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Full text of "Histoire générale des proverbes, adages, sentences, apophthegmes, dérivés des mœurs, des usages, de l'esprit et de la morale des peuples anciens et modernes;"

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HISTOIRE GÉNÉRALE 

DES PROVERBES. 



HISTOIRE GENERALE 

DES PROVERBES, 

ADAGES, 

SENTENCES, APOPITTHEGMES, 

DÉ&IYÉS 

DES MOEURS , DBS USAGES » DE l'bSPRIT ET DE lA HORALE 
DES PEUPLES ANCIENS ET MODERNES; 

accompaghAb 

DE BEMARQUES CRITIQUES , D*A1ÏECD0TES , 

«T •riviB 

d'uAB KOTICB BIOGRAPHIQUB SUR LS8 POÈTBS, LBS MORALISTBS BT LIS PHIU)0OPHIt 
LBS PLUS C^LàBBES CIT^S DANS CET OUTRAGE, BT o'uNB TABLE DBS MATIERES. 

S^ui vesligia rerum. 



PAR M. C. DE MERY, 

CHKVALIBR DE LA t.lL6I0n-p'a01IRBUR, 



TOME TROISIÈME. 



PARIS. 

DELONG CHAMPS, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

RUE HAU1EFEUII.LE, N* 3o. 

1829. 






FONDERIE POLTAMATTPE DE MÂRGELLI9-LEGKAVD, PLASSAV ET G» . 



IMPRIMEKIE DE PLASSAN ET C'" , 

RUK DB TAOCFRARD, n<> l5. 



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SUITE DU LIVRE SECOND 



rt QK LA 



CLASSIFICàTION GiNÉRALE DBS PfiOTERBBS, ADAGES, 
SENTENCES ET AP0PHTHB6HES. 



CHAPITRE V. 
Dans ta Myihobgie. 

La mythologie , ce répertoire d'absurdités , de 
crimes et d'adultères , que Plutarque appelle plai- 
samment ta curiosité des plaisirs des autres j est un 
assemblage de fictions ingénieuses qui contien- 
nent des leçons très-instructives pour la pratique 
des vertus humaines; et 'si en quelques endroits 
ces fictions se ressentent de l'impureté de leur 
source, c'est d'une manière si grossière, qu'elle 
heurte le bon sens. Il n'y a pas d'allégorie qui ne 
comporte un sens moral, c'était la philosophie des 
anciens. Si le sens littéral n'était pas souvent com- 
pris par le peuple, on pouvait, au moyen d'expli- 
cations lumineuses, diriger sagement sa croyance, 
guider sa conduite dans la vie civile, et lui inspi- 
rer un respect religieux , sauvegarde des gouver- 
nemens et des peuples. La mythologie , abstrac- 
tion faite des circonstances scandaleuses qu'elle 
renferme, et qu'admettait l'esprit superstitieux des 

T. III. 1 ^0^ 



2 HISTOIKE D£S PKOVEABBS. 

païens v envisagée dans ses rapports mystiques , a 
pu être utile aux anciens, coname elle Test aux 
modernes, dont elle enrichit la littérature, et 
aux beaux-arts, auxquels elle prête ses ingénieuses 
fictions. 

1. C'e&t le tonneau des DanaideSé C'est un ou- 
vrage sans fin, par allusion au supplice des qua- 
rante-neuf filles de Danaûs ^ roi d'Argos, que Ju- 
piter condamna, dans le Tartare, à verser éternel- 
lement de l'eau dans un tonneau percé, pour les 
punir d'avoir égorgé leur$ maris la première nuit 
de leurs noces. La cinquantième fille, Hypermnes- 
tre, épargna seule son maH Lyncée. 

a. C'est un Protée. C'est le nom que l'on donne 
aux personnes qui changent d'humeur» et de ma- 
nières suivant les circonstanciés. Sn voici la raison : 
Protée était un dieu marin, chargé de <ronduire 
les troupeaux de Neptune; il prédisait l'avenir; 
mais, lorsqu'on le consultait, il fallait par ruse et 
par force s'emparer de lui, et Iç lier fortement , 
sans quoi il s'éch^ippijiit et prenait toutes sortes 
de formes : il devenait lion^ dragoa, panthère» 
sanglier, eau, arbre, etc. ; il ne parlait que lors 
qu'il ne lui restait plus aucun moyen d'échapper. 
Voyez Virgile {Géorgiques^Xvi. iv, et le iv* livre de 
l'Odyssée, où Ménélas fait à Téléroaque le récit 
des aventures de ce dieu). 

5. C'est une Pénélope. Cela se dit pour désigner 
un parfait modèle de fidélité conjugale.Ulysse, son 
mari, étaat parti pour la guerre de Troie, qui, 



UVAli&£CON0. 3 

totnmiç Ton 9dit, dura dix ans, Pénélope, dont la 
beauté était ravissante, se trouva bientôt entourée 
de séducteurs qui voulaient faire des brèches à sa 
rertu; mai$ elle les repoussa en les amusant eommei 
des'enfans par des ruses continuelles, ce qui prouve 
de la {laU; de ces soupirans allant de patience que 
peu de fiûesse d'esprit ; elle leur promit de faire le 
bonheuf de l'un d'entre eux lorsqu'elle aurait 
teruMué un grand voile qu'elle destinait à easevé* 
lir le corps de son beàu-père Laêrte , quand il lui 
aurait plu de mourir; et toutes les nuits eHe dé* 
faisoît une certaine quantité de traùies qu'elle fai- 
sait pendant le jour ; ce qui fait supposer que les 
prétendans à sa main ne voyaient point sa besogne 
ou n'y voyaient goutte* Enfin ^ forcée dans les der- 
nier? retranchemens de sa persévérance ^ elle dé^ 
clasa qu'elle épouserait celui qui teindrait le pre* 
œier l'arc d'Ulysse* Aucun n'en put venir à bout, 
excepté Ulysse lui^cpéme^ qui, déguisé en men- 
cBant 4 se trouva là à point nommé pour par* 
faire l'épreuve, en tuant avec ce même arc tous 
ces hobereaux de pOursuivans qui aspiraient à ' 
Vhondeur de déshonorer sa couche. Aussi , Pé- 
nélope 9 fière comme de raison du triomphe de sa 
vertu et de la vigueur de son mari, disait-elle avec 
«ne satisfaction toute conîîigale : Arcunx nemo meo 
meliUê tendeiat lJiy$M; ce qui pouvait être pour 
elle, soit dit entre nousyun grand motif de préfé- 
rence. . . 

4. Terreur panigue.y oici^ suivant ^l'opinion com- 
mune , l'origine de cette expression proverbiale : 
fiacchus étant surpris par ses ennemis dans une 



4 HISTOIRE DES PHO VERBES. 

vallée dont ils avaient intercepté l'entrée et la sor* 
tie, Pan, qui était un de se& généra ux, le tira d'af- 
faire de la manière suivante : II ordonna à toute 
l'armée de Bacchus de pousser les cris les plus ef- 
froyables qu'elle pourrait; et ces cris, étant aug- 
mentés par la profondeur des bois et les échos 
des rochers voisins, et joints à l'horreur de la nuh, 
épouvantèrent si fort les ennemis ^ qu'ils aban- 
donnèrent les 4)âssdges qu'ils avaient saisis. De là 
vient qu'on appelle paniques les terreurs vaines et 
nocturnes. Le savant Bochart a remarqué que le 
mot pan ou phan , en phénicien , signifiait épou-' 
vante. Ce stratagème de Pan se trouve cité par 
Polienus dans ses Stratagèmes. Quelques-uns pré- 
tendent que cette expression vient de ce que, dans 
la guerre des Titans contre Jupiter, Pan fut le pre- 
mier qui jeta la terreur dans le cœur de ceâ géans. 
Théon dit que ce fut en faisant grand bruit avec une 
conque marine dont il se servait comme de trom- 
pette et dont il étàitl'inventeur. L'abbé Pluche, dans 
son Histoire du Ciel, donne une toute autre origine 
à cette expression. Selon lui, le nom de faunes ou 
phaunes, dérivé du mot phénicien p^tn/m ou phanim, 
signifie des masques. Des acteurs , masqués ou dé- 
guisés en béliers ou en boucs, portaient également 
les noms de satyres^ de faunes et de tkyases. C'est ce 
qu'on désignait en Italie, d'après les Grecs, par ces 
mots : Thyasos inducere, former des chœurs ou des 
troupes de béliers ou de boucs , ce que Virgile ex-^ 
plique par ce vers : 

Orague coriicibus sumtint horrenda cavaiis, (Gkorg. ii. ) 



LIVRE SJblCOND. 5 

par lequel il nous apprend la cautume où étaient 
le» faunes ou les personnages qui paraissaient dans 
ces fêtes, de se couvrir d*un masque hideux^ el de 
les terminer en suspendant leur ma&que à un ar- 
bre. On voit assez que ces ji^amm, ces masques, avec 
leurs cornes et leur large ouverture de bouche ne 
pouvaient manquer d'effrayer les epfans, et que 
c'est là lorigine des terreurs paniques. Cette expli- 
cation me parait la plus vraisemblable. 

5. C*€st une Hélène. Hélène ,. fille de ïindare et 
femme de Ménéias , coi de Sparte et frère d'Aga- 
ipcmnon, était un tel prodige de beauté, que, de- 
puis un grand nombre de siècles , quand on veut 
louer une belle femme , il est passé en proverbe 
de la comparer à Hélène. La beauté physique 
d'Hélène a été décrite avec les plus minutieux dé- 
tails. On peut voir^ dans, la Forêt nuptiale de Jean 
de Nevizan , les trente-quatre signes qui forment 
le.compendium delà beauté, et mieux, encore, 
dans le dictionru^ire de Bayle, à l'article Hélène, 
la traduction en vers latins rapportés par Nevizan, 
et que nous a laissée François Corniger, d'un pas- 
sage d'un ancien ouvrage français, intitulé de la 
Louange et de la Beauté des Femmes^ où il apprend 
les qualités qui constituent essentiellement une 
beauté parfaite. L'histoire remarque qu'Hélène 
possédait, sans altération et sans exception au-* 
cune, tous les signes caractéristiques décrits dans 
les vers de Corniger. 

6i Filer le parfait amour. Voici, sans doute, d'où 
est venue cette expression proverbiale : Omphale 
était reine de Lydie ; Hercule, étant venu dans ses 



6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

États , j tuîi un serpent monstrueux qui les déso-^ 
lait* Après cet expiait , il fut tellement captivé par 
la beauté d'Omphale , qu'oubliant son sexe et sa 
céleste dignité, il s'abaissa jusqu'à filer en compa« 
gnie des dames d'honneur de cette reine. Quelques 
commentateurs prétendent qu'Hercule ne mania 
pas le fuseau chez Omphale, et donnent à cette 
expression une origine tant soit peu erotique. Ils 
disent que cette reine, plus forte même qu'Hercule 
dans les combats amoureux, était souvent forcée 
de changer de rôle et de position contre l'usage or- 
dinaire des femmes » pour soulager son nouvel 
amant : ce qui est d'autant plus incroyable qu'on 
attribue à ce héros des faits prodigieux eu amour^ 
Si l'on en croit k menteuse mythologie, à qui des 
faits de cette nature ne coûtent rien, il eut affaire, 
en une seule nuit, avec les cinquante filles ^ de 
Thespis, qui, dit-on, étaient toutes pucelles, et en 
eut autant d'enfans. Seulement, pour faire ombre 
au tableau, et par un accident qui prouvait qu'Her*. 
culç tenait encore de Thumanité et n'était pas un 
dieu accompli, on dit quil plia le jarret avec la 
dernière^ 



CHAPITRE VI. 
DûM V Apologue. 

L'apologue , si ingénieux en morale , nous iiiis-^ 
truitpar des images qui lui sont particulières. L'ac- 
tion de t'apologue est allégorique^ c'est -à-* dire 
qu'elle couvre une maxime ou une vérité. Tous les 



LIVRE SECOND. 7 

apologues sont des miroirs où nous voyons la jus- 
tice ou l'injustice de notre conduite, que Ton com- 
pare le plus souvent avec celle des animaux. Voyez 
la fable dû Loup et de l'Agntau dans Esope et dans 
h% Fontaine : le loup et l'agneau sont deux per- 
sonnages, dont Tun représente l'homme puissant 
et injustQ, l'autre l'homme innocent et faible. La 
vérité qui résulte du récit altégorique de l'apologuo 
se nomme moralité^ ^Ue doit être claire et inté- 
ressante. 

\. Isrmi (tans ta étntue^ Hoch-Rong , empereur 
iie* la €faine, demandait à son ministre Koahg- 
TchOQg ce <|ui était le ptus à craindre dans un 
gouveroement ? Riôn de plus terrible, â mon avis, 
i:ép(Hidit Koaag^Tchong, ïqu'un rat dans une statue. 
li'emp^peur^ ne com|)reiiaQt pas le sens de ces pa- 
role ) lui en demtQda l 'explication. Vous n'igno- 
feSf pas, dit le ministre» que dans toute la Chine on 
jBSt dans l'usagé de consacrei d0s statues &u génie 
du UeUé Ces statues de bois, creuses en dedans , 
sont peintes et di>néids au dehai*s. Si par malheur 
un rat y entre, comment l'en fera-t-on sortir? Si vous 
employez le feu, voils brûleresle bois^ si tous em- 
ployez l'eau, Vous gâterez tes couleurs, il faùtdonc, 
pour ne pas endommager la ètatiie , ifue le rat y 
reste. Eh bien , ajouta Koang-Tchong , tels sont 
dans tout gouvernement ceux qui , dépourvus de 
probité et de talens, ont réussi à se perpétuer dans 
les bonnes grâces du prince; ils ruinent l'État, 
tout le monde se ressent et se dé^iole des maux 
qu'ils causent, mais on n'ose employer les moyens 



8 HISTOIRE DES PROVERBES. 

d y remédier et de détruire ces animaux parasi*- 
tes et pernicieux. 

2. C'est réchauffer un serpent dans son sein. C'est 
rendre service à un méchant, à un ingrat. On sait 
tout le parti que La Fontaine a tiré de cette allé- 
gorie dans sa fable le Villageois et U^JSerpent]: 

Il est bon d'être charilable ; 
Mais envers qai? C'est Là le point. 
Qaant aàx ingrats, il n'en est point 
Qui ne menre enfin misérable. 

3. Les rois ont les mains longues , an neacis loo- 
gas regibus esse manus. Quelqtie éloigné que soit 
celui qui les a offensés , il ne peut ^ soustraire à 
leur ressentiment ; ils trouvent aisément et par- 
tout des exécuteurs de leurs volontés. L'électeur de 
Majence, aidé des troupes de Louis XIY, assié- 
geait la ville d'Erfurt en i664- Le général qui les 
commandait somma les habitans de se rendre ; 
ceux-ei répondirent qu'ils ne croyaient pas avoir 
mérité la colère de la France. « Nous avons eu , 
ajoutèrent-ils, une ancienne alliance avec le grand 
Henri , à qui nous prêtâmes dix mille florins dans 
le temps qu'on lui disputait sa couronne, que votre 
maître porte aujourd'hui. Si les grands rois ont leê 
mains longues, ils doivent aussi garder une longue 
mémoire des moiadres services qu'on leur a rea- 
dus. » 



LIVRE SECOND. «> 

CHAPITRE VIL 

■ 

Dans l'Histoire. 

L'histoire est le tableau de la vie humaine, la 
pierre de touche par laquelle on discerne le vrai 
mérite du faux. La vertu y reçoit toujours les hom- 
mages qui lui sont dus, et le vice y perd ceux qu'il 
ne devait qu'à l'adulation , à la dépravation des ' 
mœurs, ou aux aberrations de l'opinion publique. 
Point de prescription contre la vérité ; par le se- 
cours de l'histoire, elle rentre tôt ou tard dans ses 
droits* L'histoirç est donc le meilleur traité de mo- 
rale que nos pères nous aient laissé, parce qu'il est 
fortifié par de nombreux exemples ; mais la plus 
utile leçon que l'on pourrait retirer de l'étude de 
l'histoire serait, sans contredit, la comparaison 
que l'on ferait des événemens analogues, survenus 
à différentes époques, en rapprochant les distances 
que sépare le temps. Les destinées des nations 
tiennent quelquefois à des circonstances qui sem- 
blent dérouter toute la prévoyance humaine, et 
devoir consommer leur ruine, si la Providence, 
dont les desseins sont impénétrables, ne venait 
elle-même les arrêter au bord de l'abîme par des 
moyens qui nous semblent disparates et qui étour- 
dissent notre imagination. Le 18 juin i8i5, un 
homme paraît à la^ tête d'armées innombrables ; il 
efit conduit par la fortune pour se heurter contre 
la puissance guerrière de celui qui pendant dix- 
huit années avait étonné le monde de sa gloire et 



lo HISTOIAB DES PROVERBES. 

de ses triomphes, et qui avait disposé ea maître 
des destinées de l'Europe. La masse de toutes les 
puissances liguées contre le despote opère ce jour- 
là, sur le champ de bataille de Waterloo, une révo* 
lution qui change la politique de l'Europe, et qui 
réintègre une race auguste et antique sut le trône 
de ses pères. Le i8 juin 14^9, une îeutie héroïne 
inspirée de Dieu, guidée par un prophétique en- 
thoosiersme, avec Tappui du connétable de Riche- 
mond et de la seule bravoure d'une petite armée 
française, combat les Anglais à Patai en Beauce , 
et rétablit Charles Vil sur le trOnedes Valois. Ainsi 
la Providence a voulu que nos succès et nos revers 
tendissent à diffef'entes époques au même but, le 
rétablissement de nos princes légitimes. 

L'histoire n'est souvent que la répétitioh des 
mêmes actes, aux formes et au^ temps ptès^ c'est 
une vérîté que fera ressortir le rappi^ochement des 
faits »mvans qu'appréciera aci juste la sagacité du 
l^tetir. Marie Stuàrt, reine d'Écoàse, étant retour* 
jȎe de France pour gouverner son royaume, be 
tnrda pais à s'apercevoii" que les différens eorps de 
l'État, {mbus des principes du protestantisme et 
accoutumés déjà à l'anarchie, rendaient son règne 
tumultueux et difficile. Les protestans, si hardis 
)erÀqu't>n leur cède, voulurent, dès les premiers 
jours de Son arrivée, lui interdire Texercibe publie 
de su neligiotii Marie, dans là tue sans doute d^e 
I»' attacher par des grâces des hommes que Ift diffé-^ 
réucedu eultè Joignait d'elle, ne mit d'abord que 
des protestans à la tête des affaires. Lès catholiques 
n -eurent aucune pûrt à sa confiance, et le clé**gë 



UYAE SECOffD. ii 

romain, déjà dépouillé d'uoe partie de .aes biens 
par les usurpations des réformateurs puissaos, vit 
l'autorité légale transporter à ceux^i la possession 
tranquille de ce qu'ils ne devaient qu'à la violence. 
Les révolutionnaires d'Angleterre, après avoir pro« 
clamé les principes de la liberté et de l'égalité ab*' 
solue» et triomphé de la légitimité sur le eadavre 
de Charleis P% se décernétent des titres honorifi- 
ques^ éans oublier l'argent nécessaire pour tes sou- 
tenir. Fairfax, le plus raisonnable et le moins fana-» 
tique de tous ces factiîeux, reçut Je titre de baron 
et une datatioo annuelle die cinq mille livres ster-^ 
lÎDg. Le presbytérien Ilolles fut fait vicomte. Le 
républicain flaâlerigh^ et Yanes, un des chefs de 
Tindépeudance, eurent le titre de baroa avec une 
pension de deulc mille livres sterling. Ces parti- 
cularités prouvent que Ul haine du parlement 
contre la noblesse n'était pas sans eKceptioti. EJles 
démentent les idées répandues sur le parfait désin-** 
téressement de cette assemblée démocratique. Elles 
prouvent plus évidemiûetit et plus malheureuse- 
ment encore que les révolutions finissent par pro^ 
fiter aux factieux qni les font<, tant est f^nûde et 
indestructible la puissance du mdL Crooiwel reçut 
la plus riche rétribution après Fairfox » et joignit 
au titre de baron uive dotation héréditaire de deux 
mille cinq cents livres sterling dé reveôu, aiMi^ée 
SM» les terres du comté de Woix^esterw L'ekemfkle 
était bon à suivre; il a été suivi» i la grande tribut 
tation dés uns età la grande saâsfootion des autres i 
et ceux à 4i)i il profite ne sont pâ^ «atis&its et se 
plaignent fentore : tf&i$ iuki^it 'GrOôchôs ée ùdidonê 



V 



1 1 H ISÏOIRE DES PROVERBES . 

r//i^ren^e«/ Lorsque Charles 11 futrëtabli sur letrônev 
ses anciens et fidèles amis, ainsi que ci^ux qui 
étaient attachés à sa famille restèrent sans récom- 
pense. Ou vit languir dans le besoin et la misère 
nombre de gens qui avaient versé leur sang pour 
son père et pour lui, et qui avaient tout perdu à 
leur service, tandis que les persécuteurs de sa 
maison, qui, profitant des tronbles de leur pays, 
avaient amassé de grandes fortunes pendant la 
guerre civile, en jouissaient sans trouble et sans 
inquiétude : « Ce fut en vain , dit lord Littletou , 
que ceux qui souffraient de cet oubli élevèrent une 
voix suppliante, la reconnaissance n'était point la 
vertu de Charles. • Ce sont là des faits qui parlent 
vigoureusement à Fesprit. 

Des événemens, que ni le marbre ni le bronze 
n'ont pu ni dû transmettre à la postérité, échap- 
pent a la rouille du temps et à l'oubli à la faveur 
des proverbes ; en voici des exemples : 

j. Recevoir une mercuriale. Cette expression, de- 
venue proverbiale, signifie encourir une répri- 
mande. Henri II donna, en i55i, une déclaration 
portant que tous les trois mois, il y aurait dans son 
parlement des assemblées où les geiw du roi se- 
raient tenus de requérir le châtiment ou le blâme 
de l'autorité contre ceux de la compagnie qui au- 
raient fait quelque chose d'indigne de lieur minis^ 
tère. Ces assemblées furent appelées mercuriales , 
du mercredi, jour destiné à ces séances. Il y avait 
déjà eu deux éditsàce sujet, l'uade Charles VIII 
en 149^9 et l'autre de Louis XII en 1498* 



LIVRE SECOND. i3 

2. Aller chercher quelqu'un avec la croix et la 
hanniere. Cette expression proverbiale, dont or se ^ 
sert ordinairement contre ceux qui se font trop 
attendre, se tire d'un ancien usage qui durait même 
encore à Bayeûx en 164O9 et qui était sans doute 
commun à d'autres églises. Les chanoines de l'é- 
glise de Bayeux se levaient ,autrefois la nuit pour 
chanter les matines, et ils avaient une façon assez 
singulière de punir ceux qui manquaient à ce de-> 
v-oir. Les jours de grandes fêtes, immédiatement 
après l'office,. les habitués de l'église, avec la croix, 
la bannière et le bénitier, allaient au logis du cha- 
noine, et faisaient par cette procession une espèce 
de mercuriale à son inexactitude. Du temps de la. 
féodalité, ce proverbe s'employait danrs un autre 
sens : lorsque les seigneurs prenaient possession de 
leurs fiefs, on allait les recevoir avec la croix et lai 
bannière. 

5. Faire de pennon bannière. Le pennon était le 
guidon en forme de banderolle que le chevalier 
amenait à l'armée. Il demandait au chef permis- 
sion de lever bannière. Lorsqu'il était jugé en avoir 
le droit, les hérauts, d'armes coupaient la queue du 
pennon et le rendaient carré, c'est-à-dire lui don- 
naient la forme d'vme bannière. De là est venue 
l'expression. 

4. Planter le mouchon; la veillée du mouchon. 
Plusieurs familles du Mont-Jura, pour ne pas cou- 
rir le risque de laisser leurs biens à des moines , 
avant de marier leurs enfans, s'assqraient d'un hé* 
ritier. C'est ce qu'ils appelaieût la veillée du mou^ 
chon. Avait-on un garçon en âge d'être marié, on 



i4 HISTOUB DBS PAOTERBES. 

cherchait une fille nubile. On mettait ensemble 
les deux amans, après avoir pooiru à leur nourri* 
ture. Les père et mère fichaient dans la chemiBée 
une branche de sapin, et se retiraient après Tavoir 
allumée, on appelait cela planter te fnaac/ion. Les 
deux amans, restés seub, procédaient au ^and 
œuvre, et ils avaient droit de s'ébattre à ce feu 
jusqu'à ce que le bois résineux fiché dans la che- 
minée fût consumé et cessât de fumer. Si la fille 
éprouvait ensuite les résultats ordinaires de cet 
exercice, lesp^^rens, assurésd'un héritier, mariaient 
les deux amans. Ces essais ne réussissaient pas 
toujours, et il arrivait qu'un garçon, avant son ma- 
riage, répétait cette épreuve avec différentes filles 
du canton, tant on craignait de laisser son héritage 
à des étrangers. Cet usage de planter le mouchon 
était sans doute opposé à la morale civile et aux 
usages de l'église; mais les pauvres gens qui le 
plantaient craignaient encore moins de blesser les 
lois canoniques que d'ofienserle sens commun. 

5. Elle a laiêsé délier sa ceinture ;* en parlant 
d'une personne qui a perdu sa virginité. 1> y a près 
de Metz une source appelée la banne f&ntaine^ à la* 
quelle on attribue des vertus médicinales favora- 
bles au sexe. Il est encore d'usag<e d'aller, dans les 
premiers jours de mai , boire de ses eaux dès le 
matin. C'est une sorte de partie de plaisir; mais il 
faut, à ce qu'il parait, que la pèlerine soit pure et 
exempte de toute souillure masculine, car la tra- 
dition rapporte que cette source est habitée par la 
vierge, et qu'elle ne se manifeste à travers le cristal 
des eaux qu'à celles qui lui ressemblent; on dit que 



LIVftE SiE€01fI>. ifi 

la source n'esl plu^ trèg^fréquentée» et que U TiergQ 
n'est presque pius tisible. Chez les Romain») U 
ceinture désigoée sous le nom de virginité, éHlt 
blanche et faite de laine : elle servait à fffire le 
nœud singulier qu'on appelait U nœud d'Hercule. 
L'histoire ne nous fait nullement connaître celui 
des travaux d'Berculé auquel cet eaiblème fuit al^ 
lusion, mais à bon entendeur demi-mot. Tout ee que 
l'on sait, c'est que c'était la fonction du mari de 
délier ce nœud la première nuit de ses noces. La 
tendresse de l'épouse était un $ùr garant de sa fi« 
délité^ surtout pour ceux qui af aient une foiiio- 
buste. 

6. C'eÈt le nœud gordien j eW une chose diffi^ 
cile à résoudre. Voici rexplication qu'en donne la 
fable. Gordius, père de ee roi Midas qui avait de» 
oreilles d'ân^, possédait un chariot dont le joug 
était attaché au timon pftr un nœud d'écorce de 
cornouiller si artistement entrelacé, qu'on ne pou- 
vait en découvrir les> bouts, et par consé(][bent le 
délier. L'oraele avait promis l'empire de l'Asie à 
celui qui le délierait. Alexandre, se trouvant en 
Phrygie, et estimant que l'épreuve valait bien la 
peine d'élre tentée, fut curieux de voir ce chariot. 
II s'y prit de foutes les manières pour délier ce 
noeud si inextricable; mais, ne pouvant en venir à 
bout, il le coupa avec son épée, en- disant tlin'im^ 
porte comme on le dénoue. L'oracle, dont toute, la 
science est de s'expliquer en termes ambigus^ fut 
ainsi éludé ou accompli. Alexandre se souvenait 
sans doute de ee mot de Diogène: Ceux qui ont 
de l'e^nit êe peuvent fort bien passif des oraetee. 11 



i6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

trancha, comme Ton dit, plutôt qu'il ne décida la 
question; c'est ce qui arrive souvent aux' princes 
qui ont plus de puissance que de justice, et aux 
avocats présomptueux qui emploient plus de sub- 
tilités que de raisons. Cette expression proverbiale 
est également prise, suivant quelques auteurs, dans 
la numismatique ou dans Tarchéologie, qui s'est 
débattue long-temps pour savoir s'il y a eu quatre 
Gordiens ou s'il n'y a eu que trois empereurs de 
ce nom; c'est bien le cas de se moquer de la vanité 
de cette science. Cette question, fort peu intéres- 
sante en elle-même, et qui mériterait tout au plus 
d'occuper les loisirs d'un membre de l'Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres, est un nœud qui 
n'a rien de gordien que le nom : non dignus vindice 
nodus. 

7. EnfanSj compagnons de la mate; pour désigner 
des escrocs. Brantôme rapporte que Charles IX, 
faute d'amusemens honnêtes, voulant connaître 
les ruses et les pratiques des filous de Paris, ordonna 
à son capitaine des gardes, ou à son gentilhomme 
de la chambre, de lui amener, un jour de bal et de 
festin « dix ou douze de ceux que l'on appelait alors 
coupeurs de bourse, enfans de la mate ou tireurs 
de laine. Lorsqu'ils eurent enlevé, par force tours 
de souplesse, environ trois mille écus, en argent, 
en pierreries, perles et bijoux, le roi se rendit au 
dépôt du butin et le leur adjugea. Il leur défendit, 
il est vrai, sous peine d'être flétris, de continuer un 
semblable métier. ( Voir tome I, page 238.) 

8. Faire la barbe à quelqu'un; c'est se moquer 
de lui. Anciennement raser la barbe ou tout le poil 



LIVRE SECOND. 17 

'à quelqu'un 9 c'était le couvrir d'opprobre; on en 
usait ainsi à Tégard des lépreux, dit V Ancien Tes^ 
tament; c'est une injustice suivant moi, il fallait 
les guérir et non pas les raser, à moins que ce ne 
fût pour raison de santé. Les Israélites qui se por- 
taient bien étaient garantis de ce châtiment. Les 
lois d'Allemagne défendaient de tondre ou de raser 
un homme libre. Dagobert , irrité contre son gou- 
verneur, lui fit couper la chevelure, et Clotaire fit le 
même affront à Gondebaut. Dans nos anciennes 
coutumes, la femme convaincue d'adultère était 
condamnée à avoir les cheveux rasés; on lui rac- 
courcissait de plus sa robe à peu près de la dimen- 
sion de ce qui reste à celle d'une danseuse de l'O- 
péra pour dissimuler sa ceinture, et on la prome- 
nait dans les rues pour l'exposer à la risée pu- 
blique. Chez les Grecs, on coupait la barbe aux 
hommes impudiques; les Indiens en usaient de 
même à leur égard.- En Lombardie, les incendiaires 
et les voleurs étaient tondus pour la première fois, 
et en cas de récidive on leur arrachait tous les che- 
veux de la tête. C'était enfin, chez les grecs et les 
Latins, une punition déshonorante [voir le prov. 
latin 148). Denys, tyran de Sicile, fut blâmé d'avoir 
enlevé la barbe d'or de la statue d'Esculape. Chez 
les Turcs, c'est le plus grand signe d'avilissement 
que de n'avoir pas de barbe : aussi veillent-ils avec 
soin à la conservation de cet ornement précieux. 

9. Être sur un grand pied dans le monde. L'usage 
des souliers à la paulaine, ainsi appelés du nom de 
Poulain , leur inventeur, dans le quatorzième sièclo, 
a donné lieu à ce proverbe. La longueur de cette 

T. III. 2 



i8 HISTOIRE DES PROVERBES. 

chaussure devint la mesure de la considération. 
Les souliers d'un prince avaient deux pieds et demi 
de long; ceux d*un haut baron deux pieds; ceux du 
simple bourgeois un pied. Un bossu de ce temps- 
là, voulant un jour plaisanter un homme qui, sans 
avoir aucune prétention à la noblesse» portait de 
très-grands souliers, lui dit malicieusement : Il faut 
avouer^ monsieur^ que vous êtes sur un grand pied 
dans le monde. L'homme aux grands souliers lui 
répondit froidement : // est vrai^ monsieur^ que la 
fortune ne m'a pas tourné le dos. 

1 o. Prendre sans vert. Voici Forigine cfe cette 
expression proverbiale : Dans beaucoup de pro- 
vinces de France, il est d'un usage presque géné- 
ral, dans le printemps, de décorer le devant des 
cheminées et certaines parties de l'appartement 
avec des branches de hêtre et d'aubépine en fleurs, 
dont les tiges trempent dans des vases pleins d'eau. 
Ce sont les magnificences des villages; on appelle 
cela des maies. Le retour du printemps est fêlé 
avec beaucoup de solennité en Lorraine; c'est à 
cette époque que les jeunes gens de l'un et de l'autre 
sexe s'amusent d'un jeu qui de sa nature est fort 
innocent. Une société convient de porter pendant 
un mois une branche ou seulement une feuille de 
l'arbre ou de l'arbuste désigné pour le sans vert. 
On choisit ordinairement la feuille de l'églantier ou 
rosier sauvage. Le jeu consiste à se surprendre mu- 
tuellement sans vert^ >soit en faisant apercevoir 
que les feuillages que l'on porte sont flétris, soit en 
dérobant adroitement les rameaux mis en réserve 
pour le jeu. Celui des joueurs qui se trouve en dé- 



LIVRE SECOND. 19 

fautpai€ une amende, laquelle, au bout du temps 
prescrit pour le jeu, sert aux frais d un festin qui se 
célèbre dans les bois. Ce jeu existe sous la même 
dénomination dans le Yendômois, en Bretagne, bn 
Belgique et dans une partie de la Hollande. {Foir le 
prov. historique 7. ) 

11. Le vin est versé il faut Je boire. Louis XIV, 
au siège de Douai, étant à la tranchée, s'exposait 
beaucoup pour encourager les soldats par son 
exemple. Tous les courtisans voulaient lui persua- 
der de se retirer ou du moins de se ménager davan- 
tage, en ne se mettant point à découvert. Charost^ 
voyant que leurs discours faisaient impression sur 
le jeune prince, s'approcha de lui, et lui dit à 
l'oreille : Le vin est versée il faut le boire. Louis XiV, 
qui était fort brave, comme le sont tous les Bour- 
bons, resta long^temps exposé au feu de la place, 
et eut toujours depuis une estime particulière 
pour M. de Charost. 

12. Il tire le diable par la queue. Cela se dit d'un 
homnae qui est trè«-borné dans ses moyens d'exis- 
tence. Le cardinal de Luynes se trouvait un jour 
chez la duchesse dp Chevreuse; monsieur de Con- 
flans plaisanta son éminence sur ce qu'elle se 
faisait porter la queue par un chevalier de Saint- 
Louis. Le prélat répliqua que c'était son usage, 
qu'il en avait toujours eu un pour gentilbomme 
caudataire, et, qui plus est, ajouta-t-il, le prédéces- 
seur de celui-i-ci portait te nom et les armes de 
Coriflans. /// a bng^temps en effets répliqua M. de 
Conflans avec gaité, if a il se trouve dans ma famille 
de pauvres hères dans le cas de tirer te diable par la 



30 mSTOIRË DES PROV£RfiES. 

queue. Le cardinal^ tout déconcerté, devint 1 objet 
de la risée générale, et il en fut si furieux, qu*il 
exigea de la duchesse qu'elle ne reçût plus chex 
elle un homme qui avait la répartie si vive. 



ClBAPITRE VIII. 

Dans les caractères distinctifs des peuples anciens 

et modernes. 

Les proverbes nous ont transmis, par tradition, 
le caractère distinctif de certains peuples de l'an- 
tiquité. On disait , pour désigner la perfidie dés 
Carthaginois, Pœno perfidior; la grossièreté des 
Scytes, Scyihâ asperior; la stupidité des Arcadiens 
et des Béotiens, Arcade et Beoto stolidior; la du- 
plieité des Athéniens, Attica fides. C'est par rap* 
prochement de ces locutions anciennes que nous 
disons foi de Normand^ vérité de Gascon^ perfidie 
de Lorrain^ entêtement de Bourguignon, franchise 
de Picard^ simplicité de Champenois , ladrerie de 
Juif^ etc. Nous ferons connaître plus particulière- 
ment les nuances qui distinguent les mœurs et les 
caractères des peuples modernes ; ainsi on dit des 
Français, qu'il semble qu'il n'y ait qu'eux qui con- 
naissent bien le peu de durée de la vie des hom- 
mes, parce qu'ils font tout avec tant de prompti- 
tude, qu'on dirait qu'ils n'ont qu'un jour à vivre. 
Charles-Quint ne pouvait s'empêcher de rendre 
justice au caractère français, quand il le compa- 



LIVRE SECOND. 21 

rait a?ec celui de l'Espagnol et de Tltalien , qui 
passent pou^ des peuples aussi prudens que rusés. 
Il disait , ritalieu est sage et le paraît ; l'Espagnol 
paraît sage et né l'est pas.; mais le Français est 
sage sans le paraître. Le Français cherche le côté 
plaisant de ce monde , l'Anglais semble toujours 
assister à un drame ; de sorte que ce qu^on disait 
du Spartiate et de l'Athénien peut se prendre ici 
à la lettre ; on ne gagne pas plus à ennuyer un 
Français qu'à divertir un Anglais ; c'est ce qui ^1 
fait naître cet axiome : AngUca gens est optima flens^ 
sed pessima ridens. Lltàlien aime les femmes avec 
jactance, l'Espagnol avec empire, l'Anglais avec 
orgueil ; le Turc les enferme , le Persan les traite 
en esclaves , et le Français en reines et en maîtres- 
ses absolues de son bonheur. Maurice de Nassau , 
prince d'Orange, avait coutume de comparer les 
quatre principales nations de l'Europe à quatre 
insectes. Il disait que les Français étaient des pu- 
ces, parce qu'ils ne pouvaient non plus qu'elles 
rester en place ; qu'un Français , en un tour de 
main , allait de l'orient en occident , et du nord 
au midi, sautant continuellement d'un: lieu à un 
autre; que les Espagnols* étaient des m. ...s, qui 
ne lâchent jamais prise ; que les Italiens étaient 
des punaises, et ne séjournaient jamais en aucun 
lieu sans y laisser quelque mauvaise odeur de so- 
domie , d'assassinat et de trahison ; et que les Al- 
lemiands étaient des pous, qui se faisaient écraser 
sur la table. Un ancien proverbe dit que trois Es-- 
pagnots font quatre diables en France. Un autre pro- 
verbe espagnol dit que les juifs se ruinent au^; 



2!» HISTOIRE DES PROVERBES. 

solennités de leur Pâques, les Maures et les Ma- 
hométans aux somptuosités de leurs noces , et les 
chrétiens dans la poursuite de leurs procès.^ Les 
rapports de peuple à peuple ont consacré l'axiome 
suivant : aux Anglais les grands services , aux 
Français les égards , aux Italiens les façons* Dans 
les belles-lettres les Allemands ont plus d'épaule 
que de tête ; les Espagnols font moins qu'ils ne 
peuvent ; les Français font tout ce qui !eur est 
possible ; les Italiens se surpassent eux-mêmes et 
vont jusqu'à ^'évaporer. Les Grecs savaient parler^ 
les Latins savaient penser, les Français savent rai« 
sonner. Pour marquer le caractère des Italiens , 
des Espagnols et des Grecs , on dit en proverbe : 
Écrire en italien, se vanter en espagnol , tromper 
en grec. On reproche aux auteurs italiens la sub*- 
tilité des pensées , aux espagnols la rodomontade ^ 
aux anglais ua air de férocité, aux allemands la 
lourdeur, aux orientaux l'obscurité, aux turcs, 
aux chinois, aux persans, l'emphase, aux français 
la légèreté» 

» 

1 . Point d* argent^ point dé Suisses. Ce proverbe 
vient de ce que les Suisses , en vendant leurs ser- 
vices aux puissances étrangères , exigent qu'ils 
soient exactement payés. M"" Arnould (i) , si fa- 
meuse par ses bons mots, voyant jouer la tragédie 
de Guillaume-Tell dans la solitude , s'écria : C'est 
le contraire du proverbe : il y a ici beaucoup de 
Suisses et point d'argent ! 



(i) Célèbre actnce de TOpéra. 



■■m I I .*.i*»*i<fal. I ■ *■>!«» w^ 



LIVRE SECOND. a3 

2. C*€st une querelle d'Allemand, On sait que les 
Allemands ont le défaut d'être excessivement bu- 
veurs ; c'est du moins celui que Tacite leur repro- 
che. L'ivresse engendre ordinairement des que- 
relles , et Ton sait encore que ces sortes de que- 
relles sont fondées sur des propos d'ivrognes, propos 
qui n'ont ni motifs, ni raison , ce qui a produit le 
proverbe. 

O» Tu, Germane, bibls, comedis non : non bibis , Angle, 
Sedcomedis; comedis. Galle, bibisque bené, 

« L'Allemand boit beaucoup et mange peu ; l'An- 
glais boit peu et mange beaucoup ; le Français 
mange bien et boit de o^ême. » 

4. // a été acheté au poids du sanctuaire ; en par- 
lant d'un objet qui, après mûr examen, a été payé 
sa valeur intrinsèque. Ce proverbe vient des Juifs, 
qui mettaient dans le sanctuaire les poids et les 
mesures des marchandises, pour servir de règle en 
cas de contestations. 

5. Mou comme un Sybarite. Aucun peuple de 
l'antiquité , s'il en faut croire les historiens , n'a 
porté le luxe et la mollesse plus loin que les Syba- 
rites , peuple de l'ancienne Lucanie. Tous leurs 
momens étaient occupés à découvrir quelque nou- 
veau moyen de piquer leur sensualité. 8énèque, et 
après lui Fontenelle dans ses Dialogues des Morts, 
ont parlé de la délicatesse extrême des Sibarites. 
Milon (dialogue 11) reproche à Smindiride , son 
interlocuteur-, de ne point ressemblera un homme, 
quand il se plaint d'avoir passé la nuit sans dormir, 
à cause que, parmi les feuilles de roses dont son 



34 HISTOIRE DES PROVERBES. 

lit était semé, ii y en avait eu une qui s'était pliée 
en deux sous lui. Un autre Sibarite eut la fièvre 
pour avoir seulement vu un athlète travailler avec 
effort à remuer la terre. Un troisième donna un 
exemple étrange de sa paresse : il ordonna qu'on 
chassât de son visage une mouche qui le piquait. 

6. C'est un Arabe ; pour dire un exaeteur arabe. 
Ménage croit que ce mot nous est venu des. pèle- 
rins de rOrîent qui voyageaient dans U Terre- 
Sainte, à cause des mauvais traitemens qu'ils re- 
cevaient des Arabes. Les anciens ont dit de même 
un Arabe pour dire un larron , à cause encore de 
la subtilité des Arabes pour le vol. 

7. Ivrogne comme un Allemand. Pour connaître 
l'origine de la passion des Allemands pour le vin, 
il faut voir ce que dit Tacite dans le traité qu'il a 
fait de leurs mœurs et coutumes. « Ce n'est pas 
une honte parmi eux , dit-il , de passer les jours 
et les nuits entières à boire; mais les querelles y 
sont fréquentes comme parmi les buveurs , et se 
terminent plus souvent à coups d'épée qu'en inju- 
res« Cest là toutefois que se font les réconciliation» 
et les alliances. C'est là (dans les orgies) qu'ils trai- 
tent de l'élection des princes, enfin , de toutes les 
affaires de la paix et de la guerre. Ils 'trouvent ce 
temps-là le plus propre, parce qu'on n'y déguise pas 
sa pensée, et parce que la chaleur de la débauche 
porte l'esprit à des résolutions plus hardies. » Aussi 
a-t-on dit que la vie des Allemands ne consistait 
qu'à boire ^ Germanis vivere et bibere; à peu près 
comme Scaliger a dit des Gascons, qui prononcent 
le B pour le V: Felices populi quibus bibere est vivere. 



LIVRE SECON». a5 

OweD a fait sur les Allemands répigramme sui- 
vante : 

». 

Si latet in vino verum, ut proverbia dieunt^ 
Invertit verum Teuto, vd inveniet, 

tSi la vérité est cachée dans le vîn , comme le dît 
le proverbe , les Allemands seront les premiers à 
la découvrir. » 

8. C'est un juif. Le préjugé vulgaire attribue à 
la nation israéliteun caractère cupide, qui remonte 
à la plus haute antiquité* Il a fait regarder les 
juifs, qui font le métier d'usuriers, et ceux qui leur ^ 
ressemblent, comme l'horreur du genre humain , 
et comme des fléaux d'autant plus funestes , que , 
dépouillés de tous sentimens d'honneur et d'hu* 
manité, ils bravent la morale publique, et encou- 
rent par leur dureté l'indignation générale. Dans 
les pièces anciennes, les usuriers et les brocanteurs 
étaient censés représenter des juifs. Mais tout est 
biea changé aujourd'hui, les juifs ne sont plus les 
usuriers privilégiés, beaucoup de chrétiens ont 
pris lés manières et l'esprit des Israélites. Les en- 
fans dégénérés de Moïse ne se distinguent plus par 
leur extérieur ehétif et misérable ; ils ne font plus 
vœu de malpropreté. S'il reste encore de ces juifs 
à l'œil en coulisse , à la chevelure et à la barbe 
sales et huileuses, au langage doucereux et trom- 
peur, ce ne sont plus que les moules respectables 
qui donnent l'idée du type, les vrais descendans 
d'Aaron et de Mardochée, et des fondateurs de la 
compagnie de la Lésine, la plus ancienne confré- 
rie du monde. 



a6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

9. Fort comme un Turc. Une circonstance fort 
simple,le croisement des races, a procuré aux Turcs 
le précieux avantage d'une vigueur musculaire peu 
commune. Ce peuple, avant de s allier avec les 
Géorgiennes et les Circassiennes , était de taille et 
de force très-ordinaires. Après ces alliances, il est 
devenu généralement si vigoureux , si bien consti- 
tué, que sa force est passée en proverbe. On voit 
en Turquie, et particulièrement à Constantlnople, 
des caliondjis ou matelots et des* portefaix porter 
des poids énormes , et qui rebuteraient les efforts, 
des plus robustes occidentaux, sans paraître en être 
surchargés. 

1 o. Non minus sapit Germanus ebrius quàm êo^ 
brius. Ce proverbe est de Scaliger. Il prétend qu'uD 
Allemand a autant de raison lorsqu'il est ivre que 
lorsqu'il n'a pas bu. Nous voyons nos Allemands , 
dit Montaigne , noyés dans le vin , se souvenir de 
leur quartier, du mot d'ordre et de leurrang.lN'en 
déplaise à Montaigne, c'est en eux un instinct 
d'habitude, c'est la force de la nécessité qui agit 
machinalement , c'est un ressort qui obéit à son 
mouvement naturel. Àmelot de la Houssaie nous 
cite que Christian IV, roi de Danemark, buvait 
comme un templier ^ et que jamais roi ne fut plus la^ 
borieux , n'aima plus ses sujets, et n'en fut plus 
aima. Gela peut être , mais il n'y a pas de règle 
sans exception. J'aime mieux en croire Cicéron, 
qui dit qu'on ne doit rien attendre de la prudence 
d'un homme qui e^st toujours ivre : nec enim est ab 
hâmine nunquàm sobrio postuianda prudentia» 

1 1 . Quand les Irlandais sont bons, il n'existe pas 



LIVRE SECOND. 37 

d*homme$ meilleurs y et quand ils sont mauvais ,, on 
n'en saurait trouver de pires. 



CHAPITRE IX. 

Dans les arts. 

Les termes techniques des arts se sont entés 
dans les proverbes, comme dans les suivans: 

i. Avoir le vent en poupe; c'est-à-dire, prospérer 
dans ce qu'on entreprend. 

2. Mettre les fers au feu; se donner du mouve- 
ment pour entamer et suivre une affaire. 

3. // faut battre le fer tandis qu'il est chaud f 
oportet ferrum tundere dùm rubet; c'est-à-dire, 
qu'il ne faut pas laisser échapper un<» occasion 

favorable lorsqu'elle se présente. 
. 4* Fondre la cloche. C'est venir à l'exécution 
d'une affaire qui a été long-temps agitée. Cette ex- 
pression, prise de la métallurgie, désigne une opé- 
ration sérieuse, qui demande beaucoup de prépa- 
ratifs , et qu'un rien peut faire manquer , et tout 
cela pour produire des instrumens résonnans, qui, 
selon Boileau, 

Pour honorer les morts^ font mourir les viTans, 

et dont rimportunîté est souvent telle, qu'elle a 
fait naître, contre ceux qui sonnent les cloches, 
l'épigramme suifante ; 

Persécuteurs du genre humain , 
Qui sonnez sans mîsérkoctle , 
Que n'avez-vous au cou la corde 
Que vous tenez en votre main! 



28 HISTOIRE DIS FRO VERBES. 

5. // vaut mieux être marteau gu enclume ; c'est- 
à-dire , battre que d'être battu. 

6. Etre entre l'enclume et le marteau; se trouver 
entre deux partis contraires, et dont on a à souffrir. 

7.« Perdre ta tramontane. C'est être déconcerté , 
et perdre la tête dans l'exécution de ses projets. 
Cette expression proverbiale est tirée de la situa- 
tion critique où se trouvait un vaisseau lorsqu'il 
avait perdu de vue l'étoile du nord qui servait à le 
diriger dans sa course, et qu'on appelait alors tra- 
montana. C'est le nom qu'on donne encore aujour- 
d'hui en Italie au vent du nord. Ce proverbe devait 
être antérieur à l'invention de la boussole. 

8. Dorer la pilule. C'est adoucir par des paroles- 
mielleuses tout ce qu'un refus a de désobligeant ; 
c'est insidieusement engager par des proposition» 
flatteuses quelqu'un dans une démarche pour la- 
quelle il se sent de la répugnance. Cette figure esl 
prise des pharmaciens , qui dorent leurs pilules 
pour en déguiser l'amertume aux malades. Si la 
pilule avait bon goût , on ne la dorerait pasj, dit ua 
proverbe espagnol. 



CHAPITRE X. 
Dans les habitudes et les mouvemens du corps* 

Les habitudes et les mouvemens du corps ont 
fait naître les expressions proverbiales suivantes : 

I. Donner le croc enjambe; c'est-à-dire, détruire 
les projets de quelqu'un. 



UVB£ SECOND. ag 

Q, Demeurer léseras croises; c'est-à-dire, ne rien 
faire. 

3. Bâiller comme un bienheureux. Avaler l'ennui 
à pleine gorge : 

Odc ne tîb Damon qall ne bâille « 
A peine a-t-il on vert les yeux. 
Que dn matin an soir il bâille. 
Ah ! que Damon est bienheureux. 

4. Baisser l'oreille. Demitto auriculas ut iniqua^ 
mentis asellus, a dit Horace. C'est ce qu'en effet an 
remarque principalement dans l'âne, qui baisse les 
oreilles lorsqu'il est agité par la frayeur ou par 
quelque mauvais dessein. Cett^e locution familière 
s'applique figurément à un homme arrêté dans ses 
projets ambitieux, confus de sa position , et 

Honteux comme un renard qu^une poule aurait pris. 

5. M^ner par la barbe ^ c'est-à-dire, abuser de la 
facilité de quelqu'un pour lui faire faire des choses 
contraires à ses intérêts. 

6. // a les mains gluantes; il n'a pas de main. La 
première phrase se dit d'un juge dont les mains 
sont âpres aux épîces, et sont comme enduites 
d'une glu à laquelle l'or s'attache. La seconde , au 
contraire , s'entend d'un juge dont les mains sont 
aussi nettes que sa conscience est pure. Le légiste 
Pasquier fit graver son portrait : il était représenté 
sans mains, avec ce distique dont les avocats qui 
voudront se pincer au vif pourraient se faire l'ap*» 
plication : 

Paschatio nuHa hic manus est. Lexcineia quippe 
Causidicot nullasj assit habere manus. 



5o HISTOIRE DES PROVERBES. 

7* // a la langue bien pendue^ c'est une tangue 
dorée. En parlant d un homme qui s'exprime avec 
beaucoup de grâce et de facilité. 

8. Elle est parée comme une châ$se. Gela se dit 
d'une personne qui a prodigué sur elle tout l'atti- 
rail d'une parure trop recherchée , et à laquelle on 
pourrait justement appliquer cette pensée d'un 
poète latin : Pars minima est ipsa puella sibL Dans 
tout cet étalage magnifique la personne est la moin- 
dre partie d'elle-même. On dit encore: parère comme 
une accouchée. 

g. Il vous en pend autant au nez {ou à l'oreille). 
Le méo^e malheur vous menace. Un comédien fai- 
sait confidence à ses camarades qu'il voulait se 
marier, quoiqu'il fût affecté d'un certaip inconvé- 
nient qui ne s'allie point du tout avec la sainteté 
du mariage. Hé, morbleu! attends jusqu'à ce que 
tu sois guéri , lui dit un de ses camarades, tu nous 
perdras tous, 

10. Belle figure est une recommandation muette. 
Formosa faciès muta commendatio est, dit Publius 
Syrius. Elisabeth, reine d'Angleterre, disait : Une 
belle physionomie vaut une lettre de recomman- 
dation. Cet avantage de la beauté, dont les anciens, 
même les plus sages, faisaient tant de cas pour 
les emplois publics, ne peut être dans aucun aussi 
important que dans la carrière des ambassades , 
où, pour se faire écouter avec confiance, il faut 
souvent qu'un ambassadeur ait commencé par 
plaire. Lord l^tormon, surnommé le bel Anglais^ 
possédait cet îivantage au plus haut degré ; il avait 
reçu de la ns^ure, avec tous les dons du cœur, une 



• I 



LIVRE SECOND. 3i 

physionomie et une prestance remarquables par 
leur beauté. 

n. C'est un nabot; c'est une nabotte. Pour dé- 
signer des personnes grosses et courtes. Les pay- 
sans de l'ancien Limousin sont fort pauvres, et, au 
défaut de blé, ils se nourrissent d'une espèce de 
gros navets ronds et courts , qu'ils ne se donnent 
même pas le temps de faire cuire ; ces raves ou na- 
vets s'appellent en patois limousin rabattes ou na- 
hottes. C'est de là qu'est venue la comparaison; 

12. C'e^t un bon drille ^ c'est un maître drille. 
Expression triviale tirée d'un mot anglais, qui veut 
dire vigoureux, libertin, par allusion à une espèce 
de singe de Ja famille des babouins, et qu'on ap- 
pelle mandrill; en effet, cett€ espèce de singe est, 
cpmme toute la famîUe des singes en général, ex- 
trêmement lubrique. 

13. Être entre deux selles le cul à f^r^.Celase dît, 
lorsque de deux choses, anxquclles une personne 
prétendait , elle n'en obtient aucune. Madame de 
Coatquen , dont la sœur aînée était duchesse , 
voyant qu'on mariait encore sa cad-ette ^ un duc, 
se mit à dire : Me voUà donc entre deux selles le cul 
À terre. L'application de ce proverbe était d'autant 
plus ju&t« que le mot selle vient du latin sella , qui 
veut dire siège. Or, les duchesses ont à la cour J^es 
honneurs du tabouret. 

• 14. Venir la gueule enfarinée ^ c'e^^^-àite^ tout 
transporté et plein d'espérance d'obtenir ce que 
l'on souhaite. Madame de Sévigné plaisante s-ur ce 
ooi^ot proverbial avec son enjouement ordinaire : 

« Montgobert m'a fait rire du xespect qu'elle a eu 



54 HISTOIAE DES PROVERBES. 

impoMible au commun des hommes; et la secoade, 
à ces hommes qui réparent, par des procédés géné« 
reuz, les torts que peuvent faire leur étourderie et 
leurs inconséquences. Ces hommes à tempérament 
bouillant et impétueux se repentent sans cesse des 
sottises qu'ils font , et sont toujours prêts à recom- 
mencer. C'était une mauvaise tête et un bon cœur^ 
ce gentilhomme français qui, mesurant de l'œil un 
rocher à pic, sur le sommet duquel était assis un 
fort qu'il fallait escalader, disait : Qui diable se re- 
soudrait à monter là'^hautj s'il n'y avait pas des coups 
de fusil à gagner? et qui dans Tassaut portait sur 
ses épaules un de ses camarades blessé d un coup 
de feu, en lui disant : // faut que tu aies part à la 
gloire d'entrer avec nous dans cette maudite forte^ 
resse. 

6. Rire sardonique. Il y a dans Tile de Sardaigne 
une herbe vénéneuse nommée ranuncule qui a des 
propriétés fort singulières , entre autres celle-ci ; 
Celui qui a le malheur d en manger, éprouve une 
telle contraction aux muscles du visage, qu'il sem- 
ble rire en expirant. On prétend que c'est ce qui 
a donné lieu au proverbe. On dit encore prover* 
bialemettt: C'est un rire qui ne passe pas le noeud 
de la gorge; c'est-à-dire, un rire forcé, un rire qui 
ne part pas du fond du cœur, on autrement c'est 
un ris 4e saint Médard, parce qu'au rapport de 
Grégoire de Tour^» , ^aint Médard, auquel on attri^ 
huait le don d'apaiser le mal de dents, étant re*- 
présenté la bouche entr'ouverte, paraissait rire en 
montrant les dents , comme cela arrive lorsque la 
douleur contracte les lèvres. 



LIVRE SEC <>ÎND. 55 

7. Étonné comme un fondeur Hé cbehes. Ene ffet, 
uû fondeur doit l'être quand sa fonte n'a pa8 réusiri; 
et comme ce sentiment est dans la nature, on l'a 
transporté à toute action par laquelle uu homme, 
déchu de ses espérances» ou qui apprendrait une 
perte qui doit lui être sensible, est tout déconcerté. 
U se prend aussi en bonne part, pour exprimer la 
joie ou l'étonnément dans lequel se trouverait un 
homme qui viendrait de faire une fortune subite 
ou de gagner le gros lot à une loterie ; enfin., pour 
toutes les choses qui présentent une autre issue 
que celle qu'on attendait, 

8. // en estjabux comme un gueux de sa besace. 
On dit cela d un homme qui témoigne un trop vif 
attachement à la possession ou à la jouissance d'une 
personne ou d'une chose. Brantôme a dit ; Jaloux 
de sa femme comme un ladre de son barillet. 

9. S'en aller la gueue entr^ tes jambes. C'ç3t un 
ipstinct naturel ^ux animaux d'^n agir $iin«i lors- 
qu'ils s'enfuient effrayés, ou honteux d'avoir man- 
qué leur coup; comme d'avoir la queue droite et 
de s'en battri^ les flancs est ep eux une marque de 
)oie, de force et d^ hardiesse- Cette métaphore est 
appliquablo à des hommes déconcertée d$ins l'exé- 
cution 4^ coupables desseins. 

10. Pissêr au bénitier. Expression proverbiale 
^employée à l'égard de gens qui affectent dq feire 
des folies écla^tantes et piême des actions crimi^ 
nelles da^is Je but unique de faire parler d'eux.Les 
Grecs avaient un pro'vçrbe semblable c Ei^^uftflw^^r^/, 
.<|u'on peut rendre ainsi en latin : In Pyîn t4mplo 



36 HISTOIRE€>ES PAOVERDES. 

cacare. Régnier a dit , eo parlant d'hommes pré- 
somptueux et vains : 

A faax titre insolens, et sans frait basardeaz, 
Pitaent au bénilier afin qa'on parle d'eux. 

(Satib. ik) 



CHAPITRE XII. 

Proverbe$ relatifs aux animaux. 

On demandait au visir Buzzugemihir comment 
il avait fait pour acquérir tant de science? C'est, 
répondit-il , avec la vigilance d'un corbeau , T/tvi- 
dité d'un pourceau , la patience d'un chien et la 
finesse d'un chat. Ce visir, vrai ou supposé , nous 
fournit en peu de mots le texte de ce petit avant- 
propos. Le caractère des animaux sert à peindre 
allégoriquement celui des hommes ; ainsi celui qui 
se livre aux mouvement impétueux delà colère est 
changé en un lion, dont le caractère féroce répand 
autour de lui le désordre et la terreur; celui qui 
>inet son bonheur dans les grossiers plaisirs des 
sens, est changé en pourceau ; l'oppresseur devient 
un loup dont on connaît l'inclination cruelle et 
sanguinaire, animal d'autant plus à redouter, 
qu'il joint à sa férocité naturelle un fond de ruses 
inépuisable , comme le prouve le fait suivant : Un 
homme, passant dans une campagne, aperçut un 
loup qui semblait guetter un troupeau de moutons. 
Il en avertit le berger, et lui conseilla de le faire 



LIVRE SECOND. 57 

poursuivre par ses chiens. Je m'en garderai bien^ 
lui répondit le berger; ce loup que* vous voyez 
n'est là que pour détourner mon attention , et un 
autre loup, qui se tient caché de Tautre côté, n'at- 
tend que le moment' où je lâcherai mes chiens sur 
celui-ci pour m^enlever une brebis. Le passant, 
ayant Voulu vérifier le fait, s'engagea à payer la 
brebis, et îa chose arriva comme le berger l'avait 
prévu. On peut, ditEivarol, diviser les aniniaux en 
personnes d'esprit, et en personnes à talens. Le 
ehien, l'éléphant, par exemple, sont des gens d'es- 
prits Buffbn dit du premier qu'il voit de l'odorat. 
On voit tous les jours que les chiens épargnent les 
enfans et les fous, comme s'ils respectaient en eux 
la simplicité de la nature. Le rossignol et le ver 
à soie sont des gens à talens ; aussi tirons-nous des 
animaux un grand nombre de proverbes que j*ap- 
pelle, 1*" de comparaison, tels que : peureux comme 
un lièvre j rusé comme un vieux lièvre , brave comme 
un lion, féroce comme un tigre ^ fin comme un renard, 
fidèle comme un chien; les Grecs disaient en prover- 
be : Fidèle comme le chien d'Ulysse, et comme le chien 
d'Anacréon : ce poète lyrique avait aussi possédé un 
chien dont la fidélité était célèbre en lonie; ce chien 
mourut sur un sac d'argent qire le valet d'Anâ- 
créon laissa tomber en route ; 2" proverbes d'at- 
tributs : Avoir dés yeux de lynx , c'est-à-dire , avoir 
la vue perçante. La Fontaine a. dit : 

Lynx envers nos pareils , et taupes envers noa&, 

J'ai prouvé dans le proverbe grec 168, p. 107 du 
tomel*', qu'il fallait dire desjreux deLyncée^et mon 



56 HISTOIKE D£S P&OYERBES. 

seotimeot est coofirmé par lautorité d*Horace f 
qui dit : 

Na^ p&iiis œuio quantum conUndere LyHeeuâ, 
Non tamen iddreù eonUmnas lifput inungii 

§ !•'. Les quadrupèdes. 

i% // faut $€ défier même d'une belette morie. C'est 
uu proverbe parmi les geos delà campagne. Il r/est 
dû sans doute qu'au mauvais naturel de cette 
petite bête, qui ne la porte qu'à nuire et à ravager. 
La belette » qui faisait trembler le toperstitieux 
Tbéophraste, était généralement d'un bon augure 
à AthèQ^% Auepiciû hodU^ Hercule ^ optimo exiri 
foràSf muêtela murem miki abstulit. La belette est 
l'ennemie des souris* Elien dit que les Tbébains 
honoraient ce petit animal» parce qu'il avait facilité 
les couches d'Alcmène, et voici parquet expédient: 
Alcmène, femme d'Amphitrion , roi de Thèbes^ 
étant grosso d'Hercule» et des œuvres de Jupiter% 
Junoui qui la haïssait à cause de ses accointances 
avec le maître des dieux» son mari^ se pl^ça» ayant 
déguisé sa divinité sops la figure d'u'i>e vieille 
femme, et tenant ses genoux fortement serrés Tua 
contre l'autre, à la porte d'Alcmène. Galant/Us^ ser- 
vante d'Alçmène^ l'apercevant, et soupçonnant 
qu'une posture aussi singulière était une fascina- 
tion et un obstacle à l'accouchement de sa mai- 
tresse, s'ayisa de s'écrier, qu'Âlcmène venait, 
comme on dit communément, d'accoucher d'un 
gros garçon; Junon se leva furieuse, et Alcmène fut 
délivrée à l'instant* La déesse, irritée de la ruse de 
Galauthis^ s'en T^ogiéa^n la mëtsmiorphosant en be- 



LIVAK 8SC0ND. 39 

lette, et la condamna à faire ses petits par 1» gueule. 
La punition de Galantbis fait allusion à une erreur 
populaire, fondée sur ce que la belette porte 
presque toujours dans sa gueule ses petits^ qu'elle 
change continuellement de place. Les lois de Tan- 
tique Egypte plaçaient la belette sous leur sauve- 
garde. On retrouve encore dans ce pays et dans le 
Levant des traces de cet ancien respect pour un 
animal nuisible qui y est commun, et qui peut im<^ 
punément commettre des dégâts dans les maisons. 
Les Turcs le laissent vivre chez eux en toute liberté. 
Les femmes grecques poussent l'attention jusqu'à 
ne pas le troubler, et le ménagent jusqu'à le 
traiter avec une politesse vraiment plaisante. Soyez 
la bienvenue , disent-elles lorsqu'elles aperçoivent 
une belette dans leur maison, entrez ma belle dame^ 
on ne, vous fera aucun mai^ vous êtes ici chez vous* 
Elles prétendent que la belette , sensible à leurs 
prévenances et à leur hospitalité ne déchire 
rien , au lieu qu'elle ravagerait tout si on la 
traitait avec rigueur. Le nom qu'elle porte dans 
ces contrées tient autant à la manière dont on l'y 
accueille qu'à la beavté de sa robe. Les Turcs , 
dit Sonnini dans son Voyage en Grèce, l'appellent 
gallendish, et les Grecs niphista^ deux mots qui ^•* 
goiûent nouvelle mariée. 

u. Souris t/nin'a qu'un trou est bientôt prise. Ce 
proverbe coirespond à l'expression latine : Mus non 
uni fiditantroj dont Plante a fait usage in TrucUr- 
lento : II signifie qu'un homme qui n'a qu'une seule 
ressource ne peut parer à tous les accidens qui arri- 
vent dans le cours de la vie» Il a beaucoup d'ana* 



- » 






40 HiSTOIAE DÈS PROVERBES. 

logîe avec cet autre proverbe : Il n'a qu'une corde 
à son arc. On connaît ce bon mot de Sophie Ar- 
uould, célèbre actrice de TOpéra. Madame Yestris, 
italienne de naissance, se récriait sur la fécondité 
de mademoiselle Rey, comédienne comme elle. 
F^ous en parlez bien à votre aise y dit Sophie , une 
souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise. L'appli- 
cation que fait cette actrice y si féconde en bons 
mots, est d'autant plus juste, que, dans Plaute, 
c'est la courtisane iPAr^nme (dans le Rustre) qui 
se sert de cette métaphore : de courtisane à courti- 
sane il n'j a que la main : 

Cogiiaio, mus pusillus quàm $H tapien* bestia, * 
/Etatem qui uni cuhieuli nunquàm eommittii tuam , 
Quia si unum ostium obsideaiur , aliud perfugium gerit» 

« Considérez combien la souris, toute petite qu'elle 
est, a de prévoyance : elle ne se contente pas d'un 
seul trou, mais elle s'en ménage plusieurs afin que 
si l'on vient à lui en fermer un il lui en reste un 
autre pour s'échapper* » 

3. j4 goupil endormi rien ne chet en la gueule. Il 
faut se donner du mouvement et de la peine pour 
réussir. Goupil veut dire renard , et vient du mot 
latin vulpillus, diminutif de vulpes; ce mot était au- 
trefois injurieux, si l'on en juge par cet article de 
la loi salique : iSV quis alterum vulpeculam clamai- 
verit. De goupil est venu le mot de goupillon, parce 
qu'anciennement cet aspersoir était fait de queues 
de renard. 

4i Fous baillez la brebis à garder au loup; c'est- 
à-dire, vous confiez l'innocence d'une jeune per- 
sonne à celui que vous présumiez n'y devoir por- 



LIVRE SECOND. 4k 

teikatteiDte, et qui rompt toutes vos mesures et dé- 
joue toutes vos précautions; vous vous confiez à la 
probité de quelqu'un qui abuse de votre bonne foi. 
Térence, dans sa piècexie EunuehuSy se sert de cette 
expression proverbiale. Thais dit à Pythias, sa sui- 
vante, en parlant de Cherea, qui est supposé être 
privé des moyens de la virilité, en la place de Dorus 
le véritable eunuque, scelesta^ avemtupo commi$i$ti, 
coquine, tu as donné la brebis à garder au loup. 

5. Aprh le cerf la bière ,- après le sanglier le 
mUre. Ce vieux proverbe donne à entendre que la 
blessure du cerf est mortelle, et quecelle du san- 
glier esl curable. Mière est un vieux mot français 
qui signifie médecin, et qui provient sans doute 
du mot arabe émiry qui en Egypte veut dire mé- 
decin. Les médecins ont été et sont encore chez 
les Arabes comme parmi les Egyptiens, honorés 
d'une estime toute particulière. Chez les derniers, 
par le mot prêtre, on désignait anciennement les 
astrologues, les médecins et tous les autres savans, 
ainsi que le remarquent Diodore de Sicile et Clé- 
ment d'Alexandrie ; ils étaient tous compris dans 
le terme générique à'émir, qui signifiait alors sei- 
gneur et prêtre. Il est probable que cette qualifi- 
cation a été donnée aux médecins par respect pour 
leur profession. André Duchesne remarque que 
dans les anciens diplômes des maîtres experts 
jurés chirurgiens de Paris, ils étaient appelés com- 
munément maîtres mires. On disait également en 
proverbe : 

Qui veat la guérison , du mire , 
11 lui conneot toat sod mal dire. 



4» HISTOIfiE DBS PAOVERBES. 

6. La nuit tous les chat$ sont gris. C'est rob|tc« 
tien qoe Ton fait d'ordinaire aux personnes qui 
recherchent trop la beauté dans une femme, sans 
avoir égard aux qualités du cœur et de l'esprit, et 
qui,'Comme le disait CHympias, mère d'Alexandre, 
se prennent et se marient par les yeux. Une dame 
grecque fit à Philippe une réponsje qui a beaucoup . 
d'analogie arec ce proverbe» Philippe l'entretenait 
sans doute des charmes de la beauté : La lumière 
éteinte toutes les femmes sont semblables^ répondit- 
elle. Erasme a donné de ce proverbe une interpré-» 
tation peu favorable aux femmes. Voici le fait qui 
a donné lieu à cette histoire, et qui est rapporté 
par Plutarque dans son Traité des préceptes du 
mariage : Une dame très-belle, mais encore plu» 
chaste, sollicitée à son déshonneur par Philippe» 
employa diverses considérations pour éteindre la 
passion de ce prince : entre autres, elle lui dit que 
ces faibles charmes qu'il trouvait dans ses yeux et 
sur son teint s'évanouiraient la nuit, et que, lors*» 
que les flambeaux seraient ôtés, la plus belle per- 
sonne du monde ne différerait pas de la plus laide* 

7. Entre chien et loup. O^est le moment qui pré- 
cède le crépuscule, et qui laisse entre la nuit et le 
jour uu vague qui ne permettrait pas de distinguer 
aisément un chien d'aîvec un loup. Ovide l'a très- 
bien défini par ces mots : Quod tu nec tenebras nec 
poêsis dicere luoem :. 

Comme te simple oiteaù qui cherché sa pâtnre 
Lorsqu'il n'est jour ne nuit, quand le ▼aillant berger 
Si c'est un diien ou loup ne peut au vrai juger. 

Cette expression entre chien et ioup est fort an- 



I 



LIVRE SBGOtiJOw 4S 

cieuoe en France; elle se lit dans Marculphe t Infrà 
haram vesperiinam inter canêtn et lupam. Beautru^ 
dont leâprit était fort porté à ta satire, disait, par 
allusion à ce proverbe : Je Tiens de rencontrer une 
femme enti'e chienne et Jouve. 

6. Jumais ioup n'a t>u4on père. La crainte qui 
subsistait autrefois plus qu'aujourd'hui parmi le 
peuple, et surtout parmi la race des paysans, au 
sujet des reveoans et du loup garou, a une origint 
bien ancienne. Sur la fin de la première race^ 
beaucoup de Français étaient plongés dans Fidolâ- 
trie; ils croyaient que certaines dtuidtsses, à force 
de méditations j parvenaient à pénétrer les secret» 
de la nature, et qu'elles acquéraient le pouvoir sur-* 
naturel de métamorphoser les hommes en loups 
(lycantropie). Cette métamorphose s'appelait, au 
commencement du douzième siècle, werwoulf^ du 
mot wolf^({\x\ signifie loup. Au dix-^huitième siècle, 
la révolution française a fait plus encore, elle en a 
changé beaucoup en tigres. Quant à l'origine du 
proverbe, voici ce qu'ep dit Gaston Phœbus, comte 
de Foix, dans son livre de la Chasse : Lorsque la 
louve entre en chaleur, elle se trouve aussitôt ac- 
compagnée d'un loup, qui, l'ayant flairée, se met 
à la suivre. Celui qui arrive ensuite flaire le loup 
et se met à suivre celui-ci; le troisième de même 
à la queue du second ; et de queue en queue il se 
fait une grande traînée de loupSi. La louve, se sen- 
tant caressée et suivie, comme la nature de toutes 
les femelles est de se faire courtiser, elle court de 
côté et d'autre sans s'arrêter. A la fin, lasse et ren- 
due, elle commence à se reposer la première > ce 



X 

« 



44 HISTOIRE DES PROVERBES. 

que font aussi tous les loups; mais coimne-ilis sont 
tous fatigués, ils s'endorment et la louve s'adresse 
au pire de la troupe^ qui a été le premier en date. 
Elle s'accouple avec lui, et, après eu avoir reçu 
ce qu'elle désire , elle s'éloigne de tous les autres 
avant qu'ils se réveillent. Revenus de leur assou- 
pissement , ils reconnaissent à l'odorat celui qui 
les a tous supplantés, et, furieux de l'absence de la 
louve, d'un commun dépit, ils le dévorent ; c'est ce 
qui a fait dire, que Jamais loup n'a vu son père. 

9. Un âne paré ne laisse pas que de braire. Un 
homme de peu d^esprit, mais de grosse corpulence, 
richement vêtu, la tête couverte d'un turban d'une 
grandeur démesurée, et monté sur un magnifique 
cheval arabe, se pavanait devant la foule ébahie. 
Quelqu'un, à qui l'on demandait ce qui! pensait de 
tout ce luxe, répondit qu'il en était de ce fastueux 
personnage comme d'une vilaine écriture tracée 
en caractères d'or. On dit encore dans le même 
sens : Un singe habillé de soie est toujours un singe^ 

10. Assaut de lévrier^ fuite de hup, défense de 
sanglier. Ce proverbe est particulièrement applica- 
ble aux gens de guerre, qui doivent assaillir avec 
impétuosité, fuir avec lenteur et en conservant ha- 
leine comme fait le loup , et se défendre avec le 
courage du désespoir. 

11. Il est comme un cheval de Cappadoce^ il de-» 
vient meilleur en vieillissant. Le roi François P' di- 
sait également, en parlant des princes lorrains, 
qu'ils ressemblaient aux chevaux napolitains , qui 
étaient. longs et tardifs à venir, mais que venant 



LIVRÉ second/ 45 

surTâge, ilsétaieot très-bons. Bayle prétend que 
cette plaisanterie du roi devint proverbe. 

12. Tous les renards se retrouvent chez le pelletier; 
c'est-à-dire, que la mort rend tous les hommes 
égaux, les rois comme les petits : 

Et la garde qai veille aux barrières du Louvre 1 

N''en défend pas les rois. 

€ette vérité, que la mort nivelle tous les rangs, est 
énergiquement rendue par ces vers de Patrix, 
homme de lettres , attaché à Gaston d'Orléans , 
frère de Louis XIII : 

-Je songeais cette nuit que , de mal consumé, 
Côte à côte d'un pauvre on m'avait inhumé , 
Et que n'en pouvant pas souffrir le voisinage, 
En mort de qualité je lui tins ce langage : 
« Retire-loi, coquin, va pourrir loin d'ici, 
»n ne t'appartient pas de m'approcher ainsi. 
» — Coquin , ce me dit«il , d'une arrogance extrême , 
• Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi-même; 
» Ici tous sont égaux , je ne te dois plus rien , 
» Je suis sur mon fumier , comme toi sur le tien. » 

Les Ecossais disent en proverbe : La peau de l'a- 
gneau se vend au marché comme celle d'un vieux 
mouton. 

i5. Il a une tête d'hyène. Cela se dit pour dési- 
gner un homme d'un caractère opiniâtre : voici la 
raison de cette comparaison. Lorsque l'hyène a saisi 
quelque chose avec les dents, elle ne lâche prise 
qu'avec la vie. Les Maures^ qui connaissent cet ins- 
tinct, lui donnent à prendre un des bouts d'un 
grand sac qu'ils façonnent exprès en ijnanière 
d'appât, et une fois qu'elle le tjejQt daossa gueule, 
elle se laisse traîner et n^éme percer de ppvips plur 



ffi HISTOIRE DES PROVERBES. 

tôt que de rabandoiiner. Le» Turcs, qui sonttrès-' 
superstitieux 4 croient, ainsi que les anciens le 
croyaient, que Thyène a la vertu de faire naître de 
l'amour dans un homme pour une femme de la- 
quelle il est aimé sans qu'il le sache, ou dans une 
femme pour un homme. On refusa, dit le baron 
de Busbeck, de me vendre deux hyènes que je 
trouvai à Gonstautinople, à mon retour d'Amasie, 
et Ton me donnait pour raison de ce refus que la 
sultane les avait retenues, parce qu'elle avait besoin 
de réchauffer les amours de Soliman II, qui se re- 
froidissait un peu pour elle. Les Turcs disent en 
outre que l'hyène entend leur langue, et que, s'ils 
ne l'entendent pas, c'est qu'elle parle déplus le lan- 
gage des anciens. 

1 4« Ild autant de sens^ comme un singe a de queue. 
On dit de même proverbialement d'une personne 
qui manque de tout autre chose, de cette énergie 
physique epfin dont on prétendait que Corneille 
devait être doué pour composer une belle tragédie, 
qu'elle en est pourvue comme un singe de queue^ Ce 
qui doit s'entendre des singes proprement dits, qui, 
comme les guenons , n'ont point de queue. Mais 
ceci regarde spécialement le cercopithèque^ espèce 
de singe qui effectivement se ronge perpétuelle- 
ment la queue. On dit encore dans la même accep-» 
tîon : Elle a autant de sens comme y ai d'or en l'œil^ 
, témoin le Kvre des Quinze Joies du Mariage^ p. 162, 
Car la plus sige femme du monde ^ y est- il dit, au 
regard du sens^ en a autant comme j'ai d'or en œilj 
ou comme un singe a de queue ; car le sens lui fautt 
flvant qu'elle soit à moitié de ce. 



LIYR£ SBGONa 47 

i5. Pay^ en monnaie de singe, c'est-à-dire, en 
gambades. Les jongleurs éialeut des espèces de 
ménétriers qui excellaient à jouer des gobelets et à 
faire danser des singes. Saint Louis avait rendu 
une ordonnance d'après laquelle tous les animaux 
entrant à P^ris devaient payer un droit de péage. La 
mesure s'exécutait à la rigueur; cependant il y avait 
une exception en faveur des jongleurs qui vou- 
laient introduire un singe savant. Pour acquitter 
le droit sans bourse délier, il leur suffisait de faire 
danser la bête devant les commis de barrière. Saint 
Louis s'intéressait beaucoup, comme Ton voit, aux 
plaisirs de ses douaniers. C'est de cette manière de 
payer des jongleurs, qu'est venu le proverbe qu'on 
applique à ceux qui s'acquittent avec des promesses 
et des révérences. 

1 6. Lorsqu'une mula engendrera, cum mula pepe- 
rerît, disaient proverbialement les Latins. Fort an- 
<jien proverbe usité même chez les Romains, lors- 
qu'on voulait désigner une chose qu'on ne pouvait 
espérer. Galba s'en était servi, comme voulant faire 
entendre qu'il n'était pas destiné à la dignité im- 
périale, quand on lui prédisait par différens signes 
qu'il monterait sur le trône. Mais l'événement fit 
mentir le proverbe , puisqu'une mule engendra 
dans le même temps où les soldats de Néron se ré-r 
▼oltèrent contre lui. Alors Galba , se rappelant ce 
qu'on lui avait prédit, s'eœpara de l'empire. Les 
exemples qu'on apporte de \\x fécondité des mules 
sont extrêmement rares, malgré l0 témoignage «de 
Yarron et de Columelle;. Plirie en doutait,. et €îcé^ 
ron disait ( liv. Il, de Divinathue)^ qu'il était j^luj» 



V 



48 HISTOIRE DES PROVERBES. 

rare de rencontrer un homme d'une conduite irré- 
prochable, qu'une mule propre à concevoir; Juvé- 
nal disait, en parlant d'un homme intègre et ver- 
tueux. 



Et fetœ comparo maUt, 



« Je suis aussi surpris que si je voyais une mule 
féconde. » 

17. // est bon cheval de trompette^ il ne s'effraie 
pas du bruit. Le cheval, ce noble et généreux ani- 
mal 9 partageant les fatigues et les dangers de 
l'homme, s'associe à sa gloire et à son courage; on 
le yoit, comme lui, franchir les obstacles au mir 
lieu du tonnerre de l'artillerie, comme lui, vaincre 
et mourir sur le champ d'honneur. Figurément, 
ce proverbe s'entend d'un homme impassible et 
que le sang-froid rend maître de lui-même; qui se 
possède assez dans une affaire pour la conduire à sa 
fin, en dépit des intrigues et des entraves qu'on lui 
suscite. Ce sont les hommes de ce caractère qui 
font ou terminent les révolutions. 

iS. Le chameau désirant des cornes a perdu les 
oreilles. Les chameaux députèrent un jour un am- 
bassadeur à Jupiter pour obtenir de lui des cor- 
nes. Irrité de cette demande, le maître de l'Olympe 
leur ôta les oreilles sans leur donner des cornes. 
Avis aux hommes cupides qui ne savent pas se con- 
tenter des avantages que leur a départis la nature. 
Ce proverbe est rapporté par Nicéphorc Gregoras 
{Hist. Bysant.) 

19. Il n'est chasse que de vieux chiens. Les latins 
exprimaient la bonté des chiens de chasse par ces 



LIVRE i^ECOND. 49 

mois canes venatici. Ces animaux n'acquièrent cette 
bonté que piar une longue habitude et par les an- 
nées \ ils connaissent mieux alors les ruses du gi- 
bier. Ce proverbe signifie qu'il n'est point d'hom- 
mesplus propres aux conî^eils et à la conduite des, 
affaires que les vieillards qui ont de Texpérience; 
il revient au provei*be latin : Prospectandum vetule 
<!ane latrante. Camus, évêque de Belley, parodiait 
ainsi ce proverbe : // n'est châsse que de vieux saints. 

20. Nos chiens ne chassent pas ensemble. C'est une 
espèce d'allégorie pour exprimer l'aversion qui 
existe entre deux personnes, parce qu'on suppose 
que les animaux partagent les sentimens de leurs 
maîtres, et s'éloignent, par un instinct naturel, de 
la compagnie des chie^is de leurs ennemis. Platon 
a dit : Les petits chiens ressemblent à leurs maîtresses; 
l'expérience a fait un proverbe de cette expression. 
Si la dame a une répugnance à recevoir des visites, 
son chien, averti,, par des mouvemens, de la con- 
trariété qu'elle éprouve, aboiera ; si elle montre de 
l'empressement et un visage ami, le chien accueil- 
lera les personnes qu'il voit être de bon accord avec 
sa maîtresse. C'est, suivant moi, cherclier trop loin 
une chose fort naturelle. C'est l'instinct qui porte 
les chiens à aboyer pour avertir leur maître de la 
présence d'un étranger, et à se taire si la personne 
leur est connue ou familière. 

21. Le. singe est dans la pourpre. Ce proverbe, 
grec d'origine, concerne ces juges intéressés ou 
ignorans, qui trompent le prince qui leur a confié 
le soin de dispenser sa justice, et outragent à la 

T. III. A 



5f HISTOmE DES PROVERBES. 

fois Dieu et les hommes par la bassesse de leur 
conduite. 

2iâ. C'est une bonne truie à pauvre homme. Cela 
se dit d'une femme qui est très-féconde, par une 
comparaison fort grossière avec les truies , qui ont 
quelquefois jusqu'à vingt petits d'une portée. Le 
bas peuple, pour se dédommager des plaisirs et des 
jouissances que la fortune ne peut lui donner, se 
livre arec ardeur au seul plaisir qui ne lui coûte 
que de le désirer : aussi a-t-il souvent plus d enfans 
que son travail n'en peut nourrir. De là la misère 
profonde dans laquelle il est souvent plongé, et à 
laquelle ses débauches et son intempérance ont 
aussi souvent contribué que la rigueur du sort. 

23. Laisser aller le chat au fromage. Cela se dit 
métaphoriquement des filles qui, à la suite de cer- 
taines accointances contraires à l'ordre et à la mo- 
rale, finissent par faire au bord du fossé la culbute, 
et l'on sait ce qui en arrive ordinairement. Voiture, 
écrivant à une abbesse qui lui avait fait cadeau 
d'un chat ; « Il n'y a pas, dit-il , de chat séculier 
qui soit plus libertin que lui. J'espère pourtant 
que je l'arrêterai par le bon traitement que je lui 
fais; je ne le nourris que de fromage et de biscuits. 
Eeiit-être, madame, qu'il n'était pas si bien traité 
chez vous; car je pense que les dames uq laissent 
pas aller les chats au fromage, et que l'austérité du 
couvent ne permet pas qu'on leur fasse si bonne 
tîhère. » 

24. N'en faire que le cerf. C'était anciennement 
une coutume, tirée du paganisme, de se couvrir de 
peaux de cerf et de biche le premier jour de jan- 



LIYA£ SECOND. 5i 

Tier, et de porter en cérémonie des bois de cerf 
sur le» épaules. Cette coutume fut ioiprouvée par 
* UQ artide du concile d'Auxerre, aiosi conçu : Non 
Uceî calendU januarii vitulâ aut cervulo facere^ vel 
^trenas diabolicas observare. 

2^. A cheval donné on ne regarde pas à ta bride ^ 
d*autres disent à la bouche. Il paraît qu'ancienne- 
ment on disait 4a gueule d^un cbevalv, témoin le 
proverbe rapporté dans Rabelais, liv. I, ch. 2. Go- 
quillart, plus ancien que Rabelais de près d'un siè- 
cle, dit dans ses Droits nouveaux : 

Car j'oy tenir 
Aux saiges, qu'à cheval donné 
Ôq ne doit point la gaeule onviir 
Pour regarder sll est âgé. 

26. Qui est âne et veut être cerf se connaît au saut 
du fossé. Cela se dit d'un homme inepte «t inhabile/ 
qui présuma trop de sa capacité, et qui se trouve 
arrêté dès la première démarche qu'il s'agit de faire 
dans une entreprise. 

27. Qui pourwit deux lièvres 4 la fois nen prend 
aucun. Ce proverbe est le même que l'ancien pro* 
verbe latin : Duos insequens lepores neùtrum capit. 
L'avidité de savoir, qui porte à plusieurs sciences à 
la fois, empêche de rien approfondir. L'esprit, par 
ce .partage, perd son activité; semblable à ces 
grands fleuves qui, venant à se diviser en plusieurs 
ruisseaux, ne coulent plus avec la même abondance. 

*8t // faut prendre le taureau par les £omes. II 
faut attaquer une affaire par le côté le plus difficile 
pour qu'elle ne vous échappe pas. 

ag. Ne réveillez pas le chat qui dort. Une femme 



53 HISTOIRE DES PROVERBES. 

se fâche quV)n la soupçonne injustement et donne . 
enfin, par <rette imprudence commise à son égard, 
matière à des soupçons bien fondés. Michel Cer- 
vantes a comparé les femmes à du cristal, qu'il n'est 
pas d'un homme sage de jeter sur le pavé pour 
éprouver s'il se casserait ou non. 

Maris, ares -vous qaelquc doute , 
Ne cherchez point à l'éclaircir ^ 

Le moins quiil en coftte , 

C'est un repentir. 

5o. Est bien âne de nature qui ne sait pas lire son 
écriture. Dante Alighieri s'occupa beaucoup à cul- 
tiver et à soigner son écriture, circonstance à re- 
marquer dans un homme de génie, et qui doit ôter 
toute excuse aux gens du monde, qui se croient 
dispensés de ce soin, et qui veulent non pas qu'on 
les lise, mais qu'on les devine. J. J. Rousseau et 
Racine n'imaginaient point qu'il fût au-dessous 
d'eux de bien écrire. 

3i. Il ne faut pas réveiller le lion gui dort. Il ne 
faut pas rallumer utie querelle assoupie; il ne faut 
pas exciter la colère d'un homme puissant qui vous 
fait grâce de ne pas songer à vous. 

32. Un renard n'est pas pris deux fois au même 
piège. L'homme fin et prudent remarque attenti- 
vement les fautes qu'il a faites, et réfléchit sur les 
dangersqu'ila courus une première fois, pourévîter 
d'y retomber. 

55. Cheval qui vole ne se contente ni du trot ni 
du galop. Un génie supérieur méprise les routes 
ordinaires, il s'élève si haut que personne ne peut 
l'atteindre. 



LIVRE S£COJND« 55 

34. // vaut mieux être tête de lézard que queue 
de dragon. Cette pensée correspond au propos de 
César, qui disait qu'il aimerait mieux être le pre- 
mier dans une petite Tille que le second dans 
Brome. 

35. Plus enflé qu'une botte. Ce vieux mot botte 
signifie crapaud. On dit encore eu Champagne bot 
pour désigner un crapaud, et en Dauphiné pour 
désigner une espèce particulière de petits crapauds. 
Les Italiens disent aussi u/iât botta^ un crapaud. Mé- 
nage croit que ce mot est plutôt d'origine gauloise 
qu'italienne. De botte on a fait le diminutif botereij 
gui se trouve plus souvent dans nos anciens auteurs 
que botte. Hugues de Méry, dans le tournoiement 
de l'Antéchrist, parlant de la pierre crapaudine, 
s'exprime ainsi : 

Mais celle qui , entre les yeux , 
Au boterel croist , est plus fine 
Qu'on seult appeler crapaudine. 

36. // est avis au renard que chacun mange poule 
comme lui. Les personnes riches et sensuelles,, igno- 
rant entièrement la manière d'exister des pauvres, , 
n'imaginent point qu'ils pmissent faire plusmau^ 
vaise chère qu elles. Elles pensent que les choses 
qu'elles rebuteraient doivent être pour eux des 
mets délicats. Une princesse, dit-on, fort généreuse 
et fort eharitable, à laquelle on peignait la situa- 
tion d'une famille malheureuse et manquant de 
pain, dit avec émotion, mon Dieu! pourquoi ces 
malheureux nô mangent-ils pas de brioches. Ce 
proverbe se dit figufément d'un homme vicieux.» 



54 HISTOIRE DSS PROVERBES. 

qui orott que tous les autres hommes sont eotachés^ 
des mêmes vices que les siens. 

37. L'œil du mattre engraisse le cheval. On de- 
mandait à un Perse quelle était la chose qui en- 
graissait le plus un cheval? V œil du matire, répon-* 
dit41. Telle est Torigine présumée, de ce proverbe 
qui engage les propriétaires de terres à les sur- 
veiller par eux-mêmes pour en recueillir plus de 
profit, ou à les voir souvent, d'après le précepte de 
Gaton, afin d'exciter l'émulation et l'activité de 
ceux à qui ils en ont confié la garde et le soin. 

