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Full text of "Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la ..."

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HISTOIRE 

GÉNÉRALE ET IMPARTIALE 

DES ERREURS, DES FAUTES 

ET DES CRIMES. 

COMMIS PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, 

T O M E V I. 



H I s T O IRE 

GÉNÉRALE ET IMPARTIALE 

DES ERREURS, DES FAUTES 

ET DES GRIMES 

COMMIS PENDANT LA RÉVOLUTION FRANÇAISE, 

A dater du 24 Août 1787 ; 

Contenant le nombre des indiridus qui ont{)pii par la Révolution, 
de ceux qui ont émigré , et les intrigues des factions qui pendant ce 
t«ms ont désolé la Fkance. 

OaNis D^ GRAVURES ET DE TABLEAUX. 



D» Ilmouciinee des GooTtrnës naît It tyraMsie des Gouremaas. 



CONVENTION NATION A-L £. 

^ T O M Ë • 1 ï.: 




Stà c <■ •*' h i > ^ i .•■ 



A PARIS, 

Ko E DES Marais, N°. 90, Faubourg-Germain. 



AN V DK LA RiFUBLIQ.UE ( 1797 , vieux style. } 



I. 






1 > / 1 '%* 4 



TABLE 

DES MATIÈRES 

Contenues dans ce volume. 



VJ R I M E s commis à Lyon , sous le proconsulat Page 

. de Legendre,Basirc, Rovère,Robert-Lindet, 
"Nioche , Gaultier, Vitet, Couthon , Laporte, 
Maignet, Collot-d'Herbois, Regnaud, Châ- 
teauneuf-Randon,Reverchon,Dubois-Crancc, 
Albitte, le prêtre Fouché (de Nantes), le 
prêtre Bassal , Alquier , Javogues s Boissy- 
d'Anglas, Méaulle , Dupuis (fils), Cadroy , 
Despinassy , Poulain- Grandpré , Pocholle , 
Expert, Charlier, Boisset. i 

Crimes commis dans la commune de Cusset et 
de Vichy, département de l Allier , sous le 
proconsulat de Forestier , Fouché (de Nante) , 
Noël Pointe et Vernerey. 78 

Précis historique des crimes commis à Dijon, 
département de laCôte-d'Or, sous le procon- 
sulat de Bernard ( de Saintes ). 88 

Précis historique des crimes commis dans le 
département de TAin , particulièrement à 
Bourg, soùs le proconsulat de Javogues , 
Amar , Mcrlinot , Albitte , Méaulle, et 
Gouly. 94 

Régime intérieur des prisons de la commune 
du Puy, département de la Haute-Loire. 106 

Précis historique des crimes commis dans le 
département des Bouches - du - Rhône , 
particulièrement à Marseille , sous le procon- 
sulat de Pomme , Charbonnière , Fréron , 
Barras, Robespierre jeune, Albitte, Ricord, 
Salicetti , Gasparin , Ignard , Chambon , 

Tome VI. a 



vj Table ^D ES MAxiiREs; 

Cadroy , Jourdan , Gaultier , Mariette , 
Durand-MaiHane et Brune t. Page 108- 

Crimes commis à Toulon, sous le proconsulat 
de Gasparinf Lester-Beauvais 1 Robespierre 
jeune, Albitte , Ricord , Barras, Fréron, 
Salicetti. , 14^ 

Précis historique des Horreurs commises à 
Orange , département de Vaucluse ', sous le 
proconsulat du prêtre Maignet , et voyage 
de 3i détenus de la ville de Grasse. ï6i 

Incendie de Bédouin, département de. Vau- 
cluse , par les ordres du prêtre Maignet. 17a 
Crimes du prêtre Monestier, proconsul dans 

le départ, des Hautes et Basses Pyrénées. 178 

Un mot sur le proconsulat de Dartigoyte dans 

le département du Gers. i83 

Du proconsuiat de Bô , dans le départern^en t 

du Cantal et autres. 184 

Crimes du proconsul Esnue-Lavallée , dans le 
département de^ayentie, et particulièrement 
à Laval. 186 

Précis historique des crimes commis à la Ro- 
chelle et à Rochefort, sous le proconsulat 
de Niou , Trulard, Mazade , Lequiijio , 
Laignelot , Garnier ( de Saintes ). 189 

Crimes d'un dénonciateur à Caen, le 3 février . , 
1793. 197 

Du proconsulat de Merlin ( de Thîonville ). 199' 
Sur le proconsulat et mœurs de Lakanal. ^02 

Crimes du proconsul Lecarpentier. 20S 

Révélation du conventionnel Julien (de Tou- 
louse ). , ^of 
Crimes de Dupin , membre de la Convention 

et ci-devant contrôleur général des fermes. 911 
Crimes de Lejeune , ex-conventionnel. ^iS 

Crimes de Duhem. sri7 

Proconsulat de Dubouchet. 220^ 

Crimes commis sou5 le proconsulat de Pinct et 



Table DES Matières. vîj 

Cavaignàc , danâ le dépactetnent des Basses- 
Pyrénées, ^ Page 221 

Atrocités commises dans le département de la 
Vendée et autres circonvoisins , sous le pro- 
consulat de Hentz , Francastel , ^ Ingrand , 
Richard, Choudreu, Laignelot Phelippeaux, 
Bourdon (de l'Oise), Goupilleau, Tliurreau, 
Cavaignàc, Melle, Méaulle, Bourbotte , etc. asS 

Suite des atrocités commises dans le départ, 
de la Vendée , et autres départemens cir- 
convoisins, sous le proconsulat de Carrier, 
Hentz, etc. * 3 79 

Précis historique des crûmes commis à Arras , 
Cambrai, et autres lieuK, sous le procQnsulat 
du prêtre Joseph Lebon. 348 

Précis historique des crimes commis dans le 
département du Nord , sous le proconsulat 
de Duquesnoy. S88 

Massacres et incendies dans les Colonies 
françaises. 409 

enquête et réunion de la Belgique à la 
France , et crimes commis sous ^e procon- 
sulat de Danton, Lacroix, Robert, Portier 
(deTOise), Haussmann, Briez , Lefêvre (de 
Nantes) Jean - Baptiste Lacoste , Laurent, 
Roberjot , Pérès , Roger-Ducos , Frécine 
Gilet. 449 

Journées du 9 thermidor an 2, 12 germinal 
an 3, s et 3 prairial an 3, et 1 3 vendémiaire 

^ an 4. * 470 

Résultat des évènemens qui se sont passés sous 
le règne de la Convention et en général sur 
la révolution française. 5i3 

Tableau général dé^ désastres de la révolution 
française, des individus qui ont péri ou 

, émigré , des villes , châteaux , villages qui 
ont disparus, à dater du 24 août 1787, avec la 
nomeaclature des qualifications auxquelles 



vîîj Table Di^s Matières. 

la révolution a donné naissance , le nombre Fagt 
des lois rendues depuis l'Assemblée coi^ti- 
tuante et le résultat des victoires remportées 
par les Français , pendant la révolution 
française. Sa 3 

.Tableau des membres composant le comité de 

Salut public, sous la Convention. 527 

Tableau des membres composant le comité de 
' sûreté générale , sous la Convention. Ssjg 

Tableau des Députés de la Convention qui ont 
été envoyés en mission dans les départc- 
mens depuis le 2î septembre 1792, au 2 
octobre i796( 10 vendémiaire, an 4. j 533 

Liste des Membre composant la Convention 
nationale. 553 



Fin de la table. 



HISTOIRE GÉNÉRAtË 

DES CRIMES 

COMMIS PENDANT LA RÉVOLUTION 
FRANÇAISE. • ^ 



CONVENTION NATIOl^ALE. 

Crimes commis. à Ly^n ^ sous It pro consulat 
de Le gendre , Basire , Rovère , Ràbert-^ 
Lindet , Kioche , Gaultier , . Te'^V i Cou-- 
thon , Laporte , Màigriet , C(?//(?/ - d'Her-' 
bois , Regnaud , Châte/iuneyf . -. Randon ^ 
Reverchon , Dubois^Çrqncé , Àlbitte , le prêtre 
Fouché ( de KanUs )y le prêtre Èassal y 
Alquier , Javogu£s , J5aii5;?. -, d^Anglas , 
Méuuïle , p;Upuii JiU ^Çadroy , Despinassy , 
Poulain - Grandpré , PfichoÛe , J^xpert y 
Charlier y Boisse.t. . . 

L'existence de JLyoçi compte déjà plu$ 
de dix-huit cent trente-deux ^ns. Les évé- 
nemens que cette ville a éprouvés pendanf 
cette longue série d'année^ ce saur^iient sç 
comparer à ceux qui faillirçjiU fia -mettre à 
deux doigts de sa perte , pcûdant le règne 
de la Convention, , . ^, 

jH^me VI. A 



/^ 



s ^ Criffkei ^commis ç, Lyon , 

Auguste commença à la rendre célèbre 
par un séjour çle trois années. Les étrangers 
y accoururent en toiîle; etRqme elle-même 
déserta ses foyers , pour venir dans Lyon 
Wir^produire aux^yeiixde TEmpereur, son 
îdolç. ^ 

Soixante nations se disputèrent lâchement 
rhonneur d'ériger^i^im temple-4^ Auguste ; 
et cet édifice magnifique fut construit au 
con&ient du Rhône et ^de. k Siône , et 
embelli par soixante- statues , qui offraient 
ttri spectacle tout-à-fait liotiveaii alors dani 
cette X^îUe. .- . * 

Un siècle s'était à peine écoulé depuis sa 
îôttââtiôn , qu un îhéendie d^s plus terribles 
ia donsuma dans une nuit , et ne laissa au 
lever du soleil que des monceaux de cendres: 
le tctnple d'Auguste , et un Lycée construit 
sous les auspices de Galigula , avaient seuls 
échappés aïK flàttimes, Néroh fournit les 
fontU nécessàîirié^ pour la retonstructiôn de 
la ville ; et , dans peu de tèm^s ^ son indus- 
trie et le concours des étrangers lui^reu- 
idirent ÈOh prerùîef état ût splendeur. 

Le commerce donnait alors urte grande 
îttfluence au*k Lyéhhàis parmi les autres 
peuples de la Gaule ; ses richesses ache-- 
Vèrent dé i enorgueillir* La religion cteré* 
tienne comptait .déjà quelques prosélytes 
dans Lyon, Ces nouveaux convertis nt 



sous les Proconsuls conventionnels^ 3 

purent voir sans horreur les apprêts des 
Décennales , fêtes instituées à Lyon. La ma- 
jorité des Lyonnais s'irrita de ce refus ; le 
fanatisme dun côté , et la crainte de dé- 
plaire à TEmpereur de l'autre , armèrent les 
citoyens les uns contre les autres , et trente 
mille hommes, périrent. 

Ce premier . massacre pour les opinions 
I religieuses se retraça sous le règne affreux 
de Charles IX. Un nommé Maudelot avait 
remplacé le Gouverneur , homme plein de 
vertus : des lettres de Catherine Médicis 
atrivem quatre jours après le massacre dé 
Paris , avec ordre à la ville de Lyon de les 
imiter. Le Gouveryi^ewr , rassemblant; les 
protestans , les fait enfermer dans diffèr- 
rentes maisons , et le signal jdu massacre 
est donné. La quantité d'hommes qui 
périrent dans cette occasion est incaku* 
lable : le Rhône roula dans ses floto «anj 
de cadavres , que ses eaux en futent lohg- 
temsempoisonnées,et que la peste se détlara 
dans la plupart des contrées qu'il arrosait. 

Tels sont les événemens les plus consi* 
dérables de. la ville de Lyon; il y en a 
d'affreux : eh bien ! cette ville , rebâtie à 
neuf par les soins de Néron, est démolie 
par ordre de la Convention nationale 
de France , en 1794 , sous la direction 
de son Comité de Salut public. Elle a 

A 2 



4 Crimes commis à Lyon , 

essuyé plus de calamités en ces dernîert 
teins , dans le court espace de quinze à 
dix-huit mois , que pendant les dix-huit 
siècles antérieurs de son existence. L'exposé 
nud des: faits ne prouvera qpe trop cette 
assertion historique. Entrons tout de suite 
en matière , et que le lecteur frémisse à là 
vue d'un tableau que nous n'avons pu 
tracer sans frénlir nous-mêmes. 
_ En janvier i ygS, une Municipalité orga- 
nisée dans les cabarets , s'installe dans les 
murs de Lyon, et avec elle s'installent 
1 anarchie en écharpe et la magistrature du 
maratisme. 

-.Dans cette autorité si funestemcnt cons- 
tituée pour le pillage et l'oppression de la 
ville , on distinguait avec eftroi le procureur 
de la Cpmmune , nommé Laussel , et son 
substitut, appelé Bertholon , qui était alors 
gardon perruquier. 

Laussel , chassé autrefois des Joséphistes 
en Languedoc , n'avait à Lyon d'autre 
moyen d'existence que les produits d'une 
messe , payée 3 liv. , qu'il disait tous les 
dimanches a Tile Perrache ; mais à des 
passions ardentes et à une ambition déme- 
surée , il joignait une profonde scélératesse 
qui ne s'effrayait point des obstacles , et une 
grande facilité pour écrire et parler, moyen 
Sjir de les surmonter tous avec succès^. 



sous les Proconsuls conventionnels, 5 

- ChalUer, ci-devant ahbé i. avait fui la 
Savoie , son pays natal , pour vejiir à Lyon , 
où il entra chez un négociant pour faire 
Téducat'on de ses enfans ; il se livra ensuite 
au commerce, et s'associa avec Bertrand > 
marchand de galons, 

Cç Ghallier était une espèce de fou , dont 
l'ambition n'en fut aussi que plus illimitée. 
Il avait pris Marat pour son modèle en révo- 
lution. Il vint à Paris , passa six mois aur 
près d^ lui , y puisa ses leçons ; et de retoïkr 
à Lyon , il afficha publiquement ses desseins 
pour parvenir à la législature J en -f^itiiint 
distribuer avec profusion;, â rla classe iQtt- 
vrière, son portrait, aub&s duquel on Usait: 
i( Ghallier , excellent patriô^,,- à passé six 
au mois à Paris Tpour. être Vîldmirateur delà 
yj MontagnQrjde iU iCarwentioîîit' nationale 
59 et du patriotisme dé Marat. « • 
_f La Municipalité. payait ;p;is encore de 
•chef, LesrLyonnais^ffrayé^jpar la nomitia.- 
-tipn de ces scélérjEys^^jvouit^fent réparer ^^^^ 
4ppuciance qui iGs-^avait'éloignéj des Assêmî- 
blées sectionnaires. La cabale désorganisa- 
-tricè futfi.djéjouéc , et le : citàyen^/Vïmér^-. 
C-hol fut élu maire. Ce citoyen respectable 
n accepta <ette place que pQjar ^auver son 
.pays , en balançant, autant, qu'il serait en 
«on pouvoir , J[es inteii<ions ^perfides dos 
.Membres 4e iCjéte^Cppiiçune i>)d9nt re;s:u%- 

A3 



6 Crimes commis à Lyoïf , - 

vagahce sacrifia dabordàTégalité les orne- 
niens qui décoraient les bassins de la place 
de Bellecour. ; 

Les écarts révolutionnaires de ces Ma^ 
gîstrats consternèrent les habitans de Lyon. 
Différentes adresses envoyées à la Cohven^- 
tion, testèrent sans effet, La Montagne de 
la Convention^ et Marat zélé partisan de 
Challier, atténuaient les plaintes contenues 
<lans ces adresses , et Ton y répondait d'ôr- 
dinàite par le grand ordre, du jour, '[ 
<- Cette Municipalité , autorisée par lé 
isikhce de la pnemière aùtorké ; mit eh jeii 
tôtts ses ressorts révolutionfïairès. Un bureau 
:de dénonciation fut créé ,' et douze cent§ 
citoyens des plufe riches d'entre les négo* 
tians furent bientôt plotigés dans les càvêS 
At la Maison cortimune; Lia cupidité muni- 
cipale avait dicté led ptfemiètés listes de 
proscriptions. ; Dé gràtids sacrifiées delà 
^af t des déteflii^ leur fitfeht'rHéteuvrer leui: 
liberté. Dans iêf ^scatidatteûx coriitnètce de 
4a liberté îndivjdftuèire , le prêtre Xûwjjrf % 
-distingua ptit ^ s-ôîfii impudeur et Sbii avarîcie. 
' Le 6 févrvir^i7^3, la seène thange. Au 
'^tlub qui éïaîl^'^ôtti|)ô^ de si* cerit*j furieux , 
'GAa7/t^rcfuî"èft'T dirigeait tous Iti mouvè- 
'fflens , pataîi!\ih pôignai*d à la main , exigé 
•dVbord que tfhàfeun pré^e le swmént dfe 
-f atd^r le<ska:«ijJ«-«t^êt^ër 'rt^^ aHak 
L A 



sous Its ProconsnUtwfoentiànneh. ^ 

Àtre arrêté.: Les prétendus complois. dès 
riches* et des aristocrates furent d'abord mfe 
en a^aniv^t il fallait , sstns perdre u4 
instaiû>i les' déjouer.-Le moment des ven^ 
geances^était arrivé ?il i*e fallait \pzs différer 
plus long7tems de piacér la guillotine sur 
le pont Saittt-Claire'ï et poui"' ïcscécutér ce 
projet , les conjurés-arret?èrent'd'ahord;;dc 
■se saisir de îrartillcriey de 1^ braquer 'Sur 
^les priiicipales avenues , : de former ^un»tt»î- 
bunakâemblable à «geliài^du sisêrpteoibre dt 
Parcs. :Nepf cents citoryeitsl des ^pla6 richeft 
désignés i'd^ns; Les listes rédigées: par iGbab- 
lier ,:d|e\)aûent> ^tte im^nvlés , et tous jcëux 
kiom icds >€G86assîns rcnnvDitâient les^riches 
vdépôuSIles^IlGur siiccé^ier; On arrêta légale- 
ment de: jeter: les càdavrëi dans lélRhôiia. 
^ur Tobaervaftion d'^iiî )di3S assis tansij cqiie le 
'.bourreau Jiepourrait'su&fe , et peut-êtrç se 
iiefis8érâit';jl lôbtyenieiirtsres, le Procureur 
ide la Commune , Laussbl:,- leva la difficulté 
dh invdiaétile^ ûDu^i^éS'à-faire Ijoffice de 
juges iet)a|» •^bourreaux:, en leur.t^emar- 
jquant' q»e pomr guillotiner un hon^me , A 
n'y avait qu une ficelle à tirer. Plusieiaté' dès 
ClubisfflB^ së'présehtèrentipôurremplir ■ cet 
affr€jirii:>mmisière. IJ« dTecrac propxxstt de ne 
pas les g^jiddotiner /<mais 'd'avoir (pour mot 
xi ordred'èiécution : \F4aim passeï' Icfontilà 
M(msieuu\Qt^f^ xle nuot devait âtre le 

A 4 



8 Crimes, conimis à Lyon , 

«ignal.de son immersion dans Më Rhône. 
Plusieurs témoins; ont déposé de ce fait 
lors du jugement, de Chàllier.. Le pillage 
-de Lyon était arçêlérpar Id Mdnidpalitéf. 
Un de &es .MeiâtiirôSr que rerreùr environ- 
nait alors ,! a confesafe; depuis : jqpe Je léol 
létait. à.» Fordre •• du. jour;: dans; tOini}e& les 
-siéabiceii' sécrètes de tes Munioipauix. 3 j' 1.. 
iji<3Etrbe'jcohsjiiraxi90i contre îlarhûrêté pH- 
-blique parviht auxr. oneillcs du Maixc.^ Il 
'£kit"r2iu$sitôt?,battfcejld^nérale , et -la force 
^ubliqufi ■ ;sou&j lesjrawnes en ixïipoie.À ctes 
^célêïats.r Irritéis de voir leurprojetiaiijçânti , 
ils firent affirhcr^âiycc^.profusijin un "placard 
.-portant ^que le -maireî, NîvièretChol lavatit 
-pert^ula confiance publique. LejJVÏaiarç' .y 
xépoHflit en publiant les crimes idc la Mu- 
'nicîpali.té. Satisfaitxl avoir sauvé .s«&conci- 
:toyens , et craignant* de succomber.. soiis 
le poids de la barneiet de la perfidie de 
tant d'chnfemis' iqu-il vienait de démasquér/il 
:donna sa démission v mais dans la nouvelle 
élection qui eut lieu, la presque ^totalité 
ides votans lui conféra de nouveau ia place 
.<le- Maire, < .''.■. ■>.'; . . .- . •.• ^• 

Un jeune Ixomme enhardi par' Icettie 
réélection, élève îa .voix contre. Ghallier 
qu il accuse desxomplots déjoués par le 
Maire. Deux émissaires de la Municipalité 
se saisissent aussitôt du .jeune -homme et 



5ÔUS les Proconsuls conventionnels. g 

reutraki^jdt ;dans les cachots. La .foule 
indignée . Taxraqhe de leurs main^ , et 
se porte, spontané mj^iit. au ; club centnil 
et anéantit ce repaire du crime. Bertrand 
et. Hidens soi\.fils naturel , membres de 
cette société ; furent arrêtés et livrés au 
tribunal cfiminjel. Challier qui en était le 
.président , vûl^tfà bout d'étouffer k procér 
duré; et q^e^u'es tems après ces deux pré- 
yeiius fjirent trouvéspcndusdans leurs cham- 
bras* Cb^lUier et Aej Clubistes , furieux de ce 
qui venait, .^er se passer» ,.;rçc9ururent à la 
Convention , et peîgnirçnt les Lyonnais 
,commedeS{Cp;atre*,iiévoluti9n|iaires spus le 
couteau deçgijiélsils se trouvaient. ïalliea 
se chargea. 4p faiçe à ce sujet un rapport 
^Qie^sp^ger^ ,. et la. Montagne devait trop à 
ces Gl^bisteÇ:'Jp/s^^r, Jies abanjlqijner. Des 
.bat<^illQ^s^ »fu^^f destinés pQurlje^.secçurij^. 
Ba^ire ^jL^^eqdrc et Royère fureut ch^irgé» 
;d>n *4i^igfiir,-Jçs ajp^ératiprif,, , . 

Gç triuwv^^t çqmmença pai- rétablir le 
club, et r^njmai audace. d^ 'çc parti. Ces 
députés moftt^gi)^rd$,, en, , affiçjiant une 
autorité très-étendu^),,jn>OAtTjèrej[at publi- 
quegient Ipurv préférence. r^poij^ç Ifjs , Clu- 
biste^r eu 3ej^ant escortQ{Vppa]gopJ[usieu2;s 
d'epttr'çux : on.epj jer9ar^iji;^|tuîj-,q^i pr^ 
naît .t^autement le titfç ;de;.^i9jUÊçpau. dp 
Madame : cUjLa^ïaballe* ;,j ^j^, ^rfrij. .j 



10 Crimes commis â Lyon ^ 

Cependant Nivière - Chôl accablé de 
dégoûts avait refusé la place à laquelle oti 
venait de le nommer pour la seconde foisl 
Le médecin Gilibert en fut pourvu. Ber- 
trand Tassocié et le partisan de Challier , 
avait eu assez de voix pour bapïancer cette 
nomination. Giiîbert fut précipité ^ans les 
cachots, d'où il ne sortit qti'eù donnant. sa 
démission. Les Clubistes itTiômphèrént ; 
Bertrand fut installé Maire , et Lègénd^e 
vint à la Convention se vabtfer d'avoir fofcfe 
les Lyonnais d'^acdeptei: un 'Maife sàHï^ 
culotte. ' '-'^ '^; \ [ Vi ^- c • • • ■ ■ '» 

Alors les plaintes dès Lyonnais sur^ît^ 
Vexationis ' municipales et ;p¥bCcîn^ulairés *, 
furent iràîtées de cris sédkieuk. On fascina 
les yeux du Peuple en lui ïesant sans ce^èfe 
sappréhetider seS-finéienfiiîéijcliâînes',' et Yàti 
•fit depèndjeyan saliit d« là irtPéàtion d'trnfe 
*foTce aritiéë', deséinéc à màinteâit^ ïe dépar- 
tement dans uri état de révolution.' Ce 
corps, sous-ïé iktéd^â^fnéefévohttfoniiàire , 
devait être stsUldié pat* les rlcbe^V^t Challier 
et ses partisans- 'se réservaient? Secrètement 
les moyèïià d'^kécution. ' 

Lyon îttt'T)iéntôt tapissé de placards 

xttaràmles''V'Iqû?'né servira t 'pis ' peu à 

rehausser Tàtixîàce de très brigandsi Parmi 

"ce ^rand nombre Jécrits iiiteiidiaîres , oh 

en distingue un remarquztble par le serment 



sous les Proconsuls conventionnels. 1 1 

de trois cents prétendus républicains. Telle 
était à peu-près la conclusion de cet hor- 
rible écrit : << Nous jurons d'exterminer 
9> quiconque ne pense pas comme, nous ; 
»5 ce sont nos ennemis , et leurs cadavres 
9i sanglans jetés d&ns le Rhône , porteront 
» la terreur aux mers épouvantées. 15 

Les bons citoyens étaient dans la cons- 
ternation. Le i5 avril , huit mille hommes 
^c rassemblèrent dansl'église des Augustins» 
et arrêtèrent' d'envoyer trois commissaires 
aux Représéntans , afin d'obtenir la liberté 
de s assembler en sections à Tinstar dès 
habitans de Paris , pour procéder à l'exa- 
men de la conduite de la Municipalité. 
Legendre , à qui ces cômmissaites s'adressè- 
rent , leur dit qu'il ne leui!^ permettrait pas , 
dussent-ils le Coupet en '84 morceaux. 
Prenez - vous lis' Représéntans du peuple 
pour des coyôns ? dit-iï à la diéputatii3ri. 
-Buissonat , l'orateur , lui repliqUa : p.rentt 
vous Us Lyonnais pouf des genssaûs r..*Mi.^r 
Cette repartie si digrfe par son briginàlité 
de figurer à ùàti de l|i dtetriawde, valut à èôft 
Auteur un 5erremenl-lteitiÀ>ii dcf la^à¥t 
du boucher Legéttd¥è7 c]piiî l'inVita â Wfih 
dîner âVéC 5iSi fe létidîémaÎ!i; Ce cîto^éti 
paya par- 18 mois de^ détention da¥i^' Icfs 
prisons de Paris , le dédalli qu'il marqûà^^fi 
ne se rendant pas à ce4tie invitation, *^ 



12 Crimes commis à Lyon,,, 

Basire , Rovère. et Legendre occupés cte 
spectacles et des^repas les phij^ somptueux', 
voyaient de^sang-frôid les mouvenxens Iqui 
s'opéraient de. part et d autre , et ne s occu- 
|>aient que du^r^tablissement.^es sociétés 
populaires. Lçg:endre ,y présid^^,, et ses 
virulentes motions furent Tappel etlacalise 
des massacres qui sç commirent parja suite» 
Ces trois Proconsuls qui sç pavanaient du 
titre de défJensejujns^^de^Sans-Culottes., insulr 
taifent ouvertement à c^ttç. çl^s^iQ d'hommes 
par leur faste: et^ ûjn cpf tège,squijtetra;çai$.nt 
Jes usages des cqura de nos: ci-devaiM: 

Prînce§é-.- • '-' -:: . ;••.:,', -k^, M-../i/ '[ 

Le fils de .4'Otléan&' passait; pair cette 
ville pour aller rejoindre Tarmée de Birori. 
Il d,esççndit à rhptel de Milan où logeaient 
ces trois Dépîutçs* Son séjoiir fut de trois 
semaines, > peflçifuji; lequel.teras nos trois 
.Proconsuls firfent ifégùliètement letir cour 
à ce jeunç nicilitair^e. Ikle tr^îlèrçntmajgni' 
ifiquÇfflent. IlsrmvHèyent à leurs ôrgiés aux^- 
qUeWie* pn adn}(çttait:aussi le prêtre Laussel, 
contre. lequel JaryoiH puJ>lrqU€i /sVlçvait de 
^tomtes, parts. Çfp4jid^nt Légendre ne pou- 
van^ ^éftis|t;jer awx? njpiijibre^aesracQmsations 
qui 4m parveï>&ifin;tf<pntref cÇf(Pri[>c;ureur de 
la[ Çoit]^mune , jleS fit; arrêter 'J^n^m^jfOur au 
•sortir, d'un repas Tqtii avait v^qu lieu -a.ux 
Brotteaux.. RovèrçjàvMt ïefusl.dfti^igtierjle 



sous lés Proconsuh conventionnels. i3 

mandat d'arrêt, en disant que Ton fesait 
la guerre aux patriotes, Laussel , son secré- 
taires Leclercet sa femme furent traduits au 
tribunal révolutionnaire de Paris. Alors le 
parti maratiste vînt à triompher, et Laussel 
n eut qu'à se présenter pour être acquitté , 
quelques puissantes que fussent les preuve? 
produites à leur charge. 

Basire , Legendre et Rovère quittèrent 
Lyon , après avoir tout fait pour aigrir les 
esprits. Nommés pour pacifier cette ville , 
ils relevèrent un parti qui marchait à grands 
pas au meurtre et au pillage. Ils lui tra- 
cèrent sa marche , en accumulant proscrip- 
tions sur proscriptions , et en privant un 
grand nombre de citoyens tie leur liberté. 

A leur arrivée , ils laissèrent ignorer à la 
Convention la situation de cette ville ; 
Basire dit seulement aux Jacobins : a Lyon 
f» est en mauvais état ; mais la foudre y 
jj fût-elle tombée , notre dévouement à la 
9J Montagne et les sollicitations des Jaco- 
>5 bins nous auraient fait revenir au plus 
f> vite. 

Cependant , à Lyon, la Municipalité^ 
le Département et les autres Corps admi- 
nistratifs se réunirent sous la présidence du 
Maire. La formation de Tarmée révolution- 
naire déjà arrêtée par Challier et ses adhé- 
rens est mise à exécution. Un Comité , sous 



14 Crimes coij^mis 4 Lyon ^ 

le titre spécieux 4e Comité de Salut public^ 
fut également institué ; et les Représentans 
Albitte aîné, Gauthier, Nioche ^Dubois- 
Crancé , qui passaient par cette ville pour 
se rendre à Uarmée des Alpes , sanction^' 
nèrent ces différentes institutions. 

L'authenticité donnée à ces mesures fut 
le signal des attaques les plus effrénée^ 
contre les fortunes et la vie des citoyens*. 
On arrête une contribution de 33 millions. 
Des mandats impératifs sont déce^rnés 
pour la perception de cette taxe mons- 
trueusement exhorbitante. Quelques-uns dç 
ces bulletins concussionnaires se montent 
à une somme de 400,000 liv. ; et ceux qu'ils 
frappent , sont menacés delà perte ^e leur 
liberté. 

Toutes ces vexations ont iin point fixç\ 
le désespoir des Lyonnais, afin de déclarer 
leur malheureuse patrie en état de rébellion» 
de Tensevelir sous des monceaux de cada- 
vres , et d'effacer à jamais jusqu'au nom de 
cette cité naguères si florissante par son 
industrie ,^et digne objet de jalousie pouï 
toutes les Nations commerçantes. 

Le 28 mai 1793 , d-es jeunes gens se 
rassemblent pendant la nuit, et font de 
nombreuses patrouilles pouf $'opposer à 
la tyranniç de la Municipalité : instruite de 
ce fait , eUe en fit beaucoup arrêter. Cette 



sous les Proconsuls conventionnels, i5 

mesure causa une rumeur générale , à tra- 
vers laquelle Tindignation se manifestait. 
La Municipalité en craignit les suites. Elle 
dépêcha un courier à Tarmée des Alpes , 
campé^e à douze lieues de Lyon. Elle peignit 
Textrême agitation qui régnait dans la 
ville , et demanda aux trois Proconsuls de 
faire avancer une colonne sur Lyon. Un 
bataillon d'Allobroges , et un de Vol on* 
taires , à la tête desquels étaient les repré- 
sentans Nioche et Gauthier , dirigèrent aussi- 
tôt leur marche sur cette yille. A leur arri- 
vée , la Municipalité se transporta dans les 
sections quun décret précédent avait auto- 
risées à s'assembler. Elles s'étaient déclarées 
en permanance , et reçurent Tordre de se 
dissoudre. Dans la nuit qui suivit les évé- 
nemens , on arrêta plusieurs Pré^dens et 
Secrétaires ; et cent pères de familles les 
suivirent dans la cave des morts. 

Le fig f ceux des Présidens des sections 
échappés aux chaînes municipales , se réu- 
nirent à TArsenal avec une partie des 
Administrateurs du département. Ils se 
formèrent en comité. La force armée du 
parti des sections se rassembla sur la place 
de Bellecour au nombre d'environ lo à 
1 2,000 hommes. Ceux qui avaient embrassé 
le parti de la Commune se rendirent sur 
la place des Terreaux* 



i6 • Crim€5 commis à Lyon , 

Le représentant Gaultier vint sur la 
place de Bellecour pour haranguer les ci- 
toyens armés , et les inviter à se dissoudre. 
Pendant le court colloque qui eut lieu à 
à cet égard , ce Représentant qui pt^imét- 
tait néanmoins la destitution de la Muni^ 
cipalité , parut tergiverser sur quelques faits. 
Ce corps aimé le retint en qualité dotage. 
' La Municipalité usa de représailles , et lïiit 
en arrestation deux de àes Commissaires. 

La Municipalité commença lés hostilités 
en fesant tirer le canon sur le bataillon de 
la Pêcherie. Aussitôt ces 12,000 hommes 
s'ébranlent , et s'avancent sur trois colonnes 
vers la Maison Commune. Le feu s'engage 
de part et d'autre ; il dure cinq heures , et 
il périt 1200 pesonnes. Des femmes dignes 
de donner la main aux furies de guillotines 
de Paris , se distinguèrent par leur atrocité. 
Elles étaient du parti de la Commune ; elles 
s'acharnèrent contre les blessés qu elles 
massacraient impitoyablement, La nommée 
Giroudon se fit remarquer. La troupe de 
ligne décida la victoire en faveur de la 
Municipalité. A 8 heures du soir, les vaincus 
se dispersèrent , et une partie des vain- 
queurs célébrèrent leur triomphe par des 
orgies où ils s'abandonnèrent à une impru- 
dente sécurité. Les Lyonnais défaits , mais 
jion désespérés, se rallient de nouveau 



sous les Proconsuls conventionnels. 17 

pendant la nuit sur la place des Carmes ; 
et au milieu du silence de la nuit, cette 
troupe commandée parle citoyen Madinier, 
s'empare de la Maison Commune , arrête 
tous les Municipaux ainsi que Challier 
qu ils jettent dans les cachots. 

Le Comité de TArsenal voyant son parti 
victorieux, s'érigea en Municipalité provi- 
soire. Les représentans Nioche et Gaultier 
voyant la victoire changer de parti , chan- 
gèrent également d'opinion. Ils blâmèrent 
hautement la Municipalité dont ils feigni- 
rent d'avoir ignoré les attentats , et repri- 
rent le chemin de l'armée des Alpes. 

Cependant la nouvelle Municipalité 
et le Département s'empressèrent de 
nommer une députation extraordinaire 
pour instruire la Convention de l'événe- 
ment du 29 mai. Mais les nouvelles de ce 
qui venait d'arriver à Paris dans les journées 
du 3i mai et suivantes , firent abandonner 
le projet de cette députation. Conformé- 
ment aux lois existantes , on érigea un tri^. 
bunal sous le nom de commission départe-^ 
mentale , et une autre de cinq membres 
pour juger les militaires. 

Après cet événement , le peuple de Lyon 
débarrassé de ses oppresseurs , respira 
pendant quelque tems , et la Convention 
en apprenant par Savoie des papiers publics 

tome VL B 



1 8 Crimes commis à Lyon , 

ce qui venait de se passer dans cette ville » 
n'ayant eu aucuns renseignemens sur son 
état précédent , par les députés Legendre , 
Basire et Rovère , envoya le 3 juin lygS, 
Robert - Lindet , Membre du Comité de 
Salut public. Il vit clairement que le parti 
qui avait triomphé à Paris, aux journées du 
3i mai, venait de succomber à Lyon; 
et à son retour , le 29 juin , il dit à la 
Convention : 

Citoyens , vous avez décrété que je me rendrais 
dans votre sein pour vous rendre compte de l'état 
de la ville de Lyon , de la situatioù des esprit* 
dans cette ville, et les ordres de votre Comité m'im- 
posent l'obligation de garder le silence sur tout ce 
que j'ai vu, jusqu'à ce que les fonctionnaires publics 
que vous avez mandés aient obéi à votre décret. 
Au reste , je puis assurer la Convention que si la 
nouvelle autorité qui s'élève à Lyon tient les rênes 
de l'administration avec fermeté , il n'y a rien à 
craindre pour la liberté , mais beaucoup à observer. 
En attendant , voici le projet que je suis chargé de 
yous préseilter au nom du Comité de Salut public. 

i^. La Convention nationale met sous la sauve- 
garde de la loi et des autorités constituées , les ci- 
toyens arrêtés à Lyon dans les derniers troubles qui 
y ont eu lieu. 

2°. 11 sera sursis à toute instruction et poursuites 
eommencées contre ces citoyens. Le projet de décret 
est adopté. 

. Le triomphe de la Montagne avait fait 
proscrire une foule de députés , ils se dis- 
persèrent sur tous les points de la France 
pour y chercher un asyle et un appui contre 



sous les Proconsuls conventionnels. 19 

la persécution, Chassey et Biroteau se ren- 
dirent à Lyon , instruisirent les habitans 
des evènemens qui avaient eu lieu à cette 
époque , firent le récit de la tyrannie de 
la Convention , et invitèrent les Lyonnais 
à se prémunir contre elle : ici ils exposèrent 
les vues anarchiques du parti Montagnard 
et des fureurs sanguinaires des Maratistes. 
Les Lyonnais ébranlés par cette nouvelle ', 
se laissèrent entraîner par Téloquence de 
Biroteau, s'assemblèrent en armes , et avec 
leurs drapeaux , ayant à leur tète les Au- 
torités supérieures et les deux Députés. On 
yarrête rassemblée des sections; et quelques 
jours après , eiles proclamèrent que Lyon 
ne reconnaissait plus la Convention ni ses 
décrets. 

Cette première démarche faite , les 
Lyonnais se trouvaient au bord d'un pré- 
cipice que Biroteau avait creusé sous leurs 
pas. Au milieu de Terreur qui les entourait, 
ils ne songèrent même pas à retenir ces 
deux Députés , qui contens d'avoir soufflé 
les premières étincellea d'une insurrection, 
s'échappèrent nuitamment , et l'un d'eux 
gagna la Suisse. 

C'est ainsi qu'après avoir résisté aux 
invitations des Bordelais et des Marseillais 
pour se .liguer contre la Convention na- 
tionale , les Lyonnais se trouvèrent , sans 

fi S 



SJO Crimes commis à Lyon , 

s'en douter , du nombre des départemeiis 
; que Ton dit alors s'être fédéralisés contre 
la Convention , tandis que la force armée 
départementale n'était destinée que pour 
la protéger contre les maratistes qui Top- 
primaient« Lyon convoqua en conséquence 
toutes les gardes nationales de son arron- 
dissement , pour célébrer la fédération du 
14 juillets -sous le nom de fédération 
Lyonnaise , à laquelle assistèrent des dé- 
putés de Marseille. 

La Commission départementale et les 
sections ordonnèrent en même tems au 
tribunal Criminel de juger Challier. Cet 
Accusé usa de tous les moyens que la 
loi accordait pour sa défense ; et le 17 
juillet 1793 , il fut condamné à mort. 
( Voyex le tome premier. ) Riard fut éga- 
lement condamné comme convaincu d'avoir 
commandé la force armée de la Municipa- 
lité. Un Municipal du nom de Saute-Mouche^ 
ayant été précédenunent acquitté , fut 
attaqué à la sortie de la prison. Pour éviter 
ses assassins , il se réfugia dans un café au 
coin du pont volant, où il reçut une balle 
qui lui arracha la vie. Son corps fut jeté 
dans la rivière. 

^ Nous avons esquissé la tyrannie exercée 
par la Municipalité Challier \ ses vexa- 
tions de tout genre , avaient porté l'indi- 



sous les Proconsuls conventionnels. « i 

gnation au plus haut point. L'assentiment 
donné par la Convention à ses .mesures 
oppressives , avait achevé d'aigrir les 
esprits , et chaque parti se vit obligé 
de recourir aux armes. La victoire s était 
décidée en faveur des opprimés , et les 
oppresseurs dont les chefs venaient de 
triompher à Paris , y trouvèrent par la 
suite , de terribles vengeurs. Les évènemens 
du 3 1 mai, l'arrivée subite des deux proscrits 
Biroteau et Chassey , leurs invitations aux 
Lyonnais de chercher à se garantir de la 
tyrannie des Montagnards, ne laissèrent 
d'autre parti aux Lyonnais , que de suivre 
leur primitive impulsion. D'immenses pré- 
paratifs de guerre , se fesaicnt dans les 
armées avoisinantes ; le bruit jjiublic , un 
certain pressentiment fesaient soupçonner 
que CCS apprêts allaient être dirigés contre 
Lyon : elle se prépara au combat. Le parti 
royaliste , malgré qu'il ne se fût pas montré 
à découvert , était cependant assez puissant 
dans cette ville , voisine des Suisses. Les 
troubles presque continuels qui l'avaient 
agitée , favorisaient leur entrée. C'était au 
milieu des tumultes civils qu'ils espéraient 
relever l'étendart royal, et ils avaient trouvé 
dans la conduite delaMunicipalité maratiste^ 
une protection pour l'érection de la royauté. 
Le souvenir des premières coi^piratious 

B 3 



> 22 Crimes commis à L^^on ; 

que V dès TAssemblée constituante , on 
avait découvertes dans cette ville , aug- 
mentait encore sur elle les inquiétudes na- 
tionales. On n'avait pas oublié que c'était 
daiis cette ville que les princes à Turin , 
et les conspirateurs du camp de Jalès , 
avaient résolu de porter le siège de la 
royauté : d abord , pour se venger de la 
Conduite des Parisiens , ensuite pour ra- 
viver les manufactures que la révolution 
anéantissait. Les négocians ne cessaient de 
se plaindre a^uprès de la classe ouvrière 
sur le nouvel ordre de choses. La Cour 
de France une fois abolie , il ne fallait 
plus songer à la fabrication des riches 
étoffes , qui fesaient refluer tant de richesses 
à Lyon. Ces différens propos divulgués 
avec art , Turgence du moment , facilitèrent 
à laConimission départementale une liberté 
daction dont elle avait besoin pour ré- 
sister à l'oppression qui menaçait la France. 
La faction dominatrice qui criait sar^s cessé 
contre les agens de l'Anglais et de l'Autriche , 
servait indubitablement Furie et l'autre 
puissance , et. principalement la première, 
en concourant à là. destruction d'une ville, 
pour l'anéantissement de laquelle , sous le 
règne de Louis XIV , ils avaient offert dix 
millions. 

Les ouvriers qui avaient beaucoup à s^è 



sous les Proconsuls conventionnels. 83 

plaindre de la morgue des négocîans et 
de leur, luxe quils comparaient à la modi* 
cité de leur salaire , étaient sans cesse ba- 
lottés entre le parti de la Mcwitagne et. lé 
parti royaliste qui, par des motifs différeni 
visaient au même but- à, Ja guerre civile; 
Cette classe d'hommes , peu éclairée , sani 
occupations , et ne désirant que la vivi- 
fication des ateliers, suivait aveuglément 
les impressions qu on lui donnait , sous 
le masque d'un avenit plus heureux. Par 
TefFet de tant de suggestions , Challict 
fut condamné et exécuté , malgré le décret 
du 3 juillet , .qui rendait les dépositaires 
de Tautorité publique de cette ville, rest 
ponsables individuellement Aftt 3.ur Jeuts 
têtes , des atteintes . qui • pourraient êtr« 
portées a 1^ cureté des!. citoyens arrêtés ^ 
détenus, ou relaxés pat çwté des évènemeris 
du a^ m?LJU .;. . : ^ 

Peut-être ^ût-il été; plu», .prudent oU 
plij$ gf néreuJC de Jlaiss.er la yié à^ Ch^lUer:^ 
mais la: /Vindicte publique ^voulait irappér 
en lui TAuteur des premières ^rresjatiôn5^ 
de c^ ajCtes . arbitraires - qui , f:çj;Asidéxés 
comme l'efFet d'un cerveau mal or^nisé , 
n'en avaient pas moi^s-été le signal des 
atrocités municipales,; .-âftP supplice en 
fut donc la juste expiation , et les Lyonnais 
ne durent y voir que Texe^cicé d'un dçoii 

B 4 



s 4 Crimes commis à Lyon , 

consacré légalement alors , le droit de la 

résistance à Compression. 

-Ce sentiment fut le premier mobile de 
leur insurrection; et en prenant les armes , 
ils devaient d'autant moins soupçonner une 
trahison , ^tietous les actes émanés de la 
Commission ; départementale , portaient 
Fempreinte de la Republique une et indivi-» 
sible , et qu elle prenait élle-niême la déno- 
mination d^ ComVnission populaire^ r^épubli^ 
caine et de Salut' public du département de 
RMne et Loiret 

C'fesr^sous ce titre qu'elle fit paraître 
une proclamation destinée à pi*émunir les 
ijitoyetis peu édairés contre les suggestions 
des -Agens de là Montagne , qui venait de 
remporter à Paris les triomphes du 3i 
mai, et du 2 juin. Après avoir rappelé 
dans cette proclamation lés récefifà outrages 
faits au peuple français dans là personne 
de ses RepréseAtàns proscrits par Tinsolence 
aftarchîsted^jne minorité composée de c^nt 
éhit:;^uante:meftïbï*es seulement: les Membres 
de la com^mission ajoutaient ««qu'à leut 
>) exemple , une grande majorité des dé- 
fj partèmens se sont levés contre Tôppres* 
99 sion. Ils les citent au nombre de soixante- 
5 5 trois : cependant , ajoutent - ils , des 
>5 hommes pervers prêchent par-tout la 
n discorde, la guerre civile et le? principes 



sous les Proconsuls conventionnels. 25 

ij les plus contraires au bonheur public. 
t> Ils invitent les citoyens à se défier de 
I 5> leurs insinuateurs perfides, au nom de 
n tout ce qu ils ont de plus cher. D'ailleurs 
» qu'ils examinent scrupuleusement la 
f> conduite de ces hommes qui se couvrent 
,»9 du manteau du patriotisme. Ils recon* 
n naîtront des hommes qui, sans aucun des 
n liens qui attachent Thomme à la société , 
9r n'*ont de ressources que dans le crime 
n et le brigandage in Ensuite cherchant 
à détruire le soupçon qu'on élève contre 
eux sur le projet de rétablir la royauté , 
a ils peignent les anarchistes comme les 
« auteurs des maux qui désolent la France, 
5) qui les premiers ontlevé Té tendart contre 
n les amis des lois, î > Ils finissent par ranimer 
Tespoir et le courage de ce peuple , u en lui 
n apprenant que le bataillon envoyé 
J5 contre Je Jura, avait fini par déposer 
n ses armes et fraterniser avec eux : qu ainsi 
M il ne leur reste plus qu à livrer au glaive 
n des lois ceux qui cherchent à enchaîner 
ij leur ardeut pbur défendre la cause quils 
n ont embrassé , et d'où dépend leur salut 
99 et celui de TEmpîre français, n 

Il manquait un général aux troupes 
lyonnaises. Précy^ ancien militaire, jouissant 
d'une fortune médiocre , reçut à son do- 
micile situé i, quelques lieues de Lyon « 



s 6 Crimes commis à Lyon' i 

une députation qui Tinvita à venir prendre 
le commandement de la force départe- 
mentale. Il vînt à Lyon pour y reconnaître 
Tesprit qui ranimait. Il hésitait de prendre le 
commandement;mais la C ommission layant 
assuré que soixante-trois departemens en- 
traient dans cette fédération , fit cesser ses 
incertitudes. D'un autre côté , les négocians 
pour augmenter le nombre des défenseurs,- 
fern;tèrent leurs magasins et leurs ateliers; 
Ouvriers et commis furent forcés de prendre 
les armes ; on les y encouragea même en 
leur donnant une paye de 5 liv. par jour, 
non en espèces , mais en papier-monnaie 
portant pour inscription ^Billets de. siège eb^ 
sidionale , et signés par Mes principaux 
Membres de la Commission municipale. 

L armée lyonnaise s'organisa en peu dé 
tems. Elle fut composée de 6000 hommes 
d'élite, et 1^ masse de ses défenseurs en 
général, se montait à près de trente mille 
hommes. Cette armée commença à s'em- 
parer de tous les Inagasiqs -de vivres et de 
niunitidns appartenant àila. République et 
réservés- p'our Tarmée d'Italie, ainsi que 
des fonderies de canons. Le citoyen /fr^/Vaw; 
directeur de l'une de ces fonderies , refusa 
son ministère et se sauva. 

Les troupes destinées contre. cette ville, 
conduites par Dubois- Crancé ,,se présenumt 



sous les Proconsuls conventionnels. 27 

sur les hauteurs environnantes et dominaient 
du côté de la Croix-Rouge, Une artillerie 
formidable avait é*é commandée pour ce 
siège : par la suite , la levée en masse des 
départemens voisitf» , eut ses quartiers 
autour de- Lyon , qui se trouva bloqué de 
toutes parts : elle n'eut de communication 
de libre que celle des Brotteaux , par le 
pont St.-Clair. L'opiniâtre résistance des 
Lyonnais , fit accuser Dubois-Crancé de 
ménager les assiégés. (1) On lui adjoignit i 
Couthon , Châteauneuf- Randon , Maignet , 
Laporte ttrjavogues. Sous ces quatre Mon- 
tagnards, le siège prit une nouvelle acti- 
vité. Les bataillons de TAuvergne, et autres 
appelés à ce siège , redoublent d'efforts , 
à la vue de cette ville riche dont on leur 
promet le pillage. Les Montagnards qui 
n'épargnaient rien pour en venir à leur 
but , distribuaient avec profusion les asf- 
signats dont ils dirigeaient à volonté la 
fabrication. Danton écrivit à Couthon qu'il 
fallait détruire cette ville , que tous les sa- 
crifices devaient être faits. Cette invitation 
de Danton était inutile , puisque le Comité 
de Salut public avait arrêté cette mesure 

(1) Pendant qu'il dirigeait ce siège , un nommé 
Servan ,, aidé-de-camp de Précy , pris dans une 
sortie, les armes à la main , fut jugé par une cour 
martiale , et condamné à être fusillé. 



X 



28 Crimes commis à Lyon , 

relative à son plan de, dépopulation. Là 
disette se fesait sentir dans Lyon où Ton 
distribuait par jour à chaque individu 
un gobelet d'avoine , et ceux qui n'avaient 
pas voulu prendre le*" armes, étaient privés 
de tout secours. Plusieurs femmes et erifans 
étaient déjà morts de besoin : le peu d'é- 
nergie d'une partie de ceux qui avaient pris 
les ajrmes , la quantité de partisans de la 
Montagne qui étaient comme autant d'es- 
pions , les trahisons continuelles qu'ils 
occasionnaient , et contre lesquels on avait 
été force de sévir , soit en incarcérant 
ceux qui était soupçonnés , soit en fesant 
fusiller ceux qui étaient convaincus , ren- 
dirent les efforts des assiégés inutiles ; et 
après avoir soutenu un blocus de soixante- 
trois jours , un des plus meurtriers et des 
plus désastreux que l'histoire nous fournisse, 
Lyon ouvrit ses portes à l'armée de la 
Montagne , le 9 octobre 1 793. 

Les assiégés qui s'attendaient à trouver 
leurs assa^ssins dans les vainqueùrs,furent sin- 
gulièrement étonnés et attendris , en voyant 
l'armée entrer avec des vivres de toute 
espèce , et chaque soldat distribuer une 
portion de sa subsistance aux citoyens. 
Un pareil début séduisit la multitude , qui 
finit par regarder ces soldats comme ses 
libérateurs \ mais elle ne pouvait s'imaginer 



st)U5 les Proconsuls conventionnels. «9 

que les Représentans qui étaient à leur suite, 
vinssent y porter la désolation et le carnage* 

Le général Précy , qui n ignorait pas le 
peu de confiance que méritaient les Dé- 
putés de la Montagne , avait déjà pris le 
parti de la retraite à le tête de deux mille 
cinq cents hommes , qui étaient l'élite des 
assiégés. Cette retraite , qui lui avait parue 
indispensable dès Tinstant où les pour- 
parlers annonçaient la prochaine reddi- 
tion de la place , fesait déjà déserter les 
postes avancés par les factionnaires fatigués 
d'un siège aussi long , et à qui les prélimi- 
naires de paix firent briller une lueur de 
yepos , dont ils s'empressèrent de jouir 
par avance. 

Ces malheureux ne voyant donc d'autre 
salut que dans la fuite , emmènent leurs 
femmes et leurs enfans , qu'ils mettent au 
milieu de leurs bataillons , et abandonnent 
leurs foyers , leur patrie et leur fortune» 
On ne peut dépeindre la douleur qui dé* 
chirait cette petite armée. Les mères , les 
enfans qu'elles serraient contre leur sein , 
murmuraient contre le ciel , et accusaient 
leurs ennemis d'injustice et de barbarie. La 
destinée la plus affreuse les expulsait de 
leur asyle ; elle présida à leur départ , en 
leus fesant ressentir les plus terribles coups* 
Une décharge d artillerie frappa le milieu de 



3o Crimes commis à Lyon , 

cette colonne à sa sortie ; un obus mît le 
feu à un caisson , son exJ>losion porta la 
mort parmi les femmes et des enfans* 
Plusieurs éprouvèrent des blessures mor- 
telles , qui les firent périr au milieu des cris 
d un désespoir déjà alimenté par cette re- 
traite forcée^ Néanmoins cette petite armée 
continua sa route ; mais les Représentans 
ne la perdirent pas de vue ; ils préparèrent 
sa destruction par tous les moyens que la 
puissance et la barbarie leur fournirent. 
Des Commissaires sont expédiés dans toutes 
les campagnes par où ils doivent passer. 
Le tocsin sonne à leur approche ; les paysans 
s'arment de toutes parts, les harcèlent , leur 
coupent le passage. Près de St. Cyr, au 
Mont d'Or , à St. Germain , ils les at- 
tendent d^ns les creux des défilés ; ils les 
assaillent dans les difFérens endroits , et 
parviennent à les détruire. Ils n'épargnent 
ni les femmes ni les enfans , ils se préci- 
pitent dessus à coups de bâtons , à coups 
de fourches ; les assomment., les égorgent , 
et parviennent à exterminer jusqu'au der- 
nier de ces infortunés. 

Les Représentans , en possession de la 
ville de Lyon , commencèrent d'abord à 
rétablir le fameux club , présidé jadis par 
Challier. Plusieurs Représentans s'y ren- 
dirent, et y prononcèrent les discours les 



sous Us Proconsuls conventionnels. 5 1 

plus propres à exalter les têtes , et em- 
braser toutes les passions. Javogues , dans 
un de ses élans oratoires , y peignit Challier 
et Riurd , comme les martyrs de la liberté , 
les héros de la République et les seuls amis 

(du peuple. II. parla aux ouvriers de l'asser- 
visse ment honteux dans lequel les riches les 
avaient retenus silong-tcms , en s'appro- 
prîant tous les fruits de leurs travaux et 
de leur industrie.- Les propriétaires furent 
signalés au peuple comme les usurpateurs 
de son bien ; il finit par Tinviter à rentrer 
dans ses droits , en dépouillant les pro- 
priétaires ; et lorsque le décret sur la dis- 
tribution des maisons des riches aux pauvres 
fut devenu public , il leur persuada que la 
démolition des édifices était un moyen 
certain de parvenir à cette sainte égalité , 
qui est la base de la liberté. 

C'est ainsi que ces Représentans pro- 
clamaient ce système agrairien , conçu par 
les Comités et la Convention, pour assurer 
leur ^despotisme par la main même du 
peuple; c'est ainsi qu'en offrant àPindigent, 
fatigué d une longue misère , l'illusion en- 
chanteresse d'une égalité future d'opulence 
et de bonheur , ils achetaient ses bras et 
sa force pour la ruine et l'extermination 
des Français , qu'ils enchaînaient par de 
chimériques espérances : les remords de la 



i 

32 Crimes commii à Lyon , ' 

multitude égarée , Fentraînaient des égà- | 
Temens aux crimes , et lui firent bientôt un \ 
besoin de la férocité. J 

Le même siystême s'étendait du Mi Si au \ 
Nord ; et Paris était comme un gouffre ' 
central où s'engloutissaient les victimes 
d'élite , et comme un modèle des principes , 
de dépopulation offert au reste des dépar- 
temens , pour encourager et activer les • 
exécutions et les massacres. 

Les prédications agrairicnnes dejavogues 
ne furent que trop bien entendues , et ses 
affreux succès sont imprimés en caractères 
ineffaçables sur les murs et sur les ruines 
de cette ville infortunée. ' 

Lyon , comme toutes les autres Com- 
munes de la République , avait sans 
doute des royalistes dans son sein ; mais 
on y comptait en revanche une foule 
d'excellens républicains. Les Représentans , 
on le sait , ne desiraient pas en trouver ; ils 
trouvèrent même, un moyen de créer des 
suspects de royalisme , en affichant et que 
5> quiconque laisserait paraître sur son vi- 
»> sage la moindre apparence de tristesse , 
3> serait déclaré <2n5/ocr^<^. »» Ainsi bravant 
le^ deuil public , et se jouant de la famine 
qui régnait dans les murs de Lyon , ils 
commandèrent au père de sourire à la vue 
de ses enfans expirans de besoin , ou 



sous Us Proconsuls conventionnels. 33 

assassinés ; ils voulaient étouffer jusqu'à cette 
douloureuse mélancolie , que la nature a 
voulu attacher au don sacré de la maternité* 
Comme la présence et Tanêté des Re- 
présentans ne commandaient pas la gaî té des 
Lyonnais , CoUot-dHerbois écrivit à la 
Convention que Taristocratie était peinte 
sur le visage des Lyonnais ; que leur haine 
pour la République s y lisait par leur air 
sourcilleux ; comme si une ville , menacée 
à chaque instant de pillage , de démoli- 
tion, et dont les habitsms étaient sous les 
poignards des sicaires du club Challier , 
devait s'abandonner à Talégresse. 

Il ne manquait plus à la folie révolu- 
tionnaire que de diviniser le crime , en 
fesant Tapothéose de Challier ; ils indi- 
quèrent pour cette fcte un jour destiné à 
celle de notre ancien culte. Cette circons- 
tance ne fit qu'ajouter au ridicule et à 
Fhorreur dont se couvrirent dans cette 
journée. les promoteurs de la dégradation 
des Lyonnais , en leur présentant pour 
idole ce Challier , Tennemi juré de son 
repos et de son bonheur. Le Sénat romain 
décerna des honneurs divins à ses tyrans. 
Le Peuple français , dit souverain , fait 
brûler Tencens aux pieds des siens. 

Le jour fixé pour la fête de Challier , son 
image est pompeusement promenée dans 
Tome VI. c 



34 Crimes commis à Lyon , 

les Yues de Lyon ; des hommes et des 
femmes la portent avec respect : d'autres 
'hommes sont chargés de vases sacrés ; au 
milieu d'eux est un âne , couvert d'une 
chappe et coîfFé d'une mître : à sa queue 
sont suspendus la Bible et l'Evangile. On 
brûle le corps supposé de Challier , et ses 
cendres sont pieusement distribuées aux 
sectateurs de sa morale. L'Evangile et la 
Bible sont brûlés , et oh en jette les cendres 
au vent. Cette cérémonie s'acheva par 
faire boire l'âne dans un calice. On agita 
ensuite de consacrer cette journée en im- 
molant tous les prisonniers aux mânes de 
Challier. Ce massacre , auquel ces indignes 
partisans applaudirent, eut peut-être été 
exécuté , sans un orage violent qui dissipa 
tout-à-coup cette odieuse fête. La Com- 
mune de Wris , à qui le club Lyonnais avait 
envoyé le cœur de Challier , s'empressa 
également de célébrer des fêtes en son 
honneur. La réintégration de ce club , dont 
les sentimens s'accordaient si bien avec les 
siens , établissait entre les deux plus grandes 
xités de la France , une correspondance 
et une unité d'action qui devaient du Nord 
au Midi faire tout courber sous la tyrannie 
révolutionnaire. 

Le sang des Lyonnais quel'on avait déjà 
commencé à verser sur l'échafaud, celui 



sous les Proconsuls conventionnels. 35 

quf'on se proposait de verser encore , la 
plupart des ennemis de Challier , frappés 
de la hache , le reste n'attendant plus que 
Imstant ou la rage des bourreaux devait 
s appesantir sur eux , offrirent aux Rcpré- 
sentans du Peuple un triomphe trop digne 
de la Montagne , pour ne pas lui en faire 
hommage. En conséquence , ils adressèrent 
la lettre suivante à la Convention na- 
tionale. 

Commune-Affranchie^ sto Brumaire^ an 2 de la République 
française^ une et indivisible. (^ lo novembre^ i793. ) 

Citoyens collègues. 

L'ombre de Challier est satisfaite ; ceux qui dic- 
tèrent l'arrêt atroce de son supplice , sont frappés 
de la foudre ; et ses précieux restes, religieusement 
recueillis par les républicains , viennent d'être 
portés en triomphe dans toutes les rues de Com- 
mune- AfiFranchie. * 

C'est au milieu même de la place dU^.ce martyr 
intrépide fut immolé à la rage effrénée de ses bour- 
reaux, que ses cendres ont été exposées à la 
vénération publique et à la religion du patriotisme. 

Aux sentimens profonds et énergiques qui rem- 
plissaient toutes les âmes, a succédé un sentiment 
plus doux , plus touchant ; des larmes ont coulé de 
tous les yeux à la vue de la Colombe qui Tavoit 
accompagné et consolé dans son affreuse prison , et 
qui semblait gémir auprès de son simulacre. Tous 
les cœurs se sont dilates ; le silence de la douleur a 
été interrompu par les cris mille fois répétés : Ven- 
geancc ! vengeance ! 

C 2 



36 ' Crimes commis â Lym. ,^ ^ 

. Nous le jurons , le peuple, sera vengé ! Notre 
courage sévère répondra à sa juste in^patience. Lesol 
qui fut fougi du sang des patriotes, sera boulversé ; 
tout ce que le crime et le vice avaient éleyé scri 
îtnéanti ; et sur les débris de cette ville superbe et 
rebelle , qui fut assez corrompue pour demander 
un maître , le voyageur verra , avec satisfaction , 
quelques monumens simples, élevés à la mémoire 
des martyrs de la liberté , et des chaumières éparses , 
que les amis de Tégalité s'empresseront de venir 
habiter , pour y vivre heureux des bienfaits de la 
nature. 

Signée FOUCHÉ, Représentant du Peuple. 

La Montagne jéblouie par son triomphe 
sur cette cité fam<euse , doat elle redoutait 
peut-être le réveil , la proscrivit entière- 
ment ; et par Torgane du Comité de Salut 
public , la Convention avait rendu , dès le 
Ûi vendémiaire, (12 octobre J 793) le décret 
qui ensevelissait à jamais sa gloire , et qui 
devait effacer jusqu'à son nom. En voici le 
texte : 

Du 21 Vendémiaire^ seconde année Républicaine, 

La Convention nationale, après avoir entendu, 
le rappOTt du Comité dç Salm public, décrète : 

Article p b e m i e r. 

Il sejra nommé par la Convention nationale 
sur la présentation du Comité de Salut public, 
une conwnission extraotrdinaire , composée de cinq 
membres , pour faire -punir militairemeiit et sans 
délai les contre-révolutionnaires de Lyon. 

IL Tous les habitàns de Lyon seront désarmés. 

Leurs armes seront distribuées sur-le-champ aux 
défenseurs de la République, 



sous les PrvconstUs çomentimneh. 37 

Une p^irtie sera remise- aux patriotes de Lyon 
qui ont été opprimés par les riches e^ les contrer 
révolutionnaires. -; , 

III. La^ ville de Lyon sera détruite.. Tout ce qxri 
futjhabité par le riche sera démoli. Il ne restera que 
la maison du pauvre, les habitation^ des patnote;i 
égorgés ou proscrits , les édifices spécialement 
employés k ISndustrie , et les monunièns consacrés 
à r humanité et à l'instruction publique. 

IV. Le nom: de Lyon sera effacé du tableaq de^ 
villes dé la République. 

La réufiion des maisons conservées portera 
désormais le - nom de VilU-Affranehie, 

V. IL sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne 
qui attestera à la postérité les crimes et la punition 
des royalistes de cette ville, avec cette inscription : 

^ Lyçnjit la guerre à la Liberté ; 

j Lyon tiest plus. 

Le dix- huiùème jour du premier mois , 

Lan deuxiimt de. la République Française , 

..U^i^, et indivisible. 

t VI. Les Rfïyrisehtans du peuple nommeront snr- 
le-champ des commissaires pour fp^rc le tableau de 
toutes les propriétés qui ont appartenues aux riches 
et aux cdntt'e- révolutionnaires de Lyon , pour être 
«tatué incessamment par la Convention sur lés 
moyens d'cxéx;ution du décret du 19 juillet 1793, 
qui affecte ces biens à l'indemnité des patriotes. 

. Du 28 , premier ynoifSr 4^ la seconde armée républicaine. 

La Convention, nationale décrète que la lettrfe 
écrite le 2 7 août dernier aux Représentant du peuple 
Dubois-Crancé et Gaultier, par les citoyens de.L)^,on, 
et revêtue de 20 mille signatures , sera déposée 
dans ses archives , pour servir de monument étej^- 
nel de la trahison des signataires de cette lettre. ^ 

ç 3 



38 Crimes commis à Lyon , 

Ordonne en outre que cette lettre sera imprimée , 
et envoyée, à tous les corps administratifs, et qufc 
copie oftcielle en sera envoyée par le Comité; dfe 
Salut public , aux Représentans du peuple dfeins 
Lyon, pour servir de base à leurs opérations dans 
cette ville rebelle. - - - 

,^._ Pour procéder à rcx.écùtion d'un ordre 
aussi désastreux , il fallait être bien assuré 
de Fassentiment ou plutôt de Faveuglement 
du Peuple. Comment ne pas s'étonner 
que cette foule d'ouvriers , qui devait sou 
existence à la richesse des commer^atis , 
aux nombreux magasins , aux immenses 
ateliers que Lyon renfermait dans ses 
murs , n ait pas senti que la proscriptioii 
des négocians , dé ces ateliers et la démo- 
lition de leurs habitations', entraînaient 
nécessairement Tanéantissement de ' toute 
industrie et de tout moyen d'existence pour 
elle-même ? Comment nVt-elle pas été 
avertie par un sage pressentiment de là 
misère et de la famine qui l'attendaient , 
sur l'affreuse perfidie des tyrans conven- 
tionnels qui Tégarâîent , sur l'éternelle 
exécration qui leur était due ? 

Les vainqueurs , au lieu de se conduire 
en pères de famille, toujours disposés à la 
clémence qui aurait ramené les vaincus au 
'centré commun, et conquis aux vainqueurs 
.'de nqmbreux et de zèles partisans , agirent 
en despotes irrités et avides de sang. 



V 



sous les Proconsuls conventionnels. Sç^ 

Les Membres de Tancienne Municipalité 
avaient déjà été mis en liberté et réinstallés. 
Que de vengeances à assouvir ! que de bri- 
gandages à exercer ! Vils instrumens des Re-i 
présentans du Peuple! ils alimentent leurs fu- 
reurs, en désignant pour victimes ceux qui 
avaient développé la plus vigoureuse résis- 
tance à leurs projets liberticides. CoUot-s 
d'Herbois, ci-devant comédien , avait aussi 
une vengeance particulière à exercer contre 
toute cette malheureuse cité. Lors de son 
début sur le théâtre de Lyon , il avait été 
sifflé. Aussi s'écrîa-t-il pendant le siège de. 
cette ville , qu elle lui paierait bien cher 
ses coups de sifflets. Ainsi Lyon deyait être 
victime de son bon goût pour les arts (i). 



(i) Cet histrion était en mission immédiatement 
après ce siège , à Crépy , dan» le département de 
TAisne , avec Lequinio et Isoré. Avant de se faire 
connaître , ces Députés parcouraient les places pu- 
bliques , se glissaient dans les groupes et cher- 
chaient à révolutionner le pays , en soulevant le 
Peuple contre les riches " : 11 n'est pas étonnant , 
51 disait-on de toutes parts , que nous soyons mal 
» gouvernés , la Convention n'est composé que 
i9 d'hommes ignares, sans délicatesse ; la plupart 
n sont i4l>nnus, et n'ont jamais eu de moyens 
jî de subsistance. Il y a jusqu'à des Comédien» 
j> qui sont membres de cette Assemblée. ji Le 
Procureur-Syndic était l'auteur de ces observations , 
dont le dernier trait ne devait pas flatter l'amour- 
propre de Gollot. Deux heures après les Députéa 

c 4 



40 • Crifnes commis à Lyon , '" 

Une Commission militaire composée de 
cinq membres , quoique maratiste , jugeait 
cejpendant avec queîqua^parence de jus- 
tice.' Elle suivait à p.çu-près les formes, La 
Société populaire établie datis la salle des 
spectacles des Terreaux , se plaigtiit de ce 
qu elle ne condamnait pas url as?ez grand 
nombre d'individus; que la Nation avait 
"besoin d'ctré vengée prdmptement , et qu'il 
fallait en envoyer èbus ïes joùts soixante à 
la mort. Cotlôt-d'Hferbois étrivit aux jaco- 
bins de PiHs.ll invita de choisir dans leur 
seîn de courageux Jacobins polir accélérer 
le jugement des Lyonnais, ajoutant quit 
ny avait pas vingt patriotes à Lyon. Ainsi , 
d'après cfette lettre, bn doit présunîer qiié 
la*"Munic1pâlité , le "Club èl le Tribunal 
n'étaient pas encore assez à la hauteur; . 

Les Jacobins ' envoyèrent aussitôt une 

annoncèrent leur arrivée au district. Aussitôt il 
envoie une cléputation à la tête de Iqiielle se trou- 
vait le^ Procureur-Syndic. Collot Tapperçôit , de- 
mande ce que veulent ces hommes; on Ven instruit: 
'Retirez-vous , s'ecrie-t-il aussitôt , vous êtes dés contre-- 
révotîitionnaires , vous ri' it es pas dignes de paràïtri 
devant la Représentaiionnaiiofiale. Les membres, inter- 
dits se retirent, vont iairé part à leurs conègues de 
la réception qui leur a été faite , tous en ignorent 
les raisons. Enfin , le Procureur-Syndic se rapjpelé 
ses propos, et la figure de Collot-d'Herbois. Aussi- 
tôt, frappé de terreur, ils prennent la fuite» 



sous les Proconsuls conventionnels. 41 

colonne de Tarmée révolutionnaire com- 
jDiandée par Ronsin et Parrein ; ce dernier 
ex-avocat et orateur du faubourg Saint- 
Antoine de Paris. Les soldats de Tarmée 
révolutionnaire furent choisis à dessein 
parmi tout ce qu'il y avait de plus exécrable 
dans ce corps. Ils furent suivis d'une com- 
pagnie de canonniers. Lés nommés Antoine 
et Lafagc , meinbres de la Société , parti- 
rent également pour Lyon. Aussitôt une 
Commission de sept membres fut installée. 
jParrein la présidait. Il avait pour collègues 
Lafage , Brùnières , Serjiet ,' Côurchand , 
Marcellin , Vauquoy et Andirieu laîné. 
Ce tribunal de sang voulut , a l'exemple 
des Grecs , juger en plein air; mais juger 
n'était pas leur vœu : cette marche n'aurait 
pas frayé aux détenus la route de Téchafaud. 
CetteCommission signala son installationpar 
l'envoi de 209 individus au supplice. C'était 
la fusillade ; mais avant de narrer cette 
épouvantable anecdote , remontons à la 
source des jugemens des deux Commissions. 
L'interrogatoire qu'on fesait subir, était 
court et précis. Trois questions en fesaient 
souvent la base : Quel est ton nom , ta pro- 
fession ? Qji as-tu fait pendant le siège ? Ès-tù 
dénoncé ? Ces lieux communs que les tri- 
bunaux de la tyrannie s'étaient adoptés ^ 
tels que les dénonciations de fanatisme , 



42 Crimes commis à Lyon , 

de haine pour les Sans - Culottes , pour 
Végalité ; Tinterprétation des discours , et 
des gestes les plus innocens ; le propos le 
plus léger , enfin la moindre indiscrétion , 
suffirent pour motiver cette foule d'arrêts 
qui couvrirent les places de Lyon de sang 
et de carnage. Au milieu de toutes ces hor- 
reurs , plusieurs des accusés conservèrent 
tout le calme de l'innocence , et leur ré- 
ponse laconique annoncèrent leur mépris 
pour leuts bourreaux /et la haine même 
de la vie. j 

Marie Adrian , jeune fille de seize ans , 
vêtue- en homme, avait servi au canoix 
pendant le siège. Traduite devant ces juges , 
ils lui dirent : Comment as-tu pu braver le 
feu et tirer le canon contre ta patrie ? C'était 
au contraire pour la défe7idre^ répondit-elle^ 

Une autre du même âge et aussi inté-- 
ressante , ne voulait pas porter la cocarde. 
Interrogée sur le motif de son refus : Ce 
n'est point la cocarde que je hais , dit-elle ; 
mais comme vous la portez , elle me paraît' le 
signal du crime -^ elle déshonorerait mon front. 
Lafage fit signe au guichetier d'attacher une 
cocarde au bonnet de cette jeune accusée. 
Vas , lui dit-il ensuite , en portant celle-ci 
tu es sauvée. Aussitôt elle se lève avec sang- 
froid , détache cette cocarde , et ne répond 
aux juges que par ces mots : Je vous la 



sous les Proconsuls conventionnels. 43 

rends. Elle sort aussitôt , et court à la mort. 

La citoyenne Marie Lolière , femme 
Cochet , avait tellement pris la faction de 
la Montagne en aversion , qu elle avait dit 
hautement qu elle couperait la tête d'un 
Représentant du Peuple, et qu'elle la porte- 
rait au bout d'une pique. Elle fut guillotinée 
pour ses propos , et pour avoir donné 
Texemple de la rébellion en portant les 
armes contre sa patrie , et en se travestis- 
sant en homme pour mieux exécuter ses 
desseins. 

Un Commandant de bataillon de la garde 
nationale réclamait auprès du tribunal la 
liberté de son frère. 11 avait laissé son épéc 
au corps de garde placé à l'entrée du tri- 
bunal. Les soldats la tirèrent par curiosité 
du fourreau. Malheureusement cette épée 
qui était ancienne portait l'empreinte des 
trois fleurs de lys. Aussitôt elle est mise 
sous les yeux des juges. Ce Commandant 
étonné, se trouble dans ses moyens de 
défense. Tu venais , lui dit-on , réclamer ton 
frère , tu partageras sa prison et son jugement. 

Un accusé du nom de Calas se présente. 
Etais-tu , lui demandent les juges , parent 
de ces Calas que des Parlementaires ont fait 
rouer ? Sur l'afl&rmative : Sois libre , lui 
dit-on , ton parent te sauve. 

Un autre évita la mort par une réponse 



44 Crimes commis à Lyon , 

unique à tout ce qu'on lui demanda. Elle 
se bornait aux deux mots : Comme vous. 
Aimes-tu l'argent , lui demande - 1 - on ? 
— Comme vous. As-tu porté les armes 
pendant le siège ? ~- Comme vous. Es-tu 
patriote ? -— Comme vous. Il fut acquitté. 

Une jeune fille , au milieu des transports 
du désespoir , entre dans la salle , et s'écrie : 
'Mes frères sont fusillés ; vous venez de faire 
périr mon père ; je nai plus de farnille , que 
faire seule au monde ? Je m'' y déteste-^ mettez 
tin terme à mon malheur ; de grâce faites-moi 
périr, ^lle était aujc genoux des juges en 
leuradressant cette triste prière, Courchand 
et Fernèx firent paraître quelques mouve- 
tnens de sensibilité. Relevez-vous , jeune* 
fille , dit l'un; en vain vous nous demander 
la mort ; nous voudrions bien vous accorder 
votre demande , mais nous fie lé pou- 
vons pas. 

Tandis que la mori était a l'ordre du 
jour parle ministère de ce tribunal de sang, 
les accusés , parmi lesquels étaient des 
religieuses et des prêtres , y paraissaient 
'avec cette intrépidité qui sait braver la 
mort et les hoxxxv^^xxx. Si votre devoir , disait 
un d'eux, est de nous condamner , obéissez a 
votre loi \f obéir aussi à la mienne'; elle m' or- 
donne de mourir et de pardonner âmes ennemis. 

Crois-tu à l'enfer ^ demandaient les juges 



sous les Proconsuls conventicnnds. 45 

au curé d'Amplepuy ? Comment en douter , 
dit-il , en vous voyant ? Un autre prêtre 
croit échapper au trépas par Tathéisme. 

Crois-tu en Dieu , lui deraanda-t-on ? T'rès^ 
peu , répondit-iL Meur\ , infâme , dit aussi- 
tôt le Président, et va le reconnaître. 

Qjie penses -tu de Jésus , de manda- t-on à 
un autre ? 11 répond qu il croit que sa mo- 
rale a mis les hommes dans Terreur. Court 
au supplice. Scélérat , lui cria-t-on ; Jésu§ 
tromper les hommes ! lui qui leur prêcha f égalité^ 
et qui fut le premier et le meilleur sans-culotte 
de la Judée. 

La piété filiale et Tamitié fraternelle s'im- 
mortalisèrent dans ces tristes circonstances 
par leur dévouement héroïque. Le citoyen 
Badger , dont le frère malade des blessures 
qu'il avait reçues à Tafiaire du sjg mai , 
jetait grièvement dénoncé , fut arrêté à sa 
place et conduit dans la prison. Un mot 
pouvait le rendre à la liberté , à la vie. Il 
se tut , fut condamné , et marcha gaiement 
au supplice. 

Les deux frères Bruyset, imprimeurs- 
libraires , tous deux jouissant d'une pro- 
bité exemplaire , firent incarcérés, comme 
ayant participé à la défense de Lyon. L'aîné 
5'était chargé du papier - monnaie , dit 
billet de siège ohsidional. Sa signature était 
même apposée au bas de ces billets. Malade, 



46 Crimes commis à Lyon , 

il fut mis dans une infirmerie. Le frère 
cadet fut mis en jugement. On lui présente 
lesbilletsetlasignature.il répondit que cette 
signature était bien celle deBruyset. Ce peu 
de mots équivoques suffit au tribunal pour 
éclairer leur conscience. Us renvoyèrent à la 
mort. Ce trait de générosité devient encore 
plus sublime,si Ton considère quece Citoyen 
en se sacrifiant pour son frère qu une ma- 
ladie avait fait transporter dans un hospice , 
s'arrachait à sa femme et ses enfans , qu'il a 
laissé en mourant au soin de son frère. 
Certainement l'ingratitude , dans une pa- 
reille circonstance , serait un grand crime. 
Ce dernier trait eut lieu à J'occasion de 
révasion des prisonniers de la cave dite la 
mauvaise Cave ; c'était là que Tpn déposait 
les condamnés avant que de les conduire 
au supplice. Ceux qui étaient sortis du tri- 
1t>uiial la veille de la décade , attendaient 
jusqu'au surlendemain pour subir leur 
mort; car , les décades , les tribunaux et les 
exécutions étaient suspendus , et les auto- 
rités existantes donnaient des fêtes au 
peuple , qu'ils préparaient par leurs dis- 
cours féroces aux scènes sanglantes qui 
devaient se succéder rapidement dans le 
cours de la décade. A la faveur de cet inter- 
valle , un détenu avait projette son évasion. 
Il reçoit par un soupirail tous les instru- 



sous les Proconsuls conventionnels. 47 

tniens nécessaires pour Teffectuer ; et la nuit 
qui devait précéder leur supplice , il fut 
exécuté au milieu des plus vives alarmes 
et des obstacles qui eussent été insurmon- 
tables pour tout homme qui n'eût pas 
eu la certitude de la mort. Quinze échappent. 
Couchoux fils vient briser les chaînes de son 
père octogénaire , et dont les jambes enflées 
et ulcérées ne lui laissent pas la liberté de 
jouir de cet avantage : u Fuis , mon fils , 
J5 lui dit-il , si tu en as l'occasion et le tems ; 
9^ fuis à rinstant , je te l'ordonne : pour 
îj moi , je ne puis te suivre , j'ai assez vécu* 
j> Bientôt mes peines seront finies : la plus 
M grande disparaît, si je te crois sauvé.^Son 
fils insiste et l'assure qu'il ne quittera pas la 
prison sans lui , et que par son refus il va 
causer la perte de l'un et de l'autre. Enfin , 
le père se décide , il se lève ; et appuyé 
sur son fils , il s'avance vers l'escalier. Il ne 
peut soulever ses jambes : alors le fils , âgé 
seulement de vingt-deux ans , et d'une faible 
complexion , le prend sur ses épaules , et 
gagne avec ce précieux fardeau la barrière. 
La nuit acheva de couronner leurs efforts ; 
ils sortent de la ville. 

Cette mauvaise cave , continuellement 
habitée par le sombre désespoir , en por- 
tait l'empreinte sur ses murailles. Ici ily avait 
crayonné: Dans cent trente minutes je nexis'^ 



48 Crimes commis à Lyon , 

ter ai plus : f aurai vu la mort ; quelle soit 
bénie ! n est-elle pas mère du repos ? Près de 
la porte on lisait ces mots : Jtiges barbares , 
vous vous êtes trompés en croyant me punir : la 
Jin de mes jours est la fin de mes maux ; vous 
êtes mes véritables amis, t^lus loin , la sombre 
mélancolie avait esquissé ses sinistres pen- 
sées sur l'existence et le néant. Le désespoir 
y laisse des traces encore plus funestes. Un 
citoyen veut hâter le moment de son sup- 
plice ; un verre de bouteille estrinstrument 
dont il se sert pour délivrer son corps : il 
y fait plus de trente blessures pour s'ouvrir^ 
les veines. On le trouva , le matin , baigné 
dans son sang , et le tribunal le fit conduire 
sur un matelas , sous lechafaud de la 
guillotine. 

Un des malheureux condamnés , nommé 
Grivet , fut oublié dans la cave ; il y passa 
quatre jours , vivant des restes qu'avaient 
laissé ses infortunés compagnons. Au bout 
de ce terme , le geôlier amène une nouvelle 
victime , et recule d'effroi en appercevant 
Grivet. Il appelle aussitôt la sentinelle , et 
crie à Finconnu : D'où viens-tu ? — Je ne 
suis pas sorti d'ici , répond Grivet ; on a sans 
doute couduit à la mort tous mes compagnons 
d'infortune : on m'a oublié , c'est un malheur , 
car je n existerais plus ; mais il va être réparé , 
puisque je te vois. Le geôlier alla raconter ce 



sous les Proconsuls conventionnels. 49 
laît au tribunal, qui fit monter Grivet , et 
Imtcrrogea. Il parla du profond sommeil 
où il était plongé lors du départ des autres 
condamnés \ et le tribunal , par lefFet d'une 
contradiction sans exemple , jugea à propos 
de le mettre en liberté. 

Un stratagème bien conçu a souvent 
sauvé son inventeur. Le sculpteur Chinard » 
proscrit pour avoir servi pendant le siège ^ 
de concert avec quelques amis, se faif 
arrêter au district , s'étant saisi de quelques 
papiers inutiles. On le livre à la police cor* 
^rcctionnçUe , comme filou. Ce tribunal le 
condamna à un an de détention : c'était 
son principal voeu, à laide d'un faux nom 
qu'il avait pris lors de l'instruction de cette 
afiaire , et d'un énorme bonnet qui lui cou- 
vrait la moitié du visage. Il resta ignoré dans 
cet asyle pendant tout le tems que durèrent 
les massacres, 

La guillotine n avait pas rempli le vœu 
des bourreaux ; la fusillade et le canon 
chargé à mitraille furent choisis de préfé- 
rence , pour vomir la mort à grands flots. 
Les Représentans du peuple craignaient 
d'ailleurs que la grande quantité de sang 
qui inondait la place des Terreaux , ne finit 
par irriter le peuple. On avait cependant 
creusé sur la place différens fossés pour y 
recueillir le sang. On transporta donc 

Tome VI. • D 



5o ;u Crimes commis à Lyon , 

jailleursi le théâtre du carnage ; et pour 
métayer cette nouvelle forme de donner la 
mort, les Représentans dirent au peuple 
que sa vengeance n'était pas assez promptç , 
que ses ennemis devaient périr en masse ^ 
et que la foudre seule^ pouvait hâter la des- 
truction de ses ennemis. 

Ronsin , général de Tarmée révolution^ 
naire , écrivit à la société des Cordeliers 
•de Paris les moyens prompts qu'on allait 
employer pour se débarrasser en masse des 
contre-révolutionnaires , et que le Rhône ^ 
teint de leur sang , irait annoncer aux' 
fédéralistes du Midi leur destruction, 

Soixanteronze individus , choisis dans 
toutes les classes et dans tous les âges , 
attachés deux à deux , traversent la ville , 
au son d'urie.musique guerrière , et arrivent 
aux Brotteaux, Une allée J3ordée d'arbres:^ 
et sur les côtés de laquelle on avait creu^^ 
des fossés . parallèles , pour recevoir les 
corps des morts et des mourans , des sol-^ 
dats bordaient de chaque côté la ligne , et 
menaçaient du sabre et du fusil ceux qui 
auraieht tenté de s'écarrter de la direction 
horisontalê que le boulet devait parcourir 
pour terminer leurs jours. Garottés deux à 
deux , et à la suite les uns des autres , lesi 
condamnés voient d'un coup-d'œil la tombe 
qui les attend,et les farouches Exécuteurs qui 



sous les Proconsuls conventionnds. 5i 

s'apprêtent à les y précipiter ; ils entendent 
la manœuvre du canoii. Quel raffinement 
de cruauté ! on étend leur supplice au-delà 
même de la mort. Au milieu de ces terribles 
apprêts , les jeunes gens offrent de concert 
et spontanément leurs derniers hommages 
à leur patrie ; sans murmure et sans fai- 
blesse , tous font entendre ce généreux 
refrain : 

Mourir pour sa patrie , 

Est le sort le plus beau, le plus digne d'envie. 

Ils allaient le recommencer ; Thorriblc 
décharge vint les interrompre. Les bouches 

d'airain ont vomi la mort Mais que dis- 

je ! plût au ciel qu ils Feussent vomie ! Le 
canon et la mitraille dispersent dans les 
afrs des membres fracassés { Voyez la lettre 
E de la gravure du tome I , page i du discours 
préliminaire ) , et laissent sur le champ du 
supplice un tronc douloureux. On entend 
les cris plaintifs et les gémissemens pro- 
longés de ces infortunées victimes. Elles 
coujurent leurs bourreaux de terminer leurs 
souffrances. Elles invoquent une seconde 
décharge plus sûre et plus meurtrière. Mais 
les malheureux n'ont pas le choix du sup- 
plice. On leur envie jusqu'à la consolation 
d'une mort prompte et dégagée des hor- 
reurs qui l'environnent. Leurs cohvulsions 

D 2 



52 Grimes commis à Lyon , 

ne sont pas à leur terme. Ces farouches 
soldats , que ces juges-boufreaux façonnent 
à toutes les exécutions militaires , couvrent , 
par le feu de leur armes dirigées sur ces 
victimes , les plaintes et les gémissemens 
qui s'exhalent dans les airs. Ensuite le sabre 
à la main et la baïonnette en avant , îk 
s'avancent et plongent le fer dans le sein , 
dans toutes les parties du corps de leurs 
victimes ; le sang jaillit à grand flots , et les 
cadavres déchirés par la mitraille ou hachés 
par Tacier assassin , s'entassent pêle-mêle , 
fet vont ensanglanter le Rhône. 

C'était de la prison de Roanne qu'étaient 
sortis ces soixante-neuf jeunes gens. Deux 
cent neuf autres malheureux , extraits du 
même endroit , et jugés en masse le même 
jour , sont conduits aux Brotteaux , au 
milieu de nombreux bataillons de gardes 
et de gendarmes. A chaque arbre d'une 
allée de saules , était fixée une longue corde 
à laquelle on attache chaque condamne 
avec celle qui lui comprimait les mains 
derrière le dos ( Voyez la lettre D de ta'^ra- 
vure du tome I , page i du discours prélimi- 
naire). A mesure qu'on lie ces victimes aux 
arbres , un piquet , plus ou moins nom- 
breux , placé à quatre pas en avant , attend 
l'ordre de les fusiller. Corfibien furent 
longues et douloureuses leurs angoisses , 



sous les Proconsuls conventionnels. 53 

avant que le dernier de ces. malheureux eût 
été fixé à Fafbre dont il ne devait plus être 
séparé que mort ou mourant. 

Le signal se donne , et le plomb atteint 
les victimes. Mais cette décharge opérée 
par des hommes peu experts dans le ma- 
niement des armes , ne fit que prolonger 
leur supplice. On voit la plupart de ces 
malheureux tomber, se relever, et le visage 
♦ couvert de boue , de sang et de meurtris- 
sures , tous font entendre cette afFreuse 
prière : Achevez-moi .... mes amis , ne m'^- 
pargnez pas. Par leurs cris , ils cherchent à 
fixer Tattention du soldat , et soulèvent une 
tête languissante. Ils lui montrent le sein 
sur lequel il doit diriger son feu. 

Le supplice de ces deux cent neuf indi- ^ 
vidus se prolongea à raison du nombre des 
victimes. L'ex-constituant Merle , maire dç 
Mâcon , avait eu le poignet emporté par 
une balle. Ce coup avait brisé ses liens. Il 
fend aussitôt la presse qui s'ouvre pour lui 
livrer le passage. Les volontaires et les 
dragons qui protégeaient ces tristes expé- 
ditions , Tavaieiit vu fuir sans se mettre en 
peine de le poursuivre. Mais quelques ca- 
valiers révolutionnaires se détachent , latr 
teignent et l'achèvent à coups de sabre. 

Cette exécution finie , on dépouilla les 
corps et on les jeta daris de profondes 

D 3 



54 Crimes commis à Lyon ,' 

fosses où on les couvrit de chaux. On voulut 
les compter ; il s'en trouva deux cent dix 
au lieu de deux cent neuf. Une des victimes 
était parvenue à s'évader , et Ton ne savait 
à • quoi attribuer cette augmentation de 
cadavres , lorqu'on se rappela que , tandis 
qu'on garrotait les détenus dans la cour des 
prisons de Roanne , deux commissionnaires 
avaient été saisis; en vain ils avaient élevé 
la voix , et offraient de prouver qu'ils ne 
se trouvaient dans l'intérieur de cette prison 
qu'à cause des occupations mercenaires 
qu'ils remplissaient journellement à l'égard 
des prisonniers. On fut sourd à leurs récla- 
mations. Ils furent liés et poussés jusqu'au 
lieu de l'exécution à coups de bourrades; 
ils y avaient trouvé la mort. 

Le choix des victimes fait avec tant de 
négligence , causa la mort de plus d'un in- 
dividu que l'on enleva souvent sans prendre 
aucune information sur l'existencç d'un 
jugement. Le citoyen la Révolière fut ar- 
raché de son cachot , pour être conduit à 
la fusillade. Il a beau dire qu'on se méprend, 
qu'il n'a pas été interrogé , qu'il n'a même 
encore paru devant aucuns juges; on l'en- 
traîne au supplice. 

Il y avait deux caves distinguées par le 
nom de bo7me et mauvaise caves , où l'on 
déposait les détenus. Un signe démonstratif 



sous les Proconsuls conventionnels. 55' 

du Président du tribunal indiquait au 
geôlier dans laquelle des deux il devait 
conduire un accusé. Il est cependant arrivé 
qu!une méprise de la part de ces guichetiers , 
ou leur défaut d'intelligence précipitèrent 
plus d'une fois, indifféremment, dans la 
mauvaise cave , ceux que le tribunal avait 
désignés pour la bonne. Cependant , ceux 
qui avaient le bonheur de s y voir conduits 
n'étaient pas encore à couverts de la rage 
de leurs juges. Toutes les décades un gui- 
chetier venait retirer un ou deux d'entre 
eux , pour les fusillades. Ainsi le tribunal 
mêlait à Tespérànce de la liberté les fu- 
nestes appréhensions du trépas. 

Un citoyen détenu dans la bonne cave , 
entend un jour retentir son nom sous ces 
sinistres voûtes. Il avance ; ses malheureux 
compagnons lui donnent le dernier témoi- 
gnage de leur sensil3ilité , en lui serrant la 
main. Ce citoyen , nommé Laurenson\ 
Officier municipal de Momand , espérait 
sa prochaine liberté. Sa Commune lui avait 
fait passer une réclamation énergique ; mais 
voyant ses dénonciateurs eux-mêmes se 
rétracter des accusations portées contre lui, 
et comptant déjà sur la liberté qu on lui 
promettait , il avait mis dans sa poche la 
réclamation , comme pièce inutile. Ce- 
pendant on Tentraîne ; on l'attache aux 

D 4 



56 Crimes commis à Lyon , 

détenus dévoués à la guillotine. Son esprit 
se trouble ; il prend pour un rêve affreux 
ce passage subit.de la vie au supplicel Sa 
réclamation tombe à ses pieds ; je n'ai pu , 
dit-il à un gendarme qui la ramasse , pré^ 
senter ce mémoire aux juges ; je rpe périrais 
pas s'iU l'avaient lu. L'oflScieux Gendarme 
Éend la presse , et se transporte , sans perdre 
de tems , au tribunal. Sur le vu de cette 
pièce , les Juges ordonnent la réintégration 
du Condamné dans les prisons , s'il en est 
encore tems. Le Gendarme court à la place 
des exécutions. Une minute plus tard c'en 
était fait. Laurenson -, que le hasard avait 
placé le dernier des quarante victimes , était 
déjà attaché à la planche fatale. Le Gen- 
darme , tout essoufflé , crie d'arrêter , montre 
son ordre , et le malheureux est détaché. 
Sans connaissance et sans mouvement , on 
le porte dans la salle de Fhôtel commun* 
Pour le rappeler à la vie , on lui ouvre 
trois fois la veine. Enfin il donne des signes 
d'existence ; mais sa raison est entièrement 
aliénée. 66 Ma tête n est-elle pas à terre? de- 
mande-t-il dans l'excès de son égarement ; 
ah ! quon me- la rende , quon me la rende.... 
Ne voyez-vous pas xe sang qui fume? Il couU 
près de moi et sur mes souliers.... Voyez ce 
gouffre où sont entassés tous ces corps.... Retenez- 
moi , je vais y tomber. Ce spectacle remplit 



sous les Proconsuls conventionnels. 5^ 

dliorreur et de pitié tous les assistans. 
Laurenson fut conduit dans un hospice de 
santé. ' 

Une femme , âgée de quatre-vingts ans , 
nommée Martinon , malade au point de ne 
pouvoir marcher pour aller subir son ju- 
gement , fut jetée sur une charrette ; mais 
dans la crainte qu elle ne vînt à rouler à 
terre , on Tétendit tout de son long , et au 
moyen de cordes, on la billonna avec force 
comme un balot. En vain elle fait entendre 
des cris plaintifs ; plus sa douleur éclate , 
plus les barbares resserrent ses liens. Enfin , 
après quelques instans de marche , la cha- 
rette éprouve une secousse. Le ventre de 
l'octogénaire éclate , ses intestins sortent , 
elle expire. 

Au milieu du sang innocent qui fumait 
de toutes parts , la Commission militaire 
voulut pafaître n'écouter que la justice. 
Par ses ordres , on arrêtait une infinité 
d'individus de' tout âge et de tout sexe y 
absolument étrangers aux évènemens de 
Lyon ; et , les jours destinés aux fêtes , ils 
étaient pompeusement conduits au milieu 
des cérémonies , et on proclamait solen- 
nellement leur liberté aux acclamations du 
peuple , et au bruit de lartillerie. 

Tandis que par cette artificieuse politique 
elle cherchait à éblouir le peuple^ beaucoup 



58 Crimes cùmmis à Lyon i 

de femmes honnêtes se voyaient forcées de^ 
feîre le sacrifice de leur honncwr entre 
les bras de ce qu il y avait de plus hideux 
parmi les buveurs de sang , pour soustraire 
à leurs poignards ce qu elles ont de plus 
cher. Quelques-uns d'entr eiix , affichant 
une sévérité de mœurs républicaines , fe- 
saient un crime à ceux de leurs collègues qui 
se liaient avec des femmes nobles ; mais 
îk se disculpaient de ces liaisons antî- 
civiques , en disant qu'ils voulaient par là 
ramener ces femmes nobles^ dans le giron 
de la République • 

Les Représentans , de leur côté , cher- 
chèrent à se dél^arrasser des importunités 
réitérées que tous les sentimens humains 
attachaient à leurs pas. 

Trois femmes , dont deux réclamaient 
leurs maris , dont l'autre aussi jeune qu'ai- 
mable implorait en faveur de son frère , 
furent arrêtées dans l'appartement même 
des Représentans, qui les condamnèrent à 
être exposées pendant deux heures sur 
l'échafaud, comme importqiles^et cherchant 
à les apitoyer sur le sort des détenus. ( Voyez 
la lettre Q^de la gravure en tête du Tom. i ^pag. i 
du discours préliminaire ) .hdiieune fille toucha 
vivement un officier qui était de garde chez: 
les Représentans. Cet outrage fait à la vertu 
et à l'innocence , la lui fit accueillir à sa 



sous les Proconsuls, conventionnels. Sg 

descente de Téchafaud. Il s'étudia à verser 
la consolation dans son ame , en Tassurant 
qu il n'approuvait point la conduite infâme 
des Représcntans ; et pour lui en donner 
une preuve incontestable , il lui demanda 
sa main , et Fobtint. 

