailles, 

(Scarron. Virg. travesti ^ 1. iv.) 

GAILLARD, S. m. pctltc Caille. (Gloss, n.) carculot (Terre-N.), 
espèce de petit canard, caricaca (La bonne femme) (Val.), 
nom employé dans un jeu où l'on donne à deviner par 
derrière un certain nombre de doigts avec ces mots : « La 
bouenne femme Caricaca — Combien qu'y a d'dés là ? » 
cARiBARi, s. m. espèce de navette à Fiers, litt. va et-vient, 
anal, au f. Charivari. Carabo, cri de ralliement de sédi- 
tieux venus de Paris pour soulever Rouen en 1789, et 
qu'on appela Carabots. Ce mot désignait à Caen une 
socii^té populaire. (V. Le Fédéralisme , édité et annoté par 
M. G. Mancel.) On peut rattacher à ce groupe Chas (Bay.), 
mauvais bouillon, lavage, on. analogue à Fouah, ciiacou- 
TER (Bay.), chuclîotter, en a. Chawter et Chitchat, en f. 
Caquet, chavarixer, v. act. et n. charivariser, chaiauchier, 
pleurnicher. C'est sans doute à cette famille qu'il faut rat- 
tacher un mot qui existe sans doute encore en N., car il y 
était populaire au Me siècle, d'après un chant des Nu- 
picds : 

Venez, commissaires poltrons, 

Pour informer sur ces affaires , 

Nuds-pieds , Boidrots et les Sablons 

Incaguent tous vos mousquetaires. 

INCAGCER , (Gloss, de Roqucfort.) railler, braver, vieux en 
fr. ECAMR, éclater de rire. En a. le jeu Caricaca est Jig. 

CHIPER , filouter, on. tirée de la vivacité de l'enlève- 
ment ; Chippe, se disait en v. f. : L'Aulnaye dit dans son 
Glossaire de Rabelais : « Les couturières appellent Chippes 
ce qu'elles volent à leurs pratiques.» En a. Chip, morceau. 
De là le fr. pop. Chipoter, barguigner; en écossais, où il 
y a beaucoup de français , Chipot , bon marché , en a. 
Cheapen, marchander, d'où l'adj. Cheap, à bon marché. 



— Il — 

el To dieal , duper, cuiper , crier, gémir, d'oii cmriE, 
femme criaiileuse, acariâtre, cuiquier, mâcher, manger: 
de celte on., analogue à Mastkare, dérivent chico.\ , s. m. 
laitue, cHiG-\'o>' , morceau de pain, chiffon, id. chiqtje, 
bouchée qu'on déchire d'un morceau de pain , et chique . 
chiffe, d'où le f. Déchiqueter et le n. chiquetailler, chico> 
(Bray), morceau de pain, de même en pic, chiffetier . 
chiffonnier, chig?.o>e , pâte d'orties et de son pour les 
dindons , (Gloss, n.) chiiNchous , fibreux , tenace , de la 
nature de la chiffe, en a. Chinse, remplir d'étoupes, chi- 
PAiTET et CHICOTIN, S. m. sac à tabac, chinche, chiche, l'a. 
pop. a gardé ce mot dans Cldnche , avare, CJiincherie, 
lésinerie, Cldncliy, avaricicusement. (Halliivell's Diet, of 
archaisms and provincialisms.) Roquefort appelle mot n. 
QUiNQCECx, déguenillé, chiffoter, chuchotter : « On n'en- 
tend pas dedans les assemblages Chiffoter. » chop , entre- 
tien. (Gloss. 71.) cHiocHioT, enfant trop caressé, d'ou chio- 
ciiioTER, caresser à l'excès, et chioler, cajoler, d'où le f. 
Choyer, chincher, (Pont.) priser, aspirer du tabac, cni- 
ferner, enchifrener, en bret. Siferni, enrhumé. Quant à 
cHiFoiRiNiE, vielle (Guernesey), en v. f. CItifonie , c'est 
peut-être une on. tirée de ses sons sifflans , ou plutôt c'est 
le mot Symphonie : il se dit aussi en H.-N. : 
Qui ne dansel a d'autre chifournie 
Qu'au faux bourdon que rendent leurs bouyaux. 

(Muse norm.) 

On peut rapporter à celle on. le f. Chopper , usité dans ce 
prov. n. : « Qui choppe s'avanche, qui chet s'détourbe. »> 
RECHIGNER, sc plaindre, être morose, dont le fr. n'a gardé 
que le participe; un proverbe n. dit : 

Qui rechigne n'a que deu ; 

Qui bat sa lemin' n'a qu'malheu. 

CLIAQUIER, claquer, en a. Clack, Slap, Clap, Clash. 
Celle on. éclatante est en gr. xXaÇoj, en 1. Clamor, cliaque, 
(Bay.) draine, espèce de grive, appelée trait dans la baie 
du Monl-Saint-Michel. cliaquaud , espèce de mauviard. 
cLiAQiET, s. m. la digitale pourprée, dont on sc plaît à faire 
éclater la fleur, accliabo, s. m. clameur; accliaber, accla- 
mer. cLiAQiEDE.NTS (à) , à jcun , ù vidc : 
E no verra aller à claquedent 
Ses ballebardiers engraissais par la Garde. 

(Muse norm.) 
cLiAQrARD. bavard, cliaper (Bray), exprime le bruit d'un 
outil mal emboité. cliapot, s. m, petite lessive, cliapée, 
éclaboussure. cliaquier. jeter à terre bruyamment. On dit 



— 12 — 

que Dan. Huet, {irovoqué à faire une phrase de pur patois 
n., dit à un paysan qui passait : « Cliaque lo su guerbet 
d'ctrain por i-'supper su verva , » jette-là cette gerbe de 
paille pour sécher celte mare, ecliater (s') de rire. : La 
Fontaine a dit : « de rire s'éclata. » (Le meunier , son fils 
et l'âne.) cliapaud , petit crapaud des murailles , dont les 
notes sont Cla-2)a, de là le f. Crapaud, d'où le n. crafac- 
DL\E, l'épiaire et un lichen des chênes. En v. f. Crapaud 
se disait £0^;, sans doute l'ét. de Pied-bot, pied dont la 
marche imite celle du crapaud. L'a. Toad a quelque rap- 
port avec Bot , dont le dim. Botterel existait en v. n.dans 
Wace, et forme un n. pr. encore usité en N. crapaudière, 
lieu oîi abondent les crapauds. Il y avait à Caen le moulin 
de Crapoldaria. (Or. de Caen, par Huet, p. \ 07.) Lupton , 
dans son First booke of notable things, appelle Crapaudi- 
na, le toad stone, pierre précieuse que l'on suppose dans 
la tête du crapaud , et à laquelle Shakespeare fait allusion 
dans As you like it. Crapaudine, en a. ulcère de cheval. 

CLICHE , diarrhée, clichard , sobriquet donné par les 
paysans aux citadins en général , et en part, aux gens de 
Bayeux, parcequ'ils furent affligés de lienterie et d'hémor- 
roïdes pour avoir chassé saint Gerbold; d'où ce mal est 
dit « Mal saint Gerbaud. » De là le verbe clichier, et à 
Bayeux ecli^cher, éclabousser, et le f. Cliché, Clique, 
Clistère. On peut citer ici comme exemple et comme 
spécimen du dialecte n. un passage de Pathelin , dans son 
prétendu délire : 

Hé Dia ! j'ai le mau saint Garbot , 

Suis-je des foireux de Bayeux ? 

Les playes Dieu ! quesse qui s'attaque 

A men c...? Esse une vaque (insecte, coccinelle), 

Une inôqiie ou un escarbol? 

Jehan du Quemin sera joyeux. 

Bée , par Saincl-Jehan , je berée 

Voulentiers à li une fée! 

ECLICHE, éclisse, comme le f. Clisse, le grec-f. Schiste, l'a. 
sut. Slice, Slate, ardoise, le 1. Scissilis, l'ail. Schleissen. 
Le patois a. Clency est traduit par Halliwell en miry, dirty. 

CLIOQUE, cloche; cette on. est devenue Klocken, frap- 
per . en tudesque , dont les Capitulaires de Charlemagne 
ont fait clocca, cloche, et le moyen-âge Cloke. clioquier, 
sonner en parlant des cloches, et par imitation du son 
inégal des cloches. Boiter, en a. Closh, fourbure, en f. 
Eclopé. Leur nom latin était Campana, et on leur donnait 
aussi le nom de Sain (signum) , m. qui s'est conservée 



— 13 — 

dans le putois de l'Anjou, dans le fr. Tocsin (Toque, sain), 
el dans ce dicton popuiaiic, souvent incompris : « Un 
bruit à ne pas ouïr les Sains sonner. » la clioque des bibe- 
iios est le Couvre-feu , Cover Ju au moyen-âge, en a. Cur- 
few. C'est par une erreur homonyniique , comme celle qui 
précède , qu'on dit prov. d'un homme qu'on enlève de vive 
force . qu'on l'enlève « comme un corps saint. » C'est par 
corruption pour Cahorsain, parceque sous le pontiQcat de 
Jean XXII , on fit enlever dans une nuit les usuriers dont 
la plupart étaient venus de Cahors à Paris, cliquettes , os 
ou morceaux de bois frappés l'un contre l'autre, en a. 
Clicket. Du reste , la plupart des onomatojiées de cette 
classe existent en patois anglais. (V. HaÙiwell's Diet.) 
ECLincETTE . S. f. batte de masque, cliquette , s. f. clochette 
des Frères de Charité ; cliqueteux , sonneur de clochette. 
cLi.NQiE et TI.NQUE, coqueluchc, cLiAQUER, cliquetcr , en a. 
Clink, tinter, cllnquaille, s. f. cliquetis, le f. Quincaille. 
CLiOQiiER, glousser, ou clioqueter : à Soint-Lo clrcbier, 
et cLiucHO.N y désigne un homme qui se plaint toujours, 
en v. f. Clocher, glousser, en ec. Cloak, id. en a. Clog, 
entraver un animal, et Clash, fourbure. clianche, s. f. 
loquet , cLiA?»cnirR , lever la clanche , decla>quier , faire 
jouer un resort, ecliper, escliper, lancer de l'eau, d'où 
ECLirE, ECLIPOIRE, scringue en sureau, eclii-ette, tiroir. 

CO , coq. coqueter se dit du coq appelant les poules , 
d'où le f. Coquetterie. L'a. résout cette on. en chue : 
« Chue, dit Junius, is the call of the cock to the hens, » 
d'oii Chick, le petit des oiseaux, et Chicken, i)Oulet. En 
gr. xoxxuCe'.v, chanter comme un coq. Coq sign, en fr. 
comme en a. le chef; mais en n. il s'emploie dans celte 
locution : « A mé le co ! » c. à. d. j'ai gagné le coq , prix 
du combat, picot, dindon et javelle de céréales, dressée 
debout pour sécher, en a. Peacock, paon, et Cock of ha]/, 
mulon de foin, cocolicô, chant du coq. cocoli.xqueux , le 
lychnis clio'k/îœ, rouge comme une crête de coq, de même 
le f. Coquelicot, coquier, v. a. cocher, coqueran, (Coût.) 
hermaphrodite, c. à. d. réunissant la coche et le bélier 
(ran), coco, (Coût.) le rouget, parcequ'on croit qu'il émet 
un pareil son : on connaît la musique des baleines, cocco- 
DÈQUE, (Vill.) bête dont on épouvante les enfans, de son 
cri. A cette on. se rapporte le f. Cochon, dont le n. com- 
plète la famille par cochonmer, adj. qui fait ou dit des 
obscénités, cochonnaille, s. f. intestins de cochon, cocho.n- 
-NET, cocHELiN, et Gousso.\ , le fruit de l'églantier, aimé des 



— 15 — 

porcs; l'flERCE aux cochoas, en f. Porcellc, en 1. Hypoc/iœris. 
coTiR, frapper un fruit, la nèfle, pour la faire mûrir, en 
berr. Coii, meurtri , et Cosser, meurtrir : « De sa corne 
essaye de cosser mon mastin qui l'abaye, » (Ronsard.) 
GROSSER : « J'vais l'crosser, » je vais te battre; en y. f. 
Cotir, frapper, chouquer, choquer, en a. Shock, chouter 
(Av.) frapper : « J'vais te choute. » en a. to shoot, frapper. 
cHoiTEUR, frappeur, en a. Shooter; une or. Scandinave est 
possible, de Shuita, en sued, parchoctre , frapper à 
l'excès : « I m'a parchoutu. » Cohoc désignait en N., selon 
Roquefort, l'auditoire des juges du seigneur; c'est une 
forme de Cohue qui, à Jersey et en N., sign, audience, 
tribunal, de même à Mortaln : « Ante domum quae dicitur 
gallice cohue in villa Moretonii. » (^339.) 

A vous , messieurs de la Cohue , 
Failes ainsi el me piégez. 

(J. Le Houx. Vaudevires, p. 00. j 

Il y avait à Bayeux la rue de la Cohue, couac (faire), 
tuer ou mourir; l'a. Quack, charlatan, exprime l'emphase 
bruyante, coup a sou (Manche), coup sur coup, escoufle, 
cerf-volant, comme le f. Ecoujle, milan, du bruit sourd de 
ses ailes ; on dit prov : « Maigre coume une escoufle. » 
(V. le Rom de V Escoufle, bibl. imp., in-4o, n» 178, dont 
Fr. Michel a publié un fragment); en n. lecoufle, lecou- 
FLEï , noms pr. escopier , esquiver : « Escopier la compa- 
gnie. » en V. f. Escope, poltron, escopier, escroquer. A cette 
famille se rattache le f. Coucou, on. universelle; en n. 
coucou est le Lychnis flos cuculli; le Pain de Coucou, ou 
Alleluia, est VOxalis acetosella, qui fleurit au retour du 
coucou et de Pâques, couvre , colombe , pigeon ramier , 
en V. a. Culvere, (HalUivelVs Diet.) en a. Culver, couit 
(faire) , disparaître soudainement; c'est sans doute la ra- 
cine du bas-1. Coitus, passage : « Debent servare kuitum 
cervorum. » (Le grael de Vatteville, f. ^06. Etudes de 
M. Dehsle où se trouve une expression analogue : « Ut 
sim paratus cum canibus et famulis meis ad custodiendum 
tristum quod situm est inter Hommon et Bondevillam , » 
p. 389.) couAs, corbeau, d'où le f. Croasser, en a. Crow. 
CO, coup , se dit dans les jeux de l'Av. ; « Co de recul , co 
de hausse, co de rempart, » en v. f. Colp et Cop. copir 
et EcopiR , faire jaillir de la salive , qui s'appelle copisse : il 
y a une plante dite Herbe à l'Ecopisse. Ce que le f. dit : 
« C'est son portrait tout crache; » le n. l'exprime par : 
« Chest li tout recopi. » Ce verbe était actif en v. f. : 



— \:> — 

Escopi la eniiiii le vis. 

(Pom de Hoiarl, i , 08. 
Ne escopie, ne senliie. 

(G- de iVorm. Bestiaire divin, v. 420.) 

copis?oTER, cracher souvent, en a. Spit, cracher, en 1. S^mo, 
en e?i>. Escupir. De là le f. Escope, pelle à vider l'eau. 

CRAQUE, s. f. fruit de l'épine noire, de sa crudité, en 
pic. Traique, d'oîi le f. Crcquier, prunellier et chandelier 
à branches, armes des Crequy. cr.^qie, hâblerie, de même 
Crahe en v. a. «Vain glorious crakes. » [Spenser, ^-l6.)« To 
crack is still used in the north of England for to boast.» 
{Todd.) CRAQUELIN, carlilagc de la viande, cral, pierre cra- 
quante à la surface des carrières, d'où cr que, lande pier- 
reuse. CRAX (Guern), la fauvette babillarde. (Rimes guer- 
nesiaises, par nn Cûtelain.) craisset, craisset, s. m. 
grenouille verte, crasille, s. f. (Baie du Mont-Saint-iAlichel) 
débris de coquilles écrasées, en a. Craze, Crush, écraser. 
Craia7it était avec Cltantecleer un des noms du coq au 
moyen-âge. craquiller, pétiller, en a. Crackle, (.raqullon, 
craquelin : « Anis pour poudrer les croquillons qu'on donne 
aux petits enfans. » (Compte de Bayeux, irje s.j craqielot 
(Dieppe), le hareng saur ou sairet noiFii, appelé encore 
APPÉTIT. CRAULER, grouillep , cn a. Crawl, ramper (comme 
les animaux grouillans), crac, (à) (Val.) « Pleuvoir à crac 
et à erase , » à tout écraser, cracotte , dent d'enfant , d'où 
cRAC0Ti.\, petit enfant. En a. « in a crack, » en un din- 
d'œil, Crack, crepitus ventris ; Crackle, pork-crackling, et 
dans différens Comtés , Cracklings et Cracknel désignent 
les craquelins, ciuquart, s. m. hirondelle de mer. cra?* 
(Iles n.) l'alouette : 

L'cran dans l'irefle paluffle adret. 

(Rimes cjuernesiaises.) 

CRAX, scie à larges dents, cranche, souffreteux, en pat. a. 
Crink, Cranche en v. f . , boiteux, on dit en a. A crank 
ship, navire faible de côté. crac-jea> (Saint-Lo), roitelet, 
de son cri qui imite le craquement de la silique d'ajonc 
(Jean) au soleil, crax , cron, falun. (Vexin n. ) crapou.. 
crapaud . en lîray où l'on chante la veille des Rois : 

Bonjou les Rois , 
Jusqu'à douze mois! 
lionjou la r.eine 
Jusqu'à si.\ semaines! 
P.onjou , l'crapou 
Jusqu'au meis d'août! 

cRAror conihiit au f. Crapoussin. egrat. égratignure, trace 



— ^6 — 

des animaux, ecrabuiiller, écraser, d'où ecabouir et ehil- 
RouRDiE , bagarre , fréquent dans la Muse nor. : 

Après enlrel de pleine equilbourdie 

Aincbin que fos un tas de gobeiiaux. 

ACRAVAKTER, écraser , comme en v. f., anal, au 1. Gravis. 

CRICRI , grillon ; Ménage cite une autre forme : « Les 
Poitevins disent un grelet, les Angevins un gresillon et les 
N. un criet.)) [Observ. 416.) Il veut dire sans doute criqiet, 
en a. Cricket, chiqie, s. f. point du jour, litt. crevée du 
jour, eruptio lucis. faire cric; Dante a dit : « Fatto 
cricch. » 

Quand il vit l'aube crevée , 

Tantosl fist ses frères lever. 

( Tomhcl de Chartrose.) 

crevé de FAIM, affamé, en a. Craving; crevaisua . action 
de crever, de mourir. En n. les raidillons s'appellent creve- 
CŒLR : il y a la côte de Crève-Cœur, près Eslrées, à Av. la 
rue Crève-Cœur, crève-chien. Viorne commun , (Vib. lan- 
iana) exactement traduit par le Cynanchus. criqde (Caen), 
dent, et à Val. criqiette. criqioi, (Bay.) craquemens noc- 
turnes. cRiQCEcx et uiQiEux, rougc-gorgc. recri, s. m. ré- 
clamation. cRicrsE, croûte frisée, anal, au f. Grignoter, en 
Lret. Krina, ronger, cresteler, caqueter : 
Ma femme s'y brait el crestelle. 

(Chanson noim. edit, du Bois.J 

SIe bêle boise ou chest que no se plaque. 

Por cresteler , quand on a cault à piais 

De clienne la qui touche nos métiais. 

(Muse norm.) 

CRÉTO.N , résidu croquant de la graisse fondue : « Bouchers 
qui vendent suif ou créton aux chandeliers. » (Coût, de la 
Vie. de l'Eau, de Rouen, 87.) 

Laissez jusqu'au retour les tripes , les créions : 
Quand l'ennemi nous presse , au diable les gueulions. 

(Lallemant. La Campenade.) 

cRÉi'iR, se tirer, se tendre.ère 
emporte la tête. On dit prov. : « No ne fait pas buure 
(beurre) dans barelte fouerouse. » — Et d'un homme de 
sens : « Si no veut de la fouure de niais , n'faût pas li 
pendre une pouquette au tchu. » frayer, effrayer, en a. 
To fray, d'où le f. Frayeur et Effrayer, frappement, coup, 
n'est fr. que dans le Frappement de Moïse sur le rocher. 
La loc. de l'Av. « Frappe, qui ne frappe, » c. à. d. frapper 
sans relâche, peut sign. « Frappe, qui ne frappe?» comme 
on dit : « Pleurer à pleure, pleureras-tu? » affraper, frap- 
per, en it. Affraiiare, en v. a. AJfrap : « Ready to 
affrap. » (Spenser, p. 68.) fratel, babil (H. N.) : 
Et de leur vieux fralel 
Scarron eût fait la brullesque lUiade. 

(Muse norm.) 

fragonier, fragon ou Ruscus aculeaius , autrement IIoux- 
frélon, toutes onomatopées, vulg. encore fesse-larroiN, en 
a. Butcher's broom, flaireter, flairer, en a. Flirt, coque- 
ter , en v. f. Fleurtir : 

Rossignols qui fleurlissent 

Fredonnent doucement. 

(Bourqueville de Bras J 

A l'on. Fra se rapporte le f. Fracas, Frayer, Fraiser, 
Frasque, freid , froid , on. de frisson , en n. frechon , et 
de frémissement. On dit prov. : 

Freid mai, caud juin 

Font aller au moulin. 

FREiT, Frigidus, se disait en v. n. : 

Iver esteit , grant freit faisait. 

(Rom. de Rou.J 

Freid, s. f. le froid, abbrév. de froidure, frenailler, bruire. 
FREUMENT, fortement, en v. f. Forment, feusaie, fresaie, 
et FRAYE , effraye. {L. du Bois. Rech. sur la N., p. 342.) 
FRESS0AÉE, fdlc sans gêne, bruyante, fretel, babil. (Muse 
N. de Petit.) feessoie, s. f. Engoulevent ou Tette-chèvre 
(Caprimulgus) . affreux, énormément gros, du f. peu usité 
Affre. FRECLER, frôler, battre, d'où freulée, rossée, freu- 



— 22 — 

LIEU, vagabond, batailleur, effraiser, émietter. frayée, du 
f. Frayer, trace des roues sur la route, fremeue, s. f. fris- 
son de terreur. 

FRIOLER, exprime le frisson de l'appétit : « La langue 
li en friole, » c. a. d. frissonne, affrioler, désirer vivement 
pour manger, friolet , haricot prodome. fuiquejnelle , 
femme friande, ou vive, d'où l'on. f. Frisque, en a. Frisk; 
en y. ï. Friquenelle, femme galante, friquet , moineau, 
l'oiseau /mgrwe par excellence, friolier, gourmand : 

Adieu , dame friolière. 

(Muse Norm.) 
FRico.x-FRiQtJETTE, étourderic : 

Après entrit un nombre de fillettes 

De ces beautés qui font fricon-friquette. (Ibid.) 

FRICOT, S. m, bonne chère, litt, chose frite, fricoter, faire 
bonne chère , fritel , hareng saur : 

Et gaune et sec comme un fritel. 

(Muse Norm.) 

FRiTEDRE , friture , en a. Fritters ; Fritowre désigne des 
gâteaux en a. frigousse , s. f. mauvais fricot, fretier , 
friand : « Le cat n'est pas fretier. » firli, fretin, qui sert 
d'appât, ({vA frétille. ( Bay.) fribler, frissonner, et se frotter 
dans ses vêtemens. fripe , s. f. vêtement fripé , d'oîi le f. 
Fripier, frible, qui frémit aisément : « Un cheval frible. » 
rile, rilette, restes rissolés de lard, frilous, frileux : en 
argot Frileux, un poltron, fersir, frissonner. FRÉTiLLOiS- 
KER, être livré à une vive agitation, d'où frétillon, per- 
sonne vive; de cette on. vient sans doute le 1. Frigilla, 
pinson, on dit : « Vif comme un pinson. » freluche, s. f. 
ruban de dolure , d'où le f. Freluche et Fanfreluche. 
AFFRiBODRDER , cugourdir de froid, cité parL. du Bois, litt. 
Affre et gourd, frlcouler , comp. de fripper-bouler : « Ses 
cauches sont toutes afriboulaies sus ses talons. » effriter, 
eifrayer jusqu'au frisson. Le f. rattache à ce groupe, Fre- 
lon, Freluquet, Frémir, Frétiller, Fretin , Freux , Friable, 
Friand, Frileux, Frimas, Frime, Fringuer, Friper, Fri- 
pon, Friquet, Frire, Friser, Frisson, Fritte, Galefretier, 
et Xdi. Freak, boutade, Fream, grogner, Freeze, geler, 
Fret, bouillir, Fribbler, freluquet, Freight, terreur. Frill, 
trembler de froid, Frizle, friser. 

FROE, sciure de bois, à Nancy Froux; Frouette, en 
pic. miette, frôlée, s. f. (B.) pain émietté dans un liquide. 
FROC, PRO, grosse étoffe rude qu'on fabrique dans l'Eure, 
d'où le f. Froc, froubîr , frotter, d'où le f. Fourbir, froc- 



— 23 — 

FEou (Mme) . femme brusque : le Gloss, n. rapproche de 
cette on. Taffetas, autrefois Tafetafle; on peut citer ici 
l'a, Frolick, folâtre, Frost, gelée, qui exprime le craque- 
ment du givre ou de la glace, Froth, écume, anal, au n. 
FROE, sciure, mais on. plus douce, Froward, bourru, 
Frog, grenouille. Le f. donne à cette catégorie Froisser, 
Frôler, Froncer, en a. Frown et Frounce, Frotter, Frouer, 
Forer. 

G 

GACHER, mâcher péniblement; gâche, galette molle et 
tenace, gachard, sale en mangeant, d'où le nom de l'aliéné 
malpropre , Gacheux. garead , petit pain au lait , sans 
doute, pour Gâchereau. 

GADER, babiller, (St-J.) en a. Gabble, bavarder, et 
Gab, railler, oii l'on retrouve le v. f. Gaber, en it. Gab- 
bato, en v. n. Esgaver, se réjouir : 

Et qu'a rien n'esgavasses dont le peust blasmer, 
Qui es delitz du monde son cuer adoune et livre. 

(Chant du Roussignenl , Ms d'Avr.) 

GAFFE, morsure soudaine, gueulée. gaffer, avaler, avi- 
dement , comme en lorr. et en pic. ; Gafar, dans le midi , 
mordre; dans le Jura, Jaffer. gaver (se), se bourrer de 
nourriture, caviox^ , s. m, gosier , pop. en fr. : 

Pour descroquer la say de nolle gavion. 

(Muse norm.) 

On dit Gave, Gaviot , gosier, dans presque tous les 
patois. GAY ailler , manger en glouton. gavigxoxN , gavi- 
GNOLLE, ivresse, et gaver, enivrer : « Via notte homme 
gavay. » (Muse norm.) gavart, (R.) brutal et glouton. 
ESGAVIo^^ER (s'), se gorger. gafigno> , corne du pied des 
animaux , sans doute primit. griffe, agaffer , prendre de 
langue, engueuler, gavot, (Vill.) ouvrier rejeté de sa cor- 
poration, peut-être comme ivrogne et gourmand. A cette 
on. appartient le f. Gaffer , Gaffe. 

GALETER, sonner le glas : le f. semble être la méthath. 
du n. GALOT , carillon, galot . gronderie bruyante , en a. 
Gallow , épouvanter , et Gall , fâcher , de là galoper , 
gronder : 

Puisque pour loy je suis galopée. 

(Farce des Pattes-Ouaintes.) 

GAMER, (Vill.) gronder et enrager ; de là peut-être le f. pop. 
Gamin; mais Gaminus est traduit en Tabernarius dans un 
Ms du xie. s. (Bibl. imp.) game, s. f. soufflet sur la joue. 



— 24 — 

GACiNETER , bcibillei". GALOPER (une besogne) , la courir. « Se 
recommander à saint Galopin ou à sainte Galoppe, » fuir. 
GARGATTE , s. f. gosier , dérivé du bruit des alimens, 
on. générale dans les langues latines : Gargate, en fr.-comt. 
et en lang.; Garguillo , en bourg.; Gargalate , en vosg.; 
Gargaliot, enb.-lim.; Gargaliero, enprov.; Gargata, enii.; 
Gargania, en esp.; même en bret. Gargaden; dans les Iles 
n, on dit gcergcette ; c'est le n. anglisé. gargate se disait 
en V. n. : 

Lur unt li gargates trenchies. 

(Rom. de Rou, v. 3779.) 

Il se disait en v. a. « By the gargat. » (Canterb. Taies, v. 
^5,341.) De là le f. Gargariser, Gargouiller, par contr. 
Grouiller, en a. Gargle, Gargol, maladie des porcs. Gau- 
GOTiEii, blanchisseur et laveur de toiles; gargouillis, bor- 
borygme. GARGorssER, grondcr en grouillant, d'où le f. 
Gargousse, et par contr. grousser. gargouille, (Av.) mare 
grouillante; c'était à Rouen le nom du dragon tué par 
saint Romain, d'oîi le f. Gargouille, appHqué aux monstres 
servant de gouttières; Gargantua, mot pop. adopté par 
Rabelais, est de cette famille, ainsi que Gargamelle. 
Shakespeare a ce mot dans As you like it : « You must 
borroiv me Garagantua's mouth, garbouiller , gargouiller, 
et faire salement une chose, en v. fr. Garbouil, saleté, en 
a. Garboil, désordre, dont Warble, gazouiller, est une 
forme : gazouiller en n, signifie faire malproprement une 
chose. Le f. Barbouiller, Barboter, en n. varvoter (V. 
Verva), expriment les mêmes sons, comme le 1. Garrulus. 
GOREiiMER , avaler avec des borborygmes , être enroué. En 
argot Gargue, bouche. [Etudes sur l'argot, de M. Fr. 
Michel.) 

GEIGNIER, geindre, d'où le f. Gêner, plutôt que de 
l'hébr. Gehenna, qui est, du reste, la même on. : « Las! 
on me geine bien. » (V. de la Fresnatje, Sonnets, t. m , 
p. 708.) GUiER, pleurer, gémir : 

Mal li prisl grant è si gemeit. 

(Rom. du Mont-Saint-Michel, v. 2998.) 

GMARD, pleurnicheur, comme geig>ard,';'geigseux. limer, 
Gimer sans larmes. 

GINGLER, sauter, bondir. Cette on. d'élasticité donne 
encore gi^geoler , branler , être disloqué : « La table gln- 
geole. » gl\geole , s. f. objet sautillant : La Gingeole est 
un personnage de comédie. (V. VOurs et le Pacha.) cm- 



— 25 — 

«iCETTE, jeune fille folâtre, ce que le f. appelle Gigue, de là 
Gigue, jambe, danse, en <i.Jig, puis Gig, toupie, cabrio- 
let. Dans ce'te langue Cingle, sign. Tinter, ciioutreu. 
folâtrer. cmccER , bVndir, ruer; il y a une loc. n. qui 
explique le f. Guingois : « De travers et de ging;inl, » se 
dit d'un objet qui est de travers et capable d'attraper quel- 
qu'un. L'a. Ring, sonner. Spring, ressort, sont de cette 
famille, ainsi que le f. Cingler et Reginglette, et le v. f. 
Springale, baliste. 

GIFFE, s. f. sdufflet sourd, et giffle, d'où giffer, et 
giffler: le v. f. (iiflcs ;ign. Joues. AGiFFr.ER, (G.) souffle- 
ter. Giffle signifiai. Ji ue encore au 17^ siècle : 

Ce (;ui fait leurs giffles enfler. 

(Scarron. Virg.trav.) 
GILER, jaillir et faire jaillir, giloire, siringue. cilée, 
ondée; Giler se dit en berr. giile, (Guern.) diarrhée. 
cALui , G.vNER, (Av.) mouillcr. C'est ù cette syllabe on. 
qu'on pourrait rapporter un refrain n. : 

Que l'as de belles filles, 
Girlonllan, gjrlonllan 

— De belles et de gentilles, 
Girlonnan, girlonllan. 

— N'en donras-tu point uneT 
Girlonllan, girlonllan, 

L'amour m'y contraint, etc. (Ronde d'Av.) 

On chante ce refrain à V. dans un jeu d'ombres chinoises, 
où l'en demande si l'on peut passer la rivière : 

Les canards l'ont bien passée, 

Tire lire e,l lire , toure loure et loure , 

Les canards l'ont bien passée , 
Girlonllan. 

GUIGMER, (V.) lancer des pierres, guiler, pousser des cris 
perçans. 

GLICHIER, glisser, en a. Glide, en holl. Gliiden, en 
ail. Gleitcn. glichoière, glicdade, glicberesse, glissoire. 
(V.) en a. Glib, glissant. 

GLOU, on. liquide, d'où le f. Glouglou; on dit en n. : 
« Faire glou , » tomber dans l'eau, glon , contr. de Glou- 
ton, (Bray.) rassasié : « Etre glon de. » gloussis, soufflet 
de cheminée. En f. Glouglouter, Glousser, en gr. y^wttk, 
et yuX^eiv; en pic. Glout, gourmand; en a. Glut, Glutton, 
en it. GJiiottone, en esp. Gloton, en 1. Glutire et Helluo. 
V. l'art, goule. On chante en N. une chanson macaro- 
nique sur l'air de la Préface , en portant le doigt sur les 
parties de la face : 

T. I. 4* 



— 26 — 

De frontibus ad sorciis , 
De sorciis ad nazareth , 
De nazarelh ad menlonnet, 
De menlonnet ad gorgibus. 
Dans mon joli trou-lrou, 

Glouglou, 
Mon joli lourlurette , 
Dans mon joli Irou-trou, 

Glouglou, 
Mon joli tourlourou : 

GONDOLER, arrondir, bosseler, se dit aussi en pic, 
sans doute l'ét. du f. Gondole, on. analogue au f. Gonfler, 
en it. Gonfiah. A Gondole se rattache peut-être codiller, 
agiter une rame à l'arrière d'une embarcation, aller à la 
GODILLE. Le V. n. avait Gandiller, tourmenter : 

Borjoiz e paisanz gandillenl. 

(Rom de Rou.J 

GNIAF, gourmand, grand mangeur, on. qui exprime 
l'action de saisir avec les dents , d'où gmaf , sobriquet des 
savetiers et cordonniers , comme en pic. : 

Vingt ânes attelés, trottant d'un pas égal 
Portent le fier Raulin des gnafs le coripliée. 

(Lallemant. La Campenade.) 

GKiAQCiE, morsure de chien, gueulée, à B. cNAFrÉE. Gnac 
en V. f. coup de dent. {Roquefort , t. i, p, 693.) De cette 
on. se rapproche gmas, (i\le.) enfant à la mamelle, nom 
tiré de son vagissement; c'est peut-être l'origine du f. 
Niais et de l'it. Niaso, auquel le n. ajoute niole, niaiserie, 
NioLER, niaiser, mot, petit niais, dans le Berry momot, 
comme en Pic, et le n. appelle nioniotte, une niaiserie, 
une vétille. A Av. imo.motte, le fruit de l'églantier. Le f. 
niais a donné le fém. Nice, simple, en a. Nice, joli. 

GOURGOUSSER, gronder sourdement, d'où groucer, 
murmurer : 

Et s'il y a nul qui en grouce. 

(Myst. de Rob.-le-BiableJ 

En contre ly de rien n'en grouce. 

{Tombel de Chartrosc ) 

Gourgousser se disait en v. f. pour un liquide qui bout. 
qooKMACHER, manger malproprement, gourfocler, et bour- 
FODLER , bourrer : Pierre Larivey l'a employé : 

D'un hiver englacé tout raidi de froydure 
El qui gourloule tout d'un pas audacieux. 

GODRMA^D, le goéland, en a. GuU; le f. Gourmand se rat- 
tache à gourmacher. gourouffle, insecte de fours, Blatta 
orientalis, ce que Pluquet écrit courouffe, « espèce de sca- 



— 27 — 

rabée.i) {Essai sur B., p. 293.) oousiilleii, c'est le f. Hous- 
piller; 011 le trouve en v. f. « C'est fort bien fait, s'il vous 
gougpillc. » [Gherard. Théâtre it., v. 74.) De ce mot, 
GocsPLx , valet que l'en houspille. Ajoutons à ce groupe le 
f. Gourme , Gourracr , Gourmand , Gourmet. 

GRAPPE, s. f. GRAPPIN, s. m. grains perdus, qu'on 
grappille : « Abjectio bladi, ut grappae hujus modi quae in 
anno remanserint, recoUiganlur. » (Fleta, t. ii. ch. 82.) 
« Debet habere farragina et les grapins. » (Acte de ^220.) 
GBAPPDER, saisir en grattant, d'où l'a. Grabble et Grapple, 
accrocher, en n. se gkapper. graviiser, gratter la terre ou 
Xa gravier. L'a. Graft, greffe, et Graff, creuser, sont de 
cette famille, ainsi que Grasp, saisir, Scratch, Scrape, 
gratter. Le groupe f. renferme Grappe. Grappin, Grap- 
piller. Gratter, Graver, Gravier, Greffe, Ravin. De ce 
dernier, vient le n. raviner, dégravoyer. debamine (aller à 
la) . à la dérive, gracus . grabuge : 

Jav du grabus a me n'enlendemenl. 

fMuse norm.) 

GRAFFiNER , déchircr : « Il lui mordoit les aureilles et lui 
graphinoit le nez. » (Rabelais, t. ii.) Dans le pat. du Nor- 
thumberland, Grave sign, fouir, d'où l'a. Grave, tombe; 
GRAVE, (T. n.) rivage couvert de galets, grabbe, crabe. 
GRAipLE, gale des brebis, giiaitaid, petit cabestan de voi- 
ture, gratacho.v , prunier sauviige , qui ne produit que des 
cailloux (noyaux), grattine, s. f. grattin. egkat, égrati- 
gnure, trace, egrachier, gratter, en a. Scratch, id. degra- 
BOLisER, détruire en grattant, et par ext. déprécier, agraco 
(d'). de raccroc, agrap (Orne), piège d'oiseaux, agoreb, 
(Av.) écornifler, agorelu. bapin , ine, qui aime à rapiner, 
n. pr. RAPmEiB, id, comme le 1. Rapere. A cette famille 
appartient le f. Gratter et Regrattier. 

GO, on. qui exprime un bruit sec, spécialement celui 
d'avaler : « Aller tout de go, » entrer facilement dans le 
gosier. On dit Gob dans un poème en patois parisien , le 
Compliment des habitans de Sarcelle : 
Oui, tout de gob ils entreront. 

C'est l'ét. du f. Gosier. Gueule (V. Goule), Goinfre, Go- 
ber, Goberger, Goblin, Gobelet, Godet, Gogo, Goguette, 
Goguenard, et des mots n. suivans : gobet, ce qu'on gobe, 
en a. Gobbet, gobine, bonne chère et gosier, gobacd, goc- 
baud, gourmand, godabd, l'homme qui se traite bien, doù 
le dicton : « Servez Godard , sa femme est en couche*. » 



— 28 — 

GOBBE, égagrophile, et boule de poi«;on, en a. Gob, mor- 
ceau. GOBER, s. m. existe dans le nom d'une pomme, rsoccE 
AU GOBER. GOBiîfER, se rengorger, goser, rassasier à l'excès. 
GODiKOT, ivrogne. (H. N.) 

Ces godinos dragleux de vins par siaiix. 

(Muse norm) 

GODELLE, (H. N.), partie de bonne chère. 

Un chavetier venant de la godelle, 

Qu'était si chaux qu'en entrant y canchelle. (Ibid.J 

GOGCE, (Me.) goguette, GciFFRE, gueulc , GouiN , goInfrB , 

Ces couturiers m'appellent grant gouin. 

(Muse norm.) 

GOMioN, gourmand, gumer, (Av.) avaler, gode, s. f. ventre, 
GODON , homme ventru : « Le mauvais riche erat unns 
grossus godon , qui non curabat nisi de ventre. » (01. 
Maillart , 40e senn. de l'Avent.) De gode vient godron, 
renflement des fraises et de certaines sculptures, d'où en 
n. Go;»ELorTER, godronner le linge, gosiller, degosiller, 
vomir , d'oii l'a. Guzzle, manger avec excès , et Guttle, 
id'. GOBiLLER, vomir, en a. Gobble, gober, en v. a Globber, 
glouton. (Halliwell's Diet.) Le f. Gobelin, litt. monstre 
dévorant, en n. godbli.n, d'oîi goubdner, faire voir des 
visions; les marins l'appellent Goguelin. (V. \e Diet, de 
marine de l'amiral Willuumez.) Quant au sobriquet des 
Anglais, Godon, en a. moderne Goddam. 
Ils sont allés devers leur roi Godon, 
dit une chanson attribuée à Basselin , il pourrait bien être 
le GODON, précité, d'auiant plus que ce sobriquet a la forme 
gogo dans la 3Inse norm. : 

Su Bouquinquam (Buckingham ) ossi gros qu'une vaque, 
No pensât bien griper o (rebuschet, 
Mais ches Gogos avec leur casaque 
Ont Iretoz eu dessus leur cabasset. 

Aujourd'hui encore le peuple n'envisage un Anglais que 
comme un homme gros et gras. On peut citer ici, à propos 
de Bouquinquam, des noms anglais caricaturés autrefois, 
I'escale, pour Scale, MATvroT, pour Mathieu Got, comme 
de nos jours villaun-tun, "Wellington; La « furie talbot » 
désigne une fureur ridicule. Les Français appelaient les 
Normands bigots : 

Exclaiment bigots et draschien. (Rom. de Bon.) 

De leur ancien cri : « Bg got, » par Dieu , changé en 
« Dex aïe, » Dieu aide! Le f. Goujon, en 1. Gobio, en n. 



— 29 — 

GouGiN, en a. Gudgin : gocgij* désigne aussi un coquillage 
assez abondant sur la côte de Fontenay pour avoir nommé 
une cliapelle voisine, Chapelle des Gouegins, selon M. le 
Cunu. {Hist, des Ev. de Couf.) L'a. Agog, a\oiv envie, 
même famille. L'on. Go exprime encore un coup sec : 
FAIRE GO, frapper, en v. f. Goij, Go/tie, épée, d'où le n. 

GOHINER, EGOHIAER. égOrger , LGOHINE, S. f. EGOHIKEUX , S. 

m. couj.eret de boucher, egohiix , (H. N.) pelite scie de 
grefïeur. conm, porc, jouer a go désigne un jeu où l'on 
est pris dès qu'on reçoit une lape, c'est l'a. Goff, le mail, 
le Gaivf des Ecossais, chez lesquels To gaïuff s\ga. frap- 
per, gogo.n, doux, mignon, d'où AcoGiNOAiNER, mignarder. 
GOAxMNiER (Caen), celui qui va chercher à la ferme le repas. 
GOGAiLLE, (B.) niais, godiche, id. qui se rattache au v. f. 
Godin. On peut rattacher à cette famille guuailler, railler 
en injuriant, en argot, Goualer, chanter, d'où Goualeuse, 
chanteuse de rue. 

GRELOT, tremblement du corps, gresir , grelotter. 
grésillo.n , frileux ; « Chanter es grésillons , » (Rom. du 
M.-St-Michel. V. 917 et 99'..) sign, chanter en tremolo; 
en V. f. Grésillons sign, menottes : « Batus, navrés, mis 
es grésilhins. » (D. Ca/^jm/ïer.j grésilloa , grillon. Celte 
on. de tremblement réclame le f. Grêle, Grelot, Grésil, 
Grémil, Grésiller. Comme on. d'écrasement elle donne au 
n. GRÉMiR, écraser, gremeler, fréq., gre\!Illo.\, petit frag- 
ment, gremas (St-Lo), gosier. En devenant plus rude, elle 
produit GREC , avare , bourru , en a, Gniff, bourru , ckec- 
qcerie, avarice, comme le f. Grigou et Gredin, quoique 
Gredns, en goth. sign, faim, et Gredags, affamé, en a. 
Greedy, goulu, egredlxer, (Gl. n.) vivre en avare, grette, 
chènevotle, qu'on égruge. gretie (collectif), très-petite 
pointe de Paris, egret ieh , égruger bes graines. Comme 
on. de coassement, le n. a gresset , petite grenouille 
verte. 

GRI, s. m. griffe :« Gri d'alouette, » la fleur appelée Pied 
d'Alouette : « Il meurdrissail de ses griz et ses croqz. » 
(G. Haudent. Fables d'Esope.) griad'.ie, grincer, gbiàdents, 
homme rageur et sournois, giiiwer , égratigner. grîppie , 
(Gl. 71.) femme acariâtre. CRirroj^iVER , dérober souvent. 
EGRiATLiER, égratigucr. egriafi.ias, s. m, égratigure. grin 
(Manche), griffe, d'où l'argot Grinche, voleur, cri fer, 
saisir de la griffe, existe en pic. et en rouchi. guiper, 
grimper : dans la Haute-Saône , les montées s'appellent 
G raps ; à Verdun une colline se dit Gripet , à Nancy 



— 30 — 

Gripot. GRiPENODLV, sobriquet que Ferraiid donne aux Z>/a- 
piers et purins de Rouen , c'est-à-dire Gripe-nœuds : 

Des Gripnodiiis la diantre de heinée. (Muse norm.) 

Les corsaires disent qu'ils vont « au cap de Grip , » quand 
ils vont en course , ou encore : « A la foire d'empoigne. » 
En f. Gripper , en pat. a. Gripe , saisir , ainsi que Griple; 
en f. Grimper, d'oîi le n. grimpelet, le grimpereau. grin- 
galet , homme sans consistance, un sauteur; le bouffon 
des Mi-ocRiES, à Dieppe, s'appelait grijngalet; c'est sans 
doute une métaphore, car, en v. f., Gringalet était un 
cheval maigre et alerle. gricaier , crier , pleurer , d'où 
grichiée , GRicHE , grouderic , crichu, de mauvaise humeur, 
comme en pic. Grigner sign, être maussade en berr. et en 
pic, et Grenoux, en bref, hargneux; aussi megrignier, 
(Av.) sign, être bourru. De là le f. Grignotter, Grignon; 
ce dernier mot est en n. grig;ne; en lorr. Grigné, croûte, 
en bourg. Cringe. En a. Grind , broyer , d'où Grigner, 
émouleur, grignr, (GL n.) mâchoire. Cette syllabe peint 
la crudité, d'où Green, vert. A Grind, broyer, se rat- 
tache Ground, terre, comme peut-être le 1. Terra vient de 
Tero, écraser, grite ou brite, (H. N.) gravier, grimaud, et 
grignd, (Av.) refrogué. griller, glisser en raclant, en 
v. n. Egriller : 

Ne sai dire s'il abaissa, 
U esgiilla u meshana, 
Mais il cbai, si se neia. 

(Rom. de Rou.J 
Toujours escrilie par nature 
Noslre fraele condition. 

(Tombel de Chartro.se.) 

A Fougères on dit Ecrier, et il y a dans son arr. des pierres, 
présumées druidiques, appelées Roches écriantes, egril- 
Lous, raidillon, guillouse, (GL n.) glissoire, grigouiller, 
écrire salement, en a. Scribble et Scrawl, ghigouille, per- 
sonnage imbécile et malpropre : 

Cii'esl coume Grigouille 
Qui s'met dans l'iau , 
D'pou qui n'se mouille. 

GRONDRE , gronder , comme en v. f. : 

Bail PC et ceinondre 
Les simples gens qui n'osent grondrc. 

(Tombel de Chartrose.J 

GROME, s. f. rhume des chevaux, groucer, gronder : « Et 
lor font mal damage et si n'en osent groucher. » (Acte 
de 4260. V. gourgousser.) 



— 31 — 

Encor va grochant la fornière , 

Qui est moult orgnillose cl fière. ( I.V s.J 

GROiLLER, résonner dans l'estomac, en pat. a. Crolliny 
(Hallivvell) , et crool et crawl, grolle, corneille, corbeau, 
(Gloss, n.) Graille à Grenoble, croller, expectorer, grou- 
LOMNER, (Gl. n.) renifler. Guoa^o^^ER. grogner, en a. Groan 
et Grnnt. grogne, vieille femme grognon, en a. Crone, en 
V. a. Boyne, {Spenser, p. 280.) Aieillc femme; dans le 
Cumberland GroJidy sign, grand'mère , dit Ilalliwell, qui 
cite encore en pat. a. Groin, Grone , Gronne , gronder. 
GRoiACHEU , grommeler. CRor.iVE, gronderie : Grogne, dans 
Chaucer, se lamenter, amu.roner, dormir à moitié, litt. à 
demi-ronfler, et par métaphore, bouillir à petits bouillons. 
Guo.M)iN, poisson, espèce de brème, qui pris fait entendre 
un grondement : rapprocher cette circonstance du C/iant 
des Baleines, observé par les marins, et du nom d'un pois- 
son cité plus loin et usité à Saint-Lo. 

GRUGEON, s. m. farine de fèves concassées, en a. 
Grudgeon et Gurgion. egkuge , s. f. égrugeoir. egrodge 
(Orne), instrument qui sépare le lin de sa graine, ghc- 
GETTE, petit pressoir à bras, griger , ronger, dévorer : 

I faut faire vie qui dure 
Et non pas vie qui gruge. 

GRu (être à), être ruiné, c. ad. grugé. On dit d'un avare : 
« I grugerait , I tonderait sur un œuf. » Aussi Gruinard 
semble-t-il avoir le sens d'avare dans une chanson du 
i3e s. publiée par M. Fr. Michel : 

Bolun , baton , ferun gruinard , 
Car toz diz a le quer couard 
Por faire honor. 

D'autant plus que la strophe précédente fait l'éloge de la 
libéralité. A cette famille se rapporte le f. Gruau, Grume. 
GUINCHER, criailler, en a. Winch, gui.nche , (Av.) 
graminée (molinia cœrîclea), dont on fait des matelas et 
qui rend un bruit sec. gcencchier , (Mort.) grignotter. 
GUESONNER, (St-Lo) frémir d'impatience, giesette, (Val.) 
rameau de buis ou de laurier; le dimanche des Rameaux 
est dit les gdesettes. Nous ignorons pour quel rapport le 
Gl. n. dérive ce mot du breton Ghezett , jument. 



HALER , on, d'effort moins énergique que Han , ex- 
prime en n. l'idée générale de tirer, ôter : « Hale-té d'io, » 



— 32 — 

tire-toi de là. haler sign, aussi tendre vers : « Quand les 
maôves halent à la côte, ch'est singne de tempête. » En 
f. Haler, en a. Haie, en sued. Hala, en holl. Haclen, en 
esp. Halar. haliha. s. m. chaîne de la charrue. (Avr.) 
HALiiN : « nom donné par les jicchenrs de N. à un cordage 
assez fort, amarré au fdet appelé Chalut, et à l'aide du- 
quel ils le halent à bord. » (Jal. Gloss, nautique.) L'art. .31 
de l'arrêté de l'an xi, sur la pêche à Terre-Neuve, interdit 
l'usage des fdets appelés halloi'es. haleux, (Guern.) tiroir. 
HALEFESSiEu , terme de mépris, liit. qui traîne le derrière. 
HALEMÈCHE, dispute OÙ l'ou se tire les mèches, les cheveux. 
HALOTTEB , sccoucr à coups de genou le van , le crible. 
HALOT, petit valet qui tire les chevaux par la bride, halot, 
s. m. enveloppe des châtaignes , des noix , ce qu'on ôte. 
Cette on. exprime encore le bruit de la respiration, halai- 
siER, respirer difficilement, en lat. Halitare, en fr. Ha- 
leine, Hàle. HALE, vent sec et froid, dit aussi rible, en 
patois du Maine Gale, c'est exactement l'a. Gale, vent 
frais. HALAisoN , le simple du fr. Exhalaison , respiration. 
HALOTTER, rcspircr à courte haleine; on dit aussi falotter. 
HALErx>ER, exhaler une odeur, hale, dalgir (Calv.) séchoir. 
HAN, on. d'aspiration et d'effort, est resté dans l'anec- 
dote du Han de saint Joseph; il engendre en N. enhanker, 
ahaner , éprouver un ahan : 

Hellas! il est byen enhanné 

De la graut douleur que j'avoye. 

(Chanson norm., p. 163, édit. du Bois.) 
En rouchi on dit Ehancer. hen , mal , douleur : a Ly a-t-i 
du hen dans notte draperie. » (Muse norm.) han^cche, 
branche qu'on détache d'un seul coup; à Guernesey han 
sign, lien fait de laiche, d'où hannière, s. f. lieu plein de 
laîche, le carectum du bas-lat. hagnette, béquille. ha.mier, 
butte, côte, difficile à gravir, hannier. homme de peine. 
hannelle, comme Hannoche. haasart, couperet, bihan, 
rouet, mot qui exprime le double effort de la fîleuse. han- 
îs'elée, volée qu'on sonne pour les morts. (Gloss, n.) 
HANNE, vieille femme essoufflée, hanae, culotte que l'on 
passe d'un seul effort. M. Fr. Michel n'a pas donné à ce 
mot son vrai sens dans son Diet, d'argot, dehanjné , qui a 
perdu ses droits civils, autrement detchllotté. hagnet, 
(Cart.) « petit filet faisant poche, attaché à un cercle en 
fer. » (J. Barbey. Une vieille inaîtresse, p. ^89.) faire ham, 
frapper avec effort , comme le forgeron , d'où sans doute 
l'a. Hammer, marteau. Le Banot était la peine de la 



— 33 — 

démolition de la maison d'un condamné. Tombée en de- 
suetude, cette loi fut remise en vigueur en Norm, jiar le 
chancelier Seguier, dans la révolte des Nu-pieds. hai>gbe, 
maladif, plaintif, a du rapport avec œger, d'où l'on a eu 
tort de tirer le fr. Malade (male œger): c'est le v. f. mal- 
ladre, d'où INlaladerie pour Maladrerie; mais Oaingre 
reste dans le fr. Malingre, haindre, gémir, d'où médai- 
GA'iER, blesser, en v. a. Mayhem, en a. Maim, et proba- 
blement Lame, boiteux. On dit a Jersey : « I n'a ni ma . 
ni mahan. » haingvous. souffreteux, plaintif, haim, hame- 
çon, peut-être du lat. Hamus, son congénère. HiNNEQUiNER, 
mouvoir le corps avec effort . en faisant Ahan, comme dit 
l'esji. Afan, ou l'it. Affano. Le fr. Hanap n'est peut-ôtre 
j'as étranger à cette famille; il se disait Hanas : « Toute 
marchandise qui est portée à col d'homme est aquitée par 
-t d. et à cheval par 4 d. excepté les hanas de fust aquiiez 
par \ d. portez à col et à cheval. » (Coût, de la Vie. de 
l'Eau de Rouen.) hanap, (Guern.) vase à boire, hagjne, s. 
f. mauvais couteau, d'où, à Rennes, le dim. Hagnette, 
serpette, d'où haguier, dépecer, peut-être d'ailleurs une 
forme de nACEiiEii . hacher : 

C'est de voir hager et froisser. 

fTombel de Charlrose ) 

IIAI^■G^Eljx, (Bayeux) actif, remuant. A haiv^e, culotte, se 
rattache le fr. Hanicroche, embarras, litt. ce qui accroche 
le vêtement , qui s'est altéré en Anicroche. 

HAPPE , prise brusque , surprise , se rattache au f. 
Happer et Harper. L'a. Happen, arriver, semble avoir du 
rapport avec ces mots, et le Perhaps, par hasard, est le 
même que le patois n. « Par happe , » par chance. On dit 
aussi « C'est une bonne happe . » une bonne chance. Les 
fraudeurs n. avaient surnommé le duc de Harcourt Happe- 
tout. Le n. a beaucoup de composés de ce genre , happe- 
niais, s. m. ruse et rusé, comme le f. Happelourde, happe- 
lopin, gourmand, etc. happe, s. f. grappin. Dans le Devon 
Haap sign, arrêter quelqu'un; (Halliwell's Diet.) Happe, 
surprise , chance, est dans les Ballades de Percy, passim , 
en a. actuel Hap, hasard, d'où Happy, chanceux, happeub, 
BAPPARD , qui happe . en v. n. Hapel : 

Parti boiz se Irestornent robeors è hapel. 

{Rom. de Rou, v. 4934.) 

HARER, V. a. exciter, crier Hari! En a. To Hare et 
Harry, d'où Hurry, hâte , ont le même sens , et en v. f. 
Harasser : 



— 34 — 

Que les chiens tu lui harasses. 

(Morale du mauvais riche et du ladre.) 

En bret. Harz, aboiement; de là le fr. Harasser, Harceler. 
Haras , Harde, Haridelle, hargoter , secouer : « et tenaient 
et hargotaient l'un l'autre forment. » haricoter, exciter 
des chevaux , crier hari ! haricotier , maquignon , chica- 
neur; HARFVELiER ct HARLAN, même sign. De là le n. pr. 
très-commun Le Harivel. harin, mauvais cheval, harousse, 
HARASSE, mauvaise jument, harjoacbier , (Bay.) syn. de 

HARGOTER. HOURIN , COmmC HARIN : 

Enfin, mon cher hourin ailé, 
Pauvre animal toul-à-fait décharné. 

(Poésies d'Edeline.J 

L'a. Garran, bidet, offre une certaine ressemblance avec 
ce mot, et Harridan, garce, offre le fr. Haridelle, en n. 
Hardelle , garce, hargaigne , hergaig^e , et quelquefois 
HERGNE et HERE, plaintif, morose, comme le fr. Hargneux 
et le v. f. Méhaigner, blesser, en a. Maimed, Mayhem, 
mutilé , blessé : 

Ki confonl è abat el mehaigne. 

(Rom. de Rou.J 

HEKGNE sign, aussi vieille jument, d'où hergne, vieille 
prostituée. Cette on. se trouve dans l'ail. Arg, méchant , 
et dans le v. f. Argu, mauvaise humeur : « lesquelles 
raffardes et moqueries le suppliant print à grant argu , 
vergogne et desplaisir. » (Ap. du Gange.) En prov. Her- 
gna, morose, en escuara Herna ; en v. a. Erhe, sign. 
malade, fatigué. (HalliwelVs Diet.) harmoner, gronder, 
secouer, par méth. ramoner, remuer, ramon , fracas, et 
grondeur, d'où le fr. Ramoner, harasser (des^châtaignes), 
les secouer sur la poêle, dite harassoire. harée, ondée, 
Harne en Berry ; en basque Ouria , pluie : 

Veit les luneires, è les venz, è les giels, 
Et les orez, les merveillus tempes. 

(Ch. de Roland, st. t8i.) 

Le mot le plus saillant de cette famille et essentiellement 
n. est Haro, que l'ancienne philologie expliquait par un 
nom propre : c'est une on. dont La Fontaine a bien gardé 
la tradition dans : Haro sur le baudet ! C'est un cri de 
charge qui existe dans toutes les langues du Nord , Har- 
row en a., Herop en isl., en ail. Horren, et généralement 
Hourrah. Froissart l'emploie plusieurs fois , comme cla- 
meur de combat : « La haro commença à monter. » 
fV. notre dissertation sur ce mot: Mém. des Ant. de N.. 



t. xx»^.) Il avait fini par se corrompre, et au I7« siècle, 
dans la sédiiion des Nu -pieds , on criait : Raoul, Rou , 
Raux. (FIcquet. Hist, du Pari, de N., t. iv, p. 607.) La 
langue de la chasse a gardé un cri de chasse dans Harloup! 
sus au loup! [Vénerie norm., par M. Le Masson.) Il est 
encore pris en son sens propre à la date de 1705 : « On 
n'avait jamais vu d'homme plus délermim; que Dumonl 
qui eut l'insolence de crier haro sur un marchand qui 
venait déposer contre lui. » (Journal d'un bourgeois de 
Caen.) L'ancien cri de charge des Germains était une on. 
analogue , le Barditus de "Tacile , comme le Clamor des 
Latins; Amm. INlarcellin donne la vraie forme : « Barri- 
tum civere. « Le dim. était iivuelle , sédition , usité dans 
la Chron. de N. : « Se renouvela cette harelle de ceux de 
Paris contre les Arminachs. » harouas , s. m. Huée : dans 
le v. a. on associe souvent le cri de Harrow , forme Scan- 
dinave , et le terme français Hue and cry. eoiracan , oura- 
gan, en a. Hurricane. C'est à cette on, qu'est dû le v. ail. 
Hari, armée, que nous avons dans Haribert, litt. brillant 
dans l'armée. M. Fr. Michel a vu le Hourrah dans Outrée, 
du JÎ07n. du Mt-St-M. (v. 765) : 

Qui plus ne seil si chante outrée 
El Dels aïe. 

HAKROiET, eoRRoi'ET, hurlemciif. Le f. Ahurir, étourdir, 
effrayer, sign. litt. épouvanter par un Hourra; de même 
Harceler , et sans doute Hardi , dans les langues du Nord 
Hard. En N. hardi ! est une exclamation de charge , d'en- 
couragement : « Hardi, garçons! » arias, bruit, tapage, 
(B.) analogue au f. Arroi, train, équipage; or train en n. 
sign. Tapage : a Faire le train. » L'a. Arouse, exciter, 
semble appartenir à cette on. 

HAVER, tirer avec effort, généralement de bas en haut. 
HAVET, crochet, comme en v. f. « A leurs ongles, à leurs 
liavetz. » HAVENET, (BaieduMt-St-M.) filet portatif sur deux 
bâtons, en a. Net. La Bête bavette ou de St-Germain est 
en B.-N. une bête qui happe les enfans. daveler, (Baie du 
Mt-St-M.) racler et recueillir la tangue avec la râcloire dite 
OAVELET. A Guern. haveaet désigne une houe, iiavet, ua- 
viAu , en Bray. javelle faite en râtelant. Le droit de Havage 
sur le blé en N. exprime aussi une idée analogue : « Item 
le havage de la ville de Vernon. « (Aveu du 15e 5.; havet , 
s. m. crémaillère, houvet , (Granville) gros crabe, houvet, 
(Avr.) s. m. femme rude et brusque, havoire, fente de 
robe par ou l'on peut aveindre les objets de la poche. 



— 36 — 

Cette on. renferme le lat. Habere, avoir, en esp. Haber, 
en a. Have, en goth. Haban, en ail. Haben, en sued. 
Hafvee, en v. f. Havoir, et le 1. Avère, désirer. Le cri des 
Anglais à la prise de Caen était Havoc! pille! c'est un 
terme de cette famille, et ce mot est aujourd'hui Havoch , 
ravage. Le norwégien Haave sign, traîner un filet, davik, 
aspirer l'air avec colère : « La chienne va mordre , car o 
s'havit l'nez. » Le f. Aveindre, qui est de cette famille, fait 
en n. j'aveiîîdis au prétérit. 

HERDRE, saisir étroitement, congénère du 1. Hœrere, 
d'où Hœres, que traduit l'axiôrae n. : « Le mort saisit le 
vif. 1) HERDRE se disait en v. n. et aussi Aerdre : 

Je leur lerrai prendre, ravir et Lerdre 

Ce qu'ils voudront; j'en suis bien rrsolu. 

f Farce des PattesOuaintes.J 

De là HERDRE, avare; hourdeu, en Bray, sign, appréhender 
au corps. A Dieppe, le vent de nord s'appelle ardilllon. 
En pic. Herdre et Aaerdre, même sign, qu'en n.; mais 
dans les anciens titres ces mots sign, proprement saisir la 
justice. Les ardants sont, dans la baie du Mt-St-M., des 
courans très-rapides qui emportent avec violence; au nord 
de Chausey, des écueils sont appelés les Ardentes. Le fr. 
Ardillon se rattache à cette famille, herdre, ardre se dit 
encore en n. pour le chien qui aboie avec fureur et se 
précipite pour saisir. La Coût, de N. dit : « Se aucun 
fuitif aert a une croix qui soit fichée en terre, la justice le 
doit laisser en paix. » 

HERPER , on. analogue à la précédente . saisir vive- 
ment , accrocher, attacher. Herpe, du 1. Herpex, était 
l'ancien nom de la herse, en a. Hearse, herse funèbre. Il 
y a à Chausey un îlot dit le Herpet. HERioraEa, harponner, 
en a. To harpoon; herpou>.eur, harponneur, en a. Harpoo- 
ner; en 1. Harpago, en gr. ApTia^siv , en f. Harpagon , au- 
quel il faut ajouter Harpailler , Harpe , instrument qu'on 
accroche des doigts , Harpe , large pierre dans les chaînes 
des murs , Harpeau , Harper , Harpie , Harpon et Herpes 
marines , l'a. Hasp, crochet. En pic. on dit Harper, saisir. 
Le nom n. du Busard des marais est la harpaye. Une forme 
voisine des précédentes est herqcier, accrocher, d'où her- 
chelée à Rouen, qui se trouve dans le titre d'un livre 
rarissime : « La fricassée crostyllonée des antiques mo- 
dernes chansons par une grande herchelée des plus me- 
moriaulx et ingénieux cervaux de notre année. » Rouen , 
•1604. HERQUELER , (Mort.) tracasscr , maquignonner. her- 



çuEUER, coureur de filles. L'en. fr. Arracher, en ii. haka- 
CHiER , exprime un son analogue , auquel se rapporte 
HABRAQUES, chènevottes, arrachées par le peigne, en pic. 
Heroques, en a. Hurdsj étoupes. Le n. pr. heupln semble 
signiiier enclin à la rapine, derqielot, (Val.) petit , chétif. 
d'iiù HERQUEUx , malingre : 

ConuDC est venu si poure et si Lesqueux. 

(Muse norm.) 

HET, cri de joie, joie : 

VolluDliers, je labourcroie 
D'accorl, de hel, sans esiriver. 

[Chanson n., j). 163, édil. L. du Hois.) 

Son opposé est débet, dé^ilaisir : 
Si je vos dis Iretoz : Wesseyl 
Detiaiz eit qui dira : Drincheji. 

(Cliansouanglo-n. Ap. Fr. JïicLel. Rapports.) 

De là UAiTEB, plaire, et déiiaiteii, déplaire, quelquefois 
imjers.; c'est la racine du f. Souhaiter : 

Seigneurs, vous hailte bien cest temps? 

(Coutumes d'Oléron.J 
Vous aulres, dittes, s'il vous liaite, 
Vos noms et vous venez oflrir. 

(Farce des Pattes-Ouaintcs.J 

PÉHAiT, (Ghss. n.) indisposition. Du reste Het . se ratta- 
chant à haïr, sign, aussi haine, qui, avec le 1. Odisse, l'a. 
Hate, plongent dans l'on. On chante à Bayeut cette ronde 
déjà citée, (p. 299) mais où nous n'avons pas bien inter- 
prété ce mot : 

Sans bel 
El sans plet. 
Beau chevalier rendez-vous à merci 
Aux dames que voici. 

Hé est un des élémens du fr. Ilélas! iléler, Hébéter, 
Ebahir, Ebaudir, Ebattre, Ebroument , Ebruiter, Echo, 
Ecrier, Egayer, Epeler, Elégie, et de Va. Hail, héler, 
peut-être Help, secourir, Heyday, hola, et du v. f. Helvi, 
salut. BEBBAiT. cri , braiment; le v. f. avait le simple : 

Mais de nos genz 
Ne seit peljt les pluremenz, 
Li braiz, li criz ne la merveille. 

( Beneois. Chron. des ducs de N.) 

HEMÉE, S. f. bruit : « Et i entouimes la hemée. » (Ibid.) 
On dit 1 AiRE HEM , pour appeler , en a. To hem, tousser et 
épeler. To hnm, fredonner, bourdonner, qui entre dans 
Humdrum, lourdaud, litt. tambour résonnant, héqueter, 
bégayer, d'où le prov. « Efant hequetant , efant \i\ant. •>• 



— 38 — 
En bret. Hakein, en vosgien Haguier. A Avr. on dit 

FACTER. 

HEU , expression d'un bruit sourd , de la plainte, heu- 
LARD, (Vire) plaintif, souffreteux : heulard est usité comme 
nom pr.; en Sommerset Hullart sign, chat-huant. (Hal- 
liwell's Diet.) En fr. Heurter , en n. hurter : la commune 
de Heurtevent, arr. de Lisieux se disait Hurtavant dans 
le ^^e s. [Itin. de N., t. i, 478.), étymologie du n. pr. 
Heurtevent. Du reste le U se prononçait très-souvent eu. 
HCBT et HEURT, S. m. petit cap ou îlot où heurte la mer : 
il y a sur les côtes de la H.-N. deux îlots ou rochers du 
nom de heurt ; or ce mot sign, en v. f. angle et rocher. 
A Guernesey Heurter se dit heter. En H.-N. heurteux, 
pierre qui heurte la charrue , cité par M. Cochet dans une 
de ses fouilles, garde -heurt : « Il n'y avait sur la rue 
Saint-Jean que le passage d'un carosse , qui était presque 
fermé par deux puissans garde -heurts. » (Journ. d'un 
bourg, de Caen.J En a. Hurt , blesser. 

HIE, cri de joie, expression du rire, d'où le gr. IXapoç 
et le 1. Hilaris, Ridere, Hiatus et Hinnire. mal -en -hie, 
adj. mal portant, Htt. mal en joie, (St-Lo) d'après La- 
mache. (Mém. de la Soc. de St-Lo.) L'a. Héal, guérir et 
Health, santé, ne sont peut-être pas étrangers à ce radical. 
Hi est aussi un cri de douleur; de là hdier, gémir, dont 
le congénère n. est gimer ; de là higner , crier en pleurant : 
Hyne, en v. f. jument, d'où Hynerie, haras. uiGxNE, s. f. 
mauvais couteau, qui fait dire Hi, quand on s'en sert. 
Hi est le cri adressé aux chevaux pour tirer , d'où l'a. Hie, 
se hâter, et peut-être le 1. Ire. hi-hoe, hiu, cri pour pousser 
les chevaux à droite : « I n'entend ni à hue ni a dia , » 
dit-on d'un homme stupide. Hi est aussi le signe de l'aver- 
sion, d'où le V. n. Hide , honte, d'où le fr. Hideux : 

Autrement ce seroit grande hide 

Par celte chiennaille païenne 

Fût soubmise gens creslienne. 

{Miracle de Rob. le Dyable, p. 98.) 

Le fr. Hibou, Hie, Hicard, Ire, Irascible, Irriter, Hiatus, 
Hirondelle, l'a. Hit, coup. III, malade, Itch, gale, ren- 
ferment cette interjection dans ses différens sens. L'on. 
His, plus douce est un cri d'effort pour faire monter, d'où 
Hisser, et l'a. Hiss, siffler, et Hist, chut! st! en sued. 
Hissa, hisser, en éc. Heis. 

HO, cri d'appel, d'étonnement, d'indignation, d'encou- 
ragement : « J'créiais qu'no n'pendait pas un houme, sans 



— 39 — 

li permettre de dire Ho ! » uo-hisse , cri des marins pour 
s'exciter à élever un fardeau, d'où l'a. Hoise et Hoïst ; 
quelques étymologistes a., Richardson, Ruddiman firent à 
tort ces verbes du fr. Hausser; mais c'est le verbe To 
halse, To enhalse, qui a cette origine, ainsi que Ta hawse, 
To hance, To enhance, hoio, alte-là : « Etre fait à son 
holo , » c. à. d. à son commandement, attioler , héler. 
HOC, on. d'accroc, hoc, croc, en a. Hoo/,-, crochet, en 
b.-l. Hoccus , se dit en Pic. (du Cange) et probablement 
en H.-N. Hoqueter, sign, dans l'ancien droit n. chicaner, 
incidenter : « De s'entre oyr et entendre paisiblement sans 
hoqueter. » (V. D. Carpentier, Hoquelator et Hoquetus.) 
HOQiETO.v , crible qu'on heurte du genou. AprEeo, s. m. 
(Av.) original, homme bizarre qui fait dire Ho! hocsi^nner, 
(H.-N.) heurter, à Guernesey hoqcetomser. AnonuiER, 
heurter ù, accrocher, de ado, s. m. accroc, comme en 
roman Ahocher, semblable en rouchi, Ahoker en pic. arro- 
QUIER , id. : 

L'ennemi qui tout mal attice, 

Qui vit de quel piedil clocha 

De vaine gloire l'arrocha. 

A Villedieu auroqceter. A celte interjection se rapporte le 
fr. Hocher, Hogner, Hoquet, Horion, (en N. hc.rioa , 
sign, une espèce de catarrhe.) Cahot, Cahoter, et l'a. Hog, 
porc, en v. f. Hogue et hoggâtre , How, hé, comment, 
Hockey, instrument usité dans le Golûng, et peut-être 
Odd, bizarre . Odds, querelle. Cette syllabe engendre sans 
doute aussi le 1. Odorare, flairer, Odisse , haïr, Honos, 
honneur. Onus, fardeau, Opus, travail, hoiîer semble 
signifier hésiter : « Mais il ne faut pas hober , le dernier 
coup est sonney, » (Muse n.) ou peut-être sommeiller, et 
il est alors une des formes de Lober : il signifiait Parler, 
de l'isl. Hopa : 

En la ville entrent à grant presse. 
Li fourrier qui, ainz qu'il s'en hobent, 
L'ardent de touz points et dérobent. 

(Guiart. Branche des roy. lignages. 1. 1, v. 1901 .) 

HOBER sign, encore remuer : « Je sentis les; cloches hober. » 
(Chanson n.) hoclasser, (Orne) crier sur les chevaux, les 
exciter, ou encore travailler péniblement, hodiner, remuer 
la tête : « Les saints du Paradis en hodinent la tête , » 
dit-on d'un fait très-répréhensible : c'est peut-être l'a. To 
Nod, hocher la tête. A Guernesey houichepot, espèce de 
pouding , en f. Hochepot, hochine . s. f. ustensile de cui- 
sine, qui est suspendu. 



— 40 — 

HON , expression de la mauvaise humeur, du mépris, 
d'où le fr. Honte. Honnir. Hogner, et du désir, comme 
l'a. Hone, languir, désirer ardemment, Honey, cageoler et 
le n. HONER, gronder, hombran, lascif; on dit : « Les Hom- 
bransde Briouze. » i)Éno-\TÉ, éhonté : « Tot est deshontei. » 
(Avranchin, t. ii, p. 680.) Le Glossaire de L. du Bois 
donne Abolir dans le sens de humilier : c'est sans doute 
pour Ahonnir : 

Brunun rarchi:vesque se linl por aboni. 

(Jiotn de Rou.) 

On dit AGONia quelqu'un de sottises , ou agoniser, agohée 
et GOHÉE, accueil bruyant, honasser, grommeler, hoigne, 
fâcherie : 

Je leur moiilrerai saii.s hoigne 

De quel poisaiit sont mes doigts. 

{Vaux-de-Vire , édit. du Bois, p. 177.) 

La devise des iMaiily est : « Hogne qui vonra. » houiner , 
hennir. hoci?;e, jument en ciialeur, nouiBROus, (cheval) 
ombrageux et paillard ; de cette syllabe on. vient sans 
doute l'a. Whim, caprice, boutade; Ta whinny sign, hen- 
nir, en v. f. Wingnier : « Ne braire, ne wingnier. (Ap. Ro- 
quefort. Gloss, roman.) noumci-E, hennir de colère, en a. 
Ta wince, ruer. Le houln est un vice rédhibitoire pour 
les chevaux qui poursuivent constamment les jumens. 
(V. Hovynn dans les expressions imiialives du Roi de 
Bohême, de Nodier.) atichoci?* (coup d'), qui fait houi.ner. 
Houi^E, (Av.) puce, du cri qu'elle fait pousser. nooi>cELER 
et 11ÉH0UIKCELER , disloqucr. houlwiller , hennir. 

HOP, expression du saut en haut : « Faire hop, » 
disent les enfàns , dont le langage fait assister à l'origine 
des langues; c'est le gr. utt, d'où uTrsp, et l'a. Up. De là 
en V. f. Hobin, bidet, en it. Vbino , en a. Hobby; le v. f. 
Hobin sign, niais, comme l'a. Hobby. Le fr. n'a plus de 
mots de cette famille; mais l'a. possède To hop, sauter, 
Hopping, à cloche-pied, et Hobble, boiter. Du reste, cette 
syll. radicale a assez de rapport avec Houp et Hup pour qu'on 
puisse les réunir. Le holl. Loopen, sauter, l'a. Leap, id., 
se rapportent à cette famille, hcpée, saut, petite distance, 
ou jipÉE : « Aussi comme d'une jupée ou huée de son 
ostel , » exemple où ce mot sign, portée de la voix ; jcper, 
sauter, comme l'a. Jump, et aussi huper; de là aussi 
d'autres mots qui marquent le mouvement en haut, comme 

DCCHIER, HUQCIER, SCJUChcr, HUQUET , JUQCET , JOUQDET , 

JOUQUEUX, juchoir; de là le fr. Huche, Hucher, Hune, 



— 4^ — 

comme l'isl. Hup; quant ù Huppe , c'est le cri de l'oiseau, 
Upup, selon Varron, d'où le 1. Upupa. 

HOU , cri sourd , d'appel ou de mépris, hclhou , chat- 
huant. HocHOTiTEfi, appeler en imitant le cri de cet oiseau. 
HouHoc , s. m. huée ; dans l'arrêt burlesque de Bayeux de 
^747 on lit : « Quelques-uns des malfaiteurs auraient crié 
Hou-lîou! coupe-lui, coupe-lui! » ehoule, s. f. meute, 
quelquefois un chien de chasse, suppose Ehouler, Uouler, 
exciter en criant hou. houteu, appeler, crier, en a. Hoot. 
HorpER, id., en pic. Houquer : « Il huka les varlets; » 
(l'Enfant prodigue.) iiouteu se dit aussi en vénerie, en a. 
Whoop, huer. HalliwelVs Diet, cite encore Houpen en 
patois a.; Hopa, en bret., appeler. nouÉLER, crier; en a. 
Wail, se lamenter, et Owl, chat-huant. chocajnt, (Av.) 
chat-huant, origine de chouan, chouannerie; les premiers 
insurgés , sous la direction des frères Cottereau , se reti- 
raient dans les bois où ils se reconnaissaient par des cris 
de chat-huant. Aussi le cri poussé sur le marché d'Avran- 
ches sur un ancien chouan, accusé d'avoir égorgé M- deV., 
était : « Hou, hou, as-tu ten cutet d'o qui t'as saignié 
M. de V.! » Il y aurait quelques notes philologiques à 
tirer de la chouannerie : Il y avait dans l'Avranchin des 
chefs appelés Bel-Allant, Bayard, Bellavidès, Montauciel, 
etc. HOCLER, rabrouer, houler, se couler dans un trou, 
un passage obscur, houlette et hoile, terrier, hoilet, 
(Dieppe) caban à capuchon, doista, (B.) femme hom- 
masse et hardie, qu'on appelle aussi EnocLE. A cette famille 
appartient le f. Houle. Houlette. Houppe, Houe, en n. 
eoiiETTE, en a. Hoe, en ail. Haw, Hourailler, Hourder, 
Houret, Hourvari. Houspiller, Mouvoir, ainsi que l'a. 
Houlet, chouette, et peut-être Hound, chien de chasse. 
Quant à Hourder, M. Canel . dans un art. sur le combat 
Judiciaire , dit à propos de « Campo hordando ad duellurn 
tenendum , » que Hourdé est « une expression vernacu- 
laire encore en usage dans quelques parties de notre 
ci-devant province. » hocrde, s. f. travail : « Etre à la 
hourde. » L<^ v. f. Hourde sign, étoupes, d'où l'a. Hurds, 
id., et le fr. Hourder sign, bourrer avec des étoupes mê- 
lées de mortier, hoclah, cri des charretiers à leurs che- 
vaux, ressemble beaucoup à Hourrah. houret, (Av.) la 
boule de bois au jeu de la crosserie. hourique, (Baie du 
Mt-St-M.) grosse alouette de mer , avec un coUier noir . 
qui traîne l'aile et crie Houri. hourée, horée, (V. Haro) 
bourrasque, hocque, (B.) poussière qui s'élève de la graine 

T. I. G* 



— 42 — 

du chanvre, et fait tousser, hocquer , voler, dérober, litt. 
prendre avec un croc , Hoc et Hokoir en pic. Hoc en v. f . 
Hook en a. houquier exprime l'acte du pigeon sur la 
femelle, houver, fouir, hodve, houe. (Val.) hoclette, pe- 
tite bêche ; hovet , s. m. pioche, houetter , fouir avec la 
houe, et HODEirER, lever et baisser la tête dans le sommeil 
quand on est assis ; le f. n'a pas de mot pour cet acte. 
Houlerie est le nom de celle qui provoque au mal dans le 
mystère de Bien-advisé. Le bourdonnement du taon ex- 
plique l'a. Ouse, taon, ouo-ouo, s. m. petit chien, terme 
enfantin. C'est d'une on. semblable que dérivent en a. 
Woo, faire l'amour et suppHer, et Wo , malheur, que 
Richardson explique par a sigh of grief . (Diet.) Le hurle- 
ment se retrouve dans tous ces mois formés par Hou : 
XuyiQç , Lupus , Loup, Wolf Enfin cette syllabe engendre 
tous les mots d'objets qui expriment un bruit sourd ; ce 
dernier mot lui-même en vient, tant il est vrai qu'on ne 
définit une onomatopée que par une onomatopée. 

HUE , cri dont le sens général est la haine , le mépris , 
l'expulsion, d'où le fr. Huer, l'a. Hue, huée, la vieille 
clameur Hue et cri, Hue and cry, latinisée en Huesium, 
Hutesium : 

E Frencheiz les en cachent è a hu è a cri. 

fRom. de Rou.) 

K'il n'issent de la Tille ne por cri ne por hu. (Ibid.J 

Le Hu était aussi le cri de guerre : Lievent le cri , lievent 
le hu, I) dit Benois, [Chron. v. 5^42) plus tard c'est le 
Hutin. Cette syllabe est au fond de certains mots de refus, 
de rebuffade, comme ces derniers, et du 1. Refutare, 
Pulsare, etc. hu, s. m. (Gloss, n. ) moue, abattement. 
Hu.NAUD, morose, hue, huée, comme l'a. Hue. hcard, (B.) 
lutin railleur, farfadet qui hue, usité comme n. pr. ainsi 
que Huet, en v. f. niais, et Hutin, bruit et bruyant, 
d'oîi Louis le Hutin, d'où l'a. Husting , assemblée, et 
peut-être Hunting, chasse : 

Là commença la première meslée, 
Là finira le hulin. 

(Eustache Deschamps.) 

C'était aussi une clameur militaire , comme le Haro : « Le 
hutin commença à monter. » Huée, en v. n. indiquait une 
redevance : « Faire assemblées et huées sur les loups. » 
(de la Perrière, Hist, de Fiers, p. 74 et -^^.) hct, à 
Bayeux , l'ancien littus saxonicum, est une exclamation de 
mépris , d'expulsion ; c'est le cri de guerre des Saxons à 



Hastings : Ut! selon Wace, et c'est le Ont a. : 

Normanz escrient : De.v aïe; 
La gent cnglesche : Lt, s'escrie. 

{Rom. de Rou, v. 13195.) 

C'est aussi le terme avec lequel L. le Débonnaire chassait 
le fantôme : « Hutz, Hictz, quod signifœat foras. » {Vita 
Hludovici. Pertz, t. ii, p. 648.) Ce mot est la racine de 
l'a. Outlaw, proscrit, en n. Utlague, Utlagarie. hust, 
s. m. nom de mépris donné aux Réformés de N. Au prêche 
de Falaise, un ministre ayant dit que chaque pain du 
miracle de la multiplication était gros comme le temple, 
un des assistans cria : Hust ! Dès-lors quand on voyait un 
huguenot, on criait Hust! Les IsIes-le-Bas est l'auteur de 
la violente satire des Hnst et du Royal martyr, ouvrage 
rarissime, St-Lo, chez Pien, 1654. (V. de la Ferrière, 
Hist, du canton d'At/iis, p. 90.) Le Parlement, par un 
arrêt, défendit ce cri. {Hist, du Pari, de N., par Floquet, 
t. IV, p. 69.) HUE, cri des charretiers n. pour pousser à 
droite, par opposition à Dia, à la gauche, contr. de : Hi à 
mé ! c. à d. de mon côté. En bret. Dia sign, à droite , 
parceque le conducteur se met à gauche de ses bêtes , et 
l'étymologie reste la même. Dans la plupart des termes 
qui précèdent, Hu a été considéré comme interjection, 
c. à d. avec un sens moral; nous allons le considérer 
comme purement matériel et imitatif , c. à d. comme on. 
HUBiR , hausser les épaules en se plaignant : « Il est tout 
hubi, » c. à d. ramassé sur lui-môme, courbé, les épaules 
hautes, hlbi , malade , triste , disant Hu , de là houbille , 
(Mortagne) guenille du pauvre qui se frippe dans ses hail- 
lons en haussant les épaules; en pic. Houbilles, haillons. 
HOUBiLLER, BU H.-N., sigu. tourbillonuer , en parlant du 
vent; à Saint-Lo , faire le hc, c'est hubir; Le Hubi est un 
n. pr. n. et sign, le Bossu , ou comme on dit pop. le bombé, 
hulotte, femelle du hibou, Otus stridula : « Les Hulottes, 
dans la Manche, sont trois espèces de chouettes , à tête de 
chat, grosses comme le merle. » (de Gerville , Etudes sur 
la Manche, p. -12.) en a. Owlet, le fr. dit Huette. hublo, 
s. m. (Guern.) mouette, huant, hibou, chat-huant , quel- 
quefois n. pr. (Rob. Le Huant. H 203.) hudru : « Chest 
coume le cheva Hudru , qui riait de ses bêtises. » Il y a 
là-dessous quelque légende, le rire étant une distinction 
entre l'homme et l'animal, cahu , chat-huant , resté dans 
les n. pr. : 

Janin, Janot, quel ojsel es-lu? 



— 44 — 
Es-lu pinchon, linol, merle ou cahu* 

{Vaiix-de-Vire de L. du Bois, p. 168.) 

Le 1. Ululari, le fr. Hurler, Huir el Hucher, l'a. Owl, 
hibou, dérivent de ce cri, et à Hurler se rattache Hurhant, 
Hurluberlu, et le n, hurleur, fantôme marin dans la 
Hague. On dit aussi le huard, et en sommerset Hullard, 
chat-huant , que le n. appelle coouan , analogue au fr. 
Chouette. L'a. forme encore d'autres mots de cette syllabe. 
Hurl, vacarme, d'où sans doute Hurry, fracas, hâte, 
Hurlyberly, tintamarre, d'où sans doute le nom de la 
vielle Hurdy-gurdy, Hubbub, tapage, Hustle, pousser, 
bourrer, Huzz, bourdonner. Bug, hanneton. Huzza, cri de 
joie, Huddle, désordre, Huf, gronder. Hum, grommeler, 
etc., dont on peut rapprocher le f. Humer. Cette dernière 
idée est rendue en n. par huver, d'où huvel, état d'un vase 
à pleins bords , qu'il faut huver : 

Tieul qui n'avet assez grande bouteille 
Hapet sa canne et à défaut de seille 
Qui l'emplissoit, c'est-à-dire à huvel. 

(Muse norm.) 

Contracté en heul dans ce même recueil , p. 70 : « Le 
perdriau, le lapin, la sarcelle — sur notre table était à 
hau huel. » Huel^ en Northumberland, est un terme de re- 
proche, et se rattache à Huer. (Halliwell's Diet.) L. du 
Bois cite hubir et ahurir dans ce sens de huer, hcoler , 
hurler, comme en v. f. : 

Aussi li prist talant d'usier 

Cum fist à dan Isengrin. 

(Benois. Chron., t. n, v. <6i6o.) 

Son penser a mis à chanter; 

Durement ull et brait et crie. 

{Rom. deRenartj v. 5406.) 

Cette dernière forme conduit à l'a. Owl. huage, s. m. pêche 
qui se fait en effrayant le poisson par des cris, en le pous- 
sant dans une bâche. Au n. Hue, Hie, cri des charretiers, 
on peut peut-être rapporter le v. f. Riote, bruit, tapage, 
en a. Riot, qui semble être un cri de charretier, (Hi , Ri , 
Oh!) dans ces vers du -I3e s. écrits en un n. qui est 
presque celui de nos jours , où l'on remarquera Fouette, 
fouet , prononcé à l'anglaise et féminisé : 

Kaunt lens est de karier 

Vos chars fêlez lors charger ; 

Ses chivaus deyt le chareller 

De sa Ibuelle ou de sa ryole gyer. 

(G. de Biblesworls. Ap. Wright. Fo^ of vocabularies.) 



IGRE, s. f. (Val.) ongle, griffe, mot dont la double 
syllabe, Hi-gre, représente l'effort et le grattement. On 
dit aussi i>gre. Ygr en isl. Férus, mot iat. de formation 
analogue. De là le fr. Ogre, plutôt que de Oïgurs, les Hon- 
grois ou dévastateurs, à la suite d'Attila, qui, disait-on, 
buvaient le sang des vaincus; d'ogre vient peut-être l'a. 
Ugly, laid. A cette racine on peut rattacher le v. n. Angré, 
fâché, en a. Angry, id., le fr. Acre et Aigre, du 1. Acris, 
Agrie, et l'a. Hackle, charpir, le n. égrimer, égriflieb, 
ÉGRATiG.\EK, GRi , S. m. griffe, d'où l'argot Grivois, voleur, 
dont le sens s'est modifié dans le fr. Grivois. V. GRI. 

J 

JAFFE, s. f. soufflet, Javedad en bret. jaffage, jaffa, 
colère, souffle de la colère, « Jeter son jaffa, c. à d. 
exhaler sa colère, par extension, venin : « La terre jette son 
jaffa, » c. à d. ses exhalaisons malsaines, ses ordures, 
ses mauvaises plantes , et , par conséquent . jaf. age sign, 
l'écume, les débris de la mer. (Baie du Ml-St-M.) C'est 
une on. analogue à cracher, mais moins bruyante. Un 
mot, JA, qui désigne la laine de rebut. Laine de Ja, est 
sans doute une abrév.; c'est celle de la queue, dite aussi 
cocAiLLE. jAvoER, (St-Lo) bavQrdcr. javi.nard, bavard, en 
a. Jabber, bavarder, et Jar, querelle, Jaw, mâchoire, 
en fr. Jargon , en v. f. Gergon , d'où le n. Jergo' , babil. 
JERGOU.NER, babiller, en it. Gergone, en esp. Jerigonza, 
en a. Jeer, railler. Le fr. Jaser, Japper, Jaboter, d'où le 
n. de servante, de soubrette, Javotte, l'a. Jabber, bavar- 
der, le 1. Jactare. Cotgrave donne Jargociller en n., d'où 
l'a. Warble. Le nom argotique du N. est Jargolior, et celui 
de la ISl.Jargole. (Y. Diet. d'Argot, de F. Michel, p. 234.) 
JALET, babil. JALOT, dans l'Av., désigne le mag?,an ou chau- 
dronnier ambulant, jaquier , mâcher lentement. En v. n. 
Jangler, bavarder, d'où To jangle, quereller: 

Et qui veult jangler si s'en vaise. 

{Tombel de Chartrose ) 

jASPi>EB , bavarder , se disait en v. f. et se dit en fr.-com- 
tois , en pic. et en argot, jacasser , id. jacasse , femme 
bavarde, (B.) analogue à Agace, pie, en it. Gazza. jastoi- 
see, babiller, japeriac, bavard : « Un tas de japeriaux. » 
(Muse n.) V. GIFFE, mot auquel nous ajoutons giffard, 
resté dans les n.pr., joufflu, et qui, dans Benois, (C/iron.) 
sign, au fém. servante de cuisine. 



— 46 — 

JOJO , s. m. mot enfantin pour cheval , et encore loio , 
tiré du hennissement, comme les enfans disent bébé, pépé, 
pour le petit enfant et la brebis, man, pour le bœuf et la 
vache, mimi pour le chat, honhox, pour le cochon, mot 
qui garde des traces de son origine, coco, coq et poule, 
HUOHUO, le chien, canne -canne, canard, etc., mots primi- 
tifs formés d'une on. redoublée. Jo sign, cheval en bret., 
et Jor, id., dans la langue poétique des anciens Scandi- 
naves. JOPPER, (Coût.) boiter. JONFLER, faire un bruit sourd 
et sifflant. 

JUPÉE, s. f. (Av.) saut, espace d'un saut, où l'on crie 
Hup et lup! JUPER, sauter, en a. Jump, id., et Hop, sau- 
ter, Hopper, sauteur; dans la plupart des langues, cette 
on. a le sens d'élévation, Uppe en all.,0;? en sued., Upp en 
dan. , Op en esp. , Upp en holl. , Tuep en gr. , Super en 1. , Upa 
en sansc, etc. Quanta l'exclamation Jens! citée par le 
GL n., c'est sans doute Jésus! V. l'on. HU. 



LABITER, se plaindre, (litt. Las Bel) labit, s. m. 
(S. ïnf.) douleur, comme le fr. Glas, Glapier et Lamenter, 
en a. Lament. L'ancien mot n. pour glas était Laez : « Et 
paie son laez et sa sépulture en ladite église. » [Acte 
de 1283.) LAIS, s. m. pi. gronderies, plaintes : « Faire des 
lais. » (GL n.) On dit pousser des Las et des Hélas, en a. 
Alas, d'où le 1. Lassus et le fr. Las, lasse. A cette on. se 
rapporte le fr. Lai , en a. Lat/, chant plaintif, et elle con- 
cilie les diverses etymologies de ce mot, Lassum, (Cic. et 
Piaule.) l'isl. Lag, mélodie, l'ail. Leich et Liod. La syll. 
La forme aussi Lacryma, malgré Saxpupia, et Lacérer. La, 
dans les refrains, est l'expression de la joie, comme en 1. 
Lallare, en gr. AXaXa^o), comme le Lala et Lonla des 
chansons n., plus développé dans un chant à toute volée 
des vachers du pays de Bray : 

Lariala, lariala, 

Lonlanla, lariala, 

Lalonlariala. (V. le chapitre de la Poésie pop.) 

Comme bruit éclatant , La forme l'a. Laugh , rire , 
Loud, à haut cri, et comme signe de liquidité ,' Laver , 
en n. lavechener, fréquent, du précédent, et bavarder : à 
St-Lo, LAVEceiN, bavardage, parceque c'est au lavoir et au 
four que, dit-on, l'on babille le plus. L'a, qui a To lave, 
laver, a contracté Lavandier, Lavandière, en Launder et 
Laundress. 



— 47 — 
LACHIER: la syll. Lack exprime un son clair et sifflant, 
et ce verbe sign, fouetter en claquant, en a. Lash, sangler. 
LACHŒR désigne aussi l'action du cliien sur la chienne. 
LAQUE, tique, pou d'animal. 

LAN, syll. nasale et traînante qui exprime la lenteur; 
ainsi Lentus, Lent, Lendore, Lambin, Lanterner, Lan- 
guir, Lantiponner, en a. Languish, Lentitude, Linguer, 
retarder; la syll. Lon a la même valeur : Longus, long, en 
a. Long. En n. la>don, discours traînant, et aussi rêne 
traînante au côté des chevaux de charrette, landorer, lam- 
biner, comme le fr. Lendore et comme le v. f. Lendore, 
lenteur; lamer, lamère, lâche et paresseux : 

Car je ne suis trop evart ne lanier. 

{Chevalerie Ogier, v. 2575.) 
Garde que tu sois de cheus 
Qui lanier sunt et perecheus. 

(Distiques de Caton.) 

LiENiER, mendiant, fainéant, lanlurer, retarder : « J'ai 
lanlurai le temps, la maraie s'est passée. » (Lettre en 
bas-n.) Si l'étym. de Lambin, qu'on tire du savant Lam- 
binus, pouvait se discuter, on lui opposerait ces vers du 
Miracle de Rob. le Diable, p. 5 : 

Dites où est Boute-en-courroie 
Ne Lambin, ne Hupin le grant? 

la>lêre, (Val.) demi-meule pour écraser les pommes, lan- 
lère, pressoir à lanière, lanlère, refrain : « Chest coume 
si tu disais lanière, » c. à d. rien. — « Va te faire lan- 
ière, c. à d. va te faire dire des sornettes, laivlurer, 
grommeler, lamcru: (clou à), clou à soulier dont la tête 
est en biseau. LAu^ER, rabâcher, lai ^E, femme lente et 
flâneuse, autrement toirnieresse. Landeur, dans le pat. 
de Langres , est un homme qui ne fait qu'aller et venir, et 
Landar en bret. paresseux. On appelle lo.ngin , longis et 
sai.nt-lo'ois, un lambin. Or, Saint-Longis est le soldat qui 
perça le flanc du Christ, lauri.ner, marcher lentement: 
« Devant su quai je lorine mes pas. » (Muse n., Cant 
rmjal.) lugan, (Coût.) traînard. Le fr. Flandrin, Flâner, 
en n. FLAii>ER, d'où flac.mer, flâneur, s'expliquent comme 
les précédens, ainsi que Randonner, en a. Random. Nos 
syllabes pesantes sont résumées dans ce trait d'une épi- 
gramme : « Le long, le lent, le lourd. » A la syll. Lan se 
rapporte une classe de mots qui sign, boire en savourant, 
comme le fr. Lamper. plus lent que Lapper, et Lampée. 
Cf. le 1. Lambere, d'où Minshew dérive l'a. Lamb, agneau; 



— /«8 — 

en n. lampas, gosier : « Flatter le lampas. » Ce mot se dit 
en pic., en wallon. En a. Lamjwon, sign, satiriser. 

LAUFFRER, maufrer et mafrer, manger gloutonne- 
ment, d'où LAUFFRKE, S. f. repas copieux, et le fr. Galima- 
frée, dont le premier élément est Gale, réjouissance. En 
V. f. Lufre sign, goinfre : 

Sot et luffre bien le scay. 

{Le triomphe des Carmes, v. 279.) 

De là le nom de Lifrelofre que Rabelais donne aux Suisses 
et aux Allemands , dont la gloutonnerie était proverbiale , 
et LiFFRÉE en n. sign, pitance : 

Car tout checun me donnez la lifrée. (Muse norm.J 

Le fr. Mafllé et Mafïlu se rattache à la forme mafrer, ainsi 
que l'a. Mafjle, bredouiller. V. MACHIER. 

LAP, syll, qui exprime une manière de boire de la langue, 
comme le fr. Laper; en n. lapeur, buveur, en a. Lap, 
laper, d'où Lap, le giron , la partie où se trouvent les ma- 
melles; c'est l'origine du 1. Labrum, lèvre, de Lac, lait, de 
Lambere, lécher, du gr. Xa-uxto , de Xaêpo;, du 1. Labrus, 
le poisson appelé le Goulu. Cette syll. exprime aussi la 
chute claire; de là le 1. Lapsus, Labi, Labes, gouffre, et 
aussi Lacio. Il est à remarquer que la syll. liquide La se 
retrouve dans plusieurs mots qui expriment l'eau, le 1. 
Lacus , Latex, Lavare, Lac; elle se retrouve aussi au 
fond du fr. Clapoter et Glapir . et de l'a. Flap, tape, Slap, 
soufflet, Clap, éclat, et dans le sobriquet de la Seine, 
flaquet : 

Qui transit le Flaquet 

Dicitur esse ouyvet. 

(Le batteau de la Bouille, comédie par Jobé, 1675.) 

Il faut rapprocher de Lap l'on. Lip, qui en est voisine, d'où 
le fr. Lippe, Lippée, Lippu, en a. Lip, lèvre; le ]. Lippus, 
chassieux, a sans doute du rapport avec cette on.; mais 
Lipio, crier comme le milan est certainement un terme 
imitatif. 

LEST, syll. de légèreté , de vivacité , d'où le fr. Leste, 
Lever, le 1. Levis, Lepus, d'où le fr. Lapin (leporinus), 
Lepor, gentillesse, et Lepidus. En n. leste est un s. m.; 
comme on dit du vif, on dit « du leste I » c. à d, de la 
promptitude , ce mot est formé comme Preste. Quant au 
fr. Lest, il dérive d'une syllabe lourde, en ail. Last, 
charge, en isl. Lest, en a. Last et Ballast, mot qui s'est 
introduit chez nous dans la langue des chemins de fer. 



— 49 — 

presque toute anglaise , et indiquant par là l'origine de 
cette industrie pour nous. On peut rattacher à Leste, syll. 
légère, un son analogue, qui ajoute à la légèreté la dé- 
tente , l'élasticité , la syll. Lid , qui se trouve en n. dans 
ÉLiDER , sauter par un ressort ou une force élastique, en a. 
Lid, couvercle qui joue avec une charnière, et on dit: 
(I To press up the lid , » presser le ressort. Ajoutons à 
cette famille le n. lige , usité dans la loc. : « Etre à lige , » 
c. à. d. à léger, sans fardeau : « Une voiture à lige, » 
non chargée, ligier, adj. léger, alligieb, alléger. Le s. fr. 
Liège (levis) se rattache aux mots précédens. L'a. Light, 
léger, et Lissom, id., se rapproche du n. ainsi que Z^/, 
lever; To leap, sauter, se rapproche du s,onLid, et Leaf, 
feuille, repose peut-être aussi sur l'idée de légèreté. A 
cette syll. d'élasticité on peut rattacher le fr. Fringant et 
Fringuer, le n. daLigact, bout de bois. En lang. on appelle 
Fringaïres , les amoureux, Frigoules, les tiges raides et 
élastiques du thym, et Garrigues, les chênes épineux et 
rabougris des montagnes , appelés aussi Porte-kermès. 

LIGHTER , LicQtJiER , lécher , on. qui se retrouve dans 
la plupart des langues, spécialement en gr. Xetxo) , en 1. 
Liquor. On dit communément de quelqu'un qui n'offre 
rien à manger : « N'o n'ma tant sorment pas offri d'ii- 
quier la palette. » En a. Lick, lécher, lichocr, lichedr, 
friand, en a. Lickerous, friand, et dans Piers Ploughman, 
Licherous , en v. f. Lichierre : 

Ainsi comme il fait le bons lichierres, 
Qui de morsiax est congnoissières. 

(Rom. de la Rose.) 

LicHERiE, gourmandise, comme en v. n., et en v. a. Licho- 
rie, Leachery, gourmandise, selon Hearne : 

Perle les épines d'envie, 

Ou d'orgueil et de lescherie. 

(Tombel de Chartrose.) 
LicHoiRE, bouche gourmande et bien parlante, dans un 
sens satirique. lichou.\ker , embrasser beaucoup , pris en 
mauvaise part. L'a. Leak, suinter, est de cette famille, 
ainsi que Leech, sangsue, relichier, savourer, en a. Re- 
lish, donner de la saveur, relichech , parasite, relichier, 
BELicQnER , faire le parasite : « Qui qu'tu viens reliquier 
lo? » La forme fr. Lécher groupe autour d'elle un bon 
nombre de termes n. : lécheur et léchour, gourmand, 
Lechour, en v. a. dans R. de Gloucester, p. U9, léchet, 
gourmet, ainsi que léchette, p. f., lecde, morceau, bande 



— 50 — 

et bandelette , Lesche en v. f. employé en ce sens par Le 
Rocquez , poëte de Carentan au A 6e siècle : 

Autant que par un cuer de bœuf 
Elle en entourrait en lesches. 

(Miroir de l'Eternité.) 

De là le fr. Laiche, qui s'applique aux Cypéracées, carac- 
térisées en général par leur longues et larges feuilles. Le 
pic, qui endurcit le ch, dit Lèke et Lekei, tranche mince, 
un peu. LÉcHERiE , friandise. Le 1. se rapproche de cette 
syllabe primitive dans Lingo, lécher, d'où Lingua, langue, 
d'où le n. tire langié (bien), doué d'une bonne langue, 
bien parlante. Le fr. Lichen se rattache à cette famille en 
venant par le 1. Leichen, du gr. XctxYiv, dartre, ce qui s'é- 
tend, ce qui lèche la peau. 

LIRE, cri joyeux d'oiseau, refrain de chanson : « C'est 
toujours la même lire , » c. à d. redite , parcequ'on dit 
Lire-lire; de là le fr. Tirelire, la boite avec laquelle quête 
le chanteur. Lire est surtout la chanson de l'hirondelle, 
Hirundo, dans le nom de laquelle elle se retrouve. Ce 
refrain redoublé se trouve dans une chanson b.-n. co- 
mique qu'on chante dans les ombres chinoises. On dit en 
parlant de la rivière : 

Les canards l'ont bien passée, 

Tire lire, lire, 
Les canards l'ont bien passée, 
Lirlonflan. 

Ce refrain nous amène à des syn. n. de cane et caneton : 
LIRE, cane, lirette, s. f. caneton, ainsi que lirote, o par- 
cequ'on leur crie Lire , Lire , Lérotes , Lirotes , pour les 
appeler, » dit le Gl. n., litraistan, (Vire) bavardage, coup, 
de LIRE, refrain, et trantan, babil, luromer, ldrotter, 
chantonner. (V. Ih Poésie pop. n. Introd.) V. LOURE. 
î)e cette syllabe musicale et perçante vient le 1. Ltjra, 
en gr. Xupa , Lirœ , balivernes , en gr. Xripo; , bagatelles , 
Glis, Gliris, le loir, de son cri , en n. lerot. Aristophane 
se rapproche du Lire-lire dans Xripov Xripei;, du Plutus, 
V. 479. lirokner, qui sign, couler, filer, en parlant d'un 
liquide onctueux, se rattache à Glaire, lireux, glaireux. 
piRLi , nom du moineau , est une on. voisine de tirlire. 

LO ! interj. de surprise , et quelquefois d'ironie : « Une 
belle happe lo ! » — « Lo ! vous v'ia ! » Elle n'existe pas 
en fr. ; mais elle existe en a. dans le sens n. voici, voilà. 
Elle semble avoir ce sens dans le passage cité (p. 48) de 
Rob de Gloucester : « Thus come lo ! Engeland into nor- 



mannes honde. » Elle est très-rare, comme refrain, et à 
Val. se combine avec Hé , held! pour dire Hélas! Sous la 
forme Loiv, en a. , elle exprime le mugissement et aussi le 
bruit de ce qui tombe, d'où Low, bas. à bas. L'a. Loo , 
bête, d'où Looby, lourdaud, a sans doule une orig. on., 
ainsi que le 1. Laudo, Plaudo , et peut-être Loqiior. Cette 
syll. est un signe de liquidité, comme Flot, Flotter, l'a. 
Loch, lac, le l. Lotus, lavé, et elle est la génératrice de 
la famille suivante. 

LOBER et nober, baisser et relever la tête par saccades, 
quand on dort ; le fr. n'a pas cette nuance que le n. rend 
encore par un terme métaphorique, hoiettek, litt. imiter le 
mouvement de la houe. L'a. a gardé le mot n. dans Nod, 
faire un signe de la têe et sommeiller. En v. f. Lober 
sign, tromper, sans doute en passant par endormir; du 
reste endormir a à peu près ce sens aujourd'hui où l'on. 
Endormeur est une nuance du trompeur : 
Et plusieurs ira lober 
Pour les despoiller et rober. 

(Roman de la Rose.) 

LOB , marque encore l'action de gober , d'où lobet , lopet , 
morceau , comme le fr. Lopin et le gr. Xwêoç , et le bas-1. 
Lobns ; il marque aussi ébranlement d'un objet suspendu 
ou flexible , comme en gr. Xojêaw , comme le n. lochieb , 
secouer un arbre, Locha, en bret.; Locher en fr. se dit d'un 
fer à cheval qui remue. locheto-'si\eb, remuer souvent. 
LODEB, remuer, ballotter, mot qui renferme la syll. La, 
LOVAKER, bousculer, LocHiER, sccoucr, ainsi qu'ELocHiER. 
On disait en v. f. Lorique, s. f. chiffon, Loriquette, petite 
portion, petit lopin. Le n. lohiau, bouton sur l'œil, semble 
être la contr. de Loberiau, petit lobe; louriaix, goitres , 
est le même mot. Loq est la même syll. durcie, d'où le fr. 
Loque, guenille, le n. loqceté, déguenillé : 
Cuits souleil, loquetez et hecqueux. 

(Muse normande.) 
LOQiETÉ et Déloqueté se disent en pic. loqdet, (Bray) pe- 
tite loque de laine : c'est l'a. Lock, flocon de laine et touffe 
de cheveux. Le fr. Loquet, même orig., d'où le n. loqce- 
ton^iEr, agiter le loquet dans la serrure. En a. Lob, laisser 
tomber, LocA-, serrure, Locks, entraves, sans doute le 
même mot, Lap, branche taillée, Lope, prêt, de Leap, 
sauter. 

LOURD , syll. pesante et uu peu roulante , indique ce 
qui remue, roule pesamment, d'où le fr. Lourd, Lour- 



— 52 — 

daud , Lourdise , Lourdeur et Lourderie , ce dernier fami- 
lier, usité dans la poésie pop. n. (V. p. 333. Intr.) et le 
n. LOURDEB, être lourd, être idiot; en bas-1. Lurdus, lourd, 
en a. Loord, lambin, et peut-être Lusk, lent. 

LOURE, s. f. cornemuse, son lourd, ronflant et con- 
tinu, qui donne au fr. le terme musical Lourer, et Loure, 
danse grave. « En B.-N., dit Roquefort, on appelle Loure 
un gros ventre. » Il semble que le 1. a formé des mots sur 
ce type; du moins Lura (Fest.) sign, sac de cuir, et dans 
Lucilius, ventre, uter, outre. Le 1. Lutra, loutre, se rat- 
tache à Xouto, baigner. En H. -IN. loure désigne une espèce 
de flûte. LCBER , chantonner , dire turlube et Tirelire : « Ce 
mimologisme du chant et de la danse , dit Nodier , ce 
Traderidera, qui supplée aux paroles et quelquefois à la 
musique , et qui a fourni aux vieux chansonniers Luron , 
Lurette et la Lure : Un luron ne demande qu'à chanter. » 
Il y a en B.-N. une chanson lourée qui se dit aux jeux 
d'ombres chinoises; on demande si l'on peut passer une 
rivière, et l'on reçoit cette réponse : 

Les canards l'ont bien'passée, 

Tire lire, lire, 

Toure loure, loure, 
Les canards l'ont bien passée, 
Lirlonflan. 

A LBRON , homme joyeux et sans gêne , se rattachent le f. 
Godelureau et le n. délurer, donner de l'usage, dégourdir. 
(V. LIRE.) Le rapport entre Loher, endormir, et Lober, 
tromper, existe entre lcrer, endormir en chantant, et 
LURER, tromper, qui offre une seconde famille dérivée de 
la première. De la lure et lurette, tromperie, en fr. 
Leurre, Leurrer, en a. Lure et Allure ^ tromper, et sans 
doute Lurch, voler subtilement, à Guernesey LURO?f, petit 
mensonge, lukier, diseur de sornettes; en pic. Lures sign, 
sornettes, et Allurer, représente le verbe a. précédent; 
LANLURE, baliverne, lainleurrer, lanlerree, berner. (V.Lan.) 
lerre et loure se combinent dans des refrains, comme 
mélange du grave et du léger, par ex. dans la Chanson de 
Jeanne: « Lerre, lerre, lerre, loure, malanlerre. » En s'a- 
doucissant, cette syllabe exprime la même idée de trom- 
perie, avec plus de finesse : lousse et louse, s. f. leurre, 
en V. n. Leusse : 

Par leusse et par voisdie prendre. 

(Rom de JRou.) 

De même lousser et louster , tromper par des sornettes , 



— 53 — 
d'où le fr. pop. LOUSTIC, farceur de régiment; dans les 
prov. rhénanes Lus, sornette; en Berry, Alouser, induire 
en erreur , dont est voisin le fr. pop. Blouser, velousser , 
tromper, paillarder. velocssebr , trompeur et paillard. 

V. LOUSSE. 

LOUSSE, vesse; en bret. Lou; lousser, souffler douce- 
ment; LoissET, petit soufflet. Loose, en a., sign, s'affranchir 
de toute contrainte, lâcher, et Looseness, cours de ventre, 
Fuzz, vesse. 

M 

MACHIER , MAQDiEB, mâcher, on. de mastication, d'où 
le fr. Mâcher, Mâchoire, Mâche, Mâchonner, Mâchurer. 
Mâchurer est usité dans un prov. n. cité par des Brieux 
(Orig. de coût, anciennes.) : « Le chaudron mâchure la 
poOle, » c. à d. décrie; à Villedieu on dit : « La pesle se 
moque du fourgon. » macaille, mangeaille. macaillier, 
manger malproprement, maqcillonaer , (Saint-Lo) mâcher 
longtemps, maqcillon, maqdig,\o> et quicmon, morceau mâ- 
ché ; àVal.BAQiiLLON. Le fr. qui admet la forme douce reçoit 
aussi la forme dure dans Macque. magle, (Avr. et H.-N.) 
gros ventre, mais généralement macue, d'où magu, ventru : 

Qui emplissent leu maque avec des noix, 

(Muse normande.) 

démaqce , (T. N.) action de tirer l'hameçon de la gueule du 
poisson. MAQUEDX , qui mâche : 

Ventripolens maqueux de bons morciaux. 

(Muse normande.J 

ÉMÀQCiER, ÉMAceiER, écraser comme une chose mâchée, 
d'où MÉCHIER, frapper, pocher; de là l'a. Mash, écraser, 
ainsi que Smatch, savourer, en holl. Smaecken, en ail. 
Sc/imaeck. Le fr. Mâchoire est quelquefois prononcé Ma- 
soire, qui conduit à l'a. Mazard. Ce radical est très-ré- 
pandu : Masticare en 1., Maker en pic, Maschar en lang., 
Macar en esp., Maka , nourrir, en celt., et Maachal en 
héb.,etc. La syll.JIfa/)- marque une mastication sale et gros- 
sière : MAFFREB , manger gloutonnement , d'où le fr. Gali- 
mafrée, qui est dans Shakespeare, Galkj-mawfrtj. (Merry 
wives of Windsor, Act ii, se. ^.) En fr. Bâfrer, Bâfre, 
Bâfreur. La syll. Mam, qui se trouve dans le Faire mam 
des enfans, engendre toute la famille de Manger, Mamelle, 
sans doute Maman, en a. Mamma, d'où Mammet, poupée. 
Le fr. Maflé , Maflu , exprime le mouvement liquide des 
mâchoires, ainsi que l'a. Maffle, bredouiller. 



— 54 — 

MAROUAN, chat, matou, (Orne) mot dérivé des cris 
roulés du chat qui jure, comme on dit. marcob, même 
sign. Scarron a dit dans le Virgile travesti : 

Les gros marcous s'entreregardent. 
Mais MARcou , entremetteur , est la mélathèse de Maque- 
reau, et le Marcoul du centre de la France, est un médecin 
sorcier , le septième mâle de la même mère , qui prétend 
tenir de St Marculphe son pouvoir de guérir les écrouelles. 
MAROiNER, gronder, de même en pic. et en berri. marmon- 
ner, même sign. Ainsi le fr. Marmotter, Marmotte, Mar- 
cassin , Margouillis , Marmot , Marmaille , Marmouset , et 
l'immense famille des mots qui désignent, des objets liqui- 
des ou plutôt à demi -liquides, comme Marais, Mare, 
Marne, Marmelade, Marc, etc., le 1. Marcor, pourriture, 
l'a. Mar, gâter, corrompre, etc. 

MER, ce son , limité par diverses lettres, enfante le fr. 
Merle, en 1. Merula, en n. mêle, le 1. Merda, le 1. Mer go, 
Merops, le fr. Emérillon, l'a. Merlin, Merry, joyeux. 
Les Gallois appellent Merlin des poneys à demi-sauvages ; 
le souvenir de l'enchanteur n'est peut-être pas étranger à 
cette idée. 

MIMI , chat , chatte , redoublement du cri aigu de cet 
animal , sensible dans le fr. Miauler, mimi est devenu un 
terme de tendresse, comme le I. Mitis. minet, petit chat. 
MINETTE, petite chatte; Nina, Nino et Ninetta en esp., en 
fr. Mignon, Mignard , en a. Minion, favori ; de là minette, 
la Lupuline, minets , chatons de plusieurs Amentacées, 
MiNOTS , fourrures, miton, gros chat, sign, dans le Jura 
manchon , mitis, joli petit chat , d'où le fr. Mitaine, miail- 
LER, miauler, piailler, d'où miaillon, enfant qui piaille, 
M[ANDER, miauler de faim, miaudoux, qui miaule doux, 
hypocrite, miocher, pleurnicher, d'où mioche, petit garçon, 
et miche , petite fille , et dans l'Orne miot , le dernier éclos 
d'une couvée, mion , (H.-N.) tout petit enfant, être chétif, 
en gr. Meiwv, petit, en isl. Mioni, homme chétif : « I ne 
ferel pire que tous ces mions. » (Musen.) miacd, mendiant, 
à Mortain , se rattache sans doute à cette famille ainsi que 
le fr. Mijoter, cuire à petit bruit, et Mitonner. Cette on. 
engendre en a. 3few, mouette, 3Iewl, piailler. Mice, sou- 
ris, le gr. Muç, rat, le 1. Milvius, milan, Miceo, qui rend 
le cri de divers animaux. Elle semble aussi en 1. rendre 
une nuance d'affection, comme dans Mitis, Miser, Amicus. 
Elle rend encore avec c un bavardage sec et rauque dans le 



— 5a — 

fr. Micmac, en a. plus adouci Mizmaze, confusion, et la 
menace dans le 1. Mina; le sens général d'une syll. dépend 
de la consonnance et de l'inflexion de la voix. Le fr. Mi- 
traille exprime un phénomène à deux temps . composé 
d'un petit bruit et d'un son éclatant-roulant, et le 1. Micare, 
sauter et briller, ainsi que Mica, miette , exprime un jail- 
lissement sec et soudain. L'oiseau appelé en fr. Mésange , 
en V. ail. Meisa, en n. mésette, meseraisge et médraace, 
tire ces noms d'un chant sifilant , qui se rapproche du son 
générateur de cette famille. 

MOMON, personnage muet et immobile: « Rester 
comme un momon. » C'est la réduplication de la syll. d'une 
voix indolente et impuissante, Mum; aussi le Momon fr. 
est un jeu de dés où l'on ne doit prononcer que Mum, la 
syll. des muets, d'où dérive Muet, Mutus, en a. Dumb. On 
dit encore en N. : « Etre comme une momie, » variante de 
la loc. précédente, et non le fr. Momie, de l'arabe Mum . 
cire , quoiqu'on dise en ce sens Antomie, contr. d'anato- 
mie ou squelette. Morne existait en a. ; Shakesi eare s'en 
est servi , et un ancien glossaire de cet auteur dit : « A 
mome, a dull stupid blockhead : this owes its origin to the 
french word momon... from hence also comes our word 
Mum! for silence. » Aussi dans I'Avr. le momon est un pré- 
sent à l'épousée ; c'était primitivement une poupée risible. 
Les MOMOKs . dans l'Orne, sont des farceurs déguisés, avec 
lesquels le Mumming du nord de l'Angleterre et le Mum- 
mer allemand ont du rapport. (L. du Bois. Archives de N.) 
En V. f. c'était Momeurs : « Momeurs et farceurs, » dit 
Monstrelet, de là le fr. Momerie. En a. To mumm sign, se 
masquer, et Mummery, mascarade, comme Mumble sign, 
marmotter, Mump, gueuser, grignoter. Le caractère de 
toutes ces on. est d'être sourdes et nasales; cette syllabe, 
plus ouverte et plus sonore dorme le gr, Moitxaw , railler , 
le Momus, dieu de la raillerie, le fr. Mot, en it. Motto. 
Ajoutons à cette famille môxer, bégayer, hésiter, en a. 
Moan, gémir. 

MOQ , syll. sonore et piquante , signe de raillerie , d'où 
le gr. Mojxao), railler, le fr. Moquer, l'a. Mock, le n. mo- 
QCiER, moquer, moquour, moqueur, moqiable, risible, en 
a. Mockable. Le fr. Moquette , laine-velours , un faux ve- 
lours, en a. Mock-velvet , se rattache à cette famille; en a. 
Mock, marque tout travestissement. 

MORD, syll. qui marque l'action des mâchoires sur une 



— 56 — 

substance grasse ou craquante , d'où le 1. Mordere, le fr. 
Mordre, Morceau, Mortaise, le n. morde, mordre, mor- 
Dicu, mordicus, morcet, morceau, etc. (V. les Orig. lat.) 
Le fr. pop. Mornifle exprime un son roulant et sifflant, en 
n. MORNiiLiER , frapper d'une mornifle. 

MOUFFLE, mufle, ce qui mugit et remue, d'où le fr. 
Mouflard , Moufle et Moufette , le n. mouffler , allonger le 
museau, mocffliner et jiocFFiJiER, remuer le mufle, mocf- 
FLC , qui a un gros mufle, mouffle, s. m. mitaine; à 
Villedieu, manchette de fondeur, en a. Muff, manchon, 
Muffle, emmitoufller, Muffler, mentonnière, en holl. 
Moffle, en ail. Muffel, en bas-1. Muffula. L'on. Mou 
indique quelque chose de doux, comme Mollis, le fr. Mou, 
en n. mo, en a. Mull, adoucir, amollir un liquide, et avec 
un S, elle peint quelque chose de suave au toucher, comme 
le fr. Mousse, adj. et s. en a. Smooth, dérive de Esmoussé, 
émoussé, l'a. Moss, le fr. Moisi, le 1. Muscus, mousse, et 
Mucidus, moisi, Mustum, vin doux, en fr. Moût, d'où 
Moutarde, en a. Mustard, Mussitare, murmurer douce- 
ment, etc. 

MU , son qui se prononce la bouche presque fermée : 
Quintilien appelle M littera mugiens , et 3lu en 1. est une 
sourde exclamation; alors tous les mots qui marquent dif- 
ficulté d'ouvrir la bouche pour parler, silence, mutisme, 
bruit sourd et du bout des lèvres , se rattachent à cette 
racine, ex. le 1. Mucco, moucher. Mucus, morve, Mugire, 
mugir, Mulus, mulet et stupide. Murmur, Musca, mouche, 
en gr. (i-uta, Mussare, bourdonner, Mutire, marmotter, 
Mutus, muet, le fr. Muet, Mugir, Museau, Mufle, Muge, 
Mulet, Mulelte, Murmure, Mutin, Mutir et Emeutir, 
peut-être Muser, Amuser et Musique, le n. mbchier, mus- 
SER, cacher, c. à d. un objet sur lequel on reste muet, 
très-commun en v. f., d'où le jeu mdche-muche, en fr. 
Cache-cache, muchette, cachette, d'où le jeu où l'on cache 
un objet, la clemtjchette , litt. où l'on cache une clef. Ce 
mot est en presque tous les patois fr. : en it. Mucciare, en 
bret. Moucha, sign, se masquer, en isl. Massa, chaperon; 
en pic. Mugot sign, cachette à argent, d'où le fr. Magot, 
petit trésor, que le troupier appelle la Grenouille, d'où 
encore le n. migot, migaut, provision de fruits de garde, 
quelquefois mijaut, comme en rouchi. On dit : « vendre à 
muche pot, » un liquide en fraude. En a. Mucfier, thésau- 
riser, Miche, se cacher, d'où Micher, voleur de petites 
choses, Murmur, murmurer, Muse, rêver, Mute, muet, 



Mutineer, mutin, Mutter, grommeler. Muzzle, museau, 
Mouton, en b.-l. Muto, en a. Mutton. Le n. mocte et 
MoiMocTE, chatte, appartiennent à cette famille, ainsi que 
le fr. Moudre. 

N 

NAFFLE , s. f. reniflement , comme le fr. Eau de naffe. 
AAFLAiiD, nasillard. (Gl. n.) reisafler, renifler, rfnasqueb, 
id. isAFiRE, gourmand, ainsi que saffre. A cette on. d'as- 
piration , on peut rattacher le f. Nard , en 1. Nardus, en a. 
Nard, Nargue et Narguer, le 1. Nasus , Nares , le fr. Na- 
rine, Renâcler, Nasiller, Renifler, l'a. iVose, nez , iVos- 
tril , narine. Sniff, ricaner. Snivel, roupie, morve. 
Snuffle, nasiller, Snuff, renifler, et Snuff, tabac en 
poudre. Snarl, grommeler. 

NANAN , terme enfantin pour bonbon , d'où le fr. Na- 
nan, et Nanna , tante. AA.\A>i , (Av.) la vipérine. ]\IA^-.MA^. 
un lambin , qui a de la peine à dire cette syllabe traînante; 
MAMsiAN , qui aime à gémir. 

NAQUETER , claquer des dents . d'où la sign, du f. 
Naqueler , se morfondre en attendant à la porte ; Nuques, 
à Reims, sign, dents. Le v. f. disait Noqueter : « Trem- 
blant et noquetant des dénis. » {Le Cameron de Bocace.) 
>APE-souRDE, tape donnée à la dérobée; en a. Kfiap, attra- 
per, et Ncqy, sommeiller, et Snap, gueulée. wirvi , déné- 
gation ironique : « Nlni , c'est fini; « Ni exprime aussi la 
plainte indolente, d'où le n. :-.mi, niais : «Vieux nini, va! » 
et le fr- Niais, l'a. Nizy, niais, l'it. Niaso , le fr. Nigaud, 
Nique. Ni existe aussi dans l'on. Hennir, en a. Neigh, dans 
l'a. Nibble, ronger. 

NUNU, s. m. (Hague) digitale pourprée, de laquelle 
les enfans tirent la syll. Nu; i^umi, (Genets) la flûte à 
peau d'oignon, mirliton; en a. Numb, engourdi. 

O 

O, interjection qui, en N., exprime principalement l'é- 
tonnement en mauvaise part : « N'être ni dans les Ah ! ni 
dans les Oh ! » c. à d. ni beau ni laid . loc. qui se dit 
aussi en pic; aussi ohi sign, accident, imperfection : « At- 
traper un Ohi , I) un coup , une blessure : « N'y a pai 
d'bouene bête sans ohi , » sans tare. De là ohier , souffrir 
des oeis des autres : « Obier de quelqu'un , » souffrir des 
défauts de quelqu'un. L'isl. Oheill , (Naletudinare) a la 
môme origine. L'a. Aïoe exprime au contraire l'idée de 

T. I. 8* 



respect, de là Aivjul, terrible; Ouph et Oaf, boun'on , et 
benêt, dans la même langue, exprime la bouffée ù\i rire, 
et Odd, bizarre, part peut-être de l'interj. d'étonnement. 
sign, l'inîonnalion du chant dans Ode, le flair dans 
Odeur (oî^oj); Olie en 1. marque le dégoût . et Oho , la sur- 
prise. V. HO et IIOU. 

OIE, pron. Oest , une oie, mot imité de son cri, en 
b.-l. Auca, d'où la Reine Pedauque, c. à d. au pied d'oie ; 
en H.-N. oia, s. m. l'oie mâle, oibesse, s. f. la femelle, 
ce qu'on désigne en B.-N. par pirot et pikotte. L'ouette 
est l'oiseau appelé l'Oie rieuse, et ce terme nous ramène 
à la forme ancienne Oue, oie, d'où les nombreuses Rues 
aux Oues, spécialement à Rouen, que l'on a ridiculement 
changées en Rues aux Ours. 



PAFFE, s. f. soulîiet, bouchée avalée avec gloutonnerie, 
d'où EMPAFKEu, gorgcr de noum'lurc , comme eivipiffrer; 
Paffe, soufflet, existe en pic. baffe, soufflet, de même en 
pic. racine, du fr. Baffouer, en éc. Baff, coup de poing, 
en it. Befare. Baffe existait en v. f. ainsi que Beffler, d'où 
l'a. Baffle, confondre. Le fr. dit Bâfrer, Bâfre; PafTe, du 
reste, se dit en fr. pop. pour lape; on connaît dans l'opéra 
(les Huguenots le morceau Pif-Paf. 

PANPAN, coup, choc en heurtant à une porte, comme 
dans la chanson de Béranger : « Pan , pan , qui frappe en 
bas? » ALiPAN, coup, soufflet, se rattache au 1. Alapa; le 
V. f. disait Alippe : 

Horion aront ol alippe. 

(Eust. Deschamps.) 

PANKEB, frapper : « J'te vas t'panner. » Le fr. Panneton 
se rattache sans doute à cette racine, et peut-être l'a. Pan, 
casserole; mais on peut y rapporter le fr. Pantelant, Pan- 
toiment, Pantois, Pâmoison, l'a. Pa7ig, atteinte. Pangs, 
souffle de l'agonie. Pant, palpiter, plus accentués que le 
I. Anhelans. 

PATATOE (aller à), galoper, aller quatre à quatre, 
imitatif comme le 1. Quadrupedans , patdfler, (Iles n.) 
gazouiller : 

L'cran dans l'IrèDe palufle adret. 

(Rimes guernesiaises.) 

PATBASSE, chute OÙ l'on fait Patatras, patbassee, pataeaffe, 
chute bruyante, patabas, s. m. id. pataqut-pataquesse , ce 



qu'on appelle un cuir dans la lecture, patouillek, patrouil- 
ler. JATouiLLois , boueux. PAioiiLLE , bouo llquidc . ainsi 
que l'AToi'iLLiGE , en v. f. Pantouiller, patauger , (C/iron. 
des ducs de N., t. ii, p. 350.) en a. Paddle, remuer l'eau, 
ramer, en éc. Pattle, curoir. Le fr. Patauger, Patraque 
et Patrouiller, rentre dans cette famille, ainsi que Patte, 
dérive du bruit du pied, tombant à plat, à la suite duquel 
le n. ajoute pattée, coup donné dans la paume, épaié, 
éclopé, pataud, gros et bête; on dit : « Fin coume Patuud 
sous l'four. » rALoiR; (Av.) lourd et stupide, paysan, peut- 
être une corrupt, de Balourd. L'a. Pat sign, tape, Patrol, 
patrouiller, Paiv, patte, Patten, patin, Pitapat, pal- 
pitation. Au Ilàvre, fatarasse est un outil de calfat. 

PÉTER, terme général pour éclater, iktocue, chan- 
delle de résine qui brûle en pétillant, peiochiek, bois fendu 
qui tient la pétoche, et en H.-N. rÉioiNjN'iÈRE. cANiNErÉTiÈRE. 
cANAEPÉroiRE cl pÉToniE , sarbacauc , nom de l'outarde Te- 
trax ou Cannepétière. pÉiiÈr.E. (H.-N.) ouverture de la 
culotte en haut par derrière, iétra, le derrière, péiha, 
paysan , homme grossier, ainsi que péteux : 

Et 1 autre en fui chassé comme un péteux d'église. 

(Réguler. Satire XIV.) 

PÉTRELI.E, étincelle pétillante, puette, id., en voMohi Pette. 
PÉTACHIE (à), à califourchon sur le dos, le pétra d'un autre: 
« Porter à pétachie ; » à St-Lo , à pimpalette , et à Jersey 
on dit : « Etre sur son péto, » c. à d. sur son derrière. 
Tocx-PEITE, toux accompaguée d'un crepitus, pétepetun, 
nom de la caille , imitation de son cri qu'on rend encore 
par rÉTEPETTE. PÉTERIAS , saut des animaux en pétant. 
péteux, mal élevé , comme dans le vers précédent, repet , 
rot. REPÉTER, rotter. Le fr. possède Péter, Pet Pétard, 
Pétarade , Pétiller , Pétulant. 

PIAFFE, ostentation bruyante, pop. en fr. puriEa, faire 
un tapage vaniteux, piaffeux , qui fait de la piaffe : « Les 
Piaffeux d'Evreux. » On dit aussi piaffeur, comme dans 
Le Houx : 

Ces f;ens-là me font rire 

Qui loiil les grands docteurs ; 

Néantinoins, à vrai dire, 

Ne sont que vains piafl'eurs. 

Ces mots n'ont été formés que du temps d'Et. Pasquier. 
pii'FEi, adj. (Al.) ami de la parure, pifieter. se parer 
avec excès. 

PIA , doubh' cri , aigu cl perçant , d'où : « Faire i)ia- 



— 60 — 

pia, » et le fr. Piailler, Piaillerie, Piailleur, et le n. 
piAJNCHE , petite fille qui piaille . puis femme méchante , 
acariâtre, ainsi que piakcho^, s. m. piancher, piailler. 
piANER, crier comme le dindon. piaiNceb, crier comme la 
pie. PIACHER , ronger , mâcher. 

PIC , exprime le bruit sec d'un objet aigu , comme le f. 
Pic , Picot , Picoter , Pique , Piquer , Piquet , Piquette , 
Pivert , Piqueur , Pioche , Aspic , Epieu , l'a. Pick, pique , 
Picker, pioche, Pickle, marinade, Peak, pic, sommet. 
Peck, béqueter, Spike, lance., en isl. Spick, lance, le 1. 
Pix, Picis, poix, Spica, épi, Picus, pivert, Spiculum, 
et le n. piqce , morceau usité dans la loc. : « Par pique et 
par nique , » par lambeaux , chichement, d'où le f. Pique- 
nique , repas fait de morceaux apportés par chaque con- 
vive, ce que les enfans appellent une piholennette. piqiois, 
boyau , qui se disait en v. f . : « E ces d'Israël veneient as 
Philistiens pur aguiser e adrecier le soc et le picois. » 
(1er i, des Rois.) 

Ci saillent as fossez o pieoi e o tros. 

fRom. de Rou.J 
On le trouve aussi en v. a. : 

Eche man to pleye with a plow 
Pykoise or spade. 

{Piers Ploughman , v. 1987.) 

Et il conduit à piqtjoisier , piocher , et à son fréquentatif 
piGouÉCHiER et piGocHiER , d'où piGocuE, houc, ct à Bayeux 
pointe de terre , du v, f. Pigache, soulier pointu ; la véne- 
rie a encore ce terme pour le pied du sanglier, et Pigace 
existe dans les n. pr., et pigache, à T. N.. petite ancre. 
piQiETTE, la branche la plus extrême de la tête de l'arbre 
en continuant le tronc, piqueur (de pierres), qui taille le 
granit, en a. Picker, pioche, et Woodpecker, pi\ert. picot, 
le dindon, en a. Peacock, le paon, et de là, par ressem- 
blance , ricoT , javelle dressée en pyramide , mulon . en a. 
Cock. En a. Picotée désigne un petit œillet blanc tacheté 
de noir, et picoter, en n., sign, aussi marquer de petits 
points. PIQUET , aiguillon des plantes , en a. Pike, brochet, 
ces mots peignent la tête aiguë de ce poisson, picot, pois- 
son du genre des plies, qui a à la queue un dard dange- 
reux. (Pluquet. Essai sur Bay., p. 297.) épec , épé , le 
pivert (Pic-vert), picote, petite vérole, en a. Pock, Pox; 
de Picoter vient l'a. Poker, tisonnier, et Poke, tisonner. 
PIQUER , s'élancer . usité dans cette formule de sorcellerie : 
« Pique par sus feuille. » (V. Introd. Légendaire, p. ^9^.) 



— 61 — 

iiornuAv , (Bay.) lieu où l'on pique la pierre, carrirre , et 
par extension rivage couvert de galets, piqueroi.le. rou- 
geole. PIQUETTE, s. f. lait égoutté. PIQUE, querelle, à Guern. 
FicAGNE, et un querelleur s'y appelle trache-picagae. pique 
(du jour), pointe du jour; ainsi en berri : « A la pique du 
jour ensuivant. » (Fr. Le C/tnmpi, p. ^47.) PiQiE-ciiiQiE, 
tailleur. 

PIE . cri aigu , particulièrement des oiseaux , d'où le f. 
Pie, Pivert, Pépier, Pépié, le 1, Pica, Picns, Piget, 
Pipire, et le n. pitiau, petit de la pie : « Prendre la pie et 
les piliaux, » c. à d. tout, pivit, (Val.) vanneau, en a. 
Peevit, en éc. Peeveet, reproduction de son cri. piho , 
vieux cheval boiteux . représenté par cet iambe. Le n. pr. 
n. piHAN n'est sans doute pas sans rapport avec ce mot. 

PIF, sifflement dur et sec : « Pif-paf, » le bruit des 
balles dans l'opéra des Hiiguenots. pif-paff, le bruit de 
soufflets redoublés, pif, nez, siège d'un sifflement de cette 
nature, il a ce sens en argot; « ce mot vient de la Pive ou 
pomme de pin avec lequel le nez bourgeonné des ivrognes 
présente de l'analogie. » (Fr. Michel. Diet. d'Argot.) D'a- 
bord pip désigne le nez en général . et Pive est une forme 
de Pigne, pomme de pin, restée dans le fr. Pignon. Du 
reste pif ne se dit qu'en un sens railleur. Accompagné d'un 
grasseyement, c. à d. d'un R, ce son exprime d'autres 
nuances, comme piffrer, renifler, auquel se rattache le 
fr. Piffre. empiffrer, bourrer de nourriture, pîffre, fifre, 
en V. f. Pi^fre : « Les Suisses avec tabourins et pifïres, »> 
(15.30), en ail. PJ'eiffer, en it. Piffero, Pifferaro, en a. 
Fife; et Fifer, fifre, piffok.ner. (Cbausey) remuer les 
cendres de soude dites barîlle. piffoi'iîneir . brûleur de 
soude et de plantes marines. 

PIGNE, plainte, pig^er, crier, pleurer, pleurnicher; on 
dit iron. : « Chanter comme une barrière qui pigne. » 
pir,?,ASSER, fréquent, de pic:,er. pigaoier, dim. : « Qui pi- 
gnote vivote. » M'^aard, pleurnicheur, pigneresse (lessive), 
c. à d. urgente, comme on dit Dette criarde. P!g:.eux , dans 
la Muse n., semble sign, homme de peine , manœuvre : 

Dy may pourquay no vait les brouetliers 
Et ces pigneux de diverse manière. 

A Rennes , Pignanl sign, grondeur. On dit aussi p.'gler 
pour piG.vEH , que Lacombe définit : « Crier comme une 
charrette mal graissée. » (Supplém.) picheli.n, souffreteux. 
Le 1. Pœna, ïii. Pianga, du 1. Plangere, ont quelques 



— 62 — 

rapports avec celte famille. En a. Pinch, pâtir. A cette 
syll. se rattache le f. Pigeon (pipio), et le n. avec un trille, 
piiiL! , moineau; pirli désigne encore le petit bâton au jeu 
(le ce nom. 

PINCHIER, pincer, en 1. Pinsare, broyer; la syll. 
Pinch marque l'action de serrer, accompagnée d'un serre- 
ment de dents. Le n. chuinte tout le groupe fr. de Pincer. 
l'iAGRE , avare, exprime la nuance de pince-maille; on dit 
prov. d'un avare : « I tondrait sus un œu. « On peut y 
ajouter pinseuox elPLvcHON, pinson, en v. ail. Finco, en 
a. Finch, usité dans Bull-finch, bouvreuil, c. à d. le moi- 
neau en boule , syll. imitative du chant de cet oiseau , 
qu'on retrouve trilfée dans le 1. Fringilla, de Frinyultire, 
et surtout dans Spinthio, et dans le gr. (j7rt!;tov. 

PION, respiration forte et sourde, engendre pio.ncek, 
dormir bruyamment, mais sans ronfler, et, expression de 
l'expiration d'effort, engendre pioi\ker, piocher, d'où l'a. 
Pioning, travail de pionnier, d'où le fr. Pionnier et l'a. 
Pioneer, p.on^e, (Av.) corvée, journée de prestation, pin- 
lOcaER , piquer fréquemment , qui se rattache aussi à 
pi:,ciiiLR. 

PIP et PEP , on. qui produisent spécialement des noms 
et des cris d'oiseaux , comme le f. Pipe , Pipeau , Pipée , 
Piper, Pépie, Pépier, le 1. Pipio, d'où le fr. Pigeon, l'a. 
jP/pe, chalumeau, Pip, pépie. Peeper, poussin. le n. pir- 
RiFiPi (faire), pour rendre les trilles et le Pépiage àes 
oiseaux. A Al. piru'i, s. f, marionnette, on. tirée du cri de 
Polichinelle. 

PIR, roulade vive, d'où pirlî, moineau, piuipi, (Al.) 
marionnette, cri de Polichinelle, et cri rauque comme 
iiiioT, riROTTE, oison, oie, perette, trachée artère de l'oie, 
piiioTTER , crier comme l'oie , à Guern. pirette , oie , et 
riROCE , troupe d'oies, pirot, s. m. la Bêle nodiflore, aimée 
des oies. On dit encore pire, oie. Roulement rapide, Pir, 
avec la syll. sourde Ou donne le fr. Pirouette, Pirouetter, 
et le n. pirli, (Av.) bâtonnet, qu'on fait tourner sur lui- 
même au jeu de ce nom, et l'a. Purr, filer (comme les 
chats), ainsi que Purl, gazouiller. Le n. purer, dégoutter, 
d'où le fr. Purée, et le sobriquet n. des laveurs de laine, 
PDRîNS, expriment aussi un bruit hquide analogue. L'a. 
Purr, alouette de mer, est tiré d'un cri roulant. 

PISS exprime le jet d'un liquide , d'où pis , mamelle de 
vache, qui a vieilli en fr., et Pisser, à la famille duquel le 



— Go — 

n. ajouie iisseia. qui se dit d'une vUAXe passée . comme 
brûlée per l'urine, granit pisseux, uh granil très-oxidé. 
pissorm, (Lisieux) urine, el rissr, (Al.) piter, (Mortagnc) 
blanchir inégalement le fil ou la toile. rissoT , pi??at; il y 
a à Rouen une rue du Pissot. On dit d'un imbécile qu'il 
met « les bœufs à pondre et les poules ù pissier, » dicton 
que cite le bibliophile Jacob sur le mot de Villon : « Ferrer 
oes el canettes. » Aussi cop.ssier, gardeur de dindons, en 
n.-N., semble renfermer cette idée satirique, pisse-tiaaigre. 
personne acariâire. riscAMi>E, mauvaise boisson aigre. 
FissECALE, duns l'Orne, ivrognesse. pissEiiEr, (Mort.) source 
spongieuse dans les landes, pivaj , s. m. urine en B.-N., et 
boue délayée à Rouen, pissotièue, nom plaisant d'un pis. 
pissocET, s. m. tresse de paille par où filtre un liquide. En 
a. Piss, uriner, Pissabcd, dent de lion ou Pissenlit ; l'exd. 
Pish sign, zest et narguer; on dit en n. isitt! En 1. Pisi- 
tare exprime le cri de l'étourneau. Celle syll. exprime 
aussi une fuite subite : a Faire psitt, » d'oîi'le fr. Piste 
qui enfante, au Havre, le riSTEin, domestique des hôtels 
chargé d'aller à la recherche des voyageurs. Psitt exprime 
le bruit de l'eau sur le fer chaud ; ainsi Voltaire dit qu'une 
larme tombant sur le nez de Fréron « fit psitt comme sur 
le fer rouge. « isitt, appel doux et discret, et imposition 
de silence. 

PIT : à cette syll. plaintive se rattache le fr. Piteux , 
Pitié, Pitoyable, et le n. rniABLE, compatissant. pitiEr, 
s'apitoyer sur, en a. To pity, et le f. Pituite, qui exprime 
en outre l'expulsion de la salive. Pit rend encore le batte- 
ment du cœur dans Palpiter, en a. Palpitate, et dans 
Pitapat , pall itation. 

PLANPLAN, double syll. qui, traînante et allongée, 
exprime une respiration pénible , souffrance , et d'où l'on 
a tiré un saint imaginaire , type de résignation et de gé- 
missement : 

Coume le bienheureux saint Planplan 
Qui se passait avec rian. 

Le fr. Plainte, quoique dérivé de Planctus, rend cette 
nuance nasale; mais, prononcé bref, pla> exprime un coup 
retentissant , comme dans : « Plan ! attrape. » C'est une 
des formes de vlan, planplan, tambour, pour les enfans, 
comme l'on. Bataplan, et les deux notes du tambour s'ap- 
pellent Ra et Fia. Le 1. Plango, Planctus, exprime le 
même son auquel la consonne suivante ajoute la vibration. 
Le n. dit piiaiînte, en it. Pianto, comme pliante, plante. 



— 64 — 

en it. Planta: cette double pron. très -voisine est sanà 
doute la pron. latine. 

PLAT et FLAT, bruit d'un objet plane et large qui 
frappe un objet plane et large; de là le gr. IlXatu;, nXaTavo;, 
le 1. Platea, d'oîi le f. Place, Platessa, poisson plat, Pla- 
nus, Planta, partie plate du pied , le fr. Plat et sa famille 
à laquelle le n. ajoute plan (jeter en — mettre en) , c. à d. 
à plat, laisser sur le sol. platlne (de pla-pla) , langue bien 
déliée, pron. pliatine. puapliater , bavarder. L'a. possède 
presque tous les mots fr. de cette famille, et en plus Plat, 
pièce de terre, et lisser, Plates, bandes de fer, Platter, 
grand plat de bois, flat donne au fr. Flatter, caresser du 
plat de la main . Flan, Flatir, aplatir le flan, Flàtrer, mar- 
quer avec un Flatoir, ou fer rouge plat, Flétan, poisson 
plat, beaucoup pèche à T.-N. où il se dit fliétan, Flétrir, 
de l'ail. Flastra, écraser, en isl. Flatr, plat, en a. Fiat, 
plat , Flatter, planoir. La forme Flax indique un clapote- 
ment de liquide , comme le fr. Flacon , en v. f. Flascon , 
Flaque, Flaquier, et Flanquer (un soufflet), en a. Flash, 
rejaillir, d'où par imitation Flash, éclat, reûet. Flask, 
flacon. Il faut ajouter l'it. Fiasco , passé dans le fr. 

PLOxMB , poids qui tombe dans l'eau, d'où Plumbum, 
Plomb, Plonger, l'a. Plug, le piston d'une pompe, Plump, 
tomber à-plomb, Plunge, plonger. Plodder, cul de plomb, 
le n. piNGER , plonger. pl>'gé , mouillé, piaget, rond que fait 
une pierre en plongeant, pingeot, à Mortagne, ricochet 
sur l'eau. PiNCER, dans l'Orne, puiser, parceque pour puiser 
on plonge un vase, et dans la Vendée c'est être submergé. 
PiNUE, adj. (Mortagne) qui a le poil lisse (comme au sortir 
de l'eau), plaisser, (Av.) mouiller, par ex. : « La lame 
vous plaisse. » Dans le Gl. n. blasser sign, laver une plaie. 
Le 1. Pluo , Pluvia , représentent aussi la chute d'un 
liquide , d'où le fr. Pleuvoir , en n. ploeyer , tlcure , 
PLiEURE ; Fluo est une forme de Pluo , et le Flou des ar- 
tistes exprime le fondu des tons. Le fr. pop. Flouer, trom- 
per avec douceur, rentre dans celte nuance, s'il n'est une 
contr. de Filouter. Le n. ploltre, analogue à loqcet, est 
le pêne d'une serrure qui.fait ce bruit dans un trou, comme 
au billard Bloc indique la chute de la bille dans la blouse; 
ce dernier mot a la même origine , et }'&. Blow représente 
un coup liquide et sourd , comme le fr. Ploc. 

POINTE , comme Punct et Pug, exprime quelque chose 
de dur et d'allongé, moins aigu que Pic, et quelquefois 



— (55 — 
plus contondant que perçant , comme le 1. Pugnin, Pun- 
gere, Pumex, le fr. Pointe, à la famille duquel le n. ajoute 
poiiME , lange d'enfant coupé en pointe, poiôna:st, le flux, 
le moment où point la mer, on dit encore pageaist; surpoi- 
GNEE, fouler le poignet. A Pointe se rattache l'a. Pun, 
plaisanterie , pointe. 

PON exprime le poids, l'eiïort pour peser sur, comme 
le 1. Pondus, Ponere , d'où le fr. Pondre, Poiis, Pomum, 
Pendere, l'a. Pound, poids d'une livre, Pundle, grosse 
femme, le n. poncer, exprimer un liquide d'un objet en 
pesant sur lui , pokceux , pressoir à mouton ; l'espèce de 
tonneau qu'on appelle Poinçon se disait en v. n. Ponson 
et Pontson. (V. Coût, de la Vie. de l'Eau de Rouen.) A 
Vire on dit pogeb, comme en rouchi, ce qui se rappro- 
cherait d'Eponger. 

PO , PAO , chute d'un corps grave , explosion : c'est la 
racine du 1. Ponere, poser. Pondus, du fr. Poser. Pocher. 
se meurtrir en tombant. Poids, de l'a. Pound. Le fr. Pouf 
exprime une chute plus sourde , à laquelle le f. commu- 
nique une espèce de chiffonnement ; de là le n. Pouf, 
lourd : « Du blé qui est pouf. » podffre (terrain), pou- 
dreux, qui rend un son sourd et léger sous le pied, comme 
on dit un marbre Pouf. Mais le sens le plus commun de 
Pouf, c'est l'essoufflement : pouf, gros homme essoufflé et 
l'LOiJFFRE, (Rouen) dans la Muse n., p. ?>\ : 

Su gros ploiifre de Vinclient. 
POUFFALiER, syn. du précédent, pouf, gonflement de la robe 
en tournant vivement ; les enfans disent : « Faire des 
poufs. I) POUF, blague, vanterie : « Faire des poufs, » en a. 
Puff, charlatanerie , comme le fr. Bouffée, BoufTi , Buffle. 
V. BOUFFE. L'a. forme encore Puffy, bouffi. Puffin, plon- 
geon marin. Buff, soufflet, en v. f. Buffet, to Buffle, être 
embarrassé. Le n. dit bouffer, manger en soufflant, bouf- 
farde, une grosse pipe, bouffakder, exhaler beaucoup de 
fumée. En s'adoucissant , cette expiration devient Pouss, 
d'où Pousser, Pousse, maladie des chevaux, Poussif, le 
n. pousser, être poussif , roussi, poussif, l'a. Pursy, id. 

POUAH, exclam, de dégoût, pouas, (Bay.) noyau de 
fruits, ce qu'on rejette, pouacre, sale, de même en pat. 
lorrain, poufine, s. f. excrément, pouetie, mangeaille pour 
les cochons, puam , s. m. un avare sordide. Cette syll. a 
produille 1. Putidus , le bas-i. Putus, le v. f. Pwfe/sale, 
d'où le fr. Putain, le bret. Pimez, pourriture, et le fr. 

T. I. 9* 



— 66 — 

Puer . Punaise , Putois , Punais , le bois-punais . ou cor- 
nouiller sanguin., le 1. Pus, pus, Putris, pourri. En 
kymry Putan, prostituée, en a. Putage, prostitution. 
Puddly, gâcheux, bourbeux, Puet , huppe. Pu est aussi 
le cri de la pudeur ou de la honte : « Pu I que c'est laid, » 
c. à d. que c'est sale 1 et la même idée de dégoût se trouve 
au fond du 1. Pudet , du fr. Pudeur, Répudier. L'a. Pugh, 
fi ! est le cri naturel et primitif. 

PUPU, huppe, en 1. Vpupa, de son cri Upiip, selon 
Varron; à Mortain pcpltte. dont la contr. donne l'a. Puct, 
huppe , en fr. Pupue , Puput en v. f. : « Langues de pu- 
putz ou cœurs de ranes verdes. » (Rabelais. Pantagruel. 

Q 

QUEDAQUER , (Gucrn.) glousser, caqueter, quoaqueu . 
craquer, faire couak, en a. Quack, charlatan, et Quacking- 
grass , la plante à sonnette, Rhinanthus crista galli. On 
dit : « Faire un couak ou un canard, » c. à d. une fausse 
note, spécialement sur la clarinette; l'a. appelle Quack 
crier comme le canard. En a. Quake, trembler, en l. Quas- 
sari, en a. Quaff, boire à grands coups, en n. soiffer, 
Quash, froisser, trembler. Quaver, fredonner, quezette, 
(Val.) branche de buis ou de laurier pour la messe des 
Rameaux, du bruit du feuillage; ce mot sign, aussi petite 
fille folâtre. 

QUICK, signe de mouvement sec et rapide; dans un jeu 
d'enfant on dit : « L'oiseau a fait quick, » c. à d. a dis- 
paru soudainement. En a. Quick, vif, Swift est une on. 
analogue. Le fr. n'a guère à cette lettre Q. qu'une on.: 
Quincaillerie, pour Clincaillerie. 

QUIOLE, diarrhée, qdiolard, qui a la diarrhée. V. la 
Farce des Quiolards en pat. n. 

R 

RABOTER, traîner en raclant par soubresauts, rabot, 
tout outil qui rabote, en a. Rabbet, raclure; à Guern. ra- 
BLET, râcloir de four, rablet , dans l'Orne, un mauvais 
couteau, rabuqcier , heurter, remuer, rebêquier , rabrouer, 
d'où le fr. revèche et Rêche, en bret. Rec'h, chagrin, en 
n. KÈQi'E, bourru, baiche, adj.: « Pommes dures, dites 
Raiches en B.-N., indépendamment de leur saveur acerbe 
qui leur a valu l'épithète d'étrangle-kien. » {Did. de la 
Conv., art. Cidre, par Pelouze père, qui avait habité la 



— 67 — 
lî.-N.) Ce ternie semble exprimer la rudesse sèche. On 
distinguait aussi en N. le vin doux et le vin reech. [Y. La 
Vicomte de l'Eau, par Ch. de Beaurepaire, p. 22.) On y 
trouve aussi « Une tonne reequie après la mi -mars. » 
(p. 23.) V. RACLiER. En pic. Rêche, sign, rude et aigre. 

RACLIER, racler, gratter, kacle et rache, écumoire , 
dans les salines de l'Av. en a. Rake , râteler et éplucher. 
RACLIER , avoir la voix rauque, anal, au fr. Râler et Railler. 
RANCLE , s. f. mal de gorge, raillot , râle, raclier , rosser. 
RACLiE, rossée, rèclier, recueillir soigneusement une chose, 
surtout ramasser les pommes , en a. Reek et Rick, recueil- 
lir; l'a. et le n. pourraient être une contr. de ce dernier 
mot. Dans l'Orne on dit raicher , gauler les pommes, rê- 
QciLLO-\ , RAQiiLLO.N , trognon de fruit ou de chou , et quel- 
quefois HÔTiLLOK ; dans la Muse n. : 

Pisqui naveil seupé rien que des raquillons. 

A Av. RAQDiLLE , S. f. ERACLiER , égratigncr , faire éclater 
(une branche du tronc); l'a. Rag, haillon, renferme sans 
doute l'idée de déchirement , en fr. un câble Ragué est un 
câble déchiré; c'est l'a. Ragged, déguenillé, raquette, 
(T. -IN.) grosse arête qu'on arrache à la morue, haraqce, 
s. f. ce qu'on arrache des fibres du chanvre ou du lin , 
chènevote. Le fr. Racine, en n. rachike , exprime le déchi- 
rement de ce qu'on arrache, erachier , éraquier, arracher, 
comme dans le Tombel de Chartrose : 

Que hors du corps li erachierent. 

RAFLE , grattement sifflant , d'où rafler , égratigner. 
rafle, razzia, rafleur, qui rafle, erafleb, égratigner, era- 
FLURE, en ail. Rajfen, emporter tout; en a. Raffle, rafler, 
Raff, balayer, rafoi er , ( Caen ) comme affouer , gronder , 
chasser, rafale, misère, haffalé, misérable. 