38. Brebis comptées, le loup les mange. Cela veut 
dire que,, quelques précautions que l'on prenne pour 
surveiller ce que l'on possède, on est souvent mis 
eB défaut et volé. Ce proverlie correspoad à celui 
des Latins : Non curât numerum lupus , tiré de ces^ 
vers de Virgile (Buco.^ égl. vu) : 

Hit tantàm BoretB earamut frigora, quanthm 
ÂHt numerum lupus, aut tarrentia flumina ripas, 

«Nous ne prenons pas plus garde au vent de bise 
que le loup pe prend garde au nombre des brebi» 
. d'un troupeau, ou que tes fleuves ne font attention 
aux bords qui l^s contiennent. » 

59. Tenir le louppar les oreilles. C'est être embar- 
rassé, c'est ne savoir comment se tirer d'une affaire* 
Térence, dans le Phormion, fait tenir ce langage à 
Antiphon s Immb, id quod aiuntj auribus teneo lu^ , 
pûm, au contraire, comme dît le proverbe, je tiens 
le loup par les oreilles. Je ne puis trouver le moyen 
ni de le lâcher, nî de le retenir, dît-il, en parlant 
de l'objet de sa tendresse. 



LIVA£ SEG019D 5S 

4o. Le frein doré ne rend pas, le cheval meilleur. 
Un habit somptueux ne fait pas rhonnête homme. 
Ce n'est souvent, dans ce siècle-ci, que le ^ût du 
tailleur qui lui en façonne la mine. 

4i- La fièvre quarte sied bien au lion. Les mar 
iadies sont des leçons utiles pour un homme féroce 
et superbe, en ce quelles le rendent plus traitable, 
et qu'en lui rappelant qu'il est homme, elles le re- 
mettent de niveau avec ceux qu'il dédaignait au- 
paravant. ' 

4a. Situ ne peux awnr an bœuf^ contente-toi d*un 
âne. Garde-toi de vouloir ôe qu'il ne t*est pas posr 
sible d'avoir : mesure tes foires et tes facultés. 

43. Sur la peau d*une brebis on écrit ce que l'on 
veut. On croit pouvoir insulter impunément un 
homme faible et débonnaire dont on ne craint ni 
la colère ni le ressentiment : mais souvent il n'y a 
si faible brebis qui ne joue de la tête, ni si chétive 
rosse qui ne regimbe. Aux yeux de la plupart des 
hommes, bonté est synonyme de bêtise; rien n'est 
plus rareque la véritable bonté. La plupart de ceux 
qui croient en avoir n'ont ordinairement que de 
la faiblesse. La douceur qui vient de la pusillani- 
mité ou de l'indolence n'est point bonté. Pour être 
bon 9 il faut savoir ne l'être pas toujours. Il n'est ni 
coDQrmerce ni société dans le monde qui puissent 
subsister long-temps sans le concours de la bonté. 
Cela est si vrai, que, pour la remplacer au besoin, 
les hommes ont imaginé de créer due espèce de 
bonté qui a un faux air dé la véritable, et qu'ils 
OQt noffimée politesse. Sans uil léger fond de bonté 
réelle, la politesse même n'est qu'une véritable by-^ 



% 



56 HISTOIRE DES PaOVERBES. 

pocrisie de convention. C'est uu préjugé injurieux 
et sans aucun fondement, que celui qui consiste à 
faire croire que les bonnes gens ont rarement de 
l'esprit. La Fontaine, si connu pour sa bonhomie^ 
est une preuve du contraire. D'où peut provenir 
ce préjugé; le voici, si je ne me trompe : le monde 
est plein de mauvais connaisseurs, qui prennent 
sottement pour spirituel ce qui n'est que méchant. 
Un trait malin, lancé dans uù cercle, enflamme tant 
de petites passions, qu'il ne manque jamais son 
effet ; et le médisant est injustement proclamé bel 
esprit. On disait d'un roi de Sparte , fort clément 
et débonnaire : •// est fort bon, il l'est même pour les 
méchans. 

44- If' foutf comme dit l'autre, hurter avec les loups\ 
Maxime fausse et tout-à-fait immorale, c'est-à- 
dire qu'il faut encenser les vices et bafouer les 
vertus; c'est ce qui fait qu'un homme, avec les meil- 
leures intentions du monde, avec des mœurs pures, 
de la raison et de la droiture, peut passer dans l'es- 
prit des ^ens du monde pour un être singulier, 
grossier, inflexible^ propre à rendre une femme 
malheureuse, jaloux, pédant, mauvais philosophe, 
avare, sot, insociable enfin, et tout cela parce qu'il 
ne suit pas le torrent, parce qu'il n'est pas à la hau* 
teur des perfections sociales. Il faut convenir que 
nos usages gâtent étrangement le bon naturel, et 
que, pour vivre avec ses semblables, on est dans la 
nécessité d'adopter leurs erreurs et leurs vices ou 
du moins d'en feindre les apparences. 

45. Un singe est toujours singe : Simia semper et 
ubiquè simia. Tous les singes ont un naturel sem- 



LIVRE SECOND. 67 

bldble ; aussi fioursauit dit : Pour épouser un singe 
il faut être guenon. Bien des moidernes, qui ont fait 
des vers latins ou grecs , ressemblent aux anciens 
comme ]es singes aux hommes; ils imitent leurs 
défauts bien plus que leurs bonnes qualités. 

46. C'est un caméléon. On a comparé les flat- 
teurs et les courtisans , 

Peuple oaméléon 9 peuple singe du maître , 

(Là FOKTAllTl. ) 

à ce lézard des contrées chaudes de Tancien con- 
tinent, à cause de la propriété que Ton a supposée 
à cet anima], de prendre la couleur des objets au- 
près desquels il se trouvait, propriété qui l'a fait re- 
garder comme un phénomène en histoire naturelle, 
problème sur lequel les naturalistes ne sont pas 
d'accord et qui n'est pas encore bien définitive- 
ment résolu. Cet animal devient quelquefois si 
maigre, par la faculté qu'il a de s'enfler et de se dé- 
senfler^ de varier sa grosseur au moyen d'une dila- 
tation et d'une contraction particulières dont l'a 
doué la nature, que Tertullien, qui était d'Afrique, 
et qui avait dû voir beaucoup de caméléons, dit 
que cet animal n'était qu'une peau vivante. 

iyj. L'âne de la communanté 

Est toujours le plus mal bâté. 

En effet, on néglige ordinairement ce qu'on pos- 
sède en commun : Communiter negligitur quod 
communtter possidetur. Il en est de même des inté- 
rêts de beaucoup de compagnies. Les Provençaux 
disent en proverbe : Uâne qui a deux maîtres^ la 
queue lui pèle; c'est-à-dire, qu'il a beaucoup à 
souffrir. 



58 HISTOIRE D£S PROVERBES. 

48. // 9e tert de ta patte du ckat pour tirer les mar- 
rons du feu. Ce proverbe s'adresse à ces intrigans 
habiles qui veulent, comme dit La Fontaine dans 
la fable Ls singe et le chat : 

Leur bien premièrement, puis celui des autres, 

et qui savent mettre en avant des imbéciles, à qui 
ils disent, comme Bertrand dit à Raton : 

Trère , il fiiut au jourdlini 
Que tu fasses un coup de maître : 
Tire-mol ces marrons. Si Dieu m'avait fait naître 
Propre à tirer marrons du feu , 
Certes, marrons verraient beau jeu. 

Tel ^st le langage de ces imposteurs dangereux 
qui^ après s'être servis de leurs dupes comme de 
paravents pour cacher leur jeu, les abandonnent lâ- 
chement lorsqu'il est achevé. Les Espagnols disent 
dans le même sens : Con agena mano , sacar Ut eu-* 
lebra del horado , avec la main d'un autre, tirer la 
couleuvre de son trou. 

49« A bon chat ion rat; pour dire, bien attaqué, 
bien défendu. On parlait à uîi évêque d'un abbé 
qui disait à tout propos distinguo. M. Vabbé , lui 
demanda l'évêque, qui s'était proposé de l'embar- 
rasser, peut-on baptiser avec du bouillon? distinguo^ 
monseigneur : si c'est avec le vôtre j non; si c'est avec 
celui du séminaire^ oui* 

L'autre jour à Giéon je lisais mon ouvrage ; 
'Hais d'en avoir fait un Gléon a l'avantage : 
T«ndis <}n*avec chaleur je hii lisais le mien , 
Le perfide ^'il est, il me vantait le sien. 

5o. Revenons à nos moutons; expiiession com- 
mune et familière, dont on se sert pour ramener 



UVAE SECOND. 5g 

quelqu'un à l'objet de la conversation lorsqu'il s'en 
écarte. C'est un proverbe pris de la farce de l^ Avo- 
cat Patelin^ dans laquelle est introduit un mar- 
chand drapier qui, plaidant contre son betger pour 
des moutons que ce berger lui avait volés, sortait 
de fois à autre de son discours pour parler du drap 
que l'avocat de sa partie adverse lui avait aussi 
volé; ce qui obligea le juge d'ordonner au drapier 
de revenir à ses moutons , bus revenom à nos moik^ 
tons. Rabelais a bien souvent employé ce proverbe. 
Une ëpigramme de Martial présentée peu près le 
même ^ens que cette expression ; c'est une critique 
des orateurs qui s'égaraient dans des dissertations 
étrangères au sujet de leurs discours : 

Non de vij nêque eœdê, née veneno , 
Sediit tit mihi de tribus eapeliis. 

(LÎT.tiyép. 19.) 
f 

i II De s'agit ni de violence, ni de meurtre, ni de 
poison; mon procès a pour objet trois cbèvrés. »La 
Monnaie a paraphrasé ainsi le proverbe et l'épi- 
gramme de Martial : 

Pour trois moutons qu'on m'aTHitpiiii 
J'avais un procès au bailliage ; 
Gui 9 le phénix des beaux esprits, 
Plaidait ma cause et faisait rage : 
Quand il eut dit un mot du £iit, 
Pour exagérer le forfait 
Il cita la fable et l'histoire , 
Les Aristotes et les Platons. 
Gui 9 laissez-là tout ce grimoice , 
Et rcTenea à vos moutoas. 



6o HISTOIRE DBS PROVERBES. 

§ IL Le$ insectes. 

Pour aequérir certaines coonaissaoces^ fondées 
sur une expérience journalière , il a fallu- que 
rhomme, abaissant sa majesté, se mît à l'école des 
insectes , envers lesquels la nature s est montrée 
bienfaisan.te et même libérale. Ce sont eux peut- 
être qui ont donné l'idée de la plupart des scien- 
ces et des arts, allégoriquement s'entend. Nous te- 
nons la politique des abeilles ; des fourmis, l'éco-- 
nomie; les premières nous ont donné l'idée du gou- 
vernement monarchique j qui se réduit à l'autorité 
d'un seul. Celles-ci, de /'arê^^c^cra/i^, qui partage 
le pouvoir entre un petit nombre, mais des prin- 
cipaux de l'Etat. L'araignée nous a montré l'art du 
tisserand. Les insectes ont donc dû fournir aux pro- 
verbes un grand nombre de comparaisons.* 

1 . Léger comme un papillon. Ce reproche s'adresse 
spécialement à la jeu^nesse. 

Le papillon , toujoara volage , 
Erre , vole de fleurs en fleurs , 
Sans qu'aucune d'elles l'engage 
A fixer ses folles erreurs. 
Telle est la jeunesse peu sage ; 
Elle court à tous les plaisirs 
Qui se trouvent sur son passage , 
Sans qu'aucun fixe ses désirs. 

2. Prendre la mouche; c'est-à-dire, se mettre ea 
colère sans raison. 

3. C'est un mattre Mouche; C'est une fine mou-- 
che. Un excellent joueur de gobelets nommé Mou- 
che a donqé naissance à la première locution : la 



LIVRE SECOND. 6i 

seconde vient de ce que les vieilles mouches sont 
difficiles à attraper. Le mot mouche se prend encore 
en mauvaise acception , pour désigner les espions 
de police. Mézeray, en parlant d'Antoine Demp- 
charès^ théologien de Paris,, inquisiteur de la foi, 
dît qu'il se nommait de^ouchy, nom d'un village de 
Picardie, et que ses espions's'appelaient mouchards. 
Ménage conteste cette étymologîe ; il croit qu^on a 
appelé les espions mouchards du mot mouche, 
parce que les mouches se fourrent partout pour 
chercher pâture. Le mot mouchard n'est pas plus 
ancien que le règne de François II, sous lequel 
vivait ce Démocharès. Il est curieux de connaître 
l'opinion que Bonaparte avait de la police : Vous 
croyez donc, disait-il à un de ses intimes, que les 
gens de police prévoient tout, savent tout : la po- 
lice en invente plus qu'elle n'eq découvre. Il 
avQuait que la sienne souvent ne savait rien et en- 
core au bout de huit à quinze jours, que par 
hasard, imprudence ou trahison. Eœperto crede 
Roberto. 

4. Doigts d'araignée; doigts déliés et d'une sou- 
plesse à faire craindre d'en être filouté. 

5. On prend plus de mouches avec du miel qu'avec 
du vinaigre. La voie de la douceur et de la modé- 
ration est dans le cours de la vie, mais non dans 
les grandes convulsions qui déchirent un empire, 
la voie la plus sûre et la plus courte pour ramener 
quelqu'un dans le bon chemin. Une réprimande, 
quelque douce qu'elle soit, a toujours quelque 
chose d'humiliant pour celui qui la reçoit, à plus 
forte raison, si elle est accompagnée de sévérité. 



6i HISTOIHB DES PROVERBES. 

Pour U rendre otile, il faut, comme l'on dit fami- 
lièrement> dorer la pilule, c'est-à-dire, lui donner 
une enveloppe de bonté qui la fasse paraître plu- 
tôt une remontrance qu'une correction. « Celui 
qui reprend quelqu'un des fautes qu'il a faites, dit 
Plutarque , semble lui repracber ses malheurs , et 
cette franchise porte avec elle un certain air de 
mépris; et comme Ton voit que le miel aigrit les 
plaies et les ulcères , de même les remontrances 
vraies et pleines de sens, mordent et aigrissent 
souvent ceux qui sont dans le malheur, si elles ne 
sont accompagnées d'une certaine douceur, et tA 
elles ne plient et n'obéissedt un peu. > Rien ne ré- 
volte plus de prime abord que l'humeur rigide et 
brusque des supérieurs qui, abusant de l'inégalité 
accidentelle que la Providence a jetée parmi les 
hommes, traitent leurs domestiques comme des 
esclaves, s!emportent pour la moindre faute, et 
semblent moins nés pour commander à des hom- 
mes qu'à des animaux. Je parle surtout de ceux 
qui oublient qu'ils doivent aux hasards d'une r^ 
volution de ne plus rouler dans la farine dont ils 
sont sortis. Qu'arrive-t-il? ils donnent carrière à la 
médisance. On rit tout bas des caprices de la for- 
tune, on les sert par nécessité, on leur obéit par 
contrainte, et on les quitte dès qu'il se présente une 
condition moins humiliante et plus avantageuse. 

6. // est piqué de la tarentule. Expression pro- 
verbiale pour désigner un homme dont les mou- 
vemens sont inquiets et convuls|fs. L'espèce d'a- 
raignée appelée enragée ou tarentule^ prend son . 
nom de la ville de Tarente et de ses environs, dans 



LIYRE SECOND. 63 

la Fouille, où elle est fort commuoe. On prétend 
que cette araignée est très- venimeuse, et que sa 
morsure occasione des symptômes aussi isingu- 
liers que la guérison est extraordinaire. On ajoute 
que ceux qui en sont mordus sont attaqués de 
symptômes différens; les uns chantent; les autres 
rient; d'autres pleurent; d'autres ne cessent de 
crier; d'autres sont assoupis; d'autres ne peuvent 
dormir , dit Valmont de Bomare ; enfin on prétend 
que le remède qui les soulage le plus, est de les 
faire danser à outrance; pour cet effet, on leur fait 
entendre les symphonies qui leur plaisent le plus; 
on leur joue, sur différens instrumens, des airs de 
différentes modulations jusqu'à ce qu'on en trouve 
un qui flatte le malade. Alors, dit-on, le tarentule 
sort brusquement du lit, et se met à danser au son 
de la musique jusqu'à ce qu'il soit en nage et hors 
d'haleine, ce qui le guérit. Voilà de ces faits qui 
retentissent continuellement aux oreilles de tout 
le monde et que l'on donne pour vrais ; cependant 
plusieurs personnes très-instruites, qui ont voyagé 
en Italie, entre autres l'abbé Nollet, se sont assu- 
rées que ce fait passait pour être fabuleux, même 
dans la Fouille, parmi les gens éclairés, et qu'il 
n'y a que les gens de la lie du peuple et des vaga- 
bonds qui^ se disant piqués de la tarentule, parais- 
sent guérir par la danse et par la musique, attra- 
pent quelque argent et gagnent leur vie par cette 
sorte de charlatanerie. On ne craint point les ta- 
rentules à Rome, parce qu'il n'y a pas d'exemple 
qu'elles aient incommodé quelqu'un. 



64 HISTOIRE DE8 PROVERBES, 

CHAPITRE XIIL 

Dans les oiseaux. 

Les oiseaux ont fourni une matière abondante 
aux proverbes. Depuis long-temps on dît d'un 
homme à tête éventée, étourdi comme une corneille; 
on a même ajouté qui abat des noiXj à cause de 
Tinstinct destructeur de cet oiseau. Crier comme 
un aigle : c'est-à-dire importuner par ses cris ; faire 
le pied de grue ^ attendre long-temps comme les solli- 
citeurs ; siffler la linotte^ boire avec excès , sont des 
expressions fort communes. De tout temps, dît 
Buffon, on a comparé Thomme, grossièrement im- 
pudent, au milan , et la femme , tristement bête , 
à la buse. On les a rayés de la liste des oiseaux no- 
bles, et rejetés de 1 école delà fauconnerie. L'hiron- 
delle nous tient compagnie pendant l'été; mais 
lorsque l'hiver approche elle nous abandonne; elle 
est le symbole de ces amis intéressés dont parle 
Ovide , qui nous ménagent lorsque nous pouvons 
leur être utiles , et qui nous abandonnent lors- 
que la fortuné nous quitte : 

Donee eris felix, multos numerabis arnicas; 
Tempora si fuerint nubita, solus eris» 

C'est par allusion à ce procédé des hirondelles que 
Pytliagore les chassa de sa maison, voulant faire 
entendre à ses disciples qu'il ne faut avoir aucun 
commerce avec des gens intéressés. Le cygne est 
l'emblème d'une vieillesse honorable et glorieuse. 
Cîcéron, tout instruit qu'il était, est tombé dans 



UVAfi SECOND. 65 

le préjugé vulgaire relativemeut à cet oiseau^ et qui 
prétend que soa chant n'est jamais si mé]odi€i,ux 
"qu'à l'approche de sa mort. La caille, suivant quel- 
ques naturalistes, est l'hiéroglyphe de l'impureté, 
parce que, disent^ils, elle semble chanter de colère 
lorsqu'elle entrevoit le lever du soleil. Le coq, mis 
sur la flèche du clocher des églises paroissiales, 
invite les curés à veiller sur le troupeau confié à 
leurs soins : le coq est le symbole de la vigilance ; 
la colombe Test de la simplicité; le moineau, de 
la volupté des sens; le corbeau, d'une longue vie; 
la tourterelle, de l'amour conjugal. On dît prover- 
bialement, d'un homme qui a le regard vif, juste 
et perçant, qu'«7 a le coup d'œil d'un faucon. En 
effet, cet oiseau de proie, qui, du haut des airs, 
fond sur une perdrix qui vole, a besoin d'évaluer 
juste, et la distance à laquelle il est de sa proie , et 
letempsqu'il lui faut pour parcourir cette distance; 
car si l'une de ces conditions n'était pas bien éva- 
luée, il ne tomberait pas d'aplomb sur la perdrix 
et manquerait son coup. L'aigle 9 que les anciens 
ont appelé l'oiseau céleste, parce que c'est de tous 
les oiseaux celui qui s'élève le plus haut, apprend, 
dit-on , à ses aiglons à regarder fixement le soleil. 
Mais on pousse le préjugé un peu trop loin, en pré- 
tendant que, s'il s'aperçoit qu'ils ne peuvent suppor- 
ter l'éclat de cet astre, il les reconnaît pour bâtards, 
et les dévore, pour les punir de leur illégitimité. 

a. C- est un aigle. Le prince de Brunswick-Oels, 
étant à Paris, eut occasion d'éprouver la finesse 
d'esprit des Français. Ayant, par manière de con- 

T. III. 5 



«6 HISTOIRE DES PROVËilBES. 

Tersation , demandé à un enfant s'il n'éuiît pan 
veBu dans un oeuf » Técolier malin lai adressa le 
quatrain suivant : 

Ma oaiMance n'eut rien de neuf. 
J'ai soîTî la commune règle ; 
G'eat Voua qui Tintes dam on œuf» 
Car vous êtes im aigle. 

a. // e$t au nid de la pi>;c'e8t-à^ire, il est par- 
venu au plus haut degré d'élévation, et il tenterait 
en vain de monter plus haut; par allusion à la pie, 
qui se niche à la cime des arbres* 

3. C'est un butor. Cette expression s'emploie à 
regard d'un rustre, d'un idiot, d'un lourdaud, par 
comparaison avec la paresse et la marche lente et 
posée de ci^tte espèce de héron. Aristote, dans son 
histoire des animaux , dit que le butor est sur- 
nommé paresseux , sans doute à cause de son im- 
mobilité pendant une journée entière , et qu'un 
esclave paresseux fut autrefois métamorphosé en 
cet oiseau ; c'est encore par allégorie que parle 
Aristote. Son cri, rauque et ressemblant au mugi^ 
sèment du taureau, s'entend de fort loin. Il parait 
que la chair du butor était plus recherchée autre- 
fois qu'elle ne l'est aujourd'hui , ou que nos bons 
aî^ux étaient moins délicats que nou^. BeJop , 
voyageur estimé, dit d'une mapière proverbiale 
que : Qui veut faire banquet, sert un butor* Le. fait 
est que la chair de cet oiseau est huileuse , acre et 
d'une odeur marécageuse. 

4. Chatpi comme une caille, Cela se dit d'un 
homme de complexion amoureuse, par alIusioD 
au tempérament lijiscif de la caille. 



5. Larron comme une chouette ou comme une pie; 
parce que ]'instinct de ces oUeaux les porte à csk 
cher Ter et l'argent, et généralement tout ce qu'ils 
dérobent. Marot dit, dans une épttre, en parlant 
d'un Tdlet qui l'aTait volé : 

Qael qn^ toit , il n'est point poète , 
Mais fils aîné d'une cbouette , 
Ou aussi larron pour le moins. 

6. C'est un corbeau. On appelle ainsi parmi le 
bas peuple les personnes chargées de porter les 
corps morts au lieu de leur sépulture, par allusion 
aux corbeaux, gui se ruent sur les cadayres. Cette 
expression tire son origine de l'effroyable peste qui 
ravagea Marseille en 1720. Les forçats, employés 
au terrible ofBce d'ensevelir les morts , précipi- 
taient les cadavres par les fenêtres, les entassaient 
pélC'^mêle dans des tombereaux , ou les traînaient 
avec des crocs. Xa plupart furent victimes de ce . 
funeste fléau. Cette dénozuination peut venir aussi 
de ce que les porteurs de corps sont vêtus de noir. 
Les Grecs appelaient les parasites , des corbeaux. 
Cette allégorie est facile à saisir. 

7. Qui mange chapon , chapon lui vient. Ce pro- 
verbe signifie que le bien vient plutôt dans la mai- 
son de ceux qui en possèdent déjà, que chez ceux 
qui n'en ont point. Martial a dit: L'argent ne cher- 
che que l'argent ; ce qui correspond au proverbe, 
l'eau va toujours à la rivière. L'or va toujours où il 
y en a déjà , et plus il est en tas, plus il multiplie; 
et, comme dit très-bien Juvénal: Cremt afnor num- 
mi quantum ipsa pecunia crescit. Le Dictionnaire de 
l'Académie donne à ce proverbe l'intérpirétation 



6B HISTOIRE DES PROVERBES. 

suivante : Qu'il ne faut pas regarder de près à cer- 
taines dépenses, dans la supposition que le bien 
▼ient plutôt à ceux qui en usent qu a ceux qui l'é- 
pargnent. Nos pères faisaient grande estime du 
chapon, avant que les jésuites nous eussent apporté 
la volaille du Paraguay. C'était un mets très-dis- 
tingué; ce qui a donné lieu au proverbe: chapon 
de six mois y manger de roi. 

8. La bécasse est bridée ^ se dit d'une fiancée dont 
le contrat de mariage est signé. Sarrazin se sert de 
cette expression dans sa ballade sur Tenlèvement 
de mademoiselle de Bouteville 'par Colîgny, frère 
puîné de celui qui se battit en dnel avec le duc de 
Guise : 

Je sais bien que les premiers jours 
Que bécasse ett bridée et prise , 
Elle in roque Dieu au secours , 
Kt ses pareas à barbe grise ; 
Mais si Tamant qui l'a conquise 
Sait bied la rose cuttirer, 
Elle chante en face de l'église 
Qu'il n'est rien tel que d'enlever. 

9. Chétive est la maison où le coq se tait et la 
poule chante. Si une femme impérieuse voulait ren- 
verser Tordre de choses établi par la nature, asser- 
vir son mari, et usurper les droits du maître de la 
maison , alors il est permis de lui faire sentir son 
égarement, de la ramener à la raison et à la règle ; 
la qualité de chef est tellement acquise à l'homme, 
qu'il se compromet du moment même où il souffre 
qu'elle soit sérieusement mise cm question, ou plu- 
tôt il ne la conserve déjà plus. Salomon recom- 
mande à l'homme de ne point laisser usurper son 



LIVRE SECOND. 6g 

autorité par sa femme, sou frère et son fils, pour 
De pas s'exposer à des repentirs : Mulierij fratri et 
fitio, ne des paie$tatem in vitâ tuây ne forte pœniteat 
tibi^ 

10. Il attend que les allouettes lui tombent toutes 
rôties dans le bec. Ce proverbe est dirigé contre les- 
fainéans , qui ne veulent se donner aucune peine 
pour g«aguer l-eur vie , et qui attendent, les bras 
croisés^ que le cîel y pourvoie. Le spirituel Cyrano 
de Bergerac , à qui sa valeur fit donner le surnom 
d'intrépide^ dit plaisamment, dans son Histoire co- 
mique des états et empire de la Lune j que ce proverbe' 
se vérifiedans l'empire de la lune, et que lui-même^ 
pendant, le séjour qu'il y fît , mangea sa part de 
douze allouettes, que le fusil d'un chasseur fit tom- 
ber toutes rôties à ses pieds. 

1 1. A' chaque oiseau- sow nid paraît beau» Rien 
n'est si naturel à l'homme que l'amour de la pro- 
priété. Les vers suivans, de Juvénal, expliquent* 
parfaitement bien le sens de ce proverbe : 

Est aiijquid quœunquè loeo , quocimquè recetsu ,_ 
Uniat sese dominum fecisse tacerW, 

* C'eat une satisfaction de pouvoir se dire lemaître 
du plus chétif domicile, quelque part qu'il soit, 
situé. » 

m 

Ces vers de Panard sont un commentaire fort 
agréable de ce proverbe : 

Un petit asile champêtre 
Plaît too)oars apx.yeax de sqb maître; 
Lorsque Too se promène , il est bien doux de dîre : 
J^e marche eu ce- moment sur quelque chose à moi. 
' Ce ruisseau, dont le frais m'attire > 



;o HISTOIRE DES PilOV£RBES. 

Ce tilleul » eet ormeau qu'agite le zéphîre. 
Cette fleur que je sens, cette autre que je toi. 
Sont autant de sujets à qui je fais la loi. 

Tont rit où Ton • de l'empire , 

Tout est charmant où l'on est roi. 

On dit çoeore proverbialement dans le même sens: 
Un* y a pas de petit chez soi; chacun est roi dans sa 
maison; charbonnier est mattre chez lui. 

1 2. Soûl comme une grive. Cela se dit commu- 
némeot d'un homme pris de viu,parce que la grive, 
se jetant avidement sur le raisin, semble , à force 
de réplétion , s'être enivrée de ce fruit. Les Grec& 
disaient en proverbe : Sourd comme uns grive. Us 
comparaient cpX oiseau fort bruyant à un babillard 
qui, à force de jaser, ne semble pas plus faire atten* 
tionà ce que disent les autres que s'il était sourd. Ce 
dernier proverbe me paraîtrait devoir mieux con-^ 
venir à la pie, qui est fort bavarde de sa nature. 

i 3. Si le ciel tombait il y aurait bien des allouei-^ 
tes prises. Ce proverbe s'applique aux personnes 
superstitieuses, qui ont des craintes ridicules, et 
dont l'imagination faible se laisse entraîner par des 
idées et des suppositions absurdes, telles que la 
chute du ciel, la fin du monde. Ce proverbe cor- 
respond à celui des Latins, si cœlum caderet^multœ 
caperentur alaudœ.hes Grecs disaient, dans le même 
sens : Que serait-ce si le ciel tombait ?^ 

i4- Être cêmme un coq enpâte.V^x allu^on à l'an* 
cienne manière dont nos ancêtres bardaient et 
accommodaient cet oiseau. Ce proverbe sert à 
exprimer le bien-être d'un homme à qui rien n» 
manque, et qui se trouve mollement au milieu de 
toutes ses aises. 



LIVRE. 5ËCON0! 7 k 

« i5. C^st un p/êénkt. Le phëoix est un oiseau 
imaginaire » et dont ou raconte des mer?eiltes. Par 
le mot pà^nîjc , prisfigurélhent, an entend une per« 
soûne qdi exbellè daos une science 9 dans un art, 
dabs une profession quelconque. Ainsi H. de Ghà*- 
teaubriand est le phénix des beaux esprils de notre 
4poqu#|.M. Gérard est le phénix des peintres ino* 
derneS) M« L. R. est le phénix des inarchaudes de 
Riodes de Paris. Boileau a dit^ en parlant de lau^ 
teiir d ufi^ faon nonnet : 

Et cet heureux phénix est encore^ à trouver. 

. ' .■ . . ' • ■ • 

Jean ^e M^itn emploie cette expression dans les 
invectives qu'il lance contre le sexe. 11 rassëmbie 
toutes l^s femoies dans la . même proscription ; il 
n y en a point une, selon lui ^ dont la vertu soit à 
réprjôuye^. Boileau reconnaissait qu'il pouvait y 
avoir au meins trois honnêtes femmes dans Paris : 

Il en est jusqu'à trois q[ue je pourrais nommer. 



1 . ' » 



Mais Jean de Meuu n'en reconnaît pa3 une seule 
au monde : 

Or n'éât-îl plus miUe Lucrèce , 
Nulle Pénélope en Grèce , 
Ne nulle prude femme en terre 

Êf ailleurs. 
Prudes femmeft! par saint Denis.,. 
Autant en 'est fpie ^ phénix. 

Il méritail bien d'être fouetté par celles dont il di- 
sait tant de nîiàl; mais il sut atdrôifement se tirer 
.d'embarras, en demandant que le premier cdiif) 
de verger lui fût porté par celle qui se seàtaii le^ 
plus vivement blessée par ses satires. 



7ir HISTOtft£ DES PROVERBES. 

1 6. C'est le chant du cygne. Cela se dît figuré-^ 
ment des derniers efforts de la yerve d''uD grand 
poète, ou de Touvrage d*tjn bon écrivaiD, peu de 
temps avant leur mort, et par allusion à un fait 
attribué au cygne et reconnu faux. On sait que les 
cygnes, particulièrement ceux du Méandre , au- 
jourd'hui Meinderé, et ceux du Caystre (Cheisaro), 
fleuvesde taNatolie (Asie mineure), ontpassé, chez 
les anciens, pour avoir un ramage très-mélodieux, 
dont les accens devenaient plus tendresà mesure que 
ces oiseaux approchaient de leurs derniers momens. 
Les historiens , les poètes et même les naturalistes 
anciens se sont plu à répéter cette merveille; mais 
ce qu'ils ont dit du chant mélodieux du cygne n'est 
que de pure invention : car la nature a refusé aux 
grandes espèces d'oiseaux la mélodie du chant , et 
il est maintenant prouvé, par un grand nombre- 
d'expériences, ,que le cygne ne fait point exception 
à cette règle. 

17. U aigle ne chasse point aux mouches; aquila 
non capit muscas. Les hommes faits pour être au- 
dessus des autres par leur géuie , ne s'occupent 
que d'objets de haute spéculation , méprisent les 
petites choses et les routes communes; leurs vues^ 
s'étendent au-delà de celles du vulgaire; elles em- 
brassent un plus vaste horizon. 

18. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps. 
Il ne faut pas, sur une seule action, préjuger toutes 
les autres. Un seul fait isolé n'emporte pas consé- 
quence. 

19. C'est une buse. Cette expression proverbiale 
a rapport à la stupidité de la buse, le plus gros des. 



LIVAB SECOND. ^5 

oiseaux de proie après l'aigle et le grand faucon , et 
qui, soit dans Tétat de donoleflicité, soit dans celui 
de liberté, reste plusieurs heures de suite perché 
et immobile sur un arbre ou sur un bâton. 

20. Qui mange l'oie 4u roi , cent ans après il en 
rend les plumes. II ne fait jamais bon de s'attaquer 
à plus fort que soi. Chasser sur les terres du roi , 
frauder les droits du roi^ boire le vin du roi, étaient 
des crimes irrémissibles. Pour ce qui est de l'oie , 
sauveur du capitole, eten si grande yénération chez 
]es.Romains> il s'en faisait, entre ceux-ci et les Gau- 
lois, un grand commerce d'échange. Il parait que 
les premiers a yaient depuis long^^temps oublié l'im- 
portant service que ce volatile leur avait rendu, 
puisqu'ils vendaient sans façon les vétérans du ca- 
pitole. Les Gaulois, ayant changé de maître,, ne 
firent plus ce trafic avec les Romains ; mais l'oie ne 
perdit pas pour cela sa réputation sur la table de 
nos aïeux. Ce fut pendant plusieurs siècles la pièce 
d'honneur et de résistance, même à la table des 
rois, ce qui a donné lieu au proverbe. Charle* 
magne , dans ses Capitulaires , donne ordre que 
toutes ses maisons de campagne en soient abon- 
damment pourvues. Les sentinelles du capitole 
ont été depuis dépossédées de leur prééminence 
par les oiseaux indigènes du Paraguay. 

j2i. On ne saurait faire d'une buse un éperwier; 
c'est-à-dire, d'un ignorant faire un habile homme, 
d'un sot uu homme d'esprit, de N... un conseiller 
d'état, et de.T... un saint. 



74 H IS TOiafi DES PAOV ERBES. 

■ 

CHAPiTHE XIV, 
Dam k$ PoissoHê. 

Les poissons ont payé leur tribut aux provelrbesr 
oQ dit : Plêm. $oaple qu'une anguille; ptâî camune une- 
limande; exprewssions métaphoriques dont il est aisé 
à chacuù de faire Tapplicatioii. On dit encore : Sain 
comme un poieum^ expression vulgaire qui répotid à 
celle de Ju^énal^ Saniores pièce. C'est un vieux pré- 
jugé, que les poissons ne sont sujets à aucune ma- 
ladie, et qH*ils sont principalement exempts de la 
peste, supposition qu'il est fort difficile de vérifier. 

I. Jeune chair et vieux poisson. Proverbe com- 
mun dont Texpérience a démontré la fausseté, car 
la chair des tt*op jeunes animaux est ordinaitement 
flasque et de difficile digestion, et le vieux poissoa 
est pour Tordinaire plus coriace que celui d'un âge 
moyen. 

' n^ Il y a anguille tous roche ; c'est-à-dire , un 
mystère, une raison secrète qui fait agir, qui intri- 
gue et remue les esprits, et qu'on ne peut péné- 
trer/ •• 

3. Tenir rùnguilte par la queue ; 6'est être em- 
baTTHSSé au début d'une entreprise, soit par le dé- 
faut de certitude qu'elle présente dans sa réussite, 
sOit par le peu de Confiance qu'inspire ceux aux- 
quels on s'est associé ou avec qui on a à traiter. 
Une anguille, qu'on tient par la queue, est souvent 
prête à vous échapper. On veut, par cette figure. 



LIYRIB 8ECOBID. ^5 

vous avertir que rien n est plus glissant que cer- 
taioes affaires, et qu'il ne faut s'y engager qu'avec 
précaution. 

. 4* C'est un bernache, il n'est ni chair ni poisson. 
C'est le nom qu'en Bretagne on donne à la ma- 
cseuse, qui participe de la nature du poisson, etse 
tient presque toujours sur la mer, où ^lle plonge 
continuellement pour y chercher les coquillages 
dont elle se nourrit : elle ne vole qu*avec beaucoup 
de peine et d'efforts, ayant les plumes fort petites à 
proportion de la pesanteur de son corps ; elle ne 
s'élève jamais à plus de deux pieds au*-dessus dé la 
surface de l'eau ; aussi dit-on, lorsqu'on veut dési- 
gner un homme pesant, paresseux et qui n'est 
propre à rien : C'est une macreuse^ il est pétri de sang 
de macreuse. 

5. // est sec comme un hareng saur; en parlant 
d'un homme maigre et décharné. Cette comparai- 
son se tire, et du nom du hareng et de la manière 
dele faire sécher; en effet, le nom de haran, harang 
ou harenc, donné à ce poisson, vient du mot latin 
harensj harrescensj qui devient sec; on disait autre- 
fois hareo^ haresco^ pour areo, aresco. Saur est un 
mot gothique qui signifie roussi à la fumée. 

6. // raisonne comme une huUre; c'est-^à-dire, en 
dépit du bon sens. Cette expression proverbiale 
provient peut-être d'un passage de la CircéydeG'tc^ 
van Baptista Gelli, poète florentin, ouvrage ^ui a 
été très-commun en France au seizième isiècle, et 
connu comme un dœ premiers livrés de philo- 

.jSQ^hie qui ait paru. Ulysse, proposant à une huttre 
de redevenir homme, comme elle était avant sa 



7^ HISTOIRB DE9 PROVERBES. 

luétatiiorphose, opérée par les enchantemeiis de la^ 
magicienne Gircc, l'huître refuse en disant qi/un 
homme ne vaut pas une huître. Quoiqu'on pré- 
tende qu'elle raisonne mal, elle parlait cependant 
en connaissance de causç, puisqu'elle était à même 
d'apprécier les deux situations : mais l'orgueil hu- 
main suppose qu'elle était trop stupide pour sen- 
tir la différence de son premier état à son dernier. 
7. // vessembk au barbeau, lequel n'est bon ni à 
bouillir ni à rôtir. Cela se dit d'une personne dont 
on ne peut absolument tirer aucun parti, par al- 
lulusion au barbeau , qui est un poisson très-peu 
estimé. 



CHAPITRE XV. 



Dam le» Plantes. 



Le respect, la crainte, le besoin, la reconnais- 
sance créèrent des divinités de toute espèce, et leur 
assignèrent des rangs, des honneurs et des attri- 
buts différens, le tout eu raison du plus ou du 
moins d'utilité de ces divinités, et du plus ou moins 
de croyance et de superstition des adorateurs. Ces 
cultes donnèrent lieu aux apothéoses^» aux fêtes, 
aux sacrilBces, aux métamorphoses, aux oblations, 
aux triomphes et à l'érection des temples. Chaque 
divinité fut désignée par des signes sensibles et 
sous des allégories. Le règnt végétal, qui se trou- 
vait sans doute le plus à portée des liommes et le . 
plus simple, fut cois à contribution.. Ainsi le chêne. 



LIYKK SÎËCOND. 7^ 

?tit dédié à Jupiter, lé laurier à Apollon, Tolivier k 
Minerve, le cyprès à PlutoD, le pin à Cybèle, le 
myrte à Vénus, le peuplier blanc à Hercule, le peu- 
plier noir à Mercure, la bruyère fut consacrée à 
Apollon Myriceus, }a vigne et le lierre fuirent dé- 
diés à Bacchus. 

La difficulté et l'objet le plus curieux dans la 
recherche des plantes dédiées aux divinités mytho- 
logiques , consistent à connaître le rapport de ces 
plantes avec les attributs des dieux auxquels elles 
étaient consacrées, et le sens moral, qui était sans 
doute l'objet de leur culte. On peut coErsulter avec 
fruit, Phèdre, Virgile, Ovide, Hésiode, parmi les 
anciens, et parmi les modernes, Adrien Junius, 
Noël-Lecomte , Meursius le Jeune , Hygin , Ber- 
gier, Cbompré, l'italien Lillo Giraldi, et principa- 
lement Vincent Cartari, qui a recherché avec le pliis 
grand soin les attributs des plantes avec les divi- 
nités anciennes, pour l'instruction des peintres (un 
vol. in-4*, traduit en latin et en français, par Du- 
verdier de Vauprivas en i58o, in-4% et en i6j24> 
in-S", sous le titre des Images des Dieux). 

Le chêne est, de tous les arbres, celui qui était 
l'objet des plus nombreux hommages à cause des 
services qu'il rendait aux hommes. Il était aussi 
consacré à Cybèle, déesse de la terre, comme sa 
plus belle production; il était le symbole de la 
force. Quand on voulait représenter cette dernière, 
c'était avec un rameau de chêne à la main; Oh pré- 
tendait que la massue d'Hercule était faite de ce 
bois robuste. L'olivier ri 'était pas seulement consa- 
cré à Minerve; le maître des dieux, à raison de sa 



78 HISTOllΠDBS PROVERBES. 

suprématie, et Apollon » j avaient droit. Le Bacehus 
. Egyptien (Osiris) revendiquait le lierre. Le tama-* 
rin, le lotus et le laurier appartenaient à Apollon. 
Le cyprès,' symbole de la tristesse, de la mort et 
du deuil, était dédié également à Pluton, à Cypa- 
risse, et à Sylvain, dieu des forêts; Tadîanteà Plu- 
ton, Tail aux dieux lares : e'esl sans doute par tradi- 
tion que les foyers des habitans des campagnes sont 
tapissés de gousses de cette plante. Le cèdre, laune, 
le genévrier, le nerprun étaient offerts aux Eu- 
ménîdes, ou plutôt aux Furies; les narcisses Tétaient 
aux Parques; les pavots à Morpbée, dieu du som- 
meil, à Cérès et à Proserpine; Tasphodéle, et Tor- 
meau, qui a des graines et point de fruits, étaient 
consacrés aux morts et faisaient Tornement des 
tombeaux. Le platane était consacré au bon génie. 
C'est peut-être à cause de cela que Xe^rxè^ devînt 
amoureux dun platane, et que le grand roi n'eut 
pas honte de faire des folies pour cet arbre. Il faut 
avouer que lohjet de ses amours ne lui porta pas 
bonheur, et que le bon génie ne l'inspira pas. C'est 
sans doute une ingénieuse allégorie, inventée par 
la pudeur , que celle qui attachait l'existence des 
Diryades et des Hamadryodes , à celle des arbres 
qu'elles affectionnaient. Ces nymphes pudibondes. 
pour échapper aux entreprises amoureuses des 
Faunes et des Satyi*e.s, mettaiétit leur honneur à 
Tabri, dans les arbres avec lesquels elles^ s'étaient 
identifiées^ et opposaient ainsi une solide barrière 
à la pétulance un peu lascive des habitatis des 
bois. 

Certains arbres étaient si sacrés qu'il n'était paji 



LIVRB SECOND. 79 

permis de les coBper ni de les dégrader. Césatcri- 
lége était suivi du plus prompt châtiment. Lesmé*- 
tamorpboses servaient à point les dieux irrités^ 
Dryope, nymphe d'Arcadie^ s'était avisée d'arra^ 
cher une }eunetigede lotos pour amuser son jeune 
enfant; c'était une peccadille. Cependant Bacchus, 
qui était bon dieu d'ailleurs et prompt à s'huma-* 
uiser, prenant fait et cause de son lolos, se vengea 
du rapt que Dryope lui avait fait , en la transfor-* 
mam.en arbre. Eresichton (Ovide^ lîv. viii, fab. 84 
Métam...) fut puni par Cérès pour avoir abattu 
un chêne immense dans un hors consâcréà cette 
déesse. Neptune était le seul dieu de la mythologie 
à qui une plante he fût point consacrée^ Les Egyp** 
tiens avaiei>t des plantes qui formaient autant de 
symboles, comme le lotus, le nénuphar {nymphœd)^ 
le nelumbo,le musa^ autrement le figuier d'Adam 
oubananieit, lepersea, la coloeasie ou fève d'Egypte, 
et le bibles ç>u papyrus. 

La Bible a employé les plantes comme objets 
de comparaison, de paraboles, d'allusions et d'ex*- 
piessions figurées. Les arbres les plus utiles sont^ 
pour L'instruction des hommes, opposés aiix plan* 
tes niaudites, telles que les ronces, les épines., les 
chardons, la zizanie. Des au^teurs savans , Lem-^ 
oius, le père Lamy dé l'Oratoire , dans son intro»- 
duction à rËcriture--Sainte, Dom Calmét, Gérard 
it&xy Yossius, auteur de la Physiehgia Ckrittiana, 
J. h Scbeiich^er, âans son HUtoire naturelle de la 
Ai^/^ , Mathieu lUer^Olaus Celsius, le prettier, 
dans son Hierophyticon sive Commentarius in loca 
Scripturœ SancUBy et le second, dans son HierobO" 



8o' HISTOIRB DZS PROVERBES. 

tanicon^ ùve de plantU Scripturœ Sacrœ , et en der^ 
nier lieu Sprengel , qui a fait la concordance des 
plantes de la Bible avec la nomenclature de Linné» 
ont conservé les noms des plantes désignées dans 
la Bible , soit dans leur dénomination primitive 
hébraïque ou chaldéenne , soit en latin. Les plus 
connues sont : le crocus sativus , Carundo vulgaris^ 
ordeum vulgare 9 le nardus^ sur lequel on n'est pas 
d'accord, gyeomorus, ficus carica^ zysiphus vulgaris, 
lausonia inermis (le henné jaune des Arabes), bom" 
bax gassypium , que Ton croit être le byssus des 
Hébreux et des Egyptiens ; thymbra spicata : on 
croit que c'est Thysope de Salomon ; pinus cedrus 
du mon liban ; le riccin, cucumis dudaim^ que l'on 
suppose la mandragore de Lia ; Taloès , le saule 
pleureur, le platane. 

Le respect que Ton a porté aux saints leur a fait 
consacrer des plantes. L'armoise et le millepertuis 
sont appelés l'une et l'autre herbes de saint Jean. 
Il est assez naturel de chercher l'origine de leurs 
surnoms dans une idée fort simple, leurfleuraison 
dans le temps où Ton célèbre la fête du saint. La 
pariétaire est sans doute nommée herbe de Notre-- 
Dame 9 parce qu'elle croît au pied des murailles et 
des temples des campagnes. Le solanum vulgare 
s'appelle herbe de sainte Barbe; la vulnéraire, herbe 
de saint Christophe ; la pivoine , la rose de saint 
Georges; le lis des vallées, la fleur de saint Georges; 
la valériane des jardins, herbe de saint Georges; la 
jâcobée, la fleur de saint Jacques ; l'eupatoire, herbe 
de sainte Cunégonde ; la groseille noire ou cassis , 
raisins de saint Jean ; la petite gentiane ou croi-? 



LIVRE SBCOND. »i 

"^ette , herbe de saint Ladistas ; le gaïac , le hoi$ 
saint ou de Judée; le romarin « herbe de sainte 
Marie; la puImODaire 9 lait de sainte Marie ou de 
Notre-Dame; l'angélique , racine du Saint-Esprit. 
Je laisse aux curieux le soin de rechercher Torigine 
de cette synonymie; il n'entre pas dans mon plan 
de faire un« nomenclature de botanique. Les plan-» 
tes, et surtout les fleurs» ont offert aux moralistes 
une source inépuisable de fictions brillantes et 
ingénieuses , Théophraste $ Esope , Dioscoride , 
Pline, Horace, Virgile, Ovide, Sénèque, ont puisé 
dans le règne végétal de fréquentes allusions tant 
poétiques que morales. Certains peuples, comme 
les Turcs et les Indiens, ont prêté aux fleurs un 
langage allégorique et propre à exprimer leurs pen- 
sées et leurs sentimens.Le selam (1) des Turcs n'est 



■•»■ 



(1) Les Turcs, pour la plupart, ne savent ni lire ni écrire, 
et n'ont aucune liberté de communication avec les femmes. 
Ils ne sont pourtant pas insensibles; au contraire, il semble 
qu'ils soient plus passionnés pour le plaisir de l'amour qu'au- 
cune des autres nations orientales, où le commerce des fem- 
mes éprouve des obstacles continuels. Ils font même de cette 
passion leur souverain bien; ils la poussent jusqu'à la fu- 
reur. Les témoignages insensés qu'ils donnent de l'ardeur 
dont ils sont enflammés, vont j usqu'à se percer les bras à coups 
de poignard, à sucer le sang qui coule de leurs blessures, 
et à laisser de la mèche ardente se consumer sur la place ; 
ces sacrifices sanglans sont olTerts à la beauté qui les capitive. 
Il ne faut donc pas s'étonner si un peuple d'un tempérament 
si fermentéscible, lorsqu'il manque des moyens ordinaires 
pour faire connaître sa passion, tâcbe d'en inventer d'extra- 
ordinaires. Les fleurs, les fruits, les bois, les aromates, les 
soies, Por, l'argent, les couleursi enfin presque toutes les 

T. IIL 6 



a*. HISTOIRE DE$ PROVERBKS. 

qij^in arrangement particulier de «certaines fleuri 

qui forment un langage secret et mystérieux. 

» « < — ■ ■ ■ — ■■.,..■ , ■ ..,■■». 

choses qui servent au commerce de la ?ie^ eoUent» chex les 
TurcSy dans celui de l'amour. Ce sayaat maître, dont l'em- 
pire s'établit en asseryissant tous les êtres animés^ inspire de 
l'esprit à qui n'en a point, et suggère des inventions îngé- 
nieuses pour venir à bout des desseios qu'il fait concevoir. 
Il ne manque pas de déployer toute la puissance de ses res- 
sources dans l'Orient, en Turquie surtout, oà plus la fré- 
quentation des femmes est épineuse, plus il rend l'esprit 
d'une feaime fécond en moyens pour triompher des obsta- 
cles que rencontre sa passion. Toutes les choses qui compo- 
sent le langage muet de l'amour, que les Turcs appeRent se^ 
lanij c'est-à-dire, salut ou souhait de paix, ont leur significa- 
tion, leur valeur naturelle ou allégorique; de sorte qu'un petit 
paquet, gros comme le pouce, si l'on a égard è ce qu'il ren- 
îerncie, forme un discours fort expressif, qui s'entend par l'in- 
terprétation du nom de la chose qui fait Tobjet du message 
amoureux. Pour nntelligeo^ des selams, ou de la langue des 
fleurs, nous allons en donner une courte nomenclature, prise 
dans les fleurs et les fruits. 

1. Un abricot. Il est impossible de trouver personne qui 
vous surpasse en beauté et en bonté. 

2. De l'aiL Voyons-nous quelquefois. 

3. Une amande. Je commence à sentir que si vous vous 
attiédissez, je me refroidirai. 

4. Une fleur (Cambrette, Nous sommes tous deux de même 
sentiment. J'approuve fort ce que vous me dites. 

5. Une anémone. Je vous réponds de tous les événemens. 

6. De l'anis. Consentez-vous à ce qui est juste et raison- 
nable? 

7. Du basilic. Je vous élèverai dans mon sein. 

8. Du blé. L'arc de votre amour ne se peut tirer, vous êtes 
inflexible ù mes prières. 

g. Du blé écrasé. \ùuf> êtes d'une inconstance perpétuelle, 
vous allez de belle en belle. 



LIVRE SfiCONt). SA^ 

t^e bouquet sert surtout aux eorre<pondanceft 
9iDonreuse$9 que la jalousie des Turcs a envi* 

i 

10. Du his ordinaire. Voua êtes ua înCQQStaQtf VQas nu t9* 
tiez aupune promesse. 

11. Du bois d'aloès. Vous êtes le Tçrîtable remède de tons 
mes maux^ 

la. Du bois de vigne ou un sarment. Ne méprise^ pas ceux 
qui vous sont soumis. 

i3. Du buis. Recueillez votre esprit, rappelez tos sens, et 
faites réflexion à la conduite que vous tenez. 

i4* De la carfnelle. Je ferai toute la dépense qui sera néces- 
saire. 

1 5. Uns cerise. Donnes-moi quelque petite faveur^ 

lÔ. Une châtaigne. Je suis enitré et troublé d'aàioor. 

17. Du chou. Quelle raison avez- vous pour autoriser tout 
ce que vous faites contre mei. 

1.8 é Cyprès. Une pomme de cyprès. Vous m^avez assez fait 
souffrir. 

19. Vn eUron.Je sais de vos nouvelles. 

ao. Un eiou de gipofle. Vous sentes^ Voiis quelque favorable 
disposition pour moi ? ^ 

21. Un coing. Alloqs, tous vous moquez de faire tant de 
façons. 

aa. Un concombre. J*appréhende fort que le soupçon que 
l'ou peut avoir de nos affaires ne les fasse découvrir entièrc- 
DQient. 

a3. Un corme. X^roohet^vovi» un peu de nous. 

a4« Du cumin. Je voudrais vous parler. 

a5. Une datte. N'arrivez jamais h vos desseins. 

26. De l^encens. Je vous prie de passer quelque jour ches 
moi. 

27. De la farine. Je ne respire <}ue vengeance. 

28. Du fetiouU. II faut punir l'inconstance. 

29^ Une grosse fève. Conservez-moi dans votre sein. 
3o. Une petite fève. Venez ce soir cheS nous, je suis toute à 
vous. . . ' ' 



84 HISTOIRE DES PllOYERBES. 

ronnées de dangers* La feuille de Tareck , au 
moyen de nombreuses découpures, fournit aux 

Si. Une figue. Persoone D*a compassion de mol* 
53. Dufii cru. Avez-rous besoia d'éclaircissement? 
33. Du fil ordinaire. Prenez place dans mon cœur* 
34- Une orange. Que tous les maux du monde tous puis* 
sent accabler. 

35. Du gingembre. Sachez que {e tous aime. 

36. Grain de raisin. Vous êtes un trésor de jeunesse et de 
beauté. • 

37. Une grenade. Mon cœur brûle d'amour* 

38. Une hyacinthe. Prenez garde que Dieu ne vous punisse ' 
du mal que tous pourriez me Touloir, comme je souhaite 
qu'il vous récompense de tos bonnes intentions. 

39. Du jasmin. Je tous fais serment que % etc. Tous le» 
sermens sont mis à contribution par les Turcs pour prouver 
leur amour. 

40. Une jujube. Laissez agir TOtre inclination pour moi. 

41. Une laitue. Si tous cherchez de Tains détours, vous 
•trouverez des difficultés sans nombre. 

4a. Du lierre. Retirez-vous de moi» perfide. 
43. Du Un. De ma tIc je ne souhaiterai autre chose. 
44^ Un Us. Je ferai pour tous des choses dont vous même 
serez témoin. 

45* Une marguerite. Il faut être parfaitement discret. 

46. De la marjolaine. Si vous agissez de bonne foi, tant 
mieux pour tous. 

47. De la menthe. Aimons-nous aTec autant de passion que 
(le sincérité, et que nos âmes soient inséparables* 

48. Du millet. Je suis sensible à tos jpeines. 
49* Du myrte. Dieu vous donne à moi. 

5o. Du muguet. Il faut surmonter tous les obstacles qui 
s'opposent à votre dessein. 

5i. De la muscade. Je souffre beaucoup pendant que tous 
n'avez que du plaisir. 



LIVRE SE€OiND. 85 

tndieus ttne foule de combinaisons qui leur ser- 
vent à interpréter les pensées de ceux avec qui ils 



52. Un narchse% Je tous donnerai en toute occasion des 
preuresqae je suis ?otre esclaTe. 

53. Une noix. Pourquoi fiie faites- vous tant souffrir ? 

54. Une ndx de galie. D'04& ?ieni que vous faites tant la 
reschérie ? 

55. Une nàiêette. Nous avons rompu ensemble. 

56. Une noisette sans coquille» J'ai toujours espéré que 
TOUS aurîes quelque bonté pour moi. 

5^. Un œillet. Vous êtes une ^eur, une beauté, qui n'ares 
pas de semblable; il j a fort long-temps que je tous aime, 
«ans que j'aie osé tous le faire saToir. 

S%. Un ognon. Ne me parlez jamais, tous me paraisses 
ejSroyâble« 

Sq. Une olive. Je soubaile de Toir tos funérailles. 

60. Fleur itor^mge. Ma ooastimce est affaiblie par tos in- 
HdéUtés. 

61. De V orge. Ne tOus engages pas dans une afiEsiire dif- 
ficile. 

6a. IH Vortie. Ayons de la condescendance l'un pour 
l'autre, 

63. De l*4f$eiUe* Vos esclaTes ne sont-ils pas suspects? 

64. De la paille. Je ne souhaite rieo de tous, je tous aban* 
donne à Totre destin. 

65. Une pensée. Nos projets sont trâTcrsés par bien des 
gens. 

66. Du persil^ Demeures-TOus en particulier ? * 

67* Une pêche. Je conqais que tous m'aTCz suffisamment 
trompé.' , ' 

68. Une pistache. Je suis en colète contre tous. 

69. Une poire. Vous pou Tes disposer de moi comme il 
TOUS plaira. 

70. De la poîrée. Je tous assure que tous ayez les plus 
grands torts do monde* 



86 HISTOIRE DES PROVERBES. 

corre6p(mdent.La ro8e enchante l'œil par sa beauté^ 
«on odeur si suave porte à l'Ame et dux sens uu 

71. Un pois. J'ai perdu l'esprit à force de vous aimer. 
7a. Du poivre. Envoyez-moi une. réponse positive* 
75. Une pommeé Ne pensas point à moi. 
^ 74* V^^ pomvM de senteèw.. Nous irons demain au baih. 

75. Une prune. Je suis fondu de chagrin et d'abattement. 

76. Du rwin. Expression d'amour qui correspond a mea 
yeux» mon cœur» ma chère ftme. 

77. Une rave. Il est extrêmement difficile de vous trouver. 
78» Du riz. Prenei garde de nous exposer à la raillerie du 

monde. 

79. Une rose. Je pleure continuellementy mais vous vous 
moquei de mes larmes. 

80. Du romarin. Ghaoge^ de demeure» pour nous Voir plus, 
commodément. 

Si. Da serpal^. Défaites-^vouB de vos manières. 

Sa. Une fleur de souci. Ne vous mettei en peine de rien. 
. 85. Du tabac. J'a|[is avec toute la sincérité possible. 

84* Une tub^euse. Plus nous aurons eu de la peine» mieux 
nous goûterons les pliusirs. 

85. Une tulipe. Les maux que vous me faites souffrir sônl 
cause que mon corps est devenu sec comme un cure-dent. Ed 
Turquie» l'amaAt infortuné qui veut faire rougir celle qu'il 
aime de son trop d'humanité pour des rivaux heureux» porte 
4]ne tulipe à la main ; et cette fleur renferme à eHe seule 
tous les reproches que l'on peut faire» en pareille circons-^ 
tance» à une amante Coquette» à laquelle même les nuances 
de ses couleurs si multipKéei là fout comparer. Les Turcs», 
d'ailleurs» sont» pour l'estime qu'ils font de cette fleur» les 
dignes émules des Hollandais» et Us ont institué^ eu ses hon-*. 
peur^ une fôte qui porte le nom de ftie des tuiipeè. 

86. Feuille de vigne. Mon visage est comme la t^rte l^ui es^ 
à vos pieds, je vous suis entièrement soumis. 

87. De la violette* Faites-moi des oàrestes.. 



UVlil£ SECONP. 87 

charme délicieux; nussi cette belle fleur a-t-elie 
fourni une infiaité d'expressions proverbiales* Chez 
les Grecs, elle était consacrée à Vénus, à Bacchus, 
aux^Muses et aux Grâces. Sapho, reprochant aune 
fiBnime son air gauche et maussade, lui dit : Non^ 
les roses de Piérie ne parèrent jamais ton sein. Ana- 
créon^ appelant la rose Eâc^o^f^fXi^fcâ;, exprime, par 
ces deux mots, tout ce qu'éprouvaient les Grecs à 
la vue ée cette beHe fleur. Dans les anciens parle- 
mens de France on distribuait aux juges des fleurs, 
et cette distribution s'a^ipelait la baiUée de roses* 

i« Mauvaise Aérée croit toujours vite. Cela se dit 
des jeunes gen^ dont le corps ou l'esprit est trop 
précoce. « 1] m'est venu voir un président, dit ma- 
dame de Sévigné^et avec lui un fils de sa femme, 
qui a vingt ans, à qui je trouvai,' sans exception , 
la plus agréable et la plus jolie figure que j'aie ja- 
mais vue. J'allai dire que je l'avais vu à cinq ou six 
ans, et que j'admicais qu'où pût croître en si peu 
de temps ; sur cela il sort une voix terrible de ce 
joli visage » qui me plante au nez d'un air ridicule, 
que mauvaise Aerbe croit toujours. Voilà qui fut fait, 
je lui trouvai des cornes , et s'il m'eût donné des 
coups de massue sur la tête il ne m'aurait pas 
plus affligée, » 

2.0naemployé pour ItH toutes le^ herbes de la Saint- 
Jean. Cela s'entend des affaires ou des maladies 
qu'oQ a cherché à terminer ou à guérir par toutes 
sortes de moyens pu de remèdes. L'herbe que le 
peuple appelle herbe de la Saint- Jean est l'armoise, 
emblème du bonheur ; elle est de bonne augure 



88 HISTOME DES PROVERBES. 

lorsqu'il la rencontre sur son ehemio i témoias ees 
vers d'un de nos vieux poètes, Passerat : 

Armoise, htibe Saiot-Jetn,. ta portea boo encontre. 
Halbeoieai» que l'amour en son chemin rencontre. 

C'est un préjugé vulgaire, qu'il se trouve sou» sa ra» 
due un charbon qu'on regarde comme un remède 
souverain contre l'épilepsie* 

5. // est comme le lierre f il meurtoùil s'attache^ Le 
lierre , ami des tombeaux et des monumens funè- 
bres , le lierre» dont on couronnait jadis les grands 
poètes qui prenaient le chemin de l'immortalité , 
doctarum hederœ prœmia frontium (Horace liv. I y 
ode 1 ) 9 couvre quelquefois de son feuillage les 
troncs des plus grands arbres. Il est , dit un natu- 
raliste, une des fortes preuves des compensations 
végétales de la nature; il ne s'attache point aux 
troncs des pins , des sapins, ou des arbres dont le 
feuillage est toujours vert ; il ne revêt que ceux 
que lliiver dépouille. Symbole«d^une amitié géné- 
reuse , il ne s^attacbe qu'aux malheureux, et lors- 
que la mort même a frappé son protecteur, il le 
rend encore l'honneur des forêts où il ne vit plus; 
il le fait renaître en décorant ses mânes de guir- 
landes de fleurs, et de festons d'une verdure éter-* 
nelle. 

4- // tient comme chiendent. C'est ee qu'on dit 
d'une personne importune, et qui s'est tellement 
impatronisée dans une maison, qu'il faut employer 
tous les expédiens pour s'en débarrasser; cette 
comparaison se tire de la ténacité du chiendent , 
dont les racines sont si fortement implantées dans 



LlVAE SECOND. 8^ 

la terœ qu'il faut les plus grands efforts pour Ten 
arracher. 

5* Elle est ronde comme une citrouille. On vent 
désigner par là une personne courte et d'un grand 
embonpoint 5 parce que ce fruit parvient souvent 
à une grosseur démesurée. Cela se dit aussi d'une 
personne grossière et stupide. On sait que Sénéqué» 
dans une satire ingénieuse et plaisante , suppose 
que l'empereur Claude, qui fut attaqué quelquefois 
assez injustement, fut métamorphosé en citrouille. 

6. C*e$t amer comme C absinthe : 

On est trop gêné chez les grandi, 

Iteara mets et leurs vins ezcellens 

Deviennent pour moi de l'absinthe ; * ' 

£t mon goût est bien plos flatté 

D'un petit repas sans contrainte 

Qoe d'un plu5 grand sans liberté. 

( Lbbbom. ) 

7. // n*y a ti petit buisson qui ne porte son ombre. 
11 n'y a pas d'homme si faible qui ne puisse nuire 
ou être utile. P. Syrus a dit: Etiam capillus unus 
habet umbram suam, un cheveu même a son ombre. 

8. On ne peut cueillir la rose sans se piquer les 
doigts. On ne peut parvenir à la jouissance par- 
faite d'un bien, d'un honneur, d'un plaisir, qu'il 
n'en coûte beaucoup de peines , de soins et de 
soucis. 

9. // eé franc c&mme osier. Cela se dit proverbiale-^* 
ment d'un homtne franc et sincère. Ce proverbe 
semble impliquer contradiction quant à la qualité 
de l'osier. L'osier est pliant; les gens souples et 
plians ne sont guère sincères. Il faut croiïe qu'on 



OO HISTOI&lâ DES PUOV£aBES. 

a entendu parier seulement du derme de losier^ 
qui, en effet, est lisse et exempt d'aspérités. 

I o. Elle a perdu la plus belle rose de son chapeau; 
en parlant d'une fille qui a fait une perte irrépa- 
rable. On disait un jour au maréchal de Bassom- 
pierre, que la virginité était le plus riche trésor des 
filles. Il est bien mal aisé , répondit-il , de garder 
un trésor dont tous les hommes ont la clef. 

11.// bat les buissons, et les autres prennent les oi- 
sillons. Cela se dit d'un homme qui prend une peine 
dont un autre tire tout le profit. Le sens de ce pro- 
verbe est le même que celui renfermé dans ces 
vers de Virgile, qui euir-mémes sont devenus pro- 
verbe: 

Has ego vcMieuiot ftci, iaiit uùer honoreM : 
' Sic vos non vohUn 

Yoici la circonstance qui donne lieu à cette pen- 
sée proverbiale. Dans certains pays on fait en hiver 
une petite chasse aux flambeaux et entre deux 
haies. Un homme porte un bouleau ou tout autre 
arbrisseau enduit de glu ; d'autres hommes , ar- 
més de flambeaux , battent de côté et d'autre les 
buissons , et en font sortir les oiseaux qui , éblouis 
par la lumière , vont se jeter dans le bouleau , où 
Sis demeurent empêtrés et pris. Les Grecs de llle 
de Candie, anciennement l'île de Crète, font à 
p4U pi'ès de eet^e m^pière uae chasse très^abon- 
ù^ny^ a.ux grives. Ces oiseaux se retirçAt tous dans 
4es bosquets d'orangers et de citronoiers pour y pas- 
ser k nuit» Ou va semer l'acritation au milieu de ces 
troupes endormies, avec des lujnières trompeuses; 



LIVR£ SECOND. 91 

fi^imaginant que c est le jour, les grives quittent le 
feuillage charmant , asile qu'une ruse cruelle con- 
vertit en un lieu de mort. On les voit voler autour 
des flambeaux, et on les assomme i grands coups 
de palettes de hoi$. l^es paysans en remplisseot 
ainsi des sacs , et ils l65 portent dan& les marchés 
des villes* Les Anglais» au siège d'Orléans» se brouil*- 
jèrept avec le duc de Bourgogn^^ qui» voyatit qu'ils 
gardaient cette ville pour eux» comme ils ont la 
louable ha))itude de foire tù tout » leur cita ce pn>- 
verbe, comme le, rapportent tous les historiens du 
temps. Lors du grand spectacle pantomime et al* 
légorique que le duc de Bourgogne donna» à Teffiet 
de liguer les principaux seigneurs pour s'ôppoSer 
à l'ambition de Mahomet II, qui menaçait l'Europe 
et la chrétienté, il y avait, entre autres choses ex- 
traordinaires posées sur un immense théâtre, im 
homme qui , avec une perche» battait un buisson 
pu s'étaient réfugié^ bcaycovip de petits oiseaux. 
Près de là , dans un vergQr clos d'une treille de 
roses, était assis un chevalier avec sa maîtresse') ils 
attrapaient les oiseaux que chassait J'autrô » et les 
mangeaient» sorte d'allégorie satirique assez ingé-» 
nieuse, et qui, probablement, a fait naître Ou coo- 
firmé l'expression proverbiale battre les buissons 
pour un autre. 

î a. Confection d' anacarde , confection de sots. Cette 
expression d'Hoffman est devenue proverbe. Cet 
habile médecin dit avoir va des gens devenir ma-^ 
niaques pour en avoir fait usagé. On regarde faus- 
sement l'usage intérieur de l'anacarde ou fève 
de Malaca» comme propre à aider l'action de fous 



gs HISTOIRE DES FftOYBaBES. 

les sens^ prindpalement ceux de la perception e^ 
de la mémoire. Grand nombre de médecins judi- 
cieux condamnent ce pernicieux préjugé. Hoffmaa 
raconte une histoire bien surprenante d'un homme 
qui , de stupide , ignorant et incapable d'înstruc^ 
tion qu'il était auparavant, devint si savant en peu 
de mois, après avoir pris de Tékctuaire d'anacarde, 
qu'il obtint une chaire en droit ; mais peu d'an- 
nées après, comme si la nature eût été épuisée 
par cette révolution subite i ce docteur impromptu 
devint si étique et si altéré , qu'il buvait jusqu'à 
s'enivrer tous les jours. 11 devint par là inutile à 
lui-même et à ses concitoyens , et mourut enfin 
misépblement. 

i3. L'herbe sera bien courte s'il ne trouve à brou-^ 
ter. Cela se dit d'un homme diligent et adroit, qui 
tire de la position nécessiteuse même dans laquelle 
il se trouve, le moyen d'améliorer son sort. 

i4* Qui veut cueillir la rose doit prendre garde 
aux épines. Il faut aborder une afifaire avec précau- 
tion , pour la dégager de tous les embarras qu'elle 
peut présenter , et pour en retirer tout le profit 
qu'on en espère. Qui ne connaît cette pensée de 
Malherbe : 

Que d'ëpînes, amour, accompagnent tes roses. 

Et ces vers d'un autre poète : 

Si l'on cueille la rose , 
Si Ton baise son sein , 
L'épine qu'elle oppose 
' La venge dn larcin. 

i5. Faire ses choux gras. Cette expression, assez 
triviale, est employée pour désigner une affaire dont 



LIVRE SECOND. gS 

un hoimne peut tirer un grand parti , en s'y pre-* 
naiit aY€€ adresse et prudence. Le père Dueerceau 
a dit : 

• • « 

Mais moi, défunt , je sois à vous sans faute ; 
Prenez mes vers, ftUtet'-en vos choux gras» 

\6. Elle est j aune comme un coing. La pulpe et 
1 ecorce de ce fruit sont d'un jaune d*or. La pâleur 
et la jaunisse ont donné lieu à cette comparaison. 

i6. Fol amandier ^ sage mûrier^ L'amandier est 
le premier avant-coureur du printemps. Sa verdure 
et sa floraison sont précoces ; mais il arrive souvent 
que de fortes celées détruisent ses jeunes feuilles* 
Le mûrier^ au contraire, plus tardif, semble pous- 
ser ^avec plus de précaution , afin de n'être p.oint 
endommagé par les variations de l'atmosphère et 
du temps. L'amandier est le symbole de l'étour-r 
derîe. 

1 â* Elle est propre à cela comme à ramer des choux, 
en parlant d'une personne qui n'a nulle aptitude 
pour une chose déterminée. En effet , ce ne sont 
pas lés choux qu'on rame, mais bien les pois. 

19. Elle est raide comme an jonc. Cela se dit' d'une 
personne de belle taille et qui se tient fort droite. 
Le jonc est une plante dont le tissu est si souple, 
qu'il se prête facilement à tous les efforts de Tin- 
duRtric humaine , pour en faire des ouvrages de 
sparterie, des panniers, des chaises. Les voiles des 
navires chinois sont faites de jonc. Cependant, 
malgré cette souplesse , il ne laisse pas que d'être 
raide dans ses fibres ; c'est cette propriété qui est 
passée en comparaison proverbiale. On dit encore 



.ï 



94 HISTOIRE DES PROVERBES. 

d'un homme vain et glorieux qui ne se baisse point 
pour saluer, qu'il se tient dr&it eomme un Jonc. 

20. Les marguerites françaises. On appelle ainsf 
proverbialement des complimens surannés et dont 
oxk fait peu de cas. On appelle enoore ainsi les pro- 
pos des halles, de la place Maubert, lieux où se dé-> 
bitent avec profusion les tropes de la rhétorique 
populaire , dans toute la grossière nature de leur 
signification. On sait que les dames qui décorent 
les pourtours de ces places avec leurs éventaires, 
en sont prodigues à l'excès. 

a 1 . Jeter des marguerites devant tes pourceaux* 
Le mot marguerite n'est ici que la traduction lit- - 
térale du mot margarita^ perle. On dit, en effet, ' 
jeter des perles devant les pourceaux. C'est parler^ 
devant des gens ignorans, de choses graves et impor- 
tantes, dont ils ne peuvent saisir le sens ni la valeur. 

22. Séparer l'ivraie du bon grain; c'est-à-dîre , 
retirer les bons de la société des méchans. Ce pro- 
verbe est tiré de l'Écriture-Sainte. 

%Z. Il a l'âme noire comme tébène. La couleur 
naturelle du bois de l'ébénier a été très-souvent 
employée au figuré pour exprimer la méchanceté 
et la noirceur qui distipguent quelqu'un. 

24. Il n'y a pas de si belle rose qui ne devienne 
gratte-*cul; c'est-à-dire, qu'il n'y a pas de si beau 
visage qui n'enlaidisse. Semblable à la rose, la plus 
belle de& fleurs, dont la fraîcheur est passagère, la 
beauté perd son plus vif incarnat, et le temps, ce 
destructeur cruel , efface ses appas, y substitue les 
rides et la pâleur. On nomme gratte^culle fruit de 
1 églantier^ et le bouton qui reste après que la rose 



LIVftB SECOND. gS 

a perdu ses feuilles. Les ancien^ ornaient de roses 
les statues de Vénus et de Flore; de Vénus, parce 
qu'elle est la plus belle des déesses; de Flore, parce 
que la rose est la plus riante et la plus riche de ses 
productions. Ils s'en couronnaient soutent dans 
leurs festins: 

Et rosa canot adoraii capUtos. ( Horacv. ) 

As la regardaient comme le symbole de la mollesse 
et de la volupté. Ovide prétend que les premières 
roses furent blanches, et qu'elles doivent ce tendre 
incarnat au sang d'Adonis. Cette ingénieuse fic- 
tion n'a point été admise par tous les mythologues;, 
quelques-uns ont prétendu que Vénus , en volant 
au secours d'Adonis , ne sentit ni les pointes des 
rochers ni les ronces qui la déchiraient. Les ro- 
siers épineux furent teints, disent-ils^ de ce sang 
vermeil; quelques gouttes jaillirent sur les roses, 
et ces fleurs, qui primitivement étaient blanches, 
conservèrent, depuis cet accident, la couleur du 
sang de Vénus : 

Je crois, en la voyant ( !a rose) briller sur votre cœur , 
Voir le 9ang de Fénut. retourner à sa pouroe. 

(Demoustiir.) 

La mythologie nous apprend que l'Amour fit pré- 
sent à Harpocrate, dieu du silence, d'une belle 
rose, fleur que l'on n'avait encore jamais vue, afin 
qu'il ne découvrît point ses tours d'espièglerie. Dfr 
là est venue la coutume'de suspendre une rose au 
plafond des appartemens où les familles se réunis- 
saient, afin que la discrétion, représentée par la 



96 HISTOIRE DBS PftOVEaBES. 

rose, devint la sûreté et la garantie de tous les en- 
tretiens! c'fMt Mi nui a fait nattre cette nTnrMuinn « 



LiVRË8£G0ND. 97 

La rose rouge et la rose blanche. 

Que TOUS êtes pâle , ma soeur , . 
iDisait la rose rouge à sa sœur rose blanche ; 
Pardonnes-moi d'être si franche , 
Votre teint blême ne fait peur. • 
—'C'est la candeur de l'innocence ; 
Vous , pour rougir ainsi , ma sœur 9 
Vous avez tos raisons , |e pense. 

— Mes raisons f Du bel Adonis , 
Du favori de Cythérée , 

C'est le sang cpii m'a colorée : 
J'éclate , et vos traits sont ternis. 

— Cependant, d'une vierge pure 
J'embellis encor la pudeur , 
J'éclate aussi*, mais de blancheur. 

Les anciens ceignaient de roses blanches le front 
des vierges et des vestales. La rose blanche est 
l'attribut des jeunes personnes qui sortent de l'en- 
fance; on dit alors au figuré, c'est une rose; on dit 
également, c'est un bouton de rose. La rose est en- 
core remblème de la prenaière heure du jour. En 
Turquie, on sculpte une rose sur k tombeau des 
jeunes vierges, comme synabole de leur pudeur et 
de leur modestie. A Rome, le jour appelé Dominica 
in rosâj les papes bénissaient des roses qu'ils en- 
voyaient, comme une marque de distinction, k 
quelques princesses de l'Europe. 

!i5. Les lis ne filent pas; c'ést-à-dire, que le royaume 
de France ne tombe pas en quenouille (1), et n'é- 

(i) De soixunte-dix articles dont la loi salique est com- 
posée,. il n'y en a qu*un seul qui ait rapport aux successions ; 
voici ce qu'il porte : Dans la terre-salique, aucune partie de 
l'héritage ue doit venir aux femelles (ce qui serait tomber 
de lance en quenouille), il appartient tout entier aux mâles. 
T. in, . 7 



gS HISTOIRE DBS PROVERBES. 

choit point aux femmes. Cette allusion proverbiale 
est fondée sur ce que dit Jésus-Christ dans TÊvan- 
gile : Voyez les lis des champi lor$qu'iU croissent^ 
ili ne travaillent ni ne filent point : Videte lilia agri^ 
guœ neqae laborant^ neque nent. Le lis a fourni une 
suite nombreuse de comparaisons : pour exprimer 
une agréable blancbeur^ on dit : Un teint de lis et 
de rose, pour un teint extrêmement blanc; et poé- 
tiquement : Les lis de son teint, de son visage. Le 
temps flétrira ces lis et ces roses, en parlant des ra- 
vages que le temps fait sur la beauté. Le lis était 
consacré à Junon» la reine des déesses. Le lis, con- 
sidéré comme symbole, est le signe de la joie, et la 
joie est fille de l'espérance ; aussi saint Grégoire 
de Nazianzc Ta-t-il appelé vestis lœtitiœ. Il fleurira 
comme le lis, dit le prophète Isaïe, car cette fleur 
désigne par excellence ce qui est beau et glorieux. 
L'emploi des lis comme pièces d'architecture est 
fort ancien, puisqu'on nojis dit que l'artiste tjrieB 
que Salomon employa pour construire son temple, 
avait représenté des lis au haut des colonnes , et 
avait même donné aux colonnes la forme de tiges 
de lis» Le lis est l'emblème des rois très-chrétiens. 
Il existe sur l'origine des lis, comme pièces d'ar- 
moiries, des conjectures tout-à-faît contradictoires, 
ainsi que sur l'époque où ils furent mis en usage. Il 
serait presque impossible de conclure quelque chose 

Ce fut à roccasion des prétentions d'Edouard III, qu'on 
déclara que Tarlicle qui réglait k droit des particuliers au s 
terres saliques, regardait la succession st la couronne; «U« 
devint loi foadameatalé de TÉtat. 



UTftE SECOND. 99 

de raisonnable des sentimens divers des auteurs 
^i ont écrit sût* cette matière. Les uns s'obstinent 
à croire que ce ne sont pas des lis de jardin ou de 
marais, mais une espèce d'iris appelée flambe; ces 
auteurs s'écartf^raient moins de l'opinion eoriimune, 
puisque ce serait une fleur, et que, dans une fleur, 
on peut trouYcr une allégorie. D'autres ne teulent 
voir dans le portrait de la fleur dç lis (i), que le fer 
de l'angon ou javelot des anciens Français, dont la 
pointe du milieu serait droite et dont les deux au- 
tre& pointes seraient courbées en croissant, et liées 
à leur base avec une clavette. D'autres enfin pensent 
que ce* sont des abeilles, dont nos anciens peintres 
ne nous ont que très*imparfaitcment tracé l'ima^ 
ge* Cette dernière opinion a trouvé des partisans, 
surtout parmi les flatteurs d'un gouvernement dont 
le colosse a été réduit en poudre, parce que cette 
opinion flattait l'amour- propre de leur maître. 
Aussi les fleurs de lis ont -celles été remplacées, 
momentanément, par les abeilles, dans les chefs 
, des' armoiries des grandes villes; le manteau im- 
périal était semé d'abeilles. Qu'il me soit permis 
d'entrer dans quelques détails propres à éclaicîr 

(1) Le lis a six pétales, et comme dans les armoiries il 
«»t représenté de profil , il n'éfi doit offrir que troiè âf la tu6. 
Use peiK faire que, par succession de temps, on se sort 
écarté de la ressemblance et qu'on ait négligé la prétflsiou ; 
toujours est-il que la tradition nous a transmis l'image de la 
fleur de lis telle qu'elle est représentée maintenant. La fleur 
de lis, à ce qu'il paraît, était originairement aii bout d'un 
sceptre, qui était un bSton', et dans laf suite elle est entrée 
dans la composition des armdriés. 



loo HISTOIRE DES PROTERBES. 

ces diverses prétentions. La découverte que l'on 
fit dans le tombeau de Ghildéric II, à Saint-Ger»- 
{nnin-des*Prés, d'une quantité d'abeilles d'or mas- 
sif et de grandeur naturelle, ne me parait pas une 
raison assez décisive pour consacrer l'opinion du 
gouvernement impérial, qui excluait les fleurs de 
lis. Cet emblème du royaume de France et des rois 
frès-ohréticBS ne pouvait lui convenir : il était pour 
hû trop antique et trop vénérable. Ce gouverne- 
ment s'appuyait encore sur les circonstances sui- 
vantes. Louis XII entra triomphant dans Gênes, 
vêtu d'une robe d'écarlate parsemée d'abeilles, et 
il y avait, dit-on, dans la bibliothèque du chance- 
lier Séguier, un livre où ce bon prince (Louis XII) 
était représenté avec une cotte parsemée d'abeilles; 
mais Mézeray affirme que si Louis XII entra dans 
Gênes vêtu comme il est dit plus haut, il fut reçu 
dans un palais décoré de fleurs de lis, aux accla- 
mations générales de vive le lis. Jean d'Ivri^ poète 
de ce temps, ne parle point des abeilles et confirme 
ce dernier fait, Papyre Masson, dans ses Annales^ 
dit que l'effigie de Clotaire, que l'on voyait a Saint*- 
Médard de Soissons, portait des brodequins fleur- 
delisés, et que, dans l'ancien cérémonial du sacre 
de nos rois, les abbés de Saint-Denis avaient l'em- 
ploi de porter la couronne et le sceptre de Charle- 
magne, la tunique et l'habit couverts de fleurs de 
lis. Pavin prétend, dans sa Chronique, que les rois 
d'Austrasîe et de Bourgogne portaient, sur leurs 
manteaux, des fleurs de lis que les rois de Paris 
portaient dans leurs armes. Du Tillet pense que 
Clovis portait des fleurs de lis d'or. Fauchet pré- 



LIVRE SECOND. loi 

tend n'en avoir pas vu avant Louîs-le-Gros, et il a 
raison. Dudiêne écrit qu'il n'en a pas vu avant 
Philippe-Auguste, et il se trompe; car, suivant le 
sentiment de ChifQet, qui paraît le plus probable, 
et suivant l'opinion du père Ménestrier, il est cer- 
tain que Louis VU, dit le Jeune, est le premier de 
nos rois qui soit représenté avec des fleurs de lis 
à la main et sur sa couronne. Lorsqu^il fit cou- 
ronner son fils (Philippe II), il voulut que la dal- 
matique et les bottines du jeune prince fussent de 
couleur d'azur, semées de fleurs de lis d'or. Elles 
composèrent, parla suite, les armoiries des rois 
leurs successeurs; tous les ont d'abord portées sans 
nombre sur leurs habits de pompe , et les ont fait 
graver sur leurs monnaies. Ce n'est que depuis le 
règne* de Charles Y, que l'on a commencé à n'en 
compter que trois dans 1 ecu de France, comoie le 
constatent un reliquaire qui se voyait dans l'an- 
cienne abbaye du Val-des-Ecoliers, et l'empreinte 
du sceau de la régence qui eut lieu pendant l'ab- 
sence de Philippe-le-Hardi, fils de Saint-Louis. La 
possession des fleurs de lis, dans les armoiries, a 
été et est encore si recherchée en France, qu'un 
grand nombre de villes et de familles ont tenu à 
grand honneur d'en avoir. Dans le seul armoriai 
de Languedoc, qui parut en 1767, on compte 
soixante de ces armoiries avec plus ou moins dq 
fleurs de lis. -- 



HISTOIRE DES PROVERBES. 



LIVRE SËCONB. io5 

4. Après la pluie le beau temps. Ce proverbe si- 
gnifie que la joie succède ordinairement à la dou^» 
leur, et répond à l'adage latin : Post nubila Phœbus : 

Oa Toit après l'épais nuage , 
De Phœbus le riant Tisage. 

Ou bien, comme la dit Quinault : 

Il faut passer par les peines 
.Pour arriver aux plaisirs. 

t]é proverbe a son inverse , post gaudia luctus. 

5. Cela vient comme marée en carême, et encore: 
<onlme mars en carême. Il y a une distinction à faire 
dans ces deux locutions proverbiales : la prenaîère 
est usitée pour désigner une chose qui vient dans 
un temps opportun , comme la marée pendant le 
carême ; et la seconde, pour exprimer qu'une chose 
ne manque jamais d'arriver dans un espace de 
temps déterminé, comme mars dans le carême , 
les Pâques étant toujours fixées au premier di- 
manche après la pleine lune de mars. 

6. Une faut pas chômer les fêtes avant qu elles ne 
soient venues. 11 ne faut pas s'affliger on se réjouir 
par prévision avant que le bonheur ou le malheur 
ne nous arrive. Attendons de pied ferme la mau- 
vaise fortune, et iVallons à sa reacontre que quand 
elle est inévitable. Imitons l'exemple de Gros René, 
qui a le bon sens de dire ; 

Pourquoi. subtiliser 9 et faire le capable 

A <}herehér des raisons pour être misérable f ' ' ' « ' ^ 

Sur des aoupçonseo' l'air je m'irais alarmer; < • . 

Laissons veoic la Fête avant que la chômer. , 

( MoLiÊBK , Dépit, am. , act. I", se*.* i '*. ) 



io4 HISTOIAË DES PROVERBES. 

7. C'est un vrai carnaval. C'est un temps de plai- 
sir et d'extravagances, qui tire son nom de deux 
mots latins carni vale^ adieu à la chair. On appelle 
ainsi l'intervalle de temps qui s'écoule depuis le 
lendemain de la Chandeleur (3 février) jusqu'au 
carême. Ce sont nos saturnales. Les rues sont alors 
renti)lies de masques, surtout pendant les trois der^ 
niers jours. Un Indien, témoin de ces folies, était 
étonné qu'on pût tolérer de pareils excès, et ne 
pouvait concevoir uhesi singulière coutume.Comme 
c'était un homme fort instruit , quelqu'un, a qui il 
témoignait son étonnement de toutes ces extrava- 
gances, lui répondit par ces vers de Yirgile [Géorg. ^ 
liv. iv), qui peignent l'agitation et les combats des 
abeilles : 

Hi moiui mdmormn atgue httc certamîna ifinin 
Pulveriê exiguijaetu eomprctsa guîéteent 

« Malgré cette ardeur guerrière, jetez-leur un peu 
de poussière, le combat cesse. » ^ 

Mais tout ce fier courroux , tout ce grand mouTemeot , 
Qu'on jette un peu de sable , il Cesse en un moment. 

(Dkullb.) 

Le mercredi des cendres remet tout dans l'ordre^ 



CHAPITRE XVIL 
Dans la Jurisprudence^ 

La justice consiste dans la voloaté ferme et cons- 
tante de se conformer au droit de chacun. « Les 
maximes de la jurisprudence, dit Nicole, nedispeU'^ 



LIVRE SECOND. io5 

sent jamais de celles de la raison ; ainsi, ce que la 
raison condamne comme injuste et déraisonnable, 
ne peut être justifié par aucun principe ni aucune 
maxime d'une autre science* Il y a beaucoup d'oc- 
casions où les matières de droit sont d'une discus- 
sion si épineuse, même pour les personnes les plus 
éclairées, qu'un juge honnête homme doit sentir 
sa conscience frissonner , et doit hésîterlong-temps 
sur l'usage qu'il fera de son jugement. Une erreur 
légère peut compromettre l'honneur d'un individu, 
Texistence d'une famille , la sûreté de la société 
entière. Je ne connais rien de plus odieux qu'uu 
abus de pouvoir en fait de justice : c'est un assas- 
sinat juridique; c'est profaner ce qui émane de 
Dieu même ; c'est se servir lâchement de la main 
du prince, qui est le véritable dépositaire de la jus- 
tice divine, pour immoler un innocent. Comment, 
après cela, garantir son honneur, celui de ses en* 
fans, de sa famille? Qui garantira même celui de 
la société entière? La loi m'innocente, un consi-< 
dérant me déshonore : existe-t-il une perfidie plus 
atroce ! 11 y a donc un pouvoir plus fort que celui 
de la loi. Quelle contradiction! quelle inconsé* 
quence! Qui dit loi, dit une chose devant laquelle 
tout citoyen doit trembler, et le roi tout le premier. 
Lex surda res, lex re» iuexorabilis^ maxime qui' vaut 
bien celle-ci, qu'on a voulu introduire : La loi est 
athée. La loi punit ou absout , mais ne se venge 
pas. Le souverain, en publiant les lois, instruit 
chaque particulier des règles qu'il doit suivre. Cha- 
cun n'est pUis juge indépendant dans sa propre 
cause. C'est le souverain qui est l'homme delà loi, 



io6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

qui en fait TapplicatioD , soit par lui, soit par ses 
subdélégués. Réunissant dans sa personne toutes 
les forces de TÉtat , il est à portée de tenir la main 
k l'exécution de la loi, et à punir quiconque vou- 
drait l'enfreindre. Il est, plus que personne, inté- 
ressé â ce qu'elle soit observée. L'administration 
de la justice, dit Robertson, est un des liens les 
plus forts entre un monarque et ses sujets. Fort 
de la justice de ma cause, j'invoque le privilège 
des lois contre une violation manifeste ; je me ré- 
fugie dans leur dernier sanctuaire. Dans ce res^ 
pectable asile, mon droit, bien légitime, bien re- 
connu , bien fondé , vient échouer contre la puis- 
sance colossale de la forme. Quelle autre puissance 
pourra donc me soustraire à la puissance de la 
fbrme ? qui fera taire l'opinion publique? qui anéan-» 
tira une si funeste influence? 11 y a à la Chine un 
genre de supplice qu'on appelle des mille couteaux, 
je doute qu'il soit plus redoutable pour l'inno^ 
cence qu'un seul abus judiciaire. 

1. La forme emporte le fond. Une belle maxime 
pour le palais , utile au public, remplie de raisoa , 
de sagesse et d'équité, dit La Bruyère, ce serait 
précisément la contradictoire de celle qui dit que 
la forme emporte le fond. Pothier, célèbre juriscon- 
sulte et conseiller au présidial d'Orléans , s'élevant 
avec raison contre notre ancien code criminel disait 
que s'il prenait fantaisie à quelqu'un de l'accuser 
d'avoir dérobé et mis dans sa poche les tours de No- 
tre-Dame • il commencerait à mettre sa personne en 
sûreté par yxw pitqmpte fuite, dans la crainte qu'on 



LIVRE SECOND. 107 

ne le convainquît, par la forme^ dé ce toI, et qu'on 
lui fît expier, sur Téchafaud, le crime évidemment 
impossible d'avoir enlevé des tours , qui , de leur 
place ordinaire, verraient son supplice. Alcibîade, 
ayant été cité en jugement, s'évada ; on lui deman- 
dait s'il se défiait de là justice : Où il y va de la yie, 
je ne me fierais pas à ma mère, de peur qu'elle ne 
prit la fève noire pour la blanche. Nescis tu quàm 
meticulosa res $it^ ire ad judicem? dit Plaqte; ne 
sais-tu pas combien il est redoutable de paraître 
devant un juge? 