Cependant Lapdrte , Tun des députés , 
accorda la liberté d un citoyen , à la sol- 
licitation de son épouse , femme d'une grande 
beauté. Soit reconnaissance , soit que ce 
fut un prix exigé d'elle , en échange de la 
faveur qu'elle venait d'obtenir , elle divorça 
et partagea sa couche avec ce Représentant, 
après l'avoir épousé. 

Sans doute on ne pensera pas que les 
vertus républicaines , portées mêmes au 
plus haut degré d'austérité , aient jamais 
présidé à la conduite de ces odieux Mi- 
nistres de la Convention et de la mort. Les 
preuves d'itamoralité qu'ils ont fait éclater 
pendant le cours de leur mission ; leur 
faste asiatique dans une ville dont ils di- 
rigeaient la démolition, contrastaient autant 
avec les principes de sans-culotisme qu'ils 
prêchaient au peuple , que leurs mitrail- 
lades , sans cesse renouvelées , avec ceux 
(T humanité , de justice , dont ils osaient aussi 
proférer quelquefois, ou plutôt blasphémer 
les noms. Café , sucre , vins , liqueurs , 
mets exquis , tout était mis en réquisition 



6o Crimes commis à Lyon ,' • 

pour leur gourmandise ; ce que les ma- 
gasins conservaient encore de plus recherché 
en bas de soie , en étoffes de toutes les 
espèces , les ameublemens les plus riches , 
les hôtels les plus fastueux leur appar- 
partenaient du droit de préhension ; et il 
n'en coûtait à leur mollesse et à leur cupidité 
toujours insatiables que de désirer* Un ordre 
à la Commission suffisait^ et par sa comjplai- 
sance sans bornes, elle s'empressait d acheter 
rimpunité de ses brigandages personnels et 
de son luxe effréné, La Commission tem- 
poraire s'était aussi emparé pour se loger, 
des plus belles maisons de la rue Sainte-? 
Catherine ; et , comme si elle eut voulu 
immortaliser son affreuse * résidence dans 
cette ville , elle changea le nom de la 
rue quïls habitaient , en celui de commis^ 
sion temporaire : par la position de cette 
rue , des bâtimens trés-élevés masquaient 
à ces bourreaux la place des Terreaux où 
l'échafaud était dressé. Ils ordonnèrent 
la démolition de ces maisons , toutes à 
cinq étages et bâties en pierre de taille , 
et menacèrent de la peine de mort , si sous 
huit jours , elles n'étaient pas abattues* 
( Voyez les lettres S et T de la gravure 'du tome I 
page première du discours préliminaire. ) Plus de 
deux cents locataires n'eurent que quelques 
heures pour déménager. Il fallait voir ce 



sous les Proconsuls conventionnels. 6i 

tableau. Des femmes , des enfans avec des 
paquets sur le dos. D'autres traînant des 
fardeaux ; les petits enfans attachés aux 
jupons de leurs mères. 

L'empire qu ils exerçaient sur les habitans 
était tel, que nul citoyen ne pouvait extraire 
aucun objet de son domicile. C'était avec des 
peines infinies qu'on parvenait à livrer son 
linge à une blanchisseuse. Il fallait un 
laissez-passer de la Commission qui vérifiait 
d'abord les paquets ; et si les effets étaient 
de quelque valeur , ou le linge un peu fin , 
il se les appropriaient , en disant que les 
aristocrates seuls pouvaient s'en permettre 
l'usage ; que c'était au-dessus des besoins 
du régime de l'égalité, et qu'ils seraient plus 
utilement employés en les destinant pour 
les défenseurs de la République. 

Cette Commission présidait et ordonnait 
les démolitions. Un arrêté qu'elle fit afficher 
indiqua les quartiers qui devaient dispa- 
raître sous le marteau destructeur. Cette 
opération devait être conduite avec la plus 
grande promptitude. Douze cents maisons 
devaient être renversées à thaque moisv 
Leur silence sur le tems que devait durer 
ce travail , inquiétait tous les citoyens qui 
craignaient qu'à la longue aucunes maisons 
ne fussent épargnées. 

Lorsque cet arrêté eut été public à Paris , 



62 Crimes commis à Lyon , 

des citoyens , qui se trouvaient au parquet 
du Procureur de la Commune { Chaumette ) 
pour quelques intérêts particuliers , par- 
lèrent sur cet arrêté , qu ils dépeignirent 
comme très-impolitique. Ruiner cette ville , 
la plus forte .et la plus riche de la France 
par ses fabriques , c'était certainement porter 
une secousse très-violente au commerce ei]i 
général. Les ennemis extérieurs, et sur-tout 
l'Angleterre , obtenaient par cette mesure 
un triomphe assuré sur l'industrie française. 
Hébert , présent à cette discussion , fut 
d'un avis différent. Il prétendit d'abord que 
les arts ep le commerce étaient les ennemis 
nés de la liberté. Que d'ailleurs , Paris 
devant être le point central de toute l'auto- 
rité publiqjue , il ne devait pas exister une 
Commune assez puissante pour la rivaliser. 
Cette opinion , émanée de T Auteur d'une 
Feuille ordurière , portait le caractère dé 
«on ignorance et de cette provocation au 
meurtre et à la destruction , dont il avait 
toujours été le fidèle partisan. Le citoyen 
Real , son substitut , était bien loin de par- 
tager son opinion. 

Les Représentans ne crurent pas devoir 
s'opposer à cet arrêté. Ils laissèrent à la 
Commission toute la latitude pour, qu'elle 
lé fit exécuter. .Ils indiquèrent seulement 
les qusfftiçrs dont les bâtimens devaient 



/ 




sous les Proconsuls conventionnels. 63 

ra^és. Alors les maisons qui formaient 
tlign^ depuis le pont du Change jusqu))r 
re-Encisc , disparurent. Les Représen- 
X% ordonnèrent ensuite la démolition des 
téux superbes façades de la place de Belle- 
^IW^iofin^ disaient-ils, d'humilier for gneÛ 
iyoiinais. On ne donna que deux heures 
IK: habîtans pour déménager. Qu'on se 
plus de mille locataires obligés de 
inager en deux heures ! Des femmes 
les, des femmes en couche, des enfans, 
Vieillards portant un paquet ou le traî- 
t. ( Voyez la lettre S de la gravure , ea 
t,du . tome i , page i du discours prélimi^ 
miatrc/]. Les ouvriers arrêtés pour cette ex- 
p44î^on se mirent sur-le-champ à Touvrage. 
Coutbon , qui s'était fait porter sur la place ^ 
accompagné de Châteauneuf • Randon , 
donna le premier coup de marteau , en 
disant : Jfe te condamne à être démolie au nom 
4e la loi (i). Aussitôt chacun se presse pour 
sortiises meubles. Cependant les ouvriers , 
en possession du faîte de ces maisons , en 
rénj^ërsent les débris , au milieu des effets 

• • («) Sous la monarchie en France , les Rois , pendant 
jc^oo.aûu ^posaient les premières pierres pour la cens- 
tmction des édifices publics ; et la première année du 
. ïègike des Républicains àt^ la Montagne de laConven» 
•.4ui0n, des Législateurs donnent le premier coup d« 
flôfarcèau pour les démalir : ce rapprochement est né- 



64 Crimes commis à Lyon , 

que leurs habitans en ont déjà extraits ; 
cette confusion ne pouvait s'éviter dans 
1 instant où Ton donnait si peu de tems 
aux uns , et où les ordres étaient si précis 
pour les autres. 

Le peuplé , dont les anciens travaux 
étaient anéantis , embrassait avec plaisir ce 
genre d'occupation ; il y applaudissait avec 
d'autant plus de zèle , qu'il en retirait un 
grand avantage. Quarante mille âmes des 
deux sexes furent sans cesse occupées à ces 
tlémolitions. hent grand nombre effraya 
les Proconsuls , au point qu'ignorant les 
moyens de pourvoir à leur nourriture , on 
leur promit les dépouilles des riches. Ce 
nouveau gouvernement, avare de dépenses 
pour les établissemens publics les plus essen- 
tiels , ne rougit pas de dépenser cinquante 
millions pour la démolition de cette ville. 

En promettant au peuple de Lyon la 
dépouille des riches , on se modelait sur 
tout ce qui s'était passé dans les grandes 
cités. La Montagiïe d'ailleurs comptait si 
peu de partisans , qu'elle n'sbvait d'autre 
ressource que de démoraliser le peuple , et 
de le porter à toutes sortes d'excès en lui 
prodiguant ses assignats. ^ ,. 

Tous les Comités révolutionnaii de 
Lyon étaient composés de brig^ijcjs et 
d'hommes ineptes» Leur conduite -a été 



sous les Proconsuls conventionnels. 65 

Teffet de rimpulsion qu ils ont re^ue de la 
Convention , des Proconsuls et de la 
Commission temporaire. Si ces itiistitutioAs 
avaient existé deux ans de plus , elles au^ 
raient bouleversé l'Europe * ■ ■ ' . 

. Les sans-culottes en place quittèrent de 
leur côté leurs asylcs modestes , pour venir 
habiter de superbes hôtels ; ils étaient »tout 
étonnés de se trouver dans des appartemens 
somptueux , décorés de glaces et enrichis 
par la. peinture et la sculpture, ' 

Quelques sans - culottes de bonne-foî 
convenaient entre eux qu'ils ne J)Ouvaientr 
pas toiyours être si bien logés. Inquiets iur 
leur existence future , en voyant que là 
mort avait moissonné ceux qui les nourris-- 
saient par leur travail, ils gémissaient en 
secret siir leur aisance actuelle et passagère f 
d'autres arrêtaient de soumettre aux Pro- 
concis l'inquiétude qui les agitait; ils en 
recevaient q^clqiies parîsAes consolantes. 
c« Soyez tranquilles , leur disait-on , le gmi- 
« vernementiera travailler à son cottipte ? 
>» il établira une caisse ; vous aureiff- des* 
»5 fondr d avance pojir vous fournir de 
»» soic-f vous fabriquerez 6t voias lîvterer 
w vos létoflFes à un prix^mod^été. Continuez 
»i totrJpnTs d'habiter Ire appartemehs que 
fi ^aus occupez, n 

Qjidques-uns de ces patriotes désignés 
tovfit VI. K 



66 Crimes eommis àLyon ', " 

^u6, le nom de sans-culpttes , et dont lei 
sentimçns probes difFéraient entièrement dé 
1^ conduite des révolutionnaires , osèrent 
iémoigner aux Représentans leur douleur à 
la vue des excès qu on se permettait sous 
leurs auspices et en leur nom , et toute Tin- 
^igp^tion qu ils vouaient à la Commissk)ri 
tenippraire , ainsi: qu'aux Comités- révolu- 
lionnaires : ils furent traités de modérés et 
incarcérés ; maist le caractère atroce de ces 
Proconsuls se trouve peint dans leur cor^; 
tespondahce avec la Convention, ('^Fd^^^z 
'pfig^ 44c i iome premier des réjl.prélim. ) 
7 Lyon , preSqu entièrement anéanti par 
les Tavages de la bombe , et comme en- 
glouti sous ses propres décombres ; Lyon , 
yeuf de la plus forte partie de son ancienne 
pQpulation , et réduit , par Tanéantissement 
de ses ateliers et de son industrie, à la misère 
ft à tous les besoins , Lyon semblait pou-=^ 
voir, prétendre enfin à Tindulgence de ses 
bpU;çreaviK ; et quelqùesmns de ses plus- 
infortunés habitans vinrent, au nom /de: 
4ix mille concitoyens , implorer de la Con- 
vention un regard de commisération. Qui 
le croirait ? trente mille Français mt>issonnés 
par le siège , et 3^5pq (i) emportési par la 

(i) Plus de 400 femmes en couches périrent de 
frayeur, ou par l'effet de la bombe : runè de ces' 
femmes étouffa son enfaût ayant que de se suicider ; 



sous les Proconsuls conventionnels. 67 

guillotine , la mitraille, et la fusillade^ 
n étaient, pas assez encore. pour ces avides 
dçvorateurs de Fespèce. humaine. Revers 
choD., CoUpt et leurs: Coopéi:ateurs 4e des- 
truction accoururenjfà Paris combattre ce 
système de clémence que commandaient 
enfin tant de. forfaits ; Us. exposèrent toute 
leur conduite avec Taudaced^un tigre^^jui 
compte ses exploits par Iç nombre des 
cadavres qu'il a déchirés , et cette horrible 
conduite obtint de la Convention la sanç^ 
tion d uuDpcret approbateur. Les Député^ 
jde cette çitç ^plaintive furent proscrits , et 
n échappèrent que par la fuite ^un;décrel 
d'arrestation , et par suite à Téchafaud. , .; 
Le 9 thermidor an 2 ( 27 juillet; ijg^^)., 
le supplice de Robespierre produisit Ve^et 
(de la foudre SUE la totalité des citoye^^ 
Dans le sein de la Convention fut prosçriç 
le mot;de terreur. ^ mot si cher pour v elle 
pendant dix-huit mois. Tous les partisan^ 
du régime révolutionnaire ,. tous ceux flui 
lui deva^ex^^ Içur existence , furent cohster* 
pés, et tous Jes Comités révolutionnaires^^ 
les Tribunaux et Comraissipns miliiairesr.y 

une autté jeta trois de ses enfeiis dans le Rhône , et 
8y jeta après ; un vieillard, à la nouvelle de li 
jnitraillade de sob fils , &e'.|»en4it à une pputre^i 
une jeune fille de 16 ans 5e, jeta par la fenêtre , 
d'un sixième étage. Soixantë-dcax^ iiidividus pé- 

'^rirent tu- travaillant aux âérnolmons; - - 

£ 2 



68 Crimes 'commis à Lyon ^ 

employèrent leurs derniers momens à lutter 
cohime un assassin de grand ëhemin , lors- 
qu'il voit la force armée sur le point de 
latteindre, Lyon \ plus que toute autre 
ville , avait des plaies à fermer; la presque 
totalité était comprimée depuis long-tems , 
car les instruméns révolutionnaires avaient 
frappe sans pitié la classe du peuple comme 
celle des riches. 

Le Député Dupuîs , fils , envoyé peu 
avant thermidor à Lyon , y fut à cette 
époque remplacé par Reverc^hori , qui n'était 
j>lus' le Reverchon de la térreut. Apre*, 
avoir^été' naguère Fardent prosélyte de cet 
affreux régime , on le vit alors faire dé-^ 
sarra^ les terroristes; cinq furent arrêtés 
comme complices de Robespierre , et par- 
tirent pour Paris eh posté dans deux ber- 
lines a six chevaux. Ce voyage a coûté 
près de dix mille livres éciis à la Répu^ 
plique. i 

Lafrorte iavait également changé , et pôuiî' 
faite oublier les àiErocités commises sous 
les auspices de la Convention et de iSesCo-- 
mités , il rejetta tout sui^ les terroristes, 
Boisset , qui lui succéda , doit se reprocher: 
les égorgemens ;:cblnmis dans les prisons 
de Lyon ; il était présent au massacre des 
prisonniers de Roanne, Les Assassins di- 
saient : (( Nou^ vei^gêjSfn^ aojSf ^ pèrç^ , nojs 



sous les Proconsuls cmvmtîomiels. 6g 

9% fcmtnes , nos enfans ; il répondait ^ cette 
w vengeance est légitime , mais qu elle se 
» borne là, n 

Le régime de la terreur qui a couvert 
toute la France de cadavres , semble avoÎT 
eu une nuance de férocité de plus dans tout 
le Midi , et sur-tout à Lyon ; c'est dans cette 
ville que les scènes sanglantes commen-- 
cèrent. Tous les jeunes gens qui avaient 
survécu à leurs pères , leurs^ frères ,' leurs 
épouses , leurs amis , attendaient le moment 
de se venger de tous ceux qui au nom des 
lois assassines , les avaient privés de ce 
qu ils avaient de plus cher ; et ils enve- 
loppèrent dans le vaste filet d'une proscrip» 
tiori aveugle, tous ceux qui avaient oc- 
cupés des places dans les Comité révolu* 
tîonnaires , les Commissions populaires ^ 
et les Municipalités sanguinaires , et c. L'on 
fit imprimer une liste m-4^. de tous ceux 
qui avaient faits quelques dénonciations 
pendant les horreurs de Lyon ; et eu face 
du nom des dénonciateurs , on lisait , sur 
un colonne parallèle , le noms des pei<r 
sonnes dénoncées , et presque toutes par 
suite guillotinées ou fusillées. La publicité 
de cette liste eut un effet incalculable ; elle 
rappella beaucoup de noms que Ton comv 
mençait à oublier ; et à l'aide de ce funeste 
mémorial , plusieurs jeunes gens allèrent 



yô ' Crimes commis à Lyon , ' ' ' 

chez ceux: qu'ils croyaient devoir accuser dtr 
leurs malheurs , les fesaient sortir devant* 
eux , comme pour aller à la Maison com- 
iïiune , et les égorgeaient ou les assom- 
maient par derrière 5 le 'cadavre attaché 
aussitôt à la première voiture qui passait , 
était ainsi traîné aux bords du Rhône , où 
ils le précipitaient, ( Voyez la lettre R de la 
gravure au tome I. ) Ceux qui se portèrent 
d'abord à ces excès , se rappelèrent de la 
lettre de Ronsin aux Cordeliers de Paris 
qui leur annonçait que le Rhône irait por- 
ter dans la Méditerranée l'épouvante aux 
fédéralistes , avec les débris des conspi- 
rateurs de Lyon, 

Les Citoyens de cette ville regardaient 
froidement traîner les cadavres ; ils ne 
voyaient que la disparution d^un de leurs 
assassins ; plusieurs d'entre eux encoura- 
geaient cette jeunesse impétueuse. Mais, 
hélas ! faut-il le dire ? l'homme se dégrade 
aux yeux de l'Auteur de la nature , en 
voulant imiter les scélérats qui trempent 
leurs mains dans le sang. Ajoutons que 
plusieurs voleurs se mêlèrent parmi ces 
prétendus vengeurs , et beaucoup de mal- 
heureux ne furent massacrés que pour 
être plus aisément dépouillés. 

Les tueurs se portèrent chez le nommé 
Richard , marchand de tableaux rue St. 



S0U5 Us 'Proconsuls conventionnels. 71' 

Dominique'; ne le trouvant pajS , ils s'em- 
parèrent de sa fille âgée de dix-sept ans , la 
conduisirent en prison où elle fut massacrée. 

La femme Tabau , en Tabsence de son 
mari , fut égorgée. La femme Jouve , Ja- 
cobine , Tune des' furies de la terreur , et 
la femme Jacob , éprouvèrent le même 
sort. Ils se transportèrent chez la citoyenne 
Roua , marchande de modes , la firent sortir 
dans la rue , et lui brûlèrent la cervelle à la 
porte même de sa boutique. Roux , c^cier 
municipal , Lafage , Fomtx , Borgeret et 
Robas , furent aussi massacrés dans diffé- 
rentes circonstances. 

Beaucoup de bons citoyens représen- 
tèrent à plusieurs de ces jeunes gensThor- 
reur d'une pareille conduite, u Vous ne 
99 vous rappelez donc pas , reprenaient-ils , 
»j la manière atroce avec laquelle ils ont 
»j assassiné et mitraillé nos frères , ils les 
>j conduisaient même à la mort au son de 
99 la musique. — Vous dites vrai , leur répon-' 
99 dait-on ; mais ceux sur lesquels vous vous 
Ȕ vengez , ne sont pas les plus coupables.^ 
»j C'est la Convention nationale , qui la 
99 première a ordonné l'horrible boucherie 
99 de nos concitoyens. Mes avis ne doivent;^ 
J5 pas être suspects , ajoutait un citoyen avec 
99 V accent delà plus vive sensibilité puisque* 
V jai perdu mon père et deux frères , 

E 4' ' 



7-2- Crimes comrfiis à Lyon ,' 

99 puisque moi-même, je ne dois mon salut 
j5 qu à la fuite, je ne voudrais cependant 
3J pas souiller mes mains du sang de mes 
ry assassins : je me repose sur la justice di- 
>) vine , qui tôt ou tard fait tomber sa 
99 verge de fer sur les coupables. : A ces 
>5 mots , un jeune homme , comme agité par 
♦5 ses remords , s^écrie : Ah ! Si j'avais eu le 
?> bonheur de vous entendre plutôt , je 
5» n'aurais pas à rougir aujourd'hui de bien 
f9 de^ crimes ; oui : rougir. A chaque expé-» 
99 dition où je me suis trouvé , j'ai éprouvé 
M unfrisonnêment que je ne puis exprimer, 
99 je n'étais point né pour être un assassin , 
99 pour m'allier à certains hommes qui , 
M sans doute , n'agissent pas comme moi 
99 par désespoir , qui de sang-froid passent 
5.5 d'iui massacre à une orgie ; et qui , dit-^ 
r9 on , reçoivent cinq livres par jours. 9$ 
Les autrçs gardèrent un profond silence; 
D.ésîgnons les vrais coupables. Si Boisser 
et Reverchon avaient parlé en particulier 
à ces jeunes gens , dont plusieurs , il faut 
l'avouer , croyaient exerder une vengeance? 
légitime , nécessaire ; s'ils avaient tenté de 
fermer leur^- cicatrices avec le calmant de 
la morale V si , sur-tout , avec une géné- 
reuse franchise , ils leur avaient crié : u Ar- 
5 5 rêtez , Malheureux , les hommes que vouy 
55 frappez^ ne sont pas les plus criminels ; 



sous les Proconsuls conventionnels. 73 

w cfe sont nos lois qui armèrent leurs mains ; 
M ce sont nos fureurs qui leur désignaient 
M les victimes-; c'est fa Convention qui a 
55 organisé lafFreux système tfextermina- 
jr tion ; ces hommes n'ont été que ses îns- 
>> trumens aussi vils quelle était elle-même 
« exécrable. 15 A ce noble aveu, garant 
dun repentir sincère , et d'une prompte 
réparation de tous les forfaits révolution- 
naires , quel homme , assez aveugle dans ses 
ressentimens , n'eût senti le besoin du par- 
don , n'eût embrassé avec délices la douce es- 
pérance ? Mais tant d^ générosité ne conve- 
nait guère à ces Tyrans , si involontai- 
rement détrônés par le 9 thermidor ; en- 
traînés malgré eux par l'opinion , désormais 
leur reine et leur juge , ils voulurent trom- 
per sa justice , (1) en lui livrant eux-mêmesr 
leurs propres agens , et par ce sacrifice* 
insuffisant, ils^ crurent échapper à son 



(1) Ce fut un spjcctacle bien étrange pour Tôbser- 
vateur, que Teffronterie avec laquelle les principaux 
Auteurs du terrorisme firent, après le g thermidor,' 
un appel homicide contre leurs propres agens. 
Fréron arma lui-même contre eux la jeunesse pari* 
sienne ; Tallien se distingua aussi dans cette réac- 
tion , si inconséquente avec leurs anciens torts j 
et leurs 73 collègues, qui avaient de longs rcssen- 
timeas à satisfaire , ne secondèrent que trop active- 
ment ce nouveau système de terreur ; on attendait 
d'^ux , du moins , un peu plus de générosité, maif 



74 ^Crimes commis à Lyon , 

impassible vengeance qui déjà commence 
pour eux , et leur garantit Téternelle cxé-- 
cration de la postérité. 

L'un de ceux qui fesait le métier de tueur , 
montait seul dans la maison de celui à qui 
il voulait ôter la vie. Il le sommait de le 
suivre , et aussitôt qu'il était dans la rue , 
il Fassommait. Pour l'ordinaire , ils se 
jetaient sept à huit sur les victimes , et le 
peuple traînait de sang-froid ces cadavres 
dans le Rhône ; ils en étaient quittes pour 
dire c'est un Mathevon : c'était le nom d'un 
ouvrier en soie , dont la famille a long-tems 
existée au milieu de je ne sais quel ridicule 
dont on la couvrait , au point que ce nom 
à jamais fameux., <ivait fournj autrefois le 
sujet d'une comédie. Pour quoi faut -il 
qu'il soit devenu le signal tragique des mas- 
sacres les plus iniques , et toujours les 
plus odieux , puisqu'ils étaient sans] l'aveu 
des lois ? 

Le 16 floréal, an 3 (5 mai lygSj quelqu'un 
■ . " ■ I ■ ■■■ 

ils n'aspirèrent à la puissance que pour se venger. 
Mercier, Tun d'eux, disait : Je ne mourrai pas content 
^ue je n aie plongé un poignard dans le cœur d'un Mon- 
tagnard. 

Cadroy , dans une proclamation qu'il fit le 28 
floréal an 3 ( i5 mai lygS ) , eut soin de désigner 
comme seuls coupables de la tyrannie , les terro- 
ristes et Robespierre , mais n'eut garde de jeter le 
moindre soupçon sur la Convention. 



sous les Proconsuls conventionnels. 75 

fit la motion au spectacle d'aller tuer aux 
prisons les terroristes ( i ) Une vingtaine 
d'individus, accompagnés d'un détachement 
armé se portèrent aux maisonsdes Recluses 
de St. Joseph et de Roanne. ( Voyez la 
lettre L de la gravure du tome I. page i. 
du discours préliminaire)^ Quatre - vingt- 
quatorze détenus, parmi lesquels étaient 
trois femmes, furent massacrés. Dans une de 
ces prisons il y eut une défense opiniâtre , 
le combat fut sanglant , les prisonniers 
tuèrent douze des assiégeans , qui ne pou- 
vant plus soutenir le combat , mirent le 
feu à la prison. Et Ton vit alors une mal- 
heureuse femme tenant son enfant dans ses 
bras , se précipiter du haut d'une tour 
dans les flammes. Le Cousin du général 
Bonaparte fut égorgé i5 mois après , 
pour avoir tenu un propos relativement 



(ï) A cette même époque un nommé Bonnard^ dé- 
nonciateur connu, était au Tribunal criminel pour y 
subir son jugement. Le Peuple s'y était porté en 
foule; le Président vorulut feire évacuer le parquet. , 
Le Sergent de poste commanda de porter les armes : 
au milieu du tumulte le peuple crut qu on le» 
fesait charger. Quelques soldats même , par un mal- 
entendu , à ce quon prétend, les chargèrent. Le 
peuple se porte aussitôt à la prison voisine du tri- 
bunal ; la garnison se met sous les armes , mais 
il n''ëtait plus tems « soixante-dix victimes avaient 
^té immolées. 



76 Crimes commis à Lyon , 

aux assassinats qui se commentaient à Lyon* 
Le Bureau central de cette ville fit arrêter ^ 
douze à quinze individus prévenus d assas-* 
sinats : traduits au tribunal de Roanne , 
ils furent acquittés ; ils revinrent à Lyon , 
et des femmes sortirent au*devant deux 
avec des fleurs , ils allèrent au spectacle 
où ils furent couronnés. 

Oh!.... humanité , pourquoi n'exerce-tu 
pas ta puissance consolatrice sur les âmes 
foibles ou méchantes ! Pourquoi faut - il 
que les hommes se dévorent avec plus de 
de barbarie que les animaux , quand donc 
seront - ils bien convaincus de cette vérité 
écrite dans la nature , que la destruction 
de son semblable est un crime qui ne peut 
s'expier Pâmais le plus grand de tous les 
crimes , celui que rien ne peut ni expier 
ni excuseï" , c'est la lâcheté d'un gouver* 
nement qui protège ou tolère les assas- 
sinats. Hélas ! voilà encore cent vingt-cinq 
victimes de cette Convention dévoratricç , 
de ces Sénateurs presqu'aussi funestes par 
leur faiblesse , qu'ils l'ont été dans leurs 
longues fureurs ! ' 

Liste des individus massacrés à Lyon dans les prisonf de 
Roanne et de S t. -Joseph^ les 16 et 17 fioréalan 3» 
( 5 ^^ 9 mai 1795 ). 

Claude Aubcrt , fabricant de bas. — L(5uÎ3 Abcl; 
•— Louis Assada , ouvrier en soie. — Antoine Bcrgcr> 



sous les Proconsuls conventionnels. 77 

toHîer. — Jean B eau d, cordonnier. — Amant Bassîeux. 
— Jacques benel. — Claude Bussière. — François 
Blondel. — Anthelme fcolat. — Jacques Berdilot. 

— Anne Bisset , veuve Rabate. — vntoine Hisset, 

— Charles Brochol , cordonnier. — Martial Baillât* 

— Etienne Bonnard, chapelier. — Vince&t-Philippè 
Berttand , négociant. — Rose Bellin. — François 
Biolay , graveùï. — Antoine-BenbîtClavel. — Paul 
Chabus, fabriquant de parasols.- — Jean-Baptiste 
Carteron ^ ouvrier en soie. — Pierre Givott'e y 
chapelier. — FIfeury Chalonsr tourneur. — Antoine 
Caries. — Fleury Guet , fabriquant. — Joseph 
Chabran. — Louise Caraque. — CîornUi — Etienne 
Dcbuis^ — André Duclos. — Antoine Duport v 
aégeciant. -=r Jjsan-Fran^ois Charmette Desgraage]S« 
'. — Catherine-, de Lyon , veuve de Jean Delormes. 

— Jean-François Désireuses., greffier de la policé 
municipale. -v-^ Antoine d'OrfcuUle , comédien. 
7— Ëmmanuel^Melchior-Phillippe Oesmârtin,, négo- 
ciant. — Durand, agent de la police. — Duseign^ur. 

— Claude Estelle , ouvrière en soie. — Etiehne- 
Fr. Friand , puvrier de bas. — Claude Forobert. ^^ 
François- Gabriel Frontain. — Ftatiçois Gonnct.'-^ 
Guillaume - Hubert Gault , dit Grand - Maison V 
co9iniaQj;iant de gendarmerie. — Michel Gagneux^ 
-^— Antoine Glachet. — Claude Grand. — Jeanne 
lournout. — François Jacquemel. — Gobert Alexis. -^^ 
Joseph Lacroix, coraohnïer. — r Jcajn-Àiitoïhe Làû-* 
sent, ^^x Louitf JLarôche , ou.vr«srjj8ja soie, -r- Je?n/< 
J^apdstç Lamber)^ é<:rivain. ; — JEtienne Léon. — • 

ÎFrai^çoisJeste.ph Lebon. — Charles Langrume. —7 
câtH^laudeJLachaud. — ^Jacques Laffôrre. — f eanne- 
lââie MèillMi^femmeRoulet, couturière. — Antoincf 
A^ajâcn.,.-!- Louis M,9ytvàfi , dit Capucin. — Claude 
MolJar.c^\-^.FélixMaj:ifï»ecourt, prêtre, -^ Simon- 
Nicolas .Macabeo*,. administrateur du district. — '• 
Picri-è Morîn.--^— Laurent ^et MiHetv instituteur. — 
-«^Charles Mlchattd«-rrJean^hilippe«Masson,reUeur«. 



8o Crimes commis à Lyon , 

il fut condamné à la déportation ; le peuple 
le traîna sur une charrette, et le couvrit dt 
de boue. Demazures , mauvais comédien* 
Thierriet , ex^prêtre , sans mœurs. Il avait 
cherché à séduire la femme de son frère , 
Membre du Ck)mité révolutionnaire. Il 
mettait la liberté des prisonnières à prix ; 
il exigeait qu elles se prêtassent à sa brutale 
passion. MarcïUat , autre prêtre : sa com 
duite révolutionnaire le rendit digne d'aller 
siéger à la Commission temporaire. Mazet , 
ex-prêtre , constamment hypocrite et le vil 
esclave des Grands. Roiiyer , chassé dà, 
barreau , à cause de son înconduite.'- 
Saulnier , chirurgien : son incapacité Tavaii 
réduit à la pîus extrême mrsère vil afficha à 
la sï)ciété populaiifè la soif du sang par se» 
motions forcenées; Biirelle,rédtiit égalemériê 
à rindigence , à cause de ses excès en tout 
genre. Verd , ancien employé dans îc^ 
gabelles : ses ifuretirs san^ulrtaires lui: pro- 
curèrent remploi' de Procditur-général dé 
la Commisision populaire v ses nombretoé 
brigandages le fir-cnt exclure de cette placei 
Mioche' , j^ôtaire prévaricateur : chassé 4èf 
la société populaire pour uii vdl de farin'èî 
fait aux casernes , il s -étail! 'procuré par cfe 
moyen de très-beau pain /tandis que le 
reste des citoyens n'eii ifiarigeaît que d'â- 
voine. Ainsi /des voleurs avfdes <fe budii 



dcns le départ, de f Allier. 8 1 

composaient , comme ailleurs , le Comité 
révolutionnaire de Moulins, 

Dès leur installation , tout change dé 
fece ; les prisons se remplissent , les pro- 
priétés sont pillées , et l'humanité en pleurs 
se voit par-tout repoussée. Fouché sortit de 
k ville ; et Forestier , bien que sa mission 
ne s'étendît^ que sur une fabrique d armes 
voisine , ne laissa pas que d'influencer les 
opérations de ce Comité, Il fait séquestret 
.les biens des détenus , dès qu'il fut investi 
des poi^voirs illimités qu il avait sollicités 
auprès du Comité des décemvirs : le simple 
nécessaire devait être prélevé pour leur 
subsistance jusqu'à la paix. 

Dans un arrêté du 3o septembre , il pro- 
clame une loi émanée de sa seule puissance : 
il condamne à une exposition de quatre 
heurtes sur l'échafaud , quiconque s'oppo- 
serait à ses arrêtés et à ceux du Comité révo^- 
lutionnaire , comme aux décrets de la 
Convention. La tyrannie n'a plus de bornes : 
les citoyens , supposés riches , sont taxés 
au-dessus de leurs facultés. Cette loi pèse 
sur les détenus dont les biçns sotit séques- 
trés. Il ne leur restait aucun moyen de 
satisfaire à cette taxe énorme; le Comité en fit 
exposer quatre sur l'échafaud , les citoyens 
Heuillard , Saincy , Lavalette et Balore. Ce 
/dernier avait été requis de verser une 

Tomi VI. F 



$8 Crimes commis 

somme de quatre- vingt mille livres , le il 
octobre 1 7 g3 ; k 8.2 , nouvelle réquisition 
pour acquitter une nouvelle taxe de cent 
mille livres , indépendamment de la somme 
i laquelle il avait été précédemment cottisé. 
Trois de ces citoyens parurent sur Técha- 
faud , avec un écriteau portant ces mots : 
Mauvais riche qui na rien donné à la caisse de 
Ifienjaisance. Le citoyen Balore fut traîné 
presque nud sur Téchafaud , par un froid' 
fies plus rigoureux. 

Le Comité révolutionnaire était embar- 
rassé pou^r se pyocurcr des subsistances , 
des l(^em;ens , e^ c. ; le Représentant lève 
facilement cette dif&culté. u Je suis étonné , 
t> Citoyens, de votre embarras, leur écrit-il ; 
« il vous manque des farines ,j!?r^nez-<jn chez 
f> les riches aristocrates , ils en ont ; il vous 
xy maqque des bleds , orgajiiseï votre armée, 
ii\ révolutiqnnaire , et mettez sur l'échafatid 
8» les fermiers et prQpriètaires qui seront rebelles. 
»> auK réquisitions \ il vous manque des loge- . 

V mens , emparez-vous des hôtels de vos déte^ 
9) nus; il voua manque des lits , demandez-en 

V aux riçhfis , et ç. En un mot, que rien ne 
j5 vous arrête dans vos mesures : marchez 
19 d'un pas ferme et hardi à la régénération 

V universelle • »> 

L'autorité du Comité est donc sans frein \ 
il inflige de son cheluue punition infamante 



dans le départ, de C Allier. S3 

i une femme dénoncée comme accapareusiB 
de sucre par le concierge des prisons. ^Exé- 
cuteur lui fit faire le tour de la ville avec 
cette inscription , affameuse dli peuple^. Lb 
perfide délateur trouvait dans cette dé- 
marche , le moyen de se soustraire au 
paiement de soixante-quinze livres dé cette 
îienrée. 

Trente-deux citoyens de Moulins , rc- 
commandables par le courage que quel- 
ques^ns avaient montré en divulguant et 
dénonçant les brigandages de la Munici- 
palîté , gémissaient dans les priions. Quatre 
d'entr eux avaient déjà subî'une exposition 
de quatre heures sur Téchafaùd , comme on 
la déjà vu. Le Comité résolut de les envoyer 
à la Commission populaire de Lyon. Quel- 
ques-uns de leurs ancrens collègues y 
•légeaient : en leur envoyant ces ennemis 
communs , c'était les envoyer à la mon. 

L'ouverture de cette boucherie fut pré- 
Iodée par dés bruits de conspirations dans 
les prisons , de la part des trente-deux ; 
ensuite ils sont inculpés de fédéralisme , 
{>our avoir montré de la joie lors des évé- 
nemens de Lyon. Ces accusations étaient 
des plus absurdes -, ces infortunés étaient 
dans les cachots long-tems avant ces évé- 
nemens. La nouvelle de cette translation 
consterna tous les habitans. Le Comité se 

F 2 



$4 Crimes commis \ 

joua de ropinion publique et des larmes 

des 'épouses et des enfans de ces infortunés^ 

Xiés deux s^ dtns. , on les entasse sur dt$ 

4:harrettes , et une forte division de gfendarr 

merie est cpmmandée pour leur escorte^ 

Ce triste cortège prend la route de Jjyon» 

Jrîusieurs d.e leurs femmes et de leurs enfansr, 

iâétenus comme eux , rompent leurs chaînea, 

^ç.^ fopt jour à travers leurs gardes , et suivent 

_fes voitures* Les menaces , la brutalité des 

^sat|êUite5 qui les . env ne peuvent 

^comprimer içs élans de leur tendresse; le^ 

jparoles de; consolatipn s'adressent aux 

^épçjux et auji pères., et chacun les exhorte 

,a,,puisef leur courage dans leur linnocencCb 

iQueiques-unes de ces femmes, suivirent le$ 

voitures pendant quelque tems, La faiblesse 

et Tépuisement diminuèrent bientôt ceUc 

escorte , et livrèrent les malheureux captifi 

à ridée désespérante quils ne verraieni 

plus leurs femmes et leurs enfans. 

Delan était chargé des pièces de convic- 
tions-^ il trouvales trente-deux sur la route i 
il insulta lâchement à leur malheur. Il étpit 
alprs dans la voiture de lun d'eiijc.: ce fut 
un nouveau motif d'outrage. '• . 

Delan était porteur d'une Jçttre que le 
Comité écrivait à Tun des m^e^bres de la 
Commission , dont nous allons extraire le* 
principaux paragraphes» 



da7i5 le dépWt WV'AÏlier. i§ 

rM Eaîs^ksUÎdbc participer à^'honttetrt- de la graiitfff 
»f fusillade, dQh( la cQJïc.epàpmTfaiti l'^éioge ,dc"Y^d 
JX imagination révjolvtitî^nsûre. -N^TW^p^Quyjç^^^^ 
î^ aVec toi, que cette Manière de foudroyer les jçnnej 
ji^-mis du peuple i est infinfeSeîit jffi?^^à^i^é^Ué"'?i 
99; toute -puissance , etikûniifr^àX: Aiè^pottKMè^'è? 
M en. grand ^a|s^uy9¥<iH^et^r^-|9|^ y^iori,tç dutragéefî 
» :que le jeu mekuiniet Jps^fcam^^^^l^.Çi^^ 
ji Ce dernier lirsOrumeAt n est bon que pour Its 
^^petits<crimihél8 obscurs ; «ne^éé? y^fté^ir ditts 4ë 
» Iabyrin^f(l€^ifp>rim^''pcBn' jjigQDcVfl^ibiëgaiiidft 
jj PTendsdj^:Coy^\té^f^m^^ a , 

15 sans au curiç^ remords, la cbpv^ctiori intime çt mq- 
>«-Tale' dé leur ^c^(^^ératcsse^I^(îfôildftH»^ '^ ' " ' ^ 

La .dé|i(^ciation ides ig>Wî4irprpbéft^\xHï 
l^ouliru contre les Y^xs^pcm^ éti -Agtisik 
révo^ui^onriqiïes ,. signé; :'id^iinCi.:niajoiiti 
^i»po8antiÇf.,/ e4a.it vUne^vrfldj principales 
piècesrfJfj^ftviftiQp ççjjtrft ççf tïfii«çtjie.tt»i 
tau5 3çigfl^iBs*f e«*i Le CQHiU^i^mv^eriftcGiomf 
ipâ55^îpfl» fk dui i y^^ 

i^n^e' jRojupr opérer te eç^jRdairin^UfiOj^dc 
pli^^e^i^ attlj^s^ignaj^rèftFlQiifi If^wlf .iô 

Parmi les autres ipï^c^dites^d^ eméiitmt), 
$e troUîY^i|ri$^iÇÎ^c^tjr€S iJ|un0itriÇ8rin&Igni- 
fiantÇ; ^ya^t^ifé ,écrite d^i^^pn è^ll^Umtét' 
dij citpjj^^EÙillar^^ji^ljVi Mo\xsé% 

te Cpp;i^..:§^y^ît\bifMîi^^ comprio- 

m^^it /p'4S,;lp.î m^ri iM^ftiA i«g^^ qiwJe 

• F 3 



xma^î doit être^ rcgîirdé comme. le véritable 
CfOrrespondanti. D'aîlleurs il s'offre d'envoyet 
tajemmesi lit'VbmrnissioH l'exige'. Lésàutre^" 
lettrés portex(t Jj^x^eme caractère , et nou$- 
çroypW inutile: âen faire mention; mais 
à; est bon dc^ 'ft-Mismëttte âlTiisloirè \eï\ 
nott$ [;soi^dùn^^ » q^Ç. le Comité! 

savait àdfe^sè; ^yi 90m des accusés. Nou» 
allons transcrire les pins saiHa(ntei5i . '^ 
- Bàllvri tsi uri Bbmitiie tjrèè^^^ , par 
conséquent^ janiJ^âeÉaliis^^ -it- to^ijej^, c^dttt 
porte sa scélératesse sur sa figuré. -— Za- 
ghf/«^éstnaifô€arfitt"de professioH; '-— Jîîzr- 
iariB«e lafcenw^kir lyncfen fë^ftfiè. -^-^ S^ftit^ 
est un inaUVtfishricàfef-^èt puantd'arîstèci-iÉtîé/ 
•" Xes>treB(te-<y*ix âfrtvent à;Lyon^^etfô>i^ 
reimettî^eiaTtf Rè^pffeftntànl èfîi'-lfifiié^îî^^^ utï 
inèïi^ireojaiûfLmm'îi^ BeîââtfaWiS ^ d'^ré 
«utorisé:'âif^ftë3fti?He0ipftifttisil^ft^pb 
*cquittet:te^^ifa«?s «tixi^aèllft Ik^'Qntféé 
îmfiou^sf ëV deftfiïâdehi à^'^é'^ éfrtctfdu* 

Mcwiiti; OÀ rf^ert *ifehdit' ^às '^îà"^f é^ôiisîtï 
Ils furent assassinés le 1 1 nivôse ^ ari S* J 
^•Si'dééembré i?g^. j ^ - ' -- - î ^^ 
• Le Comité ';"jàlôùîJi'é!d;T^^ sort 

îèle tévolutioi^ake aux yèiïïk^^ëi Mara- 
tistes de la Cotiyention , faii cdntîaîre^ sik 
citoyens au ' îtrîterfàl iréVoîûtîoiliiaU^e de 
Paris. Ils y furéitt' côftdaiiihéi .à moirt; 



dans le départ dt TAltier. îj 

Quinze autres étaient déjà destinés poujr 
Lyon, lorsque le ciricyen Noël Pbinte ; 
Représentant , vint i Mbulins , et s^^ppôsà 
à cfe Nouveau crime. 

Le citoyen Vernerey ,- aussi tnembré de 
la Convention , se distingua pendant son 
séjour dans cette ville par plusieurs aetéS 
de justice. Il arracha des mairie dU Comité 
révolutionnaire des citoyens dont il avait 
juré la perte , parce que leur dépôsitioA 
favorable à un détenu , Tclvait fait slcquittér^ 
Forcé de quitter ce Département < Fores^ 
tiet lui succède et fait renaître la tétteUr. 

Ce Maratiste avait destitué les Membre!^ 
deis autorités constituées nommés pat Ver- 
nerey. A Cusset , il renouvelle les admihis- 
trations. Le père de son fiiévèu t^\. pladé au 
Comité de surveillance. Ce ttiême tiéveu , 
nomnié Gi\}ùis, présidait celui de Moulins. 
Le citoyen Villard e*t exclu de sa place. 
Père d'une ndmbredke famille et d'une 
probité sans tàthe , il hé peut évitef ce 
triste effet dé la vengeance de Foïéstièr^ 

Le titdyeii Vetnerey avait éktgi la 
famille Chaput-Dubôst. Forestier, qUi con- 
voitait leurs biens immenses pour son 
neveu , la fit de nouveau arrêter et tra-; 
duîre là Paris où elle fut àssaissihée. 

Forestier n'oublié pas ses intérêts per- 
sonnels. C'est au détriment de futilité 

F 4 



83 Crirfies' commis ,. etc. 

publiqiïe qu il agrandit ses propriétés^ La 
loi sur le dessèchement des étangs avait 
jexcepté celui du Rosier , dont Teau fesait 
tourner les moulins de xinq ou ^ix Comr 
mufies. Forestiejfait arrêter par k Dépatte- 
ment; qu'il sera baissé de six pieds , et 
parvient ainsi à agrandir les terres ; qu'A 
possédait sur la rive. 

/ Ses actions n étaient que le résultat de 
^es principes. On Tentendit s'écrier :«6Riea 
99 n'est plus beau , plus majestueux qu'un 
39 tribunal révolutionnaire ; que cette foule 
55 d'accusés qui y passent en revue avet uiic 
^5 i^idité incroyable , et que ces juréS;qui 
99 font feu de &l^. Un tribunal révolutioA- 
39 naire est une puissance bien au-dessus de 
5) la • Gonvention, »? •. . .t; 

Deux de ses ennera.is avaient, échappés , 
on ne sait par quel hasard , à la guillotine 
de Lyon. Ils ne seront jpfts si heureux , dit-il', 
au tribunal de.P^isv' C'est à ce tribunsfl 
-que son nevèuuluîi e;?cpédie ses viçtames. 
Forestier, vieftt y jotair de leurs djerniens 
iftstans.; Le citoyen Roiig[ane-Prinsat était 
assis sur le fauteuil; Sérn défenseur, se dis- 
posait à parler^ Qjn'âllez-vousiaire , ilui dit 
Jorestier ? Défendre des aristQcratess c'ei^t 
vous rendre suspect. Le Défénsfouar n'osa 
ouvrir la bouche ,; et Rougane pcyH*.; 
_ Pei|x par ticuUçrS bavaient obtenu^- leur 



Crimes commis à Dijon. 89 

élargissement auprès du Comité de Sûreté 
générale. L'arrêté est perfidement soustrait ; 
ils sont guillotinés. 

Les habitans de Cusset indignés de tant 
d'actes inhumains , après le 9 thermidor , 
se contentèrent de placer sous les fenêtres 
de Givois et de Forestier un baquet rempli 
de sang, d'ossemens et de têtes de morts , 
avec cette inscription : Contemplez votre 
ouvrage^ étanchh votre soij:^ mais tremblez , 
tyrans ! 

Ce court exposé suffit pour juger ces 
hommes de sang et de boue , qui semblent 
avoir pris à tâche de faire regretter Tancien 
régime , en souillant le nouveau. 



Précis historique des crimes commis à Dijon j 
Département de la Côte-d'Or , souslepro- 
coViSulat de Bernarl-le-Saintes. '- 

liE lecteur peut, d'un coup-d'œil, fixer 
son opinion sur ce conventionnel par le 
trait suivant : Son collègue Bernard *dç 
ISaint-Affirique , eut souvent à sôuflfi'ir de 
;^cette ressemblance de nô'm. C est sûr-tout 
ce qui lui arriva dans une petite ville dix 
Nord où il était en, mîssto'rî. ^^.L'^âpparîtion 
^'un Bernard effraye les/hàbîïans au poinj; 



gù Crimes commis à Dijon , 

i]uune partie sort de la ville; Un citoyen 
vient trouver ce Député i ets'enqùit auprès 
de lui , par forme de conversation , s'il 
était Bernard^de-Saintes. Ëh ! mon dieu 
non , dit celui-ci ! je suis Bernard de Saint- 
AfFrique. En ce cas , Gitoyren , continue 
cet habitant, hâtez-vous de faire publier quje 
vous êtes Bernard de Saint^Affrique , sans 
cela notre ville va être déserté. 

Le citoyen Micault était de retour en 
France depuis le 26 mars 1792 , fait certifie 
par la Municipalité de Strasbourg, Il était 
domicilié dans le département de rYonnr, 
où il était porté sur la. liste despréveiiro 
d'émigratioBi Les débats seuls, pouvaient 
déterminer les opinions sur cette préven- 
tion. Il fut , par ordre de Bernard , drstraît 
de Ses jugejs naturels pour être traduit :^li 
tribunal de Dijon. Micault avait demandé 
la liberté d'aller à la section de Dijon .qu'il 
habitait déptiîs 1793, pour faite fénOtivèler 
son, certificat de résidence. Bernsird lui en 
avait fait la promesse; mais en le fesài^l 
extrairedelaprisopoûilétaitrenfermé , soy^s 
Fespoîr d aller à sa section , il fut réintégipé 
dans la mai&pn de justice d'où il ne sortit 
qiie pour aller à Téchafaud. Bernard avait 
déjà requis le commissaire Fauchey de lui 
faire ouvrir les-portès de 1^ piaison Micault. 
Il s'y établit avec toute sa famille qu'il 



sous le ProcôHsutat de Bemard-de- Sain tes. ^ i 

tmînait après lui pour la faire vivre sur le 
produit de ses dilapidauons. Il augmente 
Bieme son domestique de quatre individus. 
Bernard manifeste sa joie avant cette exécu-> 
don , par des chants et des danses en pré- 
sence de la fille de Micault et de ses 
domestiques. 

Il menace le tribunal V et le force de se 
rassembler snr-le-champ pour juger le ci-de- 
Yant'pré^ideât Gôurbeton. Gè vieillard , au 
bout de tr^is heurei» ^ n'extsiait plus; La 
Êimille dcjcétitoyen^expulséede sesproprié- 
|é$i mêmeiavant son supplice , parle député 
Bernard, ne' pouvait, «dam les tems , appré- 
cier ^les.^ pertes que kii:*avafit'ôc<:asiohné 
les dilapidations de ceTProcbnsul. Lés ôb*- 
jtis de.consQniitikti6n futetit sur-tout^ehx 
fur. lesquels â) étendit 'i^vo^ace rapà<:ité« 
Qti.cite particulièrement. que daïi«^ FMfjîacie! 
4*i«6f jours; irs'èst bu plu* de twîile boH- 
%éS^s\ devin? des, itieilletities qlxaHté^. Quànt^ 
à son installation dans laiîiaiïfCifiï ^de'MkaUh «* 
éB><noble ef rrclië propriétaitôi^ «4W Witre 
écrite à la société de Montbc41îurdV dOtt«> 
nous^lcKnsièflftraîre quelquefi^^i^agreLphés \ 
ne lâissBra:rienà'dési«r tfOX te^ moiift«-pâr-' 
liculicrs -qui ont extiié livide; Bôriiafdf à 
pcyOTsuivre;le5Tichesp<îo Mon C«Otrp d'edâii, 
»x:iciv\ à- Dîjbir)aiélé de pretldre gîte daÉnS^ 
59 la maison àa.CHrm Micaûlt » présidiént- 



g? Crimes^ comnlis 'à Dijon , ^^ ' '• ' ' 

9}, du Parlement,: et tj'akeujias&cz bon nezi 
M; car outre que la cave' ^j^ meublée ^ de Jori 
57 bon vin, il s'est trouvé quciiquei9-petiteSr 
5> armoires qui. m'ont mîs^ dànsrtié 'ïai^'dë^ 
« confisquer ce superbe. hôtel au profit de? 

9.9 la Nation J'invoie ckehher le maître A 

t> Luxeuil pour le faire juger^ ^migri"^' (et 
,» 400 mille livres i de rentc^ Vont tonAer 
t9 dans les cofires dela?Nation; ' >'v! . . r 
.Bernard écrivit à la Cdflvélifibtt^f 
u Instruit que ks iAristocrates.deîDîjo*n'â# 
w donnaient ' encore/ via. v<|uàlificatioii ' d3 
9^ comte et de mapquisî^^jfenvafcfexfrédflî 
3L> dix-sept au. tribtwia| «révohi^iiMiQkiir'èf , "j& 
9^ jferài fairei1ie.-:infcihe^ voy^ej^ cedx Ipk 
« 'lesirôiteroRtî jV^ : ■.']. ... : Ji.b'qi .io a^I 
-U|i' Administrateur idijfDéparteioem dé-t 
çenisjli ,des mandats d^arrêtda cè^terméW»^ 
i/:Jrt|va •arr^4é etAsa:ftwmt>ï\ilzm*m tm^. 13 
Maire était le tyran de J>ijbn-r Beâu^i)^ 
administrateur , ,ctiiGu5M>iï/>^^gB/de paix)) 
^^ieîit ses miiîtiôtresit^ r- '^r >' r^^ ^.,- --.ri 
L •î^igeriW', ^çcUsaiteur pubKc • du tribunal 
Qïiîriinçli, éfîtnt à là r comédie , . dît f jau» 
Acteurs:: «4 ,Vouç Jouez oui opérart^cjè .vaisr^ 
5j^moi^ (àoni^^ V»^ tragéfiié ;- aojourd^'hui .7 
91 pour ;le pxemi&' actei^ an.eh»;expédi«r2t . 
V ttPi? 9 demain^ ,çiaq: ; piôs' jtjtianiGL ^om j>^ 
5:> rSéra accoutumé ,'il faut (qu^jI-fombLe une 
«rtete dans <fhaqué faniilIfe.Lrf» a>; • / 1 -^ 



sous le Proconsulat de Bernard-de-Sainte. gS 

: ILorsqu ils voulaient perdre un homme , 
ils menaçaient de 1 arrêter. Le citoyen pre- 
nait la fuite , et le lendemain on le mettait 
6ur la liste des émigrés. Forcé de revenir , 
on le déclarait hors la loi. 

Les places furent distribuées avec une 
perfidie , que le prêtre Chaussieu , qui avait 
pris le surnom de Marat ^ se fit nommer 
médecin des prisons , dans Tinstant où une 
épidémie terrible y exerçait ses ravages , 
et se communiquait aux habitans. Il fit 
mettre six cents malades dans une église 
propre à en contenir au plus deux cents* 
Un grand nombre périt. 

Le Comité révolutionnaire de cette ville 
fut un des ^plus atroces de la République, 
Tous ses Membres étaient autant de bri- 
gands et, de faussaires. Le viol et l'assassinat 
leur étaient familiers. Savans dans tous les 
gpnres de terreur , ils imaginèrent des 
conspirations dans les prisons. Ce fut à 
Taide de cette chimère qu'ils firent traduire 
dix-neuf individus au tribunal révolution- 
naire de Paris , au nombre desquels était 
une femme. Ils furent successivement égor- 
gés , les i et 17 floréal , an 2 , ( 20 avril et 
6 mai 1794.) 

Ce fut de Dijon que quelques jours après 
le 9 thermidor , on vit paraître cette affreuse 
pétition à la Convention , tendante au réta- 



94 Crimes commis 

blisseracnt du régime révolutionnaire. Les 
Jacobins la firent colporter dans tout^^ les 
sections de Paris , afin de rallier leurs affî- 
dés ; heureusement que le soleil4evant du 
9 thermidor, (27 juillet 1794) dissipa cette 
bourasque naissante , et la précipiu clans 
Torabre du néant, 

»' ■ ' I . ' ■>' t.,; ■, ,.i.vi .', u '4 ' ; i zssf:asssssssasaGsam 

Précis historique des crimes commis dans le 
département de l'Ain , particulièrement à 
Bourg y sous le proconsulat de Javogues , 
Amar , Merlinot , Albitte , Méaulle et 
Gouly, 

Les habitans de Bourg furent comprimés 
p^r une succession continuelle de Procon*- 
suis. Agens dociles du triumvirat dont ils 
tiennent leur fatal pouvoir, on croit voir 
en eux les disciples aveugles et dévoués du 
vieux de la Montagne , prince des assassins. 
Les conventionnels Amar et Merlinot 
furent envoyés en mission dans le Déparr 
tement de T Ain en 1 7 gS , où ils arrivèrent 
le 18 mars. On y jouissait alors dfe cette 
paix profonde que lesautres Communes de 
la République n'auraient jamais vu bannir 
de leur sein , si le génie du mal n eût secoué 
de toutes parts ses funestes brandons. Amar 
et Merlinot , dès leur arrivée , rallièrent 
autour d'eux ces homaies que la société 



dans le diparU de F Ain. gS 

9?ait droit de suspecter. Les Desisles , les 
Gouvers et les RoUet , gens les plus mal-* 
Camés , sont les instrumens de leur puis* 
sance. C'est devant eux et leurs setablables 
que le'prédicant Âmar sur-tout , exhale ses 
jentimens. C'est à eux qu il donne le signal 
du meurtre et du brigandage, u Dénoncez , 
9} disait-il à la fin de chaque discours ; 
n dénoncez. Quoi ! point de dénonciation ! 
M Le père doit dénoncer son fils , et le fils 
M son père. Il n'y a point de vrai pa- 
»9 triotisme sans dénonciation, m 

En conséquence de ces principes politi- 
ques , la calomnie entraîna bientôt quatre 
çu cinq cents de ses victimes dans les pri- 
ions de la ville. Aux plaintes , aux récla- 
Qiations , Amar répond par ces paroles : 
w Tout ce qu'un détenu peut dire pour sa 
55 justification , et rien , c'est la même 
59 chose. M * 

Citons-un trait sur cent. La maison de 
\à citoyenne Bouvent , située à St. Ram- 
bert , fut investie , la nuit du 26 au 27 
mars ; on s'empare de cette femme , âgée 
de soixante ans et couverte d'infirmités. 
$es domestiques partagent ses fers ; les 
perquisitions les plus sévères 3ont faites 
4ans sa maison , et rien ne décèle la 
inoindre trace de sa correspondance avec 
^'Anois* Le dénonciateur de cette pré- 



q6 ' Crimes commis 

tendue correspondance , homme inconnu ^ 
déclare cependant qu il a appris par oui dire 
ce complot. D'après une telle déposition , 
les Administrateurs s'eiripressent de solli- 
citer , auprès des Commissaires , au moins 
rélârgissement provisoire de la détenue ; 
ils firent en même tems valoir son grand 
âge et ses infirmités. Tout cela en vain. 
L'interrogatoire qu'elle subit , fit triompher 
son innocence , elle se crut alors en droit 
demander sa liberté sous un caution- 
nement ; elle pria en même tems qu'on lia 
délivra l'extrait de la dénonciation dirigée 
contre elle. De si justes demandes furenu 
sans effet , elle continua d^ garder prison , 
et la dénonciation resta dans le porte-feuille 
des Commissaires, qui préférèrent sacrifier 
l'innocence , plutôt que de compromettre 
le dénonciateur. 

Parmi les Communes de ce département , 
que la présence des Proconsuls plongeait 
dans le deuil , Trévoux fut une de ctûêè 
qui eut le plus à se plaindre de leurs actes 
^arbitraires. Cependant Merlinot était dé- 
puté du département de l'Ain , et Merlinot 
avait son domicile à Trévoux. Ses habitans 
étaient bien éloignés de s'imaginer qu'ils 
se choisissaient un bourreau en le nommant 
leur mandataire. Despote, également cruel 
et perfide , il fait enlever , au milieu d'un 



dans le départ, de tAin. * 97 

repas , qu'pn donnait à ses Cotoimissaires , 
le citoyen Chainague qui contribuait aux 
frais de ce banquet. Son éppuse a'armfc , 
siux pieds des Représentans , de tous Atsr^ 
moyens que la tendresse lui suggère pouirl 
les intéresser en faveur de son mari; ils 
la font arrêter et conduire dans les prisons 
destinées aux criminels. Cette, double dé- 
tention enlève à une famille nombreuse 
ses deux soutiens ; ils gémissent plusieurs 
mots' dans les cachots , sans qu aucune in- 
lenrogation ni procès-verbaux constatent 
k motif de leur captivité. 

Après s être entouré des hommes perdus 
4e mœurs dont ils rehaussent le couragtf 
par leur exemple et par leurs exhortations , 
Âmar et Merlinot parviennent à dominer 
rassemblée de cette Commune. Il n'est 
permis à qui que ce soit d'élever la voix 
en faveur dés prévenus. Un frère ne peut 
y prendre la défense de son frère : la pa- 
role lui est impérieusement interdite , et 
la gyiillotine sera son partage dans le délai 
de vingt-quatre heures , s'il ose enfreindre 
la loi qu on lui impose. C'est au milieu de 
cette assemblée ainsi composée , que les 
deux Proconsuls attaquent les certificats 
de civisme ; ceux accordés par le Conseil 
général de la Commune , sont révoqués ; 
que d'abus et de vexations n entraîna pas 

Tome VU G 



gS :^\i^Criines commis 

Unduvelle épuration ; nouveau poignard 
dans la J^iaîtiictfc s: scélérats! 

c ires-câtoyens-Chicod, Goyffon , Morel 
a^Valentih , indignés de la conduite des 
Procoi»sul$N, viennent à la barre delaCon- 
vèhtibnr, le; i g mai, implorer sa justice 
ônofeveat de leurs malheureux conci- 
toyens, A leur retour , la prison les punit 
dece qu'Amaat'etMerlinot appelaient leur 
audace« ^'^.^ 

- Un Agent national , du nom de Rollet , 
dit Marat^ arrivait à Cerizat , Commune 
de TAin ; un Cultivateur sonne une petite- 
cloche pour: assembler la Municipalité et 
ïfe recevoir* Ce Rollet traita cette action de 
contre-révolution , de réveil du fanatisme ; 
le Cultivateur fut traîné sur la terre pen- 
dant une demi-lieue à la queue du cheval 
dé Rollet. 

Cependant les pouvoirs de ces deux 
Commissaires étaient révoqués dès le 3o 
avril. Le 25 du même mois , un arrêté du 
Comité de Sûreté générale , avait autorisé 
les Autorités constituées à prononcer sur le 
sort des détenus. Mais ces deux Proconsul» 
ne voient qu'avec peine la puissance 
échapper de leurs mains. Les différentes 
Autorités avaient déjà procédé à la relaxa- 
tion de plusieurs détenus , et le tribunal 
en avait acquitté d autres. 



éans h départ, de VAin^ 99 

Le 16 mai, Amar et Metlinot , firent 
passer aux Administrateurs du Directoire , 
un arrêté J>at lequel ils ordonnent n que 
>5 les détenus , dans iç département de 
»^ FAîn >, par mesure de sûreté , resteront 
^j dans tet. état jusqu'à ce que la Conven- 
> j tîôn nationale en ait autrement ordonné % 
>5 que toutes personnes dénoncées par six 
5» citoyens pour fait d'incivisme , seront 
>j inscrites 5ur la liste des notoirement 
*5 suspectés et regardés comme complices 
f> des révoltés de la Vendée. ^5 Ils finissent 
par inviter le département à se conformer 
au présent arrêté , et ils se plaignent de 
ce que le Procureur- général syndic s^est 
permis de donner Tordre verbal à plusieurs 
Municipalités de mettre les détenus en 
liberté. Ils le menacent de prendre des 
mesures capables d'arrêter ces abus , s'ils 
parviennent à acquérir la preuve de ce 
fait. 

Le Conseil général du département de 
TAin rendit à cet arrêté toute la justice 
qui lui était du. Après l'avoir regardé 
comme non ^venu , il passa à l'ordre du 
jour. 

Javogues , déjà fameux par ses cruauté 
et ses brigandages à Lyon , se mit en 
marche à la tête d'une armée révolution- 
naire pour se rendre dans ce département • 

G S 



100 Crimes commis 

Sans mission , il se propose néanmoins d'y 
exercer une autorité sans bornes , et il la 
prélude à Feurs , où il institue un tribunsd 
révolutionnaire. Des hommes d une igno- 
rance crasse et adoimés à la plus crapur 
leuse ivrognerie sont les jugés qu'il se 
choisit pour les composer, a Mon ami , 
5 » disait-il à Tun d'eux , il faut que les 
9 9 sans-çulottes profitent du moment pour 
9 y faire leurs affaires , n'importe par quels 
M moyens ; ainsi fais guillotiner tous lc$ 
j> riches , ou tu le seras, n 

Avec des moyens si propres à en imposer 
à l'ignorance et à la cupidité ^ Javogues 
organisa proraptement la mort et le pillage; 
dépouiller les citoyens aisés , en faire con-»- 
duire tous les jours un grand nombre à 
i'échafaud , à Taide de la perfidie la plu$' 
atrocement combinée ; tel est le tableau 
que nous offre sa conduite dans les villes 
qu'il a parcourues. 

Les laboureurs étaient arrachés à leurs 
travaux et chargés de fers , sous le prétexte 
de refus de payer l'emprunt forcé. Les 
épouses de ces malheureux venaient solli- 
citer auprès de Javogues la liberté de leurs 
maris. << Ils sortiront, disait-il , quand ils 
5> auront payés. Sont-ils dans Timpuissancc 
n de satisfaire à cette taxe , ils ne sortiront 
» pas >% Ces femmes , certaines que l'or seul 



dans le départ, de tAin^ loi 

pouvait briser lés chaînes de leurs époux , 
fesaient les plus grands sacrifices pout 

• completter la somme exigée. Javogues pro- 
mettait alors leur liberté pour le lendemain , 
jour où il les fesait traduire au tribunal 
révolutionnaire. Quelle surprise de la part 
de ces infortunées , en voyant leurs époux 
prendre le chemin de Téchafaud ! En vain 
elles vont de nouveau invoquer la justice 
de Javogues , et la parole qu'il leur a donnée, 
» Dans une heure, dit-il, ils seront guillo- 

1 55 tinés; et si vous raisonnez, vous les suivrez: 
5» vous êtes encore bien heureuses que je ne 
55 vous fasse pas arrêter 55. L'une d'elles, à 
ce terrible arrêt , perdit connaissance. 
Javogues se mit à rire, u Ces bougresses-là^ 
55 dit-il, font les béguelles ; f. . • .. je vais 
55 faire apporter une guillotine , cela les fera 
55 revenir n. Après une foule de traits éga- 
lement arbitraires et barbares , il se trans- 
porta à Bourg, et y installa une Commission 
populaire pour procéder au jugement des 
détenus. L'activité de ce tribunal fut néan- 
moins suspendue un moment par la pré- 
sence du représentant Gouly. 

Mais l'entrée de Javogues , dans cette 
ville , fut semblable à celle d'un vainqueur 
irrité. Il ordonna aux soldats de la traiter 
comme si elle eût été prise d'assaut. Aussitôt 
les maisons sont investies. Des brigands 

G 3 



io« Crim'es commis 

armés les entourent , et tout devîe^it I objet 
de leurs rapines» Javogues , digne chef de 
ces pirates , reçut sa portion du butin ^ 
consistant en une grosse masse d'argenterie 
et de numéraire. Son état d'ivresse conti- 
nuelle , pendant son séjour à Bourg , le 
fit regarder comme le plus méprisable et 
le plus crapuleux des hommes; et s'il jouit 
de quelques instans lucides , ce fut pouP 
déployer, au milieu de la société populaire^ 
sa farouche éloquence. 44 Les propriétés , 
55 y disait-il un jour , sont une usurpation j| 
99 faite sur les sans - culottes , et la Répu-^ 
55 blique ne pourra s'affermir que sur le 
V cadavre du dernier des honnêtes gens »î. 
Albitte, également couvert du sang et des 
dépouilles des Lyonnais • suivit dé près 
Javogues, Il se distingua à son entrée dans 
cette ville , par un faste vraiment asiatique* 
Le luxe et la mollesse ♦ qui semblaient ses 
passions dominantes , ne laissaient pas 
soupçonner que son cœur pût être suscep- 
tible de cruauté. Son Conseil , composé de 
plusieurs Membres de la Commission révo- 
lutionnaire de Lyon, auxquels il joignit 
son valet d'écurie , condamné depuis à vingt 
ans de fer , fut chargé d'interroger et juger 
les détenus. Seize d'entre eux , d'après ses 
recommandations particulières , furent en- 
voyés à Lyon , où ils périrent douze heures 



dans le départ., dis l'Ain. ?io3 

après kur arrivée , sans avoir été interrogés, 
JLe représentant Gouly , dont nous avons 
déjà parié , était parvenu à faire mettre en 
liberté les citoyens incarcérés par r9rdre 
de Javogues. Albitte, sans daigner s'informer 
des causes qui avaient occasionné leur dé- 
tention sous le proconsulat de Javogues', 
avait ordonné qu ils seraient réintégrés dans 
les prisons. C'est sur eux que les Jacobins, 
dont il est entouré , exercent leur odieux 
ministère. 

La destruction , mise à Tordre du jour 
dans ces tristes contrées , les couvre de 
sépulcres et de ruines. Les couvertures des 
portails , les colombiers , les cabinets des 
jardins , les petites tours ou coupoles qui 
éclairaient Fintérieur des maisons , les tours 
servant de cages aux escaliers , et les clochers 
sont jetés à bas , comme autant de châteaux 
forts*. Les habitans des campagnes sont à 
cet effet mis en réquisition. Il ne respecte 
pas leur travaux précieux au moment de 
la récolte. La terreur quil inspire à ces 
malheureux cultivateurs , est telle , que six 
d'entre eux , en pressant les démolitions , 
sont écrasés. Cet accident arriva presque 
^ous ses yeux sans l'émouvoir. 

Les Administrateurs probes et éclairés 
furent destitués et remplacés par ses cra- 
puleux et ignares satellites. Il n'admettait 

G 4 



ïtr4 Criines commis 

à sa société que les assassins et les femmes 
prostituées. Brigadd dans tous les genres , 
il met en réquisition , pour son usage , ie 
vin des particuliers»; et pour rétablir sa 
santé affaiblie par les débauches , il accapara 
le lait qu on porte au marché , qu'il emploie 
pour prendre des bains , et qu'il fait vendre 
ensuite. Offrant une protection ouverte au 
crime , il accueil le nommé Roitx , officier 
municipal de Lyon , que ses meurtres obli* 
geaient de fuir cette ville , et le nomme 
inspecteur des chevaux mis en réquisition 
à Bourg. Le voiturier qui conduisait ce 
voleur avec intention de le livrer à la justice ^^ 
fut incarcéré et mis au secret , où il gémit 
pendant long-tems. 

Albitte ose se vanter que , pendant son sé^ 
jour à Lyon , il s'était débarrassé de quatre à 
cinq cents femmes , invoquant par leun 
c^s et leurs larmes son humanité en faveur 
de leurs pères , de leurs époux et de lean 
enfans , en fesant attacher deux des plus 
jolies pendant deux heures à un poteau; 
et U ajoutait avec un rire barbare : «4 après 
s 5 avoir été détachées , elles n en dînèrent 
39 pas moins de bon appétit m. 

MeauUe , qui vient après Albitte , ne laisse 
pas plus respirer les habitans de cette Ck)m- 
xnune. Les mêmes intrigans Tentourent. Les 
journées se passent en orgies sur les prés et à 



, dans U départ, de tAin. io5 

la pecfiè aux anguilles ; et les nuits se pro* 
longent dans ces orgies. Au bout de quel*- 
qu€S décades , on vit par^tre un arrêté , 
par lequel il était défendu aux femmes , 
parens et enfans des détenus , de solliciter 
sa justice. 

Pendant son séjour à Bourg , entouré de 
^femioes sans pudeur , il y donne l'exemple 
jde la plus crapuleuse débauche. Par - tout 
ii porte les citoyens au désespoir par des 
vexatioïis înnouies ; et le terme de sa mission 
approdiant , pour consommer la perte de 
cette Commune , qu il préméditait , il ose 
en imposer i la France , en là peignant en 
état de rébellion. En même-tems il fait 
venir trois cents hommes de la garde na- 
lûmale du district de Gex , pour égorger 
les détenus et autres citoyens de cette 
Commune. 

Tels furent les excès auxquels se livrèrent 
les proconsuls Javogues , Amar , Merlînot , 
Aibitte et Meaulle. Leur mémoire est 
à jamais exécrée dans le département de 
rAtn ; les citoyens craignent de prononcer 
leurs noms , pour ne pas renouveler le sou- 
venir des maux dont leur mission a flétri 
kl génération actuelle. 



io6 Régime intérieur des Prisons 



Si s 



RÉGIME intérieur des prisons de la commune \ 
du Puy y département de la Haute-Loirem 

JL A Commune duPuy , ainsi que toutes celléî 
du département, souffrit pendant très-long- 
tcms le renversement de Tordre social. Des 
inconnus , revêtus des fonctions publiques»^ 
furent créés Membres du Comité révolu- 
tionnaire , et cinq cents personnes sont 
aussitôt j etées dans les prisons. Le Concierge 
choisi par ces hommes , ne remplit que 
trop bien leurs vœux par son ^ excessive 
dureté. Les vieillards sont entassés dans Ats, 
salles humides dont on a intercepté Faîr ' 
en mâsonnant les croisées. Ils ne respirent' 
que les exhalaisons infectes causées pat 
des cochons nourris dans Tintérieur de la 
maison. Là , comme par-tout , les vivres 
destinés aux détenus , sont pillés avant de 
leur parvenir ; et les plaintes à cet égard 
^nt accueillies par des outrages , par de 
mauvais traitemens , et la réclusion pen- 
dant quinze jours dans un cachot des plus 
affreux. 

Les Auteurs de ces incarcérations, jaloux 
de tourmenter leurs victimes , en puisent 
tous les moyens dans leur génie infernal» 
Un Concierge plus humain avait remplacé 



de la commune du Puy. 107 

le premier ; pour éteindre dans son cœur 
le peii de sensibilité qu'il y conserve pour 
ceux qui sont soumis à son inspection -, on 
persuade à cet homme crédule que les 
détenus ont formé le projet de Fassassiner ; 
le même soupçon se propage parmi les 
Membres de la Garde nationale. Les pa- 
trouilles sont doublées ; les visites nocturnes 
se multiplient. On fait Tappel-de chaque 
détenu. L assassinat a failli punir plus 
dune fois celui qu'un sommeil profond em- 
pêchait de répondre à cet appel : Eveillons 
ce b là avec la baïonnette. 

Des épouses , des filles portent quelques 
alimenk à leurs époux , à leurs pères ; on 
insulte par-tout à la pudeur ; des chansons 
obscènes , des gestes lubriques , des tableaux 
infâmes , des nudités indécentes frappent 
leurs oreilles et leurs regards. D'autres 
exposent un Christ sur le seuil de la porte t 
et forcent les femmes à le fouler aux pieds ; 
c'est le seul moyen pour faire parvenir à 
leurs parens la nourriture qu'elles leur 
apportent : les insultes et les menaces de 
la réclusion sont le partage de celles dont 
la répugnance se manifeste trop évidem- 
ment. 

La Garde nationale que la calomnie 
irritait sans cesse contre les prisonniers , 
f éitérait ses perquisitions au . milieu de la 



lo8 Régime intéritur des prisons 

buit , et imaginait , chaque jour , un noil^ 
Veau genre ne persécution. Elle trouve uii* 
prisonnier dont la seule consolation étafj^ 
d'avoir ses deux chiens à ses côtés ; elle Icf 
lui arrache , et précipite Tùn dans les lieuiè^. 
d'aisance , et Tautré dans la cour. 

On se fait un jeu de l'appareil le plu* 
effrayant. Un canon est braqué sur la coitf 
de la prison , et la mèche allumée jour êl 
nuit. Un des canonniers nommé Lieutard^ 
commissaire de la maison , fait dessinier 
deux guillotines , au bas desquelles il apposé 
les inscriptions les plus terribles contre lèi 
reclus , en les désignant nominativement, 
A cet étrange spectacle , ils se plaignent t 
ce commissaire , en lui peignant la fatale 
impression qu'une telle image peut faire sur 
leurs épouses et leurs ehfans. Il leur répond 
avec fureur , que s'il en avait le pouvoir , 
ils les ferait tous guillotiner. 

Dans le tems où l'on transférait au Puy 
des détenus de la Commune de Saint- 
Didier , l'escorte se permit de faire descendre 
des charrettes deux de ces malheureux , et 
ils les fusillèrent sans aucune autre forme de 
de procès. Un de ces infortunés avait tenté 
de s'évader ; il est atteint par ces furieux et 
massacré. Deux autres ne durent la vie 
qu'à l'intrépidité d'un canonnier qui , au 
péril de ses jours , détourna les baïonnettes 
qui les menaçaient. 



de la commune du Puy. 109 

Cette conduite atroce fut prolongée encore 

Ipfig-tems après la chute du décemvirat» 

Plus jaloux deii perpétuer les crimes qut 

de les faire oublier , dans une séance pu'» 

blique , les Jacobins veulent que Ton dé« 

npace vingt - cinq individus portés sur 

one vieille liste de proscription , et sus 

laquelle on avait antérieurement demandé 

des renseignemens. Leur délibération por- 

^t pour principes qu'on devait recevoir 

|out à charge et rien à décharge. C< 

ne ^t qu^avec le temsque la justice pénétra 

diosces sombres cachots , et en fit sortir les 

^mocens pour les remplacer par leurs an* 

ciens persécuteurs. 

< 

■ ■I " ■ I ' " i'--i 

Précis historique des crimes commis dans U 
département des Bouches-du- Rhône , partie 
(ulièrement à Marseille ^ sous le procçn^ 
sulatde Pomme , Charbonnières , Fréron , 
Barras , Robespierre jeune , Albitte i^ 
Ricord , Salicetti , Gasparin , Isnard , 
Chambon , Cadroy , Jourdan , Gaultier ^ 
Mariette , Durand-de-Maillane , Brunet« 

S I les suites de la journée du 3 1 mai on( 
été funestes pour la plupart des Départe* 
mens de la France , c'est sur-tout dans le 
Midi que les ravages et le& atrocités révolu* 



i 



i\à Sang répandu dans le département 

tionnaires se sont développés avec une 
activité et une audace plus épouvantables! 
La chaleur des têtes mérldiotiales qui exà^ 
gère tout , tie permet ni mesurés , ni modé^ 
ration; et lorsque le fanatisme de la liberté 
est venu enflammer ces esprits turbulens ^ 
ôti a vu des despotes d'opinion juger dighé 
de mort tout ce qui ne partageait pas leur 
délire. ' ; 

Avant de nous livrer à ces remarque! 
locales si utiles pour apprécier , par un 
rapprochement comparatif, le moral- etlë 
caractère de ces Peuples et celui des Repré^-j 
sentans qu on leur a envoyés , temontotii 
à la source des événemens. ^^'"^ 

. Marseille s'insurge contre le 3i mai ; et 
pour marcher au secours des Représentans 
opprimés par la Montagne , elle organise 
Une force départementale qui , dans sa 
inarchc , se proposait de rallier sous scs^ 
étendards tout ce qu'il y avait de Républi- 
cains zélés le long des rives de la Durante^ ;, 
Une nouvelle Autorité, sous le nom de* Co-^ 
mité central de section , s'organise et lance . 
plusieurs mandats d'arrêt contre certains 
hommes turbulens et chauds partisans de }à 
Montagne et de Marat , qui , dans les.tems 
oùilsjouissaientde l'autorité, avaient exercé 
la plus effroyable tyrannie. On institue . en 
même - tems un tribunal populaire qui 



des BoucheS'dU'Rhône. . iii 

condamne à mort plusieurs de ces individus. 
Ce renversement des Autorités révolution- 
sjûres y leur réorganisation sur des bases 
diamétralement opposées à la politique de 
la Montagne , tels furent tous les torts de 
cette cité. 

Lyon était bloqué ; la Vendée toujours 
anéantie , se relevait à chaque instant avec 
un appareil de plus en plus formidable ; 
ks frontières au Nord et au Midi étaient 
entamées par les alliés. A la faveur de cet 
lAcendie général , les Marseillais semblaient 
ne devoir trouver aucim obstacle dans leur 
ipute , lorsque Carteaux se présenta devant 
la colonne marseillaise ; et après un combat 
sanglant où il périt 56o Français , et qui 
décida du sort dt Marseille , il y entra 
triomphant. Alors tout change de face : la 
jusdce , qui n'est plus que la loi du plus 
fort, menace les vaincus; et le crime, en 
signalant la défaite de ses ennemis , appelle 
déjà sur leur tête toute la vengeance des 
lois révolutionnaires. 

La Convention rend le 9 juin lygS , 
un décret qui met hors de la loi tous les 
Membres du tribunal populaire du Comité 
. central ; elle englobe dans les mêmes filets , 
tous ceux qui auraient signé des arrêtés ou 
délibérations liberticides , et charge' le tri- 
bunal criminel du département des !&ouches« 



1 1 2 Scmg répandu dans le département 

dU'Rhône , de juger les conspirateurs. Deu^ 
Représentans sont envoyés pour surveiller 
l'exécution de ces décrets : c'étaient ks ci- 
toyens Pomme et Charbonnières ; le premier, 
Américain , chaud Montagnard ; le second , 
jeime efféminé , se partageant entre le far- 
deau de$ affaires publiques et les soins de 
sa toilette. Mais comme ils paraissaient peu 
propres à seconder les vues expéditives du 
Comité décemviral , et qu ils n avaient en- 
core fait guillotiner que 17 individus , ils 
sont remplacés par Barras et Fréron qui , 
après avoir parcouru le département dvt 
Var, arrivent à Marseille les premiers jounr 
d'octobre 1792. Ils agirent conformément 
au décret de mise hors de la loi , et zvasr 
arrêtés et instructions particulières du Co« 
mité de Salut public. 

Tout est bientôt bouleversé , la terreur 
s'organise ; elle médite ses vengeances ; 
elle calcule ses victimes et aiguise ses 
poignards. On installe une Commission 
municipale avec de grands pouvoirs ; les 
Autorités constituées se composent de Ja- 
cobins forcenés. Ricord , fils du député de 
ce nom , jeune homme de vingt ans , res- 
pirant , dans les bras de son père , le soufile 
empoisonné du terrorisme , est nommé 
Procureur-syndic du département. 11 pré- 
sidait en m^me-tems la société populaire 



des Bouches-du'-Rhône. ii3 

qui , sous ses auspices , secondait parfair 
tement les décemvirs du Comité de Salut 
public , dont Barras et Fréron n'avaient 
été jusqu alors que les serviles exécuteurs 
des arrêtés et décrets; m^-is jaloux de 
faire quelques pas dans . la carrière révo- 
lutionnaire , ils publièrent bientôt la pro« 
clamatioii suivante : 

Froclamatios des Représentans du Peuple Barras et' 

Fréron, . 

Le» Représentans du Peuple , Barras et Fréron , 
annoncent au département des Bouches-du-Rhônela 
fenne lésolution- où ils sont de sauver la liberté 
publique , ou de périr dans* leur sainte entreprise» 

Us viennent faire succéder la vérité et la justicç 
au système désastreux du modérantisme et du roya* 
Usme ; il ne suffira plus d'avoir de l'or pour acheter 
impunément le droit d'être scélérat : qu'ils tremblent 

tous ces oppresseurs de la patrie ! Voye:^ toup 

CCS mille vciisseaux resserrés dans vos ports ,, voyez 
▼otjrc industrie captive , votre commerce paralysé ! 
c'est à eux que vous le devez !.... Mais la terreur 
fst à Vi^rdre dujour..,, II ne suffira plus, pour jouir 
«yeç insr$ititu4e des bienfaits de la révolution, d'êtrç 
modères , d'être accapareurs ou sectionnaires. Nous 
ne- voulons que des républicains : sauver Marseille et 
raser Tûulon^ voilà le but de nos travaux. 

Pou|:y parvenir, nous allons transformer les placer 
publiques en ateliers, les boutiques en forges natio- 
nales ; que l'enclume retentisse ; qup tout respire le 
géniç martial et l'amour de la liberté. Nous serons 
li^^i^fibles , inaccessibles à toute considération perr 
sonu^Ue ; nous braverons et les séductions de la 
beauté et les poignards des assassins. Que les saoji^ 

Tome VI. h 



1 î4 Sangrépandu dans le département 

culottes travaillent le jour, qu'ils veillent le nuit , 
et que le soleil n'achève point son cours sans nous 
avoir vu faire des pas de géant vers cette libertç 
chérie , pour laquelle nous sommes tout prêts . i 
nous immoler. 

Fait à Marseille , le 12 octobre lygS , Tan s de la 
Hépublique française , une et indivisible. 

Les Représentans du Peuple près les armées d'Ita- 
lie et les départemcns méridionaux. 

Stgne\ P. Barras et Frèron. 

Cette proclamation s'exécute avec la plus 
prompte activité ; ces travaux , dont la di- 
tcction est •<îohfiée au zèle jacobin des 
Ck)mmissaîrcs Nouette et Lambert^ ren- 
dirent en un seul instant Marseille mé- 
connaissable , et Ton eut pris pour une 
place d armes cette cité jadis la plus com- 
merçante de TEurope ; son port Tadmirà- 
tion des étrangers /n'offrait plus qu'un 
amas de navires oisifs. 

Le g octobre , la nouvelle de la reddî-. 
tion'de Lyon était parvenue à Marseille , 
et le nouveau triomphe sur le parti déjà 
abattu à Paris , dans les journées du 3 1 
mai , avait rehaussé singulièrement Tau- 
dace des dignes janissaires du nouveau 
gouvernement. Le tribunal criminel se 
signala par l'assassinat de vingt citoyens 
mis hors de la loi , qni furent guillotinés. 

Les Marseillais , que Ton a vu les prin- 
cipaux instrumens de Fanarchie , aux 



des BoucheS'dU'Rhone. ' -' 1 15 

époques les plus célèbres de la révolu- 
tion , et sur-tout dans les journées des 2 
septembre, doivent être singulièrement dis- 
tingués de ceux qui se prononcèrent si for- 
tement en cette circonstance contre le 
triomphe de la même anarchie ; et Fhis* 
torien doit, pour Thonneur du nom Mar- 
seillais , désigner ces hommes qui ont , sous 
ce titre usurpé , joué un rôle si funeste et 
si exécrable dans les septembrisations dé 
la capitale. 

. Toulon et Marseille par leur position au 
bord de la Méditerranée , et par la proxi- 
mité de difFérens Etats , furent de tout tems 
lasyle de tous les brigands , que la justice 
poursuivait chez les puissances voisines , 
telles que la Catalogne , la Corse , l'Italie , la 
Turquie et la Barbarie , et c. Cette classe 
dliommes ne vivant que dans l'obscurité 
àa crime , devait embrasser avec plaisir 
tous les mouvemens convulsifs d'un gou* 
vernement , qui non - seulement offrait 
toutes les occasions et toutes les facilités à 
leur penchant pour le crime , maisie sanç-^ 
tioiinait encore par ses éloges , ses places et 
$ts recompenses; tels étaient ceux qui, après 
avoir fait leurs premières armes dans les murs 
d'Avignon , vinrent ensanglanter ceux de 
Paris. Le propos que Ton prête à Barras , 
et dont une femme digne de foi atteste 

H S 



iii6 Sang répandu dans le département 

rauthenticité , peint assez bien Tesprit qui 
animait cette troupe forcenée. Il était aux 
environs d'Avignon , lorsque cette horde se 
livrait à ces massacres : (4 Cette race est abo- 
^5 minable , dit-il ; pour les arrêter dan&leur$ 
f 5 débord^mens , il faut d'abord parler kur 
»5 langage ; car , à les en croire, il faudrait 
fj détruire tout le genre humain* ^Poultier 
qui était aussi dans ces contrées ^ assurait 
alors que parmi ceux qui* fesaient les pa- . 
triotcs les plus exaltés , se trouvait un grand 
nombre de voleurs et d assassins; c'était »> 
sans doute , pour propager leur morale 
atroce , que plusieurs de ces sicair^s , di- 
saient hautement dans Paris , ne recon- 
naître de patriotes q^e ceux qui paurraien| 
aire: J'ai coupé tant de têtes, et fai tra^ 
vaille en septembre , attachant à ces funestes 
_ journées tout l'honneur du républicanisme* 
Ils s'empressèrent de faire passer à la Cou-* 
vention une adresse , dans laquelle ils se 
plaignirent que le décret du 23 février 1 7 gS, 
qui ordonnait de poursuivre les auteurs 
des journées de septembre, était un pré^ 
texte pour poursuivre les meilleurs par 
triodes. Ces soi-disant républicains , comme 
Ton voit , différaient entièrement de ceux 
qui s'armèrent au 3i mai pour écraser 
l'anarchie. 
-:; L'ambition d^s Anglais cherchait à 



* 'desBoûchêS'du-RkSne. fi7 

«fivàhîr notre commerce; et la perfidie 
avait déjà introduit leurs armées dans le 
port de Tofulon. Leur or qui semblait di- 
riger le Comité de Salut piïbiic v- refluait 
$\ir toutes fes villes commèrçaiites pour en 
opérer la destruction. Plusietirs des Agenâ 
de cette pui&sance étaient même à Mar- 
seille , lorsque Barras et Frérott , d'après 
un arrêté du Comité de Salut publie , soit 
ineptie , Soit asserviss«ement pour les ttrdrei 
des décemvirs , ordonnèrent la démoli^ 
tion de cette cité. Un d'eux proposa ert 
même - tems de combler son port. Les né- 
gocians , dont le crédit ouvert dans tous 
les ports de Funivers pouvait prôcurct 
Tabondance à le France ; les riches arma- 
teurs , les banquiers furent proscrits , et 
portèrent leurs têtes sur Téchafaud. Le 
Comité de Salut public , dont on ne fesait 
*par là que remplir les instructions , trou- 
vait plus expéditif de les assassiner pour 
^'emparer deleurs biens, dédaignant l'avan- 
tage que FEtat pouvait retirer de leurs cor-»- 
respondances , quj seules suffisaient pour 
mettre un terme à la disette générale^ 
Aussi ne put-on y opposer que de faibles 
ressources , qui ne se soutinrent quavefc 
les monceaux d'ôr et les riches meubles 
que Ton fut forcé d'échanger pour les 
blé« d'Afrique ; mais la disette entrait 

H 3 



1 1 8 Sang répandu dans le département 

lelle-même dans les plans dn gouvernement , 
et en tarissant ainsi toutes les sources d'a- 
bondance , tous les moyens de nourrir le 
peuple affamé , Barras et Fréron , dont les 
lumières en économie . politique étaient 
d'ailleurs si bdmées , obéissaient avec plaisir 
au système d'extermination que leur rap- 
pellait sans cesse le Comité , dans sres cir- 
culaires et dans ses lettres particulières , en 
leur disant que la République ne devait con- 
naître axicune considération , et qu elle serait 
toujours assez riche avec du fer et du pain. 
Marseille vit bientôt arriver les députés 
qui avaient assisté au siège de Toulon , tôud 
gen^ que la voix publique désignait comme 
très-dangereux , tant pour leurs opinions 
que pour leur caractère : ROBESPIERRK 
jeune , digne émule de son frère , était de ce 
nombre ; son nom seul inspirait Teffroi. 
Ricord ne parlait que de terreur , et toutes 
ses actions tendaient vers cet affreux régime. 
Gasparin et Salicetti leur étaient adjoints : 
ce dernier ne manquait pas de moyens , qu£ 
n'en étaient que plus dangereux , puisqu'il 
les consacrait tout entiers à la tyrannie. 
, Malgré cette recrue de Montagnards , 
Pomme et Charbonnières restèrent quelques 
tems à Marseille , et prirent part à tout ce 
qui sy passa. Le premier ne quitta cette 
ville que le 21 brumaire an 2 ( 1 1 novembrr, . 



des BoucheS'dU'Rhône. ^ 119 

1793) ; son collègue Favait devancé dès la 
veille. 

Les Députés qui restèrent dans Marseille , 
travaillèrent de concert à porter le dernier 
coup à son existence politique. Par un de 
leurs arrêtés , ils Timposent à une somme 
d^ quatre millions. Une contribution aussi 
cxhorbitante jette la consternation dans 
Tame des Marseillais ; leur fortune est 
sapée dans les fondemens ; les arts sont 
renversés ; les ateliers se ferment , et les 
travaux cessent. La classe ouvrière , dénuée 
de ressources , se jette du côté des Repré- 
séntans du peuple , dont elle reçoit une 
solde journalière , iqui augmente les soutiens 
de l'anarchie • Le tribunal criminel , de son 
côté, donne plus d'activité à ses assassinats^ 
Le jpremier brumaire an 2 (2 2 octobre 1 7 gS), 
Imberty , Procureur-syndic du département 
des Basses-Alpes , est conduit à Téchafaud* 
Les incarcérations se multiplient ; les mai- 
sons des Frères Ignorantins , les Dames 
Sainte-Clair et Saint-James, reçoivent dans 
leur enceinte onze cents citoyens. La ven-, 
geance haineuse , avant de dresser leur 
échafaud , épuise ses fureurs par les vexa- 
tions les plus violentes et les privations de 
toute espèce, et trente -personnes y périrent 
d'inanition , ou furent consumées par le$- 
maladies pestilentielles» 
. H 4 



120 Sang répandu dans le département 

La société populaire , menée par des 
jeunes gens inexpérimentés ou sanguinaires, 
se livrant à toute la fougue de leur carac- 
tère , criait sans cesse kxïr la lenteur du 
tribunal , et demandait des visites domici- 
liaires. Nombre d'excellens patriotes furent 
compris dans les mesures quils prirent , 
dans rînteiltion , à ce qu ils disaient , d'o- 
pérer le salut public. 

Le tribunal criminel continua dés-lors ses 
sanglantes expéditions jusqu'au 29 bru- 
maire ( 19 novembre ). Le 3o , il assista à 
une fête nationale. Des rochets roulés et 
amoncelés sur la place , reçoivent le nom 
de Montagne-^ le buste de Marat est pro- 
mené solennellement au milieu de la Gardé 
Nationale , de la Société populaire et dei' 
Autorités constituées. 

Le tribunal reprit ses fofic'tiohs jusqu'au 
Ô6 nivôse ( 1 5 janvier 17^4) , qu'il tînL 
.sa dernière séance. Deux cent quaratltè*^ 
individus furent envoyés à Féchafaud. 

Depuis six àiois , Marseille Souffrait avec, 
une patiente résignation les coups dont la 
tèrféur rassàssihait. Toulon était J>ris , et 
Ton présbmait qiie cette victoire iserait le 
signal de la générosité et du pardon ; mâià 
la perquisition faite dans les maisons dei 
Touldnaîs procura quelques papiers qui 
attestaient une espète de correspondance 



des Bouches'du-Rhênè. ifi 

8VCC les habitans de Marseille. Alors , les 
Représentans Barras ^ Salicetti \ Fréron et 
Ricord firent afficher sur les murs de Mar- 
seille une proclamation dortt le considérant 
attaqué le patriotisme des habitans de cette 
ville , en l'accusant d avoir la première levé 
Fétendard de la rébellion; d'avoir, pair ses 
commissaires , cherché à soulever lès dépar- 
temens circonvoîsins , et employé la terreur 
pour forcer les paisibles habitans des cam- 
pagnes à Tinsurrection. On leur reproche 
d avoir insulté la Représentation nationale , 
en fesant arrêter ses Commissaires ; et ea 
fesant marcher des bataillons contre lesf 
Croupes dé la République ; d avoir assiégé , 
pris et saccagé les villes qui lui étaient, 
fidèles. La Municipalité est particulièîemcnt 
àdcusée de rébellion , coftime ayattt tenïé^ 
de soutenir sa désobéissance par la îprce; 
^rmée ; enfin , . sa correspondance at^ec 
Toulon , ^e§ efforti pour lî^rrër ^on^fovv 
ayx AnglâîS/Tels sont lès prétendu^ griefs* 
qui servent dé base à un arrêté deè Répr^^ 
s^entans , conçu en ces termes : .^ 

Les Représentans du Peuple , arrêtent : l'^. Le 
nom de 'Marseille , que ^orte ,éticore Cette tApi- 
mune crinaînelle , sera changé ; la Convention na- 
tionale setâ ifivlié de lui en dbiîher UÀ autre ; pfo-^ 
visoircnrent cile restera sans ncm , et portera c e tte" 
dénomination. 

14^. Les repaires, ou se-tenàîentles assemblées des 



12d Sang répandu dans te département 

Sections et du Comité général, seront rasés, et un 

f>otëâu , qui rappellera leur révolte , sera dressé sur 
e terrein qu'ils occupaient. 

3o. Est excepté de cette mesure le lieu de rassem- 
blée de la Section n^. 1 1 . qui seule a donné tant de 
preuves de son attachement pour Tunité et Tindivi- 
sibiUté de la République: 

4®. Il sera fait un inventaire exact des meuble» 
et effets garnissant les lieux à démolir. Ces meubles 
et effets seront péalablement enlevés pour être 
vendus conformément à la loi sur la vente des biens 
des rebelles ; les matières d'or et d'argent seront 
portées à la monnaie. 

L'Administratioix. du district désignera le lieu oà. 
seront portés les titres et papiers. 
' L'Administration des poudres et salpêtres aura , 
aluprcs de chaque édifice à démolir , un préposé- 
pour y recueillir et faire valoir les terres salpêtréc*. 
.5''. Le Commandant militaire de la Commune dç 
sans^nom est chargé, sous sa responsabilité , de faire 
eiécuter le présent arrêté au moment de sa réccp-' 
tion ; il chargera , en outre , la Commission munici- 
p^c provisoire , d'exécuter sur-le-champ les dispo- 
sitions relatives aux démolitions des lieux où se 
tenaient les sections. 