RAGOT, conte, bavardage, en v. f. Ragote, reproche 
ofTensant. haggïti-r , rabâcher ; Ragot et Ragote se disent 
en pic. et en rouchi. On dit encore rabobiner , comme en 
pic, répéter les paroles, uabillecx , rabâcheur, ragot, 
arbre rabougri, à Av. racole, branche. Le fr. Ragot sign, 
aussi un être rabougri , et Ragot, jeune sanglier, est aussi 
une on. Cette on. existe dans le 1. Rabies, et plus sifflante 
dans le fr. Rage, d'où le fr. pop. Rageur, irrité, grondeur, 
en a. Rage, rage. 

RAINE, grenouille, peu usité en fr., du râlement de 
cet animal . qui est dans le 1. Rana et l'a. Frog; le pic. dit 



— 68 — 
ftmie, le bret. et l'erse Ban; Boyne en v. pic, RAiiVEQCiAix, 
(Guern.) rainettes, à Av. ranée, racaille. En N. les maré- 
cages s'appellent souvent cakteralne, chameraine, et la 
MODUAiNE est un affluent de la Guintre. C'est de Raine que 
vient sans doute rainel, renel, reniad. souvent employé 
dans la 3Inse n. dans le sens de ruisseau , mare , à moins 
qu'il ne vienne du celt. Ben, eau courante . d'où l'a. Bain, 
pluie. Beneau, ruisseau, est dans un acte pic. de -12X7. 
benead, en H.-N., sign, ruelle de lit : c'est alors un terme 
métaphorique. Le f. Grenouille, Grenouillette, Renoncule, 
est de cette famille, et le n. y ajoute gueaocille, gre- 
nouille, grenouillage, grenouillère; à Lisieux gdenocille 
ou patte de raine, désigne le Banunculus repens. grejnguil- 
LE1TE, excroissance dans la gorge, renatelle, (Gl. n.) gre- 
nouille. Le V. f. Boterel, crapaud, rentre un peu dans 
cette on. et reste dans les n. pr. : au Bom de Bon, v. 3464 : 
De mautalent é dire enflé com botereille. 

RAMON, râclement accompagné d'un bruit sourd, gron- 
derie , en v. f. Bamon, balai , d'où le fr. Ramoner, ramo- 
ner, par métath., ermoiner, remuer des objets : « Qui qu't' 
ermones? » et grommeler. On dit encore ramponner, gron- 
der, qui conduit à ra]sdon, babil, et rançonner, bavarder. 
RAMONER entre dans la composition et le sens de Ramina- 
grobis, qui, avant Lafontaine, sign, grondeur, comme 
dans J. Le Houx : 

Ceiui qui fait du critique 
Et du Raminagrobis. 

Le fabuliste n'en a fait qu'une on. imitative du roulement 
du chat, analogue au fr. Ruminer. Le fr. Ramage, Rama- 
ger, exprime un double son ouvert, imitatif du chant des 
oiseaux; en n. rocmagjer, grommeler, eoumage, gronderie, 
en V. f. Boumant, murmure, en a. Bornage, tapage. Quant 
à Boomage, dérivé de Boom, place, il a donné au fr. 
Arrimage, placement à bord; Roume se dit du grognement 
du sanglier : « Le sanglier roume, » et Borne, en v. a., 
sign, gronder , grouiller. RouMANCHiEa , gronder , comme 
dans la Siuse n. : 

Où client cateux roumanchaient comme fos. 

RAP, on. d'enlèvement rapide, exprimée par le 1. Ba- 
pere, le fr. Rapt, l'a. Bap, enlever, le n. rapin, ine, ra- 
piNiEB, qui rapine; Bap sign, aussi tape. En s'allongeant . 
cette syll. devient Râpe, qui marque un grattement doux , 
d'où le L Badere, le fr. Râper, Drap, étoffe rase, mot qui 



— 69 — 
donne à l'a. Trappings, draperie du cheval, caparaçons; le 
fr. Rapetasser suppose Rapetasse, lambeau, linge usé, 
râpé. L'a. Reap, moissonner, semble se rapporter à ce 
radical, et le 1. Rapum , rave, indique le rongement, 
comme le fr. Rave, Rat, en v. ail. Rato, ainsi que Raser, 
avec plus de douceur , auquel se rattache le n. rasecr , ra- 
soir , comme en a. Razor, rasant , de caractère facile, litt. 
facile à raser : « Il n'est pas rasant , » c. à d. d'humeur 
docile, ex. de l'actif pour le passif, assez commun dans 
les langues pop. L'on. Rat, ràclement bref, donne le f. 
Rater; allongée en Rate, elle donne un grattement rude, 
comme dans le 1. Rastrum , le f. Râteau , l'a. [Rake, le n. 
KATET . râteau , ratelecre , objet râtelé. 

RAVE, bruit d'un sommeil rauque, d'où le n. eavassi-r, 
rêvasser, le fr. Rêve, Rêver, en a. Rave, rêver; Dream, 
rêve, renferme un ronflement analogue. Le fr. Ravauder, 
importuner, tracasser, exprime un bruit rauque, ainsi que 
l'a. Raven, corbeau, et manger avidement, Raw, cru, le 
1. Ravus, enroué. V. l'art. GRAPPE auquel il faut ajouter 
begrat : « Vendre de regrat, » parceque le regratier gratte 
sur la denrée première pour en retirer un profit ; il y a 
dans les Rôles de l'Echiquier (H 98) une « Auborc la re- 
gratière; » en a. Regrate, vendre en détail. 

RIC , son aigu et dur , comme dans Ricaner , et qui 
marque rigueur, comme dans Ric-à-ric; à Av. ric-a-ras se 
dit d'un vase plein jusqu'aux bords, juste à ras. ric-a-eas, 
contigu : « Rie- à -ras la forêt. (Souv. d'un chasseur, par 
M. Le Masson.) richoiiner et richoler, ricaner, d'où iii- 
CH0I^E, rieur. RICOCHET , (Mort.) ricaneur, riqueu, rouge- 
gorge à Val., ailleurs c'est le roitelet. En 1. Rictare, crier 
comme le léopard, Rictus, rire. Cette syllabe exprime la 
raideur. Rigor, puyoïo, Rigide, en Si. Rigid. Le f. Ricochet, 
par son double son heurté, marque le double coup d'un 
objet lancé qui fait un angle dans son mouvement brusque. 
En a. Riggle, frétiller , et Rig, garçonnière. 

RIFFLIER. RiiNFLiER, égrafigner : « È riflerent la charn 
jesque il furent sanglenz. » [Liv. des Reis, t. m, ch. ^8.) 
RIFFLE et RLNFLE, (Av.) gourme des enfans. Rii\FLocs, qui 
a la RLNFLE : 

J'ai rifle et rafle et roigne et laigne. 

{Miracles de Ste Geneviève, ap. Jubinal.) 

Un de ces mots nous livre une autre maladie de peau . 
BAFLE. en H.-N.. comme le dit la Muse n. : « Leur chair 



— 70 — 

noire et ràfleuse. « L'a. Rifle sign, rayer, et le subst. Rifle, 
carabine rayée, Riffraff, rebut, déchirure, et Riff, déchi- 
rer , fendre ; Rifler se disait en v. f . pour rapiner , et en v. 
a. Riflowr, voleur, riflard, s. m. varlope (qui rifle); bi- 
FLARi), parapluie, de son bruit en s'ouvrant. Une on. moins 
sifflante forme rîble , bise piquante à Bay., et rïle à Av., 
en V. f. Riblon, vent : « On veit les cors au riblon de la 
mer. » (Le Rocquez, Miroir de l'Eternité.) En passant de 
la cause à l'effet, rible, en H.-N., veut dire halitre (Hali- 
tus) ou gerçure de la peau par le vent sec et froid : le fr. 
Hâle se rapproche de cette forme, dans le Maine Gale, 
qui est exactement l'a. Gale, brise. On peut rapprocher de 
RiATLE le frottement doux et un peu sifflant du fr. Rincer , 
en n. riachier, on. qui existe aussi en isl. Hreinsa, net- 
toyer : « I l'i rinche le bé , » sign, il lui donne à boire . 
dans un sens de séduction. En a. Ring, racler, et Rin- 
gworm, dartre, se rapprochent beaucoup de rijvfle par le 
sens et le son. En argot a. Riff-raff, lie du peuple. 

RI . expression du rire", d'où le, 1. Ridere, le f. Rire . 
Ricaner, Rioter, le n. riochier, rioter, rigotter, railler, 
comme dans une chanson n. (Edit, du Bois, p. ^82.) : 

Ne venez plus ainsi m'y rigoller. 
Ce mot existait en v. f.; c'est la racine de Rigolette, jeune 
fille rieuse, et du v. f. Rigolage, qui est dans le Tombel 
de Chartrose : 

El sunt toujours en rigolages. 

RiGNOLER , gronder. De Rigolle vient riolle , gaîté : « Être 
en riolle, » un peu ivre, qui est devenu i?«o//e, plaisante- 
rie : « Ces blasmes ne sont que de simples riotles, » dit la 
Muse n., et par extension débauche, querelle, comme l'a. 
Riot, qui a ces deux sens. La riote était une cloche de 
Fecamp, ripipi, pirripipi. s. m. roulade pépiée des oiseaux, 
se rapportant en partie au 1. Pipire et à l'a. Ckerup, rama- 
ger, contr. en Chirp, id. repepin, roitelet, appelé encore 
RiQDiQUi , (Av.) et à Val. riqueux , à Av. berruchet. riqui- 
Qci sign, encore en n. une bonne liqueur , qui fait chan- 
ter. V. HL 

RING exprime un frottement plus rude que ri^ce. rin- 
gler, (Orne) glisser en grattant, comme griller en B.-N. 
RiNGLARD, RINGARD, fourgou, rabot pour racler le four, bin- 
GALER à Av. sign, remuer , trimballer. En a. Ring, râcloir 
de porte. Ring, sonner, analogue au dri.ne-drine des en- 
fans et au refrain d'une chanson populaire. Le 1. Ringor 



— 71 - 
sign, rechigner, el le fr. GringoHer veut dire fredonner. 
La syll. lii.NG est au fund de Dégringoler, Gringalet, et des 
termes qui expriment le broiement. 

ROC . syll. rude et cassante, qui forme un subst. en n. : 
« Donner un roc , c. à d. une forte réprimande. IMaigré le 
gr. poiç, fcnle. escarpement, elle exprime sansdoule l'aspé- 
rité, comme le français Rue, Roche et Rocher, en n. roque 
et ROQCiER. en bas-1. Rocarium : « Fro qnodam fossato fa~ 
ciendo ante rocarium. n (120.3.) Le dim. est ROQ;EiLE. et 
RccuELLE, resté dans les noms de lieu, roqce semble être 
devenu Rcgue dans Osmontville-la-Rigue, si ce n'est la 
Hogue. à cause de ses falaises et de ses landes élevées. 
On dit encore rochier. selon ce dicton du Dessin , sur les 
rochers du Calvados : 

Quand lu verras le blanc rnoulier, 

Prends garde au rochier. 

ROQiiER, à Mortain, gravir un roc. roquer, àCaeu. lancer 
une pierre, ou comme on dit en B.-N., une roche, de 
même rochier : « Et rochout pierres encuntre lui. » (Liv. 
des Reis.) richier, lancer, en a. Rush, jeter, et le fr. Ruer 
(des pierres) en est la contraction. Dans le Jura Rocher 
sign, frapper, et Rokcter, en pic, lancer des molles de 
terre, dites Rokes et Rokettes. Le fr. Roc. aux échecs, sign, 
tour, parceque, en général, les tours sont posées sur des 
rochers, et la Roquette est une plante saxalile. L'a. Rock, 
bercer, remuer, n'est peut-être pas sans rapports avec 
cette racine; mais Rocket, fusée, pétard, exprime le ron- 
flement brusque et sec. 

RON, syll. de grattement sourd, d'où le fr. Ronger, 
Rogner, Rognon, en a. Ronion, femme grosse et mas- 
sive, en n. roig-mer. rogner et ronger, roigne, rogne, en 
a. lîoywe. R0!G^E (de bois), tronçon, bout de bois, roi- 
GNEDX, qui a la rogne, en a. Roynish, en v. a. Roignous 
sign, scabby. (Halliwell's Diet.) roiner. ruminer : « Un 
bœuf qui roine. d La forme Ronger groupe autour d'elle 
ROKGER . ruminer ; le fr. a gardé le Ronge du cerf, roage . 
mémoire , ce qu'on rumine; on dit Ringer à Nancy, et 
Roingir dans le Jura, pour ruminer, roicher, sign, aussi 
ronger. Le fr. Ronce, en n. roache, en 1. Rubvs, renferme 
l'idée de déchirement et d'accroc, rendue plus explicite 
dans ÉROACE. d'où éro^cer. extirper les ronces, rokcecx, 
noueux, qui se dit en patois de la Meuse et en fr. dans 
Acajou ronceux. éroncer conduit à éhucer, dépouiller une 
branche de ses feuilles : « Bovem stricti? frondibus ex- 



— 72 — 

pies, » (Horace. Ep. -I.) d'où euce, s. f. le Raphanus ra- 
phanistrum, herbe qu'on extirpe, roisse . (Mortain) s. f. 
arbre émondé. éracee sign, arracher : « Les armes ont esté 
ostées et erracées, » en v. a. Rash, arracher. Rucir se dit 
en vénerie n. du cerf qui ronge les feuilles. V. l'ouvrage 
rare du veneur n. La Conterie sur la Vénerie n. L'expres- 
sion a. Aroiiynt t/iee, terme d'impatience : Are you not... 
out? a été prise par Richardson, comme syn. de Regnawed 
thee. Dans le cycle des animaux le chien appelé Roonel , 
c. à d. le galeux, en fr. Rouvieux, désigne un étalon ga- 
leux. En 1. Runcare sign, sarcler, Runcina, varlope. La 
syll. Ron, redoublée, donne le rg^ro.^ du chat, et le fr. 
Ronron, débit ronflant et monotone; limitée par F, elle 
produit Ronfler, en n. roafliee, rojcliocr, ronfleur, et 
RONFioix, nom du hanneton; l'a. Snove, marque un ronfle- 
ment plus roulé; de \k Snort, s'ébrouer, d'oîi Snot, morve, 
et Snout, nez. Limitée par Pr, elle rend le brisement 
Rumpere, rompre; Rober, dérober, en v. f. et Roberie, 
exprime le vol avec effraction , différent de Furt, vol sans 
violence : en a. Bob, voler. Robber, voleur. 

ROT, (Àv.) s. m. maladie des animaux qui rejettent 
leur vagin; Rot, en a. désigne le claveau. C'est la famille 
du fr. R.oler, du 1. Ructare, du gr. poyôetv, en a. Eructate, 
terme classique qui rend mieux l'acte que le mot pop. 
Belch. Le 1. Rota, roue, rend un bruit roulant, plus clair 
que le fr. Roue, Rouler; l'a. Row, ramer, exprime un 
bruit clair et long. 

ROU, roulement sourd, d'où Rouler, Roue, Roucouler, 
Rouet, d'où l'on dit que le chat^^g et l'a. Purr se rapproche 
de ce bruit. Roupiller, Roupie, le l. Rumor, pron. Rou- 
mour, le fr. Déroute, d'où l'a. Rout, vacarme. Le f. Ra- 
brouer, le n. FROU-FROU, renferment cette syll. Elle donne 
au n. :roua>,er, (Mortagne) mâcher malproprement; à 
Guern. BOUAJiAiE, gémir. (Rimes guern.) eouauder, (Mor- 
tagne) exprime le cri des chats en rut, leur marouaud. 
RouEssiER, (St-Lo) grommeler, roupiller, parler du nez et 
répéter la même chose ; roupiller sign, aussi avoir la 
roupie, d'où eoupilleux et roupieux, triste et grognon, 
comme dans la Muse n. : 

Car sans le vin chacun se dit roupieux. 

V. ruffle et eouffle; V. aussi gbouiller, auquel il faut 
ajouter le dragon de Metz, appelé Graouillé. (V. Myth, 
celt, du dragon de Metz.) rouleur, marchand forain. 



— 73 — 
RUFF , expression d'une respiration énergique , pas- 
sionnée, ù'où le fr. Rufien, en a. Ruffian, rifile, vigou- 
reux, Rufjle, bourru en Berry, Ruffle, désordre, tumulte, 
en a., ainsi que Rough, rude, qui se disait Ruff, et se 
pron. de même. (V. Gloss, de Palsgrave.) En fr. Taroufle 
indique un homme dont les sourcils se croisent, ce qui est 
un signe de force, ultafian , paysan débauche , combinai- 
son de Fait et de Ruff. Déterminée par T et P, la syll. Ru 
annonce le cri de l'appétence physique, comme le fr. Rut . 
le pop. Chahut, danse, l'a. Rut, Rutting, le n. rupi.n , 
vigoureux, en argot Rupin sign, beau, rocpette, testicule, 
BUBisQiEux, en rut, et e.miuiusqueux , amoureux, roufle , 
souffle sonore : « Faire ronfle , » respirer bruyamment , et 
par extension, faire de l'étalage, de \esh-rouffe, ce qu'on 
dit en pic. : « Faire rouf-rouf. » rouvan , s. m. mauvaise 
haleine , mauvaise odeur exhalée par une personne. La 
syll. Rug exprime une surface inégale, comme le 1. Ruga, 
le fr. Ride et Rugueux , et l'a. Rough , Rugged et Rug. 



SACïIIER, SACQUER, secouer, on. plus vive et plus 
sonore que le fr. : elle se disait en v. f., et il en est 
resté Sac , Saccade et Saccage ; les deux formes existaient 
en v. n. : 

Dan Beraarl en a saque el poing s'espéc. 

{Rom. de Rou.j 
Et lanl tirèrent et sachierent. 

(Tombel de Chartrose.J 

saqce-feu, briquet, et le jurement par euphémisme, saque- 
MOx-piED. sAQiET, S. m. saccadc. saccagier, saccager, sac- 
cage, grande quantité, primitivement de choses saccagées, 
comme de bois abattu, saccagié ! exclam, de colère en 
B.-N., souvenir de quelque cri de charge, comme l'a. Ha- 
voc. Le V. f. avait Sacquebute, qui devient à Ch. salledute, 
cannepetière , sarbacane. En a. Sakergun, canon de rem- 
part. Shake, secouer, d'où Shakspeare ( Shake-spear), 
comme chez nous le n. pr. saquespée, d'une famille n.; 
mais ce nom était autrefois un n. com. syn. de lieu de com- 
bat , presque toujours dans un défilé : il y a un Pertuis de 
Saquespée à Cérences , un autre près de Mortain. Le 1. 
Exquatere donne au n. escoure , et par métath. le fr. Se- 
couer; ESCOURE se disait en v. n. : « Richard ki tant se fu 
escous. I) (Rom. de Rou, v. 44-12.) Escorssi^s, vannures, 
pailles secouées. De là le fr. Secousse, le v. f. Rescousse, 

T. I. 10* 



— 74 — 
retour à la charge. L'on, de cette famille est , pour ainsi 
dire , universelle : Saquer en pic. et en rouchi , Saka en 
bret., Sacar en esp., Chaca en hébr., Sacha en celt., etc. 
Au fr. Secouer le n. ajoute secouée , secousse , secouée et 
SECOUER LE JACK (onanisarc). sacouter, (Mortagne) chuchot- 
ter, et chacouter : « Luy saccouter souvente fois en l'o- 
reille.» (De la Fresnaye). Le n. socquier, secouer, donne 
l'a. Shook. 

SAFRE , se dit d'un fruit sec et âpre : « Une pomme 
safre , » et d'un temps sec et piquant , sens qui s'accorde 
bien avec la valeur phonétique du mot , surtout quand on 
prend la forme saffe. Quant à Safre , fr. , glouton , le n. 
ajoute SAFRETÉ, gloutonnerie, safrement, gloutonnement, 
et on dit ce prov., cité dans le Thresor des Sentences do- 
rées, p. 83 : 

Femme safre et yvroigneresse 
De son corps n'est pas maîtresse. 

On disait aussi Saffranier en v. n., glouton : « Des ban- 
querouttiers et saffranhat, caquet, tatin, coup, Taiin, en v.f., 
embarras. V. tin. tayaider , brailler, crier Taiaut ; on se 
sert encore de tayaud dans le sens de brouillard, de brume 
du soir, qu'on appelle dans l'Av. « brume->,eiaj«te, » c. à d. 
noyante, tataixte, tante, en v. f. Ante; en 1. Tata, papa. 

TER produit le 1. Terebra, en fr. Térébration , en a. 
Terebratc, le fr. Tarière, en n. teriêre, \&\.Teredo, Terere, 
(i'où Terra, terre, comme l'a. Ground vient de Grind, 
broyer, Terrene, le n. teuin, tarin, en v. a. Terins, (Cant, 
tales, edit. Tyrrwhitt, p. 473.) xEGcrER, (Gl. n.) tousser. 

V. ta TAR. 

TETTE, on. universelle, spec. titOoi;, mamelle, Teth en 
kymri, Tez, en bret. el Teth, en a. Teats, tettes, en v. a. 
Tetters, (Halliivell's Diet.) en fr. Telle, en n. téteir, qui 
tette ou suce sa langue, en v. f. Tetrel, resté dans les n. 
pr. tétrelle , s. f. biberon, tétine de souris , le sedum 
album , rOrpln blanc. 

TIC , bruit aigu , comme dans le tictac d'un moulin , 
comme le fr. Tic, mouvement soudain et convulsif, et 
Tique , insecte, tique , la vive , trachinus vipera , dont la 
piqûre est très-maligne, tique de jan, petit oiseau vif, à 
tête noire , commun dans les falaises de la Hague , où il 
habite les buissons d'ajonc épineux ou jan. tique, s. f. 
objet pointu, attache, d'où le fr. Etiquette, et l'a. Ticket, 
et Tick, prendre à crédit, c. à d. marquer d'une étiquette, 
pointer un nom. V. Stic, tinque , coqueluche, teiquier , 
teiglier , TÉGuiER , tousscr. TÉQUE, balle de paume, téquier, 
jouer à la téque. tique.nard, espèce de canard sauvage 
dont le cri aigu est marqué dans Anas acuta. Les enfans 
appellent une montre, une horloge t;c-toc; en argot a. 
Ticker, montre, en argot fr. Toquante. Le fr. Titiller ex- 
prime plus doucement Vacuité de cette famille. V. trique. 

TIN , (H.-N.) glas, racine de Tinter, Tintamarre, Tin- 
toin, retentir, du n. tinterelle, tiate^elle. sonnette en 



tête ties processions, tjaterelle est aussi le campanier des 
chapelles ou des ecclésioles. TI?iTE^ELt.'ER, et aussi clique- 
TEux. sonneur de time.nelles. A Guern. iiaet, tintement , 
voisin du 1. Tinnitus, retlmer, relentir, comme dans le 
Eoin. du Mt-St-M. : 

Les monlaignes 
En relintoient e les plaignes. 

PRETiiNTAiLLE , attirail bruyant, sens prim, du v. fr. Pretin- 
taine, femme bruyante, coureuse, qui explique la loc. fr. 
« Courir la prétentaine. » 

Asleure Icby la moindre prétentaine 

Se vest et marche ainchin comme une Reyne. 

(Muse normandc.J 

De là le personnage fastueux de la marquise de Prelin- 
taille. Jouer à « tintam-clochette; » à Val. c'est balancer 
une personne sur deux mains croisées; à St-Lo on dit en 
PAiMPALETiE. ( Lamarchc. Mém. de St-Lo.) Le fr. Tintouin 
semble avoir été le v. f. Tatin, embarras, inquiétude. 
En a. Tinkle, Tingle, tinier. Le f. Tine, en 1. Tina, se 
rattachent à celte on. hi^nder, bondir, re:!I]nder, rebondir, 
reproduisent la syll. in avec vibration, rebel , beffroi de 
Rouen. 

TONNE, bruit vibrant et un peu sourd, d'où vient 
Tonner. Tonnerre', Tonneau, l'a. TImnder, tonnerre, en 
sued. Dunder, le n. tooer, tonner, touaerre, tonnerre, 
TODMAu et tounet, touncau , e.mocneux, entonnoir, en a. 
Ton, tonne, Tun, tonneau. Tunnel, tuyau. creton?*er, 
tonner avec roulement. tonto.\, refrain, to.mon, tôton. 
DÉTou^ER, vider un tonneau. 

TOQUE, redoublé, toque-toque, donne le terme enfantin 
pour montre et horloge, en argot Toquante, Toc, en argot, 
cuivre, toquette, montre, toquer, heurter, comme le fr. 
Tocsin, composé de l'on, et de sigmim, cloche, d'où la 
loc: « On n'entendrait pas les sins sonner, » mot qui se 
rapproche de l'a. Sing, chanter; le fr. Toqué, fou, sign, 
qui s'est heurté la tête, fêlé, en a. Crack; de là toquard, 
entêté, toquard, capiteux, qui toque la tête, toquard, la 
digitale pourprée , dite encore claquet, tocso.n , femme de 
manières rudes et heurtées; l'a. Dox, salope, semble être 
la syll. forte du mot n.; à Avr. tocson sign, imbécille, qui 
heurte tout, téque, balle de paume, qu'on toque avec la 
main ou un bâton, téquier, frapper la téque. ristoquier, 
frapper çà et là. toquetfe, (Av.) dim. du fr. Toque, petit 
bonnet de femme, toquet; en brct. Toc, chapeau, en gai. 



— 80 — 

Toc, id.: « Arriver toque à la voile, » loc. n. pour dire 
venir, heurter , en parlant d'un navire. 

TORDRE, en I. Torquere, devient teubdhe et teurtre 
en b.-n., ainsi que les dérivés eteurdre, tordre, teurtil- 
LiER, tortiller, teurtico, torticolis, teurquette, s. f. objet 
tordu en corde, teorqieïte de iabac, teurquette de pain, 
teurquette, la Herniaire, aux fleurs agglomérées et comme 
tordues; tortelle, le Vélar, aux branches torses, tour- 
gxole , soufflet , en fr. pop. Torgnole , coup à tour de 
bras, moins énergique que chatourne, s. f. coup qui fait 
tourner la tête de celui qui est frappé. Le Tor latin et le 
Tour fr. deviennent touocr, en n. comme touourmenter et 
sa famille, comme l'a. Toiver, tour; mais la forme n. a été 
rendue plus ouverte et plus accentuée par ra.;TououRME.NT, 
celui ou celle qui tourmente, tracasse. Le fr. Torcher, du 
1. Tergere, devient TORcniER. Tourner donne tourpi^er, 
toupiller , toupin , grosse toupie fouettée , d'où la loc. : 
« Fouetter coume un toupin; » en argot Toupier, tourner. 
A Tour il faut ajouter tournier, tournoyer, vagabonder, 
TouRMoux, vagabond, tournieresse. vagabonde, tournioux, 
espèce de panaris , qui fait le tour du doigt. L'on. 1. Tur- 
tur, qui est devenue en fr. Tourtre, Tourterelle, devient 
teurtre en n. Une on. voisine, Tartir, en argot, du four- 
besque Tartire, exprime un acte facile à deviner, et de là 
vient le fr. Tarte. 

TOP (faire), laisser tomber, et tomber; en a. Topple, 
tomber en avant ; de là le f. Toper , toucher , frapper dans 
la main; il sign, aussi le choc de deux verres, d'où to- 
pette , petit Hacon , mot usité dans le commerce ; aussi 
Toper, en a., sign, buveur, et Tope, pinter ; en v. a. 
Stoup, coupe : « Stoups of wine. » (Hamlet, act. v, p. 2.) 
L'a. Topsy-turvy, sans dessus dessous, n'est peut-être pas 
étranger à l'idée de chute. 

TOTOT , usité à Val. dans un refrain : 

Titi Carabi, 
Totot Carabot. 

Or CARABOT sign, un nain, d'où sans doute la fée bossue des 
contes, ou fée Carabosse. Les carabots étaient des Jacobins 
composant un club à Caen en 93.tolet, cheville d'aviron : 
« Tolets de fer; » (M^e Bovary, p. 362.) en a. Thole, 
tolet. toto, (Orne) gros sabot. 

TOU répété donne toutou, animal favori pour les en- 
fans, et figure dans Tousser, en n. toussieb, et en b.-n. 



— 8J — 
TOUTKE : Roquefort cite toussii-r, en usage en B.-N. et en 
Bretagne, dans roiiiv , brutal el maladroit, scion M. G, 
Mancel; touln est le sobr. donni'; à quelques communes 
près de Cerisy. (Blason jwp. de N., t. i, p. 205.) toulner, 
grogner. En a. Twang, son aigu. Twattle , caqueter, 
Tweak, tirer par le nez et faire pousser ce cri, Tivinge, 
l)incer, ainsi que Twitch. 

TRAC (faire), comme crac, se briser, d'où le fr. Tfae, 
Traquer , Détraquer et Tracas ; en n. tuaquet , moulinet 
pour effrayer les oiseaux, traquet, la stellaire, de son fruit 
craquant, traquette, crécelle, à Val. raquette, traquet, 
(GL n.) moineau. TRiouETTe, s. f. id., dans l'Orne. Le f. 
Traquer, suivre à la piste, d'où l'a. Trace, id., est devenu 
en n. trachier , terme générique pour chercher : trachour 
(de pain), mendiant. En argot Traque, crainte, et Trati- 
ner, marcher, en a. Tramp et Trample, fouler aux pieds. 
On peut adjoindre à cette famille le f. Trappe, d'où Attra- 
per, l'a. Trap, trappe et attraper. Trapc, courir les rues, 
trotter, attrape, s. f. coup et gainillicite , comme dans les 
Satires de Courval : 

Tousiours la main ouverte à airapcr du bien ; 

Leur plus chère maîtresse est apeléc Alrape. 

Au fr. Tracasser le n. ajoute tracasse , femme tracassière. 
A Mortagne , on appelle eirase . s. f. un objet misérable 
qu'on écrase, usité dans cette loc. : « Ch'est eune étrase 
que c"téfant. » train, tapage, « Faire du train, « du bruit. 
TRAi>TRAi.\ (d'une maison), le courant des affaires d'un 
ménage, voisin du fr. familier Trantran. 

TRE exprime le tremblement, ainsi le 1. Tremere, le fr. 
Trembler, l'a. Tremble, le n. tremuer, tressaillir, tremutu, 
tremblement, fracas : une chanson du 16^ s. est appelée le 
Tremutu. tressiner, tressaillir, trémoaer. se trémousser, 
d'où trémone, grosse cloche; les bourdons de Bayeux s'ap- 
pelaient trémoes : la sonnerie générale des cloches de sa 
cathédrale était dite tumultus. trémlx , trémie, tressauter, 
tressaillir, tressaut . tressaillement, à Guern. tersauter 
et TERSAUT. tresser, (GL n.) frémir, tret ou trait, s. m. 
espèce de grive, treuler, roter et péter, treuker, (M.) 
exprime le chant de la poule qui va pondre, treuter, péter. 
TRÉE, traie, (Av.) truie; à Val. trie : « I chante coume 
eune trie prinse dans eune barriire. » treuleu et étreiler , 
écraser , comme dans la Campenade de Lallemant , en pa- 
tois virois : 

Etreulez, emeuKez, evenlrez, elripez. 
T. I. 11- 



— 82 — 
iREDAiAE, (Bay.) refrain, fredon, du v. f. Trudaine, plai- 
santerie : « Ce sont trudaines, » (Farce de PatheUn) anal, 
au fr. Fredaine. L'R était dite la lettre canine, du grogne- 
ment du chien. 

TRI marque le déchirement, le frottement aigu, comme 
le 1. Tritus, le f. Tripe, Etrille, Tringle, l'a. Trip, bron- 
cher, et avec Lie, ce que le fr. appelle Trille, etrillier, 
(Val.) déchirer, grillier , broncher, tripot , le marché , où 
l'on trépigne: en B.-N. le tripot est aussi la place du marché, 
à Pont-l'Evêque , c'est la halle au blé : « Ladite Maison- 
Dieu et le Tripot sont restés. » (Beziers. Hist, de Bayeux, 

p. 16.) TRIBALLER. TRIMBALLER, rCmUCT bruyamment. TRIBAL, 

(Av.) petite voiture à bras, trimballeur, qui trimballe; en. 
argot le mannequin du « trimballeur des refroidis, » est le 
corbillard, rebol, en v. f. beffroi, riper, frotter, en par- 
lant d'une corde, trillerot, loriot, de ses trilles, étrille, 
s. f. (Coût.) gros crabe rude, trdu-r, battre le pavé, les 
chemins, d'où, en argot, Trimard, chemin. Le v. f. 
Triga, (Lacombe) tarder, explique l'a. Trigger, enrayure. 
Tricher, détente. On peut ajouter trlnquier, trinquer, tbin- 
qcette, petite quantité de boisson, en a. Drink, boire. 

TROMPE, ronflement sourd et un peu vibrant, qui 
forme le fr. Trombe (ffTpo[ji,go(;), Trompe, Trompette, Trom- 
peter, l'a. Trump, Trumpet, Trumpeter, Trunk, trompe 
d'éléphant, Trundle, rouler, le n. trompétecr, qui joue 
de la trompette, trompetterie , bruit de trompettes; un 
calembourg n. donne l'ét. de trompette en associant un 
bruit avec l'idée d'erreur, trompéteux, qui sonne de la 
trompette : « Hay trompelteux qu'on se resveille. » (Muse 
n.) On a encore la forme archaïque thompetour. En isl. 
Tromba, trompe et tambour, et Rumba, trombe. 

TROTTE , s. f. course , temps de trot, trottins , les 
pieds de mouton, considérés comme viande; on dit par 
sobriquet : « Les Trottins des Andelys, » en a. Trotters, 
pieds de mouton, trottig.no> , pied de mouton, trottlner. 
aller le petit trot, trotailler , pejor. de Trotter, trotteur, 
trottelse, cheval ou jument pour le trot , en a. Trotter et 
Trotting -horse ; c'est cette on. qui a donné le bret. Troad, 
pied , et en isl. Dratta sign, marcher; en argot Trottante, 
souris, (dans LaFontaine Trotte-menu), le rat est le Trot- 
teur, le lièvre le Trottin, le babil Trottoir; en argot a. 
Trottouer, selon Cotgrave. A cette famille se rapporte le f. 
Trôler. TroUe et le dérivé a. Troll, rôder: en n. troeil- 



— 83 — 
LIER, mourir, râler, en a. Trot, vieille femme, trouillier 
sign, barbouiller, salir, et en a. Trollop sign, salope; on 
(lit aussi TouiLLiER . barbouiller , et quelquefois débar- 
bouiller grossièrement : « Touillier un éfant qui fait sa 
glosée, » c. à cl. qui bave en bredouillant. Ces mots gloser, 
GLOSÉE , premiers rudimens du langage , très-usités en 
C.-N., sont la racine de yXoxTGa, du fr. Gloser, de l'a. 
Gloss et Gloze. Le n. tocillier donne emodillier et en- 
DouiLLiEii , bousiller, enhoiillage, torchis, crépissure. Or 
CRÉPIR a un autre sens en N.: dérivé de crampe, il sign, 
se raidir et passe par recrampir, qui se dit à Rouen : « Se 
recrampir en arrière , » dit la Mme n. 

TURLURE , refrain de chanson , qui exprime un chant 
sourd et bas, d'où tcrlurer. chantonner, tcrlirette, 
chansonnette , Tt RLUEriE , cornemuse , comme en v. f. dans 
la C/iron. de Benois : 

Quant el chef oui li chaperon 

El la panera el le baston 

El la verge el la rnacuetle 

Pendue al cou la lurluelle 

Riens me sembla sos ciel meins .sage. 

Dans la langue des pêcheurs n. deT.-]\. tirlutte sign, un 
engin de pêche ftiit d'un cylindre de plomb garni d'épingles 
recourbées pour prendre î'encornet. turlc et lulu , (Calv.) 
alouette : on dit les tirlus de Secqueville. tcrlvpin , far- 
ceur, qui fredonne, qui turlure, comme totjrlocrou, soldat 
d'infanterie : « Au ^7e s. Turlureau , bon garçon, gail- 
lard, comme l'it. Turluru , viendrait de l'halDitude de 
chanter. » (Fr. Michel. Diet. d'Argot.) On dit encore en 
n. le refrain tourelocre. (V. Gloss. On. p. 25.) turlu- 
TUTU , refrain , chant assourdissant , manière de narguer. 
Les enfans à Val. chantent : 

Turlululu 
Capeldefêtu. 

TURLiTU, mirliton; en a. Turmoil, vacarme. On peut 
ajouter à la famille de tor , celle de tc , comme tuter , 
(H.-N.) sucer; la Muse n. (p. 368) dit en parlant des 
Dunkerquois qui fument : « Je les laisse tuter. » tuter se 
dit aussi à St-Lo; Tuter et Tutonner, même sign, en pic. 
TiTC, terme enfantin, trompette et derrière. Cf. le 1. 2uha. 
TuiTi, babil des oiseaux, tcitui, (Av.) roitelet. En B.-N. 
on termine un conte par ces mots : « Et tui, tui, tui, men 
p'tit conte est fini. » titau (Nicolas). (Val.) nom pop. du 
geai; en a. Tush , tarare! fi! 



— 84 — 



VA.RVAT,viRvoT, elenH.-N., varput, formesdcBARBOT, 
Barbolter , expriment le grouillement de la boue remuée 
et sign, bourbier; on dit aussi vervat , et , selon le Gl. n., 
VERVOT. On raconte que Daniel Huet, né à Caen, et évêque 
d'Avranches , mis au défi de faire une phrase complète- 
tement en patois, dit à un paysan qui passait et qui le 
comprit : « Cliaque lo su guerbet d'étrain por r'super su 
verva. » — Jette-là cette botte de paille pour épuiser, assé- 
cher ce bourbier. De ces formes viennent varouiller, agiter 
un Hquide , varvasser , patauger ; à Guern. varvaquiêre , 
s. f. bourbier, à Val. barillier, barbotter; de là, à Chau- 
sey, BARILLIER , rcmuer la soude , dite barille. Le fr. Gar- 
gouiller, Barbouiller, Bourbe, appartient à cette on., ainsi 
que l'a. Warble, gazouiller, et peut-être aussi Varech, 
algue, fucus, primit. tout ce que rejette la mer, en isl. 
Vogrek; ce mot entre dans l'a. Shipwreck, naufrage, litt. 
épaves de navire; il se dit en n. vraic, d'où vraiquier, 
récolter du varech , en bref, goémon. Le fr. Varlope ex- 
prime le râclement suivi d'un son léger qui le termine. 
vEiivARD , grondeur, verver , gronder, vernaillier, faire du 
bruit, comme frenaillier; en argot Verver, pleurer. 

VÊNE. vesse, vé>eu, vesscr. vékard, qui vesse. On dit: 

Faire cas de ce que no dit 
Courae d'une poule qui vêne 
Au haut d'un quesne. 

vÊNETTE, petite fille impertinente; véinette, grande frayeur, 
l'effet pour la cause; en H.-N. vessée et vessarde, grande 
peur : « La peur extrême , dit Montaigne , et l'extrême 
ardeur troublent également le ventre en le laschant. » 
{Essais, t. I, ch. 34.) La Muse n. emploie ces derniers 
mots, p. 387 : 

Et n'eus jamais une telle vezarde, 

Baillirent à tous une telle vezée. 

vEzoN, femme de mauvaise vie, en argot Vessie; Oudin 
désigne le vezon par ilculo, et « Avoir la vesse, » sign, 
en argot la même chose qu'avoir la vessée. vesse, enB.-N., 
est le sobriquet des tisserands. En a. Fizzle, vesse. 

VI, exprime un cri aigu, d'où viper, crier, en a. Weep, 
crier, pleurer, vipard, criailleur. V. une singulière inter- 
prétation de VIPER dans une Vieille maîtresse, p. 368 , ou 
Vipère (Vivipara) est dérivé de viper, vioînner, vibrer 
d'une manière sourde, rioiNDiR. id. pivi. le vanneau huppé. 



L'a. Whip, fouet, a la même racine, comme le fr. Violon. 
Vielle, Vibrer, l'a. Fiddle, violon, Viven, criailleuse, 
mégère, en n. chipie. Fiend, ennemi, (fl!) Fife, fifre. 

VLOPER . rosser, anal, à Vlan, vlopée, rossée, vlopedr, 
baiailleur. floper, ilans l'Orne; en a. Flop, agiter avec 
bruit , et Flog, fouetter. 

VRAC, on. de déchirement, d'où vrac, rupture, vra- 
quier et ÉvRAQciER. déchirer brusquement, d'un temps. 
VRAC à Mort., sanglier, de sa course et de ses brisures. 
(V. M. Sauvage. Art. Coulouvray.) vra, s. m. roussette ou 
chien de mer. vradelkr, vredeler, vreder, faire, comme 
on dit. VREDI-VREDA, comme le Trac-trac de M™<-- de Sevigné. 
On appelle une femme bruyante Madame vrol-vrou et 
FRor-FRou. VREDEAU et vERDEAu , fausset , boude , du bruit 
du liquide. vrom)re. bruire, vroi , s. m. virousse, s. f. 
diarrhée, drisser . Gl. n., foirer, prouster , id. vriller, 
forer avec la vrille, vrillette . insecte plus connu sous le 
nom d'Horloge de mort. 

Y 

YAHOUE, s. m. (Guern.) hébété, lourdaud, qui dit à 
tout Ya, Houe.' Yi, (Coût.) vêtement raccommodé de divers 
morceaux, qui fait crier Hiu! Hiu ! vousets, (Coût.) souf- 
flets, d'où YorsER. souffler; l'on, de bâillement est rendu 
en a. par Yaicn; Yelp, glapir, Yux , hoquet. 

Z 

ZIG . camarade, mot troupier, de même en argot; 
M. Fr. Michel le dérive de l'it. Zigno, lézard : « Un vieux 
zig. I) un bon vieux camarade; en pic. Zigue , un bon 
luron. ziorER. lancer de l'eau avec une seringue, faire 
jaillir, autrement giler. Un anal, de Zigzag est le n. brocce- 
zi.vcuE. ivresse, état où l'on fait des zigzags; c'est sans 
doute la première partie de ce mot qu'on emploie quand 
on dit d'un homme ivre : « Il en a une fameuse branche. » 
zi>'E-zrsE . s. f. mot enfantin, tout ce qui vibre, sonne, 
d'un son clair, comme le v. f. Sin, qui entre dans Tocsin : 
« Firent les sinz sonner. » (Rom. de Rou.) zlne-zine, spé- 
cialement le bonnet chinois. Le fr. Zigzag est encore rendu 
en n. par zist-zest : « Faire des zists-zests, » être ivre; 
ou encore : « Etre entre le zist et le zest , » être à demi- 
ivre . ce qu'on appelle aussi : « Etre entre deux vents , « 
lisez sans doute : « Entre deux vins. » zézayer, prononcer 
en Z . c. à d. Z pour G et J, comme à Quillebeuf. au 



— 86 — 

Pollel, etc. zia.NER , voir, forme du fr. Guigner: « T'as 
biau faire , tu ne zignes pas biin. » 

ORIGINES CELTIQUES. 



ABRIER, abriter, donner un abri, en n. abrias, du 
celt. Aber, havre, racine d'A\ ranches, Abrincœ , que 
M. Hore explique par Havre des \\e?>^(innis , île, en bret., 
et inch en gaël), de sa baie ou se trouvent les îles de Tom- 
belaine et du Monl-Saint-Michel. Havre est devenu en n. 
HABLE : il y a le hable de Grandcamp, le Hable en Brutelle, 
l'Hur du Hable en Bosqueville (Hague); c'est l'ancien 
terme : « Une nef est en ung hable, » (Roles d'Oleron, 
t. II.) « Au hable de Dive es mettes de la coustumc. » 
(Acte de 1406 de St-Et. de Caen.) La forme pure Aber se 
trouve encore dans Avremesnil, près de Dieppe, Abreville, 
près d'Honfleur, en A. dans Aberconway, bouche du 
Conway, Aberdeen, bouche de la Dee; l'a. en a formé 
Harbour, port, en v. a. Harbrotigh, auberge, comme 
Vauban appelait le port de Cherbourg l'auberge de la 
Manche , et ce mot se décompose sans doute en Haber's 
burgh; (V. Chaucer et Spenser. Egl. June.) une île devant 
le port de Saint-Malo s'appelle Harbour, La forme Scan- 
dinave de ce mot, plus aspirée, est Haven, Hafn, visible 
dans Copenhague, Kœbenhaven, et a laissé en N. le cap de 
la Hève; Jersey, appelé Gersich, dans les Actes de Saint- 
Hélier, est dit Agna ou Agnus, dans ceux de Saint-Mar- 
couf , c'est peut-être le Havn Scandinave. 

AUNAY, AUiNOY, A€i>EiuE, licu planté d'aulnes, du celt. 
Ar, le et ù'Aun, Avon, Aven, rivière, d'ofi le nom communal 
ARi)ETO?i, sur la Sélune ou I'ardée, htt, la rivière; l'aulne 
vient au bord des eaux : « Pevent prendre et coupper es 
aulnois et mares du Trait, » (Coutumier des forêts. Trait.) 
— « In quo alneto covant et ponant cigni silvestres et aves 
de ripperaria ibidem nidificant , etiam in estate heronni , 
buchoerelli, aquile volantes, etc. » (Très, des C/i. Cou- 
tances , 18 bis) « Duquel annoy couvent et ponnent les 
synes , oues savaiges et oyesseaux de riviere et en esley 
les herons, buchoeraux, egres vales, etc. » (Ap. L. Delisle. 
Etudes, p. 488.) Cette expression Ai-an nomme des loca- 
lités celtiques n. : alauna , auj. AUeaume, sur le Merdret, 
près de Valognes (Vallis alauniœ)^ et les deux paroisses 
d'Allone (Manche). Alloniîs^ qui ont pour préfixe le mot 



— S7 — 
chrét. MuiiiERS. Monasteria , l'Aulne, près de Saint-Lo, 
Alna; les Lnelles de César, dont le chef-lieu était Crocia- 
tomtm, que l'on a quelquefois placé à Alleaume où se trou- 
vent des monumens romains assez considérables, pour- 
raient avoir la même racine (Alnelli); il y a une rivière 
d'Eaulne, Elna, et le nom 1. de l'Orne est Olna, dans 
Wace Ogne , autrefois aussi Oulne; il y a encore une 
rivière Olna en N., au sud de la forêt de Perseigne; Alen- 
oon, sur la Sarthe, a peut-être la même et. L'An breton 
semble être devenu I'ante, nom de la rivière de Falaise, 
d'où le dim. les aadelles, les anpelys; une des rivières 
d'Alençon est la briante. litt. Pont sur l'Ante (V. Bria), 
ou la rivière, comme Briançon. L'art, celf. Ar, Al, se 
préfixe à beaucoup de noms top. n. : Aucey, autrefois Alcei, 
lilt, la rivière (Sée), Auvers. Alvers, de Ver, rivière; Ar- 
den, forêt; il y a en N. plusieurs forêts dites d'AROENNE, 
d'A^DAiisE, Cf.Hardencourt , Hardinvast. Hardonville, le 
Bec-d'Andaine , près Genêts, près de l'emplacement des 
bois cités dans les chartes du Mont-Saint-Michel . le Bois 
de Neiron , de Crapoult, de Bivie (Beuvais); Ardenne, en 
Champ., forêt; en n. ardenne. bleuet, fleur des bois, et 
FAUSSE -ARDENTE, la Jasionc. Aurigny, pour les Anglais, 
Alderney, se serait appelé Ardennay. selon M. Bisson. 
(Mém. deVAc. de Caen, •181.'), p. 5/«.) VAvon, rivière, 
est commun en Angleterre. Cf. le 1. Amnis, Le syn. de 
Aulne est aussi celt., le Vergne, de Ver, rivière. Du reste. 
la transmutation de w en </ permet de rattacher à Arven, 
Argentan (Argentomagus), Argentelles , Argences , Ar- 
ganche; Argences est VAregenus, selon M. de Gerville. 

AUBE, blanc, cité par Servius, {Ad jEneid. L. v.) comme 
celt. Alb, ne subsiste plus en fr. que dans l'aube du 
jour, l'aube du prêtre, en a. Alb, Albique, Albâtre, Au- 
bier, Aubépine, en v. a. Albespyne, qui est dans Maun- 
deviles'travels , p. 13 ; mais il subsiste dans des noms top. 
n., tels que pierre-acbes , en Chalandrey, adbe-roche, près 
Saint-James, aubevoie, près Gaillon, acbevoie à Franche- 
ville, AUBEMARE, devBuu Aumale ou albemarle (marne); 
ce mot règne surtout dans les îles n. : à Guern. auce, voile 
de l'aile d'un moulin, aubeilie. repas de baptême, aux 
vêtemens blancs, et aube, gelée blanche. (V. Rhncs guern.) 
aubocfin, aubifoin, album femim. aubette, cité par L. du 
Bois, le petit point du jour, aubet. aubier. AP.Lr.TTE, pois- 
son de la Seine, Alburnus. A Bay. noble-épine, pour Aubé- 
pine; le v. f. Aubour, le viorne, arbuste à fleurs blanches, 



— 88 — 
espèce de boule «Je neige . est de cette famille , et l'a. en a 
gardé Auburn, aujourd'hui rouge-brun; Cf. le 1. Albns 
et Alpes. En argot Aubert, argent, en fourbesque Albume. 
ANGUILANEU , guilaîseu , s. m. étrennes , aguiginettes 
en Bray, oguinake, à Guern., en v. f. Hoguinane, d'où le 
verbe Hoguiner, étrenner, en esp. Agidnaldo, en bret. 
Eghinai , tous mots dont les variantes sont dans tous les 
patois fr. , et qui ont été presque universellement interprétés 
par un prétendu cri druidique : Au gui l'an neuf! comme si 
les Druides parlaient fr.; c'est selon M. de laVillemarqué : 
« Eghinad dél » Etrennez à moi ! (V. le Barzas breiz, t. ii.) 
A Guern. les enfans chantent le dernier jour de l'année : 

Oguinâni! Oguiiiâno! 
Ouvre ta porle et pis la r'clio. 

Et on trouve dans la 3Iuse n. : 

Entre amour et amourette 

11 y a lerjous quiqu' aguinchele. 

V, ce que disent les enfans à Gisors. Intr., p. 278. Dans 
le Berry on appelle les étrennes Guilané; en prov. agénois, 
^5e s., Guioneou, Guilane. (Jaubert, Voc. du milieu de la 
Fr.) On disait en v. f. : « Trouva des varlets... qui alloient 
quérant aguilen neu. » {Lettres de -1473, ap. D. Carpen- 
tier.) Les Picards, dit Fleury de Bellingen , après avoir 
crié l'anguillaneuf y adjoustent : Planté! Planté! » (Expl. 
des prov.fr.) V. pour ce planté (plenitas) le chant n.Intr. 
p. ^76. Des Brieux a conservé un chant n. sur les Hagui- 
gneites, et dit qu'en H.-N. les étrennes s'appellent éki- 
viÈRES (Coût, anciennes, p. 4) : 

Si vous veniez à la despense, 
A la despencc de chez nous, 
Tous mangeriez de bons cliouit, 
On vous servirait du rost, 

Hoquinanol 
Donnez-moi mes Laguigncles 
Dans un panier que voicy, 
Je lachelay samedy 
D'un bonhomme de dehors, 
Mais il est encore à payer. 

Haguinelo! 

B 
BANNES, s. f. tombereau, du celt. Benna, (Catul) 
voiture, et les Gaulois appelaient Combennones , des com- 
pagnons d'armes. ba>aeau , large tombereau , et bannet , 
en v. f. Bannel : « Unus benellus sive hotellus. » (Inv. de 
St-Ouen, 1338.) Ce dernier mot usit. dans l'Av. oîi hotte 



— 89 — 
sign, une petite banne, et HoxTÉr: , son contenu. On disait 
en b.-l.: In carretis suis et super suas banastas. » Rôles de 
VEch., 1199.) Aussi il y avait à Rouen une petite banne 
dite BEN?iASTRE : « Si le pein vient à cheval en bcnnastres.» 
(Co^it. de la Vie. de l'Eau.) isan^elée, contenu d'une banne. 
BANNELER, portcr à banneléc. BA>NioLE, mauvaise charrette, 
en Bray (Decorde). bajj^ette, petite charrette et berceau 
d'osier, ce qui nous conduit à blmse, (Av.) ruche et panier 
de paille tressée pour mettre la pâte, dlngt , id. bix\otier , 
fabricant de binots. bingot, id., d'où la locution : « Elevé 
comme poulet en bingot , » comme on dit : Coq en pâte. 
DINGUE, manne, bingdet, s. m. boîte à lavandière, bannon. 
cuve à cidre. Du n. binjne dérive l'a. Bin, huche, d'où 
Corn-bin, huche ù blé, le terme marit. Binnacle, habi- 
tacle, et le fr. Binard. QuandàBAI^E, mauvais cabaret, 
du Gl. n., il a peut-être du rapport avec cette famille, et de 
la forme banne vient l'a. Wain, charrette, populaire dans 
C/iarles's wain, la Grande Ourse; en éc. Ban, une banne. 
Il y a une parenté probable entre Banne et le fr. Manne , 
caisse de paille et d'osier, à Gr. maune; on appelait man- 
DELiERs, les vanniers. Il y a, à la pointe de la Hague, une 
ligne de rochers, appelés raz-des-bannes , où la tradition 
met une forêt de Bannes; c'est peut-être une forme du 
ceW. Bin , hauteur. (V. ce mot.) Gribanne , espèce de 
navire, est sans doute un comp.; c'était un navire de la 
Seine : « Chargeage des gribannes et autres bàtimens 
chargés de cidre. I) (Acte de ^690.) L'intendant Foucault, 
dans sa relation de la bat. de la Hogue, dit : « Entrèrent 
dans une gribanne. » Selon Jal, (Gloss, natit.) la Gribanne, 
que les auteurs du ^7e s. donnent pour un navire n.. res- 
semblait d'autant plus « à une grande banne , » qu'il était 
à fond plat et sans quille : « Qu'il fasse marché avec les 
maîtres de gribannes ou de ballandes. » (Bilande, en fr. 
sloop.) (Lett, de Seignelay.) La gribanne est souvent citée 
auprès d'un autre navire le Heu et Heuc, en holl. Hulke , 
en a. Hoy, navire côtier. 

BARDOLER, chantonner, dire un refrain; ce mot, 
d'orig. onom. comme son syn. eredoler et le fr. Bredouil- 
ler, se rapproche cependant d'un mot celt, de la même 
orig., Barde, de Bardus, cité par Diodore de Sicile, L. v, 
ch. 31. et du Barditus, de Tacite. M. du Méril remarque 
que Bebarder, en v. f., sign, dire un refrain; en gall. 
Bairdd, chanter, d'où Guimbarde, mot bret., litt. abeille 
chantante, instrument que les N. appellent moque, mouche: 

T. I. 12* 



— 90 — 

Bard, en a., barde, poète. C'est par une on. voisine que 
les latins désignaient le cri de l'éléphant Barritus, en fr. 
Baret. V. bar aux orig. onomatopiques. 

BARGUIGNIER , marchander d'une manière mesquine 
et minutieuse, Harder, contr. de Baragouiner, litt. de- 
mander pain et \in , Bara-gouina, en bret. Il se disait 
en V. n. : 

Meuz en peussent bargaigner. 

Ce mot de Benois (Chron.) conduit à l'a. Bargain, mar- 
chander. BARGUiNEOB, chipoticr (l'a. Cheap, bon marché), 
en a. Bargainer, qui offre un marché , Bargainee , qui 
accepte un marché ; bargliinage , action de marchander, 

BARRE , le premier flot d'une marée dans les rivières , 
dans la Garonne Mascaret, (de St-Macaire où il remonte). 
BARRE s'emploie pour tous les estuaires n. On trouve Bar, 
flot , dans les Acta SS. (Avril, i. Ind. mon.) Bar sign, eau en 
V. f., et beaucoup de localités fluviatiles s'appellent Bar; cet 
élément pourrait bien exister dans Barfleur, en pat. bar- 
FLiEUR , dans Harfleur , en pat. harfliedr , litt. Baie ou 
Fiord, de la barre, du flot. Quant à barre, barrière, 
traverse de bois , ce mot est celt, d'après Festus , Barra ; 
il a donné au fr. Barrer, Baril, Verrou, en prov. Barroul, 
en n. varrou, varrouiller, verrouiller; de là bar, s. m. 
une civière, chevalet ; barrier, gardien de barrière, péager, 
est resté dans les n. pr. : « De la charretée de bois non 
doUé, 2 den. le barrier les reçoipt. » (Tarif de Bay., ^ 5e s.) 
En a. Bar, barre. Barrier, barrière. Le fr. pop. Barraque, 
mauvaise maison de planches, a donné à l'a. Barrack, 
caserne, et baril a donné Barrel. L'a. n'a pas de mot pour 
BARRE, excepté High tide; mais il en a un en patois : « In 
some parts of England the influx of the tide is called the 
bore. » (Jamieson.) Le n. ajoute au fr. Embarras débarras, 
s. m. délivrance, tous deux comp. du v. f. Baras, obs- 
tacle : « Qui baras quiert , baras il vient , » dit Rutebeuf. 
Barrage a donné, à St-Pierre-Miquelon, le barrageois, gou- 
let fermé de bancs de sable. Pour Verrouiller on disait en 
n, Cadener (Catena), aujourd'hui cadenasser. De bar, s. 
m. civière, est dérivé baratte, baril pour battre le beurre. 
barattée, mesure, contenu d'une baratte, baratter, battre 
le beurre, en v. f. Debareter, battre. V. dans la Vie de 
saint Bernard : a Delata in quadam capsa seu bara. « Ce 
mot Bar, cité par Boxhorn , Antiq. ling, brifannicx lexi- 
con, 9 , est devenu le fr. Bière, cercueil, en n. bière, fan- 



— 9) — 
tome, revenant. C'est le bas-1. Bara, boîte, cité ci-dessus. 
De Bar, boîte, dérive ber, berceau, {Berciohim, cité par 
Mabillon.) toujours usité en n. : « Ce qui s'apprend au ber 
ne s'oublie qu'au ver. » [Prov. de Bay.) nERcniER, bercer. 
Quant au v. f. Barat, tromperie, racine du fr. Baratterie 
et de l'a. Barter, troquer, et Barratry, fraude, il se rat- 
tache au bref. Barad, tromper. On disait en v. n. Baretie : 
« Presbyter de Bellavilla habet naves in mari et est infa- 
matus de baretee. » {Reg. d'Odon Rigault.) Il est très- 
probable qu'à r.AR se rattache le celt. Bac, bateau, en bret. 
Bag, qui a passé par Barque et qui se trouve aussi dans 
les langues du Nord. (V. Orig. scand.) La famille n. qui 
complète ce que nous avons dit à batel est bacherolle , 
r.AQUEROLLE, (Calv.) tiuc ou grande barrique à porter de 
l'eau; on disait Barquerolle en v. f., petite barque, bachot, 
petit bac. bague et baqtje, s. f. filet et grosse toile, bacoot, 
(Bay.) ûlet. barquette, petite barque; il y a près de Caren- 
tan le pont de la Barquette ; un doc. de \ 5S6 sur Saint-Lo 
cite : « Les barquettes qui servent à la traverse d'icellc 
rivière.» (La Vire.) Le fr. Baril, Barrique, l'a. Barrel, 
se rattachent à Bar, ainsi que le n. babille , s. f. cendres 
de plantes marines pour la soude, et mises en baril. 
(Chausey.) babiller, brûler et mettre en baril la soude, en 
a. To barrel, mettre en baril. La Barille dans le commerce, 
surtout dans le Midi, se dit des plantes propres à faire de 
la soude, bereau, qui aujourd'hui veut dire robinet, canal 
d'où sort un liquide, sign, baril dans Basselin (p. -147) : 

Les pipes, les bereaux pleins de liqueur vermeille, 
Ce sont mes gros canons qui battent sans faillir. 

BEAUME, grotte, rocher, fréquent dans les noms de 
lieu du midi de la France, conservé en Auvergne et en 
Prov. n'a guère laissé de trace en N., excepté sans doute 
dans les deux localités de beaumais , l'une arrond. de Fa- 
laise, l'autre arrond.de Dieppe; la première se trouve 
dans les chartes sous la forme de Belmeiœ ; (Itin. de N. 
de L. du Bois, t. ii, p. 388.) c'est le bas-1. Balma, le 
Balsima des Capitul. de Ch. le Chauve. Mabillon donne 
Balma, rocher, comme nom gaulois; {A7in. Ben. t. i, 
p. 24.) Baou en prov. masse de rochers. 

BÉ , bec, mot gaulois, selon Suétone. [Viiell, p. ^8.) 
BEccor, joli petit bec. faire becco, baiser, iseccoter, baiser 
souvent, becquier , becqueter, becquie . becquée, beccot , 
s. m. petite bécassine, becquet , s. m. deoqcette , s. f. 



— 92 — 
l'instrument dit Bec de corbin. becar, pou, en Bray. dec a 
VIS, vis-à-vis. REBECQUiER, regimber, becqu, bégu, et béchu, 
BÉCHET , usité clans les n. pr. abéquier , donner la becquée, 
en a. Beak, bec. V. bec, cap, aux Orig. scand. C'est sans 
doute le même mol, et ces deux sign, se rattachent à l'on, 
d'acuité, Pec, Pic. On peut ajouter becquaud , bégaud, 
branche fendue en bec pour tenir la pétoche ou chandelle 
de résine, bégaud, nigaud, qui allonge la bouche en homme 
ébahi, bégacder, faire le badaud. Les troupes de paysans 
gaulois, appelés Bagaudœ , (Paul Orose, liv. 7.) ont pu 
tirer leur nom de la niaiserie attribuée aux gens des cam- 
pagnes. BiGAUDELLE, cerisB dcs champs; il y a la Grosse 
Bigaudelle ou cœur-d'ane , belle et bonne cerise noire. La 
loc. de BEcco sign, en moins, dépareillé . comme « Un bas 
de becco; » le bret. Besk sign, privation d'un membre. 
A Val. la loc. de tip sign, en plus, en nombre impair: 
a Avoir un sou de tip; » en argot,'Je Bêcheur est le minis- 
tère public , et Bêcher sign, injurier. 

BEILLE, s. f. ventre; Amhasilla a cette sign, dans les 
Gloses d'Abbon , liv. 3 , où il est donné comme gaulois ; 
i4m représenterait l'art. celtique; on dit encore bedille; de 
là BEC1LLIE, ventrée, beuillu, et à Jersey bieillu , ventru. 
bocailles, intestins, en pic. Breuilles. boèle, gros ventre. 
ÉBOÉLER , ébouailler, et à Jersey ébieillir. éventrer; ainsi 
dans Wace : « Auqunz esbueloient. » La Muse n. dit 
brecillu, comme le pic. : « Chès gros breuillus; » (les 
Anglais.) à Bay. breuille sign, intestins et le duvet des 
petits oiseaux : « Qui n'ont que la bedache, » ou le ventre. 
breuillot , petit oiseau, ébreuler , écraser , litt. jusqu'à 
faire sortir les intestins. La forme boèle conduit au v. f. 
Boel , boyau, à l'a. Bowel; Salez, dans le Diet. d'Hal- 
liwell, est traduit par bowels. Esbuillonner se disait en 
n. pour peler des pommes : « 3 sous pour esbuillonner 
des pommes à Cromelles. » (Ap. Delisle. Etudes, p. 478.) 
BEILLE est devenu Belly, ventre , en a.; en bret. c'est 
Boëllo. Le fr. Débraillé est de la famille de Braie; mais à 
Dieppe un hareng braillé est un hareng ouvert et à demi- 
salé. L'ambasilla en un seul mot rappelle qu'un N., au 
-17e s., employait de la même manière un mol arabe, 
Alfange (al, le. fango , cimeterre) : « Ils tirent leurs 
alfanges, » (Corneille, le Cid.) comme à l'imitation delà 
Seine, il mettait une barre dans le Guadalquivir. (Ibid.) La 
BÊLE, sii(m nodiflorum, a peut-être été nommée de sa res- 
semblance avec les boèles, entrelacis liquide comme ses 



tiges submergées; en fr. Berle.- Le n. pr. lii-LLiAiir». verilru. 
est commun en N., et ne doit pas être confondu avec 
Abeilard, syn. de Bigre, ou preneur d'abeilles. 

BERNE, grosse couverture de chanvre, (Av.) d'où le fr. 
Berner, faire sauter sur une berne; ce mot est indiqué par 
Cujas. (TmiYe, p. 8.) Covarruvias. dit M. du Méril , 
donne le sens de sayon à l'esp. Bernia ; aussi disait-on 
Bernie en v. f., en lat. Berna. (Roquefort. Sub verbo.) 
V. BER^E aux Orig. germ. : Berne désignait l'habillement 
militaire des Francs. Le fr. pop. Bernicle est un mot de 
refus railleur pour berner; en arg. Bernardine, sornette, 
en V. f. Bernard , imbécile. 

BEUVRE, BiÈVRE, LELTRON, liiEn ct BU, formcs diverses 
d'un mot celtique , qui signifie rivière , canal. Beuvron fut 
le nom primitif de St-James-de-Beuvron : « In burgo quod 
appellatur Beurona. » (il»; siècle.) De là les Beuvc, Beu- 
ville , Beuvreuil , Beuvrigny, et probablement les Beuze- 
ville, Beuzeval, et les Bezu, Bion, Biéville, Biville. De là 
lev. fr. Abévrer, Abeuvrer, Abreuver. Le mot Bief, en pat. 
ciEu, désigne un canal, en bas-1. Bovium. La Dierge, 
(Avranchin) pourrait être une forme de Bièvre; « Faire 
bien et biau » à Villedieu , c'est entretenir le cours de la 
fonte par le canal ou liei. Ce mot se disait Beyum dans 
les chartes n. : « Pro beyo molendinorum. » Les Beuvre et 
Beuvron de Normandie sont sans doute la même chose que 
le Boum, anglais, qui signifie, dans le nord de l'Angleterre, 
ruisseau ou petite rivière , brook. Il est dans Shakespeare 
« Come over the bourn. » (King Lear. Act. in, p. 6.) C'est 
aussi dans ce pays un affixe topographique; Bourn signifie 
aussi colline, montagne, dans Shakespeare et Milton; mais 
c'est alors le français Borne : « From the dread summit of 
this chalky bourn.» {King Lear.kcX. iv. p. 6.) Le fr. Bièvre, 
castor , animal de rivière , est l'a. Beaver, id. La racine , 
primit. de cette famille, est sans doute le celt. Bu, eau, qui 
est en lat. dans Imbuo, et d'où vient le fr. Buanderie, le 
n. BCAXï, (Av.) brouillard, BmE,Bin, cruche : « Boire eau de 
labié; » (Basselin, p. 123.) à Coût, baile, cuvier. blot, 
s. m. corne où le faucheur mouille sa pierre à aiguiser, et 
à" Vire, gros sabot, en v. f. i?M/m,^cornet à faucheur, buée, 
qui a vieilli en fr., lessive et vapeur : « Le long des bàti- 
mens s'étendait un fumier , de la buée s'en élevait. » 
(Mme Bovary, t. i, p. 21.) On dit d'un brouillard épais: 
« Un brouillard de M. de Vendôme, les trois quarts d'eau.» 
BuoTiE, BioTTE; boutcille. BiER . Icssivcr; le pic. a poussé 



— 94 — 

la dérivation jusqu'à Bueur, vapeur, buot , tuyau de che- 
minée ; de même eu rouchi. buise , gouttière, bdirette , 
flacon, qui conduit au fr. Burette. Le prim. Buo se trouve 
dans un Ms du 15e s., cité par M. du Méril [Mélanges, 
p. 288 ) : « Buo, moillier et arrouser, et n'est mie en user. » 
Ce radical forme sans doute les noms loc. Le Buat, sur 
rOir, Buais, sur l'Airon, les Bohon, sur les marais de la 
Taute. Au fond , la racine de cette famille est la syll. U, 
qui, en gr., produit uo3 , être humide, uoojp, eau, en 1. 
Udus, Humor, Humus, Hijems, Hyades. Elle produit aussi 
la famille suivante : boe, boue, qui se disait en v. n. : on 
trouve dans les rôles de l'Echiquier les noms pr. Will. 
Batlesboes et Hiigo Corliboes; il donne beaucoup de dérivés 
n. : BouETTE , mangeaille du porc , animal dont le nom est 
Bouant en argot, boueux, (Vire) gros sabot, bouotte, 
limace, boiers , s. m. boues des rues. BOEcniER , bauc[I!er . 
embourber, à Av. pêch[er et bauchier, d'oîi le fr. Bauge; 
mais bauge, dans l'Av., sign, nid d'écureuil; c'est l'a. Bog, 
fondrière, baucharder, patauger, bauchour (sabot), sabot 
pour la boue; en H.-N. bauce, la longue, rame-gouvernail 
des bateaux de la Seine, qui plonge dans la boue : « La 
bauce qui traînait. » (Mme Bovary, p. 362.) Le nom du 
Reaord , dans son cycle, est Saucent, bouse, excrément, 
en a. Ooze, boue, le fr. Bouze, et sans doute Ouse, tan. 
bousiller, bâtir en pisé, bousillage, crépissure en terre. 
îiousER, couvrir d'excrémens. bousiae, vessie, debousage, 
retrait de l'étoffe de son bain de bouse, La forme Bourbe, 
qui est on., et peut-être la racine de la famille, a son 
anal, dans le gr. Bopêopoç , limon , et groupe autour d'elle 
beaucoup de mots n. : bourder, s'embourber, bourdée, 
coup de collier pour débourder, bourde, bourbe, kour- 
BELOT, gâteau de pommes; au barbottement dans la boue 
est dû BOURRE, cane : « La bourre barbottant dans la 
bourbe. » bourrot , caneton, bourhette , petite cane , et 
gâteau en forme de cane, bourboter , marcher comme la 
cane, bourbier, ordure balayée du jardin, de la maison, 
en a. Burrow, se terrer et terrier, et Bur^J, enterrer. 
boukbiton, (Av.) le coquelicot, sans doute du nom de quelque 
plante de marécage; à ce rad. pourraient peut-être se 
rattacher le v. f. Botterel, crapaud, qui est dans le Bom.. 
de Bou, et resté dans les n. pr. n., le nom. des ï;otteraux. 
en 1. Boterellœ, arr. d'Evreux, et bouttebelle, (Av.) Tor- 
chis, plante des marais. En b. l. n. Bunus, bien : « Bunus 
Olnœ. ') Cf. Burrœ, vétilles, dans Ausone. 



— y:; — 

BISCACOIN (de), (Orne), de bitiis, de travers, quel- 
quefois contr. en bicoin, lilt, de biais en coin; or, le fr. 
Biais dérive du celt. Bi/œn, de travers. La loc. de biau sign. 
l'un pour l'autre : « Mettre ses souliers de biau. » Le 
Silène enflé est pour Linné le Cucubalus behen. 

BLIÈQUE et blièche, adj. en fr. Blet, blette : « Une 
poume blicque, » c'est-à-dire molle : « No servit le dessert 
de mesles bleques. » (Musc n.) On a lire ce mot de l'arm. 
Blod , mou, et du kym. Blydd, mou et savoureux. Mais, 
comme on le dit aussi du bois qui blanchit : « Du bois 
blié, I) ou cANi (canus), il est plus probable que c'est une 
forme germanique, celle de Bleich , pâle en ail., en a. 
Bleic/i, blanchir, et Bleak, blême. Ce mot fr. est de cette 
famille. Blami, en isl., pâleur, blettir, battre les nèfles 
ÉBLÉQuiEB, écraser un fruit. En v. n. Bletron, bois blet. 

BLIOC (en), en masse, en totalité, en celt. Block, tout. 
On dit aussi clianque (à la) : « Acaler à la blianque, » 
acheter tout ensemble, ce qu'on dit encore en n. : « A la 
traverse, et en pic. Hachemache, lilt, hache et manche. 
V. PLOMB aux On. comme dans arriver en blioc, d'où Bilbo- 
quet, de bille, boule, et du bruit de cette boule en tombant 
dans sa coupe, ou de Boscus, bois. 

BLIOSSE , s. f. prunelle . fruit de l'épine noire dite 
BL0SSIER, en arm. Bolos, Polos, bliosse désigne aussi la 
cenelle ou fruit de l'épine blanche, en pic. Bleusse. blossir, 
selon un livre n. sur la fabrication du cidre , se dit des 
pommes qui s'amollissent. On trouve un « Joh. le Belo- 
cier, charte du -iSe s. L'a. Sloe, prunelle, n'est peut-être 
pas sans rapport avec les précédens. 

BOBE ou baube , engourdi de froid : « Aver les mains 
baubes, » en bret. Bav, même sign.; le v. f. avait Abau- 
bir, engourdir. On dit aussi gaude pour baube; gaud dans 
le Gl. n. , sign, imbécile, ainsi que glaude, ibid., de là 
le péj. GODICHE, GODicDON , stupidc. Le Baubi , nom 
propre. 

BONDE, limite, en b.-l. Bonda, en a. Bound, borne, 
usité dans les anciens doc. n., spécialement dans le Reg. 
de la Vie. de l'Eau de Rouen, dans le sens de limite, sur- 
tout sur la Seine, existe dans les n. top. n.; il y a un ruis- 
seau de la B01NDE à Elrepagny, trois comm. de Bondeville, 
beaucoup de Bonneville , de Bonnelot , de Bonnemaison , 
de Bonnebosc, de Bonfossé, de Bonneuil, etc., c'est sans 
(kni[e\(i Bonn germ, et un des élémens de noire Lillebonne, 



— 96 — 
Juliobona, située sur une limite de peuples gaulois. Le fr. 
Bonde est une on. ou un dérivé de blne. V. PINE. 

BOUGETTE. poche, en fr. Bougelte, sac de voyage. 
en V. f. Bot/ge, du celt. Bulga, cité par Nonnius; (p. 55, 
édit. de Gerlach.) c'est l'a. Budget, petite poche, compte, 
retransporté en fr. comme Fashion (façon) , Confortable, 
Sport (Desport), etc. Il est, dans Spenser, au sens de 
poche : « Out of his bouget he drew great store of treasure.» 
(p. ^77.) De là BOGUE, enveloppe, poche : o Bogue de l'œil, » 
paupières : « Bogue de châtaigne, » Bogue, œil, et montre, 
en arg. BoomE, chassie, bogdillard , chassieux, eboguier, 
dépouiller de la bogue, bougie, bougine, bousine, vessie du 
porc servant de bourse, de blague (Boulge), bouges, hauts 
de chausses, d'où le fr. Bouger, litt. remuer les bouges. 
bouguets, osselets pour jouer à ce jeu, peut-être de ce qu'ils 
étaient portés dans les poches , en arg. Bouchon, bourse, 
et Boucaner, corrompre par argent, c. à d. avec la bourse. 
Ce mot fr. est en n. pouque, s. f. sac. pouquette, poche 
CACHE-P0UQUE, chassc-poche , garçon de meunier qui va 
chercher les sacs de maison en maison. On dit prov. : 

Quand i plieut le joù saint Marc 
1 n'faut ni pouque ni sa. 

En v. a. Poke, sac, en a. Pocket et Pouch, poche. V. Vi- 
sion of Piers Ploughman : 

For poverle halh but pokes 
To pullen in bise goodes 

roucHON, POUQUETON, gros et mauvais sac. poqueton, homme 
gauche. (V. pocre.) pochier, poquier, être flasque comme un 
sac. poche, s. f. abcès, élevure, de même en a. Pock , 
pustule , d'oij Pox, vérole , Cow-pox, vaccin ; c'est ainsi 
qu'on appelle cloche une pustule pleine d'eau, pochier, 
pocher au noir, d'où pochier, faire une tache d'encre, dite 
pochard, pochard, ivrogne qui se poche, pocharder, s'eni- 
vrer grossièrement; en a. Poker, fourgon; l'a. Poacher, 
braconnier, litt. l'homme au sac, à la poche, est anal, au n. 
EMFocHECR, qui empoche ; en a. Poach, pocher. On remar- 
quera en n. et en a., l'emploi de la forme faible ou fr., et 
de la forme forte ou n, 

BOSC, usité dans la top. n., en arm. Bochard, bosquet, 
quoiqu'il existe en it., Bosco, qui se rattache à Bocxoi , 
nourrir, comme Pascua à Pasco (Boaxw), comme Nemus à 
NefAw, faire paître, bocage, en n., désigne un pays boisé, 
comme celui de Vire , dit le Bocage , Cf. Teurthéville-en- 



— 117 — 
Bocage, près Val. hôcains, hab. du Bocage viroi.'^. V. VHist. 
des Bocains, par R. Seguin, bôcain (sabot), gros sabol 
sans bride, usité au Bocage. Le fr. doit à Bosc^ 1° Bocage, 
Bosquet, Boquillon, Boucage, Boucaut, Bouchon; 2° à sa 
forme Bois (boscus). Boiser, Boisage, Boisseau, Buis 
(buxus), Buisson, Boîte; 3° et à la forme Bûche, Bûcher, 
Bûchette, Bûcheron. A la première, le n. rapporte bocage, 
pays boisé. boca[n , hab. du Bocage, bocage, linge œuvré 
qui se fait dans le Bocage virois et près de Cacn , autre- 
ment oeuvre; l'a. Book, en v. a. Buk, hvre, vient sans 
doute de ce rad., parceque les lois, les inscript, ont été 
gravées sur la pierre , le métal , le bois ; les premières 
lettres isl. liraient leur nom de Feudha, bois, la matière 
où elles étaient gravées, bôquet , bouquet , et dans l'Ar. 
fleur. BÔQUET, pommier non greffé, qui ne produit que des 
fleurs. BOUQCET, crevette, crustacé dont la réunion forme 
\m buisson, comme on le dit des écrevisses. bouquetodr , 
(Mt-St-M.) filet pour la crevette, bucaille , s. f. épais 
fourré, (Gl. n.) nom top. com., ainsi que n. pr. : « Il est 
partout coume Marie Bucaille , » sorcière condamnée au 
^8e s., (V. /. d'un Bourg, de Caen, p. 50.) qui « feignait 
de paraître en même temps dans des lieux différens. » bu- 
QUETTE, bûchette, d'où à St-Lo euette, brandon et flam- 
mèche. RABUQtJiER, remuer les bucheltos, remuer; en v. n. 
Bosqiieron, bûcheron, d'où !e dim. Boquillon, qui est 
dans La Fontaine, dans la Hache et le Bûcheron : « A J. le 
Perquieret bosqueron pour avoir couppé le bois des 
Noes , » (Dépenses de Gaillon.) plus loin : « J. le Bos- 
qucillon. » A Av. bosqceuon . paysan. Bosc devient Bost 
dans Bricquebostj^dans le Livre noir de Coût., Bricobost; 
Busk, bois en isl., en goth. Boste. A la deuxième forme le 
n. rapporte boise, branche, baguette : « Je n'i quere hasten 
ne boise, » {de Conncbert, v. 228. ap. M. du Méril. Essai, 
p. 235.) où hoise est sans doute une erreur. On dit prov.: 
« Doler la boise, » c. à d. arranger doucement une aflaire, 
cageoler , comme le fr. Emboiser. boisette , branchette : 
« Un feu de prête : un lison et deux boisettes. » On disait 
Boisart, forestier, resté dans les n. pr.; boisson, bouchon 
de paille, de feuillage, qui sert à nettoyer : « Sale coume 
un boisson. » boissomer, fourbir. Le fr. Bouchon est le 
même mot; le Bouchon, enseigne de cabaret, est un fais- 
ceau de branches, en a. Bush, buisson, et, dans Shakes- 
peare, bouchon d'auberge, bouchon, cabaret. noxoN, id., 
de là le fr. Boucher, fermer avec un bouchon de paille, de 

T. l. 13* 



— 98 — 
branches : « Sa cheminée il boschoit. » (01. Basselin.) 
Koiis , buis , « Croix boisiée , » en v. n. ornée de buis, en 
a. Box , buis et boîte , d'où Box , boxer , sans doute 
primit. se battre à coups de bois, bcsoqde, branchette. 
Bi'soQUiER, remuer des branchettes, faire des riens, boisse- 
LEB : « Le blé boisselle, » rend à boisseaux. A la troisième 
forme le n. rattache buquier, en Bray, frapper fort, bu- 
CHIER, abattre du bois et le dépecer : « Il buschait et abat- 
tait du bois. » {Lett, de grace. Ap. du Gange.) bucherie, 
(Av.) un bûcher, bdcherie , une bataille sanglante, bo- 
quette, branchette. bûchette, id. bucaille, (Gl. n.) fourré 
épais. V. ci-dessus, buchte , (Gr.) morceau de bois pour 
mesurer la dimension des huîtres, debuquier, sortir le bois 
du lieu où il a été coupé. En N. les différentes dimensions 
du bois avaient des noms particuliers : à la bûche réglemen- 
taire , Moule (modulus) ou Mole, on opposait la Gloe, 
(V. au scand.) et l'Atelle (V. au lat.) : « L'aultre busche ou 
maneuvre nommée gloe doit avoir deux piez et deux doye 
par terre, s'il y a gloe qui ne soit pas de bone moeson, est 
vendue à la care. » (Ord. de ^397.) Care sign, sans doute 
monceau carré : « 32 gloes pour chascune care. » La même 
ord. quaUfie Atelle, les morceaux de gloe trop petits qu'on 
devait mettre à part ; l'atelle se portait à soiïime et la gloe 
en charrette. Le bûcheron s'appelait Gloier : « Residuum 
glooerii et ligni fabri et caronli et cymerarii|et esporarii, » 
(Le Grail de Vatteville.) art. à peu près traduit par un art. 
du Coût, des forêts, Brotonne : « Les demouranz du gloier, 
du huchier, de l'espeureur, du coespel , du carbonnier, du 
chandrier. » (V. Delisle. Etudes, p. 367.) Huchier, traduit 
par ligni faber, se rattache à Bûche , dont Huche n'est 
qu'une forme. On pourrait rattacher à Bosc le fr. Bouc , 
Boucard (chevreuil), l'a. Buck, id., le fr. Bique, le n. 
biquette, chevrette, si ces mots ne se trouvaient dans les 
idiomes germ.; mais Bouc se dit aussi Bouch en armor., 
et Bwch en gallois ; en v. f. Boc : « Boc a non le malle en 
romanz; » (Best, divin, v. 1 560.) de là le fr. Boucherie. Enfin 
on peut rattacher à la famille de bosc le n. bou, pron. Bouou, 
le bouleau, en 1. Betula, bou, verge pour donner le fouet : 
« M'nachier les éfans du bou; » on a dérivé Betula, du celt. 
Betu. boulard, bouleau, bouis, buis, en 1. Buxus, en a. Box, 
Avec quelques analogies se présente Bascaîida, corbeille, 
en gaulois, selon Martial, (t. xiv, p. 99.) et Juvénal. 
(t. ^2, p. 46.) en irl. Baiscaidh, en bret. Bashin, en a. 
Basket; mais il y a plus de certitude pour rattacher à la 



— 99 — 
famille de Bose , le Buck du Nord , tout fauve mâle 
et chevreuil, en n. biquet, chevreuil et loup, dit pop. 
Compère Brocard. Ajoutons à Bosc le fr. Buse , Buse , en 
a. Buzzart, l'a. Box, boîte, etc. Beaucoup de noms de 
végétaux partent du celt. : quesne, chêne, en 1. Quercus, 
du celt. Cuez, arbre, par excellence, le Velar de Vêler, 
cresson, Brassica, chou, en bret. Bresic ; le Bunias, selon 
Dioscoride, vient d'un mot celt. sign, mamelle, pour la 
forme de sa racine; Vigne se disait Awid, en lat. Viiis; la 
racine de Rubus , ronce est Rub , rouge ; l'Apium , l'ache , 
vient û'Apon ; Blitum , la Blite vient de Blith , fade ; Fes- 
tuca, la Festuque, d'où le fr. Fétu, vient de Fest, aliment, 
en a. Feed, nourrir, etc. Parmi les noms pop. celt, de 
plantes , recueillis par Marcellus Empiricus : « Ab agres- 
tibus et plebeiis remédia fortuita atque simplicia didici , » 
il y en a qui entrent dans le patois n.; le Colocatonos 
semble être le coquelicot , en n. cocolincaut et colinqueux, 
mais plus rapproché de l'irl. Codlainean, pavot ; l'Odocos, 
l'hièble, paraît être resté dans une plante différente, mais 
comme celle-ci, difficile à extirper ,11a doqie , doclie, en a. 
Dock, que d'ailleurs l'interpolateur de Dioscoride nomme 
Aouxiove; (p. 474.) c'est \Q[Rumex patientia, la Patience, 
mot corrompu de l'espèce Lapathium. Le papin est la 
bouillie des enfans en N., en a. c'est Pap ; or, c'est aussi 
ailleurs la bouillie de pavot, Papi, Papa, bouillie. Le 
Gilarus de Dioscoride n'est pas sans analogie de son avec 
I'arosse des N., en fr. Aroche, en a. Orach. M. du Méril 
cite d'autres noms celt. : Baditis, le nénuphar, Bricum, 
l'armoise, Gigarus, la renouée, Gilarus, le serpolet, deux 
mots qui semblent faire double emploi, Halus, la con- 
soude, Ratis, la -filicule', Visumarus, le melilot, [Essai 
sur la form, dufr., p. ^^7.} et plus loin d'autres de même 
orig., conservés par Dioscoride et son interpolateur : Albo- 
gon, le pouliot (selon Nemnisch, en quelques pat. Albo- 
lon), Anepsa, l'ellébore blanc, Belinuncia, la jusquiame 
(consacrée au soleil, Belenus), Beliocandia, la millefeuille, 
la Betilole, la bardane, etc. 

BOUTER, frapper du bout, heurter; ce mot Bout est 
un rad. primitif réclamé par le celt. Bod, le gr. BuOoç ou 
BuTiov, qui est dans Curopalates, avec le sens d'extrémité, 
et aussi par les langues germ. : 

Et li boula 
D'un de ses deis en mie le front. 

(Guill de Sainl-Pair.) 



— 100 — 
BOXTER , frapper de la corne ; on dit metaph. « I boutte , » 
comme en 1. : « Habet fenum in cornu , » de là l'a. Butt, 
heurter de la tête; de là le fr. But, Boutade, Bouture, Bou- 
toir, Boutis et Bouterolle. Le v. f. Bouter, mettre, est resté 
dans Boute-en-train, etc., et dans l'a. Put, mettre, bouteuse 
(l'Aigle) , l'ouvrière qui met les épingles sur les cartons. 
Aboutir est aussi un dér., ainsi que Débouter (d'une de- 
mande). ABOUTER, mettre bout à bout : « Aveir de la peine 
à abouter, » équivaut au fr. unir les deux bouts de la 
bourse, du budget, recette et dépense, ebouter, émousser, 
briser le bout, rééduquer , s'émousser : « N'en est point , 
qui contre li nait rebouqui , » (Muse n.) n'ait perdu cou- 
rage; dans une charte, IF. Buteor. rebouter, remettre les 
membres, reboiteux, qui remet les fractures, de même en 
V. f. : « Il ressort et ge rebout. » (R. de la Rose.) débouter, 
tirer avec le bout, debouteux , outil pour pousser une che- 
ville, un clou en dehors, embout, bouterolle, en v. f. Em- 
bout, entonnoir (emboîter), buter, toucher par le bout : 
« Le N., dit Nicot, bute à l'héritage d'un tel, ce que le fr. 
dit Aboutit, » en b.-l. Abbotare, en a. Abut, confiner. L'a. 
About sign, à bout, comme dans cet ex. de Johnson : 
He has brought about his purpose , » il est venu à bout 
de son projet, abuter, arriver à but. butieb, v. n. arrêter 
court, d'où peut-être le f. Butte, susbout, debout : « Se 
tenir sus bout. » « Susbout ! » crie-t-on aux animaux cou- 
chés, comme le v. n. sus, debout : « Ne fîert Engleiz qui 
sus remaigne. » (R. de Rou.) bououet , osselet . est peut- 
être pour Bout d'os : à Villedieu mate , au Teilleul po^set 
et ponette. m. Ch. de Beaurepaire a émis une et. pro- 
bable pour la Bouille, près de Rouen : « Pourrait sign, 
extrémité , comme semblerait l'indiquer Buticula et cette 
citation de du Gange. V. Butus : « J. Noel marinier à la 
Bouille du Kay de Rouen. » {Vie. de l'Eau, p. ^48.) Il y 
a en N. la loc. : « Faire butte d'un bout, » c. à d. faire la 
culbute, autre mol composé de But. buigraix, épi brisé. 

BRAGUE, s. f. culotte, de Bracea, cité par Suétone 
comme gaulois, (J. Cœsar) et d'où vint le nom de Gallia 
braccata, ou Gaule narbonnaise, est resté en fr. Braie, 
Brayette et Brayer. Ce dernier mot, en v. f., sign, culottes : 
« Fors sa chemise et ses braiers. » (Best, divin.) Le n. pr. 
Brayer est commun en N.; or, les Brayers étaient en v. f. 
les fabricans de hauts de chausses, {Liv. des met. d'Et. 
Boileau.) mais Briard sign, originaire de la Brie. En bret. 
Bragez; de là braguier. culotter, débraguier, déculotter. 



— loi — 
eu fr. Debrailler. Dans la Muse n. l'écolier fout'tié dil : 
« Me fail débreler quand je prends hoc pour hac. » bra- 
GULTTE, petile braie : « Sans braguette un lansquenet. » 
(01. Basselin, p. 206.) brayère, brellière, ce qui est sous 
la braie : « Les garchons esprouvent leur brellière. » 
{Muse n., p. /H 5.) En v, n. Braoel, dim. Debrailier suppose 
le simple ; or, le GL n. cite brailler , s'habiller avec soin , 
litt. se braguer, se brayer. braie, filet, primit. en forme de 
braie. Le n. bragies, quelquefois brégces, adonné l'a. Bree- 
ches, ou plutôt ce dernier mot est celto-breton, en a. s. Brœc, 
en V. a. Broc; un savant antiquaire écossais rattache le gaël. 
Breacan, plaid, au Bracca gaulois. Il paraîtrait que les 
Romains adoptèrent les braies , comme les zouaves ont 
adopté la culotte arabe , car la colonne Trajane porte des 
Romains braccati. La langue nautique possède Brague de 
canon, Brague de gouvernail, en a. Breeching of a gun, 
etc. To Brail (Brailler), carguer, trousser les voiles. Pour 
désigner le banqueroutier, les N. ont trois mots de races 
diverses : débragbié , celt., detchuloïté , lat., DÉHA^;^É , 
scand. 

BRAY, en celt, marais', boue, usité dans la top. n., 
comme le pays de Bray, les trois comm. de Brai-la-Cam- 
pagne, Brai-ia-Champagne, Brai-en-Cinglals, Folcmbray. 
Osembray, Tinchebray, Vibraye (gué du marais), Brebeuf 
(habit, du marais), Breval, Bremontier, en Bray, ou 
moutier de Bray, en 1. Braium monasterium ; Brachi et 
Braffais sortent peut-être de ce radical ; quant à Braiosc , 
Braisose , Briouse , c'est beaucoup plus probable , d'après 
ce passage de D. Huet : « Du même mot (brai) est venu 
l'adj. Braieux et Sources braieuses, comme ont parlé quel- 
ques-uns de nos vieux écrivains pour dire sources bour- 
beuses. » [Or. deCaen, p. 313.) Ce mot est le fr. Brai, 
en 1. Brajum ; (Hariulphus. Chron. centulense , v. 19.) 
Brea, en esp., sign, boue, en bret. Brae. Il y a sans 
doute du rapport entre Bray et Bresse, vallée, que Ch. 
Nodier a mis comme n. comm. dans son Supplément , et 
qui est resté dans la Bresse, et qui semble exister dans les 
noms n. : Brecey, Breci, la rivière de Braise, Brée, etc. 

BOUERRI , BOCRRi, s. m. âne, bourrique, à Granville 
BRI , de Buricus, cité par Vegèce et par Isid. de Seville : 
« Mannus equus brevior est quem vulgô Buricum vo- 
cant; » {Orig., t. xiii , p. ^.) en esp. Burro, âne, en 
bas-1. Burra, d'où le fr. Bure, Bureau, Beurre. Bourrer, 



— 102 — 

Bourrelle , Bourrade , Bourreau ; le congénère 1. est Bur- 
rhus, roux, le gr. lluppoç. Burra, bure, est dans VAnthol. 
et les Gloses d'Abbon. (L. m.) On dit par sobr. les Bouris 
d'Eturqueraie. On dit aussi en N. Bouerrique : « Saô 
coume la bouerrique du diable ou de Robespierre. » Tour- 
ner en bouerrique , c'est faire perdre la tète, bourricot , 
ânon. BouRRiERS , objets légers, poils et pailles, balayures : 
« Je ne suis qu'un bourrier qui vole. » (Régnier. Sat., 
p. 315, édit. Jannet.) bolrlier , l'homme qui garnit les 
harnais de bourre, bouerret, bourreau, en v. f. Barrel, 
resté dans les noms pr. L'a. Bur désigne la bourre ou duvet 
des plantes, spécialement la Bardane; l'a. Burl sign, éplu- 
cher du drap , déchirer de la bourre , bourreler; on disait 
aussi Bourrel en v. n. : « Pour salaire de bourrel , pour 
ardoir un porc qui'avoit estranglé un enfant à Douvres. » 
{Compte du bailli "de Caen en 1356.) boderelle, femme 
cruelle. Le Mannus, bidet, cité plus haut, est un mot 
d'or, gauloise, (V. Dubner, iVo to sur Horace.) mais n'a 
pas laissé de trace en N. 

BRAVE, paré', bien habillé, fier de sa parure, d'où est 
venu le fr. Brave, par le rapport de la fierté et du courage ; 
Brao a cette sign, en bret.; de même dans les autres 
idiomes celt. : Brimv en kymri , Breagh en irl. et en gaël. 
BRAVER, être bien habillé, êlre fier, braverie, pompe, faste, 
en a. Bravenj, bravoure, bravement, splendidement : « S. 
Jehan bravement acoustré. » (Entrée de Charles VIII à 
Rouen.) Brave se disait même des edifices : « Estoient 
portez moult braves leurs chapiteaux. » (Le Rocquez.) 
« C'estoit un fort brave édifice ressemblant au théâtre de 
Rome qu'on appelle Collysie. » (Floquet. Hist, du Pari, 
de N., t. II, p. 332.) To brave est en ce sens dans Shakes- 
peare : « Had it braved , » c. à d. « Made it splendid , » 
selon un glossaire. Bravery, en v. a., est la braverie n. 
Shakespeare parle ainsi de la splendeur du ciel dans 
Hamlet : « This brave o'erhanging , this majestical air. » 
En a. Brag, vantard , se rapproche du fr. Blague , vante- 
rie. braver, v. n., faire le brave. 

BREHAIN , BREHAiGNE, Stérile, en bret. Brechain, id., 
resté en fr. au fém. brehenine se dit de la perdrix qui n'a pas 
pondu. Les éditeurs de la Concept. N.-D. donnent Brehain 
comme usité en N. sur ce vers : « Ne doit pas homs 
brehains ester. » (p. 14.) Ce mot a eu la forme Baraigne, 
restée dans l'a. Barren, nu, stérile (sol.) : « La baraigne 



— ^03 — 

plusurs enfantad. » [L. des Rois, t. i, p. 2.) Brehaiii exis- 
tait au H2e s. : « Ne doit pas bons brehains ester o ceux 
qui pueent engenrer, » (Wace. Establ. de la Concept., 
p. U.) et G. de St-Pair citait : « Brefaigne, qui toz tens 
fu terre brehaine, » ou « grifaine. » En berrich. Bragne , 
femme stérile. Quelques loc. n. renferment ce mot :Barenlon 
(tonium, hauteur), Barentin. Le n. pr. Bregain est com. 
dans l'Av. Cf. Bregin , filet à mailles courtes (brèves). Il y 
a aussi des Bréhan en N. 

BREN, excrément, résidu, en fr. Bran, son, et dans le fr. 
pop. Bran de Judas, tache de rousseur, dite en n. brevette. 
Pline tire ce mot du gaulois : « Galliœ suum genus farris 
dedere quod illic brance vocant. » (L. iviii, p. 7.) 0. Vital 
rattache bren à la même or. (L. in , p. 449.) La famille n. 
de ce mot est embreaeb, et e.mbrenèquier, salir de bran : « A 
grand peine estions-nous desembrenaiquais , » (Muse n.) 
de même bersotiser, beraifiquer, mot de physionomie pic. 

BERNIFICOTER , d'oÙ EMBERLIF i COTER , ERENEl'X , Sale , BRE^ÈCHE 

(Orne), petite ordure, contr. en uriche. d'où le terme inju- 
rieux de « Cuisinière de briche. » bre.^é , marqué de taches 
de rousseur, brenette , tache de rousseur, brenette , s. f. 
breuvage de son, ainsi que beenée, qui sign, encore mé- 
lange d'orge et d'avoine semé au printemps, bri.nette, 
farine de féverolles. De Bren dérive le fr. Brin , auquel se 
rattache le n. brinhe et brindille, branchette, et bringue, 
fragment : « Mettre en bringues, » briser; de même en 
berrichon. L'a. Bramble, ronce, se rapproche de Brindille. 
Il serait possible que la famille de bray et celle de bren , 
fussent identiques. La Brenne, en Berry, est la région des 
marais. 

BRENNE. mamelle d'animal, spécialement de truie, en 
bret. Brennid et Bronn, en Bray brongnes , tettes de la 
truie , ou coche en n. ; à Guern. brodînes , mamelons ; en 
v. f. Brenes, Broignes, tettes de lice, et se dit encore en 
vénerie. (V. la Vénerie n. de M. Le Masson.) breivnu, ma- 
melu, mamelonné, traie, truie, s'appelait Scrofa, d'où le 
fr. Scrophule ; il était devenu Croffa en n. : « Quœdam 
croffa portabat unum puerum apud Listreyum. » [Reg. des 
amendes de Cerisy, f. ^4.) V. fresciague aux or. scand. 
La famille de bremse n'est peut-être pas sans rapport avec 
celle de Bren. 

BRETTE, femme de Bretagne; Louis XII appelait Anne 
de Bretagne: « Sa brette moult adorée. » brette, coiffe bret. , 



— 104 — 
comme on dit une pïcakde, une bourgogne, brette se disait 
comme simple adj.: il y avait à Pontorson les Tours brettes, 
celles qui étaient vers la Bretagne. Breton devient bertoa : 
fi Le flieu (fléau) berton est pu large que le flieu n. » Le v. 
f. avait Bret : « E Rei bret l'apelèrent. » (R. de Rou.) C'est 
le Breiz armor, qui se disait en v. n. : « Pesait que li Brcz 
sen vantast. » (R. de Rou, v. -14698.) Le fr. Brette, d'où 
Bretteur, Brettailier, sign, une arme tranchante venue de 
Bret. Aussi en v. f. Breton sign, brigand, routier et second 
dans un duel. On rapporte à cette orig. le v. f. Bretèche, 
tour crénelée , qui a laissé en fr. le terme héraldique Bre- 
lessé, mais qui subsiste dans la top., la Bretèche près Av., 
la Bretcque près Rouen : « La bretèque de la Gauchie. » 
{Enquête de Caen , ^3c s.) « Operationibus de pontibus et 
breticis. » Il existait en v. a, Britage, « a parapet; » (Ual- 
liwelVs Diet.) ainsi que dans Britaged et Bretexed, crénelé. 
(Ibid.) (1198.) En a. British, américanisé en Britisher; à 
Jersey buitiche (sou), différent du sou jersiais. Le fr. Bret- 
telle pourrait venir de Bret; il se contr. en n., brelle, bri- 
cole pour les chevaux. Nous avons en N. beaucoup de loc. 
en Brette: Bretleville, Brettefay {fau, hêtre) : il y a à Brette- 
ville-en-Saire , près du hameau de Brettefay, une galerie 
druidique, bretoniser, (Val.) remuer un tonneau sur lui- 
même; en V. f. Bretonner sign, piller comme faisaient les 
Bretons : « Les Angloys furent mal payez, par quoy furent 
plus abandonnez à prendre et bretonner sur le peuple. » 
(Chron. de N.) En esp. on dit : « A la bretonna, » d'un 
arrimage particulier. On dit qu'une futaille est arrimée 
en breton , lorsque son arc est perpendiculaire à la lon- 
gueur du vaisseau. L'amiral Navarette dit que tout objet 
placé le long du bord est mis à la bretonne , en esp. abre- 
tonado. (V. Jal. Gloss, naut.) bretonkeac, « turbot en 
n. » dit de l'AuInaye; {Gloss, de Rabelais.) en a. Bret. Un 
mot usité au Teilleul, frontière bretonne, est BiiESSiEU, 
billot de bois ébauché : << De la charretée de bressieux . 
pelles, lattes, fûts de bât. » {Tarif de Bay., -13e s.) V.sur 
l'antipathie des Bretons contre les N., qu'ils appellent Gallo, 
Vlntr. p. 373, et ceux-ci disent : « 99 Bertons et un cochon 
cha fait chent. » Les N. appellent encore les Bretons Lani- 
gouce, de leur danse nationale , dont le refrain est Lani- 
gous (la vieille, lan coz). Il y avait au salon de -1857 un 
joueur de biniou dansant la Nigouce , par Le Bourg. Le 
N. raille encore le Breton en l'appelant : « N'entends 
qet , » je n'entends pas , à cause de son ignorance du fr. 



— 105 — 
Il imite plaisamment son langage en appelant l'argent ; 
a De la lous, » c. à d. Gouz, argent, en bret. Il y a aussi 
en Angleterre un type de Français ridicule, nommé Mon- 
sieur n'entends pas. 

BREUIL , en bas-1. Brogilus , bois , broussaillc , de 
BrogsB , champ , qu'on trouve dans le Scholiaste de Juve- 
nal, comme gaulois, (p. 347.) sans doute le même que 
Brocus , cité dans le Gcsta abbatum fontancllensium , 
(il, 50.) se conserve dans une multitude de noms locaux, 
tels que Broglie, Broil, Brogue, Bro, Bréel, Brée , pour 
la plupart avec l'art.; en v. f. Bréle, forêt; il y a la Bresle, 
riv. de H.-N., Bréel en Mesnil-Hubert (Orne) , la Broise, 
Broiselle : « Brolium juxta Meduntam, » Broville, et peut- 
être Bruis, nom prim, de Brix, près Cherb. Broil, bois, 
se disait aussi en v, f. : « El val de Josaphat y est un broil 
foillu. » (Alex, de Bernay.) broil, bois, est cité comme 
encore usité dans le Gloss, n. bredil , breu , s. m. pièce de 
bois qui tient l'essieu fixé, breuiller (un essieu) , le munir 
d'un breuil. debreuiller, tirer le breuil ; à Al. brediller est 
pris dans le sens pr., rôder dans les bois ; Brogilus est dans 
le Capitul. de Villis : « Lucos quos vulgus brogilos vocat. » 
C'est le Broglio it. d'où nous avons tiré Imbroglio , et 
le verbe Embrouiller. Un texte, cité par MM. duMéril, 
(Diet, de pat. n.) prouve pour Brogilus que la manie 
des et. grecques est antérieure à la Renaissance : « Intér- 
rogavit si vos perivolia (TCptêo);iov) haberctis. L'a. a con- 
servé ce mot dans sa pureté, Brog, champ ; de là est venu 
l'a. Brogue, jargon de paysan, patois, spécialement le 
Brogue irl. Ce mot sign, encore sabot, chaussure des bois 
et gros soulier; en gaël. Brog, soulier, c'est la chaussure 
des Highlanders; le gros soulier n. s'appelle aussi broqcin, 
BRosQuiiv, d'où le fr. Brodequin ; en holl. Brosequen, en a. 
Buskin, brocbe , s. f. groupe d'arbres forestiers. r,RO- 
CAR1, chevreuil, brocqer, (Gloss, n.) traverser les bois, 
en V. f. Broccr, d'où sans doute Berser, chasser. Le Brog 
celt, entre dans le nom d'une principauté bretonne, le 
Broveroc'h, litt. champs de Waroch, chef breton du 6e s. 
En bret, Broh, blaireau, en a. Brock, de Brog ou de son 
grognement; c'est aussi d'une on. que dérive le v. n. 
Brohon, ours : « Li gainuns enchaenez e brohuns, » (R. de 
Rou.) encore n. pr. fréquent en B.-N., et que Pluquet, sur 
ce vers, tire du bret. et du gall. Broch et Broh, féroce, 
sauvage. V. brod , brousse et bbière qui ne sont sans doute 
que des formes du même radical. 

T. I. 14* 



— ^06 — 

BRIÈRE , bruyère , en a. Briar, ronce , en armor. 
Bruk , bruyère , forme dure du Brog précédent , en 1. 
Bruscus, cité comme gaulois par Adelung, (Pertz, n, 279.) 
d'où est resté le nom du fragon, Ruscus, en n. houx-frélon. 
En n. BRIOCHE, (M.) bruyère; à Guern., brousse, bruyère. 
Le n. BRIÈRE se disait en lat. : « In brieriis et landis in 
foresta de Guoffer prope Falesiam ; » la forme Bruhairez , 
bruyères, est dans le R. du Mt-St-M., v. 733, et son syn. 
était le lat. classique Mirica : « Decimam miricarum... 
minutas décimas, scil. miricarum. » (^24S.) Une s'applique 
plus qu'au Mirica gale, le Sweet gale des Ecossais. Brusc, 
en prov., sign, l'ajonc épineux, en v. f. Bruqueux, cou- 
vert de bruyères : « Ord pays et bruqueux. » (Froissart.) 
Or, dans leur langue, en irl. et en armor., Bre et Bri sign, 
eminence. Ce radical Bruk semble exister dans les loc. 
Brucheville, Bruquedalle, Brucourt, Brumare, Brix, (Bru- 
cius) que lui dispute cependant Bruge, pont. V. brige. 
Le Diet. d'Halliwell cite en v. a. Brire, bruyère, et le 
Gloss, n., BREHOLiÊRE, qu'il faut sans doute écrire Briolicre, 
et qui sign, à Lis. une mauvaise bruyère. De Bruk et de 
Brogue dérive le fr. Broc , grand vase de bois , le n. broc , 
BRo , broche et fourche de fer. embroquier , embrocher ; 
En v. f. Abrocher, éperonner, en a. Broach, broquette, 
petite broche et membre viril. Les gibets étaient générale- 
ment placés près des villes sur des terrains incultes , 
landes, bruyères, ainsi près de Val., la Lande du gibet, 
près de M., la Brieve de la Justice, près de Saint-Hélier , 
le Mont patibulaire, près de Caen, Terra perditorum et 
le fief de la Terra gaiole (geôle). 

BROUSSE est la forme douce des radicaux précédens ; 
très-usité en v.f., ce mot n'a laissé de trace que dans Brosse, 
Brossin , loupe végétale , et le dim. Brousaille , et en N. il 
existe dans les innombrables noms top.. Brousses, Brous- 
series, etc., et dans brousse, (Av.) s. m. lin ou chanvre que 
l'on arrache, broussetille, brindille, broussette, boursette, 
en f. Mâche , brousses , s. f. pi. bois taillis , bro , brou , 
bro-de-inoix , liqueur faite de l'écorce de la grosse noix, 
BRÔTER, en V. f. Broster, brouter (terme sans doute on. 
V, BROTER aux orig. on., en armor. Brousfa, en irl. Brous), 
BROU, feuillage qu'on eruce, qu'on arrache à rebours, brou, 
en Bray, le gui. Le fr. Brindille , Brin , est peut-être de 
cette famille; cependant, dans beaucoup de patois, Brande 
sign, lande , broussaille. Le n. emploie brin comme signe 
de nég. : « Ne crains brin, » (Musen.) ainsi que miette. 



— ^07 — 

liRiNGE , rameau , d'où semble venir le fr. Branche , se dit 
à Vire , selon MM. du Méril , ( Diet, de pat. n. ) avec 
BRiNGER , fustiger ; Bringe existait en v. f. Composé de 
Brousse et de Col, chou, est le bret. Brouskaol, (lilt, 
branche de chou) brocoli, en n. rricoll^. Feuille de chou, 
en v. n., était pris comme sign, d'atténuation, comme 
Brin , ci-dessus : « Je me mespiz com une fuille de col. » 
(R. de Rou.) Du Col breton vient le fr. Chou, le Caivli- 
flower, giroflée, de l'a., le n. cbolet , espèce de petits 
choux : « Chelets et naveaux ne doibvent rien. » (Tarif 
de Bay.) Le lat. Brassica, chou , est le bret. Bresic. Kail- 
garth, jardin potager, cité dans Halliivell's Diet., sign, 
jardin à chou , et ce kail est resté dans le chou marin , 
Sea-cale. Le Col bret. existe dans le fr. Colza, en flam. 
Colzaad, graine de chou, où l'on voit l'a. Seed, semence. 
BRIGE , pont, cité dans les Gloses de Vienne, (i , 779.) 
et Briva dans du Cange et de Valois, (Notitia Gall., -100.) 
et quelquefois Bria , Brio , ne se sont conservés en N. que 
dans la topographie: Briovère , ou pont sur la rivière (la 
Vire), est l'ancien nom de Saint-Lo; Breviodurum , litt. 
pont-de-l'eau , est , croit-on , Brionne ou Pont-Audemer , 
passage de la voie rom. de Juliobona (Lillebonne), à No- 
viomagus (Lisieux); Pontoise était Briva ad Isaram; 
Amiens semble être Samarobriva, pont sur la Sambre, 
devenue Somme. Dans les Brive , il y a encore Brevands , 
passage sur le Vey , composé de Vand , eau , en danois , 
d'où la rivière la Vandelée (Manche). On peut citer, d'a- 
près M. du Méril et d'après D. Huet , {Orig. de Caen , 
296.) Bricquebec (pont du ruisseau), pour le peuple Bri- 
guebec , Bricqueville , pour le peuple Brigueville, Bruque- 
mont, Bruqueville, Brucheville, passage sur le Vey, Bru- 
court, Brumare (pont de l'étang) , Bruquedale (de la val- 
lée), Bricquebost (du bois); cette double forme concorde 
avec le v. f. Brige et Bruge, pont; c'est l'a. Bridge: ainsi 
Cambrige sign, pont sur le Cam (de Cambe, vallée), 
comme la riv. d'Alençon la Briante, sign, pont sur la 
rivière. C'est aussi le Bnick ail. Comme les gués ont pré- 
cédé les ponts , ce rad. a cettte double sign. Les loc. en 
Pont sont du moyen-âge ; elles surabondent en N. avec le 
nom du constructeur pour suffixe , Pontorson , Pont- 
l'Abbé , Pont-Audemer (Aldemar) ; les noms prim, sont 
tirés de la nature et impersonnels; la philologie montre 
ici le développement de la personnalité. V. brogue. Bru 
se dit en isl. pour pont. (V. M. du Méril. Mélanges arch., 



— -JOS — 
H 33.) Le celt. Briga est donné comme sign, réunion 
d'hommes , d'où le fr. Brigand , Brigade , Brigandine , 
Brigantin. En v. f. Bricon, coquin : « Blasmcz e tenu por 
bricon, » (/?. de Rou, v. /H 84.) qui devient briche dans la 
Muse n. de Petit : « Leisse-mey là . briche . » d'où briche, 
terme d'injure, usité dans cette loc. citée par MM. du 
Méril : « Cuisinière de briche, que fais-tu là? de la 
briche. » d'où brioche, maladresse. Bricon, mauvais sujet, 
vient de l'it. Bricone, comme de cette langue vient le nom 
de navire, Brigantin , en v. f. Brigandin : « A l'entrée du 
Havre mettrons nos petits vaisseaux armés qu'on appelle 
Brigandins, » (Froissart. Chron., iy, ^5.) briscot, canard 
(Mortain), est peut-être , selon MM. du Méril, une cor- 
ruption du V. f. Briquet, sot. En Bray bricoler, aller de 
côté et d'autres comme les brigands, brigander, faire le 
brigandage, brigakd , (Av.) Vendéen : « Ma mère fut une 
brigande. (V. Hugo. Préf. des Feuilles d'aut.) M^^ de la 
Rochejaquelein explique l'orig. de ce mot : « Cet accoutre- 
ment, les vestes et les pantalons leur donnaient tout-à-fait 
la tournure de brigands, comme les républicains les appe- 
laient. » {Mém., VIII, ^47.) De Brigand vient l'a. Prig, 
voleur, faquin, bbicolique, débris, ramas, mauvais meu- 
bles, semblerait se. rattacher à bricoler; c'est plutôt un 
term. on. d'objets brisés, comme Bric-à-brac; on dit: 
« Manger ses bricoliques et même ses bucoliques, c. à d. 
son mobilier , autrement son baza , son bataclan, brigan- 
dine , (Av.) planche mince. Quant aux paysans gaulois 
révoltés, les Bagaudes, leur nom sign, troupe: Bagott, 
en gall, multitude; Bagueh, combattre, en erse. 

BRINGE , BBiNDÉ , brindelé, en a. Brinded et Brindkd, 
tacheté , rouge et noir , en parlant des bêtes ovines ; à 
Jersey bringi , à Val. brindi , d'où bringcet , jeune bœuf. 
(V. Intr., p. 290.) « Man vremail , man bringue , » chant 
de la Bresse , peut-être de l'arm. Briz , bigarré , la racine 
du mot Breton, litt. l'homme peint, tatoué, que les Rom. 
traduisaient par Picte. V. l'art. Breton , auquel il faudrait 
rattacher celui-ci. brindi est un des noms pr. des bœufs , 
comme moisi, blanc et noir; tiré du caractère, c'est joli, 
en son vieux sens, gai; roulo, cadet, ou d'un nom de 
foire, folligney, ou de la forme, basse-cône, etc. 

BRUCHET, os de la gorge, dit pomme d'adam, et, dans 
les oiseaux, l'os saillant de l'estomac, le fr. Bréchet, du 
bret. Bruched, estomac, en gall. Braighead, en irl. Bra- 
ghad, en pat. guern. bruqiet et brichet. Dans Rabelais 



— ^09 — 

Brcchct, l'os fourchu de la poitrine. On dit •: « Fouler sus 
rbruchet , » serrer la gorge ; c'est l'a. Brisket et Briskct- 
bone; il est probable que l'a. Breast est de cette famille. 
Sa l'orme en v. f., Brichet , donne l'ét. de Sobriquet, en 
n. souriaiQiET, comme en v. f.; c'est primit. un coup sous 
le menton : « Percussil super mentonem faciendo dictum 
le soubriquet; » (Acte de 1335. Ap. Archives du Nord de 
la Fr., III, 35.) et d'après un autre de ^398 : « Donna 
deux petits coups appelés soubzbriquets des dois de la 
main sous le menton. » V.. pour les sobriquets n., irnssirn 
et le Blason pop. de N. 

c 

CABIN , buffet, cabiinet , petite armoire , en a. Cabinet, 
secrétaire , congénère du fr. Cabane , Cabine , Cabaret , 
Cabanon, Cabas, Cabasset, Cahutle, du celt., selon Isid. 
de Seville : « Hanc rustici capannam vocant. » {Orig., 
XV, ^2.) Caborde était aussi le nom de la hutte gauloise : 
« On a reconnu des cabordes à Alaise, et leurs restes s'ac- 
cordent avec ce qu'ont dit les anciens de ces habitations. » 
(Rev. des Soc. sav., août 1859.) En a. Cabin, cabane. Ce 
sont des dérivés de la racine cay, creux ; aussi "V. ce mot aux 
Orig. lat., ainsi que cap aux Orig. celt., qui n'est peut-être 
que le même radical. En argot Caber'mont, cabaret. 

CAGNARD, réchaud, brasero, comme en v. f., du 
celt, et osque Casnar, vieillard. (Varron. Quintilien.) De 
là le fr. Cagnard, Cagnardise, Cagnarder, Cagneux, lilt, 
aux jambes de vieillard. La mort, représentée sous les 
traits d'un vieillard, est quelquefois dite Cagnolle : « Je 
veux que la cagnolle me pisse rompre. » {Bluse n., p. 34.) 
En pic. Cagnon, vieillard. En v. a. Cagnard sign, coquin. 
(HalliwelVs Diet.) cagnard , tendelet sur un navire. 

CAIENNE , s. f. du bret. Ké, enclos, d'où le v. f. Kai, 
quai, (Froissart.) le fr. Quai, levée de terre sur le rivage, 
en a. Quaxj, sign, à Cherb. l'enceinte de l'arsenal , dit de 
la Caienne; c'est le dim. des précédens. Il existait en v. f. : 
« Iceulx Flamens marchans ne povoit venir au hable qui 
estoit clos, et aussi pour cause du guet qui estoit sur les 
murs et sur les caennes. » (^378. Ap. D. Carpeniier. 
Vo Caij.) Jal dit « que des maisons dans les ports où l'on 
prépare la nourriture des marins s'appellent Coqueries et 
Cayennes , et que ce nom se dit aussi de la caserne des 
matelots. » (Gloss, nautique.) C'est l'ét. de Cayenne, des 
Cayes , en Amérique. 



— no — 

CANNE, crdche; ce mot en ce sens existe en irl. Kanna, 
et se trouve dans les Gloses galloises du 12« s., (Reliq. 
antiq., i, 93.) dérivé d'un primitif qui sign, tuyau, objet 
tubulaire , d'où le gr. Kawa, roseau, en fr. Canne, comme 
le Canna lat. : Canna-gutturis , ap. Aulu-Gelle, trachée- 
artère, d'oii Cannabis, chanvre, en gr. KawaSoç, Canalis, 
tube et canal, Cannalis, (Isid.) cannelure, Canistrum, en 
gr. xavaarpov , corbeille faite de roseaux , etc. De là la 
famille fr. Canne, Canal, Canette, Cannevas (cannabis) , 
Cannelle , Cannelon , Cannelure , Canon , Canule , etc. La 
famille n. est canne, cruche, en a. Can, id. cannée, cru- 
chéc : « Nostre vin ils ont bu à cannées. » (Muse n. Les 
Lansquenets.) On trouve Chane dans le Liv. des Rois : 
« Pots chanes et pichers, » en v. n. Chanée. V. le R. du Mt- 
St-M., dîi l'éditeur en son Glossaire a marqué ce mot du 
signe de l'inconnu. Le fr. populaire Canon, cruchon, verre : 
« Boire un canon sur le comptoir. » chanette , s. f. vase 
allongé pour le miel, eenail , canal , en a. Kennel et Chan- 
7iel; l'a. Gun, canon , est une forme du mot fr., s'il n'est 
la syll. forte du v. f. Mangon, resté en N. dans les n. pr., 
en v. a. Gon. cannepétoire et cANNErÉxiÈRE, espèce de sar- 
bacane en sureau, cannibotte , tige sèche de chanvre et de 
toute plante fistuleuse. caninebotte et caille botte , l'obier, 
boule de neige, cankivière, chanvrière : « Ch'est coume la 
canivière au diable, le mâle et la fumelle n'en valent rien, » 
prov.de Bay. sur un mauvais ménage; à Guern., cannivê. 
cannecis, canneberge, fruit du myrtile. canot, petit panier en 
roseau, comme le l. Canistra, en a. Canmj, couvert de ro- 
seaux. CANNETTE , petite tige sur laquelle on roule le fil : de 
là CANNETTE, objct Toud sur lequel on dévide, d'où cannette 
et CAN1QUE , petite bille de marbre , si ce mot ne vient de 
Canus , blanc ; les enfants appellent les caniques blanches 
MALBRESSEs (dc marbre), kennelle, canelle, comme en v. 
n. : « Gengivre, girofle, quenele, vermelon. » (Coût, de la 
Vie. de l'Eau.) becanette , s. f. robinet , litt. cannette à 
bec. FANAIL , sans doute pour canal, gosier : « Se réchauf- 
fer le fanail d'un coup de chenic. » 

CAP , CAB , tête , radical spécialement latin , et qui n'est 
pas tout-à-fait étranger au celt, où l'arm. Kab sign, extré- 
mité , bout, où le kymri Cap et le gael. Ceap sign. cap. 
(M. du Méril. Essai, p. 39.) Le n. tire beaucoup de mots 
de ce radical : cabot , s. m. grosse tête, d'où le sobr. les 
Cabots de Bueil. cabot , chabot , le rouget, cabot , l'agros- 
tème des blés, cabot , s. m. javelle debout , la tête dres- 



— M I — 

sôe, cAiioT. espèce de mesure de grains : « /Vveir la têlc 
grosse coume un cabot. » de là Cabot, petit bateau, d'où 
Caboter, Cabotage, cabot, têtard, cabot, mulon de foin. 
CABOCHE, grosse tète, tête dure, d'où CAroceuiD, en Bray, 
entête. CABOCHIEE, bosseler la tête : « Je me heurtai la 
caboche et le pié. » ( Régnier. Sat. xi.) cabasser , cabosser, 
(Av.) se faire des bosses à la tête : « Les bergiers me ca- 
bassent. » {Pathelin, 75.) caiîoche, s. f. clou à grosse 
tête, et vieux clou dont il ne reste que la tête, cauoche, 
chou-pomme, en a. Cabbage, chou, en fr. Chou-cabus. 
CABoiJRET , s. m. féverolle. cabstan , cabestan , en a. Caps- 
tan, en isl. Capstern, litt. tête de poupe, en arm. Cabesir, 
en gael. Cabstar. Le radical Cab existe en fr. dans Cabus, 
Cabillaud , Cabasset , Cabochon ; la forme Cap , plus spé- 
ciale au lat, engendre en fr. Cap, en a. Cape, Caparaçon, 
Cape, Capeline, Chapeau, Chef, en a. CMef, Capitaine, 
en n. maritime captai>e, en a. Captain, Capelan, d'où 
le n. CAPELANIER, (T.-N.) bateau pour le capelan, avec un 
filet dit SALEBARBE , ctc. Le n. rattache à ce radical capet , 
cAPiAu, chapeau, copet, coupet, sommet, en a. Cop, cime, 
et Top, id. cAPET-TAGivETJx, S. m. la bardane, fleur en capi- 
tule, qui s'attache aux cheveux comme la teigne, cattiole, 
(Av.) coiffe à barbe flottante, pourCapiole, petite cape, 
en a. Cap, coiffe, casquette, capichin, capucin, en a. Ca- 
puchin, et Capuched , encapuchonné, en v. a. Capouch, 
capuchon , et carapoice est le bonnet des pêcheurs du 
Mt-St-M. CAPET , dans le sens ancien d'ornement de tête , 
en v. f. CJiapel , existe en n. dans le prov. : « Le maîte 
tcheu (chez) li met sen capet à la lessive. » caper (se), se 
cacher, se mettre sous cape, peut-être l'ét. d'ÉcAPER, 
échapper, cap-et-qdece , (Gr.) sign, le poisson tout entier. 
DÉCAPITER (se), selon L. du Bois, se dépiter, perdre la têle. 
A la forme Chap, qui donne le fr. Chape , Chapeau , Cha- 
pelle, Chapeler, Chaperon, etc., le n. rattache chaper, 
aller et revenir, comme les porte-chapes, chapet, chapiau, 
chapeau : il y avait à Saint-Lo la confrérie de Saint-Jean 
aux chapiaux, (Dubosc, sur Aigneaux, Mém. de St-Lo.) 
et GRANDS CHAPIAUX cst le nom pop. des Frères de la doctrine 
chrét. CHAPITREAC, (Av.) porche d'église, en Berry Chapi- 
tiau, non pas de chapiteau, comme le dit M. Jaubert, 
(Voc. du Centre.) mais le dim. de chapitre ; c'est là qu'on 
délibérait au moyen-âge. Toutefois en v. a. on disait Cha- 
pitrel, chapiteau. A la forme Che, qui forme le fr. Chef, 
Chefecier . Chevet , Chevance , Chevêtre (capistrum) , d'où 



— 112 — 

Enchevêtrer, Cheville, Cheveu , etc., le n. rapporte cnEViii 
(se), se rendre maitre, qui a vieiUi en fr., cheva'jnk, (Coût.) 
poisson, le meunier, en a. Chiven, cabilleau , gievètue, 
forme de chevêtre , cité par MM. du Mcril , comme partie 
d'un mouton de pressoir, dechevelé, échevelé, en v. a. 
Dischevelled , (Halliwell's Diet.) gievet , chevet, en v. n. 
Quevechel, traversin. En n. chef de ville, sign, principal 
village, et se pron. tchu-d'ville, et tête de pont dans Chef- 
du-Punt, commune de la Manche; Chefresne, ibid., sign., 
selon M. de Gerville, source de la rivière, de la Sienne; 
à Bay. rue du Chief-de-Ville, c. à d. de l'entrée; dans 
Wace : « El chief d'une vallée; » Chef-de-Caux-Sainte- 
Adresse, en v. n. Kidecaus; Chef-de-l'Eau, arrondissement 
de Rouen ; de Chef dérive le fr. Achever , conduire à fin , 
se chevir, d'où le v. f. Bonchef, succès, et RIeschef, insuc- 
cès, en a. Mischief. Il y a à Angoville une chapelle de 
Gratte-Chef. 

CARA, cet élément semble sign, tête, comme le gr. 
xapa, et entre dans Caracalla, manteau gaulois à capu- 
chon (CarachallamJi) , qui fut le surnom d'un empereur 
romain; Tabar était le manteau simple, cabafocce, grande 
casquette qui couvre la nuque , mot usité sur les bords de 
la baie du Mt-St-M. Cf. le fr. Carapace, caracot, (Gr.) 
justaucorps de femme, cahmoignole, carmagnole. L'esp. 
Caracol, limaçon, d'où le fr. escalier en caracol, d'où 
Caracoler , lilt, se replier sur soi , n'est peut-être pas 
étranger à cette idée de vêtement , de capuchon ; en n. ca- 
racot, petit cheval, carrique, s. m. grand manteau. A Val. 
au jeu de la Bonne femme caricaca, celui qui la représente 
a les yeux bandés ou la tête couverte , et devine combien 
on présente de doigts : a La bouenne femme Caricaca, 
combiin qu'y a d' dés là? » caliborgjnon , (Val.) borgne, à 
tête voilée, caliboniat (à), les yeux bandes ou la tête voi- 
lée. CARABAS, (Bay.) lourde voiture, en b.-l. Carabaga, 
machine de guerre : « Fecit approximare carabagas qui 
jaciebant lapides; » (Martenne, Thés, ii.) de là caius. ber- 
ger , parcequ'il traîne avec lui une petite hutte roulante , 
et comme on dit en N. : « Prêtres et bergiers sont sor- 
ciers , » cARAS sign, sorcier, galipette, s. f. bonnet. 
(Ch. Deslys, \q Mcsnil aubois.) Cf. Carimara de l'argot, 
guenille. 

CAR, rad. celt, qui sign, rouge et forme Carotte, Ga- 
rance. Carmin, et se trouve dans le 1. Caro, chair. Le 



— H 3 — 
n. ajoute à Carotte : cauotter (du beurre), le rougir avec le 
suc de carotte, et carotter, d'ailleurs fr. pop., duper; on dit 
encore : « Tirer une carotte. » c'est l'analogue de l'it, Pian- 
tar carote, dont le sens lit. conduit à l'idéee de séduction. 
cAROTTEim, faiseur de dupes; en a. Carroty, brun-roux; en 
N. on appelle les cheveux rouges : « Poil de carotte ; » on 
appelle encore carotïier, celui qui joue petit jeu, ou une 
joiîETTE. Quant à Garence, on le trouve sous la forme 
Warance : « Mesurage des guèdes , cendrez , vaude et 
warence , » (Arch. mun. de Rouen.) et dans le capitulaire 
de Villis : « Waisda, vermicula, warentia, etc. » Il y avait 
des Garcncièrcs en N., d'après quelques noms top.; on 
pourrait aussi trouver des Gaudières , Guedières ou Vai- 
dières . souvenir des cultures de guède et de gaude. Le n. 
corRBoi , terre argileuse rougeâtre , en bret. Konrrez et 
Courrez , terre glaise , qui se dit d'ailleurs dans le langage 
scientifique, est usité dans l'arrond. de Mortain, où St-Jean- 
du-Corail garde ce mot, comme dans l'Av., St-Jean-du- 
Corail des Bois. 

CARN, pierre, en celt., entre dans les noms de localités 
remarquables par leur sol pierreux ou par des monumcns 
druidiques, comme Carnac [ac, rivière), en Bret., Karnak 
en Egypte, et en N. Carneville, où il y avait plusieurs 
menhirs et dolmens. Carnet, Carneille; il y a, dans la 
Seine-et-Oise, la forêt de Camel, où est le mon. druidique, 
dit Pierre Turquaise , mot syn. de Sarrasin. C'est le Cairn 
de l'Angl., de l'Irl., comme Crewkern (Dorset); les Cairns 
sont des cercles de pierres, de vieux châteaux; on trouve 
Caern avec le sens de ville dans la composition , comme 
dans Caernarvon , la ville de l'eau , syn. de Carnac. Dans 
le Northumb. Kairn. sign, une pierre funéraire sur une 
hauteur. (HalliwelVs Diet.) Guernesey semble offrir cet 
élément, Cairn-See, mont sur l'eau : sa ville est très-élevée. 
Carnes sign, collines sacrées. Wace a donné l'ét. de York 
dans le R. de Rov, v. D^83 : 

E Verwic oui non Ebrawe, 
Ki primes fu kaer-Ebraw. 

Et Caer-Eden est l'ancien nom d'Edimbourg. V. eu Galles, 
Cardigan, Cardiff, Caermarthen, Caerpilly, Caerleon. Le 
Cairn , avec la pron. anglo-n. est devenu Cain , comme le 
Mont à la Caine, près de Cherb., comme la Caine, arron- 
dissement de Caen, Cainet, ibid., Cagni , ibid., peut-être 
Caban, Cahagnes, Cahagnolles, Cnni, Cannehan, Canon, 

T. I. 15" 



— H4 — 

Cauouville, Cauville, Cliagiii , Chahains, Chaigncs, Chai- 
gnolles. Une autre forme est Kejn, arete, dos de mon- 
tagnes : « dont nos ancêtres ont fait Cevcnnes , écrit Cefn 
dans le Diet, kymri de Davies , Chevin dans le Britannia 
de Cambeen , Cheim , en comique , Kefn dans les anciens 
livres armo., et dans la langue usuelle en Bretagne on 
pron. Kein. n (M. du Méril. Essai sur la form, du fr. 
^24.) Cevenne, dans le pat. du Jura, sign, une hauteur. 
Le Caer anglais et irl., le Ker bret. sign, ville, est commun 
aux marches bret. sous forme de Guer , comme Baguer- 
Pican et Baguer-Morvan (^van, hauteur, et mor, mer), 
(arrond. de Dol.) et Carfantin, ibid., litt. la ville de la 
fontaine. En N. cet élément devient Car , comme Caren- 
tan, pop. Querente, le Carbec, ruisseau du village, hybride 
celto-scand.; il y a aussi le Kerbec, près le Theil; il y a 
Quéron, près de St-Pair, et Cairon, près de Creuilly. Il 
y a Caer, arrond. d'Evreux, Carville, pléonasme celto-latin, 
Caervilla au J2e s. Ce mot s'adoucit en Cer dans Cérences, 
Cerisy (ville sur Sée, rivière : la Seule et l'EUe), Cercueils, 
Cerqueux , Cherencé , sur la Sée , les Chéris . Cheron ; il 
se métathèse comme dans Créances, Crêpons, Cresserons. 
CAT, chat, CATTE, chatte, appartient à plusieurs familles 
de langues, en bret. Qaz, en 1. Cattus, dont Catulus est 
le dim., en goth. Kalta, en a. Cat. On dit des personnes 
expérimentées qu'on veut tromper : « N'faùt pas traînai 
fétu d'vant vuus cat. » Les Anglais disent : « Qu'un chat 
regarde bien un roi , » et les N. : « Qu'un chien regarde 
bien un évoque ; » d'un petit objet à diviser entre plusieurs, 
on dit : « Ch'est eune soueris pouer chinq cats ; » on dit : 
« Amouereuse coume une catte. » De là le fr. Catin , s'il 
n'est l'abr. de Catherine. Il y a à Rouen la rue du Cat 
rouge. La famille n. de ce mot est très-nombreuse : ca- 
TAUD, sournois; catis, id., en v. f. Cateux, rusé; catefust 
(Vire), souricière, litt. chat de bois, anal, au pic. Cat en 
bos; cATEFiSTÉ (Bray), prudent, litt. qui a été pris au 
piège ; catmarin, le plongeon ; catiner, caresser comme un 
chat; CATIKER (se), se recoquiller, baisser les oreilles; catir 
et SE CATIR , se blottir ; cato^jner , chatter , en a. To kitten, 
id.; GATONS (à), à plat ventre, aller à catimiim, id.; catune, 
(Bay.) sourcil, cil; catcner, jouer de l'œil, comme le 
chat; cATouiLLiER, chatouiller, litt. flatter, gratter un chat, 
en a. Trickle; caton, petit chat, en a. Kitten; catons , 
chatons des arbres, en pat. a. Chats, en a. Catkins; cade- 
LER, choyer comme un petit chat; cat-huant. chat-huant . 



— Ho — 

duns I'Av. ceouA.N : « Le nez camus ainchin qu'un cahouen.» 
(Mîisc n.) Se catir se disait en v. f. : « Ele se quatil de lès 
l'un des piliers. » (Aucassin et Nicolcte.) Le fr. a gardé la 
l'orme dure ou n. dans Cataire, Catimini, Catir, lustrer 
une étoffe, la lisser comme une peau de chat. Le nom 
cyclique était d'orig. germ., T\bert{Dieprecht, bon voleur); 
il y a en N. beaucoup de Tibert , Tiberge , Teberge , et le 
nom cyclique du blaireau , Grimbert (béte fauve) est re- 
présenté par les n. pr. Grimbert , Gibert , Gibierge. (V. du 
Méril, Fable Esopique, ^05.) Il y a aussi des Pelchat , 
Pelcat, L'expression a. de Tomcat, un chat, opposé à 
She cat, une chatte, montre que Thomas était son prén. 
en A. Nous ne lui en savons pus en N. Pour itAMiNACRonis, 
V. Ramon, aux On. En argot Chat, geôlier, Chat fourré, 
juge, greffier , Chatte, écu de six livres. 

CHER, s. m. botte de chanvre ou de lin, en bret. Kerr 
et Coarh; de ce dernier se rapproche plus le cois du Bes- 
sin, paquet de chanvre roui cité par Pluquet; de là cheret, 
rouet , cité par Lallemand dans la Campénadc : 

Pauvre cheret qui, dans des lemps heureux, 
Filois mes amours et ma laine. 

Le v. f. disait Charrel, le b.-l. Cherium, (Diet, roman de 
Dom Fr.) en bret. Qarr, Qerry. cheuet, choiret sign, en- 
core un morceau de mauvais linge; Cherain en pic, sérain 
et serançoir , ou carde pour préparer le chanvre , et Che- 
raincer, séraner. Dans l'Av. cher s'adoucit en cer. Il y a 
peut-être un lien entre battre le chanvre et battre le 
beurre; du moins chiraiine sign, baratte, en rouchi Che- 
raine, en a. CJmrn; seuaoes (Pluquet), vases à lait. Il y 
a en 13. -N. un chant pop. : 

Ch'est la fille à marraine, 
Qui fait dans la cbiraine, etc. 

COAN , s. m. espèce de pot de terre , selon Pluquet , 
Essai hist, sur Bay., peut-être primit. pot à crème, du 
bret. Coëvenn, Cohen, Coen, crème. 

COMBE, vallée, Cumba, d'après Festus. en gr. Ku[j.go;, 
cavité, en bret. Can, vallon, commun dans les dial, du 
midi. Nodier a illustré les Combes de la Franche-Comté. 
Cette syll. Cam indique en gael. une courbe, Camus, une 
baie, en gr. id., xa[i.<}oç, et xajxapa, voûte, en 1. Camera, 
chambre. Ce mot existe en N. sous la forme de combe et 
de cambe : la Cambe-cn-Auge , la Cambe-le-Marais (apnd 
cambas), Cambes, arrond.de Caen, Camembert, Combon, 



— ^^6 — 

{fiombonium , -H*-- s.) Gommes, arrond. de Bay.. Com- 
meaux, Cambernon, Cambremer, Cambrccourt, les Cam- 
brettes, village près d'Harfleur, Cametours (torp, village), 
Chambray (Cambreium) , les Chambres (Cambrœ) , Com- 
brai (Combraium) , Chambine , Chamboy , Maucombe , 
arrond. de Neufchâtel. La forme bret. Can existe dans 
Canisy (Cam-See, vallée de la rivière, la Vire) , et Fécan 
(Fiscannum), la combe du poisson ou des pêcheurs, Cani, 
près d'Yvetot. Les Combes sont communes de l'autre côté 
du détroit; il y a dans le Devon Combe-Martin, Wivels 
Combe ; Cambridge , etc. On les trouve presque partout : 
identité entre le Cambden d'Angl. et le Kempten de Ba- 
vière (Cambodunum) ; sur les bords de la Seine on trouve 
Chambre, comme les Chambres de l'Av. et le dim. : « La 
chambrette de Porqueval jusqu'à la chambre au leu. » (Ch. 
de Beaurepaire. Vie. de l'Eau, -179.) Combe est resté dans 
l'a. Comb, vallée; Comb se dit encore en irl. et en pat. a. 
( Halliwell's, Diet.) Par le rapport de la vallée et de son cours 
d'eau , on peut rattacher à cette famille le Cam ou riv. de 
Cambridge, la Canche etleCanchon, riv. de Mortain; il 
y a une Cance à Annonay; la Canche (Aira) est un gra- 
men des terrains bas et humides. Ecos en Vexin est appelé 
Scancius par 0. Vital. Ambe , ruisseau , des Gloses de 
Vienne est une forme de Cambe. Aussi quelques riv. n. 
portent ce nom ; selon les chartes de Savigny, cette ab- 
baye : « Cingitur tribus aquis Chamba . Chamberna et 
Nigra aqua... Aqua quae dicitur Camba... Chambesneta flu- 
violus. » Le Grand Andely est situé dans un val arrosé par 
le Gambon. L'argot appelle Combrousier le paysan , et 
Cambrousse, le voleur des campagnes, litt. Rousse des 
Combes. Quelques-unes de nos Cambes pourraient bien 
représenter des brasseries , en v. f. Maières : « In Ulteriori 
portu 50 mansuras et 6 cambas. » (Delisle. Et. 482.) 
« Apud Augum decimam de la maiere. » (Ibid.) 

CONDÉ, terrain dans l'angle formé par deux affluens; 
c'est la position des Condate des itinéraires rom.; c'est le 
syn. celt, du 1. confluent devenu Conflans, Confolans 
(conflnentes), en fr., Coblentz, en ail. Il y a plusieurs 
Condé en N. : Condé-sur-Noireau , Condéel , léproserie du 
Cinglais , peut-être Conteville , Condé-sur-Iton ; c'est à ce 
dernier lieu que M. Le Prévost place le Condate de l'Itin. 
d'Antonin. V. Walcknaer. Géog. des Gaules, i, 383.) 

COTTE, chaumière, du bret. Coet, bois; une orig. isl. 
est possible. V. Orig. scand., et c'est sans doute une ra- 



— il7 — 

cine priniit.; en a. Cot, Cottage, cliaumiùre, et Colqucan, 
mari qui s'occupe du ménage, jocris.^e, litt. reine de la 
cotte. Le Coesnon est appelé IJnda Coetni par G. le Breton. 
(Avr. mon., n, 468.) Il y a d'autres Coesnon; un lieu jires 
de Brest est dit Coesnon, (V, Walcknacr. Géog. des Gaules, 
I, -102.)coiSEL (moulin à), mot sur le ?cns duquel IM. Delisle 
est resté incertain, (V. Études sur l'agr. en N.) et qui sign, 
dont les roues sont à auges, se rattache peut-être à ce mot, 
en bret. c'est Koajel. De Coet vient le fr. Cotret, peut-être 
Colir, meurtrir; de là les paysans dits Cottereaux , et 
Cotterel, n. pr., de CottereUus, piéton et brigand. 

COULINE, GOULiisE, torche de paille, usité en v. f. : en 
bret. Goulou, lumière, Goiilaouen, luminaire. On chan- 
tait en N. le jour de l'Epiphanie, en brûlant la mousse des 
pommiers avec des torches : 

Couline vaut lolo, 
Pipe au poumier, 
Giierbe an Loisset. 

On disait aussi cou.NErTE ou i LAMiîARi. (E. de Beaurepairc. 
Essai sw les Ch. pop. de N. ^4.) A Val. la chasse noc- 
turne aux oiseaux se fait avec le iîave^et (filet) et la cor- 
LiiNE. Il ne serait pas impossible qu'il y eut du rapport entre 
ces mots et le bret. Col, chou, on fait llamber les tiges de 
choux desséchées; quoiqu'il en soit, Col, chou, existait 
en V. n. : « Je men soucie comme fueille de col. » (R. de 
Rou.) Eq pat. a. Cole, chou, (Halliwell's Dkt.) d'où le fr. 
Colza et Brocoli. Ajoutons le n. chouieiv, marchand de 
choux. 

COURT, s. f. terme de la top. de B.-N., qui désigne 
la terre seigneuriale , attachée au manoir ; les grandes 
terres de l'arrond. de Val. sont appelées Court : la court 
de Mandeville, en orlhog. admin. Magneville , la court 
d'Huberville, etc.; ce mot congénère du lat. Hortns, du 
scand. Gort , Gard, de l'a. sax. Ileort , d'où Wort et Or- 
chard, existe dans l'a. Cort, cour, et dans le celt. Cort, 
habitation. Il y a des rapports entre son dim., Cour! il et la 
Haia, puisque ce dernier mot a été trad, par Courtil. [Rcch. 
sur le Dom'sday, [ar d'Anisy et de Ste-Marie.) Le Court 
était en plein usage au commencement du ^ |e s., comme 
on le voit par le remarquable Dotalitium du duc Richard 
-en faveur de la princesse Adèle : « Concedo curtem de Ver 
super fluvium Scnœ... et super eumdem fluvium curtem 
quae appellatur Cerencis... concedo curtem supra marc 



— 118 — 

(|U9c elicit ur Agon... cum curte quae dicitur Moion , etc. » 
(Ap. Acheri Spicileg.) De ce radical celt, et scand. vien- 
nent quelques derives n. : courtil , jardin potager , très- 
usité dans l'Av., d'oîi le fr. Courlillère : 

Toutes fois moy et mon jardin 

Nous différons en une choze, 

Je me vueil abreuver de vin 

Et d'eau noslre courlil s'arroze. (Vaux-de-Vire.J 

Il y a à Av. la rue des Courtils , et dans l'arrond. la com- 
mune de Courtils. Ce mot prend la forme Costil dans la 
top., et se disait autrefois comme nom commun : « Costil- 
los de Petit Duit — unum costillum quod est inter masu- 
ram Muriel de Valle. » (Delisle. Et., 485.) Il y a des 
familles le Courtillier, le Courtier, etc., et à St-Lo cour- 
TiLLiER sign, jardinier. La famille pic. et sans doute liaut- 
n. de ce mot est plus nombreuse : Cortil, jardin, Courtil- 
lage, réunion de courtils, Courtiller, marauder dans les 
jardins, Courtin, petit jardin, Courtiner, jardiner, Cour- 
tinier, jardinier , Courtaine, s. f. l'aménagement de deux 
jeunes époux. ( Corblet. Gl. pic.) 

CRAU, s. m. (Gl. n.) grouet, gros gravier, et aussi les 
pierres tendres du lit d'une carrière , qui se pulvérisent et 
deviennent de la boue, d'où grau, grou, s. m. boue 
liquide, en a. Grout, sédiment, mortier liquide, crois, 
pierraille, peut-être contr. du n. gravois, gravier, crau 
vient primit. d'une on. d'écrasement; on dit Crag en bret.; 
on connaît la Crau ou delta pierreux du Rhône; en gael. 
Creag, en irl. Cruach, en v. f. Crau, pierre tendre. L'a. 
dit aussi Craiv, en pat. a. Crag, qui, dans les comtés de 
l'Est, sign, dépôt de coquilles fossiles. Crag, en celto-a. 
ou, comme dit Cambden, en bristish, sign. : « A rough 
steep rock ; » aussi Crag et Craig, en a. sign, un rocher. 
En b,-l, Cravum, champ pierreux : « In cravo sive in agro 
lapidoso. » (Ap. Ethnog. gauL, 249.) Grauval à Jobourg. 
De Craig vient le fr. Grès, Grison; le terme cAlE.^x^E, 
r.AYEs, d'où Quai, se rattache sans doute à ce radical. 
V. cAiEMNE. Il y a peut-être du rapport entre grau , boue 
liquide, et les Crosa, Crosum, Crossa, Crotum, du b.-l., 
que du Cange traduit par lacuna, étang, d'où vient le fr. 
Creux; on peut retrouver ces formes dans les noms top. 
n. : Croci (marais de la rivière), Crodala (de la vallée), 
Croisi, Croisille, Crouai , Croville, Croth, Grois, Gros- 
mesnil, Grosbois, Groville, dont du reste il faudrait avant 
tout connaître les formes anciennes. 



HO 



DALE (de saumon), ce qu'on appelle généralement 
l>arne de saumon, du mot gaulois Dam, portion. On a 
cru trouver cet élément dans Darnetal , le nom d'un bourg 
près Rouen , d'un village d'Auge , et de l'emplacement où 
sont situés l'église , le pont et le moulin de St-Pierre de 
Caen; il est plus probable que ce mot est Tarn, rivière, 
étang, resté dans l'a. Tarii. Quant à dale, sa forme est 
plus voisine du scand. Dale, portion, en a. Deal, d'où 
les DEi.LAGEs du Bcssin , et dont Dam est la forme celt. 
V. DALE aux Orig. scand. 

DIOLEVERT, signalé par MM. du Méril, (Diet, du 
pat. n.jk Coulances, dans l'arrondissement duquel nous 
n'avons pu le trouver, et dans l'Orne, par L. du Bois, 
(Gl. n.) entremetteur de mariages, que MM. du Méril 
tirent du bret. Didalvez, vaurien, fainéant; toutefois ce 
personnage s'appelle en Cret. le bâton de genêts , Bazva- 
lan. A Av. cAucnE-NÈRE (chausse-noire), par allusion aux 
prêtres; dans l'Orne on dit encore BADOcnE, kadociiet. On 
dit encore pop. Ambassadeur, que l'on a tiré de VAmbacius 
celt, cité par Festus : « Ambactus apud Ennium lingua 
gallica servus dicitur, » [Essai philos, de M. du Méril, 
206.) mais qui est V Ambagiator des Chartes. Le nom pop. 
du faiseur de mariages dans l'Av. est scand., Trucheman, 
litt. homme de confiance (truth-man); c'est le fr. Truche- 
ment. V. Man à l'art, des Orig. scand. 

DOLENT (champ), ce nom de champ est comnmn dans 
l'Av. et la Bret. fr.; ainsi on connaît à Dol le beau menhir 
du champ Dolent. C'est le bret. Tal, élevé, qui est devenu 
Dol, table, d'où Dolmen, table de pierre. Ainsi s'explique- 
rait le Mont Dol, la ville de Dole. ChenedoUé (Calvados), 
était autrefois Camdol, champ élevé ou vallée élevée : ses 
étangs sont desséchés. 

DOUE , s. m. au nord de la Manche, doué , au sud , 
lavoir, du rad. Dour, eau, qui est dans tous les pays celt, 
depuis l'Espagne où Dora sign, rivière, jusqu'en Ecosse 
où Door a le même sens. En bret. Dour, eau. Cf. l'Adour, 
le Doubs , la Durance , le Douron , la Dordogne , la Dore , 
etc. Dans la région pyrénéenne , ce mot est un nom com- 
mun fém., et dès-lors on devrait écrire La Dour, et le 
Mont-Dore. Cf. le gr. uSwp , eau. En N. nous avons la 
Durance . à St-Floxel en Cotentin , appelée Durix et Du- 



— 120 — 

ronna dans la vie de saial Floxel, Durcé (Orne) et Ducey 
(Manche), Duclair, sur la Seine, Duroclamm , Douvres, 
Dovera, Dobra, Douville, Doubrend , Vaudeuvre; il y a 
aussi la Durance, Droentia, affluent de l'Orne à Pont- 
d'OuilIi; l'Orne elle-même se trouve sous la forme Odorna; 
le Du, rivière du havre de Surville (Manche). II y a dans 
le canton de S. G. de Vievre en N. une petite rivière dite 
le Dour, à Condé la Dourance, la Dourdan que Siapleton 
nomme Guiteflida, nom scand., la Drome , sans doute 
pour Douronne , dont on dit : « La Drome , a chaque an 
cheval ou homme. » Il y a une Dronne dans la Corrèze. 
(V. la carte de l'ancienne N. de Siapleton.) Le pont de 
l'Arche paraît-être le Breviodurum (pont de la rivière) des 
anciens itinéraires sur la voie de Juliobona (Lillebonne) à 
Noviomagus (Lisieux); on reconnaît Bay. dans l'ancien 
Augustodurum; Leurre, près du Havre, se disait Lodo- 
rttm au ^2e s. Douvre, près de la Délivrande, est situé sur 
un ruisseau dont la source s'appelle Sources de Douvres; 
D. Huet rattache à ce mot Troarn, situé sur la Dive; à la 
limite n. Dreux, Durocassis. L'A. a aussi presque en face 
de notre Douvre la ville de Douvres , mot que Cambden 
rattache au Dour celt., et Durovernum (Canterbury), Du- 
rocortum , etc. , et Halliwell donne au pat. a. Douer le 
sens de grève sablonneuse. En A. Andover (litt. l'eau), et 
en Irl. Landovcry. Le pléonasme Rivière de Dour , de 
Douve, etc., est très-fréquent; de même dans sa lettre au 
Sénat, ap. Sallusle, Pompée appelle le Guadalaviar « Flu- 
men Durium, » et de même en Ail. Durbach (bach, rivière). 
Dour en prov. a engendré une nombreuse famille, Douiro, 
urne, Douit, canal, Dourcado, cruche, etc. Ce radical 
engendre aussi un bon nombre de mots en n. : doue, s. m. 
(Val.) lavoir, par ex. le Doue Salmon; douet, (Av.) id,, 
ailleurs doui , dou , à Guern. doint , à Caen doi : « Usque 
ad doet Hcrberti; » {Establ. des N., U.) en bret. Douez, 
fossé; en v. f. Dois: « Loutre... les poissons fait en la 
dois mucier; {G. Le Loherain, i, 264.) de là le dim. 
topog. le Douetil, les Doitils, le Doitel : « Niger Doitel- 
lus. » On dit encore en topog. n. la Doitée. endoieter , 
mettre dans un douet : « Endoueter le lin. » douve , large 
fossé plein d'eau, plus probable de Dour que de l'isl. 
Diup, profond; en v. f. Dove: « D'ici qu'az doves des 
fossez. » DOUVE (grande et petite), Ranunculus lingua et 
R. Flammula, renoncules des marécages, dangereuses aux 
bêtes ovines qui sont dites rouvÉES, quand elles en sont 



— 121 — 
malades. On peut tirer de Dour le fr. Douve et Douelle, 
qui n'est pas contr. dans le n. doutelle, petite douve de 
tonneau, comme en v. f. Douisil, sign, canelle, robinet, 
ce mot conduit au fr. Douille, et comme on disait en v. f. 
Doualle, conduit , on obtient le n. dalle , aqueduc , en 
fr. large pierre. Dour, eau, en armor. Divera, couler, en 
irl. Dob, rivière, en éc. Dibhe, liqueur, d'où les riv. Dee 
et Dify, a formé les riv. n. la Dive, la Divelle , Dielette. 
Dour a subi beaucoup de métamorphoses. Il est devenu : 

\o OCR, et sous cette forme il entre dans plusieurs noms 
topog. n. : Urville (pour le peuple Ourville), Ourville, Ou- 
ville, dite la Rivière, l'Ouve, Ponl-d'Ouilli, la riv. d'Où, 
l'ancien nom de l'Epte, le comté d'Eu (Augus), le pays 
ClK\iqq(Au(jus), l'ïïuyne (Orne), sans doute prim. l'Ouine; 
il y a une com. d'IIuynes dans la Manche, sur la Sélunc; 
la Touques (T-Aulga) et la Tau te. 

2° Sous la forme aur, or, il nomme l'Aure, riv. de 
Bay., l'Orne (Olna), Orival, (S. -Inf.) Orville, Orbec, Or- 
bois, Orglandes, Ormesnil, Orval, l'Orbiquet, le Loreur, 
Lorei, Lore, l'Yère, Eora, entre Eu et Dieppe. Aure entre 
dans le nom primitif de la forêt de Brotonne sur la 
Seine : « Arelaunensis silva , Fiscus Arelaunus , » où les 
princes mérovingiens avaient un palais pour les plaisirs de 
la chasse; mais le nom indigène était Brotunh , comme 
il est dans la charte de G., comte de Talohu... St Wan- 
(Irille avait les églises « Wativillœ et Brothonii. » {Rolls, 
préf. I, 154.) Cf. Arelate. Arles. 

3° Auiî, OR passe à om, d'où l'Oir, qui nomme le Val-d'Oir, 
à Ducey, VEora, auj. l'Yère, le Mauloir, la Gloire, près 
Val., l'Oison , affluent de la Seine, Orval (Manche), jadis 
Oirval : « Gels de Sole e cels d'Oirval , » (li. de lion.) 
rOdon , jadis l'Ouldun , l'Ouai , affluent de l'Orne , l'Oon 
(Ulduiius). 

4o AUR modifié en euu, dr donne l'Eure, dont le nom 
pop. est Ure, que Voltaire a mis dans la Henriade. (Cf. 
l'Eure, Urœ Jons, affluent du Gard, Walcknaer, Gcog, 
II, 180.) rUrou, sur l'Eure, VUldra, auj. le Merdret , 
(Val.) Eurville (Dieppe), l'Avre, affluent de l'Eure, l'E- 
vron, affluent de la Sélune, Leure, près du Havre, Eu- 
vrecy, Evreux; ces derniers mots conduisent à la forme 
Ebre, visible dans Ebron, Epreville, Yvry. Ibreium, Irai 
(Orne, eaux minérales), Irreville, Evreux; ainsi, l'on a 
tout à la fois, dans trois divers pays, Ebora, Evora, Ebo- 
racum, York , et Ebroicx , Evreux. 

T. I. i6* 



— ^22 — 

5o Modifiés en air, les élémens précédens enfantent 
l'Airon, Airel, (St-Lo) Hairel, (Gr.) l'Airou, l'Aron, i'Ai- 
rette , le Lair , le Laise , le Laison. 

