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Full text of "Histoire générale de la guerre de 1870-1871 : (seconde campagne de France)"

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HISTOIRE GÉNÉRALE 



GUERRE DE inO-18Tl 



T^Lia tYotr& Dame, 



F. 4UREAU. — IMPRIMERIE DE LAGNT 



HISTOIRE GÉNÉRALE 



mm n ism-isîi 



SECONDE CAMPAGNE DE FRANCE 



L. DUSSIEUX 

Professeur honoraire à l'école de Saint-Cyr 




PARIS 

LIBRAIRIE JACQUES LECOFFRE 

Ancienne maison Pertase frères de Paris 

LECOFFRE FILS ET G'% SUCCESSEURS 

90, RUE BONAPARTE, 90 
1872 



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«ARY 







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PREFACE 



Ancien professeur à l'École militaire de 
Saint- Cyr, ayant enseigné avec bonheur 
à des milliers d'élèves l'histoire glorieuse 
des Guébriant, des Condé, des Turenne, des 
Vauban, et celle des grandes armées de 
la première République et du premier Em- 
pire, j'ai été navré en voyant tomber une 
à une toutes mes croyances dans des désas- 
tres sans nom, et je n'ai pu m'empêcher de 
rechercher les causes de cette catastrophe. 

Ce travail était peut-être moins difOcile 
pour moi que pour bien d'autres : je con- 
naissais l'armée française, ses qualités héré- 
ditaires, et ses imperfections qu'il est facile 



VI PRÉFACE 

de réformer; j'avais étudié avec soin l'ar- 
mée prussienne pendant les cinq mois de son 
séjour à Versailles; j'avais recueilli ce que 
m'avaient dit depuis un an des centaines 
d'officiers dont j'ai eu l'honneur d'être le 
maître , leurs souvenirs , leurs douleurs , 
leurs espoirs ; j'avais lu à peu près tout ce 
qui a été écrit sur cette guerre; il ne me 
restait plus en quelque sorte qu'à résumer 
mes impressions, celles des autres et mes 
propres études. 

C'est ce que j'ai fait. 

Voilà l'origine de ce livre. Mon vœu le 
plus ardent est qu'il fasse passer dans l'âme 
du lecteur les sentiments qui sont dans la 
mienne : la honte et la douleur de notre 
défaite; le mépris pour ceux qui l'ont causée; 
la reconnaissance pour ceux qui se sont bien 
conduits et qui ont, dans ce naufrage, main- 
tenu intactes nos vieilles traditions d'hon- 
neur militaire ; l'horreur des misérables qui 
ont profité des malheurs de la patrie pour la 
déchirer et l'avilir ; enfin, la ferme volonté 



PREFACE VII 

de se réformer, de changer d'idées, de croire 
à autre chose qu'à l'argent, de s'instruire, 
de s'instruire surtout, et de se ceindre les 
reins pour se préparer à une nouvelle des- 
tinée. Ce que je croyais être la vérité, je 
l'ai dit loyalement, sans parti pris; car, ou 
il faut se taire, ou il faut dire librement sa 
pensée, et faire connaître les causes réelles 
de nos malheurs, afm d'en prévenir le re- 
tour. 



HISTOIRE GÉNÉRALE 



DE LA 



GUERRE DE 1870-1871 

(seconde cvmpagne de frvnce) 



L.a Franoe avant la ^iiei*i*e 

Depuis quelques années, les esprits sérieux 
observaient que, si l'industrie, le commerce, 
l'agriculture el la richesse publique faisaient 
(l'iiicontestable.- progrî'S, l'iminoialité se dé- 
veloppait encore i)lus largement; que l'admi- 
nistration se désorganisait ou s'atlaiblissait ; que 
la loi et les règlements étaient oi violés ou éludés ; 

guiîrrf: dk ls:(i 1 



2 LA FRANCE AVANT LA GUERRK 

que de mauvaises méthodes etmi système déplo- 
rable d'examens détraquait l'instruction secon- 
daire ; que rinsftmction supérieure comptait de 
jour en jour un moins grand nombre d'élèves ; que 
l'esprit militaire et la discipline disparaissaient peu 
à peu de l'armée, dont l'ancienne vigueur était 
affaiblie par l'exonération, des changements per- 
pétuels et le peu d'instruction des officiers et sur- 
tout des généraux ; enfin, on constatait que plus 
on parlait de progrès, plus notre pays perdait en 
moralité , en instruction , en intelligence et en 
énergie. 

La décadence était hâtée par les journaux, 
la littérature , le théâtre , les romans , et par 
ces écrits sans nom distribués chaque jour au pu- 
blic par la presse dite populaire. Les idées les 
plus folles se produisaient ouvertement et étaient 
acceptées en raison même de leur excentricité. 
Depuis quarante ans qu'on ne cessait de prêcher 
à une nation étourdie et peu instruite les doctri- 
nes du saint-simonisme , du fouriérisme et du so- 
,ciaHsme, les théories de fe fraternité et de la paix 
universelles, toutes les idées du positivisme, du 
matérialisme et de Fathéisme, il se produisait 
dans les esprits un chaos dans lequel disparais- 
saient les notions les plus élémentaires de morale, 



LA FRANCE AVANT LA GLERUE 3 

le patriotisme, le sentiment du devoir, le respect 
de quoi ([ue ce soit; on se moquait et on riait de 
tout. 

Le iiLYO le plus extravagant et le plus éhonté 
s'affichait partout. A toutes les époques de notre 
histoire, ces débauches de luxe ont toujours an- 
noncé de prochaines et profondes révolutions. 
Pour entretenir ce luxe scandaleux, tout moyen 
était bon ; il fallait avoir de l'argenl; le procédé 
n'inquiétait plus; le but seul, en gagner bcLtu- 
coup, vite et toujours, importait. 

Quelque triste que soit ce tableau, il n'est pas 
encore complet ; je le termine cependant en disant 
que la corruption était assez profonde, sinon {par- 
tout, du moins chez un trop grand nombre, pour 
qu'un étranger, moins corrompu que nous, peut- 
être, mais à coup sur plus pervers, ait osé parier 
de la pourriture de notre pays. Il est douloureux, 
certes, de rappeler de telles paroles; il faut avoir 
cependant le courage de le faire, et si l'on cons- 
tate qu'elles ont quel([ue chose de vrai, il faut 
avoir la force de faire son examen de conscience,, 
de se réformer et de prendre les résolutions viri- 
les que le salut du pays exige, sous peine de ca- 
tastrophes ultérieures plus grandes encore que 
celles qui viennent de nous fi'app(^r. 



4 I.V KR.VNCE AVANT I,\ OLEKKK 

Le Gouvernement, auteur en partie de cette dé- 
cadence, n'était i)as le seul coupable; le pays 
l)resque tout entier, exclusivement préoccupé 
d'intérêts matériels et de son bien-être, la presse, 
la littérature, étaient ses complices. En polititiué, 
peu d'ijommes voyaient, avec plus de justesse 
que nos gouvernants. Le plus grand nombre avait 
applaudi à la guerre et à l'unité de l'Italie, sans 
en prévoir les conséquences. On avait pris parti 
pour les Prussiens contre l'Autriche et applaudi 
à la victoire de la Prusse, pays de progrès et de 
lumières, disait-on, contre l'Autriche, pays cléri- 
cal, féodal et arriéré. Pendant que la presse de 
l'opposition faussait ainsi le jugement de ses lec- 
teurs, notre gouvernement trouvait que la Prusse 
était mal délimitée et ne s'opposait pas à ce qu'elle 
augmentât son homogénéité; il s'applaudissait de 
voir les traités de 1815 détruits (1). 

Le gaspillage des finances, le Mexique, Sa- 
dowa, l'aflaire du Luxend)Ourg, les écliecs réité- 
rés de la politique inqiériale, avaient grandi l'op- 
position. Le parti révolutionnaire, qui depuis 

(l) Lettre de lEmporeur à M. Drouyii de Lhuys, du 
11 juin 1860, et circulaire du ministre, du 16 septembre 1866. 
Jusqu'alors, aucun gouvernement français n'avait eu une 
politique si peu française et si peu clairvoyante. 



/ 



LA mANCE AVAM' LA (JIERKE 5 

(juelqiies années déjà se réorganisait dans l'ombre 
et attendait l'occasion de recommencer ses atta- 
ques contre la société, reparut au grandjour. Le 
gouvernement personnel, débordé, chercha à ra- 
mener à lui ropiniim publique en dijunant au pays 
des libertés qui ne devaient servir qu'à le ren- 
verser. 

Il fit voter (mars 18G8) par le Corps législatif et 
le Sénat, toujours dociles, deux lois qui accor- 
daient la liberté de la presse et le droit de réunion. 
La révolution se servit aussitôt des armes (pi'on 
lui donnait avec tant d'imprudence, pour saper, 
dans les journaux et les cIuIjs, toutes les bases 
de la société : codes, lois, propriété, mariage, 
famille, ca|>ital, gouvernement, |)olice, religion, 
morale. Le gouvernement laissa tout dire et écrire 
avec une telle patience, ou plutôt avec une telle 
indifférence, qu'on est en droit de croire que cette 
évolution politique avait pour but de donner à 
l'empire ébranlé rapjmi des classes ouvrières, 
auxquelles on avait déjà accordé la loi sur les 
coahtions, et de se servir des masses populaires 
[tour dominer et clhaycr la bourgeoisie, dont 
l'opposition grandissait sans cesse. Fatal calcul, 
qui n'a eu d'autre résultat (pie de donner au paili 
révolutionnaire plus de foi'ce (pi'à aucune épo(|ue 



6 LA KHANCE AVANT LA GUERRE 

do notre liistoire, et dont la première victime allait 
bientôt être l'empire lui-même. 

Dès le 3 novembre, les .premières émeutes 
commencèrent par des rassemblements autour de 
la tombe de Baudin, député à l'Assemblée légis- 
lative, tué sur les barricades à l'époque du coup 
d'État de l«51. La mollesse du gouvernement 
dans la répression de ces désordres enhardit ses 
ennemis en leur donnant la mesure de sa faiblesse 
et de leur force. 

La presse révolutionnaire, pour enlever à l'Em- 
pereur l'appui de l'armée, ne cessait de jeter 
parmi les soldats les idées d'indiscipline, de dé- 
sordre et de désertion; elle préparait ainsi les 
défaites de 1870, en détruisant dans la troupe la 
discipline, l'obéissance et le respect. 

En 1869, le 23 juin, on procéda aux élections 
du nouveau Corps législatif. Paris vota en masse 
pour l'opposition et nomma des députés répu- 
blicains, et avec eux M. Thiers, l'homme le plus 
personnellement désagréalîle à l'Empereur. De 
nouvelles émeutes éclatèrent à Paris et même 
en province, à Saint-Étienne. 

C'est au milieu de ces troubles, dont on avait 
perdu l'habitude pendant dix- luiit ans, qu'eut 
lieu l'ouverture du Corps législatif (12 juillet 1869). 



L\ FRANCE AVANT LA GIEKRE ^ 

L'Empereur accordait de nouvelles libertés ; le 
Corps législatif et le Sénat acquéraient de nom- 
breux privilèges; on essayait de fonder l'empire 
constitutionnel. Plus l'opposition gagnait de ter- 
rain et plus la révolution se développait, plus le 
gouvernement se désarmait. 

M. Roulier, l'homme de la résistance, quitta le 
ministère (17 juillet 1869), et quelque temps après 
(3 janvier 1870), M. Emile Ollivier devint le chef 
d'un nouveau cabinet, composé de memi)res 
de l'opposition modérée. M. Emile Olhvier avait 
été un répubhcain ardent en 1848 et depuis un 
des cinq de l'opposition. Par conviction ou par 
ambition, mais à coup sîu- sans les qualités né- 
cessaires pour réussir, il entreprenait de sauver 
l'empire absolu en le transformant en empire li- 
béral et constitutionnel. Il devait échouei-; mais 
auparavant, sous prétexte de réformer, il désor- 
ganisa totalement le gouvernement, l'administra- 
tion, l'armée, et quand l'Empire tomba à Sedan, 
il faut biei\ le dire, il était en pleine dissolution. 

Les débuts du ministère Ollivier no furent pas 
heureux. Dès le lo janvier, le prince Pierre Bo- 
na^iarte tuait chez lui, à Auteuil, M. Victor Noir, 
qui venait, au nom de M. Pascal Grousset, le pro- 
vo(iuer en duel à propos d'articles de joui-naux 



8 h\ FRANCE AVANT LA GUERKE 

dans lesquels le prince et ses adversaires s'étaient 
insultésgrossièrement.Cemeurti'e,dontles circons- 
tances étaient présentées très-différemment par le 
prince et par M. de Fon vielle, qui accompagnait 
Victor Noir, fut l'occasion d'une émeute qui éclata 
le jour de l'enterrement de Victor Noir à Neuilly 
(12 janvier), et fut suivi d'un procès devant la 
haute cour de justice, laquelle acquitta le prince 
(27 mars). Ce procès avait été pour le parti révo- 
lutionnaire un prétexte à manifestations et à dé- 
clamations; il eut un retentissement considérable 
et fâcheux. 

Un député journaliste, devenu populaire par 
la violence de son opposition, M. Henri de Ro- 
chefort, fut condamné et arrêté le 7 février; ce 
fut le signal de nouveaux troubles à Belleville, 
dès lors quartier général de la révolution. Ces 
désordres furent encore réprimés mollement. 
Cependant la violence des clubs n'avait plus de 
limite ; le parti révolutionnaire devenait le maître 
de la situation; sa victoire n'était plus qu'une 
affaire de temps. L'opinion publique commen- 
çait à s'inquiéter des progrès que les Rouges fai- 
saient tous les jours, lorsqu'eut lieu, le 8 mai 1870, 
îe vote du plébiscite destiné à faire sanctionner 
les modifications apportées à la Constitution par 



LA FRANCE AVANT LA GLERKE 9 

les lois politiques votées depuis 1860. Sei)t mil- 
lions et demi de voix ado])tèrent le plébiscite 
et donnèrent à l'Empire un appui qui lui était 
devenu nécessaire. Mais, en votant ainsi, des mil- 
lions de citoyens se prononçaient simplement 
contre la révolution qu'ils redoutaient, et leur 
adhésion à la nouvelle constitution était plus 
apparente que réelle. 

Quoi qu'il en soit, rEmi)ire libéral semblait 
établi sur une large et forte base, et il est pro- 
bable qu'avec un peu de sagesse et d'habileté, le 
gouvernement impérial pouvait durer encore 
longtemps, surtout s'il se décidait à défendre 
sérieusement le i)ays contre les révolutionnaires. 
Mais les événements allaient l)ient<jt donner un 
dénoûment inattendu h la situation. 



II 



Bedartilion 4Îe sueri'e « la Sortisse 



L'Espagne avait fait une nouvelle révolution en 
septembre 1868. Le général Prim et Famiral 
Topete s'étaient soulevés contre la reine Isa- 
])elie II, avaient vaincu ^es troupes à Alcol-ea 
(28 septembre) et l'avaient forcée à quitter l'Es- 
l»agne. Le gouvernement provisoire ayant con- 
voqué les Cortès, l'assemblée prononça la dé- 
chéance des Bourbons , vota une constitution 
libérale et décida que la forme du gouvernement 
continuerait à être la monarchie, et en attendant 
qu'elle eût trouvé un roi qui voulût accepter le 
lourd fardeau de la couronne d'Espagne, elle 
donna le titre de « Régent de la monarchie » au 
maréchal Serrano. 

Après avoir été refusée par plusieurs princes, 
la couronne espagnole fut enfin acceptée (5 juil- 



DÉCLARATION DE GUERRE -11 

It'l), du Consentement du roi de Prusse, par le 
prince Léopold de Holienzollern , d'une branche 
catholique n'a})partenanlque de loin à lu famille 
royale xîe Prusse. 

Le gaiivernement fVanf;ais, pris au dépourvu, 
ne put opposer en temps utile son veto à l'ac- 
ceptation de la couronne d'Espagne par le prince 
allemand, acceptation qu'il ne comiut que quand 
elle fut piil>lique. 

La France s'émut vivement. On voyait la Prusse, 
déjà toute-puissante en Allemagne et nous pres- 
sant sur le Rhin, établir son iniluence en Espa- 
gne ; en cas de guerre avec l'Allemagne, on pou- 
vait être attaqué de tous côtés. Pour répoiîdre 
à l'inteipellalion d'un député, le duc de Gra- 
mont, ministre des affaires étrangères, mais 
diplomate peu habile, monta à la tribune, le 
() juillet, et déclara, dans un langage hautain et 
[)eu diploQiatique, qu'il était vrai que le prince 
de HohenzoUern avait accepté la couronne d'Es- 
pagne, et qu'il ne connaivssait pas encore les 
détails vrais d'une négociation qui nous avait 
été cachée ; que, sans vouloir se mêler des 
affaires intérieures do l'I-^spagno, nous no i)0u- 
vions souffrir qu'une puissance étrangère, en 
plaçant un d-e ses princes sur le trône de Charles- 



12 DBCLARATION DE GUERRE 

Quint, put déranger à notre détriment l'équilibre 
des forces de l'Europe et mettre en péril les inté- 
rêts et l'honneur de la France, u Pour empêcher 
cette éventualité de se réaliser, ajoutait le mi- 
îdstre, nous comptons à la fois sur la sagesse du 
peuple allemand et sur l'amitié du peuple espa- 
gnol. S'il en était autrement, forts de votre appui. 
Messieurs, et de celui de la nation, nous saurions 
i-emplir notre devoir sans hésitation et sans fai- 
blesse. » 

L'effet de cette déclaration fut immense; l'opi- 
nion publique se prononça énergiquement pour 
la guerre. Nous tombions en plein dans le piège 
que M. de Bismark tendait à notre gouverne- 
ment. La Prusse était décidée à faire la guerre 
et à compléter les résultats de Sadowa ; elle était 
prête à entrer en campagne; elle savait que la 
France ne l'était pas, et elle ne voulait pas lui 
donner le temps de s'y préparer; elle voulait sur- 
tout nous amener à déclarer nous-même la guerre 
afin de se donner le rôle de victime obligée de 
se défendre encore conti-e l'éternelle méchanceté 
de la France (1). 

(1) Voir la brochure de Scrulaior : Qui est responsable de 
fa guerre ? — On y trouvera l'exposé complet des ruses et 
des machinations de la politique prussienne. 



DÉCLARATION DE (iLEKKE l."5 

Malheureusement ceux qui dirigeaient alors les 
affaires de la France n'étaient i)as de force à dé- 
jouer les combinaisons })erverses de leur adver- 
saire ; ils se cioyaient prêts à laire la guerre et 
sûrs de vaincre l'Allemagne; ils ne se rendaient 
pas compte de la situation exacte des choses. Au 
lieu de négocier avec prudence, pour gagner du 
temps (1) et se mettre en mesure d'entrer en 
campagne, nos ministres adoptèrent une politique 
([ui les conduisit en un mois de la paix la plus 
profonde à la défaite de nos armées (2). 

Aussitôt, le gouvernement déclara à l'Espa- 
gne que la France s'opposait à l'avènement du 
prince Léopold. Le général Prim céda ; le prince 
Léopold renonça à devenir roi d'Espagne, et le 
roi de Prusse déclara qu'il approuvait la renon- 
ciation du prince. C'était un succès, duquel on 
aurait dû se contenter provisoirement (3). Puis, il 

(1) L'ennemi était prêt; si on Fax ait su, on aurait compris 
((u'en gagnant du temps, tout l'avantage était pour nous. 
C'est pouniuoi M. de Bismark précipita les événements. 

(2) 6 juillet, déclaration de M. de (rramont; — 6 août, 
lleichshofen et Forbacii. 

(3) M. de Bismark lut très-mécontent de la modération 
du roi de Prusse et de notre succès; aussitôt, pour réparer 
son échec et rendre la guerre inévitable, il déclara à l'am- 
liassadeur d'Angleterre que la Prusse ne pouvait rester 
humble et impassible sons l'affront infligé au roi et à la 



14 DÉCLARATION DE GUERRE 

fallait mettre le temps à profit, chercher des 
alliés, et se préparer sérieusement à la guerre 
pour être en mesure de vaincre la Prusse, œuvre 
difficile dont le gouvernement, malgré les infor- 
mations les plus exactes qu'il recevait de ses agents 
en Allemagne, n'a jamais soupçonné la gravité. 

Au heu d'adopter cette ligne de conduite, que 
commandaient l'état de nos forces militaires et la 
l>lus vulgaire prudence, on voulut régler défini- 
tivement la question, au risque d'avoir la guerre 
immédiatement. On exigea du roi de Prusse des 
assurances pour l'avenir; on lui demanda qu'il 
s'engageât à défendre au prince Léopold de re- 
venir un jour sur sa renonciation. Puis on se 
réduisit à demander que le roi exprimât simple- 
ment sa désapprobation de la candidature du 
prince Léopold, et on déclara qu'on se contente- 
rait de cette légère concession ; mais il était bien 
inutile de ^demander quelque chose à des gens 
qui étaient décidés à ne rien accorder. L'Angle- 
terre appuya vivement notre ambassadeur; M. de 



nation par la déclaration de M. do Gramont, et qu'il n'au- 
rait plus de communications avec notre ambassadeur tant 
((ue l'affront n'aurait pas été réparé. Le chancelier de la 
Confédération était bien sûr de nous forcer à déclarer la 
fruerre par ce moyen {Scmlator, p. 47). 



DÉCLARATION DK GrEKRE 15 

Bismark ne commimiqua pas les (lé|)èclies an- 
fçlaises au roi de Prusse et répondit par une « rude- 
(( lebulTade » que loi'd Granville eut la piitience 
d'accepter. 

Cependant l'affaire i)Ouvait j)eut-ôtre se dé- 
nouer encore pacifiquement, et M. de Bismark 
ne le voulait pas. Pour atteindre son but, la 
guerre immédiate, il fit publier, le 13 juillet au 
soir, un supplément du journal ministériel prus- 
sien, la Gazette de l'Allemagne du Nord, dans le- 
quel on lisait que l'ambassadeur français (xM. Be- 
nedetti), à la promenade à Eras, avait accosté le 
roi de Prusse et l'avait requis de promettre cpill 
ne permettrait jamais à un Hohenïollern d'être 
candidat au trône d'Espagne ; que le roi olîensé 
de cette audace s'était tourné vers un do ses offi- 
ciers et lui avait dit d'infoimer le comte Bene- 
detti « qu'il n'y avait jias de réponse et qu'il 
« ne pouvait le recevoii- de nouveau. » Cette in- 
discrétion de notre ambassadeur et la réponse in- 
sultante du roi étaient d'odieux mensonges des- 
tinés, en soulevant Tindignation des Prussiens et 
des Français, à mettre le feu aux i)OU(h-es.M. Be- 
nedetti n'avait pas été le moins du monde insulté 
par le roi. En même temps, M, de Bismark ex- 
[)édiail aux gouvernements étrangers un télé- 



16 jœCLARATION DK GUERRE 

gramme pour leur faire savoir que le roi refusait 
<le prendre rengagement que la France exigeait. 

Ces procédés injurieux produisirent enfin le 
résultat que poursuivait M. de Bismark; le 
15 juillet, M. de Gramont annonça au Corps lé- 
gislatif que les négociations étaient terminées 
et que la guerre était déclarée. La résolution du 
gouvernement fut accueillie par les applaudisse- 
ments de la Chambre, trompée par le ministre 
de la guerre, le mai'échal Le Bœuf, qui avait af- 
firmé qu'on était prêt à entrer en campagne. 

Et cependant tout manquait, les hommes sur- 
tout. On avait à peine 270,000 soldats pour entrer 
en campagne et lutter contre 400,000 Allemands (1). 
Mais l'entourage de l'Empereur et notre haut 
État-major, comme tous les favoris et les igno- 
rants, étaient pleins d'inftituation ; ils croyaient 
que la bravoure du soldat, le chassepot et les 

(1) Après avoir nié longtemps le million d'hommes ar- 
més de l'Allemagne, l'opinion, toujours aveugle, est tombée 
dans une autre erreur; il est admis aujourd'hui que nous 
avons été écrasés au début de la guerre par 7 ou 800,000 
hommes. La vérité est que la Prusse n'a pu commencer 
les hostilités qu'avec 400,000 soldats. Un général habile 
pouvait gagner du temps, manœuvrer, laisser arriver les 
réserves et compléter ses effectifs. La guerre, appuyée sur 
les Vosges, la Moselle et sur nos grandes places, pouvait 
être tout autre que ce iju'elle a été. 



DÉCLAKATON DE (iLERKE 17 

mitrailleuses suffiraient pour vaincre un ennemi 
qu'ils méprisaient et dont ils ne connaissaient 
ni le nombre, ni la valeur, ni l'organisation. On 
se berçait des souvenirs d'Iéna et on ne parlait 
que d'aller à Berlin; les cartes d'Allemagne 
étaient seules recherchées. Certains journaux dé- 
bitaient au public les plus folles extravagances, 
entre autres qu'il suffirait d'un Français pour 
jeter cinq Prussiens dans le Rhin à coups de 
crosse. En descendant plus l)as, on trouvait des 
gens avinés et des soldats débraillés qui hurlaient 
la Marseillaise sous prétexte d'affirmer leur pa- 
triotisme. 

La déclaration de guerre, faite par l'Empereur, 
était la faute la plus grave. Il était averti par son 
ambassadeur à Berlin ([ue toute l'Allemagne se 
lèverait en masse et s'unirait à la Prusse dans le 
cas où la guerre éclaterait surtout si nous étions les 
premiers à la déclarer. Il ne tint aucun compte 
de ces sages conseils et tomba dans le traquenard 
qui lui était tendu. « Jamais nous ne vous ferons 
la guerre, disait M. de Bismark au colonel Stol- 
fel (1); il faudra que vous veniez nous tirer des 
coups de fusil chez nous, à bout portant. » 

(1) Envoyé militaire de la France à Beilin. 



18 DÉCLARATION' DE GUERRE 

C'est qu'en eiîet M. de Bismark savait qu'ime 
déclaration de guerre faite par la France à la 
Prusse soulèverait les haines de la patrie allemande 
contre Vennemi héréditaire, contre cette France 
exécrée (1), et que cette incomparable maladresse, 
si nous la commettions, rallierait autour de la 
Prusse les forces de la Bavière, du Wurtemberg, 
de la Saxe et du Hanovre, et leur ferait oublier 
leur antipathie contre la race prussienne et son 
hégémonie. 

(1) Grâce aux violences de Louvois et à celles du premier 
empire en Allemagne, pendant la longue occupation mili- 
taire de 1806 à 1813. C'est cette haine profonde de toutes 
les nations allemandes contre la France qui a servi de lien 
à M. de Bismark pour les réunir contre nous. 



M 



L'afosée f"i»aiiet»ise et J'arniée aHeniaiiitt€î 



Avant de raconter l'histoire de cotte gaeri-e in- 
sensée, il faut entrer dans quelques détails sur 
l'organisation et l'etlectif des deux armées t^ue 
la folie des uns et l'ambilion des autres vont met- 
tre aux prises. 

Sur le papier les forces de la P'rance sont de 
1,142,000 hommes, dont 642,000 forment l'armée 
active et 500,000 appartiennent à la garde niol)ile, 
qui valait bien, disait-on, la landwehr. En appa- 
rence nos forces sont égales à celles de l'Allema- 
gne, mais sur le papier seulement. 

En effet, la garde moi)iIe n'existe pas; elle a à 
peine un commencement d'organisation dans 
«pielqucs départements ; le maréchal Le Bœuf, la 
regardant comme inutile, n'a pas jugé nécessaire 
(le continuer !'(i'uvre (hi maréciial Niel. Reste 



20 l'armke ^UA^ç.vISE 

l'armée active. Sur les 042,000 hommes qui la 
composent, il faut i-etraudier tout d'abord les 
50,000 hommes de troupes employés en Algé- 
rie (1), les 6,000 iiommes formant le corps d'oc- 
(iupation de Rome, les 80,000 tiommes composant 
les garnisons de l'intérieur, les 24,000 gendarmes 
et 50,000 non-valeurs (2), soit un total de 200,000 
soldats. Restent 442,000 hommes, sur lesquels il 
y en a 100,000 dans les dépots, en y comprenant 
le contingent de 1869 ({ui ne sera incorporé cepen- 
dant qu'au 1" août 1870. Restent 342,000 hommes, 
surlesquels72,000aumoinssontdanslaréserveou 
en congé, ou appartiennent à la deuxième partie 
du contingent, et ne pourront entrer en campa- 
gne au début des hostilités. Restent donc pour 
commencer la guerre 270,000 hommes, qui pour- 
ront être rejoints dans un mois environ par 
100,000 autres; mais ces 100,000 soldats ne sont 
pas venus à l'armée du Rhin, et c'est avec eux que 
l'on a formé l'armée de Mac-Mahon et, plus tard, 
les premières divisions de l'arm ée de la Loire (3). 



(1) Une partie fut rappelée et placée sous les ordres du 
maréchal Mac-Mahon. 

(2) Compagnies de discipline, compagnies de remonte, 
soldats hors rang, etc. 

(3) Les votes militaires, au plébiscite du 8 mai, consta- 



ET L ARMEE ALLEMANDE VI 

Le gouvernement français devait savoir à quoi 
s'en tenir sur les effectifs de convention de son 
armée, qui jamais n'appelèrent Tatlention des 
chambres, et il connaissait par de nombreux rap- 
ports quel était l'état exact des forces réelles de 
l'Allemagne. 

Ceci dit, il est impossible de comprendre com- 
ment il a osé déclaré la guerre. 

Après Sadowa, il avait fallu de toute nécessité 
réorganiser nos forces. Aussi l'Empereur (1) 
avait proposé un projet, d'après leipiel on au- 
rait eu 750,000 soldats et 450,000 réservistes , 
rapidement mobilisables. Une opposition géné- 
rale éclata contre ce projet, dans la presse, dans 
le pays et à la Chaml)re. Il est impossible de lire, 
sans que le rouge vous monte au front, les sotti- 
ses qui furent débitées pai- les députés de l'oppo- 
sition pendant la discussion^le la loi: l'armée 
était inutile ; en cas de guerre, onîdécréterait la 
levée en masse; les volontaires de 170-2 avaieni 
sauvé la France ; la Prusse n'avait cei'tainemenl 
pas plus de 300,000 hommes à mettre en ligne; 
sa landweJir n'avait aucuae'valeur; on aurait tou- 



laieiil cette fait)losse df nos effectifs, et ravaiciit fait cou- 
naitre à la Prusse d'une manière auliientiqnc. 
(I)A''oirsa lellre ;ii\ maivilial Randoii. di; scptonihiv isi;.;. 



22 l'armée française 

jours trois mois devant soi pour achever de sw 
préparer, entre la déclaration de guerre et le 
commencement des hostilités! Les arguments et 
le patriotisme du maréchal Nicl furent étouffés 
sous cette avalanche d'inepties. 

L'opposition générale faite au projet de loi et 
le désir de ne pas mécontenter l'électeur rural, 
(|uia une horreur parlicuhère pour le service mi- 
litaire, amenèrent une transaction, d'oi!i sortit la 
loi du 1" févriei' 1868, (jui créait une armée ac- 
tive de 640,000 hommes, et une garde mobile 
de 500,000 hommes, et qui finalement nous don- 
nait deux ans plus tard 270,000 combattants pour 
faire la guerre à la Prusse. 

En étudiant l'armée, son organisation et son 
esprit, on constate qu'elle s'est peu à peu, mais 
considérablement affailihe sous l'Empire (1). 

La discipline, minée par les journaux de la dé- 
magogie, le respect, la bonne tenue dans le rang, 
l'allure martiale d'autrefois, ont disparu ou CHit 
diminué. Les troupes marchent en désordre; les 
l'égiments sont précédés d'une musique qui joue 
des polkas ou des airs de Thérésa, la chanson du 

(I) La décadence de la disciidine et de l'esprit militaire 
remonte à la révolution de f848; elle ne fit que s'accroître 
depuis, par le favoritisme et l'indulgence. 



ET L ARMKE ALLEMANDE 2o 

Sapeur, par exemple. La tenue débraillée et les 
Jiabitudes de désordre des régiments d'Afrique 
ont déteint peu à peu sur toute l'armée. L'exer- 
cice, les manœuvres, sont négligés; on ne fait plus 
ces beaux maniements d'armes qui faisaient dire 
un jour au bej' de Tunis, s'adressant au ijataillon 
de Saint-Cyr qu'il avait rencontré dans le parc de 
Versailles : a Je vous remercie, messieurs, de 
m'avoir montré un bataillon qui n'a qu'une main 
et qu'une âme. » Les troupes sont désœuvrées 
et peuplent les cabarets, les brasseries et les 
cafés. 

Il y a trop de mercenaires et de remplaçants 
dans l'armée. L'exonération a détruit l'idée qu'on 
(.levait le service militaire à son pays, par le fait 
même qu'on était citoyen et en état de porter les 
armes. Sur le contingent de 1869, il y a eu 42,000 
demandes de remplacement. La solidité des régi- 
ments est ébranlée par le grand nombre d'hommes 
envoyés en congé ou placés dans la réserve, et qui 
ne reviennent au corps que mécontents d'être 
rappelés et avec un mauvais esprit. C'est qu'en 
effet toutes les classes de la société ont cessé d'a- 
voir le patriotisme étroit, mais profond, de nos 
Itères. Le i)ays se croit délivré de t«jute obligation 
militaire, du moment qu'il paye l'exonération ou 



^4 l'armée frwç.mse 

le reini)lacement et l'impôt. Peu lui importe 
l'armée et qu'elle soit bonne ou mauvaise ; il aura 
l)esoin des ravaircs de l'invasion pour revenir à 
des idées plus saines. 11 seml)lait vraiment qu'on 
ne pouvait être soldat que si on était d'abord 
un ])auvre diable sans argent, bon seulement à 
être tué. Un pareil système devait conduire à 
l'abîme. 

Les l»ons sous-of liciers étaient devenus assez 
rares; leur recrutement était difficile ; à peu d'ex- 
ceptions près, leur ignorance était grande, et 
cependant beaucoup devenaient officiei'S, par le 
fait de la loi qui accorde les deux tiers des em- 
plois de sous-lieutenants vacants aux sous-offi- 
ciers et un tiers seulement aux élèves de Saint- 
Cyr. 

Nos officiers sont généralement trop peu in- 
struits, même ceux qui sortent des écoles mili- 
taires. Le manque d'instruction tactique et stra- 
tégique parmi les généraux est mallieureusement 
trop visible. La guerre d'Afrique les a presque 
tous habitués à ne compter que sur la l)aïonnette 
du soldat et à battre l'ennemi sans difficulté. Il 
manque dans notre armée une école militaire 
supérieure où puissent se former des généraux de 
toutes les armes. Il manque des examens pouf 



ET l'\kmée allemande 2't 

forcer les officiers à travailler toujours les scien- 
ces militaires si difficiles et si changeantes, et 
pour régler leur avancement sur leur savoir; car 
aujourd'hui, il peut se faire qu'un officier ne tra- 
vaillant ])as , n'y étant ni encouragé ni forcé, 
vaille moins à la fin ele sa carrière ffu'à ses dé- 
buts. 

A défaut d'un système où l'étude et l'intelli- 
gence auraient été la règle de l'avancement, les 
grades étaient donnés presque exclusivement à 
la faveur; les officiers qui n'avaient pas de re- 
commandations puissantes n'avançaient [)as, ne 
pouvaient pas avancer. 

Un esprit de routine ol>stinée dominait partout, 
au ministère, dans les comités; et cei>endant, on 
changeait constamment certaines choses, les uni- 
formes, les coiffures, les plumets, et ce qui était 
plus grave, le nomlire des bataillons, des esca- 
drons et des compagnies, les programmes des 
écoles, certains règlements d'administration , etc. 
C'était le mouvement de l'écureuil dans sa cage. 
On parlait sans cesse de [irogrès, sans jamais en 
accomplir un vraiment sérieux et utile, et quand 
on avait remplaci' une tunique par une jacpiette, 
ou un [lompuii par une aigrette ridicule, on 
croyait avoir fait quelipn" chose. 

• ui-.HKi-: !>!■; isTii 8 



20 L ARMKE FRANÇAISE 

Le comité d'infanterie (1) avait repoussé toutes 
les nouvelles manœuvres d'infanterie adoptées 
en Prusse et rendues nécessaires par l'emploi du 
nouveau fusil à tir rapide et les nouveaux canons 
à longue portée. Sauf pour les tirailleurs, nous ar- 
rivions devant l'ennemi, en 1870, avec nos vieilles 
formations de 1791, avec nos déplorables habitu- 
des d'Afrique, contraires à toute tactique savante. 
Heureusement, notre infanterie avait un excel- 
lent fusil, le chassepot, et sa bravoure tradition- 
nelle; mais trop souvent on ne sut utiliser ni l'un 
ni l'autre. Les guerres d'Afrique, qui ont exercé 
une influence détestable sur notre armée , in- 
fluence que de bons esprits signalaient dès 1842, 
les guerres d'Afrique avaient. jeté parmi nos 
troupes des habitudes de désordre, de décousu, 
de coups de main, un manque d'ensemble qui ne 
faisaient que s'accroître. La nécessité d'emporter 
tout avec soi dans une expédition en Algérie avait 
fait exagérer au delà du possible le poids que 
porte le fantassin et les bagages de l'officier. Le 
fantassin français, si leste, si bon marcheur au- 
trefois, était devenu plus lourd que le fantassin 



(1) Voir l'excellent ouvrage intitulé : Metz, campagne et 
ncgociation.% 1 vol. in-8. 



KT l'akmke allemande 2!7 

allemand, qui n'avait jamais passé pour bon mar- 
cheur. Le temps des marclies de la division Mas- 
séna en 1797, du corps de Marmont en 1805, et 
des troupes de Napoléon pendant la campagne 
de 1814 était décidément passé. 

La cavalerie, de même que l'infanterie, était 
organisée comme au temps du premier empire. 
Le comité de cavalerie, ne tenant aucun compte 
des fusils et des canons nouveaux, n'avait pas su 
voir qu'après la guerre de Bohême et celle des 
États-Unis, la tactique de la cavalerie était à 
refaire complètement chez nous, que les charges 
par grandes masses étaient devenues presque 
impossibles, et que la Ijrillante école des Murât, 
des Montbrun et des Caulaincourt était finie. Il 
n'avait pas tenu compte de la transformation 
que la cavalerie avait sul>ie en Prusse, où on 
l'employait surtout à taire des reconnaissances 
au loin , à couvrir l'armée d'un rideau impé- 
nétrable à l'ennemi , et à observer, au contraire, 
tout ce qu'il faisait. Le maréchal Niel, qui se 
préoccupait de toutes ces graves questions avec 
un intelligent patriotisme, avait fait faire un nou- 
veau règlement pour le service de la cavalerie. 
Nos généraux le repoussèrent et refusèrent de 
l'appliquer. En revanche, les Prussiens rado[>tè- 



28 i/aKMÉE 1 RANÇ.VISK 

rent, et il namil positif que c'est à l'aide du règle- 
ment du maréclial Xiel qu'ils perfectionnèrent 
leur cavalerie. 

Chez nous, la cavalerie eut un rôle à peu près 
nul pendant la guerre. On fit, charger nos cui- 
rassiers à Reichshofen, où ils se firent tuer hravc- 
inent; mais, sauf quelques exceptions, on ne 
sut pas employer la cavalerie , comme les 
Prussiens faisaient de la leur, à des reconnais- 
sances I>ien conduites. On ne put jamais savoir 
quelque chose de l'ennemi ; aussi on fut surpris 
à Wissembourg; à Reiclisliofen, le maréchal 
Mac-Malionne sut pas qu'il avait 150,000 hommes 
devant lui ; à Forbach, le général Frossard est 
attaqué à l'improviste par 60,000 Prussiens; à 
Borny, Steininetz tombe inopinément sur nos 
arrière-gardes ; à Rezonville, la division de cava- 
lerie chargée d'éclairer la route de Verdun est 
surprise à l'abreuvoir ; à Beaumont, nouvelle 
surprise. La l)ravoure héroïque de nos cavaliers 
ne suftît plus aujourd'hui ; pour constituer une 
cavalerie capable de remphr en temps de guerre 
im rùle vraiment utile à l'armée, il faut une orga- 
nisation nouvelle, et surtout des officiers instruits 
et capables. 

Le comité d'artillerie, aussi routinier que les 



ET l'akmée allemande 20 

autres, niait la supériorité de l'arlilleiio prus- 
sienne, malgré l'évidence. Le canon d'acier se 
chargeant parla culasse avait cependant un tir })lus 
rapide, plus juste et d'une portée beaucoup plus 
longue que le nôtre ; le poids de l'ol^us était [)lus 
considérable, et la fusée de l'obus meilleure. Tout 
fut nié; on ne voulut pas changer notre canon 
de 4, dont on vantait la légèreté et les sut-cès à 
Solferino. Il fallut reconnaître, mais trop tard, 
«lu'on s'était trompé. On fondait aussi de grandes 
espérances sur les mitrailleuses , qui , dans quel- 
(fues cas exceptés où elles ont été terribles, ont été 
généi-alement moins utiles qu'on ne s'y attendait. 
Il faut encore dire que l'armée })russienno avait 
un bien plus grand noml)re de canons «pie la 
nôtre, qu'elle employait son artillei'ie par grandes 
masses dès le début de l'action, et que nous ne 
nous doutions pas de cette nouvelle l.iciiijue. 

La Chambre se moniraitsi parcimonif^usc poui' 
les dépenses militaires, que le <lénie n'avait \)\\ 
rien faire pour mettre nos grandes places de la 
frontière, Metz, Strasbourg et Béfoi't, en état do 
résister à un siège et pour les proléger <'on(re 
un l)oml)ardement. Au (h'but de la guerre, l(\s 
forts de Metz étaient à peine commenct^s et rien 
n'était fait à Strasbourg et à Béfort. 



30 l'armée française 

L'État-major, en tant que corps organisé pour 
la guerre, c'est-à-dire pour diriger les mouve- 
ments de troupes, faire des reconnaissances sé- 
rieuses et le service des avant-postes, et recueil- 
lir les renseignements nécessaires au commande- 
ment, qui doit toujours savoir ce qui se passe 
chez l'ennemi, l'État-major était à peu près nul. 
En Prusse, TÉtat-major est le principal ressort de 
l'armée , et il est organisé précisément pour lui 
rendre les services que nous venons d'indiquer. 
En France, les officiers d'État-major sont occupés 
dans des bureaux à faire des écritures et des 
correspondances, ou sont attachés à des généraux 
comme aides de camp; lorsque la guerre éclate, 
malgré leur instruction, qui est réelle (1), et leur 
jiomie volonté, nos officiers d'État-major sont in- 
capables de remplir leurs fonctions si difficiles, 
auxquelles ils n'ont pas été préparés par une 
longue pratique. Une des causes principales de 
nos défaites a été la supériorité des États-majors 
de l'ennemi devant la faiblesse des nôtres. 

L'intendance est devenue le bouc émissaire d'Is- 
raël, que l'armée a rendu responsable de tousses 

(1} Il nous manque cependant une école supérieure d'État- 
major pour les hautes études militaires. L'école d'État- 
mnjor n'est pas assez forte. 



ET l'armée allemande 31 

malheurs. Il y a du vrai et aussi beaucoup d'exa- 
gérations dans les imprécations que l'on a lancées 
contre l'administration militaire. La plupart du 
temps les généraiLx ont été plus coupables que 
leurs intendants, car là où l'intendance a été bien 
dirigée par le général en chef, elle a rendu les 
services que l'on attendait d'elle. L'armée de la 
Loire et l'armée de Versailles en sont des preuves 
indiscutables. D'ailleurs, on connaît l'axiome : 
« Un bon général a toujours un Ijon intendant, » et 
cela s'expUque parce qu'on n'est un bon général 
qu'à la condition de connaître la science des 
marches et de l'appliquer aux mouvements des 
convois aussi bien qu'aux mouvements des 
troupes. 

Ce n'est pas tant l'intendance qui est mau- 
vaise que le système général de notre adminis- 
tration militaire. Il n'y a qu'en France où l'on 
croie qu'on fait vivre des armées nombreuses avec 
des convois réguliers et des distributions réguliè- 
res et à heure fixe. Pendant la prennère républi- 
que et le premier Empire, l'armée vivait sur le 
pays; l'armée i>russienne a conservé cet usage,^ 
brutal à coup sûr; mais la guerre ne peut être 
que brutale dans toutes ses parties. 

Arrivés sur un point, les Prussiens y canton- 



32 l'armée française 

lient leur troupes et oblijrent l'habitant à les nour- 
rir. Le cantonnement s'opère par les soins des 
généraux qui assignent à leurs divisions tels vil- 
lages dont ils se sont donné la peine de connaître 
la population et les ressources de tout genre, et 
la répartition des hommes chez l'habitant se fait 
par les soins de sous-officiers fort habiles à rem- 
plir leurs fonctions. Quand les troupes sont en 
trop grand nombre sur un point, on bivouaque, 
et l'administration militaire fait des distributions 
qu'elle tire des « colonnes de vivres » que chaque 
division conduit avec elle, qui en font partie inté- 
grante et cjui sont aux ordres du général (1). 

L'Afrique nous a été funeste sur ce point comme 
sur tant d'autres. Nous nous sommes habitués en 
Algérie à vivre exclusivement sur nos convois et 
par les soins de l'intendance. Il le fallait i)ien, 
puisque le cantonnement y est impossible. D'ail- 
leurs, le système de vivre sur ses convois est pra- 
ticable en Afrique, parce qu'il ne faut nourrir 
(|ue des cohmnes i)eu nombreuses. Mais nos gé- 
néraux ont pris en Algérie l'habitude de ne plus 
s'inquiéter de la c{uestion des subsistances, et 



(1) Les; vivres venaient il" Allemagne, ou étaient achetés 
n France, on étaient réquisifionnés aux mairies. 



ET l'armée allemande -^3 

l'habitude prise en Afrique a été conservée en 
Europe, au milieu des grandes armées. Le système 
était mauvais; on l'avait jugé tel en Crimée et en 
Italie, mais on ne le changea pas, et il existait 
encore en 1870. 

Il y a une réforme profonde à apporter dans 
l'organisation de notre administration militaire, 
qui doit, ainsi que les généraux, revenir aux vrais 
principes de l'art de faire vivre de grandes armées 
en campagne. 

La confédération de l'Allemagne du nord pou- 
vait disposer de 937,000 hommes, de 1,700 ca- 
nons, de 200,000 chevaux et de 13,000 voitures. 
Ces effectifs réels se décomposent ainsi : troupes 
de campagne ou armée active, 545,000 (1); troupes 
de remplacement ou de dépôts, 186,000; troupes 
de garnison ou landwehr, 206,000; gendarmes, 
2,250 , etc. Les trois États du sud de l'Allemagne , 
Bade, Wurtemberg et Bavière, liés à la Prusse 
|)ar des traités qui plaçaient leurs troupes sous le 
commandement du roi de Prusse, pouvaient four- 
nir 193,000 hommes, savoir : la Bavière, 70,000 
hommes de troupes de campagno, divisés en deux 
corps d'armée , et 46,000 hommes de remplace- 

(1) Dont 472, (X)0 comltattants. 



34 l'armée fran'çaise 

ment et de landwehr; — le Wurtemberg, une di- 
vision active de 24,000 hommes et 1 1,000 hommes 
de troupes de remplacement; — Bade , une divi- 
sion active de 26,000 hommes et 15,000 hommes 
de remplacement. Le nombre de leurs canons 
était d'environ 300. 

Le total des forces dont l'Allemagne pouvait 
disposer était donc de 1;, 130,000 hommes et d'en- 
viron 2,000 canons de campagne; ce qui lui a per- 
mis de faire la guerre en France avec environ 
600,000 hommes, de maintenir les effectifs au 
complet pendant toute la durée de la guerre et 
d'avoir encore en Allemagne , à la fm de janvier 
1871, de nombreux soldats pour garder nos pri- 
sonniers et pour envoyer encore des renforts 
aux armées en campagne , si la guerre avait con- 
tinué (1). 

Les troupes de la Confédération étaient répar- 
ties en douze corps d'armée prussiens et un corps 
saxon. Les Bavarois formaient, comme on l'a 
dit, deux corps d'armée; les Badois et les Wur- 



(1) Au début, les Allemands entrent en France avec 
400,000 hommes; en octobre, ils sont 550,000; en janvier 
050,000. On peut croire qu'il est entré en France environ 
850,000 ou 900,000 Allemands, dont 200,000 environ ont été 
tués ou blessés, ou sont morts de maladie. 



Eï l'armée allemande 35 

tembergeois, chacun une grosse division. CJiaquc 
corps d'armée prussien forme une armée com- 
plète , et qui peut agir séparément; il compte 
40,000 hommes, dont 32,800 combattants, et 90 
canons, répartis en deux divisions fortes ciiacuno 
d'environ 16 à 17,0(tO liommes. Un cor[)S d'armée 
comprend 9 régiments d'infanterie , un l)ataillon 
de chasseurs, 2 régiments do cavalerie, 16 batte- 
ries, 1 bataillon de pionniers (génie) et un équi- 
page de ponts. Le service des postes, des chemins 
de fer de campagne , des télégrai)hcs de campa- 
gne, des ambulances et du transport des blessés, 
des munitions d'artillerie et d'infanterie, et des vi- 
vres est assuré dans chaque corps et fonctionne 
avec une régularité remanpiahle. 

Les divisions et les corps d'armée sont orga- 
nisés d'une façon permanente; à chaque corprf 
d'armée correspond un territoire déterminé iju'il 
occupe, et il recrute son effeclif sur la jiopulation 
de ce territoire soumise sans exception au service 
militaire obligatoire. Les dépôts de matériel des 
corj)S sont à coU\ d'eux el toujours au complot, et 
la mobihsalioii est l(,)UJours préi)arée d'avance 
dans ses nioiiah-cs détails. Celte organisation per- 
met à la Prusse de mobiliser en (luinze jours ses 
i:louzc corps d'armée. La hnubvchr est mobilisée, 



.•}0 l'akmke française 

comme l'armée, d'après le môme s^\stème et par- 
les mômes moyens. 

Les officiers, les soldats et les chefs de gare 
sont exercés fréquemment à l'embarquement el 
au transport des troupes, des chevaux et du ma- 
tériel sur les chemins de fer ; aussi le transport 
des armées à la frontière, préparé et étudié de 
longue date, se fait facilement et vite. On a vu à 
Berlin vingt-deux grands convois de troupes par- 
tir en \m jour. En moins de trois seniaines, la 
Prusse a pu mobiliser et jeter en France 400,000 
hommes. 

(^hez nous, c'est au moment de la guerre qu'on 
forme les divisions et les cor})S d'armée, qu'on or- 
ganise tout pour la campagne qui va s'ouvrir, 
comme si l'armée n'était instituée que pour le 
temps dei'aix. 

Il est dur de faire l'éloge de l'ennemi, surtout 
quand cet ennemi s'est déshonoré par le vol, le 
pillage et l'incendie, et par de barbares exécu- 
tions ; il faut cependant dire ce qui est vrai et 
constater que cette armée odieuse était organisée 
(l'une fo(;on supérieure à la nôtre. Le service obli- 
gatoire pour tous jette dans l'armée la nation tout 
entière, et on a raison quand on dit que la Prusse 
n'est pas un pays qui a une armée, mais une ar- 



ET l'armkp: allemande 37 

mée qui a un [)ays. Toutes les classes, riches on 
pauvres, y sont représentées. Ainsi recrutée, une 
armée est vraiment nationale et capable de gran- 
des choses. 

Le soldat numque d'élan et ne vaut pas le nôtre 
comme bravoure individuelle; mais il est fort, 
dur à la fatigue, obéissant et soumis à une disci- 
f)hne de fer; l'officier a le droit de le battre et 
de le tuer, et il en use. Le soldat sait parfaitement 
lire, écrire et compter, ce qui est une consé- 
([uence de l'enseignement obligatoire; il a une 
bonne instruction élémentaire ; beaucoup ont 
même une instruction primaire supérieure, ainsi 
([ue les sous-officiers. Point n'est besoin d'in- 
sister sur les avantages qu'un général peut tirer 
d'une aussi grande somme d'instruction répan- 
due dans tous les rangs de son armée. Il existe en 
Prusse quatre écoles pour les sous-officiers, sans 
parler des écoles régimentaires (pi'ils sont obli- 
gés de fréquenter. Le sous-ijfficier prussien ne 
peut passer officier (fue pour action d'éclat sur 
le clianip dr halaille, mais il existe des grades 
internK'diaires entre celui de sergent et celui de 
sous-lieutcnant, ([ui constituent pour lui des po- 
sitions convenables et, après douze ans do ser- 
vice, il a droit à un emi)loi civil. 

r.UERRK T)K 1870 • 3 



38 l'armée française 

Les officiers ont tous fait des études assez sé- 
rieuses dans les gymnases ou lycées et savent de 
leur mélier tout ce qu'ils doivent savoir. Ils ac- 
complissent scrupuleusement leur devoir, parce 
que le sentiment du devoir est très-développé 
dans l'armée comme dans toute la nation, et 
parce qu'ils sont soumis, comme leurs hommes, 
à une discipline sévère. Les officiers d'État-major 
formés à l'académie militaire de Berlin, et exer- 
cés à leurs vraies fonctions par le général de 
Moltke lui-môme, composent un corps d'officiers 
remarquables auxquels la Prusse doit ses suc- 
'cès (1). Il ne faut pas oublier de dire que tous 
saA^ent le français, l'anglais et le russe. 