6^. Le présent arrêté sera proclamé* , publié , 
imprimé et affiché dans la Commune.de sans nom , 
et dahs tous les départemens méridionaux. 

,Fait au port de la Montagne , le 7 nivôse , l'an 2* 
rfc^a République ( 27 décembre 1798 ). 

Signé , Fréron , Paul Barras* , Salicetti , 
• ,. BlCO^RD (i). 

Ainsi Marseille voit , pour airisi dire , 
son tombeau s'ouvrir ; elle est déjà effacée 

(i) Le ci-devant marquis Lapoype , beau-frère de 



' des BoucheS'dU'Rhàne. ^ isi5 

du nombre des villes existantes. Une cor- 
respondance insignifiante , nécessitée peut- 
être par des raisons de commerce , ramène 
la mort dans ses murs. Cette cité avait-ét^ 
fondée par une ancienne colonie de Pho- 
céens , qui vinrent chercher la liberté sur 
les côtes de Tancienne Gaule narbonnaise ; 
sa splendeur et son commerce se soutinrent 
au milieu des,secousses de TEmpire romain, 
et des irruptions des peuples barbares q^ii , 
à différentes époques , ravagèrent jses pro- 
vinces. Soumise ensuite aux lois des Francs , 
toujours florissante au milieu de nos dissen- 
lions intestines et de nos guerres d'opinion , 
elle voit flétrir et s'anéantir sa renommée , 
son industrie et sa richesse , au nom de 
cette liberté , sous les auspices de laquelle 
elle avait , depuis nombre de siècles , porté 
ses dieux pénates sur les parages de la 
Méditerranée. 

Lesmêmes Représentans du peuple prirent 
un autre arrêté pour organiser une Com- 
mission militaire. Ils la composèrent de 
quatre membres , trois desquels pouvaient 
procéder au jugement de ces nouveaux 
coupables. Un jeune homme de vingt ansLj, 

Fréron, avait été, après le sîége de Toulon, nommé 
commandant de la place de Marseille, et chargé par 
les Représentans de l'exécution de leifrs arrêtés. 



124 Sang répandu dans le département 
du nom de Louis , qu'il crut devoir eîFacer 
par celui de Briitus , présida ce nouveau 
tribunal, dont l'institution jeta une épou- 
vante générale. A Tinexpérience de Tâge , 
ajoutez rignorance profonde de ces juges , 
à qui les tyrans , en leur remettant le glaive 
vengeur, ne demandaient sans doute que dé 
frapper aveuglément. Le président Brutus 
ne savait pas rédiger lé moindre arrêté; 
l'énoncé de leur jugement portait toujours 
que les condamnés périssaient pouf avoir 
porté les armes contre la République. Ce 
protocole inepte et bannal assassinait iili« 
distinctement des hommes infirmes et sép- 
tuagénaires. * 

Voici larrêté de Forgahisation de cette 
Commission. 

Les Représentans près les années et les départe- 
mens du Midi , 

Considérant que les provocateurs de la guerre 
pivile lèvent insolemment' la tête ; 

Que les plus acharnés sectionnaires échappent ai^ 
supplice ; que dès négocians , Sangsues du peuple , 
continuent à afl&mcr leuts concitoyens' en se jouant , 
à TombrC' de ce tribunal , des lois lés plus précises ç 

Considérant que les amis , les correspohdans de 
Tinfâme Barbaroux , mis hors de la loi comme lui , 
ont trouvé grâce devant ce tribunal ; qu'au lieu 
d'exercer lc« vengeances nationales , c'est plutôt 
des haines particulières qu'il paraît assouvir ; 
. Arrêtent: i^. Les Membres du tribunal révolution- 
naire seront renouvelés. 

2^. Il sera nommé parles Représentans/du Peuple 



des BoucheS'dU'Rhône. ii^S 

une Commission militaire^ pour juger les prévenus 
de crime de contre-révolution. 

3^. Les scellés seront mis sur les papiers du 
greffe. 

4*^. Maillet, Président de ce tribunal, et Giraud, 
accusateur public , seront mis en état d'arrestation t 
et traduits pardevant le tribunal révolutionnaire à 
I^aris, comme prévenus d'avoir pré variqué dans leurs 
fonctions , et de complots fédéralistes ; les scellés 
seront mis sur leurs papiers. 

5^. Les Représentans du Peuple nomment pour 
membres de la nouvelle Commission militaire , les 
citoyens Frutus, Lefebure, Thiberge et Lépine. 

La Commission pourra juger au nombre de trois 
Membres. 

6**. Il sera établi un tribunal criminel du dépar- 
tement pour juger les"^délits communs, conformé- 
ment aux lois rendues par Tinstruction criminelle par 
jurés ; ce tribunal tiendra ses séances à Aix. 

L Adipinistration du département est chargée de 
{)rendre les mesures les plus promptes , pour que 
ce tribunal entre en activité sur-le-champ. 

7**. Le présent arrêté sera proclamé , publié , im- 
primé et affiché à la diligence du Commandant de 
la place, lequel est en outre chargé des arrestations 
et transféremens y mentionnés. 

Fait au port d&la Montagne , le 17 nivôse î Tan i 
de la République (6 janvier 1794 ). 

Signé , Fréron , Paul Barras , Salicetti ^ 
R1CORD. 

Cette Commission , depuis le 4 pluviôse 
jjusqu'au i3 ( 23 janvier 1794 au premier 
février ) , fit périr cent soixante personnes, 
file eut lastuce de mettre e^ tête de son 
premier jugement le texte de la loi du 19 
giars 1 7 93 , par laquelle la Convention 



1.26 Sang répandu dans le département 

déclare ne vouloir faire ni paix , ni trêve avec 
les aristocrates et les ennemis de la révolution , 
et les met hors de la loi. 

Quel vaste champ une pareille loi n'ou- 
vrait- elle pas aux partisans de la terreur ? 
La Commission , toute sanguinaire qu elle 
était, trouvait dans ce texte une espèce de 
justification de ces assassinats journaliers , 
et en rejetait en quelque sorte toute Thor- 
reur sur Danton , auteur de cette loi , et 
sur la Convention , qui lavait adopté à 
Tunanimité. Les Représentans en mission 

' ajoutèrent encore à Tatroce iniquité de cette 
jurisprudence , en nommant pour ses or- 
ganes un tribunal composé seulement de 
trois individus , que devait présider un 
nommé Lacroix , guillotiné depuis à Paris , 
avec la faction Hébert. Heureusement sa 
nomination n'eut pas lieu ; car cet Individu 
qui n avait cessé de persécuter les patriotes, 
dont il avait fait traduire un grand nombre 
au tribunal révolutionnaire de Paris , n'au- 
rait usé du droit de vie et de mort que pour 

la mort 

Enfin le Tribunal criminel et cette Com- 
mission envoyèrent au supplice plus de 
quatre cents individus , dont les noms se 
trouvent dans les tom. i et 2. Des propos 
tenus contre la Montagne et contre Marat , 

* dictèrent l'arrêt de plusieurs. On cite , à 



des Bouches-du-Rhone. ii27 

cet égard , une jeune femme guillotinée 
pour avoir dit que les Députés montagnards 
lésaient détester laRépublique , qu'ils étaient 
autant dassassins et de maratistes ; que 
Marat était un atroce scélérat ; que la Corday 
avait rendu un service signalé à son pays , 
en le délivrant de ce monstre. 

Cette Commission eût été aussi expé- 
ditive que le tribunal Fouquier , sans l'em- 
pire qu'un citoyen avait sur le président 
Brutus. Il Tempêcha nombre de fois de 
condamner à mort une infinité d'individus 
simplement suspects d'aristocratie. 

Nou^ tairons ici les outrages, les impré- 
cations qui pleuvaient sur les victimes que 
l'on conduisait à la mort. Il y a lieu de 
croire qu'elles étaient commandées par leis 
Comités de Salut public et de Sûreté 
générale , pour faire insulter , jusqu'au 
dernier mometit leurs victimes , par une 
populace sans frein. Les condamnés ré- 
pondaient aux criailleries de cette horde 
furieuse , par le sang-froid et le mépris. La 
mort semblait venir à leur secours pour les 
délivrer de la vue de ces monstres. Il est 
cependant essentiel de donner une notice 
de la correspondance d'un des commis- 
saires du Comité de Salut public avec 
l'Accusateur public du tribunal révolution-» 
naire de Marseille. Il commence par lui 



is8 Sang répandu dans le département 

faire des reproches sur la lenteur qu il met 
dans la condamnation des conspirateurs ; 
ensuite il ajoute : 

Je citerai toujours Paris , car Paris peut servir de 
modèle en tout. A Paris donc , Tcjrt de guillotiner 
a atteint sa dernière perfection. S^nsson et ses 
élèves guillotinent avec tant de prestesse , qu*on 
croirait qu'ils ont pris des leçons de Cornus , à là 
manière dont ils escamottent leur homme ; ils en 
ont expédié douze en i3 minutes. Envoyez donc 
à ParisTexécùteur des hautes-ceuvrçs de Marseille, 
faire un cours de guillotine auprès de son collègue 
Samson ; car nous n'en finirons pas. Tu dois savoir 
que nous ne te laisserons pas manquer de gibier d^ 
guillotine , et qu'il faut en expédier grand nombris^ 
£n outre, je ne voudrais pas que tu fis accompager 
ces bougreS'fà avec un tamDour , mais avec un trom- 
pette, ce qui annonce mieux la justice du peuple.. 

Il faut suppléer à la promptitude de la guilla» 
fine , pour électriser le peuple , en conduisant sey 
ennemis à Péchafaud. Il faut que cela soit une espèce 
de spectacle pour lui. Les chants , la danse ^ doi- 
vent prouver aux aristocrates que le peuple ne voifc 
de bonheur que dans leur supplice. Il faut en outrcv 
faire ensorte qu'il y ait un grand concours de peuple 
pour les accompagner à Téchafaud. 

Nous ne devons pas omettre un trait qui 
montre jusqu'où peut aller Tabus du pou- 
voir. Pour se délasser de ses arrêtés fulmî-^ 
nans , de sa correspondance instructive , de 
ses fatigues à la guerre , il fallait bien , au 
représentant Fréron , des objets de distrac- 
tions et d amusement* Parmi les laïs que 



des Bouchti-dù-RMut. it^ 

le théâtre offrait sans cesse à ses regards s ii 
avait distingué la j eune Masson, 

Aussi - tôt un honnête Agent , dont lé 
Bom obscur ne mérite pas d'être cité , est 
chargé des premières propositions ; mais 
au grand étonnement de celui qui disposait 
tout à son gré , il nest pas. écouté. On. 
apprend que la refusante a pour chevalier 
lé colonel du régiment dliussards de Ber- 
chiny y alors en garnison dans cette villel 
Aussitôt le Proconsiil fait signifier au co* 
|onel(le citoyen Bongon) Tordre de quitter 
Marseille dans le jour , sous peiné) d^êtr^ 
traduit au tribunal révolutionnaire , et att 
régiment, celui de partir dans la nuit, 

'Nous ne devons pasjoublier que le citxs^ûtk 
Bouf^, brave et intrépide militaire , après 
t^âtre souvent signalé , est mort glorieuseJ^^ 
laent i larmée dltalie» Le mérite reconnut 
de cet officier n'a pas empêché que Fréron \ 
lors de sa seconde inission dans te Midi ^ 
voyant toujours endui un rivai dangeveùx'i 
le destitua de .sa pleine autorité. ^ 

, £nfin , le g thermidor vint abattre Té* 
pouva^tabie colosse de la tyrannie ; les 
Agens révolutionnaires des contrées méri^ 
djjonnales , étourdis de cette chute , cher- 
chèrent à se mettre à Fabri des suites , en 
joignant leurs applaudîssemens à Fappro* 
badoa universelle. Mais le regret d'une Au« 
Tome VI. i 



1 3o San§ ripaiidii dans le département 

Ib^itésappée dans ses fondemens, imprimait 
sur leurs figurefc une honte inèfibçable; 
Cet ab^cticm où ils se trouvaient réduits, 
aurait dû suffire aux ressentimens de ceux 
iquils avaient opprimés pen4aBi;faéur ty^ 
xaome • ;• mais cette modération sage et gé^^ 
HéteùsCLï ne. convenait guère à rex^ltatioU 
ides.caTîârtères injéridionaux. 
• ijLe verdgede la vengeance »feVmpara;j dé 
toutes .les tê«e£b La Convention liavaît mis 
laxrlémenceà lordireidu jour.: lesirîbun«uk 
déviaient instruire .cpncrê ^les cou^i^blês ; 
maib des hommes .dont lés plâiesM étaient 
ioncore récentes .^i écartèrent la jjcléménoâ 
et les lois. 5 se travestirent en bourrjeamxv 
jOfe'fisxiouVelèrent à ^siQO \ lieues de iFasis les 
$^i^es désastreuses, du 3 septembi!e« loLmeH 
vifei etkcoxe flotter.' sur '^cs; vagues, les^ tristes 
victimes d'une nouvelle révolution .dans 
Jer/côiîps: politique;:! ^ ../..: :> 

^ f iMàjîéille , Aixl, ; Arles ^ : Tarascoo) onf 
^t^fjfoi^âtrie de oes'houvelli^ atrocitésr 
Les Repré^eiitans : nxuôhtagnabdsiji avaient 
excité ^: favorisé les premiers, massacrés, 
qu'ils avaient en quelque sorte -léïgaliséK 
Dé nouveaux Représèntans se taisent de-? 
vant de nouveaux ^assassinats. Ils parlaient 
de . la justice , et pas un arrêté., n'essaya 
d'enchaîner des attentats qui usurpaient 
les droits de la justicci Violateurs effrontés 



des nouvellç5 lois qu ik ont proclamées , 
elles devieijinent entre leurs mains un . filç 
si faible quÇ: le moindre souffle, le brise j 
tandis que: leuts prcdécç^purs. pouvaient , 
ea quelque sorte exçus^f Jeur3. écarts s^n-.. 
gilinaires par cette foule de lois dont^Ja 
conséquen^ce-futU terreur générale. . 

Isnard, Cliambon-Latoi:jr,. Cadroiy, Jour- 
dan, Gaultier , MAfiett^.^ Durand-Mûllaue; 
parurent tour|^-tour dans, ces coniréesavjec 
des pouvoir^ illimités. Éa.jvaip , .disent-ils 
pqùr leur j^jstificatipn. , q^ aucun, massacre 
Ufjr fijt commis de leur .tems ayant. .cçjuî 
des prisonniers duj Fortrjean. Il est cansi 
taté que différens ijidividùs c^e tout âge et 
de toutjsexe furent ir^pitQYablemem égorgés 
par des Jipmmes qui:^ej4^»içn^^ avec, impu- 
dence les vengeurs de .VVumanité. Cejsi 
affreuses lois icje rejprésaiiUes eussent mérité 
peut-être quelques, applaùidj^pemens dan? 
le tems où les frères , le^ parens , les ^amis 
de ces terribles vengeurs courbaient "leiii; 
tête sous la hache des tyrans ; mais ces 
tyrans sont désarmés , réduits à Timpuis-j 
s^ice„ et ;vous les assassinez ! ! ! Il failaij 
biçn plutôt; les laisser survivre à votre 
Jtriomphe, les écraser sous le poids d'une 
honorable générosité ^ et les condamner 
au long supplice du spectacle de vos vertus 
et de votre bonheur, 

I 2 



i'5i Sang répandu dans le département 

Les assassins formés encompagnie-franchc, 
àômmées de Jésus et du Soleil , compriment 
^ancienne terreur par la terreur , et ven- 
gent l'assassinat par lassassiihit. Pour nou^ 
en convaincre , parcourons les massacres 
partiels commis avant ceux du Fort-Jean, 

Vincent /yi^<^ du tribunal du district Aé 
Sisteton, et Breyssaud, administrateur du 
même district , succombèrent sous les 
poignards. La mort de ce defrïter , racontée 
par son propre fils, fait frémir. Ce citoyen 
avait d^àboird été arrêté par ordrç de 
Mwo/Ai^n , secrétaire du Représentant Gaul- 
tier , et relâché par ordre du Comité dé 
Salut public. Arrêté une seconde fois par 
èrdre dû même Mévalhon , il est assassiné 
eh arrivant à Sisteron. Couvert de blessures; 
en le laisse pour mort. Quelques personnes 
s'appercevant qu'il respirait encore , le 
font transporte!" à rhôpital. Les Assaçsîn^ 
apprennent que leur vicâme leur a échappé, 
aussitôt ils viennent , la nuit , à ITiôpital ; 
Fenlèvent ; ilç le lient dans un draps , lé 
lancent , à forcé de bras , contre les murs ; 
et son corps couvert de meurtrissures , çsi 
précipité d'une fenêtre sur le pavé. Le* 
Assassins descendent , le traînent au rivagç 
de la Durance , et ses membres sont coupés 
par morceaux et jetés dans les flots* 

Ces deux meurtres avaient été précédée 



des Bouçhes-dU'Rhont. r3j3 

4^ plusieurs autres commis également dans 
les Communes environnantes de Marseille. 
Le ig nivôse , an 3 , ( 8 janvier 1795 ) 
, Toussaint Leblanc , âgé de rg ans , fut tué 
à coups de baïonnettes. Lt 26 floréal , ( i5 
mai J Vallon^ cordonnier, fut haché à 
. coups de sabre ^ ainsi que Jean Bain , cof- 
donnier ^ âgé de 3 2 ans« Le 2 prairiat, 
. (s 1 mai ) réponse de Maillet , Président du 
tribunal criminel de Marseille , Jean Ra- 
chegal , cordonnier , et Grai , dégraisse^ 
d'habits\ furent trouvés assassinés en difF4- 
rens endroits. Le 7 prairial, (26 mai] 
Fraguier père et fils furent massacrés. Lis 
l3 prairial (icr. juin) François Jullien , cafc- 
iier,François-Ripère,€ribleur, ttLouisJulien^ 
dit Sevéran y furent tués. Le 27 prairial., 
.( l5 juin ) Pierre Louvet , dragon , fut ren- 
versé d'un coups de pistolet. A cette même 
époque périt Michel Fressun ^ caporal de la 
83 me. demi - brigade. Le même jour,, 
Jx>seph-Roussel fils , offici^sr municipal , fut 
tué d'un coups de fusil. Le i3 messidor, 
(premier juillet) Courbon fut assassiné dans 
les prisons de Lambesc. Dans le cours de 
fructidor , Fournier , gendarme fut tiré 4e 
ibrce de la prison de Château-Renaud , et 
assommé par des inconnus. Le premier jour 
complémentaire (17 septembre) Mattùi 
,j>ère et ses deux fils ayîint voulu se révolter 

I o 



'i34 Sangfêpandu dans le département 
contre les gendarmes qui les escortaient , 
en furent massacrés, Claude Qur and tombai 
Sous le fer des assassin? à Tarascon. Granet » 
ancien Pré'si'dent du département des 
'Bouchés - du - Rhône , fut massacré par le 
'peuple, à Salon le 16 prairial ,^ (4 juin) : on 
lavait arrêté malgré les efforts de la Muni- 
cîpalîté. Le 3 messidor, ( 23 juin ) Tûiïle^ 
^cùisinîtr, Memfere dun Comité révolution- 
inairè*, fut déchîïé en arrivarii à Salon, Les 
tïômmés Dauphin^ Languin, Chaileau, Mare- 
' rail e ^'tt Ravel ont été assommés à coups de 
,bâton; comme on lés conduisait à la maison 
'-iParYët; Truchement , ex-'commissaire natio- 
nal du district de Salon; Bormard ^ ei- 
agent du même district, tiLarduiot^ ont 
été assassinés dans les prisons d'Aix, Le 4 
thermidor , { 2î juillet) Jean-Martin Mau- 
reau fut tiié à coups de sabre, A Eyragues , 
le fils de Bernard^ huissier , jeune homme 
de 22 ans , fut assassiné. 

Enfin arriva Févéïiement désastreux du 
Fort-Jean, Cette prison était remplie , il 
est vrai , des aveugles instrumens du gou- 
vernement de la terreur ; Tindignation 
publique s'élevait de toutes parts contre 
eux. On ne s'imaginera pas sans doute 
que la masse pure du peuple , dans cette 
ville' plus qu'ailleurs, ait trempé ses main& 
dans le sang. Il y 'eut des meneurs ; queils 



••'•'■:.. des Bvuches-^dû-RhdiU. < '*• i55 
flont-ils ? On Fignore; mais des Repïésen^ 
tans, revêtus de pouvoirs illimités; niaise 
Cadroy , Isnard , Chambon devraient - ils 
rignorer ? II fallait un prétexta , et les pre- 
miers jours de prairial ,(20 mai) on juge î 
i propos de faire insurger les ouvriers de 
Tarsenal de Toulon, Le motif spécieux de 
cette insurrection fut que les pçs^nniers 
détenus à Marseille devaient être 4^ssa-' 
crés avant la fin du jour. Ils accourent pour 
les délivrer. Après avoir pillé le magasin 
des armés v, leireprésentant Brifnet veut en 
vain rétablir le calme ; après de longs et 
inutiles efforts , il se retire chez lui ; et 
dans son désespoir , il se brûle la cervelle. - 

Cependant, au bruit de la marche des 
révoltés , les habitans de Marseille étaient 
plongés dans la stupeur. Isnard qui était 
à la Maison commune , paraît sur le balcqn, 
et dit : «< Quoi! Citoyens, vous manquez* 
t> d armes ! Eh ! déterrez les ossemens de 
>f vos frères, de vos. amis et de tant 
»» d'hommes égorgés par la terreur, et 
»v suivez-moi. ?> Ce peu de mots électrisè- 
rent tous les habitans. Deux bataillons se 
forment aussitôt, et aidés de ceux d'Aix , 
ils enveloppent et sabrent les révoltés» ' 

Un grand nombre est fait prisronnier j 
on les conduit en triomphe à Marseille ,. 
et la plupart périssent s\ir Téchafaud^, Une • 

1 4 



l3.$ Sang répandu daAs le dépdfUment 

soixantaine de Marins trouvés sur le 
chemin de Beausset (i), sont égaiemefil 
envoyés à la mort. 

A cette nouvelle , quatre mille cinq ceati 
Matelots déaertent Totdon. Ils se réfugieiit 
dans les campagnes pour se mettre à Tabri 
de toutes poursuites. Un assez grand nora-i 
bre se «endit à Marseille ; ils finirent pat sa 
réunînaux compagnies de J^éim et ànSùléU 
pour marcher contre les prisonniers do 
Fort-Jean. 

A midi y la compagnie du Soleil , conm 
mandée par Robin , s'empare du Fort €€ 
des clefs. On se disposait à a^aquer le 
numéro premier, qui opposa de la tési^ 
tance. Us se portèrent alors à la Chapelle » 
et y massacrèrent tous ceux qui y étaient. 

Ali, Robin j Durand , Roche , Lesellie9 
et autres des compagnies de Jésus se por-J 
tèrent dans les divers cachots pour y mas^ 
9acrer ceux qui avaient échappé au canoci 
chargé à mitraille, à Tépaisse fumée de 
la paille mor cillée , mêlée à celle du souftre.^ 
Le cachot , n^ 6 , se battit long-uems ^ fnai* 
k feu mit fin à la résistance ; tout périt. Le 
numéro 9 après avoir été incendié , ftit 
balayé par un coup de canon à mitraflle f 

' (i) Ces matins étaient du nombre de ceux qui 
ftisillèrent à Toulon, après Tentrée de Tarmée de la 
Mùntttgnê. 



des SoucheS'dU'Rhône. i3ï 

pfeicé vîs-à-vîs sur une brèche de la porte. 
Le numéro 8 fui égorgé en entier. Enfin , 
sur les dix heures du soir, les Représentans 
arrivèrent et firent cesser le carnage. Le 
Commandant de la place s'empara du Fort » 
harangua la multitude , et Tinvita , au nom 
ëe la loi, à cesser cette boucherie. Le» 
Assassins applaudirent et se retirèrent. La 
coflipagnie , dite des Enfansdu Soleil , sontt 
éa prisons en disant : La victoire est à 
iidus. On £iit monter à soc le nombre des 
îpriatomïîers massacrés dans le Fort, dont 
aoUs n'avons pu nous procurer que les 
Abms stnvàns : 

JsKqnes- Vincent Etienne. Pcrrîii, jugeau tribunal 
lévôlutidnnaire de Patis. Sotiche , employé aux 
charrois. Payeme, cordonnier. Boycr, cordonnier, 
Pons T cord. Renaud, cord.Petreman , cord. Gurét , 
cordonnier. Démarre, instituteur. Mille , porte-fcix. 
Joseph Marcellier de Mont-Meiron , Pierre Bttuf 
d'AutioL Joseph Ferreol. Bi^ot du Châtclet. 
PnttTe-Michel d'AUauch. Jean-Baptbte Paumond ^ 
d'Attbagne. Bonnefay d'Auriol. Laugicr , cordon* 
nier, Beinaud , de Garpentraj. Ferrand d'Anbagne. 
Jacques Cordier. Dominique Bonni , cordonnier. 
Jean Aubert, de Pourrière.Jean Garoutté, de Pour- 
rîère^ Laurent Barthélémy, de Fourrière. Mathieu 
Icard, de Fourrière. Joseph -Claude Bouchard , de 
Poûrrière. Antoine Guilloher. Ricaud père. Ponliéu*. 

Iean-Baptiâte Portai. J.Julien. Joserand , ton. Jean- 
laptiste Ricord , fih Ponlîeur. Joseph Escan , tailleur 
d*babit. Laugier fils.Hyadnthe Manéille , tonnelier. 
Louis Penellon , marchand de coton. Jean-Pi errt 
Michel. Jean-Pierre Coyol. Jean Just. Joseph Gan- 



i35 Sang répandu dans le département 

teaume. Joseph Seret. Joseph Massclin. Reynaiid.. 
Maximin Bônifaix. Nicolas Martin. Pierre Bceùf. 
Jean-Baptiste Paumes. Clément Second. Astie^ fils^^ 
menuisier.ProbasseSavau.JosephjBizot.Jean-IkiptistC 
Laugier , cordonnier. Jacques Michel, dit BjaQC. 
Jean-Claude Bouchard. Antoiije Guillofier. Françoîà 
Ainphoux.Làùrent Barthélémy .Jean A ubert. Mathieu 
Icard. Joserahd, J ean- Baptiste. Ricord fils. Antoine 
Feraud. Louis Guillot. Etienne Reynaud. Jeat^ 
Bàpstîste Portai. Joseph Julien. Jacques Cordier , 
Dominique Bonin.Jos^tfEscau. François Matfiïîcr* 
Roubaud. Félix Paul,corcr. Joseph Petroman. Antoine 
Merle. Ant, Payernc .Jacques Etienne. Ant. Guérjjft^ 
Louis Bennet. Jean-Baptiste Souche. Pierre Deinarre* 
Antoine Boyer.JeanJustruel. Bernard Coq. Laurent 
Reyboulet. Jeanjoseph Faure. Louis Agivot.''Om- 
chard. Douvet. Louis Giraud. J eanr Baptiste Ljxtrci 
Philippe Pelissier. Marc Salaisser. Jean Marra«» 
Joseph Brun. Augustin Bondu. Joseph Bertrand. 
Claude. Talsel , de Salon. Penelou neveu. Antoine 
Vescio. Ange Reynaud. Ignace Laurent. .Robjn 
Martin. Laurent Imbert. Joseph Portai. Laurent 
Fouque. Joseph Mortan. Claude Moutret , dit 
Bourguignon. André Giraud. Denis le Seignior. 
Jean Lexcasque. Philippe Gaussier. Laforce. Louis 
Lévêque. Jean - François Bonniud. Uochepcnot. 
André Gravier. Hyacinthe Manille. François Fonta- 
ncille. Jacques Ricord. Jean-Bapiiste Maigret. Joseph 
Mauron. George Pastoret ( piémontais ). Antoine 
Perrin , commissaire national. Jean-^aptiste Long. 
Mathieu Manche , père. Noël, dit Saint-François* 
Galissard, maçon. Joseph et Claude Bonnet, frères, 
Firmin Viil. Guillaume Thibaud ^ dît Balaqnet. 
Joseph Lieutard. Barrct , père. Flèche , vtrieir. 
Gondard , père , cordonnier. Velut. Girard , 
gendarme. Rey dit Cassan , perruquier. Jr^seph 
Mourre, maçon. Lachet fils, maçon. Tombeau ..fils* 
André-LanchiJicorriste.BcssierdeMouriés.Troujas» 



des Bouchtî-du^Rhone. tSg 

lEi Thibois. Jean*Baptiste Mauche ., ex«chanoine. 
Jean-Louis Triale. Noël Baoulx. Antoine AngeUer, 
et Pelissier Foufnier. 

Le 6 prairial , ( 25 mai 1796 ) iin déta- 
chement d'hommes dégujsés , s'empare 
par surprise du corps -de-garde des prisons 
de Tarascon , et les détenus y sont mas- 
sacrés au nombre de vingt-quatre ; on les 
tnûne par les pieds jusqu àlaplate formedu 
château, d'où on les précipite dans le Rhône. " 

Le 3 messidor ,(21 juin 1 7 96 ) les mêmes 
horreurs se renouvellèrent au fort d'E- 
pragues de cette ville ; les mêmes indi- 
vidus s'y transportèrent , se firent ouvrir 
les portes , et vingt-trgis individus , dont 
deux femmes , furent égorgés et précipités 
dans le Rhône. 

Dans un autre massacre , soixante -quinze 
Individus sontprécipités du haut delà tour 
de Tarascon , élevée de. deux cents pieds , 
sur un rocher. Leurs corps brisés et 
meurtris , sont ensuite jetés dans le Rhône. 
De nombreux spectateurs fesaient retentir 
Tair de leurs applaudissements à chaque 
chute de Tun de ces malheureux (i). 

(i) Ainsi, dànsla société, il s'est trouvé des hommes 
assez atroces pour applaudir au supplice de leurs 
semblables ; on en a vu qui ont fait retentir l'air de 
leur joie féroce autour de la guillotine , comme oa 
en vit alors (à Tarrascon) 'assister gaiement à ces 
massacres. 



140 Sang répandu dans le département \ 

Le S2 floréal, ( 1 1 mai 1796] la maisoh \ 
de justice d'Aix fiit forcée. Les Assassins ; 
s'étaient saisis de deux pièces de canon \ 
quils braquèrent contre les portes. La ^ 
troupe de ligne , Soit foiblesse , sôit cotH* 
descendance , fit peu d'efforts pour ga- 
rantir le$ détenus ^ dont trente , partie 
lesquels on compte plusieurs femmeir^ 
lurent égorgés. Ce désastre aurait dû êtrfc 
prévu , car dès le matin , des Individu» 
arrivés récemment de Marseille , avaient 
insulté )es prévenus en pleine audieâe6« - 

Les EgoFgeurs , quelque tems après $e 
9t ttanâpoîtèrent de nouveau à Aix , en- 
foncèrent les portes de la prison, et tuèrettt 
Ratante-deux détenus , parmi lesquels 
étaient encore des femmes. L une d'elles , 
la fémâiè Fassy , allaitait nti enfetit de 
quatre mois , elle le setrait contre son sein , 
dans la confiance que cette innocente 
éréaturë lui servirait de bouclier contre 
le fer dés as^sâins ; son nourrisoii lui est 
arraché , mi lui brûle la cervelle , et ott la 
met eii piècés.Le nombre des Individus mas- 
sacrés dans ces différentes circonstatices st^ 
monte à peu pfès à trois cent cinquante. 

Tels sont les évènemens désastreux qui ont 
eu lieu dans ces contrées jusqu'au 3 messidor 
an troisième (21 juin 27 gS) ;ils se sont passée 
sous les yeux de plusieurs Reprësentans 



des Bouches du Bhone. 141 

du peuple qui avaient été , par leur silence 
ou leur lâcheté , complices du régime de 
b terreur. Us voyaient égorger de sang-froid 
des hommes qui navaient. été que les 
îiûtrumens passifs d'un plan de dépopula- 
tion arrêté par la faction de la Montagne. 
Le représentant Brunet a préféré se 
donner la mort plutôt que d'être specta- 
teur de tes assassinats qu'il h^avaît pu em- 
pêcher. Mais vous , isnard , Chambon- 
tatour , Cadroy , qu'on accusa', avez - vous 
montrez la mrême énergie PLors des journées 
des « septembre , vous siégiez à l'Assemblée 
nationale ; si vous ave; ' sanctionnez ces; 
horreurs par votre silence , vous vous 
êtes montré dignes de .diriger de pareils 
massacres , et ceux que vous avez excités 
i venger leur père , leurs amis , ne vous 
coiisidèfent pas moins comme de lâches 
assassins de votre patrie. Mais craignez I4 
justice éternelle qui tôt ou tard vous attein- 
dra. Vous êtes responsables du sang qu^ 
s'est versé , et qui se versera peut-être pen- 
dant deux générations. Vos noms sont 
incrustés dans les annales de sang avec 
cette épitdj>he : 

Sous r Assemblée législative , 
f h furent complices des journées de septembre ; 
Sous la Convention , 
Ils légalisèrent les assassinats^ 



14 st Crimes commis à foulon. 

Crimes commis à Toulon , sous h proconsulal^ 
de Gaspariçi: , Lester-Beauvais , Rpbesr^ 

.. pierre 7 eîme , Albitte , Ricor-d ^ Barras ,f 
Fréron , Salicetti. 

DEUXipobilespuîssaûs détermînient toutes^ 
les actions hifmaîaes, la cramif^ et /Vi/?ofr ; 
ce sont eux qui déterminèrent 1^ livraison, 
de Toulon aux Anglais , et le crime n*eii 
peut être justement attribué qu'à, ceux qui 
réduisirent cette cité malheur,cuse à l'hu^ 
miWante nécessité de demander aux en- 
nemis de ïa patfie , protection contre le 
despotisme dç. ses propres tyrans , et as- 
sistance dans §es plus urgeris ^tjesoins. 

Le fléau de la terreur pesait ^ur la France ; 
la factipn de .la Montagne. cpmptait ses 
triomphes par ses forfaits ;.les cadavres, des 
Lyonnajis n'avaient point encore, suivant 
le mot de^Rons^n, po7té tépouvajite aux* 
habitans de la.Méàiterranéc \,mms\t canon 
qui réduisait Lyon en cendrçs retentissait; 
daixs tout le Midi , les hornblês jnenaccs 
des bandes révolutionnaires qui assiégeaient 
Lyon , la férocité trop connue de leurs 
chefs assassins , ne permettaient aux Tour 
lonnais consternés , que TefFroi de la des- 
truction , que Tattente de la mort, La 



Crimes commis à Toulon. i 45 

lÀort ! elle dévprait déjà ces infortunés ; 
k famine , organisée avec irii dît perfide 
far- les directeurs suprêmes' d'exteîtnîtia- 
liori, cîéployait', sur-tout à Toulon, toutei 
ses horreurs et tous ses ravagcsi L'Anglais 
offrait à la fois Tabondahce et la tranquil- 
lité ;• élises offres devenaient plus précieuses 
parle contraste des fureurs- meiiaçant es des 
Mafatîstès qui semblaient accourus de toutes? 
^krtâ dans cette -cité , tout expfrès pour lui 
fadre haïr , par leurs brigandages 6t leiir . 
despotisme tumultuaire, là liberté / pour 
contraindre , à force : d'excès -commis aii 
nom de la* 'République , à Tabjtrrer , à se 
jciet dans lès bî^s' d'une -royauté nourri- 
cière et paisible. 

• Il est, dît le Cardinal, de Reti :,- des posi- 
tions si critique^ i^ où ^uoiqu on cHoisisse\-'Dii 
ne peut que- faire une faute ^ et choisir un 
malheur. Placé ainsi entre la crainte du ter-i 
rorism^ de la Montagne , et Téspoir d'traf 
meilleur régime V Toulon ouvrît son port i 
imh si ces alarmes sinistrei nont été qui? 
trop bien justifiées depuis ' petits' lotira 
tt exéctable's a\t*?iKats de l*-*^Montagne ^? 
les Anflai^s à tétiPtC3fftr, lie tardèrent parf 
à prouver à cetÊé"<îké' malheuitiéùse qiie lei 
dons d^ûn 'êmi^ni' à'ont lîoojèàrs^erfides. 
Ils lui apportèrétit du pain , maiis ce n'était 
que commcfTappât jeté p» ce voleur de*la 



1 44 Crimes commis à tùulon. 

fable au gardien vigilant , pour rendoraûv 
et Tenchaîner; et quand les trpupes repu-- 
blicaxnes se présentèrent pour r^çpnqu^rtf 
cette place, importante, cette clef de la 
Méditerranée , les Anglais agirent comme 
des brigands entrés à main armée dans uAe 
maison, qiû ne cherchent à s'y maintenir 
que pendant le tems nécessaire pour -eii 
exporter tout le butin qu'elle renferniie. 

A peine ^yon était ren^u , que Farmée 
victorieuse s^ porti^ sur Toulpn , et trdM^ae 
sans obstacle les gorges qui bordeoi Mil 
territoire^ £Ue attaque , . emporte succès*? 
sivement les redoutes les plus formidables t 
çt défendues à la fois par.ljï nature, parief 
travaux de Tart , et par des, forces no^ 
breuses.et des corps d'élite^ Ce^hit d»nsi:es 
combats qijie le jeune Bonaparte ^ comt 
mandant Tartillerie française , donna les 
premiers témoignages de ses talens milirt 
^dres , de spn ^ludace intrépide et calme» 
de son zèlç ir^fatigable ; ce fut à TikitaqiM 
de ia rt^uy^ 0u fort Phaçon qu'il ^ fit 
remarquer fiies ileprésentans par la hiur-r 
diesse et Vj|a1;>ileté 4? ^^ diisppsitions , et 
quavec unie fierté jcépubUicaine , |i osa» 
dit - on , répondre à Barras , qui se per« 
metuit de içpndiMnner le placement d une 
batterie , Unci^vous â votre métier de reprir 
sentant , et- Uis^^f, * mi /ftiu le mien j 



Crimes commis à Toulon. 145 

(f artilleur. Cette batterie restera là , et je 
réponds du succès sur ma tête. Le batterîe ne 
fiit pas déplacée , et le fort Pharon fut pris. 

Les Etrangers ne résistaiient qu autant de 
tems qu'il leur en fallait pour ravager et 
détruire. Ceux qui connaissaient la posi- 
tion de Toulon , environnée par la nature 
des remparts les plus insurmontables du 
côté du continent , qui se rappellent que 
Tes vaisseaux Anglais la rendaient impre- 
nable du côté àe la mer , concevront diffi- 
cilement la promptitude avec laquelle les 
ennemis abandonnèrent cette conquêtes! 
précieuse ; mais c'est moins l'envahissement 
toujours dispendieux de nos contrées , que 
leur entier ^anéantissement qui convenait 
a la politique destructive du cabinet bri- 
tannique ; et que pouvaient - ils faire de 
plus sûr pour la prompte destruction de 
Toulon , que de le livrer aux féroces Mon-: 
tagnards ? Quels Agens plus actifs de dé- 
molition et de mort ? 

L'Ennemi songea donc bientôt à la re- 
traite , et ne s'occupa que des moyens de 
fa.e laisser aux assiégeans que des maisons 
yides , des arsenaux dégarnis, des ports 
sans vaisseaux. 

L'Espagnol qui était accouru pour avoir 
ifnt part à nos dépouilles , se livre au 
pillage , et transporte sur ses bâtimens 

Tome VI. k *' 



146 Crimes commis à Toulpn. 

ce qu il trouve de plus précieux. Maïs 
ce quil y eut de plus malheureux , ce fut 
Fexd volontaire de six mille familles tou- 
lonaises. Après s'être chargé de leur or et 
de leur argenterie' vîïs se précipitent en dé- 
sordre sur le port , à travers le feu des bat- 
teries et les bombes de larmée républî- 
çâinè. qui les pressaient de tous côtés. Ils 
jettent à la mer ce qu ils ne peuvent . em- 
barquer sur les felouques qui doivent les 
conduire à^ bord des vaisseaux. Plusieurs 
hommes qui s'élancent avec précipitation 
vers les barques , et beaucoup de femmes 
sur-tout affaissées par le poids de Tor , de 
largent et des bijoux dont elles ont rempU 
leurs tabliers , tombent dans la mer ; et la 
plupart des felouques surchargées de ri-' 
chesscs et de fuyards , s'engloutissent. 

On met aussi le feu aux vaisseaux qu'on 
ne peut emmener , et aux magasins qu'on n'a 
pu vider; et après avpir enclôué les canons 
qui n'ont pu être jetés dans la mer ; après 
avoir semé d/^s mèches allimiees dans les 
magasins à poudre et aux mines , l'Ennemi , 
qui n'attendait que la nuit pour partir ^ 
s'éloigne à" Ta liieur des incendies. Alors 
trois cents Toulonnais que.r6ri,avait chargés' 
dé chaînes dans lé vaisseau dit le TTie-* 
mistocle y aidés pair huit cents' galériens" 
qui avaient brise leurs fers V^ouydfent les 



Crimes commis à Toulon. 147 

portes aux assiégeàns , après avoir attaqué 
Varrîère-garde anglaisé , massacré tout ce 
qui tomba sous leurs mains , et forcé le 
reste à chercher son salut sur les vais- 
seaux. 

La ville fut mise au pillage , et le dé* 
sordrc fut tel , que pendant vingt - quat'ré 
lieures , lesReprésentans eux-mêmes eurent 
peine à trouver un abri , et restèrent logéi 
dans là salle de la Mais'on 'Commune , tan^ 
dis que les habitahs restés datis Toulon ^ 
les galériens déchaînés et les soldats •Vain* 
queurs se partageaient lés <iépouilles et 
leslogemens, ' -^ '- • - 

Deux cerus chevaux 'abandonnés jpar 
les Espagnols ^ furent saisis' et vendus pstf 
les preneurs a- ceux qui en 'tfrànqtiâient» ' * 

C est ati milieu dé ce- boikleVerséttieWt 
que Ton rtindit la libetté^ii Représentant 
Beàuvàis qtlî avait été traité avec iidaucé®^ 
d'égards par les Anglais , et s^fart lui-mêrh* 
condamné à une captivité volontairç petit 
n'être pas traité ensuite comme leur ^oin-^ 
plice par les Républicains'* ^vainqueurs. Il 
taourut peu -de jours a^rès*, et fijt' suivi 
'presqu'aussitôfpar son Collègue iGâ5pârifiî$ 
tjuî^'^rit .d'une indigeSÉi^fi', - ^tibiqU'-ôij 
^ut prétêndûquilpèrclit'k A^ieà là tête dé 
Tarmée ; qix Tes rèprés^ïiita f4us«(ém¥ifî 
comme des-Wàr^yft de4i Ré|>ubliques'|)oliir 

]^ 2 



^3 Crimes commis à Toulon* 

avoir un prétexte de leur immoler des 
victimes en sacrifice expiatoire ; et ce fut 
Tallien qui proposa de décerner à ces deux 
iUusJLresvictiçnes les honneurs duPanthéon» 
Aux brigandages qui signalèrent l'entrée 
deç Repvésentans du peuple dans Toulon , 
succédèrent un bouleversement général et 
ffis plus horribles boucheries» Il suffit de 
jeter un coup ; d'oeil sur le rapport de 
RuorcL :tt sur la çoirespondance de Fré^ 
ron po,ur voir U funèbre nomenclature 
4es victimes livrées à la iportiil a soin 
cKappfsndrç; lui - m^gie d^ns ses lettres 4 
Moyst Çaile : m Que cela va bien , quil 9. 
%>f^9^^' douze piiljre mâçpns pOHr démolir 
•ft .^t-<r^ser la vi^e ; que ^ou$ les jours ii 
jî t^esait tpm]i])€;r.dieu:^ççi)t$ tçtçs, et que déjà 
)} huit cents Toulo^nai^étaie^^ fy,^illés,et cm 
. .ji^si les i^ngjiaisj ^çat; ^u çop[ib|e de leur^ 
5ççcs^t•.Lyon^4ispa^aît insençil^leîn^çnt soiiç 
les efforts de quarante miUç individus , et 
yiiçLgt-guatre mille, b/,as sont 4éj.à levés pour 
détï^ire Toujon. Qh ! comme ces qnnemis 
fiaturfils de l^/Répu^lique 4?V;?^pn,t sourirç 
Jprt ypyant. ç^ rdjis^yucteuçs révçlution* 
p^iyeç.embr^ssjqy .^Y^^^ taw d ardeur leur 
plàp d'anf angs^eiçetît de la/§plçncj^'uç çJL 
és !^. gloire deJa Eçançe ! Quç.Ûe ne fut 
p^Jle\ur jôief,j6n^pprenant q\i'un de ces 
fci^m^s -aiy4it|>s^gp§é sfefPffliblçK le port 



Crimes commis à Toulon. 44^ 

et Marseille , sous prétexte dé punir cette 
viUe de la part qu elle avait prise dans là 
résistance générale aux progrès affreux dé 
Il action de la Montagne. Mais revenons 
à Fréron. Dans une autre lettre datée de 
Marseille , il annonce <« que «on tribunal 
>i révolu^onnaire va un train époiiveu;- 
»j table contre les conspirateurs; que les 
99 négocians dansent la carmagnole ; que 
f j c'est sur eux principalement qu'il s'attacha. 

Ces derniers mots prouvent assez quelle 
espèce de motifs dirigeaient les fureurs des 
Proconsuls victorieux , et leur enlèvent 
l'excuse mensongère d'avoir voulu venger 
la République trahie*. Sans doute , il y eut 
à Toulon des royalistes coupables , des 
conspirateurs perfides qui tramèrent le dé- 
membrement du territoire français , et 
vendirent à TEtfanger la liberté de leurs con- 
citoyens égarés ; mais là , comme par toute 
la France , la masse des citoyens fut essen- 
tiellement attachée à la patrie , à la libertés 

Qu'une nation , façonnée , par ses habi- 
tudes de 14 siècles , au régime et à l'amour 
de la monarchie ; que cette nation attachée 
par ses sermens encore récens à une royauté 
constitutionnellement organisée , n'ait pu 
•voir sans effroi s'écrouler cet édifice sous 
lequel la paix et l'ordre semblaient s'être 
réfugiés; qu'au nom soudain et presque 

K 3 



i5o Crimes commis à Toulon. 

inintelligible alors de République , elle ait 
redouté les désastres d'une révolution nou« 
velle et sans fin ; qu elle ne se soit pas 
prosternée de reconnoissance et d'amour 
devant ce soleil , s'ofFrantpour la première 
fbis aux regards , tout couvert de tache^ 
ensanglantées ; qu à Toulon , comme à 
Verdun , comme dans toutes les villes 
tombées au pouvoir de TEnncmi , le Vainr 
queur ait obtenu de la peur universelle des 
homi^ages et des rcmercîmens solennels , 
qui osera (i) de cet assentiment forcé 

(i) Le silence est toujours suspect à la tyrannîe t 
et ce n'est que par des actes bien formels de dévoue- 
ment , qu'on espère pouvoir rassurer sa méfiance 
ombrageuse. Lors des journées des 5 et 6 octobre ^ 
îl convenait peut-être au républicanisme du jeune* 
Barras , de garder au moins le silence ; mais on 
sait qu'il crut devoir au respect du gouvernement 
alors subsistant , de déposer juridiquement contre 
les auteurs et complices de cette insurrection*^ 
et déclara qu'il avait dit aux insurgés : Cette insurrec- 
tion est une horreur^ le Roi n'est pas cause si ses Ministres 
êntprévariqué. 

Fréron aussi , sous la monarchie , avait fait preuve 
de dévouement à l'autorité établie ; et sa qualité de 
membre de la société des Amis de la Constitution de 
1 791, ne fut pas le seul gage de fidélité qu'il ait 
donné à ce pacte monarchique. Cependant combien 
de citpyens fusillés par leurs ordres, sous les mura 
de Toulon , n'avaient à expier qu'un attachement 
semblable à cette même constitution, que le respect 
nécessairement accordé à la royauté, auand les loi» 
ou la force le commandaient ? 



Crimes commis à JotUon. iBl 

conclure contre Tensemble des hab.itans , 
lui reprocher une complicité impossiblf^ 
dans la conspiration ? 

Des actes publics existent ; et des pièces 
authentiques prouvent que les machina- 
teurs de la défection de Toulon n'ont agi 
qu en haine de la révolution toute entière. 
L'Assemblée constituante quila commença, 
le Ministre populaire qui contribua le plus 
aux premiers succès de cette Assemblée , 
se trouvent condamnes aussi impitoya- 
blement que les Jacobins et les Maratistes 
eux-mêmes dans une délibération émanée 
le i3 novembre 1 793 , rfw tribunal populaire^ 
martial , établi provisoirement à Toulon 
sous les auspices du gouvernement Anglais. 
Un jugement de ce tribunal contre Jean- 
Baptiste Gueit , natif de Toulon, exprime , 
entre autres motifs de condamnation , le 
grief , d'avoir violé le palais de nos rois en y 
pénétrant à main armée , et fesant Jeu sur ses 
gardes , à l'affaire du 10 août. 

Ce sont là, sans doute , des délits contre 
la République ; mais ces délits sont ils ceux 
delà multitude ? quonexamine au contraire 
la nature et la forme de ces actes repré- 
hensibles ; qu on prenne garde au titre 
de tribunal populaire-martial , à cette ins- 
titution populaire dun Comité général des^ 
sections permanentes ^ à ce respect du moins 

K 4 



i5i Crîmei àrrimis à foiilèn. 

apparent poiir lès jifîridipèè de là lîBéftè 
du peuple, â te refus formel de la part 
du gouvernement Anglais dé prendre lés 
rênes du gouvernement , que le Comité géné- 
ral , par une délibération du 8 septembre , 
voulut remettre entre ses mains, en le priant 
de daigner , par pitié pour le peuple de ton-- 
Ion et j)our t intérêt même du royaume , lès di- 
riger lui-même ; quon lise ces termes, de 
la déclaration dé lainiral Hood à iqùi Tou- 
lon tut livré : «« Je déclare cjull lïe sera 
5» tbiiché en aucune manière aux prb^ 
55 prîétés ; que bien au contraire , elles 
55 seront toutes très-scrupuleusément pirô- 
55 tégées , n'ayant que le vœu de rétablît 
5 5 la paix chez une grande nation , sur uii 
5 5 pied juste et raisonnable ; et lorsque la 
55 paix aura eu lieu , ce que j'espère bièn- 
55 ^tôt , le port de 'l'oulbn , avec lès vaîs- 
55 seaux qui s'y trouvent, ainsi que les 
55 forteresses et toiites les forces qui y sont 
5 5 réunies , seront rendues à la France , 
55 d'après l'inventaire qui en aura été fait 
55 textuellement. 

" Donné à bord du vaisseau la Victoire ^ le 2 
^3 octobre lygS. . Signé tt o ô d. n 

Ajoutez ces mots du gouverneur An- 
glais , en réponse au Comité général de 
Toulon, qui demandait la permission de 
faire des visités domiciliaires : 



[ Crimes eommis à Toulon. i53 

««Une paà-eiile démarche est toujours un 
i» acte de violence , et montre par consé- 
» quëbt que le gouvemenient est faible ou 
» ârbitfaire et despotique. Les visites do- 
j» miciliâires ne tendent qu'à aigrir les 
jî esprits ; et vous savez aXjssi bien que 
ij moi que ce n'est que par des moyens 
»> doù& qu'on peut ramener le peuple 
n égaré ii. 

iyén est assez , sans doiitc , pour prou- 
ver que ce peuple , en invoquant le secours 
et la protection des puissances étrangères contre 
les horreurs de la famine qui le pressait » 
les attentats de la Montagne qui le révol- 
taient , n'avait point aliéné tout sentiment 
de patrie et de liberté ; qu'il savait , au 
fort même de l'oppression , inspirer le 
besoin de le ménager lui - même en rcs- 
|>ectant ses dtoits , que là condition essen- 
tielle de sa défection momentanée ^ était 
le ritablisserhent de la paix sur un pied juste 
et raisonnable , et la certitude de rester invio- 
lablcment attaché à t Empire français. 

La réception de la nouvelle de la prisé 
de Toulon, fut pour le comité suprême 
de Salut public une bien douce occa- 
sion d'exercer ses plans dé dépopulation. 
Un décret de mort, rendu par son organe , 
frappe d'*abord cette malheureuse cité ; et , 
comme celui de Marseille , son noûi ti\ 



i54 Crimes commis à Toulon. 

effacé de Fhistoire , et retnplacé par ceîui 
de Port de la Montagne. On ordonne la 
démolition de la ville ; et Fairain , fidèle 
écho de celui qui déchire les membres des 
/ Toulonnais , proclame par toute la France 
leur destruction. Barbares Vainqueurs! bien 
loin de se montrer les tuteurs de la Ré- 
publique , et de déployer dans ces cir- 
constances toutes les vertus paternelles et 
compatissantes , qui devaient être Tapa- 
nage de ses Représentans , ils se laissent 
entraîner par leurs passions , et ne s'oc^ 
cupent que de fureurs ! on dirait que le$ 
Anglais , après avoir emporté For et Far-» 
gent , ont confié le plus funeste article de 
leur politique meurtrière au zèle de ces 
assassins , qui conduisent à Féchafaud de« 
femmes , des filles , des vieillards ; qui 
livrent à la mort tous ceux dont la probité i 
les lumières et le créait pouvaient faire 
revivre le commerce et Findustrie dans 
Toulon. 

Oh ! si à cette époque , le génie de la 
justice et de Fhumanité eût pu planer ùri 
instant sur ces malheureuses contrées , 
combien il lui eût été facile de faire revenir 
de Ferreur cette foule d'hommes qui âjéiuis- 
s^îent intérieurement des maux qui acca- 
blaient leur patrie! Mais F^irmée victorieu.^e 
Ut s'est pas plutôt signalée par sa premicic 



Crimes cornmis^ à Toulon, i55 

'victoire sur les Anglais , que la frayeur 
s'empare des Toulonnais : tous redoutent 
, la présence de ces hommes de sang , que 
la Convention envoie dans leurs murs. 
L exil et la perte de leurs richesses leur 
paraissent préférables aux sanglans outrages 
quils en attendent. On va voir que cet 
sdBreux pressentiment ne se réalisa que trop* 
Le pillage de Toulon avait été promis à 
l'armée ; mais, au moment de son^ entrée , 
un lui offrit une somme de quatre millions 
pour l'indemniser, somme qu'on parvint 
à se procurer par toutes sortes d'exactions*. 
On avait aussi promis de lui livrer tous 
ceux qui avaient porté les armes contre 
elle , B&n qu'elle les sacrifiât aux mânes de 
ses compagnons morts sous les murs de 
cette ville. Alors , par ordre de Fréron , 
tous les citoyens qui s'étaient armés pour 
soutenir la rebelUon , ou qui avaient accepté 
quelques places au nom de Louis XVIII » 
sont avertis de se rendre au Champ-de- 
Mars , sous peine de mort. Cet ordre imprima 
la terreur dans tous lés esprits. D'un autre 
côté , les Toulonnais furent rassurés par. 
l'espoir d'échapper à cette peine , en obéis- 
sant ponctuellement. On ne pouvait mettre 
en avant un piège plus abominable pour 
se procurer des victimes. Huit mille citoyens 
se rendent au lieu désigné. Cette multitude 



i56 Crimes commis à Toulon. 

de TouloTinais épouvante les ordônnâteurif ' 
du massacre, Fréron lui-même , entoura 
d'une artillerie formidable , dénombre avec 
effroi ses victimes, Ricord , Salicetti , Robes-î 
pierre^jeune et Barras furent eflFrayés à là 
vue de cette multitude de citoyens ; ils 
prirent la résolution de livrer à Tarmée un 
moindre nombre de victimes. L*un d'eux 
proposa l'institution d'un jury pour choisir 
Jes plus coupables. Un Citoyen digne dé 
foi , et qui était à la suite des Répréscntâns , 
nous a assuré que ce fut sur les observati6iis 
de Barras qu'on adopta ce nouveau moyen* 
On délégua auît prisonniers duThémis- 
toclc cette fonction , qui suppbâe l'impirr 
tialité la plus rigoureuse et le calme de 
toutes les passions. Ces hommes , à qui la 
justice ne dénotait aucuns grands Coupables, 
puisqu'ils avaient fui avec les Anglais ou piérî^ 
trouvèrent dans leur ragé et leur vengeance 
des motifs de proscription : ils se précipitent 
dans la foule , et saisissent leurs victimes 
au gré de leurs caprices. ««Avance, disérit- 
y> ils à un Citoyeri. — Mais , je n*ai pas 
95 pris les armes.— Marches toujours. ïj Un 
autre invoque leur équité , en alléguant 
qu'il ne les a prises que par force : il est 
également entraîné. Un vieilîard de 76 ans 
leur dit : 4« Vous voyez pa:r mon grand âge 
>» que je n ai pu offrir mon faible bras à 



Crimes commis à Toulon. \5^ 

V TAnglaîs ; j'ai toujours fait des vœux 
H pour le bonheur de mon pays, n Une 
défense si frappante n'obtient qu'un sourire 
dédaigneux ; on le pousse au nombre des 
victimes , qu on range le long d'un mur. 
Bientôt l'airain tonne et crible tous ces 
malheureux. Une voix s^écrie : u Que tous 
n ceux qui ne sont pas morts se relèvent ! »f 
Excités par l'espoir d'être secourus , les 
blessés obéissent ; ils sont de nouveau fou* 
droyés , et le fer achève ce que la mitraille 
avait épargné. {Voy. la lettre B de lagr. du 1. 1 .) 
Parmi cette foule dinfortunés , on compte 
plusieurs habitans des campagnes voisines ^ 
accourus à Toidon dans l'intention d'assister 
i la fête qu'on devait célébrer pour le 
triomphe de la République. Ils comptaient 
n avoir qu'à se réjouir avec la patrie , qui 
retrouvait ses enfans. De nouveaux vont 
çncore être perdus pour elle , et lautel de 
lapatrie est pour eux le tombeau. 

Trois citoyens, échappés comme par pro- 
dige de cette sanglante expédition, méritent 
de trouver place dans cette narration. 

Un vieillard est arraché d'entre les bra« 
de son fils ; on l'entraîne au milieu de deux 
mille victimes. Après avoir échappé à la 
double canonnade et au fer meurtrier , en 
simulant l'immobilité du cadavre , la nuit 
étend son ombre« Des brigands d'un autre 



i58 Crimes commis à Toulon. 

genre viennent dépouiller les morts ; ils leJ 
foulent aux pieds , ef les sabrent pour arra- 
cher plutôt les^ étoffes et les bijoux. Bientôt 
un profond silence règne. Ce vieillard osfë 
soulever la tête ; il ne voit rien , il n'entend 
rien. Il parcourt en frémissant ce vaste 
champ de cadavres ; tout-à-coup il apper- 
çoit un infortuné qui s'agite ; il l'appelle .; 
et appuyés lun sur Tautrc , ils . s'éloigne;at 
de cet affreux spectacle. Le soleil navlait 
pas encore éclairé Thorison , qu ils avaient 
trouvé dans la campagne ur e maison hos- 
pitalière qui les mettait à l'abri de la rage 
de leurs bourreaux. L'autre qui a eu le 
bonheur d'échapper à cette fusillade , est ua 
jeune officier de marine marchande : il fut 
dépouillé et laissé pour mort. Frappé d'une 
balle dans le bas-veritrc , il était tombé 
dans un assoupissèttient mortel , dont là 
fraîcheur de la nuit le fait revenir." Il se 
relève , et s achétrifine au milieu des plu^ 
grandes souffrantes de l'autre côté du 
Chàmp-de-Mats.' Ne pouvant résister aux" 
douleurs aiguës qui le déchirent , il gémîé 
âe voir encore ^le ciel ; il appelle , il cherche 
un être bienfesant qui daigne lui donner la 
mort. Un factionnaire l'arrête ; après lavôit 
Instruit de son malheur et de§ tourmehs 
qu'il endure ., il le prie , au nom de l'huma- 
nité , il lui dçraaride de l'achevtr. u Mets- 



Crimes commis à Toulon. i5g 

11 toî à genoux , lui dit le militaire ; je vais 
19 décharger mon fusil , crainte de jeter 
» Falarme et de te manquer, n Aussitôt , il 
' se dîs|>ose à Tassommer , en lui assenant un 
coup de crosse. Le coup fut si violent que ' 
le crâne en fut fracassé dans plusieurs en- 
droits ; mais malheureusement le fusil se 
brisant" en deux par ce choc , en atténua la 
force ; et ce malheureux , seulement étourdi, 
tomba évanouL II resta dans cet état jus- 
qu'au lendemain au soir. La fraîcheur de la 
nuit le rappela une seconde fois à la vie ; 
et disputant de nouveaii contre la mort , il 
se traîna vers une chaumière , où des mains 
hospitalières pansèrent ses plaies , et par- 
vinrent , au bout de quinze jours , à le 
rétablir. Ce jeune homme était connu à 
Toulon pour bon patriote. 
; Les fusillades furent répétées nombre 
de fois. Suivons Fréron dafis sa corres- 
pondance. Le 6 nivôse , { ?6 décembre 
1793) , il écrit à ses amis Nouet et Lambert,' 
à Marseille ; «4 Les fusillades sont ici à Tordre 
93 du jour ; en voilà plus de 600 qui ne 
»f porteront plus les armes contre la Ré- 
55 publique. Là mortaUté est parmi les 
ji Sujets de Louis XVin...i^Sans la crainte 
99 de faire périr d'înnoc^titjes victime^ , 
>j telles que les enfaris , lesfemines infirmes, 
99 et les patriotes détenus , tout était passé 



i6o Crimes commis à Toulon^ 

n au fil de Tépée ; comme sans craintç 
»5 d'incendier Fàrsenal et les magasins dii 
5> port , échappés à la rage des anglais , l^^ 
3>> ville eût ^té livrée aux flammes; mais elle 
,99 n'en disparaîtra pas moins du sol de la 
5) liberté , cette cité pourrie de Royalisme! 
99 Demain et jours suivans , nous allons 
95 procéder au râsement. — Fusillade3, jus- 
99 qu à ce qu il n'y ait plus de traîtres. 9? 

La guillotine de son côté , frappait 
nombre de victimes , des fçmmes et des 
vieillards. Le citoyen Baussur âgé de 94 
ans,fut porté dans uiie chaise à bras jusque^ 
çur réchafaud. Les bourreaux ne respec- 
tèrent pas une fpmpfiç qui sortait de Tî^ç-t 
çouchement. '^\ 

farmi ccyx qijî furent fusillés , on regrettç 
le cit. C/mn,àgé de 70 an? çt maître mâteur 
jie vaisseaux. Savant dans sop art , son 
existence était précieuse ppur les seryiceç 
«ans nombre qu'il rendait à l'arsenal. Oxx 
cite encore le citoyen Delon , officier ref- 
aire qui avait perdu un biras au service. H 
se trouvait par hasard à TouIqi). lors dij 
siège. Appelé , çomiïie les ai»tres , ay c^mjp 
de Mars ,. sou filjs voulut en vain l'enlevef 
de la foule , il s'y refu$a. Ce digne fils, 
voyant la résistance de son père , ne put sç 
décider à l'abaiidoî^nçr : tpuS; deux fureij^ 
fusillés. \ *' . ' ' 



.Horreurs commises à Orange. i6i 

Le général Lapoype , cet ex-inarquis.,beaur 
frère de Fréron , qui commandait le siège, 
n ayak pas pu parvenir à obtenir du Gé- 
néral anglais qu on rencUt la liberté à son 
épouse alors à Toulon* Pour colorer se^ 
motifs de vengeance envers les Toulonnais, 
il fit courir le bruit qu'elle avait été assas- 
sinée , mais elle a démenti par la suite tes 
£uDL bruits , en. rendant justice aux égards 
que le Général anglais n'avait cessé d avoir 
pour elle pendant la durée du siège , qui 
a coûté Ifi vie à plus .de di^c mille hommek 
en y aj4>utai>t leS)fu^Uades , guillotinades;^ 
les femmes et les enfans tombés iàJa mer ea 
fe sauvant au nombre de 4,323 , ce qui fait 
un ,tot}l.d>nvî^.on 14 ,3 8 5 individus sacrifiés 
par ;^nti$ahi^an des Anglais , et idéyorés 
îpor c^ an^opoph^ges de MôJôt^gttards. 
■ ,. < . .1 . ■- c - ■■ ^ ■ — 

PRÉGlê Mstorique des horreurs commiïfs à 
jOFèHfge i département de Vauduse ^SùUs te 
prBwnsulat du prêire MÂrGNET\ et ^pyage 
diSi détenus de la ville de Grasiil 

liE .pfêtre Maignet arrive dans le dépar- 
tement de Vaucluse. La perte de ceux qui 
avaient improuvé les massacres de la Glâ^ 
.cière .était jurée ; ils avaient mérité tous 
Je ressentiment, et toute la rage sanguinaire 
deis chefs d'assassinats ; les Payans cons« 
Tome VI. L 



i62 Hùrrews.' commises à Orangé. 
piraiênLà Paris avec le Comité 5irj>rême 
de Salut public ranéantissement de • ces 
■citoyens • redoutés pour leur • courage , et 
Ton a trouvé da'iks Ul papiers dé'RôbéS^ 
pierre wne note qui'vouaitàla mort i2,ooG 
Jiommes dé ce dépattement, jMaigriet fot le 
<ligiTe agent de destruction qu'eïtvoydî le 
£omité vers ;ces contrées proscrites. 
fcL Jties^ ihcarcéraitiaiik* sont - les premiers 
■actes jqui annoncent '^ mission. Leis" lois 
iéyoqujaièntJ au;- tribunal ^révolutionnaire dé 
^3X1^ tous -les prévenus de conspiration. ; 
,naais £ds* formes ^^liîéWt encore trop''lentéï 
0isangvé.i^Il^s6l:ltcita> auprès des Membl'ës 
:did iGpmité de Salut public -, ^ Imstitution 
aâlimer^CommiseiôÀ ^éviolutio'nnfaire.'' il édHit 
<d*abarfal à Couthon à ce sujet fîutfiil n'y 
5 5.id)plup ^\tui'diUib ew propres t^fMn j^'i^^uni 
j5__seulfe.:fehose que je-vous demande , c^est de 
55 m'a^f priser à forcer un jrit^upjjl^i'év.ov 
.5.5 ipt|^onnaire. 5 5 Le^. nombre ^es.d^ipftus , 

trahslaUoix ji^^Paris ^^pinaâde ^ »^ç^^ ajriji^^s et 
des vivres pour la route et le déplacemeq^ 
■de 3©,oba 'hônwffes pour Venir d^pdiér 
contr -eux. Il finitfpat représenter les dsln^rs 
<lun pareil voyage.^ '[ ''" •^*'''^ /• 

Quelques transcendahs qûfe fiisfeferit^ tes 
motife 9 ce Procomsulcrùt de^bi!r éiivûyçîr 



sous le pfocimulat du prêtre Maignet. i63 

son secrétaire Layigae à Paris. Celui-ci 
après plusieurs conférences avec Coutixact» 
Robespierre et CoJJot » parvint à se /aire 
écouter duÇqijuté de Salut public. t/Àgènjt 
national près la Commune de Paris ; 
(Payian) qui avait* long- temS séjourné dans 
Orange, fut consulté sur cet étabKsséinenr, 
et json avis fut favorable au prptjet» Hç 
Maignet. Le Comité de Salut public -arrête 
en ' conséquence le aï: floréall ani'( lo 

«^ 1794) • . :.v . viT:i.:- . 

•K QiTiT sera éta\)lî à Ôrkn'^é lifVfcoinmfsifoApa- 
» pulaire . composée de cinq membres , pour^ger 
li les ennemis de h rèvokitiofarv qiti sérortTmtivés 
91 dans les pays environnans , et princi^[ialem^îft 
», dans les départfsm^ns de Yaucluse et des Ro^dies- 
V -iu-RbôbcV les' •MemBrPi' Aff^tifiu <îtfATTiMsioa 
^f seroiu Icfc du>3*ensÂrtatf<r3^'jlirâ-Mï'iribuf al>èéjH<>- 
^ lutî6f^n^]^c^ii«<A^:«^^.4^^<^paft^memdeiaJ>^ 
.n. Roman-foronsg^^ pcésidei^ç.d^ ladministration ou 
i» district de Die/J'^rn«x,ijuge dû tribunal de district 
'99' de Ciommatié^Affranchie. Ka§M. nie'mriôTier , toc 
9> d'Auvergne ; à ComiBUno^ Affranchie. Le Ripri- 
yf.^€n^f du Peuple^ Maiigntt ^ çsç-chs^igé d'ipmllec 
n cette Commission, n '■-".*. 

- - —J * ■ /L* ... » ■ i' f 

^ .Qn liiî .adjoignit di^, iégorgeura jdesgl^ 
cièrcs d'Avignom Cesbxîg^uds^qyi ayaiet^t 
été incarcérés -y n^oublièxjsiit'ipas dans cçttjp 
occasîdn^la vengeançe^'^ls népargn^^r^t 
aucun dç ceux qui avaient çontr-iboés à 
provoquer sur leur tête un châtiment. Urpp 
bien mérité. Le Cpmiié-de: Salut public 

L 2 



•164 Horreurs commises à €range* 

adressa à la Commission rinstruction suL- 
fvaûte-: 

ce Lès pembres de la Commission établie à Orange 
-sont npmmés pour juger lés' ennefois de -la révo- 
Jution. 

;;r.n Léft^ennemis dje<^Téyolutionsont tQU5ceuxqu^, 
par Quelques moyens .jiue ce soit, et de quelque^ 
^dehors, qu'ils se sôiçn.t' couvehs;'bnt therc&é à cori- 
'érariëf il^inarche de la révolution , et à etnpêclior 
'j'affiersnûsetaQ&t de i^.R^p^Wique. 
. .11^4 pjeinejdue -à ce^çrime e&t lajuçijrt: lapreuvp 
requise pour la condamnation soiit tous les .rèn* 
seignemens , de quelque nature qu*'ils islnent^'-cjdi 
jxÇuy^ent.eQnvaiscjçe u,ii,Jipinme r^sonnable /ei ami 
.dc'.fe. if^^rté./et.ç/'./^ ; '.' 

.i¥Aa«a«*8S. >r ■ ... . =, . ,: , 

-€njfit précéder i?exéciidiûn paj^ ^n^ visite 
•âbmidlîàîre, Uto Hstôsfassixwt * jpH^ 'en 

.Toiirnit le ihotîf. Soji^jp té texte ^é découvrir 
'les wMîe«?,s ^aupçQtiinë^ ^di^ 
cinq cents individus iforenl arrêtés, 
'"\Aù 9' raessitltî^ i^('«f juin 1794 ) JaCoiff- 
mission avait envoyé à la ^inort hëut iricfî- 
-*îdu=^î^et au gUljjôrrtritlor !^-( i2(7J3.uïlfcir.)^^lus 
•'de trois aenfestâvafeiudéjàtponmufctêw 
'réchatfaud.^QcS'égcrrgènrs'ise ppéparaiént A 
^en 'multiplier \é^€mbve^ lorsciieila'. chute 
-deïRc^bespierrë^éur' arracha le ^glaive des 
^niains. ' : ►/ 

-'Airappuide<é^iqu«<nèus-veiù>nS'^e dire. 



som le prvcomiUat'dt Maignsl, tôS 

▼oîci Textrait dune déposition faite devant 
k tribunal criminel du dépaitemeni. de 
Vaucluse ,, siégeant à AvigQiOA\ 

«« Le i8 frimaire an 3 ( 8 décembre 1794)-, cïtcotn- 
pani Antoine Paqaet , exécuteur des jugermens erimi* 
ncl de ce depaxtement v natif de la Commune d» 
Lyon , âgé d'envkon 3o ans ^ lequel a dé.clàré «. 
moyennant serment , que sur les différentes réqui- 
sitions qui lui ont été faites^ par VSbt , Accnsatenif 
public de la ci-deyant Gommissàpn^ditepopuioDre^civ 
devant établie à Orange ;ilamisàmQrt 3 18 personnes 
de sexe divers, dans le séjour que cette Commission 
a fait à Orange ; que pendant ce teitis il a Tif ctiu 
que Viot , Accusateur public , et Napier , Officief 
ministériel, attachés à cette Gonuaission ,. Sie. poc-» 
taient dans les maisons d'arrêt ou de détention ; 
avant que le déclarant fut se saisir des condamnés à 
mort ; et qu'ils les fouillaient dans toutes leurs 
poches et goussets, et dans leurs marllcsi, et enlevaient 
tous leurs effets , bijoux, montres , bagues., boudes 
d'oreilles , chaînes en or au col des femmes , et 
quelquefois les habits d'hommes ctr de femmes ; dé 
manière, que lorsque le déclarant sVmpaYàât diei 
personnes condamnées , leur dépouiUe ne consis- 
tait qu à la chemise, culotte, bas et habits 1 s'ils 
étaient mauvais. Déclare encore que lesditï Viot 
et Napier apportaient les bijouxaux ju^cs de la- 
dite Commission , et qu'its fessient le partage avec 
eux. n 

Le 6 floréal ,(21 avril 1794) des détenus 
étaient partis de Grasse au nombre de 3 1 9 
savoir , 27 hommes; et 4 femmes, dont 
deux enceintes. 

Pendant ce voyage de 23 o lieues , nous 
omettrons de parler de ces cris de iiureuT 

L 3 



i66 H<>rreur\iç(mrnisei àVraiigê.''^ 

c^aîutîîpetople égâté fit entendre dans difFé-- 
rôns endroits^^ de leur passage : nous nous at- 
tachons aux traita les plus saillàns.. Quelques 
Communes eutr'autres celle de St.-Maximin, 
cbeirchèrent à adoucir leur sort par tous les. 
tnpyens qui étaient en leur pouvoir. Mais 
à Aix , ils sont, cornfqndus 'dkns une cour* 
étroite avec une ifoule de brigands et de 
voleurs: on les jette ensuite dansnn galetas 
mal sain , sans paille et sans aucuns' 
yâsçs,. propres à leurs besoins. Les Geôliers 
n'aidaient pas daigné répondre à leurs 
pressantes soUt^tàtions. Il fallut se résoudre 
à^s^éfendire sur la poussière. Vers les il 
heures du soir , la Concierge vient leur, 
demander 5o- sous chacun pour payer leur 
^ttJ 'Cinquante sous par tête, s'écrie l'un 
deux, pour £Qucher sur la planche ! Cette 
observation rendit cette mégère furieuse* 
Elle s'élance sur son Auteur , lui déchire se» 
hardes, et veut le' traîner nud dans un 
cachot à l'aide d'un des garçons de la 
geôle. Il n'ira pas seul , dirent ses com-^ 
pagnons , en arrêtant la Concierge, ' Nous 
partageons ses plaintes et son indignation ; 
nous subirons son sort. Le bruit que pro- 
duisit cette scène , attira la garde nationale 
qui fut bien loin de l'approuver, > 

Dans Avignon , la Municipalité s'étonna 
de ce qu'ils n'étaient pas enchaînés. Le® 



sous le prQcoHsulat: du prêtre Maigret. \6^ 

Proconsuls et le voisinage de la Commis* 
sion d'Orange détruisait dans ces contrées 
tout sentiment d'humanité. Les Autcrrités 
constituées n'étaient quun ramas de bri- 
gands. Ils ne firent que coucher à Orange ; 
où ils furent frappés d'horreur à la vue de 
l'Accusateur public. Ils continuèrent leur 
route jusqu'à Valence, où ils eurent pour 
compagnon un Exécuteur des jugemens 
criminels, qui ne cessa v -dans le courant 
de la nuit , de dénombrer avec complai- 
sance les victimes qu'il avait immolées. On 
célébraitla fête du i4Juillètlorsde leur arri^ 
vée à Lyon.Leur positioUidevint plus cruelle 
dans, cette ville.On ies-attacha de ttois en 
trois» par le cou au moyen de fortes chaînes. 
Les femmes furent néanmoins exemptes de 
cette rigueur. La gêne où se trouvaient ce& 
n^alheureux , ne leur permettait qu'avec 
peine de monter sur les charrettes- Un d'eux 
fait un faux pas , entraîne son voisin aprè$ 
lui , et le troisième suspendu entre eux et 
la chaîne commune , perd la voix et la 
respiration par le resserrement de ce fatal 
lien; ses yeux et sa langue offrent le 
spectacle hideux d'un homme étranglé. Les 
gendarmes regardaient froidement ce spec-» 
tacle. Quelques bons citoyens s'empres^^ 
surent de relever ceux qui étaient à terre ^ 
et replacèrent ces \rois prisonniers à €Ôt4 

L 4 



l68 Horreurs commises é Orange j 

de leurs compagnpns qui n avaient pu les 
secourir. 

Ils apprirent en route Idt moit de Ro- 
bespierre. Cette nouvelle les* rappela à la 
vie, et leur donna. assez de cotiira^e pour 
supporter les avanies qu'iis^ eurem à essuyer 
pendant le reste du chertiîn. Ils trouvèrent 
néanmoins dans tes Autorités constituées 
de Corbeil des Magistrats qui s'empres- 
sèrent de mettre un frein aux rapides de la? 
Concierge. Cette femme fouillait les déte-' 
nuà avec une indécence révoltante qu'elle 
accompagnait de propos et dé gestes iès> 
plus grossiers^ Le 14 thermidor ^ ils arrivé-' 
rent â Paris. Dépôàés àla Conciergerie et âctt 
Plessis , ils futerit bicû tôt tendus à leaftfr-' 
milles. Mais revenons à Orange.L€peu|]âé 
accablé satts la puissance des boûfrealî* 
révolutionftalires, sentant une fois seèehaînfeil 
brisées , se porta dans différentes Gônhf-' 
tnttnes à tous les excès de la vengesincë. Lé 
département de Vaucltise vit couler auàfirf 
le Sang de quelques-uns de ses oppressetir*.* 
Napier ddnt nous avons déjà parM i hxmtiét 
de la Commission , avait été cofidaitttlô 
aux fers pat jugemenftdu tribufial ctiflSititflv' 
Il était exposé à lin potfeau sur la plslcË 
publique; La foule attirée par la curiosité ^ 
écarte la Gendarmerie r' arrache N^pîer 
du poteau et le met tu pièces. 



sous le procofisulat de Mafgnet. 169 

Dans la Commune de llsle, près Avign on; 
le nommé Prade^ gendarmé, est assailli 
par^ne foule de forcenés. On le traîne à 
lliôtel de la patrie. Les poignards se lèvent 
sur lui ; et son épouse qui était accourue à 
son: secours , reçoit un coup d^ sabre qui 
lui coupe le bras , tandis qu elle s'élançait 
vers lui. Dans celle d'Aiguille , on allait à 
là chasse des partisans dé là terreur. Le 
nommé Brassan a été enterré vif. Le curé 
de Barbantanne , prêtre constitutionnel , a 
été jeté , pieds et poings liés , dans la Du- 
rance. Dans celle de Mondragon et autres 
lieux du Département , environ vingt- 
cinq personnes ont été immolées. Ces mas- 
sacres partiels et les égorgemens juridiques 
de la Commission , nous offrent une masse 
d'à-peu-près quatre cents individus. 

Tout ce sang versé est Touvragé de la 
Convention. Jusqu'à elle , ij était inoui dans 
les fiastes de l'histoire , de voir tant de 
crimes commis sous les yeux , par le fait et 
au nom de plusieurs centaines de Législa- 
teurs ; il était iiioui de voir des Lé^slateurs 
se faire eux-mêmes guichetiers, boureaux, 
incendiaires et pillards. tJn grand Peuple 
se fait représenter par sept cent cinquante 
Mandataires;et ces Hommes n'usent de leurs 
mandats que pour décimer cette même 
Nation. Oh ! Comité de Salut public ! tu seras 



,170 InceHdie de Bédouin , 

maudit dans tous les siècles ! puisses-tu 
leur servir de leçons L tu en as donné 
d'assez frappantes ! 



Incendie de la ville de Bédouin , département 
de Vauclûse , par les ordres du prêtre 
Maignet i et approuve par la Convention. 

Bédouin à trois lieues de Carpentras^ 
était composée de cinq cents maisons , et 
habitée par deux mille habitans. Son com- 
merce en soirie , y fesait <^irculer labon- 
dance. Depuis trois ans , cette Commune 
éprouvait les vexations de la part des brî- 
gginds que le régime révolutionnaire avait 
élevés aux premières places ; taxes , con- 
tributions exhorbitantes , tels étaient les 
premiers moyens de spoliation dont on 
usa d'abord ; mais on convoitait ses ri- 
chesses. Il ne manquait plus qu'un prétexte 
spécieux pour en valider le pillage. Un 
petit arbre de la liberté , planté hors de 
l'enceinte de cette Commune , fut coupé 
dans la nuit du i3 au 14 floréal an sr ^ 
(3 mai 1794). Telle était rînnocenré des 
habitans , qu'eux-mêmes allèrent eri porter 
la nouvelle à Maignet '; néanmoins on crie 
à la contre-révolution , et l'on aggrave ce; 



par les ordres du prêtre Maignet. 171 

premier fait par une inculpation assez usitée 
dans ces tems-là ; on assure que le cri de 
vive le rcri s'y était fait entendre. Maignet, en 
mission à cette époque dans le département 
de Vaucluse , prend un arrêté par lequel 
il proscrit non - seulement les habitans de 
cette Commune , mais encore ceux des 
Communes environnantes. Son dernier ar- 
rêté , en date du 17 floréal , condamne 
la ville de Bédouin aux flammes. Une Com- 
mission municipale composée en partie 
d'hommes féroces qui s'étaient déjà distin-» 
guésà Avignon etàOrange , et se trouvaient 
à point nommé par-tout où le sang humain 
devait couler , s y transportent. Barjavel 
en est l'accusateur public. Lego , jadis no- 
taire à Paris , nommé Agent national de 
Carpentras , dénoncé de toutes parts comme 
le complice de Robespierre , ployant sous 
le poids de la haine publique , est nommé 
Commissaire exécutif près ce tribunal* Ses 
arrêtés affichés sur tous les murs de Bédouin , 
portent le caractère d'une profonde bar- 
barie : 95 La Commune de Bédouin, y est-- 
j> il dit , est en contre - révolution , et tous 
>9 ses habitans suspects de complicité pour 
îj n'avoir pas déclaré les Auteurs des at- 
V tcntats commis contre la liberté.. 5 5 

Le fanatisme de quelque genre qu'il 
soit est le fléau de Tordre social. Un arbre 



17^ Incendie de Bédouin , 

coupé pendant la nuit , causer la destine--' 
tion de toute une ville , anéantir ses ha- 
bitans , son commerce ! L'esprit s'égare 
parmi les raisonnemens et les réflexions. O 
Rousseau ! ce n était pas là ton sentiment , 
lorsque tu disais que si une révolution devait 
coûter une seule goutte de s aug humain, il fallait 
f abandonner ; mais les Gouvernans ne s'ap- 
puyaient alors que de quelques phrases de 
cet écrivain , qui au premier coup - d'œil 
flattaient leurs vues , tandis qu'ils déchi- 
raient les pages où ce publiciste déve-> 
loppait les moyens d'obvier aux funestes 
conséquences qui pouvaient en résulter. 

Ce serait injurier le peuple français que 
d'induire de toutes les atrocités commises^^ 
dans ces tems de désolation , qu'elles ont 
été le fruit du fanatisme. La cupidité ^ laC 
haine . et la vengeance allumèrent seule^ 
les torches , et aiguisèrent les poignards» i 
car dans cette circonstance sur - tout , le 
Président de la Société populaire de Bc-* 
douin s'est vanté ^ après sa destruction , 
qu'il était l'auteur de ce délit. 

Suchet se présente dans la plaine à la 
tête d'un bataillon de l'Ardèche ; la ter- 
rible Commission le précède ; soixante 
pères de famille de Bédouin sont de suite 
interrogés : en vain ces malheureux élèvent 
la voix contre de fausses accusations ; 



par ordre du prêtre Maignet. 1 7 3 

r Accusateur public qui avaitpuisé ses leçons 
dans les pages des séances du tribunal ré- 
volutionnaire de Paris , les interrompt à 
son gré pour leur dire : tfi n'as pas la parole , 
hors des débats. Cet axiome , complément 
d'une proscription arrêtée depuis long- 
tems , les conduit à Féchafaud ou à la fu^ 
silladc. 

Une^ jeune fille, qui depuis long-tems 
n habitait plus Bédouin , se jette aux ge- 
90UX de Maignet , implore sa clémence en 
faveur de son père détemi dansles prisons 
de Bédouin. Maignet , sur sa déclaration , 
ayant appris qu elle était de cette Com* 
mune, la fit aussitôt arrêter , et conduire 
devant le' tribunal qui y siégeait , et deux 
jaurs après elle accompagne son malheù^ 
•veux père à la i^iort. ^Ce qui reste dans lés 
maisons de détention , est entraîné jusqu'au 
pied de Téchafaud via terre y fume en- 
core du sang de leurs proches von les laisse 
près de cet affreux spectacle, jusqu'à ce 
que des voitures arrivent pour les conduire 
dans différentes prisons du département. 

Suchetdonne alors le signal, «t le soldat 
lance la''flamme de toutes parts. Ceux 
deS'habitans- qui ont évité la hache du bour- 
reau , cherchent leuf^ salut* dans les mon- 
tagnes voisines; des pelotons de ces soldats 
épars dan6 la campagne , 6e font un jeu de 



174 Incendie de Bédouin \, 

leur donner la chasse à travers les rochers { 
le plomb en atteint plusieurs , ^ parmi 
lesquels un grand nombre rend le dernier 
soupir au milieu des convulsions les plus 
douloureuses; et ces tirailleurs ne cessèrent 
leur feu , que lorsque la consternation de ; 
ces habitans les fit enfoncer dan^ les creuie^ 
des montagnes , après avoir vu la flamme 
|ie leur laissant plus, aucune retraite dans 
leur malheureuse patrie. j 

Cependant la .flamme a tout dévoré t 
des enf^n& au berceau , des:femhies eut 
ceintes , des vieillards ; et" lèS .eflbns de ]»! 
plupart d'çn^jre ièux pour échapper a ^r> 
fléajD ,, {;,Voye^ i»:t^tneiKi^éâiiaàgrMusrcdu* 
tpmll., ,ttikg^^A'£,'dii. disiavfficprilimbmirti} 
iie.6(Ç|:tr qu^-prQlonger.ilettf) terreur, jîLs» ' 
niôrt les attend^i chaque» pafl. Une femme 
accpuç)iéeîi4epiiis quatréjijoùrfs \ veât. rija*. 
cendie gagïier.^jde4ieiwfe;}^'Sà.ïTièrd;, âgè^^ 
de quatrer^^i^gfc-fonze atW'îJ ^ ^paraly tique. j . 
fesait-,ent6ndr.é dsuafik^ôOiJfJWîlies cri* Us plu^ ^ 
lamentables ;•. ^uspitonii , sa,- J&Hei . Uilv met son 
nousrison ,cjîjri8;)es hxm qu.ellël'àttajaho 
fQrtçmenj:.;/.€!tt^jraide d'un, de ^a'efa&ôs , 
âgé , de. troifr apft v elle s'empresaéide lireSidii* 
lit le tna'telaiWH^quël eUe<e^t!é tendue;;; k^^ 
elle est; jfarve&ufi.à trwoèrj çe.tte préciewso 
charge jusqifes siui: le. seuil de la porte ; la 
Ëûblesse d.e .cette femme el leffcoî larrêtent 



7hm /7 Aty i^^v 




par les ordres du prêtre Maignet. 176 

à cet endroit; La flamme qui brûle autour 
^elle , ne lui laisse .que le tems de détacher 
son jeune enfaut avec lequel eUe s'éloigne , 
en poussant les sanglots du désestpoir que 
.lui arraché. la vue de sa mère s qui déjà 
Ressentant les vives atteintes du feu , l'ap- 
pelé vainement à son secoure *f mais, les 
charbons afdens la couvrent de ioutes parts, 
et les décombres enflammés rérrasent. "^ 
. Jl existait dans cette <2bmmqne une fih 
lyrique en soie considérable; soii: magàsîÀ 
jdontenaît à cette époque po^rt^ôo^ooo ïhL 
aie soie. £91 vain on fit quelques teniat^vâ 
«pour . le sauver > de x:et embrâiement^ét- 
méralr, là funeste politique des niveleute 
•f évolutionnaires: le ^réisip^a ^au : milieu * des 
ifiammes^ - Un hèfHtal : emîer mslàim^b^ 
.Gomidune 'iïoiivhilementxcmsufmtjffureTk 
ienvelbppé» dansinctteprosciriptroii. L'églisp 
•^nt là '' cqmtruction àvaij: counè 33o ,bab 
livres., résistait à^l» flaimitiEfqtlà mine'iot 
Remployée pouf' hâter 9a iiidestFaction : ses 
.souterrains sont remplis de >poudte />A 
blnentôt'iune terrible détonation , jointe au 
^£âaç^ ^épouvantable des ruines ^apprirent 
'jatK Imn ijuxUBedouîn n'ej^sataw^us. ' ^ ^^ 
Ce malheureux pays avait fourni fifio 
r?volohtaires à Tarméej iiAurs lettres à leurs 
aparsns coateioàient lefrex|>ressions; de leur 
«mour poiir k, RépuWiijueii iong-fiMaia 



176 . Incendié d& R tdouin , 

après la destruction de leurs fpyers cl le 

massacre de leurs parens*^c( Ne nous rb- 

>9 commaBdez pass écnvaieiUrtls , d'être 

99 répubticainsii*... Nous ne sommes pas au 

/»> service 4e lâfiépublique pour Ja tromper. 

5) Nqus hxL vso^cnmes attachés pour la ^servir 

rv- jusqu'à la ;m(Mrt. 51 r ::..:: iî vi 

, ;C.ettehelliqueusejeunQs6eaT&ttcependyit 

été rmuocontie «cause delamort des iauteuiB 

•diè Jeura i .jours/ HDelr^père fut assassiné .par 

iâ- Commission; \ 69ÙS le prétexte que osom^ 

J&Is étaito&nâ^éji émigré •.•.<.^;)! Il servaitia 

dRépublique.Vi^èt j*Dn nom oonsighé «ur dès 

•icl^istrestdiedaiCQanmuhe paarmi ceux.dqi 

adéieasêurs.de la^pattk/; iie^soUicite paaàm 

instant leurs ..j u^Kfish &oft\k% ^' (leurs pères. 

istà prêtflrèatassfiirm6nt;és{)^ativfin): yainem«Att 

deur olpséifisancr aux kiisiBe da dlépubliquè) , 

^w kur t|xrès^oanL'4efieDi26nt eniregisivéxA 

dadVfunicipaliiéj; iJAcrausateunipublic prà^ 

îOOnce la l4t?ik[mri&éihûrsr,deisi.dèbatç. . i 

.Cesaffre«Kjèvèn«Lmensviuitc& <J'autrei^LUBsi 

Combles .ipoQtamisv^idanB le ^dépactemenits» 

jfurent r^oonioés :à Robespierre nu U iGomdé 

Hit jaiisfait zda da lOthâttHie: ^de. Miaijgnit);^i£ït 

la répQn;sèqlaNbQaaique]et£roidé.ikrc]emQi^ 

/Maignetaprès;fiétte.expédition , ordonne 
au^ dbabitans édiappés^ der£air> pour jamaqs 
lems^ j^nciennes ihkbjt^idoi3ié.:.ii^'audacieux 



. par ordre du prêtre Maignet. 177 

Proconsul va plus loin , il condamne le 
tenfitoire à une éternelle, stérilité ; ici le 
délire le dispute à Fatropté, Ceux qui purent 
survivre à cette catastrophe , errèrent long- 
tems dans ks bois et les montagnes , n'ayant 
d'autre asyle qiie quelques trous creusés 
de leurs mains, et ne devant leur subsis- 
tance qu à la pitié de leurs semblables. Cet 
état de réprobation outrageante ne cessa 
que lorsque la Convention éclairée sur le 
motif de tant de forfaits que la faction 
conspiratrice lui av^it celé , rendit à ces 
malheureux leurs biens , et leur fournît lep 
pioyens de rpiever leurs habitations et d'eii- 
semencer leurs terres* ^ 

Mais il faut que le nom de Bédouin ac- 
compagne toujours celui de la Conveiilîon, 
et serve à çffraj^er le peuple ^t à lé r^idr^ 
plus circonspect sur le choix des 'm'âhclà- 
tajres auxquels ïl confié s,es destinées. 

On lit dans les annales anciennes lé récit 
de plusieurs villes livrées aux flammés ipiv 
des conquérans fairouches. Mais il jti'y 91', 
et vraisemblablement il n'y aur^ k}}^^ 
Francie qu^ôti aura vu des cités tq^ites éù- 
tî^res,tëilés que la Vendée,Lyon et Bédouin, 
démolies ^t incendiées dp siang-froid paf lés 
ordres d'hommes qui se disHientlégîslaièuïs. 
Jamais^lés Anglais , l^sr Atitrifeh|en.s et âutWïs 
ennemis coalisés n'ont pu faire autàtftMe 
Tome VL M 



1 7 8 Crimes de Monestier, dans le département 
mal à la France , que lui en a fait le Comité 
de Salut public. 

^— . I , il Mil 1 ,MM^— ^M—a — ^ — ^^^MM^ 

Crimes du prêtre Monestier , Proconsul 
dans le département des Hautes et Basses- 
Pyrénées. 

Encore un prêtre parmi les persécuteurs 
de rhumanité. Monestier , ex-curé de la ci- 
devant paroisse de St, Pierre , à Clermont, 
département du Puy-de-Dôme , dès les 
premiers instans de la révolution , quitta 

, îétole sacerdotale pour endosser les cou- 
leurs de la liberté. Apôtre de ce nouvel 
évangile , il parcourt les campagnes 
jusqu'aux portes de Paris; mais toujours 

,fan^ti,qqcou plutôt hypocrite , il précise les 
7>ienfaits. dç la liberté y lorsqu'il ne respire 
que la tyrannie et le brigandage. Il mérita 
sans peine la confiance des maratistes , et fut 
nommé à la Convention. Enfin ses goûts 
satxguînaîres lui valurent un proconsulat 
aans les départemens. Il fpt envoyé dans 
celui, des Hautes-Pyrénées. Muni, de pou- 
voirs illimités , son caractère se déploie en 
piropçrtion ; immoralité , perfidie , cruauté, 

' c^omposent çekii de Thomme public ; ivro- 

'gnetie et crapuleuse, débaucha remplissent 
sa vie privée, ! 



des Hautes et Bass€s-Pyrénées. '^ 179* 

Laf société de Bagnères est le tempte-où 
retentissent ses accens corrupteurs; Au jtibni 
de la Convention , A invite les femmes et 
les filles à s'abandonner aux désirs di^s Sans^ 
Culottes , For sera le prix de leiirfe jp^i^o^ 
titutions, et une couronne nationale cdn- 
dra le front de celle qui les aura corhblé 
de ses faveurs. Il provoque la' wjde^r' à 
déchirer son voile ; il s'enorgueillit hautes 
ment de ses débauches multipUées.- • { 
La. Vierge-Marie et St. Joseph lui four- 
nissent les sarcasmes, les plus indëcén^. 
Sectateur des Hébert et des Chaumeijte , il 
ordoinme le dépouillement des églises î' il y 
.préside^ Ces vètemens que soti hypocrisie 
aîvtfit' autrefois endossé pour captiver le 
résptct, il les reçoit aujourd'hui pour proh 
voquer les huées de la multitude. -^ j 
L'immoral Monestier fait pis , il prend 
le nom de Papa-la- Vertu. Cette dénomina^ 
tion sacrilège et ridicule lui fut nombre db 
fois confirmée par cette horde de : gkaiTes 
qu'il s'était attaché , et dont lescbissiàntes 
adulations augmentèrenb ' rivressçrrjde'''sa 
domination ; et de quels. hommes , grands 
Dieux , était-il entoinré ? Qu'on me désign)i^, 
dit-il, les plus scélérats ; ce sont cenib qu'il 
me faut : pardsan de la terreur ; c^es^ sur 
Tautelide ciette déesse que sa main sicrifie 
désormais* . ■:.'ui.\j 

M 2 



.1 8o Crimes de Monesti^r^ dans le département 
.. :L€5^ malheureux prisonniers deyîeiinent 
Tobjet de ces prédications sanguinaires* A 
JlTarbes., il iâvitê le Peuple à s armer de 
fusils , d.e saWes et de poignards , et à fondre 
^v«c lui dans les prisons potir égorger les 
.déteniifs^ Il ne craint pas de s y transporter, 
et il n est pas et iBoycn qu'il ne mette Cn 
4usQge poury exçrcer sa tyrannie. Jongleur 
féroce , il lève son sabre sureuK , provoque 
par ses. menaces <une insurrection ; afin de 
^notiver le massacre qu'ilwLédtte ,il mdt le 
comblera Tàpouvaiiteen exhibant les terri' 
:bles }pouvoiri$ pot'tés dans sa comœissioin* 
Digne émule des barbares Proconaukt.sos 
fcoîlègues^ il é^uffe les semioLens Ide;*!* 
^nature. Les prisonniers dénués idertMtt 
-sejcours , ne peuvent s'en procurer du 
dehors. Malheur À -ceux qui vont d'inter*- 
ïomprb .pojiir obtenir la pexmissîon de 
donner quelques soins à leurs paréos >^à 
4eurs amis! Ce devoir sacré ^est p<mr eux 
^n tiae dje prosoription. 