2. A temerario judice , prœceps sententia, à fol 
juge brève sentence. 

5. Adhuc sub judice lis est, c'est un procès qui 
est encore à juger. Cela se dit en général de toute 
chose qui est restée indécise dans l'opinion, 

4. On ne peut être à la fois juge et partie. Cette 
maxime est on ne peut plus mal observée dans 
le monde. Les hommes puissans ne çont-ils pas 
portés à abuser de leur autorité, pour se constituer 
juges dans leur propre cause, et la politique , bien 
souvent, ne consacre-t-elle pas ouvertement cet 
abus? 

5. Voluntas ftabeiur pro facto ^ l'intention vaut le 
fait. 

6. Semper in obscuris quod minimum estsequimur^ 
dans les choses obscures nous devons nous atta-» 
cher à celle qui l'est le moins. 

7. léC mort {ou mieux, la mort) saisit le vif ; c'est-- 
à-dire,' investit l'hérititir présomptif vivant de ton» 
les droits du mourait 

8. Aclmt passe louage. Ancien axiome de juris- 



I 

io8 HISTOIRE D£S PAOVKRBES. 

* 

prudence, pour dire que quand un immeuble n'était 
point affecté à la garantie du bail, l'acquéreur 
pouvait évincer le locataire, sauf son le recours ,de 
celui-ci contre le bailleur. 

g. Poiteriora derogant priaribus. Par exemple , 
relativement aux sermens successifs que bien des 
gens ont prêtés depuis trente ans. Le dernier ser* 
ment prêté annule tous les autres. 

10. Cni prodest scelus, U fecit, profiter du crime 
c'est le commettre. En jurisprudence criminelle, la 
culpabilité se présume de l'intérêt que l'on a à 
commettre un crime. 

11. Mensuraguejurisvis est, on a toujours raison 
quand on est le plus fort ; cela ne devrait jamais 
être, mais cela est souvent. 

12. La balance ne penche pas plus du cMè de l'or 
que du côté du plomb. C'est le symbole de la justice , 
de cette justice qui ne favorise pas plus les grands 
que les petits, et qui rend à chacun ce qui lui ap- 
partient. 

1 3. // vaut mieux absoudre vingt criminels que 
de condamner un innocent. Un scélérat peut se cor- 
riger et devenir honnête homme; mais comment 
réparer le tort qu'on a fait à un homme innocent, 
qui, en perdant par un arrêt l'honneur ou la vie, 
a subi la peine qu'il n'avait pas méritée. 

i4* Summum jus, somma injuria, le droit poussé 
trop loin est une souveraine injustice. Proverbe 
célèbre parmi les anciens. Us pensaient avec raison 
que s'attacher trop rigoureusement à la lettre de 
la loi , sans considérer l'esprit et les intentions du 



LIVRE SECOND. 109 

législateur, c'était souvent s'exposer à commettre 
de grandes injustices. Térence a dit de même : 

Jus summum , sœpè summa sst maUHa» 

Pierre de Montmaur, professeur au collège de 
France au commencement du dix-septième siècle, 
le plus savant homme et le plus fameux parasite 
de son temps, dînait quelquefois chez le chancelier 
de France , qui appréciait son esprit et ses talcns. 
Mais les valets, engeance très-méchante de naturq, 
le baffouaient, à Tinsu de leur maître, à cause de 
sa pauvreté. Un jour un d^eux, en relevant un plat 
de dessus la table , répandit malicieusement, sur 
Mpntmaur, toute la sauce que ce plat contenait. 
Montmaur souffrit patiemment l'injure, et, s'adres- 
sant au chef de la justice, qui était désolé de ce 
qu'il croyait être un accident , il lui dit : Votre 
Grandeur doit connaître cet axiome : Summum jusj 
summa injuria; faisant allusion au mot jus, qui si- 
gnifie également sauce et droit. On rit avec raison 
de la finesse de l'à-propos. 

\S. Il ne faut pas condamner sans entendre. Axiome 
qui n'est pas toujours régulièrement suivi en justice. 
Sénèque a dit : 

Qui siatuit aliquid parte inaudiia aftera , 
^Equum Ucst staiuerit, haudœqttus fuit. 

Sans écouter parti qui juge paroffice ,, 
Malgré qa'il jage bien , il fait une injustice. 

C'était un roi fort sage et fort équitable que celui 
qui n'écoutait jamais les plaintes de quelqu'un, 
sans se boucher une oreille,, disant qu'il fallait. ré- 
server l'autre pour écouter la réponse de l'accusé- 



1 10 HISTOIAE DE» PROVERBES. 

Un jeune Italien très-spirituel, entrant un jour dans 
lappartement du cardinal Salviati , et le trouvant 
en dispute avec un bomnoie qui jouait avec lui aux 
échecs 9 lui donna tort de prime-abord, sans en- 
tendre les raisons de Tun et de l'autre. Le cardinal 
lui demandant pourquoi il jugeait ainsi sans savoir 
le fait; parce que, répondit-il, si vous aviez eu rai- 
son, tous ces messieurs, qui sont témoins de la di- 
ficulté qui s'est élevée dans votre jeu , auraient 
d'abord jugé en votre faveur, au lieu qu'il n'y en a 
pas un d'entre eux qpi ose dire son avis, parce que 
vous avez tort : 

Selon que tous serez pulMant ou misérable , 

Les jagemeas de cour vous rendront blanc ou noir. 

(Là Foutairb. ] 

Dans une audience où l'on faisait beaucoup de 
bruit, le juge dit: Huissier, imposez silence; il est 
étrange qu'on fasse tant de bruit, nous avons jugé 
je ne sais combien de causes sans les entendre. 

1 6. Un mauvais accommodement vaut mieux qu'un 
bon procès. Il n'est pa,s rare de voir un homme 

De son bien en procès consumer le plus beau. 

La justice est si chère; et, comme dit fort bien 
Moscarille déguiié en Suisse (L'Étourdi, de 
Molière) : 

La procès , il fatrt rien , it coAter tant d'arcbant : 
La procurer larron , l'afocat , pien mécbant. 

Le mot de cet Athénien, qu'il ne faut pas plaider 
quand on peut fuir; et qu'on a ainsi traduit en la- 
tin , quimi licet fugere , ne quœre litem, est devenu 
proverbe. 



LIVRE SECOND. ni 

17. A tous seigneurs tous honneurs. En matière 
de féodalité, quand il y avait mutation du côté du 
seigneur , et que le fief dominant changeait de 
main, les anciens vassaux étaient tenus de renouve- 
ler toi et hommage au tiouveau seigneur^ quoiqu'il 
n'y eût aucune ouverture de leur côté ; mais , eh ce 
das, il n*étaît dû à ce nouveau seigneur aucuns 
profils ; c'est ce que voulait exprimer cet axiome 
proverbial , anciennement usité au barreau. C'est 
aujourd'hui un simple terme de politesse, qu'on 
emploie lorsqu'on veut témoigner des égards à 
quelqu'un. 

18. Qui répond paie. 11 y a quelque apparence 
que l'origine de ce proverbe a été puisée dans les 
coutumes où la caution était solidaire avec le 
principal obligé, comme dans l'ancienne coutume 
de Lille* Loisel (dans ses Institutes coutum.) a, pour 
ainsi dire, réduit en forrinules de proverbes certaines 
coutumes de France; par exemple, promettre et 
tenir sont deux choses différentes , est la sixième 
maxime du titre iv de son ouvrage. Dans un très- 
ancien manuscrit de la coutume de Normandie, le 
premier article commence par ce proverbe. 

19. Les battus paient l'amende. Anciennement ^ 
lorsque, pour prouver sqh innocence ou la justice 
de ses prétentions , le duel était en usage, il fallait 
se présenter devant le juge; il examinait l'affaire, 
tâchait de découvrir qui avait tort ou raison , et, 
s'il ne pouvait y parvenir, il ordonnait le combat. 
Alors l'accusateur et l'accusé déposaient entre sesf 
mains une certaine somme, pour indemniseriez 
vainqueur du préjudice qu'il souffrait dans sa per- 



lia HISTOIRE DES P JVC VERBES. 

sonne ou dans ses intérêts. On croit que ce pro- 
verbe tire son origine d'une ancienne coutume de 
Lorris en Orléanais , rapportée au mémorial de la 
chambre des comptes, aux années i44S et i468. 
Voici la traduction du texte latin : c Si quelques 
habitans de Lorris jettent follement leurs gages de 
bataille, et que, puis après, ils s'accordent, du 
consentement du prévost, l'un et l'autre seront con- 
damnés à l'amende de deux sols six deniers; s'ils 
combattent, les pièges (témoins) de celui qui aura 
été vaincu seront tenus de payer cent douze sols. » 
Aux autres gages de bataille, le Taincu perdait bien 
sa cause, mais il n'était pas tenu de payer aucune 
amende. De là vient que quand un homme, mal- 
traité par ses parties, Tétait encore par ses juges , 
on disait : // eit de la coutume de Lorris, oii le battu 
paie l'amende. C'était aussi la coutume de Metz, 
comme on peut le voir dans l'histoire des étêques 
de cette ville. 



. CHAPITRE XYllJ. 



Dans la Médecine. 



Ariston, de l'iledeChio, ne reconnaissait en sub- 
stance qu'une seule vertu, la santé, toutes les autres 
n'étant que des modifications de celle-là. C'est 
ainsi, disait-il, qu'on appelle la vertu tempérance, 
quand elle mgdère notre appétit; prudence, quand 
elle règle nos ^cïxoïï^ y justice, lorsqu'elle prévient 



LIVAE SECOND ii3 

les délits. Mais elle n'€n est pas moios une; de 
même que le feu ne change point de nature, quoique 
ses propriétés SQJlent infinies. Je ne sais quel nao- 
raliste a dit, ; La sobriété est l'amour de la santé, 
ou Timpuissance de manger beaucoup. La santé 
est le plud précieux de tous les trésors. Il semble ce- 
pendant quon n'en connaisse pas le prix, puis-^ 
qu'on s'occupe sans cesse à le perdre. On mange 
sans faim, on boit sans soif, on veille sans nécessité, 
on s'échauffe la bile par la colère, on allume son 
sang par l'excès des liqueurs, et l'on perd son tem- 
. pérament par l'usage des mets inventés pour don- 
ner un faux appétit. Baglivi, médecin célèbre, 
connaissait cet axiome des anciens : Imaginando 
morbum, morbum contrahimut; puisqu'il dit qu'en 
pensant trop à sa -digestion , l'on ne digère pas. Il 
en est de même des autres actions vitales ou ani- 
males, on les trouble en s'en occupant trop : 

Pour la santé trop de précaution , 
Trop de boîq , 'trop d'attention 
Quelquefois nuisent à la vie; 
Ce qu'on fait pour la prolonger 
Souvent ne sert qu'à l'abréger. 

^ (Lniuir. ) 

La médecine fait profession d'avoir toujours 
l'expérience pour pierre de touche de ses opéria* 
. tioDS. Ainsi Platon avait raison dédire que, pour 
être vrai médecin^ il serait nécessaire que celui qui 
entreprendrait la médecine eût passé par toutes les 
maladies qu'il veut guérir, a C'est raison qu'ils 
prennent la v...., dit Montaigne, s'ils la veulent 
panser, ^e m'en fierai à celui-là. » Il y a eu des mé- 
T. m. 8 



j i4 HISTOIRE DES P&O VERBES. 

decins qui ont eu assez de courage pour suivre à 
la lettre le précepte de Montaigne. Desgenettes 
s'est inoculé le virus de la peste , Swedlaur 
celui de la maladie vénériennei un médecin des 
Antilles celui de la fièvre jaune. II y a mainte épo- 
que de la vie où l'homme qui croit le moins à la 
médecine est obligé de recourir auY médecins, qui, 
si peu qu'ils sachent, en savent au fait toujours 
plus que le commun des malades. Les médecins 
et le commun des hommes, dit Ghampfort, ne 
voient pas plus clair les uns que les autres dans 
l'intérieur du corps humain, ce sont tous des 
aveugles; mais les médecins sont des quinze-^vingt^ 
qui connaissent mieux les rues et se tirent mieux 
d'affaire. Un médecin italien de beaucoup d'es- 
prit 9 i^tiais aussi incrédule que Montaigne et Mo- 
lière, Gatti, disait qu'il ne connaissait que deux 
classes bien distinctes de maladies : Celles dont on 
meurt, et celles dont on ne meurt pas . 

1 • Si tibi <iefieUmî medid, mtdiei tibi fiant 

Hœeitria : nu^ hUarU, nquiet moderaia, dieUt, 

(ÉCOLB DB SALBliriS. ) . 

c Si vous avez besoin de médecins, en voici trois 
auxquels voiis pourrez avoir recours, l'esprit gai et 
tranquille, l'exercice modéré et la diète. » C'était le 
sentiment du célèbre du Molin. Ce médecin ha- 
bile, étant près de mourir, et environné de plu- 
sieurs de ses confrères qui déploraient sa perte » 
leur dit : Je laisse après moi trois grands médecins ; 
et , pressé de nommer ces favoris d'Hippocrate , 
parce qu'ils croyaient tous être un des trois, il ré-, 
pondit : L'eau, l'exercice et la diète. 



LIVRE SECONa 1 1 5 

jSi ta D'ag pas de médeein , 

En voici trois qu'on te propose , 

Qui te vaudront mieux que Troncbin : 

Tâche d'avoir , sur toute chose , 

Dans l'esprit beaucoup de galté^ 

Prends en hiver^ comme eo été , 

,Ud exercice raisonnable « 

ISt garde la sobriété 

Dans les plaisirs du lit et dans ceux de la table. 

• 

2. Passe^moi la casse^ je te passerai le séné; passe- 
moi* mes sottises, je te passerai les tiennes; propos 
de médecins. Ce proverbe ne doit pas être fort an- 
cien, puisque le séné n'est connu en France que 
depuis l'année i6â5. 

3. La goutte vient de la fillette ou de la feutUette^ 
.disait agréablement Mézeray, ce qui est devenu 
proverbe. Sénéque a fort bien décrit la peine qu'on 
éprouve de convenir que l'on est travaillé de la 
goutte. €ospean, évéque de Lizieux, disait : La 
goutte est comme les «nfans des grands seigneurs, 
on ne la baptise que tard. On dit aussi commune-* 
ment, que lés goutteux sont long-temps martyrs 
avant que d être confesseurs. Piron, dans une épi- 
tre intitulée là Goutte , prétend que Vénus et Bac- 
chus ont engendré cette maladie; an peut s'en rap* 
portera lui, il connaissait par expérience l'une et 
J 'autre. 

, 4* Médecin , guéris-iei toi-même , medice , cura 
ite ipsum. Le poète Scheichi était pauvre, et vendait 
un remède pour les maux d'yeux, afin de gagner 
de quoi pouvoir vivre; ûiais il avait lui-même mal 
aux yeux, et il ne s'-était pas avisé de se servir du 
remède qu'il vendait aux autres. Un jour une per- 
sonne qui avait besoin de son remède, lui en 



ii6 HISTOI&FDES PROVERBES. 

acheta pour un aupre, et, en le payant, au lieu d'ua 



LIYAB SECOND. 117 

davantage : Mtasvfeo frigare contenta est. Je laisse 
aux médecins à décider si sa réponse était juste et 
conformera l'expérience : Plus utile sent guàmju" 
venif dit Pline en parlant du vin : 

Mais, comme les plaisirs, le vin a ses dangers ; 
' Souvent on paie cher ses charmes passagers. 

(DSLIUUC.) 

So\on*Sippe\3iit œuvres divines^ Tubage niodéré de 
l'aaiour et du vin. Guillaume Temple disait avec 
raison : Le premier verre pour moi, le second pour 
mes amis, le troisième pour la joie, le quatrième 
pour mes ennemis. 

7« Plus occiditgula quàm gladius. C'est un sage 
axiome des Orientaux; ils ont bien mieux senti 
que nous , que la vigueur propre à chaque tempé- 
ranient ne pouvait se conserver dans la maturité de • 
Tâge que parle moyen de la sobriété et de la tem- 
pérance. La longévité lient surtout à un genre de 
vie simple et réglé, comme le démontre très-bien 
l'exemple de Cornaro, noble Vénitien, qui, après 
s'être livré à tous les excès pendant cinquante ans, 
répara, en adoptant un geure de vie régulier et 
tempérant, les atteintes que la débauche avait 
portées à sa santé et à son tempérament, et mourut 
presque centenaire. ^On a dit avec raison que pour 
manger beaucoup, c'est-à-dire long-temps, il fallait 
manger peu. 

8. Magna pars lib,ertatis est benè moratus venter^ 
une grande partie de notre liberté morale dépend»* 
d'un ventre bien gouverné. La gourmandise, si l'on 
s en rapporte à ce que dit Pétrarque, n'a pas moij(i$ 



1 18 BISTOUIE DBS PftOTBUBS. 

contriba^ «ue la mnllnsse k bannir la i 



LITRE SECOND. 119 

F iette tirée de saiu t Augustin ( Ht. 1 4« de ta Cité de 
Dieu). Le fils de sainte Monique raconte que de 
son teoips un homme faisait des pets sur tel ton 
qu'il lui plaisait, conime s'il eût joué de la pé- 
dale (basson). 

1 1 . jàrs tongay vita brevis , la vie de l'homme est 
courte , et l'art de guérir exige une longue étude. 
Pétr^arque, qui était grand ennemi des médecins, 
disait d'eux, par allusion à ce premier aphorisme 
d'Hippocrate : Vitam dùm brevem dixerunt^ breviS'^ 
simam effecerunt. 

12. Aux grands maux les grands remèdes. Les 
remèdes trop doux ont quelquefois cet incon?^* 
nient, qu'ils irritent le mal sans le détruire. 

1 3. Si vis te reddere sanum, parce mero, cœnato 
parum (Ecole de Salerne), si vous voulez vous ga- 
rantir de toute infirmité, buvez peu de vin, et ne 
mangez que peu le soir. Ce n'est pas lorsque l'es- 
tomac e3t chargé que l'intelligence prend son 
essor. L'estomac est appelé le père de famille des 
autres organes; il est la première source de tous les 
dérangemens qui surviennent au corps. 

i4* Ç^i vult và)eri annos N&è^ sumat pilula^ de 
alo'é. Le suc d'aloès est purgatif, vermifuge et vul- 
néraire. Son usage est utile aux gourmands , aux 
grands et aux gens riches qui vivent dans la bonne 
chère ; leur estomac, fatigué parle travail continuel 
de la digestion, a quelquefois besoin d'être ranimé 
par ce remède amer. Son Usage serait pernicieux 
aux gens sobres et tempérans. 11 excite les hémor-« 
rhagies; on trouve d'ailleurs dans l'aloès une foule 
d'autres propriétés si excellentes, que des méde- 



lao HISTOIRE DES PROVERBES. 

r>ina M Afn nhvEmlrtP'ist'Pa. AnIrA aiit-iv»* llnivep Ra- 



LIVRE SECOiND. lai 

donnerais pas une épingle j pour dire la somme la 
plus modique ; de fil en aiguille^ de propos en pro- 
pos; disputer sur la pointe d'une aiguille j chicaner 
sur rien et sans sujet. 

1. C'est une tête à perruque. Cela se dit de gens 
qui ont l'esprit grossier et aussi obtus que les tètes 
de bois dont se servent les perruquiers pour ajus- 
ter leurs perruques. Dans les grandes corporations 
il ne manque pas de têtes k perruque ; aussi opi** 
nent-elles du bonnet dont, elles sont affublées. 
L'abbé de Saint-Pierre , que la dignité de son état 
empêchait de légitimer les enfans que lui procu- 
raient ses intimités avec ses servantes, qu'il renou- 
velait souvent, leur donnait à tous le métier de 
perruquier, parce que, disait-il , les têtes à per- 
ruque ne manqueront jamais. 

2. Noir comme le manteau d'une cheminée, en 
parlant d'une personne malpropre, ou d'une chose 
sale. Voici des stances que Voiture adresse à une 
demoiselle qui avait les manches retroussées et 
sales : 

Vous ponvez avec raison , 
Usant dcÏB droits de la victoire , 
Mettre vos galans en prisoo , 
Hais qu'elle ne soit pas si noire. 

Mon cœur, qui tous e'st si dévot 
Et que TOUS réduisez en cendre 9 
Vous le tenez dans un cachot 
Gomme un prisonnier qu'on va pendre. 

* 

Est-ce que , brûlant nuit et jour» 
Je remplis ce lieu de fumée , 
Et que le feu de mon amour 
/ . En a fait une chèmioée ? 



HISTOIBE DBS FBOVEKBES. 
Sot comme un panier. Cela s'cDleod cfutt 

rlnnt l'pjtnrît n'»af aiiOf-AntiklA fl'aii<>itnf> 



LIVRE SECOND. itiS 

lingen croit ridiculement que ce proverbe vient de 
ce qu'on parie à l'oretlle, et d'un bas tons lorsqu'on 
fait des offres à un domestique pour le corrompre; 
d'autres disent qu'il vient de l'usage où sont les 
maîtres d'hôtels de porter un bâton pour marque 
de leur charge , et plus encore de l'habitude qu'ils 
ont de ferrer la mule. M. de la Mezengère pense que 
ce peut être un proverbe emprunté de la féodalité. 
Lorsqu'un seigneur se faisait représenter pour ju- 
ger, il donnait sa baguette , marque de sa dignité, 
à celui qulle représentait; alors, selon toute appa- 
rence , ces suppléans des seigneurs savaient tirer 
des profits tUicites de l'honneur que leurs maîtres 
leur avaient conféré. Les artisans de chaque pro- 
fession ont une espèce de friponnerie qui leur est 
propre , et à laquelle ils n'attachent aucune idée 
de vol et de déshonneur. Ils ne croient pas , en 
l'employant, déroger à la probité, c'est ce qu'on 
appelle le tour du bâton ; elle est fondée sur un 
antique usage qui remonte au déluge. C'est une 
condition tacite dans une vente ou dans un mar- 
ché, mais qu'ils ne regardent pas moins comme 
obligatoire à leur profit. 

6. Adieu paniers , vendanges sont faites. Ce pro- 
pos peut 8*entendre de deux manières : la pre- 
mière veut dire qu'un objet est devenu tout-à-fait 
inutile lorsque la chose pour laquelle on voulait 
l'employer n'existe plus ; la seconde se prend mo- 
ralement , et signifie que le succès d'une affaire 
n'offrant plus aucun espoir, il est inutile de faire 
la moindre démarche, d'employer la moindre res- 
source. L'abbé Pellegrîn s'est servi ridiculement 



I 
\ 



■ 34 HISTOIRE DES PROVERBES. 

de cette expression proverbiale dans'des vers ré- 



LIVRE SECOND. ia5 

tenir en garde contre les dangers des. mauvaises 
compagnies. Quelque bien né qu'on soit, il est dif- 
ficile de résistera l'épreuve des mauvais exemples. 
Il est peu de caractère qui soit trempé assez forte- 
ment pour n'en être pas entraîné. Le vice d'abord 
effarouche, mais insensiblement on se familiarise 
avec lui, tant ses appas sont séduisans. La vertu 
est délaissée , les bons principes s^altèrent, ^et l'on 
arrive tout vicié au bord du précipice , que l'on 
aperçoit lorsqu'il n'est plus temps de revenir sur ses 
pas. Combien de jeunes gens, nés pour faire l'or- 
nement et l'honneur de la société , en on fait la 
triste expérience. Quels soins et quelle exactitude 
les pères et mères ne doivent-ils pas mettre à sur- 
veiller les premières démarches de leurs enfans , à 
leur entrée dans le monde, pour les garantir de la 
corruption. 

2. Menteur comme^n laquais. Le mensonge est 
un vice si bas que, dans notre langue, on le ren- 
voie à la valetaille par ce proverbe. Le seul profit 
que les menteurs retirent de leurs mensonges, di- 
sait Esope , c'est de n'être pas crus, lors même 
qu'ils disent la vérité. Un Lacédémonien disait , 
qu'étant homme libris, on ne pouvait lui contester 
le droit de mentir ; il y a beaucoup de Lacédémo- 
nietis et de Grecs à Paris. 

3. C'est un grand clerc. Autrefois le titre de clerc 
ne désignait pas seulement un homme engagé dans 
les ordres sacrés; il signifiait aussi un homme de 
lettres, un homme savant, érudit. Régnier a dit 

Par Dieu , les plus grands clercs ne sont pas Ils pliis fins. 



ia6 HISTOIRE DES PROVEEBES. 

Ce vers , composé de monosylldbes^ est devenu 
proverbe liiinnéine , et correspond au mauvais la* 
tio de Rabelais (liv. i , eh. rv) : Magis tnagnos eU^ 
ricas non $unt tnagis magnas sapientes. Les Italiens 
ont un proverbe à peu près semblable : Tutti quei 
4:h* harmo lettere , non son savL Selon Borel , on a 
dit autrefois clergesse en parlant d'une femme sa* 
vante. Il n*j avait jadis que les gens d*église qui 
étudiassent. Dans ce siècle , chacun se croit un 
grand clerc; nous sommes inondés d'écrits éphé* 
mères, qui n'ont que la vogue du moment. On se 
presse de jouir de quelque renommée. L'on aime 
mieux écrire qu*observer ; c'est une moisson qu'on 
coupe avant maturité. Des jeunes gens, à peine 
sortis des bancs de l'école , prennent un ton doc- 
toral , et ne s'aperçoivent pas combien la transi- 
tion d'un écolier à un pédant est brusque et ra<^ 
pide ; d'autres établissent des théories avant d'avoir 
consulté l'expérience. Ce sont des philosophes^ 
des sophistes ou des politiques en herbe. Lesscien* 
ces et les lettres ne peuvent retirer aucun profit de 
ce déluge de productions futiles, et qui n'appren-^ 
nent rien, sinon l'opinion avantageuse que les au- 
teurs ont conçue d'eux-mêmes. 

4. Fétu comme un rentier. Proverbe dû à la ré- 
volution. La misère à laquelle étaient réduits les 
pensionnaires et créanciers de l'État, les forçait , 
pour subsister, de vendre leurs meubles^ leurs bar- 
des, et de ne conserver strictement, pour obéir aux 
lois de la décence et de la pudeur, que les restes 
délabrés de leur ancienne garde-robe , puisqu'ils 
«e possédaient plus sur le grand livre de la dette 



LIYRB S£€OMD. 127 

publique qu'une mention illusoire, étant payés en 
bons qui perdaient jusqu'à 80 pour 100, grâce 
aux dilapidations des sangsues publiques, des le* 
gislateurs sanguinaires, des directeurs immoraux , 
et de tous les suppôts infernaux d'une république 
délirante et furibonde. On prenait le titre de ren- 
tier, pour attirer la compassion et la charité, jus* 
qu'à ce qu'enfin tout le monde fût devenu gueux , 
et que l'on se demandât réciproquement l'aumône. 

5. // ne faut pas parler latin devant les cordeliers. 
Le lecteur prendra pour comptant , si cela lui fait 
plaisir, l'origine de ce proverbe, qui enseigne* à 
prendre de justes précautions contre les gens- ru- 
sés. Un bourgeois qui n'aimait pas les religieux 
quêteurs, en sortant de sa maison, recommanda à 
sa servante de dire à ceux qui se présenteraient , 
ces mots latins : Nesciovos, je ne vous connais pas. 
Un cordelier parut quelques momens après. Nescio 
vos, lui dit d'abord la servante. Ah, répondit le cor- 
delier , ce n'est pas sans raison que nous plaçons 
votre maître au rang de nos bienfeiteurs. Nescio 
vos^ ma fille, veut dire que vous me donniez ce 
levraut et ce coq d'Inde qui sont pendus à votre 
crochet. La servante, toute novice, ajouta foi aux 
paroles du rusé cordelier, et lui donna ce qu'il de- 
maqdait. Le maître, étant rentré, n'eut pas plutôt 
appris la simplicité de sa servante, qu'il s'écria ; 
Foin de moi I ne devais- je pas savoir qu*il ne fallait 
pas parler latin devant les cordeliers. 

6. C*0St Gros-Jean qui remontre à son curé. C'est 
ce qu'on dit d'un ignorant qui prétend en appren- 
dre à son maître. Ce proverbe répond à l'adage latin: 



1 aS HISTOIRE DES PAO VERBES. 

Su$ Minervanij sous-entendu '£{(?c^/. Le pourceau 
était le symbole de la stupidité^ et Minerve était 
la déesse des arts. Les Gros-Jean , les docteurs en 
sabots, ne sont que trop communs dans lés vil- 
lages, où ils sont le supplice des curés , dont ils pa- 
ralysent souvent le zèle et les bonnes œuvres, en 
entravant sans cesse leurs charitables projets. 

7. Hardi comme un page; c'est un tour de page. 
Un page à qui son gouverneur avait fait donner le 
fouet ( il y a fort long-temps ) , lui commande de 
reprendre ses habits. Prenez-^les vous-même , lui 
di4-il , ce sont les profits du bourreau, 

8. Pauvre comme un poète* La pauvreté semble 
s*être attachée pendant long-temps plus spéciale- 
ment aux poètes qu'aux autres gens de lettres. 

Mon ami , sî tu crains de porter la besace » 
Fuis le métier des ven comme un métier fatal : 

Qui prend le chemin du Parnasse , 

Prend le chemin de l'hôpital. 

Marot, Saint- Amar^d, le Tasse, Malherbe, mou- 
rurent pauvres. Olway, que ses compatriotes ont 
surnommé le Racine de l'Angleterre , mourut de 
faim dans toute la rigueur du mot. Il y avait déjà 
plusieurs jours qu'il n'avait mangé, lorsque la faim 
le fit sortir de sa retraite : Il rencontre un de ses 
amis, aussi pauvre que lui et qui lui pi été quelques 
schellings; il court chez un boulanger, achète un 
pain , le dévore avec une incroyable avidité, et ex- 
pire. Il fut , par compensation, enterré à West- 
minster. Un homme de génie meurt de faim , une 
sangsue publique ne meurt pas, mais ce n'est point 
un Otway. Il paraît que les poètes, même dans la 



LIVRE SECOND. 139 

plus haute antiquité , avaient le malheureux pri- 
vilège dette pauvres, secs et maigres. Hypéridedit 
que le p<oète Phitippides était si mince et si grêle , 
qu'il donna lieu au proverbe grec : // est devenu 
Philippidesj pour exprimer la maigreur. 

9* Nous en scabins trop per esta Notaris. Les 
Gascons disent proverbialement d'un homme rusé 
et dangereux , qu'il en sait trop pour être notaire, 
donnant à entendre par là qu'il faut être sur ses 
gardes quand on a affaire à lui. Ce proverbe fait 
reloge des nots^ires. Il paraît que les Bomain^ n'a- 
vaient pas de ces officiers une opinion aussi avan- 
tageuse que nous en avons , si Ton s'en rapporte 
à ce que dit Horace. 

AddêCieuUB 
Nodosi tabulas, eenium miUe addô caifinas, 

«Ajoutez-y toutes les rubriques (1 ) et toutes les for- 
mules du fameux notair Gicutae, qui s'entend si 
bien à lier les gens. > Régnier a dit : 

L'bomme trahît sa foi, d*où vinrent les notaires, 
Ponr attacher an |oag les humeurs TolontairoB. 

10. // ni a fait chère de médecin i c'est-à-dire, il 
défend ce qu'il y a de meilleur, et il le mange. Nos 
médecins , dit Montaigne , mangent le melon et 
boivent le vin frais, pendant qu'ils tiennent leur 
patient condamné au sirop et à la panade. 

11. De trois choses Dieu vous garde : de et cmtera 
de notaires^ de quiproquo d' apothicaires et de bou* 



(1) Lisez TouTrage iûtîtulé Br^flfin ie coçu, ou Formulaire 
fort récréatif de tous coDtrats^ dooatîoDs ,. actes passés par- 
devant notaires; ouvrage singulier^ et piquant. 

T. m. . 9 



i5o HISTOIllE D£S PAOT£RDES. 

eom ( appâts ), de Lombards ( prêteurs sur gages) 
firàqumires ( riués )• 

19. C'e$i tm àvocaî de Ponee^PibUe; c'eet'à-dire, 
UD ayocat igiiotraDt^ qui n'a pas de pratiques ni de 
causes. Ce terme de moquerie fait allusion à ce 
que Pitate, eu pariant de Jésus^Christ , dont au 
food du: cœur il reconnaissait toute Finnocenee , 
dit , dans FEirangîle : Non invema caïuam. On dit 
encore irouicfuesDeot i II en $ak plus que le chien de 
Barthote^ qui avait mangé un sac d'^éeriture^ Onde* 
mandait à Louis^ XII queli^^ ëtait )a chose la plus 
util^ à )a Tue : CW ée ne jamais voir la robe d*un 
homme de patah. Le méoie prioce ^ en parlant des 
ayocatsqui commentent longuement les lois y et des 
procureurs qui aUangent la procédure , les compa- 
rait aux cordonniers, qui allongent le cuir avec les 
dents. Saint Gréjgqire de Naxianze ooœpafre les avo- 
cats à ces oiseaux qui focfct de grands circuits en t'air 
avant de fondre sur leur proie. Juvënal , dans sa 
VII* satire, fait un tableau de l'état de&avocatsde son 
temps qui contraste singulièrenoent avec le faste de 
q^ux du siècle p^sen^t : •^ £h biea %, dit-il , a{irès 
avoir U9it qri4,:que voa» donne- 1 -on ? quelque 
m^^gjce )9inban , . qiif^lque pUt de méchans petits 
poiffQQa, qinelq^es viciilïqs, botter . d'ognons , ou, 
bien quatre à cidiqi bfopiçi^es d'u^ vin fade et dou- 
çer^u3^> Que les^ te.nips. sq^t c^ngé^ l Ëatrez dans^ 
les tii^es: appsgctejwens des. l^aiiliMs de nos jours , 
vous y verrez les^ nombreux tributs, de. la clienteUe 
reconnaiasant,e ^ de be.8iiix: l^^tres. de cristal , des^ 
bronzes dorés , des meublée de bois exotiques de 
la plus rare élégance, des galeries de superbes ta- 



Lirilfi SECOND. i5i 

bleanx , des bibliothèques où Téclat de la dorure, 
rivalise avec la beauté des éditions et le fini de la 
reliure des livres qui lés composent ; enfin tout ce 
qui peut satisfaire pleinement rambîtion et la vanité 
humaines : et tout ce faste est la plupart du temps 
le résultat dé beaucoup de ruines. Les avocats ne le 
cèdent qu'aux notaires éd luxe et en magnificence. 
Do temps où la r^oblîque romaine était le plus flo- 
rissante , les avocate qui aspiraient aux charges et 
aux honneurs plaidfâient gratuitement; maïs dés que 
cet état st honorable ne fut pins un moyen de par- 
venÎT ^uX (fignités», il devint mercenaire ; alors les 
atocats vendirent leur ièle, leur colère, ïeurs in- 
ventives, letirs sarcasmes même contre l'^autorité, 
et raiîçoonérent leurs parties à outrance. L'hon- 
nête trfbun CîncîtïS , potrr réprimer ces abus , fit 
une loi qui méritait bien d*étre appelée Ctticià, de 
son nom : elle défendait aux stvocats de rien 
exiger de leurs clients. Si Toni ressuscitait la ïoî 
Cincià, tjuei zctmdttle ityautait dans Landernau l 
* L'ordre des avocats a joujQurs été respecté, et 
mérite de Tétre j la ptofessioB itidépendante et 
hon^àble de ses noenibres , fa science ^ les talens 
et les qualités sociafeâ' qn'on voit briller dans la 
plupart, toxit concourt à assurer anx praticiens du 
barreau Vestime publique. Combien plus en se- 
raîent-ils dfgnes , d'if était au pouvoir du plus grand 
nombre d'afouter à^ tant de belles et |)récieuses 
quàTités" qui ïes distinguent', le désintéressement 
le plus parfait et uiie judicieuse gratuité de leurs 
services? 



HISTOIRE DË8 PaOVERBES. 



LIVRE SECOND. i33 

CHAPITRE XXII. 

Dam les Sobriquets ^ ou Noms particuliers donnés 

aux habitans. 

Les sobriquets sont des espèces de surnoms ou 
d'épîthètcfs burlesques, qu'on donne le plus sou- 
vent à des personnes ou à des choses pour les tour- 
ner en ridicule. L'origine de ces surnoms se trouve 
dans la malignité de ceux qui les donnent, et dans 
les défauts réels où apparens de ceux à qui on les 
impose; les imperfections du corps, les défauts de 
Tesprit dans les hommes, leurs mœurs, leurs pas- 
sions, leurs vices, leurs actions, de quelque nature 
qu'elles soient, sont les sources communes d'où ou 
les tire. De toutes les expressions figurées, celle qui 
forme les plus ingénieux sobriquets, c'est l'allusion 
fondée sur une connaissance de faits singuliers 
dont l'idée prête une sorte d'agrément au ridicule. 

Les sobriquets que se donnent réciproquement 
les habitans d'une ville, d'un bourg ou d'un lia- 
meau^ proviennent ordinairement de leur rivalité, 
et ne consistent souvent qu'en quelques épithètessi 
triviales, que personne ne peut s'en offenser. Un 
particulier ne doit pas prendre pour lui ce c^\x\ ne 
se dit qu'en général. On ne voit point de Normand 
se fâcher des défauts et des imperfections que la 
malignité prête aux habitans de la Normandie* Les 
Picards ne se mettent point en colère quand ou 
dit qu'ils ont la tête chaude. Ducahge, qui était 
Picard, n'a pas niême dédaigné de fournir quelques 
preuves pour faire voir que le mot picard n'a pas 
une origine des plus honorables; quoi qu'il en soit 



iS4 UISTOIIIS DES PROVERBES. 

de soD assertion 9 il se moque de TorigiDe que Valoir» 
lui donne dans sa Notifia Galtorum. Un curé cham- 
penois du seizième siècle inséra dans son livre 
d'église ces deux vers sur les Picards : 

J4i Pleardl non $unlt êd^rmâm Uurdi i 
Prima tant hardi , $ed muhî in fine eohardi. 

Ce dernier mot signiûei en vieux langage, timide^ 
fuyard j couard. Le temps et l'expérience ont fait 
justice de cette allé^tion injurieuse, que les Pi- 
cards pourraient repousser paç un trait de satire, 
en appliquant à l'auteur le proverbe ; Quatre-vingt- 
dix-neuf moutons et un Champenois font cent bites^ 
pris dans l'acception, s'entçnd, qu'on lui donne 
communément. L'opipiou généralement reçue de 
la bravoure des Picards leur assure toujours un 
rang distingué dans nos armées. Les Gascons pe 
s'offensent pas du reproche, souvent gratuit, qu'on 
leur fait d'avoir les pieds légers, la bourse plate, 
la mémoire courte et le cœur fanfaron. Ils en rient 
eux-mêmes les premiers; ils ne démentent pas le 
sobriquet de Jugtors^ qui leur fut donné jadis, 
parce qu'il y a plus de quatre cents ans qu'ils pas- 
saient pour de très-habiles y(?n^/far«* Ce n'est point 
pour eu^ qu'a été fait le proverbe : Il fait ban battre 
glorieux, c^r Une $*en vante pas* Les Grascon^ ont 
h réputation dç 3e yanter de tout, de qe qu'ils ont 
fait commç de ce qu'ils n'ont pas fait, et presque 
toujours aveiç Ç9prit : 

* Se dit souvent par le G|i#con ; 

Da différence , il n'en fait guirc. 
' Un Ga«0|fc (oi|f)a 4e chf rai : 

/V« vous ëerltz-votis pat fai^ mal? 

Mai, eadù&é, tout au contrajire. 



UYHfi S£€OND. i35 

Un Gascon racoBtait, dàps un repas, qu'il atait eu 
peu de temps avant une dispute assw vive , et 
qu'elle s'était terminée par un maître soufflet qu'il 
avait reçu. Un souffletl reprit vivement quelqu'un; 
maUy monsieur 9 cela dîXt aooir de$ suites? Oûtnmentj 
des sfiiiesl dit le narrateur, eeiie aventure a eu en 
effet des suites îerriMes : j*ai eu id joue enflée pen^ 
dant Auiijours^ et Je m'en ressens encore. Un autre 
Gascon disait que toute blessure qu*on pût lui 
faire était mortelle, parct qu'en quelque endroit 
qu'on le touchât il était tout cœur. 

Les Bretons, en haine des Normands, préten- 
dent que Judas Iscariot est né en Normandie, 
entre Caen et Roues , et ils se plaisent à citer les 
rers suîvans : 

Judas était Horamiid, 
, Tout le mobck le dit : 
Entre Caen et Rouen , ce malheureux «aquit ; 
II Tendit son seigneur pour trente marcs comptads ; 
Au diable soieftt tou les Normands 1 

Mais comme chacun se fenvoie la bàllé, 6n dit dans 
l'Anjou et dans le Maine que Judas est né & Sablé. 
On cite ce vers à l'appui de la traditioù angevine : 

« 

Psrfidut ilie Judas SabUmienti» erat, 

• Je ne sais, dit Ménage, sur quoi est fondée une 
opinion aussi erronée et si extravagante. • Mais il 
devait savoir qu'il n'y a pas d'absurdités et d'ejttra* 
yagances qui ne trouvent des derveaux prêts à les 
recevoir. 

On trouve dans les Mercures de septembre 1 733, 
de mars 1734, et de février ,1 735, des listes de sa- 
briquets tirées d'un ancien manuscrit de quatre ou 



i36 mSTOlRE DES PROTERBES. 

cinq cents ans, donnés à plusieurs Tilles, provinces 
et babitans de ces mêmes Tilles et provinces. 

§ K Des provinces. 

1 • Normands boalieUx. Ce sobriquet a été donné 
aux bas Normands, qu'on appelé aussi hotdvets, 
parce qu'ils mangent beaucoup de bouillie. Textor, 
en l'une de ses élégies , faisant une longue énu- 
mération des choses impossibles, dit, entre autres^ 
qu'on ôtera plutdt le beurre aux Flamands, les 
raves et navets aux Auvergnats et la bouillie aux 
Normands, qu*on ne lui ôtera le souvenir de son 
ami. 

/ 2. Un Manceau vaut un Normand et demi. Ce 
proverbe n'est pas pris dans une acception odieuse, 
comme bien des personnes pourraient le penser; du 
moins il ne l'était pas originairement. Il provient 
de ce qu'autrefois la monnaie de la province du 
Maine valait une moitié en sus de celle de Nor- 
mandie (i) : ces différentes monnaies s'appelaient 
manceau et normand. (Voyez le Dictionnaire des 
Monnaies, d'Abot deBasinghem.) Il est vrai que, 
qui dit un Manceau dit un homme fin et adroit, 

(i) Plusieurs éyêques en France ayaient autrefois k droit 
de faire battre monnaie. Lés monnaies prenaient leur nom 
du lien où elles étaient fabriquées ; ainsi le mot pariais tire 
le sien de la TÎlle de Paris « et celui de tournois Tient de la 
yille de Tours. La monnaie de Paris était à un titre plus fort 
que celui de Ja monnaie des autres yilles : un sol parisis 
râlait quinze deniers; une liyre parisis yalait vingt-cinq sous. 
La monnaie que faisait Js^tire Tévêque du Mans était plus 
foirte de la moitié que la monnaie de Normandie. 



LIVKE SECOND. 1^7 

d'où est venu cet autre proverbe : C'est un Manceau^ 
c'est tout dire. 

3. Un Normand a son dit et . son dédit. Ce re- 
7)roche fait aux Normands vieut d'une ancienne 
coutume qui fut long-rtemps en vigueur chez eux. 
Les contrats n'y étaient valables que vingt-quatre 
heures après la signature; pendant ce temps^ les 
parties avaient celui de faire leurs réflexions, et 
celui qui se repentait du marché pouvait se dédire. 
Grâce au Code civil, cette coutume a été abolie, si 
ce n'est mentalement, du moins de fait; de là vient 
qu'on appelait Normand celui qui manquait à sa 
parole; mais il ne faut plus revenir sur le passé. 
On disait encore répondre en Normand^ poyr si- 
gnifier ne dire ni oui ni non , dans la crainte que 
sa foi ne fût surprise» et sa parole ne fût engagée. 
Ce proverbe a passé de la Normandie dans beau- 
coup d'autres pays. 

4* Quatre-vingt-dix-neuf moutons et un Cham- 
penois font cent bêtes. Ce proverbe, d'autant plus 
injurieux aux habitans de la Champagne, qu'elle 
a produit des hommes d'un grand génie, tire son 
origine d'une historiette qui sent bien le fabuleux. 
Le principal revenu de cette province a de tout 
temps consisté en nombreux troupeaux , sur les- 
quels les propriétaires payaient au fisc un impôt 
en nature. César, après la conquête des Gaules, vou- 
lant protéger le commerce de la Champagne « 
exempta de la taxe tous les troupeaux au-dessous 
de ceùt bêtes. Les Champenois, qu'on accuse de 
bêtise, et. qui certes n'en montrèrent point en cette 
occasion, pour ne plus rien psiyer, ne composèrent 



i58 HISTOIRE DES PROVERBES. 

plus chaque troupeau que de quatre- yingt-dix- 
neuf moutons. César, instruit de la ruse, ordonna 
qu'à l'avenir le berger de chaque troupeau serait 
compté pour un mouton et paierait comme tel. 

5. Les Picards ont la tite chaude. On prétend 
que les Picards sont aussi prompts à se mettre en 
colère qu'à revenir de leur emportement; la viva* 
cité est souvent la preuve d'un caractère loyal, et 
s'allie aisément avec la franchise et la bravoure, 
qui distinguent depuis long-temps les habitans de 
la Picardie. Le nom même de Picards vient à 
Tappui de Topinion avantageuse qu'on a conçue 
d'eux, si Ton s'en rapporte à son ctymologie. On le 
fait dériver de l'intrépidité et de Tadresse avec les- 
quelles ils maniaient la pique^ arme dont ils ont 
fait les premiers usage à la guerre. C'est peut-être 
à cette disposition des Picards à la colère que fait 
allusion le troisièmç vers de ce dicton proverbial : 

De plusieurs choses Dieu nous garde ; 

De toute femme qui se farde, 

De la fiimèe (oolèfc) des Picards, 

Avec les bouooiis (.tromperies) des J^ombards (osariecs). 

6. Normands bigots. Les Normands, dit Moisanl 
de Brieux, ont été nommés bigots par une raison 
à peu près semblable à celle qui a fait appeler, à ce 
qu'on prétend, les premiers partisans de la réforme 
Huguenots^ à cause du commencement de la ha* 
rangue d'un envoyé des princes d'Allemagne, qui, 
après avoir répété plusieurs fois ces mots latins : 
Hue nos venimusy hue km, resta court. Le sobriquet 
de hoc nos^ et par corruption huguenots^ est resté 
aux réformés. Quant à celui de bigot, Cambden, 



LIVRE SECOUD. i5g 

dans 3oa histoire ialitulée Brilannia, en rsconle 
ainsi iWigine : Gharles-le-Simple donna la Nor* 
mandie avec sa fiUe Giselte i RoUon. Celui-ci ne 
jugea pas à pcopos de se prosterner aux pieds du 
roi. Gomme ceux qui Taeconifiagnaient l'exhor- 
taient à le faire, en reconnaissance d'un si grand 
bienfait, le prince normand, plein de fierté, répon-> 
dit en anglais : No by god. Le roi et les courtisans 
s'en moquèrent; et, interprétant malignement les 
paroles de Rollon, ils l'appelèrent blgoi^ d'où les 
Noronafids furent aussi appelés éi^^i^s, par ironie. 
Combien dte choses sérieuses ont eu une origine 
aussi ridicule I 

7. Afom comme £.... de Lorraine; c'est^à*dire , 
lâches et sans vigueur comme des Lorrains, termes 
de mépris que Thistorien de Thou a rendus par ces 
mots : Testiculati hominee, et que proféra le Mignon 
Saint^Mégrin (Estuer deCaussade) un jour que le 
roi Henri III voulait Tempêcher de sortir du Lou- 
vre, l'avertissant que le duc de Mayenne et ceux de 
sa suite Je guettaient pour le tuer. Ce gentilhomme 
bordelais, pour témoigner toute la mauvaise opi- 
nion qu'il avait des princes lorrains, les traita de 
c.*.« de Lorraine^ forfanterie qui ne l'empêcha pas 
d être poignardé le soir même du jour où le roi 
lavait averti de sédéfierd'eux. La raison prétendue 
pour laquelle les Lorrains ne passaient pas pour 
courageux, c'est qu'ils étaient en réputation d'avoir 
le défaut que les Athéniens désignaient autrefois 
par le mot XAicicox^açy eui semper lasms erat testieu-- 
forum êocculus; terme injurieux qu'on applique 
communément aux poltrons, et que les Italiens 



.* 



i4o HISTOIRE DES PROVERBES. 

oui rendu par le mot coglione. Voyez, pour plus 
amples informations, Rabelais, iiv^ 2, chap. 1, et 
Ht* 3, chap. 8, où il rend compte de la singulière 
toilette du noble Valentin Yiardière; et Ménage, 
Dictionnaire étymologique, Origines italiennes. 

S 2. Des FiUes. 

1 • Anes de Beaune. Sobriquet ridicule donné aux 
Beaunois, et dont voici lorigine : Il 7 avait, dans le 
treizième siècle, à Beaune , une famille de négo- 
cians distingués, du nom deAsne. Lorsqu'on vou- 
lait désigner un commerce florissant, on citait 
celui des Âsne de Beaune. Depuis ce temps le nom 
est resté aux Beaunois, et c'est sur une misérable 
équivoque qu'est fondée l'accusation absurde de 
bêtise imputée aux Beaunois, et que roulent tou- 
tes les plaisanteries faites sur leur compte, par Pi- 
ron surtout, qui^ ayant à s'en plaindre, a exercé 
contre eux son esprit caustique. En voici des 
échantillons : La fille d'un maire de Beaune avait 
perdu son serin ; la première idée qui vint à l'es- 
prit de ce magistrat fut de faire fermer les portes 
de la ville. Piron était à Beaune à la comédie ; un 
acteur parlant trop bas, le parterre cria : Plus haut, 
on n'entend pas. Piron dit aussitôt : Ce n'est pas 
faute d'oreilles. A la sortie du spectacle , il se vit 
assailli de coups de pieds et de coups de poings.£A/ 
de grâce j messieurs, dit-il, puisque je ne puis vous 
empêcher de ruer sur moi, du moins ôtez vos fers. 
Une muraille était près de tomber de vétusté; les 
autorités de Beaune firent défense d'uriner contre, 



LIVRE SECOND. i4i 

SOUS peine d être écrasé. Piron, se promenant un 
jour dans les environs dé cette ville, coupait, abat- 
tait, arrachait tous les chardons; des passans lui 
en demandèrent la raison : Je suis en guerre avec 
les BeaunoiSj répondit-il, ye leur coupe les vivres. 

2. Angers 9 basse ville et hauts clochers, riches pu- 
tains, pauvres écoliers. Il existait peu de villes en 
France qui eussent plus d'églises, de prêtres, de 
cloches et de hauts clochers , ce qui a .motivé le 
proverbe, et ce qui a fait donner aux habitans le 
sobriquet de sonneor s d' Angers, sonneurs d'Angers. 
Quant au reste, à bon entendeur salut. Il y avait 
un proverbe particulier à la ville d'Angers, et fort 
usité du temps qu'on ne donnait aux médecins 
que cinq sous par visite : Un bouillon de choux fait 
perdre cinq sous au médecin. 

3. Aveugles de Châlons. On appelait autrefois 
aveugles de Ghâlons-sur-Marne une espèce de 
moines non engagés dans les ordres et mariés, qui 
quêtaient par la ville; une sonnette à la main, et 
qui étaient obligés de se remarier six semaines 
après la mort de leurs femmes, sous peine d'être 
chassés de la maison. Les derniers, qui furent sup- 
primés en 164 1, n'étaient pas réellement aveugles, 
mais il est à présumet qu'ils devaient l'être, sui* 
vant l'institution, dont le temps et Fauteur ne sont 
pas connus. * 

4* ChÛteàulandon, petite vHle mais de grand re- 
nom, personne n'y passe qu'il n'ait son lardon: Ce 
proverbe fait allusion au penchant que les habi- 
tans de cette petite ville avaient pour la raillerie, 
défaut dont ils se sont sûrement bien corrigés de«- 



i4^ HISTOIRE DES PROVERBES. 

puisy car ila auraient pu trouver en France beau- 
coup de rivaux. 

5. Elle a paué le pont de Goumay ; cela se dit 
d'une ûUe qui a bu toute honte, et qui donne à 
corps perdu dans rimpudicité. Cela peut avoir 
rapport à la petite ville de Gournay-sur-Maroe, où 
existait un pjrieuré de motnes; et Ton supposait 
méchamment qu'une fille qui passait l'eau pour 
s'aj^rocher du couvent n'en rapportait pasisa fleur 
de virginité* 

6« Cet Iwmme est de Lagny, il n'a pas hâte. Jean, 
duc de Bourgogne, selon le Duchat, &cquit le sobri- 
quet de Jean-de-Lagny, qui n'a pas bâte, pour 
avoir fait dans cette ville un sé)0ur inutile de dix 
semaines» 

7. Convoi de Limoges. On appelle ainsi certain 
us^ge qui a eu lieu long-temps à Limoges; lors- 
qu'une personne rendait visite à unre autre, celui 
qui avait reçu la visite^ ayant conduit l'autre jus- 
qu'à la rue,, était à son tour reconduit par ce der- 
nier jusque dans son appartement,, de sorte que 
c'était à recommencer. De^là. est venu le mot de 
reconduirez, ^ue plusieurs disent pour conduire, et 
auqjuel Ménage a coo&acré un chapitre dans la 
deuxième pactie de ses Observations sur la langue 
françaUei et coip«ne apiparemment cet usage nous 
est venu de Limoges, on l'a nommé convoi de Li-- 
moges^ 

8. CeUt fut joué à lâches. Ce proverbe s'entend 
d'une vieille histoire ou. d'un conte suranné, par 
allusion au temps où la cour de Louis XI se tenait 
à Loches^ où le roi allait souvent* 



) 



LiVaE SECOND. i43 

9« Pucette de Marottes; pour désigner une pros^ 
tituée» parce qu'il ejcistait probdblei&ent à Ma- 
ro]]es^ gros bourg à deux lieues de Landceciest 
quelque lieu de débauche> ou parce que le ^exe y 
était naturelle ment porté à Taixioureux déduit. 

1 o. Fhtatets de Sancerre. Lorsque le maréchal 
de la Châtie assiégea la ville de SancQrre, durant 
les guerres des Hugueuots» elle se défendit coiira-* 
geusement pendant long-temps, étant secourue par 
un grand nombre de ylgneron& qui combattaient 
avec de» frondes, et repoussaient les asfiiégeans a^ec 
tant de vigueur,» que ceux-ci n<^mmaiaat Ica fron-^ 
des des pistotets de Sancerre^ dénoaûaatÎQn ^oi est 
demeurée depuis dans le Berry eji dans d'autres pro^ 
vinces de France. 

11. // a été à Saint-Mab ; en parlant d un 
homme dont les jambes minces^ et effîtkée^i sont 
dépourvues de molets» On s^ippos^ que les. c)>ienfr 
les lui auraient mangés. Voici Ja raison de ee pro- 
verbe : C'était une eOutum« fort ancienne à Saint- 
Malo, d'y lâcher la nui<{ quînw gros qhien^,. q^i, 
étaient dressés à cette manceijiivre^ parcouraient la 
ville pour la garantir d'une surpi^ise» rôdaient sur 
le& remparts et déchiraient c^ux qu'ils re|[»eoiv 
traient. Avant de les déchaîner,, on. sonnait peor- 
dant quelque tecopâ pour av^tiir d^ fs^ii^e letrafite». 

i a. Qr de Taulome. On dit quelqMsefois, par nia- 
nière de vengea nce„ en parlant d'un homme cu-« 
pide, «1 qui l'on reproche d'avoir, fait dea soustrac- 
tions considérables aux. finances de quelqu'un t 
C'est de L'or de Toubme qui lui coûtera, bi^n cher. 
Cette façon de parler tire son origine du fait %\xl^ 



i44 HISTOIRE DES PROYEABES. 

Tant. Le consul Q. Cépion, s*étant emparé de la 
ville de Toulouiie, trouTa dans le temple'd'Apollon 
cent mille marcs d'or et cent dix mille marcs d'ar- 
gent^ que les Tectosages avaient enlevés du temple 
de Delphes. Cépion reçut ordre du sénat romain 
d'envojer tout cet argent à Marseille. Les conduc- 
teurs furent assassinés en route; tout l'argent fut 
enlevé. Cépion, accusé d'avoir commis ce crime à 
son grand profit, fut banni de sa patrie avec toute 
sa famille. L'or de Toulouse passa alors en pro- 
verbe, et fut regardé comme quelque chose de fu- 
neste à celui qui le possédait; ce proverbe s est 
étendu ensuite à tout objet dérobé ou illégitime- 
ment acquis. 11 fut un temps où Ton était moins 
sévère que le sénat romain ; on n'j regardait pas 
de si près. Des personnages, plus justement accusés 
que Cépion , loin d être bannis de leur patrie, y 
trouvèrent de quoi satisfaire leur cupidité. Ils }r 
jouirent impunément de leurs rapines : elles leur 
assurèrent même les premières dignités de l'Etat 
à eux et à leur postérité. Puisse la dernière partie 
du proverbe s'appliquer à ces odieux spoliateurs ; 
puisse leur postérité vérifier cet autre proverbe : 
M aie acquisito non gaudebit tertius hœres , et légi- 
timer cet axiome de droit : Quod ab initia non va- 
let, tractu temporis non potest convalescere. 

1 3. Qui a une maison à Uzerche a un château en 
Limousin , à cause que cette ville , sise sur la Vc- 
zère, passait autrefois pour imprenable. La com- 
mune opinion est que Pépin , allant combattre 
Gaîfre, duc deGuyenne, la fit bâtir et la fortifia de 
dix-huit tours. 



LIVRE SECOND. i45 

, i4' C^€»t du vin de Brètigny qui fait danser le$ 
chèvres. C'est ce qu'on dit d'un vin plat et peu es- 
timé, eomme celui de Surenne ou tout autre qui 
se fait dans les environs de Paris où la tigne est de 
médiocre qualité. On explique ainsi cette expres- 
sion populaire, dit l'abbé Tuet. Il y avait à Brèti- 
gny, près Paris , un particulier nommé Chèvre ; 
c'était le coq du village , et une grande partie du 
vignoble lui appartenait. Ce bon bomme ne haïs- 
sait pas le jus de la treille, et quand il avait bu, sa 
folie était de faire danser sa femme et ses enfaus. 
Voilà comme le vin de Brètigny faisait danser les 
chèvres.. On dit encore d'un mauvais vin, qu'il n'est 
bon qu'à laver les pieds des chevaux. Les Romains 
disaient, dans le méote sens , qu'il n'était même 
pas bon à dégraisser la laine ou à laver les brebis. 
C'est cet usage que veut sans doute désigner cette 
expression de Juvénal : 

yinum qaod suecida noUt^ tana pati, 

Varron dit que l'on frottait de vin et d*huile les 
brebis récemment tondues. 

1 5. Sautriaux de Verberieé C'est le sobriquet 
qu'on donne auxhabitans deVerberie, petite ville 
de Picardie. L'origine du jeu des tomberawt de 
Yerberie, qu'on nomme aujourd'hui sautriaux^ est 
aussi ancienne que celle du renpuvellement des 
jeux de l'arc et de l'arbalète : elle est antérieure h 
la mort du duc d'Orléans , frère de Charles VL 
Dans des titres des années i3oo. i54o et i344 9 ^ 
grand chemin de Verberie à Paris, où était située 
la Toînboire ^ était appelé le chemin de M> le duc 
T. III. 10 



i46 HISTOIRE DES PEOVERBES. 

d'Orléam. L^auteur du livre dé l'antiquité des yilles 
observe qu'on voit à Yerberîe une société de tom- 
beraux ou petits gaJans qui se laissent rouler du 
haut en b^s d'une colline pour amuser les passans. 
L'adresse du MUtriau consiste à entrelacer telle- 
mei)t sa tête, ses bras et ses jambes, que son corps 
prenne la forme d'une boule. 11 se précipite en cet 
état du haut de la montagne , et reparait subite- 
ment sur ses pieds lorsqu'il est arrivé au bas. Le 
spectacle peut être joué à deux personnages : deux 
zautriaux se mettent alors la tête l'un dans les 
jambes de l'autre , s'entrelacent les bras et forment 
une boule double de la première. Avant le règne 
de Henri lY» des troupes desautriaux se formèrent 
en diverses provinces du royaume , à l'imitation de 
ceux de Yerberie; ces derniers envoyèrent même 
des élèves jusqu'en Provence. Le jeu paraissait beau 
et intéressant aux curieux de ce temps, et il leur 
suffisait. Ce qui est singulier, c'est que les sautriaux 
de Ferberie étaient inscrits sur l'état des menus plai- 
sirs du Roi f pour une somme qui leur était déli- 
vrée chaque fois que le monarque descendait la 
montagne de Yerberie pour aller à Compiègne. On 
rapporte même qu'au sacre de Louis XY la troupe 
des êautriatix de Yerberie vint s'établir sur une col- 
line du grand chemin de Rheims , pour y exercçr 
leur talent, et qu'ib en furent chassés par les ha*- 
bits^ns d'un village voisin; que les sautriaux, ayant 
porté plainte au prévôt de l'hôtel ^ furent mainte- 
nus dans leyr ancien droit d'à musef le roi à son 
passage. La profession de sautriau n'est plus guère 
exercée que par des gens du bas peuple. 



UVUK SECOND. 147 

16. B0isuê d'Orléans. Un poète, ta Fontaine, 
a dit qae la nature, ayant délivré ]a Beauee de 
Tincommodité des montagnes, les a transportées 
sur le dos des Orléanais ; mais c'est un badinage. 
On lit dans un vieux rituel d'Orléans, que le curé 
demandait à Dieu de préserver ses paroissiens de 
bosses. Ces bosses étaient une espèce dé maladie 
épidémique qui causait des éruptions cutanées , 
telles que galle, clous, charbon, etc. On a vu (pro- 
verbe 1 , pag. 3i 1 , tom. II ) que le penchant des 
Orléanais à la raillerie leur avait fait donner le so- 
briquet de Guepins. 

1 7. Usuriers de Metz. Ce sobriquet ne regarde que 
les juifs , qui se trouvent en grand nombre dans la 
ville de Metz, et généralement dans toute TAlsace. 

18. Les singes de Chaunjr ^ surnom donné aux 
habitans de Ghauny, parce que les arquebusiers de 
cette ville avaient un singe d'une figure hideuse 
peint sur leur étendard. 

19. Les larrons de Vermand. Quand tin habi- 
tant de cett€ ville passait par les villages d'alen- 
tour, et était reconnu, chacun le houpait, c'est-à- 
dire, le huait et criait après lui : Voilà un des lar- 
rons de Vermand. Levasseur, dans ses Annales de 
Noyon, prouve que Vermand a été ville. C'était la 
capitale du Yermaudois. Le même Levasseur rap- 
porte, tome !i, page 375, que plusieurs villes de 
Picardfe étaient distinguées p^r des surnoms ; 
ainsi Ton disait encore au dix-septîéme siècle : 
Noyon la sainte, Saint-Quentin la grande, Péronne 
ta dévoie et ta pucelle, Cliauny la bien-aimée, II am 
la bien placée, Nesle la noble, et Athie la désolée. 



i48 UISTOIAE DES PR OVEEBES. 

20 Le$ Mt$ de Ham. 11 y avait dans cette fille 
une compagnie de fouA ou de sots; leur chef était 
nommé le prince des sotê. Ces fous montaient sur 
un âne, tenant la queue de l'animal en guise de 
bride. On ne pouvait faire de folies sans la permis- 
sion du prince des fous, sous peine d'amende. La 
petite-fille du dernier prince vivait encore en 1735, 
et on l'appelait princesse. Quant à la principauté 
de Ham 9 ce sont des principautés de cette nature, 
du moins cela est probable, qui ont rendu le nom. 
de Leprince et celui de Leroij si communs en France. 
On créait des royautés, non-seulement à l'occasion 
du gâteau des rois, mais encore pour des objets 
bien diflférens. Dans un extrait d'un registre baptis- 
tère du 1 o janvier 1 675, en Bourgogne, on lisait qu'un 
garçon, baptisé ce jour-là, qui était le jeudi gras, 
dans la paroisse de Saint-L.... d'A...., le curé avait 
écrit : Edme Fanay, roi des potes. C'était sans doute 
parce que le dit Edme Fanay était roi de la joule 
aux coqs, laquelle joute se faisait par les jeunes 
écoliers, qui fournissaient chacun un coq bien 
abreuvé de vin, et faisaient combattre ces oiseaux 
les uns contre les autres, le jeudi gras. Or, comme 
il y avait*toujours un coq qui restait vainqueur des 
autres , ce coq valeureux et magnanime méritait 
bien, par excellence, le noble titre de roi des potes ^ 
c'était le propriétaire du coq qui recueillait tous 
les honneurs de la victoire; on écrivait alors pôles 
pour poules et dobles pour doubles. 

21. Chiens d'Orléans. On appelle ainsi les Orléa* 
nais. Mathieu Paris rapporte ainsi l'origine de ce 
sobriquet dans la vie de Henri III, roî d'Angleterre* 



LIVRE SECOND. 149 

Selon lui, les habitans d'Orléans eurent ce nom 
pour avoir dissimuïé ou même approuvé la vio- 
lence que firent aux écoliers et au clergé de la 
ville les pastoureaux, brigands qui parurent en 
France durant la captivité de saint Louis.. I/évé- 
que d'Orléans , indigné de ce lâche silence, mit la 
ville en interdit. Si cette origine est vraie, dit Tuet, 
il faut prendre le sobriquet dans le sens du pas- 
sage de récriture : Canes muti^ non valenies latrare. 
Le Maire, dans son histoire d'Orléans, conjecture 
que les habitans de cette ville ont été nommés ainsi 
à cause de leur fidélité envers nos rois; origine qui 
serait beaucoup plus glorieuse que la première. 



CHAPITRE XXIIL 

Dam les Tropes ou Figures. 

Les proverbes ont puisé dans les tropes cette 
variété infinie qui distingue ces figures. La plupart 
des figures sont prises dans la nature; voilà pour- 
quoi elles ont un charme qui embellit le style et les 
pensées. Le discours familier même reçoit un 
agrément infini de l'emploi des figures^ surtout 
lorsqu'elles réunissent la justesse à la simplicité. 
Les fables de La Fontaine en sont remplies, aussi 
sont-elles des modèles inimitables de grâce et de 
naïveté. 

§ !• V Allégorie. 

L'allégorie, considérée comme figure, n'est, à 
proprement parler, qu'une extension de la méta^ 



i5o HISTOIAE DKS PROVERBES. 

phare. Celle-ci ue porte que sur un mot, rallégoriic 
développe la métaphore et les idées qui s'y ratta- 
chent. Cette figure est si naturelle au proverbe, 
que la morale de celui-ci doit faire une impression 
d'autant plus vive, qqe la vérité du sens figuré est 
plus saillante. 

1 . H ne faut pas mettre te doigt entre te bais et 
Vécorce; c est-à-dire, se mêler des affaires et des 
querelles de ménage. Molière, dans le Médecin mal- 
gré lui, fait dire fort plaisamment à Sganarelle : 
Vous êtes un impertinent de vous ingérer des 
affaires d'autrui; apprenez^que Cicéron dit, qu'entre 
l'arbre et le doigt il ne faut point mettre t'écorce. 

2. 1 1 reste la gueule morte; en parlant d'un homme 
trompé dans son attente. 

3. C*est le geai qui se pare des plumes du paon. 
Le monde est un tableau magique^ composé par un 
grand nombre d'originaux, qui l'ont couvert d'une 
gaze assez transparente pour qu'un œil perçant et 
exercé puisse découvrir dans un coin du tableau 
les noms des peintres. Combien d'imposteurs se 
parent de beaux dehors pour couvrir la nudité et 
la malice de leur âme; combien de poltrons con- 
trefont les braves, combien d'idiots veulent se faire 
passer pour gens d'esprit, de roturiers pour nobles, 
de gueux pour opulens. Chacun se farde^ se masr 
que, se déguise pour paraître en arlequin. 

4* Donner du galbanum ; c'est-à-dire, duper. Les 
charlatans en ont long-temps imposé au peuple, 
en exagérant les propriétés du galbanum, gomme 
résineuse que produit une plante indigène de 
l'Asie, et connue des naturalistes sous le nom de 



. LIVRE SECOND. i5i 

metopion» On prétend qu'elle servait à la composi- 
tion du feu grégois. L'expérience a fait voir la faus- 
seté des vertus qu'on attribuait au galbanum. Pour 
attraper les renards, orf les attire avec des rôties* 
frottées de cette gomme, dont ils arment l'odeur. 
On dit encore, dans lemêmesens, donner de la gaba-- 
tine, du mot italien gabbatina^ qui veut dire trom- 
perie. 

§ a. La Métaphore. 

La métaphore consiste à transporter un mot de 
sa signification naturelle, à une autre signification 
qui ce lui convient qu'en vertu d^une comparaison 
qui «est dans l'esprit, fille est une partie si essen- 
tielle à l'expression de la pensée , qu'elle se trouve 
dans toutes les langues existantes. 

1. Cul de plomb. Cela se dit d'une personne la- 
borieuse et qui ne bouge de sa place. 

2. C'est un pot fêlé; pour désigner une personne 
d'une santé valétudinaire. 

3. Sourd comme un pot. Plaignons ceux qui sont 
affect^ de la surdité, car bien souvent, comme l'a 
dit mademoiselle de Sôudéry : 

L'oreille est le chemin do cœur , 
Et le cœuif l'eit da reste. 

4-* Plumer lapoùk; soutirer beaucoup d'argent 
h quelqu'un*. Les oiseaux ont abondamment prêté 
à l'usage de la métaphore. Cet homme ne bat plus 
que d'une ailé^ pour dire que sbn crédit est beau- 
coup <liminué; on lut à rogné les ailes; on a arrêté 



I 

i5a HISÏ.OUIE DUS PROVERBES. 

le cours de ses intrigues, de son ambitiou., Aristo- 
phane, dans sa comédie de$ OUeaux, a rassemblé 
les proverbes qui avaient un rapport direct avec 
leurs habitudes. En voici la traduction : 

Oo oe ref pirt pins qae les moeurt des oiseaux , 

Sur ces modèles ooa^eaax 

Se règlent geste et parole : 
' Oo dénieke de grand matin , 

On plume, autant qu'on peut, son pins proche roîsin; 
On va graUnr la paie à quelque commissaire; 
On fait le pied de gruê an lien de s'ennuyer; 

On tire faite pour payer , 
Et l'on fait le plongeon ^ lorsqu'il est nécessaire. 

S 5. L'hyperbole. 

Sénèque dit : In hoc hyperbole exiinditur, ut ad 
verum mendacio ventât. Cette pensée s'applique fort 
bien aux proverbes fondés sur l'hyperbole. Les hy- 
perboles ramènent l'esprit à la vérité par le men- 
songe, en faisant concevoir ce qu'elle signifie, à 
force de l'exprimer d'une manière qui semble la 
rendre incroyable. En voici un exemple^ même ou- 
tré et ridicule, tiré du poète Théophile : 

Aux coups que le canon tirait 
Le ciel , de peur , se retirait , 
La mer se vit tonte allumée ; 
Les astres perdirent leur rang. 
L'air s'étooflb de fumée * 
La terre se noya de sang. 

Le rapprochement suivant prouvera que l'hyber- 
bole est familière aux Orientaux. Le Chou-King^ 
dans la description de la terrible bataille qui se 
livra dans la plaine de Moa-Ye^ fune jles plus 
étendues de la province de Ho^Uan, dans la Chine, 



LIVRE SECOND. i55 

entre Cheou^Sin^ dernier empereur de la seconde 
dynastie chinoise appelée Chang, et Ou-Ouang, 
premier empereur de la dynastie de Tcheou, rap^ 
porte qu jl y eut tant de sang répandu , quil s'en 
forma des ruisseaux sur lesquels flottaient les mor" 
tiers destinés à piler le riz. 

1. C'est une peste. Cela se dit en désignant un 
homme méchant et dangereux ( hyperbole d'aug- 
mentation). 

a. Il se noierait dans un crachat; en parlant d'un 
homme poursuivi par le malheur, et à qui rien ne 
réussit ( hyperbole de diminution). 

3. lia une voix de Stentor; c'est-à-dirq» une ?6ix 
forte et sonore, par comparaison à celle du Grec de 
ce nom, qui était plus éclatante que le son de Tai* 
rain, et qui servait de trompette à l'armée des 
Grecs; sa voix surpassait celles de cinquante hom- 
mes les plus robustes, et se faisait entendre de 
plus loin. 

§ 4* L* antithèse. 

L'antithèse ou opposition est une figure dont le 
proverbe tire souvent parti : 

A feune soldat , rieuz cheval ; ' 

A gr Ase cuiskie , pau^ceté voinne ; 
A chair de loup , sauce de chien ; 
A père amasseur, fils gaspilleur; 
A dure enclume , marteau de plume. 
Belle femme » mauvaise tête ; 
Bonne mule , mauvaiiBc bête ; 
Bon pays, mauvais chemin; 
Bon atocat , mauvais voisin. 



HISTOIRE Des PROVERBliS. 



LIVRE SECOND. t55 

o'avez rien, pourquoi pleurez-vous? C'est juste-- 
ment parce que je n'ai rien que je pleure ^ répon- 

§ 6. L'Ironie. 

L'ironie, par son ton mordant et facétieux, se- 
conde parfaitement le proverbe et prÎRcipalement 
les expressions proverbiales. Je ne citerai que deux 
exemples de cette figure. Le premier peut être re- 
gardé comme un chef-d'œuvre de saillie fine et 
spirituelle. Le célèbre Foote, auteur et comédien, 
surnommé V Aristophane anglais^ a^ait reçu de la 
nature un esprit satirique qui semblait couler de 
source, et qui le faisait redouter de tous ceux qui 
l'approchaient. Il n'épargnait personne, et ses bons 
mots n'étaient jamais perdus. Il avait un jour, dans 
une société nombreuse, ridiculisé, de la façon la 
plus cruelle, le comte de Sandwich, une des co- 
lonnes du ministère de lord North. Le comte en 
fut informé, et, rencontrant Foote, à quelque 
temps de là, dans un lieu punlic, il lui dit, pour 
lui témoigner son ressentiment : Dites-moi donc, 
maraud^ laquelle de ces deux choses vous avez le plus 
vraisemblablement à attendre la première, ou d'attra^ 
per la v.,.. ou d'être pendu. Cette question, à la- 
quelle le ministre s'était peut-être préparé de lon- 
gue main, était de nature à rendre une répartie 
prompte et heureuse presque impossible; elle était 
à la fois insultante et embarras)sante; mais le 
comte manqua son but. Miiofd, lui répondit Foote 
^r-le^champ, cela dépendra d'une aesez petite cir^ 



i56 HISTOIRE DES PAOYERBES. 

constance^ c*e$t de savoir ce que j* embrasserai le pre- 
mier , de votre maîtresse ou de vos principes ? Masson 
de Morvilliers était un homme d'une humeur atra- 
bilaire. La mort si touchante de cet amant qui, 
pour obtenir la possession de sa maîtresse, s'en- 
gagea à la porter jusqu'au sommet d'une montagne, 
et mourut accablé de fatigue sous un si doux far- 
deau, ne put lui inspirer que ce quatrain caus- 
tique : 

Il est mort eo portant m belle , 
Le paum amant qui git ici; 
S'il eftt été porté par elle^ 
Il serait mieaz , sa belle aussi. 

Cette aventure, où l'amour se déploie d'une ma- 
nière si sublime, a été chantée en vers harmonieux 
et pleins de charmes par Ducis. 

1. C'est de la petite bière; pour désigner un 
* homme de peu de mérite et qui ne fait aucune 

sensation dans le monde. Les Français, depuis les 
croisades, avaient recherché les épices et les assai- 
sonnemens de haut goût, de sorte qu'ils ne vou- 
laient plus que de la bière excessivement forte, ce 
qui leur faisait mépriser la petite bière. Il y a bien 
de la petite bière, même parmi les grands. Une 
brillante décoration suppose du mérite, mais n'en 
donne pas. 

2. Huile de cotterets ou cotrets; on appelle ainsi 
ironiquement des coups de bâton. Huet, évêque 
d'Avranches , a cherché fort loin l'étymologie de 
ce mot, qui est fort simple. Il déduit le mot coUe- 
ret de cotia^ qui est 1^ nom latin de la forêt de 



^ LIVRE SECOND. ^ ^7 

Cuise. Les cotrets originairement étaient de petites 
fascines d'un bois léger et fendu proprement, 
qu OD appoitait à Paris, et qui étaient tirées de la 
forêt de Villers-Cotterets. Comme on appelait pri- 
mitivement cette forêt colle de Betz ou cotte de 
Rez, on donna le nom de cotterets à ces fascines. 
Ce nom est même passé en proverbe. On appelle 
dans le discours familier, jambes de cotrets^ des 
jambes menues et eflSlées, d'ui^e même venue, dé- 
pourvues de molets ; on dit d'un homme exténué 
par la maigreur, qu'il est sec cemme un cotret. 

3. Amoureux des onze mille vierges. Cela se dît 
d'un homme inconstant, qui prend feu à la pre- 
mière vue, et dont tous les transports d'amour s'en 
vont en eau de boudin. Voici sur quoi cette erreur 
est fondée, suivant la conjecture du savant père 
Sirmond. Ceux qui ont forgé cette ridicule histoire, 
ayant trouvé dans quelques martyrologes manus- 
crits, S. S. [Sanetœ Ursula et undecimilla ) V. M. 
[virgines martyres), se sont sottement imaginé que 
le mot undecimilla , avec les lettres V. M. qui sui- 
vaient, étaient un abrégé pour an^mm millia vir^ 
ginum mariyrum, ont fait là-dessus le conte supers- 
tieux que la crédulité la plus niaise seule peut 
admettre. Je ne comprends pas, dit Adrien le Va- 
lois, dont je tire cette explication , comment les 
docteurs de Sorbonne, parmi lesquels il y a tant 
d'habiles gens, ont bien voulu laisser pour patrones 
tutélaires de leur église, cette troupe de saintes de 
contrebande, pendant qu'ils en avaient à choisir 
tant d'autres de bon aloi. Quelques écrivains con- 
jjecturent que ce fut dans l'irruption que firent les 



HISTOIRE DES PaOVEEBKS. 
§ 7. Le jeu de mot». 



V 



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1 

1 

i. 


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3. 


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5. 


6. 


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8. 

1 


' 9. 


lO. 



, LIVRE SECOND. i6i 

GîÉfriel Meurier a employé les jeux de mots jatqu'à • 
la pio fusion; en voicf quelques-uns. AfgetU^ ard 
(brûle) genU Qui art a, partout part a. Âpres poisson^ 
nçix en poids sontj c'est-à-dire, en estime; comme 
l'explique l'auteur. 

*■ ♦ 

§ 8. Dictons populaires et ttivialités. 

w 

Bien dire , fait rire ; bien faire , fait taire. 

Dérobe, prend, pouède, anmsae. 
Tout faut laissée quand on trépasse. 

Qui bien mange , fiente et dort ^ 
Fait un pied de net k la mort. 

Trop tôt arrive k la porte , 

Qai mauTaise nouvelle apporte. 

User bien de pauvreté. 

C'est richesse et félicité. 

Être usurier et piller le bon homme , 

0e bon larron on devient gentilhomme. 
Voyez le vieux renard, toujours renard demeiwe , 
Bien qu'il change de poil, de place et de demeure. 
Les choses que l'on fait par avis mûr et sage 
N'apportent en tout temps ni perte ni dommage. 
En affaire douteuse , 
L'audace est avantageuse. 

Or et argent dont tous plaisirs procèdent. 
Causent douleurs qui tous plaisirs excèdent. 

11, Plus aisément qu'on entre en la vie , on en sort ; ' 
Elle n'a qu'une porte , et mille en a la mort* 

12. Heureuse fin est due à beau commencement ; 
Tous avez bien vécu , mourez donc bravement. 

1 3« Toute mau vaise. cause « avec art bien plaidée , 

Est pluf que le bon droit souvent recommandée. 

l/jt. Fou propose. 

Dieu dispose. 

|5. Sans le ca , le si , le mais, 

Nous serions tous riches à jamais. 

T. m. 11. 



■fis HISTOiaM>BS PaOYERBES. 

l6. LetcboMiprMptrM, 



\ 



LIVRE SEC*OND. i63 

CHAPITRE XXIV. 

Dans te sens grammaticaL 

§ 1 . Proverbes commençant par un article. 

1. Le moineau dans la main vaut mieux que la 
grue^qui vole. Il faut préférer le certain à TiDCcr- 
taîn. 

2, La roue de fortune va plus vite que celle d'un 
moulin. 11 y a des hommes qui doivent le commen- 
cement de leur fortune à la plus mince des cir- 
constances, à une contredanse, quelquefois à un 
service honteux, dont le paiement ne peut se de^ 
mander en public. 

Z. Le mal guérit les fous. Il n'y a pas de remède 
plus souverain que la douleur, pour rappeler la 
raison égarée. C'est un état violent, duquel l'ins- 
tinct de la nature vous pousse à sortir. 

4* La critique est aisée et l'art est difficile. On 
voit un grand, nombre de critiques et fort peu de 
bons juges, dit Saint-Evremond : 

Fin opus è prafio tnadUtam pro£i , eece repente 
Carpitur omnigenûm eensorum demie mallgnà, 

A peine quelque ouvrage est-ll sorti de presge , 
Que pour le critiquer tout ie mou de s'empresse. 

5. Les sots sont ici-^bas pour nos menus plaisirs^ 
Un sot porte des sottises, comme un sauvageon 
porte des fruits amers. Les sots sont ceux qui ont 
des prétentions au savoir et aux talens dont ils 
sont dépourvus; ils parlent sans cesse sur des ma-- ' 
tières auxquelles ils sont le plus étrangers. Ils 



iSi HISTOnS DES PAOTEUES. 

Teulent forcer leur nature, et alors ils manquent de 
griee et d*à propos : malgré cela, cm êoi trouve tou- 
jours un plus sot qui t admire, 

6. L'amour et les mauvais desseins se fourrent 
aussi-èien aux champs qu'à la ville. 11 j a long-temps 
qu*on est rcTenu de la simplicité des bons Tilla- 
geois. Parcourez les Tillages, tous y rerres la ca- 
lomnie, la méchanceté, le goût pour la rapine et la 
jalousie, circuler dans les humbles chaumières 
comme dans les grandes Tilles. Les pajsans sont 
d'autant plus dangereux qu'on s'en défie moins. 

^. Le vin aiguise l'appétit. Yinum acuit ingenium. 
Adrien Junius, dans une allégorie, dépeint Bacchus 
jeune et ayant des ailes attachées à son corps, avec 
cette inscription : Vinum ingenii fomes. Cet em- 
blème n'est pas moins juste i l'égard de tout le 
monde. Il est certain que le dieu Bacchus, figuré- 
ment parlant, échauffe les pensées, les rend plus 
piquantes et inspire d'ingénieuses saillies; aussi 
a-t-on donné à Bacchus le nom de Lysien, ou dé- 
noueur, parce qu'il ouvre l'esprit en le mettant de 
belle humeur. Aussi dit-on encore, en manière 
de proverbe, que ceux qui boivent de l'eau ne sont 
pas, à beaucoup près, si sages que ceux qui boivent 
du vin , supposition fort sujette à controverse, et 
qui peut paraître singulière à bien des gens. Plu- 
tarque assure que le vin rassemble et augmente les 
forces de Tintelligence , aiguillonne l'esprit des 
personnes qui, naturellement timides, ne man- 
quent cependant pas de pénétration. Platon sou- 
tient que le vin réchauffe aussi-bien 1 esprit que le 
corps. Hoffman prétend qu'il n*y a pas le moindre 



LIVRE SECOND. i65 

doute que le yin ne rende les hommes ingénieux, 
et même sageis et spirituels. Aussi Texpéricnce 
montre-t-elle, que les Italiens , les Français, les 
Allemands, chez lesquels on fait de bons vins, ont 
infiniment plus d'esprit que les peuples septen- 
trionaux qui ne boivent que de la bière. Si les An- 
glais n'ont pas de vins éhaz eux, ils savent bien ne 
pas s'en passer; ils mettent mèiiie tous les plus 
fameux vigtlobles de la terre à contribution pour 
encombrer leurs caves; aussi se font-ils remarquer 
par Fénergie, la singularité et la profondeur de 
leur esprit et de leurs pensées. Gryllus croit que 
les Grecs ont été appelés les pères de h sagesse à 
cause de l'excellence de leurs vins, et que leurs des- 
cendans n'ont tant dégénéré de leurs pères, que 
parce que les Turcs ont anéanti leurs vignes. Les 
païens û'ont mis Pàllas et Baccbus dans un même 
temple, que pour marquer que le vin augmentait 
la sagesse, et ils n'ont représenté leurs dieux plus 
sages que les hommes, que parce que les premiers 
se gorgeaient de nectar et d^ambroisîe. Le vin était 
regardé comme le Pégase des poètes ; on était si 
convaincu qu'il servait à réveiller leur imagination, 
qu'on n'avait pas bonne opinion d'un poète buveur 
d'eau, et qu'on disait proverbialement de lui : Non 
est dytkyrafnbu^^si aquam bibat. Platon ^ le divin 
Platon, n'était en verve que lorsqu'il était en pointe 
de vin. Ennius ne travaillait j^amais à son poème 
héroïque, que Bacchus né l'eût reconforté, et Alcée 
n'écrivait ses tragédies que lorsqu'il était ivre. Les 
disciples de Paracelse profitaient du temps où leur 
maître était complétemient ivre, pour lui faire 



i66 HISTOIRE DES PAOYERBES. 

dicter ses savantes leçons» et Rabelais n^a tracé, 
d'une main treinblottante » les hauts faits de Pen- 
tagruel et de Gargantua, qu'inspiré par le jus de 
la treille. On appelait autrefois vin théologal un 
Tin vigoureux, qui donnait des dispositions et des 
forces pour Targumeotation. Aussi prétendait-on 
que quand les théologiens s^en étaient soûlés, ils 
s'accordaient ensuite comme chiens et chats. 

8. La défiance e$i mère de eûreté. La défiance 
n'est excusable que lorsqu'on est certain qu'on n'a 
pas affaire à d'honnêtes gens, ou lorsqu'on se trouve 
au milieu de ses ennemis; hors de ces motifs, légiti- 
més par la nécessité, la défiance est à la fois une 
injustice et une injure que nous faisons à ceux avec 
qui nous communiquons. Dans le commerce de 
la vie, la défiance est autant incommode à soi 
qu'aux autres; elle nous laisse toujours en senti* 
DcUe perdue et sur le qui-vive. Un homme raison- 
nable doit en user sobrement; il lui suffît de la 
prudence, qui lui conseille de ne pas se confier de 
prime-abord à des inconnus, et de ne pas s'engager 
légèrement dans une affaire dont il n'entrevoit 
point l'issue. Le moyen de se tranquilliser pour 
toujours, quand on est d'un caractère défiant, c'est 
de ne faire ni de ne vouloir du mal à personne, et 
de faire du bien à tout le monde, autant qu'il est 
possible. Avec ce système de conduite, on peut 
dormir tranquille en tous temps et en tous lieux. 
Ordinairement l'homme le plus défiant est celui 
qui a le plus envie de tromper* 

9. Le premier venu engraine. Les Italiens disent : 
Primo venutOy primo servitOj premier venu, premier 



LIVRE SECOND. 167 

^crfî : ou bien : Çhi primo arriva al moltno primo 
tnacina^ le premier arrivé au moulin, moud le pre- 
mier. Ce proverbe est une leçon pour les pares- 
seux. Celui qui tarde trop à mettre à exécution 
une entreprise qu'il a conçue, court grand risque 
de la voir exécutée par un autre. Ceux qui recher- 
chent des emplois, des ^gnités, des honneurs et 
des distinctions, doivent se hâter de les demander^ 
lorsqu'il y en a à distribuer : s'ils arrivent au der-< 
nier moment , ils sont souvent forcés de prendre 
ce qu'ils peuvent, et non ce qu'ils yeulent. En in- 
trigues, ce n'est pas tout de courir, il faut partir 
de bonne heure. La Bruyère a dit, sans beaucoup 
de justesse, selon moi, mais en honnête homme : 
« Bendez-vous digne de quelque emploi; le reste 
ne vous regarde pas, c'est l'affaire des autres. » Je 
doute fort que ce procédé soit mis en pratique 
dans ce siècle-ci, où le rôle de solliciteur est si 
commun. On va rarement au-devant du mérite, il 
faut qu'il se fasse jour. L'intrigue et l'incapacité , la 
plupart du temps, savent prendre les devans et réus- 
sissent en toute chose ; la justice distributive veut 
qu'à mérite égal les premiers venus soient expé- 
diés les premiers. C'est une preuve d'exactitude 
qui parle en leur faveur. 

10. Lés deux font la paire. Cela se dit quand on 
voit deux personnes ensemble qui ont les mêmes 
défauts et qui sont bien appariées. Les Latins 
disaient, dans le même sens : Bestia besliam noviU 
• Les coquins se devinent, dit Duclos. » A peine si 
deux honnêtes gens s'entendent pour une bonne 
action. Les vertus sont solitaires^ lè^ vices sont 



i68 'UISTOiaE DES PAOYERBES. 

bons compagnons. Quand on entre dans le com- 
merce du monde» il est important de prendre 
garde avec qui on contracte société et amitié, car 
qui fréquente des méchans en contracte bientôt 
tous les vices, ce qui est prouvé par Texpérience, et 
ce qui a donné lieu à cet autre proverbe : Dis-moi 
qui tu tanteê^je te dirai qm tu et. 

§ 2. Proverbes commençant par un substantif. 

I . Chansons de Jeanne et de Paquètte. Façon de 
parler proverbiale et populaire, pour désigner de 
sots discours, que Ton tient du tiers et du quart, 
de celle-ci, de celle-là, et que nous rendons fort 
bien aujourd'hui par ce mot de commérage, grand 
soutien de toutes les cotteries tant mondaines que 
littéraires. 

's. Finesses cousues de fil blanc. Les Grecs avaient 
è peu près la même idée pour exprimer des four- 
beries maladroites , et la rendaient par le mot 
pAirniv. Les Latins ont suivi l'exemple des Grecs, 
en employant le mot consuere (coudre), qui y cor- 
respond. Plante emploie cette expression prover- 
biale dans le passage suivant : 

Adveniiii , audaàm eotumen » eomaîU doH$. 