Si la Prusse a un État-major et des généraux 
capables de bien faire la guerre, c'est qu'elle se 
donne la peine de les former et qu'elle attache à 
ce soin l'importance qu'il mérite. Il existe en 
Prusse de nombreuses écoles militaires sérieu- 
ses (2) pour former les jeunes officiers ; il y a de 
plus pour l'État-major une académie militaire 

(1) Voiries rapiports du colonel Stolt'el, p. 111. 

(2) On n'y change pas sans cesse de système et de pro- 
grammes; on n'y laisse pas le chef disposer de tout, suivant 
son caprice; le,s examens y sont sévères; tous ces établis- 
sements sont subordonnés à une commission supérieure et 
soumis à des inspections sérieuses. 



ET l'aRMÉF. M^LEMAMiK 39 

dans laauelle les lieuteiiants qui y sont admis au 
concours étudient pendant trois ans les sciences 
militaires et tout ce qui s'y i-attacho. Partout dans 
l'armée, le travail est en lionneur et encouragé. 
Les grades ne s'obtiennent qu'à l'ancienneté, mais 
un officier n'a pas le droit de ne rien faire et de 
devenir incapable de lùen remplir ses fonctions, 
parce qu'alors on le renvoie. 

Il ne faut rien exagérer; aussi terminerai-jc 
en disant que, malgré leur instruction, les offi- 
ciers allemands manquent absolument do senti- 
monts généreux et d'élévation d'esprit, qualités 
qui abondent dans nos rangs, et que beaucoup) 
ont commis des vols et des actes de brutalité sau- 
vage dont pas un de nos officiers ne se serait 
rendu coupable. 

Les généraux d'armée et ceux qui commandent 
les corps d'armée et les divisions ont beaucou[t 
d'initiative; l'État-major général leur donne des 
instructions générales précises, et les laisse libres 
dans l'exécution. Les règlements, notre service 
en campagne, si remarquable et pour cela adopté 
on Prusse, sont ponctuellement exécutés, ce qui 
ne se fait pas chez nous. Depuis le chef de l'armée 
jusqu'au dernier soldai, tout le monde obéit. 

Les deux grands ressoris de l'armée prussienne 



40 1. 'armée FRANTAISI-; 

sont: r l'Elat-major général permanent, dirigé 
|iar le général de Moltke , ([iii est en même 
temps le ciief permanent de l'Etat-major général 
de l'armée, (|ui le ï-ecrute et le dresse personnel- 
lement à ses vraies et difficiles fonctions de 
guerre; — 2" le rainisière de la guerre, bien or- 
ganisé, ayant des traditions et pas de routine, 
sachant changer quand il le faut une chose con- 
damnée par l'évidence ou par l'expérience, et où 
sont centralisées entre des mains capables les 
seules choses qui doivent l'être. 

L'infanterie et la cavalerie ont été depuis long- 
temps réorganisées et leur tactique assujettie aux 
conditions nouvelles ([u'exigent les nouvelles ar- 
mes. L'artillerie a été transformée d'une manière 
si remarquable, ([u'à l'exposition de 1867 nous lui 
avions décerné plusieurs médailles (1)! La rou- 
tine et les souvenirs du grand Frédéric, qui avaient 
perdu la Prusse à léna, ont été mis de côté, et 
sans parler continuellement de progrès, on a su 
en faire d'incontestables. On n'a pas sans cesse 
changé de ministres, de système et d'orgauisa- 
lion; on a conservé les grandes institutions du 



(l) L'artillei-ie de campagne compte 1.212 pièces, dont: 
7-20 de 4 et i92 de o. 



HT l'-viou':.'-; Ai,!.i:.MAM)i; 41 

baron de Sleiiiel de Scliaiiiliorst, el un les a pei- 
feclionnées peu à peu, en i^i'ofitant de l'expé- 
rience des ^mierres de 1848 en Danennu'k et daii;- 
le grand-duelié de Badi' (1). 

Certes, les Prussiens doivent leur succôs à la 
honne conslitution de leur armée; mais coinl>ieii 
ont-ils été aidés par notre mauvaise organisalion. 
par notre désordre et par l'incapaeilé notoire de 
nos g-ouvernanls et de nos généraux! Aucun dr 
leurs généraux cependant n'était lui houime dr 
génie comparable à leur Frédéric ; mais ils ne 
laissèrent rien au hasard; tout fut prévu avec sa- 
gacité, et tout était préi)aré pour assurer jus(iue 
dans les plus petits détails le fonctionnement ré- 
gulier et continu de tous les services. On a vu 
par exemple, à Versailles, un troupeau de mou- 
tons conduit chaque jour au pâturage sur les 
bords (!e la pièce d'eau des Suisses, par des cui- 
rassiers; on assurait ainsi la nourriture d'un 
cor[)S de troupes, en maintenant en bonne santé 
et avec leur poids, des moutons que nous aurions 
enfermés et laissés périr do maladie (2). 

(1) Où la Prusse avait été lionteuscmont t)attuo par \o> 
bandes révotutiounaires de Mioroslawski ; elle n'avait [ni, 
cotte même année, venir à l)oul du Danemaïk. 

(2) On a vu aussi, à Saint-Cyr-l'Écolc . oii logmtil un 



42 l'armée FRANÇxVISE 

Ce qui frappe surtout dans l'étude de ia guerre 
(le 1870, c'est l'ordre parfait dans les prescriptions 
d'ensemble ou de détail, et leur stricte exécution. 
Les marches des colonnes, sont étudiées et diri- 
gées par des officiers qui possèdent à fond la 
science des marches , et exécutées par des hom- 
mes qui savent obéir. Un général ou un colonel 
doit aller à tel endroit et y être à tel moment, il y 
est au moment fixé ; on a marché de jour ou de 
nuit, ou nuit et jour, peu importe. 

Pour faire avancer leurs armées , les généraiLX 
prussiens se servent de toutes les voies de com- 
munication, routes et chemins,. bons ou mauvais; 
ils font marcher leurs troupes à travers champs; 
ils multiphent les colonnes pour les avoir courtes 
et éviter les encombrements de soldats, d'artil- 
lerie, de cavalerie et de voitures. Chez nous, on 
forme de longues colonnes, dans lesquelles tout 
s'entasse et où rien ne peut avancer. De là, les 
encombrements prodigieux el les lenteurs de nos 
marches, de Metz à Mars-la-ïour, de Cbàlons à 
Sedan, pendant lesquelles nous ne faisions que 
huit ou dix kilomètres par jour ! 

colonel de cavalerie, tous les officiers commandaiit les dé- 
tachements de ce régiment, venir régler, chaque malin, 
leur montre sur celle de leur colonel. 



ET l'armée allemande 43 

Les Prussiens avaient préparé depuis longterups 
la guerre de France (1). Leurs officiers d'État-ma- 
jor faisaient en secret de nombreuses reconnais- 
sances militaires dans toute la France ; ils avaient 
des cartes excellentes de notre pays et des plans 
de toutes nos villes. Le sous-officier de iililans c[ui 
a occupé Sèvres, le 19 septembre 1870, avait im 
plan de Sèvres qui lui servit à placer ses ve- 
dettes. On n'aurait certes pas trouvé un autre j)lan 
de Sèvres en France. Leurs officiers avaient ex- 
ploré toute la partie du territoire où ils devaient 
faire campagne, déguisés en colporteurs de livres 
ou autrement; ils avaient fait des marques (2) aux 
carrefours des routes, dans les bois, sur les ar- 
]jres, partout où un point de repère était utile 
pour indiquer la route à suivre ; aussi connais- 
saient-ils leur chemin et les distances exactes. 
On cite la réponse d'un paysan de l'Ouest à un 
officier français qui lui demandait son che- 
min (3) : « Mon bon monsieur , les Prussiens ne 

(1) On disait dans leur armée que depuis plusieurs années 
ils avaient préparé quatre guerres : celles de Danemark, 
d'Autriche, de France et de Russie, avec les mêmes soins, 
pour les reconnaissances, les cartes, les langues, etc. 

(2) Croix, flèches, losanges, carrés, ronds, virgules,, etc. 

(3) Notre armée de la Loire manqua d'abord' complète- 
ment de cartes; les premières qu'elle eut à sa. disposition 
furent prises aux officiers allemands lues ou faits prisonniers. 



L AKMIili FRANÇAISE 

hdaieiil jamais; |)ar où il fallait passer pour- 
'à tel endroit, ils }• allaient.» 
'espionnage en France a été pratiqué pendant 
de longues années par les Prussiens avec une 
audace qui n'a été dépassée que par notre légè- 
reté et notre insouciance. On leur montrait avec 
une incomparable niaiserie tout ce qu'ils auraient 
eu quelque difficulté à voir en espionnant; on se 
rappelle, pendant l'exposition de 1867, la visite 
du général de Moltke dans les forts de Paris. Les 
officiers i)russiens venaient en Lorraine et en Al- 
sace chasser avec les propriétaires du pays, ravis 
de leur amabilité et de leur distinction ; pendant 
ce temps, leurs liôtes étudiaient les bois et leurs 
scnlJers. La masse de commerçants, d'employés, 
d'ouvriers, de domestiques et de balayeurs alle- 
mands étal)lis dans toutes nos villes, y revinrent 
comme officiers ou soldats de la landwehr et ser- 
virent de guides à leur bataillon. A Metz, à 
Strasbourg, à Paris, les espions français payés 
par l'ennemi étaient noml)reux, aussi était-il 
informé de tout ce que nous faisions. 

Mais c'est assez parler de l'armée allemande ; 
il suffit d'avoir indiqué à grands traits les qualités 
do ce formidai)le instrument de guerre, et il faut 
revenir à la France. 



ET l'ahmke allemande 45 

La molùlisatioii de noti'C armée, c'est-à-dire le 
passage de l'armée du pied tie paix au pied de 
m'uerre, par le rappel au régiment des hommes en 
congé et des liommes de la réserve, ne peut, s'effec- 
tuer qu'avec beaucoup de lenteur, par le fait 
d'une mauvaise organisation qu'on aurait dû 
changer depuis longtemps. Les armées alleniaii- 
des envahissaient la France, que la nôtre cherchait 
à se former, au milieu d'un désordre dont riiis- 
toire ne connaît pas un autre exemple. 

On avait réuni à Paris et à Versailles la presque 
totalité des approvisionnements et du matériel de 
guerre, de cam[>ement et des liôpitaux dont on 
pouvait disposer ; il fallait donc l'expédier sur 
notre frontière de TEslpar le cliemin de fer. Mais 
il n'y a de ce côté qu'une seule ligne, celle de 
Strasbourg (I), et il est facile de comprendre 
pour(|uoi, dès les premiers jours, il s'y forma un 
encombrement ([ui ne fit qu'augmenter au milieu 
d'expéditions faites à la hâte, sans plan bien ar- 
rêté, etsoumises comme lesmouvcnjcnls de trou- 
pes à des contre-ordres [jcrpélucls. 

Le matériel des chemins de fer était insuffisant 



(1) En Allcnuigno au contraire, au voisinage do la France, 
les chemins de fer sont nombreux et disposés pour la guerre. 

3. 



46 L ARMEE FRANÇAISE 

pour servir à la fois aux transports de l'armée et 
à ceux du commerce ; il aurait fallu faire cesser 
complètement pendant quelques jours les trans- 
ports commerciaux. Il aurait fallu qu'il y eût dans 
les grandes gares au moins un chef militaire, ha- 
bitué à ce service très-difficile, pour diriger les 
expéditions militaires. Au lieu de cela, les choses 
marchaient au hasard; l'armée et l'intendance se 
disputaient les wagons, la première pour ses 
hommes et le matériel, la seconde pour les vivres; 
aussi on a vu des trains de vivres arrêtés, barrant 
la voie, empêcher des trains de soldats d'avancer 
pendant plusieurs jours, et ce désordre a duré 
autant que la guerre. 

On croyait à une invasion de l'Allemagne par 
la France, et pas le moins du monde à une inva- 
sion de la France par l'Allemagne. Aussi les 
grands magasins de l'armée furent-ils établis sur 
l'extrême frontière, à Forbach, à Sarreguemi- 
nes, au lieu d'être formés en arrière, d'où l'on 
aurait pu les expédier en avant , si l'armée s'a- 
vançait, ou les sauver si l'armée était obligée de 
reculer. Cette faute fut cause que, dès le 7 août, 
tous nos approvisionnements tombèrent au pou- 
voir de l'ennemi, dont les mouvements en avant 
furent facilités par cette capture. 



ET l'armée allemande 47 

Nous avons dit qu'en Prusse les corps d'armée 
sont toujours organisés et qu'il suffît de. quinze 
jours pour les mobiliser. En France, au moment 
de faire la guerre, il faut tout organiser, divisions 
et corps d'armée. Avec notre système antédilu- 
vien des dépôts, il faut, lorsque la guerre éclate, 
pour compléter un régiment et mettre son effectif 
sur le pied de guerre, faire venir du dé[)CA les 
hommes qui doivent rejoindre les bataillons de 
guerre. Or, tel régiment était en Alsace, qui avait 
son dépôt à Quimper, aux Pyrénées ou en Algé- 
rie. Il faut aussi rappeler les hommes en congé et 
les réservistes. Pour cela, il faut que ces hommes 
aillent d'abord de chez eux au dépôt pour s'équi- 
per, et du dépôt ils vont au régiment. Si le dépôt 
est à Alger, l'homme rappelé va à Alger et revient 
en Alsace. Il n'y a que chez la nation la plus spi- 
rituelle du monde que l'on trouve de pareilles 
institutions militaires. En elTel, que de dépenses 
inutiles en frais de route, que de temps perdu, 
que de complications, que de causes d'encombre- 
ment sur les chemins de fer! On calcule q,ue les 
hommes en congé ou de la réserve mettaient de 
vingt à vingt-deux jours pour aller de chez eux au 
régiment en passant parle dépôt. Les-gares, les 
roules étaient cncomljrées d'iiommes isoles cl do 



48 l'armée française 

traînards qui rejoignaient leur corps, mal dispo- 
sés et indisciplinés. Tous ces faits s'étaient déjà 
j)roduits en 1859, au moment de notre entrée en 
Italie, mais on n'avait pas tenu compte de cette 
expérience. 

Pour terminer ce déplorable tableau, il nous 
reste à analyser les dépêches publiées dans les 
papiers trouvés aux Tuileries. On trouve dans ces 
douloureux documents, qu'ici on manque d'ar- 
gent, là de vivres ou de biscuit ou de salaisons, 
ou de sucre et de café ; plus loin, on n'a pas de 
cantines, d'an)l)ulances ni d'infirmiers; tel géné- 
ral réclame des vétérinaires, tel autre des revol- 
vers. Le général Michel, arrivé à Béfort, ne 
trouve ni sa brigade, ni son général de division ; 
il ne sait pas où sont ses troupes et demande au 
ministre ce qu'il doit faire. Les cartes manquent 
l>arlout ; on réclame des munitions pour mi- 
trailleuses, des cartouches (1), des tentes-abris, 
des couvertures, des g-amelles, des bidons. Les 
mobiles qu'on rassemble à la hâte n'ont pas d'ar- 
mes et on ne sait qu'en faire. Un régiment d'in- 
fanterie de ligne, placé sur l'extrême-frontière, 

(1) Un convoi de quatre millions de cartouches fut perdu 
dans la gare de Metz; on le retrouva vers la fin du mois 
duoût. 



ET l'armée allemande 49 

du côte de Sierck, reçut de son dépôt cinq cent^ 
hommes, dont plus de la moitié n'avaient ni fu- 
sils, ni équipement, ni uniforme; le colonel les 
arma à grande peine, pendant les huit jours qui 
s'écoulèrent entre leur arrivée au corps et le com- 
mencement des hostilités. En revanche, nous 
trouvons çà et là des officiers et des généraux avec 
leur cuisinière, leur femme, leurs enfants et 
même leur nourrice, des rej)orters anglais qui 
sont là pour informer leur public de ce chaos et 
avertir l'ennemi. Il n'y a pas d'exemple d'une 
pareille confusion, dont l'auteur responsable est 
(de minisire qui, n'ayant rien préparé, a, dans son 
inexpérience et sa i)résouqiti()n, fait sur le temps 
et les transports les erreurs les plus désastreu- 
ses (1 ). » 

{\) Bàvàtier, l'Intendance niilitiurc penihinl la (inerre de 
1870-71, p. 23. 



IV 



Reiclishofen et Foi'bacli 



Pendant que notre armée se formait lentement 
et en désordre sur notre frontière, de l'Est, les 
armées allemandes , rapidement mobilisées et 
transportées en chemin de fer, nous menaçaient 
de rinvasion. 

L'Empereur, après avoir déclaré l'Impératrice 
régente (23 juillet), avait pris le commandement 
de l'armée (29 juillet), et avait choisi pour major- 
général le maréchal Le Bœuf, homme incapable 
de remplir ces difficiles fonctions qui exigent 
des connaissances et une aptitude spéciales. Le 
quartier général fat établi à Metz, d'où l'on trans- 
mettait les ordres et les contre-ordres aux diffé- 
rents chefs de corps. 

Devant l'invasion, l'Empereur fut oblige de rc- 



REiCHSHOFEN, ET FOKB.VCH ' 51 

noncer à l'offensive (1), et de kiisseï' aux Alle- 
mands l'avantage qu'a toujours celui qui sait 
prendre l'initiative des opérations; on se tint 
donc sur la défensive. Mais se tenir sur la défen- 
sive suppose que l'on concentre les forces dont 
on dispose, qu'on a adopté un plan de défense, 
qu'on défendra les lignes et les positions dont on 
peut se servir, les Vosges, la Sarre, la MoseJle, 
par exemple. Au lieu d'agir ainsi, on partagea 
l'armée en huit corps, dont les divisions furent 
éparpillées sur toute la frontière, entre Thionville 
et Béfort;, à des distances telles, qu'elles ne pou- 
vaient se soutenir les unes les autres. 

litrange combinaison, qui émiettait nos troupes, 
déjà tro}) peu nouibreuses , devant les armées 
prussiennes sagement concentrées. 

Aucune dispositioji , aucun plau ne fut adopté, 
ni pour l'attaque , ni pour la retraite, ni pour se 
soutenir réciproquement en ca&d'attaque de l'en- 
nemi. Personne ne s'éclaire, personne ne se garde, 
personne ne sait où est l'ennemi, ce qu'il fait, 

(1) 11 parait qu'un avait formé le i)rojet de jcler le ma- 
l'éclial Mac-Malion avec 100,000 hommes sur Wurtzbourg, 
pour isoler la Bavière; pendant ce temps-là, 200,000 hom- 
mes devaient passer la Sai're, puis le llliiu entre Manhcim 
et Mayence, refouler l'ennemi, et, après avoir rejoint Mac- 
Mahon, marcher sur Berlin. 



52 reïchshofilx et fokbach 

quelles sont ses forces; il n'y a ni reconnaissan- 
ces faites au loin et à fond, ni espionnage. Nos 
troupes vont et viennenl de ci et de la, sans 
raison, sans plan, mais sans relâche ; chaque 
ordre est suivi d'un contre-ordre. On a remarqué 
tpie l'Empereur avait des changements d'idées su- 
bits et inexplical)les. Son indécision et son absence 
totale de volonté et de suite étaient prodigieuses; 
cliaque jour il y avait un [)lan nouveau. 

Nous avons dit que l'armée était divisée en huit 
corps (1); au 1" août, ils étaient ainsi placés et 
commandés. Le premier corps , aux ordres du 
maréchal Mac-Mahon, était à Strasbourg et comp- 
tait 38,000 hommes, 96 canons et 24 mitrailleuses. 
lie d(!uxième corps, commandé par le généra! 
Frossard, était à Saint-Avold et à Forbach , et 
comptait 28,000 hommes, 72 canons et 18 mitrail- 
leuses. Le troisième corps, commandé par le ma- 
réchal Bazaine, était à Eoulay et comptait 42,000 
hommes, 96 canons et 24 mitrailleuses (2). Le 

(1) La force des corps n'est p :is égale : le l", le 3" et le 4' 
ont 4 divisions d'infanterie et une de cavalerie formée de 
6 régiments; les 2% 5" et 7° corps n'ont que 3 divisions din- 
fanterie et i de cavalerie formée de 4 régiments. La garde 
est formée de deux divisions d'infanterie et d'unede cavalerie. 

(2) Le troisième corps fut successivemeiil comiTiandé par 
le maréchal Bazaine. le général Decaen et le maréclial Le 
Bœuf. 



REICHSHOFEN ET FORBACH 5o 

quatrième corps, commandé par le général de 
Ladmirault, était à Thionville et comi)tait 33,500 
hommes, 72 canons et 18 mitrailleuses. Le cin- 
quième corps, aux ordres du général de Failly, 
était à Sarreguemines et à Bitehe , et comptait 
21», 000 hommes, 72 canons et 18 mitrailleuses. 

Le sixième corps, commandé par le maréchal 
Canrobert, était à Châlons etcomptait 40,000 hom- 
mes, 96 canons et 24 mitrailleuses. Le septième 
corps, commandé par le général Féhx Douay, 
était à Béfort et ne comptait que 27,000 hommes 
avec 72 canons et 18 mitrailleuses. La garde, forte 
de 23,000 hommes avec 6o canons et 12 mitrail- 
leuses, était ù Metz sous les ordres du général 
Buurbaki. La réserve de cavalerie, placée à Lu- 
néville , comptait 3 divisions (7,000 hommes) et 
36 canons. La réserve d'artillerie se composait de 
96 canons et de 3,500 hommes. Le total de nos 
forces était de 272,000 liommes , 768 canons et 
15r) mitrailleuses. 

Pendant ce temps , le gouvernement songeait, 
mais un peu tard , à se procurer des allian- 
ces. Il croyait cpie le Danemark, se déclarerait 
pour nous, et il se proposait d'y envoyer le 
prince Napoléon et le général Trochu avec un 
corps de débarquement destiné à faire, avec les 



54 HEICHSHOFEN ET FORBACH 

Danois, une diversion du côté de la Baltique; mais 
les vaisseaux n'étaient pas prêts (l), et les trou- 
pes manquaient. On comptait, d'après certains 
engagements antérieurs, sur l'appui de l'Autriche 
et de l'Italie ; mais ces puissances, prises au dé- 
pourvu, n'étaient pas prêtes et redoutaient avec 
raison de se jeter dans une aventure. On avait 
espéré jusqu'au dernier moment, malgré l'évi- 
dence, quela Bavière et le Wurtemberg resteraient 
neutres (2). Tous ces rêves s'évanouirent. La Rus- 
sie s'alliait secrètement avec la Prusse, afin d'ob- 
tenir carte blanche en Orient, et le moyen de faire 
reviser le traité de Paris ; en échange, elle devait 
forcer l'Autriche à rester neutre, en la menaçant 
de la guerre si elle se déclarait pour nous. Quant 
à l'Angleterre , irritée d\m projet d'annexion de 
la Belgique à la France, maladroitement négocié 
quelques années auparavant entre l'Empereur et 

(i) Le rôle de la marine, pendant toute la guerre, fut à 
peu près nul; on s'attendait à une expédition, à un débar- 
quement en Allemagne, au bombardement de quelques 
villes maritimes; on ne fit rien de sérieux, et à la fin de la 
guerre, une frégate prussienne, ÏAugusta, capturait nos bâ- 
timents de commerce à l'embouchure de la Gironde. En 
revanche, les marins, et nos officiers de marina se battirent 
bravement dans nos armées de terre. 

(2) Le 19 juillet, la Bavière déclara qu'en vertu des traités 
oile marcherait avec la Prusse. 



REICHSHOFEN ET I-ORB.VCII 55 

M. de Bismark , projet q ue M. d e Bismark fit 
comiaître aussitôt après la déclaratj.011 de guerre, 
l'Angleterre se prononça contre nous avec une 
liaine, qui étonna beaucoup notre légèreté fran- 
çaisje. 

Il est possible qu'avec de l'habileté cl de la pru- 
dence, en ne déclarant ])as la guerre bruscpio- 
ment, en laissant aux puissances qui pouvaient 
s'miir à nous le temps de se préparer, nous eus- 
sions trouvé des alliés et mené cette guerre à 
bonne fin, tandis (jiie l'Empereur allait tenter sim- 
plement la deniièro et la j>lus folle de ses aven- 
tures. 

L'opinion publique, iguoranleet mal renseignée 
par la pi-esse, s'impatientait, dans les derniers jours 
de juillet, do ne pas voir les lioslilités engagées et 
notre armée entrer en Allemagne; elle trouvait 
étrange la proclamation de l'Empereur qui annon- 
çait mie guerre longue et difficile. La presse 
et le public ne se doutaientpasdes difficultés insur- 
montables (pi'imposait notre mauvais système de 
mobilisation, ni de la nécessité oîi l'on était ré- 
duit tout à coup, et avant d'avoir combattu, à se 
tenir sui" la défensive , ni des lerrij)les suqirises 
que l'ennemi allait nous infliger. 

En etfet, l'armée allemande , organisée comme 



5C> REICHSHOFEN ET FORBACH 

on le sait, bien commandée, abondamment pour- 
vue de tout, rapidement transportée en chemin de 
fer, s'avançait divisée en trois grosses masses, qui 
allaient nous surprendre partout, en tombant à 
l'improviste sur nos corps isolés. Leui'S mouve- 
ments nous étaient complètement inconnus, grâce 
à la cavalerie ({ui les [)récédait et formait un im- 
pénétrable rideau devant elles. 

Les trois armées allemandes étaient placées 
sous le commandement supérieur du roi de Prusse, 
ayant pour chef d'État-major général l'iiabilc gé- 
néral de Moltke, infatigalde malgré son grand 
âge. 

La première ai-mée allemande, commandée par 
Steinûietz, formait la droite de l'ennoini ; |iarîie 
de Coblentz, elle reinontait la Moselle et s'avan- 
rait sur Sarrelouis; c'est elle qui nous attaquera 
à Forbach. Elle était forte d'environ 70,000 hom- 
mes et comptait deux corps d'armée (7" et 8^) et 
une division de cavalerie. La deuxième armée, 
commandée jiar le prince Frédéi-ic-Charles, for 
mait le centre; partie de Mayence, elle s'avan- 
çait sur Sarreguemines par Kaiserslautern ; elle 
était forte d'environ 180,0U0 hommes et comptait 
six corps d'armée (3% 4% 9% 10% 12'= et la garde 
prussienne) et trois divisions de cavalerie. Le 



KKICHSHOKEN ET FOKBACH 57 

}.iince Frédéric-Charles ne prendra ])as part aux 
premières opérations. La troisième armée, com- 
mandée par le prince royal de Prusse (Fritz), 
formait la gauche de l'ennemi; partie de Spire, 
elle o'avançait par Landau sur Wissembourg; 
elle était forte d'environ 150,000 hommes et 
comptait deux corps d'armée prussiens (5^ et 
11"), les deux corps havai-ois, la division wur- 
-tembergeoise, la division badoise et deux di- 
visions de cavalerie (1). C'est elle qui va nous 
attaquer à Wissembourg et à Reichshofen. 

Il restait en Allemagne pour surveiller les côtes, 
170,000 hommes prêts à combattre, ce qui porte 
l'efléiMif des forces allemandes au 1" août à 
570,000 combattants en ligne, juste le double 
du nôtre. Mais dès le 15 août, la Prusse, ras- 
surée du côté de la mer, avait jeté en France 
toutes ses troupes et augmenté relleclif de ses 
trois armées. La première fut alors composée 
de trois corps (\", T et 9,") et de deux divisions 
de cavalerie, et son effectif porté à 102,000 hom- 
mes et 270 canons. La seconde année fut i)ortéo 
à 244,000 homnu'setG24 canons. La troisième fut 



(1) Doul la n-op l'ameiue ilivision de ulilan-; du {jriiioc 
Albert de Prusse (le pèrp}. 



5S REICHSHOFEN ET FORBACH 

portée à 193,000 liorames et 516 canons. On forma 
de plus deux corps détachés : le 13% commandé par 
le g-rand-duc de Meclden])Ourg, et le 14^ (Badois), 
commandé par le général Werder, qui fut chargé 
du siège de Strasbourg, 

An moment où les Prtissiens allaient prendre 
l'ofiensive, l'Empereur attaqua Sarrebruck (2 août) . 
Le 2^ corps (général Frossard) ne rencontra que 
trois bataillons et trois escadrons de uhlans qui 
se replièrent aussitôt. Cette affaire insignifiante 
aurait pu avoir des suites sérieuses, si on avait 
pris Sarrebruck et ensuite Neuenkirchen , nœud 
de chemin de fer si important à occuper pour 
couper les communications entre Steinmetz et 
Frédéric-Charles, que l'on aurait dû y livrer ba- 
taille afin d'en devenir les maîtres. Mais cette 
stratégie élémentaire était au-dessus de l'intelli- 
gence du quartier général; on se contenta de 
parler du prince impérial, qui avait ramassé une 
balle et reçu le baptême du feu; on n'occupa 
même pas Sarrebruck, et on continua à rester 
dané l'inaction, sans se donner la peine de s'é- 
clairer et de cliei-cljer à savoir ce que faisait et où 
était l'ennemi. 

Au moment où l'on s'y attendait le moins, le 
prince royal de Prusse nous tira de cette sonmo- 



REICHSHOFEX KT FORBAOH 3^ 

lence et nous rappela à la réalité. La division Abel 
Doiiay, du corps de Mac-Malion, forte d'environ 
9,000 liommes, était à Wissenibourg, chargée de 
défendre la Lauter et l'entrée de l'Alsace. Le 
4 août, elle fut surprise en plein bivouac, faisant la 
soupe. Elle allait avoir à combattre 40,000 hom- 
mes que le prince royal engagea sur les 80,000 
soldats dont il disposait (1). Non-seulement cette 
division était complètement isolée et ne put être 
secourue, mais aucune reconnaissance de cavale- 
rie ne lui avait signalé l'approche d'une armée 
entière ; c'est à peine si elle eut le temps de 
prendre les armes et de se préparer à combattre. 
L'action s'engagea sur les hauteurs du Geis- 
herg (2). La division perdit son général, 1,200 
liommes tués ou blessés et un millier de prison- 
niers; le reste battit en reti-aite sur Soultz. La 
perte des Allemands était d'onviron 700 liommes. 
Ce combat ouvrait l'Alsace au prince de Prusse. 
A la nouvelle de notre défaite à Wissenibourg, 
le quartier général se décida à concentrer ses 
forces et à créer deux armées : l'une fut donnée 



(1) 5« et 11» corps prussiens et 2' corps bavarois. 

(2) Où les Austro-Prussiens commandés par Wnrniser 
avaient été vigoureusement battus, le 25 décembre 1703, par 
Hoche et Piclicgru. 



60 REKHSHOFKN ET KORBACH 

au maréchal Mac-Mahon et composée des l*"", 5^ 
et 1'' corps; l'autre fut placée sous les ordres du 
maréchal Bazaine et composée des 2% 3^ et 1'^ 
corps; mais l'Empereur restait le clief su[)éripur 
des deux maréchaux et conservait le commande- 
ment de la garde. Cet essai de concentration se 
faisait trop tard, et le quartier général ne sut pas 
plus donner des ordres précis aux deux armées, 
qu'il n'avait su en donner aux corps séparés ; la 
confusion des ordres et des contre-ordres, et l'ab- 
sence d'im plan général continuèrent à laisser les 
Prussiens maîtres de faire ce qu'ils voulaient. 

Le 5, l'Empereur, avons-nous dit, donna au 
maréchal Mac-Mahon le commandementsupérieur 
des I", 5'' et 7'= corps; en conséquence les géné- 
raux deFailly et Douay reçurent l'ordre de rallier 
le maréchal, campé sur la Sauer, devant Wœrth ; 
mais cette concentration se fitavec une tellelenteur, 
{{ue le 6, une seule division du 7*= corps avait 
rejoint Mac-Mahon, et qu'une division du ô" corps 
arriva seulement le soir après la défaite du maré- 
chal. Mac-Mahon, mal renseigné, ne savait pas le 
matm du 6 août qu'il y avait devant lui une armée 
de 150,000 lioiiimes, et quand il le vit, il ne lui fut 
plus possible de reculer pour sauver son corjis 
d'armée d'une destruction cei'taine. C'est alors que 



REISCHSHOrKN ET FtMiBACH «)1 

s'engagea la bataille de Reiclisholen (1), eiiire 
environ 40,000 Français et 150,000 Allemands. 
Après un combat acharné de huit heures, les 
cinq divisions de Mac-Mahon et sa cavalerie, 
écrasées par les obus et refoulées de leurs posi- 
tions, battaient en retraite sur Saverne par Me- 
derbronn ; une partie des troupes se retira à 
Strasbourg. Le maréciial perdit 4,000 honimes 
tués ou blessés, 6,o00 prisonniers, 36 canons et 
tous ses convois de vivres : de leur coté, les Alle- 
mands eurent 8,00!» hommes hors de combat. 

Heuieusement une division du y corps arriva à 
>siederbronn vers les cinq heures et protégea 
notre retraite, car le désordre était complet. 

Vivement poursuivis d'aiioi-d |>ar la cavalerie 
allemande, les 15,000 hommes débandés que 
Mac-Mahon ramenait avec lui ne purent détruire 
ni les chemins de ter, ni les tumiels des Vosges 
• [u"on abandonnait intacts aux Prussiens, dès lors 
maîtres de leurs communications dans leur mar- 
che eu avant. Involontairement on se reporte, en 
racontant ces desastres, aiLx souvenirs glorieux 
de la défense de l'Alsace par Turenne. 



■ 1) Appelée aussi et plus exactement l»at.iillode Wœith et 
•le Frœsohwiller. 

<;UERRE DE 1S70 4 



62 REICHSHOFEN ET FORBACH 

Le 7, le maréchal et les généraux de Faillv et 
Douay reçurent l'ordre de se retirer à Châlons où, 
d'après la volonté de l'Empereur, toute l'armée 
devait se réunir, 

L'Alsace était perdue ; Strasbourg et Béforl, 
qui n'étaient pas en état de défense, allaient être 
assiégés sans espoir d'être secourus, et l'ennemi 
était libre de couvrir de ses partis de cavalerie 
deux ou trois départements, d'y étouffer par de 
cruelles exécutions le soulèvement militaire de la 
population et de frapper ainsi de terreur le reste 
de la France. 

La retraite de Mac-Mahon s'accomplit par Nie- 
derbronn, Saverne, Lunéville et Neufcliàteau ; là, 
ses troupes s'embarquèrent en chemin de fer 
pour gagner Châlons, où elles arrivèrent le 
16 août complètement démoralisées par la dé- 
faite et par les privations qu'elles avaient sup- 
portées pendant dix jours. Le corps du général de 
Failly, très-compromis entre Sarreguemines et 
Bitche, avait échappé à l'ennemi et se rendit à 
Châlons par la Petite-Pierre, Lunéville, Neufchà- 
teau et Chaumont, suivant Mac-Mahon à quel- 
que distance. A Chaumont, il prit la voie ferrée, et 
il arriva à Châlons le 20, à peu près en même 
temps que le 7*^ corps qui venait de Béfort. 



RRICHSHOFEN ET FORBACH 63 

Le prince royal ne poursuivit [)as longtemps 
Mac-Mahon; il ne dépassa pas la Moselle et 
l'esta à portée de l'armée de Frcdéi-ic-Charles. 
Sans cette prudence, le prince royal arrivait avant 
la tin du mois d'août à Paris, sur les talons du 
maréchal, et mettait fin à la guerre en prenant la 
capitale, dont la mise en état de défense était à 
peine commencée à cette époque. 

Pendant que l'aile gauche des Prussiens ga- 
gnait la bataille de Reichshofen, leur aile droite 
battait le même jour le général Frossard à For- 
j)a(*li. La veille, l'Empereur, avons-nous dit, avait 
placé les 2% 3'' et 4" corps sous les ordres du ma- 
réchalBazaine, qui se trouvait ainsi avoir une véri- 
table armée sous son commandement. Mais par 
une aberration inexplicable, à peine Bazaine était- 
il nommé chef supérieur des 2", 3' et 4° corps, que 
le (juarlier général arrêta laconcentrationdestrois 
corps, sans le consulter, et régla leur emplace- 
ment sur une étendue de GO kilomètres, en les 
jdarant hors de portée de se soutenir les uns les 
autres, devant une armée de 70,000 hommes. 

Le deuxième corps (Frossard), avaitreçul'ordre, 
après l'aflaire de Sarrebruck, de se replier sur 
Forbach, bien (ju'il suit difficile de comprendre 
pour(|uoi on allait laisser Steinmelz libre do 



64 REICHSHOKK.N ET FOIUSACH 

passer la Sarre sans combat. Quoi qu'il en soit, I9 
général Frossard vint prendre position à l'Est de 
Forbacli, sur les hauteurs de Spickeren. Le 
août, Steinnietz, qui n'avait trouvé aiicauie dif- 
ficulté à franchir la Sarre , vint attaquer le 
deuxième corps isolé et mal renseigné, comme 
toujours, sur les mouvements de l'ennemi. Le 
deuxième corps résista avec énergie aux attaques 
des Prussiens, qui engagèrent environ 50,000 
hommes contre nos 28,000 soldats; après une lutte 
opiniâtre de douze heures, nous fûmes chassés de 
nos positions avec une perte de 4,000 hommes 
tués ou blessés et de 2,000 prisonniers. Le géné- 
ral Frossard al)andonna Forbaeh et les immenses 
approvisionnements rassemblés dans la gare de 
cette Tille (l), et se replia sur Sarreguemines, au 
risque de tomber au milieu des Prussiens. Arrivé 
à Sarreguemines, le deuxième corps reçut d'a- 
bord l'ordre d'aller à Chàlons, puis un nouvel 
ordre qui lui prescrivait de revenir à Metz, où il 
arriva en effet le 10. 



(1) On abandonna aussi à Forbaeh un équipage de ponts, 
faute d'attelages pour l'emmener. Le quartier général avail 
bien envoyé de Metz l'équipage, mais s'étant servi du che- 
min de fer, il avait oublié ou négligé d'envoyer aussi le:s 
chevaux. 



i 



KEICHSHOFE.N ET P'ORB.VCH 65 

Pendant la bataille de Forbach (l), le troisième 
corps, commandé parle maréchal Bazaine, était à 
Saint-Avold, à 15 ou 20 kilomètres du champ de 
bataille ; malgré les demandes de secours adres- 
sées par le général Frossard au maréchal Bazaine, 
et malgré le canon qui a})pelait h son aide, le 
deuxième corps ne fut pas secouru. Il y eut dans 
l'armée une explosion d'indignation contre Ba- 
zaine, dont l'ai'rivéo à Spiekeren pouvait nous 
donner la victoire. Le maréciial avait cependant 
donné l'ordre à trois de ses divisions de se porter 
au secours du général Frossard, mais ces géné- 
raux furent avertis tro]) tard (2), et mirent peut- 
être trop de lenteur à marcher, ou s'arrêtèrent en 
chemin; bref ils n'arrivèrent près de Forbach 
qu'a|)rès le combat (3). 

Les deux ailes do l'armée allemande étaient 
victorieuses le même jour, et l'armée française 
désorganisée et en retraite ; la France était en- 
vahie et Paris déjà menacé. Devant un pareil 



(Ij Appelée aussi la batailli^ de Spickei-cn. 

(S) Vers trois heures. 

(3) Voir : le rapport du çténéral Frossard sur les opéra- 
tions du 2' corps de l'année du R,liiu; — la brochure du 
S'éuéral Montaudon et le }fiiiul''ur aniverscl du 19 décembre 
1«71. 



66 REICHSHOFEX ET FOKBICU 

péril, il semble que le quartier général aurait dîi 
sortir de son indécision et agir avec énergie ; tout 
au contraire, il ne sut plus quel parti prendre. 
En effet, on décide, le 7 au matin, qiie toute 
l'armée ira à Chûlons ; le 7 au soir, on convient 
qu'on Mvrera une grande bataille le lendemain à 
Saint-Avold ; le 8, on renonce à livrer bataille pour 
se replier siu* Metz, où l'on appelle le maréchal 
Canrobert, qui arriva de Chàlons le 12; on ne 
prend aucun parti le 9, le 10 et le il ; le 12, l'Em- 
pereur cède le commandement au maréchal Ba- 
zaine ; elle 13, quand le maréchal Canrobert es-t 
arrivé, on revient à l'idée de quitter Metz et de 
battre en retraite sur Chàlons. Il faut convenir 
que les Prussiens ont eu beau jeu. 

Après leurs victoires de Wœrth et de Spicke- 
ren, les trois armées allemandes se réunirent li- 
l)rement à l'Ouest des Vosges et s'avancèrent : 
Steinmetz sur Metz, par Faulquemont ; le prince 
Frédéric-Charles sur Metz également, par Gros- 
Tenc[uin ; le prince royal, qui formait l'aile mar- 
chante, s'avança sur Nancy parSarre-Un4on, pour 
suivre Mac-Mahon, Douay et de Failly qui se re- 
pliaient, comme on l'a dit, sur Chàlons. En même 
temps, le prince royal détachait les Badois et le 
général Werder, elles chargeait d'assiéger Stras- 



REICHSHOFEX ET FORB.VCH 67 

bourg ; dès le 8 aoiit, la cavalerie ennemie pa- 
raissait (levant cette ^ille. 

Ne trouvant personne devant eux, les Prussiens 
continuèrent leurs mouvements sans difficultés ; 
ils occupèrent Lunéville, où d'immenses approvi 
sionnements tombèrent entre leurs mains ; ils 
entrèrent à Nancy (12 août), de là allèrent occuper 
Frouard (1) et Pont-à-Mousson, et poussèrent jus- 
qu'à Commercy sur la Meuse, en laissant provisoi- 
rement Toul de côté. Par ces marches habiles, 
mais accomplies en toute liberté, on ne saurait trop 
le répéter, l'ennemi tournait Metz, menaçait Paris, 
coupait les forces françaises en deiLx morceaux, 
l'un à Metz, l'autre à Cliàlons, et prenait ses me- 
sures pour les empêcher do se rejoindre. 

A la même époque, le 1 1 août, le roi de Prusse 
adressa une proclamation à la nation française. 
« .Je fais la guerre, disait-il, aux solthUs français et 
non ])as aux habitants, dont les personnes et les 
biens seront en sûreté tant qu'ils no m'enlèveront 
pas, i)ar des agressions contre les troupes alle- 
mandes, le droit de les i)roté^'er.... » Il ne s'agit 
pas d'isoler, comme on l'a (Ht, l'Iùnpereur et les 
Bonaparte de la nation, mais de séparer la nation 

(1) Où ils (•(ni|)èi'onl le cliciiiiii ilc fer. le i;!. 



68 REICHSHOKEN ET FORBACH 

de rarmée ; pour réussir, le roi de Prusse -faisait 
appel à l'égoisme, à l'intérêt personnel, et mal- 
heureusement son api»el trouva trop d'éclio dans 
le pays. 



Y 



t.a guci-i>e autour de M«ly. 



A la nouvelle do nos revers, le ministère avait 
convoqué les chambres pour le 9 août. Aussitôt 
réuni, le Cor[)S législatif" renversa le ministère 
ollivier,etrimpératrice-régenteconstitiia(lO août) 
un nouveau cabinet, dont le principal membre fut 
le général comte de Palikao. Cet habile adminis- 
trateur créa l'armée de Chàlonsavec une rapidité 
et une énergie remarquables ; il commença à 
former la garde mobile, rappela sous les drapeaux 
t(uis les hommes de 25 à 35 ans non mariés qui 
avaient été soldats, et ordonna leur vcrsementdans 
les dépôts. 

Pendant ce temps aussi, on rappelait de Rome 
(t) août) noti'e corps d'occuiiation. A peine était- 
il parti, que les Italiens, profilant de nos embarras, 
s'emparèrent de Rome (20 septembre), annexèrent 



70 LA GUERRE AUTOUR DE METZ 

les provinces romaines au royaume d'Italie et 
déclarèrent que Rome en était la capitale. Étrange 
destinée! Nos victoires avaient commencé l'unité 
italienne, nos revers la complétaient. 

Peu de temps après, Victor-Emmanuel allait 
donner un roi à l'Espagne. Son fils Amédée, duc 
d'Aoste, élu par les Cortès le 16 novembre, ac- 
cepta la couronne d'Espagne, à Florence, le 4 
décembre. 

Devant le mécontentement général de l'armée, 
impatientée de l'usage qu'on faisait d'elle, l'Em- 
pereur se décida à abandonner le commandement ; 
le 12 août, il le remit au maréchal Bazaine (1). 
Le maréchal Le Bœuf cessa d'être major-général 
et fut remplacé par le général Jarras, regardé 
par toute l'armée comme une médiocrité et qui 
déplaisait tellement au maréchal Bazaine, que 
celui-ci n'eut que le moins possible de relations 
avec son chef d'État-major, au grand détriment 
des opérations. Le maréchal Bazaine prenait le 
commandement dans les conditions les plus mau- 
vaises, alors que tout était à peu près perdu et 
qu'il aurait fallu une intelligence militaire de 



(1) Qui fut remplacé an commandement du 3' corps par le 
général Decaen. 



LA GUERRE AUTOUR DE METZ 71 

premier ordre pour rétablir nos affaires. Ajoutons 
que, malgré son titre de général en chef, le ma- 
réchal n'était pas libre de ses mouvements ; 
l'Empereur continuait à exercer une grande in- 
tluence sur le commandement et exprimait des 
désirs au lieu de donner des ordres ; mais, comme 
le disait le maréchal, c'était la même pensée sous 
des mots différents. 

Le 13 enfin, après sept jours entiers perdus à 
adopter le projet de se retirer sur Châlons et à y 
renoncer, on se décida à quitter Metz et à aller à 
Chàlons par Verdun (1). L'Empereur et ses ba- 
gages quittèrent Metz dès le 13; mais l'armée 
perdit encore cette journée ; elle ne se mit en 
marche que le lendemain, au milieu d'encombre- 
ments inextricables. Les deux journées du"l 3 et 
du 14 bien employées, notre marche sur Verdun 
avait toutes les chances de réussir. 

En effet, les Prussiens, avertis de nos projets, 
s'apprêtaient à s'opposer à notre retraite et à nous 

(1) Trois routes conduisent de Metz à Verdun. La pre- 
mière passe par Gravelofte, Rezonvilie, Yionviile et Mars- 
la-Tour ; la seconde se détache de la première à Gravelotto 
et passe par Donconrt cl Étain ; la troisième passe par Saint- 
Privat et Briey, et rejoint la précédente à Étain. A Briey, 
elle se bifurque et une route conduit àLon^^iionet Mont- 
médv. 



72 l'A GUERRE AUTOUR DE METZ 

couper la route de Verdun. Le prince Frédéric- 
Charles marcha avec la deuxième armée sur 
Pont-à-Mousson ; il laissa les deux ailes de l'armée 
allemande en arrière, Steinmetz à Metz, le prince 
royal à Nancv, et avec le centre des forces prus- 
siennes, il poussa une pointe rapide et énergique 
sur Pont-à-Mousson et Novéant, pour y traverser 
la Moselle, arriver avant nous à Mars-la-Tour, sur 
la route de Verdun, et nous i)arrer le passage. 

11 va sans dire qu'on lui laissa accomplir celte 
inarche de flanc sur Pont-à-Mousson sans l'inquié- 
ter ; qu'il ne trouva personne à Pont-à-Mousson 
pour lui disputer le passage de la Moselle et la- 
lentir son mouvement, qu'on ignorait peut-être ; 
qu'on ne détruisit pas les ponts de Novéant et de 
Pont-à-Mousson, alors qu'on en détruisait folle- 
ment tant d'autres. 

Combat de Borny ou dePange, 14 août. — L'armée 
française était massée sur la rive droite de la 
Moselle ; une partie avait commencé à passer sur 
la rive gauche, lorsque Steinmetz attaqua à l'im- 
proviste (1) et avec vigueur nos arrière-gardes, 
à Colombey et à Mey. Son but était d'arrêter notre 
marche sur Verdun au inoins pendant un jour et 

[l) NoU-e cavalerie envoyée en reconnaissance n'avait 
rien vu et nous laissait surprendre. 



L\ GUERRE ALTOIR DE METZ l'a 

(le dotinoi" ainsi au prince Frédéric-Charles le 
temps d'arriver avant nous à Mars -la -Tour. 
Quoique Steinmetz ait été repoussé avec une perte 
de 5,000 liomines (1), il atteignit son but, car la 
marche de l'arniée française fut suspendue le 
14 et ne recommença que le lendemain, toujours 
avec la même lenteur et au milieu des mômes 
encombrements et du même désordre (2). Mais 
nos pfénéraux et nos États -majors paraissent 
ignorer l'art des marches, c'est-fà-dire la partie 
essentielle de leur métier. 

Pendant ce temps, l'armée prussienne nous 
.uagnad de vitesse; aussi, le 15, quand nos têtes 
de colonnes arrivèrent a Mars-la-Tour , elles y 
trouvèrent l'ennemi. 

iJatu'Ile de liezonville, de Vionvilh' oa de Mars-la- 
Tow, 10 août. — Le IG au matin, l'Empereuravait 
(piilté larmée et s'était retiré àÉtain, à la grande 
satisfaction du maréchal Bazaine, si heureux 



(1) Les Prussiens soutitMiiKMit ((n'ils mit été vainqueurs el 
qu'ils nous ont refoulés sous le ciiiinn de Metz. Quoi qu'il 
eu soit, avec plus d'habileté et de coup d'oMl. on pouvait ce 
jour-là, eu livrant une grande bataille, écraser Steinmet/., 
qui était seul et ne pouvait recevoir des secours du prince 
Frédéric-Charles lancé sur la loutc île Verdun. 

(2) Quelques régiments lirent ■? kilnmétres en une denii- 
Jouruéede marche, danln-, i kilomètres en ii heures. 

GinCURK IIK 18711 5 



74 LA GUERRE AUTOUR DE METZ 

d'être délivré de la présence de l'Empereur, (jne 
beaucoup ont cru que la marche sur Verdun 
n'avait été pour le maréchal ({u'un moyen de 
faire partir l'Empereur et de se débarrasser de lui. 
Ce qui paraît positif dans l'histoire, jusqîi'à j^ré- 
sent si obscure, du maréchal Bazaine, c'est qu'aus- 
sitôt l'Empereur parti, le maréchal donna l'ordre 
d'arrêter la marche; mais c'était peut-être pour 
laisser aux 3"= et 4'' corps, qui étaient à quelque 
distance, le temps d'arriver. Quoi qu'il en soit, on 
s'arrêta, et quelque temps après, le général d'Al- 
vensleben, avec le 3° et le 10" corps, nous atta- 
quait audacieusement sur notre flanc gauche et 
nous barrait la route à Mars-la-Tour. Jusqu'à 
trois heures, ces deux corps furent seuls à com- 
battre ; Alvensleben ne reçut des renforts qu'à 
partir de ce moment, où le prince Frédéric-Charles 
arriva avec quelques divisions des 7°, S" et 9*= corps. 
La bataille de Rezonville, qui aurait dû être ga- 
gnée d'une manière décisive (l), ne fut qu'une 

(I) Elle aurait dû être gagnée avant l'arrivée du prince 
Frédéric-Charles, qui devait être battu à son tour, amenant 
une à une des divisions fatiguées d'une longue marche. 
Mais le maréchal Bazaine ne put pas disposer de tout son 
mon le; une partie de son armée était loin du champ de 
bataille et plusieurs divisions n'arrivèrent qu'à Ja fin de la 
journée, par la faute des États-mujoi's chargés de la direc- 
tion des marches. 



LA GfERRE AUTOUR DE METZ 75 

bataille indécise ; les Prussiens restèrent maî- 
tres de Vionville et de Mai-s-la-Tour, où ils nous 
fermaient la route de Verdun. 

« Si les Allemands, dit un général prussien, 
ont réussi à prendre possession de la route de 
Metz à Verdun avec des forces inférieures, cela 
tient uniquement à ce que l'armée française fut 
très-mal commandée... Cependant la bataille du 
16 n'avait pas eu pour les Allemands un résultat 
décisif. )) L'opinion du général prussien est d'ac- 
cord sur ce [)oint avec celle des officiers distingués 
(|ui ont écrit l'histoire de l'armée de Metz. Tous 
sont unanimes à dire que si Bazaine avait re- 
nouvelé ses efforts le 17, il auraitprol)al)lement pu 
continuer sa retraite sur Verdun, sinon parla roule 
de Mars-la-Tour, du moins par celle de Briey (1). 

La perte des Français fut de 16,000 hommes 
tués ou blessés ; celle des Prussiens, de 18,000 
hommes environ. 



(1) QueUiues-iuis ioiil renuiniucr coin'iuUuit que, si le 
maréchal avait poussé en avant le 17, il était ccrtaineinoiit 
attaqué sur son front et sur son flanc gauche, et très-pio- 
bablenicnt en queue. Ainsi entourés et coupés de Metz, 
qu'arrivait-il si nous avions un échec? Les mêmes offi,ciers 
ajoutent que l'occasion était manquée, qu'il fallait quiUer 
Metz avant le 14, et qu'à la guerre surtout le temps i>€rdu 
Jic se réparc jamais. 



Z6 LA. GlEURE AL TOLR DE MF.T7. 

Le soir même de la Ijataille, l'armée, qui se 
croyait victorieuse, fut consternée en recevant 
l'ordre de revenir sous Melz; le prince Frédéric- 
Charles fut lui-même fort étonné de notre retraite. 
Le prétexte ou la cause de notre retour à Metz 
fut la nécessité d'y aller chercher des munitions. 
Beaucoup nient cette nécessité et disent que les 
munitions ne man({uaient pas ei que d'ailleurs on 
pouvait les faire venir de Metz et recommencer le 
comhat le 17. Toutefois, on ])attit en retraite, on 
abandonna les ambulances et les blessés à Rezon- 
>illo, et on brûla un immense convoi de vivres qui, 
disait-on, allait gêner notre marche en arrière. Il 
sem])le qu'on soit vaincu, et cependai^t on ne 
l'était pas. 