. 'Unenjoune femme se jette à :ses piicdiS!.; 
iedle implore sa pitié i en faveur,de son pcr.e, 
(^éi(»nWtprèâ:dehK>urir faute de aecowr&.U 
,ki fiepousse avec viQlemce. Dans l-exccs de 
isa. ; dfi(»uleur ^ elle istit .enteiidre quel- 
jque^expressions 4CQntre .t:ûtte tyrannie. 
AuSRôit il donfieiordre de la d^re «tran 
duire au tribunal révolutionnaire idéi£aria;; 



des Hautes et Basf es 'Pyréné^i^ i8i 

et pour la punir de cet élan que/Iini avait 
irradié la piété filiale éplorées ii veol 
quelle fasse la route à pîéd , bien quelle 
sôtt enceinte. 

Une époQse éplorée demande ki liberté 
de sofa mari : demain ^ répond le tôgre ; tii 
verras sa tête d'un côté, et son corps dé 
lautre. ; 

' Voyez , réchaiaùd , At-il , montrairt: du 
âoigt à des fonctionnaires publics qui de^ 
mandent un acte de justice ; vous y mon* 
terez demain. . i 

Monestier , qui se; croit tout permis > 

oka bien mettre en délibération Farresta^ 

àon de son collègue Ferand. Il abrogé de 

son autorité la sage institmion des ju9és. 

' f . A iTaibes , trois : ^ citoyens avaietit é té 

acquittés par le juré de cette ville. Mohes* 

tier convoque le Peuple au son du tambour 

dans la salle de la Société populaire ; 1^ 

tribunal criminel y est également appelé» 

Monestier présente un acte * d accusatioa 

contre les trois acquittés , ordonne au 

tribunal criminel de les juger révolutionnai^^ 

rement. Il procède en même-tcms à Tinter* 

rogation de ces trois citoyens , et leur impose 

la loi de ne point se justifier, et Vous^aver 

beau faire , leur dit-il ^ Téchafaud est^êt ; 

vous Tavez vu , dans une heure votts y 

monterez. ?> La hache était effectivement 

\- M 3 



1 8 2 Crimes de Mt^ntstiety dtAis ttJép/zrt. , et c. 

suspeàdue. ;En Vain les enfans d€ ces trois 
nkalhebreuses victimes arrosent èes pieds 
de leurs larmes'. Leur innocence , les géhiis^ 
semens de la tendresse filiale , ri^ ne pé- 
hètrè son tœur, Leyin^et les liqueurs dont 
il segoargèy achèvent de rahriitir ; ilhâtè 
rinstantdu.suppUcCv^ :; : ; ' 

Le citoyen Lasalle occupe le fauteuil» W 
veut parler : Tais-toi ^.lui ditce boucreau 
eiipaQaché ; ta têt^i;va tomiben Eh bien ! 
répond Lasalle V puisque vous voulez ma 
mort , j e n'ai plus rien à dire. Monestier Si3rt; 
Xiàsalleparleà ses: juges. Le Peuple iittendri 
attes^teiibniihnocehtëà Malheureux v lui dit 
It Président ,' que ne parlais-tu ainsîr eh 
présencede Monestier ! Enfin , il Éallutaïitr 
à réfihâfeud. Monestier r se, tient ? à 4ine 
croiséeC de éon appartement «en face^ de la 
guilk>tine. .Les Jacobiqs' , a ses ordres , dan- 
sent autour de réchcifaiid , et leur «dorâon 
se prolonge jusque»:' sous la fenêtrê^du Re^ 
présentant:,^ qui sourit à leur gaûé féroce.? ' 

Une troupe de brigands appelés de-toutes 
parts forment une armée révolutionnaire. 
Une Commission populaire laccompagnc ; 
traînant à sa suite la guillotine. La» loi qui 
suspend ces affreuses légions , est procla- 
m^^ et Monestier quitte le pays eii 
Tugrasant. 

S'il fallait consigner les assassinats com* 



Crimes dû Proconsul Dartigoyte. 1 83 

mandés par Monestier , le lecteur s'égare- 
rait au milieu du sang et des cadavres. Il 
suffira de dire ici quil a conduit àiFécha- 
faud les meilleurs patriotes du Midi , et il 
s'est , dans les tems , disculpé de la pros-î» 
cription qu il avait dirigée contre eux , en 
disant qu'il navait sévi que contre les 
Fédéralistes et les anti - Maratistès. Son 
acharnement contre cette classe de citoyens^ 
ne tendait rien moins qu'à dépeupler tout 
le Midi. 



Un mot sur les crimes du Proconsul Dartigoyte 
dans le département du Gers. 

Dartigoyte, dans le cours de sa mission, 
n'a cessé d'avilir son caractère en insultant 
à l'humanité et aux bonnes mœurs. Toutes 
les femmes qui s'adressèrent à ce Représen- 
tant , ne le quittèrent jamais sans avoir à 
rougir du langage obscène dont il avait 
l'habitude. Il mettait en réquisition les 
mères et les filles pour le spectacle ; il en 
troubla un jour l'action parla sortie la plus 
indécente, et révolta la pudeur par sa 
nudité. 

Les détenus furent attachés par ses 
ordres, à des crèches comme.^^ vils 
animaux. On leur distribuait la plus^goû- 

M 4 



184 Procofîsidat de Ba ^ 

tante nourriture. Dans la Société populaire, 
il fesait la motion de ne laisset à chaque 
particulier , que mille livres de «venus , 
et de corifisqùer le reste au profit de là 
République. Des adresses ^ dahs le sens de 
ces motions, dirigées par lui, parvinrent à la 
Convention. Il avait aussi un tribunal à ses 
ordres , qui fil exécuter sans jugeraens le 
citoyen Lelong. La confiscation , la dépor- 
tation , la réclusion , étaient sans cesse à 
Tordre du jour dans le sein de laSbclété. 
Dartigoyte s'emparait impudemment des 
eîFets les plus précieux de ses victimes , et 
inenaçàït cïe là guiliotînè ceux qui ehchéri^ 
rent sur lui dahs ces brigandages jour- 
naliers. 



Dû Ff(rconMat "dt Bè àahs le àépnrternenî du 
Càhlàl et àntris. 

Bô. Klùsûttoân à Goïistantinople ^ Juif 
sur lès bords du Rhih , Montagnard , Ther-^ 
ïnidôrieh pendant là révolution , s'est %n- 
totiré , dans le département du Cantal , 
d'homtnèi les plus immôraïix. Il érijgéa, dans 
ce Département une Commission révolu- 
tionnaire. Lé vol et rasSassiriat furent com- 
pletmment organisés. Des contributions 
exhOTMtantes furent imposées. On fabri- 



dans le département du Cântat, etc. it5 

quait , dans le sein de la Commission , 
de faux timbres des villes de Coblentz et 
de Worms ; on menaçait ceuît qui hési- 
taient de payer ces contributions , de leur 
faire parvenir de ces letttès tjui , attestant 
leur correspondance avec les émigrés , cau- 
seraient leur mort. 

Ce Représentant étant à Clhors , trouva 
le Peuplé inquiet sur Ses subsistaftcés. Rassu- 
rcz-vôus , dit-il au Peuple , la France aura 
assez de 12 millions d'hommes ; ïiouls ferons 
périr le reste. 

Dans un canton du district dé Figeac , 
"comme il fésait abattre tous les signes du 
culte catholique, qu il pénétrait dahs lestera- 
j()les et dans les maisons pariicUlièreS pour 
y enlever 1 ot , latgént; et fesâit même arra- 
cheir les croix aux feniftiés , il y eut un 
Trtouvemént causé par céS ekcès. Un coup 
de fusil fut lâché dans la fôulé. feô crie à 
1 assassinat. Son tribunal et la guillotine 
atriVeïit, et Uombire d'habitàiis périrent. 
A Rèîms , Bô disait publiquement qu'en 
révolution, ou ne devait côiinàïtre nî 
parens , ni amis ; que lé fils pouvait égorger 
son père , si celui-ci n était pas â la hauteur 
des circonstances. 



J 8 8 Pro consulat (TEsnue^LavalUe v it c. 

être supplicié; ainsi, fartes en sorte et pre&sez A 
Commission , afin qu'à Tarrivée de Talmont, Enju* 
bault soit prêt à recevoir les mêmes honneurs. 9f 

La lettre suivante est plus caractéristique; 

De Rennes , le 9 Pluviôse ( 28 janrîeT 1794 ). 

EsNUE- Lavallém^ ëu mime Comité. 

tt J'ai reçu votre lettre ée matiii à mon rcl^èilt 
jugez combien la nouvelle que vous m'annoi^e; , 
relativement au scélérat fédéraliste Jourdain , m'a 
égayé ; c'est le chef des conspirateurs de Laval que 
je regrettais le plus de ne pas atteindre ; j'espère que 
ces dépêches pour son voyage isetont bientôt prête 1 9 
et qu'il pourra se mettre en route dans le cours de 
la semaine. 

" J'^^ppi^cnds dans ce moment , par François y 
mon collègue , q\i Enjubault-Laroche , père , doit 
être jugé et partir de compagnie avec Talmont , 
qu'il m'a aussi aunoncé être arrivé hier aa soîr à 
Laval. 

99 Je vous^ recommande aussi de faire à Jourdain v 
après son jugement et son exécution ^ fes mêmet 
honneurs qu'à Enjubault pèrté ^ et à Talmont , > €d 
sera une pique de plus à fabriquer. Je crois que vOtiS 
ferez bien d'en commander de suite encore (fitt" 
qu'autre, afin d'en avoir de prêtes au besoin , à for 
Cl mesure que les conspirateurs Mayennois seront 
arrêtés. Je ne puis prendre un arrête qui ordonne 
la translation d'Ënjubault fils , et Sourdille-Lavalettei» 
a Laval; tout ce que vous pouvez faire ^ et moiaossi-'^ . 
c'est d'écrire au Comité de Sûreté générale de ta 
Convention nationale , pour demander que ces 
deux fédéralistes soient conduits à Laval pour y être 
jugé^^exécutés, afin de jeter la terreur dans î'âmc 
des^Hlistes et des fédéralistes de Laval. Le tableat| 






de lenr supplice y sera infiniment plus salutaire 



Précis des crimes commis à la Rochelle. i8$ 

qu'à Paris , où ces individus nç sont presque pas 
connus , et c. 

99 J'attends de vos nouvelles au premier moment 
•UT Téxécution des mesures que je vous ai recom- 
ibandées, relativement à Talmont et à son Agent 
et concierge , et que je vous recommande relative- 
ment à Jourdain. 9) Salut , et c." 

Tout , dans cette lettre ; est prévu pour 
raccomplissement de la haii^ et delà veu- 
gean'ce. Jourdain fut sacrifié , et sa tête 
fiu transportée à Esnue , lieu de sa naissance, 
et fut exposée sur une pique en face de 
la maison habitée par sa famille désolée, 
i^uant à Enjubault , père , son supplice 
bxt accompagaé des circonstances les plus 
outrageantes. 



/ 
pJtÉjCIS historique des crimes commis à la 

JBioihelle etd Rochefort , sous le Proconsulat 

4e Niou , Trulard , Mazade , Lequinio , 

Laignelot , Garnicr ( de Saintes J. 

ïiE S Maisons d'arrêt de la Rochelle étaient 
conformément à la loi , sous la surveil* 
lance de la Municipalité. Celle rf(/e le cou- 
vent des DamesJBlanches était sous Tins- 
pectîon.du Comité de surveillance. Un vais- 
j5cau rase et mouillé près de Tiie d'Aix , 
servait égaletûent de prison. On y^Vn- 
lassé dans les teras une tçès-grande qualRité 




igo Précis des crimes commis 

de prêtres , dont plusieurs sont morts , 
suffoqués par Fair épais et pestilentiel qui 
y régnait. La tour de la Lanterne et celle 
de St. Nicolas, ont servi par la suite de 
prison aux Vendéens ; l'air y ^tait ' si 
infect, que plusieurs factionnaires okt péril 
L'huissier , chargé d aller prendre et rfin- 
troduire les prisonniers , est également 
mort, ainsi que plusieurs juges de la Goni^ 
mission militaire , qui procédaient ti^aii* 
moins à l'interrogatoire dans une salle très- 
vaste. Quelques spectateurs assidus , pat- 
mi lesquels on remarqua Legros , chanteur 
de rOpérade Paris, ont pareillement été 
victimes de la contagion. 

Le régime des prisons fut,tôur-à-tour 
cruel et humain , selon que les Commis- 
saires de la Convention furent plus ou 
moins partisans de la terreur. Le Concierge 
d'une de ces maisons d'arrêt avait coutume 
d'appeler tous les détenus Monsieur. L^'un 
d'eux, fournisseur de la République , y 
était, comme suspecté dans sa comptabi- 
lité ; u pourquoi , dit-ij , au Concierge nç 
m'appelles- tu pas citoyen ? je. ne suis pas 
ici comme aristocrate , je n'y suis qu'en 
qualité de fripon. — Ah ! je te demande 
p^cdpn, lui dit le Concierge , je te croyais 
su^PIct ?« 

La petite ville de Brôuages , située entre 



à la Rochelle et à Rochejort. 191 

Soubise et Mareincs , avait aussi sa maison 
d arrêt , elle servait de prison aux hommes 
et aux femmes, à raison de sûreté générale* 
Le nombre de ces détenus fut considé- 
rablement augmenté par les suspects de la 
Charente-Inférieure. 

Le tribunal révolutionnaire établi à Ro- 
chefort , était composé de gens très-mal 
famés , ils ont à peu-près tous disparus. 
Créés par Lequinio, ex-moine et Laignelot^ 
ils ont condamnés à mort le Représentant 
du peuple Dechézeau , le 5 ventôse an 2 , 
( «3 février 1794). Ils condamnèrent éga- 
lement à mort Charles-Auguste Farigneau , 
comme convaincu d'avoir entretenu des 
intelligences avec Tennemi de FEtat , c<en 
r» ne cultivant pas sa terre , et en disant 
99 que si tous les propriétaires voulaient 
p^ Ten croire , ils sèmeraient de manière 
»> à n avoir du grain que pour eux ; n tel 
était au moins le texte du jugement. 

Ce tribunal a siégé révolutionnairement 
à plusieurs époques. Quelques Vendéens 
ont été jugés à mort ; le sort de ces Ven- 
déens , fut par la suite confié à une Com- 
mission militaire* Nombre périrent sur 
Téchafaud , d'autres furent jugés à quelques 
années de fer. Trois de ces derniers s'étant 
évadés dans la nuit , furent arrêtés. iJÊ^m* 
mission demanda aux. deux ProcoasUs 



ig^ Précis des crimes commis 

quel parti il fallait prendre à leur égard , 
ils répondirent qu'il fallait les ranger dans 
la classe des instigateurs , et les condamner 
à mort. Ils subirent ce supplice le 6 floréal 
an 2 ( 25 avril 1794 ). 

Tous les jours le tribunal envoyait cinq 
ou six victimes à 1 echafaud. Le nombre et 
les noms de ces infortunés sont inconnus ; 
le tribunal n ayant tenu aucun registre de 
ceux qu'il a fait périr. 

Les Députés qui ont été en mission dan$ 
ce département , sont les nommés Xiou > 
Trulard , Mazadc et Garnier ( de Saintes ) 
qui y a séjourné peu de tems. 

Sous le régime de la terreur , Lequinio 
et Laignelot y ont fait une plus longue ré^ 
sidence. Leur mission paraissait avoir pour 
principal objet , la destruction de toute 
idée morale. (1) Lequinio fit un jour à la 
Société populaire une scène épouvantable , 
parce que personnç ne voulait accepter les 



(i) Le nom de Lequinio c'est présenté sous notre 

Ïlume , dans j5lusieurs occasion^, qui ne font point 
onneur à celui quile porte. Ce Lequinio, ex-moinié, 
a beaucoup écrM sur la morale ; semblable aux prêtres , 
il n*a rien fait de tox^t ce qu'il a prêché ; toujours ojti 
le surprend , bas valet du Comité de Salut public , 
lui fesant la cour, et exécutant avec un zèle barbare\, 
les iPsures les plus sanguinaires. Il n'est rien de 
pire qu'un scélérat Jhypocrite, 



à la Rochelle et à Rochefort. igS 

fonctions de bourreau. Un ancien chantre 
de la cathédrale s'étant enfin présenté , 
reçut Faccolade fraternelle de ce Repré- 
sentant , avec le titre de vengeur du 
peuple. 

Ces deux Proconsuls portèrent la même 
immoralité à Rochefort , d'où ils écrivirent 
le premier frimaire^ , aux Jacobins de Paris : 
«« Nous venons, de donner à celui qui 
^^ se charge soigneusement de l'exécution 
55 des jugemens du tribunal révolution- 
5» naire , le nom de vengeur du peuple , 
9) et à rinstrument , celui de justice du 
99 peuple 95. 

C'était dans des orgies que les bourreaux , 
les juges et les jurés préparaient leurs ju- 
gemens ; et Tun d'eux disait : c est de la ma-' 
nière dont nous posons les questions que dépend 
le sort des accuses. 

Dans le cours de ses visites domiciliaires , 
le Comité de Rochefort se présenta avec 
un appareil si effrayant chez Tépouse du 
Député JWow , qui était enceinte , quelle 
vît son terme avancé ; elle , son enfant , 
la domestique et la nourrice périrent peu 
de tems après. 

Tous lés moyens d'ajvilir , de dépraver le 

sexe étaient mis en usage dans cette ^ville: 

Les jeunes filles étaient forcées d'asàîstèt 

à toutes les exécutions , et à venir puisé* 

tome VI. N 



i 94 ; . ' Précis des crimes commis 

dans le spectacle de, TefFusion de sàng^» 
Toubli de toute moralité , et Fhabitude de 
la férocité. Celles 'qu'effrayait la vue de 
Téchafaud, étaient obligées de dissimuler, 
sous peine d'arrestation -, elles étaient sou- 
mises à la censure de toutes les prostituées 
des Proconsuls , et des principaux Agens * 
révolutionnaires ", et les femmes honnêtes . 
Hiévitaient la prison qu en leur fesant la 
cour. . * 

Telle était enfin Faudace de ces révolu- 
tionnaires ,. que Fun. d £ux., à Fépoque de la 
clôture des Jacobins de Paris y dit en pleine 
Société populaire , et devant le Repré- 
sentant Blutel lui-même : lis ne sont que sept 
uni quarante - six à lui ^Convention ^ . nous 
sommes douze mille^^ et noms marcherons. 
:.• Avant Faa.rivée. de liequinio et dé Làigne- 
lot, les jeunes gens de la. Rochelle avaient 
été convoqués pour 'tirer au sort , àFetfet 
de. former un corps, de cavalerie. Réunis à 
laM^on Commune , ils éludèrent ce ti- 
rage sous différen» prétextes , et les repré- 
seifttations des oflSciers Municipaux fureût 
sans effet. Ils y répondirent en dansant , et 
se retirèrent. Au bout de huit jours , on 
les convoqua de h6\iveau. Ils se prêtèrent 
c^efte fois de bonne grâce à ce tirage , sept 
se présentèrent même volontairement y et 
le:$ort décida des autres. Lequinio en fit 



à lu Rochelle et à Rcchejort. igS 
arrêter une vingtaine qu il dénonça à l'Ac- 
cusateur public ;ils furent provisoirement 
condamnés à la détention , jusqu'à ce que 
la Convention nationale eût prononcé sur 
leur sort. 

Le tribunal , après ce jugement , se 
rendant à Saintes , fut arrêté par les ordres 
de Lequinio. Le Président , qui seul avait 
opiné pour la mort de trois de ces jeunes 
gens , fut mis en liberté le lendemain ; les 
autres trois Juges furent consignes dans leur 
auberge. 

Le 21 mars i793 , quatre prêtres , dé- 
tenus depuis long-tems à la Maison d'arrêt, 
furerit , par ordre de l'Administration du 
district , conduits au port pour être em- 
barqués pour Tisle de Rhé-, le but de cette 
translation était d'empêcher qu'ils ne com- 
muniquassent avec le général Marcet , qui 
venait d'être arrêté après sa déroute dans 
la Vendée. Le peuple était exaspéré. Le? 
quatre prêtres -ifurent massacrés; on les* 
avait déposés dans un corps-de-garde près 
le port de hier , en attendant que rembar- 
quement fut prêt, La garde fut forcée ; bri 
traîna leurs corps dans la ville , et leurs 
têtes furent portées au bout des piques. Le 
lendemain deux autres prêtres éprouvèrent 
le même sort. 

Lequinio entend dire dans la société 

N 2 



igô Précis des crimes commis à la Rochelle, ecL 

populaire de Fontenay , que les prison- 
niers , au nombre de 4 ou 5oo , étaient 
eh rumeur; c'étiait une inquiétude vague au 
sujet du bruit qu'ils entendaient dans la 
ville pour les préparatifs d'une fête , et qnih 
prenaient pour un mouvement dirigé contre 
eux. Lequinio se présente dans Tapparte- 
tement des insurgés : Où est , s'écrie-t-il , le 
chef de la redellion? Quel est celui d'entre vous 
qui excite les autres à rinsurrection?\Jn homme, 
haut de six pieds,lui répond qu'il n y apoint 
d'insurrection , mais que les prisonniers 
craignent qu'on ne veuille les massacrer» 
Le ton déterminé dont il articule cette 
crainte , épouvante le Représentant , qui , 
le prenant pour un motêUr de la prétendue 
insurrection , lui brûle lâchement la cervelle ; 
son secrétaire en terrasse un autre d'un coup 

de feu. Mes b , ajoute Lequinio, si queU 

quun ctentYe vou^ ose remuer , vous serez tous 
fusillés ; surveillez-vous , car vous répondrez 
tous les uns pour les autres. ( Voyez la lettre M 
de la gravure du tome premier , page 1 , du 
discours préliminaire. ) 

Le 24 frimaire ( 14 décembre 1793 ),. 
Lequinio écrivit à la Convention : u Je 
»5 viens de donner ordre que 4,5 00 bri- 
f9 gands qui encombrent les prisons de 
99 Fôntenay-le-Peuple , soient fusillés. Ces 
t) prisonniers voulaient faire quelques 



Crimes (Tun dénonciateur à Caen. ig7 

»f mouvemens, j'ai brûlé la cervelle au plus 
5j audacieux ; j'ai dit par-tout qu'il ne fal- 
f> lait plus faire de prisonniers dans la 
5j Vendée , et il faut ce décret pour finir 
55 cette guerre. 55 

Tel est Tapperçu des massacres en masse 
qui ont eu lieu sous les auspices de cet ex- 
moine , qui , s'entourant comme ses misé- 
rables collègues , d'une foule dé femmes 
.prostituées , épousa leurs mœurs et leur 
caractère. 



Crimes cTun dénonciateur à Caen , le 3 
février lygS, 

Au tems où la terreur pesait particulière- 
ment sur les prêtres ; Gombaud , curé de 
Saint-Gilles , à Caen , et qui s'était refusé 
constamment à prêter le serment civique , 
quitte la ville , où de jour en jour il deve- 
nait plus suspect , et se réfugie à Paris. 
Ne pouvant plus vivre dans la capitale , 
faute de ressources , il prend le parti de re- 
tpurner à Caen , et s'y cache dans la maison 
d'un ami. Un de ses anciens paroissiens 
hantait cette maison ; un jour qu'il vint y 
faire visité , l'hôte du Curé lui dit : 44 Re- 
55 tirez-vous dans votre chambre , une cje 
55 vos ouailles est ici , un tel pourrait vous 

N 3 



igS ' Crimes iTiin dénonciateur à Caen. 

55 voir, — - Qu'ai-je a craindre de lui, répond 
5 5 Gômbaud ; je lui ai toujours fait du bien', 

■55 cVst monèompèréy'ai tenu un desesenfaiis 

55 sur les fonds baptismaux. '9 Uirnpruderft 

Curé se laisse donc voir ; son paroissien , 

$ans lui rien dire , sort de la maison pour 

'aller de suite' dénoncer son ancien Pasteu^. 

"L'âsyle de celui-ci est cerné le jour même*; 
Gombaud trouve moyen de s'évadeï* ; 41 
se sauve dans les bois voisins , on Ty pour- 
suit ; on lâche même des chiens sur lui% 
il ne peut éc-happer à de telles recherches ; 
ramené à Çaen , il y. est presquaussitçt 
guillotiné, 'y 

Le peuple , -j^r^sént à cette exécution , la 
trouva un peu sévère ; il n'Qsait dire illégale 
et cruelle. Le Cùte montra d ailleurs beau- 
coup de constance sur Fécliafaud. On veii^t 
lui fairfe prêtef îè serment civique ; irrepb'ùd : 

' Citoyens !' vous n'hâtiez pas pins de droit d'exiger 

' ce serment , que de me guillotiner. 

L'exécution à peine achevée ,un citoyen 
demanda la parole aux assîstans , qui en- 

" tbùraient réchafàiid : u Citoyens t voîis 

'55 venez de voir justicier un . prêtre pour 

* 55 refus de serment"; j'ai à vous' dénoncer 
55 un bien pïus grand cô.upàblé* Depiiîs 

" 59 plusieurs anrxées il existe ^lafisnos prisons 
39 un assassîi^ qti'ôn semblé a^^bif oublié ^ 

' 53 et pourtant il devait passer îtf premier* 5 3 — 



JProconsulat de Merlin de Thionville^ 1 99 

-On crié bravo. Ordre est donné , par le 
peuple , à TExécuteur des jugemens , de 
rester auprès de Tinstrument, On va à la 
prison pour .vérifier le fait dénoncé ; le cri> 
xninel est trouvé, .On fait assembler les 
Juges â la hâte; Taffaire est rapporté som- 
mairement en moins dune heure, et le 
malheureux est guillotiné. 

Du proconsulat de Merlin de tliionv.ille. : 

JVIerlin de Thionvilte est k fik.dun pra- 
cureur de cette ville : dans toutlje çQurs du 
régime révolutionnaire , il fut le, bas valet 
des Jacobins et de la Montagne , et; parvint 
à se faire nommer copimissaire auxiarméeç. 

Pendant le cours, de sa mission 'ii. étala 
un faste des plus insolent ; il traînâil; à $a 
suite une foule de courtisans et de femmes; 
les plus beaux chevaiUX et quatre voilures 
formaient une partie, de son coïtège» Les 
Autrichiens s'en emparèrent dans une af- 
faire , et sa correspondance tomba entre 
leurs mains. 

Merlin, crapuleux. dan S; ses goûts et ses 

actions, fit citer devant un juge de paix 

.une fille publique à qui il avait donné un 

assignat de 10 mille livres pour un de 5oo 

livres. Cette femme dans sa défense exposa 

N 4 



500 Procomulat de Merlin de Thionvilîè. 

qu'un des premiers hommes de la Répu- 
blique devait être plus généreux que les 
autres citoyens : d'ailleurs , qu'il lui avait 
promis de faire sa fortune , attendu que sa 
qualité de Représentant le mettait dans le 
cas de faire des heureux , et qu elle regardait 
c€ léger don comm« le premier effet de 
ses promesses. Le juge de paix alloua le billet 
de 1 0,000 1. à la femme , motivé sur ce que le 
genre de plaisir que cette femme lui avait 
procuré n'était' ni né pouvait être soumis 
à une taxe : et il ne resta à Merlin que la 
honte d'avoir rendu publics ses honteux 
plaisirs , par cette démarche encore plus 
avilissante. 

Merlin , de retour à Paris , entretint la 
St.-Rotnain , petite danseuse de l'Opéra. Ce 
nouvel âccroissenieht de dépense l'excita à 
faire l'indécente motion , à la tribune de îa 
Convention, qui sôus l'apparence de la 
crainte de la diminution du salaire des 
Représentans , tendait plutôt à son augmen- 
tation. <4 On parle de diminuer les indem- 
n ni tés des Représentans du peuple , dit- 
>5 il : je ne ferai pas ici le généreux , je 
>5 dirai en franc républicain , que je suis le 
jy mari d'une- femme malade (1) depuis six 

(1) Cette femme , infiniment respectable , était 
aveugle lorsque Merlin Tépousa , par l'appât d'une 



Pfoconsulat de Merlin de Thionvilte. «oi 

7f mois , et père de plusieurs enfans , je 
99 ne rougis pas d'avouer mes besoins. »• 

Après cette scène frappée au coin du 
charlatanisme le plus impudent , Merlin fut 
chez la St.-Romain insulter à la crédulité du 
peuple que lui et ses collègues achevaient 
de réduire aux abois , sous le masque de la 
franchise républicaine. EfFectivementMerlia 
ne tarda pas a se jouer de la misère publique 
en afficlûint le luxe le plus marqué. Cest 
au château du Rainci , cette magnifique pro- 
priété de la maison d'Orléans , qu il Tétala 
avec une impudence qui n a pas d'exemple. 
Un nombre infini de voitures remplissait 
journellement les cours de ce château , et 
une table servie avec profusion , y recevait 
un grand nombre de convives. Devenu pro- 
priétaire du Calvaire, il prodigue les trésors 
de la France pour Tembellissement de cette 
maison. On cite à son sujet Tanecdote sui- 
vante. Avant la révolution , il s'était pré- 
senté au théâtre de la Montansîer pour y 
jouer les troisièmes rôles dans la comédie : 
se trouvant un jour chez cette Directrice, il 

somme de 20,000 lîv. environ , qu^elle lui apporta 
pour dot. Ce petit avoir ne peut pas permettre à 
Merlin le luxe qu'il affiche. Il est ces personnes qui 
doutent de la destination des voitures d'argen- 
terie de rélecteur de Mavence , lors de la reddition 
de cette place. ' - 



202 Proconsulat et mœurs de Lakanal. ' 

luiditutvous souvenez-vous, Mademoiselle, 
»i d'avoir refusé de me recevoir à votre 
»j théâtre,pour.jouer dans la comédie? — Hé 
»5 bien î lui répondit la Montansier, je vous 
3 5 ai refusé parce que vous étiez trop laid; je 
55 vous ai rendu service , puisque vous, avez' 
5 5 depuis joué un des premiers rôles dans 
5* la tragédie révolutionnaire: vous y avez 
55 gagné davantage, n'est-ce pas ? 55 
Disons-ici que la Convention ne futquua 

-sale tripot de tragi-comédiens; encore si 
les membres n'avaient * été que ridicules^ : 

. mais hélas ! ils furent atroces* Il n'y a pas ïe 
mot pour rire dans Thistoire de leurs crimes, 
on n en n'a pas le courage. 

Sur le Proconsulat et mœurs de Lâkanâl. 

i-'AKANAL , prêtre doctrinaire , Député du 
département de la Nièvre , fut , tour-à- 
tour , Brissotin ^ Montagnard du ventre,, 
de la plaine , et c, , par^tout intrigant et 
bavard insupportable. Il parvint à la fin à 
à se faire envoyer en mission. On ne 
peut lui reprocher d'avoir fait verser le 
sang; mais dans le^ différentes missions 
qu'il a rempli , il a déployé, l'appareil de 
la puissance avec un faste qui annonçait 
son orgueil et son ineptie. A Bergerac^ 



Vroconsulat et mœurs de LakanaL 2p3 

département de la Dordogne , à Chantilly 

et autres lieux , on le vit toujours marcher 

entouré de canons et d'un corps de troupes 

composé d'infanterie et de cavalerie. Son 

but n'était pas d'inspirer de l'effroi. II 

aimait le bruit; il jouissait au milieu du 

tumulte de tout genre. Il se plaisait aussi 

I beaucoup en voyant l'inquiétude se peindre 

sur le visage de ceux qui rapprochaient, 

• Connu sous le titte de Montagnard , on 

- n'osait l'aborder qu'en tremblant, A 

Chantilly , il s'est rendu coupable de spo- 

liatures en tout genre. 

Il fait une fois appeler des prêtres mis- 
sionnaires ; après avoir jeté l'incertitude 
dans leur âme , il feint d'écrire l'ordre de 
leur arrestation. Tenez , leur dit-il , à la 

fin : lisez ; je vous ordonne de vous 

retirer tranquillement et modestement : 
allez prêcher l'Evangile ; allez prêcher 
l'amour de la République. Ce trait qu'on 
peut traiter d'espièglerie ne sert qu'à dégra- 
der le caractère du Législateur; mais du 
moins ce Proconsul s'amusait plus inno- 
cemment que les CoUot, les Carrier-, les 
' 'Lebon , et c. " "•'''-'• "> .- ♦ 

' " Son cœur s'enflammait facilement à>la 
* vue d'une jolie femme. Une foule d'ânéc- 
•' dotes en ce genre pourraient figurer dans 
- un roman. Nous n-'en citerons qu'une 



S04 Proconsulat et mœurs dç LakanaL 

pour montrer que Tamour , chez lui , dégé- 
nérait en lâche tyrannie. 

Epris des charmes de la fille du concierge . 
du Jardin desFoliés-de-Cïiartres , à Mous* 
seaux , il s aperçut qu'elle nourrissait un 
fond de mélancolie dont il voulut savoir It 
motif. Il conçut que Tamour pouvait bien 
en être le sujet. Vous paraissez , lui dit-^il 
un jour , recevoir mes soins avec répu- 
gnance. Vous aurais-je offensé ? Mon inten- 
tion cependant est de vous épouser. Cela 
ne se peut, lui répondit avec candeyr 
cette jeune fille. J'ai un amant , je lui iBti 
promis mon cœur. Rien de plus naturel , 
répliqua le caffard ; pourquoi ne me Tavez- 
vous pas dit plutôt ? Mais dites-moi : Est-il 
à Paris ? — Monsieur , je ne puis vous le 
dire , parce quil est de la réquisition. 

Lakanal lui offrit alors ses bons offices 
pour lui faire rendre son amant. Cette 
jeune fille , trop crédule , lui confie le lieu 
de sa retraite. Aussitôt Lakanal le dénonce. 
Heureusement le jeune homme averti à 
tems , avait quitté sa retraite à l'arrivée des 
jannissaires commandés pour le saisir. 

Lakanal , outré du peu de succès de cette 
démarche , fit le lendemain une sortie vio- 
lente contre les jeunes gens de la pre- 
mière réquisition , qu'il traita dépolissons. 
Cette indécente sortie ne satisfit point sa 



À 



Crime du Proconsul Lecarpentier. 5io5 

colère. Il fit ses efforts pour faire évincer 
le père de sa place de concierge ; mais la 
Commis^on d'Agriculture et des Arts ne 
voulut pas partager finfamie de LakanaL 

Ce Prêtre ignare et immoral a presque 
toujours été chargé de la partie de Tins- 
traction publique. Il est aujourd'hui 
Membre de l'institut , place qu il s'est 
procuré en allant chez tous les savans pour 
mendier leurs voix. 

O J. Jacques ! Si les morts sont sensible» 
aux outrages qu'on leur fait , que dois-ta 
penser en apprenant que le, prêtre Lakanal 
se porte pour ton éditeur ? La Fable de 
ÏAne chargé d'or et de reliques ne Ta poin( 
guéri de ses-sottes prétentions. 

O mon .pays ! à quels plats Tyrans étais- 
tu donc réservé sous tous les régimes ? 

Crimes du Proconsul Legârpentier. 

Ce Député Montagnard , l'un des Agens 
les plus actifs et les moins scrupuleux du 
Comité de. Salut public , eut , pour sa part, 
trois Départemens à purger de leur popu- 
lation , celui de la Manche , celui de Flsle 
et Vilaine , et celui des Côtes-du-Nord. 

A Cherbourg, il arrive la nuit. Il débute 
par se faire rendre compte des mesures^ 



2o6 Crimes du Proconsul Luatpentief^- 

qu on a prises contre les suspects. Ils sont^ 
tous en arrestation , mais les Sœurs-Grises , 
font encore leur service dans les hôpitaux* . 
Il chasse ces femmes utiles à Fhumanité. Il / 
incarcère celles qui ont refusé le serment 
civique. ASaint-Mâlo, se ihettant au-dessus-- 
de la loi , il ordonne des visites domici-. 
liaires pendant la nuit. 

Les prisons sont pleines ; il ny. a plus de 
place. Lecarpentier va bientôt en faire. Il 
fait trier les détenus.. Ceux qui. ne sont 
que suspects ,\resteront dans leurs cachots ; 
mais la guillotine réclame les prévenus de 
fédéralisme et de conspiration. Lecarpen- 
tier eût souffert de laisser le bourreau un. 
seul jour oisif. 

Même conduite , même amour pour le 
sang humain , et le régime révolutionnaire 
à Coutance. 

A Port-Mâlo , presque toutes les classes 
de la Société passent par son épuratdire, 
nobles et prêtres , riches et pauvres , admir 
nistrateurs et citoyens privés. 4« À votre 
exemple, écrit le Proconsul Lecarpentier au 
>5 Comité de Sûreté générale ,- j'ai appé^^ 
55 satiti , pour ma part, le poids de la jus- 
»? tice nationale. Je nai fait grâce à per- 
55 sonne. >» Ses proclamations englobent 
tous les états. Ses' atrêtés sont tous des 
arrêts de proscriptions et de mort. Celui 



f 



Révélation du conventionnel Julien. 207 

du 1 1 prairial, an 2, ( 3o mai 1794), porte 
qu il fait au Comité de Salut public , un 
envoi de 29 détenus , pirmi lesquels le 
misérable comptait douze femmes. Foilà 
du gibier , s'écrie-t-il , en voyant partir ces 
malheureux* 

On cessait apparemment d'être homme 
du moment qu'on devenait Proconsul, 



RÈY ÈLATiOK du conventionnel Julien 
( de Toulouse. ) 

Julien ( de Toulouse ) , Ministre protes- 
. tant , se montra à la Convention digne de 
la robe noire qu'il portait avant d y entrer; 
îl fut Tun des persécuteurs du culte et des 
prêtres catholiques, et ne valait pas mieux 
que ceux-ci. Charlatan plutôt qu homme 
public , ses mœurs privées étaient loin 
d'être pures et conformes à la réformation 
dont il tenait état avant d'être député. Il 
fut décrété d'accusation comme complice 
de Chabot, Delaunay (d'Angers) et Basire, 
accusés de trafiquer de leurs opinions poli- 
tiques ; il parvint à se soustraire , et ne re- 
parut qu'après le 9 thermidor. Malgré les 
éfForts qu'il fit pour répondre aux impu- 
tations graves dont on le chargea , son 
mémoire rie le justifie pas , sans doute ; maig 



2o8 Révélation du conventionnel Julien. 

il révèle bien des iniquités conventionnelles 9 
dont rhistorien^oit faire son profit. On ne 
saurait que très-peu de choses , saris les indis* 
crétions et les récriminations des scélérats , 
se démasquant eux-mêmes tour-à-tour. Nous 
apprenons d'abord dans le mémoire de 
Julien ce que nous savions , que Robes- 
pierre aspirait à h, dictature; mais on saura 
que Chabot s'était rendu le bas-valet, et en 
quelque sorte l'exécuteur des desseins de 
Robespierre. Le Capucin écrivait ainsi à 
r Avocat d'Arras : << Robespierre , toi qui 
55 chéris les patriotes , daigne te souvenir 
9î que tu m'as compté dans Ifeur liste ; om 
5j j'ai toujours marché derrière- tbî dans le 
j9 bon chemin ; ne m'abandonne (1) pas à 
55 la fureur de mes ennemis , qui sont les '^ 
99 tiens , n'en doute pas. N'oublie pas, sur- 
»> tout , que je suis malade au secret , pour 
99 avoirponctuellementexécuté tes ordres. « 

a C'est d'après ton conseil , dit-il autre 
55 part au Tyran , que je crus devoir taire 
99 quelques faits dans ma déclaration , qui« 
9 9 cependant , serviraient aujourd'hui à 
99 mettre les deux Comités en garde contre 
99 les manœuvres de la faction. 99 

Du fond de sa prison , Chabot entretenait 



(i) Ne dirait-ron pas d'une parodie du Patir 

nosUr, 



îiivélatîon du conventionnel Julien* 209 

là correspondance la plus active avec Ro-» 
bespierre. Celui*ci dirigeait Jcs accusations ; 
et Chabot , pour se conformer à ses intén4 
tions , lui m?irqu'ditqu il fallait décréter d'accu^ 
sation les fuyards. Il fallait , pour se concilie^ 
la bienveillance de Robespierre , lui présen* 
ter la tête sanglante de ceux dont il avait 
juré la perte. ' 

Julien nous apprend , entre autres parti- 
cularités, qu Amar, dans son rapport > ad 
tojet de Tâffaire de Delaunay ( d'Angers ) , 
Conclut à l'accusation de ceux désignés dans 
ce rapport ; cela allait de droit , car il était 
en principe reconnu qu'un Député mis.eii 
arrestation , était déjà condamné , ai^isi 
que tous les individus arrêtés comme sus- 
pects. Si , une seule fois , ce principe ne 
s'est pas réalisé , il est à croire que les 7 S 
n'ont survécu à leur arrestation que par 
tin rafinement de barbarie. 

Poursuivi d asyle tîn asyle , Julien ( dé 
Toulousiê ) prend le parti de se rendre au 
Comité de Sûreté générale ; il était déjà 
dans Fintérieur du local , lorsqu'il apper- 
çoît un de ses collègues qui en sortait. Ce 
Représentant lui dit , en le voyant : «< Où 
f f vas-tu , malheureux ? Tu cours au sup- 
>5 plîce. — Vâ-t-en. — Eloigne-toi de ce 

T^ séjour de mort — Mais je n'ai 

ff rien à me reprocher , lui répond le tar- 
Tome VL o 



i 



819 Révélation du proconsul Julien^, tU. 

5J tufFe Ministre protestant. — N'importe i 
î5 ta perte est résolue , éloigne toi. jj Les 
absurdités les plus manifestes , les choses 
les plus frivoles donnaient lieu selon lui , 
aux plus terribles accusations.Telles sont les 
prétendus complots de fédéralisme qjiii ont 
fait vetser tant de sang innocent ; Timagi- 
haire conspiration des prisons qui a donné 
lieu à un rapport , écrit en lettres de sang , 
et, a fait extraire des nombreuses bastilles de 
Paris , une multitude infinie de malheureux 
détenus , pendant plus de six mpis , pour 
àvoir^ voulu assassiner le Tyran depuis 
iipan. • . 

; ISIjous apprenons encore , par les soiiis de 
julien, que Vadier écrivait à un de .^s 
agens à Toulouse , de ne rien négliger pour 
perdrt les prévenus de fédéralisme . et (Canti^ 
maratisme\ qu'au 3i mailles choses étaient 
portées au point qu on empêcha les députés 
dénoncés de parler pour leur défense à la 
tribune de la Convention ; que les suit^es 
des évènemens de cette journée* n'appar- 
tiennent qu'à ctna qui en furent les auteurs 
secrets , qu'à ceux qui forcèrent la main 
à la majorité de la Convention ; (\ixHenriot 
voulait tout engloutir , etla Commune cons* 
piratrice sauver seulement quelques-uns dt 
ses partisans ; que Robespierre se plaignait 
couvent de ce qu'on palliait les crimes sup- 



Crimes de V ex-conventionnel Dupin. 211 

posés des prétendus fédéralistes; qu ainsi 
|)lusieurs de ces êtres malheureux ont été 
cruellement trompés dans la suite. Il dé^ 
clare encore que Vadier leur fesait dire 
d'être tranquilles , et les fesait guillotiner* 
Ces révélations de Julien ( de Toulouse) 
sur les menées des Montagnards , dont il 
était Tun des coriphées , sont précieuses 
pour Thistoire. 

Crimes de Dupin . membre de la Convention , 
• et ci-devant Contrôleur-général des Fermes. 

Xj£ crime capital de ce Montagnard , est 
d'avoir provoqué le supplice de Sa pères de 
famille. 

- Mais , dira-t-on , c'était des Fermiers* 
généraux. 

■ Eussent-ils été des scélérats , fallait-il les 
envoyer à la guillotine sans les entendre ? 
Dupin , la cause première de ce grand forfait, 
en a fait laveu solennel dans cette même 
tribune de la Convention , où il avait de- 
mandé renvoi des 32 prévenus au tribu- 
nal révolutionnaire. 

L'afiaire des malheureux Fermiers-géné- 
raux est peut-être Tune des plus exécrables 
qu on ait à reprocher à la Convention* Sa 
conduite, dans cette circonstance, fut des 

02 



«,i 2 Crimes de f ex- conventionnel Dupin. 

plus viles et des plus atroces. Jamais peuple 
de ce tems n'eut pour le gouvernement un 
Sénat plus corrompu et plus sanguinaire» 
Cambon , Dupin , les deux Comités de Sûreté 
générale et de ÎSalut public , et toute la Conr 
vention, la Convention entièye , offrent ici 
le spectacle le plus dégoûtant de la perver*. 
site humaine. ( Voy. le Tabl. n^. 3 , tome 2* ) 
Les Fermiers- généraux n ^talent pas ^ans 
reproches, (i). Beaucoup d'entr'eux se mon- 
trèrent d'avides concussionnaires , et ne 
contribuèrent pas peu à creuser ce déficit 
qui amena la révolution. La justice nationale 
avait des droits à exercer sur leurs fortunes , 
et peut-être sur leurs personnes ; mais fallait? 
il s'y prendre ain&i ? Uhp rentrée de 2oa 
millions , annoncée paY Cambon , devaitr 
elle être la miçe en jugement des Fermiers- 
généraux ? Devait-on violera leur égarc^ 
toutes les règles de la procédure criminelles ? 
Dupin , alléché par Todeur de porte-feuilles 
bien garnis de çè3 millionnaires , devait-il 
dégrader son tiçre auguste de Législateur ^ 
^u point de devenir le plus suspect des 

-* r ' ^ i . ■ ' ' ■ ' "!■■ ' • ' ! " ' . ' " ' " ' ■———<> 

(i) Le malheureux Lavoisier, quoique Fermier» 
général , n'avait rien à se reprocher ; son plus grand 
crime fut d'être l'ami des sciences , et le premier 
chymiste de l'Europe. Là France de deux siècles ne 
réparera cette perte , malgré les prétentions .dé 
•Fourçroy. 



Crimes du proconsul Lejeune. 1 1 3 

dénonciateurs , le plus vil des brise-scellés »' 
et le plus plat des agens de Robespierre? Et 
cette Convention qui décrète tout ce qu ort 
veut dans la crainte de déplaire au Comité 
de Salut public ; qui croit en être quitté 
pour- faire imprimer le repentir de Dupin , 
couvert du isang de trente-deux pères de fa- 
mille , et les mains et les pochés pleines dé 
leur or,. de leurs bijoux , de leurs billets au 
porteur !... Sainte Liberté, il faut que tu aies 
bien des charmes pour conserver des adora- 
teurs après tous les crimes que des monstres 
ont commis en ton nom. 



Crimes de S. P. Lejeuxe , Membre de la 
Convention. 

D'A B O R D très - modéré , ce Député , 
bientôt après ne respira plus que le sang \ il 
fabriqua une petite guillotine avec laquelle 
il s amusait à couper des têtes d'oiseaux et 
de poulets ; il avait sans cesse sou^ les 
yeux cette guillotine , placée sur sa tablé 
dans sa salle à manger , ou dans sa chambre 
à coucher , ou dans son cabinet. \ 

Lejeune , décrété d'arrestation , ré- 
pondit dans un imprimé prolixe , u que 
n le fait était une calomnie atroce ; il y 
n déclare en outre que jamais il n'a été 

O 2 



s 1 4 Crimes du proconsul Lejeum. 

9 5.repaître sa vue du spectacle douloureux de 
>5 la destruction d'un de ses semblables, m 
n n'est pas dans notre intention de chercher 
des coupables. Pourtant nier simplement 
iinfait , n'est pas le détruire. 

Mais on Taccuse d'un crime bien plus 
grave , et pour sa justification , il avoue et 
il imprime son aveu ; on l'accuse d'avoir 
fait périr .des citoyens. • 

Sa réponse est curieuse , quoique ban- 
nale , et fait le procès à toute la Con- 
vention. 

44 On m'accuse de ne respirer que le sang, 
parce que j'ai envoyé au tribunal révolu- 
tionnaire , d'après des ordres précis et 
formels , quelques hommes mis hors la loi. 
Où est mon crime ? des Représentans du 
peuple qui siègent parmi vous ( il s'adresse 
à ses collègues ) n'ont-ils pas fait la même 
chose ? Je n'ai été dans cette circonstance 
qu'un instrument passif. Si je n'avais pas 
obéi , n'eût-on pas dressé mon acte d'accu- 
sation , et la Convention nationale ne 
m'eût-elle pas envoyé à l'échafaud ? 

5 5 De deux cents individus hors de la loi 
dans les départemens de Loire et de l'Ain , 
où j'ai été envoyé, quatorze seulement ont 
péri. Où est donc mon crime ? Si dans cette 
circonstance , le sang innocent a coulé , 
j'ai tout simplement fait mon devoir. 5» 



Crimes du proconsul Lejtunt. 2 1 5 

n est facile tle répondre à ce Proconsul 
«ans employer ces mots de providence éter- 
ndU ^ de monstres , qu'on lit dans. sa justifi- 
cation prétendue. 

Carrier , Lebon , Maîgnet , et tous les 
scélérats conventionnels , ont vouhi se 
justifier , en répondant comme Lejeiine : 
J{ous avons obéi ; il fallait obéir ou mourir. 

En pareil cas , le devoir d'un Législateur 
est de mourir plutôt que de faire périr 
quatorze individus qui n'avaient commis 
d'autres crimes que d'avoir improuvé la 
journée du 3 1 mai. 

Un Représentant du Peuple dont le pou- 
voir fatal fait mouvoir à son gré'Finstru- 
ment du supplice, et qui, sur sa table, 
amuse les convives à répandre le sang dé la 
volaille avec une petite guillotine , n'an- 
nonce-t-ir pas ce caractère féroce , qui ne 
craint pas de se jouer de la vie de ses sem- 
blables? Cette barbare récréation eut cumulé 
sur la tête d'un simple citoyen toute l'hor- 
reur du crime ; mais il n'est point d'ex- 
pression pour peindre le honteux avilisse- 
ment où elle plonge un Législateur. Lejeune 
en a senti les funestes conséquences ; mais 
vainement , dans son mémoire soi-disant 
justificatif, a-t-il cherché à éloigner l'incul- 
pation de cruauté que ce trait élève de 
toutes parts contre lui. Lejeune ne sera 

O 4 



$ i6 Crimes du praconml Lejeuni^ > 

jamais regardé que comme un atrocci agent 
des Décemvirs , qui peut-être n'eussent pas 
couverts notre math,eureus,e patrie de tant 
de deuil et de ruines , s'il ne se fût présenté 
des hommes comme Lebon , Leje^ne et 
tant d autres, qui ^ sous la dénpminatioii» 
évasive . d'Agens passifs, se sont livrés à 
toutes sortes, d'excès. 

Lejeune ose bien invoquer la justice 
divine en sa faveur. II ignore sans doute 
que le cœur pur ose seul élever vers elle sa 
yoij; touchante ; semblable à cet homme 
couvert d'opprobre et de forfaits , qui 
détom;ne en frémissant la vue de ; Técha- 
faud(4^essé pour son supplice, le coupable 
cheijcherà oublier l'idée d'un Dieu vengeur^ 
L'insensé ! détruit-Il ses remords? Lejeune , 
ton cœur doit être bourrelé par le spectacle 
de« quatorze citoyens ,qu"e tu as sacrifié , et 
oppressé par ce déchirant souvenir. Les 
mots d'assassin et de bourreau ne se pré- 
sentejit-ils pas à chaque instant sur tes 
lèvres souillées de leur sang? Les ombres 
du crime qui ombragent tes regards pexi- 
dant la lumière du jour , ne te font-elles, 
pas voir leurs cadavres sanglans et tronqués, 
qui te disputent , pour ainsi dire , le passage ?. 
La justice humaitie en épargnant tesjours ^ 
ne voulut qu'augmenter ton supplice. 



Crimes de Duhem. 217* 



Crimes de D u hem. 

No u s ne ferons pas un crime à Duhem . 
des malades qu'il a pu tuer , il u y a pas 
encore de décret contre les médecins 
ignares qui compromettent la vie des ci- 
toyens. Mais il était écrit sur le livre des 
destins , que ce Duhem serait le tourment 
de la pauvre espèce humaine dans tous 
les sens. 

On n'a pas oublié la motion qu il fit à 
la Commune daller briser ou incendier 
les presses chez les Imprimeurs de Paris 
suspectés de travailler en faveur des Brîs- 
sotins. Incapable de détruire par le rai- 
sonnement les principes de cette faction 
où il y avait quelques lumières , Duhem 
trouva plus court et plus aisé de rompre 
le travail des Imprimeurs. C'est ainsi qu'en 
agissait avant Duhem , le calif Omar , qui 
ordonnait de brûler les bibliothèques. 

En conséquence on vit à la chute du 
jour y une horde de Jacobins réunis à des 
fédérés , courir , le sabre en ^main , les 
rues de Paris , violer lasyle du citoyen 
Garncry , et rompre ses presses. On ne 
trouve que la sœur du Typographe ^ on la 



^m 



& 1 8 Un mot' sur le proconsul Pocholle. 

prend à la gorge pour la forcer de déda* 
rer oif est son frère. 

Mêmes atrocités furent commises chez 
Gorsas , et rue Guénégaud. Ces attentat! 
s'appelaient alors du patriotisme. 

Duhem se qualifiait de républicain paf 
excellence. Nous ne dirons ici rien autt'e' 
chose de ce Député rentré dans le néant , 
d'où il n'aurait jamais du sortir pour .%t 
montrer le persécuteur de la pensée , et le 
violateur du plus sacré des droits et dès 
devoirs de Thômme. 



Encore un mot sur le Proconsul Pocholle. . • 

Charles VII , Roi de France , fut un 
Prince comme il y en eut tant d'autres ; il 
vit Agnès-Sorel ,et se prit de passion pour 
elle. Cette femme lui dit dans le style et 
les mœurs du tems : <«Un Astrologue m'a 
55 prédit que je serais aimée un jour par un 
55 Monarque plein de vertus et de cou- 
55 rage , de lumières et d'énergie. Charles, 
55 vous n'êtes pas encore l'homme digne 
5 5 de moi. Voilà que les Anglais envahissent 
55 la France , y commettent tous les excès , 
55. et vous les laissez faire. Quand vous au- 
55 rez repoussé l'Ennemi commun; quand. 
55 vous aurez rétabli l'ordre dans les 



Un mot sur le proconsul Pocholle. « i g 

w finances de FEtat /venez à'moi ; je con-^ 
« sens d'être alors toute à vous. î> • 

Les cendres d'une femme de ce caractère 
méritaient sans doute le respect de la posté- 
rité. PochoUe n'en tint compte. Nous 
lisons dans les registres de la Municipalité 
du canton de Loches , que ce Député , in- 
sensible au souvenir de la belle conduite de 
cette femme , sans égard pour ce qu'on 
doit aux morts, viola l'asyledes tombeaux; 
et d'une main profane , s'empara du crâne 
d'Agnès-Sorel , en arracha les cheveux qui 
y étaient attachés , et détruisit ce monu- 
ment funéraire , propriété nationale , à 
laquelle les étrangers ne manquaient pas . 
de venir porter le tribut de leur admi- 
ration. 

Citoyen PochoUe , on ne viendra jamais 
rendre hommage à votre cendre; mais 
quelqu'un pourra bien écrire avec un 
charbon sur votre bière : <« Là est ren- 
)» fermé le corps de PochoUe , violateur 
H du tombeau d'Agnès-Sorel. Cet homme 
55 bas et cupide dispersa les restes d'une 
55 femme , la gloire de son sexe. PochoUe 
55 ne po'uvant atteindre à son mérite, 
5 5 voulut s'en venger par ce lâche attentat. 
>5 Passans ! bénissez le nom d'Agnès Sorel ; 
>5 vouez à l'infamie le nom de PochoUe. 5>. 



«20 Troconsnlat de DuboucheU 

'■'..'' ■ ■ ■ I' 

Trocomvlat de Dubouchet , dans le dépar- 
tement de Seine-et-Marne. 

C E médecin , Membre de la Convention , 
fut envoyé en mission dans le département 
de Seine et Marne. 

Il fallait voir ce Député toujours bien 
coiffé et plusieurs diamans à ses doigts y 
prêcher le sans-culotisme le- plus outre' 
dans les termes les plus sales et les plus* 
grossiers. Ce Proconsul petit maître , affec-' 
tant les airs farouches d'un Montagnard l 
allait en mission escorté de 4 à 5oo volon- 
*taires , et fesait traîner à sa suite plusieurs^ 
pièces de canon. Arrivé dans une Com- 
mune , il promulguait , avant tout , un 
arrêté , ordonnant , sous deux heures , une 
forte contribution; et lei? sommes levées 
servaient à payer les orgies scandaleuses 
de son armée révolutionnaire. Il en restait 
quelque chose, sans doute , entre les mainS" 
procon^ulaircs de Dubouchet. Mais qu'on 
ne demande pas te qu'il gardait pour lui. 
II. n'a jamais rendu de comptes. Cartouche* 
était plus loyal ; en demandant la TDOurse , 
souvent il la partageait avec les propriétaires, ' 
et plus d'une fois il la vidait en faveur de 
CtWL qui n'avaient rien. 

Le médecin Dubouchet ne fut point 



Horreurs commises à Dax. sîi 

heureusement envoyé dans nos Départe- 
mens méridionaux ; avec les goûts qu'ori 
lui connaît , que de familles il eût saignées! 
Du moins ne fut-il que concussionnaire. 

Crimes commis sous le proconsulat de Pinet et 
Cavaignac , dans le département des Basses-^ 
Ty renées et autres. 

A Baypnne, on représentait une pièce 
nouvelle. Deux Gendarmes ne pouvaient 
trouver place. Rigodot , Tun d'eux , marié 
de la veille , aperçoit une loge vide ; il se 
la fait ouvrir de force , et demande la pa-^ 
rôle aux Spectateurs. «4 II est bien étonnant , 
dit-il , que sous le règne de Tégalité , il y 
^t des privilèges. Cette loge était vacante; 
on me la refuse , parce qu elle est destinée 
aux deu5c Représentant qui arrivent ce soir 
4 Bayonne. Je ne reconnais point de.Re- 
présentans ici au spectacle ; à la bonne-^ 
çieure , chez eux , quand ils renden^t hu 
justice.» 5 

. H s'agissait de^ Pinet et de Cavaignac. 
prévenus , sans doute , ils ne se présen- 
tèrent pas à la comédie , mais ils se rendirent 
à la Société des Jacobins pour y dénoncer 
èur-le-champ les deux Gendarmes , . qui 
(tirent arrêtés de suite , et peu de jours 



1 



22sr Horreurs commises. à Da^. 

après , guillotinés , comme convaincus 
d'avoir outragé la Représentation nationale; 

Contraignons notre juste indignation 
pour raconter quelque chose de plus atroce 
encore. 

Labarrère , prévôt de la Maréchaussée 
de Dax , département des Landes , mis. en 
état d'arrestation, avait une fille de 17 
ans et fort jolie , demeurant à St. -Sévère. 
A l'arrivée de Pinet et Cavaignac en- cç 
Keu., elle court aussitôt solliciter là déli- 
vrance de son père. Les deux Prdconsuls 
la lui promettent. Demain , nous devons 
nous rendre à Dax ; notre premier acte 
de justice sera de te rendre l'Auteur de tes 
jours. 

La jeune fille leur marque sa vive recon- 
naissance , et ajoute qu'elle va faire le 
voyage de Dax tout exprès pour receveur 
son père dans ses bras. 

Cavaignac lui propose de la conduire 
dans sa voiture. Elle l'accepte. Le monstre ^ 
en route , exige d'elle le prix de la rançon 
de son père.... 

. Ce n'est pas tout. L'infortunée attendait 
le surlendemain , chez une amie , l'effet des 
promesses qu'on lui avait fait acheter si 
cher. Un tambour se fait entendre y c'était 
à Dax l'usage. On conduisait à la guillotine 
au son du tambour. La jeune fille met IdL 



• . Atrocités commises dans la Vendée. I2s3 

tête à la croisée..., O crime ! ô désespoir ! 
on menait son père à Téchafaud. Elle 
tombe évanouie ,et ne revint à elle que pour 
ft'écrier : Les monstres ! ils m'ont violée 
en me flattant de me rendre mon père !.... 
Une répugnance invincible nous fait 
passer sous silence une infinité de traits 
pareils. Nous aurions de quoi en faire plu- 
sieurs volumes. 

Atrocités commises dans le département 
de la Vendée et autres circonvoisins , sous 
les proconsulat de Hentz , Franicastel , 
Ingrand, Richard, Chuodieu, Lequinio , 
Laignelot, Phelîppeaux, Bourdon (de 
rOise ] , Goupilleau , Thurreau, Ruelle , 
Cavaignac , MéauUe , Bourbotte , etc. 

vJn devrait peut-être remonter jusqu'à 
Mirabeau, pour trouver la cause pre-* 
mière de cette épouvantable guerre civile 
tt religieuse de la Vendée , où l'on répandit 
plus de sang que la rivière , dont ce Dé- 
partement porte le nom , n'a fait couler 
d'eau jusqu'à présent. Mirabeau n'était pas 
de bonne foi , quand il rédigea et fit dé« 
crétcr une constitution à part piour le 
Clergé. Il avait trop de lumières pour 
ignorer qu'il était d'une bonne politique 
de ne faire aucune mention du culte , et 
de. ne point s'occuper sépaïément de» mî* 



««4 Atrocités commises dans le département 

nîstres de la religiou ; mais ce moderne 
Machiavel prévoyait que la constitution 
civile du clergé servirait bientôt de pierre 
d'achoppement, et deviendrait une pomme 
de discorde. 

Le serment exigé , pour son exécution , 
mit le comble aux désordres , et fut comm^ 
la torche incendiaire qui causa le premiéf 
embrasement de la Vendée. L'Assemblée 
constituante commença le mal par son 
imprévoyance , la législative lé consomma 
par son ineptie. U était tems encore 
d'étoufFer ce germe de dissention civile , 
lors du rapport des C6m,missaires envoyés , 
au mois d'août 1791, dans le départejmçnt 
fanatique de la Vendée. Sans reculer d^cv^nt 
la superstition, il ne s'agissait que d'en 
détourner la vue , et de laisser libres dabit 
leurs croyances et les actes de leur Foi , dci 
milliers de bons Poitevins qui , à ce prix i 
pussent continué à payer leurs imposition» , 
et même à prendre de rattachement pour I9 
RépubliqMe.. Jamais ces hommes bornésr, 
mais labQ\*içu3^ , n eussent souffert que lès 
Anglais vomissent parmi eux de$ légiona 
entières qui furent bien reçues ^ patoQ 
qu elles parurent ne débarquer que pont 
venir au secours de IpuyS autels menâtes ,- 
et de leurs prêtres persécutés. Le Gouver- 
nement britapliicjueprQfiîft^aveq S2i perfidici 



\ 



de la Vendée^ et autres circonvohinSé^'- SSî5 

ordinaire-, de cette faute capitàté'*dti^ 
Gouvernment Français , et conçut des* 
plus «ini^tres projets i tant qu il eut un pied' 
clandestin sur - notre tèrrîfoire, • : ' . * r? ; . ♦ 

La sécoi*de législatuiîé- ne prît aucune* 
déteraîin|Lti4^n sage pfôiir'rassfurtr les âmes» 
faibles , et- calmer lefertrièïit que ffilétoHsF 
ennelniâ 'a\aîent* jetés; - tl fallait '-sur-tôub 
enlèvera la^hoblèsfe^ et/au clergé tout pré- 
texte d^gitatîon. - 'j^i- / * 

La Convention dotitlc système était tJf 
tout détruiré pour rèjgher ^clù^vëtnènt / 
loin dafrêter le mal- à sk- naissance ,• s^ém-' 
pressa avec une perfidie' îitrôeëvde-fiftWnîr^ 
eïle-înèitté les brandons ^rtéteisSâlt^èsî j^dur 
iaceiidiet ces roûlfeeïitîeasès^ cduttéW; jf^ê^ 
com«a*idement d^ïiné à'^ùb^-Dlifiayé^ 
semblait sUinoncer iiftë't^^ndûité tôtitô-iôpï^ 
posée: Ce Général se côndmî^Tt avec autârit? 
depnideQceque de patrk)tism^Ë,r Sahs^céi^. 
férir ^ â^éîrl^s seuls àrmiCs delà persriafeSfé^fiV 
on lê^i«î faire rêhtrép'dâns4a«ôuMÎ!5>*toft-âtl# 
loisdtsJa^R^Ubli^e f céifl^^'ifuî ^araissaiéni 
d%abbrd- leis^^plu^ àîdlJatH^cdhttr'elié. Kfaîi! 
ce n'était -^as le côtn'ptè^ 'dès Jacobins d'é^ 
Part» V des généraux -tènS^riSèto ne' coifi^ 
\nena:ieAt point à leurs .vtrés,- il -i^eflr felfcîît* 
des 4iamtnes: ignares et des' bôutrètttfx i^hyii? 
niâttre* a efcéèution ' aveuglement efe âânîP 
toute leur atrocixé Icte^décf^Mî-^ail^âairèS^ 
Tome VI. p 



S26 Atrocités commisesdam le département 

et destructeurs qu ils fesaient rçndre. On 
qualifia les Vendéens de brigands : cette 
dénomination fausse €^perfide fut peut-être 
la première source de toutes \t$ i^alamitéa 
de ce pays infortuné. Comme, pfi s'y at- 
tendait, cette mésujte. accrut le . parti, des 
méâontenS) et fournit un texte au^&.sensiens 
incendiaires des prêtres y appii|yé« par les 
nobles, a Vous voyez jaien , direnHlsauK 
55 habitansdela Vendée ,.quW yeqt vou» 
w ,trâi^r^ en bn^ind^&vec lesqjuf}^. pq ne 
99 ménage rien: si ypi^s ne vou^ défendez » 
9^ vous alle^ être i volé S:, violés. 1 noyés , in-< 
çendiiés , égorgea. >> » > 

..|La nouvelle des affreuses journées de 
septembre vint, m,ettre le comble à. la rage 
4es.Vend^riSb 11$ crurent, devoir s'armer 
jusqu'aux dentç pour défendre leurs ptêtres 
et leurs autels« Ab commencement de cette 
guerre, affreuse, on avait vu jusqu'aux 
fGrSQ^e& des- nobles prendre Tépée et çom- 
battrp-ppuçr leHi^-'palirohemins^ et;pQur le 
T^rçit^e» Ce i^tbien pi^ sous la GonvcntioïK. 
]|§syenclé|&ii> né furent plus re!d0ini4issalilest, 
eux qu'on avpit vu traiter avec des égards 
les volontaires, de la Gatde nationale % 
échaetger leurs :a^ignats- contre -dk l'argent 
et û^ renvoyer. sur iewpîur.olè, apr^M^aivoir 
^& 4'^ux la proo>ess9:4e. né point com^ 



delà Vendée^ et autres circônvoùin$. 927 

Msus la Montagne qui n'était pas assei( 
généreuse pour rendre justice aux vertuf 
de ses ennemis, dans sa politique infâmci 
et mal-adroite , après le 3 1 mai trop fameux, 
fit poursuivre et arrêter ceux qui racontaient 
naïvement les bons traite mens qu'ils avaient 
reçii3 dans la Vendée. On opposa à ces rap^* 
ports des imputations ridiculement atroces , 
pour aigrir les partis , àu^lieu de chercher à 
les réunir ou du moins à les calmer. D^ns 
tous les JQurpaux vendus à la faction de la 
Montagne , ainsi quç d^^ns les tribunes des 
Jacobijqs ,; des Cordeliers , de la Com];nune » 
et même de la Convention , on affecta de 
débiter que les. Vendéens arrachaient les 
yeux aux volontaires avec des tire-bourre > 
^'ils les enterraient tous vifs. Malheur aux 
incrédules i On en fit guillotiner plusieurs 
pour Tcxemple. C'est ainsi qu on animait 
tout le reste dç la France contre la Vendée ; 
et c'est ainsi qu'elle devint le tombeau d'un 
taillion d'hommes. Les Vendéens , ca- 
lomniés , réalisèrent par la suite les atro- 
cités qu'on leur prêtait : ils firent plus , ils 
payèrent des volontaires nationaux pour 
commettre des meiirtres , afin d'allonger la 
Uste de leurs forfaits , et grossir le parti de 
l'opposition au récit de ces horreurs. 

Les prêtres souriaient entre eux de tous 
ces désordres , et poursuivaient leur plan* 
- P 2 



îsS Aïrocités^cammises dans le dépârtenittit 

Abusant de la crédulité des femmes ; ils 
J)àrç6ura:ient les xâttipàgne's , afFuWés" de 
Mrrs 'hatbits dé catàctère', ét'uri'St.-Sàcre- 
merit à la main. Us fchkhtaîent la*inesse à 
la tête des pelotoftVarraés, et disaient 'au* 
épouses des combattant t u Sî; ^cyS' maris' 
ii' meurent sur "* ïè^ champ' ' dé '■ Bàtkffle , 
99 consolez - VOUS ,'âriïes cathçJlïcJiittV As^ 
yi vous seront rehdus ati^bdliiî *dê^ trois 
>>' jours ; Dieu fera Un mîràîde^'potiï-VôusJ 
jS- Gm^rsaiitifes-fcm-Àiyst v6^ ttïâîfli ; ttibfc^ 
^V pour la sainte E^ijë, ressusciteront (i)^ 
y^' àu^bput de trois • îottrs ïv If arrivait dfe- 



r.':"- • 'T" .'"'^ • . I 5*> '^li- .'■•■ îi» 



ten 




'espoir qa'il,ressiiscitéràu d^s inr'éis fôuVs. 
de ce , teins sa voisiue arrivfii, ct<«e, plaiiit;;?.dé: la mau*-- 
vaise odeur qui règne daçis p maison. La .veuve luL 
confie Qu'elle provient du xadàvre de son mari, 
qu'elle avait conservé dans Pespoiri^u'il se rânïine^ 
mitv mais que le te'rme étant expiré", ^dU&.ptesseft'v 
tait qu'il. n'était pas^*no.rj en état degrâci^, et que «y 
résurrection n'aurait lieu que dans un an. ^ 

.Un ciiltlvatèur étâit'àâhgereusement blessé, il ^cr 
traîne avec grand peine vers sa chaumière.- Safemme 
vient à sa rencontre , et li^j prête ^oi^bças: pour l'ai» 
der à parcourir le. peu (ji^,^çhcj;nin^\\i. ùji jçstç.; 
Arrivés à leur demeuré , il se "plaint à sa femme dès 
douleurs qu'il éprouVe f et lui dit qu'il craint d'é- 
prouver, une longue agoàie. Le* seul terme à sea. 
maux , c'est la mqrt , et^qu'elle doit s-'apprêter à la 
lui donner, afin çle hâter l'instant de sa résurrection : 
iTètfeoialhcureasê-rinvrtfei' s'acquitter de ttrâî îii» 



de la Vendée, et autres circonvohin^ ssg 

là que les femmes elles-mêmes forçaient 

leurs maris à prendre les armes. Les plus 

pçitrqris ou les plus pacifiques étaient 

obligés de marcher au nom de la religion 

de leurs pères- La Vendée et la Convention 

fournissaient , chacune de son. côté , des 

scélérats prêts à tput : Tune avgit.ses nobles 

et ses pire très ; Tautre ses généraux et ses 

proconsuls , triés par le Comité de Salut 

public. 

actes que "prescrivent la religion catholique ; et à 
peiné a-t-il achevé , qu'elle le tue. 
: Une jeune tille, non moins crédule, ne quittait 
point le chevet de son amant , qu'une maladie de 
langueur consumait depuis quelques mois ; sur le 
point de le voir expirer , elle se rappelle cette pré- 
tendue résurrection. Il ne s'agissait plus que de lui 
(lire donner la mort par les troupes rép.ublicaines ; 
quelques coups de fusds qu'elle entend dans le voi- 
sinage , l'avertissent de leur approche. Elle apper- 
çoit e£Fecnvement quelques soldats ; tWt saisit un 
arme, fait leu sur eux , et s'échappe par une. porte 
de derrière, dans les bruyères voisines. Au co|ip de 
fco les soldats accourent vers cette maison , en en- 
foncent les portes , et massacrent ce fcune homme. 
Qoelcmes heures après la jeune fille revient au 
logis de son ajnant , le trouve mort. Elle ferme soi- 
^ensement la porte ; le second jour elle met sur 
une table, à côté de son lit , quelques provisions. 
Le lcndeinaiiv5oir elle arriveàbas bruit; elle écoute; 
elle appelle , un profond silence règne dans Tin- 
térieur. Elle revient encore le lendemain , dans la 
confiance qu'il sommeillait; mais la putréfaction qui 
fesait déjà ses ravages, Tavertit que son amsnt était 
peidu. ponr elle 

P 3 



àSb Atrocités commises dans le dépdrttméht 

Les décrets sur la Vendée sufBraient 
seuls pour faire ïe procès à la Convention , 
qui donna à ce département le nom de 
vengé. C'était le département exterminé l 
qu'il fallaitdire.il faudrait condamner tous 
les Membres de cette Convention à par- 
courir ces malheureuses contrées , pour y 
t^nir registre de toutes les réclamation^ , dé 
toutes les malédictions dont elles retentiront 
encore long-tems. 

La Vendée ne fut pas la seule"* sacnfiéc 
au système affreux de la. Montagne :.le> 
départemens de Mayenne , de Mayenne et 
Loire , des Deuît- Sèvres , de la Charente- 
Inférieure , et plusieurs autres encore par- 
tagèrent ses malheureuses destinées. 

Une partie de toutes les atrocités que 
nous allons dénoncer à la postérité , le fut 
dtu Comité de Salut public : mais cons- 
tamment sourd au cri de Thumanîté , il 
avait arrêté , dans son horrible politique » 
de faire ^exterminer une moitié des Français 
par Fautre , pour réaliser ce partage de* 
terres réclamé par Chaumette. Chaque fois 
qu'on^ apportait la n^ouvelle d'une cxterr 
mination d'un grand nombre de familles » 
alors de féroces brava éclataient de toutes 
parts ; à la Convention , à la Commune , 
5ur-tout aux Jacobins et aux Cordeliers* 

On distribuait des listes mortitaires ^ 



de la Vendée^ et autres circonvoisinsi s3 1 

comme s'il eût s'agit d'étrangers, armés 
contre la France. Et cependant c'étaient 
des frères qui s'entr égorgeaient ; et l'oii 
remarquera qu'il périssait autant de Ré*- 
publicains que Me Vendéens. 

Dans les différentes armées que nous 
connaissons sous le nom de troupes de la 
Vendée , on comptait une infinité de 
femmes , la plupart ex-nobles , qui , dans 
plusieurs occasions , donnèrent les preuves 
de la plus grande intrépidité. Ui:ie soeur de 
Lescure , à l'affaire de Thouars , le 14 sep- 
tembre 1793 , fit le service d'une pièce de 
huit, pendant une partie de l'action ^ et 
ne quitta ce poste qu'avec la vie. Une 
femme , dont nous ignorons le tiom , com^ 
mandait un corps de troupes à l'affaire de 
Gesté.^ On la vit rallier ses troupes pendant 
trois fois , et les ramener autant de fois au 
combat, en chargeant elle-même à leur 
tête. Un coup de feu renversa cette héroïne 
sur le champ de bataille. 

Ces traits de valeur mériteraient sans 
doute notre admiration , si on ne voyait 
quelques-^es de ces femmes , se dépouiller 
ensuite cette sensibiHlè , le plus bel appa- 
nage de leur sexe , pour savourer à longs 
traits le plaisir de la vengeance. Les mal- 
heureux prisonniers étaient fusillés de part 
€t d'autre; elles s'offraient pour être les 

P 4 



i3^ Atrocités commùisdam le dipàttement 

à^s.instrumens de leur 'supplice v eUcs -ap- 
plaudissaient à i mhumation. -de .ces; iinalr 
béù reîix:, doiu Us cris plaintifs annonçaient 
■encore- un reste: d- existence. . :. /j. 

Le trait suivant est d'une atrocké, si réflé- 
chie , qu;t)n le jugera sans peine inspiré par 
i aveugle, fatiatisme^. Deux jeun«eSvfille5^ sont 
fcondiiites au général Duhoux ; ^ elles -lui 
;d£mandent Thonneur et la vie. Ce Prépubli- 
:cain.,Hjouché:de leur jeunesse. et de Fait 
ïd'hooBeteté-quillit sur leur physionomies 
Id&cïenvtdie à leiiT habitation ; pe^ éloignées 
îayecuixeoortbreust» escorte. EUeg invîtcnst 
leur&pacotècteurii à sCi rafraîchir.; quelqu^s- 
omâ acioeptent. 7 La colonne républicaine 
-avait à peine: défilé ^ qu'elles font entourer 
déur inaison par une foule de Viendéens , et 
jvioieffliLtf massacrer de sang-froid. teux qui 
javaieîlt.protégé leur vie;et leur, hoiiuèur. 
Ces deux jeunes filles , qui ^ par Ja: suite > 
joûtétè guillotinées., montrèrent une grande 
fermeté devant leurs juges. 
: . Suri la route d'Harney» à Lav^l , ;des. Ven- 
déens arrêtèrent un volontaire. . qui rejoi- 
gnait spix çorp§ ; ils lui coupèrent les pieds 
et les mains, lui' crevèrent les yeux , le per- 
cèrent de plusieurs* coups , et le laissèrent 
expirer sur la; route. . ; .. 

Un Vendéeuicultivait son champ , ayant 
son iiisil à;ses côtés \/û apperçoit un volonr 



: de la Vendée , et antres circonvoisim. 233 
;taire , le couche en joue et le tue. De retour 
.chez lui , il .dit : et Ma foi !.j ai tué un bleu. ?:» 
Ccst ainsi qu ils appelaient les volontaires» 
:Sa femme lui dît : <* Mais , il fallait donc 
j> Je fouiller. Allons-y ensemble. 5 9 Arrivés, 
quelle. est leur surprise de reconnaître leur 
enfant, dont ils ignoraient le sort depuis 
long-tems ! 

JLors de. la prise de Fougères , ils for- 
cèrent le Maire à crier plusieurs fois i.vivt 
le iRoi ! en lui promettant la vie : néan- 
moins, ils, le fusillèrent en présence de ses 
concitoyens. 

-A la Roche-Servière , lerf Vendéens en- 
terrèrent un fils vivant sur le cadavre, de 
son père assassiné. 

Coquerçau , chef des chouans , fesait 
«arracher les yeux à tous ses prisonniers, 
ensuite on les. perçait de mille coups. 

Au mois de brumaire ^n 2 (novembre 

1793) , les chouans arrêtèrent la diligence 

de Nantes à Laval: ils pillèreût les voya- 

-geurs et les massacrèrent. Un jeune homme 

iiouvelleftient ma;:ié , ayant été dépouillé 

. à nud i éprouva les plus cruels traitemens. 

Lep cris de sa, jeune, épouse fixèrent Tatten- 

tiôn de ces fjanâjtiques ; ils la* mirent à côté de 

iSpn époux ; et. ,: aprè^ lui avoir faitéprou- 

fver des outrages sans nombre , ils 1^ massa- 

cfèrjeçt sur. le, corps de. son, mari expirant. 



«34 Atrocités commises dans le di^rttnipnt 

Lés aftreuses lois de représailles, activé^ 
de part et d autre , ont produit des suppliée^ 
d'un genre nouveau. Les Vendéens avaient 
traversé cinquante volontaires d'une corde 
à puits ; cette corde , qu'ils agitent forte- 
itient par les deux extrémités , fit périr ces 
malheureux au milieu dWe longue et dou- 
loureuse agonie. Quelques jours après , les 
républicains font quelques prisonniers; ils les 
précipitent vivans dans un puits, et pressem 
leurs corps sous le poids des pierres et des 
décombres dont ils le remplissent, 

A l'instar du gouvernement républicain^, 
la Vendée avah aussi ses tribunaux révolu- 
tionnaires. Quelques citoyens , dont le» 
noms ne nous sont pas parvenus , ont été 
les victimes de leurs jugemens ; d'autres , 
par des réponses conformes à l'opinion defe 
juges de ce tributial , ont évité la mort. 

Le citoyen Duporruard , de l'Orient , 
ancien juge de l'amirauté , avait été nommé 
au tribunal de Quimper : comme il s'y 
rendait , il fut arrêté sur la route qui com- 
munique à ces deux villes ; les chouans le 
•firent descendre de sa voiture , lui ban- 
dèrent les yeux, et le firent irtatcher pendant 
une bonne demi-heure : il appréhendait 
sans cesse <i'être massacré. Lorsqu'on liai 
débanda les yeux , il se trouva dans ufi 
appartement éclairé par des lampes. Six 



de la Vendée , et autres cîrconvoisins* 235 

personnes entouraient un bureau ; deux 
d^éntre eux semblaient reipplir les fonctions 
de président et de greffier. La porte était 
éeenpée par des gardes. Le Président lui 
âyâbt demandé ses noms et qualités , Fin- 
terpeila de dire : <« SU avait occupé des 
99 places dans la République. 99 II dit 
»» qu oui. — Quelles places ? — Celles de 
»» juge. — Pour quoi les avcz-vous acceptées? 
» — Je n'ai pu faire autrement. — Etes- vous 
fj républicain ? — Non. — ^Avez-vous acheté 
»» des biens nationaux ? — Non. — Greffier , 
99 dit alors le Président , voyez si le nom 
99 de Monsieur est inscrit dans Tencyclo- 
«> pédie de la mort, m Le Greffier , après 
avoir feuilleté un gros registre , assura que 
non. «« On va vous reconduire à votre voi- 
h tare , sous condition que Vous recom- 
>» manderez à tous les amis du Roi d'idée ep ter 
99 le plus de places qu ils pourront dans la 
f9 République ; mais qu'ils n'achètent pas 
M de biens nationaux. 99 Detix de ceux qui 
siégeaient dans ce tribunal, vinrent alors 
Fembrasser ; il les recoilnut pour être ses 
tousins. Il apprit de leur bouche quils 
jugeaient pour et au nom de Louis XVIIL 
« Nous avons , ajoutèrent-ils , des pouvoirs 
99 de lui. Si vous aviez été acquéreur de 
99 biens nationaux , vous auriez été fusillé.99 
fls lui apprirent en même tem$ qu'ils avaient 



9t36 Atfoiités commises dans U d^purtmsnt 

la liste de tous ceux qui a,chetaientj4e;-c^ 
biens. Ils avaient une cQr)re$po^d^nc^ ÇHÎviîë 
avec toutes lestadministration^ dépaxtem^ni 
taies , qiii'^ leur fes^ient passer presque- jg^i; 
par, jour le .nom;des acquéreurs et^di^ ji^eps 
vendus. On rebanda les ye.u?c au citoyei} 
Duporruard , pour le freconiduire a, : sa 
voiture. • •..« - . , \ j .. 

\ Un autre particulier fuf arrêté sur. la 
route de Nantes, et conduit dans une^chau? 
mière où siégeait un tribunal. S'étant déclara 
royaliste , et acquéreur de, biens, patiooajyxij 
dans Imtention de lesïendr^[auxi pjfQjjyi^v 
taires Iqrs de. la cpntre-i:éYRlutiQp ; Ûî /m 
renvoyé. Ces juges, d',apr.ès diffé^rens vrapn 
ports, déployaient moins de sévérité visrà-viç 
lés acquéreurs des propriétés du clergé ,,qu4 
regard de ceux qui avaient acquis celles 
des Nobles, •• it 

Les horrçyrs commises par une foule- de 
scélérats qui déshpnoraientles afméeS;yé:Tj 
publicaines , . pprten.t^ . ua. , caractère aiissi 
atroce. Des Représeiïtans ., , parmi lesquels 
on. nomme Hentzr et FrmcasUl^ en ^ sont 
principalement responsables , puisque;. ^e 
soût eux qui les ordonnèrent ou les approur 
vèrent ; et ,;poMr prouver que la plupart d/ç* 
ces faits ont été Touvra^ge du- Comité' 4iç 
Salut jpublic , c'est quils ont été dénonkcés à 
çe& Membres par douze commissaires. dp î^ 



delà Vendée et autres circonvoisins. ^ ^3y 

Commission d'Agriculture , envoyés dans 
ce pays pour y protéger les récoltes. 

'Ce- iut d'abord 'à AngeïS ^ue ces deux 
Proconsuls exercèrent lefir sanguinaire au* 
torité. Ils se portèrent ensuite dans diffé- 
rentes communes , selon que la soif du 
carnage^ leur fit entrevoir ûs moyens de 
Hétanchcn Cette ville , ainsi que celle de 
Saumur , avait une Commissk>n militaire ; 
$cs« Membres ne sfe nimitraient jamais en 
public qu'entourés de' gendarmes ; per- 
sonne ne pouvait les approcher. Les pré- 
vsebus , à ce redoutable tribunal , étaient 
diin^ un isolement affreux : leur procès 
s^iffitmisait sans témoins ^;. et la faculté 
consolatrice- d avoir un. défenseur officieux 
leur «tait interdite. Si , parmi ces accusés , 
ifc-Ven trouvait, quelques t uns qui em- 
ployassent pour leur ■ défense des moyens 
▼ktoiicux ■,: deux juges - quittaient leurs 
sièges , citaient •des'.Éiits atroces à la charge 
dcs^ «accusée-, et? en attestaient eux-memei 
Tauthenticité.. Us s'étaient frayes' de cette 
manière mille chemins pour conduire leurs 
victimes au bord de leur fosise^ Là , le plomb 
meurtrier i mais pas. toujours homicide , 
nnversait le mort à côté du blessé ; une 
couche épaisse de terre étou&ii Inentôt les 
ctis de la douleur et du désespoir. Si quel' 
ques-uns conservaient encore asses de força 



s58 Atrocités commises dans le département 
pour soulever cette mai^se de terré , et s'ils 
tendaient leurs mains pour implorer le 
secours de leurs concitoyens , un monstre , 
nommé Goupil , plongeait son sabre dans 
les flancs des uns , et hiÊichait les bras des 
autres ; il s'en retournait ensuite au son des 
instrumens , qui jouaient Tair çn ira ; et en 
criant vive la République ! il montrait soil 
sabre tout sanglant :. vous n'êtes pas répubWi 
cains , disait-il au peuple attendri à la vue 
dun spectacle aussi déchirant. 

Par suite des formes inquisitori^les àxk 
tribunal , sept cent soixante-huit individus 
futent condamnés sans autre preuve 'dis 
délit que la vague imputation d avoir porté 
les armes contre la République. Un citoyen 
nommé Macé , domicilié près d'Angers î 
arrêté.faute de passe-port » était du nombre 
de ces infortunés. On les. conduisait tous! à 
la fusillade , lorsque sa Municipalité arrive 
et le réclame comme un excellent patrioteé 
Ce ne fut pas sans peine qu'elle obtint sa 
liberté : la Commission , dans son dépit dé 
se voir ainsi arracher sa proie , chargea les 
réclamans des invectives les plus dures. On 
trouvera à la fin de ce volume les noms des 
citoyens massacrés parles ordres des Com^ 
missions populaires d'Angers et de Saumui*« 
- Angers avait coumgeusement repoussé 
l'armée Vendéenne. La Commission pro<» 



de la Vendée i et autres circonvoisins* si3g 

posa de faire couper les têtes des ennemis- 
tués sous les murs de la ville , de les mettre 
au bout d'une pique , et de les promener 
4ans les rues , on devait ensuite les placer 
«ous les remparts. Les Angevins s'empres- 
«èfent de creuser des fosses, et d'y ensevelir 
les cadavres. Cette action qui , chez un 
peuple humain , eût mérité à ces braves 
haibitàns des droits à la reconnaissance pu^* 
Ij^Uque , fut traitée de modérantisme par 
cette Commission impie. 
: Quelqu'un des membres de ce tribunal , 
Kncontrait-il un homme mal vêtu : Si tu 
iiaU un bon républicain , disait-il , tu entrerais 
ihet un coquin de marchand ^ et tu lui deman^ 
4mUs de quoi f habiller. 
XeiteCommission s'entourrait des hommes 
4ontles passions étaient»les plus sanguinaires; 
elle les chargeait même de procéder à Tin- 
tenrogatoire des détenus. Cet interrogatoire, 
comme le jugement , n'étaient qu'un simu- 
Iftcte de pure forme , dont on ne tenait au- 
cunes notes. Ces Commissaires se conten* 
talent de faire des listes , et de mettre eh 
flKUge , à côté du nom , la lettre F. ( foutu ). 
Un jiommé Obrumier remplissait un jour 
ffitte fonction. Deux femmes ^quilui avaient 
ICmIus de grands services , cherchent à se 
concilier sa bienveillance , en lui rappellant 
kurs anciens bienfaits ; elles4ui observent 



240 Atfociiér commises dans ledipûrtânMt 

d-ailleurs qu'elles ne sorft arrêtée que par 
mesure de sûreté , et qu'eUes ncint jamais- 
porté les; armes contrela. République; te 
féroce* Obrumicr trace de sang-froid la fatale 
lettre f à côté de leurs noms. Elk^. furent 
fiisillées aydc 70 autres femmes.-On le^ 'vii/ 
passer précédées d'une musique qui jouait^ 
les airs de là. Liberté. Deux jeunes filles^ iii-: 
térçssantes par la fraîcheur et rinnocfencé 
de leur âge {elles avaient- i5 à 16 alï$ j^y 
couvraient par intervalle» îV*de leurs :<îris> 
funèbres, le briiit de cettemusique miliiq^re : 
Saiweirtious^ ^'écriaient«e£les ^ea embrassaicrt 
les genoux de leurs bourreaux , sauvez^nùw 
lavie ! Les agens de la Commission l^^é^ 
poussaient , et insultaient en meme-tetos-i^ 
la force armée «t au peuplefqui vfensia&t 
des larm.es y en. leu^ reprochant de d'hêtre 
pas républicams. . i : — . 1 . ; 

. Le nom.rcLé'.\ Bardçul ^ commissaire' des 
prisons, disait à. cette. Commission : Pour> 
quoi aller sidom .p(nurjtmtlet>les coqtUns^'nc 
vaudrait-il pas mieux Veè massacrer'^ suf^U» 
placée .' ' "il /• h j.-i'.;i..T 

\ Les proGonsuU HentretfrancastelcOB** 
mencèrentleurautoritésanguinaireàAngersJ 
Soixante et un prêtre du département d« :la^ 
Nièvre^ presque tous sexa^éiiaÎTes V avaieiiC. 
été transférés; à AngersL' iLcicbinité' révplu- 
tijonnaire ) dcicexiie yillèiJoiétaiL'ipas iadéflii^ 



de la Vendée , et autres circonvoistns. 84 i 

sur le sort qu'il leur ferait ; mais il déli- 
bérait sur les moyens à employer pour s eu 
débarrasser plus promptement, a Les en- 
»ï. verrons-nous à Nantes ? Les enverrons- 
f> nousàla Commission militairePLes ferons- 
u nous fussiller au coin dW bois , ou leur 
» ferons-nous faire la pêche au corail devant 
» la ^eaumette , parlez ? »? Telles sont les 
questions qui furent faites au Représentant 
Francastel. Le registre de ce Comité contient 
une note , par laquelle ce Député or- 
doime qu il fallait les faire filer à Nantes. 
Ils furent eflfectivement livrés aux bourreaux 
à sous-pape ; et Goupil rapporta leurs vête- 
mens au Comité d'Angers. Cette anecdote 
est antérieure au siège de Nantes. 

Francastel ne voulait pas que le Comité 
révolutionnaire inscrivît sur les registres les 
noms des hommes que Ton fesait fusiller; 
c'était pour se mettre à Tabri de tout repro- 
ches , qu'ils ne laissaient exister aucun titre 
capable de prouver que des femmes et des 
enfans avaient été enveloppés dans leurs 
massacres journaliers. 

Les rebelles venaient d'effectuer le passage 
de la Loire à Varades; une quantité d'habi- 
tans delà campagne avaient, malgré eux, pris 
part à la révolte. Se voyant près de l'armée 
républicaine , ils offrent au général Moulin 
de mettre bas les armes , s'ils peuvent espérer 

Tome VL ^ 



é/^i Atrocités commises dans le dépaftemeàt 

ttnr pardon. Ce Général , dont raulbrité 
était circonscrite , fait assembler les Auto- 
rités constituées de Saint-Florent; on arrêté 
provisoirement qu il sera donné des sauf- 
conduits à huit ou dix d'entre eux , poiir 
engager leurs compagnons à se rendre. 
Effectivement , 1,200 rentrent sous les lois 
de la République, Le généra Moulin s'em- 
presse de faire part de cet évènemient à 
Francastel , en lui demandant quel serait le 
sort de ces 1,200 hommes, Francastel les 
fait conduire à Angers , et déposer dans la 
ci-devant église dé Saint-Maurice , aux cris 
de Vive la République ! et périssent les brigands! 
Le lendemain ils sont fusillés dans la plaine 
de Sainte-Game. Ces actes de perfidies , 
nombre de fois répétés , n^ont pas peu servi 
à perpétuer la guerre de la Vendée. 

La Société populaire de Niort , soulevée 
d'indignation à la vue des atrocités com- 
mises dans la Vendée par les généraujt 
Grignon , Huchet , et c. , sous les yeux de 
ces deux Représentans , députa au Comité 
de Salut public quatre Commissaires. Ro- 
bespierre régnait alors , et ces quatre ci- 
toyens faillirent payer de leur tête une 
démarche inspirée par leur ardent désir 
de servir la République ; le Comité de Sa- 
lut public les accusa même d'avancer des 
faits faux , puisque la correspondance 



. Irf^ la Vendée , et autres circomoisins. * 945 

d'Hentz et de Francastel qui étaient sur 
ks lieux, ne fesait aucune mention de 
ce qu ils avançaient. Ces deux Députés re- 
çurent alors Tordre de se rendre dans la 
Vendée ; ils prirent leur route par Niort , 
ne respirant que la vengeance contre là 
Société populaire. 

Ils y arrivèrent le 24 germinal an 9 ( i3 
aviril 1794), et se glissèrent furtivement 
dans les tribunes de la Société. Le len- 
demain ils annoncèrent leur arrivée ; la 
Société convoqua une assemblée extraor- 
dinaire pour les recevoir , et ils y arri- 
vèrent au milieu des applaudissemens 
réitérés des Assistans et des Sociétaires. Le 
Président se met en devoir de les compli- 
menter, il est durement apostrophé ainsi 
que le peuple. Un instant après Hentz 
s élance à la tribune , interrompt un ora- 
teur qui parlait de la nécessité sur Finstruc- 
tion publique , le traite de contre-révolu- 
tionnaire , déclame contre ceux qui savent 
lire et penser , et traite de muscadines les 
mères qui desiraient donner de Téduca- 
tion à leurs enfans. 

Hentz toujours à la tribune , Toeil sombre 
et Tair inquiet , provoque la dissolution 
de la Société, fait Téloge des généraux 
Grignon et Huchet , en disant de ce dernier : 
" Que c'était un bon et franc sans-culotte ; 

0.2 



«44' Atrocités commises dans, le diparlemeni 
» que c'était le seul homme qui convînt à 
>ï la Vendée ; que s'il avait dissoutla Société 
» populaire de Luçon , il en avait le droit; 
>5 que dans une ville contre - révolution- 
55 naire , le Militaire est tout ; le Général 
>5 est souverain , et doit exercer la toute 
>j puissance. îj Revenant ensuite à Tinsti- 
tutiondes Sociétés populaires , il dit qu elles 
ne doivent être composées que de bons 
sans-culottes , et non d'orateurs et de riches, 
ni des hommes qui parlent toujouirs d'hu- 
manité ; ces derniers sont toujours dan- 
gereux. 

Passant ensuite à la guerre de la Vendée , 
îl fait un crime à la Société de l'envoi des 
quatre Commissaires à Paris pour faire 
cesser le brûlement ; il n'y avait que des 
contre-révolutionnaires qui pussent s'api- 
toyer sur les brigands de la Vendée 

La Municipalité de Niort fut également 
traitée de contre - révolutionnaire , parce 
qu'elle avait fait sortir de la maison 
d'arrêt les prisonniers qui y étaient en- 
tassés , au point qu'il y régnait une maladie 
épidémique. Plus de quatre cents détenus 
étaient déjà morts , ainsi que les commis- 
saires des prisons ; un notable qui se trou- 
vait à la séance , voulut parler du motif 
qui avait déterminé ce déplacement ; il fut 
interrompu par Hentz , qui s'écria : «i Je 



delà Vendée^ et autres circonvoisins. ^4$ 

f 9 m attendais bien à trouver ici quelques- 
35 uns de ces scélérats que je viens de si^ 
99 gnaler , encore plus scélérats que ceux 
99 qu ils protègent. <« 

Un Membre fatigué de ces scènes scan- 
daleuses , proposa la dissolution de la So- 
ciété. Aussitôt Hentz et Francastel, sans 
permettre aucune discussion à cet égard, 
déclarèrent la Société dissoute , et s'é- 
crièrent : (( Sortons , allons , sortons de 
ii suite ; que quelques bons sans-culottes 
5î viennent demain le matin à notre au- 
« berge , ils formeront un noyau , et ils 
jî choisiront ceux qui doivent former la 
ii Société ! n Hentz en entrant chez lui , 
dit à Francastel : n As-tu vu comme j'ai 

» arrangé ces b là, ils n échapperont 

M pas celle-ci ; on a confiance en nous. »> 
Ces deux Députés voulurent ensuite enlever 
les pièces de conviction contre Grignon et 
Huchet, déposées au Comité de surveillance 
de Niort ; un Membre s y opposa avec éner- 
gie , un autre Membre dit que le Comité de 
Luçon avait sauvé la chose publique , en 
fesant arrêter Fassassin Huchet : u il a 
5j outrepassé ses pouvoirs , mais sans cela , 
n dit Hentz ^ eût-il sauvé la chose publique ? 
55 il faut qu il y ait des victimes. 55 Le gé- 
néral Bard qui avait été destitué vint leur 
demander justice , il fut chargé de fers sans 
être entendu» C^ 3 



846 Airocités commises dans le département 

, Us se transportent de là à Luçon , et font 
incarcérer tous les citoyens qui avaient dé- 
noncé rincendiaire Huchet 5 Tarrachent en- 
suite du tribunal de Rochefort , pour 
renvoyer à celui de Paris , où il fut 
absous. 