6° Par l'affinité des liquides , air devient EUon , l'Elle , 
comme l'Ellé et l'Ille en Bretagne, (Cf. aussi l'Isle (Ella), 
affluent de la Dordogne) l'Eaulne (Helna), Tellœ, nom de 
la Bethune au 7^ s., et entre ainsi dans Andelle (Indella) , 
Andely, Lastelle, Helleville, et peut-être Rouelle (Havre) 
et Rouelle sur Égrenne , et S, G. de Rouelle , dans Cor- 
celles, sur la Seine, EUecourt, Elletot, Lillebonne {Elle- 
bona et Juliobona) , Lilletot, Lilli, et peut-être la Bresle. 
La Bélhune était dite Tellœ, d'après une charte de 672. 
Un nouveau groupe est produit par un changement qui 
n'est pas sans exemples , l'aspiration v ; ainsi printemps , 
eap, Ver; etSsw, Video; l'ail. Èrenglas, verglas (litt. verre 
de terre). 

7o AIR et ELLE , avec une simple aspiration , deviennent 
VER et WELL ; ainsi Elbeuf (Wellebue), Rouelle, {Rodwelle. 
L. du Bois, Itin. de N., 557.) la Veule (Waiohim), et 
peut-être Cailli , du moins St-André de Cailli s'appelait 
Ria S. Andreee, riv. de St-André; de même Cailleville, 
Caillouet. Ainsi les innombrables ver : Ver, Vire et Vi- 
renne, Verence et Berence, Varenne, la Vère, affluent du 
Noireau, la Verette, à Segrie (Orne), le pont de Vère, 
Louviers (Leucoveris), Anvers, (Alvers, ^2e s.) situé sur 
deux rivières. Fervache sur la Vire, Berjou {jou, hau- 
teur), dont , sans doute, Berou et Barou sont des contrac- 
tions. La liste de l'Abbaye de la bataille présente en un vers 
plusieurs dérivés n. de cette famille : « Vernon, Verland, 
Verlay, Vernois, Verny. » Ajoutons par métathèse le Vre- 
tot, Vraiville, Epretot, Epron, Evron. Il faut rattachera 
ver le fr. Verne, fV. aln.) en bret. et en kymri Gwern, 
aulne et marais. Varech, jadis Verec, en n. vrec, ainsi 
qu'en a. Wrech\ V. du reste ce mot aux Or. scand; le n. 
VERVA, s. m. flaque d'eau boueuse. V. aux Or. on.; le fr. 
Vaudevire, signalé dans Vlntr. à \a. Poésie pop., pour lequel 
il faut ajouter ce témoignage de Bourg, de Bras sur l'au- 
teur des Vaudevires : « Du pays de Vaudevire partent et 
tiennent leur nom ces anciennes chansons , que le vulgaire 
mal à propos appelle Vaudevilles, desquelles fut auteur 
un 01. Basselin , duquel n'en faut ravir l'honneur et cecy 
tiens-je d'un docte et rare seigneur. » [Cosmog., i, -H9.) 
Ver est ainsi désigné dans le Dotalitium d Adèle : « Gur- 
tem que dicitur Ver super fluvium Senœ. » (la Sienne.) 



— 123 — 

On peut ajouter : Ver-sur-mer , Verbois , Verbose , Ver- 
clive (litt. coteau de la rivière), Yeret, Vergoncey, Ver- 
nay, Verson, Veli {Verleium, -H86) Virey, Viron, Mont- 
viron , Viroiival , Virville , Briovère, l'ancien Saint-Lo. De 
Ver vient verhaule, s. f. (Bay.) cours d'eau, courant de la 
rivière, thalweg, un hybride comp. du scand. Hole, creux; 
en V. f. Fer, vallée. Comme le peuple en gén. et le N. en 
particulier ne prononcent pas Vr final , ver devient la Vce 
à Bagnoles, la Vée à Vimoutiers {Vimonasterium , litt. le 
moutier de l'eau), la Vie à Livarot, Vieville , Etouvi sur 
la Vire ; il y a en A. la Wye , et en Galles la Vye. Par un 
échange qui se remarque de Vadium à Gage , du fr. Vail- 
lant à l'a. Gallant, de l'ail. Waso au fr. Gazon, de l'ail. 
Varg, loup, au fr. Garou, etc., Ver devient ger, comme 
Ger (Mortain), Gerville (Coût.). Cf. Le Gers, Le Gard. 

8° L'aspiration s'exprimant aussi par S, comme dans le 
passage de uttvoç ù Sommis, le F s'échange avec S. pour 
pour produire sée, radical très-répandu, en goth. Saiw, 
en a. sax. Sœ, en ail. See, en scand. See, en esp. Sio, 
en a. Sea, mer , d'où la Sée et la Selune, riv. de la baie 
du Mt-St-M., la Sie, d'où le Valdecie, la Fosse Sous-Sie 
près Bay. où se perd l'Aure, Céaux sur la Sélune, la Scie, 
près Dieppe , la Sège , la Sève , la Sinope , la Sienne , la 
Seine, le Senillon, la Saane (Sedana), la Sennevière, la 
Seule , la Saire : « Ad oram Sarœ , » dit G. Jumiège , la 
Sorde, d'où Sourdeval, la Sèvre, la Soûle, d'où Courseul 
(sur la Soûle), et dans les finales, surtout dans l'Av. : 
Precey, Aucey. Sacey, Brecey, etc., et comme préfixe 
dans Celland (Séland) sur la Sée, Serlande sur la Seine. 
La forêt de Sessiac, Sessy, Sciscy régnait le long d'une 
côte baignée par la Sée. 

90 La forme saire, sara, conduit à thar, riv. de l'Av. 
et au Thara de la grande charte du Conquérant sur Cherb. , 
où est cité aussi le Tharel : « Dextram alam crassi piscis 
de werec a Tharello usque ad Tharam fluvium. » (Ap. 
Mém. de Cherb. ^852, p. K2.) L'affluent du Thar de 
l'Av. s'appelle leTharnet; Lithaire {Lnt/iara, Luiehare), 
semble renfermer cet élément; Il y a encore la Tarenlaise, 
Tirpied pour Tarpié {Pié, hauteur). Il serait possible que 
Thar fut le même mot que Saire , prononcé à la manière 
septentrionale ; cependant une et. scand. est possible ; 
N. Warsaae signale le Tarn a. étang, comme scand. en v. 
a. Tarne. Cf. Tournai, {Tarneium, ^2L■ s.) et le monas- 
tère Pentalœ, litt. cap. de rivière. 



— ^2^ — 

1 0° Enfin, Doi u se change par affinité en couii, comme le 
bret. Gouër, ruisseau, enn. Gourfaleur {fall, chute), Gorey 
à Jersey, Goury (Hague); cette forme conduit à Gavre, deve- 
nu Gave dans les Pyrénées , où Neste est son syn. et aux 
formes n. : Gavrai , dans la vallée de la Sienne (Gabreium 
et Wavreium). le Cavron, près de Pirou, Galdreflogiœ , 
(12e s.) auj. Vaudelages, Gavrus, (Calv.) peut-être Gau- 
ville , Gouville et Guibray ; de ce dernier lieu , célèbre par 
sa foire, est venu guibraie, s. f. cadeau de foire; l'Avre, 
affluent de l'Eure , sert de transition entre le groupe evre , 
EBRE , et le groupe des gavre ; de là sans doute Vauvrai , 
Vaudreuil , Vaudreville , Vaudre , Vaudrimare , Vaudri- 
mesnil. On pourrait rattacher à ces derniers mots le celt. 
Vand, eau, resté dans la riv. de laVandelée, Brevands (gué 
de l'eau), Wandrille, Vandes : « Venda in centena sagiensi, » 
(Chron. de Font, du 6^ s.) Tallevende, Bavent (Bathven- 
tum), Vendœuvre, la Vanne. Cf. les Vienne (Vindobona). 
De VAND vient peut-être vendoise , s. f. poisson , espèce de 
dard de la riv. d'Oise : « Je nai vaillant une vendoise. » 
(Barbazan. Fabl. et Cont., iv, 480.) Cf. l'Ante, la riv. de 
Falaise, et son dim. l'Andelle, etc. Tala, en celt., rivière, 
dans les chartes Talohu sign, la rivière d'Où ou Eptc, dans 
le comté d'Arqués : « In fluvium Tellas... in pago Tellau. »> 
O. Vital dit que Tala est l'ancien nom de la rivière Dun ; 
de là Talle, Taillemoutier , Taillebourg, la Taille (eaux 
minérales), Taillebois, Taillebosc, Taillepied {pié, puy, 
hauteur), Tailleville, Tallevende sur la Vire, etc. 

DRAGUE, s. f. (Guern.) marc de bière, drèche, orge, 
en irl. Braich, en a. Dregs, lie. drage, (Av.) drèche. dra- 
GIE, s. f. grain concassé qu'on donne aux bestiaux; c'est 
de ce grain farineux que vient le fr. Dragée, diîache ("T.-N.) 
résidu d'huile, droue, (Av.) espèce de brome, Bromus 
ttbper, qui gâte les blés, en v. f. Droe, ainsi dans le R. de 
Courtois d'Arras : 

Mais mon pain resamble becuit, 

11 est fait d'orge ou de droe. 

Peut-être se rattache à cette famille , qui repose sur une 
on. de craquement, un mot de la H.-N., très-employé dans 
la Muse n. : dragler , boire beaucoup , draglecx , buveur ; 
on buvait autrefois beaucoup de bière en H.-N. 

DUN , hauteur, en bret. Dunenn et Tunenn, usité en 
suffixe, Dunum eX Tonium , comme Augustodunum , ou 
Bayeux , Moritonium , ou Mortain , et Crociatonum . que 



— I2j — 

M. (le Gcrville met à St-Cômc. hauleur sur le Penesme , 
(penitissimus?) ou le fond du bpssin de l'Ouve. Cf. le gi\ 
Bouvoç, hauteur, dun a donné au fr. Dune, Dunette , à l'a. 
Down, et Town, ville, en a. sax. Tun; en pat. a. Down, col- 
line, et dans le Northumb. banc de sable. (HalliweU's Diet.) 
Toutefois Down en a. Den en sax. Dale en scand. sign, 
vallée, le bas, peut-être par suite de la confusion de deux 
idées différentes , mais dont les objets se touchent en réa- 
lité. Ces derniers se rattachent au sanscrit Dhoon, au 
russe Z)ow, etc.; aussi Jacquemont (Lettres, t. i, p. 2j9.) 
fait-il remarquer le pléonasme, d'ailleurs universel en 
topographie , que font les Anglais dans l'Inde en disant : 
« The valley of the dhoon ; » c'est la superposition cons- 
tante du terme de l'envahisseur sur un terme synonyme de 
la langue de l'envahi. A l'a. Down se rattache To clonse, 
plonger. En N. Dune est très-usité pour tous les rivages 
sablonneux , et subsiste dans la topog. comme dans Don- 
ville, situé entre des dunes, et une hauteur, dans Ducey 
(hauteur de l'eau), en A. dans Morelon (Cornwall) et 
Moreton (Dorset), dans Mortain [Moretonium, W'^ s.) 
(l'éminence des mores, V. ce mot), dans Saane (Sedana), 
lilt, la riv. de la hauteur, dans la Dourdent , même sens , 
et DUi\, rivière, est représenté par le Dun (Yvetot), Saint- 
Martin-Don (Vire), l'Oudon (Uldunus), l'Oon , l'Ouve 
(Unva) riton, près d'Evreux. Nous avons notre Londres 
(lun-dain, eau-hauteur) dans Londinières en N. haudune, 
roseau des sables. Quant à l'a. Doicn, duvet, d'où nous 
avons Edredon ou duvet de l'Eider, il vient sans doute 
d'une racine celt., Dum, duvet, en bret.; mais aussi Dmm 
existe en dan.; le premier donne au n. deimer, perdre sa 
plume, son poil : « Le cat deume. » pumet , poil ou plume 
qui tombe, deumet, gazon fin des sables maritimes, iedmer 
sign, encore couvrir de poils ou de plumes : « Vot habit est 
tout deumé. » Aussi Dun, dans les chartes n., sign, duvet : 
« Stramen ad usum thalami mei et cultam de dun. » (H 20.) 
i)€r< s'est conservé en ce sens à Guernesey. Cf. le 1. Dumus, 
bruyère. Le fr. Duvet vient de Tiifetxim, dérivé de Tufa, 
plante soyeuse des marais. 

F 

FO, fou, Fol en bret., Ffol en kymri, et on lit dans 

une lettre de W., abbé de St-Romi : « Pra?tereo quod in 

ipsa civitate S. Remigii follem me verbo rustico appel- 

lasti. I) {Analecta, i. 257.) folletie, (Av.) l'arroche. iolier, 



— ^26 — 

folâtrer, on v. f. Foler : « Si folerent el les ydoles aoure- 
rent. » (Best divin, v. 1544.) affoler, devenir fou. Comme 
une autre et. est possible , V. les Orig. scand. 

FAINTIR, défaillir, et saiatir (Val.) ; on dit d'une per- 
sonne qui lâche les objets qu'elle tient : a Quiqu't'as , tu 
saiûtis. » Ce mot paraît venir d'un rad. celt., du moins 
Fainne en éc, Faine en irl., en bret. Fatein, sign, lan- 
gueur , et en a. Faint sign, défaillir. Le v. f. avait Fain , 
faible : « N'en poi mangier tant ert le mien cuer fain. >< 
.{Berthe aux gr. pies, str. 49.) 

FANGUE, fange, en arm. Fancq, boue; Fane en prov., 
Fanfjo en it. et en esp., Fane en v. f.; du reste, en isl. 
Fen, en goth. Fœni, en a. Fcn, marais. Cf. le 1. Fimus. 
FANcuEux , fangeux ; il y a une commune dite Fongueuse- 
mare (Havre), et dans les Vosges on appelle Fangs les 
marnières tapissées de mousse, fanguier (se), se plonger 
dans la boue. A cette famille appartient le fr. Fiente en 
n. FIANT, d'où FiANTER, cu a. Fiant S , la fiente des bêtes 
de chasse ; en v. f. Fien : « Chascun y va curer le fîens el 
dur et mol. » (Le conte des Vilains de Verson, v. 38.) fé>er, 
faire de la fiente , d'oii se rapproche vèner , vesser. fiam- 
BEYER, fumer la terre, aux marches bretonnes, et le fumier 
s'y appelle fiambat. Nous rattacherions à cette famille 
fifotte, (Bay.) frai de poisson jeté à la côte, et dont 
on se sert pour engrais; M. de Gerville appelle fifote 
l'astérie ou étoile de mer, avec laquelle on fume les terres 
dans le Calvados. Ajoutons troo-figaon, derrière, qu'on 
trouve dans le Motjen de parvenir, (r, -105.) en argot 
Fignard. Nous croyons que par un échange qui n'est pas 
commun, mais existe entre 8u[ji.o; et F^m^s, Frelaté et Trans- 
latus, Fangue est devenu tangue, sable des estuaires, 
différent du sable de mer et qui est très-recherché comme 
engrais, d'où tanguer, remplir de tangue, tanguiêre, lieux 
où l'on prend la tangue : la Tanguière de Moidrey, de 
Courtils, etc. tangoir (chemin), par où l'on va aux tan- 
guières , tangueur , celui qui charrie de la tangue. On 
trouve mention de la tangue dans le -12e s. : « Excepta 
tanga, » (Charte de -1 192.) ainsi que tanguière : « In tan- 
garia mea. » (H98.) Toutefois un trouvère contemporain, 
G. de Saint-Paier, moine au Mt-St-M. n'emploie que 
« Sablun. » Une charte de -133^ cite le chemin : « Tan- 
goour de St-Pair. » Ces chemins sont appelés « Sablon- 
nours » ailleurs , car à Val. la tangue s'appelle Sablon. 



— ^2^ — 

Notre et. de Tangue est confirmée par un l'actum relatil 
au droits d'un évêque sur la tangue au dessous de St-Lo : 
« Tangue estoit ce qu'ailleurs aucuns appellent Fange... et 
icelle appelée Tangue comme estant pure fange. » Le fr. 
maritime Tanguer, Tangage, se dit du navire qui enfonce 
son avant dans l'eau, et primitiv. dans la boue, la tangue. 
FEURRE , s. m. paille , foin , du bref. Fourza, Farsa, 
remplir, ou peut-être mieux de l'isl. Fodr, nourrir, en 
b.-l. Fodrum, Foderagium, d'où le fr. Fourrage, Four- 
rer, Fourrure, Fourrier, Fourreau, feurbe, restée Paris 
dans la rue du Fouarre, se disait en v. f., il se dit en pic. 
et en H.-N., comme dans ce vers de la Muse n. : 

On n'eust osé sortir sans feurre à son capel. 

On dit prov. en Bray : « Rebattre le feurre de ses glanes, » 
pour redire, rabâcher, focrrier et foyer, en Bray, désigne 
un agneau d'un an qui a toujours été nourri dans les her- 
bages. AFFOURER, muuir de fourrage (Orne); affocrrée, 
certaine quantité de fourrage ; en Berry on dit affe^er , 
nourrir de foin. 

FRIME , s. f. semblant , apparence : « Faire une chose 
pour la frime, » en bret. Dremm et Frem, physionomie; 
en b.-l. Fnimen, en v. Frume, mine : « Renart qui set de 
tantes frumer, (7?. du Renart, ii. \&\.) en argot Frimer, 
envisager, frimousse, visage, pris en sens railleur : « On 
se barbouille les frimousses. » (Henriade trav.) Ce mot est 
comp. du précédent et du v. f. Mouse, visage, l'a. Motith, 
qui se disait en v. f., et d'où nous est resté Moue : « Une 
talmouse pour bouter et fourrer sa mouse. » (Testament 
de F. Villon.) En argot Frimousser, tricher au jeu, litt. se 
donner les figures , et Frimousseur, tricheur, frime est du 
fr. pop.; il est prononcé d'une manière ouverte, à la ma- 
nière a., dans la bouche des paysans de Molière : « Pour- 
quoi toutes ces fraimes là? A quoi est-ce que ça vous sart? » 
{Méd. malgré lui, ^erActe.) 

FROC, fro, (Guern.) s. m. lieu inculte, en ïû.Fraoch. 
En V. n. le Froc était une place plus large que le chemin , 
fréquemment citée dans les chartes n. : « De quodam red- 
ditu vocato le Fro. » (Extenta de Guernerio.) « Froca que 
habebat communia. » « S'il y a larges places c'on apele 
fros. » (Coût, de Beauvoisis.) « Un fief assis... de l'autre à 
côté au frou de la ville. » En ^ 403 , à Condé-sur-Risle : 
« Douze froz , nomme communes. » Le Froc est appelé 



— ^28 — 

Frondîim dans une charte de 1 27G. (Ap. Delislo. Et.) Eu 
pic. uu Froi de rue est une place inculte, lieu public. 
{Coîtt. d' Abbeville, art. -18.) Le syn. de Froc aujourd'hui 
est PLAcis et PLAciTRE, Eu V. f. Frou sign, large chemin 
public, terre inculte; il y a encore des familles Le Frou. 



GALLOIS, VALOIS, GALLAis, chez les Bret. Gall, mot 
qui désigne un peu injurieusement les Fr. et les Haut- 
Bretons qu'ils nomment Gallou, G alio , comme en ail. 
Welsc/i sign, étranger, et qui est resté en A. sous la forme de 
Wales et de Welsch, et pour le dial. fr. dans le Wallon, est 
le primitif Gael, contr. de Gadhel, Gwyddils. (A. Thierry. 
Conq., 4.) Mais les trois variantes ci-dessus peuvent repré- 
senter le Gaulois de la Gaule, et le Gallois de la Galles : 
« Beaucoup d'hommes forcés par la conquête des Nor- 
mands de s'expatrier du pays de Galles, vinrent en France 
et y furent bien bien accueillis ; c'est probablement le 
grand nombre de ces réfugiés qui rendit les noms de Gal- 
lois et de Le Gallois si communs comme noms de famille 
en France; » {Ibid., iv, 212.) en v. f. Galois sign. fort. 
La Furia francese est exprimée par la loc. : « De gallico, » 
usitée chez les Bretons pour à l'improviste. (Diet. celt, de 
Rostrenen.) gaulois se dit du v. f.; nous trouvons le n. 
pr. Le Burgalois dans le Canton d'Athis de M. de la Fer- 
rière, (p. 543.) c'est le Bordelais, Burdigalensis. Ecossais 
existe dans le n. ecochois : « Fier coume un Ecôchois. » 
Escot est resté dans les n, pr. : « Galoys, Irroys, Escotz. » 
(Cartul. de Montvilliers , -15e s.) Une orig. gauloise est 
visible dans l'a. Galligaskins, braies, probable dans Ga- 
loche, en a. Galloshoes , en esp. Galocha, en it. Galozza, 
car le mot Gallicœ est cité par Aulu-Gelle, comme intro- 
duit avant Cicéron qui s'en est servi, [Phil, ii, 30.) et 
qu'on traduit par chaussure des Gaulois. Galoche est dans 
P. Ploughman et Chaucer: on disait Galage. II y a en N. 
beaucoup de familles Lirois, d'Iri'ois, Irlandais, d'/m- 
land, terre d'Ir , Erin , comme VIran, le nom de la Perse. 
Wace l'appelle Erin , et on comprend peu comment M. le 
Prévost a noté ce lieu comme inconnu, dans ses notes sur le 
R. de Rou. (V. aux ravages d'Hastings.) Des ordonnances 
des rois d'A. appelaient : « Les Irreys anemis nostre sei- 
gneur le Rey. » Comme les vainqueurs refoulent les indi- 
gènes dans les bois et les montagnes , le Gelt des légendes 
isl. et des Sagas, spec, de Eyr-biggia Saga, cet homme des 



— 129 — 

bois, couvert de plumes, fut le Keltc relégué dans les bois 
par les conquérans. Les A. appellent Celt ce que nous nom- 
mons haches celtiques, dont beaucoup sont scand. Ce mot 
de Scot, qui relie les Celles aux Scythes, sign, en celt, un 
vagabond, et dériverait des habitudes nomades des 5;>cu6ai. 
Les Perses , selon Hérodote , les appelaient Soxat , en 
hébreu Skakak , discurrere. Selon Cambden , les Border, 
écossais se donnaient le nom de Scuytes ou Skytes; mais 
les Highlanders , qui le regardaient comme une injures 
gardent leur dénomination originelle , Albanich. V. Jamie- 
son's Scottish Diet. Quant aux prêtres gaulois, les Druides, 
il est peu probable que leur nom soit tiré du chêne, quoique 
d'ailleurs Apu; soit un nom oriental resté dans les idiomes 
celtiques. On peut trouver l'origine de ce terme dans l'ir- 
landais, où Draoid signifie un homme savant, un sage, un 
mage; aussi le passage de saint Mathieu : « Les Mages 
\inrent de l'Orient , » est traduit dans une version irlan- 
daise : « Les Druides vinrent , etc. : Feuch tangadar 
Draoilhe, etc. » Pour les Gaels actuels, Druidheadh sign, 
magicien. Cependant on ne peut nier que Dair, chêne, 
en irl., n'ait des rapports avec le grec Apuç , ainsi qu'avec 
le bret. Dero, Derv, chêne. 

GAMBE, jambe, en gael. et en irl. Gamban; Vegèce a 
employé Gamba dans le sens de jambe d'animal (xajxTiTw), 
en sanscrit Djanga, cuisse, et la racine de ces mots est le 
Cam, signe de courbure, générateur de la famille cambe et 
COMBE. V. ces termes. Ce mot s'est adouci en fr. dans Jambe, 
dont la famille n'est pas nombreuse; celle de gambe, qui lui 
donne Gambader, Gambit, Gambiller, Gambade, est très- 
étendue : \° GAMiiE , jambe , dans le Sommerset Gamble, 
id., GAMBET, croc en jambe, gambier, qui a de mauvaises 
jambes, commun dans les n. pr. Le Gambier, gambu, qui 
a de longues jambes , gamboler , agiter les jambes , Gam- 
bol, en a. qui appelle Gambrel la jambe du cheval, gam- 
bette, petite épée collée à la jambe, coutelas : « A tout 
ma gambete, je me percherais le boudin. » (Petit. Musen.) 
gambarder , gambader , gamblakdalne , gambades : « I s'en 
allit tout dreil fere gamblandaine. » (Ibid.) gamberger (se), 
se dandiner , à Mort, ciimberge , culbute , gambache et ga~ 
MACHE, grande guêtre de toile qui couvre toute la jambe, en 
Northumb.Gamas/^eSj guêtres, ainsi que Gambadoes et Gam- 
bogins, gambiêre, grande guêtre, gambouiîser et gAMBouiNEB, 
traîner la jambe, marcher difficilement, dans les Vosges 
Cambiner, chambbakler, litt. branler sur les gambes, chan- 

T. I. 17* 



— ^30 — 

celer, gambotter, gabotter, se balancer en dansant, gam- 
BiLLER, remuer les jambes de côte et d'autres, en argot , 
Gamhiller, danser, Gambilleur, danseur, dans la marine 
GambMler, se hisser, gambille , s. f. gambillard , s. m. 
boiteux, GAMBIER, (Bay.) morceau de bois recourbé pour 
suspendre les animaux de boucherie; en a. Gammon et 
Ham, jambon; 2° la forme adoucie en J produit dans le n. 
JAMBET, croc en jambe : « Mult li a tost fait le jambet; 
trébucha le moine al pas.» (Benois, Liv. ii.) gibon dans 
la Muse n., jambe , comme en pic. : « J'ai les gibons si 
bien harquebutais. » guibolle , jambe : « Jouer des gui- 
boles, » s'enfuir, giber, bondir, regibeb, bondir en ar- 
rière , le fr. Regimber , et l'a. applique Gib au recul du 
cheval ; c'est le fr. Gigue et le n. gigcier , ruer , l'a. Kick, 
lancer des coups de pied. Le droit de jambage est une 
tradition restée dans le peuple; il existait en N., mais 
pouvait se racheter à peu de frais. V. Dehsle , Et., p. 72. 
V. Ibid, le texte assez significatif de l'exercice de ce droit 
dans le Conte des Vilains de Verson, v. ^63. V. surtout sur 
cette question controversée un ouvrage d'un ancien élève 
de l'Ecole des Chartes où sont cités des documens basques 
d'après lesquels l'enfant aîné du vassal est déclaré noble , 
comme pouvant être l'œuvre du seigneur, jambet, (Av.) 
mal, fatigue des jambes; en v. f. Giambeux, bottes, de 
même en v. a. : « Adowne their giambeux falles. » ( Spen- 
ser, p. 90.) Jambicare, boiter, qui manque dans la nou- 
velle édition de du Gange, celle d'Henschel, est dans le 
poème d'Alda, édité par M. du Méril. {Fable Esopique, 
432.) « Jambicat incedens. » Le nom pop. de Robert 
Courte-heuse était aussi Gambaron : Vulgô cognominatus 
est Gambaron et Brevis ocrea, » (0. Vital, p. 545.) Des 
chartes du 13e s. mentionnent un G. Gambon, Germ. 
Gambardi (htt. le Jambard), et le plastron des jambe 
s'appelait alors Gambeson. 

GARS, le mâle de l'oie, en bret. Garz, id.; on dit aussi 
jars. On appelle Foire de gars une espèce de petit galet. 
Avec son sens de mâle, ce mot, qui se rapproche de ce terme 
si répandu, Vir en 1., Fear en celt., Wight, en a., Varo en 
ail., d'où le fr. Baron, est devenu gars, gas, garçon, dont 
le fém. pris en bonne part est garce, fille, garcette, petite 
fille ; en gaël. et en irl. Gairseach, jeune fille, et Guerchez 
en bret.; Garcette, dans la marine, est une verge, un 
martinet, comme en argot la guillotine s'appelle la Demoi- 
selle , et la Maid, en Ecosse , où cet instrument de mort a 



— I 3 I — 
('•lé inventé. On dit : « Gars de Caen, filles de Bayeux. » 
GAECAiLLE. unc réunion d'enfans, spécialement d'une même 
famille , en v. f. Garçonnaille : « Garchonnaille , mâle 
mesnie. » {Vie de St Alexis, \. 493.) Le Giii de l'a. pour- 
rait être une contr. de ces mots : du moins les et. ne trou- 
vent pas ce mot dans les langues du Nord, où ses rad. 
apparens Eorl, Kerl et Karl sign, un mâle; en outre on 
se sert en N. d'une forme péjorative voisine : girliqle , 
grande fille dégingandée, gabçomer, rechercher les gar- 
çons ; GARro>NiÈEE , ccUe qui aime les garçons ; cergadder , 
(Gl. 71.) folâtrer, litt. se gaudir avec les gars; gergaud, 
(Ibid.) qui aime à folâtrer, gerce, brebis, est une forme 
de garce ; on dit aussi gerqce : « 31 gersias. » {Cartul. de 
St-Etienne de Caen.) « Inter oves et jersias. » hardelle . 
(Jersey.) fille facile, usité dans 01. Basselin, est une forme 
aspirée de Garce ; hardelier , qui court les filles, hardelle 
est dans une chanson jersiaise : « Ch'tait un' bouonn' 
gross' hardelle. » (Ch. Hugo, Norm, inconnne.) Garçon (de 
boutique , de café) semble garder le sens ancien de gar- 
çon, domestique, opposé à Bachelier, jeune homme noble; 
ainsi en un poème n., le Myst. de la Concept, de Wace, 
on lit . p. i 5 : 

N'esteient pas li pasleur garçon, 

Mais bacheler auques vaillant. 

Gars, Garçon se prend dans le sens de l'a. Fellow. On 
chante en N. : « Nous étions treis bons ga* , dondaine 
mala ! » et on lit dans un vaudevire : 

Ensemble esloient les bons garçons 
En répétant les viroises chansons. 

Rouen a toujours eu une réputation de débauche . et ses 
habitans étaient appelés : « LigarsilleordeRoam. »> (I3es.) 
GALT, bois (Bay.) : « Bagaudœ dicti sylvicolœ; Gau 
enim hngua gallica sylvam sonat. » (Altaserra, Benim 
aquitanicarum , p. 134.) Ce mot s'est conservé dans le 
Bois du Gant, (Av.) pléonasme ordinaire, dans Mesnil- 
Gault, dans le Goult, Goulet, dans Lande de Goult, dans 
le GooU du Cartul. du Mt-St-M.; de là le nom Gautier, 
forestier, resté dans les n. pr. Les Gantiers furent au 
16e s. des paysans révoltés dans le Maine et la N. (V. Flo- 
quet, Uîst. du pari, de N., m.) Dans Roger de CoUerye. 
Gautier est toujours pris dans le sens de voleur, pillard. 
La forme lat. de ce rad. est Saltus, resté en topog. n. 
dans plusieurs sauts, bois, comme dans Sautchevreuil . 



— 132 — 
prim. Saltchevroil , litt. bois du chevreuil , el la forme 
germ, est Wald, forêt , en v. ail. d'où l'a. Wild, sauvage, 
et Weald, forêt; il y a une localité dite Waltier dans 
l'Eure. GAUTIER , s. m. oison , mâle de l'oie ; c'est sans 
doute un surnom du cycle des animaux , tiré de ce qu'on 
conduisait les oies paître dans les bois. Ce nom appartient 
toutefois à la nomenclature germanique de ce cycle mi-parti 
de tradition française et teutonique , où il a souvent un 
forme d'outre-Rhin : 

Si i fu wafiers li oisons. 

{Renart li nouvel, v. 157.) 

M. du Méril fait remarquer que Baudet, le nom populaire 
de l'âne , vient , selon toute apparence , de Baudoins, Bal- 
dwin, surnom de l'âne dans cet ordre de romans, {Fable 
Esopique, p. ^26.) et il dit, p. ^25 : « Il est impossible de 
ne pas reconnaître l'appellation poétique de l'ours dans 
Bruin, surnom populaire encore usité en Angleterre. » On y 
aperçoit aisément une onomatopée, Brohon en v. f.; le même 
auteur signale l'origine de Lamb, agneau, en angl. et en 
ail. dans ces vers imitatifs : « Semper lam., lam, lupus 
inquit, » qui rappelle le Bée de la Farce de Pathelin, et les 
enfans normands appellent bée, la brebis. V. l'A, B, E, que 
le loup traduit naturellement par Agnus, (p. ^57.) Il est 
donc certain que l'A. S. Wald, plaine, champ, et l'an- 
glais Wald, forêt, Wild, sauvage, ainsi que l'ail. Wil- 
den, sylvescere, le sued. Wild, id., appartiennent à cette 
famille ; With , forêt , s'en rapproche , et c'est un élément 
Scandinave que M. Warsaae signale comme un affixe fré- 
quent dans la topog. a. Quant à Glos , commun dans la 
topog. n., c'est un élément probabl. celt, et peut-être de 
cette famille : Glos-la-Ferrière , (Glotis, ^^e s.) Glos-sur- 
Orbiquet , Glos-sur-Rile. Il peut avoir le sens de rivière. 
Cf. la Clota, de Tacite, riv. d'Ecosse. (Vie d'Agricola.) 

GEN, en celt., colline (du Cange) , forme dont se rap- 
proche le bret. Knehen, hauteur, est resté dans la com- 
position de quelques noms de heu, comme Genets, sur des 
dunes , Gonneville , dont la lande des Catelets est élevée , 
peut-être Quinéville, butte qui domine la mer. La ville 
gauloise d'Ingena, auj. Avranches, est sur une montagne. 
Le Dotalitium d'Adèle cite des localités dans un doyenné 
dont le chef-lieu est un puy, les Pieux , avec cette indica- 
tion : « In vicaria quœ vocatur Kelgenas. » Or toutes ces 
localités dominent la mer. Il en est de même de Jumièges 



— 133 — 
(Gemmetica), Genesville. Gueneville. Cf, Gènes. Genève, 
les loc. celt. Genabum, Ganodurum , Agen, Agincourt, 
Argentan (ar, le, gen, hauteur, Ionium, ville), Guingamp, 
Gien , etc. 

GOUBLIN, gobelin, revenant, en bret. Gobilin, se 
rattache à l'on, go, gop.ee. V. les Orig. on. 0. Vital, 
parlant d'un démon chassé par saint Taurin d'un temple 
de Diane, dit : Hune vulgus Gobelinum vocat; » (Liv. v, 
556.) aussi Diable était-il interprété par ce mot : « Qui- 
dam , cum arcam suam plenam denariis aperiret , invenit 
super eos simiam sedentem et dicendem : noli tangere pe- 
cuniam , quia est Colewin , id est dyaboli. » Ce mot qui a 
sans doute des rapports avec Goule , espèce de vampire , 
est le Kobold des nations germ., et sans doute le KwêaXoç 
des Grecs, golbli^er, visionner; gocblinage, action de 
visionner et visions. L'argot Gobelin, dé pour escamoter, 
pour gober un objet , confirme notre etymologic. 

GOUINE, femme, pris en mauvaise part, en brel. 
GouMn, femme de mauvaise vie, voisin du gr. y"Jvy), en 
gael. Gun, en irl. Coinne, en kymri Givn; Quean en a., 
méchante femme, d'où Cotqiiean, jocrisse; mais ce mot, 
comme beaucoup d'autres en a., pourrait être la syll. finale 
et dominante du fr. Coquine. guei>eite, fille légère, fem- 
melette; GCENUCHE, s. f . , GUEMCHO.\, S. f., vieille femme dé- 
sagréable, en fr. Guenon. On peut rattacher à cette famille 
GAiSE, (Guern.) robe, le v. f. Gone, l'a. Gotvn, l'it. Gonna. 
GOii>E en N. et gguis elle, jupon : « Les haliberz unt suz 
les gonelez. » (Benois.) Gefi"roi d'Anjou était surnommé 
Grise-gonnelle. e.\go>ceu, enfoncer dans les vêtemens, en 
1. Ingonnicare , enfoncer dans la robe; de Goune vient le 
fr. Guenille, Déguenillé, en n. éguenilié; écuemllier, 
secouer une guenille, et, par suite, disséminer ce qui est 
dans les vêtemens : « Eguenillier ses puches » (puces), sou- 
gceinille, souquenille, litt. guenille de dessous; cuenil- 
laud, misérable vêtu de guenilles, en mauvaise part; 
GUÉNER, mendier, gcémpe, vieille femme déguenillée, ga- 
MPio.\, garnement: à Grenoble Ganippa, un déguenillé. 
Cf. le mot celt, ci-dessus avec l'idée de femme, rendue en 
a. -sax. par Cwen, Quena, en holl. par Queue, en ail. par 
Qîien, en sued, par Kuna, en a. par Quean, Queen, tous 
mots congénères avec le gr. yuvtq. Il faut y rapporter le 
gascon Gouie, fille, d'où l'ancien mot Gouge, prostituée. 
M. Fr. Michel en a rapproché le pop. Gaupe. 



— 134 — 

GRUET, gruau, Groel en breL, Gruel en kymri, en 
V. f. Gruel, obuelicr, fabricant el marchand de gruau; 
GRDLÉE (Av.) bouillie de gruau à l'eau ou noces, (Ibid.) A 
Val. GRAULE, CRAULE, en isl. Graul, bouillie; à Guern. il 
sign, gateau de gruau, de là grauler. cuire à l'eau. Ces 
mots reposent sur une on. de broiement. V. aux Orig. on. 
Aussi Gru se trouve souvent avec Grudum pour sign, le 
blé dont on faisait la bière , en ail. Gruz, bouillie. On dit : 
« Etre à son gru et à son bouilli. » c. à d. à son pain et à 
sa viande , ou à son ménage. Les moulins s'appelaient 
Moulins à gru : « Molendina ad grudum et ad thannum. » 
(Ap. Delisle, Et., 48-1.) En gr, ypu, sign, un rien, litt. une 
rognure. On dit Gruel en a., delà la bouillie d'avoine ap- 
pelée Groats, dégrcellieu , deoriier , broyer contre terre , 
se salir. Gruger est une on. du même genre; gru, abrév. 
de Grugé, sign ruiné, misérable. Toutefois, en v. f., Gru 
et Dru sign, ami , d'où le fr. Gruerie : « Por St Michiel 
qui est si druz. » (R. du Mt-St-Ml, v. 700.) grugecx, man- 
geur de bien : « Aintels grugeux quemenchent le ballet de 
la folie humaine. » (Muse n.). 

GUÉ RET, jarret, en kymry Gar, en bret. Garr, Gar- 
ricq, jambe , petite jambe , en v. f. Gare, jarret : « Un 
coup de cheval au guéret de derrière; » (Comptes de Bay.) 
de là cuERTiER , s. m. jarretière , en a. Garter; gderter . 
lier la jambe d'une jarretière , comme en a. To garter. On 
dit aussi guertière, fém.. jarretière, et « Donner des guer- 
tières , » c'est flanquer des coups dans les jambes avec un 
objet pliant, gabtière existe en pic, en flam., en rouchi . 
en it. Gartiera, en pic. Garoule, jambe. Ga7'o en prov., 
Garou en lang. DansWace, Guarez, dans cette allusion 
aux Enervés de Jumièges : « Kil nait les guarez cuis. » 
[R. de Rou, v. 2988.) 

GUIGNE, cerise rouge, en bret. Kign, cerise sauvage; 
de là GtiGNE, figure rouge, trogne; guîne, branchies rouges 
du poisson : « Regarder à la guine , » lilt, voir si le pois- 
son est frais , figurément interroger une physionomie ; en 
a. Gills, ouies de poisson ; de là le fr. Guigner ; mais gui- 
G.MER, en n., sign, lancer (des pierres). 

H 

HAIT, HET, désir, joie, resté dans le fr. Souhait, bien 
qu'étant radicalement l'on, de l'appétence, du frémisse- 
ment du désir , du hennissement . se peut rattacher au 



— ^3o — 

bret. Hel, désir, dont l'opposé est Deliet , désagrément. 
HET se trouve dans une chanson n. du recueil de L. du 
Bois : 

Volunliersje labourerais 

D'accord, de het, sans estriver. 

V. une chanson du Bessin dans Ylntrod., p. 299. Il donne 
au n. HAiTER, plaire : « Nulle chose ne li haite; » (Tombel 
de Cliartrose.) il s'emploie unipers. comme le fr. Il plail : 
(1 Dittes , s'il vous haite , voz nous. » (Farce des Pattes- 
Oiiaintes.) dehait , dégoût , tristesse , d'où dehaitier , être 
dégoûté, découragé : « Plein d'ire et de deshait. » (Benois. 
Chron. des ducs de N.) « Mult dehaistez et mult pensis. » 
(Ibid.) 

HART, s. m. lien en branche tordue, resté fém. en fr. 
avec le sens de corde : « Mettre un hart à une barrière. » 
En bret. Ere, lien. 

HERNU, (Cherb.) brouillard épais, en rouchi et en 
brabançon Armi, du bret. Arnu, Am; Hernu, en pic, 
sign, orage; il est quelquefois adj. : « Le temps est hernu.» 
A Beauvais, le Hernu est un temps sombre. (Corblet, 
Diet, de pat. 2iic-) A Mortain , dermer, se mettre à la 
pluie : « Le temps hernue. » 

HEUSES , bottes , guêtres : « Vulgô Huese , » disait 
J. de Garlande dans son Diet., p. 587; ce mot se trouve 
dans les langues celt, et germ.: Heuz en bret.. Has en gall., 
Uosa en irl., Hosan en goth., Hose en a., en fr. House, 
crotté , et Houseaux , en n. hoi sus. Le duc Robert était 
dit ou Gambaron ou Corte-heuse; Hcuse se dit en pic; en 
Bray House, équipé, habillé : « Bien ou mal house, » et 
Hoi'SES y veut dire guêtres de chasse. soisÉ, bien nippé, du 
Diet, du pat. n., est une forme de hotisé. Il y a en N. 
beaucoup de familles Le Heusé; aussi les Heuzey d'Au- 
derville portaient d'argent à la botte de sable. De là le fr. 
Housse, en v, f, culotte, d'où sans doute Houssier, mar- 
chand de housses, en a. Hosier, marchand de bas. 

HOUDRÉ, HEUDRi, sale, moisi, à moitié sec, du bret. 
Hudur, malpropre , en v. f. Heudrir; il y a les n. pr. Le 
Heudri, Le Heudier dans les actes n. Cf. le gr. uowp, en 
reportant cet article à son rad. dour. 

I 
INNIS, i.NCH, île, nous semble, en adoptant l'ét. de 
M. Hore. entrer dans Avranches, Abrincœ, htt. la baie 



— 136 — 

des îles, c. à d. du Mt-St-M. et de Tombelaine. Bien que 
les terminaisons en Gny soient dans le nord de la France 
la finale celt, en Gnac {ac, eau), dominante dans le midi, 
quelques-unes pourraient représenter le rad. Innis, île , 
comme Isigny, presqu'île entre deux Veys , ou estuaires. 
La première syll. pourrait représenter l'Isis , la ville an- 
tique de Bretagne, objet de tant de discussions. L'Innis est 
commun en Bret., comme Gavrinnis, l'île du gave, de la 
rivière; il entre dans l'ancienne appellation de la Grande- 
Bretagne : « Ynys Prydain, » l'île de Prydain; les Hébrides 
s'appelaient îles des Galls, Innisgaël. La forme Inch est 
assez commune en Ecosse; ainsi une île du Frith d'Edim- 
bourg fut appelée : « S, Colme's inch, » maintenant Inch- 
comb , où fut bâtie une abbaye dédiée à saint Colomb, 
appelée par Cambden : « Inch Colm or the isle of Colum- 
ba. » A Jersey l'îlot d'Ich-ho. Remarquons le même chan- 
gement de ce nom dans la Mare St Coulman, (St Colom- 
ban.) peu éloignée de la N. Nous ne croyons pas que la N. 
possède Ilis, église, en bret., finale de la ville de Lannilis, 
et sans doute les localités n. Ilevile, Ilois, etc., représen- 
tent ELLE, rivière. Quant à Avranches, un des principaux 
objets de cet article, il faut y rattacher une locution, qui 
n'a cependant pas fait proverbe parmi les paysans, comme 
le veut sainte Beuve dans un art. sur D. Huet : « Etre 
tout évêque d'Avranches, » c. à d, être indisposé, euphé- 
misme substitué par M. de Froulé, évêque de cette ville, 
à l'expression de sa pelite-fille qui répétait naïvement le 
mot grossier d'un charpentier : « Etre tout Jean-f... » 

J 

JAROUSSE, ARossE, {Flore de N. de Brebisson.) espèce 
de fève, nom vulgaire du Lathyrus sativus, ou Gesse cul- 
tivée ; en bret. Jurons , fève. Dans l'Av. aukousse , au- 
RocHE est une forme d'Arroche, ou Bette cultivée, en a. 
Orach; Bette est un mot celt., Betès en bret., en a. Beet. 

JARRY, terme assez fréquent dans l'Av., et qui semble 
être un nom commun; il y a le Mont Jarry à Av., le Grand 
Jarry à Touchet. Or Jalle désigne les pierres sous la terre 
végétale des landes de Gascogne et de Bretagne; de là 
Jalet, caillou, d'où Arc-à-Jalet, qui lançait des pierres, et 
sans doute le fr. Jalon et la pierre dite Jade, mais non pas 
Jais , en v. f. Gagate, du fleuve Gages où on le trouvait. 

JOE, joue, en bret. Voc'h; en bas-n. on dit très-ouvert 



— ^37 — 

jaie; c'est l'a. Cliaw, màclioirc; on trouve /atce dans les 
Voyages de Maundevile , p. 288. bajoe, mâchoire de porc, 
litt. basse-joue, en pic. Âbatjoe, en Messin Bajoues, en 
V. f. Joe : « La mère li avoit totes les joes mengies. » En 
a. Chops, joue , bajoue. 

LECH, pierre, donne au fr. Liais, pierre de liais , et le 
terme archéol. Cromlech, litt. pierre en voûte , de Cromen, 
Cromadh, voûte, toit, et il est resté dans quelques noms 
locaux, comme Grève de Lecq à Jersey, grève très-ro- 
cheuse. Cet élément subsiste principalement dans les noms 
des pierres dites druidiques ; il existe même détaché dans 
les assez nombreux pjeebe-lée , comme Pierre-lée à Villy, 
(Calv.) Grise-lée ù Flamanville (Hague), village où il y 
avait des menhirs, (de Pontaumont, ^w^î^r. de N., xxii, 
^98.) Il y a la Pierre Courcoulée ou Pierre des Huguenots 
dans la forêt de Fougères. Il y a la pierre Courcoulée , ou 
le dolmen de Ventes , arr. d'Evreux. On trouve Pecoulce 
dans un acte de 1 2h\ du diocèse d'Evreux : « A petra Pecou- 
lee usque ad collem. » {Cartul. n, de L. Delisle, 3i8.) Lonlai 
(Lonlaium), jeut sign, longue lée; le pléonasme est fréquent 
dans les termes celt, dont le sens finit par être oublié. 
LECH est surtout dans les nombreuses pouquelées des îles 
anglo-n., litt. Pierre des fées, de Poiike, fée, qui figure 
dans le Pouïpiqtiet et Poulpican des Bretons, resté en a. 
dans Pmk, farfadet; P. Ploughman offre la forme Pouke; en 
isl. PwAesign. mauvais esprit et désigne le démon (Hickes). 
En B.-N. où la pion, est très-ouverte on dit pouqcelas; la 
galerie de Vauville est dite Rocher pouquelas ; on dit aussi 
COI pelée , comme la pierre Coupelée , menhir renversé de 
la forêt de St-Sever, la pierre Ecoupelée de Tourlaville. Il 
y a le village de la Pouquelée , à St-Jean-du-Corail , et la 
pierre Pouquelée à la Ferté-Fresnel. Sur la lande de la 
Hague, les Pouquelées, l'Académie de Cherbourg fit étu- 
dier en M 00 une belle galerie druidique qui n'existe plus. 
C'est ici le lieu de citer les principaux noms populaires des 
pierres antiques en N. : le menhir est dit Pierre-fiche , 
Pierre-fitte (Jîchée), Pierre-buttée , Pierre-levée, Pierre- 
fonte (enfoncée), Pierre-debout , Haute-borne; le dolmen 
est dit Pierre-late {latus}, Table; le Cromlech s'appelle 
Pierre-cerclée (en cercle); et la Cerclée désigne l'abside 
arrondie de la cathédrale de Coutances, en v. f. Cherche, 
le chœur, d'après un passage, incompris de l'éditeur du 

T. I. 18* 



— 138 — 
Rom. du Mt-St-M., v. 344. Les noms légendaires sont 
Pierre-au-diable , Roche-ès-fées , Chaire-au-diable , Ron- 
delles et Ecuelles du diable (ronds marqués dans la pierre 
comme à Louvigné) , Pierre des Huguenots , termes qui, 
en général , annoncent la malédiction jetée sur des restes 
d'un culte ennemi. Charlemagne défendait encore en ses 
capitulaires l'adoration des pierres , arbres, fontaines. Les 
galeries s'appellent Alignemens, allées couvertes, coffres 
de pierre , exactement le terme des antiquaires^ Cistvean, 
grottes des fées , des géants. Les logans et les pierres qui 
sont supposées tourner sur elles-mêmes , spécialement 
dans la nuit de Noël , sont dits Pierres branlantes, Pierres 
tournantes. Pierres folles, Pierres dansantes. Il y a sur 
les limites de Normandie, dans l'Ille-et-Vilaine, un aligne- 
ment de roches , dit Cordon des Druides. Il y avait à 
Guernesey une pierre qui , frappée , résonnait , la Roche 
qui sonne ; l'endroit porte toujours ce nom. A la famille de 
LECH nous rapporterons un mot qui , sur les côtes nord de 
la Manche, se dit du granit du bord de la mer, landemer, 
s. m. Une pointe près de Barfleur s'appelle Landemer ; un 
hameau de Gréville (Hague) est celui de Landemer, où 
domine la roche petrosiliceuse ; il y a encore dans cette 
Hague le Landemer sur le raz des Bannes , Lan est un 
élément celt, qui sign, terre et plaine, en esp. Llana, en a.- 
s. Lana, en a. Lane, passage, et Lawn, plaine entre des 
bois. Ce Laun est devenu en 1. Launum . d'après l'armor. 
Lan, territoire, le congénère du germ. Land, comme Me- 
diolanum (Evreux), et Lanna Pauli sign, le couvent ou 
terre de St-Paul-de-Léon au 6e s. {Bolland. 12 mars, 28.) 

LANFÈS , s. m. filasse fine ; on dit aussi lanfois ; c'est 
le bret. Lanfez, filasse; à Vernon, au ^3e s., on prenait 
la dime « des guèdes , du lanfois et du lignois (huîle de 
lin). » [Liv. des Jurés de St-Ouen, f. ^55.) A Jersey t.lian- 
FÈs. De Brieux a conservé un dicton qui fait allusion à la 
fécondité des ressources : « Il a bien d'autres lenfais à 
sa quenouille. »> La forme Lanffeis se disait en v. f. : « Tous 
les denirs qui o lanffeis ou o lin sont offerts. » Lanfet , au 
Maine , est un paquet de fil. (Voc. du Ht-Maine.) V. du 
Cange, v^ Lauffetus. Cf. Linna, vêtement gaulois, selon 
Isid. de Seville. 

LATON, laiton, en a. Latten et Latoîin, en ail. Letton, 
en esp. Alaton, en it. Ottone, Latta; Richardson le dé- 
rive du gall. Latun. (Diet.) C'est ici le lieu de signaler 



— -139 — 
raffinitc des noms de métaux cclt. et lat., témoignage d'une 
origine commune : lat. Aurum , gaël. Or, gall, et brct. 
Aur, en gr. Apyupiov (d'apyoç, blanc, en celt. Arg)-, lat. 
Argentîttn, gaël. Airyiod, gaW.Ariant, hreL Argafid. L'a.. 
Iron, fer, gaël. Jarunn, gaW. Haiarn, l'esp. Hierro, bret. 
Houarn, le lat. Ferrnm, le gr. <7i5r,pov (atrjpov). Le gaël. 
Praiz, bronze, le gall. Près, l'a. Brass, le n. buaser, 
souder avec le cuivre , ne sont pas sans rapport avec le 1. 
œs, œris. (V. Wilson , Archœologij of Scotland, 350.) 
Ajoutons à ces noms celt, de métaux Sjwon, cuillère en a., 
en gall. Sponog, id. 

LISE, boue tenace, gliise, argile, (Val.) et bourbier 
à Coût. LISE, dans la baie du Mt-St-M., sables déliques- 
cents, d'oii EiNLisiER, embourber, lisoix, bourbeux. MM. du 
Méril localisent à Vire alise, alisée dans le même sens; 
en bret. Leiz, humide. La forme n. glise conduit au fr. 
Glaise. 

LUUE , leue . s. f. lieue , en brct. Ler, Leau, du gaulois 
Leuga, Leuca, (Is. de Seville. Orig., xv, -16.) issu de Lech, 
pierre. On peut encore citer d'autres expressions celt, don- 
nées par les Latins : Arpent. Arepennis, (Colunielle, de Re 
rustica,yj .) Alouette, ^i/a^rfa, (Suet./.Cœsflr,ch. 24.) Alpes 
Gallorum lingua alti montes, (Servius, ad Virg. Œneid, iv, 
442.) Alose, Alosa, (Ausonne, 3Iosel., v. ^27.) l'oiseau 
inconnu que Pline appelle du nom gaulois Eglecopala , le 
Gœsuni, lance toute de fer, (Virg.) le char des Bretons. 
Covinus, indiqué par Mela, (m, 6.) en arm. Cov, ce qui 
est coFFi, en irl. Kobhan, cofîre, en b.-l. Coj)Itinus, en 
n. COFFIN , cornet de papier , coffir , bosseler ; le moine de 
S. Gall donne Veltres, lévriers en v. f. comme « De gal- 
lica lingua. » Dusshis, cité par St Augustin, démon incube, 
et par Isid. de Seville comme gaulois , en bret. Duz , 
Teuz, lutin, est resté dans l'a. Deuse, diable. 

M 

MAIE, s. f. pétrin, en bret. Met; maie, table de pres- 
soir ; MOLÉE , (Av.) plateau de sable avec rebord où l'on 
dessale la tangue pour faire du sel; en it. Madia; ce mot 
est dans la plupart des patois fr. 

MAGUS , « Mansio veteribus Gallis , » selon du Gange, 
termine un certain nombre de noms de villes n. : Le Mage, 
arr. de Mortagne, Rot/wmagus, Rouen, et sur une mé- 
daille gauloise Ratlnimacos, Neomagus, Lisieux, Argent o- 



_ -140 — 

magus, Argentan. Le premier élément de Rolhomagus est 
le nom d'une idole désignée ainsi dans l'oflice de St Mel- 
lon : « Extirpato Roth idolo; » ainsi le nom primitif de Le 
RoUebec était Rotbec. Une station du nom de Ritumagvs. 
qu'on a placée à Radepont, près de Fleury-sur-Andelle , 
figure dans l'Ilin. d'Antonin. Les Magen ail. sont iden- 
tiques aux Magus, ex. Rheinmagen, Ricomagus. Quant 
au nom de Rouen , il a reçu bien des formes : Rone dans 
Canterb. taies; Rouan , dans le Diet. d'Halliwell; Roim , 
dans le Rom. de Robert le Dyable : « Près de Roim sor 
Saine.» (p. ^33.) La Saga de Hrolf appelle ce dernier 
« Ruda iarl, » c. à d. l'iarl de Rouen. Quant à Roumesin. 
que Roquefort explique par monnaie romaine , ce mot 
sign, l'argent Roumois. (Rothomagensis.) Le nom de 
Rouen a peut-être formé la Rouvel : « C'est l'ancien tocsin 
municipal de la ville de Rouen... elle n'est plus qu'une 
innocente tinterelle , qui a repris le rôle de la Cache-ri- 
baud... est surnommée aujourd'hui la Cloche d'argent.» 
{Norm, illustrée, i, 23.) Nombreux sont les sobriquets de 
Rouen qui , comme les véroles de Rouen , font allusion 
aux vices de cette ville : en argot elle s'appelle Amélie. 
V. la fin de l'Introd. 

MARANDÉ, hameau près de Val., oîi l'en va faire la 
collation, c'est le v. f. Marandé, Meren, collation, d'où 
Marauder, goûter, en bas-1. Marenda, en bref. Merenn, 
collation. Près de ce Marandé , il y a le village de la Tri- 
galle, mot qui, en v. f., sign, cabaret, et qui est d'orig. 
celt. V. du Cange , v» Tricalus. 

MOIRE , mare : « Bère à la grand'moire , » c. à d. à la 
mer : « Arc-en-cié du matin met la moire à quemin ; » en 
arm. Mar, en lat. Mare, radical celt, et lat., représentant 
essentiellement le grouillement de l'eau. Il donne au fr. 
Mer, Marais, Mare, Marée, Cormoran (corvus marinus). 
Amarre , et au n. : 

^o MAUAiE. marée, moire, mare, jié. mer, mot riche en 
dictons : « La mé est pus riche que la terre; j'bérais la 
mé et les poissons, dit-on dans une grande soif; « Bère à la 
grand tasse, » se noyer à la mer, et l'idée de se noyer se 
rend sous cette forme : « Bère la laveure de s'en tchu. » 
« Trait' (traître) coume la mé. » « Plieurer coume mé qui 
monte. » marque, (Av.) marée haute. La forme Mare, en 
a. Meer, étang, et Mire, boue, subsiste dans beaucoup de 
noms locaux, surtout dans les Mers de l'embouchure de la 



— \'l\ — 

Breslc et dans le Val de Saire, Galleiriare , à Gatleville; 
Inglemare; ailleurs Roumare, tous accolés à des noms 
germ., Gatte , Angle, Rollon; mareïeiii, MARi:ïusii, (Gr.) 
celui ou celle qui parque les huîtres, pêcheur, pôclicuse; 
MORET (eau de), purin de fumier : « Aquam de morcto; » 
MOBET, (Orne) sentine. maroter, patauger, saumaké, im- 
prégné d'eau de mer; il y a à Jersey, près de la mer, un 
lieu dit Samarès, et à Guernesey un semblable dit Sauma- 
rès ; les Moëres des Flandres offrent le même radical ; mi- 
rage, marécage et rivage, le rivage sous Ravenoville s'ap- 
pelle le Mariage, litt. région de la mer ; marailler, se salir 
dans la fange; (Gl. n.) marette, (Ibid.) petite mare; en 
topog. n. marette et marelle, petite mare; aux limites 
bret., à Dol, la terre grasse du rivage s'appelle La Mare, 
ce que M. Malagutti appelle le Merl dans son cours 
de chimie agricole , (p. 381 .) et qu'il définit une vase ma- 
rine mêlée de coquilles. Beaucoup de localités n. tirent de 
la mer des sobriquets qui ne sont pas sans intérêt : 
St-Pair-sur-Mer , le Mt St-M. au péril de la mer, et dans 
les vieux documens : « In pelago maris, » sur la plage, 
Champeaux-en-grève; St-Jean-le-Thomas est appelé dans 
D. Huynes : « S. J. au bout de la mer. » A St-Pair, la cha- 
pelle Ste-Anne-des-Sables, puis, près de Carteret, St-Paul- 
des-Sahlons. Wace appelle la baie du Mt St-M. : « La terre 
marine , » comme il nomme la Neustrie : « La terre ma- 
rage. » Autour de cette haie en Bret., près de la N., vous 
trouvez Villedé-de-Marine, St-Benoit-des-Ondes, plus loin 
St-Michel-en-Grève. Le n. amarreh, terme maritime, s'ap- 
plique à toute action d'arranger, d'attacher; témarrer, litt. 
lâcher l'amarre, s'éloigner, sign, faire sortir, conduire: 
« Démarrer la mariée. -> 

2° Directement du rad. celt. Mor, se tire une famille 
a. n. assez nombreuse, les landages marécageux, en v. 
n. More, et en 1. Mora, d'où les Moors d'Angleterre et 
d'Ecosse. Un acte de H. 345 pour Clitourp offre ce mot en v. 
n. : « Chascune acre de mor. » (Ap. Delisle, Et., 735.) Delà 
nos Rues et Chapelles du more. De là moret, moiret, le fruit 
de l'airelle myrtille qui caractérise Mortain et ses environs : 
« Vive Mortain, St-Jean, Bion. quand les mourets sont en 
saison. » Mortain lui-même sign, hauteur des Mores, ainsi 
que Mortagne. A Val. ces fruits se vendent au cri : « Moue- 
rets I Mouerets ! » mockille , morille, moure , mouere , fruit 
de la ronce, mûre sauvage, en bret. Mouar. La ronce 
s'appelait Mourier. comme le conjecture M. Delisle sur ce 



— 142 — 

texte de 1303 : « Super la haize du mourier. » (Cf. Roque- 
fort, GL, II, 188.) MOURON, divisé en petit et en grand, la 
stellaire moyenne ; mouron , s. m. la salamandre terrestre , 
saurien des landes humides; on dit : « Sourd coume un 
mouron , » et : « Si mouron entendait , si taupe veyait , 
n'y erait sus terre houme qui vivrait. » On suppose une 
haine mortelle entre le mouron et le crapaud, de sorte que 
l'homme mordu par l'un n'a , pour se dégager , qu'à mon- 
trer à l'autre son ennemi, moorojnné , qui a des taches 
jaunes sur la peau comme le mouron; mouronket, s. m. 
espèce de pomme tachetée. (Brebisson, Annuaire n. ^84^ .) 
MouRETTE, la macrcuse, morette, la foulque ou poule d'eau, 
MORiocuEMiN et MORiKCLiN, Ic marrubc commun, plante sau- 
vage, MORiNE, charogne , en a. Murrain. Le Mobec semble 
sign, le ruisseau du marais ou de la lande, Mor-bec, et 
Marcey, marais de la rivière, de la Sée , ce qui exprime sa 
vraie situation. On conçoit que More, landage et brous- 
saille , ait sign, racine en v. a. : a We use the word mores 
in the west of England for roots. » (Somner. V. Spenser, 
p. 354.) Comme la Morinie ou Picardie nos noms loc. en 
Mor, Mar, annoncent des terrains maritimes ou maréca- 
geux. V. Morainville , Morières , Morigny, Morsalincs, 
Morville, Marolles, Maromme, comme les Maremmes, 
ainsi le rad. March, en a. Marsh, marais, entre sans doute 
dans Marchainville , que 0. Vital nomme Marchesvilla , 
dans Marchesieux , Marche-Maisons , sauf toute réserve 
pour l'ail. March, limite. A Savigny marchoux, maréca- 
geux. L'aspect sombre et brun des mores et moors , leur 
sol noir , comme celui des bruyères , ont valu à More le 
sens de noir, d'où le fr. Morelle. Moreau, More, Mori- 
caud , Morillon , en a. Murrey, d'un rouge obscur , More- 
land, terrain montagneux, Morel, morelle, à qui sa couleur 
sombre vaut le nom de Night's shade, ombre de la nuit. 
MORON, noir : « Bridez, sellez cheval moron. » (Chans, n.) 
MORET, noir; dans le prov. : « Taupin vaut bien Morette, » 
c. à d. l'homme vaut la femme. 

3° Ce radical prend la forme Marg, et donne ainsi au 
fr. Margouillls, et Pline nous apprend que les Gaulois 
appelaient Marga, la marne. Il dit Si\\?,?,\ Acaunumarga , 
litt. la blanche boue (en bret. Cann, blanc, comme le 1. 
Canus) : « Acaunumarga... ratio alendi terram terra ipsa, 
quod genus margam vocant. » (L. ^6, ch. 6.) On trouve 
dans l'édit de Pistes : « Margila trahebatur. » (Ch. 29.) 
De là le n. tire : marga . s. m. boue, saleté, mabgouillier, 



— l/«3 — 
salir dans la bouc, MAncoiM: et marcoiletie, Ijoucho salo, 
MAUGoi'LKTTK, S. f. linge qui enveloppe le visage, de même en 
pic, MARGouLiiNE , bonnct , béguin d'enfant, margouais , 
(Val.) boue, décombres, maugeolle, l'appendice cbarnu 
sous le bec des volailles, et par ext. écrouelle , ce qu'on 
appelle pour les volailles iuvejte dans l'Av., margade, la 
méduse qui , déposée sur le rivage , devient une boue 
lique; on dit prov. dans la baie du iMt St-M. : Trempé 
coume une margade et être en margade , c. à d. en bouil- 
lie, en gelatine, margas à Quillebeuf, le goéland, maugo^de, 
la seiche; margast, le fou de Bassan ou nouoiE , en a. 
Boobtj, stupide, sot oiseau qui fréquente les mares. Le 
delta du Rhône, la Camargue, renferme cet élément. A 
Pont, une maréchaussée est une mare barrée , litt. par une 
chaussée. Cf. les n. pr. gaulois en Mar : Segomar, Virdu- 
mar . Indutiomarus , etc. 

4° comme le Marga celt. est devenu Marne en fr., on 
peut grouper une famille secondaire autour de cette der- 
nière forme. M. Delisle cite en N. beaucoup de Marnièrcs : 
« Marneria a Oissel. . . Marneria de Falvelou (à Bonneville) . »> 
On irouve des Le Marneeur. marné, le Guilmot, de sa 
couleur cendrée. On dit à Granville : « La mé marne de 
tant de pieds , » c. à d. s'élève sur le rivage, sur la marne. 
(V. Et., 2G6.) Mais cette forme s'est liquéfiée en B.-N., et 
a ainsi passé en A. comme dans l'a. Mari, marne, dans le 
Merlhv(i\. marlièri:, marnière et falunière : « Cullura de 
Marleiz, » à FeugueroUes. marous, marneux, et même une 
des liquides disparaît généralement : male , s. m. fumier : 
« Du malle pour mailer leurs terres. » (Coût, des forêts 
de N.) « Terres malées de blanc malle. » (J3I8.) malée, s. 
f. tas de fumier et fosse, maler, fumer la terre, malière, 
marnière : « Assis es manières glisouses (à Varreville). » 
[Terrier de Montebourg, f. 21 .) « Malière as Sacqueinvilleis 
(à Sie-Colombe). » Aumale est la contr. d'Albemarle, en 1. 
Albamarla. 

MIELLE, s. f. (Manche) grève plate, sèche et mobile, 
comme les Miellés de Cherbourg, où il y a le quartier des 
miellés, mot présumé celt. par analogie avec tous ceux qui 
nomment le sol et spécialement les rivages; d'ailleurs dans 
le dial, de Vannes, Bily désigne une pierre friable. (V. Ilos- 
trenen , v» Grès.) Ce mot est assez fréquent dans les actes 
n. : « A St-Jean-le-Thomas , pro miella xx sol. » « 1399, 
item une miellé et lande depuis St-Remi jusque à Glati- 
gni. » Pour la même année des miellés sont citées dans un 



— 144 — 
aveu (Je la Haie-du-Puits, à Denneville : « Qucmuna de la 
miellé. » millegkeu (Manche), s. m. désigne le Roseau des 
sables, dont on fait de petits baluis ou bai.iettes, sans 
doute litt. grain des miellés. On trouve dans un aveu de 
Sortosville de 1403 : « Sont deubz neuf cens de mille- 
greux. » M. Delisle pense avec raison que Malegieu, cité 
dans un aveu de -1453 , est une faute de copiste; il faut 
sans doute lire Malegreu. On désigne en général , sur le 
littoral occid. de la Manche , les graminées des miellés et 
dunes sous le nom de haldd.^e, (V. Dune.) litt. du haut 
des dunes ; ce terme est cité sous une forme voisine , dans 
une charte du ^3e s., relative au Mt St-M. : « Tangam, 
sabulum, juncum et haudinam et totum pasluragium quod 
habemus mariscis inter falesiam de Dunvilla. » En Gas- 
cogne, le roseau des sables s'appelle Courbet, et il fixe 
aujourd'hui les vallées des dunes, dites Lettes ou Lèdes, 
derrière lesquelles est une zone de marais appelés les 
Barthes. Le mot préc. est celt, et sign, lieu étendu , con- 
génère du 1. Latus; Letavia était un des noms de l'Armo- 
rique. (V. un art. de M. Morin. Rev. des Soc. sav., 427, ii.) 
En parlant des falaises de Flamanville , M. de Gerville re- 
trouve trois langues dans leurs dénominations : « Guerfal, 
Griselée , Baligan sont des noms gaulois qui indiquent des 
rochers; les Câtcls sont d'origine romaine et signifient 
vigies, Exploratoria ; les hautes falaises de Caubhue, Le- 
deheu , Lahoue ont été ainsi nommées des Saxons ou des 
Normands. » {Et. sur le dép. de la Manche, \\T.) 

MENTE, beaucoup : « Mente et mente fes, » mainte 
fois; ce mot que, pour raison de prononciation n., nous 
écrivons différemment du fr. Maint, est le comique et 
l'arm. Me^it, beaucoup, en goth. Manags , en v. ail. Ma- 
nac, en a. Many ; cet élément celto-germ. a plus duré que 
son corrélatif lat. Mult, beaucoup, excepté en a. où Much 
le conserve. 

MOQUE, grande tasse; moqlie, s. f. le contenu d'une 
moque; m camot, s. m. demi-tasse de café (Pont.) ou mi- 
moquc; en a., Mug, godet, que Skinner dérive du gall. 
Mwglio, chauffer, vase à chauffer. 

MOUTE, chatte, nom affectueux, surtout quand il est 
redoublé en modmocte , c'est une extension de mouton , 
mot d'orig. celt.: Maoud en bret.. Molt en kymri, Mollt en 
gaël., Molt en gall, et en irl. Comme pour tous les noms 
d'animaux , une on. est au fond de celui-ci. mooton et 



BREiiis. grand arbre horizontal du pressoir. Cf. Chevron 
(chèvre). Bélier, instriimens de force. On dit prov. : 
« Fort coume un ran (bélier) , » à Coût, roi , solive , sans 
doute de rouvre (Robur). 

MUCHIER, cacher, a ses anal, dans les idiomes celt.; 
Moucha, se masquer, en arm., et Miissa, cacher, en irl. 
Ce mot est dans tous les pat. fr., mais quelquefois avec la 
forme douce Musscr ; en it. c'est Mucciare ; il a sans doute 
pour rad. la syll. Mu, qui est l'expression du silence. Il 
se disait en v. f. : « En terre muchent ù foent. » (B. de 
liou.) « Par autre engin se muchent. » Vendre du cidre en 
fraude se dit : « Vendre à muche-pot » Un jeu où l'on 
cache un objet s'appelle à Val. cliémuchette, s. f. litt. oîi 
l'on cache une clié (clef). Toutefois Rabelais dit Cligne- 
musselte, jeu où l'on ferme les yeux, tandis qu'on cache 
un objet ; on dit ailleurs micue-muciie. muche , cachette : 
« 300 obol. de muche, » (H98.) d'où musse et mue, cage à 
poules; en pic. muchot, trésor caché, en fr. pop. Magot, 
en n. migaut, et migadt, provision de fruits, que réclame 
aussi la St-Michel, époque où l'on commence la mijaut. 
Mvss , jeu de cache-cache , se disait en a. : « I cried hoa 
like boys unto a musse, » (Shakespeare, Ant. et Chop.) 
en a. Miche, se cacher, Mucher, thésauriser, Muckerer, 
thésauriseur. 

MULON , MULOT , HULOT , S. m. meule de foin : « Une 
ne dotai chastel plus k'un mulon de fain. » (R. de Rou.) 
peut venir du 1. lUoles , mais se trouve avec une sign, plus 
directe dans tous les dial. cell. : Malan, gerbe, en arm., 
Moel, tas, en kymri , Mcdach , monceau, en gaël., Maoil, 
amas , en irl. On trouve dans 0. Vital : « Fœni mullo- 
nem. » Dans les Revenus de Verson , paraphrasés en le 
Diet des Vilains de Verson , (Ap. Delisle. Et. à la fin.) on 
trouve un dérivé de ce mot : « Tenetur fenum admulsin- 
nare. » mllotter , mettre en meules ; hulotte , meule de 
foin , à Val. vuillotte. 

N 

NANT , élément topog. n. qui sign, vallée , torrent , et 
se trouve dans Nonant, Nonancourt, Roche-Nonant, Ter- 
nant. Un acte de Lothaire 1er, (\q 852 , dit que le couvent 
de Nantua tirait son nom des sources qui l'avoisinaient ; 
en kymri Nant, vallon, et, par suite, torrent, en arm. 
Nannt, id., et Annt , rigole, qui renfement tous An, eau. 
T. 1. 19* 



— U6 — 

En Suisse fr. et en Savoie, Nant sign, torrent, el Ed. 
Lindius et Giraldus Cambrensis disent que ce mot a le 
même sens en saxon. (V. Ethnogénie gauloise Aç, M. Bello- 
guet, 2M.) Le nom primitif de St-Marcouf était Nant, 
Nantel , Nanteuil ; Childebert lui donne dans une charte le 
nom de Nantus, que Wace lui attribue lors de l'invasion 
des Normands : 

A Seint Marcof en la rivière, 

Riche abbaye eil et plénière, 

Naote à cel jor aveit non. 

Toutefois , ce lieu dans sa vallée et avec son abbaye re- 
nommée , peut s'interpréter d'une autre manière, par « La 
plus antique racine , dit H. Martin, qui désigne les choses 
saintes chez tous les peuples celt, depuis la Galatie jusqu'à 
l'Irlande; » en irl. et en gaël. Naomtha, Nemtha, sign, 
sacré, et Fortunat interprète Vernemetis par Fanum ingens 
gallica lingua , et Ver s'explique par Ffar, élément celt. 
qu'Owen traduit en « Which extends out; » c'est l'a. Far, 
au loin. Ainsi Nemetodurum est Nanterre , litt. le sanc- 
tuaire de l'eau, comme il y a à Domfront N.-D.-sur l'eau; 
Nemetum , plus tard Augustonemetum , est Clermont ; on 
sait que Auguste latinisa les dieux et les lieux de la Gaule. 
Cf. Nemausus, Nîmes, et Netnetacum, Arras. Roquefort 
cite Nemoz , lieu consacré à la religion. 

NAPPERON, s. m. petite nappe : « Nappe, en irl. 
Noipicin, en gaël. Neapaicin, en a. Néapkin; cette et. 
nous semble préférable au 1. Mappa. (Ed. du Méril, Essai 
sur la form, du fr., ^44.) D'ailleurs Mappa est un mot 
punique. C'est de napperon que vient l'a. Apron , tablier . 
en V. f. Apronier. En Berry, Nappe désigne le Nénuphar : 
« Dans le langage figuré du pays, ce mot décrit fort bien ces 
larges feuilles qui s'étendent sur l'eau comme des napes 
sur une table. » (G. Sand, le Champi, Préf.) 

NOC, NO, s. m. canal, bieu, en v. f. Nocquière: « Sera 
tenu ledit héritage recevoir les eaux qui descendent du 
canal et nocquière... » (Ap. Roquefort. Gl. rom.) Ce mot 
vient du bret. Naoz, canal, et Noed, gouttière. A Bay. 
le Noc ou No est l'auge circulaire du pressoir, noc est aussi 
fém. et se rapproche de Noa, rigole, source, prairie hu- 
mide, en V. f. Noe et roue : « Unam noam ante domum. » 
« Une noe contenant... laquelle noe est joignant à la rivière 
d'Arve. » On lit dans le Best, divin : 

Comme renart soleil embler 

Les gelines costanz de noes. 



— M7 — 
Ce mot est très-commun dans les noms tie prairies, de 
lieux bas et humides, et admet les variantes ^oue, «guette, 
so: LLE , ^oyA^T , nèle , PvOïers , koards , ainsi que le mon- 
trent les détails suivans : à Vire on appelle la source de la 
Sienne, la Noe de Sienne; l'abbaye de la Noue, au diocèse 
d'Evreux, est appelée dans un acte Nathatoria; aussi dit- 
on dans l'Av. d'un terrain mouillé : « Il est noyant , » et 
un ancien fief du Mt St-M. à Macey, situé sur un sol hu- 
mide , s'appelle Noyant. A Guern. koelle sign, un maré- 
cage. Les Nèle, comme Nèle-en-Bray et Nèle-Norman- 
deuse, sont dits anciennement Noella. On trouve Noards, 
arond. de Pont-Audemer. dont il faut rapprocher peut-être 
Le Renouard, arrond. d'Argentan, la Noe-Poulain, ibid., 
Noyon-le-Sec , arrond. d'Andely , Nolleval , beaucoup de 
Noyers; pour le Noyer-Mesnar , 0. Vital écrit Noer Mai- 
nar; Nouenyille se disait Noevilla. Les Neuville se récla- 
ment plus de ISoa que de Nova villa par leur latinité , No- 
villa. C'est aussi la racine des nombreux Nogent, tous sur 
des rivières , Noiodumtni et Noviodunmn, et Noviomagus. 
Noue , qui d'ailleurs est fr. dans le sens de gouttière et de 
terrain humide , se dit sur les côtes de N. pour les fosses 
sur les rivages, comme la Fosse ou Noue de Courseuiles. 
Nous croyons que c'est de koe et de noer , inonder, plutôt 
que du terme trop général de Necare, tuer, que dérive le 
fr. Noyer, en n. neier et mer : « Ne me leissier ici neier 
en ceste mer. » {B. du Mt St-M., v. 2602.) Aussi Noer 
sign, nager en v. f. : « Passèrent la rivière au noer. « 
(Froissart.) 

o 

OCHE et ^ocHE, coche, entaille; ochié, s. f. bois tail- 
ladé de coches; ochier, (Gl. n.) ébrécher, comme en v. 
f . : «Son branc d'acier ensanglante, oschie. » (Benois, 
Chron., v. ^8922.) Oche a naturellement sign, fourche de 
branche , comme dans le v. 91 , du Best, divin : 
En l'oche du premier coupel 
Verreiz le rai de soleil bel. 

Si le fr. a gardé Décocher , il a perdu Encoc/ier, mettre 
dans la coche de la flèche. En bret. Coch, cran, en basque 
Ozco, et en prov. Osko. La double forme n. a donné à l'a. 
Owche, bouton, qui est dans Shakespeare, Ouch et Nock, 
Notch, enfin Dawk, entaille; par ext. l'a. Notch sign. pop. 
femineum pudendum. Malgré les sources celt, ci-dessus, il 
serait possible que le fr. Coche , dont le n. noche et oche 



— 148 — 
sont des variantes, fût une forme de Escorchcr, Escorccr. 
en n. escocbier, d'autant [ilus que dans l'écossais qui a 
reçu assez fortement l'influence fr., Scotch sign, faire des 
entailles. L'a. Dawk précité se rapproche du b.-l. Dica, 
coche, syn. de Talea, entaille, (Stapleton. Rolls. Préf.) 
qui servait à marquer les sommes reçues. 



PAPIN, s. m. bouillie, du celtique Pap, même sign.; 
ce mot se trouve dans presque tous les patois : en rouchi 
Papin, en fr.-comtois Papale, en dauphinois Papet, Pap 
en wallon et en flamand, Pappi en ail., Pappa en it., en 
a. Pappy et Pap; tapi à Bay. sign, coquelicot ;• mais on 
sait qu'on a fait et qu'on fait encore des gâteaux avec la 
graine d'œillette ou de pavot , en angl. Popptj. Ces mots 
peuvent sans doute se résoudre en une onomatopée, 
comme Palper; d'ailleurs on disait Papper, manger avec 
sensuahté , de là Papelard , bien antérieur à Rabelais : 

Tel fait devant le papelarl 
Qui, par derrière, pape Jart... 

(Miracles de la Ste Vierge.) 

Papefigue sign, becfigue, et Papegault, perroquet veut 
dire litt. qui pape le gault (forêt), ou qui becquette les 
branches de la forêt. A l'on. Pap, on peut rapporter d'au- 
tres mots n. : paper , ouvrir la bouche pour respirer , pour 
palpiter, papoter , barboter et baiser bruyamment , d'où 
PAPOT, grouin de porc, papoite, (Gl. 7i.) bouillie. On lire 
du celt, le nom du pavot, malgré Papaver, parceque Papa 
sign, bouillie en bret. et dans presque tous les patois. Au 
Sap le Coquelicot s'appelle coq. 

PARQUET, le préau des prisons à Rouen, selon Roque- 
fort , (GL rom.) d'où le fr. Parquet, magistrature; Par- 
quet, en V. f., petit parc, (V. Delisle, Et., 347.) où il cite 
Haia del Parcliet, du Livre noir de Bay.; pabquier, parquer, 
spécialement les huîtres. Il y a plusieurs familles Le Par- 
quier. Le Parquois, c. à d. gardien de parc. Générale- 
ment le Parc désigne une villa murée , spécialement une 
villa épiscopale; ainsi le Parc à Sainte-Pience , villa des 
évêques d'Av., et le Parc, contigu à Coût., villa des 
évêques de cette ville. Parc semble être le bret. Parcq, 
même sign., quoique une et. germ, soit possible, Pergan, 
défendre, et même une et. lat. Paradisus, parc, d'où le 
fr. Parvis. Une enceinte, fortifiée sur une hauteur, se 



— IVJ — 
flisail Railli en irl., mot qui sign, monlagne, d'où k's 
Alpes Rhétiques. Rethel, les Monts d'Arhcs. L'ii. Park 
sign. Pare el enclore. 

FICHIER, pucHiER, grand pot à cidre, en a. Pilcher; 
on dit Ficher en bret.; Picotin, petit pot, est sans doute 
un dim. A Val, ricoiiN sign, une demi-tasse de café. A 
Vire ncHET est syn. de pïchier : « Les bras sont armés de 
tasses, de pichets.» (Lallemant, La Cmnpénade.) picher 
est dans le Liv. des Rois : « Hyram fist vaisselle de mainte 
baillie, poz. chanes et pichers. » (L. ^3. eh. 7.) On lit 
dans le Registre du Mt St-M.. à la date de 1317 : « Unum 
picherium vini. » Ce mot existe en Vendée : « De laeve 
Ircdc en in pichae. » (Chanson, Mém. de l'Ac. celt.) A Val. 
picniER, vider de l'eau avec un pot, d'où « Puchier la 
lessive. » 

PINN, TENN, r.iKN, rad. celt, qui désigne des objets en 
pointe, en pyramide, la cime, d'où le fr. Pinacle, Pignon. 
Epine (spina), Pin, etc, et les noms top.. Apennins. 
Alpes pennines , Pennafiel , Pennafior . les Pines , pics de 
Corse et d'Italie . par ex. en Corse les « Pines di Vir- 
gine. « Al-Ben, l'Ecosse, d'où Albion; Tite-Live a donné 
une juste et. de ce mot. Lib, 21, cb. 38, Ce mot domine 
dans les idiomes celt, par ex, dans le canlabre Pimm et 
dans l'esp, Pennas, rocher aigu; en irl. Bawne , emi- 
nence. 

En top. n. il prend la forme Rigne ; il y a les Pierres 
des Rignes , près d'Ecouché , monument druidiques. Rin- 
gard , en V. f., sign, hauteur, et nous avons Muneville-le- 
Ringard , où il y a un Exploratorium , le Mont Pinguet; 
Ringard est le nom d'un village sur une hauteur à St-Jean- 
le-Thomas; il y a à Tonneville une lande élevée, dite Le 
Rigard, Nous avons Rêneville, aux hauteurs couronnées 
de moulins, un des points les plus élevés de la Manche, 
Rivillc , lande et falaise de la Hague , Riniville , arrond. de 
Val., La Rigne, arrond. de Vire; Longue-Roque à Nchou 
est appelé Longue-Rigne en -1283. (Le Rredonchel. Hist. 
de Nehou,) Rigne, grosseur, tumeur, se disait en v. f. : 
« Whaiils of great bignes, » en -1030. et on trouve dans 
Villon : « Il se fit une bigne à l'étal d'un boucher. » Ce mot 
existe dans le pat. du Rerry. d'après le Vocab. de Jaubert. 
Il y a en N. une pomme qui s'appelle p.inet, et gros-binon. 
(Rrébisson, Ann. w. -1851.) mnne, manne arrondie et ven- 
true; BuoT , monceau et ruche, binot, le derrière, bixgot, 
(Val.) manne et boite à lavandière : « Etre élevé coume 



— 130 — 
poulet en un bingot , » c. à d. avec des soins délicats. Ce 
V. f. Beigne, enllure, donne le fr. Beignet, pâtisserie 
soufflée, gonflée; le bret. Biniou, en n. bignocf, sign, 
cornemuse , lilt, outre gonflée , et par ext. chapeau. Esbi- 
gner a dû sign, meurtrir , du moins Fr. Michel dit qu'il 
s'emploie en N. dans le sens de tuer {Diet, d'argot, -U8.) 
BINETTE, s. f. bousier, insecte noir, arrondi, qui rend du 
sang quand on crache sur lui ; les enfans lui disent : « Bi- 
nette , donne mé d't'en sang , j'te donnerai d men vin 
blianc. « Quand au pop. Binette, tête, c'est le nom d'une 
perruque de Binette , perruquier de Louis XIV. (V. Dict- 
d'argot de Fr. Michel.) On pourrait rattacher à cette classe 
BOUEGE , le renflement des douvelles d'un tonneau : « Avoir 
tant de pouces de bouege. » On dit : « Ce tonneau bouege 
ou ne bouege pas , selon qu'il est plus ou moins renflé au 
centre; en a. Bouge, s'enfler; bouguier, donner du bouge. 
La forme Pinn, qui donne au fr. Pignon , Pinacle , Pin, 
Penne (penna), Epinoche, Epingle, et à l'a. Pin, épingle. 
Pine, pin, Pinion, bout d'aile, Pink, l'épinoche, auj. 
Minnow (mignon), engendre en n. : pine, virile pudendum, 
d'où les n. pr. Pinel, Pinard, Pinot, Pinardel, corres- 
pondant de Conardel, etc., en v. a. Penis, (HalliivelVs 
Diet.) et dans le Northumb. Pen sign, a sow's pudendum. 
pi.NER, far l'atto; en v. f. Pigne, cheville, comme en v. a.: 
« Pynne of timber, » el à Av. la ri sign, la galoche; 
Pinnedunez dans Rabelais sign, peu honnêtement la pointe 
du nez. A Bay. pigache sign, un champ en pointe, comme 
en V. f. ce mot sign, soulier pointu, et en vénerie désigne un 
sanglier qui a une pince plus longue. Le Pen-bas, bâton des 
Bretons, litt. bâton à tête, avait passé en A., où Pen-bawk 
sign, un bâton de mendiant. (Halliwell.) Tourner fignole 
est une loc. n. qui signifie tourner les talons, primit. tour- 
ner le pignon d'une maison. Pine s'abrège en pie; il y 
avait à Bay. la rue Coupe-Pie , et le vicomte de cette ville 
en 1530 était Th. Coupe- Verge. Cette famille est la même 
que celle de Pic, Pique, etc., (V. les On.) qui du côté de 
Paris devient Le Pec, la hauteur; pec, pé, s. m. point de 
départ d'un jeu de course, d'où péquier, prendre position 
au Pec, comme on dit auj. au poteau, à la perche, péquier, 
rester embourbé, piqué, pingee, usurier, nom des Juifs 
comme crucifiant des enfans avec des pingres (épingles). 

Q 

QUEMIN, chemin, se rattache à Caman, en kymri , 



— 151 — 
Kamen en armoricain, où Cam signifie Pas. Il a tous les 
dérivés de chemin ; il y a en N. ce dicton : 

Petit paqucl et long quemin 

Fatiguent le jieierin. 
Un composé de ce mot est Mariochemin , Marioquemin , 
Marinclin, c. à d. Marnibe des chemins, Marrubium vul- 
gare. On dit aussi Queminet : « Assiets j'ai la proz de men 
queminet. » (Muse n.) quemi.mer, celui qui surveille ou 
répare les chemins; on disait en H.-N. cnEMiNAOEa; les 
religieux de Jumièges furent condamnés sur la poursuite 
« Du plancager et du cheminager. » Il y avait un planca- 
ger de llouen à Paris : « Chargé de couper arbres, espines, 
saulx , mettre planches entre plusieurs fossez. » (I4G^ .) 

QUEMISE, QUEMINSE, s. f. chemise; en gaël et en 
irl. Caimis, en v. ail. Hcmidi; queminsette, petite chemise 
et devant de chemise appliqué sur l'autre à la poitrine. 

R 

RAINSÉE , s. f. pluie, ondée; en pic. Rainser veut 
dire pleuvoir ; en languedocien Ren signifie pluie , comme 
Rain en anglais, du celtique Ren, eau coulante. De là le 
français Rincer et l'anglais Z)mm ou De-rain, De-noyer, 
et Drainage. Pop. : « Donner une rainsée, » sign, une 
volée de coups. 

RONCE et EROJiCE , s. f. probablement de Rubus , du 
celt. Rub, en bref. Rus, racine commune au latin Rubus. 
Il y a en N. beaucoup de loc. en noACEREr, s. m., en rok- 
CERAIE, Ro.NciÈRE, S. f.; ÉRo.xcHiER , débarrasser de ronces. 

RINDELLE , claie ou plancher qui borde la charrette , 
existe dans les dial, celt., Ridel en arm., Rideal en gaël. 
et en irl.; en fr. Ridelle. 

RHEDDE , en 1. Rheda; c'est sans doute à ce mot qu'il 
faut rapporter la rhedde ou visite , sans doute à cheval ou 
en carosse , que les magistrats faisaient dans les prisons 
de Rouen : « Rhedde, visite des prisons pour sommaire- 
ment vuider les causes des prisonniers admonestant les geô- 
liers de leur donner eau et paille fresche, et les tenir nets. » 
{Les treze livres des Pari., vni, 29.) Rheda est un mot gau- 
lois, comme l'attestent Cœsar, Quintilien, Isid. de Seville. 
Il a son analogue dans les langues du Nord , Ride en a., 
et Reidcn en v. ail., en a. aller à cheval, en voiture. C'est 
le V. f. Rydde, course, Rydder, galoper. Du reste, ces 
mots sont des on. de roulement . et c'est d'eux que vient 



— 152 — 

le fr. Rôdeur, en a. Rambler. On peut ciler ici Essède en 
V. f., cliariot, (ïEssedum, cliariol gaulois, ainsi que Pe- 
torritum, voilure à quatre roues des Gaulois, dont M. de 
Wailly retrouve le nom en Flandre, où Peterridan sign, un 
char à quatre roues. A propos de la ville û'Eporedia, Pline 
dit que ce mot sign, en langue gauloise un homme habîle 
à dompter des chevaux. (Lib. m, cap. 21.) Lacombe, 
(Supplément.) donne Rydde, course de cheval, en v. î". 
On trouve sur l'emplacement d'Alaise, probablement Ale- 
sia, le chemin des "l'ermes et le chemin des Rhèdes. (Rev. 
des Soc. sav., août 1859.) Reviers, que l'on a tiré de Ripa- 
riœ, ofîre un autre sens; son nom ancien est Radeverum, 
litt. riv. de la route , anal, à Radepont , quant au préfixe. 
Le fr. Route, lui-même, ne vient sans doute pas de Rupfa; 
Rod en irl., Rodo en arm., Rû et R/ieiv en kymri, en a. 
Road, lui assignent une orig. celt. Le v. f. Conroi, en 
b.-l. Conredium, qui désignait : « Quidquid ad alimentum 
datur; » sans doute denrée, pourrait renfermer l'idée de 
Rhède , celle de transport. 

S 

SAP, bois de sapin : h Marchand de bois de sap, » est 
l'enseigne des marchands de bois du Nord ; en bret. Sajrr 
et Sap; du reste , en v. ail. Sapinus; sap existait en v. f. : 
« Mainte hante de sap e de fresne bruissier. » (R. de Rou.) 
SAPiNAiE et SAPAIE, daus les noms de lieu, sapinière; il y a 
la Sapée, près de Gacé. sapi.nette, s. f. une espèce de 
petit sapin. Le savi.mer est un conifère qui se rattache à 
celte famille; c'esile Junipenis sabina. Toutefois, comme 
le sapin n'est pas indigène en Gaule , il serait possible que 
son nom fut l'aspiration de Abictinus. Quoique 0. Vital 
dise que le 5a/) (Orne), tire son nom d'un grand sapin, 
nous inclinerions pour cette loc, et pour d'autres comme 
le Sap-André, le Sap-Mêle, à voir là le Sab celt, fossé. V. du 
Gange. En argot , Sapin des cornans, pour sign, la terre , 
est I& traduction de Plancher des vaches, bille, s. f. tron- 
çon de bois, est en arm. Bill, en irl. Billead; de là le fr. 
Billot. A cette idée de bois, on peut rattacher celle de 
porte , le Door a. porte , en bret. Dor et aussi Dor en ail.; 
aussi porte de fer peut se rendre presque de même dans 
les deux idiomes. Ouarndor en celt., Z)o?owarw en germ. 
Un texte tiré de la vie de S. Eugend qui mourut vers 5^ 
cite : « Viens cui vetusta paganitas ob clausuram fôrtissi- 
mam templi gallica lingua isarnodori, id est , ferrei ostii 



— Iu3 — 
nomcn indidit; » en all. Eisendor, in isl. I^aniy for, cii 
a. Iron. 

SOL DARD, soldai, dont le fr. Soudard est une forme; 
ce mol vient moins bien de Solde que du Soldurii de César, 
les braves dévoués au service d'un chef. Dans Régnier, 
Sat. X : « En guise de soldarls, » rime avec Parts. En 
brct. Soldur. Le paysan n. vante ainsi la verlu de la 
soupe : « Ch'est la soupe qui fait l'soldart. » De là l'a. 
Soldier, soldat; aussi Wacc dit-il toujours <■ Un soldeier. « 
L'r caractéristique a disparu dans l'it. Soldato, qui arrive 
à l'idée de solde par une route différente. On peut 
réunir à ce mot plusieurs termes cclt. qui ont de l'affinité 
avec l'idée d'homme de guerre; Brance, épée , en v. f. 
Branc, que Phne attribue au celt.; trcc, en n., adresse, 
primit. coup de poing, on., mot béarnais et gascon. V. les 
gloss, de Rabelais; rLEUTiim , flétrir, en celt. Flastra, 
écraser, on., d'où l'a. Fester, se corrompre; Caieia, petit 
dard garni de pointes, origine de la masse d'armes, en 
usage chez les Teutons et les Gaulois. Cf. le Gœsum de 
Virgile, épieu gaulois; Tabard, manteau long chez les 
Gaulois, en a. Tabard, resté dans les noms de famille n.; 
le v. n. Pel/érer, piller, dérober, {Ckron. des ducs de iV., 
ni, 498.) d'où l'a. Pilfer, escamoter, en bret. Pilferer, 
colporteur; March, jument, en bret.; en a. Mare, jument, 
resté dans le fr. Cauchemar, litt. chevauchée de cavale, 
en n. cauquemau, mot cell, selon Pausanias : «i Itctcov ovojxa 
ixapxa UTO To)v KeXtiov. » (In P/iocide.) BLiAUDE, blouse. 
V. du Cange à Bialdum. diguedi, femme, (Guern.) mot 
que l'auteur des Rimes guern. tire du bret. Dighez, femme : 
« L'ierrien (propriétaire) r'garde sa diguedi; » mais qui 
semble renfermer une idée peu chaste. Cf. le vieux refrain : 
« Belle diguedi , belle diguedon , don, don. » tiumeu, mar- 
cher beaucoup : l'arm. Tremen sign, aller de côté et d'autre, 
en arg. Trime, rue, Trimard, chemin, albroche, à Guern., 
un homme grossier , que l'auteur des Rimes guern. dérive 
du fr. Allobroge. bisqcine, s. f. espèce de chasse-marée, orig. 
de Biscaye , dont l'habitant s'appelait Bisquin en v. f. 
(Lacombe. Supplément.) mauke, manne, en a. Maund, 
id., en bret. Mann. L'a. Apple, pomme, dérive du cell.. 
Aval en bret., et Appel en v. f., selon Lacombe, Ibid. 
ECLAIRE , la grande chelidoine , en bret. Sklear, dégolrdir , 
déniaiser, de Gurdus, mot esp. : « Gurdos pro slolidis 
accepit vulgus ex Hispania duxisse originem audivi. » 
(Quint. L. I, eh. 9.) 

T. I. 20* 



— d34 — 

STRATE , rue , du bret. Strœd, malgré le 1. Strata : 
« Strata viarum, » (Virg. Enéide.) en a. Street, rue, 
resté dans plusieurs loc. n. en estrée, estry, et latinisé en 
Srata, comme Estry (Calv.), Estrée (Eure) : « N.-D. de 
Strata , » Estrée la Campagne, qu'il ne faut pas confondre 
avec les estres, estrées, estuaires. Strasbourg tire son 
nom de ses voies romaines, Strata : son nom primit. était 
Argentoratum ; il a tiré de ses routes, au 6e s., son nom 
de Stratœ burgi. (Walcknaer , Géog. des Gaules, i , 52^ .) 
La grande route, qui coupait l'A. du S.-E. au N.-E., s'ap- 
pelait sous les Saxons Wœtling street , peut-être pour 
Wœstling, route de l'Ouest. 

SURELLE, oseille, dim. d'un rad. celt., car Sur sign, 
acide dans tous les dial, de cette langue, en arm. en kymri, 
en irl. en gaël.; on fait ce calembourg sur une nouvelle 
certaine : « Ch'est su coume vinaigre. » surir, tourner à 
l'aigre; suret, s. m. (Av.) sauvageon, dont le fruit est 
acerbe; suretière, pépinière de surets; suriaux, (H.-N.) 
aigreurs ; en a. Sour, sur, et To sour, surir. Pisse-vinaigre 
est le sobr. d'une femme avare et acariâtre. 



TALARD, (B. du Mt St-M.) berge de rivière, qui, dans 
les grèves , s'écroule rongée par les eaux , cong. du fr. 
Talus , Taluter , en bret. Talud, pente. On peut réunir à 
ce groupe lageu, roseau, herbe aquatique; en bret. Lagen, 
marais, d'où le fr. Lagune, en gaël. Lochan, flaque, en 
gall. Llugad, bourbier, flag (St-Lo), roseau et glayeul, 
d'où l'a. Flag, flamme de navire, pavillon, lagen a sans 
doute donné au fr. Ajonc, ou jonc marin. 

TETRELLE , s. f. biberon ; têtard , tétour , celui qui 
tette sa langue; il y a beaucoup de familles Tetrel et Le 
Tetrel; tétine de souris, l'orpin blanc. Comme dans le fait 
de la succion il y a deux sons distincts , le S et le T , les 
Lat. ont pris celui-là, Sugere, les Grecs celui-ci, tit6o;, 
mamelle , ainsi que les idiomes celt. : Teth en kymri , Tez 
en bret.. Tit en a. 

TOR , TUR , élément qui indique une eminence , en v. f . 
Thoron, hauteur, et en v. f. Turault, Tarai, élévation de 
terre ; il y a dans l'Av. le cap Torin , et près de Rouen le 
mont de Turinge, souvent cité dans les vieilles chron. n. 
V. Walcknaer, Géog. des Gaules, n, 75, lequel cite un 



— 1 35 — 
grand nombre de Taurn, hauteur, dans la Nuriquc. On 
trouve encore en N. Torigny sur une eminence bordée 
d'étangs, Tordouet, litt. hauteur de la riv.; il y a Tours, 
appelé Tor dans un acte de ^ 096 ; il y a Tourville , Torcy, 
Turtot, Thury, le quartier de Turin à Val. sur une colline. 
Quant à la loc. précitée , Tordouet , on appelle tordodet , 
un drap, froc, fabriqué dans les environs et près de 
Lisieux. Quant à Porra, Borra, en b.-l., c'est un vallon 
buissonneux à eau stagnante : « Cavus dumetis plenus ubi 
stagnât aqua. » Porrois est le nom prim, de l'emplacement 
de Port-royal des Champs. Nous soupçonnons un élément 
celt, dans Tamer, qui entre dans Tamerville , sans doute 
avec le sens de rivière, comme la Tamise ; du moins Tamer 
est une rivière assez forte entre le Devon et le Cornwall. 
Il y a Thomer, arrond. d'Evreux , et Thomery, près de 
Fontainebleau. Des cavernes de montagnes , des habita- 
tions souterraines portent en Ecosse le nom général de 
Weetn, du gaël. Wamha, cave, d'où sans doute l'a. Whelm, 
couvrir, enterrer. (V. Wilson. Archœol. of Scotland, 80.) 
Le nom celt, du rossignol n'est par reste en a.; c'est Nigh- 
tingale, litt. brise du soirj en bret. c'est Eaustig, en 
kymri Eaws, en gaël. et en irl. Spideag. Une poétesse 
anglo-n., Marie de France, a renfermé ces mots , dans le? 
vers suivans , avec le fr. Rossignol , devenu Raisum : 

Une aventure vus dirai, 
Dunl li Bielun firent un lai; 
Laustic ad nun, ceo m'est avis; 
Si l'apeleut en lur pais : 
Céo est Reisum en franceis, 
E Nihtegale en dreit engleis. 

Un lai du même auteur est le Loup-garou , qu'il appelle 
Bisclaveret , c'est une forme du bret. Bleiz-garv (Blis- 
garv). 

TRAOUL , dévidoir , treuil , en arm. Traouil, en kymri 
Troell; il devient tro : par ressemblance on appelle à Av. 
TRo , un gâteau cornu. Par la suppression de R , ce mot 
devient en fr. Touer, en a. Toiv, et produit todaille, ser- 
viette . autrefois placée sur un dévidoir ; ce mot est dans 
Chaucer, Towaile, et dans Kuonrad von Wurzeburc, 
Twewele. Le pat. de l'Auvergne a gardé Touailla , le pic. 
dit Touillon pour torchon , et le n. dit touillier pour tor- 
cher , essuyer : 

Tant le truilla et le ctiarma 

Que li lecherres s'en alla. f Fabliaux J 



— ^56 — 

d'où SATRouiLLE, S. f. et sATRociLLON . P. m. femiTic ou 
homme malpropre , satrouille , seiche, substance molle et 
visqueuse. On dit encore toijin , homme sale, toiine, che- 
velure sale et tabatière étroite; on dit touillée, une volée, 
comme on dit pop. une brossée, une peignée. J. de Gar- 
lande dit en son Diet. : « Trahale dicitur à traho , gallicè 
TraaiL » On disait aussi en v. f. Trouet : a II faut filer au 
trouet sur les costez de cest apostre. » (Martyre de St~ 
Denis.) 

TRUANDER, gueuser, du bret. Truand, truand, Truan 
en kymri, et Trugghanta en gaëi. et en irl., malheureux; 
TRUANDISE , S. f. vagabondagc. Prov. : « Qui fit normand 
fit truand. » En argot Trncher, gueuser, Truchc, aumône. 
Rapprochons de ce groupe l'ét. de Bâtard, que M. du 
Méril tire du mol bas , d'orig. celt, et que détermine ce 
texte de Mouske sur Ch. Martel , v. \ 558 : 

El ( Pépin ) s'eut de bas un fil 
Ki moult ol haut cuer et gentil. 



Y. Cette finale lopog. représente la terminaison celt, en 
m (eau), prédominante dans le Midi; par ex. Damigny 
est parti de Digmaniacum : « Villa Digmaniacum quœ sita 
est in pago ossismensi , in centena Alencionensi. » (C/iron. 
de Fontenellc, ^^e s.) Ainsi deux loc. de l'Av., St-Pair et 
Beauvoir, étaient primit. Sessiacum, devenu Sessy, et Atis- 
teriacum, devenu Austry. Cf. villa Danciacum, lOe s.. 
auj. Doncé, arrond. de Mortagne, et Soulangy, arrond. de 
Fal., Solengiacum , ap. 0. "Vital. Cf. aussi le suffixe indien 
Lach (lieu, d'où locm), et le suffixe Loch, des loc. germa- 
niques. Cette finale Ac est aussi , suivant Davies . un suf- 
fixe irl. indiquant propriété ; ainsi le Brennacum de Grég. 
de Tours et de Fredegaire, auj. Braine, est l'habitation 
du chef, Brenn, dont les Romains ont fait le n. pr. Bren- 
nus ; ce mot existe en irl. : Ossian se fît aimer de la fille 
du Brenno, ou chef de Rego. Même formation à l'époque 
gallo-romaine : Tiberiacum, Berchem , Juliacum, Juliers, 
ou ville de Tibère . ville de Jules. Cf. la finale gr. «xo;. 
Tandis que l'usurpateur Maxime n'a laissé qu'un mauvais 
souvenir en N. où maxi sign, méchant, par ex. à Bay., il 
a été chanté par les Gallois , comme on le voit dans le 
Mabinogion de lady Charlotte Guest ; ce recueil , dont 
le titre sign, récit romanesque , nous montre Macsen 



VIeddig nu Maxime le Fort dans un songe très poéliiiuc. 
Vespasien a eu en N. le sort de Maxime , et vaspasu.^ y 
veut dire mauvais sujet, vagabond. 

ORIGINES LATINES. 



A. Par un remarquable abus, le gén. a pris prescjue 
partout en fr. la place du possessif; il n'en était pas ainsi 
en V. f. : « Pro Deo amur. » (Serment de 84^.) « Li Deo 
inimi (ennemis de Dieu); (Cant, de S. Eulalie.) et « La loi 
Deo » (loi de Dieu), f li. de Bomcivals.) « Que frum del 
arcbe al Deu di Israel. » (Les A liv.des Rois, 18.) « Filz 
a putains.» ( R. de Rou.) De même le n. dit : « La 
maison à Pierre, » ainsi que les enfans : « Le livre à petit. » 
On dit encore : « Le denier à dieu , » à la fête des Rois. 
On pourrait retrouver un rapport de ce genre dans de 
vieilles expressions a., telles que Jack a lent, (Mernj wives 
of Windsor.) John a dreams, (Hamlet.) c. à d. Jean aux 
rêves , Jean à la lanterne , si off ne se changeait en aff, a 
dans plusieurs pat. a. Devant un autre A, cette iirép. 
se liquéfie par un I euphonique : « A-i-A v ranches , à 
Avranches. 

ABAICE , s. f. buflet, grande assiette, (Val.) iïAbaciis, 
buffet : « Super unum bassetum mappam ponebat; » (Act. 
SS. Mai IV.) en v. f. Abace. On dit encore en fr. Abaisse, 
croûte de pâtisserie en forme de plat, et Abaque, probabl. 
venu de la Renaissance, ainsi que l'a. Abacus; d'Abaque 
pourrait dériver l'a. Bea/cer, coupe, godet, comme aussi 
de Beak, bec. Cf. la Bouillabaice des ports. Le 1. Discus 
a laissé dans l'a. Disk, plat, et Desk, plateau, pupitre, 
et peut-être Deck, pont de navire. 

ABBAIE , ABBiE , abbaye, d'Abbada , en a. Abbey; 
M. Cochet a signalé divers « Chemins de l'abbie, » en 
H.-N. On disait abbaie en v. n. : « Un monastère et abbaye 
éminente, » est un vers de dix pieds de le Rocquez. (3Iir. de 
l'Etern.) Oa disait aussi le dim. Abbayette, dont le I. était 
Abbatiola, qu'on trouve dans un Ms du Mt St-M., comme 
on trouve Ecclesiola dans le Dom'sday. Il y a encore plu- 
sieurs loc. dites l'Abbayette en N., plusieurs ont aussi 
Abbé pour suffixe, le Pont-l'Abbé (Manche), le Mont à 
l'Abbé (Jersey); abbé en n. désigne ordinairement le 
vicaire. 



— -158 — 

ABHME, abime, dans le sens d'énorme quantité; en 
parlant de pommes on dit : « Y'en a eun abiime... les pou- 
miers en sont abiimais. » Ce mot a été fém. : « Mers et 
abismes profondes, » (Molinet.) comme le 1. Abyssus; en 
a. Abyss, abiimer, gâter, perdre, litt. jeter dans l'abîme, 
hyperbole pop. 

ABOMINER, exécrer, abominari; le fr. n'a qu'Abomi- 
nation et Abominable ; on dit : « Abominer de sottises ; » 
en a. Abominate. Cf. abolir dans « Femme abolie de que- 
nailles, » c. à d. fatiguée par une abondante maternité. 

ABRE , arbre ; le n. comme l'a. aime à supprimer l'R 
devant une consonne. Vaugelas dit dans sa 403^ Observ. 
qu'on disait autrefois Abre à la cour; de là abrier, abriter, 
auquel se rattache le fr. Abri, abrier se dit dans la langue 
maritime n.; VAbre major était le grand mât des galères ; 
« Pour l'amour du buisson va la brebis à l'abre, » selon 
un prov. cité par L. de Lincy. Il se disait en v. f.; il est 
dans G. de Tyr, au I3e s. Montaigne dit : « En manière 
qu'elle les abriast. » {Essais, L. i, ch. 20.) abrias , abri, 
en lang. Abriga. abreau , petit arbre enduit de glu pour 
prendre les oiseaux , cité par L. du Bois , (Gl. n.) qui 
mentionne aussi bois d'arbe et arbre pour le pommier , 
considéré sans doute comme l'arbre par excellence en N.; 
ABRIC0LER, (Av.) abriter; arborée, û! Arbor : il y avait en 
Normandie des portes de villes appelées Arborée; c'était 
sans doute une porte auprès des bois ou entourée d'arbres. 
Ainsi, à Bayeux : « St-Loup s'avance vers la bêle dont la 
retraite était dans un bois proche la porte Arborée. » (Plu- 
quet. Essai hist. sur Bay., 333.) Le Livre vert du chapitre 
d'Av. signale dans cette ville une rue Dorée, paroisse de 
N.-D.-des-Champs, dont le nom pourrait bien être une 
altération. Rob. Cenalis dérivait, toutefois sans vraisem- 
blance historique, le nom d'Avranches d'Arboricce, Arbo- 
retanus : « Ab arborum frequentia. » Cette localité encore 
très-boisée l'était beaucoup plus au 16e s. à l'époque du 
prélat. Rouen a aussi sa Porte-Dorée. A St-Lo c'est la 
Porte-Dolée , du côté de laquelle coule la Dolée. 

ABSOLU (jeudi), le Jeudi-Saint ou d'absolution : 

Au Jeudi absolu 
L'querêime est sus l'c...; 
Au Vendredi-Sainl, 
Il est sus les reins ; 
Au Samedi bénit 
L'querêrae est fini. 



— 159 — 

ACATER, acheter (ad captare). en pic. et en rouchi 
Acater, en it. Àcatare, en v. f. Acliapter, dans les Rôles 
n., Acatmn, Acatare; acatour, aclieleur; acatehesse, ache- 
teuse; en a. Cater, faire la provision, Caterer, pourvoyeur, 
Cateresse, pourvoyeuse. Achate et Acliatour sont dans Chau- 
cer, V. 573 et 570. II y a peut-être quelque rapport entre 
ces mots et deux autres termes cités par le Gl. n., cabas, 
tromperie, et Cabas, tromperie, et Cabasser, tromper, qui 
se disaient en v. f. Au rad. de la famille d'ACAiER , se rat- 
tache Accii'ER, recevoir et prendre, en Bray (Decorde), ù 
Vire et à Bay., escroquer; de là son abrév. chiper, filouter, 
argot des collèges n.; chipecr, filou. 

ACHÉE, (Av.) ver, amorce de vers, en v. f. EcJiée, 
û'Esca, amorce pour le poisson; on dit : « Le gardin est 
pliein d'achées , » c. à d. de vers, aachier, amorcer, achai- 
soiN , odeur de chose corrompue , de charogne , peut-être 
primit. de vers : « Etre malade d'achaison , » de dégoût; 
en a. Jc/œ, douleur, souffrance : « L'achaison prit le p'tit 
gars; i n'peut tout hère. » (Dép. d'un témoin à Av.) 

ACHIER, acier, dérivé û'Acies, tranchant : « Li païz 
desfendre el fer è à l'achier. » (/?. de Bon, v. 3960.) 
« Deux arbalestres d'achier. » {Délib. de V Hostel-de-Ville 
de Rouen. ^460.) achiérer, garnir d'acier : « achierer eun 
ôtil, » un outil (en fer). 

ACOUTER, écouter, d'Anscultare, en a. Scout, explo- 
rer, battre la campagne, en écouler les bruits. Cf. Ascouto 
d'Janette, chanson savoyarde. 

ACSONDE (en), en silence, en cachette : « Mordre en 
acsonde, en acsoude, » en parlant du chien qui mord sans 
aboyer; en v. f. Asconse, lanterne sourde, el Abscond, se 
cacher, du 1. Abscondere. 

ADAM (rouME, nocd d'), l'os saillant de la gorge, le 
bréchet : « J'en ai jusqu'à la poume d'Adam, » c. à d. 
gorgé de nourriture. Le dicton bien connu : 

Quand Adam bêchait. 

Quand Eve filait, 

Quel gentilliomme y avait? 

existait en v. a., et il est cité dans Wright's songs and 
carols, Song, i : 

"When Adam del v'd and Eve span, 

Who was then the gentleman? 

On appelle en a. Adam and Eve, les bulbes de V Orchis 
mascula, de leur ressemblance vague avec la figure hu- 



— 160 — 
maine. On dit en N. : « Je ne le connais ni d'Eve ni 
d'Adam, » c. à d. nullement. 

ADIRER, égarer, ad-crrare, peu usité en fr. : «■ Que- 
relle des choses adirées, » Titre du cli. 87 de l'ancienne 
coût, de N.; il est question dans le R. cleEou, « De la 
cuille adirée. » adoiker, détériorer, mais peut-être (.Vachil- 
terare; toutefois Adouré, égaré, est dans Ch. d'Orléans : 
« Un jour m'avint adouré sur la mer. » Dans le traité de la 
Fleta^ Adhirée est lat. en Adhistratum. Adirer est dans 
un dicton sur une loc. n. : « La Chapelle, (arr. de Pont- 
Audemer) où un magnan s'est adiré trois jours. >> {Blason 
pop. de N. ^87.) 

ADORER, adulera l'excès; adorecr, flatteur prosterné, 
en a. Adorer, adorateur ; on dit : « Les adoreuîs du 
monde, c. à d. flatteurs des gens; adoram, id.; adoratioivs 
(faire des), adulations semblables à l'adoration, ayant pour 
syn. ADOREMUS. Rapprochons du sens de ces mois qui sont 
des met. ou des hyperboles, agios (faire des), des adora- 
tions, des flatteries, mot tiré de la prière liturgique: 
« Ayio; ôsoç ; » « Mille agios sont à ma fantaisie. » En 
roman du midi il sign, prière. C'est ainsi que Henshaw 
tire l'a. Dirge, chant funèbre, du psaume Dirige nos. 
AGIOTER, caresser, flatter. 

AFFULER (Bray), revêtir d'une coiffe, de Fibula, 
agraffe; de là affclure, p. f. bonnet de femme; affluber, 
affubler, et son opp. déflcber : « Un des Grieus le vit dé- 
fublé, » (B. de Bou.) et « La fist d'un mantel aft'uber; » 
(Tbid.) en b.-l. Afjlbulari. Le pic. et sans doute la H.-N. 
ont cette famille plus complète : Affulette, voile de deuil; 
Affu (Affulure), coiffe; du reste affuler est en wallon, en 
rouchi , en remois. 

AGE, s. f. âge, féminisé d'après Mtas : «Vingt ans, 
ch'est une belle âge. » agié, âgé; agikr, émanciper, donner 
l'âge légal ; agemeat , ou an d'âge , majorité ; « Etre 
d'âge , » être majeur; ainsi en a. : « To be of age. » En v. 
a. To age, vieillir : « My daam ages fast. .) De même dans 
les deux langues : * Un homme d'âge, » vieux. Régnier 
emploie âge dans les deux genres; mais il dit. Ode ii : 
« L'âge dorée , celle de fer. » 

AGET, s. m. manière d'agir : « Avoir de Taget, » c. àd. 
de l'espace pour agir, liberté d'action; eu prov. Agi ^ ac- 
tion. En Bray, aget a un sens plus étendu; il sign, les 



— 16» — 

actes, les êtres : « Connaître les agets d'une maison; » de 
même en pic. et en rouchi : trois dialectes très-semblables. 
ACET a aussi le sens gén. d'agencement, de jeu : un objet a 
de l'aget quand il fonctionne, agit librement ; le fr. agencer 
se rattache à cette sign, et devient en n. cekcer (Val.), 
ranger, ajuster; se ce.ncer, se ranger : « Gence-té, » range- 
toi de côté. ACTioUxNER , far l'atto. acti , actif, aget, em- 
plette, en Bray, est aussi une forme du fr. Achat. 

AGNET, AfuMAU , agneau , d'Agnellus , en v. f. : « Porc 
ne berbiz ne oue ne aignel. » (R. duRou.) On dit prov. : 
Ch'est coume les agnets de Caumont , n'en faut qu' treis 
pouer étranglier un loup, acineler, mettre bas des agneaux : 
Si bidentes agnellant. . . » (Cartul. S. Trin. Cadomi , 
fol. 49. j La formule d'investiture « per capellum de pelli- 
bus agni , » par un chapeau de peaux d'agneau , se ren- 
contre quelquefois dans les actes n. Il y a beaucoup de 
familles Piedagnel. 

AGU, s. m. usité dans cette loc. : «Les coques donnent 
l'agu, » c. à d. aiguisent l'appétit; acc, aigu: La Pierre- 
Aguë, menhir à Longueville , arrond. de Coût. ; agccdier, 
aiguiser; Agusser, id.; en prov. Agusar, en esp, et en 
catal. Agiizar, en port. Aguçar, en it. Agyzare ( MM. du 
Meril , Diet, de pat. n.) ; à Guern. aguincoir, agacer, et 
AGDINCHETTE, agacerie; agousser, exciter; acuti, tranchant, 
fil , à Vill. : « donner de l'aculi. o aiguisée , douleur lanci- 
nante; aigui.le, aiguille, A'Acula, dim. ù'Acu ; ainsi en v. f. : 
« Bréeusde fd, agulle, toute tapisserie ; » aigullte, aiguillée; 
en V. a. Aygulet., aiguillette : « Golden aygulets; » (Spen- 
ser, p. 78.^ en a Aigulet ; l'a. Quill sign, pointe aiguë, 
plume taillée, apoc. du fr. Aiguille; Agler, en v. a. ai- 
guillier ou étui à aiguilles; Aguiler est dans le R. de Rou; 
BISAIGUE, bisaiguë. L'a. Edge., tranchant, pourrait être la 
contr. de Aiguise (Aig-se) ; aigre, s. m. vinaigre fG/. n.) ; 
AiGRAs, verjus ; aigriotte, cerise aigre, en a. Égriot, cerise 
sauvage ; de là la Griotte et le Griottier des jardiniers. 
AIGLAMIER , églantier , en v. f. Aglanthier. Aigre dans 
Yorkshire, acide. 

AIDIER, AINDER , aider; aihde, s. f. aide; à Jersey on 
dit à table : « Aindez-vous, » comme l'a. Help you, servez- 
vous. « Ainde-té , c. à d. soutiens ton corps. 

AIAUX, s. m. pi. (Bray), les narcisses de prés, ressem- 
blant aux aulx (Allium). 

AILETTES, s. f. pi. ailes d'une bobine; (Val.) Ai- 

T. I. 21* 



— U2 — 

lettes^ en v. a. pièces de l'armure de l'épaule, et Aih dans 
le Sussex sign, les barbes de l'orge. 

AINNÉ , aîné , garde dans sa pron. Ircs-nasablc du pré- 
fixe l'ét. Ains-né, Ante natus : « Enorer ses ainz nez, amer 
ses mains nez. » (Règle de St Benoist.) « Mains né a été 
remplacé par Puis-né, Puiné, en a. Poney, jeune cheval. 
ANTivriLLE, la surveille, antenais, cVAntè natus ou û'Antè 
annum, poulain d'un an , en v. f. Antenois, chevreau d'un 
an : « Deux vieaux et deux vieux antenois. » (Didier de 
Verjus.) En rouchi Antenoisse, laitue plantée avant l'hiver; 
c'est l'ét. du v. f. Antan: « Où sont les neiges d'antan? » 
(Villon.) ANTAN est usité en H.-N. et fréquent dans la 
Muse n. : « Que j'n'avions fet de depis antan. » On trouve 
le mot décomposé dans 01. Basselin , édition Travers : 

Au prix d'anl an un chascun 
Diet qu'on a trois pots pour ung. 

Cf. les dérivés fr. à!Antè, Antique, Ancien, Antérieur, 
Anticiper, Antidater, etc. Ancien (Antè), en n., sign, 
vieux, ex. : « Cet homme est pas mal ancien. » Le v. n. 
avait gardé des formes de comparatif, comme Ancianor, 
{R. de Rou , au commt.) plus ancien , Greignor, plus 
grand, Juvenor, etc.; nous croyons que c'est une forme 
de ce genre qui se trouve dans ce vers de R. Gloucester , 
p. 75: 

And for be the silierore, be wende to Scotland. 

Securior, ailleurs en v. a. Siker, Sikere, et surtout dans 
cet ex. de Piers Ploughman , p. 307 : 

Somme apples aren rype 
Swettour and saverrour and more grettour 
Than that seilde (seldom) haven the son. 

Ce pléonasme More grettour est dans Shakespeare , More 
greater. 

AIR , souffle , brise , litt. air en mouvement : « N'y a 
pas d'air, » c. à d. de mouvement d'air; airer, aérer. 
AiRÉE, s. f. quantité de fruits ou branches abattue par un 
coup de vent : « Y a eu eune airée. « 

AIRER, labourer, issu d'Jrarc, mot presque univ. , 
mais qui n'a laissé que quelques dérivés en fr. , et encore 
d'orig. savante : Arable , Aratoire , Araire ; en gr. Apouv , 
en lat. Arare, en esp. Arar, en goth. Aran^ en ail. Ei^en. 
en sued. Arja, en a. s. Erian, en a. Ear, etc., vocable 
primit. ; on a rapporté à ce rad. l'a. Oar, ramer (Richard- 
son's Diet.) par une métaph. très-commune, aireure (Val.) 



— U3 — 
l'açon de la terre à la charrue; aikée, terre labourée: « N'a 
ne boef ne charrue ne vilain en arée; » (R. de Rou.) aire , 
planche de terre dans un jardin (Gl. n.) , avec le dim. ai- 
uette; airie, syn, d'AIR?:; airiée, quantité de terre labou- 
rée; en éc. Ârriage, labourage. Le fr. Erable se disait 
Arabile. 

AIRIÉE , iVArea, quantité de blé battu sur l'aire; ahrie 
( Gl. n.) , s. f. le haut, l'aire d'un fossé, c. à d, du talus 
d'un fossé. Dans l'Av. l'aire s'appelle la place (platea). 
Comme le lat. Area sign, aussi une planche de jardin, il 
peut réclamer VAire ci-dessus. 

Aïs , planche , peu usité en fr. ; aïs , planche au pain : 
(( Aveir du pain sur l'ais, » c'est être dans l'aisance; en 1. 
Axis, essieu et planche; aisseu, essieu; en v. f. Esseul; 
le n. essente, bardeau, se disait en v. f. Essetile (Axula); 
en a. Axle, essieu; aisselet, petit essieu; aisseltte, plan- 
chette; AissELiER, buffet; ALLIER, platc-formc en planche, 
en est peut-être la contr. ; du reste, on dit quelquefois 
vaisselier; ce mot a reçu une forme fautive dans le Journal 
d'un bourg, de Caen, 287 : « Le tonnerre a fendu la pyra- 
mide (flèche d'église) jusqu'à la hauteur d'une fillette 
(clocheton). . . par un trou dallier par où il a dû passer. » 
AissiAu, bardeau. Le dim. 1. Axula, Astula, donne quel- 
ques mots précéd. et la famille secondaire suivante : 
atelle, s. f. morceau de bois fendu, éclat, en 1. Astula, 
Assula, en armor. Astill, Etell, éclisse, racine du fr. At- 
teler, le collier du cheval étant formé de deux morceaux de 
bois; en n. attelée, attelure, attelage; en b. 1. Astella : 
« Astellam summarii. » Les morceaux de bois se classaient 
autrefois en N. par leur épaisseur : chouque, en b. 1. 
Clioca (secare), souche, en Bûche-de-Molle, MoUa, en Gloe, 
Gloa (isl. gloa, brûler, en ail. gloen, en a. glow), en 
Atelle, Astella. Un texte de Du Cange fait de ce mot une 
expression n. : « Icelluy prestre tenant en sa main une 
busche de bois qui se nomme au pais n. une hastelle. » 
Cette aspiration conduit à hatelet, côte de porc, par le 
rapport des os au bois, d'où hatelle et oastille, s. f. l'in- 
térieur de cet animal, en v. f. Haste. 

Et quand javoie le verjus , 
Mon haste en la broche tome. 

/'Fabliaux anciens.) 

Et la Muse normande dit : « Un hastelet , bœuf , mouton , 
sallade ; » en a. Haslet dans Hog's haslet, l'intérieur du porc. 



— 16-4 — 
Le V. f. Estelle, Estille, rattache à celte racine Astula, 
Assula, d'où le v. f. Ais; de là aussi le fr. Haste, manche, 
et l'a. Haft, manche, et le v. a. Ast, branche d'arbre. 
HATiER, grand chenet de cuisine; uaitier (Val.) , poêle à 
frire. Cf. le 1. Hasta, bois de lance, et le fr. Hampe, que 
le n. appelle hante, par ex. : hante de iliai, hampe de fléau ; 
HATiLLE veut dire encore rate de porc , en v. f. Hate : » Ou- 
quel ostel ils eussent fait cuire une hate menue. { Ap. Du 
Gange , ^392. ) Ce dernier mot n. se trouve dans presque 
tous les patois fr. , aussi les Bénédictins ont dit au mot 
Hasta : « Recentis suillœ frustum undè rusticis nostris : Je 
vous enverrai du boudin et de la bastille. » Le fr. Hart , 
corde, sign, primit. branche tordue; c'est le sens de haut, 
s. m. en n. ; se dit aussi Hart en ail. et en bret. ; il pour- 
rait bien se rattacher à cette famille ; en Bray, herchelle , 
petit lien à fagot , d'où herchelée à Rouen , enfilée. 

AISIÉ, Aisii, aisé, du 1. Otium, par l'it. ^gio, loisir; 
AISIIEMEIST , aisément ; aisances d'une maison , tout ce 
qu'elle a de commode. En a. Ease, aise, facilité, Easij, 
aisé. MESAISIER, gêner dans la fortune; mesaisié, gêné : « Il 
veil celui mesaisié; » {R. du Mt St-M., v. 2675.) mejaige, 
mésaise, rapproché à' Agio, d'où mé gauge : « Etre à mé- 
gauge , » mal à l'aise dans ses mouvemens , gauche ; de là 
le fr. Gauche, qui a succédé à Senestre dans la langue lit- 
téraire au 16e s., dit M. du Méril. On dit : « Etre à mé- 
saise, à mesaise, à mégauge d'une personne, » c. à d. être 
gêné, fâché de son absence, gauchir, se déjeter, en par- 
lant d'un instrument ; cauchier , gauchet , gaucher. On 
disait autrefois Desaise, mesaise, d'où l'a. Desease, indis- 
position , et Desaisié, d'où le v. a. Deseased, fréquent dans 
Spenser, comme on trouve l'hybride Wel-esed, bien aise, 
dans Canterb. taies, v. 29. 

AITRE , portique (atrium) et terrain près d'une église . 
jouissant de droit d'asile , mot resté dans des noms loc. : 
AITRE , à Rouen , désigne l'ancien cimetière St-Maclou ; 
celui de de S. Cande s'appelait « l'Aitre S. Cande; » il y a 
à Rouen la rue de l'Aitre-St-Nicolas. V. sur les Aitres le 
Droit d'Asile de Ch. de Beaurepaire. On dit fautivement 
en fr. : « Connaître les êtres d'une maison. » L. Aitres , 
atria; Estre, en v. n. séjour : « En Ynde, en Aufrique 
est lor estre. » (Best, div., v. 3004.) En v. f. Oriol, porche, 
du dim. Atriolum. d'où l'a. Oriel, terme a. d'architecture et 
collège d'Oxford. V. du Gange , Vo Oriolum. V. ate. 



J 



— 165 — 

ALLELUIA, mot hébreu (Louez-Dieu), nom donné à 
une fleur qui vient ù Pâques, où l'on chante Alleluia, 
c'est XOxalis acetosella; on dit aussi Pain de Coucou, 
Surelle, en a. Wood-Sorrel. 

ALIBI , excuse , détour : « Trachier des alibis ; » de là 
le fr. Aliboron, en v. f. Aliborum, homme subtil à trouver 
des détours. 

ALUMELLE, lame de couteau, pour Lamelle, dim. de 
Lamina, lame, d'où le fr. Lamine, Laminer, en v. f. 
Alemele: « L'alemelle d'un poitevin acier. » (Cheval. Ogier 
de Danemarche.) « Haguay à grands coups d'allumelle. » 
(Muse n.) Dans la plupart des pat. Alemelle. chalemiiv 
(Orne) petit couteau d'enfant. 

ALLEMENT, s. m. voie, avenue : « Counaîte les alle- 
mens et les aboutissans , » c. à d. les voies et alentours 
(d'une maison), du verbe Aller, à' Ambulare , d'où le fr. 
Amble, Emblée (tout d'arrivée). On dit en N. : « Allai 
sen quemin, » comme en a. : « To go one's way, » comme 
aussi : « Marcher sen quemin. » Ce verbe fait au prêt. n. 
j'allis, et au subj. j'allisse, comme en v. f. : <- Coume 
fol alissiez. • (Mr. de Rob. le Dyable, p. ^20.) Dans ce 
môme roman, on trouve, p. -12 : « Sus alons m'eut, » 
(indè) où me est un datif attributif et impérieux, et p. -13 : 
« Allons m'en. » A Av. on dit ce pléonasme : « Je me suis 
m'en allé, » dans l'Av. s'en aller sign, va devenir : « Le 
blic s'en va meur. » ellipse de être, alleure , s. f. marche 
particulière du cheval : « Dans laquelle il fait entendre 
quatre battues, et qui diffère du trot et de l'amble. Ce 
genre de locomotion , fort usité au moyen-âge pour les 
chevaux de route, s'est conservé plus longtemps en N. 
qu'ailleurs, et paraît être spécial à cette contrée. » (Ephrem 
Houel, de St-Lo, oflicier des haras.) Toutefois, en v. n., 
ce mot sign, manière de marcher et Grant- Alleure, galop, 
comme dans ces vers de Benois : 

Mais nun le pas ne l'ambleure, 
Mais merveilles grant alleure. 

Et dans Jehan de Saintré : « De la grant alleure des des- 
triers, l'un hurta à l'autre. » De Amble, ou plutôt de Re- 
ambulare dér. l'a. Ramble, rôder, et on dit en éc. Bonally 
(bonne allée), coup d'adieu, de l'étrier. ambléchiiveb, mar- 
cher péniblement; (Gl. n.) raller, aller en arrière, de 
nouveau, en v. f. R'aller, retourner : « Si sunt r'alez enz 
el mostier. » (/?. du Mt St-M., v. -1089.) En pat. comme 



— U6 — 

en fr., la conjug. d'Aller se combine avec celle de Vadere: 
« Je vois ou je wois, <• « Que je voige ou woige. » amiîron 
(d'), d'emblée; (Gl. n.) ambulant, surveillant d'octroi , en 
isl. Ambl , vagabond, vavite , diarrhée , en v. f. Vava ; 
dans Pathelin Va-fort. 

AMABLE , aimable , amable , prén. de femme , en v. f. 
Aîné, aimé; Basselin dit : J'ame. aimer (s'), se plaire, 
encore usité au ^7e s. : « Je m'aime où tu n'es pas. » 
(Melicerte.) amin , ami , comme dans Belle Amelot : « An 
hait chantait, et son amin nommait... Garin, mon dons 
amin. » {Romancero Jr., 272.) V. la chanson de Richard 
Cœur-de-Lion : « Moult ai d'amins , mais povre sont li 
don. » Cette forme conduit à Minion, d'où le n. mumoiner, 
gâter de caresses, amou , amour ; il y a à Val. des familles 
Bliandamou (pâle d'amour). Amour est resté fém. au 
sing, comme en v. f . , ainsi , dans cette chanson n. : 

Ah I que l'amou est agriable ! 
Elle est de toutes les saisons. 

amoderedx , amoureux ; amicable , amical , amicablemeim , à 
l'amiable, comme dans le Tombel de Chartrose : 

Saint Père amicablement 

Le dist vien len o moi en gloire. 

AMouEKETTE, amourctte , en v. a. Amorette, id. et nœud 
de rubans; (Roman of the Rose.) Amowre, amour est 
dans les Sevyn sages, v. 2962; amoderaquier (s'), s'amou- 
racher ; s'amoimiu , id. ; amiteux , amical , comme en pic. , 
d'où RAMiTER, réconcilier, d'AMiiER, rendre ami , en v. n. 
Amiser : « K'il s'amisist vers Rou, » (/?. de Rou, v. -1086.) 
et s'Amissier. A Minion se rattache I'amiinioner, précité, 
et AMiGiNARDER , rendre mignard , ainsi qu'AMiKioTER ; toute- 
fois en isl. Mmom';, vir gracilis, en v. ail. Minneon, aimer; 
en a. Paramour^ amant. 

AMBASSADOUR, entremetteur de mariages; c'est la 
forme prov. d'un mot l. en Tor, tel qn' Ambagiator , d'Am- 
bire, solliciter, contr. en Ambagiator, en b.-l. Ambaxia- 
tor : « Per ambaxiatores; » {Bibl. de Véc. des chartes. Mars 
^857.) du reste Ambagiator se tirerait mieux ù' Ambages, 
qui donne Ambagiosus. A Ambire se rattache AMiiiiioiNiNAiRE, 
ambitieux. 

AMENDER , profiter : « Amender d'une chose , » en 
profiter (Av.); amejnder et hamender, v. imp. : « I li ramende, « 
sa santé s'améliore; amende et ramekde, raccommodage : 



— ^67 — 

« Pour une ramcnde aux souliers de Germaine. » (Comptes 
de Bay.) uamenuer, raccommoder; AMENr^A^cE, s. f. amen- 
demenl. R. Blenda. Cf. ama>der (du pain), mêler 
d'amandes. 

AMÉ, amer, û' Amarus; pousie d'amaret , pomme ci tie 
par L. du Bois, Arcliivcs de N., 79. Un lexique anonyirle. 
publié par M. Leglay , renferme Amarosta, pommes sau- 
vages; c'est sans doute le Damerct célébré par 01. Bas- 
sel in : 

Le dameret excellent 
A la couleur belle , 
Si j'en beuvois bien souvent, 
Faudroit la hardelle. 

AMERTUMER , rendre amer ; amarotte , marocte , anal, à 
V Amarosta précéd. , désigne une" plante amère , la camo- 
mille puante (cotula); en v. a. Camouro, interprété par 
Halliwell enTanaisie, plante amère. Le pat. n. retourne lefr. 
Doux-amer en AMER-D0CX , espèce de pommage; mais il dit 
DoucE-MORELLE, uom d'unc pomme douce-amère ( Brébisson, 
Ann. n., -18'H), est sans doute pour le dim. Douce-amère. 
La pomme d'AMEROT, amelot, est une pomme amère. (Ibid.) 
AMECHE (Av.), cerise aigre, en v. f. Amarcl , cerise sau- 
vage; en V. a. Amere, amèrement. On dit vulg. : « Amè 
coume ,'sie » (suie) , « Amè coume chue » (ciguë), « Amè 
coumc fié » (fiel). 

ANCELLE, d'Ancilla, servante, est un mot resté dans 
des n. pr. n. Dancel, Lancelle ; sous la forme de Ceile, il 
se disait au moyen-âge en Irlande : le savant hagiographe 
Angus était appelé Ceile-De, serviteur de Dieu ; on trouve 
CeUe-C/irist , serviteur du Christ, et quelquefois Gilfa, 
Gilla-Patrick , serviteur de Patrice. V. O'Brien, in voce 
Gilla. 

ANCRET, ancrage, ù'Anchora, mot resté dans la top. : 
il y a à Chaussey le Petit et le Grand-Ancrct; il y a aussi 
la Grande-Ancre ; il y a encore plusieurs localités maritimes 
du nom de l'Ancresse : il y a l'Ancresse à Guern. , d'où le 
nom du commun voisin, Ancress-common , m se trouve 
un cromlech; on sous-entend Roche, Roche-Ancresse ; 
MAÎTRESSE-ANCRE , la grande ancre. 

ANDAIN, à Val. ondain, s. m. litt. enjambée; c'est ce 
qu'un faucheur abat à chaque pas , de l'it. Andare, contr. 
du 1. Ambalare (V. allemekt) ; ce mot, d'ailleurs f., est un 
terme agricole général : en Bray, on dit ourdon {Diet, de 
M. Decorde) ; en v. f. Andane , rangée, comme les sillons 



— 168 — 
du faucheur : « Navires par andanes. » En esp. Anda- 
na, file. 

ANERIE , A?siÈBE , dans la topog. n. , semblent indiquer 
une étable à ânes ; dans l'Av. , Anerie est une hutte de 
sauniers, viedase, s. m. terme injurieux, litt. vis envisage 
d'âne. Jeannette est le nom ordinaire donné aux ânesses , 
et Martin celui de l'âne. La chanson de l'Ane Martin est 
pop. partout. V. bodeeique. L'Eriophore s'appelle chardon 
ATJX ANES ; et le Tussilage pas-d'ane. 

ANGE, (Bay.) espèce de papillon de nuit, du genre 
pyrale. (Pluquet.) La forme de ce mot a été Angre, au 
9e s., et Angle. On dit : « Chanter coume un ange, parler 
coume un ange , dormir coume un ange. » angelot , petit 
ange. Quant à angelot, espèce de fromage, ce mot sign, 
fromage d'Auge , son pays d'origine , primit. acgelot ou 
plutôt augeron, nom des habit.; du reste le R. de la Rose 
dit Angelons : 

Ou de tartres ou de flaons, 
Ou de fromages angelons. 

Ce mot avait passé en a. où Angelot désignait un petit fro- 
mage : « Brought from N., » dit Halliwell : « Your an- 
gelots of Brie. •> (The wits, iv , ^ .) La Muse n. prend une 
autre forme: « De paire cuite o pot, de noix et d'angrelots, » 
souvenir à' Angre, ange, forme prim, ù! Angélus. On ap- 
pelle angelcs l'heure du matin, de midi et du soir, oîi l'on 
sonne l'Angelus , ou prière à la Vierge. On appelle ciel a 
l'ange un ciel de lit en baldaquin quelquefois soutenu par 
des anges. Il y a un autre mot ange, s. f. espèce : « Dou- 
nez-mé d'iange de vos peis ; » c'est une apocope d'un mot 
essent. n. pouMAGE, espèce de pomme, et l'on a dans l'Orne 
la forme intermédiaire, désangier , détruire l'espèce , la 
race , quant à anger , munir de : « Angez-moi d'un bon 
couteau , » c'est peut-être un contr. d'arranger. 

ANGOISE, pron. Angoèse, angoisse, û'Angustia (An- 
gere); Poire d'angoise ou etranguillon , qui suffoque ; an- 
glioux, ouse, (Lis.) sensible à la douleur. (Gl. n.) angré, 
irrité : « Il est angré conte mé ; » en v. f. Angrès, en a. 
Angry, îkohQ, Anger, colère; il est resté dans les n. pr. n. 
Langrès , Langrais ; on dit en fr. quelquefois chemin an- 
gustié (étroit). 

ANGULLE , anguille : « D's angulles , qui veut d's an- 
gulles? » cri des mareïeuses à Gr. , du dim. ù'Anguis, 
serpent, Anguilla. anguille; mais Ânguiculus dans Cic. 



— ^Gy — 

sign, petit serpent; du reste dans cette loc. aisgulle désigne 
tous les reptiles de mer, congres, anguilles, etc. angille- 
E.\FiLAiE, à Val., est la farandole, et elle est exécutée au 
chant prov., les Belles- Olivettes, angdllie, enfilée d'an- 
guilles; c'est de ce rad. que dérive le fr. Andouille, de sa 
forme, en b.-l. Anduilla, abdomen de porc, la matière 
dont elle est faite; l'a. Eel, anguille est la syll. forte du fr.; 
ÉQUiLLE (Havre), lançon (squilla). Cf. les roches n. dites 
Equilles. 

AGUE, aigce, auque, du 1. Aqua, eau, qui a donné au 
fr. Aiguière, Aiguade, Aiguail, Aiguayer, Aigue-marine , 
a formé une nombreuse famille en n., d'abord sous la 
forme dure : 

■|o LESSAI, que l'on a expliqué par Lez-ay, parce qu'il est 
sur la riv. de l'Ay (Aqua), et qu'on disait en 1. Exaquium; de 
même Essai, canton du Mêle-sur-Sarthe; c'est sans doute 
aussi l'ét. d'Esquai, sur les bords de l'Orne, près de Vieux, 
et d'un village d'Esquai, sur le bord de la Soûle, près de 
Bay., de la Saigue, qui passe à St-Planchers ;, de l'Aigle 
(l'aiguë), sur la Rile, d'Aiglande (Aqmlandœ), d'Acque- 
ville, d'Agi, d'Agon, situé sur la Soûle, avec deux étangs 
et port de mer, d'Augeville, d'Augaire, d'Auquainville, 
d'Auguemesnil, et des nombreux Bazoque et Bazoche, 
Basses-Auges (basses-aigues), des Besaces (id.), deDaubeuf, 
habitation près de l'eau. La plus grande partie des noms 
locaux commençant par Ec, Eque, Eg, Agues, Aches, 
offrent encore le même élément : Fervaques {Fervidx aquae), 
Fcrvaches , Ectot ( eaux minérales ) , Acqueville , Aiguillon 
(petite aiguë), Aigneaux. Les nombreux Yquelon de la 
province peuvent rentrer dans cette famille, en passant par 
Esqual, Equilly (Aquilies au Liv. noir.), Equillon , arr. de 
Mortagne {lalgensis, Collect, des hist, de Fr., t. xi, p. 228); 
Equelle, comme Veauville-l'Equclle; Auqxie Qi Eve sq A\- 
saient indistinctement au xiie s. en N. , comme dans le /?. 
du M. St-M.: 

De tôle rien orcnt planté 
Ne meis d'evc tant solemenJ, 
Quar auques cirent loing del Mont. 

A cette catégorie se rattache le n. aigaire , le lycopode 
aquatique ; aquerir , mouiller : « Un terrain aqueri , » qui 
donne cru , humide , aquatique : « Mai cru , Juin chaud , 
emplit la grange jusqu'au haut. » On trouve dans les Rôles 
11. de ^^98 le nom ou sobriquet d'un passeur, d'un bate- 

T. II. 22* 



— 170 — 
lier : « Anselmus Passegue. • (aive) . Cf. les Aiguës , Aix , 
du midi de la France. 

2° Ensuite, sous la forme douce, Agua a donné aige, auge; 
AUGET, s. m. petite auge (Aquagium ou Alveus) . On dit prov. : 
« L'aûge est faite pouer le cochon, » c. à d. la femme est 
assortie avec le mari. La forme Algia, d'où le pays d'Auge 
et d'Eu (Algia et Augus) , était même un subst. pour dire 
sol humide : on trouve dans la charte de fondation de St- 
Et. de Caen : « Cum sylva, algia et cum terris. » Une loca- 
lité d'Auge a gardé la forme primitive d'Aubin-sur-Algot; 
il y a un village d'Alge près de Gournay. augeu, à' Algia, 
boue : « Tu vas tomber dans l'augeu. » augeron est le nom 
des habitans d'Auge, et en gén. des marchands de bestiaux. 
La forme Auve réclame Auville, sur le Vey et la Vire, et, en 
s' adoucissant encore , Auxais , Auseboc , Auzouville , Aze- 
ville, etc. On trouve Auva : « Juxtà ripam ipsius fluminis 
Auvie. » (Auge) (Ap. Mabillon, Acta S. Scubilionis, 84.) 
On employait en N. Aeuer pour arroser : « Lequel pré puet 
estre aeué troiz foiz en la saison. » {Et. de M. Delisle, 273) ; 
c'est le fr. Evier et l'a. Ewer, aiguière. On trouve pour 
baigner « Enyaver » dans le Compte de la comté d'Eu 
(f. 55). L'Aquagiume&[ devenu en \. f. Age, ce qui explique 
la loc. pop. : « Etre tout en age, » c. à d. en eau. En a. 
Eaves sign, gouttière, et Eve, devenir humide; on trouve 
aussi pour le pat. de divers comtés a. : Eware, porteur 
d'eau, Ewer, aiguière, Etvte, verser de l'eau, et Everose, 
rose d'eau, contr. en Eurose. (Halliwell's Diet.) On re- 
trouve Aive dans des suffixes topog. n., comme : l'Evieux 
(aquosus), altéré dans Savigny-le-Vieux, situé sur plusieurs 
cours d'eau , dans St-Martin-le-Vieux , sur le bord de la 
mer , dans Salmonville-l'Éage , dit encore Salmonville-la- 
Rivière, arr. de Rouen. Cette dernière forme leage est 
l'argot a. Lage^ eau. £'t;e entre dans le n. pr. Boilève, dont^ 
Boileau est le syn. moderne. Ouche est une forme de cette 
famille, comme le paysd'Ouche, en partie n., malgré l'an- 
cien 1. Uticum. La forme Ebe, d'où le fr. Ebe, marée mon- 
tante, et Ebée, vanne, en v. f., entre dans Ebécrevon, près 
de St-Lo, écrit aussi Hébécrevon. Ces diverses formes pro- 
duisent plusieurs noms de rivières : la Dive, la Divette , « la 
Diveletle, » dans une pièce de l'abb. de Cherb.,et Dielette, 
qui en est la contr., rivière qui forme le port de ce nom; 
toutefois le fief de Direth pourrait aussi réclamer ce 
nom. (V. de Gerville, Et. sur la M., t^. U 6.) L'Ouve est 
improprement appelée la Douve, le D étant l'agglutination 



- ^7^ — 

de la prép. De; par ex. , la rivière d'Ivetle devient la Di- 
vette, etc. Cette forme Ive, qui est d'ailleurs la pron. a. de 
Eve, issu du V. n. « Dous ewes a en la cuntrée » (fi. de fiou, 
V. ^5658;, conduit aux noms topog. Ifs, Yvelot (habitation 
de l'eau), qui n'est pas un hybride, car on trouve Auga, eau, 
en isl. A. Thierry traite de fable la royauté d'Yvetot, et en 
attribue l'invention à Nie. Gilles. (Dix ans d' Et. hist., 299.) 
Nous avons ici le plus universel des vocables indo-euro- 
péens. qui n'est peut-être pas même étranger aux sémitiques, 
ex. : Oued, rivière, en arabe; en effet, Ab, Anb , eau, en 
persan, Ac en celt. (V. Y.), Aqua en 1. Nous trouvons ce 
rad. en esp. : l'Ega, le Gallega, la Segre, l'Aguas, etc. Cf. 
Aa, riv. , en scand; VAa à Gravelines, VAar (Araris) ; en 
v. ail. Ava, en goth. Anva, 

La famille n. actuelle a pour génératrice la forme uu , 
eau , en a. Yaw , embardée : « Bien perdu n' vaut pas d' 
liau. » « L'iau va à la rivière. » « Y n'est pire iau que l'iau 
qui dort. » « Créiiz cha et beuvais de l'iau. » d'où ucsoux, 
aqueux, marécageux, ucsir, uriner; ud-de-vie, pron. 
Vaie, comme en a., eau-de-vie; Shakespeare disait Aqua 
vitse, {Twelfth night.) essiau, pieu de moulin, en v. f. Es- 
sayau, égoùt, q\. Esseaver, vider, Essiavere, bonde d'un 
étang, et Enyaver, écouler, en ajoutant Issir (exire). ut 
DE MODEET, cau de purin et teinture pour le cordeau des 
charpentiers , litt. eau noire. On trouve même la forme 
dans le château d'O , à Mortrée , bâti sur pilotis au milieu 
d'un étang. 

ANILLE , béquille , litt. appui de vieille femme , Anus; 
il existait en v. f.; en blason il sign, fer de moulin (bifur- 
qué). AKETTE, contr. d'Anillette, et à Bay. hagnette (Plu- 
quet), béquille. On disait potence pour béquille en N. : 
» On lui avoit enlevé ses potences (de poteau). » (Floquet, 
Hist, du Pari., iv, 26.) 

ANIMA, animal, dérivé A' Anima, principe de vie, âme : 
ce dernier mot entre dans divers dictons : « 01 a les uurs à 
la perdition de s'n âme , » dit-on de celle qui a les yeux 
passionnés. « I n'a pas d'âme à sauvai , » se dit pour s'en- 
courager à tuer un animal. 

ANNAIE, année ; ainsi dans le souhait du jour de l'an : 
• Eune bouenne annaie et l' paradis à la fin d'vos jouers.» 
ANNCET, un annuel; annouilliiiie . litt. Annuellière, vache 
qui a été un an sans faire veau : « ^ 4 vaches à let , que 
laitières que anoillères; item \ bouvet; item 7 veaux d'an- 



— 172 — 
ten; item 3 aumailles qu'on appelé hondins. » (Ap. Delisle. 
Et., 721.) En berrichon Annoge, génisse. 

ANSERÉE (Bay. Pluquet) , le plantain lancéolé, lilt, 
herbe à l'oie [Anser] ; le fr. possède Anserine, nom géné- 
rique des chenopodium ; de là aussi Patte-d'Oic , ainsi 
qu' Anserine , nom de la Potentilla anserina. 

ANTE, tante, à'Amita. Ce mot est du dial. deH.-N., 
dans la Basse on dit tatante, en langage enfantin, comme 
pour oncle, toutoî< : « Te nante (ton ante) ta lesse se bottant 
sa trouye. » (Muse n.) Kelham cite dans son Anglo-n. diet. 
nANTiN, oncle; en H.-N. et en pic. Antin, masc. de akte, 
lequel existe dans la plupart des pat. fr.; en a. Junt, 
tante ; L. du Bois (Gl. n.) cite tantine , nom enfantin de 
tante. 

ANTOMIE (Bray), squelette, engourdi, immobile comme 
un squelette, en v. f. Antomie (anatomic) ; entomer, rendre 
immobile; entomi (Gl. n.), engourdi, peut venir aussi du 
V. f. Entomber, endormir, atomie, squelette, en wallon 
Atomeie. 

ANUI, ANii, AKiEU, aujourd'hui, forme euphon. pour 
A hui, ad hodiè; ce dernier en v. f. Hu, Hui : « En l'an 
1238, hu jor de mardi devant Pentecouste. » (Coût, de 
l'eau, ch. 30.) « Tel pert hui ki gaingna ier. » {R. de Rou.) 
A Fiers on dit meshui , désormais , de magis hodiè. Au- 
jourd'hui est un pléonasme que le peuple n. charge encore 
en disant : « Au jour d'aujourd'hui. » Ce dernier mot n'est 
pas très-ancien ; il se trouve sous une autre forme dans le 
Tombel de Chartrose, ^4e s. : * Et tous ont aujourdieu le 
pris. » V. JOUER. 

AORÉ et ÀACRÉ , doré , en parlant des céréales : « Du 
carabin bien aauré » (Adauratus) ; on dit aussi iauré ; 
AVROiNNE, aurone. 

AOT , AAUT, août, pron. très-ouvert, ù' Augustus, en a. 
August; Voltaire nomme encore ce mois Auguste; aaiter, 
faire l'août ou la moisson; aatjteron, aoûteron; aodtage 
(pomme d'), mûre vers le temps de la moisson; miaôt, 
mi août; à Dieppe les fêtes de mi-août sont dites miouries; 
cette forme Aôt était celle du v. n. dans le R. de Rou : 

Tout un esté et un aost 
Misrent au navire atorner. 

On dit prov. : « Quand aôt fait septembre , septembre fait 
l'aôt. » AOTEcx, (H.-N.) aoûteron; (Gl. n.) on trouve en 



— 173 — 

V. n. la forme plus et. d'Aaust: <- Les meiris (merils) du 
mois d'aaust , tant come I'aaust dure , quant qu'il en pot 
coillir au raste. » (13^ s.) L'a. Oast-house, séchoir de hou- 
blon , renferme peut-être Aost ; à Guern. avout , août ; 
AouTERESSE , sautercllc. 

APEUR, APos, ennui, du 1. Aporia, perplexité, em- 
barras ; Du Gange l'explique par Tœdium : « Chà m' fait 
apos . ') c. à d. me donne de l'ennui , du regret ; desapos . 
regret : « Etre en desapos d'une chose , » en être privé. Il 
est probable qu'on veut dire Mésapos, Apos est dans la 
Muse n. de Petit : 

Aune , Anne , que fail apos 

De ne point luquer rna Toinelte. 

APIER. s. m. ruche, d'Apîarium. A Caen, quand les 
abeilles essaiment , on leur présente une ruche en criant : 
« Apier bel! apier bel! » aibette, abeille, en a. Bie, 
syll. forte du p., et Beille, en Poitou; et dans la H.-N. : 
« Que chequ'un coure comme une aubette. » ( Muse n.) 
On disait plus souvent Aveite en v. f. : « Ingénieuse avette, 
subtile dérobe-fleur. » (P. Lombard de Gr., 16e s.) En 
B.-W. l'abeille porte le nom génér. (M.) môqie. On dit 
lap;er, comme Lierre; marcapier, raisiné, litt. marc de 
ruche. Le v. f. Bigre, chercheur d'essaims {Apiger), est 
resté dans les n. pr., clans l'Herbe au bigre et les francs- 
lîiGREs de la Cochère. 

APLIET, filet, du gr. mouv, barque, en b.-l. Aploi- 
dium; apliet, sign, aussi attirail de harnais à Val. : • Apleit. 
autrement le harnais. » [Ord. des rois de Fr., 1376.) Wace 
dit dans le R. de Rou : « Mal fera soc ne coltre ne apleit 
remuer. » A Vire, aplée sign, ce que peut labourer un atte- 
lage, ou, comme on dit, un harnais, ablet, piège, dans le 
Gl. n. , d'oîi ableter , céder , c. à d. tomber dans le 
piège. 

APOLON, p. m. corset, justaucorps qui dessine la taille 
comme celle d'un Apollon; mot du siècle dernier, 

APPELAI, appeler, usité dans cet idiotisme : « En ap- 
peler, en rappeler, » c. à d. revenir à la santé, litt. appeler 
de la sentence du médecin ; être A^PE^A^T, même sign. ; 
Appelant est subst. en ce sens dans Rabelais : « Le visage 
d'un appelant. » rappelle, s. f. rappel, batterie de tambour: 
« Battre la rappelle , « féminin sans doute à cause du genre 
des autres batteries , la générale, la diane. la retraite, la 
marche, l'assemblée, la breloque. 



— 174 — 
APPÉTIT DE MANGIER (Av.) , appétit : le fr. n'est 
donc qu'une ellipse; appetissiee, donner de l'appétit, dont 
le fr. n'a que le part. prés. 

ARAIGNIE , ERAiGNiE, araignée, d'Aranea; araigaieb, 
débarrasser de toiles d'araignée ; eraignods , couvert de 
toiles d'araignée ; araigne , araignée , dont s'est servi 
Lafontaine : « Eraignie du matin, chagrin; éraignie du 
soir, espoir. » eraigme, grappin, en v. f. Yrengne, chausse- 
trappe. 