L'armée alla prendre position, le 17, sur le 
jtlateau d'Amanvillers, sa droite à Saint-Privat (1 ), 
dans de fortes positions où Von attendit l'ennemi, 
qui libre de ses mouvements, comme toujoui-s, 
réunit toutes ses forces et se prépara à nous hvrer 
une bataille décisive. 

(1) En occupant Saint-Privat, tête de la route de Briey. 
on peut croire que le maréchal avait lidôe de s'échappei' 
jiar cette route après avoir battu l'ennemi le 18; dans ce 
cas, pourquoi n'a-t-il pas mieux défendu sa droite le 18, 
pourquoi no l'a-t-ii }»as secourue quand elle fléchissait sous 
es efforts de rennctni ? 



LA GUERRE AUTOUR DE METZ 



■^9 

Bataille de Gravelotte, de Saint-Pn'vat ou d'Antan- 
villers, 18 août. — En effet, le 18 août, le niaré- 
fhal Bazaine fut attaqué p;u' les deux aiiiiee^ «iu 
prince Frédéric- Charles et de Steinnietz comptant 
au moins 250,000 combattants et 700 canons ; il 
leur opposa en\iron 150,000 hommes et 450 ca- 
nons, établis sur de fortes jjositions. Le princi))al 
effort de l'ennemi se fit sur notre droite, à Saint- 
Privat, pour nous déborder et nous rejeté» >^ur 
Metz. Quatre-vingt mille hommes attaquèj-eii' le 
maréchal Canrobert, qui défenchiit Saint-Psivat 
avec le 6" corps. Le maréchal repoussa d'abord 
l'attaque, broya la garde prussienne, mais ne 
l'ccevant aucun secours et finissant par manquer 
de iiuuiitions, il succoniba le soir à huit heures, 
sous un dernier eflbi-t des Prussiens qui lui art a- 
chèrent Saint-Privat, que l'on <lé fendait encore au 
milieu de l'incendie (hi village. Cependant, la 
garde impériale aurait pu venir renforcer Can- 
robert et ses héroïques soldats ; il aurait pu atissi 
recevoir le secours des 'JO i)ièces de l'artiliorie de 
réserve, qui eussent décidé |)eut-ôtre la victoire 
en notre faveur. Nous h^ répétons, Canrobert 
tenait la clef du chaiiq) do bataille, et il ne fut i)as 
secouru. 
Après la reti'aite de Canrobert, k^s Prussiens 



V ' l.-V GUERRIC AUTOUR DE METZ 

/ 

At sur le 4° corps (Ladmirault), ({ui était 

Aiche, le prirent de flanc et le forcèrent 

i la retraite. Le 3'^ corps (Le Bœuf) et le 2' 

/(Prossard) seuls restèrent maîtres de leurs 

positions (1). 

Le maréchal Bazaine ne parut pas sur le champ 
de bataille ; il resta à sa résidence de Plappeville, 
et quand il se décida à la quitter, ce fut pour 
venir se placer sur l'un des bastions du fort Saint- 
Quentin. Pendant toute la bataille, il ne donna 
pas d'ordres et se contenta de répondre invaria- 
blement, quand on lui en demandait : « C'est 
bien, votre général a de bonnes positions, qu'il 
les défende. » 

La bataille de Gravelotte coûta environ 15,000 
hommes à l'armée française et au moins 25,000 
aux Prussiens. 

On ne peut s'empêcher de protester ici contre 
les mensonges que le gouvernement débita dans 
ses journaux et à la tribune (hi Corps législatif, 
relativement à la bataille de Gravelotte; on &e 
rappelle les trois corps prussiens jetés dans les 

(1) Steinmelz, malgré ses grands services, fut disgracié 
(|uelqiie temps après pour n'avoir pu enlever ces positions. 
On sait punir dans l'armép pnissienne. 



I,\ GUERRE AUTOUR DE METZ 79 

carrières de Jaumont par le maréchal Canro- 
Jjert (1). " '^""" ^' 

Après la défaite de Saint-Privat, le maréchal 
Bazaine se retira dans le camp retranché de Metz, 
dont il ne devait plus sortir qu'après la capitula- 
tion. Metz est une place forte très-importante par 
sa situation et par ses fortifications, qui autrefois 
la rendaient presque imprenal)le. Pour la préser- 
ver d'un bombardement cpie rend possible l'artil- 
lerie actuelle, on avait commencé, quelque temps 
avant la guerre, à élever autour de la place, sur 
les hauteurs qui la dominent, les cinq forts de 
Plappeville, de Saint-Quentin, de Saint-Privat, de 
Queuleu et de Saint-Julien, qui non-seulement 
devaient protéger la ville, mais former autour 
d'elle un camp retranché. A))rès Gravelotte, ces 
forts à peine commencés étaient loin d'être en 
état de défendre Metz, et ils ne furent terminés que 
pendant le blocus. L'occupation de ces positions 
par nos troupes empêchait les Prussiens de faire le 
siège ou de boinluirder Metz; il tidlait donc se 



(1) Le gouvernement impérial et les hommes du 4 sep- 
teml)re ont indignement trompé, jusqu'à la fin de la guerre, 
une population généralement ignorante , crédule et qui 
ilevint affolée par leurs fausses nouvelles et par leurs men- 
songes audacieux. 



80 LA GUERRE AUTOUR DE METZ 

contenlei' de blo(jiier la place et delà réduire par 
la famine. Dès le 19, le prince Frédéric-Charles 
commença l'investissement de Bazaine dans son 
camp retranché; il Vy enferma étroitement pour 
le forcer à capituler quand il n'aurait plus de vi- 
vres. 

Le maréchal se tint dans une inaction absolue; 
il se laissa bloquer, ne fit rien pour empêcher 
les Prussiens de construire tout autour de son 
camp les batteries , les tranchées, les lignes, les 
travaux de toutes sortes qu'ils jugèrent à pro- 
pos de faire pour l'investir, et tjuand il n'eut plus 
de vivres, il capitula . Les deux armées assiégeante 
et assiégée auraient été d'accord, que l'on n'aurait 
pas agi autrement (1). 

Dès le 19 également, le quartier général prussien 
décida que l'armée du prince Frédéric-Charles 
et celle de Steinmetz resteraient devant Metz, que 
le prince royal de Prusse marcherait en avant sur 
Chûlons et Paris, et l'on forma, le 21, pour l'ap- 

(1) Du 17 août au 23 septembre, les Prussiens construisi- 
rent le chemin de fer de Pv,emilly (sur le chemin de Sarre- 
bruck)à Pont-à-Mousson pour établir leurs communications 
que Metz mterrompait. Ce chemin, de 37 kilomètres de dé- 
veloppement, exigea la construction de deux ponts et de 
deux viaducs. Il fut construit par les divisions de chemins 
de fer de campagne, parle génie et des soldats. 



LA GUERRE AITOIK DE JiETZ 81 

puyer, laquatrième armée, ou armée de la Meuse, 
qui fut donnée au prince ro.yal de Saxe et compo- 
sée du 4* corps prussien, du li"" corjjs (Saxons), 
de la garde prussienne et de deux divisions de 
cavalerie. 

Pendant ce temps, Bazaine envoyait le 19 une 
dépèche à l'Empereur et au maréchal Mac-Mahon 
pour les prévenir qu'il allait sortir de Metz et se 
porter sur Montmédy. C'est cette fatale dépèche 
(jui décida le mouvement de Mac-Mahon de Chà- 
lons sur Sedan, dont on parlera plus loin et qui 
se termina par la catastrophe de Sedan. 

En attendant, le maréchal Bazaine réorganisait 
ses corps d'armée, son artilleiie, ses parcs; il 
aurait dû et pu à ce moment faire de grands ap- 
provisionnements de vivres avec le blé, le bétail 
et les fourrages qui se trouvaient alors aux envi- 
rons de Metz, et rem])lir les magasins de la place 
qui étaient vides; il n'en lit rien, et toutes ces res- 
sources, qui |)lustard lui fii'cul défaut si cruelle- 
ment, tombèrent en partie au pouvoir des Alle- 
mands. 

Le 23 août (1), le maréchal Bazaine reçut une 
dépêche de Mac-Mahon ; le maréchal le prévc- 

(ij Et lion pas le 30. Celte dcniièro date n'est pas exacte. 



82 LA GUKRRR MTOIR DE Mr,T7 

liait qu'il avait rem sa dépèche du 19 et qu'il al- 
lait raarclier sur Montmédy. En conséquence, 
le 26 août, Bazaine fit une tentative de sortie par 
le Nord ; mais une pluie torrentielle qui vint à 
tomber suffit pour arrêter son mouvement (I). On 
He pouvait en rester là, et il fallait bien encore 
un effort pour essayer de se joindre à cette armée 
de secours qui arrivait et allait se perdre pour 
avoir répondu à l'appel au moins imprudent du 
maréchal Bazaine (2). 

Combat de NoisseviUe, 31 août et 1" septembre. 
— Des le 30, le maréchal se prépara à combattre, 
mais prit ses dispositions avec lenteur; les espions 
de l'ennemi eurent le temps de le prévenir. Notre 
attaque eut lieu le 31, à quatre heures du soir : 
aussi, le général Manteuffel, que nous allions 
combattre, avait-il eu tout le temps de se prépa- 
rer. Après une vive canonnade, le général Chan- 
garnier (3) fit battre la charge sur toute la ligne, 

(1) Les troupiers disaient que le maréchal était rentré an 
camp parce qu'il avait oublié son parapluie. 

(2) En effet, il aurait fallu réfléchir avant d'envoyer la 
dépèche du 19 et s'assurer qu'on était en état d'aller à Mont- 
médy; ou bien après l'avoir écrite, il fallait faire une sortie 
à fond. 

(3) Le brave général Changarnier, malgré son âge et ses 
justes griefs, était venu offrir .son épée à l'Empereur et était 
resté à Metz. 



LA GUERRE AITOLR DE METZ 83 

elnos troupes enlevèrent avec vigueur une partie 
des positions de l'ennemi, le village de Noisse- 
ville entre autres ; mais la nuit mit fin au combat 
qui, commencé plus tut et mené avec vigueur, nous 
eût permis probablement de percer les lignes de 
l'ennemi et de sortir. Pendant la nuit, les Prus- 
siens reprirent une partie de leurs positions; Nois- 
sevillo retomba en leur pouvoir, et le prince Fré- 
déric-Charles envoya des renforts considérables 
au général de Manteuffel. Le lendemain, 1" sep- 
tembre, le combat ayant recommencé, nos géné- 
l'aiLX reculèi'cnt, parce que les ordresqu'ils avaient 
reçus leur prescrivaient de reculer si l'ennemi 
avait été secouru. A onze heures, nos troupes 
étaient en retraite et profondément découragées; 
le soldat sentait bien que de pareils combats n'é- 
taient pas sérieux. Vingt-cinq mille hommes seu- 
lement avaient été engagés; nos pertes étaient 
de 3,500 hommes; celles des Prussiens de 3,000. 
Tous les officiers de l'armée de Metz sont d'avis 
qu'on aurait pu sortir si on l'avait sérieusement 
voulu,, et à Versailles les Prussiens (hsaient aussi 
que «Bazane», comme ils l'appelaient, n'avait 
jamais fait une véritable sortie à fond. 

On cherche vainement à com])rendi'e le sens 
et le but de cette façon de faire la guerre; le gêné- 



84 I,A GUERRE AITOUR DE METZ 

rai prussien auteur de la Guerre sous Metz^ etquH 
nous avons déjà cité, n'y comprend rien non j)lu=, 
et se montre lui-même très-sévère pour le maré- 
chal : (( On ne sait comment expliquer, dit-il, une 
manière d'agir aussi incompréhensible. » 11 est 
prol)able que l'explication se trouve dans la répu- 
tation exagérée que l'on avait faite au maréchal, 
qui n'était en réalité qu'un général médiocre, in- 
décis, timide (1) et incapable de conduire une 
grande armée dans une guerre européenne, et 
surtout de tirer d'atlaire une armée déjà compro- 
mise comme l'était la notre lorsipi'il en prit le 
commandement. 

Le vilain rôle que jouera dorénavant le maié- 
chal Bazaine éveille aussi les soupçons sur les 
causes de sa conduite jusqu'à ce moment. Y a-t-il 
eu déjà dans son esprit des calculs égoïstes qui 
l'auraient décidé à rester isolé dans Metz, avec 
une armée plus ou moins intacte, pour, à un mo- 
ment donné, exploiter la position au profit de son 
intérêt personnel? Nul ne peut répondre. 

Quoi qu'il en soit, dès le 21 août, la question des 
vivres commençait à appeler l'attention des chefs 
de l'armée; on était obligé de réduire les rations 

(1) Timide comme général; car, comme soldat, le maré- 
chal est d'une grande bravoure. 



LA GUERRE AlTOl R DK ?.IETZ 8ô 

(le pain et de sel, et, le 23, il n'y avait déjà plus de 
foin pour la cavalerie. 

Mais il faut laisser un moment l'histoite du blo- 
cus de Metz pour itarloi" de l'armée de Sedan, de 
la chute de l'Empii-e et de l'investissement de 
Paris. 



VI 



Seilan 



L'Empereur avait quitlé l'armée de Metz le 16 
août et était arrivé le 17 à Châlons, où se formait 
l'armée du maréchal Mac-Mahon, qui eut bientôt 
140,000 hommes sous ses ordres (1). Pendant ce 
temps, le prince royal de Prusse, à la tête de l'ar- 
mée victorieuse à Reichshofen, s'avançait par 
Nancy et Vitry-le-François sur Châlons et mena- 
çait Paris. Le plus simple l)on sens voulait que 
l'armée de Mac-Mahon se repliât sur Paris pour 
y compléter son organisation et défendre la ville 
en s'appuyant sur les forts qui l'entourent. Le ma- 



(i) Les corps qui composent l'armée de Mac-Mahon sont : 
le 1", commandé par le général Diicrot; le 5°, général de 
Failly; le 7°, général Douay; le 12% général Lebrun. Le 
maréchal fut nommé commandant en chef de l'armée le 
20 août. 



SEDAN 87 

réclial et l'Empereur voulaient en efiei revenir sur 
Paris, mais ils eurent le tort de céder aiLx instantes 
prières de rirapératrieo, de M. Roulier et du gé- 
néral Palikao, qui décidèrent l'Empereur (1) à ne 
pas revenir à Paris, mais à marcher au secours 
de Bazaine, en l'assurant c[ue sa retraite sur Paris 
serait le signal d'une révolution. 

Le comte de Palikao voulait que Mac-Malion 
se portât rapidement de Chàlons sur Verdun, que 
l'on gagnât de vitesse le prince de Prusse et qu'on 
livrât bataille au prince de Saxe qui devait s'op- 
r)Oser à notre marche. Ce projet était fort aventu- 
reux, mais exécuté avec vigueur et rapidité, peut- 
être pouvait-il réussir, surtout si Bazaine agissait 
énergiquement de son côté, comme il aurait dû 
le faire. 

Mais le commandement n'avait ni unité ni dé- 
cision ; on le voit sans cesse soumis à deux in- 
fluences qui se cond)attent; il y a d'un côté l'Em- 
[)ereur et les généraux de son entourage qui 
suiTenl l'impulsion de Palikao et veulent aller 



(1) Il est. bien évident qne lEnipcreur, qni en apparence 
avait renoacé au commandement, continue en réalité à 
commander et à donner des ordres; Mac-Mahon ncst gé- 
néral en chef que nominalement, et il obéit à une direction 
supérieure. 



88 SEDAN 

au secours de Bazaiiie; il y a d'an autre côté 
Mac-Mahon qui veut revenir sur Paris. En consé- 
quence, on se dirigea tantôt sur Stenay, quand 
on avait l'intention de marcher au secours de Ba- 
zaine, tantôt sur Mézières, quand on avait décidé 
de revenir à Paris; on louvoyait au lieu d'aller 
droit au but; on perdit ainsi les quatre jours d'a- 
vance que l'on avait sur le prince de Prusse, qui 
parvint à nous atteindre et à se réunir au ])rince 
de Saxe. 

Il faut encore ajouter qu'au lieu de marcJier sur 
Verdun, comme le voulait Palikao avec raison, et 
de là sur Metz, on se dirigea sur Stenay, parce 
(jue Bazaine de^ait se rendre à Montmédy pour 
s'y joindre à Mac-Mahon. Mais, en se rapprochant 
ainsi de la frontière, on se plaçait dans les plus 
mauvaises conditions pour manœuvrer, et on cou- 
rait le risque d'être forcé d'entrer en Belgique 
et d'y être désarmé. 

L'armée quitta le camp de Cliàlons et l'incendia 
(21 août); elle se porta d'abord sur Reims pour 
tromper le prince de Prusse, en lui faisant croire 
qu'on se retirait sur Paris; on quitta Reims le 23 
et on se dirigea par Relhel et Tourteron sur le 
Chêne-Populeux dans l'Argonne, où l'on arriva 
seulement le 27. 



;<El).VN 89 

Là, le maréchal, jimeant netteinonl la situation 
et le péril de la marche sur Montmédy, voulait se 
replier sur Mézières ; il en [)i'évint le ministre; 
il lui rappelait que Metz était bloiiué i)ar 200,000 
hommes, que le prince royal s'avançait et allait 
iui couper la retraite, et il ajoutait (}ue l'on n'a- 
vait pas de nouvelles de Bazaine. Le ministre 
insista auprès de l'Empereur et de Mac-Maiion,les 
inenarant de la révolution à Paris s'ils abandon- 
n ient Bazaine; il fut décidé qu'on irait à Stenay. 

Pendant ce temps, le prince de Prusse s'empa- 
i*ait de Vitry-le-Fran<;ois et y apprenait, le 25, la 
marche de Mac-Mahon sur la Meuse. Le prince 
de Saxe , de son côté, arrivait à Clermont-çn-A.r- 
t>onne. Aussitôt le général de Moltke arrètii la mar- 
che de ces deux armées sur Paris, changea leur 
direction et les lança à la poursuite de Mac-Mahon 
qu'elles allaient bientôt atteindre. Tous ces mou- 
vements s'accomplirent avec une pi-écision et une 
rapidité qui contrastent douloureusement avec ce 
qui se passait dans notre armée, où il n'y a\ail 
((u'indécision, lenteur et désordre. 

Le prince de Prusse, arrivé à Chàlons, changea 
de direction et marcha sur la Meuse par Vouziers 
et le Chêne-Populeux. De son côté, le prince de 
Saxe, de Clermont-on-Ai'gomie se diiigea sur Dun, 



90 SED\N 

par Varennes, pour disputer le passage de la 
Meuse à Mac-Mali on. Dès le 27, sa cavalerie atta- 
(^uait et battait, à Busancy, le général de Failly, 
qui y fut encore battu le 28^, et le 29 à Nouart. Ces 
trois combats empêclièrent Mac-Mahon de passer 
la Meuse à Stenay, d'où l'on arrivait directement 
sur Montmédy , et le forcèrent à descendre la 
Meuse jusqu'à Mouzon et Remilly, en l'éloignant 
autant que possible de Montmédy. En môme 
temps, on apprenait la prochaine arrivée du prince 
de Prusse sur nos derrières ; nous allions donc 
être attaqués par 300,000 hommes, et nous cou- 
rions le risque de voir les Prussiens nous couper 
toute ligue de retraite. Dans de pareilles condi- 
tions la marche sur Montmédy devenait évidem- 
ment impossible ; le maréchal voulut alors (le 29) 
se replier sur Mézières pour de là revenir à Paris 
par la rive droite de l'Oise. De nouveaiLx ordres 
du cabinet de Paris rol)ligèrent à continuer sa 
marche sur Montmédy, où, disait-on, il fallait 
aller soutenir Bazaine, sans nul doute aiLx prises 
avec le prince Frédéric-Charles, et qu'on ne pou- 
vait laisser écraser. Mais Bazaine ne courait aucun 
danger: il n'était pas sorti de Metz, et, pour venir 
à son secours, on allait faire sombrer la fortune 
de la France dans un épouvantable désastre. 



SEDAN 91 

Mae-Mahon se décida donc à passer la Meuse à 
Moiizon (îe 29), en laissant en arrière, sur la rive 
gauche, les deux corps des généraux Douav et de 
Faillj, isolés du reste de l'armée que la Meuse 
coupait en deux. L'ennemi allait bientôt profiter 
de cette nouvelle faute. 

Le lendemain 30, les tètes de colonnes du prince 
de Prusse se joignirent à l'armée du prince de 
Saxe; elles surprirent le général de Failljà Beau- 
mont (i), le battirent et le rejetèrent en désordre 
sur Mouzon(-2), pendant que le général Douay, at- 
taqué à Stonne, so retirait sur Remilly et Sedan, 
où il rallia l'armée. 

Ce même jour 30, l'Empereur avec une partie 
do l'armée arrivait à Carignan et, reconnaissant 
l'impossibilité d'aller à Montmédy, se repliait sui- 

(1) Si l'on demande cuaiment ce général, qui était aux 
prises avec l'ennemi depuis ti'ois jours, a pu se laisser sur- 
prendre par 100,000 hommes, on répondra que l'on trouve 
dans les rapports prussiens, que nous n'avions pas placé une 
seule souliuelle pour nous gardiM'! Los troupes qui nous 
battirent à Beaumont étaient les moins solides de l'armée 
allemande; ce furent des régiments de Thuringe, d'Anhalt 
et de Sleswig que le prince royal de Saxe engagea; mais il 
avait avec lui la garde prussienne, le 12' coi'ps (Saxons), le 
4" corps prussien et le l" corps bavarois. 

(2) Les Prussiens appellent ce combat : le combat do 
Beaiimonl à Mouzon; en effet, commencée à Beaumont, 
l'affaire ne Unit, avec notre déroiUe, qu'à Mon;^on. 



92 SEDAN 

Sedan. Le 31, les Bavarois vinrent attaquer à Ba- 
zeilles le corps du général Lebrun qui se défendit 
avec succès. Nous aurions dû ce jour-là battre en 
retraite sur Mézières et sortir d'une impasse où 
nous allions être cernés immanquablement si 
nous peisistions à y rester ; malheureusemenl on 
y resta; on ne se rendit pas compte du mouve- 
ment enveloppant que les Prussiens préparaient 
et dont on avait cependant de nombreux indices; 
on persista à croire jusqu'au dernier moment que 
l'on conserverait la ligne de retraite sur Mézières, 
et on se décida, plutôt qu'on ne se prépara, à don- 
ner la bataille. Notre armée comptait environ 
130,000 hoaimcs, 320 canons et 70 mitrailleuses ; 
elle était insuffisamment })ourvue de vivres (1 )etde 
munitions, tandis que l'ennemi, dont nous jouions 
si complètement le jeu, disposait de 300,000 com- 
battants et de 800 bouches à feu. En effet, toute 
l'armée du prince de Prusse était arrivée et s'é- 
tait jointe à l'armée de la Meuse ; une partie de 
ses troupes se préparait à passer la Meuse, à Don- 



(1) Avant la bataille de Sedan, les généraux ont laissé 
prendre tous leurs convois. A Sedan, le chef de gare effaré 
fait filer sur Givet 500,000 rations de toute nature qui étaient 
en gare de Sedan. Aussi, après la bataille, on n'a rien à 
donnera manger à nos malheureux soldats. 



SEDAN 93 

cliery, à l'Oueiit de Sedan, pour cou[)ef notre re- 
traite sur Mézières ou sur la Belgique, et nous en- 
fermer dans Sedan. 

Pendant que les arûiées prussiennes exécu- 
taient avec un ordre et une régularité al)Solus un 
plan d\i})érations savamment préparé et com- 
mençaient leur manteuvre enveloppante du len- 
demain, notre armée continuait à être dans un 
désordre dont les détails sont naviants. On ne 
trouve nulle part la trace d'un plan d'ensemble 
pour la l)ataillc ([ui va s'engager; les génériiux 
connua ridant les corps d'armée paraissent avoir 
agi ciiacun d'après son inspiration ; aucune dis- 
l>ositioji n'est prise |)Oiii' assurer la retraite ; on 
n'est i)as informé des maiuruvres et des projets 
de l'ennemi, qui, lui, sait toutce que nous faisons; 
aucune décision n'a été prise à l'avance pour dé- 
signer le successeur du maréclial Mac-Malion, si 
celui-ci Aient à être tué ou blessé. Aussi, Mac- 
Mabou blessé au début de l'action, le commande- 
ment passera-t-il d'al)ord au général Ducrot, puis 
au général de Wimpfen (1), qui le réclamera à 
ri';in[)ereur et l'ttbliiMMb'a conono p/tis cuicien et 

(1) Le t;énéi;il ilc WiiiiiiltMi élait ai'rivr la vcilli' à l'ariiiée, 
venant d'Algérie, jimir ivinplucer le génénil de Failly an 
commandement dn :> eurp^. 



94 SKDAN 

en vertu d'un ordre du niinislie. Trois fois ou 
changera donc de général en chef et de dispositif 
pendant la bataille môme ; jusqu'à la fin, l'armée 
ira tantôt sur Carignan et Montmédy, tantôt sur 
Mézières. 

L'armée française était placée à l'Est de Sedan, 
ayant sa gauche à Illy et sa droite à Bazeilles, où 
le général Lebrun soutint un nouveau et rude 
combat contre les Bavarois de Von der Thann, 
On paraît avoir eu d'aliord l'intention d'écraser 
les Bavarois à Bazeilles, de les repousser sur Ca- 
rignan et de s'ouvrir la route de Montmédy. 
Lorsque le maréchal Mac-Mahon, l)lessé d'un 
éclat d'obus, eut été remplacé par le général 
Ducrot, celui-ci renonça au projet de s'oiiviir la 
route de Carignan ; craignant avec raison d'être 
tourné par les Prussiens à l'Ouest de Sedan et de 
voir sa retraite coupée, soit sm^ Mézières, soit sur 
la Belgique, il voulut, pendant que peut-être il en 
était encore temps, quitter ce champ de bataille 
si malheureusement choisi, battre en retraite par 
Illy sur Mézières et échapper ainsi à un désastre 
inévitable. Il ordonna donc la retraite ; mais alors 
le général de Wimpfen obtint de l'Empereur que 
le commandcDjent lui fut remis, et aussitôt il 
arrêta le mouvement de retraite et reprit les 



SEDAN ' 95 

premières dispositions, c'est-à-dire le projet de 
déboucher sur Montmédy. Dès lors nous étions 
perdus. En effet, les Bavarois parvinrent à enlever 
Bazeilles à l'infanterie de marine et au général 
Lebrun, c|ui le défendirent avec une bravoure 
admirable, puis ils brûlèrent ce \illage et en mas- 
sacrèrent la population avec une férocité que 
l'histoire doit flétrir. A gauche , les Prussiens 
avaient traversé la Meuse à Donchery, sans être 
inquiétés, et s'étaient portés sur Illy pour s'y 
joindre à la droite de l'armée prussienne ; nous 
étions donc complètement enveloppés. Nos régi- 
ments furent peu à peu rejetés sur Sedan, où 
leurs masses en désordre vinrent successivement 
se réfugier et où les obus continuaient à les 
décimer dans les rues. 

Alors le général de Wimpfen proposa à l'Em- 
pereur (1) de se mettre à la tète des troupes et do 
faire un suprême efïbrt pour percer les lignes do 
l'ennemi et s'ouvrir le chemin de Carignan. L'Em- 
pereur refusa, fit liisser le drapeau blanc sur la 
citadelle de Sedan et invitale général de Wimpfen 



(1) L'Empereur était resté sur le champ de bataille depni;> 
ciuq heures du matin, au milieu des obus; il rentra à Sedan 
à onze hcui'es et demie, et, dès lors, il ne sortit plus de la 
ville. 



9G SEDAN 

à entrer en négociation avec l'ennemi, pour épar- 
gner, disait-il, la vie de ses soldats. Au lieu d'obéii- 
à cet ordre, Wimpfen rasseinl)la quelques milliers 
d'hommes, tomba sur les Bavarois h Balan, mais 
fut repoussé ; le général Ducrot de son côté lança 
le général de Galiffet et les chasseurs d'Afrique 
sur l'ennemi, qui fut sabré avec une vigueur in- 
comparable ; mais ce dernier effort fut inutile (1). 
L'Plmpereur écrivit alors au roi de Prusse une 
lettre ainsi conçue : 

« Monsieur mon frère, n'ayant pu mourir au 
« milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à re- 
« mettre mon épée entre les mains de Votre 
(( Majesté. .Te suis, de Votre Majesté, le bon 
« frère. » 

« Napoléon. » . 

En iuème tenqis, le général de Wimpfen reçut 
l'ordre de négocier avec le général de Moltke les 
détails de la capitulation, qui fut signée le 2 



(1) Il faut (liro (|iie iioti'o artillerie, notre cavalerie et nue 
grande partie de liiilanlei-ie se battirent avec une bra- 
voure et une énergie admirables. Ce n'est que vers la fia 
delà bataille, que les fuyards devinrent nombreux et jetè- 
rent le désordre dans l'armée. 



SEDAN 97 

septembre au matin. L'Em[»ereiir, 32 généraux 
et 70,000 hommes étaient prisonniers de guerre ; 
les armes, les canons, les drapeaux, tout le ma- 
tériel, étaient livrés à la Prusse. 

Ce qui est encore [)lus condamnaJde que la 
capitulation, rendue nécessaire peut-être par le 
massacre inévitable de 70,(»0o soldats hors d'état 
de se défendre, c'est rine[»lie (pii avait mis une 
brave armée dans de telles conditions. Quoi qu'il 
en soit, la rajutulation de Sedan fut un exemple 
détestable ; a] «rès Sedan, on eut la capitulation de 
Metz et celle de Paris, oii des armées entières 
mirent bas les armes. Rien de pareil n'était 
connu dans notre histoire, et personne, a\ant 
cette guerre néfaste, n'aurait cru que de telles 
choses fussent possil)Ies. 

Sedan nous a coûté 10,000 homines tués, 
15,000 blessés, 21,000 hommes pris itondant la 
bataille et 70,000 hommes faits itrisomiiers en 
vertu de la (■a[)itulation. Quinze mille soldats [)ar- 
vinrent à se réfugier en Belgique ei (pielques 
centaines purent revenir à Paris, criant à la 
trahison et y rapportant contre leurs chefs inca- 
pables ces sentiments de méfiance et de mépris 
ipii eiirejil une si pernicieuse iniluence sur l'armée 
de Paris. 

OLLRKF. T)E 187U i 



•98 SEDAN 

L'Empereur s'était rendu au quartier général 
du roi de Prusse et avait eu d'abord un entretien 
avec M. de Bismark. Il refusa de faire la paLx, di- 
sant qu'étant prisonnier, il ne pouvait traiter; il 
déclara qu'il n'avait pas voulu personnellement 
la guerre, mais qu'il y avait été contraint par l'o- 
pinion publique. 

Chez les Mongols, les rois se conduisent autre- 
ment. Lorsque le khan de Khouldja, Oghlau, 
vaincu parla Russie, vint trouver le général russe 
le 4 juillet 1871, il lui dit : « Je m'étais confié dans 
la justice de ma cause et dans l'assistance de Dieu. 
Vaincu, je me soumets à la volonté du Tout-Puis- 
sant. S'il y a eu crime, punissez-en le souverain, 
mais pardonnez à ses sujets innocents. » 

Après une entrevue avec le roi de Prusse, l'Em- 
pereur fut envoyé au château de Wilhelmshœhe, 
xlans la Hesse, où il arriva le 5 septembre. 

Un seul corps écha]>pa au désastre; ce fut le 13% 
commandé par le général Vinoy. Ce corps avait 
^té envoyé à Mézières pour appuyer les opérations 
de Mac-Mahon, mais une seule de ses trois divi- 
sions était arrivée à Mézières le 31 août. Le gé- 
néral Yijioy reçut de l'Empereur et de Mac-Mahon 
l'ordre d'y rester. Après Sedan, le général Vinoy 
prit son parti; dans la nuit du 1^' au 2 septembre, 



'^1 

SEDAN V> 

il battit en retraite avec 10,000 hommes et 70 piè- 
ces de canon, mais avec peu de cartouches, et se 
dirigea sur Laon, en envoyant aux deux divisions 
qui s'avançaient l'ordre de rétrograder sur cette 
ville. 

La retraite fut rapidement et bien conduite ; on 
passa par Saulce-aux-Bois, Chaumont-Porcien et 
Seraincourt; on marchait nuit et jour, malgré le 
mauvais temps, le peu de solidité de ces jeunes 
soldats et leur extrême fatigue. On évita constam- 
ment l'ennemi qui, malgré ses efforts, ne put 
nous atteindre nulle part ; enfin, on arriva le 3 au 
soir à Montcornet, après une étape de seize heu- 
res ; l'ennemi n'avait pu nous suivre, et dès lors 
nous étions hors de son atteinte. Le général Vi- 
noy put arriver librement à Laon et de là à Paris 
avec ses deux autres r'^visions qu'il rallia. Le 
corps entier était revenu à Paris le 9 septeml»re ; 
grâce à l'habileté de sa retraite, le général Yhioy 
avait sauvé un corps de troupes que les Prussiens 
avaient un intérêt majeur à détruire, car à ce mo- 
ment c'était le seul corps organisé qui se trouvAt 
à Paris. 






VII 



6î.évo!iitîoii <lit -î sc5>temSr>i'e 



Tout le monde fui eonslerné et indigné en ap- 
prenant la catasti'oplie de Sedan. Notre vieille 
gloire militaire, notre prestige, étaient anéantis 
l)ar une série de fautes sans précédents peut-être 
dans l'hrstoiro. 

Aussitôt le parti ré})ul)licain [)rofita de la situa- 
li<jn pour s'emparci' du pouvoir, secondé, il faul 
le dire, par le consentement ou l'indifférence de 
tous les citoyens justement irrités centre les au- 
teurs volontaires de pareilles calamités. La répu- 
blique fut pi'oclamée à Lyon et la déchéance i)ro- 
noncée à Versailles par le conseil municipal. 

A Paris, les masses populaires se ruèrent sur le 
Corps législatif qui fut envahi et dissous; l'Impé- 
ratrice et les ministies furent obligés de (juitter 
Paris, et un gouvernement provisoire se constitua 



RÉVOLLTION OU 4 SEPTEMBRE 101 

ù l'Hùtel-de- Ville sous le nom «le Gouvernement 
(le la défense nationale (l). Il se composait des 
neuf députés de Paris et de MM. Ernest Picard 
et Jules Simoii. Le président du gouvernemeni 
était le généi'al Trodiu, ([ue l'Empereur avail 
nommé gouverneur de Paris le 17 août, et doni 
on ne comprend pas la présence au milieu de ce 
groupe de républicains et de révolutionnaii'es. 
Les ministres, dont [)lusieurs étaient mendjres 
du gouvernement, fui'ent : Jules Favre, aux af- 
faires étrangères; CTambolti, à l'intérieur; le 
général Leflù, à la guerre; Ernest Picard, aux 
finances; Dorian, aux travaux pul)lics; Magniu, 
à l'agriculture et au conuiiei'ce; Jules Simon, à 



(I) Il est certain ((ue ceiU' icvnlnUnn, l'aile en face île 
l'étranger, aggravait la situatiun du pays, qu'elle le laissait 
devant la Prusse victorieuse et devant l'Europe égoïste, sans 
gouvernement reconnu, qui eût (lualité pour traiter avec le 
vainqueur ou pour obtenir l'intervention des neutres; 
qu'elle désorganisa l'administrai ion et lit éclater l'anarchie 
dans toute la France. Mais qui pourrait soutenir que 
l'Empire, la régence, ou les chambres impériales fussent 
encore possibles après Sedan, ([ue l'Empereur ou même 
la régence |)ùt traiter avec l'ennemi , perdre l'Al- 
sace et Met/, vt payer plusieurs milliards, et après une 
pareille paix gouverner encore la France. Le tort des 
hommes du 4 septembre est de n'avoir pas immédiatement 
convoqué une assemblée nationale pour lui rcmetlr'^ les 
destinées de la nation. 



102 RÉVOLUTION DU 4 SEPTEMBRE 

rinstructiOTi publique ; l'amiral Fourichoii, à la 
marine'; Crémieux, à la justice. MM. Rochefort, 
Garrnier-Pàgès, Pelletan, Crlais-Bizoin , Emmanuel 
Aràgo, ne reçurent aucun portefeuille. 

Le nouveau gouvernement fit, dès les premiers 
moments^ des concessions aux révolutionnaires 
les plus avancés pour avoir leur appui et se main- 
tenir au pouvoir; il commit l'acte détestable de 
mettre en liberté Mégj et Eudes, condamnés pour 
avoir assassiné, le premier un sergent de ville, le 
second un pompier dans une des émeutes dont on 
a parlé précédemment. Pendant toute sa durée, 
le gouvernement de la défense nationale fut do- 
miné par le parti révolutionnaire, que son origine 
illégale ne lui permettait pas de combattre réso- 
lument. Il annonça de prochaines élections qui 
permettraient à la France de manifester sa vo- 
lonté, mais il se garda ])ien de convoquer les élec- 
teurs, décidé à prolonger autant que possible une 
dictature,, que ses fautes devaient rendre aussi fu- 
neste qwë f Empire. De tous ses torts, celui-ci est 
incontestablement le plus grave (l). 

(1) Un d'écret du 8 septembre convocpiait les électeurs 
pour le' 16 octobre; un second décret du 17 septembi'e 
ivança lés élections au 2 octobre; un troisième décret, en 
date du 24 septembre, les ajourna indéfiniment. 



RÉVOLITION Dr 4 SEPTEMBRE lO* 

Di^isée en partis nombreux et désorganisée 
par l'invasion et la révolution, la France était 
obligée de subir ceux cpii se mettaient à sa tête ; 
ne connaissant pas encore leur incapacité, elle 
les eiit acclamés par un choix légal, si le gouver- 
nement avait consulté les électeurs dans ces mo- 
ments d'indignation contre les Bonaparte, auteurs 
de trois invasions (1) et de désastres inouïs. 

Étant donné qu'on avait renversé , devant l'en- 
nemi, le goiivernement existant, la dictature d'une 
assemblée nationale était la seule qui devait et 
pouvait disposer des forces vives du pays pour les 
opposer énergiquement à l'ennemi et faire fléchir 
toutes les résistances devant la suprême nécessité 
du salut public. 

Pendant ce temps, le j)rince royal de Prusse 
reprenait sa marche sur Paris, (fui se préparait 
activement à arrêter l'ennemi en l'obligeant, ce à 
quoi il ne s'attendait pas, à faire le l)locus de cette 
grande forteresse |)endant cinq mois. 

Quoi qu'on puisse dire sur les folles dépenses 
et les malheurs que la continuation de la guerre 
a entraînés, quoi qu'on puisse penser sur les hom- 
mes du 4 Septembre, il faut approuver leur 

(1) Celles de 18M, de 1815 cl de 1870. 



104 RÉVOLUTION DU 4 SEPTEMBRE 

résolution de continuer la guerre et de ne pas 
signer la paix sur la honte de Sedan. Ces cinq 
mois de luttes malheureuses, mais énergiques, 
ont compromis, j'en conviens, les finances du pays, 
mais elles ont sauvé l'honneur de la France (1); 
elles ont ramené sur elle l'estime de l'étranger 
et les sympathies mêmes de l'Angleterre. 

(1) « Pauvres gens des campagnes, ils sont accourus à la 
dernière heure, alors qu'il n'y avait déjà plus d'espoir, pour 
souffrir et mourir. Après que les troupes régulières eu)'ent 
été défaites, ils se sont levés à la voix de la patrie pour sau- 
ver son honneur. Ils l'ont sauvé par leur courage. » (Discours 
du délégué du conseil d'État du canton de Vaud à l'inaugu- 
ration du monument élevé aux soldats français morts à Lau- 
sanne en 1871.) 



YIII 



HtII<oi«:ras «le Pai-î* 



A[)rès Sedan, ie prince royal do Prusse et le 
prince royal de Saxe se dirigèrent sur Paris : le 
pi-ince de Saxe, à droite, par les trois routes de 
("reil, de Compiègne et de Soissons ; le prince de 
Prusse, à gauche, par Altigny, Reims, Épernay, 
Montniirail, Coulomniiers etCrcteil, où il y eut un 
engagement le 17 septembre ; il passa la Seine 
près de Villeneuve -Saint-Geoi-ges sur plusieurs 
ponts de l)aleaux. Le prince de Prusse devait 
(jccuper la rive gaucfie de la Seine, le prince de 
Saxe la rive droite, et les dmix armées se joindre 
à Aruenteuii. 

La solidité des ai'inees allemandes, l'arrivée 
continuelle et rai>ide des r(''serves et de la land- 
wehr, et l'anarchie dans hKjuelle la France était 
plongée, permettaient au général do Mollkc d'as- 



106 BLOCUS DE PARIS 

siéger Strasbourg et quelques autres places moins 
importantes, et en même temps d'investir Metz et 
l'armée du maréchal Bazaine , de bloquer Paris 
et de garder solidement ses communications avec 
l'Allemagne. Effort gigantesque, auquel à ce mo- 
ment nous n'avions à opposer que la résistance de 
Paris. 

Quand les Prussiens investirent Paris, la dé- 
fense était encore très-incomplète; cependant on 
avait su mettre à profit le temps qu'ils avaient 
employé à la campagne de Sedan, et de grands 
travaux avaient été exécutés pour armer les forti- 
fications ; on avait fait venir des arsenaux de la 
marine dfes pièces à longue portée et des canon- 
niers-marins, pointeurs exercés et vigoureux sol- 
dats, qui furent l'àme de la défense; des appro- 
^isionnenients considérables avaient été rassem- 
blés par les soins de M. Duvernois (1) ; cent mille 
mobiles étaient arrivés de la province, principa- 



(1) Le gouvernement de la défense nationale n'en connut 
jamais les quantités exactes; il publia que la ville était ap- 
provisionnée pour deux mois et pour deux millions d'habi- 
tants; elle l'était pour quatre mois et demi et pour deux 
millions et denoi d'habitants, dont se composait la popula- 
tion de P'aris, en y comprenant l'armée et les réfugiés de la 
banliewet. 



BLOCfS DE PARIS J07 

lemenl de la Bretagne (l); lu coi-ps du géfliéral 
Yinoy, diverses troupes en formation, de nom- 
l)reux francs-tireurs, plus ou moins utiles ou dan- 
gereux, la garde nationale (2), les mobiles de 
Paris, formaient la garnison de la capitale, qu'on 
ne peut guère évaluer à moins de 300,000 hommes, 
mais à ce moment non organisée et hors d'état 
pour le plus grand nombre de combattre les 
troupes prussiennes. 

Les forts de Paris, construits il y a trente ans, à, 
une épo(pie où l'artillerie ne portait pas à plus de 
2,000 mètres, ne peuvent plus actuellement dé- 
fendre la ville contre un bomljardement, I^a véri- 
table ligne de défense de Paris se trouve aujoui'- 
d'iiui sur les iiauteurs d'Orgemont, au Noj'd; sur 
les plateaux de la Jonchère, de la Bergerie, de 

■ (1) Le 20 septembre, c'est-à-dire le lendouiain (ie l'inves- 
tissement, on désorganisait la mobile en détruisant ses ca- 
dres et en somnettant les officiers à l'élection; mais on donnait 
satisfaction aux révolutionnaires. 

(2) L'organisation de la garde nationale, conlléc aux mai- 
ries, fut faite de la manière la plus déplorable; o.a inscrivit 
sur les contrôles les étrangers, les vagabonds, les repris (3e 
justice, etc.; on distribua les armes avec aussi peu do pré- 
caution; les élections aux grades d'officiers amenèrentâans 
beaucoup de bataillons les choix les plus indignes. J,*e chillie 
de la garde nationale était de ;iOO,000 hommes, dont 80,000 
seulement étaient inobiliséseleu état démarchera l'cûp^mi 
en janvier 1871. 



108 BLOCUS DE PARIS 

Garches et do Saint-Cueufa, à l'Ouest; sur les 
hauteurs de Châtillon, de Fontenay-aux-Roses, de 
THay, de Clievilly et de Tliiais, au Sud, et sur 
celles de Cœuilly, d'Avron, à l'Est, et de Montmo- 
rency, au Nord-Est. Il aurait fallu pouvoir occu- 
per et défendre toute cette ligne, mais le général 
Trocliu avait troj» peu de soldats pour le faire, et, 
sauf Châtillon qu'il essaya de conserver, il laissa 
les Prussiens s'emparer de toutes ces positions 
dominantes; ils les occupèrent dès le premier 
jour, avec une connaissance des localités qui 
atteste de longues études antérieures. En posses- 
sion de ces points qu'ils couvriront plus tard de 
liatteries habilement placées, les Prussiens étaient 
les maîtres de la situation ; ils n'avaient qu'à in- 

estir étroitemenl la place, comme ils avaient fait 
à Metz, repousser les attaques que l'on dirigerait 
contre eux et attendre que Paris capitulât. 

De notre coté, le génie et l'artillerie de siège 
avaient fait des prodiges pour mettre les forts 
et l'enceinte dans le meilleur état de défense, afin 
de rendre un coup de main impossible et de pou- 
voir résister si on était assiégé (1); mais ce fut 
tout; on attendit l'attaque, qui ne se fit pas. 

(1) « Nous pouvons nous contenter, disait M. de Bismarlv 
à M. Jules r\ivre, à Ferrières. le 13 soittem'ire. nons pouvons 



BLOCUS DE PARIS 109 

On a reproclié avec raison au général Trochu 
d'avoir toujours essayé d'enlever de vive force les 
l)Ositions retranchées occupées par l'ennemi, ten- 
tatives dans lesquelles nous devions fatalement 
ôtre repoussés. On a dit que les Prussiens occu- 
pant ces hauteurs dont ils avaient fait des espèces 
de citadelles, le devoir d'une défense intelligente 
était de faire à son tour le siège des positions qu'il 
lui était le plus utile de reprendre, de procéder 
l)ar des travaux de contre-attaque et de rompre 
la ligne d'investissement en se servant de la pio- 
che et de la pelle avant de lancer les troupes a 
l'assaut. 

Si notre défense, militairemeiU i)arlant, a été 
médiocre, il faut dire qu'elle a été cependant su- 
périeure à l'attaque; car, à l'exception du choix 
des positions occupées pour investir et brider 
Paris, l'assiégeant n'a rien fait et n'a su rien faire 
de remarquable et de vigoureux; il s'est retran- 
ché et s'est défendu (piand on l'a attaqué; il a 
exécuté un boml)ardement inutile et a attendu 
ipiatre mois et demi ([ue la famine forràt la ville à 



nous contenter de prendre un t'uri, cl pas un d'eux ne peut 
résister plus de ([uutre jours. De ce l'urt nous dicterons la 
loi à Paris... Mais il nous sera pcut-éHrc plus commode de 
l'aifamer. » 

l.A CUF.RRK DE 1870 7 



110 BLOCUS DE PARIS 

se rendre. Cette longue inaction était une faute 
grave, car elle permettait à la France d'organiser 
de nouvelles armées, et il suffisait d\m succès 
sérieux obtenu par l'une de ces armées pour obli- 
ger les Prussiens à lever le siège. 

Mais il est temps de sortir de ces généralités et 
de raconter l'histoire des événements, qu'elles 
serviront cependant à expliquer. 

Le 19 septembre, pendant que le prince de 
Prusse marchait sur Versailles et Saint-Germain 
par le ravin de la Bièvre, en présentant le flanc à 
rarmce de Paris, le général Ducrot attaqua 
les Prussiens à Clultillon; s'il avait réussi, il 
aurait pu retarder l'investissement de Paris de 
quelque temps, en forçant le prince de Prusse à 
reculer sur Villeneuve-Saint-Georges. Mais les 
soldats lâchèrent pied et laissèrent les Prussiens 
s'emparer de la position de Chàtillon, qui domine 
Paris au Sud et dont la possession était indispen- 
sable à.remiemi pour assurer ses communications 
entre Versailles et Corl)eil, où il allait établir des 
ponts et de grands magasins. 

Le 23 septembre, le général Vinoy reprit cepen- 
dant les Hautes-Bruyères et en resta maître ; on 
y éleva depuis une grande redoute qui rendit des 
services importants à la défense. Ce succès dé- 



BLOCUS DE PARIS 111 

truisit lîeffet déplorable produit par la déroute de 
Chatillon. 

Pendant ce temps, M. Jules Favre se rendait à 
Ferrières(l), le 19 septembre, et essayait d'ouvrir 
des négociations avec M. de Bismark ; les exi- 
gences des Prussiens, qui demandaient dès lors 
TAlsace et la Lorraine, furent repoussées par 
M. J. Favre, et la guerre continua. 

Quelques jours avant l'investissement de la 
capitale, MM. Crémieux, Fouriclion et Glais- 
Bizoin avaient été envoyés à Tours pour organiser 
la défense dans les départements; ils formèrent 
la délégation de Tours (IG septembre). Elle fut 
complétée le 10 octobre par l'arrivée de M. Gam- 
betta (2), qui fut à la fois ministre de la guerre et 
de l'intérieur, et dans la personne duquel se con- 
centra toute l'autorité de la délégation. Le gou- 
vernement de Tours se mit à l'œuvre et rassembla 
des troupes. A la même époque, M. Jules Favre 
chargeait M. Thiers d'aller à Londres, à Saint- 
Pétersbourg, à Vienne et à Florence, afin d'obte- 
nir de ces divers cabinets une intervention en 
notre faveur ou un moyen d'entrer en négocia- 

(1} Château (lu baron do Rotscliild où le roi de Prusse 
avait établi son quartier général. 
(2) Sorti 'd«i Paris en ballon. 



112 liLOCLS DK PAKIS 

lions avec la Prusse; M. Thiers revenait h Paris 
lorsqu'éclata riiisurrcclion du 31 octobre; nous 
reparlerons de lui tout à l'heure. 

Devant les redoutables retranchements qui en- 
tourent Paris, devant l'artillerie de marine qui 
les protégeait et devant la résolution énergique 
de la population de se défendre jusqu'au l)Out, 
les Prussiens ne pouvaient enlever Paris par un 
coup de force ; ils avaient dû renoncer à l'espoir de 
le voir capituler par peur d'un siège; car ils ne 
pouvaient l'assiéger, n'ayant pas encore leur grosse 
artillerie. Ils se virent donc obligés de bloquer 
Paris et, comme nous l'avons dit, d'attendre que 
la famine ou une insurrection des Rouges, dont 
])eaucoup leur étaient vendus, leur ouvrît les 
portes de la ville. 

Dès le milieu d'octobre, les Prussiens commen- 
cèrent à se fortifier sur les liauteurs (jui for- 
maient leur ligne d'investissement, afin de repous- 
ser plus sûrement les sorties des Parisiens. En 
môme temps, ils furent obligés, pour faire vivre 
leur armée, forte d'environ 250,000 hommes, 
d'étendre leur rayon d'approvisionnement jusqu'à 
li:vreiL\, Dreux, Chartres, Orléans, Rouen, 
Amiens, Saint-Quentin; l'occupation de ces villes 
forma autour de Paris comme une seconde ligne 



HLOCl s DE l'Ali'.S li;i 

(l'investissement. Au début, ce fut leur cavalerie 
qui fut chargée d'éclairer le pays entre Paris et 
Orléans, d'un coté, et Paris et Rouen de l'autre, 
et d'y faire les réquisitions de vivres. . 

Ces détachements de cavalerie eurent i»lusieurs 
engagements avec nos mobiles et nos francs- 
tireurs à Maille, à Pacy (5 octol>re), à Chérisy 
(10 octobre), à Rambouillet, à Épernon (4 octo- 
bre), à Toury (5 octobi'c) contre les troupes les 
plus avancées de l'armée de la Loire, et à Ablis, 
qui fut brûlé le 9 octolire. Cette odieuse barbarie, 
accomplie par ordre et de sang-froid, avait pour 
but de frai)per de terreur nos campagnes et d'em- 
pêcher la guerre nationale de se développer. Ce 
fut le contraire qui arriva; rexonq)le d'Ablis 
n'empêcha pas l'héroïque ville de Chàteaudun de 
se défendre le 18 octobre contre l'attaque de 
la division du général de Wittich. Treize cents 
hommes, francs-tireurs et gardes nationaux, les 
premiers, commandés par le comte de Lipowski, 
les seconds par M. de Testanière, se défendirent 
toute la journée dans la ville barricadée et tuè- 
rent à l'ennemi 2,500 hommes; mais le soir, les 
Prussiens s'emparèrent de Chàteaudun, le l)rû- 
lèrent au pétrole et y commirent les atrocités les 
plus sauvages. 



114 BLOCUS DE PARIS 

Pendant ce temps, Paris faisait plusieurs sor- 
ties, qui échouèrent toutes; le 13 octobre, on fut 
repoussé à Chàtillon; le 21 octobre, à la Malmai- 
son et à la Jonchère; le 28 octobre, on surprit les 
Prussiens au Bourget et on enleva ce village; 
mais on le laissa reprendre le 30. 

La population était mécontente de ces échecs. 
Le parti révolutionnaire résolut de profiter du 
mécontentement général pour renverser le gou- 
vernement du 4 Septembre et donner le pou- 
voir à ses chefs. Tout-puissants dans les clubs, 
dans plusieurs mairies, dans les faubourgs et 
maîtres d'une partie de la garde nationale, les 
Rouges dominaient le gouvernement, entravaient 
son action, perpétuaient l'anarchie, paralysaient 
la défense et étaient ouvertement en relations quo- 
tidiennes avec l'ennemi. Cependant le gouverne- 
ment de la défense nationale tolérait ou subis- 
sait ces rébellions et ces trahisons manifestes, 
})arce que porté au pouvoir, le 4 septembre, par 
ces gens-là, il dépendait d'eux et n'avait pas 
l'énergie de s'affranchir de ce joug honteux. 