Quarante-rhuît individus des deux sexes 
étaient malades , et ne pouvaient se rendre 
du fort St. Pierre à Tîle de la Montagne , 
où leur translation avait été ordonnée par 
Hentz et Francastel. Le Commandant tem- 
poraire ordonna à la troupe qui les escor- 
tait de les fusiller en chemin, ce qui fut 
exécuté. Les Membres du Comité de sur- 
veillance voulurent faire quelques obser- 
vations sur cette mesure qui confondait le 
coupable avec l'innocent; ce Commandant 
répondit que cela ne les regardait plus , 
que les prisonniers n étaient plus sous leur 
surveillance. Le président de la Commission 
lui ayant démandé , par quel ordre il avait 
fait fusiller ces citoyens. Il répondit qui! 
lavait pris sur lui , que ces gens n étaient bons 
quà tuer. D'ailleurs il n'avait point de 
voitures pour leur transport. Quelques 
lettres de ces deux Représentans méritent 
de fixer plus particulièrement l'opinion 
publique. - 



Âc la •Vdttdé.e^' et autres; circtmvoisins: S 47 

Lsttrb de cts deux Proconsuls au général Grignon/^ 
. commandant une division de l'armée révoluiionaaire\ 
dans La Vendée. 

éi Tu feras trembler en même-tcms tous lés bri- 
gands . auxquels il ne faut pas faire de quartier^..^ 
Nos prisons en regorgent. Des prisonniers dans l^i 
Vendée!.... Ilfeut donner la chasse à ce qui reste de 
rassemblement et de révoltés, incendier les maisons 
écartées , moulins, et c. 

n Signé i Francastel. >» 

« L'ordre général a été donne , d'incendier tous 
les fours et moulins , toutes les maisons isolées , les 
châteaux sur-tout; enfin, d'achever la transformation 
de ce pays en désert , après avoir sous-tiré les richesses 
qu'il renferme.... Pas de mollesse ni de grâces dans 
un^pays qui mérite l'indignation et la vengeance na- 
tionale.... Ces vues sont celles de la Convention. 

99 Signé , Francastel. 99 
Le 8 Nivôse ( 28 décembre I7g3 ) Fran- 
castel écrit aux Jacobins de Paris : 

. >*. Qj^'ils viennent dans la Vendée , ces nouveaux 
modérés qui abusent du beau nom de morale , de 
justice , et qui énervent l'esprit public par les sen- 
timens d'honnêteté; pour moi , périétre des devoirs 
que m,'impose le* bonheur du peuplé, la Vendée seri 
dépeuplée , mais la République sera vengée., j» • 

. Cette lettre est écrite d'Angers. * '' 

- Le général Huchet , dont Hehtz et Fpn* 
castel avait épousé si ardemment les iri- 
térêts s était campé aux Sorinières. Une 
Municipalité d'une Commune exposée 
aux incursions des Vendéens , vint èta 

'■ ■'••• ■■ ■■ ■'- -0.-4 ■ •' 



548 Atrocités commises dans le département 

écharpe , accompagnée de plusieurs cîv 
toyens connus , implorer son appui. Il 
prit à part ces Députés ,' et demainda à 
chacun d'eux s'ils avaient monté la garde 
pour les rebelles. Il en interrogea ainsi 
vingt- trois qu il fit passer dans un champ 
voisin , où il les fit fusiller. Après cette 
exécution , il dit tout haut que sïl tenait 
les femmes de ces scélérats , il leur ferait 
subir le même sort sur les cadavres de 
leurs maris. 

Le même jour , les Députés HenU et 
Francastel étant venus le visiter dans son 
camp , il leur demanda s'ils ne seraient 
pas curieux de voir sa fricassée humaine ; et 
d'après leur consentement , il les conduisît 
dans ce camp , où ils jouirent un instant 
de ce spectacle , et donnèrent des éloge* 
à sa conduite. ( Voyez les lettres H. L J. B. 
de la gravure du tome II , page i. )' 

Il ajouta : a Comment trouvez-vous aussi 
J5 le superbe coup-d'œil de tous ces pays 
99 que j'ai fait incendier; observez l'effet dé 
99 ces flammes, qui se disputent avec les 
j5 nuages. j> ( Voyez la lettre A. de la gravure 
du tome II.] r. / 

Pendant que ces deux Députés étaient au 
Pont-de-Cé, le Comité révolutionnaire y 
fit fusiller douze cents personnes. Ua 
nommé Pecquenel , chirurgien du bataillon 



'S 



«leJn Vendée , et autres circonvoisinu S49 

des Ardennes , choisit environ trente ca- 
davres des plus robustes , et les fit écor- 
cher , dans le dessein d'en faire tanner les 
peaux pour les transformet en culottes. 
Le premier tanneur à qui il s'adressa , re- 
fusa net sieis services ; le second suivit cet 
exemple. On le menaça d'un traitement 
pareil à celui qu'on avait fait éprouver à 
ces trente cajdavres. u Vous êtes libres , 
» leur ^ répondit-il , de me faire périr, mais 
J5 je ne puis me résoudre à prêter mes 
« mains à cette opération. îj Aucun de ses 
ouvriers n'ayant voulu se souiller par cette 
înfame action , on en chargea quelques 
soldats , en qui l'habitude du carnage avait 
étouffé toute espèce de répugnance. 

Mais revenons à la ville d'Angers , avant 
de promener nos regards sur ces contrées 
noyées dans le sang et couvertes de char- 
bons et d'ossemens. Boussac dit Marat , 
écrit à la Municipalité d'Angers, de re- 
cevoir et de donner , comme par le passé 
du travail au citoyen Besnard , parce que , 
dit-îl , nous l'avions , par ordre du Re* 
présentant Bourbotte , requis de venir nous 
uider pour rintirrcfgatoire ^individus guil- 
lotinabljts. 

e - Voici «ne lettre de^ Membres de ce Co- 
mité au Montagnard Aii^ftar^ , Représentant 
«lu peuple, ^. '.. ^ . . . 



fi5o Atrocités commises dans le dépûirietAmt 

(€ citoyens , nous vous eùvoyons le noHinté^Heiili 

Verdier , dit de la Sorinière , copie de son interrô* 
gatoire , son procès-verbal d'arrestation , une suite 
d'interrogat qu'il a- plu au dé|)aTtement de lui 
faire subir ; enfin , ui^c pièce qui le concerne , et 
signé Garot. Vous ne serez pas long-tems à vqiv qut 
c'est un présent que nous faisons à la guillotine ç 
iiotre vœu sera rempli , si la danse qu*ït mérite suit 
de près Tcnvoi. Sous peu vous en recevrez un autre 
d'aussi bonaloi; c'est le sieurDelahayes-DuhQmme« 

qui vient de nous arriver L'exemple est un motif 

si puissant sur le peuple , que le" Comité vous prie 
de lui envoyer la sacram s anctam guilloti'n am, et 
les ministres républicains de son culte.... Il n est pas 
d'heures dans la jo^imée qu'il xie nous arrive des 
lécipièndaires que ' nous désirons initier dans ses 
mystères. — J^gcz de l'a joie que nous éprouvons i 
fin songeant que cette divinité . ( libératrice de la 
République) , n'est pas près d'être abandonnée^ 
Pour que le service n'éprouve aucuA.ret2ird,tjouvèiç 
bon que nous en prévenions Saint-Félix ttyéfb- 
phante , du Sacré -Collège. ' 

5>. Salut, et c. Signe\ Thierry , Président ; Robin ; 
Obrumier y père; Maunion ; Louis Choudîeu $ 
"MAntiN ^CoKHiER^ Secrétaires, a 

La correspondance des Généraux des 
armées républicaines , va. npuS ouvrir la 
scène du carnage. Leur plume distillait le 
sang , leurs subordonnés vont le faire 
couler à grands flots. 

Voici des extraits de Turreau , général 
en chef, à Grignon , général divisionnaire^ 

«1 Les environs du payiou tutetrouves,t'offtèntuii 
champ pour fouiller, incçadier métaieries, bois, etc. 
et purger le pays des scélérats qui Thabitent. Fais dc> 



de la Vendée , et autres circonvoisim:^ . jfiSi 

incursions sur tous les sens ; que quelques marches 
de nuit te mettent à portée de surprendre quelques 
lassemblemens partiels , et c. 

99 Signé ^TvRKZAV, jj 

i< Il est bien étonnant que tu me demandes, mon 
Camarade, s'il faut désarmer les gardes nationales de 
la Vendée ; c"'est mettre en question s'il est prudent 
d*ôter à nos ennemis les moyens de nous faire du 
mal ; croyons que dans ce maudit pays nous ne 
devons nous fier à personne , et agissons en consé- 
quence; J'ai reçu une croix de St. -Louis , un calice 

et une patenne Dépcçhç-toi. de m'envoyer une 

collection complète de tous ces br.inbQpons* 

99 Signée TURREAU. i^ 

. « Continue, mon Camarade, à brûler le pays,, et à 
exterminer les rebelles ;.plus je v^iis en avant , plus 
je suis à portée de juger qu'il y a peu d'habitans à 
excepter de la proscription. 

J5 Signe\ TuRREÀU.'î» 

Le général de brigade Grignon ne pou- 
vait pas recevoir d'ordres plus précis , . le 
Député Frahcastel et le général en cheif 
Turreau ne pouvaient mieux placer leur 
choix. C'est à la tête d'une colonne de 
Tarmée dite révolutionnaire , que le gé- 
néral Grignon part d'Argcnton-le-Peuple ^ 
« Mes Camarades , dit-il, à sa trouJf)e y nous 
i\ entrons dans le pays des insurgés, vous 
î) y brûlerez tout , voils passerez au fil de 
«. la baïonnette tous les habitant que vous 
« y trouverez. Il peut y avoir quelques pa- 
» triotes dans le pays , mais c'est égal ^ il 



95s Atrocités commises dans le dipattement ' 

f> faut tout sacrifier, n Cest égal ! O 

ma patrie !.... • ' 

On croirait peut - être que Grignon se ■ 
transporte réellement dans les pays ha- ' 
bités par les insurgés ; mais c'est dam j 
des Communes voisines , qui avaient docb | 
nées de nombreuses preuves de leur dé- 
vouement à la République , et qui réduites 
à leurs propres forces , avaient néanmoins 
repoussé à plusieurs reprises les attaques 
de larméie Vendéenne, S'il s'en trouvait 
quel ques-uneç dont rattachement pour le 
gouvernement républicain parut chan- 
celant , on doit en accuser Finexpérience 
et la mauvaise foi de jios généraux , qui 
les abandonnèrent aux incursions ré- 
pétées de Tarmée dite royale , aux yeux 
de laquelle le moindre mouvement ré- 
volutionnaire eût été pour ces malheureux 
habîtans un arrêt de mort. 

Revenons à Grignon. Déjà ses bataillons 
sont en tri arche ; Tétendart de la mort 
flotte dans leurs rangs ; ils avaient à 
peine fait une lieue , que rigoureux ob- 
servateuts des ordres de leurs chefs , c'eijt 
à qui enchérira sur ses compagnons par 
une cruauté brutale , et jusqu'alors sànS 
exemple. Les campagnes qu ils parcourent , 
sont bientôt un vaste cimetière. Une mère 
de famille , dont le sein est frappé dun 



de la Vendée^ et autres drconvoiUns. 253 
fer meurtrier , entr'ouvre son ϔl mourant , 
et cherche le nourrison qu'elle allaitait il 
B y a qu un instant. Elle le voit : le même 
coup les a percé Fun et l'autre ; Tenfant 
est encore fixé sur la pointe du fer qui 
Ta arraché du sein de sa mère. L'Auteur 
de ce double attentat contre la nature , 
porte ce trophée au milieu de ses com- 
pagnons , qui jouissent tous avec une joie 
féroce des cris et des convulsions que la 
douleur arrache à cette tendre victime. 

Plus loin , une autre mère de famille 
périt sous les yeux de son époux désarmé , 
et de trois enfans en bas âge. L un d'eux , 
comme évanoui de douleur et de rage , se 
roule à terre près du cadavre maternel 
qu'il n'ose fixer. Les deux autres s'attachent 
après ses membres , comme pour s'unir ^ 
par une mort volontaire , à sa dernière 
heure. Le mari s'élance sur son épouse 
chérie qui semble l'appeler encore , et 
son cœur est partagé entre Texcès de son 
désespoir conjugal , et la violence de la 
tendresse paternelle. ( Voyet la lettre E. de 
kf gravure du tome II , page i. ) 

De jeunes femmes renversées sur les 
pierres amoncelées le long des grandes 
routes , et aux pieds des arbres , expirent 
assassinées par ceux-là même qui venaient 
d'assouvir dans leurs bras leur criminelle 



s54 Atrocités commisesdahs le' département 

lubricité. ( Voyez la lettre G. de la gravure du \ 
jomà IL ) Cette armée poursuit sa carrière \ 
précédée de la terreur , et par - tout le 
pillage , et le meurtre signalent son pas- 
sage. Elle arrive à Bressuire , petite ville du 
département des Deux-Sèyres , et n aban- 
donne cette Commune quaprès avoir 
exterminé honunes , femmes et enfans , 
et qu un incendie général eut consumé jus- 
qu'aux subsistances. 

Un Commissaire pacificateur apprend 
que cette terrible colonne menace son 
pays ; il vient au-devant de Grignon qui le" 
fait désarmer , en lui demandant qui il est ? 
Ce Commissaire ayant satisfaità sa demande, 
en disant qu il est autorisé du départemîent 
et du général Barre , à mettre une garde 
nationale en activité ; Grignon répond 
quil ne connaît ni département ni district , 
ni général Barre , et le fait garotter ainsi 
que sa garde. L'ordre de les fusiller était 
déjà donné ; le Commissaire pacificateur 
ne doit son salut qu'au témoignage d'un 
soldat , avec lequel il avait fait toute la 
guerre de la Vendée ; mais les dix hommes 
de garde furent hachés à coups de sabre. 

Ce Commissaire était maire de la Com- 
mune de Floutière. Grignon le force à l'y 
suivre , et refuse de prendre de sa main la 
liste des grands coupables , en disant que 



di ia Vendée , et autres circonvôùinu 255 

cette précaution était inutile, A peine 
arrivé dans cette Commune , la troupe se' 
disperse ; bientôt des tourbillons de flammes 
obscurcissent les airs ; le sang des habitans 
inonde les rues , et le soldat chargé de 
butin , achevé de massacrer tout ce qui se 
présente à ses yeux. 

Trente dé ces brigands assouvirent leur 
rage sur une femme âgée de soixante-dix 
ans , ainsi que sur une autre plus difforme 
et presque aussi âgée ; et comme la cruauté 
avait présidé à cette débauche effrénée , 
ib la couronnent de mille coups , en 
perçant leurs victimes , tandis que d'autres 
coupent en morceaux un citoyen connu et 
sa servante , ainsi que deux vieilles femmes , 
dont Tune était en enfance. 

Quatre-vingts individus se retiraient à la 
Châteigneraye , avec un laissez-passer de 
leur Municipalité. Ils sont arrêtés et con- 
duits au général Guignon , qui en fait 
fusiller un grand nombre ; et renvoie , 
comme par grâce , six vieillards , les femmes 
et les enfans. 

Le Château de Pouzanges , qui se trouvait 
dans ce canton , renfermait de jolies pri- 
sonnières.Le Général, et quelques Membres 
de son état-major vont dîner avec elles. 
Après le repas , il fallut que ces femmes 
souffrissent leurs embrassemens et tout ce 



fi56 Atrocités commises dans le dipûfiemenl 

que leur inspira le libertinage le plus di 
bordé. Quelques soldats même furent adm 
en partage dans cette orgie scandaleuse. O 
les entendit s'écrier , en sortant , qu'i 
avaient joui de quatre belles filles. Tro 
d'entre elleà furent fusillées après. 

La Commune de Bon-Père , instruite c 
l'arrivée de la division Grignon , et cra 
gnant , selon les bruits qu'il affectait c 
répandre , qu'il n'eût réellement la missic 
précise de tout massacrer et incendiei 
députe vers ce Chef le Commandant de 
garde et sa Municipalité , pour prend; 
auprès de lui quelques renseignemens si 
ses intentions. Il ne leur cela point qi 
tels étaient ses ordres. Cependant, comn 
cette Commune jouissait d'une réputatic 
de patriotisme non suspect , il leur accorc 
deux jours pour enlever leurs effets les pi 
précieux. Dix-sept individus , que ces d 
pûtes avaient conduits au Général , comn 
autant de victimes expiatoires en témc 
gnage assuré de la constante résistance i 
leur Commune aux insurgés , furent fusilla 
Après cette expédition , Grignon pron 
de les aller voir , et de visiter leur gari 
nationale. 

Le 11 pluviôse ( 3o janvier 1794) , 
s'avance effectivement du côté de Bon-Pè'i 
La flamme qui éclaire de tous côtés 



de la Vendée i et autres circonvoisins. 25^ 

campagne,' ( Voyez la lettre A de la gravure du 
tome II. ) annonce au loin son arrivée. 
Quelques habitans vont à la découverte , 
et par leurs récits , reviennent semer reflEroi 
parmi leurs concitoyens. Déjà le bourg de 
Mcilleray , peu distant d'eux , ne renfer- 
mait plus que des cadavres et des ruines 
fumantes. Tout ce quil y avait de répu- 
blicains , ayant Tex-curé à leur tête , avait 
été soigneusement ramassé ; et le massacre 
de ces malheureux s'effectua avec de nou- 
veaux rafinemèns , qui prolongèrent leur 
trépas au milieu des angoisses les plus 
Wribles. , 

Tous les habitans avaient eu ordre de 
se rendre à l'église, La colonne sépare ies 
hommes d'avec les femmes ; ils sont tous 
fouillés et dévalisés ; l'ex-curé est conduit 
le premier dans le cimetière ; là , on le 
fusille. Cette mort inattendue est annoncée 
au reste de ces malheureux par le bruit de 
la mousqueterie et par la vue des cadavres 
mutilés et ensanglantés de leurs compa- 
triotes , lorsqu'ils sont conduits , chacun 
à son tour , à ce champ de carnage. Douze 
femmes sont égorgées dans les rues , ou 
périssent au milieu des. flammes , ainsi 
I qu'un malheureux vieillard , âgé de quatre- 
vingt-quatre ans , retenu au lit par ses in- 
firmités. 
Tome VI. R 



f 



258 Atrecités commises dans le département 

La commune de Bon-Père , forte de son 
patriotisme , ne pouvait pas se persuader 
qu elle était comprise dans la proscription. 
Un de ses habitans vient au-devant des 
soldats de cette division. Le crime était 
peint dans leurs regards. Ce citoyen, appelé 
Guesdron , ne craignit pas de leur repro- 
cher hautement une conduite réprouvée 
par les lois et Thumanité, Soldat comme 
eux, il appartenait à. une armée dont la 
valeur était le plus ferme bouclier de la 
vie et de la fortune de ceux dans le sang 
desquels ils venaient de tremper leurs 
mains. Ces reproches faits avec cette noble 
audace inséparable de la vertu , en impose 
aux assassins. 

Le citoyen Guesdron augurait avanta- 
geusement du changement heureux qui 
s'était opéré dans leurs cœurs. Plein de 
cette confiance , il vient trouver Grignon ^ 
lui raconte ce qui vient de se passer. Grignon 
lui répondit : ,Tu es bien heureux que je ne 
Refasse pas fusiller* Enfin ce Général entre 
à Bon-Père : il y voit quatre cents hommes 
sous les armes , et tous animés du désir de 
se sacrifier pour, le maintien de la Répu- 
blique. Grignon eut d'abord envie de faire 
oharger cette garde par son escorte ; mais 
comme elle n'était que de vingt -cinq à 
trente hommes , il fut intimidé par le 



de la Vendée , et autres drconvoisins. sjg 

nombre, La Municipalité était à la tête ; 
deux cents femmes qui formaient un corps 
à part , lui présentent un bouquet. La Mu- 
nicipalité raconte au Général les services que 
ces braves habitans ont rendus à la Répu- 
blique , et qu'ils sont toujours dans la dis- 
position de lui continuer. Un ordre de 
désarmement sort de la bouche de Grignon, 
et il dit qu il a ordre de tout incendier et 
de tout fusiller* 

Cette Commune remit ses armes et ses 
munitions , et envoya une députation au 
général Barre , qui , sur leur invitation , 
attesta le civisme qu'elle avait montré sous 
ses ordres, Grignon renvoie alors les dé- 
putés au Général en chef, leur promet de 
ne rien entreprendre jusqu'à leur arrivée. 
Mais sa colonne avance , ce pays est bientôt 
livré aux flammes , et les habitans égorgés. 

Cependant l'armée des vendéens était 
près de Bon -Père. L'incendie de cette 
Commune parut au Général une action 
plus glorieuse que de combattre un en- 
nemi , dont il accrut les espérances par sa 
retraite. 

Cinq hussards, détachés de celte colonne, 
se renfermèrent dans la cour d'une maison , 
au Bois-Tison-d'Eau , y égorgèrent une 
femme de quatre-vingt-quatre ans , et ses 
deux filles , non sans avoir fait précéder ce 

R 2 



a6o Atrocités commise^ dans le département 

massacre des outrages les plus odieux. Ils 
emportèrent de cette ijiaison dix mille livres 
• en espèces monnoyées ou en argenterie. 
La Municipalité de Montournois , décorée 
de son écharpe , et réunie à une grande 
quantité de patriotes , attendait sur la place 
de cette Commune Farmée révolutionnaire , 
pour lui donner le salut fraternel. Ttoîs 
Officiers de cette armée se présentent , an- 
noncent l'arrivée prochaine du Géipiéral , 
promettent aux bons habitans de Mon- 
tournois qu il ne 4eur sera rien fait , et 
invitent quatre d'entre eux à monter à 
cheval pour aller au-devant de Grignon. 

Ces trois Officiers font appeler le sacris- 
tain du lieu , le renferment dans F église , 
et , à force de menaces , le forcent de dé- 
signer Fendroit où est renfermée Fargen- 
terie propre à leur culte. Ils s'en emparent 
aussitôt. La Municipalité leur justifie en 
vain d'une lettre , par laquelle le district 
de la Châtaigneraye ordonne que cette ar- 
genterie y soit transportée le jour même* 
Ils répondirent encore , cest égal. 

Trois soldats de la même armée entrèrent 
un jour dans la tour du château de la 
Bridurière , Commune de Moutiers sur le 
Loir. Ils demandèrent des chevaux. On leur 
répondit qu'il n'y eh avait pas. Us veulent 
d« Fargent; même réponse. Us se meittalejat 



de la Vendée , et autres circonvohim. a6i 

en devoir de massacrer , lorsque le jardinier 
les invite à passer à'ia métairie , en assurant 
quil en emprunterait pour les satisfaire. 
A peine y sont-ils arrivés qu'un des volon- 
taires propose de mettre le feu à la maison , 
et déjà Ton commençait à incendier un lit 
où était aouchée une vieille femme. On 
les appaisa à force d'assignats ; et sur leur 
invitation , trois domestiques s'offrent de 
les conduire à Moutiers. Chemin fesant , 
un volontaire lâche un coup de fusil dans 
le dos de Fun de ses guides , et le renverse 
roide mort ; les autres ne durent leur salut 
qu'aux fusils qui manquèrent. 

Quatre de ces soldats se transportent 
dans une autre métairie , où ils forcent les 
propriétaires à leur donner de l'argent pour 
se préserver de l'incendie : cependant cette 
maison est livrée aux flammes. Ils n'épar- 
gnent pas les femmes après les avoir 
indignement violées. 

Le citoyen Loyau , étant à la caille au 
passage de l'armée révolutionnaire , fut 
couché. en joue par un cavalier, qui brûla- 
sur lui deux amorces. Sa femme et sa nièce, 
qui étaient dans la cour, sont apperçues par 
quelques-uns de ces pillards ; aussitôt ils 
se précipitent sur elles le pistolet à la main , 
et leur demandent leur porte-feuille. Un 
d'eux arrache aussitôt à Loyau sa montre 

R 3 



302 Atrocités commises dans le département 

et ses assignats-, et le reste de la maiso 
est livrée au pillage. Les détachemens d 
cette armée , qui avaient saisis dans 1( 
environs plusieurs habitans , les fusîUèren 
Vingt-sept subirent ce supplice dans lacot 
du citoyen Loyau. . 

A Saint-AubinidU'Pluz , la Municipalîi 
et la gardé nationale sont massacrés , et ] 
plupart des maisons incendiées , parc 
qu on avait trouvé dans le clocher u 
devant d'autel que Grignon prétendit êti 
un signe de i^allicment des Rebelles. ^ 

La colonne arrive aux Essarts où ell 
séjourne pendant quelque tems. Cette Gon 
mtme fut ensanglantée par Tégorgemei 
de vingt jeunes gens qui , conformément 
la proclamation des Représentans , étaiei 
rentrés dans leurs foyers après avoir dépoi 
leurs armes. Depuis cette époque , î 
avaient manifesté leur amour pour la R 
publique par la guerre continuelle qu i 
avaient faite aux Vendéens. 

Au milieu de toutes ces ruines , la Cor 
mune des Herbiers existait encore au va'ûU 
de l'incendie , qui couvrait son territoire 
trois lieues à la ronde. Filles , femm( 
enceintes , enfans à la mamelle , avaiei 
succomoé sous le fer meurtrier. Maisons 
bestiaux, fourrages, grains , tout éta 
consumé par les flammes» 



de la Vendée^ et autres circonvoisins* 263 

Des soldats entrent à la Pépinière , dans 
la maison du citoyen Joubert à quelques pas 
des Herbiers, Ils y mettent le feu. Un 
valet veut détacher les bœufs de Tétable , 
il est atteint d'un coup de fusiL Un domes- 
tique , excellent républicain , éprouvé le 
même sort. Une fille de confiance à qui 
l'on enlève 1200 liv, , ne doit son salut 
qu'à une prompte fuite. On les punissait 
de mort , parce qu'ils avaient voulu sauver 
les bestiaux de l'embrasement. 
i La femme Rustaut , du village des Her- 
biers , vint au-devant d'un détachement 
de cette armée pour lui offrir des rafraî- 
chîssemens ; elle était porteuse d'un certi- 
ficat de civisme, signé du général Barre. 
Ces monstres lui déclarent qu'ils en veulent 
à sa bourse. Us lui enlèvent environ 42 liv. 
qu'elle avait sur elle , et la forcent de ren- 
trer dans sa maison pour lui donner le 
peu d'argent qu'elle peut y avoir caché* 
Aussitôt quatre d'entre eux la saisissent , et 
leurs camarades,au nombred 'une vingtaine, . 
assouvissent sur elle leurs infâmes désirs:, 
et la laissent presque nue. Cette "femme 
ramasse le peu de forces qui lui restent en 
voyant ses granges en feu. Elle veut voler 
au secours de ses bestiaux. Trois de ces 
furieux accourent , et la menacent de la 
faire brûler avec ses bœufs. Elle s'échappe 

R 4 



804 Atrocités commises dans le département 
et court se réfugier chez sa mère. Elle 
n'était plus ; quelques-unc de ces rôdeurs 
lui avaient coupé la tête et un bras. 

Le général Ancey était dans la Commune 
des Herbiers. Grignon y arrive et dit aux 
habitans qu'ils sont bienheureux que son 
collègue y soit, parce qu'il les aurait > sans 
cela , fait tous fusiller sans distinction dès 
Républicains. Tels étaient les ordres du 
Général en chef: il avait même fait subir 
ce sort à des Municipalités en écharpe. 

Le général Ancey prévient les habitais 
d'emporter leurs effets les plus précieux , . 
attendu qu'à 2 heures de l'après-midi , leur 
Commune sera incendiée selon les ordres 
précis du Général en chef. Un instant après, 
ordre du Commandant de place à Fontenai, 
de fournir 400 voitures à bœufs pour le 
transport des grains et fourrages , avec me- 
nace du fusiller tous les habitans , en com- 
mençant par la Municip'alité , si ces voitures 
n'étaient pas prêtes pour le lendemain. Ces 
malheureux se détachent de toutes parts 
pour trouver un nombre de bestiaux et de 
voiture^ suffisans. Mais tout est dévasté^ 
onze cents mille bœufs ou vaches avaient 
péri dans ces contrées par le fer et le feu» 
Le peu qui reste de ces animaux utiles 
errent dans les genêts. Leur épouvante les 
rend innaccessibles. Enfin, le matin, on 



de la Vendée , et autres circonvoisins. 265 

charge , sur ce qui se trouve de voitures , 
'les grains et fourrages. Aussitôt la générale 
bat. On apprend que la division de Grignon 
avait essuyé un échec près St.-Fulgent. Le 
général Ancey ^ à la tête de deux mille 
hommes , préféra de mettre à exécution 
Tordre de brûler cette Coftimune , avant 
de se retirer à Cholet. Aussitôt la flamme 
s'élève de toutes parts , les volontaires dé- 
pouillent les femmes , violent les filles , et 
arrachent leurs boucles d'oreilles et leurs 
anneaux. 

Si , dans ces incendiés , quelques mal- 
heureux habitans avaient la faculté d'em- 
porter quelques peu d'effets , ils n'étaient 
pas plutôt au milieu de la colonne , que 
les volontaires , à l'exemple des généraux , 
fondaient sur eux , fesaient essuyer aux 
femmes et aux filles les violences les plus 
outrageantes , massacraient le tout , et lais- 
^ «aient cette foule de cadavres nuds et tnu- 
tilcs sur la route. 

Des volontaires , après avoir pîUé et 
incendié toute une maison , poignardèrent 
les vieillards et les enfàns. Ils s'étaient ré- 
servés les jeunes filles. tJne d'elles , sur le 
point d'être victime de leur brutalité , voit 
iout-à-coup son amant accourir à sa défende. 
Mais que fera-t-il contre cette troupe 
d'assassins ? Leur nombre rend ses efforts 



s66 Atrocités commises dans le département 

inutiles/Sa résistance ac^croît leur furèui 
Séus ses yeux , ils assouvissent leurs mon: 
tnicux désirs^ Ils le forcent ensuite à imite 
leur pxemple. A peine ces deux amans d 
ploraient dans leurs embrassemens la fatalii 
de leur sort , que ces bourreaux les pe 
cèrent du même fen 

Cinquante Républicains qui habitaiei 
une petite Commune , vinrent au-devai 
de la colonne. Ces bonnes gens avaiei 
préparé un banquet fraternel pour les reo 
voir ; la troupe l'accepte. On se met à tabL 
et ce repas est assaisonné d'une gaieté qi 
paraît sincère. Il n'est pas plutôt ache\ 
que les soldats entraînent leurs hôtes dai 
le cimetière , et les y poignardent. 

Dans le mois de floréal , an 2 , (mai 179^ 
cinq cavaliers entrèrent, à Soulans , chez 
citoyen Baudet , administrateur du distri 
de Challans. Ils demandent à sa femir 
de confiance le linge de son maître en '. 
menaçant de leurs sabres. Sur cesentrefait< 
des Vendéens arrivent , chassent ces cavî 
liers , et emmènent cette femme avec eu: 

Le, 19 thermidor , ( 6 août ) le pays ayai 
été conquis par les Républicains , çl 
revient à Soulans. La maison était rempi 
de volontaires occupés au pillage. Un d'eu 
lui enlève ses assignats et son argents C 
idétachejnent était de la colonne du Perrie 



de la Vendée, et autres circonvoîsins. 267 

Treifte Volontaires étant venus , le 28 
messidor, même année , ( 16 juillet lygS ) 
chez le citoyen Froidfond, enfoncent les 
coffres , les armoires , le fouillent lui-même 
ainsi que son oncle , et volent tout ce qu ils 
trouvent. Les maisons voisines sont égale- 
ment mises au pillage. Un mois auparavant, 
une colonne de Machecoult lui avait enlevé 
sa femme , son fils et plusieurs bestiaux. 

Le citoyen Pillet de la même Commune, 
estrencontré par un détachement. Il s'avance 
pour se faire reconnaître. Son patriotisme 
généralement connu , semblait le mettre 
à labri de tout danger ; c'était dans cette 
confiance qu'il se transportait vers ces 
soldats. Il est sur - le - champ fusillé sans 
avoir été entendu , ainsi qu'un de ses 
parens. 

.. Une colonne revenant de Saînt-Leger , 
entre dans cette Commune , y met tout à 
feu et à sang , égorge la veuve Pillet. Les 
citoyens sont assassinés dans leurs maisons 
et dans les rues. On estime qu'il fut tiré 
plus de cinq mille coups de fusils sur ce 
' pays. Les traîneurs étaient chargés d'effets. 
Une femme disant , les larmes aux yeux » 
qu'il était bien affreux d'être ainsi traité par 
des Républicains , fut aussitôt assassinée. 
Une petite fille de 14 ans avait été violée 
par quelques soldats de cette troupe; 



s68 AtrocHés commises dans le département 

D'autres qui suivaient , la i^assactèrent^ 
Une colonne commandée par radjudant«=» 
général Chadot, pille Gurmarche. Le dtoyei^ 
Bçtis , au service de Tarmée , et revenu 1^ 
veille pour cause de maladie, n'est pass 
exempt de ce brigandage. A TEspinacièrc ^ 
deux citoyens employés aux charroit-^e' 
larméç , sont massacrés , ainsi qu'une jeune 
fille. Quelques volontaires entrent chez le 
citoyen Baudet , se mettent en devoir de 
fusiller ses petits enfana ; mais Taîné leur 
ayant dit qu'ils n'étaient pas chez des bri- 
gands , que , comme eux , ils étaient au 
service de la République , fut tué d'un 
coup de pistolet à bout portant. Ce jeune 
homme était absent de l'armée depuis deux 
jours pour cause de maladie. Cette maison 
fut entièrement dévastée , et la mère du 
propriétaire qui coupait du blé dans un 
champ voisin , fut massacrée. 

Ces horreurs se commettaient le lende- 
main d'une proclamation , qui invitait tous 
les habitans à rentrer dans leurs possessions ; 
Proclamation faite par les ordres du Co- 
mité de Salut public , qui , dans le même 
instant , commandait d'attaquer sur trois 
colonnes ceux des Vendéens qui étaient 
encore armés. 

A la Huichère , cinquante Volontaires du 
bataillon de la Charente inférieure pillent» ^ 



r de la Vendée , et autres circonvoisins. 269 
insultent , détruisent les clôtures , et cou- 
pent les arbres à fruits. Bressuire ne fut 
abandonné qu'après qu on eut exterminé 
' hommes , femmes et enfans , et qu un in- 
cendie général eut consumé jusqu'aux 
subsistances. 

Un autre Général fait bâillonner deux 
jeunes filles et les livre à ses soldats ; par 
«es ordres , les enfans sont précipités au 
fond d*un puits , et cet homme a Timpu- 
dence de dire qu il est le boucher de la 
Convention. 

Des Communes sont investies pendant 
la nuit , les habitans sont ramassés dans un 
même local et fusillés. Dans d'autres cir- 
constances , des Communes entières sont 
invitées à se réunir dans un champ indiqué^ 
Tous , -sans exception , s'y rendent. La 
Municipalité en écharpe est à la tête ; la 
Garde nationale est sous les armes ; des 
groupes de femmes , d'enfans , de vîeiU 
lards les suivent. La brigade révolution- 
naire arrive , les cerne , et bientôt ils ne 
sont plus. 

Quelquefois on vît ces brigands tourner 

leurs poignards les uns contre les autres , 

et offrir à l'observateur étonné une masse 

de meurtres présidée par Tappas du gain,, 

Après la prise de Noir-Moutier , une 

itfuniçipalité en écharpe vxjat désigner ua 



«70 Atrocités commises dans le département 

repaire deVendéens ; elle fut fusillée. jParn 
cette horde de massacreurs , un soldai 
possesseur d'une somme de 24 louis en i 
qu'il avait enlevée à un rebelle , avait é 
tué par un de ses camarades. Un aut 
soldat tue ce dernier pour avoir cet 01 
vingt-cinq ou trente pressés par le mên 
motif s'arrachèrent successivement la vi 
A Bourgneuf , ladjudaht-général Lefev 
donne le spectacle d'une noyade. C'est 
5 ventôse an 2 ( 23 février 1794), qu 
ordonne à Pierre Macé , capitaine du bai 
ment le Destin , d'embarquer dans s< 
navire , pour Nantes , quarante-un iii<j 
vidus extraits des marais de Saint- Cy 
fesant partie des pays insurgés. L'arrêté \ 
la Municipalité portait qu'ils seraient ti 
duits à la Commission militaire de Nantc 
A sept heures du soir , le navire mit à 
voile. Quarante-un prisonniers , parmi b 
quels étaient deux hommes, dont un aveug 
depuis six ans , âgé ' de soixante-dix-hi 
ans ; douze femmes de difFérens âges ; quin 
enfans , dont dix depuis l'âge de six à d 
ans , et cinq à la mamelle , furent doi 
embarqués avec quatre fusiliers volontaii 
et un caporal. Arrivés à la hauteur 1 
Pierre-Moine , le capitaine reçoit un secoi 
ordre de l'adjudant Lefevre , d'extraire < 
son bâtiment la nommée Jeanne Bidet , i 



de la Vendée , et autres circonvoisins. sy i 

conduire le reste à la hauteur de Pierre- 
Moine y et de les jeter à la mer comme 
rebelles à la loi. Cet ordre , qui frappait 
sur des vieillards , des femmes et des enfans 
à la mamelle , s'étendit aussi sur les quatre 
fusiliers et le caporal. Sans doute que , 
témoins d'un assassinat aussi atroce , ils 
devenaient redoutables aux yeux de l'adju- 
dant Lefevre. 

Ses exploits ne se bornèrent pas à ce 
seul fait. Deux cent soixante insurgés se 
rendent à cet Adjudant ; il les conduit à 
Angers , et le lendemain ils sont fusillés et 
noyés au Pont -de -Ce. Quatre mille per- 
sonnes ont subi cet affreux sort au même 
ebdroit. Cet Adjudant rapporte aussi que 
depuis le Mans jusqu'à Savenay , la route 
était couverte de cadavres d'hommes et de 
femmes hachés à coups de sabre, 

Garnier (de Saintes) écrivait alors , du 
Mans , aux Jacobins de Paris , qu'on ame- 
nait les prisonniers par trentaine , que dans 
trois heures on les jugeait , et qu'à la qua- 
trième ils étaient fusillés. 

Le général Cordelier , à Clisson , fesaît 
égorger les femmes etles enfans qui n'avaient 
pu suivre leurs maris à Nantes , à cause de 
leur faiblesse. Le lendemain , comme il 
passait par le bourg de Vallet , plusieurs 
citoyens et citoyennes viennent au-devant 



\ 



272 Atrocités commises dans le département 

de lui , en criant : vive la République ! Ils 
n'en furent pas moins fusillés sur-le-champ 
par ses ordres. 

A Saint-Laurent-des-Autels , deux cents 
femmes , enfans et vieillards sont également 
assassinés. Un guide obsei'vait à Cordelier 
que s'il voulait, surprendre les Vendéens , il 
le pouvait facilement dans les marais proche 
la Chapelle-Hulin. Les détails, utiles quil 
donna à cette occasion lui valurent la mort. 

Mortagne était assiégé ; deux citoyens 
viennent le lui annoncer , afin de l'engager 
à y porter du secours : ils sont tués* Deux 
Ordonnances, pressées par le même motif, 
sont mises en état d'arrestation. Cordelier 
rebrousse chemin , préférant continuer 
d'exercer ses brigandages. La garnison de 
cette place lui avait fait demander des car- 
touches .; il se contenta de répondre que la 
peur l'excitait sans doute à cette démarche , 
et ne fit donner aucune munition. 

Lusignan , général de brigade , s'em- 
presse de suivre les traces de ses frères 
d'armes. Le village de la Pallue , près les 
forges de Cugan , le voit un jour arriver 
avec trente cavaliers. Il rencontre à Fentrée 
les femmes du village , et leur demande où 
sont leurs maris ; elles répondirent qu'ils 
étaient chez eux , occupés à leurs travauii: 
de tisserands, 5ur ses ordres , elles vont les 



de la Vendée , et autres circênvoisinsi ^^S 

chercher: ils se présentent avec leurs tabliers 
cje travail. Ce Général les conduit à Clisson , 
^t dix - sept d'entre eux , tous pères de 
famille dont les enfans étaient aii service 
de la République , sont fusillés dans cette 
ville. 

Les nommés BtUlevaére et Musca dé- 
noncent en même tems à la force armée en 
cantonnement au Château- d'Eau j plus de 
huit cents individus , tous habitans des 
Communes voisines de Nantes : ih sont 
également fusillés sans aucun jugement. 
. A Paimbœuf , la Municipalité et le Comité 
livrent aux bourreaux armés une foule d'in- 
dividus que la haine et la cupidité avaient 
proscrits. 

Belordre , adjudant du général Délage , 
passe la Loire à plusieurs reprises , sous 
prétexte de détruire les Vendéens.Il ramène 
une fois de la côte vingt-trois femmes , filles 
ou enfans de Tâge de dix , douze , qua- 
torze et dix-sept ans ; dix-sept sont fusillés. 
Une vieille femme était du nombre ; il 
l'abandonne à ses soldats , qui la hachent 
à coups de sabre , et la précipitent dans 
la Loire. 

Le général Huche t s'ébranle aussi ei^ 
recevant les ordres du général en chef 
Turreau. Nous allons ici transcrire sa 
lettre. 

Tome VL S 



«74 Atrocités commises dans le département 

TuRRjRAv ^ Général en chef de r armée de F Ouest. 

' *« Il est ordonné au général Huchet de partir sur- 
le-champ pour se rendre à Luçon; il prendra le com**^ 
mandement de toute la force armée qui s'y trouve ^ 
^insi que dans les postes adjacents. Il fera enlever , 
par tous les moyens militaires , les subsistances et 
fourrages qui se trouvent par sa droite , et c. Aussi- 
tôt les enlèvemcns faits , tous les bourgs , villages , 
hameaux , fours et moulins , seront entièrement in- 
cendiés sans exception. Les habitans qui seront re- 
connus avoir pris part directement ou indirecte- 
ment à la révolte ae leur pays , seront exterminés 
sur-le-champ. Il se conformera particulièrement à 
l'arrêté des Représentans du Peuple , du 8 ventôse 
( ap février 1794) , concernant les réfugiés ; il re- 
mettra au général Barre notre ordre portant sa sus- 
j)ension provisoire. 

•f Signé , TuRREAU. ji 

Huchet ne se croit pas digne de la con- 
fiance de son chef, s'il ne se distingue par 
quelques actes barbares. Un Officier de 
santé lui déplaît ^ il le fait massacrer. Dans 
le jardin de la maison qu il habitait , il y 
avait le cadavre d un citoyen tué par ses 
ordres. Il ordonne à urie jeune fille , pleine 
de vertu , d'aller lui cueillir une salade dand 

ce même jardin , en lui disant : B , si 

tu n'y vas pas , je t'attacherai les mains ; jt 

ti f sur ce corps , et j^ te ferai fusiller 

' aprjs. 

D'après les ordres de Turreau , il part de 
Chollet » à la tête de sa division , et la fait 






k 



• de la Vendée , et autres cîrconvoisins% 27 5 

avancer avec tant de précipitation , qu'il est 
impossible aux habitans d'enlever ce qu'ils 
ont de plvis*^récieux. Sur quelques obser- 
vations faites à ce sujet par plusieurs d'entre 
eux , il les menace de les faire fusiller. 

Un jeune homme , une jeune fille et leur 
père , arrêtés par ses ordres , spnt mis entre 
les mains des hussards. On fait briller le 
sabre à leurs yeux ; ils veulent fuir , on le? 
fusille. Le nommé Laurent , volontaire , se 
précipite sur Tun d'eux , et l'achève à coups 
de sabre. 

Quelques soldats de cette même colonne 
entrent dans une maison où étaient vingt à 
vingt-cinq malades des deux sexes , et les 
égorgent. Huchet se transporte sur les lieux 
pour s'assurer si la maîtresse du logis avait 
été tuée. ' 

Ce Général accoste , près Montaigu , 
deux vieillards qui s'occupaient à la mois- 
son ; il en assassine un de sa main , pendant 
que ses soldats égorgent l'autre. A quelques 
pas de là, plusieurs individus sont amenés 
mç le bord du chemin , où ils sont fusÛlés 
et sabrés. Au Poiré , Huchet tue de sa main 
une femme et un homme ; .et pendant cette 
expédition il ordonne à ses soldats d'en 
auassacrer cinq autres. 

La garnison de Mortagne reproche à cç 
Général d'avoir , pendant neuf jours dfî 

S 2' ' 



■% 



276 Atrocités commises dans le département 

suite , donné le même mot d'ordre et de 
rallieipent , ce qui pouvait compromettre 
la troupe , en facilitant aux Veitdéens les 
moyens de la surprendre. 

Quand les trois colonnes marchèrent 
pour attaquer Charette vers Legé , Hu- 
chet en commandait une. L'expédition 
fut sans succès ; mais au retour , il donna 
ordre au troisième bataillon des Vosges dé 
n'épargner ni hommes , ni femmes m 
ienfans. Tout ce qui avait jusques-là échappé 
aux flammes , grains et fourrages , en devint 
la proie.... Il a péri dans cette marche en- 
. viron cinq cents personnes sabrées ou 61- 
sillées. Il se fesait passer pour Charette, afin 
d'induire les habitans en erreur , et de tirer 
d'eux l'aveu qu'ils étaient royalistes , ce qui 
lui servait de prétexte pour les faire fusiller. 

Ses cruautés ont été telles , que le gé- 
néral Ferrand , indigné de tant d'horreurs , 
s^est séparé de lui. Ingrand l'a désapprouvé, 
et s'est vu forcé à mettre un frein à ces atro- 
cités. Six mille Vendéens, du nombre de 
ceux qui avaient été battus à Angers et au 
Mans , avaient repassé la Loire , et s'étaient 
retirés dans leurs foyers ; mais à la nou- 
velle des massacres et incepdies ordonnés 
par Huchet , ils rejoignirent Charette et 
se battirent dans les tems avec toute la 
fureur du désespoir. 



de la Vendée , et autres circonvoisins. «77 

Huchet , après avoir fait camper sa . 
troupe dans deux champs de froment , 
donna ordre dy mettre le feu. Il a de même 
fait incendier plusieurs fermes et un 
village , après en avoir enlevé les bestiaux 
et les effets. 

Pendant ces expéditions , Turreau ne 
restait pas inactif. La Commune de Cha- 
lonnes , entourée des armées Vendéennes , 
avait en vain fait part aux Représentans , 
aux Généraux et aux Autorités constituées 
de la position critique où elle se trouvait. 
Privée d'armes et de soldats > car sa jeu- 
nesse la plus vigoureuse était incorporée 
dans les troupes républicaines , la laissait 
à la merci des ennemis. Effectivement elle 
fut attaquée à Timproviste et forcée de se 
réfugier dans Tisle. Cependant , revenue 
de cette première surprise , son vœu est 
de chasser les assaillans. Un Commissaire 
nommé le Febvre , envoyé pour s'opposer 
à toute incursion » et qui avait fui dès 
rapproche des Vendéens , ordonne , pour 
rendre ce projet inutile , qu'on brûle ovL 
coule une partie des bateaux qui étaient 
sur la rive. 

Turreau arrive sur ces entrefaites. Les 
habitans croyant trouver en lui un libé- 
rateur , sortent de leur retraite aux cris de 
vive la République l vive la Convention ! 

S â 



«7 â Atrocités commises dans le département 

Trois cents rebelles étaient rangés en ba- 
taille devant la division Turreaù ; mais se 
battre n'était pas sa mission, il bivouaqua 
toute la nuit ; et le lendiemain , les flammes 
apprirent aux habitahs die Chalonnes , la 
perte de leurs propriétés. Les soldats de ce 
chef ne le cédaient pas en atrocités à ceux 
des autres colonnes. Le viol et le brigan- 
dage étaient à Tordre du jour dans ces odieux 
bataillons ; les femmes , lesenfans , et ceux 
qui échappèrent aux sabres de ces assassins*, 
furent judiciairement fusillés. 

Dagonrie , Commissaire du pouvoir 
exécutif à Quimpér , instruit que le jour de 
St. Corantin , patron de Tégilse cathé- 
drale de cette ville , les habitans des mon- 
tagnes voisines en dtScendaient pour satis- 
faire aux devoits de leur religion , fait as- 
semblèt* lihe force àrmëe imposante , s'en- 
toure d'une artillerie chargée à mitraille , 
et se fait apporter au milieu de. la place 
publique , les vases de Téglisc , et tout ce 
qui était Fobjet du culte de ces bons mon- 
tagnards. Il se fait un jouet de leur piété , 
boit dans quelques-uns de ces vases , .pisse 
dans les autres; enfin , les indécences les 
plus révoltantes , font reculer d'horreur 
ces bons montagnards , ils reprennient 
fort tristement le chemin de leurs mon- 
tagnes. 



de la Vendée , et autres circonvoisins^ 279 

Dans le nombre des atrocités commises 
par les Vendéens , nous avons omis les 
traits suivans : ^ : 

Au Leroux , ils clouèrent à Tarbre de la 
liberté , un volontaire qu'ils nourrirent 
dans cet état pendant trois jours ; au bout 
dé ce tems il expira. 

A la Commune de Machecoult , ils jetèrent 
dans un puits deux cent cinquante volon- 
taires , ce qui donna lieu au trait de re* 
préssailles que nous avons cité page â34»> 

Suite des atrocités commises ians le Dépar^ 
tement de la Vendée et autres départ emens 

. circonvoisins , sow l^ Prpconsulal de Carrier» 
Hentz,etc. 

li'ŒiL étonné parcourt les superbes et vastes 
plaines de la Vendée , dont les iriamenses 
productions refluaient sur une partie de 
notre sol. Quelle profonde soUtude ! les trou- 
peaux ne bondissent plus dans ces prairies 
jadis émaillées de fleurs -, k laboureur , par 
Ks chants innocens , nç bâte plus les pas 
du bœuf traçant de pénibles siUoiis ; ces 
antiques forêts , ouvrage de plusieurs siè- 
cles , ont ployé leurs têtes sous la hache , et 
la flamme a dévoré létw^troncs dépouillés \ 
ThabitM^ des airs ne trouvi^splus un bran* 

S 4 



çtSo Airocités commises dans le diparUmeni 

châge pour se reposer. Les ruines ont pris 
la place de ces habitations agréables , séjour 
du bonheur et de Tinnocence ; le croas- 
sement du corbeau , et le cri clapissant de 
Toiséau de la nuit , y font entendre leurs lu- 
gubres concert^ vdes plantes parasites se sont 
emparé de ces champs jadis si fertiles ; des 
jossemens humains sont épars sur leur sur- 
face ; le crêpe de la mort couvre ces 
malheureuses contrées ; il se déchire : et 
le nom de Carrier écrit en caractère de 
sang , s'offre aux regards du voyageur ; 
les voix gémissantes de tant de victimes , 
retentissent sous cette voûte funèbre r 
toutes accuisent Carrier : c'est Carrier qui 
est -leur assassin; c'est Garrîèr qui, dans 
sa barbare insouciance , a privé leurs ca- 
davres de sépulture , pour les livrer à la 
dent des animaux carnassiers. 

Mais , qu'avait donc fait ce malheureux 
pays , pour s'attirer une si terrible répro- 
bation ? étaif-il habité par des êtres en hor- 
reur au genre humaifr ? Ouvrons les fastes 
sangl'ans de l'anarchie , nous y trouverons 
les causes de cette proscription , dont on 
î'a enveloppé. 

La Convention et la France entière gé- 
missaient sous la domination d'une faction 
orgueilleuse , qui du sommet d'une mon- 
tagne révolutionnaire lançait se^oudrei 



de la Vendée^ et autres ciuonvoisins. 281 

destructeurs , et menaçait d'engloutir la 

patrie sous ses éruptions volcaniques. Déjà 

d'horribles catastrophes avaient signalé sa 

funeste puissance d'extermination ; une 

dernière explosion plus violente mit le 

comble au désespoir universel ; la terreur 

fut solennellement proclamée à Tordre 

du jour ; et ce décret en jaillissant comme 

une lave brûlante de ce gouffre empoisonné, 

répandit à la fois sur tous les points de la 

Jlépublique Fattente et Teffroi d'un entier 

anéantissement. Mais il ne suflRsait pas d'un 

j)areil décret ; et il semblait impossible de 

trouver pour son exécution assez d'Agens 

dUgnês de cette mission infernale. 

C'en est fait ; de la caverne convention- 
nelle s'élancent au loin les nombreux génies 
de destruction et de mort ; ils se partagent 
tous les départemens de la République. 
Ceux de l'Ouest sont dévolus au farouche 
Carrier , et Nantes devient le siège de son 
despotisme sanguinaire. C'est là , qu'une 
maison , dont il a chassé le légitime pro- 
priétaire , se change pour ce nouveau 
Cacus en un antre affreux où se trace le 
plan de mort , et d'où partent tous les 
ordres et le signal de tous ks forfaits révo- 
lutionnaires. 

L'horreur des cachots , les travaux expé- 
ditifs d'une Commission militaire ^ ne suf- 



s82 Atrocités commises dans le département 

fisent pas à ses projets de dépopulation. U 
crée de nouveaux supplices ; la fusillade 
et les noyades. C'est dans ce dernier sur- 
tout qu on lui voit développer un rafiBL^- 
nement tellement varié , que les réflexions 
qu'il produit ne servent qu à dégrader Tes- 
pèce iiumaine. Emule des Nérons et des Cali- 
gula , le théâtre de ses sanglantes tragédies , 
est celui de ses orgies. Compatriote de 
Couthon , dont nous avons été nous- 
mêmes quelque tems la dupe. Il fut Tesclave 
des volontés sanguinaires de cet être am-^ 
, bilieux , qui ne dut un peu de célébrité 
qu'à ses infirmités , fruit de ses débauches , 
et à cette extrême popularité qu'il affecta 
si long-tems pour éblouir le peuple , lors- 
qu'il lui forgeait des chaînes. 

Le 8 octobre 1793, (17 Vendém. ) Carrier 
arrive à Nantes ; cette Commune avait 
déjà son Comité révolutionnaire , dont les 
Membres étaient Goulin , Chaux , Grandir 
Maison , Bachelier , Perrochaux , Mainguet y 
Lévêque , Nain ^ Bologniel , Galloi , Du* 
rassier , Bataille , Joly et Pinard , tous 
monstres nés pour le crime , et se fesant un 
jeu de la fortune et de la vie des hominefi. 
Ce Comité bien imbu des principes révo* 
lutionnaires , n'était pas encore à cette 
hauteur d'énergie républicaine ^que le sys- 
tème des dépopulateurs exigeait desAgens 



delà Vendée, et autres circonvoisins. 283 

subalternes. Aussi voit on Carrier s'em- 
porter contre cette Autorité , lorsque fa- 
tigué des importunités de ceux qui viennent 
solliciter la sortie de quelques détenus , il 
s'écfie : (< Comment ce f,%.. Comité révo- 
yj lutionnaire travaille - t- il donc ? vingt- 
9^ cinq mille têtes doivent tomber, et je n'en 
99 vois pas encore une. m " 

Ce fut sans doute pour complaire à ce 
despote redoutable , que ce Comité , après 
s'être adjoint tous ks Membres des autres 
Autorités constituées , reconnus pour dé- 
terminés révolutionnaires , prit en séance 
secrète un arrêté portant un or-dre d'incar- 
cération , motivée sur les suspicions les 
plus frivoles , d'attentats , de conspirations 
et de liaisons avec les rebelles , et sur-tout 
ceux que le cri public désignait pour leurs 
complices ; leurs Agens secondaires sont 
.autorisés à incarcérer dans tous les quartiers 
'de la ville , les individus ainsi désignés* 
:Quel vaste champ pour ces êtres qui comp- 
taient pour ennemi , tout ce qu'il y avait 
de gens riches , probes et laboriei^x. 

Jusques-là , Carrier avait eu beau pro- 
voquer les dénonciations contre lesNantais : 
en vain n'exigeait - il que la signature de 
deux Sans - Culottes , pour incarcérer un 
Aristocrate. Ce's. funestes sugges-tions avaient 
■été repoussées de toutes » parts ô enfin il 



s 84 Atrocités commises dans le département 

fallut prendre un autre moyen pour rem- 
plir les prisons ; on eut recours à Fexécra- 
ble invention des conspirations^ 

Le 22 brumaire ( 12 novembre 179^ ) , 
la générale battit ; le canon d'alarme tonna.; 
les Sans-Culottes prirent les armes ; des par 
trouilles nombreuses parcoururent les rues ; 
de forts détachemens , protégés par Fartil- 
lerie , fermèrent toutes les issues , et trois 
mille citoyens y inscrits sur des listes pré- 
parées avant cette époque , furent fouillés:, 
pillés et incarcérés. Le même jour , plusieurs 
de ceux qu'on arrêta furent guillotinés. 
Durassias , Tun des agens du Comité , écrir 
vait à ce sujet à Crepin : t« Tuas laissé lu 
99 compagnie Marat sans armes ; mais nous 
99 avons inventé une conspiration pour ar- 
5 5 rêter les Aristocrates , et nous avons pris 
99 leurs armes m. Déjà Ton avait agité au 
Comité si Ton ferait périr les prisonniers 
en masse ; Chaux avait un autre moyen 
pour opérer leur destruction ; c'était d'iiv- 
troduire dans les prisons un homme affidé 
qui y aurait fait une insurrection , et tous 
auraient été fusillés. Ce plan se rapportait 
précisément à ce qui se passait alors daas 
les prisons de Paris. Un Officier municipal 
.d« Nantes voulut lui observer , qu'on trai- 
tait lestement les affaires au Comité , sur- 
tout lorsqu'il s'agissait de$ propriété^» delà 



'de la Vendée , et autrei circonvoisins. 285 

liberté et de la vie des citoyens. Le même 
Chaux lui répondit : a Nous marchons ici 
») sur les corps morts et sur les jolies fem- 
>9 mes !!!!! i> 

La fameuse Compagnie révolutionnaire , 
dite Marat , avait présidé aux arrestation6 ; 
elle exigea même des proscrits une somme 
de cent livres pour subvenir aux frais de 
leur incarcération. 

Lors de l'organisation de cette troupe , 
formée sous les auspices de Francastel et 
de Carrier , un Membre du Comité s'écriait 
à chaque nomination : tt N'y en a-t-il pas 
» un plus scélérat ? Il nous faut des hom- 
t> mes de cette espèce pour mettre les aris- 
99 tocrates à la raison 9 9. 

Tel était le mode par lequel chacun de 
ces militaires passait au scrutin épuratoire ;. 
on en exigea ensuite le serment que nous 
allons retracer. 

** Je jure que Marat ^ tant calomnié , tant avili par 
le parti Feuillantin , par les crapauds du Marais , 

rr les contre-révolutionnaires , ne vécut que pour 
défense du peuple , et qu41 mourut victime de 
son dévouement pour le peuple. 

" Je jure que les principes révolutionnaires qu'il 
professa , et dans ses écrits , et à la tribune conven* 
lionnelle , furent, sont et seront, toujours les 
miens. 

n Je jure que les sociétés populaires sont les vraies 
colonnes de la liberté et de* Tégalité , et que je les 
regarderai toujours comime telles, n 



286 Atrocités commises dans le dépariement 

Suit la promesse de poursuivre les ca- 
lomniateurs de ces sociétés , et la déclaration 
d'une guerre à mort aux Royalistes , Feuil-^ 
lans , et c. Le sercûent de ne jamais- coinb' 
poser avec les parens , amis , et c. , ni avec 
les intérêts personnels ,et de ne reconnaître 
pour frères que les seuls patriotes et les 
défenseurs de la République , et c. 

Ce fut à la suite de ce serment , que les 
soldats enthousiasmés de ce conventionnel, 
demandèrent qu'il leur fût permis d'adopter 
le titre d'armée de Marat. 

Un choix fait d'après ces diffiérens prin- 
cipes , incorpora dans ce corps tout ce qiic 
Nantes avait de gens perdus de réputation 
et de. crimes. Us attentent ,avec une impu^ 
dence impunie , à la liberté et aux pro- 
priétés des citoyens. On leur délègue aussi 
la fatale mission de fusiller les victimes à 
bord des bagarres, et Carrier les encourage 
et les récompense : il en rassemble chez lui 
un jour une trentaine : «< Je vous croîs ^ 

59 leur dit-il , tous de bons b je vais vous 

5J donner des pouvoirs , j'espère que^ous 
f5 les exécuterez , et que vous remplirez mes 
55 volontés 9% Il fixe ensuite la solde de ces 
soldats à dix livres par jour , somme exhor- 
bitante , qu'on leur prodigue à dessein d'en 
faire autant de bourreaux entièrement dé^ 
voués. Par un arrêté postérieur , Carrier 



de la Vendée , et autres eirconvoisins. sSy 

le$ avait entièrement subdrdonnés à la sur- 
veillance du Comité. Mais offrons ici quel- 
ques traits des Membres de ce Comité , en 
attendant que la marche historique déve- 
loppe naturellement lesi faits qui peuvent 
concourir à peindre leur moralité. 

Bachelier , président , notaire prévarica- 
teur , frappa de préférence ses confrères de 
ses mandats d'arrits : leur incarcération 
augmenta sa clientelle et les produits de son 
étude. Chaux , jaloux d'un terrain qui était 
à sa convenance , disait : «<Je ferai arrêter 
« le propriétaire , il sera trop heureux de 
'i) m'abandonner sa possession pour sortir 
n de prison > j. Jadis banqueroutier , il pros- 
crivit tous ses créanciers ; il était au greffe 
du Tribunal , àTépoque où une loi enlevait 
au Citoyen le droit de relâcher les détenus : 
((C'est bien dommage , dit-il, toute la ville 
9i de Nantes eut passé par nos mains ; nous 
^9 eussions Ait incarcérer tous les habitans 
« les uns après les autres ; ceux-ci pour une 
»îi décade, ceux-là pour deux ; après un 
^> quartier plus ou moins long y les Nantais 
9J en eussent mieux valu »». 

Grand-Maison , assassin avant la révolu^ 
tion , n avait échappé aux lois que par le 
moyen des lettres de grâces qu il avoit ob- 
tenues par le crédit de quelques nobles. 

Goulin , ex -noble , était connu par une 




-288 Atrocités commises dans le département ^ 

vie des plus licentieuse ; on Taccusait publia 
quement d'avoir frappé d'un bâton son 
père , deux jours avant sa mort. Il fit mourir 
dans les cachots son bienfaiteur; une jeune 
femme , dont il partageait le cœur et la 
fortune, ne fut pas plus épargnée. Ce Goulin 
reprochait souvent au Tribunal la lenteur 
de ses formes, u Ah ! Président , disait-il , 
55 au nommé Philippe Tronjoly , avec votre 
5j air sévère , lorsque vous êtes sur le siège 
5 5 vous avez Tame trop timorée ; est-ce qu il 
5 5 faut des preuves pour faire passer cer- 
55 taines personnes au rasoir national? On 
5 5 leur fait mettre la tête à la fenêtre sui 
5 5 rétiquette du sac »5. ^ 

Ce Comité reçut Tordre de Carrier , le 
lo Pluviôse , an 2, { 29 janvier 1794 )", de 
faire incarcérer , sous vingt-quatre heures, 
les courtiers , et ceux qui , depuis la révo- 
lution , avaient exercés ce commercé. Le 
lendemain , il joint à cette liste générale 
tous les interprètes , sans exception ; tous 
les acheteurs , acheteuses , revendeurs et 
revendeuses de denrées de première néces- 
sité , sans nulle distinction. 

u Peuple , âvait-il dit un jour dans le sein de la 
société , prends ta massue , écrase tous ces gros négo- 
cians, tous ces hommes qui se sont enrichis du fruit 
de tes sueurs ; vas , cours enfoncer ces magasins qui 
regorgent de richesses ; prends ce sabre , et exter- 
mine tous ces scélérats , qui abusent de ta patience ; 



de ia Vendée , et autres circonvùisins. 9&9 

mais je saurai bien au défaut du Peuple tirer ven^ 
"geance de ces vampires publics , la guillotine me 
iera justice de tous, et je ferai rouler leurs têtes sur 
récbafaud national. 9t 

Mêmes propos à la société populaire 
d'Ancenis : «jJe vois PAR-TOUT, dit Carrier, 
jj des gens en guenilles ; vous êtes aussj 
99 bêtes ici qu'à Nantes ; Fabondance est 
i> près de vous , et vous manquez de tout. 
31 Ignorez-vous donc que la fortune , les 
»» richesses de ces gros coquins de négo- 
« cians vous appartiennent ? et la rivière 
« n'est-elle pas là ? 35 De quel effroi ne 
péhétrait-il pas les Nantais , en disant qu'ils 
étaient tous scélérats , et qu il fallait jouer 
à la boule avec leurs têtes. 

A la suite de ces imprécations venaient 
les arrestations , qui dans un instant , et 
sous les prétextes les plus frivoles , mon- 
tèrent à plus de trois mille. Ici ce sont 
toutes les filles suspectées d'avoir été , il 
y avait un an ou deux , à la messe d'un 
prêtre réfractaire. Le plus léger soupçon 
de mœurs équivoques devient contrç 
d'autres un motif de proscription ; çt 
Carrier punit par la noyade une faute 
souvent supposée , tandis qu'il se souille 
publiquement dans la fange de la débauche 
la plus crapuleuse. 

Prieur de la Marne , collègue de Carrier 

Tome VL T 



tQO Atrocités c<fmmtses dans te département 
dans cette mission , essaya un jour de lu 
faire quelques représentations sur le dange 
des noyades , et proposait de substituer î 
ces mesures illégales la fusillade sur 1( 
cl^amp de bataille. Carrier, qui savait com 
bien ces expéditions étaient du goût de 
Comités qui les approuvaient , et de 1; 
Convention qui y applaudissait , repouss; 
dédaigneusement Prieur , en le traitan 
d'imbécille en révolution , et les baignade 
révolutionnaires continuèrent. 

On parlait un jour à Robespierre de ce 
atrocités , et de la peur que tous les Nar 
tais , jusqu'aux enfans , avaient de roim>r 
eeulf de Carrier. « C'est un patriote , répond 
49 le Tyran ; il connaît ses devoirs^ et Nanti 
55 avait besoin d'un pareil homme. . . . 

Revenons aiix Membres des Comités r^ 
volutionnaires. 

La citoyenne Mallet fut conduite e: 
prison; ladjudant général Richard s'em 
para de son or , de son argent , de se 
assignats , et de soixante- dix mille livre 
de tabac ,:sous prétexte quil était en r< 
quisition. Cinq semaines après , Perrochau 
€t Bologniel lui apportèrent sa liberté, i 
peine sortie , elle réclame ce qui lui ava 
été enlevé ; Perrochaux Tinvite à venir a 
Comité , pour avoir la clef de son appartc 
^ent. Chemin fesant , il la presse d'allt 



de la Vendée^ et autres circbnvoisins. agi 

voir , dans la prison du Bon-Pasteur , sa 
sœur , dont il lui montre la mise en liberté» 
A peine entrée dans cette maison , elle 
apprend sa nouvelle arrestation. Elle se 
plaint à Perrochaux , qui visitait la prison , 
de cette nouvelle et injuste incarcération 
quji altérait sa santé • Bon! dit-il , la guillotine 
guérira tout cela. Joly, quelque tems après, 
fcsant une visite dans cette prison , de- 
mande au geôlier si ce n'est pas la veuve 
Mallet ? Sûr Taffirmative, il dit : Elle est bien 
bonne pour aller boire à la grande tasse. 
' La femme de confiance de cette prison- 
nière^ pressait Perrochaux de lui obtenir 
quelques secours : Tu es une bête , lui dit-il , 

. lorsque cette b sera morte ^ tu y gagneras 

davantage , tu seras maîtresse à ton tour. 

Cependant le Comité fait afficher que 
ceux qui solliciteront en faveur des détenus, 
seront regardés comme suspects. L'amitié 
et la piété filiale franchirent souvent les 
barrières élevées par Tinhumanité ; mais 
avec quelle dureté furent-elles accueillies ! 

Une malheureuse épouse demandait à 
Goulin des nouvelles de son mari : Bon , 
pi importe, lui répondit-il , plutôt il mourra , 
pliitot nous aurons son bien. 

Perrochaux , de son côté , exige que la 
citoyenne Brelonville lui sacrifie son hon- 
lieur , afin d'obtenir la liberté de son père* 

T 2 



«9^^ Atrocités commises dans le département 
Témoignant ailleurs sa soif d'argent , il 
demande à la citoyenne Ollemard-Dvdan 
une somme de 3o,ooo liv., pour la laisser 
jouir de sa liberté. 

Carrier , de son côté , affichait une in-^ 
flexibilité féroce , mais qui n était pas tou* 
jours à répreuve des séductions de For ou' 
des plaisirs lubriques. Le citoyen Throuard^ 
accompagné de sa fille , invoquait un jour 
&a justice en faveur du citoyen D&tvo ^ 
détenu , destiné pour le voyage de Paris \ 
là, il fesait valoir auprès de ce Représentant 
le délabrement de sa santé. Carrier quitte 
brusquement le local où ils étaient. Throuard 
le poursuit dans celui où il se redre. Il 
le voit armé d'un chandelier , dont il veut 
le frapper. Throuard lui représente que s'il 
est républicain , il ne doit pas frappcir un 
citoyen qui a donné des marques éclatantes 
de son patriotisme depuis 1789. Cette re* 
montrancc , au lieu d'appaiser Carrier ; 
valut aux malheureux pétitionnaires d'être 
poussés avec violence et fureur hors de la 
maison. 

La citoyenne Perrote Breret avait un frère 
détenu à la maison d'arrêt dite f Entrepôt ; 
ignorant le sort qui lui était destiné , elle 
se transporte chez Carrier , qui lui demande 
d'abord quel âge a son frère : Trente • six 
uns , répond-elle. // est bon à /.•... à l'eau , 



de la Vendée^ et autres circonvoisins. SgS 

répliqua-t-il; s'il ri avait que dix-huit ans , je 
pourrais te le remettre; mais il faut quil 
périsse , et bien d'autres à sa suite ^ et les trois 
quarts de Nantes. Quelques jours après , cette 
soeur désolée fait une nouvelle tentative au- 
près de lui , et , prosternée à ses genoux » 
demande une permission de sa main pour 
voir son frère , ainsi que quelques infor- 
mations sur le sort qu on lui prépare. 
Carrier lui répond que son jugement était 
prononcé depuis son incarcération , et 
quil serait noyé sans d'autres formalités, 
ÉUc insiste pour avoir le jugement. Il lui 
répond avec fureur que c'était lui qui ren- 
flait ces jugemens , et que si elle récidivait , 
il la ferait L.... à Teau ; en même-tems il 
là frappe du fourreau de son sabre , et la 
j€ttc à la porte. Elle n'était pas au bas àt 
Tcscalier qu il la fait remonter , et lui offre 
la liberté de voir son frère , à condition 
quelle s'abandonnera à ses désirs. En lui 
parlant ainsi , il la saisissait par la main \ 
et cherchait à l'embrasser. Elle résiste à ses 
foUicitations , en lui observant que son 
honneur est ce qu'elle a de plus ch^r ; T?t 
que le sacrifice qu'il en. exigeait ne serafit 
peut-être d'aucune utilité à son frère. Toat 
ce qu'elle put obtenir de lui , fut quelle 
pouvait aller au Comité pour avoir la per- 
mission qu'elle demandait. Elle appVèrïd 

T 3 



«94 Atrocités commises dans le département 

alors que son frère doit partir pour Pain- 
bœuf, Elle retourne auprès de Carrier ^ 
lui demande la permission de pourvoir à 
sa subsistance pendant la route. // ri'a 
besoin de rien , lui répond-il , il aura suffis 
sammcnt à boire. Et pour se débarrasser des 
importunités de cette jeune fille , il la 
menaça de lui faire subir le mêrae sort que 
son frère , si elle ne s'éloignait. 

Habitué à fouler ainsi , d un pied or- 
gueilleux , les droits de l'humanité , il ne 
respectait pas davantage le caractère sacré 
des fonctionnaires publics ; et plus d'une 
fois les représentations officielles des Au- 
torités constituées ne leur obtinrent de lui 
que de brutales injures et des proscriptions, 

La Commune de Nantes avait fait quel- 
ques achats de grains pour sa subsistance. 
La municipalité de Rozier , se disant auto- 
risée du représentant Carrier, avait mis 
un embargo sur les bâtimens chargés de 
ce transport. Une députation des Au- 
torités constituées de Nantes , se rendit 
auprès de lui pour le solliciter à ordonner 
le prompt transport de ces grains. C6 Est-ce 
»5 que cela me regarde, f.....? C'est à vous 
5 5 d'écrirç au département de Mayenne et 
5 5 Loire. Vous voulez me faire faire une 
55 c.....ade , f..... ; mes collègues ont pu 
»5 donner des réquisitions qui se trouvent 




de la Vendée , et autres circonvoisîHs. 2g'5 

» en opposition à la mienne ^^^ Un Membre 
de la députation voulut lui mettre sous les 
yeux les lettres jxistificatives de cet empê- 
chement; Au fait, au fait ^ h lui dit-iL 

Un autre voulut parlet à ison ^;our* Tàh-toi^, 
lui dit-il \ je montais Vân dernier une 'bou^ 

tique qui raisonnait mieux que toi. 

Tel fut le résultat d'une démarche dont 
lobjet aurait dû être sacré aux yêiix d'un 
ami de Thumanité ; mais les destinées de 
TEmpire français étaient erttre les mains 
de ses plus cruels ennemis. 

Le Maire de Nantes se ttâ^nsportc à son 
tour dans la maison dé plaisance habité,e 
par Carrier. La sentinelle lui Refuse d'abord 
l'entrée ; mais il pénètre a la faveur de- sa 
qualité. Quelle ne -fut pas sa surprise en 
le voyant entre deux femmes dans le plus 
grand désordre. Ce* sardanapatev*â son 
aspect se lève ave^* ftitiei, et *s^'4Îcrié 4 
Pourquoi la sentin€U€^fve4'4ir4'dle pàsf:..u sa 
hdionnette au tra'otrs diftêfps ? Que viens^tu 
\hercher ici ? Des subsistances pour rives frères , 
pour mes malheureux concitoyens -qui softt ft" 
duits aune demi-livre de pain exécrable par 
joMr. Carrier , pour^toute réponse , Tinvèc- 
live et le chasse de^fô-ptésence« 

Le citoyen MifiiiT^i Ptésidéili du Dépar* 
tement , vient aussi lùï demander deà sub« 
sistances. Allà-en ^hercktr^ dam la Vendée ^^ 



B9§ 4^ocUés commis es'dans le département 
dit Carrier. On lui observe que les Com-^ 
missaire'ç ont été repoussc$« Ce sont des 
i!9^y^6f,,:î§plique-t-il; j> parie défaire, seul 
IV.touîiideJa Ver^dée avec une quenouille. Ce 
tifait sufiif ait , s'il en ' .était besoin , pour 
j)rouver combien nQS Tyrans av/iient une 
petite idée de cette Vendée , qu'ils ne 
pfeignaijejtit;: si redput^ble qu'e-pour modver 
Jif jLirs ej^écrables fureurs* 

: Le citoyen S^uvigni ^ adjudant-général 
4é.Naîitjes ^ ^e présente un jour chez lui 
pour lui faire quelques observations.Carrier 
le menace aussitôt de la ptison , et mande 
la garde pput le faire arrêter. Si je ïai 
mis^nqué , lui dit cet Adjudant ^ fais -moi punir ; 
je k rernefffHon tfj&^^. Carrier , furieux de. ce 
sang-froid , saisit son sabre pour le frapper. 
., \^ouq'i(f6i.,^lLQ,mbeçrty y Agens du Comité 
p^éyolpt^io&naire , avaient i:eçu des. pouvoirs 
trcsrétondus deHGarriei/jpour la conduite 
deçi gabarres , avec défense à qui que ce 
fût de les entrave^Çid^i?^ toutes les opéra- 
tions que pourraient exiger 'tes différentes 
x>pération^. :-;, ..v .^ 

, pn yertu de cet .pr4a^<e. v ils se mettaient 
cpdç.i^oir d'enlever: d^jlisntrepôt une quan- 
tité de dét^w , .pareil iesquels.on comp- 
iftit be^iifQupvjiç ; femntes - ei^ceintcs et 
plusieurs enfans..©n;Ja[ae;-. igje,. Le P^é^sident 
pi TAc^cttSaxei»: pijblic du tribunal criminel 



de la Vendée, et autres circonvoisins. 297 

k transportèrent dans cette maison d arrêt 
pour s'opposer à une extraction si con- 
traire aux lois. Fouquet , sourd aux réclama- 
tions de ces deux fonctionnaires , voulut 
faire Tenlèvement malgré eux. Il fait venir 
à cet effet vingt hommes de garde. Le 
Président et l'Accusateur public se déco- 
rèrent alors des marques distinctives de leurs 
charges , et , de par la loi , ordonnèrent 
aux soldats de se retirer; ce qu'ils firent , 
après en avoir requis par écrit leur refus 
de laisser sortir les prisonniers. 

Carrier , instruit de l'opposition des 
Membres du tribunal criminel , le fait 
mander le lendemain. Le Président se 
rendit à son invitation, it C'est donc toi y 
» j... f..... de Président, ^2*/ flu$sitôtle/urieux, 

^. Carrier , qui t'opposes à mes ordres ? 
".Tu disque tu veux juger : eh bien ! b...... 

)^ juges donc ; et si , dans deux heures , 
» l'cn^trepôt n'eçt pas vide , je te fais fu- 
>î siller ainsi que ton tribunal, >» Le Prési- 
dent fut tellement frappé que la feèvre le 
^sit en rent^'^rU[chez lui , et le conduisit , 
peu de jours aprè;. , au tombeau. Au milieu; 
de çp3 accès , il s'jécjri^it ! Carrier eitrUparlifr 
Carrier est un scéUrat.j^^ Carrier est-il aruté ?^ 
. .ÛnCommis&airç de l'Oricfit ,lai appojtç;) 
yu jour des dépeiq^^ep'j.Çafri^r , après =les[ 
^yxpir lues j.s'éç^îe,:^ N^^^ fA^s tous 4Ç-S.: 



k 



3oo Atrocités commises dans le dépattemetil 

Le sans-culotte Goulin écrit d abord en 
ces termes aux Membres du Comité de 
surveillance de Nantes. 

i« Frères républicaîAs , les Représentans me re— 
mettent les pièces ci-jointes que je m'empresse der 
\ous faire passer: examinez et sur-tout agissez roidc 
et vite, frappez en vrais Révolutionnaires , sinon je 
▼ous réprouve. Le Carreau populaire vous est dé- 
volu , sachez en user , ou vous êtes, ou pour mieux 
dire nous sommes foutus. Vous manquez, dites-vous^ 
de bras exécuteurs; parlez, demandez, et vous 
obtiendrez tout : Force armée , Commissaires , 
Courriers , Commis , Valets , Espions , or même 
s'il en est besoin , encore une fois , et je suis sût 

que vous serez servi sur les deux toits Songef 

au Navire etc. a 

Le général Grignon , dont il est parlé 
dans le cours de cet ouvrage , ravageait 
les environs de Fdhtcnai-le-Peuple et de 
Bressuire. Huche , d'après les ordres dé 
Thurem , ravage les environs de Luçon ; et 
Westermann ^ vantant ses victoires répétées^ 
court de massacres en massacres , n'épar- 
gnant ni les adversaires pris les armes à 
la main , ni Thabitant paisible des cam-» 
pagnes* 

, Cette horde de sîcaires, aveugles instru- 
mens d'utie faction qui ne veut dominer 
que sur des cadavres , se livre aux même» 
fureurs que les autres divisions» Le pillage , 
le meurtre J'incendie y tels sont le» forfaits 
qui signalent le passage de ces brigands 



de la Vendée , et autres circonvoisins. Soi 

dans un espace de cent lieues. Ils ont 
trouvé dans leur violence envers les femmes 
dafiEreuses jouissances. Plus d'une mère 
de famille expirante sur la place qui a été 
témoin de son déshonneur, voit son enfant 
ballotté par ces furieux ; ils se le jettent 
de Tun à Tautre , et le reçoivent sur leurs 
baïonnettes. Barbarie sans exemple , comme 
au-dessus de toute expression ! Ces brigands 
fanatisés avaient reçus de la bouche de 
Carrier des éloges faits pour enivrer le 
crime , et Taiguillonneraux derniers excès. 
A Montaigu , Carrier harangue la colonne 
des Cordeliers en ces termes : u Braves 
»ï soldats , vous qui avez porté le nom 
5y d'armée infernale au Nord , j'espère que 
39 vous le porterez de même ici. Je vous 
-fî ordonne de mettre le feu par-tout, et 
99 de tout fusiller sans distinction. 99 

On ne sera pas étonné de la célérité 
de ces expéditions militaires , en lisant les 
ordres laconiques qu'il donne au général 
Dufour. tu te plains , lui dit-il , des déndn* 
dations ; sois tranquille , je t'ai rendu justice. 
Brûle , brûle , brûle. Ce Représentant qui 
n'avait de l'audace que pour assassiner , 
satisfait de faire trembler tout Nantes , ne 
se présente jamais en face des ennemis. Il 
a néanmoins assisté à l'incendie d'une Com- 
mune; citait celle de Petit-Fages ^oix il ne 



3o2 Atrocités commises dans^ le département 

restait que quelques femmes et ènfans. Le 
feu et la flamme vomirent la destruction , 
et Carrier se fit un point de gloire de donner 
le signal de Tincendie en mettant lui-même 
le feu à Téglise. 

L'axmée révolutionnaire n est pas la 
seule qui J)orte la mort dans le sein des 
familles. Pinard^ Membre du Comité révo- 
lutionnaire , à la tête d'un détachement de 
Mulâtres , parcourt les campagnes , et sème 
par-tout TelFroi, A son nom les femmes 
fuient ; elles savent que cet homme s'est 
déclaré leur ennemi. C'est à elles qu il a 
juré une guerre à mort. Les charmes de la 
jeunesse n ont aucun empire sur son âme 
féroce. Il arrive près la forêt de Pimé , chez 
la nommée Chauvette ^ ^dont le mari avait 
pris les armes avec les Vendéens , mais que 
sa femme avait refusé .de suivre sous des 
étendards qu'elle condamnait. Elle avait 
chez elle quelques militaires conduisant un 
convoi à Nantes. Pinard leur dit qu'elle 
était la femme d'un brigand; qu'il avait 
tué ce jour-là six femmes, et qu'elle serait 
la septième : u Consoles-toi , dit-il à cette 
j5 femme , qui tenait son enfant dans ses 
5 5 bras ; consoles-toi , ton enfant sera expc- 
55 dié avant toi. C'est Pinard qui te parle , 
15 Pinard qui fait la guerre aux femmes. »» 

Le citoyen Mariette^ l'un de ceux quicscor- 



de la Vendée , et autres circonvoisins. 3o3 

tait le convoi , présent à cette scène , s arma 
d'une noble indignation , et fesant briller 
S9n sabre , il dit à cet assassin qu'il n'arri- 
verait à cette femme qu'en marchant sur 
son corps. Pinard désarmé par ce ton 
ferme , se contente de dire à Mariette qu il 
est un crâne ; et se retournant vers cette 
femme , il lui demande soixante mille liv. 
qu'un seigneur des environs avait caché 
dans un local qu'elle n'ignorait pas. Elle 
affirma que le dépôt avait été enlevé* Ce 
brigand arrêté dans son homicide, et fhistré 
dans l'espoir de sa cupidité , se retire la 
rage dans le cœur , en menaçant Mariette. 

Le lendemain , le convoi et la troupe qui 
accompagnait Pinard se rencontrèrent dans 
une forêt. Ce malheureux avait déjà mas- 
sacré deux femmes; lune d'elles demandait 
grâce pour deux enfans de cinq à six ans. 
Cette mère tombe un instant après morte 
aux pieds de Pinard , qui vint furieux , le 
pistolet à la main , pour donner la mort à 
ces deux enfans. Mariette et» un autre ci- 
toyen les avaient déjà adopté. Qne veux-tu 
faire de cet enfant , dit-il à ce Citoyen géné- 
reux ? tes- toi de laque je lui brûle la cervelle. 

Mariette le couche en joue , et le force 
d'abandonner son affreux dessein. Bientôt 
deux volontaires amènent un vieillard , 
grand-père de ces deux enfans ; c'était le 



3o4 Atrocités commises dans le département 

seul espoir de sa vieillesse , a qui cette in- 
fernale guerre avait enlevé le reste de sa 
famille : Otez-moi la vie^ mais conservez-là à 
mes deux en/ans. Tels étaient les cris lamen- 
tables de cet infortuné vieillard. 

L'assassin Pinard s'écartait de la route 
pour se gorger du sang des femtnes et 
des enfans. Trois de ces malheureuses dont 
îl avait joui , furent livrées de son chef à la 
garnison de la Commune de Vue. Elles 
forent traitées avec une barbarie dont la- 
suite fut des plus funestes. Une d'elles essuya 
dans un seul jour , les outrages de plus de 
cent de ces furieux. Ses compagnes subirent 
un sort a peu-près semblable. De pareils 
atrocités les avaient tellement afFa:iblies,.que 
sortant de leurs bras , elles ne purent se 
soutenir , et elles étaient en outre dans un 
état d'imbécillité déplorable. Trois jours 
après ,xes bourreaux les fusillèrent. 

Quelquefois 'fatigué de carnage , Pinard 
conduisait ses prisonniers au Comité. Le 
citoyen Heilré-Lambauche , propriétaire _ 
aux environs de Nantes , âgé de 7 1 ans , 
fut enlevé de son domicile , ainsi que sa 
fille. Pinard , accompagné de trois noirs , 
avait bu le vin de ce citoyen , et s'était 
emparé d'une somme de quatre mille livres. 
En route , il leur dit : u Vous n'avez que 
»î deux partis , ou de boire à la grande 



de la Vendée , et autres circonvoisins. 3o5 
99 tasse, ou la fusillade. 99 D autres partîcu* 
liers \ conduits par le même au Comité , 
sont indistinctement traités de brigands 
par ces membres , et renvoyés à la Com* 
mission militaire en termes qui respirent 
la dérision la plus barbare, u On recom- 
99 mande , y disent-ils^ les gredins ci-de§sus.. ., 
99 Ces honnêtes gens sont fatigués , mala-; 
99 des ; ils ont besoin des soins les plus 
99 délices. C'est justice de leur expédier^ 
99 un billet d'hôpital. En vérité , en vérité , 
59 le Comité révolutionnaire ne peut s'em- 
^9 pêcher de les recommander chaudement 
99 à ses frères de la Commission militaire 
99 et révolg^onnaire. 99 

Pinard , à la tête d un détaqhemeut 
composé de noirs et de blancs , entre , le 
S 8 octobre 1793, dans la maison de la, 
citoyenne Tarel , y exerce toutes sortes de- 
"vexations , lui enlève son or et ses assi- 
gnats , ainsi qu à toute sa famille. Pinard 
sort , en le^ menaçant de^ la guillotine ,1 
cle la baignoire nationale , et d'une seconde» 
visite pour le lendemain. Cette visite. 
leut effectivement lieu à deux heures du, 
Knatin. 

La troupe , commandée par un Noir , fit 
Lever toute cette famille , qije IVn consi- 
gna provisoirement dans une salle basse. 
Etendant ce tems-là , tous leurs effets sont 
Tome VI. v 



3o6 Atrocités cBmmises da7\s le département 

mis en ballots et en paquets , et trente voi- 
tures en sont chargées. On parle ensuite de 
brûler la maison ; la belle-sœur de la ci- 
toyenne Tarel offre sept à huit cents livrels 
pour empêcher cet incendie : on atcepte 
Targent , et la maison est brûlée. Tous sont 
ensuite placés sur un tombereau ; le mari 
seul , âgé de soixante-cinq ans , suivit à 
pied , et fut conduit avec les autres ^u 
Comité révolutionnaire de Nantes4^^^e Lieu- 
tenant de cette ttoupe , qui était un mu- 
lâtre , vantait sa modération dans cette" 
opération , puisqu'il s'était contenté de' 
brûler la maison , quoique* ses ordres por- 
tassent de tout tuer. On lui' répondit qu'il 
aurait bien fait de le faire. 

Au milieu de cette nuée d'assassins qui 
ont répandu la consternation générale , 
Carrier se dîstuigue par l'horreur plus pro- 
fonde , plus universelle , dont son nom 
seul glace les cœurs. A son approche, 
chacun se renferme ; et cette iafFreuse soli- 
tïide qui le livre tout entier au supplice de 
sfes remords -, ne fait qu'accroître dans son 
âme bourrelée le besoin de la solitude. 
Dans chaque figure humaine qu'il apperçoit, 
il peut reconnaître une victime , et craint 
de trouver uil .vengê^ur. Tout le mondé le 
fuit , et il. fuit tout le monde ; et dans l'excès 
de ses frayeuifs , il donna un jour Tordre- 



de la Vendée , et autres circonvoisins. Sof 
de tirer un coup de fusil àurie jeune femme 
qui , par hasard , se trouvait à sa fenêtre 
dans rinstant où il traversait la place. Soa 
espoir est dans le désespoir des Nantais , 
qu il provoque à dessein par mille fureurs , 
et dont un seul murmure suffirait pour en 
motiver la ruine , préméditée depuis long- 
tems ; car , dans une orgie , il avait dit à 
sesconfidens , quil aurait voulu voir Nantes 
remuer un peu, afin de pouvoir déclarer 
cette ville en état de contre-révolution* 

Avant de dessiner Teffirayant tableau des 
massacres , pénétrons un instant dans les 
prisons , où les hommes et les femmes > 
jetés pêle-mêle , sont confondus pour tous 
les besoins et pour toutes les souffrances. 
Un peu de pain et d'eau , telle est leur 
nourriture journalière. Des enfans, exténués 
de besoins , cherchent là nuit le baquet 
qui renferme Teau , ils tombent dans celui 
destiné aux ordures , et s'y noient. 

Un officier de santé est envoyé par la 
Commission militaire dans les prisons , 
pour constater le nombre des femmes en- 
ceintes ; il en reconnut plus de trois cents 
qui Tétaient depuis cinq , six et huit mois/ 
Cet ^étatsi respectable , et sacré pour les 
Hurons eux-mêmes , ne les exempte pas 
de la noyade. L'bfficiér , à son retour , ne 
les vit plus. L'affliction que lui causa ce 

V 2 



3o8 Atrocités commises dans le département 

premier événement s'accrut à la vue de 
plusieurs enfans qui , dans moins de, cinq 
minutes , expirèrent en sa présence , faute 
d'alimens. Huit cents femmes , et autant 
d^enfans , sans paille , sans nourriture , 
éprouvaient les horreurs du froid. If sort 
aussitôt , et peint la situation des détenus 
aux citoyennes qui avoisinaientles prisons , 
en les invitant à leur porter quelque nour- 
riture. 4 6 Comment faire , repondirent-elles, 
»j Grandmaison fait incarcérer tous ceux, 
J9 qui apportent à manger à ces femmes et 
f> à leurs enfans? n 

Dans un profond cachot était renfermée 
tarie mère , du nom de Jourdan , avec ses 
filles , dont la plus jeune avait treize ans* 
Un jeune homme , nommé Delille , et le 
directeur des hôpitaux y descendirent pour 
sauver cette dernière. Le premier spectacle 
qui frappe leurs yeux est celui de plusieurs 
cadavres inanimés de femmes et d'enfans. 
Es trouvent ensuite cette malheureuse mère 
entourée dans la paille avec ses filles , qui 
se pressaient autour d'elle pour conserver 
le peu.de chaleur qui leur reste. La plus 
jeune était ensevelie sous ses hardes ; ils 
Tinvitent à les suivre ; non ., vous n'aurez 
pas ma fille , s'écrie cette malheureuse mère, 
en soulevant avec effort s^ tête languissante, 
non ^ nous voulons mourir toutes ensemble^ Il 



de la Vendée^ et autres circonvoisins. 3og 

fallut user de violence pour entraîner cette 
jeune personne hors du fatal cachot. Elle 
y avait contracté une maladie grave , qui 
l'entraîna au tombeau, après avoir langui 
pendant six mois dans la prison. 

Les maisons d'arrêt étaient tellement en- 
combrées , que cinq ou six détenus , et, par 
la suite une trentaine , mouraient par jour 
dans chaque salle , et les cadavres y res- 
taient abandonnés pendant plus de trente- 
six heures. La corruption fut si contagieuse^ 
qu'elle s'étendit au- dehors, et plusieurs 
factionnaires en perdirent la vie. Ce n'était 
plus des maisons d'arrêt , maïs des lazarets 
pestiférés ; et quarante malheureux , dé- 
voués à la mort , consentirent seuls à essayer 
de les nettoyer , pour racheter leur vie au 
prix de ces dangers ; mais plusieurs y 
périrent sur-le-champ, et le peu qui sur- 
vécut fut indignement fusillé par ordre de 
Carrier. 

L'action de la peste n'était pas asser 
prompte encore , et la guillotine continuait 
ses sanglantes épurations. Un jour ,^ un jeune 
enfant de i3 ans avait été conduit à l'écha- 
faud ; placé sur la planche fatale , ri regar* 
dait le bourreau avec douceur , et deman- 
dait avec une naïveté attendrissante : Me 
feras - tu bien du fnal ? Aussi - tôt la hache 
tombe..... Dieux! son col n'atteignait pas la 

V a 



3 10 Atrocités commises dans le département 

ligne où frappe le fer mortel ; Imnoçenté 
victime a le crâne partagé en deux , et n'a 
point encore expiré ! Il faut recommencer , 
Il faut rajuster son corps pour les dimen- 
sions fatales . et sa vie prolongée par cette 
opération , se termine ainsi par une éter- 
nité de supplice. 

Un autre jour , six jeunes fiUçs , douées de 
tout ce qui commande aux hommes Imtéret 
et l'amour , apprennent l'arrêt de leur des- 
tinée de la bouche du concierge : 44 Mes 
3t5 amies , leur dit- il y préparez - vous à la 
5> mort , car dans une heure vous ne serez 
jî plus , c'est Carrier qui le veut ainsi. Que 
5> l'on nous juge , au moins , s'écrient-elles , 
3) qu'on nous entendent! 95 Tout est sourd à 
de si justes réclamations. N'ayant plus d'es- 
poir que dans le ciel , elles se prosternent la 
face contre terre » et s'adressent à rÉternel 
consolateur des opprimés ; une heure après 
elles sont guillotinées sans jugement. Le 
supplice de ces six infortunées fit une telle 
impression sur l'esprit de l'Exécuteur, qu'il 
en mourut huit jours après. 

Carrier en mit un des départemens voisins 
en réquisition ; et sans doute pour le mettre 
nu pas , il le maltraita tellement à coups de 
sabre , qu'il en tomba malade. Pour ap- 
précier par apperçu la quaptité de personnes 
^u'on égorgeait journellement , il est boa 



de la Vendée , et autres circonvoisins. 5 1 1 

de savoir qu'un jour le bourreau avait tant 
guillotiné , qu il déclara être fatigué , ha- 
rassé , au point de ne pouvoir plus remuer 
les bras pour travailler. 

Les : formalités judiciaires étaient trop 
longues au gré de Carrier ; les têtes ne pleur- 
vaient pas à son idée : il avait pris sur lui 
de les abroger , en envoyant à cet effet des 
ordres précis aux Juges du Tribunal cri- 
min^el. 

. Le 5^7 frimaire (17 décembre 1793^), , il 
fait tenir au Président une liste de vingt- 
quatre individus , prévenus d'avoir été pris 
'les armes à la main (1). 

On lit Tordre suivant : u Pour ordre au 
n citoyen Philippe , président du Tribunal 
» criminel, de faire exécuter sur-k-champ ^ 
>5 sans jugement , les vingt-quatre brigands 
» ci-dessus , qui viennent d'être arrêtés les 
V armes â la main. Nantes , le 27 frimaire» 
»» an II ; le Représentant da peuple > 
75 Carrier. »? , 

Un nouvel ordre verbal est donné au 
Tribunal , qui , pressé par le Proconsul » 
ordonne que la liste des prévenus sera de 
suite remise , pour être exécutés selon la 
volonté et l'exprès commandement du 

(i) Voyez les noms de ces vingt- quatre vie tim«s^ 
au Supplément t à la fin dece volume. 

y 4 



s j a Atrocités commises dans le département 

Représentant , et que la confiscation sera 
prononcée , s'il y a lieu. 

Une autre liste de vingt-sept prévenus est 
adressée au même Tribunal , avec ordre dé 
les faire exécuter sans jugement: tous furent 
fusillés (!)• 

Une marche aussi rapide dans le sys- 
tème de dépopulation , était trop conforme 
aux vues du Comité de Salut public , pour 
que Carrier n'en fût pas récompensé par les 
éloges de ses dignes collègues, u Courage, 
5J mon brave ami , lui écrit Hérault de Sé- 
»5 chelles, voilà comme on marche, jai lu 
5> ta lettre au comité de Salut public , qui 
5> en a entendu la lecture avec satisfaction >». 