ARCHE, (Guern.) s. f. grand coffre, Area, d'Arcns, 
parcequ'il est arrondi ; arquier , arquer ; archerie , dans le 
Nord , jeu de l'arc , en a. Archery; arcanson , résine pour 
l'archet , colophane , en v. n. : « Arquensson et encens , 
néant. » (Coût, de la Vie. de l'Eau.) On dit arche de 
TRIOMPHE, s. f., en a. Areh. Arche sign, quelquefois Pont, 
comme l'Arche de Chiffrevast et le pléonasme Pont de 
l'Arche. Le fr. rattache à cette famille Arc , Archer , en v. 
f. Arquois , d'où un Arquois est devenu le fr. Narquois; 
Archet, Arçon, Arquebuse (de l'it. ArcoMigio, litt. arc 
percé, Buso), Arquer. Le v. f. Arçonneur, chapellier, est 
resté dans les n. pr. 

ARDRE, brûler, d'où le fr. Ardent, Ardeur, d'Ardere; 
ARSI0N , grande chaleur : « I fait arsion , » le soleil brûle ; 
on disait Arsir en v. f., et à Mortagne on dit sarcir pour 
brûler, dessécher : « Les viles flst arsir, » {R. de Rou.) et 
aussi Arson, incendie : « Arsons mist en sez viles. » {[bid., 
V. 4328.) En a. Arsun; en argot Ardent, s. m. chandelle; 
Molière met ce mot Ardent dans la bouche de ses pré- 
cieuses. En V. f. Arsyne, incendie; en v. n. Arsin, arbre 
tué par le feu. 

ARDRE, EEDRE, dérivé de Hxrere, sign, s'attacher à, 
comme le v. f. Herdre : « Lèpre qui s'herdit au corps. » 
( Le Rocquez , Miroir de VE. ) Erse signifiait poignée : 
« Tenant sa erse et sa prinse si fort. » (Ibid.) On disait 
aussi AERDRE , dont le n. est la contr. : « Un fust aerst , 
si l'embrassa. » (R. de Rou. ) et ailleurs : « La femme es- 
tait auques de ses mains aerdant. » ardre se dit aussi de 
l'action du chien qui s'attache à sa proie ; ardam ( B. du 
Mt St-M.), flot de mer rongeur et violent, resserré entre 
le rivage et la rivière. 

ARGENTU, riche en argent ; arge.meux, couleur d'ar- 
gent ; ARGENTÉE ( maisou bien ) , où il y a beaucoup d'ar- 



— I7.J — 
gent. V. l'art, des métaux aux Orig. celt, argem . s. f. : 
« Allais, marchais... argent enfouie... » (Ed. About. 
Germaine.) 

ARMAIRE, armoire, d' Armarium, meuble pour les 
armes ; Wace disait Aumaire : « Ne galice en aumaire. » 
(R. de Rou.) ARMATEusE, femme armateur, à Gr. , où les 
femmes sont très-intelligenîes et entreprenantes, et où l'on 
dit aussi une banqtjière , celle qui tient la banque. A cette 
famille le fr. rapporte Arme, Armadille, Armature, Armée, 
Armet, Armistice, Armoiries, etc. En a. Arm, arme, et 
du I. Jrmus, bras. En prov. Armari, en lang. Armazi. 

ARRIÈRE, arrière, ad retro ; mtnEVi, reculer; rière! 
cri aux chevaux pour reculer; de même en a. Rear, comme 
Rear-admiral ; arriérages, arrérages: « Ne puet demander 
d'arriérages. » (Coîit. de N.) 

ARRIVAI, arriver, litt. venir à la ri\e (Ripa), aborder; 
d'arrivée, tout d'abord, comme le fr. Emblée, qui devrait 
être Amblée {(ï Ambler, aller). On le disait en v. n. : « Et 
d'arrivée les Sarrazins tuèrent deux mil chrétiens. » {Chron. 
de N., 135, vo. ) On dit : « A l'arriver, » subst.-infinitif , 
comme en possède beaucoup le fr., tandis que l'a. procède 
par le part. prés. Le v. n. en avait plus encore , témoin 
ces passages cités par Raynouard dans le R. du Rou, 
dans ses Observ. sur ce poème, p. 59 : « Li demourers 
nous puet grever ( v. ^230). Mult oïssiez al enterrer 
(v. 5920). Veritez est k' a l'arriver... (v. M7/H). Al passer 
planche vus gardez (v. 5667). » L'a. dirait pour ce dernier 
exemple : « Take care in the passing the plank. » Du reste, 
tout infin. est un subst. ; ainsi , j'aime à lire sign, je tends 
à l'action de lire, en a. « / aim to read. » 

ARROUSSE, croche, en a. Oracli, l'arroche, spéciale- 
ment celle des jardins ou Bonne-Dame { FI. de N. de 
Brebisson. ) ; on dit aussi aurosse (V. notre Flore pop. de 
N. et d'A., 77.); mots peut-être issus du nom 1. Atriplex. 
Cf. JARODSSE , arousse et GARoussE OU la Gesse. 

ARSELIN (Val. ) , arsenic (d'ap^viv, mâle, Arsenicum 
dans Pline), usité dans cette forme d'affirmation : « Si 
chenna n'est pas vrai , qu'su verre de bère m' porte arce- 
lin. V. rintrod., p. 448. En argot. Arsenal, arsenic. 

ARSENAC, arsenal; Rabelais dit aM&?>\ Arsenac. L'ét. 
de ce mot, que M. Jal (Gloss, nautique) n'a pu trouver, doit 
être recherchée dans l'arabe al Senal; du reste . le Senale 



— 176 — 
it., qu'il cite lui-même dans le sens de poulie, palan, donne 
raison de cette expression ; d'autres la tirent de l'arabe 
Darcena, port de guerre. Ajoutons à cette famille arabe 
Armena, almanach; on crie dans les foires : « Armenas 
curieux, armenas menteux, messieurs ! » On trouve dans 
la 3Iuse n. : « Tu fais de docte z'armenas. » 

ARTISAN (Av.) , gros ver qui perce le bois : expression 
métaph., meilleure que le fr. Artison, d'où Artisoné (bois), 
rongé [lar les vers. 

ARUSMÉTIQUE , s. f. Arithmétique; c'est peut-être le 
seul cas normand où l'on aperçoive le th. saxon; mais cette 
prononciation est purement euph. En v. a. on disait Ars- 
metrike. V. Canterb. taies, v. J900, et dans un ms. 
Cotton. Galba, ix : 

Géométrie and ars metrike 
Fisik and also Retorike. 

Tout en citant cette note sur Chaucer, p. -179, nous 
croyons qu'il est question dans ces exemples de Àrs 
metrica. 

ASINANT (Guern.) , l'aube et le soir, mot obscur, pro- 
bablement écrit comme VAsserant, la serant, le soir, dans 
le B. du M. St-M., et que sous cette forme M. F. Michel 
n'a pu y déterminer, (p. ^35.) 

ASPERGÉS , s. m. aspersion. M. du Bois le cite dans 
le sens de goupillon et arrosoir , comme dans ce passage 
de Marol : 

Il y avoit dedans 
Pour aspergés une rose fennée. 

De même en pic. Quand les enfans lancent de l'eau sur 
quelqu'un , ils crient : aspergés ! 

ASSAIS, assez, de Ad-satis : le pat. n. met souvent ce 
mot après l'adj. : o Bouon assais , » assez bon , comme l'a. 
Good enough; du reste, c'était une construction du v. f. : 
« Faites bêles assiez. » (R. du M. St-M., v. M.) On trouve 
dans les Rôles n. de ^^98 : « Gislebertus boen assez. » 

ASSASIN , Assassin , de l'ar. HascMchi, litt, enivré 
d'Haschich; assasin , assassinat : « Il a fait un assasin. » 
AssASiNER , assassiner. On dit encore assaslwdr. Ce mot , 
venu par les Croisades , est écrit Haussaci par Joinville , 
et il a été latinisé en Arsacidx. 

ATE, âtre, qu'on tire d'Ater, noir; à Morlain ce mot 
sign, sol : « Le fein sèque ben . car l'atre est sèque. » En 
B.-N. on commence très-souvent ainsi un conte : 



— ^77 — 

Chest un conte 
De Robert men oncle 
Qui crachait dans l'âte 
Et disait : Mûque, niâquc, 
Chest d la pâle. 

Toutefois Aire peut mieux venir de r«^/î'M»i^ cour intérieure, 
auquel il faut ajouter Atrier, lieu de justice des seigneurs n. 
Aire, foyer, sous forme A'Aistre, se dit dans plusieurs 
comtés d'A. {Halliwell' s Did.) 

ATHÉE, ATHis, noms de loc. n. : la Ue^ village de l'Av.; 
la 2e, dans l'Orne , objet d'un livre de M. de la Perrière , 
Hist, du canton d'Athis. Juvcnal appelle Attegiœla. cabane 
des Maures, que Virgile nomme Majxdia, mots probable- 
ment puniques, malgré le 1. Tego pour le -l'r. Athegia est, 
selon Le Beuf, le nom donné à Athies sur la Seine, dans 
Y Hist, de Ste Geneviève. Il y a en France des Atheux , un 
Etiole {Attegiola), des Etoiles, un Etuz. (V. M. Le Prévost, 
Notes sur les comm. de l'Eure.) L'Athis de l'Orne est ap- 
pelé « paroisse de Atheys » dans un acte de -1300. 

ATRE , AAiiTRE . adj. Autre , Alter, Al étant pro- 
noncé Aô comme en a. : ainsi en v. f. , comme on le voit 
encore dans Marâtre (mater altera), etc. De Alius vient 
le V. n. Eh, El, autre, comme dans le R. du Mt St-M., 
V. 2840 : 

Puis redemande se esleil 
Avenu rien el que soleil. 

En a. Else, autre; on disait Al pour ailleurs : « Je ne 
pense al fors la ou mes cuers s'acline. >> (Gace Brûle.) 
Wace dit {Concept. N.-D., 63.) pour de chose et d'autre : 
f Parloit et de ce et del; » en v. a. Ailes, Alleys, du I. 
Alius. Celte pron. se trouve dans Tbebât pour Tbébaull, 
comme en v. n. : « Le quens Teibalt. » (R. du Mt St-M., 
V. 1597.) 

ATTÉDIER, attrister, et attiédier, comp.de Tœdium, 
ennui , qui n'existe pas à l'état simple en n. ou en fr.; 
mais reste dans l'a. Tedious, ennuyeux. Le Rocquez dit : 
« La brièveté attédieuse de ceste nostre vie humaine; » et 
01. Basselin : 

N'abrégeons point nostre vie 
Par nous trop altédier... 

AUBE : ce rad. déjà traité au celt. (V. Orig. cell.) existe 

aussi en 1. comme dans Albus, Alpes, etc.; nous ajoutons 

ici Aubusson, arrond. de Vire, sans doute Blanc-buisson, 

et AiBETTE. ORRETTE, qui . sur Ic Mttftral de Coût., désigne 

T. II. 23* 



— ns — 

le cul-blanc ou hirondelle de mer. L'Aubette est une pe- 
tite rivière aux limites de la N. V. blunc. 

AUDIVI (aver s'n) , litt. avoir son audience, c. à d. 
crédit : « Les gouverneurs qui avaient audivit du temps 
du roy Louis. » {Mém. d'Ol. de la Marche, Intr.) On avait 
aussi en terme de palais une autre forme : « Les ungz se 
présentent en jugement, les autres à l'audiendi. » L'a. 
possède Audit, audition, et rendre des comptes. 

AUMAILLES, bestiaux, d'Ànimalia, très-peu usité en 
fr. : « Les berbis prennent è l'almaille... Pors è veilles è 
almailles. » (R. deRou.) « Qui chevaus, asnes e almailles.» 
(Benois.) Il était encore dans la langue litt. au 16^ s. : 
n Les aumailles marchent lentement. » (Vauq. de la Fres- 
naye.) admet, jeune beuf, Juvencus. En Suisse, dans 
l'Isère, on dit ArmaiUis et Armaillé. On connaît les chants 
des ArmaiUis. V. amma. Le mot Hondin existe peut-être 
encore en N., aux environs de Caen, par ex. : * 3 au- 
mailles que on appelle hondins. » (Inv. des Templiers de 
la bail lie de Caen.) 

AUMOUSNE , aumône ; ce mot , parti d'EXe^ifiioduvY) , 
passant par Elemosyna, Elemosne, Almosne, arrive réduit 
au squelette , c. à d. aux consonnes , à l'a. Alms, acmois- 
isiER , AtJMocNEREssE , f. , AUMoij-MEux , bienfaisant , cha- 
ritable : 

Einz ert sainte et religiose 
El debenere et ausmoniere. 

[Vie de St Alexis , v. 65.) 

ACMÔNiEK , charitable , se dit au centre de la France. 
(V. Jaubert , Gloss.) Le nom de l'Ausmousne et de Terre 
de l'aumousne est resté à d'anciens biens d'église, de mo- 
nastère, cités en ce sens dans le R. du Mt St-M., v. ^403 : 
Les almosnes essille el art. 

On appelle AUMOisAE fleurie, celle qui consiste à faire un 
cadeau avec un objet reçu à ce titre. 

AUNAGE, (Av.) toile de façon ou de tisserand; auiNier, 
fabricant d'aunage ; ce mot Aune, dérivé de Ulna, bras ou 
mesure du bras, est dans la plupart des langues euro- 
péennes : en gr. ÛXevy), en 1. tJlna, en a. -s. Eln, en a. 
EU, Elne, en goth. Alleina, en hoU. Elne, en ail. Ellen, 
en esp. Alna, etc. En a. Elbow, coude, est le pli du bras, 
the bow of the ell. Il se pourrait que l'a. Awning, tendelet, 
fût le n. ACNAGE ou une de ses formes. 



— 179 — 

AU(jUEJl, V. a. pron. dure de Occire, Occidere, qui a 
passé par Ochier: « Les penons ou ochions. » (Cout. du 
Beauvoisis, cli. 30.) 

AURAGE. s. f. orage : « line grande aurage; » forme 
et. d' Aura, souffle. Selon de I'Aulnay, Gloss, de Rabelais. 
Aguyon était chez les N. et les Bretons le vent doux, le Zé- 
phyr des Grecs; ce mot semble être cependant une forme 
d'Aquilon. 

AURIPIAUX, s. m. pi. mal d'oreille, signalé par des 
pellicules ou piaux aux oreilles; fidèle à l'ct., le pat. n. 
dit ACREiLLKii, et non pas oreiller; pesaureilliei; (Caen). 
couper l'oreille; on dit ailleurs essaureillier. Oreille se 
pron. en b.-n. très-liquide, olieille; acrillard, qui a de 
longues oreilles; acreillière, l'insecte perce-oreille. Le 
Buplèvre s'appelle aureille de lielvre, comme en a. Hare's 
ear; la Gantelée est en a. \& Hair-bcll , la cloche du lièvre, 
et l'Asaret a pour nom pop. aireille d'homme. 

AUSÉE, audace, d'i4Mc?erc; oisée (St-Lo ) , petite fille 
évaporée, osée, adsier, oser. 

AUTEL : « Le nom d'autel est généralement donné aux 
monumens sépulcraux dans les îles fr. » ( V. Lukis , 
on primœval Antiquities of channel islands, Arch.Journ., 
1, ^A2). 

AUTEUR, s. m. livre : « Il a fait des auteurs, » il a 
composé des livres, confusion de la cause et de l'effet. C'est 
à peu près ainsi qu'on dit : « Cherchier des antiquaires, » 
c. à d. des antiquités, alteurs, père et mère, aitorisier. 
autoriser, autecr. comme uomicide. sign, cause, en fait 
d'accident : .) J' n'en siis pas l'auteur. » 

AUTRICHE, autruche : « OEufs d'autriche; » en a. 
Ostrich : » In fundo uno scucli (écusson, en a. scutchon) 
nigro cum pennis de ostrich. » ( Inv. de la chapelle d'Ed., 
m, d'A. ) du 1. Avis struthio. 

AVANCE , avance, en fait d'argent ou de profit : « Telle 
nourriture fait plus d'avange, » c. à d. fait plus de profit, 
sans doute une contr. d'Avantage; avanoier, avoir de 
l'avance dans ce sens; avakchiee, avancer; avajntagier . 
donner un avantage dans une succession, avaist, profond . 
qui est bien avant; avanxeur, profondeur, paravant, avant : 
• J'arriverai paravant té ; » de même en v. a. : « Was 
placed paravaunt. » ( Spencer, p. 336. ) Le mot Avant 
s'abrège souvent en Vara, comme cela a eu lieu fréq. en a. : 



— 180 — 
ainsi Vampey, empeigne . signiûe Avanl-pied , en passant 
par la forme intermédiaire qui est dans le Diet, de Pals- 
grave, Vant-pié. On peut citer encore Vantbrace, Vantage, 
Vanguard, Vaneourier, Vaimure f avant-mur). Spencer 
écrit Advaunst, avant, va de l'avant, homme hardi; il 
nous semble que Babelavante , traduit par Babbler dans le 
Diet. d'HalliwelI, est notre mot n. Nous rattachons à cette 
famille AVEiR, précocité, primeur, surtout usité dans ce 
prov. : « L'aveu n'emprunte rien au tardi , » c. à d. le 
diligent n'emprunte rien au paresseux ; » de là avorible , 
AORiBLE , DRIVE , précocc , d'où l'a. Early, prématuré , de 
bonne heure; à Jersey, avoueri; à Mortagne, on dit dsible. 
précoce. En v. f. Aneessour (Antecessor), en a. Ancestor, 
ancêtre ; il y a encore des Lancesseur. 

AVEINE, avoine, Avena, d'où le suffixe d'Isigny-pain- 
d'aveine. On appelle le poivre « Aveine de prêtre. » ayenas 
(Mortain), paille d'avoine. « 1289 a cheux : noef vins 
garbes d'estrains , cest a savoir sexante de fermentas , 
sexante d'orjas et sexante d'avenas. » (Cartnl. de S. Wan- 
drille.) — ^29^ a Ros : « Un cent de formentaz et un cent 
d'orgaz. » (Livre des Jurés de S. Ouen, f. 65.) Ces formes 
sont des pluriels des subst. en atuni , que supposent les 
mots Vechat , Pesât, Lentilat, Favat, qu'on trouve dans 
le Gloss, de Du Cange, au mot Trituratores. averon se 
reconnaît dans les archaïsmes suivants, cités parHalliwell 
Haver, avoine; Haver-cake , gâteau d'avoine; Haver-sack, 
sac d'avoine; Haver-grap, avoine sauvage (Cotgrave) 
Haveridil (a sieve for oats) (Diet. ) Ce mot Averon, qu 
désigne la folle avoine, est aussi bien l'ail. Haver, avoine 
qu'un péjoratif (Aveneron); avenerie, s. f. (H.-N.) champ 
d'avoine. On dit à Bay. de deux personnes qui ne valent 
pas mieux l'une que l'autre : « Ch'est averon et peis per- 
chié. » On reconnaît dans ÏAversac le havresac du fr.. 
venu des reîtres allemands , litt. sac à avoine. 

AVER, Averivm, c. à d. l'avoir par excellence, dési- 
gnait les bestiaux : a Fames porjorent , aveir pristrent. » 
(B. de Bou.) Il existait dès la Conquête : « Aver endirez. » 
(Lois de Guill.) Affre, en a.-n., semble désigner un bou- 
villon, et figure assez souvent dans V Estaurement , Stau- 
ramentum , ce qu'on appelle aujourd'hui Monture des 
manoirs et des fermes : « 2 s. 6 den. pour un affre. » (Ap. 
Delisle. Etudes, p. 255.) « Pro defectu boum, et 7 avro- 
lum . et vaccarum et pecorum et ovium. « (Bot. Scacc.) 



— ^81 — 

— Cu?n iiistauramenfo xii bouni et avroruiii. (Ibid.) 

— Pro bobus et affris emptis, etc. » (Ibid.) Ce mot 
pourrait désigner un cheval . si l'on ne ferrait aussi 
les bœufs : « Debet iiij ferra ad aiïr. » [Consxiet. de 
AxemutJi. -1275.) C'est l'a. actuel Heifer, génisse. A 
Jersey avers désigne les enfans de la maison, averkom , 
sobriquet, litt. nom d'animal, aver, s. m. Avoir: « Man- 
ger s'n aver, » sa fortune. C'est aussi Aver en a.; en 
it. Averars, en esp. Averignar. Le pat. n. fait ellipse 
de // dans l'unipersonnel il y a, comme le v. fr. : « Oultre 
l'Angleterre en Ebernie, oîi régnoit un roi nommé Eiga. 
avoit un serpent orgueilleux. » {Ms du Mt Si-M., Bibl. 
d'Av, no 24 .) A aver peut se rattacher averlan , grossier , 
du V. f. Averlan, maquignon, que l'on tire aussi de l'ail. 
Eaverling; Cotgrave lui donne un sens qui peut se conci- 
lier : « Averlan, a good fellow, a mad companion , merie 
Greeke , sound drunkard. » aver, v. a., avoir : * Pouel 
encor a\er des choses. » (Mémoriavx de St Aubin. Pro- 
logus.) Havour, avoir, propriété, se disait sous Henri VIII. 
(V. State paters , m. 297.) Le part. prés, avant, ayant, 
se dit à Pont., en a. Having. Je pense que les Saussever 
représentent un nom et surnom communs au moyen-âge , 
Sans aveir, ex. Gauthier-sans-aveir, et un jiersonnage de l;i 
Conquête qui est dans la liste de Brompton , Sauzaver. 
altération de Saunzaveir, famille qui s'établit en A. à l'é- 
poque de la Conquête. Avoir s'employait en cette forme : 
" Si comme je le ay cscript par le marfirologe. » comme 
en a. : « As I bave il written. » (V. Avranchin, ii . 67^.j 
Le ^7e s. avait souvent cette forme. V. Corneille, V. La 
Fontaine, par ex. : « L'écorce a sa langue pressée. » (Phil, 
et Baucis.) Aveer, dans le sens le sens de propriété, se 
disait en vieil anglais : « No charge of aveer ne of richesse. » 
{Maundevile's travels , 292.) Aver signifiait aussi a wor- 
khouse. (HalliueU's Diet.) Aver -silver était la taxe pour 
les bestiaux , les Avers. 

AVERTIN, (Guern.) caprice; en v. f. Avertin, épilep- 
sie; à Bay. evar sign, violent mouvement de colère, d'où 
EVARÉ, agité de terreur, d'oîi farer, partir effrayé; c'est le 
simple du fr. Effaré. Efferatus , de Fertis. V. fel. Cf. 
Aversata, possédée, usité dans la loc. : « vieii.i.e-aversas. » 

AVI AU. oiseau, d'Avicella, usité à Bay. et en v. f. : 
« Li aviax ki en lewe sont empreis té baingniez , » un des 
rares vers du R. de Ron qui soient encoie n. 



— 182 — 

AVOCASSEtllE, s. f. métier d'avocat, corps des gens de 
loi, petite besogne de l'avocat, péjor., en v. n. Advocacie, 
plaidoyer. V. V Advocacie N.-D. ou la Vierge plaidant 
contre le diable , poème du 14^ s. en langue fr. n., publié 
par M. Chassant, avocecat , avocat , de Vocare, qui donne 
Voucher, que Cotgrave cite comme n., et qui signifiait 
appeler en justice, d'où l'a. Avouch, Vouch, prouver, 
témoigner. L'a. q.'^i^qWq Adivowson (advocatio) ,\ç,^sâji:ondigc. 
AVOUERTER, avorter, d' Adulterare ; le fr.dit Avoutre, 
bâtard adultérin, et même avec la forme n., Avouètre. En 
a. Advoutry, adultère. On dit prov. : « Quand i toune 
(tonne) en Avent, l'hivé est avouertai. » 

AVRI , avril , û'ApriUs, avkiller , (Gl. n.) faire des 
giboulées, un temps d'avril. V. la jolie chanson en pat. 
poitevin : « La régine avrillouse. » (Ap. du Méril. Mé- 
langes, 320.) Avrilled, en v. a., se disait de la bière qui avait 
été Avrillée. Il y avait autrefois certaines redevances qu'on 
payait en avril et qu'on appelait Avrillage : « Lesquelles 
rentez sont nommées les avrillages de St Maulevrier. (Couf. 
des Forets. Le Trait.) Presque tous les mois avaient un 
attribut féodal. V. Moy, Juilet, etc., dont l'ensemble for- 
mait le calendrier des paysans , en y comprenant les pro- 
verbes et les dictons. Les suivans forment une espèce de 
chant pop. d'avril : 

Quant l'avri fait le mai, 

Le mai fait l'avri. 

A la mi-avri 

Faut y veie à s'coiivri. 

A la nii-avri 

L'coucou esl mort ou vi. 

Avri le doux, 

Quant i s'y met esl l'pire de lous. 

Le coucou en avri 

Esl venu, s'il a à veni. 

Nul avril 

Sans épi, 

Bourgeon d'avri 

ÎS'met pas d'eidre au l)ari. 

Quant à peisson d'avri . poisson d'avril , c'est sans doute 
pour Passion d'avril , c'est en ce mois que le Christ fut 
jugé et renvoyé d'Hérode à Pilate, et ce renvoi d'une per- 
sonne à une autre est un des caractères de cette facétie. 

B 
BABET. jeune servante, un peu complaisante comme la 
Babet de Bi'ranger. mot dérivé A' Isabelle, Isabeau, se trouve 



— -183 — 
dans un dictim du Bessiii , que le coninieulaleur du li. de 
Rov cile pour expliquer la Trêve ou Paix de Dieu établie 
par G. Le Bâtard : « On dit encore trivialement dans le 
Dessin , lorsque des gens se querellent : La paix de Dieu , 
Babet et le pot jylein. » Il semble aussi que ce sont là, pour 
un Normand, les trois conditions d'un bonheur parfait. 

BACCHANAL (faire le) . (Val.) tapage, orgie, qui rap- 
pelle le « Bacchanalia vivunt » de Juvénal ; baccuana, un 
mauvais sujet, viveur : « Vilain bacchana. va! » de même 
en a. Bacchanal sign. : « A follower of Bacchus. » Le re- 
cueil de chansons n. de L. du Bois, est intitulé : « Chan- 
sons... et bacchanales. » BAciiiQut:, bizarre, mal tourné, 
souvenir des silènes ou des ivrognes. De toute la mytho- 
logie . le peuple n. ne connaît guère que bacchu et Vénus , 
(}ui figurent dans une chanson pop. : « Bacchu sera mon 
capitaine , — Vénus sera mon lieutenant. » 

BACON, lard, existe en pic, en wallon, en a.. Il y a 
un prov. n. cité par Pluquet (Essai sur Bayeux) : 

Harengs el bacons 
Sont bonnes provisions. 

En fourbesque Boccone, lard, en argot fr. Bacon, p(irc. 
(Fr. Michel.) Il se disait en v.' f. : 

Mais c'est deal)le, bien le sai 

Qui a fait moine de bacon. 

{Du Segretain moine, v. 606.) 

BAcojv existe dans les n. pr. Nous croyons avoir entendu 
CACOK^ER et bacon:sage, pour sign, saler du porc. En a. 
Bacon, lard. L'it. Boccone, semble donner l'orig. lat. de 
ce mot, et vouloir dire la viande salée et saumurée dans 
un vase, Bocca, en I. Banca , cou]ie. 

BADORNE,s. f. (Gr.) corde ou tissu de vieux cor- 
dages. 

BAINGNIER, baigner, de Balneum, d'où les loc. n. 
de bains, comme Biville-la-Baignarde. el un village de 
Bagnère , près Rouen , Bagnoles ; aussi à Guern. bacisole 
sign, bain, petit bain; B.y.>G.NoiR. baigneur; baiagnade, 
bain et lieu pour le bain; en a. Bath et Bagnio, bain. 

BAIE , ouverture, est un radical lat. qui se trouve dans 
des noms de loc. situées sur des baies, Baiœ (Baies), 
Béziers (Bœterrœ), Bayonne , Blaye , et probablement 
Bayeux, à deux lieues d'une baie, en 1. Civitas Bajocas- 
siiim, Bagiœ, Baiœ. On trouve encore BaionviUœ (Carte 



— 184 — 

de Stapleton). près de l'embouchure de la Soûle; Port- 
Bail , dont on trouve la latinité Portus Ballii, peut-être le 
port du Baile et aussi le port de la Baie; une anse d'Auri- 
gny est dite Braye; Bahais est au fond de la baie d'Isigny. 
Les habitans du Bessin s,ox\\.\q?, Baichins, dans Wace Bais- 
sinois; mais considérés comme moins civilisés que les 
autres Normands, ils communiquent à l'adj. Baichin, 
Baichine, le sens de niais. (Gl. n.) Quant à Bayonne, il 
donne bisquike , espèce de de chasse-marée , très-usité à 
St-Vaast, Utt. navire bisquin; basqier, (T.-N.) sign, arri- 
mer la morue à la manière basque. (V. Notice sur Gr. par 
Guidelou, 99.) bayeoslne, s. f. coiffe de Baveux. L'adj. de 
Bayeux é!ait autrefois, du moins pour la mesure des 
grains du Bessin, Baoueis, et Baonnois : « Un quartier 
d'avoine baonnois... boisseau d'orge baonnois. » (T. des 
chartes reg. 64. pour Baoueis. Censier de St Vigor.) 

BALER, être pendant, usité seulement au part. prés, en 
fr. : « Et que font là tes bras ballants à ton côté ? » (Rac. 
Plaideurs], sign, primit. s'agiter, se remuer, et se rat- 
tache au gr. BaXXoi En n. ballam, s. m. un fainéant. 
M. Fr. Michel ajoute pour ce mot, qu'il appelle n. , « qui 
passe son temps à se promener. » (Diet, d'argot, 28. J A 
ce mot se rattacherait le bret. Bala, se promener; toute- 
fois une et. 1. est plus probable. Le gr. BaXXoj , le 1. Bal- 
lare sign, s'agiter, danser, comme Movere, qui a ces deux 
sens; de là Ballon, objet léger et sautillant, comme Balle 
de paume ; balloa, derrière, usité dans cette loc. : » J' vas 
te lever le ballon... J' te lèverais bien le ballon sans palan. » 
BALLETTE, petit ballot , petite valise : « 2 petites ballettes 
d'alun et 2 ballettes de garance. » (Arch, munie, de Rouen.) 
or les bras sont généralement pendant, battant dans la 
danse, de là le sens du n. baler , être pendant, et de là il 
n'y a qu'un pas à être fainéant , se promener nonchalam- 
ment. Ce sens de baler, pendre, se trouve dans la loc. 
brayonne : « Les pommes baient des pommiers. » (Decorde.) 
BALANER, même sens; balandier, fainéant; balas (Sl-Lo ), 
commère paresseuse; babèque (Bay.), id. balvander, selon 
MM. du Méril, sign, regarder l'ouvrage les bras croisés ; 
peut-être plutôt les bras ballants. A Rouen, baloquer, être 
fainéant, Ubertin , et dans le sens propre, être pendant : 
t' La gambe qui baloque. » (3e part, de la M. n.)\ de là le 
fr. pop. Balochard, débauché. AGuern., balancier, feu 
follet, litt. qui danse, 6a//e. biller, flotter, en parlant 
d'une étoffe, probablement comme bagder (V. ce mot) : 



— 185 — 
« Tantes , bunières contre vent balle. » ( Ciarin fi Lo/icrm, 
I, 95.) Le fr. Bal, Ballet , le pop. Trimballer et Brimbal- 
1er, appartiennent à cette famille. BalJadin est du v. a. , 
pour désigner une espèce de danse, selon Halliwell ; bala- 
deuse, petite voilure légère et sautante; en argot, Bala- 
deuse, boutique sur deux roue?. 

BALIER, balayer, du 1. Betula, bouleau; bou, en n. , 
sign, cet arbre et une verge; baliette, petit balai; baliette, 
le roseau des sables dont on fait des baliettes ; baliure , 
balayure ; balièbe, s. f. trou aux ordures, balai -ebiné, 
baleteriné, balai usé, érein'é, en n. erké : « Cb'est un 
baletcrné , •> c. à d. une personne sur laquelle on ne peut 
compter. En v. f. Boul, bouleau. 

BAMBOCHE, ivrogne; bambocher, se livrer à l'ivrogne- 
rie; BAMBOCHEDR , ivroguc ; BAMBOCHAPE et BAMBocBE, partie 
de boisson. Ces mots sont sans doute des formes de Bom- 
bance : « Li Norman est fier, vanteor et bombancier, » dit 
Wace; car le fr. Bamboche s'éloigne beaucoup de ce sens, 
et vient de l'it. Bambocchio, conircfaU. Bombance dérive 
de Pompa, ^ête. bombancbieb , bombakceb, faire bombance; 
l'a. Bombast semble tenir à cette famille, et Boast, vanter, 
en est une abrév. ; Bombast a été fr. , du moins il existe 
un livre rare, publié à Rouen en n06, sous ce titre : 
Prophéties du comte Bombast, chevalier de la Rose-Croix, 
neveu de Théophraste-Paracelse, etc. 

BARBILLON , s. m. barbe des céréales ; barbifier , 
raser, presque comme le v. f. : 

Wislaces manda un barbier, 
Sur le ponl se fil barbiier. 

BARBouE , S. f. (Guern.) épouvantai!; barbelotte, barbe- 
1.E1TE , coléoptère noir, bousier, sur lequel les enlans cra- 
chent en disant : « Barbelette, donne mé d' ten sang, j' te 
donnerai d' men vin blianc. » barbiche, barbe au menton. 
barbassionné, génie malfaisant et barbu, auquel on s'adresse 
dans le Bessin, dans un chant du jour de l'an : 

Taupes el mulots, 
Sortez de men clios , 
Ou je vous casse les os ; 

Barbassionné , 

Si lu viens dans mon clios, 

J' le briîle la barbe jusqu'ès os. 

V. Introd., p. ^76. Cf. le barboue précité, qui est sans 

doute quelque chose de semblable ; mais le mot du Bessin 

existe en a. barbason , qui est dans Shakespeare, et qu'un 

T. H. 24" 



— -180 — 
ancien glossaire explique par « the name of a devil or 
fiend, t) Voici le passage : « Amaimon sounds well; Lu- 
cifer well ; Barbason well. » ( Merry wives of Windsor, 
act. II, sc. 2.) Le premier génie cité, Amaimon, semble avoir 
un rapport de nom avec le momon n. et le Morne a. V. Momon 
aux Orig. on. barbelée (gelée), gelée blanche qui ressemble 
à des barbes de plumes ; on disait en v. f. Sagette (flèche) 
barbelée. Il est très-probable que l'a. Barley, orge , est le 
fr. Blé barbelé, une espèce d'avoine s'appelant la Barbée. 
(V, notre Flore pop. de N. et d'A., p. 83. ) besbue, peut- 
être pour Barbue (Cherb.) , vieille femme : il y avait dans 
cette ville la procession de la Besbue. A cause de Judus . 
on se méfie de la barbe rouge : 

Barbe rouge et neirs cheveux , 
Defie-ren si lu peux. 

Il y a dans l'Av. une tourmole, c. à d. un jeu où deux 
enfans se font tourner en croisant leurs mains et en chan- 
tant : 

Barbarisse, 

Ma nourrice , -y 

Dos à dos 
Tournez-nié le dos. 

En Pic. le premier vers est : « Pain-d'épice ; » à Val. . 
c'est le jeu <■ En dindant clochette. » barbillon, poisson qui 
a de grandes barbes , .''ans doute une espèce de barbue. 
BARBisTRAL, barbier ; ce mot, que donne le Gloss, n., a une 
physionomie provençale. En argot , Barberot, barbier ; 
Barbichon , copucin ; le fr. Bichon est la contr. de ce 
dernier. 

BARRABAS , usité dans la loc. : « Il est couneu coume 
Barrabas à la Passion, » c. à d. partout; on sert en ce 
sens de : « Coume Gloria patri. » 

BASOQUE , la basoche, dérivé de Basilica, palais de 
justice; une rue de Poitiers, la Basoche, est dite dans un 
vieux doc. Basilica; l'église de St-Martin de la Basoche, à 
Tours, est ainsi désignée : « Ecclesiam quœ S. Martini 
Basilica dicitur. » {Bibl. del'éc. des ch. Janv. ^827, 222.) 

BASSIER, BAissiER, BAiCBiER, baisscr , de Bas, lequel 
semble dériver du gr. Ba9o; ou Baat; ; toutefois le bret. et 
le kymri offrent Baz, le gall. Fas. En a. Abash, Bash, 
baisser, (ï on Bashful, honteux, litt. plein d'abaissement. 
On dit d'une grande richesse : « N'y a qu'à s'baissier et à 
prendre. » bafssin. ouvrier du bas pays. e. à d. du Bas- 



— 187 — 
Maine; baissiis, homme de B.-N. qui vient travailler dans 
la Haute, bassée, basque d'habit, en fr. Bassetille, probabl. 
changé en Basquine; (Gl. n.J baiss (coter , marchander 
d'une manière mesquine. De là le fr. Bas (de chausses), 
en n. bas-d'esiame (étamine); bas-d'estamiee , fAv.) fabri- 
cant de bas ; de Bas dérive Bastard . dont nous avons 
donné l'ét. p. 156, à propos de Ch. Martel, à laquelle il 
faut ajouter pour le même sens : 

Charles Martiaus fut apielés 
Pour cou que de sougnant fu nés. 

Aussi disait-on en v. f. Fi/s de Bas ou de Bast; de là le 
V. f. Bast, bât. litt. selle de domestique, d'où bastier. 
BATiER , bourrelier : « Bastiers et faiseurs de harnois. » 
{Corporations de Coût. ^60^.) batière, s. f. gros bas. 
A Bas se rattache basse, servante, (Vîil.) du v. f. Bachelle, 
Bacele, Baissele, le fém. de Bachelier, lilt. Bas chevalier : 
« A la Daerie à trois basses; » (1.307. Inv. du château de 
Caen.) à Guern. on dit caisse, en pic. Bacelle; la forme 
Vacelle est. dit Roquefort, encore usitée en Champagne et 
en B.-N. On disait en' v. n.. selon la Vie de St Alexi, 
V. .316: 

Les baesses et les serjanz 

En firent duel et plaintes granz. 

Dans le centre de la Fr. la fille d'honneur de la mariée 
s'appelle Bachelière. (V. Jaubert, Gloss, du Centre.) Le 
masc. semble avoir été Bays, esclave , serviteur : 

A une dame du pays 

Fut-il par grant amour bays, 

(Ap. M. du Méril, Mélanges, 44^.) où se trouve cette 
citation avec le féminin : 

Dame du tout sui et maistresse : 
Mais avis m'est que pour baesse 
Maternent me vouiez tenir. 

BAtHELox, bachelotte, bas de taille : « Une poule hache- 
lotte. I) l'espèce dite Bantam. On dit aussi basset, bassette, 
dont le fr. a gardé Basset (chien), baiss^re, (Guern.) lieu 
bas et marécageux . en Bray bassire; basse, s, f. banc de 
sable en mer ; le fr. Vase pourrait venir de cette famille , 
malgré l'isl. Veisa, palus putrida; mais c'est d'elle que 
vient le fr. Bassin (d'une rivière), baissière, la fin d'un li- 
quide dans un fût. sur le bas; bavoleite, s. f.bavolef, coiffe 
à barbe volante et pendante, litt. qui vole bas; bavol. s. 
m. id.; bavolie. s. f.. au Ml St-M.. désigne une grande 



— t88 — 
porte à bascule, à coulisse. On dit prov. en N. : « Quand 
la haie est basse , tout le monde y passe. 

BASTANT , bien portant , extension du fr. Bastant , 
suffisant, de l'it. Basta, il suffît (bene stat?) en esp. 
Bastar. 

BATISTÈRE, baptême, (Percy) en v. n. Bautestire, de 
Baptisterium , ainsi dans Benois . {Chron. ii, v. 22876.) '• 
« Maufez , sans fei de baptestire ; » batistère, en Bray, acte 
de baptême. On dit prov. : « Tranquille coume Batiste , » 
peut-être comme St Jean-Baptiste ; car on dit : « Doux 
coume un petit St-Jean. » On prétend que le jour St Jean- 
Baptiste on voit à son lever « le soleil danser trois fois. » 
(Jnn. de la M. 1832.) baptême, sommet de la tête que l'on 
baptise : « J'vas l'douner sus ton baptême, » c. à d. frap- 
per sur la tête, baftisier , baptiser. On appelle une per- 
sonne stupide : « Une bête baptisiée ; » ou on lui dit : 
« Qui qu'a élai assez bête pouer te baptisier? » 

BATTE, battre, en 1. Batuere, d'une on. éclatante, 
en a. Bate, battre; battocr, battoir, en a. Battledoor, 
Batler et Batlet; batteux, batteur en grange, en b.-l. Ba- 
tator.Y. la chanson des Batteux, Intr., p. 289; batterie, 
bataille privée; rabatte, tomber en décadence : « J' va en 
rabattant; » rabatte, retrancher d'un total, d'où l'a. 
Bating, excepté , dont l'ét. est visible dans des phrases 
comme celle-ci : « They bring many ideas with them, 
bating some faint ideas of hunger and thirst. » (Locke) ; 
bat, s. m. empreinte de coup, spécial, de marteau; ba- 
taillous, batailleur, en a. Bataillons; bataillard, id.; 
rebot (Guern.) , s. m. batte à beurre, d'où rebuter, battre 
le lait; hebat et rable (Coût.), racine de roseau dessables, 
dont on fait des brosses, et qu'on trouve sur le rebat, partie 
du rivage que bat la mer, l'estran; battant, le gouet, dont 
la fleur ressemble à un battant de clochette; socbatte, 
battre le blé en dessous sur le chevalet, d'où soubats 
(Jersey), paille battue, tarifée sous ce nom au Weigh bridge 
de S. Helier; BATTÉE(Gr. ), pêche de poisson plat ; abat 
(vent d' et pluie d'), pluie ou vent violent: «Arrivé à 
Caen par une pluie d'abat. » (J. Barbey, Memorandum, 3) ; 
on dit plus énergiquement Pluie d'ACRASE : « Tout écrasait 
de pluie, comme ils disent ici.» (Ibid., 5.j; balèque. 
femme bavarde, litl. Bat-langue; bat de la goule, grand 
bavard; abat-pain, grand mangeur: batacla> . batterie de 



— I SI) — 
cuisine, pop. bai te et i'Abbaite sign, battre et ball re jus- 
qu'au bout. lîiTER (Av.), toucher, battre : « Ne m' bite 
pas, » c. à d. ne me frappe pas; en a. Bi(e, mordre, et 
Beat, battre : « Les cailloux bitent à la terre. » {Chans, n.) 
BATTAisOiN, inclinaison d'un toit; battifolek, s'ébattre folle- 
ment ; BATTE cLORiEUx se dit d'un vaincu qui s'attribue la 
gloire. BATTEMARE (Bay.), bergeronnette. De Baiucre dé- 
rive Baculvs, bâton, sans doute pour Batulns, d'où le fr. 
Bastir, litt. édifier avec des perches, des bâtons, d'où le 
fr. Bastide, Bastingue (de l'it. Bastinga, toile pour servir 
de rempart, de bastille). Bastion, contr. deBastillon, qui 
se dit d'une tour au M. St-M. ; en n. bastiller (se) , s'en- 
fermer , se fortifier dans une maison ; il y diverses loc. n. 
nommées des Bastilles, par ex. : la Bastille en Ardevon , 
bâtie par les Anglais; il y a aussi des Bastides, comme 
Beuzeville-la-BasIille , sur le Vey, jadis la Bastide : « Les 
aides qui ont esté mis sus pour le fait des bastides de St- 
Sauveur-le-Vicomte en Cotentin. » [Lecantond'AUiis, 543.) 
« Enfoncé la ville de Pont-l'Abbé , l;i bastide de Beuze- 
vlUe. » ( Ordotm. de Charles V. ) Quelquefois Bâton se 
change en vato.\ , surtout dans le sens de « donner du 
bâton, » d'où vatojs.ner. On disait autrefois Gaston : 
« Près des gastons, tostes et autres boiz nécessaires 
pour mener et charrier ledit bois et merrien. » ( Coîit. 
des forêts. Pact.) Toste signifie sans doute le bâton qui 
sert à tordre la corde, ou liure; gaston a aussi ce sens 
maintenant, et ce sens est déterminé par l'exemple suivant: 
« Peust prendre et faire gastons en la dicte forest, sans 
paier amende, pour lier leurs charettes, pour remuer le 
boiz et pour tout ce qui lour plaira, pourvcu que iceulx 
gastons soient doUés par iiij costés et un des deux boux 
avant que le forestier le place. » {Ibid. Evreux. ) Batel/e, 
s. f. petit bâton qu'on passe sous la gorge du porc pour 
l'empêcher de franchir les haies, d'où emcateller; ce bâton 
s'appelle encore barret, barreau, batcn friseux, à Har- 
fleur, est le montant de la scie dans la Fête de la scie. 
batoniste, habile à jouer du bâton ; les bâtonistesde Caen 
et de Rouen sont renommés : du reste ce genre d'escrime 
est ancien : <■ Richart sout escrimer o virge è o baton. » 
batonmer, surveillant de l'octroi, armé d'un bâton. A 
Bâton se rattache le fr. Batte, Batteleur, Bastonnade, etc. 
De Batteleur, joueur de batte, dérive le v. f. Baster (bas- 
teler), faire illusion, tromper. 
BAUBE, bègue, de Balbiis, d'où le fr. Balbutier; bau- 



— 190 — 

BER, bégayer; béglier, id.; BÉDA^GLIEB (Val.), id.; de là 
lîÉCAUu . niais, et béoaider, niuiser; baube, engourdi de 
froid; bacbir, engourdir : « Aveir les mains baubes; » 
ABADBER, frappcf dc stupeur; l'idée de paralysie, d'inertie 
est l'idée gén. qui relie ces divers mots. L'origine première 
est une on. bégu , niais , est sans doute une forme de 
Bègue. 

BAUDOUR, s. m. réjouissance, de Baudir (Gaudere); 
un prov. n. dit : 

Baudours cl bobans 

Ne l'ont pas riches gens. 

De même en v. f. : « Oisillon par baudour chantent et par 
envoisure. » De Gaudere vient le fr. Jouir , en n. s'éjodir. 
Il y a à Av. une place dile Baudange, dont on lire le nom 
de ce rad.; comme Baudour est un nom de lieu, il est ainsi 
interprété : « Lingua romana gaudium Deorum. » (J. de 
Guyse, Ann.de Hainant.) gaudik (se), se réjouir, en H.-N.; 
RECAiDiR (se), id. : « Rien ne me regaudit; » (Muse n.) 
pol'rgaudir (se), se prélasser : « Qui se pourgaudent su su 
quay. » (Ibid.) A baiîdour se rattache le v. f. Baude; bau- 
flerie, joie, d'oîi l'a. Bawd, Bawdry et Bawdy, comme on 
trouve dans le Diet, d'flalliwell Gaud, Gaudees, Gandery, 
Gawdy; dans Shakespeare Gawdy sign, un jour de réjouis- 
sance. GADELER, CADELER (H.-N.), s'ébattre ; GAl'PE, (Gl.n.) 

joie, à Créances; en v. f. Gaupe, prostituée; gaddiamcs 
(faire son), s'applaudir. Quant à robains, qui se disait en 
V. a. : « I say for no bobance ; » (Canterb. taies, v. 61 51 .) 
c'est le V. f. Bobance, le fr. Bombance. V. bambocbe. 

BAUME, s. m. de Balsamum, nom collect, des menthes, 
dont quelques-unes sont appliquées sur les coupures; 
ABAUJiiR , (Gl. n.) affadir , de l'effet que produisent les 
substances odorantes. 

BAVE , s. f. bavardage , en it. Bava, bave, la syll. on. 
d'une respiration forte; bave, mensonge, blague: « Savez 
les manières , en disant mainte bonne bave , d'avoir le 
meilleur de la cave. » (Coquillard.) bave, s. f. bavard ou 
bavarde; baverette, bavette, petit linge sous le menton 
des enfans; bavous, baveux; bavochier, se dit de filer gros 
[lar places, inégalement; bavol (fdcr). avec des bavures; 
BAVOQUE, s. f. bavure de fil; baveuiie, bave; bavée, forte 
émission de bave, dont on dit plaisamment : « Pousser 
une génisse, » comme ailleurs : « Un renard ou queue 
de renard. » 



— 191 — 

liAYARl) (cheval), celui de Renaud de Monlauban, où 
se plaçaient les quatre frères Aymon, de sa couleur liai. 
de Bacca, baie de laurier, cité comme le modèle des cour- 
siers ; il se dit encore comme adj. bayard , bai ; il est en- 
core a., et il sign, un cheval vaillant et hardi : « Opon his 
stede bayard he van the dike; » (R. Brume, p. 272.) dans 
Chaucer il sign, cheval bai. bayotte (vache), en Bray, 
rouge el blanche. 

BECÉ, alphabet; en a. Absey, d'où : « An absey-book, » 
un catéchisme : « Ne saveir ni A ni B; » abcépaire . abé- 
cédaire, mot moderne, croix-de-dieu , alphabet, commen- 
çant par une croix; les enfans de l'Av. chantent : 

Croix de Dieu, à la biboche, 
J'ai du pain dans ma calotte, 
J'ai du vin dans men baril, 
Bien assez pour me nourri 
Mé et ma petit' souris. 

La lecture dans les Mss s'appelle : « Lire dans les con- 
trats; » naguère encore on lisait dans des contrats réels en 
parchemin ou en papier. On les appelait aussi des chi- 
canes ou papiers judiciaires. En pic. : « Crossette abilbo- 
quette, not' moue te n'a point d'barette.» 

BECHEVEL. ce que le fr. appelle Bêche, hybride de 
Bec, pointe, et de Chef, tête, (V. Cap.) Caput, c. à d. 
pointe à la tète, en parlant de deux épingles en sens diffé- 
rent; BECVEQUIER, disposcr ainsi; recveqiie, jeu de béche- 
vel; béjuel et béiuet, contr. de béchevel; béidéter, dispo- 
ser en béchevel; en a. Bevel, disposer en équerre et de 
biais; aussi, pour gagner à ce jeu, il faut faire chevaucher 
une épingle sur l'autre; le fr. dit encore Tête-bèche; 
Rabelais dit : « Testé béchevel, » que le commentateur, de 
l'Aulnaye explique par Biscaput, qui ne rend nullement 
compte de cette disposition. 

BEDEAU , le dernier oiseau de la couvée , comme le 
bedeau ferme la procession; ce dernier vient de Pedellus, 
(le Pedum, de la baguette, marque de sa dignité; bezot, 
id.; il y a beaucoup de familles Le Bezot : « En ma qua- 
lité d'bezot, m'a fallu aller chercher la jarr'lière de la 
mariée. » (Chans, n. parlée de Berat, la Noce à mon frère 
André.) A Guern. cet oiseau s'appelle fouillot, cl la ven- 
trée d'un animal iocillère; dans l'Av. le dernier oiseau est 
dit cLos-cu. Le Bedel , nom pr. encore très-commun, était 
chez les N. un des officiers inférieurs du manoir : « Be- 



— Ii>2 — 
delli were the under baillifs of the manors; » (Sir H. Ellis. 
Intr. to Doms'day, i, 340.) en v. f. Bedel: « Prevoz è 
bedels. •> {li. de Rou.) A Val. le bedeau est dit cacbe- 
cHiEiN; en v. \i. Chaccchiens, « the same as berners. « (llal- 
liwell. ) 

BÉDOUIN , terme de mépris ancien, ravivé par la con- 
quête de l'Algérie : <- Sale coume un bédouin. « Ce nom 
s'applique dans la garde nationale aux bommes non ha- 
billés en uniforme. Il se disait autrefois des Arabes et 
même des Juifs. On lit dans un livre de dépenses de la 
Vie. de l'Eau, de Rouen : « Pro vadiis beduini morlui 
baptizati. » 

BEISSANT, obéissant, à'Obedire; on dit souvent: 
« Veux-tu m'obei. » beissaist semble être l'a. Buxom, gai, 
souple. On emploie en N. un mot clérical, tombé en dé- 
suétude en fr.. Obédience : « Cha n'est pas de men obé- 
dience , » c. à d. de mes attributions. 

BÊLE, s. f. pron. anglo-n. du fr. Berle [sium nodifio- 
rum), est un terme générique pour les plantes submergées 
des ruisseaux. 

BÊLUE, berlue, de l'it. Berlume, et Barhime, petite 
lueur iparviim lumen), en v. f. Bellugo, étincelle, ébêluek, 
éblouir, iskluette, étincelle, que le fr. a contr. en Bluelte; 
Beluga sign, étincelle en roman; en berri. beblctek, éblouir; 
ÉBÉsuiR, (Guern.) éblouir; éblérer, (H.-N.) regarder avec 
une sotte curiosité, en a. Blere, dans Chaucer, éblouir; 
(V. Diet, de Bailey.) égaluer, (Val.) éblouir : « Le solei 
m'égalue. » galis, louche : « J'siis galus, » dit en B.-N. 
le conscrit louche qui se présente à la révision; berluiseb, 
éberli'iser, éblouir, en n. luiser (luceo) . luire, emberli- 
ficoter, duper, litt. mettre dans la berlue; embreloqi'ieb . 
égarer : » Embreloqui d'une mélancolie. » {Muse n.) ber- 
LiMGDiER, vaciller aux yeux. (H.-N.) Le fr. Hurluberlu, 
hébété d'étonnement , ébloui ; ce mot ressemble de forme 
au n. BERLUBERLC , par troc, {Gl. n.) sans doute merlu 
(merluche) contre merlu; terlc, {Gl. n.) Hallucination. 

BEN, bien, de benè : « Tuit clerc ne sevent pas ben 
chanter ne ben lir. » (Vie de S. Th. Becket.) abiéaer, amé- 
liorer, mettre à bien; Abienneur, selon Roquefort, dési- 
gnait celui qui met à bien un héritage; bencité, le béné- 
dicité . en V. a. Bénédicte et Bencite. (V. Cani. taies , v. 
i3399.) On dit comme preuve d'ignorance : « I n'sait pas 



— 193 — 
sen bencilé. » beaame?(, certainement, de Bene et Amen. 
BÉMB, (Gt. n.) sécher un peu le linge, l'abienner; Bien 
devient bi ; bile«t , très-lent. En éc. Bean et Bein, bien, à 
son aise : This man is bean, » cet homme est bien, d'ail- 
leurs loc. n. ; Ben, dans le sens de Well, en v. a. Bene. 
BÉ.^iÉDiT, à Genets, le chardon roulant, ailleurs Chardon 
6cm7 ou de Saint-Benoît, comme la Benoite, en a. Herb 
Bennett ; bénit, coquillage en forme de bénitier, la patelle; 
BÉi>ETi£B, bénitier, dul. Benedicterium, comme en v. f. : <- Un 
béneetier de cuivre. » (Delisle, Et., 727.) bÉiMN. bénit et 
béni : « Bénin seit la main qui m'élrenne, » dit le marchand, 
en recevant le premier argent de sa vente et en faisant 
avec lui le signe de la croix; l'a. Handsel, étrenne de 
vente, sign, la main pour la vente. be>hecbé, bienheureux : 
« Benheurez sont ceulx qui tes sermons creurent, » (Chant 
du Roussigneul, ms d'Av.) du v. f. Heur, Hora, bonheur : 
« Notre heur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé. » 
Ce mot n'a pas survécu au 1 7^ s. Comme Benè est une 
forme de Bonus, le n. bodon, boden, bon;,estde cette famille. 
BERBIS, brebis, du l. Vervex; du reste on trouve 
Berbix dans Pétrone; de même en v. f. : « Etrangle mou- 
tons e berbis. » (R. de Rou.) On dit prov. : « Qui s'fait 
berbis, le loup le mange; » « A berbis tondue Dieu garde 
le vent;» « Berbis qui bêle perd goulée; » « A berbis 
comptée le loup y prend. » bergieb, berger: « Prêtres et bcr- 
giers sont sorciers. » (Dicton du Bessin.) bebca, s. m. collect. 
qui désigne à Val. l'espèce ovine, etqui explique le fr, Ber 
cail; ces mots sont des formes de Berbicarius ; bebqde, 
(Gl. n.) vieille brebis; berqdieb, berger : « Vachiers et 
berquiers. « {Fnv. de la Templerie de Bretteville-le-Rabel.) 
BEBQCEBIE , bergerie : « Capitulum Constantiense habet 
berqueriam (à Aurigny) ; » (Toust, de Billy, ms.) ber- 
GÉE, (Av.) maison ou étable isolée; beseu se dit des mou- 
vemens désordonnés des brebis et des vaches en rut. 
GEBQUE, jeune brebis à Av., et une vieille à Bay., d'où 
vjeille gerqde, injure à une femme âgée. Le v. f. Berque- 
rie s'est dit aussi Becquerie : « Les ainsnez des becqueries, 
beuveries et porqueries sont frans es feire de Montore. » 
BEBBIETTE, BBEBIETTE , petite brcbis , figure dans les chan- 
sons n. BBEBioN , BERBioN , iuscctc qui vit sur les brebis ; 
on appelle tle-brebis, dans le Calv., la grassette. (Mém. 
de la Soc. d'agr. de Caen.) L'a. pour brebis est Ewe, 
du 1. avis. 
BÈRE, boire, en v. f. Bevere, du 1. Bibere : « Noel fait 

T. IF. 25* 



— -)9/< — 
bevere son voisin. » ( Fr. Michel, C/ians. bac/tique du 1 3^ s. ) 
p.ÈRE, le cidre, le boire par excellence en N. V. ùVlntr. p. 32 
les divers adj. par lesquels le N. célèbre sa boisson ; on 
a dit Boire : « Valleur des quattriesmes des boires vendus 
à détail au diocèse d'Av. » ( Reg. de la Cour des comptes 
en ^374.) On conjugue Bere, je bets, tu bets, il bet, 
comme dans un vieux dicton des Miracles de Sie Gene- 
viève : ■ 

A la guise de Normandie 

Je bet a vous de chipe en chope. 

Et au prêt, je beus : c Quar tant en beut. » (Tombel de 
Chartrose.) De là debet, le goût que laisse le cidre , le fr. 
Déboire; berdalle, ivrognesse, litt. dalle à bère; bereau, 
la gouttière d'une bouteille, canal d'un pressoir, en v. n. 
espèce de cruche. 

Les pipes, les bereaux pleins de liqueur vermeille, 
dans 01. Bassehn, mot qui en se contr. a donné au fr. Broc , 
en n. bro; berelle, querelle après boire ; béchon, boisson; 
BoissoiNPiiER, BECceo.'SNER , euivrcr; beuchonnier , ivrogne ; 
berzingue, bezingtje, s. f. et besin, s. m. ivresse ; berzole, 
femme étourdie , comme une personne ivre, d'où berzer, 
courir comme un insensé , d'où bezer en Bray, et en Av, 
VESER, se dit des vaches qui courent follement piquées pa. 
les mouches; de là bescocer, dans l'Orne, se troubler 
comme dans ce vers de Froissart (Poésies, 338j : « Haro ! 
que fai? je me bescoce. » De Bibere vient Biberagium, 
breuvage, d'où le n. Brevée, quantité de liquide pour 
bestiauTt; beuverie, partie de boisson, comme dans Le 
Houx' : 

Dire toujours une chanson 

De vau-de-vire et beuverie. 

Le Houx, plus correct et plus moderne, écrivait le Boire; 
mais Basselin, plus ancien et plus pop., disait le B&re, 
témoin ces vers, mal orthographiés : 

Dû temps de son feu grand père 
Sans cesser de boire. 

(p. 171 ei passim, edit. Travers.) debeter, dégoutter; 
DEBtT, dégel; betteron, s. m. dans les salines de l'Av. , 
l'eau salée qui dégoutte; betteron, s. m. toute chose 
salée ; rettronner , saler comme du bettron ; « Soupe bet- 
tronnaie. » rabiot (Bay.) , reste d'un hquide , et par suite, 
reste en général; Nodier définit rabiot ce qui reste dans le 
bidon après la distribution à l'équipage , d'où il lire 
Rabioter (rebibere"); abioter, cité par L. du Bois, sign. 



— =195 — 
cle\cr un enfant au petit put , ce qui suppuse ahiot, bibe- 
ron; REBEiiE, dessécher: « Quemin rebu par le solei. » 
Porter à la relne-boite , c. ù cl. sur quatre bras entrelacés, 
comme aux Rois on porte la Reine , à qui l'on dit : La reine 
boit. » BETTE, p. f. fMortain) petit cidre qu'on appelle gén. 
uEisso.N , c'est une contr. de Buvette , et il est dans Rabe- 
lais avec un sens différent : « Je ne peux entrer en bette, » 
c. à d. en ribotle. Il y a beaucoup de dictons sur le Bère, 
et nous en avons cité ù Vlnir., p. 32^ ; nous pouvons ajou- 
ter : « Bère sus lait rend le cœur net. » « Flieur n'est pas 
poume, poume n'est pas bère. • « Du bère à qui que le 
coucou n' fera pas pliaisir,» c. à d. qui se gâtera vers son 
retour, nu, ivre, comme en v. f ., comme Po/?« en latin 
et Drunk en a. ; bedi-iîeda , abondamment , en parlant de 
pommes, litt. Bets-d'ici, bets-de là : «Y en aàbedi-beda. » 
RoiDROT, BoiDROTE, saunicr, saunière ( Av.J V. la chanson 
des Boidrots, Intr., p. 269 ; blie, cruche , en v. f. Buiré, 
d'où Burette, forbetcre , s. f. maladie d'un cheval forbu , 
c. à d. « quia beu fors letemps qu'il devait boire. » (H.Es- 
tienne , Préœllence du langage fr. ) Le n. confirme cette 
etymologic par forbeisson . forboissox. mal qu'on attribue 
à l'épanchement d'un liquide dans le membre malade; on 
lève ce membre quand on boit. ' 

BES, BÉ, préfixe de certains mots, le I. Bis, comme 
dans le fr. Besace (bis saccus), Besaiguë f Ws «cw^ws j , 
Besicles (bis oculi), en n, beb mêles ; Beset, deux a$; 
Besson, jumeau, et dans le n. beaom, sobriquet ou double 
nom; bestourker, retourner, bis tornare (Gl. n.) Besson. 
oublié en fr., conservé dans les pat. du centre de la 
France, a été perdu en N., où il ne reste que dans les n. pr. 
Il s'y disait aussi autrefois, et Vauq. delaFresnaye trad, le 
gemellos de Virgile : « A chevrotté deux bessons dans le 
bois. » Le rescoci du v. n., escamoté, qui est dans la 
Chron. des ducs de N. (t. ni, 5J6), semble sign, deux fois 
secoué, en n. escois; du moins l'escamoteur choque deux 
jois son gobelet en disant : Une, deux. Toutefois, comme 
dans le fr. Bévue, pour Mévue ou mauvaise vue, l'élé- 
ment be représente 3Ie; or Benom peut sign, mauvais notn, 
et nous avons trouvé BESToiiR^ER avec le sens de mal 
tourner. Quant à Si, Bis, sa dérivation du 1. est certaine: 
Bigame, Bigarré, Bigle, Bi^on { bis jocutuïn , eOmme 
joujou) . etc. en fr. ; en n. ë'ïgorne (bicornis) , double'en- 
clume. V. MÉ. Quant à'BENdNi, l'enfant préféré , 'c'esl' 'le 
Benjamin, en a, Ben. Le préfixe Been a. est très-souvent 



— 196 — 
intérioralif , comme le 1. In : Bedew {Dew , rosée) , ar- 
roser, comme Irrorare; Bedim {Dim, obscur), obscurcir, 
comme Inobscurari ; Befall {Fall, tomber), survenir, 
comme Incidere, etc. 

BET (M.) , BiAU, beau, du 1. Bellus; on dit mécham- 
ment d'un coquin paré : « Biau coume un pis (puits) neu ; 
i n'y manque quela corde. » biacté, beauté, en a. Beauty : 
« Che n'est pas d'o la biauté que no va au moulin, » dit-on 
d'une personne belle et pauvre. « A tout oisiau sen nid 
semble biau. abosir ( s' ) , mot attribué par Romme aux 
marins n. pour indiquer faire une cm6c//ie(V. sonDict.de 
marine ) . Willaume écrit abeausib; mais il faut dire abiau- 
siR. que nous avons entendu entre Gr. et Jersey, biacté, 
s. f. degré de parenté marqué par le préfixe Beau, comme 
Beau-père, etc. ; on dit en ce sens : « Les biautés ne s'ac- 
cordent jamais, » c. à d. les parentés d'alliance, biaccocp, 
beaucoup , de Bella copia, qui a remplacé Mult , et qui se 
montre vers le ^ 5^ s. : • Je le crains biau coup , somme 
toute. » (Farce des Pattes-ouaintes.) Joinville disait autre- 
ment : « Le roi ot par la pez faisant grant coup de la terre 
le comte. » (Hist, de S. Louis, 35.J bellement, largement : 
« Faire les choses bellement. » biau entre dans plusieurs 
nomsloc. : biauveir, Beauvoir (Belveir), biacssaclt (Bellus 
saltus), Beaussaut , biaufai, Beaufai (Bella fagus) ; il y a 
aussi beaucoup de lieux dits biacbepaibe , Beaurepaire. 
L'ancien Tout beau, dans le sens de « arrêtez-vous , » qui 
fait un effet assez étrange (ians le « Tout beau, Pauline, » de 
Corneille, se dit en N. aux chiens : « Tout beau, cadet I » 
Le V. a. employait beaucoup ce mot , comme Belamour, 
Belami : c'est surtout Spenser dans ses imitations du fr. ; 
il emploie Beauperes, c. à d. beau compagnon (pair), 
(p. ^52) Belchos, feminale pudendum. Ibid. L'a. a gardé 
Beauté; Beau, un petit-raaitre , un dandy; Belle, petite- 
maîtresse ; les A. appellent Belles pucelles de France, ou 
Fair maids of France, les fleurs de la Renoncule à feuilles 
d'aconit, beadbelle, hypocrisie, litt. où l'on fait le beau 
ou la belle; beauperdu (œil), œil perdu qui veut paraître 
clairvoyant, belle (la), la dernière et décisive partie du 
jeu. Enargot,jBeWe, occasion favorable, belle des prés (Av.), 
la Reine des prés , ou Spirée ulmaire. 

BÊTARD , grosse bête , c. à d. homme stupide ; cette 
finale péjor. se modifie en bêta , qui est fr. fam. : « Jean 
Nicolas, çu grand bêtas. » (Fr. Berat, Le Marié.) bêtasse, 
s. f. femme bête ; béton, petit niais et porc. Plaute emploie 



— 197 — 
Bestia dans un sens d'injure; Auguste, parmi les mots qui 
lui étaient particuliers (Suét.. Octav., 87) , se servait de 
Betizare dans le sens du fr. Avachir : « Ponit Betizare pro 
languere, quod vulgo lachanizare dicitur. » (Ibid.) bestial, 
le bétail, comme en v. f. ; ainsi, dans les Conteste, Bon. Des- 
perriers (p. 95) , et dans un acte de Fiers de H 630 : « Ferlillc 
en bled, bestial et aultres choses; » et en a. d'alors : 
« Feiding of bestial!. » ^Gordon's Hist, of the house of Su- 
therland, 3) Ce mot est aussi dans Montluc, et semble dater 
du ^6e s. : le fr. n'a que le pi. bêtisier, dire ou faire des bê- 
tises, ressemble au Betizare précité; bêtifier, devenir sot. 
faire des sottises, mot de physionomie pic. Du reste, la 
forme infin. en fler est assez commune : « Elle vil l'enfant 
tout sanguifîc qui se débattait dans les bras de la Zabelle. ■> 
(G. Sand, le Champi.) Balzac en a abusé : « Mollifié mes 
nerfs... une mélodie qui dulcifie mes pores. » (Le Lys dans 
la Vallée. ) en a. par ex.. Beautify, embellir. Exemplify, 
illustrer par un exemple, bebéte, s. f. terme enfantin, et à 
Av. BiBiTE, bestiole; BiBET(Val. ), moucheron, et à Av. 
r.ciBET : « Ch'est bouon singne, quand on veit danchier les 
bibets; » c'est Ta. Wyhit : 

L'araigne qui tous les ans 
Fesoil son nid au dedans 
Avec mouches et bibets 
Qu'elle prenoit dans ses rets. 

{Chanson n., édit. du Bois, 240.) bijiette, petite élevure 
sur la peau, vient de Buho, comme le prouve cet ex. : 
« Mains belles et nettes de cirons ou de bubettes. » (R. de 
la Rose, v. 4 3995. j bête a saie, à Jersey . le porc, qu'on 
appelle dans la M. veto de saie, embêter, ennuyer, tra- 
casser; DÉBÉTIR, dégourdir un niais; débèti (aveirdu). 
de l'aisance dans les manières. En a. Beast, bête; Beetle, 
escarbot, litt. Bestiole; iiéte au Bocor< Dieu, bête a la 
Vierge, le criocère. Par un procédé qui semble dédoubler 
la personne, ce que lefr. rend par la Bête de Thomas, par 
exemple, le n. le rend par la Bête à Thomas, pour sign, 
l'imbécille Thomas. 

BIDETTE , jument allant I'allure; aussi dit-on dans le 
Colentin bipette d'allure; bidaillgn, méchant petit bidet; 
BiDOCHE, s. f. mauvais bidet. En argot. Bidet si^n. tout 
moyen de correspondance, par allusion au cheval des 
courriers, bidoche est un personnage déguisé, comme à 
cheval sur une petite échelle recouverte de grands vête- 



— -198 — 
mens, el quise présenle à la noce en gesticulant : cet usage 
règne dans le St-Jamais ou canton de Sl-James. 

BIGARIiEÏ , BIGARREAU , bigaireau ; le fr. Bigarré , qui 
a formé Bizarre , en v. f. Bigearre, dérive du 1. Virgatm, 
d'où le fr. Vergé (papier). De là Bigarade, etc. Nous ne 
croyons pas Bigearre ancien, et il n'existe pas en a.; nous 
le soupçonnons de venir de la Renaissance; il est dans la 
|re p. de Xlntr. à la vie dévote. On lit dans les Olim du 
châteaii de Tourlàville', par M. de Ponlaumont. pour la 
fin du ITe é. : « Il sei^a 'big'earre en ses façons de faire. » 
(p. 5^.) V. vERGïE. La cerisp, dite' bigaidelle , à Av., est 
sans doute pour Bigarraudetle, d'après le fr. Bigarreautier, 
le cerisier aux bigarreaux; beige, noir-blatic ou jaune pâle : 
« Une vache beige. -> La loc. « Coiffé à la bigarnoise , » 
(Gl. n.)c. àd. d'une manière effrontée, se rapporte à cette 
famille, si plutôt elle ne représente « A la Béarnaise,» ou à 
la manière du Bigorre. bilbarré, bigarre: «Il est bilbar- 
rez. » (Mnsen.) birette, petite verge (Gl. n.)dn 1. Veretnim. 

BILIOUS, bilieux et acariâtre : « Un houme qui ne s'fait 
pai d'bile, » c. à d. qui ne se gêne ni le corps ni l'esprit. 
En a. Bilious , bilieux. 

BILLE, argent, petite monnaie, de même en argot 
bille , d'où le fr. Billon : « NicoUe Junon me promet de la 
bille; » (Inv. gén. àQ\Si Muse n., 3^.) en v. f. Sillonner, 
battre monnaie de cuivre; Billon et bille ont leur cong. en 
esp. Vellon, monnaie; tous ces mots dérivent du 1. Binio, 
denier. Cf. le fr. Billonner. En v. f. Bille sign, multitude, 
en mauvaise part, comme séquelle. V. les cit. de. Fr. 
Michel, Diet. d'Argot, A9 , auxquelles nous ajoutons ces 
vers de R.. de Collerye , p. 274 : 

Bazochiers ne prise une groseille, 
Certain je suis que leur bourse est rnallade; 
De ces reboux et leur bille pareille . 
L'on m'a compté la chose nompareille. 

BISEÏ , pain bis , de l'it. Bigio , d'où le fr. Biset , Bi- 
selte, Biser, Bistre, bisetïe, s. f. pain bis : « Le zarti- 
sans, les bleffreux de bizette. » (3fuse n.) risette, la ma- 
creuse; risette, s. f. pigeon ramier; biset (Orne), pierre 
grise ou gangue de diamant d'Alençon : « Devant lui od 
une perre byse. » (Chans, de Roland.) Cette pierre grise 
dans la M. est le grison, ou grès ; biseul, (Gl. n.) gros cail- 
loux de silex brut ; biset, dans la garde nationale, le soldat 
sans uniforme. Le fr. Bison peut réclamer ce rad., malgré 
l'ail. Wisunt. 



— 190 — 
BLIANC. BiAAC, blanc, en il. Bianco, iV Albicans; 
iiiv>cHr. fern, est dans un vieux cliant de l'Av. qui semble 
se rapporter à des jugemens d'animaux , et dont le re- 
frain est : 

La bique bianche, la poure bique biauche, 
La bique à Jacques Andreu. 

V. Introd., 340. blianc, s. m. maladie des arbres, moi- 
sissure. Bi.AKcniERiE , blanchisserie; nous avons déjà cité 
le n. pr. n. iîlandamour, qui est dans Cant, taies, (v. ^3828.) 
et qui semble sign, pâle d'amour, mais une variante donne 
Pleindamour; siix-BLu^cs , (M.) deux sous et demi, sou- 
venir des Blancs à la couronne : « Un cscot honneste à six 
blancs par teste. » (J. Le Houx, Chans, inédite.) On le dit 
aussi en Poitou, d'après la chanson de noces : « Un gâteau 
de six blancs, madame la mariée; « BLA.^cATlD (Rouen), s. 
m. espèce de toile légère en fd; bla^cfiet, s. m. camisole 
légère, primit. blanche; en a. Blanch, blanchir. Blank, 
blême, Blanket, couverlure, et peut-être 7?/mc/if , reculer 
(d'effroi?) ; en argot Blanchi, nègre. Blanchisseur, avocat, 
Blanquette, argent. V. le Diet, de M. Michel, où il dit : 
« Qu'il est fort difficile de se rendre compte de la sign, et 
de l'ét. d'un mot dans la citation suivante, lequel veut 
dire sans doute but à tirer , un blanc : 

Brouez-moi sur ces gours passans, 

Advisez moi (visez) bien tout le blanc. (Villon.) 

BLIESSIER, blesser, du 1. Lœsus, do Lœdere, duquel 
vient le fr. Laid ; en v. f. Laidir, blesser ; bliesseure, bles- 
sure. On dit : « Laid coume péchié mortet.» et « Si laid qu'i 
faudrait un patron au bouon Dieu pouer en faire un de 
même. » 

BLIET, s. m. image, (Av.) On dit donner un buet, 
pour donnej- une image à l'école; c'est peut-être ce qu'on 
a appelé : « Billet de satisfaction. » On dérive Billet , de 
Biblidion, petit livre, blet, s. m. à St-Lo signifie mer- 
veille, rareté, BLiÉTER, v. n. , être immobile comme un 
bliet ; on dit de même : « Sage comme une image. » 

BLIÊTE, motte de terre, glèbe, du b.-l. Blesta, motte 
à brûler; èi!lièter, émotter; ébliétocr, outil pour émolter; 
BUÊTRTJ, rustre : « Et su blestru de Guillot men compère. » 
(Muse n.) 

BLIOUQUE , s. f. Boucle , du 1. Bucula. Cette forme 
se retrouve dans la plupart des patois, et existait en v. f. : 
« Portoit en escharpe la grande escharpe la grande espéc 



— 200 — 
du pareiwnt du roy, dont le pommeau , la croix, la croix, 
la blouque. » (Monstrelet. Chron. 22.) D'où blouqdier, 
boucler , en pic. Ablouker, d'où encore déiîlocquier , dé- 
boucler, dénouer; en a. Buckle, boucle. De ce mot vient 
le fr. Bouclier , en a. Buckler. 

BOBINETTE, s. f. dim. du fr. Bobine, que l'on dérive 
de Bombyx : « Tirez la bobinelte et la chevilletle cberra. » 
( Perrault, Chaperon roî^^ye. ) bobeliner et embobeliner, litt. 
revêtir la bobine , puis envelopper la tête : en v. f. Bobelin, 
espèce de chaussure. De là le fr. Bobèche, objet rond comme 
une bobine. 

BOCHE, s. f. Bosse, en b.-l. Bussa, dérivé de <pucraw, 
enfler, d'où Pusa et Pustula. On dit : « Puer la boche, 
sentir la boche, »> et Bossa était un bubon pestilentiel qui 
venait aux aisselles : « Une bosse ou apostume le prist au 
bras. « (du Cange.) L'Hellébore Fétide s'appelle heriœ a 
LA BOCHE et co^i TREBUCHE, saus doutc parccqu'ellc résout ces 
bubon.«. Bocau, adj. bossu; bocuier, v. a. bosseler; bosser, 
V. n., sign, présenter un relief, un certain volume : « Ça 
bosse gros ou ça ne bosse guère, bosco, s. m. bossu, dans 
un sens injurieux. Vauban dit Bossiller dans son Mém. sur 
Cherbourg : « Le pays est assez uni , mais il bossille jus- 
qu'à former des hauteurs considérables. » En a. Bunch, 
bosse. CARABOT, s. m. betit bossu, d'où la Fée Carabosse. 
Les Carabots, métathèse dérisoire de Caporaux, étaient 
des sous-ofliciers de garde nationale à Caen , qui se for- 
mèrent en club et en milice un peu jacobine, et , comme 
les sans-culottes, adoptèrent un nom injurieux. Leur bat- 
terie s'appelait la Carabotte. V. Souvenirs du Fédéralisme 
en \ 793 , p. i 0. 

BOUDINE, s. f. intestin, en fr. Boudin, d'où ésoudiker, 
v. a. dépouiller de ses intestins, boddike , s. f. gros intes- 
tin, et BOOsiNE, vessie, dérivé de Botulus, en b.-l. Bodinus, 
probablement de Bos, bœuf, en a. Pudding, raboudlner, 
v. a. recoquiller, comme sont les intestins; boudinaille, 
tripaille. On dit bgudi.naie, suite, enfilée de boudins; boude, 
vessie. 

BOELES , s. f. boyaux , d'où éboéler , faire sortir les 
boyaux du ventre : 

Quer desoz le ventre le fiert, 
Si forment que tot l'esboele. 

(Bestiaire divin, v. J326.) 

En angl. Bowel, en armor. Bouyel , ital. Budello, dim. 



J 



— 201 — 
(Je Botulm.y. beille. V. Intr., 227. l'emploi de Boudin 
dans les contes n. boyard, (T.-N.) s. m. civière pour por- 
ter la morue verte , prim, pour les boyaux de poisson. 

BOÈiME , s. m. : « Il a l'air d'un boème , » d'un bohé- 
mien : « L'air sale et noir d'un sorcier. » (Gl. n.) L'anglais 
ne semble pas avoir adopté cette forme fr., mais celle qui 
dérive de la croyance à l'origine égyptienne des Bohémiens, 
Gypsy, comme en esp. Gitano. 

BOEU, bœuf, de Bo*, liovis , en gr. Bouc, mot on.; 
BOECTo>>EB, castrer les vaches; boeuvonnage, castration des 
vaches; vache bcedfome, vache castrée; boustolier. mar- 
chand de bestiaux ; boustoleb, vendre des bestiaux de foire 
enfoire; BEiFTLNS, litt. petits bœufs, mot qui désigne des ro- 
chers entre Jersey etlaFr.; on les appelle encore le Saut du 
Bœuf. (Tabl. hist, de Jersey, par Ahier, 96.) bitfeterie, 
buffleterie. Il y a en N. beaucoup de heux dits la Beuve- 
rie. En a. Beef, bœuf. Le fr. Pied-bot vient de Bos , d'où 
riÉroT ou^j?>rf de lion, la renoncule rampante. 

BOUGIER, bouger, de l'it. Volgere, en 1. Volvere ; 
couGEA-\T (bien), (Av.) remuant, vivant : « Un éfant biin 
bougeant. » bougette , s. f. enfant qui bouge toujours. 
BoiGiEXETTE , fiUc évciUée et joyeuse , usité dans la loc. : 
« Courir la bouguenette , » comme dans la Muse n. : a I 
l'ont bien couru la bouguenette. » 

BOUGRE, s. m. bougresse, s. f. avec la sign, générale 
de coquin, scélérat, paillard (de Bulgare) ; bolorerie, s. f. 
coquinerie. bolgber, appeler bougre et maugréer; Bougour, 
en V. a. Cinœdus, c. à d. dans son sens prim, sabocler, 
jurer, maugréer, comp. de sacheb et de bougrer. 

BOUON , B0UEN est sorti du b.-l. Buonus : « Buona 
pulcella, » sont les premiers mots du cant, de Stc Eulalie; 
en V. f. Buens : « Buens homes ; » c'est la forme esp. et 
it. Buen: « Buen viage, » bon voyage; en v. a. Boon, 
bon : « A boon companion, » et le substantif Boon, béné- 
fice ; aussi dit-on en n. : « Le revenant bouon, » le profit : 
« Le revenant bon dudit Hostel-Dieu est distribué en au- 
mosnes. ■» (Acte de Hocquigny, en -1677.) En a. Boongrace, 
(Cotgrave) l'ornement de lit appelé Bonne-grace, et Boun, 
que Halliwell traduit par Ready; Bien et biau se trouvent 
dans la Vision de Piers Ploughman , p. ^ 28 ; en a. Bonny 
sign, bon et gentil : « For bonny sweet Robin. » (Hamlet, 
act. IV. o.) Boa existe aussi dans l'a. hybride Bonfire, feu 
de joie, et dans Bun, bonbon, racoiiener (Orne), ravauder, 
T. It. 26* 



— 202 — 

(GL n.) RACOLENEDSE, couturicre qui ravaude; bointif, bon, 
généreux; bo.ntivement , bonnement; ainsi dans l'épilaphe 
de J. Le If ennuyer, évêque de Lis., faite en -Jo7C : « En- 
vers Dieu et chascun bontif et aimable. » De boiio_\, a-bobon, 
de bon , sérieusement : « Jouer de bon , c. à d. avec un 
enjeu sérieux; à son ex. a été formé l'a. Agood, tout de 
bon; BouEXNEs-GE.NS , paysans; boue.\-homme , le peuple de 
campagne, le paysan, Jacques Bonhomme, d'où sa révolte 
est dite Jacquerie ; le nom de Bonnes-gens est encore dans 
redit de François 1er, du ^4 septembre 1323, et passim 
dans tout le moyen-âge : « Fut le dimanche demander à 
l'église par le curé et savoir aux bonnes gens. -> (Lettre de 
^383.) La prose commençait ainsi : « Bonnes gens, vous 
debvez sçavoir que vous estes tous et toutes tenus aujour- 
d'hui de recevoir le St Sacrement. » On disait au sing. : 
« En la présence de grant foison de bonne gent. » (Acte 
de ^ 336.) On chantait celte chanson au moyen-âge dans 
les campagnes, et un fermier a. était alors appelé : « The 
Gude man » (Thierry, Conq., m, 7.) : 

Jacques Bonshommes, 
Cessez, cessez, gens d'armes et piétons, 
De piller et manger le bonhomme 
Qui de longtemps Jacques Bonhomme 
Se nomme. 

BIEN, (Av.) usité en ce sens : « Ce gardin a grand besoin 
de bien, » c. à d. d'amélioration; bon, avantage : « Tirer 
son bon; en a. Boon. « bonre, servante, ou bonne d'en- 
fans; bon.net, coiffe de bonne; bonnette, s. f. petit bonnet, 
en fr. maritime Bonnettes, en a. Bunt. De la formule « 
Bon pour, » est venu le fr. Bon , billet , reconnaissance, 
d'oîi Abonner. 

BOUECHE, s. f. bouche, BocECHiiE, s. f. bouchée , de 
bucca. BABBooQUET, S. m. (H.-N.) bouton qui vient aux 
lèvres. BABBOUQUET, soufflct sur la bouche : « D'un bar- 
bouquet, cinq sols.» (Tarif de ^406.) boquet, s. m. 
(mettre le) passer la corde du licol dans la bouche du 
cheval, ce qui s'exprime en H.-N. par babbouquier, litt. 
barrer la bouche ; bôchier (Val.) , boucher, litt. fermer la 
bouche ; boccabt (Gr.), baril à morue, forme de Bocal, en 
b.-l. Baucalis , vase à large bouche; embodqueter , mettre 
en un boucaut: débouchier, déboucher; débouchié, s. m. 
intelligence : « Aveir du débouchié. » bouqce, bouche, d'où 
en Bray bodquier , pour les abeilles qui se groupent à la 
bouche de la ruche ; rebouquier , reculer la bouche par sa- 



— 203 — 
liété, ôlrc rassasié : « I r'bouque su la chai. »> A cette forme 
dure appartient le fr. Bouque , Bouquer. 

BOUG , joug , de Jugum ( Zuyoa) ; bougiier , atteler au 
joug; on dit aussi un jouqtje, l'a. Yoke. Lel. Jugum, sign, 
hauteur, donne tous les monts jou, comme le Mont-Jou , 
nom prim, du M. S. M, Jobourg, Montjoieetc. A Jersey, 
Boor.UE sign, ruche. 

BOUILLI , bouillir, de Bullire, d'où le fr. Bouillie , le 
mets national des N. , surnommés les bouilleux , comme 
les Danois , dit M. Fabricius , sont nommés groedoedende 
par les Allemands. ( Rech. sur les traces des hommes du 
Nord.) A ce nom il faut ajouter le dicton : 
Chapon de Normandie 
Une crôte dans la bouillie. 

Cependant cette nourriture est peu fortifiante , comme le 
reconnaissent les N. eux-mêmes : « Ventre de bouillie dure 
un*^ heure et demie. » bouillage , toute espèce de bouillie ; 
BociLLON BLANC, lamolèuc; liOciLLOx KoiR, la molènc noire; 
BOUILLON, marécage, d'où la loc. Rouge-bouillon, à Jersey; 
BODiLLERiE , usioc à faire de l'eau-de-vie avec le cidre ou le 
poiré : « Pressoirs, charretteries , bouilleries. » (Mme Bo- 
vary, I, ^0^.) BOUILLEUR, fabricant de cette eau-de-vie; 
BOUILLANT (S. Martin le), le S. Martin d'été , suffixe de St- 
Martin , arr. de Mortain ; ainsi en v. f. , dans la Fable du 
chev. à la robe vermeille : 

Avinl enlor la S. Martin 

Le boillant que gibiers aproche. 

Les BoiDBOTS ou sauniers de l'Av. , qui font le sel par 
l'évaporation , ont peut-être un nom contr. de Bouillerol : 
V. deux art. de M. Canel , l'un sur les : « N. boulieux, 
N. bigots, •) et l'autre sur les sobriquets Drachiers, Bigots 
et Boulieux. 

BOUIS , buis , du 1. Buxus , une forme de Boscus. V. 
l'art. Bosc, que complètent les mots suiv. : busot, s. m., brin 
de paille et poil follet; busotier, faire des riens, litt. re- 
muer des boisettes : à boise se rapporte la rue des Trois- 
Boises, à Dieppe , et un petit livre en pat., imp. à Rouen 
en ^ 622 : « Chant real fait par deux bons garchons Drap- 
pier, estant assichez à leurs aise sur la boise de nos curties. » 
De là coiSER , battre à coups de bâton ; boiton , gros sabot 
[Gl. n. ) ; i;oQUET, etie, bocager, sauvage : «■ Pomme ho- 
quette; » {Gl. n.) bochillon, ibid., pommier sauvage; 
BUQUiLLiER , ramasscr des bûchettes ; bouquet, osselet , as- 



— 20/i — 

Iragale pour jouer, sans doute prim, un morceau de bois. 
A BouL, Bou , bouleau , il faut ajouter la commune de 
Champ-du-Bout , prim. Champ-du-Boul ou du Bouleau ; 
ainsi , en v. n. : « Cinq bools au trésorier d'Av... de boul , 
d'ozieres et d'orties. » (Cartul. n.) boulard (Val.), bouleau ; 
BouLAissE, verge de bouleau ( Gl. n. ); de là bule, bugle, 
le peuplier noir. Il faut encore ajouter la famille de bisson, 
buisson, de Buxus, d'où Ecole bissonnièee, et à Av. école 
BissoN, d'où la loc. : « Faire bisson... faire bisson de caté- 
quisse. » De même en v. f. : « As boiz e as bissons tapir. » 
(R. de Rou) BissoNNER, faire l'école buissonnière. En v. n. 
Buisson sign, petit bois : « J'ay à ma dicte baronnye plu- 
sieurs foretz , bois et buissons ; » (Aveu du comte de Fiers 
de \ 605 ) et plus loin : « La forest et franc bisson de Ha- 
louze, le fai (futaie) de Fiers.» A boisson, bouchon de 
paille ou de broussaille, issu de buisson, on peut con- 
firmer son et. par ce vers du R. de Rou, -13574 : 

A un boisson k'il tressailli. 

On dit ironiquement : « Doux coume un boisson de ron- 
ches passaies d'hivé, » c. à d. sans feuilles. BoucHo?^^ER, 
faire grossièrement une besogne ; bôchon , s. m. un mal- 
propre , sale comme un bouchon. 

BOULER, pousser comme une boule , du 1. Bulla, en 
it. Balla, en esp. Bolla, malgré l'isl. Bolli, en a. Rowl, 
vase rond, comme le n. unesoLLE, soupière; rabouler, 
renvoyer la boule au jeu de quilles ; rabocleub, qui renvoie 
la boule , en a. Bowler, joueur de boule ; débouler , dé- 
guerpir ; abouler, par ex. : « Abouler de l'argent, » verser, 
d'où ablot pourAboulot, à-compte, comme « les quatre 
sous d'ablot aux ecus de six livres ; » en argot Abouler, 
venir; rebouilleux, à Caen, sign, rejeton; reboulet, son 
rehulleté, et rabulet , farine repassée , comme en rom. et 
en pic. ; boulot , homme petit et trapu , ce que le fr. ex- 
prime par Bouleux ; boule , tête ; « Perdre la boule , aveir 
une bouonne boule , » en a. Poil, tête , Pollard, arbre 
décapité, en n. têtard, bulleter, forme du fr. Balloter, 
remuer la farine dans un bulletet ou étamine, donne au fr. 
Bluter, Blutoir : « Misterium bultelli , » (Cart, de Fecamp), 
et en a.Bolter, blutoir, bole, fraude, citécommen.et pic. par 
M. Hippeau sur le v. 2J99 du Bestiaire div.: «Dire par son 
barat et par sa bole, » est sans doute une forme de Dol; 
mais je le crois aussi n. d'après la traduction que Cotgrave 



— 205 — 
fait de Bouler en Beguile. Le fr. Boulingrin est un mot a. 
BoivHng-yreen , gazon pour jouer à la boule; Bouillet, 
dans son Diet. , dit qu'à Rouen ce mot sign, une prome- 
nade. La famille fr. de Boule est Bouler, Boulet, Boulette, 
Bouleverser, Bouleux , Bouliche , Boulier, Boulon , Bou- 
lin, etc. De ce dernier, qui sign. prim, pot de terre rond mis 
en un mur comme retraite aux pigeons, le n. tire doulignie 
{Gl. n.) , pièce de bois dans un boulin. Quant à Bille, qui 
a quelque rapport de sign, avec Boule, il vient du 1. 
Billus et engendre en n. bille , s. f. tronçon d'arbre, d'où 
le fr. Billot, court tronçon ; du reste le fr. Bille sign, aussi 
morceau d'acier carré ; billard, en Bray, boiteux, cagneux, 
selon Decorde, et qui a les pieds en dedans, selon le Gl. n., 
litt. qui a la jambe comme un tronçon, billeite désignait 
une planchette: «brandillant au bout d'une perche et d'une 
branche , et ores se nomme billette branchère pour signal 
aux marchants de payer leur coutume. (La Barre, Formul. 
des Esleux, ch. 24); de là le fr. Billet, planchette, éti- 
quette, ainsi Billette en héraldique; de là lefr. Bilboquet, 
Utt. boule qui bloque; Billevesée, litt. balle soufflée, vesée. 
Le V. f. avait aussi Boule, Baule, dans le sens de foire, 
fête, son sens en argot actuel , sans doute parcequ'on s'y 
boule. BouLAAGiER , boulaugcr, du 1. Polenlarius . en v. 1. 
Bolendegarius ; boulangb, farine destinée à être boulangée; 
couLA.\cE, préparation de la pâte; Boulangière , s. f. gros 
insecte noir qui habite les foyers , blatte orientale , à Caen 

GODROUFFE. 

BOURBE, s. f. (Val.) gâteau de pommes ou poires, 
métaph. du fr. Bourbe, dérivé de Bopêopo; , limon; bour- 
BELOT, dim., gâteau fait d'une seule pomme ou poire en- 
tière; BODRDi.\ à Rouen. Dans l'Av. bouriîiton désigne le 
coquelicot. De là le fr. Bourbe, d'oij Boue, Bouse, Bour- 
bier, Bourbillon. En Bray, boyers, m. pi. les boues des 
rues; bousiller, frotter de Ijoue, travailler salement; bou- 
siLLAGE, enduit de boue; bodrder, s'embourber, en par- 
lant d'un cheval , d'une voiture , et par ext. s'arrêter 
sans pouvoir avancer ; bourre , s. f. cane , qui vit dans la 
bourbe; bouuot, caneton; bourette, petite cane; bodrette, 
gâteau des assemblées en forme de cane ; il y a un village 
de la Mare-ès-boures, près de Mirbel; bocrotter, marcher 
comme les canards ; on les appelle au triple cri : a Bou- 
rots , Bourots , Bourots ! » bouteuelle , s. f. Orchis ou 
PENTECÔTE , plante des marécages , des bourbiers , vient de 
ce mot ou plutôt du v. f. Botterel , crapaud , animal des 



— 206 — 
lieux humides :aussi à Cherb. l'orchis est dit Pain à la 
cuilleuvre. 

BOURGOIGNE , s. f. coiffe à large dentelle, large den- 
telle originaire de Bourgogne. De là vient sans doute l'es- 
pèce de casque appelé Bourguignote , en a. Burgenet , 
et dans Shakespeare Burganet. (King Henry F/,'act. v, 2.) 
Dans le Bessln on appelle bourguignotte le sommet de la 
coiffe des femmes recourbé en cimier. L'argot Bourgui- 
gnon, soleil, vient, selon M. Fr. Michel, de l'exhibition 
du Créateur dans les lanternes magiques , commençant 
ainsi : 

L'Père éternel 
Conduisant la lune et l'soleil, 
Avec sa p'til' barbe au menton. 
Saut', Bourguignon. 

Allusion au dicton sur les Bourguignons tués et salés dans 
le» fossés de Nancy, terminé par ces deux derniers vers. 

BOURRU, de la nature de la bourre : « Cheveux bour- 
rus, » ce que le fr. appelle du même rad. ébouriffé, ce 
qui explique le fr. Bourru. Bien que nous ayons rattaché 
cette famille au Buricus d'Isid. de Seville, c. à d. au celt., 
et bien que Bura, en isl., sign. Vestis rustica, une orig. 
1. est possible par Burrhus, roux, que d'ailleurs nous 
avons indiquée p. J 02 , à l'art, boderique , auquel il faut 
ajouter le fr. Bural , Buratine , Bourriche , Bourrée , litt. 
amas de bourre , et le dicton : « Les Buraux de Bernai , » 
où on fabriquait des bures, bdron, s. m. bure; en a. Bur, 
la bardane, plante à duvet, à bourre, et Burl, éplucher 
le drap , litt. Bourreler. 

BOURSICOT , s. m. petite bourse ; cocrsicoter , faire 
de petites économies , boursiller , du 1. Bursa , en gr. 
Bupffa, cuir, en fr. Bourse, en a. Purse. Caen était re- 
nommé au -15e s. pour ses bourses dites Tasques, en v. n.; 
mais gén. Tasses, Tassetes, de l'ail. Tasch.V. le mot ta- 
CHiER. fiEMRouRs , remboursement et somme remboursée , 
corresp. au fr. Débours : « Rentrer dans ses débours. » 
c. à d. ce qu'on a déboursé ; rembours a dès-lors le sens 
de représailles , comme dans ce passage : « Au rembours 
de Naudin ! criait cette multitude indignée. » ( Floquet , 
Hist, du Pari., iv, 24i.) bourse-a-pasteur , la Capsella 
bursa pastoris, de la forme de ses fruits. Le fr. Boursoufle 
sign, soufflé en bourse. 

BOUTIQUE sign, un engin de pêche en forme de bou- 



— 207 — 
teille : « Il était interdit d'avoir une boutique fermée et 
attachée à une perche. » (M. de Beaurepaire. Vie. de l'Eau 
de Rouen, p. ^56.) A bouteille se rapporte Botfe, s. f. 
gros baril pour le cidre ou le vin : « Pour une botte , pipe 
ou queue de vin. » (Ibid. Coutumes.) C'est le même mot 
en it. : la Botta était de deux mille litres; la Botic fran- 
çaise de 500 : « Une nef de 500 tonneaux qui font mille 
bottes. » Le fr. Boutique, en v. f. Buticle, est le 1. Buti- 
cula, bouteille, en a. Bottle, dim. de Butta (Buxtç), en 
b.-l. Butica, vase, boutiqiier, arranger divers ustensiles, 
litt. la boutique; botte, s. f. petit tonneau; on appelait 
Bottatum vinum le vin qui gardait un goût de fût , et ce 
terme était usité dans le midi de la Fr. et vers l'IiaUe où 
un tonnellier s'appelle Bottaio ; busse (Argentan), demi- 
pièce de hquide , peut aussi se rattacher à bcie , cruche. 
(V. BÈiiE.) Le fr. a gardé Boutillier, en en a. Butler, l'in- 
tendant du vin; mais le n. dit Le Bouteiller, n. pr. très- 
répandu ; BouTiLLO.N , panier en forme de bouteille où l'on 
met des œufs, avec lequel on secoue de son eau la salade ; 
il y a à Val. le Jeu du boutillon : « J'te vends men bcu- 
tillon — Qu'y met-on? » et l'on devine l'objet pensé. 

BRACïIE, brasse, du 1. Brachium, bras, en v. f. Brach, 
par ex. dans le surnom du frère de Rob. Guiscard , G. 
Fier à brach , litt. qui fiert , ou frappe à tour de bras , 
lequel G. semble être un des premiers éléments du type 
Fier-à-bras. On dit : « Prendre à brache-corps , c. à d. 
de manière à entourer avec les bras, bracoier, prendre 
dans les bras; en a. Brace, tout ce qui lie, embrasse, bre- 
telle, en n. embrasse, agrafe de rideaux; embrachier, em- 
brasser; en a. Embrace; embrachour, embrasseur; bra- 
ceiiE, brassée : « Trois chesnes de brachie et de mains... 
à fere une maison ou pour réfère, » (Coût, des forêts. 
Lions.) BRASSER, faire, agir, se prend souvent en mauvaise 
part. (M. Le Prévost.) braser, brasser: « Braser de la 
bière ; du cidre bien brasé ; » brachier , brasser , autrefois 
Brachiner : a Cervoise brachinée dans la ville ne paye rien 
en sortant, » {Tarif de Bat/., ^5e s.) et Brachin sign, un 
tour de brasserie ou une certaine quantité de bière : « A 
G. Marette, bracheur, pour la façon de 29 brachins de 
cervoise 9 d. chacun brachin. » (Compte de Bay . , ^5e s.) 
Le fr. a la forme douce dans Bras, Brasser, Embrasser, 
Brassières , pour lequel le n. a le sing, brassière , et la 
forme dure dans Braquer; l'a. Bracket, console, sign, 
peut-être litt. petit bras. 



— 298 — 

Le fr. Branche est une expression métaph. tirée de Bra- 
c/dum^ en u. biianque, en b.-l. Branca, de là le lat. ma- 
caronique : « Debranca in brancam dégringolât atque facit 
pouf. » (V. les On.) « La branque à coupper au-dessus de 
la roe.» (Coût, des forêts, Bur.) cranc.vge, branchage; à 
Jersey le crancage est la visite des routes par les autorités 
de la paroisse pour faire émonder; isra^quette, branchette, 
en a. Brake, buisson, Braky, épineux, c'est le n. bran- 
Quii, branchu; on dit aussi branqu; ébranqtjier, ébrancher; 
BRANCAiLLE , mauvaiscs branches. Le fr. n'a guère que 
Brancard à rattacher à la forme dure ou n., ainsi 
que Branc-ursine , qui se dit autant que Branche-ursine , 
et Braconnier, du v. f. Bracon, branche, litt. voleur de 
bois; le n. bronquier, broncher, Utt. heurter contre une 
branche, ou plutôt de l'it. Bronco , en v. f. Bronc, tronc. 

BRIQUERIE, briqueterie; briquier, briquetier, mieux 
formes que les mots fr., du b.-l. Brica, tuile, d'où le fr. 
Imbriqué et Imbricée (tuile). Quant à briquet, s. m. qui, 
selon le Gl. n., se dit pour tête en H.-N.; nous le mettons 
ici sur un simple rapport matériel. Le nom vraiment pop. 
de la brique, en B.-N., est maton, litt. terre mate, argile. 
Ce dernier mot d'Argilla devient en n. ardille, d'où quel- 
ques loc. sont appelées les ardilliers, les ardillères; 
L. du Bois cite pour Vimoufiers : « Chemin argalète , » 
c. à d. raboteux; ce mot qui, comme toute la famille, 
repose sur Arg, Ard, pénible , sign, sans doute argileux , 
et il en donne l'ét. lui-même en citant quelques pages plus 
loin : ARGELATRE , argile. 

BROSQUIN , brodequin , que nous avons tiré du Brog 
celt.; (V. BROIL.) en a. Buskin, pourrait venir du v. f. 
Bordequi, issu de l'esp. Borcegui, nom d'une chaussure 
moresque. 

BRULON , tison , bois à demi consumé , du fr. Brûler, 
en V. f. Brusler, contr. de Perustulare ; le simple, Ustu- 
lare, est même resté en N. dans le nom loc. de la Chapelle- 
Urée, arr. d'Av., Capella uslata, dans les Rôles de l'Echi- 
quier , et les paysans disent la Chapelle-Ulée ; un registre 
des Synodes la nomme Capella usta ; la tradition tire ce 
mot d'une chapelle du lieu, miraculeusement conservée 
dans l'embrasement d'une forêt. (V. Avr. mon. et hist., 
I, 256.) BRÙLOMVER, cousumer à demi; brûlerie, incendie; 
BRÛLEURE, brûlure; Brûlé se dit dans le sens metaphor., 
comme le fr. pop.: « Ça chauffe, « et devant un adj.: 



— 209 — 
« Brûlé-chier, » très-cher, « Brùlé-saô|, » très-saoul. budle- 
GOULE, s. m. pipe courte, en argot Brûlot; brule-goulk , 
pistolet , arme à feu ; la République fr. avait une 
frégate dite Brûle-gueule, bbolir , brûler les végétaux par 
la chaleur ou le froid; brùlin , s. m. odeur de roussi; 
BRÛLÉ, id.; BRûLOUR, brùlcur : vers ^830 la N. fut désolée 
par les brûlours. Il y a à Val. le jeu de I'angclle-brùle , 
dans lequel on cache un objet et où l'idée de brûler dans 
ses diverses nuances sign, approcher plus ou moins de cet 
objet ; le très-grand rapprochement se marque par le cri 
de « Grand feu , grand feu ; » aussi , en argot , Brûler, 
c'est être découvert. 

BUTTÉE, hauteur, spec, sur un chemin : la famille de 
but, Bout, peut aussi, comme nous l'avons dit à l'art. 
BOTJTER du celt. , être rattachée à une orig. autre que le 
celt.; ainsi BuTiov, extrémité , de Bu6oç, fond, est dans 
Curopalatès. A cet art. nous ajouterons butteron, petit 
cap de rivière , comme le Butteron près Av., et butteron . 
recoin de chemin, espace vide et inutile, syn. du v. n. 
Froc, qui est sous la forme de Frondus dans une charte de 
^ 276 : « Quas communiler in frondo ceperunt. » Botavant, 
dans G. le Breton, P/iilippide, désigne une forteresse dé- 
truite par Ph. -Auguste, et il interprète ce mot par « pulsus 
in anteriora. » bcttée (pierre), désigne un menhir : de là 
la loc. de la Pierre-Buttée à Brix , où il y avait une pierre 
de cette espèce. A cette famille de Bout appartient le fr. 
Bouton, ainsi que l'argot Buter, tuer, frapper du bout d'un 
instrument : butter a , heurter à ; en v. f. Aboter : « Abote 
l'us, s'est enz entré. » (Benois, Chron., 1. ii, v. 25053); eu 
a. Bute, Abufe, et Put, mettre, bouter. Un type de dissipa- 
teur s'appelle pop. Boute-tout-cuire. 

BUURRE , beurre, confr. du 1. Butyrum : « La disme 
des prez anciens et des eus et du burre a li. » (Acte de ^ 280) ; 
« Pro caseis et burrez de vacaria de Barnevilla. » (Rot. 
Scacc. , I, 77, de Stapleton.j A Bay. , bieurre : « Pour 
6 pots de Tallevande à mettre du bieure. » (Comj)te de 
Bay.) bcurrer, frotter de beurre, embcurrer, mettre du 
beurre sur un mets; dorer (Val.), frotter d'un corps gras, 
spécialement d'excrément ; c'est sans doute une forme de 
BEURRER , du moins le v. a. Bewray avait ce dernier sens , 
par ex. dans ce passage de Milton : « He gave early signs 
from his infancy, bewraying the font and water, while the 
bishop was baptizing him. » (Hist, of England.) Le Gl. n. 
T. IT. 27. 



— 2^o — 

donne berangtjier , marchand de fromage et de fruits , qui 
est sans doute pour Beurrangier, beurrier, cabouke, s. f. 
babeurre, et caboussat, s. m. soupe au babeurre (Gl. n.) 
On dit des promesses exagérées : « Proumett pus d' 
buurre que d' pain. » Mengier sen buurre avant sen pain, » 
c'est se ruiner en folles jouissances. On lit dans une lettre 
en patois b.-n. : « N'y avait pas pus d' té (de ta personne) 
d'vant r pourta d' Chidbourg ( portail de Cherbourg) que 
d' buurre sus 1' pouce. » Un jeu enfantin et pop. de B.-N. 
est celui du Petit pot à beurre , où l'on exerce sa langue 
de cette manière : « Si j'étais petit pot à buurre, je me dé- 
petipotabuurrais biin. » Celui qui prononce mal paie une 
amende. « Faire sen buurre, » est une loc. pop. pour sign, 
faire son profit; or en argot Beurre sign, argent monnayé, 
et Beurrier, banquier : M. Fr. Michel tire le sens de ce 
mot du prov. : « Quand on manie le beurre, on a les mains 
grasses. » 



FIN DU PREMIEU VOLCME 



— 2\\ 



ÇA, rarement usité, excepté dans le cri : « Ça. chat! » 
à cause de la consonnance . et dans l'Av. : « Ha ! d' ça ! » 
à droite, cri adressé à l'attelape, paropp. à : « lia! d'ci ! » 
à gauche : de ce-là ( Hocce-illàc ) . On dit généralemeut 
CHA pour Cela, et dans la presqu'île de la Manche coenna : 
le pays de chenna commence aux Pouts-d'Ouve; c^E^■^A 
pour Chella : toutefois on dit encore cuenkela. cha se disait 
en V. n. : « Et cha et la. .> (R. du M. S.-M., v. 2070.; 

CABRI, chevreau, de Capra, peu usité en fr.; capriole, 
cabriole , en v. f. Capreole, et Capriole se dit encore en 
terme de manège , en a. Capriole : de là le fr. Caprice , 
lilt, saut de chèvre, et Caprisant (pouls) ; cAruioLEE. sauter 
comme un cabri; cap.reux (Bay.) , petit marchand de bé- 
tail, litt. chevrier; calbret, saut de chèvre et ricochet d'une 
pierre sur l'eau; cdièvre, chèvre, en H.-N. quièvke, forme 
fréquente dans les comptes de la Vie. de l'eau; d'où le fr. 
Chevron , syn. de force , comme Bélier, mouton , brebis , 
désignent des pièces de bois , en n. crevon , chevron , en 
V. a. Crevon, selon Halliwell ; nous hésitons devant l'in- 
teri)réfation déjà donnée d'Hebecrevon. lorsque nous trou- 
vons Terra Ileberti Chevronis ; crevo.mser . munir de che- 
vrons; le V. f. Chevrel, chevreuil, subsiste dans l'a. Chevrel, 
mais n'est en N. que dans le n. pr. et dans Mont-Chevrel, 
arr.d'Alençon (MonsCapreoli), et Sautchevreuil, arr. d'Av., 
litt. le bois du chevreuil, Salt-CIiebrol dans une charte de 
Henri I^r, et Sanchemel (1. Sauchevel) dans le Myst. N. D. 
de Rob. le Dyable. chivière , civière , Chivereum dans les 
Rôles de l'Ech. de ^i98; coiverée, s. f. le contenu d'une 
civière; ciiivière-a-rocelle , brouette, par opp. à la précé- 
dente, dite cniviÈRE-A-nRAs ; la brouette ne date pas de 
Pascal : « ^446 , item pour une vergue de fer pour mettre 
à la chevrière à rouelle; » cbièvrefuuiele. chèvrefeuille, 
dans l'Av. et la H.-N. coièvuefin , en v. f. Chevrefoil ei 
Cabrefoil, tel est le Lai du Chevrefoil, de Marie de Fr. ; 
cdevrette, larve du hanneton (Av.) ; crevette à Val, la che- 
vrette ou la salicoque, en a. Crevet ; on appelle crevettes 
à Fecamp les bateaux employés à la pêche du hareng. On 
a cru que le v. f. Carol, danse, l'a. Carol, est une contr. 
de Capreole : c'est le 1. Choreola; Jean de Viteldit : « Les 
Dryades gentilles caroloient... » La chivelle, civelle (Av.), 
saule qui sert d'osier, est l'espèce Saljx capraa ; mais ci- 
T ir. 1 



212 

VELLE , CHiVELLE désigne à Val. une courroie à double ar- 
guiilon , sans doute en tête de chèvre, en a. Sivevel, an- 
neau ; on appelle cliou a chivelle , peut-être pour à se- 
melle, des clous plats différents des clous à tête pointue 
mis au talon. 

CADET, s. m. [Capitetum, petite tête) autrefois soldat 
engagé, sign. auj. en n. un assez mauvais sujet, et s'unit 
généralement à une épithète péjorative : « Un malin cadet, 
un méchant cadet. » C'est sans doute pour cela que ce 
nom est fort appliqué aux mâtins en B.-N. En Ecosse, 
Caddie : « Is an errand man. » Richardson's Diet. , addit. 
Dragon est encore un nom de mâtin, ainsi que Turc, 
César, Jupiter, Sultan, Cerbère. Ce dernier mot, très- 
populaire, désigne une personne revêche. cadette, femme 
hardie et entreprenante. 

CALOTTE, s. f. bonnet de papier sous la coiffe, du gr. 
KaXuTiTw ; CALOTTE , claque sur la tète. En v. a. Callet, 
femme impudique dans Shakespeare; Chaucer dit Ca/o^ , 
« from the french Calote, » dit le Dr Grey, calotter, 
frapper à la tête, calot, s. m. enveloppe d'un fruit; 
ÉcALOT, id.; ÉCALOTTER, dépouillcr du calot : « Ecalotter 
des noix. » 

CACHIER, chasser devant soi, en it. Caciare, dul. Quas- 
sare, ou mieux de Cassis, filet, existe en v. f. et dans tous 
les pat. fr.; il produit le n. cache, chasse; cacoier, chas- 
ser : « Touttefoiz que le roi cache en ladite forêt de Rou- 
vroy; » cachour et cacheux, chasseur; cachard, animal 
difficile à faire avancer; cachoire, s. f. (Bray.) le coup de 
rétrier, ce qu'en pic. on appelle \e fouet, ailleurs cachour, 
cachou ; ACACHiER, mener vers : « Vent cuntrere ki à la terre 
l'acacha; » (R. de Rou.) cache, s. f. chemin de chasse, 
avenue : à Val. cache sign, une venelle; cache, action de 
conduire au moulin , et quantité de grain qu'on y porte : 
« Cacham duorum equorum ad suos molendinos. » (Charte 
de H ^ 70.) « Debet habere cacham ad molendinum; » (^ -1 99.) 
ainsi le valet qui conduit les chevaux du moulin s'appelle 
à Val. cache-pouque ; cache-marée , s. f. fouet de meunier , 
hybride fait de cache et de mar, jument , resté dans le fr . 
Cauchemar, Maréchal, etc. cachue, s. f. troupeau, ce 
qu'on chasse devant soi : « Eune cachie de vaques. » En 
a. To catch, poursuivre, atteindre, en éc. To cache, con- 
duire, abrégé en Ta ca, chasser, d'où Catchfly, la plante 
dite Gobe-mouche; comme cachier sign, pousser devant, 



— 2J3 — 

on comprend ce que veut dire : « Cachier un cliou , « c'est 
l'enfoncer. 01. Basselin désigne par Chasseur le maillet 
qui pousse les cercles (p. ^97.) : 

Comme moy, tout bon beuveur 

Au maillet et au chasseur 

Met les deux mains saus vergongne. 

CACDE , S. f. le rut , dans l'Av. chasse ; cachier , être 
en rut, litt. pourchasser; en berri. Chassoueille , vache en 
chaleur, C/iassotier, taureau. {Voc. du Berry, 27.) deca- 
CHiER, DECAssER, pourchasser ; Dequace est en ce sens dans 
Cant, ^ato; FiACAcniER, ramener, racachie, bande nom- 
breuse et désordonnée; (Gl. n.) cache-tchieiv, litt. chasse- 
chien, bedeau, de même en v. a. Chacecinens; cache-ruche, 
menthe poivrée , sans doute parcequ'elle est antipathique 
aux abeilles. Le fr. Cachalot ou Souffleur sign, peut-être 
qui cache ou lance l'eau. Le fr. n'a gardé que la forme 
douce Chasse , Chasser , Pourchasser ; ce dernier en v. f . 
Purchas, acquisition , d'où l'a. Purchase , acheter : « Au 
pourchaz et coustage desdits religieux. » Quant à cachier, 
celare , c'est le même mot par la correlation de la pour- 
suite et de la nécessité de trouver une retraite , à moins 
que ce ne soit plutôt une forme de Cagier, mettre en cage 
(V. cave), cachard , dissimulé; cache, cachette; cache-cacue 
(jeu de) ou de cachette; c mcchier, cacher, comb. de ca- 
chier et du v. f. Mucliier; a camuche, jeu de cache-cache; 
CACHOTTER , agir ou parler avec mystère ; bécachier , tirer 
d'une cachette. Le fr. a adopté la forme dure pour cette 
sign. : Cacher, Cachet, Cachette, Cachot, Cachoterie. En 
argot Cachemitte , s. f. cachot. 

CADIEN, EîiNE, originaire de l'Acadie ou du Canada 
(Baie du M. S. M.) : « Les Canadiennes ressemblent aux 
Cauchoises. » (Malte-Brun, xi, ^57. Géog.) Le Canada a 
été colonisé principalement par des Normands; les Diep- 
pois ont fondé Québec. Outre ce dernier mot représentant 
les Bec de Normandie, il y a dans ce pays Krennebec. 
Longfellow a représenté les souvenirs normands de l'Aca- 
die, aujourd'hui Nouvelle Ecosse, dans son joli poème 
d'Evangeline : « With her norman cap. » Il y a un Havre de 
Grâce à Terre-Neuve. A Valognes, lorsque les enfans 
veulent lancer un objet très-loin , ils disent : « L'envier 
jusqu'au Missipipi. » On y chante aussi : 

Je m'f... d'ça 

Je suis du Canada. 

CAFÉ , s. m. une demi-tasse de café ; cafion , mauvais 



— 2U — 
café; cAFoiuN , id., finale péj. comme babouin, chafouin, 
sagouin. 

CAILLII, de couleur de caille; càilcaillot , appeau 
pour la caille; on appelle les gendarmes les cailliis, de 
leur couleur blanc et bleu-noir. Le bœuf de couleur gri- 
velée s'appelle le cailli ou la caille ; dans le Diet, de La- 
combe, ce mot sign, pie, adj. 

CAILLIER; cailler, de Coagulare; caille, motte de lait 
caillé; caille, déjection blanche; caillesotte, boule de 
neige, métaph. du fr. Caillebotte, masse de lait; caille- 
BOTTEii, (Bray.) bouillir le lait jusqu'à ce qu'il se change 
en caillots. {Diet, de M. Decorde.) caille, s. f. gros cra- 
chat; caille, (Gr.) la méduse qui, jetée à la côte, se change 
en matière glaireuse. 

CALAMISTRER, (GL n.) parer, de Calamistrum , fer 
à friser. Ce mot a en fr. son sens propre de friser. 

CALENDE , s. f. alouette : 

Calendre chante mieulx en cage 
Quel ne ferait au vert boscage. 

(Tombel de Chartrose.j 

ce mot est resté à Rouen dans le Portail de la Calende, 
à la cathédrale , et la rue de la Calende. Quant à Caladre, 
c'est un oiseau merveilleux , Charadre pour les anciens , 
décrit dans le Bestiaire divin : 

Kaladrius est un oiseux. (v. 445.) 

Haliiwell donne au pat. a. Chalande le sens de chantre. 

CAILLOUET (Val.), petit caillou, de Calculus : « Les 
petites filles auraient joué aux caillouets sur l'herbe. » 
(J. Barbey, Memorandum, 89.) Il y a une poire de cail- 
louet, en V. a. Caleweis. V. Cant, tales, v. 7093, expliqué 
en « Poire de caillouel. » Cotgrave dit que Caillouet est le 
nom d'une poire très-bonne, caillod , noyau de fruits , 
comme en a. Cherry-stone, noyau de cerise; cailloueb, 
attaquer à coups de cailloux : J. Cailloue, imp. à Rouen, 
avait pour marque un noyer contre lequel des enfants jet- 
tent des pierres, avec la devise : « Je suis toujours cailloue. » 
GAYEU, s. m. petite moule noire, semblable à de petits 
cailloux; c'est le Mutilus incurvatus; on crie à Val. : « Du 
caieu ! du caieu! qui qu'en veut? » C'est sans doute le sens 
de Caieu, petite bulbe d'oignon, cailleme.nt, grand coquil- 
lage en spirale , ou Bernard-l'Hermite , à Av. bermgaud; 
en n. Bernard devient bênard. et Bois-Bénard est même 



— 2Jo — 

devenu bois-bf..vatre. Le fr. Galet csl une forme de cail- 
LOCE r : à Jersey , gallot , caillou : « Des monchiaux d' 
g-dllots, d'écaillés de bainin. » {Jersey, par Delà Croix, 47.) 
CAINE , chaîne , de Catena : il y avail à Bay. une rue 
de la Caine, ainsi nommée de la chaîne que l'évêque faisait 
tendre. {Essai, parPluquet, ^^7.) cAnEr^EU, cadenasser; de 
là le fr. Cadène et Cadenelte; caguenas (Av.), cadenas. 
cHAi?»G?»E, chaîne; e.nchai.ng.meu . enchaîner; chai^gno^ , 
chaînon; en fr. Chignon, en a. Chain, chaîne : « Cadene , 
dit Cotgrave, an iron chain. » coiinole, chaînette, mani- 
velle , a Av. CHOI.NOLE , SOI^OLi;. 

CAISSE DU CORPS, poitrine, buste, d'où peut-être 
l'a. Chest, car le b.-n. pron. Tchaisse; caisse est le 1. 
Capsa, d'oîi Châsse, Châssis, dont le dim. Capsula a donné 
chasuble , en outre Capse et Capsule, caisse du corps a pour 
syn. côrrRE. s. m. et côifeaille, e. f. 

CALENGIER (Villedieu), menacer, défier, frapper: 
(I J'vas t'calcngier, » c. à d. batirc; c'est le v. f. Calenger. 
Challangcr, du 1. Calumniari, réclamer, d'où l'a. Chal- 
lenge, réclamer, défier. Au jeu de quilles, dans la même 
localité , c4le>gieiv sign, les i'aire sauter avec la boule. Ce 
terme CaUengier renferme sans doule une expression ono- 
matopique, fort répandue, qui signifie Appeler: Ka),£tv, eu 
hoU. Kallen, en kymri At Calla, en a. To call, en a.-s. 
Gillan. Le fr. Appeler se rapproche de ces vocables. Ro- 
quefort cite Calenger, usité en Normandie, avec le sens de 
barguiner, calomnier. ciLLENciER a conservé à Guern. son 
sens prim, de réclamer; il sign, quelquefois en N. mar- 
chander. Il y a des terres dites cale^ges : « Les calenges 
sont un grant nombre de terres gesantes pour ceu que le 
commun de la wille deu Bosc les calengoient. » [FJv. des 
Jurés de St-Ouen.) 

CALER, céder, faiblir, terme métapli. de caler, abais- 
ser les voiles , litt. vers la cale , du gr. xoiXv) , cale, malgré 
l'isl. Kial, car ce mot existe dans toutes les langues lat.; 
en effet , en it. Callare, en esp. Callar, et en prov., catal. 
et port. Calar. C'est en ce sens que Cicéron a employé 
Calare : « Calare grana, » déposer les grains, c. à d. dans 
un endroit creux ; c'est aussi le Calare d'Is. de Seville. 
Cette sign, de baisser pavillon est dans ce texte : « Denun- 
tiavit hominibus dicte navis ut deberent calare... qui ho- 
mines calare noluerunt et armaverunt se. » La famille n. 
de Caler est : calard, poltron, cvleux, paresseux, caleuseu 

T II. 2 



— 216 — 
paresser, calieuseté, paresse; ces trois derniers sont du 
Gl. n. et du pat. brayon ; fi de cale, (Gl. n.) défi de caler, 
à qui calera? Quant à caler, mettre bas, en pic. et en 
brayon, c'est peut-être la contr. de Canailler, mettre bas 
des chiens. Le fr. Cale, bois de soutien, d'équilibre, n'est 
sans doute que le mot maritime Cale , parce que c'est là qu'on 
arrange , qu'on équilibre , qu'on arrime les objets ; de là 
Calaison, en a. Kelson, carlingue. De là calot, fonds de 
réserve : « Faire son calot; » de là le n. calé, bien équipé, 
bien paré. Toutefois le fr. Cale, morceau de bois pour 
mettre le pieds d'un objet de niveau, dérive mieux à'Œ- 
qualiset d'égaler; c'est en n. blot. contr. de Billot. Quant à 
Cal, du 1. Galium, il donne au n. calodx, caleux, et le 
fr. Calade dérive du 1. Gallis , sentier. 

CALI , ce préfixe , qui existe dans le fr. Califourchon , 
est aussi une forme d'Œqualis; ainsi Califourchon sign, 
affourché de manière que les jambes sont également de cha- 
que côté; le n. renferme un plus grand nombre de ces compo- 
sés : CALiBORGKE , S. m. aveuglc et borgne , au Maine Ca- 
horne; caliborgnon, id., mais péjor. ; caliborgnette , voile 
qui sert à bôner, aveugler, Eborgner, s'est étendu et signifie 
lunettes; caliberda, califourchon, calipette, le serre-tête 
des femmes de la plaine de Caen , qui est peut-être une 
contraction de calibobgnette , mais qui sûrement n'est pas 
issu de xaXuTtTw. De même calibaro, calibarau (Eure), à 
moitié ivre , paraît offrir le même élément avec l'idée de 
boire. Quant à calibacdie, grand feu clair, c'est sans doute 
pour Claribaudée : en Nivernais et en Berry, on dit Chari- 
baudée. Quant à calibaudecx , adj., (St-Lo) Glaireux, il 
paraît dériver d'une autre racine , et Calimaçon ne lui est 
peut-être pas étranger. 

CALVADO (rochers du); ce mot, selon M. de la Rue, 
signifierait Roches pelées, chauves. Calvados; comme on 
trouve sur des caries anglaises Calvador, on a supposé 
que c'était pour Salvador. On sait que c'est sur ces écueils 
que se perdit Y Armada de Philippe II ; un des endroits les 
plus périlleux s'appelle encore la Fosse d'Espagne. Du 
reste, cette origine de Calvados reste obscure. V. l'Introd. 
à l'art. Calvados , par M. Mancel , dans la N. illustrée. 

CAMBRE, chambre, du l. Cambra, voûte, issu de Cam, 
signe de courbure ; camérie , litt. pension de chambre , c. 
à d. où l'on ne paie que la chambre ; camérien , pension- 
naire pour le logement seulement et la soupe; chambrière 



— 217 — 
ou SERVAME, bàton qui tient droite la charrette, camrade, 
camarade, litt, compagnon de chambre, en a. Comrade; 
en n, on dit aussi au fém. : « Une camarade. » Le fr. Ca- 
maraderie dale de nos jours ; camaradeu, faire le camarade. 
La famille fr. contient Camarade, Camerier, Cameriste. 
l'esp. Camarilla est adopté , Camerlingue , Chambellan ] 
Chambranle, Chambre, Chambrelan, Chambrer, Cham- 
brée, Chambrière, etc. En a. Camoxjs, camus, recourbé. 
Chamber, chambre, Chamfer, cannelure, voisin du fr. 
Chanfrein , litt. frein recourbé , la partie de l'armure qui 
couvrait le devant de la tête du cheval. Quant au sens 
propre de ce rad. Cam, courbure, qui existe en gr. xaixTtrw, 
en gall. Kam, il donne au fr. Cambrer, Cambrure, Ca- 
mard. Camus, à l'a. Cambered, cambré, Cambrel, bâton 
recourbé; en v. f. Chambrerie, intendance de monastère. 
V. la famille cong. de gambe. 

CAMBRE, chanvre, dul. Cannabis; cambrer, chambrer, 
garnir de chanvre, spec, un robinet; canivière (Bay.), 
chenevière : « Chest la canivière au diable : le mâle et la 
femelle ne valent rien, » dit-on d'un mauvais ménage. 
cambotte, tige de chanvre , et généralem. toute tige fistu- 
leuse sèche; canevotte, chenevotle; canneva, à Guern., 
canevis ; caivevis (Val.), chenevis : « L'huile d'olive ou 
chenevis. (Coût, de la Vie. de l'eau de R.) chanixetas (Av.), 
blé niellé; channevassé, niellé; chaîsevi.n, id.: il y a une 
poire dite de chanevin et cahevln; il y a des loc. nommées 
CHENEVARE, CHENEVIÈRE. On trouve dans le J5/a5on joop. deN. 
ce dicton : « Les Normands naissent avec un grain de che- 
nevis dans une main et avec un gland dans l'autre, » pour 
indiquer la corde et la potence qui les attendent. En Nor- 
wège, les scaldes appelaient la potence «le cheval de 
Sigurd, parceque ce Viking avait le premierfait pendre son 
ennemi. Ibid., p. 75. coainvriiX, le galeopsis tetraJiit. 
En a. Hemp, chanvre, litt. hampe, tige droite. V. à Vlntr. 
les chansons de lin et de chanvre. Cf. les chanvreurs du 
Berry et leurs chants dans les romans rustiques de G. Sand. 
Cette famille se rattache à canme. V. ce mot. La famille fr. 
contient Chanvre, en v. f. la chanvre, qui est dans Lafon- 
taine, Canevas, Chenevière, Chenevis, Chenevotte. On 
appelle le chanvre salade de N. Ce groupe se rattache à la 
famille de canse (V. ce mot) , ainsi que les suivants : 

^o CANISTRE ( Av. ) , corbeille, de Canistra; on disait 
Canastre : « Pour canastre ou pannier desdits fruits. » 



— 218 — 

(Coût, de la vie. de Veau.) canistiuoe (St-Jamcs) , nourri- 
ture portée aux champs dans un panier, Canistra;\. ca- 
LisTRADE : en a. Canister, boîte à thé. 

2° CAILME, calme, du 1. Calamus, le chaume étant 
l'asile de la tranquillité; kebme {B. du M. S. 31.), calme. 
ACALMiE , s. f. calme en mer ; acauhr, se calmer. De Cala- 
mus vient Chaume, Chaumière, Chômer, litt. rester sous 
le chaume; mais dans l'Av. chômer sign, être privé de: 
« J' n'ai jamais chômé d'pain. » chalemie , chalumeau. 
( H.-N. ) « Entonner avec sa chalemie. » (Petit, Muse n. ) 
De là lefr. Calumet; mais en n. calumet sign, le couvercle 
de la pipe, et de là encore Calamité, de Calamitas, prim, 
grêle sur le chaume; l'a. possède aussi Calamity , misère. 
Calm, calme. Calamus, roseau. Lefr. Camouflet sign, 
litt. chaume soufflé, soufflé avec un chaume. L'a. possède 
notre mot chaume sous la forme Shaivns, chalumeau, 
hautbois, et Haum, chaume, qui disputerait hien Home 
à Ham, habitation; chaumet : « Petit oiseau commun en 
N. qui est si léger qu'il se pose sur la pointe des plantes. » 
(Diet, de la Conv.) chacmer sign, encore paresser, en v. n. 
Oisiver (Otiari), comme dans le T. de C/tartrose : 

Festes malement coultive 

Qoi de bones euvres oisive. 

ÉCHACMITRER, (Gl. n.) effarouchcr , chasser, litt. loin du 
chaume; chaumage. disette, en v. f. Esear , cité, Escars, 
d'où l'a. Scarce, Scarcity, en it. Scar so , csp. Escasso, 
selon Ménage , de Exparcus. 

CAMELOTTE , s. f. petit bagage de colporteur , dérivé 
de Camelot, étoffe de poil de chèvre, prim, de poil de 
chameau, Camelus : « Mangier la camelotte , » est pour 
l'ouvrier ce qu'est pour le soldat : « Manger la grenouille, » 
c. à d. l'ensemble de ses marchandises; en a. Camelot qX 
Camlet \ camelotte, s. f. monde peu distingué; à Paris le 
monde camelotte est la Bohême; chameau, terme injurieux 
adressé spec, à qui a le dos arrondi ou bossu; camelotier, 
colporteur : « Camelotier , joueur, fainéant. » cambotte , 
hotte à colporteur, contr. du précéd.; camion, petite voilure 
de colporteur; camioner, traîner en camion.; (Edeline. Six 
mois de prison , 4 9.) camionage, transport en camion. Le 
fr. Camion doit être un dim. , Camillon. 

CAMOUMINE , camomille , du gr. yajxat , parce que la 
plante est étalée : on employait autrefois une huile dite de 
Camomine; camière, (Bay.) camomille (Flore de N.); dans 



— 219 — 

Lacombe Camamieri, camomille; il y a une punirnc de 
CAMiÈuE : le champ philologique du ponmiage est très-vasfe 
et nécessiterait une monographie; nous croyons que le 
syn. de Pommage était 3Iélage, en v. n., cité dans ce vers 
24/(6 du /?. du M. S. M., et laissé inexpliqué par M. Fr. 
Michel , dans son Gloss. : 

Les costumes et le melage.(de Guernesey.) 
C'est aussi l'hypothèse de du Cange sur 3felagium. Cf. les 
nombreux noms de plantes et d'animaux commençant par 
Cam, comme Cameline et Cameléopard. 

CAMP, champ, sillon : « Touerner un camp, » c. à d. 
faire un sillon, mais plus probahl. de Cant, revers, renver- 
sement de côté. V. ce mot. cqancieke , lisière d'un champ 
(Av.) : « Lever les chancières, » c'est amonceler la terre de 
cette lisière; cbaktchelle, s.f. petit champignon jaune; cha-\î- 
PAGNiER (Av.), garder les bestiaux dans les champs ou les 
faire paître à la corde, en v. f. CJiampoyer, encore usité 
en vénerie; CAMPAGNE, plaine, très-vaste champ, par ex. , 
près de Val. la Campagne St-Floxel, élym. de toutes les 
Champagnes : de même en a. Champaign, pays décou- 
vert; le Champian du v. a. est exjiliqué par « an open 
country; » de même pour CJtampion; (IkiUiiceU's Diet.) 
CAMON-MÈRE, clté par Cotgrave fyl. w. diet.) et trad, par 
Edgeivliore, se rapproche du fr. Cantinière; camail (01. n.) 
(Lis.), travail dans les champs ( Campalia). On appelle 
dans l'Av. un bâtard un loussm de haïe, ce qu'ailleurs on 
appelle l'Enfant des champs ou le Clmmpi; escampeu , dé- 
camper, en a. Scampier, de là ecaper, Escampare, en a. 
Eseape, en fr. Escapade, en it. Seampare, en esp. Esca- 
par ; en a. Rose campion est la passe-rose. Campus a 
donné fampana, cloche de la Campagne de Rome, en fr. 
Campane, Campanule, etc., en n. cajipanier, clocher en 
campanile, campanille (Gl. n.) , s. f. clocher; canti\i;tte, 
s. f. (GL n.) criocère; V Inula Hellcnium. ou VEnula cam- 
pana des oiïicines est devenu en a. Elecampane, campôt, 
congé, l'ancien Campos habere , avoir la clef des champs : 
« Ch'est anieu campôt. » champêtre, s. m. garde-cham- 
pêtre; chamitrelle, s. f. petit champignon; cami's, champs, 
est usité dans celte formule de la fin des contes en b.-n. : 

Tout en conlaut 
.J'allis à mont les c;m)ps ; 
J' (rouvis eune enfiiaie d' boudins , 
J'en fis part à mes amins : 

El tui, lui, lui, 
Men p'tit tonte est Oni. 



— 220 — 

CANGHON, chanson, de Cantatio, en it. Canzone. 
CANCHONS est dans le Gieus de Robin et Marion , dont la 
couleur est sensiblem. n. ; canchounette , chansonnette; 
CHANTODB, chantcuF ; CBANTERIE, chant : (( Chanteries qui 
n'ont ni bout ni fin. » herbe-au-chantre , le vélar, comme 
bon contre l'enrouement ; chamepleure , gros robinet de 
bois, litt. chante et pleure : aussi en a. Chantepleure est 
une expression prov. : « For singing and weeping. » ( Hal- 
liwelVs Diet.) Le Ms Harl. 4333 renferme une ballade 
commençant ainsi : « Moult vaut mieux pleure chante que 
ne fait chante pleure. » chaatrie , assez communs dans les 
noms de terres rappelle le bénéfice d'un chantre, en a. 
Chantnj. Chanter entre dans la comp. de noms loc. très- 
com. en N. comme chantepie , un futaie, chaatemesle, un 
bocage, chanteraiine , une grenouillère, chanteloup, un 
bois, etc. Le nom cyclique du coq, Chanteclair, conservé 
par Lafontaine , en a. Chanticleer, existe en N. dans les 
n. pr. Dans le cycle de Renard , les noms d'animaux ap- 
partiennent ou à la famille germ., comme Hersent, la louve 
{Hersivint, brave à la guerre) Grimbert , le blaireau, Re- 
nard, Isengrin, le loup, ou du lat., comme Behjn, le 
mouton, C/iantecleer, le coq, Firapeel (fier de sa peau), le 
léopard, Pinte (peinte), la poule, d'où le fr. Pintade; en 
esp. Pentada. En n. les surnoms d'animaux sont nom- 
breux : Chariot, le geai, gâteau, la pie, Martin, l'âne, 
JEANNETTE, la chèvrc, COLAS, le corbeau, dechant, ou chant 
qui détonne , se dit dans la loc. : Chanter à chant et à 
déchant, chantodner, chanter tout bas. En argot. Faire 
chanter sign, tirer de l'argent par menaces , d'où Chanr- 
tage, en a. Cant, argot. 

CANCRE, chancre, dul. Cancer, en a. Canker; cancre, 
dépôt sur les dents; chancbette (Av.) , l'herbe à Robert, 
guérissant les maux de gorge, aill. chancrelle; chancreb, 
se couvrir de chancissure , en parlant des végétaux. Nous 
réunirons à cette maladie, quoique venant d'un autre rad. 
yaYYpaiva, de y?*" , je mange, le n. cangraine, gangrène, 
en a. Gangrene : « Aussi la cangraine s'y mit. ( Ms. de 
Sacey, Avranchin, ii, 486.) En it. Gancrena. 

CANENDRIER, s. m. calendrier, de Calendœ, -1er jour 
du mois, où l'on payait l'intérêt des dettes; aussi Calen- 
drium signifiait-il le hvre des rentes. Un papier rentier du 
M. S. M., rédigé par l'abbé Pierre le Roy, réunissait 
dans son titre la forme du patois et cette ancienne signifi- 



— 221 — 
cation, le Quanandrier ûu Papier rentier. (Ms. de la bibl. 
d'Av.) 

CANIR, blanchir, en parlant du bois qui pourrit, blan- 
chit, du 1. Canere : » Du bois cani, « qui est dans l'état 
qui précède la pourriture; à Genets, cdoim (bois), mort, 
vermoulu; cArMiR, blêmir, se flétrir : « Un visage caumi; » 
CACMOMIR, id., augment.; cagae, de couleur gris-clair 
(vache). (Diet, de Brmj, de Decorde) ; un ilôt de Chausey 
est dit LA CA.AUE, et auprès sont les canuettes; de là le fr. 
Chenu, Cenelle, ou épine blanche; en n. cdenu, issu de 
Jovene, jeune , est un terme d'excellence : « Ch'est du 
ch'nu , » comme en v. f. : « Et li vieil et li chenu. (Chanson 
du -ISe s.) CANUT, S. m. maubèche , parceque le blanc do- 
mine dans son plumage; camque, ca,\?,ette, petite balle 
de marbre blanc. De Candere, blanchir, vient Candere, 
brûler, d'oîi le fr. Candi, Chandelle, Candélabre, Chande- 
lier, et les mots n. : 

CANDELLE, chandelle, en 1. Candela, en it. Candcla, 
en a. Candie; chandellier, s. m. fabricant de chandelle : 
une Hste de corps et métiers de Coût. , dans le ^6e s. , cite 
les chandelliers ;ceA_ADELLE, s. f. gouet, arum maculatum, 
de la ressemblance de sa fleur avec une chandelle; teimr la 
CHA>DELLE indique le rôle d'un complaisant en amour, chan- 
delecr, s. f. galanthus nivalis, qui fleurit à la Chandeleur : 
un dicton est tiré de la fêle de ce nom et de la rigueur de 
la saison : 

A la Chaudeleur 

Les grandes douleurs ; 

Et un autre de l'accroissement des jours : 

A la Chandeleur 
Deux heures creissent le jour. 

On dit encore : 

A la Chandeleure 
La chandelle pleure. 

— A la chandeleu 

Le mesle est dans l'œu. 

— A la Chandeleur, 

C'qui gèle la niit dégèle le jour. 

CANT, côté, partie inclinée: « Etre de cant, » c. à d. 
de côté ; « une pierre de cant, » ce que le fr. appelle de 
champ; de là ca.>ter, pencher, incliner; d'où cantet, pain 
entamé, c. à d. mis sur le côté, et par ext. le morceau 
détaché, en a. Cantle et Cantlet, morceau, coin de pain . 
en b.-l. Cantus, morceau, d'où le fr. Echantillon, en a. 



__ 222 

SeanilcL et toute la famille de Scant : en wallon Can, en 
it. Canfo, en prov. Cantoim, en fr. héraldique Canton et 
en fr. Canlon. fragment de pays, coin, car c'est là le sens 
prim. : « Assassinant aux cantons des rues ou en un coing 
des bois. » {Brantôme, i, 722, edit, du Panthéon.) De là 
le fr. Décanler, verser, c. à d. pencher un vase, et l'a. 
Decanter, flacon : on a dit en fr. Escanter, d'où le fr. 
Echanson, celui qui verse, qui cscante, en n. acameb, 
renverser . « Aquanîer l'honour de la crestienté ; » (T. de 
Chartrose) en a. Ascaunt et même Ascant , de côté, et 
Cant, chavirer; camourkeii , tourner de côté : <• Le pied 
m'a canîourné; » cham.ibanler, vaciller. Le fr. Cantine, 
coffre divisé en compartimens , en cantons , produit la 
Cantine niilitaire, Caniinier et le pop. Cantinière; Canton 
donne Cantonnade, coin du théâtre, Cantonner, Canton- 
nière, Cantonnier, Chantier, Chantourner, Chantignole; 
en termes de ponts et chaussées Canton est la partie de 
route que soigne un cantonnier; en argot, Canton, prison. 
Cantonnier, prisonnier. L'idée de pencher, de verser de 
cette famille se rattache au 1. Canthvs, Cant/iarvs, cruche, 
objet creux , qui lui-même" est sans doute de la famille de 
GAINEE. V. ce mot. 

CAPON, poliron, de Capon, chapon; capodiVer, faiblir, 
être poltron; capoonade, lâcheté; chapotjner, chaponner. 

CAPOT. (Gr.) mantelet de femme à capuchon; de là le 
fr. Capote. Ce mot est pour nous l'occasion de compléter 
la famille de Caput , traitée aux Or. celt. V. cap. tète de 
CAPE, (Coût.) cape des veuves ou pour la communion; 
CAPEU , se refrogner , se renfoncer sous sa cape ; camchier, 
frapper à la tête . sur le capuchon; cabinet , (Gl. n.) s. m. 
petite armoire, de même en a. Cabinet \ cABA^s, meubler; 
CABAGiTJS, vieux meubles; caielle, chapelle, resté dans les 
n. pr. et dans les noms loc. , comme Capelle-les-Grands . 
arr. de Bernay. le village de la Capelle, près St-Lo, comme 
en V. : v Ni avoit autel ne capele. » (R. de Brut.) On peut 
raporocher du n. chapitrac le v. a. Chapitrel, chapiteau : 
« With thaire chapitralles. » (Halliwell.) écapli'R, enlever, 
l'écorce, Escaplere dans les Rôles de l'Éch. de H98 , d'où 
le fr. Chapeler, vient du 1. Scalpere, d'où Scalper, Sculpter, 
Scalpel, FAii'.E cAPoiT, loc. imitée de l'ail. , tomber et être 
décapité. V. le dernier chap, de l'Intr. 

CAQUIER. du 1. Cacare (Gr.) : « Va caquier cont' la mu- 
raille. » CACA, mot enfantin, on., excrementum; en v. a. 



Caik, ulvt'uin oxuiicrare (Ha/ Hurl l'a Die.) incahi ikk, nar- 
guer, lin. incacare : de là le fr. Chier, Chiure ; on v. 1'. 
Concilier, salir crexcrénicns ; eu n. chii-tte, s. 1". petit 
cnfaiU délicat; cuœ-es-lit, masque sale et déguenillé; 
uoRT-EA-f.HiAM, lambin, inerte; ouiolle, diarrhée; chioise, 
latrine; le radical de celte famille , mot favori du peuple, 
entre dans une foule de locutions. Y. la Farce des Quio- 
lards. 

CARABIN, s. m. sarrasin : c'e.st ce dernier mot forlem. 
accentué : Sarrasin , Polt/gonuvi farjoinjrum , dérive des 
(leuples de ce nom, saracennmfrujncnlum; on l'appelle 
encore Blé noir. Une espèce venue de Sibérie , 5. Tatari- 
cum, s'appelle sibéui et à Val. stBUi. Le souvenir des Sar- 
rasins semble s'êlre conservé dans quelques noms loc. : il 
y a à Mortain la Grotte aux Sarrasins. V. Inlr. de noire N. 
Scandinave. La première mention que M. Delisle ait 
trouvée de celte plante est de 1460 : « Super décima fru- 
mentorumSarracenorum. » ( Liv. vert. d'Avr anches, p. 262.) 
sARRAsiNAs. S. m. (Av.) paille de sarrasiu battuc. 

GARAS, sorcier : « Bàii (vêtu) coume un grand caras, » 
de C/mragus, sorcier; on dit aussi : « Bàli coume un sor- 
cier; » quérvs, sort, maléfice ; ENQDERAUDER (Av.). ensor- 
celer; DESENQUERAUDEii, débarrasser d'un maléfice. 

CARBON. cHERGOx, QUEUBo.N , charbon , du 1. Carbo; 
en a. Charcoal, charbon de bois, de Coal {Canlis, lige): 
QUERcou.MER , charbounier : a Querbounier est maite tcheu 
(chez) li. » QCERBOQiETrE, s. f. petite braise des fours; 
éteinte . elle se vend à Val. pour les chaufferettes. Il y a 
<Ies loc. en caERBONNEi, querrocmere . c. à d. charbon- 
nière ; QCERr.o.x ( Bray ) , insecte , le chrysomica trne- 
brica. 

CARDRON, CHEKDRo.N, chardon, du 1. Carduus; le v. 
f. Cardon est resté dans une plante voisine de l'arlichaul : 
« Li milliers de cardons lanerez si doit I maaille. » (Mon. 
de r/iist. du Tiers-Etat, i, 8'».) On dit encore CARDO^- 
LiNiER, {Gl. n.) le chardon à foulon, de Lanarius : « Tis- 
serans et laueurs, arsonneurs. » (M. du Méril. Poésies 
inéd. du moyen-dge, 347.) cardroanette et chardron^ette, 
s. f, chardonneret ; herbe a la CHARDnOxN.\ETrE , s. f. le 
séneçon. Un Chardonnet était un plant de chardon à fou- 
lon; en -1218, R. d'Auvergni cite : « Un chardonnet comme 
bornant un pré dans la vallée de la Risle : « Inter pratum 
de Pareo et inter cardoneturn Roeerii. » (Oclisle. Et., S.^S.) 

T It. ^ 



— 224 — 
Il y a une commune n. qui a ce nom pour suffixe; il y a 
près d'Av. la terre du Cardron. écaudonner , (Gl. n.) dé- 
barrasser de chardons; écardonnette, (Ibid.) s. f. char- 
donneret ; CARDON , s. m. ( Caen ) crevette , des barbes dont 
elle est hérissée; jarde, écaille de poisson, d'où éiarder, 
écailler : « Les chardes de son dos (de la baleine). » (Best, 
div.) EssAiiDER, enlever les écailles du poisson, en man- 
ceau Ejarder, tirer les jardes. (Voc. du H. -Maine.) A cette 
famille se rattache le fr. Carde, Carder, Cardère, Echarde; 
il y a en N. des familles Le Cardonnel , sans doute syn. 
de Cardeur. 

CAROIGNE, charogne, de Garnis : « De caroigne puor 
multmale; » (R. du M. S. M.) Caroigne, carcasse, est 
dans R. de Gloucester , et Caraigne dans Cant, tales, 
V. 2015. ; en n. carne, comme en v. f. : ainsi , dans un 
poème du -126 s. : « Caro mearequiescal in spe, » est traduit 
par La meie earn reposerat en espérance. » On dit aussi 
QCERNE, appliqué à une rosse, ainsi que carcan, cari, 
cAROu , mauvais cheval ; Caro, en h. -l., cheval; en v. a. 
Kareyne, carcasse, et Carrion (Ualliwell); ce dernier 
mot représente carne cassus, ou plutôt une forme péjora- 
tive; cARPELousE, cheuille, Utt. chair velue, caro pilosa, 
en a. Caterpillar : aussi Courval appelle cet insecte : « Ces 
chenilles peines qui gaspillent les fleurs. » (Sonnets.) La 
forme dure en fr. donne Carnage, Carnassier, Carnation , 
Carnaval , Carne , Carnet , Carnivore , parmi lesquels Car- 
nation donne à l'a. Carnation, œillet de couleur carnée, et 
Carnaval devient en n. carnava , qui sign, en outre un 
masque , et entre dans le dicton : « Fêtai carnava avec sa 
femme et Pâques avec sen curé. » A la forme douce ap- 
partient le fr. Chair, Charogne, Charnage, Charnel, Char- 
cutier, etc. , et le n. chai , viande : « La chai nouerrit la 
chai; » caAiRcuirER, charcuter; chaircctier, charcuiier; 
CARNION (T.-N. ) , le trou ou chaufîaud où l'on jette la tête 
et les intestins de la morue; cherneau ( Gl. n.) , couperet 
recourbé, ailleurs chergote; charnage, chair, et carnage: 
n Bœuf, lard, mouton et bien autre carnage ;i>('l/w5e n.) 
Crônier, équarrisseur : ce mot , qui se dit dans le Maine 
iVoc. du Haut-Maine , par M. de M.) , n'existe en N, que 
dans les n. pr. Le Cronier, de Carogne, charogne, d'oîi 
Ecarrisseur; cirSée, charrée, primit. chair pulvérisée, 
aujourd'hui matière fécale en poudre pour l'agriculture, et 
par ext. cendre lessivée : à Av. , pour la première , on dit 
GaiNDE cbarrée; charnier (M.), endroit où l'on pend la 



— 225 — 
viande . el faire tapage se dit : « Faire trembler le lard au 
charnier. « challn, s. m. abeilles mortes dans le miel. 

CARPENTIER et cuerpemier, s. m. charpentier, du 1. 
Carpentum, char, b.-l. Carpentarins; it. Carpentero, esp. 
Carpintero. qcerieme, s. f. charpente, qcerfenter, char- 
penter, en a. Carpenter, charpentier. 

CARPETANQUE (Calv.), la carpe à miroir, parcequ'cn 
suppose gratuitement qu'elle est le produit de la carpe 
et de la tanche; kerpe, carpe : « Bougier coume une 
kerpe. » 

CAS, s. m., le cassé : « Une chose sonne le cas, c. à d. 
le cassé, comme en v. f. : « C'est quas dont la prestres doit 
estre quas, » {Testament de l'Ane, v. 91.) casse, s. f. frac- 
ture , cassure : « Le voiturier ne répond pas de la casse, » 
du 1. Quassvs; cassodr, casseur; cAssoiR-D'issiLTiEs, tapa- 
geur; CASSAGE, (Av.) de bois, pour fendre le bois de corde, 
cASiEL. fragile; cavulccs, (Av.) id., probabl. pour casil- 
leux; l'a. Cavillons a gardé le sens I. de pointilleux, ainsi 
que To cavil; en n. cavilier sign, égayer; au 13e s. on 
disait Catillos, sans doute rusé (catvs, cautvs) : « Le siècle 
qui tant est wychose (l'a. Wicked, le fr. Vicié) et catil- 
lose; » (Traité d'Agric.) et au 15e. Cavilleux sign, dan- 
gereux , difficile : « Mainte œuvre cavilleuse. » (Tombel de 
Chartrose.) 

CASQUETTE, ivre : « Il est casquette , » de même en 
argot , lilt, avoir dans le casque , du I. Cassis, c. à d. dans 
la tête, comme dans cette phrase : « Ce malheureux Jean 
s'en donna dans le casque. » [Art de plumer la poule sans 
crier, ^03.) casqieter, saluer, flatter. 

CASSE, s. f. du 1. Capsa: « Casse d'aigulle, » chas 
d'une aiguille; casse-a-rôt, (Av.) lèchefrite; cassetier , 
(Val.) étui à aiguilles et épingles, et dans l'Orne cassead, 
en a. Case, étui; casieoie, casserolle, litt. petite casse; 
l'a. Castrel , bouteille, ressemble au n.; cassot, (GL n.) 
s. m. stalle de lavandière; chas, s. m, ca\ité de la navette; 
CHASSE, s. f, cercueil : « Je daubis dans la châsse. » [Chans, 
n. citée dans l'Intr.) L'a. Cash, argent comptant, est une 
forme de Caisse, et Cashet une forme de cassette. Le fr. 
Cassonnade, en n. casig.msade, vient des caissons cîi on 
l'appone. 

CASSINE. mauvaise maison, en it.Cascina, du I. Casa; 
CASE d'hcis ct_ r.AsTuis . rcduit près de la porte; cassi>kr . 



— 226 — 
renfermer dans sa maison ; il y a le \illage de la Caisse 
dans le vallon ou fossé du Haguedike, en Gréville; à cette 
famille appartient le fr. Case, Caserne, Caser. Casanier, 
Casemate, de l'esp. Casamata, litt. maison cachée , l'a. 
Case, maison. De Casa vient le fr. Chez, en Av. chieis. 
ciEBS : « Chiens nous, » et à Val. tcqeu; une tombe du 
Mont-aux-Malades porte Chiens, céans. Quant à casaquin. 
s. m., casaque, usité dans la loc. : « J'vas t'tomber sus le 
casaquin ou la veste, » c. à d. rosser, il est probabl. 
d'orig. celt.; Casach en gaël., Casog en irl., Cassock, sou- 
tane , en a. 

CASTAGNEUX , le petit grèbe, de sa couleur brun- 
rouge, châtain, de Castanea, d'où le fr. Castagnette, en 
esp. Castannetta; châtaigne d'iau, la mâcre; chaïaigjne de 
MÉ , l'oursin ; le marronnier d'Inde a pour nom pop. Châ- 
taigne de cheval, en a. Horse chesnut , en bot, Hippocas- 
tanum. 

CASTALOINE , (Val.) couverture de lit en laine, orig. 
de Catalogne, autrefois Caste/oigne ; ûo même en v. a. 
cASTELOiGiNE , {Cttnt. falcs , V. -158.) en pic. Catelogne. La 
Mvse n. fait un calembourg sur la conquête de celte pro- 
vince par Louis XIII : « L'espagnol dort sans castelongne. » 
(p. 292.) Un nom topog. désignait aussi en v. n. une me- 
sure de bière : « ^448. Pour deux hambours de bière paie 
45 sous. » (Delisle, Et., 484.) Le fr. Castille est aussi dé- 
rivé du caractère fier et querelleur des Castillans. On disait 
Castiller, Quétiller, battre, rosser. Ajoutons Cahorsain, 
ou usurier de Cahors , resté dans le n. pr. n. Cahours. 

CASTRE , retranchement , camp , du 1. Castrum , resté 
dans des noms loc, comme le Mont-Castre, près de Mon- 
tebourg, comme dans le cantique de St-Léger : « En cas- 
tres l'enmenat, -> en v. a. Cestre, aujourd'hui Cester, Ches- 
ter, dans beaucoup de noms loc. comme Chester, Win- 
chester, Worcester; l'a, nous a donné Bicêtre, corrompu 
de Wichester , d'où en n. bicêtre, prison, comme le 
Bicêtre près de Cacn; le fr. a gardé directement du rad. 1. 
Encastrer. Les castiers de Flamanville de même. Mais c'est 
le dim. Castelhim , camp et forteresse, qui a laissé le plus 
de traces en fr., comme Castel, Château, Châtelet, Encastil- 
tage, Accastiller, et en N. où la topographie donne en abon- 
dance CATEL, CASriiEL, CATIAU, CASTILIOIS, CATELET, CHATELLIIB, 

OATS . et peut-être carteret , car dans la loc. de ce nom on 
a reconnu un camp romain . le Castel. et le Livre noir dit 



Caslcrium; luu.s cc;^ mois Liniiuiiceiil uiic slaliun rdiiiaiiie ; 
aux Castch succidorcnl les Ferlés. M. c!e Gerville cni|tloic 
Castillon comme nom commun , ex. le Castillon de Teur- 
lliéville. {Et. sur la M., 20ri.) à Jersey Càlel prédomine 
ainsi qu'à Guernesey où catelai.x sign. pop. le Guerncsiais; 
ainsi les Bimes gnernesiaiscs sont signées un Càtelain; 
(M. IMetivicr.) en a. Castle, cliàleau; dans l'Orne chate- 
LET sign, un dévidoir, de sa ressemblance avec une petite 
tour; à Bayeux chatel est resté dans le dicton : 

Pas de porte de cbàlel 
Sans martre ni blerel. 

cAsiu, s. m. prison, comme l'a. Dungeon, se dit aussi en 
argot , ainsi que Cartuche. On pourrait croire que le v. 1". 
Chas, château de bois pour les sièges, représente notre 
rad.; mais sa forme de Chats -Chatels, dans Joinville. 
donne un chastel armé d'un engin appelé Chat et Chatte. 
Il y a une autre famille qui a des raj)ports de forme avec 
celle-ci : c'est celle du h.-\. Cafallvs, bétail, d'où l'a. 
Cattle, bétail, en v. f. Chatel, meubles, en v. a. Catel, 
bien, propriété; en a. Chattels, biens meubles; à Jersey. 
CHATEL se dit encore , et les séances de la Cour se divisent 
encore en assises d'heritages et en assises de chatei,s on 
bien meubles; de là le fr. Cheptel. 