Les chefs du parti révolutionnaire, Jacobins 
ou membres de l'Internationale, avaient facile- 
ment recruté leur personnel dans ces masses de 
déclassés et de bandits, de gredins et de repris de 



RLOCrS DE PARIS 115 

justice (1), qui fourmillaient dans le Paris impé- 
rial, devenu ville de luxe et de misère, et le foyer 
de toutes les corruptions ; ils trouvaient aussi de 
larges contingents parmi les ouvriers, les petits 
bourgeois et les employés de toutes sortes, per- 
vertis par la presse et les clubs. Aiissitôt après 
la révolution du 4 Septembre , les meneurs 
se préparèrent à établir la Commune, mélange 
de la commune jacobine de 1793 et des idées 
communistes de rintemationale. En attendant 
l'occasion favorable, le parti créa dans chaque 
arrondissement des comités de défense, qui ser- 
virent de centres où se traitaient les affaires de la 
révolution sociale, qui seule préoccupait les 
chefs et leurs partisans. La guerre contre la 
Prusse, les sorties demandées à grands cris et la 
guerre à outrance, n'étaient que des prétextes 
pour se préparer plus facilement à la guerre so- 
ciale, la seule que la canaille voulût faire, parce 
que celle-là seule devait lui rapporter profit. La 
guerre contre l'ennemi n'était qu'un moyen pour 
armer et organiser en bataillons les band«â d« la 
prochaine insurrection, pour s'emparer des mai- 
Ci) Le géuéral Trochu a fait à la tribune l'incroyablo 
aveu que les mairies avaient distribué des îmïT^ à 55,000 
repris de justice. 



116 HLOCUS DE PARIS 

ries, partant de l'administration des quartiers in- 
surrectionnels. 

Cet État, qui se créait dans l'État, avait donc son 
. mée, forte d'au moins 100,000 hommes, soldés 
par la Ville (1), son administration, ses comités 
secrets, ses journaux, ses clubs, et disposait de la 
moitié de Paris. Les journaux révolutionnaires 
sont d'une violence inouïe, mais les clubs les dé- 
passent encore. La trahison est à l'ordre du jour, 
et il faut se venger des traîtres ; moyen commode 
pour prêcher sans relâche la proscription et le pil- 
lage des riches, l'incendie, le vol, l'assassinat, la 
révolte, la désertion, l'athéisme, l'adultère et les 
doctrines les plus cyniques. Je ne puis que ren- 
voyer au livre de M. de Mohnari (2) les lecteurs 
curieux de se renseigner sur l'amas immonde de 
foUes, de bêtises, d'infamies sans nom qui se débi- 
taient dans les clubs. Vers lafm du siège, les clubs 
se tinrent à huis-clos et devinrent de véritables so- 
ciétés secrètes, dans lesquelles on acheva de pré- 
parer la guerre sociale, que les Rouges annon- 
çaient hautement devoir suivre immédiatement la 
guerre contre les Prussiens, à laquelle, on ne 

(1) Les gardes nationaux touchaient i fr. 50 par jour; 
s'ils avaient femme, 2 fr. 23. 

(2) Les clubs rouges. 



BLO us d'j: paris 117 

saurait trop le dire , ils refusaient de prendre 
|)art. 

Les clubs, en etlet, défendent à leur public de 
s'inscrire dans les compagnies de volontaires ou 
dans les compagnies de marche formées dans la 
garde nationale ; ceux qui en feront partie sont 
déclarés traîtres et vendus à la réaction. Pour ex- 
pliquer une pareille défense faite sous le feu de 
l'ennemi, on disait que le général Trochu voulait 
conduire les patriotes à ral)attoir. Les faits répon- 
dent aux doctrines. Les bataillons de faubouriens 
refusent de marcher à l'ennemi ou se sauvent aux 
premier» coups de fusil (1); d'autres arrivent au 
rempart ou à la tranchée tellement ivres, qu'il 
faut les renvoyer à Paris; le 201'' i)ataillon, en 
pleine ivresse (2), pille l'église d'Iss.v et y commet 
les plus révoltants sacrilèges. L'inunoralité et le 
cynisme des gens de Belle ville étaient tels, que 
ceux de la Villette en étaient dégoûtés. Traduits 
devant la Cour martiale et flétris pour leur lâ- 
cheté par le général Clément Thomas, les gredins 
l'ont assassiné le 18 mars. 

(1) 147% 32% 214' halailloiis et compagnies de Bellevillc. 

(2) L'ivrognerie prit des proportions effrayantes dans les 
classes populaires pendant le siège et surtout pendant la 
Commune. 

T. 



118 BLOCUS DE PARIS 

Beaucoup servaient d'espions aux Prussiens, et 
sous prétexte d'aller à la maraude, communi- 
quaient chaque jour et ostensiblement avec les 
Prussiens aux avanl-postes ; ils leur apportaient 
les journaux de Paris et leur communiquaient le 
mot d'ordre. 

On ne peut comprendre la faiblesse du gouver- 
nement à l'égard du parti révolutionnaire, qui 
trahissait , qui préparait la guerre civile , et 
qui ne trouvait à l'Hotel-de-Ville aucune résis- 
tance (1). 

Les Prussiens comptaient que la populace de 
Paris ferait bientôt une révolution qui leur per- 
mettrait de devenir les maîtres de la ville. Ce sou- 
lèvement attendu par l'ennemi éclata enfin le 
31 octobre. Les prétextes étaient la mollesse du 
général Trochu contre les Prussiens, l'échec du 
Bourget, la nouvelle de la capitulation de Metz, 
qui indigna tout Paris, enfin l'arrivée de M. Tliiers 
qui venait, avec l'appui des puissances neutres. 



(l) Les étrangers ne comprenaient rien à cette conduite. 
« Ce qui nous surprend, disait la Presse de Vienne, c'est 
que Trochu n'agisse pas avec plus d'énergie contre les 
émeutiers et ne les livre pas aux conseils de guerre. Sans 
un régime de fer établi dans Paris, le gouvernement provi- 
soire est perdu. » 



BLOCUS DE PARIS ' 119 

proposer à M. de Bismark im armistice, pendant 
lequel on élirait une assemblée nationale, tous 
prétextes bien choisis pour exploiter encore une 
fois l'ineptie politique de la bourgeoisie pari- 
sienne et l'entraîner, comme d'habitude, à faire 
une révolution dirigée contre elle. 

L'insurrection du 31 octobre eut des consé- 
quences déplorables; mais, avant d'en parler, il 
faut ici s'arrêter un instant et raconter la fm de 
l'armée de Metz. 



IX 



BSocus et capitulation de Metz ' 



Après avoir mi le maréchal Bazaine, dans l'his- 
toire de la guerre sous Metz, général inhabile et 
indécis, nous allons le trouver, dans ce chapitre, 
négociateur maladroit et manquant à tous ses de- 
voirs militaires. 

Le 7 septembre, on apprit à Metz le désastre 
de Sedan et la révolution du 4 septembre. Ce fut 
im cri d'indignation dans toute l'armée quand elle 
connut la honteuse capitulation de l'Empereur et 
de ses troupes. « Ah ! nous ne nous doutions pas 
alors qu'un jour viendrait où il nous faudrait être 
humbles vis-à-vis de ceux aiL\ quels nous adres- 



(1) La source principale dont on s'est servi pour la rédac- 
tion de ce chapitre est l'excellent ouvrage intitulé : Metz, 
campagne et négociations, par un officier supérieur de l'ar- 
méo du Rhin. 



CAPITULATION DE METZ 121 

sions de si sanglants reproches, où notre honneur 
serait englouti dans iine catastrophe mille fois 
plus déplorable. Qui de nous pouvait prévoir que 
notre fin soulèverait les flots de l'indignation po- 
pulaire et qu'il nous serait donné de voir nos chefs 
bafoués par les femmes de nos campagnes, et 
nous-mêmes insultés par nos propres concitoyens? 
L'armée de Sedan succombait du moins sous le 
canon, après neuf heures de combat, tandis que 
nous devions périr sous le coup d'odieuses négo- 
ciations, sans que l'ennemi nous fit même l'hon- 
neur de brûler sa poudre, de dépenser ses balles 
ni ses boulets (1).» 

La situation de l'armée et de la ville de Metz 
devenait de plus en plus grave par la diminution 
rapide des vivres et des fourrages. Pour sortir de 
cette situation et éviter une capitulation certaine, 
on devait en appeler aux armes. Au lieu d'agir 
ainsi, le maréchal essaya de se tirer d'afïaire en 
négociant, en intriguant avec l'ennemi. Quelques- 
uns croient que le maréchal Bazaine fut peut- 
être jeté sur cette déploral)le voie par son mécon- 
tentement contre la révolution du 1 se{)tembre, et 
parce que le gouvernement de lu défense natio- 

(I) Metz, campagne et négociations, y. 190. 



122 CAPITULATION DE METZ 

nale s'était donné pour chef le général Trochii, et 
qu'ainsi le maréchal était placé au second rang. 
On dit aussi qu'il croyait que Paris ne ferait pas 
de résistance, ou tout au moins cpie sa résistance 
serait de courte durée, et que la guerre serait 
bientôt terminée. Alors, à la tête de son armée, 
la seule qui existerait, et maître encore de Metz, 
Bazaine comptait peut-être jouer un grand rôle, 
en servant d'appui au gouvernement qui serait 
établi à ce moment, à la régence probablement, 
surtout s'il prenait ime part active à son établis- 
sement, à la conclusion de la paix et à la répres- 
sion de l'anarchie. 

Pour amener les généraux de son armée à 
adopter une partie de ses projets, dans lesquels 
l'intérêt du pays est subordonné aux intérêts de son 
ambition, le maréchal les convoqua le 12 septem- 
bre et leur donna connaissance de la situation 
de la France, sur laquelle on n'avait encore 
dans l'armée que des renseignements inexacts 
et exagérés, fournis par les Prussiens. Il dé- 
clara ensuite au conseil qu'il attendrait les évé- 
nements et ne sortirait pas de Metz. Le conseil 
approuva cette décision, en ne protestant pas 
contre elle. 

Le 14 septembre, le colonel Boyer, aide de 



CAPITULATION DE METZ" 1S3 

camp du maréchal, alla porter une lettre au 
prince Frédéric- Charles, en apparence [lour 
lui demander des nouvelles , en réalité pour 
ouvrir des relations avec le général ennemi; le 
prince donna les nouvelles demandées et remit 
des journaux dans lesquels le maréchal trouva 
une décision grave du roi de Prusse. Dès le 
1 1 septembre, en etïet, le gouvernement prus- 
sien établi à Reims avait pubhé dans les jour- 
naiLx de celte ville un comnumiqué, par lequel on 
informait la France que les gouvernements alle- 
mands n'avaient « pas reconnu, jusqu'à présent, 
« d'aiitre gouvernement que celui de l'empe- 
<( reur Napoléon et ([u'à leurs yeux le gouver- 
« nement impérial était le seul, jusqu'à nouvel 
« ordre, qui fût autorisé à entrer dans des négo- 
« ciations d'un caractère national. » On ajoutait 
(ju'il n'y avait aucune chance de faire la paix, 
tant qu'il n'y aurait pas en France un gouverne- 
ment reconnu par le pays, et (jui put être consi- 
déré connue agissant en son nom... que les gou- 
vernements allemands i)0urraient entrer en négo- 
ciation avec l'empereur Napoléon, dont le gou- 
vernement était jusqu'alors le seul reconnu, ou 
avec la régence instituée par la loi et qu'ils « pour- 
« raient entrer en communication avec le maréchal 



124 CAPITULATION DE METZ 

« Bazaine qui tenait son commandement de 
(( l'Empereur. » 

C'était une invite. Si le maréchal désirait en- 
trer en relation avec les Prussiens, ceux-ci ne de- 
mandaient pas mieux que « d'entrer en commu- 
nication » avec le maréchal; il était donc pos- 
sible de s'entendre (1). 

On s'entendit si bien, que le 23 septembre 
un agent prussien, M. Régnier, arriva à Metz. 
M. Régnier, personnage inconnu à tout le monde 
jusqu'alors , nous a raconté son étrange his- 
toire (2), à laquelle il est vraiment difficile de 
croire. Il avait essayé inutilement d'obtenir une 
audience de l'Impératrice, qui était alors à Has- 
tings, mais il était parvenu à faire écrire sur une 
photographie, par le prince impérial, quelques 



(1) Dès le 18, M. de Bismark disait à M. J. Favre, pen- 
dant l'entrevue de Ferrières : « Il n'est pas hors de propos 
de vous faire remarquer que Bazaine ne vous appartient pas. 
J'ai de fortes raisons de croire qu'il demeure fidèle à l'Empe- 
reur et par là même qu'il refuserait de vous obéir. » 

(2) Voir sa brochure intitulée : Quel est votre nom ? N ou Mf 
Une étrange histoire dévoilée. — Si M. Régnier n'est pas 
un agent prussien, ce qui est possible, c'est un chercheur 
d'aventures, qui s'est cru appelé à jouer un rôle, qui devint, 
sans s'en douter, par l'aberration de ses propres idées, un 
agent de M. de Bismark, et qui servit les intérêts de la 
Prusse en croyant servir ceux de l'Empire et delà France. 



CAPITl L.VTION DE METZ |f !?& 

mots insignifiants à l'adresse de son père (l). 
Muni de cette pièce sans valeur aucune, M. Ré- 
gnier arriva à Ferrières le 20 septembre ; aussitôt 
il fut introduit auprès de M. do Bismark et lui 
exposa ses projets. Il voulait, disait-il, faire si- 
gner la paix entre le gouvernement impérial res- 
tauré et la Prusse, et par là faire cesser la guerre 
et l'anarchie. Sans plus de difficulté, M. de Bis- 
mark est convaincu et accorde à M. Régnier 
toutes les facilités pour entrer à Metz et en res- 
sortir. 

M. Régnierétaitdonc parti pour Metz, où il entra, 
comme nous l'avons dit, le 23 septembre, après 
avoir eu une entrevue avec le prince Frédéric- 
Cliarles. Admis auprès des maréchaux Bazaine et 
Canrobert, M. Régnier leur exposa son plan ou 
celui de M. de Bismark. Le maréchal rendra 
Metz (2) ; il se retirera ensuite avec son armée 

(1) M. J. Favre, qui a vu à Fcn-ières la phutograpliie, 
dit que les mots adressés à rEniperour étaient de l'Inipéra- 
trice et non pas du prince impérial, comme l'affirme 
M. Régnier. 

(2) Le bout de l'oreille perce tout de suite. Il faut, dans 
cette trame impénétrable, faire attention à cette demande 
de livrer Metz, qui ne peut être faite que par un agent 
prussien ou par quelqu'un qui ne comprend pas la gra- 
vité de ce qu'il demande. Le maréchal, il faut le dire, ne 
tomba pascomplétementdans le piège, et refusa de livrerMetz. 



12G CAPITULATION DE METZ 

dans une partie du territoire qui sera neutralisée, 
et où l'on réunira les chambres et le conseil 
d'État; la régence de l'Impératrice sera rétablie 
et soutenue par le maréchal et son armée ; les 
fonctionnaires de l'Empire reprendront leurs 
fonctions ; puis on traitera de la paix, après quoi, 
on soumettra au peuple le choix d'im gouverne- 
ment. En attendant, un général de l'armée de 
M«tz, Canrobert ou Bourbaki, sortira de la ville 
pour aller en Angleterre auprès de l'Impératrice, 
lui faire connaître le projet et la presser de l'a- 
dopter. 

Le maréchal Bazaine tomba d'accord sur tout, 
excepté sur la reddition de Metz ; il voulait bien 
quitter le camp retranché avec son armée, mais il 
ne pouvait consentir à rendre Metz. Le général 
Bourbaki croyant, d'après M. Régnier^ que l'Im- 
pératrice désirait le voir, ce qui n'était pas vrai, 
consentit à quitter Metz déguisé et partit pour 
l'Angleterre, avec l'autorisation du maréchal Ba- 
zaine. A son arrivée en Angleterre, l'Impératrice 
lui déclara qu'elle ne l'avait pas fait demander, 
qu'elle ne l'attendait pas et qu'elle refusait de 
prendre part à de pareilles intrigues. 

Le général Bourbaki avait été indignement 
trompé ; il fit tous ses efforts pour rentrer à Metz 



CAPITILATION DE METZ 127 

et y reprendre son commandement ; n'ayant pu j 
parvenir, li alla mettre son épée au service de la 
République. 

M. Régnier, qui avait quitté Metz en même 
temps que le général Bourbaki, s'était rendu à 
Ferrières auprès de M. de Bismark ; il lui fit 
connaître, le 28, le résultat de son entrevue avec 
le maréchal; mais M. de Bismark lui déclara 
que, pour traiter de la paix, il lui fallait Metz, et 
(ju'il ne pouvait négocier avec lui que s'il était 
muni des pouvoirs réguliers donnés par le maré- 
chal. On envoya un télégramme au maréchal Ba- 
zaine qui refusa de céder Metz et de donner ù 
M. Régnier des pouvoirs pour traiter de la paix. 
Aussitôt l'infatigable négociateur partit pour l'An- 
gleterre, mais il ne put parvenir à entraîner l'Im- 
])ératrice dans cette aventure ; elle refusa encore 
de prendre part à ces négociations ténébreuses. 

Le départ du général Bourbaki pour une mis- 
sion inconnue produisit une grande fermentation 
dans la ville et dans l'armée. Pour faire taire les 
|)laintes et écarter les soupçons, le maréchal fit 
une petite sortie, qui était, selon la formule con- 
sacrée, le prélude d'opérations i)lus sérieuses-. 
Le 27 septembre, il y eut donc l'affaire de Peltre, 
puis le 2 octobre celle de Ladonchamp, et enfui 



128 CAPITULATION DE METZ 

le 7 octobre, l'affaire des Tapes ou de Saint- 
Rémy, qui fut le dernier engagement. Les opé- 
rations plus sérieuses ne devaient pas être ten- 
tées. 

Le 4 octobre, après l'affaire de Ladoncbamp, 
le maréchal réunit en conseil tous les généraux 
pour organiser le départ de l'armée; mais, quel- 
ques-uns ayant déclaré que, si on quittait Metz, la 
ville était infoilliblement perdue, on se décida à 
rester. On voit que Bazaine n'est pas le seul, dans 
cette armée, qui ait manqué d'énergie et d'intel- 
ligence. 

En attendant, la situation empirait chaque jour 
et devenait telle que le résultat de tant d'inca- 
pacité, de faiblesse, d'hésitations et de fautes 
de toutgenre allait bientôt éclater. La disette était 
sérieuse; l'armée, que les privations avaient affai- 
blie, était démoralisée par cette longue inaction; 
une pluie froide et continuelle avaient transformé 
les camps en véritables cloaques, et les soldats 
n'avaient que des abris de toile ; on manquait de 
bois pour se chauffer ; les maladies sévissaient ; 
la ville et les ambulances comptaient ^Ingt- 
mille blessés et malades; le maréchal ne faisait 
rien pour relever le moral de son armée ; il ne 
paraissait nulle part, ne visitait ni les camps, 



CAPITULATION DE METZ 129 

ni les ambulances. Sa pensée était ailleurs. 

Les négociations entamées pai' l'intermédiaire 
de M. Régnier avaient échoué; le maréchal voulut 
les reprendre et se servit cette fois de son aide de 
camp, le général Boyer. Mais auparavant, il jugea 
à propos d'avoir l'assentiment de ses généraux; il 
les réunit donc le 10 octobre, leur exposa encore 
la situation et obtint leur adhésion à un projet de 
traité avec le gouvernement prussien. Le géné- 
ral Boyer partit de Metz, le 12 octobre, pour aller 
au quartier général du roi de Prusse, qui était 
alors à Versailles. 

Ces résolutions, soupçonnées i»lutôt que con- 
nues dans l'armée, produisirent une indignation 
telle, que le maréchal se crut obligé de déclarer 
qu'il ne capitulerait pas. Nous savons maintenant 
que cette formule signifie précisément ((u'on va 
capituler. 

Le 17, le général Boyer revint à Metz, y fil 
connaître l'état d'anarchie où se trouvait la 
France, et l'ultimatiun de M. de Moltke. 

On ne voulait accorder à l'armée de Metz d'au- 
tre condition que la capitulation pure et simple, 
comme à l'ai-méc de Sedan; mais, soit pour 
amortir l'elfet de ces coinUtions rigoureuses et 
empêcher le maréchal de luviidre une résolution 



]30 CAPITULATION DE METZ 

énergique, soit qu'il voulût réellement traiter (1), 
M. de Bismark avait fait dire que si l'Impéra- 
Irice consentait à négocier, et si l'armée s'enga- 
geait à appuyer la régence, il pourrait alors trai- 
ter avec le maréchal Bazaine. 

Le 18, le maréchal et les généraux réunis en 
conseil décidèrent que le général Boyer serait 
envoyé auprès de l'Impératrice, et le 24, le maré- 
chal Bazaine reçut une dépêche de M. de Bis- 
mark, qui lui annonçait que l'Impératrice refu- 
sait de prendre part à toute négociation et de 
signer un traité ayant pour hase une cession de 
territoire. M. de Bismark ajoutait que d'ailleurs 
le pays ne donnerait aucun appui au gouverne- 
ment impérial ; que le roi de Prusse ne voulait 
pas, en traitant avec l'Empereur, semhler l'impo- 
ser à la France et se mêler de ses affaires inté- 
rieures ; que le maréchal n'avait pas fait remettre 
par le général Boyer les garanties qu'on lui avait 
demandées, c'est-à-dire la cession de Metz et l'en- 
gagement de tous les généraux à rétahlir la 
régence ; que dès lors il n'y avait plus lieu de 
continuer les négociations pohtiqu&s, et que 

(1) Or sait que M. de Moltke n'était pas toujours d'ac- 
cord avec M. de Bismark; l'un ne voyait que la guerre, 
l'autre ne se préoccupait que de sa diplomatie. 



CAPITULATION DE METZ 131. 

la questiou se posant militairement, c'était aux 
événements de la guerre seuls qu'il appartenait 
(le la résoudre. 

M. de Bismark paraît avoir aimé à donner, ù 
l'occasion, une leçon de conduite ou de tenue aux 
généraux et aiLx hommes d'État incapables que 
le hasard des événements mettait en rapport avec 
lui. Il était impossible de rappeler plus cruelle- 
ment à un maréchal de France, qu'il devait, qu'U 
aurait dû combattre. Le conseil des généraux, 
encore réuni, ne comprit pas la leçon et ne sut pas 
faire son devoir; au lieu de donner l'ordre de 
combattre, il envoya le général Changarnier au- 
près du prince Frédéric-Charles pour obtenir 
que l'armée pût se retirer dans le midi de la 
France ou en Algérie. Le prince refusa et un der- 
nier conseil fut tenu, qui décida qu'on capitule- 
rait. En conséquence, le général Jarras, chef 
d'État-major, alla au château de Frescaty, quar- 
tier général du prince Frédéric-Charles, et signa, 
le 27 octobre, la capitulation de Metz, qui fut 
approuvée le 28 parle maréchal et ses lieutenants. 

L'excellent historien qui a écrit la campagne et 
les négociations de Metz se demande, en homme 
de cœur, ce qu'on devait faire et ré[)ond : «Tout, 
excepté ce qui a été fait, » et il a raison. En e-ffet, 



182 CAPITULATION DE METZ 

il y avait autre chose à faire qu'à remettre intacts 
à l'ennemi les forts de Metz, 541 canons de cam- 
pagne, 800 canons de siège, dont une partie ser- 
vit à canonner Paris, le matériel pour 85 batteries, 
66 mitrailleuses, 300,000 fusils, 2,00t> voitures du 
train, les drapeaux, et à faire déposer les armes, 
avant qu'ils aient coml)attu , à 153,000 hom- 
mes (1), dont 3 maréchaux , 50 généraiLx et 
6,000 officiers! 

Il est inutile de faire des réflexions sur de 
pareilles hontes; il vaut mieux en abréger le 
récit et se hâter d'arriver à la fin de ce doulou- 
reux chapitre. 

Les honneurs de la guerre que l'ennemi accor- 
dait à l'armée de Metz furent refusés par le 
maréchal, parce qu'il eut peur sans doute d'être 
insulté pendant le défilé de l'armée et parce qu'il 
craignit avec raison qu'au moment de déposer 
leurs armes, ses soldats exaspérés, au lieu de 
les rendre;, n'en vinssent aux mains avec l'ennemi. 

Il manqua à son devoir et viola les règlements 
militaires (2) en acceptant pour lui, pour les gé- 

(1) Avec 20,000 blessés et malades, le chiffre des prison- 
iiiors de Metz est de 173,000 hommes. 

(2) Article 4 du décret de 1812 et article 218 de l'ordon- 
jiance du 3 mai 1832. 



CAPITULATION DE MKTZ 133 

ncraux et les officiers, des conditions et un trai- 
tement autres que ceux qui étaient accordés à la 
troupe et qui devaient être les mêmes. 

Il trompa l'armée pour lui enlever ses dra- 
peaux et les livrer aux Prussiens, qui n'auraient 
pas osé venir les lui arracher. Il ordonna de les 
porter à l'arsenal où ils devaient être brûlés; il 
ne les brûla pas et en livra 53 au prince Frédéric- 
Charles; 31 drapeaux furent détruits par quel- 
(jues colonels et par le général Desvaux, com- 
mandant la garde impériale, cpii se méfiaient jus- 
tement de Bazaine. Non content d'avoir commis 
l'acte^ le maréchal a essayé de le justifier. « A quoi 
« bon, dit-il dans son rapport, se préoccuper de 
« ces lambeaux d'étoffe qui n'ont de valeur mo- 
(> raie que quand ils sont pris sur le champ de 
« bataille; ils n'en ont aucune tpiand ils sont dé- 
<( posés dans un arsenal. » 

Il trompa encore l'armée quand, dans sa der- 
nière proclamation, où il osa se comparer à Mas- 
séna, à Kléber et à Gouvion Saint-C.vr, il dit à 
ses soldats cpie Metz et son armement revien- 
draient à la P'rimco après la paix. L'armée crut 
un instant à la véi'ité de celte allégation, qui 
laissait supposer qu'il y avait q:;el(pie chose de 
stipulé pour la reslitutio]i de Metz à la France. 

I.A GUKRIIK DE î 870 8 



134 CAPITULATION DE METZ 

On sut bientôt à quoi s'en tenir, quand le texte 
de la capitulation fut publié. 

Enfin, il abandonna son année et partit seul. 
Aussi, quand il quitta Ars-sur-Moselle, le 29 oc- 
tobre, la population, avertie de son passage , se 
précipita à sa rencontre, brisa les glaces de sa 
voiture, le hua, et il ne put continuer sa route 
vers le quartier général du prince Frédéric- 
Charles que sous la protection des gendarmes 
prussiens. 

Ce fut le 29 octobre, au milieu de la conster- 
nation et de la douleur de la ville et de l'armée, 
que les Prussiens prirent possession de Metz, des 
forts, des armes et des drapeaux, et que nos sol- 
dats devinrent les prisonniers d'un ennemi in- 
digne de ces prodigieuses et inespérées faveurs 
de la fortune. Les Prussiens se montrèrent, en 
effet, d'une dureté révoltante envers les hommes 
que Bazaine leur avait livrés, et qu'ils laissèrent 
mourir en grand nombre de froid, de faim et 
de misère dans la boue de leurs avant-postes. 

Le général prussien, auteur de la Guerre sous 
Metz, déclare que capituler dans une position 
presque inexpugnable, avant d'avoir fait une 
tentative désespérée, est un fait inouï. Aussi la 
France refusa-t-elle de croire à la reddition de 



CAPITULATION DE METZ 135 

Metz sans combat, et quand M. Gambetta eut 
poussé le cri de trahison, tout le monde le ré- 
péta après lui. Qui pourrait soutenir, en effet, que 
le maréchal Bazaine a fait son devoir? 

Après son facile triomphe, le prince Frédéric- 
Charles et la plus grande partie de son armée 
furent envoyés contre l'armée de la Loire ; on 
verra plus loin les conséquences de son arrivée. 
D'autres troupes, sous le commandement du gé- 
néral de Manteuffel, furent dirigées sur Amiens 
et Rouen ; d'autres enfin vinrent renforcer l'armée 
qui assiégeait Paris, et qui s'était dégarnie pour 
opposer quelques forces à notre armée de la 
Loire. 



I.e 31 oetoîsre. — l.a enr'îtulatîon de ï*arîs 



Le 31 octobre, le parti de la Commune se sou- 
leva contre le gouvernement du 4 septembre, en- 
vahit l'hôtel de ville et fit prisonniers la plupart 
des membres du gouvernement. Mais, pendant 
que les chefs de l'insurrection cherchaient à or- 
ganiser un comité de salut public et à se mettre 
d'accord sur les noms de ceux qui le compose- 
raient, les 106' et 17" bataillons de la garde na- 
tionale, aux ordres du commandant Ibos, et quel- 
ques bataillons de mobiles reprirent l'Hôtel de 
Ville, en chassèrent les ignobles cohues qui l'en- 
combraient et délivrèrent les membres du gou- 
vernement provisoire. Après leur victoire, les 
hommes du 4 septembre se montrèrent , comme 
toujours, d'une coupai )le faiblesse envers les in- 
surgés. Ils se contentèrent d'en appeler au peuple. 



L.V CAPITULATION DE PARIS 137 

Le 3 novembre, la population et l'armée fu- 
rent appelées à déclarer par un vote plébiscitaire, 
si elles voulaient conserver le gouvernement du 
4 septembre ; 558,000 oui contre 62,000 non lui 
donnèrent un éclatant témoignage de confiance, 
mais ne purent lui donner l'énergie et l'intelli- 
gence de la situation qui lui manquaient. Aussi, 
peu de jours après le 31 octobre, les factieux re- 
commencèrent leurs menées. 

Pendant ce temps, des négociations s'ouvraient 
à Versailles. Nous avons dit que M. Thiers avait 
été envoyé à Londi-es , à Saint-Pétersbourg, à 
Vienne et à Florence pour y demander une mé- 
diation armée ou au moins une intervention des 
puissances en notre faveur. Parti de Paris le 
\2 septembre, M. Thiers était revenu à Tours le 
20 octobre, sans avoir obtenu ce qu'il désirait. 
L'Angleterre et la Russie, de qui tout dépendait, 
étaient résolues à laisser les événements s'ac- 
complir et à permettre à la Prusse, en écrasant 
la France, de détruire l'équilibre de rEuroi»o. 
L'Italie nous al)andoniia; (juant à rAutriclie, 
menacée de la guerre pai' la Russie, elle ne pou- 
vait rien faire de décisif. M. Thiers avait obtenu 
cependant que les puissances neutres ( Angle- 
terre , Autriclie, Italie et Russie) demanderaient 

8. 



138 LE 31 OCTOBRE 

à la Prusse un armistice rendant possible la con- 
vocation d'une assemblée nationale chargée de 
décider de la paix ou de la guerre, le gouverne- 
ment français, après l'entrevue de Ferrières , ne 
pouvant plus faire de lui-môme de nouvelles 
ouvertures à M. de Bismark. 

L'opinion publique en Europe, depuis cette en- 
trevue, se prononçait de plus en plus contre l'am- 
bition de l'Allemagne ; la courageuse résistance 
de Paris réveillait partout les sympathies en notre 
faveur ; le czar écrivait à son oncle qu'il espérait 
que la paix se ferait sans que la France perdît de 
son territoire. M. de Bismark, bien que décidé à 
repousser toute intervention des neutres et à con- 
server à la Prusse sa liberté d'action complète;, 
fut obligé cependant d'accorder l'armistice que les 
l)uissances demandaient au nom de la France ; il 
accorda également, sur la demande de lord Gran- 
ville, un sauf-conduit à M. Thiers pour traverser 
les lignes prussiennes et venir à Paris conférer 
avec les membres de la Défense nationale. 

M. Thiers arriva à Versailles le 29 octobre et se 
rendit à Paris. Il insista auprès du gouvernement 
sur lanécessité d'élire une assemblée et de procéder 
aux élections que demandaient les départements; 
il combattit l'opinion de M. Gambetta qui, à Tours. 



LA CAPITULATION DE PARIS 139 

s'opposait de tout son pouvoir à la convocation 
d'une assemblée, parce qu'il se préoccupait avant 
tout de fonder la république démocratique et qu'il 
craignait que les élections ne lui fussent pas fa- 
vorables; M. Thiers engagea le gouvernement à 
accepter l'armistice, parce qu'une fois la négocia- 
tion nouée, on pourrait peut-être obtenir l'inter- 
vention des puissances. Le gouvernement fut con- 
vaincu et chargea M. Thiers d'aller à Versailles 
négocier avec M. de Bismark; il partit le 31 oc- 
tobre, au moment môme où l'insurrection écla- 
tait. Aussi, à la première entrevue, M, de Bis- 
marck annonçait à M. Thiers que le gouverne- 
ment de septembre, au nom duquel il venait trai- 
ter, était probablement renversé. Quand on con- 
nut la défaite des Rouges, les négociations s'ou- 
vrirent. M. Thiers demandait un armistice de 
vingt-cinq jours, pendant lequel on ferait les élec- 
tions de l'Assemblée nationale ; il demandait aussi 
(pie Paris pût se ravitailler et recevoir la quantité 
de vivres qu'il consommerait pendant l'armistice, 
l^our consentir à cette seconde demande, M. de 
Bismark, faisant valoir les raisons militaires, 
exigeait qu'on lui remît un des forts de Paris. On 
ne put s'entendre, et le 6 novembre, les négocia- 
lions furent rompues. Avons-nous eu tort ou rai- 



140 LE 31 OCTOBRE 

son de les rompre? Dans l'ignorance où nous som- 
mes des détails exacts des négociations de Ver- 
sailles, il est impossible d'exprimer une opinion. 

Quelques jours après, Paris apprenait la vic- 
toire de Coulmiers remportée par le général d'Au- 
relle de Paladines et l'armée de la Loire. On eut 
l'espoir de voir arriver au secours de Paris l'armée 
victorieuse, et le général Trochu se décida enfin à 
faire une grande sortie pour percer les lignes de 
l'ennemi et tendre la main au général d'Aurelle. 

A ce moment, les forces de Paris étaient à peu 
près organisées et pourvues d'artillerie. La garde 
nationale sédentaire , forte de 266 bataillons 
(150,000 hommes), était placée sous le comman- 
dement du général Clément Thomas ; elle avait la 
garde de la ^i]le et des bastions de l'enceinte. 
L'armée active comptait 100,000 hommes et se 
composait d'anciens régiments , de régiments de 
marche et de régiments de mobiles; elle était 
commandée par le général Ducrot. Le général Yi- 
noy était à la tête d'une troisième armée, de 
100,000 hommes également, composée de régi- 
ments de marche et de mobiles, de marins, de 
douaniers, de forestiers, de gendarmes et de garde 
nationale mobilisée ; il était chargé de la défense 
des forts et de faire les sorties locales. Les troupes 



LA CAPITULATION DE PARIS 141 

avaient bien été aguerries dans les nombreux en- 
gagements qu'elles avaient eus avec les Prussiens, 
mais, en général, elles manquaient de discipline, 
d'obéissance, d'esprit militaire, et une partie im- 
[)ortan(e de la garde nationale était, comme nous 
l'avons dit, bien plus l'ennemie de la société fran- 
çaise que de l'armée prussienne. 

Le général Ducrot fut chargé de rompre les 
lignes de l'ennemi avec 100,000 hommes et 400 
Itouchcs à feu. L'attaque débuta le 28 novembre 
l)ar l'occupation du plateau d'Avron, que l'amiral 
Saisset couvrit de canons de marine, à l'aide des- 
quels il devait i)rotéger l'établissement de nos 
ponts sur la Marne et le passage de la rivière. 
Le 29, la bataille devait s'engager sur quatre 
points. On faisait trois diversions; au Nord, à Épi- 
nay, qui fut enlevé vigoureusement; à l'Ouest, à 
la Malmaison; au Sud, à l'Hay, ChevillyetThiais, 
(|ui furent attaqués par le général Vinoy. Mais, 
pendant qu'on faisait les diversions, on n'enga- 
geait pas l'affaire principale ce jour-là. On devait 
passer la Marne entre Joinville et Nogent, en je- 
tant pendant la nuit du 28 au 29 huit ponts de ba- 
teaux, et l'attaque devait avoir lieu le 29 au matin. 
Mais les ponts n'étaient pas prêts ou n'étaient pas 
complets; on ne put les jeter, et le Génie s'excusa 



142 LE 31 OCTOBRE 

sur ime crue subite de la Marne, qui aurait pu 
être constatée cependant, si l'on avait su faire une 
reconnaissance; mais la crue n'a même pas eu 
lieu, et l'excuse est sans valeur. 

Ou perdit donc un jour, pendant lequel l'en- 
nemi averti se concentra. Le 30, le général Ducrot, 
avec environ 60,000 hommes, attaqua une ving- 
taine de mille de Prussiens et de Wurtember- 
geois, les refoula et leur enleva Champigny et 
Bry-sur-Marne ; mais la résistance énergique de 
l'emiemi ne permit pas à Ducrot d'aller plus loin 
et de s'emparer des hauteurs fortifiées de Vil- 
liers et de Cœuilly. Avec de meilleurs soldats (1), 
le général Ducrot pouvait obtenir un succès plus 
complet ; il aurait pu aussi recommencer le com- 
bat le lendemain, tandis qu'il fut obligé de s'ar- 
rêter le 1" décembre pour remettre l'ordre dans 
ses troupes désorganisées par le combat, le froid 
et l'indiscipline. 

Pendant ce temps, le général Susbielle , parti 
du fort de Charenton, attaquait Montmesly et 
était repoussé sur Créted. 



(l) IJ faut dire la vérité aux chefs, mais aussi aux soldats. 
A la bataille de Champiguy, il y en eut qui lâchèrent pied et 
beaucoup d'autres qui cherchaient avant coût à se défiler, à 
se mettre à l'abri derrière un mur. 



L.V CAPITULATION DE PARIS 143 

Les Prussiens profitèrent de l'inaction de notre 
armée pendant la journée du 1" décembre; le 
général Fransecky, chargé du commandement, 
rassembla 50,000 hommes , Prussiens, Wurtem- 
bergeois, Saxons, et le 2 décembre il nous attaqua 
brusquement, essaya d'enlever Bry et Cliampi- 
gny, mais fut repoussé par notre artillerie, qui 
fut très- énergique et à laquelle revient l'honneur 
de ces combats. Le tir de nos forts fut aussi très- 
utile. Le général Fransecky parvint cependant à 
rester maître d'une partie de Champigny. Le 3 , 
le général Ducrot liattit en retraite et repassa la 
Marne. La perte des Français fut d'environ 
G, 000 iîommes, celle des Allemands de 5,000 (1). 

M. Gambetta, en annonçant ces combats à la 
France, publia les télégrammes les plus invrai- 
semblal)les; soit parti pris de ne pas dire la 
vérité, soit ignorance de la géographie, le général 
Trochu, disait-il, avait pris Épinay-sur-Orge, au 
Sud dcLongjumeau, et changeant les distances, il 
on concluait que Trochu et d'Aurelle n'étaient 
plus qu'à 12 ou 13 lieues l'un de l'autre. Paris 
était débloqué, les deux armées allaient se réunir 



(1) Ces combats portent le nom de bataille de Cbampigny 
nii de Villieps. 



144 LE 31 OCTOBRE 

et la victoire serait complète. Beaucoup de gens, 
même à Versailles, crurent à ces étranges asser- 
tions, et quand on leur disait qu'il fallait y pren- 
dre garde, et que si le roi de Prusse restait bien 
tranquillement à Versailles, c'est qu'évidemment 
Paris n'était pas débloqué, ils répondaient que 
si le roi de Prusse ne s'en allait pas, c'était parce 
qu'il ne le pouvait pas, et qu'il était prisonnier. 
Le dictateur de Tours avait des lecteurs dignes 
de lui. 

Non-seulement Paris n'était pas débloqué, mais 
l'armée de la Loire, pendant ce temps-là, venait 
d'être battue à Loigny, devant Orléans, le 2 dé- 
cembre. L'échec était complet, et non pas le 
triomphe. 

Le 21 décembre, on fit une grande sortie au 
Nord pour appuyer les opérations du général 
Faidherbe dans les départements du Nord, Mais, 
comme toujours, la lenteur de nos mouvements 
et le peu de ténacité de notre armée firent échouer 
cette entreprise. On attaqua le Bourget sans pou- 
voir l'enlever, mais on resta maître de Drancy. 
Pendant ce temps, on faisait deux diversions, l'une 
à l'Est , à la Ville-Évrard , qu'on enleva aux 
Saxons, l'autre à l'Ouest, à Buzenval. 

A quelques jours de là , le 27, les Prussiens 



L.V CAPITULATION DK T'AUIS ' 145. 

;^ommencèront lo bombardement de Paris. Avant 
d'en parler, il faut donner quelques détails sur 
l'état de la ville à ce moment. Les désordres que 
nous avons signalés et flétris tout à l'heure se 
continuaient; mais ce n'est pas ce tableau hon- 
teux que nous voulons remettre sous les yeux du 
lecteur. Il faut, au contraire, opposer à ce Paris 
hideux des fiiubourgs, le Paris du centre, le 
Paris bourgeois, honnête, dévoué, patriote et fai- 
sant noblement son devoir. 

Les bataillons composés des gardes nationaux 
de ces quartiers formaient un contraste complet 
avec ceux des faubourgs : ici, des honnnes sou- 
vent ivres et lâches, débraillés et l)raillards ; là 
des honnnes sérieux, tenaces, disci[)linés, voulant 
défendre Paris, supi)orlant avec courage et rési- 
gnation les l'udes épreuves du itlocus, le froid, 
les privations, les fatigues du service, et allant au 
feu, quand on voulait bien les y mener, avec un 
véritable entrain. 

La population, léduito d'aljord à une ration 
quotidienne de loo grannnes de viande de cheval, 
puis à 00 et, dés lo M novembre, à 30 grammes, 
supportait la disette sans se plaindre. A[)rès les 
bœufs, les vaches, les moulons, les porcs, le lard, 
les salaisons, les conserves, on mangea les che- 
vaux, les mulets, les ânes, les chiens, les chais, 

Gur.RUK iiK 1870 9 



140 L\ CAPITULATION DE PARIS 

les rats, les moineaux, les bêtes du Jardin des 
[liantes, le sang des animaux de toute espèce 
transformé en boudin, toutes les graisses et 
moelles des os transformées par des procédés 
nouveaux en beurre dit de Paris, les intestins, les 
tendons et les rognures de peaux rendus comes- 
til)les, etc. Le vin ne manquait pas ; le pain ne 
fut rationné que le 19 janvier; la ration ne fut 
plus que de 300 grammes d'un pain noir, détes- 
table, composé d'un peu de blé et de seigle, ei 
surtout d'orge, d'avoine, de riz et de débris di- 
vers. 

Les maladresses prodigieuses de l'administra- 
tion dirigée par M. Jules Ferry augmentèrent 
considérablement les souffrances de la popula- 
tion. Dès le mois d'oeto))re, elle supprima les 
trois quarts des boucheries pour établir quelques 
boucheries municipales, où l'on recevait, en mon- 
trant sa carte, les rations auxquelles on avait 
droit. C'est cette incomparai)le sottise qui amena 
les encombrements à la porte des bouchers, et 
(]ui força les femmes à y faire queue i)endant 
une partie de la nuit; c'est parmi ces malheu- 
reuses femmes, soumises au froid et à la pluie, 
(|uc la mort frappa ses plus nombreuses vic- 
thncs. Le 11 janvier, M. Jules Ferry ayant 
trouvé mauvais que la vente du pain fut libre, il 



L\ CAPITULATION DE PARIS 147 

ordonna que les boulangeries seraient fermées ù 
neuf heures du matin. Il fallut encore faire 
(jueue à la porte des boulangers pour avoir son 
pain. M. Jules Ferry eut aussi l'idée de régle- 
menter la vente des pommes de terre ; il les ré- 
quisitiomia, les entassa dans les caves des Halles, 
où elles pourrirent complètement. 

Le bois et le charbon manquèrent aussi. Malgré 
ces souffrances, malgré les maladies (l), la popu- 
lation ne se plaignait et ne se décourageait pas. 
Les pauvres, qui touchaient de la ville 2 francs 25, 
otqui se nourrissaient aux cantines municipales, 
avaient, comme les riches, de quoi manger; 
niais la population moyenne, les petites gens, les 
employés renvoyés par leurs patrons, les réfu- 
giés de la banlieue, etc., étaient dépourvus de 
ressources et cruellement atteints. La charité fai- 
sait des merveilles et soulageait le plus de vic- 
times qu'elle pouvait. On ne saurait trop louer 
les femmes qui se sont consacrées à soigner les 
blessés et les malades, et le courageux dévoue- 
ment (les Frères de la Doctrine cli retienne de- 



(1) Aiipiuo, broncliili', lluxidii de [juitrinc, polilo vérole, 
tièvrc typhoïde, diarrliéo. Dans les dernières semaines du 
lilocus, la mortalité fut efVrayante et s'éleva à 4 et 5,000 dé- 
rès par semaine. — Il est mort à Paris, du 17 septembre 1870 
;iu 28 janvier 1871, g5,2S)4 personnes, diuit 13,000 tuées par 
l'ennemi ou mortes de leurs blessures. 



148 LA CAFITIL.VTION DE PARIS 

venus brancardiers. Que n'aurait pas fait Paris 
avec un gouvernement plus honnête, plus intel- 
ligent et plus énergique, qui aurait comprimé par 
un joug de fer les mauvaises passions, qui aurait 
donné aux forces vives de la défense le nerf qui 
leur a manqué, et qui aurait su développer et 
utiliser la totalité des ressources que lui offrait la 
grande ville? 

Le crédit public se maintint avec une grande 
fermeté; il n'y a pas eu dans cette crise formida- 
ble de désastres financiers comme en 1848; le 
29 décembre, le trois pour cent valait encore 52 f.; 
les obligations de chemins de fer étaient cotées à 
3a Bourse de 290 à 304 francs. 

Malgré le blocus étroit, Paris resta en relations 
avec la province, d'abord par un câble télégra- 
phique placé dans la Seine. Quand les Prussiens 
l'eurent coupé, Paris continua à communiquer 
avec Tours et Bordeaux, en envoyant des ballons; 
il recevait les nouvelles par les pigeons que les 
ballons avaient emmenés de Paris, et qui y reve- 
naient portant des dépêches photo-microscopi- 
ques. Soixante-quatre ballons sont partis de Paris 
pendant le siège (1), emportant 155 personnes, 



(1) Ciiui ont élc pris par les Prussiens et deux se sont 
.perdus en mer. 



L.V CAPITLL.VTION DK l'.VKIS 14r>l 

363 pigeons voyageurs (1) et 3 millions de lettres ; 
les pigeons ont rapporté à Paris 2 millions et 
demi de dépèches. 

L'armée, loin de devenir meilleure, avait i)erdu 
dd sa solidité; à l'exception de quelques anciens 
régiments (le 35% le 42*') et de quelques corps d'é- 
lite, elle n'avait pas l'énergie et la discipline né- 
cessaires, et elle manquait de confiance dans ses 
cliefs. 

Le bombardement allait encore augmenter les 
souffrances et les dangers de la population. Les 
Prussiens commencèrent à atlac^uer le [)lateau 
d'Avron, le 27 ; on l'évacua le 29. Le 30, les forts 
de l'Est furent !)ombardés à leur tour; le 5 jan- 
vier, les batteries ennemies lancèrent leurs obus 
sur les forts du Sud et sur Paris, dont toute la ])ar- 
tie méridionale fut atteinte. Ce bombardement 
fut une cruauté inutile et ne produisit aucun ré- 
sultat. Les forts du Sud, criblés d'obus, répa- 
raient pendant la nuit les dégâts faits pendant le 
.jour, et les dommages furent en réalité si peu 
graves, qu'il fallut plus tard un mois à l'armée de 
Versailles pour réduire le fort d'Issy, le plus mal- 
1 rai té de tous. 

On a dit ([ue le l'oi de Prusse était (t[)[)()sé au 

(l) Dont 57 souloiiieiit sont '.■(■m'husù Pari^. 



LA CAPITILATION DK PARIS 

dément de Paris, et. qu'il avait dû cédor 
landes de ses généraux, qui croyaient que 
^dé odieux ferait fléchir la résistance 0})i- 
luuire ue Paris. Il est plus probable que les uns 
et les autres ont été entraînés par les exigences 
de la presse de Berlin et par les clameurs du parti 
gallophage, composé de ces philosophes et de ces 
professeurs que nous avions proclamés les plus 
intelligents des hommes, et dont on s'était fait trop 
longtemps les traducteurs ou les plagiaires, en ré- 
pudiant toutes les traditions de l'érudition et de la 
philosophie françaises. On a dit aussi que le i)om- 
bardement avait été un moyen de tromi)er le gé- 
néral Trochu, en attirant toute son attention sur- 
Paris, pendant que M. de Moltke dégarnissait les 
lignes d'investissement pour envoyer de nom- 
l)reux renforts aux généraux qui combattaient 
nos armées du Nord, de la Loire et de l'Est. 

Il faut encore interrompre le récit du blocus de 
Paris pour parler de l'incident de la mer Noire 
et de la conférence de Londres, à laquelle notre 
ministre des affaires étrangères était invité à venir 
représenter la France. 

Le 31 octobre, le prince Gortschakoff, chance- 
lier de l'empire russe, adressait aux diversagents 
diplomatiques de la Russie accrédités auprès des 
cabinets européens, une circulaire annonçant que 



LA CAPITILATION DlC TAPaS 151 

le gouvernement du czar déclarait caduques et 
<iyant cessé d'exister les stipulations du 30 mars 
1856 qui, après la guerre de Crimée, avaient li- 
mité les forces navales de la Russie et restreint 
ses droits de souveraineté dans la mer Noire. Le 
ozar entendait reprendre sa liberté d'action et or- 
donnait à ses ambassadeurs de prévenir les cabi- 
nets étrangers de sa décision. La Russie profilait 
de son alliance avec la Prusse, des défaites de la 
France et de l'isolement de l'Angleterre pour dé- 
chirer les traités de 1856, par cette seule raison 
qu'ils la gênaient et qu'elle était en position de le 
faire. 

L'Angleterre, profondément irritée, mais hors 
d'état de faire la guerre sansrap[>ui de la France, 
fut obligée de sup|)orter l'insulte. Lord Granville 
en fut ré(hut à dire (pie la Russie n'avait pas le 
di'oit de se délier seide des engagements qu'elle 
avait contractés et que ce droit n'appartenait 
qu'aux divers gouvernements signataires du 
traité (\i^. 1856. C'était dii-e assez piteusement 
([u'on céderait, si uik^ confci-ence se réunissait 
pour résoudre la iiuostion d'une façon à peu près 
décente. La conférence fut aussitôt i)roposée par 
la Prusse, acceptée par les puissances et s'ouvrit 
à Londres en janvier 1871. Elle reconnut pui'e- 
mcnt et simplement les i)rélonlions de la Russif fl 



15JJ L.V CAPITULATION DK PARIS 

les sanctionna. L'Angleterre, bien Qiie n'ayant pas 
reconnu officiellement le goiiverneinent du 4 sep- 
tembre, avait insisté pour que la France fût repré- 
sentée à la conférence ; mais, au lieu d'envoyer de 
Bordeaux un négociateur, le gouvernement dé- 
cida c|ue M. J Favre le représenterait à Londres. 
M. J. Favre demanda donc, le 13 décembre, un 
sauf-conduit à M. de Bismark pour traverser les 
lignes prussiennes. M. do Bismark fit attendre 
un mois sa réponse (1) et refusa le sauf-conduit 
sous divers prétextes, disant entre autres choses 
(( que le gouvernement de la défense nationale 
n'était pas reconnu par la France, et qu'en consé- 
quence le représentant de la Prusse pourrait être 
embarrassé de décider si les déclarations de 
M. J. Favre seraient revêtues de l'autorité de 
déclarations officielles de la France. » En réalité, 
M. de Bismark se donnait la satisfaction d'em- 
pêcher la France d'être représentée pour la pre- 
mière fois dans une réunion des grandes puis- 
sances de l'Europe. M. de Bismark terminait 
])rutalement sa lettre en disant à M. Jules Favre : 
« Je ne puis m'empêcher de vous demander s'il 
serait utile que Votre Excellence quitte Paris et 
son poste de membre du gouvernement actuel 

(1) Elle esl (lu 10 Janvier 1871. 



LA CAPITULATION DE PARIS lo-i 

dans cette ville pour prendre une part |)erson- 
nelle (1) aux travaux de la conférence sur la uier 
Noire, dans un moment où il s'agit à Paris même 
d'intérêts l»ien plus importants pour nos deux 
pays que l'article 2 des stipulations de 1850. » 

En effet, dallait bientôt s'agir de la destinée de 
la France, et malheureusement c'était M. J. Favre 
qui allait être chargé de ses intérêts. 

Pendant ce temps, un événement non uioins 
grave pour l'Europe s'accomplissait à Versailles. 
L'empire d'Allemagne y était proclamé le 18 jan- 
vier 1871 (2), dans le château même de Louis XIV, 
dont les Allemands prenaient plaisir à humilier 
la mémoire. Le roi de Prusse accepta solennelle- 
ment la couronne de l'empire d'Allemagne que 
lui apportaient les députés du parlement alle- 
mand. 