Ce massacre de prétendus brigands , va 
nous offrir les traits de la plus infâme tra- 
hison. 

Une proclamation faite par Carrier , as- 
surait une amnistie aux rebelles qui se 
rendraient à Nantes : en effet , quatre-vingt 



(i) Voyez ces vingt-sept noms 2m Supplément ^ 
7L la fin de ce volume. 

Il importe de remarquer que dans ces cinquante- 
xrne victimes,, parmi lesquelles on compte sept 
femmes, il n'y a que des Laboureurs, des Tisserands, 
des Tonneliers, des Jardiniers et des Bateliers ; ce 
qui prouve assez qlie , dans le système des pros- 
criptions , le peuple n'était pas plus ménagé que 
Içs autres citoyens. ^ 



delà Vendée , et autres circonvoisins. 3 1 3 

cavaliers , tous armés et équipés , arrivent 
dans cette Commune ; et après avoir rejeté 
tout le blâme de leur insurrection sur leurs 
chefs , ils ofiroient de les livrer pieds et 
poings liés. Les Administrateurs s'assem- 
blent , et arrêtent qu'il en soit référé à Car- 
rier. Comme chacun craignait de rappro- 
cher , Xaud fut le seul qui osa lui foire part 
de ce qui venait d'arriver. Cette incertitude 
lui attira les plus grandes invectives de la 
part de Carrier , qui lui intima Tordre de 
les faire- conduire à l'entrepôt , et le lende- 
main ils furent fusillés dans la plaine de 
. Sainte-Mauve. 

Dans le jardin de la prison de VEpe- 
roniere , on fusilla un jour une cinquan- 
taine de détenus : on a vu leurs cadavres 
nuds entassés les uns sur les autres. 

Quatre-vingt-six cavaliers qui étaient en- 
core venus remettre leurs armes , furent fu- 
sillés au poste du bourg Fumée. Ils étaient 
arrivés à onze heures du matin , à une 
heure après midi ils n'existaient plus. 

Un détachement d'infanterie vint aussi se 
rendre volontairement , les soldats furent 
conduits à la plaine de S te .-Mauve et fusillés. 
Le canonnier Jacob suppléait aux coups de 
feu , en fesant sauter avec son sabre les 
têtes de ceux qui avaient échappé aux 
balles. 



3 14 Atrocités commises dans Udèparte\ 

Environ quatre-vingt femmes » ex 
de l'entrepôt , traduites à ce champ de car 
nage , y furent fusillées ; ensuite on les dé 
pouilla , et leurs corps restèrent ainsi ép 
pendant trois jours. 

Cinq cents enfans des deux sexes, doi 
les plus âgés avaient quatorze ans , 901 
conduits au même endroit pour y êtf^ 
fusillés. Jamais spectacle ne fut plus atte 
drissant et plus effrovablc ; la petitesse d.çil 
leur taille en me urs àFabri des cou 

de feu; ils délienv liens , s'éparpille 

jusques dans les bataillons de leurs bour 
reaux , cherchent un refuge entre leur] 
jambes , quils embrassent fortement , « 
levant vers eux leur visage , où se peignem 
à la fois l'innocence et l'effroi. Rien ne fài 
impression sur ces exterminateurs , ils le 
égorgent à leurs pieds ; d'autres parviennen 
à s'écarter de ces bataillons de la mort : d 
soldats se détachent , et le plomb arreti 
leur course , en les renversant sur la pou 
sière : des cavaliers les atteignent et les mas 
sacrent ; les plus proches sont assommé; 
par ces cannibales. La vigueur de Tâge Iç 
fait relever plusieurs fois sous les coups i 
crosse qu on leur assène ; autant de fois 1 
sont renversés , jusqu'à ce qu'ils soient privé 
de la lumière. Malheureux enfans , ils ap 
pellent à haute voix leur père , leur mhx\ 



■*» »* 




de la Vendée > et antres circonvohins. 3 1 5 

à leur secours : hélas ! ils ne sont plus. La 
Nature est muette pour eux ; rhumanité ne 
peut se livrer à ses heureux sentimens. La 
mort attend ceux à qui elle inspire le plus 
léger mouvement : un soldat perd connois- 
sance à la vue de ce spectacle horrible , le 
fer achève de le plonger dans les ténèbres. 
Un Officier ose demander grâce ; il est tra- ' 
duit au milieu d'un de ces groupes d'en- 
fans , et fusillé avec eux. 

Tous ces cadavres entièrement dépouillés, 
sont entassés les uns sur les autres. Le Co- 
mité sourit à cette méthode de disposer ainsi 
les corps morts , en appelant cet exhausse- 
ment une montagne. 

Un Commandant conduisait soixante- 
douze prisonniers d'Ancenis à Nantes ; sur 
la route il les fit fusiller par partie , à l'ex- 
ception de trois. Un gendarme de son dé- 
tachement lui demandait comment il ferait 
pour justifier cette fusillade, c* Ce sont des 
>5 brigands , répondit - il ; ils sont censés 
;5 s^être révoltés en route ; il y en a déjà 
>» de trop à Nantes »% Le Comité lui donna 
une décharge. 

Enfin , par tout la destruction a marqué 
ses traces par les ruines fumantes et le sang 
humain. Ici le soldat a trouvé des charmes 
dans les cris lamentables des malheureux 
incendiés dans leur chaumière : là , de jeunes 



3i6 Atrocités commises dans le département 
Elles ont expiré au milieu des violences , 
inspirées par la licence la plus effrénée : 
plusieurs de ces brigands ont Aême assouvi, 
leurs infâmes désirs jusques sur le sein des 
femmes inanimées quils viennent de mas- 
sacrer , tandis' que d'autres fouillant avec 
leurs baïonnettes dans les entrailles des 
femmes enceintes , en retirent les lambeaux 
d une innocente victime prête à recevoir le 
jour* 

Avant de parler des noyades , nous dirons . 
Un mot sur les cent trente - deux tvlantais 
envoyés à Paris , pour être traduits au Tri- 
bunal révolutionnaire. En voyant une pa- 
reille démarche , on croirait qu'un reste de 
pudeur a suspendu pour un instant le fer 
meurtrier dans les mains de ces bourreaux. 
Une liste de cent trente-deux Nantais , pres- 
que tous négocians , prise au hasard , est 
confiée à Bologniel : tous sortent de prison 
sans pouvoir se charger des effets les plus 
utiles. Leurs parens , leurs amis , ne peuvent 
les embrasser ; ils partent sous une escorte 
nombreuse ; les infirmes sont à pied : an- 
noncés par- tout comme complices de. la 
Vendée, par -tout une populace furieuse 
fait retentir à leurs oreilles Theurlement af- 
freux , à la guillotine ! A Saumur , ils sont 
traînés à petits pas derrière une voiture 
d'individus qu on conduisait au supplice» 



\ 



de la Vendée , et autres circonvoisins. 3 1 7 

Cet affreux spectacle les affecta tellement, 
que plusieurs eu moururent. Conduits dans 
les prisons d'Angers , ils y furent traités 
comme des gens destinés à la mort. Le Bour- 
reau les comptait un jour , en leur disant: 
J Savez 'VOUS que je puis vous expédier tous en 
I moins d'une heure? C'est-là quun père eut la 
I douleur de voir expirer son fils sur le pain 
I destiné à sa subsistance. Il souffrit pendant 
vingt-quatre heures les angoisses de la mort , 
sans qu il fut possible d'obtenir le moindre 
secours des garçons de la geôle : ce n'est 
pas le dernier qui soit mort ainsi victime 
de la dureté des concierges. Un jeune homme 
malade sort de son cachot , et tombe sur un 
tas de fumier qui était au milieu de la cour 
des prisons ; on le traîne aussitôt sur un lit 
de cadavre , où il achève de rendre le der- 
nier soupir. Angers est attaqué , Igs Nantais 
offrent à la Municipalité de prendre les 
armes pour combattre les assiégeans , contre 
lesquels ils avaient si souvent et avec succès 
essayé leur courage ; ils promettent de ren- 
trer après l'action dans leur prison. Cette 
pétition attendrit la Municipalité ; mais elle 
u osa prendre sur elle de déférer à la de- 
mande de ces détenus , qui leur était dé- 
peints sous les couleurs les plus affreuses. 

A leur départ d'Angers , Bologniel les 
quitte et les remet entre les m^ins d un dé<- 



] 



3i8 Atrocités commises dans It département 

tachement de la force armée , qui commence . 
à les garrotter : cette mesure leur parut si 
outrageante , que plusieurs en murmurè- 
rent ; aussitôt des volontaires sortent de 
leurs rangs , en portant Tarme haute , et 
les contraignent à se prêter à cette humi- 
liation ; on les menaça de les fusiller au 
moindre mouvement que ferait l'un* d'eux* 
Ce ne fut pas^ sans de grandes appréhen- 
tiohs qu'ils firent cette route. Ils savaient 
que le pont de Ce avait souvent été lé 
théâtre de sanglantes exécutions envers plu- 
sieurs convois de détenus qui les avaient 
précédés. 

Enfin ils sont rassurés par les militaires 
eux-mêmes, qui témoignent avoir été trom- 
pés sur leur compte , et sont prêts à réparer 
leur erreur , en les défendant contre tous 
ceux qui viendraient attenter à leur vie. C'est 
au milieu de ces consolantes promesses que 
ces infortunés arrivent à Saumur ; la plu- 
part sont reconnus par un Commandant de 
bataillon , qui trouva parmi eux ses frères 
d'armes : ttOù donc trouver maintenant des 
M patriotes 15 ? s'écrie-t-ir avec le plus vif 
étonnement. Quelques jours après l'Adju- 
dant de la place vint leur dire : et Mes amis, 
55 réjouissez- vous, vous partez demain pour 
55 Paris 5 5. Ces mots n'étaient plus un énigme 
pour eux ; ils quittent Saumur , dans la 



de la Vendée, et antres circonvoisins. 3 1^ 

pleine confiance qu ils paraîtront devant 
un Tribunal , où il leur sera permis de se 
justifier. Ils arrivent à Paris , les mêmes 
calomnies les précèdent ; on cherche à 
irriter le public , par la fausse nouvelle que 
TEtat-major de Farmée de Charette est ar- 
rivé et sera fusillé le lendemain à la plaine 
des Sablons. Ce bruit fut répaiidu par Hen- 
riot , qui cherchait une occasion pour ex- 
citer le peuple à se porter sur les prisons : 
car ce Général , à l'arrivée des Nantais , dit : 
i% Carrier est une f... b... , je les aurais fait 
« fusiller , ce sont tous des aristocrates >»• 
Ces malheureux Nantais étaient si évidem- 
ment condamné d'avance , que TEpouse 
d'un d'eux étant allé à la Municipalité pour 
demander quelques papiers nécessaires à la 
justification de son mari , en reçut cette 
réponse : tt Cela est inutile ? ce sont des 
»i hommes sacrifiés ; ils ne sont plus >». De 
son côté , Carrier se plaint de la faiblesse 
de Francastel. tx Ces cent trente-deux Nan- 
93 tais r dit-il , n'étaient pas destinés pour 
n Paris : j'avais écrit à Francastel pour les 
»> faire noyer au pont de Ce ; mais ce foutu 
n coyonn'a pas osé »». (Le citoyen Saiitin , 
Ministre de la police , était du nombre de ces 
victimes ). 

Lors de leur départ de Nantes , Chaux était 
d'avis qu on mêlât parmi eux un citoyen non 



320 Atrocités commises dans le dépatiement 
détenu , dont Tévasion facilitée à dessein, 
servirait de prétexte pour faire fusiller tous 
les autres indistinctement^ Le Commissaire 
du Comité , Maingûet, assura quils de* 
vaient être fusillés dans la journée, et Ton 
avait proposé dans la Société populaire de 
nommer trente hommes vigoureux pour 
une expédition secrète. 

Le Courier était tout prêt ; il se nom-^ 
mait Lalloue ; c'était un jeune homme de 
dix-neuf ans , originaire de Paris , de la 
section du Pont Neuf , voleur de profes* 
sion ; ses premiers faits révolutionnaires 
dataient du 2 septembre ; pendant ces mas- 
sacres, il ^vai^ fait un cours de férocité 
qui ne le cédait en rien aux scélérats les plus 
consommés etlesplus avides de sang : iljal'- 
lait voir , s'écriait cet infâme jeune homme 
dans le Comité, comme nous les dépêchions aux 
prisons de Paris. Il aspirait donc à Fhonneur 
d'ordonner , et de présider, jiu massacre 
des cent trente-deux Nantais , et il se pro-. 
mettait bien dans cette affreuse mission , 
de se distinguer par des prouesses supé- 
rieures à ces précédens assassinats. 

Carrier traitait ce jeune tigre avec beau- 
coup de familiarité ; il mangeait souvent, 
avec lui , et par ses conseils et ses exhor- 
tations sanguinaires , il en fit un des ins- 
trumens les plus actifs de ses fureurs. Elles 



de la Vendée^ et autres circonvoisins. 32 1 

trouvèrent une foule A^Agens trop zélés à 
les seconder ^ à les devancer. 

Des soldats de la compagnie Marat , re- 
çoivent des mains du Comité huit individus 
pour les prisons. Le chemin leur parut trop 
long , ils les massacrèrent à coups de sabre 
sous les fenêtres du Comité. 

Dès long-tems. Carrier avait témoigné son 
goût pour Texccrablc invention des noyades* 
En soupant chez le nommé Philippes , il lui 
avait dit : <* Bah ! bah ! vous autres juges , il 
99 vous faut cent preuves , cent témoins pour 

ff faire guillotiner un homme , f. le à 

5> Feau, vous aurez plutôt fait. >> 

Attachons-nous ici à auelques-unes de 
ses expressions , recueillies pendansle cours 
de sa vie politique , pour nous pénétrer de 
plus en plus qu'il était rhomm.e de tous 
les despotismes. 

&'agissait-il d'interroger sa pitié enfaveur 
des enfanSi^que Iç Comité désignait sous 
le nom de bugands ? ce sont des touvetaux , 
disait-il , il faut les détruire ; et lui demaii- 
doit-on , si c'était la sa dernière sentence ; il 
répondait: ne suis -je pas Représentant du 
peuple? PiiWtur s , il les désigne sous une autre 
expression non moins affreuse. Ce sont des 
vipères , dit-il , il faut les étouffer. 

Il existait cependant un arrêté du. Co- 
mité de sûreté générale enfaveur des enfaûs , 

tome VI. X 



322 AtrociUs commisfs daiti le département 

mais les instructions particulières en éloi- 
gnait Texécution. Nombre de bons citoyens 
se présentèrent pour en sauver ; mais le 
Comité révolutionnaire se piroînit , non- 
seulement de faire défenses expressés au 
Concierge de délivrer des enfans à qui que 
ce fut ; mais encore il proscrivit et fit ar- 
rêter ceux qui les avaient réclamés. 

Le Commissaire ordonnateur de la ma- 
rine se présenta pour choisir ceux qui 
pouvaient être employés sur les vaisseaux ; 
Futilité publique commandait cette dé- 
marche , déjà sanctionnée par les Comîtéà 
de gouvernement ; on lui répondit froi- 
dement que les ordres étaient changés. 

Le citoyen Hérisson , chaircuitier], se pré^ 
sente pour avoir une fille? de quatorze ans ; 
Fouquet et Lamberty lui disent qu'il est 
un scélérat de vouloir avoir de cette race ; 
Carrier qui était présent dit ^ renvoyez-^oi 
ce b... là* La femme le Normand , avec la* 
quelle Carrier vivait dans une intimité scan- 
daleuse , occupait quelques femmes pour 
les armées ; elle denlande un jour à Carrier 
qui les payera ? La guillotine , répond -il ? 

Un Membre du tribunal lui demandait 
quelques éclaircissemens sur un article de 
la loi : la guillotine , toujours la guillotinée 
Cet instrument de mort était son code su- 
prêmé, Eiifin , un dernier trait acheva de 



de laVendie^yet autres circonvoisinr^^ 3 «3 

développer la moralité cfe ce Prdconsul* 
5ur la fiir don dîner , il :s oublia utt-joùf àii 
poku- de.;:déclarer. ;que ; -comme -dt^pxè'à 
^: récapitulation:,, il «y avait mille habt tans 
j»r lieucB carréés^^il; était dértiôft'tré qiic 
îc sol de. la France- ne pouvait lés nourrir ; 
qu en conséquence , il- était esfsentiel de sfe 
délivrer de cet excédent, de population-^ 
iâns quoi la République ne pouvait exister : 
Jl faudrait commencer par îles prêffes-, iéi 
nobles , les marchands ^ les banquier is., 
les ■ négocians , qui- n€'; peuvent • aimer la 
République ; et dans son transport , il 
.criait : Tue , tue , tue. a Dans mon dépar- 
99 tçmcnt.^icontintui't'U , nous allions' à la 
53 chasse aux prêtres. Je n ai jamais' tant 
99 ri qu'envoyant la grimace que fesaient 
»3 ces b....... là eh mourant. j> 

Transportons - nous maintenant sur les 
}>'ords de la Loire', nous y verrons ses 
flots i grossis par les cadavres d'individus, 
de tout âge et de tout sexe.i Les enfans à 
la mamelle ne trouvent point de grâce au- 
près de ces bourreaxix; en vain les mères, 
ail moment de la ^submersion , demandent 
à genoux qaon. épargne CCS mnocentes 
victimes: Bahl bah ! s- écrient les • digne^ 
échos de la morale de Carrier , ce sont des 
louvetaux qu'il faut Mouffer* { Voyez ia lettri 
K.dç la gravure duiome 2 , j>, !• ) ^' 

X 2 



. i:^ Urtfuttés commises dans le département 

La livnuttie humàîn. croit obtenir , par 
Iduûoiitê de Carrier , lé terme de ces 
uo\aoks , en laver tissant de ce qui se passe j 
.^4 \:Tk^ terras bien d^ autres , loi réponçUiL Ei 
vain le mêmie citoyen insiste en faveur def 
femmes , Carrier répond qu il n'y à pai 
d autres, moyens pour sans - culotiser lei 
femmes ; d^ailleurs , qu'il a des ordres pour 
cela. Il confie à un autre citoyen que s'il 
n'agissait pas ainsi , il se ferait guillotiner', 
que telles étaient ses instructions. 

Les premiers qui subirent ce supplice 
furent quatre-vingt malheureux prêtres du 
département de la Nièvre , condamnés à la 
déportation. Transférés d'abord à Angers j 
delà à Nantes , Canîer les fit conduircsur 
\me gabane ^ où , selon ses expressions , 
le décret de déportation fut exécuté vertu 
calement. 

Ce Représentant écrivit à ce sujet à la 
Convention. Cet événement fut dépeint 
comme accidentel. Cependant , la vérité 
perce à la fin de sa lettre : Oiid torrent 
raclutionniùre ^ s écrie-t-il , que LîCîe Lcirei 

Au récit de cette no^'ade . un Membre de 
la Couvendon eut Timpudeur d'en deman- 
der la mendon honorable : et pas un de ces 
vik Sénateurs ne réclama courre cerie pro- 
portion , propre à dégrader le peupic 
Cran^^ais dons la personne de ses Reprèsen- 



de fa Vendée , et atdres circonvoisins. 325 

tans. Dès-lors les noyades fet les supplices 
de tout genre pâturent légalisés : la Conven- 
tion sembla mêtne s^assocîer à ses crimes , 
et en autoriser la continuation (i). 
• Parmi les prêtres 'noyés , deux septua- 
génaires furent 'roulés sur les rives de la 
Loire , où ils furçht recueillis par des mate- 
lots. Lé Comité en étant instruit , les réin- 
tégra dans les prisons: ils ont disparu. 
La dépouille des prêtres étaient sur une 
gabarre ; on TéValtekit à une somme de 
quarante mille livres. Carrier vint y dîner ; 
et Lattiberïi lui ayant' demandé ce qu on 

fdrait de ces dépouilles": F. , s'écrià-t-il , 

ceux qui ont fait tauvrage/n est-ce pas pour 
eux ? Dans Tdrgie qui eut lieu à cette occa- 
sion , Carrier et ses convives burent à la 
santé des calotins qui avaiên't bu à la gfande 
tasse^ Il y eut encoife^ dans un- autre tems 
une seconde noyade de prêtres. 

Ainsi , il ne lui sûflftt pas d;ordonnèr ces 
fatales expéditions ; il- vient repaître ses 



(i) On agitait une fois , en présence de Carrier , 
rexécution du décret de déportation : Oui ^ oui , 
dit-il, les déporter à ma manitre. 

Il faut , dit-il une autre fois au Comité , que vous 
opériez cet après - dîner , sans exception de qui que et 
soit, — Ne t"^ embarrasses pas , Représentant , ion affaire 
sera faite ce soir. Telle fut la réponse d'un del 
Membres. . '- 

X 3 



3 20 AirocUés commist^:dans, Uiiip^fjtcrAent 

regards de. ces sanglantes tragédies;, £t lé 
cri des victimes a souvent retenti, à soïi 
oreille. C'est dans les gabarrestjuèlesbchants 
patriotiques annonçem Fivresse des. con- 
vives. , et . leur pefsévér&nce . dans teurs 
affre iax desseins.. ,CVîs1;. à Robiti\ qi.ie Carrier 
s'adresse P9ur égayer»»^ mcgistruëusesociété, 
en lui disant': u^Pptit b .> . v., .pjetit revo- 
ie lutionnaire yÇh^.ntë.la:Çamdle et ia chan- 
.?5..son de la Montagne, jî Ces : élans id'une 
joie féroce étaient entremêlés .par ie^, récit 
^t çeux^qui. présidaient d'ordinaire aux 
'l:^aigna(cles.jLambç.jtj{:Sijr-tqKt y? vantail ses 
prçqcss.es , et s'é>:5n4*ii Ipriguement. swr lés 
, coups de .saixre^ qu iJ . donut^it:^ ^ceux qui 
tentaîçnt .c^e s'écl^i^p^r àjla.nage* j : 

Ç^Ufil mçlangie. affr,epx de iq^s les crimes ! 

.M2.lh.e1jr au citoyen -qui ^ pw ^fis. vertus ^ a 

fixé ie^.cœur dupe, épouse, dont lés appas 

ont allumé Içs feux criminels du' Proconsul ! 

Cl'e3t,.en prjé!cipit^nii;l;'épouxr au foijd des 

")eaux , qti]il brise lies liais qui.mejttent un 

frein a ses désirs ! Alors les Commis de 

ÎTïat^âfor prêtaient leur infâme ministère 

à Tenlèvement de'ces raalhéureiises , fait au 

nom du Représentant du peuple , q,ui , 

, disaient-ils ,. a v^<?joen rf'^//^j (1). 

(i) Sous le régime monarchique , les Rois ^ les 
. Trinces^ se contentaient <de faire enfermer à la Bas- 
tille les maris des femmes qu'ils convoitaient. 



de la Yendée^ et. autres circonvoisins. 827 

Trois jeunes prisonnières de la . Ven- 
dée , que la voix publique nous dépeint 
avec tous les charmes de la beauté , de 
la jeunesse et tout l'intérêt du malheur, 
sont réservées pour les plaisirs du Procon- 
sul , qui , .après avoir assouvi ses coupables 
feux , les repousse de son sein , et les fait 
précipiter dans la Loire. , 

La seconde noyade eut lieu la nuit du 
24 au 25 frimaire an 2 ( 14 au 1 5 décembre 
Jjg3 ). Qn conduisit cent trente-huit déte- 
nus au corps-de-garde de la machine , en 
leur fesai^^ accroire qu'on les conduisait à 
.Bellç-Isle. Pendant ce trajet, un des détenus 
parvint à s'échapper ;• Grandmaison ren- 
versa d un coup de pistolet celui avec lequel 
il était attaché. Arrivés à -la «gabarre , les 
.Rebelles se .trouvèrjent trop courtes pour 
les descendre au fond ; on pourvoit à cet 
inconvénient ,. en les. précipitant , la tête 
première , à fond décale. Aussitôt on ferma 
Fécoutille ; les conducteurs chavirèrent la 
gabarré ; les charpentiers soulevèrent les 
sabords ; le fond s'ouvre ^ et tout e.st en- 
glouti.. Ces infortunés , nullement instruits 
du. genre de mort qui leur était destiné , se 
sentent à peine submergés , qu'ils font 
entendre des cris affreux: sauvez -nous. ^ 
sauvez-nous , il en est encore tems , s'écrient-il& 
à leurs propres assajssins. D autres , emportés 

X 4 ' '. 



SaS Atrocités commises dans le département 

par un juste désespoir , disent : sautons dans 
les bateaux , nos bourreaux périront avec nous. 
Alors ils s'accrochent aux barques où les 
Exécuteurs s'étaient retirés avant la submer- 
sion ; mais à coups de sabre on leur hache 
les mains , et à coups de rame et de croc 
on assomme ceux qui paraissent assez vigou- 
reux pour échapper à la nage. ( Voyez la ' 
lettre de la gravure du tome i , pag. i des 
Réflexions préliminaires.) 

Dans une de ces noyades , un matelot 
implorait la pitié de celui qui présidait à 
ces horribles exécutions /^n faveur d'unt 
femme qui se débattait près du bateau.. Cette 
malheureuse l'appelait à haute voix , invo- 
quait son secours : est-ce que tu es de moitié 
avec elle ^ dit Lambertî ? Aussitôt, dun. 
coup de sabre , il fend la tête de cette 
malheureuse. 

Parmi ceux qui périrent de cette manière, 
on en remarque plusieurs déjà juges pour 
des délits criminels , et *qui , d'après tin 
appel en cassation , avaient obtenu la révi- 
sion de leur procès devant un autre tri- 
bunal. En vain l'Accusateur public près 
celui de Nantes les réclame ; et demande 
au Comité uiie décharge justificative du 
retard dans l'envoi de ces prisonniers ; le 
Comité se tait et continue ses affreuses opé- 
rations. Cependant, quelques-uns échappent 



de la Vendée , et autres çirconvoisins'. S29 

^ux flots ; Tun , condamné par la police 
correctionnelle , s'accroche à un rocher , 
^t y reste suspendu jusqu'au jour : il est 
Repris et plongé dans les cachots. Un autre, 
plus heureux, évite la mort et le Comité. 

Joseph-Leroi , condamné à quatte ans 
de détention , fut un de ceux qui échappa. 
Les détenus avaient les mains liées der- 
rière le dos , ils étaient en outre attachés 
deux à deux ; on les sépara pour les 
faire descendre dans la gabarre , il vint à 
bout def^ couper avec ses dents la corde de 
son camarade , qui à son tour le débar- 
rassa de ses liens. Aussitôt que le fond 
s'entr'ouvrit , il eut la liberté de riager, ce 
'qii'îl effectua pendant deux heures au mi- 
lieu des cadavres : étant parvenu à échap- 
per des flots , il fut repris et conduit à 
onze heures du matin , au Comité révolu- 
tionnaire , dont les Membres se mirent à 
rire en Tappercevant : u Voici un homme 
j» qui s'est sauvé-, disent-ils , <{u en feTons- 
>5 nôu^ ? il faut le f,.i.... à Peau répliqua 
95 Joly : '-Bachelier ajouta': fesons-le recon- 
>5 duire au BufFay , nous le mienerons ce 
» soir avec les autres. 9> Alors on le trans- 
féra au Buffay , couvert d'une capote , et 
à onze heures du soir , il fut mis au secret 
dans une basse-fosse , où il est resté trois 
mois et demi , réduit à une demi-livre de 



33o Atrocités commises dans le département 

pain par jour , et à une chopine d'eau. 

Le Comité , pour se garantir des éva- 
sion^ continuelles , qui mettaient au grancf 
jour ses forfaits , avait pris , comme on 
Ta déjà vu, la précaution de faire garotter 
ceux qu'il destinait à ce supplice. La com- 
pagnie Marat était chargée de cette fonction, 
mais Joly les surpassait tellement dans 
cette opération , qu'il en garda le nom dt 
garotteur par excellence. On fesait sortir les 
détenus de leurs cachots à coup§ de sabre^ pu 
enks frapp?int s\ir la tête avec le pommeau 
d'un pistolet,. Un de ses collègues les mer 
naçait de leur brûler la cervelle ; on les 
liait ensuite par douzaine , et les soldats 
de Marat s'amusaient aies percer avec leurs 
baïonnettes , en attendant Tinstant dp 
départ. 

: Une masse de huit cepts individus ainsi 
garottés ^ fut conduite à bord de la fatale 
.gabarre. . . 

- : Le nommé Perdreau , batelier , le len- 
demain de cette expédition , demanda une 
éprise de tabac, au citoyen Thomas , officier 
de santé , .qui profita de son état d'ivresse 
«pour s'informer de la manière dont ils pro- 
cédaient à ces noyades. Il répondit , que 
d abord on les dépouillait, qu ensuite , on 
les attachait par .les poignets et les bras ; 
queçfin on les. fesait monter deux à deux 



de la Vendée^ et autres circonvouins. SS i 

dans un bateau , d'où on les précipitait , 
la tête première, dans la Loire. Ce Citoyen 
lui ayant observé que quelques - uns pou- 
vaient échapper en nageant sur le dos ;* ' 
il répondit que quand cela arrivait., il y 
avait dés gats pour les assortimen. 
. . Deux militaires furent dire un soir à 
Carrier qu ils conduisaient dans un bateau 
trois cents prisonniers faits à Ancenîs; ils 
lui demandèrent en même tems ses ordres* 

Carrier leur répondit , >> comment f, 

h imbécilles que vous êtes : f......moi ces 

39 bougres - là à Teau , et que demain il 

•fî.ncn soit plus question. 5» Ce qui fut 

. cflFectué. 

j' 'Dans une autre circonstance , cinq cents 

j8ortaient de l'entrepôt à onze heures du 

:jsdir q; Robin qui était un des conducteurs , 

•se jetait , chemin fesant sur eux , avec tant 

de rudesse, qu'il en renversait dix ou douze 

à la fois. Les liens dont ils étaient serrés , 

s'opposaient à ce qu'ils se relevassent : 

Robin se précipitait sur eux à coups de 

sabre , et ne cessait de frapper que lorsqu'ils 

étaient relevés. Ces scènes furent souvent 

répétées pendant l'espace qui leur restait 

à parcourir. Entrés dans la barque , on 

leur enlève leur vêtement ; on avait même 

-projeté de les dépouiller entièrement. Les 

femmes demandent en grâce- qu'on leur 



33z Atrocités commises dans le département 

laisse au moins le linge qui les couvre. L'in- 
dignation des matelots appuya cette prière , 
et cette triste consolation leur.fut laissée en 
mourant. A peine ces victimes sont-elles ^ 
précipitées dans la Loire , qu elles sont 
assomm^ées à coups de crosse , et les soldats 
Marats font un feu continuel sur la surface 
qui les entoure. Le bruit dès vagues , celui 
de la mousqueterie et les chants affreux des. 
principaux Agens de ces supplices , étouf- 
fent les cris des mourans. Les habitant 
des bords de la Loire , ont entendu pluï 
d'une fois dans le courant de la nuit » -ces 
mousquetadesqui se prolongeaient pendant 
plusieurs heures. 

Le Comité avait d abord choisi la huit 
pour ces expéditions ; mais cet çssaî 
de sa tyrannie , effectuée sans le moindre 
obstacle , le rendit plus aiidacieux. Il jeta 
tout-à-fait le masque , et le soleil éclaira 
bientôt ses nombreux forfaits ; des hommes, 
des femmes, des enfans totalementnuds sont 
précipités du haut des gabarres dans les flots. 

Les bourreaux s'amusent sur le pont à 
les frapper à coups de sabre ; ils tranchent 
la tête aux uns ; ils en saisissent d'autres par 
les jambes et les culbutent dans la Loire, 
Lorsque le nombre des victimes est tro^ 
considérable , tout est prévu pour qu'au- 
cunes n'échappent -, les crocs, les rames, k 



\ 



' delà Vendée^ et autres circonvoinns. 3o3 

plomb , plus sûrement dirigés les atteignent 
de toutes parts. Lamberty se distingue 
toujours dans cette série de massacres. Ha- 
bile à couper les bras et les mains de ceux 
qui , dans les premiers tems , s'accrochaient 
au bateau , il plonge à plusieurs reprises 
son sabre dans le cœur^ de ceux qui sont 
à portée de ses coups. 

Une quantité de femmes , la plupart 
enceintes , et d'autres pressant leur nour- 
risson sur leur sein , sont menées à bord 
des gabarres. Les cris les plus lamentables 
se mêlent aux sombres murmures des flots* 
Ces infortunées n'attendent plus rien de 
la pitié des hommes. Leur douleur se ma- 
nifeste sous les traits les plus affligeans : 
ici une mère invoque le secours du ciel 
en faveur de son enfant ; plus loin cette 
autre , l'œil fixé sur le tendre fruit d un 
Kên chéri , l'arrose , en sanglottant , de 
ses larmes : ailleurs , une autre lui présente , 
en frémissant , ses mamelles , dont les 
sources nourricières , vont dans peu être 
taries : voyez encore cette infortunée » son 
faible fils est étendu à ses côtés ; elle pro- 
mène sur lui . son regard sombre , et ne 
pouvant se familiariser à l'idée de cette 
funeste séparation , elle s'écrie : fi> Quoi ! 
« l'on nous fait donc périr sans jugement 
u et sans nous entendre. 99 Les innocentes 



534 Atrocités commises dans le département 

caresses , le sourire de ces tendres vic- 
times , versent dans lame de ces mères 
éplorées , un sentiment qui achevé de .dé-» 
chirer leurs entrailles ; elles répondent avec 
vivacité à leurs tendres caresses , en songeant 
que c'est pour la dernière fois ! ! Une d'elles 
venait d'accoucher sur la Grève , les bour-* 
reaux lui donnent à peine le tems de terminer 
ce grand travail ; ils avancent , toutes sont 
amoncelées dans la gabarre , et après lesi 
avoir dépouillées à nud , on leur attache 
les mains derrière le dos. Les cris les plus aîb 
gus , les reproches les plus amers de ces mal- 
heureuses mères se font entendre de toutes 
parts cpntïe les bourreaux ; f ouiquet^' 
Robin et Lam^erty; y répondaient à coups 
de sabres , et la timide beauté , déjà.ajssèz 
occupée à cacher S4 nudité aux monstres 
qui l'outragent , détourne en frémissant 
ses regards de sa compagne défigurée par. le 
sang , et qui déjà chancellante vient rendre 
le dernier soupir à ses pieds. Mais le signal 
est donné ; les charpentiers d'un coup de 
hache lèvent les sabords, et l'onde les ense- 
velit pour jamais. ("Fo^^^z la lettre 0. delà gra^ 
vitre du tome I , page i du discours prélimiri. } 
Les difFérensTenseignetnens sur ces expé- 
ditipns , font monter le nombre des noyades 
qui ont eu lieu à Nantes à vingt-cinq , paitni 
lesquelles on en compte une de six cents 



de la Vendée, et autres circonvoisins^ 336 

enfans. On ne peut affirmer au juste le 
nombre des individus qui ont été préci-: 
pités dans les flots ; les outrages qu on leur 
fit éprouver furent si variés ; les Agens de, 
ces atrocités y portèrent un tel rafinement ,. 
que la plume ne peut saisir tous les traits 
que ces phénomènes de cruauté inventèrent 
à chaque minute. ' 

Quelquefois on les avait vu sur le pont 
de ces bateaux stationnés au milieu de la 
Loire, se faire une espèce de passe -tems, 
en y précipitant quelques-unes de leurs 
victimes. Mais habiles dans la funeste 
science de donner la mort , ils créèrent un 
nouveau genre de supplice qu ils nom- 
mèrent mariages républicains* Cette horrible 
cérémonie consistait dans l'assemblage der 
deux personnes de difFérens sexes , nues et 
attachées. Tune à Fautre. La bisarre imagina-- 
tion de ces montres y réunit tantôtla vieillesse 
à côté de la vieillesse , la jeunesse à côté de 
la jeunesse , et quelquefois ces deux âg<;s 
furent entremêlés. On peut d'abord se faire 
une idée de Tironie et des sarcasmes que 
vomissaient les acteurs de ces atroces tra- 
gédies : mais on se peindra difficilement 
les impressions douloureuses qui déchi- 
raient ainsi la pudeur , et combien était 
terrible pour le cœur sensible et aimant , 
ce jeu cruel qui consistait à exposer à nud 



336 Atrocités commises dans le département 

deis charmes que rimagination ne se peint 
jamais que sous les couleurs du plaisir et 
avec ridée du bonheur. ( Voyez la lettre P 
de la gravure du tome i , page i des réflexions 
préliminaires ). 

Debout sur les bords de la Loire , ces 
malheureux restaient pendant une heure \ 
exposés aux intempéries de Tair , et au^ 
insultes de ces Cannibales , qui finissaien*- 
par les frapper sur la tête à coups de sabre ^ 
et les précipitaient ensuite dans ce fleuve • 
Endurcis par tant de cruautés , ils dédaL ^ 
gnèrent souvent la précaution de conserve:^ 
leurs victimes jusqu'à Finstant fixé pou::* 
leur mort. Conduits par partie dans le^ 
bateaux , dont on fermait les écoutilles ---s 
le défaut d'air en suffoqua plusieurs à diffé — 
rentes reprises. Un événement semblable , - 
qui arriva à d'autres malheureux , ne peut ^ 
être attribué à la simple négligence. La - 
gabarre se trouva clouée , et dans cette 
espèce de tombeau vivant, plus de quatre- 
vingt citoyens trouvèrent la mort. Un grand 
nombre resta souvent pendant trois jours 
privé de toute espèce d'alimens. Ce n'était 
qu'avec des peines infinies que des matelots 
parvenaient à leur faire passer des secours. 
Il est intéressant pour Thonneur de l'hu- 
manité de remarquer que: ceux qui furent 
employés à ces opérations montrèrent 



de la Vendée , et autres circonvoîsins. 33^ 

d'abord tant de répugnance , qu'il fallut 
les sabrer et les menacer des plus grands 
supplices pour les forcer à prêter leur 
ministère. 

Au milieu de tant d'horreurs , un sen- 
timent pénible cherche encore à calculer 
le nombre des victimes que ces bourreaux 
précipitèrent dans la nuit du trépas , par 
tous les moyens destructeurs que Tenfer 
seul pouvait leur inspirer. ( Voyez la lettre K 
de la gravure du tome //,/?•!)• 

En nivôse an 2 , ( décembre lygS ) 
Lamberty étant chez Carrier, avec plusieurs 
généraux , montra à ceux-ci la Loire , en 
disant : Il y en a déjà passé 2800. Un de 
ces généraux demanda ce que cela signi- 
fiait. Carrier répondit : Eh bien! oui, 2800 
dans la baignoire nationale. Un affidé du 
Comité porta un jour le nombre des sub- 
mergés à 6000. Fouquet se vantait d'en 
avoir , pour son compte , expédié ainsi 
plus de 9000 , et les différens aveux sufBsent 
pour motiver cette assertion d'un homme 
cligne de foi , qui assura c[ue , pendant 
long-tems , et dans une étendue de dix-huit 
lieues , la Loire était , depuis S^umur jus^ 
qu'à Nantes , toute rouge de àang. Enflée 
par la foule immense des cadavres quelle 
roulait avec ses flots , elle portait Tépou- 
vante à l'Océan ; inais tout-à-coUp uat 
Tome VI. Y 



33S Atrocités commises dans le département 
-marée violente repousse jusques sous le^ 
murs de Nantes ces affreux monumens d^ 
tant de cruautés ; toute la surface du fleuve 
est couverte de membres flottans ça et là , 
que se' disputent avec acharnement les 
poissons voraces qui les déchirent. Quel 
spectacle pour les Nantais ! Une sage pré- 
voyance leur interdit Tusage de cette eau 
et des poissons qu elle nourrit ; Tun et 
Tautre empoisonneraient infailliblement les 
sources de la vie. 

Mais comme si le ciel eût voulu épou- 
vanter le crime lui-même , par le spectacle 
forcé des victimes de ses forfaits , une mul- 
titude considérable de ces cadavres , portée 
tout-à-coup par le remoux de Fonde sur 
ies grèves , y restent déposés lors de la 
_J>^isse de la marée. Les oiseaux de proie , 
les animaux caîrnaciers les déchirent par 
lambeaux. L'effroi éloigne dabord tout 
i^ecours ; mais bientôt des invitations for- 
melles et le sentiment de la conservation 
•personnelle fout courir en foule les habi- 
Xans riverains , qui consacrèrent plusieurs 
jours aux devoirs de Tinhumation. Que de 
iarmès î qjife de gémissemens se mêlent à 
5::^ d'ÇMloui^ei^s^s fonctions ! Ils se montrent 
eô silence., -Cette mère infortunée , qui serre 
^ncorfe son enfant contre son sein ; elle 
Avmt invité le« bourreaux à ne pas les 



d^ la Vendée , et^Autres circonvoisins. 33q 
séparer. Une autre avait sa Bouche étroi-» 
temént collée ^ùr les lèvres de son jeune 
nourrisson. Dans' cet état , elle avait paru 
chercher à recueillir son dernier soupir. 
Un. poisson voracfi à déchiré lès entrailles 
de cette jeune épouse ; le fruit qu elle por- 
taib^st devenu sa tpâture. 

A ces victim^sn des noyadts , ajoutez 
celles des fusillades ou de la guillotine ^ 
dont -nous 'n avons pu citer qu'une par- 
tie; mais qui «''élevèrentà un nombre tel , 
quer 3oo Kominës furent occupés pendant 
six semaines entières sur la seule place du 
dépjartement i à recouvrir les vastes et pro- 
fonde^ fossés quon y avait remplies dû 
cadavres. Ajoutiez tous ceux que les besoins ^ 
lé misère et: lés maladies pestilentielles en-^ 
levèrent dans Tintérieur des prisons , et 
qu^un témoin digne de foi fait monter à plus 
4e dix/tnillë! H... Rapprochez , si vous en 
avez Ib courage V tous ceux que itioisson- 
nèrent ainsi , comme^à Fenvie , toutes les 
fureurs conjurées avec les élémens , et vous 
aurez , par uiï calcul approximatif , plus 
de ioo,ooo;vifctit|cwjs de Carrier à, déplorer. 
Ajoutez encore plus de loo mille hommes 
péri par Lin«ptiç fdes généraux , tels que 
Ronsin , Saritferre V'ett* Ce dernier, dans 
sa première affairé lâisifa pretïdreai^îhoiris 
80. pièces de canoln ^et causa la jperte d* 
i Y 2 



340 Atrocités commises dms le département 

quinze mille homme^ Ge qui £Eiit un total 
de plus d'un million d'individus deç deux 
sexes , et tous Français ! . . •'. moissonnés 
dan§ cett€ malheureuse guerre de la Vendée , 
au nom de la royauté,,,,., de la religion.. •• 
de la liberté,... 

Mais tirons le voile sqr tant d'atrocités : 
elles fatiguent , elles suffoquent Fâme ; elles 
font rougir Thumanité. ' 

Carrier s'éloigne enfia de Nantes , où 
îl laisse encore par- tout les ineffaçables 
monumens de sa cruau-té ! Les Nantais , à 
qui son absence permit de renaître au sen- 
timent de la vie , n'en sentirent que plus 
vivement la profondeur de leurs plaies; 
Il n'était pas de famille qui ne fût dans le 
deuil y et qui , dans l'excès d'un juste dé-î 
sespoir ,. in 'exécrât à jamais la mémoire dé 
ce Tyran et de la Convention. 

La haine de Carrier pour les Nantais , 
n'est pas encore éteinte dans son cœur.- 

Des Députés de cette Commune viennent 
à Paris solliciter des subsistances. Carrier 
d'abord leur promet de les aider. Le lende- 
main il apprend que Fouqùet et Lambertj^ 
deux de ses agens les plùs^ffidés , pnt été 
guillotinés. Alors il s'emporte contre les 
Députés , les menace de solliciter, auprès 
de la Convention l'installation d'une Com- 
^issÎQn militaire , u qu'il se mettra à la tête 



de la Vendée i et autres circonvoisim. S\\ 

55 et qu il fera roulef toutes les têtes des 
» Nantais sur Féchafaud national, n 

Mais le fer vengeur mit fin à ses desseins 
criminels. Le Comité révolutionnaire de 
Nantes traduit au tribunal de Paris , accuse 
Carrier de touS les crimes qu il a commis. 
Le peuple ne pouvant contenir sa juste 
indignation , le demande à haute voix. La 
Convention cède presque à regret aux cris 
de Thumanité éplorée > qui demande ven- 
geance ; et après avoir épuisé toutes les 
formalités de la garantie accordée aux 
Représentans accusés , elle le livre au 
tribunal qui, enfin, par jugement du 6 
frimaire , an 3 , {26 novembre 1794 J le 
condamne à mort , et purge à jamais la 
société d un monstre qui Ta tyrannisée , et 
qui Ta déshonorée par les actes les plus 
révoltans. 

Voici le texte du jugement r 

«< Le Tribunal, après avoir entendu la déclaration 
5î du jury, portant 1^. qu'il" est constant que , et c. 
» suit une énumération très-longue de crimes ^ (\rxi 
>j se trouvent relatés dans l'historique ci-dessus. 

" *°* QP^ Taccusé Carrier est convaincu de s'être 
»» rendu coupable de tous ces faits^ ; 

>5 3^. Qu'il l'a fait dans des intentions crimî- 
99 nelles ; 

. '* 4°- Qj^^l ^^' également constant que MoreaUy 
n dit Grankmais on ^ est signataire de l'ordre du i5 
f^ frimaire , pour noyer; qu'il a conduit les détenu» 
>j à la gabarre , et maltraité les victimes , en leur 

V 3 



S42 Atrocités commises dam la Vendée ^ àc* 

jj coupant les doigts à cotips de sabre , et qu'iPest 
j» convaincu de Tavoir fait dans des intentions, crir 
jî minelles ; 

n b^. Que Finard est convaincu d'avoir commis 
99 plusieurs assassinats de femmes et d'enfans ; 
» d avoir volé une somme de 40P0 liv. , et d'avoir 
îj incendié plusieurs habitation», et qu'il l'a fait 
9> dans des intentions criminelles ; 

jj En conséquence le Tribunal , après avoir en* 
n tendu l'Accusateur public sur l'application delà 
99 peine , et d'après les lois par lui invoquées , 
99 condamne lesdits Carrier^ Grandmaison et Pinard 
99 à la peine de mort, et déclare leurs biens acquis 
»9 et confisqués au profit de la République 99. 

A regard des autres Accusés , les faits 
furent déclarés constans ; mais ils furent 
acquittés sur la question intentionnelle, O 
crime de la jurisprudence révolutionnaire! 
Des hommes convaincus de tant d atroces 
forfaits , a convaincus d'avoir ordoimé les^ 
55 fusillades, les noyades; dé s'être approprié 
99 les dépouilles de leurs victimes jj : cette 
• foule barbare d'Exécuteurs reconnus de ces 
ordres^sanguinaires; ctHéron , u convaincu 
55 d'avoir assassiné des enfans , d'avoir porté 
99 publiquement à son chapeau des oreilles 
35 d'hommes , etc. également massacrés par 
jî lui; 99 tous ces monstres échappent au fer 
de la justice , parce que leur intention n'est 

pas supposée contre-révolutionnaire! ' 

Tous ces forfaits qui ont couvert la 
révolution de sang et d'opprobre , ne sont 
pas , censés les plus grands des attentats 



\ 



Précis des crimes du proconsul Lehon. 343 

contre la révolution elle-même ! Ah ! ces 
forfaits sont les seuls qui n'admettent pas 
d'excuses, et qu un républicain sincère doit 
frapper sans pitié. Le prétexte de la liberté 
ne fait qu'ajouter à' l'horreur du crime qui 
l'usurpe , et la république ne reconnaît que 
la vertu. 

JV. 5. Ces hommes ne sont pas les seuls cou- 
pables des horreurs commises dans la Vendée. 

On ne doit pas oublier que le malheureux Phe- 
lippeauK a été sacrifié pour avoir voulu , au mois de 
mvôse an 2 (janvier 1794 ), dévoiler au Comité de 
Salut public et à la Convention ces atrocités. Mais 
Phelippcaux devait savoir que le Comité de Salut 
public avait ordonné de tout exterminer. 

Précis historique des crimes comviis à Arras , 
Cambrai et autres lieux , sous le Proconsidat 
du prêtre Joseph Lebon, 

liA mission de Lebon dans les Départe- 
mens frontières du Nord , peut être com- 
parée à l'apparution de ces noires furies si 
redoutées dans les tems du paganisme» 
Comme elles , il sème sur la route , les poi- 
sons , les serpens et la mort. C'est dans sa 
malheureuse patrie , dans Arras qu'il en- 
tasse victimes sur victimes ; mais avant de 
parler de cette Commune , entrons avec 
lui dans celle de Cambrai. Son redoutable 
tribunal l'entoure. Le costume de chacun 
de ses Membres , les armes meurtrières. 

Y 4 



344 Précis historique des crimes 

dopt ils sont couverts , ajoutent à leur aîr" 
rebarbaratif et à la terrible renommée dont- 
ils jouissent. 

L'arrestation de quelques femmes sans 
cocardes , signale leur entrée. Ils se trans- 
portent au département où ils requièrent 
une maison toute meublée pour le Repré- 
sentant et sa suite. Lebon s'étehd négligem- 
ment sur un fauteuil , et jette ses pouvoirs 
sur la table , en disant : Vous me connaissez 
sans doute. Cependant ses sbires parcourent 
la salle. Ils trouvent par-tout des emblèmes ' 
de la Royauté. Ici c'est une rosette suspen- 
due à un lustre qu'ils transforment en fleurs 
de lys. Là c'est une vieille carte d'Angle- 
terre colée derrière un tableau. Les armoi- 
ries de ce royaume qu'on y voit encore , 
excitent les emportemens de ces furieux*. 
Ils crient à la guillotine. Lebon , son sabre 
à la main qu'il agite d'une manière épou- 
vantable , se promène à grands pas dans la 
salle et se répand en imprécations et en 
juremens affreux contre les Administrateurs, 

A la. Municipalité il déploie la même 
impudence. JSTy a-t-il ici , demande-t-il , 
ni nobles , ni prêtres ? Il n'y a ni nobles , ni 
ex-prêtres, répond avec assurance un Muni- 
cipal. Le mot d'ex-prêtre heurta peut-être 
avec trop de violence le passionné Lebon. Ce 
Magistrat fut destitué et envoyé enprison. 



commis ious le proconsul J. Lebon. 345 

Le même scandale Taccompagne à la 
Société populaire. Qjiel est le Monsieur , 
dit-il , qui monte à la tribune ? Il ny a point 
ici de Monsieur ; nous sommes tous égaux , 
xépond un Sociétaire, et Egaux ! qui de vous 
3j oserait se dire mon égal ? moi , le Repré- 
-39 sentant de 26 raillions d'hommes î 95 

Sa présence opprime déjà les^ maisons 
darrêt. Le Concierge reçoit Tordre de 
n obéir à aucun acte de mise en liberté , 
sans en référer au trit>unal révolutionnaire. 
Toutes communications au-dehors sont dé- 
fendues ; en vain on insiste pour que le 
perruquier aie la liberté dy pénétrer, u Je 
j> mp charge , dit-il , de faire raser les 
99 détenus avec le rasoir national. 99 Veut- 
on lui mettre sous les yeux quelques pièces 
en faveur des détenus : t^ Je n'ai pas besoin 
99 de vos preuves , je m'en rapporte à ce 
îî qu'on m'a dit ; il faut qu'il y passé. 99 

Avant d'aller plus loin , fesons connaître 
les individus quïl associe à ses brigandages , 
et précisons quelques faits qui leur sont 
particuliers. 

Célestin Lefetz , vice-président du district 
d'Arras, ex-Génovéfin, ensuite prêtre cons- 
titutionnel , fondé de pouvoirs du Repré- 
sentant du peuple , brise les scellés , pille 
les effets , et viole toutes les lois de la dé- 
cence en fouillant les détenus. 



346 Trécis historique des crimes 

Hidoux n'apposait jamais de scellés cm 
présence des parties intéressées. Il vient 
arrêter une femme perdue de ses membres 
depuis huit ans , et la traîne sur un matelat 
le long deTescalier, en lui disant : «4 Crèves, 
99 vieille garce , nous aurons plutôt ton ' 
bien. 

Gamot , ex-procureur, s'offrait de trouvet 
des papiers à la charge des détenus , si ToO 
se trouvait embarrassé pour les condamneiT» 

Warnier , administrateur du district 
et Ausart , Tagent national , tous deu^ 
ex-Oratoriens , brisaient les scellés et cro — 
chetaient les portes. 

Bacqueville , meunier , homme d'un^ 
naturel très-bouillant , disait à la Société^ 
populaire , comme on y parlait de 
l'embarras qui résultait du ^rand nombre 
des détenus : // ny a pas tant d'affaire , il 
faut tout guillotiner. 

Duponchel, ancien laquais , homme 
ignare, nommé à la place du Maire d'Arras, 
donna Tidée de faire périr les prisonniers 
en masse : a Qu'on me demande ma signa- 
55 ture , s'écriait-il , pour les faire fusiller , 
55 je suis prêt à la donner , car c'est un 
5) tas de gueux. 55 

Jouy , juré , à l'époque du 9 ther- 
midor , dit publiquement : a Qiie la 
n Convention était plus scélérate que les 



commis sous le proconsul J. Lebon. 347 

w deux Robespierre ; qu il n'y avait pas 
>î d'autres moyens pour les sauver que de 
» se porter aux maisons d'arrêt pour y 
9i assassiner tous les prisonniers , parce 
♦j que c'était des prisons que sortaient les 
» conspirations, n 

Danel , chirurgien , jure ; le Directeur 
de rhôpital lui avait refusé son paiement 
à raison de son ignorance, m Eh bien ! P9l 
?5 dit Danel , je vais aller trouver Lebon ^ 
n je gagnerai davantage à faire guillotiner.»» 
Lebon fut très-content de ce nouveau pro- 
sélyte, u C'est , dit-il , un de ces b 

»» à poil , comme il m'en faut ; j'aime à les 
jj trouver tout façonné pour la mort. »» 

Caubrières , juré et accusateur public , 
fils d'un valet de caserne ; il avait puisé son 
éducation au milieu des corps-de-garde. Il 
citait toujours la terrible maxime de Saint- 
Just : La révolution est un coup de foudre , il 
faut frapper. 

Darthé , homme de loi à Saint-Pol ,dans 
la prétendue conspiration de Boulogne , 
fit guillotiner un vertueux père de famille ; 
et le soir , les mains encore fumantes du 
sang de cet infortuné , il ose les présenter 
à une de ses filles en la forçant de danser 
avec lui. 

Lemire , perruquier , juré au tribunal ; 
ce monstre n'avait que le mot gnillolinc à 



348 Précis historique des crimes 

la bouche : c* On avait eu tort , disait-il n 
9J jour , d'avoir suspendu son activité ; car; 
9> si on l'eût encore laissé aller trois mois, 
« on aurait commencé à être tranquille.»» 
Il fut le dénonciateur de la famille Mayoul- 
sur-Saint-Leger , dont la fin tragiquç est 
rapportée plus bas. On lui demanda lors 
de ce jugement , s'il y en avait beaucoup à 
gpuillotiner ce jour-là. Toute la sacrée sequelU 
y passera , répondit-il. Un autre Citoyen k 
questionne à son tour , pour savoir s'il n'est 
pour rien dans cette affaire. Je suis leur dé^ 
nonciateur , ajoute- t-il. — Mais tu restes i 
à ce que je crois , chez elle. — Oui , j'y 
reste ; je boirai leur vin , et je les ferai 
encore guillotiner. 

Rémi. C'était la perle des jurés. Lebon 
l'appelait son petit canarien , allusion à un 
habit jaune qu'il portait. Sa vie publique ; à 
Bapaume , n avait été qu'un tissu de crimes. 
A Cambrai , il criait sur la place : »5 II y 
55aura au moins 600 têtes qui tomberontici 
y 9 par mois. Il est bien étonnant qu'on ne 
59 vienne pas nous dénoncer.Il faut que nous 
îîsoyons dénonciateurs, témoins et juges. » 
Intime avec le bourreau , Petitpierre , il en 
recevait différentes hardes , ainsi que sa 
digne cohorte. Lebon avait la montre du 
citoyen Bourdon ; sa femme , le collier de 
la citoyenne Rauguilly , et c. etc. Lebon ne 



f. 



commis sous le pro consul J. Lebon. 3^g 

^-/7J roulait laisser subsister qu une quinzaine de 
Êuniiles dans Cambrai. Elles suffisaient , 
i son avis , pour soutenir cette ville. 

Parmi cette bande de voleurs, Taccusa- 

tcur public , Caron , beau-frère de Lebon , ^^ 

y tient une place remarquable. C'est lui qui 

fait des signes aux jurés dans le cours des 

débats , c'est lui qui dresse les actes d'accu- 

âation. Son Secrétaire lui demandait un 

jour sur quels chefs il baserait un acte 

d^accusation. Aristocrate , dit Caron. — Arîs- 

tiocrate , c'est bientôt dit. — Eh ! f.... bête ! 

«n met aristocrate enragé^ anti-maratiste ^ 

9nodéré ., et c. L'ex-capucin , Pottier , son 

<:ollègue , un misérable vuidangeur, le 

cousin de Robespierre , Carreau , et trois 

ou quatre oncles de la femme de Lebon , se 

£rent principalement distinguer par leurs 

T>rigandages et leur cruauté. 

L'huissier André mérite de trouver ici 
sa place. Chargé de la surveillance des 
xnaisons d'arrct , il s'y transportait souvent 
a.vec réponse de Lebon et ses frères. Cha- 
cun d'eux fesait éprouver des outrages 
sans nombre aux détenus. André chasse 
"€me mère qui attendait son enfant qu'elle 
^vait conduit à son mari incarcéré. Il disait^ 
^n la frappant à coups de pieds : La révo-- 
dution est un.coup de foudre , il faut frapper^ 
Cet Huissier se plaignait de ce que 



35o Précis historique des crimes 

Cambrai n était pas à la hapteur, qu'il y 

avaitune foule d'aristocrates à raccourcir f 

1» Car , disait-il , lorsque le tribunal acquitte 
quelques accusés , les spectateurs manifestent leur 
joie ; quand , au contraire, il y en a de condanméi, 
il régne parmi eux un morne silence. C'est de 
l'aristocratie. En conséquence , on va faire venir 
»à grande force des accusés des autres Communes) 
pour accoutumer les habitans de Cambrai à ce 
spectacle; après cela, on frappera les grands coups, 
et quarante à cinquante têtes de scélérats tombe- 
ront chaque jour »». 

Comme les jurés , il spéculait sur les dé- 
pouilles des détenus , il les invitait à se vêtir 
de leurs meilleurs habits , et à prendre 
leurs bijoux ; on le vit même traiter dure- 
ment le citoyen Limeliette qui , au moment 
de monter au tribunal , avait mis sa lAônt'^c 
dans la poche du nommé Lévêque. André' 
fouille ce dernier : «t C'est toi , dit-il , Scé- 
5J lérat , qui a pris sa montre. Voyez ces 
59 coquins d'aristocrates , ils sont voleurs 
55 jusques sur Téchafaud. 55 

Le tribunal révolutionnaire était en acti- 
vité. Lebon , pour se soustraire aux sollici- 
tations , fait mettre sur sa porte' cettef 
inscription : «t Ceux qui entreront ici pour 
55 demander l'élargissement des détenus , 
55 n'en sortiront quepour^ller en prisori.'sj 
En effet , tous ceux qui osent l'aborder , 
subissent cette peine. 

Lebon , un jour de fête , se transporte 



commis sous le proconsul J. Lebon. 55 1 

fax la place des exécutions , où par un 
effet de son goût barbare , Torchestre était 
placé à côté de Téchafaud : 44 Jeunes filles , 
n dit-il à celles qui s'y trouvaient , n'écoutez 
>j pas toujours vos mères , suivez la^ voix 
9y de la nature , livrez-vous , abandonnez- 
»j vous dafns les bras de vos amans. >> 

Par TefFet de ses suggestions perfides , 
une troupe de jeunes enfans menaient une 
conduite des plus licencieuses. L^athéisme . 
^t la négligence de tous devoirs leur atti- 
xaîent les monstrueux éloges du Proconsul. 
ies menaces , les prières des parens étaient 
infructueuses. On en vit même d'assez 
liardis pour dire aux auteurs de leurs jours 
<]u ils les dénonceraient aux Représentans , 
sHls recevaient le moindre mauvais traite- 
ment dé leur part. Ils traitaient leurs mères 

de b , de s putains , à^ aristocrates. 

Plusieurs d'entr eux formaient une garde à 
Lebon^ et criaient sans cesse : Vive Joseph 
Lebon ! Déjà familiers avec le sang , quel- 
ques-uns avaient de petites guillotines avec 
lesquelles ils s'amusaient à donner la mort 
à des oiseaux et à des souris. Le jeune 
Damiens , âgé de i3 ans, correspondait 
avec d autres enfans de son âge, et s'infor- 
maitauprès d'eux de ce que disaient leurs 
parens sur tel ou tel événement. Lebon 
lavait chargé d'ouvrir les lettres a la poste ,' 



352 Précis historique des crimes 

et sa femme prêtait souvent son ministère Je! 

à cette opération. 

Le spectacle de cette ville fut bientôt 
soumis à sa surveillance immédiate ; s'éta- 
blissant le censeur des ouvrages dramati- 
ques , il les défigure par les retranchemens 
qu'il y fait. Dans YEpoux Républicain , il fit 
rayer cette phrase : Mes amis , ne jugez point 
vos frères sans les entendre. Il chassa de la 
scène les meilleurs articles , et finit par \^ 
rendre déserte. 

Des femmes ne s'étaient pas , un jour ^ 
levées à son arrivée : C4 Voyez , ces musca ^ 
55 dines , ditAl , autrefois on se précipL^^^ 
»> tait au-devant d'un Prince pour lui oStit^ 

55 sa place , ces b.... -là ne se dérangent:^ 

55 pas pour le Représentant de 25 millions 
55 d'hommes.Tonnerre de Dieu ! je les ferai 
55 f.,.., en arrestation pour leur apprendre 
55 le respect qu'elles me doivent.55 

Souvent au milieu du spectacle ; il 
s'élançait sur la scène ; et tirant son sabre , 
il l'agitait avec fureur, et les spectateurs 
quittaient un lieu qui était devenu l'arène 
de ce gladiateur. D'ordinaire il remplissait 
les entr'actes par ses discours au peuple 
sur la loi agraire et sur l'éducation des 
en fans. 

L'établissement de cette loi agraire est 
l'appas grossier qu'il tend aux habitués de 



lommis sous le proconsul J. Lebon. 55$ 

5â Société populaire. c< Il y a assez long-tems, 
J5 Sans-Culottes , s'écrie-t-il , que vous ha-. 
5t. bitezdes caves ; c'est pour vous ces belles 
9i maisons , ces hôtels d'aristocrates à guil- 
M lotinen m Trouvant le code révolution- 
naire trop lent à son gré, il annonce qu il a 
dans les mains un expédient plus propre à 
les faire jouir sans délai des bienfaits de 
cette loi : c'est la guillotine. Alors il excite 
le peuple à la délation. 

a Dénoncez hardiment, dit-il, pour quitter plutôt 

»j vos chaumières ,.... Sans-Culottes. C'est pour 

« vous qu'on guillotine ; si Ton ne guillotinait plus 
jj vous mourriez de faim. Il faut que lc3 Sans- 
i> Culottes prennent la place des richesjadis ceux-cî 
« se divertissaient toute la journée. Eh bien! Sans- 
n Culottes, ce doit être assez pour vous de travailler 
99 désormais la moitié de la journée , et de vous 
9> délasser le reste du tems. 

'99 Te voilà bien embarrassé , f. bête , dit-il 

99 un -jour à un particulier, qui se plaignait de sa 
99 misère ;. n'y a-t-il pas quelqu'un dans ta rue qui 
99 soit riche , noble , gros marchand ; viens me le 
99 dénoncer -, je te donnerai sa maison , tu y de- 
99 meureras , tu auras tout à gogo. 

Dans cette sociétç populaire , Leroux 
parlait de mettre la fusillade à Tordre du 
jour, Lebon voulait un 2 septembre; 

a II ne faut conserve!' ici^ s'écriait-il, que des hommes 

99 énergiques , des h à poil ^ sur qui la patrie 

99 puisse compter. Les instans sont critiques , 
99 l'aristocratie lève la tête , il viendra peut - être 
J9 un instant où il faudra agir vigoureusement. Il 
99 n'est peut-être pas éloigné ; il faudra tomber sur 
tome VI. Z 



354 Précis historique des crimes 

99 les prisons , ajoutait-il en fesant briller son snbr*^ 
5» et égorger tous les scélérats qu'elles renferment *• 
$9 ils conspirent , et c. , et c. 

Nous allons citer ici quelques traits o ^^ 
ce Proconsul a développé toute Thorreif- ^ 
de Tarbitraire, Nous le verrons foulant au^^ 
pieds toute espèce de pudeur, traîner lui -*• 
même dans les cachots des citoyens que 1^^ 
hasard présente à ses regards. ^ 

La citoyenne Omoran, dont le mari avaic==^ 
été guillotiné , venait à Arras pour déposeï — ' 
dans une affaire criminelle. Lçbon la faît:::^ 
conduire au Comité avec cette note : t« Le^ 
99 comité de surveillance dira pourquoi la 
99 femme du guillotiné Omoran n'est point 
»5 encore en arrestation. 99 Cette femme 
ayant justifié de la citation, le Comité crut 
devoir faire quelques observations à Lebon* 
«fi Ce ne sont point des images que je vous 

5> demande , dit-il , c'est de la f en 

>5 prison. 9j 

Le beau-frère de Lebon , Régnier , arrête 
et conduit à la Municipalité une femme qui 
avait vendu du vin au-dessus du maximum. 
Le citoyen Brabant , officier municipal , 
lui fait subir un interrogatoire , et la met 
en liberté. Régnier s'emporte contre lui , le 
menace , et court avertir Lebon. Celui-ci 
se transporte aussitôt à la Maison Com- 
mune , saisit fortement Brabant par le 



commis sous le proconsul J. Lebon. 555 
collet , Tentraîne sur la place , Fexpose aux 
regards du peuple , en disant : Voyez comme 
vos Magistrats font leur devoir. Il le fait 
ensuite conduire à la maison d arrêt. 

Chamonat , marchand de vin , est incar- 
céré , parce qu il ne salue pas Lebon. Deux 
jeunes filles qui sVtaient mises à rire en le 
voyant passer , sont traduites au corpsnde- 
^arde pour être mises en arrestation., La 
citoyenne Gamonet est traduite au dépar- 
tement par ses sbires -, Lebon ordonne 
qu'on la fouille : on lui fit ôter jusqu'à sa 
chemise. 

Lebbn rencontre la fille Gérard , qui 
•allait au comité faire signer son passe-port ; 
où vas'tu? qui es-tu ? lui demande-t-il. Cette 
jeune personne répond que cela ne le regar- 
dait pas.Conduite au Comité par ses ordres, 
elle est pendant quelque tems le jouet de 
ces forcen'^s. Lebon la fait conduire à la 
maison d'arrêt, où le Concierge , dès sou 
entrée , la désigna comme un^. fille pour la 
guillotine. Elle fut tellement affectée de cç 
propos , qu'elle faillit perdre la vie. Son 
père et sa mère sont arrachés de leur domi- 
cile et chargés de fers. 
; Un Juré voit un jour, dans la Commune 
ûe Camblains j uncfemme qui ^iUaitait sort 
enfant à la porte de sa chaumière. Elle n'a- 
vait point de cocarde ; il lui en fait un 

Z 2 




356 Précis historique des crimes 

reproche , en la menaçant de la guillotîne^^^* 
Ci Est-ce quon gxdllotine pour cha , répon -*^ 
^5 la paysanne ? Je r viens de ché camps 
99 et je voie y retourner; nai mi besoin 
«j cocarde pour ouvrer.. — Quoi , b. • • . . . 
9J reprend le Juré en colère , lu réponds 
55 je vais à Arras , je te ferai guillotiner. - 
fî Eh bien ! va , si tu me fais guislotiner pot 
|5 cha , m a ben raison d'dire quen eu guilU 
»> tine à Arras qui sont aussi innochens que 
>5 ch Vinnochent que je tiens dans mes braux.^y 
Elle fut incarcérée et guillotinée quelques 
jours après. 

La citoyenne Desvignes et sa fille , assises 
sur le rempart d'Arras , s'occupaient à lire 
Clarisse Harlowe. Lebon lâche près d'elles 
tin coup de pistolet ; et , sansleur donner 
le tems de revenir de leur frayeur , il ren- 
verse la fille d'un coup de poing dans l'es- 
tomac , arrache le livre des mains de la 
mère , en la menaçant de l'assommer "du 
pomeau de son sabre. Il ordonne ensuite 
à la fille d'ôter son mantelet et son mou- 
choir ; il lui plonge sa main dans le sein , 
et la retire en l'égratignant ; et après l'avoir 
palpé avec indécence , il lui enlève les 
boucles d'argent qu'elle avait à ses souliers. 
Leur porte-feuille contenait quelques gra- 
vures grossières d'un almanach de Milan ; 
elles furent aux yeux de Lebon des em- 



commis sous le proconsul J. Lebon. 35t 

Hêmes de la royauté : ce qui causa la tra- 
ducdon de ces femmes dans une maison 
d'arrêt. Il les conduisit lui-même à la Pro- 
vidence. La fille Desvignes voulait lui faire 
quelques observations en .chemin : u Eh ! 
5 5 marches donc; tu es bien familière, lui, 
9j disait-il en Tcn traînant avec plus de 
9 9 rudesse, >> L'ivresse avait présidé à cette 
action brutale , car , le lendemain , nen 
conservant aucun souvenir , il fit mettre 
oes deux, citoyennes en liberté. 

Au mois de février , Lebon rencontre , 
sur les cinq ou six heures du soir , le citoyen 
Payen , fepnier des environs, u Oit vas-tu ^ 

99 lui dit-il, — A JSfcuvillc.-" Descends 

9 9 Tes poches ? ton porte - feuille ? »> Le fer- 
mier donne son habit , qu'on lui retient , 
ainsi que son cheval. Quelques pas plus 
loin , Lebon apperçoit un autre fermier : 
€4 Voici encore , dit-il , un de ces fermiers 

99 à grosses bottes A bas î jj On lui fit 

les mêmes questions , et il subit le même 
sort : c'était le troisième qu'il avait dévalisé 
dans la soirée. Lebon les conduisit lui-même ^ 
au département. Il ne lui manquait que ces 
expéditions nocturnes pour le rendre cour 
pable de tous les genres de crimes. Rémi 
avait dès long-tems fait ses premières armes 
sur les grandes routes. En 1791 , il avait 
aiYeté un fermier > en lui demandant la 

2 3 



358 Précis historique des crimes 

bourse ou la vie ; n^ais , renversé par le 
robuste cultivateur , il avait échoué dans 
ses criminels desseins. 

Gilles et Garlier , agens de Lebon ^ 
arrêtent le citoyei:i Vasseur ; son écrou 
mérite de trouver ici sa place : u Le Con- 
îî cierge de la maison ditedes Baudets^ y esi-il 
>5 dit, recevra le nommé Vasseur , prévenu 
>5 d'être complice de la faction des intrigans 
55 qui veulent protéger tous les crimes. >> 
Ces Commissaires font aussi conduire dans 
les maisons d'arrêt des enfans en bas âge ; 
ils les visitent souvent, cherchent à les per- 
vertir , en les engageant à secouer le joug 
paternel. Ces malheureux devinrent par la 
suite le fléau le plus redoutable des prisons; 

La conduite perfide de Lebon à Tégard 
d'un ex-,carmê , doit être consignée ici. 
Ce Moine , xonnu sous le nom de Père 
Gérard , logeait chez ses tantes. Il ve- 
nait d'y faire conduire une assez grande 
quantité de meubles. Lebon persuade à ses 
tantes qu'elles doivent chasser cet homme : 
ce vieillard , presqu'infirme , est alors telle- 
ment tracassé , qu'il est contraint d'aller 
chercher ailleurs une maison hospitalière. 
A peine est-il sorti , qu'il est dénoncé 
comme émigré ; Lebon et ses tantes par- 
tagent ses dépouilles. 

Il s'agissait de procéder à l'épuration des 



tommis sous le proconsul J. Lcbon. S5g 

prisons ; la société populaire fut choisie 
pour cette opération. On avait construit 
une estrade élevée , sur laquelle les détenus 
devaient paraître les uns après les autres. 
Lebon présidait à leur interrogatoire ; il 
s'adressait ensuite aux Sociétaires , pour 
s'informer auprès d'eux si le détenu était . 
riche , noble , ou agent d'émigré. Le citoyen 
Gayette fut inculpé de royalisme , sur 
l'attestation de Jouy , qui dit l'avoir connu 
au collège , et qu'alors il en professait les 
principes : Lebon 'fit écrire le mot royaliste 
à côté de son nom. On rendait justice aux 
vertus sociales du citoyen Landa , mais 
malheureusement il était riche : emportez- 
moi ce bougre-là , dit aussitôt Lebon. Ce 
Proconsul commande à un prêtre de lui 
faire voir le diable. Des religieuses sont 
apostrophées par les propos les plus obs- 
cènes. De jeunes filles sont inculpées d'aris- 
tocratie , parce que la pudeur leur interdisait 
l'entrée des danses et des orgies qui avaient . 
lieu les décadis dans le temple de la Raison. 
La citoyenne Bacqueville , Tune d'elles , 
veut observer qu'elle n'avait pu y assister^, 
vu sa détention : 44 Tais- toi , lui dit Lebon ; 
99 tu n'as pas la parole , tu l'auras à l'Abba- 
95 tiale (la prison). 

Un jeune homme , pour se soustraire i 
la réquisition , jouait le béat. Ses par en s , 

Z 4 



36o Précis historique des crimes 

soit tendresse ou esprit de fanatisme , sem- 
blaient partager son opinion. Cette famille 
est conduite à la société : t< Voyons , dit 
55 Lebon au jeune homme , si ton Jésus- 
5) Christ te sauvera de cette affaire. j5 II 
s'adresse ensuite à la mère , en criant qu il 
va faire un miracle , qu'il va faire parler 
cette vieille ; et prenant un pistolet à sa 
ceinture , il la couche en joue : u Parle , 
5) ajoute-t-il , où je vais te brûler la cer- 
55 velle.5> Cette femme se contente de lever 
les yeux au ciel, a Voilà comme ils sont 
<< tous , s'écrie-t-il ; ils s'adressent là-haut , 
55 comme s'ils pouvaient en obtenir quel- 
55 que chose. 55 Le lendemain, il fît publier 
à son de trompe que cette famille serait 
guillotinée dans la journée. L'exécution: 
eut en effet lieu le soir , aux flambeaux. 

Quelques Membres s'intéressaient en 
faveur du prêtre Aysart , âgé de quatre- 
vingt-quatre ans , et demandaient sa dé- 
portation. Lebon observa qu'il ne fallait- 
pas suivre ainsi les mouvemens de la pitié; 
que plus ce prêtre Hait vieux , plus son aristo^ 
cratie était enracinée ; d'ailleurs on trouve- 
rait d'autres moyens pour s'en débarrasser. 
Alors on fixa le nombre des prêtres* à guil- 
lotiner à dix par décade. 

L'indignation publique était à son comble. 
Pour la comprimer , Lebon avait autorisé 



commis sous le proconsul J. Lehon. 36 1 

ses Agens à faire incarcérer toutes les per- 
sonnes jugées inciviques , même hors du 
district d'Arras. Le Comité exige en vain 
XJLVL ordre du Représentant, u Si, Icur-ré- 
» 9 pond - il , vous cherchez d'éternelles 
» 5 formes pour sévir contre les scélérats 
9 9 qui nous assassinent , nous «n'aurons 
^ 3 jamais fini. Je m'adresserai à des hommes 
^ a plys dignes que vous d'opérer le salut 
» -à public 95. Prenant ensuite le ton du des- 
Ji^ote le plus absolu , il ajoute : uTout in- 
* 3 dividu qui s'aviserait de transmettre un 
^ ^ ordre que je n'aurais même pas donné 
^ ^ verbalement , paierait sa témérité de sa 
^5 tête 5>. 

Les maisons de détention étaient en- 
combrées, Lebon et ses Agens avaient mis 
tant d ardeur , que vingt - quatre heures 
avaient suffi pour cette opération. Le 
Comité avait reçu un ordre des plus im- 
pératifs pour faire réincarcérer ceux que 
le représentant Laurent avait fait mettre 
en liberté. Les détenus sont privés de toutes 
les consolations qu'ils reçoii^ent du dehors. 
Il fut même défendu à ceux de leurs do- 
mestiqueç , dont la fidélité ne s'était pas 
démentie , de les approcher davantage : 
plusieurs , même , furent incarcérés. Cette 
rigueur avait été précédée par l'arrêté 
suivant. 



562 Préuis historique des crimes 

• De par Joseph Lebon^ le iS ventôse an 9. 

a Les gens détenus comme suspects n'ont p! 
f» aucuns besoins ; la République Us nourrit fi 
99 gaiement , partant qu'on ne leur laisse aucui 
99 sommes. 

9J Qji il soit dressé procès-verbal exact de toui 
99 celles qu'on trouvera chez eux , pour leur êi 
j> rendues dans le cas ou ils seraient élargis ^ ( 
>> pour être, dans l'autre cas, versées dans le tré» 
>> public î>. y 

Lefetz paraît , et défend de ne laissa 
entrer aucuns objets , pas même des corne 
tibles. Du pain et de l'eau sont bans pour c 
bougreS'là ^ dit-il. Il y avait deux puits dai 
Tune de ces prisons , on ne laisse q\\t 
faculté de puiser de Teau dans celui q 
était infecté par le voisinage des latrirre 

Il s'agissait cependant d'exécuter dai 
son entier Tordre de Lebon sur Tenlèv 
ment des sommes appartenantes aux,déi 
nus. Le 8 février 1794 , une force arm 
imposante est introduite dans les prison 
Les Détenus ont ordre de descendre da 
la cour ; ils sont tous fouillés. Ensuite ( 
place des factionnaires à toutes les isssu 
d,es chambres. 44 Sentinelles , dit Lefetz ai 
55 soldats , si un de ces b. . . . là avan 
55 pour monter , foutez-lui la baïonne» 
99 au travers du ventre. >9 Les Commissaiî 
se répandent alors dans les logemens d 
Détenus y s'emparent de tous les corne 



commis sous le proconsul J* Lebon. 363 

ibles qui s y trouvent , brûlent pendant la 
ttuit leurs bois , et ne sortent de table qu'à 
Jcpt'heures du matin, gorgés de vin et de 
liqueurs. Le même jour , à trois heures 
ïprès-midi , ils recommencent leur brigan- 
dage : effets , bijoux , tout devient leur 
oroie ; ils n'épargnent même pas un jeune 
înfant de cinq ans , dont ils déchirent les 
oreilles pour en retirer les anneaux. 

Des femmes , dépouillées jusqu'à la che- 
nîse , sont en butte à la plus insolente 
ubricité. La rougeur qui couvre leurs fronts 
ndique leurs alarmes ; elles détournent, en 
rémissant, leurs regards de Thomme impu- 
iique qui les outrage. Il poursuit avec opi-' 
liàtreté ses desseins affreux ; sa main a déjà 

itteint 6 4 Tu pourrais bien y avoir 

j caché quelques papiers suspects ; tu en 

5 es bien capable î» Voilà le motif 

lont il voile ses infâmes procédés. 

Carreau fouillait une jeune fille ; elle 
)pposait quelque résistance à ses projets 
:riminels. Il fait placer deux sentinelles à 
es côtés , avec ordre de la percer de leur 
baïonnette au premier mouvement, 

Duponchel soutient à une autre qu'acné 
rst enceinte ; il imite sur son corps le pro- 
:édé des accoucheurs : 4< C'est dommage , 
9 dît-il après cet outrage ; mais il faut que 
> tu passes à la guillotine. « 



564 Précis historiqicf dei crimes 

Les hommes n'étaient pas traités d'une? " 
manière plus décente ; il fallait qu'ils missent 
bas leurs culottes : les expressions les plus 
dégoûtantes frappaient leurs oreilles , tant 
^uils restaient entre les mains de ces impu-' 
dens voleurs. Lefetz enleva la bande ^qui ) 
couvrait un cautère , parce qu'il prétendit 
qu on pouvait y cacher des assignats. 

Après ces scènes révoltantes, ils se ré' 
pandent de nouveau dans les chanibre^ ^ 
font main-basse sur tout ce qui se présente ' 
et ne sortent que le matin , après s'être repi^ 
des provisions qui s y trouvèrent. Les Dé ' 
tenus avaient été forcés de passer ces deu^^ 
nuits dans la cour , exposés à un froid de^ 
plus rigoureux. Parmi ces scélérats , il s'en^ 
est trouvé d'assez impudens pour se faire< 
donner une décharge par le propriétaire 
des effets volés. 

Les prisonniers n'avaient pas encore 
épuisé la fureur de leurs bourreaux. La 
porte s'ouvre une troisième fois , avec le 
"même appareil ; on enlève les femmes , et 
on les conduit à la Providence , maison de 
force destinée de tout tems aux prostituées, 
et surveillée par la nommée Lemaire. Cette 
mégère prenait plaisir à annoncer le sup- 
plice de quelques-unes d'entre elles , en 
disant : AtijonrcTInn je craches du sang. 

Au départ dés femmes pour la Provi-^ 



commis sous le proconsul J. Lebon. S65 

dence , le citoyen Clément traversa la cour, 
en s'écriant : t< Ma femme , ma pauvre 
«> femme ! mes £nfans , mes chers enfansî 
« Les scélérats ! ils les ont enlevés ; ils vont 

« les massacrer Je n ai plus rien au 

»j monde ; j'ai tout perdu, je veux mourir, ti 
Ces accens douloureux fixent Tattention 
des Détenus , qui se pressent autour de ce 
-père infortuné. 11 frappe tous ceux qui rap- 
prochent ; il ne veut point de secours : il 
demande la mort. Le commissaire Gilles 
arrive , et le fait plonger dans un cachot. 
Ce Père respectable, se voyant au milieu de 
la garde, revient à lui ; il se persuade qu'on 
le conduit à Téchafaud: u Mes amis , dit-il 
M à ceux qui Fentouraient, je suis heureux, 
5> je vais à la guillotine ; dans un quart- 
»5 d'heure je ne serai plus , mes maux seront 
55 finis, n 
Dans l'interrogatoire que les Commissaires 
fesaient subir aux Détenus , ils regardaient 
le silence et la timidité comme une preuve 
de leur haine pour la révolution. La fanar- 
tîque inquisition , dans ses froides ven- 
geances , ne connut peut-être jamais de 
moyens aussi perfides. D'abord , par *des 
questions insidieuses , ils s'efforcent de leur 
arracher un aveu qui peut les conduire à 
Téchafaud, en assurant qu'ils ont par-deters 
eux des pièces à charge ;: que la moindrfc 



366 Préciy historique des crimes 

dénégation pouvait leur devenir funeste ; 
et que , dans le cas contraire , on regar- 
derait comme une erreur les faits dont ils 
étaient accusés. L'innocence , enlacée dan> 
les pièges qui lui étaient tendus , et inti- 
midée par ces prétendues preuves que le* 
Commissaires disaient avoir en leur puîs^ 
sance , offrait-elle dans le cours de ses dé ^ 
clarations un mot , une phrase un pf^ 
équivoque , alors on dressait un procès -^ 
verbal dont Lebon tirait. parti selon se^ 
affections sanguinaires. 

Les Commissaires se font également un 
jouet delà pudeur. C'est aux jeunes filles^ 
qu'ils adressent les paroles les plus obscènes: 

« Tu.es bonne à f. , disait-on à l'une 

99 d'elles; vois si tu veux me le permettre^ 
5> si non tu iras à la petite fenêtre. îj 

Une autre est criminelle à leurs yeux , 
,parce qu'elle n'a pas assisté à leurs bals 
patriotiques ; elle en démontre l'impossi- 
bilité j vu sa détention, u Veux-tu te marier, 
jj lui demande Duponchel , peu importe 
59 avec qui? 55 Sur une réponse affirmative, 
jl rejp^ifend j.-du ton le plus, terrible : «< Tu 
«Vne crains donc pas la mort?. ...... Tu 

» périras dans trois jours. ~ Tu rie yevifi 
?».. donc pas soi;tir-, dit à son tour Bacque- 
55 ville ? >9 Elle répond qu elle le veut bien , 
pourvu giie jse^ pareus j.ouissent du même 



I 



commis sous le proconsul J. Ltbon. 367 

1)ienfait : u Tu n'auras bientôt plus de 
V » parens , s'écrie de nouveau 4e furieux 
^5 DuponcheL ?) Ce colloque épouvantable 
se termine par les propos les plus indécens^ 
Tu rougis , lui dit-on ; elle a de la pudeur ^ 
ajoute Caubrières ; cest du fanatisme , ré- 
plique le médecin Blondel. Il appartenait 
â rimmoral Duponchel de terminer une 
scène aussi indécçnte : il lui soutient 
cju'eile est enceinte , et s'en assure , en 
j)arcourant de ses mains impures le corps 
^e cette jeune vierge, 

Caubrières savait aussi faire tomber Tin- 
nocence dans ses pièges, u Je viens d'inter- 
fj roger plusieurs individus , disait-il un 
« jour ; c'est comique ; je ne trouvais pas 

M de quoi les faire guillotiner ; mais 

« vous m'entendez par de certains dé- 

»5 tours, je les ai si bien interloqués , que 

>» demain leur tête tombera. C'est f. »> 

Ces rapports excitaient long-tems les rires 
de Lebon et ceux de sa femme. 

Le citoyen Dauchez venait d'ê tre acquitté ; 
quelques jurés l'embrassaient pour lui té- 
moigner leur joie. Il avance vers Cau- 
brières. Retires-loi , lui dit-il , fai voté ta 
mort. Cette réponse lui mérita les éloges 
de Lebon , dont le goût antropophage se 
décèle à la réception de la loi du 22 
prairial, u A la bonne heure , s'écric-t-il ; 



568 Précis historique des crimes • . 

»j voilà ce que j'attendais ; nous pourrons 
5j maintenant faire tomber des têtes. » 

Ivre de sa puissance , il veut en reculer 
les bornes. C'est dans cette intention qu'il 
écrit au district de Saint-Omer. Il lui re- 
cofnmande de Ténergie et du courage, et 
il désigne les gens riches et éclairés comme 
autant d'ennemis de la République. La 
Société montagnarde lui fait une réponse 
qui mérite de trouver ici sa place. 

« Le fanatisme de la religion , le fa- 
5> natisme de la royauté , le fanatisme 
5j des richesses , et tous les fanatismes 
î5 possibles , dit-elle , ne cessent de faire 
5j leurs ravages. Vous avez le remède qui 
35 convient à tant de maux ; c est la 
55 guillotine. Elle encourage les faibles , 
95 soutient les chancèlans , et n'effraie que 
»5 le crime ; elle sera ici en pleine activité , 
55 et le tribunal de notre district a de 
35 quoi l'alimenter pendant plusieurs dé- 
35 cades , et c. 55 

Les sinistres desseins de Leboù mena* 
çaient même Lille. Il parlait d'aller révo- 
lutionner cette ville , dans laquelle il se 
proposait de faire tomber au moins 4,000 
j^êtes. 

Une caisse remplie de couteaux , avait 
été saisie à Boulogne, Lebon déroule le 



commis sous le proconsul y. Lebon. 36g 
ctêpc de la mort sur cette ville. Ces cou- 
teaux sont transformés en poignards des- 
!:înés pour une vaste conspiration. Aussitôt 
les détacheraens de la bande terrible 
Partent pour cette Commune. Les arres-- 
ations et les vols pèsent sur plus dun 
itoyen. Darthé était un des envoyés de 
^bon. Un Membrç du Directoire du dis-, 
rict voulut le dissuader de cette prétendue 
onspiration, Darthé se fâche ; et s'armant 
le tpute Tarrogance de Lebon , il s'écrie : 
( Le. district est composé de sacrés modér 

% rés Les détenus ont l'esprit aigri ; on 

♦ ne peut ramener cette sorte de gens â 
3 l'amour de la République ; il faut qu'ils 
9 pourrissent dans les prisons ; nous pren-s 
9 drons des mesures à la Carrier, m 

Lebon avait fait le rapport de cet événe- 
ment à la Convention, a Vous frémirez, 
M d'horreur , dit-il à la fin de sa lettre , 
>5 j'attends vos ordres ; si vous voulez que 
» j'agisse par moi-même , lâchez-moi la 
» bride. Songez aux prisons qui regorgent* 
n que je voudrais faire évacuer. î^ 

Le Comité de Salut public plein de cont- 
fiance dans ses talens révolutionnaires , lui 
écrivît plusieurs lettres , où son énergie 
puisa continuellement un nouvel aliment. 
Nous allons citer ici quelques fragmens 4e 
cette correspondance. 

tome VI. A a 



^70 Précis historique des crimes , 

Paris , ce 26 Brumaire , Tan 2 de la République fran^aiM* 

Xes Représentans du peuple^ membres du Comité de Salut 1 
public , au citoyen J. Lebon^ Représentant du peïtplt 
dans le département du Pas-de-Calais, 

Le Comité de Salut public, citoyen Collègue ♦ 
vous observe , qu'investi de pouvoirs illimités m, v(?t*-^ 
jdevez prendre dans votre énergie toutes les mesures corn — 
mandées pour le salut de la chose publique. 

Continuez votre attitude révolutionnaire, V AMnisti"^^ 
^prononcée lors de la Constitution captieuse et invoqué^^ 
par ious les scélérats^ est un crime qui ne peut en^ 
couvrir d'autres ; les forfaits ne se rachètent point ^ 
contre une République , ils s^ expient sous le glaiv^. Le 
Tyran rinvoqua :1e Tyran fut frappé. V.ôus pouvez. 
Vous devez même faire acquitter à la trésorerie les 
frais de voyage des Députés qui sont venus dénoncer- 
les projets fédéralistes ; les dénonciateurs ont bien 
mérité de la Nation. 

^ Déjà les conspirateurs s'arment de nouveau contre 
elle , le Comité de Salut public est instruit que le 

})rojet infe;rnal de livrer les places de première 
igné existe. 

Portez Tœil de la surveillance sur tous les points, 
depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge, Le centre de 
ces intelligences paraît être Douay. Dirigez sur 
Douay Tactivité de l'observation. Souvenons-nou» 
de Givet et des trahisons. 

Secouez sur les traîtres le flambeau et le glaive^ marchez 
toujours^ citoyen Collègue , sur cette ligne révolutionnaire 
que vous décrivez avec courage. Le Comité applaudit à 
vos travaux, 

. Salut et fraternité , les membres du Comité de Salut 
public, Barrère, Carnot , Billaud-Varennes. 

raris ^ le,,.. Brumaire^ Billaud-Varennes ^ seul, écrit 
à Lebon, 

^ *Le Comité de Salut public applaudit aux mesures que 
voui avez prises ; il yous obserye que les autorisations 



commis sous le procons^il J. Ltbon. Sji 

tjue vous demandez seraient surabondantes. Toutes 
€65 mesures vous sont non-seulement permises , mais com^ 
mandées par votre mission. Rien ne doit faire obstacle 
à votre marche révolutionnaire ; abandonnez- voua 
à votre énergie, vos pouvoirs sont illimités : tout 
ce que vous jugez convenable au salut de la chose 
publique, vous pouvez, vous devez le faire sur-le- 
champ. 

Nous vous adressons un arrêté qui étend votre 
xnissicn aux départemens voisins. 

Armé de ces moyens, de votre énergie, continuez 
à renverser sur eux-mêmes les projets des ennemis 
de la République. 

Salut et fraternité^ Billaud-Varennes. 

On voit par ces lettres que Lebon a 
reçu la plus grande latitude pour continuer 
ses opérations révolutionnaires : aussi tout 
est en activité, a II dépêche à chaque instant 
5j des gibiers de guillotine. S'il garde le 
5j silence, c'est tant mieux. Joseph Lebon 
u travaille bien fort.... Les têtes vont 
5j tomber comme la grêle. »5 

Cependant la Convention , par un décret 
du 27 germinal , an 2 , (16 avril 1794 ) 
évoqua le jugement de tous les délits révo- . 
lutionnaires , au tribunal de Paris. Cette . 
nouvelle fut un coup de foudre pour 
Lebon. Il se plaint au Comité en ces 
termes : C4 II vient de nous arriver une cir- 
»5. culaire qui nous jette dans Tembarras ; 
99 mais elle ne sera communiquée qu'aux 
$9 vrais Républicains, Si vous êtes dang 

Aa 2 



372 Précis historique des crimes 

>j rintention de laisser subsister cet arrêté , 
55 commandez-moi de périr , ou rappelez- 
5j moi dans le sein de la Convention ; assi- 
5) gnez aussi un asyle aux braves qui m'ont 
>5 secondés , et c. n Le Comité de Salut 
public maintient le tribunal de Lebon. Le 
25 floréal suivant , ( 14 mai 1794 ) il le 
, mande auprès de lui. Par cette miissive ; 
« on lui rend toujours justice de Téner- 
5J gie avec laquelle il comprime leS: 
5j ennemis de la révolution ; mais il s'agit 
5> de la diriger d'une manière plus utile ; 
>> c'est de ce dont on Tinstruira à Paris. 55 

Mais avant son départ , il veut repaître 
Ses regards dii supplice d'un citoyen que sa 
vengeance avait déjà signalé. Jean-François' 
Payen , fermier de Neufville-la-Liberté dont ' 
Lebon avait été curé constitutionnel , 
n'avait jamais voulu assister à sa messe. ' 
Lebon avait adressé à la Municipalité Tar- ■ 
rêté suivant : 

*6 Lebon charge les OflBciers municipaux; 
99 de Neufville-la-Liberté de faire arrêter 
55 et conduire au Département tous ceux , • 
99 mâles et femelles , qui , en 92 et g3 ,; 
55 n'ont, pas assisté aux messes dès prêtires' 
5j constitutionnels M Sottise nécessaire de ce' 
tems4à. Payen n'avait pas plutôt été arrêté' 
que Lebon se transporta dans son dotnî- 
cile , et dit ; u^^Me voici donc dans le salon 



commis sons le proconsul J.Lebon. 3tS 

f5 de Payen : qui aurait cru , quand j'étais 
35 curé , que je serais un jour le maître de 
99 cette maison ? Oui , j'en suis le maître. 
99 Payen sera guillotiné , et. tout ce qui est 
»5 ici m'appartient ; il faut qu'on m'obéisse.tf 

Lebon fit donc traduire Payen , lié et 
garrotté, des prisons d'Arras à celle de 
.Cambrai, Il arrive à huit heures du matin* 
On le conduit directement au tribunal où 
on le condamne sans Tentendre. A dix 
heures , il n'existait plus. Lebon n'eut pas 
plutôt vu tomber sa tête , qu'il partit pour 
Paris. 

L'absence du Proconsul ne rabattit rien 
de l'audace de ses agens. Forts des secrets 
de leur indighe maître , ils en tirent de$ 
pronostics épouvantables. Ils fixent l'atten- 
tion de cette Commune tremblante sur la 
prochaine arrivée de ce tigre, a Çà ne 
99 durera pas toujours , s'écriait Rémi ; çà 
5j ne durera pas toujours ; Lebon , à son 
M retour , va les travailler à blapche 
»> taille. 9 5 

En effet , Lebon paroît et annoncé qu'il 
y aura au moins six cents têtes qui tombe* 
ront. Instruit des vues des Tyrans , il se 
transporte à la Société populaire^ t* Braves 
99 Sans-Culottes , dit-il , je vous nourris 
9 9 dans l'aisance ; je vous loge dans les 
M maisons d'aristocrates ; c'est pour vous 

Aa 3 



374 Précis historique des crîmer 

55 que la guillotine travaille ; jurez de mes 
55 soutenir, 55 II exigea un serment de touss 
ces membres qui Tentouraient d'ordinaire^ 
çn criant: Vive Joseph Lebonl . 

55 Le Comité de Salut public m'a reproché 
55 d'avoir été trop mou, trop modéré, 
55 disait-il hautement. On va voir , f...,, , 
55 si je ne suis pas à la hauteur. 55 Enfin ^ 
selon les expressions de l'Accusateur pu- 
blic , Darthé , dans ses lettres à Lebas : 

ïj Lebon est transporté d'une sainte fureur contre 
rînertie qui entravait les mesures révolutîorfnaiTes. 
U casse son tribunal et le compose de soixante 
bougres à poil. Les détenus sont plus étroitement 
claquemurés. Les têtes des aristocrates tombent 
comme grêle. Lebon est sans cesse occupé à dresser 
des actes d'accusation. Par ses ordres , le Comité 
cle surveillance a fait des arrestations sans nombre 
à St. Pol. Il n'y a pas un de ces coquins-là, observe 
Darthé , qui n'ait mérité d'étCinuer dans le sac 99. 

Pour que la guillotine ne désempare pas , 
Lebon ordonne à chaque Commune de 
lui envoyer une liste des principaux con- 
tribuables. Voici l'arrêté qu il leur fit passer 
à cette occasion : 

i< Les Agens sont requis de faire dresser de suite 
une liste des principaux contribuables de leur 
Commune , savoir : 

lo dans celles au-dessous de 600 ârnes^ 

i5 dans celles de 600 à 2000. 

so dans» celles de «000 à 3ooo. 