« Impudent, tes ruses sont mal cousues. > 

3. Personne ne veut donner le premier coup au lion 
qui dort. Lorsqu'une entreprise offre de grands 
dangers, il se trouve peu de gens assez hardis 
pour la commencer. Plus le succès en est incer- 
tain, plus on craint les premiers efforts, et^surtout 
le ressentiment de celui qu'on attaque. 



r 



LIVRE, second; 169 

4. Ai^t r?« rigne^ mais cas et fortune. Que d*ou- 
. vrages ne sont qu'un commentaire de cette vérité. 
Si Ion voulait transcrire tous les faits qui la con- 
firment, on ferait une histoire universelle. Un seul, 
puise dans l'histoire ancienne, suffira. Un habile 
général a tout disposé pour se procurer une victoire 
certaine ; il s'est saisi des postes les plus avanta- 
geux. Un second, un troisième ordre de bataille 
doivent succéder au premier, dès qu*un retran- 
chement sera forcé. Tous les obstacles sont prévus 
et doivent être surmontés. Ce général a fait une ha-: 
rangue sublime à ses soldats, et a enflammé leur 
courage jusqu'à l'héroïsme. Les cieux et les aus- 
pices sont pour lui; les poulets sacrés ont bien 
mangé; les corbeaux passent de la gauche à la 
droite : tout est à souhait. Un palefrenier impru- 
dent donne au cheval du consul une double me- 
sure d'avoine. Le coursier, belliqueux et plein d'ar- 
deur, entend lé son de la trompette, s'émeut et 
s'emporte. Le consul, plus habile général que bon 
écuyer, tombe, se casse la tête et expire. L'enne- 
mi profite, du désordre que cause cet accident, 
tombe sur les troupes romaines, les disperse et 
poursuit ses succès. Une mesure d'avoine donnée 
inconsidérément met Rome à <^eux doigts de sa 
perte. Ce fait, soit qu'on en admette l'existence, 
soit qu'on veuille seulement le considérer comme 
un apologue utile, nous apprend que si le mérite 
et la prudence préparent les succès, il ne faut 
attendre que de la Providence leur entier accom- 
plissement. Il est des limites au-delà desquelles la 
prévision et la puissance de Thorome ne sont plus 



1 70 n ISTOIRB D£S PROVERBES. 

rien. L'histoire des grands ëvénemens produits 
par de petites causes est une matière inépuisable 
de réflexions. Il n'est pas même nécessaire d-aller 
chercher dans Tantiquité des faits de cette nature; 
les annales de l'histoire moderne jusqu'à nos joura 
en sont remplies. 

S 3. Proverbes comtnençant par un adjectif. 

1. Bon chien chasse de race. Cette expression pro- 
verbiale doit être prise en bonne part. Les pères et 
mères doivent à l'influence de leur exemple et de 
leurs bons principes tout le mérite de leurs en- 
fnns. Une bonne éducation surtout perfectionne 
la première ébauche de leur ouvrage. Un beau na- 
turel peut se gâter, s'il n'est pas cultivé. La recon» 
naissance, la bonne conduite des enfans, l'honneur 
qu'ils acquièrent dans le monde , les avantages 
nombreux qu'ils retirent de leur éducation , paient 
généreusement les parens des soins qu'ils ont pris 
de les diriger sagement à leur entrée dans la car- 
rière de la vie* Le but constant de tdut homme 
élevé dans des principes d'honneur et de vertu est 
de ne rien faire qui ne tende à son bonheur et à 
celui de la société dont il fait partie. Les moyens, 
pour y parvenir, sont puisés dans les principes d'une 
éducation , où la pratique des actions vertueuses 
est préférée à l'éclat de ces connaissances qui ser- 
vent plutôt à parer l'extérieur qu'à bonifier le fond. 
Toute éducation bien entendue consiste donc 
à re^ndre l'honîme meilleur; par elle il devient ri- 
che de son propre fonds. Toutes 6es facultés s'a- 
grandissenti se multiplient; par elle ses yeux sont 



LIVRE SECOND. 171 

cclairés des rayons d une lumière qui sert à le gui<- 
der à travers les ténèbres de la vie. La raison se 
montre à lui avec tout son imposant cortég^e , et 
lui donne le privilège de faire de ses fiicultés un 
usage qui concourt à lui procurer, dans la société 
civile, de l'estime, de la considération , enHn an 
bonheur qu'il peut rendre inaltérable, si, à son 
goût pour l'étude, et à la prudence de sa conduite, 
il sait unir la modération dans ses besoins et dans 
se$ désirs. 
2. Désiniéressé comme un procureur (1). Cette ex- 

(1) Le préjugé et certain goût rapace ont pu nuire au nom 
et à la qualité de procureur. Les poètes comiques n'ont pas 
peu contribué, par leurs sarcasmes et par leurs plaisanteries, 
à décrier une profession qui, dans le droit romain, était 
qualifiée de j^9f7/j obsecondatios et d'un nom encore plus In- 
jurieux. Il est équitable de dire qu'en aUaquant un vice at- 
tribué communément à la profession de ces officiers de jus- 
tice 9 nous sommes bien loin de croire que la masse en soit 
infectée. Nous ne sacrifions pas serTtlemeot ù un vieux pré-* 
jugé; nous pensons qu'il j a, comme dans toutes les corpo-» 
rations, de fort estimables gens parmi les procureurs, et 
nous ne pensons. pas, à leur égard, comme ce lieutenant de 
police à qui un chétif nourrisson deii Muses , pris en méd!-^ 
sant délit, faisait, pour s'excuser, cette objection : «Il faut 
que tout le monde vives; et qui lui répondît :• Je n'en vois 
pas la nécessité» , ce serait par trop înbumain. Les exceptions 
nous ont paru aujourd'hui si nombreuses et si honorables,, 
que si elles ne sont pas encore parTciiues à détruire totale- 
ment une prévention qui jadis pouvait a?oir quelque fonde- 
ment, elles n'en ont plus laissé subsister que le noyau; nou» 
désirons qu'il ne puisse plus germer, on ne fera plus alors 
de distinctions désagréables. L'état de procureur n*a d*niileui^ 
rien que de fort honorable, lorsqu'on l'exerce avec délica-» 



l^a HISTOIRE DES PAOVËRBES. 

pression doitêtre prise ironiquement et en mauvaise 
part, mais non d'une manière trop absolue. Les 
procureurs ont été bien souvent semonces par l'opi- 
nion publique, et taxés 4'une excessive cupidité. 
Lorsque les Italiens donnèrent la pièce d'Arlequin 
procureur, tout Paris courut à cette pièce, qui ce- 
pendant n'était qu'une farce pitoyable; mais le 
désir de voir ridiculiser les procureurs , l'emporta 
sur le bon goût. Bayle en parla ainsi : « On repré- 
> sente admirablement bien dans cette pièce les 
» friponneries qui se commettent dans la profession 

<lll !-■ ■ ■ III ■ I I I ■ ■ ■ I I» 

tfs^e, et lorsqu'on ne cherche point & exploiter le patrimoine 
des veuves, des orphelins et des înotbéciUes ; î*en eopnais un 
surtout, et ce serait mon homme st jamais j*avaîs besoin 
d'introducteur dans le temple de Thémis, qui joint à un 
talent précieux la probité la plus 8é?ère. Si chacun était aussi 
heureux que moi dans le ehoix qu'if pourrait faire, ce serait 
une véritable jouissance d'avoir des procès; mais» en atten- 
dant ce doux avenir, je ne pourrai jamais cesser de plaindre 
ceux qui sont obligés de passer par les mains de dame justice. 
Après avoir fait la part de l'équité 9 il faut faire celle de la 
politique : c'est un de ses principes les plus utiles, qu'il faut 
ménager ceux qui peuvent vous nuire; or, qui peut garantir 
qu'il sera jamais exempt de procès comme de maladies? La 
vie est un torrent qui s'écoule entre les médecins placés sur 
une rive, et les hommes de loi placés sur l'autre : il y a ce- 
pendant cette différence entre les médecins et les procureurs, 
c'est que s'il me plaît de mourir sans implorer le secours des 
premiers, il m'est libre de le faire, au lieu que s'il me prend 
la sotte fantaisie de vouloir perdre mon procès, je n'en ai. 
pas le droit sans être forcé de recourir aux seconds , il ne 
m'est pas permis de décliner leur juridiction. On me dît que 
c*e8t pour mon bien, je n'ai plus rien sk objecter. Voici l'ori- 
gine des procureurs : Lorsque les formalités judiciaires se 



LIVKE 3EC0ND- 1^3 

• de procureur, On prétend que Tutilité en doit 

• être très-grande, parce quelle accoutumera le 
» monde à mieux se précautionner contre ces fri- 

• ponneries, et qu'elle corrigera de leurs habitudes 
«les procureurs malhonnêtes gens. » Le Mercure 
galant de Boursault doit, en partie^ son succès, à la 
scène des detix procureurs. Tout Paris vit avec une 
joîe inexprimable M* Sangsue et M* Brigandeau se 
reprocher à Tenvî ce qu'on prétendait être* alors le 
pain quotidien des procureurs. Dans la comédie de 
la Métempsycose , imprimée en 1745, il est dit, à 

■ | | ' I II I II, ■ I ■■ ■ . I ■ I I . m m , I ■ Il ■!■ ■ ■ 

fureût multipliées à rinfini dans le barreau de Eoine^ et 
lorsque les procès furent devenus d*une discussion plus dif- 
ficile 9 plusieurs praticiens firent une étude particulière de 
ces formalités. On les appela d'abord cognitoresjuris, experts 
des causes; enfin ils devinrent si nécessaires à rinstruclion 
des procès ) qu'on ne put bientôt se passer d'eux , ce qui les 
it alors a^]^e\ev domini litis, maîtres des procès; c'est tout 
comme aujourd'hui. Ils étaient^ eu effet, si bien reconnus pour 
maîtres des procès dont ils avaient la conduite > qu'on les 
condamnait en leurs noms. Un procureur, ou un avoué j car 
l'état s'est ennobli en changeant de nom , doit avoir des con- 
naissances en jurisprudence ) principalement celles d'un no- 
taire et d'un avocat. Veut-on intenter un grand ou un petit 
procès? ce qui n'est pas toujours au choix des parties 9 les 
premiers pas sont dirigés vers le procureur : on lui explique 
l'affaire; alors il doit, suivant le serment qu'il a fait lors de 
sa réception, détourner le client de plaider s'il trouve sa 
cause mauvaise, ou s'en charger s'il la croit bonne , ce qu'il 
ne manque jamais de faire, et ensuite se conformer rigou** 
reustement à certain article du serment ou des statuts- de la 
professioo, qui dit expressément qu'ils feront expédier, le plus 
tôt qu'il leur sera possible, les affaires dont ils seront chargés : 
pour cet article, c'est aujourd'hui tout comme c'était autrefois* 



• 74 aiSTOlRK DES PROVERBES. 

propos de ces insectes déioraos qui souillent le pa- 



d'avoir obllgi; quelqu'un » c'est se dépouiller du 
droit qu'on avait à sa reconnaissance* Voici, sur 
cette maxime proverbiale, une épigramme imitée 
de Martial (Liv* y, ép. 53) : 

Je sens le prix de woê bienfaiti , 
GléoQ , je n'oablîrai jamais 
Gbmbien je vons suis redevable ; 
Mais TOUS anrez pour agréable 
Que j'en garde un profond secret , 
Puisque vous êtes indiscret 
Au point d'ena boucher la trompette 
Et de le dire à tout venant; 
Si j'ouvre la bouche , à l'instant , 
L'un après l'autre, on me répète : 
Gléon me l'avait déjà dit. 
Sachez que ne pouvoir se taire , 
Au bienfaiteur sert de salaire : 
Cléon, vous parlez, il suffit. 

4* Tout famur de journaux doit tribut au malin. 
La plupart des journalistes se sont crus dispensés 
d'obéir strictenfent <^ la justice, à la décence et à la 
raison* Il est bien difficile, pour certains esprits, de 
discerner les limites de la critique et de la satire. 
Au lieu de se distinguer par une malice fine, spiri- 
tuelle, piquante , mais juste et polie, certains écri^ 
vains à tant la page se sont transformés tantôt en 
Zoîles, tantôt en Gacons^ toujours prêts à infester 
les routes du Parnasse ; tantôt en tabarins et en 
saltimbanques pour amuser les passans par leur» 
plates boùlFonneries et par leurs indécentes person* 
nalités. Comme la bile est le foyer de l'amertume^ 
il n'appartient qu'à la faculté de médecine de puri* 
fier le cerveau de ces esprits moroses. Un excellent 
critique, dit Voltaire, serait un artiste qui aurait 
beaucoup de goût et de science, sans préjugé et 
lans envie; mais cela est difficile à trouver. 



176 HISTOIRE DES PAOVERBES. 

5. Ban an j mat an, expression consacrée par Ta- 
sage, pour dire que sur de bonnes années et sur de 
mauvaises années, tout sera compensé, que tout 
ira Tun portant l'autre , comme on dit vulgaire- 
ment. Yoici une épigramme qui donne bien le sens 
précis de cette expression proverbiale : 

En certain bourg, au bon homme Lucas 
M etsiie Artus paasait un bail à fenne , 
Et prétendait » au bout de chaque terme » 
Outre le prix aroir un cochon graa. 
Pour un cochon , je n'y répugne pas , 
Dit le fermier ; mats gras * c'est autre chose ; 
Que sais-je , moi , ce qu'il arrivera F 
Le grain peut-être, ou le gland manquera ; 
Point ne me tcux soumeltre à cwtte clause. 
Artus répond que point n'eu démordra. 
Messieurs, leur dit le notaire équitable. 
Vous pouTez prendre un milieu : l'on BMttca 
Qu'au sieur bailleur le preneur donnera , 
Ban an, mal an, un cochon raisonnable. 

6. Tel maître^ tel valet. L'intendant du cardinal 
Dubois n'apportait pas plus de probité dans les af- 
faires de cette Eminence, de crapuleuse mémoire, 
que cet indigne prélat n'en mettait à gérer les af- 
faires de l'État. Au jour de l'an ^ ce fripon d'in- 
tendant ne manquait jamais de venir saluer son 
maître, qui , au lieu de lui donner des étrepi^es 
comme à ses autres domestiques , lui disait tou- 
jours : Quant à vous, maître {un tel) j Je vous donne 
ce que vou$ m'avez volé. Libéralité grande^ dont 
l'intendant paraissait toujours très-satisfait. Par 
ricocbet, le régent en usait aussi de même avec cet 
insatiable ministre de son choix» 

7. Un âne frotte l'autre. On se sert de cette ex- 
pression proverbiale, en parlant de deux hommes 



Lm\E SECOND. irry 

^î se disent mutuellement dés choses flatteuses. 
Le duc de Fronsac, père du.feù duc.de Richelieu , 
étant atteint d'une maladie très-grave, avait. pour 
médecins les docteurs Bouvard et Bartbès. Un jour, 
qu'ils trouvèrent le malad« hors de tout danger, ils 
se complimentaient entre eux du succès, et s en 
renvoyaient réciproquement la gloire par modestie. 
Le duc, qui les entendait de son lit, s'écrie : Annn$ 
asinumfricat. Les docteurs, indignés d'un tel affront 
fait à toute la Faculté dans leurs personnes, tirèi^nt 
leurs révérences, et ne revinrent plus. 

8. Égaux comme férels d'aiguillette^. L'Arioste, 
dans son Roland furieux , parle d'un roi de Lom- 
bardie, qui était le plus bel homme de son temps , 
€t d'un bourgeois romain, .qui ne lui cédait point 
en beauté et en bonne grâce. Ces deux personna- 
ges , si inégaux en condition, se, trouvèrent égaux 
en ce que leurs femmes les convertirent en cerfs. 
Les femmes aiment le changement , et ce qiri 
prouve la mobilité- de leur cœur et la singularité 
de leurs goûts, c'est que la beauté n'est pas tou- 
jours ce qui leur plaît le plus, tant leurs caprices 
sont indéfinissables. Les deux Âctéons se consolè- 
rent de leur malheur commun en chassant sur 
les terres d'autruî, et prirent^la résolutioa de pro- 
fiter des avantages dont la nature les avait doués, 
en traitant les autres hommes comme ils avaient 
été traités eux-mêmes. Moralement, ce proverbe, 
pris en mauvaise part,, veut désigner des personnes 
qui ont les mêmes penchans, les mêmes goûts, les 
mêmes défauts. 

9. Tout ce. qui reluit n'est pas or. L'homme en- 
T. iiu 12 



1 78 HISTOIRE DRS PROVERDËS. 

tier n^est qu'imposture. Le mot et la chose se 
donnent un démenti perpétue}. Un sot, pour se 
pnrer d'un extérieur de bel esprit, dit qu'il a peu 
de mémoire, se plaint de la migraine et de ses va- 
peurs, affecté un air distrait, et un certain déran- 
gement dans toutes ses allures, pour faire croire 
que son génie est assoupi ; mais il est aussi stérile 
en idées aujourd'hui qu'il Tétait hier, qu'il le sera 
demain. Combien ne voit-on pas de ces imposteurs 
qui veulent paraître avoir de la grandeur dans les 
pensées, de la fécondité dans l'imagination , à qui 
il ne manque rien pour être tout à fait nuls. 

Ergaste semble tout dévoué à vos intérêts. Son 
zb\e court publiquement après toutes les occasions 
. pour vous en donner des preuves; mais au fond 
ce n'est qu'un perfide qui ne cherche à capter votre 
confiance, et à se rendre maître de. vos secrets, 
que pour le devenir de .votre fortune , de votre vi- 
vant, ou que pour dépouiller vos héritiers après 
votre mort. 

Lydaê épouse une jeune personne riche, en nais- 
sance, en vertus , en fortune. Qu'a-t-il fait pour 
jouir de ce bonheur et pour parvenir à ses fins ? il 
a su, sans doute, la séduire par son mérite , par 
ses richesses , ou paroles attraits de sa personne : 
non , il n'a rien pour plaire, ne sait rien; mais il a 
une mère intrigante qui a préparé, par tous les pres- 
tiges de la séduction, la défaite de celle qu'elle a 
convoitée pour sa belle-fille, et assuré le triomphe de 
son imbécile fils. Lycas a reçu, en nombreux con- 
trats , en bonnes terres , en beaux deniers comp- 
tans , le prix de son inutilité. Lycas est l'arrière- 



petlt-fils d^un notaire de village 9 <st sa victime est 
le rejeton d'une famille de& plus illustres , et des 
f)\u$ antiques du royaume. 

Polydor et Conradin se provoquent en combat 
singulier. Arrivés sur le ciMimp où doit se vider 
leur querçHe , îis s'approchent civilement Tun de 
l'autre, se touchant dans la main pour {>rouver que 
le moindre iîel n*entre point daas leurs cœurs cou-* 
rajreux; ils chargent leurs pistolets, etTécnlent de 
quelques pas. Polydore invite poliment Cûnradin à 
tirer lei ^xtmm \ Conradin^ sans se faire prier, tire 
«on arme en Tair, Polydore en fait autant de la 
meilleur grâce du monde.; aucun d«ux n'a pâli. 
Us s'apprêtent à recharger leurs pistolets ; les se-* 
€onds les arrétept, louent la noble conduite qu'ils 
^nt tenue, et les réconcilient Au sortir du champ 
de bataille les comb^ttans et les témoins vont dé- 
jeûner «nsemble cheit Féry. 

DoranU est grand partisan diè l'anglomanie^ Ce 
travers a é#é utile ^ son ambition, et lui a mis le 
pied à réuier^ Le public a été la dupe de la cot- 
terie qui prône le mérité «t des taiens transcen- 
da ns de Dorantt. Je lai cru comme le public ; mais 
i entendre raisonner Dorante, on s'aperçoit que ce 
n'est qu'un jargon , et qu'il n'a pas plus d'idée du 
système du gouvernement anglais, qu'il n'en a de 
celui de la Chine« Cependant il parle sans ce&SQ 
^'utopie; quand j'entends ce mot-là sortir, de sa 
bouche, je suis toujours tenté de croire qu'il parle 
de sa femme ou d'une concubine. 

Othoni épouse une riche veuve. 11 n'a rien , ab- 
solument rien, pas plus de vertnsque de richesses, 



lao niSTOIftE DBS PROVERBES. 

et autant de mérite qu'il y a de valeur dans zéra- 
Il trouve cependant le moyen de finir avantagea* 
sèment dans la paix, la tranquillité et l'opulence , 
une carrière qu'il n'a commencée que sous les aus- 
pices de la pauvreté et de la nullité la plus com- 
plète. Par quelle voieest-îl parvenu à tant de bon- 
heur? Oihon a un parent qui sait intriguer pour lui, 
à qui le hasard a procuré un grand crédit ^ et qui 
en profite. Césarion , ce parent, avec un très^etit 
génie, et des moyens bornés qui, dans le cours or- 
dinaire de la vie, eussent à peine suffi pour le tirer 
de la médiocrité, a acquis, grâce à d'heureuses cir- 
constances, une grande somme de faveur. En vérité, 
quand on réfléchit sur les débuts de certains ac- 
teurs sur la scène du monde, on doit être convaincu 
plus que jamais qu'il n'y a qnheur et malheur. Cet 
adage se vérifie tous les jours au détriment des 
/vertus et des talens, et à la honte de l'humanité. 

Gorgias passe pour être un des aigles du bar- 
reau ; cependant il a plus de réputation que de ta- 
lent, plus de jargon que de principes. Les lois sont 
pour lui de véritables chevilles à boucher des trous; 
lorsqu'elles s'ajustent aux causes qu'il plaide, elles 
sont antiques et vénérables; lorsqu'elles n^entreut 
pas directement dans les jointures, il les trouve 
décrépites et surannées. 6r{^r^<a« a plus d'une corde 
à son arc. 

Aristontst cité comme un homme fort savant; 
il n'a cependant que la mémoire surchargée de ci- 
tations et de lieux communs. Le soir il débite avec 
suffisance, dans un cercle, toutes les belles choses 
qu'il a recueillies le matin; mais il né faut qu'un 



r 



UVa£ SBOOND. i^Si 

tnot pour âéconcerter sa prétèDdue capacité » et 
que lé plus léger incident pour faire crouler tout 
réchafaudage de ses connaissances d'eaipruDt. 

La société est remplie de comédiens de vertu et 
de probité, à qui Ion est souvent forcé de rendre 
des hommages extérieurs pour, ne point s'exposer 
au ressentiment de la multitude des imbécilles , 
qui }es prônent comme les modèles des gens de 
bien. Que l'occasion vienne seconder l'ambition, 
et servir les intérêts de ces âmes perverses, vous 
les verrez bientôt jeter au loin le voile impûsteiir 
qui les couvre^ et jouer le véritable rôle auquel leur 
maligne nature les a destinées. 

lo. Tous les moyens sont bons, pout^vu qu'un 
réussisse. Telle est la base dé la politique de Ma- 
chiavel 9 et de celle de bien des gens. Le premier 
pose en principe, que tous les chemins sont 
bons, pourvu qu'ils nous mènent à la fortune que 
Ton s'est proposée pour but , et que la fourberie 
est une vertu essentielle à la cour,; aussi dit-on, 
d'un plan conçu par la ruse et la mauvaise foi , 
ou d'un dessein artificieux, c'est machiavélique. Ma- 
chiavel établit qu'il n'est pas du tout nécessaire 
d'avoir de la candeur et de la bonne foi, qu'il suf- 
fit de paraître en avoir. Il va même plus loin, il 
prétend qu'il est aussi pernicieux et dangereux d*a- 
yoir effectivement cette vertu et de la pratiquer, 
qu'il est utile d'en avoir tous les dehors, sans que 
Tintérieur s'en ressente, et que, pour ari:iveràses 
fins, on doit être toujours prêt à faire indifférem- 
ment pu lebieu et le mal. Non pariirsi d'al bene , 
potendo^ ma saper intrare nel male^ necessiiaio. Il faut 



i8!t HISTOIIIË DES <^0tfiftBES. 

pratiquer le bien tant qu'on le peut, »an8 nâire à 
ses intérêts, et savoir entrer dans }a pratique du 
mal, lorsque la nécessité ou votre intérêt vous y 
oblige. Telle est la quintessence de la morale de 
Machiavel. On voit que c'est le manuel des ambi-- 
tieux et des tyrans. 

§ 4' Proverbes commençant par un verbe. 

t. Etre dans le grain; c'est-à-dire dans l'abon* 
•dance. Cette métaphore proverbiale est empruntée 
des animaux que Yjùïï nourrit de grains, et à qui 
on en donne plus qu'il ne leur en faut. 

a. Rôtir le balai. Expression injurieuse qu'on 
emploie à Tégard d'une femme qui mène une vie 
déréglée. 

3. Laisser sur le vert ; c'est-à-dire , abandonner, 
nép:liger comme feraient ceux qui laissent à terre, 
sur l'herbe, ce qu'ils devraient ramasser. 

4. Employer le vert et le sec. Employer tous les 
moyens possibles pour réussir dans une affaire. 
Une femme très-maigi-e, et qui n'avait pas moins 
de prétentions pour cela, allait un jour dans une 
réunion brillante. Elle avait mis une robe verte 
très-élégante, espérant beaucoup y faire des con- 
quêtes. Aytfbt denriandé à un homme de sa con* 
n;iissance s'il croyait son espoir fondé , celui-ci 
répondit qu'il était impossible qu'elle ne réunit pas 
tous les suffrages, puisqu'elle employait le vert et 
lesee pour y parvenir. 

5. Es*-ta dans le doute si une action est juste ou 
injuste^ abstiens-toi de prononcer. Voilà la règle de 
tous les gens de bien ; voilà le premier principe 



LIVRE SECOND. / 16$ 

déboute bonne morale. U est une ,Yoix aecrète qui 
parle à tous les bouimes, et qui les trompe, rare-r 
ment sur le juste ou Tinjuste. Le sentiment iqtimc 
de la vertu a été mis par Dieu dans le cœur de 
l'homme', pour lui servir de préservatif contre le 
danger et le souffle des vices qui infectent la sot 
ciété. La faculté de disceroer bien distinctement la 
vertu nous a été conférée, soit pour nous consoler 
quand nous la pratiquons, soit pour nous at;cuser 
quand nous violons ses lois; et nous devenons 
d'autant plus coupables que nous ne pouvons 
donner pour prétexte que nous les ignorons. 

6. A beau mentir çui vient de loin est un pro- 
verbe qui s'applique à presque tous les voyageurs. 
De luengas vias, luengas mentiras^ disent les £>$pa- 
gnols. Les anciens ont comparé le monde à un 
grand livre, dans lequel l'homme qui n'a vu que 
son pays natal, n'a lu qu'une feuille. Cependant, 
il me semble que les voyages nous sont moins né-^ 
cessaires qu'ils l'étaient aux anciens. Toutes les 
connaissances sont rassemblées dans des livres, et 
l'imprimerie a répandu les produits de l'esprit bu- 
main sur toute la surface de la terre. Avec une 
|)onne bibliothèque on peut parcourir l'univers sans 
sortir de chez soi. Il est vrai que si l'on s'en rap-f 
porte à l'esprit du proverbe, il faut se défier de la 
plupart des relations de voyages, et n'accueillir 
que celles qui sont marquées au coin de l'authen- 
ticité. Pour s'instruire, lorsqu'on voyage, il faut 
interroger à propos et avec mesure, s'astreindre 
aux usages reçus dans le pays, ne pas apporter avec 
soi les ridicules du sien; autrement on s'expose à 



i8i IlISTOlllË DES PilOV£AB£S. 

s'iittirer des innultcs et des regards tnûlius et cti- 
rieux. Je ne pense cependant pas qu'il faille: telle- 
ment s'incorporer aux mœurs et coutumes des 
nations où Ton voyage, que, comme Alcibiade, on 
soit intempérant et dissolu chez celles qui affi- 
chent la corruption, sobre et chaste, chez les peu- 
ples que le vice et l'impureté n'ont point encore 
pervertis. Il y a un juste milieu à garder, dans le- 
quel consiste la raison. Les voyages perfectionnent 
l'homme, dit*on, lorsqu'il sait juger, examiner de 
sang-froid, et se tenir en garde contre d'injustes 
préventions : Us lui fournissent chaque jour et à 
(chaque instant de nouveaux objets, de nouvelles 
sensations; ils multiplient et agrandissent ses idées, 
ses connaissances; ils sont eniîn regardés comme 
le meilleur remède à la mélancolie. Aussi i^ully 
disait, que les caboches françaises n'étaient point 
faites pour les possessions lointaines, tant l'air de 
la France est assortie la nature du tempérament 
français. On doit éviter les excè* du scepticisme, et 
encore plus ceux de la crédulité, et tâcher, s'il se 
peut, de ne pas ressemblera cet Anglais qui, ayant 
rencontré sur le pont de Blois, une femme qui 
vÀ'ùït rousse, écrivit sur son agenda que toutes les 
femmes de la ville étaient rousses; ou h ce voya- 
geur qui, ayant vu une grue se xeposer sur une 
pale, en conclut quo toutes les grues de ce pays-là 
n'en avaient qu'une. Il y. a des moralistes qui pen- 
sent qucles voyages Join de perfectionner l'homme, 
le détériorent : 

Uaremcnt à cQuiir In monde 
On devient plus homme de bien. 



LIVRE SECOND. i65 

Qui muUÙm peregrinatar^ raro saneiificatury, a dit 
Saint Thomas d*Aqum, et I'od connaît le proverbe 
français : 

Jamais cheval » on méchant homme y 
^S'amenda pour aller à Rome. 

Kt cet autre : 

. Qui f i>îte souvent ks tombeaax des apOtres « 
Ne gaérît'ses défautsi, mais en rapporte d'autres. 

Chaque langue a son génie, son caractère, ses usa- 
ges, ses privilèges, ses immunités et se? grâces par* 
ticulières* Chacune demeure» pour ainsi dire sur 
son quant à soi; et toutes ces langues ne s'entre-^ 
communiquent point leurs singularités. Tel usage 
qui vous paraîtra ridicule, sera lobjet du re3|>ect 
des indigènes. Il faut qu'un homme sage, et eu* 
rieux de s'instruire en voyageant, se munisse de 
quatre poches; une pour la santé, l'autre pour l'ar- 
gent, la troisième pour un bon compagnon, qu'on 
peut remplacer au. besoin par la prudence et la 
circonspection, et la quatrième pour la patience, 
car elle ,est souvent mise à de rudes épreuves. L'i- 
gnorance de la langue, la difficulté et le besoin de 
se faire bien comprendre, exposent à des încon- 
véniens sans nombre. Le voyageur, au reste, trou- 
vera partout et dans tous les pays le vice insolent 
et la vertu baffouée, l'équité mise à l'écart, la jus- 
tice souvent prostituée; Plutus, l'objet du culte de 
la plupart des hommes; les femmes partout co- 
quettes et aimant le faste et la parure, les hommes 
presque partout ...., battus et même contens; les 
uns cherchant. le mouvement perpétuel, la qua- 
drature du cercle j et l'absolu; les autres, l'art de 



iM BISTOIIB DES PROVUIBES. 

Toler sans ailes, de marcher sans remuer les jam- 
bes, de plumer la poule sans la faire crier, et sur* 
tout de pécher en eau trouhle; beaucoup d'autres, 
courant après le secret de paraître saYans à peu de 
frais et de 

Tomber de cfante en durte an trône acedénriqoe , 

et l'attrapant. Il verra partout les jeunes gens se 
précipitant vers la yieillesse, et les vieillards cher- 
chant à se rajeunir; des fous vendant la sagesse, et 
de prétendus sages achetant la folie; mais ce qui 
ne rétonnera pas moins, c*est de voir des méde- 
cins trafiquant de leur clientelle, des gens de let- 
tres débitant des poisons, des' empiriques répan- 
dant leurs panacées et leurs élixirs de longue vie , 
sans que tout le monde en vive plus long-temps; 
et les pharmaciens, réduits à vendre de la gomme et 
des sangsues, sans pouvoir détruire la concurrence 
d'autres sangsues tout aussi avides. Il verra la po- 
litique agitant partout la grande fourmilière, par 
tout des essaims de frelons et d^nsectes destruc- 
teurs; enfin, il sera plus ou moins offusqué partout 
par les funestes vapeurs sorties de la boîte de 
Pandore. 

§ 5. Proverbeê commençant par un adverbe. 

1 • Trop achète le miel qui le lèche $ur les ipine$. 
Ce proverbe allégorique signifie qu'un bien ou un 
plaisir est payé trop cher , quand il en coûte des 
peines longues et cuisantes pour l'acquérir. Les 
anciens disaient , dans le même sens : Cueillir de$ 
raisins sur des épines, et des figues sur des ronces. 

2. Aussitôt pris, aussitôt pendu. Cela se dit pour 



LIVRE SECfOND. 187 

désîgmer la promptitude avet laquelle une chose 
est exécutée. La fin malheureuse du président Bris- 
son, et des conseillers au parlement, Larcher et 
Tardif, a donhé lieu à ce proverbe La faction des 
Seize fit arrêter ces illustres défenseurs de l'auto- 
rité royale, le 16 novembre 1691 . Ils furent pris i 
neuf heures du matin, confessés à dix, et pendus à 
onze. 

3. Mieux vaut jouer contre un pipeur, que contre 
un chanceux ; ^our dire, contre un homme qui 
trompe, que contre un autre qui est heureux au 
jeu. 11 vaut encore mieux jouer ni contré Tua ni 
contre l'autre.En 1679, une bande de joueurs ita- 
liens, avertis par leurs correspondans, que Henri III 
avait dressé dans le Louvre un déduit de cartes et 
de dés , vinrent à la cour et gagnèrent au roi trente 
mille écus , tant à la prime qu'aux dés. Il est pro->- 
bable qu'ils avaient apporté avec eux des dés pi* 
pés; car c'est une coutun^e si ancienne en Italie , 
que dans les fouilles faites à Herculanum , on ^ 
trouvé des anciens dés pipés, qui ont été déposéa 
au Musée de Naples. 

4- Quand orgueil chevauche devant^ honte éidom-^ 
mage le suivent de bien près. Cette maxime de 
l^ouis XI est devenue proverbe. En effet, il est ré-^ 
serve à l'orgueilleux de conhaitre mieux que per- 
sonne toutes les mortifications que l'orgueil s'attire; 
et ce qui est le comble de la tribulation pour les 
orgueilleux, c'est qu'ils sont plus sujets à être du- 
pes qu'à en faire. Le meilleur remède à employer 
contre l'orgueil, c'est le mépris; il emporte la ma*- 
ladie ou tue le malade. Les différentes métamor*. 



JSS HISTOIRE DES PROVERBES. 

phoses de l'orgueil ont obligé lesr hommes à lui 
donner plusieurs noms, selon ses différentes nuan- 
ces. Quand il compare, on l'appelle jalousie; quand 
il s'élève, on le nomme ambition ; hauteur lorsqu'il 
emploie le dédain; fatuité, lorsqu'il chante ses pro- 
pres louanges;/ierté, lorsqu'il accable tout le monde 
de son mépris; enAn, ces expressions, amour-pro- 
pre, vanité, présomption, ostentation, ont l'orgueil 
pour père commun. 

5. Point de nouvelles , bonnes nouvelles. Je vais 
donner, à l'occasion de ce proverbe, l'analyse d'un 
sermon sur la manière de s'informer des nouvelles^ 
chrétiennement^ dont l'application m'a paru vérita- 
blement remarquable, pour le temps présent. L'au- 
teur,. Charles Bertheau, théologien protestant , et 
ministre de l'église de Walloon, en Angleterre, né 
à Montpellier, en 1680, et mort à Londres en 17312^ 
divise son discours en deux parties. Dans la pre- 
mière , il montre quel est le faux esprit dans lequel 
on s'occupe à savoir des nouvelles ; et dans la se- 
conde il fait voir quel est le véritable es|)rit qui 
doit nous conduire dans cette recherche. i°On s'in- 
forme des, nouvelles dans un esprit d'oisiveté , qui 
cherche à s'amuser et à faire couler insensiblement 
un temps qui est à charge; on demande des nou- 
velles , on fait des reaiarques sur celles qu'on ap'- 
prend, vraies ou fausses; 2° on s'informe des nou- 
velles dans un esprit de curiosité; 3° on s'informe des 
nouvelles dans un esprit de vanité ; on veut faire 
croire que l'on a lés secrets du cabinet , et qu'on a 
une correspondance particulière avec les ministres; 
4* on se plaît à dire et à^racontcr des nouvellesi rf^ns 



LIVRE SECOND. i8(i 

un esprit de malignité, esprit noir et misanthrope, 
qui ne respire que les événemens tragiques ; 5" on 
s'informe des nouvelle)^ dam un esprit de faction: si 
Ton se trouve par bonheur dans le bon parti , on 
lui fait tort parce qu'on y mêle trop de feu, et qu'on 
entre dans les affaires qui ne sont pas de son res* 
sort; si ceuxdofit il s'agit sont engagés dans une 
faction contre l'État, ils sont mille fuis plus dan- 
gereux; ils ne cherchent des nouvelles que parce 
qu'ils n'aspirent qu'à rendre le peuple mécontent, 
à souffler la sédition « et à jeter toute une nation 
dans la confusion et dans le désordre ; 6"* on cher- 
che à dire ou entendre des nouvelles dans un esprit 
tl'intérêt. Ce que l'auteur dit sur cet article est na- 
turel , et exprimé avec feu. Le comiherce, dit-il, 
produit cet effet dané toutes les grandes villes; 
mais qui n'est nulle part si visible que dans cette 
grande ville (Londres), et dans cette place voisine, 
le rendez-vous général des négoeians. Quand j'y 
pense, il me semble que c'est le véritable trône de 
Mammon, où l'intérêt joue tous ses rôles, tous ses 
personnages , et étale tout ce qu'il a de détours et 
de faussetés pour supplanter les gens , et déguiser 
la situation des affaires; où chacun a l'esprit tendu, 
' et les mains toujours ouvertes pour s'enrichir aux 
dépens de son prochain. Quel est en effet, ce grand 
mobile qui agite tout Iç monde de convoitise? Quel 
est ce grand savoir-faire que l'on met en œuvre pour 
faire varier le change, décrier les marchandises 
ou leur donner cours, faire hausser, si Ion peut, 
ou baisser les fopds publics? Qu est-ce qui sait la 
fin de ce jeu, qui a coûté si cher u tant de gens. 



iSii HISTOliVE DES moTCllBES. 

pratiquer le bien tant qu'on le peut, sans nâire à 
ses intérêts, et savoir entrer dans la pratique du 
mal, lorsque la nécessité ou votre intérêt vous y 
oblige. TeUe est la quintessence de la morale de 
Machiavel. On voit que c'est le manuel des ambi- 
tieux et des trrans. 

S 4- Proverbes commençant par un verbe. 

1. Etre flans te grain; c'est-à-dire dans l'abon- 
«dance. Cette métaphore proverbiale est empruntée 

des animaux que Vjou nourrit de grains, et à qui 
on en donne plus qu'il ne leur en faut. 

2. Rôtir le balai. Expression injurieuse qu'on 
emploie à Tégard d'une femme qui mène une vie 
déréglée. 

3. Laisser sur le vert ; c'est-à-dire , abandonner, 
né$î:liger comme feraient ceux qui laissent à terre, 
sur l'herbe, ce qu'ils devraient ramasser. 

4- Employer le vert et le sec.' Employer tous les 
moyens possibles pour réussir dans une affaire. 
Une femme très-maigi*e, et qui n'avait pas moins 
de prétentions pour cela , allait un jour dans une 
réunion brillante. Elle avait mis une robe verte 
très-élégante, espérant beaucoup y faire des con~ 
quêtes. Aytfnt demandé à un homme de sa con<* 
naissance s'il croyait son espoir fondé » celui-ci 
répondit qu'il était impossible qu'elle ne réunît pas 
tous les suffrages, puisqu'elle employait le vert et 
le sec pour y parvenir. 

5. Es^ta dans le doute si une action est juste ou 
injuste f abstiens-toi de prononcer. Voilà la règle de 
tous les gens de bien ; voilà le premier principe 



liIY UB SECOND. / ig$ 

déboute bonne morale, 11 est une .yoix secrèle qui 
parle à tous les hoaimes, et qui les trompe, rare-r 
ment sur le juste ou Tinjuste. Le sentimeut iqUmc 
de la vertu a été mis par Dieu dans le cçeur de 
l'homme', pour lui ^er?ir de préservatif contre le 
danger et le souffle des vices qui infectent la sot 
ciété. La faculté de discerner bien distinctement la 
vertu nous a été conférée, soit pour nous consoler 
quand nous la pratiquons, soit pour nous ac,cuser 
quand nous violon» ses lois; et nous devenons 
d'autant plus coupables que nous ne pouvons 
donner pour prétexte que nous les ig^norons. 

6. ji beau mentir gui vient de bin est un pro*- 
verbe qui s'applique à presque tous les voyageurs. 
De tuengas vias, luenga$ mentiras^ disent les E/;pa- 
gnols. Les anciens ont comparé le monde à un 
grand livre, dans lequel l'homme qui n'a vu que 
son pays natal, n'a lu qu'une feuille. Cependant, 
il me semble que les voyages nous sont moins né-^ 
cessaires qu'ils l'étaient aux anciens. Toutes les 
connaissances sont rassemblées dans des livres^ et 
l'imprimerie a répandu les produits de l'esprit hu- 
main sur toute la surface de la terre. Avec une 
)>onne bibliothèque on peut parcourir l'univers sans 
sortir de chez soi. Il est vrai que si l'on s'en rap- 
porte à l'esprit du proverbe, il faut se défier de la 
plupart des relations de voyages, et n'accueillir 
que celles qui sont marquées au coin de l'authen- 
ticité. Pour s'instruire, lorsqu'on voyage, il faut 
interroger à propos et avec mesure, s'astreindre 
aux usages reçus dans le pays, ne pas apporter avec 
soi les ridicules du sien^ autrement on s'expose à 



i8i IIISTOIHE des P.A0V£AB£S. 

s'attirer des in.'^ultes et des regards inâltus et ctr- 
rieux. Je ne pense cependant pas qu'il faille telle- 
ment s'incorporer aux mœurs et coutumes des 
nations où Ion voyage, que, comme Alcibiade, on 
soit intempérant et dissolu chez celles qui affi- 
chent la corruption, sobre et chaste, chez les peu- 
ples que le vice et l'impureté n'ont point encore 
pervertis. Il y a un juste milieu à garder, dans le- 
quel consiste la raison. Les voyages perfectionnent 
l'homme, dit-on, lorsqu'il sait juger, examiner de 
sang-froid, cl se tenir en garde contre d^injustcs 
préventions : ils lui fournissent chaque jour et à 
(chaque instant de nouveaux objets, de nouvelles 
sensations; ils multiplient et agrandissent ses idées, 
ses connaissances; ils sont enfin regardés comme 
le meilleur remède à la mélancolie. Aussi Sully 
disait, que les caboches françaises n'étaient point 
faites pour les possessions lointaines, tant l'air de 
la France est assorti à la nature du tempérament 
français. On doit éviter les excè* du scepticisme, et 
encore plus ceux de la crédulité, et tâcher, s'il se 
peut, de ne pas ressemblera cet Anglais qui, ayant 
rencontré sur le pont de BIoîs, une femme qui 
ôtait rousse, écrivit sur son agenda que toutes les 
femmes de la ville étaient rousses; ou à ce voya- 
geur qui, ayant vu une grue se reposer sur une 
p.Mie, en conclut qu^ toutes les grues de ce pays-là 
n'en avaient qu'une. Il y. a des moralistes qui pen- 
sent qucles voyages, loin de perfectionner riiommc, 
le détériorent : 

Uaiemcnt à cQuiir le munde 
On devient plus houiinc de bien. 



LIVRE SECOND. i65 

Qui muUàm peregrinatur^ rare sanetificatur^a dit 
saint Thomas d'Aquin, et Ton connaît le proverbe 
français : 

Jamais cheval » ou méchant homme » 
S'amenda pour aller à Rome. 

Et cet autre : 

■ Qui f isîte souvent les tombeaux des apôtres « 
Ne guérit SCS dciauts], mais en rapporte d'autres. 

Chaque langue a son génie, son caractère, ses usa- 
ges, ses privilèges, ses immunités et se$ grâces par* 
ticulières. Chacune demeure, pour ainsi dire sur 
son quant à soi; et toutes ces langues ne s'entre- 
communiquent point leurs singularités. Tel usage 
qui vous paraîtra ridicule, sera l'objet du re^ect 
des indigènes. Il faut qu'un homme sage, et cu- 
rieux de s'instruire en voyageant, se munisse de 
quatre poches; une pour la santé, l'autre pour l'ar- 
gent, la troisième pour un bon compagnon, qu'on 
peut remplacer au. besoin par la prudence et la 
circonspection, et la quatrième pour la patience, 
car elle est souvent mise à de rudes épreuves. L'i- 
gnorance de la langue, la difficulté et le besoin de 
se faire bien comprendre, exposent à des incon- 
vénîens sans nombre. Le voyageur, au reste, trou- 
vera partout et dans tous les pays le vice insolent 
et la vertu baiïouée, l'équité mise à l'écart, la jus- 
tice souvent prostituée; Plutus, l'objet du culte de 
la plupart des hommes; les femmes partout co- 
quettes et aimant le faste et la parure, les hommes 
presque partout ...., battus et même contcns; les 
uns cherchant. le mouvement perpétuel, hi qua- 
drature du cercle > et l'^ibsolu; les autres, l'art de 



iSa HISTOliVE DES moTCllBES. 

pratiquer le bien tant qu'on le peut, sans nâire à 
ses intérêts, et savoir entrer daud la pratique du 
mal, lorsque la nécessité ou votre intérêt vous y 
oblige. Telle est la quintessence de la morale de 
Machiavel. On voit que c'est le manuel des ambi- 
tieux et des ttrans. 

S 4- Proverbes commençant par un verbe. 

t. Etre dam le grain; c'est-à-dire dans l'abon- 
•dance. Cette métaphore proverbiale est empruntée 
des animaux que Yjoïï nourrit de grains, et à qui 
on en donne plus qu'il ne leur en faut. 

2. Rôtir le balai. Expression injurieuse qu'on 
emploie à Tégard d'une femme qui mène une vie 
déréglée, 

3. Laisser sur le vert ; c'est-à-dire , abandonner, 
néf!:liger comme feraient ceux qui laissent à terre, 
sur l'herbe, ce qu'ils devraient ramasser. 

4- Employer le vert et le sec. Employer tous les 
moyens possibles pour réussir dans une affaire. 
' Une femme très-maigi*e, et qui n'avait pas moins 
de prétentions pour cela , allait un jour dans une 
réunion brillante. Elle avait mis une robe verte 
très-élégante, espérant beaucoup y faire des con-- 
quêtes. AyiTnt demandé à un homme de sa con* 
u;nssance s'il croyait son espoir fondé , celui-ci 
répondît qu'il était impossible qu'elle ne réunît pas 
tous les suffrages, puisqu'elle employait le vert et 
lesee pour y parvenir. 

5. Es^ta dans le doute si une action est juste ou 
injuste f abstiens-toi de prononcer. Voilà la règle de 
tous les gens de bien ; voilà le premier principe 



UYAB SECOND. , i85 

deJ;oute bonne naorale, 11 est une ^yoix^crèle qui 
parie à tous les hommes, et qui les trompe, rare-r 
ment sur le juste ou l'injuste. Le sentiment iqtimc 
de la vertu a été mis par Dieu dans le cçeur de 
l'homme', pour lui servir de préservatif contre le 
danger et le souffle des vices qui infectent la sot 
ciété. La faculté de discerner bien distinctement la 
vertu nous a été conférée, soit pour nous consoler 
quand nous la pratiquons, soit pour nous ac,cuser 
quand nous violon» ses lois; et nous devenons 
d'autant plus coupables que nous ne pouvons 
donner pour prétexte que nous les ignorons. 

6« ji beau mentir gui vient de loin est un pro*- 
verbe qui s'applique à presque tous les voyageurs. 
De tuengas vias, luenga$ mentiras^ disent les E>spa- 
gnols. Les anciens ont comparé le monde à un 
grand livre, dans lequel l'homme qui n'a vu que 
son pays natal, n'a lu qu'une feuille. Cependant^ 
il me semble que les voyages nous sont moins né-^ 
cessaires qu'ils l'étaient aux anciens. Toutes les 
connaissances sont rassen^blées dans des livres, et 
l'imprimerie a répandu les produits de l'esprit hu- 
main sur toute la surface de la terre. Avec une 
)>onne bibliothèque on peut parcourir l'univers sans 
sortir de chez soi. Il est vrai que si l'on s'en rap-p 
porte à l'esprit du proverbe, il faut se défier de la 
plupart des relations de voyages, et n'accueillir 
que celles qui sont marquées au coin de l'authen* 
tîcité. Pour s'instruire, lorsqu'on voyage, il faut 
interroger à propos et avec mesure, s'astreindre 
aux usages reçus dans le pays, ne pas apporter avec 
soi les ridicules du sien; autrement on s'expose à 



i8i IIISTOIHE des eAOV£M£S. 

s'attirer des innultes et des regards mâltiis et eu* 
rieux. Je ne pense cependant pas qu*il faille telle- 
ment s'incorporer aux mœurs et coutumes des 
nations où Ion voyage, que, comme Alcibiade, on 
soit intempérant et dissolu chez celles qui affi- 
chent la corruption, sobre et chaste, chez les peu- 
ples que le vice et Timpureté n'ont point encore 
pervertis. Il y a un juste milieu à garder, dans le- 
quel consiste la raison. Les voyages perfectionnent 
l'homme, dit-on, lorsqu'il sait juger, examiner de 
sang-froid, cl se tenir en garde contre d'injustes 
préventions : ils lui fournissent chaque jour et à 
(chaque instant de nouveaux objets, de nouvelles 
sensations; ils multiplient et agrandissent ses idées, 
SCS connaissances; ils sont enfin regardés comme 
le meilleur remède à la mélancolie. Aussi Sully 
disait, que les caboches françaises n'étaient point 
faites pour les possessions lointaines, tantTairde 
la France est assorti à la nature du tempérament 
français. On doit éviter les excè* du scepticisme, et 
encore plus ceux de la crédulité, et tâcher, s'il se 
peut, de ne pas ressemblera cet Anglais qui, ayant 
rencontré sur le pont de Blois, une femme qui 
était rousse, écrivit sur son agenda que toutes les 
femmes de la ville étaient rousses; ou à ce voya- 
geur qui, ayant vu une grue se reposer sur une 
pMfe, en conclut qu^ toutes les grues de ce pays-là 
n'en avaient qu'une. Il y. a des moralistes qui pen- 
sent queles voyages, loin de perfectionner l'homme, 
le détériorent : 

Uarement à cQuiir le munde 
On devient plus homme de bien. 



LIVRE SECOND. i65 

Qui multûm peregrinatuvi rare sanetificatury, a dit 
sBÎnt Thomas d'Aquin, et Ton connaît le proverbe 
français : , 

Jamais cheval » ou méchant homme » 
^S'amenda pour aller à Rome. 

Ut cet autre : 

V 

. Qui f isîte souvent les tombeaux des apôtres , 
I*f e guérit'scs défauts^, mais en rapporte d'autres. 

Chaque langue a son génie, son caractère, ses usa- 
ges, ses privilèges, ses immunités et sé$ grâces par* 
ticulières. Chacune demeure, pour ainsi dire sur 
son quant à soi; et toutes ces langues ne s'entre- 
c'ommuniquent point leurs singularités. Tel usage 
qui vous paraîtra ridicule, sera Tc^jet du respect 
des indigènes. Il faut qu'un homme sage, et cu- 
rieux de s'instruire en voyageant, se munisse de 
quatre poches; une pour la santé, l'autre pour l'ar- 
gent, la troisième pour un bon compagnon, qu'on 
peut remplacer au. besoin par la prudence et la 
circonspection, et la quatrième pour la patience, 
car elle est souvent mise à de rudes épreuves. L'i- 
gnorance de la langue, la difficulté et le besoin de 
se faire bien comprendre, exposent à des incon- 
vénîens sans nombre. Le voyageur, au reste, trou- 
vera partout et dans tous les pays le vice insolent 
et la vertu baffouée, l'équité mise à l'écart, la jus- 
tice souvent prostituée; Plutus, l'objet du culte de 
la plupart des hommes; les femmes partout co- 
quettes et aimant le faste et la parure, les hommes 
presque partout ...., battus et même contcns; les 
uns cherchant. le mouvement perpétuel, la "qua- 
drature du cercle, et l'absolu; les autres, l'art de 



»o HISTOIftB DES riLOTfRBES. 

tanees monstrueuses'.' dont les auciem éeriraio» 



LIYÀE SECOND. aei 

qui succéda à Berthe, avec laquelle le pieux roi eut 
la sottise de divorcer, n'avait pas de plus grand 
phisir que celui d 'outra gerBerthe, qu'elle haïssait 
comme sa rivale, parce que le roi Taimait toujours, 
bien qu'il en fût séparé; Les courtisans, pour plaire 
à Constance, appelaient Berthe la reine oie, la reine 
au pied d'oie. Dans les contes d'Eutrapel, un homme 
jure par la quenouille de la reine Pédauque de Tho^ 
lose. C'est , suivant M. BuUet, une preuve nouvelle 
que cette reine est Berthe , puisqu'il s'est conservé 
parmi nous un vieux proverbe , par lequel , pour 
exprimer l'ancien temps , on disait : Du temps oh 
la reine Berthe filait^ 

4' Pendant que la masse de fer des Phocéens sera 
au fond de la mer. Le fait suivant a donné nais- 
sance à ce proverbe, usité chez les Grecs. Les Pho- 
céens , peuples d'Ioniè, étant vivement pressés par 
l'armée d'Harpagus , lui demandèrent une trêve 
d'un jour, sous prétexte qu'ils avaient besoin de ce 
temps pour délibérer sur les propositions qu'il leur 
avait faîtes , et le prièrent d'éloigner un peu ses 
troupes de leurs murailles , afin d'être plus libres 
dans leur délibération. Lorsqu'ils eurent obtenu 
ce qu'ils demandaient, ils chargèrent sur leurs 
vaisseaux leurs femmes , leurs enfans, les statues 
de leurs dieux , et tout ce qu*ils purent emporter 
déplus précieux. Us abordèrentà Chio; et là, ayant 
renforcé leur petite armée , ils retournèrent à Pho- 
cée, y égorgèrent la garnison qu'Harpagus y avait 
mise, puis ils se rembarquèrent. Ayant alors jeté 
une masse de fer dans la mer, ils jurèrentqu'ils ne 
retourneraient dans leur patrie que lorsque cette 



3«3 HISTOI&E DES PROTEEBES. 

masse oagersit sur l'eati. Ce sont saos doute les 

ancêtres des Marseillais. 



LIVRE SECOND. ao3 

sens primitif. Ce proverbe a subi le ifiême sort ; il 
est parvenu tout dénaturé jusqu^à nous. Le mot 
latin usellus signifiant petit une, on a substitué ce 
mot au nom ^vo^xtAselb; et Tonaditsottemept, 
four un point Martin perdit son âne. Voilà comme 
on écrit Thistoire. 

6« A tout bon compte on peut revenir. Llionnêteté 
exige qu'un compte soit examiné et débattu avec 
la plus stricte rigueur. Le crédit et la foi qu'on ac- 
corde à l'histoire veulent qu'un fait soit rapporté 
avec une scrupuleuse fidélité. L'anecdote suivante 
viendra à l'appui de ces principes incontestables. 
Un homme reçoit de l'Amérique une lettre d'un 
de ses amis, conçue en ces termes : « Je suis enfin 
arrivé ici après une traversée fort heureuse* Elle 
n'a même présenté aucun événement remarqua- 
ble, excepté cependant celui-ci, qui seul peut mé- 
riter votre attention. Un mousse est tombé, du haut 
du grand mât, sur le pont, et s'est cassé une jambe» 
Un marin la lui a liée fortement avec une corde , 
et, un moment après , le mousse a pu s'en servir 
comme avant l'accident. Je ne puis trop admirer 
l'adresse de celui qui a fait l'opération , et son en- 
tier succès. » Cette lettre, portée à l'Académie de 
chirurgie , a fait donner au diable les suppôts de 
Saint-Côme ; ils ont avoué combien leurs talens 
étaient inférieurs à ceux du marin, qui avait si ha- 
bilement rétabli en un instant une jambe cassée, 
Quelqu'un même avait composé un ouvrage très^ 
savant, où il démontrait delà manière la plus claire^ 
les moyens physiques par lesquels s'était opéré une 
cure aussi surprenante. Ce mémoire curieux , et 



aiSTOIEB DES PROVERBES. 
k A^ Ao'MFOF flâna ]»a iviiifn(^irpa d^ I'Ar>: 



LIVRE SECONa ao5 

S 9' Proverbes commençant par un nom de nombre. 

1, Cent ans bannière ^ cent ans civière. Ce pro- 
verbe, qui se trouve souvent dans les livres héral- 
diques et de chevalerie , veut exprimer les vicissi- 
tudes du sort , qui. précipitent quelquefois les fa- 
milles les plus distinguées par leur origine^ dans 
Tétat le plus abject , et qui font dormir leur no- 
blesse 9 suivant l'expression consacrée par l'usage 
héraldique. Autrefois , la noblesse était désignée 
par la bannière, qui se portait haut , et la roture 
par la civière, qui se traînait terre à terre, 

2. Deux têtes dans un bonnet; En parlant de deux 
personnes intimement liées, et qui ne diffèrent ja- 
mais d'avis et de sentimens. 

*§ 1 0. Proverbes commençant par un nom propre. 

\. A la Saint-Martin on boit du bon vin. Cette 
fête est un jour de réjouissance pour le peuple. 
Nos aïeux, qui avaient beaucoup de dévotion à saint 
Martin , en célébraient la fête à table, après l'avoir 
célébrée à l'église. La joie bachique qui en résul- 
tait a fait naître ce vers plaisant : 

Bibere Martinus non sinit esse brève. 

t 

2. A la saint Urbain , ce qui est à la vigne est au 
vilain , pour dire qu'au 25 mai la vigne est à l'abri 
de la gelée ; ce qui n'est pas toujours vrai. 



>ioC HISTOIRE DES PROVERBES. 

Su. Prowrhes c&mmenpant par ce» mou : Il faui% 



LIVRE SBGOND. «109 

vhat qui dort% c'est-à-dire qu'il faut laisser en repos 
ceux qui nous peuvent faire du mal. 

3. // e$t toujours fête pour les fainéans. Chaque 
ville r chaque village a les siens, qui parlent de ce 
qu'ils n'entendent pas , contrôlent non-seulement 
tout ce qui s'y passe, mais encore le gouvernement 
de l'État. Ils sont les colporteurs des médisances , 
des calomnies, des chroniques scandaleuses qui at-« 
taquent l'intérieur des familles; ils ont les jours et 
les heures marqués pour répandre leurs poisons^ 
Ce sont des peste» pernlanentes, plus à craindre 
que de véritables fléaux, dont les atteintes ne sont 
que passagères. 

4. Il n'est pas question de serrer l'anguille^ il n*y 
a que façon de la prendre. Ce n'est pas tout d'en- 
treprendre, il faut employer les moyens nécessaires 
pour réussir. 

5. C'est un homme fait à peindre. C'est un homme 
d'une forme et d'une beauté régulières et remar-^ 
quables. Plante a dit, pour peindre la même idée: 
N<B tu habes servum graphicum. 

6. C'est un zéro. C'est un homme de peu d'es- 
prit , de peu de moyens, tout à fait nul. 

Vers sur un géomètre. 

Homme chétif, U vanité te points 
Ta te fais centre , encore si c'était ligne \ 
Mais dans l'espace à grand peine es-tu point : 
y% , soit zéro , ta sottise en est digne* 

(YOLTAIMB.) 

7. // faut un homme alerte pour semer l'avoine^ et 
un homme lent pour semer l'orge; c'est-à-dire qu'il 
est absurde de semer l'orge aussi dru que Tavoine. 



aoS HISTOIRE DES PROVEIIBBS. 

8. C'e$t autant de pris tur iet AmalécUes, Ex- 



LIVRE SECOND. ît,^ 

Terait que la philosophie du seigneur Dëmocrîte 
n était point à l'abri de la tentation , et que le vin 
avait pour lui quelque attrait. On a parlé diverse- 
ment de la chute de Démocrite en un puits , où il 
allait chercher la vérité. Ce philolk)phe , pour mé- 
diter et étudier avec plus de vérité , s'était retiré 
dans une espèce de carrière. Le lieu de sa retraite 
avoisinait un puits dans lequel le roi faisait rafrai* 
chir son vin. Démocrite , malgré son extrême ap- 
plication , s'aperçut de Theuréux voisinage > et se 
permit d'en tirer de temps en temps quelques bou- 
teilles, pour humecter un peu son gosier, desséché 
par le travail et par les veilles. Il fut pris un jour 
en flagrant délit. On ne dit point si le roi fit punir 
le voleur de son tin ; il est probable qu'il eut le 
bon esprit de rire de la licence philosophique, et 
de la faiblesse humaine. 

11. C* est un vendeur de fumée ; c'est-à-dire un 
giuiiù (liseur de riens, qui promet ce qu'il ne peut 
donner, qui se vante de ce qu'il n'a pas fait, ni en- 
vie de faire, qui en fait accroire à qui veut l'écou- 
ter. On dit encore : Celui qui a vendu de la fumée 
est puni par la fumée ^ pour signifier que celui qui 
trompe quelqu'un par de fausses promesses , est 
souvent payé de la même monnaie. Le fait suivant 
a sans doute donné lieu à cette maxime, devenue 
proverbiale. Un certain Thurînus Verconius, favçri 
d'Alexandre Sévère, profitait ducréditque ce prince 
lui accordait, pour commettre lès plus énormes 
exactions , vendait ou promettait à prix d'argent 
toutes les charges et les faveurs qui émanaient du 
prince. L'empereur, informé de sa conduite, ré- 

T. m. i4 



310 HISTOIRE DKS PBOVERBES. 

solut d'y mettre un teraie , en teodaiit uo piège à 

sa cupidité. ThuriDUS y donoa têtebaissée. Alexao- 



LIVRE SECOND. tiit 

tous les joars de la courte durée des plaisirs, et de 
la longueur des peines qui les suivent. 

iS.. C'est un homme de toutes tes heures^ c'est*4-^ 
dire un honome sage , toujours prêt à donner de 
bons conseils ; c'est ce que les Italiens désignent 
par ces mots ; ricco dipartitij un homme riche en 
expédiens. Les Romains avaient un temple dédié 
à rHeui;e(9 qui ne se fermait jamais, afin que ren- 
trée en fût libre à tous momens. Cette coutume 
signifiait sans doute qu'il faut en toutes choses 
saisir Vheure et le moment opportuns, pour bien 
faire ce qu'on se propose. 

i4« C'est une Méiusine, c'esUk'-dire une fée. Le 
nom de Méiusine tient le premier rang dans notre 
Mythologie. Il n'est pas de fée .sur laquelle on ait 
débité plus de fables; le nom de Méiusine^ Mélu- 
sèwy Métesinde^ est gaulois d'origine; on le trouve 
dans nos plus anciennes chartes. Mefys ou Melus^ 
signifie en celtique ou gaulois, douce ^ agréable^ 
charmante : ine^ ène ou ende^ sont de ces terminai* 
sons muettes, qui n'augmentent point la significa- 
tion «du mot, et qui se trouvent en grand nombre 
dans tout^/les langues. Le dictionnaire celtique 
préJ:eDd que le nom de Méiusine a un double sen^ 
dans la langue celtique. Il se compose de deux 
ïoots, tne ou mi, qui veut dire moitié, tiysowen 
qu'ona prononce Uusowetij et par crâse Imen, qui 
signifie serpent. On représentait en effet Méiusine. 
comme une fée dont le charme consistait à être 
moitié femme, moitié serpent, tous les samedis. 
Les hommes, curieux de tout ce qui sent le pro- 
dige, adoptèrent cette dernière définition. La mé-- 



91S HISTOmE DES PROnTERBBS. 

lamorphose de Mélurine eo monstre n'est pas la 



LIVRE SECOND. 9i5 

ifnort des personnes iHustres. Lltalie, selon Car- 
dan, ne le cède peint en superstition à rAllemagne. 
Il rapporte qult y a à Parme- une famille noble, 
laquelle se distingue par la singularité suivante t 
Lorsque l'un de ses maîtres doit mourir^ on aper- 
çoit toujours, au moment de son agonie, une^ 
vieille femme assise sous le manteau de la chemi- 
née-. L'écossais Walter- Scott a souvent employé 
dans ses romans tous les effets de cette- apparition 
merveilleuse pour imprimer l'effN)! dans l'âme de 
ses^ lecteurs. Que penser d'un lunatique comme 
Paracelse, qui croyait sérieusement que Mélusine 
avait existé sous la forme monstrueuse q^ue lui prête 
la fiction I^ 

i5. C*est mouyii faut sous-entendre, avis^ sen- 
timent. On employait souvent ces mots d'une ma- 
nière ironique, mais le peuple les emploie sérieu- 
sement, et les a fréquemment à la bouche ; ainsi 
lorsqu'il veut affirmer ou confirmer queli^e chose,, 
comme :, cW un fort bon homme,, il ajoute c'est 
mon; voilà un grand malheur, c'est mon^ 

16. C'est un sycophante; pour désigner un ca- 
lomniateur. Le mot de sycophante vient du grec 
Sujcov, qui veut dire figue, et de ^«/va?, qui signifie 
montrer, mouti*eur de figues. Voici l'origine de- 
cette expt^ssion. Anciennemefit, chéries Grecs, on 
mettait des sentinelles dans les jardins, pour arrê- 
ter les voleurs de figues ou pour les déceler. Comme- 
il fallait user de beaucoup d'adresse pour voler 
adroitement sans être découvert, celui qui décou^ 
vrait le voleur passait pour calomniateur, ou duc 



9i't HISTOLRE DES FfiOVERBES. 

moiDs pour celui qui fait connaître un fait. Ce mot 



LIVRB SECOND. oi5 

min de la Hoagrie, comme ils s'y étaient engagés» 
ils la firent conduire dans un bois, avec ordre à 
ceux qui l'escortaient de l'assassiner. Ceux-ci, émus 
de pitié, au lieu d'accomplir l'ordre sanguinaire 
qui leur avait été donné, se contentèrent de la 
dépouiller, de la lier à un arbre et de l'abandonner 
à son malheureux sort. Ils vinrent ensuite rendre 
compte de leur mission aux deux scélérats qui tes 
avaient stipendiés, en leur disant qu'ils avaient 
tuéBerthe. Ceux-'ci, pour anéantir les traces d'un 
si grand crime, firent mourir leurs sieaires; ils 
avaient eu auparavant la précaution de renvoyer 
en Hongrie les personnes de la suite de Berthe. 
Cette malheureuse princesse , dans la sitfiation 
cruelle où on Favait laissée, poussait des plaintes et 
des soupirs lamentables qui furent entendus par 
un garde des forêts duroi, nommé Lambert. Cet 
homme, obéissant à k voix de l'humanité, détacha 
Berthe, la conduisit à sa maison et la confia à sa 
femme, qui la revêtit de ses habits grossiers et con- 
formes à son humble condition. La princesse 
cacha la sienne, et demeura cinq années chez ces 
bonnes gens. Elle passait son temps à filer et à s'oc- 
cuper de travaux champêtres; elle s'y livra avec 
tant d'ardeur et d'assiduité qu'elle amassa, dit-on, 
beaucoup d'argent sur ses économies. Un jour le 
roi Pépin, s'étant égaré à Ja chasse, fut conduit par 
le hasard à l'habitation de Lambeit. Là il vit Ber- 
the, en devint éperdûment amoureux, et, l'ayant 
fait monter sur son char, il la mena Jdans son pa- 
lais, et vécut quelque temps avec elle sans savoir 
qui elle était. C'est de cette liaison que naquit 



HISTOIRE DES PROVERBES. 



LIYRK SECOND* 217 

' 20. Il faut ménager la chèvre et le chou ; c'est-à- 
^dii^i servir ses intérêts, en ménageant touslespar- 
ifs/ Voici l'origine imaginaire de cette façon de 
parier proverbiale ; elle a donné lieu à une ques- 
tion propre à éprouver la sagacité de Tesprit. Un 
homme, étant dans un bateau sur le bord d'une 
rivière, veut passer à l'autre rive cm toap, un chou 
et une chèvre^ sans qu'il puisse prendre plus d'un 
de ces objets à la fois. On demande lequel des trois 
il transportera le premier, sans crainte que durant 
l'un de ces passages le loup mange la chèvre , ou 
que la chèvre mange le chou. Passera-t-il le loup 
le premier, voilà le chou en proie à la chèvre? 
prendra-t-il le chou ? le loup aura dévoré la chèvre 
avant qu'il revienne; donnera-t-il la préférence à 
la chèvre? il tombe dans le même embarras pour 
le voyage suivant ; et pendant qu'il viendra cher- 
cher ce qu'il aura gardé pour le troisième , la chè- 
vre ou le chou seront croqués. Il y a néanmoins 
un moyen, quel est-il? c'est de prendre la chèvre 
seule au premier voyage' ; le chou demeure alors 
avec le loup , qui n'y touche point ; au second il 
prend le chou, et ramène la chèvre, au lieu de la- 
quelle il passe le loup, qui, étant transporté à l'au- 
tre bord auprès du chou ^ n'y fera aucun dommage; 
enfin, pour dernier voyage , il revient prendre la 
chèvre qui étant demeurée seule, ne pouvait courir 
aucun risque. On s'est plu à reproduire cette es- 
pèce de problème sous une autre forme. Trois 
maris jaloux se trouvent avec leurs femmes pen- 
dant une nuit fort obscure au passage d'une ri- 
vière. Ils rencontrent un bateau -saqs •batelier; 



ai8 HISTOiaB DBS PEOVERBES. 

mais ce bateau est si petit qu'il ne peut porter que 

jIpiit n*rannn»a i la fnîa. On ^Am»nrl<> PAmmpnl 



LIVRE SECOND. ^19 

troknpette pour qu'un autre rèmbouche. Rainaient 
on plaint des époux qui récrimîttfenl run contre 
Tautiie; rateiïietit on est disposé à ehtïer dauÉi leur 
querelle. On craint les conséquences d*uûe inter- 
vention, parce qu-en prenatat le parti de l'un contre 
1 autre, avec toute là codscience mêtne d'une exacte 
justice, oti est toujours assuré de se faire un en- 
nemi. Un mari fort {m tient n'opposait à Thumeur 
acariâtre de sa femnàé d'autres armes que le silence. 
Un de ses amis, ét^dnédesa constante modération, 
Tui dit : On tait bien que vom redoutez votre femme. 
f^ouÈ interprétez mai mon silence 9 lui répondît le 
mari, ee n'est pas ma fémmé que je redoutes elle peut 
crier tant qu'elle voudra sous h manteau de ta che-- 
minée : il n'y à qùé moi pour t entendre et en souffrir; 
mais c'est l'éclat que ferait son déshonneur, et le mien 
surtout. Avantde confier un secret, il fa lit examiner 
avec som et la nature du secret et ïe caractère du 
confident. L'homme prudent reconnaît, comme le 
naturaliste dans les champignons, plusieurs espèces 
vénéneuses dé confidéns , dont il faut se défier et 
s'abstenir; tels sont : l'ânîiotireux , qui; dans les 
suites d'un doux épanchement , laisse couler leé 
secrets de son ami ; les ivrognes , qui , comme leé . 
paniers percés , laissent tout aller dans leur reddi- 
tion de compte; les tràcassiers, vrais furets de com- 
mérage, qui portent une vue curieuse et une main 
indiscrète sur les affaires de ménage, et sûr les pa- 
piers de famille; lesmédisans, suppôts d^enfer, 
qui, par un penchant irrésistible", ne peuvent se 
priver du plaisir de déchirer les réputations les 
mieux établies; enfin le bavard, qui se laisse aisé- 



aao HISTOIRE DES PROVERBES. 

meDt déboutonner, et , suivant une expression fort 
ordurière , lâche tout sous lui. 

22. Il faut respecter l*enfanee* Maxima debetur 
puero rererentia, ditJuvénal (sat. xi?) , on n'a 
jamais trop de retenue yis-à-vis de l'enfance. Les 
enfans sont naturellement trop enclins à profiter 
des mauvais exemples , pour ne pas les éloigner 
prudemment de leurs yeux. Celui qui veut » dit 
Locke y que son enfant ait du respect pour lui , et 
de la déférence pour ses ordres, doit avoir lui- 
même beaucoup de respect pour son enfant. Si 
vous le punissez pour avoir fait ce qu'il vous voit 
faire à vous-même, cette sévérité ne passera pas, 
dans son esprit, pour une marque d'affection, et du 
soin que vous prenez de le corriger de ses défauts^ 
mais pour un effet de l'humeur chagrine et impé- 
rieuse d'un père, qui, par une autorité purement 
arbitraire et destituée de tout fondement, veut pri- 
ver son fils de la liberté et des plaisirs dont il jouit 
lui-même. 

j3. // n'jr a pas de sots métiers j, il n'y a que de 
sottes gens. Il faut avoir un état ; tout homme 
est obligé d'en prendre un. Il est des circonstances 
qui peuvent en dispenser; mais la plupart des 
hommes n'ont, pour cela, d'autre raison que leur 
paresse ou* leur orgueil. Tout homme doit à sa 
patrie l'emploi de son temps et l'exercice de ses 
facultés pour concourir au bonheur général ; celui 
qui ne prend pas d'état s'affranchit, en partie, du 
joug qu'elle lui impose. Il est avantageux d'avoir 
l'esprit de son état pour le bien remplir, et il vaut 
mieux l'assurer que de chercher à l'élever. Le der- 



LIVRE SECOND. dat 

^rer parti est souvent chaDceux^et pris aux dépens 
du bonheur. 

Devenez raitisan de vqtre destiaée : 
11 est beau de dompter la fortuâe obstinée , 
D'arracher ses bienfaits an lien d'en hériter. 
Et de n'aiH>ir que ceni qu'on a su mérifer. 

(La Ghauss^b.) 

24* Un est point de héros pour son valet de cham*. 
bre. Une triste expérience nous le fait voir tous les 
jours. En fait d'amitié, il en est, à l'égard des pa- 
rens et des étrangers comme en amour à l'égard 
d'une femme et d'une maîtresse. La première, qui 
a eu tout le temps de nous examiner dans l'inti- 
cnité et les tracas du ménagç, et qui connaît notre 
linge sale , est plus à même d'apprécier nos dé- 
fauts, nos ridicules et nos travers, que par un ins- 
tinct d'esprit féminin les femmes se plaisent sou- 
vent à exagérer, qu'une maîtresse à laquelle nous 
prenons naturellement grand soin de cacher nos 
difformités spirituelles «t corporelles , tandis que 
nous nous efforçons d6 déployer le peu que nous 
avons de qualités, et de lui montrer le côté qui sait 
le mieux lui plaire. Aussi sommes-nous moins 
engoués d'une femme que d'une maîtresse , sou- 
vent plus amis de l'une et plus passionnés pour 
l'autre. Les parens, cousins et amis qui nous ont 
pratiqués dès nos langes, connaissent mieux nos 
faibles, nos taches et irrégularités humaines , que 
les étrangers , avec lesquels nous conversons , un 
voile sur le cœur, et un masque sur la figure. 



LIVRE III. 

CLASSIFICàTiON GÉNÉRALB DES PROVERBES, ADAGES, 
SENTENCES ET APOPHTHBGMES. 



CHAPITRE PREMIER. 

Des mots singuliers et proverbiaux employés dans ta 

langue française. 

1. Aigrefin. C'était le nom d'une petite mon- 
naie qui avait cours en France il y a plusieurs 
siècles* C'est aujourd'hui un terme injurieux pour 
désigner un homme qui cherche à faire des dupes. 

2. Baragouin. Il vient des deux mots bura et 
guin^ qui, en bas breton, signifient j^am et vin. On 
en a fait le verbe baragouiner, pour dire s'exprimer 
d'une manière confuse et peu distincte. Dans pres- 
que toutes les langues la première chose que l'ha- 
bitude et le besoin font demander aux enfans, 
c'est du pain et du vin. 

3. Béjaune. Dans les écoles de droit, on appelait 
anciennement béjaunes les nouveaux venus , et on 
disait: leur faire payer leur béjaune^ pour dire leur 
faire payer leur bienvenue. Les clercs de la bazo- 
che , pour avoir leurs privilèges de bazochiens , 
prenaient encore, en 1648, des lettres de béjaune. 
En Ecosse, où le cours de philosophie est de quatre^ 



!ia4 HISTOIRE DES PROVERBES. 

ans 9 on appelait ceux qui étudiaient pour la pre-- 
mière année, bejanos; $emi'-bejanos, ceux qui étu- 
diaient pour la seconde ; baccalaureo$ , et magis^ 
trandosj ceux qui étudiaient la troisième et la 
quatrième années. Les Allemands se servent éga- 
lement de cette métaphore ; et ils appellent aussi 
un niais gelbschnabel s mot pour root, bec jaune. 
Dans les universités on appelle également beanus^ 
l'écolier qui n'a pas encore déposé, c'est-à-dire qui 
n'a pas encore souffert les avances, que le déposi- 
taire , qui est une personne publique et à gages , 
fait aux écoliers nouvellement arrivés des basses 
classes. Ce mot béjaune date de plus loin. Un sta- 
tut de i356 fait mention du droit de béjaune, 
qu'acquittaient ceux qui commençaient à ensei- 
gner. Les étudians étaient pareillement soumis à 
ce droit. L'intendance en était déférée, dans les 
écoles de théologie , à une personne qu'on dési- 
gnait par le titre d'abbé des béjaunes. Le jour des 
Innocens, ce qui était fort bien trouvé comme l'on 
voit, l'abbé conduisait par la ville les béjaunes; il 
était afiburché sur un âne, et il aspergeait d'eau 
les récipiendaires. En 1476, celui qui était chargé 
de cet office en titre , ne l'ayant pas exercé ponc- 
tuellement, fut condamné, par arrêté de la Faculté, 
à une amende de huit sous tournois. On dit pro- 
verbialement faire voir à quelqu'un son béjaune, 
c'est-à-dire lui prouver qu'il est un ignorant. Dans 
le roman de la Rose, la vieille dit à Belaccueil : 

Bien fait qui jeanes gens conseille; 
Sans faute ce n'est pas merTeilie ; 
SI n'en savez quartier, ne aulne , 
Car vous avez le bec trop jaune. 



LIVRE TROISIEME. 23$ 

4. Bélître, expression injurieuse employée fré* 
iqueminent par les Gascons. Le nom de béliire 
n'était pas pris anciennement en mauvaise part ; 
c'était «ehii des anciens confrères de l'hôpital 
Saint-Jacques à Pontoise, réuni en i^So à l'hô^ 
pital général. 

5. Bouffon. Ce mot vient du nom d'un sacrifi- 
cateur de TAttique appelé Buphon^ qui, au mo- 
ment d'immoler un bœuf à Jupiter, dans une cé- 
rémonie religieuse^ quittant sa hache et la victime, 
s'enfuit si promptement et si loin qu'on ne put le 
retrouver. Depuis ce temps, lorsqu'on offrait un 
sacrifice, le sacrificateur, après avoir immolé le 
bœuf, abandonnait sa hache , et s'enfuyait pour 
imiter Buphon. La hache était aussitôt remise à 
un juge, qui condamnait ce sacrificateur, pour la 
forme , comme on avait fait à l'égard difpsemier. 
Cette momerie, qui se faisait tous les ans, à l'occa- 
sion de Buphon , a fait naître le mot de buphon- 
nerie (bouffonnerie), pour signifier une mauvaise 
plaisanterie. 

6. Bouc émissaire. C'est, métaphoriquement, un 
mandataire à qui l'on donne une commission dés- 
agréable, et qui ne doit lui causer que de mau- 
vais traitemens, par allusion à celui des deux boucs 
qui, chez les Juifs, était désigné par le sort pour 
être envoyé dans le désert, après avoir été chargé 
de toutes les imprécations et de toutes les iniqui- 
tés du peuple hébreu. C'était un ancien usage 
adopté à Marseille, en temps de peste, de prendre 
un pauvre de la ville, qui s'offrait de plein gré. 11 
était nourri pendant un an , aux dépens du public, 

T. m. i5 



aa6 ÎIlSTOiaE D£S PROVERBES. 

avec la plus grande somptuosité. L'aDnce révolue, 
on lui faisait faire le tour de la ville , revêtu d'ha- 
bits sacrés et entouré de fleurs ; on le chargeait 
d'imprécations j afin que tous les malheurs dont 
les Marseillais étaient menacés pussent retomber 
sur sa tête ; après quoi on le précipitait dans la 
mer. C'était une sorte de sacrifice expiatoire sem- 
blable à celui du bouc émissaire des Hébreux. On 
appelle barbes de bouc ceux qui n'ont de la barbe 
que sous le menton. Nous avons vu, dans le cours 
de la révolution, cette mode dégoûtante, qui nous 
faisait ressembler à des juifs. 

7. Cocu. Ce nom est venu à nous par antiphrase, 
et par allusion au coucou. Cet oiseau , dit-on , a 
coutume d'aller pondre dans le nid des autres , et 
particulièrement dans celui du pinson^ qui, a)oute 
la chroi)i(fue, est si sot, que, trouvant un œuf plus 
gros que celui de son espèce, il s'imagine, si imagi- 
nation il y a , avoir fait un prodige, et le couve 
comme sien , avec une bonhomie et une constance 
admirables. Le moyen d'éviter cette addition de 
nom est de faire comme cet homme, d'un carac- 
tère assez brutal, qui disait à des godelureaux qui 
se montraient trop empressés auprès de sa moitié : 
Messieurs , je suis extrêmement sensible à Thon- 
neur que vous me faites ; mais je ne crois pas que 
vous vous amusiez beaucoup en notre compa- 
^ie; je suis toute la journée avec madame , et la 
nuit je couche avec elle. 

8. Cornard. On nomme ainsi celui qui souffre 
l'adultère de sa femme. Juvénal, dans sa neuvième 
satire, passe en revue ces hommes efféminés que 



LIVRE TROISIÈME. aa^ 

les Romains appelaient cinœdi , qui avaient Tin- 
croyable turpitude de payer pour leur usage et pour 
celui de leurs femmes ces hommes prostitués ap- 
pelés mentulati^ dont Rome regorgeait. Cornard 
dérive de l'expression porter des cornes, par allu- 
sion au bouc , animal qui en a de fort grandes , et 
qui seul regarde avec indifférence ses compagnons 
eouTrir sa femelle* Les Italiens disent becco, qui 
signifie le bouc même« 

Agathon est l'ami d'un ministre paissant ; 

Pour son épouse aussi le ministre est charmant s 

Agathon dans Paris peut se montrer sans honte : 

Il n'est donc pas c. . . . f Bien plus, il est fait.-. • comte. 

9. Galimatias. Discours obscur, embrouillé, au- 
quel on ne comprend rien, où il n'y a que des mots 
«ans ordre et sans liaison. On n'est pas d'accord 
sur l'origine de ce mot ; quelques-uns le font dé- 
river, par corruption , de polymathie^ qui signifie 
diversité des sciences , parce qu'il arrive souvent 
que ceux dont la mémoire est chargée de plusieurs 
sortes de connaissances, sont sujets à être confus , 
et à s'exprimer d'une manière obscure. Huet croit 
<{ùe ce mot a une origine pareille à celle du mot 
nliborum; qu'il a été formé dansles^plaidoyers qui 
se faisaient autrefois en latin. Il s'agissait d'un coq 
appartenant à une des parties qui s'appelait Mathias. 
L'avocat, à force de répéter les mots ^a//<^s et Jlfâ^ 
îhias , s'embrouilla , et au lieu de dire gallus Ma-- 
thicB , il dit gain Mathias, ce qui fit nommer ainsi 
par la suite tous les discours embrouillés. Au reste^ 
nous ne donnons cette origine que comme vrai- 
semblable, et en citant notre auteur, qui n'en ga« 
rantit point du tout l'authenticité. 



HISTUUE DBS FftOVEllBES. 



LIVRE TROISIÈME. ^ig 

ancien proverbe, que firent naître le désordre et le 
brigandage que causèrent, dans la province du Li- 
mousm , plusieurs compagnies d'aventuriers ,. dont 
ce proverbe rappelle les noms : Jocobins, Ldmoêinss 
Mezeaux et Caymans ont eu cette année fort temps. 

12. Marionnettes. Ces petites figures mobiles 
furent ainsi appelées du nom de Mariûn^\e[H in- 
Tenteur. Elles parurent sous le règne de Charles IX, 
conjointement avec une mode fort bizarre » qui 
mérite de trouver ici sa place. Cette mode consis- 
tait, pour les hommes, à avoir de gros ventresy et, 
pour les dames , à avoir de gros derrières. A cet 
effet, on s'en mettait de postiches. Les gravures si 
originales de Calot et d'autres gravures grotesques 
nous font voir des personnages ainsi ajustés. Comme 
le ridicule est bien vite saisi parles Français, les 
marionnettes s'en emparèrent. Les deux person- 
nages principaux de ces bamboches ^ qui sont. Poli- 
chinelle et dame Gigogne, semblent avoir été con^ 
serves pour perpétuer le souvenir d'une mode qui 
faisait d'autant d'hommes aussi artificiellement 
contrefaits, de vrais polichinelles, et d'autant de 
femmes monstrueuses, de véritables éventaices am- 
bulans , en sens inverse. 

i3. Muguet. On appelle ainsi un homme coquet 
et galant, qui fait une cour assidue aux femmes , 
et qui, pour leur plaire, se parfume, des pieds à la 
tête, d'ambre, de musc et d'eaux de senteur. : 

Qu'ani discours des muguets elle ferme roreille* 

' (MouftM*) 

Cette expression vient sans doute de ce que ces 
damoiseaux sentaient le muguet. 



a5o HISTOIRE DES PROVERBES. 

i4« Pantin. Il est à remarquer que le mol pantin 
ne se trouve point dans le Dictionuaire de TAcadé- 
mie* L usage dont il est maintenant demande né- 
cessairement une explication» Le pantin est un petit 
personnage plat, de bois ou de carton, qui a beau- 
cou|^ d'analogie avec d'autres personnages vivans, 
et dont Tàme consiste essentiellement dans des 
ficelles, qui, par le mouvement qu'on leur donne, 
font faire des contorsions an petit personnage, et 
lui impriment des poses grotesques et ridicules » 
propres à amuser les enfans. Toute la différence 
qu'il y a des petits pantins aux grands pantins, 
c'est que ces derniers sont mus par de plus grands 
ressorts , forment alors une combinaison très-va- 
riée de caricatures , qui font sourire de pitié les 
personnes raisonnables. La postérité aura de la 
peine à concevoir que, pendant un laps de temps 
;issez considérable, de graves personnages aient pu 
s'occuper sérieusement de ces jouets ridicules, et 
qu'il ait été commun de trouver, dans la poche ou 
sous lliabit d'un magistrat, dont le caractère doit 
imprimer le respect, un beau pantin à côté du pa- 
pier qui devait décider souvent de la réputation 
ou de la fortune des plus honnêtes citoyens. Quel 
siècle que celui auquel une pareille ineptie était 
réservée ! Au fait, toute la différence que je trouve 
encore entre ce siècle et le nôtre, c'est que les petits 
pantins se trouvaient dans les poches de nos pères, 
et que les grands pantins de nos jours se trouvent 
dans les salons de leurs enfans. 

i5. Parpaillots. C'est le nom que l'on donnait 
autrefois aux- religionnaires. Ou prétend que ce 



LIVRE TROISIÈME. a3i 

sobriquet tire son origine de ce que François Fa- 
brice Serbellone , parent du pape Paul IV, fit dé- 
capiter à Avignon, en 1 56â , Jean Perrin, seigneur 
de Parpaille, président à Orange , et l'un des plus 
dangereux calvinistes du pays. Pendant le siège de 
Montauban,. sous Louis XIII, on rappela cette dé- 
nomiination ; mais il n'y a plus guère aujourd'hui 
de personnes qui s'en servent pour désigner les 
protestans. D'autres croient qu^on a donné ce nom 
aux protestans parce qu'au siège de Glérac ils 
firent une sortie couverts d'une chemise blanche, 
eu un temps où Ton voyait beaucoup de papillons 
que les Gascons appellent parpaillots et les Italiens 
farfalleay et que ce nom leur est resté- 

16. Pasquinade y écxxX malin et satirique dirigé 
contre quelqu'un. Ce mot vient d'un ancien usage 
qui existe à Rome. Lorsque quelqu'un est mécon- 
tent du gouvernement , ou lorsqu'il a à se plaindre 
de personnes puissantes , il attache l'objet de sa 
plainte ou de sa médisance à um statue que les 
Italiens appellent Piz^^^eifW , et qui est dans une 
des places de Rome. Il s'établit alors entre Pasquina 
et une autre statue qu'on appelle Marfàrlo , une 
correspondance oô Afarforia fait la ^réplique , qui 
est ordinairement courte ^ vive et maligne. Cette 
statue de Pasquino à Rome n'est probablement que 
la copie du dieu MandicuSy dont l'attitude grotes- 
que faisait rire la populace romaine. Pasquino , je 
crois , est bien délaissé depuis long-temps. 

17. Patelin; pour désigner un homme fin et 
adroit. Ce mot tire son origine de la farce de Pate- 
lin , où l'avocat de ce nom , grand maître en feit 



%3n HISTOIIB DES PROVERBES. 

de fourberies, 8e démène si bien que , par son élo- 
quence et son adresse, il enlève à crédit six aunes 
de drap à M* Guillaume le drapier; mais il est 
trompé à son tour par Agnelet le berger, qui avait 
dérobé des moutons au marchand, et auquel, pour 
sa défense , il avait conseillé de ne répondre que 
bee bee , le cri de ses moutons. Le berger, auquel 
Patelin demande son salaire pour avoir gagné sa 
cause, ne lui répond que par des bee bee. Cette 
pièce de maître Pierre Patelin a donné naissance 
à plusieurs façons de parler proverbiales, comme : 
fateliner^ tromper avec adresse et esprit ; avoir le 
drap et l* argent tout ensemble; revenir à ses mou- 
tons; payer quelqu'un de baie (bee). Tout le nœud 
de cette farce est fondé sur le proverbe à trompeur 
trompeur et demi. Il parait cependant que le mot 
patelin existait avant cette pièce , puisque Villon , 
parlant de quelques maîtres fourbes, les appelle 
les hoirs de défunt Patelin ; il dit encore, passer en 
tous sens PattUn , pour dire exceller en tours d'a- 
dresse. 

i8. Peîit^mattre. L'origine peu connue de ce 
mot remonte à la minorité de Louis XIV. A cette 
époque, la nation française, fatiguée des troubles 
de la fronde, voyait commencer le nouveau règne 
avec cet espoir de bonheur qu'offre toujours la 
nouveauté. Tous les yeux et tous les cœurs étaient 
tournés vers le jeune monarque que distinguaient 
une figure noble et majestueuse , un air de poli- 
tesse et de galanterie qui rappelait le temps et les 
idées de la chevalerie, et qui ravissait les Français. 
On ne l'appelait, dans les conversations, que te 



LIVA£ TROISIÈME. a53 

maitre. La jeunesse, qui se piquait d'éJégance, co- 
piait ses airs et son maintien. Mais, comme il y a 
toujours loin de la copie à l'original , on nomma 
petits- mattreê les jeunet gens ou courtisans que 
leurs naa^ières affectées rendaient ridicules. 

19. Tintamarre. Pasquier (liv. 8 des Recher- 
ches, cliap. lu) veut que ce mot vienne du verbe 
tinter et du substantif marre ^ qui est une espèce 
de houe dont les vignerons se servent pour labou- 
rer la vigne , à cause du bruit que faisaient ces vi- 
gnerons proche des villes, en frappant sur leurs 
marres pour avertir leurs compagnons éloignés, et 
qui ne pouvaient entendre le son de Thorloge de 
la paroisse, qu'il était temps de finir leur besogne. 

20. Turlupinade.^ C'est une plaisanterie saugre- 
nue et de mauvais genre. Ce mot dérive du jeu 
bas et ordurier d'un acteur de foire nommé Tur- 
lupin. On a appliqué à tous les jeux de mots, à 
toutes les allusions froides et grossières , le terme 
générique de turlupinade , et on en a fait un verbe 
neutre turlupiner, qui exprime toutes ces actions* 
Peut-être ce mot est-il plus ancien que ne le pense 
le Dictionnaire de l'Académie; ne dériverait-il pas 
plutôt d'nne société de sectaires nommés twrlupinsj, 
qui se permettaient les derniers excès , et dont la 
conduite scandaleuse et criminelle attira sur eux 
l'anathème lancé par le pape Grégoire XI en iS^o. 
Une suite de pareils hommes devait laisser une im- 
pression plus durable de ridicule, que le jeu igno- 
ble d'un farceur. 