CATHELINE , Catherine , de Catharina : la foire de la 
cATHELiNE cst rcnomméo dans la M., et on dit de sa date 
en nov. : 

A la Catheline 

Tout bois prend racine. 

Comme en v. f. : Fait le samedy devant la Seinte Kateline 
virge. ') (Ch. de la Luzerne.) Ce mot est devenu en fr. Ca- 
tin, et en n. cateau, syn. de fille débauchée, avec la 
variante quetousse, à Val.; cateai est le nom de la pie, 
Ibid., d'où son sens de voleuse; en a. Kate, en irl. Ka- 
thleen. cATBi.v se dit dans la chanson des cordonniers, citée 
p. 288 de Vlntr. Quant à cateliaette ou :\)oiui;t, le fruit 
de l'Airelle myrtille, il se disait en b.-l. Castellum: « Cas- 
tellum . mora , herbagia alia. » (Comptes du M. S. M.) 

CATÎEMEKT, s. m. (Jers.) punition, en v. f. Castoie- 
ment , de Castigare, rendre chaste; de là le 1. Castrare, 
châtrer, en n. chajroix, châtreur, en v. n. Chastre, mou- 
ton ; chatbeux . grand couteau ; chatreijx (Bay.) espèce de 
poulpe. 

CAIK'HE. chausse, de Calcare, d'où cAvririEU. chausser. 



— 228 — 
CAUCHON, chausson; chapi.ne-caucbe (à), nu-pieds; cauche- 
NÈRE, lut. chausse-noire, c.à d. le prêtre, comme entremet- 
teur de mariages; on l'appelle encore baoochet et colibert, 
coLiBABT. L'a. Shoe semble venir de la forme douce du fr. 
Chausse ; cependant l'u. iS. Sceogian, chausser, l'ail. Schu, 
le sued. Sko, le holl. Schoe, rendent aussi admissible une 
orig. septentrionale, chapine- chausse, (Av.) à pas silen- 
cieux, nu-pieds, ainsi que à ru-chapin; le mot Chopin, 
dans Shakespeare, désigne une chaussure élevée, (Hamlet, 
II, 2.) et Choppine, en v. a., sign, sandale, (Halliwell.) 
ainsi que Chapins : « Chapins or high patins. » (Howell.) 
cHAPiN , (Gl. n.) pied , ancienne chaussure. La sign, de ce 
mot, c. à d. pantoufle, est indiquée par ce vers de Villon : 
« Aller sans chausse, en eschappin; » cacquln , talon de 
chausse , (Gl. n.) en it. Calcagno. La loc. être né coiffé 
se dit on N. : « Etre né cauchié et vêtu. » 

CAUD, CAUDE. chaud, chaude, du 1. Calidus : « A 
p'iit tempérament faut caud solei et p'tit vent. » Il est re- 
marquable que le rad. Cald, en 1., sign, chaud, et le rad. 
Cald et même Kalt, germ., sign, froid; du reste le froid 
brûle : « Ustos frigore, » dit Justin en parlant des Scyttes. 
Quoi qu'il en soit , la méprise est facile , comme on le voit 
dans l'anecdote d'Ekkardus où « Kalt, Kalt est aqua, •> est 
interprété par Cold par un valet germain. (Casus S. Galli, 
ch. X.) CACFFER , chauffer , en a. Chafe; chabffe , s. f. 
chauffage; cacmomi, (Bay.) desséché, litt. en momie; 
CAiDRON, chaudron, en a. Cauldron; caudromsier , chau- 
dronnier, en éc. Caird, chaudronnier; on dit prov. : « Faire 
bouenne mine au caudron pour aver du caud; » cauderole, 
bouffée de chaleur; caude et chaude, tour de feu donné au 
fer, ex. : « Un bon forgeron fait un fer à cheval en une 
chaude. » Basselin dit Eschaudée, p. -H 9. chaude, rossée; 
cgAUDET, cidre tiédi, en a. Caudle, chaudeau : « en B.-N. 
amassent un lait sûr pour leur caresme , le nommant du 
caudel. »> (La Barre. Formul. des élus.) On donne le 
chaudeau aux mariés le lendemain des noces, chaudet , 
rhume, refroidissement; échauder, v. n., se flétrir par la 
chaleur, en parlant des fleurs et des fruits; caumet, (Coût.) 
pipe, conir. de calumet; chaffret. s. m. (Hague) bagarre, 
le fr. Ecbaffourée : « La bataille d'Arcole était un fameux 
chaffret; » écbaubouilur. exténuer de chaleur, litt. chauffer 
jusqu'à bouiUir; échalocré, échauffé; chaudik, s. m. fraise 
de veau ou de porc bouillie; calun, chalin, en v. f. Cha- 
Hne , éclair de chaleur, en Bray Câline; caliper : <i I ca- 



229 

lune. » il fait des éclairs de chaleur; cali>eb , en Bray, 
se dit des animaux qui cherchent l'ombre; chaudepissE . 
strangurie, en pat. a. CItawdpys ; (Halliweli.) l'a Scald 
est le fr. Echauder; chacd.n el chaudron désignent les en- 
trailles du porc, en v. f. Chaiidun; on dit par menace: 
« J'vas t'fouler l'chaudin; » Shakespeare a employé Uial- 
dron et Chaivdron pour entrailles. Le v. a. avait encore 
d'autres mots de cette famille : « A bassen , a chawfer, a 
chawûn dish. » (Ap. Bristish monacliism , 276.) En a. 
Chafe, chauffer, et Chaff, paille; or, le N. appelle de la 
CHALFFE, la paille, les broussailles. On trouve dans le Ms 
du continuateur de D. Huynes : « La mer jetta un poisson 
d'une grosseur extraordinaire, appelé chaudin ou petite 
ballene. » Il y a un dicton n. qu'on peut rapprocher de la 
p. ^ de Xlntr. : 

Bat à fred. bat à ctiàs, 

Bals ta remme el n'Ia lue pas. 

CAUT, Cautus, est resté dans le dicton : « Il est enco 
pus caut que l'diable; » l'a. a en ce sens Cautious, de là 
le fr. Caution, Cautèle. On a dit en v. f. Cauld, de 
Callidus. 

CAUX , chauve, de Calvus, est resté dans les n. pr. n., 
Le Caux, Le Chaux, Chauvet, Cauvin, comme en v. f. : 
« Cest Karles fu Karles li Kaux, » (/?. deRou, v. 298.) 
et au.ssi dans des loc. comme la Butte Chaumont, Calvus 
mons, les hauteurs de Chaulieu, Montchaud, près Vire; 
un Grégoire de Calvalandc donna à Ouville le prieuré de 
Calvalande. En Amérique on appelle les vides pelés des 
savannes bald j^laces. Le fém. est dans solris-cauve, (Val.) 
chauve-souris. 

CAUX, CAX, chaux, de Calx, comme en v. f. : « Pour 
un tonnel de caulx prins à Bernières. » {Comptes de B., 
^5e s.) (I Fist e cax et pierre atraire. » (R, de Rou.) chau- 
ler, munir de chaux, en a. Caulk, calfater; le fr. Calfa- 
ter, en V. f. Calfreter, dérive de Calx el Fricare; Calfeu- 
trer est la même chose; caichiie, chaussée, litt. fait à la 
chaux , d'où les nombreux vieux chemins dits chaissé , 
cACcaîE, cnEMH CHAUSSÉ : « Chemino chaucie, » (Cartul. 
de la Luzerne.) et Chcminum calciatum; il y a en N. des 
chaussées de lu Reine Blanche, celle qui est marquée dans 
la M. sur la carte de l'état-major, des chaussées de Brune- 
haut, jsar ex. une sur la rive de la Bresle. En v. a. Caxi- 
.•jpî/, chaussée , conservé dans l'a. Cansc-trai/ ; cHArLÈRE, 



marchand de chaux; (Coût.) cuaiffonos, ternie de la navi- 
gation sur la Seine , peut-être un fond à pierre cimentée ; 
du moins il est question d'un chaiîffonds , dit trevule de 
FODBNEAux , dans le naufrage d'un steamer qui avait aban- 
donné le chenal. [Débats, Her nov. 1857.) Le village de 
Cauquebourg, en Beuzeville , tire, selon M. deGervillc, 
son nom d'une antique chaussée; de même peut-être 
Ecauqueville et Ecausseville sur la voie romaine d'Alauna 
ji Crociatonum. 

CAVE , s. f. cavité dans la terre, dans une rivière, etc.. 
en a. Cave; cavèe , s. f. chemin creux , en a. Cavey , une 
mue, une cage: « Fosses parfont chavées; » {K. de Rou.) 
CATER, creuser, en v. n. Chever : « Une pierre cheva; » 
{R. du M. S. M., V. I IG6.) engaver, mettre dans une ex- 
cavation, en a. Carve, creuser; cavoie, s. f. chemin creux, 
comme en v. f. dans le sens d'excavation, carrière : « Ves- 
quit dans la cavoie tout un an; » (7\ de Chartrose.) cwe- 
RET (Vill.) , ruisseau dans un ravin; MM. du Méril citent 
cAvm, fossé, qui se dit en v. f. et en pic; Le Cheffresne 
(M.) est latinisé en cava fraxinus au Liv. noir de Coût. ; 
de là aussi , peut-être , Cavigny près de Saint-Lo , Chavoy 
près d'Av.; cayet (Gl. n.), dévidoir, sans doute de la boîte 
ouverte qui lui sert de base; cabiner (Genets), frapper dans 
un trou ou cave avec la toupie; caouret, s. m. latrine, 
litt. cave à fourre (foire); cage, casanier (Lis.), mot qui 
conduit au fr. Cage, de Cavea, d'où Cagier, Cachier, c. à d. 
Cacher (V. cachier) , et Cajoler, Cageoler, Caveola, dont 
la contr. est coller , tromper : Oudin définit ce mot par 

CUGEOLER. 

CELLE , cellule , monastère . du 1. Cella, resté dans des 
nom loc, la Selle-la-Forge, la Selle-en-Ouche, Selles, arr. 
de Pont-Audemer, Lacelle, et peut-être Lacei; Cella sign, 
dans Martial maisonnette; selon le Gl. n., celle, à Caen, 
sign, magasin ; mais il était pris autrefois en un sens reli- 
gieux, et était syn. d'hermitage : 140 celles dépendaient 
de l'ordre de Grandmont ; l'euphonie n'empêchait pas de 
dire : « Que celé celle à enfers fust. » (R. du M. S. M., 
V. H 965.) Aussi Cell, en a., sign, cellule, et en v. a. Celle, 
sign. : « A religious house. » (Halliwell's Diet.) Les pre- 
miers solitaires d'Irlande en tiraient leur nom de Culdee , 
litt. Cella Dei; Kill sign, cellule en irl. : ainsi Kildare est 
Kil-Dara . cellule du chêne . parcequ'un grand chêne om- 
brageait le monastère qui a donné son nom à la ville, chel- 



LIER, cellier, en a. Ce/Zar; cenas, (Gl. n.) grange, grenier, 
(le Ccllarium ; il se dit aux Marches de Bretagne. 

CEMETIÈRE, cimetière, de Kot[y.r,T7iptov , couche, en 1. 
Cœmeterium , en a. Cemetry, comme dans ce dicton ; 

Au Vendredi-Saint se le cemeliere n'est fermo 
Il y aura grande rnorlalilé. 

01. Basselin dit : « On plante de pommiers les bords de 
cemetières près des morts; » et Wace : « As cemetières 
tot atraient. » (7?. de Rou, v. WVïù.) On dit aussi cheme- 
TiÈRE et cniMETiÈRE : « A l'issue de la grand'messe au chi- 
metière; » (Coût, de JS.) on trouve dans les Mém. des 
Ant. de N. : « A l'uys de l'église et au chimetière. » 
(t. vin, 38.) Plusieurs champs de bataille n. sont dits: 
« Chimetières aux Anglais, » par ex. à Vengeons. (Ms de 
M. Demons.) 

CERCLIER , cercler , de Circulus ; cerclée , nom de 
l'abside de la cathédrale de Coût., Circata, pour laquelle 
il y avait un impôt sur le clergé : « Pro circata decem et 
seplem cenomanses solides. {Liv. blanc, f. 20.) Nous 
croyons que c'est ce mot et non Church, donné par M. F. 
Michel , qui est dans les vers suivants : 

Jonchier deveint dedenz le cor 
Ella cherctie, l'erière-cuer, 
Le chapitre e le refeclor. 

{R. du M. S. M., V. 544.) 

Du reste le fr. appelle Ccrche un arc de cercle; à cercle, en 
a. Circle, se rattache Carcan, Circinus , en n. quercan , 
et Cerner, Cerne, Cerneau, en a. Kernel, fruit rond. Nous 
mettons à cette famille un mot de l'Av., cercaut, s. m. 
vieille branche, en argot Cerclé, tonneau. Du 1. Circare , 
circuler, vient le fr. Chercher, en n. cherchier, en a. 
Search, plus voisin du v. n. : « Leurs gens qui les cer- 
choyent, » {Chron. de N., -104.) et l'a. 5eeA' pourrait être 
la contr. durcie du précédent; cberchous, chercheur; en 
H.-N. d'ailleurs on a la forme douce cerchier, d'où est 
venu l'a. Search : « Ne cerchez pas de falots à candelle. » 
(Ferrand, Chant royal.) 

CERIMONÏE, s. f. cérémonie, du 1. Cerimonia, se dit 
en Prov., en Dauph. : « Fit ordonner pour la cérimonie. » 
('Cretin, Deplor. sur Olkergan. ) Cette répugnance à deux 
syllabes en é se retrouve dans la Serene, pour la Sirène , 
enseigne d'hôtellerie , commune au moyen-âge. « L'alle- 

T H. 4 



— 232 — 
chant plaisir des Serenes de la vie. » (Ronsard, Ode 5, 
1. 5. ) M. d'Avenel écrit serimowe. (Hist, de D. Huet.) 

CERTAMEN, certainement; on dit ce pléonasme : « Il 
est seur et certain , » Certiûcat « coume par lequel , » loc. n. 
elliptique ou suspensive qui laisse deviner la chose à 
prouver. 

CESSIER, cesser, de Cessare; pecessier, cesser: «Jen' 
decesse de prêchier (parler). » a cessaint (Vill.), le soir, lilt. 
à travail cessant ; recesse , flaque d'eau laissée par la mer 
(Av.), de Recessus, en a. Recess; en v. a. Resset, une re- 
traite. (Halliwell's Diet.) 

CHA , pron. cela , ça. Le n. donne un son mordant à c 
suivi d'une voyelle , doux en fr. Ainsi, il ditC7i«, Chi (ci) , 
Ainchin (ainsi), Ichin (ici). Ainsi l'a., ex. : Conscious, 
Ancient, etc. La pron. n. de ce dernier mot est figurée 
dans le recueil des Croniques et anchiennes istoires de la 
Grant Bretaigne a present nommée Engleterre, par Jehan 
de Waurin, Ms. cha, dans le nord de la M., se dit cheinna. 
V. CA. CHETTE-CI, CHETTE-LA, cclle-ci, cclle-là (Av. ct Jerscyj : 
« Chette-là, ben seu, n'a pas 1' filet. » (Chans, jers. ap. 
N. inconnue de Fr. Hugo), env. f. Ceste: « Une plus chère 
obligation que cestecy (Malherbe, Lettres); dans le nord de 
la M., STi-CHiN, STEL-CHiN, celui-ci, celle-ci; sti-la, stel-ia, 
celui-là, celle-là; à Av., chèse-ci, cbèse-la, ceux-ci, ceux- 
là , ressemblent à l'a. These; en v. n. Cest-li , celle-ci : 
« Por loramorde cestli face. » {R. du 31. S. 31., v. 2623). 
CHA est un terme vague qui dispense du mot précis, comme 
dans la loc. : Cha soune, » Utt. la cloche sonne, et dans 
le subst. CHATOURNE, claque, ou cha (tête) todene, et dans 
Chavirer. 

CHABOT, sabot; chabotier, sabotier; chabotecx, qui 
fait un grand bruit de sabots; chaboter, faire un bruit de 
sabots; chadoterie, s, f. tapage de sabots; chavatte, sa- 
vate; cHAVETiER, savcticr; chaveter, réduire en savate, 
froisser, salir; en prov. Sahatto, chaussure, en esp. Za- 
patto, en arabe Sabatt. Ce mot n'existe pas en a. , parce 
que le sabot n'est pas d'usage en A.; chabernot, savetier, 
terme de mépris, en H.-N. chabrena : « Après may crient 
ces chabrenas ; » (3Iuse n.) de là chabrenal , sale, négli- 
gent : CAPERNOT, ibid., mauvais charpentier : « Eté dans ses 
p'tits chabots , » c'est être moralement gêné. Pour Sabot, 
dans le centre de la Fr. , on dit Bobot et Bot ( Gl. de 



— 233 — 
M. Jaubei-l), mot qui peut être l'origine de Kollc. On 
chante dans l'Av. la ronde des Sabots .. assez joli chant . 
évidemment altéré à la fin : 

En passant par la Lorraine, 

Mes sabots, la ridondaine, 

Ati I all I mes sabols de bois. 

J'ai rencontré trois capitaines. 

Mes sabots, etc. 

Le premier m'a dit : Je l'aime 

Mes sabots, etc. 

Le second m'a dit : Tu m'aimes. 

Mes sabots, etc. 

Le troisième m'a dit : Vilaine. 

Mes sabots, etc. 

Je ne suis pas si vilaine. 

Mes saliols, etc. 

Puisque le fils du roi m'aime. 

Mes sabots, etc. 

Qu'il m'a donné pour élrennc 

Mes sabots, etc. 

Un violon de bois d'èbène... 

CHAINCHIER S. m. fripier; ce nom subsiste à Rouen 
dans la Bue des Chainchiers ; le mot Cainse et Chamche 
sign, autrefois chemise, et était la contraction de Camisa, 
et Chaincerie sign, lingerie, d'après un ex. de du Gange : 
« Chaincerie une fois par an deux deniers. » ( Coût, de la 
Vie. de l'Eau à Rouen. ) En it, Cencio; queminse, chemise; 
QUEMiNSETTE, chcmisette ; un plaideur acharné dit pour un 
procès : « J'y mouegerais ma dernière queminse. » Quand 
la chemise se montre par un trou de la culotte, on crie 
par derrière : « Combien l'bôquet? c. à d. le bouquet , ce 
qu'on demande à la foire ou à l'assemblée à celui ou à celle 
qui, pour se louer, porte un bouquet à la main ou à la 
tête. Le h.-l.Camisia^eui avoir un orig. lat. ; Cama, lit, en 
esp. (xaf^at, à terre); mais on dit Caimis en irl. et en gaël; 
en lang. Camisa, d'où les Camisards, qui étaient vêtus de 
blouses blanches. 

CHAINGNE, chaîné; ENCBAiNGMER, enchaîner, àe, Ca- 
tena (xaôeva, un à un); coAiGNOLLE, manivelle qui mouvait 
une chaîne , ou qui a remplacé une chaîne. Ce mot s'est 
altéré en choignolle, à Av. sol^olle, d'où ceoiiNOLLER, 
adapter une choikolle, et dechoigkolleb , desoiixoller, v. a. 
disloquer ; en v. f. Soignole, manivelle qui meut la chaîne 
d'un puits ; le fr. Chignon sign, la nuque , la chaîne des 



234 

vertèbres du cou , d'où chigiAo.n , partie des cheveux relevée 
par le cou ; Chiguon est dans Villon Chagnon (édit, Jannet. 
190), ainsi que le n. chignole, nuque : en argot, Cadenne 
sign, chaîne du cou, d'où le fr. Cadenette; en anc. prov. 
Catal , en esp. Cadena. cnAiGREirE (porter en) sign. 
porter sur les deux mains croisées. On dit à Lis. : « A rune 
la boise. » 

CHAIRE . chaise , du 1. Cathedra : « Se met dans une 
chaire ou s'assied sur un banc. » (Régnier, Sat. x.) La 
forme intermédiaire est le v. f. Chaere; chairer, enfermer, 
les enfants dans une chaise barrée. Au contraire, dans 
l'Av., CHAISE signo la chaire du prédicateur, du 1. Casa: 
« Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise. » 
(Molière. Femmes sav.) Dans le nord de la M., caire, 
comme en v. f. 

CHAITIS, adj. chétif, en v. f. Chaitis, C/iefis, Caitis, 
dérivé de Captivus : 

Seit arse cesie vile Iule... 
Seient en cil mené chaitif 
Qui i seront bel Irove vif. 

(Benois, Chron. de Norm , v. 1855.) 

En a. Caitiff, en en it. et en esp. Cativo, en hoU. Katuff; 
cAPxi , captif : « Se rendre capti , » se captiver. 

CHALUT s. m., espèce de filet probablem. dérivé de 
chaland, de xeXavSiov, petite galère à rames; chaluteb, pê- 
cher au chalut. 

CHANGE s. m. chemise ou vêtement de rechange : 
« N'emporter avec soi qu'un change; » changier (se) 
se vêtir d'autres habits : « J'vas m'changier; » du b.-L 
Cambire, Cambiare; echaî\gier et essangier (Val) du linge, 
c'est le passer à l'eau, le laisser tremper, lui donner un 
léger changement , si toutefois ce mot ne renferme 
l'idée d'eau, comme Essavier, par ex. En a. Change, chan- 
gement. Exchange, bourse, Changeling , enfant supposé, 
ce qu'on dit en fr. « Changé en nourrice. » 

CHARIVARINER v. a. et n., rendre l'objet d'un chari- 
vari, du b.-l. Carivaria, tapage : « Inibemus ne faciant 
larvas seu carivaria super matrimoniis. » (Ap. Martenne, 
collect. 38.) II s'agit d'une mascarade (Larvas) accompa- 
gnée de cris Carivaria, on. CHARiyARiNEUR , charivariseur : 
à Jersey, la nuit de la Saint-Jean,, on crie , on bat les us- 
tensiles de cuisine, ce qu'on appelle : « Faire braire les 
poêles. I) (V. notre notice sur Jersey, Revue de Caen ^845.) 



— 23o — 
CHARMEUR, enchanteur, en a. Charmer ; ce mut est 
dans une chanson n., citée par E. de Beaurepaire {chants 
pop., 51) : 

Le rossignol charmeur 
Y cheminait quant et mé. 

Charmer a son sens prim, dans Basselin : « Tant est bon 
cestuy-ci (pommé) qu'il m'a presque charmé, » dul. Car- 
men, chant magique, en v. f. Carme, vers, mot qui est dans 
une inscrip. funéraire de l'église de Cerences ; « J'en fais 
tous mes carmes. » (Basselin, 119.) L'idée d'ensorceler, 
d'envoulter, ou litt. percer le Voiilt , ou l'image de quel- 
qu'un, se rend dans l'Av. par ExNqueuaudeb, v. caras. Carme, 
vers, Carmen, existait en v. a. : « To chaunt our charmes 
at will. » (Spenser, 410) On emploie encore charme dans 
son sens magique dans la loc. fr. « Venir à charme , » 
et dans la loc. u., avec l'éclipsé de par: « Venir comme un 
charme. » 

CHAUFFAUD , s. m. échafaud, comme en v. f . , de l'it, 
Catafalco, d'où le fr. Catafalque. V. Du Cange, à Chauf- 
fatidiis. 

CHAUT 3" pers. du v. fr. Chaloir, importer, qui n'a 
laissé au fr. que nonchalant, nonchalance, on dit ; « Cela 
ne m'chaut pas, » et comme dit la Muse n. : « Que m'en 
chaut? je le porte à ma guise, » et 01. BasseHn : « Le 
mauvais latin ne nous chaille. » (p. -JSO.j C'est sans doute 
à ce dérivé du 1. Callet qu'il faut rattacher le fr. Chaland, 
litt, partisan, car en n., Chaland sign, ami, amant, en 
mauvaise part : « Cette femme et ses chalands , » d'où 
chalandise, achalander. 

CHAUVIR, dresser les oreilles d'un air sournois, peu 
usité en fr.; chadmir, id.; chauvet, caivet, animal sour- 
nois, qui chauvit; Régnier traduit le demitto auriculas 
d'Horace par « Tu chauvis, » du I. Calvere, tromper. 

CHEUNDRE, ceindre, de Cingere; recheint, s. m. ligne 
concentrique pour resserrer un animal qu'on veut saisir ; 
CHEINTCRE, ccinturc ; la cheinture s. martin est l'arc-en- 
ciel , en prov. Arc san Marti, et Area de san Martin en 
esp.; à Bay., les ceagles sont des rues de ceinture, comme : 
rue des Cengles, les Cengles de Sl-Floxel , les Cengles de 
St-Patrice, dul. Cingulum; (V. Pluquet, Essai sur Bay., 
M 6.) CHEiGrsELX (H.-N.), tabUer qui ceint les reins : « Pu- 
rins qui venez aux serées avec vos chaigneux. » (Bluse n.) 

CHENAS, usité dans la loc. : « Coumc un pape dans un 



— 236 — 
cheims, » pour dire fier el solennel, lilt, dans un cénacle ; 
pour le peuple n. , le visage du pape représente une belle 
face rayonnante de santé : « Aveir une figure de pape. » 
V. cBi.^E , rad. de ce mot. 

CHENDRE, cendre, du 1. Cineris, en a. Cinder, fraisil, 
en V. a. : « Cynders of cole brize; » C'est le sobriquet 
d'une commune n. : Les chendres nèrcs d'Anisy; le mé- 
cuEDi DES CHE.\DBES, Ic jour dcs Ccndres ; chendroux, cen- 
dreux; CHENDRER, couvrir de cendre; chendrouillier et 
cHENDRiLLONNER , remucr salement les cendres , couvrir de 
cendres ; cheindrillon , s. f. celle qui se souille de cendre 
ou reste toujours au coin du foyer; on dit encore cul- 
cHEADiioux. On dit en N. : « Faut mouegier sept boissets de 
chendre pour allai en paradis. » 

CHENSOIR , encensoir, en a. Censer, enchens, encens ; 
encenser, v. n. , se dit métaph. des chevaux qui lèvent fré- 
quemment la tête; Censer sign. , dans Shakespeare, une 
espèce de poêle dans la boutique d'un barbier. (V. Taming 
of the shrew.) Encens vient du 1. Incensum et tout ce groupe 
se rattache à la famille de candelle. 

GHENT, cent, de Centum, comme en v. n. : « Ghent 
mile. » {R. de Rou., 313.) che.ntalne, centaine; CHENTAmE 
(trouver la), c. à d. le nœud d'une difficulté, litt. le cen- 
tième tour de dévidoir oij l'on fait le nœud au fil; aussi faire 
tourner la chentaine sign, embarrasser : « La chierlé o pus 
hupais fait tourner la chentaine; » (Muse n.) chentiime de- 
r\iER , droit de mutation, autrefois le centième denier ; 
chentime s. f. centime : « J'nen donnerais pas une chentime 
fendue en quatte. » « Aveir des mille et des chenl, » c'est 
être très-riche; chentenier (îlesn.) adjoint au connétable ou 
maire, administrant une chentaine, souvenir des anciens 
Hundred saxons et des Centenies 1. En bret., Kant, cent, 
comme dans le prov. : « Kant brot, Kant kis; Kantparrez, 
Kant ilis; » cent pays, cent modes, cent paroisses, cent 
églises. 

CHER, choir de cadere, part. p. cheu, fut. Je cherrai, 
prêt. Je CHEus ; de là mescheoir ( Gl. n. ) échouer et mes- 
CH!EF (ibid) malheur, en a. mischief; on disait en v. a. bon- 
CHIEF, bonheur, bonne chance, car chance contr. de Che- 
vance se rattache à Cadentia; de là le fr. chance, chanceux; 
en écC/iancy, heureux; on dit de quelqu'un de peu de 
chance : « Né le lendemain de la chance et mort la veille; » 
en a. Chance, chance , Perchance . par hazard ; enchée , 



— 237 — 
Iréniic OÙ choit le grain ; cheute, chute; eguelte, e^uelte 
p. f. éboulement; CBEVER à ]M. choir; echouebie, place d'é- 
chouage à Saint-Pierre-ct-Miquelon ; accidemer, frapper 
d'accident : « Le reboutour guérit les bêles accidentées ; o 
cabre, en v. t Cable, bruit, duns l'Orne , sans doute d'un 
objet qui tombe; échiaace, échéance, de là le fr. cadence, 
cadavre, cadole, caduc, décadence; enn.DECADiR, déchoir; 
en a. Decay; ainsi, dans le dicton de l'Av. : « Ch'est 
coume la ville des Biards, qui décadit chaque jour d'un 
Hard. » 

CHER, cerf, et surtout Cerf-volant, insecte, la lucane; 
on croit qu'une tête de cher dans la poche porte bonheur. 
Le 1. Cervus est devenu Cel dans la loc. la Lande de 
Corcel. dans l'ancienne forêt de Lions; ce mot , qui sign, 
où l'on court le cerf, garde sa forme étym. dans les vieux 
documents : « Une lande Corcers a nun. o ( R. de Rou, 
V. 5668. j et ap. Dehsle, Et. , 370 : « Hz peuvent faucher 
en la Lande de Cocerf. » Le mot Daim, dul. Dama, semble 
avoir donné au V. f. Dainchj , élégant de forme, Vu Dandy, 
en V. a.Dainte, comme dans covers de Chaucer {Prologue, 
V. ^68): 

Fui many a dainle Lors hadde he in stable. 

Delà, dans la langue delà vénerie, Daintier, d'où sans 
doute l'a. Dainty, friandise. On dit ordin. en N. : « Puer 
coume un daim. » L'a. Deer n'est pas sans ressemblance 
avec Daim, et la femelle Z)oe avec le fr. Daine, pron. 
Dine. 

CHERISE, cerise, de Cerasus , ville de Pont, en a. 
Cherry ; cherisier, cerisier; à M. cebase, cerise; de là les 
noms loc. la coerisaie, le caERisEx, cheriset, cerisaie. V. 
passim les noms des espèces de cerises, parmi lesquelles 
l'a. Cherry-duck, litt. cerise à canard, est pop. dans la M.; 
c'est la cerise d'A. des jardiniers. On peut rattacher à cette 
famille le fr. Merise, litt. Mau-cerise. cerise sauvage. 

CHERVELLE, cervelle, du 1. Cerebrum: « Pnapaspu 
d'chervelle qu'un lieuvre; » échervelé, ccervelé, en n. ch 
se durcit dans certains mots issus de Cap, Caput, comme 
QUEVEU, cheveu, quevèt, chevet, queville, cheville, quetir, 
chevir , quivière, civière, etc. Ce dernier est dans les Rôles 
de l'Ech. de ^^98 : Chivreum a\'ec Baiardum on len. bard. 

CHEUCRE, CH0UCRE, sucre, en a. Sugar, pron. Chougre ; 
CHOiCRER. le chucrin-vert, poire. etc.V. Chucrc, p. 't^2 de 
y Mr. 



— 238 — 

CHEVA, cheval, du 1. Caballus, comme dans le prov. : 
Che n'est pas I' cheva qui laboure l'aveine qui la majue ; » 
on dit encore : « Bête coume un cheva. » Les enfans se 
défient par un terme de chevalerie : « Je m' f... d' té à pli 
et à cheva. » pied-de-cheva, grosse huître de rocher, à Val.; 
piED-DE-cHEVA (Litry), morceau de houille imitant le pied 
de cheval; chataigïne-de-cheva, marron d'Inde, en a. Horse- 
chesnut; coce-de-cheva , la prêle; chevalerie, n. coll. pour 
l'ensemble des chevaux. : « A c'te feire , la chevalerie se 
vendait biin; » de même en berrich. : « On a saisi la che- 
valerie et la récolte; » ( Fr. le Champi, 473 ) ce que l'a. 
exprime par « on horse back , » le v. a. le rendait, comme 
en fr., par «ahorse. » (Rob. de Gloucester.) chevaucheure, 
s. f. petit sac de paille eu guise de selle ; achevaler (Gl. n.), 
mettre à cheval; dechevaler, descendre de cheval; galvau- 
der, GALVAUDER, chovaucher vite, courir à travers; galvau- 
DOCR, celui qui galvaude; cavalière (porte), la grande porte 
du manoir n. ; mais cochère ( porte ) a prévalu en fr. ; la 
petite porte est dite riÉTO^imÊRE. On a aussi dans la M. la 
forme dure qdeva, cheval, comme dans Caballus et dans le 
fr. Cavale, laquelle se disait en v. pic. : « Les hospitaulx de 
S. Loys dits du Queval dor à S. Omer. » quevalchier , 
chevaucher; quevauchie et pecquevéchie (jouer à) , c. à d. 
à faire chevaucher une épingle par une autre en la pous- 
sant du doigt. M. duMéril rattache au rad. Cah, tête, Ca- 
ballus, Capra , etc. Le v. a. employait Chivaler, cheva- 
lier, et l'a. actuel garde le mot fr. Le Cavelier est un n. pr. 
commun en N. 

CHIBE, cnivE, cive, du 1. Cœpa, oignon; en a. Chives : 
« Vert coume chive ; » chibot, s. m. ciboule (Cœpula) en 
lang. Cebot, en v. f. Cibot et CMbolle, ainsi qu'en v. a. , 
comme dans ces vers 4389 de la Vision of P. Ploughman : 

Chibolle et chervellc 
And ripes chiries manye. 

Un de ces mots est le cerfeuil, le chervil actuel; en n. 
ÉCHERVI désigne un légume qui disparaît , le chervis. Ilal- 
liwell cite dans son diet., Chibbals, oignons, etChibe, sorte 
d'oignon. 

CHICAINE, chicane, du 1. Ciccum, en passant par l'esp. 
Chico, peu, htt. difiiculté sur une petite chose; Chicanour, 
chicaneur : « Un normand , un fils de pirate , de bouvier , 
de chicanou, comme dirait Rabelais, de buveurs de cidre, 
etc. » (J. Barbey, Memorandum, 96.) Les rues tapageuses 



— 23 9 — 
sunt dites pup. Rues c/ncatie; on appelle Papiers-cldcane 
les contrats ou mss. usités en lecture dans les écoles. A ce 
rad. le fr. rattache chiche, chicot, chicoter, et l'a. Chicane, 
chicane, Chickpeas, pois chiches, et de là laloc. fr. chiquet 
àchiquet. 

CHE, çu, ce;cH£T, cet, en v. f. Cist (hic iste), et çte 
devant une voy. : « Çu quemin, çt'anima. » V. Su passim 
dans la Muse n. cf. cha , chelle {Hœc illa , en v. f. Icelle) . 
celle, à Av. le sien : « not paumelle (orge) d'anieu est biin 
secque; la sienne d'hier itou; » chin, ci : sti-chin, celui-ci; 
AiNCHo, ainsi : PAR-cei>, par ici. 

CHIFFER, chiffonner, de chiffe, en arabe iSe/m , ro- 
gnure; CHiFFETiER, chiffonnicr; chiffeter, déchiqueter; ce 
mot fr. dérive de chique, chiffe : « Remue tes chiques; » 
chiquetier, clfiffonnier ; écbiqieter, déchiqueter : en argot, 
Chiffon, Cldffon rouge désigne la langue, et l'argot a. la 
désigne aussi par Red rag.; de Chiffe vient l'a. Shift, 
chemise de femme, en pat. a. Chife, fragment. 

CHIFOURNIE(Guern.), vielle, en V. f. Chifonie, dérivé 
de symphonie ; il est dans la 3fuse n. : 

Qui ne dansest à d'autre chifournie 

Qu'au faux bourdon que rendent leu bouyaux. 

CHIIER, cher, du 1. Cams : « Le blié est biin ceiiER;» 
CHIERTÉ, cherté ; e.xchiérir, enchérir, chiire, caresse : «Faire 
des chiires, » des mines caressantes, des chères, en wallon, 
Caire, mine et en prov. Carou, env. a. C//eere dans Spenser 
p. 8, en a. Cheer; echere, jalousie, et echerdam ( Gl.n. ,) 
jaloux, sont peut-être des formes de Enchère, qui est sou- 
vent une forme de la jalousie , car le jaloux enchérit sur 
son rival ; chihette ( Gl. n. ) rire caressant d'enfant ; cetérir 
caresser, comme Cherish en a. La famille secondaire de 
charité, Caritas, donne au n, charité, confrérie ; « Se il 
advient que aulcun des frères de ladicte charité eschet en 
maladie de mezellerie. » (Statuts de laconf.de S.-Malo de 
Bay) ; on disait Carité : « Cy ensuivent les estatus de la 
confrairie et carité de Bernay. » (Bibl. de l'éc. des Chartes.) 
CHARITAM (Perche), confrère de charité ; caristau , qui de- 
mande la charité, comme dans ce blason des gens de Vil- 
liers ( S.-Inf. ) : 

Les manants de Viliiers 
Caristaux l'été, carislaux l'hivé. 

CALISTRADE S. f., sac à provision , le fr. Caristade, de forme 
prov. : « Aller à la calistrade, » c. à d. mendier. 

T M. 5 



— 2'.0 — 

CHUN, el TcniL\ dans le nord de la M., quik.\ à Coût, et 
en H.-N. : « Toultefolz que le roy cache en la forêt de Rou- 
vray pour un an une mine de brest pour faire du pain à 
ses quiens. » (Delisle, Et., 388), du 1. Canis : la forme 
QCLN donne peut-être au fr. Requin, appelé d'ailleurs Chien 
de mer. Ce mot entre dans beaucoup de dictons n. : « Etre 
recheu coume un chiin dans un jeu de quilles. — Allai de 
travers coume un chiin qui revient de vêpres. — Un chiin 
regarde biin un evêque. — Noble coume les quartiers d'un 
chiin. — Quand no veut tuer sen chiin , no dit qu'il est 
eragii. — Coume disait Dagobert à ses chiins : N'y a si 
bouenne compagnaie qui n' se quitte. — Etre à cheva sus 
le tchiin , c. à d. désappointé. — Ne faut pas élevai un 
tchiin pour se mordre, etc. (V. Pluquet, Essai, 305.) 
Berat a employé le quien de la H.-N. : « L' quien du berger 
qui me r'iuquait. » (Le Doigt coupé.) qi]e.\aille , le fr. Ca- 
naille , prim, portée de petits chiens , et maintenant l'en- 
semble des enfans d'une famille, en v. n. Chiennaille: 
« Cette chiennaille païenne. » (Mir.de Rob. le Dyable, 98); à 
Val. QUENASSE, enfant; quenot, petit chien; de là le fr. Chenet, 
de sa forme de chien accroupi : « A Rouen, on dit parmi 
le peuple Qucnot pour petit chien; on appelle aussi les 
chenets des Quenots. » (Dictionn. de la Conversation, art. 
Chenet.) Aussi les A. l'appellent Dog, et les Ail. Feuher- 
hund, chien du feu. quenotter, chienner; décaniller et 
DÉcHEiMLLER, faire déloger, litt. tirer du chenil, en a. Kennel; 
en v. f. : « La chiennine morsure. » (La Fresnaye, Idylles.) 
ceL\ER, colporter, courir les campagnes, travailler dur, litt. 
courir comme un chien, faire un métier de chien ; chineub, 
colporteur : il pourrait aussi venir d'Echiné, en it. Schiena, 
dos , du gr. 2x'^°? ' hérisson et colonne vertébrale , d'où 
Echiner, en a. Chine, en n. etchlner; etchineux, couperet 
de boucherie. On rapporte au chien, avec une nuance de 
mépris , les produits naturels très-communs , comme vio- 
lette DE CHIIN, viola canina, rose de chiin, l'églantine, en 
a. Dog-rose et Dog-briar ; le Dog-wood est le cornouiller. 

CHIME, s. f. (Bay), rejeton de choux, litt. la cime, 
du 1. Coma, ou plutôt de Cacumen, d'où le fr. cime, cimier; 
ÉcHiMER, écimer; chimelette (Av.) cbimette, baguette fine 
et flexible (S.-Lo) ; cotjmète, comète; coeffe a la cocmette, 
ou simpl. COUMETTE (Val.), coiffe recourbée en cimier; en 
a. Cornet, comète; au 1. Coma se rattache le v. f. Coint, 
joh, bien peigné, en. a. Coint, en a. Quaint, joli, en l. 
Comptas, d'où le n. pr. le Cointe; c'est de là que vient le 



— 241 — 

fr. Accointer, lilt, aborder avec gentillesse, en a. Acquaint, 
Acquaintance, etc.; du reste en gall. Gwaint , gentil, en 
bret. Coënt, aimable. La vieille orthog. cyme, cymaise, 
conflrme l'ét. de cette famille par le 1. Cacumen. 

CHIMNAIE, cheminée, en a. Chimney, du gr. Kapiivoç 
(xatw) : « Neir coume la chimnaie. » 

CHINE , dîner , du 1. Cœna, pourrait exister quelque part 
en N. ; du moins, le v. f. avait Rechinoy , le goûter; en n. 
BÉCI^E (re-cœnare), collation; récier, collationer; en lang. 
Hécate, repas du midi; l'a. possède Ccnatory, mot d'orig. 
savante; le mot Cénacle paraît être dans cette locution : 
« Fier coume un Pape dans un cenâ. » V. cue.^as. 

CHINQ, cinq, du 1. Quinque; on trouve Cinque dans 
d'anciennes inscr. italiennes ; « mil IIII c. ving et chinq. » 
(Acte de la Vie. de l'Eau) ; l'a. a gardé ce mot dans les 
■> cinque-ports ; » le a cinq pace •> est une danse que sir 
J. Davies appelle « a gaillard » et on trouve dans la Cym- 
belinede Shakespeare: « A mole cinque spotted. » Du reste, 
l'a. renferme dans des sens spéciaux les noms numéraux f. : 
One, en v. a. On : « it chance me on day. » (Spenser, 402) 
deuce, troy et treble, cinque, week (semaine ou huit jours); 
douze est sous forme de douce dans Spenser, p. J 78 : « Like 
a doughty doucepere. » et Doseperis dans Chaucer est le 
fr. les douze pairs de F., en v. a. a dosein, une douzaine, 
en a. dozen. Les cniNQ dés, ou l'ancohe; l'herbe aix chinq 
DENTS , sans doute la potentillc. On dit prov. : 

Une soupe aux clioux 
Aumédecliin oie chinq sous. 

ceiNQUANTE, Cinquante : « De la nature du melon; faut en 
choisi chinquante pour en trouvai un bouon, » CHI^QUAN- 
XAENE, cinquantaine, chi.nq-quemlns, carrefour à cinq chemins. 
CHIPER, prendre, filouter (Bay. Vire), usité surtout en 
argot de collège, du 1. Capere; acciier, en Bray sign, rece- 
voir et prendre; chipie, femme avide et intéressée; de là le 
fr. chipoter, et l'a. Cheap, bon marché; capti, captif, concen- 
tré sur : « Etre capti à sen coumerce, » de là l'a. Keep, 
Kept (Captus), en a. -s. Cepan; de là Keep , donjon. Le 
f . Capable est en a. Capable , de Capere ; mais Able , ca- 
pable , est la contr. du fr. Habile, en v. f. Hable. De là le 
fr. Capter et sa famille, d'où Acheter (Adcaptare) , en n. 
acater; en it. Acatare; dans les Rôles n., ^m/are, Acatum, 
achat : ACATorR , acheteur; acatobr de biens . celui qui achète 



— 242 — 

des terres pour les revendre; apeuchever , apercevoir : ched 
est la term, du part, passé reçu , aperçu , etc. En argot 
Choper, voler, Chopin, vol. 

CHIRE , cire , du 1. Cera : « Por i c. de chire. » [Coût, 
de la Vw. de l'Eau.) chirocx, chassieux; chirer, crier; 
ceiGROs (H. N.) , la cire grasse des cordonniers , comme 
dans la Muse n. : 

Je renonchis au ligneul, au chigros. 

ceiRiER, drier; chirage, cirage; chferge, cierge; chiergier, 
cHiERGiÈHE, marchand de cierges; chirobène (Gl.-n.), cire 
de cordonnier; Cf. le fr. Ciroène. 

CHIROT, sirop, suc doux, de l'arabe Sirab, potion 
médecinale, en a. Sirup, chiroteu , rendre un suc doux : 
« La pipe chirote; » chiroter, déguster, savourer : «Chi- 
roter sen café; « ch(Rotier , gourmet, buveur de sirops. 

CHISET, ciseau, en it. Cisello, du 1. Cœsus, en a. Chi- 
sell; cmsiAu, id. ; enchiseler, ciseler, de Incisus; chigail- 
lieh, dépecer malproprement , le fr. Cisailler, de cisaille; 
cisiAux, ciseaux, en a. Scissors; l'a. Chase, ciseler, est une 
forme de cette famille. 

CHOEU , chœur , du 1. Chorus , en a. Choir ; chœuret, 
enfant de chœur; à Villedieu curot; en pic. Moignot , litt. 
moinillon; à Bay. la rue de la Maîtrise s'appelait Rue aux 
Chœurets: Wace dit Clerzon, petit clerc. 

CHOINE , pain de première qualité , litt. pain de cha- 
noine; à Av. on dit encore Pain de Prêtre, pour la seconde 
qualité ; ainsi dans le T. de Chartrose : 

Un pain ne scei choine ou fouace. 
salade de chanoine , la mâche ; ce mot dérivé de Canonicus 
(xavojv) est en a. sous la forme de Canon; en v. f. Canoines 
(R. du M. S. M., V. J036.); la plupart des villes épiscopales 
n. ont leur Rue aux Chanoines. V. à Tint. p. 204 la légende 
du chanoine de Cambremer; il y a des terres dites Cha- 
noinerie; en a. Canonrtj; en argot Chanoine, sign, rentier, 
sens analogues aux dictons : « vivre comme chanoine , 
gras comme chanoine. » Il y a à Villedieu une pomme de 
cnoiNE; on dit prov. : « N'faût pas magier sen choine le 
premier, » c. à d. ce qu'on a de meilleur. On trouve aussi 
Cheine en v. f. : « Il doit avoir \ mes général ausi comme 
^ moine et autel cheine, » c. à d. un pain blanc comme en 
a. un moine ; Cler-matyn avait la même sign, en v. a. , comme 
dans ce vers 4407 de la Vision of P. Ploughman: 



— 2/i,-î — 

iVe no beggere ete breed 
That banes inné were , 
Yul of coket and clermalyn 
Or ellis of clene whele. 

CHOLAR (Caen), soulier: « Escouessinerseucholards.» 
essuyer ses souliers avec de la paille courte et battue dite 
ESCODESSIN, du 1. Solctt , OU micux, du b.-l. Sotularius, 
forme de Sutor, d'où dérive le nom pr. très-commun en N., 
Le Sueur; choule, jeu à la soûle, litt.au soulier, parceque 
la balle est lancée avec le pied; c'est le Joot-ball des A. ; 
de là CHOULER, provoquer, c. à d. défier à la soûle; à Cherb. 
cnAOLocR sign, fainéant , litt. joueur de soûle ; en Pic. on ce 
jeu est encore en vigueur Cheoler, Chouler sign, repousser 
durement; decholer (Cherb.), pousser çà et là comme on fait 
à la soûle, que l'on pousse de paroisse en paroisse; à Bay., 
CHOLE, vogue, réputation, litt. victoire à la soûle; de la 
forme choule, choulier, soulier, vient l'a. Shoe, chaussure. 
V. Cauche. chueller, s'amuser , flâner; chuelleur, flaneur, 
litt. joueur de soûle; choumacre, terme d'injure de l'ail. 
Schumacher, en h. Shoemaker , cordonnier. 

CHOPE, chopine, de Cupina, dim. de Cupa; en a. 
Cope-House, cabaret; chopiine, à Val. demi -pot, à Av. 
quart de pot; chopiner, boire fréquemment chopine; cho- 
piNEUR, buveur de clîopines ; GALoPE-cHoriKE, type d'ivro- 
gne à Val., et St-CuopiN est un patron des buveurs; cnopi- 
NETTE , dim. affectueux; en a. Chopin, chopine; à Villedieu 
on dit CHOQUETTE, mais c'est un on. de choc, de l'usage de 
choquer, de trinquer; en v. a. Coket sign, vase servant de 
mesure, et le b.-l. avait en ce sens Coketa. Toutefois, cho- 
pine se dit en irl. Scipinn , en ail. Schoppen. Pour Coket 
V. l'art. CHOiNE. 

CHOSE s. f., employé peu respectueusement pour le nom 
d'une personne qu'on oublie ou qu'on ne veut pas cher- 
cher: « Dis donc, chose, coument que tu t'appelles? « Chan- 
ger chose en Virgile ou bien l'autre en Platon (Regnier,AS'a^. 
H-t). CHOSE s. m. f< un chose, » un instrument quelconque, un 
objet. Ce mot chose , dérivé de Causa est ellipse dans les 
phrases pop. suivantes : « Ce n'est de refus , ce n'est pas 
de trop. » Une phrase d'un prône du 12e s. attribué à Mau- 
rice de Sully et publié par M. Hippeau, nous montre Cose 
et Chose réunis : « Segnor et Dames , ces coses ont esté 
dites pour vous. Ces choses doivent êstre examples et 
amonestement de laissier le mal; » mais la copie est du 
\ 3e s. Une chronique de ce siècle, Chron. de Rains, garde la 



2U 

forme primitive : « Je suis une petite cose , » dit une mé- 
sange. (Ap. M. du Méril, Fable ésopique, U5.) cnosE, s. f. 
pudendum, dans Chaucer Bel-chos; de même en pat. a. 
Thing, pudendum, (Halliwell's Diet.); chosette, petite 
chose; quiqde chose, quelque chose, en a. Kickshaws, ba- 
gatelles; on dit aussi quique-seit, quelque chose (qui que ce 
seitj , en a. Kicksey -Wicksey , femmelette, litt. quelque 
chose vicié. 

CHOUQUE, bûche, le fr. souche, du X.Secare; chou- 
QUET, s. m., petite bûche; chouqde de noet, souche de Noël, 
qui , conservée et arrosée d'eau bénite , préserve de la fou- 
dre ; « Unam fagum , unam chouquam, ad Natalia. » (Car- 
tul de S. -Georges.) On dit aussi chcqce et chuqcet; ce der- 
nier commun dans les n. pr.; achuqdeté, (Bay.) entêté, litt. 
comme une bûche. Parmi les autres dér. fr. de Secare, on 
remarque Soc, section, secte, segment, siècle, scier; en 
n. scier, en a. Saw, scion, seigle, sicaire, souche, souchet, 
en a. Stock, tige; sexe dérive du supin archaïque, sexum 
pour sectum, et indique une division de l'espèce animale ; 
en n. sesque, désignant surtout la femme : « Une personne 
du sesque, » en a. Sex et Seiver, écuyer-tranchant, est le 
fr. Scieur. 

CHOUYER, choyer, qu'on a tiré de choisir, mais qui 
vient mieux du terme de tendresse chou; chouchou, simple 
interject., comme dans les termes de vénerie : chou, chou- 
là, chou-pille; de là l'argot Chouette, joli, excellent; c'est 
par une on. voisine que l'a. exprime faire l'amour. Woo, 
d'où Wooer, amant. Quant à chou, légume, que nous avons 
mis au celt, il peut venir du 1. Caulis, devenu en a. Coal, 
charbon, par abrév. de Charcoal, charbon de tiges; env. a. 
Cynders of cole, sign. Breze (braise) dans les Ed. de la 
langue fr. de Palsgrave, et Coles of fyre (tiges de feu), sign, 
charbon. 

CHRIT, crucifix : « Un biau chrit ; » cheétienneté, chré- 
tienté; CHRisTiÉNER, rendre Chrétien , cu a. Christen; cidre 
CHRÉTIEN ou RAPTisiÉ , mêlé d'eau; en a. Christmas, Noël , 
litt. messe de Noël; œil-he-christ, l'aster; quant kCriste- 
marine, qui désigne et la Salicornie et le Crithmun-mari- 
timum, et dans lequel un romancier n. a vu le radical de 
cette famille (Une vieille maîtresse), c'est ce dernier mot 
Crithmum. renier chrême et baptême, être renégat, blas- 
phémateur. 

CHUE s. f. cigûe . Conium maculatum : « Vert coume 



* 



chive ou comme chue; » suelle s. f., même sign. {GL n.) 
pour Chuelle , se dit à Vire; \jEthusa cynapium se dit 
prop. PETITE ciGÛE, du l.CîCM^a, en n. chigue; sielle dé- 
signe aussi la Berce. 

CI , cil , du 1. Cilîum; cillet , cil : 

Pour haulser les sillcls de l'ebenin sourcil. 

(Guy de la Boderie.) 

cilter , ciller; souerc[ , sourcil; souercillieu , sourciller: 
« Jouer à souercillier. « (Val.) Jouer à qui ne sourcillera 
pas devant un coup menaçant. 

CIÉ , ciel , du l. Cœlum; enciéler (un lit) , y mettre un 
ciel , d'où l'a. Ciel et Cieling , plus souvent Ceil, lambris- 
ser, et Ceiling, lambris; céleste, prén. de femme commun 
dans la N.; maucié (à) lilt. à mauvais ciel, c. à d. mauvaise 
exposition, à Av. viEuciÉ. Quant à Cieu, aveugle, du 1. 
Cœcus, il n'existe que dans les n.p. Le Cieux : « Ils ont 
dit à Longin le cieu. » {Ancien mystère.) 

CIEUS, CHIENS, chez, du 1. Casa, qui précédéd'uneprép., 
s'est conservé en it. « A Casa, In Casa; » on lit encore dans 
la Chanson des Saisnes, 1. 1, p. 23 : 

Chascun va an sa lerre et an son chasement. 
et l'esp. a conservé Camiento et Casar, qui se retrouve dans 
les Alcazars de cette langue latino-arabe; Casetie , Ga- 
zette s. f., terme de fabrique de porcelaine, enveloppe des 
vases mis à cuire. V. cassiiNE. 

CILDRE, cidre, en y.n.Sildre, en a. Cider, en isl. 
Seydr , du 1. Sicera, espèce de bière, d'où le fr. Cervoise ; 
mais en b.-n. le cidre est le bère, ou le boire par excel- 
lence; ciDRAiLLE, s. f., mauvais cidre, en a. Ciderkin; eîvci- 
DBAiLLiER, gorgcr dc cidre; L, du Bois a employé cipriste, 
brasseur dc cidre, pour trad, le titre d'un livre a. The 
Cidrist (Londres ^57) : « Les Anglais, dit Fénélon, ne 
se refusent aucun des mots dont ils ont besoin. » (Lett, à 
l'Acad.) On disait Cidrer , faire le cidre, gén. tiler: « Sont 
tenus mes hommes de Dorville ayder à faire sildrer.» (Aveu 
de Dorville, 1497.) 

CIRUGIEN , cÉRUGiEN, chirurgien .Chinirgus, en a. Sur- 
geon, cÉRCGiE, chirurgie, en a. Surgery. 

CITROUILLET s. m. , petite espèce de citrouille , du I. 
Citrus, citron : 

Entre Georget (S.-Georges) 
Et Marquet (S. -Marc) 



— 2/(6 — 

Il est un jour seulet 

Ou no sème citrouille et cilrouillet. 

ciTROCiLLET (S.-Hilaire), confiture de citrouille; citbounelle, 
ou HERBE AUX MOQUES, melisstt officinalis \ en a. Citron, ci- 
tron, Citrul, citrouille. 

CIVILITÉ, ancien livre d'école, en caractères gothiques, 
intitulé : Civilité puérile et honnête ; « Luure dans la civi- 
lité, » sign, être savant; on dit aussi : « Luure dans les 
contrats, ou papiers-chicane. » Aujourd'hui : « Lire dans 
les Mss. » Sous la Répubhque fr., citoyen était ironique- 
ment changé en sotoyen; en v. f. Citien, en a. Citizen. 

CLIAÏ , CLIAIRE , clair , claire , du 1. Clarus, en a. Clear; 
ÉcLiAiREB, éclairer, en a. Glare; écliai, éclair; écliaire, 
chélidoine , en a. Clary, comme chélidoine est anglisé en 
Celandine; ecliauvgi (Val.) éclaircir, mais dans le sens phy- 
sique : « Ecliairgi le teint; » cliaire-vaie , clairevoie, mais 
appliqué à Val. à la galerie d'une tour, ce qui rend le mot 
archéol a., Clerestory; clairiiner (Bray), reluire, en argot 
Clarinage, bruit clair, en v. f. Clarin; clarine, en a. Cla- 
ranery , clochette : « Trompes, pypes and claraneries. » 
(Metrical Romances, de H, Weber, 1. 335); aussi en pic. 
Clairon, éclaircie du ciel, et en H.-N. clariner sign, faire un 
bruit clair, comme dans la 3fuse n. : « Nos a biau clariner 
près l'auge la caudière, et crier Tiau , tiau , tiau ; pas un 
de nos gorrets ne répond Ouyn , ouyn , ouyn à nos cham- 
brières; » clarinage est aussi dans la Farce de Quiolars; 
(édit, Techener , 9). cluiret, vin clair, est cité dans plu- 
sieurs chansons n., en a. Claret; un gloss.de la bibl. de 
Rouen, écrit au ^ -le s. renferme : « Amistis, potatio cla- 
reti ; » cet Amistis est VAmystis Tréicia des odes d'Horace 
(^eriiv,); cLiARiBOCBE , brcuvagc clair et mauvais; cliari- 
baudée s. f. feu clair; comme le rapport de la plante dite 
Eclaire avec l'idée de clarté n'est pas très-apparent, on peut 
rapprocher ce nom du bret. Sklear. L'a. Clean, net, semble 
la fusion de la loc. f. clair et net; mais Clever, qu'on a 
tiré de Clarus, vient du fr. Célèbre. 

CLIAIE, claie, de Craticula, dim.de Crates, d'où l'a. 
Grate, gril, ce mol fr., ainsi que grille , en dérive aussi , il 
a passé par le n. gbedil (Gl. n.) gril ; gridiron , gril, est un 
hybride a. -fr.; Vd.. Cradle, berceau, se rapproche plus 
encore du rad.; à Jersey Grès, gril, sens direct issu de 
l'a. Grate. Delà le fr. Clayon, Clayonnage; éclayer (H.-N.), 
se disjoindre, devenir en claie. 



— 239 — 
sunt dites pup. Rues chicane] on appelle Papiers-chicane 
les contrais ou mss. usités en lecture dans les écoles. A ce 
rad. le fr. rattache chiche, chicot, chicoter, et l'a. Chicane, 
chicane, Chickpeas, pois chiches, et de là laloc. fr. chiquet 
àchiquet. 

CHE, çu, ce;cHET, cet, en v. f. Cist (hic iste), et çte 
devant une voy. : « Çu quemin, çt'anima. » V. Su passim 
dans la Miise n. cf. cha , chelle (Hxc illa, en v. f. Icelle) , 
celle, à Av. le sien : « not paumelle (orge) d'anieu est biin 
secque; la sienne d'hier itou; » cm.\, ci ; sti-chin, celui-ci; 
AiNCHm, ainsi : pab-cdin, par ici. 

CHIFFER, chiffonner, de chiffe, en arabe 5e/m, ro- 
gnure; CHiFFETiEB, chiffounier; chiffeter, déchiqueter; ce 
mot fr. dérive de cqiqce, chiffe : « Remue tes chiques; » 
CHiQDETiER, clfiffonuier ; échiqcetee, déchiqueter : en argot. 
Chiffon, Chiffon rouge désigne la langue , et l'argot a. la 
désigne aussi par Red rag.; de Chiffe vient l'a. Shift, 
chemise de femme, en pat. a. Chife, fragment. 

CHIFOURNIE(Guern.), vielle, en V. f. Chifonie, dérivé 
de symphonie ; il est dans la Muse n. : 

Qui ne dansest à d'autre chifournie 

Qu'au faux bourdon que rendent leu bouyaux. 

CHIIER, cher, du 1. Carus : « Le blié est biin cbiier;» 
cHiERTÉ, cherté ; enchiérir, enchérir, cbiire, caresse : «Faire 
des chiires, » des mines caressantes, des chères, en wallon, 
Caire, mine et en prov. Carou, env. a. C//eere dans Spenser 
p. 8, en a. Cheer; echere, jalousie, et echebdakt ( Gl.n. ,) 
jaloux, sont peut-être des formes de Enchère, qui est sou- 
vent une forme de la jalousie , car le jaloux enchérit sur 
son rival; CHiRETiEf G^. ». j rire caressant d'enfant; chérir 
caresser, comme Cherish en a. La famille secondaire de 
charité, Caritas, donne au n. charité, confrérie ; « Se il 
advient que aulcun des frères de ladicte charité eschet en 
maladie de mezellerie. o (Statuts de la conf. de S.-Malo de 
Bay) ; on disait Carité : « Cy ensuivent les estatus de la 
confrairie et carité de Bernay. » (Bibl. de l'éc. des Chartes.) 
CHARiTAiST (Pcrche), confrère de charité; caristau , qui de- 
mande la charité, comme dans ce blason des gens de Vil- 
liers ( S.-Inf. ) : 

Les manants de Villiers 

Caristaux l'été, caristaux l'hivé. 

aLisTRADE s. f., sac à provision, le fr. Caristade, de forme 
prov. : « Aller à la calistrade, » c. à d. mendier. 

T II. 5 



— 240 — 

CHUN, el TCHiiN dans le nord de la M., quie?,' à Coût, et 
en H.-N. : « Toultefoiz que le roy cache en la forêt de Rou- 
vray pour un an une mine de brest pour faire du pain à 
ses quiens. » (Delisle, Et. , 388), du 1. Canis : la forme 
QCiiN donne peut-être au fr. Requin, appelé d'ailleurs Chien 
de mer. Ce mol entre dans beaucoup de dictons n. : « Etre 
recheu coume un chiin dans un jeu de quilles. — Allai de 
travers coume un chiin qui revient de vêpres. — Un chiin 
regarde biin un evêque. — Noble coume les quartiers d'un 
chiin. — Quand no veut tuer sen chiin , no dit qu'il est 
eragii. — Coume disait Dagobert à ses chiins : N'y a si 
bouenne compagnaie qui n' se quitte. — Etre à cheva sus 
le tchiin , c. à d. désappointé. — Ne faut pas élevai un 
tchiin pour se mordre, etc. (V. Pluquet, Essai, 305.) 
Rerat a employé le quiem de la H.-N. : « L' quien du berger 
qui me r'iuquait. » (Le Doigt coupé.) qcenaille , le fr. Ca- 
naille , prim, portée de petits chiens , et maintenant l'en- 
semble des enfans d'une famille, en v. n. Chiennaille: 
a Cette chiennaille païenne. » (Mir.de Rob. le Dyable, 98); à 
Val. QUENASSE, enfant; QUENOT,peîit chien; de là le fr. Chenet, 
de sa forme de chien accroupi : « A Rouen, on dit parmi 
le peuple Qucnot pour pelit chien; on appelle aussi les 
chenets des Quenots. » (Dictionn. de la Conversation, art. 
Chenet.) Aussi les A. l'appellent Dog , et les Ail. Feuker- 
himd, chien du feu. quenotteu, chienner; décaiMller et 
DÉciiE-MLLER, faire déloger, litt. tirer du chenil, en a. Kennel; 
en v. f. : La chiennine morsure. » (La Fresnaye, Idylles.} 
CBLNER, colporter, courir les campagnes, travailler dur, litt. 
courir comme un chien, faire un métier de chien ; chineor, 
colporteur : il pourrait aussi venir d'Echiné, en it, Schiena, 
dos , du gr. S^tvoç , hérisson et colonne vertébrale , d'où 
Echiner, en a. Chine, en n. eichlner; etchlnecx, couperet 
de boucherie. On rapporte au chien, avec une nuance de 
mépris , les produits naturels très-communs , comme vio- 
lette DE CHIIN, viola canina, rose de chiin, l'églantine, en 
a. Dog-rose et Dog-briar ; le Dog-ivood est le cornouiller. 

CHIME, s. f. (Bay), rejeton de choux, litt. la cime, 
du 1. Coma, ou plutôt de Cacumen, d'où le fr. cime, cimier; 
ÉCHIMER, écimer; cnoiELETTE (Av.) chimette, baguette fine 
et flexible (S.-Lo) ; cocmèïe, comète; coeffe a la coumette, 
ou simpl. COUMETTE (Val.) , coiffe recourbée en cimier; en 
a. Cornet, comète; au 1. Coma se rattache le v. f. Coint, 
joli, bien peigné, en. a. Coint, en a. Quaint, joli, en 1. 
Comptas, d'où le n. pr. le Cointe; c'est de là que vient le 



— 241 — 

fr. Accointer, lilt, aborder avec gentillesse, en a. Acquaint y 
Acquaintance, etc.; du reste en gali. Gwaint , gentil, en 
bret. Cocnt, aimable. La vieille orthog. cyme, cymaise, 
conflrme l'ét, de cette famille par le 1. Cacumen. 

CHIMNAIE, cheminée, en a. Chimnetj , du gr. Kafxtvo; 
(xatw) : « Neir coume la chimnaie. » 

CHINE , dîner , du 1. Cœna, pourrait exister quelque part 
en N. ; du moins, le v. f. avait Rechinoy , le goûter; en n. 
RÉciiNE (re-cœnare), collation; récier, collationer; en lang. 
Récate, repas du midi; l'a. possède Cenatory, mot d'orig. 
savante; le mot Cénacle paraît être dans cette locution: 
« Fier coume un Pape dans un cenâ. » V. ciie^as. 

CHINQ, cinq, du 1. Quinque; on trouve Cinque dans 
d'anciennes inscr. italiennes ; « mil IIII c. ving et chinq. » 
(Acte de la Vie. de l'Eau) ; l'a. a gardé ce mot dans les 
•» cinque-ports; » le « cinq pace <> est une danse que sir 
J. Davies appelle « a gaillard » et on trouve dans la Cym- 
belinede Shakespeare: « A mole cinque spotted. «> Du reste, 
l'a. renferme dans des sens spéciaux les noms numéraux f. : 
One, en v. a. O71 : « it chance me on day. » (Spenser, 402) 
deuce, troy et treble, cinque, week (semaine ou huit jours); 
douze est sous forme de douce dans Spenser, p. HS : « Like 
a doughty doucepere, » et Doseperis dans Chaucer est le 
fr. les douze pairs de F., en v. a. a dosein, une douzaine, 
en a. dozen. Les chinq dés, ou l'ancolie; l'herbe aux chiinq 
DENTS, sans doute la potentille. On dit prov. : 

Une soupe aux choux 

Au médechin ôte chinq sous. 

ceiNQUANTE, cinquante : « De la nature du melon; faut en 
choisi chinquante pour en trouvai un bouon, » chisnquan- 
TAiNE, cinquantaine, cni.NQ-QUEMiNS,carrefouràcinq chemins. 
CHIPER, prendre, filouter (Bay. Vire), usité surtout en 
argot de collège, du 1. Capere; AccirER, en Bray sign, rece- 
voir et prendre; chipie, femme avide et intéressée ; de là le 
fr. chipoter, et l'a. Cheap, bon marché; capti, captif, concen- 
tré sur : « Etre capti à sen coumerce , » de là l'a. Keep, 
Kept (Captus), en a. -s. Cepan; de là Keep , donjon. Le 
f. Capable est en a. Capable, de Capere; mais Able, ca- 
pable , est la contr. du fr. Habile, en v. f. Hable. De là le 
fr. Capter et sa famille , d'où Acheter (Adcaptare), en n. 
ACATER ; en it. Aeatare; dans les Rôles n.^Acatare, Acatum, 
achat ; acatour , acheteur; acatocr de biens , celui qui achète 



— 212 — 

des terres pour les revendre; apeuchever , apercevoir : coed 
est la term, du part, passé reçu , aperçu , etc. En argot 
Choper, voler, Chopin, vol. 

CHÏRE , cire , du 1. Cera : « Por i c. de chire. » (Coût, 
de la Vie. de l'Eau.) chirocx, chassieux; chirer, crier; 
CHiGRos (H. N.), la cire grasse des cordonniers, comme 
dans la Muse n. : 

Je renonchis au ligneul, au chigios. 

cHiRiER, cirier; chirage, cirage; chierge, cierge; chiergier, 
cHiERGiÈRE, marchand de cierges; chirouène (Gl.-n.), cire 
de cordonnier; Cf. le fr. Ciroène. 

CHIROT, sirop, suc doux, de l'arabe Sirab, potion 
médecinale, en a. Sirup, chiroter, rendre un suc doux : 
« La pipe chirote; » chiroter, déguster, savourer : «Chi- 
roter sen café; « chirotier , gourmet, buveur de sirops. 

CHISET, ciseau, en it. Cisello, du 1. Cœsus, en a. Chi- 
sell; cHisiAu, id. ; enchiseler, ciseler, de Incisus; chigail- 
LiER, dépecer malproprement, le fr. Cisailler, de cisaille; 
cisiAux, ciseaux, en a. Scissors; l'a. Chase, ciseler, est une 
forme de cette famille. 

CHOEU, chœur, du 1. Chorus, en a. Choir ; chœuret, 
enfant de chœur; à Villedieu curot; en pic. Moignot , litt. 
moinillon; à Bay. la rue de la Maîtrise s'appelait Rue aux 
Chœurets: Wace dit Clerzon, petit clerc. 

CHOINE , pain de première qualité , litt. pain de cha- 
noine ; à Av. on dit encore Pain de Prêtre, pour la seconde 
qualité ; ainsi dans le T. de Chartrose : 

Un pain ne scei clioine ou fouace. 
SALADE DE CHANOINE, la mâchc ; ce mot dérivé de Canonicus 
(xavojv) est en a. sous la forme de Canon; en v. f. Canoines 
(R. du M, S. M., V. 1 036.); la plupart des villes episcopates 
n. ont leur Rue aux Chanoines. V. à Tint. p. 204 la légende 
du chanoine de Cambremer; il y a des terres dites Cha- 
noinerie; en a. Canonry; en argot Chanoine, sign, rentier, 
sens analogues aux dictons : « vivre comme chanoine , 
gras comme chanoine. » Il y a à Villedieu une pomme de 
cdoine: on dit prov. : « N'faût pas magier sen choine le 
premier, » c. à d. ce qu'on a de meilleur. On trouve aussi 
Cheine en v. f. ; « Il doit avoir \ mes général ausi comme 
^ moine et autel cheine, » c. à d. un pain blanc comme en 
a. un moine ; Cler-matyn avait la même sign, en v. a. , comme 
dans ce vers 4407 de la Vision of P. Ploughman: 



— 2i3 — 

We no beggere ete breed 
That benes inne were , 
Yut of coket and cler-malyn 
Or ellis of dene whele. 

CHOLAR (Caen), soulier: « Escouessinerseucholards.» 
essuyer ses souliers avec de la paille courte et battue dite 
ESCouEssm, du 1. Solea , ou mieux, du b.-l. Soiularius, 
forme de Sutor, d'où dérive le nom pr. très-commun en N., 
Le Sueur; choule, jeu à la soûle, Iitt.au soulier, parceque 
la balle est lancée avec le pied ; c'est le Joot-ball des A. ; 
de là CHOULEK, provoquer, c. à d. défier à la soûle; à Cherb. 
CHAOLODR sign, fainéant, litt. joueur de soûle; en Pic. où ce 
jeu est encore en vigueur CJieoler, Chouler sign, repousser 
durement; decholer (Cherb.), pousser çà et là comme on fait 
à la soûle, que l'on pousse de paroisse en paroisse; à Bay., 
CBOLE, vogue, réputation, litt. victoire à la seule; de la 
forme chodle, choulieb, soulier, vient l'a. Shoe, chaussure. 
V. Gauche, chueller, s'amuser, flâner; chcelleur, flaneur, 
litt. joueur de soûle; choimacre, terme d'injure de l'ail. 
Schumacher, en h. Shoemaker , cordonnier. 

CHOPE, chopine, de Cupina, dim. de Cupa; en a. 
Cope-House, cabaret; chopiine, à Val. demi -pot, à Av. 
quart de pot; chgpijner, boire fréquemment chopine; cno- 
piNECR, buveur de chopines ; galope-chopine , type d'ivro- 
gne à Val., et SI-Chopln est un patron des buveurs; coopi- 
NETTE, dim, affectueux; en a. Chopin, chopine; à Villedieu 
on dit ceoQUETTE, mais c'est un on. de choc, de l'usage de 
choquer, de trinquer; en \. a. Coket sign, vase servant de 
mesure, et le b.-l. avait en ce sens Coketa. Toutefois, cho- 
pine se dit en irl. Scipinn , en ail. Schoppen. Pour Coket 
v. l'art. CHOiKE. 

CHOSE s. f., employé peu respectueusement pour le nom 
d'une personne qu'on oublie ou qu'on ne veut pas cher- 
cher: « Dis donc, chose, coument que tu t'appelles? « Chan- 
ger chose en Virgile ou bien l'autre en Platon (Régnier, «Sa^. 
•H). CHOSE s. m. un chose, » un instrument quelconque, un 
objet. Ce mot chose , dérivé de Causa est ellipse dans les 
phrases pop. suivantes : « Ce n'est de refus , ce n'est pas 
de trop. » Une phrase d'un prône du ^2es. attribué à Mau- 
rice de Sully et publié par M. Hippeau, nous montre Cose 
et Chose réunis : « Segnor et Dames , ces coses ont esté 
dites pour vous. Ces choses doivent êstre examples et 
amonestement de laissier le mal; » mais la copie est du 
^ 3e s. Une chronique de ce siècle, C^row. de Rains, garde la 



forme primitive : « Je suis une petite cose , » dit une mé- 
sange. (Ap. M. du Méril, Fable ésopique, U5.) chose, s. f. 
pudendum, dans Chaucer Bel-chos; de même en pat. a. 
Thing, pudendum. (Halliwell's Diet.); chosette, petite 
chose; quiqxje chose, quelque chose, en a. Kickshaivs, ba- 
gatelles; on dit aussi quique-seit, quelque chose (qui que ce 
seit) , en a. Kicksey -Wicksey , femmelette, litt. quelque 
chose vicié. 

CHOUQUE, bûche, le fr. souche, du 1. Secure; chod- 
QUET, s. m., petite bûche; chouqde de noet, souche de Noël, 
qui , conservée et arrosée d'eau bénite , préserve de la fou- 
dre ; « Unam fagum , unam chouquam, ad Natalia. » (Car- 
tul de S. -Georges.) On dit aussi chcqde et chuquet; ce der- 
nier commun dans les n. pr.; achuqoeté, (Bay.) entêté, Utt. 
comme une bûche. Parmi les autres dér. fr. de Secure, on 
remarque Soc, section, secte, segment, siècle, scier; en 
n. SCIER, en a. Suw, scion, seigle, sicaire, souche, souchet, 
en a. Stock , tige ; sexe dérive du supin archaïque , sexuni 
pour sectum, et indique une division de l'espèce animale ; 
en n. sesque, désignant surtout la femme : « Une personne 
du sesque, » en a. Sex et Seiver , écuyer-tranchant, est le 
fr. Scieur. 

CHOUYER, choyer, qu'on a tiré de choisir, mais qui 
vient mieux du terme de tendresse chou; chouchou, simple 
interject., comme dans les termes de vénerie : chou , chou- 
là, chou-pille; de là l'argot Chouette, joli, excellent; c'est 
par une on. voisine que l'a. exprime faire l'amour, Woo, 
d'où Wooer, amant. Quant à chou, légume, que nous avons 
mis au celt , il peut venir du I. Cuulis , devenu en a. Coul, 
charbon , par abrév. de Churcoul, charbon de tiges ; en v. a. 
Cynders of cole , sign. Breze (braise) dans les Ed. delà 
lunguefr. de Palsgrave, et Cales offyre (tiges de feu), sign, 
charbon. 

CHRIT, crucifix : « Un biauchrit; » cheétiemveté, chré- 
tienté; christiéneu , rendre chrétien, en a. Christen; cidre 
CHRÉTIEN ou RAPTisiÉ , mêlé d'eau; en a. Christmus, Noël , 
litt. messe de Noël; œil-pe-christ, l'aster; quant kCriste- 
marine, qui désigne et la Salicornie et le Crithmun-mari- 
timum, et dans lequel un romancier n. a vu le radical de 
cette famille (Une vieille muîtresse), c'est ce dernier mot 
Crithmum. reinier chrême et baptême, être renégat, blas- 
phémateur. 

CHUE s. f. cigûe , Coniutn maculatum : « Vert coume 



chive ou comme chue; » scelle s.f., même sign. {GL n.) 
pourChuelle, se dit à Vire; VjEthusa cynapium se dit 
prop. PETITE ciGiiE, du 1. CzcM^a, en n. chigue; suelle dé- 
signe aussi la Berce. 
CI , cil , du 1. Cilium; cillet , cil : 

Pour haiilser les sillcls de l'ebenin sourcil. 

(Guy de la Boderie.) 

ciLTER, ciller; souerci , sourcil; souEnciLLiEu, sourciller: 
« Jouer à souercillier. « (Val.) Jouer à qui ne sourcillera 
pas devant un coup menaçant. 

CIÉ, ciel, du 1. Cœlum; enciéler (un lit) , y mettre un 
ciel , d'où l'a. Ciel et Cieling , plus souvent Ceil, lambris- 
ser, et Ceiling, lambris; céleste, prén. de femme commun 
dans la N.; maucié (à) litt.à mauvais ciel, c. à d. mauvaise 
exposition, à Av. V1EUCIÉ. Quant à Cien , aveugle, du 1. 
Cœcus , il n'existe que dans les n.p. Le Cieux : « Ils ont 
dit à Longin le cieu. » {Ancien mystère.) 

CÏEUS, chiens, chez, du 1. Casa, qui précédé d'une prop., 
s'est conservé en it. « À Casa, In Casa; » on lit encore duns 
la Chanson des Saisnes, 1. 1, p. 23 : 

Chascun va an sa terre et an son chasement. 
et l'esp. a conservé Camiento et Casar, qui se retrouve dans 
les Alcazars de cette langue latino-arabe; Casetie , Ga- 
zette s. f., terme de fabrique de porcelaine, enveloppe des 
vases mis à cuire. V. cassine. 

CILDRE, cidre, en y.n.Sildre, en a. Cider, en isl. 
Seydr, du 1. Sicera , espèce de bière , d'où le fr. Cervoise ; 
mais en b.-n. le cidre est le bère, ou le boire par excel- 
lence; cidraille, s. f., mauvais cidre, en a. Ciderkin; enci- 
draillier , gorger de cidre; L. du Bois a employé cidriste, 
brasseur de cidre, pour trad, le titre d'un livre a. The 
Cidrist (Londres -1757) : « Les Anglais, dit Fénélon, ne 
se refusent aucun des mots dont ils ont besoin. » (Lett, à 
l'Acad.) On disait Cidrer, faire le cidre, gén. tiler: « Sont 
tenus mes hommes deDorvilleayder à faire sildrer.» [Aveu 
deDorville, -1497.) 

CIRUGIEN , cÉRCGiEN, chirurgien ,Chirurgus, en a. Sur- 
geon, cÉBUGiE, chirurgie, en a. Surgery. 

CITROUILLET s. m. , petite espèce de citrouille, du I. 
Citrus, citron : 

Entre Georgel (S. -Georges) 
Et Marquet (S.-Marc) 



— 246 — 

Il est un jour seulet 

Ou no sème citrouille et citrouillet. 

ciTROuiLLET (S.-Hilaire), confiture de citrouille; citrounelle, 
ou EEîim Avx MOQjiES , melissa of Jicinalis ; en a. Citron, ci- 
tron, Citrul, citrouille. 

CIVILITÉ, ancien livre d'école, en caractères gothiques, 
intitulé : Civilité puérile et honnête ; « Luure dans la civi- 
lité, » sign, être savant ; on dit aussi : <> Luure dans les 
contrats , ou papiers-chicane. » Aujourd'hui : « Lire dans 
les Mss. » Sous la RépubHque fr., citoyen était ironique- 
ment changé en sotoïen; en v. f. Citien, en a. Citizen. 

CLIAI , cLiAiRE , clair , claire , du I. Clarus, en a. Clear; 
ÉCLiAiuER, éclairer, en a. Glare; écliai, éclair; écliaire, 
chélidoine , en a. Clary, comme chélidoine est anglisé en 
Celandine; écliairgi (Val.) éclaircir, mais dans le sens phy- 
sique : « Ecliairgi le teint; » cliaire-vaie , clairevoie, mais 
appliqué à Val. à la galerie d'une tour, ce qui rend le mot 
archéol a.. Clerestory; clairiiner (Bray), reluire, en argot 
Clarinage, bruit clair , en v. f. Clarin ; clarine , en a. Cla- 
ranery , clochette : « Trompes , pypes and claraneries. » 
(Metrical Romances, de H. Weber, 1. 335); aussi en pic. 
Clairon, éclaircie du ciel, et en H.-N. clariner sign, faire un 
bruit clair, comme dans la Muse n. : « Nos a biau clariner 
près l'auge la caudière, et crier Tiau , tiau , tiau ; pas un 
de nos gorrets ne répond Ouyn, ouyn, ouyn à nos cham- 
brières; » CLARINAGE est aussi dans la Farce de Quiolars ; 
(édit. Techener , 9). cliairet, vin clair, est cité dans plu- 
sieurs chansons n., en a. Claret; un gloss.de la bibl. de 
Rouen , écrit au ^ ^ e s. renferme : « Amistis , potatio cla- 
reti ; » cet Amistis est YAmystis Treïcia des odes d'Horace 
(^erliv.); CLIARIBOCBE , breuvagc clair et mauvais; cliari- 
BAUDÉE s. f. feu clair; comme le rapport de la plante dite 
Eclaire avec l'idée de clarté n'est pas très-apparent, on peut 
rapprocher ce nom du bret. Sklear. L'a. Clean, net, semble 
la fusion de la loc. f. clair et net; mais Clever, qu'on a 
tiré de Clarus, vient du fr. Célèbre. 

CLIAIE, claie, de Craticula, dim.de Crates, d'où l'a. 
Grate, gril, ce mot fr., ainsi que grille , en dérive aussi , il 
a passé par le n. gredil (Gl. n.) gril ; gridiron , gril, est un 
hybride a. -fr.; l'a. Cradle, berceau, se rapproche plus 
encore du rad.; à Jersey Grès, gril, sens direct issu de 
l'a. Grate. Delà lefr. Clayon, Clayonnage; éclayer (H.-N.), 
se disjoindre, devenir en claie. 



CLIÉ, clef, du 1. Clavis (xXe-.;); la cons, caractérislique 
est restée dans CLIEFFEB , à Mortain, fermera clef, dans 
DECLiAVER (unc voiturc), lâcher la clavette, en n. cluvot 
s. m., en pro\ . Desclavela, déclouer, {Lacomhe, Supjjlém.) 
dans CLEFTER, fermer à clé, d'où declefteb, ouvrir à clef; 
à cette famille appariient le fr. Clef , clavecin, clavette, 
clavicule, clavier, cheville (C/awcM/aj, et l'a. Key, clef; 
quant à la maladie dite claveau, clavelée, c'est un mot celt.; 
Clefijd et Clenved, maladie, en brct., Cleffel, en corn., Cle- 
wct , , en kymri. De Clavis, par Clavns, vient aussi le fr. 
clou, en n. cliod : <■ Gras comme un chent de clious, » 
d'où CLIQUER, clou, CLIOCTER, cloutcr , cLiouTiER , cloutier, 
CLioDïERiE, cloulerie, etc.; le v. a. avait Cloyd, cloué, et l'a. 
dit Clove, pour clou de girofle, et Clout, pour clous du 
soulier et du cheval, et Clout, raccommoder; cliou de 
FOCEDRE, la belemnite; en argot Clou, prison, de là la loc. 
être au clou; Clite, clou, en terme de marine, en a. 

CLIÉMENT, Clément, pvén.,ôe St-Clemens; St-Clié- 
ment, commune sur le passage du Vey; clémektis (Roque- 
fort, Gloss, rom.) , chapelain de l'église de Rouen, Cf. le f. 
Clémentines. 

CLIERC , clerc , du gr. xXripo; , suffrage , parceque le 
clergé prim, était désigné par l'élection; Henri 1er, duc de 
N., était surnommé Beau-Clerc; cléricaille, s. f., péj., le 
corps des clercs , la basoche; cf. dans Wace Clerzon, en- 
fant de chœur; cliergerie, nom assez commun de terres ou 
de maisons ayant appartenu au clergé; en a. c/er A-, clerc. 
Clergy , clergé. Lafontaine a gardé à ce mot sa sign, an- 
cienne de savant : « Un loup quelque peu clerc. » 

CLIGNIER, cligner, ù'Inclinare (xXtvo)); cliin, clin; 
CLIMCSETTE, S. f . , jeu OÙ l'ou cligne les yeux pendant qu'on 
cache un objet : « Jouer à la cline-muche. » {Myst. de l'As- 
somption) , ce que le fr. nomme cligne-musette. Cependant 
comme à Val. on dit cliémuchette , c'est sans doute le jeu 
où l'on cache une clié, ou clef; toutefois, le vrai mot n. pour 
cligner est blinqcier, en a. Blink et Wink. 

CLIORE, clore, du 1. Claudere; clios , clos, en a. 
Close, inclosed, clos, enclos: «Taupe et mulot, sors 
de men clios, » (V, Intr., p. IT-d), clioset , petit clos, 
en a. Closet , cabinet : « Closeltum pro rege in capella 
sua de syndone de triple. » {Inv. delachap. d'Ed.\\\);\'di. 
Cloy , rassasier, semble être ce rad. ; les moulins à coisel 
dont M. Delisle dit (Et., p. 5^2) : « Nous ignorons quels 

T M. (> 



— 248 — 
en étaient les caractères , » portent encore ce nom et se 
rapportent à notre rad,; ce sont ceux où les aubes sont closes 
et qui meulent en dessus : « Molendinum coisselli ; » mou- 
lins A coisiAu , ou à cHoisETTE , c'cst Une forme de clausula; 
ailleurs , à Sourdeval , le moulin à choisiau est simplement 
à lames, à cloison; clioserie (marches du Maine j, ferme , 
métairie; closier (Gl. n.) , fermier d'une closerie ; closette, 
espèce de pomme à cidre (Villedieu) , et peut-être loson 
(closon) , ibid; on appelait les bassins maritimes clos a 
galées (galères) ; il y en avait à Honfleur , à Rouen ; la 
presqu'île de Cotentin a porté le nom de Clos : « St- 
Ouen de Querquebu ou clos de Costentin. » (Aveu de 
Blanchelande) ; « Clos du Costantin. » (Charte de Charles V, 
^375); CLI0P0RTE, s. m. cloporte , et du fr., litt. porc clos 
(dans le bois) , quelquefois appelé tmde de bois et pod de 
BOIS, en a. Woodlouse; clos-tecx, à yeux clos : « S'élance 
à yeux clos ; » cliopoing , le poupard , Cancer pagurus. 
M. de Gerville écrit : Clos-poings (Et. sur la M., 3) à 
Guern. , painclios , parcequ'il ferme ses pinces. 

CO, cou, col, du 1. Collum, d'où le fr. collier, collet , 
en a. Co^/ar , accoler , en a. Coll, colleter; codoie, litt. 
cou d'oie, tailloir d'un pont; coset (Cherb.) , ornement du 
cou; de là Bricole, litt. bride du col, et le n. embeicoleb , 
lier d'une bricole; cohan (Bay.) , pot de terre avec col et 
anse; en v. n. decolasser, décoller; on distinguait un des 
St-Jean Baptiste par l'épithèle de « Le Décolassé ; » pend- 
co , TEURT-co , celui ou celle qui a le cou incliné vers l'é- 
paule : « Turbé, l'teurt-co s'iamente et brait. » (Rimes 
guern.) 

CO , coup , en v. f. Cop , de KoXttoc : « Co de recul , 
co de but , etc. » (Av.) termes du jeu de la canique ; le fr. 
Coup-sur-coup se dit à Av. : cop-a-sou , et on y dit aussi 
pour à-coup-sûr : « Au co la quille, » en v. f. Cop, coup et 
Colp , en b.-l. Colpus, contr. de Colaphus, en gr. KoXacpoç, 
KoXcpo;, en a. Cope, coup. Quant à Coup , dans le sens de 
fois , il est très-usité en N. : a Crier deux ou treis coups. » 

COCODRILLE, crocodile, du 1. Crocodilus, en pat. a. 
Cokedril; Maundeville , dans ses voyages, dit, p. 32^ : «A 
cokodrilles; >• ainsi en v. f. Cocodrille; Chro. des ducs de 
N. , ^H,525, et plus tard : « A ses jambes un cocodrille 
et dessous écrit Affriqua. » (Entrée de Charles IX à Rouen). 
Un maire bas-n. faisait de ce mot une on. d'arrachement : 



— 249 — 

« A Chiilboury, novosarroque uncocodrilledechcntsou,» 
c. à d. on vous arrache une pièce de cinq francs. 

COEU , cœur , du 1. Cor (xYip) ; la famille fr. est moins 
riche que la famille n.; cœuhu, courageux, fort; ÉcœraEB, 
soulever le cœur et enlever le courage , en v. f. Ecorer ; 
« Nos occist, si nos ecore. » (Best, divin); coeurial, appé- 
tissant , qui donne du cœur ; courage , cœur : « Dire ce 
qu'on a sur le courage, » c. à d. décharger son cœur, son 
sens archaïque, qui existait en a. : « Thy coward corage ; » 
(Spenser, 84), cœur est en a. sous la forme Core : «My 
heart's core ; » courraie s. f. le cœur et les poumons d'un 
animal; tête et cocraye (Val.) réunion de ces objets et de 
la tête , en Bray cohet s. m. : « Dans mes corets allumés à 
la flambe. ■» (Petit, Muse n.) , ce sont des formes du v. f . 
Coraille : « Et les boiaus et la coralle. o {Best, divin, v. 
H 627); on dit d'un homme très-brave : « I s'battrait sa 
courraie à la main; * l'a. Record est le v, f. Recorder, et le 
Grand coustumier ait, ch.-lOi : « Record est racontement 
de chose qui a été faicte; » ccEcr.iE, personne dégoûtante; 
DECORD, désaccord : « Arbitres d'un decord concernant ledit 
hostel; » {Compte de Bay, ^5e s.) égarer (Bay. selon Plu- 
quet), ennuyer, Htt. écœurer; cotjerocx , courroux , du 1. 
Corruptum, comme l'indique le v. f. Corropt. 

COFFIN , cornet de papier , enveloppe , du 1. Cophi- 
nus, en gr. xocptvo;, d'où l'a. Coffin, cercueil, mais coffin 
sign, aussi en p. a. : « A conical paper for holding spices, n 
(Halliwell) ; » coffir, creuser en plis, par ex. « Un cha- 
peau coffî, I) de là le fr. Goffe; coffe, s. f. un creux, spec, 
dans une étoffe ; l'a. Cove, creux, enfoncement dans le 
rivage, est sans doute ce mot, ainsi que l'a. Cufs, man- 
chettes , partie plissée, coffie; coffre, coffre, en a. Coffer; 
coffraille , la cavité du torse ; coffrer , emprisonner ; de 
cerad. le fr. Coiffe, coiffer, en passant par \eh.-\.Cufia, en a. 
Coif, en n. coiffier , coiffer : « Eté né coiffié , » c. àd. avec 
la coiffe ou membrane sur la tête, que les Romains regar- 
daient comme un signe de bonheur ; coiffer s. m , coiffure, 
« Le coiffer granvillais; » escoffion s. m., nippes de fem- 
mes ; ESC0FF1ER, décapiter, litt. enlever la coiffe; on dit en 
bret. Cof, coffre , en gael. Cobhan. Dans la Meuse Coffi- 
note, panier. « De Cophis (prisons) ductus in castrum. » 
(Nov. Chron. n.. 26.; 

COGIER, du 1. Cogère, forcera Vire et réunir à Av. , 
n'a laissé en fr. que le mot d'orig. savante , Coaction et est 



usité en ce sens : <• L'eau coge devant la porte, » c. à d. 
est stagnante; en pat. a. Cog, forcer (Hallivvell) , et l'a. 
posscde Cogency , Cogent , Cogently, etc. Quant à Co^ , 
dans le sens de denteler , c'est une forme du fr. Coche, du 
n. ocHE, ainsi que Cog, caresser, dont le sens est déter- 
miné par le celui de otch,en p. a. V. oche. 

COI, COITE, tranquille, de Quietus, en a. Quiet, très- 
rapproché du n. par la prononciation; accoisier, apaiser, 
verbe très répandu. V. Gîoss. du milieu de la France : « Sédi- 
tion de Rouen accoisée par le Dauphin. » Dupleix. Règne de 
Charles VIII. V. le chant n. cité par M. de Beaurepaire, p. 4 . ; 
ÙMl.Quietus vient le fr. Quitte, l'a. Quietus, mort, et Quit- 
tance comme le fr. Quitus, et l'adv. Quite, tout-à-fait, prim, 
absolument libre, et d'ailleurs Quitte est aussi adv. en fr.; 
ACQCiTOURE (Orne), chose faite pour s'acquitter vite; qcit- 
TANCHE, quittance; quittanchier, quittancer. La loc. coite 
(faire) trépasser, ressemble beaucoup à l'expression a. : To 
carry a quietus, qui sign, plaisamment faire mourir; 
Quietus (sit) était sans doute une formule de bénédiction 
sur le mort. 

COIGNÏET, petit coin, du 1. Cuneus; il y avait à 
Caen le Coignet au bergier ; accoignieb , acculer dans 
un coin ; achaner , se tapir dans un coin ; biscacoin , 
de travers; coignage , s. m. encoignure; cOx\gkieb, co- 
gner, litt. enfoncer un coin; en a. Coin, coin, et Coigne, 
coin , dans Shakespeare et en pat. a. bicoin (Gl. n) , id. et 
contr. du précédent; on dit encore : « De coin en carre, » 
c. à d. en diagonale, litt. de biais en coin. Quant au fr. 
Coing, en a. Quince, il vient de Cydon, et a donné coi- 
gnassier , en v. f. Coingnier : « Le Quoingnier , » ( Charte 
de ^255) , on dit en n. : « Du coume un coing. — Jaune 
coume un coing. » 

COLÉRER, mettre en colère, du 1. Choiera; en a. 
Choler, bile, colère; colébeuî, adj. colère; coléra-mord- 
Du (dur) , nom plaisant du Choléra-Morbus; cocLiQrE, coli- 
que, qui entre dans des loc. bas-n. souvent citées aux étran- 
gers comme spécimens du patois : « Qui qui ch'est qu'cha 
qu'où dit qu'oui a? (Qu'est-ce que c'est que cela qu'elle dit 
avoir?) — Ch'est la coulique qu'on dit qu'oui a.-— La rataco ?» 
(L'a-t-elle encore?) L'ancien nom pop. du choléra était 
trousse-galant. 

COLIN , prén. dérivé de Nicolas , très-usité dans le nord 
de la M., en a. Colin; en fr. Colin, paysan de comédie; 



— 2:>l — 
Spenser s'est désigné dans ses vers suus.le nuni de Colin; 
Clout et un commentateur disent : « The worde Colin is 
french and use of the poet Marot. » colinette et couline, 
torche de paille des paysans. V. Intr. p. 176; coloettk 
(Vire), bavolet; COLIN, espèce de poisson dugenreGadc:« Co- 
lins, congres, harengs; » coLiN-FEumETiE , coli.n-fillette , 
homme qui joue le rôle de femme dans le ménage , ou en- 
core MicHiÉ-FEMMETTE ; COLAS, grand sot, niais; on dit iron. : 
« Servez Colas, sa femme est en couches. » Nicolas, en 
passant par le scand. Niaul, est devenu le n. pr. n. Neel, 
quoique latin, gén. en Nigcllus ; de là le fr. Cohn-Maillard . 

COLLE, bourde, conlr. de Cageoler, litt. mettre en cage, 
Cawo^a; COLLER, en argot de collège, prendre un élève en 
cas d'erreur ou d'ignorance ; colle, collaison, échec dans 
un examen; colleur, examinateur, répétiteur; en a. Co//, 
tromper, Coller^ trompeur. Ce groupe se rattachant à cate, 
V. ce mot. 

COLOMBE , coilomde, s. f., pilier de cloison, du 1. Co- 
lumen, ou plulôl de Columna; le fr. n'a que le dérivé Colom- 
bage ; coDLOMBER , garnir de coulombes ; codlonke , colonne, 
en a. Columna; corokel, colonel, ou chef de colonne, même 
en a. Colonel, pron. Keurnel, du v. a. Coronell. V. Spen- 
ser, 536; du reste , le pat, est sans doute fidèle à une au- 
tre et., à Corona, troupe qui a passé en Esp. dans Coro- 
nella, régiment, dont le chef était un Coronal; le mot fr. 
qui remonte à François l»-'»- était prim. Coronet. Rabelais 
et Pasquier ont suivi cette forme; mais pour revenir à 
coulombe, issu de columna, on avait env. f. Coulombette. 
par ex. : « Haultes coulombettes bien ouvrées. » (Christ, 
de Pisan , le Did. de Poissy). 

COMBLIER, combler, du 1. Cmnulare, en basl. Cotn- 
brus (de Cumulus) , abattis de bois , d'où le fr. Encombre , 
Décombres , en a. Cumber, obstacle , et Incumber, embar- 
rasser, en x.a.Accombre et Acumbre (Halliwell's diet); 
COMBLIER à Av. sign, déterminer à : « J'nai peu le comblier 
à faire cha; » c. à d. arriver jusqu'au but, au comble; on 
distingue la mesure rase et la mesure comble ; en a. Coomb, 
mesure de blé (c.imble.) 

COMMENCHIER, encomjiexchier , v. a. commencer, 
de Com?ninisei, inventer. Dans la composition des verbes 
en a. , By, en a. s. Be, en a. ont le sens d'intériorité, comme le 
fr. En : ex. To Beget, engendrer, To Begin, en-commencer, 
To Beddagle, en-crottcr, etc. On dit aussi codueischier , 



— 252 — 

commencer et qu'meinchier à Val. ; cooiiENceEMENr et à Val. 
«u'MEiNCHEMENT : « Il y a qu'menchement partout. » Les 
formes chuintées sont très-anciennes : « Il commencha oreir 
issi. » {R. du M. S. M. V. ^J 53). A Vire, où domine la pron. 
a. de e en i, on dit comminchier. 

COMPLIET, complet, du 1. Completns ; couvlîètek , 
compléter; complues et compliens, complies (Comp/eYorm), 
en a. Complin; ajoutons un mot assez voisin , dérivé du I. 
Complex, c. à d. accompliice , complice , en a. Accomplice. 

COMPTOUR , compteur, dul. Computare; ce moi éiàit 
devenu en v. f. Contour ; il y a en N. beaucoup de familles 
Le Contour, le Conteur, le Coûteux; ce mot signifiait tré- 
sorier : « Lesquelz vingt-cing livres nous paions au comp- 
teur du vicomte de Caen. » {Aveu de S.-Etienne, -J554) ; 
plus anciennement que cette date on ne trouve guère que 
la forme Contour : « Et y sont les semonces exécutées par 
le prestre et coustour d'ycelle Eglise. » {Acte de -1283.) 
« Procureurs et serviteurs du grand cousteur de N-D. de 
Bayeux. » {Invent. ap. Pluquet, Essai, 88.) Ce mot était 
encore usité dans les temps modernes ; M. Demons dans 
l'état de la cathédrale de Coutances, fait en ^8I4, dit qu'il 
y avait avant la Révolution : « Trois coustours ou bedeaux.» 
(Mss du séminaire de Coût.) Il existait aussi en a. : « A 
sherieve hadde he ben and a countour. » (Chaucer) ; on 
écrivait aussi Comptour, d'après les notes de Cant, tales , 
p. -1 76 ;coDTRE, signifie encore sacristain en H. -IS.; enB.-N., 
c'est le ccsTo , et en pat. a. Countour sign, trésorier , selon 
ledict.d'Halli\Yell; accontocr, escompteur; en ^.Account, 
compter, Count, compte. Counter, jeton; aussi dit-on en- 
core dans l'Av. : « Je ne sais ni jeter ni compter. » discon- 
ToiiR, prêteur d'argent, usurier, en a. Discounter , escomp- 
teur. 

CONE, corne, du 1. Cornu : le n., comme l'a., ne pron. 
pas le r devant une consonne; on dit prov. : « L'bouen 
Dieu n'doune pas d'cônes à bête qui hurte. » côjner , son- 
ner d'une corne; cônu, cornu; cô>u, gâteau en forme de 
chausse-trape ; cônu, cocu, et en pat. a. Cornifle sign, 
duper; cornart (cheval), atteint de cornage, c. à d. dont 
la respiration imite le bruit du cor; côîjard, cerf- volant; 
coRNAED , côNARD , cocu ; il y avait à Rouen et à Evreux 
des Fêtes des Cônards ; de ceux de Rouen on disait : 

Aux Cônards est permis tout dire 
Sans offenser du prince l'ire. 



— 253 — 
Les CônanJs, Conardi, élisaient leur ahbé cl le prome- 
naient k Rouen sur un chariot, et à Evreux sur un âne; 
suivant Taillepied (Ant. de Rouen) les Cûnards avaient 
succédé à une confrérie de Coqueluchiers {Coqiieluchon , 
capuchon) ; ils avaient les termes de Conardie, l'adv. Co- 
7iardemcnt : o L'ingénieuse lessive qu'ils ont conardement 
montrée aux jours gras de lo'iO; » (Le Triomphe de V ab- 
baye des Cornards, Rouen 1587.) comau , cocu, d'où le 
sobriquet : « Les coniaux de Barou, » près de Falaise, et 
« Un tour de Barou, » sign, une bêtise; corkette, femme 
dont le mari courtise une autre femme : « Si o l'a fait cor- 
nard, i l'a faite cornette; » côNtELLE, la perce-oreille, qui 
a deux cornes; cô.mère, s. f. coin de maison : « E le rucl 
doit venir à la cosnièrc de la meson Eudet. » [Pan. lib. 
rub. Troarni, fol. I '».) ; on dit encore la corne d'un bois, 
d'un champ; c'est l'a. Corner, coin; on disait aussi Cor- 
net : « Faire la cauchie deu cornet du cymetière jusqu'au 
premier pont. » (Liv. des Jurés de St-Ouen.) Le fr. ap[>elle 
Cornier ce qui est à l'angle d'un objet, et Cornière désigne 
un angle à la rencontre des gouttières , et en H.-N. cornet 
sign, coin : « Dans le cornet de notte queminel. » (Muse n.) 
il y a un poisson dit goornaut , en a. Gurnet et Gurnard, 
dont Skinner dérive le nom de Corniculum , parcequ'il est 
remarquable par sa tête osseuse; corgini: , s. f. angle, 
coin; corgne, (Av.) borgne, litt. qui regarde de coin; en 
V. f. Corner sign, être dans un coin; et « Une croix qui 
corne, » en pic, est une croix plantée dans un coin; Cor- 
net, encrier, a pour syn. en a. Inkhorn; bigorne, de 
Bicornis, enclume à deux pointes, en a. Bickern; bigornée, 
façonner sur la bigorne, cigorne, pièce de bois noueux; 
DÉCORNER : « I ventait à décorner les bœufs ; » counebichet 
et BicHET, vase à boire en forme de corne, comme les vases 
à boire des Scandinaves; c'est aussi le coquillage dit Ber- 
nard-l'ermite, ou encore coRNir.ArT et bernigact; encornet, 
le calmar céphalopode; écorné, châtré : «■ Un mouton 
cornut u coillut; » (C^ar^e de 1263.) corne du diable ou 
la Macrc. Le fr. Cornemuse vient du bret. Corneor et 
flloîiez, voix humaine. La Cornouaille en A. et en Bret., 
latinisée en Cornu, renferme l'idée de coin. 

CONEILLE , corneille, du 1. Cornicula ; conillot , cor- 
nillas : « Neir coume un conillot ; le coniau ci-dessus, so- 
briquet des habitants de Barou, pourrait bien être ce mot 
contracté : cornaille s. f. (Gl.-n.), la famille des corneilles. 



— 2a4 — 
iles corbeaux; coNEiLLE OU pïed de co.neille, ù Seez , hi 
Scabieuse, en fr. c'est la Lysimachie. 

CONFESSIER, confesser de Confiteri; confession; on 
dit en parlant d'une personne méchante au fond et de bonne 
apparence : « No li donnerait le bouen Dieu sans confession; o 
co.NFKSSE, confesse; on dit dans toute circonstance où on 
se succède un à un : « Ch'est ichin coume à confesse; » 
co>iFEssiouivA , confessionnal ; confessouii, confesseur; on 
dit souvent père-confessodr; confitior, confiteor : «Moueri 
sans aver l'iemps d'dire sen confitior, » 

CONGIÉ , congé , en it. Congedio, du 1. Commeatus, en 
V. f. Comjat; le fr. Congédier se rattache à l'it. ; en pat. a. 
Congie sign, leave, permission , selon Halliwell (Diet.). Le 
congé militaire joue un certain rôle dans les chansons n. 
modernes. 

CONNÉTABLE, chef civil delà paroisse, maire. (Ilesn.), 
lilt. Cornes Stabuli, chef, en v. f. Quens, Corns, chef, 
comte. Cf. Maréchal (mare, cheval, Sc/ial, serviteur), et 
ces deux mots qui sont devenus des dignités, prouvent 
l'importance du service des écuries autrefois ; Ecmjer ad- 
met la même remarque. 

CONNIL , coMN, lapin, de Cuniculus, inusité en fr., 
existe dans des noms loc. : la Conilière , le Mont-Conin 
(à Genêts, nom tiré de D. Huynes) : a Capella de monte 
cuniculi, » le Conical, à St-Pierre-Langers , le Conilleau, 
à St-Nicolas-près-Granville; en a. Comj, lapin, en it. Co- 
niglio, en esp. Conejo , en ail. Kunele; en sued. Kaning, 
en V. f. Conin et Connil : « De chascun cent de peaux de 
mouton, connils, aignelins, etc. » [Tarif de Bay . , ^5<-■ s.) 
Ce mot est très-répandu en pat. a. sous la forme de Co- 
ney, Cony, Conynge. Le fr. pop. Conniller avait son équi- 
valent en v. a. où , du temps de Shakespeare, Coney- 
catcher sign, fourbe, imposteur, extension du sens de 
braconnier. 

CONSEI, s. m. consultation, délibération : « Le temps 
est au consei, » c. à d. demande qu'on se consulte, incer- 
tain; en a. Counsel et Council ; le sens archaïque de Con- 
seiller, parler bas, pourrait exister encore quelque part. 

CONSÉQUENT , considérable ; conséquence , impor- 
tance : « Une maison conséquente ; — Une affaire de con- 
séquence. » Ces termes, qui sont d'ailleurs populaires, 
avaient un dérive singulier qui se trouve dans un Procès- 



— 255 — 

verbal fuit à Caen en ^ 608 : « Une simple place de plai- 
doierie, peu conséquencieuse à la ville; » ce sens très- 
logique existe aussi dans l'a. Conséquence; par conséquence, 
par conséquent, en a. By consequence. 

CONTOUR, conteur; du \.Commcntum, d'où le fr. 
Conte, resté dans l'a. Account , relation; on dit par pléon. 
coN TOUR DE CO -MES; V. Ics formulcs des contes en B.-N., 
p. 227 de Vlntr.; en terme de coutume, enN., \eCo7iteor, 
Contour i:\ai\. l'avocat chargé d'exposer les faits; on dit 
fam. en fr. conter des fagots , c. à d. de bourdes, d'où Fa- 
gotin; coNTERiE , action de conter; cote-nouvelles, rap- 
porteur indiscret; son syn. plus énergique est le come-pet : 
on chante au délateur ces vers : 

Conte-nouvelles 

A vingt chandelles , 

La paille au c... 

Rapporte t'élu. 

Le mol Co}n7}ie7itum se composant de 31 ens , esprit, on 
peut rattacher à ce groupe dememer (se) , s'occuper de litt. 
se mettre dans l'esprit : « Qui s'demente de tout n'fait ren 
de bouen. » 

CONTRE, CONTE, du 1. Contra, s'emploie ainsi : « Il a 
fait cha par en contre mé, » d'où le fr. ù rencontre; malgré 
le Cont reporteur, dans le sens de colporteur, employé au 
^6e s.; ce dernier sign, porteur à col, mais contreporteur 
renferme l'idée de pays voisin , contre, d'où le fr. contrée, 
l'a. Country; en n. contrée sign, canton voisin : « Y a des 
poumes par contrées ; » controverse s. f. le sens contraire, 
le revers, par ex.. d'une étoffe, se dit dans ce sens : « Aller 
à la controverse des autres, » c, à d. en sens inverse, comme 
en 1. par ex. Controversia aquœ, le choc de l'eau en retour. 

CONTRICHION, contrition, pron. a.-n., du 1. Contritio: 
« Ch'était des contrichions à matelot; chan'durequel'temps 
d'passai l'iau. » 

COPER, couper, en gr. Kotiteev : « Et leur ai fait copper 
les testes; » (Ckron. scandaleiise) copet, codpet, en Bray 
C0UPELET, cîme d'un arbre, la partie qu'on coupe, en v. fr. 
Coupel , en a. Cop et Coppel , sommet, dont Top, id., est 
une forme; colpelle . cîme d'arbre, et Acop, en v, a. sign, 
en pointe, selon le Diet. d'Halliwell (^,17) et Decoped, dé- 
coupé, est dans Cant, tales, 843 ; ecoufeleb, décapiter un 
arbre; on trouve souvent coupel dans les chartes n. : « Ra- 
mos sine coupello; » en wallon Acopet sign. en haut; coc- 

■ 7 



— 2oG — 
MT désigne aussi le gros intestin des animaux , le boyau 
supérieur ; la phrase suivante nous offre plusieurs formes 
de ce radical en v. n. : « Pevent escoupeller, paient pour 
l'escoupleur xv solz . et se il (l'arbre) est escoquenard vert, 
ilz paient pour escopleure six solz. » Coût, des forêts. Les- 
coupeleur s'appelait aussi Coespel, nom d'homme fréquent 
en N. ; nous croyons que Coupard, n. pr. aussi commun , 
désignait ce qu'on appelle aujourd'hui le chatroux, car co- 
per sign, châtrer; coipiau, copeau : « Estoit vole (léger) 
commeun coipeau. o (Rog.de Collerye, T'i); lev. f. Copiée, 
bois taillis, en 1. Copitiœ, a laissé à l'a. Copiée et Copse , 
taillis; coespeler se dit d'une terre gelée , qui est raboteuse; 
en ec. Chop sign, couper, hacher; à S.-Lo un gopin est un 
fabricant de serges; recope , s. f., seconde mouture, re- 
coupée (Val), « du pain de r'cope. » 

COQ, cusinier de navire, du 1. Coqims, Coquere, cuire, 
en a. Cook, d'où le fr. coquin, en pat. a. CoMn , en v. a. 
Cokysse, cuisinière; de là aussi Coekney , badaud, dans 
Chaucer Cokanay. V. une note, p. ^86 du Chaucer de Tyr- 
whitt où l'on démontre que ce mot signifiait cuisinier, Co- 
quinator; de là le fr. Pays de Cocagne, en a. Country of 
Cockaigne (coquina) , liit. de cuisine, de bonne chère ; de là 
le fr. Gueux, du v. f. Queux, cuisinier, resté dans maître- 
queux ; GUECSARD (Val.) , coquin ; cemépris jeté sur le cuisinier 
conduit au n. cocace, risible, et dans le fr. Cuistre; l'heube- 
AUX-GUEux, la clématite; tchcube (Val.), cuire; tchidsson, 
cuisson; tcbccsine, cuisine, d'où Va.. Kitchen; tchcu, cuit: 
a II a du pain t'chuu t'cheu H, » sign. à Val. un homme 
aisé, ainsi que la loc. : « Aveir du pain sus l'ais; » en a. Cod- 
dle, parbouillir, est un dim. de coquere, ainsi que Codling, 
pommes cuites. 

COQLE, cocLE, coque; on dit d'un mal qu'on repousse: 
« J'aimerais muuspesquier des coques au Mont-St-Michié;» 
dul. Cochlea, en a. Cockle, d'où le fr. Coquille. coqueUcot, co- 
quelourde, coqueluche, coqueluchon , coquillage, cuillère, 
coco, cocon, coche (voiture), lequel était fem. du temps 
d'Henri IV, en a. Coach, et en argot Coquille sign, cabrio- 
let, cochlearia, d'où l'a. Cockleary, en spirale, recoquiller, 
d'où l'a. CocA-^e , se rider; coocetier, coquetière, qui re- 
cueille la coque dans la baie du M. S. M. ; ecoquier , tirer 
de sa coque, égrener : « Espiz escoquies en garbes desliées.» 
(Liv.desJurés de St-Oen), en a. Cockle, ivraie et pétoncle. 
Le mot voisin Concha a donné au fr. Conque , à l'a. Conch , 



— 257 — 

et aux langues pop. un mot obcènecitéen entier parWace, 
à propos d'une rivière, au R. de Bon; V. ^ 5000, et reproduit 
dans la Chron. de N., -128, et dans la leçon d'anglais dans 
Shakspeare (Henri F, act. ^^^, 4); on lui donnait aussi 
pour syn. Coquille : • Ne faictes fourbir vos coquilles. » 
(Rog.de Coller) e, ^22); les troubadours ne se sont pas 
gênés pour ce mot. par ex.Bern.de Ventadour dans le 
nom de samaîlresse, V. dans le Renard contrefait l'histoire 
de la Dame qui suspendit Virgile (M. du Meril, Mélanges, 
444); le n. lire de ce mot plusieurs verbes; il y a une 
riche synonimie sur cet objet dans l'a. ancien et pop. , 
comme le démontre passim le diet. d'Halliwell. Concha a 
encore donné à la N. des noms loc, par ex. la cokchée, à 
Chausey et ailleurs; à St-Malo, la Grande-Conchée. En 
argot Coquillard, pèlerin, usité dans les n. pr. Le v. f. Cotyle, 
coupe, du 1. Cotyla, resté dans le fr. Hydrocotyle, ou écuelle 
d'eau, subsiste en a. dans Kettle. On peut illustrer l'art. 
cccLE par un dicton n. qui est l'équivalent du 1. : « Ferre 
lignum silvœ, » et du fr. : « Porter l'eau à la mer, » c'est 
« porter des codes au Mont-St-Michié, » ce que Régnier 
exprime ainsi , Sat. IV : 

Que mal instruit je porte en brouage le sel , 
Et lines coquilles vendre à ceux de Saint-Michel. 

CORDEÏ, coRDiAu, cordeau, du gr. xopSiq, intestin, en 
a. Cord^ corde et corde de bois, en v. f. Cordel, cordeau , 
en pat, a. Cordelles (Ilalliwell); de là le fr. Cordage, cor- 
deler, cordelette, cordelle, cordelier : « Saô coume un 
cordelier, » dit-on en N. , corder, corderie, cordier, cor- 
don, cordonnet. 

CORDOIIENIER , cordonnier, ûeCordouen, oucuirde 
Cordoue; on distinguait le cuir du cordouen : a De cuirs, 
de feutre, de parche et de cordouen. {Coût, de la Vic.de 
l'Eau de Rouen.) « Rog. cordubanarius. » (Charte de St- 
Etienne) , « Walterus le cordwannier; » cordobeiner, v. n., 
exercer la profession de cordonnier; coRDouEi>ERiE , cordon- 
nerie; ces mots existaient en v. a. : « Buskins he wore of 
costliest cordwaine. « (Spenser , 302.) 

CORMIER, coRMEiLLE , nom de loc. n. dérivé du 1. Cor- 
nus , cornouillier. d'où le fr. a tiré Corme ou Sorbe, et 
Cornouille : Il y a la léproserie des Cormiers près Beau- 
mont, diocèse de Lis. ; on trouve plus fréq. la métalhèse 
Cromeil, cromelle, et en v.f. la Cornouille se disait (7roswc; 
on trouve un nom do bûcheron assez sismificatif : « Cer- 



— 258 — 
marius le Crorniei cindit quamdani fraxinum. » (Delisle, 
Et. 356.) 

CORPORANCE, corpulence, du 1. Corpus : « II res- 
sembloit de corporance à son père; ■> (Chron. de N., verso 
■123); coBPORc, corpulent : « Un jaians mult corporrus. » 
(Rom. de Brut.); il se disait encore au le^s. : « Navires plus 
éminenls et corporus. » (Martin du Bellay, Mém. L. X) ; 
CORSÉ, repu et qui a du corps; corser, prendre corps à 
corps, ou comme on dit en n. : <- à brasse corps; » decorse 
diarrhée ; eacorser (H.-N.) , mettre dans le corps, par ex. 
une médecine; corioral, caporal (Gl.-n.), de même en a. 
Corporal , et aussi en it. et en esp., litt. chef de corps. L'a 
qui a pris au fr. la langue de la stratégie et des fortifica- 
tions, possède Corps, corps d'armée; en outre Corpse et 
Corse , corps mort, cadavre. Le français apporte à cette fa- 
mille, outre les mots ici cités, corporal, corporel, corpora- 
tion, corpuscule, corsage, corset, corselet, en a. Corslet 
(cuirassé), incorporer, corvée, litt. service corporel, mal- 
gré le b.-l. Corvata, qu'on attiré de curvatns. 

COUCOU, en 1. Cuculns; on crie ce nom à ceux que l'on 
veut désigner comme cocus. Il est appliqué en N. et en A. 
à plusieurs plantes, et souvent aux mêmes, ainsi Xorchis 
mascula est le coucou et le Cuckoo-floiver ; le lychnis flos 
cuculi est la fleur de coucou et le Cuckoo-flower ; Voxalis 
acetosella est le pain de coucou et le Cuckoo-bread. En pat. 
a.Cuckow sign, cocu, et Cuckquean désigne <> a female 
cuckoo, » ce que le n. appelle une corkette, une coinette. 
Le rapport qui existe entre le coucou et les fleurs qui por- 
tent son nom vient généralem. de leur floraison vers l'ap- 
parition de cet oiseau. Ajoutons aux précédents le coucou, 
désignant la primevère. La bave de coixou est l'insecte dit 
Cercrops écumeuse; Cuckoo, en a., est le Hare's bell. On 
dit prov. avec avoir dans le sens de devoir : 

A la mi avri, 

Le coucou est mort ou vi. 

A la mi-avri , 

L'coueou vient, s'il a à veni. 

On dit d'un cidre qui ne se conservera pas bon jusqu'au 
printemps : a Du hère à qui que l'coueou n'fera pas pliaisi, » 

COUDRE , fem. en p. n. comme le 1. Conjlus; lefr. le fait 
masc; arbuste qui produit les noisettes; il y a beaucoup de 
loc. dites la Coudre; coudrier, dissyllabe, coudrier; cou- 
BRETTE, s. f. , nom poét. du coudrier , commun dans les 



— 239 — 
cliansons n.; couiiRirsE (Av.), le chiendent. On dit prov. : 
(I Année de noisettes , année de bâtards. » Le nom com- 
munal Coulouvray se dit en pat. Coulvray, en 1. Cw^ 
vrenim, Couldrehim, c. à d. Couldraye ; le nom d'une com- 
mune voisine, Bois-Benâtre , a par sa singulière orthog. 
ouvert le champ à de bizarres hypothèses ; c'est Bois-Be- 
nard, et Boscus Bernardi est commun dans les chartes n. 
spec, dans les Rôles de l'Echiquier. 

COUE, queue, du 1. Cauda, en a. Ctœ; on dit prov. : « A la 
mi-mai, coued'hivé.B Une chanson n. du le^s. dit en parlant 
des A. : « Ils ont une longue coue. » (Intr., 248); coieb, cou- 
ver, d'où l'a. Cower, se baisser; couillo^', cocyon, testicule, 
et par suite poltron, en a. Cullion, en pat. a. Collons, en 
y . Si. Gullion , en it Ctcllione : « Brutal prestolan, ô trop 
lasche coyon. » (Sat, de Courval) ; couille, s. f. , testicule; 
coiiLLiEB, s. m., corne de faucheur, placée entre les jam- 
bes, en v. fr. Coyer ; coïer, cornet de papier, imitant cette 
corne; dans la Bresse, cette corne s'appelle Coillu, dans 
le Jura Convier, en Vendée Coue; mais ce mot est le v. fr. 
pierre à aiguiser, dérivé du \. Colis, en fr. queue; cocil- 
LÈRE (Bay.) s. f. cornet de papier; couie, même sign.; cocier, 
(Gl-n.) paysan grossier; accouer, attacher à la queue ou 
mettre à couver; coue>j\e, fiente; cotEiNNER, fîenler; codan- 
kée (Av.), s. f. excrément d'animal; ecoma?,t, affadissant, 
pourrait peut-être se rapporter à ces derniers mots; coiette, 
petite queue, d'où bat-couette ou hoche-coue, la lavandière 
ou bergeronnette ; coivaln , œuf couvé : 

Apportez-en dix-huit ou vingt (œufs), 
Mais n'apportez pas les couvains. 

[Chant de la Passion dans l'Av.); cotiver, satisfaire un 
besoin naturel; coditron (Guern.), têtards de grenouil- 
les, œufs attachés à la crapaude; couvée^ monceau de fu- 
mier qui couve sous la terre; ecoiek, priver de la queue; 
on dit aussi eqceuteb, plus récent; cocvette, chaufferette; 
racofet, bouchon de paille en forme de queue; recoué, re- 
çu (Av.) , enfant qui vient longtemps après les autres , 
litt. couvé en arrière; redo, l'erdot, même sign, et prob. 
même et.; colvet, chauffe-pieds ; couvain, s. m. collect., les 
jeunes abeilles non écloses; cacoue, s. f., roseau à balais 
(Av.), litt. queue de chat, en Berry, balai de silence (Voc. 
de Jaubert); aquiaulée (Gl.-n.), suite, séquelle, queue. Le 
fr. ne tire de la forme pop. que couard et couardise, en a. Co- 
ward, Cowardice , et de plus Cow, intimider. 



— 260 — 

COUECHIER, coucher, en \. f. Coulc/ier, àeCollocare; 
couecha(;e, s. m. toute chose bonne à faire couche; cole- 
CHÀGE, le coucher; couechiie, couchée, en a. Couchée; la 
loc. « Couechier par écrit » confirme l'ét. par collocare. A 
Val. la loc. « Biin couechii » sign, tant mieux , c'est bien 
mérité , bien placé , Colcliié. On dit prov. : « Coume no fait 
sen liet, no s'coueche. » En a. Couch, couche, repos, cou- 
cher, mettre par écrit. 

COUENNE, du 1. Catena, dérivé de Cutis, peau, garde 
son sens et. dans coijemse de lard; c'est une injure de sa- 
leté : « Vieille couenne; » couenne, /)ems; coiEN^iu, couen- 
neux; coctice (Saint-Hilaire), lanière de cuir attachée au 
bâton. 

COULAGE , gaspillage dans les dépenses d'une maison, 
du 1. Colluere, d'où le fr. Couler; coulée s. f. passage 
étroit; il y a des petits cours d'eau appelés colLA^DIÈREs; 
il y a à Coût, le ruisseau de I'ecoulanderie; coulant, s. m. 
courant; coLiDOR, corridor, anal, au fr. couloir; ajoutez 
le fr. coulis, s. m., et coulis, adj. et coulisse, qui est dans 
l'a. Port cullis, herse, litt. porte à coulisse : « Pro barris et 
portis coleiciis. » (Acte de -1205.) Il est possible qu'à 
ce rad. se rattachent les noms top. la Coulombe, sur la 
Sienne, Coulommiers sur une rivière assez forte, Coulibœuf, 
sur la Dive. Ajoutons Coulonces ; le n. coulanderie est à peu 
près reproduit dans l'a. Colander, Cullender, couloire, 
en esp. Coladero, d'où viennent direct, len. et lefr. colidor, 
corridor. Quant à l'a. Scullery, lavoir, ce n'est pas le n. 
Ecoulerie; il dérive d'écuelle, litt. Escuellerie; mais en pat. 
a. Cooler, sign. « a large tube » ainsi que Coul (Halliwell.) 

COULEU, couleur, de 1. Color, en a. Colour, et en n. 
coLouiîER et COLLEUBER, colorcr, comme en berrichon : 
« moins couleuré que son frère. » (Petite Fadette, 89j; 
couLEn, fausse apparence, prétexte : « J'inventai des cou- 
leurs. » (Corneille) ; ainsi, dans Shakspeare Colours, trom- 
peuses apparences ; il est aussi en ce sens dans la gr. de 
Palsgrave. 

COULIEUVRE, et qïilletjvre à Val., du 1. Colubra, 
couleuvre; raisik a la collieutre, le taminier commun; 
dans l'A v. le chiendent s'appelle corDROE; peut-être pour 
Coulvrine, à cause de ses racines rampantes; on a àMor- 
tain la contr. de couleuvre dans couvre, comme dans la 
loc. : « Bère coume une couvre; » on dit aussi par contr. 
en a. Culverin, couleuvrine. 



— 26J — 

COU.ME, comme, du 1. Quomodo; on joue un jeu où 
l'on commence par ces mois : « J'monte une marche, » et 
l'on doit ajouter : « Coume mé » jusqu'à ce que les der- 
niers mots soient grotesques ou injurieux ; coori-corçA , 
doucement, passablement, litt. cuuME-çi, codme-ça, qui se 
disent pop. ; le fr. dit couci-couci; cocmem. comment, dul. 
Qua mente. Le fr. peu usité Commer, faire des comparai- 
sons, offre une physionomie pop.; colmetoct, signe de 
superl. : « 11 est malin coume tout, » comme on dit « Tout 
pliein malin. < « Coument dis-tu? » pour Que dis-tu? Dans 
le Norfolk, ces derniers mots sont encore usités sous la 
forme que donne Halliwell : « Sammodithu; » (Diet.) c'est 
une formule pour demander des nouvelles de la santé , que 
ce lexicographe n'a pas saisie ; on dit toujours en N. : 
« Comment dites-vous? Conmient dit la santé? » Ace mot 
a. qui est une phrase, on peut enjoindre un semblable, 
Quandary, perplexité, litt. Qu'en dirai-je? V. Beaumont 
et Fletcher et Richardson's diet. 

COUMÉDIE, comédie, du \.Coniœdia, en a.Comed/j; 
couMÉDiEN, comédien; coniiQiE, comique, etc. La termi- 
naison fr. ie se pron. ^?^ en n. ex. comedIxN. 

COUMESTIBLE, comestible; il n'y a que par ce mot 
encore peu pop. que le fr. se rattache à la communion des 
langues indo-européennes: en pers. Ata, engoth. Itan, a-s. 
Etan, a. Eat, hoW. E ten, aW. Essen, sued, ^^a, gr. eSetv, 
1. Edere; le fr. Mets, l'a. Meat, qui a un air de famille, se 
rattachent direct, à l'isl. Mat, lait, la nourriture par excel- 
lence. 

COUMODE, commode; coumodité, commodité; cocmo- 
DÉME.M, commodément. 

COUMUN, commun ; coumun et codmCxML, s. m. bien com- 
munal, en a. Common; coumi,>e, maison cocmuiXE, mairie; 
nuEMuxE. id.; accomicher (Bay), mettre en commun; en 
V. f. il sign, communier : « Grand planté de messes pour 
accomicher ceux qui dévotion avaient. » (Froissart.) 

COUISAITRE, connaître : « Je n'ie connais ni d'Eve ni 
d'Adam ; » on dit : « No ne connaît le vilain que quand no 
z'est à sen pain; » couiXAIssa>che. connaissance; decounai- 
TRE, ne pas reconnaître : « I faisait niit à décounaître les 
terres ; » en a. Know et Con, d'où Cunning, intelligent, 
mais qui sign, connaissance dans Shakspeare : « That errs 
in ignorance and not in cunning. » (Othello, Act. ^^^,.3.) 



— 262 — 

COUPLIER, coupler, de Copulare\ coupuie, couple; 
DEcouPLiÉ (bien), bien fait, en parlant d'une personne, mais 
sans doute pour Découpé, dessiné; en a. Couple, Cou- 
pling, en f. Couplet, en n. coupliet, accoupler; en a. 
Cobble, rapetasser, d'où cobbler, savetier; couplière ou 
CHAPE, lanière qui réunit les deux parties du fléau. Quant 
à Câble, il. vient du 1. Capulum, en v. f. Châble, qui se dit 
peut-être encore sur la Seine : « Les bateliers de la rivière 
de Seine prononcent diable et ils appellent les petits cha- 
bles chableaux. » (Observ., 392); capeler, attacher une 
corde , on dit par pléon. : « Capeler un câble. » 

COUR, couER, du 1. Curia, cour de justice, assez pop. à 
Jersey, moins cependant que le vieux mot Cohue; ce mot 
d'orig. lat. n'existe presque pas dans les langues pop., et ne 
doitpasêtreconfonduaveclacour aussi d'orig. lat., qu'onde- 
vrait écrire Court, puisque toute cette famille est caractéri- 
sée par le T. Ce dernier mot est le 1. Cohors, Chors, 
cour de maison, de métairie, l'anal, du gr. xop'^oç, du germ. 
Croft, du scand. Gard, de l'a. Wort.kuwQ époque reculée 
en N. Curtis^ sign, une terre seigneuriale, comme on peut 
le voir par le curieux douaire d'Adèle, cité dans le Spici- 
lege d'Acheri : « Concedo curtem de Ver.... etc.» Aussi, en 
B. N. COURT désigne encore les grosses terres dépendantes 
du manoir; on dit à Val. la court d'Urville, la court de 
Mandeville, etc. ; c'est de ce court qu'est dérivé le fr. cour 
dans le sens de cour de prince, cour de maison, mots dont 
l'orthog. est fautive, et ne les rattache pas à leurs dérivés , 
cortège, courtiser, courtisan, courtois, courtine, etc. L'it. 
Corte et l'a. Court ont été plus fidèles à l'ét.; l'a. possède 
Court, Courteous, Courtesan, Courtier, Cur, chien dégé- 
néré, litt. de cour; en pat. a. Courtelages[<^n. cour et jardin. 
Len., spec. dansl'Av., aie dim. courtil, jardin; ily aà Av. 
la rue des Courtils, et dans l'arrondissement la commune de 
Courtils; de ce mot, le fr. tire Courtihère, autrement Jardi- 
nière, insecte des jardins; ce mot était devenu Co5^ï7.* «unum 
costillum. « (Cartul de St-Lo); on disait courtillier, jardi- 
nier : « Mettre à la garde des courtils son courtiller et son 
compagnon. » (Avranchin, ^ 1,429); courtillier se dit à 
St-Lo pour jardinier. V. court aux or. celt. 

COURROI, le fr. corroi, argile; Vauban'disait Conroij: 
« Une clef de conroy ou terre grasse bien battue. » [Mém. 
sur Cherbourg); en marine , le courroi est un mélange de 
suif, de soufre et de goudron ; à Mortain. on dit courail 



— 20;; — 
pour la terre argileuse el l)lanclie; de là le ?ii(îixe des deux 
loc. St-J. du Corail el St-,1. du Corail des Bois; on dit aus?i 
COROT: au Maine Conroi, argile. En v. f. 6'o?i?'o/, dérive du 
1. Coyigregare sign, réunion, V. passim dans le Boni, de 
Rou. cl aussi convoi, troupe; c'est sans doute aussi l'ét. de 
notre corroi, lilt, terre agglomérée; ainsi en pat. a. Conreij 
sign. : « run together. » (Halliwell). Dans le sens de réu- 
nion de bestiaux, il se trouve dans une charte de Jersey de 
^45^ : « Mettre les conres dehors des étables. » (Fr. Hugo. 
N. inconnue). 11 a encore le sens de soin (cura(io).\. cv- 

RIOLEIi. 

COSSE, GôssE, cosse, du b.-l. Cossa, en a. Cod, gousse ; 
et le n. gôsse mène au fr. Gousse, enveloppe de l'ail, à son 
dim. Gousset, bourse et creux de l'aisselle, en a. Gouechet, 
petite poche de culotte ou de gilet; delà gousse, s. f. argent 
de poche; de là le fr. Cosson . insecte qui se loge dans la 
coque des grains, Cosson, bouton delà vigne; ecôssek, 
EGôssER, écosser; ecôssodr, écosseur; côsseac, côssiac ,. 
tuyau de plume à écrire; à Val. cosset; côssé, cossu; côs- 
sciiENT, richement; gôssiep. el grossier , à Val., balle des 
céréales; gôssox . et à Genèls cocno.\KET, fruit de l'églan- 
tier. 

COUESIN. cousin, du 1. Consanguineus , en a. Cousin, 
cousin; couesineu , v. a. se traiter de cousin ; coie>Ii\age, 
s. m. qualité de cousin. On chante une vieille ronde où a 
survécu le superlatif trcfous , en n. tertois : 
Sonmcs-nous pas cousins , cousines? 
Sonmes-nons pas cousins lerlous? 

V. la chanson des CousincUcs, Intr. , p. 332. On dit pop. 
d'une personne flère : c Le roi n'est pas sen cousin. » Au 
terme Cousiner se rattache l'a. Cozen, cajoler, litl, traiter 
en cousin. On appelle à Villedicu , où le sacre, fêle du Sl- 
Sacremenl , se célèbre avec solennité, cocsins du sacre, les 
prétendus parents qui viennent demander l'hospitalité ce 
jour-là. coLsr^E, belle-mère; codsinet, œillet mignonette , 
en a. Minionet; cotjsinette, passe-pomme, en quelques en- 
droits POMME I1F satnt-comest. (GL 71.) Tallcmant des Réaux 
raconte l'origine d'un dicton n. : « On donna la vie à un de 
ces mutins (des Nu-pieds d'Avranches) , à la condition 
qu'il pendroil les autres... Il y en avoit un qui esloit son 
cousin germain; quand ce vint à lui : hé, cousin, lui dit 
ce malheureux, ne me pends pas. Cela passa en proverbe. 
Cet homme quitta le pays cl se fit ermite. » Le fr. Cousin , 
insecte, dérive du 1. Cvlcinvs. 

8 



— 264 — 

COUOURBE, courbe, du 1. Curvus; courbe (H.-N.) s. f. 
attelage de deux chevaux pour halage , sans doute parce- 
qu'ils sont rôunissousun seul joug ou cercle. II y avait sur 
les bords de la Seine un droit sur les courbes, appelé Cour- 
bage. courge , s. f. joug pour porter les seaux ; sans doute 
de là le fr. Courge, fruit arrondi. En fr. Coubattu , litt. 
courbé de faligue, Curvatus, enn. codrbattre, harasser, 
en it. Courbatare, comme dans la 3Iuse n. : 

Chy lu as veu ma fame checourbatlre. 

On tire du b.-l. Corvada (curvata) le fr. Corvée, litt. tra- 
vail où l'on est courbé , mais plus prob. de Corps , comme 
étant la redevance du corps , par opp. aux redevances en 
argent ou en nature ; du v. f. Corvéer, il n'est resté en fr. 
que Corvéable. En a. Curve, courber, Curvet, courbette^ 
Curb, gourmette. 

COUOURÏ, cooERT, court, du 1. Curtus; codert, de petite 
taille, comme l'a. Short; couertaud, péj., homme petit et 
trapu, d'où sans doute le fr. Courtaud de boutique , litt. 
petit garçon; en fr. Courtaud (cheval) et Courtauder ; en 
V. f. Cort, qui est peut-être l'a. Short, par cette ligne : ail. 
Kurtz, hoU. Schorte, a. -sax, Sceort; onditavecépigramme : 
« Couerte messe et long dîner. » courte, s. f. penis d'en- 
fant ; courtine , id. , d'où faire courtine , se baisser pour 
uriner, spec, en parlant de la femme : aussi faire courtine 
sign, encore s'accroupir, s'étaler, comme les femmes, sur 
une chaufferette ; c'est ce que les Pic. appellent Faire cha- 
])elle. A CODERT, à vide, en besoin de : « Etre à couert d'ar- 
gent; « on appelle une personne en cet état M. ou M^e 
d'argent-court. En a. Ct«-^, court, Curtail, couper, litt. 
en pat. a. Cutly, faire courte queue, comme on fait pour 
les chevaux. 

COUOUTEUME , coutume, du 1. Consuetudo, dont la 
forme intermédiaire était Constud, en a. Custom; couou- 
TECME, s. f. droit de péage : « Liard à Hard la cououteume 
s'amasse ; » comme en v. f. : « Chacune nef au port de Caen 
donrra la jolie et loial coutume. » [Etabliss. de N., 85.) 
Aussi en A. Custom sign. Douane, cououtumanche , ac- 
coutumance; cououTDMiER, coutumier, en a. Customary, 
chaland. Les îles n. sont encore régies par la Coutume 
de N. On dit prov. : « Une feis n'est pas cououteume. » 

COURLIEU, courhs, en a. Curlew; bé-de-cocrlieu , le 
Claucium maritimum; ce mot se rattache à courir, du 



— 265 — 

moins Corlieu en v. f. sign, courrier, comme dans ces 
vers du R. de Rou : 

Dune vaissiez corlieus errer, 
Barons e chevaliers mander. 

Le bécasseau falcinelle s'appelle Petit corlis et Cocorlis ; 
l'oiseau, assez semblable au courlis, qui s'appelle ù Genêîs 
coBBEGEOiX, se rapporte peut-être à cette famille. 

COURRE , courir, du 1. Currere , resté en fr. en véne- 
rie, chasse à courre : « Je n' vais pas allai courre jusque là; » 
cocERi, courir; on dit prov. : » Vaut muus tenir que 
coueri ; » coijeeocr, coureur, en pat. a. Corowf ( Halli- 
well); cocERoisE, coureuse; coieri, couler : « L' pot 
couert, l'iau couert; » couerrie, course, vagabondage; 
couEBAssER , vagaboudcr ; coceiusserie , s. f. vagabondage ; 
coiERASSiER, courcur de femmes; courser (Av.), pour- 
suivre à la course, en a. Course ; cocrson , filet sur cercle 
mis contre le cours de l'eau; coiers, cours, écoulement : 
« Avoir un couers es gambes ; » decouers , décours de la 
lune : 

Gelée blianche en decours , 
De l'iau après deux jours. 

AccoiRsiER, achalander, donner du cours à la vente, en v. f. 
Acconrsier, chaland; iecoursier, désachalander; enn. re- 
QCERRE, rechercher, comme courre; ainsi, dans la Chanson 
des Oreillers, Intr. , p. 293 : « Je ne puis les requerre. » 
Le fr. Courtier dérive de courir, car c'est en b.-l. Currate- 
rius , ainsi que Courtaud de boutique; le fr. maritime 
Courcive, anal, à Cursive (écriture), semble sign, partie 
où l'on court. 

COUST, ce que coûte une chose, du 1. Constare, resté 
en fr. seulement comme terme de pratique; « Le coust ôte 
le goût , » c. à d. une chose chère ne plaît pas ; en a. Cost, 
prix , frais ; coùtage , dépense : « Avaricieux qui craignent 
le coùtage. » (J. le Houx.) coùtageix, coûteux : « Si couta- 
geux pour la ville. » (Acte de l'Univ. de Caen, ^608.) 

COUTE, coude, du I. Cubitus ( cu?nbcre ) ; accovie^ , 
accouder; accoit (Gl. n.) , accoudoir. On disait Coîite en 
v. f. : « Se drecha dessus son coûte. » ( Tombel de Char- 
trose.) « Debout sedreca sur son coule. » (La mort du roij 
Siceine, édité par M. Trébutien.) 

COUTE, le fr. vieilli Couette, dul. Culcitra, resté dans 
le fr. Courte-pointe, Culcitra pnncfa, du verbe poindre . 



— 26C — 
piquer, visible dans le fr. Pourpoint ; de là le n. coiétil . 
coutil , litt. toile de coûte ; couetilier , fabricant de coutil , 
et d'où le fr. Coutier, icL et le fr. Couteline. 

COUTENTIN, cccsTE]NTL\, Cotentin, le Pagns conslan- 
tinns, dérivé du nom prim, de Coutances, Constantia cas- 
tra; cooiEisTix, taureau ou bœuf de la race cotentinaise; 
coTE^TI^E, vache de cette race : « A gros Normand , gros 
cotentin, » axiome d'éleveur, cité par Fr. de Neufchâteau 
à l'art, vache , du Dkt. de la conversation ; cotentine, coiffe 
du Cotentin. 

COUTET, couTiAu, et à Av. cutet, du 1. Cultellus , cou- 
teau; le serment « per cultellum » était une formule commune 
enN. ; coutlier, coutelier, en a. Cutler ; de là le fr. Cou- 
telas , en a. Cutlass. Cf. le fr. Contre, du 1. Culter (co- 
lère, cultum) , le père de cette famille, qui se rattache à 
cooLOîiiE. De là le fr. Accoutrement, Accoutrer, qui prim, 
sign, armer d'un couteau, d'une épée; aussi à Jersey on 
dit encore pour la milice: « Habits et accoutremens, » 
c. à d. uniforme et armes. En a. accoutre, équiper. Cf. 
le fr. Coutille , Coutillade. En a. Cut, couper, d'oîi Cutter, 
couTRE, à Jersey, espèce de navire, cotre. 

COUTRE , couETiUE, coudre, du 1. Consuere; coietire, 
couture ; coueture, s. f. l'art de coudre : « OUe apprend la 
couelure; » cocetcrerie, couture longue et ennuyeuse, 
manie de coudre; coeesette, petite couturière peu habile; 
cocETtRiER, couturier, anciennement le faiseur d'habits, 
remplacé auj. par Tailleur; mais l'a. Taylor est ancien. Le 
simple Suere avoil donné Sutor, cordonnier, litt. je cou- 
seur, en v. f. le Sueur, resté dans les n. pr. , et il est resté 
dans Va. Sew , coudre, Setver, couseur. 

COUTURE (Guern.), s. f. champ cultivé : c'est l'ancien 
mot Cultura, qui est resté dans la top. n. comme nom 
pr. de terres et de champs , La Coulure et la Culture. En 
Pic. Couture sign, aussi champ cultivé, comme en v. f. : 

Ne vigne provignie ne couture semée. 

{Rom. de Rou, v. 1445.) 

Il y a en N. beaucoup de familles La Couture. V. coiloî<ie. 
COUVRI, couvrir, dul. Cooperire, en a. Cot'e;-; couverte, 
couverture d'étoffe , et couvercle : « N'y a si p'tit pot 
qui n'trouve sa couverte. » Pour cacher un objet sale et 
métaph. pour voiler une chose honteuse, on dit : « Servi 
de couverture à boisson. » L'a. Cover sign, aussi couver- 



— 2GT — 
lure et couvercle, dlcoiveete, s. f. : <• Ce lieu a de la dé- 
couverte, » c. à d. que de ce point on découvre beaucoup 
de pays. Le fr. Couvert, dissimulé, était en v. n. Culvert; 
l'a. a gardé ce mot pour chemin couvert; le fr. couvrir, 
en parlant de l'union des animaux a donné à l'a. « Feme 
covert. » terme juridique pour femme mariée, ou simple- 
ment Covert; aussi Cover sign, s'accoupler. Parmi les com- 
posés on remarque couvre-chef, en v. f. Cwchief, en a. 
Kerchief, plus usité dans Hand kerchief, mouchoir, cou- 
vre-feu, en a. Curfew, qui rappelle une des ordonnances 
de Guillaume le Conquérant; décocvri, découvrir, en a. 
Discover ; on dit : « Découvri St-Pierre pour couvri St- 
Paul, » c. à d. emprunter pour payer. Quant à recouvrer, 
il vient de Recuperare , et donne à la langue pop. becoc- 
VRANCE, action de recouvrer et spec. iiecoivra>ce, terme des 
marins pour l'action d'échapper au naufrage, d'où les cha- 
pelles de N. -D.de Recouvrance. 

COVETTE, pour corvette , femelle du corbeau, en i. 
Corviis, usité à Val. oîi l'on appelle cotettes spec, les cor- 
beaux dans les clochers; en Bray on dit cahouette. pour 
petite corneille et à Guern., ce mot désigne lacorneilleaux 
pieds rouges; ce mot plus on. que dérivé du précédent, se 
rapproche de l'a. Caw, croasser et du fr. coasser, souvent 
appliqué au corbeau; en n.coiAS (Av.), corbeau; c'est par 
une on. analogue qu'on dit Chouette, et le n. chouetteb. 
crier comme la chouette , d'où le dicton : 

So chouette le se (soir) 
O part por lé; 
S'o chouette le malin 
() part pour le yeisin. 

Le V. f. disait Kauve, comme dans la fable 48 de Marie de 
France : 

D lin vilain disl qui nnrrisseil 
Une kauwe que nn;lt ameil. 

CAUVET, rusé, litt. comme la corneille; covette. fille 
joyeuse ; corbin , corbeau , resie en fr. dans canne à bec de 
corbin; il y a au Mont-S.-M. la Tour es Corbins; bé de 
coBBiN, petite pince aiguë; bé de corbin, le ranuncuhis 
arvensis ; Corbin se trouve dans la chanson de la caille, 
V. Intr. p. 29G. très-pop. en N., excepté dans l'Orne où pré- 
domine la chanson de l'alouette : 

L'alouette, l'alouelte, 

Nous la plumerons l'alouette. 

L'alouctle tout du long. 



— 268 — 
Corbin entre dans la loc. : « Neir coume un corbin; » l'éc. 
Corby , corbeau , est le fr. Corbin ; corbière , nom assez 
commun d'îlots et de rochers fréquentés des corbeaux. Les 
nom des diverses espèces de navires ont été tirés des oiseaux : 
ainsi le fr. Corvette, qui est notre mot n., goélette , fem. 
du goéland, Frégate, etc, en n. feégade, usité au jeu de 
cartes dit foutreau, oîi l'on bat les doigts du perdant avec ces 
mots : 

La frégade 

Qu'est en rade , 

Le baliau 

Qu'est un vrai chabot. 
Ainsi BCSE, en n. espèce de faucon, désignait un navire ap- 
pelé encore Busse : « ÎSefs et dromons, buses et barges. » 
(Rom. d'Alixandre). Ord. Vital dit : « Quatuor naves quas 
canardos vocant de Nortwegia in Angliam appulsae sunt. » 
C'est sans doute sa traduction des Drakards {Drake, canard) 
des Scandinaves. On appelait aussi Cane un bateau sur la 
Saale au moyen-âge : « Navis quam Cane in vulgari ap- 
pellant. » (Charte de -M 68.) 

CRABE , s. f. crabe, « Une crabe éragie , » espèce de 
crabe fortement armé, du 1. Carabus, en gr. axapaSoç, 
d'où le fr. Scarabée; toutefois, enisl. ^môôî se traduit par 
Cancer; crabiêbe, s. f., rocher riche en crabes; crabe, s. m. 
petit être chétif; cbabin et cbabichon, dimin. : on dit les 
Crablins d'Harfleur; le n. ajoute Craliier, oiseau qui se 
nourrit de crabes , Cravan , oiseau et coquillage , et Cre- 
vette, en n. cbevreite, en a. Crab, crabe, d'où Crabbed, 
bourru , Craber, rat d'eau. A cette famille appartient le fr. 
Ecrevisse , en gr. xapaêtç, langouste , en n. écreviche , cre- 
viche; en a. Crawfish et Crayfish; crevdche, petite crevette. 
CRACHE, s. f. crasse, du 1. Crassus ; crache, saleté 
morale : <- Faire des craches à quéqu'un; « crachocx, cras- 
seux; CRACHOcx, avare, comme le 1. Sordidus; decrachieb, 
décrasser; en a. Crass, épais, grossier, dont Cross, 
bourru, n'est sans doute qu'une variante, ainsi que 
Coarse , épais, grossier; crasset, s. m. croûte grasse qui 
couvre la tête des petits enfans , et est appelée chapeau; 
cresset, s. m. lampe de fer, en forme de lampe antique, avec 
un double fond , en v. a. Cresset^ qui est encore dans Mil- 
ton : « Blazing cressets; » et Cresset sign, encore auj. en 
a. le feu qui sert de signal; il se disait aussi en v. f . : 
« Sijuy doitbailler crasset et chaindoille. » {Rôle^d'Oléron, 
vu.) A Guern. crassilie, lampe, et crastiller. briller. 



— 2G<> — 
i;rassin, cbachlv, petite pluie grasse; crassikeh. chachiner. 
pleuvoir du crassin. Ce mot Crassus se retrouve dans le 
V. f. Craspeis, Uti. crassus piscis, collect, désignant les gros 
poissons à huile et gras, et on trouve souvent associés 
Craspeis et Porpeis {porciis piscis), comme le marsouin, 
litt. maris suinus, porc de mer. Crassus donne encore une 
autre forme : Gros, Grossier, etc. , d'oîi Groseille, en a. 
Gooseberry, litt. grosse baie ou grasse baie , le v. f. Grossier, 
épicier, litt. marchand en gros, en a. Grocer, l'a. Croat, 
huit sous, litt. un gros, ainsi que Gro^s, une grosse ou 
douze douzaines , en b.-n. grossier, gros : « Su mousieu 
est biin grossier, c. à d. gros. Enfin Crassus donne Graisse . 
Graisser, etc., en a. Gi-ease , en n. graissier, graisser; 
GRAISSE, s. f. engrais; graissier (de la terre) , fumer : on 
dit d'une bonne terre : « Do lié no z'en graisserait les au- 
tres; « béte-de-graisse , bête qu'on engraisse; guaicuier, 
graisser, en éc. Creish, id. 

GRACHIER . cracher, de l'on. 1. Scracere. V. crac On 
dit prov. d'une jactance dangereuse : <■ Crachier en haut 
pouer que cha r'tombe dans 1' bc (bec) ; » pour marquer la 
ressemblance, on dit, par ex. : « Ch'est sen père tout cra- 
chié. » La loc. : « Crachier au bachin » sign, être forcé de 
donner de l'argent, litt. dans le plat du quêteur; cuAcnoun, 
cracheur; cracherie. manie de cracher. L'a. n'a pas de mol 
pour ce râclement éclatant. 

CRAINDRE (se), se dit du fait de se sentir en faute : 
(( Va, je n'me crains pas, » c. à d. je parle avec le courage 
de l'innocence, du b.-l. Cremere, pour Tremere, en v. f. 
Crémir; crainte que , de crainte que ; crainti , craintif. Se 
craindre dans le sens moyen, c. à d. craindre pour soi, se 
disait en v. f. : « Se cramoit que aucuns ne li reprochast. n 
(Wace, Concept. N.-D.,^. ^5.) 

CRAMESI, cramoisi, en a. Crimson, de l'ar. Kermès, 
en b.-l. Chermesinmn. 

CRANIÈRE, maison délabrée, pleine de crevasses, en 
a. Cranny, crevasse, fente, du fr. Cran, entaille, en b.-l. 
Crena, d'où le fr. Créneau et l'a. Crenated, crénelé; en 
V. f. Cranner, boucher les fentes. 

CRÉATURE , cRiATURE , femme , s'est dit en fr. de la 
femme et de l'enfant par mépris : « Y a des criatures qui 
valent des hommes au trava. » Il est en ce sens dans la 
chanson de Roger Bontemps. V. Intr., p. 320. L'a. pron. 



— 270 — 

la première syll. de ce mot comme le n.; ainsi en v. n. : 
« L'image no'stre crialor. » (R. du M. S. M.) 

CRÉCELLE, crécerelle, du 1. Crepitaculum, de Crepi- 
tare, on. qui donne au fr. Crépiter, Crépitation, Crépitant, 
Recrépir, litt, refaire un mur craqué, Crépir, id.. Crépi , 
Crépissure, en a. Crepitate, pétiller; c'est sans doute par 
une on. analogue en partie qu'on dit créaxcer (Cré-han), 
frapper alternativement le van du genou droit et du genou 
gauche pour rassembler les objets à rejeter. Cf. le fr. 
Crécelle. 

CREITRE, croître, du 1. Crescere; pour représenter la 
l^roximitc des 'deux églises, on dit : Entre Portbail et 
Gouey, ne creit ni herbe ni blié. On adresse en B.-N. ce 
souhait à celui qui cternue : « Dieu t' creisseelt'bénisse! » 
Aussi trouve-t-on dans les rôles n. : « W. Dex le beneie.... 
Dex le croisse deCadomo. » (Echiquier, ^ 198). Lafontaine 
disait encore : « Si vous voulez le laisser craître. » (L.VI, 
f. 2) ; CREITRE est aussi actif: « Il a d'quei creitre deux tou- 
niauxd'bèrc; » creitre, s.m., croissance, comme on dit le 
PAITRE, la nourriture : « Chest coume les poulains du 
Perche qui se défont au creitre ; » creissance , croissance ; 
RECRE[TRE, agrandir: « Recreitre sa maison; » creissant, le 
croissant de la lune, c. à d. quand elle croît : « Je soumes 
dans l'creissant ; » decreissance , décroissance ; décret, s. m . 
décadence : « Terre en décret, c. à d. ruinée; accret, ac- 
croissement. Le fr. ajoute recrue, recruter, croit, etc. La 
branche a. est assez riche, Increase, croître, Crew, hommes 
de l'équipage, recrues, Recruit, recruter, etsansdouteG^'ow, 
croître. Crescent, croissant, Decrease, déclin, et en v. a. 
Decrewed, Acrewed (Spenser, 215 et 221), et Concreiv : 
« He let to grow and griesly to concrew. » Le fr. Cresson 
vient du rad. de cette famille, en a. Cress, ainsi que cres- 
sonnière, qui désigne souvent des terres en N.; en v. n. 
souvent un marécage : « Décima nasturciandorum... Mas- 
sagium cum cressonneriis. » (Delisle, Et. 278); en N. la 
cRESsOx\iNETTE cst Ic crcssou alcnois , c. à â.Orlenois, ou 
d'Orléans. (V. noire Flore pop., p. Z.Suppl.) Unmotpropre 
au Calvados appartient à cette famille , c'est la crétine . 
ou crue des eaux, d'où encrétlné , inondé, en b.-l. 
Cretina , cretiva; on disait aussi au moyen-âge Crea- 
ture et Quertine : « Se y a noieries ou crétine d'yaue, » 
disent les Chron.de St-Denis, V. une dissertation de 
M. G. Mancel sur cette expression. A Rouen, on appe- 
lait Escrues les bords de la Seine inondés. 



— 271 — 

CKÉ.MILLIE' (Val.) crcmaillèrc. du 1. Cremare : « Uiic 
cramillie. » {Inventaire de 1307.) « \ cramillie, I grail. •> 
{Ibid.) On dit à une personne au visage taché : « T'as 
donc baisié la cremillie; » « Pendre la cremillie, » c'est faire 
le festin d'installation dans une maison ; « Baisier la cre- 
millie , » c'est dire adieu au domicile qu'on quitte. Le fr. 
possède encore Cremaillon, et l'a. Cremation, brùlement. 