40 dans celles de 3ooo à 4ooo«. 



commis sous le proconsul J. Lehon* SjS 

5o dans celles de 4000 à 5ooo. 

£t dans les Communes au-dessus des 5ooo âmes , 
la liste de tous les individus payans annuellement 
toutes contributions jointes au-delà de cinquante 

Les difFérens ordres quil transmet au 
Comité de surveillance , pour faire incar- 
cérer les citoyens , sont également frappés 
au coin de la turpitude et de la scéléra- 
tesse. Il suffit d'en lire deux pour s'en 
convaincre. 

(( L'ex-président de Madré , écrit-il , est riche ; 
le Comité de surveillance voudra donc bien me 
faire part des preuves de civisme qu'il a données 

{)Our ne ]^as être mis en état d'arrestation, comme 
es autres individus de sa classe. 
j> D'après ce que m'a dit le personnage renvoyé, 
il n'y a qu'un instant au Comité , il parait qu'il â 
une façon de penser qu'il craint de manifester ; 
or , un tel homme pense apparemment mal , et devient 
dangereux , mettez-le où vous voudrez , jusqu'à 
nouvel ordre jj. 

Lebon ne s'en tient pas là. Il met une 
foule de témoins en réquisition pour dé- 
poser contre les prétendus conspirateurs 
de Saint-Pol , Commune que Lebon avait 
désignée comme une petite Vendée. 

Mienne , porteur de pouvoirs , s'y trans- 
porte , et dit à son entrée dans cette ville : 
// ne faut que des gueux pour fonder la Répu^ 
blique. Aussitôt il convoque la Société po- 
pulaire , lui fait part de la réquisition du 

▲ a 4 



s 7 6 Précis historique des crimes 

Représentant , et la /Municipalité arrête 
qu'il sera fait sur-le-champ une proclamation 
par laquelle les Sans-Culottes sont invités 
de venir déclarer au sein de la Société po- 
pulaire , tout ce qu'ils savent de trames des 
aristocrates , contre lesquels on va informer, 
sous peine de complicité. Mienne termine 
en promettant le partage des biens des 
condamnés, ^ 

Darthé , Lebas , LeboA et son Epousé 
étaient originaires de cette Commune ; des 
haines particulières y organisèrent une 
boucherie ; une cinquantaine de citoyens 
furent incarcérés. 

Mienne , Flamand et Duez leur firent un 
crime d'avoir assisté à la plantation d'un 
arbre,qui avait eue lieu à Saint-Pol en 1791, 
le jour de la St, Pierre ; ce qui s'exécutait 
depuis un tems immémorial dans cette 
Commune. Trente d'entr'eux furent con- 
duits dans les prisons d'Arras , et l'Accu- 
sateur public prit des conclusions si vigou- 
reuses que vingt-huit périrent. 

Cet affreux tribunal n'admet aucune 
forme légale. La soif du sang qui dévore 
le Tyran , y dicte ses arrêts , et les chars 
de la mort voiturent les victimes au nombre 
de 12 , i5 , 20 , 25 à la fois. 

Deux jeunes personnes du nom de 



commis sous le proconsul J. Lebon. 3^^ 

^4ayoul-sur-Saint-Leger , autant intéres- 
santes parleurs charmes que par leur vertu , 
xae quittaient point leur père , vieillard , 
travaillé de la goutte , et par de petits 
croncerts exécutés sur Xtuxjor té-piano , elles 
cherchaient à adoucir les douleurs de ce 
"V^ieillard, On leur fit un crime de ce léger 
divertissement. Lors de la prise de Valen- 
c^ienne , ces deux jeunes filles , leur père et 
leur mère montèrent sur Téchafaud, 

La veuve Bataille tenait chez elle un 
ï^egistre , sur lequel elle consignait les sora- 
xnes quon lui confiait pour des actes de 
fcienfaisancc. On la regarde comme chef 
d^une grande conspiration f^éV^tHh^ssairi 
de Lebon se transportent chez elle ;#BOi| 
registre est compulsé et ses papiers enlevés^ 
On Tarrête , ainsi que ceux dont les noms 
étaient inscrits sur ce registre, et tous sont 
conduits au tribunal révolutionnaire , au 
Tiombre de vingt-trois ": trois seulement 
échappèrent à la mort. LéfcBourreau se per- 
mit d'exercer sur le cad^lhre de ceux qui 
furent sacrifiés les plus grandes horreurs , 
en les plaçant dans les postures les plus 
lubriques. 

Lebon , sa Femme etDuquesnoy , avaient 
assisté à ce jugement ; et par leurs signaux 
ils avaient achevé de décider leur sort. 
L'atrocité de ce jugement se manifeste 



378 Précis historique des crimes 

encore plus évidemment à l'égard de deux 
citoyennes du nom de Baclers. Leur tante, 
morte depuis finit ans , avait consigné une 
somme de trente sols entre les mains de la 
veuve Bataille. C'était à cause de cette pa- 
renté quelles étaient mises en jugement. On 
en fit l'observation aux jurés , ils déclarè- 
rent qu'ils étaient convaincus : elles mar- 

* chèrent à l'échafaud. 

Cependant Lebon devint furieux , en. 
voyant acquitter trois des prévenus : il fit^ 
arrêter le président du tribunal , Betignet , 
l'accusateur public Demensur , le juré Le- 

.blond , et^QP frère , Adjudant général. Il 

Itejià^îS^ ^^ ^^^ conduire 

tmÊo heures àParïs : son ordre porte qu'ils 
seront incarcérés << comme prévenus d'in- 
»> trigues pour arracher les conspirateurs 
>j du glaive de la loj^, et de tentatives pour 
jj avilir la représentation nationale m. 

Dourlens fils , Camus , et cinq autres , 
étaient au* tribun|l , et se défendaient d'une 
manière vîctorSuse. u Citoyens jurés , dit 
>j l'accusateur :^public Caron , vous venez 
>j d'entendre les défenses des accusés ; eh 
»5 bien ! je vous assure que ce sont autant 
>> de mensonges ; ce sont autant de cons- 
59 pirateurs ; vous êtes assurément assez 

.55 convaincus , et vous seriez des lâches 
»j vous-mêmes , si vous laissiez de pareils 



commis sous le proconsul J. Lebon. Syg 
»5 monstres sur la terre »». Ce réquisitoire 



■/ 



suffit pour les faire égorger. 

Joseph Lebon étant curé constitutionnel 
c3e Neufv'ille , avait eu une rixe avec l'an- 
cien curé , qui continuait de dire la messe 
dans la même église. Cité devant le juge 
de paix Maniez , il fut condamné à 6 livres 
d'amende. En mission dans le département , 
îl vient à Beaurains , Commune voisine de 
3a Neufville , il se rend à la Société popu- 
laire , où , après avoir harangué le peuple, 
il ajoute : <« Je ne vois plus ces petits mor- 
95 ceaux de bois , tous ces petits marmots m. 
Il prend ensuite quelques in^Kiç|q)^ons sur 
ce qui se passe dans le J^s ; on^Ttti rap- 
porte quW nommé Coquet avait casslS'les 
vitres du maire de Beaurains ; mais que le 
juge de paix , à la sollicitation du maire , 
avait assoupi cette affaire. <« Il y a long-tems, 
J9 s'écrie Lebon , que je veille à la conduite 
55 de ce juge de paix : U est tard aujour-"" 
55 d'hui , qu'on se rend^jdemain à Arras 
55 pour faire la dénonciatioii 55, 

Lebon qui ne perdait pas de vue le juge 
de paix depuis la condamnation qu'il avait 
prononcée contre lui , le fait arrêter , con- 
duire au tribunal de Cambrai , où il fut 
guillotiné le lendemain de son arrivée. 

Le juge de paix qui succéda à Maniez , 
fut digne du choix de Lebon, Cet Officier 



38o Précis historique des crimes - 

public instruit de la prochaine arrivée du 
Proconsul , fit la motion de faire couper 
quatre têtes pour lui en faire hommage. 

Quel horrible assemblage offre cette" 
troupe de brigands. L'infâme Rémi se com- 
pare à un grand seigneur , 44 il peut offrir 
99 tous les jours à ses amis un plat de têtes 

V de guillotinés n. Flamant trempe la main 
dans le sang qui ruisselle au bas de Fécha- 
faud , et s'écrie : Ah ! que cela est beau ! 
JLebon y plonge son sabre , en disant :4t II 
>> y along-tems que je désirais cela: »» As-tiM^ 
vu comme le lait coulait avec le sang l de-* 
mandait MIJhi£pr Tantropophage Carlier.. 
L'assasi&i jbarËftli^e veut point faire dou- 

' blci* de cuir le panier qui reçoit les têtes , 
afin de voir couler le sang ; il reproche à 
celui qui donne cet avis , de n'être pas à la 
hauteur. Lebon assiste à toutes les exécu- 
tions : placé au balcon de la Comédie , il 
fait entendre les cris de vive la République ! 
Lebon force en^re les mères de famille à 
se transporter 'èur la place des exécutions 
avec leurs eiifans. Il n'avait pas fait un 
mystère de sa mission dans ces départemens» 
*Un maître de poste l'avait prié de lui faire 
avoir des chevaux pour le service public : 
44 Adresse-toi , lui dit-il , aux Représentans 

V près des armées ; ma mission ici est de 
>> faire couper des têtes ?% 



commis sons le proconsul J.Lebon. 38i 

Le tribunal , de son côté , crée des cri- 
mes : ses questions d'usage consistent dans 
ces mots : a As-tu été à la messe des prêtres 
« constitutionnels ?Non. — Fanatique , per- 
n turbateur , aristocrate , guillotiné »% 

Si Ton ne savait de quel délit accuser les 
prévenus , les galeries étaient interrogées ; 
le mot aristocrate quelles prononçaient 
babituellement, était le cri de la mort. 
' Des capucins , des religieuses de la Bel* 
tique , sont installés pêle-même sur les ban* 
luettes. Prisonniers de guerre avant la réu- 
lion de ces provinces à la France , entendant 
^eu le français , on se contente de leur 
lemander s'ils sont auteurs des sermons 
u'ils ont prêches : un oui est leur sen* 
ence de mort ; les femmes comme com- 
plices les accompagnent à Téchafaud. 

La Supérieure des Ursulines y figure avec 
Tielques-unes de ses religieuses. Elle cher- 
lie à toucher les juges en faveur de ses 
ompagnes, en leur disant : <« Que si Texer^ 
» cicede la religion catholique était regardé 
' comme un crime , elle seule devait en 

• porter la peine : quand amt trois soeurs , 

• entrées au couvent à Tâge de quatorze a 
quinze ans , elles n'ont fait qu'obéir au 
vœu qu elle en avait exigé : pardonnez* 
leur , sécrie-t-clle , et je meurs contente ti. 

'ouces furent égorgées ; et le Bourreau se 



382 Précis historique des crimes. 

permit les plus grandes horreurs sur leurs 
cadavres. 

Pierre-François Devault , vieillard de 68 
ans , était en jugement : il récusait les té- 
moins ses dénonciateurs , avec lesquels il 
était en procès. Qu as-tu fait pour la Repu- 
blique ? lui demande le Président : il veut 
répondre ; Lebpn fait un geste , et Devault 
est condamné. 

Lallart-Bellette avait été acquitté , Lebon ' 
s'emporte contre les jurés , à qui il dit : 
«4 Quand je vous donne un riche ou utt 
5 5 noble à juger » vous ne devez pas 1^ 
.55 regarder comme innocent 55. Il le fait tra-^ 
duire de nouveau au tribunal , comm^ 
prévenu d'avoir servi la côntre-r évolution^ 
de toutes manières : quelques fragmens de 
gazettes étrangères qu'on trouva chez lui 
dans la perquisition qu il ordonna , furent 
le motif de sa condamnation. 

Petain , concierge de la prison de Saînt- 
Pol , accusé davoir favorisé Tévasion de 
deux détenus , avait été acquitté : un arrêté 
de Lebon , du 1 5 germinal , le remit en 
jugement, et trois jours après il monte à 
Téchafaud. 

La femme Plunquet venait d'être mise 
en liberté : à son entrée chez elle , des 
sbires l'arrêtent de nouveau, et la traduisent 
au tribunal. £lle réclame en vain la parole 



commis sous le proconsul J. Lebon. 383 

pour se défendre : hors des débats , s'écrie- 
t-on : elle est condamnée. Son crime était 
d'avoir signé une pétition au ci-devant Roi , 
en faveur des prêtres , dans les tems où 
l'autorité royale et la liberté des cultes 
étaient sanctionnées par la constitution. 

Le citoyen Duvieuxfort nourrissait depuis 
long-tems un perroquet , qui disait à mer- 
veille : vive l'Empereur ! Les possessions de; 
ce citoyen étaient en partie dans les pays 
soumiS'à Tautorité de la maison d'Autriche. 
Le perroquet est dénoncé , il crie vive U 
Roi , la Reine ! et c. Un décret est lancé 
contre ce citoyen, sa fille , et quelques per- 
sonnes de sa maison : ils sont acquittés à 
Béthune. Un arrêté de Lebon les fait tra- 
duire au tribunal d'Arras : la déclaration 
du jury fut que les accusés étaient conr 
vaincus d'être auteurs et complices de la 
conspiration ourdie contre le peuple Fran-î^ 
çais , en enseignant à leur perroquet à pro- 
férer les mots odieux de iiiveje Roi /et c; 
en conséquence ils furent condamnés 4 
mort. 

Devieuxfort était déjà garotté sur li 
planche , lorsque Lebon arrive : ««Arrêtez ^ 
99 dit-il , que le scélérat en mourant emporte 
99 le désespoir de nos victoires : m il monte 
aussitôt sur Téchafaud , ordonne qu'on le 
délie , et qu'on le fasse descendre ; il 



384 Précis historique des crimes. 

annonce alors au public quelques victoires 
remportées parles armées françaises. ( Voya 
la lettre F. de la gravure du tome I y page i 
des réflexions préliminaires. ) 

Ensuite s'adressant à Duvicuxfort , il 
lapostrophe en termes les plus injurieux:' 
«t Expédiez-le maintenant , dit-il au bouT', 
99 reati , et périssent de rage les ennemis \ 
j> de la République, n l 

On ne saurait mieux caractériser la lur- ' 
pîtude de ce tribunal , que par la conduite 
qu'il tint à Tégard du perroquet ; il voulait 
le mettre en jugement. Enfin Tépouse de 
Lebon se Tappropria , et cherchant àeffacet 
son éducation aristocratique , elle TiaS- 
truisait à crier vive la Montagne ! 

Le ci-devant Comte deBéthune, accasé 
d'émigration, pourvu néanmoins de cc^' 
tificats authentiques , avait été absous, t^^ 
même jour Lebon ordonne de nouve^^ 
sa mise en jugement , il est condamné ^ 
mort. Le))on qui avait trouvé dans L^s 
papiers, de Béthune , une lettre dai^^s 
laquelle il était traité de scélérat , s'acharr^a 
tellement à sa perte, qu'il fut exécuté a 
dix heures du soir. Il eut encore des vicj- 
toires à publier ce jour là , et le fatal couteaw 
resta suspendu sur la tête de Béthunè 
jusqu'après la lecture de ces nouvelles. Uti 
juré ayant vu la tête de cet infortuné 



i 



commis sous le proconsul J. Lebon. 385 
citoyen , s'écria : «« Si les lêtes de veaux 
n étaient aussi fraîches que celle-là , j'en 
f> ferais provision. »» 

Le défenseur de Béthun^ avslit été in- 
carcéré. A sa sortie , Lebon lui fit les plus 
sanglans reproches sur ce qu il s'attachait à 
défendre les aristocrates. // faut être , lui 
dit - il , sans - culotte et coupe - tête comme 
nous. 

Couronnons ce volume d'atrocités par 
un fait encore plus barbare : 

Deux jeunes gens , Tun nommé Vaillan, 
et l'autre fils du maître de poste de Lens , 
condamnés à mort, avaient étéconduitsàdix 
heures du matin sur la place des exécutions, 
etgarottés aux pieds deTéchafaud. Pendant 
deux heures ils restent exposés aux injures 
et aux insultes d'une populace effrénée ; 
on les couvre d'ordures , on brûle leurs' 
habits ; quelques-uns même osent les frap- 
per. Une de ces victimes perd la- connais- 
sance , le Bourreau lui jette uh stean d'eau 
sur la figure. Sept individus condamnés à 
mort , arrivent , il sont guillotinés , et lèuri 
sang inonde ces deux jeunes gens , qui dé*' 
tournent la vue en frémissant. Le Bourreau' 
portant la tête du dernier supplicié , l'ap- 
pliqua toute sanglante sur les lèvres mou-^ 
rantes de l'un d'eux. Enfin la mort met' 
un terme aux angoisses douloureuses quei 

Tome VI. B b 



386 Précis historique cUs crimes 

ce monstre leur faisait essuyer depuis deux 
heures , avec un rafincmcnt de cruauté 
bien digne de lafFreux emploi qu'il fesait 
de son horrible ministère. 

La tyrannie" apprêtait de nouvelles vic- 
times. Près de deux mille personnes 
dirent égorgées ou périrent à Arrias et à 
Cambrai. Les prisons encombrées , et de^ 
Venues le tombeau d'une infinité d'indi^ 
yidus de tout âge et de tout sexe ; cin- 
quante mille familles ruinées et dispersées , 
ne satisfesaient pas ces tigres altérés de 
sang et de brigandages. (Déjà on avait, 
creusé sous Téchafaud une fosse capable 
de contenir soixante-quatre têtes à la fois ,. 
lorsque le g ^thermidor fit cesser ces égor- 
gemens , avec les pouvoirs des monstres 
dévoués aux a,nciens Comités de gouver- 
liement;. :, 

Lebon, la veille de soçl départ , fait' 
assembler les Autorités constituées. Il pé- 
rore* en faveur jde Robespierre ; il veut 
rassembler ses braves pour le venger. Tous^ 
proposent différentes mesures contre les 
détenus ; il s agissait de décider du sort 
de céi^x qui depuis long-tems étaient portés 
sur la liste de mort, Lebon voulait les faire 
tiraduire àp;^ris; mais ses ppuvqirs étaient 
expirés , sa motion resta ç^pç effet. Il 
l^art, et biexuôt frappé de Texécratioa 



€ûfnmis.soîLs le pracônmlj. Leboh. 3if 

publique , il est accusé et traduit au tribunal 
d'Amiens. En vain sa cohorte s'agite en 
tout sens pour arracher des déclarations 
en sa faveur , il est frappé du glaive de la 
loi. A la lecture de sqû jugement , il de- 
mande qu'il lui soit permis de se pourvoir 
en cassation. La Convention consultée , 
accueille sa pétition par Tordre dû jour. 
Instrument servile de ces moteurs de tous 
les crimes 5 il est brisé comme un faible 
:roseau dès quHl a cessé de leur être utile* 
£t aussi lâches que tpes brigands qui fuient 
à, laspect d'une force majeure , en aban- 
donnant leurs compagnons chargés, de fers [ 
les Membres du Comité décemviraî livrent 
I^ebonà toute la rigueur dèslois; ils crurent 
sans doute par ce moyîen-se débarrasser du 
poids de la haine des^ Fran^çais. Ils! étaient 
dansrerréup,.la France les .accusait; plus 
scélérats et plus astucieux que cet Agent 
secondaire , ils furent sacrifiés à leur bàrbarp 
politique. ../::;. , :; ..ot 

V Le i3 vehdém. , ari 4 {5 octobre 1-796 ) 
Joseph Lebon , vêtu d'une chemine -irbuge j 
fut conduit sur la place idite du Grand-» 
Marché , à Amiens , oùni xânmiria sur rjéchâ-^ 
faùd une vie souiliée des plbdgrandsifoirfaîfisi 
Lebon en mourant dit qu il périssait ^pour 
avoir suivi les instructions du Comité de 
Salut public, ( Voyez le tome IL —'* Exécuté 
à Arras , Ihei Amiens )• B b 2 



388 Crimes commis dans le départ, du Nord ^ 

Précis historique des crimes commis dans le 
département du Nord , sous le Fraconsulat 
de f ex-moine Duquesnoy. 

Ernest Duquesnoy , trois fois moine , 
autant de fois passant de la sacristie aa 
corps-de-garde , montra toujours cet esprit 
turbulent qui lui fesant abhorrer la vie pairi 
sible du cloître , lui inspira , , sous Thabit 
militaire , ce caractère grossier qui lui valut 
le. mépris de son corps. Sans cesse dans 
les cabarets » sotisang s allume par la quaû-^ 
tité de boissons dont il s abreuve. Né de 
parens violens , leur fureur codle dans ses 
veines. Son père est noté d assassinat , il 
s'est déjà rendu coupable d'un pareil crime. 
Aggresseur sans frein , deux citoyens ont 
déjà succombé sous ses coups:, et ce n'est 
qulk la faveur de la révolution? qu'il ose*' 
reparaître dans son pays , d'où l'avait chassé 
tin décret de prise de corps. Son séjour 
dans Paris , où il s'était réfugié i avait été 
ensanglanté par une de ses actions homi- 
cides. iAu milieu d£S coupables intrigués qui 
prohoisliquaicnt te' régime conventionnel ^ 
û se distingua par une conduite des plus 
dépravée ; lès tripots , les tavernes , le 
voient alternativement partager ses loisirs» 



ïous le procomul Duquesnoy. 3Sg 

Enfin , dans une orgie des plus crapuleuse , 
il est promu à la première législature ; son 
naturel fanatique , et son penchant pour 
rivresse , le firent bientôt réélire à la Con- 
vention par les meneurs de ce corps mal- 
heureux , qui le regardaient déjà comme 
l'instrument de leur sanglante politique. 

Duquesnoy associé à Lebon , lui imprime 
ses élans révolutionnaires ; il Tencourage 
dans sa marche populicide : a Courage , 
99 dit-il à Lebon , lors du jugement de la veuve 
9 9 Bataille et de ses coaccusés : courage ! vas 
9 9 toujours ferme; nous reviendrons ces 
^j jours-ci avec St. Just et Lebas , et ça ira 
>j bien plus roide. j» 

Lebon outrage les jurés qui en avaient 
sicquité quatre. <t Duquesnoy , lui dit \ fais- 
9 9 moi f.... tous ces b.... là dedans , si non 
9» je me brouille avec toi. Sa correspond 
99 dance porte le même caractère. J'étais à 
»5 dîner avec Robespierre quand il a reçu 
55 ta lettre , écrit - il à Lebon ; nous avons 
55 bien ri , vas ton train et ne t'inquiète de 
55 rien ^ la guillotine doit marcher plus 
55 que jamais. r> 

Ces deux Conventionnels réunis oflFrent 
une masse de puissance encore plus ter- 
rible. Il faut que les têtes pleuvent comme 
la grêle. Dans une lettre quils écrivent 

Bb 2 



r. 



Sgo Crimes commh dans le départ; du Kord , 

de concert au Comité de Sâlut public , 
ils s'expriment ainsi : 

<« Nous sommes inondés d'un t^s de vauriens 
civils et militaires > que nous avons envoyés au 
tribunal pour y subir la peine 4e leurs crimes contre 
la république. Nos arrêtés autorisent le tribunal 
criminel du Pas-de-Calais à expédier ces scélérats 
xévolutionnairemcnt ; mais il renvoiç nos coquiiis 
à des jurés qui vont les innocenter à tort et à 
travers n, : ^ 

Après avoir demandé ati Gpmîté qu'il 
confirme leurs arrêtés pour Torganisation 
de ce tribunal , sans quoi ils enverront lés 
prévenus à celui de Paris ; ils observent 
que leur procès sera moins coûteux à Arras , 
et que l'exemple sera utile à l'armée. 

La mission de Duquesnoy ne regardait 
que les armées ; et, par un abus d'autorité^ 
•que plusieurs de sescgllègues oi;t imité , il 
-s'immisce dans la sur\^eillance des dépar- 
temens frontières. Dans une autre circons- 
tance , sous prétexte de maladie , il obtient 
un congé , se transporte à Boyefflcs , son 
pays natal , dans l'intention , comme il 
l'avoua ensuite , de remonter Fesprit public 
dans le département de Calais. Aussitôt les 
mandats d'arrêts se multiplient , et la per- 
sécution met au jour ses batteries redou- 
tables. C'est au milieu des orgies, qu'il 
endoctrine les Autorités constituées , et 
quil leur persuade de faire arrêter sans 



sous le proconsul Duquesnoy.' Sgi 

examen quiconque serait dénoncé , n'im- 
porte par qui. Les mauvais traitemens , 
les injures attendaient ceux que Tinnoeence 
de leurs parens détenus , conduit à son 
domicile pour invoquer sa justke.r 

Une femme était parvenue à l'approcher; 
elle réclame son mari , il lui dit de venir 
le trouver à jour nommé à Bé thune. Elk 
s'y transporte , et après beaucoup de diffi- 
cultés pour obtenir une audience , elle 
lui rappelle le rendez-vous qu'il lui a donné 
pour s'occuper de la liberté de son mari. 
«« Tu en as menti , répond le déloyal Dn- 
9 9 quesnoy , si je t'ai dit l'autre jour de 
9 9 venir ici , c'était pour me débarrasser 
99 de toi. >5 , ' 

Pendant son séjour à Boyeffles , il se 
rendit coupable de plusieurs actes despo- 
tiques. Nous nous contenterons d'en citer 
un : comme il r-egarde ses parens , il suffim 
pour donner^une idée de sa conduite dans 
cette Commune. 

La loi du 21 messidor rendait la liberté 
à tous les cultivateurs. Le bruit se répand 
que Duquesnoy a pris un arrêté contraire; 
la femme Goujie , açcompagiiée d'Augustin 
Mathicr , cultivateur, et muire d'une Com- 
mune voisine , s'en vont chez ce Repré- 
sentant, leur cousin. A peine cette femme 
eut ouvert la bouche , pour lui souhaiter 

B b 4 



âg^ Crimes.commis dans le départ, du Kcrd , 

le bonjour, que notre furieux s'écria-: 
a Qu'est-ce que tu viens f.**.. ici ? je n aï 
»9 que faire d'aristocrates et de contre-révo- 
9) lutionnaires dans ma maison; 99 en même, 
tems cette femme est assaillie de soufflets 
et de coups de poings sur la tête ; il criait 
toujours : f.,,. moi le camp. Cette femme 
succomba sous les mauvais traitemens de 
Duquesnoy , et tomba à la renverse dans 
sa cuisine, il ne cessa de la frapper à coups 
de pieds , ^n vociférant : F... moi le camp , 
sacrés aristocrates : F..... moi le camp. 

L'anihilation de la loi du 21 messidor 
par Duquesnoy , n'était que trop assurée* 
Son arrêté en date du ig messidor an 2, 
(7 juillet I7g4) postérieur à l'époque de 
la chute des conjurés , ne fait qu'ajouter 
une teinte plus tyrannique à cet abus de 
pouvoirs , qu'il n'a cessé de manifester 
dans le cQurs de ses différentes missions 
Après un considérant écrit en termes per- 
fidement révolutionnaires de ces tems-là, 
il ordonne que ceux desdits cultivateurs rais 
mal à propos en liberté , seront sur-le- 
champ réincarcérés , et livrés aux tribunaux 
qui doivent en connaître. Le tribunal de 
Paris était alors le seul à qui une loi ré- 
cente attribuait le jugement des délits dits 
révolutionnaires. 

Cet arrêté , et les menaces de Duquesnoy, 



\ 



sous le proconsul Duquesnoy. . 3^ 

firent émigrer plus de cinq cents culti* 
vateurs des districts deBéthune , d'Arras * 
de Douai et de Cambrai, Cependant une 
liste de cinquante-sept individus se dresse 
dans un instant d'ivresse. Leroux , pré- 
sident du district, Clément, du village 
d'-Aix , Go blet , commis ; puis Curé et 
Bla.imont , ces deux derniers adminis* 
trateurs du district , coopérèrent à cette 
liste de proscription , tous furent regardés 
comme suspects, pour n'avoir pas assisté 
à la messe des prêtres constitutionnels. Du- 
qixesnoy dicte les noms de ceux que la 
haine lui désignait , et tous avalaient 
d"* avance le sang de ces victimes , en 
buvant à la santé de la sainte guillotine. 
Mais cette liste ne contenait que des 
hommes peii faits par état , pour être 
ï'egardés comme contrerrévolutionnaîres. 
VJn des assistans en fit la remarque en 
Ces termes : << Sacredié nous sommes de 
*i foutues bêtes , nous n'avons pas mis de 
*ï ci - devant sur la liste ; f,.... prenons 
^5 garde à nous , ça serait trop vulgaire. 15 
On y entremêla quelques ci-devant. 
Cinquante-sept victimes furent chargées 
de fer , et mises sur trois chariots. Leur ar- 
restation avaiÉ^ été suivie de la violation de 
leurs propriétés. Les armoires , les coffres 
. avaient été enfoncés ou crochetés ; pn les 



394 Crimes commis dans le départ, du Nord. 

'fit parquer une nuit comme un troupeau 
de bétail. Si quelques-uns affaissés par la 
douleur et Tépuisement prenaient un instant 
de repos , Clément les réveillait à coups 
de pieds, A Béfliune , à Arras , on dé- a 
couvrit les voitures , afin de les exposer éi 
aux regards d un peuple égaré par Lebon 
ct^Duquesnoy. Ils furent insultés et couverts 
de Huées ; on voyait parmi ces malheu- 
reux, des vieillards, et des femmes malades; 
lune d'elles venait d'accoucher ; son enfant 
qu'on lui avait enlevé , faillit périr par 
Fengorgement de son lait. 

Voici quelques paragraphes de la lettre 
que Duquesnoy écrit à leur sujet aux 
Membres du Comité de Salut public, . 

<« Je vous fais passer , citoyens Collègues , tro^* 
arrêtés que j'ai pris ici. Je vous fais passer égaleme^^ 
la liste de cinquante-sept individus qui vont pat*^^^ 
pour le tribunal de "Pzris ^formant à-peu-près le ti^[^ 
de ceiLK du district qui doivent y être traduits. Je si>^^ 
presqu'entièrement délivré de la goutte ; j espè^^ 
me rendre à Arras sous peu de jours , pour y 
prendre des mesures pour y faire réincarcérer to"*^^ 
les contre-révolutionnaires des campagnes , élar^^* 
par une fausse application de la loi , et c. m. 

Cette lettre datée de Béthune , est dti 
16 messidor an 2 , (4 juillet 1794. ) 

Duquesnoy comptait tellement sur les 
tons offices du tribunal révolutionnaire , 
pour le délivrer de.ses ennemis , qu'il dit 



^' sem le proconsul Duquesnoy. * SgS 

^ hautement aux habitans deBoyéfflies , quik 

' pouvaient aller voir passer les Bacons \ 

^ famille proscrite. Les enfans de Duquestioy 

dévastèrent aussitôt leur jardin ; celui du 

citoyen Fromentin , également détenu , a 

été exposé à leur pillage ; ses étangs ont 

été mis à sec , etDuquesnoy s'est approprié 

le poisson. 

Si Taudace caractérise le crime , la lâcheté 
devient aussi son partage au moindre dan- 
ger qui menace son auteur. L'ex - moine 
IDuquesnoy qui ne parlait sans cesse que 
de détruire le fanatisme , éprouva un accès 
de goutte remontée pendant son séjour à 
3Boyeffles ; la crainte de la mort s'etnpare 
de ses esprits , il demande un confesseur: 
tin ci-devant curé , oubliant les inimitiés 
de famille s y transporte. A sa vue , Duques- 
• noy laisse couler quelques larmes , et dit : 
«t Ah ! je vois bien que Thomme vertueux 
55 et sensible , \sait oublier les injustices. 
5î C'est Dieu , ajoute-t-il , qui vous envoie 
'^5 pour me confesser , permettez-moi de 
55 satisfaire au devoir de chrétien. Je, sais 
55 que je vais mourir... 55 Je ne vous con- 
fesserai pas , répliqua Tex-curé , cela n est 
pas de saison ; d'ailleurs vous n'êtes pas 
en danger , nous verrons cela un autre 
jour. Quelques jours après , Duquesnoy 
célébra sa convalescence par de conti- 



Sg6 Crimes commis dans le départ, du Xori , 

nuelles orgies. Sans doute , il eut hontt 
de sa faiblesse ^ car il fît incarcérer c^t 
cx-prêtre et sbn frère. Le Comité de Sû- 
reté générale les rendit à la liberté. Les 
cinquante-sept victimes dont nous avons 
déjà parlé doivent également leur liberté 
à la fameuse époque du 9 thermidor. 

Le citoyen Hoyez , horloger , était mis 
en jugement au tribunal de Lebon ; Du- 
quesnoy accourt, et ses dépositions le font 
condamner à mort. Ce Citoyen dit à l'exé- 
cuteur Petitpierre , au moment où il le 
liait à la planche : << Ce que je regrette le 
»j plus , c'est que celui qui me fait mourir 
n aujourd'hui est celui à qui j'ai sauvé la 
»y vie. n 

Hoyez avait sauvé Duquesnoy de la 
corde , quelques années auparavant. 

Sous les auspices de Lebon et Duquesnoy, 
le président du district , Lefetz , avait offert 
une gratification de mille écus à un citoyen, 
pour l'exciter à dénoncer une foule de dé- 
détenus. Duquesnoy abuse d'une femme 
détenue , Tengage à divorcer avec son mari 
chargé de fers ; et après avoir fait pronon- 
cer le jugement , il s'empare du bien du 
mari. Par ses instigations , un procès est 
intenté à un autre détenu ; le tribunal pro- 
nonce contre le gré de Duquesnoy: il mande 
les juges dans un cabaret, les injurie , et 



-, sous le proconsul Duquesnoy. Sgj 

menace de les casser , parce qu ils n'ont pas 
condamné Thorame qu'il haïssait. 

Duquesnoy influence les sociétés popu- 
laires que Leboh avait chargées de Tépu- 
ration des détenus. Dans une de ses lettres» 
en d^te du 29 messidor , il recommande aux 
Men)bres composant la Commission pour 
Tépuration des détenus , de regarder comme 
ennemis de la révolution ceux qui n'ont 
rien fait pour elle. Il juge que les Mathier 
tont de ce nombre. ««La femme de son col- 
*5 lègue Lebon pourra donner des renseî- 
» gnemens sur les Mathier, qu'il a toujours' 
•V regardés comme des ennemis de Tégalîté, 
^ et n'ayant pout amis que des aristocrates' 
'V et la moinerie, etc. m On voit que ce 
Mathier , son cousin , qu'il avait sî mal reçu 
chez lui , ne resta pas long - tems sans 
éprouver le poids de sa vengeance. 

Un caractère aussi haineux^ et dont Tirri- 
ation se perpétuait par les vapeurs du vin , 
levait porter la désorganisation dans l'ar- 
née que la mission de Lebqn chargeait de 
flirveiller. Son imbécille de frère , promu 
aar sa protection au généralat , également 
idonné à l'ivresse , dénonce tous les gêné- 
aux qni ont le ma-Iheur de lui déplaire. La 
juillotine , la fusillade , privent la Répu-i 
:>lique de ces chefs instruit?. Gïllet , chef 
ie brigade au corps du gémé, est un de 



400 Crimes commis dan s le départ. duKord , 

et sa fille , et s'installe dans leur maison/ 
A Bergues , on Ta vu entouré d'une 
vingtaine de citoyens totalement ivres. Le 
local quils occupaient représentait une vraie 
tabagie. On buvait , on trinquait, en criant 
à tue-tête : vive la République! vive la guillo- 
tine ! Duquesnoy chancelle au sortir de cette 
auberge ; quelques pas plus loin il tombe 
par terre : plusieurs citoyens s'empressent 
de le relever pour le conduire chez lui. 
Duquesnoy avait été envoyé à Metz, Des 
patriotes prononcés furent députés vers 
lui : 

«c Tu as des yeux qui me déplaisent^ dit- il à Vun 
d*eux. A un autrç : Tu as Pair d^un évéque , tu nt 

Îeux pas être patriote, A un troisième : Tu es un fripon* 
e viens ici, ajoute-t-il, avec des pouvoirs illimités. 
L'esprit public n'est pas bon, je le mettrai au pas; 
sous quinze jours j'en ferai fusiller cinq à six cents i 
tant à Metz qu'à JVancj »>. 

Le feu se manifesta le même jour aux 
fours de la Munitionnaire ; Duquesnoy s'y 
rendit ians marque distinctive. Le Juge de: 
paix , décoré de sa médaille , y donnait 
des ordres, Qjie fais-tu là , lui demande 
Duquesnoy ? Le Juge de paix réplique que 
rincendie étant dans son arrondissement, 
son devoir Ty appelait, Duquesnoy exhibe 
ses pouvoirs , et le fait incarcérer. Plus 
loin, Duquesnoy rencontre un habitant de. 



sous Je proconsul Duquesnoy. 401^ 

la campagne, il le prepd au collet et le 
maltraite de coups : un jetihe homme , âgé 
de seize ans , témoigne sa sensibilité ; Du* 
^uesnoy fond sur- lui , et , d'un coup . de 
poing dans i-estomac , le» renversé à dix pas 
de là. Un Citoyen , du nom de Mahu^ cou- 
vert de sueur , se retirait de lincendie , 
dans l'instant où il cessait: ««Que fais-tu- 
5j là , dit Duquesnoy ? Pourquoi ne tra- 
j> vailles- tu pas? — J'ai peut-être travaillé 
'j> plus que toi , répond ce^ Citoyen , sans 
fj le connaître. »5 II eticorê battu et incar- 
céré. (( Où vas-tu, demande-t-il à un em- 
jj ployé au dépôt des habillemehs militaires? - 
»> -— A mon bureau. —Tu m'as lair d'un 
'jj aristocrate. En prison ! m Un enfant , 
''nommé Dorvaux , est encore conduit en 
^prison. Un militaire, à qui on avait appli- 
qué les vessicatoires , au premier coup 
d'alarme avait quitte son lit , pour former 
la. chaîne avec ses camarades ; Duquesnoy 
lui donne un coup de. poing dans le dos ; 
il se retourne , et en reçoit un autre dans 
l'estomac: Duquesnoy le fait encore arrêter 
et conduire au corps-de-garde. 

On remarqua qu'il était dans un tel état 
d'ivresse , qu'il ne pouvait tenir son crayon ; 
îl se laissa même aller par terre , en voulant 
passer par-dessus un petit mur. On peut 
juger , par ces légers renseignemens , com^^ 

Tome VI. ce' 



40? Massacres et incmdies 

bien les faits. qw nous om èchap|>é ajoi^- 
teraient à ce taUeau d-unc vie crapuleuse 
et féroce. Duquesnoy a été condamné à mor ^ 
à Paris , le 28 prairial an 3 ( 16 juin iTgby^ 
.( Voyez le Tableau »^. 2 , tome 2. j 



Massa c RE s et incendies dans les Colonies 
Françaises. 

Avant les désastres survenus à Saint-t)o- 
luingue , pn calculait à deux cents niillipi\s 
tourâoiis ou à peu près la valeur des denrées 
«coloniales importées en France ; à quatre- 
vingt et quelques millions , celle de ces den- 
rées qui se consommaient dans Tintérieur 
de TEtat ; à 1 20 miUîorisou environ , céljes 
qui se vendaient à Tctrànger ; etenyiron.à 
60 millions les marchandises que Tétrançer 
Jious fournissait ; eh sorte que la balance 
ordinaire du commerce était , en faveu^* de 
la France , d'une soixantaine de millions 
par ajn , dont' elle était redevable à la seule 
.colonie de Saint-Domingue , qui , d'après 
les calculs du Ministre Necker , rendait à la 
Métropole plus que toutes les autres colo- 
nies Françaises ensemble. 

Cet état de splendeur devait naturelle- 
ment extîter la jalousie de TAngîe terre , si 
avide de la souveraineté commerciale ; et 



dans les colonies françaises. Î4a3 
«ans aspirer à s'approprier cette portion si 
importante des Antilles Françaises par une 
invasion qui soulèverait toutes les puissances 
3de l'Europe , contre son despotisme , le 
Cabinet Britannique a du diriger toutes ses 
* ^mesures vers leur entière dévastation ; dans 
^rim possibilité de conquérir , Hd i voula 
anéantir. 

Telle est l'origine politique des fféaux 
^ui , par un horrible privilège ^ ont pesé 
«i spécialement sur la colonie Française de 
-Saint-Domingue ; et quelle que puisse être 
:1a. sincérité de tjuelques provocateurs ou 
âgens principaux de la révolution colo- 
niale , les ruines de Saint-Domingue , les 
cendres de ses habitations si florissantes , le 
désespoir de deux cents mille Français 
^échappés par une fuite lointaine aux fureurs 
des farouches Africains , la perte de deux 
cents mille autres égorgés par ces tigres dé- 
muselés , la joie sanguinaire de TAnglais 
applaudissant à ces massacres , et les perpé- 
tuant avec son or et son machiavélisme ; 
voilà les accusateurs irrécusables de ccS 
vains philantropes , voilà la réfutation de 
leurs systèmes destructeurs ! 

La révolution Française fut un coup de 
foudre pour ses colonies ; le seul mot des 
Droiês de C Homme , devint Tarrêt de disso^ 
lution de leur système social /fondé sur une 

c c 2 



1404 Massacres et incendies 

servitude alors nécessaire , et qu'il apparu 
.tenait au tems seul de modifier : Ce que je 
craindrais , a dit Rousseau aux Polonais , sur 
le projet d affranchir leurs esclaves : «trce 
îj n'est pas seulement Tintérêt mal entendu» 
9î lamajur-propre er les préjugés des maî- 
3) très ^ ce: sont les vices et la lâcheté des 
99 serfs ; la liberté est un aliment de bon 
9} suc , mais de forfe digestion ; il faut des 
99 estomacs bien sains pour la supporter ^n 
Si les préjugés invétérés des Colons et des 
grands Planteurs , leur amour-propre habi'- 
tué à un système de distinctions , en quelque 
sorte indiquées par la Nature , si Tinstincit 
.aveugle4erintérêtrepoussaitcommeunjoùg 
humiliant et funeste , le niveau d'une Comr 
mune égalité , c'est sur-tout dans la lâcheté^ 
dans les vices des serfs , qu'elle trouvait un 
obstacle plus insurmontable ; le cœur plein 
de toutes les viles habitudes de l'esclavage , 
les uns s'imaginèrent que pour être libres , 
il suffisait d'être mutins ; d'autres , incapa- 
bles d'apprécier leurs droits autrement que 
par leurs besoins sensuels , se livrèrent avec 
une intempérance effrénée à leurs appétits 
honteux et sanguinaires ; tous prouvèrent 
que , si une fausse philosophie avait stipulé 
pour l'égalité , en revanche la politique ^ la 
vraie justice et même l'humanité récla- 
maient contre ces indiscrétions précoces 



danî les cdlmus ffûniçmsh. 40S 

pour les voiles de la prudende et les droits 
seuls imprescriptHïlés du t^iris. 

Ce fut un crime de Vouloir anticiper sur 
ces droits ; et tandis que la France s'avan- 
çait à grands pas vers la liberté républi- 
caine , dont ses lumières lui permettaient 
de faire un digne usage , elle ne pouvait 
être que funeste dans un pays où la raison 
était moins éclairée | et ppur une espèce 
dont les facultés plus tardives n'avaient en- 
core reçu aucun développement de l'édu- 
cation. Cependant , à Paris , une société de 
préteflidus amis des Noirs déguisait , sous l'in- 
tention apparente de leur affranchissement, 
le but réel du bouleversement des colonies, 
et l'espoir de partager les dépouilles des 
propriétaires mis en fuite ou massacres. 

Un mulâtre , que son intelligence supé- 
rieure à celle des hommes de son espèce 
avait mis en relation avec les principaux 
. moteurs de la révolution Française { Rai- 
mond ) était le point de contact entre les 
agitateurs révolutionnaires de la Métropole^ 
et les révoltés de la colonie ; une lettre d/a 
sa main , en donnant la mesure de son in- 
fluence sur la dévastation et les troubles de 
Saint-Domingue , en fera connoître aussi les 
moyens et le but. 

(( Notre cau&e, écrivait- il aux hommes de couleui 
qui s'insurgeaient pour Tcgalité politique, com- 

GC 3 



4o8 Massacres et incendies . 

étant ce qui nous intéresse davantage. C'était 
à en encQurager la culture , à en activer U 
fécondité , que devaient ,s'appliquer toutes 
nos prétentions , c'étaità rihtérêt des Colons- 
Propriétaires , si naturellement d accord 
avec celui de la Métropole qu'il feUait parler 
et demander des conseils ; et, c est contre 
les propriétaires qu'ont toujours été dirigés 
les soupçons , les ordjes , les armes de 
l'autorité. Là , se trouve l'explication des 
désastres de Saint-Domingue , qui sont pour 
tant de Français une énigme. 

11 n'entre point dans notre plan de suivre 
pas à pas les intrigues qui ont frappé tant 
de coups faux et désastreux aux colonies , 
de citer successiveipent la foule dé décisions 
contradictoires , de mesures incohérentes , 
de marches incertaines et croisées des divers 
partis qui se sont arrachés le sceptre de la 
puissance , pour en faire réciproquement 
une arme de destruction. Nous croyons 
néa.nmoins devoir à la clarté des faits que 
nous voulons offrir, de dire que les décrets 
vagues et entortillés de l'Assemblée cons- 
tituante furent les fermens les plus actifs de 
dissention dans les colonies ; que , comme 
des armes à deux tranchans , ils paraissaient 
propres à défendre les uns et les autres , et 
ne servaient qu'à les blesser tous. 

Epouvantés des principes révolution- 



dans Us cûloniesfrança}s€s. ^ôg 

naires qui se développaient tin France au 
nom des Droits de THomme , les colons- 
propriétaires songèrent sérieusement à en 
prévenir l'effet contagieux sur leur pays 
^nenacé d'un entier bouleversement. A Saintp 
Etomingue comme en France , on s'était 
réuni dès 1789, en assemblées. On avait 
pris les armes pour? la liberté politique; 
Les Assemblées primaires avaient créé au 
Cap , au Port-au-Prince et aux Cayes des 
Assemblées provinciales , qui rivalisaient 
d'enthousiasmes , et recevaient l'impulsion 
de celle du Cap. Une assemblée supérieure 
s'était constituée à Saint-Marc sous le nom 
d'assemblée coloniale , formée des Repré- 
sentans réunis de toutes les provinces. Ce 
fut là que se conçut l'idée sage et patrio- 
tique de combiner pour le régime intérieur 
des Colonies une constitution distincte pour 
les principes et les moyens de la consfifu* 
tion française , et soumise seulement à 
l'acceptation de la Métropole dont les. 
droits exclusifs pour la législation extérieure 
et commerciale de la Colonie n'en étaient 
pas moins reconnus et respectés. Cette 
conception simple et naturelle trouva de 
grands obstacles dans lajalousie de l'assem- 
blée provincial^ du Cap , qui, protégée par 
le Gouverneur militaire de la Colonie i et 
corrompue par le dévouement servile des 



410 Massacres, et incendies 

autres assemblées provinciales , répugnait 
à reconnaître une autorité supérieure à k 
sienne. Elle affecta de travestir les projeo 
de rassemblée de Saint-Marc en projets 
coupables d'indépendance ; elle cassa des 
municipalités qui paraissaient les partager; 
et par ses ordres , le colonel Mauduit fol 
chargé de dissoudre rassemblée de Saiot-^ 
Marc à main armée , comme il avait fait 
contre un Comité du Port-au-Prince. Obi^s* 
sancc fut à la force ; et à la vue des troupM 
qui l'assiégeaient, TÂssemblée toute cndère« 
au nombre de quatre-vingt-cinq membvet « 
s'embarqua sur le Léopard , le 7 août 179O) 
et vint présenter à la barre de TÂssemblée 
constituante son innocence à reconnaître t 
et son oppression à venger. 

Cette démarche fut sans effet; et le 19 
octobre suivant , l'Assemblée constituante , 
tout en promettant expressément de ne 
porter aucune loi sur l'état des personnes dans 
les Colonies , sans la demande précise et for^ 
melle des Assemblées coloniales , consacra par 
le même décret l'accusation d'indépendance 
élevée contre celle de Saint-Marc , et en 
cassa , sous ce motif, toutes les délibérations 
et tous les actes. 

Cependant l'Assemblée provinciale du 
Cap , triomphante et libre , ne tarda pas 
à adopter les alarmes de l'Assemblée qu'elle 



dans lés colonies frûnçaiits. 411- 

avait proscrite. Avertie à tem^ <k rapproche " 
êtxiTi homme de couleur, nommé Ogé ^ 
parti de France avec des décrets perfide- 
ment équivoques de FAssemblée constî- 
mante pour troubler les Colonies au nom dei 
l?Egalité , elle ordonna toutes les mesures 
propres à prévenir le soulèvement médité ; 
mais ne put empêcher le débar<jttcment 
^Ogé , qui se iftit aussitôt à la tête d'un 
le^dsemblement nombreux. On promit trois 
cents portugaises à celui qui le mettraic à 
taoTt. Apr^s beaucoup de brigandages et 
de massacres, il fut obligé de fuir chez îes 
Espagnols qui le rendirent à ses juges natu* 
tels , et il périt enfin sur la rOu^ avec vingt 
de ses complices , après- tfiae procédure 
qui dura deux mois. L'exécution se fit sur 
ÏH place du Cap avec solfeftnit^. L'Assemblée 

{provinciale y assista toute entière ; toutes 
es troupes prirent les armes , et les dt^- 
peaux tricolors furent^déployés.' Le con-^ 
cours immense des citoyens qui parurent 
applaudir à ce supplice , fit dti cet acte dou' 
loureux de sévérité une espace* de fête natio- 
nale. Cette journée offrait aux- jf>ahi»ans de 
FAssemblée de Saint-Marc là justification 
et le triomphe de ses principes ; et celle 
du Cap vit tout-à-coup se déclarer contre , 
elle les dispositions lés plus haineuses. De 
nouvelles insurrections de Nègres dans la 



419 'Mtissacfes et incendies 

partie du Sud, en justifiant davantage la 
précédente rigidité deTÂssemblée de Saint- 
Marc y ajoutent à Tindignation générale 
contre celle du Càp. Mauduit , qui avait si 
bien servi les prétentions ambitieuses de 
celle-ci , en partage aussi la défaveur , et 
périt victime de ses propres soldats désa^ 
busés.... :. de nouvelles troupes arrivées de 
France avec les dispositions les plus favo- 
rablefs à l'Assemblée exilée , se joignent aux 
régimens déjà existans dans la Colonie, 
rétablissent au Port-au-Prince le Comité 
que Mauduit y avait dissous , font sortir 
des prisons les citoyens que ce Colonel avait 
fait arrêter, et protègent de leurs armes une 
Municipalité nouvelle et une Commissioft 
judiciaire qui , sous les auspices de l'appro- 
bation générale, s'organisent pour la pour- 
suite de tous les fauteurs de troubles. Le 
ihaire , Lerembourg, est chef de ce tribunal 
dont les jugemens se rendent et s'exécutent 
avec la même célérité. Un interrogatoire 
rapide et quelques témoignages suffisent 
aux juges ; un mot , un signe du Président 
qui n'a besoin que de porter la main au 
cou , annoncent Farrêt fatal. Des Exécu- 
teurs toujours prêts s'emparent de la vic- 
time, et lé premier arbre, devient l'instru- 
ment de son supplice. 

Cependant l'opinion générale et une 



dans les colonies françaiies. 4^ 

proclamation du gouverneur Blanchelan<te 
appellent les Assembléel» 'primaires pour 
remplacer celle provinciale du Cap par 
une Assemblée coloniale. Aussitôt la noii* 
velle non-officielle encore dW décret du 
i5 mai 1791 9 qui admet les hommes de 
couleur à la jouissance des mêmes droits 
:politiques que les blancs , excite tine fer- 
mentation universelle. On se précipitle 
dans les assemblées primaires poux^- terminer 
.toute élection, ayant que la publicité ^au* 
thentique et formelle ^e la loi en eut ouveit 
les portes aux hommes dte couleur. ÏAvtxs 
.prétentions anticipées ^ appuyées par de^ 
menaces et des émeutes , arment contr'^tik 
4es citoyens. Dans le délire de l'indignatioft 
et de Teffroi , : quarante villes bu bouirg^ 
;s annèrent pour leur destruction. On mît 
4m prix, à chaque tête de mulâtres qu appôr^ 
terait un Africain ; et c'est alors quon les 
^fusilla dans les rues du Cap , comme dans 
les forêts Ton fusille les bêtes fauves. 

Le désespoir doubla Faudace des hommes 
de couleur révoltés. Ils s'adjoignirent et 
armèrent leurs Nègres , qui , tout-à*c6up 
et au nombre de cinquante mille , serépan-* 
dirent , la torche d une main et le poignard 
de Tautre , sur la vaste et riche plaine da 
Cap. C'est dans cette ville que devait se 
tenir , le %b août l^^i% la nouvelle Assemi;* 



^414 Massacres il incendies 

blée coloniale ; ce fut le s3 qu éclatèrent 
rinsurrection et lincendie , qui dévorèrent ' 
en quelques heures les innombrables éto- 
.blis^emens que deux siècles de travaux 
•avaient élevés à la prospérité nationale'; 
qu'on imagine un torrent de feu roulant sur 
i5 lieues de pays. .Ceux que la flamme 
avait épargnés ; ceux qu une fuite tirop 
•lisnte laissa en proie au danger , tombèrent 
30u$ le fer des assassins ; femmes , enfans^, 
vieillards ^ rien ne lut respectée pour périr, 
il suffisait d'être né blanc. 

L msurrectiou et la terreur se propagè- 
rent rapidement daps le jceste de laCoLome. 
Des troupes d'hommes ide couleur zt de 
Akoirs répandus dans les campagnes y poin- 
taient la dévastation et La mort; ce que h 
brigandage le plus effréné , ce que la plus 
rafinée barbarie: peuvent cumuler d'iunv 
reurs , ils le commirent. • 

Le Cap , le Port-au-Prince et les Cayeis 
étaient les seules places en état d'arrêteir 
les entreprises des révoltés. Le Port-au- 
Prince qui , dans tous les tems , avait mà^ 
nifesté le plus -^d'énergie contre eux , fut 
aussi la ville contre laquelle ils dirigèrent 
la plus grande partie de leurs forfait»» 
Campés à trois lieues de ses murs , ils lui 
ôtèrent toute communication du côté de 
4a terre ; ils allèrent même jusqu à détQurner 



dans Us colonies française^. ^ 4.1$ 

les sources; et plus d'unie fots le besoin 
d'efiu occasionna, entre les déuchéirhens 
#viincés de Tune et de l'autre armée , des, 
^ptions sanglantes où les homiaes de cou- 
leur eurent presque toujours layantage. 
... Cependant TAsseçiblée coloniale s'était 
^ièuoie au Cap ; et après quelques exécu- 
«tipns tumultuairement faites ( i) , des 
Ji^flQLfnes dê^ couleur et des Nègres qu^oa 
^tlpecta , elle av^t pris solennellement 
AQUS sa protection ceiix qui resteraient 
JSid$les à Tordre , et promis Texécution 
imt^ entière du. décret du i5 mai , aussitôt 
j^-il durait été envoyé* Ces dispositions 
4ineQèrent des conférences où l'on parla 
idÉ conciliation^ La fatigue plutôt que la 
iTpnliance fit déposer les armes. . 
oî. JJn décret nouveaiu , du 24 septembre , 
j^>portaofiicieUement la révocation de celui 
idu i5 ihai , qui n avait jamais été reçu. Les 
«belles reprirent les armes , et jurèrent 

(i) Des correspondances interceptées" avaient 
4lésigné aux sonpç'ons une foule de nègres restés 
<latis kCap; oi^en^rassémbla-ua grand nombre dam 
JOL Savanne de la, Fossette , où . 4ès foss^^ construis 

four contenir vingt à trente cadavres , recevaient 
eux qui étaient Tusillés ; on les forçiait , pour cette 
'exécution, de se mettre à genoux sur le bord 
anéme de ces fosses , où ils s'entertai€at,eux-même8 
fn tombant. Tout ceci se ferait, par les ordres de 
Commissions militairement établies par TAssemblée 
toJomale. ^ , -. . 



41 6 Massacres et incendies 

d'obtenir par la force cç que leur refusait 
la loi. Au Port-au-Prince 4 on avait , sur la 
foi de la paix jurée , >laissé i5oo hommiek 
de couleur entrer en armes dans la vïHc^ 
et s'établir un quartier général au gouver- 
nement; bientôt aux i5oo hommes étaient 
venus se joindre successivement plùsieurt 
détachemens de 2 à 3oo hommes ; et cette 
affluence donna aux blancs des inquiétudes 
que Tévènement ne tarda pas à justifiti; 
Une rixe particulière et préparée servit aUX 
hommes de couleur de signal de ralliement. 
On etitend la générale dans* leurs casernes; 
Il s'engage une action J^ntr^èux et le régî*^ 
ment de ligne de Normandie que la Muni- 
cipalité avait appelé à * son* secours; La 
résistance fut vive ; et ce ne fut qu'après ua 
combat opiniâtre de quelques heures , que 
les hommes de couleur se déployèrent; au 
bourg delà Croix^des-Bouquets. Ils com- 
mirent, en s'éloignant de la ville-, tout et 
que la rage et tai)arbarie peut inventer de 
plus révoltant. Dés blancs mialades furent 
massacrés dans I05 hôpitaux , les maison^ 
pillées et dévastées ; les propriétaires égorgés 
au milieu des plus cruels tourmehs ; etpoui: 
comble de désolation , un incendie épour 
vantable dévorant les édifices et les richesses 
immenses d'une cité si florissante , teji 
furent les iBéaux qui signalèrent ïa retraite 



dans les colonies françaùis. ^vj 

dés révoltés qui inondèrent aussitôt toute 
la province de TOuestl' Le camp principal 
dans cette partie , et comme le chef-lieu 
des assassins , était près -des hauteurs dô 
Léogane , au Trou-Cassé ; c'est de4à que , 
chaque jour, quiiize ou vingt hommes de 
couleur partaient à la tête d'une troupe de 
ndirs , et fusillaient impitoyablement tous 
les blancs qu'ils rencontraient , hommes , 
femmes , enfans. ils n'étaient bien reçus 
du chef du Trou-Cassé , l'abbé Ouvrière , 
qu'en rapportant les oreilles des blancs 
qu'ils avaient massacrés. 
. Au îiJord , et dans la plaine du Cap , 
qui déjà n'était plus qu'un monceau de 
cendres , ils se livrèrent à peu près aux 
fnêmes fhreurs,; les Blancs, réfugiés chez 
les Espagnols , élâîèht vendus par eux 
ccfnt trente-deux livres par tête aux Nègres 
qui les sciaient entre deux planches ; et 
les enfans étaient pqftés aux bouts des 
piques ; trente-trois pères de famille , pris 
dans leurs habitations , ptts du carrefour 
Alquier , furent pendus vivans à des 
arbres , et si 2 autres "â des crochets fichée 
^à sept pieds de hàût-eur ; à cette même 
époque , trois Nègres commandeurs de 
l'habitation Charitte près le Cap , furent 
accrochés par - dessous le menton , pour ' 
ii'avoir pas voulu ré volter leurs ateliers ^ 
Tome VI. d d 



4iS Massacres et incendies ' 

on doit juger quelle fut la durée des 
tourmens d'un pareil supplice. Les hommes 
de couleur présidaient à ces atrocités \ 
et Ton vit Tun d'eux , nommé Caiidy, 
arracher alors avec des tire-bouchons les 
yeux aux victimes ainsi crucifiées à des 
arbres. A la nouvelle des révQltés et de 
l'incendie de la province du iNQrd , les 
citoyens du Port-de-Paix , étaient accourus 
en armes; et en leur. absence , Içs assàs^ 
sinats et les incendies, éclatèrent, dansi leur ^ 
pays ; la ville fut aussitôt le refuge de- 
tous les habitans d'alentour , qui accpu*- 
rurent tout nuds , à la faveur de }t^ iiuit , 
à travers les bois ; des hom;i|Les de côiir 
leur envoyés par k .Mulâtre [Pinchinat, 
affluaient aussi ajniés . de tputçs pièces ; 
et telle était refFro.nteXie avec laquelle ils 
menaçaient la ville ,du piUage et de l'in-^ 
cendie , que les çitpy^ens étaient obligés de 
rester tout le jour sur pied ^ et chaque soir de 
mettre les femmes, les enfi^ns , les vieillards 
et les malades en sûreté dans le fort et dans 
les vaisseaux. Indignés, de cette déplorable 
consternation , les grenadiers du régiment 
çi-devantd^ la Reine ^ entourèrent les fossés 
de la ville , pour empêcher les hommes de 
couleyr qui s'y. trouvaient alors de: sortir, 
et dernandèrent que ^ pour prévenir leur 
tf^hispn , ou les embarqHât tous à bord dt 



daniles cdldnies françaises. -419 

la Nouvelle Rosalie. Cette idémarche éner- 
gique effraya les hommes ;d^ couleur., qui 
s'y rendirent aussitôt àpinès » avoir déposé 
leurs armes V et prévinrent, par cette sou^ 
ftiission les vengeances terribles prêtes à 
éclater. . • • '. , , 

Au Sud , rinsurrection/ éclate d'abord 
aux Cayercites ; les hommes de couleur se 
portent chez le citoyen Séjourné , assas- 
sinent sa mère , le saisissent lui-même et 
rattachent à un poteau, violent sous ses 
yeux sa jeûne épouse qu ils livrent aux fu- 
reurs lubriques de leur troupe , lui ouvrent 
ensuite le ventre , eti arrachent Tenfant 
qu elle portait , th frappent le visage du 
malheureux Séjourné , qu enfin ils assas- 
sinent à son tour, et sortent en jetant 
Tenfant dans un parc à cochons (r). Cette 
action atroce , ainsi que le spectacle jour- 
nalier des assassinats commis à Jacmel , 
à Plimouth , à Lance , a Veau , à Saquin , 
et dans divers quartiers du Sud , inspirèrent 

( I ) Il ne faut pas laisser ignorer une abomina- 
tion du même genre, et plus atroce encore, exercée 
Î)ar les hommes de couleur sur la malheureuse 
àmille Plainguel. Après avoir coupé par morceaux 
la mère et le gendre , cventré la jeune femme en- 
ceinte , et jeté son fœtus aux cochons , ils s*empa- 
rèrent aussi de trois petits enfans , qu'ils grillèrent 

Dd 2 



45.0 . Massacres et incendies \ 

une telle horreur aux Nègres de la dé- 
pendance dejërémie, que rinsurrection y 
fut générale contre les hommes de couleur. 
La Municipalité pour les soustraire à Tin^ 
dignation due à tant d'atrocités , leur 
offrit des bâtimens dans la. rade , où ils 
furent nourris . et protégés. 

/ Telle était la position de St. Domingue , 
malgré larrivée des . trois Cotnmissaires 
jcivils, Mirbech^ Roume et St. Léger ^ des- 
cendus au Cap dans les premiers jours de 
décembre 1791. Tous les quartiers gémis« 
saient sous la dépendante ou la terreur des 
>hommcs' de couleur , qui avaient déjà 
égorgé plus de quatre mille Blancs , et 
voulaient enfermer le reste. Les'Commis^ 
saires crurent devoir pour ramener la 
tranquillité , accorder une amnistie à tous 
les coupables ; mais loin de se prosterner 
devant cette indulgence , trop généreuse 
pour eux - mêmes , ils en refusèrent le 
bienfait aux victimes qu'ils tenaient sous le 
couteau. 

Au petit Goave , le Comité reçut lam- 

«ous les pieds à petit feu. L'un a été écorché tout 
vivant , çt Ton a fait porter à l'autre la tête et la 
peau de son frère , dont ils firent un tambour sôus 
ses yeux , et comme pour le faire assister tout 
.vivant et par anticipation au supplice qu'ils lui 
destinaient , et qu'il éprouva à son tour. 



dam les' cotonies françaîsh. 4 «1 

nîstic le i3 décembre 1791 à midi ; maïs 
le Président , Gaston Duvivier , en em- 
pêcha la publication ; et le soir même 
à= trois heures , cinquante hommes de 
couleur allèrent à la géole , s'emparèrent 
de trente-trois détenus aux fers qu'ils garot- 
tèrent , et conduisirent aux limites dû 
petit Goave- , où ces cannibales eurent 
la .cruauté de les fusiller aux jambes , et 
de les sabrer ensuite , afin de prolonger 
et accroître leurs douleurs. En suite un 
détachement de vingt-cinq hommes se porta 
auTrou-Canarie , parles ordres du même 
Duvivier ; et telle fut la précision avec 
laquelle îjts furent exécutés , qu'ils massa* 
crèrent soixante - dix Blancs dans cette 
soirée. 

Ce ne fut qu'après ces exécrables expé^ 
ditions , que les scélérats encore couverts 
de sang , vinrent sur les cadavres palpitans 
de leurs victimes , publier dérisoirement 
Tamnistie. 

Les Commissaires civils employèrent tous 
les moyens de conciliation avec aussi peu 
de succès. Les promesses de paix des Hom- 
mes de couleur n étaient que des pièges ; 
et la confiance des Blancs fut plusieurs fois 
récompensée par la plus horrible trahi- 
son. A Bayné , près du petit Goave , les 
Hommes de couleur , soua le prétexte d'une 

D d 3 



422 Massacres et incendiet '^ 

délibération pacifique , avaîerit * cohvoqué 
les habitans de la Commune ? il5> dcscen-i 
dent avec joie et sécurité du haut des Mon 
nés où ils se tenaient retranchés ;? et iréunis 
au bourg , ils sont pris au nombre! de trente- 
sept , gârottés et conduits à deux cents pas 
du bourg , où les Hommes de couleur les 
fusillent. C'est ainsi qu après ks concordats 
faits aux Cayes de Saint-Louis , à Bayeul et 
à Âquin , les habitans qui se redraient pai-^ 
siblem.ent , furent toiit-à-coup circonvenus 
par une troupe d'Hommes db couleur , qui 
les désarmèrent et les assassinèrent. 

Voici encore un trait de Fatroce jterfidié 
des Hommes de couleur. Les -^Jègres ré^ 
voltés dans la parde des Anglais , qui csl 
au-delà de Tiburon , du côté des Cayes ; 
après avoir égorgé les Blancs du côté de 
Cavaillon , venaient comme un torrent pour 
se jeter dans la partie de la grande Ance , 
jusqu alors intacte ; il fallait que ces Nègres, 
pour y arriver , passassent par Tiburon ; les 
Habitans de cette ville , mêlés avec les Mu- 
lâtres , marchèrent avec confiance. Les deux 
troupes en présence , le premier feu que 
firent les Mulâtres fat dirigé contre les 
Blancs , et trois frères tombèrent à Tîns- 
tant victimes de cette trahison ; la plus 
grande partie des Blancs ne put y échap- 
per ; et ^eux qui restaient appelèrent à 



dans les colàniès françaises. 47$ 

teur ^secours leurs propres Nègres r Jean 
Kina , enclave du citoyen Laroqué , se mit 
à la tête de deux cents Nègres, avec les- 
quels il établit un poste , d'où il repoussa 
avec *vatleur les révoltés , qui assiégeaient 
Tiburon , et^ les Hommes de couleur qui 
voulaient le leur livrer. Il périt cihq cents 
Nègres rébelles , et cinquante ou soixante 
Mulâtres ; le reste prit la fuite. 

Peu de jours après , ceux-ci soulevèrent 
* les Nègres du Port-au-Prince , de la Croix 
dès Bouquets , de TArcaye et des Habi- 
tations voisines , au nombre de plus de 
cent mille ; ils lancèrent; des chiens dans les 
bois , pour forcer les Blancs qui sy réfu- 
■giaient oe sortir ; et le massacre en fut 
-porté à un tel excès , qu au lieu de donner 
•i32 livres par tête comme on le leur avait 
promis , on en pa^a par paires d'oreilles \ 
et presque tous en portaient à leurs cha- 
peaux ou à leurs bonnets en place de ca- 
carde. 

A cette progression toujours croissante 
de désastres et de forfaits , que pouvaient 
opposer les Commissaires civils , qui , bor- 
nés à la seule force de la raison et des 
réquisitions morales , n avaient reçu de la 
loi que des faisceaux sans hache ? Impufs^ 
sans pour réprimer , ils essayèrent en vaia 
de concilier des haines trop inconcilia* 

D d 4 



4^4 Massacres -çt incendies 

blés; et les fureurs Africaines mises aut 
prises avec les passions Européennes , coti- 
tinuèrent à fermenter ensemble pour I9 
désolation et la dévastation d uti pays., que 
la Nature elle-même . semble avoir destin^ 
à rinaction et au repos.- 

Ce n'est point en révolution quil est 
permis de rétrograder; et ce fut en accorr 
dant solennellement aux Hommes de cou: 
leur cette égalité politique , dont 1» pré- 
tention servait de prétexte à tous leùlrs 
forfaits , que TAsseiùblée législativie espéra 
dy mettre un terme. Le décret du 4 ayrîl 
1792 , qui consacra cette égalité v loin d'ir- 
riter les préjugés orgueilleux de^Colons , 
leur offrit un moyen honorable dVbîtn- 
donner , par respect, pour la loi, des prin- 
cipes qu il eût été plus humiliant de ne 
paraître abjurer que forcément ; il fut donc 
accueilli avec plaisir , et enregistré dans 
tous les Tribunaux , sans réclamation , sans 
délai ; on envoya même à plus de cent 
lieues en mer une députation d'honneur 
au-devant des Commissaires civils San- 
thonax , Polverel et Ailhaud , qui venaient 
chargés dé son exécution. 

On ne leur demandait point de vengean* 
ces , ni même de punitions ; mais on espé* 
rait une juste sévérité pour l'avenir ; ils 
devaient du moins et ils promirent une- 



dans les colonies françaises. 4^$ 

•entière impartialité. Missionnaires intimes 
de Brissot , ils étaient devancés par le soupr 
çon que cet ami des Noirs les avait chargés 
en secret d'jen opérer TafFranchissement ; et 
le 94 septembre i79St , une seiqaine après 
)eur débarquement , ils déclarèrent dans 
un:e proclamation authentique , que sincè- 
rement attachés au décret , dont Texécution 
leur avait été confiée , ils reconnaissaient 
1 esclavage commre 4< nécessaire à la culture 
» et à la propriété des coloiiies , et ne tou- 
?» cheraient jamais à cet égard aux préro- 
9i gatives des Colons ♦> ;:§aiithonax , par- 
ticulièrement ,. poussa rhypocrisie jusqu a 
protester expressément da^s ;une proclar 
mation du 4 décembre 9 que <« si rÀssem* 
«5 blée nationale égarée po»vîiit se porter à 
If oublier sur ce point. les -prérogatives des 
»5 habitans de Saint-Domingue , çt à -d^ 
jrtruire dans le régime colonial. le gçf me 
^j de sa prospérité , il déclarait , lui , qut 
j5 jamais il ne se rendrait r^ixéçuteur d'une 
f^ pareille injustice , qu iî s y. opposerait de 
M toutes ses forces , et quîl ien fesait le 
99 serment solennel t9« 

Ces promesses étaient au tai^t de meor 
songes atroces ; et les brîgiands révoltés 
trouvèrent dans les déposit^res de Tau^ 
torité nationale des complices et des pro- 
tecteurs. Investis d'une force armée de i3 



'4^ ' Massacrés et incendia. ' 

mille hommes pour la •reslauration de ror- 
dre et de la prospérité dans les Colonies^ 
par rentier et prompt anéantissement des 
rébelles , ils ne- ^devaieftt redouter d'obsta^ 
clés que dans^a funeste dësrtmîon des Hom^ 
mes de couleur libres et des Blancs; et 
l'objet spécial de leur mission^ le but po^ 
çitif de la loi qu'ils venaient exécuter iiait 
rétablissement de Tharmonie et de Téga- 
lité entre ces deux classefs trop long-^ems 
distinctes ^ et leur fusion civique et légale 
tn une seule et même femillct. -Tel était 1^ 
Vœu de la philosophie , tel était cehiidc^ 
tons les cftôyen^'i qui 9 vqyaût dans cette^^ 
Téunîoh feàtérttteile , ràccroîss^ment . dcp 
forces a opposer à rlnsurrection des cs*^ 
claves , qui allait aussi en croissant., appe* 
latent à gfaflds'jcris et avec une^ sincère im* 
patience 'Fentièïê'^xëcutiori dé la loi. . î : 

Mais là guerre civile semblait être dans 
le cœur des Commissaires civils -, ils furent 
accusés dWoir employés ce moyen pour 
Servir leur ambition ; et loin de songer à 
effacer les distinctions de couleurs , c'était 
à les augmenter , à fomenter la lutte des 
préjugés ^tif ''^•a|)'plîquaientoces Commis- 
saires en aspitiint , suivant l'expression de 
S^nthonax lui-même , à la dictature cotbnialeX 

Ije ,pi?emier aicte public d'autorité fut , de 
lai part des 'Commissaires , Tordre au gé- 



dans les. colonies françaises. 427. 

néral Desparbès de tenir ses troupes sur la 
défensive ; et c'est ainsi qu ils paralysèrent 
Tardeur de braves ^ soldats , indignés de 
laudace des brigands révoltés , et specta- 
teurs impuissans des désastres de la colonie. 
^« Depuis un ip;ois que nous sommes dé- 
^vbarqués., écrivirent-ils alors aux Com- 
if missaires , ce 'ièms peut-être aurait suffi 
fi- déjà pour réduire des esclaves révoltés , 
99 dont la multitude indiscipliuéfe Tembar- 
99 rasse elle-même ; et cependant nous per- 
«ivdons ce terni sprécieiiiK jdâns une inaction 
htàïissi dangereuse qu'humiliantCi : 
: 99 Qu'attendOns-nous ,' MWhj ou pliitôt, 
w qu'attcndez-vous pour, mettre en acfioii 
»: six mille «soldats français q*ui lie peuvent 
fsT'sans indignation.végéterja^hement en se 
fj. tenant surla 'défensive y iiuahd le salut 
w de la colonie et Ja conservation des pro-^ 
99 priétés , que nous sommes Venus défendre^ 
iff' semblent dépendre d'une' attaque gêné- 
n raie ? Cependant les brigands se prévalent 
99 de notre inaction qu'ils -prennent peut- 
« être pour de la timidité., attaquent jour-» 
99 tîellementen>détailplusieùr'S petits camps, 
f9 dont la perte , en affaiblissant d'autant 
99 notre parti , fortifie le leur, et ils brûlent 
>9 à nos yeux des propriétés qu'une attaque 
»> pliis ptojnpte aurait soustraites à l'in- 
». ccndie.jn ..',.-. 



42S . Massacres et incçndiei 

On leur avait promis Tattaque du i s aa 
i5 octobre ; et le 19 , aucun prépatatîfjiie 
s'annonçair encore ; cwtnce fneme jour 
qu'ils exprimaifint ainsi deur généreuse im- 
patience , et c'est par des arrêts tyranniques 
qu on répondit à cette expression franche 
du courage , et le général Dcsp^rbès expia 
par la destitution et la déportation le ton 
commun à toute sa troupe d'iavoirdémjandé 
des ordres pour se^battrc contre, des rebelles ei 
les anéantir^ 

L armée ainsi comeniié: dans rîntéribuf 
semblait du moins autoriser la convocation 
dés Assemblées jirimaires sollicitées par tous 
les bons citoyens , pour constituer enfin lé**^ 
gaïement Pégalité politique , et diOnner à 1» 
colonie des Magistrats et des Représentans 
de son choix; la présence imposante d'une 
force militaire permettait une réorganisa-» 
lion de la garde nationale , conformément 
au décret qui admettait les hommes de 
toutes les couleurs aux droits d'éligibilité; 
mais loin d'effectuer cette salutaire incor-* 
poration , loin de consommer le mélange 
déjà commencé des hommes de toutes les 
couleurs , sous les mêmes? armes et sous 
les mêmes drapeaux , Santhonax crée tout 
exprès un sixième bataillon de garde na- 
tionale , exclusivement composé d'hommes 
de couleur , et dans lequel on fait même 



dans les colonies françaiiks. 4^9 

entrer forcément des hommes déjà enrôlés 
dans les compagnies de leurs sections res^ 
pectîves* 

- Pour mieux consacrer cette existence dis- 
tincte et séparée d'une caste que la loi or-» 
donnait de fondre avec celle des blancs , 
de manière à n'en faire qaune seule , le 
Dictateur affecte de n accorder de confiance 
qu'aux hommes de couleur , n'admet qu'jeux 
à l'honneur de l'escorter et de le défendre , 
et crée des compagnies franches exclus!* 
vcment composées de ces mêmes citoyens* 
L'Assemblée coloniale devait , ainsi que 
les Municipalités anciennes , faire place à 
d'autres magistratures choisies directement 
par tous les citoyens ; les Commissaires 
abrogent en effet , le 1 2 octobre , cette as- 
semblée coloniale pour y substituer une 
Âutoiité de leur composition , une Commis'^ 
sien intermédiaire , formée de 12 membres^ 
dont six blancs au choix de l'Assemblée 
•coloniale , et six hommes de couleur à celui 
'des commissaires civils , ce qui consacrait 
une lutte des couleurs,sous le prétexte men- 
songer de les mettre en équilibre. La loi /en 
autorisant la dissolution de l'Assemblée colo- 
niale, en prescrivait l'immédiate réélection ; 
mais les Commissaires, obligés de convoquer 
les Assemblées comunalespourla formation 
<les Municipalités , les restreignirent provi"> 



43o .Massacres et tncenxlies 

soîrement à cette opération , et investirent 
la corporation hétéroclite qu^ils avaient ima-' 
ginée , de toute l'autorité que la loi n avait 
voulu conférer qu'4 une Àsseniblée colo- 
niale du choix du peuple. 

La Commission intermédiaire 3insitrzvchût 
en autorité populaire , les Commissaires 
civils , sûrs de la diriger à leur gré par le 
fait, des créatures qu'ils y avaient placées 
arbitrairement , et par la menace d'une des- 
titution aussi arbitraire , contre ceux qui 
contrarieraient leurs vues, ne travaillèrent 
plus qu'à empêcher son remplacement , 
qu'à réprimer tyranniquement l'élan naturel 
de tous les citoyens vers le droit inalié- 
nable d'élire eux-mêmes leurs Magistrats et 
leurs Représentans, Polverel se chargea des 
provinces de l'Ouest et du Sud ; Santho- 
nax resta dans le Nord : la ville du Cap , 
qui s'était le plus signalée par son zèle à 
réclamer l'exécution de la loi à laquelle ces 
Dictateurs substituaient si insolemment leur 
volonté , méritait les premiers coups de leur 
vengeance tyrannique ; et ce fut le 2 dé- 
cembre que Santhonax y donna la mesure 
de son audace , et apprit par quels forfaits 
il était prêt à subjuguer toute résistance à 
son oppression. 

La protection spécialement affectée en 
faveur des hommes de couleur,les patrouilles 



dans Us colçnies francises. 43i 

nombreuses qu on ne commandait qu^à euix, 
ae pouvait qu agiter les esprits , et faire 
craindre aux blancs une proscription auissi 
^roce qu'injuste. ' Les. troupes elle-mêmes. 
partageaient cette indignation des citoyens, 
avec d'autant plus de raison qu on voulait for- 
cef tin de ces régîmens d'accepter des bornâ- 
mes de couleur généralement détestés , pour. 
QfBciers , au détriment de ceux que l'ancicn- 
ijeté de leur service et l'estime de leurs, 
camarades appelaient aux grades vacan$« 
Cette répugnance des soldats manifestée 
par des murmures avait suffi à Santhonax. 
pour ordonner la convocation extraordi-. 
Qaire de toute la ligne sur le champ de 
Mars : Les hommes de couleur avaient été 
J)areillement appelés en bataille ; on affecta 
d[e leur faire charger les armes en présence 
dçs troupes qui étaient sans cartouches. Les 
citoyens qui en voyaient leurs gibernes toutes 
garnies , crièrent à la trahison , et les blancs 
devaient d'autant plus la redouter contre 
eux-mêmes , que seuls ils n'avaient reçu 
aucun ordre. 

Sur ces entrefaites , on arrête un Citoyen 
de couleur portant un sac que réclament 
aussitôt le général Laveaux et un Chef du 
bataillon des hommes de couleur , comme 
étant une provision de biscuits destinés pour 
eux ; malgré cette réclamation , le sac porté 



432 Massacres et incendw 

à la Municipalité est ouvert et se trouve 
ne contenir que des cartouches. D'un autre 
côté , Ton voyait passer continuellement 
dans une rue des bières^ semblables à celles 
dans lesquelles on met les esclaves qu cm 
porte au cimetière : on arrête une de ces 
prétendues bières , c'était des fusils qu elle 
contenait. 

Le bruit de ces découvertes ne laisse plus 
de doutes sur des projets hostiles ; les têtes 
s'échauffent, les citoyens s agitent , et avant 
qu ils aient eu le tems de se réunir armés 
en état de défense imposante , les hommes 
de couleur firent une décharge à laquelle 
ripostèrent ceux qui se trouvèrent à portée: . 
d'autres se rendirent à Tarsenal d'où ils ti- 
rèrent deux pièces de canon de 4 , qui 
furent augmentées d'une cinquième enlevée 
sur la place d'armes. Déjà trois ou quatre 
soldats du régiment du Cap avaient été 
tués aux fenêtres de leurs casernes par les 
hommes de couleur , et ceux-ci avaient 
aussi tiré dans les rues deux ou trois rafales 
sur les blancs. 

L'action eût eu les suites les plus funestes 
sans le courageux dévouement de la Mu- 
nicipalité et du citoyen d'Assas , colonel du 
régiment du Cap , qui se jetèrent entre les 
deux feux , et réussirent à calmer l'agita- 
tion universelle, D'Assas eut le pied fracassé 



datù les colonies frùriçahes. 453 

ffiine décharge qtié flttnt sur lui Iti 
Irommes de ccralétrV'^ et àoti domestiqué 'fut 
iné a ses côtés. Dalfcaûrf, major dû taèmè 
tégîttiefîit:, ne dut son ;ssiltlt qu^â la frâyeut 
de ion cheval qui en se cabrant reçut lé 
toup destiné à son maître* ' 

Cette journée du 2 déVrenlbre se.tétnfiîn^ 
par la retraite deè hOmmfes de couleur 
àti poste de Bclair ; 'difr; èous le prétexte 
de frayeurs àrtïficïeusdfnènt entretenues j^ 
ils continuèrent à twënacet ja ville dé leu#S 
armes et de leurs- fureurs. Après de nohi- 
Brtîuses députattofns qui leur . portkîehMrf 
Tceu fraternel dé là réconciliation ïâ'pllûiâf 
sincère , ils rentrèrent' te 6 dans la ville en: 
armei , €ft reprirent' letirt casernes /après 
avoir dicté les proscriptions de plusieurs* 
cîtoyeiis dont Santhonax , de conceit avec 
éwt , ordonna la déportation en France; ^ 

Ce fut à Id suîcc d'ë ces jourrréeèn(ju*i| 
autorisa , le 6 décembre , Rochartibèàu à li 
formation de ces compagnies exclusives 
d'hommes de couleur , dont nous avons 
parlé plus haut : on lés disait destinées à' 
ûîïe Sortie' contre lés révbltès^ qt»i étaieni 
réellement lés* véritat)lfc$ ennemis de la'cb- 
Ibnîé; rirais elles né'fureiit enire lesmains du 
Çofrfmtssàflre que des itfs(rumens de terreur' 
et d'è^ptessioh toïitre ïa classe déiblàncs' 
qu'A avait juré d'anéantie Cesont les colorfs^ 

Tome VI. Ee 



544 Massacrts et incendtes \ 

spontanétnent réunis sous le général Lavaux, 

oui essayèrent plus tard des attaques vigou- 

reujse^ contre les révoltés qui infestaient la 

presque totalité de la province du nord, et 

qui , après les avoir forcés dans leurs derr 

niersT retranchemens, touchaient au moment 

lipvreux de les voir déposer leurs armes i 

lorsque Santhonax trop intéressé à la durée 

dè.\la révolte , ordonna à laiimée triom* 

pliante d'abandonner son attitude et de 

sÇjtenir sur 1^ défensive. , 

_.Ia. nouvellô des troubles supposés a^ 

Çprt-au-Prince sêrvit/de prétexte à Tordre 

^^1 .ramena subitement dans la. ville unç 

^rmée qui , par la rapidité de ses succès^ 

avait tellement réduit les révoltés , que huit 

jmrs, au plus, auraient suffi pour terminer cette 

expédition. Cette cessation des opérations dç 

la campagne consterna les citoyens qui ap-^ 

prirent presqucn même tems la fausseté 

des craintes qu'on avait communiqué sur. 

la ville du Port-au-Prince. Santhonax pro-. 

mit une sortie nouvelle. et très-prochaine;, 

mais ce fut contre la ville de St.-Marc quil. 

partit le 28 février, escorté d'une portion. 

de Tarmée de ligne , laissant les citoyens. 

livrés à leurs propres forces y et ^ la mercir 

des hommes de couleur qui fiers de Km-, 

punité V ne marchaient plus que le fusil à, 

la main et des pistpïeçs à I9 ceint^re• 



dans Jes coloniey françaises. 4â5. 

l^liisi^ui's proyiQcatjUuiS qu'ils se pendirent^ 
coiure le^ Btonca..^ restèrent sans eflfiéts.if 
grices à la pri;idenc& il£[^ ces derniers ;qaiî 
ne remuer enipointi ? 1- . r-^'; ! . » i :'> :\o\- 
Gependant^Polverela^vait «atain soulevév> 
daqs lies prPMinces.deiFOutistiet du Sod,* 
les Hommes d^ couleur !fiJt:kfif:i^lègresUb^^ 
contre les Blancs ; 1» loi':di(ri4iavrit avait» 
Qbteausoiii^e^écution dans les tilles pidn^* 
cipales , et notamment au Pôrt-au-Prince ;> 
les Hommes de couleur , conte ns .de l'éga;-*. 
lité que leur assure la loi ,i ny aspiraient) 
plus à cette suprématie .-promise' par les* 
commissaires > et telle est la cause du vqyà^éf 
de S^inthonax ; qui , ne cachant ptils . sow 
puojet d'assiéger cette, wUe * fait aianeit en: 
secret les esql^es de St.-Marc , met les.qua- 
torze paroisses de FOuest en -réquisitions 
armée contre le Port-au-Prince ^ et vient i 
1 assiéger par terre et: v:par mer ;l?arméé* 
de terre commandée par Lasalk , se i pré*» 
sente aux porties de la viUb , qui iconseût à 
les lui ouvrir , , ^ m«ais. en rcfuaant i Tentrée àt 
une horde d'hommes de Couleur qui avaient/ 
juré solennellement en quittant iSt«-Marc it 
de n'y revenir qu'après avoir attéré la factions 
des Blancs aU-Port-au-Prince , et extermini\ 
jusqu au dirnier.: On offrit pareillement àJ 
Santhoiiax quiLse présenta, dans la rade lesî 
premiers jours d'avril , de s'expliquer .swri 

£ e s 



456. Masuxcrçs et incendies ^' 

tous les griefs încoimus qui avaient pu 
motiver son appvoche hostile ; mais trop 
impérieux pour écouter aucune proposi- 
tion de conciliation , il ordonne Tattaque , 
et dès neuf heures du matin , le 19 avril , 
trois volées de baétèrie fondent sur la ville, 
qiilne comptantpkfê sur aucun m^nagetnent 
comménciC enfin à riposter: le feu «ira en- 
viron huit heures ; et si les femf^mes , les 
enfans , les vieillards ne- se fussent {>réci- 
pités Sur les bords de ta mer , pou)? exciter 
la pitié des marins , il eut duré plus long- 
tcjTDS encore. Trois mille boulets tirés mr la 
Ville y endommagtèrient presque toutes les 
cases. .On en a compté jusqu'à tj , dirigés^ 
sur rib&tel ttusnicipai. ^^ 

L'armée entra le lendemain i3 avril ; et 
comme la Municipalité Favait prévu, tous 
les habitam qui n avaient pas pris la fuite 
furent incarcérés , pillés et embarqués ar- 
bitrairement. 

Huit ou dix déclarations faites par des 
nègres, portaient qu'ils avaient fiait écoïcher 
vifs les blancs qu'ils attrappaient , qu'ils les 
mutilaient de toutes' les manières , qu'ils 
afvaient été portés à ces actes horrible^ en 
buvant de l'eau bénite , et qu'on les avait 
fait jurer secrètement d'ensevelir dans le 
silence les atrocités qu'ils devaient c6m* 
mettre* 



danr hv colotws frtmçahïs. X^ri 

Ceoxîdès tîtoyens:qiiî échappèrent i ces 
massacres furent dépoiiéîs; cm en fait inionter 
le .nombre i' plus desixteiits , et ce soht/, 
ponr la plupart , des soldais e( xies dcctsy- 

sans.- '■ '. ■^'- '''" '-'^ ■ ''/ -'*- '^* 

Tous les Vaisseaux de commerce; <,-toià 
le^ bâtiraens de FEitat létaiënf autant de 
bastilles ffbttaràtes , dont Santhonax se Ser- 
vait dans Les déportations arbitraires ; pour 
sb débarrasser de ceux qu il avait provisoi- 
rement jetés dans les cachots. De cent shc 
Citoyens blancs ;. 'enfermés à bord du St.- 
Honoré , dont vingt- quatre de la garde soldée 
du Port -i au r Prince ; quatre malhisureuses 
femmes , dont deux^sexagéHairès^ ; touls 
entassés sans lit , sans. lioige , sànis^ argent^, 
5an$ vivres ^ ssins secours ; plusieurs son(t 
morts* danatxètte bière ilpuante , plusieurs 
ont été jetaéS'iii la mer;: grand «nombore de 
citoyens ont été arrachas à leurs iamillésf , 
pour être -employés en qualité de matelots ; 
nombre dé cultivateurs théine' la vieillesse 
la plus aVadcéé, n?jén'^a pas été esiceptée. 
Un homme r^pôctable, Lauthillm^' âgé de 
rsioxamé-^eize ans vU'été obligé dé^ sfaririr ep 
ecettie qualité ; arrivé à 'Paris actablé de &r 
^ ligues ^ il meartk - ■ , 

•' oLa grande quantilé de ces déporiàdoni^, 
cda: resacrestatloiis arbitraires n'étonnera 
plus V lorsqu'on saura que tes mêmes. pou- 

£e 3 



îjSjS MatîMfh'tt incendier '\ 

voirs' attribués eh France par ks Décemtirs 
aux Comités révolutionnaires , i étaient at- 
tribués àSaint'DQminguediààiS):ious sei 
•cjuaxtieÉs yià tous les- nègres , à tousriesvinur 
lâtrcs qui couraient par bandes sur toutes 
^esthabcitationsi;;» dans toutes les 'tnaismis , 
les pîUaienrviestkicendîiaient <;'éç6xgéaiei& 
les habitans', et' violaient les féraides et 
les filles làe ceux quiils traîiïaient à. bord/^ 
-daprèsiles ordres .'de Polvercl .tletj de 
:Santhona?d. -J* ■ - . : "■ r ; jc .•..!' t 

X^dofaise pdgneia: douleur ?<!& tant de 
dBûiiillesI, dont Leb chefs:étaieht:eniiassés dans 
.ceS: bastilles ilottantes , sani qu'<on -kiiV eôt 
laisséla&culté «lie ^ems de faire aucuneproH 
.vision^ et de réiEflear leurs araires vqu onima- 
igicue Vétat affreuxi de .tous' lc« pitoyebs me*- 
nacésr/d'un isort'j^areilivj fit TexcèS' d'indi- 
gnation , de deuil et de terreur qu avait 
.répandu la nouvelle de ces horribles triom- 
phes ; et Fori jugera avec quelle alégresse 
fut reçue la. frégate i/2 Concorde^, 'qui ap- 
porta le 7 *inai dans là rade du Cap. le gé^ 
néral Qalbaud , 'en qualité; d« Gouverneur 
jgéniéral^de, Sâirit-I>ominguei.i:Tomcs les 
AutôritéS'.constituSefi lui adreàsiirent Leuss 
plaintes unanimes ; ses premiers soins furent 
donnée' auÀbesoiris tiés troupes. 4/cpt à l'or- 
ganisatibn delà défense de la Goiojaiexontbe 
les révoltés dtes nègres; cependant' Içs 



dam tes cùlonieï françaises. 4^9 

déclamations des victimes de la tyrannie dés 
Commiissâîres civils se multipliaient ; ce 
qui fit le^jilus d'împressîoh sur tdti'slés 
esprits , ce fut dé vdir Fëtat affreux des pri- 
sonniers qne cei? Commîssàirts àvâ^ fait 
jeter à fôiids de' ciaf/tofut coiiVért's'de bïeS- 
isures , tout ihondéy dé lëiir prêtre' sang'î 
avec défense expresse aux céntte-AmîfauSd 
d'ién descendre aucun' à fèrfëv soirs quelque 
prétexté que ce. fûtv Des inalâdies* tifàii^ 
gieuses ^^étaiënt manifestées parmi eux ; et 
àbandbriâés par les chirurgiens ; qtie la 
tefreut ^mpêchzntde lés visiter *, plusieurs 
avaient tléjà péïi tniséirâblettient. îj'^xtès 
de ces besoins avaietrt • fûnrcé lés contte- 
Âîiiiràùx à éiifreindfc lés J3|rôKibitioiis,'ct à 
méttte à terre trèiité*- uric* ^(fersônnés ih4^ 
lades \ dont plusieurs* moururent quelquei 
jours aprèsi - /'*' --- '^ ' ' ' ' ^ 

Cependant les CqmÀîssjiîw's civils v pré- 
cédés de iôîxânte-dix ^iàléts 'êliàr^ 'déJ 
dépouillés dii Port-au-Princé , a^ortaféniÉ 
au NordTàÙdàcèéxtéréimatrîce qui venait 
de désaster la partie de rOUesï : ù Nous 
5> venons de la purger de fous les factieux ^ 
ty de tous lés aristocrates de la peau , s'é- 
>» crient-îlsïe lojuîn, eii arrivant aa Cap ; 
5J que ceux qui se trouvent entachés des 
ff mêmes cfriities daife la partie du Nord 
fr sortent de la Colonie ? ttîr les Commis- 

£ e 4 



44^ "Massacres et incendieT 

est mis eh pièces ; le second haché à coups 
dé sabre et noy^ dans son sang , est tràiné 
éhez Santhonax , qui le fait arrêter/ 
^ Dans la ïiuit ; des milliers de révoltés , 
appelés par Pôlverel et Santhonax , entrée 
dans la ville , y exercèrent les cruautés Ici 
plus inouies : la place de Cliigni et ses en* 
virons furent rempli deleurs'hoîireurs ;'il$ 
y défoncèrent tous les magasins , qu'ils pil- 
lèrent , après avoir égorgé les habitans. 
Ajoutez à toutes ces atrocités que ce soflt 
les nègres doitiestiqaes', etifôlés secrète^ 
ment depuis quelque tems par Polvérét et 
Santhonax , qui, après avoir égQrgélctifs 
maîtres , s étaient emparés' îde leurs armes., 
et tiraient' sut' là tiroupè dé Galbçnidipixlci 
fenêtres des tnàiions. Huit cents femmes et 
leurs ciifans / WfugîéS aux casernes , ont 
disparu pour la plupart^: de jeunes inno^ 
cèntes , déjjôt pf écieiix ^ cprifîëeS aux sôih^i 
de> dames dû Gap , ont été HHolées et èù-: 
suite assà^iriéc». Tou^ les citoyens hàbitiaiht 
hors- de la Jville- , qui purent échapper aux 
poignards de leuts domestiques , se réfu- 
giaient à FArsenal , conjurant* le général 
Gnlbaud de ne point abahdoilnerà ces sfcé- 
létâts le reste de la population blahchiè-:' 
trois personnes ' se réfugiant \aux casérnerf 
forent fusillées. '' ' r,? : ^ 

» L'armée : slir quatre coldnaiés sortît def 



dans les 'Sorties frnnçàises. 4qS 

yàrseitadaTec •chacûiié une^pièceide canom 

JbdHtûasskrre fetommença pa:^ les fenêtre^ , 

idifcù Je^s Nègres tiiriMcnf sur rarmée , et 

onpêchaiènti les Blancs de se téunir ; Pol- 

Mewl etiSanthcmax cercaras d'^etre arrêtés , 

lûrivent lalfuite par les derrières-, entraînant 

•avec euxle frire du ' général» G»/iaud ; let 

se8'compaghons> d'infortuniesi,; tous chargés 

de<ftrs, au mîlîsea d'aQe:^ailB dbftrois cenu 

JKDoiiDes : i ilMiett;ez 5 ^ircut^ilis, fin» fuyant'; 

99 et sur-tout Dufay , homme. de couUuPv 

yi i 'mettez le >feii) pa]Mpue.^.t}uîil9 * soien t tous 

^i:gTÎlIés cammtt:dés'x:ochoris«:tfi . 

f i Gctbaud' qub ne- fiesaiti pmm la' guëvre aux 

jNi^es et' auK 'Mulâtres sapptrenànt la ref- 

tiHÎtedePolveriel etdeSaofliotiax^ se retira 

Ini-tmême à' ramenai , dorniaiiti ordre dar^* 

jpêter Ies'.pOiÉiim0Miresi*civils.;Les Mulâtres 

«et'Negm ^nfiacdia par cette /retraite , sort 

•tirent du Gxui^^enieniemêi'recioinniehcèrefit 

deurfeu.rLes Bbacs accablésipab leur noi» 

^rê!|3p:irent;la>laiie ': dans toutes; les rues' , 

dans toutes les^maîsons'.y on- n'entendait 

7qiie'gémisseauna.'jct cris de id^sespoin Ix^f 

siiiofeus réumniàvoL mmiins^j eflprayés pâl- 

dar.cris desIbiigaïUs ^ tààijwàémnt Galb'aud 

àik ne piisi U exposer ^:rnni loi^oyaiit cé^ 

Jsoiu de moifebbi tecmi |poiid ^ ils /le ^foirc^^ 

obnt de se.rexoiiaKqaer^ '>i >; :/> . 