âi. Copieux 9 railleurs. On appelait ain^i, aa 
seizième siècle, ceux qui aimaient à dire le mat 



234 HISTOIRB DES PAOYERBES. 

pour rire , et qui contrefaisaient les gestes et les 
manières d'autrui pour les tourner en ridicule. 
Les habitans de La Flèche, en Anjou » sont appelés 
de la sorte dans les contes de Bonaventure Despe- 
riers ; de là est venu le verbe copier pour se moquer, 
rire des autres. 

Quand nous eûmes bien copié , 

Et bien Urdé et devisé* ( Goqcillabb. ) 

22. Cagots. Ce mot est communément syno- 
nyme de faux dévot; on fait venir ce surnom de 
deux mots coas Gots; c'est-à-dire, chiens de Goths, 
dénomination injurieuse, appliquée autrefois, en 
Gascogne et en Béarn, à certaines familles enta- 
chées de ladrerie, et qu'on prétend être descen- 
dues des Visigoths, et, par extension, à tous ceux 
qui affectaient un faux air de dévotion, par haine 
pour TArianisme, dont les Goths faisaient profes- 
sion^ Quant aux familles soupçonnées d'un vice 
originel de ladrerie, on devait les plaindre ou les 
guérir; quant aux seconds, les redouter ou les fuir. 
Un peuple qui, dans le lieu même de sa naissance, 
est étranger à la patrie, et qui traverse l'immensité 
des siècles avec un caractère déterminé de répro- 
bation, est un phénomène dans l'histoire; c'est le 
sort réservé aux Gaheîs^ qui selon quelques auteurs, 
sont les descendans des Goths et des Visigoths, que 
la haine n'a cessé de poursuivre, en souvenir des 
maux cruels dont ils ont jadis accablé la Guyenne. 
On peut voir dans YHistoire de Béarn par de Ma- 
ria, des détails très-intéressans sur ce sujet. Les 
Çasconsont appelé ces peuples Cagots^ les Basques 
et les Mavarrois Agots^ et les Bordelais Cahet» ou 



LIVRE TROISIÈME. a55 

GahetSj du verbe gascon gakar, qui veut dire pren- 
dre, attraper. Ces malheureux, abhorrés par le 
peuple, privés de tous les avantages communs aux 
habitans de la cité, ne pouvaient, d'après les sta- 
tuts de la ville de Bordeaux de Tannée 1578, sortir 
de chez eux sans porter sur leurs habits une mar- 
que de drap rouge qui servît à les distinguer. Par 
la coutume de Béarn, il leur était défendu, sous les 
peines les plus sévères, de se mêler avec le reste des 
habitans. Us avaient une porte particulière pour 
entrer dans les églises , etdes«iéges séparés. Leurs 
maisons étaient écartées des villes et des villages. 
Il y avait même des lieux où ils n'étaient point 
admis à la confession; ils étaient réprouvés dans 
toute la force du terme. Ils n'étaient point reçus 
à porter témoignage, et l'on poussait à leur égard 
l'humiliation au point de ne compter sept d'entre 
eux que pour un témoin ordinaire. Us exerçaient 
presque tous la profession de charpentier. M. l'ab- 
bé Veuuti, dans une savante dissertation sur cette 
nation particulière, pense que les Gahets n'ont 
aucan rapport avec les Goths et Yisigoths, nation 
fort illustre, qu'on ne peut raisonnablement soup- 
çonner d'avoir été attaquée de la lèpre, maladie 
endémique en Syrie. M. de Maria pense égale- 
ment qu'on serait mieux fondé à attribuer cette 
maladie à quelques Sarrasins, qui restèrent en 
Guyenne après la défaite d'Abdérame, par Charles- 
Martel, et qui la perpétuèrent par un commerce 
dangereux. Cagot est pris souvent pour sot : 

Qqoî I je souffrirai » moi , qu'un cagot de critique 
Vienne occuper chez moi un pouvoir tyranniquc. 

(MoLiiBB, Tartufe , dicX. I, se. i",) 



36 HISTOUE DBS PAOYERBBS. 

De cagot on a fait cagotUme^ manière d'agir d'un 

hypocrite, et cagoîerie, hypocrisie. 

I 

Oui , llofolent orgueil de sa eagaierie ^ 

N'a triomphé que trop de mou juste coononx. 

SoD cagotitme en tirt à toute heure des sommes , etc. 

(HOLIÈU.) 

23. Arrhes. Ce mot vient d'un mot grec qui | 
signifie gage, promesse; ainsi , quand on dit : donner 
des arrhes, on parle grec, et beaucoup de gens ne j 
s'en doutei^t pas plus que M. Jourdain ne se 
doute qu'en parlant le langage ordinaire il fait de 
la prose. 

â4« Cabaret. On croit que ce mot est composé 
de deux mots celtiques, cab, qui veut dire tête, et 
aretj bélier, parce qu'autrefois sans doute, ces mai- 
sons, au lieu d'avoir des enseignes ou des bouchons 
de lierre, avaient pour marques distinctives des 
têtes de bélier. Ce qui peut donner quelque poids 
à cette supposition, c'est que les Bretons, dont 
toute la langue est composée en partie de mots cel- 
tiques, ont les premiers désigné par le nom de ca- 
baret ces maisons où l'on vendait du vin en dé- 
tail, et où le peuple allait perdre son temps, sa 
raison et son argent. D'autres pensent que ce mot 
vient d'une herbe nommée ainsi, dont on suspen- 
dait autrefois un paquet à la porte des endroits où 
l'on vendait du vin ; à présent on y met quelques 
branches d'arbres ou des couronnes de lierre, c'est 
ce qu'on appelle bpuchon. Le bouchon ou l'ensei- 
gne a donné ensuite le nom au lieu même. 

25. Coquet^ coquetterie. Mademoiselle de Scu- 



LIVRE TROISIÈME^ aSy 

déri, dans ses conversations morales, après a?oir 
ingénieusement défini la coquetterie un dérégie-* 
ment de Tesprif , fait venir le mot coquette de l'ita- 
lien civeita, qui signifie chouette. Elle prétend que 
la chouette attire, la nuit, quantité de petits oiseaux 
autour d'elle (cette assertion est démentie par 
Buffon), et que, par allusion à la chouette, on ap- 
pela coquettes les femmes qui attiraient à elles des 
adorateurs, c Ménage, s'étayant du sentiment de 
Pâsquier, trouve naturellement l'origine de coquet^ 
coquette^ dans le mot coq, et dit qu'on donna les 
noms de coquet et de coquette aux hommes et 
aux femmes qui avaient la prétention de plaire, 
comme les coqs lorsqu'ils courtisent leurs poules. » 
La coquetterie est le triomphe perpétuel de l'esprit 
sur les sens. Une coquette doit inspirer l'amour et 
ne jamais l'éprouver, La coquetterie, dit Saint- 
Evretnond, est le fond de l'humeur des femmes, 
et leur vertu n*est jjû'une habileté à bien cacher 
leur coquetterie. Les anciens n'ont pas connu la 
coquetterie. Les deux sexes étaient chez, eux trop 
isolés. On ne se réunissait guère qu'en famille, 
dans les fêtes publiques et les cérémonies religieu- 
ses. Les hommes et les femmes étaient presque 
toujours séparés; on chercherait en vain dans leurs 
écrits quelques indices du caractère de la coquet- 
terie. On n'y trouve que des femmes vertueuses et 
fidèles, des femmes adultères et déréglées, et des 
courtisanes. Jusqu'au seizième siècle, les peuples 
modernes ressemblèrent aux anciens, et, avant ce 
temps, on n'aperçoit chez eux aucune trace de 
ce qu'on appelle coquetterie. Ce fut sous Cathq- 



ïi3S HISTOIAE DES PROVERBES. 

rine de Mcdicis que la coquetterie prit ûaissance» 
Ce fut un caractère nouveau et bien tranché. 

26. CUncaillerief clincaillier. Ces mots viennent 
du mot allemand klin^en^ qui veut dire sonner, 
faire du bruit, parce que les brimborions ou les pe- 
tites breloques que vendent les clincaiiliei's font 
du bruit en se frottant Tune contre l'autre. 

27. AfistoleurSf trompeurs ; afistoté, trompé. Ce 
mot vient de Titalien fiêtola^ petite flûte dont l'oi- 
seleur se sert pour faire entrer les oisillons dans 
ses filets. Guillaume Alexis dit, dans son Blason 
des faukes amour$ : 

Homme pourvcu 
Qui a tant Teu 
D'aûstoléi, 
Bien est cornu 
S'il est venu 
Prendre aux ûleti. 

Et Coquillart, dans ses Droits nouveaux, sous le titre 
de Rubriche de impensis z 

Que taU-jer un tai d'aCstoIeura 
Qui ont oui le faict compter 
En goûteront goulées plufieurs , 
Et l'iront partout esvanter. 

28. Chatrin, jaloux qui tient sa femme enfermée 
comme dans une espèce de chaitre. On a dit en- 
suite châtre pour chartre^ et de là Saint-Denys de 
la Châtre, manière commune de prononcer ancien- 
nement le nom de ce prieuré. 

29. Bigotte,bigotelle (bourse). Ce mot, que quel- 
ques étymologistes font venir de l'ei^pagnol bigo-- 
tella , signifie à la fois des moustaches^ retroussées, 
et l'instrument avec lequel on les retrousse. Il faut 



LIVRE TROISIÈME. a5g 

savoir que les femmes, dans le temps de la mode 
des barbes cirées, avaient à leurs ceintures un cla- 
vier où pendaient un couteau, des ciseaux, une 
bourse, un peloton, un petit miroir et autres afB- 
quets. Comme ces ornemens étaient portés par les 
matrones les plus prudes , appelées vulgaiieinent 
bigottes j on appela bigotelle la bourse suspendue 
à la ceinture des femmes, pour la distinguer de Ves^ 
carcelle, qui était la bourse à l'usage des hommes* 
C'est de cette dernière qu'est venue l'expression 
fouiller à l'escarcelle^ pour dire prendre de l'argent 
dans sa bourse. 

3o. Gens de sac et de corde. Anciennement on 
enfermait les criminels dans un sac lié avec une 
corde, et on les jetait dans la rivière. Cette ma- 
nière de faire périr ceux qu'on ne voulait pas exé- 
cuter publiquement , était fort en usage du temps 
de Charles yi. L'auteur des Antiquités de la ville de 
Paris pense que c'est de là qu'est venue l'expres- 
sion de gens de sac et de corde, employée pour dé- 
signer des scélérats ; on les précipitait ordinaire- 
ment sur le Pont-au-Change, ou hors de la ville, 
au-dessus des Célestins , devant la tour de Billy. 
(Voyez Antiquités de Paris^ tom. II, lîv. ix.) 

5 1 . Guet-apens, de guet à pensé, appensé ou pour- 
pensé , de propos délibéré , expreparatâ , deditâ 
opéra { Nicot ) ; de guetter on a fait le composé 
aguetter , d'où est venu le mot aguet d'aguet (Mé- 
nage.) Au lieu d'aguet nous disons aujourd'hui de 
guet-apens^ et cela par corruption de guet appensé 
dont on se servait autrefois. Appenser est un vieux 
mot qui se trouve souvent dans les anciennes chro- 



94o HISTOIRE DES PaOYEABES. 

niques françaises pour dire cf^Ve^^r^r. En voici deux 
exemples : i* on lit dans nos fieilles chroniques, 
que Childebert, roi de Metz , étant en guerre avec 
Chilpéric, son oncle, les gens de Childebert, ayant 
dessein de tuer Gillon, archevêque de Reims, 
qu'ils regardaient comme un traître , vinrent armés 
et de cho^e appensée^ à la tente du roi , pour mettre 
à mort ce prélat ; 2"* Monstrelet raconte que Liou 
de Jaqueville ayant outragé Hector de Saveuse , 
celui-ci vint avec ses complices, defaitappenséj dans 
l'église de Notre-Dame-de-Chartres, où était celui- 
là, qu'ils tirèrent dehors, le laissant pour mort 
après l'avoir accablé de coups. Il est aisé de voir , 
d'après ces exemples , que le guet et Vappens sont 
diverses paroles qui expriment une même chose ^ 
une même action , comme on dit souvent : Mou- 
rir d'une mort fâcheuse, vivre d'une vie misérable. 
32.'Godemard. C'est un godemard; \iO\ir signiûev 
un homme ventru, à grosse bedaine, soit effective, 
soit artificielle. Ce mot est dérivé de godon, comme 
Jacquemard l'est de Jacques. Le mot godon se di*- 
sait autrefois de toutiiomme adonné au plaisir de 
la table, et en qui la bonne chère avait produit un 
de CCS gros ventres qu'on appelait alors ventres à la 
poulaine, parce qu'en Pologne on en voyait beau- 
coup de tels , soit par art , soit par nature. Olivier 
Maillard, cordelier et prédicateur, fameux par ses 
plates bouffonneries , dans son onzième sermon de 
l'Aven t, s'écrie: gros godons , damnati infantes, et 
au sermon vingt-quatre, où il parle du mauvais 
riche et des joies défendues , iste erat unus grossus 
godon qui non curabat nisi de ventre. Eu plusieurs 



L1VA£ TROISIÈME. 341 

pays de l'Europe, les gros ventres faisaient partie 
de la bonne mine; maîs comme tout le monde n'a 
pas également de disposition à devenir ventru , à 
force de se bien nourrir, cela avait fait venir la 
mode de placer le ceinturon fort bas, à la manièi^ 
des Tartares, afin de se faire le ventre plus gros. 
Le baron d'Herbestain , dans ses Commentaires 
sur la Moscovie, au feuillet 55 de Tédition d'An- 
vers^ année 1657, dit, en parlant des Tartares : 
J^entrem nequaquàm $ed femora cingunt attjue adeo 
pube tenus, qub magis prominuat venter^ cingulum 
dimitiunt. .Quin et nunc Itati et Hispani ^ itno et 
Germant ità assueverunt. Gomme on vient de le 
yoir dans Olivier Maillard , la France avait aussi 
ses godons, pareillement l'Angleterre et dans le 
même temps, puisque Guillaume Crétin (p. 168 
de ses œuvres, édition de 1723) parle nommément 
des godons de cette île, à qui peut-être ce sobri- 
quet a été donné de la godale (goodale) < sorte de 
bière douce qui engraisse les Anglais. Daubigné 
se sert de ce mot dans le même sens. Quant aux 
Espagnols, comme ils ont naturellement peu de 
disposition à devenir ventrus, ils se^Faisaient vo- 
lontiers des bedaines artificielles , croyant par là 
se donner un plus grand air de gravité. Cëtait 
probablement une bedaine que promenait dans 
une brouette cet Espagnol dont il est fait mention 
dans la note sur le chapitre vu du deuxième livre 
de Rabelais. 

33. Boute-'feu. Homme qui aime les querelles , 
et qui sème la division et la discorde : CV«^ un vrai 
boute-feu. ^ 

T. Iii. 16 



24î HISTOIRE DES PROVERBES, 

• \ 

Imprudens boute-feai de Roîsr et de querelle. 

(Malhibbe. } 

L'origine de ce mot est 9 dit-on 9 assez singulière. 
Pendant la guerre dite du bien publie, et après Isr 
bataille de Mont-lhéry, en i465, les seigneurs li- 
gués contre Louis XI , à la tête desquels se trou- 
iraient le comte de Charolais , et Charles, duc de 
Berry, frère unique du roi , s'étaient retirés à Étam- 
pes. Après leur souper , ces deux princes conver- 
saient ensemble dans l'embrasure d*une fenêtre , 
et prenaient plaisir à regarder le peuple et les sol- 
dats qui circulaient dans la rue , lorsqu'un long 
trait de feu traverse les airs en sifflant, et vient en 
serpentant frapper la croisée où ils se trouvaient. 
A cette apparition si subite et si extraordinaire , 
tout le monde reste stupéfait et saisi de frayeur. 
On s'arme cependant , dans la crainte qu'une trame 
isecrète ne soit dirigée contre la vie des princes ; on 
multiplie les recherches pour découvrir d'où pou- 
vait provenir cette invention, qu'on traitait de dia- 
bolique et de maléfice. Enfin, après de nombreuses 
perquisitions, on parvient à découvrir l'auteur de 
tout ce tumulte: C'était un Breton qui se nommait 
Jean Boutefeu ou Jean des Serpens. Traduit devant 
les princes , il se jeta à leurs pieds , et leur avoua 
que son intention , loin d'être malveillante , avait 
été, au contraire, d'amuser les princes par des fusées 
d'artifice de son invention, il en fit l'essai devant 
eux, et dissipa ainsi tous les soupçons qu'on avait 
conçus d'une trahison. Le nom de Beuiefeu est 
sans doute resté depuis, à cause de ces espèces de 



LIVRE TROISIEME. 



a43 



fusées volantes dont il était l'inventeur, et qui sont 
eucare aujourd'hui appuelées $erpenteawc. 

34. Calendrier. Ce mot vient de Tusage dans le- 
quel étaient à Rome les usuriers d'exiger, le premier 
)Q^ de chaque mois, que les Homains appelaient 
mtendeSf le remboursement de l'argent qu'ils avaient 
prêté h gros intérêt. Ils appelaient calendrier ( ca- 
lendariui^) le livre dans lequel ils litôcrivaient les 
soiames qui leur étaient dues par les fils de famille 
prodigues et par les dissipateurs. 

35. Coferie. Si l'on en croit Nicole Gilles, secré- 
taire de {iOuis XII ,, et contrôleur du trésor, coterie 
est un vvieux.m4>tfrs(nçais qui veut dire association, 
coqip^gjiie de village. Le mot coterie ne viendrait- 
il pas p^tui;ellement de cote , qui veut dire répar- 
tition .entre les membres d'une société. On a ob- 
serve que les cote^^ies commencent lorsque les fac- 
.tions cessent. Les coteries académiques succé- 
.dèreni aux disseaâons de la ligue ; celles de l'hôtel 
4e Kambouillet aux troubles de la fronde. 11 faut 
de l'agitation et du mouvenp^nt aux Français ; c!est 
leur élément ; plus il y a d'hommes médiocres dans 
un État, plus les coteries sont communes, plus 
elles cherchent à se fortifier par le nombre. L'esprit 
de coterie est essentiellement actif ,^« intrigant , 
usurpateur ; il a pris pour devise ce vers , devenu 
proverbe: 

Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis. 

i 

5Ç. CaUreaux ou ^0/(^r^ étaient des paysans qui 
s'arofiaient pour le serj^ice de leurs seigneurs. Le 
président Fauchet estime que ce mot cotereaux vient 



!î44 HISTOIRE DES PAOYERBES. 

de coterct, espèce de bâton dont ces paysans étaient 
armés, et que c'est de ce mot coteret , qu'est venue 
l'expression y\x\^z\xe^ jouer des coterets^ s't^cxXxntt 
à coups de bâton; mais je pense que Fauchet se. 
trompe et même grossièrement. Rigord , au livre 
des Gestes de Philippe-Auguste, n'est point d'ac- 
cord avec Fauchet; il veut que le mot cotereaux 
yitïïTitétcotareUm,eicotareUusàe cota, qui signifie 
cabane, chaumière; or, cota vient du saxon cot,. 
qu'on retrouve encore dans la langue anglaise dé- 
guisé sous le nom de coat. De cota on a fait cotarius, 
puis eotarellm, puis cotereaux^ d'où quelques au- . 
teurs prétendent qu'on a fait coterie. Ces deux dé- 
finitions ne me paraissent guère concluantes. 
Quoiqu'il en soit, ces cotereaux owcotiers devinrent 
des brigands si redoutables, que Philippe-Auguste, 
|)Our arrêter leurs excès , se vit obligé de les com- 
battre, et les défit entièrement dans le Beriy, en. 
ii83. 11 parait qu'ils se servaient d'une espèce 
d'armes que T'on appelait coterel, ainsi qu'il paraît 
par ces vers d'un auteur fort ancien : 

Si le convient armer 
•Por la tenre garder^ 
Coierel et Haumet. 

57. Lameuil. Ce mot, fort usité en Lorraine,, 
ainsi que celui de totrai^ pour désigner des esprits, 
des lutins , paraît dériver du mot latin lamia. Dans 
le glossaire de Ducange , qui s'appuie du témoi- 
gnage de Grégoire de Tours , il est parlé d'une es- 
pècedefemmes,êtresfantastiques, qui parcouraient 
les maisons durant la nuit , se glissaient dans les 
muids de vins, fouillaient dans les paniers, dans 



LIVRE TROISIÈME. a)5 

la vaisselle et dans les marmites, enlevaient les 
petits enfans au berceau, allumaient les chandelles, 
tourmentaient quelquefois les personnes qui repo- 
saient, enfin, comme on dit proverbialement, fai- 
saient un sabbat d'enfer. La croyance à ces fantômes 
existe encore parmi le peuple d'un grand nombre 
de campagnes. 

"5^. Algarade. Ce uM>t vient des mots Alger, Al- 
gérien. On sait que les Barbaresques qui font le 
métier de pirates sont accoutumés à surprendre les 
habitans des côtes d'Espagne et d'Italie ^ et d^ les 
piller au moment qu'ils «'y attendent le moinsi 
Ce qui a fait naître cette expression, faire une al-- 
garade. Richelet le fait dériver de l'espagnol a/- 
garada , qui signifie hurlemens^ ce qui me semble 
désigner fort bien la manière bruyante avec laquelle 
les forbans font leurs attaques. 

39. Host. Yieux mot français qui signifie armée- 
Témoin le proverbe : Si l'host savait que fait l'hosti 
r/iost souvent déferait l'host* C'est une espèce de 
jeu de mot sur la signification du mot latin hostis^ 
qui voulait dire également ennemi et armée , et 
qui se trouve employé pour exercitus dans les Ca- 
pitulairesde Charlemagnc^.dans ceux de Ch-arles* 
Ie-Chauv6^ dans Ives de Chartres, l'abbé Suger, 
Aimoin et dans d'autres anciens écrivains français. 

40. Huguenot. NoDGfqueles catholiques ont donné 
par sobriquet aux calvinistes. On a prêté bien des 
origines à ce mot. Du Verdier de Vauxprivas dit 
qu'il vient de Jean Hus, fameux sectaire, dopt les 
huguenots ont suivi la doctrine,, et qui est com- 
posé des mots guenots et Hus; or, guenots, ou mieux. 



a:,0 HISTOIRE DES PROVERBES. 

guenaux eét un mot qui , dans Fan'cien langage 
français , voulait dire gueux ; guenaux de Hus ^ et 
par transposition et corruption on a dit huguenots. 
D'autres prétendent qu'il vient du nom d'un cer- 
tain Hugues , sacramentaire , qui vivait du temps 
du roi Charles VI, -et qui avait enseigi^é précédem- 
ment la même doctrine que Hus. Castelnau de 
Mauvissièrey dans seà mémfoîres, dît que les réfor- 
més furent appelés par le peuple huguenots, comme 
étant pires et d'aussi mauvais aloi qu'une petite 
monnaie portant ce nom, qui était une maille du 
temps de Hugues Capet , et qu'on voulait faire en- 
tendre par là qu'ils ne valaient pas une maille. 
Quelques-uns disent que ce nom leur fut- donné 
en dérision d'un Allemand qui, étant pris et inter- 
rogé, pour le fait de la conjuration d'Âmboise, de« 
vaut le cardinal de Lorraine, demeura court dès le 
commencement de sa harangue , qui commençait 
par ces mots : Hue nos venimus. Pe^squier rapporte 
qu'à Tours il y avait une croyance populaire, qu'un 
rabat ou lutin, qu'on appelait le roi Hugon, courait 
la nuit ; et comme les religiônnaires ne sortaient 
que la nuit pour faire leurs prières et leurs prédi- 
cations, on les appela huguenots, comme qui dirait 
disciples du roi Hugon, car c'est à Tours qu'ils ont 
commencé d'être appelés ainsi. Cette opinion est 
aussi celle du père Daniel, qui dit que, selon la plu- 
part de nos historiens , ce fut dans le tetiii3S de la 
conjuration d'Amboise qu'on commença à donner 
aux calvinistes le nom de huguenots. GuiCOquîlle , 
dans ses Dialogues sur les causes des mièèrès de la 
France, dit, en parlant dli règne de François II , 



LIVRE TROISIÈME. «247 

qu'en ce temps on commença à mettre en usage le 
mot huguenot^ et qu'il tient de Hugues Gapet , 
parce que les huguenots défendaient le droit de la 
lignée de Hugues Gapet à la couronne, contre 
ceux delà maison de Guise, qui se prétendaient 
successeurs de Charlemagne. Enfin le père Maim- 
bourg, jésuite^fiiit yenir ce nom des mots eid gnos- 
$en 9 qui signifie allié en la foi. Le mot eid signifie 
foi, et gnoBsent allié, d'où il conclut que le mot 
huguenai n'est point injurieux , et que ceux à qui 
on le donne ne doivent pas s'en fâcher. Gette opi- 
nion du «père Maimbourg me parait la plu5 raison- 
nable. . 

4i* Fesse-Mathieu. Expression proverbiale et in- 
jurieuse. On abuse du nom de ce saint apôtre dans 
cette phrase. Cet homme est un fesse-maihieu ; c'est- 
à-dire un infôme usurier qui prête à gros intérêts. 
On prétend que ce sobriquet vient de ce que saint 
Mathieu, avant sa coftversioQ, était publicain , et 
que les publicains sont ordinairement en horreur 
au peuple, et passent pour de grands usuriers. 
Ainsi on a dit : Fait comme Mathieu^ fait saint Ma- 
thieu , et par corruption , fesse-mathieu. 

4a. Jarnicoton^ sorte de jurement burlesque. 
Jamicoton^ tu me le paieras. Voici ce qui a donné 
lieu à cette façon de parler : Henri IV avait con- 
tracté la mauvaise habitude de dire à tout moment: 
Jt renie Dieu. Le père Coton , jésuite et son con 
fesseur, lui i^t sentir toute l'indécence d'une pa- 
reille expression dans la bouche d'un souverain. 
Le roi , en s'excusant, lui dit qu'il n'y avait pas^ 
de nom qui lui fût plus familier que celui de Dieu, 



a48 UISTOIRE DES PROVEUBËS. 

excepté peut-être celui de Coton. Eh bien , Sire , 
répartit le père Coton , dites : je renie Coton , d'oii 
est YeDu jarniooton. 

45. Chaland, C'est le nom qu'on donnait, dans le 
treizième siècle, aux petits vaisseaux qui voguaient 
sur la Seine et sur la Loire. Les Parisiens appe* 
laient alors pain chaland^ celui qui leur était amené 
par ces petits bateaux; ceux qui en achetaient 
étaient aussi appelés chalands. Les marchands s'ac- 
coutumèrent insensiblement à appeler ainsi toutes 
leurs pratiques, d'où est venu le verbe achalander. 
Ou appelle une boutique bien achalandée , celle 
qui a beaucoup de pratiques. La chanson dit éga-^ 
lement : 



^ SoyeE poli avec font le inonde » 

^ Pour achalander la maison. 



44- assassin. C'est à tort qu'on a prétendu que 
ce mot dérive du nom d'un peuple de l'Orient ; il 
Tient tout simplement du mot arabe assats qui si- 
gnifie couteau, 

l^b.Maltôte. Ce nom^ livré à toutes les invectives, 
vient des mots latins malatolta suivant les uns, et 
wa/é «(7/^fl suivantles autres. Il n'est point récent, se- 
Ion dom de Vaines, savant bénédictin de la congré- 
gation de Saint-Maur; il était connu en France dès 
l'an 11192, sous Phîlippe-le-Bel. Le premier impôt 
qui l'a fait connaître fut levé à Rouen sur les den- 
rées. La populace , indignée d'un nouveau genre 
d'exaction qui pesait sur elle, se révolta, et mit en 
charte privée les gens tenant l'échiquier du roi , 
enfonça les portes de la maison du collecteur, pilla 
sa caisse , se ressaisit de sa propriété métallique , 



LIVRE TROISIÈME. 249 

et, ce qui est assez surprenant, au lieu de se l'ap- 
praprier, elle répandit dans les rues l'argent- que 
renfermait la caisse saccagée. Cette révolte finit 
comme finissent toutes les révoltes de ce geùre , 
devant Vultima ratio regum. Les mutins furent pen- 
dus. Depuis on a appelé maltôtiers les régisseurs 
des fermes et gabelles du roi. Les maltôtiers en 
chef, craignant d'endosser les effets de la mauvaise 
humeur des peuples, ont laissé à des commis subal- 
ternes le soin delà collecte , et les dangers qu'elîe 
entraîne. ' 

46. Estafper. C'est un grand estaffier. Ce mot est 
devenu aujourd'hui une injure'. L'estafiier était 
autrefois une espèce de valet, qui portait une épée 
au lieu d'une canne que portaient les coureurs, et 
qui était distingué des laquais. Les estaffiers étaient 
très-communs en Italie , et servaient la noblesse^ 
qui y est très-^orgueilleuse , et très-somptueuse en 
domesticité. C'était par suite du droit que les 
seigneurs du premier ordre avaient de se faire 
escorter et servir par des domestiques armés, que 
les estaffiers s'étaient multipliés à l'infini ; et 
comme ils étaient fort insolens , et toujours prêts 
à frapper, ils étaient haïs et méprisés , ce qui a fait 
naître le sobriquet. 

/17. Beau cadet. On appelait ainsi les fendans 
et les freluquets, parés de breloques dés pieds' à la 
tête^ et qui se pavanaient dans le monde, et se fai- 
saient remarquer par leur fatuité et leur imperti- 
nence. Ils s'attiraient peu d'estime et de considé- 
ration de la part des hommes sensés. 4Jn prince 
de Lorraine , de la branche de Guise , qui avait 



aSo , HISTOIRE DES PROVERBES. 

toujours des perles à ses oreilles, fut pour cela ap- 
pelé, dans sa jeunesse , Cadet-la-Perle^ mais lors- 
que, par la suite, malgré son air apparent de mol- 
lesse , il €ut donné des preuves de la plus grande 
bravoure , on retourna la phrase qui le désignait 
d'abord, et on ne l'appela plus quel la perle des cadets. 

4&« Mesquin^ Ce. mot ancien est pris actuelle- 
ment en mauvaise part, pour signifier un homme 
chiche, et qxii regarde à la dépense, ou une chose 
de peu de valeur ou de mauvais goût. Il dérive du 
vieux mot français meschin qu'on a prononcé en* 
suite mesquin, qui voulait dire alors un jeune 
homme faible et débile. On donnait également ce 
nom aux jeunes valets ; Gensjovenciaux et meschins. 

49» Paraêite. Ce nom était, dans l'origine, un titre 
honorable. Lucien, qui connaissait parfaitement 
les tours et les finesses de sa langue , ne fait point 
difficulté d'appeler Patrocle, l'intime ami d'Achille, 
son parasite. Les Bardés des Celtes, qui étaient les 
poètes de nos anciens Gaulois, et qui les suivaient 
à la guerre pour décrire et chanter leurs actions 
héroïques, étaient appelés, par honneur, parasites. 
Parmi les Romains on désignait autrefois sous ce 
nom les épubnsy qui étaient des officiers sacrés. 
Le mot parasite vient de deux mots grecs qui si- 
gnifient : celui qui est près du blé. C'était , dans le 
principe, le nom que les Grecs donnaient à ceux 
qui avaient l'intendance des blés sacrés. Ils étaient 
honorési ^ avaient part aux viandes des sacrifices. 
Ce mot n'avait alors rien d'odieux* et de méprisa- 
ble ; mais, dans la suite, on vit s'élever à Athènes 
des essaims de convives, qui s'introduisaient dans 



LIVRE TROISIÈME. 25t 

les th9As(tùs opiil^tktesn éi qui eh déVitireiït les ha- 
bitués et les cotiïÉirèèsâUx. Où léÉ appela d'abord 
paràsft^ : ce triai »é prît de suîfécJn mËiivâîéépàft, 
et depuis il s'eSt appliqué âtfjc gîcmtcrtïs et gens af*- 
famés, qui flatteùt les riches pouif êe gctrger û leur 
table. « N'attire^ pas dans ta société des flatteurs 
pai-agites/dit Phocylidcî; îl li^aiïHent que la bohne 
chère, achètent tin bon repag par leurs lâches 
(ïaressês, se pîqtient aisément , et ne sont jaittais 
satisfaits. Sois redcTâble à toi-même de ta subsis- 
tance, dît-il eùcore, et ne l'achète pas au prix de 
rigftotninié. • Où appelait égaleraeùt les parasites 
ombres ou mouches^ ps^rce que les premières suivent ' 
les maîtres du togi^ dàils là salle du festin^ eoiâtne 
l'oâibre àuit le coi^s; ir pi'ôfiiàieût abilftitemeot 
d'iiti Usage qui lès faisaient tùléref i et rnoUeheÉj 
parce qu'ils arrivaient idopinéffiént et sans être in- 
vités, par allusion aux mouches , insectes încotti'* 
modesji qui se jettent sur tous les plats. On disait 
d'yn parasite méditant qu'il u'auvrait jamais la bou-« 
che qu'aux dépens d'^utrui, parce qu'il mangeait 
toujouj^é chez les autres^ et disait du mal de tout 
le mondes Jamais parasite n'aoquit autant de célé-*- 
brité que Pierre de Montmatar, professeur au col^ 
lége royal, né dans le Limousitl en^iS^^, et mort 
en 1648* Il fut le bardot des innotnbrables plai- 
santeries, tant bionnes que mauvaises » de tous las 
poètes de son temps, qui épuisèrent sur lui leurs 
carquois, et l'arsenal entier du ridicule. Il est vrai 
qu'il y prêtait extraordinairement, sous le rapport 
de la gourmandise ; c'était d'ailleurs Un honkme de 
beaucoup d'esprit, rempli de sdetice et d^udition. 



s5a HISTOIRE DES PROVERBES 

La satire suppose que sous le pseudonyme de Mor- 
mon, conseiller duroi^ gentilhomme de 4a cuisine, et 
contrôleur des festins de France, il composa lès ou- 
vrages suirans, imprimés à Paris, chez Martin Man- 
geartf rue de la Huchetie, à V Aloyau. 

1*. Traité des quatre repas du jour, leur étymo- 
logie, ensemble une recherche curieuse sur la 
façon de manger des anciens, où il est prouvé 
qu'ils ne mangeaient couchés sur des lits, que pour 
montrer qu'il faut manger jour et nuit, et que qui 
mange, dort, ou que le véritable repos se trouve 
à table. 

2*. Commentaire sur le cinquième aphorisme 
d'Hippocrate, quil est bien plus dangereux de mon- 
ger peu que trop^ ensemble une sommaire réfuta- 
tion du passage qui porte que toute répléiion est 
mauvaise. 

S"". Opuscules non sceptiques contre cette com- 
mune façon de parler : Les premiers morceaux nui- 
sent aux derniers. 

4** Démonstration mathématique , où l'auteur 
fait voir, par la propre expérience de son ventre, 
qu'il y a du vide dans la nature. 

5^ Apothéose d'Apicius ( i ) . 

6^ Traité de toutes les marchandises comesti- 
bles dont on goûte avant de les acheter. 

(i) Ce nom est commua À trois persoûnages romains, 
fameux par leui^ sensualité : celui dont il s*agit est auteur 
d'un tnijtë sur V Art culinaire; quoique immensément riche, 
il s'empoisonna, de peur de mourir de faim. 



LIVRE TROISIÈME. a55 

7*. L'Anti-'Pythagoricien, ou réfutation de la 
doctrine de Pythagore, qui défendait l'usage de 
toutes les viandes, qui avaient eu vie. 

8*. Requête à M. lelieulenant-civil, à eequ*il lui 
plaise faire défense aux cabaretiers et gargotiers, 
d'avoir des plats dont les fonds s'élèvent en bosse, 
ce qui est une manifeste tromperie. 

9*. Requête à nos seigneurs du parlement, ten- 
dante à ce qu'il leur plaise faire défense aux fai- 
seurs d'almanachs, de prédire la famine, parce que 
cela fait mourir de peur. 

lO^ Manuduction à la vie parasitique^ avec une 
explication et une apologie de ce mot. 

Voici un choix des avis, problèmes et apo- 
phthegmes, que la malignité s'égaie à lui attribuer. 

Avis aux médecins, de donner dispense de faire 
le carême à tous ceux qui le leur demanderaient, 
et avis à tout le monde de manger de la chair sans 
la demander. 

Avis aux gens riches et opuleqs , de tenir tou- 
jours table ouverte, et de nourrir plutôt des hom- 
mes que des chiens. 

Avis à ceux qui font des marchés, de n'oublier 
jamais le pot de vin. 

Avis à ceux à qui l'on présente quelque chose,. de 
ne choisir jamais, de peur d'être obligés par civilité 
de prendre le pire. 

Avis aux laquais, de changer souvent. les assiet- 
tes des niais, qui se les laissent emporter par civi-. 
lité, et surtout de bien prendre le temps que leur 
assiette soit bien chargée. 



a54 HISTOIAE DES PROVEEBES. 

M. de Mormoci résolvait ainsi les problèmes sui- 
vans : 

S'il faut prendre médecine, ou non? Oui, puisque 
c*est avaler; upi), parce qu'elle vide l'estomac. 

S'il faut mâcher 9 ou non? Oui, puisqiie ç*e;st 
jouir plus lo^g*t^m{^ dnp^laisir de manger; non, 
parce que pendant qu'on mâche on perd des mon- 
ceaux précieux. 

S* il faut ie marier, oi^ non? Oui, parce qu'il y a 
repas de noces ; non., puisque c'est prendre une 
femme qui mange, pendant toute sa vie, la moitié, 
du diner. 

Lequel vaut mieux de dtner ou de couper ? Ni l'un 
ni l'autre, car U ne faut faire qu'un repas, tpajs qui 
dure tout le lon^ de la journée. 

Je vais donner un léger échantillon des bons 
mots et apophthegmes de M. de Mormon. 

Allant un jour diner chez un évêque, il lui dit 
en entrant, monseigneur, pastoris est pascere ; je 
viens dîner avec vous. 

On lui disait un jour, qu'il avait les yeux plus 
grands que le ventre ; non pas, répondit-il avec in- 
dignation, quand J'en aurais cent. 

11 disait que Pâques et Noël sont les deux meil- 
leurs jours de l'année : Pâques, à cause qu-il est le 
plus éloigné idu canême, et Noël, parce qu'on dé- 
jeune dès minuit. 

U comparait les courtisans aux plats qu'un maî- 
tre d'hôtel met sur ia table, dont les uns sont tan- 
tôt les premiers ^et tantôt les derniers, «et qui sont 
tous confondus lorsqu'on ;vient à 'laver la vaisselle. 

11 appelait les rots des propos 4e table. - 



LIVRE TROISIÈME. !i55 

On lui demandait ce qu'il fallait faire pour bien 
se porter : Trois choses, répondit«>ii, bien manger, 
bien manger^ tt encore bien manger. 

On lui dit, un jour qu'il mangeait du potage, 
qu'il se brûlait : Oeif, dît-il héroïquement, mais je 
mange. 

On lui reprochait une fois de n'avoir pas dit «on 
benedidte. J'ai tort, répondit-il, il faut le dire^ et là- 
dessus îl fit rapporter loutes les viandes qu'on 
avait desservies, pour recommencer à dîner. 

Un )Our que son confesseur lui représentait que 
les saints avaient eu bien de la peine, même en 
jeûnant, à aller en paradis : Je le crois bien^ dit-il, 
il y a bien loin pour y aller sans manger. 

5o. Jansénistes. C'était une sorte de poîgoete 
que les femmes metta:ieDt autrefois par modestie 
pour cacher leurs bras. Dams la suite et par cor* 
ruptîon les mauvais plaisans les appelèrent sinis" 
ires. 

52. Misanthropes* On appelait ainsi, au milieu 
du dix-huitième siècle, de petits carrosses ou il ne 
pouvait tenir qu'un seul individu , parce iju'il y a 
des hommes égoïstes qui ne veulent vorturer pex^ 
sonne. 

53. Guides des pécheurs. C'est le nom qu'oo 
donnait, il n'y a pas long-temps, à des fiacres à 
glaces de bois, c'est-à-dire, fermés jusqu'au haut 
des portières, à cause que ces sortes de voitures 
procuraient aux jeunes gens le double avanlage 
de pouvoir mener des donzelles à la campagne 
pour se diveirtir, et de n'être point reconnus. Ces 



356 HISTOIRE DES PROVERBES. 

guides de pécheurs étaient, comme Ton voit, de 
vérilables tupanaria ambulans. 

54* Pilier de coulisses^ d'opéra^ et d'autres lieux. 
On appelait ainsi celui qui fréquentait assidûment 
ces arsenaux de* débauche et de prostitution. L'O- 
péra surtout était le Parc aux Cerfs des traitans 
riches et des libertins de première qualité. C'était 
principalement parmi les danseuses de premier 
ordre , que les gros bonnets de la finance recru- 
taient les objets de leurs plaisirs libidineux. Les 
danseuses et coryphées des ballets trouvaient aussi 
à se placer avantageusement ; mais c'était pour le 
fretin et pour les bourgeois aisés, qui donnaient de 
fréquentes entorses au code conjugal; on était 
étonné que les actrices et que les cantatrices n'eus- 
sent pas le même bonheur et la même vogue que 
les premières. Elles étaient délaissées et veuves 
du plaisir, bien que souvent elles surpassassent en 
charmes secrets et en beauté ostensible leurs for- 
tunées rivales. Leurs maris pouvaient se plaindre 
à bon droit, qu'ils n'étaient point favorisés par le 
sort, et que leurs femmes, comme le disait le co- 
médien ambulant du roman de Git-Blas, étaient 
par trop vertueuses et laissaient croupir leurs at- 
traits. On était surpris de cette singularité; on la 
proposa à résoudre à d'Alembert, sous la formule 
d'un problème : il répondit que la solution en était 
fort simple, et que c'était une conséquence natu- 
relle des lois du mouvement. 

55. Poulets. Il n'y a rien de plus commun dans 
la société et dans le commerce de l'amour, que 
certaines missives ou billets nommés poulets^ mais 



LIVRE TROISIÈME. a5y 

la plupart de ceux qui les écrivent et qui les reçoi- 
vent; ignorent leur origine et leur élymologie. Au- 
clebert rapporte, dans sesCurieuses Observations sur 
l'Itutie, que les amans de cette belle contrée avaient 
imaginé le singulier moyen de correspondre ^vec 
leurs maîtresses, en leur envoyant une paire de 
poulets. Ils attachaient leurs billets amoureux sous 
une aile du plus gros, et Tobjet aimé, prévenu par 
une convention d'usage , ne donilait jamais le 
temps aux argus' dé se saisir de l'innocent contre- 
bandier. Tout se découvre à la fin : les'parens, alar- 
més des conséquences fâcheuses qui pourraient 
résulter de ce commerce interlope, le dénoncèrent 
à la justice. Celle-ci crut devoir déférer, à leurs 
plaintes, et le premier porteur qui fut pris en fla- 
grant délit fut condamné sans pitié à recevoir 
l'estrapade, ayant une paire de poulets attachés 
aux pieds. C'est depuis ce temps qu'on a donné lé 
nom de poulet^ aux missives d*amour, ce qu'an- 
ciennement Juvénal exprimait bien par ces vers 
(satire ni, v. 45) : 

Ferre ad nuptam , qum mittit aduller, 
Qum mandat, norint aiiL 

m Je laisse aux autres l'of&ce de porter les billets 
doux qu'un amant écrit à sa maîtresse.» On trouve 
dans \e Glossaire bourguignon^ que le mot poulet 9 
dans le sens qu'on lui donne ici, n'a guère été en 
usage parmi nous que depuis 1610 jusqu'en 1670 
tout au plus : c'est une erreur évidente. On trouve 
des exemples beaucoup plus anciens de ce mot. 
Car Henri IV disait, en 1697, ^^ pnriant de mad'e- 
ï. iif. 17 



a58 HISTOIftE D£S PaOVERBES. 

inoiselle de Guise, sa nièce, fort sensible à raau>ur, 
qu'elle aimait bien autant le$ pouUiê en papier quen 
jfricasêée. ( Yoyex les Mémoireê de Sulfy^ partie ii, 
page 1 140 ^'^ appelait alors porte-poulets umen* 
tremetteur d'amour, auquel les gens grossiers don- 
nent un autre nom. {Mémoires de Sully, tome II, 
chap. 8a, page 248. ) 

56. Sirop. Ce mot est dérivé^ dit-on, de echarab^ 
nom arabe qui signifie toutes sortes de breuvages, 
et par excellence, le rm, tu qu'il est le meilleur de 
tous. Les Arabes le désignent encore plus particu- 
lièrement par le surnom de sckarab almosakker^ 
l«i potion qui enivre* Les musulmans lui donnent 
plusieurs noms métaphoriques, entre autres : Omm 
al genabeTf la mère de corruption : Abou-^omm 
alkarabaty le père et la mère des destructions. It 
y a des mahométans asse» scrupuleux pour ne 
point oser appeler le vin par son véritable nom^ 
des princes même ont, par des lois expresses, dé^ 
fendu de le prononcer. Le muphti, à Constantin 
nople, n'oserait jamais permettre l'usage du vin, et 
si les janissaires se passent ou se passaient de sa 
permission pour en boire, c'est en dépit de l'ana- 
thème porté par Mahomet contre cette liqueur. 
Les Turcs ont, sur ce sujet, un proverbe qui, dans 
leur langue , a une grande énergie, ils disent : Le 
vin est la foi des Arméniens , le saint des Géorgiens, 
le sang des Grecs, l'dme des Francs j et l* ennemi des 
musulmans. 

57». Sacards. Ou appelait ainsi autrefois des 
gens charitables qui, en temps de peste, allaient, 
vêtus d'un sac, mettre les pestiférés en terre : mais 



irV'RE TROISIÈME. 369 

peu à peu leurs auccesseurs, se relâchant delà pro« 
bité primitive, dérobèrent dans les maisons des 
malades ce qui tombait sons l^urs mains ; c'est ce 
qui fit qu'on Icsiippela depuis, en mauvaise accep^ 
tioQ, sacards, geii$ de sac, ç €st-^*dire pendarda 
et malfaiteurs. 

58. Ckevatien de l* arc-en-^ieL On appelle ainsi 
par ironie les laquais affublés de la livrée, parce 
que leurs habits présentant quelquefois autant de 
couleurs qu'on eu peut remarquer dans ce pbé«> 
nomène céleste. La livrée rayée n'était autrefois 
qu'un composé de bandes de différentes CQuIeui$ 
qui, cousues ensemble, formaient une étoffe de 
laquelle étaient faits le pourpoint^ le haut de 
chausse et le bas de chausse, ces deux dernières 
pièces tenant ensemble. Voilà en quoi consistait 
l'habillement d'un homme vêtu en livrée. Un sem- 
blable personnage paraissait bariolé de la tête aux 
pieds, ce qui faisait un effet bizarre et a donné lieu 
au sobriquet. 

59. Laquais. Son étymologie dérive du mot 
arabe iaqqa^ qui signifie celui qui va devant, d'où 
les Espagnols ont fait leur mot lacayo. C'était au- 
trefois l'usage qu'un seigneur ou chevalier allant à 
cheval, en grand appareil pour figurer dans un 
tournoi ou carrousel , était accompagné de deux 
sortes de domestiques, les uns à pied, qui inar- 
chaient devant lui, et qui pour cela furent nom- 
més laquais, et les autres à cheval^ qui étaient les 
écuyers et les page5 , dopt ce seigneur était envi- 
ronné. On voit que l'office des laquais a été inter- 
verti , puîsqu'aujourd'huî ils vont derrière : il est 



2Go HISTOIKË DES PROVERBES. 

vrai que la révolution en a fait marcher beaucoup 
devant 

60. Brevet de retenue de mort. On appelait ainsi, 
dans le siècle dernier, une légère attaque d'apo- 
plexie. Un duc de Mortemart, qui avait déjà eu 
plusieurs attaques d'apoplexie disait aussi à cause 
de cela : On ne sait ordinairement de quel genre 
de mort on doit finir, mais raoi je suis bien sûr 
que je mourrai d'un brevet de retenue^ faisant allu- 
sion au brevet de pairie qu'il laisserait vacant. 

61. Papetard. Ce mot signifie ordinairement un 
liypocrîte. 

f If vont faisant le papelart. 

Si ont le cners plains de mal art. 

(Rom. oB L. B.) 

Quand nous voyons, dit l'auteur d'un petit livre sa- 
tirique, un franc usurier, un adultère, un larron, 
marmotter tous les* jours à la messe plusieurs pate- 
nôtres, et pour cela ne changer sa méchante vie, 
nous l'appelons papelard,et ses actions papelardises. 
Voici l'origine vrate ou supposée de ce mot. L'en- 
droit nommera Paris le Terrain, près de Notre-Dame, 
s'appelait, en i258,Mota Papelardorum^ la Motte 
aux Papelards. Ce terrain appartenait à d'honnêtes 
citoyens, qui auront eu sans doute dans leur famille 
quelque hypocrite dont le nom sera devenu pro- 
verbe. Le mot de papelard se prend aussi quelque- 
fois pour un flatteur, un donneur d'eau bénite de 
cour, un homme adroit, fin et rusé; il dérive alors 
des mots latins palpunij palpar^ palpator, caresse , 
caresser, flatteur. 
62. Sire. Ce mot est fort aâcien dans notre 



LIVRE TAOISIÈMË i6% 

iaiigUc; quelques-uoà le font venic du grec K.vpto^ 
ou Kvpoç^ qui signifie seigneur. Ce nom, donné par 
les Grec$ du bas^empire à leurs empereurs, fut 
donné eosnite en France à quelques seigneurs, soit 
justiciers, soit Céodau^c, tels que les sires de Pont^ 
de Coticy. Ce titre, dévolu à Dieu même dans le 
seizième siècle, a été.depuis le treizfième siècle ré- 
servé aux rois, comme seignèurspar excellence^ Eu 
Aiïgleterre, le titre de sire est propre à Tordre de la- 
noblesse qu'oB appelle écuyérs [squires). G^t qui 
n'empêcbe point qu'il ne s'emploie par politesse 
entre tous les gens polis , dans le sens de monsieur. 
Voici, relativement à cette qualification, un pro- 
verbe eu quatre vers , qui était autrefois très-com- 
mun en France, et que Ion trouve dans quelques 
vieux livres* C'est une excellente leçon pour les 
rois et pour les princes : 

Bien doit être sire clamé (i). 
Qui de ses hommes est amé ,. 
Cil n'est pas sire en son pays , 
Qui de ses hommes est haïs^ 

63. Flattes. DeThou, dans ses Mémoires, donne 
une description de ces sortes de bouteilles, doii 
est venu le mot flatter^ pour signifier boire à pleins 
verres. En Allemagne, dans les orgies occasîonées 
par les grandes fêtes, tout est la véritable image 
d'une bacchanale. Les cabarets sont remplis de 
buveurs; là, déjeunes filles qui les servent leur 
versent dans des gobelets, du vin d'une longue 
bouteille à long cou, sans en répandre une goutte. 
Elles les pressent de boire, leurs instances sont 

" ' ^ " I I I I . ^ ^— ^— ■ l u i ) 111 1»—^ , I I I — I^HM I I I llll ». 

(i) Appelée 



sO^ HISTOIRE DES PROTEABES. 

accompagnées des plaisanteries les plus agréables. 
Elles boi?ent incessamment et refiennent à tonte 
heure faire ta même chose , après s'être soulagées 
du ?in qu'elles ont pris* Ce qu'il y a de particulier» 
ajoute de Thou , c est qu^ dans un si grand eon- 
cours de peuple, et parmi tant d'ivrognes, tout se 
passe sans querelle et sans e^mtestation. 

6^. Martin^bâîan. Il y a dans la ville de Vienne 
en Dauphiné des fidrges remarquables, où Ton 
fait ces lames qui par exeellence sont renommées 
hmes de Vienne. On j emploie divers instrumens, 
entre autres nn marteau de l'épaisseur du* tronc 
d'un gros arbre. Il frappe sur une enclume d'un 
volume proportionné avec une telle impétuosité, 
que son éelat retentit comme le bruit d'un canon, 
et sa rapidité est telle, que la langue la mieux 
pendue n'en pourrait compter les coups. Un tor- 
rent d'eau qui roule continuellement donne le 
mouvement à la machine qui fait «ngir le marteau» 
Les habitans du pays nomment ces m^achines et 
ces boutiques de forgerons martineiSj parce qu'elles 
sont situées proche dé l'église et dans la paroisse 
de Saint-Martin. Quand on veut exprimer dans le 
pays la mésaventure de quelqu'un qui a été vigou- 
reusement battu , on dit communément que mar- 
tin-bâton l'a visité. Cette manière de parler s'est 
depuis, étendue à d'autres contrées. 

65. Saléeiêtne. Ce mot tire son nom et son origine 
de la ville de Soles, en Cilicie, selon les uns, et 
selon d'autres, d'une yille de Tile de Chypre, 
fondée par Solon, et appelée pour cela ^oXoi (Mé- 
moires de l'Académie des Inscriptions.) On accou- 



LIYRB TROISIÈME. âO,> 

rut eu foule pour la peupler; les Athéniens surtout 
y vlfirent- en grand nombre. S'étant mêlés avec les 
anciens habitans de cette ville, ils perdirent bientôt, 
dans le commerce qu*ils eurent avec ceux-ci, la 
pureté et la politesse qui distinguaient leur langue^ 
et parlèrent comme les barbares : de là Zokoizoï , les 
babitans de Ho'aoi^ et Ho^iscstu^ parler un mautajs 
langage , faire des fautes grossièi*es contre la syit-^ 
taxe et la construction d'une langue , d*oii Ion a 
fait en français 8ôiéci$me. 

66* Sainîe^miiouche. Il faut dire et écrire saint 
ny touche. On veut désigner par là un honkne 
faux, hypocrite, qui joue le personnage d'un saint,^ 
et qui feint de pousser le scrupule jusqu'à n'oser 
toucher du bout du doigt une chose que le cago- 
tisme regarde comme profane et souillée. 

67. Sophisme. Ce mot vîeilî du grec (ropttrfMc ^ qui' 
lui-même vient de (ropc^œ^ qui veut dire user de^ 
fourberies^ altérer la vérité. On appelle êophitie 
celui qui s'efforce de tromper uti autre homme p«nr 
des raisonnemens captieux, erronés. Ce nom avait 
d'abord une origine honorable ; il signifiait un 
homme sage , expert , et se donnait aux philo- 
sop^ies et aux rhéteurs. Mais l'abus que firent de 
cette qualiûcation les déclamateurs qui se glissèrent 
en la place des vrais sages rendit ce nom odieux , 
et il dévint alors synonyme de charlatan. Il est ar- 
rivé de là que la philosophie, qui veut dire amour 
de la sagesse, amour du vrai, détournée de s(>n 
chenriin, est devenue philasophisme ou amour du 
faux. Gicéron , suivant Sénèque, est celui qui 
parait avoir donné la plus juste déûnîtion du 



a56 HISTOIRE DES PROTE&BES. 

guides de pécheurs étaient, comme Ton voit, de 
véritables lupanaria ambulans. 

54 • Pilier de coulisses^ d'opéra^ et d'autres lieux. 
On appelait ainsi celui qui fréquentait assidûment 
ces arsenaux de débauche et de prostitution. L'O- 
péra surtout était le Parc aux Cerfs des traitans 
riches et des libertins de première qualité. C'était 
principalement parmi les danseuses de premier 
ordre , que les ^ros bonnets de la finance recru- 
taient les objets de leurs plaisirs libidineux. Les 
danseuses et coryphées des ballets trouvaient aussi 
à se placer avantageusement ; mais c'était pour le 
fretin et pour les bourgeois aisés, qui donnaient de 
fréquentes entorses au code conjugal; on était 
étonné que les actrices et que les cantatrices n'eus- 
sent pas le même bonheur et la même vogue que 
les premières. Elles étaient délaissées et veuves 
du plaisir, bien que souvent elles surpassassent efi 
charmes secrets et en beauté ostensible leurs for- 
tunées rivales. Leurs maris pouvaient se plaindre 
à bon droit, qu'ils n'étaient point favorisés par le 
sort, et que leurs femmes, comme le disait le co- 
médien ambulant du roman de Gil-Blas^ étaient 
par trop vertueuses et laissaient croupir leurs at- 
traits. On était surpris de cette singularité; on la 
proposa à résoudre à d'Alembert, sous la formule 
d'un problème : il répondit que la solution en était 
fort simple, et que c'était une conséquence natu- 
relle des lois du mouvement. 

55. Pouleiê. 11 n'y a rien de plus commun dans 
la société et dans le commerce de l'amour, que 
certaines missives ou billets nommés pouteU, mais 



LIVRE TROISIÈME. a5; 

la plupart de ceux qui les écrivent et qui les reçoi- 
vent; ignorent lèurorigine et leur étymologie. Au- 
debert rapporte, dans sesCurieuses Observations sur 
l'ItnUe^ que les amans de cettebellecontiée avaient 
imaginé le singulier moyen de correspondre ^vec 
leurs maîtresses, en leur envoyant une paire de 
poulets. Ils attachaient leurs billets amoureux sous 
une aile du plus gros, et Tobjet aimé, prévenu par 
une convention d'usage , ne donilait jamais le 
temps aux argus* dé se saisir de l'innocent contre- 
bandier. Tout se découvre à la fin : les parens, alar- 
més des conséquences fâcheuses qui pourraient 
résulter de ce commerce interlope, le dénoncèrent 
à la justice. Celle-ci crut devoir déférer, à leurs 
plaintes, et le premier porteur qui fut pris en fla- 
grant délit fut condamné sans pitié à recevoir 
Testrapade, ayant une paire de poulets attachés 
aux pieds. C'est depuis ce temps qu'on a donné le 
nom de poulets aux missives d'amour, ce qu'an- 
ciennement Juvénal exprimait bien par ces vers 
(satire m, v. 45) : 

Ferre ad nupiam , qum mittii adulUr, 
Qum mandat, norint aliL 

« Je laisse aux autres l'office de porter les billets 
doux qu'un amant écrit à sa maîtresse.» On trouve 
àtiïi^le Glossaire bourguignon^ que le mot poulet^ 
dans le sens qu'on lui donne ici, n'a guère été en 
usage parmi nous que depuis 1610 jusqu'en 1670 
tout au plus : c'est une erreur évidente. On trouve 
des exemples beaucoup plus anciens de ce mot. 
Car Henri IV disait, en 1697, ^^ parlant de mad'e- 
ï. iif. 17 



a58 HISTOIftE D£S PaOVBRBES. 

inoiselle de Guise, 8a nièce, fort sensible ai 'amour , 
qu'elle aimait bien autant le$ pouUiê en papier qu'en 
jfrUasêée. ( Voyex les Mémoire$ de Sulfy^ partie ii, 
page 1 140 ^'^ appelait alors porte-poulets un«en* 
tremetteur d'amour, auquel les gens grossiers doû- 
nent un autre nom. {Mémoires de Sully, tome II, 
ehap. 8a, page 2tfi. ) 

56. Sirop. Ce mot est dérivé, dit-ion, de echarab^ 
nom arabe qui signifie toutes sortes de breuvages, 
et par excellence, le rm, vu qu'il est le meilleur de 
tous. Les Arabes le désignent encore plus particu- 
lièrement par le surnom de scharab almosakker^ 
la potion qui enivre. Les musulmans lui donnent 
plusieurs noms métaphoriques, entre autres : Omm 
al genaber^ la mère de corruption : Abou*omm 
alkarabatj le père et la mère des destructions. It 
y a des mahométans asse» scrupuleux pour ne 
point oser appeler le vin par son véritable nomv 
des princes même ont, par des lois expresses, dé-» 
fendu de le prononcer. Le muphti, à Constanti-* 
nople, n'oserait jamais permettre l'usage du vin, et 
si les janissaires se passent ou se passaient de sa 
permission pour en boire, c'est en dépit de Tana- 
thème porté par Mahomet contre cette liqueur. 
Les Turcs ont, sur ce sujet, un proverbe qui, dang 
leur langue , a une grande énergie, ils disent : Le 
vin est la foi des Arménims^ le saint des Géorgiens, 
le sang des Grecs, Came des Francs^ et l'ennemi des 
musulmans. 

57». Sacards. Ou appelait ainsi autrefois des 
gens charitables qui, en temps de pestç, allaient, 
vêtus d^un sac, mettre les pestiférés en terre : mais 



LIVRE TROISIÈME. , aôg 

peu à peu leurs successeurs, se relâchant delà pro- 
bité primitive, dérobèrent dans les maisons des 
malades ce qui tombait sons l^urs mains ; c'est ce 
^ui fit qu'on les appela depuis, en mauvaise accep^ 
tk)Q, sacards, gen$ de sac, ç^est-4*dire pendards 
et malfaiteurs. 

58. Chevaliers de l' arc^-en-cieL On appelle ainsi 
par ironie les laquais affublés de la livrée, parce 
que leurs habita présentent quelquefois autant de 
couleurs qu'on en peut remarquer dans ce phé^ 
nomène eéteste* La livrée rayée n'était autrefois 
qu'un composé de bandes de différentes CQuleur^ 
qui, cousues ensemble, formaient une étoffe de 
laquelle étaient faits le pourpoint^ le haut de 
chausse et le bas de chausse, ces deux dernières 
pièces tenant ensemble. Voilà en quoi consistait 
l'habillement d'un hocnme vêtu en livrée. Un sem- 
blable personnage paraissait barîolé de la tête aux 
pieds, ce qui faisait un effet bizarre et a donné lieu 
ïiu sobriquet. 

59. Laquais. Son étymologîe dérive du mot 
arabe iaqqa^ qui signifie celui qui va devant, d'où 
les Espagnols ont fait leur mot iacayo. C^était au- 
trefois l'usage qu'un seigneur ou chevalier allant à 
eheval^ en grand appareil pour figurer dans un 
tournoi ou carrousel, était accompagné de deux 
sortes de domestiques, les Uns à pied, qui mar- 
chaient devant lui, et qui pour cela furent nom- 
més laquais, et les autres à cheval^ qui étaient les 
écuyers et les pages , dopt ce seigneur était envi- 
ronné. On voit que l'office des laquais a été inter- 
verti , puîsqu 'aujourd'hui ils vont derrière : il est 



qGo histoire Des proverbes. 

vrai que la révolution en a fait marcher beaucoup 
devant. 

60. Brevet de retenue de mort. On appelait ainsi, 
dans le siècle dernier, une légère attaque d'apo- 
plexie. Un duc de Mortemart, qui avait déjà eu 
plusieurs attaques d'apoplexie disait aussi à cause 
de cela : On ne sait ordinairement de quel genre 
de mort on doit finir, mais moi je suis bien sûr 
que je mourrai d'c/n brevet de retenue^ faisant allu- 
sion au brevet de pairie qu'il laisserait vacant. 

6i. Papelard. Gemo't signifie ordinairement un 
liypocrite. 

fis vont faisant le papelart. 

Si ont le coers plains de mal ait. 

(Rom. DB L. R.) 

Quand nous voyons, dit l'auteur d'un petit livre sa- 
tirique, un franc usurier, un adultère, un larron, 
marmotter tous les* jours à la messe plusieurs pate- 
nôtres, et pour cela ne changer sa méchante vie, 
nous l'appelons papelard,et ses actions papelardises. 
Voici l'origine vrate ou supposée de ce mot. L'en- 
droit nommera Paris le Terrain, près de Notre-Dame, 
s'appelait, en \2S^yMota Papelardorum^ la Motte 
aux Papelards. Ce terrain appartenait à d'honnêtes 
citoyens, qui auront eu sans doute dans leur famille 
quelque hypocrite dont le nom sera devenu pro- 
verbe. Le mot de papelard se prend aussi quelque- 
fois pour un flatteur, un donneur d'eau bénite de 
cour, un homme adroit, fin et rusé; il dérive alors 
des mots \2X\ns palpum ^ palpar^ palpator, caresse , 
caresser, flatteur. 
62. Sire. Ce mot est fort aâcien dans notre 



LIVRE TROISIEME 26% 

langue; quelques-uns le fout venic dii grec ILvpio-; 
ou K.vpoçj qui signifie seigneur. Ce nom, donné par 
les Grecs du bas^empire à leurs empereurs, fut 
donné eo&uvte en France à quelques seigneurs, soit 
justiciers, soit féodaujc, tels que les êtres de Pont^ 
de Coucy. Ce titre, dévolu à Dieu même dans le 
seizième siècle, a été.depuis le treizième siècle ré- 
servé aux rois, comme seigneurs par excellence^ En 
Airgleterrey le titre de sire est propre à Tordre de la- 
noblesse qu'oB appelle écuyers [sqmres). Qt qui 
n'empêche point qu'il ne s'emploie par politesse 
entre tous les gens polis , dans le sens de monsieur. 
Voici» relativement à cette qualification, un pro-* 
verbe en quatre vers , qui était auti*efois très-com- 
mun en France, et que Ton trouve dans quelques 
vieux livres. C'est une excellente leçon pour les 
rois et pour les princes : 

Bien doit être sire clamé (1) 
Qui de ses hommes est amé ,. 
Gil n'est pas sire en son pays , 
Qui de ses hommes est haïs,. 

63. F luttes. D^Thow^ dans ses Mémoires, donne 
une description de ces sortes de bouteilles, doii 
est venu le mot /lutter, pour signifier boire à pleins 
verres. En Allemagne, dans les orgies occasionées 
parles grandes fêtes, tout est la véritable image 
d'une bacchanale. Les cabarets sont remplis de 
buveurs; là, déjeunes filles qui les servent leur 
versent dans des gobelets, du vin d'une longue 
bouteille à long cou, sans en répandre une goutte. 
Elles les pressent de boire, leurs instances sont 

— **— m I I I I m » ■ . 1 ' t I < Il I — ^—1 ^ I . I ■. 

0) Appelée 



!)70 * HISTOIRE DES PROVERBES. 

fruit est doux et salutaire. La critique malveil'* 
lante se sert d'uue loupe pour chercher un ciron ; 
elle ressemble à un homme qui passerait et repas- 
serait la main sur une glace pour j découvrir des 
bulles imperceptibles. La critique vétilleuse est un 
mauvais ouvrier qui détruit la trame de l'étoffe 
pour voir de quoi elle est composée; c'est elle qui 
a sans doute inspiré ce commentateur pointilleux» 
qui s'est bien battu les flancs et a consumé son 
temps et ses veilles pour découvrir bien au juste 
comment ont fait les soldats grecs renfermés dans 
le fameux cheval de Troie, pour satisfaire les be« 
soins indispensables de la nature sans salir leurs 
culottes et sans infecter leurs camarades^ Il y a 
peu de critiques dont le- portrait ressemble à celui 
que Pope a tracé dans son Essai sur la critique^ 
chant IV : 

Où trouver un ceoflieur dont le jiinte suffrage 
Soit Qo garant certifio du prix de votre ouvrag? » 
Toujours prêt à montrer l'exacte vérité ; 
Qui) rempli de savoir , soit exempt de fierté ; 
Dont Pcsprity dégagé de faveur et de haine ^ 
Soit du faux et du vrai la mesure certaine; 
Ferme dans ses avis , mais sans entêtement ; 
Sans être scrupuleux « plein de discernement; 
Quoique savant , poli ; quoique poli , sincère ; 
Hardi 4 mais sans hauteur, et sans rigueur, sévère; 
A«sez ami du vrai pour blâmer 0on ami ; 
Assez droit pour louer un rival ennemi f 
D*un goût exact et fin » de science profonde , 
Sachant également les livres et le monde ; 
Qui, doux, ofiBcieux, et civil sans fadeur, 
Aux talens de Tcsprit joigne les dons du cœurt 

Un véritable Arîstarque enfin* 

78. Amphitr)'on. On désigne par ce mot celui 
qui défraie les autres, et qui leur donne à man- 



LIVAfl TROISIÈHË. Î71 

ger. Molière , dans la pièce d'jimfyhitryùM ( acte m, 
scène 7 ), fait dire à Sosie : 

J« ne me trompais pas, n^essieurs, ce mot termine 
Toute l'i.tTéiK>luti(^i : 
Le verilable Amphitryon 
Est l'Amphitryon où l'on dîne. 

Depuis ce temps, ce mot est devenu proverbial. 
Cette citation me conduit à parler d'un usage fort 
commun chez les Anciens, qui obligeait TAmplii- 
tryon, cest-^-^dire celui qui donnait un repas» ù 
fournir le bain à ses convives. C'est à quoi Ho- 
race fait allusion dans sa quatrième satire du 
livre 1 : • 

Sœpè tribu* lectU videns eenare qualernot 
,^^ È quitus anus amet quûvis aspirgere eunctos , ' 

Prwter eum qui prcpbet aquam, 

«De douze convives qui sont à table, il y en aura 
un au ipoins qui se plaira à railler les autres, 
excepté celui qui fournit le bain, » c'6st--à-dire le 
maître du logis. C'est par métaphore que Iç poète 
emploie ici le verbe aspergere. Avant d'offrir des 
sacrifices ou des libations aux dieux, les Grecs 
avaient l'attention d'observer la plus stricte pro- 
preté; ils se lavaient les mains; ils faisaient de 
même avant et après les repas. Ces actes de pro- 
preté étaient tellement de rigueur chez eux, que 
l'inobservation de ces formalités avait consacré 
une expression proverbiale. Lorsqu'on entrepre- 
nait une affaire importante, légèremefnt et sans 
précaution, on disait que c'était s'y embarquer 
satis laver préalablement ses pieds et ses mains. 
Athénée raconte, au sujet'du lavement des nçiains^ 



«k^a HISTOIRE DES PAOYERBES. 

UQ trait assez plaisant dirigé contre les parasites* 
Od disputait dans une société sur là qualité des 
eaux» et il s'agissait de savoir quelle était la meil- 
leure. L'un préférait Teau de Lerne, l'autre celle de 
Pyrène; enfin les avis étaient partagés, lorsque 
Carneus dit, qu'il pensait avec Pbiloxèue» t que 
l'eau la plus agréable était celle qu'on versait sur 
les mains avant le repas. » Nos ancêtres avaient 
coutume de donner à laver avant le repas. L'heure 
de se mettre à table était annoncée au son du cor- 
net, c'est ce qu'on appelait corner l'eau; cela indî- 
qu/)it qu'il fallait préluder au repas par l'action de 
laver les mains. Cette coutume, dit le Duchat, 
s'observe encore dans les cours d'Allemagne, et 
l'on voit dans Froissard, que sous le règo^ de 
Charles Y elle avait aussi lieu en France et*en 
Flandre. L'usage de laveries mains avant et après 
le repas existait encore en France, du temps de 
Régnier, car il dit dans sa satire x : 

Sar ce point on se lave , et chacan -en son rang 
Se met dans une chaise , ou s'assied sur un banc. 

Aujourd'hui, dans les maisons où régnent le bon 
ton et la pcopreté, on se lave les mains et la bou- 
che seulement après le repas. 

79. Poltron. On fait dériver ce mot de pollex 
truncatus (pouce coupé), parce que ceux qui ne 
voulaient pas porter les armes se coupaient les 
[douces, pour avoir un prétexte de ne pas aller à la 
giierre. Cette étymologie n'est pas française. 

80. Pénard, vieux pénard; on appelle ainsi par 
mépris^ un vieillard tout cassé et ruiné par l'abus 



> LIVRE TROISIÈME. a^S 

du plaisir des sens. Le Duchat croit que ce mot 
est une corruption de poignard; je ne vois point là, 
à moins que d'aller chercher trop loin, une cause 
qui puisse justifier son sentiment. Tuet le fait dé- 
river avec beaucoup plus de raison, selon moi, du 
mot latin pénis. On voit du moins, dans cette étj- 
mologie, la cause etTeffet, la preuve et les témoins. 

81 • Tartufe. Ce mot, inventé et introduit dans 
notre langue par Molière, signifie faux dévot. Il 
doit le jour, dit-on, à la circonstance suivante. 
€ Molière se trouvait un jour chez le nonce du 
pape avec deux ecclésiastiques, dont l'air mortifié 
et hypocrite prétait singulièrement aux idées que 
son esprit recueillait pour peindre un caractère; il 
travaillait alors à sa comédie de f Imposteur. On 
vint présenter à son excellence des truffes à ache* 
ter. Un de ces dévot§, qui savait un peu d'italien, à 
la vue des truffes, sortit tout à coup de l'état de 
recueillement qu'il affectait, pour les considérer : 
comme son odorat se trouvait agréablement cha- 
touillé par leur arôme, il se mit à choisir les plus 
belles, et s'écriait d'un air riant : Tartufi^ signor 
nunzioj tartufi. Ce trait parut si plaisant à Molière, 
qu'il conçut l'idée de donner à sa pièce, qui por- 
tait d'abord le nom de l'Imposteur^ et à l'impos- 
teur lui-même, qui s'appelait Panulphe, celui de 
Tartufe. Le libéralisme a ses tartufes, comme le 
royalisme, et peut-être davantage. 

82. Rodomontj fanfaron, faux brave, qui, pour 
donner une haute opinion de lui, vante les 
prouesses qu'il n'a pas faites. Le Puchat fait déri- 
ver ce sobriquet ,des mots latins rodere montem, 
T. tii 18 ' 



9;4 fllSTOlRB DES PâO^BlBES. 

ronger une montagne» hyperbole qui prête assez à 
la définition du mot. 

83. NepotUme. Ce mot, emprunté à la langue 
italienne, est tiré du latin nepa$, qui veut dire ne- 
reu, et sert à exprimer l'autorité que s'attribuent 
généralement les neveux des papes pendant le 
pontificat de leurs oncles. Ce mot ne fait partie de 
la langue française qu'à la faveur du néologisme, 
mais il faut avouer qu'il se trouve souvent avoir 
une heureuse application, et surtout aujourd'hui. 
Combien de gens, revêtus de grandes charges et 
d'un crédit temporaire, ressemblent au pape Gré- ' 
goire XIY, qui, s'entretenant avec son neveu de 
leurs profits et intérêts communs, lui disait : Mon 
neveUf faiies votre pebte avant que je ne parte, car 
bientôt mon royaume ne sera plus de ce monde^ Com- 
bien de ministres, car la série est longue, en ont 
été réduitt-là. 

84* Ratier. On dit d'un homme rempli de ca- 
prices, cW un ratier; il a de$ rat$. L'auteur d'une 
petite satire contre le genre humain , intitulée 
l'Histoire de$ rats pour servira l'histoire universelle, 
et qui devait se connaître aux rats, puisqu'il a traité 
la matière eoo-professo , s'exprime ainsi : « Tout 
homme qui n'a pas de liaison dans ses pensées , 
de suite dans ses actions, d'ordre dans ses desseins, 
qui semble souvent agir plutôt par hasard, par ca- 
price ou par principe de mécanisme , que par rai- 
son , s'appelle ratier ; au moins ce sont les idées 
que je crois attachées à ce terme. Or, quel est le 
mortel qui ne mérite pas quelquefois ce nom ? » 
Quelques-uns pensent que l'origine de ce mot ne 



LIVRE TROISIÈME. ayS 

TieDt point d'aucune allusion à ranimai qu'on ap- 
pelle rat, mais plutôt de cette partie de notre corps 
connue sous le nom de rate , dont les maladies 
causent tant de désordre dans le cerveau. Je pense 
qu'ils ont confondu la rate avec le foie, d'où est 
sécrétée la bile, qui est le ferment d'un grand nom* 
bre de maladies. L^abbé Desfontaines croit que 
cette façon de parler vient du mot ratunij qui signi- 
fie une pensée, une résolution, un dessein. On dit 
familièrement, cet homme a des idées ^ certaines 
idées ^ pour dire qu'il lui passe des folies par la 
tête. Or, comme le vieux mot français ra^ (pensée), 
formé du latin ratum^^ la même prononciation que 
rat {mus) y on a confotpdu les deux expressions, et 
l'honneur de la méthaphore est resté sottement au 
dernier mot, ce qui est bien la preuve même qu'il 
passe bon nombre de rats dans les cervelles hu- 
maines. 

85. Quiproquo. On appelle ainsi une bévue, 
une méprise ; comme il arrive assez souvent que 
les apothicaires, je devrais dire pharmaciens, pren- 
nent une drogue pour une autre, aux dépens de la 
bourse, et plus malheureusement quelquefois "de 
la vie des malades, on a joint communément le 
mot quiproquo à celui d'apothicaire : de sorte qu'un 
préjugé préjudiciable à l'honneur et à la réputation 
des apothicaires a prévalu , quoique ces manipu- 
lateurs de drogues ne fassent pas plus de quipro- 
quos que n'en font souvent les hommes de loi. 
On raconte, au sujet de quiproquo, qu'un certain 
apothicaire de Blois , ayant trouvé l'ordonnance 
d'un médecin où il y avait écrit en abrégé agarici 



3^6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

opU pour agarici oplimi, lut agarici opii, et crut 
qu'il fallait employer de Topium dans le fnédica- 
ment qui lui était prescrit; il j en mêla une si 
grande quantité, que si le médecin, voyant un ré- 
sultat contraire à celui qu'il espérait de cette po- 
tion, n*eût. découvert la méprise, le patient eût été 
malade pour la dernière fois , ce qui ne serait pas 
arrivé si le médecin eût pris la peine de bien li- 
beller son ordonnance. Aujourd'hui nous sommes 
plus en sûreté , grâce au Codex et à la meilleure 
instruction des pharmaciens, qui doivent avoir une 
dent contre ce maudit confrère, dont la sottise a 
fait naître une défiance injurieuse pour leur pro- 
fession. Au lieu de quiproquo il faudrait écrire quid 
pro quo^ 4iliquid pro aliquo, une chose pour l'autre. 

86. Orviétan. Antidote ou contrepoison ; on l'a 
appelé de ce nom , parce qu'il fut inventé et dé- 
bité par un opérateur qui était d'Orviete en Italie, 
et qui en fit des expériences extraordinaires en sa 
personne sur un théâtre public, en prenant diffé- 
rentes doses de poison. Cet orviétan provient , dit- 
on, d'une plante qui a des propriétés merveilleuses 
contre l'empoisonnement , et a commTiniqué son 
nom à tous les reo^des que viennent débiter en 
France tous les charlatans d'Italie. 

87. Vampire. Ce nom a été donné figurément à 
ceux qu'on accuse de profiter des malheurs pu- 
blics , de pomper le sang du peuple , et de s'en- 
graisser de sa substance , par allusion à des êtres 
fantastiques, qui, suivant une croyance populaire 
fort accréditée en Allemagne , sucent le sang des 
personnes que Ton voit attaquées de phthisie. On a 



LIVRE TROISIÈME. 177 

égalemeDt donné le nonoide vampire à une mons- 
trueuse chauve-souris d'Amérique, qui suce le sang 
des personnes qu'elle trouve endormies , et dont 
elle entretient le sommeil perfide en agitant dou- 
cement ses ailes jusqu'à ce qu'elle soit repue- de 
sang. L'hémorrhagie que la morsure occasioneest 
souvent mortelle , si on ne l'arrête à temps. On 
peut consulter sur les vampires, et sur la supersti- 
tion ridicule qui en résulte , le Mercure de France 
du mois de mai 1732, l'abbé Lenglet du Fresnoy, 
et surtout dom Calmet, bénédictin, qui a perdu 
son temps à faire un ouvrage sur ces êtres de rai-^ 
son, ces fantômes. « Le crime horrible que signale 
le vampirisme, dit M. C. Nodier, dans son roman 
de Lord Ruthvoen , est plutôt une allégorie dont la 
morale a de nombreuses applications. Par exemple> 
un conquérait qui ravage depaisibles contrées, et 
dont Tambition insatiable fait verser le sang- des 
peuples, un fils ingrat et prodigue , qui réduit à 
la misère un père vertueux , dont soixante ans de 
travail avaient assuré la fortune; une femme qu'on 
aime, et qui, par ses imprudences, aiguise à cha- 
que instant pour nous le poignard de la jalousie; 
un roi cruel, un ami perfide, un ministre qui tra- 
hit la confiance de son maître, et amène des révo- 
lutions terribles à la place du bien qu'il aurmt pu 
faire, tous ces êtres, fléaux de la société, ne repré- 
sentent-ils pas le vampirisme? it Ainsi lea mots 
vampire et vampirisme se sont introduits dans la 
langue française à la faveur d'une croyance super^^ 
stitieuse et du délire de l'imagination. 



9^8 HISTOIRE DBS PROVERBES. 

CHAPITRE IL 
De$ expresêians $inguUire$ et proverbiales. 

1. Avoir maille àpartir entre personnei. Partir est 
UD vieux mot français qui signifie partager , divi* 
ser. • Nous partons le fruit de notre chasse avec 
nos chiens et oiseaux, comme la peine et Tindus* 
trie , • dit Montaigne. 

2. Battre l'estrade. Cette expression est tirée du 
mot latin strata, que les Grecs modernes ont em-* 
prunté aux Latins , et qui signifie pavé. Virgile a 
dit : strata viarwn. Les Grecs anciens appelaient 
arpo^oi (pavé), un lieu pavé de morceaux de mar- 
bres de différentes couleurs, et divisés en compar- 
timens que les modernes ont appelés mosaïques ; 
ainsi battre Testrade est évidemment battre le pavé, 
courir les rues sans but fixe et pour tuer le temps, 
lorsqu'on ne sait utilement l'employer. Les Italiens 
se servent du mot strada pour dire une rue. 

3. C'est une affaire bâclée; c'est-à-dire terminée. 
Bâcler est un mot dont les gens de la campagne se 
servent pour dire, fermer la porte en dedans. Il dé- 
rive de baculum^ bâton, parce que les' villageois se 
servent ordinairement d'une clavette ou cheville 
en bois en guise de verrou. ^ 

4. Chauffer le tison. Expression proverbiale em- 
pruntée des Latins, titioad ignem, être altéré» et 
irriter sa soif. Jeter de l'huile dans le feu. 

5. Chanter la palinodie; c'est-à-dire chanter le 
pour et le contre , se rétracter, varier d'opinion , 
de langage suivant les circonstances, encenser tour 



LIVRE TROISIÈME. ^^g 

à tour tous les partis dominans ; combien n'avous-' 
nous pas yu d'orateurs , d'avocats ^ d'historieud ^ 
dlioDiiaes d'état ou soi-disant tels, chanter la pa- 
linodie ; après cela croyez , si vous voulez , à la 
constance et au dévouaient prétendu de ces ca- 
méléons. Le mot palinodie vient de deux mots 
grecs iraXiv^ de nouveau, et âserj^, chanter. Chanter 
de rechef, c'est-à-dire le contraire de ce qu'on a 
avancé. Les Latins rendent ce mot par celui ,de 
recantatio. Il est proprement le désaveu de ce qu'on 
avait dit précédemment.C'ést pourquoi toutpoème, 
et en général toute composition quij contient une 
rétractation de quelque offense faite par un poète, 
à qui que ce soit , s'appelle j9a/m0c/cV. On en attri- 
bue l'origine au poète Stésichore , natif d'Himère r 
ville de Sicile, 610 ans avant Jésus-Christ. Les ha- 
bitans d'Himère étant en guerre avec leurs voisins; 
implorèrent le secours de Phalaris, tyran d'Agri- 
gente. Stésichore s'opposa de, toutes ses forces à 
une demande qui tendait à priver ses concitoyens 
de leur liberté. Phalaris s'étant déclaré leur enne- 
mi , Stésichore se mit à la tête des Hymériens , 
combattit vaillamment; mais il succomba dans 
cette lutte contre le tyran , se réconcilia même 
par la suite avec lui, et chanta les vertus de Pha- 
laris, qui était devenu un de ses plus grands admi- 
rateurs. Tel qui est aujourd'hui sur le pinacle, a 
chanté les vertus de l'incorruptible Robespierre, de 
Marat, voire même de Barrère. Le fabuleux s'est 
joint à ce que l'antiquité nous a transmis sur ce 
poète. Pausanias raconté qu'il fit un poème sati- 
rique contre la belle Hélène ; que Castor et Pollux, 



* 



98o HISTOIRE DES PROVERBES 

voulant venger Toutrage fait à leur sœur, frappèrent 
le poète de cécité. Celui-ci, pour recouvrer la vue, 
composa un autre poème, Mans lequel il soutint 
qu'Hélène n'avait jamais abordé enPhrygie, comme 
il l'avait prétendu auparavant, loua les charmes et 
les vertus d*Hélène , et félicita Ménélas d'avoir o]b- 
tenu la préférence sur ses rivaux. 

6. Courir le guilledou. Hanter de mauvais lieux , 
de mauvaises compagnies. Le mot guilledou dérive 
de gildonia, geldonia^ qui anciennement, et suivant 
le glossaire deLeidembrog, signifiait adunaiio, cons- 
piratio , soit que ces assemblées fussent devenues 
licencieuses, soit que les jeuues gens, au lieu de 
s'y rendre, allassent faire des parties de débauche 
dans d'autres lieux. H y a toute apparence que le 
mot gildonia a été pris pour la débauche même. 

Car louveat , moins sage qi)e fou , 
Il ^a courir le guilledou. 

(SCARMOIT) Gig:<i chap. 13.) 

7. Courir l'aiguillette. Mener un train de vie hon- 
teux , et se faire prostituée. Chez les Romains, les 
femmes de débauche étaient connues par certaines 
marques distinctives, et encore plus sans doute par 
leur licence et leur efiFronterie, Pasquîer, qui vivait 
dans le dix-septième siècle, assure avoir vu de son 
temps les filles du Château- Vert à Toulouse n'ayant 
d'autre enseigne qu'uj^e aiguillette sur l'épaule. 
Moisant de Brîeux pense que ce proverbe veut dé- 
signer l'aiguillette des hommes, et que c'est de ce 
mot que sont venues ces diverses manières de par- 
ler : Nouer l'aiguillette, dénouer l* aiguillette^ mettre 
bas l'aiguillette, gui ont donné lieu à des com- 



LIVUE TROISIÈME. 181 

mentaires, où la décence ne trouve pas toujours 
son compte. On peut lire, pour rintelligence de 
toutes ces locutions, le fameux procès du marquis 
de Gesvres ; on se formera une juste idée des sen- 
sations , épreuves et contre-épreuves qui se ratta- 
chent à ces mots. Ce sont autant de chefs-d'œuvre 
propres à enflammer Timagination la plus morte, 
et à réveiller le tempérament le plus engourdi. 

8. Courir la prétentaitle ; c'est-à-dire le cotillon. 
Le vertugadin , la prétentaille , le falbala et le mir- 
liton , dont le nom est devenu si fameux, étaient 
des ajustemens féminins. Ce dernier surtout, quoi- 
que ne signifiant rien, a donné du fil à retordre 
aux étymologistes, qui se perdent souvent dans de 
savantes et inutiles conjectures, tandis qu'ils ont 
le mot et la chose sous le nez. Le caprice fait les mo- 
des ^ leur donne des noms , qui sont la plupart du 
temps dus au hasard, et qui vont ensuite se perdre 
dans l'oubli. 

9. Donner la férule {i). La férule, cet instrument 

(1) La tige de la férule s^élëve de cinq pieds eoTiron ; elle 
est noueuse, et épaisse de trois pouces. Le creux de ceUe 
tige est rempli d'une moelle blanche, qui, lorsqu'elle est 
bien sèche, prend feu comme l'amadou, et ne se consume 
que très-lentement, ce qui donne la facilité de se servir de 
cetle plante pour porter du feu d'un endroit en un autre. 
Cet usage est fort ancien, et a donné lieu sans doute à la 
fable de Prométhce, qui, suivant un passage d'Hésiode, 
emporta dans la tige d'une férule le feu qu'il avait dérobe 
dans le ciel, probablement parce qu'il se servit de moelle 
de férule comme d'une mèche, et apprit aux hommes à con- 
server ainsi le feu. Les tiges de la férule sont assez fortes 
pour serVir d'appui , et trop légères pour ne pas se briser sj 



a82 HISTOIHE DtES PAO?EABBS. 

destiné i châtier les enfans,. était connue dans Tan-* 
tlquité. Martial dît qu'elle était le sceptre des pé-« 
dagogues : 

Seefitritm pedagogorum 
KnvUum ninUkmpuêrU, gralumqu» magistns». 

11 dit encore dans un autre endroit ; 

Ferutœque truies, teepira pedagogormm, 

Cesstni. (Liv. X, ép. 63i.) 

Laisse reposer ces tristes féniles , le sceptre des pédans. 

C'est une plante de la famille des ombellifères, dont 
la tige sarmenteuse servait de bâton aux prêtres de 
Bacchus, et plus tard de sceptre aux empereurs du 
Bas-Empire; on la nommait NAP0HM. Le haut 
en était carré et plat. L'usage en était fort ancien 
parmi les Grecs, qui appelaient leurs princes iVar^c- 
cophores, porte-férules. On appelait aussi du uomu 
de férules le thyrse, comme on peut en juger par 
ce proverbe grec : Beaucoup de gens partent la férule, 
mais il y en a peu qui soient Bacches ; c'est-à-dire 
qui aient saisi l'esprit des cérémonies deBacchus, 
qui avaient pour objet de pénétrer les profanes de 
la crainte des peines infernales , et de flatter les 

Ton veut en frapper quelqu'un. Bacchus, un des sages légis- 
lateurs de la Grèce et de l'antiquité, ordonna aux premiers 
hommes qui burent du vin, de se servir de cannes de férule 
pour soutenir leurs pas chancelans, parce que 5 dans leur 
fureiir bachique , ils étaient exposés à se briser la tête «n 
tombant. Pline assure que Içs ânes mangent cette plante avec 
acidité 9 bien qu'elle soit un poison pour les autres animaux. 
Suivant les remarques dePlutarqueet de Strabon, Alei^abdre 
tenait les Œuvres d'Homère renfermées dans une cassette d& 
férule > à cause de sa légèreté. 



LIVKE TAOISIËUE. aSS 

initiés des plus douces espérances sur la Vie future. 
10. Donner la savatte. C'était une punition fort 
usitée chez les anciens ; Perse , dans sa cinquième 
satire, vers 1649 fait allusion à cette coutume: 

Solêâ puer objurgabêre Tubrà. 

« Elle vous corrigera avec sa pantoufle rouge. » Le 
mot savatte vient du latin sapa, qui correspond au 
mot lamina , à cause que les souliers sont plats 
comme une lame. Les Espagnols disent zapato , 
soulier, et zapatero, cordonnier. C'était également 
l'usage à Malte , d'infliger aux jeunes chevaliers 
novices qui avaient négligé de remplir leurs de- 
voirs sur les galères de l'ordre, une correction sur 
les fesses avec un soulier, et c'est encore parmi nos 
jeunes gens une espèce de jeu , en même temps 
qu'un châtiment , qu'ils appliquent à celui d'entre 
eux dont la conduite mérite des reproches. Lu- 
cien , dans ses Dialogues, fait souvent mention de 
cette punition. 

11. Donner un pensum. C'est un travail qu'on 
donne à faire aux écoliers pour les punir. Ce mot 
signifie proprement la filasse qui pend à la que- 
nouille. Virgile en donne une explication dans ses 
Géorgiques (liv. i) : 

Née nœtuma quidem earpentee pensa puellœ , 
Nescivere hyemem» 

« Les filles même qui filent la nuit à la tâche , ne 
manquent pas de moyens pour prévenir l'ennui de 
l'hiver. > Les Latins ont appliqué figurément ce mot 
à toute espèce de travaux. 