CRÉMILLON, ECRÉMiLLON . petit fragment de crème, du 
1. Cremor , qui n'est sans doute pas sans rapport avec Grw- 
mus , d'où le fr. Grumeau, en a. Cream, crème; ceémeix , 
de la nature de la crème et riche en crème. On dit prov. : 
fl Prendre la crème et laissier le lait , » c. à d. prendre le 
bon et laisser le mauvais. 

CRÉPIR (se), se raidir, se dresser, se crisper : « Se 
crépir sur ses ergots, » se dresser avec force sur ses 
pieds; du 1. Crispus, crépu, d'où vient le fr. Crêpe, m.. 
et Crêpe, f., Crêper, Crépine, Crépon, Crépu, Crisper, 
en a. Crape, un crêpe et une crêpe, Crisp, etc. Du n. 
CRÈriR, se raidir, se crisper, semble venir l'a. Creep, se 
traîner, ramper, grimper. 

CRERE , croire , du 1. Credere, en v. f. Crere : au 1 7e s. 
encore , la forme et. Créance l'emporte sur la forme du 
dialecte de l'Ile-de-France, Croyance; l'a. garde ce mot 
Créance, confiance; creu part, pass.; mécpeu, non cru; on dit: 

Une feis veu , 
Chent feis mécreu. 

En B.-N., on pron.d'unemanièretrès-liquidecRERRE, comme 
en V. n. dans le Bestiaire divin : «Crerre. » Au fut., on dit 
je cRÉRAi , etc. ; on dit prov. : « J'aime muus crere que 
d'aller veir. » Le fr. possède Crédit, auquel se rattache le 
dicton pop : « Crédit est mort , les mauvais payans l'ont 
tué. » L'a. possède aussi Credit, Credence, creed; ce der- 
nier est le 1. Credo, qui se dit en N. dans cette locution : 
« Je l'counais coume men credo,» c. à d. parfaitement. On 
dit aussi : 

Il est coume Saint-Tboumas, 

I n'veut pai crere quand i n'veil pas. 

On dit aussi deceere, cesser de croire; l'état de doute se 
représente ainsi : « Je n'creis ni ne decreis. » Cette forme 
nous conduit au fr. Discredit , en a. Discredit. En N. on 
appelle credence, s. f., un bahut: c'est le fr. Credence qui 
sign, table près de l'autel, du côté du Credo ; Rabelais prend 
Credentiers dans le sens de buffetiers. M. du Méril cite 



d'uQ gloss, du 14e s. : B Acredo, Escrim. » (écriii). {Mé- 
langes, 27). Un mot a. cité par Halliwell , dans son Diet. , 
Facrere, dissimulation , semble êlre le n. Fait-crere. 

CRÊTER, comme dans : « Les poules crêtent, » c.àd. 
la crête leur pousse ; le fr. possède Crête , en v. a. Creabted 
(Spenser, -192), en a. Crest, crête; ceestelé ; dans la 
Muse n., semble sign, paré d'un ornement de tête , ainsi en 
parlant des banqueroutiers. 

Leurs femmes paraissent crestelées , 

Lestes d'habits et partout dentelées. 

Aussi CBÉTÉ à Lis. sign, paré ; de là Guette, bien mis; cbète- 
i)E-co, ou cocRÉTE, le Rhiïianthus crista galli ; Cretelle dé- 
signe la graminée dite Cynosurus cristatus ;'E.cxèiev, priver 
de la crête. Quant à criste-mabine , en fr. Crête-marine , il 
vient de Crithmum maritimum ; toutefois , ce mot désigne 
aussi et plus souvent la Salicornia herbacea. 

CRÉTON, on., résidu croustillant qui provient de la 
graisse bouillie; on trouve dans la Muse n. : 

Et fondit aiuchin qu'un créton. 
CEÉTOKNER, se formcr en créions. 

CRIBLIER, cribler, du 1. Cribrum ; cribliage , action 
de cribler; criblieuhe, criblure : en a. Ribble, cribler; en 
V. f. Cruvelier, faiseur de cribles; en v. f. Cruvel : Cruve- 
lier existe dans les n. pr. , ainsi que Crîbier, qui sign, sans 
doute aussi fabricant de cribles. 

CRIGNE , chevelure , pris en mauvaise part , du 1. Cri- 
nis; CRIGNE , en Bray , l'ensemble des herbes , en forme 
de crinière, que ramasse la herse ; crignasse, crignache. 
vilaine chevelure ébouriffée ; crignasse , s. m. homme mal 
peigné; écriginé, échevelé; crignu, qui a une crinière : la 
branche fr. offre Crin , Crinier , Crinière , Crinon ; le v. f. a 
Grenon, moustache, en n. guernon; on dit vulg. : «Je 
n' crains ni ses noms ni ses guernons. » Cf. les n. pr. Guer- 
non, Blanc guernon , etc. L'a. n'a que Crinose, poilu. 

CROTE, croûte, du 1. Crusta : « Ne pas aveir une croie 
à s' mettre sous la dent. » On dit iron. : « I m' garde une 
crôte pouer quand j' serai vuus (vieux); » « Garder une 
crôte pouer la faim , » est l'équivalent du fr. Garder une 
poire pour la soif, crotet, crottin, en a. en vénerie Crotels, 
crottes des bêtes de chasse. (Halliwell.) A cette on. se rat- 
tache le fr. Croustille, Croustiller, Croustilleux , Croûte- 
lette , Croûte (mauvais tableau) . Croùtier, Croûton . Crus- 



— 273 — 
lacé, Incruster, l'a. Crust, Crusted, Crusty, rébarbatif, 
Incrust , etc. En N. « Vieille croûte » est une injure , pour 
dire : couvert de la crasse et des aspérités du temps , et 
par suite, vieillard à préjugés; d'où ekceoùté, routinier; 
CROULEVER, sc soulever, en parlant de la croûte d'une cica- 
trice, de la peau, en v. f. Croutelevé, couvert d'une croûte 
galeuse. On tire aussi de Crusta le fr. Crotte , d'où Crot- 
ter, Crottin. Quant à crouet, s. m. (Genets) pierre friable 
qui se trouve dans les Dunes, il se rattache à crad des or. 
celtiques. 

CROUEX, croix , le b.-n, prononce ce mot en deux syl- 
labes; CROISETTE, petite croix, en fr. désigne une plante, 
le Galiet-croisette, du 1. Crux, de même en v. n. : « Un 
mantel semey de croisettes et florins d'or. » (Inv, de la 
cathéd. de Bay., en 1476.) En archéologie ce mot est né- 
cessaire, comme l'a. Tracery, tracerie, les figures tracées 
dans un fronton. L'ordre des Croisiers , litt. des croisés , 
Cruciarius, en a. Crozier, croisé, a laissé à Caen le nom 
de Rue des Croisiers ; croix de dieu , la croix qui précède 
l'alphabet, et l'alphabet lui-même; grosser, battre, rosser, 
litt. croiser les jambes, donner le croc en jambe; en a. 
C7-0SS, croix, croiser et traverser; croche, bâton recourbé; 
croche, crosse, en a. Crutch; crochir, courber en crosse; 
CROCHIR (l'œil), cligner d'un air d'intelligence; croisiée, croi- 
sée, litt. fenêtre en croix, originaire de la fin du ^ 6^ s. Cros- 
serie désignait le jeu du Mail, ce que les A. appellent Goff, 
Golf, aujourd'hui; (V. Avranchin, i, 56.) la boule de bois 
s'appelait le Jax; \q, game of la crosserie\?,& ioxxQ encore sous 
ce nom en A., spec, à Eton; de là le fr. Croc; quant au 
fr. Croquant , on a dit que c'étaient des paysans armés de 
crocs; mais d'Aubigné tire ce mot de Croc en Limousin 
où naquit la révolte ; en fr. Crosser sign, pousser la balle 
avec une crosse. Un tissu s'appelait Creseau , sans doute 
croisé : « Demie aulne de crezeau bleu , aulne et demie de 
reverche. »> (Compte de l'hospice d'Av. en ^623.) On dit 
encore revege; mais Creseau a disparu, crccir, (Gl. n.) 
torturer, du 1. Cruciare, litt. mettre en croix; V. la boîte 
à crucir, Crvcetum. [Intr., oooO La forme italienne et 
prov. Croisade a prévalu; la forme a. n. était Croiserie, 
anal, à l'a. Crozier et à l'ordre des croisiers : * La pleinle 
par entre mis sire Henry de Lucy, counle de Nichole et 
sire Wauter de Bybelesworth pur la croiserie en la terre 
seinte. ») (Ms. Bibl. bodl. 3904.) Pluquet tire le dicton: 
' Faut-il aller vous chercher avec la croix et la bannière?» 



de l'usage, d'aller chercher processioniicllemeiit le chanoine 
qui ne se levait pas pour matines. Le fr. ajoute Croiser , 
Croisière, Croiseur, Croche, Crochu, Crochet, Croisillon, 
en a. Cruise , croisière. 

CROUPETTE, courbette : « J' n'aime pas les gens qui 
font des croupettes, » de l'it. Groppa, fesse, d'où le fr. 
Croupe , en esp. Grupa, en V. f. Grup ; cropette {Gl. n.) , 
excrément d'enfant ; de là le fr. Croupade , Croupe , Crou- 
pière , Croupion , Accroupir ; l'a. Crupper, croupière , 
Rump, croupion. 

CRU, humide, mouillé, se dit du 'sol : « Ch'est une 
terre crue, » on. tirée du bruit d'un tel sol sous le pied, ou 
du 1, Crudus, cru, c. à. d. craquant et humide; le fr. em- 
ploieécrudans lesensdequin'apasétémouillé, comme toile 
écrue, d'oîi sans doute toile cretonne, etDécruer; crceur, 
humidité , êcreclé, à Bay., à demi-cuit, et le Gl. n. donne 
ÉcREULÉ avec le sens de diminué de crudité, mais non tout- 
à-fait cuit; CROTiiR, mouiller, et à Pontorson qoérouir; 
cRouEiN , s. m. pomme tombée avant la maturité ; écruà.nt, 
imprégné d'eau ; comme à l'idée de crudité se rattache celle 
de dureté, on comprend la loc. fr. à cru (aller achevai), c. àd. 
sur le dur, ou sans selle. Le 1. Crudelis dérive de crudus , 
d'où cruor , sang; de là le fr. Cruel, en n. cruet, 
Cruauté, etc. , l'a. Cruel , Cruelty , etc. 

eu, cul, du 1. Cuius , en pat. a. Cule, le derrière, eiCullof, 
coussin pour la selle; à Val. et Cherb. iceuc, cul; tchuc- 
LER (se), se coucher sur le derrière; deculer, t etchuler , 
reculer: batchcle, bascule (de baculus) ; batchu s. m. , pa- 
lonnier, croupière, litt. bat-cul, en \i&u\.Bacul: « Jel'a- 
perçoi à l'usure de son bacul. » (Rabelais Pant. ch. 3). Au- 
trefois cul entrait dans le style noble : Tournait (à Jupiter) 
le cul, espaule et dos. (Le Rocquez, Miroir de V éternité) ; 
TCflULOTTE, culotte; TCHUL0TTER , vôtir d'uue culotte; det- 
chclotter , dévêtir de sa culotte, et par ext. perdre ses 
droits sur les biens de la communauté; on dit en ce cas : 
(I Ch'est la femme qui porte les tchulottes ; » on appelle 
plaisamment sANs-TcncLOTTE, l'homme qui est dans cette 
situation; culotter, tchclotter (une pipe), lui donner la 
couleur brune , soit naturellement , soit en la revêtant d'un 
linge, d'une culotte; culotte pop. vieux imbécille, abrév. 
de culotte de peau, qui désigne un vieux soldat ignare : 
« Vieux soldat, vieille bête, » dit-on vulg. ; c'est un dicton 
b. n. : (. Des uurs à flieur de tête coume des boutons de 



— 275 — 

tchulotte. » Le fr. Culot, le dernier petit d'une couvée est 
un mot pop., à Av. clos-cc; le fr. Culbuter sign. litt. bou- 
ler le cul ; TAPE-cu ?. m., petite carriole : à Rouen tapecul 
désisnait une herse qui tombait sur les talons des passants 
(V. Richard , Recherches sur Rouen, ^4^ ) , comme un tour- 
niquet s'y appelait Tornoul (Ibid., ^40j; cisser, remuer 
le derrière, en ce. Ctisser étalon; sait-cubletie (Gl.-n.) ; 

CBBLETTE s. f. , Ct CCMBLET , TCHIMBLET (Val.), CUlbutO , CU 

a. Tumbler , sauteur, bateleur; on dit pour syn. de Cum- 
blet : « Tchu par d'sus tête. » Le mot générateur de cette 
famille entre dans un grand nombre de dictons n. : « Faut 
faire biau tchupouer aveir la fessaie meins forte. — Coume 
le sien qui crache au tchu de sa vaque : Si cha n'fait pas 
de biin, cha n'fait pas d'ma. — Pouer une fessaie, le tchu 
n'tombe pas. — Petai pus haut que l'tchu. -— 01 est d'ia 
goule et du tchu. — Une ivrognesse de sen tchu n'est maî- 
tresse. » Il y a dans l'Av. un dicton qui paraît être la mo- 
rale d'un vieux conte : « T'as raison , car ton âne pette. » 
On caractérise ainsi une personne indolent : Via ma tête, 
men tchu viendra demain. On lance cette espèce de malé- 
diction : « Rouen vent , la paille au tchu , et le feu dedens, 
longue route et mauvais quemin. » Le droit de culage est 
souvent mentionné dans les chartes n. ; une redevance ana- 
logue s'appelait en a. la Guerson : « Debent dare guersum- 
mam. hoc est non possunt maritare se nec filias sine hcen- 
tia domini. o (Delisle, £"^.69.) 

CUEILLER, cueillir; le fr. tire son fut. je cueillerai, 
de la forme pop. ; en a. Cull , recueillir, en fr. Cueillette, 
récolte, collection, etc.; dans la Hague, collège, s. m. 
école primaire; dans l'Av., chansoms cueilloires, celles 
qu'on chante à la récolte du lin et du chanvre. V. Intr. , 
p. 297; cueillerie, récolte du lin et du chanvre. 

CUI . cuir, QCii à Av. , tchtju à Val. : « Ch'est du coume 
du tchuu , » du 1. Corium , d'où le fr. Coriace , Cuir , 
Cuirasse, Courroie, Corroyer, Courtine, l'a. Cuirass, 
Coriaceous, Curtain, Curry, corroyer et étriller, mortcli, 
litt. cuir mort , les pellicules du cuir chevelu; cuirot, s. m. 
bourse de cuir, en v. f. Cuiret, comme dans le Fabliau 
d'Estourmi : 

Je les vis mellre hors du coffre 
Et les deniers et le cuiret. 

ciROT, emplâtre sur cuir; couriette (Gl. n.), petite lanière ; 
à Rouen, le quai des Curandiers ou Corroyeurs; co^RTL^E 



— 276 — 

(faire) sign, faire cliape sur le feu avec sa robe, déployée 
en rideau, en courtine, prim, rideau de cuir. Une branche 
importante se rattache à cuir : c'est celle de codrgiie, en 
V. f. Escorgée, le cuir et la ficelle du iout du fouet, en 
fr. Escourgée, en a. Scourge^ fouet; acorgier, lier avec 
une ficelle, et munir d'une corgiie. On disait aussi Courgie 
en V. f. : 

De coup de courgies nouées 

Et de saeles acérées 

Fut sa char tout depecie. 

(La Mort du roy Sweine.) 

Dérivé du 1. Corrigia, courroie, et orig. de ce mot fr. , du 
1. Corrigere, ou plutôt du 1. Corium, cuir, en it. Corrigia, 
courroie, en a. Scourge, fouet. Dans le centre de la F., 
Ascourgeon , ( V. Gloss, de Jaubert ) , comme en v. f. : 
« Lasche trois coups d'un escorgeon; » (Villon.) Mais le fr. 
Escourgeon , orge hâtive , offre le dim. d'orge avec un autre 
élément. Il faut rattacher à Cuir l'ancien nom du savetier, 
Courvaisier : « Sociis cordelbanariis et corvesariis rothoma- 
gensibus. » ( Charte de la gilde de Rouen.) 

CUIDIER, GUIDER, penser, du 1. Cogitare , encore em- 
ployé par Lafontaine, est resté en p. n. dans le sobriquet 
des Coutançais, « les Sorcddiés de Coutances, » et en fr. 
dans Outrecuidance. 

CURIOLER, ÉCURI0LER, questionner, se montrer cu- 
rieux, du 1. Cura, d'oii le fr. Cure, Va. Cure, Curer, gué- 
risseur, etc.; CURIOUS, curieux, en a. Curious; tchuré (Val.), 
curé : « Quand i plieut sus 1' tchuré , i dégoutte sus 
r vicaire ; » « Louange de se et de sen tchuré ne vatit ren ; » 
CUBÉ (Dieppe) , le matelot qui fait la prière ; curoter (Av.) , 
aller de presbytère en presbytère, autrement vicairier; 
dans la Bretagne fr. ou n. , on appelle le chef de la paroisse 
Recteur, et Curé le vicaire, comme en a. Curate est le 
second prêtre de la paroisse, Vicar ou Rector est le premier ; 
TCHURiE , facilité à guérir , à la cure : « J' siis de bouenne 
tchurie , » c. à d. d'un bon tempérament. Le v. f. Conréer 
et le subst. Conroi, très-usités dans Wace avec des sens 
divers, tirent un de leurs sens de Curare, Curatio, par ex. 
dans ce passage de la Concept. N.-D., p. 22 : 

Por quoi ne prenz conroi de toi? 
Que l'en s'en devoit esbaudir, 
Mieux conréer et mieux vestir. 

La branche de Curer renferme en n. cubage , à Val. tchu- 
RAGE, s. m. la persicaire, qui remplit les fossés humides, 



— 277 — 

que l'on cure ; ccRor ( Av. ) , curoir ; « Du curel dont il 
cureit sa terre et sa charrue. » ( T. des cli. reg. ,175, 38.) 
ETCHUREii (Val. ), écurer, en a. Scour, écurer {escurer}, 
Skirr, id. : toutefois on dit en isl. Skura, en ail. Skeuren; 
ETcnuRAGE, curage. 

CUT, cri des enfants au jeu de cache-cache, en gr. 
KeuQo), cacher; cutiv, avare, litt. qui aime à cacher; en 
V. n. Cuter sign, cacher : 

Tant de pertuis où se culast 

Une soriz ne ne passasl. 

{R du M. S.-M., V. 2118.) 

En l'aserant (la serant) s'en est entrés 

Dedens l'egliese e recutei 

En un angleit 

{IbicL, V. 2387,) 

CUURE, à Val. tchire, cuire, du 1. Coquere , \. coq , 
part, passé ; cut , cute , cuit , cuite , reste dans le fr. Char- 
cutier , en n. chaircutier , d'où le verbe chairclter , tailler 
des chairs, en v. u.Quit, Quite, comme dans le R. de 
Brut : 

La harbe avoil et les guernons 

Soillie de car quite es carbons. 

On dit d'une personne dans l'aisance : « 01 a du pain 
t'chuu sus l'ais. » Le fr. Biscuit (bis coctus) , existe en a. 
dans le terme maritime J9îsAe^. En a. Cook, cuire, cuisi- 
nier, cuisiner, etc., en n. coq, cuisinier des navires ou 
maître-coq; ccure, cuire, est employé unip. comme dans 
« Il li en cuira , » c. à d. il en sera puni ; tchcdsson , cuis- 
son ; on dit d'une grande chaleur : « Ch'estune tchuusson,» 
et à Av. arsion; cuisse?}, cuusso.n, fournée. Le fr. Cuistre, 
dérivé de Coquere, sans doute d'un pej. Coquaster, s'ajoute 
à l'a. Cochie]/ , au fr. Coquin, pour montrer le mépris jeté 
sur la profession de cuisinier. 

CUUSSE, à Val.TCHDSsE, à Av. quesse, cuisse, du 1. 
Coxa, en v. f. Qidsse : « En la quisce feri Thermite. » 
(Mouskes, chron. rimée), en a. Thigh, cuisse, cuish, cuis- 
sart; cdissette, s. f. , petite cuisse; ecuisser, dépouiller de 
la cuisse. 

D 

DACER, donner de l'argent par force : « Faut que tu 
daces de l'argent, » en v. f. Dace, impôt sur les marchan- 
dises, enb. 1. Z)acia ; « ad multas teneantur collectas, da- 
cias sive steuras. » (Charte do -1286), et même on trouve 



— 278 — 
Datare dans Sid. Apolinaire : « Tributum annuum dataie. 
(L. V. lett. 13;) DACE, se dit en H.-N., el se trouve à la p. 
-t56 de la Muse n. : 

Pour le zimpols , les daces el les péages. 
C'est le 1. Datio, et Datare est dérivé de Dare, et le nom de 
collecteur ou Dacier subsiste dans les n. pr. Le fr. tire de 
cette famille Date , c. à d. la formule Datum, donné à tel 
lieu, Dataire, Daterie, Datif, Dation et les comp. dater 
en B.-N. signifie être puissant , eminent, parce qu'il veut 
dire remonter à une certaine date, par allusion à l'ancien- 
neté de la noblesse : « M. un tel date le plus dans la pa- 
roisse. » V. le calembourgcité à date. A cette fam. se rat- 
tache le fr. Dé à jouer , en it. Dado, du 1. Datus, en a. Die, 
Dice, qui semble venir du fr. Dix, c. à d. dix points. 

DAINGNIER, daigner, du 1; Digmcs; on dit pour une 
chose faite avec une indifférence : « Faite à la je n'daigne. » 
DAiNGNiEii est usité sous cette forme : « Y a tant de poumes 
que les cochons n'en daingnent , » c'est le 1. Dignor avec 
l'ablatif, en di. Deign, daigner; dedainginer, dédaigner, en 
^.Disdain; endagner Gl.-n.) inviter; indi^gne, s. m. , un 
méchant, un misérable : « Vilain indingne, va! » « Ch'est 
un indingne. » dai^g.mer s'emploie aussi dans le sens de 
penser : « Ch'était si long que jen'aipasdaingnié enfini. » 

DAME, excl. reste de l'invocation par N.-D., a main- 
tenant le sens de résignation, et quelquefois de bravade 
et de dédain : « Dame! que voul'ous faire? Dame! faites 
muus, s'ous pouvez, » dérivé de Domina, d'où le fr. Dame, 
Demoiselle, Donzelle, Damer, Damier, Mademoiselle, en 
n. MAMESELLE ct JIESELLE , commc dc Dominus vient Dom , 
Damoiseau, Dameret; en a. Don, monsieur. Dam, mère et 
dame, Damsel, jeune flile. Miss, dans le sud de laFr. Misé 
(V. Misé Brun, par M, J. Sandeau), abrév. deMiselle. da! 
exclam, de surprise, abrév. de dam; odi-da. ^o^'-DA, oui certes, 
non certes; de même en pat. a. Da/ (Halliwell). Le nom 
de la Vierge est resté dans des noms loc, Dame-Marie- 
sur-Iton , et Dame-Marie-Maupas. Domna Maria; Cf. les 
nombreux Dammarie. donne ( vieille ) , vieille femme 
ennuyeuse, en it. Donna; toniqle , (Gl. n.) femme 
ennuyeuse (Vire), en pat. a. Donmj, prostituée; demoi- 
selle , s. f. (Val.) petit verre d'eau-de-vie , peut-être de 
ce qu'on la partage souvent en deux verres; un buveur 
disait en refusant de diviser : « Une demoiselle à deux, 
ch'est une p..., « ainsi le fr. Demoiselle vient de ce que 



— 27'.» — 
le paveur la prend par les bras et la fail danser, tredami- . 
ancre de miséricorde, lilt, de N.-D. Ce mol pourrait aussi 
s'écrire dam. de Domiims, en v. T. Dam, Dans, Damledeu, 
dans Wace, Seigneur le Dieu. Ainsi la rue des Ursulines à 
Bay. était la rue Dam Jourdan. (Pluquet, Essai, I lo.) Dan 
se disait aussi en v. a. On dit pop. : « Messieurs et Dames ; » 
.MoisiLLo^'j qui fait la demoiselle. En v. n. damoisel était 
Danncel, Danccl , fréquent dans les n. pr. Ajoutons le 
fr. Vidame (vice domini). De Doininus , Dommis , dé- 
rive le b.-l. Domnigerium , domination, d'où est venu 
le fr. Donjon, en n. dangeo.n , en a. Dungeon, tour et 
cachot, litt. Domination, ainsi que le fr. Danger, en 
V. f. Dangler, puissance, qui renferme à la fois Tidée 
d'atlaque et de défense; ce mot est resté dans son sens 
prim, dans la loc. n. : » Tiers el Dangier, » c. à d. le 
tiers de la valeur de la coupe des bois prélevé par le roi, 
et ensuite la dime du Seigneur sur le tout. En v. a. Dan- 
ger avait le sens de domination ; pangerocs , dangereux , 
en a. Dangerous. Ajoutons demai>e, domaine, en a. De- 
mesne, id.; mais le mot n. désigne spec. le grand champ 
qui touche à l'habitation seigneuriale. 

DANMNER. damner, du \. Damnum, en fr. le Dam, eu 
a. Damn, d'où le juron God dam! en v. f. Dampner : 
« Débander les yeulx es dampnés. » ( T. de C/iarfrose. ) 
PANM>É , adj. de malédiction , pour les pers. el les choses ; 
« Danmné voleu ! Danmné mauvais temps! •> conoanm^er, 
coxDAi>'ER, condamner; damage, doemace, dommage, du 
b.-l. Damnaghmi , en a. Damage; on emploie celte loc. 
juridique : « Au meindre doumage faisant, » où le part, 
prés, joue le rôle de vrai subst. , comme en a : « Al the 
doing; » damagier. ioumagier, endommager, en a. ta da- 
mage : (( Hz estoient damagiez par fortune de tens , par 
pluie. » {Liv. des jurés de S. Oen, fol. C4. ) A docmage se 
rattache l'a. Doom, juger, condamner, d'où le Doomsday, 
le jour du jugement. 

DANTER, dompter, du 1. Domitare : « II est trop 
malin; faudra qui s' dante ; « en a. Daunt, intimider. 

DARDILLON (Bray), aiguillon d'une boucle, à Val. 
ARDILLON , dim. du f. Dard , en gr. Apotç, pointe de flèche ; 
Ar.DiLLo>', au Pollet, vent vif du nord-est, qui pique, qui 
darde ; dard , poisson d'eau douce , vandoise ; arcelet 
(Val.), sans doute pour Darcelet, l'épinoche {gasterostens 
aeuhalus) : aussi Rabelais appelle Darcean un petit dard. 

10 



— 280 — 
Le navire d'A. Karr, près du Havre, s'appelait VArcelet. 
AKDE, s. f. le bâton qui tord une corde, peut-être aussi du 
V. f. Aenlrc (Hscrere), serrer. 

DATE, s. m., urine : « Toy salive, date et ordure. » 
(G.Alexis, ap. Pluquet, Essai sur Bay); dater, uriner; 
ce mot est sans doute le même que lefr. Dartre, pron. à la 
manière a. n. , lequel serait une forme de Tartre , du 1. 
Tartarum, le dépôt terreux et blanchâtre d'un liquide; eu 
n. TARTRE désigne le dépôt qui se fait sur les dents, en a. 
Tartar, tartre, et Tart, aigre; nous croyons qu'il faut aggré- 
ger à cette famille , qui a pour idée mère l'idée de saleté , 
le fr. Tarte, Tartine, Tarlelette, comme on appelle bourbe, 
en n. un gâteau de pommes , l'a Dirt , boue, et le n. tab, 
goudron, en a. Tar , id , et matelot, comme on dit Boots , 
le cireur de bottes, ainsi que lefr. Tare, déchet, litt. dépôt, 
et Tarir, réduire au dépôt, à la boue. Pour illustrer cet ar- 
ticle, nous citerons un calembourg fait dans un poste de 
douaniers de la baie du M. S. M. ; l'un disait : « Quel est 
celui qui date (à la prééminence , V. dater) dans la com- 
mune ? — C'est moi qui date , répondit un autre. » 

DAULE (B. du M. S. M.) , s. f., gros congre, avec de 
grands yeux et une gueule énorme , c. à d. un diable , du 
I. Diabolus, en v. f. Déable : « Un déable aveit privé... » 
( /?. de Rou, Y. 97U ) mais la forme primit. est Daule : 
« Faire daule servir. » (Cantique de Ste Eiilalie) diatre , 
DiÈTRE , diable , euphémisme , comme dans la Muse n. : 
Il donne au diètre les hallebardiers ; » à Jersey, e.ndiaintré , 
endiablé; diatre, diantre, excl. euphémique; en a. Devil, 
diable, par réduction Evil, III , le mal : ainsi Benois di- 
sait Derverie pour diablerie; de là le n. endéver (faire), 
faire enrager, donner au diable, qui d'ailleurs est pop. 
en fr. ; le fr. ajoute Diablerie , Diablement , Diablesse , 
Diablotin, Diabolique, Endiabler, Diablerie, en \A.Dea- 
blie , etc. On a traduit le Diva , si fréquent en v. f . , par 
Diable et Dame; Fr. Michel dit que c'est une simple excl.. 
dans son Glossaire du M. S. M. ; mais c'est le die age du 
lat. , il doit s'écrire : « Dis, va, « et cette loc. commence 
presque toujours des interrogations. Le nom du diable 
s'applique à beaucoup de produits naturels, ou mauvais ou 
de la légende diabolique ; dans les végétaux : le diable en 
HA1E, la clématite, en a. Devil in a bush, le diable en 
BiJissox , la nigelle, le mors du diable, en a. Devil's bit, la 
Scabiosa morsm diaboli , ou snecisa , vxm du diable , le 



— 281 — 
champiguon, luisi.v dl' I'Iaisle et vekjus di ihauli:, lahiyoiic, 
SA.NG ii£ DRAGo.N, svn. (Jo (lemoii , la Patience sanguine , et 
pour les A. le Snap-dragon est le mufflier, tètk du diable, 
la mâcre; dans les minéraux, les nummulites sont les 
MON.NAiES DC diable; daus Ibs animaux , dalle est le poisson 
ci-dessus, la lophie baudraie est le diable de mer; diable 
est aussi le Cijdopterus lumpus ; ces termes désignent 
peut-être le même poisson, ainsi que lièvre de mer, mollet, 
SEIGNEUR ; diable désigne une voiture à hautes roues qui 
porte des fardeaux en dessous. Ce mot entre dans un grand 
nombre de loc. : « Mener la vie. » s. e. du diable; ainsi 
que « Faire la vie ; » « Deveir à Dieu et au diable ; » « No n' 
peut peignier un diable qui n'a pas de queveux ; » « Via 1' 
diable qui battit Jean. » c. à d. la cause et la raison; 
" Vaut muus tuer 1' diable que le diable ne nous tue; » 
« Quand le diable fut vuus, i s' fit hermite, d dicton du 
Rom. de Renard , et cité par allusion dans le Myst. de Rob. 
le Diable: « Renard, je croy, devient hermite. « (p. 46.) 
Quand il pleut et qu'il fait soleil . on chante : 

I plieut , i fait solei , 

Cli'est r diab' qui bat sa l'emme 

A grands coups de balai. 

DE, du 1. De, s'emploie généralement en n. pour l'ablatif, 
et le gen. se marque par à : « La maison à Pierre, » et on 
évite ainsi l'équivoque du double De fr., génitif et ablatif, 
comme l'a. avec of q\ from; c'est ainsi qu'à l'imitation du 
fr. Debout (de-bout) , le n. dit par ex. : « Parler d'assis, de 
couché, etc.. comme dans le dicton : 
Le maîle tcheu li 
Pisse d'accroupi. 

DÉ, Dieu , en v. n. Dex, de Deus; le cri des N. était 
n Dex aie ! » Dieu aide ! Dé est fréquent dans Wace dans 
la loc. Z)fw;2(/e , Seigneur Dieu; le cri des croisades était 
« Diex li volt ! » La forme dé subsiste en N. dans des noms 
locaux , comme Montdée , Mons dei , près de Bay. , 
S. -Jean de Daie, près de St-Lo; la Chaise Dieu, arr. d'E- 
vreux. Casa dei, a pris la forme moderne, mais Chandai, 
Campus dei, arr.de Mortagne, a gardé l'ancienne. Les 
trois Villedieu de N. ont suivi la marche de la langue, mais 
aux marches bretonnes, il y a Villedé-de-Marine. Une es- 
pèce de pomme s'appelle : « Ah ! mon Dieu ! » à cause . 
dit-on, de sa grande abondance. Ce mot entre dans uncer- 
tain nombre de n. pr. . Dieu-l'a-fait , l'Hommc-Dicu, Dieu- 
donné. 



— 282 — 
La forme n. Dex et la forme fr. Diex sont restées dans 
beaucoup de serments, pardié, par Dieu, et pardi, en a. 
Parde (Chaucer) , Perdie (Udal) : « Ah ! dame perdie ye 
have not doen me right. » (Spenser) , et Perdy est dans 
Shakespeare ; NOM DE dié , nom de Dieu; moedié, par la 
mort de Dieu ; vertidié , par la vertu de Dieu , altérés en 
Morgue , Vertigué , comme on peut voir ce dernier p. 64 
de rintr. ; de là la loc. : « A la grosse morguenne , » à la 
hâte, brusquement. Un acte de ^ Si 8 cite : « L'hostel Dié 
de Cherbourg. » A Guern. adi , adieu , comme le gascon 
Cadédi , chef de Dieu. Dans le nord de la M. on dit : « Ma 
fé de Duu , » ma foi de Dieu. On dit d'un mauvais payeur : 
« Le bouen Dié au prêter , le diable au rendre. »> Par eu- 
phémisme cette finale s'est modifiée dans des temps plus 
modernes : Morbleu , Corbleu , par le corps de Dieu, Ven- 
trebleu, par le ventre de Dieu , 5acre6/eî( , par le sacrement 
de Dieu, Parsambleu, par le sang de Dieu, ou plutôt par 
la sang de Dieu , car ce mot était fém. dans les serments : 
« Il vaudrait mieux que vous jurassiez, vous, la tête, la 
mort, la sang. » (Molière, Comtesse d'Escarbagnas). 

DÉ, doigt, du 1. Digitus, resté en fr. dans Dé à 
coudre : « ... Si bouta un de seis deiz enmie le front; » 
(R. du M. S. M.) DÉioT, doigtier; chinq-dés, l'ancoUe; on 
dit d'un buveur : « No n'a pas besoin de li mette le dé 
dans la goule coume aux p'tits viaux. d II y a dans l'Av. un 
jeu enfantin , une chatodille , qui consiste à chatouiller la 
paume de l'enfant, et à prendre les doigts l'un après l'autre, 
à partir du pouce, en disant un chant évidemment al- 
téré : 

L'alouette , olle a fait sen nid , 

OUe a ponii des œufs; 

Quand o s'escapit', 

C'tilà la bappit , 

C'tilà la plieumit, 

C'tilà l'efTondrit, 

C'tilà la grillit, 
Et c'tilà qui la mangit , 
Chest le p'tit dé du paradis 

Dans ce même jeu enfantin, on donne des noms risibles 
aux doigts, à partir du pouce : poucerot, lèche-pot, longis, 
MAL-ASSIS , et le PETiT-rÉ DU paradis, dé figure dans une 
curieuse chanson n. dui5e s. du Ms. de M. Lambert : 

Et je rolissois l'oye 

Et Irempois men dey dans la Iccheiroye , 

Hé hoyel 



~ 283 — 

DÉBAIJCHIER (se) , se désoler : « Faut pas s'débau- 
chier pouer perdre chent sous; » |dei!Aicue, désolation]; 
extension du fr. Débauche, Débaucher, en 1. Debacchari, 
parceque le paysan b.-n., quand il a une peine profonde, 
se soûle pour oublier. V. sur debauchier les dernières p. de 
rintr. où l'on trouve « Etre aux debaux , » c. à d. dans la 
douleur; de même en H.-N. : « Dolente, débauchaye et ne 
sachant que faire » (Petit. Muse norm.j De la mythologie, le 
peuple n. connaît surtout bacchu, Bacchus; V. à l'Intr. la 
chanson : « Bacchu sera mon capitaine; » cacchaka, s. m., 
bacchanale, tapage .• « Faire le bacchana; » bacchanal, ivro- 
gne tapageur, en a. Bacchanal ian.N. bacchu. Quant au fr. 
Embaucher, il vient du v. f. balche, en it. Balco, poutre, 
boutique, litt. mettre en boutique, d'où le fr. Balcon. 

DELABRE , s. m. , homme en désordre , délabré : 
« Grand délabré, va! » du 1. Labero, qui est cité par Festus 
d'où Zaftari; l'a. n'a pas cette expression; le fr. possède 
Délabrer, Délabrement.- 

DELICHES. délices, du I. Deliciœ; delichious , déli- 
cieux, en a. Delicious; en v. f. Belief, délice, d'où l'a. 
Delight : 

En cen aveinl lor deliet. 

(R. du M. S. M., V. 76.) 

On disait aussi en v. n. Delitte, comme dans ce passage 
d'un poème en hague langage , ou de la Hague, sur Th. 
de Biville, au ^3e s. : 

Il avait des sens moult grant suite 

Qui en sa sainteté se delitte. 

En fr. Délecter; delicater , rendre délicat, efféminé : « No 
s' delicate à forche de s' delicater, » peu usité en fr.; delica- 
TERiE, effémination, recherche, en a. Delicacy, délicatesse, 
friandise. 

DEMENCE, décrépitude, ruine : « Cette maison tombe 
en démence; ■ c'est un sens'métaph. tiré de la vieillesse 
humaine, qui aboutit à l'enfance, à la démence. A ce mot, 
composé du 1. Mens, s'ajoute le n. dementer (se), se 
mettre dans l'esprit, s'occuper de : « Le v'ia tombé ; aussi 
de qui qui s' démente ? a De même en v. f. : 

De tot fit ço kil vot , de rienz ne se desmente. 
Il sign, aussi troubler l'esprit, dans le sens du ]. [Démens, 
comme dans le JR. de Rou : 

Démentez vous forment, sospirez et plaignez. 
AH res desmenlent comme si fu seveliz. 



— 281 — 

On dit encore EiND£MENÉ , agité, troublé, égaré, sans doulc 
pour Endementé : « Il est endemené de la poule à Simon , » 
c. àd. du diable, ensorcelé. ; dans Régnier, Sat. XI, En- 
demené. 

DEMOURER, demeurer, dul. Demorari, en a. Demur, 
hésiter, différer; demeurer, s'arrêter : «Demeure donc : 
est-i impatient ! » demotjrance , demeure : « Vostre conseil 
sans demourance. » (T. de Chartrose.) demodrage, retard , 
d'où l'a. maritime Demurrage, starie; demelré, arrêté par 
la maladie, perclus : « Il est demeuré d'eune gambe , » 
d'oij DEMEURANCEfG/. u.), maladie, paralysie ; deiwedrée, s. f. 
retard : « Sans faire longue demeurée. » (T. de Chartrose.) 
On dit à Av. d'un locataire , d'un fermier : « I demeure 
pour un tel, » c. à d. tient la maison, la ferme d'un tel. 

DENTU, qui a de fortes dents , d'où le n. pr. Ledentu , 
du 1. Dens , en a. Dent , dent d'une roue, d'une scie ; en 
fr. Dentaire , Dent de lion , plante , en a. Dandelion , Denté, 
le subs. Dentée, Dentelaire, Dentelle, Dentier, Endenté, 
etc. , et peut-être Davier, en n. davi, outil de charpentier à 
crochet, et Davier, moulinet, terme de marine, en a. 
Davit. En n. dent-de-loup , la mille feuille; a dems , la face 
contre terre , comme dans le v. 6903 du R. de Ron : 

Chaeul as denz , chaent envers. 
De là adenteu, mettre la face contre terre, ibid. v. ^3225 : 
E Irebuchier e adenter. 

Ailleurs : « Sur l'arçon l'adente , » et dans le Tombel : 
« Honteusement est adenté ; » dentlière, dentellière; den- 
telé, orné de dentelles {Muse n. V. créter.) 

DERAIN, DRAIN, dernier, enh.-\. Deretranarius, du 1. 
Retro ; ainsi en v. n. dans le R. de Rou : 

Al derain le prist Ron et en buies la mis. 
La forme intermédiaire était Derraien : « Al derraien 
vienent as portes, » {R. du M. S. M., v. 2666.) et jus- 
qu'au ^ 6e s., on le disait : « Toute la derraine porte du 
pont. » (Entrée de Charles VIII à R.) A Val. drain; les 
enfans au jeu disent : « J'siis l'prin, t'es l'drin. » On disait 
aussi Primerain : » Renouvelle ton jardin primerain. » 
(Ibid) ; derain est dans la plupart des patois, en a. Dar- 
reyn est un terme de loi . et Darrain sign, terminer. De 
Retro vient le n. rière, arrière; rierer, riire, faire aller en 
arrière ; on crie au cheval pour le faire reculer : « rière ! » 
en V. f. Rere. en a, Rear; l'arrière ban s'appelait : « Ad 



— 28.J — 
rerebrandum. » (Rôles de l'Ech. de i 198) drière, derrière; 
à Coût, le RiiiiE adressé aux chevaux n'est plus qu'un 
simple grasseyment : Rrrr. 

DERÉ , regret : « I manjue, in'era (il en aura) derc; » 
DESi, désir, dul. Desiclerarc, lilt, appeler des astres {Sidéra) 
du ciel; dsieé, Désiré, du \. Desiderius , d'où Didier; mais 
à Evreux on disait l'abbaye de S. -Désir. Un mot de for- 
mation anal, est désastre, litt. me-s-astre, mauvais astre , 
mauvais présage; on disait à la Renaissance Bien-astre, 
né sous une bonne étoile; en n. désastre est un subst con- 
cret et se dit d'un mauvais sujet, qui ruine tout : « Grand 
vilain desastre, va! » Ce passage de l'abstrait au concret 
est fréquent dans les langues pop. En a. Disaster, et Desire. 
MINI, du Méril, en donnant dechiler, l'expliquent par tom- 
ber du ciel; celiqije se disait à la Renaissance : « Grâce 
celique, » céleste. (Le Rocquez, Mir.de l'éternité.) 

DESERT, du 1. Desertus, est en N. un nom loc; il y 
a plusieurs lieux nommés le desert, la déserte, desertine': 
(( Habitent en la desertine, » V. 523, dit le Bestiaire divin, 
des Arabes du désert; c'est lev. f. Désarter , défricher, en 
fr. ESSARTER, d'où Ics licux dits les essarts; or défricher 
c'est faire un vide, un lieu désert; c'était le sens de désert 
en V. n. comme dans le /?. de Bon. V. 72-) : 

Les champaignes el les deserz 
Boncs seillieues environ 
La Icrre veient a Ijandon. 

Du reste Essarter peut venir du 1. Sarrire, sarcler. Le 
thème du Déserteur, qui a fourni un opéra fr.. est aussi 
un sujet de chant pop. en N. Eu a Desert, Déserter, Déser- 
tion, etc. 

DESTIN , du 1. Destinare , pris souvent pour le devin : 
« Aller au destin , » c. à d. au devin ; le peuple n. est gén. 
fataliste : « Ch'était dans 1' destin , » est une loc, fréquente : 
it No n'peut pas éviter sen destin, id.; en a. Destimj. 

DEU, peine, dul. Dolere : « Faire du deu, » causer de 
la peine; c'est le v. f. Deul, en fr. Deuil : « De grant 
deul par lor folie... (T. de C/iartrose.) beui.er (se) (Vil- 
ledieu) , s'affliger, comme en v. f. , par ex. dans le Chant 
du Boussigneul : 

Et ceux qui plus les prisent plus à la fin s'en deulent. 
DELousER (H.-N. ) . se lamenter, se douloir; ainsi, dans la 
Muse n . : 



— 286 — 

Se doulousant je disons seulement 
Plus oie qu'antan tout le monde a du pire. 

En fr. Dolenl , Douleur ; le n. dolent sign, souvent non- 
chalant, stupide : c'est l'a. Dull et ses dérivés, el l'éc. Dolly, 
malade. Le peuple n. ne dit pas « être en deuil, » mais « être 
en neir, » en a. in black; l'a. a aussi Dole, être dolent : 
il y a Doole pour Dole dans le Virgil of Surrey , et Deol 
dans R. de Gloucester; doilant, malade, sensible à la dou- 
leur, part. prés, de Douloir; dans le Dessin, douilla]\t : 
« Avoir une tête douillante ; " (Pluquet, Essai sur B.) d'où 
le fr. Douillet, plutôt que de Doux; adoulé, à Guern., 
affligé; adouler et dedler (Gl.n.), être souffrant; doclu. 
attristé ; doulfanche, doléance; douillette, robe de chambre 
et par-dessus de soutane. 

DEUX, pron. très-ouvert, deux, du 1. Duo, en a. Deuce, 
pour les cartes : « Ne faire ni eune ni deux , » ne pas ba- 
lancer, parcequ'au jeu du saut , on crie un temps pour 
avertir et un pour s'élancer; dedxhme, deuxième; doubuer, 
doubler ; doublieure , doublure ; on dit : « Fin conte fin 
n'est pas bouen à faire doublieure, » c. à d. ruse contre 
ruse; doublier, nappe de table; c'est le mot des -12^ 
et ^3es. , litt. nappe double : « Doubliers et touailles. » 
( Comptes de C, ^307. ) « De toailles et doupliers. » {En- 
quête de -1275) du 1. Duplex, en a. Double; redodblier, 
revenir sur ses pas. 

DE VER, devoir , du 1. Debere; ind. prés, je deis , tu deis, 
IL deit; fut., je dérai; part. pass, dec; en fr. Dette, Débi- 
teur, Débit, Dû , Redevance, etc., en a. Due, Debt, Duty, 
etc. ; mais le v. a. avait l'inflnitif-subs. Devoir, Dever, sous 
un grand nombre de formes : Dever et Devoir sont dans 
Cant, tales, et Duty a la forme de Deutee. V. 6934 , Dc- 
voyre est dans Spenser, p. 387 ; dans l'Av. « Faire son 
devoir, » c'est accomplir la communion pascale. » L'a. En- 
deavour, tâcher de, semble être notre mot avec la particule 
intériorative : « Dever is used by Chaucer for endeavour , 
says Junius, and it is so used in the north of England to 
this day; thus endeavour is, as Minshew expresses it, debi- 
tum oflicium prœstare. » Le n. ajoute débine, « être en dé- 
bine, I) en décadence, en dettes, ou peut-être en débile, 
debilis; débiner, médire, calomnier, ruiner de crédit; de- 
BiSTRAc , en Bray , en ruines. Le n. a divers dictons où 
figurent des mots de cette famille : « Qui paie ses dettes 
s'enrichit. — Dever à Dieu et au diable. » — On dit que la 



— 2S7 — 
caille crie : « Paie tes dettes; o il y a mémo une cliansoii 
pop. avec ce refrain. 

DEVINAILLE, énigme, un \. Divimts : k Legière est 
cette devinaille. » (Benois, C/iron. 1. M. v. 13174) : «C'est 
tout trufe et devinaille. » (Adam d'Arras , 35); devinette, 
petite énigme; une collection des énigmes serait assez ca- 
ractéristique ; il y en a beaucoup de pop. en B.-N. ; celle-ci 
est une des plus communes : « Qui qu'à la corde au co et 
qui va coume un fo ? » pour le rouet; il y en a beaucoup 
en I. macaronique, comme : « Pipassa canosa, » c. à d. 
la pie passa, le chat n'osa; devinette existe en pic, en lorr., 
en rouchi; h Besançon Dcvinoife, en yyalion Advinat. V. pk. 

DIFFÉRENT, s. m. ., différence : « couper en deux le 
différent, ■> c. h d. la différence entre les prix du vendeur et 
de l'acheteur; différemment qce, autrement que; indiffé- 
rent , appliqué aux choses , comme en a. : « Ce pré n'est 
pas indifférent , » c. à d. commun , ordinaire. 

DIIMANCHE, DiEMANCHE, dimanche, non pas de Dies 
dominica, mais de Dies magna, en v. n. dièmaine (Chron. 
des ducs de N.;) on disait aussi diemanche : « Il doit le die- 
manche après la Seint-Oein. r,(Cout. de la Vie. de. VEau de 
B. L. 22;) au 1. Dies se rattache le fr. Diane, la batterie du 
point du jour, et le fr. Jour, en passant par l'it. Diurno , 
Jorno; l'a. Daij est son congénère, en a. s. Dag. V..touer. 

DIIX, dix, du 1. Decern; diixiime, dixième; les uiix 
HEURES , c. à d. le sud ou le soleil à dix heures; diime, la 
dime : « Une déisme retindrent en lour fieu lay; » {Charte 
deBerjou, I3es.j diimer, percevoir la dîme; diimeresse 
(grange), pour mettre la dîme, on dit aussi la grange- 
mime ; en v. a. Dismer, qui est dans Shakspeare , qui le 
préfère à Tens , en a. moderne Tilhe, le Ifle, de Ten ; en- 
dizeleu (H.-N. ), mettre les gerbes en dixain. A ce rad. 
appartient le fr. Denier, d'où Denrée; en n. daedene, s. f. 
(Bay.) pièce de six deniers en cuivre jaune. Le denier a 
DIEU , ce sont les arrhes d'un marché ; on dit : « Cha vaut 
un biau denier, » c. à d. un prix élevé. 

DINER (se) du 1. Decœnare et non de Disjejunarc , 
d'oîi Déjeuner, moins ancien, litt. rompre le jeûne, en a. 
Breakfast; la forme pronom, se disait aussi en v. f. pour 
ce dernier : 

Par le sang l)ieu, je l'oys marcher, 
Lfi pillard sans tnoy se desjeune. 

(Actes des Apôtres. L. 1) 



— 288 — 
En a. Dinner; dinette, s. f., petit dîner; dinocb, dineur. 
L'a. Cœnare a laissé des traces dans le fr. Cène, Cénacle, 
dans le n. recieb. V. chine. 

DIRE, lire: « La bouenne sœu le fail dire; » msour, 
diseur, de même en pat. a. , selon Halliwell , qui cite aussi 
Ditour, avec Dites, récits, le simple du fr. Redite; dieeie, 
s. f. bavardage, cité dans le roman V Ensorcelé, p. 229, 
semé de pat. n. ; « Qu'en dites-vous? ou plutôt : Qu'en 
dit'ous? •) comment vous portez-vous? on dit aussi en ce 
sens : « Qui qu' vous en dites? » dit, parole : « Faut veir 
les faits et pas les dits. » faire dire (un instrument), en 
jouer; dicace, fête de la Dédicace, qui conduit au flam. 
Ducasse, c. à d. la fête de la Dédicace de l'église parois- 
siale; en v. a. Bitty, sonnet. 

DISPUTER, gronder, tancer : « Maîte Jean dispute 
trejous ses valets; » disputour, grondeur; dispdtaison, dis- 
pute. Le fr. Dépit vient de Dispicere, en v. f. Despif; en a. 
Spite; en n. depitecx , dédaigneux : « La belle repond 
despiteuse. » (01. Basselin, p. 54) Le v. f. Despiser, du 
1. Despicere, est fréquent dans le Mir. JS. D. de Rob. le 
Dyable : « Sainte église et Dieu despiz ; » (p. 2) « Diex qui 
ne despis quelque pécheur; » (p. 45) en a. Despise, mé- 
priser. 

DISQUE, dnl. Discus, palet, assiette, ena. Dish, plat; 
nous ne citons ce mot fr. que pour compléter sa famille : 
c'est l'a. Desk, pupitre, en v. a. Dess, qui nous conduit 
au fr. Dais : « The desk or canopy over the heigh table. » 
(Warton, Hist, of english poetry) En prov. Desco, cor- 
beille, dim. Desquel. ( Lacombe , Supplém. ) Cependant on 
dit Tisch , table, et Disch en holl. : de là l'a. Deck, pont 
d'un navire. Le n. a une forme voisine de tous ces mots, 
mais bien différente de sens : dique ( Baie du M. St M. ) , 
jusqu'à : « Couler dique au fond ; » c'est le v. fr. Dusque, 
du 1. De usquè, d'où le fr. Jusque. Quant à dichenavakt, 
DiceiN-EN-AVAKT, désormais, d'ici en avant, c'est le DHst cli 
en avant (de isto die in ante) du serment de 842. 

DIVISIER, diviser, du 1. Dividere; devisier, id. : « Li 
parz devisent; » (R. de Rou) devision, division, en pat. a. 
Devision; devise, borne d'un champ : c'est un axiome de 
droit : « Qui plante pignon plante devise ; » on disait en ce 
sens : « deviser : « Es metes qui desous sont nomées et de- 
visées; » [Acte n. de -1282) devisecbs, arbitres, en b.-l., de 
Divisif : « A chemino usque addivisias. «• (Charte de -1268) 



— 281) — 
De làle fr. Devis, Dcvider, Deviser, Devise, Indivis, l'a. 
Device, Devise, Divide, etc. dévier, dévider: « Dévier du 
fi. I) DEviPEUx , dévidoir, mais plutôt de Wind , tourner, 
virer, à Guern. vier. On trouve un nom spécial de devise 
en ^248, pour un abornement de bois près de Darnetal : 
• Dividicula lapidea magna et dicta Greys noviter posita 
3 pedum; « {Nov. N. chron. , 33) c'est sans doute le fr. 
Grès, en n. orison. V. veir. 

DO, avec, métatlièse de od, en v. f. pour Ad : « Si ot 
od lui un cavalier. » (Mouskes, Chron. rimée, v. 12957) 
Ainsi en it. Da de Ad, en gaél. Mi et Yiu, Je et moi; en 
bret. Me et Etn, disent MM. Du Méril; on peut ajouter le 
pic. Ed pour De; Od s'est changé en Ove, Ovec, en fr. 
Avec , en n. aveu : « Viens aveu mé. » Dans le nord de la 
Manche, Avec se dit dotout, datoit : « Il l'a tué d'atout 
sen bâton; <> comp. de Do et de tout, c. à d. avec (tel 
objet) , et c'était tout. 

DOLEURE , ce que détache le rabot, la varlope , du 1. 
Do/are, doler; dolette, dim. du précéd. ; doler la boise 
sign, métaph. flatter, litt. aplanir ce qui est raboteux ; 
le fr. Doloire. De Dolare vient le 1. Dolivium, doloire, 
d'où vient le fr. Douve, Douvain, Douelle, le n. douvelle, 
petite douve de tonneau, ';et sans doute aussi Dolium, 
tonneau , et peut-être le fr. Douille. 

DOOUX, DOUCHE, doux, douce, du 1. Dulcis : « Très 
douche Vierge Marie; » (Poème /•a^ar^^ sur Th. de Biville; 
Mém. de Cherb.) douechatre, douceâtre; douchemem, dou- 
cement; DoucHERECx, doucereux ; docchet, doucet; dou- 
chette, doucette; doucheur, douceur; doucheuon , co- 
quillage bivalve, lisse, plus doux que la coque à laquelle il 
ressemble; adouech[ , adoucir; « A la douce, tout à la 
douce, » doucement, faiblement, surtout pour la santé; 
doudoux (Val. ) , bonbon, terme enfantin ; dosse (H.-N.) , 
planche tirée de l'aubier, litt. planche douce; doichiiner 
(H.-N.), dorloter. Il y a dans l'Av. des fam. Doucin. L'a. 
n'a de celte famille que des mots savants : Dulcify , Dulcet, 
Dulcorate, etc.; il emploie Sweet, dérivé û^Suavis, en v. f. 
Souef. 

DORMI, à Val. dormin, dormir, du 1. Dormire; se 
DORMI , comme le fr. s'endormir : « Pois avint si qu'il se 
dormeit; » (R. du M. St M., v. -191 ) dormocr, dormeur, 
en a. Dormouse, litt. la dormeuse, c. à d. le loir, en n. 
i.érot; dormiton. le loir; de làlefr. Dortoir, Dorloter, etc. 



— 290 — 
L'a. Dormant, Dormer-window, lucarne, en n. verre- 
dormant; Dormitory, dortoir; en v. a. tout objet fixe était 
dit Dormant; dormaillier, DORVAiLLER(Val.), mal dormir; 
à R. , le jouR-DORMECB était le jour de congé des cha- 
noines; à Val. , un borgne s'appelle dort-d'uk-uu (œil); 
DESENDORMIR , réveiller : « Pour bien me desendormir. » 
(J. le Houx.) 

DOSSIER (Av.), panier de pêcheur, porté sur le dos, en 
1. Dorsum, mais Dossum est cité par Varron comme un 
archaïsme {De re nistica, 1. ii, c. 5); en a. Dorser et 
Dorset, panier, en v. a. Dosser (Chaucer, edit. Tyrwhitt, 
464); DossiÈRE, selle du cheval de timon; adosser (s'), 
s'arrondir le dos; adossé, voûté; delà le fr. Dosseret , 
Dorsal, Dossier. 

DOUANE , s. m. Douanier. Douane dérive de l'it. 
Dogana , qui dérive de Doge , lequel vient lui-même 
de Dux. 

DOUNER, donner, du 1. Donare; au fut. je donrai : 
« Quel' femme lui donrons-je? Chanson cueilloire. V. Intr., 
p. 297 ; le subj. que je donge : « Je n'ai point appris que 
je donge mes draps en dormant. » (Pathelin); dounaison , 
donation : « L'église de Daubuef est à la donnoison à 
l'abé. » (Liv. des Jurés de St-OenJ ; dokinée, donke, s. f. , 
don , l'a. Dote, cadeau, est le même mot ; adocwer , arriver 
heureusement, coïncider bien : <■ J'avons bien adonné pour 
le biau temps; » adojnne, bonne chance; si cuDOiNNE, s. f., 
litt. si cela adonne , c. à d. bonne chance ; l'impér. de par- 
donner à Val. devient : « Parnez-mé, » pardonnez-moi, je 
vous fais excuse; Pardon qui, en Bret., signifie fête pa- 
roissiale, se disait à R. où il y a le Champ du Pardon , 
et un registre de ^ 4 84 signale « la foire du pardon à tenir 
le jour St-Romain. » Quant au subj. Doint (Donet), il a 
disparu ; mais reste dans des inscr. comme à Montviron : 
« Dieu lui doint merci, » sur une croix ; il est passim dans 
01. Basselin : « Dieu doint qu'elle soyt appaisye. » (p. 2-17) 
« qu'el doint aux Engloys malle fin. « (p. 2-16), et dans les 
chartes : « Seigneur et père cui Dieu pardoint , » citation 
remarquable par son dat. Cui, tirée d'une charte d'Henri V 
d'A.; en v. f. Guerdonner, récompenser; en prov. pour 
sign, ne rien donner ; on dit : 

Dounerle Poitou 
Et la Sainlonge au boul. 

DOURER, DORER, enduire d'une matière grasse, du sens 



— 291 — 

du fr. Dorer, enduire de jaunes d'œufs, litt. de couleur 
d'or; ADOiRER (Av.), salir; on dit q. q. fois « du dor » pour 
de l'or; l'or de Villedieu sign. iron, du cuivre; on dit : 
« Tout c'qui brille n'est pas or; chajj dorer, salir : « Toute 
notle meisonen esteil chandorée. » (Muse n., p. 30); dorée 
(Guern.), tartine, doeionineux, litt. salisseur, et ailleurs : 
« Dorionneux de cabinets à selle , sans vous sera mainte 
cambre dorée. » 

DOUTER, V. a., douter de, du X.Dubitare : « Je doute 
cha; » douter, soupçonner, même une personne: « Je 
doute un tel; » doltanche, s. f., doute, soupçon : « Pour 
vérifier une coupable doutance. » ( Ms de dom Huynes. ) 
En a.Doîtbt est aussi actif : » To doubt somebody, » se 
méfier de quelqu'un. Douter est le simple du fr. Redouter, 
et en v. f. Doter sign, redouter : « Une ne dotai cbâtel. » 
(/?. de Bon). 

DOUTRINER, doctrijner, instruire, du 1. Doctrina; le 
fr. n'a qu'Endoctriner : « Por ce qui n'est qui les doc- 
trine. » (7", de Chartrose) « Li père l'eut fait duire et 
doutriner. » (h. de Rou.) 

DRAGUE iVal.), fèves, ou céréales concassées, d'oîi le 
fr. DRAGÉE, bonbon en farine; on tire ce mot du gr. Tpayri^ia; 
mais il représente plutôt une on. de craquement; dragier , 
réduire en dragiie; drageour, ce qui écrase le grain; en 
fr. Drageoir, boîte à dragée. V, dracue. Aux baptêmes on 
crie au parrain et à la marraine : « Dragiics , Dragiies ! » 

DRAILLER. v. n., être battu par une mer orageuse 
(Granville). Jal, dans son Gloss, nautique, cite drailler, 
qu'il tire de l'it. Straglio et le donne comme une variante 
du fr. TP.AiLLE, bac; toutefois ce dernier mot a du rapport 
avec Treuil, en v. f. Treuil, dévidoir; aussi y a-t-il un 
cordage appelé draille , et l'a. dit Drawl, trainer; ces 
mots semblent venir du 1. Trahere, en a. Draw (V. drague); 
cependant une orig. celt, est possible. V. l'art. Traoul. 

DRAPET, DRAPiAu , s. m., lange d'enfant; quand on 
veut railler un enfant qui fait l'homme , on lui crie : « Il a 
CO l'drapet au tchu; » du fr. Drap , qu'on a tiré du 1. Tra- 
bea, trabée , mais qui renferme plutôt le rad. Ras; encore 
en fr. Ras est une étoffe rase croisée de laine. Ratine, id.: 
le D est euphronique; en fr. Drapeau, Draper, Drapier, 
Draperie, en a. Drape, Draper, Drapery , Trappings, 
housse ; mais le v. a. avait Drapes, langes, et dans Spenser 



— 292 — 

comme en ii. , Drapets (p. \ 06). Il serait possible que le fr. 
Retaper fût pour Redraper . relever les poils du drap , ré- 
parer le drap. 

DRÉCHIER, dresser, du 1. Dirigere : « Quinze jour- 
nées à dreschier l'estoc de l'orloge et rechevillier. » (Compte 
d'Ev. 1396); erdreschier , redresser, métath. de Retro 
essent. n. etpic. : « Esdrece-loi. » (Concept, N.-D., p. 6.) 
Va. Dress, faire la toilette, est ce mot, plus sensible dans 
» Dress a \ine , » diriger, tailler une vigne ; il se dit dans 
le sens de toilette en berri. : « Elle avait cru se faire belle, 
et son dressage était bon pour faire rire. « (Petite Fadette, 
\ ^ 8); ce mot est ancien : il estdans LaFontaine sous forme de 
Détroit (L. X, f. \ 5). Il semble aussi que l'a Raise est le mot 
fr. ; on a en fr. Dressage, Dresseur, comme termes de l'élève 
du cheval; en a. Dresser est un buffet, et un Dressoir; du 
l. Directum vient le fr. Droit, en n. dreit, dreite « la main 
dreite, » d'oii dretier et drier, droitier, peut être aussi du 
V. f. Destrier, du 1. Dexter; dans la Hague dret joue le rôle 
de superl. : « Dreit bouen, •> très-bon , ex. : « n'est dreil 
chenue {Juvenis ,) c. à d. bien portant; mais étreiï, étroit; 
ETRECHIR, rétrécir, dont se rapproche le fr. Detresser, vien- 
nent plutôt du l. Strictus , en a. Straight, d'où District, en 
n. DisTEiT , pop. pour arrondissement ; endreit , endroit, litt. 
in directum , le lieu en droite ligne; àdreit, adroit : « Adreit 
coume un prêtre normand; » on dit iron. : Adreit coume 
un cochon de sa coue. Le v. f. Adresse , de ad dircctio, en 
it, Addrizza, direction en mer, semble être resté dans le 
village de Ste-Adresse, sur lequel il y a une légende. V. 
Intr. , p. 224 ; « Une grande lanterne de verre pour donner 
lumière d'adresse aux navires qui veulent Genes appro- 
cher. » Chron.de J. d'Autun); de là Adresser, orienter : 
(' Ledit seigneur fit adresser les voiles celle part. » {Ibid) ; 
aussi ADRECHiER sigo. OU u. bicu diriger sa route; suivre le 
bon chemin : <■< J'avons bien adrechié , » c. à d. nous som- 
mes arrivés à bon port. La branche a. de cette famille se 
complète par Direct, Dirge, chant funèbre, litt. le psaume 
Dirige, Right, etc. Au 1. Dexter, cité plus haut, il faut 
rattacher le fr. Dextre, Destrier, le n. Destrier, marteau 
de maréchal, et des noms pr. n., comme poiiNdextke, litt. 
maladroit. L'a. n'a qu'une périphrase pour droitier, n^/«^ 
handed; mais il a gardé dans Left, gauche, un dérivé du 1. 
Lœvvs. 

DRU, vigoureux, pop. en fr. tiré dugr. ApSpoç, robuste. 



— 29. -5 — 
existe dansle n. p. Ledru et par metath. Lcidu. Dans le 
sens de serré, de près à près, il dérive peut-être du v. f. 
Grue, en b.-l. Grua, forêt, d'où le fr. actuel Gruerie; et 
le V. f. Griiel et Grael, livre statistique des forêts, et alors 
Dru signifierait et. serré comme un bois. Il y a des loc. n. 
qui portent ce nom, comme la Haule-Grue, arr.de Dom- 
front. Une forêt de ce quartier, voisine de celle d'Andaine, 
était célèbre sous le nom de Silva Drua, ou de Forêt drue. 
Il y a encore un autre Z)rM, ami. d'or, germ., d'où s'est formé 
Druerie, amitié; c'est le v.hW.Trut, aimé, comme dans 
ces vers du Rom. de G. mi Cort nés : 

S'avons perdu el je et vous assez 

Amis el drus, el parents et privez. 

DU , dur, du 1. Durus; Dor, bois en celt., d'où Door, 
porte , en a. ; Soupov, Sopu, bois de lance , etc. : « Ch'est un 
lioume du à la detente, » ce que le fr. appelle Dur à la des- 
serre; on nomme le mo et le du, la réunion du cœur et 
du poumon d'un animal ; durer , prendre patience , 
rester tranquille , le sens d'Endurer; de même en b.-l. : 
« Festinus eo, durate, comités. » [Comédie sans nom,) en 
pat. a. Z)M?-e, souffrir; le fr. Dur se trouve dans Shakespeare 
sous forme de Dear , blessure (As you likeit ^ act. 2. se. 3); 
on écrivait aussi Dere en v. a. ; durer, vivre : « Il a duré 
deux jouers emprès sa cheûte; durarle , espèce de pomme 
qui se garde longtemps ; ainsi en fr. Duracine . pêche dure. 
Dans cette famille entre le fr. Durée , Durcir , en n. Dur- 
chi, Duret, Dureté, Durillon, Endurer; le v. f. avait Pe/- 
durahle , éternel; l'a. offre la plupart des mots fr. et de 
plus Durance, emprisonnement; Duresse^ id. , Endurer, 
qui endure, Induration, action d'endurcir, etc. 

DUIRE, du 1. Diicere, instruire, façonner, visible dans 
le n. pr. macduit, mal instruit, et dans le fr. Séduire, litt. 
conduire à l'écart (seorsiim) : « Li père l'eut bien fet duire 
et doutriner. « ( R. de Hou) « Le faisoient pour être duits 
à courtoisie. » (Froissartj Le fr. Duire, plaire, vient du 1. 
Decere; le v. f. avait Duisant, convenable; ainsi dans 01. 
Basselin : 

A la personne vieillarde 
Mauvais boire est-il duisaut? 
Nenny , nenny , iiéias ! nenny. 

Duisihle est dans la farce des Pattes-Ouaintes : « Bien 
duysibles a un chescun , « et cet adj. se dit aussi en pic. ; 
dans ce pat. . « une fausse duite » est une fausse démarche : 
DiiTE. à Fiers, s. f. , est un tour de métier qui amène le fil 



— 29'. — 
dans la trame, et le trou pour faire enirer la trame ; en a. 
Duct, passage, duire pourrait aussi se rattachera Docere. 
comme semble l'indiquer le passage suiv. du R. de Rou : 

Nus ne se pot vis escaper, 
S'il ne fusl bien duit de noer, 

c. à d. instruit à nager, duiee venant de Ducere a plusieurs 
comp. : Séduire , Conduire , Réduire , Déduire , etc. , des- 
quels le n, tire conduite . action d'accompagner, terme de 
compagnonage : « Faire la conduite , » c'est accompagner 
l'ouvrier, le soldat , hors de la ville; on appelle en N. che- 
vaux de conduite, les chevaux supplémentaires, spec, pour 
les côtes. CONDUIRE, en pat. n., fait au prêt, nous con- 
duîmes , etc. : « Lesquels ensemble conduirent leur armée 
vers Escosse. » {Chron. de N., ^25) Déduire donne Dé- 
duit, divertissement; mais à Cherb. , dedcit sign, espiègle, 
malin. Le fr. ajoute encore Viaduc, Aqueduc : l'a. ne pos- 
sède, comme terme simple, que Duct, passage, mais il a 
tous les comp. comme le fr. Conduct , Seduce, De- 
duce, etc. 

DUMET, poil des animaux, sans doute le fr. Duvet, 
dérivé de Tufetum, de Tufa, herbe cotonneuse des ma- 
rais. Rabelais a employé dumet pour Duvet, et l'adj. Du- 
meté ; « Nascuntur alise plumœ qua; dicuntur a quibusdam 
dumse. ') (Fréd. II, De arte venandi) dumer, perdre son 
poil : (• Le cat dume ou deume ; » Dum sign, la même 
chose dans le pat. do Suffolk (Halliwell); cependant une 
orig. germ, ou scand. est possible; en v. f. Dun, duvet : 
« Une couette de dun; » (Charte de Henri I à Roland 
d'Oissel, vers -1120) d'où l'a. Down, duvet, (['on Eider- 
down, édredon, litt. duvet de l'eider; en sued. Dun, en 
all. Dunen. Le 1. Dumus n'est sans doute pas sans rapport 
avec cette famille, du moins à Villedieu edumer sign, dé- 
barrasser des broussailles. 

E 

E, elle (Av.) : « E Ta é vient, » usité comme sujet, le, 
régime : » Chez le, » (Ibid.) à Val. lié; à Val. elle, sujet, 
est ou devant une cons. : « Ou va, ou viint, » et cl devant 
une voy. : « 01 a dit. » Dans l'Av. , interrogat. eu : « Dira- 
t-eu? » dira-t-elle? 

ECALE , écaille : « Ecale d'huître , » écaille d'huître , de 
l'it. Squalia; M. du Méril tire ce mot du v. ail. Scala, 
plus rapproché du n.; en fr. Ecale et en a. Scale, écaille, 



qui ^'^.•^l "'Ciit Sliule , il'du l'a. Slall , coquille; dcaili.î.ki:. 
place où l'on dépose les coquilles d'iiulîres; à Gr. le quai 
(ic l'Ecaillère; ecalim (Gr.), p. m. menues écailles d'huiire.^: 
ECALOT et niLOT. écale des fruits; ecalot, cmiite d'une 
plaie; ecaloter. dégarnir de son enveloppe; 1'. Escalop , 
pétoncle, coquille, est le u. ecalot; caii.lama^ (Day.), grand 
coquillage siirivalve: cui.leu. caïeu. s. m. espèce de pe- 
tite moule qu'on vend à Val. au cri de : « Du caïeu , qui 
qu'en veut? » litf. petite écaille, comme le fr. Cayeu . 
bulbe imbriquée des liliacées; Ch. Nodier rattache à 
coquille le village de Pic. , Cayeux. On appelle caves, sur 
les bords de l'Océan, des bancs de rocs feuilletés, d'où 
sans doute le fr. Quai ; du moins il produit caye.mije, place 
de l'arsenal de Cherb., au bord de la mer : de là Cayenne 
et les Cayes en Amérique. Quant à Echalolte, il vient de 
Ascalonia (cepa). de la ville d'Ascalon , et le n. ECuriEn 
est le fr. Cha{:eler, du 1. ExscaJpere. 

ECAPER. échapper, en v, f. Escaper, en a. Escape, 
de Scaphare, fuir dans une barque, ou i}q Excampare , 
sortir des champs . (iifférent d'Esquiver, qui vient du S/,ip 
du Nord, en a. Eschew, esquiver. 

ECAUCHOIS, Ecossais : « Fier coume un Ecaucliois; » 
il y a en N. des familles Lescot, c. à d. de Scotus, Ecos- 
sais. Les Cauchois, hab. du pays de Caux, tirent leur 
nom des anciens Calèies; on dit p.rov. : « lîelle coume une 
Cauchoise. » c\icrroisE . coiffe de Caux. 

ECHARS, chiche, qui a vieilli en fr. ainsi que Eschar- 
sement el Escharseté, se dit sans doute encore quelque 
part dans la N. . du moins ils restent en a. dans Scarce, 
rare, et à peine , et Scarcely et Scarcity; en il. Scar so ; 
en v. f. Escars , Escarccié ; mais la Muse n. em|)loie es- 
QCERCDEVE.NT . chichemcnl ; le fr. chiche lui-même est pour 
ChescJte. Le fr. a Escarcelle, et INIenage tire Escars û'ex- 
parcus. 

ECIÎAUFAUD, cHAiFAiD, échafaud, de l'it. Catafalco 
iàefalco, poutre), d'où le fr. Catafalque, en a. Scaffold , 
en V. f. EscJtalfaut ; à T.-N. , chaufaid est un hangar 
suspendu sur pilotis, el saillant sur l'eau , dont le toit en 
toile s'appelle tald. el dont la table, qui recoil les fnies 
de morue, est dite cageot. 

ECHERPI, écharper, en v. Cltarpe, instrument pour 
tailler, en a. SJiarp, tranchant: cherpie, charpie: delà 



— 296 — 
le fr. Echarpe , litt. morceau coupé . déchiré , en a. 
Scarf : c'est le I. Carpere, couper. 

ECHERVI , chervis, plante ombellifère, se ratlache au 
fr. Carvi, en 1. Carum, orig. de Carie; cuerciffs, salsifis. 
Le chervis est un légume dont la culture est presque aban- 
donnée ; on l'appelle encore Chéroui ; en prov. Escheniijs, 
en a. Chervil, chervis et cerfeuil, or l'a. semble faire de 
ces deux mots un seul; chehfec, cerfeuil, du 1. CJtœro- 
phyllum, litt. la plante qui réjouit. 

ECHIELLE , ECHULLE, à Val. etchiille, échelle, du 1. 
Scala, d'où le fr. Escalader, dont l'a. Ladder, litt. Scala- 
deur, est une apocope; ecalier, échalier, en b.-l. Sccdera: 
« Tresteras super- scaleras; » le n. alier, pieu d'échafau- 
dage, est aussi l'apocope de ce mot. ecame, s. f . , et 
ECAMET, barrière de cimetière, est le 1. Scamnum, dont le 
dim. Scabellum donne escabiau et escabet, escabeau, en 
V. f. Eschamel : « L'eschamel sur quoy li roys tenoit ses 
piez, » (Joinville, Hist., ^5) et en pic. VEcomiau est le 
marche-pied de la voiture; equelette, ridelle, Utt. éche- 
lette; equelette, s. f. le grimpereau; Ecalles-Alix , arr. de 
R. , est latinisé en Scalœ-JEliciœ; VEsquelle de N.-D. était 
à R. une petite cloche qu'on sonnait le matin vers ^ 300. Le 
fr. donne encore à cette famille Echalas, Escalader, Eche- 
lon , Escale, Escalier, et l'a. Scale, escalader, Scalade, 
escalade , etc. 

ECHINEUX, instrument de boucher, couperet, qui 
échine, de l'it. Schiena, du gr. E/tvoç, hérisson, de ce que 
la colonne vertébrale est hérissée d'apophyses; s'ecbiner, 
se harasser de fatigue; chiner, colporter par les campagnes; 
CHI1NECR, colporteur; en a. Chine, s'éreinter; au nord de la 
M. ETCHLNER, échiner, etc., car ce pat. , comme l'a. , fait 
toujours sentir un T devant Ch. Le fr. donne encore 
Echinée, et le terme pop. Esquinter, éreinter, du v. f. 
Esquine , échine; on dit encore un cheval fort d'esquine ; 
ESQUiNTEUR , litt. ércinteur, un crâne, un fîer-à-bras. L'a. 
Squint a un autre sens et sign, loucher, c. à d. regarder 
de coin, en n. ecolmer, briser les angles, les coins. 

ECLIISSE, ECLiicHE, éclisse,dul. Clivus , d'où le fr. 
Cliver : V. cliff; eclijssier, éclisser ; on dit aussi esliice , 
éclisse , qui conduit à l'a. Slice, tranche. Quant au fr. Es- 
quille, il vient de Fit. Squidilla, dim. de Squida, éclat de 
bois, d'où le fr. Esquille : à B. I'equille est le lançon de 
Granville, c. a. d. l'Amnodyta tohianus; mais il vient d'ai- 



— 297 — 

guille, acicula; el Eclanche, en n. eclia.acije , vient sans 
doute d'Eclater. 

ECLIUSE, écluse, du 1. Exclusus , dans le sens de bar- 
rière ; ECLDfSER , contenir par une écluse ; esclotoire , 
écluse; le fr. ajoute Eclusée, Eclusier , en a. Sluice, 
écluse : V. clios ; il ne parait |ias que ce terme soit très- 
ancien; du moins Wace, dans le R. de Rou, se sert d'un 
autre : 

El les niolins en eslanctiièrent. 

ECOCHIER, meurtrir la peau, écorcher. du 1. Codex, 
écorce, qui renferme Corium, cuir: V. cuu ; ecochier sign, 
encore écraser un membre , une branche , etc. , duquel 
sens vient EcocoEriE , s. f. casse-noix , tenaille ; Ecochcs, 
en V. f. : (1 Tant que les escoches tournèrent; » (T. de Char- 
(rose) Ecoi'CHE, s.f. large couteau qui écorce le lin, le 
chanvre , et qui est employé comme tourne-galette , mot 
que les enfants à Val. emploient dans un jeu, accompagné 
de chant, où l'on se fait tourner rapidement : 

En ditidant cliochelle , 

Tourne-galelle , 

Jai Irouvé une pesie et un chabot , 

Tourne-galop. 

EcoBCHE , S. f. graisse arrachée de l'intérieur d'un animal ; 
en V. a. Escorc/ies, terme de vénerie, animaux écorchés ; 
en a. Cork, liège, bouchon, litt. écorce; Scorch, rôtir; 
mais dans le Lincoln on dh Scotch, mincer; le fr. Cosse 
se rattache sans doute à cette famille. V. côsse. 

ECOLE , pron. école , en souvenir du v. f. Eschole , du 
1. 5c/io/a /en a. 5f/ioo/; ÉCOLIER, écolier; écolage, rétri- 
bution de l'école; ÉcoLE-r.issow (Av.), école buissonnière ; 
SAINTE-SCOLASSE , Sainte-Scolastiquc. 

ECOLOMIE, économie, d'œconomia; ecolôme, économe; 
ECOLOMiSER, économiscr , en a. Œconotmj, économie, Œco- 
nomist, économe; cette famille n'est pas ancienne et re- 
monte sans doute à la Renaissance. 

ECOUFLE (Val.), s. f., cerf-volant en papier, du fr. 
Escoufle , milan : : « Maigre coume euneécoufle. »11 y a en 
B.-N. des familles Lescouflet. Ecoufle figure à l'oreille un 
objet mince , léger et soufflant. 

ECOURRE , EscouRRE, secouer, du 1. Succutere : « Dtdbt 
le fourrier battre et escourre le lit. » (01. de la Marche . 
Mem. ^ 1,494) ; en fr, secouer, secousse, le v. î. Rescousse; 
assaut , charge en retour , d'où Rescous , assailli; ecoies- 



— 2ïiS — 
siJNS , pailles et balles secouées d'un van , en H.-N. escossin. 
d'où EscossiKER, ncttoyei' le grain; en a. Shake , [dus voi- 
sin encore du n. saquier, secouer sec; escoisse, secousse; 
EScouER (Val.), secouer, et scoueb; en Bourgogne le bat- 
teur est dit Écoussei et dans l'Isère Escossour, fléau à 
battre; en v. f. Tout-d'escousse, tout d'un coup. Comme 
Succutere est comp. de sub-quatere , auquel il se rattache , 
V. CAS, et il y faut ajouter, l'a. Quash, briser, trembler. 

ECOUTEUX , EcouTOUB , écouteur , du 1. Auscultare 
(axouoj), en a. Scout; en fr. Ecouteux se, dit du cheval dis- 
trait ; EcoiiTANT , auditeur, comme en v. f. , comme dans 
cette fin du Rom. de Frégus : 

Ichi est la fia du romaiicL : 
Pais et salus as escoulans. 

EscoT (G/, w.) , espace que parcourt la sentinelle; en u. 
Scout, sentinelle; en v. fr. « Donner escot , » c. a. d. au- 
dience, et Scouds, sentinelle; le fr. ajoute Ecoute, Ecou- 
tille, litt. ouverture par où on écoute, Ecoute (cordage) , 
et les mots scientifiques Ausculter, Auscultation. 

ECOUVETTE , s. f. , balai , dim. du 1. Scopa; en N. les 
sorciers sont appelés Chevaucheurs d'écouvettes (V. du 
Gange, V» Scobail) ; aussi on trouve dans Villon : 
« Coume un chevaucheur d'écouvettes. » On disait aussi 
Ecouve, balai, d'où le nom de la Forêt d'Ecouve, c. à d. 
des genêts {Cytisus scoparius) , comme en a. Broom sign, 
à la fois genêt et balai; de là le fr. Ecouvillon, en n. egou- 

VILLON. 

ECRELLE, écrouelle, du 1. Scrofula, de Scrofa, truie ^ 
d'où le fr. Scrofule, Scrofuleux^, Scrofulaire; en pat. a. 
Scroyle, sign, selon Halliwell : « A mangy fellow, » el se 
trouve dans Shakespeare, V. le Diet, de Johnson; cuouelle, 
écrouelle, conduit à l'ec. Crewel, id. ; crouellier, scrofu- 
leux. 

ECREVICHE. s. m., écrevisse, en a. Crawfish, de cara- 
bus, crabe, v. l'art, cabri, auquel il faut ajoulerECREViÈnE, 
place où l'on pêche l'écrevisse : il y a l'îlot de l'Ecrevièrc , 
entre la F. et Jersey; ecrelle, crevette des ruisseaux : 
« Maigre coume eune écrelle. » 

ECRIN, bahut, coffre à vêtemens.'(Val.), du l. Scrinmm, 
d'où le fr. Ecrin , et l'a. Shrine, châsse , en v. a. Scryne : 
(I This overlasting scryne. » (Spenser, Faerie queene, Intr.); 
le fr. Ecran pourrait bien être le même mot, d'autant plus 



— 291) — 
qu'(!ii dil 5(r(?c/?, écran , en a. Cepeiulanl on dil en ail. 
Schrannp.. 

ECRIVOUR , r.ciuvEUx , écrivain , celui qui écrit , de l'on. 
Scribere, en gr. (Txapicpo;, , stylet, ainsi dans le Coup d'ail 
piirin de Dambouniey : 

Eunn poche en rime^ enliculais 
l'ar Itcriveux l"coiip d'o'il piiriii;i 

De là le fr. Scribe, gribouillage , en a. Scribble, mal écrire, 
Ecrit , dont on dit prov. en N. : « Les écrits passent les dits, » 
Ecriture, Ecriteau, en n. ecritiau , Ecritoire, en n. ecri- 
TOEB, Ecrivailleur, en n. eckiva!ll:ek, ecritasser, péj. d'é- 
crire, ECRivASS'ER, écrivailicur. On dit encore prov, : « Les 
écrils sont des mâles; les paroles sont des fumelles. » Ena. 
Write, Writer, etc. ; l'a. Shrive, confesser, est tiré par 
Ihre et Skinner de Scribere, et fait allusion à l'usage an- 
cien d'écrire et de signer sa confession. 

ECROU, pron.ÈcRou, vis, du \. Exrotulare, dérouler, 
sensible dans l'a. Scroll, rouleau , écrou , qui possède aussi 
la forme fr. Screw; le fr. Escroues, Ecrou, registre de pri- 
son , d'où écrouer, a la même racine, en a. Screw, intro- 
duire, litt. enrôler; le fr. Rôle, de Rotulus, en est la forme 
simple, en a. Roll, rouleau, et rôle ou registre, mots ana- 
logues au fr. Volume, Volumen, de Yolvere ; de là le fr. 
Enrôler, Roturier, \i\\ . Botularius , l'homme porté au rôle, 
le contribuable , etc. V. l'art, rece , du I. Hota. 

ECUELLE, pron.êcuelle, ùu]. Scutella,ùim. de Scuta, 
plat, d'où Scïiium, bouclier, en v. f. Escuelle, en v. f. Es- 
cueltier, d'où l'a. Sculier, marmiton; eciellette, jjetite 
écuelle, en -à. Skillet, poêlon; en fr. Ecuellée, en a. Scul- 
lery, \d\oiv, qui su{)pose\c fr .Escuellerie, sculion, marmiton. 
Seuil, petit bateau, comme une écuelle, d'où parext. Seuil, 
crâne , comme on dit la calotte de la tête, Scullcap, casque 
et coiffe , Shuller, canot de rivière. On appelle en N. écuelle 
l'Ombilic, et Ecuelle d'eau, l'Hydrocotyle. En a. Scuttle, 
panier. 

ECUIREU, écureuil, d'une et. probablement non lat. à 
csLW^c (\\x Sqnirius dont le dim. est Scuriolus , que nous 
allons citer; en a. Squirrel, écureuil; son nom dans l'Av. 
est un nom cyclique jacqlet , et comme cet animal est ma- 
tinal, on dit : « Le lever dès le pailre au jacquet, » c. à d. 
dès le point du jour. La source première du mot Squirius, 
est une on., le cri de l'animal : « Feresculam quam vulgo 



— 300 — 
humilies squirium vocarit. n (S. Columbani vita, ap. Mabil- 
lon, siècle II, p. 17.); dès lors une et. celt, est possible. 

ECUIRIE, à Val. etchdrie, écurie, du 1. Equus, cheval, 
en V. f. Eque, en \ A. Equine : equirie, (Gl. n.}, écurie, 
ajoutons le fr. Equestre, Equitation, en a. Equestrian, 
Quinlaine, litt. Equitana, exercice équestre, en v. f. Qui- 
tane. 

ECUNIVIE, écume, du 1. -Spwwîa; cependant ondit^Awm 
en isl. et Scum en a., d'oîi Scummer, écumoire , ainsi que 
Coom, écume ; eccmoèke, écumoire ; à Val. etchui>,me, écume, 
etc. ; ECLNMOUE, écumeur. 

EDCHU , ETCHU, écu : « Un etchu de siix francs; » en 
B.-N. on compte encore par ecus de trois francs et de six, 
et par pistoles ; écu vient du 1. Scutum , parcequ'il est 
chargé des armes du roi; de là Ecuyer, en a. Equernj , 
Squire, Esquire , Ecusson , en a. Schutcheon , qui garde la 
pron. n.; Curry, étriller les chevaux. 

EDUQUIER, faire l'éducation, en a. Educate, du 1. 
Educare (Educere). V. duire; eddcable, susceptible d'édu- 
cation. 

EFANT, ÊrA^Hï . enfant, du \. Infans, en a. Infant. On 
dit prov. : « L'éfant tient du père ou du maile parrain: » 
ÉFAî\CE . enfance , mais spec, pour celle du vieillard : « Il 
est tombé en éfance; •> fanfakt, petit enfant, terme de 
caresse. V. une lettre de Fénélon, appelant de ce nom son 
neveu. De là le fr. Faon. pro. Fan, litt. enfant de cerf. Il y 
avait à R. comme dans tout le nord de la F. et dans la Bel- 
gique, des écoles de Bons-Enfants, dits encore jBomw/a/ifs, 
et quelque fois Capets, Capettes, de la petite cape de leur 
tête; c'étaient les écoliers pauvres; bon -enfant, joyeux et 
cordial compagnon ; bon-enfant , un peu simple : « Tu 
creis cha, t'es bouen effant. » 

EGA , égal : « Cha m'est éga; » du 1. Œqualis , en a. 
Equal; égalisier , égaUser, en a. Equalize; de OEqualis 
vient l'a. Even, en passant par le v. f. Ewal , d'où Ewer, 
comparer; ^'Ivel ,Q.n v. f. , d'oià Even; egaillier, pour ar- 
river à répandre également, éparpiller : « Egaillier de la 
terre, c'est répandre également sur le sol; on connaît le 
commandement militaire de Jean Chouan à ses hommes : 
« Egay'ous mes gas. » Equipoller, équivaloir, équipolence, 
s. f. équivalent, en v. a. Equipolle (HalliwellJ; à B. équo- 
reur, marchand de marée, dul. OEquor, AéTxyéA'Œquus. 



— HOI — 
EGAIRER (Val.), égarer, du I. Variure, melcr, em- 
brouiller; EGAiRER, à Val., sign, aussi vaincre, parceque 
l'action d'égarer a été d'abord une victoire dans la connais- 
sance des chemins : « J'I'égaire à saulcr, » c. à d. je te 
surpasse. On disait escaikeiv en v. n. comme dans le /?. de 
Rou : « En mer a esté csgairés. » On parle de l'existence 
de l'herbe qui egaire, c. à d. qui empêche de trouver son 
chemin dans le champ où elle se trouve. 

EGLIESE , église, du 1. Ecclesia, en v. n. Tgliesc, Iglise 
(R. du M. S. M ,) qui conduit au bref. îlis, église; Sainte- 
Mère-Eglise , arr. de Val., signale le titre qu'on donnait 
aux premières églises fondées dans un canton : 

E a sa mère ôglise fcsist e renie el fliiii. 

dit Garnier, Vie de St-Thomas Recket (p. 65) ; une rue de 
Ray. s'appelait Rue de la Mère-Eglise , c. ù d.de la Cathé- 
drale; PETiTE-ÉGLiESE, sectc dcs prêtrcs qui nercconnîiissent 
pas le concordat; à R. clemEiMIas , et en A. RIanchardistes, 
parce qu'à Londres c'était l'abbé Rlanchard, et en N. l'abbé 
Clément qui étaient les chefs de cette secte. En Rrelagne , 
ces prêtres s'appelaient Louisots, parcequ'ils ne reconnais- 
saient d'autre autorité politique que celle de Louis XVIII. 

ELÉSIR, élire, choisir, deElif/erc; les N., comme les A., 
adoucissent quelquefois le (/ en 5, principalem, les Polle- 
tais. V-Intr. ,p. 30. De là le fr. Election, Elite, l'a. 
Elect., etc; le n. applique Elite aux choses : « L'élite de 
la halle, » c. à d. le meilleur blé de la halle. 

ELIDER, s'élancer, en parlant d'un ressort, du I. Elu- 
dere, éviter, esquiver; en a. Lid, couvercle qui joue sou- 
vent avec un ressort; elide, rondelle entre la roue et le 
bout de l'essieu ; elide, s. f. déversoir latéral d'un moulin; 
ELCSER , s'amuser; elusio?», fantôme, ai)parence : on croit 
que celui qui a un mouron ou salamandre sur soi dissipe 
les elusions des sorciers et bateleurs; en 1. Elusio , trom- 
perie ; ce sens concret existe en a. : « Stay, illusion ! » ar- 
rête, fantôme! {Hamlet, act. i , -I.) aulieu, éluder; adlu- 
sio.x, s. f. moyen détourné ; ailubie, id. (Gl. n.); Elusion 
se disait en v. f. 

ELIER, décanter le cidre, le soutirer, du 1. Eluere , 
laver, nettoyer; eliage, s. m. action d'élier; eliures, fèces 
déposées au fond du vaisseau. 

ELPHANT. éléphant, du 1. Elephanfus , en a. Ele- 



— 302 — 
p/iaibt, m V. f. Olifant, éléphant el cor d'ivoire : « Son- 
ner de l'olifant. » 

ELUGIER, ennuyer, tracasser, étourdir, comme dans 
la 3Iuse n. , p. 30 : 

Et si la cervelle m'éluge. 
On dit aussi loger; ainsi ibid., p. 405 : a Je n'y veux luger 
mon jugement. » Le v. a. Élenge sign, affligé, comme 
dans ia Vision of P- Ploughman : 

Hevy cbered I yede and elenge in herle. 
On a tiré ce mot de Lugere , mais sans rapport de sens ; 
c'est plutôt le 1. Elucus , étourdi, assoupi. 

EMPERIÈRE, en v. f. Empereur, resté dans les nom- 
breuses familles Lemperière, Lemprière, à Jersey et sur 
le littoral de Fr. en face; E',irÉKEUR, empereur, spec. Na- 
poléon I«=r; le fém. en v. f. Emperesse a disparu, même 
dans les n. pr. , mais est resté dans l'a. Empress. 

EMPIEGNE (Val.), Empeigne, du 1. Impingerc , en- 
gager dans, c. à d. dans la semelle. 

EMPLER (Val.), emplir, ind. prés, j'emple , j'emplons ; 
fut. 3'emplerai , etc., du 1. hnplere; de même en v. f. , par 
ex. Gislebertus emplecon , cité aux rôles de l'Echiquier de 
M 98 : il se dit aussi en H.-N. : « Ches gens là qui emplent 
leur vessie. » (Muse n.) 

EN , adv. du point de départ : « J'en viens . « dérive du 
1. Inde , et il est devenu pron, pers. en fr. et sign, de cela; 
aussi écrivait-on Ent en v. n., [sar ^y.. passim dans le Mi- 
racle de Rob. le Diable : 

Si feray je, soiez enl fiz. 
Toutefois En, régime direct, comme dans cette phrase : 
« Avez-vous des livres? Je n'en ai pas » représente un 
autre élément , c. à d. le 1. Unus : « Non habeo unum. '> 
Cet En se dit à Caen eni : « Je n'eu ai eni, » c. à d. : 
« Non habeo unum, » de cela; c'est l'a. Any : « I have not 
any. » Aussi en v. a. on disait Ane pour One; le fr. Nenny 
est dès lors pour ne-eni : « Avez-vous des livres? Nenni, » 
c. à ù.non unum. Cf. le fr. Dont, en v. f. d'Ond, du l. 
de undè. 

EN, prép. d'intériorité , du \.In, en a. In, s'emploie en 
n. devant les noms de paroisses rurales : » Demourer en 
Ccaux , en Bacilly , » c'est une ancienne forme : « En la 
Haye du Puis il y avait 35 feux poiansguet.... en St-Sym- 



i 



— 30.) — 
phoricii , 28 feux. » Selon L. du Bois, on ilit eu N. : " en 
table • iiûur à table, comme dans J Le Houx : 

Aussy tenir nous ne pouvons 
En table plus propre langage. 

Cosigne 1. d'intériorité, transporté en a. avec les éléments 
fr., a pour équivalent savon y, en v. a. : « y-logged, logé 
dans, y-cledd, habillé, enveloppé, etc., et en a.Be; Be-lo~ 
ve, en-amourer, Be-gird, en-vironner, De- smoke , en-fu- 
mer, etc. ens, du X.Intus, resté dans le fr. Céans (ci-ens) : 
« Mettre du fein ens; -> iens, id., dans « se mettre iens , » 
c. à d. dans une maison , de là sans doute Va. Inn , loger , 
et Inn, auberge; être dedans sign, être ivre, comme dans 
ce dicton salyrique contre les moines: 

Il est dedans 

Comme le frère Laurent. 

Une demi-ivre.sse s'exprime par celte loc. maritime : 
« Etre vent dessus, vent dedans, » ou « Etre entre deux 
vins ou mieux deux vents; » être dedans sign, être dans 
l'erreur , être dupé , ou comme on dit pop. être enfoncé ; 
en a. c'est le contraire : « To be out, » se tromper, litt. 
être en dehors de la vérité ; emprès, après, du 1. In prope : 
1 vint emprès mé, » comme en v. n. : «Li jugleor emprès 
venout (G. Gaimar) ; mais auprès vient CC ad prope; ente, 
entre , du 1. Inter : « ente deux soleis , » c. à d. entre 
soleil levant et soleil couchant ; » à Villedieu , une situa- 
tion moyenne se peint ainsi : c. Eté ente eune verte et une 
meure; » entre-deux sign, entre bon et mauvais : « Dei- 
vent aveir deux pains d'entre deuz, » (Liv. des jurés de 
S. Oen.) 

ENCHENS, encens, du 1. Incensum, de Candere, en a. 
Incense : « J'ai guéri ma dent aveu d' l'enchens ; » en- 
cdenser , encenser, mais se dit spec, du cheval qui lève et 
baisse continuellement la tête; encdensour, encenseur; 
ENCHENSiER, cnceusoir, en a. Censer ; ce mot figure dans un 
prône risible qu'on chante dans i'Av. , et oîi l'on voit 
qu'une personne prend le rôle du curé ou du vicaire : 

Moussieu r curé n'est poin ici , 

Moussieii r vicair' n'est point hardi; 

No souncra les clioclies . 

No niellra d' lian dans l' benèlior, 

Et de l'enchens dans l'enchensier. 
On alleum'ra les cierges; 
No priera poucr Champion, Championelte, 
La bouonn' fernm' Turluretle, 
Qu'est mort' l'aiil' jouer en champ : 

13 



— 304 — 

Prenais garde d'en faire autant ; 

Et pouer la bouenn' femm' Tourfinière, 

Qui na pas peu nen pus rauus faire. 

ENCLIUME, ENCLEUME, Enclume, du 1. Incudis, en 
V. f. Encude; encliumette, enclumeau : « Etre entre î'en- 
cliume et le martel, » c. à d. entre deux maux; » « Aveir 
la tête dure coume eune encliume , » d'où tête d'encliume , 
ou simplement encliume , homme stupide et entêté. 

ENCOVER, désirer, du 1. Cnpere, d'où le fr. Con- 
voiter, l'a. Covet, désirer, Covetous , avide , convoiteux ; 
on trouve Encobir en v. prov- , et Encovir en v. f . ; ainsi 
dans le Rom. de la Violette : 

Par ma foi ! fait-elle Je radote 
Quant jou ai cheloui encovi 
Conques de mes deux iexne vi. 

ENÉMI, ennemi; ainsi l'a. Enemy, du 1. Inimicus: 
à Val. ENEMiN, ennemi, comme amin, ami, d'où amite»(s') , 
se lier d'amitié ; ramiter (se) , se réconcilier. On dit : 
« Tous les amins n'apient pas, » c. à d. n'épousent pas. 

ENFÉ , enfer, du 1. Inferus, i.nferna, infernal, en a. In- 
fernal, souvent employé subst. : « Inferna d'gamin; <> enfer 
(Val) , plancher qui porte les meules ; enfé , enfer désigne 
en N. des lieux bas : il y a le pré d'Enfer près Cherb. ; le 
village d'Enfer à Genêts ; près de Vire l'Enfernet. 

ENFLIER, enfler, du 1. /w^are; enfliecre , enflure; 
ENFLE, id : forenfle , id ; EiNflieume, id ; enflié (l'j sobriquet 
de l'orgueilleux; l'a. possède Inflate, Inflation, d'origine 
savante ; exveblieure, tumeur. 

ENGIER, embarrasser, gêner, en f. Enger, vieux, 
du 1. Angere, d'oùangoisse, enn. angoise, en a. Anguish, en 
di. Angry, fâché, en v. n. Engrès; en fr. savant Angine, 
Orobanche, Cynanque, en gr. Ayx^. 

ENGIN , instrument, machine , du l. Ingenium , l'effet 
pour la cause, d'où le fr. Ingénieur, en a. Engine , ma- 
chine et Enginer, le fr. Génie, en a. Enginery; en fr. 
Engeigner, devenu ingénier; endagné, invétéré (Bay.), 
cité par Pluquet, peut-être d'Ingenitus, en supposant En- 
gagné; enhersé, ibid, même sign.; ingeni, s. m., intelli- 
gence naturelle et mécanique : « Aveir del'ingéni; » de là 
le fr. Génie; ENGIGORNER, tromper, en H.-N. engigorniac , 
trompeur : « Leux engigorniaux , » dit la Muse n. 

ENNIEULEMENT , s. m. fin du monde . litt. annihile- 



i 



— 30j — 
MEM, du fr. savant, Annihiler, réduire à néant. On 
trouve dans la Muse n. ce mot qui suppose Ennieuler : 
Mais si Dieu veut Jusqu'à l'ennieulement 
May el mes vers vanteront son altesse. 

ENNII, ennui; e.msieb, ennuyer: e.nmaint, ennuyeux; 
E.N>uvA]NCE, en a. Annoyance ; en prov. Enueg , du verbe 
supposé An-nuire (ad-nocere) ; à St-LoRUAu; desennier, dé- 
sennuyer; en V. a. Annye et Annoyance (Rob. of Glouces- 
ter) , en a. Annoy et même Noy qui, dans leur sens de nui- 
sance et leur forme, marquent bien l'ét. ; en v. a. : « so 
sore anuyed. » [Sevyn sages, v. 2613); les autres langues 
dessinent mieux, l'ét., en it. Noia {noxia), en esp. £'wq;o. 

ENQUE, en a. Tnk, du 1. Incaustrum, d'où Encaus- 
tique, Caustique, etc.; ainsi, v. 585 de la Vie de Si 
Alexi : 

Il a demandé parchemin 

Et enque à cil qui le gardout. 

On dit : « Nei coume de l'enque, » et : « L' papier ne 
refuse pas l'enque. » De même en hoU. Incht . en it. In- 
chiostro ; l'ail. Tinte, l'esp. Tinta ont un autre rad. , 
Tinctus, en it. Aqua tinta, enquier , encrier, en a. In- 
k/wrn, litt. corne à encre, en n. cornet. 

ENTAMILLON, s. m., petite entame, du gr. eraixov; 
ExMAMACE, s. m., action d'entamer; on dit plaisamment en 
entamant le pain, après avoir tracé dessus une croix avec 
le couteau : « Quand no fait cha à Paris , no z'a un pain. » 

ENTRANCE , entrée; en a. Entrance, du 1. Intrare [in- 
tra), V. EN. Ce verbe, issu de Intra, conduit à Intereà, qui 
semble avoir donné le n. eîstresiais, sur ces entrefaites , 
jusqu'à ce que; on trouve en v. n. une forme voisine, par 
ex. dans la Chron. des ducs de N., 1-1 , v. 21348 : 
Ce quident bien tot enlreshet 
Que ja contreus n'ayez recel. 

ENTRINER (s'), s'obstiner, en v. f. Entrin , entier, 
c. à d. rester entier, comme on dit : « Un homme entier, » 
de celui qui ne laisse pas entamer sa volonté; entrtnement, 
s. m., persistance, en \.{. Enterignement, entièrement; en 
a. Entire, etc. 

ENVIER, envoyer, du 1. m ma, en a. Envoy, député; 
ENvu>cE, action d'envoyer. V. vaie ; on dit aussi enveier , 
d'où vient le fr. J'enverrai : « Molt se hâta de l'enveir. » 
(G. de St-Pair). Cf. Envier dans le Jura. Enviar en esp. et 
Inviare en it. 



— 30G — 

EPAGNOL , épagneul, en a. Spaniel, du 1. Uispanio- 
lus, d'Espagne; pagkolée, le trèfle des champ; espag^ot, 
Espagnol ; en fr. Espagnolette. 

EPAIS, gros de corps : «Un homme épais, • du 1. 
Spissus ; EPAissiER, épaissir ; EPAissouRE , épaisseur; en a. 
Spiss, épais; de là le fr. maritime Episser, nouer deux 
bouts de corde, litt. les épaissir; Epissoir, en a. Splice, 
épisser. 

EPAULE, pron. Epaôle , épaule, en it. Spalla, du 1. 
Spatula, palette de l'omoplate; epaclier, épauler; epal- 
LiÈRE, partie de l'épaule dans le vêtement, bretelle; en fr. 
Epaulard , Epaulée , Epaulette ; paulette , courroie qui 
retient le fardeau sur les épaules; Epaule est sous sa forme 
et. en V. a. : « Many spalles. » (Spenser, p. 90.) polatre, 
gilet, sans doute pour Epaulâtre; de là palatrer, poacrer, 
habiller, comme dans la Muse n. : 

En ste façon l'avait poacré Miquelle. 

EPÊNOUI, épanouir, en v. f. Panois, épanoui, du 1. 
Panucius, bouton de fleur, sans doute de Panus , peloton 
de laine. On dit pop. : « Epanouir la rate, « réjouir. 

EPICHE, épice, du 1. Species, litt. espèces de drogues; 
on dit iron. : « Bouenne épiche , » personne rusée et ma- 
hgne; « Chière épiche, » chose plus chère qu'elle ne vaut; 
EPicHiEu, épicier; ce mot se prend en mauvaise part en 
général : « Sale épichier, vilain épichier, ou simplement 
épichier: » delà le fr. Epicer, l'a. Spice, épice, etc. Au 
1. Species se rattachent le fr. Espèce, Spécial, Spécieux, etc., 
l'a. Species, Special, etc., len. espécialémeim, en a. Espe- 
cialltj ; EsrÈcrATJTÉ , rareté d'un bel objet : « Il a acaté cha 
biin chii par espéciauté ; » c'est l'a. Speciality , particula- 
rité ; ESPÉciFiEB, spécifier, en a. Specify/: « Pour la dicte 
vente si come ele est dessus espécifîée. -> (Acte de ^324.) 

EPIER, pron. épier, guetter, du 1. Spicere , regarder, 
en a. Espxj , épier; Spy , id.; epieur, espion ; de là le fr. 
Espion, Espionner, d'oij le n. espionneur, espion; en 
argot de collège, pion, maître d'études, mais le fr. Pion 
est une contr. de Piéton, ainsi que Pionnier; toutefois, on 
dit en isl. Spia, observation. 

EPIER, arriver en épi, du 1. Spica ; epiage, s. m. action 
de monter en épi et le moment où les épis se montrent; 
l'a. Spike of corn est plus fidèle à l'ét. : ce mot de Spica, 
comme Spiculum, sign, pointe; de là le fr. Epieu , l'a. 



— 307 — 
Spike et le n. ei'i, estocade et girouette. V. Essai sur les 
Epis, etc., par de la Querrière , p. 4. epi-d'eau, le po- 
tamot; epi-a-la-vierce, laraponcule; en fr. Epiaire, \eSta- 
chys, en n. Ei'i-FLECRr. A iSp'm peut se rattacher un oiseau 
au bec long et aigu , le Pivert , c. à d. Picus viridis , en n. 
EPÉ, en a. Wood-pecker, litt. piqueur de bois ; le fr. Epeiche 
et Epêque; en pat. lorrain, c'est la même idée qu'en a. : 
Biche-pou, c. à d. pique-bois; à B. langue -de- iec, la 
laiche. Ajoutons Speckle, Speck, tache , piqûre , du 1. 
Spiculmn, pointe. 

EPIN-NE, épine, du 1. Spina, d'où les loc. dites l'Epi- 
naie , l'Epinay , l'Epinet , du 1. Spinetum, en v. f. Spinet ; 
on dit aussi épinard, épinaie : « A la mi-mars, l'cou- 
cou est dans l'épinard ; » épiler (Val) , débarrasser des 
broussailles, c. à û. Epiner ; le b.-l. Spinal, d'où la ville 
d'Epinal, avait cette sign.; à Bay., l'aubépine est dite :noi;le- 
épi^e; de là le fr. Epinard , Epingle (Spinnla), en v. a. Pin, 
d'où le u. ÉriNGLiER, attacher avec des épingles : épinglette, 
épingle de chemise, de jabot ; on dit aussi ÉPI^GRE, qui est 
dans Rabelais : « Jouer aux pingres , » mot qui conduit à 
l'a. Pin; de là Va. Spangle, ainsi que Spin, fder, c. à d. 
tirer le fil sur un volant hérissé de petites pointes, de 
même Spindle, fuseau, du v, f. Espingle, et de Sjnn dérive 
Spinner, fileur, qui àe\ien[ Spider, araignée, htt. lafileuse. 
En fr. Epinoche, le gasterostcus aculcatus, en n. arcelet 
pour Darcelet , petit dard. Quant à épine, espèce d'étoffe 
en H.-N. , c'est l'Alepine, litt. tissu d'Alep. V. l'art. PI^N. 

EPLIÉTER, exécuter vite : « Do la faux no z'épliète 
pus que do une faucille ; » en v. f. Expiliet sign, finir, com- 
pléter; c'est le 1. Exp)letus, accompli; en hevv'i. Ejileter, 
expédier, faire vite ; en v. n. Epléter, spec, engins de pê- 
che, différent du berri. Aplettes, inslrumens, en n. Apliets, 
du 1. Aploidium. En fr. Explétif, Exploit, en a. Exploit ; 
mais exploit (d'huissierj, en n. expliet , vient du 1. Explici- 
turn. Dans ce même sens d'activer un travail, on peut 
citer ces vers du Rom. du M. S. M. , v. 491 et 537 : 

Li buens evesque espliela 
De son moslier que fait l'a. 
A granl espleil ounl amonleiz. 

EREUR, erreur, pron. comme l'a. Error, du 1. Errare, 
errer, en gr. Eppoj : « Faire une ereur, » c. à d. dans un 
compte, sens pop. et spec, de ce mot ; la langue delà vé- 
nerie possède Erres, traces du cerf; la marine erre, marche 



— 308 — 
du navire; le fr. ajoute Errement, Erroné, Errata , Errati- 
que, tous mots savants; Va. Err, Errabble, Errand, mes- 
sage. Errantry^ folie, Errata, Erroneus, Erratick, Er- 
ring, etc. La légende du Juif-Errant est très-pop. en N. : il 
y a environ quarante ans, on le vit passer à Val. sous la 
forme consacrée, à laquelle il ajoutait une clochette; mais 
de cette légende, ce qu'on sait le mieux, c'est la particula- 
rité des cinq sous : 

J'ai chinq sous dans ma bouerse, 
J'en ai Irejours autant; 
Ch'est ma seule ressouerce, 
En tout lieu, en tout temps. 

Le V. f. ajoutait des mots à cette fam. : Errant, à l'instant ; 
Errede, déraisonnable, Errée, voyage, Errandonner, d'oij 
le fr. Randonnée, l'a. Random; l'a. Rant, extravagant, est 
aussi la syll. forte de Errant. 

ERJUER, ennuyer, fatiguer : " Tu m'erjues d'tes bê- 
tises, » du fr. Arguer, disputer, poursuivre un adversaire 
de ses raisons , du l. Ar guère, en a. Argue; il a un sens 
voisin du n. en v. f. dans ces vers 23988 de XhChron. rimée 
deMouskes : 

Mais li maus qui l'argue et cose 
Se tenoit et hastoit de près. 

ERMIÏIÊRE, HEBMiTiÊRE, S. f. hermitage, assez com- 
mun dans les n. loc. ; en fr. Hermite, du 1. Eremita, du 
gr. EpYijjio;, solitaire, en a. Hermit, Hermitage; on a dit 
en V. f. Armitage, et ce mot existe comme n. pr. en A. 
Il y a en N. un nombre considérable de lieux dits l'Hermi- 
tage. On connaît le prov. : « Quand le diable fut vuus, i s' fit 
hermite. » Il y a beaucoup de familles L'hermite , et aux 
environs de Val., plusieurs famiWes Er mice , sans doute le 
même mot. On trouve en v. f. Ermel, terre inculte; 
Heremps et Herms , id. ; en b. 1. Heremus; dans l'archipel 
a.-n. se trouve l'ile cV Herms, litt. terre inculte et solitaire. 

ERONDE, d'Hirundo, erojndelle, d'Hirundella , hi- 
rondelle ; on dit en fr. Queue d'aronde; la Muse n. se sert 
d'ERO^DE dans ce vers : 

Changent ly de pays ainchin que des zerondes. 
Il y a dans l'Av. des familles Arondel , qui ont cet oiseau 
pour armes parlantes ; le fr. dit Arondelat , petit d'hiron- 
delle; en a. c'est Swallow, la plupart des noms d'oiseaux 
y étant saxons. 

ESBIGNER, se dit en N. dans le sens de tuer, selon 



— 309 — 
Fr. Michel {Diet, d'argot), lilt, priver de la bine ou tête : 
V. tws ; mais le sens pop. général de s'escigner est s'en- 
fuir : « L'amant, qui s' sent morveux, s'esbigne. » (Desau- 
giers. Parodie de la Vestale.) A Granv. on dit : « Esbinc 
de iof, •) sors d'ici, litt. fuis au lof, c. à d. au large. Dans 
sa seconde acception , il se rattache sans doute à la loc. : 
«Tourner pignole, » s'enfuir, lilt, changer maison de face, 
de pignon, du 1. Pinna, dans César, créneau de muraille , 
d'où Pinnaculum , faîte , pinacle. Dès-lors , ces mots ren- 
trent dans la famille de pinn, cime, pointe. V. ce mot. 

ESCAMOTOUR, escamoteur, du fr. Escamoter, du I. 
Excambiare : tout escamotage est un changement , suppose 
le v. f. Escambe; en v. f. Escamote, balle do liège pour 
jouer aux gobelets. V. change. 

ESCOLTE, escorte, qu'on tire du 1. Cohors, escoltér, 
escorter; de là sans doute Escouade; en a. Escort, es- 
corter; mais l'ét. par Cort , cour, est beaucoup plus pro- 
bable, comme celle de Cortège : escorte sign, alors entou- 
rage militaire d'une cour, V. cour et court. 

ESLIANDRE, esclandre, en a. Slander, du 1. Scanda- 
lum; ESLUNDRER , livrer au scandale; l'a. a aussi le verbe, 
Slander, diffamer; scandalous, scandaleux; sca^dalisier , 
scandaliser; en a. Scandai, Scandalise, Scandalous. 

ESPADRON, espadon; espai)Ro>ner, espadonner, du I. 
Spatha, large épée, en esp. Spada. Cf. l'a. 5pac?e/ pique 
et bêche. 

ESPARPILLIER, éparpiller, du fr. Epars, en). Sparsus, 
de Spargere; epaupillier, id. ; parpillier, id. ; l'a. Sparkle 
et Spark, étincelle, pourrait bien représenter Esparpiller, 
en passant par Sparquiller, du moins l'étincelle est ce qui 
s'éparpille; de même l'a. Spirtle, dissiper, peut repré- 
senter Espartiller. Au rad. Spargere se rapporte le fr. As- 
perger, en V. f. Espargoier. Aspersion, Aspersoir, en v. f. 
Esparsou, en n. un aspergés, 1' Asperse, diffamer. Dis- 
perser, en a. Disperse, Espargoute, du 1. Spergula, et 
peut-être Esparcette, en a. Sparcet. Esparpiller semble 
donner le mot suiv., fam. en fr. : escarbillard , étourdi, 
éventé : « Cette fille est coifféeà l'escarbillard, » litt. à l'es- 
parpillard. En roman, Escarbillard &\^mï\Q gà\ ., plaisant, 
rusé. Dans le pat. toulousain, Escarbilhat , dispos, assez 
voisin du fr. Esparpiller. En esp. Escarapela se traduit 
par dispute et par nœud de ruban à la coiffure. On trouve 



— 3 JO — 
Escarbilhat clans la Nouvelle 52 de Des Perriers. En pat. 
lorrain, Escarbouillette , étourderie. » {Gloss, norm.) La- 
combe donne Escardussa, égrillard. 

ESPÉRER, attendre : « Espère mé lo. » Le gr. EXiriÇsiv, 
le 1. Sperare ont cette sign. ; par ex. : <• Sperare dolorem, » 
attendre avec crainte un malheur; de même, en v. a. Hope 
dans Cant, tales, v. ;482, et enfin dans presque tous les 
pat. fr ; aussi on lit dans la Miise n. : 

Bien encore pirs no z'espère. 

Espoir, en b.-n. espoer, participe de cette sign.; « Il est 
biin ma; y a mauvais espoer. » Espoir vient de l'ar- 
chaïsme I. Speres, qui est dans Ennius; espei, espoir; 
ESPÉBAKCHE, cspérancc; espéeable, qui est à espérer. 

ESPRITU , ESPRITÉ , spirituel , ingénieux : Esprité se 
disait en v. f. ; en a. Spirited., vif, animé, Spiritous, actif, 
ardent. On dit d'un enfant à l'intelligence précoce : « Il a 
trop d'esprit, 1 n' vivra pas; » de celui qui a plus d'esprit 
que de fortune , on dit : « Il a pu d' pensaie que d' pain 
trempai. » Un dicton associe l'esprit et la beauté : « Bel 
esprit ; n'a jamais gâté biau visage ; » on dit aussi : Long 
nez , etc. 

ESQUINTER, assommer, harasser; en v. prov. Esquin- 
iar, déchirer : « Comenseron lurs vestirs a esquintar. » 
{Lexique rom., m, 491 .) Esquinter se dit en pic, à Paris, 
et dans le langage pop.; en v. prov. Esquina, échiner, 
rompre l'échiné. V. ECHI^E. 

ESSART. s. m. terre défrichée , d'où le fr. Essarter, du 
1. Sartum, de Sarrire, sarcler; il se disait en v. f. : 
Lau vist vignes u vergiers , 
l'urmenz u allres bels essaiz, 
Creisseit buissons de Iules parz. 

(Bcnois, Chron., I. i, v. <I57.) 

De là le n. pr. fréquent Desessarts; il y a un grand nombre 
de loc. dites Essarts en N. ; dessarter , deserter , défri- 
cher; de là aussi SARCET (Vire), gaule, du v. f. Sarcel, 
aiguillon, et sans doute sarche (Mortagne) , souche ou le 
trépied sur lequel on pose la cuve; sarcles ( Bay. ) , mau- 
vaises herbes sarclées; en pic. Sart, un champ, et en v. f. 
Essargoter, heurter contre des troncs, des souches; c'est 
sans doute de ce rad. que vient Desertus , en fr. Désert, 
dont nous avons parlé à l'art, désert , auquel il faut 
ajouter ce prov. : 



I 
I 



— ;ni — 

Jeune femme, pain tendre cl bois vert 
Mellcnt la maison en desert. 

ESSE , s. f. zigzag d'un ivrogne : « Faire des esses ; » 
ESSE, chemin sinueux en forme (ÏS ; le fr. Esse a d'autres 
sign.; Scarron, dans le Virgile travesti, 1. v, a employé esse 
dans le sens pop. : 

Pinla si bien, qu'il fit mainte esse. 

Les noms tirés des lettres sont assez pop. : ainsi, près 
d'Av. , le tracé de la route de Pontorson a donné à deux 
collines le nom les M et le nom le V. C'est ainsi que le 
chevalet du casseur de bois s'appelle un X , qu'un piège à 
mulots s'appelle un quatre fk chiffres, esse est la termi- 
naison des noms et adjectifs de femme en N. et en A. : 
«Marie la gaiolesse, ou la geoHèrc (Acte n. de -1198); 
Beatrix la Kaisnesse, la Chênesse, ou Chêne - femelle 
(Acte n. de -1203); Àeliz l'Embracheresse , c. à d. l'Em- 
brasseuse, » etc. 

ESSENTE (Av.), s. f. bardeau, du fr. Ais, en 1. Àsser, 
et mieux aissente, litt. petit ais, sans doute pour Aissette; 
en V. f. Essende : « Un couvreur d'essandc , -> (1379) en 
b.-l. Essenta; on trouve aussi Esseune : « Quand ils 
quieuvrent leurs maisons d'esseune. » M. de la Querrière 
emploie EssEiNTÉ : « Murailles essentées en ardoise; » (p. 69 
de l'Essai sur les girouettes) il donne aussi essentier. 
ESSiAU, AissiAU, bois pour barrer l'cau , déversoir; de même 
en V. f. Esseau : « Tous les esseaux et tous les filets, d {Tùi- 
quête de Caen, ^3e s.) 

ESSEU(Val.), essieu, dul. Axis^ Axillus, enn. Axlc, 
en it. Asse, en v. f. Essue : 

Les essues è les roes è li culfresarant. 

(Voy. deC/iarleynagne, v. I8.ï.) 

On disait aussi Escseul : « Se aucun escseul do lour cha- 
racte et, hernoys ront. » (Coût, des forets.) esselet, et 
mieux aisselet, petit essieu, par e.\. de brouette; aisseler, 
munir d'essieu : « Enesseller les quarettes toutlefois que 
mestier en esloit. » {Comj)te de B., l/rl6.) 

ESSIÉMER, EssrMEU, essaimer; essiemace; essimeur, 
qui recueille des essaims, on v. f. Bigre, du 1. Apiger , du 
]. Examen, essaim, en a. Swarm, peut être le mot n. es- 
siE.MER , Siénier ; essœmillier (Val.) . disperser, comme un 
essaim; essaisijne. s. f., grande troupe, peut-être d'Examen. 
Il y a un mot assez voisin en v. f. . mais différent de sons. 

14 



— 312 — 

c'esl Essiller, ravager, du 1, Exilis, lilt, réduire à rien . 
(V Examen vient Examinare, faire des essaims et par ex. 
trier, peser, d'où le sens du fr. Examen, en a. Examina- 
tion. 

ESSORÉ, étourdi, léger, comme l'oiseau à l'essor; esso- 
iiER, prendre l'essor, en a. Soar, de l'it. sor area, sur l'air. 
V. AIR ERUSÉE, s. f . , ossor, volée. dansl'Orne, aune faible 
ressemblance avec cette famille . et doit peut-être se re- 
porter à ERRE, d'autant plus qu'on disait en v.f.Errée, 
marche, voyage. 

ESTAFIER. mauvais sujet, débauché, de l'it. Staffiere, 
homme d'écurie, de Staffa; étrier; de là Estafette. 

ESTAIM (Vire); s. m., laine filée, en fr. Estame et Es- 
lamet; estamier (Av:) fabricant de bas au méfier; uas-d'es- 
TAMiER, id.; du \. Stamen, le fil de la chaîne; du 1. Stare : 
M Les bas d'estain, en N., sont faits de la plus belle laine.» 
(Roquefort, Gl.de la langue rom.) De là le fr. Etamine, 
tissu clair, en n. etamin-ne , d'où la loc. fr. passer par l'éta- 
mine, et la loc. n. : « Ch'est eune autre étamin-ne , » c. à d. 
une différence, parceque le meunier emploie une ^3tamine 
plus ou moins fine. Le fr. ajoute le terme botanique Eta- 
mine, en a. .S^awe» et aussi Tamis, en v. a. Tamine et 
Tammy. De stare le fr. tire une partie de la conj. d'Aller : 
Etre, Etant, J'étais, Eté, etc.; le terme judiciaire Ester, 
l'a. StaT/, Stand, etc. ; le fr. ajoute Etable, de Stahulum , 
en R. Stable, d'où le fr. Etalon, cheval; Etaler, de Stallus , 
stalle, en a. Stall, en n. éta (Val.); estalière (H.-N.) , pê- 
cherie, rang de pieux; Etablir, en a. Establish, Etabli, en 
n. ÉTABLIE , s. f., Etat, en a. State, Etai, Etançon, de Statio, 
Stage, Etang, Stagnant, Stance, Station, statue, ena. Jto- 
tue , en n. estatoe. On dit q. q. fois pop. : « Je suis été » 
pour j'ai été, litt. sum status; on lit dans une épitaphe de 
H 628 : « Je suis été comme vous, demain vous serez 
comme moi. » Cf. l'a. Stair, Story, contr. A'Estayer, 
Estagerie. 

ESTAIMIER, potier d'étain , de même en fr. : * Bailli 
à Jehan Hue , estaimier par jurement pour la fachon d'un 
pot d'étain, une eguyere, etc. » (Comptes de B., en -1507; 
de là le fr. Etamer. et le n. etamage, en fr. élamure, du 
1. Stannum; l'a. n'a gardé que la syll. forte d'étain , Tin ; 
son syn. Pewter est le v. f. Feutre, espèce de métal ; de Tin 
vient Tinner, mineur, Tinker, chaudronnier-étameur et 



— 313 — 
suns doute Tankard, pot à couvercle, coinmc généralement 
les pots d'étain. 

ESTIME, usité dans la loc. « Tirer à l'estime. » ce que 
le fr. appelle « au juger, » du \.jEstimare et Existimare ; 
de là le fr. Estime, et le terme maritime. Estime , calcul ; 
en a. Esteem, estimer; estimer, en n. calculer : « J'estimo 
que cette terre vaut quatre clients francs ; -> ce mot se contr. 
en Esme, appréciation; les Rouennais avaient des poids 
au-dessus de ^2 1. qu'ils appelaient Esmes. Ce mot Esme 
s'emploie encore dans la marine, et il entre dans ce vers 
de la i}h(se n. dans le sens de plan : 

Mais le François qu'aveit bien pris son esme. 

ESTIQUE, ASTiQCE, s. f. (Val.) élastique, c. à d. du 
caoutchouc découpé en petites lanières , par ex. : « Tèque 
(balle) , en astique ; » du gr. EXaaxYi; ( d'EXauvw) , litt. qui 
pousse; estique, astique, adj. élastique. Nous avons en- 
tendu un soldat appeler astiqie la gymnastique. 

ESTOUMA, estomac, du 1. Sfomachus, d'où le fr. Esto- 
maquer, en n. estoumaqlier, en n. Stomach. 

ESTRE , estrée, chemin pavé, dérivé du 1. Stratum, 
d'où Virgile a dit : « Strata viarum, ■> qui est resté en a. 
dans Street, rue, n'existe en N. que dans des noms de lieu 
qui témoignent du passage d'une voie romaine; mais il 
existe en fr. sous la forme prov. : « Battre l'estrade, c. àd. 
le pavé, en v.f. Es^mcZer; le fr. a gardé estrade dans le 
sens de théâtre. Il y a la paroisse d'Estrée dans l'Eure , la- 
tinisée en N.-D. de Strata, Estrée-la-Campagne, Estry 
dans le Calvados; ainsi Strasbourg : « Juxta stratam ro- 
manam. « Le v. f. disait Estre et Estrée, pour grand che- 
min , par ex. dans la str. 82 de Berte aux granspies : 
Vit Pontoise et Poissi et Meulent en l'estrée. 

Estrée, chemin, se dit encore en pat. pic. (V. Diet, de l'abbé 
Corblel). La Nova n. Chron. donne la dimension d'une 
Strata : « Phil, dedil publicam stratam a via que ducit a 
Lendine per silvam Brotoniœ ad capellam S, Vedasti 24 
pedes in latitudine, etc. » estre est cité comme a. n. par 
Halliwell dans son Diet, avec le sens de rue , et par ext. 
ville : 

So long he leved in Itiat estre 
That for bys name be hystTunaslre. 

Toutefois , ce dernier élément est Cestre, le 1. Castrum. Le 
fr. rattache à cette famille du 1. Sfernere, Prosterner, Pros- 



— 314 — 
tralioa, Slrate, Stralifier, en a. Stratify, Strata, etc. Go- 
wer dil Estrete pour Street ; on sait que le wethlinga street : 
« Strata quani filii regis Vethlestraverunt, » (Rog. deHove- 
den, 432). traversait, au temps des Saxons, l'A. de Douvres 
à Chester. Cette Wethlinga strata, ou route des jeunes 
Welhle (le dim. ling, en saxon) , semble jeter quelque lu- 
mière sur l'expression controversée de VOtlinga saxonia , 
désignant le Bessin, sous les Saxons, et ^ premier élément 
pourrait bien représenter un nom d'homme, ou du moins 
un diminutif et signifier la Petite Saxe. 

ESTRE, estuaire, du 1. Œstuarimn, en b.-l. Estrium , 
en a. Estuary, resté dans dans des noms loc., comme 
l'Estre, à la bouche de la Sinope, Ouistreham à celle de 
l'Orne, Estretat, près du Havre. Etelan, au -13e s. Este- 
lant, sur la Seine, litt. terre de l'estuaire , Estran , près de 
Dieppe, l'Estrée, en Maizy, près de l'estuaire du Vé (Va- 
dum) d'Isigny ; on voit làlefr. Estran, en a. Strand, etc. On 
croit reconnaître l'Estre du Cotentin dans ce passage de la 
Chron. de Fontenelle : « Zaxtrainpago constentiensi, » qui 
peut être une forme de Estra. A ce mot était un subst. 
commun en v. n. : 

Si nos lor poons l'estre de l'ewe ester. 

dit dans le R. de Rou Olhon qui veut, en assiégeant Rouen, 
intercepter en aval le cours de \Ewe, c. à d. de la Seine. 
"V. ailleurs pour ESTRE , Intr. , p. 93. Il y a à Guern. un 
mot qui semble enêtrelacontr., erée, bras de mer. Ala ra- 
cine d'Œstuariîwi, c. à û.Œstus, l'a. rattache Estuance , 
chaleur, Estuate, Estnation, Esture, le fr. rattache Eté, 
en V. f. Esté, Etuver, Etuviste, Etuvée , auxquels tiennent 
les mois a. Stove, poêle, étuve , Stew , étuver et étuve, 
Steward, intendant, c, à d. de cuisine, en v. f. Estiiart, 
Steivs, maison de débauche, litt. maison de bains. 

ETANQUIER, étancher, en v. prov. Estanqua, arrêter 
l'eau d'un étang, en v. f. Estanche, vivier, réservoir, le fr. 
Etang, en v. f. Estang, du 1. Stagnum , qui donne au fr. 
Stagnant; en a. Stanch, étancher, d'où Stanchion, épon- 
tille, et comme Stanch, étancher, sign, aussi arrêter, l'a. 
donne à l'adj. Stanch le sens de ferme dans ses principes , 
bon, d'où Stanchness, sincérité. On disait aussi en v. f. 
Tança, boucher. 

ET AUDI , assommer, étourdir d'un coup ; à Villedieu , 
ETAn; c'est le fr. Etourdir, en v. f. Estordir, pron. à la 



— 3i:i — 
manière a, n. ; or ce mot vient de I'it. StonUto, du I. Stoli- 
dus ; quand l'acte est naturel, le n. dit aussi étourdi, étour- 
dir, ETOiRDiTioN, étourdissement, en v. f. Estordoison ; le 
I. Stultus, contr. de Slolidus, donnait au v. f. Estot, ex- 
travagant; mais c'est à tort que Lacombe tire Estoutic de 
Stultitia ; c'est l'a. Stout, fier et brave, l'ail. Stolz , id. 
G. de N. dit : « Humble de cuer, non pas estouz. » 
V, orig. germ. 

ETE, être, du 1. Stare. V. Estaim; mais dans les dérivés 
du I. Esse, le n, offre esseince, état, situation : « Revenir à la 
même essence, » c. à d. à l'état premier, ainsi dans la 
Muse n. : 

Le médecin plein d expérience 
Pour le lerneltre (le corps) en sa première essence 

De là le fr. Essence, en a. Essence, les subst. Etre, et les 
Etres, en b.-n. etai, été; de Etant, vient le terme forestier 
Etant, et le n. EiiMPERCHE; de même que la conjug. du 
verbe subst, est une association de Esse et de Stare, ainsi 
en a. elle l'est de Be et de Was, comme celle d'aller l'est du 
sax. Go est du 1. Went (venit) ; ainsi en fr. Vadere (je vais) 
et de Ambulare (allant); en I. Fero et Tuli.A la famille im- 
mense de Stare se rattache un dérivé de Struere, Strues , 
monceau; le h.A.Struntus, d'oîi le fr. Etron, en v. f. Es- 
tron, auquel le n. ajoute etroupser; son syn. a. Turd, est 
sans doute le fr. Tourbe, venant du v. f. Tiirro, motte; 
d'oîi aussi l'a. Turf; la périphrase pop. de Turd est Sir re- 
verence, comme en fr. pop., c'esi Sentinelle, métaphore et 
calembourg. 

ETELLE, étoile, du l Stella : » I fait cliai d'ételles; » 
ETELER, étoiler dans le sens imp. : « Il ételle, » c. à d. il 
fait clair d'étoiles; grain d -ételé , petit-ételk, oiseau à la 
tête étoilée, {Sterna hirundo). On appelle sus le bord de la 
Seine ételles les vagues jaillissantes de la barre ; £'/<?//e est 
le V. f. : « Uncor sur le ciel estellei. » {T. de Chartrose); de 
là le fr. Stellaire, Constellé, etc. , l'a. Stellar, Stellation, 
Stelliferous , Stellion, du 1. Stellio, espèce de lézard ta- 
cheté. L'astronomie pop. n. ne connaît guère que l'ltelle- 
vÉMS ou JOCRNiL, le Chariot ou Grande-Ourse, en a. 
Charles's wain, chariot du roi Charles, la Poussinière, 
POUCHI.MÊRE, ouïes Pléiades, le chemin St-Jacques ou la 
voie lactée; voir Intr., p. 275. 

ETERNET. éternel, usité dans le pèbe-éterinet . Dieu le 



— 316 — 

Père : « Allai veir le Père éternet, » c'est mourir; eu a. 
Eterne, Eternal, éternel, etc. 

ETERSE, brosse (Gl.-n.), du lat. Detergere, essuyer; de 
là peut-être essencher, fripier (S. -Inf.) selon le Gl.-n.; en 
fr. Deterger, Détersif, en a. Deterge, Detersion, Detersive. 
Le V. f. Estorse, pressurage , vient d'Extorquere. 

ETEULE, ETOUBLE, s. f., chaume resté debout quand on 
a coupé l'épi; se dit en fr. dans le sens de chaume et tou- 
tefois a vieilli. A Mortain règne ce système de l'etodbliage 
ou gluage; à Av.il y a la foire des Etoubles, c. à d. après 
la coupe des chaumes; il y a anssi la foire d'Étoublon, dans 
le même temps; c'est le 1. Stipula, paille, d'où vient le fr. 
Stipuler, lilt, rompre la paille ; ce mot d'Estouble est dans 
tous les pat. fr. ; en a. c'est Stubble , chaume , abrégé en 
Stub, tronc, si toutefois ce dernier ne vient pas directe- 
ment du rad. 1. Stipes, d'où Stipe, dans la langue bota- 
nique. 

La forme prov. Estobla nous conduit à une branche n. 
de Stipula: étot, chaume, souche de chaume à Val.; on dit 
même « Aveir des étols dans les mains, » quand des pailles 
raides ou des aiguillons s'introduisent dans la chair; de là 
le dim, etibot, aiguillon, d'où EiiBOQuiEB, remuer la terre, 
la cendre, etc. avec un etot , une baguette , comme dans 
un dicton du coin du feu : « Attise, Louise, souffle , Pi- 
toufle, ctiboque ou équerbote, Charlotte. » La Muse n. em- 
ploie ETIBOT dans les sens métaph. : « z'étibots de ste- 
béchon bouillie, » c. à d. aux picotements du fliip;.eto- 
QUER (Gl.n.), débarrasser des étots; etoquolb, outil pour 
étoquer ; etoquedre, s. f., accroc; etot a pu aisément se 
transformer en ecot, chaume raide, souche de chaume; de 
là EcoTEu, dégarnir du chaume sur pied. Toutefois la phi- 
lologie comparée semble rattacher etot, au rad. sroc: Voir 
stiqbieb; en «effet, dans le Jura, Etoque, arbre coupé par 
le tronc, en it. Stoco, souche, en esp. Estaca, en fr. Estoc , 
en ail. Stock, en a. Stock, tronc, en v. n. Estoc , tronc. 
Quant à esto, aussi usité dans la loc. : « Etre de l'esto de 
telle personne; » c'est pour écot (de Quotus). A ce rad. on. 
se rattache aussi tique, attache, clou en v. f., d'où le fr. 
Etiquette, l'a. Ticket, le n. etiqcenard, le canard à longue 
queue, ainsi nommé de ses pieds « Tiquetés de noir. » 
(Chesnon , Histoire naturelle de N.) 

ETEUR, balle pleine d'argent qu'on jette aux noces et 
aux baptêmes dans l'Av. . en fr. Eteuf. en v. f. Esteur, en 



V. a. Stowre, qui est pris par Spenser dans le sens de com- 
Ijat, pai'ceque cette balle est un objet de lutte, en v. f. 
Estor, peut-être cependant de l'isl. Stord. Eleuf, balle de 
paume, vient du 1. Stuj)a, étoupe, d'où le fr. Etouper; mais 
en n. ce terme etouper s'étend à ce qui bouche les brèches 
des haies, comme en Sl. Stop, boucher, arrêter, par ex. : 
« To stop a passage , d boucher un passage ; de là Stopple, 
bouchon, en v. f. J^s^ow/^aiY ; nous croyons retrouver encore 
Etoupe dans l'a. Tape, ruban de fd et Taper, torche. L'a. 
Stoi), arrêter, a passé dans notre langue maritime, où l'on 
dit Stopper, arrêter la machine. Le fr. Etouffer est de 
celte famille. 

ETURGEON, esturgeon, en a. Sturgeon, en I. Sturio. 

ETHNIQUE, païen, idolâtre; nous ne citons ce mot fr. 
que qour introduire l'ét. d'un mot a. sur lequel un philo- 
logue a. en réputation, le d' Trench, s'est étrangement mé- 
pris : c'est Heathen, païen, athée, qu'il tire de Heath, 
bruyère, et qui est une forme de Èthnicus ; le peuple n. 
appelle aussi païen ou athée, quiconque n'est pas chrétien ; 
il y a un nom pr. commun en N. qui représente un terme 
analogue, c'est le Menicier, c. à d.le Manichéen. 

ETORER, munir, et enrichir, du 1. Staurare, d'où Res- 
taurare; en a. Store, munir, et abondance , on dit iron. : 
« le voilà bien étoré , » par ex. avec une mauvaise épouse; 
de même en v. f. : « Le Mont-Saint-Michel estora. (B. du 
M. S. M.) : « Fist Jumiegc u estora. » (Ii.de Rou); touer, 
habiller, ajuster; restorion, vieil objet mal restauré (Av.); 
ETORON, enfant malingre. L'a. a un dérivé d'instaurare, 
c. à d. Instauration. En v. n. YEstauremenf et Y Est or élaieni 
ce qu'on appelle la monture d'une terre ou l'ameublement 
d'une maison : « Quœ pertinent ad staurum curie veslre... 
debent ibi remanere de novo slauro... hoc est instaura- 
mentum domus : una tabula cum duobus testis. » (Delisle, 
Et., 30.3.) 

ETOUERNIAU, ETOUERxNET, étourneau , du 1. Sturnus ; 
ET0UER.>(iAU, jeune étourdi ; l'a. Starling, étourneau , n'est 
pas sans rapport avec le v. f. Estornel , id. 

ETRAIN, s. m., paille, du 1. Stramen, de Sternere, dont 
il grossit la famille. V. estre; en v. f. Estrain, d'où l'a. 
Straw, paille : 

D'esirain et de chenevolles. 

(Vaux dp Vire, édil. du Bois. p. '(8.) 



— 318 — 
Ce mot, qui part d'un antique rad. commun, est très-ré- 
pandu à la fois dans les langues lat. et germ. ; en fr. Estrain, 
et dans tous les pat. fr., en a. Stravj, en isl. Stra, en dan. 
Straa, en a\\. Stroh, etc,; à cette famille qui repose sur 
l'idée de joncher, se joignent l'a. Strew, joncher, le v. f. 
£'s^ra5, débris, le n. ETEBNiB (H. -N.), étaler la litière. En 
N. : « Mettre de l'étrain dans ses bottes , o c'est devenir 
aisé ou riche. 

ETRANGLIER, étrangler, du l.Strangulare;EmAisGvu- 
LON à Val. désigne la poire d'angoisse; en n. étranguillo', 
esquinancie de chevaux ; en a. Strangles sign. la gourme , 
Strangle^ étrangler. Strangulation, strangulation , Stran- 
guillion, en v. a. Strangurie [State papers, m. 30) ; on dit 
prov. pour un malheur déjà ancien : « C'qui est passai n'é- 
trangle pas. » 

ETRENNER, se prend dans le sens actif comme en fr., 
mais encore dans le sens neutre : « Je n'ai pas étrenné , » 
dira un marchand pour sign, je n'ai encore rien vendu; de 
là ÉTRENKEB, être inauguré, recevoir son premier emploi : 
<' Il est coume le gibet de Crépon, i n'a pas étrenné, « est 
un dicton du Calvados. En H.-N. étrenner, faire un ca- 
deau de noces : « J'étrenîmes un gresset et une grande 
marmite. » (Muse n.) Le vendeur, en recevant son premier 
argent, dit quelquefois: «Bénieoubeninseitlamainquim'é- 
trenne , » en faisant un signe de croix avec tout ou partie 
de cet argent. Etrenné dérivé du 1. Strena, litt. récompense 
du brave, Strenuus, donne lieu à plusieurs dictons; ainsi 
le souhait de bonne année et d'étrennes se fait ainsi en N. : 
« Une bouenne annaie aveu bien d'autres et l'paradis à la 
fin d'vos jouers; » on dit encore : 

Etrennes d'houneu (honneur) 
Durent jusqu'à la cliandeleu. 

ETRET. ETRETTE, élroit, étroite, dul. Strictus, deStrin- 
gere, étreindre : « Voyez-vous ces cases étrètes » (Lafon- 
taine. V. f. 8), en a.. Strait, détroit, et Straight, étroit; de 
là le fr. Etrecir, Rétrécir, en n. etréchier, retréchtr. Res- 
treindre, en n. retreindre , Détroit, Détresse, en a. Stress, 
en it. Stretto, Etriquer, en n. etrequier (St-Lo), serrer dans 
ses vêlements, d'où le n. pr. Létrechier, Létrequier; etri- 
QDOts (St-Lg), doigtier de cuir pour dévider le fil; de là I. 
Stretch, eïïon, étendre, roidir; le verbe Etreindre et le 
subs. Estreinte conduisent à Va. String , serrer, Strong, 
fort, Strenght, force, litt. étreinte; or étreinte, en n. sign. 



— 319 — 
loul ce qui serre, un levier, un cabestan ; on dit j unprin- 
seu (pressoir) à longue ou à courte étreinte. » De Stringerc 
vient Strigils étrille, en n. étrillier, étriller; étrille, s. f., 
gros crabe très-rude au toucher. 

ETREUFFER, rendre étruffé , du v. f. Stroufe, lien, 
chaînon ; etreuffecre, étruflfure : ce mot peut aussi repré- 
senter une forme, comme E-cuissé, car le n. se donne 
tousles privatifs tirés des membres : ainsi esselter, priver 
de l'aile (de l'aisselle) : « Un cygne essclté. » (Baie du M. 
StM.) 

ETRI, étrier, du b.-l. Strivarium, d'où le fr. Etrivière, 
en V. f. Streur, étrier et échelon , et Estrie . ce qui sert à 
serrer; d'oij l'a. Stirrup, étrier, comp. (]e Stir, remuer, 
mouvoir, comme le fait l'étrier, et de la prép. uj) ; de là 
sans doute aussi l'a. Strap, courroie, et donner les étri- 
vières , d'où le fr. Estrapade, en a. Strappado. Cf. le n. 
estrope; V. cet art. Ce que le fr. appelle coup de l'étrier, 
le n. l'appelle pousse-cu. 

ETUINE, s. f. étui de bonnette, mot que Jal appelle 
vieux n., lire de l'it. Stuchio, d'où le fr. Etui, et sans 
doute Etau. Cependant le fr. Etui peut venir de Tuyau, de 
Tubus, Tubellus. 

EUVANGILE, vangile, évangile : «Vrai coume mot 
d'euvangile; Che n'est pas mot d'euvangile. » L'a. pos- 
sède Evangelical, mais son terme ancien et pop. est 
Gospel, litt. Good spell , le bon appel, la bonne annonce. 
(Junius. ) 

EVÉQUIÉ, évéché, du 1. Episcopus, en passant par 
Euescop, Ebisque, Biscop, d'où l'a. Bishop, et ^[lav Evesqite; 
on dit : « Un chien regarde bien un évêque. » evêquerie, 
nom de terre d'un évêque , comme dans ces vers du /?. du 
M. S. M. : 

As moines ont luil otreié 
Gênez et Iz de l'evequié. 

Outre Bishop, qui donne Bishopwort , poivrette, l'a. pos- 
sède Episcopal, Episcopacy, etc. Il y a beaucoup de fa- 
milles l'Evêque et l'Archevêque. On appelle encore ves- 
qderie , terme top. , la terre d'un évêque; à Fleury , il y a 
l'Archevesquerie. Cf. Nonnerie, Moinerie, Cliergerie, etc. 
EXEMPLE, s. f. exemple : « Mouetrai la bouenne 
exemple, » resté fém. en fr. dans une exemple d'écriture; 
de même en v. f. . comme dans le T. de Chartrose : 



— 320 — 

Cest miracle est exemple espresso 
Qu'il fail l)on ofl'rir à la messe... 

L'a. a le mot Example, et, riche en mots en fij , comme 
la H.-N. et la Picardie pour les mots en ^er, il dit Exam- 
pUfy. éclairer par un exemple, mot qui manque au fr., mais 
qui existait sous une forme plus simple et plus pop. en 
a. n. : « Pour essampler les amants marriez; » (Rubrique 
d'un poème de Gower) cette forme vient du subst. en v. f. : 
(I Essample bone et bêle. » (Best, divin, v, 693) La loc. : 
« Par exemple, » en n. , est un brusque refus d'adhérer à 
une proposition évidemment inacceptable. Le 1. Exemplum 
vient d'Exemptum, fait détaché, choisi. 

EXILER (s') , sortir, s'élancer dehors (Eure) : « Après 
cela il s'était exilé , » (Déposition du (/at-de forestier, procès 
Jeuffosse) dérivé de Exsilire , sauter dehors , d'où exil , 
en a. Exile; l'a. possède aussi le dérivé du 1. Exilis dans 
Exile, chétif, lequel forme le v. f. Essilier, ravager, dé- 
soler. 

EXPIQUIER, expliquer : « Expique-té, » n'est pas sans 
rapport de sens et de physionomie avec l'a. Speak; s'expi- 
QCiER sign, s'exprimer : « I s'expique biin, » en parlant 
d'un prédicateur, c. à d. il parle bien; EXPicAiiON, explica- 
tion. Le fr. Epeler, en v. f. Espeler, en a. Spell, ne pour- 
rait trouver son et. dans Appellare, mais dans Explicare, 
qui est sous cette forme dans la Chanson d'Antioche, 
v. 215 : « Sire, or le m'espeles. » Cf. l'a. Gospel, à l'art. 

ECVA'VCILE. 



FABIN, FLUBiN, rapporteur, hypocrite, flatteur, du 1. 
Fabulari; en Norlhumb. , Fabbin, flatteur ( Halliwell) ; 
FABLE, pron. FA-îLiEu, histoirc merveilIeusc ct incroyable ; 
en pic. Fabulette, s. f. conte. En v. f. Fablier, conter, 
Fableor, conteur, en fr. Fabliau, Fabuleux, en a. Fable, 
fable , Fable , dire des fables , fabler, Fabled, raconté en 
fable, en histoire. Fabulous, etc. A Fabulari, par l'esp. 
Hablar, parler, se rattache le fr. Hâbleur, Hâbler, Hâble- 
rie; au simple Fari se rattache l'a. Fate, destin. Fatal, le 
fr. Fatidique, etc. C'est aussi à Fari, Fatum qu'il faut rap- 
porter le fr. Fée, Féer, en prov. Fade, en n. faie, s. f. et fé, 
s. m. , V. Intr. , p. M6 , et l'a. F'airtj , le fr. Enfant, en a. 
Infant, V. efaat , Fameux, Fat, en 1. Fatuus, sot. On a 



— :i2l — 

pu voir ù rinlr. , Poésie satirique, que les N. ont celle 
reine d'une manière prononcée , et qu'ils ont été des Fa- 
blcors; ajoutons que c'est un N. , Louis le Roy , qui a eu 
l'idée et a fait l'esquisse de la Satire Ménippée. 

FACHIER, fâcher, du b.-l. Fastidiare, fâcher, du 1. 
Fastidire; fachous , fâcheux ; fâcherie , vieux en fr. ; fâche , 
fâcherie; defachier, défâcher; en dit à une personne qui 
se fâche : « T' eras les deux peines , de t' fàchier et d' te 
defachier. » En éc. Fash et Fashery. On peut aussi tirer 
Fâcher du 1. Fasciare, attacher, lier, et par son rapport 
avec Fascis , faix , il peut signifier accabler d'un far- 
deau. 

FADE, lâche, poltron, déloyal, ù Val. : • T' es un 
fade ; » le fr. Fade vient du 1. Fatuus et produit Fadaise , 
Fadeur, Faguenas; l'a. Fade, languir, se faner, sign. litt. 
devenir fade, comme on dit en fr. mine fade; en gascon 
Fade, folle, et en prov. Fada, sot; le syn. n. d'Affadir 
est affaudep., affautrer, soulever le cœur, comme les 
choses fades. De /^a^2<w5 vient le fr. Fat, Fatuité, Infatuer; 
en a. Fatuity, Fatuous. Quant à Fade, qui dans le midi 
et le centre de la Fr. sign. Fée, il doit être reporté kFari, 
d'où l'it. Fata, fée : il donne en pat. fadet, fils d'une fée, 
ou FÉ, s. m. , comme on dit en n. , et fadette, fille de fée , 
petite fée : de là le fr. Farfadet , lilt. Enfant-fadet. 

FAGOT, s. m. baliverne : « Conter des fagots , » d'où 
le type de farceur appelé Fagotin, extension métaph. du fr. 
Fagot, faisceau de branches, en v. f. Fascot, du 1. Fascis, 
Fascina, Fasciculus; de là le fr. Fasce, Faix, Fascine, en n. 
FouEsciNE, Fascinage et peut-être Falourde; en a. Fagot, 
fagot. Le fr. Faquin vient de l'it. Facchino, porte-faix; en n. 
FAQciN sign, élégant : « Te v'ia biin faquin anieu ; » il se 
trouve en ce sens dans les pat. de Pic, du Berri, et dans 
le Tarn. On dit le fém. faquime, élégante, riche en sa 
mise. Le 1. Fœcis , fèce, dépôt, en a. Fœces, lie, n'est 
peut-être pas sans rapport avec cette famille; du moins il 
donne au n. à T.-N. fécièhe, cuve où l'on dépose les foies 
de morues, les fèces. 

FAILLI, p. passé de Faillir, en 1. Fallere, sign, chétif , 
et s'emploie comme injure : « Failli tchiin. Failli gas. Failli 
mousse, » de même à Rennes; en pic. Cœur-failli sign, 
mou, lâche; on lit dans une chanson jersiaise : « Faillie 
et maigre comme une hache. » {N. inconnue); en v. a. 
Faily sign, un lâche; à AI., on dit : « A jourfailli , » c. àd. 



— 322 — 
nuit venue; fàillakï, menteur; faille, disette ;faillitude, 
à Guern., défaillance; défaillance, ruine, chute : « Une 
maison en défaillance; » fallace, tromperie, en a. Fallacy, 
de même en v. f. : « Cognoissant la fallace de ce dragon.» 
(Le Rocquez) « Chicanerie, arsenal de falace. » (Sat. du 
sieur de Courval); faille, faute; en langage géologique, 
Faille sign, affaissement et répond à l'a. Fall ; de Fallere 
vient Falloir, parcequ'on a besoin de ce qui manque, de ce 
qui Faut, de ce qui tombe; à la limite de N. se trouve' 
Montereau-faut-Yonne, c. à d. où fault, unit l'Yonne en se 
jetant dans la Seine; faut-du-corps, le flanc, là où le corps 
faut : « Prendre par le faut du corps; » toutefois Gyrdelle 
dans le Diet, de Palsgrave est trad. \^ârFaîdx du corps, litt. la 
faucille; FAiLLiRA(il),ilfaudra;lefr.ajouteFaillible, Fallacieux 
Faillite, Faux, Faussaire, Fausset, Faute, Défaillir, Défaut, 
etc. L'a. Fall, tomber, Fallacy, Fallacious, Faillible, False, 
Falter, bégayer. Fault, etc. Ajoutons le n. faitirieb, qui 
commet un faux; fauter, commettre une faute, en v. f. 
Faulter, d'où l'a. Falter; faitecr, l'auteur d'une faute : 
* Faultes reprend sur ceux qui sont fauteurs ; » falle, gorge, 
estomac, lieu où l'aliment tombe , vient peut-être de Fallere: 
« Mon fourneau, ce sera ma falle. (01. Basselin) fallu, qui 
a une grosse panse ; deffalé , effalé, débraillé ; enfaler, 
avaler; blaache-falle, la fauvette; fallue, grosse galette 
qui emplit la falle, qui gonfle, ou qui est ventrue ; ce mot 
est dans une chanson de la fête des Rois : 

Voilà coupée la fallue : 

Faut savoir qui est le roy, 

En chantant à tête nue, 

En chantant tous d'une voix: 

Le roy boit, le roy boit, 

La part à Dieu, s'il vous plaît. 

FAIMGALLE, fralngalle , faimvalle, dérivé de Faim 
canine, en passant ^^bx Faim canne , Faimcalle, et cette 
dernière forme se dit quelquefois, ainsi que Soif calle; 
faihgallier , famélique; famijnot (Orne), petit pain de 
sarrasin, litt. petit pain de famine, appelé aussi tanvée. Du 
1. Fames vient le fr. Faim, Famine, Famélique , Affamer; 
en n. affamocr, qui affame; l'a., qui a presque toujours 
pour la même idée deux mots, l'un saxon, l'autre n., 
ajoute au sax. Hungry \e fr.-n. Famine, famine, Famish, 
affamer, etc. 

FAIRRE, liquide en b.-n. faire, du 1. Facere, se trouve 
en a. dansFîY, convenable, litt. fait, bienfait, et dans to fit. 



\ 



— 323 — 
comme : " This coat fits you very well , » litt. vous fait 
bien; mais ce mot s'est modifié dans le v. f. Faitis, joli, du 
1. Facticius, d'où affeter , orner (Gl. n.), en v. f. aifaitieb, 
préparer : « Haubers et helmes afailier. » (/?. de Piou), en 
fr. Afféterie; le v. a. disait Effayted , préparé, discipliné, 
Afeytid, joli, Fetislij, joliment, en a. Feat, propre, joli , 
d'où Feature, trait du visage, en n. faistcre, fistire, 
sculpture, objet sculpté, litt. figure, trait du visage; le pain 
fait, façonné, joli, était en v. n. Pain fetis : o Le pain fetis 
qui est cueilliz es paroisses {Liv. des Jurés de St-Oen). On 
dit encore aujourd'hui PAi.\-rAfOK?iÉ ; l'a. possède Feasible, 
qui peut être fait. Facile, facile; faiter, dresser, aplanir le 
linge, une couture; affaiter (Bray), assaisonner, parfaire; 
AFFAiTiER(St-Lo). analogue deFAiTER, par ex. : « C'tequeminse 
est rude, mais o s'ra biintôt affaitiie, » c. à d. adoucie; 
comme ou dirait en fr. Faite ; affèter, même mot, enjoliver, 
bien arranger : « L'iau d'vie jaune est de l'iaud'vieblianche 
affêtaie ; » faisible, faisable, dul. Facilis, facile, qui semble 
être (ie\enu. l'a. Fickle, irrésolu, volage, selon Skinner; 
FAIT, bien, fortune : « Il a l'esprit de gardai sen fait; » 
FAIT, capacité, action : o II n'est pas d'un grand fait, » 
c. à d. ni intelligent ni actif; faitirier, syndicd'uneconfrérie, 
litt. facteur; faisa>ce , faisa>de , redevance en nature; 
FAiSAKCE, action de faire, usité dans l'expression : « Garder 
ou quitter la faisance valoir; fachon, façon, en a.Fas/iioji, 
mode; fâche, face, en a. Face. 