Les États <lu sud de l'Allemagne (3) étaient res- 
tés après Sadowa en dehors de la confédération 
de l'Allemagne du noi'd, tout en contractant avec 
le roi Guillaume des traités qui mettaient, en cas 

(1) Encore une leçon. Kii cU'et, M. J. Favre aurait im cl 
dû déléguer quelqu'un pour le représentera Londres, et en 
le faisant partir de Bordeaux, on n'avait pas besoin du bon 
plaisir de M. de Bismark. 

(2) Le 18 janvier est l'anniversairt' du i:')iii'iiiiiienii''iil iln 
premier roi de Prusse, Frédéric I", en 1701. 

(3) Bade, AVurtemborg. Bavière et liesse. 

9. 



154 LA CAPITILATION DE PARIS 

<ie g'uefi 0, leurs armées aux onires de la Prusse. 
Dès la fin de noveiiilu^e 1870, ces États avaient 
signé, à Yersailles, de nouveaux ti-aités par les- 
(|uels ils entraient dans la Confédération et com- 
plétaient ainsi l'unité de l'Allemagne. Le parle- 
ment de la Confédération, composé dès lors de 
tous les États allemands, décréta le rétablisse- 
ment de l'empire d'Allemagne, détruit en 18Gr», 
après la bataille d'Austerlitz et le traité de Pres- 
Jjourg, et envoya des députés à Yersailles offrir la 
couronne au roi de Prusse. 

En présence d'une cour nombreuse, réunie 
dans la galerie des glaces et composée des prin- 
ces de la famille royale, des principaux princes 
de la Confédération et d'un nombreux État major, 
le roi de Prusse déclara qu'il acceptait la dignité 
impériale allemande en la rattachant à la cou- 
ronne de Prusse (1), puis il fit lire parie chance- 
lier de l'empire, M. de Bismark, une proclama- 
tion adressée au peuple allemand, dans laquelle 
on remarque surtout ce passage : « Nous accep- 
tons la dignité impériale dans l'espoir qu'il sera 
permis au peuple allemand de jouir de la récom- 
pense de ses luttes ardentts et héroïques dans 



(1) Avant 1806 , la flignité impériale appai-teuait à la 
maison d'Autriclie. 



LA CAPITLLATIO.X DK PARIS 155 

une paix durable et protégée par des frontières 
capables d'assurer à la patrie des garanties contre 
de nouvelles attaques de la France et dont elle a 
été privée depuis des siècles. » Aprèscette menace, 
venaient les phrases de rigueur sur les bienfaits 
de la paix, de la liberté et de la morale (1). 

Mais il faut reprendre l'histoire de la guerre 
sous Paris. 

iVprès deux petites sorties faites le \2 janvier 
contre Clamart et Chàtillon, et le 16 contre le 
Bourget, le général Trochufit, le 19 janvier, une 
dernière tentative pour rompre le blocus et sur- 
tout pour donner une suprême satisfaction à la 
population parisienne qui voulait al)Solumenl com- 
battre (2). Avec 100,000 liommes oji allait essayer 
de forcer la ligne d'investissement entre Saint- 
Cloud et Bougival, et si l'on réussissait on se 
jetterait sur Versailles. Mais la situation était 
changée depuis le combat du 21 octobre, et les 

(1) Vuir à la lia du \<jluuio, sur la cuuslitiUioa acluoUo 
(le l'ompiro (rAllemagno, l'appendice n" 2. 

(2) M. Gambotta avait invité plusieurs fois le giMi^i'al 
Trochu à sortir de Paris. Avant la halaille du Mans, il l'a- 
vait prévenu qu'un grand efïVirt allait ôtn^ \i'\\U'' par los 
armées de l'Est, du Nord, di' la Lnjiv ii du llavn' ; il i\ii 
avait fait connaître les l'orci's qui invcstissaieul Paris (à 
peine 250,000 hommes). Ij' il jiiiviiM', il adressa à M. Jules 
Favre une dépèciii' dans la((iii'llr il se plaignait anièremoni 
du général Troclm l'i dcuiandait l'iiergiqucment que Paris 



15(> LA CAPITL L.\.TI(J.\ VK l'AKlS 

Prussiens, après la pani(|uc que le combat de la 
Malniaisou leur avait causée, avaient couvert de 
batteries et do défenses cette partie si importante 
de leurs lignes. Le déploiement de nos colonnes 
d'attaque se fit avec lenteur et sans ensemble; la 
plus grande partie de nos forces et presque toute 
notre artillerie ne furent pas engagées. La droite, 
aux ordres du général Ducrot, était chargée d'en- 
lever le château de Buzenval et le parc de Long- 
liovau; elle n'entra en ligne que trois heures 
après le centre et la gauche, et échoua dans son 
attaque. Le centre, commandé par le général de 
Bellemare, fut lancé contre Garches et le plateau 
de la Bergerie; là gauche, sous les ordres du 
général Vinoy , dut attaquer les hauteurs de 
Montretout. Bellemare et Vinoy culbutèrent 
l'ennemi et s'emparèrent des positions qu'ils 
avaient l'ordre d'enlever, mais ils furent obhgés 
de s'arrêter et d'attendre le général Ducrot pour 
ne pas être déljordés sur leur droite. Les 
Prussiens profitèrent de ce temps d'arrêt, réuni- 

fït une grande sortie : « L'urtez, sortez, disait-il, si vous ne 
voulez pas laisser périr la France; car, je ne saurais me 
lasser de le redire, vous n'avez autour de vous qu'un simple 
cercle de feu, derrière lequel nos audacieux et habiles en- 
nemis dérobent tous leurs mouvements. La })rovince fait 
d'ailleurs écho an cri unanime de Paris et se demande à. 
■son tour pourquoi ci't'te persistant'^ inaction. » 



^ L.V f.Vl'ITLL.VTION DE PARIS 157 

reiit leurs réserves ù Garches, où un violent 
combat s'engagea, et firent venir dos renforts; 
nous eûmes bientôt 30,000 hommes à combattre, 
et le soir 50,000. 11 fallut l)attre en retraite avec 
une perte de G ou 7,noo bouunes. La garde 
nationale s'était particulièrement fait l'omarquer 
par sa l)ravoure à ratta(iue de Montretout. Celte 
nouvelle retraite indigna f^uis, (pii ne se rendait 
pas compte de la cause de nos éciiecs. Les 
positions que nous avions attaqu(3es de vive force 
étaient du noml)re de celles ({u'il aurait fallu, en 
vraies citadelles (]a'elles étaient, attaquer avec la 
pioche et la [telle pour les aborder et les enlever 
à coup sùi". 

Quoi qu'il en soit, on avait combattu; le système 
était mauvais, le général insuffisant, les efforts 
mal dirigés, l'onh-e et la discipline manipuiient; 
mais on se battait, et la reddition de Metz sans 
(■ondjal, heureusement ])Oui" noti-c renom mili- 
taire, devait être le seul fait de ce genre |)endaiil 
cette guerre, coumie il est l'iunipu^ dans notre 
histoire. 

La poi'te de la bataille de l^>uzenval souleva la 
[)(»pulalion de Paris conlic le généi-al 'l'rociui ; il 
y eut ime explosion d(» mécnnlenlcnicnl telle, 
(pi'il donna sa démission de commandanl en cliet 
de rai'inée. Le gouvernement de la l)ei'ense de- 



158 LA CAPITVLATICN DE PARIS 

«€ida que le commandement en chef de l'armée 
4le Paris serait désormais séparé de la prési- 
dence du gouvernement, et que le titre et les 
fonctions de gouverneur de Paris seraient sup- 
primés. Le général Trochu resta président du 
gouvernement, et le général Vinoy le remplaça 
à la tète de l'armée. Malheureusement, le géué- 
]'al Vinoy était chargé trop tard du comman- 
dement en chef, position difficile qu'il était 
lieaucou]) plus capable d'occuper que celui au- 
■ijuel il succédait. 

Les Rouges profitèrent encore de nos mal- 
] leurs pour essayer de s'emparer du pouvoir 
et établir la Commune. L'insurrection avait été 
annoncée par les Prussiens, et elle éclata le 22, 
-comme ilsTavaient dit. Les factieux attaquèrent 
l'Hôtel de Ville; mais le général Vinoy comprima 
immédiatement la révolte, et le lendemain il fit 
fermer les clubs et supprima les journaux les 
plus séditieux. 

Enfin , la famine força le gouvernement de 
Paris à capituler. D'ailleurs, nos armées de 
province étaient battues et Paris n'avait plus l'es- 
poir d'être secouru. M. Jules Favre, accompagné 
<1li général de Beaufort - d'Hautpoul , vint à 
Versailles le 23 janvier, commencer avec M. de 
Bismark les négociations qui allaient amener 



LA CAPITULATION DE PARIS 159 

î'armisiice du 28 janvier 1871. La durée de 
l'aruiistice était de vingt et un jours et s'étendait 
à toute la France, excepté à l'armée de l'Est et à 
Béfort, qui continuait à se défendre vaillamment. 
Cette exception fut demandée par M. Jules Favre, 
■<|ui négligea de la faire connaître à la Délégation 
de Bordeaux, Cet oubli impardonnable eut pour 
eonséquence la perte de notre armée de l'Est et 
la força de se réfugier en Suisse. On devait 
procédera l'élection d'une Assemblée nationale, 
ijui se réunirait à Bordeaux pour décider si la 
guerre sei-ait continuée ou à quelles conditions 
la paix serait faite; les forts de Paris devaient 
être remis aiLx Allemands et l'enceinte de la 
ville désarmée , mais les Prussiens n'entre- 
raient pas dans Paris; l'armée, déclarée pi'ison- 
nièrede guerre, devait être désarmée, ii'.ais l'osle- 
rait dans Paris; la garde nationale consei'vait ses 
armes, fusils et canons, et était chargée de la garde 
ûe la vUle et du maintien de l'ordre avec une divi- 
sion de l'armée, forte de 1^,000 hommes, et la 
gendarmerie. Paris devait payer une contribution 
(le guerre do 200 millions de francs et allait 
être immédiatement ravitaillé. 

Le 29, Saint-Denis et les foris l'urtMit occupés 
par les Prussiens, auxquels on remit 002 canons 
de canqvigne et 1357 pièces de siège. 



160 L.\. CAPITLI.AÏION DE l'AillS 

On remarquera cette fatale stipulation en vertu 
de laquelle on enlevait à l'armée ses armes pour 
les conserver à la garde nationale, c'est à-dire 
au parti révolutionnaire, qui allait Jjientôt s'em- 
parer du pouvoir et établir la Commune. Il est 
impossible de comprendre comment M. Jules 
Favre , qui depuis cinq mois était aux prises 
avec les Rouges , et leur avait miraculeusen.ent 
échappé au 31 octobre, a pu commettre une telle 
faute, si funeste à la France (1). De plus, et pour 
couronner son œuvre d'ineptie, M. Jules Favre, 
qui ne savait que très-imparfaitement ce qui se 
passait dans nos armées de province, laissa M. de 
Bismark tracer toutes les lignes de démarcation 
entre les armées belligérantes, et s'emparer 
sans combat de plusieurs départements occupés 
par nos troupes qui y tenaient les Prussiens en 
échec. 

Quelles qu'aient été les fautes de la défense de 
Paris, cette résistance de 132 jours, à laquelle, il 
faut le dire à l'honneur de la partie honnête de 
la population parisienne, personne ne s'attendait, 

(l) On a (lit, pour excuser cette faute, que le gouverne-. 
ment n'aurait pas pu désarmer la garde luUionale. parce 
qu'elle aurait refusé de livrer ses armes. Alors on serait tou- 
jours en droit de reprocher aux h(jmmes du 4 septembre 
d'avoir organisé une force révolutionnaire dont ils n'étaient 
pas les maîtres. 



LV CAPITULATION DE PAKIS 101 

occupa une grande partie des forces allemandes (1) 
et permit à la Délégation de Tours de lever plu- 
sieurs armées et de tenter la délivrance de la capi- 
tale. 



(1; A la fin du siégo, les corps alleniauds enveloppant 
lu capitale étaient : les 1% 5% 6', ir corps prussiens, U 
garde, le 12= corps (Saxons), le 2' corps bavarois et la division 
wurtembergeoise, soit 15 divisions, environ 220,000 hommes. 
— On connaissait à Paris, par les dépèches de M. Ganibetta. 
la faiblesse de cette année. 



XII 



L,*»i*inée de la Loii-e 



Dès le mois de septembre, la Délégation de 
Tours, avec les troupes rassemblées par le mi- 
nistère Palikao, avait organisé à Orléans le 15'' 
corps, fort de 25,000 hommes, et en avait donné 
le commandement au général de la Motlerouge. 
Le 5 octobre , le général Reyau , à la tète 
d'uiie partie du 15" corps, se porta à Toury et 
■attaqua la cavalerie allemande qui couvrait la 
route d'Orléans à Paris, et après un engagement 
assez sérieux, l'ennemi fut obligé de se replier. 

Aussitôt le prince royal de Prusse détacha de 
l'armée d'investissement de Paris 40,000 hommes, 
qu'il mit sous les ordres du général bavarois Von 
der Thann et les envoya contre Orléans. Le 10 oc- 
tobre, Von der Thann attaqua les Français à Arte- 
nay, les repoussa, marcha sur Orléans, eut encore 
^n succès au combat de Chevilly, le 1 1, et occupa 



i/armkk dk la Loiiii; 160 

Orléans, le 13 octobre, après avoir bo m bardé et 
pillé un faubourg. Seuls, les zouaves pontificaux 
■et la légion étrangère s'étaient bien l)altus ; le 
\este de nos troupes avait manqué de solidité au 
fou et s'était honteusement dél)andé pendant la 
retraite. 

Le général de la Motîorouge se relira dans la 
Sologne, fut destitué et remplacé par le général 
d'Aurelle de Paladines, homme énergique et très- 
iiabile organisateur , que la Délégation de Tours 
chargea de créer l'armée de la Loire. Les hom- 
mes furent fournis par les dépôts des régiments 
et par la mobile, par les régiments rappelés de 
Rome et d'Afrique, par les volontaires tle Cathe- 
lineau, par les héroïques zouaves pontificaux 
conunandés par M. de Charette, par les francs- 
tireurs du comte Lipowski , par les volontaires 
américains, etc.; la flotte donna ses canonniers et 
d'excellents généraux, tels que Jaurès, Jaurégui- 
berry et Gougoard ; les armes, les canons et les 
tnunitions furent en grande |)artie aciietés à l'é- 
tranger. 

Après un mois de travail eî d'eU'orts prodigieux, 
le général d'Aurelle iiuUlait en canq)agnc une 
armée d'environ 75,0u0 hommes, ])ien organisée, 
soumise à une discipline de fer et i)ourvue d'une 
bonne artillerie. Elle se composait de deux corps 



164 l'aUMÉK de t..V LOillK 

d'armée, le 15*^ et le 16^ Le 15" corps, fort de 
50,000 liommes, avait été formé à Salhris, au 
fond de la Sologne ; le 16'", qui avait été organisé 
à Blois et à Bourges, fut donné au général Chanzy. 

Dès les premiers jours de novem])re, on était 
prêt à entrer en campagne. Le but que l'on se 
proposait était de reprendre Orléans et de mar- 
cher ensuite au secours de Paris. Le général 
d'Aurelle passa la Loire à Beaugency, repoussa 
reimemi, le 7 novembre, à Saint-Laurent-des- 
Bois (1), menaça sa ligne de retraite, obligea 
ainsi Von der Thann à évacuer Orléans et le bat- 
tit à Coulmiers, le 9 novembre (2). Von der Thann 
se replia sur Artenay et Toury pour s'y rallier 
aux troupes qu'on envoyait de Paris à son secours 
et à celles qui tenaient la campagne du côté de 
Dreux et de Chartres, et le commandement de 
toutes les forces opposées à l'armée de la Loire 
fut donné au grand-duc de Mecklenbourg. 

Le général Martin des PalUères, qui était à 
Aubigny, avait reçu l'ordre de passer la Loire à 
Gien et d'appuyer le mouvement du général d'Au- 
relle en attaquant les Bavarois de flanc; il était 

(1) A quelque distance de Marcheiioir. 

(2) Les lieutenants de dAurelle à Coulmierri furent les 
généraux Borel, Chanzy, Jauréguiberry, Cathelineau et Li- 
powski. 



i/aRMKE de la LOIRE 1G5 

parti trop tard et ne put arriver à temps pour 
prendre part à l'action, ce qui sauva Von der 
Tliann d'une complète destruction et cmpèclia la 
victoire d'avoir toutes ses conséquences. 

Après la victoire de Coulmiers, il aurait fallu 
que d'Aurelle pût poursuivre Von der Thann et 
achever de le détruire avant sa jonction avec le 
grand-duc, et battre celui-ci à son tour; il aurait 
fallu pouvoir agir rapidement avant l'arrivée du 
prince Frédéric-Charles, ([ui partait de Metz à ce 
moment, et profiter des vingt jours que devait du- 
i-er sa marche sur Orléans. Mais le général d'Au- 
relle (1) et M. Gambettane crurent pas devoir con- 

(1) « Le général en chef connaissait ce qu'il était pos- 
sible de demander à son armée ; malgré tout le courage 
dont elle venait de donner tant de preuves, marcher sur 
Paris après Coulmiers était une tentative insensée, témé- 
raire, c'était exposer celte armée à une destruction cer- 
laine... Avant de se lancer sur Paris, il fallait détruire 
l'armée du prince Charles, qui arrivait de Metz à marches 
forcées ; l'opération contre les lignes d'inveslisscment de la 
capitale n'était possible qu'après la défaite de lennemi qui 
opérait en dehors de ces lignes. A quel danger ne s'expo- 
sait-on pas en lançant à travers les lignes allemandes une 
armée de 70 à 80,000 hommes, de formation récente, mal 
^lourvne d'effets de toute espèce, peu habituée aux fatigues, 
incapable de marches rapides et avec la perspective de 

trouver siu- son flanc droit le prince Frédéric-Charles » 

[La Prcmlire Armée de la Luire, par le général d'Aurelle, 
\K 133.) — Le général Chanzy était d'avis de marcher en 
avant; il croyait qu'on devait profiter de l'isolement du 
grand-duc de Mocklenbourg pour le battre avant l'arrivée 
du prince Frédéric-Charles. (Même ouvrage, p. \ô(').) 



IGG l'akmkk de la loirk 

tkiuer roffensive. L'armée, pensaient-ils, n'étaif 
pas assez nombreuse ; il fallait achever l'organi- 
sation des 17% 18" etSO" corps ; ils espéraient pou- 
voir coordonner leurs opérations avec celles du 
général Trochu, qui n'était pas prêt. On se con- 
centra donc à Orléans, on en couvrit les appro- 
ches par des batteries et l'on convint d'attendre 
(jue l'ennemi vînt nous attaquer dans nos posi- 
tions, que l'on s'efforça de rendre aussi redouta- 
])le3 que possible. 

A-t-oneu raison d'agir ainsi, au lieu de conti- 
nuer le mouvement offensif qui avait si bien réussi 
à Coulmiers? On est tenté de dire que non, cjuand 
on sait quelles ont été les craintes sérieuses du 
({uartier général prussien à Versailles après Coul- 
miers. Les préparatifs de départ furent faits à la 
Préfecture, où résidait le roi, chez le prince royal, 
chez MM. de Bismark et de Moltke ; les malles 
étaient faites et bouclées. Les plus autorisés des 
Prussiens disaient que, si l'armée de la Loire ei 
celle de Dreux s'avançaient, et si Paris faisait une 
.sortie à fond, ils ne pourraient pas résister, qu'ils 
jfavaient plus de troupes à envoyer au secours 
(lu grand-duc, ({u'ils seraient obligés de lever lo 
siège, et qu'ils y étaient préparés. Mais l'armée do 
la Loire se tint sur la défensive ; les mobiles de 
Dreux se battirent mal et furent dispersés par le 



i/armee dk la loirk TOT 

général Treskow, le 17 novembre ; quanta Paris, 
il ne bougea pas. En effet, pendant que la délé- 
gation de Tours et d'Aurelle rassein];)laient une 
armée de secours à Orléans, le général Trochu se 
préparait à aller à Rouen! 

Ce moment, à notre avis, a été le moment déci- 
sif de la guerre; nous avons eu imo chance de 
ressaisir la victoire; mais nous avons laissé échap- 
per l'occasion pour ne plus la retrouver. 

Profitant de l'inaction de l'armée de la Loire, 
le grand-duc poussa une jiointe dans l'Ouest, 
pour attirer à lui une partie de l'armée do la Loire 
et la couper en deux. Maître de Dreux et de Char- 
tres, il marcha sur le Mans, i)Osition militaire de 
premier ordre, par Bretoncelles, Nogent-le-Ro- 
trou cl Bolesmc ; mais aiTiv('' à Conneré, il s'ar- 
rêta, menaça Tours, [)ar Vendôme, toujours pour 
attirer à lui une partie de l'armée de la Loire, 
(]ui sut éviter le piège ; il revint enfin sur Pithi- 
vier^^, où rapfX'liiit le pi'in.ro Frédéric-Chai-les. 

Pondant ce temps, le prince Frédéric-Charles 
arrivait do Metz à marches forcées, en passant par 
I*(int-à-Mousson (5 novembre), Commorcj^ Join- 
\\\\o, lîrii'iinc, Troyes (10 novcmbi'e) et Sons; il so 
(Hrii^eait parNeniourset Montargissui- Pithiviers, 
par où il allait bioiùot se réunir au grand- 
(hic. 



\C,S i/aRMÉE de la LOIRE 

Vers le 20 novembre, M. Gambetta (1) changea 
le plan adopté par lui et le général d'Aurelle après 
Coiilmiers, et qui consistait à se tenir concô.i^tré 
et sur la défensive à Orléans. Il voulut occuper 
Pithiviers, afin de rappeler de ce côté le grand- 
duc qui menaçait Tours (2) ; en conséquence 
M. Gambetta prit la direction des opérations et fit 
marcher le 20- corps (Crouzat) ettune partie du 
15" (Martin des Pallières) sur Pithiviers, malgré 
le général d'Aurelle, qui disait avec raison qu'on 
allait avoir bataille à livrer de ce côté et qu'on se- 
rait forcé de sortir des lignes de défense étab)-les 
en avant d'Orléans. En effet, puisque après Coul- 
miers on avait préféré établir ces lignes à pour- 
suivre les résultats de la victoire, il fallait au 



(1) Exactement M. île Freycinet, ingénieur des mines fort 
distingué, devenu délégué du ministre de la guerre à Tours 
et chargé plus spécialement des opérations militaires et de 
la stratégie de la campagne. Un Polonais, M. de Serres 
(Wieckzfînski). figure aussi parmi les stratégistes de Tours. 
— Ajoutons que MM. Crémieux et Glais-Bizoin étaient op- 
posés aux prétentions de M. Gambetta et de ses conseillers, 
et voyaient avec regret le ministre de la guerre substituer 
son autorité à celle des généraux et donner directement des 
ordres aux corps d'armée. 

(2) On comprendrait l'occupation de Pithiviers et de Mou- 
largis par des forces considérables pour barrer le chemin 
au prince Charles et s'opposer à sa jonction avec le grand- 
duc ; mais alors il faut être décidé à y livrer une grande 
ijataille. 



l'aRMÉK de L\ LOIRE 169 

Ricins en profiter maintenant. Nonol)Stant, le 
mouvement fut ordonné, mais à peine fut-il com- 
mencé qu'on l'arrêta; le général Crouzat dut 
rester à Ladon et le général Martin des Pallières^ 
à Chilleurs ; ainsi on sortait des lignes d*Brfëafns et 
onn'occupaitpasPitAiiviers. En même temps, le 17" 
corps (de Sonis) recevait do Tours l'ordre de se 
porter sur Cliàteaudun contre le grand-duc qui, de 
Vendôme, menaçait Tours. On éparpillait l'armée, 
malgré les justes observations du général d'Au- 
relle, et cela au moment où l'ennemi allait con- 
centrer toutes ses forces pour nous attaquer. On 
croirait vraiment ipi'on a encore affaire aux mêmes 
liommes qui avaient composé notre grand-quar- 
lier-général de Metz; l'infatuation et l'incapacité 
des stratégislcs de Tours étant aussi grandes (pie 
celles de leurs prédécesseurs. 

L'ennemi allait bientôt profiter de nos fautes. 
IvC i)rince Charles arrivait enfin sur le Loing avec 
(piatrc corps d'armée (l''" corps bavarois, 3% 9'" et 
10'' corps prussiens), deux divisions d'inftinterie, 
cin(j de cavalerie et 250 pièces de canon; aussitôt 
il donna l'ordre au grîind-duc de Mecklenbourg 
de venir se Joindre à lui entre Toury et Pithiviers, 
tU marcha coiilre le général Crouzat (20" corps), 
(pii était à Ladon, en l'air, et (jui fui battu après 
un combat acharné (2 1 novembre). 'SI. de Freyci- 

10 



170 l'armée de l.\. loike 

net, de son cabinet de Tours, expédia de nouveaux 
ordres; il fit marcher le 18" corps (1) au secours 
(lu 20'^ et leur ordonna de s'emparer de Beaune-la- 
Rolaude, où le 10" corps prussien, commandé par 
le g'^éralde Voigts-Rhetz, s'était fortement re- 
tranché. Le 28 novembre, le général Crouzat atta- 
qua vigoureusement l'ennemi, et il eût été vain- 
([ueur, si le 18" corps fût arrivé à temps (2) ; mais 
les Prussiens seuls reçurent des renforts et, malgré 
leurs pertes, restèrent les maîtres de Beaune-la- 
Rolaude. Le général Crouzat battit en retraite sur 
Bellegarde avec les 18" et 20" corps qui s'étaient 
admirablement battus. M. de Freyciiiet témoigna 
SI mauvaise humeur de l'échec de Beaune-la- 
Rolande en écrivant au brave général Crouzat la 
lettre la plus dure et la plus injuste. 

Notre droite , par la faute des stratégistes de 
Tours , était hors d'état de combattre pendant 
(juelques jours ; elle avait perdu beaucoup d'offi- 
ciers; la plupart des hommes manquaient de 
chaussures, de guêtres, de sacs, de couvertures, 
et par cet hiver rigoureux, les mobiles de la Haute- 
Loire n'avaient que des blouses et des pantalons 



(1) 11 était alors à Gicn et commandé provisoirement par 
le général Billot. 

(2) Le général Billot n'arriva que le soir, après avoir 
livré les combats de Maizières et de Juranville. 



i/aRMÉE DK la LOIRE Ttl 

de toile usée ; il fallait réorganiser ces deux corps, 
dans lesquels la défaite avait jeté un désordre con- 
sidérable. 

Pendant que ces événements se [)assaient à 
uotre droite, lelT'" corps, quiformait notre exlrême 
gauche, était éloigné de plus en plus du centre 
et d'Orléans. Le général de Sonis, envoyé à Châ- 
teaudun, recevait l'ordre de se replier sur Tours, 
et non pas sur Orléans, s'il était obligé de battre 
en retraite. L'armée de la Loire, le 1" décembre, 
était donc coupée en quatre morceaux ; le 17^ corps 
à Chàleaudan, le IC' à Orléans, le 15" à Chilleurs, 
le 18- et le 20'" àBellegardo, l)attus et hors d'état 
d'agir. 

Pendant la bataille de Beaune-la-Rolande, le 
9* corps prussien avait filé sur Pithivicrs, et en 
occupant cette position importante il assurait la 
jonction du prince Frédéric-Charles avec le grand- 
duc. Après sa victoire, le prince Charles se pré- 
para aussitôt à nous attaquer et à profiler do la 
dissémination de nos forces. 11 resta à PiUuviers 
pour (Hrigerrenseml)lc dos oi)érations et surveil- 
ler notre droite (18*= et 20" corps), et il chargea le 
grand-duc de l'attaque contre le centre et la gauche 
de l'armée de la Loire, dont les corps n'étaient pas 
concentrés et qui, malgré leur isokMuenl, aliaioiit 
prendre l'oflensivc. 



172 l'aKMÉE de la LOIRE 

En effet, M. de Freycinet avait décidément re- 
noncé à livrer bataille dans les lignes d'Orléans, 
et il avait donné l'ordre à l'armée de marcher sur 
Pitliiviers pour appuyer la grande sortie que fai- 
sait le général Trochu. Le 11" corps, qui était à 
Econian, dut se porter sur Orléans ; le 16" corps 
et deux divisions du 15'' avaient l'ordre de marcher 
surPithiviers; le 18'' et le 20= corps devaient se 
diriger de leur côté sur cette ville aussitôt que pos- 
sible. En résumé, le 16^ corps et deux divisions du 
lo*" allaient seuls être engagés. 

Il faut remarquer qu'au moment où l'armée al- 
lait livrer bataille, par la faute des stratégistes de 
Tours elle était disséminée sur une étendue de 
90 kilomètres, entre Bellegarde etLorris, à droite, 
Ecoman et Marchenoir , à gauche , et qu'elle 
n'était pas placée tout entière sous le commande- 
ment du général en chef, d'Aurelle de Paladines. 
Une partie seulement de l'armée recevait ses or- 
dres, le 16'' corps et deux divisions du 15"; mais 
les 18" et 20^ corps, d'un côté, et le 17'' corps de 
l'autre, étaient sous le commandement de M. de 
Freycinet. C'est lui qui les a envoyés au loin d'Or- 
léans, c'est lui qui est l'auteur responsable de la 
dissémination de l'armée, et c'est cette dissémina- 
tion qui est la cause de nos revers. « Le général 
d'Aurelle a toujours eu la ferme conviction, par- 



tagés par tous les officiers généraux sous ses or- 
dres et par tous les gens du métier, que l'armée 
de la Loire, animée d'un ardent patriotisme el 
d'un courage éprouvé, pouvait, étant réunie, cul- 
Initer l'armée i)russienne, qu'elle avait toujours 
battue à forces égales (1). » 

Le mouvement sur Pithiviers commença le l'"' 
décembre par une victoire. Le général Ciianzy 
(16« corps) battit les Bavarois au combat de Yille- 
pion ou de Terminiers. Mais, le 2, la face des affai- 
res changea. Ce jour-là, le général d'Aurelle avait 
devant lui 80,000 hommes (Prussiens et Bavarois) 
commandés par le grand-duc, et il ne put leuj' 
opposer que le 16" corps, deux divisions du 15' et 
sur la fin de la journée une division du 17" corps 
(Sonis), qui arriva épuisée de fatigue sur le champ 
de bataille et refusa de combattre (2). Comme 
toutes les Itataillos modernes, la bataille de Loignv 
(2 décembre) se comi)Ose de {)lusieurs combats 
particuliers, dont les deux [)lus im})ortants sont 
ceux de Loignv, livré par Clianzv avec le 16"' 
corps, à gaui'lie, et de Pouprv, livré ]);ir d'Au- 



(1) La Première Armée de la Loire, jiar \o ^l'iu-ral d'Xn- 
relle de Paladiiies, p. 278. 

(2) C'est cependant à cette divis;iori ([n'appartenaient les 
zouaves pontificaux et les mobiles des Cùtes-dn-Xord. qui 
pi'irent nin' part si j^lurieiisi' à la liatail|.> de I,nio|iy. 

10. 



^74 l'aKMÉE de la LOIRE 

relie, avec deux divisions du 15*= coi^ps à droite. 
Les Prussiens furent battus à Pouprj par d'Au- 
relle, mais Chanzy fut repoussé à Loigny, malgré 
la bravoure de la V division de son corps d'armée 
commandée par l'amiralJauréguiberrj, malgré 
îa défense admirable du 37'' régiment de marche 
dans le village et le cimetière de Loigny, malgré 
l'intrépidité des zouaves pontificaux et des mobiles 
des Côtes-du-Nord qui, sous le commandement du 
général de Sonis et de M. de Charette, essayèrent 
de dégager le 37" et engagèrent avec les Allemands 
une iutte qui restera célèbre dans nos annalef 
militaires. 

La défaite du 16'' corps à Loigny força d'Au- 
felle à battre en retraite pour éviter un désastre 
le lendemain. A ce moment (2 décembre, 4 heures 
du soir), MM. Gambetta et Freycinet renoncèrent 
à donner directement des a ordres stratégiques » 
aux 17°, 18'" et 20" cor-ps ; ils remirent toute 
l'autorité au général d'Aurelle, mais le mal était 
fait, nous étions battus par leur faute. 

x\près la bataille de Loigny, les 16" et 17" corps 
avec le général Chanzy se replièrent sur Beau- 
gency, à l'Ouest d'Orléans, tandis que les 18" et 
5iO" corps se retirèrent sur Gien et Argent, à l'Est 
d'Orléans. Le 15" corps, commandé par le géné- 
ral Martin des Pallières, resta seul pour défendre 



l'armée dk la LOIRI-: 175 

Orléans que le prince Frédéric-CliarJes allait at- 
taquer. En effet, il marcha rapidement de Beaune- 
la-Rolande et de Pithiviers sur Orléans, rallia 
une partie des forces du grand-duc et se jeta avec 
100,000 hommes sur le 15" corps, qui fut battu à 
Artenay et à Chevilly, le 3 décemln-e. Le mémo 
jour, le 20'= corps fut ballu à Chilleurs aux-Bois 
et à la Neuville-aux-Bois. Le 4, le prince Frédéric- 
Charles fut encore victorieux du 15" corps à Ar- 
tenay, à Chevilly et à Cercottes, et du 20'= corps à 
la Neuville-aux-Bois ; enfin le 5, il entra à Orléans, 
que le général Martin des Pallièrcs avait évacué 
la veille pour se retirer à Salbris et à Vierzon (1). 
Pendant ce temps, le général Ducrot était ro- 
[)Oussé à Villiers et à Champigny ; la grande sor- 
tie de Paris échouait ; la victoire de l'ennemi était 
complète. Le quartier-général prussien à Ver- 
sailles fut enfin ratsuré. On s'y demandait cepen- 
dant ce qui serait arrivé avec cette armée fran- 
çaise ([ui avait déployé tant do l)ravoure devant 
Orléans, si Metz n'avait [)as capitulé cl si Bazaine 
avait tenu encore quelques jours. On était d'avis 
([ue la situation de l'armée prussienne devant 
Paris eût été foi't conqiromise. etonse réjouissait 
des succès obtenus, grâce à l'arrivée du prince 

(1) I^'onscmblc des combats livivs du 1" au .") décomhrc 
porte le nom de bataille d'Orléans. 



17(3 l'armée de la loirk 

Frédéric-Charles. Retournons à notre tour et à 
notre point de vue les oliservations des Prussiens 
sur Bazaine, et constatons que c'est lui qui en- 
core à Orléans a été là cause de notre perte. 

Je ne puis terminer cette partie de l'histoire de 
l'armée de la Loire sans dire que les Allemands 
avaient perdu beaucoup de monde dans cette 
série de combats acharnés, les Bavarois sur- 
tout ; des 30,000 Bavarois de Von der Thann, 
il n'en restait plus que 5,000. Nos soldats de la 
Loire avaient vengé les victimes de Bazeilles ; 
vingt-cinq mille de ces sauvages avaient été tués 
ou blessés, oa étaient morts de fatigue ou de 
maladie. Dans ce temps de ramollissement géné- 
ral, la liaine peut sembler étrange; ce n'est ce- 
pendant (ju'à une haine intense que notre patrio- 
tisme pourra se rallumer. 

Le prince Frédéric-Charles laissa les débris des 
Bavarois se refaire à Orléans et disposa ainsi son 
armée. Le grand-duc fut opposé à Chanzy, entre 
la Loire et Chàteaudun ; le 9" corps passa la Loire 
à Orléans et se dirigea sur Blois parla rive gauche, 
où il ne devait pas trouver de forces suffisantes 
])our l'arrêter ; le 3'^ corps fut envoyé à Gien 
conti'e Bourbaki ; le 10'^ corps resta à Orléans en 
réserve. 

De notre coté, la Délégation de Tours destituait 



l'armée de L\ LOIRE 17~ 

les généraux d'Aiirelle ( 1 ) et Mai-tin des Pallières, 
et partageait l'armée de la Loire en deux armées. 
La première armée de la Loire fui donnée à Bour- 
l)aki ; elle fut placée à Bourges et se composait 
des 15% 18"= et 20" corps. La seconde armée de la 
Loire fut donnée au général Chanzy; elle fut placée 
à Beaugency et à Marchenoir, et se composait des 
16% 17'' et 2 r corps, commandés par les généraux 
Jauréguiberry (16'), de Colomb (17'') et Jaurès 
(2r). Bourljaki couvrait nos magasins et notre 
arsenal de Bourges ; Chanzy couvrait Tours, siég^ 
(kl gouvernement. 

Tout le monde croyait la guerre finie et la 
France hors d'état de prolonger la lutte. La guerre 
allait cependant continuer et avec énergie. Chanzy 
avait reculé jusqu'à Beaugency et il y attendait 
fièrement l'ennemi. Le grand-duc alla l'attaquer, 
et le 7 décembre commença la bataille de Yillor- 
ceau ou de Josnes, bataille de cinq jours terminée 
seulement le il, et qui se compose d'une série, 
de comljats opiniâtres et heureux, où nos jeunes 

(1) Los stralégislcs de Tours, pour couvrir li'urs fautet; 
qui avaient, ament: la défaite d'Orléans, ne se contentèrent 
pas de destituer le général d'Aurelle; pour détourner le. 
jugement de l'opinion publique et prévenir ses justes atta- 
ques, ils lancèrent contre le général les accusations les plus 
odieuses et placardèrent jjartout (lu'il avait évacué Orléans 
sans combattre. 



Fis l'armée de la loirr 

troupes firent preuve d'une vigueur et d'une cons- 
tance remarquables. La bataille de Villorceau fut 
livrée au Nord de Beaugency, entre la Loire et la 
forêt de Marchenoir, sur des positions bien choi- 
des et où notre artillerie, parfaitement servie, ar- 
rêta les Allemands. Il fallut que le prince Frédéric- 
Charles fît venir le 3" corps à la rescousse, et 
qu'il attendît le résultat de la marche du 9" corps 
sur Blois , par la rive gauche de la Loire, le- 
ijuel devait tourner l'armée de Chanzy et la for- 
cer à évacuer des positions tient on ne pouvait la 
débusquer. 

Malheureusement, les troupes françaises char- 
gées de s'opposer àla marche du 9"" corps, se lais- 
sèrent surprendre et battre à Chambord, le 9 dé- 
cembre, par l'ennemi qui s'empara de Blois le \2. 
Dès lors Chanzy fut obhgé de se replier sur Ven- 
dôme et la Délégation de Tours de se rendre à 
Bordeaux (1). Chanzy exécuta une retraite diffi- 
eile et dangereuse en pays de plaine, par un hi- 
ver rigoureux et par des chemins couverts de 
neige, de verglas ou de boue. Chaque jour, on 
hitta avec énergie contre la cavalerie et les avant- 
gardes de l'ennemi, qui fut battu le 13 à Morée 
T3t le 14 à Fréteval. C'est à ce dernier combat que 

(1) Tours fut occujié par les Prussiens, le 21 décembre. 



l'aRMÉK de la LOIRE 179 

lui tué le capitaine de frégate CoUel, l'un des 
meilleurs colonels du 2P corps. Ce vaillant offi- 
cier fut enterré sur le champ de bataille par ses 
marins^, à genoux, tête nue et priant sous les obus 
prussiens. 

Chanzy fut attaqué le 15 décembre, à Vendôme, 
par le prince Frédéric-Charles ; il fut vaincu et 
obligé de se retirer sur le Mans. 

Dès lors le désordre commença à se mettre 
dans cette armée jusqu'alors si pleine de bonne 
volonté et de courage ; le froid, les fatigues, les 
marches, les l)ivouacs dans la boue ou dans Is 
neige, les maladies, les combats toujours sui\i& 
de retraite, avaient atîail)li le moral d'une partie 
de nos jeunes soldats. Aussi vit-on, après la ba- 
taille de Vendôme, des soldats et des mobiles se 
débander en grand nombre, gagner l'armée de 
vitesse et arriver au Mans dans l'état le plus mi- 
sérable et le plus honteiLx, attestant une fois de 
plus que ce n'est pas avec des troupes levées à la 
hâte et organisées tant bien que mal sous le feu, 
(pi'on peut, môme avec de bons généraux, lutter 
heureusement ou longtemps contre des troupes 
disciplinées et organisées de vieille date. 

Pendant que la deuxième armée de la Loire 
élait rejetée sur Vendôme et le Mans, la première 
aimée de la Loire, commandée par le généra 



1/^0 l'armke de i,.v loikk 

Bourbaki , était aussi aux prises avec les Alle- 
mands. Nous avons dit qu'après la bataille de 
laoigny, Bourbaki s'était replié sur Gien et Ar- 
genté ; de là il se dirigea sur Bourges et Ne- 
vers, où il devait concentrer et réorganiser son 
armée. Pendant sa retraite, une partie des troupes 
fut battue, le 7 décembre, au combat de Sal- 
bris, après lequel les Prussiens s'emparèrent 
d« Vierzon (le 9) ; une autre partie de l'armée de 
Bourbaki avait été aussi battue près de Gien, au 
combat de Nevoy, le 7. Après la bataille de Ven- 
dôme, le prince Frédéric-Charles, inquiet de la 
destination d'une nouvelle armée de 120,000 
hommes, et craignant qu'elle ne marchât au se- 
cours de Paris, vint étabhr son quartier-général 
à Orléans (19 décembre) pour être plus à portée 
^l'observer et de contenir les mouvements de 
Bourbaki, et il envoya contre lui plusieurs divi- 
sions qui lui livrèrent quelques combats dans la 
Sologne. 

M. Gambetta n'avait cependant pas le projet de 
faire marcher cette armée sur Paris ; il avait ré- 
solu de l'envoyer au secours de Béfoi-t, qui était 
assiégé et se défendait vaillamment, et d'agir 
'4ans l'Est sur les communications et les derrières 
de l'ennemi. A cette période do la guerre, après 
'a défaite de Vendôme, et à ce moment de l'an- 



I 



l'armée de L.V LOIRE 181 

liée, par le froid qu'il faisait et la neige épaisse 
(lui couvrait nos départements de l'Est où l'on al- 
lait jeter l'armée de Bourbaki, ce [)rojet était im- 
praticable et le prince Frédéric-Charles ne pou- 
vait se douter qu'on y pensât. Aussi Bourbaki put- 
il commencer à le mettre à exécution et faire fder 
une partie de ses troupes dans la direction de 
l'Est, sans donner l'éveil au prince Frédéric- 
Charles. Mais, dès les premiers jours de janvier 
1871, la marche des Français sur Béfort étant 
connue, le général de Mollke donna ses ordres. 
La présence de Bourbaki à Bourges, d'où il pou- 
vait se jeter sur Paris ou sur les derrières de Fré- 
déric-Charles, s'il se portait avec toutes ses forces 
contre Chanzy, la présence de Bourbaki à Bourges, 
disons-nous, forçait le prince Frédér'ic-Charles à 
rester à Orléans et à conserver deux corps d'ar- 
mée dans le Berry. Le départ de Bourbaki pour 
la Franche-Comté rendait au pi-incc Fre(h:ùic- 
Charles sa liberté d'action ; il reçut aussitoU'ordro 
de marcher contre Chanzy, de joindre ses troupes à 
celles du grand-duc et d'en finir, si c'était pos- 
sible, avec la seconde arnjée de la Loii'o. Quanta 
Bourbaki, M. de Mollke envoyait à sa [joursuito 
luie nouvelle armée. On ne saurait ti'oii regretter 
(pi'on ait modifié une situation (pu nons était si 
avantageuse, pour adopter un plan de campagne 

OUKIIUE PK 'i870 11 



182 I. "armée de L.V LOIKE 

qui devait aiDener la délaite de Clianzy et celle 
de Boui'lmki. 

Dès le 6 janvier , Frédéric-Cbarles, réuni au 
grand-duc deMecklcnbourcr, était en mesure d'at- 
taquer Chanzy. 

Après la bataille de Vendôme, l'àpreté de l'hi- 
ver, la petite vérole qui sévissait cruellement, les 
fatigues et les souffrances des combattants, avaient 
ralenti les opérations ; une sorte de repos de 
(juelques jours, absolument nécessaire, avait été 
accordé aux deux armées. 

Le général Chauzy en profita pour rétal)lir une 
discipline sévère dans son armée, pour distribuer 
aux soldats de meilleures armes, des vêtements, 
des chaussures et des couvertures, pour réorga- 
niser les ambulances et pour faire, en avant du 
Mans, des travaux de défense sur certaines posi- 
tions iinjiortantes. En même temps, pour fatiguer 
l'ennemi et arrêter, ou au moins ralentir sa 
marche sur le Mans, le général Chanzy lança trois 
colonnes mobiles sur les routes de Vendôme et 
de Chàtcau-du-I^oir, etsur l'Huisne, au-dessus du 
Mans ; elles étaient commandées par les généraux 
de Jouffroy, de Curten et Rousseau, qui livrè- 
rent, du 27 décembre au lo jimvior, vingt-six 
combats aux Prussiens, auxquels notre mous- 



l'aumki-: i)K la lo'.ke 183 

queterie faisait éprouver chaque jour des [)ertes 
L'onsidérablcs. 

Cbanzy espérait tenir sur ses })ositions ])lasieurs 
jours et recevoir deux nouveaux corps, le 10° et 
le 25% qui se préparaient à venir le rejoindre de 
Cherbourg et deYierzon; mais, dès le lo janvier, 
il fut attaqué ]iar le prince Frédéric-Ch.arles et 
00,000 îioiiunes ; on iiiit bon. Le lendeniain, 11 
janvier, Frédéric-Charles, réuni au grand-duc et 
disposant cette fois d'environ 150,000 hommes, 
recommença l'attacpie de nos positions ; il fut par- 
toul repoussé. 11 s'était empan'^ cependant du pla- 
teau d'Auvours qui commandait notre ligne de 
retraite ; mais les zouaves pontificaux, après une 
marche do deux kilomètres sous une pluie de fer, 
avai^'iit ro[»i-is la position, et cette fois encore lo 
Prussien sut ce cpi'était l;i l)aïonnette française 
maniée par des gens de cœur. 

Le 11 janvier au soir, nous étions en droit do 
croire que la bataille était gagnée, et si les Prus- 
siens reveuidonl à la charge, selon leur habitude 
cl avec leur ténacité ordinain^ i! fallait leur op- 
poser la mémo résistance et le:5 l'orccr enfin à lu 
retraite. Mais, à huit heures du soir, un bataillon 
priissieji ayant fait un l'ctouroll'ensif, à noire droite, 
contre la [josition de la Tuilerie, les mobilisés d'Ille- 
ot-Vilaine, ([ui roccujiaioni, furent pris de pa- 



184 l'akmee ue la luike 

nuiue, lâchèrent pied liunteuseraeiit et entraînè- 
rent par leur exemple un grand nombre de nos 
soldats (1). Il fallut l)attre en retraile le 12 au 
matin, en désordre, par les rues et les ponts du 
Mans, où l'ennemi entra presque en même temps 
(]ue nous ; mais les Prussiens épuisés nous pour- 
suivirent peu et de loin. 

La fuite honteuse des mobilisés de Bretagne, 
(|ui était déjà cause de notre défaite au Mans, eut 
encore un autre résultat ; en passant à Coiilie, ils 
jetèrent la panique dans le camp, où des milliers 
de mobiles étaient réunis; ceux-ci se débandèrent 
à leur tour, pillèrent les vivres, détruisirent les 
armes et les munitions, et tous ensemble se sau- 
vèrent en Bretagne. A Beaumont-sur-Sarthe, les 
inol)ilisés de la Mayenne se sauvèrent aussi. 

La France, désorganisée et démoralisée par 
la défaite et par l'esprit révolutionnaire, devait 
boire toute honte. 

Pendant ce temps, l'armée de Chanz\, malgré 
ses fatigues, continuait sa retraite, et, protégée 



(1) Une partie de ces miséral)les se ruèrent sur le chemin 
de fer, où ils trouvèrent un train chargé de blessés; ils les 
jetèrent brutalement hors des wagons et prirent la place de 
leurs malheureux camarades pour se sauver plus vite et 
plus sûrement. L'histoire doit faire conuaitre et flétrir de 
pareils actes. 



l'armée dk l.v L0IU1-: 18ô 

par l'énergie el l'intelligeiice de ses généraux, elle 
tenait tête à l'emiemi aux conil)ats de Sillé-le- 
Guillaunie et de Saint-Jean-sur-Evre (15 janvier), 
et elle arrivait à Laval le IG janvier, se couvrant 
de la Mayenne. 

Après la bataille du Mans, le grand-duc alla 
s'emparer d'Alenron, le in janvier; il roceupa 
après un engagement sérieux contre les francs- 
tireurs de Lipowski. 

Toutes nos forces se concentrèrent derrière l;i 
Mayenne ; le 19" corps, venu de Normandie, ral- 
lia l'armée de la Ivoire; Clianzy se préparait à 
tenter un nouvel etfort, lorsque l'armistico du --^s 
janvier fit cesser les hostilités. 

Aux termes des stijiulations de cet armistice, 
l'armée de la Loire dut se porter au Sud du lleuve, 
derrière la Creuse. L'ennemi, sans combat et 
grâce à la légèreté de M. Jules Favre, devenait maî- 
tre des lignes du Clier, de l'Indre et de la Vienne ; 
Nantes et Bordeauxétaientdécou verts, et ton d)aient 
aussitôt au [xuivoir de l'ennemi , si l'Assem- 
l»l(''e jugeait à propos d(> continuer la guerre. 
M. de Bismai'k, qui avait dich' cet armistice, avait 
complété l'ieuvi-e du g(''néral de Mollke; il avait 
rei^du impossible la l'eprise (]('•, hostilités et s'é- 
tait fait livi'er la Franci^ à discrétion. Four cela, 
il lui avait suffi de savoir tlatler la vanité el d'ex- 



18G i/aiimkk de i.x Lomr; 

ploitcr rignorance de l'avocat qui était venu à 
Versailles défendre les intérêts de la patrie. Nous 
ne comprenions pas, à Versailles, pendant ces 
jours de négociations, les prodigieux-éloges de 
M. Jules Favre qui sortaient de la Préfecture et 
de la rue de Provence (1) : M. Jules Favre, y disait- 
on, était un homme d'État supérieur ; les événe- 
ments l'avaient mûri ; ses progrès dans la diplo- 
matie étaient remarquai)les ; on espérait bien qu'il 
serait nommé président de la République par 
l'Assemblée. Évidemment, ces éloges cachaient 
une ruse, et nous cherchions quelle elle pouvait 
être; quand nous eûmes connaissance de l'armis- 
tice et de ses fatales conséquences, il fut facile de 
voir que M. Jules Favre avait été joué, et qu'en 
natt;uit sa vanité, M. de Bismark avait aclievé et 
complété le triomphe delà Prusse. 

Après la ratification des préliminaires de Ver- 
saiUes par l'Assemblée nationale, la deiLxieme 
armée de la Loire fut licenciée. <( En cinq mois, 
dit le général Clianzy, elle avait reculé de cin- 
([uanlo lieues , mais l'ennemi l'avait toujours 
trouvée devant lui et la laissait entière, debout et 
les armes à la main, au moment où se signait la 
paix, » 

Pour terminer son histoire, il faut encore dire 

(1) où dcniourait M. de Bismaïk. 



i.'aiimkk de i,.v ldire 187 

que l'armée de Chanzy servit en grande partie à 
former l'armée de Versailles qui écrasa la Com- 
mune de Paris ; elle lui fournit 21 régiments d'in- 
fanterie, 3 bataillons de fliasseurs, régiments 
de cavalerie et 1 i balterios. 



XII 



L'armée du T^'o-i'tî 



L'armée du Nord fut organisée peiulant les 
mois d'octobre et de novembre par les généraux 
Farre, Lecointe et Bour]>aki. Elle reçut im assez 
grand nombre d'officiers, de sous-officiers et de 
soldats échappés de Sedan et de Metz , qui lui 
donnèrent de bons cadres ei assez de solidité. Elle 
se composa d'abord du 22"= corps, d'environ 
25,000 hommes, qui allaient être, dès la fin de 
noveml)re, aux prises avec le général Manteutlél, 
envoyé, après la capitulation de Metz, avec le 
8® corps et une partie du 1", occuper les riches 
provinces du Nord de la France, situées entre la 
Seine et la Belgi([ue, et les grandes villes d'Amiens, 
de Rouen et du Havre. 

L'armée prussienne marcha sur Amiens par 
les deux routes de Noyon et de Compiègne, et se 
réunit aux environs de la ville. Le général Farre, 



l'akmék du nord 189 

([ui ne disposait que du 22" corps, voulut cepen- 
dant empêcher (ju'Amiens nv fût j)ris par l'en- 
neini ; il lui livra la l)ataille d'Amiens ou de Yil- 
lers-Bretonneux (27 novembre), fut battu et oijli.ué 
de se replier sur les places du Nord. Amiens et sa 
citadelle tomljèrent au [)Ouvoir de Manteullel (29 
et 30 novembre), qui se prépara aussitôt à mar- 
cher sur Rouen , (jue le général Btiand était 
chargé de défendre avec une vingtaine de mille 
hommes. 

Une colonne allemande, composée de cavalerie 
saxonne, occupait Gisors, et do là rançonnait le 
Vexin depuis longtemps; pour faire cesser ses 
ravages, le général Briand résolut de la chasser de 
Gisors ; il battit les Saxons le 29 novembre à Etré- 
pagny (1) et se porta ensuite au-devant du général 
Manteuflél sur la route de Rouen à Beauvais. 
Mais le 4 décendu-e, il fui batlu au combat de 
Bucliy. Manteullel s'empara de Rouen (5 décem- 
bre), qm ne pouvait être et ne fut pas défendu, et 
le général Briand se replia sur le Havre, où com- 
mandait le général Loysel. Secondé par le ca[)i- 
laine de vaisseau Moiichez et par une municipa- 
lité énergique, le général Loysel mit le liavre en 



(1) Quelques jours apivs. I(>s Saxons roviuroiit à Étrépajîny 
et l'incondièivnl. 