12. Faire l'école buissonnière. Gela se dit pro- 



984 HISTOIRE DES PROVERBES. 

Terbialementy lorsque quelqu'un s'est absente d'un 
lieu sans raison. Ce proverbe, selon Ménage, est 
né au village , où les enfans , au lieu d'aller à l'é- 
cole, vont dans les buissons chercher des nids 
d'oiseaux. Il vient, selon d'autres, de ce qu'au 
commencement du luthéranisme, les sectateurs de 
cette doctrine, n'osant prêcher ni enseigner publi- 
quement leurs dogmes, tenaient dans les cam- 
pagnes des écoles secrètes , qu'on nomma buisson- 
nières, comme étant tenues derrière des buissons. 
Le parlement, qui en fut informé, rendit, le 6 août 
i553> un arrêt qui défendait les écoles buissonnières, 
et renouvela les défenses d'enseigner sans la per- 
mission du chantre de l'église de Paris. 

i3. Faire versure» Cette expression vient des 
mots latins versuram facere, et signifie emprunter 
pour payer, en ne faisant que changer de créan- 
cier. Térence a dit : In eodem luto hœsitaSj versurâ 
solviSjGeta^ tu es toujours, Geta, dans le même 
bourbier, tu fais un trou pour en boucher un autre. 

i4- Faire la figue ^ c'est-à-dire se moquer de 
quelqu'un. La Fontaine s'est servi de cette expres- 
sion proverbiale : 

Planeurs se soDt trouTés qui , d'échaxpe chaogeaat , 
Aux daDgere, ainsi qu'elle , ont souvent fait ta figue. 

Le sage dit : Seloa les gens , 

Vive le roi , vive la ligue. -^ 

Ce proverbe vient des mpts italiens far la fica^ 
et tire son origine d'une anecdote reconnue fabu- 
leuse et rapportée par Munster, surnommé le 
Sir abon de l' Allemagne, dans son Dictionnaire. Les 
Milanais, s'étant révoltés contre l'empereur Barbe- 



LIVRE TROISIÈME. a85 

rousse, chassèrent de leur ville l'impératrice sa 
femme, et la firent monter sur une mule, le dos 
tourné vers la tête de cette mule, et le visage vers 
la queue. Barberousse, les ayant vaincus et remis 
dans le devoir, fit mettre une figue aux parties 
sexuelles de la mule, et obligea tous les Milanais 
captifs d'arrachçr cette figue avec les dents , sous 
peine d'être pendus sur-le-champ, et ils étaient 
obligés de dire au bourreau en lui remettant cette 
figue , ecco la fica. Aussi est-ce la plus grande in- 
jure que Ton puisse faire aux Milanais que de leur 
faire la figue, en leur montrant le bout du pouce 
serré entre le pouce et l'index de l'autre main. 

] 5. Manger son bien en herbe. C'est-à-dire dissiper 
follement et promptement son revenu, avant qu'il 
soit échu. Un homme connu par ses profusions 
fut attaqué d'une maladie violente, qui lui faisait 
rendre des déjections de couleur verdâtre. Un mé- 
decin, consulté sur la cause d'un effet aussi singu-; 
lier, lui répondit moins en docteur qu'en paré- 
mîographe : Vous ne devez pas en être surpris , 
puisque vous avez mangé tout votre bien en herbe. 

16. Parler à ventre déboutonné. S'exprimer sans 
mesure et sans égard pour les bienséances. Un 
procureur nommé Topenot défendait un maqui- 
gnon, que l'on voulait obliger à reprendre un cheval 
qu'il avait vendu: « Messieurs, dit l'orateur, quand 
nous avons vendu notre cheval il était gros et gras. 
Aujourd'hui, comment veut-on que nous le repre- 
nions? on nous le ramène comme un ecce komo, 
parce qu'on l'a fait courir à ventre déboutonné: Après 
tout, nous n'osons point en imposer à la cour. Il 



d86 HISTOnUB DBS PEO?E&B£S. 

est là-bas dans le préau, il n'y a qu'à le faire 
monter et comparaître en personne. < Mais, maître 
Topenot, lui dit-on, gardez le cheval à Técurie 
une quinzaine de jours, il sera bientôt refait. Ah, 
Messieurs 1 reprit le procureur, ce qu'on demande 
n'est pas raisonnable, et ma partie n'est pas en état 
de garder à l'écurie un cheval qui resterait leê bras 
croisés à ne rien faire, i Cette singulière éloquence 
était digne de la partie qu'il défendait. Maquignon 
Tient d'un mot grec qui signifie, fripon, maraud, 
voleur. Les maquignons, en général, ne démentent 
pas leur origine. 

17. Prendre des vessies pour des lanternes. S'abu- 
ser. Martial a dit : 

Comea si non tum, numquid tum fuiàor? A ut me 
t Fesieam contre qui venit eue puimi f 

« Quoique je ne sois pas de corne, suis-je plus obs- 
cure? celui qui me rencontre peut-41 me prendre 
pour une vessie? • 

18. Parfiler. Il fut un temps où la mode était de 
parfiler, c'est-à-dire de mettre en charpie des ga- 
lons, des ganses, des étoffes d'or et d'argent , qui, 
dans cet état, avaient encore du prix chez l'or- 
fèvre. Dans ce temps-là, au dix:septième siècle, il 
était de mode de donner aux dames, en étrennes^ 
sous les formes les plus bizarres, des pièces de 
toile d'or qui n'étaient bonnes qu'à parfiler. L'or 
n'était jamais refusé sous cette forme, et quand en 
faisant la conversation on avait parfilé quelques 
aunes d'étoffe dans le cours de plusieurs soirées, 
on finissait par tirer un assez bon profit de son 
temps. 



LITRE TftOTSIËJIIB. , dS^ 

1 9« Renvoyer aux calendes grecques. Le^ RpmaÎDs 
nommaient calendes le premier jour de chaque 
inoxs. Les Grecs ne comptaient point par calendes, 
<;e qui fait qu'on dit, d'une chose qu'on n'exécu- 
tera pas, ou qu'on n'a pas envie de faire, qu'elle 
est renvoyée aux calendes grecques. 

20. Révéler les secrets de l'école; c'est-à-dire, 
apprendre aux étrangers des choses dont les con- 
frères ou les initiés seuls doivent être instruits. 
C'est dans ce sens qu'il faut interpréter l'histoire que 
rapporte Jamblique^ d'un certain Mullias et de sa 
fenrime Tymicha, qui ne voulurent jamais appren- 
dre à Denys la raison de l'aversion que les Pytha- 
goriciens avaient pour les fèves, jusque-là que Ty- 
micha se coupa la langue avec les dents et la 
cracha au- visage du tyran, de peur que les tour- 
mens ne la forçassent de satisfaire la curiosité de 
Denys*, et de violer ainsi la loi fondamentale de 
leur école, qui consistait à ne jamais communiquer 
aux profanes les secrets de leur doctrine. C'est 
peut-être à cette première antiquité qu'il faut 
rapporter l'origine de ce proverbe : // ne faut pas 
révéler les secrets de l'école ^ qui est encore 6n usage 
dans beaucoup de sectes et de confréries. 

21. Donner à quelqu'un la monnaie de sapiè.ce; 
c'est-à-dire, lui rendre propos pour propos, injure 
pour injure. Un homme de la cour donnait à man- 
ger à des gens de bonne compagnie, et n'avait avec 
lui pour tout domestique qu'un page qui ne suffi- 
sait pas pour donner à boire à tous les conviés. 
Messieurs, réjouissons- nous, leur dit- il, et bu- 
vons. Donnez -nous donc la monnaie de votre 



ii88 HISTOIRE D£S PROVERBES. 

page, lui répondit un d'entre eux, faisant enten- 
dre par là qu'il fallait qu'il changeât son page 
en plusieurs laquais, pour les servir, comme on 
change une pièce d'or en plusieurs pièces de moin* 
dre valeur. 

22. Donner l'e$taffe. Du mot italien staffa, cjpl 
signifie étrier, est venu l'usage qu'on a, en mena- 
çant quelqu'un de la bastonnade, de dire qu'on lui 
fera donner Testaffe, parce qu'en effet les estaffiers 
(voir ce mot, p. 249) marchaient à pied à l'étrier 
du cheval de leurs maîtres, qui pouvaient user du 
privilège de leur grandeur pour les gratifier de 
coups d'étrier. 

23. Chercher castille ; chercher noise. Le mot 
castille s'est conservé dans le langage familier, 
pour exprimer une dispute, une querelle; il se di- 
sait anciennement de l'attaque d'une tour ou d'un 
château, et il fut employé depuis pour désigner les 
jeux militaires, qui n'étaient qu'une représenta- 
tion simulée des fureurs de la guerre. En 1646, la 
cour de France, passant l'hiver à la Roche-Guion^ 
et n'ayant rien de mieux à faire qu'à fainéanter, 
s'amusait à faire des castilles, que l'on attaquait et 
défendait avec des pelotes de neige. 

24. Conter des bourdes. Conter des mensonges. 
Le mot bourde vient du latin du moyen âge , bur- 
dare, qui veut dire se jouer, plaisanter. Les Italiens 
disent burlare. 

25. Faire charivari. C'est faire un bruit indé- 
cent a^ec des tambours , des armes à feu , des 
cloches, des plats, des assiettes, des bassins, des 



\ LIVRE TROISIÈME. 289 

.poêlons , des chaudrons, accompagné de huées, 
de sifflemens, de bourdonnemens, de cris ; enfin, 
c'est causer du désordre et du tapage dans les rues 
et sous les fenêtres de personnes^qui se sont rema- 
riées. Cet usage est commun à plusieurs provinces 
de France. On choisit, soit le moment où les époux 
sortant de l'église après la célébration nuptiale , 
soit le ^oir ou la nuit même des noces, pour faire 
retentir à leurs oreilles ce bruit discordant. C'est 
une observance superstitieuse qui consiste à tour- 
ner en dérision les secondes noces , que TÉglise a 
cependant approuvées de tout temps, et à profaner 
la sainteté du mariage. C'est un reste de l'ancienne 
idolâtrie que TÉglise a même souvent frappé d'ex- 
communication. Plusieurs synodes et conciles pro- 
vinciaux ont expressément condamné les chariva- 
ris. Les propos indécens , les troubles qui en sont 
les, suites, les ont fait regarder comme une vérita- v 

ble atteinte à Tordre et à la morale , et ont attiré 
sur eux la juste sévérité des lois. Ils ont souvent 
été la cause de grands désordres, de crimes même^ 
comme on peut le voir dans un procès fameux, qui 
a donné lieu au célèbre avocat Loyseau de Mau- 
léon de faire briller son éloquence. (Voyez le plai- 
doyer de cet avocat pour la veuve Muguet ^ contre les 
sergens et arquebusiers de la ville de Lyon , et leurs 
officiers^ vol. i.) 

26. Employer les rognures. Expression proverbiale 
usitée pour exprimer le profit surabondant que l'on 
retire d'une*affaire. On appelle rognures^ dit le Dic- 
tionnaire de l'Académie , les restes des matériaux 
qui ne sont point entrés dans la composition d'un 
T. m. 19 



f 



^ 



ago HISTOIRE DES PROYERRES. 

grand ouvrage, pour lequel iJs avaient été destinés, 
et dont ensuite on fait un petit ouvrage dans le 
même genre. Henri lY allait assez souvent dîner 
chez le parvenu Zamet , seigneur de dix-sept cent 
mille écus, comme il s'appelait lui-même devant 
un notaire qiii rédigeait pour lui un contrat, et qui 
lui demandait ses qualités. Un jour que le roi lui 
avait fait cet honneur, il prit , après le repas , fan- 
taisie à Zamet de montrer à Henri sa maison, qu'il 
avait fait reconstruire à neuf; et, lui faisant remar- 
quer tous les coins et recoins qu'il y avait prati- 
qués, il lui dit: Sire, j'ai ménagé ici ces deux 
«ailes, de cet autre côté-là , ces trois cabinets que 
voit votre majesté. Oui^ oui, reprit vivement Hen- 
ri IV, et de la rognure j'en ai fait des gants. 

27. Chanter Jehan petaquin. Expression souvent 
employée du temps de la Ligue. C'était le refrain 
d'une chanson italienne, dérivé du mot petachina , 
qui veut dire coquette, et de l'expression prover- 
biale, star suite petachine, qui signifie faire double- 
ment bonne chère. H y a là un jeu de mots qui 
i^ache une action licencieuse , comme l'on pense ; 
€t relativement aux mots Jehan petaquin , ils pour- 
raient avoir un sens analogue à celui du proverbe 
français, manger et peter tout ensemble. D'Aubîgné, 
dans son baron de Faeneste , les a employés à l'oc- 
casion que voici : Je demande au lecteur la per- 
mission de le citer ; on sait que ses paroles ne sont 
souvent rien moins que chastes, t Le comte de la 
Rochefoucauld, seigneur d'un agréable et excellent 
esprit, avoit demandé à un de ses amis une grotes- 
que ou drôleriey pour la galerie de son château, de 



LIVRE TROISIÈME. *igx 

iaTeïiie, sur la Charente. On lui donna trois files 
de peinture, à savoir : une dame ^ un bagage d* armée 
^ui chemine^ et une procession, v Voici la description 
que d'Aubigné fait du bagage. < Au bagage c'étoit 
bien une pliis grande diversité; il me souviendra 
de quatre ou cinq pièces: une vivandière qui avoît 
un chaudron sur le cul , une poêle en épée, et une 
citilleren poignard, la t^stè dans un panier , une 
ècharpe d'oignons, et un masque de satin; un gar- 
çon de tambour sur un âne, sa caisse rompue sur 
réchine et une oie dedans; un aumônier qui va 
après sur une mule s'endormant et baissant la teste, 
et l'oie qui lui empoigne le nez; un laquais, un 
chapeau bien garni de plumes de chapon, qui roule 
une civière et une malle verte dessus. Un cha- 
meau et une demoiselle dans le bât , qui tient sur 
le devant un médecin , et en croupe un eordelîer ; 
une charrette à bœufs renveftée et pleine de garces, 
la plupart les cuisses en haut et la tête en bas, et 
un récollet qui a le nez au trou de la plus grasse. 
11 me souvient encore, à la fin du bagage, d'un ar- 
goulet découpé à la mode comme un canard à la 
faconde Poitou, le visage enfoncé dans une touffe 
de cheveux, monté sur.une jument; derrière lui 
un^rand roUssin pie n^onté par un apothicaire qui 
a une chausse d'H jppocras dans la teste. Le roussin 
met les pieds de devant sur lès épaules de l'argou* 
let, embesse la fument. Les pennaches du valet e* 
de l'argoulet vont au branle, et le» gîirces et goujats 
sont à l'entour qui chantent jehan peta^uin. » 

28. Porter le haut de chausse. L'abbé Massieu , 
dans son Histoire de la Poésie française^ croit .que 



u 



293 HISTOIRE DES PROVBEBES'. 

cette expression proverbiale et populaire doit son 
origine au fabliau composé par Hue Piancelle. 
L'auteur suppose que sire Hans et dame A?ieuse ^ 
sa femme, combattirent long-temps à qui porterait 
le baut de chausse ; mais la femme, après une lon- 
gue et vigoureuse résistance, fut contrainte de cé- 
der. Elle tomba dans un tonneau , la tête la pre- 
mière , les pieds en Tair ; dans cette posture elle 
s'avoua vaincue : 

fine Piancelle qni trooTS 
Cil fabel (i), par raiMo trooT» 
Que cil qui a femme robête (a) 
Est garni de maoTaise bête. 

29. Donner dans la bosse; c'est-à-dire, donner 
tlans un piège» se laisser duper, ajouter foi trop fa- 
cilement à des discours fallacieux, à des promesses 
mensongères : 

Certain boMo , grand enjôleur de fillo , 
Pour en féduire une des plus gentilles 
Loi promettait, s'en croyant sûr déj^ , 
Belle maison , diamans et carrosse. 
Ahl que nenni, dit-eUe» nennidà. 
Ce n'est pas moi qui dorme dans la bosse, 

30. Nouer l'aiguillette. C'était, par des opéra- 
tions magiques, empêcher un bomme de letre 
dans des circonstances où sa passion , son amour- 
propre, et l'intérêt de sa race lui en faisaient un 
plaisir, un bonheur, un devoir. Il était, comme 
Ton disait, ensorcelé, lié, garotté par un sort dans 
les parties les plus intimes de lui-même. L'envie 



(1) Fabliau. 
(3) Robuste. 



LIVRE TROISIÈME. 295 

«t la T6Dgeance concouraient par les moyens les 
plus criminels , et parla fascination, à rendre un 
homme nul sans le mutiler, et à paralyser en lui les 
sources fécondes de la vie. Si, par toutes sortes de 
conjurations démoniaques , et après surtout Tex- 
pertisme du congrès, on ne parvenait pas à dé- 
truire le charme dirimant, le mariage était déclaré 
nul, et les époux maléficiés se séparaient. Il leur 
était permis, à chacun, de- convoler à d'autres no- 
ces, et bien souvent Iç sort malin et jaloux, qui 
avait présidé à leur première union, et qui en avait 
contrarié les résultats naturels, se plaisait à les dé- 
dommager avantageusement dans une secondé. 
Telle fut la destinée du marquis de Brosse, im- 
puissant pour sa première femme, tout puissant 
pour la seconde, dont il eut sept enfans à lui àp>- 
partenans, du moins en vertu de Taxiome : I^ pater 
est quem nuptiœ demonstrant. Chez les Grecs mo- 
dernes, peuple gâté par la superstition, l'opération 
magique par laquelle on lie les époux, ditSonninî 
{Voyage en Grèce et en Turquie) , est, selon eux , 
une évocation au diable ; elle se pratique en for- 
mant trois nœuds lâches à un cordon. Lorsque le 
papeis bénit les époux , le méchant qui veut leur 
nuire, tire les deux bouts du cordon , serre les 
nœuds, et dit: J'attache N... etN... et le diable au 
miïieui 11 n'en faut pas davantage ; l'impuissance 
de l'époux dure tant que les nœuds ne sont pas 
défaits, et si le cordon fatal se perd, ou si une 
malveillance opiniâtre se refuse à le dénouer, l'a- 
battement devient général, et le marasme condui- 
rait à la mort, si le mariage n'était dissous ; n^ais 



394 HlSiOiiiË Dlùb PROVJ&ftBES. 

cette faiblesse accidentelle du corps d est produite 
que par celle de l'esprit. Il n'est aucun Grec qyi y 
en se mariant, ne redoute d'être lié. A cette précau- 
tion se joignent les alarmes que l'épouse et ks pa* 
rens ne lui dissimulent pas; il ne se présente au 
temple de l'hymen qu'en tKemb)ant,et l'àme pleine 
de frayeur, et si quelques circonstances paraissent 
venir à Tappui de cette crainte,^ l'esprit se trouble, 
et l'imagination frappée produit le mal dont elle 
seule est la cause. 

3 1 • Prendre une pointe de vin ; c'est-à-dire, boire 
jusqu'à la gatté, est une locution française qui cor* 
respond à une expression très-commune parmi les 
Grecs, s'échauffer avec le vin. Eschile , au rappoit 
de Plutarque , ne composait ses tragédies qu'après 
avoir pris une pointe de vin. Il remarque, dans le 
même endroit, que son aïeul Lamprias ne disputait 
jamais avec plus d'esprit , et ne montrait jamais 
plus d'habileté à résoudre les difficultés proposées 
par les philosophes, qu'à souper, quand le vin eom- 
mencait à échauffer son cerveau. Les verres, dit 
Dryden, dans la Vie de Plutarque ^ volaient à la 
ronde avec les disputes, et les convives faisaient 
également éclater Tenjouement et la sagesse;. Yar- 
ron appelle le vin, hilaritatis dulce seminarium. 

3a. Sucrer sa moutarde; c'est-à-dire, modérer sa 
critique ou son ressentiment. Mathurin Régnier 
s'exprime ainsi dans sa deuxième satire : 

Cependant il- vaat mîetui sacrer votre moutarde ; 
L'humme pour un caprice estsqt cjiii se hasarde. 

55. Donner les ka guignâtes {ou /wgtif g'nèf e») . Pcut- 
êti^ a-t-on dit haguiguètes pour éviter l'équivoque 



LIVRE TROISIÈME. 396 

de^ la isignificatioD obscène que les Picards don- 
nent au mot de hog^igner. Ce mot de hoguignètes, 
suivant Moisant de Brieux, venait des mots latins 
koc in anno. C'était anciennement un présent que 
Ton demandait au dernier )our de Tannée. Ces 
mots, étant latins, n'étaient point compris par le 
peuple j et étaient diversement prononcés par lui. 
Les uns disaient hoquinanOy les autres haguineloy 
comme le témoignent les refrains de ces deux cou- 
plets d'une chanson normande : 

Si vous Teniez à la dépense, Donnez-moi mes hagnignëtes 

A la dépense de chez nous , Dans un panier que voici ; 

Tous mangeriez de bons choux; Je rachetai samedi 
On vous servirait du rot D'un bon homme de dehors ; 

Hoifu'mano, Mais il est encore à payer 

Haguinefo, 

11 y a grande apparence que ce dernier mot vient, 
par corruption, du cri des Druides^ o.u gay l*anr 
neufi adviscum annonovo. Il ne faut pas confondre 
les hoguignètes avec les étrennes, qu'on appelle à 
Rouen les érîvières ; celles-là se donnent le der- 
nier jour de l'année courante, ^t celles-ci le pre- 
mier jour de l'an suivant. 

5^ Godailler. Ce mot se compose des mots an- 
glais good aie , ou des mots allemands goad-ael , 
qui signifient bonne bierre. La godale était en effet 
une bière d'une qualité beaucoup plus forte que 
la cervoise ordinaire. Les Flamands lui avaient 
donné pour cela le nom de double bière. Il nous en 
est resté l'expression godailler j qu'on applique encore 
aujourd'hui auxl)uveurs crapuleux, qui, peu délicats 
sur les plaisirs de la société, se réunissent unique- 
ment pour boire et pour se livrer à l'intempérance. 



3^6 H1ST0IA£ D£S P110V£RBKS. 

35. Donner le branle; c'est-à-dire donner le ton^ 
faire aller leis choses, mettre en mouvement. Pé- 
lisson dit, en parlant du cardinal de Richelieu. 
« 11 sufEt d'un homme pour donner le branle à 
tout le royaume. » Qu'aùrait-il dit de Bonaparte? 

36. Cracher sur les tisons. Cette expression pro* 
verbiale est spécialement réservée pour les vieil- 
lards. A leur âge, on rejette plus que jamais une 
ceiiaine quantité de salive et de matières glutineu- 
ses , qui sortent de Tarrière-gorge. Cette expulsion 
leur est fort utile, en ce qu'elle débarrasse leur poi- 
trine d'une matière incommode,,et qui pourrait 
l'engorger. et 

37. Etre à potet à rôt avec quelqu'un. C'est boire, 
manger et vivre continuellement avec une per- 
sonne. On dit encore être à pot et à cuiller. Mail- 
lard, fameux prédicateur du temps de la ligue, se 
servait souvent dé cette expression triviale dans 
ses sermons. Il reproche aux prélats et aux cha- 
noines leur vie dissolue, et dit qu'ils vivent avec 
des concubines à pot et à cuiller, et que des 
jeunes fdles de douze ans, déjà stilées aux com- 
bats amoureux ', en vont à la moutarde. Tous ses 
sermons étaient remplis d'imprécations et d'ex- 
pressions orduriéres. 

38. Souffler le froid et le chaud , est une expres- 
sion qui est passée en proverbe, pour marquer la 
conduite d'un homme fourbe et cauteleux. Rien 
n'est si dangereux ni si haïssable qu'un homme de 
cette trempe. Il voit de sang-froid le crime , le 
meurtre et l'incendie, pourvu qu'ils ne l'atteignent 
pas et qu'ils servent ses projets ; il sème partout le 



LIVRE TROISIÈME. »97 

désoitlre et la confusion , pour en profiter, et se 
ménage en même temps les moyens de flatter les 
deux partis qui s'entre-déchirent; mais c'est sou- 
vent un procédé dangereux et funeste à celui qui 
remploie. Le connétable de Saint -Pol , habile en 
cet art, croyait maintenir son pouvoir et son cré- 
dit , en fomentant la discorde entre Louis XI , roi 
de France , et Charles , dît le Tétnéraire , duc de 
Bourgogne; mais il en arriva autrement qu'il n'a- 
vait pensé; ses projets furent déjoués : les deux 
princes se réunirent, et le connétable fut la vic- 
time du ressentiment du roi. L'action de soufiQer 
le chaud et le froid , indépendamment du danger 
qu'elle présente, serait tout au plus excusable dans 
un homme qui caresserait adroitement les deux 
paitis dans la vue de les concilier. 

5g. Mettre de l'eau dans son vin; c'est-à-dire, se 
calmer , s'adoucir. Pline dit que Staphilus fut le 
premier qui mit de l'eau dans son vin ; Athénée 
prétend que ce fut Amphiction , roi d'Athènes. Ce 
Staphilus est sans doute le patron des cabaretiers, 
et l'ennemi juré des ivrognes. 

4o. Mener par la lisière. C'est diriger quelqu'un, 
le conduire, le mener comme un enfant. L'origine 
de cette façon de parler vient des lisières avec les- 
quelles on soutient les enfans pour les aidera mar- 
cher. Il y a de grands enfans qu'il faut mener par 
la lisière*, pour les empêcher de faire des sottises, 
et des peuples pour les empêcher de s'entretuer. 

4i. Entendre le jar. Suivant la définition de Tuet, 
c'est être fin , difficile à tromper. Cette expression 
vient, sans doute, dit le Dictionnaire de Trévoux, 



•gB HISTOIAK DES PROVERBES. 

de ce qu'il n'y avait que les gens les plus iostruits 
qui eotendissent la matière du calendrier. Car jar 
est le nom propre d'un mois des Hébreux qui ré- 
pondait en partie à notre mois d*a?riL Le Diction- 
naire étymologique de la langue française n'est 
point d'accord avec celui de Trévoux. On lit dans 
le premier que le moi jar est l'abrégé de celui de 
jargofij et (fu' entendre le jar, c'est entendre un lan- 
gage auquel les autres ne comprennent rien. 

l\%. Faire lepemet; c'est-à-dire, faire l'entendu. 
Expression proverbiale fort ancienne» ^ Pernet 
vient des mots latins baronetum agere , faire le ba- 
ron. Personne n'ignore que dans certaines contrées 
de France, et à certaines époques, il était passé en 
coutume de changer souvent le ^ en p et le p en b^ 
ainsi de baronetum on faisait paronetum , et de 
baronet ou bernet, comme l'on prononçait alors , 
on faisait paronet ou pernet. 

43. Baguenauder; c'est-à-dire» s'amuser à des 
riens. 11 parait que depuis long-temps le nom de 
baguenaudier a été donné à un arbuste , originaire 
des Indes occidentales appelé colutea , à cause de 
la propriété qu'a son fruit , ou plutôt la gousse qui 
le renferme , d'éclater ou de faire une explosion 
assez bruyante lorsqu'on la presse fortement en- 
tre les doigts. Gomme cet arbuste est l'objet d'un 
passe-temps pour les désœuvrés, il est devenu , 
dans le langage figuré des plantes , l'emblème de 
la frivolité. Passerat , poète , né en 1 534» ^ dit de 
cet arbuste : 

Ces baguenaudes font un bruit en se crevant : 
D'amour baguenaudier il oe sort c|U9 du vf uit. 



LIVRE TROISIÈME. 99g 

44* ^^V« baiser le babouin à quelqu'un. C'est le 
réduire à se soumettre à un acte qui peut lui ocea- 
sioner de la hoote, ou lui attirer le ridicule. Cette 
expression figurée est prise d'une coutume ordi- 
naire aux soldats , qui font baiser à leurs cama- 
rades coupables de quelque faute légère , une 
figure grotesque tracée avec du charbon sur la 
muraille d'un corps-de-garde. 

45. Avaler des couleuvres. Quel est l'honnête 
homme qui n'en a pas avalé dans le cours de la 
révolution, qui n'a pas été abreuvé de dégoûts, 
«l'infamies, d'atrocités. A la cour on digère bieq 
des afifronts , on avale bien des couleuvres, et des 
plus longues, parce que les plus gros morceaux lui 
sont réservés. Enfin, quel est celui qui n'en a pas 
avalé dans celte charitable réunion qu'on appelle 
société, où l'on est si tendre et si affectueux pour 
son prochain , qu'on lui arracherait les yeux si 
Ton n'était retenu par la crainte des représailles» 

46. Changer son cheval borgne contre un aveugle^ 
Empirer son é^at en voulant le rendre meilleur. 

47* Lambiner. Denis Lambin, oélèbre commen- 
tateur et professeur de langue grecque au Collège 
royal, était fort lent, et sî vétilleux qu'il s'appesan- 
tissait SUT les moindres objets. Ce qui a feil naître 
le verbe lambiner^ il aurait mérité à juste titre le 
sobriquet de eumini seetor, que les Grecs appli- 
quaient à ceux dont l'esprit s'occupait de minuties^ 
et qui , au rapport de Dion Cassius , fcrt donné » 
Antonin«le-Pieux, parée qu'il était sévère sur la lan-* 
gue, et qu'il se plaisait à des poiritillertes ridi^iiks.- 



3qo histoire des PROVEaBES. 

l\&. Rompre la paille avec quelqu'un ; c'est-à-dire, 
cesser d être ami avec lui. Au douzième siècle, on 
se servait d'objets extérieurs pour exprimer ses 
seutimens. Envoyer à une personne une paille bri- 
sée ou un jonc rompu , c'était lui déclarer qu'on 
se brouillait avec elle. Lorsque cette coutume fut 
tombée en désuétude, le verbe rompre fut employé 
sans accessoires dans le langage ordinaire , et ac- 
quit depuis seul toute la force qu'il avait aupara- 
vant avec des signes : 

Quand deux amis se sont brouillés , 

On dit que ta paiU» ut rompue. 
Cette comparaison, dans le public reçue , 
Sera-t-elle du goût des esprits ampoulés f 

Je n'en sais rien : Taiilè que vaille , 

Il est certain que l'amitié, 

Gomme elle est aujourd'hui sur pié , 

N'est pas plus forte que la paille. 

Chez les Gaulois on prenait possession d'une terre 
en délivrant une houssine d'aune ou un fétu (brin 
de paille) , ce qui s'appelait infestucation du mot 
latin festuca, houssine et brin de paille. L'abandon 
d'une terre , désigné sous le nom d'exfectucation^ 
se faisait en rompant quelques brins de paille. Ce 
mode d'acquérir et de délaisser la propriété fon- 
cière fut suivi par les Romains. 

.49* Être alerte. On disait autrefois avec plus de 
raison être à Certe; c'est-à-dire, avoir l'œil au guet, 
être vigilant et prompt à agir. Cette locution , en 
effet, nous vient des Italiens , qui disent, dans le 
même sens, star aW erta.Erta signifie un lieu élevé- 
et ardu, d'où Ton peut découvrir l'ennemi, et d'où 
Ton peut exercer la plus exacte vigilance sur tout. 



\ 



IIVRE TROISI^E. 5oi 

"€€ qui se passe autour de soi. Les Espagnols disent 
égajement, eêtar en alerta. 

5o. Donner la muse à quelqu'un. L'amuser , le 
tromper par de belles promesses. Pasquier s est 
servi de cette façon de parler dans, une de ses let- 
tres, et en donne l'explication dans le portrait 
qu'il fait de Louis XL « C'était , dit-il , un esprit 
«remuant, versatile, fin, prince qui savait, par de 
» belles promesses, donner ta muse à ses ennemis , 
»et rompoit leurs mesures, usant de la religion 
9 selon ses affaires , et estimant tout autre chose 
«lui être permise, quand il s'était acquitté d'un 
«pèlerinage. » On disait, et on dit encore aujour- 
d'hui mi/*^, se distraire de son travail, regarder ou 
faire une chose inutile ; musard, pour désigner un 
fainéant qui oublie ce qu'il a à faire , et musardie^ 
pour dire sottise , fainéantise, comme on le voit 
dans ces vers du roman de la Rose : 

Quiconque croye, ne que die 
Que ce soit une musardie. 

Le verbe muser s'emploie encore pour signifier r^- 
gretter, et le mot musard pour celui qui regrette 
de n'avoir pas profité d'une bonne occasion , 
comme on le voit par le proverbe qui refuse^ muse. 
La Mothe Le Vayer fait dériver toutes ces expres- 
sion des Muses, t Que voulez-vous , ciit-il , c'est le 
» propre des Muses de nous apfiuse'r inutilement, et 
» nos pères, qui opposoient le vieux mot de musart à 
» celui de guerrier, ont assez témoigné qu'ils te- 
» noient les hommes d'étude fort mal propres à Tac*' 
»>tion : ^ 

Carmina seccstum seribmtis et otia quœruni. 



do^ HISTOIRE DES PROVERBES. 

• Eu ettét ) cueillir des fleurs , faire des guirlandes» 
» danser sur le bord des fontaines, jouer du luth , 

• chaQter «t se reposer à l'ombre , sont les princi- 

• pales occupations des neuf ibelles fées. » 

Si. Se battre sans quartier ^ ne point faire de 
quartier. Cette expression dérive d'une convention 
conclue jadis entre les Hollandais et les Espagnols, 
de faire payer la rançon d'un officier ou d'un sol-* 
dat, d'un quartier de sa ^Ide, de sorte que quand 
on ne voulait point recevoir à rançon, et quand au 
contraire, usant de tous les droits de la victoire et 
de la guerre» on tuait son ennemi, c'était lui dire: 
C'est en vain que tu offres un quartier de ta paie, 
il faut mourir* 

5fl. Faire danser l'anse du panier. Une petite sa- 
tire assaisonnée d'une morale enjouée, et extraite 
d'une pièce fort spirituelle de Panard, servira de 
commentaire à cette expression proverbiale. C'est 
un dialogue entre M. Léger, maître de danse, et un 
examinateur qui l'interroge. M Léger : Examinez 
tout ce qui se passe dans le monde, vous verrez 
que tout a rapport à la danse. Les enfans de fa- 
mille font danser leur patrimoine, les trésoriers 
font danser leur caisse, les tuteurs font danser le 
bien des pupilles, les syndics font danser la bourse 
commune, les notaires font danser leurs dépôts; 
il n'y a pas jusqu'aux maîtres d'hôtek qui s'en 
mêlent. L'examinateur : Ils font damer l'anse du 
panier, nest-^e pas? M. LégeriVix^n de plus utile 
que mon talent dans le commerce de la vie : qu'un 
amant ait surpris sa maîtresse en rendez-vous avec 
quelque autre, il lui tire sa révétence, et pour cela 



LIVRE TROISIÈME. 5o5 

il faut qu'il sache danser. U examinateur^ Sans 
doute. M. Léger : Qu'un Ctascon ait emprunté de 
l'argent, il fait trois gambades, et le voilà quitte. 
L' examinateur i lAonXï^iid de singe et monnaie de 
la Garonne c'est tout un. » Le Gascon se sert de 
ses yeux, comme Arlequin, pour lire les mémoires 
de ses créanciers, et aussitôt lus aussitôt payés {en 
monnaie de singe) . 

53. Opiner du bonnet; se déclarer de l'avis d'un 
autre, sans l'appuyer d'aucune raison, et en àx^nt 
seulement son bonnet, comme cela se pratique au 
barreau. En agissant ainsi, on ne compromet ni 
sa science ni sa prudence. Ce procédé est avanta- 
geux et commode pour bien des gens. 

54. Jeter son bonnet par-dessus les mouUns; bra-* 
ver l'opinion publique, n'être arrêté par aucune 
considération. Voltaire, en se servant de cette 
expression, peint parfaitement son caractère en 
peu de mots : « J'ai pris mon parti sur tout, et je 
jette mon bonnet par-dessus les moulins, afin de 
n*avoir pas la tête si près du bonnet » 

55. Avoir la tête près du bonnet; c'est-à-dire, 
être prompt à s'échauffer, à se mettre en colère. 
L'usage de se tenir continuellement la léte cou- 
verte d'un bonnet peut contribuer à y porter le 
sang abondamment et déterminer une propension 

^ à l'emportement. Les Orientaux, qui ont toujours 
la tête surchargée de coiffures lourdes et échauf- 
fantes, sont très-irascibles de nature. Un ecclésias- 
tique, distingué par son mérite et par son rang, 
disputait un jour avec Benserade, et lui témoignait 
un peu d'aigreur. Dans la chaleur de la dispute. 



^4 HISTOIRE DES PROVERBES. 

Tecclésiastique reçut la nouvelle que le pape lui 
envoyait le bonnet ( le chapeau ) de cardinal.- 
Parbleu, j'étais bien fou, dit alors Benserade, de 
disputer avec un homme qui avait la tête si près du 
bonnet. 

56. Avoir les fièvres blanches ; c'est-à-dire , res- 
sembler aux amoureux qu'on appelle transis, et que 
la persévérance de leurs amours rend communé- 
ment pâles. 

57. Porter le bonnet vert. Gela se disait autrefois 
lorsqu'un homme faisait banqueroute, parce que 
l'on condamnait un débiteur insolvable à se coif- 
fer d'un bonnet vert : pour se soustraire à cette 
peine portée contre les banqueroutiers, il fallait 
faire abandon de tous ses biens. Boileau a dit dans 
une de ses satires : 

Et que d'un bonnet vert le salutaire affront 
Flétruie les l&uriers q[ui lui couvrent le front. 

Chez les Romains, le bonnet était le sceau de la 
liberté. Un esclave dont on brisait les fers recevait 
un bonnet, et c'est ce qu'on appelait vocare ser~ 
vum ad pileos. Le bonnet fut aussi très-souvent le 
signal de la sédition, témoin le bonnet rouge en 
France, et antérieurement, sous le règne de Char- 
les V, le chaperon que l'audacieux Marcel, prévôt 
des marchands, fit prendre au dauphin pour apai- 
ser le peuple. Louis XVI fut obligé de mettre * 
sur sa tête auguste le bpnnet rouge à la journée 
du 20 juin 1792. On ne peut prévoir à quel excès 
de rage le peuple se fût porté, si ce prince, pour 
éviter l'effusion du sang, n'eût pris le parti de se 



LIVRE TROISIÈME. 3o5 

coiffer du boniïet des factieux. Le bonnet fut tan- 
tôt, un signal d'affranchissement, tantôt une mar- 
tfue d'ignominie. Emblème de Tesclavage des 
Suisses sous le gouvernement de Gésier, préfet im- 
périal d'Albert^ duc d'Autriche, il devint l'origine 
de leur liberté, ainsi que la besace fut le premier 
signal de la liberté de la Hollande. La tyrannie du 
duc d'Albe enfanta la république des Provinces- 
Unies, et celle de Gestor fit éclore la ligue des treiae 
cantons. En 946, Louis d'Outremer, après que 
l'empereur Othon, son- beau-frère, l'eut retiré 
des mains des Normands, 'pour s'opposer à 
leurs incursions, leva une armée formidable qui 
toute portait des bonnets de foin, à Texception du 
seul abbé de Corbie ; on ne saurait donner des 
raisons de cette singularité. Cette grande armée 
ainsi affublée se montra à Paris, vint échouer au 
«iége de Rouen, où les maladies et la disette ache- 
vèrent de la ruiner. C'est «1 peu près le sort de 
toutes les grandes masses sans ordre et sans disci- 
pline. En Sorboune, le bonnet doctoral était le 
symbole de la grâce de Dieu. 

58, S' acagnarder\ c'est-à-dire, se livrer à la fai- 
néantise; ce verbe provient du mot cagnard, fort 
anciennement usité pour signifier fainéant, lâche, 
sans cœur. 

i\ t'acagnarde au cabaret 
Entre le blanc et le clairet. 

(Maijcard.) 

Pasquîer, daus ses Recherches de la France^ donne 
J 'origine de ce mot. « En ma grande jeunesse, ces 
«fainéans avoieut accoutumé, au temps d'été, de 
T, in>. I 20 



5ciG HISTOIRE DES PROVERBES. 

»se Tenir loger sous les ponts de Paris, garçons et 

• garces peslc-mesle, et Dieu sait quel ménage ils 

• faisoient ensemble. Tant y a qu'il me souvient 
«qu'autrefois, par cri public émané du prévôt de 
)> Paris, il leur fut défendu sur peine du fouet de 

• plus y hanter, et comme quelques-uns y furent 

• désobéissans, j'en vis fouetter pour un coup plus 

• d'une douzaine sous le même pont, depuis lequel 

• temps ils en oublièrent le chemin. Ce lieu étoit 
«appelé le eaignard, et ceux qui le fréquentoient 
ncaignardiers, parce que tout ainsi que les canards 

• ils vouoient leur demeure à l'eau. » Montaigne ap- 
])elle caignart un méchant village où lés voyageorf^ 
ne trouvent rien : • En ces voyages vous seres ar* 
«rété en un caignart où tout vous manquera. » 

69. Mettre le feu aux étoupes; c'est-à-dire, atti*- 
ser la colère de gens qui sont en querelle, pousser 
quelqu'un à satisfaire une passioa quelconque, l'a- 
mour, le jeu, les procès. Gautier die Colnsi em« 
ploie le tnotéloupes, d'une manière assez plaisante, 
dans l'historiette qui suit, c Un jeune homme aime 
une religieuse d'une abbaye; comme il était neveu 
de l'abbesse, il pouvait voir, facilement celle qui 
était l'objet de ses aiïiections : il la pressa avec tant 
d'instance de répondre à son amour, qu'elle con- 
sentit à se laisser enlever et à épouser son^ ravis- 
seur. » Si l'abbesse, dit le narrateur, n'avait point 
facilité ces entrevues, cela ne serait point arrivé : 

Car q|ii metlefeu aux estoupes , 
N'est merveilles s elles espreadeht. 

Celui qui met le feu aux étoupes , il /ne; faut pas 
s'étonner si elles s'enflamment. 



LIVRE T1\0ISIËMK. 307 

60. Tuer le temps ^ s'ennuyer, ne rien faire. 
L'ennui est après l'ambition le plus grand poison 
de ta vîe. Il n y a rien de si essentiel au bonheur 
de rexisfèriCe que le bon emploi du temps. Mais 
il n y a riéQ à quoi les hommes s'appliquent moins; 
la plupart passent leur vie dans une telle négïî* 
géncé à cet égard, qu'rls la terminent souvent avant 
d'avoir commencé à vivre, puisque ce nVst i)as 
vivre que de ne rîeh faire : ainsi tuer le temps, c'est 
commettre uù véritable suicide. Trois sortes de 
personnels tù^nt le tenbps : Les fainéans, qui de- 
meurent san$ rien faire; les gens frivoles, qui ne 
font rien d'utile, et les hommes vicieux, qui font 
le mal. Il ne suffit pas d'employer le temps, il faut 
l'employer à des choses utiles, et profiter de celui 
qui est avantagent aux différentes choses qu'on 
entreprend, si ! on veut téussîr. Le fameux sculp- 
teur Lysïppe eut l'ingénieuse idée de représenter 
te Teûipà, non pa* soùs la forme d'un vieillard tel 
que Saturne, iftaîs sôus celle d'un jeûné homrtfe à 
la fleur dé l'âge, parce que tout ce qui se faîf aii 
temps qu'il faut est toujours trouvé beau et bfeh-» 
fait, ce qui n'est pas seulement vrai des actîôirs 
maid des paroles; caria plus belle sentence, dft le 
sage , qu'un homme dit à contretemps, devient ri- 
dicule : Pour âppi^écfèr te tétnps, il faut se trouver 
au lit de mort tfuu agonisant; que ne puîs-jé ré- 
parer le passé l regret hyppocrite, dès qu'oti abuse 
encore du prééent, dit un moraliste anglais : 

Apprends , ami lecteur^ que noire âgé s'écôuIe 
Goiiimè on Wi^nt prciïsé ^liî sVnfuît et qui rouie; 
Qu'un jour dévore i'autre. et que l'autre est détruit, 
Mans interruption, par celui qui le suit ;« 



SiiB HISTOIRE DES PHOVERBES. 

Que le temps que l'on perd jamais ne se répare , 
Qu'arec juste sujet oo en doit êtfe avare. 

61 • Prendre la chèvre \ c'est-à-dire, se fâcher, se 
mettre en colère sans, sujet. On emploie cette 
expression figurément et par allusion à l'action 
assez naturelle dans un homme qui se laisse em- 
porter à la colère, de sauter et de bondir comme 
le font les chèvres lorsqu'on les excite. Cette défi- 
nition est probablement exacte, puisque l'on dit 
encore dans le même sens se cabrer^ verbe qui 
vient du latin ou de Titalien capra^ qui veut dire 
chèvre : 

1 ris , qu'une démangeaison 
Fait cabrer contre la raison , 
Veut aimer et veut Être aimée. 

(GOMBiaVlLLB. ) 

Montaigne dit de ces malades imaginaires, qui 
veulent qu'on les plaigne des maux qu'ils n'ont 
pas : « C'est pour n'être jamais plaint que se 
plaindre toujours, faisant si souvent le piteux, 
qu'on ne soit pitoyable à personne. J'en ai veu 
prendre la chèvre j de ce qu'on leur trou voit le vi- 
sage frais et le pouls posé, contraindre leurs ris, 
parce qu'il trahissoit leur guarison, et hayr la santé 
de ce qu'elle n'étoit pas regrettable. Qui bien plus 
est, ce n'étoit pas femmes. » 

62. Jeter la pierre à quelqu'un ; c'est l'accuser 
à tort ou à raison d'une action dont on veut faire 
peser sur lui toutes les conséquences. Cette expres- 
sion est sans doute empruntée à l'usage où l'on 
était chez les Hébreux, de lapider les femmes con- 
vaincues d'adultère. Tous les calomniateurs et les 
médisans devraient, avant de se livrer à leur in- 



LIVRE TROISIEME. 5ogi 

fême métier, se ra-ppeler cette admirable répoose 
de Jésus-Christ , à ceux qui amenèrent devant lui 
une femme coupable de ce crîme^ en lui repré- 
sentant le supplice auquel la loi la condamnait : 
Que celui dé vous qui est sans péché tui jette la pre^ 
mière pierre. On dit encore jeter ta pierre et cacher 
le bras^ c^est-à-dire faire du mal à quelqu'un si 
secrètement qu'il ne puisse, en concevoir le moin- 
dre soupçon. Les Espagnols disent en proverbe : 
Fait de vilain^ jeter ta pierre et cacher la main. Celui 
qui sous le voile de Tanonyme dédiire la réputa- 
tion de qUelqu^un^ ou qui Taceuse d'un crime vrai 
ou supposé, et qui, par là, lexpase à la vengeance 
des lors , et ' à l'animadversion publique , est un 
lâche et vil délateur qui ne mérite que l'indigna- 
tîon et le mépris* 

63. Fuire d'une pierre deux coups; pour dire,, 
accomplir deux affairés ou deux choses dans un 
même temps et par le même moyen. ^ v 

64. Payer tous ses Anglais , c'est-à-dire t(Ki» 
ses créanciers. Pour payer la rançon du roi Jean, 
prisonnier en Angleterre par suite de la perte de 
la bataille de Poitiers, on mit sur le peuple des im- 
pôts si exorbitans que la France s'épuisa pour 
former six cent mille écus d or, somme à laquelle 
était fixé le premier paiement de là rançon. Mal-^ 
gré ces énormes sacrifices imposés aux Français^ 
et malgré lé^ rappel des juifs, auxquels on vendit 
fort cher le droit de commercer, la rançon entière 
du roi ne put être payée, puisque ce prince, brave 
et loyal, mais malheureux par sa faute et par ses 
imprudences, retourna à Londres, où il mourut 



.'Sio HISTOIRE DES PROVE&BES. 

en i364; ainsi le roi Jean :xe paya pa$ tau$ tes An- 
glaU. Cependant cette circonstance a fait naître 
ce proyert>e, qu'on emploie à Tégard de quelqu'un 
qui a satisfait tous ses créanciers. Pasquier, dans 
ses Recherchée de la France^ donne au mot Anglais, 
comme synonjme de créancier, une interprétation 
tant soit peu différente. « Toutefois, dit-il, en par- 
lant du traité de Brétigny, le^ Auglois se sont fait 
accroire que nous ne nous acquittâmes pas, ainsi 
que nos capitulations le portoient. Si ceci est véri- 
table ou non, je m'en rapporte à la vérité de l'his- 
toire, tant y a que Froissard, qui ne favorise pas 
grandement les François, est de cette opinion; et 
de là est venu, à mon jugement, que nous appe-r 
Ions Anglois ceux qui pensoient que nous leur dus- 
sions. » Cette explication donne l'origine du mot» 
sans préjudice du fait principal 

65. Faire Gille; c'est-à-dire s'enfuir précipitam- 
ment. Cette expression fort ancienne vient , dit- 
on, du fait suivant. Saint Gille ou Gillon, prince 
issu du sang royal, refusa la couronne qu'on venait 
]pi offrir. Préférant la vie religieuse à l'éclat des 
grandeurs, dont il sentait tout le néant, il se hâta 
de fuir dans une solitude, de peur de succomber à 
la tentation. On en pourrait dire autant de saint 
Fiacre , qui rejeta l'offre qu'on lui faisait de la cou- 
ronne d'Ecosse. Scarron a employé ainsi cette 
expression proverbiale. 

JupÎD leur fit prendre le saut. 

Et contraignit de faire Gille 

Le grqind Typhon jusqn'en Sicile. 

(GlGAXTa. ..) cfa.. ^) 



LIVRE TROISIÈME. 3i i 

66. Croquet le marmot; c'est-à-dire attendre 
long-temps. Cette locution proverbiale est faîte 
tout exprès pour les pauvres solliciteurs, qui ga- 
gnent des rhumes de chaleur ou de froîd dans les 
antichambres des ministres et des secrétaires-gé- 
néraux; croquer le marmot, dît le Duchat, c'est 
faire avec du charbon ou de la craie diverses figu- 
res sur ces statues de marbre ou sur d'autres pierres 
qui sont dans les vestibules, ou sur les degrés des 
grandes maisons, ce qui convient assez à un pau- 
vre diable qu'on fait attendre et qui s'ennuie. Les 
Gascons disent croquer le mouset, qui se dît par 
aphérèse, pour marmouset, diminutif du bas-bre- 
ton marraous, synonyme de marmots, nom que 
l'on donnait autrefois aux petits singes, compa- 
raison qui n'est pas fort gracieuse pour les petits 
enfans. Ainsi croquer signifie faire des croquis , 
tracer des figures. Je ne pense pas qu'aujourd'hui^ 
à l'apogée de la civilisation, les solliciteurs, tout ea 
croquant le marmot^ métaphoriquement parlant , 
s'amusent à dessiner des figures grotesques ou de 
fantaisie sur les murailles des antichambres des 
ministres ; mais aussi ceux qui sont désappointés 
dans leurs espérances s'en vengent bien par les 
caricatures dont ils tapissent les quais, gracieu- 
setés bien permises dans un gouvernen>ent consti- 
tutionnel : la lithographie sert admirablement par 
ses procédés expéditifs les premiers feux de leur 
ressentiment. Un solliciteur, qui décidément ne 
veut pas croquer le marmot^ doit tâcher de décou- 
vrir la première marche de lescalier dérobé qui 
conduit au cabinet mystérieux d'où émanent les' 



5ia HISTOIRE DES PROVERBES. 

emplois et les faveurs : à bon entendeurs sakU; je ne 
dis pas cela pour les ministres, je respecte trop 
dans leurs personnes Tautorité qu'ils tiennent du 
roi, mais t)our MM. A. B. G.» etc., etc., quiles en- 
tourent. 

67. Aller en Flandre sans couteau; ancien pro- 
verbe, pour dire entreprendre une chose sans avoir 
fait .les préparatifs nécessaires. En Flandre, de 
même que dans toute rAliemagne, le couvert dans 
les auberges est ordinairement sans couteau, parce 
qu'on suppose que chacun a le sien. 

68. Ramponer. Ce verbe, usité naguère, signi- 
fiait à la fois se quereller et se prendre de via, 
comme on peut le remarquer par ce que dit Borel 
[Trésor des antiquités gauloises et françaises) , qu'en 
Languedoc une querelle faite mal à propos s'ap- 
pelle une rampone. Ce verbe avait repris faveur 
en 1760 à l'occasion de Ramponeau^ fameux ca- 
bareticr de la Courtille, lequel a donné lieu à des 
scènes fort plaisantes. Mercier, dans son Tableau 
de PariSf le dépeint de la manière suivante : < Il 
9 abreuvait la populace altérée de tous les fau- 
» bourgs, à trois sous et demi la pinte. Une affluence 
«extraordinaire rendit son cabaret trop étroit, et 
» remplacement s'élargit bientôt avec sa fortune. 
»I1 enrichit la langue d'un mot nouveau, et comme 
» c'est le peuple qiii fait les langues^ce mot restera. 
»0n dit ramponer^ pour dire boire à la guinguette, 
• et un peu plus qu'il ne faut. » Ce cabaretier fut vi- 
sité par des princes, des grands seigneurs, et Vol- 
taire lui a donné une espèce de célébrité en acco- 
lant son nom à celui d'un homme que ses travers. 



LIVRE TROISIÈME. 3i5 

* 

les singularités de son esprit et ses systèmfB n'ont 
hit que trop connaître, et qui cependant ne doit 
cet injurieux rapprochement, qu'il était loin de 
méritée, qu'à la haine et à l'envie que lui portait 
Voltaire: 

. . . . . . . Notre scène épurée» 

Du vrai beau qu'on cherchait est enfio décorée { 
Nous avons les raifnparts {\), nous avons Ramponéau | 
Au lieu du Misanthrope on voit Jacques Rousseau , 
Qui , marchant sur ses mains et mangeant sa laitue ^ 
Donne un plaisir bien noble au public qui le hue» 

Aujourd'hui le verbe ramponer est usé, oïl du 
moins son règne ne s'étend guère au-delà des li- 
mites de là Courtille et de la barrière du Maine, 
et le nom dé Ramponéau est effacé par celui de 
Désnoyers; celui-ci le sera par uh autre. Que les 
renommées et les grandeurs humaines sont peu 
de chose! Le temps ronge tout. 

69. Rater. C'est échouer dans l'exécution d'un 
projet, dans l'accomplissement d'une affaire. Ainsi 
ce verbe est à la fois actif et neutre; on dit, au fi- 
guré, d'un homme qui a vu enlever par un autre 
un emploi qu'il convoitait : il a raté cette place ; de 
M***, il a raté... le ministère; et du ministère 
lorsqu'il voit rejeter un projet de loi qu'il a pré- 
senté : il a raté. Enfin, de tous ceux qui présument 
trop de leurs forces pour... ils ont raté. Restons-en 
là, car les définitions et les exemples nous mène- 
raient trop loin, et nous courrions risque de rater 
nous-même. Au propre on dit, en parlant d'un 
— 1^— »— I ■ ■ . — 

(i) Les farces que Ton jouait alors sur les boulevards. 



3i4 HISTOIRE DES PftOVBABES: 

fu$il qy'oD a tiré et dont le coup n'a pas parti, il a 
raté. M. de Paiilmy soupçonne que ce verbe vient 
de quelque histoire de chasseur qui, ayant long- 
temps couru après un bon gibier, n'aura pris qu'un 
m t. Cette définition ne me parait guère décisive, 
et M. de Paulmy pourrait bien avoir raté. D'autres 
savans font venir ce verbe du mot latin erratum. 
Je laisse au lecteur à décider s'ils ont raté. 

70. Porter la cornette* Il faut savoir, pour l'in- 
lelligeuce de cette expression, que, da us le quin- 
zième siècle, les cornes étaient le nom de la coif^ 
fure des femmes, principalement sous le règne 
malheureux de Charles Yl. Juvénal des Ursins en 
fait la description suivante : < Quelque guerre qu'il 
»y eût, tempêtes et tribulations, les dames et da- 
» moiselles menoient grands et excessifs états, et 
écornes merveilleuses, hautes et larges, et avoient 
}> dç chacun côté, en lieu de bourlées, deux grandes 
n oreilles si larges, que quand elles vouloient passer 
»rhuis d'une chambre, il falloit qu'elles se tour- 
» liassent de côte et biaisassent, où elles n'eussent 
» pu passer. » Ceux qui veulent s'instruire à fond , 
dît Voltaire, doivent savoir que nos cornes vien- 
nent des cornettes des dames. Un mari qui se lais- 
sait tromper et gouverner par son insolente femme 
était réputé porteur de cornes, cornu, cornard 
par les bons bourgeois. C'est pour cette raison que 
cornard et sot étaient synonymes. Dans une de 
nos comédies on trouve ce vers : 

Épouser une sotte, est pour u'ôtra pas sot. 

11 parait, par un passage de Pline, que les Romains 



LIVR£ TaOISIÈHB. a 5i5 

prenaient cpimne nous le faisons, le mot €okku'(^ 
pour le symbole de Tinfidélité dans le mariage^ 
Cocci^^ dit-il, ova mbdU in nidis alienis^ itd pterique 
aiiçnof uxores faciunt matres. Quelques curieux « 
qMÎ Qnt étudié à fond la nature dui eocuage, pré^ 
t^ndeiut que c'est à la Grèce que nous somnaes re- 
deysibles d^ l'epiblèaie des eornes, eet ornement 
àe tête qu'on affecte malicieusement et souvent 
gratuitement ^ux époux, et que dans ce pays, 
qu 01) veut à |^ toute force régénérer, on désignait , 
P9r la qualilication de bouc, l'époux d'une femme 
lascive comme une chèvre , et qu'on y appelait 
naême fils de chèvre ces enfans de contrebande 
qui n'en peuvent mais, et que che^ nous la ca-r 
najUe inal embouchée appelle fils de p.... Ah! si 
qous étions rancqoeqx, mais tout prouve que nous 
ne le sommes pas. Pourquoi faut-il que l'époux 
d'une femme infidèle soit le plastron des railleries 
et des mépris d'un publie malin « et la victime 
d'une fautç qu'il n'a pas commise. Saint-Foix 
nous eq donne la raison. « Dans les premiers temps 
»4e la monarchie, le cas indiquait particulière^ 
»cnent un homme d'une condition servile, attendu 
^que plusieurs seigneurs, même ecclésiastiques^ 

• prétendaient avoir le droit absurde de passer la 
9 première nuit des noces avec l'épousée de leurs 

• serfs ou hommes de corps* • Heureux siècle que le 
nôtre, où l'on ne connaît pas les jolis droits de cuis- 
ssige, de marquette et de prélibation, mais où l'on 
connaît bien d'autres choses. 

71. Manger comme Gargantua; c est-à^-dire , 
manger comme un afiiimé.' Bien des gens croient 



3i6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

que Gargantua est un personnage chimérique sorti 
du cerveau de Rabelais ; maison n'a qu'à consulter 
la tradition qui existe dans le comté de Retz, tra- 
dition populaire existant dans d'autres contrées 
voisines, on verra, d'après les monumens druidi- 
ques qui lui sont attribués, qu'il y a lieu de éhroire 
que c'est le même personnage que l'Hercule panto^ 
phage (qui mange tout) des Gaulois. C'est l'opinion 
de M. Johanneau, savant distingué et très-versé 
dans la connaissance des antiquités celtiques. 

72. Porter besot , c'est-à-dire malheur. Cette 
façon de parler était très-commune parmi le peu- 
ple. Il disait également : Il y a du bisieutre en cette 
affaire. C'est sans doute une corruption de l'expres- 
sion suivante : Porter bissestre ou bisexte à quel- 
<luuH y dont parle LaMothe le Vayer, dans une de 
ses lettres qui a pour titre : des jours heureux ou 
malheur£ux. « En vérité, dit-il, je ne trouve pas 
moins de vanité en cela qu'à croire l'année bissex- 
tile plus malheureuse que les autres , d'où vient 
peut-être notre proverbe porter bissestre ou bisexte 
à quelqu'un. Sur quoi je vous supplie de vous sou- 
venir de cet endroit d'Ammien Marcellin (liv.xxvi) 
où il dit que l'empereur Yalentinien s'empêcha de 
sortir pour éviter le jour intercalaire du bissexte de 
février , comme malencontreux aux Romains. » 
Cette origine date de loin, comme l'on voit. 

73. Etre hors de page; c'est-à-dire, être absolu- 
ment maître de ses actions, ne plus dépendre de 
personne. Cette expression! proverbiale est em- 
pruntée à la chevalerie. Les pages étaient tenus 
dans la plus grande sujétion , comme cela se voit 



LIVRE TROISIÈME. 317 

dans Fauchet. A lage de sept ans un gentilhomme 
était mis auprès de quelque haut baron ou de quel- 
que illustre chevalier pour faire le noble apprentis- 
sage des armes, enremplissant auprès de lui la place 
de page^ de damoiseau ou de varlet. A quatorze ans 
il était affranchi de ce service, qui n'avait rien que 
de distingué ; il était alors hors de page ^ et devenait 
ëcuyer. Son emploi consistait à habiller le cheva- 
lier, à lui apprêter ses armes, et à l'aider quand il 
montait à cheval. Cette expression a été également 
consacrée .pour désigner l'autorité absolue à la- , 
quelle Louis XI sut faire parvenir la puissance 
royale. Nos historiens disent donc que ce prince , 
d'un caractère astucieux et despotique, mit les rois 
de France hors de page. « Louis XI, dit, à cette oc-- 
casion , le caustique Mézeray, aima mieux suivre 
ses fantaisies déréglées, que les sages lois de l'Etat; 
et il fit consister sa grandeur dans l'oppression de 
ses peuples, dans rabaissement des grands, et dans 
l'élévation des gens de néant. C'est ce qu'un autre 
^ appelé : mettre les rois hors de page ; et il devoit 
dire les mettre hors du sens et de la raison. » 

74- Avoir un front d'airain. Cela se dit d'un 
homme d'une impudence extrême, qui n'a honte 
de rien, et dont le front ne rougit jamais. Les La- 
tins désignaient un homme de cet odieux carac- 
tère par ces mots (?« ferreum. 

75. Juger une affaire sur l'étiquette du sac; c'est- 
à-dire, lajuger sans examiner les pièces qui la con- 
cernent. Les pièces d'un procès sont ordinairement 
e^nfermées dans un sac couvert d'une étiquette bu 
parchemin, sur lequel on écrit les noms des parties 



^i8 HlàtOiRE D£5 PiVOyERBES. 

et du ra()porteur. Lés procédures s'écrivaient au- 
trefois en latin, et l'on mettait pour inscription sur 
le sac : est hic qucèstio interN. et N. Comme on 
écrivait quelquefois ces mots ainsi : est hic quœst... 
par abréviation , des clercb' tgnorans auront dit et 
hicquet^ d'où s'est fôrnlé, dit-on, le mot étiquette. 
76. Crier haro sur quelqu'un. Cette expression, 
qu'on emploie pour appeler la vigilance ou la ma- 
lédiction sur une personne coupable de quelque 
méchante action , correspond Si celle dont usaietit 
les Juifs envers notre Seigneur, toile, crucifige. Ainsi 
celte clameur de haro, que l'on appelait autrefois 
quiritatio Normanoruntj est fondée, suivant l'histo- 
rien Godefroy , sur l'intégrité de Rollon, duc de 
Normandie, qui vivait environ l'an 912, sous le 
règne de Charles-le-Chauve. Ce prince faisait i^en- 
dre la justice avec tant de sévérité, que les labou- 
reurs, pleins de confiance dans son gouvernement, 
laissaient en plein champ leurs charrues et leurs' 
semences, leurs maisons ouvertes, leurs meubles à 
l'abandon, convaincus que tout resterait intact , 
tant était grande la vigilance de RoIIon à recher- 
cher et à punir les màlfeiteurs. Aussi ceux qui 
étaient opprithés ou volés avaient-ils coutume de 
s'écrier :-^A/ Raottt! appelant leur prince à leur se- 
cours , exclamation qu'ils affectèrent par la suite, 
comme s'ils semblaient dire : jthl Rollon, si ta vi- 
vats efieore, je ne serais point eivpâsé à cet outrage , 
tu m'en ferais Justice! De sorte que, quand on em- 
ployait ce cri , c'était intenter une action à quel- 
qu'un. En cas de résistance, cette clameur de haro 
obligeait tontes les personnes présentes à prêter 



LIVUË TROISIÈME. Si^ 

main-^forle pour i'ODduire le délinquant en prison 
0» devant le juge^ qui décidait si le hare avait été 
bien ou mal interjeté. La chronique de Normandie 
rapporte que eette elafneut fut pratiquée par un 
bourgeois nommé Asselin^ contre le corps de Guil- 
laume-le*Bâtard^ dont Tinh orna lion fut arrêtée ^ 
jusqu'à ce que Henri, son fils, eût payé au pafuvre 
homme la valeurdes héritages qui lui appartenaient, 
et sur lesquels il avait fait bâtir la chapelle où il 
fut enterré. 11 existe près de Rouen un village et 
une forêt da noa> de Roumare* C'est dans cette 
dernière que le duc Roul^ Raoul, Ro^Uon, faisait 
suspendre à des arbres des bracelets tt des an^ 
neaux d'or que personne ne se seraHi avisé de dé-^ 
rober, tant était sévère la justice que ce prince 
exerçait contre les larrons et les malfaiteur». 11 
chassait un jour dans cette forêt de Roumiire, ac- 
compagné de ses principaïax officiers et de quél^ 
* ques seigneurs français. Un de ceux-ci lui' dit, en 
riante qu'il se croirait perdtr. s'il avait le malheur 
d'être obligé de passer seul la^ nuit dans ûe bois, 
c Vous auriez tort, lui répondit le duc , vous seriez, 
en sûreté comme che^ vous. • Après avoir prononcé 
ces motSv il détacha le collier d'ov qu'il portait à 
son cou, et le suspendit à l'arbre le plus voisin, ëi> 
jurant qu'aucun homme n'aurait la hardiesse dV 
toucher. En effet, trois ans après, lorsque Raoul 
mourut, le collier était encore suspendu' à l'aïbrt.r 
et ou l'en détacha pour le mettre dan^ son cer- 
cueil. On peut juger par ce fait de la terreur salu- 
taire que son nom seul inspirait; il suffisait de le 
prononcer pour arrêter, d«ns leurâr projets coupa- 



3ao HISTOIRE DES PROVERBES. 

bles , les hommes les plus audacieux et les plus 
déterminés. Ce n'étaitpas assez pour les Normande 
que l'histoire célébrât la ?ertu sé?ère et Tintégrité 
de ce prince , leur piété^voulut l'invoquer comme 
un saint , si l'on en juge par l'épitaphe suivante, 
mise sur son tombeau, qui se trouvait dans la ca- 
thédrale d Rouen : 

Dux Narmanorum , eundorum Tforma bonorum , 
HoUo feras , fortU^ quem gau Normaniea mortit 
Invoait artieuh , hoejautintumuh, 

77. Prendre $a bUque. C'est prendre son temps. 
Le Ducbat donne à cette expression l'origine sui- 
vante. Sous Charles IX , un colonel d'infanterie, 
ayant avec son régiment à soutenir une vigoureuse 
attaque de cavalerie, entre autres armes, avait uue 
pique de Biscaye dont il fit un merveilleux usage 
contre l'ennemi. C'est de cette arme , qu'on ne 
devait employer qu'à propos , qu'est venue cette 
façon de parler. 

78. Se moquer de la barbouillée. C'est se jouer de 
ses créaaiciers, comme si Tobligation sur laquelle 
sont foudés tous leurs droits, était un papier ridi- 
culement barbouillé et de nulle valeur. 

79. Faire le pied de veau. C'est être réduit à la 
triste nécessité de faire une cour assidue et servile 
à quelqu'un pour implorer ses bons offices et son 
crédit, à solliciter enfin. Les vers suivans de Pa- 
nard expliquent facilement cette façon de parler 
proverbiale, et plusieurs autres locutions du même 
genre : 

Vous qu'un état fâcheux, pour trouver le bien-être, 
Force à solliciter» je plains. votre malheur : 



LIVAË TROISIEME. 5a i 

Vàire te pied de ^rue en attendant Monsieur, 
Faire te pied de veau quand on le voit paraître , 

Et puis avec un pied de nez 

8*en retourner tout consternés , 
Gliena , à cette image on peut vous reconnaître. 

80. Tenir le haut dupavé^ C'est être riche et puis* 
sant ^ et possesseur paisible et privilégié de tous 
les avantages et honneurs attachés à ces dons heu- 
reux de la fortune. Cette locution viept de l'ukage 
où le commun des hommes est de céder la droite 
du chemin aux personnes dont il respecte le rang 
ou q^a'il estime* Cela se pratiquait aussi chez ïe$ 
anciens, comme le prouve ce passage d'Horace : 

Ne tamen ilU 
Tu cornet eœteriûr, 91 postulôt i ire récuses. 

Dans le manège ordinaire delà société^ la politesse 
exige que Ton cède la droite aux personnes con- 
stituées en dignités; le respect la donne aux vieil- 
lards chez presque tous les peuples qui ne sont pas 
encore parvenus au dernier degré de la corruption. 
La place d'honneur est l'objet d'une étiquette sou- 
yent très-incommode, assez souvent déh'cate, et à 
laquelle la plupart des hommes tiennent très-mi- 
nutieusement. Toutes les places sont, sans distinc- 
tion, bonnes et égales pour le sage, parce qu'il sait 
les tenir et les honorer toutes. On cite à ce sujet 
une réponse admirable de madame Palatine de Ba- 
vière, abbesse de Maubuisson. Une autre abbesse , 
curieuse de la voir , mais qui n'était pas encore 
assez détachée des liens du grand monde pour ne 
pas tenir à la préséance, lui fit demander si on lui 
donnerait la droite. « Depuis que je suis reh'gieuse, 
dit madame Palatine, je ne connais ni la droite ni 
T. III. ai 



322 HISTOIRE DES PROVERBES. 

la gauclie, que pour faire le' signe de i a croix. » 
Cette réponse simple , et qui annonçait une âme 
dégagée des grandeurs humaines^ portait avec elle 
la plus délicate correction. 

81. Faire pâte de velours; pour dire, cacher sous 
des dehors caressans le dessein qu^on a de Auire à 
quelqu'un. Ainsi dans ce siècle celui qui yeut sup- 
planter un autre lui fait pâte de velours poui" 
mieux ménager son jeu, et déchire sa victime lors-^ 
qu'il est parvenu à ses fins. Les vers suivans ren- 
ferment l'origine et 1 '(application de cette locution 
proverbiale : 

Un chat adioît qui veuX voler 
Quelque morceau sur votre awiette , 
Commence par tous c isoler ; 
Semblant ne pas voir ce qu*U guette y 
Il tourne autour d*un air discret ; 
Puis» quand il voit que l'on eaquette 
Et que Ton est un peu distrait , 
La griffe part , adieu minet ; 
L'assiette par ses soins est ne|le. 
Cette leçon pour vous est iaile » 
Mamans, retenez-la toujours : 
Pour TOUS et peur votre fillette 
Craignei la pale de velours. 



LIVRE IT. 

CLASSIFICATION GiNÉRALE DBS PBOTERBES, ADAGES, 
SENTENCES ET APOPHTHEGMES. 



CHAPITRE UNIQUE. 

Notice biographique sur les parémiographeSj ou sur 
les auteurs gui ont traité des proverbes, avec l' in- 
dication de leurs ouvrages* 

m 

§ i". Des Anciens. 

Ce chapitre, spéclalemeot destiné aux biblio- 
graphes^ n'est peut-être pas un des moins curieux 
de ceux qui ont été traités dans cet ouvrage. En 
téoioignage de notre respect pouj: les anciens, nous 
coninaencerons par eux. 

1 . Aristote, surnommé à juste titre le prince des 
philosophes grecs ,* et natif de Stagyre en Macé- 
doine, 384 ans avant Jésus-Christ, avait, au rap- 
port de Diogène de Laèrte, composé un ouvrage 
sur les proverbes; ce qui prouve que ce grand 
homme ne croyait pas la matière indigne de son 
génies 

2. Plutarque a recueilli les boi)s mots des Grecs 
dans sea apophthegmes. On peut citer parmi les 
auteurs qui ont écrit ou rapporté des apophthegmes^ 



3ra4 HISTOIRE DES PllO VERBES. 

des sentences ou des proverbes , Antoine Panormef 
£neas Sylvius , GateoUtis Martius et Lycostènes. 

3. Pythagore a fait des symboles ou des pré- 
ceptes -revêtus de figures allégoriques, qu*Erasfne 
n'hésite point à Qf>€ttre au rang des proverbes* 

4. Théophraste, au rapport de Déoiosthène, 
avait composé un traité sur les proverbes. Cléante 
et Chrysippe s'étaient également exercés sur cette 
matière. Suivant la tradition d'Athénée, on peut 
compter encore parmi les parémio graphes ^ Aris- 
tide, Gléarque, disciple d'Aristote , Dydime et 
Tharrée ; les travaux de ces deux derniers ont été 
abrégés par Zenodote. Tous ces ouvrages précieux 
sans doute par leur singularité » et qui, dans leur 
intégrité, eussent été des sources fécondes où les 
modernes eussent pu puiser avec fruit, sont main- 
tenant perdus pour nous. Ils ont été mutihés par 
des commentateurs tels que Zenobius, Diogénien 
et Suidas, contre lesquels Erasme exhale toute 
l'amertutne de sa colère 1 je ne rangerai point 
parmi eux Phocilide et Stobée, quoique leurs sen- 
tences puissent être représentées sous la forme de 
proverbes; l'extension qu^ils leur ont donnée et la 
gravité du sujet font plutôt considérer leurs ou- 
vrages comme des commentaires de morale, que 
comme des saillies de matière enjouée et prover- 
biale. 

5 2. Des Modernes. 

I. Ammirato (Scipione), né à Lecce au royaume 
de Naples en i53i, a écrit un traité sur les prover- 
bes italiens, qui est fort estimé. Après avoir eu une 



LIVU£ QUATRIÈME. iipS 

jeunesse remplie d'orages et de vicissitudes, et 
avoir parcouru toute l'Italie eu courant après la 
fortune, qui semblait le fuir^ il la trouva enfin à 
Florence à la cour du grand-duc Côme de Mé- 
dicis,. cpii le chargea de composer lliistoire de Flo* 
ren ce depuis sa fondation. Ce prince lui fournit 
tous^ les mroyens nécessaires pour cette grande enr 
treprise. Avec d'aussi puissans secours, il ne fut 
pas difficile à un homme aussi savant et aussi la- 
borieux qu'Ammirato de composer une histoire 
qui reçut, lorsqu'elle parut, l'approbation géné^ 
raie, et qui est regardée avec raison comme-la meil- 
leuce histoire de Florence. U fut également char- 
gé ^e composer les généalogies des anciennes fa- 
milles nobles de Florence. Il s'acquitta de ce 
travail pénible et délicat en écrivain laborieux et 
sincère, et non en généalogiste flatteur et inté- 
ressé.. Les autres ouvrages d'Ammirato sont, eu 
grand nombre ; on estime principalement ses dis^ 
cours sur Tite-Live, ses opuscules historiques, poé- 
tiques et moraux, qui se distinguent par beaucoup 
d'éloquencç et d'érudition. Ammirato mourut ù 
Florence le 5o janvier i6ou 

2. Andrelinus' {Faiuslas)f natif de Forli en Ita-* 
lie, long-temps professeur en poésie dans l'univer- 
sité de Paris^ poète couronné de Louis XII, honoré 
de l'amitié particulière d'Erasme, a écrit en prose 
quelques lettreS: morales et proverbiales, qui ont 
été imprimées diverses fois. On en fit une édition à 
Strasbourg en 1617, et une autre, sur la révision 
de l'auteur ,^ en iSig^ Beatus Rhenauus y joignit 
une préface où il les loue beaucoup. Elles ont été 



5a6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

commentées par Jean Arboféus , théologien de 
Paris. 

3. Apoitolim ou Âfêttoticm, ne à Coûstantino-^ 
pie dans le quinzième siècle, a composé un re- 
cueil d'apophthegmes, de proverbes et pensées 
morales sous le nom de Violier. On en a extrait 
un recueil de proverbes, dont la meilleure et la 
plus ample édition grecque et latine parut à Leyde 
[Lugduni Batavarum) en 1619. 

4. Baîf{ie2iù Antoine de) , né à Yenise ea 1 53i , 
nous a laissé des sixains qui ne sont composés que 
de proverbes. 

5. Belingen (Fleury de) est un de ceux qui se 
sont le plus adonnés à ce genre d'érudition. Son 
opvf âge intitulé : Les lUmtreÈ Proverbes historiques^ 
eit regardé comme un des meilleurs sur cette ma* 
tière, selon Tabbé Goujet (Bibtio.^Fran.); cepen- 
dant il donne à beaucoup de proverbes des origi- 
nes absurdes. Il y a une petite édition de ce traitév 
antérieure à celle des Illustres Proverbes^ sous le 
titre de : Les pr^miens Essays des Proverbes^ à la 
Haye, i653. 

6. Blanchet, né au bourg d'Angerville au pays 
Chartraiû en 170.7. Il composa des variétés mo- 
rales et amusantes, ainsi que des apologues et des 
contes orientaux, où se trouve une- série de maxi^ 
mes orientales et de proverbes orientaux, italiens 
et espagnols, qu'il a traduits en français et qu'il a 
recueillis dans des auteurs de diverses nations, il 
est mort à Saint-Germain-en-Laye -en 1784. 

7. Boveiles (Charles de), né à Amiens avant i5oo, 
chanoine à Noyon, moit en i535, a écrit : V les 



LIVftE QUATRIÈME. ' Sa; 

Proverbes et Dits sentencieux y avçc interprétation 
d'iceux 9 imprimés à Paris en iSS'j : a* Étymolo^ 
gies françaises , imprimées par Robert Etienne 
en i533. 

8. Brueys (Claude), né à Aix en Provence, a 
fait un petit traité de proverbes provençaux, inti* 
tulé : LaBugado provençale^ ounte cadun l'y a un 
panouchoun , enliassado de praverbis^ sentenpos , si- 
mititudos et mots per rire, en proveneau^ enfumado 
et coulado din un lincoa 4^ dez sous per là lavar, sa-r 
boun^r et eyssugar corne si deou. 

9. Cordier (Mathurin) vivait au^ seiuème siè* 
cle; on ne sait pas bien précisément quelle était 
sa patrie; les uns disent qu'il était de Normandie, 
et les autres qu'il était du Percbc. Il fut, dit 
Bayle, un des meilleurs régens qu'on eut pu sou'^ 
haiter, car il entendait fort bien la langue latine; 
il avait beaucoup de vertu, et il s'appliquait dili- 
gemment à ses fonctions. Aussi soigneux de for? 
mer ses écoliers à la sagesse qu'à la bonne lati*-» 
nité, il usa sa longue vie à enseigner, et mourut à 
Genève, le 8 septembre i5649 à l'âge de 85. ans,. 
Du Yerdier de Yauprivas a donné dans sa Biblio*? 
thèque française les titres des ouvrages de Mathu- 
rin Cordier. Il dit que ses colloques ont été tra^» 
duits du latin en français par Gabriel Chapuis, Il 
n'y a guère de livre qui ait servi plus quecelui-^là 
pour accoutumer les enfans à parler latin. La pu*/ 
retédu langage et des mœurs y règne. Mathurin. 
Cordier,. à la* suite de ses colloques, a composé 
un petit recueil de sentences proverbiales fort esti- 
mées. 



3a8 HISTOI&B DES PROVERBES. 

10. Carroset (Gilles), né À Paris en i5i.ô, et li* 
braire , a composé ud ouvrage en vers , intitulé 
H ecatongraphie , imprimé in^S* à Paris en i54o; 
Ce sont des quatrains au nombre de cent , dans 
lesquels rauteur- commente des proverbes anciens 
et modernes. 

1 1. Cousin (Gilbert) , né à Paris en i5o5» à qui 
Ton peut appliquer le proverbe, tel mattre^ telvalet^ 
était secrétaire d'Erasme, «t, à l'exemple de son 
maître, il a contribué à grossir de plus de 5oo pro* 
verbes le recueil d'Erasme quia été imprimé in-fok 
à Cologne en 1 6 1 â, 

la. Crocus (Corneille), jésuite, né à Amster^ 
dam, et mort en i558, se montra l'ennemi d'E- 
rasme en attaquant ses adages. Il lui opposa des 
adages et des colloques de sa façon , imprimés à 
Anvers, en i536, in•*8^ 

1 3. Duchat (Jacob Le) , né à Metz , en 1 558 , à 
fait quelques remarques sur les proverbes français 
par ordre alphabétique. (Yoy. le Ducatiana , 2 vol. 
in- ta, Amsterdam, 1738.) 

i4* Duret (Claude), né à Moulins en Bourbon- 
nais, et président au présidial de cette ville. Cet 
auteur est un très^-maiivais critique; mais on trouve 
des passages curieux, et une nomenclature prodi- 
gieuse d'auteurs, cités à tout moment dans son ou- 
vrage intitulé : Trésor de l* histoire des langues de 
cet univers^ contenant les origines^ beautés > perfee-- 
tions, décadences^ mutations^ conversions des langues 
qu'il traite j et dont le nombre s'élève à cinquante^six. 
11 y disserte sur l'origine de beaucoup de proverbes. 
Cet ouvrage a été imprimé en 161 3. 



LIVAE QUATRIÈME. 5 29 

tb. Érasme (Didier), né à Rotterciam en 1467, 
occupe le premier rang parmi les parémiographes. 
Cet infatigable et ingénieux écrivain a recueilli et 
commenté, plus de cinq mille proverbes, extraits 
des auteurs grecs et latins, sous ce titre : AdagUh- 
rum omnium tam grœcorum quant latinorum au-- 
reum Fumen, etc, etc.; et il avoue que cette mois- 
son , qu'il a eu tant de peine à récolter, eût été 
beaucoup plus abondante, s'il eût eu à sa disposi- 
tion les auteurs originaux, si mutilés par Zénobius, 
Diogénien et Suidas^ dont nous avons parlé plus 
haut. Les Allemands, pour distinguer les carac- 
tères d'Érasme et de Luther, disaient en proverbe : 
Erasmus innuit , Lutherus irruits Erasmus parit ova^ 
Lutkerus excluait puUos, Erasmus dubitai^ Lutherus 
asserit. Les écoliers d'alors, en parlant de ces deux 
hommes célèbres, avaient fréquemment à la bouche 
ces mots grecs : ^poccfAOç ^oM^epi^ev^^^o^^^Bpoç Epcc/Lci- 
^£/, c'est-à-dire Erasme luthérisme, et Luther era§- 
mise, 

i6. Etienne (Henri), second du nom, fils de Ro- 
beit Etienne, imprimeur célèbre, et né en i5â8, 
persécuté pour son livre liceacieux de VApobgie 
pour Hérodote^ dans lequel il a montré moins de 
justice que d'animosité contre les gens d'église , 
a composé un ouvrage sur les proverbes intitulé : 
Les premiers ou le premier livre des Proverbes épi-- 
grammatisés ou des Épigrammes proverbiatisées]^ et 
imprimé, en 1694, in-8^ 

1 7. Goedt-Hals (François) , Flamand ,5vivant au 
seizième siècle, a donné un Recueirjie [Proverbes 
anciens flamands et français y correspondons de sen-^ 



33q histoire D£S PROVERBES. 

tenees le$ uns aux autres , imprimé à Anvers, chez 
Christophe Plantin, (^'^ fat^w^^^uA.,) 

18. Gringore (Pierre), poète français du seizième 
siècle, surnommé la Mère-Sotte, du nom d'un per- 
sonnage de théâtre qu'il jouait souvent, a composé 
des Notables enseignemens. Adages et Proverbes par 
quatrains^ imprimés à Paris en i5d8. 

ig. Grosnet (Pierre), né à Toucy près d'Auxerre 
vers la fin du quinzième siècle, a recueilli, 1* les 
Sentences et {es mots dorés de Sénèque, en un so-* 
lu me, imprimé à Paris en i534; â^ les Mots dorés 
du sage Caton, imprimés en i543. Nicolas Trivet, 
jésuite, doute que Gatoa soit Tauteur du livre des 
maximes , intitulé Catunct^lus ; il Tàttribue au cé- 
lèbre déelamateur Porcins Latro ; 3* Adages^ Pro-- 
verbes et Dits moraux, imprimés à Paris, in- 8*, par 
Denis Janot, 

sto. Gradé de Lacroix du Maine (François) , né- 
en i552, dit lui-même qu'il faisait partie de douze 
auteurs qui avaient écrit en commun sur les pro- 
verbes et les adages français; mais ces auteurs 
nous sont inconnus. Il affirme, en ^utre, qu'il 
avait composé un ouvrage sur les praverbes fran- 
çais, avec leur interprétation. 

»i. Guillon (René) , né à Yendôme , en i5oa, 
était un grand annotateur de proverbes , suivant 
Lacroix du Haine; et dans ses leçons de la langue 
française , dont il était professeur, il ne négligeait 
pas de donner l'étymologie ou la définition de 
ceux qui s'offraient à son érudition. 

M. Jtmius (Adrien), né à Horn en Hollande en 
l5ii, médecin fort savant dans les langues et les 



IIÏKE QUATRIÈME. 35i 

belles^lettres, a composé ud recueil de huit cents 
proverbes grecs et latins, accolés à ceux d'Erasme, 
imprimé à Genève, en 1612, in-folio. 

25. Le Bon (Jean) , médecin du cardinal de 
Guîse, né à Bassîgny, a écrit des Adages et Prover' 
bes français , imprimés , in-8* , à Paris , dans le 
seizième siècle. 

24- Marie (Jean), né à Vernon, et religieux du 
couvent de Nazareth, a composé un ouvrage dé- 
dié au chancelier Séguier, et intitulé le Divertisse- 
ment des Sages. C'est une suite de discours où l'au- 
teur s'e£force de donner Torigine et la définition 
des proverbes qu'il traite ; mais les réflexions qui y 
ont rapport se trouvent égarées dans un labyrinthe 
d'érudition /is^^^^t^z^^, convenable à la profession de 
l'auteur, mais peu agréable au plus grand nombre 
des lecteurs. 

a5. Manuce (Paul), né à Venise en i5i 2, a laissé 
un ouvrage qu'Erasme pourrait revendiquer comme 
sien ; en effet, il en composa les trois quarts. Il est 
intitulé : Adagia quœcunque ad hanc diem exiertint 
Pauli Manutii studio collecta , in-4** 

26. Ménage (Gilles), né, en 161 5, à Angers, 
homme d'une vaste érudition, mais d'une humeur 
aigre et présomptueuse , qui lui attira beaucoup 
d'ennemis ; sa vie futune lutte continuelle. Il tnou-^ 
rut à Paris en 1692. On a de lui un Dictionnaire 
étymologique^ ou Origines de la langue française ,^ 
2 vol. in-folio, imprimés en 1760, et qui peu- 
vent être très-utiles pour l'éclaircissement dés pro? 

verbes. 

2'j.Meurier (Gabriel), né versi53o, a composéun 



35a HISTOIBE D£S PROVERBES. 

ouvrage intitulé :Tré$or de Sentences dorées ^Protferbes 
et Dits communs s imprimé à Paris et à Lyon en 
1677. 11 y en a une autre édition; faite à Paris en 
i58a. Meurier possédait fort bien l'anglais et le 
flamand. Son ouvrage est un répertoire 'de prover* 
bes, de dictons populaires , de sentences prover- 
biales, eu égard à la quantité» mais la qualité n y 
répond pas toujours. Outre le défaut d'une répéti- 
tion fastidieuse » il donne dans.les quolibets et les 
feux de mots, qui ont bien souvent besoin de coov- 
mentaires. Ce défaut nuit à Tintelligence du texte. 

2i8. Mezeray (Eudes), historiographe de France, 
a composé un petit traité de proverbes et autres 
façons de parler proverbiales qui sont particulières 
à l'Espagne ; il se trouve à la suite d'un ouvrage 
intitulé : Mémoires curieux envoyés de Mfldrid , et 
imprimé à Paris, in-18, en 1670. 

29. Moisant de Brieux (Jacques) , né à Caen , 
vers 1614. On a de lui un ouvrage rare et fort re^ 
cherché , intitulé ; Origines de quelques façons de 
parler triviales ^ in-ia^ Les recherches auxquelles 
l'auteur s'est livré sont curieuses et intéressantes. 

5o. Montluc (Adrien de), comte de Gramail, un 
des beaux esprits de la cour de Louis XIII , était 
né, en i568, de Fabien de Montluc, fils du fameux 
maréchal Biaise de Montluc. C'est à lui que Ma- 
thurin Régnier dédia sa seconde satire sous le nom 
de comte de Garamin. Ménage fait remarquer,, 
dans son Dictionnaire étymologique , et dans ses 
Observations sur la langue française^ que Cramuil 
se dit par corruption pour Carmaiu, nom (]ui sa 
trouve dans toutes les éditions antérieures à colle 



IIYRB OUATKIÈME. $35 

de 164^. On peut voir l etymologie de ce mot 
dans Catel* page 345 de ses Mémoires sur le Lan-- 
guedoc. Montluc avait composé un ouvrage inti-^ 
tulé : les Jeux de l'Inconnu^ ouvrage bizarre , et 
dont le cardinal de Richelieu s'était fort moqué , 
et avec raison. C'est un tissu perpétuel de quolibets 
et de turlupinades. li fut imprimé , en i63o, sous 
le nom de Guillaume Devaux, écuyer, sieur de 
Dos-Caros. Le cardinal de Retz avait trouvémoyen 
de le faire entrer dans une conspiration contre le 
cardinal de Richelieu^ quoiqu'il fût âgé de plus 
de quatre-vingts ans, et de plus enfermé à la Bas* 
tille par ordre de ce ministre. Le cardinal de Retz 
lie trouvait rien impossible ; il avait fait fond sur 
l'intelligence, et surtout sur la résolution et sur la 
haine personnelle du comte de Cramail contre Ri- 
chelieu. L'entretien qu'ils eurent ensemble à la 
Bastille a quelque chose de piquant et de singu-» 
lier. Voici comme le raconte le cardinal de Retz 
dans ses Mémoires : « A qui vous fiez-vous daog 
«Paris, me dit d'un même fil le comte de Cramail? 
»A personne, monsieur, lui répartis-je, qu'à vous 
«seul. Bon, reprit-il brusquement, vous êtes mon 
» homme. J'ai quatre-vingts ans passés, vous n'en 
• n'avez que vin^tHCÎnq; je vous tempérerai, et 
«vous m'échaufferez. Nous entrâmes en matière, 
»nous fîmes notre plan , et lorsque je le quittai il 
» me dit ces propres paroles : Laissez-moi huit 
«jours, je vous parlerai après plus décisivement , 
«et j'espère que je ferai voir au cardinal que je suis 
» bon à autre chose qu'à faire le jeu de l'inconnu, » 
11 ne sortit de la Bastille qu'après ja mort du car« 



334 HISTOIRE DES PROVERBES. 

dinal de Richelieu. Il mourut en 1646. Il y a pro-^ 
bablemeot erreur dans les dates de sa naissance et 
de sa mort; car à ce compte il n'aurait que soixante- 
dix-huit ans; cependant le cardinal de Retz lui 
donne quatre-vingts ans passés. (Voyez la Comédie 
de* Proverbes^ pièce comique, imprimée à Paris , 
in-'i^i, i655, et dont il est l'auteur.) 

3i. Nicot (Jean) y né à Nîmes, a publié le Trésor 
de la langue française^ tant ancien qui moderne , où 
Ton trouve des documens précieux sur les mots 
singuliers et proverbiaux. 

3d. Oudin a composé un ouvrage intitulé : (es 
Curio$Ués françaUee , ou Recueil de plusieurs belles 
propriétés^ avec une infinité de proverbes ^ imprimé à 
Paris en 1640. Il est appelé, au titre de l'ouvrage, 
Antoine. J'ignore si c'est le même que César Oudin, 
secrétaire interprète du roi , qui a traduit en fran- 
çais les Ae/ran^^ ou Proverbios castellanos. Il y a plu- 
sieurs éditions de cet ouvrage^ la plus complète est 
celle de 1659. 