Dans les comp. n. ontrouveFAiMANT, fainéant, FAI^'IA^TISE, 
fainéantise, falma>ter, fainéanter. litt. faire néant, bien 
déterminé dans le Testament de Patlielin , p. 121 : 

Fut présent Malhelin le Sourd. 

Allourné de Gaullier, faict nyent. 

Un composé analogue est usité euN., c'est le mot fêtard. 
où l'on reconnaît faire tard, c. à d. lambin, paresseux, d'où 
fetardise : (I La fetardise des catholiques causa la perte de 
R. •) (Ap. Floquet, Hist, du Pari., -11,383). A St-Lo , 
Fainéant se contr. en FA^ET, paresseux ; fai.mer, fainéanter; 
co>tbefaisa>,che, action de contrefaire, en v. a. Counterfe- 
saMnce,dissimulation, dans Faerie qiteene, ch. 9,49; defaires, 
habits de rebut {Gl. n.) , litt. choses dont on se défait; 
DÉFAço", défachok, facilité à se défaire : « C'te marchandise 
n'est pas de àéfachon-,» Défaçon existait env.f. dans le sens 
de défaite : <( Sa mort è sun domage è sa défacion.» (B. de 
Rou, V. 4405); mefaitoir, malfaiteur : « 01a justice pour 
prendre les meffaitours. » {Acte 7i. de -1282); biexfaisant, 



— 324 — 
qui est actif, rend service dans la famille : « C'te p'tiote est 
déjà bien faisante, » et c'est sans doute dans cette expression 
n. que l'abbé de St-Pierre, qui était b.-n., a pris le terme 
de Bienfaisance, dont il est l'introducteur. 

Le verbe Faire entre dans un grand nombre de loc. n. : 
« Non fait , Si fait, c. à d. oui et non , litt. non fait, et ainsi 
fait, le V. f. si, pour ainsi. Un ex. du /?. de la Rose, v. 4226, 
nous présente cette expression, avec le sens explétif, exac- 
tement comme en a., et nous en éclaircit la sign. : 

Cognois le tu point? — Oil Dame. 

Non fais. — Si fais. — De par l'ame. 

En a. : « You do not. — I do. » Aussi l'idiotisme a. : « How 
do you do? » existait en v. f., comme nous l'avons montré 
p. 46 del'Intr., avec quelques autres loc. sur Faire. On 
dit encore « Faire un fait, » d'une chose, c'est la détruire, 
c. à d. faire qu'elle soit un fait accompli. Fait est usité dans 
cette loc, où il a le sens de l'a. Fit, Feat : « Coume te 
v'ia fait ! » c. à d. arrangé, vêtu; « Fait et bâti coume quat' 
sous , I) c. à d. coume une fille à quatre sous. Faire s'em- 
ploie pop. dans le sens passif, comme dans cette chanson 
militaire : 

Quoiqu'ça, c'est une chose qui m'enrage 
D'êl'/ait niouri loin du pays. 

Ainsi autrefois : « L'angelot d'argent qui fut fait faire par 
dom Guernon. » (Ms de D. le Roy, Liv. des curieuses recJi.) 
" Repparacions faictesfaireenchasteldelaHayeduPuis. » 
{Reg. de la Haye du Puits , 15e s.) M. Hippeau cite comme 
n. la loc. : « Ne faire que sage, » s. e. chose, conservée dans 
Lafontaine. (Rest, divin, notes.) Ne pas faire rappelle le nil 
agis des Latins dans ce cas : « Cet homme ne fait rien 
auprès (en comparaison de) tel autre, » c. à d. ne réussit 
pas, n'approche pas de son mérite. On dit prov. : « Qui 
s'fait brebis, le loup le mange. » 

Deux des principaux dérivés du 1. Facere sont Faciès, 
le miroir de l'action, comme Vultns est le miroir de la 
volonté , et ensuite Faber. Le premier donne au n. et au 
fr. FkCBE , face , fachade, façade , le fr. Face (bien ou mal), 
Facette, Facétie, en a. Facf^m , gentillesse ; effachier , 
effacer; defacier. pefachier, effacer, en a. Deface, etc., en 
a. Face, face. Fair-faced, bien face, Facetious, facétieux. 
Efface, effacer. Le second donne Fabriquer, enn. fabkiquier, 
Fabricien, Orfèvre, en u.fèvre, artisan en métaux, resté 
dans plusieurs rues aux fèvres des villes de N., dans les 
n. pr. Fabre, Lefebvre, Lefebure. Le Faure; en a. Fahricl-, 



etc., en n. f abkiquier , fabricieii : « Michel Fabriquier, 
chanoine de ladite église. » (Inv. de la cathéd. de B., 1476.) 
On disait Fever, fèvre, en v. a. Dq I. Fabrica, vient le 
b. 1. Forgia, en v. f. Farche, en fr. Forge, d'où le n. 
FORGiEU . forger, usité dans ce prov. aUittéré : « A forche 
de forgier, on se fait forgeron. » 

FAITIAU, E-NFAÎTuu, enfaiteau, du 1. Fastigium; eniaî- 
TiER, munir d'un faîte; en fr. Faîtage, Faîtière. 

FAMULER (se) (Morlagne) , se familiariser, du 1. Fa- 
7)vilus, serviteur. (MM. duMéril, Diet, dupât, n.) Ce mot 
appartient au groupe de Famille , Familier, en a. Family , 
Familiar, etc. 

FANA, fanal; en N. , c'est une grande lanterne que les 
domestiques portent devant les maîtres; c'est le 1. Funale; 
lANOT, fanal, falot; Fawo^ est encore dans le Diet, de Nicot, 
de 1584; il est devenu le fr. Falot; le v. a. avait Fallas, 
fanal : « ïhorow coverture of bis fallas; « (Gower) aussi 
;i Guern. faille est une torche de paille enduite de graisse; 
on dit FALOTiEE. allumeur de réverbères, fanal, sans doute 
une allératiiin de falle , V. ce mot. sign, gorge; <■ Se 
graisser 1' fanal. -> c'est avaler. De cette famille se rap- 
proche rit. Fanfaluga, flammèche, d'où le n. fa.nflie, 
lueur, clarté; fanflcer, éblouir, le fr. Fanfreluche, dont 
la contr. donne le n. krelcche, chose de nulle valeur, do- 
lure. FlRloche et frelogde, id. , comme dans la Muse n. : 
A leur queux pendoit une freloj^up. 

FANTOMER, e.nfantômer, ensorceler, du gr. «tavxaay-a, 
d'où le fr. Fantôme, Fantasque, Fantaisie. Fantastique, 
en a. Phantasm, Fantasy, Fancy, Fantasdck. 

FAR. s. m. farce, ce avec quoi on farcit; Farsed est 
dans Cant, tales, v. 233; du 1. Farcire, bourrer, mettre 
du far dans une volaille; ainsi , en v. f. : « D'un fars bien 
menu lui fait un autre ventre, » (Pibrac) d'où lefr Farcir; 
de là Farcir, mêler le 1. à la langue vulg. ; d'où le fr. Farce, 
du caractère bouffon que prirent \es farcitures. V. Intr. . 
p. 243; Farceur, en n. farcecx; en a. Farce, farcir et 
farce, Farcical, drôle; ajoutez le fr. Farcin, en I. Farci- 
minum, en a. Farcy. L'a. Fart, s'il n'est une on. , peut 
venir de ce rad., comme l'effet pour la cause. On peut 
rattacher à cette famille le fr. Fardeau, en a. Fardel, sac, 
le fr. Farder, s'abaisser par son propre poids , peut-être 
du I. Farcino , mêler, d'où le 1. Sarcina, bagage. 



— •^2C, — 

FARETTE , petite farine qui se forme sur les liquides 
du 1. Far, Farris, d'où Farina; flieu, pour Feu, Feurrc 
fleur de farine, fliou, id. ; en a. Flour; fliecrettr, syn 
de FARETTE ; EFFRiNER , pour EFFARiNER , réduirc en pous 
sière; frinot, meunier, le fr. ajoute Farine, Farineux, Fa 
rinier, Enfariner, Fatras, du 1. Farrago, mélange de plu- 
sieurs grains, conservé dans l'a. 1. Farrago, fatras et 
pot-pourri, e[ Farraginous ; de Farina, il n'a que Farina- 
ceous, farineux. 

FASCHINER, fasciner; faschiaocr , qui fascine; fas- 
cHiî\ATio> , fascination; FiScm.NAGE, ifZ. ; en a. Fascinate, 
Fascination, Fascinons. Ces mots ont leur point de départ 
dans l'idée de lumière et suivent cet itinéraire : <I>ao<; 
(«pao-xoi), <I>ai7xatv(..) (cpacvo)), Fascinare. 

FATIGUIER, fatiguer, du 1. Fatigare (fatim-agere), en 
a. Fatigue; defatiguier, délassé; defatigue, s. f., délasse- 
ment ; FiTiGUE, maladie par la fatigue : « II a attrapai une 
fatigue. » Le fr. ajoute Infatigable , l'a. Fatigable, Defati- 
gate, fatiguer, tiré du 1. Defatigare, Indefatigable , infa- 
tigable. Cf. l'a. Fag, contr. de Fatiguer , d'où Fag en ar- 
got de collège, l'élève serviteur d'un autre, son homme de 
fatigue, et l'a. Faint: « Ele d'aler ne se faint. » [Best. 
div., 232.) 

FAUVE , pro. faôve, fauve, du 1. Fulvus, en a. Fallow, 
d'où peut être son autre sens de inculte et de jachère , d'après 
lacouleur fauve des landes et des marais; l'a. Furze, bruyère, 
n'est pas très-éloigné du 1. Furvus, une nuance de Fulvus; 
Cf. le V. f. Furelique, petite monnaie noire (Lacombe^w^;;;/.) 
du moins l'a. prend à une autre nuance, au 1. Fuscus, le mot 
Fuscation, action d'obscurcir; le fr. aussi a un mot de cette 
nuance, Offusquer; Vdi.Fox, renard, en ail. Fuchs, sign, 
le fauve, et les chasseurs appliquent le subst. coll. le Fauve, 
à toutes les bêtes fauves; fauverette , fauvette; fauvel , 
FABVET , un peu fauve, resté seulement dans les n. pr., ainsi 
que Fauveau ; c'est l'anal, du 1. Fulvius. V. la légende n. 
de la Fauvette, qu'Hégesippe Moreau a arrangée sous le 
titre de Fabliau n. Y. Intr., p. 210. 

FAU, hêtre, du 1. Fagus , d'où foutet, fouteau, hêtre , 
litf. petit fau, d'où le fr. foutelaie, s. f., bois de hêtres; 
le fr. Hêtre vient du 1. Ostrya, qui dans Pline désigne 
une espèce de frêne. Le fau en bret. est Fav . et le rad est 
^ayo), manger. Ce mot existait en v. f., par ex. dans Berte 
aus gram pies, p, 48 : 



J 



— 327 — 
Lierte III ens el lies assises sous uii I'o. 
it y a près (Je Val. le village de la croix des i ics , il y a le 
bois des Faus, Boscus fagorum ; on a dit aussi fai' d'uij 
le dim. Faiel, resté dans le Faiel près d'Andely. les Faiaux, 
les Fduquets. Cf. Sl-Honorinc-ilu-Fai. Fai-le-Moncel . 
Beaufai, irèsde Moriagne. les Essarts-le-Fai,arr. d'Evreux, 
bois des Faux (Eure) , boscus fagosus ; Fagvs désigne dans 
\q Livre noir (\Q,C\)\x\. St-Chrisioplie-du-Faocq, et FagumeX 
FamcMm désignent Fai; Mare-aux-Faus, diocèse d'Ev. Di' 
Faginus dérive le fr. Faine, en n. iai.n-ine; Yoctelle, à 
Moriagne, la faine ; la coût, de N. dit Hêtriè'c: cependant 
Hêtre est plus moderne que fau ; fauie, s. f., charbonnière 
de bois, litt. de Fau (II. -N.); Fagot ; eut se rattacher à 
Fagus, en a. Fagot. 

FAUX, pron. faô, faulx , du I. Faix; facquier, faucher, 
et faucher lesjambes. c. àd. venir en travers, d'où tba- 
vÉQLiER (Val.), pour Trafauquier. litt. faucher à travers; 
FAïQUET, petite faux et croc enjambe, en v. f, Faiiquet : 
« manches de fauquets d'armes. » (Toustain de Billy, Com^j^e 
de St-Lo, ^574) ; falcil!A:N, s. m., peiite faucille ; faichon, 
id.; hauchon, en v. f. ; il est dans Joinxilie pour le clerc 
qui poursuit avec un fauc/ici trois serjam; en a. Falchion 
et Fauc/iion; falqcour, faucheur : « Faukeour es prés 
avait, une pièce de prés faukoit. » {Ro)n. d'Eustache le 
Moine) ; fauche, action de faucher; faiquai^ox , fauchaison; 
FAicHETTE. petite plante qui est difficile à faucher. Iclotier 
corniculé; HERBE-A-LA-FAix. l'euphorbe. Ajoutons la branche 
fr. Falquer. Défalquer. Falcade. Défalcation, et la branche 
a. Fake, pli d'un cord<!ge, Falcated, Falcation, Falchion, 
Defalcation. Le 1. Falco, faucon, sign, bec recourbé eu 
faulx; de là Fauconneau. Fauconnerie, Fauconnière; dans 
la top. n. FAico.NiMÈRE sign, aire de faucon : il y a à Cherb. 
la butte à pic de la Fauconnière; en a. Falcon, faucon, el 
sans l'ail. Habicht, l'a. Haw/, ressemblerait à la syll. forte 
de Faucon, en v. f. Fau : « Plus isnaus que faux ni espcr- 
vier. » {Fom. d'Agolant , p. ^0I) , Fauconet , fauconneau . 
Falconnj. Falconer, etc.; FAtixoisET (Av.), émouchet, 
comp. de Fau et oiset. 

FAVEU, faveur, du 1. Favor, àe Favere ( Fart bona) , 
qui rentre dans la famille de Fon .• V. fahin; on dit prov. : 
« Une heure de faveu vaut muus que diix ans de bouens 
services; » favor:s!ER, favoriser; favoliiable, favorable; 
FATOCEI. favori, barbe encadrant la face; favofri (animal) 



fieri sijuv(!nt de n. pr. aux chiens el aux chevaux; en a. 
Favour. To favour, Favourable , Favourite, elc. 

FAYENÇOUR, faïencier, de Faenza, ville d'Italie ; de 
là Faïence, Faïencerie ; on dit iron. Faïence ou porcelaine 
de Gers, pour poterie, comme Or de Villedieu, pour 
cuivre. 

FÉ, fer, du 1. Fer rum : « Du coume du fé; » feb- 
UÀiLLiER, remuer des ferrailles; ferrer (Guern.) , repasser 
du linge; feriueresse, repasseuse; ferro.mnier, ouvrier en 
fer, en v. f. Féron : « l)es ferons entre la rivière d'A et 
d'Aure; » (1396) d'où les gentilshommes n. dits Gen- 
tilshommes ferons, ou chefs de mines; Féron est resté 
dans les n. pr.; il y a dans la M. la rivière du Port-au- 
Féron , il y a en N. beaucoup de Ferrières , forges ou 
mines, chemins ferrés, c. à d. empierrés; delà le fr. Ferret, 
Ferrure. Ferrandinier, Ferrugineux, en a. Ferret, fleuret, 
sans doute le même mot, probabl. Fetters, fers, duv. f. 
Ferrato, hraquemarl, Ferratier, forgeron; il y a dans les 
villes u. des rues de la Ferronnerie. En a. Farrier, vétéri- 
naire, lilt, ferreur, maréchal-ferrant , Farriery, art du 
vétérinaire; en pat. a. Ferrer, vétérinaire. Les seigneurs 
de Ferrières, près Bernay , prenaient, à cause de l'impor- 
tance et de l'ancienneté de leurs forges, le titre de premiers 
barons /o55îer.s de N.; il y a une quinzaine de paroisses du 
nom de Ferrières en N. ; il y a à Surtainville le village de 
la Ferrière , où, pendant le ^oe s., les A. exploitaient le 
plomb; ferret, à Villedieu, petit tisonnier de fer, nous con- 
duit à l'a. Ferret; ENFÉRor^NER (H.-N.), selon le Gl. n. , 
passer un fer dans le groin du porc. 

FÉ, foi, en a. Faith et Fatj , du 1. Fides: « Par ma fé ; en 
V. a. My fay ; » fiance , confiance , en a. Confidence : « Grant 
atente et grant fiance; » (Benois, C/iron. de N. ) de là le fr. 
Fiancer, Fiançailles, ena. Affiance, fiancer; fiacté, confiance, 
de même en v. f. : « N'y a pas d' fiauté à aveir sus li. » fiat, 
p. m,, à Bay., foi, confiance : dans la plupart des pat. fr. 
fiate; FIEFFE, S. f. fief, et action de fieffer; beaucoup de 
champs s'appellent la Fieffé; fiecffe (M.), id. : « Vostre 
ennemi avez mult richement fieufé; » (/?. de Rou, v. 2388) 
iieffataire, feudataire; de là le fr. Fieffé, solidement 
constitué, établi, comme dans « coquin fieffé , » toujours 
pris en mauvaise part; défier (se), à Av. craindre : » Je 
m' défie qu'il vienne; » fieu, fief; il y a beaucoup de terres 
dites le Francfieu : « Si ont la moitié des guedes es frans 



i 



— o21) — 
ficux. » (L. des jurés de St-Oen.) fidei.io.n (GI. n.), cadeau 
d'amitié. Ajoutons le fr. Féal, Fief. Féodalité, Inféoder, 
Fidèle, etc., et l'a. Faithfid, fidèle. Fiduciary, fiduciaire, 
FieJ, Fee, fief. Feof, inféoder, Defy, défier, Affy, se fier, 
en n. affieb (s.). Dans l'Av. on dit ma Fitte, ma foi , voi- 
sin de l'a. Faith ; ailleurs ma figue, dans la Hague ma fin- 
GCE et MA FfiNGUETiE, en pic. Ma fikelte; Roquefort signale 
comme bas-n. : ma foingue, ma io.\cue. (G1.) 

FEIES , fois : <■ Y avait cun' feie , coume no dit Irejouers 
eun' feie, » début des contes en B.-N. , du 1. Vicis , tour; 
le V. f. Toutes voies, d'où l'a. Al-ways, toutes fois, tou- 
jours, est la trad, du 1. Tolisvicibus; en n. malme et maiinte 
FÉ1ES, cnfr. Maintes fois, dansWicliff won?/ zt.'«t5, mainte.'^ 
fois; en v. n. Fais: « Si fait aucune faiz bien dire; •> 
(T.deChartrose) «J'ai bien mil faiz mort desservie, » (ibid.) 
c. à d. méritée , en a. Deserved. Le 1. Vicis donne au fr. 
Vice, Vicaire, Vicissitude, Vicomte, Vidame, etc., en a. 
Viscount, Vicissitude, Vicar, Vice. Ou trouve en v. f. une 
forme encore plus voisine du rad. 1.. c. à d. Fie, dans 
Adam Raymond : 

Et tous ceulx du bois à la (ie 
Chascuns l'aisoil sa mélodie. 

FEIN, foin, directement du 1. Fenum, comme le fr. Fenil. 
Fenouil, Fenouillette, fein existe dans tous les pat. fr.; 
e-nfenouiller (H.-N.), envelopper de foin; fanée (Mortain), 
s. f. coll., l'ensemble des étoubles et des herbes qui sont 
coupées et fanées; féiner, faner; fé.nage. fanage : « Le 
fennage, c'est à savoir fenner, tasser et oyder a mestre au 
fenil; {Aveu de 1495) faînii-, famn, fenil; feinieb, id. : 
« Par les arsiz, par les feniers; » (/?. de Rou, v. ^0059l 
fe.nasse, s. f. mauvais foin; fane (Cacn), s. f. foin des 
herbes du rivage : « Est quémande que la fane fauquie en 
grant cours de l'eau; (Enquête à Caen , ^6es.) fékoqui: 
f Gl. n. ), s. f. débris de fuin; fenaison, fanaison : 

Telles Rogations, 
Telles fenaisons. 

On dit aussi : « Quand le bouen Dieu fait un àue, i met 
une botte/Je fein auprès. « 

FEINTISE. feinte, vieux en fr.. du 1. Fingere, feindre: 
feinte, s. f. coup simulé; en fr. Fiction, fictif, etc.; en a. 
Feign, dissimuler, Feint, prétfxto, Fnnfise, id.. Feigner. 
dissimulateur, etc. 



— o30 — 
FEMME, pron. l■A^-ME, da 1. Femina; boiewhe-femme . 
vieille femme; feumelle, iumelle, femelle ; fumelle, fel- 
MELLE, femme, pris en mauvaise part; fuumelette, femme- 
lette; FUMELiER , qui aime les femmes, en v. f. Feminau, 
FIJMELEU, s'ébuitre avec les femmes; delà l'a. Fumble, jouer 
avec, ciiifîonner. Cf. le n. fimelle (chan\re). en réalité 
le màle, et l'a. Fimble hemp , id. En marine, Femelots du 
gouvernail; en a. Féminine, féminin; en fr. Efféminer, 
a. Effeminate, Féminiser, Fémur. Parmi les dictons n. 
sur les femmes, on remarque : 

Femme couchiie el fagot debout , 
Houme n'en vil jamais le bout. 

Femmes , moines et pigeons 

Ne savent où ils vont. 

FENDOUR, fendeur, du 1, Findere; fendaint, un crâne, 
lilt, un pourfendeur, de là le fr. Fente, Refend, Fendoir, 
Fissure, Fêler, de Vissulare, d'où Fêlé (cerveau), sign, 
fou, comme on a dit en a. Crack, Fêlure. Le 1. Fiscus, 
panier, d'où Fiscella, corbeille, semble appartenir à Fis- 
silis , d'où le fr. Fissile, Ficelle. De Fissus vient le fr. 
Fesse, Fesser, Fessu, etc. ; en a. Feaze, fesser, fouetter. 

FERTILISIER, fertiliser, dul. Fertilis, de Fero; en fr. 
Fertile. Fertilité, Inferiile; en a. Fertile, Fertilize, etc., 
et Feracity , du 1. Feracifas ; de Fero vient Feretrum , 
cercueil, châsse, en v. f. Fierté el Fieltre : « Fleltres 
d'argent è vessels d'or; » (/?. du M. S. M. , v. 2708); à 
Vllledieu, fierté, châsse : on connaît la cérémonie à R. de 
Il levée de la ûerte de S. Romain; en v. a. Fertre, selon 
Halliwell. 

FÉTUER, faire des riens, litt. remuer des fétus, en 1. 
Festuca, de Fetus, production; delà le fr. Festuque; on 
dit d'une personne indolente et incapable : «On' change- 
rait pas un fétu d'bout. » Cf. le fr. Cogne-fétu, Félu-en-cu 
ou Paille-en-cu. 

FEUVE m.], fève, du 1. Faba; un dicton du Bessin est : 
n Feuves flories, temps de folies; » feuvas, favas, s. m. 
ensemble de liges de fèves, en b.-l. Fabatum; ainsi, en 
a. n., dans G. de Biblesworth , ap. Wright, A vol. of 
vocabularies : 

Un warrock de peys enrascel, 
Les favas des (eves de ce lyet. 

L'a. n'a pas de mot n. pour ce végétal , mais il appelle les 
haricots fèves fr. , French-beans ; le fr. ajoute Feverolle. 



in II. iKiVtWE; à Val. . les enfans jouent « es I'cuveltej;. » 
c. u (J. quand clés feverolles sont l'enjeu : on dit de celui 
qui ne veut jias rester en arrière de générosité : « Si no li 
doune un peis, i rend eune i'euve. » fliageolet, haricot, 
du I. Fascolus, litt. petite fève, en v. f. Faseol : « L'exemple 
y est manifeste en pois, febves, faseols, noix , albergcs ; d 
(Rabelais, Pant., \\\, 8) en pic. Flageolet, en rouchi Fla- 
geole, à Lynn Fiageolc, en berri. Flageolet, en a. Facelcs, 
en pat. du Westmoreland Feasils, selon Halliwell. qui cite 
aussi la forme it. Fagioli. A Val. cabouket est syn. de 
Feuvfilte. 

FI, fil , du 1. Filus : I pliouvait tant . quej' n'avais fi d' 
se ( sec) sus mé ; » filotier (Orne) , marchand de fil, tis- 
serand ; FiLERESSE, filaudièrc ; filetie, s. f. le premier fil 
ou rayon du jour; fileix, épervier; filoire, fîleusc, d'où 
CRANS. N filoire; r.EFitoQiiER , uscr, défaire les (ils; FiiA>- 
DRiER. filateur, aux marches bretonnes; le fr. Afliler sign, 
donner le fil, mais le n. affiler sign, mettre dans la route, 
dans le fil de la route , comme on dit le fil de l'eau , et 
comme on dit : « Enfiler sa route; » affilée (tl'), de suite, 
de fil, comme on dit de l'enchaînement des idées dans la 
conversation : « De fil en aiguille; » û' Affilée se dit aussi 
en Berri; défilée, file; filet, poisson très-allongé, appelé 
aussi horfi, mot qui dès-lors semble renfermer Fil plutôt 
que Fis/t (V. Or.scand., fiche); fi lax tre (Baie du ÎNL StM.), 
ruisseau qui file sur la grève; filache, filasse, et lin: « cueilli 
de sa filache, » c. à d. du lin, d'où , par contr. , l'a. Flax, 
lin; on dit prov. : 

Ni U filaclic prés du lison . 
Ni la fille près du garçon. 

C'est un dicton du Bessin : « Filez filasse : AL de Nesniond 
l'a dit, » parceque cet évêque recommandait le travail. 
FisrocPE, litt. fil d'étoupe, grosse étoffe faite de bourre ou 
d'étoupe ; defilatiok, généalogie et suite d'une affaire, 
d'une histoire; on appelle j^op. Fil-en-trois, Fil-cn-qnatre, 
de l'eau-de-vie à divers degrés; ri bru.n, café; neuf i le . 
s. f. (.M.) ruban de fil. Le fr. ajoute à cette famille Filage. 
Filament, Filandière . Filandre, Filleule. Filou, Filon. 
Filardeux, Filature. File, Filet, Filière, Filigrane, Fili- 
pendule. Enfiler, Effiler, Défiler, Feutre, du I. FHtmm, 
d'où Filtrer, litt. passer à travers des fils, des poils, etc. ; 
en a. Filament, File, Filaceus, Flax, Fillet, Filigree, 
Filch, filouter, File, limer, pousser en ligne droite, Filler, 



— 332 — 
filtrer, Defile, etc. En v. q. Filander e\ Fylaundre étaient 
les « Bask worms in hawks ; « (Halliwell) en v. a. Filoure, 
afliloir, en n. AFraocR. Cf. le 1. Filus el Pilus : V. pel. 
Ajoutons le fr. pop. Flouer, contr. de Filouter; rLooEcii , 
trompeur, escroc. 

FIEN, FiAN, s. m., fiente, issu de l'on, fi, que fait ex- 
primer une mauvaise odeur, et par là se rattache au 1. Fi- 
mns, au celt, fangue (V. ce mot). Halliwell tire le mot Fillfi, 
ordure (même et.,) de l'a. s. et on disait en v. a. Fen, fiente, 
d'où Fenny et Fenowed, qu'il traduit par Mouldy; Fiants, 
terme de chasse, sign, dans l'a. qui a pris la langue de la 
vénerie au n., excréments de bêtes fauves; féner (Gl. n.) , 
rendre des excréments; fif.ns (H.-N.), fumier, en pic. Fien, 
fumier; fiambeyer, en v. f. Fiambrer, épandre du fumier, 
du Fiambat; fedmer, fumer la terre, du 1. Fimus. 

PIEUVRE, fièvre, du 1. Febris (Ferveo) ; on dit dans 
l'Av. : « Faut qu'là fieuvre purifié-je le sang. » Parmi les 
phrases b. n. qu'on cite comme inintelligibles à un Fr. . 
se trouve celle-ci : « Quiqu'ch'est qu'cha qu'o dit qu'ol a? 
— Ch'est la fieuvre qu'o dit qu'ol a. — La r'a t'a co? 
(L'a-t-elle encore?) » fiecvrocs, fiévreux : il y a près de 
Pontorson la Chapelle-ès-Fieuvrous, où l'on va en pèleri- 
nage pour la fièvre; Feverous, fiévreux , en v. a. par ex. 
dans Gower; fiecvrotte, fiévrotle; de là le fr. Febrile, Fe- 
brifuge, Febricitant, Enfiévrer, en h. Fever, Feverish, Fe- 
brile, Febrifuge. On peut rattacher à cette famille Février, 
en n. fevri, ou février, dissyllabe , lequel vient de Ferveo 
par Februa, sacrifice à l'eau bouillante. Il y a sur ce mot 
des dictons, comme : « Faut qu'février emple les fossaies 
et qu'mars les ressèque. » et : 

L'iau de février 
Vaut grou d'fumier. 

Février i l'anelier, (Pluquet, Contes et Prov , H7.) parce- 
qu'il se fait beaucoup de mariages en ce mois , avant le 
Carême : 

Février donne neige, 

Bel été noirs plesje. 

(Ibid., ns.j 

Ajoutons à Ferveo Ferveur, Ferment, Fermenter, etc , en 
a. Fervour, Ferment, etc. 

FIIEBLE, faible, du 1. Flebilis : pour confirmer cette 
et. , M. du Méril cite Fleble dans Aimé , Ystoire de H Nor- 
man z , p. ftb, et Flebe dans G. Marchant, p. 89; en a. 



cunimc en n. Feeble : « Fieble des rains, pourc cslianché ; » 
(Farce des Pattes ouaintes) fiiblêche, faiblesse, syncope; 
FiiBLii, faiblir; telle (Caen), grêle, étiolé. L'a. a pris au fr. 
Foible, le faible, le côté faible, penchant. Le 1. Flere a 
laissé peu de traces dans notre langue. 

FUR. riiRE, fier, fière, du 1. Férus, qui est en son sens 
jjrim. dans ce portrait du N. : « Li Norman est fier è van- 
tenr è bombancier. « (R. de Rou). fiirté , fierté; On dit : 
(( La fiité n'appartient qu'aux chevaux. » fur, fier, en par- 
lant du cheval, ardent, emporté; fouerque-fière , longue 
fourche à deux dents; en fr. Farouche, en n. faboucbe, 
trèfle rouge ou incarnat ; evarî;, effaré, : EFFARorcHiEii, ef- 
faroucher; Va. Scared, épouvanté, a quelque rapport avec 
EVARÉ. On dit : « une fière maladie, » c. àd. cruelle; effoi- 
CHIER, effaroucher, contr. ; effarocette, s. f., oiseau des 
marais, la petite rousserolle; en fr. Féroce, du 1. Ferox , 
en a. Fierce, farouche; feu, contr. de Féru (Gl.n.), vif. 
vigoureux; FiiUMENT, vigoureusement; il y a des familles 
Le Fru, Le Frou; farami^e (bête), à Savigny. bête féroce, 
du 1. Ferina; en berri. Faramine sign, bête féroce (Voc. du 
Berry) ; en v. f. Ferum, venaison, et Fterain, toute bête 
fauve; iiéraui», fiéraude, fier de ses habits, d'où sans doute 
faraud, malgré notre et. scand. V. ce mot; fiéraijd existe 
en pic, en berri. dans le Tarn; fiercir (se) en H. N. se 
mettre en colère. Mais il y a une autre branche de cette 
famille, formée par la substitution de L à R. 

FEL, FEUL, vif, crucl, vigoureux , en v. f. Fel : « Li roi fu 
fel et fier, forment se corocha, » (R. de Rou). « Sunt si 
hainos e si feus. » (Benois) , d'où le fr. Félon, en a. Felon, 
en H. N. flo.\, furieux; en a. Felo-de-sé, suicide, litt. félon 
de soi, sÉ en n.; Félonner, Flonner, mettre en fureur en 
v. f. ; FiELLu CG^.w.j, courageux; affeuler , irriter; cette 
branche existe en a., Fell, barbare, farouche. Fell, terras- 
ser, en a. s. Felle, en hoU. Fel, en it. Fello, cf. le fr. Fiel , 
du 1. Fel (férus), en n. fiet, d'où le fr. Enfiellé. A Séez, 
FIEL désigne la jacobée; defeler, (Gl. n.), jeter son fiel, sa 
colère. Cf. le 1. Felis {férus}, d'où le fr. Féline , en a. 
Feline. Le n. fétre, panaris, est peut-être pour Felle, cruel, 
du moins, en v. a. panaris se disait Felone, traduit par 
Whitloiv, et Fellomivood sign, la douce-amère, employée 
contre le panaris. 

Une autre branche de Férus est celle de Ferire, frapper, 
d'où le fr. Férir. Féru. Férule, en a. Ferula, en n. fércre : 



» Douiier des terures, » ou des PAiriiEs; en v. f. t'éreur, 
baiteur; Fier-à-bras sign, qui fier t à tour de bras. Do 
Ferire vient Feria, fête, férié, oîi l'on frappait les victimes, 
d'où le fr. Foire, parceque les foires ont pour origine une 
fête, aussi la plupart portent-elles des noms de saints, en 
n. FEUE, en a. Fair, en v. f. Père : « Vunt et reviennent 
corne à fère. » (R. de Rou). Quelques foires n. portent des 
noms de province, par ex. l'Angevine, à St- James, les Poiie- 
vines, à R. ; « I den. pour un cent as poitevines. » (Coût.) 
Il y a en B.-N. des foires dites Fères-ès-cats, c. à d. Fère 
Acard, Feria Achardi, parcequ'une d'elles se tenait à l'her- 
mitage de Si-Achard. (LeCanu. Hist, des év. de Coût., 440); 
FEHRAOE, lieu de la foire, resté dans plusieurs noms locaux : 
« In feria sedente super unam piessam terre , facienSem 
viam dicii ferragii, etc. (Charte de Cherb.) On lit dans la 
visile de François 1er à St-Lo : « Lesdits sires furent len- 
contrés au ferrage de la Madeleine. i> A Feria se rattache 
Festus, fête, d'oîi le fr. Festin, Feston, ornement de fêle. 
Festoyer, Xh.Fcast, fêle, Festoon, feston, Festive, Festi- 
vity, elc. ; le n. refe-oui, evestodi, gai, gaillard, du I. Fes- 
iivus ; FÊTE, iiabilde fête : <• Se mettre à sa fête, » c. à d. 
prendre l'habit du dimanche, ou commeondit encore pop. : 
a Sus sen dix-huit, » c. à d. deux fois neuf. On célèbre au 
séminaire de Mortain, à l'abbaye Blanche, la Fête des phi- 
losophes, le lundi de la l'entecôte, oîi un élève de philoso- 
phie, grotesquement habillé, prononce un discours bur- 
lesque sur la philosophie. De l'idée de fête à celle d'activité, 
d'empressement, il n'y a pas loin; de là le l. Festinare, qui 
donne à l'a. Festination, Fcstinately. 

Une dernière branche de Férus serait celle de Ferrum 
qu'on en dérive ordinairement, Fer, en n. fé : « Du coume 
du fé. » V. l'art, fé, fer, auquel il faut rattacher ferlam- 
piER. FCELAM.'iER, mauvais sujet, vagabond : c Elle est 
amoureuse d'un grand ferlampier, » [Théâtre it. de Ghe- 
rardi, i, 527.) sans doute une forme de Ferblantier, par- 
ceque les #05^0^5, fondeurs, ferblantiers sont errans et 
mal famés. Toutefois le 1. Ferrum, par la nature de l'idée 
et par ses rapports avec le celt. Horn, l'a. Iron, l'ail. 
Eisern, accuse une racine primitive. 

FIIRME, FEUBME, ferme, du 1. Firmus; L\FirRM£, infirme; 
co.\FnB.yER, donner la confirmation, ou plaisamment, un 
souHlet; ^n a. Firm, ferme , firmness , etc. Ferlé désignait 
dee ffirteresses. en 1. Firmitas ." il v a d€B La Fcrté en N.. 



siU'C. La Ferté-Mact' , etc. De Finnus vient le fr. Fermer, 
en n. jreumer. à Val. froumer : » Froume la porte, » dont 
le syn. est : « As-tu été à Paris? » fermitcde, du 1. Finni- 
tudo , tout ce qui sert à fermer, fermeture; fermant. 
meuble qui ferme à clef; dans le 67. n. FERjuir.ryE; en v. 
f. et a. Fermail, fermoir. De Finnus vient encore le fr. 
Ferme, c. à d. terre fortifiée, en a. Farm, Fermier, en 
a. Farmer, Affermer, Fermage; en B.-N. le fermier dit : 
« Not' maite, » en parlant du propriétaire; on dit par eu- 
phémisme : <' Not' bourgeois. » On met dans les baux 
cette recommandation : « Soignera la lerre en bon père de 
famille. » On dit que le fermier n'aime pas chez lui la 
visite du maître et qu'il y a avantage à aller chez celui-ci : 
« Vaut muus user ses souliers que sen capet. » com 1ère, 
plante qui confirme, consolide, c. à d. la consoude offici- 
nale, Consolida, en a. Confrey. 

FILBFRT , grosse noisette allongée , en a. Filbert : 
M. du Méril croit que St Philibert avait introduit ce noi- 
setier à Jumiège; M. Delisle lire son nom de sa maturité 
vers la St Philibert ; on appelle cette noisette Pâté d'Er- 
mite ; la St Philibert est aussi une pomme douce du pays 
d'Auge. (V, Brebisson, Ann. n., 1841.) Toutefois ce nom 
de Saint, d'orig. germ., serait mieux place dans le glos- 
saire germ. 

FILSET, fisset, très-jeune fds : « Men fisset, quel âge 
que t'as? » du 1. Filius; fisseton, fiston, id.; fillot, 
fillotte, id.; fieu, fils (1].-N.): « Nous Oedes fins le duc de 
Bourgongne » (1 258) ; filleu , filleul ; fillathe , filleul , 
ou demi-fils . resté dans les noms f.r. : un acte n. de ^260 
cite parmi des témoins : « Th.de Cormeilles, Poignant son 
fillastre; » ce suffixe en âtre, comme dans ce mot, et dans 
Marâtre, est Alter, pour dire second fils, seconde mère, et il 
a été remplacé par Beau, C'est une forme très-commune 
de dire le Fils Provost, le Fils Garnier; c'est le procédé n. 
qui a importé les Fitz en A. et en Irlande, les Fitz Uamon, 
les Fitz Gerald, etc., équivalents du 5o?i saxon , comme 
Robertson , de VO irlandais , O'Connor, du Mac gaélique , 
Mac-Grégor, de VAp des Gallois; en a. Fitz, fils; Fillette 
est pris ici dans un sens assez curieux : « Deux fillettes , 
de la pyramide du côté du mitli de l'abbaye royale de St- 
Elienne^ ont été renversées, (Journal d'un bourg, de C.) 
c. à d. deux clochetons; en v. a. on disait en ce sens 
Fylyote, clocheton (Halliwell) ; Fillette était aussi le nom 

17 



— 337 — 
d'un lut de vin : « Pour une fillette de vin , moitié d'une 
demi-queue 3 den. » (Coût, de la vie. de Veau de R.) au- 
jourd'hui on dit Feuillette. Cf. une DEMOISELLE d'uu-de-vie. 
Dans le Berry, /'Wf5 désigne les œilletons des plantes, ex. : 
« des filles d'artichaut. » (Vocab. du centre de la Fr.) Les 
A. appellent la renoncule bouton d'argent « les belles filles 
de Fr. , ou Fair maids of Fr. » Parmi les dictons n. sur les 
filles, on trouve : «VuuUe fille, vuulle guenille. — Fille 
pâle demande le mâle. — De mère pilouse fille teigneuse. » 
FINI, à Val. Fi-M.N', finir, du l. Finis. Dans l'Av. on dit 
au prêt. : Nous foissimes, vous pèrissites, ils béjvissirent ; » 
en v. f. : « Nous périssumes. « fl\ se dit comme superl. : 
nx-BOCEN ; « Au fin fond, » c. à d. tout à fait au fond : 
« De toutes mes fins forches , " de toutes mes forces; or, 
Fine-force, nécessité, est dans les State-papers, u, 478 et 
suiv. , et en v. a. « By fine forche; » Rog. de Collerye dit, 
p. 21 : « J'ai fin froit, » c. à d. en n. : « J'ai fin fred, » 
ou froid; de même le part, pass. : " Ch'est un fini coquin , 
un fini travaillant; » enfin, nuancé d'impatience Fin se dit en 
n. : M A la fin des fins. » La vieille loc. de la Coutume n, : 
« Bailler à fin d'héritage , » se dit toujours à Jersey : « Ar- 
thur de Cossé baille en eschange à fin d'héritage; » (Acte 
de 1376) et dans le sens de but, d'objet; de là la loc. : « A 
celle fin , » c. à d. dans l'intention, loc. qui n'était plus fr. 
au temps de Ménage. » {Observ., p. 439.) Le 1. Fines, 
frontières, reste dans quelques loc. n. d'origine romaine: 
Feings ('Fmci-j , arr. deMortagne, Huisnes, au moyen-âge 
Isnes, que nous croyons être le Fines de l'Ilinéraire d'An- 
tonin; [Y . Avranchin , art. Huisnes) il y a aussi Feins, 
mais en Bret, près de la N. ; ajoutons Fains, arr. d'Evreux ; 
de là le fr. Finage. finissemem, fin; f.'nichemfnt, id., en a. 
Finishnent ; DEFixiiioix, fin dernière d'une affaire; finable- 
ME^T, finalement : « Finablement sans resortir; » (Benois, 
Chron. des ducs de N.) « Et nostre corps finablement; » 
( J. le Houx) on dit encore fo flnale, pour dire extrême 
fin. riNETTE, s. f. droguet de St-Lo; fimssieb, finir, d'où 
l'a. Finish; fÉiMb, finir; de là le v. f. Fine, amende, taxe, 
d'où l'a. Fine, amende, le fr. Finance, Financier, en fr. 
pop. Financer, arranger une aflaire par de l'argent. Le fr. 
Fin, délié, donne au n. finot, un peu fin, fi.notteb, jouer 
au fin, et à l'a. Fine, fin, beau, délié : des philologues a., 
entre autres Church (Notes surlSpenser) , tirent T/tin, mince, 
délié, de l'adj. Fia; ny^Eti ( Gloss, n.), ruser; (H.-N. ), 
Fi.NOTEB . id.; FLVABÉ. fiu . rusé , litt. fin nez, fin-naré; 



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fi.moi-j:r, faire le fin, raffîner; rnioLEr, raffiné; ^■IG^oLE^]x. 
dans le Coup-d' œil purin , p. 19 ; Fio.\ , le dernier poli, le 
fini , d'où « Donner le fîon ; » » Académiciens qui pariez 
dégoût, dit T. de P., étudiez le fîon. et placez ce mot 
dans votre dictionnaire. » pinassieb, finasseur. Le v. f. 
Finer, trouver, donne Va. Find, trouver: toutefois on dit 
en a. -s. Findan, en hoU. Vinden , en ail. Finden, en 
iruéd. Finna. On chante en B.-N. ce refrain : 

Toute cdansoii qui prend sa fin 
Demande à bère, à hère, à bère; 
Toule cbanson qui prend sa fin 
Demande à bèr' jusqu'au matin. 

Nous avons parle Intr. p. 28 de la répugnance des N. 
et des A. à prononcer deux syll. en i de suite, i.mem. 
infini, Infcnetive pour les A., Infinilif. Parlons, à l'occasion 
de ce mot d'une forme qu'on trouve en gr., en ail., en v. 
f., et qu'on appelle Impératif-infinitif, comme dans ces 
deux jîassages de Wace : 

JosepL, dist-il, le fils Davi, 
Ne crémoir pas, ne l'esmaier. 

(Concept. N.-D., p. '<6.) 
Va lost, dist-il, ne targier. 

(R. de Rou ) 

Cette forme nous semble être le résultat d'une ellipse et 
iiffrir la nuance d'un commandement adouci , comme on 
dirait encore aujourd'hui pour une recommandation : « Ne 
pas craindre ! (cremoir) Ne pas l'étonner! (esmaier) Ne 
pas tarder! (targier) » forme à laquelle nous ajoutons les 
mots surtout, par exemple; ainsi on dit : o Ne pas rire 
.-surtout ! Ne pas parler, par exemple ! » 

FIQUIER, ficher, fixer en attachant, en mettant dans un 
trou, du 1. Fif/ere;riQ.VE, s, f. objet aigu, oulil qui pique; 
le fr. Fiche; dans le centre de la Fr., Fiche sign, épingle; 
on dit de celle qui n'a absolument rien : « n'a ni fique ni 
digue. >) c. à d. ni épingle ni aiguille; affiquet, id.; l'a. 
Ticket, objet qui fixe, le fr. Etiquette, note fichée, fixée ; 
.\FFiQUiER , fixer, arranger, le fr. Afhcher ; affiquier , fixer 
ses vêtements Si\ec(ie?.Jiqiies, des épingles, comme on dit : 
« Tirer à quatre épingles ; « le fr. Attifer est la métathèse 
du précédent ; en v. f. Tifer, d'où Skinner tire l'a. Tiffany, 
gaze : de là du moins l'a. Tiff, picoter; on disait Fic/ie en 
V. a. : fl The freke fiched in the flesche. » ( Ms. Morte Ar- 
t/ioure. ) FiQciEii et defiquieb sign, piquer et arracher des 
échalas dans ce passage sur le travail de la vigne : « Avoir 



— 339 — 
deffiqué , taillé , fouy . fjqaé , reffuuy , houé , redrechié et 
escouppeli'. I) (Dépense de Gaillon.) On trouve « Defiiquc 
demi-arpent de vigne » dans le Compte de l'archevêque 
de R. E.vFiQLE, s. f. palis pour faire une haie. 

La forme douce fichier sign. spec, apphquer un coup : 
«' Fichier eune chaque, » d'où l'a. Fetch, comme dans 
« Fetch a blow, » ficher un coup, <- Fetch out, » ficher 
dehors. Le v. a. avait aussi Fitchew, dans le sens de fouine, 
animal qui se fiche dans les trous, appelé encore Fitchat. 
On dit FICHIER dans le sens du fr. donner, par ex. : « Qui 
qui m'a fichié eune bête coume cha? » de là le fr. pop. 
Fichu, mal tourné, impudent, que le n. emploie comme 
préfixe péjor. devant les adj. : « Un fichu gas, un fichu 
mauvais sujet ; » de là le subst. fr. Fichu , mouchoir au- 
tour du cou, litt. négUgemment jeté autour; le fr. Fixe 
devient quelquefois i isqde. La forme douce s'emploie aussi 
dans le sens propre : mirlifiche, s. f. ornement affecté de 
toilette ; or Mirli dans la langue pop. représente Miri , de 
Mirus, merveilleux, comme Mirlif ore, Mirlificoquentieux, 
excepté dans Mirliton, pure on.; mirlihchiesi , [larer de 
mirlifiches, enjoliver; plate-fiche, patte-fiche, s. f. clou à 
têle plate et courbée. Le v. n. avait Clou-fichier, clouer, 
qui est dans le Bestiaii'e cliviii, v. 780. Cf. le fr. Figer, 
en n. fligier, litt. fixer, durcir. 

La locution « se fichier, » c. à Ci. se moquer, a une autre 
origine: elle vient de l'it. Fico et Figo, figue, d'où l'on 
dit : « Faire la figue à quelqu'un, » c. à d. un geste railleur, 
en appliquant le pouce sur la lèvre inférieure et en faisant 
tourner la main ouverte; c'est l'a. Fig, bagaielle, en v. a. 
Fico : « Give them the fig, — Not care a fig, » sont des 
ex. cités par Halliwell. La loc. Ficher le camp, c. à d. 
s'enfuir, ou plutôt Déficher le camp, sign, lever le camp, 
en déterrer les pieux. On sait que Pierrefitfe, litt, pierre 
fichée , désigne un menhir ; on trouve aussi Petrafihe et 
Pierre-lée, c. à d. levée, Petra levata. 

FLAN, enBray, sign, assemblée, ducasse, par ex. : 
« les flancs de Bures, » (Decorde. Diet, de pat. brayon) 
sans doute des galettes ou flans qu'on y mange; or, le fr. 
Flan, en a, Flawn, en v, f. Flaon et Flawon, a été tiré de 
Planus, plat : toutefois on dit en a. Flado, bouillie, en 
goth. Fiant, en v. a. Flancha;\iav ext. Flan, sign, en fr, rond 
de métal, semblable à une galette; flammiche, à Mortagne. 
tourte, litt. Flan et miche; en pic. Flammiche, galette. 



— 3 '.I» — 

FLIAiMBE, flamme, (lui. Flam7na(ûc Flare. V. iLuiRiiii): 
« Qui ne fut en flambe et cherbon. » (R. ^/e /foi/); fliambe, 
la fleur iris; fliami'.eu, flamber; nn dit delà nier ihosphores- 
cente : « Quand la mé fliambe. cli'est que le lemps chan- 
gera. » FLiAMBANT. brillant , étincelanl : «Tout fliambant 
neu, » c. à d. brillamment neuf ; fliambant, extrêmement 
pimpant; fliamgaiit, matelot d'uncourage brillant ; flambar. 
petit navire en usage sur les côtes de N. ( Jal , G/055, nau- 
tique ) ; iLiAMBART, fcu follct ; l'a. FlttUTit , briller, est le 
contr. de Flambant; fliambée, s. f., feu clair et brillant ; en 
appelle une fliambée « une joie de mariage , » de son peu 
de durée; fliammèche, flammèche; en pic. Flamike. On dit 
aussi FUAMME, flamme, en a. Flame, etc.; orifliamme , ori- 
flamme, litt. flamme d'or, drapeau rouge et or, en v. f. 
Orijlambe, en a. Oriflam ; comme on dit en fr. : * Conter 
sa flamme, son amour, » l'a. dit Flam , conter fleurette; 
FLiAJiME. en fr. Flamme, couteau pour saigner les animaux, 
litt. en forme sineuse et flamboyante, en a. Fleam, lancette. 
FLiA.MMEii(t.n.), frapper d'un coup de flamme : « La morue 
fliammée se gâte. » Ajoutons le fr. Flammant, en v. f. Flam- 
bant, oiseau phénico])tère. De Flare vient une autre bran- 
che, celle d'Enfler, en n. ekflier, en a. Inflate; en n. eafle, 
enflure; enfjjdme, id., et la branche suivante : 

FLIAIRER, flairer; fliai, flair; fliairedx, flaireur;FLiErRER, 
fleurer : « Cha flieure bouen; » flairtir, ilieurer, par ext. 
être amoureux, comme l'animal qui flaire la femelle, » et 
de là fliecrtir, coqueter; fliairter, id. , d'oii l'a. Flirt, 
coqueter, Flirtation, action de coqueter; ce mot est dans 
Bourg, de Bras : « Rossignols qui fieurtissent. fredonnent, 
degoisent; » de là flieurette, coquetterie, d'où le fr. « Con- 
ter fleurette. » De Flare le fr. tire encore Flatueux, Flatuo- 
sité. Flamme, l'a. Flavour, saveur, Flavourous, savoureux, 
Flatulency, etc.; Flagrant (de Flagrare, rac. Flare), Fla- 
granctj, en fr. Flagrant. L'a. Fleer raillerie, a quelque rap- 
port avec Fliairer. Le \.Fragaria, le fruit odorant, donne 
le fr. Fraise, dans l'Av. frase, d'où frasier, fraisier, en a. 
Strawberry, litt. la baie de l'herbe, ûeVEstrain, Straw, 
en v. a. Preiser, fraisier. (Halliwell.) Beatrix Le Frasier 
est citée dans les Boles n. 

FLIANDRE, flaikdre, cité par MM. du Méril, dans le 
Diet, de pat. n., avec le sens de recuUr, et employé par la 
Muse n., p. 42 : 

Pis men parpoini qu'est fait en fachon de coiirline, 
Tait f[ue je llains souvent à baissier men esquignc. 



— 341 — 
Peut-être le même mot que le v. f. Faindre, défaillir, en a. 
Faint, languissant, sans doute la conlr. de Fatigatus: « Ele 
se fainl d'aler. » ( Benois , Chron. ) 

FLIASQUE, flasque, du LFlaccus, Flaccidus, flasque; 
Cf. le fr. Flache , l'a. Flaccid, Flabby et Flag, devenir 
flasque. On tire du même rad. le fr. Flanc, partie vide et 
flasque, qui donne au fr. Flanquer, Efflanquer, Flanqueur, 
Flanconade, à l'a. Flank , Flanker, au n. flanquieiï, frap- 
per, litt.dans le flanc; flianchet, flunotln, les côtes d'un 
animal de boucherie; flianquet, flanc, en H.-N. : « La 
pique aux gris, au flanquet la rapière. •> (Muse n.); i la:xqdin 
(H.-N ), côté de la chemise ; en rouchi Flanquet , Flan- 
quin, voisin du fr. Flandrin, sign, efflanqué. L'expression à 
franc étrier est pour à flanque étrier : « Aller à flanque 
ctrier. » (Souv. de la marquise de Créqmj.) 

FLIÉCHI, fléchir, spec, plier sous un poids, du 1. Flcc- 
tere; fliéchissement, fléchissement; l'a. Flesh, iniiier, 
exciter, par ex. des chevaux, se rapproche de Fleciere 
cquos; en v. f. Fléchières, branches fléchies et entrelacées. 
FLiÉcHE, flèche : « Faire fliéche de tout bois, » user de tous 
les moyens; en a. Flitch, flèche, al Fletcher, faiseur de 
flèches, resté en fr. dans les noms pr. Flécbier; flièche, 
feuille desséchée de la Molinie bleue, dont on fait des ma- 
telas, et qui est raide et droite comme une flèche; KLiEcniÈRE, 
la Sagittaire; de là le fr. Enfléchures , Flexible , Flexion, 
Inflexion, Génuflexion, l'a. Flexible, Flexile, Flexion; 
Flexure, Genuflection , e\. peul-èire Flinch , cesser, gau- 
chir. Quant à Flèche de lard, ou sa partie charnue, c'est 
l'a. Flesh, chair. 

FLIÉGME, flegmatique, comme on dit hypocondre pour 
hypocondriaque, du gr OXsyp-a, parceque le flegme est 
défini une humeur recuite ; de là le fr. Flegmon, Flegmo- 
neux . Flogistique, la fleur dite le Flox, et l'a. Phlegm, 
Phlematick, Phlegmon, Phlogistion; en pat. a. Fleume 
sign, le flegme, et Flemnous , flegmatique. (Halliwell.) 

V. FLIUER. 

FLIET (Val.), flied (Av.), fliau en H.-N., fliail ailleurs, 
en a. Flail, fléau, en v. a. Flarje {State papers, ii , 28), 
du 1. Flagellum : en pic. Fleyeu et Fli, en lorr. Flayet, 
en fr. -comtois Fié, en bret. Fleu , en v. f. Flael; de là 
FUirrER, battre avec force , comme « Fliaiter des fruits , » 
les gauler; aussi fliairon, dans la M. , sign, une grande 
g;mle portant fdets où se prennent les oiseaux de mer dans 



— 3'.2 — 
los iiuils noires; !i Bay, flaileu se dit ainsi : « La porte 
llaile, » c. à ô. bat, frappe, litt. comme un iléau, mot plus 
voisin (le l'ét. Flaç/elhimciduv. f. Flagel, F/ae/. Ajoutons 
le fr. Flageller, Flagellant, l'a. Flagellation. Les parties 
(!u riéau sont le maintien, la vERGiEet la chape, comme uu 
temps de Jean de Garlande : « Flagellorum très partes 
sunt : manulentum, virga et cappa. » {Diet., p. 59S. ) Ce 
groupe, issu de Flagellum , fouet dont on châtiait les es- 
claves, et qui faisait brûler la peau , vient de Flagro. V. par 
conséquent à l'art. FLUMiiE. 

FLIEU, fleur, du 1. Flos; flieuri , fleurir : « Pa.^ques 
riieuries, temps de folies; » fliedraiso.\, floraison ; flieuro- 
CHiF.R, mal fleurir; fliorès (faire), faire florès; déflieurir, 
défleurir; fueuraln, collect. (Calv.), débris de feuilles et de 
fleurs des fourrages; flieir de lis, fleur de lis, en a. Flo- 
wer-de-luce ; flieu de coucou, le lychnis déchiqueté; flieu- 
i)E-fieuvre, primevère, dont la floraison coïncide avec les 
fièvres printanières; jonc-flieuri, le butome en ombrelle . 
en a. Flowering rush ; en a. l'Iris est dit Flower-de-hice ; 
une localité du Monmouthshire est appelée Fleur-de-lis. 
Dans l'Av., les fleurs sont dites bôquet, bouquet. En a. 
Flower, fleur, Floris/i, fleurir, Flouris/i, fleuron, Floweret, 
fleurette, etc., d'où Flag-fiower, l'iris des prés, Pasques- 
flower, l'anémone des bois, St- Agnes- jloiver, la nivéole , 
symbole de pureté , Bell-Jlower, les campanules sauvages. 
Le fr. ajoute Fioriture, de l'it. Floritura, floraison. Aux 
Iles n. on dit « à flieu de bras » pour à force. (Chanson 
citée dans \diN. inconnue.) Le jeu de file et flieur, le fr. 
Pile et face ou croix, en a. Cross and pile, sign, que d'un côté 
de la pièce de monnaie est le fleuron et de l'autre la pile 
{Pilum), arme, qui a cette sign. On invoque Ste-Fleur, en n. 
FLiEUR, contre le tonnerre. (V. fntr., p. 227.) 

Quant à flieu, fleur de farine, en a. Flour, il pourrait 
bien n'être, malgré notre explication à l'art, far, qu'une 
extension métapb. du précédent ; du moins dans les lan- 
gues germ, fleur et farine sont la même chose; ainsi en 
isl. Flur, fleur et pur froment, en a. Floiver et Flour; de 
même en bret. Bleud, farine, et Bleum, fleur, l'a. Bloom , 
Blossom. Pour Fleur, surface, c'est un élément scand. 
V. FLIEUR, d'où le fr. Effleurer, Affleurer, en a. Floor, 
plancher. A far ajoutons faricakd , (Gl. n.) atome , rien. 

FLIOQUE, s. f., flocon, du 1. Floccus, toufl"e de laine, 
en a. Flock et Flake, flocon ; l'a. Loch est sans doute le 



même mot; fliocon, nœud de coton ou de laine, d'oÙEîFLo- 
QCETER, effiler, étirer ; floquet, petit-maître orné de houp- 
pes, en V. f. Floc, houppe de laine ; on dit par sobriquet : 
« Les floquets du pays de Caux. » {Blason pop. de N. , 
I, ^94.) FRO, s. m. étoffe de laine, qui se fabrique à 
St-Lo , Lisieux , etc., est dérivé du 1. Floccus ; de là le fr. 
Froc; l'a. Frock, manteau de moine, est devenu Rock 
et Rocket, le fr. Rochet; dans Froissarl Rochet sign, épée 
entourée de laine , et pièce d'artifice bien recouverte ; d'où 
l'a. Rocket, fusée. Outre les frocs , Masseville cite encore 
une étoffe à Lisieux : « Il y a de bonnes manufactures de 
frocs , depichinas et de toiles. » (Etat géog. de N.) 

FLIUER, fluer : « La mé fliue et refliue, » du 1. Fluere, 
û'oh le fr. Flot. Fluctuation, Fluide, Fluet, en v. f. Flouet, 
Flou, Flueurs, Flux, Fluxion, en n. defluxion , Affluer, 
Influer, Fleuve, etc., l'a. Flow, Flux, Dejluxion, fluxion, 
F load , flood, Flolson^ épave, litt. flottaison. Fluctuate, 
Fluencij. Fluent, Fluid, Fluor, etc. ; len.FLirur.s, flueurs, 
FLicx, flux de sang; fliux, s. m., flux, en a. Flush, jeu de 
cartes où celui qui gagne a la plus grande affluence de 
cartes de la même couleur ; ce mot est dans Rabelais ; 
fifotte, s. f., litt. fian-flottant (Calv.) , astéries , épaves, 
dont on fait du fumier; fliofliotter , clapoter; fliedme, 
crachat, pituite : « Remue fliume et maint auire mal. » 
(Eust. Deschamps, p. ^66);àGuern.,FUUME,enb.-l. Fleuma; 
dans Wace Flum sign, fleuve, du 1. Flumen : o Danube 
flum mult grant; » en pat. a. Flem, cours d'eau, tranchée 
pour drainer. (Halliwell); flion (Vire), mal qui a du rapport 
avec la diarrhée, en v. f. Flon, flux de ventre; à Guern. 
FLON sign, clou et est sans doute une contr. de furoncle; 
l'herbe qui le guérit ou l'herbe St-Antoine s'appelle herbe- 
AU-FLO.>i ; FLocETTE (M.), girouctte, du I. Fluçtuare. Quant 
au suffixe n. Flieur, comme dansHonïïieur, Barflieur, etc., 
que nous croyons être le Fwrrfscand., il a été latinisé en 
Fluctus, en Flotus et en Flue; Barbejluctus, Barbaflotum, 
et Barbeflue, Witteflue. Sur la Seine flotte sign, flottaison : 
« du varech en flotte, » épave flottante; fleter (H.-N.) , 
charger à bord, litt. mettre sur le flot et les bremans étaient 
un corps de porte-faix occupés à fleter les marchandises. 
(Vie. de l'Eau de R. par M. de Beaurepaire, p. 256). 

FO , fou , qu'on a tiré de Follis, soufflet, et. à laquelle 
le fr. Folle-farine, c. à d. lapins légère fleur de farine, donne 
quelque consistance; mais on trouve Fol, sot, en isl. ; on 



— 3 '.3 — 
dil celte énigme : « Qui qu'à la corde au co et qui va 
coume°un|fo ? » pour dire le rouet ,• l'a. Fond, qui raffole, et 
folâtre, a quelque rapport avec ce mot et plus encore Fon- 
dle, caresser, raffoler; dans le Norlhumb Fou sign, ivre , 
selon Halliwell; Folage, folie, en v. f., folier, être atteint 
de folie, en v. f. Foloir, folâtre; folle, s. f., filet dont on 
se sert en haute mer; folle, trombe; foliot, vêtement su- 
ranné et ridicule ; follette ou POULETTE (Av.), l'arroche ; 
follichon, badin; follichoner, badiner; en a. FoUt/, Foo- 
lish, Fool, Foolery \ on croit en B.-N. que la floraison des 
épines blanches est le signal du retour de la folie , de la 
démence. 

FOND, profond : « La rivière est tout-à-fait fonde . » 
du 1. Fundus ; fondker, aller au fond (de l'eau), du 1, Fun- 
dus, fond; PARFOAD, fin-fo.nd, l'extrême fond : « Aller au 
fin fond d'Iiau. » fo>'draille, fondrille, s. f., le dépôt, le 
fond d'un liquide ; fo.nceu, allerau fond, creuser : « Foncer 
dans la terre; » fo.ncer sus. fondre sur, comme on dit 
charger à fond; fo>cet. ce qui est au fond d'un vase, d'une 
pipe, etc.; focée, portée d'un animal, et même on dit 
d'une femme : <■ 01 a ieu deux éfans d'une foncée; » fon- 
cer, payer, verser les fonds : <■ Il faut foncer ou je veux 
qu'on me tonde. » (Chansons n., édit. du Bois, 370) ; de là 
defocek (une rente), la rembourser; roisiECRE, d'une saison, 
le fond : « Dans la fonteurede l'hivé ; » fo.ncecr, id.; af- 
FojfDRER, couler à fond : « Por ce les convient afondrer. » 
(Best, divin de G. clerc de N. v. ^202) ; foindeler, préparer 
les fonds « Fondeler du carabin, » préparer un fonds pour 
le sarrazin; effondrer, enfoncer : Pierre Simon, o enfon- 
drieur de maisons » fut roué à R. en 1.^34. (Floquet, Hist, 
du Pari., 440); enfoisçaille, FONf.AiLLE. planche du fond 
d'un lit ; fo.nd, reste de marchandises : « Vendre son fond, » 
en V. f. Fondie. A cette catégorie s'ajoute le fr. Foncé. 
Foncer, Foncet, Fonder, Fondement, Fondrière, Profonde 
etc.. Va. Fund, fonds, Found, Founder, Fundament, etc. 
Pluquet cite pour le Bessin Àvonder, engraisser, et l'in- 
terprète par le \, Ahundare ; mais ce dernier n'est pas actif; 
AVO.NPER sign, sans doute mettre à fin, à fond , sens qu'il 
parait avoir dans cet article : « Pour quatre boisseaux 
d'orge pour avonder les porcs. » (Compte de la Maison-Dieu 
de B.) 

A Fundus se rattache Fodere, litt. travailler le fond, 
d'où le n. fou. fouir; cherfoii . litt. fouiller en sarclant : 



— 344 — 
« Cherfouir en tour le lavendier; » ( Comptes de Gaillon 
pour 1409) CHERFouiLLiER , id., mais dans un sens péjor. ; 
DEFoci, déterrer : « Et de la terre la defouirent; » ( T. de 
Chartrose, Ms.) fodillier, fouiller; farfouillier, fouiller 
à fond , complètement : « Des frémis quand no z'y far- 
fouille ; » ( Muse n. ) fouillard , morceau de bois pour 
sonder les fossés; fouille-m. , en pic. Fouille-en-brein , 
le Stercoraire ou Rhisotragus ater ; fodille-au-fct, mar- 
miton; FouÊNE, s. f. trident pour fouiller les fossés et 
prendre les anguilles : « Nul des autres peut porter une 
fouesne au poisson prendre ; » (Ch. de -1 300, de S. Et. de C.) 
B0CCF0UENER (St-Lo) , fouiUer partout; fouillasser, fouiller 
salement; fouillot, nid que l'on fouille; foul\-ne, fouine: 
« Nez de fouin-ne, figure de fouin-ne, » museau allongé ; 
FoiiMLLiER, fréquent, de fouiller; fojnillard, rôdeur, qui 
fouille partout; de là, selon Roquefort, certains brigands 
appelés Foiiillars, mais plutôt les hommes des forêts , en 
N., de la verte-feiillée; fosse, fosse, du 1. Fossa; fossard, 
fossarius, resté dans les n. pr.; Fossier, en v. n., mineur, 
propriétaire de mine; fosse (Litry), s. f. puits d'extraction 
de la houille; faude, que nous écririons fode, de Fodere, 
fosse oij l'on fait le charbon, cité par le Gl. n. ; fôsse. 
crique profonde et très - encaissée , comme la Fôsse 
d'Omonville (Hague) ; fossé , en B.-N. , non pas le creux, 
mais la levée de terre, le rempart, la motte, comme en a. 
Moat, fossé, Htt. la motte, d'où Emooled, déraciné; 
FÔSSE, voie dans un bois; Fosse, en top. n. . sign, un re- 
tranchement, par ex, la Fosse, Bon-fossé ( Bonum. fossa- 
tum), nom qui sert de suffixe à quatre communes de l'arr. 
de St-Lo , et suppose un long retranchement , Gefosse 
( Gervoldi fossa ) , les Fossés de Rob. le Diable , entre la 
N. et le Maine, dans le doyenné du Saonnois, ainsi nommé 
des Saxons ; une charte de 1 276 signale à Flottemanville 
(Hague) un lieu dit Fossata de Flottemanvilla. L'a. n'a de 
cette famille que Fosse et Fossil, à moins que Foui, trou- 
bler, salir, ne soit le fr. Fouiller. 

FONDE , fondre , du 1. Fundere : « Le solei fait fonde 
la neige; » d'où le fr. Fusion, Foison ifusio) , Frofusion, 
Fonte, Fondeur, Confondre, Fuseau , Fusain , bois pour 
les fuseaux, de même en a. Spindle-tree , en v. f. Fus, 
Fusée, Fuser, Infuser, etc., en a. Founder, fondeur, 
Foundery , fonderie, Fusée, fusée et fusil, Fuse, fondre , 
Fusion, fusion et les composés, etc. En n. confonde, 
salir, déchirer ('ses vêtemens) , comme on dit en fr. pop. 



à 



— UVy — 

Abîmer : « Il a confondu ses liardes ; « de même en v. f. ; 
Fi'isALN, fusain, dont voici l'ét. : « Ex cujus ligno fiunl 
fuxe et vielarum archecti ; (P. de Crescentiis, 1. v, 64) 
FCiSAiN est dans le Coût, des forêts, art. Roumare; fuiset, 
FisET, fuseau, ce sur quoi on répand la filasse, le fll; en 
V. a. Fusel, fuseau, d'après Halliwell ; fisiau, id.; fisée, 
fusée, c. à d. la charge du fuseau : « Femme filant fisée. » 
Quant au suffixe Ficel, autrefois Fuissel, des paroisses 
Beauficel , arr, de Morlain, Beauficel-en-Lions , « Apud 
landam de Bello Fuisselloin foresta de leonibus, » et dans 
les rôles de l'Echiquier Bel-fuisscl, c'est peut-être une 
forme de Faust, Fau, Foustel, hêtre. Remarquons qu'on 
distinguait le Fau [Fagus) du hêtre : « Debet unam fagum 
et unam hestrum ad natale domini, « (Acte n. de ^200), et 
que Hêtre ne vient pas de Ostnja, comme nous l'avons dit 
à l'art, fau, mais de Fagastnim, péj. de Fagus, en v. n. 
Haistriau : « Ad levatum suarum baccarum vi haistriaux 
et II furons et rursus rohaistrieux (sic) ad estalariam de 
Wigreis. » (Grael de Watteville, f. 107; Toutefois Fuissel 
peut représenter plutôt le mot Fossé : du moins Fousseler 
sign, fossoyer en v. f. V. foui. Le 1. Fundere existe aussi 
sous une forme très-favorite du peuple et des N. , c. à d. 
foctbe. 

FODTBE, focte, outre sa sign, propre et bien connue, 
comme subsl. et comme verbe, d'où fodtré, (cheval) vigou- 
reux, a le sens gén. d'appliquer violemment, comme foutre 
UN COUP, asséner; on trouve dans des rôles n. de H -198 : 
« Rie. Foutkout ; » été foutu, c'est être, perdu, usé, ruiné ; 
aussi FOUTU, comme préfixe, a un sens péjor. : « Foutu 
chien, foutue bête; » foutre, dans le sens absolu : « J' vas 
f foutre, » battre, avec son part, foutu, se rapproche beau- 
coup de l'a. Fight, et surtout de son part. Fought; aussi 
le pat. a. possède Fouty, un misérable; (V. Ric/iardson's 
Diet.) Jamieson donne ce mot comme usité en Ec. et dans 
le n. de l'A.; Halliwell cite en pat. a. Futre , avec cette 
citation : « Futre for thy base service. » (Diet, of Archaisms) 
Fout, en Northumb. , sign, un enfant gâté (ibid.) ; on dit 
en terme de mépris : « A foutra for you (ibid. ); Foutry , 
chétif (ibid.) ; la plupart de ces mots pop. a. se retrouvent 
dans les mots n. : foutriquet, foutard : « Ce petit foutri- 
quet qui le veut; en musique, » (Musen.) petit garçon 
chétif; foutiner, foutimasser, foutaise, foutimasserie , 
FouTiNETTE sont des dim. et péj. de foutre dans son sens 
jtropre; foutrot (Val.), Jeu oîi Von fout des coups de cartes 



— 346 — 
sur les doigts; foctùment, en extrême quantité : « Y a 
foutùment de l'ivraie dans l' blié ; » jean-foutbe, un coquin ; 
JEAN-FOCTRERIE , coquinerie ; se ForiRE, se soucier peu, se 
moquer : o Je m' fous d' té à pié et à cheva. » L'expres- 
sion Foute le camp, s'enfuir, s'emploie surtout dans le 
dicton : 

11 est coume le tchiin de Jean de Nivelle : 
I fout r camp quand no l'appelle. 

Ce Jean de Nivelle paraît avoir été un personnage réel de 
la ville de Nivelle (V. Walknaer, notes sur La Fontaine) 
et le précurseur de Cadet Roussel, selon cette chanson 
du \ 5e s. : 

Hay avant Jehan de Nivelle, 

Jehan de Nivelle a deux houseaux ; 

Le roy n'en a pas de si beaux, 

Mais il n'y a pas de semelle; 

Hay avant Jehan de Nivelle. 

Une autre branche du 1. FundereesiFons, Fontis, enù. 
Fonts, Fontaine, Fontenier, Fonticule, Fontinal , en a. 
Fountain, Fount, Font, Fontanel, en n, fomekelle, petite 
fontaine, Fontenaille, Fontenay, restés dans la topog. , en 
V. f. Fontanel, comme en a., qui a encore gardé Fontinel; 
on disait aussi en v. f. Fontenelle, comme dans ces vers 
du Chemin de vaillance, de J. de Courcy : 

Me endormy sur la fontenelle 
Qui me semble plaisante et belle. 

Or le sommeil ou le repos près d'une fontaine est un thème 
commun des chants pop. Le plus connu en N. est la chanson 
de la Claire fontaine. Y. Intr., p. 357. Comme Fons est 
masc, il est probable que font, fém., resté dans la topog.. 
est une abrév. du Fontenelle précité , comme en N. La 
Haye-Bellefont; du reste Fo^î^ , fontaine, resté dans l'a. 
Fount, subsiste dans le centre de la Fr. (V. Voc. du Berry.) 
Parmi les dictons sur Fontaine , on remarque : « N' faut 
pai dire : Fontaine, je n' bérai pai d' ten iau; » « Tant va 
la cane à l'iau , ou à la fontaine , qu'à la fin o casse. » 

FOR, préfixe tiré du l. Foris, dehors , en gr. Xwptç, le- 
quel a donné Hospes, l'homme du dehors ami , et Hostis, 
l'homme du dehors ennemi , comme en gr. E? donne 
EXôpoç, et Setvoç modifie un grand nombre de mots fr. en 
leur faisant signifier une action en dehors de leur but di- 
rect; par ex., en v. f. Fors : « Tout est perdu fors l'hon- 
neur, » Forban , litt. banni au dehors, Forcené, en v. f. 
Forsené, litt, hors de sens , Forceps, ce qui amène au de- 



— 347 — 
hors, Forclore, exclure, Forfaire, lîlt. faire en dehor?, par 
ex. de l'honneur, Forfante, qui parle en dehors (de la vé- 
rité) , Forhuir, Forlancer, Forjeter, Fourvoyer, For-ma- 
riage, Forpaltre, Forsenant, Faubourg, env. f. Forebourg, 
etc. Le fr. Fort-vêtu, c. à d. velu au-dessus, en dehors de 
sa fortune, devrait s'écrire Forvêtu. En a. For, joue le 
même rôle, par ex. : For, prép. signifiant malgré, nonob- 
stant, litt. en dehors. Forth, en avant , et dans les com- 
posés : Forbear, s'abstenir, c. à d. rester en dehors. Forbid, 
défendre, ou ordonner en dehors , Forgive, pardonner , 
litt. donner , mettre en dehors (l'acte coupable) , Forlorn, 
abandonner , le fr. Forlonger , usité en vénerie , Forfeit , 
forfait, de même Forget, Forsake, Forsivear, etc. Ajoutons 
pour les deux langues Forain, en a. Foreign, l'homme du 
dehors, en n. horsain, en v. î.Forein, extérieur : « Ne tint 
à nul domage de perdre la beauté foreine. » {T. de C/iar- 
trose). L'a. Fore, antérieur, d'où Before et tant de comp.. 
peut être considéré comme le même mot, parceque l'anté- 
riorité constitue une circonstance extérieure à une chose, 
en dehors d'elle. Le n. emprunte un bon nombre de déri- 
vés à ce rad. ; fobiêbe,s. f., sillon en travers des autres, en 
dehors des autres, lieu de passage et labouré le dernier : 
« Onines subtrabes, forerias, logiam et vias. » (Cartul. des 
baronnies de S.-Oen), en v. f. Vorière; l'a. Furrow, sillon, 
conduit, a un rapport de forme et de sens avec ce mot; à 
Guern. fodaibière, en pic. Florière, en b. n. fouïère ; fobei- 
iSES(les), s. f., îlots de Chausey, les plus dangereux et les 
plus en dehors de l'archipel; la foraine, îlot au large du 
cap de la Hague; defodr (Av.) le plant, legard qui entoure 
la métairie, litt. le dehors; ainsi au I2« s. on disait : « De- 
forienes choses , » c. à d. extérieures. {Li quatre liv, des 
dialoges Grégoire); defoul, id.; ei foule, s. f., coll., bes- 
tiaux engraissés et vendus, litt. mis dans le défoule; fo- 
RENFLE, enflure. Dans les nombreux comp. de For, le n. 
offre roRBANisiR , dont il n'est resté en fr. que Forban : 
« Que chicanerie puisse estre forbannie de nus maysons. » 
(01. Basselin); le syn. a. de Forban est Outlaw , le pros- 
crit, le hors de loi; forbeture, transpiration sortie; i orbes- 
son, id.; fourbu, forbu, litt. qui à bu à contre-temps, comme 
l'explique H. Etienne : ♦ Fors le temps qu'il devait boire. » 
(Précellence du lang. fr.}; forces, s. f. pi., grands ciseaux 
de jardinier, Forceps; en rouchi, Efforches, ciseaux à tondre 
le drap , de même en v. f. ; Cotgrave cite comme n. forças 
qu'il traduit par « Seizure, » c'est le fr. Forgager, litt. dé- 



— 348 — 
gager une dette. De roa dérive le fr. Sortir, Sortie; mais 
en n sortie s'emploie dans la loc. : « Aveir d'ia sortie , » 
c. à d. l'intelligence et la désinvolture que l'on gagne à sor- 
tir de son pays, à faire son tour; de ce rad. vient aussi le 
fr. Foire, le n. fèbe , dont nous avons donné la branche, et 
la branche issue de Forum, c. à d. le fr. For, Fur (et me- 
sure), en n. teube et Fuca, du 1. Forum, marché, litt. tarif 
du marché, en v. f. Feur, foire et marché , et aussi Fuer : 
« A nul fuer n'en doit nus dire se bien non. » (Bien des 
fames, ap. Jubinal , Jongleurs, 84) ; on dit aussi a feur et 
A MESEURE : « Il répondit qu'à nul feur il ne ferait le ma- 
riage. » (Joinville) On peut citer, à l'appui de cette et. que 
l'on a pas besoin de demander à l'ail. Fuder, poids, charge, 
le nom de la ville de Feurs , Forum Segusianorum ; mais 
la N. ne possède aucun nom top. issu de Forum, marché , 
très-commun dans les noms de villes du midi. Quant à 
Foire, dans un autre sens, en \.Foria, en n. fouerre, on 
le tire aussi de Foris, quoiqu'une orig. on. soit possible 
V. FLAu, article auquel il faut ajouter que les « Quatre 
mots n. » sont : <- Un Kien, un Cat, une Pouque. — Et le 
quatrième ? — Ch'est d'ia fouerre à ta goule? En H.-N. 
c'est : « Cat, Kien, Pouque et Mouque, » ailleurs mous- 
tille. De Foris on tire aussi Forare, forer, en a. Bore, id . 
Cette citation de Foire est pour nous une occasion de donner 
le sobriquet des « Foireux de Bayeux, » affligés de dyssen- 
terie ou du ma saint-gabbot par leur évêque St-Gerbold , 
qu'ils avaient chassé, et un passage du Pathelin qui ren- 
ferme ce sobriquet et qui est un spécimen de patois n. dans 
la bouche de Pathelin en délire : 

Or cha, Renouart au Tiné 

Hé dea, que ma c... est pellouse, 

Eli' semble une catte pelouse 

Ou à une mouque à miel; 

Bé ! parlez à moy, Gabriel ? 

Les playes Dieu ! Qu'est-ce qui s'ataque 

à men c. .? Est-che or ou vaque, 

Une mousque, ou ung escarbot? 

Hé dea, j'ay le maù Sainct-Garbot! 

Suis je des Foyreux de Bayeux? 

Jean du Quemin sera joyeux : 

Mais qu'il sçache que je le sée... 

Bé ! par Saincl-Jehan je berée 

Voulentiers à luy une fée. 

Le troisième vers nous semble une mauvaise leçon : met- 
tez Elle et lisez Carpelouse, en n. la Chenille, d'où l'a. Ca- 
terpillar. Si Pathelin était N., comme on l'a dit souvent . 



— 349 — 
il n'y a pas lieu tic s'étonner qu'il parle n. devant des N. , 
parcequ'il emploie ici un dialecte pur ou même chargé , 
c. à d. le b.-n. qui contraste avec son idiome littéraire : les 
hommes instruits parlant patois ne parlent qu'un patois 
plus ou moins francisé. Parmi les traits qui mihteraient en 
faveur de la provenance n. de Pathelin , outre le caractère 
général de ruse matoise et de duplicité qui règne dans 
la pièce, on peut citer quelques dictons usités en N., par 
ex. : ' Avocat potatif à trois leçons et à trois psaumes, » 
qui offre la loc. n. : « C'est un bréviaire de Fecamp à trois 
psaumes, et rien du tout qui ne veut. » La loc. « Gros et 
gresle » p. 84) est toujours usitée en N. : « Faire [gros et 
gresle, » c. à d. laisser tout aller. Sur « sommes-nous be- 
jaune ou cornards? » L. Jacob remarque que ce dernier 
mot était synonyme de sot en N., où régnaient les confré- 
ries de Cornards. A la famille de fok, Fordin, appartient 
le fr. maritime , t. Mener en furin , » c. à d. au dehors 
du port. 

FORCHE, force : « A forche de forgier, no s'fait for- 
geron; » FORCHiER, forcer; s'efforchier , s'efforcer : « Les 
diz religieux induement et de nouvel se efforchoient d'avoir 
cognoissance des mesures en ladite paroisse qui est es me- 
tes de leur baronnie de Gênez. » (1330, Avranddn, ii,609); 
FORCHFiR, qui force, en î^. Forcer; forcoat, forçat; forche- 
MEîiT, violence, du 1. Fortis, d'où le fr. tire encore Fort, 
Forteresse, Fortifier, Fortin; l'a. est plus riche en dérivés : 
Force, Fort, un fort. Fortress, Fortify , Fortitude, Forcible, 
les trois dim. Fortin, Fortelet, Fortilage, et d'autres for- 
mes secondaires. Quant à la loc. «Force a word,» c'est le fr. 
Forger. Dans les comp.. Renfort, Renforcer, en n. re.\for- 
CBii, en a. Reinforce, Reinforcement, renfort, en n. reffor- 
CH1ER. engager vivement, Conforter, Confort, l'a. Comfort, 
Comfortable, d'où le fr. mod. Confort , bien-être physique. 
Confortable, etc. Réconforter, Reconfort, en a. Recomfort ; 
Deconforter, Deconfort, en a. Discomfort. Parmi les loc. 
pop. n, où entre Fort et Forche , on remarque : « Fort 
coume un arbre, un quesne, un cheva, un Turc , une béte, 
un bœu, etc. » On dit d'une personne extrêmement forte : 
« I n'counaît pas sa forche; » de toutes ses forces se dit à 
Val. : « De ses fins forches, » c. à d. finies, à leurs der- 
nières limites ; on dit prov. : A la forche, pas de résis- 
tance. » 

FOUAIX. faix, du 1. Fascis : « Un founix d'herbes , de 



— 350 — 
branches;» forte-foiiaix, s. f., corde ou linge pour embras 
ser un faisceau; en fr. Porte-faix, Arrière-faix, Faisceau 
Fascine, Fascinage, en terme héraldique Fasce. en a. Fessy 
Fascine; fgoessi^e (M.) fascine, botte de paille pour ser 
vir de coussin , en v. f. Faissine, en 1. Fascina, oublié pa 
plusieurs lexicographes : Ovide a dit : Fascina frondis 
ailleurs messine, tresse de paille sur des sabots, peut-être 
de Messis, moisson; fodessiner, garnir de fascines. 

FOUECELLE, foicelle (Orne), s. f. corbeille ou vase 
à égoutter le lait, du 1. Fissus, Fissilis (Findere) , parce- 
qu'elle est faite d'osier fendu , Fiscella, d'oii le fr. Ficelle, 
en V. f. Fisselle , Fessdle; on dit aussi froicelle, et en 
Daupbiné c'est Freissela; en H.-N., fiisselier, moule au 
fromage, et faiselle, table de pressoir. Le fr. ajoute 
Ficelier, Ficeler ; en fr. pop. , ce dernier sign, arranger, 
serrer au corps le vêtement : « Te v'ià bien ficelé » sign^ 
vêtu d'habits bien faits , bien ajustés. On dit pop. : « Con- 
naître les ficelles d d'une chose, c. à d. les rouages, les 
ressorts, d'où ficelle, adj. , habile, adroit, filou, comme 
dans ce couplet de Cadet Roussel : 

Cadel Roussel a Uois garçons: 
L'un est voleur, lautre fripon ; 
Le troisième est un peu ficelle, etc. 

Du reste, celte branche se rattache à Fendre. V. fichier. 

FOUEDRE, foudre, du 1. Fiilgur, de Fulgere, en v. f. 
Fouldre et Effondre, tempête, en a. Foulder : a With fo- 
wle enfouldred smoake. « (Spenser, p. .59) ; pierre-de-foue- 
dre, belemnite; focdrer (S.-Inf.) , s'emporter, litt. fou- 
droyer. Lefr. ajoute à ces mots Fulguration, Fulminer, et 
V h.. Fulguration, Fulminate, Fulgent, Fulgency, Fulgid, 
Fulgour, Effulge, Effulgence, etc. 

FOUÉE, flambée, et bois pour une flambée, du b.-l. 
Focata, d'où Focagium, le fouage, ou impôt par feu , du 
1. Focus, d'où vient le fr. Feu, en v. f. Feue, Foc; focatlne, 
petite fouée : « Cha n'est que fouée et fouatine, » comme 
on dit d'un feu de paille; fiée. s. f., faisceau d'herbes, d'où 
la loc. : (I Une bonne fiée , »> une grande quantité : « Nulle 
fiée n'ataint as viandes espiritez, » (Best, divin) fec, in- 
cendie, comme en a. Fire .• « Y a eu un grand feu , " en 
a. « great fire; » fourolle, torche, le fr. Furolles; af- 
FouER , exciter , attiser le feu : « Affouer un chien ; » 
FODACHE, fouace, gâteau cuit au foyer, en 1. Focacius; à 
Caen. fotjée est syn. de Fouace. H y a des familles 



i 



— u\ — 
Fouace,. Fuuasse; fooyeh . foyer, comme en v. 1". et clans 
la chanson de Jeanne : 

On c'quo filait sa quenouillelte ? 
Sus un l)illot, en un coin du fouyer. 

TBEFoiET, S. m., CD V. f. Trefoucl, la bûche de Noël, en A. 
Yule log ; éteinte et conservée, elle préserve de la foudre ; 
rouiiLLE (Gl.-n.), s. f., bûcher, lieu où l'on met la fouée ; 
FOLAiLLES, branchcs brisées et sèches, propres à faire une 
fouée. Il est souvent question de la bûche de Noël dans les 
chartes : « Unam fagum et unam choquam ad Natale. » 
(Cartul. de St-George, i2j.el l'ex. suivant donne l'ét. deTre- 
fûuet, Bûche en arrière du foyer : « 1231, unam quadriga- 
tam neraoris ad natale pro reîroprostfocinio. • (Cartul. de 
Fecamp, 5) rrsi, foisi, briquet, en 1. Facile, d'où le fr. 
Fusil ; FoisiL,. ce que le fr. appelle Fraisil, c. à. d. le poussier 
de charbon ; ce mot se dit dans les grosses forges de l'Orne 
et de l'Eure; foisiller, à Mortain. remuer les cendres; fi- 
roLLET, feu-follet dans l'Orne; follot, écrit à tort faulau, 
id.; en pic. Fofu, litt. fol-feu; à Vire, rafouet; le fr. ajoute 
Fougon, Fougade, Fomenter, Fougue, de l'it. Foga, ar- 
deur, enn. fou^ie, élan. Fougueux, en it. Focoso ;\'a. a peu 
de mots de ce rad. : Fewel, chauffage. Focus, foyer. Focal, 
de foyer, FocUlotion, Fougade, etc. : le premier seul est 
ancien. C'est à Fouage qu'il faut rapporter le fr. Fougère, 
lilt, plante pour la fouée, en H.-N. fd.nquière {Gl-.n ), d'où 
FouGERAiE, S. f., champ de fougère, et fougeray, s. m., com- 
muns dans les noms topog. La disparition du 1. fgnis, du 
fr., du n., de l'a., est remarquable; c'est sans doute YAgne 
de la mythologie scand., ce roi qui combat contre Frost , 
la gelée, sans doute le même que Vy^gni du sanscrit. Ce 
mot, avec le sens de feu. règne sur les côtes de la Baltique; 
en Lithuanie Ug7ii sign, feu ; c'est Ogon en slave. 

Le fr. Foie, foyer de la vie, en a. Liver , litt. viveur, la 
vie, se dit en n. faie : « Maigre coume un feie de tchiin, » et 
dérive de Focus. Toutefois, une orig. septent. est possible : 
Feiz, gras. env. ail.; il est dans une note malbergique de 
la loi salique, Faisseth. Quant à Feu, défunt, c'est le 1. 
Functus ; mais, dans la M., défunt prévaut, et on dit : 
* Défunt men père, » et fu.nt. qui conduit au fr. Feu. Ter- 
minons cet article sur Focus, feu, par le nom pop. du na- 
vire à vapeur, .navire a feu , le fr. Pyroscaphe. 

FOUOU, four, du 1. Furnus (archaïque Formus, chaud) : 
« Ch'est au fouou et au moulin que no z'apprend les nnn- 

19 



— 332 — 
\elles; » « Neir coume la goule d'un fouou; » foiiocr-a- 
BAN , four public ; le ban était autrefois la circonscriplioa 
où nul ne pouvait se dispenser de porter son blé ou sa 
pâte à un moulin ou à un four déterminé , et les hommes 
du ban étaient dits Banniers ou Mouiiers; foienet, foueniau, 
fourneau; fouenet-a-caux, fourneau à chaux : « Sonfournel 
à faire chaux; » {Coût, des forêts, Conches) quelques loc. 
s'appellent fodrnel, FouEXEr, foceniau, fourneaux, comme 
en A. des noms de Hou ont pour suffixe Kill, Kiln, four à 
chaux, en a. -s. Cylaie, Cyln; le fr. Forge nous semble 
venir de Four par le Y. prov. Fourja, forger, Fourguigna, 
fourgonner, et nomme les loc. n. Fourges.Forges-les-Eaux, 
Forges-les-Tourelles; de là le fr. Fourgon , Fourgonner, 
en n. foijrgancer , rorRcoiTER; on dit prov. : « La pelle se 
moque du fourgon , » c. à d. qu'un défaut se raille d'un 
autre; comme une autre et. est possible, V.fouour; foue- 
NAisE, fournaise, en a. Furnace; fodenier , fournier, à 
Jersey boulanger : on connaît les barons formers de Lisieux ; 
F0UE.MER, faire cuire du pain au four : « Un pain de deux 
tournois, se il fournie entre la S. Andrieu et Noel; » (De- 
lisle, Et, 882) FoiFNAiE, fournée; fouerxi, fournil. De 
Fnrnus vient aussi le fr. Fournir, en b.-l. Furnire, litt. 
emplir le four de pain, d'où Fourniture, Fourniment, Four- 
nisseur, Fournissement, Enfourner, Défourner; en n. ex- 
rouEHNER sign, métaph. avaler largement; en a. Furnish, 
Furniture, en v. a. Fourniment, fourniture, dans Spenser, 
p. 204; FouRMTCRES ( Av. ), vêtements, chaussure qu'on 
donne en sus des gages en argent ; fouebni (bien), fort en 
chair. Du 1. Formus, four, \ien[ Fornix, voûte, etpar ext. 
lieu de prostitution, d'où le fr. Forniquer, Fornication, 
Fornicateur, en a. Fornicate, For7iication , Fornicator, 
Fornicatress. Il y a une branche du pat. n. qui nous semble 
se rattacher à cette famille, c'est celle de focrcelle, four- 
chelle, bouche large et gourmande, comme on dit ex- 
FouRHER pour avaler abondamment : « Après fourcele 
menton. » ( Jeus d'Adam le Boçu. ) Ce mot a le sens d'es- 
tomac en H.-N. : « Mon entonnoir très fidelle — ne laisse 
entrer dans ma fourcelle — breuvage, s'il n'est excellent. » 
( Orig. de Caen, 9o.) V. passim dans la Muse n. 

FOUOUR, fourche, dans le sens de bifurcation d'un ar- 
bre, d'un chemin : « Le fouour d'un abre, d'unquemin;» 
on dit aussi le fouour d'une culotte , là où les jambes se 
partagent; le fr. Carrefour renferme le four n., litt. la 



fuuicliu en (jualre. Aussi on trouve dans le Rom. de Lance- 
lot : « Illec dessus a ung quatre fourc de sept voyes. « «La 
grant Dive au fourc de Garet. » ( Enquête à Caen , IS^ s. ) 
On trouve aussi le foioub d'arbre en v. n, : « Item le bois 
vert en gesant, le prespié hors et le sec en estant, l'aleron, 
le fourqz et la branche pour leur ardre. » (Coût, des forêts. 
Bur.); le premier /o?/?-»/ s'appelait Escoqucnard : « Si ont 
le chesne tout sec au dessoubz du premier four appelé Es- 
coquenard. » {ibid). « Habent furcos fagi excepta magistro 
furco, » c. à d. l'Escoquenard ; rouERQCE, fourche, en a. 
ForJi, en v.a.Forke; foiebquiœ, s. f. , ce qu'une fourche 
peut porter; foderqiet, chemin qui fourche, embranche- 
ment; FoiERQtEFiiRE, grande fourche en fer, VM.furca- 
ferrea : « Très forkes fieres as fiens. » (Acte de ^230). 
n Epieux et fourches-fières. » ( Lafontaine , Le Lou^) , la 
Mère et l'Enfant) ; le v. a. Piche-Forke est traduit par Pals- 
grave en Fourclie-fière; en H.-N. on dit foibqce-file et 
focrodeliebe; on l'appelle encore focrqde-gerbière, c. à d. 
ù gerbes; focerquieb. fourcher; foierquieb dans ce sens : 
• La langue me fouerque , » c. à d. je dis un mot pour 
un autre ; ejn-fouerquieu, prendre au bout d'une fourche. A 
la forme dure le fr. ajoute Bifurquier , Bifurcation, l'a. 
Fork, Forked, Forky, etc.; entre la forme dure et la forme 
douce se place le fr. Fourgon, en n. focercoin , litt. four- 
chon pour attirer. Fourgon, voilure à timon, à bras ; pour 
la forme douce, le fr. offre Fourche, Fourcher, Fourchette; 
Fourchon, Fourchu, Enfourcher, Affourcher; et len. donne 
fouebchine, bifurcation; cHKi^E-FOURcnu (Av.), s. m., situa- 
tion de qui est planté sur la tête : Rabelais dit Chêne-four- 
ché ei Arbre-fourchu ; focrcbet, mal qui attaque le pied 
fourchu des porcs et des bœufs; roi rchemlx, chemin bifur- 
qué et carrefour; Il y a des loc. n. dites Fourques (furcœ), 
Fours, Fourches; le pat. du Devon dit aussi Forches, em- 
branchement, selon Halliwell qui cite aussi en a. Four- 
chure, la bifurcation des jambes : « Gambes ont lunges 
dreites et larges la fourchure. « [R. de R.) On disait aussi 
Furcelle : « Sovent li muille la furcellc e larson delà sele.» 
(Benois, ckron. Y. 5475). On appelait Sostres, en v. n. 
(substrabes) : « Silicet quod remanet post fulcam, sine ap- 
positione rastri. » (Cartul. de Jumiège). Par une métath. 
naturelle et d'ailleurs propre au n. Le Fourc ou le Four 
d'un chemin , c. à d. la Fourque , devient Le Froc , vieux 
mot qui désignait des places incultes plus larges que le 
chemin, situées spec, aux carrefours, et désignées dans les 



— 33/i — 
doc. n. sous les formes de Froca, le Frou, le Fro, Fro, Pros. 
(V. Delisle, Et.i\^.} restées dans les n. pr. 

FOURME , forme, du 1. Forma, mélalhèse de Mopcpv); 
de môme en v. f. : « Car de la passion la fourme ne me 
livre ; » (Chant du Roussigneul) mais l'emploi spec, de ce 
mot en n. est forme de soulier : « Remette un soulier sus 
la fourme , » à Val. fododrme ; en v. a. Fourme : « Conse- 
crate in fourme of bread; » (Barclay, Ship offooles) focr- 
MiEB, formier; delà l'a. Frame, forme, comme le fr, pop. 
Frime, forme, semblant : « Faire une chose pour la frime, « 
c. à d. pour la forme, l'apparence; par ext., frime sign, 
ruse; en v. f. Frume, mine, grimace; toutefois, comme une 
orig. celt, est possijjle, V. frime; en a. Frim sign, beau, 
comme le 1. Formosus; c'est par un changement semblable 
que le V. f. Fourmage, litt. lait mis dans une forme, est 
devenu Fromage, en n. froumage; les trois formes étaient 
usitées en v. n. : « Six fromaiges telx comme l'en fait au 
pays par chacun an; » (^42^) o Pour chacun chef de 
fourmage cinq deniers; « (Coût, de la Vie. de l'Eau deR.) 
a Ele avoit tant de froumages;» [Chron. de Benois) une 
rue de Caen conserve une quatrième forme , la rue For- 
mage. Le 1. Caseus n'a pas laissé de traces en pat. n. ni 
en fr. , quoiqu'il ait donné au v. f. Casié, laiterie, fro- 
magerie , Chasier, panier à égoulter le lait, à l'a. Cheese, 
en a. -s. Kyse, à l'it. Cascio, à l'esp. Queso; le fr. savant 
a Caséum et Caséux. On dit pop. : « Mangier du froumage 
de bisque, » pour sign, bisquer, c. à d. enrager, calem- 
bourg sur le fromage de Biscaye , des Basques; on dit même 
simplement en ce sens : « Mangier du froumage. » 

FOUOURMI, FROMi, FRÉMI, fourmi , du 1. Formica 
(Mup[ji7i?) ; il y a des familles Fromy; ainsi dans la Musen.: 

Qui a veu sortir de leur Irou. 
Des frémis, quand no z'y farfouille. 

Ces mots n. sont très-souvent m., comme en v. f., par ex. 
dans le Bestiaire divin. V. 95.3 : 

Seignors, pernons garde au formi 
Qui se travaille, et provist si. 

« Il n'a si gros qu'un fremy. » {Farce du munyer, 256). On 
dit prov. : « Le fromi amasse l'été de que vivre l'hivé; » 

FOllOURMiLLIlBE , FEOMILLIIBE , FREMILLIIRE , fourmillièrC ; 
FOUOURMrLLIEH . FROMILLIER , FREMiLLlER fOUrmillCF , COmmC 

dans la Muse n. : 



Aiiicliin fremillenl devant nous 
Ces soudards allant à la Bouille. 

lOCOlKMILLEMEItT , FROMILLEJIEST , FBEMiLLE.YlEM , fourillillc- 

incnt. Le fr. ajoule Fourmiller , animal, Formicciiit. L'fi. 
emploie Formica; mais son mot est d'orig. germ.. Ant, en 
a. s. Acmits, en v. f. Ameis, 

PRATER, FRATiiÈRE, FBATRES, S. m. hoibier; les bar- 
biers étaient la corporation des Fratres servientcs des mé- 
decins : « Qu'Esculapc lui serve de frater, » (Coursault, 
Poésies.) Le 1. Frater est un de ces mots universels, comme 
la plupart de ceux des membres de la famille : <I)paTtùp en 
gr., Brother en a., en ail. Bruder, en irl. Brathair, en bret. 
Breuzr, en v. slavon Bratr, en sanscrit BJirdtr. freire , 
frère, et à Val. freirre, très-liquide; frérot, jielit frère, 
terme d'amitié ; frérot, élève des frères des écoles chré- 
tiennes; c'était un des noms pop. des Franciscains; fbe- 
REux (II. -N.), cousin germain; farage (Orne), s. m. com- 
munauté d'hommes, et quelquefois de femmes; fhérage. 
te?. /FBARiE, coRFBARiE, coufréric ; FRARIE, frairie; flaries 
(Orne), réjouissances, festin, primit. de confrérie; un dicton 
n. conserve le souvenir des représentations des mystères 
par des confréries : « Fierté de Rouen, Flaries d'Argen- 
tan ; V. FIERTE ou la proccssion de St Romain ; Frary, 
fraternité, se disait en v. a. (Halliwell) , et dans P<?rc?/ '5 
ballads, Play frères est pour Play felloics. Le fr. ajoute 
Fraternel, Fratricide, Fraterniser, ce dernier date de la 
Révolution; l'a. Fratricide, Fraternal, Fraternity, Friar, 
un moine, en v. f. Frier, Friary, Confraternity , etc. Le 
V. f. avait Fraresc/ie , fortune entre frères, entre héritiers, 
Frerastre, beau-frère et demi-frère, Frère de bast , frère 
en bâtardise; la finale âtrc. alter, a été remplacée par un 
terme de courtoisie , le préfi.xe Beau , ainsi Beau-frère 
pour Frerdtre; il n'est guère resté que Marâtre, et encore 
avec un sens odieux. On dit pop. : « Etre de la confrérie, » 
c. à d. des maris trompés . allusion aux confréries des 
Cornards de N. (V. coae.) La fonction d'allumer les lampes 
des églises était attribuée à un Frère lampier, homme de 
peu et sale de profession, d'où Frélampier. en n. ferlam- 
pier; comme une autre et. est possible, V. fe. 

FRAUDEUX, FRÀCDOCR, fraudeur, du 1. Fraus (^pouSoç); 
On disait en N. fraulpeix pour frauduleux : « En cas de 
marchié de bourse frauldeux. » (Du stil le de procéder en N.); 
du reste Fraudosus est un terme archaïque qui est dans 



— 3oG — 
Accius; FRAI DE, s. f., objet qui provient de la fraude; ou 
dit pop. : « Vendre , Àcater en fraude. » Le fr. ajoute 
Fraude, Frauder, Frauduleux, Frauduleusement, en a. 
Fraud, to Defraud, Defrauder, Fraudulent, Fraudulenaj , 
FraiulfiU. 

FRAYÉE, FiUYi.li:, ornière, trace frayée, dul. Frangere, 
on. universelle, pour laquelle nous renvoyons à l'art, brit ; 
FRAYON, partie intérieure de la charrue, qui s'unit au soc 
et sert à briser le sol; fraiser (Villedieu), briser les angles, 
les arêtes d'un trou foré , et fraise sign, briser dans le pat. 
de Norfolk (Halliwell) ; fraisoir, fraisobr, outil pour frai- 
ser; FEETTE, ligature, bandelette, primitiv. bâton, qui sert 
à lier, et un bâton est un fragment ; fretter, emmaillot- 
ter; en fr. Frette, lien de fer et en fr. héraldique Frette 
sign, un bâton croisé ; en v. f. Fract et Frette, brisé ; de là 
les loc. Pontefract, en A, trad, en Brokenbridge, et Frette- 
meule, arr. d'Yvetot, en 1. Fracta-mola, de Vracto molen- 
dino; en v. f. Fraite, brèche; de là le fr. Effriter , l'a. Fret, 
se briser, se rompre en parlant d'une étoffe ; de là le fr. 
Fretin, par abrév. Frai, litt. petite chose, mince, brisée , 
frette, dans Wace Frait : « Li lices sunt totes fraites. » 
Le fr. ajoute à cette fam. Fracas, Fraction, Fragile, Franc, 
dans le sens de fragile, ex. du bois franc, d'où Framboisier, 
Enfreindre, Franchir, Frange , Frasque , en a. Freak, ca- 
price, Frêle, contr. de fragile, Freluche, Freluquet, Friable, 
Friche, terre qu'on brise , en v. f. Fraitij, terre inculte, 
Friction, Frille, Fraise et Frise (cheval de), pieu pour briser 
un assaut, etc., termes qui se retrouvent presque tous en 
a. Quant à Frangipane, querontiredel'inventeurFrangipani, 
il faut remarquer une singulière harmonie entre son nom 
et son invention. A la racine on. de cette famille se ratta- 
che le fr. Friper, frotter ses habits et jusqu'à un certain 
point les déchirer, d'où Fripier, Friperie, en n. frippe, s. f., 
vêtement usé : 

Tandis que vous mangez le cliaudin el la Irippe, 
Ils peuvent lout-à-coup vous tomber sur la frippe. 

(Lallemant, la Campénade, ch. m, 17.) 

Ce mot est ancien, car on trouve dans Wace : « Multvois- 
siez Franceis et défaire et defriper, » c. à d. dépouiller ; fri- 
roiiLLE, guenille. Le fr. Fripon vient ou d'une on. de vol 
preste ou de ce mot Fripe, comme Gueux en son mauvais 
sens est venu de gueux, mendiant, selon le prov. : «Misère 
engendre tricherie. » Quant à feupe, guenille, c'est la meta- 



à 



— 3:i7 — 
lliose de PEL'FFE , friperie, en a. PelJ, objet iimiile, sans 
doute d'une orig. celt, par ex. en bret. Pilferer, colporier. 
Pilhcn, guenille, en v. f. Pilferer, piller. 

FRED, IRE: E, froid, froide, du 1. Frigidus , dérivé de 
l'on, du frisson ; une commune n. a pour suffixe F redebise; 
il y a à Caen une rue de Fremantel ; il y a le village de Frede- 
rue, près de Colbosc; ired, s. f., id., abrégé de iredettiie, 
froidure: « Dieu donne la freid selon l'iiabit. » Chez les La- 
tins mêmes Friyidus s'était ainsi contracté : « Da fridam » 
(aquam) (Imcrip. de Pompéï) , c'est VAguafria des Espa- 
gnols; F«ÉDi, froidir; refred, refroidissement; refbed, mal 
causé par le refroidissement ; FRÉt>ERo^. s. m., pierre froide, 
de nature ignée ou volcanique , en v. f., Frejau; enfroidl'Bé 
(Gl. n.), pris de froid. On dit en fr. fam. Froidureux, fri- 
leux. V. le gloss, on., p. 21. L'a. offre Frigid, Frigidily , 
Frigidly, Frigorifick, etc. A cette on. de frémissement, fris- 
son , se rattachent plusieurs mots fr. , a. et n. : Fredon , 
Fredaine, Frelon, Frémir, Frétiller, Frire, Friand, Frileux; 
en n. friloux (il y a la chapelle es Friloux), Effrayer, Fri- 
mas, Frinquer, Friquet, Frisson,, en n. FuÊcnoN, etc.; en 
a. Fluttering, Rime, frimas. Fry , Fréam, Freeze, Fret, 
Fright, Frill, etc., en v. f. Friller, trembler de froid. La 
branche fr. Frais, Fraîche, vient de l'it. Fresco, d'où le fi\ 
Fresque, contr. du 1. Frigesco ; de là le fr. Fraîcheur, 
Fraîchir, Rafraîchir, etc. l'a. Fres/d , Freshness, Freshet, 
étang d'eau douce; en n. fraîceeurs, s. f. pi., refroidisse- 
ment : « Il n'attraperait jamais de maladie ni fraîcheurs 
en gardant les animaux. » (Fantaisie par M. la Martre, 
Av. J848); rafraîchi, s. m., rafraîchissement; on dit iron. : 
« T'es frais, va! » c. à d. dans une triste position, comme 
on dit : « T'es blanc , va ! » Dans l'Av. on dit : « Un fred 
neir, >> c. à d. le froid d'un temps sombre , et « un fred 
rouge, » c. à d. qui fait rougir la peau. 

FRENAIE, s. f., bien planté de frênes, du 1. Fraxinus , 
il y a en N. beaucoup de loc. dénommées de cet arbre : Le 
Fresnay. La Frênaie, Le Frêne, Frêneuse, Frenoi; frênot, 
petit frêne; Freyn, un hêtre est citéparHalliwellcommepat. 
a.; en v. f Fraissé et Frai. Enn. co7RÊi\E, litt. co, pour mau, 
mauvais frêne, c. à d. le sorbier des oiseaux , on dit encore 
Frêne à fruits rouges, c'est l'analogue de cocoè.ne, l'érable, 
covEscE, la gesse hérissée (Ervum hirsntîim);\'a. semble de 
tirer le nom du frêne de sa couleur cendrée, Ash-tree. (Ash, 
cendre) Cf. le fr. Fraxinelle, on v.prov. Fraissineto, f»im- 



— 358 — 
preiielle, dotilla famille a da rapport avec celle du frêne. 
Oil Irouve sur cet arbre un dicton dans le Trésor de Sen- 
tences : (' Dessous le frêne venin ne règne. » Le n. pr. 
Pelfresne est commun en N. , et la commune de Chef- 
fresne (M.) est latinisée en Cava fraxinus ; Chefrène, 
dans l'Orne. 

FRÉNAILLER, effre.nailleb (s'), être de vive humeur, 
courir, litt. comme un animal sans frein , du 1. Frenum, 
d'oîi le fr. Effréné, Refréner; l'a. ne possède rien de celte 
famille; ireingalle, s. f., mouvement en zigzag d'une voi- 
ture sur une pente, quand on serre le frein du cheval, 
comp. de Frein et de Val; freikgaller, conduire avec ces 
procédés; en v. f. Freneyr, éperonnier, faiseur de freins. 

FREULON, !RÙLO>', FURON, FDULON, frelon ; frulomnière, 
s. f. trou de frelons : à cette on. de frémissement se rap- 
portent les mots Frêle, demoiselle, Fredon, Fredaine, voisin 
du V. f. Trudaine, bagatelle, plaisanterie, Freluche, prim, 
(iolure, qui frémit sous la varlope, d'oîi le fr. Freluche, 
houpe de soie , qui donne Freluquet , en bret. Furlukin, 
bouffon, Frésaie ou Effraye, en n. affresaye, affresas , 
Frétiller, Freux, Frégate, oiseau, du bruit de ses ailes, etc; 
on trouve un nom voisin de FurluJdn, c. à d. farlaquiis , 
dans une chanson n., V. Inlr. , p. S'io; c'est sans doute 
la jeune fille folle et rieuse : 

Que j'aime la genlie farlaquin. 
Le fr. Freluche se dit en H.-N. furluche , ornement de 
tête, d'où FCRLiGHER, sc friser, se hérisser, comme dans la 
Muse n., p. 27 : Furluchés ainsi que des coqs : on dit aussi 
FDRLUFER : « Furlufcz-vous ct parlez hardiment. « {Ibid.) 
L'a. a très-peu de représentans de cette on. Ajoutons le 
noTJX- FRELON , le petit hous., le Fragon, Ruscus aculeatus, 
appelé Fesse-larron, fragonier, en a. Butcher' s broom ; ce 
mot et le n. doux-fuelon ont beaucoup de rapport, parceque 
les bouchers s'en servent pour frapper les frelons , les 
mouches sur la viande. Le 1. Crabro, frelon, offre une on. 
plus ronflante : ainsi l'a. Hornet e\ Drone, frelon, bourdon. 
On dit prov. : « N' faut pas emôquier les freulons. » A cette 
même on. ou au 1. Farina (V. far) se rattachent les mots 
n. : DEFREUN, s. m. poussière, ce qui s'est effrité; eifreuîjer, 
réduire en poudre; fred.m.n, frinbt, petit fragment; frinot, 
farinier, en un sens plaisant; freux, vigoureux, brusque : 
« Du cidre freUx; » fru, id.; freoment, (Bay.) vigoureuse- 
ment; FKEULER, frôler . d'où FREULiER , mauvais sujet, cou- 



i 



reur. lilt, qui se lieurte à tout. Dans iuiioa . mis près du 
Ir. PVcIon , nous trouvons une preuve que le n. aime à 
enrudir la liquide : ainsi cristère , clystère , Mabire , ce 
nom pr. si commun dans la M. , pour iMabile {Amabilis). 
FRI, frire, du 1. Frigere; frit, frite, mangé, ruiné, 
litt. passé en friture; c'est ainsi que Le Houx dit : « A 
Basselin ne demeura que frire; » en a. Fnj, frire; fri- 
TEUBE, friture, en a. Fritter, beignet, en v. a. Fritoivre , 
gâteau; fritier, s. m. poêle à frire, écuelle , comme dans 
cet évangile burlesque qui se dit dans l'Av. : 

En c' temps-là, Jésus dit à ses disciples : 

Ceux qui Toudrontd la soupe eront des marmites ; 

Ceux qui ne voudront mangier à poignies 

Acateront des quilliers ; 
Ceux qui n' voudront du creux de lou maiu 

Acateront des fritiers, etc. 

iRicACHiER , FREGACHiER , fricasser ; fritel (H.-N.) , hareng 
saur, litt. poisson frit : « Etgauneet sec comme un fritel. » 
(Muse n.) fricachiie, fricassée, en a. Fricassee; fricot, s. m. 
bonne chère, viande apprêtée , litt. frite; fricoter, faire 
bombance; fricotedr, amateur de bonne chère : « Les 
maraudeurs et les fricoteurs sont les fléaux de l'armée ; » 
(Charge de Charlet) frigousse , mauvais fricot. V. l'on. 
frioleb. a cette famille se rattache le fr. Friand , Frian- 
dise, Affriander, Fricandeau, AfFriter, Affrioler. En v. f. 
Frire avait aussi le sens de frémir. C'est à une on. de ce 
genre qu'il faut rapporter le nom d'une jeune fille fré- 
tillante, fricon-friqdette, et par ext., étourderie, frasque, 
comme dans la Muse n. : 

Après entrit un nombre de fillettes 

De ces beautés qu'ont fait Fricon-friquette 

FRISIER, friser, du 1. Phryx, Phrygis, parceque les 
Phrygiens portaient les cheveux frisés, selon Phne (L. 8 , 
ch. 8), en a. Frizle; defrisier, défriser, et par ext. rabais- 
ser, humilier, ruiner, comme on dit en ce sens : « Rabat- 
tre le toupet ;» de là le fr. Frisotter, Frisure; frison, s. m., 
boucle de cheveux; on chante ainsi malheur à celle qui af- 
fiche un trop grand luxe : « 01 a d'biaux frisons, d'biaux 
béguins : o cherra ; » frison , sobriquet de celui qui est 
frisé; frisette, de même pour une femme. Le fr. Frise 
vient du môme radical , d'autant plus qu'en 1. Phrygius 
sign, brodé; en a. Frieze; de là le fr. Orfroi , litt. brodé 
d'or, en v. f. Frois, broderie; de là le fr. Fraise, collerette, 
chose godronnée, frisée, d'où Fraiser; de là aussi le fr. 



— 360 — 
Fraise, mésentère et boyau, objet plissé, frisé, d'où Fres- 
sure. Quant à Fraise, devenu Frise, dans cbevaux de frise, il 
vient du 1. Frangere. L'a. Frieze , ratine . sigu. drap de 
Frise. 

FRIT, fruit, du 1. Fructus, de Frui, jouir, d'oîi Fru- 
mentum, froment : « De bouen arbre bouen frit ; » frita- 
GiEB, amateur de fruits ; FRiTiER, fruitier; friquenaillieb , 
pillard de fruits. A ce rad. se rattachent les mots fr. Fruc- 
tifier, Frugal, Fruité, Fruiterie, Fruitier, les mots a. Fruc- 
tify, Frugal, Fruit, Fruitery, Fruitage, Fruiterer, Frui- 
tion, etc. La branche ûeFrumentum donne au fr. Froment, 
Fromentacé, Fromentée ; àl'a. Frumenty, Frumenfacious, 
au n. FouEMEM, froment : 

A la Saint Sacrement, 
L'épi est au tourment. 

FROUMENT, id. ; on trouve dans les actes n. : Fourment 
baioueis , » c. à d. de Bay. ; FROME.\TiL, V Arrhenaterium 
elatius, qui vient dans les blés ; ce mot désigne aussi le 
raigrass ; fromentière, froumentièue, nomme des loc. n. Il 
y a des familles Fromentin. V. Bouquet fruitager (avec 
fruits) de l'Intr., p. 293. 

FRONDES, feuilles et liges de pommes de terres, à Val. 
FRECLEs, à Av. PAMPES, PAMi'RES, du 1. FroncUs, qui n'a pas 
laissé de dérivés en fr. ; l'a. possède Frondiferous, d'orig. 
savante. Le rad. 1. repose sans doute sur une on. de frémis- 
sement, de fragilité. Quant à Fronde, arme de jet, en n. 
ELiNGUE. V. or. scand. : ce mot est tiré du grondement 
sourd de la vibration, en 1. Fundus, et fronde, satire en 
chanson, est une on. du genre de Frédon , dont il paraît 
être la contr. ; de là Fronder, Frondeur. 

FRONTET, fronteau , bourrelet d'enfant , en v. f. Fron- 
tail , du 1. From, en a. Frontlet, et en pat. a. Frountelle, 
bourrelet, d'après Halliwell; frontière (Vill.), chair du 
front du porc; affronter, regarder hardiment, delà le 
fr. Affronter et le fr. héraldique Affronté; dans Shakes- 
peare, A front se trouve dans le sens n. ; affro.m, s. m. 
offre d'une chose qu'on ne donne pas, à Val. offre-bête, 
Utt. qui rend bêle, confus ; affbontedx, qui promet ce qu'il 
ne tient pas, et par ext. séducteur : « Affronteux d' filles; » 
AFFROiNTocR, id.; le fr. ajoute Froncer, Frontal, Frontière, 
Frontispice, Fronton, Effronté; l'a. Front, Frontal, 
Fronted, Frontier-, Affront, Affronter, Fffrontery , elc. 



A 



— 361 — 

FUI, fuir, du 1. Fugere, d'où le Ir. Fugitif, en v. f. 
Fuitif, Fugue, Fuie, Fuyard, Fugace, Fuile, en v. f. Fuie, 
Refuge, Refuser, Réfuter, l'a. Fugitive, peut-être Fly, et 
Flight, fuite, Fugue, Fugacious, Refuge, Refuse, Refute, 
Confute, etc.; en n. fcyecb, fuyard; fcitif, comme ci- 
dessus, par ex. : « Se montrer fuilif, » c'est éviter de se 
prononcer sur une chose, ou éviter les rencontres. L'a. 
Fidge, Fidget, semble venir de Fugere, Fugifare, dont le 
premier mot a le sens dans ce vers : « Where ha you ben 
fidgind abrode? » (Gammer Gurton's needle, act. i.) 

FUMAIE, FEUMAIE, fumée, du 1. Fumus ; l'a. Foam, 
écume , brouillard , se rapproche de ces mots ; le fr. pos- 
sède encore Fumage, Fumer, Fumeron, Fumet, Fumiga- 
tion, Fumiger, Fumiste, Enfumer; l'a. Fumado, Fumage, 
Fume, Fumette, Fumid, Fumigate, Fumy, etc; le n. 
FCMEB, couver le feu de sa colère, n'en exhaler que quelques 
accens, comme en v. f. : « Qui que s'en marrisse ou s'en 
fume; -> (J. Michel, Myst. delà Passion) ainsi en a. Fu~ 
mingly sign, en colère; defcmer, expulser la fumée; de- 
FDMEUB, DEFUMisTE, fumistc ; FUMERIE, action dc fumer, 
manie de fumer ; fumette , s. f. petit fumeur ; en fr. moderne 
Fumoir, lieu où l'on fume; fdmebas^ fumeron; la Fume- 
terre, en a. Fumitory, sign. Fumée de la terre, selon 
Pline, qui dit que son suc produit sur les yeux le même 
effet que la fumée , en I. Fumaria; on dit prov. : « N'y a 
pas d' feu sans fumaie, » et • Pas de fumaie sans feu ; » 
on dit aussi que la fumée « cherche la plus jolie » personne 
de la maison ; a Ennuyeux coume la fumaie. » Le v, f. 
disait Fun : « Por le fun noir qu'essir on en voit. » { Marie 
de Fr., Purgat. de St Patrice.) Fn N. le Fumage était une 
taxe sur toute maison à feu : « Duos denarios de fumagio. » 
{Chartul. S. Trin. de C, fol. 59.) 

FUMIÈRE, fumure (Calv.), place où l'on met le fumier, 
du 1. Fimus, issu de l'on. Fi, V. Y\k^; de là le fr. Fumer, 
Fumure, Fumées des bêtes fauves, qui se disent en a. Fu- 
mets , en V. a. Fewmets , Fewmishings et Fewmashings , 
selon Halliwell. « L'œil du fermier vaut du fumier. » 
(Moisans de Brieux, de Caen , Orig. de quelques coût.) 
<• Etre brave sur son fumier, » c'est ne l'être que chez soi. 

FURER, AFFUREB (Gl. n.) , voler, du 1. Furari; env. f. 
Furt, vol, Furon, voleur ; on peut rapprocher de ce mot 
ce dicton du Bessin : « Ch'est la noblèche à Mathieu Furon : 
va l' couchier, lu souperas demain ; » on dit aussi Firou ; 



— 3G2 — 
V. Pluquet, Exsai sur Bay.; mais c'est Furon dans le 
Pédant (Je Cyr. de Bergerac, p. 27. A la famille de Fur se 
rattache le fr. P'ureter, Fureteur, Furet, Furtif , l'a. Fur- 
tive, Ferreter , Ferret. 

FURIE, usité en B.-N. avec un nom hist. : « Furie-ïal- 
bot , » en un sens railleur, pour une fureur soudaine et 
impuissante, souvenir du général a., Talbot et des guerres 
a.-n. du ^5e s. : « Veiiz donc la furie-Talbot. » Du reste , 
TALCOT a un autre sens en B.-N., celui de tache noire, de 
saleté, d'où talboter, salir de taches, par ex. : « I s'est 
talboté à la marmite. » A celte famille du 1. Furere se rat- 
tache le fr. Fureur, Furibond, Furieux, l'a. Furij, Furious; 
c'est du même radical que sort le 1. Furunculus , en fr. 
Furoncle, Fronde, en a. Furuncle, en n. fron, froi\cle, à 
Guer. FLON, d'où l'herbe St-Antoine est dite en ce lieu 
HERBE-Au-FLON ; FORANGCE (Bay.), sclou Pluquet, croûte sur 
une plaie ; à Jersey frangde ; à Caen formal , bouton , fu- 
roncle; en V. f. Furine, sorte de maladie du cheval. 

FUSTER, FDiSTER, fustiger, du 1. Fustis, d'où le fr. Fût, 
le V. f. Fus, bois; Fust existe dans son sens propre de bois 
dans CAT-EN-FUST , souricière , quelquefois cat-e.\-bos ; 
FÙTEa (se), se méfier, comme l'animal qui a été fustigé, 
d'où le fr. Fûté, fin, adroit; le fr. héraldique Fùté est pris 
dans le sens propre; focteau, hêtre, foitelaie , bois de 
hêtres, le fr. Futaie; le fr. Affût , piège , litt. arrangé en 
morceaux de bois, Affût (de canon) ; en argot Affûté, fin 
htt. qui a été pris à l'affût; raffûter (Gl. n.), ajuster; ra- 
fistoler, réparer grossièrement un objet disloqué ; rafcts 
(Bay.), vieux meubles; rafiecx, guenilles; ekfuter, mettre 
dans un fût : « N'faut pas enfùter l'hère dans l'creissant, 
parcequ'i moue; » iffûtiac , petit outil de bois; le fr. ajoute 
Fuste, Fustet, Fustiger, Futaie, en n. foutelaie, Futaille, 
Affûter ; l'a. possède Fust, fût, et mauvais goût , Htt. goût 
de fût. Fustigate; de Fust, mauvaise odeur, vient Fusty, 
chanci, Fustiness, moisissure. Du b.-l. Fustetus, petit bâ- 
ton, vient du fr. Fouet, d'où Fouetter, Fouailler , Fouet- 
teur, le n. fodatine, verge, fouatiner, fouailler; focedrail- 
ler, id., péjor. Le n. fisset, fissiao (Val.), se rapporte 
moins à Fustin qu'à Fissilis , et sign, barre d'un treillage, 
hce (V. fichier) ; de là fissetcre, sculpture, arabesque des 
bahuts , parceque généralement ils sont divisés et flanqués 
par des barres, des bâtons; de Fustis vient Fistula, flûte. 
Htt. petit bois, d'où la fr. Flûteur, Flûter. en n. flieûtre . 



I 



— 3G3 — 
n.iEUTE, en v. n. « [Et fleuste el chalenieals sonnoient. » 
(R. du M. S. M., p. 782.)!miste^flùte (à la), sans gène, 
d'où : « Etre coiffé à la mistenflùte. » « C'qui \iint d'ià 
flieùtre s'en \a du tambour; » de là affistoleb, arranger 
de menus bois; kafistoleb, réparer des meubles délabrés. 
Le fr. ajoute Fistule, Fisluleux, l'a. Fistula, Fistulous, 
Fistular; le v. f. rattache à Fustis, Fusterie, chantier, bû- 
cher. Fusto, poutre, Fustier, menuisier, etc. Quant au fr. 
Futile, il vient de Fundere, deFntilis,, qui sign. prim, qui 
laisse couler : « Canes futiles , » qui ne peuvent tenir leur 
ventre. Pour Futaine, c'est un mot dont l'ét. est déterminé 
dans le diet, de Jean de Garlande : « Fnsco, Fustaine, » 
d'où rcsTAisELLE; de ce rad. Fuscus, le fr. ne tire qu'Offus- 
quer ; l'a. en tire Offuscate, et Fuscation. 

FOUILLE à Val., feille à Av., feuille, du 1. Folium 
(<I>uXXov) : « Trembler menu coume lafuuille; » en v. n. 
Fuille : » Com fuille de tremble tote lor vie tremblèrent. » 
(T, de Chartrose) ; fcdillaiso-, pousse des feuilles et son 
époque, en a. Foliation; fcuillace, feuillage : « Entre ces 
verts fueillages. » (Sat. de Courval) ; en a. Foliage; on dit 
en a. Fuelmorte , couleur feuille-morte , qui est devenu 
Philomot ; le fr. Chèvre-feuille se dit à Av. chètre-fiin; 
FiuiLLiE, feuillée, jonchage de feuilles : « Pour la fieullye 
de la Penthecouste. » (Compte de lafabr. de Granville pour 
1586) ; une fuillie, /wé-Z/a/a, était un berceau d'arbres, que 
Stapleton traduit par Arbour ; aussi beaucoup de loc. n. 
s'appellent la Feuillie, plus encore la Folie, Haute-folie, du 
1. Fo/m^a; FuuiLLABDs, tas de vieilles feuilles; feillabd(Av.), 
feuille de fer, bande plate, longue et mince, d'où l'a. Foil, 
fleuret, d'où Foiler, vainqueur, ainsi que le v. a. Foil, 
feuilles d'étain derrière une glace, et Failles, feuilles (Hal- 
liwell's diet.); triollet, pour Trifoliet, désigne le Trifo- 
tium repens; les sorciers n. cherchent le trèfle-a-quatre- 
fecilles, celui qui sert à nouer l'aiguillette; tbêfle-d'es- 
PAG^E, trèfle rouge, comme pag>olée désigne le Trifolium 
pratense ; fouillasseb, remuer les feuilles : 

Quand mai brouillasse, 
Avri fouillasse. 

fcuiller. pousses des feuilles; fucillu, feuillu; on dit d'un 
mauvais latin ou d'un langage obscur : « Ch'est du latin 
fuuillu; n'y a qu'les ânes qu'y brôtent. »V. les compagnons 
de la verte feuillée de N. , Additions de l'intr. 



— 3Gi 



GABAKER, gouverner une gabare, en 1. Carabus (Sid.) 
canot; de là le fr. Gabari, modèle de navire, litt. de Ga- 
bare, et par ext. en n. gababi, caractère : « I n'est pas du 
même gabari, » métaph. nautique, comme « Etre du même 
calibre » est une métaph. militaire; mais comme une et. 
scand. est possible, V. orig. scand. gababeb. 

GABEGIE , tromperie : « Ce mot trivial, dit Nodier, est 
d'un usage si commun qu'il n'est pas permis de l'omettre 
dans un diet. Il est évident qu'il nous a été apporté par les 
Italiens. « Ce mot, en effet de physionsmie it., dérive du 
V. f. Gaber, se moquer, rire, du 1. Gaudere, lequel subsiste 
en pic, en rouchi., en berr. V. le mot baudoub. Le fr. n'a 
gardé de ce rad. que Gabatine, et peut-être Gabet; l'a. n'en 
a pas. Toutefois, le v. a. avait Gabbe, plaisanter , Gaber , 
farceur, Gabberies, farces, Gaby, enjoué ; en v. f. Gaboise, 
moquerie; mais le n. en possède un bonnombre : gaberien, 
farceur, moqueur de femmes; gabosseb, gabotteb, sautiller, 
sans doute des habitudes légères des gabeurs; gadolieb 
(Bay.), mauvais sujet; galibieb (H.-N.), polisson; mais ga- 
LiBiEBy sign, aussi homme maigre, or, dit M. Decorde: «Ala 
Guadeloupe on nomme Galibis les squelettes trouvés dans 
le calcaire. » {Diet. du pat. Brayon, 85), c. à d. qu'on croit 
y voir les restes des races prim, ou des Galibis ; comme le 
bref, dit Guap, plaisanterie, on peut, en dernière analyse , 
faire reposer cette famille sur la syll. Ga, qui, très-ouverte, 
exprime la joie et la raillerie. De Gaudere dérive la famille 
du V. f. Baudir, que nous avons donnée à l'art, baudoub . 
dans lequel il faut rappiocher de la place Baudange, à Av., 
la porte Baudoyer, à Paris; les ébats pop. se prenaient en 
dehors des villes et devant les portes. A Gaudere se ratta- 
che encore le fr. Gaudir, Gausser , Gausserie, le n. gads- 
seub; il y a des familles Gosse. Cf. l'a. Gibe, gausser. 

GABIER, matelot placé en vigie dans la hune , dans la 
Gabbia, mot it. dérivé du 1. Cavea, cage, en v. f. Gabio, 
cage ; donc ce mot appartient à la famille de cave ( V. ce 
mot); delà le fr. Gabion. Gabionner, en a. Gabion. De 
Cavea, Caveola, en b.-l. Gaiola , vient le fr. Geôle, Geô- 
lier, Engeoler, litf. mettre en cage; l'a. Gaol, Gaoler, Jail; 
en N. les rues des vieilles prisons s'appellent Rues de 
Geôle, par ex. à Caen, à Av. Jatte, que nous avons ratta- 
ché à une orig. scand. V. Gade , peut mieux se rapporter 



A 



— 365 — 
à celle famille, en b.-l. Gabata, (Cavata); on disait même 
cATTE à Caen, selon M. Mancel, ap. Blason pop. de N., 
p. -183; d'où GATTiERS, sobr. des Caennais delà rive gauche 
de l'Orne, parceque l'abbesse de la Trinité leur distribuait 
de la soupe dans des jattes, tandis que ceux de l'autre rive 
étaient les Cramponniers , comme ayant volé les crampons 
de la porte Milet; (iatte est dans la 3Iuse n. : « Ma com- 
mère une gatte et uneléchefritte; » gattei.ot (Gl.-n.) s. m., 
petite jatte; gattecove, s. f., gâteau, à Dieppe, selon de 
Brieux, litt. gatte creuse, si ce n'est pas plutôt gâteau (pastel- 
lum), cofi, c. à d. creux; gatte, ù Val., auge de pressoir , 
ou chaque tronçon d'un tour de pressoir; de là gatte , 
grande dalle plate, parapet, d'où « Jouer aux gattes, ■> 
pousser du pied, à cloche pied, un palet de gatte en gatte. 
V. en le modifiant par cette interprétation l'art, gatte aux 
orig. scand. Terminons cet art. en remarquant que Gaiola a 
gardé sa forme en pic, où Gayole sign, la cage d'un mou- 
lin, que Cayola sign, cage en basque, et que de là vient le 
fr. Engeôler et Cageoler, Cajoler, litt. mettre en cage. Nous 
rapprocherons de Gauge, jauge , le n. gouge et noucE , le 
renflement d'un tonneau, ce qui influe sur son jaugeage ; 
d'où Bouiu. qui est renflé au centre. C'est aussi à Cave que 
nous rapporterions gaviox , s. m. , gorge , d'où encaver , 
avaler, gavast (Bay.), brutal; gavache, id., en H.-N., 
comme dans la Muse n. : « Ils vous traiteront de gavache; » 
mais comme cette pièce est dirigée contre les Espagnols, 
les lansquenets, c'est peut-être la trad, de Gavascho jmerco 
(porc). Cf. le hoU. Ghivole, geôle; dans les vers suiv de 
la farce b. n. des Pattes-Ouaintes , Galée sign, mise en 
geôle : « Je suis bien galée et de près contrainte. » 

GABLE, pignon, le fr. Galbe, du prov. Garbi, forme, 
en esp. Galibo, de l'ar. Qualyb, moule, en v. f. Garbe, en 
a. Gabel; mais l'isl. Gafl rend possible une or. scand. 
V. gable au Gloss, scand. 

GAGIER, gager, du 1. Vador ( Vado ) , en b.-l. Vada- 
gium; gagieb, fiancer, litt. donner les gages du mariage; 
gage, dans la top. n., indique une terre donnée en mariage; 
il y a dans Gringore (Menus propos, 15e s.) , un dicton 
b.-n. : 

Si je vous dois je tous paycraye, 
Ce sont les gages de TreVières. 

Le fr. ajoute Mortage , Gageure , Gagerie , Gagiste , En- 
gager, Dégager; le v. f. Gagie, aliénation, Gagière, enga- 



L 



— 36G — 
gement; Wagerie, id.; l'a. Wage, gager), Wager, pari, 
Wages, gages, Engage, Disengage, etc. |Gage ^peut aussi 
réclamer Jauger , en n. caugier, en b.-l. Gagga, comme 
en V. n. : « 6 liv. servant à guauger; » (Vie. de l'eau de R.) 
en a. Gauge, Gauger et Gage, en v. a. Gowge, jauge. 

GAI (Val.), geai, de Graculus, on. grasseyante, ou 
plutôt du V. f. Agace, Gace, en it. Gazza, en a. Jay, 
V. agache; on dit : « Grichu coume un gai, » c. à d. mo- 
rose et agaçant ; on dit : « Les gais de Routot » (Eure) , 
selon les Prov. de Crapelel, 49. Le surnom du geai dans 
la M. est CHARLOT-GODBABT, c. à d. le gourmand; il y a 
beaucoup de familles Le Gay; le gai-des-vig]nes est le Cas- 
tagneux. 

GAINER, ragainer, ramasser, renfermer, litt. mettre 
dans la gaine, en 1. Vagina, d'où le fr. Vagin, Gaine, Gaî- 
nier; dégainer, rengainer : » Rengainer son compliment, » 
c'est refouler en soi une pensée gracieuse, un conseil; on 
dit prov. : « Selon la gaine, le coutiau. » 

GAL, coq (Bay.), et gad, id., du 1. Gallus; gal est resté 
dans un dicton railleur sur quatre mauvais vignobles dont 
trois appartiennent à la N. : 

Le vin Tranche-bouyau d'Avranches, 
Et Rompt-cheinture de Laval, 
Ont mandé à Renaud d'Argenches 
Que Coninhou aura le gal, 

C. à d. aura le coq , ou le premier rang ; Conihou était à 
Rouen un nom commun : « Arrêt du Pari, en ^ 575 sur le 
vin, sidre, poirey et conihoux ; on dit encore : « A mé l' co ! » 
c. à d. la palme , ou « J' siis 1' co ! » c. à d. le premier. 
Dans les jotes ou joutes de coqs qui avaient encore lieu 
dans les écoles il y a environ quarante ans , et ailleurs , le 
coq vaincu appartenait au vainqueur; de là l'orig. de cette 
loc, dans laquelle le scand. Coq a remplacé le l. Gal, qui 
reste dans le n. pr. Le Gal. Cf. l'a. Cockpit. Du reste , ce 
mot Gal sign, le coq en v. f. : 

Mais li Griusles ategnent com renars fist le gal. 
Qu'il saisi par le geule quant ot canté jornal. 

(Alex, de Bernay, Rom. d'Alixandre.) 

Ce dernier mot rappelle l'expression b.-n. : a Etoile jornale,» 
c. à d. celle de Vénus. Gau se disait aussi en v. f. ; « De- 
vant le jor, ains que gaus ait canté.» (Chevalerie Ogier.] On 
dit aussi jau, en hevri.Jau; gacleter, babiller comme un 
coq ; de GalUna vient le fr. vieux de Geline, poule chaponnée, 



— 367 — 
si commaiie dans les redevances féodales sous la forme de 
« Geline de regard, -> Gelinotte; en v. f. Galet, jeune coq, 
Gah'niero, volière, gelinière, Gallinis, poulailler; le Gl. n. 
donne cuerne, poule, et le cite dans une vieille chanson n. 
(Vau de Vire, p. li>o); glln^e (II.-F. ), s. f. cxcrtmenl 
de poule; la Stellaire moyenne se diUioRGEMAE, litl. pâture 
de la poule, Morsus gallinw. Le vin d'Argences , citr 
ci-dessus, figure dans le poème de la Bataille des vins, 
par H. d'Andely, -IS»; s. Phil. Augusie fait comparaître les 
vins les plus remarquables, que goù'e un prêtre anglais : 
celui d'Argences retourne sur ses pas, cl n'ose se montrer 
devant le roi. 

GALÉE, galère, vaisseau, du b.-l. Galea, mot resté dans 
les emplacements des anciens ba.ssins, comme à Rouen le 
Clos-ès-Galécs; de même à Honfleur; en fr. Galère, Galé- 
rien, Galerie, tour de la poupe, Galion, Galiote, Galéasse , 
en it. Galeazza, en esp. Galeaza, en a. Galley, Gallery, 
Gallion , Galliot, Galeas. Galée existe en fr. en terme 
d'imprimerie, planche carrée à rebord, en a. Galley, au 
môme sens; galerie.n.nk, voiture cellulaire pour les prison- 
niers ; GALÈRES , bagne , prison centrale : « Il a été es ga- 
lères ; » viE-DE-GALÊRE . situatiou pénible et laborieuse : 
« Etre à la galère, » c. à d. dans une condition pénible. 
Le mot cALÈiiE a été tiré par quelques et. du gr. raXv), qui 
dans Hesychius est une espèce de banc. V. Du Gange, V° 
Galea; mais plus prob. cependant il a une orig. scand. : en 
isi, Galeida, bâtiment léger. 

GALL dans le comp. est une forme du 1. Male et une 
partie de la famille de mi, mal. V. ce mot ; elle existe dans 
les mots péjor. comme Galimafrée, lilt. Male-mafrée, de 
MAFRER. mâcher. Galimatias, litt. Mal-maquias. de maqdieb, 
mâcher, et non pas de l'anecdote apocryphe de l'avocat qui 
confond le coq, Gallms, avec le nom de son client, Mathias; 
cALicouGKE, vilaiu borgne, à Val; caliberda, califourchon; 
CALiBAREAU. (Eurc) ïvrc; GALEFEETiER. gourmand ; galvaider, 
courir une besogne, la faire mal; galimachon, mauvais, sale 
limaçon ; en v. f. Galifre, grand mangeur. Cette interpré- 
tation annuUe celle que nous donnons de ce préfixe , 
p. 216. ii«. et celle que nous avons donnée dans l'Inlr. de 
notre Flore pop. de N., ci d'A. sur sa torme contractée 
GAD et CAD qui caractérise les nomspéj. de trois espèces de 
plantes en B.-N. : la gadvesce, gauvèche , litt. mauvaise 
vesce. VErvum hirsutvm , qui étouffe les blés, le cadchéne 



— 368 — 
et cAiQUESi\E, litt. mauvais chêne, l'érable, le caufeèke, lilt, 
mauvais frêne, le sorbier des oiseleurs; gadplumé, mal 
peigné; gacsec, pour mau-sec; gactdé, à demi-tué; gacpi- 
TRER, pétrir salement, Gaupinet,ea\. f. mal-p..., sans force; 
c'est ainsi que Mal devint Mau dans les composés. C'est 
encore ce préfixe qui donne l'ét, très-controversée du fr. 
Gauche; le n. mè(;acge sign, mal à l'aise « Je siis à mé- 
gauge, » c. à d. mal placé pour agir avec adresse, en pas- 
sant par Mesaise, Mejaige (en it. Mal-Agio, mal à loisir) . 
et MÉGAUGE. V. l'arf. aisié; gauche est adj. et sign, mal 
tourné, ne mettant pas à l'aise : « Ce bâton est gauche ou 
gauchi, » tourné de manière à gêner l'action. Ce gai (mal) 
se change naturellement en gar, comme garbodillier, bar- 
bouiller, litt. mal-brouiller, en a. Garboil, et par métaph. 
GRAB0DILL1ER, gribouiUcr, Garbure, Gargouiller , Gaspiller, 
en n. GAusriL),ER , Gargoter, Gargousse, gastouser, mal 
tondre, en n. todser, les cheveux; à Av. une bouillie de 
froment, s'appelle gaulorin. Toutefois Gar peut être aussi 
une on. Il y a un dicton n. sur Gauche : « Adreit coume 
un prêtre n., » c. à d. maladroit, parceque Saint-Gaucher 
est un prêtre de N., dont il est fait mention dans le bré- 
viaire de R. C'est à gacvesce , ci-dessus , que nous rappor- 
terions la gaze de Gr., qui désigné la même plante, en 
passant par Gauvesce, Gause , ainsi que gazillon à Val.; 
on dit aussi gauzet , gerset, en fr. Gerzeau. Ajoutons glo- 
rer (Orne), dormir mal, pour Gcm-lorer, de lorer, on, de 
ronflement. 

GALI , GALIR, lancer, jeter : « Galli du sarrasin , » c'est 
lancer les javelles sous le fléau en les secouant avec la four- 
che; GALissouR, ousE, celui ou celle qui galit; il se disait en 
v. f. : « Et ses banieres fors gali, (Mouskes, Chron. rimée, 
v. ^9805); de même on dit : o J'vas t'gali d'hors, » c. àd. 
te jeter à la porte; du 1. Jaculari , d'où le fr. Jaillir: ga- 
LiNE, s. f. , le jeu du bouchon et le bouchon lui-même , 
qu'on lance, qu'on galit; galboche, id,; du reste, le pic. 
Galir, pour Agalir, sign. niveler, rendre égal, peut rendre 
compte de l'opération ci-dessus pour le sarrasin, parceque 
Galir est éparpiller, étendre les javelles , en n. égailler , 
répandre également, niveler, éparpiller : « Egay'ous, mes 
gas ! » commandement de Jean Chouan à ses soldats, de- 
vant le canon des bleus ou républicains. De Joculari vient 
Jongler, de Joculator, Jongleurs. V. ega : G prend souvent 
la place de C : ainsi Glistère , clistère , en a. Glister : 
« Issues glysters and scarifications. » (Boyle's works.) 



— 309 — 

GALILÉE, s. f., scène de la Passion, peinte ou sculptée 

dans les églises, par ex. la galilée de Poilley (M.), ou scène 

du Jardin des Oliviers : « Galilees, wliere the processions 

ended, » dit Fosbroke dans son British monachism, 20S. 

GALOUX, galeux, du 1. Callus, durillon : « Qui s'seut 
morvoux se mouche; qui s'sent galoux se gratte ; » « Res- 
ter dans un coin comme une brebis galouse; » on dit pop. 
en fr. se galer, se gratter; le bedegar, produit de la mor- 
sure du cynips rosea, se dit en n. galle du rosier; ainsi en 
a. Galljlij, mouche à galle, désigne cet insecte qui produit 
aussi les galles du chêne; ainsi le fr. Galle est le même 
que Gale; gàlir (Si Lo), gâter, user par le frottement; l'a. 
Gall, écorcher, a peut-être du rapport avec cette famille ; 
« Malin coume la gale. » « I n'a pas la gale aux dents , » 
c. à d. mange beaucoup ; on dit encore : « J'nai pas la gale 
es dents, » c. à d. on peut boire dans le même verre que 
moi. Il y a à Val. un jeu qui rappelle le « Scabies extre- 
mum occupet » des Romains; on crie aussi « Gale au der- 
nier! On dit « donner gau » à. celui qui est le dernier, et 
qui est , par ce cri et la tape qui l'accompagne , mis hors 
du jeu; à Bay. gèbe, gale du chat. Le fr. a gardé le 1. 5m- 
bies dans la Scabieuse; l'a. dans Scabby, galeux. De Gale 
vient le n. galon, à Val. malon, ou croûte jaunâtre et bro- 
dée d'un ulcère; GALODiNER, revêtir d'unc gale, d'où le fr. 
Galon . Galonner, en a. Galloon. 

GAMELLIER, qui mange à la gamelle, du 1. Camélia , 
vase de bois courbe; on dit : « J'navons pas magii à la 
même gamelle, » c.àd. été nourrisàla même table, mais avec 
une nuance de mépris ; gargamelle (boire à la). Av.. c. à d. 
vider d'un trait le vase ; de là la Gargamelle de Rabelais. 
Gamelle, Camélia, se rattache au rad. Cam, courbure. 
V. combe; nous rapporterions à Gamelle le n. gamélie, gaa- 
nelie , ce qu'on peut mesurer de blé ou d'autre chose sem- 
blable dans le creux des deux mains rapprochées; on trouve 
en V. n. gallesuie, selon M. Delisle , Et., p. 568 , qui n'en 
cite que cet ex. : « Cum xiru gallesuies salis albi; n mais 
nous soupçonnons qu'il faut lire Gallesnie; enH.-N. laGAL- 
LENIE s'appelait archet {Vie. de l'Eau de R., 239); il y avait 
en b.-l. une mesure dite Jalogneus , et en Fr. -Comté la 
mesure des deux mains est la Jaloignie, le mot n. adouci , 
et Jegneux en pic. est un pot de terre de cette mesure; de 
Gallenie vient le fr. Gallon, en v. n. galon, mesure qui a 
valu deux ^jo^e/s ou deux litres environ, d'où l'a. Gallon. 



— 370 — 

Plaçons ici, d'après le Gl. n. gassot, petit vase, petite ga- 
melle, qui est le nom de Gassot , maire de Bourges , au 
-17e s. , qui en prescrivit l'usage : c'est peut-être le Gac/ion 
du V. n. : « Trois gâchons de fourment. » (Cartul. de Vi- 
randeville.) Ajoutons une mesure pour la crème, en usage 
à Pont-Audemer, la gouyèbe, et déjà connue au ^5e s.; (A. 
Canel, Hist, de Pontaudemer, i, -104) c'est le fr. Aiguière. 

GANGRENOUS, cangkenous, gangrené, du gr. TaYypatva 
(rpaivoj , manger,) en 1. Ganyrœna ; cangkè.ni: , gangrène; 
cAîNGBENER, gangrcucr ; eu a. Gangrene, Gangrenons, 
comme en n. gangkene : « La cangraine se mit dans son 
bras. » {Avranchin, n, 486.) 

GANNE, traître, félon, du 1. Ganeo, mot resté dans les 
u. pr. et dans les nombreux chateaux-gain in es. ganinière , 
enganînerie de la top. n., lesquels attestent quelque félonie; 
ainsi le Chàteau-Ganneà la Haye-Pesnel, célèbre par la ré- 
volte de Foulques contre Saint-Louis, aux troupes duquel, 
selon la tradition, il échappa en faisant ferrer ses chevaux 
à rebours. De là dans nos vieilles épopées lestraitres Ganne, 
Gannelon, etc. ; en v. f. Ganelet, traître ; un vieux prov. dit : 
« Traître comme Gannelon. » 

GAQUIÈRE, GAQCiiRE, jachère, en v. f. Gasquièrc: « De- 
mie acre à gasquière arer. » (Liv. des Jurés deSt-Oen), du 
1. Jacitura, terre qui doit se reposer, de Jacere, d'où lefr. 
Gésir, Gisant, Gite, en n, giixe, en v. f. Giste, Gésine, en 
n. gégiine, Gesse, plante rampante, Jacée, id. , Giton , Ja- 
centes (terres), Adjacent, etc. A Val. :Fairedelagaquiire,« 
c'est une façon spec, donnée à la terre , c. à d. labourer 
sans semer, en v. f. Gacherte (terre), labourée, non semée, 
sens que ce mot a dans la citation ci-dessus. A Val. gîte 
sign, saison, chaleur des animaux : « Cette chienne est en 
gîte, c. à d. gisante; gîte, soliveau , litt. bois gisant : D. 
François appelle Gettes , Gites , les chantiers. (Diet, ro- 
man, -13-1). Du rad. de cette famille l'a. n'a pas de mots 
vraiment pop. et anciens : il n'a que Jacent, Adjacent, Ad- 
jacenc7j; mais on trouve Gest dans Shakspeare avec le sens 
d'étape : « Behind the gest. » (Winter's tale. Act. i. 2) , et 
en argot a. Agist sign, paitre, c. à d. giter en un lieu. 

GAUFRE, pron. Gaôfre, du b. 1. Gafrum, litt. gateau 
ferré; on l'appelait encore pain ferez; ce mot se rattache 
donc à FÉ, fer et gatet, gâteau (Pastellum). V. Paitre; en 
a. Wafer, gaufre, pain à cacheter. De Gaufre , pâtisserie. 



— 371 - 
A'ieul Gaufrer (une étoffe) ^Gaufreur, Gaufrier, Gaufrure. 
11 y a en n. des familles Le Gaufre , Le Vaufre. 

GAUGUE (noix), grosse noix, du 1. Jitglans ; riiorlicul- 
lure cite encore le Noyer de Jauge, dont le fruit est très- 
gros; GADGuiEB, noyer; ce mot existe en v. f., en pic, en 
rouchi ; l'a. Walnut, grosse noix, renferme sans doute cet 
élément, et. plus probable que celle que nous avons donnée 
au gloss, germ, à l'art, gault. 

GAULOUR, celui qui gaule, pron. Gaôlour, du 1. Cau- 
lis, tige, perche, en a. Goal, en v. f. Gole, en pat. a. Gaul, 
levier; gaclot, s. m., petite gaule, gaulis; valot (Gl. n.) , 
id., d'où VALOTEU, gauler; taule (Bay. Pluquet) , gaule; 
vauleu, gauler; en argot gal'lé, s. m., cidre; aussi l'on dit : 
» En N. on vendange avec la gaule. ■> De valot vient 
vAnoT, bâton à serrer une corde, d'où le fr. Garotter, l'esp. 
Garotta, en v. fr. Waroquier et Waroqueau, gros bâton ; 
de là peut aussi venir le n. varou, verrou, qu'on peut ce- 
pendant rattacher, à cause de varouillier , verrouiller , au 
prov. Baronl, barre. V. barre aux orig. celt. 

GAVELLE, javelle, en 1. Javella, dans les doc. a. n. 
GaveUa, par ex. dans Fleta; « Ad pi-imas gavellas, » {Le 
Gracl de Vatteville, f. 96), d'une forme du 1. Capula, poi- 
gnée ; GAVELER, javeler; gavelcur, javeleur ; gavelot, petit 
râteau attaché à la faux ; dans le pat. de l'est de l'A. , on 
dit Gavel; Halliwell dérive l'archaïsme a. Givcïed, de l'a. n. 
Gavele. Par sa racine, ce groupe rentre dans la famille de 
Capio. V. CHIPER, GocriL et giebbe, et ajouter à ce dernier 
ouEr.BELOT , insecte parasite des bêtes ovines. 

GAVILLEUX, dangereux, qui demande de grandes pré- 
cautions, du 1. Cavillosus {Caveo); de ce mot, dans le sens 
de railleur, vient goiviller, se moquer en face, que 
MM. du Méril tirent du bret. Gival, mauvais, risible; 
couviLLER, se moquer, à Mortagne : en fr. Cavillation ; 
en a. Cavil, Cavillous, Caviller. 

GAZIER, sobr. d'une commune de l'Orne : « Les gaziers 
de Tanques. » Gaze dérive de la ville de Gaza (Du Gange) ; 
en a. Gauze, forme qui fait croire qu'elle existe aussi en n.; 
de là le fr. Gazer, Gazier, fabricant de gaze. Quant à Ga- 
zette, il dérive de l'it. Gazeito , petite pièce de monnaie, 
du 1, Gaza, richesse; Gazetticr, en a. Gazetteer: on dit 
en B.-N. d'un cheval qui reste attelé sans débrider, « qu'il 
lit la gazette. » Gazette prévaut sur journal dans la langue 



— 372 — 
pop. : • Lire sur la gazette ou sur les papiers : » en a. : « on 
papers. » Quant à Gazette, enveloppe de moule de porce- 
laine, c'est le fr. Cassette. V. case. 

GEBLINE, martre, en fr. ;Zibeline, et martre zibeline, 
fourrure qui formait dans les armoiries le noir ou sable ; 
or, ce mot , d'où s'est formé Sabeline, Zibeline, vient de 
l'ar. label, noir; on trouve dans un doc. n. du ^3e s.: 
« Je. Gebeline; » de là le n. pr. Gebelin. 

GEINDRE, GEiGNiEB, gémir, du 1. Gemere, en passant 
par Gemre ; racine on. V. gefgnier; geigkgcs, gémissant; 
GEiG.^iEBiE, plainte ennuyeuse et lâche, gémissement ; en fr. 
pop. Geindre, garçon boulanger; plus directement du 1. 
Gemere vient le n. gimeb, himeb, pris en mauvaise part, 
pleurnicher; gimard, pleurnicheur; gimous, id!.; l'a. Gitnmy, 
Gim, freluquet, pourrait venir du n., d'où Gimrack, joujou. 
Lefr. Ginguet, chétif, vient de Geignier, sign. litt. plaintif, 
gémissant : de là le v. f. Ginet, peu à peu, avec peine, en 
geigna7it. 