11. 



100 l'ar:\iéf. du nord 

état de défense, et avec ses oO,000 lioinmes et les 
utiles diversions de l'armée du Nord, il sut e-m- 
pêcher les Prussiens de se rendre maîtres do cette 
riche ville maritime, objet de leurs convoitises. 

Pendant ce temps, le général Faidherbe, €onnu 
par ses brillants succès au Sénégal, était nommé 
au commandement de l'armée du Nord, le 3 dé- 
cembre, et conservait comme chef d'État-majorle 
général Farre. Manteutfel, maître de Rouen, se 
préparait à attaquer le Havre, lorsque Faidherl>o 
se jeta sur Amiens avec 30,ooo hommes et 60 ca- 
nons (1). ManteufTel fut obligé de renoncer à son 
entreprise et de marcher contre l'armée du Nord, 
à laquelle il livra, le 23 décembre, la bataille do 
Pont-Noyelles ou de l'Hallue ; il fat jjattu et nou? 
restâmes maîtres des positions. Pour le bien cons- 
tater, l'armée bivouaqua sur les ixtsitions qu'elle 
avait enlevées, par un froid do 8 degrés, sans boi-s 
"jwur faire du feu et avec du paiu gelé })0ur imit 
aliment. 

Mais cette armée, formée comme toutes lea 
autres déjeunes soldats, n'avait pas un tempéra- 



(l) PencLuU co temps, une division volante, commandée 
par le général Lecointo, reprenait la ville de Ham aux Prus- 
siens, le 9 décembre, et faisait capituler la garnison du châ- 
teau, le lendemain 10. C'est l'unique exemjile de ce i^enro 
pendant la t^uerre. 



l/.VUMKt: DU NiiKD 191 

ment militaire assez roijiiste, [tour que l'on pût 
faire avec elle des opérations de Ionique haleine, 
surtout pendant un hiver excepiiomieilement 
rude; l'armée du Nord avait besoin de temps à 
autre d'être reposée et réorganisée. A cause de 
cela, le général Faidheri>e se replia derrière la 
Scarpe, entre Arras et Douai, et y reforma ses ré- 
giments. Le Havre était sauvé et on avait tenu 
tète à l'ennemi, qui profita de notre retraite pour 
chanter victoire et attaquer Péronne. 

Aussitôt, Faidherbe marcha au secours de cette 
ville, et le 2 janvier 1871, il livra le combat de 
Sapignies au général de Gœben, successeur de 
Manteuffel; il le battit et rempoita le lendemain 
(3 janvier) une victoire complète à Bapaume, dont 
les suites auraient pu être considérables, si l'en- 
nemi, qui était en ])leine déroute, avait été pour- 
suivi. 

Malheureusement, le général Roy se faisail 
l)attre pendant ce temps-là, au Sud de Rouen, 
aux combats de la Bouille et do MouhneaiLx (30 
décembre), et aux combats de Bourgachard, du 
Château-Robert et de Bourgtfierouldn ( l janvier^ 
par le général de Bentheim, cliargé de défendie 
Rouen, et qui avait passé la Seine à la nouvelle (h^ 
l'approche des Français. 

A[)rès sa victoire de lîa[»aume, le général Fni- 



192 i/armée ul" nord 

dlierbe, fidèlo à son système, se replia derrière la 
Scarpc, en attendant une nouvelle occasion de 
reprendre l'otlensive. Quelques jours a[)rès sa re- 
traite, Poronne cédait au bouihardenient el capi- 
tulait (9 janvier). 

Inforaié que Paris allait faire un dernier effort, 
le général Faidiierbe sortit de ses ciuitonnements 
et marcha contre les Piiissiens pour faire diver- 
sion et attirer sur lui une ])artie des forces alle- 
mandes. Son armée comptait alors environ cin- 
quante mille hommes, répartis en deux corps, le 
Sa"" (général Lecointe) et le 23" (général Paulze 
d'Ivoy). Faidherbe se dirigea sur Saint-Quentin. 
La plupart de nos soldats n'avaient que de détes- 
tables chaussures à semelles de carton, que d'in- 
fâmes fournisseurs avaient livrées à l'intendance; 
aussi presque tous allaient-ils pieds-nus. Des 
pluies torrentielles rendirent encore plus péni- 
ble la marche de l'armée. Saint-Quentin tomba en 
notre pouvoir le 15 janvier; l'ennemi fut battu le 
18 janvier au comljat de Vermand, mais le 19, le 
général de Gœben gagna la bataille de Saint- 
Quentin, qui obligea Faidherbe à se retirer sur 
les places du Nord. Guben le poursuivit et devint 
maître du pays jusqu'à Arras et Candjrai, mais les 
opérations furent alors arrêtées par l'armistice du 
28 janvier. 



XIII 



Opéi-atlons dans l'Est 



Après la bataille de Reichsliofen et la retraite 
(lu maréchal Mac-Ma!ion, nos provinces de l'Est 
furent abandonnées aux Prussiens, c[ui se mirent 
aussitôt à assiéger les noml)reuses places fortes 
(ju'elles renferment. Aucune de ces places n'était 
armée et en état de supporter un siège; leurs ma- 
gasins étaient vides ; leur garnison et leurs nuuii- 
tions insuffisantes. Toutes avaient été construites 
au temi)S de Yaul)an, à une épo([ue où l'artille- 
rie ne i)ortail pas beaucoup au delà de cin(| à six 
cents mètres, et nulle n'avait ses abords protégés 
par des ouvrages destinés à empêcher l'artillerie 
prussienne de les l)ombarderà grande distance; 
aussi la i)lu[)art de ces i)laces furent-elles réduites, 
sans (pie l'ennemi ait eu besoin de recourir à au- 
cun système régulier d'opérati(3ns de siège; elles, 
succombèrent sous la formidable artillerie dirigée 



194 OPKHATIOXS DANS LEST 

contre elles et qm les démantelait à six et sept 
mille mètres de dislance, sans qu'elles pussent 
répondre, ou qui les bombardait et les incendiait 
«le loin sans qu'elles pussent se défendre. 

On ne peut s'expliquer comment le génie mili- 
taire, môme son esjn^it de routine étant adûiis, 
et le gouvernement, malgré son imprévoyance, 
avaient conservé plusieurs de ces places, trop pe- 
tites pour être utiles, et comment ils n'avaient 
rien fait pour mettre les places vraiment néces- 
saires en état de résister sérieusement à l'artille- 
rie nouvelle. 

Dès le 9 août, les Prussiens commencèrent le 
•siège de Strasbourg. Le général Werder avec en- 
viron 50,000 hommes fut cliargé de cette impor- 
tante opération. Malheureusement Strasbourg 
n'avait que ses anciens remparts, et, n'étant pas 
protégé par une ceinture de forts détachés destinés 
à éloigner les batteries ennemies et à en>pôcher 
le bombardement, Strasbourg n'était plus la 
grande position militaire d'autrefois. La 'sille 
n'était pas en état do défense; la garnison, com- 
posée surtout de mobiles et de gardes nationaiLx, 
ne comptait que 12,000 hommes, dont 3,000 bons 
soldats seulement; encore était-ce le hasard qui 
les avait amenés à Strasbourg après la défaite de 
Reierhshofen; ilj avait peu d'artilleurs et pas de 



OPÉRATIONS DAN:* l'eST 195 

soldais du génie ; rartiilerie était insuffisante et 
inférieure à celle des assiégeants par le nombre, 
le calibre, la portée et la justesse; les magasins 
renfermaient peu de projectiles, de munitions et 
<le Aivres. Dans de pareilles conditions, la défense 
deyait être el fut en etfet médiocre et courte. Les 
Prussiens bombardèrent et bridèrent la ville en 
partie, j jetèrent 194,000 projectiles, firent deux 
brèches au rempart et allaient donner l'assaut, 
quand le général Uhrich capitula le 28 septembre. 

Pendant ce temps, altsolument libres de leurs 
mouvements, les Prussiens boral)ardai€nt et fai- 
saient capituler nos places de l'Alsace, de la Lor- 
raine et de la Champagne. Ils s'emparèrent de 
Lichtenberg (10 août), de Schelestadt (24 octobre), 
du r'ort-Morlier (7 novembre) et de Neuf-Brisach 
(10 novembre); ils investissaient Bitehe, Phals- 
bourg et Béfort. L'Alsace était conquise, à l'ex- 
ception de ces trois villes, qui opçvosèrent à l'en- 
nemi une résistance énergique, dont on racontera 
plus loin les glorieux détails. 

Après les placesdef Alsace, les Allemands atta- 
quèrent celles de la Lorraine. La possession de 
Toul leur iiiiporlail plus paiiiculièrenienl imcui' 
établir leurs communications régulières entre le 
Rhin et Paris. Dès le IG août, Toul fut atlaipié ; 
anais, malgré la belle défense du commandant 



lOG OPÉRATIONS D.VNS LEST 

Huck, la ville, bombardée et l)mlée, fat obligée de 
se rendre le 23 septeii]l)re. Verdun succomba à 
son tour, le 8 novembre ; mais la résistance avait 
été telle, c[ue le commandant de la ville, le brave gé- 
néral Guérin de Waldersbacb, dicta ses conditions. 
La forteresse et la ville de Verdun, avec tout le ma- 
tériel, armes, archives, caisses, devaient être remis 
aux Prussiens « à la condition expresse d'être ren- 
dus à la France ajirès la conclusion de la paix; « 
la garnison devait être prisonnière de guerre, ex- 
cepté les mobiles de Veitlun et la gendarmerie; les 
soldats conserveraient leurs sacs et leurs effets; les 
officiers obtenaient les conditions les plus avanta- 
geuses et les plus honorables, et A^erdun devait 
être dispensé de toute contril)ution de guerre, de 
réquisitions et de logements militaires. 

Les obus et l'incendie rendirent les Prussiens 
maîtres de Montmédy (13 novembre), do Thion- 
vihe (24 novemltre), de Mézières (2 janvier) et de 
Longwy (25 janvier). Rocroi fut enlevé par un 
coup de main le 5 janvier. 

Pendant que les Prussiens jjombardaicnt et 
prenaient nos places fortes, le général Werder 
était placé, après la chute de Strasbourg, à la tète 
du 14" corps(l); il était chargé de disperser les corps 

(1) Ce nouveau corps était formé de la division badoise 
el de deux divisions de landwehr. 



Ol'ÉKATION.S DANS l'kST ' 197 

l'rancs et les (létuclieinents isolés qui occultaient 
encore les Vosges, et d'inspirer la terreur aux 
liabitants, ce qu'il obtint par de cruelles et nom- 
breuses exécutions. Ce fut le major Von Degen- 
feld, avec une i)rigade î)adoise, qui accomplit cette 
mission. Il passa les Vosges, qui furent mal dé- 
fendues, et livra aux francs-tireurs et aux mol)iles 
des Vosges, commandés par le général Dupré, les 
coml>ats de Champenay (4 octobre), de Raon l'E- 
tape et de Saint-Dié (5 octobre), d'Etival ou de 
Nomi»atelizo (G octoltre) et d'Épinal (12 octobre). 
Kpinal fut occupé le 14, et Werder, (jui avait re- 
joint son lieutenant, prit Vesoul le 18 octolire, A 
ce moment, Wei'der était maîli'e de toutes les Vos- 
ges et des Faucilles, et pouvait pénétrer dans les 
vallées de la Saône et du Doubs, 

Le général Cambriels avait été chargé de dé- 
fendre Béfort et les Vosges avec 50,000 hommes, 
mais dénués de tout et se comportant mal au feu; 
attaqué dans toutes ses [)ositions et craignant de 
se voir enfermé dans les montagnes, il se replia 
sur Besanron, où il ne ramena que 3U,ouO hom- 
mes; le i-estc avait fondu en chenun, Werder ré- 
solut do marclier contre lui et se [lorla de Vesoul 
sur Besançon; mais Cambriels résista avec énergie 
à Cussry-sui'-l'Oigiion (-.'J octol)re) et forra l'en- 



198 opKiivnoN.s DANS l'k.st 

îieiiiiù rebrousser cheiuin; Werder alla s'établir 

à Gray (24 octo])re). 

De cette ville, devenue pour un uioment le cen- 
tre de ses opérations, il envoya dans tous les sens 
<Jes détachements charités de réprimer le soulève- 
ment de la population, qui partout avait pris les 
armes, mais sans direction et sans ensemble. Les 
Allemands fusillèrent impitoyablement les prison- 
niers et Itvs otages. Le 31 octoirre, AVerder occupa 
Dijon, après le combat de Saint-Apollinaire et 
le bombardement de la ville, mais il fut bientôt 
obligé d'évacuer Dijon et de retourner à Vesoul 
pour dissoudre les nombreuses guérillas C[ui s'é- 
taient reformées dans les Vosges et la Lorraine 
méridionale, et qui menaçaient ses derrières. 

Pendant ce temps, M. Gambetta réorganisait à 
Besançon l'armée do l'Est, dont il donnait le com- 
mandement au général Crouzat; il lui ordonnait 
de laisser une garnison de 15,000 hommes à Be- 
sançon et de venir, avec le reste de l'armée, à Cha- 
gny, entre Dijon et Chalon, pour protéger Lyon 
qui était à découvert (1); mais l'arrivée du prince 
Charles sur la Loire et la nécessité de donner au 
f,fénéral d'Aurelle toutes les forces dont on pou- 
vait disposer, obligèrent la délégation de Tours à 

(1) Le général Crouzat arriva à Cliagny le 12 novembre. 



ori'-:K.\.TioNs DANS l'est IW 

faire venir à Orléans le général Croiizal et ses 
40,000 hommeis, dont on forma le 20'' corps. L'Est 
était dégarni et n'allait plus avoii- d'autres défen- 
seurs que les bandes de Gariljaldi, à Aulun, et la 
«livision Crenier, à Beaune (1). Les Prussiens 
avaient leurs communications libres et assurées 
depuis Orléans et Paris jusqu'au Rhin ; rien ne 
troublait leurs convois, leurs transports de muni- 
tions, de canons et de trou[)CS. 

Garibaldi était arrivé à Tours le ecto'orc, non 
pas pour défendre la France, à laquelle il voulait 
enlever Nice, mais pour profiter des cireonstaTi- 
ces, travailler avec ses bandes révolutionnaires à 
l'établissement de la République universelle, et 
surtout pour continuer avec elles cette vie d'aven- 
tures ([ui rajtpolle celle des condottieri des xir'' et 
XV'- siècles, La révolution européenne et l'interna- 
tionale se donnaient rendez-vous en France et, 
sous prétexte de combattre les Prussiens, organi- 
saient leurs armées dans notre malheureux paj'S, 
destiné à devoTiir le foyer de nouvelles révolutions. 
En attendant (pi'clles pussent entrer à Paris et s'y 
Joindre à leurs coreligionnaires, les bandes gari- 



(1) Lo général CrciiKn* était un Jcuiio capitaiiio d'Etat-nia- 
Jor, no.Timé général do division par M. Gambotta ; sa divi- 
sion, foiio de 15 à 20,000 iiornmes, se composait de mobiles, 
princiiL-ilemcnt de mobiles lyonnais. 



200 oi'ÉKvno.N.s D.vNs l'est 

baldiemies se réunissaient à Autim, où accouru- 
rent des Polonais, des Italiens, des Américains, 
des Espagnols, des Albanais, en un mot, tous 
les révolutionnaires de l'Europe. Le 27 octobre, 
à Amanges, Garibaldi puljliait une proclamation 
dans laquelle il disait cpi'il fallait fonder la Ré- 
})ublique universelle ; elle le sera, ajoutait-il, par 
le noyau cosmopolite qui est en train de se former 
au sein de la république française par les élus de 
toutes les nations. Pour compléter la pensée du 
maître, un de ses officiers d'État-major, M. Ordi- 
naire, déclarait que la patrie devait disparaître 
devant la Répul)li(pie. 

La Délégation de Tours avait eu le tort grave 
d'accepter le concours de pareils alliés, qui du 
reste ne devaient pas nous servir à grand'chose. 
Garibaldi fut d'abord envoyé à Besançon (14 oc- 
tobre) avec le titre de général en chef des forces 
de l'Est, mais il n'avait pu s'accorder avec aucun 
général français, et on avait dû lui donner un com- 
mandement séparé et l'envoyer à Autun. Il est 
bon de savoir ce que les Alleuiands pensent de ce 
personnage : a De tous les chefs un peu notables 
de cette lutte gigantesque, dit M. de Wickede, le 
vieux Garibaldi a l)ien prononcé le plus de paroles 
inutiles, et en réalité, fait le moins d'exploits; 
il mérite, par son excès de négligence, d'être 



Ol'KK.VTlDNS IIAN.S I.'kST 201 

vraiment liomri. Au lieu de fai:-e la pclile guerre 
avec énergie en octobre et novenil)re, où il pou- 
vait nous nuire extrêmement, et de s'avancer sur 
Nancy et Bar-le-Duc, il ne bougea pas, se bor- 
nant à lancer les proclamations les jilus ampoulées 
et les plus folles. Il nous a j)lulùt été utile (pie nui- 
sible, et, si les autres généraux et les autres ar- 
mées avaient resseml)lé à lui et à ses bandes, 
notre victoire ne nous aurait pas coûté aussi 
cher. » 

En etret, à Autun, Garibaldi et son État- 
major(l) tirent surtout laguerre aux « cléricaux » ; 
ils se livrèrent à toutes sortes de violences contre 
le clergé; étrangers soldés par la France , ils 
jugèrent et condamnèrent des citoyens français ; 
ils pillèrent, envahirent et profLUièi'ent les sémi- 
naires et les églises ; bref, on a àAulunle |)ro- 
logue de la commune du 18 murs. Ja'S protes- 
tations de révèijue d'Autun et des archevè([ues 
de Tours et de lîesanron, et les ordres de la Dé- 
légation de Tours mirent enfin un liMiiie aux 
excès de ces i)andes. Le nombre (h_\s coinlialtants 
sérieuxélail de deux à trois mille, parmi l(\S{|uels 
il y avait (piei(pies officiers forl braves, les deux 

.1) A la tète duquel était le ^oiirral Uurddiie. Ce prétendu 
i;t'néial italien n'était qu'un ox-iiharraaciea d'Avigiinn, 
nommé Bot'd(jn. 



202 OI'KKATIOAS DANS l'eST 

lils de Gai'ibakli, Bossack, etc. Quanl au reste, ii 
se composait de soldats d'opéra-comique, vctus 
de coslLimes de tljéàtre, aux couleurs éclatantes, 
et coitîos de feutres à [)liinies; on coni[)tait pour- 
ces quinze mille hommes deux cents colonels ! 

Aussitôt que le ij;énéral Werdei- eut quitté 
Dijon, les GariJ3aldiens entrèrent dans la ville; 
mais Werder y reviat le 14 novembre et en fit 
dès lors sa base d'opérations contre Garibaldi et 
Cremer, dont les mouvements auraient dû au 
moins être combinés. 

Au lieu d'agir avec enseml)le, Garibaldi se 
porta seul contre Dijon, battit les Prussiens à 
Pasques et à Lantenay (27 novembre), et les re- 
foula jusque dans Dijon; mais le soir, Werder le 
repoussa à son tour et le força à se retirer à Autun, 
où les troupes ({ui -poursuivaient les Gari'Daldiens 
furent battues le 1" décembre. 

A ce moment, le général Cremer commença 
son mouvement; il battit les Prussiens à Chà- 
teauneuf (3 décembre), mais il j^erdit la jjaîaille 
de Nuits (18 décembre); la victoire, vivement dis- 
putée, ne donna aucun l'ésultat à l'ennemi. 

Jusque dans les derniers jours de décembre,- 
l'Est de la France n'avait pas été le tl)éàtrc d'évé- 
nements bien in]portants; les grandes opérations 
vont commencer à cette époque. Après la bataille 



OPÉRATIO.NS DANS LKST 201^ 

de Loignj (2 déceml)ro), (kms laquelle l'armée 
de la Loire avait eu le dessous, les 15% IH'' el 20'^ 
corps s'élaioul retirés à Bourg'cs; on en avait 
Ibrnié la première armée de la Loire, qui fui 
donnée au général Bourbaki; au ISdécembre, elle 
comptait cent mille hommes et 300 bouches à 
feu. On a vu (p. 181) que cette armée tenait en 
échec le prince Frcdéric-Cliarles à Orléans ; il 
craignait avec raison que Buarbaki ne voulût se 
porter sur Paris. Tel était, en etlét, le [)rojct de 
Bourbaki. Il voulait passer la Loire à la Charité 
et à Cosne, et débou<-lier sur Paris par Fontaine- 
bleau. ^L Oainbella et son entourage repoussè- 
rent ce i)rojel et eurent la malheureuse idée- 
d'envoyer la lu-emière armée de la Loire au se- 
cours de Béfort. Ils se laissèrent entraîner par 
resj)oir de couper les conmuinications do l'en- 
nemi et d'o!)tenir ainsi de grands résultats; mais 
par l'hiver rude ([u'il faisait, était-il prudent de 
jeter de jeunes soldais })cu agucn-is dans les 
neiges du Jura? 

On décida lo 20 décembre que le 15" corps 
(Martineau-Descbenez) resterait à Vieizon ])()ur 
protéger Bourges el son arsenal, et aussi [)our 
couvrir le mouvement des deux autres corps (1) ;. 

(l) Le 15" corps rploi^Miit plus lanl ranui''(' de l'Est. 



■^04 OI'KR.VTIONS DANS l'eST 

que le IS'" corps (Billot) et le 20'' corps (Clinchant), 
forts d'environ 70,000 hommes, seraient trans- 
portés en chemin défera Dijon, pour, après avoir 
repris cette ville, aller à Besançon rallier le 
24" corps (Bressoles) et la garnison de Besançon, 
comptant à eux deux environ 50,000 hommes; 
enfin, que Garibaldi et Cremer seraient placés 
sous les ordres de Bourbaki. Arrivé à Besançon, 
Bourbaki devait décider, suivant les circonstances, 
s'il marcherait au secours de Béfort ou s'il ferait 
une pointe dans le grand-duché de Bade. Pour 
réussir, cette expédition exigeait tout d'abord 
d'être menée rapidement, afin d'empêcher l'en- 
nemi de rassendjler des forces et d'envoyer 
des secours au général Werder. Malheureuse- 
ment le transport des hommes, du matériel de 
guerre et des approvisionnements s'effectua avec 
une lenteur et un désordre extrêmes; l'État-ma- 
jor, l'intendance et les administrations des che- 
tnins de fer, non exercés à ces transports, ne 
s'entendirent pas et furent bientôt en lutte ; le 
matériel des compagnies était insuffisant; l'ar- 
mée et l'intendance se disputaient les wagons et 
la voie; ici, des trains de soldats, là des trains 
de vivres obstruaient la ligne sur laquelle tout 
s'encombrait et ne pouvait plus avancer. Des 
con vois de tronpes restèrent trois et quatre joursà la 



OPÉRATIONS DANS I.'eST 205 

même place, sans vivres, par 15 degrés de froid, et 
pendant ce tem[)S des convois de vivres étaient 
aussi arrêtés plus loinet ne servaient à personne. 
Le transport du 15' corps de Bourges à Besançon 
demanda dix jours. Le prince Frédéric-Charles 
ignora pendant une semaine la marche de l'armée 
sur Besançon, mais Bourl)aki perdit le bénéfice 
du secret de ses opérations en les faisant avec 
la lenteurdéplorable que nousvenons de signaler. 

Le 27 décemi)re, nos premières divisions arri- 
vèrent enfin à Chalon et Chagny, et menacèrent 
sérieusement le général Werder, dont les 50,000 
soldats étaient disséminés. Quinze mille assié- 
geaient Béfort; ;les trente-cin([ mille autres 
étaient les seules forces (pie Werder pouvait op- 
poser à Bourbaki, et pour cela fallait-il d'abord 
les réunir, car ^^'erder, chargé d'occuper plu- 
sieurs départements, avait été forcé de (Hsi)erser 
ses troupes. La lenteur de nos mouvements lui 
i[)eiinil de concentrer toute son armée et d'é- 
cliap[)er à une défaite qui eut été certaine, si, 
comme on aurait dû le faire, on l'avait attaqué 
ra|ii(lemenlel l)attueii(k''tail. IIomiiKMlert'sohilinn 
et d'énergie, le général Werdoi- évacua Dijon et 
rallia tout son monde à Ycsoul. 

Les 18* et 20" corps se réunirent à Dijon au gé- 
néral Cremer et à Carihaldi, et se (Hrigèrent sur 



306 OPÉUATIONS DANS l'eST ' ' 

Besancon par lu voie de fer. C'est surtout dans 
cette partie de la marche de notre armée que les 
embarquements et les transports se fii-ent avec 
une lenteur incroyable et que le désordre attei- 
gnit ses dernières limites; enfin on arriva à Be- 
sançon, où l'on rallia le 24« corps. La première 
armée de la Loire, devenue l'armée de l'Est, 
comptait alors 150,000 hommes et 400 bouches à 
feu, et se composait des 15% 18% 20*= et 24'' corps^ 
de la division Cremer et d'une réserve comman- 
dée par l'amiral Fallu de la Barrière. Garibaldi 
était chargé de garder Dijon, d'arrêter les ren- 
forts qu'on enverrait certainement à Werder et de 
protéger les derrières et la ligne de retraite de 
l'armée de l'Est. Ce n'était pas à des bandes de 
partisans et de francs-tireurs qu'il fallait confier 
une i)areille mission. Bourbaki commit la faute 
grave de donner aux Garibaldiens la garde de ses 
communications; il devait occuper lui-même I)ôle 
et Mouchard, et s'assurer, en y mettant de bon- 
nes troupes, la possession certaine de ces deux 
points essentiels et si faciles à défendre. S'en 
rapportant à Garibaldi du soin de conserver sa 
ligne de retraite, Bourbaki porta donc toutes ses 
troupes sur Besançon et Clairval, et décida que 
l'armée marcherait sur Béfort pour en faire lever 
le siège. Il se diriî;-ea d'abord sur Yesuul et cher- 



OPKRATIONS DANS LKST 207 

cha à couper Werder do P.oibrt en luarchant sur 
Villersexel ; en même temps il envoya la division 
Cremer sur Yesoul par Gray, pour prendre l'en- 
nemi par derrière. L'armée reçut l'ordre de se 
mettre en mouvement; le 2-]' eorps partit de Be- 
sançon, le IS*" et 16 20" partirent d'Auxonne ; le 
15" corps resta à Clairval, où il parait avoir été con- 
duit un peu au hasard, triste excn)[)le du désordre 
(jui avait présidé au transport do l'armée deTP^sl. 
Les trois corps qui se portaient sur Bélbrt re- 
montèrent l'Oignon, rivière ([ni coule parallèle- 
ment au Doubs et se jette dans la Saône; ils se 
dirigeaient sur Villersexel, gros village situé en- 
tre Vesoul et Eéfort. La halaillc s'y engagea le 
janvier, et après dix heures de cOiiîl)at, \\'crder 
était obligé de battre en retraite. Si le général 
Cremer se fut trouvé à Lure, à ce moment, comme 
il en avait reçu l'ordre, la retraite de Werd(M-é:ail 
coupée et notre succès était com|)let; mais Cre- 
mer no se trouvait pas à Lure, et Werder [)ut nous 
échai)por et se retirer sur Défort. Le in et le II, 
Bourhaki inai'cha lentement sur Montbéliard et 
ilonnaà Werder le loinps de fortifier les hauteurs 
d'Héricourt, en avant doBéforI, haiitevu^s qu'il avait 
choisies pour nous y livrer une bataille défensive. 
Le 12, on repoussa les Prussiens au couibal 
il'Arcey, entre Villersexel et MonthéUard; le 1:5, 



208 OPÉRATIONS D\NS l'eST 

on les chassa de Montbéliard, sans pouvoir ce- 
pendant leur enlever le château; enfin le 14 on 
arriva devant Héricourt où, grâce à nos lenteurs, 
Werder s'était retranché d'une manière formida- 
ble à l'aide de i)ièces de siège amenées de Béfort 
et dont les obus allaient décimer nos régiments 
lancés à l'assaut de ces redoutables positions. Le 
15, le 16 et le 17, l'armée de Bourbaki attaqua 
avec vigueur les positions de l'ennemi et lui livra 
une série de combats acharnés désignés sous le 
nom général de bataille d'Héricourt. Malgré la 
bravoure de nos jeunes soldats et leurs succès sur 
quelques points, à Chenebier par exemple, ils fu- 
rent repoussés par l'artillerie prussienne, et de- 
vant l'impossibilité d'enlever ces inexpugnables 
positions, il fallut, le 18, battre en retraite sur 
Besancon, après trois jours de sanglants combats. 
Le fnnd était dois degrés, l'armée manquaitde vi- 
vres, les routes étaient détestables etencombréesde 
neige; aussi, pendant cette retraite de cinq jours, 
lesoldatsouffrit cruellement du froid et de la faim. 
Pendant ce temps, le général de Moltke, pour 
secourii- AVcrder , formait une armée de 
50,000 hommes qu'il plaçait sous les ordres 
du général Manteuffel (1); elle se composait du 

(1) Le général ManteufTel fut remplacé à l'armée tlu Nord 
par le général de Gœhen. 



OPÉRATIONS DANS l'eST 209 

7" corps, qui vint de Metz, et du 2" corps qu'on 
enleva à l'ai-niéo qui investissait Paris (1). A^'er- 
(ler devait faire aussi partie de la nouvelle armée, 
qui prit le nom d'armée du Sud. Le général Man- 
teutTel s'avança par Cliàtillon-sur-Seine, Semur, 
Is-sur-Tille et se jtcrta sur Gray où il arriva le 
19 janvier (2) ; il y appi'it la retraite de Bourl)aki 
sur Besançon et se i)répara immédiatement à lui 
couper sa ligne de retraite sur Bourg et Lyon. 
Cette manœuvre lui était facile à exécuter, puisque 
Bourl)aki avait négligé d'occuper Dùle et ({ue 
Garibaldi, qui devait couvrir les derrières de l'ar- 
mée de l'Est, n'avait rien fait pour cela et l'avait 
laissée com|ilétement à découvert en n'occupant 
ni Gray, ni Dole. Garibaldi conqiléta sa faute en 
se laissant tromper par Manteufl'el. Pour lui ca- 
cher sa marche sur Dùle, ALanteuffel lança une 
brigade sur Dijon; Garibahb se battit trois jours 



(1) Le 2° corps se mit en marche le 3 janvier. On voii 
(|ne la mollesse de la défense de Paris permettait à riMiin'mi 
de dép;arnir l'armée d'investissement, an détriment de nos 
sïénéranx de i)rovinci'. C'est ce dont se plaignait jnstement 
la I)é!éj:fation de Tonrs dans les dépérlies qn'eil adressait à 
MM. .Jules Favre et Trochn. 

(2) On ne peut s'emi)ècher de faire remarquer la lenteur 
de sa marche et de dire que \\'erder s'était tiré d'affaire 
grâce à son énergii' et à la rapidité de ses mouvements. 
Quelle belle partit^ un avait à jouer à ce moment en bat- 
tant \\'en]er jjuis :\Iauti'iill'el ! 

12. 



210 Oi'lîiiATIOiNS DANS LEST 

eontre elle (20-22 janvier), détruisit un régiment 
prussien, prit un drapeau, mais pendant ce temps, 
Manteuftel marchait sur Pontailler et occupait 
Dùle (20 janvier). De là, il envoya le 2= corps à 
Mouchard pour couper à Bom^baki le chemin de 
fer d<3 Besançon à Lyon, et avec le n^ corps il se 
porta sui' Besançon, par Saint-A'it, où il arriva le 
22 janvier. En même temps une division de 
Werder passait le Doubs à Baume-les-Dames, 
repoussait le 24*^ corps, qui se l)attit mal, fran- 
chissait les gorges du Lomont et marchait sur 
Pontarlier pour nous tourner sur notre droite. 

Pendant (|ue s'exécutaient ces marches qui 
allaient bientôt avoir pour résultat Tenveloppe- 
ment de l'armée de l'Est rasscnnblée autour de 
Bestmçon, le général Bourbaki hésitait, perdait 
son terijps à des marches inutiles qui fatiguaient 
et achevaient de démoraliser ses soldats exténués, 
gelés, mal nourris, mal vôtus, encore plus mal 
ehaussés. Bourbaki aurait dû, dès le 22, se jeter 
sur les Prussiens et leur livrer bataille pour rou- 
vrir ses communications par Dole ou par Mou- 
chard. Le -24, jugeant la partie perdue, il voulut 
se brûler la cervelle, mais ne parvint pas à se 
tuer. Le général Clinchant prit le commande- 
ment de l'armée le 25, et battit en retraite aussitôt 
sur Pontarlier, où l'armée arriva le 28, après 



OPÉRATIONS DANS l'eST 211 

avoir traversé un pays montucux, couvert (rmi 
mètre déneige, sans ressources, et dans lequel le 
froid et la faim fiient é[)rouver de cruelles souf- 
frances à l'armée, dont le quart se débanda en 
roule. Le 24'' corps arriva aussi à Pontarlierdans 
un désordre conijilet. 

Pendant ce temps, le général Manteuffel, tout 
en s'avançant avec le gros de ses forces sur Pon- 
tarlier, faisait marcher le 2" corps de Mouchard 
et tl'Arbois sur Champagnole, qui fut occupe le 
28; la route de Lyon par Bourg nous était coupée, 
«t le général Clinchant n'allait plus avoir d'autre 
moyen pour échapper aux Prussiens (|ue de se 
retirer €11 Suisse. Pour essayer de lui ouvrir une 
issue, M. Gamhetta donna l'ordre à Garibaldi, 
([ui était toujours à Pijon, de se Jeter sui* Dole el 
sur Arbois. En attaquant ainsi les derrières de 
Manteuftel, on avait la chance d'arrêter sa mar- 
che en avmit, de forcer le 2" corps à rebrousser 
chemin, de rouvrir la route de l'ontai'lier à Bourg 
et de permettre au général Clijicliant de faire un 
ellbrt pour se dégager. 

Le 28 janvier, Garibaldi se mit en mouvement, 
et le 2'J il occupait le Moiil-Rolland, belle posi- 
tion ([ui conunande Dole. Les Prussiens, peu 
nombreux, évacuèrent Dole aussitôt et se retirè- 
rent à Pesmes. 



212 OPÉRATIONS DANS LEST 

Le 29 , ManteiiOel marchait sur Pontarlier , 
nous Ijattait à Sonil^acoiirt et à ChafiFois, nous 
rejetait sur Pontarlier et faisait avancer le 2" corps 
de Champag-nole à Frasnes, resserrant de plus en 
plus le cercle qui envelopjiait l'armée de l'Est. On 
ne sait ce qu'auraient produit la diversion tentée 
par Garil)aldi et son entrée à Dole, qui allait avoir 
lieu le 30, car dans l'état de délabrement où était 
tombée l'armée du général Clinchant, il serait té- 
méraire d'affirmer qu'elle fût encore capable de 
faire l'effort nécessaire pour reprendre de vive 
force sa ligne de retraite- Tout ce qu'il est permis 
de dire, c'est que cette dernière chance de salut 
nous fut encore enlevée parla faute de M. Jules 
Favre. Le 30, en effet, le mouvement de nos trou- 
pes fut arrêté par la nouvelle officielle de la con- 
clusion d'un armistice. 

Le 29 janvier au matin, M. Gambetta avait 
reçu à Bordeaux une dépêche de M. Jules Favre, 
qui lui annonçait la conclusion d'un armistice de 
vingt et un jours et se terminait par ces mots : 
<( Faites connaître cette nouvelle à toute la 
France et faites exécuter l'armistice. » On ne pré- 
venait pas M. Gambetta de l'exception qu'on 
avait demandée et obtenue pour l'armée 



OPÉRATIONS DANS l'eST 213 

de l'Est ot pour Béfort (1). En conséquence, 
le ministre de la guerre expcilifi au général Clin- 
chant et à Garii)aldi l'ordre de suspendre immé- 
diatement les hostilités et de se concerter avec les 
généraux ennemis pour tracer les lignes de dé- 
marcation entre les deux armées. 

La nouvelle de l'armistice étant arrivée le 29 
au soir, Garibaldi s'arrêta et n'entra pas à DcMe, 
et quand il voulut s'entendre avec les Prussiens 
pour l'armistice, il lui fut répondu que les trou- 
pes allemandes n'avaient reçu aucun oi'dre pour 
cesser les hostilités. Pendant qu'il en référait au 
ministre et lui demandait do nouveaux ordres, les 
Prussiens revinrent en force à Dole et ren(Hrent 
irapossii)le la divorsioii qu'il avait voulu tenter. 

Le général Clinchant envoya aussi un parle- 
mentaire au général ManteufTel, ({ui lui répondit 
également ({uc l'armistice ne regai'dait pas l'ar- 
mée de l'Est, et pendant ce tcnqis, il continuait à 
s'avancer et à occuper tous les passages par les- 
(juels nous aurions pu essayer de nous retirer sur 
Bourg et de là sur Lyon. Le gtMiéi'id ("lim liani 

(1) l'ondant les négdciations de l'ariiiislice, M. de Bis- 
mark demaiulait que Béfort capitulât ; M. Jules Favre re- 
fusa et prélora que le siège contiruiàt et que l'année de l'Est 
put poursuivre, ses opérations; M. de Bismark y consentit. 
Cette exception a peut-être permis à la France de conser- 
ver lîél'nrl, mais puurqimi ne pas eu prévenir .M. ( ;,unl)i'tta".' 



•214: Ol^KKATHINS DANS l'kST 

protesta inutilement, et voyant que la retraite sur 
la Suisse allait bientôt être coupée à son armée, 
il signa, le l" février, une convention avec le gé- 
néral suisse Hcrzog, pour pouvoir se réfugier sur 
le territoire de la Confédération et échap'i>er 
ainsi à l'ennemi qui le cernait. 

L'armée comptait encore 85,000 hommes ot 
200 canons ; elle entra en Suisse par les trois 
routes des Verrières, des Fourgs et de Jougne, se 
dirigeant sur Keucliàtel. Le IS"" corps (général' 
Billot) et la réserve de l'amiral Fallu couvraieiU 
la retraite, que le froid, les neiges épaisses ou le 
verglas, la faim, les maladies, le m;ui({uc do 
chaussures et l'insuffisance de l'habillement ren- 
dirent très-péni!)le. Nos arrière-gardes se batti- 
rent énergiquement aux combats de Cluse et 
d'Oye (1" février); les forts de Jou?i et de Lar- 
mont, défendus par le colonel Ploton, protégèrent 
aussi la retraite en repoussant toutes les attaques 
des Prussiens et en leur faisant éprouver de gran- 
des pertes. Quelques régiments de la réserve et la 
cavalerie de la division Cremer parvinrent, en 
longeant le Jura, à s'éciiapper et à revenir à 
Lyon ; mais l'infanterie de la division Cremer ne 
put pas aller plus loin que Morez et fat ol)ligée 
d'entrer en Suisse par le col des Rousses ou do 
Saint-Cerû'ues. 



OPÉRATIONS DA.NS l'eST S^ 

La Suisse fit un accueil admirable à notre nial- 
jjeureuse armée. La France devra conserver une 
éternelle reconnaissance à ce généreux pays 
|)Our sa charitable hospitalité envers nos sol- 
(h:!ts exténués, qu'elle a accueillis et soignés 
comme s'ils eussent été ses enfants. 

De son côté, Garil)aldi;, fort compromis, dut S6 
replier à la hâte de Dole sur Dijon, puis sur Ma- 
çon, couvrant à lui seul les approches de Lyon. 
Ainsi, de ce côté, Lyon, et, du côté de la Loire, 
Bordeaux étaient à découvert. L'armistice, con- 
clu avec une légèreté dont M. Gamlx-tta avait cer- 
tainement le droit de se plaindre, livriut la France 
à l'ennemi et enlevait à l'Assemblée (ju'on allait 
élire les moyens de résister aux exigences de la 
Prusse pendant la discussion des préliminaires de 
Versailles. 

Mais il nous reste, ]wur finir cette lamentable 
histoire, à parler des trois sièges de Phalsbourg, 
de Béfort et de Bitche. 

Plialsbourg, assiégé et bombardé depuis le 
10 août, se ["cndil le 12 déceud)re [)arce qu'il n'y 
avait plus de ])ain dans la ville. Le colonel Tail- 
lant, ({ui défendait la place, ex[)liquo diuis la 
lettre suivante conunent il a rendu Plialsbourg; 

« Les journaux franrais otd répété, ils ont af- 
lirmé, craiirès (k'S journaux éti'angcrs , quf 



'21C) Ol'ÉKATlONrf HAN.S I.'f.ST 

Phalsbourg avait capitulé. Phalsbourg n'a pas 
eapitulé. Après avoir repoussé deux attaques de 
vive force, subi quatre bombardements, et lors- 
(jue nous avons vu que les vivres allaient nous 
manquer absolument, nous avons noyé nos pou- 
di-es, brisé les onze mille fusils qui se trouvaient 
entre les mains de nos soldats et à l'arsenal, en- 
doué nos soixante-cinq canons et scié nos atfùts. 
Le jour où le pain a manqué, nous avons ouvert 
nos portes, en avertissant les Prussiens que nous 
avions détruit tout notre matériel de guerre et 
(jue nous ne demandions rien. Ce n'est certes pas 
là une capitulation. » 

L'héroj([ue défense de Béfort est un des épiso- 
des les plus remarquables de la guerre de 1870. 
Comme toutes nos places fortes, Béfort n'était pas 
en état de se défendre contre la nouvelle artille- 
rie ; la ville était dominée par des hauteurs qui 
n'étaient pas fortiliées. Il fallut, au moment même 
où la guerre éclatait, construire rapidement des 
ouvrages de fortification passagère sur les liau- 
teurs de Bellevue et sur celles des Hautes et des 
Basses-Perches. La garnison se composait de 
16,000 hommes (1) ; la place renfermait de la pou- 

(l) Dont deux bataillons do ligne, cinq demi-batteries 
d'artillerie, une demi-compagnie du génie ; la presque to- 
talité delà garnison se composait de mobiles etde mobilisés. 



OPKK.VTIONS DANS 1,'f.ST SH 

lire, des cartouches et des vivres en quantités suf- 
fisantes ; mais les projectiles étaient peu nom- 
l)reux (1), et plus de la moitié des bouches à feu 
étaient de faible calibre et non rayées. Mais Béfori 
était commandé par réneri>i(]ue et intelligent co- 
lonel du génie, M. Denfert-Rocîiereau, décidé à se 
défendre et à faire son devoir. 

Il résolut d'occuper et de dis[iuter pied à i>ied 
toutes les positions extérieures à la place, et de 
ne s'enfermer dans la ville qu'ajtrès avoir lulîé 
aussi longtemps que possil.)le pour en conserver 
les approclies. Il fit donc fortifier les hauteurs et 
les villages environnants, et achever les ouvrages 
commencés sur les Perches. 

Le 2 novembre, le général de Treskuw, avec 
•20,000 hommes, commenra l'investissement de 
Béfi>rt ; il fut repoussé ce jour-là au combat de 
Rop[)e , mais l'investissement, malgré la résis- 
tance de la garnison, s'accomplit le lendemain 
:î noveml)re. <_'e[)endant les Prussiens ne pureri 
ouvrii-la premièiv parallèle (jue le 28 novembre^ 
parce (jue le colonel Denferl les harcela sans re- 
làcîie jiar des sorties et repoussa coiirflanun.'iit 
leur's altarpiessur nos posilions avanc(;es. Le i:c- 

(1) Béfoi'l i'fiitri'uKiil sLMilfiiitMil l;i,()oi) dljus (le 4; -lOjOOO 
oldiri (le 12; i;i,0'.,u (jI)us ilr 21 et 2ii,()ij!i nhus sj)ht'ri(iuos 
(iDuT K>s pièces lisses. 

(JL-KUR1-; i>i; ISTO 13 



218 01'ÉRATIONS DANS LEST 

lierai de Treskow attaqua d'abord le fort de Bel- 
levue, à l'Ouest de Béfort ; mais ses progrès fu- 
rent arrêtés par une résistance énergique et par 
des travaux de contre -attaque bien dirigés. Le 3 
décembre, les Prussiens commencèrent le bom- 
bardement qui devait durer soixante-treize jours 
sans interru|)tion ; la population se réfugia dans 
les caves, où elle vécut décimée par la fièvre ty- 
phoïde et la petite vérole, et en proie à toutes 
les souffrances. 

La garnison avait chaque jour des engagements 
avec rennemi, qui bombardait à outrance la ville, 
les forts et les villages occupés par la garnison. 
Malgré tout, le général de Treskow n'avançait à 
rien du côté de Bellevue; il dut renoncer à cette 
attaque, changer de plan et assiéger les Per- 
ches. Dans la nuit du 7 au 8 janvier, les Prus- 
siens s'emparèrent du village de Danjoutin, et 
dès lors ils commencèrent l'attaque et le bom- 
bardement des forts des Hautes et des Basses- 
Perches. 

Le 8 janvier, on apprit à Béfort l'approche de 
l'armée de Bourbaki, et le lendemain on entendit 
le canon de Yillersexel. Pendant la bataille d'Hé- 
ricourt, le colonel Denfert fit plusieurs sorties, 
mais trouva les Prussiens en force autour de Bé- 
fort. La cessation de la canonnade, le 19, annonça 



OHKRA.TIO.\S DANS l'kST 219 

la retraite de notre année; il ne fallait plus 
compter que sur soi. 

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, les Prussiens 
essayèrent d'enlever d'assaut le village fortifié de 
Pérouse, situé à l'Est de Béfort, mais ils furent 
repoussés après un combat acharné; cependant 
il fallut évacuer ce village, parce qu'ils parvin- 
rent à s'emparer de positions qui le dominaient. 
Dès lors, maîtres de Danjoutin et de Pérouse, ils 
commencèrent les travaux d'attaque contre les 
Perches (22 janvier), sans discontinuer le bom- 
bardement de ces deux forts et de la ville. Le 26 
au soir, ils essayèrent d'enlever d'assaut les 
Hautes et les Basses-Perclies, mais ils furent re- 
poussés avec perte. Après leur échec, le bombar- 
dement continua avec plus do fureur, et l'ennemi 
activa ses travaux. 

Le 7 février, l'ennemi étant arrivé au fossé, il 
fallut évacuerles deux ouvrages des Perches, qui 
n'étaient i)lus qu'un monceau de ruines et que 
les Prussiens occupèrent le 8. Après 97 jours de 
siège, le général de ïreskow pouvait seulement 
commencer l'attaque de la ville et du château de 
Béfort. Le château devin! alors le seul but 
des obus de l'ennemi, ([ui, maître des Perches, y 
avait établi aussitôt de formidables batteries. 

Le 13 février au soir, le général de Treskow fil 



220 OI'KKATIONS DANS l'eST 

parvenir au colonel Denfert un télégramme daté 
de Versailles du 13, signe Picard et Bismark, qui 
autorisait le commandant de Béfort à consentir à 
la reddition de la place. Mais le colonel Denfert 
déclara ne pas vouloir s'en rapporter à une dé- 
pêche ennemie ; il consentit seulement à une sus- 
pension d'armes, pendant laquelle le général de 
Treskow ferait parvenir à Versailles une dépêche 
télégrapluque })Our informer M. de Bismark que 
le colonel Denfert demandait un avis direct de 
son gouvernement au sujet de la reddition de Bé- 
fort; il envoyait en même temps un officiera Bàle 
pour y recevoir la réponse télégraphique du gou- 
vernement français. 

Le feu fut suspendu, et, à luiit heures et demie 
du soir, le 13 février 1871, le dernier coup de 
canon de cette épouvantable guerre fut tiré au 
château de Béfort. La population put enfin sortir 
des caves où elle vivait enterrée depuis deux mois 
et demi. La ville était bouleversée, à moitié dé- 
truite ; le château était en ruines, mais les pièces 
des casemates étaient encore sur leurs roues et 
prêtes à tirer ; l'une d'elles, Catherine, n'avait pu 
être démontée par les 60,000 obus que les Prus- 
siens lui avaient envoyés. 

La réponse demandée au gouvernement fran- 
çais étant arrivée à Bàle le 14, les négociations 



OPKKATIO.NS DANS I.'eST '^'^l 

s'ouvi'ifent le 15, à Péi'ouso, pour la reddition de 
Belbrt. Il fui stipulé que Béfort ne se rendait que 
sui' ronlre du c^ouverne nient fi-anrais ; «pic la i<ar- 
nison sortirait avec ses drapeaux, ses armes et tout 
le matériel de guerre qu'elle pouri'ait emmener, 
et qu'elle se ren<lrajt dans les lignes Iranraises 
avec le droit de combattre si la paix n'était pas 
conclue. La garnison quitta Béfort le 17 et le 18, 
et se dirigea sur (Irenoble, où elle fut dissoute le 
9 mars 1871. 

Le siège avait duré 103 jours, dont 73 d'un 
bombardement sans trêve, qui avait jeté sur Bé- 
fort plus de 500,000 projectiles. 

Grâce au colonel Denfert, la Franco, à la [uiix, 
a pu conserver Béfort. 

Au 18 février, Bitche résistait encore. T'est une 
petite [)lace, mais imprenable, et elle était bien 
pourvue de vivres. Investie dès le connnencc- 
ment de l'invasion, i)ondjai-dée à i)lusieui-s re- 
prises et l)iû!ée par les obus, il y avait jilus de 
se[)l mois que liitche déliait les Bavarois ([ui l'at- 
lacpiaient, lors(jue le 11 mars, le bra\(( culonel 
Tessier rendit la ville à l'cnncm!. Le 5 f régimciil, 
<|ui eom[)osait la garnison, sortit librement avec 
son draj)eau et ses armes ; il se rendit à Versjiilles 
oîi il (il son entrée, musicpie en tète, au milieu 
des vivats de la population. 



222 dPKK.VTIONS DANS I. EST 

Ah ! défenseur de Metz, que n'avez-vous res- 
semblé à ces loyaux soldats qui ont su faire leur 
devoir! 

La guerre était, finie, a[)rès 500 l)utailles, com- 
bats et engagements ; Tennemi victorieux ; trente 
départements et vingt-cinq places fortes, grandes 
ou petites, étaient occupés par 650,000 Alle- 
mands ; 300,000 prisonniers étaient en Allema- 
gne, traités avec une dureté impitoyable; 20,000 
autres prisonniers étaient en Belgiciue, 85,000 en 
Suisse, 150,000 à Paris ; 5,000 canons avaient été 
pris par les Allemands. La paix la plus dure al- 
lait être le résultat de tant de fautes et de tant de 
désastres. 



XI 



La tïôlejîation de Tours et de I$oi*f!t-îiux . — ■ 
1,'aiiai-eliîe dans le %aidi. — L'A!ase!nî>I«^e i-.a- 
tîonale. — Les pi'élîitiinaîi'es «le Vci-siiilles. 
— S^es ï*f»issîens n Pai-îs. — B.a Coiiiiiiune. — 
La paix de S^'i-aneToft. 



Pendant l'investissement de Paris (19 septembre 
1870-28 janvier 1871), la Déléi^-ation de Tours gou- 
verna la France. Ce n'était qu'un gouvernement ré- 
volutionnaire, irrégulier, qui, à défaut d'autre, fut 
cependant accepté, sinon par tous, du moins par 
le plus grand nombre, parce que sa mission prin- 
cipale était de soutenir la lutte contre les armées al- 
lemandes, etqu'il fallait biense rallier autour il'ur; 
centre tpielcon([ue. Les révolulionnair'c.s du Midi 
seuls essayèrent de conslituer un gouvernement 
oi)posé à celui de la Défense nationale, au i'is([U(' 
d'amoindiir la résistance et de briser l'unité 
franeuise. 

Après le l septembre, radministi'alioii tli'parte- 



2'24. I.A DKI.KGA-.ION 

mentale se li-ouva désorganisée [mv la (Jeslilution 
en bloc des préfets de l'Empire, qui furent rem- 
placés par des avocats de second ordre et par des 
journalistes de bas étage, ou par des bohèmes, 
habitués des cafés de Paris, tous iiiex[>érimentés 
ou incapables. Il y eut alors, comiiie après toutes 
nos révolutions, qui n'ont pa^ d'autre but, une dis- 
tribution scandaleuse déplaces, une véritable cu- 
rée sans vergogne ; les amis du nouveau pouvoir se 
partagèrent les fonctions de préfets, de sous-pré- 
fets, de procureurs généraux, de substituts, déju- 
ges de paix, de commissaires ordinaires et extra- 
ordinaires, etc. Les choix furent souvent déplo- 
rables et ne donnèrent presque iJartout que des 
fonctionnaires sans intelligence, sans dévouement 
m h la France ni à la Réjniblique , ne faisant 
rien, ne voulant et no sachant rien faire, se tenant 
pour satisfaits d'être en i)lace, et n'ayant qu'un 
désir, jouir de leur position et y rester. Quelques 
personnages investis de fonctions militaires fu- 
rent encore plus étranges. Nos déparlements du 
Nord se souviendi'ont longtemps de l'immoralité 
de certain ivrogne, devenu général, immoralité 
telle, qu'elle s'oppose à tout détail. 