33. Pintianus (Frédéric), espagnol, a recueilli 
trois mille proverbes italiens et français qu'il a tra- 
duits en langue espagnole^ au rapport d'André 
Schottus. C'était un homme d'un grand savoir et 
d'une vaste érudition. *" > 

34* Pisan (Christine de), née, en 1364, à Venise 
selon quelques*uns , à Bologne selon d'autres , a 
laissé des ouvrages manuscrits, et déposés à la bi- 
bliothèque royale, parmi lesquels se trouvent des 
proverbes moraux que La Monnaie lui attribue. 

35. Régnier (Mathurin) , poète satirique , né à 
Chartres en 1675 et mort en i6i3. Ses satires 



LIVRE QUATRIÈME. 335 

sont remplies d'expressions proverbiales, Sorel , 
dans 6es remarques , a repris Régnier de sa manie 
de se servir de locutions trop familières, c Que si, 
au reste, dit-il , j'ai quelques proverbes, tous ceuic 
qui parlent bien^ les disent aussi*bien que moi. 
Que seroit-ce donc , si je disois comme Régnier : 
C'est pour votre beau nez que cela se fait. — Voué 
parlez baragouin. — Vous nom faites des bona-^tifix. — 
Vous mentez par votre gorge. — Vous faites la figue 
aux autres. *— Je réponds d'un ris de saint Médard* 
— Comme un homme sans verd. Cette critiqve, juste 
d'ailleurs, n'empêche point que Régnier ne soit un 
poète plein de verve et d'imagination. La Fontaine 
et Boileau ont copié Régnier dans la traduction de 
ce proverbe espagnol : de cosario a cosario ne se le^ 
van que los bariltes; de corsaire à corsaire il n'y a 
que des barils d'eau à prendre. 
Régnier avait dit : 

Ponr moi , j'en rais d*àvis, et connois à cela 
Qu'ils ont UQ bon esprit : Cortaires à corsaire^. 

L'un C autre t'aitaquant ne font pas teurs affaires. 

La Fontaine dit , liv. iv, fable 1 2 : 

Qa'eût-ii fai» ? C'eût été Kon contre lion. 
Et Je proverbe dit : Corsaires à corsaires. 
L'un Cautre s'attaquant ne font pas leurs affaires, 

Boileau (épîg, 37) : 

Âppi^nez un mot de Régnier ^ 
lYotre célèbre devancier : 
Corsaires attaquant corsaires 
Bk font pas, dit-il» leurs affaires. 

36. Roux (P. J. le), Français réfugié à Amster- 
dam^ a publié le Dictionnaire comique^ satirique ^ 



356 HISTOIRE DKS PROVERBES. 

burJesque libre et proverbial. La meilleure édition 
de ce dictionnaire est celle de Paris, 1786, a vol. 
in-8*. Cet ouvrage est rempli d'obscénités et de ci- 
tations extraites du Cabinet satirique. On peut ju- 
ger de la forme de cet ouvrage par le fonds où il a 
été puisé ; le second volume passe pour n'être pas 
de Le Roux. 

37. Sartor (Jean) a laissé un ouvrage sous ce 
tilre : Joannis Sartori adagioram ehiliades très, sive 
sententiœ proverbiales grecœ , tatina et belgicœ ex 
preeipuis auioribus collectœ , ex recensione Cornelii 
Schreveliù Lugd. Batav. i656. Cet ouvrage est eu-* 
rieux par l'érudition et les recherches savantes 
dont il est rempli. 

38. Tuet , chanoine de Sens, sa patrie, a com- 
posé un ouvrage intitulé : Matinées sénonaises, ou 
Proverbes français suivis de leur origine , etc* , im- 
primé à Sens, in-8*, en 1789. L'auteur a parfaite- 
ment étudié son sujet ; il a puisé aux meilleures 
sources. Il y a de l'ordre et de l'érudition dans son 
ouvrage, qui est devenu assez rare depuis que les 
Anglais, grands amateurs des adages et des prover- 
bes, l'ont épuisé en France. 

39. Tumebe (Adrien) , né en 1 5 1 2 et mort en 
i585, a composé des traités particuliers, parmi les- 
quels se trouvent un grand nombre de proverbes. 

40. Virgile (Polydôre), natif d'Urbîn et favori 
d'Alexandre VI, fut envoyé par ce pape en Angle- 
terre , afin d'y lever le tribut que les habitans de 
cette île payniei^t au Saiut*Siége, et désigné sous le 
nom de denier de saint Pierre. Henri VU, régnant 



LIVRE QUATRIÈME. 33; 

alors, satisfait de sa modération €t de sa^conduite, 
le pria de composer YHisioired' Angleterre, qui pa- 
rut à Bâle en i534. Quoique Yergile ait débrouillé 
avec assez d art les coaimeucemens de la monar- 
chie anglaise, il a rempli son histoire de bévues et 
de méprises qui en font un ouvrage peu estimé. Il 
a composé plusieurs autres ouvrages, entre autres: 
un Traité sur Us Proverbes; celui intitulé : De In-- 
ventoribus rerum, et un SiuXre De Prodigiis y qui roule 
entièrement sur la divination des Anciens. Ces deux 
derniers ouvrages sont précieux par leur érudition. 
Après le changement de religion opéré par Hen- 
ri Ylll en Angleterre , Vergîle retourna en Italie , 
où il mourut fort considéré, et dans un âge très- 
avancé. Tan i555. 

4i. Verville (Béroald de), dans un livre singu- 
lier, intitulé : le Moyen de Parvenir^ a donné l'ori- 
gine de quelques proverbes; mais ses interprétations 
sont si licencieuses, que la pudeur les repousse, et 
que la plume refuse de les tracer. 

42. Vesprie (Jean de la), prieur de Tabbaye de 
Glervaux, vivant en i495, a recueilli plusieurs pro- 
verbes français , que Jean Gilles de Mocère ou des 
Noyers a traduits en vers latins et rangés par or- 
dre alphabétique. Ce recueil a été imprimé à Paris, 
en 1619, par Josse Badius ; il a été augmenté d un 
grand nombre de piroverbes, et réimprimé en 1 55â. 



Il existe beaucoup d'autres ouvrages sur les pro- 
verbes , lei& sentences , les adages et les apoph- 
thègmes ; nous ne citerons que les suivans : 
T. m. 22 



538 HISTOIRE DES PROVERBES. 

1% Dictionnaire des Proverbes français ^ Paris, 
i8ai, in-8% chezTreuttel et Wùrtï; par M. de la 
MezeDgère. Cet ouvrage est bien supérieur à tous 
ceux qui ont paru sur le même sujet, et on peut 
dire de lui : materiam superat opus. 

a*. La Morale des Poètes^ Paris, in-i 2, 1 82 1 ; par 
M. Moustalon. C*est un recueil de pensées extraites 
des plus célèbres poètes latins et français, et dont 
le choixj fort bien fait , prouve que Tauteur a au- 
tant de goût que de discernement. 

3*. Histoire des Proverbes. Paris, i8o3, in- 12. Ce 
n'est qu'un abrégé de l'ouvrage du chanoine Tuet, 
mais sans l'ordre suivi par l'auteur des Matinées 
senonaises. 

l^. Les illustres Proverbes historiques et nouveaux^ 
2 vol. in- 12, i665, ne sont qu'une copie indigeste 
de l'ouvrage de Fleury de Belingen. 

5". Proverbiorum liber , Petro Godofredo Carcaso- 
nensi Jurisconsulto^ procuratoreregioin fide 9 autore. 
ParisiiSi apud Carolum Stephanuntj typographum 
regium^ i555. 

6*. Pétri Corbellini Cenomanensis adagiales Flos- 
culi. Paris, Claude Chevallon, 1 58o, in-4'' non pa- 
giné. 

^•. Senecœ Proverbia^ secundum ordinem aiphabe-- 
ticum. Paris, Durand Gerlier, sans date, in-8*. 

8*. De Proverbiorum Origine. Mediolani, i5o3, 
un vol. in-4''- ^^^ ouvrage, d'Antonio Cornazano, 
est excessivement rare. 

9*. Cynthio detU Fabritii (àlojse)^ libro délia Ori^ 
ginedegti volgari Proverbi. In Yenegia, i526, in-f". 



LIVRE QUATRIÈME. 359 

10*. NuavaThesoro, de Proverbii ttatiani del sig. 

Tomaso Buoni cittadino, Lucckese. kiYenetia, i6o4, 
în-ia. 

1 1*. Proverbii d^ Or lando Pescetti. Verona, în-i a, 
iSgS. 

la*. Proverbes en rimes ou ^mes en proverbes , 
deux parties. Paris, chez Gabriel Quinet, 1664. 

i3*. La Perla, proverbios morales de Alonzo de 
Barros, criado del rey nuestro seguorenZaragoça, 
anno 1664. 

1 4^ Les JpophthègmeSj cueillis par DidierErasmé, 
translatés du latin en français, par Teslu Maeault, 
secrétaire du roi. Lyon, Balthazar Arnoullet, 1549» 
în-16. 

l5^ Bonne Réponse à tous propos. Ouvrage en 
proverbes , traduit de l'italien en notre vulgaire 
français. Paris, veuve Bonfont, et sans date. 

CONCLUSION, 

Le lecteur trouvera, sans doute, qu'il y a eu té- 
nlérité de ma part d'accoler mon nom à ceux de 
tantdesavans auteurs qui ont traité des proverbes; 
mais la difficulté même de mon entreprise m'est 
un sûr garant de son indulgence ; car, proverbiale- 
ment parlant, il n'est pas si aisé que l'on pense 
de faire d'un vieux sac une chemise neuve. J'ai été 
dirigé et soutenu dans mon travail par l'opinion 
d'un des écrivains les plus distingués de notre 
époque. « Un cboix de proverbes, dit-il, même les 
» plus vulgaires , commenté avec goût , serait , à 
9 mon avis , un code de aagesse et de conduite^ 



34o HISTOIRE DES PROVERBES. 

» non-^-seuIement pour la vie civile , mais encore 
• pour tous les états de la vie. » On voit que j'au- 
rais pu choisir le sentiment de cet écrivain pour 
épigraphe , car il a sef vi de base à cet ouvrage , et 
aux réflexions morales qu'il contient. Le temps et 
le public m'apprendront si l'exécution a répondu 
au plan, et si j'ai rempli utilement la tâche que je 
m'étais imposée. 



FIN DES PROVEHBES» 



549 PRÉFACE. 

sur un léger canevas , que de s'exposer à 
peindre sur une toile trop vaste des sujets 
supérieurs à la portée de son savoir-faire. 
Il restera toujours à glaner dans le champ 
de la morale. Le temps modifie à l'infini 
les hommes et les choses , et Ton peut tirer 
de leur comparaison des résultats nouveaux 
et utiles à son instruction. 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS 

SUR DIVERS SUJETS d'histoire, DE POLITIQUE, DE MOEApi: 

EX D£ UTTERATURS. 



1. La pensée est une impression de l'esprit, 
tantôt subite et involontaire, tantôt réfléchie et cal- 
culée. Dans ce dernier cas elle devient une véri- 
table opération de L'ëntendenient, dans laquelle la 
raison joue le premier rôle. Lorsque la raison est 
absente de la pensée, celle-ci est une aberration 
des facultés de l'esprit, qui demande à être répri- 
Dfiée, parce qu'elle donne aux sens prompts à 
s'exalter, l'occasion de déranger l'ordre admirable 
établi par la nature. La pensée, renfermée dans de 
justes limites , est un ouvrage entier qui exige de 
I21 perfection pour plaire. Il ne faut pas tant avoir 
égard à son étendue qu'à l'expression complète de 
la vérité qu'elle renferme. Souvent une pensée 
courte contient un plus grand sens et fait plus 
d'effet qu'une pensée surchargée d'accessoires et 
d'ornemens inutiles.^ Lorsque la pensée s'exerce 
sur des choses indifférentes ou ordinaires, et qui 
n'exigent point le travail de la' réflexion , elle n'a. 
souvent besoin que du secours de la mémoire pour 
reporter machinalement au cerveau ce qu'on a pu 
voir, entendre ou saisir, dans le tracas ordinaire 
de la vie. Ces sortes de pensées sont le menu peu- 
ple de l'empire de l'imagination ; elles forment la 
majorité des opérations intellectuelles. Les pensées 
des plus célèbres moralistes ne sont que les ana- 



544 HISTOIRE DES PKOVBABBS. 

lyses de leurs réflexions, de leur expérience, de la 
connaissance qu'ils ont acquise du cœur humain; 
leur génie seul en a fait des chapitres*entiecs. C'est 
sans doute l'avantage que l'homme peut retirer de 
leur concision pour s'éclairer et perfectionner son 
être, qui a fait dire au chancelier Bacon, que toutes 
les maximes éparses font toujours plus d'effet que 
l'arrangement le mieux combiné. 

2. L'homme religieux et l'athée s'entretiennent 
différemment de Dieu : l'un parle de ce qu'il révère, 
et l'autre de ce qu'il redoute , en feignant de n'y 
pas croire. 

3. L'indulgence est une qualité dont le propre 
est d'accorder facilement aux autres, sans trop 
calculer ce qu'on leur doit. Elle constitue le ca- 
ractère le plus fait pour réussir dans la société, et 
dans le train ordinaire de la rie; elle est aussi avan- 
tageuse à celui qui la possède qu'à la plupart de 
ceu;c qui en sont les objets. Mais dans beaucoup 
de circonstances, cette heureuse qualité dégénère 
en faiblesse et souvent en injustice, moins parce 
qu'elle pousse la sensibilité à l'excès, que parce 
qu'elle tient de la paresse. Il est donc nécessaire 
que les lumières et la raison en guident l'exercice. 
Souvent on croit être indulgent, lorsqu'on n'est 
que paresseux d'examiner. On cède alors aux im- 
pulsions que l'on reçoit des personnes dont on est 
environné. Cet abandon donne moins de peine 
qu'on n'en éprouverait à' examiner si la compas- 
sion dont on est ému envers ceux qu'on voit, n'est 
pas une injustice envers ceux qu'on ne voit pas. 

4. La manie de beaucoup de gens en place est 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 3/|5 

de se faire demander, à titre, de faveur, ce qu'ils 
doive et accorder par état /et souvent par recon- 
naissaqce. 

5; Les sinécures sont des fruits exotiques , et 
qu'on est parvenu très-facilement à naturaliser en 
France. Ces fruits sont entretenus en serres chau- 
des, et mis en réserve pour les gourmets, qui ont 
une petite tête et un grand estomac, et dont tou- 
tes les fonctions se réduisent à celles de la diges- 
tion. 

6. Le ridicule est une pièce dont la petite mon- 
naie est inépuiisable. 

7. Un homme d'esprit mais irréfléchi avait une 
manie singulière; il trouvait que le nez était une 
chose bizarre et ridicule, et que cet appendice de la 
figure humaine, auquel on donne souvent la me- 
sure d'un pied, n'était tout au plus propre qu*à 
loger du tabac; mais se reprenant ensuite par une 
boutade de réflexion, il disait : Mais oui^ au fait^ 
quand j'y pense, ce nest pas si bête que je croyais. 
C'est le portrait d'une infinité de gens qui vivent 
comme des machines, sans réfléchir aux dons pré- 
cieux de la nature et aux bienfaits de ia Provi- 
dence. 

8. Rien n'est plus propre à multiplier le célibat, 
que le jeu perpétuel de la cupidité, les hausses^ les 
baisses des actions, le cours de la bourse. Un 

* homme qui a la tête travaillée de calculs d'intérêt, 
d'espoir de gain, de frayeur de pertes, et qui joue 
sa fortune au jour le jour, ne peut avoir un carac- 
tère de fixité néceasaire aux soins et aux tracas 
d'un ménage. 



346 HISTOIRE DES PROVERBES. 

9. Quand on dit qu'une femme a deg bontés 
pour quelqu'un, ce n'est peut^tre pas calomnier 
sa vertu, mais ce n'est pas en faire l'éloge. 

10. Une femme vieille et dégoûtante, qui viole 
la pudeur d'un jeune homme, est un objet aussi 
révoltant qu'un mendiant couvert d'ulcères qui 
exigerait la charité de par le roi. 

11. Un ministre avait élevé une personne de 
ioaérite à une place éminente. Lorsqu'elle vint pour 
l'en remercier : Vom n'avez, lui dit le ministre, 
aucune grâce à me rendre, je n'ai eu en vue que l'uti- 
lité publique^ et vous n'auriez pas eu mon ehoîx si 
j'avais trouvé quelqu'un qui en fût plus digne que 
vous. 11 est fâcheux, pour la satisfaction des ama* 
teurs de la morale, que le nom d'un ministre aussi 
recommandable soit perdu dans l'oubli. Les au- 
teurs de pareils traits, ne devraient jamais rester 
inconnus. Le silence que l'histoire garde à cet 
égard est une insulte à la vertu , et me fait croire 
que la morale s'évertue quelquefois à inventer de 
belles maximes, à composer de beaux exemples de 
fantaisie, comme la politique à imaginer des expé- 
diens ; l'une et l'autre, pour soutenir leur crédit, 
de même que les négocians et les banquiers font 
souvent des lettres de change pour éloigner une 
banqueroute en temps utile. 

12. Les préfaces de certains livres ressemblent 
aux toiles grossièrement peintes, qui servent d'en- * 
seigne aux spectacles ambulans qu'on montre à la 
foire ; ce qu'on voit au-dedans ne répond presque 
jamais au faste de l'enseigne. 

1 3. Les qualités de la plupart des hommes sont 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS 347 

des péniteates' qui disent tout dans la première 
confession. 

i4« Les courtisans sont de la nature du liège, ils 
reviennent toujours sur Teau. 

i5. Le malheur est à la yertu ce que le ciment 
est à la pierre; il l'affermit. 

i6. L'ignorance est voisine de la présomption, 
la fatuité de la politesse; l'intervalle qui les sépare 
est aisé à franchir, c'est le saut d'un ciron. 

17. Toute société est un ressort qui a plus ou 
moins besoin de compression pour agir et réagir. 
Si ce ressort n'a plus d'action, il faut le retremper, 
ou la société est morte. 

1 8. Les peuples souffrent plus , sous le rapport 
de leurs véritables intérêts, de l'abus d'une trop 
grande liberté, qu'ils ne souffrent réellement des 
liens d'un doux esclavage. 

19. Ne faites pas à autrui ce que vous ne vou- 
driez pas qu'on vous fît; voilà la probité : c'est la 
loi civile* Faites à autrui ce que vous voudriez 
qu'on vous fit; voilà la vertu : c'est la loi de Dieu. 

20. Les principes de certains philosophes sont 
comme les boites de dragées mélangées de chico* 
tins plâtrés. Les personnes soigneuses de leur santé 
refusent d'en prendre; les pei*sonnes délicates choi- 
sissent , et les personnes friandes prennent tout 
sans distinction. Les premières sont les esprits sa<* 
ges, les secondes les esprits fins, les troisièmes lea 
esprits légers. 

21. Si tous les hommes étaient également péné-r 
très des principes de la religion et de la morale, des 
avantages de la probité et des devoirs de leur état, 



34B HISTOIRE DES PROVERBES. 

d'horreur pour le vice et d'amour pour la Vertu, 
les livres ne seraient plus que des meubles fastueux 
et inutiles, dont la couverture seule ferait tout le 
prix. Les nnoralistes ne seraient plus que des rabâ- 
cheurs, les historiens des garde-notes, et les phi- 
losopl^es de vrai» songe-creux.... mais.... Il n'est 
personne qui n'ait entendu faire dans la société 
des raisonnemens à peu près pareils , et je ne fais 
celui-ci que pour démontrer jusqu'où l'on peut 
pousser la fureur des conditionnels, et l'absurdité 
de représenter le monde autrement qu'il n'est. C'est 
un véritable abus des suppositions. Comme si l'on 
pouvait tirer une conséquence d'un argument 
absurde, et faire d'un objet matériel un être de 
raison. Raisonner ainsi c'est figurer dans l'espace, 
avec la main , des signes algébriques devant un 
aveugle, et vouloir qu'il les voie et qu'il les com- 
prenne. Ce que c'est que l'abus des si et des maisi 
22. L'esprit d'équité naturelle est dans les jeu- 
nes gens un sentiment exquis dont Fusage du 
monde n'ia pas encore vicié le principe. 11 tient à la 
beauté de leur âme, qui n'est point pervertie par 
les mauvais exemples, et gâtée par les mauvaises 
compagnies. Personne ne se rend mieux justice 
entre elle que la jeunesse. 11 n'y a pas dans son 
cœur de considérations humaines qui puissent 
tenir contre la vérité. Il n'est point terni par le 
60u£Qe de la flatterie ni ouvert aux impressions des 
supériorités sociales et politiques. Au tribunal de la 
jeunesse, on est jugé par ses pairs et jugé sans 
appel; car la jeunesse est un juge inflexible, rien 
ne peut casser ses premiers jugemens. Combien 



PEN8ÉES ET RÉFLEXIONS. 349 

de gens, dans Tâge mûï, se rencontrent dans la ba- 
gîirre du monde, et se rappellent, non sans qn cer- 
tain attendrissement, les douces impressions, les 
épreuves, les débats et les petits arrêts du prin- 
temps de leur vie. 

23. Le monde est un bal masqué où chacun 
cherche à garder Tinçognîto; tant que les masques 
s'agacent ils se trouvent charmans, lorsqu'ils se 
découvreat ils sont tout honteux de se recon* 
naître. 

24. On est convenu d'appeler exception une ano- 
malie à des règles établies, à des usages reçus. Le 
nom d'infraction à des conventions préexistantes lui 
conviendrait tout aussi bien. Quoi qu'il en soit, les 
nombreuses règles ou lois avec lesquelles la so- 
ciété s'est garottée pour s'empêcher de se manger 
toute vive, peuvent être distinguées en organiques, 
conditionnelles, relatives et absolues. Moi est une 
loi d'exception universelle. 

25. J'^ai connu un bourgeois de Paris , de ceux 
qu'on peut appeler badauds à juste titre^ qui avait 
traversé la révolution sans s'apercevoir d'aucune 
autre différence que celle du costume. Il avait 
quitté aussi indifféremment le bonnet rouge qu'il 
avait repris le chapeau à cornes. 11 ne voyait dans 
tous ces changemens qui ont bouleversé le trône et 
la monarchie, anéanti la morale, nos mœurs, nos 
usages, notre antique honneur, nos fortunes et nos 
libertés, couvert le globe de feu, de sang et de car- 
nage , que des tours de roue de ce grand cadran 
qu'on appelle le temps. 11 disait encore il n'y a pas 
long-temps , feu le citoyen Roberspierre^ comme ce 



35o HISTOIRE DES PaOVERBES. 

sorboni8te qui, encore imbu du vieux levain de In 
ligue, disait toujours, en parlant de Tassassin de 
Henri lY, feu moniteur de Ravailiac. Il y a des gens 
dont la vie toute animale ne diffère pas essentiel* 
lement de celle des huîtres;» ou, pour parler juste, 
ils sont exactement, comme le disent les natura- 
listes, sur la limite de transition qui sépare les 
dernières espèces vivantes des zoophites. 

26. L'extrême sévérité et l'extrême indulgence 
sont deux écueils qu'il faut éviter dans la conduite 
de la vie. L!une excite la haine et l'autre le mépris. 

37. Il faut toujours ménager un ministre que 
déplace une disgrâce ou un coup d'état, certain 
qu'on doit être que celui qui le remplace aura de 
la répugnance à contrôler les actes de son prédé- 
cesseur, tant la crainte des représailles établit de 
méfiance et de pusillanimité parmi les gens en 
place. 

ii8. 11 n'y a pas de puissance qui résiste À ces 
êtres si souples, si déliés, si concilians, si subtiles, 
si insinuans, qu'on appelle considérations. L'austé- 
rité de mœurs , la rigidité de caractère et de prin- 
cipes, sont des douches violentes qui tombent per- 
pendiculairement sur la tête des hommes , ébran- 
lent leur cerveau, et compriment fortement toute 
la machine. Les considérations humaines sont des 
gouttes d'huile qui distillent sans bruit sur le cer- 
veau et sur le cœur^ les assouplissent et les pré- 
parent à recevoir doucement et sans commotion 
les influences de la diplomatie du cœur humain. 
La probité, la plus austère vertu même ne sont 
point à l'abri des épreuves; amies qu'elles sont du 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 55i 

repos et de la paix , elles cèdent souvent au ilia- 
nége des considérations. Ce n'est d'abord qu'une 
simple concession qu'elles se croient obligées de 
faire aux bienséances , c'est un traité bénévole et 
transitoire qu'elles ont bien l'intention de ne point 
ratifier; c'est enfin une signature de complaisance; 
mais 9 en ne leur faisant Yoir adroitement que la 
surface des choses, on les a entraînées dans le fond; 
elles sont bientôt enlacées, liées, garrottées par le 
respect humain, la faussehonte et le ridicule, agens 
principaux que les magiciennes mettent en jeu. 

29. Qui veut braver le ciel et le monde^ à la fois 
court grand risque d'être puni par l'un et raillé p^r 
l'auti^e. L'entêtement est ordinairement le partage 
des sots ; ils croient qu'il va de leur honneur de 
soutenir Timpiété qu'ils professent ou la sottise 
qu'ils ont avancée , comme si l'univers était inté- 
ressé à connaître leur croyance ou la portée de 
leur esprit. Rien ne peut les convaincre que la pu- 
nition de leur opiniâtreté. 

30. Celui qui reste dans son lit pendant une 
belle matinée d'été, perd le principal plaisir de la 
)Oùrnée; celui qui passe sa jeunesse dans l'indo- 
lence perd la plus agréable portion de sa vie. 

3i. Les flatteurs sont comme les corbeaux, qui 
vont droit aux yeux de leur proie. 

32« Quelque longs que puissent être tous les 
chapitres des livres renfermés dans les biblio^ 
thèques du monde connu, il n'y en a pas déplus 
long que celui des considérations humaines. 11 n'y 
a pas de lecteur qui ait assez de temps^ de courage 
et de patience pour en voir la fin. 



55a HISTOIRE DES PROVERBES. 

53. Le aïoyen le plus sûr et le plus court d'ac- 
quérir la réputation d'un hoomie sage et prudeot, 
c'est lorsque quelqu'un vous dit son sentiment d'y 
souscrire. On perd , il est vrai , en franchise ce 
que l'on gagne en tranquillité. C'était le sentiment 
de Fontenelle, un des hommes les plus polis et les 
plus spirituels du siècle dernier. On lui demandait 
un jour par quels moyens il s'était fait tant d'amis 
et pas un ennemi. Par les deux axiomes suivans , 
répondit-il , tout est possible^ et tout le monde a rai- 
son. C'était également le sentiment de Pope. 

34. La paresse , disent certains moralistes ^ est 
l'état le plus naturel à l'homme. Sous ce rapport , 
beaucoup de grands seigneurs, qui> comme le feu 
prince Potemkin, d'indolente mémoire, n'ont rien 
autre chose à faire qu'à frotter leurs boutons , à 
nettoyer leurs pierreries, et à ajuster leurs décora- 
tions, sont ceux qui se rapprochent le plus de la 
nature. 

35. L'esprit de la plupart des gouyernemens est 
de toujours donner à ceux qui n'ont besoin de 
rien, et de refuser sans cesse à ceux qui ont besoin 
de tout. De là vient que les mêmes 'familles et les 
mêmes personnes se chargent d'obtenir toutes les 
faveurs , et laissent aux autres l'avantage de les 
mériter. Les premières sont , pour ainsi dire, im- 
plantées à la cour, elles sont couvertes de bon ter- 
reau, les autres ne sont que des plantes communes 
et de rebut , qu'on abandonne à leur végétation 
naturelle. 

36. Rien n'égalait dansRiyarol le talent d'écrire, 
si ce n'est le talent de bien parler. Toutes les qua- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 555 

lités d'une véritable éloquence étaient réunies dans 
sa personne. Une figure heureuse, une physiono- 
mie expressive, un organe sonore, des gestes aisés 
et naturels, une tail}e ioiposante , des manières 
nobles et distinguées, rien ne lui manquait II joi- 
gnait la causticité de Piron à la soudaineté de Di- 
derot ; et l'illusion qu'il produisait était si douce , 
si entraînante, qu'invité à diner avec lui, on ou- 
bliait de se mettre à table, tant on était charmé 
du plaisir de l'entendre. Les sens devenaient Iput 
oreille, le cœur était dans un ravissement extatique, 
et l'esprit dans l'enchantement. Il tenait dans sa 
maison , à l'exemple des anciens philosophes, une 
école de morale , de politique et de beau langage. 
Ses ouvrages sont écrits avec tant de pureté , qu'il 
est aisé de voir qu'il avait fait une étude particu- 
lière de la langue française. On ne doft point être 
surpris qu'à l'exemple du docteur Johnson pour 
l'Angleterre, il ait conçu le projet d'un nouveau 
dictionnaire de la langue française, et qu'il ait as- 
sez compté sur ses forces pour l'exécuter seul. 11 
en a jeté les bases avec autant de hardiesse que de 
génie. Il disait avec raison, en faisant sa profession 
de foi politique : « Tous ceux qui ont parlé avec le 
plus de justesse et d'enthousiasme de la liberté, 
ont fini par penser que la monarchie convenait 
aux grands empires. Ces philosophes ont parlé de 
la liberté comme d'une maîtresse, et de l'autorité 
comme d'une femme légitime. » Kivarol se défen- 
dait avec gaîté, et plus souvent avec un certain air 
gêné et d'humeur du reproche qu'on lui faisait 
d'être salarié parla cour; il se plaisait alors k rap. 
T. m 23 



354 HISTOIRB DES PROVERBES. 

peler ces paroles de Mirabeau : Je suis payé, mais 
von vendu; et îl ajoutait, en les retournant, je suis 
vendu, mais non payé, paroles qui donnent la me* 
sure exaete du-carûctèie de Vnn et dei'autre. Ils 
ont pris le parti coupable ^ disait-il encore en parlant 
, des démagogues , et nous nous avons pris le parti 
honnête; ils sont pour les heureux , et nous pour les 
malheureux. L'on voit dans ces aveux sincères et 
touchans les sentimens d*une âme noble autant 
que délicate, et la fermeté d*u*n martyr de sa pro- 
pre cause. 11 parodiait plaisamment ce vers de Vir- 
gile: 

iVof paînm fines, ei dutàa Im^mimuê arvOf 

et le retournait ainsi , en faisant allusion à rémi-r 
gration : 

Na patrtm ftmet, «f kmpùéÊ Êiwqmmms aiUam. 

Un léger échantillon de ses pensées fera con- 
naître la finessd de son jugement, et roriginalité 
de son esprit. 

l^ Dans les sujets ordinaires , les idées les plus 
justes sont souvent les plus nobles; en parlant de 
la Divinité, les plus nobles nous paraîtront toujours 
les plus justes. 

â*. C*cst un terrible luxe que rincrédulité. 

3^ Les vices sont souvent des habitudes plutôt 
que des passions. 

4*. L avare est le pauvre par excellence ; c'est 
Thomme le plus sûr de n'être pas aimé pour lui- 
même. 

5^ L'or, semblable au soleil» qui fond la cire et 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 355 

durcit la boue^ développe les grandes âmes et ré- 
trécit les mauvais cœurs. 

6\ Si les gens de la cour s'expriment plus fine- 
ment que les autres bommes, c'est qu'on y est sans 
cesse forcé de dissimuler sa pensée et ses senti- 
mens. 

7^ L'homme passe sa vie à raisonner sur le passé, 
à se plaindre du présent, à trembler pour l'avenir. 

8\ Le temps est le rivage de l'esprit; tout passe 
devant lui, et nous croyons que c'est lui qui passe. 

9"". Les méthodes sont les habitudes de l'esprit 
et les économies de la mémoire. 

lo^ Les enfans crient ou chantent tout ce qu'ik 
demandent, caressent ou brisent tout ce qu'ils 
touchent, et pleurent tout ce qu'ils perdent. 

1 1^ La politique e»t comme le sphinx, elle dé- 
vore tous ceux qui n'expliquent pas ses énigmes. 

la^ La raison se compose de vérités qu'il faut 
dire et de vérités qu'il faut taire» 

1 3^ La révolution française est sortie tout h coup ^ 
des livres des philosophes comme une doctrine ar- 
mée. 

i4''- Le peuple ne goûte de la liberté comme de 
liqueurs violentes , que pour s'enivrer et devenir 
furieux. 

1 5*". Les idées sont des fond^ qui ne portent in- 
térêt qu'eu tre les mains du talent. 

i6^ Le génie égorge ceux qu'il pille. 

I7^ Le génie des idées est le comble de l'esprit; 
le génie des expt'essions est le comble du talent. 

ii8*f. Les idées sont comme les bomoîes, elles 
dépendent de 1 état et de la ptace qu'on leur donne. 



35G HISTOIRE DE6 PROVERBES. 

l9^ Ceux qui ebipruDtcnt les tournures des an- 
ciens auteurs pour être naïfs, sont des vieillards 
qui, ne pouvant parler en hommes, bégaient pour 
paraître enfans. 

20*. La nature tonne à Toreille de rhomme de 
lettres , quand elle murmure à peine à celle des 
gens dû monde. 

21*. Les gens de goût sont les hauts justiciers de 
la littérature. 

22*. L'art doit se donner un but qui recule sans 
cesse. 

25*. En fait d'art, si c'est la partie laborieuse 
d'une nation qui crée, c'est la partie oisive qui choi- 
sit et qui règne. 

24*. L'esprit voit vite , juste et loin. 

25*. Il ne faut pas des sots aux gens d'esprit 
comme il faut des dupes aux fripons. 

26*. Une femme sans talent est la marâtre de 
son esprit , elle ne sait que tuer ses idées. 

37. Les femmes accusent les hommes de n'être 
plus galans ; les hommes leur répondent que cha- 
que chose à son tour. 

58. Le dégoût et l'inconstance sont les suites de 
la plupart des grandes passions ; c'est le feu trop 
vif qui fait tourner les sauces. 

Sg. Chacun veut faire son mal plus grand qu'il 
n'est; on se ment à soi-même. On croit être im 
personnage , on prétend que tout le monde doit 
s'intéresser à nous; ce n'est pas la douleur qui 
parle , ce n'est pas le sentiment de notre èituation 
qui nous pénètre, c'e$t l'orgueil. 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 55^ 

4o. Les bofnmes qu'on appelle Vulgairement 
modérés, en politique, sont de tout temps soupçon- 
nés de couvrir des desseins intéressés , du Yoile du 
^nodérantisme par les hommes ambitieux qui sup- 
posent dans les autres les dispositions malveillantes 
dont ils sont affectés. La modération est rarement 
une vertu phîlantropîque pure et dégagée de fout 
intérêt personnel ; elle est quelquefois l'effet de la 
paresse et de llnsouciancé. Plus souvent elle est 
le jeu d'une politique raffinée qui sait, en la pra- 
tiquant, se créer des moyens de considération et 
de fortune. Le modérantisme n'est presque jamais 
le résultat d'une conviction intime. 

4i* Emmanuel, roi de Portugal, chargea un 
gentilhomme de sa cour de la rédaction d'une 
lettre extrêmement importante, et pendant ce 
temps âl en écrivit une sur le même sujet. Le 
gentilhomme , après avoir composé sa lettre , la 
porta au roi, qui*, la comparant avec la sienne, 
trouva celle du gentilhomme bien supérieure, l'en 
remercia , et lui dit qu'il allait en faire usage. Lq 
courtisan fit au prince une révérence profonde, et, 
tout ému, alla prendre congé de ses amis , en leur 
disant : Il n'y a plus rien à faire pour moi à la cour, 
le roi sait que j'ai plus d'esprit que luir 

42. Qu y a-t^il de nouveau? vieillard malencon- 
treux, incommode, questionneur, qu'on trouve sans 
cesse partout, à toute heure du jour, à tous mo- 
mens, et qui semble arracher l'aumône aux pas* 
sans. 

45. Dieu vous bénisse. Expression de souhait que 
l'on fait à quelqu'un qui éternue. Ce souhait, 



5^8 HISTOIRE DES PROVE&BES. 

réservé maintenant à la seule bourgeoisie et aux 
petites gens , est banni du bon ton de la haute so- 
ciété » qui se prive de gaîté de cœur de bien des 
choses pour ne pas ressembler à tout le monde. 
44* Pardon. Il n'y a pas dans le monde de mot 
plus banal que celui-là. Tout s arrange avec cette 
phrase laconique : Je vous demande bien pardon. 
Elle coupe à chaque moment le discours* Vous 
eoudote-t-on dans la rue, un de tos membres a-t- 
il été en danger d'être brisé, on tous demande 
pardon, et Ion passe comme si rien n'était arrivé. 
Quelqu'un vous occasione-t*ii une vive crispation 
de nerfs, en marchant lourdement sur un cor im- 
portun qui vous martyrise, il vous dit avec un 
beau sang-froid ; réellement, Mon$ieur ^je vous de* 
mande pardon j je ne l'ai point fait exprès. Êtes-vous 
dans. le fort d'une discussion importante 9 on vous 
coqtredit brusquement, et l'on en est quitte pour 
yous demander pardon. Un créancier bien poli, en 
demandant de l'argent, vous demande pardon, ce 
qu'on est bien disposé à lui accorder s'il tous laisse 
tranquille. Enfin , pour le coup de pied de l'âne , 
un huissier qui vous signifie civilement un man- 
dat d'arrestation, et ses recors qui le mettent à 
exécution , vous demandent pardon de la liberté 
grande : 

Peste toit du pardon et de ceux qui le disent. 

45. Le monde est un livre dont les caractères 
sont illisibles pout bien des gens. 

46. Disputer avec nous, c'est nous faire une es- 
.pcO£ de politesse ; c'est nous donner tacitement à 



j 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 559 

entendre que Ton fait cas d0 notre jugement, et 
qu'on nous croit capable d'avoir un meilleur avis 
que celui que soutient notre adversaire. On ne fait 
point cet honneur aux sots. 

47» Entendre , comprendra et juger, sont trois 
opérations de l'esprit aussi distinctes que différen- 
tes. Bien des gens entendent et ne comprennent 
pas ; d'autres jugent et n'entendent pas. 

/|8. Il n'est personne qui n'ait été témoin de 
l'empressement que qiettent les cochers des petites 
voitures des environs de Paris à vous engager à y 
monter ; ils vous tiraillent en tous sens , et vous 
abasourdissent de leurs criailleries importunes : 
jusqu'à ce que vous soyez monté dans la voiture 
vous êtes l'objet de leurs égards , de leurs soins 
complaisans ; une fois que vous êtes parvenu au 
complet de la carrossée, et au terme de votre voyage, 
Jls ne prennent plus garde à vous , malgré les ris- 
ques que vous courez de vous rompre bras et 
jambes dans leurs casse-cous. Vous n'êtes plus rien 
pour eux que de la matière. C'est absoluoient la 
conduite que l'on tient à l'égard d'un ministre 
lorsqu'il monte en place et lorsqu'il en descend. 

4g. Le mépris fait sur le cœur d'une jolie femme 
le mal que ferait un ulcère sur sa figure. 

5o. Les vertus humaines sont des effets couraos 
revêtus souvent de fausses signatures. 

5i. L'exemple est un torrent qui entraîne tout, 
les paillettes d'or comme les ordures „ et va se 
perdre dans la vaste mer dés folies humaines. Te-- 
nez'vous droite et baissez les yeux , dit une mère 
à sa fille ; faites la révérence avec une grâce modeste ^ 



50o HISTOIRE DES PROVERDES. 

parlez quand on vous interroge, et répondez avec rff- 
cence.* C'est une leçon facile à retenir; mais que^ 
vient à penser une jeune fille lorsqu'elle voit son 
institutrice se jeter indécemment au cou d*un jeune 
homme qui entre dans un salon , saluer tout le 
monde avec un gros rire immodeste, interrompre 
brusquement son mari à tous les instans et sur tous 
les sujets : Taiscz^vom donc, monsieur, vous ne sa- 
uez jamais ce que vous dites. 11 n'y a pas moyen de 
résister à de pareilles démonstrations; aussi la 
jeune demoiselle ressemblera-t-elle à sa mère , et 
pourra un jour transmettre à sa fille le précepte et 
l'exemple. 

52. Il parait que, chez les Romains comme chez 
nous , les cuisiniers étaient généralement regardés 
comme des voleurs, et faisaient danser C anse du 
panier, si l'on en juge par ce passage de Plaute 
dans VAululaire : Je demande un cuisinier et non 
pas un voleur. Voilà une tradition bien constante, 
s'il en fut jamais. 

55. Les repas trop splendides sont les fermons 
de la goutte et de la gravèllc. L'estomac est corrme 
une ville assiégée de toutes parts. Le cuisinier est 
le mineur, l'apothicaire est le contre-mineur ; mais 
la brèche qu'a faîte le premier ne peut être répa- 
rée par le second. La santé est la population inno- 
cente de la ville attaquée. Elle souffre également 
des armes des assîégeans et des assiégés. 

54. Ce qui me paraît le plus déplaisant dans ce 
bas monde, c'est d'êlre obligé de contribuer, sans 
le vouloir, au bonheur des sots. 

55. La gaité de certains individus tient beaucoup 



PENSÉES ET Réflexions! . 36i 

... 

de la gentillesse et du naturel des jeunes chatSyquî, 
après avoir épuisé tous les tours de souplesse les 
plus divertissans, finissent par mordre et par égra* 
tigoer. 

56. La conduite de ceux qui , en suivant Tim- 
pulsioD de leurs cœurs, ont cru que la probité et 
la vertu n'étaient point des êtres de raison, perd 
de son poidâ dans la balance de la plupart des 
homnàes. Ceux-ci , en jugeant telles et telles ac- 
tions de leurs semblables, ne peuvent s'empêcker, 
comme dés fraudeurs qui méleutdes marchandises 
de bon' aloi avec des marchandises de mauvaise 
qualité, d'y faire intervenir les motifs qui les au- 
raient diriges eux-mêmes en pareilles circon- 
stances. 

67. La vie de la plupart des hommes est un frêle 
esquif égaré entre mille écueîls; Técueil le plus 
proche est toujours le plus dangereux. 

58. L'égoïste est cet Irlandais qui ne voulait 
point sortir de son lit quoique le feu fût a la mai- 
son où il logeait. La maison brûle! lui criait-t-on, 
que m'imparf^? répondait-il, y> n*en suis que le loca* 
taire. A la fin l'incendie pénètre jusqu'à lui; aus- 
sitôt il s'élance , il court, il crie, il s'agite. Il com- 
mence à comprendre qu'il faut quelquefois s'inté- 
resser à la conservation d'une maison qu'on habite, 
quoiqu'elle ne vous appartienne pas. Il est à re- 
marquer que les gens si paisibles sur les injustices 
publiques, et qui voient d'un œil sec et indifférent 
les malheurs qui pèsent sur leurs semblables , se 
mettent en fureur au moindre contact immédiat; 
ils ont les nerfs d'une susceptibilité incroyable 



36a niSTOIAE DES PAOYERBES. 

lorsqu*oa touche seulement du bout du doigt leur 
épiderme. 

59. Les philosophes, dans leurs abstractions sys- 
tématiques, ont si bien compliqué le bonheur, qu'ils 
Tout rendu impossible. 

60. L'aptitude plus ou moins grande de l'intel- 
ligence à comparer les idées, à saisir des rapports, 
des ressemblances ou des différences avec plus ou 
moins de facilité, constitue ce qu'on nomme esprit. 
Celui qui joint la facilité de ^expression à cette 
promptitude de combiner des rapports, est un 
homme de beaucoup (T esprit; s'il parle avec gaité 
et d'une manière qui plaise, son esprit est agréable. 
La manière de former et de comparer des idées 
spécifie le caractère particulier de l'esprit. Celui 
qui saisit non des rapports apparens, mais des rap- 
ports vrais et réels, est un esprit solide. L'homme 
qui se contente de rappoiis apparens, sans appro- 
fondir les idées comparées, n'a ^u'un esprit super- 
ficielf esprit toujours dangereux et inutile au bien 
de la société. Si l'esprit aperçoit avec exactitude 
les rapports tels qu'ils sont, il est juste. Celui qui, 
envisageant les rapports des choses différemment 
qu'ils ne sont, apprécie mal les choses, les exagère 
ou les diminue, est un esprit faux. Il est des hom- 
mes qgi imaginent des rapports 011 il n'y eu a pas, 
ce sont des esprits visionnaires. L'homme qui, dans 
]a comparaison des idées , n'apercevant pas la 
liaison des choses , ne met pas de suite dans ses 
jugemens, est une espèce de fou. Enfin, celui qui 
n'ayant ni capacité, ni habitude à trouver des rap- 
ports, ne sait point comparer des idées, est un ini- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 563 

bécilc. Ou ne saurait changer ta disposition natu- 
relle de Tesprit; mais on peut ta. corriger, la per- 
fectionnner et en prévenir les mauvaises suites; 
Heureux ceux qui pourront, sans prétention , se 
ranger dans la classe de$ esprits justes et solides. Un 
esprit juste se conduira toujours bien ; un esprit 
solide approfondira exactement les choses ; &^ ^s-^ 
prit faux se conduira pour l'ordinaire mal , et un 
esprit superficiel n'aura jamais ni sciences ni con-^ 
naissances utiles. Il importe donc extrêmement 
pour le bonheur de la TÎe de former son esprit i 
la justesse, à la soKdité, par l'attention, la réflexion^ 
l'application à de bonnes et saines études, et par 
la modération dans les passions, 

61, L'homme de génie lit un bpn ouvrage avec 
un télescope, l'homme d'esprit avec un micros-> 
copé, l'homme médiocre avec des lunettes, et l'im-^ 
bécile avec un verre bruni. 

6â. Le hel esprit est un homme dont l'imagina- 
tion dépasse le cercle que lui a tracé la nature ,. 
pour se perdre dans des régions trop élevées , et 
retomber comme Icare pour avoir voulu approcher 
trop près du soleil. Le bel esprit est d'ordinaire 
inégal, parce qu'il marche sur un terrain glissant, 
mouvant et peu solide; il arrive tout essoufflé au 
terme de son voyage. Le bon esprit, au contraire, 
chemine avec précaution, choisit le terrain et arrive 
ù son but sans effort, parce qu'il a su proportion- 
ner sa marche à ses forces. 

63. L'indulgence est une vertu d'autant plua 
facile, qu'elle épargne bien des embarras; c'est uu 
poltron qui fuit le danger. 



364 BISTOI&E DES PROTERBES. 

64* La rosée de la gaité tombe rarement sur les 
âmes perverses, dit Montaigne* Louis XI était 
sombre et atrabilaire, Henri lY toujours joyeux et 
communicatif. La bonté de caractère et la gaité 
de 1 esprit sont , dans la société, ce que sont de belles 
fleurs dans un jardin ; elles réjouissent et raniment 
le cœur et les sens; la méchanceté et Torguetl sont 
comme les orties et les chardons, ils piquent quand 
on y porte la main, 

65. Daman trouve que la sensibilité est un ri- 
dicule de plus dans le monde ; c'est le seul que 
Damçn n'ait pas. 

66. Une femme qui s'est laissée captiver par un 
sot croit son amour-propre intéressé à déprécier 
les gens d'esprit. 

67. Deux femmes qui se rencontrent se flattent 
mutuellement pour mieux découvrir leurs pas- 
sions ou leurs ridicules. • 

68. Tout est ricochet à la cour, depuis le suisse 
jusqu'au favori; c'est une chaîne de soumission- 
qui part quelquefois d'un point imperceptible pour 
aboutir, par une suite de nombreux anneaux^ à 
l'extrémité de la chaîne, qui est le terme des ri- 
cochets. Un grand seigneur ne dédaignera pas Je 
secours, l'amitié même du valet de chambre d'im 
ministre, pour s'insinuer adroitement dans le ca- 
binet du maître. Tout le monde ressemble plus 
ou moins à ce courtisan qui déclarait, à l'avance, 
que, quel que fût le premier ministre qu'on nom- 
mât, il était son parent ou du moins son allié, et, 
de plus, son tfès-humble serviteur. 

Gr). Il faut, par principe d'ordre et de morale , 



PENSÉSS ET RÉFLEXIONS. 365 

respecter les ministres et le pouvoir dont ils sont 
légaleoient revêtus , non dans leurs personnes, si 
leurs vices vous empêchent de les aimer, mais dans 
leur caractère et les images qu'ils représentent. 
Ce respect est nécessaire au maintien et au salut 
des empires. 

70. L'abus de l'esprit tue l'esprit, comme l'abus 
du plaisir anéantit le plaisir. 

71. Le courtisan à qui il reste encore assez de 
connaissance de soi-même et des hommes pour 
se préparer une retraite en cas d'événement, n'a 
point rompu tout pacte avec la sagesse; il p^che 
encore par la forme, mais c'est le fond d'un galant 
homme. Le courtisan que l'on force a la retraite est 
un fou incorrigible. 

72. La vertu et la vanité diffèrent entre elles 
comme la paix et la guerre. L'une cherche à réunir 
les hommes en ménageant tous les intérêts; l'au- 
tre, au contraire, concourt à les désunir, en heur- 
tant tous les rapports avantageux qui existent entre 
eux. 

75. Le marquis de Castelnau reçut le bâton de 
maréchal de France six heures avant sa mort. 
Déjà toutes les illusions de la vie étaient dissipées 
pour lui ; les idées que la vanité attache aux gran- 
deurs humaines avaient fui ; lëclat d'une illustre 
naissance, des dignités, de la fortune, était tqrnl 
à ses yeux ; il ne.tenait plus au monde que par un 
souffle de vie, que la mort s'apprêtait à lui ravir; 
il dit froidement à celui qui lui apportait l'insigne 
de la dignité dont on l'honorait :..C^/a est beau 
dans ce monde, mais je vais dans un pays çu cela 7w 



366 HISTOIRE DBS PROVEIIBES. 

me servira guère. Cette résignation devrait servir 
d'exemple aux ambitieux. Il n'y a qu'un temps 
pour ]es honneurs, comme it n'y en a qu'un pour 
les plaisirs. Tout se fane , tout s'éclipse avec le 
temps. 

74* L'âme agitée par une violente passion qui 
absorbe toutes les facultés de l'esprit, est une maî- 
tresse impérieuse qui chasse impitoyablennent la 
servante fidèle dont le secours îui serait le plus 
utile, In raison. 

75. L'humilité qu!en aperçoit dans l'extérieur 
de certaines personnes, n'est souvent qu'un masque 
qui couvre leur vanité, et dont le mouvement est 
toujours prêt à la trahir. C'est un espion déguisé. 

76. Phiiinte ne peut se rendre à lui-même raison 
de son élévation. Je le conçois ; il est tout étourdi 
du coup de fortune qui Ta porté d'un coin obscur 
de sa petite ville , où il exploitait un emploi si 
mince et si chétif , qu'il pouvait à peine suffire à 
ses besoins et à ceux de sa famille; qui l'a porté, 
dis-je, successivement aux dignités les plus bril- 
lantes de l'État? Il a pourvtt ses enfans d'emplois 
lucratifs de magistrature et de finance. Il a bien 
par-ci p9r-là quelques grossiers cousins, qui font 
ombre au tableau de son bonheur , et qui trahis*- 
sent, par vanité ou par bêtise , l'origine de leur cher 
parent. Ils accusent le sort de les laisser végéter 
dans leurs boutiques, tandis que ce parent est au 
comble des honneurs et de la fortune; ils vont 
même jusqu'à dire qu'il s'en faut de beaucoup que 
Phiiinte soit un homme de génie. Personne ne les 
contredit. Il y a une distance incommensurable de 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 367 

Tesprît de Philintè à .ce feu créateur quî conduit 
les hommes à la gloire et à l'immortalité. Philintè 
n'aspire ni à l'une ni à l'autre, mais il est souple 
et connaît l'art de céder au temps , et pour lui la 
souplesse vaut le gériîe. Philintè a été sénateur. 

77. Une belle femme dans un tête à tête amou- 
reux est une place de guerre dont les dehors sont 
déjà ptis. L'intérieur de la place est près de ca- 
pituler. 

78. Ce ne sont pas les bois, les déserts, les mon- 
tagnes, les lieux sombres et solitaires quî consti- ^ 
tuent la solitude, c'est le recueillement de l'esprit. 
On peut vivre seul avec soi-même au milieu de 
l'agitation du monde et dans le tumulte des villes. 
11 s'agit pour cela de ne fréquenter ni les méchans 
ni les sots. 

79. Doriinon touche presque au terme de sa car- 
rière , mais la vanité le talonne plus que jamais. 
Dorimon est un des oligarques de la richesse. Il 
demande et obtient Un titre et des armoiries, pour 
se donner par avance la douce satisfaction de pen- 
ser qu'après sa mort et le jour de son enterrement, 
ses armoiries seront représentées avec leurs sup- 
ports sur les litres de drap noir qui décoreront le 
portail, la nef et les bas-côtés de l'église où les de- 
voirs funèbres seront rendus à ses tristes restes , 
ainsi que sur le magnifique drap mortuaire qui 
couvrira son cercueil. Quelle ingénieuse précau- 
tion! que Dorimon sera heureux après sa mort! 

80. L'esprit et le cœur sont comme les habitans 
d'une île : pour les connaître il faut aller les cher- 
cher, ou qu*îl$ viennent vous trouver. 



S68 HISTOIRE DES PROV£Rfi£S. 

81. Louis XVI n'aimait pas le jeu, et ne dissi- 
mulait point son aversion pour lui. Si, par bien- 
séance, il était quelquefois obligé de faire sa partie, 
il donnait lui-même l'exemple de la modération en 
jouant fort petit jeu ; mais cette leçon ne profitait 
ik personne. Lorsque ce prince se retirait du jeu , 
les joueurs se dédommageaient de son absence en 
s'y livrant avec une ardeur dont les suites faisaient 
de terribles brècbes à leur fortune. Les femmes 
avaient surtout contracté Thabitude d'y tricher, 
c'était en elles une fureur. Le roi s'en était aperçu 
plusieurs fois, et avait , par bonté d'âme, gardé le 
silence. Un jour, traversant les salons de Versailles, 
il s'informa de plusieurs seigneurs s'ils étaient en 
perte ou en gain. La plupart lui répondirent qu'ils 
avaient un malheur qui ne les quittait pas; Cet ex- 
cellent prince se mit à dire assez haut pour être 
entendu des dtimes : Je m'en aperçois depuis long^ 
iempSy les hommes ne sont point heureux au jeu. 

S2. Les hommes sont communément plus phi- 
losophes par nécessité que par nature. 

85. L'âme est une maîtresse impérieuse qui 
tantôt trouve sa maison trop vaste , et tantôt se 
plaint qu'elle y est trop à l'étroit. 

84- Cicéron disait qu'il ne concevait pas com- 
ment deux augures pouvaient se regarder sans rire. 
Les courtisans sont convenus entre eux. de ne point 
rire en se regardant. 

85. De tous les défauts, la vanité et l'amour des 
procès sont ceux dont on se corrige le moins. 

86. Un soldat, en temps de guerre, étant de 
passage dans une ville^^ fut loge chez un habitant. 



Ï>ENSÉES ET RÉFLEXIONS. 369 

Comme il fumait tranquillement sa pipe dans une 
grange , on lui représenta que son imprudence 
pourrait occasioner l'incendie de la ville entière, 
Eh bien !. répondit le ilegmatique personnage , $i 
on brûle votre ville y on vous la paiera. Cet homme, 
accoutumé par état à tous les genres de privations, 
à vivre au jour le jour^ tout entier à la jouissance 
du moment, ne voyait, dans le plus déplorable 
malheur qu'un événement fort ordinaire, et qu'un 
des actes mécaniques de son métier. Telle est la 
force de l'habitude, qu'elle endurcît le cœur à tous 
les maux, rend le caractère apathique, et fait voir 
sans horreur ce qui ferait dresser les cheveux sur 
la tête d'un véritable philanthrope. 

87. Un homme qui a trop d'esprit, et celui qui 
n'en a pas assez, jouent dans le monde un rôle à 
peu près équivalent. Le premier étourdit, le second 
assomme, tous deux sont redoutables par leurs 
défauts contraires. 

88. Autrefois l'honneur vous engageait à. sup- 
porter plus patiemment un dommage qu'une in- 
jure; aujourd'hui l'intérêt vous fait endurer avec 
plus d'indifférence une injure qu'un préjudice. 

89. La beauté est une syrène qui exige de nom- 
breux , sacrifices , après avoir aveuglé notre esprit 
et assoupi notre raison. Maint homme est à peine 
entré dans son temple, qu'il s'aperçoit qu'il n'a 
pas seulement son encens à offrir à l'idole, mais à 
une autre divinité qui y a aussi un autel à Plutus. 
11 y était entré, escorté par la volupté , il en sort 
suivi du repentir. 

90. Les richesses en elles-mêmes ne sont ni 
T. m, 24 



5;o HISTOIRE D£S PROVERBES. 

bonnes ni mauvaises; c'est la manière d'en user 
qui leur donne du prix. Le philosophe Cratès , en 
jetant ses richesses à la mer, pour conserver sa 
vertu 9 ne fit point un acte de grandeur d'âme et de 
courage , il fit un acte de faiblesse. Ce n'était point 
un effort de vertu de les jeter à la. mer, dans la 
crainte d'en faire un'mauvais usage, maiç c'en eût 
été un de les garder pour bien s'en servir. On peut 
aussi bien Tivre pauvre au milieu des richesses que 
dans la pauvreté. L'homme continent a plus de 
mérite que l'homme tempérant par nature. Le mé- 
pris des richesses, s'il en faut croire la mythologie, 
devint le salut des deux frères Anphinomus et 
Anapius de Gatane, qui, se sauvant de la ville en- 
flammée par le torrent de la^es que vomissait l'Etna , 
chargèrent leurs parens âgés sur leurs épaules, et 
abandonnèrent leurs richesses. Les AncioDs nous 
apprennent que le feu, en récompense de ce pieux 
sacrifice, respecta ces généreux frères, tandis qu'il 
consuma ceux qui avaient pris la même route , 
chargés de tous les trésors qu'ils avaient <^ru pou- 
voir soustraire à la rapidité du volcan. 

91. Les hommes qui sent les ailisans éc leur 
propre fortune, connaissent par expérience la va- 
leur des choses; ceux à qui ils la lèguent n'en 
connaissent que l'usage ou l'abus. 

92. Lors de la paix conclue avec l'Angleterre 
en 1783, M. de Maurepas, alors ministre, de- 
manda à l'Académie des inscriptions une devise 
pour une médaille destinée à célébrer ce grand 
événement. Après six mois d'attente., une dépu- 
tation vint apporter au ministre ces mots, d'une 



i"ENSÉES ET REFLEXIONS. 571 

simplicité un peu trop naïve : Pax cum AngUs; et 
cum spiritu tuo fut toute la réponse que leur fit le 
caustique vieillard. 

93. Les trois quarts des hommes ne connaissent 
pas la valeur intrinsèque d'un honnête homme. 
C'est la statue renfermée dans un bloc de marbré; 
peu d'hommes savent l'y découvrir et l'en tirer. 

94. Un officier français avait appris le jeu de 
piquet à un empereur de Maroc. Un jour que cet 
officier jouait avec l'Africain, sa majesté marocaine, 
impatientée de perdre , et.de voir son adversaire 
jouer dans une couleur qui ne lui convenait pas, 
lui dit : Joue du cœur, ou je te fais couper le cou. 
Elisabeth, reine d'Angleterre, défendit par un édit 
de cultiver la guède, plante utile dont elle ne pou- 
vait souffrir l'odeur. Voilà.deux nuances bien dis- 
tinctes du despotisme, à un peu plus ou àjan peu 
moins de civilisation près. 

96. La curiosité est un feu bien ardent qui con- 
sume l'esprit et le corps, souvent avant qu'elle ait 
été satisfaite. Aristophane perdit la vue pour avoir 
voulu trop constamment fixer le soleil. Pérécides 
devint fou pour avoir voulu trop approfondir les 
causes delà folie. Aiistote, dit-on, se précipita dans 
la mer pour n'avoir pu deviner la nature du flux 
et reflux de l'Euripe. Pline l'ancien fut dévoré par 
les flammes du Vésuve pour avoir voulu pénétrer le 
secret des feux souterrains de ce volcan. Mais que 
dire de la curiosité d'Alexandre, qui fit creuser la 
terré pour y trouver un autre monde. Il faut avouer 
qu'on n'était guère avancé en physique du temps 



i-a HISTOIRE DES PROVERBES* 

d'Alexandre, ou que les historiens nous en don* 
nent à garder. 

96. La curiosité est un criminel suivi de son 
bourreau. 

97. On appelle à Paris femmes obligeantes les 
courtières des faveurs des gens en place et des pre- 
miers commis ; elles sont très-utiles à bien des 
gens. Ce sont des passe-partout dont la poignée 
demande à être dorée. Êtes-vous à une audience 
impatient du résultat d une affaire qui tient à vos 
intérêts les plus chers, vous êtes presque assuré de 
voir sortir une de ces courtières du cabinet mysté- 
rieux, entrepôt des grâces et des faveurs; elle passe 
devant vous avec un air de satisfaction qui est sou- 
vent Tavant-coureur de votre défaite; elle a obtenu 
pour un autre ce qui faisait positivement l'objet de 
vos soins, de votre espoir et de votre sollicitude. 

98. En 1572, après les massacres qui eurent 
lieu le jour de la Saint-Barthélemy à Lyon, un 
apothicaire de celte ville représenta qu'on pour- 
rait faire argent de la graisse qu'on tirerait des ca- 
davres, et fit choisir les plus gras et refaits^ dont 
il en tira bonne quantité, laquelle fut vendue trois 
blancs la livre. En 1787, Rolland, qui fut depuis 
ministre, avait proposé à l'académie de Lyon de 
mettre tous les cadavres dans un alambic pour en 
extraire de l'huile à éclairer, et disait avec com- 
plaisance que la manipulation en serait très-facile 
par le procédé d'extraction de l'huile animale très- 
usitée à Paris. Quel dévergondage d'idçes! quelle 
douce et agréable philanthropie! Les Parisiens se 
seraient éclairés à la lueur des corpuscules et des 



PEWSÊJÈS ET RÉFLEXIONS. 375 

émanations élaborées des restes de leurs pèresi 
C'est savoir tirer parti de tout. 

99. Un homoie reconnaissant dans la pauvreté 
sera généreux dans l'opulence. 

100. D'Alembert a défini la philosophie, l'appli- 
cation de la raison aux différens objets sur lesquels 
elle peut s'exercer. Burnet établit que la philoso- 
phie n'est que l'objet d'une subtile spéculation; 
c'est pourquoi il n'y a que trè^-peu de personnes 
qui en soient capables. Comnoe elle manque d'au- 
torité pour obliger les hommes à croire ce qu'elle 
enseigne, il n'y a jamois eu qu'un très-petit nom- 
bre de génies distingués qui aient pu s'attacher à 
son étude et se plaire dans ses notion^et ses idées 
abstraites. On demandait à Antisthène à quoi lui 
avait servi l'étude de la philosophie : A nêtreja^ 
mais seulj répondit-il, à m'entretenir et Lvivre avec 
moi-même. La philosophie moderne est celle qui 
est fondée sur de prétendues lumières naturelles, 
qui rejette toute doctrine révélée, et ne veut vivre 
que de raison et de morale, appuyant la première 
sur des abstractions, et la seconde sur des intérêts^ 
Je ne suis pas sûr, dit La Harpe, que les philoso- 
phes savent beaucoup de choses que les autres 
ne savent pas, mais j'ose assurer que dans leurs 
livres ils ont à tout moment l'air d'ignorer ce que 
tout le monde sait. Il est certain et d'expérience, 
dit Bacon, qu'une légère teinture de philosophie 
peut conduire à l'athéisme, et qu'une connaissance 
plus approfondie ramène à la religion. Bacon, sui- 
vant la judicieuse remarque de M. de Bonald, 
n'admet point d'opinion moyenne entre l'athéisme 



574 HISTOIRE DES PROVERBES. 

et le christianisme. Un homme en injuriait un 
autre, qui avait pris faussement la qualité de philo- 
sophe, pour s'en faire gloire et non pour s'attacher 
à la pratique de la vertu; mais le premier, voyant 
que l'autre ne répondait pas à ses injures, lui dit : 
Je vais bien que je me suis trompé y et que vous êtes 
effectivement philosophe. Vous le reconnaissez donc 
cnfin^ lui répondit celui-ci d'un ton railleur. Non 
pas maintenant^ répliqua le premier; y'^n étais per- 
suadé 9 si vous eussiez continué à vous taire* Je ne 
sais comment cela se fait^ disait la célèbre courti- 
sane Lais , en parlant des philosophes , mais je vois 
plus souvent de ces animaux-là à ma porte que d* au- 
tres hommes. 

101. Quand les gens d'esprit et d'honneur s'en- 
tendront, les sots et les fripons joueront un bien 
petit rôle ; mais malheureusement il n'y a que les 
fripons qui fassent ligue. Si les honnêtes gens 
avaient à faire le bien la plus petite portion d'é-* 
nergie que les coquins ont à faire le mal, ces der- 
niers seraient réduits à ronger leur frein, comme 
les animaux malfaisans qu'on enchaîne; mais dans 
les dangers politiques, les premiers se tiennent 
trop souvent isolés, et l'expérience nous a con- 
vaincus que la probité sans courage est une vertu 
terne et solitaire. 

IOÎ2. L'amour est le thermomètre de la tempé- 

ture du cœur humain : il remonte de zéro à l'excès 
de chaleur, et descend ensuite à la glace. 

io3. Ne conseillez jamais ni les sots ni les fous; 
les sots ne vous comprennent pas, les fous ne vous 
entendent pas. 



PENSÉES £T UÉFLEXIONS. 375 

104. Les femmes se plaignent que les hommes 
ont plus de privilèges qu'elles dans la société civile; 
elles se trompent. Les hommages qu'on leur rend, 
la liberté- qu elles prennent , leur procurent des 
avantages plus réels que ne leur en procurerait un 
pouvoir dont les hommes souvent sont très-embar- 
rassés. Elles ont un petit ministère sans, responsa- 
bilité. Elles ne doivent pas oublier que, st la main 
de rhomme tient le sceptre, elles tiennent souvent 
les muscles qui la dirigent. Quant à ce feu divin 
qui vivifie leur existence, elles sont mieux parta- 
gées que nous par la nature. Quel est le prix que 
les hommes attachent à une vaine gloire de com- 
mandement, quelques plaisirs passagers, vaporeux 
comme un songe, et dont les femmes , au jugement 
de Tirésias, ont encore soin de se réserver la plus 
grosse part? 

io5. La disgrâce d'un ministre fait la disgrâce 
de son portrait. La copie à laquelle s'adressaient 
tous les hommages s éclipse avec l'original. 

106. Donner des conseils, c'est souvent suggérer 
aux autres ses propres sottises. 

107. Le mot infortuné est, pour les hommes à- 
cœur de roche, synonyme de bête ou d'impru- 
dent; pour les âmes sensibles, il est synonyme de 
frère. 

io8. Ce n'est pas celui qui a véritablement le 
plus d'esprit qui tient ordinairement le dé de la 
conversation ; c'est presque toujours celui qui s'ima- 
gine en avoir davantage. 

109. Duclos a dit avec raisqn : Dans les com- 
pagnies les plus nombreuses, il ne se trouve guère 



5^6 HISTOIRE DES PROVERBES. 

que deux ou trois personnes qui décident de tout; 
ce qui prouve qu'il n'y a pas de corps qui ne tende 
à la monarchie. 

1 10. L'intérêt est un penchant secret du cœur, 
qui nous rend sensibles aux évéliêmens heureux 
ou malheureux que nous entendons raconter ou 
dont nous sommes les témoins. 

111. On ne peut se dissimuler que dans l'état 
présent des choses , où toutes les ambitions se re- 
muent pour avoir les places, ceux dont la fortune 
n'égale pas le mérite ont bien de la peine à s'a^ 
vancer, comme le dit Juvéual, sat. 3. 

Haud facile emergunt, quorum viriutibu* obstat 
' Bu angusta domi^ 

mais bien plus à Paris qu'ailleurs : qu'il est difi&eile 
d'yparvenirl tout y est horriblement cher, jusqu'au 
crédit. Enfin on peut dire de cette capitale ce 
qu'on disait de Rome : Omnia RonuB cum pretio, 
tout est Yéhal à Rome. 

1112. Lé philosophe Aristippe, après avoir fait 
naufrage, fut jeté sur une plage inconnue. Ayant 
aperçu quelques figures de mathématiques tra- 
cées sur le sable, il s'écria : Mes amis, nous sommes 
en sûreté, voilà des vestiges d'hommes. Etant entrés 
dans une ville voisine, il demanda à être conduit 
chez ceux qui s'appliquaient à l'étude des sciences; 
ceux-ci le reçurent très-honorablement. Les com- 
pagnons d'Aristippe, se préparant à partir, lui de- 
mandèrent quelle nouvelle il voulait faire passeur 
à ses concitoyens : Dites-leur j répondit-il , guils 
s'appliquent à amasser des trésors qui ne périssent 
pas dans te naufrage et qui. surnagent avec celui qui 



*P&NSÉES iT RÉFLEXIONS. 377 

tes possède.^ Un hoaime ay^nt fait naufrage, et. 
abordé dans un pays qu'il ne connaissait pas, s'a- 
vançait tristement dans Tintérieur de ce pays avec • 
ses compagnons d'infortune, lorsqu'il aperçut une 
potence à laqi^elle était attaché un pendu» Bonne 
nouvelle^ dit-il à ses compagnons, nous sommes dans 
un pays civilisé. . 

1 13. Les heureux du siècle ne pensent toujours 
qu'au lendmnain , les malheureux oublient toujours 
la veille. 

1 14- Le propre de l'homme est de se considérer 
toujours au-delà de ce qu'il vaut. Cet instinct se- 
cret de vanité ne serait-il pas un hommage que 
Dieu veut qu'il rende à l'importance de sa créa- 
tion et à la dignité de son espèce. Cette idée au- 
rait quelque chose de grand, de flatteur et de 
consolant. 

1 1 5. Le mot humanité est devenu si commun à 
force de l'employer sans application , que la répéti- 
tion en est devenue fastidieuse à bien des gens et 
pour bien des gens. 

1 16. Parlez à Serrefort d'une bonne action, il 
croit quç vous lui parlez d'une action de la ban- 
que : J'en ai à vendre ^ dit-il. Serrefort ne connaît 
que ces actions-là. 

117. La pudeur est comme l'esprit de vin ren- 
fermé dans le tube d'un thermomètre et qui pâlit 
lorsqu'il perd sa vertu. 

118. La cruauté et Tironie étaient poussées à 
un tel point d'impudence par les fauteurs et ac- 
teurs de notre infernale révolution , qu'un pauvre 
soldat, traduit devant une commission militaire 



5yS HlSlOlAii DES iMVOVEIlBËS. 

pour y être jugé à mort, voulait parler pour se 
défendre. Tais-toij lui dit un de ses juges, cela ne 
te regarde pa$. O Dante! ce trait manquait à ton 
Enfer. 

1 19. Une jolie femme gagne souvent plus à se 
laisser voir qu'à se laisser approcher. 

120. L'excès d'ignorance jette un voile épais sur 
l'esprit , comme l'excès de civilisation forme sur le 
cœur une couche de la nature de la pierre. 

] 12 1 . Les Egyptiens représentaient l'athée sous 
l'emblème d'un homme qui a les yeux aux pieds. 
Quiconque, en effet, les a placés au visage, pour peu 
qu'il élève ses regards vers le ciel, qu'il contemple 
cette belle planète, source de la lumière, ces my- 
riades d'étoiles qui marchent à sa suite, ce mouve- 
ment perpétuel des corps célestes, cette divine ar- 
chitecture, incompréhensible à l'esprit humain, et 
à laquelle tout l'art et tout le pouvoir des hommes 
n'ont aucune part, doit reconnaître à l'instant une 
cause première, et, baissant humblement la vue, 
adorer dans cet univers une sagesse et une toute- 
puissance éternelles. 

122. La politesse est une prude, qui serait la 
plupart du temps bien sotte si on la prenait au 
mot. 

123. Une femme sur le retour, îjui déguise ses 
rides et se farde devant un miroir, engage contra- 
dictoirement avec ce témoin trop véridique une 
querelle qui ne finit que lorsque les contesta ns ne 
sont phis en présence. 

124. 11 y a des hommes qui ne voient dans leurs 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 379 

semblables que des automates, et qui croient mar- 
cher sans cesse au milieu de machines d'opéra. Ce 
sont ces songe-creux, enfoncés dans les abstrac- 
tions de la politique, qui rangent les hommes dans 
leurs cerveaux, comme les marchands rangent des 
poids dans chaque plateau d'une balance pour faire 
équilibre. 

125. Un homme parait comme un brillant mé- 
téore; il parcourt l'Europe en vainqueur; son nom 
circule par toute la terre. Après une course terri- 
ble, glorieuse et féconde en succès comme en re- 
vers, cet astre, qui avait ébloui le monde, tombe 
par un enchaînement de circonstances imprévues; 
il s'anéantit par l'influence simultanée d'astres 
puissaus, long-temps ses satellites, mais depuis ré- 
fractàiresà ses lois. Qu'y a-t-il de plus inconceva- 
ble de sa puissance ou de sa chute? Pour favoriser 
ses projets gigantesques, les rois étaient donc de- 
venus subitement stupides ; ils étaient donc frap- 
pés d'apoplexie, de tétanos ou de cécité. Lés peu- 
ples étaient donc, à point nommé, lâches ou abâ- 
tardis? comment expliquer ce singulier phéno- 
mène? Ou le monde était dans le délire, ou l'homme 
qui a paru si long-temps extraordinaire était un 
fléau redoutable envoyé de Dieu. Mais il est rare 
que Dieu, pour accomplir les décrets de sa provi- 
dence, fasse choix d'un imbécile, témoins ces for- 
midables conquérans, Alexandre, Attila, Gengîs- 
kan. Sur qui donc tombera le reproche du genre' 
humain , sur l'agent ou sur le patient? qui fera le 
plus pitié, de l'un ou de l'autre? 

126. L amitié est une loi dont l'esprit doit être 



f. 



38o HISTOIRE DES PROVERBES. 

si inaltérable , que la commenter c*est l'en- 
freindre. 

137. Il y a une vanité dans le bien, comme il y 
a une vanité dans le mal. L'une est un léger stimu- 
lant qui pousse à la peau, l'autre est un poison 
atroce qui brûle les entrailles; 

128. L'éloge continuel qu'un homme fait de lui, 
n'est que l'évaporation de son envie et de sa haine 
contre le genre humain. 

1 29. Une fois qu'une chose a atteint l'apogée 
de sa grandeur, elle ne tend plus qu'à descendre. 
N'en pourrait-oa psts dire autant des hommes et 
des réputations. 

i3o. Se livrer au désespoir, c'est méconnaître 
Dieu dans ce qu'il a de plus inépuisable, sa bonté. 
C'est l'action d'un fils dénaturé qui se refuserait à 
croire à l'indulgence de son père. 

i3i. On appelle aimables en société ces hom- 
mes qui font métier d'esprit, que l'on recherche 
dans les compagnies pour animer et soutenir la 
conversation. 

1 32. Les faiblesses humaines sont de jolies quê- 
teuses, auxquelles, dans certaines solennités, on 
n'ose refuser son tribut sans rougir, les riches à 
raison de leur fortune, les grands à raison de leurs 
dignités. Le vulgaire est un pauvre honteux qui 
jette le sien au grand tronc de la paroisse. 

i33. Si dans un sujet aussi grave que celui qui 
suit, et qui mérite toute notre réflexion, il est per- 
mis d emprunter la plaisanterie même la plus tri- 
viale, je vais citer un trait d'orgueil unique, et qui 
peut prendre sa place dans l'immense recueil des 



PENSÉES ET AËFL£X!lONS. 38i 

folies humaines. Dans une de ces tumultueuses 
assemblées, décorées du nom de sociétés de frère$ 
et amiiSf où la licence, se couvrant du manteau de 
l'égalité, se livrait aux excès }es plus hideux, un 
de ces prédicans à gage, entraîné par l'enthou- 
siasme de sa fougue et de son éloquence démago- 
gique, et par un esprit de vertige si commun dans 
ces temps affreux, vomissait les plus virulentes 
invectives contre la noblesse et le clergé. Tout à 
coup, au milieu de sa bruyante harangue, il s'ar- 
rête, on ne sait quel démon secret le retient, il se 
rengorge, et, prenant un air de dignité ridicble 
poux donner plus de poids à son indignation, il 
termine ainsi sa péroraison : Oui^ oui, à bas la no- 
blesse y moi qui vous parle ^ citoyens , je suis de l'il- 
lustre maison de *^, mais je m'en soucie comme de 
cela; en proférant ces mots, et employant un 
geste de mépris particulier à la populace, il souille 
la terre de sa salive, l'essuie avec son pied, et des-^ 
cend avec une gravité présomptueuse de la tribune 
aux vociférations. Que dirait-on, si le frère et ami de 
1789, 1792 et 1793, ù le prétendu membre de l'il- 
lustre maison de... se fût, par la suite, trouvé 
dans le cas de succomber sous la masse des di- 
gnités et des cordons? c'est cependant ce qui est 
arrivé. Que dirait-on encore, si, depuis, des enfans 
ingrats et dégénérés ont souillé les titres de gloire 
de leurs aïeux? c'est cependant ce qui est encore 
arrivé : O fortuna potens quam variabilis I 

i34« Les courtisans sont la monnaie de cuivre 
d'une pièce d'or. 

i35. L'homme délicat et sensible est bien près. 



/ 



38i HISTOIRi: DES PROVEIIBES. 

par l'effet aiéme de sa constitution, de devenir pu- 
sillanime. 

i36. Les réputations les plus éclatantes sont 
souvent celles qui sont le moins méritées. On 
trouve presque toujours quelqu'un qui se plaint 
que c'est à ses dépens qu'elles font tant de bruit. 
L'honnête homme vaut encore mieux que sa répu- 
tation. 

137. Le désir est le microscope de l'esprit. 

i38. La vie est comme un bâtiment qu'on ne 
s'occupe à réparer que lorsqu'il tombe en ruine. 

\3g. Les honneurs dépendent de l'idée qu'on y 
attache. 

140. L'homme opulent et oisif trouve dans des 

, repas et des amusemens somptueux la volupté 

qui lui est si funeste; l'homme pauvre et laborieux 

trouve dans des occupations utiles et dans une vie 

frugale la santé qui lui est si précieuse. 

î4i. Dans le fort d'une tempête , un religieux 
s'était retiré à fond de cale, et priait Dieu de toute 
son âme. Il envoyait, de minute en minute, son 
frère compagnon sur le premier pont, pour qu'il 
lui rapportât ce qui se passait : Les matelots jurent 
et blasphèment , disait le frère à chaque voyage. // 
n*y a pas encore de danger j répliquait le bon reli- 
gieux. Mars au quatrième voyage il vient lui dire 
que les matelots étaient à genoux en prières : 
Nous sommes perdus , mon frère, s'écria-t-il , recom- 
mandons notre âme à Dieu. Ce conte ressemble assez 
à des commentaires historiques sur un sujet dont 
il est impossible de vérifier la source. 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 383 

142. Avoir du talent est fa prétention dominante 
aujourd'hui; heureux celui qui verra le résultat de 
cette émulation générale. 

143. Sur le grand nombre de gens gui connais- 
sent trop bien leurs droits, conabien y en a-t-ilqui 
ignorent encore mieux leurs devoirs? La solution 
n'est pas difficile. 

i44' Un bon mot est un sentiment vivement et 
finement exprimé sur les choses qui font l'objet de 
la conversation, ou une saillie prompte, ingénieuse 
et naturelle sur ce qu'on a pu entendre ou remar- 
quer. Il est d'autant plus agréable, que sa venue 
au monde est prompte et aisée , qu'il a le mérite 
de la nouveauté. Un bon mot prémédité perd pres- 
que toujours cette grâce particulière qui naît de 
l'à-propos que RhuHère appelait une divinité. Il est 
souvent le fruit d'un accoucKement pénible. 

145. Un bon mot est un petit ouvrage qui ne 
conaporte point de seconde édition. 

146. L>es considérations humaines sont comme 
le vif argent; elles sont si subtiles qu^'elles transsu- 
dent partout, 

i47« L'amour que les âmes vertueuses appellent 
un sentiment délicat, est plus voisin de la brutalité 
qu'on ne pense. Tant que l'espoir le flatte, ou que 
la crainte le comprime, c'est un volcan qui se con- 
tente d'exhaler une fumée légère ; mais lorsqu'il voit 
le moment de tout oser, il brisé, il renverse tout 
obstacle qui s'oppose à la violence de son explosion. 
Il est dans la nature de l'homme de rapprocher les 
extrêmes : aussi passe-t-il aisément d\i respect à 
l'outrage, de la pusillanimité à l'impudence. 



384 HISTOIRE DES PROVERBES. 

i48. L'amour fait passer le temps, et le temps 
fait trépasser Tamour. 

i49* Les petits accommodemens affaiblissent la 
vertu» comme les ])etites drogues , prises à l'excès, 
altèrent la santé. 

i5o. Trois ressorts principaux font mouvoir 
notre machine: la crainte, l'intérêt et l'honneur. 
On doit employer la crainte ra rement ^ l'intérêt 
quelquefois, l'honneur toujours. 

i5i. Le poète Gombaud présenta un jour au 
cardinal de Richelieu des vers de sa composition. 
Le Cardinal en les lisant , dit : f^oilà des choses que 
je n'entends pas; Gombaud repartit aussitôt, ce nest 
pas ma faute. Quoique cette réponse fut très-har- 
die, le cardinal voulut bien n'y pas prendre garde. 
Depuis ce temps, cette exclamation s'emploie sou- 
vent dans les académies; mais on peut dire aussi, 
sans être taxé d'orgueil ou d'injustice , qu'il y a 
bien souvent dans un ouvrage des choses obscures, 
qui viennent autant du côté du lecteur que de ce- 
lui de l'auteur. 



Ariste n'est jamais content de son sort, il envie 
toujours celui des autres. Il est convaincu que le 
public lui doit beaucoup , et qu'il ne doit rien au 
public. Il n'est pas d'emploi assez beau pour lui; 
il s*étonne que son mérite ne saute point aux yeux 
de tout le monde , il l'accuse d'aveuglement, d'in- 
gratitude ; si tout le monde est aveugle et ingrat, 
ce n'est pas ma faute* 

Le matin Blanche est plus noire qu'une taupe ; 
elle a la figure couperosée et pleine de rides. Le 



PENSÉES ET KÉFLEXIONS. 385 

soir, grâce à certain cosmétique, elle aie teint d'un 
chérubin, elle veut que je la trouve jolie. J'aime 
le naturel ; je connais le secret de sa métamor- 
phose aussi bien que l'empirique quilelui a vendu; 
elle se fâche, ce n'est pas ma faute. 

Rien n'est beau que le ymû , le vrai seul est aimable. 

Pythias Bysdt cinquante mille écus de rente. Il 
s'est dit, spéculons; il a réduit en un jour à la men- 
dicité, lui, sa femme et ses enfans; il a ruiné de^ 
amis qui avaient placé sur son crédit des sommes 
considérables. Pythias a de l'esprit , des qualités , 
de la considération dans le monde. Il devait être 
heureux , il n'est ni financier ni joueur , ni débau- 
ché. Sa fortune était solidement établie sur la terre, 
le fond par excellence; il a tout perdu, l'argent, la 
terre et le bonheur. A quel jeu un patrimoine si 
considérable s'est-il éclipsé? à la hausse et à la 
baisse. Si je ne puis comprendre cet excès de fo- 
lie, ce n'est pas ma faute. 

uélàidor est dénué de tout mérite quelconque; 
mais Alcidor a deretitregent. Il est d'ailleurs pa- 
rent au treizième degré d'un ex-sénateur impérial 
métamorphosé par cas fortuit. Alcidor obtient un 
emploi de la plus grande importance. On s'aperçoit 
bientôt, aux allures de son administration, à son 
faste, à son insolence, et surtout à ses cornptes, 
qu'iLpèse sur la nation payante, et, par corollaire, 
qu'il est ou beaucoup au-dessus ou beaucoup au- 
dessous de sa place. Si l'on a fait un choix détes^ 
table, si l'on a frisé ce juste milieu si difficile à 
trouver, si la chose publique en souffre, ce n'est pas 
ma faute. 

T. III. 2 5 



386 HISTOIRE DES PROVERBES. 

% Hermin tient beaucoup à sa généalogie. On au- 
rait droit d*en être étonné , si Ton savait qu'il j 
tient d'autant plus quil a moins sujet d'y tenir. 
La chose qui Toccupe le plus ici bas, après ses ap- 
pointemens, c'est le blason de ses armoiries ; il les 
fera peindre plutôt deux foit qu'une, sur chaque 
portière de sa Toiture, sur le derrière, sur l'impé- 
riale même-, avec une barrette surchargée de dé- 
corations, afin qu on n'en ignore , termes qui lui 
étaient trèjs^amiliers ayant son incroyable éléva- 
tion. Si £f ermîn est ridicule, €^ n*e$t pas ma faute. 
' Phédon a les cheveux blancs et un pied dans la 
tombe, et cependant un mauvais levain fermente 
encore sous sa vieille peau, tii les leçons du temps 
et de Texpérience, ni les plus grandes tribulations 
physiques et morales qu'un homme puisse essuyer, 
ni le fouet de l'anim ad version générale n'ont pu 
détruire dans son faible cerveau ces maximes daa* 
gereuses, qui ont poussé sa jeunesse contre des 
écueils, et qui ont signalé sa carrière politique^ La 
vieillesse même n'a pu le* corriger de sa fausse am- 
bition. Il fuit le* repos et l'obscurité, pour pouvoir 
se livrer, écorché tout vif, au jugement de la pos- 
térité ; il tient plus que jamais, en dépit de la mort 
qui le menace, à ses mêmes principes, à la souve- 
raineté du peuple, son système favori, et, chimère 
s'il en fût jamais, à sa république universelle qui 
serait l'image du chaos , si la Providence pouvait 
permettre le retour de ce qu'elle a si bien débrouillé. 
Êst-^ce en lui du caractère ou de l'orgueil? C'est 
un véritable songe creux qui vit sur son antique ré- 
putation, qui croit qu'il est toujours puissant, tou- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 58y 

jours redoutable, qu'il tient Topiuion publique dans 
sa main ; s'il excite plus de pitié qWil ne mérite de 
rigueur; si sa renommée, que les /rér^s et amis font 
passer pour colossale, ne pose que sur un grain de . 
sable; si, pouvant jouer un beau rôle, un grand 
rôle, il n'a joué que eelui d'un saltimbanque; si, 
de géant qu'il pouvait être, il n'est qu'un pygmée; 
si , pouvant s'élever jusqu'aux nues, il s'est plongé 
dans la boue ; enfin , si Phédon est incorrigible , 
pour le coup, ce n'est pas ma faute. 

Vous voyez Phormion , il sue le crime par tous 
les pores; rien ne lui a coûté pour parvenir à ses fins 
criminelles : le vol, le parjure et l'adultère ^ il a tout 
mis en œyvre. Il y a cependant une justice à lui 
rendre, il n'a pas assassiné, mitraillé, noyé, étran- 
glé en personne , il a tranquillement laissé faire. 
Si le ciel a favorisé un pareil bomme, s'il dort sans 
renaords sur un lit broché d'or et d'écarlate , ce 
n'est pas ma faute; il était apparemment néces- 
saire aux desseins de la Profvidence, pour appren- 
dre aux races futures jusqu'où peut aller la perver- 
sité humaine, de les effrayer par le triomphe dé la 
scélératesse sur la vertu , et de les avertir qu'elle 
permet de temps à autre l'existence des monstres , 
comme elle permet les fléaux, la peste, la grêle, 
rincendie et l'inondation. 

1 52. Les hommes qui sont souvent fripons en 
détail, passent en gros pour de très«-honnêtes gens. 
S'ils ne suivent pas exactement la pratique de la 
morale , ils lui rendent du moins un culte exté- 
rieur qui pallie tout ; ce sont des poitrinaires, dont 



5S8 ' HISTOIRE DES PROVERBES. 

]e visa^ , recouvert <le8 couleurs apparentes de la 
santé, déguise le mal interne quMes dévore. 

1 53. 11 en est de tout oser , comme d'un homme 
qui fait sa barbe avec assurance , il ae se coupe 
point. 

i54« Lsi vérité compromet moins souvent que le 
mensonge. 

1 55. Il n'y a pas un homme sorti pur des épreu- 
ves de la révolution , qui pût assurer qu'il n'eût 
pas été un B-e , tant la peur et les circonstances 
ont d'empire sur les destinées des hommes. 

i56. Eu politique il y a une chose à considérer, 
c'est le temps. 

157. Le cerveau est le timbre des sensations. 

i58. Un protestant 9 interrogé sur les motifs qui 
l'avaient porté à se convertir, répondit : Qu'il avait 
éprouvé le désir de s'occuper sérieusement de l'é- 
tude de la religion catholique, en réfléchissant à 
la haine que lui portent toutes les sectes qui ne 
sont d'accord entre elles que sur ce point. 

i5g. La nation la plus exposée aux révolutions 
est celle qui n^a point de religion établie, de culte 
dominant, qui admet indifféremment le mélange 
de toutes les religions. Cette diversité de culte tend 
à diviseï^ les esprits , occasione le choc des pas- 
sions religieuses, entretient dans un état des fer- 
mens de discorde qui s'allument aisément, et qu*îl 
est difficile d'éteindre sans choquer à la fois toutes 
•ces religions. Cette confusion amena la perte' de 
Rome. Le nombre des divinités étrangères s'y ac- 
crut à tel point, qu'il était plus facile, disait-on 
ironiquement, de rencontrer un Dieuqu'un homme; 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 389 

dès Jors la vérité, qui s'attachait à chacune d'elles 
dans l'esprit de ses sectateurs ^ fut altérée par Ta- 
malgame de toutes l'es opinions ; dès Fors le men- 
songe , l'incrédulité et l'athéisme Tinrent fonder 
leur empire sur les débris de toutes les croyances. 
Que de maux n'ont potnt accumulés sur là France 
tes longé débats, les réactions , les- guerres san- 
glantes du catholicisme et du protestantisme! Les 
protestan s accusaient les catholiques d'intoléi*ance, 
mais il faut rendre hommage à l'histoire et à la 
vérité. Les lois des protestans contre les catholi- 
ques ont été plus sévères que nos anciennes lois 
contre les protestans ; il s'en fallait de beaucoup 
que la tolérance fût la vertu des protestans. C'est 
un protestant, c'est le célèbre apôtre de la tolé- • 
rance lui-même, c'est Bayle enfin, qui a mis 
dette vérité hors de toute contestation. On ne l'ac- 
cusera certes pas de prédilection pour le catholi* 
cisme. Il exprime, avec la plus grande franchise, 
ses propres sentimens à cet égard dans un écrit 
Intitulé: Avis important auoo réfugiés; après les 
avoir raillés finement sur les espérances qu'ils se 
promettaient de leur retour, et qu'ils fondaient sur 
les troubles que la dissidence de religion, la guerre 
civile et étrangère auraient suscités en France , et 
après leur avoir peint la tranquillité et le calme 
dont jouissait le royaume, il leur dit: «Permettez- 
moi de vous avertir d'une chose, c'est de faire une 
espèce de quarantaine^ avant que de niettre le pied 
en France, afin de vous purifier du mauvais air que 
vous avez humé dans le Heu de votre exil, et qui 
vous a infectés de deux maladies très-dangereuses 



390 HISTOIRE DES PROVEEBES. 

et tout-à-fait odieuses : lune est l'esprit de satire; 
l'autre, un certain esprit républicain qui ne va pas 
moins qu'à introduire l'anarchie dans le monde , 
le plus grand fléau de la société civile. Voilà deux 
points sur lesquels je prends la liberté de vous par- 
ler en ami. • Aujourd'hui même ne voyons-nous 
pas chez un peuple qui se dit le plus libre et le 
plus civilisé de la terre, plusieurs millions de ca* 
tholiques privés de leurs droits , et soumis à une 
législation barbare, dont on ne retrouve nulle part 
de modèle, pas même dans cette Turquie, que par 
un zèle philanthropique on est convenu, sans sa- 
voir trop- pourquoi , de peindre des plus noires 
couleurs, et dont le souverain, le sultan Mahmoud, 
qui n'a pas encore pris pour devise, liberté civile et 
religietae, gouverné ses sujets dissidens avec beau* 
coup plus de douceur et d'équité qu'on ne croît 
communément, soit dit sans offenser personne? 

i6o. On est aujourd'hui plus rusé en affaires 
sans être plus fin. 