GELIN , froid de tempérament , geslin , id. ; commun 
dans les n. pr., du 1. Gelidus, Gelu, d'où l'a. Gelid, gelé, 
Gelded, châtré; or, le n. celi.\ s'applique spec, aux che- 
vaux ; de là le fr. Gelée , d'où l'a. Gellij , gelée de viande . 
Gélatine, Gélatineux, en a. Gelatinous, Gelivure, dontlen. 
a l'adj. gélif, endommagé par la gelée, avec la var. Ogif; 
le n. ajoute e^gelé, gelé, comme dans la Ronde des Cousi- 
nettes: « Vous êtes un engelé; » (Intr., 332) d'où le fr. En- 
gelure; GEALE, dans le Gl. n., sign, engelure, d'où eagea- 
LELx. ibid., qui a des engelures; dégelée, rossée, comme 
on dit : « J' vais te dégourdir, » c. à d. frapper; on dit : 
« A la Saint-Vincent, tout dégèle ou tout fend; •) (Pluquet, 
Contes, etc., 130) « Blanche gelée en decours, de l'iau sous 
deux jours. » déget, dégel , à Val. debet, et dégeler s'y dit 
débeteb; déceleb, mourir, dans un sens plaisant : « Il a 
dégelé bien du monde depuis queuque temps. » galir et 
galer , geler : « Je suis gali de fred et d'iau ; » de là peut- 
être Galetas, lieu où l'on gèle ; mais l'a. Garret semble 
donner, en se rapprochant du fr. Guérite, le lieu où l'on 
guette, où l'on garde, c. à d. sommet; on le tire aussi de 
l'arabe Galata, en v. f. Galatas, chambre; quoi qu'il en 
soit, de là vient le n. GALATixNE(être en) , c. à d. garder le 
lit. la chambre, avec la nuance railleuse. 

gliace, gliache, glace, d'où l'a. Glass, et même Jce, 
la syll. forte, dul. Glacies; de là le fr. Glace, miroir, Gla- 



— 37H — 
cier. Glacière. Glacis. Glaceux, Glacial, d'où lediclon : "A 
Noet souvent les moquerons ; à Pâques souvent les glia- 
chons; » (V. Pluquet . Contes, 12'i) Verglas, litt. verre de 
terre, de l'ail. Erd-Glas; glachier , glacer, en a. Glaze; 
GLiACHON. glaçon; glacier, verrier, doit exister quelque 
part, du moins c'est en a. Glazier, auquel s'ajoute Glassy, 
vitré; glucerie, gliacueuie, place où l'on travaille le verre, 
se trouve dans la topog. n. , par ex. la Glacerie , près 
Cherb. . ancienne fabrique de glaces de Tourlaville; gla- 
cière, ici ; on trouve aussi des lieux dits rodteillekie. 

GÉNI. ingé.m, esprit, intelligence naturelle, génie, du I. 
Genius, Ingenium, de Geno, produire, d'où la branche fr. 
Genre. Général, Génération, Engendrer. Généreux. Geni- 
tal, Genilure, Ingénier, Engin, Ingénieur, Ingénu, etc., et 
la branche a. Engender, Gender, General, Generation, Ge- 
nital, Genius, Genuine, Engine, Eyigineer et Gin (engin) , 
trébuchet; la branche n. gem , ingem, ci-dessus, gênée, 
nombreuse famille , comme dans la Muse n. : 

Salve pater, mater et loule la gênée. 
gè?«e (coq de) (Pontorson), coq de race . coq de combat , 
usité au-delà du Coësnon , en Bret.; gérera, général; 
gendre, genre. Ajoutons le fr. d'orig. grecque Genèse, Gene- 
thliaque. Généalogie, en n. génulogie, spec, l'évangile sur 
la généalogie de J. G. , en a. pron. de même pour la se- 
conde syll.. Genealogy ; gigogne (la mère), type d'une mère 
très-prolifique, spec, aux marionnettes et aux ombres chi- 
noises; mais d'autres ramifications partent de ce radical 

GENS, du I. Gens (geno), dans le sens prim, famille, pa- 
rents : « Nous gens » sign, nos parents par le sang , par 
ex. : « 01 a laissié s'n'homme pour ertourner cheux ses 
gens; » en fr. Gent, nation. Gens, personnes; delà Gentil, 
Gentillàtre, Gentilhomme, Gendarme, Gendarmer, Gent, 
fém. Gente, en v. a. : « A lady gent. » (Spenser), ex. de 
I'adj. après le subst. en a.; en éc. Genty, gentil; en n. 
GENTi, gentil; gentiment, joliment, en a. Genteel, Gent, 
Gentle, Gentleman, Gentility, Gentry, etc. . en v. a. Gen- 
darmes et Gendarmery : « To have the gendarmery and 
bands of horsemen. » (Shype, en 1551). Dans les dictons 
n. où entre le mot Gens, on remarque : • Coume disait Da- 
gobert à ses chiens : N'y a si bouennes gens qui n'se quit- 
tent. ') De gent. joli, on tire le fr. Agencer , arranger, en 
b.-n. GENCER. qui a le sens de ranger , ranger de côté : 
» Gence-té » se dit comme sign, fais place, gare ! à Vire il 



a un sens plus él.. celui de \ètir; 'on le disait en v. f. : 
« Recognoissez lesdicls de nostre maistre , et vous genccz 
iiour lou remède y mettre. {Légende de Faitfeu.) A Guern. 
GEiNSAGE ou LABGESSE est un élargissement du chemin où 
l'on peut se gencer, se ranger; c'est l'ancien fko. 

GENAiE, s. m., genêt, en 1. Genista (geno); genesteelle. 
\q Genista tinctoria, ou Genêt des teinturiers, cnfr. Genes- 
irolle; genétaie, s. f., lieu planté de genêt; genètel, id.; 
GE.NÊTET, id. : « Est de peu de valeur, car elle est plaine de 
feugieres ou de geneitais. o (Delisle, Et. 288) Il y a des 
familles Plantegenest en B.-N. 

GENcniVE, gencive, en I. Gengiva, du 1. Gigno, ce qui en- 
gendre les dents ; l'a. a du rad. 1. l'adj. Gengival. 01. Bas- 
selin , p. 173. a introduit le mot latin dans une chanson 
farcie : 

Aïais toujours le vin 
Lavet gingivas. 

GENIEUVRE, GE.MiYRE, genièvre, du 1. Juniperus, en 
a. Juniper, en v. f. Goievre : « Genès, genevre , seu , ron- 
ches... » (Rôles de V Echiquier, it, -123); de là génevraie . 
s. f., lieu planté de genévrier; il y a unlieudit Jennevray, 
près de Vernon; dgik-ne (M.), liqueur de genièvre . venu , 
d'après la pron., de l'a. Gin, id.; ainsi à Jercey, feu, feu. 
vient de l'a. Fire, dont il est la syll. forte et finale. 

GÉNOTTE (M.), racine bulbeuse , de la forme et du 
goût de la noisette, du Geum bulbocasianum , et la plante 
elle-même; dans la S. -Inf. jarinotte; dans le Berry Anotte; 
en pic. Ernoite, selon le Botan. cuit, (iv, 227); en Bray 
gebnotte ; il semble que la finale de ce mot est notte , 
NONOTTE, noisette , en a. Nut; quant à la première syll. . 
c'est peut-être jar, oie, litt. noisette d'oie; ainsi certaines 
plantes des haies et du bord des chemins sont consacrées à 
l'oie, comme l'Anserine {Potentilla) ; toutefois nous préfé- 
rons l'étym. par son nom fr. actuel Terre-noix, Ternotte, 
Gernotte : c'est aussi son nom en a., Earth-nut. 

GENOUIL , genou, du l. Geniculum, de genu (Tow, 
ayxojv, angle,) d'où l'a. Kneel, agenouiller, Knec, genou , 
le fr. Agenouiller, Genouillière, Genouilleux, Genuflexion, 
le n. A GEiN0T]ii,L0?is, loc. adv., pour à genoux, par ex.: 
« Marchier à genouillons; n il faut donc écrire en deux 
mots ce vers du Roy Sueine, édité par M. Trébufien : 
« Agenoillons ce dist le livre; » comme dans ce vers du 
R. du M. S. M. : « Devant l'autel à genoillons. » (V. 157.5). 



— 37:i — 

liE.NouiLLiER, foulcr du gcnou : « Genouillier une guerbe;» 
r.E.NODiLLET , VAlopccurus geniculatus ; mais L. du Bois 
applique ce mot à la Veronica hederœfolia; cenouilion, 
p.m., genouillère; c'est une formule de vénération usitée 
à Val. : a No devrait s'mette à genouil par iou qui passe. » 
On dit encore : « Nu coume un genouil ; » ivoi'Non , terme 
enfantin pour les genoux des bébés. 

GENRE, gendre, du 1. Gêner (ra[x€poi;); on dit aussi 
GENDRE : « Faire d'une bru deux gendres, » dicton de 
l'Orne, syn. de frapper d'une pierre deux coups, ou de tirer 
d'un sac deux moutures. Le mot Biau-fils prévaut , rare- 
ment Fillâtre, en a. Son in law, fils devant la loi. 

GERCE, GERQCE, brebis qui n'a pas porté, brebis en 
gén., du 1. Vcrvex : « xxxj jersias. xxiiij arietes; » (Char- 
iul. S. Trin. Cad., fol. 29; Cf. l'insecte appelé Gerce, d'où 
le b.-l. Berbicarius , berger, en n. bebgieb, d'où Berge- 
lonnette et Bergerette, si communs dans les chansons pop.; 
de là Bercail ; le n. bebca désigne l'espèce ovine : « L' berça 
s' vend biin anié; » (aujourd'hui); on appelle une vieille 
fille : a Vuuille gerque, » à Av. jabce; quant à Bergeron- 
nette , oiseau , c'est sans doute l'oiseau des berges de ri- 
vières, d'après ses habitudes. Cf. le 1. Berbix (Pétrone). 

GERCHIER, gercer, en v. f. Garser, inciser, scarifier, 
lilt, avoir un eschare, Eschara, d'où Scarificare, découper 
la peau; gebchedbe, gerçure, ou à'Excoriicare, écorcher, 
en n. ecorchieb, gobchier, gerchier, gercer. 

GÉROUFLE, GÉBOFLE, girofle : « Cliou d' gérofle, » de 
l'it. Garofolo , en arabe Garonfel ; mais, selon Linné, de 
Kapuov, noix, et <I>uXXov, feuille; GEBOFuiE, giroflée : «Ge- 
rofliie à chinq branches , » c. à d. une claque de la main 
ouverte; gerooflier, giroflier; en a. Gillijlower. 

GEYANT, géant; getane, géante, du 1. Gigas (rtyac, fils 
de la terre, yy) , yiYvop.ai) en a. Giant, Giantess; de là 
le fr. Gigantesque , en a. Gigantick; le v. f. disait Gyens: 
« Ny estoyt homme ne femme fors seet gyens ; » (Chron.fr. 
ms.) l'ancienne forme n. était Gigant, resté dans les n. pr. 
Le Gigan et Jugan. V. dans le R. de Rou, v. 7774 , l'hist. 
d'Auvray le Gigant , 

Ki eut nun Auvere Gigant. 

GIBET, de Far. Gibel, hauteur, en a. Gibbet ; nous ne 
citons ce mot fr. et n. que pour signaler des n. loc. qui 
rappellent des lieux de pendaison , par ex. : la Lande du 



— 376 — 
Gibet, près Val. ; le Mont patibulaire , pi\;s St-Helier, à 
Jersey ; la Brière de la Justice , près Mortain ; ailleurs , les 
Fourches, les Piliers, le Champ des Pendus, etc. 

GIBIÈRE, gibecière, du fr. Gibier, du 1. Cibarium, en 
V. f. Gibacier, large bourse; giboïeok (Val.) , marchand de 
gibier, en fr. grand chasseur; gibieux, giboyeux; de là le 
fr. Giboyer, Gibelotte, en n. giblette, en a. Giblets, 
abattis. Giberne, litt. sac à gibier. Le fr. Ciboire ne vient 
pas du 1. Cibus, mais de Ciborium (Ktêwptov), coupe, 
gobelet. 

GIBLOU, forme pop. du nom d'une loc. voisine de Li- 
sieux, Gemblours, usité dans le dicton : « Le bon Dieu de 
Giblou , » c. à d. une divinité dérisoire ; on appelait la 
Chronique de Sigebert de Gemblours, Chron. de Sig. de Gi- 
blou. (Gl. n.) 

GIBOU, en v. f. bossu, du I. Gibbus, bosse, n'existe 
que dans les n. pr. n., ainsi que Guibout et Gibon ; en fr. 
Gibbeux, Gibbon (singe), Gibbosité, en a. Gibbous, Gib- 
bosity, Gibbousness, et peut-être Gibbe , vieil animal, le 
propre de l'âge étant de courber, de voûter, Gibcat, vieux 
chat. 

GIGIER, GIBIER, gésier, tiré direct, du 1. Gigerium; en 
pic. Giger et Gigier, Giger en rouchi , Gigi dans le Jura , 
Gigier dans la Meuse : au ^ 6e s. on employaait ce mot : 
« Le gigier qui toujours renouvelle. » (Le Rocquez, Mir. 
de l'Et.) On appelle gigîer-de-gabs (mâle de l'oie) les 
galets, ou cailloux roulés ; on dit par injure : « Tu n'as pas 
d' cœu ; lu n'as qu'un gigier. » En a. Gizzard, gésier. 

GIOGRAPHIE , géographie , giomètre , etc. , mots fr- 
pron. en n. comme en a.; giomètre, spec, mesureur de 
terre; Géomance n'existe pas dans la langue pop., mais 
on pourrait peut-être trouver le v. f. Ingromance, nécro- 
mancie. 

GIORGIN, georgin, dim. de George ( rsojpyoç );" geor- 
gette, GEOBGiNE, fém. de George; il y a plusieurs dictons 
sur ce saint: « A la St-George, le blé dans la gorge. » 
« A la St-George, seume ten orge. » Ce saint s'appelle, 
comme plusieurs autres, d'un nom très-familier, Georget, 
Marquet (Marc); c'est ainsi que ces deux saints, avec 
Jacquet (S. Jacques), sont appelés près de Paris les saints 
vendangeurs. Ce nom est devenu jore ; il y a des familles 
St-Jore dans l'Av. , et aussi joire : 



Devant Baieues, à St Joire, 
Ço conte cil ki sel l'esloirc. 

Il s'agil ici de l'église St-George, près Bay. ; St-George-de- 
la-Rivière, arr. de Val. , était autrefois « St-Joires-en- 
Bauptès. » {Eeg. de la Haye du Puits, ^oe s.) 

GIRE, Gilles, prén., du I. S. Egidius, comme dans cette 
chanson n. du recueil de L. du Bois : 

Venus sommes du Vau de Vire 
En pellerinage à Saint-Girre, 
Jésus nous gard' d'encombrer. 

De là le dim. gibot. gibaid ctlefem. cirltti;; mais ce nom 
est devenu syn. de niais, faiseur de farces, paillasse: delà 
GiBiE, grimace, farce; «r.^id, girotin, farceur, grimacier, 
dans le Bessin, selon Pluquet (jR. de Rov, i,24l); gibot , 
niais; girette, niaise; le pat. a. gardé le n. girie dans la 
forme prim. Gilry , tromperie (Halliwcll); delàlefr. Gille, 
homme qui a l'air niais, paillasse des trétaux, et la loc. 
« Faire gile, » s'en aller, s'enfuir, loc. que l'on dit tirée de 
Gilon, prince du Languedoc, qui s'enfuit de peur d'être 
roi et qui fut canonisé sous le nom de St-Gilles ; le mal 
St-Gilles est le cancer. On dit comme adage de menage : 
» A la St-Gilles, prends quenouille et file. » En n. gille, 
s. m., espèce de jeu de cartes : « Jouer un lourde Gille, » 
c. à d. une perfidie; aussi en v. f. Gile, Guile, perfidie, 
hypocrisie, en a. Guile, d'où peut-être Guilt, coupable, du 
moins, Richardson l'yrattache; l'a. GmZ/, tromper, enest une 
forme, ainsi que Goule, et Gear, colifichet, peut représenter 
la girie du n. ; Gile se trouve dans une pièce anglo-n. ap. 
Th. Wright's, Political songs, p. 50 : 

Et sire Jon d'Ayvile 

Que oncques aima treyson ne gilc. 

De là le fr. Gilet, litt. habit de Gilles, en v. f. Gilière , ba- 
teleur. En pat. a. Gilour , trompeur , en v, a. Giloure : 
« Giloures of the people. » (Halliwell's Diet.); le même 
cite Guilery, tromperie , usité dans le comté de Derby ; 
c'est plutôt au v. f. Guile, tromperie, à Guileor, que nous 
rapporterions le type de Guilleri qu'à Gala. V. ce mot. Au 
V. f. Guile se rattache len. pr. Guillon, Villon, fourbe, que 
l'on a tiré du poète Villon , ou qui a fait croire que ce 
n'était pas son nom de famille, mais ce dernier point est 
contredit par les deux épitaphes que ce poète « de la Mathe- 
Gaudie, de la pinse et du croc • a laissées de lui-même. 
fV. édit. Jamet, ^99); mais ce nom, qui offre un rapport 



— 37S — 
sensible avec sa vie el son caractère, n'a peul-êlre pas étr 
sans influence sur lui. Quant à Matte, ci-dessus, d'où 
vient le fr. Matois, et les « enfants de la Malte » étaient 
les filous, c'est sans doute le v. f. Maque, marchandise, qui 
nous a laissé Maquignon. 

GIROUNÉE, GiRocNAiE , s. f. contenu d'un tablier, 
c. à d. du giron, dul. Gremium, par metath.; aussi dit-on 
encore gerocnée, de même en \. f. ; Cf. Gironné , terme 
héraldique; en ce sens, l'a. possède Giron. On dit aussi 
GRONÉE et grevée; en pic. Gron, giron : « Ses grons d'herbe 
a la dame emplie. (G. de Coinsy.) Ajoutons lefr. Grémial. 

GLIAI, GLAT, l'Iris pseudo-acorus (Flore de N., 3^ édit.. 
p. 303j; GLIAI, id., abrév. de Glayeul, du 1. Gladiolus, de 
ses feuilles ensiformes ; de Gladius vient le fr. Gladia- 
teur, Glaive, en a. Glaive, Gladiator, en v. f. Gloujou, 
glayeul. 

GLIAND, gland, à Av. liand, du I. Glandis; gliandee, 
glande, en a. Glanders, morve, et Gland, glande; glian- 
DRÉ, glandé ; gliander, recueillir des glands et nourrir de 
glands; gliakdée, glandée; glian; age, s. m. action et droit 
de recueillir des glands; gliand dans le sens collect. : «N'y 
a pas d' gliand c't' annaie. » Le fr. ajoute Glandule, Glan- 
duleux, l'a. Glandule, Glandulous, Glans. GLiA?iE,V. grai- 
jiiB. AGLiANTiEB, églantier, en v. f.Agland pour gland, son 
fruit ressemblant à un gland. 

GLIOIGE , GLioER, gloire, mot popularisé par les chan- 
sons militaires et par la liturgie; glouiette, église consa- 
crée à la Vierge : il y a une Gloriette à Caen ; on appelait 
Gloriette, en v. f., de Gloire, magnificence, apothéose, une 
chambre sur un navire, sans doute prim, une chapelle à la 
Vierge; en v. f. aussi G^n'g^fe, maison de plaisance; ainsi 
dans Parth. de Blois, v. 6908 : 

Une moult bien painte cambrelle, 
K'Urrake nome gloriele. 

GLORIA, coup d'eau-de-vie par lequel on termine le café, 
comme Gloria Patri termine l'office, selon le dicton : «En 
la fin se chante le gloria; » on dit : « Ch'est coume Gloria 
Patri, no l' trouve partout. » glorefier, glorifier, comme 
en Y. n. : « Dex, sire Père, ton saint nom glorefie; » (/?. de 
Rou, V. 4378) ; glorieuseté (Gl. n.) fierté ; gliobiole, glo- 
riole; GLioRiois, fier, glorieux; on dit : « Battre glorious, » 
c. à d. faire le vainqueur, loc. sans doute tirée du coq vie- 



— 379 — 
iorieux. et qui sign. b'él)a11rc glorieux; en a. Glory, Glo- 
rious, ijlorify. 

G LÏOSER, se dit des premiers gargouilleiiicns de l'cu- 
fant, premiers rudimens de la parole; c'est une on. très- 
primitive , de là le gr. FXwaaa, le fr. Gloser, Glose, Glos eur. 
Glossaire, Glossateur, Glotte; en a. Gloss, g\o&e, G lossari/, 
Glottis; de là encore le fr. Dégoiscr. V. l'on. oloc. 

GFJU, glu, du I. Glus, glutinis, colle, d'où le fr. Gluer. 
Gluau, Glulen, Engluer, Agglutiner, Dcglucr, en a. Glue, 
colle, glu, Glue, gluer, Gluey, gluant, en n. giiuer, gluer, 
c.LiDEnx, visqueux; gliu, le gui dont les baies donnent la 
glu; GLUTENiER, GLCTiEB, S. ui., 1a bardauc, dont le capitule 
accroche facilement, autrement Grateron; ces mots dési- 
gnent aussi le Galiet aparine; olot, glotte (terre) collante, 
jKin émottée ; oioiTANT. collant , en parlant du sol; peul- 
ôtrc de là les nombreuses loc. n. Glos , latinisées en Glo- 
tium-, Glocium, Gloscium. La Muse n. emploie fréquem- 
ment unmotqui nous semble venir de Glu. gluiîer (V. ci-des- 
sous.) Le Gl.-n. dit alise, tourbier. Ajoutons le fr. Glaiser. 
Glaisièie Glaire, Glaireux, Glaise; V'à.Clay, argile, est la 
syll. forle de Glaise, d'où Clayey, glaiseux; il a aussi 
Glaire, glaire. Du n. glise, argile, terre visqueuse, vien' 
le fr. Glisser; Glissade, Glissement, Glissoire, en n. gli- 
ciiiîiR, glisser, glicoade, glissoire, glicheresse, id., glicok- 
BiE, manie de glisser, en a. Glib, glissant, Clid, glisser; 
comme un orig. on. est possible, V. glichier. glumek, sign, 
litt. prendre à la glu, comme dans ce vers : 
J'étais glumé et pu niais qu'un oizon 
On trouve ailleurs : « Pour plaire o siècle il faut glumer 
sans cesse, » c. à d. voler, ruser, prendre à la glu; au.ssi 
glamlt, glaimet fG/.-w.J, la logette pyramidale de bran- 
chettcs pour prendre, englumcr les oiseaux. Toutefois. 
MM. du Méril donnent à gieumeb , du Coup-d' œil purin, 
p. 62, le sens d'engloutir, deux on. analogues; dans le 
Gl.-n., GLiM (Eure), sign. Crêpe, espèce de pâtisserie, et 
un autre glam du même gloss, désigne pour Bay. la Fru- 
tercula arctica. Une branche de cette famille sort du 1. Glis, 
glilis, argile, qui est au fond identique avec Ghis. 

CLUSE (Val., Coût.), argile, boue, tenace, en fr. Glaise, 
du I. Glis, terre grasse « El sablon et en la glise. o V. 2420 
{Best, divin) ; on trouve dans les rôles n. Jo. de Glesiis et 
des familles de G//50^vw; gliisous , glaiseux : <i Assis es 
terres glisouses; « lise (BaicduM. S. M.), boue dos chc- 



— 380 — 
rains et spec, sable mouvant, d'où engliiser (Coul.) , enli- 
siER (s') (Av.), se prendre dans une lise, un bourbier; il y 
a sur les rivages, mais dans les terres , à Pontaubaut, le 
village de la vaqde enlisée; lisocs, glaiseux. 

GODAN, mensonge joyeux, piège, du 1. Gaudere, mot 
qu'il faut reporter à sa famille; V. gaber, usité à Val., 
selon MM. du Méril : « Donner dans le godan; » (Did. 
dupât, n.); à Mortagne, godences (Gandentia), contes pour 
amuser; à Gausser se rattache gaesse, mensonge pour rire, 
d'où : (( Etre à sa gausse (Bay.), c. à d. à son aise, à son 
plaisir; ainsi M. Chassant l'interprète par Joie dans ce 
vers de la Muse n. de Petit : « Je serais à ma gosse. » 

GOITE, pron. fermé, du 1. Guttur; goîtrods, goitreux; 
en a. Hernia gutturis, goitre; de là le fr. Guttural, l'a. 
Guttural ; Gmiis, gcitus, gosier. Le v. n. avait Goitron, 
gosier, comme dans ce vers ^285 du Best, divin : 
Puisqu'il les tient en son goitron, 
Toz les dévore cet larron. 

Le goitre est un des caractères des crétins, c. à d. chré- 
tiens , V. cHRiT, parcequ'ils sont regardés par le peuple 
comme des saints; on dit dans l'Av. : « Des tours d'ANiÉ- 
cHBiT, » c. à d. très-méchants, diaboliques. 

GONDOLER, donner des formes arrondies, spec, pour 
le bois, du fr. Gondole, dérivé du gr. KovSu , vase, en a. 
Gondelay et Gondola, en it. Gondola : de là le fr. Gondo- 
lier et Gondole, vase à boire, le sens prim.; Gondoler, en 
pic, en manceau Gandoler. 

GORER, couper un porc, une truie, du gr. Xotpoç, 
porc, en v. f. Gore; de là le fr. Goret, l'a. Gore, piquer, 
sang figé. Gory, sanglant, litt. comme un animal goré, 
G or belly , gros ventre, litt. ventre de porc ou de truie; 
G0BDBE, plaie, ulcère; corot (Bay.), id.; le fr. Goret se dit 
GOERET en H.-N. : « un gorret hagué sur unchouquet; » 
id. à Guern. ; en v. f. Gorin, cochon de lait, et Gore, 
Gorière et Horière y sign, prostituée : Isabeau de Bavière 
était appelée la Grand' Gore ; de là en v. f. Gorrier : 

Mes suppos, gorriers, gorrias 
Ne m'aident inter angustias, 

dans la Moralité del'Enf. prod.; de cette idée de prostitu- 
tion vient GOURER , tromper : « Y zont ainsi gouré nostre 
pauvre mestier; » (Musen.) goubour. trompeur, mois aux- 
quels le fr. ajoute Goure, Goureur; de cette idée vient 



— 381 — 
encore gouek, se pavaner, etuoREu, ilégonter; dans lu 
Seine-Inf. . core sign, lues venerea, el on pat. dn Nor- 
thumberland, Gor, sale, en Norfolk, Gore, fumier, et 
Gorrell, personne grasse, et en Craven , Goiry, très-gras ; 
l'a. W/iore, et le v. a. Hore, sont le même mot; en effet, 
dans Rabelais, //ore est une prostituée; il parle dans le 
ye livre de Pantagruel de la Grand' Gore de R., allusion à 
l'épidémie syphilitique de la N. en 1325, d'où le sobriquet 
de Verolez de Rouen, qui se trouve aussi dans son Triomphe 
de dame Verolle, dont on ne connaît plus qu'un exem- 
plaire; c'est dans le dim. de Hore, c. à d. Horelet, qu'il 
faut chercher l'orig. de Harlot, prostituée, d'où l'on a 
tiré si singuUèremenl et si souvent l'Ariette, mère de G. le 
Bâtard , dont le nom était une corruption du danois Her- 
leve, Her, eminent, et Levé, chérie, en a. Lief. (V. A. 
Thierry, Hist, de la Conq., i, 230.) Il semble quecoRE ait 
été le sobr. des N. , du moins on lit dans le Diet, de La- 
combe : « Gortz, les N, qui ont ravagé la Fr. (Supplém.) 
De GORE et de gaudib vient GORGA^niXE. gourgandine; en 
V. f. Gourine; Gourri, vagabond; gourgaudir existe en 
H.-N. : « Pour s'en aller gourgaudir sur ces ziaux. » 
(Mïtse 71.) JOUER, se parer comme une gore, d'où le fr. Mi- 
jorée, Mijaurée, litt. mal jorée; houret, usité dans le dicton 
<' Sale coume un houret. » 

GORGIER, gorger, remplir la gorge, du 1. Gurges, assez 
visible dans Ingurgiter, ou d'une on.; en a. Gorge, d'où 
Gorgeous, superbe, litt. qui se rengorge, ou comme on dit 
T^o]}. fait-jabot; de là le fr. Gorgée, Gorgeret, Gorgerette. 
Gorgerin, Dégorger, etc., etlen. gorgiie, gorgie, (iORGETTE, 
gorgerette en v. a. Gorgette : « my gorgetle. » (Percy's hdX- 
\ads, sir Àldingar.J GOKc^ÈRE, gorgerette, gorju, quiadela 
gorge, voisin de l'a. Gargeous; il y a des familles Le Gorju; 
en V. 1. Gorgias, prostituée; laine de gorgette (Av.), cou- 
pée sous le cou. Au 1. Gurges se rattache sans doute Gor- 
ges, arr. de Coût., dans les marais de ce nom, et l'a. 
Gurge, gouffre. Le fr. Gosier est pour Gorgier, comme 
Gésier pour Jigier, etc. ; de là le n. égosillieb etcosiLLiEB, 
vomir; degoisier, babiller, degois, babil, comme dans cette 
chanson n., p. -100 de l'edit. de L. du Rois : 

Belle qui menez tel desgoys , 
Dictes moi qu'e-sse à dire. 

iGosER (Gl.-n.), gorger de nourriture jusqu'au gosier, 
« jusqu'à la poume d'Adam . » « jusqu'au noud Gabrié. » 



— 382 — 
GOSSE, cosse el gousse, d'où Ecosser, Eoosseur, Cossu, 
litt. bien enveloppé, bien vêtu, Cosson, qui écosse le grain, 
en a. Cod, cosse et gousse, et Gossamer, duvet des plantes, 
semble renfermer le mot n. ; de Gousse, enveloppe, poche, 
vient naturellement le fr. Gousset , en a. Gusset , en n. 
GODECHET, pochc de gilct : « Faut toujours aveir la main 
augouechet; ■> gouechette , s. f. , petit gousset, par ex. 
« Gouechette de mououtre , » c. à d. de montre. Quant au 
fr. Gousset, mauvaise odeur, d'où Gousset, creux de l'ais- 
selle, il vient du 1. Coxa, cuisse. V. caisse; aussi dit-on 
pop. : « Sentir la cuisse, » en a. Gusset. Toutefois l'a. Gos- 
samer dérive du v. f. : Gossampine, le cotonnier. 

GOUEJAT, goujat, que MM. du Méril tirent de Ga^mnw.v, 
valet de soldat, mais plus voisin du prov. Goyat, ensansc. 
Goyati, en fr. Gouge , en v. f. Gouge, femme livrée aux 
soldats, en a. Gouge; gougette, coquette; de là l'a. Gou~ 
jeers, morbus gallicus, et son syn. env. f. est peut-être l'a. 
maritime Goodgins, femelets. V. gouiise aux orig. celt. Le 
fr. Gourgandine a aussi beaucoup de rapport avec le persan 
Gourgandje , prostituée. Le fr. Gourgane, fève de marais, 
n'a qu'un rapport apparent de forme avec ces mots, il vient du 
n. GORDAN. àGuern., tourbe, en ail. Torf, gazon, en a. Twf. 
Quant à Gouge, outil, en n. gouege, il vientdub.-l. Guvia, 
de Gava, parceque c'est un ciseau creux; de là le fr. Gou- 
jon, cheville de fer, et Goujonner. 

GOUEJON, goujon, du 1. Gobio. (V. Go aux orig. on.), 
en a. Gudgeon; fréquent dans les n. pr. ; godegin (Val., 
espèce de coquillage. V. Ibid sur laChapelle-ès-Gouegins. 

GOUERD, gourd : « Aveir les mains gouerdes, » du 1. 
Gurdus , mot d'orig. esp.; de là le fr. Engourdir, en- 
GouERDi. Dégourdir, degouerdi. Gourdin, objet lourd et 
inerte, Goussaut, oiseau trop lourd, Goussaut (cheval), id.; 
l'a. n'a de cette famille que Gourdiness , enflure au pied 
des chevaux. Quant à Gourde, calebasse, c'est le 1. Cuciir- 
bita, d'où vient le fr. Courge; en a. Gourd sign, à la fois 
Gourde et Courge. 

GOUFFE, gouffre, dugr. KoXtTroç, sein, env. f. Goulfre, 
d'où le fr. Golfe; en a. Gulph, gouffre; Engouffrer, en a. 
Ingulph. Cf. le nom de la forêt de Gouffer. 

GOULE, gueule, du l. Gula (TuaXov, cavité), engendre 
une très-nombreuse famille: ^o en fr. Goulée. Goulet. 
Gouliafre . Goulot, Goulotte . Goulu. Gueulée . Gueuler. 



I 



— 383 — ' ^ ; 

Gueulard, Dégueuler, Eugouler, Engouer, Gourmand, 
Gourme, Gourmette, Gourmer, Gourmet; 2° en u. gullet, 
gosier, (j^ilhj, égout, peut-être de couler, gulosily, gour- 
mandise, probabl. gull, mouette, sauf goulen en bret., à 
Val. GODLMiS, de sa voracité, gormand, gourmand, gor- 
mandize, empiffrer, gurnard , gurnet , gournal , guill, 
dupe, c. à d. du farceur, goulias , V. ci-dessous; 3° en n. 
cocLAiE , goulée : « L'herbe est bien couerle , si no n'at- 
trape sa goulaie o ; gold, buveur ;goulaed, godliban, gouli- 
piAT, GOCLiMACD, GorEMAs, goumiand, d'où le fr. Gourmand, 
en n. gocebmand: « Qui dit N. ditgouermand; » goilimas, 
GouMAS, s. m. mangeaille, fréq. dans la Muse n. ; goulet, 
embouchure de rivière : « Pons de golet, le goullet , ec- 
clesia de guleto ; » de là le v. a, gullet, rivière (goulotte) 
et arche d'un pont (Halliwell), et guller, un ravin, et 
gallygut, un glouton ;gorlias, grand parleur, d'où à Guern. 
gocliaser, bavarder; goulailleb , par contr. gouailler, 
prendre de gueule, le pop. Engueuler, en argot goualeuse, 
chanteuse de rue; gouée, cri à pleine bouche; goulevam, 
qui flatte la bouche, o cidre gouleyant; » dans le Maine , 
gouleyer, être appétissant; (Voc. du H. -Maine) couler, 
DECOULER, dégueuler; gguline, p. f. petit bonnet qui serre 
la goule; godlafre, le fr. pop. Gouliafre, qui mange sale- 
ment ; galaffbe , glouton : le diable est appelé goulaffre 
dans les Mir. de la Vierge, par G. de Coinsy; gouras, coc- 
RAO» , gourmand , d'où le sobriquet du geai « chahlot 
GOURAS , d'où le subst. un (orBâs, un geai, en v, f. gour- 
baut, goinfre, resté dans le n. pr. Goubaut, Goubaux ; 
G0ULENET, GOURMET, le rougct , à cause de sa grosse gueule, 
en a. gurnard, gurnet, gournal; bagoul , bagout, babil; 
RAT-DE-LA-GOULE , sobr. du Lavard ; agoubeb, regarder avec 
appétit , en gourmand ; gourmald , gouumas , goulmas , la 
mouette . qu'on met dans les jardins pour manger les in- 
sectes; GouLiARD, qui a de la gueule, c. à d. de la blague, 
en b.-l. goliardus , farceur, en v. f. gouliardois et golias 
dans les poésies attribuées à Walter Mapes, aussi en v. a. 
gulardus et gouliards, selon Halliwell, ainsi que gule, 
gloutonnerie ; EGUEULER, priver de gueule (H.-N.): «La 
grand Perrette (la ville de la Rochelle, Pctrella) a present 
egueillie; » (Musen.) MARGouLEriE, bouche sale, comp. de 
Maie ; margocline, s. f. petit bonnet de négligé ; margeole , 
litt. mauvaise goule, écrouelles , d'où margeole, chair rouge 
sous le bec du coq, de la poule, du dindon ; margouline, s. f . 
poisson plat, imitant la raie, avec une grande gueule molle; 



— 38.; — 
GUEULETON, partie iJe mangeaille; covle-de-sanglier (Bay.), 
roche de lias avec cristaux ; PEGODÊME(à), à satiété; re- 
GorÈME, id.; argoi'ème, ici. (Gl. n.) ; angodlème, calembourg 
pour sign, la goule, le gosier; c'est un dicton assez ancien, 
puisqu'il est dans J. Le Houx : 

Cesluy (verre) va vous devancer : 
Vous le voyez en Angoulème. 

Ainsi il emploie un jeu de mots semblable sur une Icc. 
voisine de Vire , sa ville natale : <- Cecy s'en va droit au 
pont Escoulant, » c. a d. à Pontécoulant, p. 82. guillebe- 
DOBiN, capuchon de femme, litt. béguin de gueule, d'oîi le 
fr. Guilledou (courir le), comme on dit « courir le cotillon ; » 
RiGOLLER, régaler, d'où par contr. riolle, débauche, d'où 
peut-être le v. f. rioUe, querelle, l'a. riot, émeute : « Mou- 
voir débats et riottes. » 

Nombreux sont aussi les dictons n. où entrent goule et 
ses dérivés, comme le sont tousles termes relatifs au boire, 
au manger et aux autres fonctions animales : « La justice 
a la goule bien grande ; » pour Vénus et Bacchus, on dit : 
« Il ou ol est d' la goule et du tchu ; » « No n' doune pas 
à un gouermand c' qui mageraît biin ; >>-au dicton ci-dessus : 
« Qui fit N. fît gouermand, » qui rappelle l'épithète de 
Bombancier que lui donne Wace, il faut ajouter : « Franc 
N. et vrai trijlagoulamen , doué de toutes les qualités épi- 
loguées en ce mot et désignées dans les cinq syllabes , car 
il était traître , flatteur, gourmand , larron et menteur. » 
{Illustres prov. , 3.) C'est une allusion au dicton maca- 
ronique : 

Dum Normannus eris, 

Triflagoulamen eris. 

« Rester la goule sous 1' nez , » c. à d. ébahi. Nous rap- 
porterions à l'on. GO, V. ce mot, et à goule, len. agobille, 
outil, sans doute prim, ustensile de cuisine; «Lyn, fu- 
seaulx, estendafds, haples et toutes agobilles servans à 
leur art. » {Les Ev. de Connoiltes, édit. Techener, ^8.); 
DEGOBiLLE cst son Contraire. 

GOUTTE, s. f. aqueduc (Carentan), du fr. Egoutter, du 1. 
gutta; sa branche fr. est Goutte, Goutte, maladie, par ce 
rapport du dicton : « La goutte vient de la goutte, » Gout- 
telette, Goutteux, Gouttière, Egout, Godet, en 1. guttetus, 
Dégoutter ; sa branche a. est gout, gutta serena , goutte 
sereine, gouty, guter, guttulus , et peut-être g'M^^^, ruis- 
seler, l'a. gut, intestin," sign. prim, canal, égout, et gut 



— 3S5 — 

avait ce sens en v. a. ; gout se disait dans le sens de 
goutte, drop : « Gouts of blood , » dit Shakspeare; sa 
branche n. offre : egocttobb, à Val. ecoutocr, pierre que l'on 
tire, que l'on égouttc, de la chaux liquide, d'où gotours , 
impuretés (Lumps), en v. a. , selon le Diet. d'Halliwell , et 
goty, ibid., vase à puiser; egodtter , dans l'Av. se dit 
même de ce qui n'est pas liquide : « Egoutter des pois dans 
l'aire; » dégotteb (Val.), faire fondre et tomber goutte à 
goutte, tiédir en gen., comme on dit en ce sens Dégourdir, 
aussi r ÉGOTTÉ sign, homme moralement dégourdi , sens 
qu'il a en rouchi; glotte (Calv.), probablement du précé- 
dent, natle de jonc pour egoutter le fromage ; dégouttièbe, 
gouttière; on dit prov. : « Quand i plieut sus l'tchuré , i 
dégoutte sus l'vicaire; » dégolt, ce qui tombe des gout- 
tières; il existait en v. n. : « Là fors, là u chet li degoz , » 
(Benois, chron., l.ii, v. 26423), et même tout ce qui tombe 
goutte à goutte, comme en v. f. par ex. dans le Myst. de 
madame S. Barbe : 

Fais le rostir, toi Godifer. 
Trempe ton pain dans le degousl. 

DEGociTiM (Gl.n.), id. ; pour la goutte, maladie , on dit : 
a Goutte tracassée est à moitié pansée ; » godiau. godet; on 
dit aussi Godet, comme dans le dicton : « On fait des go- 
dets à Beauvais et des poêles à Villedieu; » godailler, boire 
à plein godet; en v. n. ^oc?e< était une mesure usitée dans 
la baronie de St-Pair; godenot, dans la Muse n., sign, bu- 
veur : « Ces godenos dragleux de vin par seaux ; » c'est 
sans doute le fr. Godenot, petit homme mal fait , à moins 
qu'il ne vienne de Godin, nigaud, formé de Claude, niais , 
d'où le n. glalde, niais , dans le Jura englauder , duper 
[Gl.-n.) Le n. goichon, godet, a quelques rapports avec ce 
mot, par ex. en passant par Gaudichon, comme on dit ga- 
LicHON , petite galette. V. pour guichon l'intr. , [). 227. 
Quant à guedé (Bay.), gorgé de nourriture, il vient de Go- 
der, Godailler; de là guédot, porc en H.-N. et à Guern. , 
en fr. Guéder, soûler; ce mot jette quelque lumière sur 
GCELOT, s. m. , à Val. guélotte, s. f. , le sinapis arvensis , 
qu'on jette aux pourceaux. 

GOUVERNA , gouvernail , du 1. gubernare (xuêspvav) ; 
GODVERNEB, V. n., terme mar. , porter le cap; couvebnecx, 
gouverneur; godverneuse, gouvernante, en a. governess; 
ajoutons l'a. govern, governant , governance, guberna- 
tion, et le fr. d'orig. mar. la gouverne. 



— 38(5 — 
GRACHIER, gracier, du 1. gratia (gralus) ; gbacier, 
remercier : » Dieupristàgrâcier.» fCAwa/.O^/terv. 628j,en 
fr. Grâce, Graciable, Gracieuser, Gracieux, Gracilité, Dis- 
gracier, Regretter, Gratifier, Gratitude, Gré, Agréer, en a. 
grace, graced, graceful, gracile et gradient, gracility , 
gracious, disgrace, gratify , gratification , agree, etc. Le 
souhait a. « God gracious ! « nous semble être « God grace 
us , » que Dieu nous bénisse ; en n. gbachieux , gracieux ; 
GRACIEUSETÉ, gratification ; agriocbes et agbiottes , caresses 
(Gl.-n.) ; AGRiABLE, agréable, comme l'a. agreeable; re- 
GRAciER, remercier : » Moult dévotement en prist à regra- 
cier n. s. » (Gilion de Trasignye) ; malgré, malgré; env. n. 
« Etre en gré; » c. à d. en désir : « Es-tu de m'eschapper 
en grès? » (gratus) (Mir. de R. le Diable, p. 36), et en- 
greer pour Agréer, être d'accord, être satisfait, comme l'a. 
agrée : « Je vueil de savoir estre engrant que me direz. » 
Ibid; de là engrès , en v. f. fâché, du 1. ingratus , en a. 
angry, fâché. Ajoutons le fr. Gratiole, Gratis, Gratuit, l'a. 
gratuitous, et la loc. « Against the grain, » c. à d. contre 
le gré. On dit en b. n. avec la vieille pron. de A en E 
« Par graice de cœur, » c. à d. par ^bienveillance; c'est le 
graice du v. f. 

D'un dérivé de ^ra^i , de gracilis, vient le fr. Grêle, 
Gracilité; en a. gracile; gracility ; de là aussi grelin, litt. 
corde grêle, le n. emploie geéle dans la loc. : » Faire gros et 
grêle, » c. à d. se laisser aller complètement. 

GRADE, GBADiLLE, S. f. (Val.), le fruit, la grappe du 
petit groseiller, ou Ribes rubrum, appelé dès lors gradel- 
lier; m. de Brebisson cite aussi gadellieb (Flore de N.); 
c'est une forme du fr. Grappe; or ce mot se rattache au 1. 
racemus ; l'ail, traube, se rattache, comme ces mots, aune 
on. d'arrachement, de grapillemenl; à Av. on dit cadbe, le 
fruit, et CAPRIER, la plante; le Gl. n. donne castille, petite 
groseille; à St-Lo Gradille désigne l'oseille dont l'acidité est 
proverbiale comme celle des petites groseilles. (MM. du Mé- 
ril, Diet, du pat. n ); gbipillon, s. m., grappe de branche, 
produit d'une végétation extravasée (Gl. n. ), dans le 
pommier et le poirier , semblable à la touffe de gui ; gbappo, 
fort en grappe, » du sarrasin grappu. » Le fr. ajoute Gra- 
piller, Grapillon, Grappe, Grippe, auquels il faut adjoindre 
l'Assomption mécanique de l'église de Cherb., pop. gbippéi, 
auj. détruite (Hist, de Cherb., 250); en a. grape, raisin. 

GRADER, honorer d'un grade « soldat gradé, » le 



— 387 — 
simple du tï. Dégrader, du 1. gradus; grade , t^. f. grade : 
» Ch'est une belle grade: » (Val.) de là lefr. Grade, Gra- 
dation, Gradin, Graduer, Graduel, s. m., Dégrader, Degré, 
et le comp. Congrès , Ingrédient , Progrès , etc. , mots qui 
existent presque tous en a. ; en v. n. Graduel, s. m. , se 
contr. en grael : « Item en la chapele i galice, i bon 
messal et ii viez depecietz, i sautier, i grael; » (Invent. ap. 
Delisle, Et., 724) de même en a. grail. Quant à Grael, 
registre forestier, V. dru. Pour Graal et le St-Graal , 
c'est le V. f. graal, plat de grès, et pour Grès, V. crais aux 
orig. celt. ; il est resté en n. dans graillon, odeur de pot 
de cuisine , par ex. : « Cela sent le graillon , » c. à d. 
l'odeur de vieux pot de cuisine : de là sans doute le fr. 
Graillon ; graillonneb , donner le goût de graillon. Il faut 
donc laisser de côté l'ét. de Ménage de sang-real (sanguis 
regalis) pour le St-Graal; le v. a. avait aussi graile pour 
ce mot : » The holy grayle. » ( Spenser, Faerie gueene. ) 

GRAINI, arriver à grain, en parlant des plantes, du 1. 
granum; en fr. Graine, Grainetier, Grainier, Egrener, 
Engrener, Granuler, Grenade ( granastmn ) , Grenadier, 
Grenadille, Grenaille, Grenat, Greneler, Grénetis , Gre- 
nettes. Grenier, Grenu, Granit, Grange (granarium), etc.; 
en a. grain, granit, granulate, grenafe, grenadier, engrain, 
teindre en rouge, en grenat, parcequ'en v. f. graine sign, 
la cochenille , engrail, engrener, garnet, granary, grains, 
grange, etc. ; en n. gbenaison (Bray) , quantité de grain et 
abondance : « Année de hannetons, année de grenaison ; » 
ENGRAiNER , ensemcncer, semer : « La menthe s'engraine : 
ch'est une mauvaise herbe; » egbaiisiacx, s. m. pi., choses 
égrainées : « Ramasser des égrainiaux de châtaignes ; » 
ENGRAIN (Av.) se dit de ce qui reste dans un vase : « Je 
magerai dans vot' engrain, » terme tiré de la meunerie où 
ENGRAIN, à Val. KUN sigu. Ics restes d'une mouture à la- 
quelle en succède une autre : « Moudre sur un bon ou 
mauvais engbain ou run; » en v. fr. grun, grain; ce mot 
se trouve dans une espèce de berceuse ou balancelle de 
l'Av., évidemment altérée : 

Le p'iit chiin s'en vat au moulin courant, (ter) 
Port' un' p'til' somm' de sarrasin, disant : [ter) 

Il faut la mette en bouen engrain. 

Le mônier i'i doune eun' galette, 

La mônière un coup de patelle. 
Le p'iit chiin s'en reviint pignanl, [ter] 

Et pis Hop! par sus l'escalier ! 



- 388 — 
GRAi^ErEû(6/. 71.), placer grain à grain la semence; eououer, 
ibid.; égrener; grainot, petit grain; graillot, miette de 
pain ; grekite , granit ; pierbe-de-grain , ici. ; grenaille , li- 
maille de fer; grande et petite-graine (Calv.), deux variétés 
du sainfoin; guernier, grenier, en a. garner, d'où peut-être 
garret, en fr. Galetas; V. celin. Quant à l'a. grange, 
grange, Chalmers remarque que o Grange is strictly the 
farm of a monastery, hut in northern counties, they call 
every lone house or farm which stands solitary, a grange ; ■> 
c'est la grange de dîme ou dimeresse, ordinairement isolée 
aussi en N.; granche, grange, en b.-l. granchia; grange, 
à Carrouges, la toile sur laquelle on bat le sarrasin (Gl. n.) ; 
dans l'Orne, grangette, s. f. trébuchet, litt. où l'on met 
du grain. 

De granare, plutôt que de glans, glandis, vient le fr. 
Glaner, en n. glianer; gliant, glane, glianedb, glaneur, 
glianeure , glanure , glianeresse , glaneuse : « Si doit avoir 
une glenneresse entre les gavelles des coutures S. Ouen; » 
(Liv. des Jurés de S. Ouen) en a. glean, glaner; le fr. mar. 
Glener, rouler en rond , est peut-être de cette famille ; l'a. 
appelle le gland acorn, litt. ac (oak) et corn, fruit du 
chêne. 

Le fr. Grumeau , quoique dérivé du 1. grumus , semble 
avoir du rapport avec gramcm, en n. crdmelot, V. grdet. 
Le dicton v. f. gargaesse, resté dans le pat. du Jura. 



GUEUSARD, mauvais gueux, forme péj., du l. coquus, 
(l'ofi le fr. Queux, Maître-queux; il faut donc faire rentrer 
cet art. dans la famille de coq; le fr. tire de cette forme 
Gueux, Gueuser, Gueusaille, Gueuserie; le n. ajoute le 
r,DEiiSARD, ci-dessus, GiEusETTE, petite gueuse, engiecsek, 
duper, engeôlar, cueso.x , et veson , gueuse, prostituée. 
HERBE-Ès-ccEcx, la Clématite, de la propriété vesicante de 
ses feuilles, avec lesquelles les gueux se font des plaies. Cf. 
le syn. de sens et d'orig. Coquin, et pour ce nom de cuisi- 
nier devenu injurieux, V. COQ. 

GUI, dans quelques rares composés, représente le 1. bis, 
comme dans Guimauve, bismalva, qui est ainsi écrit dans le 
Capitulaire de Villis : « Bis malvas, sive alteas ; » dans gui- 
sarme, hache à deux tranchants, dans guedoiijle, houteille à 
deux orifices; nous soupçonnons cet élément dans un mot 
del'Av., GciMOissox, cmMoissEiioN, le saumon à son premier 
âge, c. à d. à deux mois, fretin de saumon, appelé orgeu, 
ibid., à son second âge. Ajoutons gigorke, bûche mal 
taillée, biscornue, comme une Bigorne (bicornis), bekom, 
sobriquet, litt. double nom. Quant au fr. Gui. V. vi. En n. 
BiiN, BEN, bien, du 1. benè, devient lu dans la Hague; aussi 
un n. pr. commun à Val. et à Cherb., Le Bitouzé, sign, 
le bien tondu. 

GUIDE , s. m. rêne : « Le guide de dreit , le guide de 
gaôche, » en fr. Guide, s. f. ; Guide, Guidon, Guider, du 
b.-l. guidare, guiare, c. à d. viare; aussi disait-on guida- 
iicum^ouvviaiicum, sauf-conduit, (/««V/a^m?/? pour viagiîun, 
voyage; en v. f. guier, conduire; l'a. est plus riche que 
le fr. : guide, guideless, guider, guidance, guidage; le n. 
GCiDE-AKE, a un sens injurieux et désigne tout livre qui aide 
l'ignorance : un écolier appellera goide-ane le catéchisme 
dans la main du curé, la traduction dans la main du pro- 
fesseur. V. VEIE , voie. 

GUIGNIER, regarder du coin de l'œil, en esp. guinar, 
cligner; de là lefr. Guingois, de travers, quoiqu'une autre 
et. soit possible. V. gingler aux orig. on. A Val. guigmeu 
sign, lancer, spec, des pierres, lapider, en bret. guincka, 
lancer avec force. Pour le fr. Gnignon, V. crig. germ., fin 
de la lettre G. Cf. l'oiseau dit Guignard. 

GUIMPLE , s. f. voile de femme, guimpe, qu'on a tiré 
du 1. vinculum, en a. wimple, pourrait mieux se rattacher 
à la fam. du fr. Guipure, de l'isl. gvimpur [gcnus quoddam 
fimbria vestium), en a. gimp, guipure, et guipe, guiper, cl 



— 39G — 
ivJiip, surjet. Nous avons cite un mot n. usité à Val., en- 
vi.NCLiER, salir un verre, encrasser, qui a un rapport de 
forme avec le 1. vinculum, vinclum. 



HABILE, habile, mais avec une nuance de ruse et de cu- 
pidité, en V. f. liable, en a. able. Le fr. ajoute Habileté, 
Habiliter. Rehabiliter; l'a. est plus T\d\e : hability , ability, 
enable, ableness, iinable,reenabling. Le rad. habere donne 
le fr. Habitude, Habituer, Habituel, litt. ce qu'on a cou- 
tume d'avoir , en a. Iiabit, habituai, habitude , habituate ; 
de là le fr. Habiter, litt. avoir, occuper fréquemment, d'ha- 
bitude, en n. habiter de. spec, pour l'action du mâle des 
animaux sur la femelle; en a. habit, habiter; de la contr. 
d'Habiter vient le fr. Hanter, d'où Hantise, en a. Eaunt ; 
en n. hantocr, revenant, qui hante, en a. haunter; mé- 
HANTîSE. mauvaise compagnie; nAiNTEMEivT (H.N.). hanlise; 
EAKT. revenant; dans le Gl.-n. hedzon sign, un lutin 
qui hante le foyer, comme le prétendu éc. Trilby de No- 
dier; de làHAKTÉ. fréquenté des nANTS.des lutins, de même 
en a. Jiaunted. V. le poëme The haunted house. Pour Han- 
tour, V. Avranchin, ï. 500 : « Detpis la Révolution, les 
hantours ont disparu. -> En n. Hanter (une femme, une 
fille), (Val.), c'est la rechercher en mariage et la fréquen- 
ter; on dit : « Qui hante longtemps, n'épouse pai (pas) . » 
et prov. : « Dis mé qui qu'tu hantes et je te dirai c'quc 
t'es. » L'a, hunt, chasser, habiter (les bois) , pourrait être 
le même que haunt. Cette famille se lie . par le rad. , à la 
suivante. 

HABILLIER, habiller, revêtir d'un habit, dul. habitus, 
d'où Habillement, Habillage, etc.. en a. habit, habiliment; 
on dit prov. « L'habit n'fait pas l'moine. •> On appelle une 
personne sale et laide : « Un cochon habillii. » On dit par 
euphémisme pour un porc : « Un habilli d'saie; » besha- 
r.iLLiER. déshabiller; deshabiilti (Val.), s. m. , jupe et cor- 
sage de même étoffe : » Un deshabillii d'indienne ; » en a. 
deshabille, id.; rarillier, habiller une seconde fois. A Bay., 
à la Fête-Dieu, figurait le champion, pop. VHabilli defer, 
ainsi qu'une marionette dite le Petit Tanneux. (Pluquet, 
Essai hist., 273). 

HAIM, hameçon, du 1. hamus ; en pic. et sans doute en 
H.-N. hamille, appât mis à l'hameçon, en v. f. ains. haim 



— 307 — 
est usité à T.-N. à la pèche de la morue : « Sa prépara- 
tion est un art et cet art a une langue , tout un idiome 
technique propre aux pêcheurs de morue. » (Michelet , La 
Mer, ^0o). V. , pour ce langage de T.-N.. ^notre ouvrage 
passim, et Notice sur Granville, par Guidelou. 

HAINGEUX, remuant, méchant; hai.nt.er, fatiguer, du 
1. angrere; ces mots s'ajoutent à la famille de ce rad. V. 
A.^Go;SE; v. dati aux orig. scand., article auquel il faut ajou- 
ter uAI.^G^EUIl (Sl-Lo), ennemi. 

HALITRE, hàle; halite, gerçure sur les lèvres par 
l'effet du vent et du froid, d'où halitreb , gercer par le 
froid, du 1. halare, exaler, Hàler; de là Haleter, Halener, 
Haleine, Haloir, Exhalaison, etc.; en a. exhale, exJiala- 
tion et haie, robuste, litt. Halé. Le fr. Havir, Have, vient 
sans doute du bref, have, chaleur d'été. Cf. le 1. œstm. 

BANQUE, hanche, ce qui fait un angle, ayxT), angulus; 
iiANQU, fort en hanches; en a. haunch, hanche, et de ce 
même rad. vient ankle, cheville du pied, litt. l'angle. Le 1. 
anchora est de cette famille; l'a. dit angle, hameçon. Cf. 
COUPLE, s. m., l'emboiture de la hanche [copula). Cf. L'An- 
glade, longue presqu'île à T.-N. 

HARDELÉ, à Av. habcelé (œuf) , sanscoquiUe; en pic. 
liarde , id. ; du b.-l. hardellus; on le dit pondu par une 
poule très-grasse; l'œuf de coq mis dans le fumier produit, 
croit-on, un serpent; et la poule qui « chante le co, » c. à 
d. comme le coq, annonce la mort de son maître. Quant à 
UAUDER, il sign, troquer : » De bon cueur mes livres harde- 
rois pour les escots où tu serois ; » (01. Basselin) d'où 
HAKDOciK, faiseur ou moyemieur de mariages, litt. troqueur. 

V. GARS. 

HART, s. m., fém. en fr., lien de branche tordue, ce 
qui sert à fixer, à arrêter (Arter) , du 1. restare. V. sa fa- 
mille; en a. halter, hart, licol, qui conduit au fr. Halte, en 
fr. pop. halter, faire halte, temps d'arrêt; on dit aussi 
temps de halte ; de là l'a. hait, boiteux ; on dit en n. « Etre 
arrêté d'une gambe; » c. à d. garder la maison pour un mal 
de jambe. On appelle à Avr. ironiquement « Château de 
mille harts, » une maison disloquée, liée de mille harts; en 
H.-N. L'ERCHELLE, petite hart à lier des fagots. (Decorde, 
Diet, du pat. brayon) , d'où eeechelée, enfilée , cité Intr. , 
p. 358. 

HASARD, adv., peut-être, par hasard : «J'irai vous voir 



— 398 — 
hasard. » (Av.) « S'il vient, liasart, en un banquet. » (Viliou, 
331 , édit. de Jacob.) Cf. risqcable, même sign. , ibid. Le fr. 
Hasard est l'esp. azar, as , ou chance du jeu : en fr. Ha- 
sarder, Hasardeux, en a. hazard, hazardable, risquable. 

HAT, HAÔT, haut, du 1. altus, ou des langues du Nord, à 
cause de l'asp.; en wallon hats, en v. f. : « Halz murs et 
haltes terres ; » (Villehardouin) en a. high : de là le fr. 
Hausser, Exhausser, Rehausser, Hautain, Hautesse, Hau- 
teur, Haussière; en a. high, highness, hight , hauglihj, 
hawser, enhance, etc.; en n. hûchier, haôchiee, hausser, 
HAT, HAÔT, hautain, en v. a. hawte, élevé ou hautain, et 
hawte, élever [State papers, Henri viii) ; hatjtcrier, navire 
de long cours, parcequ'il calcule la hauteur des astres; 
HACT0UR (haute-heure), heure avancée; haddone, V. don. 

HÉBÉTER, ennuyer, fatiguer : « Tu m'hebétes, » tu 
m'ennuies, un peu différent du sens du fr. ; héséthre , hé- 
bétude; en a. hebetate, hebetation, du 1. hebes. 

HEIR, héritier, en v. f., du I. hxres, subsiste dans les 
n.pr. Lair (l'heir), en a, heir, et fem. heiress; le fr. offre 
la forme Hoir. Hoirie, et ajoute Héréditaire, Hérédité, 
Héritage, et l'a. heirloom, hership, hereditary, inheritance, 
inherit, etc. Le 1. hœres se rattache à hœrere par un rap- 
port exprimé dans cet axiome de droit n. : « Le mort saisit 
le vif. » La vieille formule n. « A vendre à fin d'héritage » 
est toujours usitée aux îles n. 

HÉLAIN-NE désigne Yhiula helenium, souvenir de la 
Belle-Hélène ; en fr. Helaine désigne la pariétaire; et 
Helaine-cisampelos, le liseron; helain-ke, Hélène, prén. 

HÉQUENÉE, jument qui va l'amble, en esp. hacanea, 
haca, du 1. equina, du 1. equus, en x.f.eque, en fr. Eques- 
tre, Equitation, Quintaine (eqiiitana), en a. hacknetj, che- 
val de fiacre, et sans doute nag, jeune cheval; le fr. Ha- 
quet vient du v. f. haque, cheval ; equitana, en devenant 
en V. f. quitaine, en fr. Quintaine, montre la disparition de 
la syll. faible initiale, comme dans liotro'e, héliotrope; 
MORUAGiE, hemorrhagic ; morrouites, hémorrhoïdes. 

HER, hier, en 1. heri , dans « Her sei, » hier soir : 
« Par cest pais, dist-on, ersoir mefu mandé. » (R. de Rou) : 
« Osmunt li proz, avant erseir, par son engin, par son sa- 
veir... » (Benois, chron. L. ii, v. -14179); hié, hier; l'a. se 
tire d'hesternus, yesterdaij. 

HERBER, nourrir d'herbe, du \. herba; herber, faire 



— 399 — 
des sétons avec une herbe, spec, l'helicbore vert, ditHEBBE 
A herbeb; hebbière, s. f., planche de jardin; lerbieb, id., à 
Val; herbier, s. m., mauvaise herbe, d'où herbiers , ordu- 
res de jardin; jardîn-hebbe , jardin potager; hebbagier, 
mettre les bêtes dans les herbages : on lit sur les enseignes 
des auberges : « Un tel herbage les bêles de passée; heb- 
bagier (Coul), engraisseur de bétail; hebbet (côtes de N.), 
la zostère maritime dont on fait des matelas ; hebbu, s. m., 
(Baie du M. S. M.), parlie de grève herbue; herbous , her- 
beux, en a. herbous; qekbalîste, herboriste , en a. herba- 
list; HEBBiÈBE, gorge, Canal par où passent les herbes, chez 
les animaux et par ext. chez l'homme : « Sidre , cervoise , 
tout passe par l'herbière. » (P. de la Lande de Caen) Le fr. 
ajoute un certain nombre de dérivés d'une origine moderne 
et savante; l'a. possède herb, herbage, herbal, herbid, etc. 
On appelle en n. hebbe-scee en gén. le genre Souchet (ca- 
rex), mais spec. VAira cxspitosa (Flore de N.); il y avait 
dans la forêt de Lions une lande dite Amara herba , que 
Cassini place sous le nom de Mère-herbe; on distinguait au 
moyen-âge lefenum salsum, sans doute notre herbe-sure , 
du fenumfriscum : <■• Unam careciam feni saisi et aliam 
junci et terciam feni frisci. » (1231, coût, de Tostes). herbu 
est ainsi latinisé dans un acte du M. S. M. de 1240 : « Tra- 
didimus viridariam novam versus montem, vid xxj acras , 
quam fecit claudi abbas Ricardus. » herbier est représenté 
en v. a. \iSiverber, arber (Halliwell.) Or, à Val. on dit her- 
bier et akbîer. Quant aux nombreuses plantes qui ont herbe 
pour préfixe en n., voyez le&jmssim et notre Flore pop. de 
N. et d'Angl. 

HÈRE, ÈRE, dame (Gl. n) , dame, maîtresse (H.-N.) ; 
du 1. hera; le fr. Hère peut venir de herus ou de l'ail. 
herr, seigneur, identiques au fond, ainsi que le sax. hare, 
here, seigneur, et hila, selon Cambden, sign. « Lord and 
Lady. » [Britannia. — Saxon uords.) 

HÈRICHON, herchon, hérisson, du 1. hirsutus, en v. a. 
urchon, en éc. hurcheon, en a. urchin, d'où urchin, petit 
gamin, litt. petit hérisson, hérissé; de là les noms pr. 
fréquents à Val. et à Cherb. Le Hérissé , Le Hérissier, Le 
Héricher; les Le Héricier de Gerville ont des hérissons 
dans leurs armes; la famille d'Héricy porte d'argent à 
trois hérissons de sable : Jean Le Héricher était curé de 
Clitourps et notaire apostolique de Valognes en 1692; il y 
a aussi des familles Herson ; hérichoivner, herchoniser, héris- 

25 



— /.ou — 
ser, Cf. le fr. Hérissonné ; herche, hebqde, herse [Hirsutus] : 
« Les queveux l'i frisent coume des dents de herque; » 
HERCBiER, herser; HEBCHEOR, HERSEUB, méchant violoniste , 
qui racle, qui herse, déchire les oreilles; herchage, her- 
sage ; HERCHIE, QiERCHiE, la lentille hérissée, Ervum hirsu- 
tum; HÉRicHETTE , S. f. fretin du bar, poisson hérissé ; l'a. 
donne à cette famille harrow, herse, harsh, rude, âpre, 
hirsute; le fr. Herse , grille de fer d'une porte , est l'a. 
hearse, corbillard, qui est encore un treillis, e[ herse, cha- 
riot funèbre. 

HERMINETTE, hache à pied, à Val. tile, n'a sans 
doute qu'un rapport de forme avec le fr. Hermine, que du 
Cange tire d'Arménie, iitt. fourrure d'Arménie; c'est peut- 
être une forme de Arme, et devrait s'écrire abminette; 
quant aufr. Hermine, il a aussi la forme et. ArmeUne, en 
a. Ermine : de là le n. pr. L'Herminier, Lerminier; 
l'hermine se dit en n. margotin et laitîce (blanc comme 
lait) , et la légende les appelle les âmes des enfants morts 
sans baptême. 

HÉRODE entre dans le dicton : « Vuus coume Hérode. » 
HÉR0DIASE, s. f. (Gucrn.) corbillard, dérivé, selon l'auteur 
des Rimes guern. , de Hérodias , reine des sorcières et des 
tourbillons. Parmi d'autres allusions bibliques , on re- 
marque : « Aller d'Hérode à Pilate; « « Vuus coume Ma- 
thieu-Salé , » c. à d. Mathusalem ; « Bavard coume la 
servante à Pilate. Nabuchodonosor, en a. Nebuchadnezzar, 
se disait en v. n. Nabuchor (R. du M. S. M.), en it. Na- 
buco. On dit encore : • Couneu coume Barrabâ à la 
Passion. 

HÉRON, ou plutôt ÉRON, « un éron, » héron, du 1. ero- 
dium (sptoSto;) , en a. heron, hem; hérounière, érounière, 
héronnière; en manceau aigron, de son aigrette. Quant au 
suffixe de la loc. Cherencé-le-Héron, c'est un nom d'homme, 
assez commun au moy Qïi-kgQ, Hairo.N . Avranchin, H, 75. 

HÈRONDELLE , s. f. hirondelle , hirundo , de son cri 
aigu; ERONDE (queue d'), aronde : Vaugelas approuvait 
Hérondelle; nous croyons que c'est à tort que l'Umbilic est 
appelé Hirondelle dans la Flore de N. : lisez rondelle, de 
ses feuilles rondes. 

HERPIE, harpie, méchante femme, en a. harpt/, du gr. 
apua^oj ; de là HERPON , harpon , en a. harpoon ; herpagon , 
Harpagon; HERpm, harpin; herper, harper, en a. harp: 



— .'.01 — 

« iMaims ferreas quas harpagonas vocant. » (Q. Curt. ) en 
V, f. hcrpe, herse : à Chausey, l'îlot Le Herpet; habpaye, le 
busard des marais : le n. prononce Aie la finale fr. le. Le fr. 
ajoute Herpes marines, épaves qui s'accrochent au rivage; 
en a. harp, s'arrêter sur ; du reste , toute cette famille re- 
pose clairement sur l'on., ainsi que la plupart des mots 
aspirés : l'H est, par excellence, la lettre des mots imitatifs. 

HÉTIQUE , s. m. gros poisson huileux , de la forme de 
la raie; d'après cette définition assez vague, il ne faut pas 
chercher l'ét. de ce mot dans le fr. Étique, dérivé de fièvre 
hectique (extixoç) , mais sans doute dans le scand. , comme 
les noms de la plupart des poissons n. 

HEUMAT (Orne) , entêté , qui a la tête dure comme un 
heaume (MM. duMéril); en v. f. helme, peut-être du 
V. f. erme, arme , mais plutôt à cause de l'aspiration, de 
l'ail, helm, en isl. hialm, et en v. f. hialme, en a. helmet, 
casque; rapprochons de ce mot l'a, haber, hauhert, et hor- 
bergeon, haubergeon, pour décomposer haberdasher, mer- 
cier, litt. frotteur de haubert, l'étoffe ayant succédé à l'habit 
de fer. 

HIÈRE, lierre, (le hière) , du 1. hedera , à Guern. yerre 
(Rimes guern.), en esp. yedra, en pic. hière; à Val. dikrd. 
GLiÈBu ; cette finale sonore vient des marchands qui forcent 
la dernière syll.; à Val. on crie : « glièbu, glièbu. » Nous 
avons entendu un homme très-savant dire que le cri de 
Rempailleur à Paris était Rempailleur, du pur roman; nous 
croyons que c'est la finale forcée, dans une intention spec, 
comme gliebru. Pour Lierre, V. Intr., p. 34. Cf. l'a. le- 
man, l'amoureux, du fr. l'amant. Cf. le I. hedera à hœrere; 
LiERRETTE, S. f., Ic lierre terrestre; en v. f. lerre: « Maison 
de pierre dont li pignon sont covert d'ierre. » ( Ap. M. du 
MévW, Essai, 273) « Un chiche enveloppé de feuilles d'hierre.» 
(Secrets du S^ Alexis , 83). Le fr. Auréole, litt. nuance 
d'or, ressemble à Lierre (la hière), dans ces vers du Myst. de 
la Passion de Valenciennes : « La laureole de martire. » Le 
pat. n. LiEBRu se retrouve dans le h.-l. lerrutmn, lierre. 

HIMEUR, humeur, du 1. humor : « Ignia himeur qui 
quienne. » (Molière, Don Juan, acte ii, se. ^), en a. hu- 
mour, d'où le fr. mod. a tiré Humour, humorist, Humo- 
riste, etc. Cf. la branche Humide, etc., et toute la famille 
partie du rad. uoi , être humide, d'où le 1. hyems , humus, 
hyades, udus, unda, uva, sudor, etc. 



— 402 — 

HISTOÈRE, histoire, en 1. historià (totojp, qui sait) , 
s'emploie dans le sens de prétexte, apparence , manière , 
par ex. : » Histoère de dire , » c. à d. pour ainsi parler , 
c. à d. 'sans sérieux , sans réalité; « Histoère de rire, » 
c. à d. pour le plaisir de rire. Ce sens pop. repose sur 
l'histoire considérée comme conte imaginaire, l'absence de 
la réalité; en a. history, story ; dès 615, un évêque disait : 
• Nulla storia ; -> le n, dit aussi stoibe. Ce mot et la lec- 
ture toute récente des curieuses Pop, taies of the west high- 
lands de J. Campbell, nous suggèrent Hdée de mettre ici 
un conte n.,à l'éloge du travail, écrit sous l'audition même 
d'une petite fille de douze ans, Marie Chauvois, de Céaux, 
pastouresse, qui le tenait de sa couturière, et que nous in- 
titulerons la FILEBESSE : 

Il y avait une femme qui battait sa fille; il passa par là 
un monsieur qui lui dit : Ma bonne femme, pourquoi donc 
que vous battez votre fille? — Elle file, elle file tant que je 
ne peux pas l'entretenir de filasse. — Donnez-la moi, moi 
je l'entretiendrai bien de filasse. Il emmena la fille et lui 
donna une grande ^«(/«e de filasse. La fille se mit sur la 
porte à pleurer. 11 passa par là une grande femme qui 
avait de grandes dents et lui dit : Ma pauvre fille, qu'est-ce 
que vous avez donc à pleurer ? — Il m'a été donné une 
grande paque de filasse à filer, et je ne sais comment atten- 
ter (arranger) mon rouet. — Eh bien! si vous me promettez 
de m'inviler à vos noces , votre paque de filasse sera filée 
pour ce soir. Le lendemain, le monsieur lui donna encore 
une paque de filasse à filer. La fille se mit sur la porte à 
pleurer. Il passa une bonne femme qui avait de grosses 
lippes. Elle dit à la fille : « Qu'est-ce que vous avez donc 
à pleurer? — Il m'a été donné une paque de filasse à filer, 
et je ne sais pas comment la filer. — Si voulez m'inviter de 
vos noces, votre paque de filasse sera filée pour ce soir. Le 
monsieur lui en donna encore une. Elle se mit encore à 
pleurer sur sa porte. Il passa encore une bonne femme qui 
traînait sa couraie (cœur et poumons). Elle lui dit : Ma 
pauvre fille, qu'est-ce que vous avez donc à pleurer? — Il 
m'a été donné une paque de filasse à filer, et je ne sais 
comment la filer. — Si vous voulez m'inviter de vos noces, 
votre paque de filasse sera filée pour ce soir. Le monsieur 
ne lui donna plus défilasse et l'épousa. Alors la fille appela : 
Bonne femme grandes-dents, venez à mes noces, venez, 
venez ; et le monsieur lui dit : Ma pauvre bonne femme , 
qu'est-ce qui vous a fait allonger les dents comme ça? — 



J'ai (ant filé, tant travaillé, que mes dents ont allongé comme 
ça. La fille appela encore : Bonne femme grosses-lippes , 
venez à mes noces, venez, et le monsieur lui dit : Ma pau- 
vre femme, qu'est-ce qui vous a fait grossir les lèvres 
comme ça ? — J'ai tant filé , tant travaillé , que 
mes lèvres sont devenues grosses comme ça. La fille appela 
encore : Bonne femme traîne-couraie, venez à mes noces , 
venez ; et le monsieur dit : Ma pauvre femme , qu'est-ce 
qui vous a fait sortir la couraie du corps? — J'ai tant filé, 
tant travaillé, que ma couraie est sortie de mon corps. Le 
monsieur alors brisa le rouet, et je dansîmes, et je frico- 
times, et je ne fîlimes plus. 

HITRE (Val. ) , huître, du 1. ostreum; hitrieb, pêcheur 
et marchand d'huîtres : « Le nais li pure coume la pouque 
d'un hitrier; » hitrière, huîtrière; en a. oyster : « Ilitre à 
l'écale , » injure à une personne stupide. 

HIVÉ, hiver, du I. hibernus : <■ L'hivé est dans un bissà: 
s'i n'est dans un bout, il est dans l'aôte. » On personnifie 
cette saison dans le bode.^-hoi'me hivé , et quand le soleil 
brille avec la pluie, on chante : 

I plieut, i fait solei : 
Ch'est le Loiien-hounie Hivé 
Qui bat sa femme à coups d' balai. 

Quand il neige, on dit : « Ch'est le bouen-houme Hivé qui 
plieume ses oies. » Le fr. ajoute Hivernal , Hiverner, Hi- 
vernage; en a. hibernal; en n. hivernage, fourrage qu'on 
fait manger vert au commencement de l'hiver , comme la 
vesce ; hiterwer, dans la Musen., sign, entrer en hiver : 
(I Stannée chi s'est d' bonne heure hivernée. » 

HOBLON, noPLO.N, houblon, en 1. humuhis, de humus, 
parceque c'est une plante rampante, en a. hop, qui semble 
être l'abrév. du n.; de là Houblonner, Houblonnière : 
à humus se rattache la branche fr. Humble (humilis), en a. 
humble. V. himecr. 

HON-ME, homme, dul. homo, en v. f. home, hom, om, 
en fr. On; il y a om dans le serment de 842, et home dans 
les Lois du Conquérant : « Et de tant os cum home trarad 
de la plaie; » (Art. xii) de là Homicide, Hommage, Hom- 
masse. Humain, Humanité, en a. homicide, homage, 
human, humanity, etc. : enn. hommée (marches du Maine), 
terrain qu'un homme peut faucher en un jour, environ 
3'i ares; hommelette. s. f. homme chétif; irodon (pois). 



— 40.'. — 
espèce de petit pois de mai, lilt, du prude iiomme; homi- 
cide, auteur d'un accident quelconque : « Si l'as cassé ta 
cane (cruche) , j' n'en siis pas l'homicide ; » il y a dans 
l'Av. un latinisme, par ex. : « I n'est d'honme de casser su 
bois, » c. à d. non est hominis, ce n'est pas le pouvoir d'un 
homme. Le fr. On se métathèse en no : « No n'avait 
jamais veu eun honme aussi barbeu. » ( Complainte du 
Juif-Errant) Le mot Honme figure dans un dicton n. : « Si 
taupe veïait, si moueron (salamandre) entendait, n'y erait 
sus terre honme qui vivrait. » On dit aussi hol'me, homme. 

HON-NÊTE, uocNÉTE, honnête, du I. honestus; en n. le 
1. lion, om se change en ou, V. infrà; hon-hesté, hou- 
NESTÊ , politesse , gén. sous forme de cadeau : » I n' serait 
pas (saurait) faire eunehounesté à un quicun ; » « Le pro- 
cureur de Tyr leur fist de grandes honestez; » (Chron. de 
N., I39J on dit prov. : « Honesté confond rigueur. » C'est 
ainsi que la rente additionnelle, \a /aisance, était appelée 
au moyen-âge un regard , en fr. un Egard , un respect : 
« In Brehal et Hambia decimam respectuum meorum ; » 
(Cartul. de Hamhie) de là le fr. « Avoir des égards envers 
quelqu'un, n en n. « des hounestés. » HorwEu , honneur; 
journées-d'houned, c. à d, d'obligeance, gratuites; uoDiNEoas 
(aux cartes), honneurs, de même en a.; le fr. et l'a. pos- 
sèdent à peu près tous les mêmes mots de cette famille; 
mais en a. honesty désigne spec, une plante, la lunaire; en 
V. f. honors, fiefs, d'où honos et honneur, ensemble de fiefs, 
baronnie. 

HOPITA, hôpital : <• Enfant d' l'hopita, » ou hopitalieb, 
Val. , enfant d'hospice : on se console d'avoir en perspec- 
tive l'hôpital avec ce diclon : « L'hopita n'est pas fait pouer 
les tchiins ; » de là le fr. Hôte, Hôtesse, Hospitalier, Hos- 
pitalité, Hôtel, etc. ; en a. hospital, host, hospitable, hotel, 
hostess; en n. hosteler (GL n.), héberger; en top. n. 
HÔTEL (.M.) est commun dans le sens d'habitation de cam- 
pagne; de même en v. n. : « A l'ostel poinst à un vilain; n 
{B. deRou, V. ^3i99); delà le v. f. host, serf, paysan, 
habitant d'un hostel; d'où le n. hostier, homme sale et 
couvert de boue : « Bâti coume un hostier; « (Val.) un 
acte n. de ^276 est fait par R. Hostiarius : a Hosliarii 
tintinnire impedimenta gaudes; » ûànsla Muse n. eostièbe, 
métairie : « Tout chiquetez comme des gueux d'hostière. • 
Le fr. Hôte vient du 1. hospes, de foris, litt. l'homme du 
dehors ami, tandis que //os^w, issu aussi de /om , sign. 



— /iO:i — 

l'homme du dehors ennemi; de là Hoslile, Hostilité, Hostie, 
en a. hostile, hostility, host, hostie; de làle v.f. host, ost, 
armée en face de l'ennemi : aller à Vosl est donc aller à 
l'ennemi, /lostis; de là le fr. Oslage, Otage, litt. gnge de 
l'ennemi; le 1. hostire, d'oîi le fr. Oter, sign, frapper l'en- 
nemi : le fragment sur la manière de prononcer l'a.-n. cite: 
Oste dit homme en batayle; » (Hist, litt.) On appelait à 
R., dans les guerres de religion. Forissites, de forissir, 
sortir, les religionnaires bannis: le fr. Hors est en n. ho. 
Dehors, deho; le bouejou viint de d'ho : 
A la Quasimodo, 
No met les quilles dcho. 

HOBSiiN, étranger; dehoksé, gauche et comme étranger. 
Pour Hors d'âge, on dit noBS ace, comme en a. n. : « Ne 
home arage, ne folnastre, ne mesel ousté de comune gens. » 
(liritton, Mtjrror of justice.) 

HOREUR, horreur, pron. comme l'a. honour, du 1. 
horror, on. de frisson, V. Intr. p. 31 ; le n. emploie ce mot 
en sens concret, par ex. pour un être très-laid : • Ch'est 
eune horeur; » « Eune horeur d'homme, de femme; » 
HORiBLE, horrible; iiobibliément, horriblement; l'a. ajoute 
horrent, hérissé, horrible, horribleness , horrid, horrifick, 
et fam. horrify, épouvanter. V. BÉRicnoN. 

HOUPETTE, petite houppe, à Val. bodpette, comme 
celle du bonnet de coton; de l'oiseau à aigrette, upupa, 
la Huppe; de là le fr. pop. huppé, qui relève la tête, fier, 
important; enfr. Houpper, en n. EnoDPrEB, abattre le bout 
de la gerbe; le fr. Houppelande paraît, être un vêtement de 
la prov. de Suède, Upland. 

flOURE, heure, du 1. hora, usité dans la loc. : « A 
c'I' houre, » (Av.) à cette heure; asteu, id. : « Asteu les 
œufs veulent ête pu savants qu' les poules; » (Lettre en 
b.-n.) et dans encoc, encore, à Val. , E^co et co : « La r'a 
t'a co ! » l'a-t-elle encore (la fièvre)? on lisait, inscrites par 
les Granvillaises sous le tableau du siège de Gr. , donné 
par la Convention à Granville — la Victoire, ces paroles : 
J'y étions et j'y serions co! » On dit aussi aco, par ex. 
dans ce dicton sur une belle personne : « No z'irait loin 
pouer trouvai pus biau, et aco troverait-on? » co se trouve 
dans un dicton sur quatre loc. de l'Orne : 
Oui et Moulins sont bons, 
Bray etO passent co. 

MALHouRors , malhcurcux ; benhoubous , bienheureux ; en 



— 406 — 
V. a. hov)re, en a. hour : « Unhappy howre ; » (jSpenser, 
Faerie queene] on dit à Av. : « Venin à haute houre, » à 
heure avancée, d'où hautorier, retardataire; hocbette 
(Hague) , petite heure; le fr. Heur, de Bonheur et Malheur, 
est ce même mot : « Notre heur n'est qu'un malheur plus 
ou moins consolé; » on dit pop. : « Tout n'est qu'heur et 
malheur; » la forme fém. est restée dans « la maie heure; » 
CEURÉ , exact, régulier; à Caen, hobé, arrivé à l'heure. 
Ajoutons le fr. Alors, en it. all ora, lors, lorsque. Le v. f. 
ores, maintenant, subsiste dans Désormais (dès ores mais), 
Dorénavant, litt. de maintenant en avant ; oeains, id., est 
en H.-N. {Gl. n.) dans mesm' grains, même naguère; c'est 
sans doute le mesodan de la Muse n. : 

Ne me fais point raesouan gémir dessus s'ia fèrc. 

Mais ces mots sign, désormais, comme à Guern. où l'on 
ditMESAïAiN. Un comp. û'hora est Horloge, masc. en n., 
d'après le neutre horologium; de là le Gros -Horloge à 
Caen et à R. ; on trouve horologe en v. f. , spec. Cartul. 
de l'hospice d'Av. ; on dit aussi auloge , comme dans 
cette inscr. du Gros-Horloge de Caen (13U) : 

Puisqu'ainsI la ville me loge 
Sur ce pont pour servir d'auioge, 
Je feray les heures ouïr 
Pour le commun peuple esjouir. 

A propos de l'adv. Encore , signalons un jeu de l'Av. qui 
rappelle un refrain pop. « Petite souris vit encore, » intro- 
duit dans une des plus jolies chansons du duc d'Orléans : 
« Nouvelles sont venues de France ; » c'est le jeu de Petit 
bonhomme vit encore , où l'on passe de main en main une 
bûchette allumée, peut-être une tradition affaiblie des Lam- 
padophores de la Grèce. 

HOUSSER, nettoyer avec un balai de houx, spec, avec 
le Petit-Houx ou Houx-frêlon, ou Housson, du 1. ulex; on 
disait houssum enb.-l. : a Houssum ad clausuras faciendas; » 
(Reg. Scacc, f. ^^ ) on l'appelait aussi cinus : • Cinus 
gerens cina; {Diet, de J. de Garlande, 610) d'où le fr. Ce- 
nelle : de Houx vient Houssaie, Houssine, Houssoir, Hous- 
sage, Houspiller; La Houssaie est commun comme nom 
top. ; on dit aussi le masc. Le Housset et Le Houssel. A 
Val. on fait sur ce mot une énigme : « Ou (houx) j' te 
r dis, ou j' te r nonme : tu n' le devineras pas que je n' te 
1' nonme. « L'a. holly offre du rapport avec le 1. ulex, dont 



— U>7 — 
les dérivés fr. el n. sont aussi aspirés, et dont il reproduit 
la syllabe forte. 

Hlil, huit, en 1. ocio : « Je soumes hui; • hditiime, hui- 
tième; HUiTAiN-NE, huitaine; hcitain, service funèbre de 
huit jours; à Jersey, octante, 80, seitante,70, notante, 90; 
l'a. eight est le môme que le fr., en passant par les formes 
interm. euct , euet , eivit du v. f . ; les commentateurs de 
Shakespeare tirent le terme utis du fr. Huit; l'a. week, 
semaine, huitaine, est aussi le même mot, et le v. f. vvech, 
wit, vuictieme, s'en rapproche beaucoup : « Il tinra deux 
eschaquiers, en l'an, en N. , des quiez li un commancera 
aus vuictiemes (octaves) delà S. Michel; » (Edit de Ph. Le 
Bel, en ^302); «xx s. pour -1 despens d'eschevins et de wit 
hommes, quant en asaia les chanons. » (Compte de Lille, 
^359) La loc. pop. : « Eté sus sen dix-hui, » c. à d. dans 
toute sa toilette, est un calembourg sur « deux fois neuf. » 
Ajoutons le fr. Octave, en v. f. oitave, Octant, etc. 

HUILOUS, huileux, du 1. olea, olive, d'où Huile d'olive ; 
HUILERIE, moulin où l'on fait l'huile; enhcileb (H.-N.). 
oindre d'huile consacrée, en a. enoil, oindre, qui est en ce 
sens dans Hamlet ; de même en v. n. : • L'ont enoilé; » (S. 
Aubert) (R. du M. S. M., v. ^204j; en pic. enheulier, par- 
ceque ce pat. dit heule, huile : de là le fr. Huiler, Huilier, 
Olive, Oléagineux, l'a. oil, oily, oleose, oleaginous, olive. 
V. orig. scand.HAiEj'le refrain des olivettes, chant et danse 
après la récolte des olives ; en A. olivettes , id. , chant im- 
porté du Midi dans le Nord. Ajoutez lefr. Huile d'oeillette 
pour oliettc, olivette, plante oléagineuse; le v. f. oilier, 
marchand et fabricant d'huile, subsiste dans les n. pr. Ce 
mot fluide se retrouve dans presque toutes les langues : 
goth. aleus, a. -s. ele , a. oil, hoU. olie, sued, olja, it. 
oglio, esp. olio, gr. sXaiov. Quant à Olive, Olivier, n. pr., 
c'est le scand. olaf, olof, d'où le n. de la commune de 
Lolif, toujours latinisé en « de Olivo. » (V. Avranchin, 
n. 648.) 

HUUS, ncis, porte, du 1. ostium, comme en v. f. : «Vint 
à l'us de la cambre; » ( Voyage de Charlemagne) {os, 
bouche) : t Clios c'I' huus, » ferme cette porte; « Ne pas 
trouver le co à l'hus, » c'est arriver trop tard ; de là le fr. 
Huissier, Huisserie, en v. f. huisserie, uisse, visière de 
casque , et l'a. ushcr, huissier et introduire. V. haie aux 
orig. scand. 

HYNTROPIE, s. f. hydropisie , en îi. dropsy, à Val. 

26 



HriNTfiOPÏsiE, où l'on retrouve l'aï (i) a., comme dans le mot 
baguais pbïson, prison, V. Intr., p. 27; hïntropique, hydro- 
pique , en a. dropsical ; ajoutons à ces mots d'or, grecque 
un autre de la même or. hynpocbite, hypocrite; hynpo- 
cBÏsiE (Val.), hypocrisie; à Val. : « Faire de l'hynpocrile, » 
c'est faire le flatteur; hynpotheque, hypothèque; hynpothé- 
QDTEB. hypothéquer. 



I , il , du 1. ille : I dit , i va ; » on dit d'un homme laid : 
« I fera un vilain défunt, si la mort ne l'amende; » de même 
en V. n. ; « Se sel a esté acheté en compagnie , l'en n'est 
pas tenu de nécessité aquiterlei, devant qu'i monte le pont 
de Seine. » (Coût, de la Vie. de l'Eau de R., xxii.j Cf. l'a. 
he, identique pour la pron.; È, elle, illa : « E dit, è va; » 
dans la M. , olle : « 011e a dit, » et o devant une con- 
sonne : « va; » Li, lui , comme complément indirect et 
attribut : « Ch'est li ; va do li ; » lé , le , complément di- 
rect : a Donne lé; » lié, lu, elle, attribut et compl. dir. : 
a Ch'est Hi; va do lié; » ainsi en v. n. : « De lié (Pope) fu 
nai Williame; » {R. de Rou, v. 346) i, ils, È, cl, o, elles: 
« I disent, è vont, ol ont dit, o disent ; » ieux, eux : « Ch'est 
pouer ieux. » V. Intr. ,41. i est employé comme eupho- 
nique aux prem. pers. interr. : « J' peux-t-i? » puis-je? 
<• J' pouvons-t-i? » pouvons-nous? et en pléonasme, comme 
dans la chanson de Biron : « Le roi i li répond; » ilo , lo , 
là, illic, en v. fr. illuec, illoc : « Saint homme qui vint lo. » 
( Mém. de S. Aubin, 20. j de delà, de là : « De chin, de 
delà, » d'ici et là. Lev. f. leans, opposé de Céans, se 
trouve dans une inscr. de l'église de Gatteville : « Priez 
pour les bienfaiteurs de leans » (là ens). Le v. f. oil, oui, 
hoc-illud, est gén. en n. odé, ocei; icelui, hic-ille. Nous 
soupçonnons que le jeu de mail n. , le jax I' Av. ) , oii l'on 
crie : « A jax , à jax 1 » est le v. f. Ajaix , aux autres , litt. 
à els (aliis), qui a un rapport de forme avec els, eux (illos); 
jax en v. f. sign, aussi bergerie. (V. gebce.) En H.-N. 
AL , elle. 

I, if : « Un bel i, » en a. yew, yeven, adj., s'éloigne assez 
de son nom 1. Taxus, « gallicè Taison, » dit J. de Garlande, 
pour être cherché dans le celt. : en bret. ivon; l'a. ivy , 
lierre, semble être le même mot; le fr. Ivette, le Teucrium 



— '109 — 
chamA'drys, désigne une plante à feuilles assez semblables 
à celles du lierre. 

lANS, ENS, dedans, le 1. intùs : « Se mettre ians, » à 
l'abri dans une maison , d'où peut-être l'a. inn, auberge, 
en V. a. logis intérieur : « Unto his inné began to draw; » 
(Spenser, 308) de là le v. f. leans, céans : « S'ils te pous- 
sent prendre è par force ans entrer; » (Benois, Chron.) 
« Je pleure ens et me ry par dehors; » (Alain Chartier, 582) 
« Laiens avoit quarante chevalier. » (Villehardouin) Le fr. 
Dedans est par euph. pour De ens, comme De hors; Etre 
dedans sign, être dans le piège, l'erreur, en a. to be out 
(c. à d. de la vérité) ; Etre dedans sign, être ivre (Etre dans 
les vignes) , et on dit : • Il est d'dans coume le frère Lau- 
rent. « 

ICHIN (M.), ici, du 1. hïciste, en H.-N. ichite, par 
abrév. Ci, Cy, en n. cnm : « C't'endret-chin, » cet endroit- 
ci ; DicniN QUE, jusqu'à ce que, le v. f. de si que : 
Que ja del mont ne se méust, 
De si que s'ovre fait éust. 

[R. du M. S. M.j V. 353.) 

Son syn. n. est jusque Li que, en v. f. Duskes à que (de 
usque ad quod). Quant à iochi.n, ainsi , c'est le 1. in sic : 
« A Dieus les amène J. C. inchy. » (Inscr. de l'église de 
Néhou.) Le fr. Y, en v. n. i, vient d'ibi et se trouve après 
le verbe, comme l'a. there : « Pour garder les (bœufs) par 
nuit et aporter i lour lis. » (Liv. des jurés S. Oen.) (V. Intr., 
4^ . ) Le fr. Ceci vient de hic iste, abrégé en Ce ; Cet et 
Cette, en v. f. cest, ceste, de hic iste, hsec ista; Ceci, de 
Me istic; Cela, de hïc illac. (V. Intr. , U\.) La forme dure 
et. s'est conservée dans iki en rom. , en fr.-c. , en bourg. , 
dans igui en dauph. , aqui en calai. , en port, et en esp. , 
qui en it. 

IDAIE, idée et siège de l'idée, tête: « Aveir dans l'idaie, o 
c. à d. dans l'esprit , la volonté : « Quand il a une chose 
dans l'idaie, l' diable ne l'i tirerait pas. » cônee dans l'idaie, 
c'est cogner dans la tête; avoir de l'idaie, c'est avoir de 
l'intelligence; le fait intellectuel, léger et invisible, devient 
le syn. d'atome, de rien : idaie, idée, très-petite quantité : 
« Je n' veux qu'une idaie d'iau-de-vaie. » (M.) En gr. 
Ei5£ia , forme. 

IDOINE , idiot , sans doute par une confusion de ,ce 
dernier mot avec le fr. Idoine (idoneus). V. p. 331 del'Intr. . 
la chanson du niais qui laisse échapper la fille . 



— 410 — 

El, moi, comme un idoine, 
Je la quittai aller. 

Peut-être aussi a-t-on dit inidoine, maladroit. A Idiot, 
Idiotisme, Idiome, du gr. tSioç, l'a. rattache idiom, idiot, 
idiotism, idiocy; pour Idoine, en a. idoneus. 

IDOLE , s. m. , fém. en fr., idole, du 1. idolum : il est 
m. dans La Fontaine : • Jamais idole, quel qu'il fût; •> 
(L. IT, f. 8) en v. f. ydle, idole, par ex. Liv. des Rois, 333 ; 
la loc. n. : « Tranquille coume un image, » pourrait con- 
duire à l'a. idle, paresseux; mais comme en et. il faut se 
méfier du sens met., il est plus naturel de voir dans ce mot 
le fr. Indolent, qui a passé par Tint, du v. f. idoul, fai- 
néant, et de le faire rentrer dans la famille de dec, V. ce 
mot. A Idole s'ajoutent le fr. Idolâtre, Idolâtrie, Idolâtrer, 
et l'a. idol, idolater^ idolatrize, idolatrous; idolist, etc. 

lÈPRE, IÈ3E, gale de chat, lèpre, du 1. lepra; le n. dit 
de même ubd, liard, iette, liette, bandelette; leprods, 
lépreux, en fr. Léproserie, en a. leper, leprosy, leprous. 

lEUN, lEDNE, un, une, du 1. unus ; ionze, onze ; « Ne 
faire ni ieune ni deux, » ne pas hésiter; en a. one, oneness, 
only, unite, etc. ; en fr. Unité, Unir, Unique, etc. 

IGNORER (en) , ignorer, en 1. ignorare : t J'en ignore 
de cha, » j'ignore cela; de là être e> ignore, être dans 
l'ignorance : « Je siis en ignore ; » ig?<orant. inoraist, niais : 
« Grand inorant !» « Il est biin ignorant d'aver fait cha ; » 
aussi, pour ignorer, l'a. n'a que to he ignorant; ajoutons le 
fr. Ignare. 

ILET, s. m. , iLETTE, s. f. , îlot, en a. islet , et par apo- 
cope, ait; à Val. rilet, quartier isolé sur le canal; de même 
à Bay. sur la rivière , et les Iles-Bardel se disaient Ys- 
bardet au ^ 5^ s. ; il y a l'Iletle devant Brevands ; du 1. in- 
sula (in salo) ; en v. f. isle, en fr. Ile, Insulaire, en a. isle, 
island , islander, insular, etc. Islet se disait en v, f . , ainsi 
dans Mouskes, Chron. rimée, v. -14327 : 

Ce fut tout droit en Pinkegni, 
En un islet de Sainne iqui. 

IMAGE , s. m. , malgré le 1. imago : « Sage coume un 
petit image : » de même en v. n. : L'image de la mort peint 
en sa pensée; » (T. de Chartrose) « Beaux images; » 
(Christ, de Pisan, le Diet de Poissy) imagier, imager; ima- 
gerie, collect, d'images; on a dit imaginier : «Corporation 
des maçons, tailleurs de carreau et imaginiers de Cou- 



— '.Il — 

tances » (1381) ; de ce dérivé û'imitari vient Imaginer, etc., 
en n. maci.ner. et magi^e sign, j'imagine, je suppose : « Il 
est midi, magine ; « ir<MAGi.\ATio.> . invention , ruse; en a. 
imitate, image, imagine, etc. 

IMBECILLE. abr. en décille. stupide, du 1. imbecillus, 
en a. imbecile]; becillité, imbcciliité, en a. imbecHity. 

IN, dans les comp. négatifs, ne se fond pas, comme en 
fr. , dans la consonne suivante, ex. : inmekse, s. m. , im- 
mensité : « Y en a un inmense , » c. à d. une très-grande 
quantité ;iNLrMi.\ATioN. illumination; illisible, illisible, etc.; 
c'est un archaïsme I. ou un résultat de la nasalité n. 

INDE (Val.), noirâtre, en v, f. inde, bleu sombre, d'où 
Indigo ; le R. de la Rose donne sans doute l'ét. de ce mot 
dans ces vers : 

Adonc prent l'Air son mante) iude 
Qu'il veist trop voienliersen Inde. 

Aussi dit-on pop. noir comme du bois d'Inde; de là le 
fr. Dinde (de Inde), Dindon, Dindonnier, Indienne. Cf. le 
Dindenaut de La Fontaine, dans la fable de VOurs et des 
Compagnons. 

INDITER, enseigner, élever, dul. indicere; à Jersey, 
l'iNDiTEMENT cst Une première enquête , et endite, selon le 
bailli Le Geyt, sign, dénonciation, et éditer, déférer à la 
justice; en a. indict , accuser, indictment, accusation. 
D'indicare vient le n. indique, indice : «Donne-moi des 
indiques de la première nuit. »> [Chansons n. de M. de 
Beaurepaire, p. 96.) 

INDUSTRIER , terme de l'Av. : « Indusirier un champ 
en luzerne, en blé, en sarrasin, » c'est-à-d. le préparer et 
l'ensemencer, du 1. indnstria, industrie, en a. industry. 

INTERET, amour du gain : « Il est d'un intérêt crache ; » 
du 1. interest; i.nteressié, avare et avide ; en a. interest. 

INTRIGUER, intriguer, dul. intricare ; de là le fr. 
Intrigue, en a. intrigue ; imricueur, intrigant, en a. intri- 
guer : ces mots se prennent gén. en bonne part : « Aver 
d' l'intrigue, » c'est être ingénieux et adroit dans les 
affaires. 

lORD, lOBDE, sale, le v. f. ord, d'où Ordure, du 1. sor- 
didus : « lordes bêtes, » animaux venimeux; en a. orts, 
choses de rebut; orciichon, s. m. personne sale, lilt, ord 
G^ICHO^,■écuelle sale; ekordI; salir; en v. f. ordoier, salir; 



— 412 — 

le fr. Ornit^re est de cette famille, et l'on dit oudière en 
H--N. et OiMÈRE en B.-N. : « Suure de pet et d'ônière, » 
c. à d. suivre de très-près; le fr. ajoute Sordide, Ordure, 
en a. sordid, ordure, et sans doute sore, ulcère, et peut- 
être dross, ordures. 

lOU, où : « loù qu' tu vas ? » pop. lousque, du I. uhi. 

ISCARIOT, traître comme Judas Iscariot, comme dans 
les Satires de Courval : 

Des loyaux confidents, (raistres custodi nos, 
Vous êtes des Judas, de vrais Iscariots 

On a supposé à La Haye-Pesnel une rue Iscariot. V. Gl. 
de Roquefort. 

ITOU, aussi : « Et mé itou ; » l'a. a gardé lasyll. forte, 
too, aussi; ce mot existe dans tous les pat. fr. et dans ceux 
de la Suisse; etoti (Av.), id.; nous croyons que c'est ce 
mot qui est dans ce texte pris dans le Diet, de Richardson, 
art. Sinew : « And karf atoo a veyn; « itant, autant : 
TOUT I TANT : » J'ose bien au meins itant dire ; » (T. de 
Chartrose) itieu-malieu , ainsi et ainsi, çà et là, pêle- 
mêle : c'est le 1. ita. 

IVOER , s. m. ivoire , « du bel ivoer, » du 1. ebw, 
en a. ivory ; en v. f. ivoirier, ouvrier en ivoire ; Ivory , n . 
pr. à Val. 

IVRER, enivrer, du 1. ebrius : « Qu'on voye quelqu'un 
s'ivrer du vin de son tonneau ; » {Sat. de Courval) « N'allez 
plus aux assemblées. Danser, rire et vous ivrer; » 
(Chanson n.) ivrongne,' ivrogne; ivrokgnesse , ivrognesse, 
comme dans le dicton : « Ivrongnesse de sei n'est maî- 
tresse; » ivBONGNASSER, péj. d'ivrogncr; de là le fr. Ivraie, 
le lolium temulentum, Ivresse, en a. ebriety. 

IXE, s. f. chevalet pour scierie bois, en forme d'X; 
ainsi on appelle quatre un piège qui a la forme de ce chiffre 
barae. V. esse. 



J' je, en 1. ego , est presque toujours apostrophé en n. : 
B J' veux, j'aime; » en v. f. jeo, jo et io: « Si io returnar; » 
(Serment de 842) en v. a. ich : a Ich have wonne my 
goods ; » (Vis. of P. Ploughman) c'était à peu près le même 
mot en frank : « Einan kuning weiz ih. » V. Intr., p. 230. 



- /.1 3 — 

t' se supprime souvent en n. : « Oui. jiense bien, » je pense 
bien, et représente toujours la l" [lers. du pi. : o J'avons, 
j'érons; » quant au je final du subj. n. , il représente le 1. 
en iam : Que je vienje (veniam). qui sert de type de conjug. 
et qui s'adoucit en se : « Qui veut jaugler, si s'en vaise. » 
{T. de Chartrose.) Le Je zézayé est usité dans la H.-N. 
ùQuillebeuf, au Pollet , e\.c.\ . Intr., p. 30. On méta- 
thèse quelquefois Je, on dit Ej : « Ej vas, o comme en 
pic; ainsi dans le canton de Marigny, on métathèse De : 
« Un verre ed bère : » c'est le dialecte pic. 

JACQUOT. JACQCET, dim. de Jacques, Jacobus, en a. 
James, qui existait en v. n. : « Desqua S. James de Beu- 
vron; " (Chron. des Ducs de N.) « G. Giffard qui a St Jame 
aveit esté. » Il y avait à Caen une chapelle de St-James , 
« Monstier de S. James. » De là le nom de famille Jame, 
Jametel : Jacquot est syn. de niais, jacqdes-dalle ou dare 
est un type de gourmand, d'ivrogne, lilt, à la grosse be- 
daine. V. DALLE ET DIRE; uu autrc type est jacqces-sacce, 
mauvais cuisinier, en a. Jack-Sausage et Saiicy-Jack ; en 
gén. Jacques éveille l'idée de domestique, et Jacquot est le 
nom du perroquet; en a. Jack-Ass est le nom de l'àne; à 
ces mots d'animaux ajoutons Samsonnet (petit Samson), le 
maquereau etl'étourneau, Richard, le geai, Coco (Jacquot), 
le singe (Gl. w.j; en a. Jack-Fool. imbécille, Jack-o-Lan- 
tern, le feu follet; on personnifie même le café, sous le 
nom de Jean-le-Brun ; jacqcet (Av.), l'écureuil; on dit à 
Val. : (( Se lever dès le paîlre au jacquet, » dès le point du 
jour. Le jax de l'Av. , pour la boule au jeu de mail , est le 
même mot, du moins elle se dit Jack en a. , où elle a pour 
syn. Mistress (TroUus, t. ni. 2), ce qui rectifie l'interpréta- 
tion du mot lErx. Pour cet infinitif subst. ci-dessus, « le 
paître, » il n'était pas rare en v. f. : « Le paîtie. c'est le 
naître; » « M'a le parler rendu que j'ay dès mon naître 
perdu. » (Mir. de Rob. le Dyabk, \\^.) 

JEAN, mari trompé par sa femme, .TE.4>i-,iEAN , double 
niais, du I. ./oannes ;jea?(.\ot, .teamn : « A. Guillin de trois 
femmes fut janin, » niais ; c'est à Val. un masque de paysan 
imbécille; ainsi en it. Gianni, en a. Zani, en esp. Juan, 
et Bobo-Juan ou Jean-le-Fou ; « En a., dit Tyrwhit, lors- 
que nous appelons un homme John, nous ne voulons pas 
lui donner un titre d'honneur ; » Jeanne et Jeannette sont 
les petits noms de la chèvre et de l'ânesse; c'est le Jenny 
a.. A'm\o Jcnny , méHer à tisser, importé d'A. à Condé 



— 414 — 

en 1807; jea^quin , s. m. petite tasse tie café (H.-N/), de 
Jean Quin, garde-chasse, qui lui donna son nom en'l82o 
(Decorde); dans l'Orne, jgdbjeot , s. m. lasse de café. De 
Jeanne viennent Jeannette , Jeanneton , jea^netou.xette, 
TODNETTE. Outre Ics types de Jean qui pleure et de Jean 
qui rit , il y a dans l'Av. Jean qui perd : 

Jean qui perd 
Berclie (rejours le petit l)er. 

Jean qui perd; 
La bergère m'appelle Irejours 
Jean qui perd. 
Jean qui perd a tout gàlé le lait, etc. 

De Johannes viennent le v. f. Jehan, les n. pr. Jelienne, 
Gohan, la Gohannière, etc. 

JENNE , jeune , du 1. Juvenis : <• Se rendit assez jeune 
en une abbaïe; » (T. de Chartrose) en v. f. Genvre, du 1. 
Junior, d'où le n. pr. Genvresse : « Raol le genvre... le 
diemayne que l'en chante Letare {Reg. redd. M. S. J/. ), 
devenu Gemble : « De gembles e de viez ont assez grant 
conrei; » (/?. de Rou, v. 378^) je:xKet, un peu jeune; jec- 
NESSE, jeune fille : « Couplé sous le joug d'hymenée avec 
une jeunesse; » (Vauq. de la Fresnaye) de même en a. 
youth, très-rapproché du v. f. jouette (juventa), jeunesse; 
l'a. young est le v. f. iovene; du 1. juvencus, jeune bœuf, 
vient le fr. Jouvenceau, de Juvenca, Jouvencelle, génisse, 
en n. ge.msson, jeune bœuf, bien distinct de ce.msso??, cité 
par L. du Bois, altération de Séneçon ; « Junèche qui veille, 
vuuillèchequi dort, ch'est signe de mort. » jolvette, oiseau 
de mer, gros comme un pigeon. (Coût.) 

JESUET. hypocrite, qui fait le Jésus, le patelin; petit- 
.lÉSBS, Val., id., et l'on dit alors : « No li donnerait le 
bouen Dieu sans confession. » Il y a des rues , des routes 
dites le Petit-Jésus , d'après des statuettes du Christ ; je- 
suiTRE, jésuite, pris en mauvaise part : « Qui te font de- 
grimer ainchin les jesuistres. (Mtise n.); on disali jesuiste, 
V. l'établ. des jesuistes, à Caen, par M. Puiseux , Rev. de 
Caen. 

JET, calcul avec des jetons (Av.) : Je ne sais ni jet ni 
calcul; ainsi en a. cast up an account, faire un compte; 
aussi en v.n.: « Pour un jet de getons pour les calculs 
dudit hostel et la bourse 18 d. (Compte de Bay. , -1507) ; 
LEVAIN de jet (Val.) , levain de bière , c. à d. fait avec des 
jets de houblon, du 1. Jactare, d'où vient le fr. Jeter et ses 



nombreux 'lérivés. et. l'a. jet, jut, juttij , jetty , jelleau , 
contr. du fr. Jet à'eàu . jetson et jetsafn, épave, le fr. Jet- 
taison , en v. f. jetoison : Se getoison se faisoit en la mer. 
{Rôles d'Oléron) ; ainsi kelson , calaison , stemson , estan- 
çon, ainsi on dit en n. : La mer jette sur la côte; jeter , 
dans l'Av. avec un nom de couleur • Jeter blanc, noir , >• 
c. à d, offrir une apparence de blanc, de noir ; jeter (Av.) , 
vomir, de même l'a. casZ"; REJETEii. pousser des rejetons, 
en n. rejetlns; ajeter (ad jectare) , précipiter : S'ajetersus 
quiqu'un coume poureté sus l'monde. L'a. geat , trou d'un 
moule par où l'on jette la matière, est le fr. Jet; on dit 
prov. : Faux coume un jeton. » Cf. le fr. Jactance, Jacu- 
latoire. 

JEULIEN , JEULI0T. JECLIOTTE, Julicu , JulienDC , un 
exemple de l'éloignement du normand pour le U fr. comme 
l'anglais; jedlie, Julie; juilet. juillet , le mois de Jules. 
On \rou\ejuylet dans un acte a. n. de -1375 ; on dit prov. : 
Le bouen juilet met faucille au poignet, ou en [lat. du 
Bessin : En juignet, faucille au poignet. En v. n. Juillet 
était dit Mois de carroi, comme consacré aux transports de 
bois : De venditionibus nemorum in mense quareti (1263.) 

JEUN-NER, jeûner, du X.jejumis ; jeu.n-ne, jeûne, jedn, 
adjectif usité à Val. dans : A cœur jeun. c. à d. à jeun; 
JECKODR, qui jeune; déjetiiv-ner, déjeuner, de dejejnnare , 
litt. cesser le jeûne, comme l'a. breakfast, lilt, rompre le 
jeûne. 

JEUS , jus : du jeus de rigoliche , du jus de réglisse ; 
lEDSiER, tecter, rendre du jus; jedteix, juteux. 

JOCER, s'amuser, niaiser, du X.jocari; en rouchi c'est 
jocquer, d'où le fr. Jeu, en v. f. joc. Le jeu n'en vaut pas 
la chandelle, dit-on prov. d'une chose qui ne rapporte rien; 
JOUETTE, joueur mesquin; joccler (Av.), folâtrer, du 1. 
joculari; joster (Val.), jouer, plaisanter, d'où josteur, far- 
ceur; josTE, jôïE , joute , spec, les combats des coqs, qui 
naguère se faisaient dans les écoles : Item deuxcoqsàjous- 
ter pour les enfans allans à l'école. (Aveu de 1398) : Le 
maistre qui tient l'escole à Dieppe iiij coqs quant les joux 
sont à l'escole. C'est aux N. que les A. ont pris cette sorte 
de plaisir; de là l'a. joke, joker et just, jostle, ce dernier 
est un fréq. De joculari viennent plus spec, avec lefr. Jon- 
gleur, en b. I. joculator, jaxgler (S. -Inf.), en imposer, qui 
est dans le coup-d' œil purin (p. -14), en v. f. jangler , men- 
tir, en a. jangle, ei jonglerie a encore ce sens en fr, ; en 

•27 



— /H(i — 
Bray on d'lijaugler, bavarder : Et qui veut jaugler (à l'é- 
glise), si s'en vaise {T. de Chartrose); jolet , à Mortagne . 
jeu ; JOLET, à Av., a ce sens dans la loc. : Aveir sen jolet , 
c. à d. son loisir, sa liberté, et dans : Former à son jolet, 
c. à d. à sa manière, à son jeu; jolage (Lande d'Airou) : 
En fait de poumes, il y a un joli petit jolage; jolecx. mo- 
queur; c'est un sobr. en H.-N. : les joleux d'Yville. Lefr. 
Jaser, en n. jasier, est le v. f. jacer, adouci. En v. f. joli, 
dérivé de joculari ou plutôt de gaudialis, a le sens de 
joyeux, que les paysans de l'Av. appliquent encore à leurs 
bœufs , qu'ils appellent joli ; de même en a. jolly, joyeux : 
Full ioUy knight. {Faerie queene, canto i, ^); en n. joli, 
gentil, a la forme de jolei , joleîe , pron. comme l'a, jolly; 
en n. jolieb, folâtrer; l'embarcation légère et follette que 
nous appelons yole est ce mot, et vient de l'a. primit. jo%- 
boat, en a. yawl. Le fr. Joyau, Joaillerie, même fam., en 
a. jewel. Le fr. Jouir, dérivé directement de gaudere, se rap- 
proche du l.jocari, et est employé activement en n. comme 
dans ce gasconisme : la santé qui se jouy... l'amitié est 
jouie (Mortaigne), comme l'a. enjoy; à Val. , par une ext. 
de l'idée de résistance à l'acte charnel, on dit Jouir, c. à d. 
venir à bout, dompter, se chevir; à Mortain , réjouie, ce 
qu'à Paris on appelle Rejouissance , ou os ajoutés à la 
viande. 

C'est encore à Jongler, en v. f. jogler, que nous rappor- 
terions JOBERiE (H.-N.), dans le sens de Jonglerie : L'au- 
theur se mocque de leur joberie (Muse n.) ; comme le jon- 
gleur était un rôdeur , un flâneur , jober sign, être oisif , 
flâner, d'où : Battre le Job, flâner; de ce sens de musarda 
celui de niais il n'y a pas une grande distance, d'où job , 
niais, jober, regarder d'un air hébété ; de là le fr. pop. Jo- 
bard, imbécille; jobin, id. : Les Jobins d'Anguerni , près 
Caen. La N. a son type de jobarderie dans M. La Palisse 
et J. de Nivelle; laB.-N. dans M. de la Vaquerie : • Qui 
semait du poil de vache pour faire pousser des bœufs. » 
.todane (Val.), benêt; l'a. job, agioter, a quelque rapport 
avec le n. jober, et Jobard est dans l'a, jobbernowl, niais , 
et JOBER , jongler, dans l'a. jobber, agioteur. C'est encore 
a Jeu que se rattache Va. jeopardy, risquer, que Richardson 
tire du v. i.jeuparti, où l'on choisit, à ses risques et 
périls , une des deux choses qu'on propose. 

JONQUETTE (Caen), fleur dont on jonche les rues les 
jours de la Fête-Dieu, en fr. Jonchée; le fr. Joncher dérive 



de J une us , ainsi que Joindre, en 1. jungere, litt. lier de 
jonc; JONQDETS , jonchets; jonqcière (Guern.) , terrain où 
croissent les joncs; en N. passim les loc. les Jonquerets , 
le Jonquet, la Jonquière; en a. junket, gâteau, litt. : milk 
or cream cheese carried intra vimina juncea. (Richardson's 
Diet.); dans le Devon ^wnAe^, friandise ; en Q..juncate. en 
it. giuncata. En n. Joindre se dit joignier : Joignier les 
deux bouts, c. à d. de l'année, s.-e. équilibrer la recette 
et la dépense ; en a. join ; jointer, emboîter deux objets , 
en a. joint. A. jungere se rapporte le 1. jugum, en fr. Joug, 
en n. jook, en a. yoke; jouglieb, jooler, attacher au joug ; 
L'Ulex europœus, \u\g. jonc marin, parcequ'il affectionne 
les bords élevés de la mer, se dit dans le nord de la M. jan 
et Bois-JAN, de sa vague ressemblance avec le jonc; écrasé, 
il est donné à manger aux bestiaux ; janièbe, terre où croit 
le jan : Terres pleines dejons, ronces etespines pourestre 
mises en labour (Reg. de la Uaye-du-Puits) ; il y a geans 
dans le Coût, des forêts , et on lit dans la Vie du B. Tho- 
mas : De bous (bouleau) ou de jaam sauvage. V. cette vie 
écrite en Hague langage d'où nous détachons deux angli- 
cismes : La bonté de li.... plein de la Dieu grâce , et les 
imparf. en eut, aujourd'hui en ot , dans cette contrée : Il 
parlent, montrent, etc. V. cette vie par L. Delisle , 12. 
Ajoutons un mot qui a quelque rapport avec Jonc, janoode, 
JACcouE qui , à Mortain, désigne le haveeon, ou le Fromen- 
tal : La jaucoue creît pus vite que l'bouen blié. 

JOTTE (Av.), citrouille; Soupe de joite, soupe de ci- 
trouille : dans le centre de la F., jatte désigne la moutarde 
des champs. (Boreau, H 379, Flore.) 

JOU, du 1. Jovis, existe dans le serment très-usité dans 
l'Orne, par jou, en v. a. Per Jove, en a. Bg Jove ; c'est 
voisin du serment gascon : Cap de Jou; Molière dit encore : 
« Per Jovem /je suis ivre. » {Dépit am., II , vu.) Il paraît 
que le par jou devient dans l'Av. parchocte : « Par- 
choute oui, parchoute non. » JcriN désigne un être méchant 
et malfaisant, c'est l'idée chrétienne qui transformait en 
diables les dieux payens ; on l'emploie comme injure : 
« Vieux Jupin , va! » a Ch'est une invention , un tour de 
Jupin , » c. a d. diabolique , ou du dieu qui trompait la 
surveillance de son épouse ; Jupiter est un nom donné aux 
chiens grands et méchants. Il y a des familles Jou vin, et de 
là vient peut-être Juvigny, en pat. Jouvigné. 

JOU, jocou, jour, de l'it, jorno, de l'adj. de dies, ou 



diurnus : « Le bonjou viint du d'hors , » c. à d, c'est à 
l'arrivant de dire bonjour; jor, jour, aojoud'hui , et aujor 
d'aujord'hui, aujourd'hui; jouernal, adj., du jour : «Etoile 
jouernale, » étoile du matin; en v. a. journall : « Their 
journall labours; » (Spenser, p. 58) de même en v. f . , 
comme dans le /?. d'Alixandre : 

Mais li Grius ategnent com renars fist le gai, 
Quil saisi par la geule quant ol canté jornal. 

On dit prov. : « lau matinale n'est pas jouernale ; » jodocr, 
jour, souvent avec le sens d'espace : « Y a du jouour pouer 
cha, » c. à d. du temps ; c'est peut-être à ce sens que se rat- 
tache JocÉ, guère, pas (Orne) : « I n'a joué de pommiau, » 
point de mollet, c. àd. jour, apparence, vue; journet (Al.), 
journal de terre : « Journel de terre se trouve à chaque 
page des aveux des comtes d'Al. » (Delisle, Et., p. 537.) 
joREUx, aux marches bret., le porte-lumière, le porte- 
lampe; jour dormant désignait à R. le jour de congé des 
chanoines; l'a. journey, voyage, est du v. n., V. Chron. 
de Benois, i , v. 7746 ; journieur (Guern. ) , journalier, en 
V. f. journéeur. Le mot di {dies) termine les noms de la 
semaine, excepté dans Dimanche, en v. f. diemaine {dies 
magna) ; c'est le contraire en v. prov. : divendre, vendredi, 
dijou, jeudi, dimierke, dimanche; en v. f. di, jour: « A 
l'uisme di, » au Séjour. » {Concept. N. D., p. 7.) A St-Lo, 
le lundi, jour de travail, est dit « Journée de gamaches, » 
c. à d. oîi l'on met les guêtres. Cf. l'a. day , le sax. dag , 
le 1. dies. On dit : Long comme un jouour sans pain. 

JOU, JOIE, hauteur, du l.jugum, d'où le fr. Jucher, en 
n. juqcier; .iuquocr et jour, juchoir; de là Jobourg , litt. 
bourg de la hauteur, Jeufosse, promontoire élevé sur la 
Seine, Monijou, l'ancien nom du M. S. M., les deux Mont- 
joie de la M; il y a la Jugette à Omonville (Hague). Val- 
jouais, arr. de Coût., sign, peut-être val du jou , au Liv. 
noir, S. Andreas justa Jleuterium. Ajoutons Jourque, arr. 
de Vire, avec sa hauteur, puis Joganville, Joué , Joui , 
Juaie, peut-être Juilley, avec sa butte des quatre vents. 
Cf. les monts Jou ; il y a dans une charte n. de -1230 : Ho- 
ninem vocatum Jouche-hors; jerquier, jucher, en a.juke, 
id. Cf. l'ancienne butte Montjoie, avec ses légendes de tré- 
sors, dans l'ancienne voie de Bay. au M. S. M.; les Monts 
Joie, ou monceaux de pierres , comme témoins d'une sé- 
pulture ou d'un événement, ont aussi cette éf. Ils ont pour 
équivalent en Irl. et en Ecosse les Kairns. On dit encore 



— 419 — 
chez les Highlanders : « Curri mi clach er do cuira , « j u- 
jouterai une pierre à votre cairn , i, e, j'honorerai votre 
mémoire. V. The archœlogy of Scotland by D. Wilson, 
p. 59. Du ].jugum, hauteur, vient son sens de cou, d'où le 
fr. Jugulaire, le n. jigcleb, vexer, litt. égorger. 

JOUXTE, près, du 1. juxta, est resté dans la top. n.: 
on dit St-J.-du-Corail jouxte Bion, St-Aubin jouxte Boul- 
ley, clc; de là jouxter, être conligu; jouxte, borne, usité 
dans la loc. : Les jouxtes elles aboutissants. 

JUBÉ , ce mot 1. s'est conservé dans la loc. : En venir 
à jubé, c. à d. à soumission, à dire : jubé, ordonnez : 
« Laissez-moi jouer mon personnage, je le ferai à jubé. 
(Hauteroche, Les bourg, de qualité). On dit encore Faire 
jubé, se soumettre. Le fr. Jubé désigne celle parlie de l'é- 
glise où le diacre disait au célébrant : Jubé, domine. Ajou- 
tons le fr. Jussion. 

JUGIER, juger, du \. judicare {Jus dicere) ; jdgié (Av.), 
interdit, stupéfait, comme un homme jugé, condamné, en 
^vo\. jkuja, stupéfait; jugece, juge , dans le sens iron, de 
lajugerie de Rabelais : De ce jugeur que l'on nomme cadi 
(Poésies d'Edeline). jcgette, la justice de paix , litt. la pe- 
tite justice; en v.n. ^'ws^we. justicier, comme en a. justice, 
d'où lord justice , chief justice ; juhedb (prêtre) , qui a prêté 
serment à la Constitution civile du clergé, vieux n. ressus- 
cité des jureurs, jurés, introduits en A. par G. le Conqué- 
rant; JDBY, juré; PARjcBE (Lis.), pari, action de jurer par, 
de même en lorrain ; juste (cocme de), comme il est juste ; 
on pourrait trouver quelque part en n. juste, juiste, pinte, 
mesure : Des juistes de vin furent portées à nos seigneurs 
de l'Echiquier. (Hist, du Pari. deN., i, 306). Parmi d'au- 
tres mesures n., on peut citer les mesures de sel, metent, 
croche, ambre, hoquet, poise, eirtîche, particulier à l'Av.; 
on disait aussi pense, litt. pesée (pesum) de fromage, jus- 
TANÉMENT (Av.), justement, tout de suite; jcste, justau- 
corps de femme. La famille a. de judge est à peu près la 
même que la famille fr. 

JUI, juif, pris en mauvaise part : Vuus jui ! vieil avare; 
de même en v. f. , et le fém. était juiesse : D'une femme 
juiesse condamnée à mort. (T. de Chartrose). Il y a dans 
les villes n. des quartiers affectés aux Juifs , des rues es 
Juifs, Juiverie. Shakespeare dit: Hierodof Jewry (.^n^onj/, 
act. i). et en gén., dit UaWiv^'eW, Jewnj désignait un quar- 



— '(20 — 

tier des Juifs; il y avait à Mortain une léposeric de Jéru- 
salem; jui, juif (Val.) , le martinet, parcequ'il émigré de 
l'Orient, de la Judée; JUDÉE, sculpture, bas-relief, repré- 
sentant une scene de la Passion, comme la judée de Poil- 
ley; judas, traître; à Val., au jeu de dés, les point de jddas 
est l'as. En N. au moyen-âge, le Juif était assimilé à la 
bête : « Un Juif, qui est réputé pour bête , devait dix de- 
niers. » Vie de l'Eau, p. 222. 

JUMENTIER (cheval), qui aime les juments , du l. ju- 
mentum : jumeintebie, collection de juments. 

JUMET, JCMiAU, jumeau, du 1. gemellus; jumelle, s. f., 
double pilier du mouton du pressoir; il y a en N. des fa- 
mille Jumel , le syn. de Besson, usité au centre de la Fr. ; 
un poète de l'Av., J. de Vitel, se sert cependant de ce mot 
et pour lui Bessons flambeaux sign, les deux yeux. En v. n. 
gemelle désignait une espèce de filet, sans doute de haye- 
NET : Nullus potest habere piscarias, nisi cum pinchone et 
gemella, et sine bauqueto nisi in panels in quibus fuerunt 
ab anliquo. (Acte sur les droits de pêche à Troarn , au 
IS»^ s.) y.pauche, chaussée. L'a. a gardé gemel dans ge- 
mel, gimal, gimbal, termes héraldiques pour sign, double 
barre. 



LA CELLE, celle (illa, hœc illa), en v. f. icelle, pléon., 
analogue au fr. Laquelle; on connaît le mot attribué à la 
maréchale Lefebvre : La celle à Lannes , c. à d. l'épouse ; 
on dit LE SIEN, la sienne (Av.) , celui , celle : Coume l'sien 
qui crache au tchu d'sa vaque : si cha n'fail pas d'biin , 
cha n'fait pas d'ma ; on dit en delà, au delà, comme le fr. 
En deçà; nom de delà! juron euphémique; la , aiïirmatif , 
dans Oh I la oui ! Oh ! la non! 

LABEURNE, laburne, ou aubours, espèce de viorne , 
ou aubier, en 1. alburnum, de ses fleurs blanches ; dès lors 
ce mot rentre dans la fam. de albe; de la couleur de son 
bois vient l'a. auburne, d'un brun obscur. 

LABOUERER, labourer, du 1. labor are; laboiou , la- 
bour ; LABouERiEux , laborieux ; LiBOCERABLE , labourable ; 
labouereux, laboureur ; laboueraison, saison du labourage 
et labourage; le fr. ajoute Labeur, Labeurer, Labora- 
toire, etc.; l'a. labour, laboratorij, labourer, etc.; en v. f. 



— V2\ — 
labourer, travailler : ainsi le travail s'est confondu avec le 
labour dans les familles 1., comme le gain dans les familles 
germ. En v. f. laboureux, laborieux, que nous trouvons 
dans un curieux portrait des N., tiré d'une géog. du -15^ s. : 
Sont les populaires de grant peine et fort laboreux 
hommes et femmes, et sont honnestes gens de vesture et 
de mesnaige, et sont grans beuveux en leurs festimens et 
grans chières se font par boire. (Labbe , Alliances chron., 
1,704.) 

LABRYNTE , nabyrinte , labyrinthe . désignant spec. 
celui qu'on fait dans les jardins : Faire un nabyrinthe; on 
dit aussi abiringue, en a. labyrinth. 

LACHIER, fouetter avec une corde, un lacs, laqueus , 
en a. lash, fouetler; lacheub, fouetteur, en a. lasher; lâ- 
ceoN, lacet, spec, pour prendre des oiseaux : Pris uncisne 
od mun lacun. (Marie de Fr., Lai de Milun, v. 185) ; la- 
cHKT, lacet, en a. lace, et par ext. dentelle; lachier, lacer; 
DEi.AcHiEE, délacer; la forme n., c. à d. e pour a, de la- 
queus, lacs, donne le fr. Laisse et Lesse , d'oii mener en 
laisse, et l'a. leash, lesse; en pic. ^acer, tricoter. De laqueus 
vient le fr. Laquais, Laqueton, Laquéaire, l'a. lackey, laquais, 
en V. f. naquet. Ajoutons le fr. Lacinié , découpé en cour- 
roie, et sans doute Lacérer, eu a. lacerate, etc. , le fr. 
Laîche, en n. laichet, et il y a à Courtils le village du Lai- 
chet , herbe à feuilles allongées en lanière, laîqle, laiche; 
laïque, lanière, bande de cuir, taille de pain allongée. L'a. 
latch, loquet, rappelle la cordelette, la lanière des ancien- 
nes portes , et latchet garde le sens propre , c. à d. cour- 
roie ; aussi en n. lachet est le genista sagittaUs , dont les 
tiges sont flexibles et propres à enlacer , le même que le 
LAicDET ci-dessus. 

LACHIER, saillir, en parlant de l'action du chien sur la 
lice, en 1. lycisca; à ce rad. se rattache laced înutton , ex- 
pression pop. en A. et employée par Shakespeare pour une 
prostituée; en v. f. Usee, prostituée, anal, à Louve, à Gore; 
etc.; l'ét. du 1. lycisca est le gr., Xuxtaxv), litt. fille d'une 
louve ou d'un chien. 

LADRE, avare, salement avare, comme un lépreux ou 
ladre, mot dérivé de Lazare, le mendiant couvert de plaies 
devant le mauvais riche et patron des lépreux; larre est la 
forme interm.; delà Ladrerie, en v. f. ladrerie, maladre- 
rie. maladrie, hospice des lépreux ; de ce dernier vient le 



— 422 — 
I'r. Malade, Maladie, Maladif, en n. maladies; en a. «la/arfy, 
maladie; en a. lazar, lazar-house , ladrerie. Ajoutons le 
fr. mod. Lazaret, de l'it. lazaretto, id. en a. 

LAGNE, s. f. (Gl.-n.), rondin pelé , peut-être du 1. li- 
gnum, d'où le fr. Ligneux, l'a. ligneous ; en v. f. langre, 
fagot, laigne, bois à brûler et laignier, charretée de boijj à 
brûler. 

LAGOUSTE, langouste, du 1. locusta , écrevisse , litt. 
habitant des lacs, i)our locusta (lacustris), en v. f. laoust , 
dont se rapproche l'a. lobster ; le I. locusta a aussi le sens 
de sauterelle, de la ressemblance de l'insecte avec le crus- 
tacé, en a. locust, sauterelle; la racine de cette famille, le 
I, lacus, donne au fr. Lac, Lagune et Lacune, Lacustre, ù 
l'a. lake; la forme loch est l'analogue celt. , et d'ailleurs 
très-commune en Ecosse ; en v. f. la, lac, lagas, amas d'eau 
corrompue ; de là peut-être le fr. Lacerne, du 1. lacerna , 
habit contre la pluie, le v. f. laganeia, dégoutter, d'où 
lagan, chassie. 

LAGUE, largeur, du 1. largus, 1er absorbé danslapron. 
ù la manière a.-n. , et le ^ dur comme dans le fr. mar. 
Larguer, Lague, sillage, lilt, le large, dans l'argot largue, 
prostituée, et dans le fr. Elaguer, litt. élargir; du fr. mar. 
Lague rapprochons le v. f. lagan, droit de bris, de ce qui 
vient du large ; suivant une règle assez commune , le g 
s'adoucit en 5, z , comme dans Laize, dans le n. elaisi , 
élargir : « Laschent li resnes, si s'eslaissent, » (R. de Rou, 
V. 6703) c. àd. s'étendent, se déploient; lai, lé; on trouve 
ce dicton dans B. de Bras et dans Pluquet , Essai, 260, 
lequel devrait être disposé en quatrain : 

A Bernières sur mer fut prise la grant baleine, 

De cinquante pieds de lai : la longueur n'est pas vilaine. 

On lit dans un ms. du M. S, M. , penès nos : « en jong et 
en lay; » ce mot était aussi adj. en v. n. : « Quatre coffres 
de yviere desquels deux sont plus longs que leys. • {Inv. de 
la cathéd. de Bay., -1476) Du reste, le 1. latus peut aussi 
bien réclamer Lé, lai ; mais Laize a formé Lisière, la bande 
qui marque la largeur de l'étoffe, en n. liset (Val.), abrégé 
en LIS, d'où le fr. Liserer; en a. list, lisière, listel. De 
largus vient la branche fr. Large, Largeur, Largesse, 
Elargir, etc., et la branche a. large, largess, largeness, 
largition. On dit iron, d'un homme fort et parcimonieux : 
« Il est large, mais ch'est des épaules. « Au 1. latus se rat- 
tache le fr. Latitude, en a. latitude, laiitudinarian , et 



peut-être le fr. Latte , en a. lath , en v. n. laz , dont le 
V. ail. latta peut aussi rendre compte; mais c'est de là que 
vient le fr. Délai, en 1. dilatio , de dilatare, en v. f. de- 
layer, en a. delay ; de même le fr. Délayer vient de dila- 
tare : délayer est étendre la substance; ajoutons l'a. lattice, 
treillis de lattes. Cf. les dolmens n. dits Pierrelate {latus). 
On rattache à latus le 1. lanx, plat, d'où bilanx , en fr. 
Balance, Bilan, le balancement d'un budget, Balancer, Ba- 
lant, en a. balance. Il y a un mot fr. Laie, clairière, qui 
peut venir de latus ; c'est l'a. ley, lea, enclos, prairie. Cf. 
lawn. Ajoutons lisette (Orne) , ruban de fil , d'où lisseau, 
peloton. 

LAI, laïque, dul. laicus, du gr. >ao; , litt. l'homme du 
peuple, du siècle, delà lefr. Lai, Laie, en a. lay, séculier, 
laity, le corps des laïcs; on dit : « Il est pu facile à un laï 
de s' sauver qu'à un prêie. » 

LAIDI, enlaidir; le mot Laid vient du 1. Ixdere, blesser, et 
laidir avait ce sens en v. fr., ainsi que laidanger, d'où le n. 
pr. Le Laidi, Le Laidier; ces mots ont encore le sens de 
le honni, le déshonoré, comme en v. n.; l.4idedre, injure, 
offense, fléau; alaidier, ennuyer, assommer d'ennui; l'a. 
n'a pas cette expression métaph., et le fr. ajoute Laideron, 
Laideur, Laidasse; l'a. n'a pas non plus le terme du sens 
propre Blesser (leesus), si ce n'e?t sans doute blister, vési- 
catoire, pustule; en effet, en v. a. bliss, blesser : « With 
his club him all about so blist, » (Spenser, 327). et Todd 
explique bUst par wounded; en n. blechier, blesser; on lit 
dans une poésie attribuée à Villon, mais qui a un caractère 
assez n. : « Porter fruits qui le deussent blécier; » blesse 
( Gl. n. ) , blessure. Le fr. Lésine semble dériver de lœsus 
et sign, un tort fait à quelqu'un, une lésine de ses intérêts ; 
LESiN , lésinier, comme dans ces vers de J. Le Houx : 

Ne soyez point plus lesin 
Que toute la compagnie. 

En V. f. lait, outrage, malgré soi [lœsus], d'où Faire par 
lait, à contre-cœur; de là l'a, loath, à contre-cœur, du 1. 
Ixsus, Voa représentant Y se, et le th représentant le s. 

L AIN-NE, laine, dul. lana; lainods, laineux; lain-nier, 
lainier; laneh (S. -Inf.), arracher le poil, comme le laneox 
tire la laine du drap; aussi le 1. laniare, d'où lanius, bou- 
cher, sign. et. arracher la laine, écorcher; de là Lanier, 
Lanerel. noms du faucon, lanière, bande de peau; l'a. pos- 
sède /ant/îce, lanigerous, lanuginous, mais son vrai mot 

■28 



est wool, qui est le 1. vellus, toison ; le fr. ajoute Lange , 
en 1. laneum; langet, lange; languedr (Guern.) , drap de 
laine, en v. f. langeul; lanfroneb, ibid. , laver du linge, 
V. LiNGEB. Ajoutons le fr, Lanice, Lanifère, Lanugineux, et 
en a. les noms du faucon lanner, lannerel, laniard, et lan- 
cate, déchirer. M. du Bois cite aleiniee, vagabond, mauvais 
sujet ; ce pourrait être une métaph. du faucon, du lanier ; 
c'est sans doute aussi à cette famille qu'il faut rattacher le 
n. LANDON, s. m. rêne de cuir, litt. lanière : « Pour le cor- 
dage de 20 1. de cambre pour faire du landon. » {Compte 
de la Maison-Dieu de Bay., -15e s. j En v. a. lanier dési- 
gnait une lanière et dans le Suffolk sign, une escourgée. 
Le fr. botan. Linaigrette, le jonc à coton, sign, aigrette de 
laine. 

LAISI, loisir, pour le oisir, otiari : Faire une chose à 
sen laisi ; Tout à lesir à lors mesons (T. de Chartrose) ;\'a. 
loiter, tarder, accuse mieux l'ét., eilaisure, loisir, se rap- 
proche du n. On dit à Val. : Etre à delaisi, et à Jersey ad- 
LAisi , c. à d. à son loisir. On dit prov. : Houme à laisi n'a 
jamais bien fait, analogue à : l'Oisiveté est mère de tous 
les vices; laisant, paresseux, en a. lazy ; lus ANvm, pares- 
ser. Ajoutons le fr. Loisible, Oisif, Oiseux, Oisiveté; oi- 
siver, être oisif, est dans le T. de Chartrose. 

LAITU, laiteux, du 1. lactis, lait : un peisson laitu , ce- 
lui qui a la laitance ou laite, ou simplement laitu, poisson 
mâle, de même en a. milter, de milk, comme spawn, œuf 
de poisson, forme «pawner, le poisson femelle ; laiteeon, 
veau , pourceau , poulain , encore allaité , de même en 
Berry ; ce mot est métaph. dans la Muse n. : 

Chela s'entend du pu grand jusques o lefterons. 
LAiTicE , LAiTicBE , l'hermine , redoutée dans les basses- 
cours; elle est pour les paysans l'âme d'un enfant mort 
sans baptême; sa couleur de lait en hiver, explique son 
nom; sa couleur rousse en été, donne raison de son autre 
nom, RosEBEu; celui de bouvred!l vient du rouvre ou chêne 
où cet animal habite; aussi, d'après une de ces couleurs , 
laitisse, en v. f., sign, fourrure grise. Si le nom et la légende 
n'existent pas en A., ils sont allés avec les N. en Acadieet 
entre autres souvenirs de la mère-patrie , Longfellow n'a 
pas oublié la blanche lettice dans son poërae d'Evangeline, 
dont l'héroïne porte la coiffe n., wor/na» cap. » Toute- 
fois lettice, fourrure grise, existait en v. a.; Palsgrave écrit 
letice ; Halliwell n'en parle pas. Le fr. ajoute à la famille 



I 



de lait : Allaiter, Laitage, Laite, Laiterie, Laiteron et Lace- 
ron, Laitier, Laitière, Laitu.', en a. lettuce; l'a. n'a que ce 
mot et lacteous, lactanj, lactescence, lactation^ lactiferous , 
et dainj, laiterie, pourrait être une contr. de ce mot fr. et 
une permutation de / en d, d'ailleurs peu commune, comme 
dans 5axpu(xa, lacryma. Le fr. Délecter, en 1. delectare, ap- 
partient et. à cette famille , litt. allaiter. On peint ainsi 
une colère soudaine : Monter coume un lait bouilli ; on 
dit: Bère sus du lait, cha rend l'cœu net. 

LAMBIAU, LiMBET, lambeau, du 1. limbus, bord, frange, 
ou de lambero (fesius), décbirer; en blason Lambel , bri- 
sure, en a. label; Cf. le fr. Lambrequin. 

LAMBRISSIER, lambrisser, de lambris pour Le ambris. 
enl. ambrex, (imbrex), tuile {brica, brique), d'où lefr. Im- 
briqué, en a. imbricated, imbrication. 

LAMELLE, petite lame, dim. du 1. lamina, d'où le fr. La- 
miner, Laminage, Laminerie; allcmelle, lame de couteau, 
en V. f. alemelle, en a. lamina, laminated, lamellated. 

LAMPIER, lampiste et allumeur de lampes, en a. lam- 
plighter , d'où Frelampier, en n. ferlamtieb , litt. Frère 
lampier, l'allumeur du couvent; lamper, couler, filer, se dit 
d'un corps gras et liquide comme l'huile de la lampe ; lam- 
PDREB, id. ; LAMPER, s'élanccr en flamme comme une lampe ; 
LAMi'ÉE, contenu d'une lampe et flamme brillante; en a. 
lamp, lampe, lampoon , satire, libelle. Le fr. ajoute Lam- 
padaire. Lamperon, Lampion; quant à Lamper, avaler, c'est 
une on. comme Laper, d'oùle n. lampas, langue, gosier, le fr. 
Lampas ; de l'a. lap, laper , vient lap, giron , le lieu où 
le petit animal lape. 

LAMPREIE, lamproie, ena. /ampreydul./rtWî&ere^e^rflTn, 
en it. lampreda; lampriad, lamprillon, et petite anguille; si 
cette et. est vraie, le fr. n'aquecemot dérivé du 1. l amber e ; 
l'a. possède lambative, lambent, et peut-être /awzô, agneau, 
l'animal qui lèche, suce, et lambkin, agnelet. 

LANCOIER, lancer, du l. lancea, d'où l'a. lanch et 
launch, et sans doute glance, lancer un regard : du moins 
Skinner le dérive de eslancer; laincbe, lance, lakchette , 
lancette, lanchieb, lancier; elaischié, élancé, dans le sens 
de haut et mince , en a. lank, grêle ; lanchon ( Gr. ) , petit 
poisson très-allongé, qui se trouve dans le sable; c'est un 
ammodyle désigné aussi sous le nom vulg. d'EQCiLLE : 
M. Le Sauvage les distingue cependant ( Mém. de VAcad. 



— /•2(> — 
de Caen, 1825) ; dans le Westmoreland, launce désigne le 
lançon , que l'on appelle en a. sand-eel ( Halliwell ) ; on dit 
d'une taille fine : « Minche coume un lanchon; » la:ncelée, 
LANCELLE, plantain lancéolé : « Prenez centaure et lancele, 
plantein et triefle verte. » (Roquefort.) Le fr. ajoute Lan- 
cière, Lancinant, Lançoir, Elancer, Elan. etc. ; l'a. lancer, 
lancet, lancinate, etc. 

LANCRET (Bay. ), mauvais garnement, interprété en 
l'Antéchrist (V. chbit) par MM. du Méril {Diet, du pat, n.), 
mot où l'on remarque la erase de l'article, comme dans 
Landit (indictum), Luette, Lambris, Lierre, Landier, Len- 
demain; pour ce dernier, les deux éléments sont distincts 
dans ce vers (p. 47) de Giars de Vienne : 

L'andetnain por matin ont congié demandé. 

On dit d'un homme laid : « Ch'est un vilain chrétien ; » 
Déchristianiser est un mol de la Revolution, lancé par Mi- 
rabeau. 

LANGUI, LENGUi, languir, du 1. Zaw^were ; langceu, lan- 
gueur, spec, phthisie; LÀNcricHANT, languissant, en a. 
languishing; lakgodeeeox , langoureux; l'a. est plus riche 
que le fr. : languid, languidness, languor, languish, etc., 
V. aux on. lan. Pendant longtemps a langui à Bicêtre, 
traité comme fou, le découvreur de la vapeur comme puis- 
sance motrice, YdMiQxivÙQ?, For ces mouvantes, un Normand, 
Salomon de Caus , qui devança de cinquante ans l'Anglais 
Worcester dans cette découverte. V. Arago, Eloge de Watt, 
et la poésie d'un Normand, Salomon de Caus, par M. Tra- 
vers. [Gerbes glanées, p. ^^.) Cf. le v. f. laisner, différer. 

LANTEURNE, lanterne, comme l'a. lantern, du 1. la- 
terna (latere), c. à d. oîi l'on cache la lumière; le dicton , 
Dire que des vessies sont des lanternes, a donné lieu à 
Lanterner, Lanternier, Lantiponner, expressions métaph. 
qui n'ont pas passé en a. Au 1. latere se rattache le fr. 
Latent, l'a. latent, latitancy, latitation, latitant. Quant à 
Lanterner, être lent, irrésolu, flâner, Lanternerie, Lanter- 
nier, c'est un autre mot engendré par la syllabe de lenteur 
LAN , V. aux on. C'est aussi à une on. qu'il faut attribuer 
le fr. Lanturlu , dont le sens railleur est rendu en n. par 
un refrain analogue : « Turlututu, capet d' fétu ; » on appelle 
CLiou-A-LANTCBLC celui qul a une tête conique; lantcblc . 
jeu de cartes, en v. a. lanterloo, que Halliwell définit 
un jeu. 



LAPINER, faire des petits lapins , du 1. leporinus ; on 
dit prov. : « Quand y a du crotiu. y a du lapin; » lapeket, 
lapereau; de leporis vient le fr. Lièvre, en n. liecvee; la 
I'ATTE-DE-LiECVBE est le trifolwm arvcTise ; lf.vret, levraut, 
en a. leveret; lévbieb, en deux syll., lévrier ; le nom de la 
femelle de ces animaux, Hase, a du rapport avec l'a. Itare; 
le piED-DE-LiEm be ci-dessus est de même en a. harefoot, et 
harier sign, lévrier; l'a. possède d'orig. savante l'adj. lepo- 
rine. Le fr. Clapier semblerait venir de Lapier (leporium) , 
sans l'on, se Glapir, anal, à Tapir. Poursuivre deux des- 
seins à la fois se dit : « Coueri deux lieuvres; » et « Faire 
lever un lieuvre , » c'est faire naître un incident. Ajoutons 
le fr. Levrette, Levrette, Levron et Le Gièvre , peut-être 
altéré de Lièvre, c. à d. le Grèbe oreillard. 

LAQUE, lâche, du 1. laxus ; gband st. laque , grand fai- 
néant. Intr. , 3 î2 ; l'a. slack suppose le v. f. eslaquier, lâcher; 
LAQDIEB, lâcher; relaqcier, relâcher, Laxatif, en v. a. laxe, 
clistère (Palsgrave) ; de là le fr. Relaxer, Relâchement, eu 
V. a. lacker et lack, lâcher, d'où l'a. lack , manquer de; il 
est dans le sens prim, dans Vision of P. Ploughman : Ich 
woll lak no lyf, je ne laisserai pas la vie, c. à d. je ne serai 
l'as privé, p.'^S^ ; en a. lusk, lâche; en a. relax, lax, flux, 
laxity , relaxation, release; c'est aussi de relaxare que 
vient le fr. Relayer , Relais , en a. relay ; de laxns vient 
plus dir. lazy, paresseux et ses dérivés; en n. laisant, pa- 
resseux; LAisANDEB, paresser. De laxare vient la branche 
du fr. Laisser. 

LAissiEB, laisser; laibe, id., d'où le fut. je lairbai : je 
vous lairrais dans ce lieu solitaire. (V. de la Fresnaye) ; les 
deux formes coexistaient en v. n. , comme dans ces vers 
successifs du R. de Rou : 

Fo!z esl s'il le lait amender 
Kar se il li laisse assembler. 

On disait au part, lai , laissé , d'où I. lay, mettre , don^ 
presque tous les sens se ramènent à l'idée de laisser ; on 
disait en v. f. laire, mais l'a. leases, choses laissées, lease , 
bail, lessee, locataire, viennent du v. f. lais, bail et testa- 
ment, forme de legs, legata, et le v. f. lease, sign, cession; 
loose, lose, lâcher, perdre: lose ground, lâcher pied; elais- 
scRES, ELAiTCBES, fcstes ; l'a. let, laisser, semble être le v. f. 
lait, laissé. C'est aussi de laisser que viennent les mots fr. 
Lais et Relais de mer, et le terme forestier Lais, arbre 
laissé dans la coupe. Le 1. luxus , luxé, est une forme de 



— 428 — 
laxus, luxe, luxure, en a. luxury ; de même lascivus, en fr. 
Lascif, en a. lascivious, d'où l'it. lazzi, qui a passé en fr. ; 
en V. f. lacivieux. 

LARDIER (Val.), marchand de lard, du 1. laridum, de- 
rive du gr. Xapivoç, gras ; le Zarc^ams était l'horame chargé 
des provisions de lard pour le roi, et le Lardarium, le lieu 
au lard, ou fief de lardier, in meo lardario rothom. (1 179); 
en a. lard, larder, larder er ; Le fr. ajoute Larder, Lardon. 
Lardoire. A propos du fief de Lardenière, M. Delisle dit : 
Le nom seul de ce fîef suffit, selon nous, pour en rapporter 
la création au Xle ou XII^ s. (Et., 528). V. sur les Larde- 
ries ou fiefs de lardier son Mém. des revenus publics , 81 . 
On dit : Faire son lard , ou faire son beurre, pour faire 
sa fortune. Laridon ou ronge-lard est le surnom du chien 
« qui hantait la cuisine. » dans V Education de La Fontaine 
(L. VIII, 24). Ajoutons le fr. Delarder. 

LARIGAUT (bére à tire), la cloche ou bourdon donné à 
la cathéd. de Rouen par l'archevêque Rigaut . et nommée 
La Rigaut; sa mise en branle était accompagnée de force 
libations; le fr. Larigot, est une on. et rappelle un refrain 
connu eu N. : Lariguinguette, lariguingot. 

LARRIS, s. m. pi. (H.-N.), landes, mauvais terrain, du 
1. aridus, mot où se trouve aussi la erase de l'article, 
comme dans les précéd., V. lancket; Larris existait en 
V. f . ; à Villedieu, «Jeter au larri » sign, jeter un objet 
que doivent se disputer des combattants , comme la soûle 
sur une lande , un terrain vague. Ajoutons le fr. Aride , 
Aridité, l'a. arid, aridity. 

LARROUNER , faire le larron , du 1. latro , en v. f. 
lerres et lierres: « Li soudoyant, li cuvertlerres ; » (G. deN.. 
Bestiaire divin) Lerrel, commun dans les n. pr. , en est le 
dim.; larrounet, larronneau; du I. /afrocim^m vient le fr. 
Larcin, en a. larceny ; quand un mauvais sujet invoque le 
témoignage d'un autre , on dit : « Demande à men coupa- 
gnon si j' siis larron ; » on dit aussi : Ch'est l'occasion qui 
fait r larron. » 

LASSIER. lasser, du 1. lassus, las, sans doute le même 
(]}\& laxus , V. la fam, de ce dernier; de là lassiture, lassi- 
tude ; ACLASSEB, cité par L. du Bois, s'assoupir, c. à d. de 
fatigue, env. n. aclasser ; délassier, délasser; délasse, s. f. 
délassement , lieu de repos; il y a. à mi chemin de Val. à 



— '.29 — 
Cherb. , une halte qu'on appelle La Délasse; de même à 
Querqueville; de cette fam. l'a. possède lassitude. 

LATINIER, latiniste, savant; savoir le), sign. pop. être 
savant et un peu sorcier; ainsi on dit à Bay. : « Prêtres 
et bergiers sont sorciers ; » on dit plaisamment d'une chose 
de diflicile apparence et qu'un autre veut expliquer : 
« Ch'estdu latin fuuillu : n'y a qu' les ânes qu'y brôtent. » 
Au moyen-âge, où l'on disait : • Grœcum est, non legitur. 
Grec sign, un grand savant ; tel était aussi le sens de 
latinier : 

Apres le fisl bien ensaigiiier 

Le père a un sien lalinier. 

Li laliniers parfu tant saiges 

Qu'il li aprisl de toz langaiges. 

(Ap. M. du Méril, Essaiphil., 191. ) Latin signifiait toute 
langue inconnue , même le langage des oiseaux entre eux 
( V. Fable Esopique de M. du Méril) . et le peuple appelle 
latin toute langue qu'il ne comprend pas. Le v. a. appelait 
latimer un latiniste, et latyneres est dans Maundeville's 
Travels, p. 58. Le fr. ajoute Latiniser, Latinisme, Lati- 
niste, Latinité; les mêmes en a., qui ajoute la forme lateen 
(sail), voile latine. On dit : « Perdre sen latin, » c. à d. 
ne pas réussir à comprendre une chose, et : « Etre au bout 
de sen latin. » c. à d. au bout de son savoir. 

LAUER, louer, du 1. laudare, rad. laus, en v. f. los, qui 
est encore dans La Fontaine : Vendôme consentez au los 
que j'en attends. (Phil, et Baucis) ; lacejsge, louange : 
Lauenge de se et de sen curé ne vaôt riin , laoengieb , 
louanger; laue-ngeocr , louangeur; LAUEJicEBTE, mauvaise 
louange ; laosengieb , flatteur , en v. f. losenges , dont 
louange est la contr. : Li faus ami Id de losenges servent 
en liu de cunseil n'entendent qu'à découvre enblandissant. 
Moralités cXXéQs dans du Cange, au mot alloser, louer, don- 
ner los, renom ; losengier existe en pic. et il est dans le 
/?. de Rou, V. \ 3952 : Par felons è par mal parliers. . . . è par 
lozengiers; aloseme.nt, éloge; aloser, louer (Gl. n.) En a. 
losenger, laud, laudable, laudableness . laudably; en fr. 
Loueur, Louable, Louanges, dérivé du 1. laudancia. Laudes. 
On dit : Chanter laudes et matines, c. à d. chant sur chant. 
Le n. LODER n'a qu'un rapport de son avec le précéd. ; il 
sign, battre avec un bâton , d'où lodée, rossée, et se rap- 
proche de l'a. load y accabler, charger, qui parl'interm. du 
V. n. loth et last, poids pour les cuirs (lastus coriorum 
consistif ex decern dakris), conduit à l'a. last, au fr. Lest. 



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LAUR.ETTE , s. f. le laurier-sauce, du 1. laurus; lai- 
UETTE, le daphne mezereum, et le daphne laureola est la lau- 
réole; LAmiorm (Av.), laurier tin, le laurus tinus; le fr. 
Lauréole est devenu l'Auréole par le détachement de l; on 
trouve dans le Myst. de la Passion de Valenciennes : 
Mais en souffrant mériterez 
La lauréole de martire. 

LAURIER A LAIT, le laurier-cérise ; LAURiER-st.-AisioiiNE , l'épi- 
lobe en épi. Le fr. ajoute Laure, Lauréat, l'a. laurel, 
laurier, laureled, lauré , laureate, laureation. Il y a des 
loc. n. dites le Laurier, Laurière. V. la chanson des Lau- 
riers, Intr.. 309. Pour se donner la gloire d'une chose, on 
dit : Se donner les lauriers, pop. les gants. 

LAVOUR, lavoir et laveur , du 1. lavare , laver , en a. 
laver, lavoir, et lave, laver : Ch'est au lavour et au four 
que no z'upprend les nouvelles; « Furnoetlacuredeuntes. » 
(Hor. 5a;. 4); «Besins, lavoures. » (Chaucer): lavechiiNEr , 
fréq. délaver; lavecrin (Guern.) , lavage; laverie, s. f. , 
lieu où on lave la vaisselle; id. en rouchi; en pic. c'est 
buanderie; lavîer, évier, appelé aussi vaisselier; laveohe , 
lavoire; elavar, s. m. , écluse de dégorgement, en v. f. 
elavasse, crue d'eau , en fr. Lavasse, en v. f. eslaver, laver, 
en rumonche , /«f me, avalanche et tourbil