C'était avec de pareils agents que la Délégation 
devait gouverner et administrer le pays. Aussitôt 
l'anarchie éclata dans les grandes villes du Midi, 



l'anarchie dans le midi 2-2') 

à Lyon, Marseille, Toulouse, Perpignan, Toulon, 
Saint-Etienne, Valence, etc. Le parti communiste 
s'empara presque partout du [)ouvoir, destitua et 
arrêta les magistrats, les fonctionnaires et les 
généraux de l'Empire, et persécuta le clergé. Les 
classes populaires, infectées de communisme et 
travaillées par l'Internationale (1), devinrent 
maîtresses et donnèrent le pouvoir à leurs chefs; 
le drapeau rouge était arboré ; les finances des 
villes étaient gaspillées ; des émeutes cimtinuelies 
éclataient partout et souvent étaient ensanglantées 
par des assassinats. Quant à la guerre, on disait 
l)ien haut (|u'il fallait la faire à outrance; on créait 
des corps francs, onse revétailde ceintures rouges, 
on se couvrait de galons et de plumes, mais, sauf 
à Lyon, personne ne se rendit aux armées. Mar- 
seille fut le principal foyer de la démagogie, 
c'est pourquoi nous raconterons son histoire 
avec quelques détails. 

Le 4 septembre, la Ré[)ul)li([uc fui proclamée 
à Marseille. Aussitôt, sous rinlluence de divers af- 
filiés de l'Internationale, on délivra les prisonniers 
polili(iues et on forma un comité de salut [)u- 

(1) Société ouvrière qui s'est i-onstituée dans toute l'Eu- 
rope pour détruire la relifirion. le capital et l'organisatio:! 
actuelle du travail, de l'Iudustrie, de la propriété et tW la 
famille. 

13. 



22G l'anarchie dans le midi 

blic, qui supprima le conseil général, installa 
une commission départementale et donna pour 
chefs au département les citoyens D«lpech et Xa- 
qiiet. Le préfet fut chassé et la préfecture pillée. 
On supprima la police et on tua le chef des ser- 
gents de ville ; le général d'Aurelle de Paladines, 
commandant la division militaire, fut remplacé 
par un intendant militaire, M. Brissv (1). Le 
conseil départemental, devenu tout-puissant, se 
créa une garde appelée la garde civique, composée 
de gens de l'Internationale; elle commit toutes 
sortes de violences : vols, visites domiciliaires, 
arrestations arbitraires, exactions, etc. 

Le 7 septembre, arriva enfin à Marseille, avec 
le titre d'administrateur supérieur du département 
des Bouches-du-Rhône, M. Alphonse Esquiros, 
qui était du parti ultra-radical et affdié à l'In- 
ternationale. Il nomma préfet M. Delpech, par- 
tagea les emplois entre les frères et amis, et créa 
de nouvelles places [)0ur ceux qui n'avaient });î.3 
pu en trouver dans la j)remière distril)ution. Les 
nouveaux fonctionnai res vivaient plantureusement 
et passaient leur temps à fumer à la préfecture. 

La garde nationale avait été organisée et ar- 
mée. A part quelques bataillons sérieux et hon- 

(1) Depuis condamné à mort. 



l'anarchie dans le midi 22* 

iiAtos, les autres étaient aux ordres de l'Interna- 
tionale. Le 26 septembre, M. Alphonse Esqiiiros 
passa la milice citoyenne en revue et lui dit très- 
sérieusement : « Si l'ennemi, du haut de cette 
colline, pouvait assister au spectacle splendide 
que nous avons sous les yeux, il pcàlirait de ter- 
reur et, al)andonnant ses projets insensés, il éva- 
cuerait le sol de la France! » Ce même jour, le 
comité de la Ligue du Midi publiait un manifeste 
qui révélait son existence. Fondé par l'Interna- 
tionale, il avait pour but de créer une ré|)ublique 
particulière, composée de quinze départements du 
bassin du Rhône et do l'Algérie, et n'hésitait pas, 
en pleine guerre étrangère, devant l'ennemi vic- 
torieux , à jeter (huis les masses populaires 
l'idée criminelle de se séparer (hi i)Ouv()ir central 
et de porter atteinte à l'unité nationale. Mais 
l'Internationale n'a pas do patrie, et ce qui la pré- 
occupe, c'est de fonder sa domination, morne 
aux (h}pcns de la France. 

Le comité de la Ligue, le conseil départemen- 
tal et le club (le l'Alliambra formaient trois centres 
qui dominaient Marseille. Ils violèrent toutes les 
libertés : la liberté des cultes, en fermant les 
églises; la liherti' iiidividuelie, en arri'tan! 
" arbitrairement un grand nombi'e de per- 
sonnes, des prêtres surtout; la liberté de la dé- 



'>XîS l'anarchie dans lk midi 

feiise; la liberté d'association, en fermant les 
cercles et toutes les réunions autres que les leurs ; 
la liberté de la presse, en supprimant les jour- 
naux qui leur étaient opposés. Les Jésuites furent 
chassés, et quand on changea les noms des rues, 
comme c'est l'usage à chaque révolution, parmi 
les noms qu'on fit disparaître, parce qu'il aurait 
été u scandaleux de les conserver, » on trouve 
celui de Belzunce, l'illustre évoque de Marseille, 
si connu par son dévouement pendant la peste de 
1720. 

M. Gambetta, ministre de l'Intérieur, était dé- 
cidé à réprimer ces excès; il cassa, par un décret 
du IG octobre, plusieurs arrêtés de M. Esquiros, 
qui donna sa démission; mais l'Internationale 
l'obligea à conserverie pouvoir. La Inlte éclata 
alors entre la Délégation et le ministre de l'In- 
térieur, d'un coté, et l'Internationale et M. Es- 
quiros, de l'autre; à son tour, le conseil départe- 
mental cassa les décrets de M. Gambetta. 

La nouvelle de la capitulation de Metz vint 
fournir un [isétexteaux factieux pour résistera 
Il Délégation et établir la Conunune,q\ii fut pro- 
■•;amée le \" novembre. Tous les conseils exis- 
tants furent supprimés; le conseil municipal, qui 
ne voulut pas se dissoudre, fut l)risé parla force. 
M. Es({uiros devint le chef de la Comnuine, et le 



l'anarchie dans lk midi 2;?9 

prétendu général Ckiseret, coinniaiitlant de la 
garde nationale. 

Le lendemain arrivait à Marseille M. Gent, 
républicain de vieille date et ancien déporté 
])olili([iie, nommé préfet des Bouches-du-Rhône 
par M. Gambetta. Il se rendit à la préfecture, où 
les commimeux s'étaient réunis autour de leur 
clief, le citoyen Esquiros. Sommé <le reconnaître 
la Commune, M. Gent refusa, et fut aussitôt jjlessé 
d'un conp de pistolet. A cette nouvelle, une vive 
émotion éclata dans la ville, et la garde civique 
tira sur des foules inoifensives dans lesquelles 
elle tua vingt et une i)ersonnes. INI. Es(]uiros es- 
saya de justifier ces assassinats. 

Mais la garde nationale honnête résolut le |)U- 
nir ce gu('t-a[)eiis et d'en (inir avec la tourbe qui 
opprimait Marseille. Léo, elle se réunit, alla dé- 
livrer son colonel, qui était pri.-onnier, obtint 
des cartouches et des canons de l'autoi-ité mili- 
laire, et occupa résolùiniMil rilôtrl ilo ville et di- 
vers postes importants. Le 1 novcmbr(\ la garde 
civi(jue, intimidée [)ar l'énergie des honnêtes 
gens, évacua la préfecture, dont elle était maî- 
tresse depuis deux mois, et se dispersa. Cluseret 
cessa d'être le chef de la garde nationale, Es- 
(piii'os {[uitta Marseille, la Commime fut dissoute, 
l'ancien conseil nuuiici|)al ri'tabli, et le préfet, 



■230 l'anarchie dans le midi 

M. Gent, fut installé dans ses fonctions. Les hon- 
nêtes gens avaient, par leur énergie, rétabli 
l'ordrO; brisé la domination do l'Internationale et 
donné un bel exemple que Paris eiit dû suivre 
six mois plus tard. 

En même temps que se formait à Marseille la 
Ligue du Midi, on établissait à Toulouse la Ligue 
du Sud-Ouest, composée de onze départements 
situés entre la Méditerranée et l'Océan. La capi- 
tale de la Ligue était Toulouse qui, avec Carcas- 
sonne, Narbonne et Perpignan, furent les princi- 
paux foyers révolutiomiaires de cette région. Les 
meneurs étaient MM. Duportal, préfet de Tou- 
louse, Marcou, maire de Carcassonne, et Dijon, 
chef de la Commune à Narbonne; leur Imt était 
de faire revivre le jacoL)inisme et de le compléter 
avec quelques-unes des doctrines de l'Interna- 
tionale et du socialisme. Le préfet de Toulouse, 
M. Duportal, commit bon nombre d'actes yiolents 
et arbitraires, et fut destitué ; une émeute en 
sa faveur ne put le sauver, et il fut obligé de se 
retirer. 

Pendant ce temps, le Midi révolutionnaire ne 
prenait aucune pai-t à la giierre; il se contentait 
de faire des proclamations et des déclarations en- 
thousiastes. Les hommes de 25 à 35 ans, et plus 
tard ceux de 20 à 40, appelés à l'armée, resté- 



l'anarchie dans le MIIiI 231 

rent chez eux; les maires cachaient les réfrac- 
taires, et les préfets-dictateurs ne faisaient nulle 
part exécuter la loi. Le Midi offrait le même ta- 
jjleau que Paris; les Rouges ne voulaient pas 
se battre, les honnêtes gens seuls, à quelque classe 
qu'ils appartinssent, faisaient leur devoir. 

A Lyon, la République et la Commune furent 
[iroclamées le 4 septembre, et le draj)eau rouge 
arl)oré; la garde nationale établie permit aux 
faul)ourgs de la Croix-Rousse et de la Guillotière, 
peuplés d'affiliés de l'Internationale, de s'armer, 
de s'organiser en l)ataillons et d'occuper les forts. 
Le nouveau préfet, M. Cliallemel-Lacour, fut 
très-tolérant envers les connnuneux, qui cepen- 
dant firent une émeute contre lui le 28 septembre. 

Les Lyonnais avaient déployé beaucoup de pa- 
triotisme; on avait d'abord ievé 10,000 mobiles, 
(pii firent partie de la division Cremer ou de la 
garnison de Béfort; on nsit ensuite sur pied cinq 
légions, de 3,:soo hommes chacune. La bataille 
(li"> Nuits, où lori mobiles de Lyon se l)attirent 
avec vigueur, mais éprouvèrent des pertes 
énormes, fut une occasion de désordre à Lyon. 
Sous prétexte de « venger leurs enfants », les 
Rougi'sdc la Crc'ix-Rousse voulurent descendre à 
Lyon et « aller changer de chemises chez les 
riches»; lo commandaiil d'un bnlaillon de la 



232 LA DHI-ÉGATION 

Croix-Roussc, s'étant op[)Osé à ces projets de i)il- 
lage, fut assassiné ; mais ces l)andos de voleurs et 
d'assassins s'étant ruées sur Lyon, elles y furent 
dispersées par la garde nationale des quar- 
tiers riches, qui avait pris les armes. Pour faire 
cesser l'anarchie et la guerre civile à Lyon, 
M. Gamhelta nomma préfet M. Yalentin, homme 
énergique, qui donna une meilleure organisation 
à la garde nationale, ferma les clubs et inter- 
dit les manifestations; mais il ne put faire 
disparaître le drapeau rouge de l'Hôtel-de- 
ville. 

L'ordre était rétabli, au moins en apparence, 
dans le Midi , grâce aux efforts de la Délé- 
gation , et cette tranquillité dura jusqu'au 
18 mars, épocjue à laquelle les connnuneux se ré- 
voltèrent de nouveau et essayèrent de venir en 
aide à leurs frères de Paris. 

Toute la France heureusement n'était pas tom- 
l)éc dans cette décomposition où l'Internationale 
et le communisne avaient jeté le Midi rouge. La 
plus grande partie du pays était encore prête à 
faire son devoir ; c'est elle qui fournit à la Délé- 
gation les hommes et les ressources dont elle avait 
besoin pour continuer la guerre. 

Lorsque la Délégation arriva à Tours, çomi)osée 
de MM. Crémieux et Glais-Bizoin, et do l'amiral 



LA DKLKdATlON 233 

Fuuriciiiiii, il semble ({ue le beau ciel de la Toii- 
laine, que les admirables paysages de la vallée 
de la Loire et que le calme si complet de Tours 
aient fait croire à ces Messieurs que le gouverne- 
ment de Paris les envoyait en province pour y 
prendre leurs vacances; Tours fut [lour eux une 
véritable Capoue. M. Crémieux destituait les 
procureurs-généraux et les substituts, et leur 
nommait des successeurs, sans se préoccuper d'au- 
tre chose. Tout le monde se demandait à (pioi ser- 
vait la Délégation et pourquoi elle ne faisait abso- 
lument rien, lorsque M. Gambetta arriva de Paris 
au bout d'un mois à peu près perdu. Cette manière 
courageuse de quitter Paris en ballon, ce voyage 
aérien et ses péripéties émurent la population de 
Tours, qui vint en foule à la préfecture pour voir 
le nouveau membre du gouvcrnemeni. Il reçut 
brus([uement les curieux et leur déclara '.\n\\ n'a- 
vait pas de temps à perdre, et ipi'il avait autre 
souci que de leur parler. On fut satisfait de 
cette ré[)onso qui expiàmai! la volonté de tra- 
vailler et de n'être [tas dérangé ; on en conclut 
(jue M. (Tambelta allait enfin agir et tju'il 
ne ressemblait pas à ses collègues. L'im- 
pression générale fut excellente, et je me plais à 
le constater, tout en ne pouvant m'empèclier de 
songer à la fable des grenouilles (jui (bMHandenl 



234 LA. DÉLÉGATION 

un roi ; mais alors on voulait faire la guerre et 
aller au secours de Paris. 

La Délectation n'avait rien fait ou presque rien 
fait pour la guerre jusqu'à l'arrivée de M. Gam- 
betta à Tours. Il donna au contraire une grande 
activité au ministère de la guerre et eut pendant 
quelque temps, à cause de cela, une véritable po- 
pularité , qu'il conserva tant que son ac- 
tion fut plus militaire que politique. On lui te- 
nait compte aussi de ses efforts pour réprimer 
l'insurrection communiste du Midi. Mais peu à peu 
les fautes politiques, les fausses nouvelles, les 
mauvais choix, dépopularisèrent M.Gambetta, et 
dès la fin de décembre, la Délégation, qui se per- 
sonnifiait en lui, était l'objet d'un mécontente- 
ment général et d'une réaction énergique. La lutte 
s'engagea surtout à propos des élections et de la 
paix. Le pays voulait élire une assemblée ; les 
hommes de Septembre, dans un intérêt de parti, 
s'y opposaient; le pays ne voulait pas de cette 
guerre à outrance, jusqu'à extinction, que prêchait 
M. Gambctta; il était las de l'anarchie et ef- 
frayé des menaces de la démagogie. Pour faire la 
paix, rétablir l'ordre et sauver la France d'une 
ruine imminente, il fallait éhre une assemblée. 
Comme la Délégation était opposée aux élections, 
on mit en avanl l'idée de faire nommer Tassem- 



L.V DKLÉGATIO.N ' 235 

hléepar les conseils généraux; M. GambetUi les 
cassa, ainsi que les conseils d'arrondissement, et 
les remplaça par des com missions déi)arteinentales 
nommées par lui et composées de ses i)artisans. 
Les conseils municipaux ayant été dissous anté- 
rieurement, la France se trouvait, à ce moment, 
gouvernée et administrée, à tous les degrés, parles 
agents d'un gouvernement de fait, issu d'un coup 
de main, dont le but était d'imposer la république 
à la nation. 

Au milieu des protestations qui s'élevèrent de 
toutes parts contre le dictateur, on remarque celle 
de M. Lanfrey : 

« Il est inoui , dit- il, il est sans exemple 
dans notre siècle (pi'un peuple placé dans 
les circonstances critiques où nous nous trouvons 
n'ait pas été appelé au contrôle et au partage du 
pouvoir en la personne de ses représentants. » 
Puis, rappelant les fautes de tout genre coniniises 
|)ar la Délégation et les odieux mensonges dont 
elle inondait le pays pour lui fiiire croire à de 
fausses victoires, il terminait ainsi : « Il est temps 
<l'en finir avec les déclamations, de mettre un 
terme à ce régime d'arbitraire, d'impéritie , de 
dissimulation et d'impuissance. Il est temps que 
la nation, qui a su faire de si grandes choses, soit 
représentée par les honunos ({u'eile aura jugés 



236 I.A DKI.KGATIOX 

les i)lus capables de la conduire. Nous le deman- 
dions, il y a trois mois, au nom de la consolida- 
lion de la République, nous le demandons aujour- 
d'hui au nom du salut de la France. Au reste, 
quel que soit l'accueil réservé à des vœux si légi- 
times, il n'est pas difficile de prévoir le jour où ils 
s'imposeront comme une nécessité. La France a 
subi l)ien des dictatures, mais il en est une qu'elle 
n'a jamais supporté longtem])S, c'est la dictature 
de l'incapacité. » 

On a beaucoup vanté et trop rabaissé aussi les 
efforts lie la Délégation pour le réveil du patrio- 
tisme .'iffaissé, pour la levée des armées, pour la 
fal)rication du matériel et pour le rétablissement 
de la discipline. Il convient d'examiner avec soin 
et justice cette question importante. 

Les premières troupes mises sur ])ied par la Dé- 
légation, en octobre, étaient celles dont le minis- 
tère Palikao avait ordonné la levée ; ce sont les 
hommes de 25 à 35 ans rappelés sous les dra- 
peaux, ce sont les régiments ramenés de Rome et 
d'Afrique. Les premières armes qui viennent de 
l'étranger arrivent en vertu des marchés signés 
par ce ministère ; l'argent qu'on se procure vient 
de l'emprunt Morgan, contracté par la Délégation, 
mais principalement de la Banque, qui donne des 
billets à la Délégation en vertu d'une loi volée 



l.\ DELEGATION 40" 

[tar le Curps législatif (1). Le nuitériel d'artil- 
lerie fabriqué en France est l'œuvre du général 
Thouraas et du colonel de RetVve ; la direction 
pratique donnée aux affaires api)artientà ces em- 
ployésd'élite envoyés à Tours jiar tous les bureaux 
des ministères de Paris; les créateurs des armées 
qui ont fait campagne sont les généraux Martin 
des Pallières, d'Aurelle, Chanzy, Boyer , Farre, 
Lecointe, Faidherbe, etc.; c'est autt)ur d'eux et 
du drapeau de la France (ju'ils tiennent dans leurs 
vaillantes mains, (ju'on se rallie l)ien plus encore 
(jii'autour do la Délégation. La discipline fut ré- 
taldie par le i)ras de fer du général d'Aurelle et 
maintenue [larC'hanzy et ses lieutenants ; elle avait 
été détruite, il ne faut pas l'oublier, par le parti 
républicain dans le but de renverser l'Enqnre. Les 
anciens députés de l'opposition, i\\ù avaient alors 
le pouvoir, chercliaient à rétablir la (Hsci|)nne ; 
mais ils avaient autrefois encoui'agé et payé la dé- 



(1) Le ;,^aspillagiî des .'iiiances a élé iifodigicux diiraiit 
toute la gvierre, à Paris ci iii iiroviiiee, sous l'Empire et 
pendant la République. Ou no saurait protester trop haute- 
ment contre les marchés véreux, les spéeulatious lionteuses 
et les dilapidations scandaleuses (pii ont été signalées parles 
commissions d'enquête de l'Assendjlée nati(Muile. Il faut es- 
|)érer que les coupables seront punis sévèrement, car leui- 
impimité serait une nouvelle tristesse à ajouter à toutes les 
autres. 



238 L.V DKLÉGATION 

serlioli, patroné la désobéissance et la rébellion. 
Devenus les maîtres, ils faisaient fusiller quelques 
malheureux soldats, dont le principal tort était 
d'avoir pris au sérieux les discours et les écrits 
des députés et des journalistes de l'opposition. 

Le pays avait applaudi à la déclaration de 
guerre, à la condition que l'armée combattrait 
seule ; il avait pris l'habitude, sous l'Empire, de 
se regarder comme dispensé de toute obligation 
militaire. Quand il fallut, après Gravelotte et Se- 
dan, se lever et se battre soi-même, et non plus à 
l'aide d'un remplaçant, l'enthousiasme diminua 
beaucoup. De trop nombreuses défaillances indi- 
quent l'aflaiblissement du patriotisme dans la 
bourgeoisie, dans les populations rurales et sur- 
tout dans les classes ouvrières. Les uns fuient à 
l'étranger; les autres trouvent un prétexte pour 
ne pas répondre à l'appel de la patrie et de la loi ; 
d'aucuns s'enrôlent dans les francs-tireurs i>our 
échapper à l'armée et aux balles des Prussiens. 
La noblesse seule fit preuve de patriotisme et de 
courage, soit dans les Ijataillons de zouaves pon- 
tificaux, soit à la tète des mobiles. 

Cet affaiblissement du patriotisme est le résul- 
tat de nos révohitions et de nos perpétuels chan- 
gements de gouvernement, et de l'absence d'une 
dynastie ou d'un principe autour duquel on se 



I 



I.A DÉLKG.VTIOX 239 

rallie, parce qu'il symbolise la patrie; il eût fallu 
au moins imeassemblée toute puissante, pourfaire 
appel à la nation, pour réveiller ses sentiments pa- 
triotiques et faire respecter la loi. La Délé- 
gation et les hommes de Septembre ne pouvaient 
remplir une pareille mission ; leur oi-igine et leur 
caractère d'hommes de parti portaient une trop 
grande atteinte à leur autorité morale. 

Cependant, au milieu du désarroi général, 
M. Gambetta sut, par son activité et son élo- 
quence , inspirer aux masses et aux troupes 
découragées le sentiment de la résistance 
à l'ennemi et du dévouement à la France. Il com- 
mença les levées et les armements; sous son im- 
pulsion, la Délégation envoya au feu douze corps 
d'armée, 32,000 cavaliers et un millier de pièces 
de canon; elle créa le corps du génie civil des 
armées, une intendance habile, un nouveau ser- 
vice des transports militaires, le service médical, 
la télégraphie militaire, une capsulerie à Bayonne. 
Elle accepta tous les combattants qui se présen- 
^tèrcnt, Charette, Cathelineau et Bourbaki, les 
zouaves pontificaux, les Vendéens, les officiers 
des années impériales échappés de Metz et de 
Sedan. Il y aurait une suprême injustice à ne pas 
reconnaître dans la dictature de M. Gambetta 
cette partie très-honorable et vraiment française, 



•2i() LA DÉLÉGATION 

(le môme qu'il faut hautement condamner les 
fautes nombreuses de son administration; on de- 
vra toujours lui reprocher d'être intervenu dans 
la direction des opérations militaires , d'avoir 
destitué sans raison des généraux et surtout de 
s'être obsliné à voidoir continuer la guerre, dans 
un intérêt exclusivement personnel, quand le sa- 
lut de la F'rance exigeait impérieusement la fin 
des hostilités. 

A la fin de janvier, la mesure était comble; les 
fautes })olitiques et militaires de la Délégation 
avaient soulevé l'opinion, et les élections allaient 
montrer aux dictateurs de Bordeaux (1) ce que 
la France pensait d'eux. 

L'armistice signé à Versailles le 28 janvier, en- 
tre rsl. Jules Favre et le comte de Bismark, devait 
durer \ingt et un jours et stipulait que l'on pro- 
céderait sans délai à la libre élection d'une as- 
semblée nationale (2), qui se réunirait à Bordeaux 
pour décider si la guerre devait être continuée ou 
à quelles conditions la paix devait être faite. Le 

(1) La Délégation avait été translérée à Bordeaux le y 
décembre. 

(2) Par une ruse peu digne, le gouvernement de la Dé- 
fense nationale donna à la nouvelle Assemblée le titre de 
nationale ; il évita de dire si elle serait constituante ou non, 
se réservant de la reconnaître pour constituante, si elle 
était républicaine, ce dont il doutait avec raison, eu de lui 



LA DELHI ;A1I)N 241 

dcei'C't de convocation des électeurs parut le 
31 janvier; il reprenait la loi électorale de 1819, 
qui ordonnait le vote au canton, le scrutin lie 
liste, le chiflVe de la pO[)ulation du département 
comme base du noml)re des députés à élire par 
chaque électeur; le nombre des députés à nom- 
mer était de 759. Le gouvernement de la Défense 
nationale comptait sur les dispositions de cette 
loi pour donner la majorité aux républicains; par 
le vote au canton, on cherchait à diminuer le nom- 
bre des électeurs <( ruraux )> ; pp.r le sciiitin de 
liste, on espérait faire passer les listes des comi- 
tés du parli; ])ar le nombre variable de députés 
à élire accordé à chaque électeur d'après le chif- 
fre de la po[)ulation du départemeid où i! votaK, 
on donnait aux électeurs des grands centres révo- 
lutionnairis une prépondérance iiijustirial)le et 
contraire à l'égalité devant la loi, mais favorable 
aux intérêts du parti; un h rural de proNiiice » vo- 
tait pour doux députés, tandis (pi'un ouvrier de 
Paris en iioiinnail (piariuite-li'ois. 



coiil'.'-sU'rsa qiialili'; de cuiistitiiuiito, si clleétailmuiiarcliitjui', 
cl (l'iininner alors iiu'clle n'avait été éluo que jjoiir traiter 
(le la paix. On se (liMiiaiide sur quoi s'appuyaient le géné- 
ral 'rruclui t'i les avocats du ^'ouvcnienient i\r la Défense 
nationale pour oser conti'slcr à la Fram-e le dmit de déci- 
der de son sort. 

GUI'.RRIC VK ISTO 14 



242 LA DÉLÉGATION 

A ce moment, la Délégation de Bui'deaux se sé- 
para du gouvernement de Paris et entra en lutte 
avec lui. Déjà, le 20 janvier, M. Crémieux avait 
rendu un décret par lequel il destituait de nom- 
breux magistrats qui avaient fait partie des com- 
missions politiques après le coup d'État du Deux- 
Décembre. La Délégation allait de violence en 
violence et ne devait pas s'arrêter dans cette voie. 
Le 31 janvier, M. Gambetta déclara inéligibles 
tous les anciens ministres, sénateurs, conseillers 
d'État, préfets et candidats officiels de l'Empire. 

Aussitôt cette inutile violence commise, M. de 
Bismark écrivit (3 février) une lettre à M. Jules 
Favre, dans laquelle il lui demandait s'il croyait 
que l'exclusion de catégories entières de candi- 
dats était compatible avec la liberté des élections 
garanties par l'article 2 de la convention du 
28 janvier ; il espérait, ajoutait-il, que ce décret 
serait iirnnédiatement révoqué. En môme temps, 
M. de Bismark adressait à M. Gambetta un télé- 
gramme ainsi conçu : « Au nom de la liberté des 
■élections stipulée \mv la convention d'armistice, 
je proteste contre les dispositions émises en votre 
nom pour priver du droit d'être élues à l'Assem- 
blée des catégories nombreuses de citoyens fran- 
çais. Des élections faites sous un régime d'oppres- 
sion arl)itraire ne pourront pas conférer les droits 



LA DÉLÉGATION 24.*^ 

que la couYeution d'armistice reconnaît aux dépu- 
tés librement élus. » M. de Bismark défendant en 
France la liberté des électeurs contre les dicta- 
teurs de Bordeaux, tel était le nouvel affront que 
se faisaient infliger les hommes de Septemljre. 
Heureusement la presse de province })rotestait 
hautement, et prouvait que les ministres prussiens 
n'étaient pas les seuls qui fusstmt indignés de ce!" 
acte de violence. Le 4 février, le gouvernement de 
Paris annula le décret de M. Gambetta conune 
attentatoire à la liberté des élections, et décida 
([U'il n'y aurait d'autres inéligibles (pie les préfets 
et les sous-préfets de la Répul)liquc, disposition 
qui fut éludée autant que faire se put par ces 
messieurs. 

M. Gamljctta refusa de se soumettre. Il ne vou- 
lait ni élections, ni asscniblée, ni armistice; il 
affirmait la nécessité de continuer la guerre à ou- 
trance, sans indiquer toutefois les moyens de la 
faire, se contentant de déclarci' (\no si les Prus- 
siens restaient encore trois mois en France, ils 
étaient perdus, et que, par tous les sacrifices pos- 
sibles, il fallait les y maintenir pour les perdre 
plus sûrement. 

La politi({uc de M. Gambetta et sa prédilection 
pour la guerre à outrance, (jue mieux que per- 
sonne il savait impossible cl conti'aire aux 



244 LA DKLKfi.VTION 

intérêts de la France , lui étaient , coinino 
nous l'avons dit plus haut, inspirées par son in- 
térêt personnel. Les Rouges avaient rayé de leurs 
listes le nom de M. Gambetta et ceux de tous les 
membres du gouvernement de la Défense natio- 
nale ; en demandant la guerre à outrance et en se 
séparant de ses collègues, il espérait rentrer <n 
grâce auprès des meneurs du parti. 

M. Jules Simon, envoyé de Paris, ne put le 
décider à se soumettre. Après trois jours de lutte, 
M.Jules Simon faisait insérer (4 février), dans un 
journal de Bordeaux, une lettre qui maintenait le 
décret du gouvernement de Paris. Dans la soirée, 
tous les journaux qui avaient publié « le pré- 
tendu décret de Jules Simon » étaient saisis en 
vertu d'un ordre signé du préfet de la Gironde, 
M. Allain-Targé, et du directeur de la sûreté gé- 
nérale, M. Ranc. Il fallut envoyer au secours de 
M. Jules Simon, MM. Garnier-Pagès, Pelletan et 
Emmanuel Arago, pour forcer M. Gambetta à cé- 
der. Le 6 février, il donna enfin sa démission de 
ministre de la guerre et de l'intérieur, et se retira 
en Espagne. 

La presse de province résistait énergiquement 
à la démagogie et à la dictature ; elle avait cons- 
tamment rendu de grands services par sa coura- 
geuse attitude, et, à ce moment, elle publia un 



LKS ÉLECTIONS 245 

manifeste qui invitait les électeurs à condamner 
\);w leurs votes les doctrines sauvages qui tuent 
la société sous prétexte de la sauver, et les ambi- 
tieux ([ui ne s'occupent que d'eux-mêmes sur les 
ruines de leur pays. Les élections, faites le 8 fé- 
vrier, furent en général une éclatante protesta- 
lion contre la République, qu'on avait voulu impo- 
ser à la F'rance, et contre la guerre à outrance. 
Paris et quelques autres centres révolutionnaires 
nommèrent, comme toujours, des députés repré- 
sentant les opinions les plus violentes. 

Les élections de Paris furent détestables et 
présageaient la révolution du 18 mars. Toute la 
classe ouvrière et la petite l)Ourgeoisie, dirigées 
])ar l'Internationale et par les comités révolution- 
naires, votèrent pour les candidats qui leur furent 
désignés, et dont un assez grand nombre plus tard 
tirent partie de la Comnuuie. Quant aux électeurs du 
parti de l'ordre, 60,000 avaient cpiitté Paris après 
la levée du siège; les autres ne s'entendirent pas 
l'I perdirent leurs voix en votant pour une foule 
de candidats qui n'avaient aucune ciiance d'être 
élus. Les élections de Paris firent un effet déplo- 
rable et constatèrent (pie la cai)ilale, après avoir 
perdu tout boii sens |)oliti(|U(^ irt'lail [iltis (pi'un 
foyer de révolutions dont la l-'raiice est lasse. 
.\ ce moment, en ctfet , tout annonrait uik^ 

1 1. 



246 l'assemblée natio.nale 

prochaine insurrection : l'aberration des idées 
de toutes les classes de la population pari- 
sienne , la démagogie disposant de la seule 
force armée qui se trouvai dans Paris, l'année 
désorganisée , sans discipline , livrée à l'oisi- 
veté et à l'ivrognerie, rôdant débraillée dans les 
rues et pratiquée par les meneurs révolution- 
naires, qui attendaient, pour agir, que la paix 
fût signée. 

L'Assemljlée nationale tint sa première séance 
le 12 février, et le lendemain, le gouvernement de 
la Défense nationale lui remit ses pouvoirs. (( Ja- 
mais une assemblée n'avait plus exactement re- 
présenté le pays. Il n'y avait eu, en général, ni 
action ni pression possibles venant du dehors, en 
sorte que c'étaient les hommes les plus influents, 
les plus connus de chaque département, ses véri- 
tables hommes de confiance, qui avaient été dé- 
signés pour faire la paix, si c'était possible, et en 
tout cas, pour renverser la dictature révolution- 
naire, laquelle n'avait plus l'ombre d'une raison 
d'être, puisque son préiexte, la défense nationale, 
avait cessé d'exister (1). » L'extrême gauche 
comptait environ cent voix; le reste de l'Assem- 
blée se composait de conservateurs, légitimistes, 

(l) Journal des Débats dn 3 décembre 1«71. 



l'asskmi!!,!':!': nationalk 24T 

orléanistes ; les bonapartistes n'étaient pas plus- 
(le six. 

Suivant leurs vieilles liai)ilu(les, les députés do 
la démagogie commencèrent à insulter l'Assem- 
blée, soit [)ar leurs paroles, soit [)ar leur tenue. 
(Taril)aldi, député de Paris, affectait de rester 
couvert de son grand feutre gris ; M. de Roche- 
fort avait une éclatante chemise rouge. Le 13, 
Gariljaldi déclara qu'il donnait sa démission; 
puis, la séance étant levée, il voulut [yrendre la 
|)arole , ce qui amena un assez grand désordre. 
Félix Pyat écrivait à ses électeurs cju'il se croyait 
en Prusse. Les députés étaient insultés au dehors 
do l'Assemblée ; il fallut, pour protéger les abords 
de la Chambre contre les voyous de Bordeaux 
et ceux qu'on avait appelés do Marseille et de 
Lyon, et pour dis[)erser les rasseml)lement3 tu- 
uRdtueux, faire venir (piehjues régiiiit'uts de ca- 
valerie et des bataillons de marins, dont la pré- 
sence rétablit l'ordre et assura aux députés le 
respect qui leur était dû. 

Le 17, l'Assemldée, présidée par M. Grévy, éta- 
l)lil un gouvernement provisoire chargé de négo- 
cier avec la Prusse. M. Thiers, qui avait été élu 
par 28 déi)artements, fut nommé chef du pouvoir 
exécutif dt; hi KepultU([iie, et, le l'J, il nommâtes 
ministres (( choisis, dit-il, dans tous les partis, 



248 LKS PRKMMIN.UIIK.S DE VERSAILLES 

romme le i)ays a envoyé à la Chambre des repré- 
sentants d'opinions opposées, mais unis par le 
patriotisme, les lumièresetles bonnes intentions.» 
Les ministres furent : M. J. Favre, aux affaires 
étrangères; M. E. Picard, à l'intérieur; M. J. Si- 
mon, à l'instruction publique et aux cultes; 
M. Dufaure, à la justice; M. de Larcj, aux tra- 
vaux publics; M. Lambreclit, au commerce et à 
l'agriculture ; le général Le Flù, à la guerre ; l'a- 
miral Pothuau,cà la marine ; M. Ponyer-Quertier, 
aux finances. 

^L Thiers se rendit à Versailles, accompagné 
d'une commission de quinze membres, pour négo- 
cier la paix, dont il devait disputer courageuse- 
ment les conditions avec M. de Bismark. 

Quelijue dures que dussent être ces conditions, 
il fallait bien finir cette lutte sans espoir et mettre 
an terme à cette Ijarbare invasion, à cette guerre 
savante et sauvage, à ce pillage, à ce vol à main 
armée, à toutes ces violences ignoblei et odieu- 
ses, que l'ennemi accomplissait librement, puis- 
qu'on était hors d'état de le vaincre. 

Le 2(5 février, les préliminaires de la paix furent 
signés à Versailles. Les principales conditions 
étaient : r la cession de l'Alsace, moins Béfort, 
et de la Lorraine allemande, c'est-à-dire les ar- 
rondissements de ^^etz, Tiiionville et Sarreguo- 



LES PRÉLIMINAIKKS DK VKKS UM.KS 249 

mines, dans le (iépai-tenient do la ]\Iosclle, de 
Château-Salins et de Sarreboiirg, dans le dépar- 
tement de la Meurthe, et des cantons de Scliir- 
meck et de Saalcs dans le département des Vos- 
ges, soit un territoire de 14,475 kilomètres carrés, 
peuplé de 1,600,0*^0 habitants et renfermant deux 
grandes places fortes, Met/, et Strasbourg, nos 
plus belles forêts, d'importantes mines de fer et 
de sel, de grandes villes industrielles : Mulhouse, 
Sainte-Marie-aux-Mines, Thann, Sarreguemines, 
Niederbronn, Wesserling, Guebwiller et de nom- 
i)reuses usines : Mutzig, Klingenthal, Saint-Qui- 
l'in, 'N'allervslhal, etc. Notre frontière du Nord- 
Est, qui s'étendait jusipi'au Rliin, reculait jus- 
({u'aux Vosges. Désormais, privée de Metz et de 
Sti-asi)ourg, elle était entièrement ouverte et n'a- 
vait [>lus d'autres défenses que Verdun, sur la 
Meuse, Toul, sur la Moselle, et Bôfort, dont nous 
devions la conservation au colonel Denfert et à 
M. Thiers. La nouvelle limite de la France sui- 
vait à peu près la limite des langues allemande et 
française. L'Allemagne revendiquait l'Alsace et la 
r,(U'raine allemande connue pays de langue et de 
nationalité germaniques. Tel était le résultat de 
l'inepte politi(pie des nationalités ado|)tée par le 
second Empire et substituée à la poliliipie tradi- 
lionncllc de Hi'iii-i II cl des (luise, de Henri IV, 



250 LES PRÉLIMINAIKES DE VERSAILLES 

de Richelieu, do Mazarin et de IjOuïs XIV, qu'il 
appelait dédaigneusement une politique arriérée; 
— 2° La France devait payer une indemnité de 
guerre de cinq milliards de francs à l'empire 
d'Allemagne ; — 3° les territoires français occupés 
par les troupes allemandes au moment des pré- 
liminaires devaient être évacués ainsi qu'il suit : • 
l'intérieur de Paris et les forts de la rive gauche, 
lesdépartements(l) ou parties de départements (2) 
situés à la gauche de la Seine, aussitôt après la 
ratification des préliminaires par l'Assemljlée ; 
le reste de la France, an fur et à mesure du 
payement de l'indemnité de guerre, c'est-à-dire : 
les départements de la Somme, de l'Oise, de la 
Seine Inférieure, de Seine-et-Oise, de Seine-et- 
Marne, de la Seine et des forts de Paris sur la 
rive droite, après le versement du premier demi- 
milliard ; la Haute-Saône, le Jura, le Doubs, la 
Côte-d'Or, l'Aube et l'Aisne, après un autre ver- 
sement non indi(|ué clairement dans les prélimi- 
naires. Les six départements de la Marne, des 
Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des 
Vosges et de la Meurthe, et l'arrondissement de 



(1) Calvados, Orne, Sartho, Eure-et-Loir, Loiret, Loir-et- 
Cher, Indre-el-Loire, Yonne. 

(2) Seine-Inférieure, Eure, Seine-et-O^sc, Seiue-el-Marne, 
Aube, Côte-d'Or. 



LES PRÉLIMIWIRES DE VERSAILLES 251 

Béfort devaient rester occupés par 50,000 liommes 
jusqu'à l'entier payement de l'indemnité; — 
4" l'armée française devait se retirer au Sud delà 
Loire et ne pourrait la dépasser qu'après la signa- 
ture du traité de paix définilif. On exceptait de 
cette disposition la garnison de Paris, dont le 
nombre ne devait pas dépasser 40,000 hommes, 
et les garnisons indispensal)les à la sûreté des 
places f(jrtes ; — 5" les prisonniers de guerre de- 
vaient être immédiatement rendus. 

La paix était dure, aussi dure que possible. 
<( La France, disait M. de Bismark, ne nous par- 
donnera jamais ses désastres. Le désir d'en tirer 
vengeance sera l'ûme de sa polilicpie et la pous- 
sera à une guerre furieuse contre nous. Le plus 
simple Ijon sens nous fait un devoir de nous y 
préparer; la meilleure manièi-e de nous en assu- 
rer les chances, c'est de prendre des positions 
mililairos inoxi)Ugnal)les et d'îdVaildir n(jtre en- 
nemi en diminuant son territoire. » 

En môme temps, on signa une convention por- 
tant i)rolongati()n dei'armislico jusqu'au 12 mars. 
L'article 4 do la convention (hi --'s janvier disait 
que, ])endant la durée de l'armislice, l'armée alle- 
mande n'entrerait pas dans Paris. La nouvelle 
convention de Versailles du ?G février modifiait 
ledit article 4 et sli|)ulail (pi'une partie de Paris, 



252 LES PRliUMI.N.VIKKS DE VERSAILLES 

le quartier des Champs-Elysées, serait occupé 
par 30,000 soldats alleuiands. M. de Bismark avait 
rais cette condition à la restitution de Béfort et à 
la prolongation de l'armistice (1). 

Le 28 février, M. Thiers, revenu à Bordeaux, 
lisait à l'Assemblée le texte des préliminaires de 
paix, et, le lendemain, 1" mars, il mit fui à la 
discussion en disant nettement qu'il ne fallait pas 
se payer de mots, que la guerre étail impossible, 
L'Assemblée accepta le traité par 510 voix conti'c 
107, et, ce même jour, elle prononça justement 
la déchéance du gouvernement impérial, auteur 
responsal)le dos désastres qui la forçaient à ac- 
cepter cette paix cruelle. 

Les Prussiens étaient entrés dans Paris le 
1" mars, mais leur occupation ne fut pas de lon- 
gue durée. Ils étaient tenus, par le traité de Ver- 
sailles , d'évacuer l'intérieur de Paris aussitôt 
après la ratification de ce traité par l'Assemblée. 
La nouvelle officielle de la ratification étant arri- 
vée à Paris le 2 mars, l'évacuation de la ville et des 
forts de la rive gauche eut lieu le lendemain. L'oc- 

(i) Deux conventions furent encore signées à Rouen, le 
7 mars 1871, par M. Pouyer-Quertier et le général de Fa- 
brice ; elles avaient pour objet la remise à l'autorité fran- 
çaise de l'administration des départements occupés par le*; 
troupes allemandes et le règlement de la (|ueslion des im- 
pôts perçus par l'autorité allemande. 



LKS PRUSSIENS A P.VRÎS 253 

cupalioli d'une partie de Paris et une visite au 
Louvre étaient une puérile satisfaction donnée aux 
soldats allemands, et il eût été plus digne pour 
une armée victorieuse de faire une entrée solen- 
nelle, musique et généraux en tète, au risque de 
recevoir quelcpies coups de fusil. Que si, au con- 
traire, on redoutait ces coups de fusil comme 
pouvant remettre la paix en question, il fallait 
alors renoncer à transformer l'entrée à Paris en 
une occu[)ation interlope d'un coin de la ville 
pendant quarante-huit heures. 

On avait eu de très-sérieuses craintes sur la 
possibilité d'un combat entre les Parisiens et les 
Prussiens pendant l'occupation. Ces craintes 
étaient vaines. Les comités jacobins et ceux de 
l'Internationale se préparaient bien à se battre en 
elïct, mais pas contre les Prussiens. La négli- 
gence du gouvernement laissa les factieux s'em- 
pai'cr d'une formidable artillerie (1), sous prétexte 
de l'empêcher de tomber aux mains des Prus- 
siens. En même tenq)S éclataient les premiers 
symptômes de la révolte ; on embauciiait les sol- 

(i) I>es 3,000 pièces Je lenipart, ([ui déteiulaient fenceiule 
(le Paris, et 450 pièces de campagne altrijjuées à la garde 
iiaiioiialc parla capitulation de Paris, restaient à la France; 
les canons des foris et ceux de l'aiméo avaient seuls été 
livrés aux Prussiens. Los révnlutidnuairos s'emparèrent des 
■150 pièces de campa^JU". 

Gi'KRUv; ni-; 1870 13 



■>54 LES NÉGOCIATIONS DE BRUXELLES 

dats, on pillait tous les dépôts de munitions, on 
noyait un sergent de ville avec un raffinement de 
sauvagerie dont les détails sont hideux, on ar- 
borait le drapeau rouge sur la colonne de Juillet, 
et des rassemblements tumultueux se formaient 
tous les jours à la place de la Bastille. 

Pour maintenir l'ordre, le gouvernement ne 
disposait que de 12,000 soldats indisciplinés, 
dont un grand nombre étaient prêts à bvrer 
leurs armes. Quant à la garde nationale, la 
plus grande partie composait l'armée de la révolu- 
tion, et nous avons déjà dit que, grâce à M- Jules 
Favre, elle avait conservé ses armes. 

Les préliminaires de Versailles ne constituaient 
pas la paix définitive ; ils posaient simplement les 
bases sur lesquelles on devait rédiger le traité, ou 
comme disent les diplomates, l'instrument de la 
paix. Bruxelles fut choisi pour être le siège des 
négociations auxquelles allaient prendre part, 
pour la France, le baron Baude, ministre de 
France en Belgique, et M. de Goulard, membre 
de l'Assemblée nationale, assistés de M. de Clercq 
et du général Doutrelaine, et pour la Prusse, le 
baron de Balan, ministre de Prusse en Belgique, 
et le comte d'Arnim, assistés des délégués de la 
Bavière, du Wurtemberg et de Bade. Les confé- 
rences de Bruxelles ne s'ouvrirent qu a la fin de 



l'assemblée nationale 255 

mars, au moment où l'insurrectiou criminelle de 
Paris mettait l'existence même de la France en 
question. 

La France est depuis plus d'un demi-siècle di- 
visée en partis hostiles : les légitimistes, qui ont 
gouverné de 1814 à 1830 ; les orléanistes, qui ont 
eu le pouvoir de 1830 à 1848 ; les bonapartistes, 
qui ont été les maîtres de 1852 à 1870 ; les répu- 
blicains, c[ui se sont imposés à la France en 1848 
et en 1870 ; les communistes, qui ont essayé d'é- 
tablir leur i)rutale domination en juin 1848 et en 
mars 1871. Nul accord n'est possible entre ces 
partis devenus irréconciliables ; aucun n'est assez 
nombreux i)0ur l'emporter , chacun est assez 
fort cependant pour rendre tout gouvernement 
impossible. L'Assemblée, élue le 8 février, n'était 
que trop la représentation fidèle du pays ; les lé- 
gitimistes, les orléanistes et les républicains y 
étaient les plus nombreux et décidés à ne rien 
•céder de leurs prétentions. Comme au temps des 
Armagnacs et des Bourguignons et de la domina- 
tion anglaise, les partis préféraient leur intérêt à 
celui de la France. Cependant, les légitimistes et 
les orléanistes formaient une énorme majorité, 
comme dans le pays, et si les deux l)ranchos de 
la maison de France avaient su s'entendre et se 
faire les concessions mutuelles qu'exige impc- 



256 l'asskmbi.kk n\tionale 

rieiisement le salut du pays, la Fiance pouvait se 
sauver de l'anarcliic et des convoitises de l'Alle- 
magne, en rétablissant la monarcliie légitime, 
héréditaire et traditionnelle. Il est impossible de 
préciser actuellement par quelles causes , par 
quelles intrigues, par la faute de qui, la transac- 
tion ne se fit pas entre les deux branches de la 
maison de Bourbon ; ce qu'il y a de certain et de 
profondément regrettable, c'est qu'elle ne s'est 
faite, ni entre les' princes, ni à rAsseml)lée, et 
qu'à l'heure qu'il est (1) le pays se trouve réduit 
à choisir entre une certaine république, dite hon- 
nête, dont bien peu de gens se soucient parce 
qu'ils sont monarchistes, et l'anarchie sanglante 
et sauvage du parti communeux, resté menaçant 
malgré ses défaites, et fort, par les divisions des 
honnêtes gens. 

Le 10 mars, M. Thiers fit à l'Assemblée un dis- 
cours célèbre, dont les conclusions adoptées par 
la majorité portent le nom de pacte de Bordeaux. 
Ce pacte, proposé par M. Thiers, établissait une 
sorte de gouvernement provisoire, pendant lequel 
on conserverait la république de fait que l'Assem- 
blée avait trouvée établie au moment de sa réu- 



(1) .J'écris ces lignes au moment où Paris doit opter pour 
M. Vautrain ou pour le citoyen Victor Hugo. 



I.A COMMI NK 257 

nion ; M. Thiei'S invitait rAsscinbléo à renoncer 
provisoireriiont à son pouvoii- constituant, pour 
no pas se diviser, et à se contenter de réorganiser 
le pays si complètement détraqué, tâche qui de- 
vait réunir tout le monde dans un même etïort.En 
même temps, le chef du pouv(_)ir exécutif s'enga- 
geait à ne préparer, à i'iiisu de la Cliambre, au- 
cune solution pour la lorme du gouvernement et 
à respecter scrupuleusement ce qui existait. 

L'Assemblée voulait quitter Bordeaux et se rap- 
pi'ocherdeParis ; (luelques-uns affirmaient qu'elle 
pouvait môme s'établira Pai-is, où nul danger ne 
la menaçait, disait-on. L'Asseml)léc décida heu- 
reusement qu'elle irait à Versailles, et bien lui 
on prit, car si elle eût eu counimce dans les assu- 
l'ances qu'un cherchait à lui donner, elle était dé- 
truite le 18 mars. 

Le parti révolutionnaire et rinternationale 
l'iaiciit arrivés au moment (pi'ils iittoiidaient de- 
puis longtemps pour s'emparer du pouvoir. Ils 
s'étaient organisés militairement pendant le siège 
et disposaient d'une armée de 150,000 hounnes, 
pourvus d'armes, de munitions et de canons, ([uc 
M. J. Fiivre leur avait religieusement conser- 
vés. Depuis l'armistice, tous les bandits étrangers 
venus en France avec (laribaldi étaient entrés dans 
Paris, où ils venaient combatlre pour la Républi- 



258 LA COMMUNE 

que universelle, démocratique et sociale, et faire 
la guerre aux despotes (1). La paix était signée et 
la révolution n'avait rien à craindre du côté des 
Prussiens, qui occupaient encore les forts de la 
rive droite. La population de Paris, ahurie par le 
siège, affolée par sa défaite qu'elle attribuait à la 
trahison, était favorable presque tout entière à l'in- 
surrection, et, en trouvant quelques prétextes à je- 
ter en pâture à sa créduhté ordinaire, on pouvait fa- 
cilement l'entraîner ; la loi sur les loyers et sur les 
échéances, le dépit de ne pas avoir un conseil mu- 
nicipal et le refus de l'Assemblée de venir à Paris, 
furent les prétextes qu'on trouva. L'armée de Paris 
était prête à fraterniser avec l'insurrection. Le 
gouvernement était à Bordeaux, et l'autorité, char- 
gée d'administrer la capitale, pleine d'aveugle- 
ment et do faiblesse, ne disposait que de forces 
complètement insuffisantes pour maintenir l'ordre. 
L'occasion était bonne, unique peut-être, ])Our se 
soulever; il fallait donc en profiter hardiment, 
quoique l'ennemi occupât encore seize départe- 
ments et la moitié des forts de Paris. Les miséra- 
bles qui dirigeaient le mouvement n'hésitèrent pas 
à se révolter et à commencer la guerre civile, sous 
les yeux et à la grande satisfaction des Prussiens. 

(I) Voir l'Autoçfraphe, wiO. 



LA COMMUNE 25!^ 

Dès le 4 mars, il avait fallu envoyer, avec la per- 
mission de M. de Bismark (l), 30,000 hommes an 
secours de la division qui occupait Paris ; au mo~ 
ment où l'insurrection allait éclater, le gouver- 
nement disposait donc d'environ 40,000 hommes, 
mais les nouveaux venus avaient été aussitôt em- 
bauchés. 

La guerre sociale qui se prépare est dirigée par 
les chefs du parti jacobin et par le comité cen- 
tral (2), composé d'ouvriers appartenant à l'In- 
ternationale. Ce sont eux qui ont organisé l'armée 
révolutionnaire, fait nommer les officiers et dé- 
signé les généraux ; ce sont eux qui ont donné l'or- 
dre d'enlever les canons et de les mettre en batte- 
rie à Montmartre, à Belleville et aux Buttes-Chau- 
mont; ce sont eux qui ont fait arborer le drapeau 
rouge et qui ordonnent de ci'ier vive la République 
universelle ; ce sont eux qui embauchent les sol- 
dats et les mobiles, en les faisant boire et en ex- 
ploitant l'idée de trahison des généraux et des 
gouvernants; ce sont eux enfin qui défendent à 
leurs hommes d'attac^uer, leur recommandant au 



(1) Cependant nous avions lodiMit d'avoir 40,000 hommes 
à Paris ; mais ils n'y étaient pas, il fallait les y amener. 

(2) Formé dès le mois de septembre 1870 sous le nom de co- 
mité de vigilance et qui porta ensuite le nom de comité 
central de la fédération républicaine de la garde nationale. 



:>80 LA COMMUNE 

eontraire de crier Vive la ligne, de fraterniser avec 
elle, mais de l'envelopper dans le flot populaire 
et de la désarmer. 

Quant à la garde nationale dévouée à l'ordre, 
elle est sans énergie et sans lien; elle est hostile à 
l'Assemblée, à laquelle elle reproche sa résolution 
de ne pas venir àParis et les lois qu'elle a votées sur 
les loyers et les échéances ; elle croit être répu- 
blicaine et craint les aspirations monarchiques 
de l'Assemblée; elle est fatiguée, dégoûtée, 
ne répondra pas au rappel et laissera faire encore 
"ane fois une révolution dirigée contre elle. Mais, 
la révolution accomplie, à l'aide de son inditTé- 
rence ou de sa complicité, ses nouveaux maîtres 
lui diront que le règne de la ])ourgeoisie est fmi, 
que le prolétariat commence et que le capital et 
l'exploitation du travailleur ont pris fin. Encore 
^ane fois, la bourgeoisie parisienne, tout occupée 
de ses intérêts matériels, sera victime do son in- 
eurable légèreté, de son ignorance et de son man- 
que absolu de principes et de croyances. 