161. Le malheur rend timide comme la surdité 
rend inquiet et défiant 

1 62; Il y a tel homme avec lequel , devant le 
tribunal de la pénitence, on n'oserait avouer qu'on 
est intime , que dans le monde on s'empresse de 
rechercher. «* 

i63. Beaucoup de systèmes philosophiques res- 
semblent à des mannequins qui, dépouillés de 
leurs ornemens fastueux , n'offrent plus qu'une 
charpente de bois informe et grossière. 

164. Les frondeurs du règne de Louis J^IY sont 
convenus de reprocher à ce monarque une morgue 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. Sq* 

insupportable et une dignité trop austère. Il sena- 
ble, à les entendre, que le front de ce grand prince 
ne se déridait jamais; ils yont même jusqu'à pré- 
tendre que, lorsqu'il se livrait à 4|uelque boutade 
de gaîté, on s'apercevait aisément de la froideur et 
de l'insensibilité de son âme. Ils accusent dd lâche 
malignité la plaisanterie qu'il fit à cet invalide qui 
a'ai&ait pas eu soia des dindons qu'il l'avait chargé 
d'entretenir: il le menaça de le. casser ^ et de le 
mettpe à la queue de la compagnie. Il faut bien aimer 
à interpréter les actions des autres, suivant la mé- 
chanceté ou la corruption de son. cœur,, pour/ 
trouver dans ce trait autre chose qu'un propos 
joyeux, et pour calomnier le véritable sentimmitde 
Louis Xiy à l'égard de ce pauvre homme, auquel il 
était d'ailleurs fort attaché. Ils n'accuseront pas au 
moins le trait suivant de manquer d'une judicieuse 
causticité, puisqu'elle faisait finement sentir à un' 
homme coupable combien il s'écartait des devoirs 
de son état. Ce prince y se promenant un matin 
dans les bosquets du parc de Versailles, vit, à tra- 
vers une charmille, un de ses aumôniers dans une 
position non équivoque avec ube dame. Il la fit 
avertir pour qu'il vînt à l'heure ordinaire dire sa 
messe, à laquelle il désirait assister. L'aumônier,, 
qui. ne s'attendait pas £ cette injonction, vint le 
supplier de. l'en dispenser, attendu qu'il avait le 
matin mangé des prunes. En effet, lui dit le roi , 
je me rappelle que je vous ai vu ce matin secouer le 
prunier. 

i65. Il y a des honnîmes à qui, dans le cours de 
leur vie , il faut trois fois plus de talent pour venir 



393 HISTOIRE DES PROVERBES. 

à bout des choses même les plus simples, qu'il n'ea 
faut à certains autres pour réussir , sans industrie 
et sans effort , dans les choses qui semblent être 
au-delà de leur portée. L'es uns sont de malheu- 
reux nageurs saisis par un poulpe ou engourdis par 
une torpille; les autres sont des requins conduits 
par leurs pibtes. 

i66« Un homme en place ne devrait, admettre 
comme ses vrais amis que ceux qui l'étaient réel- 
lement avant son élévation ; ceux-là sont seuls ca- 
pables de lui donner de bons conseils. Ceux qui le 
recherchent pendant qu'il jouit de la faveur, et qui 
l'évitaient auparavant , ne doivent être considérés 
par lui que comme de lâches flatteurs ou de vils 
complaisans, toujours disposés à rire de sa chute. 
Ce serait se compromettre que de se fier à eux. La 
disgrâce seule lui apprendra à distinguer les hom- 
mes qui sont sincèrement attachés à sa personne 
ceux qui se sont cramponnés à Thomme en crédit. 
Pour faire tomber un homme en place, il suffit 
quelquefois d'une seule* main qui ose toucher la 
base de son pouvoir, à l'instant mille bras s'apprê- 
tent à la saper. 

167. 11 semble, dans cette réunion de fous qu'on 
appelle vulgairement société , qu'on a dit tout 
quand on a prononcé cet arrêt, c'est l'usage. Quoi- 
qu'Euripide ait dit en fort beaux termes que l'usage 
en toutes choses est le seul maître des mortels, 
Euripide me permettra de lui dire que souvent 
l'usage est un sot ou un méchant. 

Parménion est revêtu d'une charge importante ; 
il doit au public sesinstans, ses soins, ses lumières. 



•• 



PBNSËES ET RÉFLEXIONS. SgS 

s'il en a. Le ministère a placé sa confiance eh Par- 
ménUm. Parménion répond -il à la confiance du 
ministère ? c'est ce que je ne puis dire ; mais Par-- 
ménion n'est jamais chez lui, c'est pour le public 
commie si la place était vacante. A quoi cela tient- 
il? Parménion aime les plaisirs; tandis que le pu- 
blic se morfbnd à sa porte, l'homme en place est, 
dans son boudoir, devant sa Psyché. Le public souf- 
fre tX Parménion s'amuse, c'est l'usage. 

Florimond est banquier ou agent de change. 
Lorsqu'il sent son état défaillir, il a la prudente 
précaution de réunir tous les capitaux qui sont à 
sa disposition , bien qu'il sache qu'il va réduire à 
la misère un millier de familles honnêtes, qui ont 
eu confiance en son crédit et en sa probité. Pour 
couvrir Son jeu, il fait courir le bruit que ses affaires 
sont dans l'état le plus brillant de prospérité. Pen- 
dant ce temps Florimond voyage en pays étranger, 
précédé, accompagné et suivi des dépôts remis en 
ses mains infidèles ; c'est l'usage. Il est aujour- 
d'hui aussi aisé de faire banqueroute que d'aller 
de Montmartre à la chaussée d'Antin , et comme 
le disait Horace : 

Cedere namque fora non est deieriùs qaàm 
Esquiiias a fervtnti migrare Suburra, 

« Il n'y a actuellement pas plus de danger à faire 
banqueroute que d'aller du mont Esquilien à la rue 

Suburra. » 

Finot fait paraître un roman nouveau. Il n'a fait 
que chî^nger le titre d'un vieux roman qu'il a trouvé 
sur l'étalage d'un bouquiniste ; il croit que cet ou- 
vrage est inconnu au public , mais la république 



394 HISTOIRE DJblS PROVERBES. 

des lettres ne manque pas d'espions. Finot repro- 
duit donc sa trouvaille sous Tégide de son nom; il 
trouvé un libraire assez ignorant pour acheter un 
livre qui a coûté si peu à composer , assez impru- 
dent pour Timprimer, et assez sot pour être dupe 
des ruses de Finot. Le nom seul de Finot ^ d un ro- 
man médiocre en a fait un mauvais, c'est l'usage. 

Un bourgeois qui a fait quelques gains sur le 
bout de l'aune , veut trancher du banquier ou de 
l'agent de change. Il transforme sa modeste bou- 
tique en brillant magasin, son comptoir de chêne 
en comptoir de bois d'acajou. Il faut à madame 
cachemirs, bals, spectacles, concerts, équipages, 
maison de campagne, loge à l'Opéra; il faut à 
monsieur une petite maison. Une petite maison^ 
c'est tout dirck Le tentips court et la fortune aussi* 
Pour combler le gouffre des dépenses, force billets 
et lettres de change fondés sur un crédi^ l'ago- 
nie sont mis en circulation ; vient l'éch^mce, on 
met la clef sous la porte, c'est l'usage. 

Amyntas jouit d'un immense crédit et dispose 
de tou« les emplois. Amyntas est d'un accès facile; 
il est obligeant, affable. Gomme il a véritablement 
du mérite, le mérite es^ à ses yeux le premier des 
passeports; il croit ce qu'il dit et dit ce qu'il pense. 
L'État, selon lui , a besoin plus que jamais de fonc- 
tionnaires probes, éclairés , désintéressés , d'hom- 
mes de mérite et de talens. Il est convaincu de 
cette vérité ; mais Amyntas est entouré d'auxiliaires 
qui ne croient pas ce qu'ils disent, et disent encore 
moinç ce qu'ils pensent. L'intrigue est tout à leurs 
yeuX; l'air de leurs bureaux est méphitique, em- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. ^gS 

pesté , corrompu ; ce qui en sort conserve l'odeur 
originelle. Il semble qu'on y ait rassemblé tous les 
miasmes délétères , et qu'on en ait éloigné les 
honnêtes gens , qui en sont les désinfecteurs. Le 
pauvre Cléophasj homme de mérite, qui a tout sa- 
crifié pour son pays, un état jadis brillant, une 
grande fortune, son existence entière, se présente 
pour occuper un emploi qui lui est promis depuis 
nombre d'années ; il a pour concurrent quelque 
cousin d'un secrétaire-général, un jeune homme 
qui sort de sa coquille, et qui à peine connaît l'air 
du monde , mais il connaît celui des bureaux. 
L'honnêt;e homme est éconduit, le jeune adepte 
l'emporté. Ce n'est certes ni la faute, ni l'intention 
à'Amyntas; mais c*eit l'usage. 

Alcidor surprend un jour madame Alcidor dans 
un tête à tête fort expansif avec Euphorbe. Il tem- 
pête, il crie, il donne à tous les diables;, lui , sa 
femme et son remplaçant. Mais d' oh venez-vous 
donc^ mon cher Alcidor^ lui dit tranquillement celle 
que le sacrement lui a donnée pour compagne , oii 
avez^vous apptis à vivre? quoi! vous êtes étonné pour 
si peu de chose; mais c'est l'usage : demandez à ma-- 
dame d'Orphis. 

i68. EntendrQ quelqu'un qui brille par son es- 
prit , ou voir quelqu'un qui parle à l'oreille d'un 
autre, c'est pour le sot la même sensation. 

169. Ce qu'il y a quelquefois de plus petit dans 
un' hôtel, c'est le maître ; il est imperceptible. 

170. La tête d'une jolie feoime est un bon droit 
qui a besoin d'aide; le meilleur, sans contredit, 
c'est le jugement. 



596 HISTOIRE D£S PIVOVËRBES. 

171. La noblesse est un vieux tableau, dont 
presque tofus les personnages sont çffacés, et auquel 
on a fait des repeints tant bien que mal, mais dont 
la toile est toujours bonne. 

172. On appelle liom me à caractère celui dont 
la conduite ne dément jamais l^s principes, et qui, 
dans les circonstances les plus critiques , conserve 
toujours la même force d'âme et la même éner- 
gie. On voit, d'après cette définition, que cette es- 
pèce d'hommes est fort rare aujourd'hui. La force 
de caractère est une des qualités les plus essen- 
tielles à l'homme public ainsi qu'à l'homme privé; 
elle sert à montrer au grand jour les talens de l'un 
et les vertus de l'autre. L'homme public, indépen- 
dant de l'esprit de corps , marche droit au but qu'il 
s'est proposé, en sautant à pieds joints par-dessus 
toutes les considérations humaines qui pourraient 
entraver ses desseins ; l'homme privé ferme l'oreille 
aux clabauderies , et poursuit tranquillement sa 
carrière sans que le respect humain fasse sur lui la 
moindre impression , et déconcerte en rien son 
plan de conduite. Un grand caractère suppose une 
justesse et une profondeur d'esprit qui font distin- 
guer le difficile de l'impossible. Vouloir ce qui est 
au-dessus de ses forces, c'est de l'opiniâtreté et non 
du caractère. Un homme de caractère, qui veut for- 
tement une chose possible, mais difficile, subordonne 
à l'exécution de sa volonté ses penchans, ses goûts, 
ses désirs, ses pensées, enfin toutes les facultés de 
son âme, et sait y assujettir les penchans, les ac- 
tions, les pensées et les passions des autres. Un 
homme de caractère, qui a r^ndu sa destinée soli- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 1 3c)7 

daire avec ceJle d une nation, tant qu'il conserve 
cette volonté, qui élève rame à de grandes concep- 
tions, et qu'il n'exécute que des choses qui lui méri- 
tent la reconnaissance des hommes, les domine de 
toute la hauteur de son génie ; mais lorjsqu'il se livre 
à des entreprises gigantesques, résultats d'une ambi- 
tion désordonnée, il perd alors tous les avantages 
que lui donnait la force de son caractère. On l'ad- 
mire encore en frémissant, il est vrai, parce que 
le commun des hommes, sectateurs passionnés ou 
détracteurs vils ou rampans, se courbent par ins- 
tinct d'adulation ou de servilité devant ce qui est 
fort et puissant; mais le manteau est soulevé, on 
y voit s'agiter le démon du mal et non le génie du 
bien. L'homme à grand caractère devient le fléau 
de l'humanité et non son bienfaiteur. Dans quel- 
que situation que se trouve l'homme doué d'une 
grande force de caractère, il impose à tout ce qui 
l'entoure; il remplit pour ainsi dire son atmos- 
phère des émanations de sa ténacité; s'il ne fait 
plus la loi, il ne la reçoit pas. Sa volonté de fer ne 
fléchit ni dans les grandes choses ni dans les pe- 
tite!, ou^ ^'il cède dans les petites^ c'est par dédain 
et non par faiblesse. Les hommes fortement trem- 
pés sont taciturnes ; il faut saisir leurs pensées dans 
les mots brusques qui leur échappent, autrement 
ils sont impénétrables. Sachez une fois dire non ^ 
disait une mère à son fils, dont elle connaissait la 
faiblesse de caractère. Cette phrase laconique donne 
une idée juste de ce que peut cette vertu tenace 
qu'on nomme force de caractère. 

173. La religion est l'âme de la vie, c'est elle qui 



398 HISTOIRE D£S PROVERBES. 

précède les hommes à leur naissance, et qui les 
suit à leur mort. Il est rare que dans le cours de la 
vie on lui rende constamment le respect qui lui est 
dû. On la considère comme une compagne aus- 
tère qu'il est quelquefois avantageux et consolant 
de visiter dans le chagrin , mais qu'il est ennuyeux 
de voir toujours dans la joie et dans la prospérité. 
i74« Les sots et les ignorans, disait d'Alembert, 
attribueront la destruction des jésuites aux magis- 
trats ; les sages l'attribueront aux philosophes. Il 
faut prendre acte de cet aveu précieux. 

175. Les femmes se rendent entre elles une jus- 
tice di^tributive si parfaite , que toute la finesse et 
toute la pénétration des hommes ne sauraient en 
approcher. 

176. Timotké se croit un grand politique. Les 
vapeurs de son cerveau s'exhalent en abstractions 
diplomatiques. Son esprit est le vaste congrès où 
toptès les puissances sont en présence ; il dirige ou 
suspend , trouble ou rétablit leur équilibre suivant 
son bon plaisir. Lorsqu'il parle des combinaisons 
de" sa politique 9 il se hausse » se grandit comme s'il 
allait étonner le monde d'un prodige d% génie ; il 
se croit un nouvel Archimède, il ne lui manque 
qu'un levier pour soulever le monde. Quand une 
conception politique l'offusque 9 il dit gravement : 
cette diplomatie n'entre pas dans la sphère de ma 
politique, et autres grands mots dont il est à la fois 
la grammaire et le dictionnaire. 

177. Biton est dans toute l'acception du mot un 
homme de rien, au physique comme au moral. Le 
hasard l'a mené par la main dans la route de la 



PENSEES ET RÉFLEXIONS. 599 

fortune. Accueilli par Orphanis, veuve riche et à 
la tête d'un commerce florissant , il a su gagner sa 
confiance, il en a profité. Il pouvait faire douce- 
ment sa fortune, il a mieux aimé la faire vite. Or- 
phanis à quelque temps de là meurt, et Biton&e 
trouve nanti des effets les plus précieux de la suc- 
cession dé la veuve. Il court bien par-ci par-là quel- 
ques propos défavorables à. la réputation de Biton, 
mais il s'en moque , n'est-il pas nanti ? Il a si bien 
conduit, si bîen]|lié ses affaires, que Tœil sévère des 
MinoBj des Eaques et des Rhadamanthes modernes 
n'en pourrait démêler la trame. Les héritiers na- 
turels l'attaqueront en vain , les formes sont pour 
lui; il a tout prévu : que faire, puisque la loi n'y 
peut rien? Biton, heureux jusqu'à la fin de ses 
jours, n'aura de compte à rendre qu'à celui que per- 
sonne ne peut tromper. 

178* Les femmes ont cela de commun avec les 
énigmes, qu'elles cessent de plaire quand on les a 
devinées. 

179. Dans la révolution, on accusait les nobles 
de tous les crimes dont se souillaient les répu^ 
blicains. Une dame de la cour de Bonaparte, con- 
nue par son esprit naturel, ses naïvetés, et surtout 
par l'éiiergie de son langage, répondit un jour avec 
beaucoup de bon sens à une sottise pareille que 
débitait une de ses compagnes. Cesont, disait cette 
dernière, les aristocrates qui ont bouleversé la France 
en 1793, en mettant eux-mêmes le feu à leurs chây 
teaux pour en accuser les patriotes. Non , dit cette 
dame, aujourd'hui très-respectable, ce sont des 
pouilleux comme ton mari et le mien, qui ont fait la 



4oo HISTOIRE DES PAOVERBES. 

révolution , et qui à présent empêcheront quon ne 
brûle les châteaux de personne^ parce qu'ils en possè' 
dent de fort beaux. 

i8o. Les Romains avaient bâti un temple à l'hon- 
neur, où Ton ne pouvait entrer avant d'avoir passé 
par celui de la vertu ; celui-ci était comme le ves- 
tibule de l'autre. 

181. L'honneur, cesentiment si vif et si délicat, 
est l'ouvrage et le fruit de la société. L'intérêt gé- 
néral et l'intérêt particulier ont concouru à le for- 
mer. L'avantage et l'utilité que les hommes recon- 
nurent devoir résulter, pour la société civile, de 
certains sentimens appliqués à certaines actions, 
les engagèrent à regarder ces sentimens et ces ac- 
tions comme l'apanage de la noblesse et de la 
grandeur, qui donnent à l'homme un beau carac- 
tère, et comme l'attribut le plus précieux à l'hu- 
manité par son influence et par ses résultats. Par 
une conséquence de ces raisonnemens , ils se sen- 
tirent naturellement portés à témoigner les plus 
grands égards et la plus grande, estime aux per- 
sonnes douées de ces qualités qu'ils divinisaient. 
La louable ambition de mériter ces témoignages si 
flatteurs de déférence et de distinction est le prin- 
cipe dont la société a retiré les plus éminens ser- 
vices; principe qui assure aux actions vertueuses 
une récompense plus glorieuse et plus intimement 
sentie que celle que les lois pourraient leur ga- 
rantir. 

i&a. Sœurs de la charité^ humbles fleurs dont 
les émanations bienfaisantes et salutaires conser- 
vent la vie à tout ce qui les entoure. 



PENSÉES ET AÉILEXIONS. 401 

i83. Quel bien as-iu fait à la république par ton 
généralat? demandait «ivec arrogaDce au vertueux 
FhocioD le démagogue Léosthènes qui avait en- 
traîné Athènes dans une guerre funeste. Le bien 
que y ai fait^ répondit ce grand citoyen, c'est que^ 
durant mon commandement. Us Atliéniens ont été 
ensevelis dms la sépulture de leurs pères. Cette ré- 
ponse de Phocion me semble être un reproche di- 
rect et éternel à la mémoire de Bonaparte sur la 
funeste expédition deKussie. 

484- L'ambitieux et l'avare empMent toute leur 
vie à de continuelles tentatives : l'un pour s'élever 
et l'autre pour s'enrichir; la chute du premier et 
la mort du second en arrêtent seules le cours. 

i85. La patience consiste à savoir attendre et 
souffrir ; elle est' dans le mal ce que la modération 
est dans le bien. 

186. La guerre .appauvrit les uns et enrichit les 
autres. Pyrron est du nombre de ces derniers; il 
s'est tenu constamment à la suite du quartier-géné- 
ral. Après une série de brillantes campagnes, il est 
rentré dans sa ()rovince où jadis son existence était 
tout-à-fait ignorée ; il y fait maintenant une grande 
figure , il peut prétendre à tout. Sa réputation re- 
pose sur de bons garans, les économies de ses cam- 
pagnes. A-t-îl bien combattu? on^ l'ignore. Je ne 
sais même s'il en a eu le temps; mais tout le monde 
s'accorde à dire que Pyrron a bien pillé. Que tout 
le monde est médisant! 

187. Pour avoir de la considération à la cour, il 
faut avoir la prudence de ne rien demander, ou 
le crédit de tout obtenir. 

T. III. jl6 



4o2 HISTOIRE DES PROVERBES. , 

188. Les hommes sont comme les mots, on ne 
les met pas toujours à leur place ; ils ont souvent 
trop ou trop peu de valeur pour les emplois qu'on 
leur confie. 

189. Les grands devraient tenir plus qu'ils ne le 
, font à l'estime des petits. Ces derniers perpétuent 

très^souvent la réputation des premiers , par l'ex- 
pression journalière de leur admiration, ou par le 
bavardage continuel de leur reconnaissance. Le 
peuple ne tarit jamais sur les louanges d'un homme 
qu'il a vu s'abftisser jusqu'à lui , sympathiser avec 
ses mœurs sans cependant perdre le sentiment de 
sa dignité ; c'est un faible encens qui monte, et qui 
bientôt se répand dans des régions plus élevées. 

190. Un homme qui atteste à tout propos l'hon- 
neur, est bien plus près d'abuser de la chose qu'il 
ne Test d'épuiser le mot. Le Lacédémonien Lisan- 
dre disait que les enf ans jouent avec des noix et les 

' hommes avec des sermens. 

rgi. Le maréchal de Gassion ne faisait pas plus 
cas de la vie que le maréchal de Bassompière de 
la virginité» Le premier n'avait jamais voulu se 
marier, par la raison, disait-il , qu'il estimait trop 
peu la vie pour la communiquer à quelqu'un. Une 
dame, qui avtait autant d'esprit que de raison , ré- 
pondait à un dç ces philosophes qui prétendaient 
que la vie était la chose la plus haïssable ; Monsieur^ 
trouvez^moi donc quelque chose de mieux. 

192. Telle est la puissance de l'estime, qu'elle 
s'attache également à la haine et à l'amitié ; le 
mépris affaiblit l'une et dénature l'autre. 

193. Le calife Almamon reçut un jour un écrit, 



Pensées ET RÉFLEXIONS. 403 

dans leqoel on lui donnait avis qne son visir ou 
premier ministre avait laissé , çn mourant , des 
bi^ns immenses à sa famille. Il écHvit en réponse, 
au dos du billet: C'est peu pour celui qui nous a 
servi si long-temps et si bien. Soiis Louis XIV, les 
ministres étaient sûrs de n*étre jamais inquiétés 
sur la source et la grandeur de leur fortune, depuis ' 
que ce monarque avait témoigné le regret d'avoir 
sévi contre Fouquet avec trop de rigueur , depuis 
surtout qu'il avait laisse échapper plusieurs fois ces 
paroles : // est juste que ceux qui font bien mes af- 
faires fassent bien les leurs. 

194* La plupart des incrédules sont des gens 
qui, placés devant un miroir, détournent la tête. 

195. Un seul mot heureux, une^phrase énergi- 
que et dite à propos, comme celle de vive le roi 
quand même « suffisent pour conduire un homme à 
la gloire, comme un propos ridicule, un sophisme 
dangereux suffisent pour en traîner un autre dans 
la boue. 

196. Le sage est réservé en fait de recomman- 
dation. Le fou en donne indistinctement à tout le 
monde : le premier en connaît le mérite et la dé- 
licatesse, le second en méconnaît l'importance et 
les suites. Les recommandations sont pour beau- 
coup de personne un impôt de société dont elles 
cherchent à se débarrasser comm« d'une dette , et - 
à quelque prix que ce soit. Un grand seigneur, 
fort raisonnable sur ce point, disait souvent qu'il 
aimerait mieux donner une lettre de change 
qu'une lettre de recommandation ; car dans la 
première il n'engageait que son crédit « au lieu 



4o4 HISTOIRE DES PROVERBES. 

que la seconde intéressait sa conscience et son 
honneur; mais heureusement il en est des recom- 
mandations comme des lettres de changée, beau- 
coup sont protestées. Si tant de grands seigneurs 
étaient plus sobfes de recommandations , ou du 
moins s'ils y faisaient autant d'attention qu'ils en 
mettent à leurs intérêts personnels, à leurs projets 
d'ambition, on ne verrait pas en place tant d'in- 
trigans. Il est humiliant pour ies gens de bien 
qu'un chiffon de papier empreint d'un beau nom 
soit la clef de fortune d'un sot, d'un fat on d'un 
fripon. 

197. Tout homme qui brigue des honneurs et 
des emplois , sans attendre le vœu de l'estime pu- 
blique , et qui surprend la religion des hommes 
puisi^ans qui en sont les dépositaires , ne manque 
jamais de devenir l'objet de la haine et de i envie 
de ceux qui le voient eu place , sans avoir mérité 
d'y être. 

198. Un défaut assez ordinaire dans la société, 
et qui est particulier aux esprits futiles et légers , 
et surtout aux femmes, est de former à part un 
petit groupe d'opposition , pour avoir la liberté de 
gloser entre eux de ce qui se traite dans la conver- 
sation générale. Rien ne donne plus l'idée de la 
faiblesse que cette minorité scissionnaire , puis- 
qu'elle se soustrait ainsi à l'embarras des obliga- 
tions imposées à la bonne compagnie, de fournir 

, et de prendre sa part de la conversation, et qu'elle 
n'ose avouer le jugement furtif qu'elle porte sur ce 
qui intéresse toutJe monde. 

199; Autrefois l'état militaire était le culte gra- 



PENSÉES ET RÉFLEXIONS. 4o5 

tuit de l'honneur, aujourd'hui il en est le culte 
intéressé. Pour quelques hommes veilueux et de 
mérite qui n ont eu en vue, dans cette honorable 
profession , que l'intérêt et la gloire de la patrie, 
d'autres n'y ont vu ou n'y voient qwe les moyens 
d'acquérir des titres, des. richesses, des honneurs et 
des décorations. Ils ont joué à la mort, voilà tout. 
Un officier autrichien , d'un très-mince mérite , se 
vantait dans un cercle que l'empereur venait de 
le faire général. Je l'en défie bien , dit le prince de 
Stharemberg qui était présent. 

200. Un pamphlet a autant de partisans qu'il 
existe de personnes que l'admiration fatigue et que 
l'estime ennuie. La chute d'une réputation comble 
les envieux d'autant de joie que celle d'un mi- 
nistre satisfait ses rivaux d'ambition et de cupidité. 
Un conseiller-d'Etat, sous le règne de Louis XIII, 
étant appelé à un conseil , où l'on se plaignait de 
ceux qui publiaient des libelles diffamatoires contre 
les grands et les gens en place , disait : Si nous 
voulons qu'on n'écrive plus contre nous, tâchons de 
si bien faire que l'on n'en ait. plus ni sujet ni envie. 
Dîogène avait dit avant lui : Le moyen de faire cre- 
ver l'envie est de se comporter si bien , qu'elle ne 
trouve aucun endroit oii elle puisse enfoncer les dents. 

201. Arthur^ pressé par ses amis de prendre 
une femme jeune, riche et belle, a refusé froide» 
ment un parti aussi avantageux. ^^^r/Aar a ses rai- 
sons; il n'aime point les embarras, les liens, la 
prison ; il craint de s'attacher, de s'enchaîner , de 
perdre sa liberté, enfin d'être obligé d'aimer quel- 
qu'un. Il trouve dans le tableau qu'on lui peint du 



4o6 HlSTOmE D£S FROVEEfrES. 

« 

bokiheur conjugal un nuage importun qui trouble 
son cenreau. Arthur , d'ailleurs , afitne les spécu- 
lations financières; il peut, avec le produit de ses 
calculs, se procurer des plaisirs sans responsabilité, 
c est ce qu'il lui faut. Arthur est trop égoïste pour 
s'occuper du bonheur des autres , c'est le sien qu'il 
paie* aussi vaùt-il ce qu'il lui coûte. 

202. Il paraît que sous les empereurs romains 
les banquiers ne se livraient pas, comme ceux de 
nos jours^ à un luxe effréné. Julien » dans sa criti- 
que des Césars, nous donne une idée assez juste de 
ce que pouvaient être de son temps les banquiers 
et agens de change. Dans le langage caustique qu'il 
fait tenir à Silène, un des interlocuteurs de sa cri- 
tique t^ontre Constantin à qui il reproche sa passion 
pour l'argent, et sou goût pour les plaisirs , il s'ex- 
prime ainsi : < Puisque tu voulais être banquier , 

• comment t'oubliais -tu jusqu'à faire le métier 
> d'aide de cuisine et de coiffeuse ? puisque de ton 

• aveu , dit Silène, tu^ t'occupais à recevoir et à 

• compter de l'argent domme les banquiers, tu de- 
» vais vivre et t'habiller comme eux ; tu ne devais 

• pas te livrer à la bonne chère, inventer de nou- 
» veaux ragoûts , prendre tant de soin de tes che- 
» veux. » Il faut, d'après ce portrait supposer que les 
banquiers et changeurs d'argent de ce temps-là vi- 
'vaient et s'habillaient d'une manière n>esquxue.Çi^€ 

les temps sont changés I 

203. De toutes les occupations, une des. plus 
vaines , sans doute , est de composer une grande 
bibliothèque pour ne s'en servir jamais. Il est vrai, 
diront bien des gens, que c'est un meuble qui pare 



PENSEES ET RÉFLEXIONS. 407 

aussi bien un appartement que des porcelaines, de 
la Chine et du Japon , de» tableaux et des anti- 
quailles. Évagore ne lit et ne Kra jamais, mars^fl 
est riche; il achète des livres magnifiquement re- 
liés. A certain jour, à certaine heure, une fois le 
mois , Évagore fait placer son fauteuil vis à vis de 
ces personnages muets ; là il les contemple ;. s'il se 
hasarde à les ouvrir, c'est seulement du bout du 
doigt, et avec la plus minutieuse précaution ^ il les 
essuie, les lisse, les remet en place, les digne avec 
symétrie, et, après les avoir passés en revye, il se 
retire fort satisfait d'avoir vu des livres. 

2o4- jCliton , en lisant un des petits articles de 
ce recueil, prétend que j'ai voulu faire son portrait; 
il se plaint de la ressemblance. Je n'avais esquissé 
qu'un portrait de fantaisie , j'ai maintenant l'ori- 
ginal. • 

2o5. Dans les ouvrages de morale où l'on revêt 
ceux qu'on veut peindre du manteau de l'incognito, 
on appelle cfe/" l'instrument commode qui, du ca- 
binet particulier où l'auteur a réuni ses portraits, 
fait passer le lecteuc dans le vaste salon où sont 
rassemblés tous les originaux de la grande famille. 
Le curieux qui demande cette clef est bête ou mâ- 
chant; le peintre qui la donne est imprudent ou 
présomptueuiç. 



FIN DES PENSEES ET REFLEXIONS. 



TABLE 

DM PaOVBBBES. ADAGB8. SEBTMCES BT APOPHTHBGMBS 
. COHTEHOS DAMS LB TOME TROISIÈBIE. 



1. 

3. 

3. 

4. 

5. 
6. 



I. 
a. 
5. 



1. 

3. 

3. 

4. 

6. 



6. 

7- 
8. 

9* 

lO. 

11. 

12. 



1. 

a* 
3. 

4. 
5. 
6. 

7- 
8. 



9- 

10. 



Chapitre V. Dent la Mythologie. 

C'est le tooneau des Danafdes. 
G*e«t UD Protée. 

C'est une Péoélope. 

Terreur iMniqtie. 

C'est une Hëlèoe. 

Filer le parfait amour. 

Chapitre VI. Daos l'apologue. 

te rat daos la statue. 

C'est réchauflfer on serpeot daos son seio. 

Les rois oot les maios longues. 

Chapitre VII. Dans l'histoire. 

De l'histoire. 

ReceTOtf une mercuriale. 

Aller cherche, ,„ej^u'ua .rec h crou et U b.noiè«. • 

Jrairc de penooo bannière. 

Planter le mouchon. 

Elle a laissé délier sa ceinture. 

C'est le nœud gorflien. 

Eafaos, compagnons de la Mate. 

Faire la barbe i quelqu'un. 

Etre sur un grand pied dans le monde. 

Prendre sans vert. 

Le Tin est rersë, il faut le boire. 

Tirer Je diable par la queue. 

Chapitre VIII. Dan. Jescaraetères distioctiû des peuples 
et moderoes. r r ^ 

Point d'argent, point de Suisses. 
C'est une quereUe d'Allemand. 
Tu germane bibis, comedis non, etc. 
Il a été acheté au poids du sanctuaire. 
Mou comme un Sybarite. 
C'est un Arabe. 

Ivrogne comme un Allemand. , 
C'est un juif. 

Fort comme on Turc. 

Non minus sapit Germanus ebrius qoém sobrius. 



aocieos 



I 

a 

id. 

id. 

3 

5 

id. 

id. 

8 

id. 

9 
id. 

la 

i3 

id. 

id. 

14 

15 

i6 

id. 

»7 
i8 

»9.. 
id. 

ao 
aa 
a3 

id. 

id. 
id. 

a4 
id. 

a5 

a6 

id. 



Table des matières. 40g 

Nuinfrm. , Pafet 

II. Quaôd les Irlaodais bÔdI bout, etc. « ty 

Chapitre 1%, Dans les arts. - îd. 

1. Avoir le vent en poupe. id. 

3. Mettre les fers au feu. id. 

3. II faut battre le fer quand il est chaud. id. 

4. Fondre la cloche. id. 

5. Il vaut mieux être marteau qu'enclume. a8 

6. Etre entre l'enclume et le marteau. id. 

7. Perdre la tramontane. id. 

8. Dorer la pilule. id. 
Chapitre X. Dana les habitudes et les mouvemeos du corps. îd. 

I. Donner le croc en jambe. id. 

a. Demeurer les bras croisés. 29 

3. Bailler comme un bienheureux. îd« 

4. Baûiser l'oreille. ' ' id. 

5. Mener par la barbe. id. 

6. Il a les mains gluantes. id. 

7. Il a la langue bien pendue. ^o 

8. Elle est parée comme une châsse. id. 
9« Il vous en pend autant au nez. id. 

10. Belle figure est une recommandation muette. id. 

11. C'est un. aa bot. 5t 
ta. C'est un bon drille. id. 
i3. Être entre dewi selles le cul à terre. id . 
14. Venir la gueule enfarinée. id. 
l5» Courir comme un dératé. 3a 

Chapitre XI. Dans les sensation» et émotions de l'âme* id. 

I. Il a baissé le bonnet pour se cach(*r le front. 33 

a. Avoir bon nez; id. 

3. Tout habit sied bien à qui en a besoin. id. 

4. A peine s'est-il tiré du bourbier quUl est tombé dans le fossé. id. 

5. Mauvaise tète et bon cœur. id. 

6. Rire sardonique. 34 

7. Étonné comme un fondeur de cloobe. 35 

8. Il en est jaloux comme un gueux de sa besace. id. 

9. S'en aller la queue entre les jambes. id^ 
10. Pisser au bénitier. iii. 

Chapitre XII. Proverbes relatifs aux animaux. ' id. 

Des animaux. - 56 

S I*'. Les quadrupèdes. 38 

1^ Il faut se défier même d'une belette morte. id. 

a. Souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise. 09 

3. A goupil endormi rien ne chet en la gueule. 40 

4. Vous baillez la brebis à garder au loup. id. 



4 10 TABLE DE& MATIÈRES. 

Niimért». 

^. Après le cerf lanière, après le «angUer le qûère. 4o 

6. La ouil tous les chats soot gris. 4^ 

7. Entre cbien et loup. 1 ><^- 
8« Jamais loup n'a va son père. 4^ 
9. Un Aoe paré ne laisse pas que de braire. 44 

10. Assaut de lëTrier, fuile de loup^ défense de sanglier. id. 

11. Il est comme ira^cheval de Çappadoce, etc. id. 
I a* Tons les renards se retroarent chei le pelletier. 4^ 
i3. IlauDetéte d'hjène. ^^' 
14. Il • autant de sens comme un singe a de queue. 4^ 
i5. Payer en monnaie de singe. « 47 
i6* Lorsqu'une mule engendrera. >^- 

17. Il est bon cheval de trompette, il 09 s'effraie pas dû bruit. 4^ 

18. Le chameau désirant des cornes a perdu les oreilles. id. 

19. Il n'est chasse que de vieux chiens. i^* 
ao. Nos chiens ne chassent point ensemble. 49 
al. Le singe est dans la pourpre. 1^* 
aa. C'est une bonne truie à pauvre homme. ^^ 
a3. Laisser aller le chat au fromage. ^^' 
a4* N'en faire que le rerf. **^* 
a5. A cheval donné on ne regarde pas à la bride. ^^> 

26. Qui est Ane et veut être cerf, se connaît au saut du fosMi id. 

27. Qui poursuit deux lièvres à la fois n'en prend aueun. id. 
aS. Il faut prendre le taureau par les cornes. \^' 
39. lie réveillez pas le chat qui dort. ^^* 
5o. Est bien Ane de nature qui ne sait pas lin son écriture. 5a 
3i. Il ne faut pas réveiller le lion qui dort. \^^ 
3a. Un renard n'est pas pris deux fois au même piège. ^d. 

33. Le chev,al qui vole ne se contente ni du trot ni du galop. id. 

34. Il vaut mieux être tête de lézard que queue de dragon; 55 

35. Plus enflé qu'une botte. ***' 

36. Il est avis au renard que chacun mange poule comme lui. id. 

37. L'œil du matire engraisse le cheval. 54 

38. Brebis comptées le loup les mange. ^^* 

39. Tenir |e loup par les oreilles. '"* 

40. Le frein doré ne rend pas le cheval meilleur. 55 

41. La fièvre quarte s|ed bien au liop. j^* 
4a. Si tu ne peux avoir un bœuEy cootenle^loi d'un Ane.. id. 

43. Sur la peau d'une brebis on écrit ce que l'on veut. W* 

44. Il faut, comme dit l'autre, hurler avec les ioups. 56 

45. Un singe est toujours singe. * ' 

46. C'est un caméléon. .J 

47. L'Ane de U communauté est toujours le pWs mal bâté. »d. 

4». U se sert de la pâte du chat pour tirer les marrous du feu. 



58 



TABLE DES MATIERES. 41 1 

Nuniëroi. Pt8«s 

il), A bon chat bon rat. id. 

5o. ReTenoDfl k nos moutons. id. 

S II. Les insectes. " 60 

1. Léger comme un papillon. ><!• 

a. Prendre la mouche. >d. 

3. C'est un maître mouche, c'est une fine mouche. id. 

4. Doigts d'araignée. * 61 

5. On prend plus de mouches avec du miel qu'avec du vinaigre. ' idw 

6. Il est piqué de la tarentule. 6a 
Chapitre XIII. Dans les oiseaux. 64 

1. C'est un aigle. id. 

a. Il est au nid de la pie, 66 

3. C'est un butor. îd'. 

4. Chaud comme uoe caille. ' ^ * id. 

5. Larron comme unechouette» comme une pie. 67 

6. C'est un corbeau. id. 

7. Qui mange chapon, chapon lui vient. id. 

8. La bécasse est bridée. ' 6A 

9. Chétive est la maison où le coq se tait et la poule chante. id. 

10. Il attend que les allouettea lui tombent rôties dauK le bec. 69 

11. A chaque oiseau son nid parait beau. . id. 

12. Saoul comme une grive. 70 

13. Si le ciel tombait il y aurait bien des alouettes prises. id. 

14. Être comme un coq en pâte. ^ id. 
i5. C'est un phénix. id. 

16. C'est le chaot du cygne. ja 

17. L'aigle ne chasse point aux mouches. id, 

18. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps. id. 

19. C'est une buse. id. 
ao. Qui mange l'oie du roi, cent ans après il en rend les plumes^ 73 
21. Oo ne saurait faire d'une buse un épervier, id^ 

Chapitre XIV. Dans les pobsons. 74 

1. Jeune chair et vieux poisson. id. 

a. II y a anguille sous roche. id. 

3. Tenir l'anguille par la queue, id. 

4* C'est un bernache, il n'est ni chair ni pouson. 7a 

5; Il est sec comme un hareng saur. id. 

6. Il raisonne comme une huître. . . idy 

Chapitre XV. Dans les plantes. 76 

1. Mauvaise herbe croît toujours vite. ^7 

a. On a employé pour lui toutes les herbes de la Sainf-Jeao. id, 

3. Il est comme le lierre, il meurt où il s'attache^ 88 

4. Il tient comme chiendent. id^ 



4 la TA6LB DES àATIÈRtS. 

NaaéiM. Pages. 

5. Ell^ est rpnde oororoe uoe cîtroaiUc. 89 

6. C'est amer oom'ne l'abfiothe. id. 

7. Il o'y a pas de si petit buisson qui oe porte soo ombre. id. 

8. Oo ne peut cueillir la rose sans se piquer les doigts. id. 
9* Il est franc comme osier. id. 

10. Elle a perdu la plus belle rose de son chapeau. 90 

1 1. Il bat les buissons et les autres prennent les oisillons. id. 
la. Confection d'anacarde, confection de sots« 91 
i3. L'herbe sera bien courte s'il ne trouve à brouter* 93 
i4* Qui veut cueillir la rose doit prendre garde aux ëpinet» id. 
1 S. Faire ses choux gras. id. 

16. Elle est jaune comme un coing. 93 

17. Fol amandier, sage mûrier. id. 
i8« Elle est propre à cela comme à ramer des choux. id. 
19. Elle est raide comme un jonc. ^ id. 
ao. Les marguerites fraoçaûes. 94 
ai. Jeter des marguerites aevant les pourceaux. id. 
as. Séparer l'ivraie du bon grain. id. 
aS. Il a l'Ame noire comme l'éb^iie. id. 

34. Il n'y a pas de si belle rose qui ne de?ienne gratte-cul. id. 

35. Les lis ne filent point. 9^ 

Chapitre XVI. Dans les saisons, les fêtes et le temps. 

1. Le temps rouge le soir, le lendemain beau ciel fait voir. 10a 

a. Le soleil levant est toujours préféré ao couchant. id. 

5. Qui a un^ belle femme, sa maison sur la frontière, etc. id. 

4* Après la pluie le beau temps. io3 

5. Gela vient comme marée en carême, comme mars en carême, id. 

6. Il ne faut pas chômer les fètet avant qu'elles ne soient venues, id. 

7. C'est un ?rai carnaval. io4 

Chapitre XVII. Dans la jurisprudence. id. 

1. La forme emporte te fond. ^106 

a. A temerario judice, pr»ceps sententia. * 107 

3. Adhuc sub judice lis est. id. 

4. On ne peut être i la Ibis juge et partie. id. 

5. Volontas habetur pro facto. id. 

6. Semper in obscuris quod minimum est sequimur. id.^ 
7* Le mort saisit le vif. id. 
S. Achat passe louage. id. 

9. Posteriora derogant prioribus. .108 

10. Coi prodest scelus, is fecit. id. 

11. M ensuraque juris, vis est. id. 
13. La balance ne penche pas plus du côté de l'or que du côlé du 

■"i^nib. 10» 



tA BLE DE» MATIÈRES. 4i3 

Numéro». P*K^ 

i5. Il vaut mieux absoudre TÎogt criminels que do condamner un 

innocent. 108 

i4> Summum jus summa injuria. id, 

i5. Il ne faut pas condamner sans entendre. 109 

16. Un mauvais accommodement vaut mieux qu'un bon procès. 1 10 

17. A tous seigneurs tous honneurs. 1 1 1 

18. Qui répond paie. id. 

19. Les battus paient l'amende. ^ id. 
Chapitre XVIII. Dans Ja médecine. iiti 

1. Si tibi deficiant medici, si vous avez besoin de médecins. ii4 

a. Passe-moi la casse, je te paaaerai le séné. ii> 

5. La goutte vient de la fillette ou de la feuillette. id 

4. Médecin, guéris-toi toî-raéme. id. 

5. Orandum est ut sit mens saoa in corpore sano. • - 116 

6. Le vin est le lait des vieillards. . * id. 

7. Plus occidit gula qnam gladius. ^ 1 17 

8. Magna pars libertatis est benè moratus venter. id. 

9. Juvenilis luxuria senectuti proxima. 118 

10. Pour vivre long-temps il faut donner à son c Vent. id. 

11. Ars longa, vita brevis. 119 
la. Aux grands maux les grands remèdes. * id. 
i3. Si vis te reddere sanum, etc. id. 
i4. Qui vult vivere annos Noé, etc. id. 
i5. Vie de pourceau, courte et bonne. lao 

Chapitre XIX. Dans les choses inanimées. id. 

1. C'est une tète à perruque. lai 

a. I4oir comme le manteau d'une cheminée. id. 

3. Sot comme un panier. laa 

4. A propos de bottes. id. 

5. Tour du bâton. id. 

6. Adieu paniers» vendanges sont faites. ia5 
Chapitre XX. Dans les différens états et diverses professions. 1 a4 

1. On ne peut rester long-temps dans la boutique d'un parfu- 
meur, etc. . id. 
a. Menteur comme un laquais. ia5 

3. C'est un -grand clerc. id. 

4. Vêtu comme un rentier. « ia6 

5. Il ne faut pas parler latin devant les cordeliers. ia7 

6. C'est Gifos- Jean qui remontre à son cure. id. 

7. Hardi comme un page. ' laS 

8. Pauvre comme un poète. id. 

9. If ous en scabins trop per esta notaris. !^ 139 

10. Il m'a fait chère de médecin. id. 

11. De trois choses Dieu vous garde, etc. id. 



V 



TABLE DBS MATIERES. 



4i4 

la. Cett oa avMit de Pooce-Pfhite. 



1. 



I. 
3. 

4. 

6. 
6. 

7- 

I. 

a* 

3. 

4. 
5. 

.6. 

7- 
S. 

9- 

10. 

11* 
i3. 

i4. 

i6. 
»7- 

ao. 
ai. 



1. 

a. 
5. 

4. 



Ghap. XXI. Dans let élëmeoa. 

Tant vaul l'homme^ tant vaut la terre. 

Ghap. XXII. Dant les sobriquets, ou noms particulien donnés 

auK habîtans , etc. » etc. * 

S I*'. De) provinces. 

Normands booUeux. 

Un Manceau vaut un Normand et demi. 

Un Normand a son dh et son dédît. 

Quatre-Tingt-diz-neuf montons et dn Ghampeoois font cent 

bé.tes. 
Les Picards ont la tète chaude. 
Normands bigots, 
lions comme c . . . . de Lorrains. 
S II. Des Tilies. 
Anes de Beaune. 
Angers, basse ville et hauts docbers; riches putains, pauvres 

écolien. 
Aveugles de Châlons. 

Ghâteaulandon, petite ville, mais de grtmd renom , etc. 
Elle a passé le pont de Gouroay. 
Get homme est de Lagoy, il n'a pas hAte. 
Gonvoi de Limoges. 
Gela fut joué à Loches. 
Pucelle de Marelles. 

Pistolets de Saneerre, ' 

Il a été à Saint-Malo. 
Or de Toulouse. 

Qui a une maison à Userohe, a un château en Limousin. 
C'est du vin de Bretîgnjr, qui fait danser les chèvres. 
Sautriauz de Verberîe. 
Bossus d'Orléans. 
Usuriers de Metz. 
Les singes de Gbaulny. 
Les larrons de Vermand. 
Les sots de Ham. 
Ghiens d'Orléans. 

Ghap. XXIII. Dans les tropes oa figures. 
$ I«'. L'allégorie. 

Il ne faut pas mettre le doigt entre le bois et l'écorée. 
Il reste la gueule morte. 
G'est le geai qui se pare des plumeé du paon. 
Donner du galbauum. 



Pagéi. 

i3o 
i3a 
id. 

i36 
id. 

id. 
id. 

i37 

id. 
i38 
id. 
iSg 
ici. 

i4o 
i4t 

id. 
H. 

■42 

Ni. 
id. 
id. 
i43 
id. 
id. 
id. 
,44 

i45 
id. 

«47 
id. 

id. 

i47 
i48 
id. 

i59 
id. 
l5n 
id. 
id. 
id. 



TABLE DES MATIERES. 



Numéros. 



I. 

a. 
3. 

4. 
1. 

3. 

3. 



I. 

2. 
1. 

a. 
5. 

4. 

5. 
6. 



I. 

2. 

3. 

4. 

5. 
6. 



7- 
«. 

9- 

lU. 

1. 
a. 
5. 

4^ 

1. 
a. 
3. 



$11. La métaphore. 

Cal de plomb. 

C'est un pot félë. 

Sourd comme un pot. 

Plumer la poule. 

$111. L'hyperbole. 

C'est une peste. 

Il se noierait dans un crachat. 

Il a une voix de Stentor. 

S IV. L'antithèse. 

$ V. L'équivoque. 

Il l'a manqué belle. 

Je n'ai rien. 

$VI. L'ironie. 

C'est de la petite bière. 

Huile de cotrets. 

Amoureux des onze mille vierges. 

Aller au cap de Grippe. 

Courtauds de boutique. 

Cumulards. 

S VII. Le jeu de mots. 

$ VIII. Dictons populaires et trivi^ités. — Série de dictons. 

Gbap. XXIV. Dans le sens grammatical. 

$ I. Proverbes commençant par un article. 

Le moineau dans la main vaut mieux que la grue qui vole. 

La roue de fortune va plus vite que celle d'un moulin. 

Le mal guérit les fous. 

La critique est aisée et l'art est difficile. 

Les sots sont ici-bas pour nos menus plaisirs. 

L'amour et les mauvais desseins se fourrent ansfti-bieQ aux 

champs qu'à la ville. 
Le vin aiguise l'appétit. 
La défiance est m^e de sûreté. 
Le premier venu engraine. 
Les deux font la paire. 

$ II. Proverbes commençant par un substantif. 
Chansons de Jeanne et de Paquctte. 
Finesses cousues de fil blanc. 

Personne ne veut donner le premier coup «u lion 4|ui dort. 
Art ne règne , mais cas et fortune. 
$ III. Proverbes conumençant par lui adjectif. 
Bon chien chasse de race. 
Désintéressé comme un procnreur. 
Un bienfait reproché tient toujours lieu d'ofibnse. 



4i5 

i5i 

id. 

id. 

îd. 

id. 

i5a 

i53 

id. 

Jd. 

.id. 

i54 

id." 

id. 

i55 

i56 

id. 

i57 

i58 

id. 

i59 

i6o 

i6i 

i6ï 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

id. 

ifi4 

id. 

i66 

id. 

1^7 

i68 

id. 

id. 

id. 

169 

J70 

id. 

171 

>74 



4i6 TABLE DES MATIERES. 

Ifumèrot. - • 

4. Tout faÎMor de joanuiox doit tribut au m«Un. 

5. Bon ao , mal ao. 

6. Tel maître, tel valet. 

7. Un âoe frotte l'autre. 

8. Égaux comme férets d'atguiliettef. 

9. Tout ce qui reluit o'est pat or. 

10* Tout Icf moyens tout bons, pourvu qu'on réunisse. 
S lY. Proverbes commençant par un verbe., 
t. Être dans le grain. 
a. Rôtir le balai. 
5. Laisser sur le vert. 

4. Employer le vert et le scci 

5. Es-tu dans le doute si une action est juste ou injuste, abstiens- 

toi de prononcer. 

6. A beau mentir qui vient de loin. 

S V. Proverbes commençant par un adverbe. 
1. Trop acbète le miel qui le lèche sur les épines, 
a. Aussitôt pris, aussitôt pendu. 

3. Mieux vaut jouer contre un pipeur que contre un chanceux. 

4. Quand orgueil chevauche devant, honte et dommage le 

suivent de près. # ,. 

5. Point de nouvelles , bonnes nouvelles. 

6. Mieux vaut faire envie que |»itié. 

$ YI. Proverbes commençant pv un pronom. 
. !• Il parle comme un oracle. 
a. Qui ne dit mot consent. 

3. Tel a de beaux yeux qui ne voit pas. 

4. Chacun son métier, les vaches.seront bien gardées. 
.5. Qui a bu boira. 

6. Qui paie ses dettes s'enrichit. 

7. Qui fit Normand , il fit truand. 

8. Son père a porté la mandille. 

9. Celui-là n'est passage qui n'a peur d'un fou. 

S YII. Proverbes commençant par une préposition. 
1. Après moi le déluge. 
a. Par ma fiquette. 

3. Par la quenouille de la reine Pédauque. 
4* Pendant que la masse de fer des Phocéens sera au fond de I»mer. 

5. Pour un point Martin perdit son âne. 

6. A tout bon compte on peut revenir. 

S YllI. proverbes commençant par une conjonction. 
1. Si je suis a£Qigé, ce n'est pas pour des prunes. 
s. Quand la bourse est lâche, le cœur est serré. 

% IX. Proverbes commençant par un nom de nombre. 



.75 

176 

id. 

îd. 

177 

id. 

181 

18s 

id. 

id. 

id, 

id. 

id. 
18Î 
186 
id. 
id. 
187 

id. 
188 
190 
19a 
id. 

îd. 

id. 
195 

196 

"97 
id. 

id. 

»98 
id. 

id. 

>99 
301 

aoa 

:ko3 



id. 
îd. 
ao5 



XABLt BBfi BIATIËflES. 417 

i« Cent ans bannière, cent ans civière. ao5 

a» Deux têtes dans un bonnet. i4. 

S X. Proverbes commençant par un noip propre. id. 

I. A la Saint-Martin on boit du bon vin. id. 

3^ A la Saint-Urbain ce qui est à la vigne est au vilain. i^. 

$ XI. Proverbes commençant par ces mots : H faut, il ne fimi 

ffos; il est, il n'ett pat ; e'ett , ee n'est pas; iiyafii n'y a fa», 2ù6 

%, Il Tant rendre à César ce qui est à César, etc. , . id. 

9. Il ne faut pas courroucer la fée. }d« 

' 3. Il est tous les jours fête pour les fainëans. 207 

4. Il n'est pas question de serrer l'anguille, il n'y a qae &çon de la 

prendre. iéi 

&. C'est un homme fait à peindre. îd. 

6. C'est un zéro. id» 

j. Il faut un homme alerte pour semer l*avcMoe, etc. > id. 

8; C'est autant de pris sur les Amalécites. ao8 

9. C'est un apothicaire sans sucre. id* 

10. C'est le puits de Dëmocrite. id. 

1 1. C'est un vendeur de fumée. aé^ 
1 a. Il n'y a pas de plaisir sans peine. aïo 
i3. C'est un homme de tontes les heures. au 
■4* C'est une Mélusine. id. 
lô. C'est mon. ai5 
i6« C'est un Sycophante. id. 

17. Ce n'est plus le temps où Berthe filait. a)4 

18. C'est un espoir de Breton, 216 

19. C'est un Jean Farine. id, 
30. Il faut ménager la chèvre et le chou. 317 
91. Il ne faut pas se confesser au: renard. aiS 
^%, II faut respecter l'enfance. aao 
2|3. Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes g^ns.. id. 
a4« Il n'est point de héros pour son valet de chambre.^ aii 

S XII. Proverbes commençant par les particules a et oiu aaa 

1. A donner et à prendre, etc. id, 

9. A carême prenant chacun a besoin de sa poêle. id. 

3. On dort aussi-bien sur une gerbe de paille. id. 

4. On n'est nulle part lorsqu'on est partout, etc. id, 

5. On n'a jamais bon marché de ce dont on n'a que faire. id. 
Livre III. Classification générale des proverbes, adages* 

sentences et apophthegmes. aa3 

Chapitre l^^. Des mots singuliers et proverbiaux employés dans 

la langue française. '. |d. 

1; Aigrefin. id. 

a. Baragouin. . ï^» 

T. m. 37 



/4 1 6 TA BLE DES MATIÈRES. 

\ Béjtttnr» siS 

4. Béllire. asS 

5. Boaflbn. id. 
^. BoQC émisMire» id. 
7» Goott. as6 

8. Girnard. id. 

9. GtlimathUis» a-j 
H>* Grigon. s»8 
11. Itoobin. id. 
»9. Mtrioanette»^ 229 
i5. Mogoet» ^ id. 
14. Pantio. a5o 
i5. Parpaillolf. îd. 

16. Pasquîntde. a3i 

17. Patelin. id. 
i8. Pettt-mtttre. aSa 
19. Tintamarre. aSS 
90. Turlapinade.. id 
ai. Gopieui. id. 
sa. Gagota. 334 
aS. Arrhes. a36 
a4. Gabaret. id. 
aS* Goqnet, coquetterie* id. 
s6. Glincatllerie. a 38 
27. Âfistoleurs. . id. 
a8v Ghatrin. id. 

39. Bigotte, bigotcUe. id* 
3o* Gens de sac et de colrde^ aSp 
Si. Gfiet-apens. id. 
5a. Godemard. a4o 

33. Bontefea. a4i 

34. Galendrier. a43 

35. Goterie. id. 

56. Gotereaux on cotiers* id. 

57. Lameuil. a44 
38. Algarade. a45 
59. flost. id. 

40. Huguenot. id. 

41. Fesse-mathieù. 247 
4a. Jarnicoton. id. 
45. Ghaland. 34S 
44* Assassin. id. 

45. Malfôte.' a4S 

46. EstaEBer. a49 



TABLE DES MATIÈRES. 



NUHkifofl» 



49- 
5o. 
5a. 
55. 
54. 
55. 
56. 
57. 
58. 
59. 
60. 
61. 
6a. 
63. 
64. 
65. 
&6. 
67. 
68. 
69. 
70. 

7»- 
7». 
73. 
74. 
75. 
76. 

77' 
78. 

79- 
80. 

^i. 
83. 
83. 

84. 
85. 
86. 

87. 

1. 
3. 

3. 



Beaa cadets 

Mesquin. 

Parasite. 

Jansénistes. . 

Mysanthropes. 

Goides des pécheur». 

Pilier de coulisses d'Opéra, etc. 

Poulets. 

Sirop. 

Sacards. 

Ghevaliers de rarc-en-cîel. 

Laquais. 

Brevet de retenue de mort* 

Papelard. 

Sire. 

Flûtes. 

Martin-bâton. 

Solécisme. 

Sainte Mitouche. 

Sophisme. 

Grand abatteur de quilles. 

Corps sans âme. 

Villon. 

Chère de commissaire. 

Sot en cramoisi. 

Face d'abbé. 

Routier» vieux routier. 

Passade. 

Chenille. 

Âristarqne. 

Amphitryon. 

Poltron. 

Pénard, -vieux pénard. 

Tartufe. 

Rodomont. 

fïépotisme. 

Ratier. 

Quiproquo. 

Orviétan. 

Vampire. 

Chapitre II. Des expressions singulières et proverbiales 

Avoir maille à partir entre personnes. 

Battre Testrade. 

C'est une affaire bâclée. 



4^9 

Page»" 

a49 
a5o 

id. 

a55 

id. 

id. 

356 

id. 

358 

id. 

359 

id. 

360 

id. 

id. 

a6i 

362 

id, 

363, 

id. 

364 

365 

id. 

366 

id, 

,367 

id, 

368 

id, 

369 

370 

37a 

id. 

375 

îd. 

^7i 

id. 

375 
376 
id. 
278 
id.' 
id. 
id. 



490 TABLE DES MàTIEUS. 



4. Chauffer le tifOQ. 975 

5. Chanter la palinodie» idL 

6. Courir le guilledou. »8o. 

7. Courir l'aiguillette. id. 
&, Courir la prélentaille. afti 
9. Donner la férule. n id. 

10. Donner la savate. a85 

11. Donner un pensum. id. 
19. Faire l'école buisson nière. id. 
iï« Faire Tcrsure. a64 
14. Faire la figue. id. 
»5. Manger son bien en berbe. a85 
16. Parler à ventre déboutonné» id. 
»7. Prendre des vessies pour des lanternes. aSô 
18. Par filer. id. 
f 9. Renvoyer aua calendes grecques. 187 
so. Révéler les secrets de l'école. id. 
al. Donner à quelqu'un la monnaie de sa pièce. id. 
aa. Donner l'esUffe. 388 
95. Chercher castille. 14. 
94« Conter des bourdes. id. 
aS» Faire charivari. td« 
a^ Employer le* rognures. aâ^ 
97. Chanter Jehan Petaquin. a^ 
t8. Porter le haut de chausse. 291 
^9» Donner dans la bosse. 299 
3o. Nouer l'aiguillette. id. 
3i. Prendre une pointe de vin. 994 
$9. Sucrer sa moutarde. id. 
^3. Donner les haguignètes. id. 
i4* Godailler. a^S 
25. Donner le branle. agfi 

36. Cracher sur les tisons. id. 

37. Être à pot et à rôt avec quelqu'un. id. 

38. Souffler le froid et le chaud. id, 
99. Mettre de l'eau dans son vin. 997 
4o« Mener par la lisière. . id. 
4i. Entendre le jar. id. 
4a. Faire le Pernet. 998 

43. Bagnauder. id. 

44. Faire baiaér le babooîo è quelqu'un. 999 

45. Avaler des couleuvres. idl 

46. Changer son cheval borgne contre un aveugle. id. 

47. Lambiner. id« 



TABLE DES MATIÈEES. 4ai 

Rompre la paille avec que Iqu'iio. 3oo 

Être alerte. ' id. 

Donner la muse à quelqu'un. So i 

Se battre sans quartier. * 3ioa 

Faire danser l'anse du panier. . iid. 

Opiner du bonnet. So.^ 

Jeter son bonnet par-dessus les monlins.w ad. 

Avoir la tête près du bonnet. ad. 

ÂYoirles fièvres blanches. ^4 

Porter le bonnet vert. âd. 

S'acagnarder. 3o5 

Mettre le feu aux étoupes.. « io6 

Tuer le temps. ' 3»7 

Prendre la chèvre. 5je8 

Jeter la pierre. ^ id. 

Faire d'une pierre deux coups. 34»9 

Payertous ses Anglais. iâ^ 

Faire Gillc. Sio 

Croquer le marmot. 3» i 

Aller en Flandre sans cootosn.. 3âa 

Ramponer. .là.. 

Rater. Sa 3 

Porter la cornette. 3t4 

Manger comme Gargantua. 3i5 

Porter be»ot. . .3*6 

Être hors de page. «d. 

Avoir un front d'airain. 3:17 

Juger une affaire sur l'étiquette du sac . îd. 

Crier haro sur quelqu'un. 3a8 

Prendre sa bisque. Sao 

Se moquer de la barbouillée. id. 
Faire le pied de veau. • id. 

Tenir le haut du pavé. 3a i 

Faire pâte de velours. 3a a 
Livre IV. Classification générale des proverbes» adage» «^ 

sentences et apophlhegmes. J^ô 
Chapitre unique. Notice biographique sur leir pansmîogra- 
pbes , ou sur les auteurs qui ont traité des proverbes^ avec . 

l'indication de leurs ouvrages.. id. 

S I*'; Des Anciens. id. 

1. Aristote. id. 

•a. Plutarque. id. 

3. Pythagore. 52i 

4.^ Théophraste. iâ. 

§ II. Des Modernes^ id. 



4». 

49- 
So. 
Si. 

59. 

55. 

55^. 
56. 

«7- 
S8. 

«9. 

6o. 

•6i. 

€3. 

€S. 
64. 
65. 
€6. 
67. 
68. 
€9. 
•70. 

75. 

74. 
75. 
76. 

■77- 

79- 
So. 

81. 



4a!i TABLE DES MATIERES. 

I. Amminto ( Scîpione). 3 24 

9. Andreliouf (Fanstus). SaS 

3. ApoitoUtu ou Apoitolicitf. 3 26 

4. Bafr( Jean- Antoine de 7. id. 

5. BeliogeD (Plcuryde). id. 

6. BlaDchet. >^ 

7. Bovelles (Charles de }^ i<l- 

8. Braeys (Claude). ^27 

9. Cordier (Mathuriu). id. 

10. Corroêet (Gilles). 3s8 

11. Cousin (GUbect). iàî 
la. Crocus (Corneille). , |d. 
iS. Duchat (Jacob Le)^ >d- 
14. Duret (Claude). >d. 
i5. Érasme (Didier). ^ag 

16. Etienne (Henri). jd. 

17. Goedt-Hals (Françob). îd. 

18. Gringore (Pierre). ^^o 

19. Grosnet (Pierre). jd. 
■20. Gradé de Lacroix do Maine ( Fraoçob }k îd. 
91. GuHlon (René). id. 
99. lunios (Adrien)'. id. 
sS. Le Bon (Jean). 33 1 
94* Marie (Jean). id. 

95. Blannce (Paul). i<l* 

96. Ménage (Gilles).. i<}- 

97. Menrier (Gabriel). id. 

38. Mézeray (Eudes). 333 
99. Moisant de Brieux (Jacques).. >c- 
3o. Monlluo ( Adnei^ de ). id. 
3i. Nicot (Jean). 334 

39. Oudin. , »d. 

33. Pintianus (Frédéric). >d. 

34. Pisan (Cbrbtine de ). «4. 

35. Régnier (Mathurin}^ id. 

36. Roux (P. J. le). 335 

37. Sartor (Jean). 356 

38. Tuet. wi^ 

39. Turnebè (Adrien). id.. 

40. Vergile (Polydore). id- 
4i. Vervillç (Béroaldde)>. 337 
4a« Vesprie (Jean de la). id^ 

tlH as LA TABLE DES SBOVBXBBS. 



9^ 



TABLEAU 

DE LA MORALITÉ DES PROVERBES CONTENUS DANS LES 
TROIS VOLUMES DE CETTE HISTOIRE GÉNÉRAL^. 



Ablutions, tome deuxième, page g4i n. 38. 

Absurdité, t. i, p. 96, d. i36. 

Académie, t. 1, p. i43, n. ai. 

Achat, t. 3, p. saa, n. 5. 

Accommodemens, t. i, p. a66, n. |»3. 

AEPaîre, t. 1, p. 370, n. 65. 

Age, t. /, p. a49, n. ai. 

Ambition, t. 1, p. 171, n. 84* 

Amis, t. 1, p. a56, n. 36. 

Amitié^ t. 1, p. 108. n. 174* p. ao6, n. 168, p. 3o8, n. 64 ; t. a, p. aa, 

n. 16, p. »37, n. 8. 
Amour-propre, t. i, p. 486, n. 107. \ ~- 

Amour de la patrie, t. a, p.. 39, n. 81. 
Ancêtresj t« 1, p. go, n. laa. 

Apparence, t. 1, p. i55, n. 4^» P* 1901 n. ia5; t. a, p. 290, n. 38. 
Argent, t. 1, p. a45y n. 8, p, 3ii, n. 77, p. 4oi» n. 55; t. a, p. 25q, 

n. 5, p. 387, n. 33, p. 395, n. 9. 
Argument, t. 1, p. i53, n.43, p. aoa. n. i54. 
Ai^Mce, t. 1, p. 81, n. 98. 
Attente, t« 1, p. 107, n. 169. 
Avare, t. 1, p. 80, n. 97* 
Avarice, t. 1, p. 1731, n. 87, p. 398, n. 44* 
Avocats» t. 1, p. io5, n. 160. 

B 

Babillard, 1. 1, p. y$^ n. 86, p. 99, n. 147, p< ^85, n. ^1 ; t. 3, p. 3o, n. 56.. 

Barbe, t. 1, p. 307, n. 61; t. 3, p. 16, n. 8. 

Battologie, t. 1, p. '65, n. 61, p. i83, n. 111. 

Beauté, t. 1, p. lai, n. 16, p. 388, n^ 4» ^* ^9 P* 3o, n. 10. 

Bienfaisance, t. 1, p. 478, n. 70; t. a, p. ap, n* 5a. 

Bienfait, t. 1, p. i64, n. 69; t. 3, p. 174, n« 3. 

Bon cœur, t. 3, p. 33, n. 5. 

Bonheur, t. 1, p. i53, n. 44» P* i^9i »• 39; t. a, p« i4o, n. 5i.. 

Bonne action, t. a, p. a5o4n. 1. 

Bonne fortune, t. 1, p. io4) n. 1^9, p. a64, n. 5i. 

BoQ sens, t. a, p. i43, n. 35. 

Biens, t. 9, p. 34, n. 70. * 

Bonté, t. 3, p. 55, n. 43.. 



434 MORALITÉ DES PROVERBES. 

Gaiactère det pcaples, t, i, p. 3i. 

GMtntloa, 1. 1» p. têi^n* n«» 

Cervelle, t. l, p. 908^ m 17S. 

Chagrin, t. i,*p, SsS, n. 3. 

Charité, 1. 1, p. 173, n. 85; t. a, p. a86, d« a^ 

Chaïae, t. 1, p. 463, d. 6. 

ChauMure» t. 1, p. aoi^n. iSo. 

Cbevelore, t. 1, p. 46, n. i3. 

Colère, t. 1, p. Sog, n. 68, p. 353, o. 87. 

Comparaison, t. i, p. 274, n. 70; t. a, p. a8a, n. ai. 

Confideos, t. 3, p. a 19, n. ai. 

Confoiioa, t. 1 , p. 157, n. 5a. 

ConoaisiaDce de soi-même, t. a, p. 343, n. 1. 

Conseils, t. i, p. a67, n. 56, p. Soi, n. a4, p. 5o3, n.37; t. a» p, 16a, n. SL 

Contentement, t. a, p. 379, n. i5. 

CooTersation, t. a, p. a8, n. 46. 

Coquetterie, t. 3, p. 337, n. a5. 

Coteries, t. 3, p. a43, o. 35. 

Courage, t. i,p. 189, n. ia3. 

Courtisans, t. 1, p, a53, n. 28^ p. 477» n. Gi^, 

Courtisanes, t. 1, p. 89, n. 118. 

Crédit, t. a, p. i53, n. a. 

Crédulité, 1. 1, p. 488, n. ii3; t. a, p. 14 1, n. aa* 

Critique, t. 3, p. i63, n. 4» p> 269, n. 77. 

D 

Défiance» t. i,p. a4>> n* 1 ; t. 3, p. 166, n. 8. 

Délateurs, t. 1. p. i46, n. 27, p. i54, n. 4^^ 

Démon, t. 1, p* 85, n. iio. 

Dérèglement, t. 1, p. 71, n. 78. 

Désespoir, t. a, p. a67, n. 53. 

Destin, t. a, p. 89, n. i5,,p. 100^ n. 6o« 

Détresse, t. 1, p. i4o, n. la. 

Dettes, t. 3, p. 196, n. 6. 

Devoirs, t. 1» p. 484* n. 101. « 

Diseurs de bons mots, t. 1 , p. 278, n. 78. 

Dispute, t. 1, p. 100, n. 149. 

Ditisimulalion, t. 1, p. 107, n. 172; t. 3, p. 294, n. 6. 

Dissolution, t. 1, p. 191, ni 136, p. aa6, n. aa5, p. ^09, n. 6<^. 

Distinctions, t. 2, p. 182, n. 29. 

Distraction, t. 1, p. a 10, n. i8o. 

Doigts, t. 1, p. an, n. 181. ' 

Domestiques, t. a, p. i44« n. 39. 

Douceur, t. 1, p. 344* n. 7^ t. 3, p. 61, n. 5. 

Doute, t. i,p. .995, n. 3; t. 5, p. 182, n. 5. 



' MORALITE DES PROVERBES. 4^5 

E 

Écritore, t. S, |i. Sa, o. So. 

Édacation, t. i, p.^44» n..8; t. a, p. i44hk 37. 

■Égoîsme, t. 2, p. i4a, n. Si. 

Emploi, t. 1, p. 87, n. ii3. 

ÊoDui, t. 2y p. 160, D. 5. 

Entreprise, t. 1, p. iSj, n. 53, p. i65, n. 71. 

Envie, t. 1, p. 66, d. 64, p. 98, n. i43, p. 106, d. i65, p. aSg, b. ^3, 

p« 333, D. aa: t. 3, p. 190, n. 6. 
EpoDge, t. I, p. a6S, h. 5a. 
Esclaves, t. i,p. 'aa3, n. ai4. 
Espérance, t. a, p. ao, n. 7. 
Espions, t. 1, p. loa, n. i53. 
État, t. a, p. a65, d. 5o. ' 

Étonnement, t. i, p. i56, n. 5i. 
Etrennes, t. 1, p. a6i, n. 46. 
Etude, t. 1, p. 487» n. 109. 
Excès, t. a, p. a6a, n. 4i' 
Excuses, t. I, p. 4o3, o. 6a. 
Exemple, t. 1, p. 189, n. laa; t. 3, p. 170, n. 1. 
Expérience, t. 1. p. 147, n. a9, p. 396, n. 38; t. a, p. 37, ti, 78 ; t. 3, 

p. aai, D. a4. 

F 

Faim, t. a, p. a8i, n. 19. , 

Familiarité, t. 1, p. a5a, n. a6. 

Fausse dévotion, t. 1, p. 3 10, n. 75. 

Femmes, t. 1, p. «57, n. 38, p. a58, n. 39, p. 399, n. 17, p. 339, n. 9. 

' p. 357, n. 98 ; t. 3, p. 68, d. 9. 

Fèves, t. 1, p. 74, n, 84. 

Filles du diable, 1. a, p. 58^ n. 61. 

Flatteurs, t. 1, p. 181, n. io5. 

Flexibilité, t. 1, p. 097, n. ii. 

Folie, t. 1, p. 88, n. 117. ' * . 

Fortune, t. 1, p. 166, n. 74, p. 191,11. 137, p. S'Sç, n. 101; t. a, p. liS» 

n. i3, p. a83, n. a4. 
Fourberie, t. 1, p. i4o, n. 11, p. 369, n. 6a. 
Fréquentation, t. 3. p. ia4, n. 1. 

G 

Gavaches, t. 1, p. 3o6, n. 56. 
Glossateurs, t. 1, p. 171, n. 81. 
Gourmandise^ t. 3, p. 117, n. 7, p.. 117, n. 8. 
Goût, t. 1, p. a5a, n. a5. 
Gouvememens, f. 1, p. 345, n, 64« 
Granomairiens, t. 1, p. 147, q. a8. 



4a6 MORALITÉ D^â PROVERBES. 

Grands, t. i, p. 399, o. 49. 
Gravîlèi t. I, p. 103, n. i5i. 
Groatièreté, t. i,p. 10a, n. iS5. 

H 

Habttades»!. 1, p. ao8,D. 173; t. a, p. aSa, D.uti p* ^63, a. 4^. 

Haaard, t» 1, p. a49# n.. ao. 

Héritien, t. 1, p. i44« »• >>• 

Homère, t. 1, p. ao4» o* 159. 

HomnMa, t. 1, p. 177, n. 95, p. ao6, o. i65 ; t. a, p.go, n, aa. 

HoDDCun>t. 1, p. i4a, D. 18, p. 3o5, d. 47» P* >^» °' ^^' 

Bymeo, t. 1, p. 5o49 d* 4^* 

Hypocrisie, t. 1, p. 149» n* 3a. 

I 

IgaoniDce, t. 1, p. io3, n. 157, p. i54t d. 47* 

ImagiiMtÎDD, t. I, p. 93, D. lag; U a, p. i39, n. 4, p- «74» «• 5. 

Impatience, t. 1, p. 99, n. i^^» 

Importnnité, t. 1 , p. a63, d. 49* 

Impudenoe, t. i, p. i48, n. 3o. 

Impadichë, t. 1, p. i40} n. 9. . 

Inclmatîons, t. 1, p. 160, n. 58^ 

looonstance, t. 1. p. i55, n. 49* 

IncontineDce, t. i,p. Saj, n. 1. 

Indiscrétion, t. 1, p. 169, n. 78. 

Infortune, t. 1, p. 170, n. 8o. 

Ingratitude, t. 1, p. 173, n. 86; t. a, p. 369, n. ia«. 

lograts, t. I, p. a8a, n. 88. , 

Injustice, t. 3, p. 108, a. i4> 

Intempérance, 1. 1, p. 4is» n* 85. 

Intérêts, t. a, p. 63, n. 4* 

Interprétation, t. 1, p. 174» n. 89. 

Isle, t.*i, p. ai6, n. 198. 

Ivresse, t. 1, p. i55, n. 5o, p. i58, n. ^. 

Ivrognerie, t. a, p. a77, n. 7; t. 3, p. 19I, n. 5^ 

J 

Jeu, t. 1, p. 177, n. 97, p. 4i3» »• ^* 
Jeunesse, t. 3, p. loa, n. a. 
Journalistes, t. 3, p. 176, n. 4* 
Jugemeot,)t. a, p. a85, n. a7. 
Juifs, t. 1, p. 187, n. 119. 



Langage, t. 1, p. 175, n. 93. 
Laurier, t. i« p. ai3, n. 188. 
Légèreté, 1. i,p. i36, n. 1. 



MORALITÉ DES PROVERBES. 4*7 

a 

Libéralité, t. a, p. 35, d. 68. 

Lien, t. ï, p. i63, o. 65. 

Livres, t. i, p. ^0f n. Sa; t. a, p. 3i, n. 58. 

Lois,, t. a, p. 397, D. 6. 

Loaange^ t. 1, p. an, n. i84* 

Luxe, t, a, y* 91, n. a6. 

M 

M^l,^ t. a, p. a77, d. 8, pw agg, n. 19. 

MalheuTs, t. p. 9a, o. 137, p. a 18, n. aoi , p. a63, b. iS, 

Malveillance, t. 1, p. 161, d. 60. 

Mandragore, t. 1, p. 61, b. 55. 

Manie de bâtir, t..i. p. 80, n* 96. 

Mariage, t. 1, p. 176, n.,949 p« 35o, n. 86. 

Marotte, t. 1, p. a44> »• S* 

Méchanceté, t. 1, p. 106, n. i63, p. 4o6, n. 68. 

Médecins, 1. 1, p. ia5, n. 55; t. a, p. i58, n. s8. 

Médisant, t. 1. p. 98,^ n. i44»P' 4oo, n. 54* ' 1 , ' . 

Mémoire, t. 1, p.- 307, n. 60. 

Mensonge, t. 1, p. 3ia, n. 85, p. 358, n. 43» p. 396, n. 4o; t. 5, p. ia5, 

n. a. 
Mépris, t. 1, p. 97, n. &4o» p. tio, n. 186. 
Milieu, t. 1, p. ao8. n. 174. 
Ministres, t. 1, p. 476, n. 64, p* 477» ■».. 66. 
Mode, t. 1, p. 4o5, n. 64. 
ModératioD, t. a, p. a65, n. 48. 
Modestie, t. t, p. 117, n. 18. 
Monde, t. 3, p. i5o, d. 3. • 
Mort, t. 1, p. i85, n. 11 5. ^ 
Mur d'airain, t. 1, p. a73, o. 68. 

N 

Nécessité, t. i, p. 1419 a. i4» p. 3a9, n. 6; t. a, p. 378, n. la, p. a84> . « 

n. a6,^p. a99, n. 17. 
Nez, t. I, p. aai, n. ai a, p. aa4» n. a 18, p. a6a, n. 47» P« s^* ». 5S; 

t. a, p. 4ai, n. la. 
Noblesse, t. 3, p. a65, n. 69* 
Nouvelles, 1. 1, p. 388, n. a; t. 3, p. 188, o. 5^ 



Obscénité, t. 1, p. 159, n. Sj, p. 170, n. 79. 

Obscurité, t. 1, p. i45, n. a4- 

Occasion, t. 1, p. a68, n. 59, p. a83, n. 89. 

Oisiveté, t. I, p. 554, n. 91, ]44o7, o. 69; t. a, p. a64) 11.47* ^ 

Opinion, u i, p. 12a, n. a5, p.' ia3, n. 55, p. a43, n. 4; t. a, p. 3oi, 

n, ai. « 

Orgueil, t. i, p. 374, n» 69, p. 4271 n. 18 j t. 3, p. 187, n. 4. 



4sS MOaAUTÉ DBS PâOVEUBES. 

P 

Ptratite, !• i» p* 71» n. 79, p. 164» n. 68 ; t. 3. p. aSo» d. 49*' 

PartMe» t. iyp.94)ii* iSi. 

Parjure» t. i» p. 83, n. io3. 

Patte, 1. 1, p. 90» n. lao. 

Patience, t. ly p. 354» o. 3a ; t. a, p. a49 n* 27. 

Patrie* 1. 1. p. 76,0. 87. 

Pan^retë* 1. 1, p. iSo, n. 34. 

Peuple» t. a» ^. a9St ■• 7. 

Peur, t. a, p. aao, d. 36. 

Pbilotophie» t. a, p. 3it n. 61. 

Philtre, t. i, p. 73, n. 81. 

Plaitir, t. 3, p. aïo* n. la. ^ 

Politette. t. a, p. 1 14» n* a. 

Politique» t. 3, p. iSi» A. itk. 
Porte, t. i« p. aSi, n. 8i. 

Pouce, t. i,p. 3ii, n. 78. 

PrëcantioD, t. 1, p. a88, n. 100; t. 2, p. 369, n. ^. 

PMaagei, t. 1, p. i63| n. 6y^ p» i^^s ». 7^ p. 193, 0. i3». 

Prétens, t. 1, p. ^^Q, d. i3. 

Prévoyance, t. a, p. a55« d. a4« 

Probité, t. 1, p. i5o, n. 36. 

Prodigalité, t. i. p. 111, n. 190» p. laa, n. jg. 

Professions, t. 3, p. aao, n. a3, 

Profasions, t. 1, p. i43, n. ao. 

Promesse, 1. 1, p. a8o, n. 84. 

Protestations^ 1. 1, p. 479? o* 7^* 

Providence» t. a, p. 3i49 n. 9a, p. 346, «1. 6. 

Prudence, t. a, p. 353, n. 17. 

Puissance, 1. 1, p. i4o, n. 10. 

Q 

Questionneurs, 1. 1, p. 4<4> n. 63. 

Raillerie, t. 1^ p. 137, n. a, p. 3i6, n. io5, jpi. 485, ^n* i65» 
Beoon naissance, t. i, p. 467» n. ao. 
Benoromée, t. a, p^ a58, n. 3i. 
Repas, t. i,p. i49» n* 33, p. i58, n. 54» p> 167, n. 75. 
.Repos, t. t, p. io3, n. i56. 
Réprimande» t. a, p. 137, n. 11. 
Résignation, t. 1, p. 109, n. 1^8. 
Richesses, t. 1, p. 6a, ô. 56; t. a, p. i^., n. 12. 
Rire, 1. 1, p. 468». o. 78; t. ^ p. 37, n. 4^. 
Royauté, f. a, p 114, n..6. 
Ruse, t. i..p. 95, n. iSa, p. 139» n. 8, p. 304? n. 90; t. x, p. 3oa, n. :à5. 



MORALITÉ DBS PROYERBES. 499 

S 

Sagesse, t. i, p. ii5, n. 18»; t. 2, p.iS» n. i, p. a5, n. 29. 

Sftaté» t. 3, p. 599, a. 17 ; U 3» p. 116, 1^ 5. 

Secret, t. 1, p. 34o> D. 5i ; t. a, p. ai, n. 10; t. 3,p. 218^ d. ai. 

Sel, t. 1, p. 371, a. 65. 

Sévérité, t. 1, p. 95, n. i35, p« i399*D. 7, p. 4i4» ». 94* 

Silence, t. 1, p/87, n. ii4» p* 391, n. 19. 

Situation, t. 1, p. 177, n. 97. 

Soif de l'or, t. a, p. 217, n. 3 1. 

Somptuosité, t. 1, p. 1S8, n. 3. . 

Sophisme, t. 3, p. a63, n. 6y, 

Sort, t. a, p. 297, n. la. 

Sottise, t. 3, p. i63, D. 5. 

Soupçon, t. 1, p. 197, n. 143. 

Stupidité, t. I, p. 161, n. 59, p. 169,0. 77. 

Subtilités, 1. 1, p. 171, n. 83; t. a, p. 94, n. 36. 

Superflu, t. a, p. 344» n. a. 

T 

Table des Romains, t. i« p. 176, o. 91. 

Temps, t. I, p. 142, n. i5, p. 194, 9* 137, p. 33i, n. la ; t. a, p. a86, q. 28. 

Traducteurs, t. 1, p. 3S9, 0. 100. 

Travail, U i, p. i4^> n> ^5. 

Trésor, t. 1, p. i59yn. 56. 

Usure, t. 2, p. 48, n. a. 

V 

Valets, t. I, p. 145, n. 23, p. 196, n. 141, p. 214, o. 190. 

Vanité^ t. 2, p. 1 15, d. 10. 

Vapeurs, t. 2, p. 198, n. 54* ' 

Vengeance, t. a, p. 346^ n. 5, 

Ventre, t. 1, p. 287, n. 96, p. 988, n. 98. 

Vérité, t. I4 p. 3i2, n. 84. 

Vertu, t. a, p. 357, n. 39. 

Veuvage, t. i« p. 348, n. 77. 

Vie, t. 1, p. 317,0* 199, p. 307, n. 57. 

Vieillesse, t. a, p, 268, n. 33. 

Vin, t. I, p. 189, D. 131^ p. ao5, d. i63, p. 373, û. 6^; t. 3, p. 4>>9 d* >o; 

t. 3, p. 1 16, D. 6, p. 164, n» 7. 
Visage, t. s, p. 53, b. a6» p. la^^n. 48* 
Visites, t. a. p.^38, n. 79. 
Voyages, t. 1, p. 397, n. 8; t. 3, p. i83, n. 6. 
Vue, t. 1,'p. 107» D. 168, 

FIN DD TABLEAU DE LA MOBALITi ]>BS PtOTERBBS. 



eea 



TABLE 

DES ARTICLES RENFERMÉS DANS LE RECUEIL DE PENSÉES. 



AccomniodemeDS, n. 149. 
Aimables, n. i3i. 
Ambition» n. 184. 
Ame, n. yi, 85. 



Ranquîcn, q. aos. 
Reatttë, n. 89. 
Bel esprit, n. 6s. 
Bibliothèque, n. ao3. 



Amitié, n. ia6. 
Amour, d. 103, i47» i4S* 
Athée, n. 3, lai. 
Audace, u. i53. 



B 



Bizarrerie, d. 7. 
Bonne actioo, o. 116. 
Bon mot, q. i44-> >4^* 
Bourgeois, n. 35. 



Caractère, n. 173. . 
Cëlibat, n. 8. 

Ce n^est pas ma faute, n. 1 5 1 . 
C'est i'usage, n. 167. 
Cicéron, n. 84. 
Civilisation, o. 113. 
Compagnie, n. 198. 



Déplaisir, n. 54. 
Désespoir, o. i3o. 
Désir, n. tSj. 
Despotisme, n. 94. 



Égmsme, n. 58, 301. 
Élévation, o. 76. 
Éloge, n. 1 38. 
Énergie, n. 101. 
Entêtement, n. 39. 
Équité, n. ss. 



Conseils» n. io3, 106. 
Considérations, n. 38, 33, 1^6, 
Cour, n. 68. n. 187, 
Courtisans, n. i4,, 4i> 7'» >^4' 
Cuisinier, n. Ss. 
Culte, Dk 139. 
Curiosité, n. 95, 96. 



D 



Destinées, n. i55. 

Dbpate, n. 46* 

Droits et devoirs, n. i45. 



£ 



Faiblesses humaines, n. iSa. 
Femmes, n. 9, 37, 66, Gy, 77, 97, 
io4, 119, laS, i;?b, 175, 178. 



Esprit, n. 47» GOi 70, 80, 87, iu8. 
Estime, n. 193. 
État militaire, n. 199. 
Étemuement, o. 4^* , 

Exception, n. 34. 
Exemple, n. 5i. 



Flatteur}, n. 3i. 
Fortune, n. 177. 



TABLE DES ARTICLES. 
6 



iGaîlé, n. 55, 64. 
Gouvernemens, n. 35. 
Grandeur, n. 199. 



Gvands, n. 189. 
Guerre, n. 186. 



H 



^|3i 



Heureux, u. ii3. Honneur, n. 88, 180, 181, 190. 

Hommef^ n. 8a, 91, 93» ia5, i35, Honnenrc, n. 139, 197. 

i5a» i5a, 16a, 188. Humanité, n. ii5. . 

Homme* en place, n. i, 166. Humilité n. j5. 

I 



Ignorance, n. 16, lao. 
Incrédules, n. 194. 
Indolence, n. 3o. 



Indulgence, n. 3, 63. 
Infortuné 9 n. 107. 
Intérêt, n. 110. 



Jésuites, n. 1,74* 



Jugement, n. 56. 



Lecture, n* 61., 

Le marquis de Gastelnau, o. 73. 



Louis XIV, n. i64> 
Louis XVI, n. 81. 



M 



Malheur, n. i5, 161. 
'Maurepas (M. de), u. 93. 
Mépris^ n» 49* 

Ministres, n. 11, 37, 48» 69, io5» Blot heureux, n. 195. 
195. 



Modérantbme, n. 4o. 
Monarchie, n. 109. 
Monde» n. a3, 45. 



N 



Noblesse, n. 169. 


Nullité , n. 171. 


/ 





Orgueil, n. 39» i33. 


^ 




F 


Pamphlet, n. aoo. 


Places, n. 111. 


Pardon, n. 44* 


Préface, n. la. 


Paresse,, n, 34. 


Politesse, n. laa. 


Passions, n. 38. 


Politique, n» i56. 


Patience, n. i85. 


Politiques, n. ia4, 176. 


Pensées, n. 1. 


Probité, n. 19. 


Peuples^ n. 18. 


Protestant, n. 157. 


Philosophes, ao, 59. 


Prudence, n. 33. 


Philosophie, n. 100. 


Pudeur, n. 10, 117. • 



43» 



Qnalîtéf» n. iS. 



TABLE DES ARTlCLIfi. 

Q 

Qu'y a'9M de nouv(a^? o. 42< 
E 



Recommiodatkmt, o. 196. 
Reconnaisiance, n» 99. 
Bcpasy D. 53. 
RépuUtîonf» o. i36. 
Beiigieuz, d. i4i* 
Religion, o. ijS. 



Révolution, n. 179. 
Richesses, n. 90. 
Ridicule, n. 6. 
Rivarol, B. 36. 
Rolland, n. 98. 
Ruse, o. 160. 



Sœuxs de la charité, n. 18^1. 
Sensibilité, n. €5. 
Sévérité, n. a6. 
Sinécures, n. 5. 
Société, D. 17. 



Soldat, n. 86. 
Solitude, n. 78. 
Sot, n. 168. 
Suppositions, n. ai. 
Systèmes, n. 164. 



Talent, n. lia» t65. 



Vanité, n, 7a, 79, 85, ii4, 127. 
Vérité^ n. 154. 
Vertus, n. 5o. 



Vie, 57, i38, 191. 
Volupté, n. i4o. 



VIH DE LA TiBLE DES ÀETULES. 



ERRATA. 

Page 74, lig. 6. Santores pisee ; lisez : sanior es pisce. 

Page 139, lig. 18. ^otaîr Gicutae, '<««€« : Notaire Gicuta. 

Page 198, lig. 4 de la remarque. Facétie fnaeeioU, flainUe e moti 
dei Ptovano Arlotto^ ffrote FioretUino ; lises : Facétie ffiaeevoii faimle 
e motti dti Ptovano AriottOy frète Fiorehtino, 

Page 199, i4* Q\é;iUe» : ché. 

Page aa3, d. a, lig. 1, bura; iiset : bara. 

page a35, ligne aS, M. de Maria; iiset : M. de Marca. 

Fin DU TBOISIÈBIE ET DBRNIEB YOLUHBr 



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^•^^•^ <\*m -^ "' «^ -4.* SJf^ • 



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