Après quinze jours d'agitation, do manifesta- 
tions et d'émeutes à la Bastille, il fallait en finir, 
mais le Comité se gardait bien d'attaquer. Le gou- 
vernement voulut reprendre les canons de Mont- 
martre, de Belleville et des Buttes-Chaumont; 
l'armée, le 18 jnars, s'empara des canons, mais il 



I.\ ("OMML'NK 201 

fallait les emmener, ce qui demanda du temps, 
les attelages et les avant-trains n'étant pas venus 
avec la troupe. Les révolutionnaires, surpris 
d'abord, se ravisèrent et se décidèrent à agir. Sui- 
vant le mot d'ordre, la foule s'amoncela, enveloppa 
et cerna quelques régiments pratiqués depuis 
longtemps. Les soldais duSS" régiment de marche, 
du 120" de ligne et d'un bataillon de chasseurs 
rendirent leurs armes et passeront en grande 
partie dans les rangs des insurgés. Il était arrivé 
ce qui arrivera toujours quand on voudia réduire 
une insurrection qui commence, en mettant en 
contact la troupe et les masses populaires désar- 
mées; la première est toujours désorganisée et, 
noyée dans la foule, fralornise, met la crosse en 
l'air ou rond ses armes. 

Il fallut se replier de Belleville et de Montmartre 
pour sauver le reste des troupes engagées; d'ail- 
leurs la garde nationale honnête ne bougeait pas. 
Le Comité élait vain(pieur, couvrait les hauts 
«juartiers de Paris de barricades et de canons, 
s'emparait de l'Hôtel de Ville et des mairies, et 
faisait fusiller les généraux Lecomte et Clément 
Thomas, laits prisonnioi'S, le pr(Mnier pour avoir 
donné l'ordre de tirersur le [toupie, le second pour 
le i)unir des ordres du jour (pi'il avait lancés pen- 
danllesiége contre la làchoté de certahisltataillons. 

15. 



262 LA COMMINE 

M. Tliiers prit la seule résolution qui pouvait 
sauver l'armée, l'Assemblée et la France ; il livra 
Paris à la révolution et conduisit l'armée à Ver- 
sailles, pour la soustraire à la dissolution complète 
dont elle était menacée, si on continuait, dans l'é- 
tat de démoralisation où elle se trouvait, à l'oppo- 
ser aux jjataillons du comité central. Il fit ce qu'a- 
vait fait le général Cavaignac en juin 1848 et ce 
que feront tous ceux qui voudront vaincre dans une 
guerre de rues; il laissa l'insurrection démasquer 
ses plans, prendre l'offensive, et l'attaqua ensuite 
pour l'écraser, en opposant alors le soldat, non 
plus à des foules en apparence inoffensives, mais 
à des bandes armées contre lesquelles il n'hésite 
pas à combattre. 

L'armée qui arriva à Versailles ne pouvait en 
effet être employée à réprimer une insurrection 
aussi formidable. On se souviendra de son pitoya- 
l)le état moral et matériel, de son indiscipline 
absolue , de sa tenue débraillée , de son goiit 
pour l'ivrognerie , de son manque de respect 
pour ses chefs et des propos étranges que te- 
naient les soldats. En quelques jours, elle chan- 
gea complètement; le milieu de Versailles n'é- 
tait plus celui de Paris; à Versailles, si un soldat 
se vantait publiquement d'avoir levé la crosse en 
l'air, il était liautement blâmé et conspué parles 



LA COMMUNE 2Ô^ 

habitants indignés de sa lâcheté; la troupe trou- 
vait chez tout le monde une profonde aversion 
pour les révolutionnaires de Paris. A ce contact 
sain d'idées justes et françaises, l'esprit du soldat 
se transforma et rejeta les ignobles doctrines dont 
on l'avait abreuvé à Paris. Les plus mauvais su- 
jets furent envoyés aux compagnies do discipline 
en Algérie et hués sur leur passage tjuand ils tra- 
versèrent la ^^lle ; le 88^ et le 120^ furent licenciés: 
la discipline fut rétablie peu à peu. Puis on Ht 
venir quatre régiments de fusihers marins et 
d'infanterie de marine ; l'armée de la Loire envoy;i 
plusieurs régiments ; on disposait déjà de la garde 
républicaine, d'un régiment de gendarmes et de 
plusieurs bataillons de gardiens de la paix. Do 
tous ces éléments on composa l'armée de Ver- 
sailles, qui fut placée sous le commandement du 
maréchal Mac-Mahon (1). Dès le premier avril or, 
était en mesure de tenir tête à la Commune, dont 
le général Yinoy repoussa les bataillons a Cour- 
bevoie. 

Ces (piinze jours perdus par le Comité centrai 
à organiser la Conimune^, à faire des élections, ;\ 



(1) Le maréchal a\ait sous ses orilres trois corps d'armée 
commandés par les généraux Ladmirault, de Cissey et dv 
Barail, et l'armée de réserve commandée par le généra' 

Vinov. 



>G4 LA COMMUNE 

îiégociei' avec Versailles et à essayer de mettre 
traccord les prétentions des meneurs, ces quinze 
jours lui avaient été funestes. Le gouvernement 
avait eu le temps de former son arméej et désor- 
mais il était sûr d'écraser l'insurrection. 

Le 2 avril, les fédérés ou communeux marchè- 
rent sur Versailles et furent repoussés avec perte. 
Les gendarmes du colonel Grémelin se signalè- 
rent par leur bravoure et donnèrent un bel exem- 
ple à l'armée. Après cette victoire, il fallut faire 
le siège de Paris et des forts de la rive gauche, 
qu'on avait évacués le 18 en même temps que Pa- 
îis (1). Ce siège dura jusqu'au 21 mai et exigea 
Mue armée de cent mille hommes. Après une lutte 
acharnée, les forts étaient repris, la brèche était 
à peu près piatical)le au rempart, et l'assaut allait 
être prochainement (]onné, lorsqu'un courageux 
eitoyen, M. Ducatel, avertit les troupes qu'elles 
pouvaient entrer dans Paris ; il se mit à leur tète, 
et, le 21, le maréchal pénétra dans la ville. Il ne 
put cependant s'en rendre maître qu'après une 
bataille qui dura une semaine^ et dans les derniers 
jours de la({uelle les insurgés mirent le feu à Pa- 
ris et i)rùlèrent nos plus beaux monuments. 

(1) Heureusement le gruéral Viiioy consciva le Mout- 
Valérien, malgré l'ordre qu'il avait, reçu île lï'vacuer, et y 
mit un régiment dont il étal* sûr. 



LA ( OMMr.NK i*G5 

L'()iHh'e social était encore une fois vainqueur 
<le l'anari-liie et de la barbarie. 

Je n'ai pas à raconter ici l'bistoire de la Com- 
mune et de l'Internationale ; je veux seulement 
(lire ({ue ce fut une révolte de la populace et d'une 
partie de la petite bourgeoisie de Paris contre 
toutes les bases sur lesquelles reposent les socié- 
tés modernes; contre la religion ; conti-e la patrie, 
(pli est remplacée par la républicpie universelle, 
démocraticpie et sociale; contre l'unité française, 
(pli est détruite ; C(jntre la famille et le mariage, 
(pii sont suppi'inn?s; contre la propriété, (pii est 
(( universalisée, » c'est-à-dire confisquée au prtjfit 
de l'État. Le socialisme, vaincu en juin 18-18, es- 
sayait de reprendi'e sa revanche avec l'organisa- 
tion puissante ([ue lui doniuiit l'Internationale et 
avec l'aide du parti jacubin. Tant cpie dura la 
Commune, elle gouverna i)ar la tcri'eur ; on fusilla 
les généraux Lecomte et Clément Thomas, les 
gardes naliiniaux ([ui firent la manifestation 
du 22 mars à la place Vend(Hii(\ et ceux ({ui 
refusèrent de comI)attre pour la Commune; 
on massacra des gendarmes et des gardiens de 
la paix; on fusilla des dominicains, des jé- 
suites, des prêtres, rai'cli('\é(pie de I^iris, le 
]>résident Bonjcan. Les journaux furent suj)- 
primés et rcm[)lacés [)ar d'ignobles feuilles. 



26C LA COMMLNE 

Le vol, le pillage, l'ivrognerie, l'athéisme, le ma- 
térialisme le plus grossier et l'immoralité la 
plus cynique se donnèrent libre carrière. C'était 
un retour pur et simple à la barbarie. Plus odieuse 
encore que la commune jacobine de 1793, qui 
avait au moins du patriotisme, la commune so- 
cialiste de 1871 n'a plus l'idée de la patrie; elle 
renverse la colonne d'Austerlitz devant les Prus- 
siens qui, maîtres de Paris, n'auraient pas osé 
accomplir cet acte de vandalisme. 

Pendant que Paris s'insurgeait, la Commune 
était proclamée, vers la fin de mars, à Lyon, à 
Marseille, à Saint-Étienne, au Creuzot, à Tou- 
louse, à Narbonne, à Perpignan, à Limoges; 
partout elle présenta les mômes caractères qu'à 
Paris : vol, pillage, assassinats; partout aussi 
elle fut énergiquement réprimée. 

L'insurrectionparisienne coûta cher à la France. 
Nous avons déjà "dit qu'elle venait de commencer 
lorsque les négociations s'ouvrirent à Bruxelles 
pour rédiger le traité de paix définitif (1); elles 
se continuèrent pendant le mois d'avril. Mais la 
lutte contre la Commune força le gouvernement 
à lui opposer une armée qui dépassait le nomljre 

(1) Voir, sur Ihistoire de ces négociations, un excellent 
article du Journal des Débats du 23 décembre 1871, auquel 
nous avons fait beaucoup d'emprunts. 



LA. PAIX DE niANCKOKT ?67 

de troupes que l'article 3 des préliminaires lui 
permettait d'avoir à Paris; il fallut obtenir l'auto- 
risation de porter ce nombre à cent mille hommes 
et hâter le rapatriement des soldats prisonniers 
en Allemagne. M. de Bismark ne manqua pas 
l'occasion d'exploiter, au profit de la Prusse, la 
situation déploralilo que la Commune faisait à 
la France et d'aggraver encore, dans leur exécu- 
tion, les clauses déjà si dures des préliminaires 
do Versailles. Irrité de la lenteur des négocia- 
tions et des débats, qui souvent nous étaient 
favorables, parce que nous nous placions sur 
le terrain strict du droit des gens et de l'équité, 
M. de Bismark proposa de transporter le siège 
des négociations à Francfort et de déliattre les 
conditions de la paix personnellement avec le 
chef du pouvoir exécutif ou avec le ministre des 
affaires étrangères de la Ré[)ui)liquc française. 
La proposition fut acceptée, et, dans les premiers 
jours de mai, M. Jules Favre et M. Pouyer-Quor- 
tier, assistés de MINI, de Goulard et de Clercq, se 
réunirent à Francfort à MM. de Bismark et d'Ar- 
nim, pour continuer la discussion du traité dé- 
finitif. 

M. de Bismark, à ce moment, fit connaître 
l'intention formelle de son gouvernement d'in- 
tervenir contre les insurgés, soit par une action 



268 I,.V PAIX DK FKANCl'ORT 

commune, soit directement, pour sauvoi^ardcr les 
intérêts de l'Allemagne et assurer l'exéculion des 
préliminaires de Versailles. 

Il fallait à tout prix empêcher cette intervention 
liuiniliante,qui aurait rendu les Prussiens maîtres 
de la France, en leur permettant de se poser 
comme médiateurs entre le gouvernement et 
les rcljelles, et comme les défenseurs de l'ordre 
public que le pouvoir légal était impuissant à ré- 
tablir. Il fallut, pour éviter ce danger et cette 
honte, aggraver les stipulations des préliminaires 
relatives à l'occupation de notre territoire et per- 
mettre aux Prussiens d'y demeurer plus long- 
temps. En échange, nous obtenions un accrois- 
sement de territoire du côté de Béfort, l'augmen- 
tation de l'efTectif de notre armée et la prompte 
libération d'une partie de nos prisonniers de 
guerre. 

Le traité fat signé à Francfort le 10 mai 1871. 
La limite déterminée par les préliminaires de 
Versailles était modifiée; la France obtenait au- 
tour de Béfort un territoire assez étendu, de 
sorte qu'il nous reste encore du département du 
Haut-Rhin 60,826 hectares et 57,000 habitants, 
dont on a formé l'arrondissement provisoire de 
Béfort. En échange, on donnait à l'Allemagne 
10,000 hectares et 7,000 habitants enlevés à la 



LA P.VIX DE FR.V>CFORT 269 

pai-lio ([ui iious restait du départemeiit de la Mo- 
selle. Ce tei'i'itoire est riclie en mines do fer, et il 
était douloureux de transformer on Allemands 
sept mille citoyens français; mais l'importance 
militaire du territoire ac((ais autour de Béfoi't 
l'emporta sur toute autre considération. — Le 
payement de l'indemnité fut ainsi réglé : un pre- 
mier demi-milliard, un mois api'ès lo rétablisse- 
ment de l'autorité du gouvernement dans Paris; 
un milliai'd, dans le courant de 1871 ; un donu- 
milliard, au 1" mai 1872; les trois deraiers mil- 
liards, au 2 mars 1874, avec intérêts à 5i). ino exi- 
gibles à partir du 2 mars 1871, soit pour les trois 
ans, une sonune de 450 millions. — Api-os le 
payement du premier domi-nuUiai'd et la ralifi- 
cation du traité de paix délinilif, les départements 
de la Somme, de la Seine-Inférieure et de l'Eure 
devaient être évacués; l'Oise, Soino-ct-Oise, 
Seine-et-Marne, la Seine et les forls de Paris sur 
la rive droite ne devaioul nous étro l'oudus cpio 
lors(pic le gouveiiiomont allemaïul jugerait le ré- 
lablissomont de l'ordre, tant en France qu'àParis, 
suffisant pour assurer Texéculion dos engage- 
ments contractés i)ar la France; dans tous les 
<\as. cotte évacuation aurait lieu lors du payement 
du troisième dcmi-nnlliard (1), On payait à ce 

(l) Dans les conviMitiuiis pi'iiuitives. ces ()ualro (li'iiai'lc- 



270 LA PAIX DE FRANCFOUT 

prLx la faculté de dépasser les quarante mille 
hommes auxquelles les préliminaires avaient li- 
mité la garnison de Paris, la liberté de réunir 
80,000 hommes jugés nécessaires pour dompter 
les rebelles et le droit de faire nous-mêmes et 
nous seuls, chez nous, la pohce. Les stipulations 
des préhminaires relativement à l'occLqjation des 
territ lires français après le payement des deux 
premiers milhards étaient maintenues (voir p. 250). 
— Les troupes allemandes d'occupation devaient 
être entretenues par le gouvernement français, et 
au cas où il serait en retard dans l'exécution de ses 
engagements, lesdites troupes avaient le droit de 
faire les réquisitions en nature et en argent dans 
les départements occupés, et même en dehors de 
ceux-ci, si leurs ressources n'étaient pas suffi- 
santes (1) ; or, à ce moment, plus de 500,000 Alle- 
mands occupaient encore la France. — L'armée de 
Paris et de Versailles ne pourrait pas dépasser 
80,000 hommes, jusqu'à l'époque où les Alle- 
mands auraient évacué les forts de Paris. 

Le traité réglait ensuite les cjuestions relatives 
aux habitants des territoires cédés qui voudraient 

ments et les forts devaient être évacués après le premier 
demi-milliard. 

(1) A l'audition de cet article, l'Assemblée nationale ne 
put retenir ses exclamations. 



LA PAIX DE FKANCFOKT 271 

conserver la nationalité française (1), — à la na- 
vigation de la Moselle, du canal de la Marne-aii- 
Rliin et du canal du Rhône-au-RIiin, — à la 
nouvelle délimitation des circonscriptions diocé- 
saines, — aux communautés des églises protes- 
tantes, — aux relations commerciales entre les 
deux pays, qui prendront pour base de leurs re- 
lations commerciales le régime du traitement 
réciproque sur le pied de la nation la plus favo- 
risée, — aux Allemands expulsés de France, qui 
doivent y conserver la jouissance de leurs biens. 
— Les Allemands qui obtiendront l'autorisation 
exigée par les lois françaises pour résider en 
France, pourront y établir leur domicile — Le 
gouvernement allemand payera à la France 
325 millions (2) pour les parties du réseau des 
chemins de fer de l'Est situés dans les territoires 
cédés, et cette somme sera défaliiuéo de l'indem- 
nité de guerre due par la France, le gouverne- 
ment français de son côté s'engageant à indem- 
niser la compagnie de l'Est. — Le rapatrie- 
ment des pi'isomiiers interrompu par la révolte 
de Paris, contrairemciit aux pféliiiiiuaires , de- 



(1) Ils tioivLMit passci- alors ;"i liHat (li';tr;uip;ors tolérés:. 

(2) M. de Bismark ne voulait payer d'abord que l>0 lail- 
liiins; M. Pouyor-Querticr obtint enliii ;i25 iiiillions. 



272 LA PAIX DE KRANCKOKT 

vait recommencer et ne plus cire anvté (1). 

Le traité de Francfort avait laissé ini grand 
nombre de détails secondaires à résoudre, et il 
avait été décidé ([u'ils seraient l'objet de négo- 
ciations ultérieures, qui, en eiïet, furent reprises 
à Francfort, dès les premiers jours de juin, entre 
MM. de Goulard, de Clercq, d'Arnim, Weber et 
le comte d'Uexkiill, et dont nous donnerons plus 
loin les résultats. 

Pendant ce temps (27 juin), le gouvernement 
faisait un emprunt de deux milliards et ob- 
tenait un grand succès. Les capitaux français et 
étrangers offraient cjuatre milliards et demi. Paris 
souscrivait pour deux milliards et demi, les dépar- 
tements pour un milliard, l'étranger pour un mil- 
liard. La France, qui donnait trois milliards, 
manifestait ainsi sa confiance en elle-même ; l'é- 
pargne et le capital étaient venus s'offrir avec em- 
pressement au gouvernement pour lui fournir le 
mo^-en de délivrer les départements occupés. Ce 
succès, qui attestait les ressources et le crédit de la 

(1) On a dit que la Prusse voulait à Francfort se faire 
céder la Cochinchine, très-importante colonie trop peu ap- 
préciée en France, et qu'elle offrait en échange des compen- 
sations fort importantes pour nous. On ajoute que l'An- 
gleterre s'opposa à cette cession, ne voulant pas laisser 
l'Allemagne prendre pied dans l'extrême Orient, où déjà 
Hambourg et Brème font à son rommerce une très-sérieuse 
concurrence. 



LA. PAIX DE FRANCFORT 273 

France , irrita la presse et ropinioii i)ulilique 
allemandes à ce i)ûint, qu'on reprocha durement 
à M, de Bismark de n'avoir pas poussé plus loin 
son système d'épuisement de la France ; il fut 
obligé de justifier au Parlement sa modération. 
Pour lui, il était évidemment satisfait du succès 
de l'emprunt, qui lui assurait le payement de 
l'indemnité, et même dans un délai })lus ra[)[)ro- 
clié. 

Un intérêt majeur engagea bientôt M. de Bis- 
mark à nous faire des ouvcrtiu-es. L'industrie co- 
tonnière de l'Allemagne, peu développée et sur- 
tout peu perfectionnée, avait à supporter doré- 
navant la concurrence écrasante de l'industrie al- 
sacienne et surtout des cotonnades de Mulhouse; 
ses craintes étaient aussi grandes que fondées. 
Pour sauvegarder les intérêts uidustriels de l'Al- 
lemagne et ceux de l'Alsace, qui allait perdre sa 
clientèle française, le traité de Francfort avait 
])ien sti[»ulé (pi('l([ues avaidages douaiu'ers i)our 
l'imporlalion des {jroduits manufacturés de 
l'Alsace en France, mais ces avantages devaient 
finir ;ui 1'"" septend)re 1871. M. deBismark olfrail 
d'évacuer six (h'itartcments et' de réihiii'c de 
80,000 hommes à r)0,ooo le nombre (h\s troui)es 
d'occupation, si « le gouvernement français con- 
sentait à prolonger la (hirée du régime de faveur 



274 1..V l^VIX DE FRANCFORT 

accordé aux manufactures de l'Alsace pour l'im- 
portation de leurs i)roduits en France avec ré- 
duction des droits de douane. » 

Le gouvernement français, dirigé par la pa- 
triotique pensée d'obtenir, le plus tôt possible, la 
libération du territoire et la cessation de l'occu- 
pation étrangère, accepta cette proposition et en- 
voya à Berlin M. Pouyer-Quertier, qui signa, le 
12 octobre 1871, trois nouvelles conventions. Par 
la première, le gouvernement allemand s'engagea 
à évacuer dans les quinze jours qui suivraient 
sa ratification, les six départements de l'Aisne, 
de l'Aube, de la Côte-d'Or, de la Haute-Saùne, 
du Doubs et du Jura, et à réduire l'armée d'occu- 
pation de 80,000 à 50,000 hommes, ce qui cons- 
tituait une économie notable pour la France, 
obligée de pourvoir à l'entretien des soldats alle- 
mands, à raison d'un franc cinquante centimes 
par jour et par homme. De son coté, le gouver- 
nement français s'obligeait à payer, du 15 janvier 
au 1" mai 1872, par fraction de 80 et 90 milhons, 
tous les quinze jours, la somme de 650 millions 
formant le quatrième demi-milliard de l'indem- 
nité et la première annuité des intérêts des trois 
derniers milliards. Le mode de payement, fort 
difficile à trouver pour éviter une crise monétaire, 
fut fixé à la satisfaction de la France, qui y gagna 



LA PAIX DE FRANCFORT 275 

ime somme de 10 millions. — La seconde con- 
vention du 12 octobre était relative à l'entrée en 
France des produits manufacturés de l'Alsace; 
elle stipulait tjue ces produits entreraient sans 
payer de droits de douanes jusqu'au 31 décembre 
1871, en payant le quart des droits juscpi'au 
30 juin 1872 et la moitié des droits jusqu'au 31 
décembre 1872. — La troisième convention rec- 
tifiait la limite à notre avantage; l'Allemagne nous 
rendait les communes de Raon-les-Eaux, Raon- 
sur-plaine, Igney et une partie de celle d'Avri- 
court, avec 1,000 habitants. 

On a remarqué avec raison, dans ces nouvelles 
négociations, l'attitude de notre ambassadeur, 
les honneurs qu'on lui a rendus, la politesse 
même du vainqueur, qui a renoncé à ses allures 
de reitre. Le vaincu négocie, discute et par- 
vient à surmonter quelques ol)Staclcs. 

MM. Thiers et Pouyer-Querticr ont le droit do 
dire qu'ils ont commencé à remettre la Fiance, 
cpoique vaincue, à la place qu'elle doit occuper 
dans l'estime des gouvernements européens. 

Une nouvelle convention additionnelle au traité 
de Francfort a encore été signée le 11 décembre 
1871. Elle est relative au droit d'oplion entre la 
nationalité française ou allemande, aux pensions, 
à diverses questions judiciaires, aux prisonniers et 



2'7e LA l'AIX DIÎ FUANCKOKT 

aux aliénés, auxhypolhèques,aiixévêqiiesdontles 
diocèses sont partie en France et |>artie en Alle- 
magne, aux brevets d'invention, à la caisse des 
dépôts et consignations, à l'exploitation des biens- 
fonds et des forêts liinitroplies de la frontière, à 
divers chemins, routes, canaux et chemins de fer, 
aux mines, au curage et entretien des cours d'eau, 
aux soldats ayant opté pour la nationalité alle- 
mande et servant à cette époque dans l'armée 
française, aux caisses de retraite , de pré- 
voyance et de secours, aiLX offices ministériels, à 
la liquidation des succursales de la Banque de 
France dans les territoires cédés. Après les in- 
térêts des deux États réglés dans les actes anté- 
rieurs, celui-ci, comme on le voit, traitait des 
nombreux intérêts des habitants devenus alle- 
mands. 

Il faut terminer cette longue histoire des négo- 
ciations qui ont mis fin à la guerre de 1870, en 
disant ({ue les traités de 1815 avaient été rédigés 
par un congrès et approuvés par l'Europe entière. 
Déchirés maladroitement parl'EmiJire, ccstraités 
étaient une précieuse garantie pour la France 
contie l'ambition de la Prusse. L'organisation 
politiifue qu'ils donnaient à l'Europe, et que nous 
avons lieude regretter aujourd'hui, a été renversée; 
l'unité italienne, la création de l'empire d'Aile- 



LA PAIX DK FKA.NCFORT 2Ti 

magne et ramoindrissement de la France ont été 
accomplis et reconnus par des traités particuliers 
auxquels l'Europe n'a pas donné sa sanction ; 
elle n'a pas jusqu'à présent approuvé notre muti- 
lation. Cette absence de consentement à ce qui a 
été fait ne peut être que favorable à la France 
dans l'avenir, si, dans l'avenir, la France a un 
gouvernement capable de tirer parti de cette 
situation diplomatique , et si, dans l'avenir , la 
France a plus de patriotisme qu'aujourd'hui. 



GUERRE DK 1S70 \C> 



APPENDICE N" 1 

LISTE CHRONOLOOIQUE DES BATAILLES ET COMBATS PRINCIPAUX 
LIVRÉS PENDANT LA GUERRE DK 1870-1871. 

1 » >o 

2 août. Affaire de Sarrebruck ou de Saint-Jean (l). 
•1 août. Combat de Wissembourg. 

G août. Bataille de Reichshoferi, de Frœschwiller ou de 
Wœrtii. 

— Bataille de Forbach ou de Spickeren. 

9 août. Occupation du fort de la Petite-Pierre. 
14 août. Bataille de Borny ou de Pangi;, ou de Courcelles. 
10 août. Bataille de Rezoïiville ou de Oravelotte, de Vion- 
ville ou de Mars4a-Tour. 

— Combat de Toul. 

— Combat de Rugeii , entre l'escadre française et 

quelques canonnières prussiennes. 
18 août. Bataille de Sainl-Privat, d'Amanvillers ou de Gra- 

velolte. 
a3 août. Capitulation de Toul. 

25 août. Reddition de Vilry-le-François. 

26 août. Affaires de Rupigny et de Malroy (Metz). 
27-28 août. Combats de Buzancy (armée de Sedan). 

29 août. Combat de Nouart (id,). 

30 août. Combat de Stonne (itZ.), 

— Combat de Beaumont à Mouzou (Ul.). 

31 août. Combat de Bazeilles {id.). 

31 août-l" septembre. Bataille de Noissoville ou de Servi- 

gny (Metz), 
l'^ septembre. Bataille do Sedan. 

(1) On a mis en italiiiue les norn» adoptés par le» Priusioiu. 



i?80 APPRNDICK 

2 septembre. Capitulation de Sedan. 
9 septembre. Capitulation de Laon. 

17 septembre. Combat de Créteil (Paris). 
19 septembre. Combat de Châtillon (id.). 
23 septembre. Combat de Villejuif (trf.). 

— Capitulation de Toul. 

27 septembre. Combat de Peltre (Metz), 
.30 septembre. Combat de Thiais, l'Hay et Chevilly (Paris). 
2 octobre. Combat de Ladonchamp ou Saint-Remy (Metz). 

4 octobre. Combat de Champenay (Est). 

— Combat d'Épernon (Paris). 

.5 octobre. Combats de Raon-l'Étape et de Saint-Dié (Est). 

— Combat de Pacy (Nord). 

— Combat de Rambouillet (Paris). 

— Combat de Toury (Loire). 

6 oi.tobre. Combat de Nompatelize et de Saint-Rémy (Est), 

7 octobre. Combat des Tapes ou de Saint-Rémy, ou de 

Woippy (Metz). 

5 et 9 octobre. Affaire et incendie d'Ablis. 
10-11 octobre. Combat d'Artenay (Loire). 

10 octobre. Combat de Cliérisy (Normandie). 

11 octobre. Combat de Chevilly (Loire). 

12 octobre. Combat d'Épinal (Est). 

13 octobre. Combat de Bagneux et deCbàtillon (Paris). 

— Bombardement et occupation d'Orléans. 
16 octobre. Capitulation de Soissons. 

18 octobre. Combat et incendie de Châteaudun. 

21 octobre. Combat de la Malmaison et de la Jonchère 

(Paris). 

22 oclobre. Combats d'Étuzc et de Cassey ou de Rioz (Est), 
25 octobre. Capitulation de Schelestadt. 

27 octobre. Capitulation de Metz. 

28 octobre. Combat du Bourget (Paris). 

.30 octobre. Reprise du Bourget par les Prussiens, 
:n octobre. Combat de Saint-Apollinaire (Est). 

2 novembre. Combat de Roppe (Béfort). 

7 novembre. Combat de Saint-Lanrent-des-Bois (Loire). 

7 novembre. Capitulation du fort Mortier. 



APPENDICE 281 

8 novembre. Capitulatiuii de Verdun. 

9 novembre. Bataille de Coulmicrs (Loire). 
10 novembre. Capitulation de Neuf-Brisacli. 
17 novembre. Combat de Dreux (Loire). 

19 novembre. Combat de Chàtillon-sur-Seine (Est). 

21 novemlire. Combat de Bretoncelles (Loire). 

— CijrnlKit de Xogent-le-Rotrou (ùi ). 

22 novembre. Combat de Belesmc (irf.). 
il novembre. Combat de Ladon (Id.). 

— Capitulation de Tliionville. 

26 novembre. Ciimbat de Fréteval (Loire). 

— Capitulation de La Fère. 

27 novemlire. Bataille d'Amiens ou de MUers-Bretonneux 

(Nord). 

— Combat de Pasques et de Lantenay (Est). 
2S novembre. Bataille de Beaiuie-la-PioIande (Loire). 

— Combats de Maizières et de Juranville (id.J. 

20 novembre. Combat d'Epinay (Paris). 

— Combat de i'Hay {kl.). 

— Combat d'Etrépagny (Nord). 
:H) novembre. Combat de Montmesly (Paris). 

— Première journée de la bataille de Ciianii^i. 

gny (il/.). 

— Combat de Cboisy-b'-Roi et de la Oarc-aux- 

Bœufs {id.}. 

— Occupation de la citadell.' d'Amiens (Xord). 
1" décendire. Combat de Villepion (Lnin;. 

— Combat d'Autun (Est) 

i déceudjre. Seconde journée de la bataille de Cbampi- 
gny (Paris). 

— Bataille de Loigny (Loire). 

3 décembri'. (.'ombats d'.Vrtenay et de Chevilly (Loire). 

— Combats de Chilleurs-aux-Bois et de la Xeu- 

ville-au-Bois (id.). 

— Combat de Clu\teauneuf (Est). 

1 décendir(\ Combats d'Artenay, de Chevilly et de Cer- 
cottes (Loire). 

— Combat de la Xeuville-aii-Bois [id.). 

16. 



'2S2 APPENDICE 

4 décembre. Combat de Bachy (Nord). 
7 décembi'e. Combats de Salbris et de Nouan-le-Fuzelier 
(Loire). 

— Combat de Nevoy (id.). 

— Combat de Frète val (id.). 

7-11 décembre. Bataille de Yillorceau ou de Josnes (id.). 
9 décembi'e. Combat de Chambord (id.). 
?0 décembre. La garnison prussienne du château de Ham 
capitule (Nord). 

12 décembre. Capitulation de Phalsboiu'g. 

13 décembre. Capitulation de Montmédy. 

— Combat de Morée (Loire). 

14 décembre. Combat de Fréteval (itt.). 

15 décembre. Bataille de Vendôme (id.). 
18 décembre. Bataille de Nuits (Est). 

20 décembre. Combat de Pérouse (Béfort). 

âl décembre. Combats du Bourget et de la Ville-Evrard 

(Paris). 
23 décembre. Bataille de Pont-Noyelles ou de l'Hallue 

(Nord). 

26 décembre. Combat des Perches (Béfort). 

27 décembre. Combat de Montoire (Loire). 

30 décembre. Combats de la Bouille et des Moulineaux (Nord). 

31 décembre. Combat de Courtalin (Loire). 

IST ï 

2 janvier. Combat de Sapignies (Nord). 

— Capitulation de Mézières. 

3 janvier. Bataille de Bapaume (Nord). 

4 janvier. Combats de Bourgachard,deBourgtheroulde et 

de Chàteau-Robert (id.). 
9 janvier. Bataille de Villersexel et combat de IMoimav 

(Est). 
9-10-11 janvier. Combat de Conneré (Loire). 
10-11 janvier. Bataille du Mans (id.). 

12 janvier. Combat deClamart et de Châtillon (Paris). 

— ComJiat d'Arcey (Est). 

13 janvier. Combat de Montbéliard (id.). 



APPENDICE 28î^ 

15 janvier. Combat d'Alençon (Loire). 

— Combat de Si!lé-le-Guillaume (id.). 

— Combat de Saint-Jean-sur-Evrc {id.). 
15-16-17 janvier. Bataille d'Héricourt (Est). 

18 janvier. Combat de Vermand (Nord). 

19 janvier. Bataille de Saint-Quentin (id!.). 

— Bataille de Buzenval et de Montretout (Paris). 
20-24 janvier. Combats devant Dijon, à Talant, Fontaine- 
lez-Dijon, Pouilly (Est). 

21 janvier. Combat de Bernay (Normandie). 
25 janvier. Capitulation de Longv^y. 

28 janvier. Capitulation de Paris. 

— Reprise de Blois par le général Pourcet. 

29 janvier. Combats de Sombacourt et de Chaffois (Est). 
\" février. L'armée de l'Est entre en Suisse. 

— Combats de Cluse, d'Oye et du fort de Joux (Est), 

16 février. Reddition de Béfort. 
11 mars. Reddition de Bitche. 



APPENDICE N" 2 

CON'STITUÏÏON ACTVELLK DE l'icMPIUF. d'aLLE.M.VGXE 

La Bavière et le "Wurtemberg n'étaient entrés dans l'em- 
pii'o d'AUemag-no qu'en imposant à la Prusse des condi- 
tions qu'elle ne leur accorda que parce qu'elle avait abso- 
lument besoin de leurs soldats. En ellel, ces deux États 
avaient obtenu, pour eux et pour la Saxe, des privilèges im- 
portants et une part d'action assez considérable dans la 
conduite des alTaires diplomali([ues de l'Empire, dont voici 
la constitution : 

L'empire d'Allemagne est une confédératiiui, dont le 
gouvernement fédéral se compose de la présidence de la 
Confédération, du Conseil fédéral et du Parlement de l'Em- 
pire on Reicbstag. La jirésideiicc de la Cunfédération ap- 



284 APPKNDICE 

parlient au roi de Prusse, qui porte en cette qualité le titre 
d'empereur d'Allemagne et représente la Confédération 
auprès des puissances étrangères, et qui a le droit de décla- 
rer la guerre, mais avec le consentement du Conseil fédé- 
ral, de faire la paix et de conclure des alliances au nom 
(le la Confédération, de convoquer, de proroger et de 
clore le Conseil fédéral et le Parlement, de présider le Con- 
seil fédéral et le Parlement, do promulguer et de faire 
exécuter les lois fédérales. 

Le Conceil fédéral se compose des représentants des divers 
princes et villes libres de l'Empire; le nombre de ces repré- 
sentants est de 58, dont 17 pour la Prusse, 6 pour la Ba- 
vière, 4 pour la Saxe, 4 pour le AVurtemberg, etc. — Le 
Parlement ou Reichstag est composé de 382 membres nom- 
més pour trois ans, par le suffrage universel. La Pi'usse 
compte 236 députés au Reichstag, la Bavière 48, la Saxe 23, 
le Wurtemberg 18, etc. 

Cliaque État de l'empire d'Allemagne a son gouvernerneut 
{larticulier qui dirige les affaires intérieures n'étant 
pas d'intérêt général ; toutes les affaires d'intérêt général 
(la guerre, les traités de paix et de commerce, les monnaies, 
les poids et mesures, l'armée, la marine, les postes et télé- 
graphes, etc.) appartiennent au gouvernement fédéral de 
l'Empire. 

Il faut ajouter cependant que la Bavière et le Wurtem- 
berg, en entrant dans l'empir.' d'Allemagne par les traités 
de Versailles des 23 et 25 novembre 1870, ont imposé à la 
Prusse des conditions qui assurent à ces deux États et à la 
Saxe des privilèges importants. En effet, la Bavière et le 
Wurtemberg conservent une administration indépendante 
des postes et télégraphes ; une administration militaire in- 
dépendante; le commandement de leur armée en temps de 
paix; ces deux armées et celle de la Saxe conservent une 
existence distincte, mais, en temps de guerre, ces armées, 
complètement recrutées (1), organisées et armées comme 
les troupes prussiennes, obéissent à l'empereur d'Allemagne. 

(1) l.e service iibli.iratoire pour tous est imposé :'i tons les Ktats ili» 
!"P"nipii'e. 



APPENDICE 285 

— La Bavière coascivc ses ambassadeurs particulioi's (l), 
qui remplacent de droit ceux de l'Empire en cas d'empêche- 
ment de ces derniers; elle préside le Conseil fédéral en 
l'absence de la Prusse; elle a un siège permanent au comité 
de l'armée de terre et des forteresses. — La Bavière a im- 
posé à la Prusse l'obligation d'obtenir le consentement du 
Conseil fédéral pour la déclaration de la guerre, sauf le cas 
d'une attaque directe contre l'Allemagne, ce qui oblige la 
Prusse, qui n'a que 17 voix audit conseil sur 58, à gagner 
13 voix à sa cause pour avoir la majorité. — La Prusse a 
été obligée de consentir à l'établissement d'un comité perma- 
nent des affaires étrangères, composé de la Bavière, du 
Wurtemberg et de la Saxe, et présidé par la Bavière, au- 
quel la Présidence de la Confédération est tenue de com- 
muniquer toutes les dépêches diplomatiques. — Pour assurer 
aux Etats secondaires de l'Empire leurs privilèges et garan- 
tir ce qui leur reste d'autonomie et d'existence indépendante 
contre les tendances ambitieuses de la Prusse, qui les couvre 
du prétexte de l'établissement de l'unité allenuimlt', il a été 
décidé que totit projet de modification à la consliiutioa fé- 
dérale sera considéré comme rejeté, s'il a contre lui dans 
le Conseil fédéral 11 voix, ce qui est le nombre des voix dont 
disposent la Bavière, la Saxe et le Wurtemberg. 

Telle est l'organisation d'un État de 40 millions d'habi- 
tants, pouvant disposer de 1,500,000 soldats et devant, d'a- 
près toutes les apiiarences, s'annexer un jour les provinces 
allemandes de l'Autriche et leurs 10 millions d'habitants. 
Tels sont les résultats de la politique impériale et de cette 
pompeuse déclaration faite par Napoléon III, que les traités 
de 1815 avaient cessé d'exister : l'Autriche et la France 
écrasées après le Danemark, l'empire d'Allemagne et l'Ita- 
lie créés, l'Europe transformée, son équilibre détruit, la 
France reléguée à un rang inférieur et sans frontière du 
'•«'ité lin Jliiin. 

(l'j Kn nllenilaiit, cIIp 1''S :i (mis suppriiiK-s loctold-cî 1871.) 



S?80 APPE.NDICE 

APPENDICE N" 3 

l'aRMKK de la LOIUE hT l'aRMÉE DU NORD JUGÉES PAR LES- 
ALLEMANDS (l) 

Si l'on veut être impartial, il faut reconnaître que pres- 
que toujours les généraux de la République ont mieux ma- 
nœuvré selon les vrais principes stratégiques que ceux de 
l'Empire. Plus actifs, ils prenaient avec bien plus de har- 
diesse et de rapidité une oflensive énergique, tandis que les 
seconds se bornaient trop souvent aune faible défensive. 

Ce fut un vrai bonheur pour nous qu'au moment oii, après 
le 4 septembre, l'armée française était conduite par des 
chefs en général plus audacieux, en revanche les troupes 
devenaient de plus en plus mauvaises, et à la fin si indis- 
ciplinées, qu'il n'y avait pas moyen d'obtenir avec elles des 
résultats décisifs. La véritable armée française, bien exer- 
cée, et dont l'infanterie notamment se battit si bien, dispa- 
rut après Sedan. Les masses qui la remplacèrent ne purent 
en tenir lieu. 

Cependant le patriotisme français, nous l'avouons en 
toute impartialité, a fait, après Sedan, bien plus que nous 
ne l'avions d'abord cru ; il a armé des masses bien plu& 
nombreuses que nous ne le supposions, et fait durer la 
guerre bien au delà du terme que nous lui avions assigne 
alors. Officiers et soldats, nous pensions, le l" septembre, 
qu'au bout d'un mois tout serait terminé; il en a fallu 
quatre. 

Mais toutes ces centaines de mille hommes que nous eû- 
mes encore à combattre manquaient d'exercice , de disci- 
l)line, de persévérance, qualités indispensables que leur pa- 
triotisme, qui allait parfois jusqu'au fanatisme , ne put 
remplacer. Avant Sedan, le 16 août excepté, nous étions 
toujours, dans les batailles, de beaucoup les plus nombreux; 
plus tard, c'est ordinairement les Français qui avaient 
la supériorité numérique, et cependant nos premières vic- 

(Ij Articlo de M. de Wickede dans la Gazettf de Cologne. 



APPENDICE 287 

toires nous coûtèrent énormémont plus de monde que les 
suivantes. 

Aussi est-il nmintenant hors de doute que les armées 
dites populaires, quelque enthousiasme qu'elles aient, ne 
peuvent tenir contre des troupes régulières conduites avec 
iant soit peu d'énergie. Il faut maintenant de si grandes 
masses, les manœuvres sont devenues si compliq\iées, ainsi 
que les mouvements pour faire arriver des corps nombreux 
et éloignés sur un même point à l'heure précise indiquée 
par le télégraphe, il faut tant d'exercices et de soin pour 
tirer un parti utile dos nouvelles armes perfectionnées, qu'il 
est indispensable d'avoir des troupes bien stylées, obéissant 
à la lettre depuis le tambour jusqu'atj général ; tout doit 
marcher comme une horloge; contre elles, ni armée op- 
pulaire, ni gardes nationales, ni corps francs ne peuvent 
lutter efficacement, fussent-elles dirigées par le génie d'un 
Moltke. Ne reprochons donc pas trop sévèrement à Fai- 
dherbe, Chanzy, d'Aurelle et Bourbaki de n'avoir pu rem- 
porter de meilleurs succès. 

Ils ont obtenu tout ce qui était possiiile avec ces soldats ra- 
massésde toute part. Il fallait toute la crédulité et l'ignorance 
des Français pour espérer néanmoins vaincre les 900,ooohom- 
mes, supérieurement exercés, de l'armée allemande. Leurs 
proclamations emphatiques, où ils rappelaient l'invasion 
prussienne de 1792 dans la Champagne, et se flattaient do 
repousser de môme celle de 1870, étaient tout à fait ridi- 
cules ; il n'y avait pas la moindre cmnjiaraison entre les 
deux époques. 

De tous les généraux d'après Sedan, Faidherbe, à mon 
avis, s'est particulièrement distingué. 

Ses ordres du jour étaient bourrés de phrases creuses, ses 
bulletins de victoire faux ; mais sa force de résistance avait 
bien plus d'importance qu'on ne le pensait en Alle- 
magne au mois de décembre 1870. De là l'énergie avec la- 
quelle il sut toujours rassembler de nouveau ses troupes 
repoussées et les ramener en avant, et qui mérite un éloge 
))artic«lier. 

En lisant les dé[i(jches offiricllos allemandes sur les ba- 



288 AI'I'ENDICE 

tailles (l'Amiens et sur l'Hallue, du 23 décembre, ou pouvait 
croire Faidherbc anéanti pour toujours; mais ces rapports 
étaient évidemment fort exagérés , et si l'armée du Nord ne 
remporta jamais de succès dans l'offensive, elle ne fut jamais 
désorganisée, excepté après sa défaite décisive de Saint- 
Quentin, le 19 janvier. 

Il est vrai que Faidherbe eut toujours pour s'appuyer et 
se refaire les places très-fortes de Lille et de Douai ; si 
Chanzy avait pu se retirer sur de pareilles forteresses, la 
dissolution ne se serait pas mise dans son armée comme 
cela eut lieu au mois de janvier. 

De plus, de toutes les armées républicaines , celle de 
Fai'iherbe contenait les meilleurs éléments, marins, mate- 
lots, artilleurs de marine, tous hommes forts, endurcis, 
d'une bravoure à toute épreuve, et qui combattirent avec le 
plus entier mépris de la mort. Les officiers et équipages de 
la flotte furent réellement, dans la seconde partie de la 
guerre, nos plus dangereux adversaires; ils étaient froissés 
dans l'âme que la marine française eût obtenu de si 
pauvres résultats dans la Baltique. Ils tinrent à prouver 
que la faute n'en était pas à eux, et ils se battirent sur terre 
avec un dévouement admirable. 

Les troupes coloniales, ramenées à la hâte eu France, et 
qui firent partie de l'armée de Faidherbe, furent aussi gé- 
néralement excellentes. Les mobiles de Bretagne, de Picar- 
die et de Normandie étaient bien mieux disciplinés et se 
battaient tout aiitrement que ceux du Midi, et surtout que 
le ramassis d'affreux vauriens venus de Paris, Lyon, Mar- 
seille et autres grandes villes manufacturières : ces mata- 
mores savaient voler et piller, voire même hurler de grandes 
phrases ; mais se battre et mourir pour la patrie , jamais. 
C'est surtout dans les armées de Chanzy et de Bourbaki 
qu'il y avait de ces bandes ; c'est pourquoi elles fondirent 
bien plus vite; et, bien que beaucoup plus nombreuses que 
l'armée du Nord, elles nous firent relativement bien moins 
de mal. 

Le général d'Aurelle de Paladines a fait tout ce qu'il était 
possible avec des troupes aussi peu sûres que l'étaient les 



APPENDICE 289 

siennes. Qu'il ait évacué finalement Orléans, ce n'est pas 
une faute; la ville aurait été détruite sans aucun profit. 
Gambetta cependant l'en punit en lui enlevant le comman- 
dement. Le dictateur, lui, se montra évidemment plein de 
patriotisme et d'énergie; mais il a fait beaucoup de mal à 
son pays par ses ordres arbitraires, par ses choix d'officiers 
supérieurs, par son immixtion dans les mouvements stra- 
tégiques. Homme d'imagination, il n'avait aucune idée de 
la connexion qu'il faut mettre dans les opérations militaires, 
de même qu'il ne se doutait pas de l'immensité des res- 
sources dont les Prussiens disposaient. Et il voulait diriger, 
sans un État-major comme le nôtre, où se trouvent con- 
densés, dans la tête d'hommes rompus au métier, les résul- 
tats des études militaires les plus suivies. 

Aussi fit-il une faute énorme de diviser en décembre l'ar- 
mée de la Loire, d'en donner une moitié à Chanzy, et d'en- 
voyer avec l'autre le pauvre Bourbaki sur Béfort. Si, à ce 
moment, on pouvait encore espérer des succès sur la Loire, 
ce ne pouvait être qu'en concentrant le plus de troupes po s 
sibles, et en les poussant en avant sans s'arrêter. Il fallait 
avoir la supériorité du nombre pour compenser la qualité 
inférieure des soldats. 

Donc, en se jetant comme une trombe sur le 13° corps 
du duc de Mecklerabourg, fort alTaibli alors, il y avait 
chance de le culbuter et de pouvoir avancer par le Mans et 
Chartres sur Paris. Au lieu de cela, on donna à Chanzy 
beaucoup trop peu de monde ; il eut beau manœuvrer avec 
rapidité et habileté, il échoua par le manque de cohésion 
le mauvais équipement de ses troupes, et il iie put tenir de- 
vant les forces réunies du duc de Mecklenibourg et du 
prince Frédéric-Charles, surtout Moltke combinant et diri- 
geant leurs mouvements. 

Donc la conduite de Chanzy, mémo pendant la fui mal- 
heureuse de la campagne, est exempte de blâme ; nos géné- 
raux eurent bien de la peine à le vaincre. Qu'il se soit par- 
fois vanté de succès imaginaires, c'est une habitude française. 
N'oublions pas qu'à côté des racailles qui abondaient dans 
son armée, il y avait là certains corps qui montrèrent un 

GUERRE DE 1870 17 



290 APPENDICE 

héroïsme, un dévouement qu'on ne saurait dépasser. 

Gambetta avait espéré que le prince Frédéric-Charles se 
mettrait à la poursuite de Bourbaki, et que la Loire serait 
ainsi dégagée. Mais une tête froide comme Moltke, toujours 
bien informé des mouvements de l'eanemi, ne pouvait lais- 
ser commettre cette faute. En octobre et novembre, un 
corps français marchant sur Béfort aurait pu nous être 
funeste ; mais au mois de décembre, où tout le T corps, 
était disponible, où les réserves étaient arrivées d'Alle- 
magne, le danger avait en grande partie disparu. Aussi ne 
détacha-t-on de l'armée du prince royal que le 2" corps, 
qui fut joint au 7= pour former l'armée de Manteuffel. Avec 
le corps de Werder, cela suffisait, fin décembre 1870 et en 
janvier 1871, pour écarter tout danger sérieux dont Bour- 
baki aurait pu nous menacer. 

Gambetta crut quelque temps que Frédéric-Charles avait 
quitté la Loire avec tout son monde ; c'est bien là l'incurie 
française, qui n'a jamais été aussi phénoménale que dans 
cette guerre. Nous étions au milieu de populations enne- 
mies; presque chaque habitant, et on ne saurait en aucune 
façon le leur reprocher, cherchait à nous faire du mal, et 
cependant, grâce à notre cavalerie légère, à nos reconnais- 
sances incessantes, et surtout au soin avec lequel on étudiait 
à l'État-major les renseignements ainsi fournis, nous avons 
été toujours dix fois mieux informés sur la force et les mou- 
vements de l'ennemi que les Français ne l'étaient sur notre 
compte. C'était comme en Bohême, en 1866. 

Les Français, d'un bout à l'autre, firent la guerre avec 
leur imagination, laissant de côté l'intelligence, la réflexion, 
les fatigues ; ils sont trop insouciants et aussi trop fiers 
pour observer dans les menus détails ce que l'ennemi en- 
treprend, et, selon cela, disposer et changer leurs plans. 

C'est là le résultat inévitable de leur amour de la phrase, 
qui, à la longue, ne peut vivre que de mensonges ; la su- 
prême qualité pour eux, c'est d'avoir de l'esprit. Tant qu'ils 
en seront là, ils ne seront pas redoutables comme guerriers, 
et nous pouvons, jusqu'à ce qu'ils se soient amendés, nous 
moquer deleursmenacspt de leurs cris pour une revanche. 



APPENDICE 291 

Pour revenir à Bourbaki, il ne pouvait faire mieux qu'il 
n'a fait avec des troupes si mal équipées, ramassées à la 
hâte, ni exercées, ni disciplinées. Gambetta et son entourage 
ont sur la conscience d'avoir d'un cœur léger envoyé à 
une mort certaine ces milliers d'hommes , manquant de 
tout ce qui était nécessaire pour une campagne d'hiver. 

Pour remporter quelque succès, en janvier 1871, Bour- 
baki devait pousser en avant pour arriver devant Béfort 
avant Werder ; alors il faisait lever le siège de la place. 
Mais c'était à peu près tout ce qu'il pouvait espérer. 

Dans le duché de Bade, on craignit alors beaucoup de le 
voir arriver ; mais autant les Français auraient pu facile- 
ment envahir le duché de Bade tout au déhut de la cam- 
pagne, autant cela leur était interdit en janvier 1871. 

Si Bourbaki avait réussi à débloquer Béfort, et qu'il eût 
tenté de passer le Rhin, Werder et Manteuffel l'auraient 
entouré et fait prisonnier avec son armée. 

C'est très-probablement la mauvaise organisation de son 
armée qui l'empêcha de devancer Werder, dont la marche 
rapide et la ténacité contre les masses supérieures en nom- 
bre de Bourbaki sont un des plus beaux faits d'armes de la 
campagne. 



TABLE 



Pages 

I. — La France avant la guerre i 

II. — Déclaration de guerre à la Prusse 10 

III. — L'armée française et l'armée allemande 19 

IV. — Reichshofen et Forbach 50 

V, — La guerre autour de Metz 00 

VI. — Sedan 86 

VII. — Révolution du 4 septembre 100 

VIII. — Blocus de Paris 105 

IX. — Blocus et capitulation de Metz 120 

X. — Le 31 octobre. — La capitulation de Paris.. 136 

XI. — L'armée de la Loire 162 

XII. — L'armée du Nord 188 

XIII. — Opérations dans l'Est 193 

XIV. — La délégation de Tours et de Bordeaux. — 

L'anarchie dans le Midi. — L'Assemblée 
nationale. — Les préliminaires de Ver- 
sailles. — Les Prussiens à Paris — La 

Commune. — La paix de Francfort 223 

Appendice n" 1. — Liste chronologique des batailles 
et combats principaux livrés pendant la guerre de 

1870-1871 279 

Appendicc n" 2. — Constitution actuelle de l'empire 

d'Allemagne 283 

Appendice n» 3. — L'armée de la Loire et l'armée du 

Nord jugées par les Allemands 286 



FIN DE LA TABLE 



F. AuREAU. — Imprimerio de Lagny. 



v^ 




DC 

293 

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1872 

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