-.. A chaque iiMtafit.aii'iAi^t àtôver ^ au 



4 46 . Massacres tt incen^in - " / . 

C'est lorsque la: ville était en proie ^ux 
flammes , et que le sang européen^y coulât 
de toutes parts , que lès Commissaires civils 
firent un appel à. tous les Nègres révoltés 
dans les Mornes ; et ce fut le 21 juin que 
parut cette proclamation, qui, la première , 
oSrit aux Africains la liberté. Beaucoup de 
Nègres crurent que cette liberté les auto-i 
risaient à continuer le massacre et la dévas-* 
tation , et bientôt les Commissaires ne, 
furent plus maîtres d'arrêter ces désordres. 

Les incendies et les pillages coqtijiuèrept, 
deux mois après la ruine du Cap. Les cl^c-r. 
mins étaient des deux côtés bordés de. 
Négresses et de Mulâtresses , qui g^^rdaîent 
le pillage que leurs homities apportaie^^ en 
dépôt sur la route. Il y. eut , le sr6 ., une: 
proclamation qui portait la peine de mort 
contre ceux qui continueraient à tuer , à 
piller et à incendier: on conçoit quelle fut 
sans effet ; mais , le 24 juillet suivant , elle 
fut étendue aux malheureux qui viendraient 
chercher, dans les décombres de leurs mai- 
sons , ce qui pourrait avoir . échappé aux 
flammes ; et c'est ainsi que plusieurs pro- 
priétaires ou économes , surpris sur leurs 
propres* habitations , ont été fusillés. 

La retraite de presque tous les Blancs 
ouvrit la porte à un genre nouveau de pira- 
terie ; quand un Homme de couleur trou- . 



dans les colonies françaises. 447 * 

y^y à spn gré une propriété d'un Blanc 
fugitif , voici de quel moyen il usait poui[ 
se rappropner sans retour : il allait trouyer 
ce Blanc dans, son asyle , afFectàit un intérêt 
jparticulier pour ses malheurs , l'avertissait 
que la Commission le voulait faire arrêter , 
offrait de lui fourair un passeport pour la 
Nouvelle-Angleterre , et de gérer ses bien^ 
^ous son nom ; les fugitifs, acceptaient c,ç$ 
offres avec reconnaissatxce ,, et livraient une; 
procuration extorquée* ^ 

. V Tous ces désordres étaient impunis, Le^ 
Commissaires nommèrent Glgno^x com- 
inajgidant de la place , et Galineaude Gasq,^ 
commandant de Tarsenal: Vergi^iaiix obtiat[ 
l^ place de sénéchal. ^ i . :. /«: 

Entre les plus féroces assassins se dis-^ 
tinguait un nommé Gaulard , qui avait , ei^ 
plein jour et sur le grand chemin , massacré 
\t citoyen Lavaux , riche propriétaire du 
Port-de-Paîx , au moment même où il lui 
amenait des farines dont il avait fait à ses, 
ifraîs les avances. 

Tous ces hommes , en remplacement des, 
troupes blanches que les persécutions et ie[ 
découragement avaient presqu entièrement, 
cîssîpëes , organisaient des compagnies 
franches de Noirs , qui , tout fiers de leur' 
liberté nouvelle , résistaient â toute disci- 
pline y et se servaient souvent de leurs 



444 Massâcra et incendiei 

Nord de la mer , à la faveur d'unts fumée 
épaisse , des femmes essoufflées, échevelées^ 
ensanglantées. Les Nègres furieux , amà 
que les Mulâtres , de voir tant de victimes 
leur échapper , pourvus de matières com>' 
bustibles , mirent le feu dans le haut de :1a 
rue du conseil ^ et en plusieurs autres env 
droite. Polverel et Santhonax leur avait 
recommandé d^é^argner seulement le Gou- 
vernement , les iCasernes i la Providettce^ck 
le Trésorau. 

Le madndu 22:^ plus ; de iquinze. -mille 
révoltés, appelés.pBr Polverel et Santhooax^ 
descendirent dans: la ville:*, là ^torche él le 
poignard à la main ^ et Yecommencèrènî 
avec ceux de la: veille toiites les horreurs 
dont on a déjà parlé ; quelques-uns même 
soufflaient des tisons dans des |>aillassesL 
Galbaud , vivement affecté dé ^nt datro»- 
cités , invita inutilement par écrit les Coirh 
missaires de les faire cesser. Lcfs. -maisons 
des environs:," encore intactes^ furent ipiliéds 
et ravagées par ces brigatids. - : . i^ 

' Une vingtaine de lœtlheureax esclaves 
-fidèles , qui s'étaient ré&igiés horsr'^de ht 
Ville , furent fusillée en descendant le pafltfe 
da :Bel^Ainl Les* femmes bkabches et dès 
^fens livrés à laifanjitaUiaé des*Nt>irs, étaîient 
enfermés dans les. easemes , ainsi que la 
troupe de iigtvq^'iie' feu y »ràit»été mis plu* 



dans les colonies françaises. 445 

sieurs fois ; il ne fut bientôt plus possible 
d'en sortir , non plus que de larsenal , dans' 
1*8 environs duquel Tincendic fesait de 
grands progrès. Galbaud donna des ordres 
pour faire cesser Tintendie , et pour le 
transport de^ poudres à boi^d des bâtimçhs. 
tes Nègres voyant ces bâtimens défiler dans . 
la passe , se portèrent au* forts , dans le 
dessein de noyer ceux quils n'avaient pu 
assassiner. - 

Santhonax étant au camp de Breda , pcn-* 
dant que la ville était en feu , se mit à U 
fenêtre , et dit que c était le plus beau jovr' 
dé sa vie. 

Le ôo juin , Etienne Laveaùx , délégué 
dt Santhonax , avait donné Tordre de 
ihettre le feu à la flbtte ; ce qui fut pré- 
venu par le général Galbaud, qui fit en- 
douer les canons des batteries et enlever 
les poudres. L'ordre portait de tirer sur les 
vaisseaux , dès qu il se ferait un mouvement 
de descente. ■ 

Ce fut le 24 juin que Galbaud quitta la 
rade , emmenant avec lui tous les bâtimen* 
chargés de tout ce qu'il y avait dans le Cap 
d'hommes attachés a Tordre et à la justice , 
et abandonnant leurs propriétés et jeur 
patrie à tous lès hommes que la soif du 
pillage , de la débauche et du meurtre avait 
rassemblas autour de Polveréï etSanihonaX. 



45o Crimes commis dans la Belgique , 

y envoya (i). plus impudens dans ce pay^ 
conquis , ces dilapidateurs plongèrent les 
habitans dans cette morne consternation 
qui,bien loin d'exciter les peuples à secouer 
un joug trop pesant, les laissa stupidement 
écraser sous son poids. 

Tout ce qui pouvait irriter plus cruel- 
lement les esprits , fut mis en usage. Le culte 
catholique y était observé avec la plus grande 
fidélité : les Belges y attachaient tout le 
prix que la superstition inspire aux hommes 
simples et crédules. On ne tarda pas \ 
heurter ouvertement leurs opinions reli- 
gieuses par la profanation des objets qu'elles 
avaient consacrés. Une horde de Jacobins » 
comme une nuée de ces sauterelles que l'his- 
toire nous peint si malfaisantes , parcourent 
les différentes Communes de ces provinces, 
pénètrent dans les temples , outragent et 
chassent les ministres du culte , s'affublent 
de leurs chasubles , montent sur les autels , 
y prêchent ouvertement l'athéisme dans le 
style le plus ordurier. Ces scènes indécentes 
tendaient à la dévastation des Eglises. Toute 
l'argenterie est pillée par ces brigands,parmi 
lesquels on comptait des septembriseurs. 
Les calices , les patènes , les ciboires sont 



(i) Ces premiers Commissaires furent choisis et 
présentés par la Commune de Paris. 



sous les proconsuls conventionnels ^5 1 

«n leur puissance : iis les font sauter en 
Fair avec dérision , ils se permettent de pi&ser 
et de cracher dans les calices et Us cibohreSt 
Les plus grossières plaisanteries accom- 
pagnées de tout ce que la dérision a de 
plus amer , firent frémir d'indignation les 
Belges. Mais trop circonspects pour la 
faire éclater au dihors , ils se préparèrent 
des maux ^ans nombre. 

Ces brigands enhardis par ce premier 
succès, se transportent chéries particuliers 
les plus riches : ils en exigent des contribur 
tions arbitraires : ils s'approprient les meu- 
bles , les bijoux qui flattent le plus leurs 
goûts rapaces. Le nommé Hugxtenin » ce 
fameux Président de la Commune-Septembre j, 
Y exerça ses rapines avec Taudace la plus 
caractérisée. Ce Sans-culotte éhonté s'était 
réservé le lit de la Ootivernante des Pays- 
Bas pour son appartement de Paris ; c'était 
là où il recevait les Sans-culottes du faux- 
bourg Antoine , s'enîvrant sans ces$e avec 
de Feau-de-vie dont il ayait toujours une 
provision sur sa cheminée. L'un de ces francs 
iSans-culottes lui témoigna sa surprise de le 
voir logé av-ec une magnificence vraiement 
Toyale : Huguenin lui observa que tout 
ce qu'il voyait était destiné pour être vendu 
au profit des Sans-culottes. Huguepin. avait 
fait conduire à Paris douze charriots chargés 

f f 2 



4^^^ Crimes commis dans la Belgique ^ 
de meubles er de tableaux précieux dont 
une partie servit à décorer ses appartemens : 
Le nommé Bezon se distinguait parmi ces 
voleurs ; on y voyait aussi plusieurs Belges 
dont beaucoup avaient été flétris. Ils se con- 
fondirent parmi les patriotes opprimés. 

Tous ces faux patriotes Belges ont été 
par la suite chargés des fournitures les 
plus considérables de Farmée. L'agiotage 
et les dilapidations de tout genre ont acquis 
d'immenses richesses à plusieurs d'entr'eux 
qui , par la suite , sont en partie devenus 
les ennemis les plus déclarés de la révo- 
lution. 

C'est au milieu des ravages de ce ramas 
de scélérats de tous les pays , que s'effectua 
la réunion de la Belgique à la France. La 
stupeur et la consternation ôta aux Belges 
jusqu'à la douce satifaction de se livrer à 
l'enthousiasme que cette opération politique 
leur dictait, 

Dumourier lui-même avait tellement été 
indigné de la ccyiduite de cette foule de 
concussionnaires, qu'il en fit arrêter plu- 
sieurs. Les difiFérens Commissaires que la 
Convention choisit dans son sein ou parmi 
les Jacobins les plus atdens de Paris et 
ceux de la Belgique qui les surpassaient 
en brigandages , remirent les mêmes ma- 
ximes en activité* 



seusles proconsuls cotivenlionnels. 45S 

On avait déjà vu Danton et son col- 
lègue Lacroix pressurer à la hâte les for- 
tunes des habitans de la Belgique , lors de 
la déroute de Dumourirr, tandis que d'autre 
part leur main avide ramassait la solde dejS 
défenseurs moissonnés par le fer ennemi. 

Le génie révolutionnaire, danssa poli- 
tique étroite, tremblait à la vue;xie cette 
immense population et ne connaissait pas 
de moyen de la substanter , en fcsant re- 
vivre rindustrie et les arts quils avaient 
proscrits. Il n'eut alors d autres ressources 
que de déployer dans ces heureuses contrées 
le machiavélisme des plus lâches despotes. 
Le siècle de fer s'y renouvelle so\j^ le pro- 
çonsulat de différens Conventionnels, Les 
coups que Ton porte aux Belges se suc^ 
cèdent avec tant de rapidité , les frappent 
avec tant de violence , qu'étourdis par lé 
bruyant midrteau qui rivait leurs fers , il 
jie leur reste pas même la faculté de ré- 
fléchir. S'il n'y eut point de boucheries hu- 
maines, si on n'y alluma point de bûchers 
funèbres, c'est que le sang-froid des ha- 
bitans de ces régions , opposa sans cesse 
une égide puissante à l'effervescence des 
Commissaires français et des brigands de 
leur pays. i 

Le Comité de Salut public , sans au- 
cunes vues politiques , cruel comme 'de 

Ff5 



454 Crimes commis dans la Belgique , 

chétifs atpbitieux qui ne visent qu'à la ty- 
rannie du moment , savai^t bien que ses loii 
révolutionnaires étaient insuffisantes pour 
faire disparaître la moitié de la population 
gémissante sous son Gouvernement : il 
s avisa d'une résolution bien digne de lui. 
Ce fut de réduire ce peuple au désespoir , 
de le forcer à une juste insurrection , afin 
de déployer au milieu de ses Communes 
Vétendart de la mort. Ce fut de provoquer 
par cette affreuse perspective , la résistance 
à r oppression , maxime sacrée , lorsque les 
iacdeux en eurent besoin pour élever leur 
trône , et qu ils criminilisèrent , dès l'ins- 
tant qu elle pouvait devenir le juste effort 
de Vindignation publique : il s'agissait donc 
de convertir ses plaines en autant de Vendées 
qui eussent été à la fois le tombeau des 
Belges et d'une infinité de Français : idées 
d'une immense population , vous effrayez 
l'âme des despotes , tandis qu'un Gouver- 
nement humain sourit en voyant ses cités 
et ses bourgs habités par une foule de ci- 
toyens rendant les nations voisines tribu- 
taires de leur industrie; au milieu des plus 
pénibles travaux, l'air retentit de ces cris si 
doux pour leurs fondés de pouvoirs,^ Vive 
notre Gouvernement ! Mais qu'importait à des 
hommes ne respirant que la mort et le bri- 
gandage , que leur importait la réunion de 



sous les proconsuls conventionnels 455 

la Belgique ? Ils n aspiraient qu à s^emparer 
de la fortune publique. Les riches dépouilles 
des Belges flattaient leur cupidité , Tillusiou 
de la jouissancelesentoutait dé ses charmes; 
ils s'étaient déjà partagés leurs terres. Ces 
peuples conquis ou rendus à la France , que 
pouvaient - ils attendre de ces Agens qui 
n avaient pas hésité de sacrifier leurs con- 
citoyens, leurs amis, leurs frères. Des arrêtés 
plus terribles que les lois révolutionnaires, 
des nuées d'espions, de délateurs;des tribu^ 
naux révolutionnaires, des commissions mi- 
litaires, les fusillades, les échafauds , tout 
concourait à faire repentir le Belge de sa 
résignation. Les contributions en argent se 
multiplient à Tinfini. Sous la foi des traités 
les plus sacrés , ces peuples ont reçu les 
assignats français au taux de l'argent ; amis 
de la liberté y ils chérissaient ce signe mo- 
nétaire qui avait fait triompher une révolu- 
tion dont ils goûtaient d'avance les principes, 
et qu'ils considéraient comme le pbrt de la 
félicité. Eh bien ! dans ces contributions 
frappées au sceau du brigandage le plus 
effréné , ils veulent offrir l'assignat; c'est de 
l'or qu'on leur demande , et on les force 
de recevoir l'assignat au pair. 

Vouons ici à l'exécration des siècles 
futurs quelques - uns de -ces Proconsuls 
envoyés en mission dans de ces malheù- 

F f 4 



456 Crimes commis dans la -Belgique , 

reuses provinces ; leur dévouement au' ré- 
gime d'horreur qui nous a comprimé , les 
fit distinguer par les Comités d^ Gouver- 
nement , et rimpunité les rendit plus témé- 
raires. Une réflexion générale sur ces faux 
républicains , fut de les voir abjurer tout- 
à - coup ce sans - culotisme qui fut le bou- 
clier , à laide duquel ils séduisirent la fai- 
blesse et la crédulité , pour étaler en tous 
lieux un faste oriental si insultant pour les 
peuples qu'ils réduisaient aux extrémités. 

Briez , homme immodéiré , dans sa vie 
politique et privée , connu par ses actes 
vexatoires et ses rapines , s appropriait les 
meilleurs vins , et fesait pour ainsi dire, 
mettre en réquisition les plus belles femmes; 
il s'est rendu coupable de tous les excès 
que son ivresse et la corruption dé ses 
mœurs lui suggérait. Ce Briez est mort vic- 
time d'une honteuse maladie, 

Laurent était toujours ivre. Aussi c^est 
dans cet état qu'il se transportait dans les 
églises pour enlever les tableaux les plus 
précieux. La fameuse bibliothèque de Lou- 
vain , celles du chapitre de Tournay et du 
duc de Bourgogne , ont été dilapidées. 

Jean-Baptiste Lacoste , flétri déjà de tous 
les vices qui lui étaient communs avec ses 
collègues , les surpassa par son amour pour 
le sang. Il fit guillotiner à Valenciennes 



sous les proconsuls conventionnel. 457. 

sept religieuses et le citoyen Portalcs , Ma- 
gistrat de cette ville. Les juges se mon- 
trèrent dignes du farouche Proconsul, par 
les débats outragcans qui s'élevèrent dans 
le cours de la procédure de ces infortunés. 
Toutes les corporations connues sous le 
nom de béguignage^éprouvèrent ses fureurs, 

Haussmann , marchand de toiles à Ver- 
sailles , montagnard hypocrite et féroce, 
palliait son amour pour les richesses par 
sa sobriété et son austérité apparentes ; 
mais il était aussi cupide que ses infâmes 
collègues. Chupier, jacobin de Paris, fut 
son adjoint dans toutes les vexations qu'il 
se permit. 

Quel vaste champ la Belgique n'ouvrait- 
dle pas à ces hommes nourris dans la fai- 
néantise et le crime , pour acquérir d^ 
richesses. Les Potentats d'Allemagne , les 
Communautés, les Eglises, les Princes- 
évêques, jouissaient d'un immense revenu* 
Les arts embélissaient leurs demeures , 
leurs basiliques ; le commerce y fesait cir- 
culer l'or des peuples voisins ; ses ports » 
ses canaux multipliaient les branches de 
l'industrie. Le Belge sobre , patient et labo- 
rieux , vivait à l'abri d'une honnête ai- 
sance. La liberté proclamée par le peuple 
français , déploie son étendart sur ses fron- 
tières» ♦ ; • . • 



458 Crimes commis dans la Belgiquf, 

Mais , Belges ! ce n'est pas votre fortune 
particulière que les brigands attaquaient » 
la France entière devait fondre dans leurs 
mains dilapidatrices ; la France , comme 
vous , souffrait les horreurs de la famine ; 
chacun de nous allait à votre exemple, 
passer la nuit sur le seuil du ^boulangea, 
pour en recevoir une mesquine portion 
d'un pain dégoûtant : vautours créés pour 
dévorer les productions du sol le plus fer- 
tile de TEurope , et Tindustrie de ses laboh» 
rieux habitans , ne les vit-on pas écraser 
chacun de nous individuellement, et saper 
le gouvernement dans ses basés les pliii 
solides , en dilapidant ses finances pour 
se les partager ? 

Tout est mis en réquisition par une foule 
de Commissaires savans dans Fart de déro*- 
ber leurs escroqueries ; ils ne tiennent au- 
cune note des objets saisis *, ceux qui étaient 
chargés de fournir des toiles pour Tarmée , 
s'emparaient des mousselines et des den- 
telles ; d'autres prenaient indistinctement 
les souliers d'hommes et de femmes. Un 
de ces Commissaires avait mis en réqui- 
sition quatre cqnt mille aulnes de toiles 
de Courtray pour l'usage de l'armée. 
Cette toile , connue sous le nom de celle 
d'Hollande , est de 5 liv. l'aune. Comme la 
qualité n'était pas spécifiée suç le piocès* 



sous les proconsuls conventionnels. 45g 

verbal , le Commissaire fit porter au maga- 
sin quatre cents mille aulnes dune toile 
grise , propre à faire des sacs , qui s'élève 
tout au plus à 1 8 sols Taulne. Le moindre 
calculateur peut d'un coup-d œil , appré- 
cier rénorme bénéfice que le Comnfissaire 
infidèle se procura par cette fraude. 

Les Belges portaient, par goût, des armes 
à^un travail précieux ; épées , fusils , tout 
est requis. On estime que les épées seules 
^ se montent à ime somme de plus de 8o mille 
louis ; quant aux fusils , dit de chasse, on 
en porte le nombre à cinquante mille , qui 
Fun dans Fautre étaient d'une valeur de 
quatre louis. 

La plus infâme concussion s'exerça pour 
la levée des chevaux ; les plus beaux étaient 
requis chez les cultivateurs , qui ne les ra- 
chetaient quavec des sommes exhorbî- 
tantes. Les perfides fournisseinrs achetaient 
ensuite des harideles pour le service de 
Farmée , quils se procuraient à un prix 
modique de trois louis. Plus de soixante 
mille chevaux ont été Fobjét d'un mono- 
pole affVeux.. 

Les bœufs et vaches étaient laissés aux 
habitans aisés , moyennant un prix assez 
haut. Mais cette nuée de Commissaires qui 
se suivaient à la file, rentraient chez les 
particuliers qui avaient déjà contribué pour 



460 Crimes commis dans la .Belgique , 

la conservation de leurs bestiaux , et le 
propriétaire , dépouillé peu à peu de soa 
or , était à la fin obligé de les livrer. 

Ce fut sur-tout sous le commissariat dt 
Joubert , à qui on avait confié les intérêts 
de l'aAnée , qu'il n y eut plus de bornes 
pour les vols et les exactions; il les sanc- 
tionnait tous par son exemple. Cet effronté 
concussionnaire acheva d'opprimer le 
peuple. 

Les blés , les fourrages destinés pour 
Tarmée , sont transportés au-delà du Rhin, 
et la plus effrayante famine attaque le 
citoyen et le soldat; les chevaux périssent 
d'inanition ; Tarmée de Sambre et Meuse 
manqua tellement de pain , que plusieurs 
bataillons n'en eurent pendant un mois que 
douze livres par chaque individu. Joubert 
avait près de dix mille chevaux de réserve 
dans 'un parc ; et dans son insouciance 
pour nos revers , il les laissait oisifs /tan- 
dis que Tarméc dans une retraite , était obli- 
gée de faire sauter ses munitions d'une 
rive à l'autre ef d'abandonner ses bagages. 

Les Belges , écrasés de tous côtés par les 
insolens vampires, n'eurent bientôt -çAus la 
liberté de se pourvoir devant leurs admi- 
nistrations , pour y déposer leurs justes 
plaintes; Joubert les casse et substitue à 
leur place une nouvelle Administratioa 



Sêus les proconsuls conventionnels. 461 

composée de huit hommes de guerre ; 
alors le régime constitutionnel se changea 
en militaire , d'autant plus exécrable , que 
ces huit individus étaient tous complices de 
ses brigandages. La toute - puissance est 
dans leurs mains ; il ne reste au faible 
qu'à gémir et à se taire^ 

Le général Lefebvre , instrument du ré- 
gime dont il était un des principaux agens, 
se jouait des propriétés et de la liberté des 
citoyens ; Joubert fesait des réquisitions 
multipliées pour la table des Généraux. 
L'Administration de Bonn ne voyait plus 
de moyens licites; pour y satisfaire ; un des 
membres en fit lobservation à Lefebvre , 
^ui Tarracha de la séance et le fit plonger 
dans un cachot. 

Le citoyen Bergars rédigeait un journal. 
Dans un. de ses numéros, il dévoilait les 
liaisons du sénat de Cologne avec TEnnemi ; 
Lefebvre le fit maltraiter de coups de bâton 
et charger de fers. Sa femme vint implorer 
sa liberté auprès de ce Général , en lui ob- 
servant que son Epoux était entièrement 
dévoué à la cause du peuple. Que rn importe 
À moi, dit Lefebvre, qu'il soit patriote ou 
aristocrate ? 

La compagnie Rousseau , qui avait l'en- 
treprise des transports militaires , enlevait 
les hommes et les chevaux pour le service 



462 Crimes commis dans la Belgique; 

des armées ; elle leur avait promis , il est 
vrai , un salaire proportionné à leurs tra- 
vaux ; mais aujourd'hui elle achève de rai- 
ner les malheureux habitans de la canih 
pagne en leur fesant supporter une perte 
de cinq sixième. Ils prétendent légitimer 
ce dernier acte de leurs rapines , sur le 
mode de paiement que le gouvernement a 
observé à leur égard , en les liquidant en 
bons , qui perdaient 80 pour 100 sur h 
place ; cependant ces bons admissibles en 
paiement de domaines nationaux , ont éeé 
employés par ces entrepreneurs, à Tacqui- 
sition des plus belles propriétés de la Bel- 
gique , et ces bons sont devenus dans leurs 
mains , un signe représentatif de la valeur 
métallique ; ajoutons à cela les sommes 
exhorbitantes qu'ils, se procuraient par 
toutes sortes de voies pour les différentes 
fournitures quileurétaient nécessaires*; nous 
connaîtrons d'un coup-d'œil la source de 
ces fortunes étonnantes , dont Fexistence 
déshonore le gouvernement et excite l'in- 
dignation générale. Pour appuyer cette as- 
sertion , il suffit de nommer ici un de ces 
cupides fournisseurs et de dévoiler la gra- 
dation de son odieuse fortune. 

Jean-Baptiste Verstraetcn, natif de Bru- 
xelles, avait en 1790 abusé du nom du 
vicomte de Nieulan, dont il contrêfesaît 



sûus les proconsuls conventionnelu 465 

la signature , pour voler plusieurs sommes 
à 4ifférens particuliers de Saint - Orner , 
Calais et Boulogne-sur-Mer ; ce Vicomte 
fut obligé de signaler ce faussaire par une 
affiche. Verstrafeten était en prison lors de 
l'entrée des Français dans la Belgique , et 
à la suite du mouvement nécessaire dans 
une pareille circonstance , il parvint à 
s^échapper. Ce filou obtint du Gouverne- 
ment la préférence sur des citoyens hon- 
nêtes pour les fournitures, soit en sub- 
sistances ou ce qui pouvait concerner 
Téquipement de Tarmée. Cet homme qui 
n'^avait pas un écu avant de commencer 
ses premières livraisons , montrait au bout 
de quelques tems un gillet à la hussarde 
garnie de six rangs déboutons, quil annon- 
çait être de pierres fines ; il estimait la 
valeur de ce gillet à une somme de quatre- 
vingt-seize mille livres ( écus ). Tant d'ob- 
jets d'un si grand prix , dilapidés et yen- 
<lus ; des contributions montant à plus 
d'un milliard , ont à peine fourni unç 
somme de 600 mille livrçs au gouverne- 
ment français , qui a établi une Commis- 
sion pour épurer les comptes. Cette admi- 
nistration a ^éjà plus coûté que la Bel- 
gique n'a rapporté à la France. 

Quatre cents maisons des plus riches de 
Bruxelles, décorées de tableaux précieux et 



464 Cfirms commis dans la Belgique^ 
des plus riches meubles , ont été piilé^. 
Plus de vingt mille maisons dans la Bel- 
gique, ont été la proie de ces vampires; 
les Commissaires, à leur arrivée, s'empa- 
raient de tout ce qui leur convenait ; ik 
se distribuaient dans les appartemens les 
plus somptueux. L'hôtel et le lit du duc 
d'Arambert furent occupés par eux , à leur 
sortie, tout disparut; ils s'étaient sur -tout 
attachés à la cave de cet ex-duc ; elle reur 
Icrmgdt quarante mille bouteilles de via 
d'un grand prix. Lefebvre ( de Nantes) était 
loge dans ce palais ; ce Proconsul fastueux 
ii'admettait que des grenadiers pour sa 
garde. Tout en affectant Tinsultante haûr 
teur des princes , il avait épousé leurs 
mœurs. 

A tant de fléaux réunis pour désespérer 
les Belges , les faux amis de la liberté éri- 
gèrent des tribunaux révolutionnaires, qui 
îîU nom des lois, rougirent leur fer assas- 
rsî'n dans le sang des malheureux habita ns 
de ces contrées ; on fit même guillotiner 
plusieurs individus , sous prétexte qu'ils 
avaient refusé des assignats. Ces jugemens 
1 taient d'autant plus révoltans , que ces 
Commissaires, comme nous l'avons déjà dit, 
avaient les premiers déprécié les assignats. 
Un homme nommé Lamothe, commis- 
saire civil à Mons , dont le souvenir ne 



sous les proconsuls conventionnels. 465 

s'^efFacera jamais , fit fusiller six paysans 

sans jugement préalable Les hommes 

de sang né voulaient conquérir que la 
Belgique et non les Belges. 

Des persécutions si multipliées et si ré- 
voltantes , étaient bien propres sans doute 
à terrifier les Belges ; ils eurent à éprouver ^ 
outre les décrets révolutionnaires , une 
foule d'arrêtés , d'ordonnances , émanés 
des Proconsuls et de différentes Autorités 
constituées , qui remplissent douze énormes 
volumes. Avec un peu de modération, il 
est aisé de faire de la Belgique , Tun des 
plus forts boulevards de la République 
française. 

On se trompe quand on croit que le 
Belge répugne à un système nouveau par 
ignorance ou superstition ; c'est par une 
juste défiance sur les effets des innovations. 

Cet esprit de défiance lui vient de la 
comparaison qu'il a fait de son état avec 
celui des autres peuples; elle a toujours, 
depuis des siècles, été à son avantage. 

Son ancienne constitution , quoique te- 
nant dans son principe quelque chose de 
la féodalité , a été successivement élaguée 
à tel point qu'on ne ressentait rien de l'op- 
pression des Grands ; les prérogatives des 
Nobles étaient peu de chose ; les emplois 
étaient électifs, et souvent le prix du mérite« 
Tome VI. G g 



466 Crimes commis dans la Belgique ^ 

jLe roturier , les emportait presque tous , 
'parce que le besoin se dirige toujoun 
vers les talens. 

Quant aux prêtres de ce pays, ils affichaient 
d'ailleurs des mœurs assez bonnes ; leur 
puissance , sur-tout dans les matières têm« 
porelles , était fort bornée ; Texerciee en 
était sage et modéré , et leurs excmpdons 
presque rien. 

De là résultait qu en jettant les yeux sur 
le Continent , le Belge ne voyait aucun 
peuple plus heureux, plus florissant , où 
les bonnes mœurs , le commerce et sur-^ 
tout lagriculture , fussent phis honorés , 
les emplois moins prostitués , la finance 
aussi bien régie , et les impôts , que le 
Belge asseyait d'ailleurs lui - même , plus 
supportables. 

Ce n est donc pas à l'ignorance , à la 
superstition qu il faut parler ici , c'est à 
cette défiance des innovations qu'il faudrait 
vaincre , et on sent que la chose n a jamais 
été moins facile , depuis qu à tous ses argu* 
mens , le Belge a ajouté le tableau désolant 
des malheurs de la France depuis sa révo- 
lution. 

On prétend faussement que le Belge en 
général est peu instruit , c'est une erreur ; 
il est calculateur et logicien ; s'il parle peu , 
s'il agit avec lenteur et prudence , ce n'est 



sous Us procoHsuls conventionnels. 467 
pas une preuve dé stupidité', c'est une 
preuve de sagesse. Au reste , si on pouvait 
lui reprocher quelque chose du côté de 
Tésprit , ce léger défaut serait compensé 
par bien des vertus ; il a éminemment toutes 
celles qui maintiennent les républiques ; 
Tamour de Tordre , du travail , de la jus- 
tice , la simplicité , la décence , l'éco- 
nomie , la probité profonde , Tobéissance 
aux lois. Les vBelges sont les anciens ado- 
rateurs de la liberté ; leur haine contré le 
despotisme ne s'éteindra jamais ; ne les 
violentez pas , ayez le courage et la patience 
de les éclairer ; si la vérité est lente à les 
frapper , ils la sentent fortement ; si leurs 
passions sont plus difliciles à s'alIùmcr , 
elles sont aussi plus constantes v lorsqu'ils 
sont traités avec douceur et justice, hommes, 
argent , tout est pour le gouvernement , 
témoin leur générosité lors des périls do^ 
Marie- Thérèse ; quand ils sont pénétrés 
d'un principe, ils périssent pour lui, témoin 
kur énergie à la fin du seizième siècle , telle 
qu'ils l'ont montré en 1789. Quant à la 
bravoure on ne saurait la leur refuser , et si 
on en peut dire actuellement d'eux comme 
César : horum omnium fortissimi sunt Belga^ 
du moins leurs soldats ont marché de pair 
avec les plus courageux défenseurs de la 
répuT)lique française ; dix-neuf bataillons 

Gg 2 



468 Crimes commis dans la Belgique « 

ont péri presqu'en entier depuis quaàre ans 

sous ses drapeaux. 

De ce caractère du Belge on peut infé- 
rer aisément quelle est la meilleure manière 
de le gouverner. 

Calculateur , il se pénètre facilement 
dç l'obligation de faire des sacrifices à 
rÉtat ; observateur des lois, il les paie fi- 
dèlement ; mais adorateur de la justice , il 
s'irrite de la violation des propriétés , du 
mépris des lois, quel qu'en soit le prétexte. 
Par exemple , on a crié dans la Belgique à 
loccasion de l'emprunt forcé ; tnais ce n*a 
pas été contre le principe , c'a été contre 
la forme , contre l'arbitraire des réparti- 
tions; çna crié encore sur le paiement des 
vingtièmes arriérés , ce n'a pas été non .plus 
sur le fond , c'a été encore sur le mode 
de perception : les hommes opulens , as- 
tucieux ou protégés sont parvenus à les 
payer en assignats au pair : les bonnes gens 
qui n'ont, pu approcher les bureaux ont 
dû les payer en numéraire : cela leur pré- 
sente l'égalité comme un mot vide de sens. 

Patient , le Belge supporte avec courage 
le malheur si on lui démontre qu'il est 
l'ouvrage de la nécessité •, mais s'il est celui 
de la malveillance , de la rapine ou des 
passions, il se roidit 

Plein de probité , le Belge déteste les 



sous les proconsuls conventionnels. 469 

agens infidèles et le Gouvernement qui 
s'en servirait ; plein d'économie , il mé- 
prise le Gouvernement qui n a pas d'ordre 
dans ses finances : d'après cet esprit de 
comptabilité , nous pensons qu un Gou- 
vernement totalement ruiné pourrait en- 
core être respecté et assisté par les Belges , 
s'illeur montrait son bilan et leur présentait 
un plan bien solide d'amélioration; au lieu 
qaun Gouvernement riche qui n aurait ni 
ordre ni permanence dans ses mesures , en 
serait abhorré. Aussi , rien n indigne plu$ 
ce peuple que la dilapidation énorme des 
Agens de la France et le luxé insolent qu'é- 
talent des hommes qui y sont arrivés réelle- 
ment Sans-culottes. 

Voilà pourquoi quand on dépouille les 
Belges , sur un qui ne se plaint que pour 
lui , on en entend vingt s'oublier -et dire : 
Pu moins , si l'État en profitait ! 

Mais ce qui irrite le plus le Belge ^ 
c'est le faussement de la foi qu'on lui donne: 
son amour - propre se coalise alors avec 
son amour de la justice : il regarde les 
promesses qui ne sont pas suivies d'effets, 
comme une insultante dérision. Un sys- 
tème de terreur n'y produirait rien de bon, 
la force d'inertie ferait avorter toutes se& 
mesures. 

Cette force d'inertie est le grand moyen 

G S 3 



47 o Journées du g thermidor^ etc. 

des .Belges; aucun peuple n'en étudie rem^ 
ploi comme lui : c'est encore de son esprit 
de calcul et de patience que sort ce moyen 

irrésistible. 



Jo URJ^É ES du g thermidor , 12 germinal , 
Q et 4. prairial an' 2 ^ an 3 , et i3 ven- 
démiaire , un 4. (1) 

La Convention nationale réclame la jour- 
née du 9 thermidor , comme Tépoque de 
son courage et de sa gloire ; elle ne fut 
que celle de sa peur et de son incurable 
égoisme. Sans doute Thumanité a fait son 
profit de ce triomphe à jamais remarquable 
sur le colosse d'orgueil et de despotisme 
qui écrasait la France entière ; un baume 
réparateur s'est répandu sur nos cicatrices ; 
l'espoir légitime du salut et du bonheur 
enivra les âmes , plaça dans toutes les 
bouches les accens de la reconnaissance ; 
et les législateurs qui n'avaient pas tous 
bien mérité de la patrie furent nommés 
par elle ses vertueux libérateurs ; ils s'é- 
criaient eux-mêmes avec orgueil c'est /lu- 

(i) 9 Thermidor , an 2 ( «7 juillet 1794 ). - 
14 Germinal , an 3 ( premier mai 1795 ). 
4 Prairial, an 4 ( 23 mai 1795 ). 
i3 Vendémiaire , an 4 { i3 octobie 1796 ). 



Journées du 9 thermidar » etc. 47 1 

jaurd'hui que nous avons sauvé la Républiquel 
et de tous les points de la Républiqite # 
on leur répondît avec transport : Vivait 
nos sauveurs et nos pires ! Mais ces élans de 
gratitude aveugle , ces rcmercîmens étaient 
ceux du malheureux mutilé , à qui son as- 
sassin laisse par fatigue un souffle de vie. 
Ce n est point la terreur qu'attaquèrent 
les dignes émules de Robespierre , ce fut 
cette dictature , qui dédaignant déjà de 
les admettre à titre de co-associés , les 
menaçait tous de ses proscriptions et ntf 
leur laissait que Fexpectative d'être ses 
victimes.* 4 Robespierre est un grand homme, 
J5 il fait bien marcher la machine révolu- 
)> tionnaire , n s'écriait un grand nombre i 
en se pressant autour de ce Dominateur 
superbe , tant qu il leur permit de Tescorter 
comme ses gardes du corps , jaloux d'ob- 
tenir de lui un seul regard de faveur : mais 
son orgueuil s'indignait de trouver dans 
ces instrumens de son despotisme , la pré- 
tention d'être utiles complices , ou même 
des serviteurs indispensables ; non content 
d'avoir sacrifié Danton qu'il avait supposé 
vouloir aspirer un moment à marcher de 
niveau avec lui , il annonça hautement le 
même sort à tous ceux qui se présentaient 
comme ses concurrens , il expulsa des Ja- 
cobins Tallien et Frérori , il indiqua au* 

Gg 4 



47 2 jfournéeS'du g thermidor ,: et c» 
dacietisement une quantité d'autrescoUègues 
marqués pour ses vengeances ; et par cette 
indiscrétion mal-adroite , il arma contre lui 
des hommes obligés à le perdre pour n'être 
pas perdus euxrmêmes , et dressa ainsi son 
propre échafaud. 

Tallien , Fréron , Cambon , Vadier , 
Billaud , CoUot , Bourdon ( de l'Oise ) , Le- 
gendre avaient été spécialement désignés 
par le Tyran vindicatif, et ces mêmes hom- 
mes furent ceux qui les premiers levèrent 
le bouclier. Pressés du besoin de se sauver, 
ils n'intéressèrent à leurs périls leurs autres 
collègues , que par Teffroi contagieux d'un 
péril semblable , le parti de la Plaine sur 
lequel , depuis le 3 1 mai , pesait principa- 
lement riiorrible terreur: ce parti comptait 
si peu sur les intentions des chefs de Fin-» 
surrection , qu'on le vit long-tems indécis , 
impassible entre le Dictateur farouche qui 
se vantait le 8 thermidor (i) de Tavoir tou- 
jours protégé , et ses antagonistes nouveaux 
qui , descendus de leur Montagne , venaient 
de banquettes en banquettes recruter des 
auxiliaires à leur querelle. Prodigues de 
promesses et de protestations , ils ne triom- 



(i) Robespierre , le 8 thermidor , déclara qu'il 
n'avait pris aucune part à la mise en arrestation dcf 
73 , qu'il s'y était même opposé. 



Journées du 9 thermidor . ttc. 4/3 

plièrent pas sans peine de la répugnance 
qu'inspiraient leurs anciens torts , de la mé- 
fiance que méritait leur soudaine conversion. 

Comment se dissimuler en effet que 
beaucoup d'entre ces aggresseurs duTyran^, 
en étaient les émules ; que ces Membres des 
Comités de Salut public et de Sûreté gé- 
nérale qui proscrivaient aujourd'hui Robes- 
pierre, étaient précisément ceux qui, depuis 
sa longue absence du Comité de gouver- 
nement , dirigeaient seuls les atrocités tou- 
jours croissantes du Tribunal révolution- 
naire , accéléraient par toute la France la 
marche des guillotines , et en multipliaient 
Faction exterminatrice ? Quel crime repro- 
chaient-ils enfin à celui qu'ils vouaîcnt au 
supplice , que celui de leur préparer le 
même sort ? Qu'opposaient-ils à ses prin- 
cipes , que des principes semblables , la 
terreur ? 

u Je parlerai avec le calme de la vertu , 
»5 ( quelle vertu ) ! dit Vadier , j'accuse 
5> Robespierre d'avoir appelé le rapport 
»» de Catherine Théos une farce ridicule de 
95 mysticité , d'avoir dit que c'était une 
5> femme à mépriser, tandis que nous prou- 
55 virons qu'elle avait des correspondances 
5) avec Pitt , avec la duchesse de Bourbon, 
55 avec Bergasse. j» 

Hélas ! que promettait au peuple , à la 



474 Journées du g thermidor ^ etc. 

justice , à rhumanité , une semblable ac<- 
cusatlon ? et qui ne savait alors même que, 
dans cette dispute de proscription , la raison 
et rhumanité étaient cette fois du côté de 
Robespierre ? 

Cambon à son tour,blessé par Robespierre 
dans son orgueuil financier , ne lui reproche 
avec amertume que Timprobation de ses 
plans et de ses calculs ; et c'est ainsi quç 
l'opinion nationale semblait encore se décla- 
rer pour Robespierre contre le destructeur 
abominable de la fortune publique qui» 
en imaginant le projet de son grand livrt^ 
paraissait avoir eu celui de le faire brûler 
dans une insurrection. 

Aux yeux de Billaud,les torts de Robes- 
pierre étaient ses déclamations contre les 
Comités de gouvernement , quil accusait 
d'avoir dégarni Paris de ses canons ; il lui 
reproche encore, et Barrère, Panis, Amar, 
Thirion, Bourdon (de TOise) , Tallien, etc. 
lui reprochent avec fureur , non pas d'en- 
traîner despotiquement et les Comités et 
]a Convention elle-même à des mesures 
atroces et parricides , mais de calomnier et la 
Convention et les Comilés dans leur marche 
énergique et révolutionnaire -, non pas de 
conspirer contre la vie et la liberté de 
tous les citoyens , mais d'étendre les arres-- 
iations et les proscriptions sanguinaires jusqua 



Journées du g thermidor^ etc. 475 

sut eux-mêmes , d'' environner ses collègues de 
mouchards ; de les avoir placés nommément sur 
une liste connue de ses victimes. 

Vadier n accuse pas Dumas , président 
du Tribunal révolutionnaire , d'égorger 
indignement les meilleurs citoyens , mais 
d'avoir Voulu faire passer pour conspirateur 
If vertueux Collot-d'Herbois. 

Dumas est arrêté ; mais le premier chef 
de Billaud , qui laccuse , c'est celui d'avoir 
toute sa famille émigrée : Robespierre , le 
jeune , est arrêté , sur la motion d'Elie 
Lacoste ; mais seulement pour avoir sonné 
le tocsin aux Jacobins contre les Comités^ dont 
Lacoste est membre ; de même que Fréron , 
pour obtenir l'arrestation de Couthon , 
Saint-Just et Lebas , ne leur reproche que 
£ avoir , par passe-tems royal , demandé cinq 
à six têtes ....de la Convention ! 

Un seul semble un instant songer à l'in- 
nocence , si odieusement assassinée par le 
tribunal révolutionnaire ; mais s'amendant 
•aussitôt , nous ne sommes pas pour cela des 
modérés , continue Tallien , et nous voulons 
que le Président du tribunal révolutionnaire 
traite les accusés avec décence , c'est-à-dire , 
sans doute qu'il les envoie poliment à 
l'échafaud. Ainsi , dans regorgement jour- 
nalier de soixante victimes non écoutées , 
Tallien ne voit quune violation de forme. 



470 Journéerdu g thermidor ^ etc. 

qu'un manque de politesse ; mais quelque» 
mots grossiers, adressés à un Représentant 
du Peuple , réveillent toute son indigna- 
tion ; il dénonce Tinsulte faite à un Collègue 
par un juge du tribunal , comme un crime 
de Use-représentation nationale ! 

Cest ainsi qu'au nom seul de leurs dan- 
gers personnels , et jamais en réparation 
des outrages faits au Peuple et à rhumanitéf , 
}a Convention mit tout d'un coup cent 
vingt individus hors là loi , mesure injuste 
autant qu atroce ^ qui en confondant d'in- 
sensées victimes d'un égarement révolu- 
tionnaire avec les coupables avérés et faciles 
à distinguer de la révolte de la Commune 
contre la Convention , a fait planer si 
long-tems sur quelques hommes échappés 
à cette odieuse proscription , un droit de 
mort que l'humanité repousse et que la 
philosophie a peine encore à reconnaître. 

Robespierre et son frère , Saint-Just , Cow- 
thon , Lebas , tous représentans mis en ar- 
restation par la loi , étaient en révolte 
ouverte contre elle , et méritaient sa prompte 
sévérité ; Henriot , à la tête d'une armée 
qu'il dirigeait contre la Représentation 
nationale ; Fleuriot ^ maire , et Payan , 
procureur de la Commune , s'étaient cons-i 
titués les directeurs de la rébellion , et 
devaient en porter la peine \ mais de quel 



Journées da g thermidor , et c. 477 

droit en menacer tant d'autres qui n'étaient 
pas notoirement dans Tinsurrecition ? et 
présume-t-on le crime pour avoir le plaisir 
cruel de le frapper ? 

Ce fut un double tort d'avoir attribué 
à cet arrêt de mort la dispersion soudaine 
des satellites du Tyran et de la t)Tannie en 
rébellion à la Commune. Si la nouvelle 
du décret de condamnation en masse avait 
écarté quelques partisans peureux , yindî- 
gnation de son iniquité avait centuplé 
Taudace et la force du reste des révoltés , 
dont la défection ne doit s'attribuer qu'à 
lîapproche soudaine des troupes conven- 
tionnelles , et sur- tout à la lâcheté de Ro- 
4>espierre , incapable de se mettre à la tête 
de son armée qui l'appelait , et qui préféra 
ia honte certaine de périr sur Téchafaud , 
au risque glorieux de périr, comme Catilina, 
sur le champ de bataille, Robespierre fut 
guillotiné avec vingt-un de ses complices > 
le 10 thermidor ; le lendemain , soixante- 
dix membres de la Commune périrent sur 
le même échafaud , et quinze autres le 12. 
( Voyez le tableau n^. 2 , Jin du tom II. )• 

La grande facilité du triomphe de la 
Convention est un témoin de plus qui 
dépose de l'inutilité de cette mesure ex- 
trême qu'elle opposait ainsi à des ennemis^ 
forts de sa seule faiblei»se , et qu'un seul 



478 Journées du 9 thertnidor * eic. 
regard fit rentrer dans le néant. Ce n'était 
donc point Turgence des dangers , mais 
seulçment Thabitude'et le goût des moyens 
révolutionnaires , qui inspiraient alors la 
Montagne ; et c'est avec toute la bonne-foi 
de la persuasion la plus inébranlable que 
Legendre , en la félicitant d'avoir sauvé la 
République , en offrait pour preuve les dé- 
crets de mise hors la loi » quelle venait de 
•xendre. 

On ne devait pas attendre de ceux qui 
^c servaient avec tant d'orgueil de pareilles 
armes , qu'ils les abandonneraient après le 
triomphe ; ce n'était pas la terreur quils 
avaient voulu détruire ; et de tous les ins^ 
trumens affreux que Thumànité leur ordonr 
nait de briser , ils devaient naturellement 
jie rejeter que ceux qui les avaient ou 
blessés ou menacés eux-mêmes ; ainsi , ce 
ne fut point l'abrogation du Comité qui 
réunissait despotiquement tous les pou- 
voirs , ce fut le complettement de ses 
Membres que prononça la Convention, 
Contente de rentrer ainsi dans le droit de 
participation à ce despotisme , elle s'em.- 
pressa de lui ravir cette faculté si abusive 
d'arrêter même provisoirement un Repré- 
sentant du Peuple , mais elle lui laissa le 
droit d'opprimer vingt-cinq millions de 
Français; ses quarante - quatre mille bas* 



Journées du 9 thermidor ^ etc. 479 

tilles , de les assassiner avec sa foule in- 
nombrable de tribunaux révolutionnaires , 
de commissions militaires et révolution- 
naires. Ces prisons, ceséchafauds n'étaient- 
ils pas les échafauds et les prisons du des- 
potisme qu on venait d'abattre , et ne de- 
vaient-ils pas tomber à jamais avec lui ? 
Mais loin d'ordonner que ces prisons s'ou- 
vrissent toutes à la fois , pour rendre à la 
liberté les victimes d'une tyrannie vaincue, 
on voyait les héritiers de cette tyrannie 
n'en laisser échapper les prisonniers que 
successivement et en petit nombre; et fiers 
d'avoir , dans un jour, prononcé dix ou 
douze libertés pour les détenus de Paris , 
ils allaient dans les lieux publics et dans les 
Spectacles se pavaner de leur bonté , et 
recueillir , comme d'autres Titus , les ap- 
plaudissemens et les hommages d'une re- 
connaissance -trop facile. 

C'est ainsi qu'à l'abri d'une modération 
hypocrite se maintenait le régime révolu- 
tionnaire avec toutes ses institutions ; la 
loi du 22 prairial ne fut pas même abrogée 
nommément, et l'on jugeait toujours en 
son nom dans la Belgique , à l'Orient et 
à Brest. Le déficit des bourreaux du tri- 
bunal assassin de Paris commanda quelques 
modifications dans son organisation , et 
sur-tout dans sa composition ; mais il con« 



480 Journée du 9 thermidor ^ etc. 

tinua d'être un tribunal révolutionnaire . 
et le fer de la guillotine immola encore des 
Jédiralistes et des avilisseurs de la Représea- 
lation nationale. Ce n était donc pas la 
réparation de ses anciens forfaits que mé- 
ditait cette Convention qui frappait ainsi 
de mort quelques propos moins haxdis que 
vrais contre elle ; et Téchafaud dtsfédira- 
listes , qui se dressait encore , attestait assez 
la persévérance des partisans de la terreur 
d^ns ses romans perfidement destructeurs , 
et la fausseté de ses promesses données 
dans le moment des dangers aux amis des 
soixante -treize Députés prétendus fédéra" 
listes. L'opinion publique eut à lutter deux 
mois encore pour obtenir leur réintégration 
si hypocritement jurée ; et les vainqueurs de 
thermidor, en rappelant ces mandataires , 
parurent moins réparer une violation ma- 
nifeste de leurs droits, qu'acheter , par une 
faveur politique , de courageux auxiliaires 
contre la faction des Jacobins , qui jurait 
de venger Robespierre. 

Cette ^faction , un instant étourdie par 
le coup qui avait anéanti son chef, n'avait 
pas tardé a reprendre ses espérances et 
son audace; son antre , fermé dans la nuit 
du 9 au 10 thermidor, s'était rouvert quel- 
ques jours après sous les auspices de la 
victoire ; et aussitôt cette victoire y avait 



Journées du 9 thermidor , et c. 48 1 

trouvé ses détracteurs les plus effrontés , 
ies plus implacables. Les Jacobins du 9 M^r- 
midor , s'écriait Collot , ne Jurent pas les 
vieux &t fidèles Jacobins ; ceux-ci vont re^ 
prendre leur lustre ; et c'est ainsi que Collot 
encourageait ses frères , encore consternés 
de la catastrophe thermidorienne : Jaco^ 
bim^ reprenez votre ancienne énergie , s'écriait 
J un deux , en les invitant au développe- 
ment de leurs anciennes fureurs ; et déjà 
Billaud menacé , annonçait le réveil pra-^ 
chain et terrible du LION.... Le lion Billaud , 
ses émules féroces Collot , Barrère , Vadier, 
Amar , Vouland , accusés par l'exécration 
universelle de tous les désastres dont les 
Comités où ils régnaient avec Robespierre , 
avaient couvert tout le sol français , trou- 
vaient des soutiens intrépides dans la 
majorité des Montagnards , qui , après 
avoir été les instrumens habituels et ser- 
viies de leurs fureurs , prévoyaient les 
dangers d'une responsabilité solidaire ; 
ceux mêmes qui , restés paisibles specta- 
teurs de ces. forfaits , y avaient néanmoins 
concouru par l'autorisation de leurs lois 
révolutionnaires , redoutaient une juste 
récrimination ; et celui qui , le premier , 
attaqua l'ancien Comité , et dénonça ses 
nombreux forfaits si bien prouvés par les 
ruines de Lyon , par les cendres de Bédouin, 
Tome VI. h h 



489 Journées du 9 thermidor , etc. 

par la dévastation du Midi , et de toute la 
Vendée , par les flots ensanglantés de la 
Loire , de FOcéan , du Rhône et de la 
Méditerranée ; Lecointre fut , le 14 fruc- 
tidor , an 2 , déclaré calomniateur^ par un 
décret de cette Convention , pour qui 
, rheure de la justice n'*arriva jamais qu avec 
celle de ses dangers. 

Chaque jour laudace des Jacobins ajou- 
tait à Firritation de Fopinion publique; 
et ce déni révoltant de justice n'enchaina' 
ni les réclamations de la patrie indignée , 
ni les fureurs de ses assassins impunis v 
leurs conspirations, sans cesse renaissantes 1 
forçaient chaque jour la Convention à des 
capitulations nouvelles avec cette opinion 
nationale qu'elle redoutait , et qui seule 
pourtant fesait sa force ; c'est ainsi que se 
détruisait pièces par pièces Fédifice affreux 
de la terreur ; c'est ainsi qu'après de lon- 
gues résistances , et malgré un premier 
rapport de Merlin contre les soixante-treize 
Représentans en arrestation , et leurs Col- 
lègues mis hors la loi , la Nation obtient 
enfin le 1 8 frimaire , et le 18 ventôse , an 3, 
la rentrée de ces Mandataires, dont si peu 
ont répondu depuis à son amour et à ses 
espérances. 

Leur retour fut un épouvantail terrible , 
et le motif principal d une émeute qui 



Journées du g thermidor , et c. 483 

éclata le 12 germinal ; une disette momen- 
tanée en fut le prétexte. Une horde de 
femmes jacobines , et des instrumens ré- 
volutionnaires , viennent à la barre pré- 
senter une pétition ; TOrateur dit : 

ce Vous voyez des hommes du 14 juillet , du 
10 août , du 3i mai. Depuis le g thermidor vous 
avez mis la justice à Tordre du jour. Ce mot est 
vide de sens. Vous avez dit que cette journée ramè- 
nerait l'abondance , et nous mourons de faim» 
L'assignat ne vaut pas un cinquième de sa valeur. 
Le peuple veut du pain ^ la constitution de i-ygS et 
la liberté de nombre de patriotes incarcérés. » 

Une partie des Montagnards applau- 
dirent. Certainement il y avait quelques 
vérités dans cette pétition ; mais ceux qui 
en étaient les organes ne méritaient au^ 
cune confiance. 

Cette députation était suivie d'un grand 
nombre d'individus armés de pistolets et 
de gros bâtons ; en général c'était des gens 
inconnus et à figure sinistre. Le Président , 
Pélet(de la Lozère j » répondit évasive- 
ment en parlant contre Tafiarchie , et ac- 
corda les honneurs de la séance aux Pé- 
titionnaires, qui entrèrent en foule. Tallien, 
André Dumont , Bourdon ( de TOise ) , 
parlèrent dans le même sens ; des huées 
vives , des menaces audacieuses présa- 
geaient d'affreux assassinats. 

Au moment où le crime allait se 

H h 3 



4S4 journées du 9 thirmidor , ttî. 
cônsotnmer , les Conjurés furent comme 
interdits par Tembarras de reconnaître 
reûrs victimes. Utie députatiôn dcTHomme- 
Atiné était venue deux heures auparavant ; 
et , confondue avec les Représentans du 
peuple , ainsi que là section de TUiiîté en 
masse , contribuèrent à jeter dans TAssem- 
bléé une confusion qui arrêta le poignard 
des assassins , indécis sur le choix beaucoup 

Ï)lus qu'épouvantes du nombre. Cependant 
e général Pichegru, nommé momentané- 
ment au commandement de la troupe pari- 
sienne , rétablissait au dehors , de concert 
avec Barras et quelques autres Représentans, 
Tordre menacé par d'impuissantes émeutes ; 
les cris des révoltés , dans le sein de la Con- 
vention , furent en vain appuyés par quel- 
ques mandataires qui ne firent , par cette 
adhésion criminelle , qu offrir à la loi de 
nouveaux traîtres à frapper. Les députés 
Barrère , Billaud , Collot , Vadier , qu'on 
voulait sauver, par cette révolte , et que 
la Convention trouvait si pénible de con- 
damner , furent , par un attermoiement 
honteux avec la justice, condamnés le 
soir même à la peine de la déportation (i). 



[i\ Carnot, Tun des membres de cefamcux Comité 
de destruction , prit leur défense , et déclara que sî 
tes collègues étaient coupables il avait partagé leurs 



Journées du g thermidor . etc. 485 
€t Farrêt s'exécuta le lendieqiain malgré Top- 
position d'une bandç dçfHrieux qui s'étaient 
id abord emparés de la vof ture qui les, con- 
duisait à leur destination. Huit des Mont^- 
■gnards. qui avaient protégé la rébellion , 
furent ,1e jour même, décrétés d'arrestation; 
le 16, on en fit autaqt contre njeuf autres ; 
-et contre sept . encore ,. Ift sg suivant, 
(V. le Tableau , J^."" 2 , tom. i )'. 

A ces Députés arrêtés , on joignit encore 
quelques Jacobiujs , tels que Raisson , Ros-^- 
^signol , Facbe. eï is^utres , qupn envoya au 
château de Ham , où ils restèrent détenus 
jusqu'après le. i3 Vendémiaire , sans être 
interrogéis , entendus ni jugés , et appri- 
rent parleur, propre expérience tQute l'im- 
portance de§ formes protectrices de la 
jsûreté individuelle dont ils s'étaient joués 
^si impudemment contre tant d'ianocens ; 
£)n les viola aussi contr'eux , comme en 
vertu de la Loi cjw Talion ; mais cette 
loi n'est pas celle dp l'équité. 

Cependant ces illégalités , qui étaient 
-des conséquences du gouvernement révo- 

-crimes. Carnot a'^iyaitpas )i>e9Qin de cet aveu, per- 
sonne n'ignorait que sous prétexte de ne s'occuper 
que de la guerre il prenait part à tous les actes 
Sanguinaires , et même qu'il en rédigeait : de ce 

-nombre se trouve Tinstructioa de la Commission 

.crO^anffc., 

Hh S 



486 Journées du g thermidor iy etc. 
ludonnaire , commençaient * à en dégOHttfr 
ses vieux partisans , devenus aùjbût?d'hui 
ses victimes ; la multitude apptéicîait en- 
fin toute rinîfjui té dt ràtbitràîre, et vou- 
lait une Constitution régulière et fixe ; 
ses meneurs lui fifcnt demànidber celle de 
1793, qui n avait ffûhc •Gôftstittilioh que 
le nom. A ces cris univcrs^èls de Cons- 
titution, la Convention créporiâitipar' la 
création d'une Commission chargée d'en 
prépafèr Ics'Ldîs ùi^dtiih\ue%i céim hkh 
moyen de temporisation îhdWpehsable ; et 
nécessairement l'audace desVidnspirateurt 
devait amenai aye<î<îè liouveauxfrrimes à 
réprimer \ iaPdëiÀônStraiibilile^la Héccssité 
d'un Côdé^iéfeial plus vigOt*rëux qui «lui 
dont ils féclatiïaiént l'exécution. . . . Plus 
ils pressentaient cette utile -et sage substi- 
tution , plus ils s'àcliarnaieht à la prévenir, 
et le mauvais succès de la dernière insur^ 
rection était loin de les décourager. 

Les circonstances d'ailleurs se trouvaient 
bien plus favorables. La pénurie des sub- 
sistances était extrême ; et si le Gouver- 
nement sous lequel le peuple meurt de 
faim est toujours sans excuse , jamais Gou- 
vernement ne fut plus coupable que ce 
Comité de Salut Public , qui , resté tou- 
jours maître de la fortune publique et par- 
ticulière par le droit de préhension <jù'ii 



Journées du g thermidor ^ etc. 487 

s^était conservé , avait néanmoins laissé 
approcher la famine jusqu'au sein de cette 
capitale populeuse quil s'était chargé de 
nourrir (1). Les murmures ^ comme les be-r 
soins étaient universels; le rentier ruiné par 
la baisse subite de tout papier- monnaie , 
louvrier obligé de perdre à la rçcherche 
tf un chétif morceau . de pain , sa journée 
dun travail nécessaire pour en payer le 
prix ; la malheureuse mère de famille atten- 
dant en vain pendant une nuit entière 
aux portes du boulanger quelques onces 
de. pain ou de riz insuffisantes pour ses 
isnfans exténués ; le père tendre et pauvre 
56 suicidant de désespoir au milieu dnne 
famille épuisée de besoins ; du côté op- 
posé ., rimmoralité la plus effrontée affi- 
chant avçc scandale son luxe nouveau et 
sa criminelle abondance ; le monopole , 
sous le masque de la liberté du commerce , 
pompant avidement toutes ses ressources 
et arrêtant la circulation de tous ses pro- 
duits ; Tagiotage impuni se jouant du cré- 
dit particulier , et altérant au gré de ses 
spéculations meurtrières le crédit national , 
trafiquant de la substance et s'engraissant 
du sang du peuple ; le nouveau riche affec- 

(i) On doit se rappeler les rapports mensongers 
de Bois^y-d'Augial , sur les subsistances. 

H b 4 



488 Journées du g thermidor, etc. 
tant ridiculement les manières de rancîea 
régime et la volonté de le rétablir ; quel 
contraste énergiquement accusateur du 
Gouvernement subsistant ! quelle satyre 
de son impuissance! quelle excuse des 
plaintes aveugles du Sans-Culotte , trop 
iaigri pour remonter de sang-froid aux 
véritables auteurs de sa détresse , à ses 
tyrans révolutionnaires , ainsi que des es» 
pérdnces chimériques du Royaliste , trop 
habile pour perdre cette occasion de ré- 
tablir Tancien régime ! 

Une insurrection convenait également 
aux deux partis; les Jacobins seuls en avaient 
la tactique et laudace ; les Royalistes ; 
spectateurs perfides , en espéraient Tavaii- 
tage par l'anéantissement de la Convôntionu 
Le premier prairial fut le jour marqué pour 
cette grande tentative , à laquelle il ne maïi- 
qua ni chefs habiles quoiqu'obscurs,ni secta- 
teurs déterminés ; l'acte suivant fut comme 
le manifeste qui annonça les hostilités. 

Insurrection du peuple pour avoir du pain ei recouvrer 
ses droits, 

a Le peuple , considérant qu'on le laisse impi- 
toyablement mourir de faim ; que le gouvernement 
est tyrannique ; qu'il fait arrêter arbitrairement et 
tranférer de cachot en cachot les meilleurs patriotes; 

39 Considérant que Tinsurrection est le plus saint 
des devoirs ; 

i^onsidéranl que c'est à la portion du peuple la 



Journées du g thtrmidot , elc: 489 

plus voisine du gouvernement à le rappeler à ses 
devoirs» le peuple .arrête .: 

n Que les citoyens de tout âge , de tout sexe , se 
porteront â la Convention pour lui demander du 

J^ain , Tabolition du gouvernement révolutionnaire , 
a constitution de 1793, la destitution de» Membres 
du gouvernement actuel ,, leur arrestation ; la liberté 
des patriotes , la convocation des Assemblées prî- 
imaicei pour le 2 5 itieiftidor. 

.f*> Il ?ci^a pris les mesures nécessaires pour assurer 
le $i|cçès dp ceitte insurrection.; les bixrières seront 
fermées ; le peuple s'emparera de la rivière , du 
télégraphe vies canonniers*, le» cavaliers et autres 
soldats qui se -trouvent à Paris , sont invités à se 
.nmger sous les. drapeaux du peuple. 

i> Tout pouvoir eSnané du peuple est suspendu ; 
tout, fonctionnaire public qui refusera d'abdiquer 
>'sur«l&^hamp sera puai comme ennemi dû peuple ; 
quiconque pjroposefait de marcher contre le peuple 
sera puni comme ^e^nçii^i de la liberté; les Sections 
partiront dans un désordre fraternel ,. et emmène- 
ront celles' qui se trbuverant'sur'leur passage. Le 
mot de ralliement: du peuple est du pain , et* /a 
iQiutitution di 1793 ; quiconque ne porter^ pas ce 
signe de ralliement sera arrêté, n 

Cette ;proclam?ition écsun déjà répandue 
depuis plusieurs jours dans les départcmehs ; 
.déjà nombre de fonctionnaires publics 
- avaient .abdiqué, leurs fonctions pour se 
^ ranger du côté de Tinsurrection. Les Co- 
mités de Salut public et de Sûreté géné- 
rale devaient en être prévenus. Eh bien ! 
ce ne fut que le matin dn premier. Prairial , 
que Fun des Membres de celui de Sûreté 
générale en fit part à la Convention, 



490 Journées du g thermidor , et e. 

Les Chefs de rinsurrection s'étaient dîs^ 
tribués les difFérens quartiers de la viUè 
de Paris ; ce. fut dans le Ê^vbourg Map- 
ceau que le rassemblement commença. Des 
Hommes et dés fetnmé$^^y de petites son^ 
nettes à la main, où frappant sur des 
chaudrons , des casserolles ^ et des poëk&i^ 
invitaient ies^ citoyens à se 'réunir. Dans 
le faubonfg Antoine; là force armée était 
sous les armes , et dans diffiirèiites sectionii 
où le part} jacobin dominait, nomim 
d'individus s* étaient emparés • dfe- ' Ist. sàflfe 

.des séances, ", i ',.":' ' ''':'";■''.. '-V : ''^'.:'- » 
Cette multitude*, soulevée àr>la-ibi»,;Ct 
' dirigée Vers le mêmef - bu t ï arrive • âtft 
"mêmiès heures autour deîà<3oïivçtttion. 

Les tribunes étaient occupées, parades 
femmes , la plupart ivres v plusieurs tenaient 
à leurs mains des enfans : dupaifi *i dttpaih; 
nous mourrons de faim -^ nos enf ans 'n'ont pas 
mangé depuis pîusieurs joun'.^^Téis 'soïitf les 
cris auxquels le président. Vernier ^honirirc 
d'un certain âge , essaye -envain^^d'imposer 
silence ; les femmes redoublent "avec me- 
naces; André Dumont s'empare du fea- 
teuil , mais sa pétulance paraît peu propre 
à en imposer à l'audace de cette multitude 
effrénée. 

Le général Hoche monte dans les tri- 
bunes pour faire sortir quelques femmes 9 



Journées du 9 thermidor^ etc. 491 

^nctis qu une horde de forcenés assiégeait 
*f entrée de la salle. André Domontcède la 
présidence à Boissy-d'Anglastqui cn^rein?- 
{dit les fonctions avec plus de sang- frcMd ; 
^s ^hommes armés engorgent la salle de la 
t^berté ; une partie de la garde de la Con- 
V(ention veut les repousser^.le nombre des 
tonjurés grossissait ; Ion en vient aux 
mains. Plusieurs fois repousséés-, les femmes 
irariaiMit qu on les égorgeait; Ion arrête quet 
tjues-uns des Conjurés , un nombre de Déi- 
-^tités abandonnent leur poste ; une partie 
de la Montagne applaudissait aux efforts des 
insurgés, qui après des attaques réciproques, 
pénètrent enfin dans la'salle" se répandent 
dans '^lesi)anquet tes , armés de sabres^ die 
«piqijfes , de fourches , de croissans fiké&aa 
4lciut des bâtons. L'on entend les.cris: vive la 
Montagn^! du pain et la Constitution de ijg3. 
'y. Ce fut alors que le député Firaud .périt 
^etime de son courage; irrités par sBTé^- 
«stance , les révoltés ie saisirent de ^lui 
dans la salle , lui coupèrent la tête , .qu'ils 
-présentèrent' devant le Président, en mêime 
'lems que d autres furieux lui counnau'- 
-daient de proclamer et ^e isignerdes décrets 
-{irononcés par cette nuïitiiude en délire. 
Woissy-d -Allias refuse , ont Presse !sur sa 
poitrine des piques et des baïonnettes ; im* 
Mu>bile^ii pcrsisÀ danssèn rtfus ; quelques 



498 Journées du 9 Ihermidor , et e. 

coups de pistolets sont tirés sur lui , ii|l 
entend le sifflement des balles $fuis chsuk 
ger de couleur. 

Cependant un pétitionnaire avait lu If 
manifeste de Imsurrection ; et toutes ^Ui 
conclusions qu il présente , ainsi quç niilit 
autres propositions non moin» .rfollesr et 
non moins airoees, avaient reçu d'un pew 
nombre de Députés montagnards et de 1| i 
foule dans laquelle ils sont confondus , \t 
titre mensonger de lois nationales \ les fiir 
reurs de ces Législateurs-improvistes.cr^ \ 
saient en raison de la facilité de les satisr 
faire ; eljes n'éprouvaiem d'autre résistance 
que celle du Président , qui n avait :i leujr 
opposer que son silepce. Les progrès dcjs 
révoltés , manifestés au dehors par dos 
signaux que quelques affidés iesaient dcf 
hauteurs du dôme des Tuileries , et procU- 
mes au loip par le son funèbre du tocsin 
national avaient rassemblé tous les citoyens 
sous les murs de la Convention ; mais ii^ 
restèrent indifférehs sur les dangers qwK 
courait la Convention. La têt^ de Féraud 
fut même promenée au milieu de la foros 
armée. Beaucoup de citoyens de bonnfr- 
foi disaient : u Avec tout cela, les Sani^ 
5> Culottes ont raison. Lion croyait jq.uie))fi 
99 chute de Robespierre et la rentrée de^ 
9» jâ et des mis hors la loi proci^rai^alt 



Jâurnies du g thirniidot « et t. 4§2. 

* Vabôndance ; nous allons de mal en pis , 
M ilous sommes sans pain , les assignats 
99 sans crédit , et les rentiers meurent de 
Wih Ae faim. '9 

»'Sut le soir^ tous les citoyens se retî- 
Hffeiit et laissèrent la Convention à la 
Ibefci de ceux qui engorgeaient la salle* 
L^alarmé se répand vers les dix heures sur 
le bruit que Goujon , Peyssard , Duquesnoy ^ 
BourbotU et Albitte avaient demandé que 
Ton décrétât la destitution de toutes les 
Autorités constituées depuis le 9 thermi-> 
dor , et avaient fait décréter des visites 
domiciliaires pour découvrir lès accapa- 
rcmens de subsistances. La destinée des 
citoyens étant liée au sort de la Conven- 
tion , beaucoup crièrent aux armes ! mais 
9s n'avaient aucun point de ralliement. 
Les représentans Legendre [ de Paris ) , et 
Delcloy ( du départ, de la Somme ) , se 
ihirent à la tête du bataillon de la Butte ^ 
des-Moulins , entrèrent au pas de charge 
dans la salle de la Convention , le sabre 
•à la main et drapeaux déployés , tout le 
bataillon criant : hors la loi la Montagne l 
m bas leç brigands ! Ils mirent en fuite les 
févoltés qui s'étaient emparé de la salle , 
et qui se sauvèrent dans leurs sections , 
triant : aux armes ! mais tout le monde fut 
iourd i leur appel. Dans le court espace de 



494 Journées du 9 Ihirniidot j de. 
dix minutes , la salle fuc libre , èt^totts lei 
Représentans revenus à leur poste , déffé^ 
tèrent d'arrestation leurs collègues, Du^en 

noi , Bourboite , Diiroi , Prieur de la Mamt^ 
Romme , Soubrany , Goujvn ^ Albitte aîné, 
Peyssard , Lecarpentier de là M^iche , Pintl 
aine , Borie , Fayau , Ruki ; tous coupaUa 
d'avoir pris part active à la rébellion et àfM 
délibérations criminelles des assassins de Féruûd. 

Tallien dit : Je. demande que demain k 
soleil ne se lève pas sur leurs têtes. Bourdon 
( de rOise ) demande quon les faille dans le 
salle. 

La lenteur des secours apportés par lei 
Parisiens à la défense de la Convention , 
inspira aux insurgés Taudace de la persé- 
vérance et Tespoir du succès; ils revinrent 
le lendemain à la charge , mais en meil- 
leure contenance et avec tout Tappareil 
d'une armée déterminée à combattre. Les 
bataillons des faubourgs St. -Antoine et 
Saint -Marceau , descendirent avec leurs 
canons et vinrent jusques sur les hauteurs 
avantageuses de la place du Carrousel , 
ou ils les braquèrent sur la troupe pari- 
sienne qui investissait la Convention. Plu- 
sieurs fois la mèche fatale fut suspendue 
ftur les lumières des canons, et des Repré- 
sentans envoyés sur les lieux , pour préve- 
nir l'explosion , furent forcés de permettre 



Journèti du g thermidor , tt c. 495 

r VQrateur des faubourgs d'allçr à la tête 
i'ùne députation, présenter à TÂssemblée 
nationale , le vœu de ses commettans pour la 
wnstitution de g3 , pour la liberté 4^s patriotes 
Upour le rapport d'un décret qui regardait for 
\t (argent comme marchandises. 

Gossuin , qui avait été envoyé au Ca- 
rouzel pour engager les Citoyens armés à 
fraterniser , revint sans succès. Il apperçut 
i la barre de la Convention une députation 
les rebelles , et sans connaître le motif de 
a pétition qu ils avaient lue , il fit la mo* 
ion inconsidérée de donner le baiser fra- 
ternel à rOrateur de la députadon , ce qui 
fut décrété. 

L'Orateur sans-culotte fut reconnu pour 
te fils d'un ci - devant employé comme 
espion auprès, des cours étrangères , sur- 
;out dans les pays en révolution ; il se 
lommait Saint - Ligier. La Convention , 
linsi réduite à capituler , pour prévenir 
.'effusion du sang , promit solennellement 
ie mettre promptement en acdvité la const- 
itution de 1 7 93 , et ces promesses eurent 
.'effet salutaire de calmer les révoltés , qui 
(ans renoncer à leurs espérances , ajour- 
nèrent l'expédidon et se retirèrent avec 
eurs armes. 

Le lendemain éclaira im nouvel attentat. 
L'assassin de Féraud, livré au tribunal et 



496 Journées du 9 thermidor , et c. 

condamné à mort , avait été arraché de k 
charette fatale par des hommes déguiséi 
en femmes , qui le portèrent en triomphe 
au feubourg St.- Antoine ; la nouvelle de ce 
crime , si facile à prévoir , frappa d'efiroi les 
citoyens , parmi lesquels se trouvait une 
partie de la Jeunesse de Paris , surnommée 
la jeunesse de Freron. Le général Menou , à 
la tête de vingt mille hommes , dirigea 
sa marche vers le fauxbourg Antoine , fit 
trembler les révoltés qui se barricadèrent 
en vain dans la rue .principal^ ; on leur 
coupa toute communication avec le faux- 
bourg Saint-Marceau ; et dans l'impuis- 
sance de soutenir une longue défense , ils 
livrèrent leurs canons , leurs fusils et même 
quelques chefs de la rébellion , parmi les- 
quels s'était distingué un Nègre qui com- 
mandait les canonniers. Une Commission 
militaire , établie aussi-tôt, jugea les vaincus 
et en condamna à mort un grand nombre, 
parmi lesquels se trouvèrent vingt-un gen- 
darmes , comme convaincus de s'être réunis 
aux rebelles , mais la plupart avaient été 
cntr^nés de force dans cette défection. 
Cette Commission , chargée pareillement 
de juger les Représentans décrétés d'arres- 
tion le premier prairial , dont deux ne 
furent pas saisis , condamna Peyssard à la 
déportation , et à la mort Duroy , Goujon , 



Journées du 9 thermidor , et c. 497 

Rômme , Duquesnoy , Bourbotte et Soubrany^ 
{voyez le tableau^ n. 2 , tome II) [1) qui tous 
eurent le courage de se poignarder avec le 
même couteau ; trois seulement purent être 
conduits àla guillotine; quan t aux trois autres 
que Ton crut morts , les médecins en rappel- 
ièrent à la vie deux ^ Homme qui est actuelle- 
tuent à Saint-Pétersbourg , où il avait fait 
Féducation d'un prince russe, et Goujon y qui 
n'a survécu que de six semaines à spn suicide* 
Cette victoire de la Convention sur les 
Sans-culottes , qui là harcelaient sans cesse , 
fiit décisive (^); et les sections autorisées 

(i) L'établissement d'une commissioii militairs 
pour juger des Représentans du peuple ,' était un 
outrage Elit aux principes et une vengeance qu'exer- 
çaient la Plaine , les Soixante-treize et les mis hors la 
loi. C'est le cas de dire qu^ils furent plus impoli- 
tiques que les Montagnards à Fépoque du 3i mai. 
Cependant Ton ne peut.se dissimuler que dans 
cette circonstance une partie de cette même Moti* 
tagne se joignit à la Plaine, f 

(2) Si les Comités de Salut public et de Sâreté* 
générale avoient voulût ils auraient évité cette in- 
surrection ^ et épargné le sing d'un grand nombre 
d'individus qui n'étaient que des instrumens passifs. 
Tout cela était, combiné ; on voulait donner une 
autre constitution et réduire lés Sans-culottes au 
silence , ainsi que les partisans de la terreur et de 
Kobespierre. Cette Convention , après avoir appelé 
nombre de fois la multitude à son secourjs , n'en 
ayant plus besoin , il fallait bien s'en débarrasser. 

Mais pourquoi toujours du sang? 

tome VI. I i 



49' Jôurnies du g thirmiddr, etc. 

ensuite à prononcer Fincarcération ou le dé'- 
sarmement de tous les Âgens de la terreur , 
travaillèrent avec une activité et une passion 
qui épouvantèrent ces mêmes Législateurs , 
qui avaient ainsi livré leurs anciens protégés à 
la discrétion des citoyens, La haine aveugle 
frappa indistinctement une foule d'amis 
purs de la liberté , de patriotes vraiment 
dignes de ce nom. Les mêmes actes arbi- 
traires s'exercèrent dans les départemehs ; 
Topinion désormais affranchie de toute 
contrainte , ne se déchaîna point, contre 
cette foule d'instrumens servU^s du gduver-: 
ne ment révolutionnaire , san& attacher la 
juste et publique indignation aux inven- 
teurs et soutiens de cet exécrable gouver- 
nement. Trop bien avertie par le long 
abandon qui faillit assurer sa perte au pre- 
mier prairial , la Convention était depuis 
long-tems convaincue du peu de confiance 
qu on lui accordait ; et dans Timpossibilité 
de reconquérir les suffrages de la Nation ,, 
elle s'occupa de l'asservir par la crainte. 

Obligée enfin à la retraite , elle voyait 
avec effroi cet abandon d'un pouvoir qu'elle 
avait raison de croire si nécessaire à sa 
sûreté ; néanmoins les mieux intentionnés 
sentirent Jes dangers que la liberté allait 
courir , si toute la Représentation nationale 
avait été changée ; représentation nouvelle 



Journées du g thermidor , ttp. 499 

^u^uraient partagés des hommes , ou ulcé- 
rés par le souvenir du régime révolution- 
naire , ou apportant dans les deux conseils 
des opinions peut-être subversives du gou- 
vernement républicain. 

Les besoins indispensables dassurer au 
Peuple la garantie de la charte constitu- 
tionnelle , les détermina donc à se main- 
tenir en majorité. Les patriotes éclairés se 
rangèrent de cet avis , en convenant de la 
violation des principes. 

Il fut question de soumettre à la sanction^ 
du Peuple , et ce décret qui limitait ses 
droits délections , et la Constitution elle* 
même. Tous les partis , également fatigué» 
de la révolution , s accordaient à chercher 
le repos dans une constitution fixe ; et 
quelqu'imparfaite que parût celle qu'on 
présentait , chacun Tadopta avec d'autant 
plus de plaisir , qu'elle portait avec elle- 
même les moyens de modifications qu in- 
diqueraient le tems et l'expérience : les 
Jacobins , plutôt par mauvaise humeur que 
de bonne-foi , réclamaient le pacte social de 
g3 , que la Convention leur avait promis 
de mettre en activité; ils arguaient de 
nullité contre toute acceptation à laquelle 
ne pouvaient participer les détenus , à 
l'exemple de Marat , qui écartait la cons-» 
titution de Condorcet , par Timpossibilité 

li 2 



5oo Journées du 6 thermidor , ete. 

de consulter les armées occupées à com- 
battre^ 

Les Assemblées primaires accueillirent i 
la presquunanimité la constitution nou- 
velle. Il n en fut pas de même du décret 
qui raccompagnait ^ et la Convention , qui 
s'attendait au refus , Féluda par adresse de 
ce& interprétations ; elle accola sa loi par^ 
ticulière au code constitutionnel , sur lequel 
seul eUe provoqua officiellement une dé« 
libération ; et tout-à-coup se déclarant ju^e 
exclusif des procès- verbaux , elle interpréta 
en faveur de son décret , et comme con* 
séquence nécessaire, tous ceux qui, sans 
en faire aucune mention expresse , por« 
taient de^ suffrages d'acceptation de la 
constitution. 

Cependant les royalistes tentèrent de 
persuader qu'on ne devait accepter Tactc 
constitutionnel qu'après avoir discuté à 
fond et prononcé sur les décrets des 5 et 
l3 fructidor, moyen infaillible d'ajourner 
indéfiniment l'acceptation de la Constitu- 
tion. Les vrais patriotes ne furent pas les 
dupes de cette supercherie. 

Le royalisme aiguillonnait les mécon- 
tentcmens , excitait à une résistance active » 
provoquait des mouvemens dont il espé- 
rait faire son profit. Dans lc?S conciliabiile^ 
où se trouvaient une partie des Président 



Journées du g thermidor\ ete. Soi 

des sections , on tournait la République en 
ridicule , et Ton vit alors certains Députés , 
liés personnellement à là éause de la li- 
berté , être obligés d'entendre ces» disposi- 
tions et de se taire. Parmi les hommes qui 
se distinguèrent parleur franchise royaliste , 
on doit citer Richer-Sérisy , dont les nu- 
méros du journal de YAccusatenr puhlk 
portent le cachet le mieux marqué de sa 
haine contre la République ; et le ci-devant 
comte Barruel de Btauvert , qui rédigeait 
aussi un journal des Actes des Martyrs , avec 
les mêmes principes et la même audace-, 
et qui entretenait, comme Président du 
canton de Mantes , une correspondance 
avec les Assemblées primaires de Paris , 
les encourageant impunément aux plus 
fortes mesures (i) , et leur offrait, des bras 
et des subsistances. 



(i) Tous les royalistes intriguaient : d un côté, la 
faction d Orléans ; de Tautre , les partisans de la 
famille de Louis XVI. 

L*un des meneurs de la section de TUnité prétea* 
dait que le duc d'Yorck gouvernerait mieux , et que 
Ton ne réussirait pas facilement à rétablir la monar- 
chie , si préalablement on n'incarcérait tous \t% 
patriotes , et sur- tout si on ne déportait pas tous les 
terroristes. Cette lutte des royalistes les affaiblit 
eux-mêmes ; et les bons citoyens s'^pperçurent qu'il», 
allaient être la dupe de meneurs inconnus depuis la. 
révolution. 

li 3 



5ô2 Journées du g thermidor, etc.\ 

On avait vu le machiavélisme des Comités 
exciter sous main, aux époques de prairial , 
les émeutes de Sans-culottes , pour avoir 
occasion de les comprimer. 

La même astuce meurtrière mettait peut- 
être en œuvre , dans cette dernière circons- 
tance , tous ces provocateurs insensés de 
Fancien régime , qui appuyaient adroite- 
ment les réclamations dune partie des 
Parisiens contre le principe violé , par les 
décrets des 5 et i3 fructidor, et tous ces 
Meneurs eurent Tadresse d'échapper à Fex- 
plosion du i3 vendémiaire. 

S'il n'est pas clairement démontré que 
ces principaux agitateurs pouvaient être 
secrètement d'accord avec les Comités , 
pour opérer un mouvement, il est certain 
du moins que ceux-ci le desiraient avec 
ardeur. Voici le résultat dun entretien 
qu'un citoyen eut avec le député G........ , 

place du Garrouzel , à dix heures du soir , 

le 12 vendémiaire : il observait à G 

que la Convention courait le même danger 
que le Roi au lo août ; que si tout Paris 
se mettait dans la tête de détruire la Con- 
vention , Pariis réussirait. — a Oui, reprit 
•5 le Député ,.mais au lo août, les Sans- 
5 5 culottes se déclarèrent contre la Cour. 
5 5 II fût arrivé bien autre chose , si elle 
55 avait fait tirer quelques coups.de canon 



Joiimêes du g thermidor ^ etc. 5o3 
J5 sur la multitude par le guichet du 
. 55 Louvre , et braquer les pièces sur toutes 
9 9 les autres issues , ce que nous ferons ; 
99 au lieu que les Sections de Paris .ont la 
9 9 gaucherie , ( heureusement pour nous ) 
99 de ne pas rallier à elles les Sans-culottes.ti 
Ce Citoyen lui répondit: 4 1 Vous avez 
55 raison ; jamais une insurrection ne peut 
5 5 réussir par des hommes bien frisés , bien 
55 poudrés, et en bas de soie blancs, rj 
Effectivement , les Sans-culottes furent 
signalés par les Meneurs de sections , qui 
étaient tous bien endimanchés ; quelques- 
uns , même , furent assez sots pour dire : 
4 6 II faut lever la séance , voilà Theure où 
55 les ouvriers sortent de leurs ateliers, m 
Plusieurs partis dans la Convention , 
les Girondins mis hors la loi et leurs 
soixante-treize amis rentrés, croyaient que 
l'insurrection , comme Tindignation géné- 
rale , ne se dirigeaient que contre cette 
portion de la Montagne , qui avait défendu 
constamment le régime de la terreur , si 
universellement et si justement exécré. 
L'audace des royalistes , qui ne ménageait 
plus rien , parce qu'elle ne doutait plus 
du succès , prouva bientôt que leurs fureurs 
destructives embrassaient la totalité de la 
Convention natiQnale. Depuis long-tem» 
les Comités avaient attiré auprès d'eux , 

li 4 



5 04 Journées du g thermidor^ etz. 

avec grand appareil , des bataillons d'élite^ 
qu'on enferma dans un camp bien palissade, 
pour empêcher toute communication, tout 
rapprochement avec les citoyens de Paris^ 

A cette troupe, la Convention adjoignit 
tin bataillon sous le nom de Patriotes de 8g; 
c'était en partie tous ceux que les Sections 
et les Comités de la Convention avaient fait 
incarcérer après Tinsurrection de prairial ^ 
sous la dénomination de terroristes^ c'est-à^ 
dire,qui avaient la plupart occupé des places 
sous le régime de la terreur , sans eu avoir 
été tous des partisans. Cette réunion ne 
montait pas à plus de 2600 ; il est constant 
quon les crut généralement en nombre^ 
beaucoup plus considérable (i). Cette levée' 
de boucliers provoqua Talarme , et justifia 
en apparence Tinsurrection de plusieurs 
Section^, 

Sans fusils en état, sans cartouches, 
mais sur- tout sans canons , quelques Sec- 
tions s'avancèrent contre une armée bien 
disciplinée , approvisionnée de munitions 
de tout genre , et maîtresse d'une artil- 



(1) Le bruit public fesaît monter à trente mille 
hommes la troupe de ligne ; il est de fait qu'il n'y 
avait que quatre mille cinq cents hommes. Plusieurs 
t)éputés disaient que les royalistes auraient le dessus, 
«ils étaient instruiti du peu de troupes qu'il y avait» 



Journées du 9 thermidor ^ etc. 5o5 

lerîe formidable^ Le mouvement fut rapide, 
simultané , universel. L'effroi que fit naî- 
tre la vue des hommes réarmés par la 
Convention , semblait motiver la nécessité 
de se tenir sur la défensive , chacun igno- 
rant ' les intentions de cet appareil. On 
te rassembla donc tumultuairement ; et 
c'est au milieu de cet empressement inat- 
tendu , qu'il devint facile d'égarer ceux 
des citoyens qui pouvaient avoir les meil- 
leures intentions. </ 

Les premières mesures se dirigèrent con- 
tre la sec tionLepelletier. Le général Menou, 
qu'on avait chargé , le 12 Vendémiaire , 
de la réduction de cette Section , retran- 
chée en armes au chef-lieu de son arron- 
dissement , crut devoir la traiter avec des 
ménagemens conciliateurs ; il parlementa , 
et les insurgés , en paraissant céder à 
cette indulgence , y virent un motif d'es- 
poir , et même le garant d'un succès iné- 
vitable. 

Le soir même , au général Menou 
succéda Barras ; beaucoup de sections 
prirent les armes. Le i3 , à 5 heures du 
matin , un Secrétaire principal du Comité 
de Sûreté-générale , averti par les rapports 
des observateurs qu'on battait la générale 
dans certaines sections , s'empresse d'en 
porter la nouvelle au Comité , qu'il in- 



5o6 Journées du g thermidor , etc. 

vite à prendre , pendant qu'il en est teiM 
encore , des mesures pour arrêter ce 

signal contagieux^ de guerre civile Di 

quoi vous mêlez-voUs , lui répond brusque- 
ment le représentant Gauthier ? Laissez 
faire ces badauts , rhous savons bien ùù nom 
les amenons. Effectivement la générale se 
battait; les proclamations se publiaient 
aux carrefours des différentes Sections sous 
les yeux et comme' sous les auspices des 
patrouilles delà cavalerie conventionnelle, 
qui suivait officieusement , dit-on , et les 
tambours et les proclamateurs , sans Ici 
troubler dans leurs fonctions. 

On aurait cru que les rassemblemens 
étaient protégés par ceux mêmes quils 
semblaient menacer ; ils se grossirent consi- 
dérablement en quelques heures , et la 
foule armée des secftionnaircs s avança vers 
les lieux occupés par les troupes de la Ré- 
publique et de la Convention ; elles cédè- 
rent le Pont-Neuf à leur masse impor- 
tante , et ce pont fut un point de com- 
munication nécessaire entre les habitans 
des deux rives de la Seine. Conduits par 
des Généraux choisis au hasard, et au 
milieu desquels on distingua deux Maré- 
chaux-de-camp de Tancien régime , et 
Danican , remarquable par son effronterie 
joyaliste ,. les insurgés se divisèrent sur 



Journées du g thermidor , elc. 607 

ux colonnes, dont Tune marcha par la 
g St. Honoré vers la rue de rEchelie 
la Convention , et lautre par le quai 
la Monnaie vers, le pont ci-devant 
>yal et les Tuileries. On a hasardé 
aucoup de conjectures sur les intentions 
térieures de ces colonnes armées : il 
est point douteux que les chefs des 
)yalistes voulaient terminer tout par un 
•up de main décisif; mais il est possi- 
e et présumable que d'autres meneurs 
us circonspects, sans être moins roya- 
les , sentaient Fimpossibilité de réussir 
ir une attaque ouverte , et , que calculant 
ieux pour le profit de leurs projets Ur 
rticides l'emploi de cettte masse énorme 
: citoyens , ils espéraient, au moyen d'une 
iternisation adroite avec les troupes répu- 
icaines , amortir la puissance de ces trou- 
s par le mélange et la confusion de 
utes les armes , enlever à la Conven- 
m Tappui de ces soldats voués à la dé- 
idre , la réduire à la seule force de ce 
taillon des Patriotes de 89 , facile alors 

dissiper ou à détruire , et imposer ainsi 
'Assemblée nationale l'obligation de con- 
Iter les Départemens sur le fameux décret 

réélection ; ce qui eût assuré son renvoi. 
Dilà du moins ce que semblaient annon- 
r ces hommes qui , quoiqu'en armes ^ 



b 



5o8 Journées du g thermidor^ etc. 

tenaient en main Tolivier , et présenuùent 
aux troupes ce signe auguste de la paix et 
de la fraternité. 

Au sein de la Convention et des Coi 
mités, quelques hommes inclinaient aià 
voies de conciliation ; mais plus clairvoyaoi 
sur leurs intérêts , les Montagnards se 
hâtèrent de trancher la difficulté : Si h 
sections ne nous attaquent pas , avaient-ib 
dit , nous attaquerons. A deux heures de 
relevée , un Officier de la force armée 
dit : L'affaire ne tardera pas à s''engager. 
Enfin quelques minutes avant 4 heures 
et demie, André Dumont trahissant indis- 
crètement le secret de Tattaque , parait 
dans le salon de la Liberté , où se pro- 
menaient inquiets ses collègues : En placc^ 
Citoyens , en place , s'écrie-t-il comme pour 
annoncer quelque grande nouvelle ; et 
aussitôt une décharge terrible explique 
son annonce. 

Le feu était parti des fenêtres de quel- 
ques maisons de la rue Honoré sur les 
soldats de la Convention , et notamment 
de la maison du traiteur Venua. Le canon, 
placé à rinstant même vis-à-vis l'église 
Saint-Roch , foudroya une foule d'insurgens 
qui s y étaient placés. Maîtresse alors de 
la rue Honoré , la troupe dirigea son 
artillerie sur les Sectionnaires qui se reti* 



Journées du 9 thermidor , ete. 509 

^tent, n'ayant d'autres armes que leurs 
bsils. Cependant par-tout où il fut pos- 
lible ^e se retrancher , il y eut résistance. 
Les canons , braqués sur le quai d'Orsay » 
Srent feu sur une colonne qui s'avançait 
(e long des Théatins , composée des sections 
du Théâtre - Français , de l'Unité , de la 
Fontaine-de-Grenelle et de Bon-Conseil , 
lesquelles étaient dirigées parDanican , qui 
Rit provoquer le Commandant du poste du 
pant,des Tuileries (i)/£n même tems , en' 
bce de la rue de l'Echelle , un combat s'en- 
gagea entre la troupe qui environnait le 
Comité de Sûreté-générale {2) et les Ci- 
toyens qui se trouvaient en présence. 

CetteUriple décharge fut pour la Con- 

irention la gairantiede son triomphe. Quel« 

)ues Membres s'élancent de leurs places 

>our aller sur le champ de bataille. Que 

— - — " — ■ " — '- — 

(i) A la première décharge qui fut faite sur cette 
K>lonnc , elle %c tauVâ; les uns en jetant leurs^ fiisili , 
es autres en se cacb^nt ^nt lei portes cochères. De^ 
'emmes eurent le.couage de reste; à leurs croisées , 
mi le quai , et leur crièrent : Us. lâches ! â Us pot* 
fr<mj / Ce n'est pas que Ton puisse blâmer ces ch 
ïoyetis de ne pas avoir osé lutter contre Tartillerie d# 
 C onvention^ ncanmoins, si les Sans-culottes eussent 
un devoir se mêler de la querelle , les canons au- 
raient été enlevés, et la Convention faite prisonnière. 

(9) Ce Comité de sûfecé générale se tenait alors à 
['ancien b&tcl de firiennc. 



5 10 Jôurnits du g thermidof , et c\ 

tout le monde reste , s'écrie Lecoînte-Puy- 
ravcau moins rassuré sur les dangers, 
ou que tout le monde sorte avec les bataillensl 
tout le inonde resta. 

C'est sur-tout dans la rue St, Honoré 
que Faction fut plus meurtrière; 1 opi- 
niâtreté inutile de quelques citoyens ne 
fil qu'augmenter le nombre des victimes, 
que Ton porte à 228 individus, dont 65 
de la troupe conventionnelle. N y eot-il 
péri qu'un seul homme , les vainqueurs 
n'auraient encore qu'à pleurer sur leur 
triomphe ! 

Bonaparte , qui dirigeait l'artillerie , fit 
tirer toute la nuit le canon à poudre pour 
effrayer les Scctionnaires et empêcher une 
nouvelle réunion. Cette tactique épargna 
beaucoup de sang ; car déjà des insurgés 
allaient de plortc en porte , pour se rallier 
de nouveau et marcher rue Saint-Honoré : 
et peut-être que si les sections insurgées 
eussent eu un succès de quelques momens , 
le sang eût coulé à grands flots. 

Du succès de cettte joiifnée , résulta , en 
faveur de la Convention , l'acceptation de 
Facte constitutionnel , même de la part de 
ceux qui tenaient fortement pour la consd- 
tiition de gS. .. ,^ 

Passons rapidement^ sur ces journées 
meurtrières , dont le résultat inquiétait 



I 



Journées du g thermidor^ de. 5ii 

t>eaucoup de citoyens , et qui craignaient 
de voir renaître le régime de la terreur. 
P'abord Barras distribue des diplômes à 
ceux pour lesquels et avec lesquels il a 
vaincu ; déjà ils se donnent les places ; 
mais bientôt quelques-uns de ces patriotes 
turbulens se déclarèrent contre le Gouver- 
nement, c'est-à-dire, parlaient de la consti- 
tution de 1793 ; ce qui les fit expulser de 
beaucoup d'emplois. 

On établit quatre Commissions pour 
juger les chefs de la rébellion ; 40 per- 
sonnes le furent par contumace (1) , à 
l'exception de Lebois et de Lafond-Soulé ^ 
qui furent exécutés. Plusieurs autres furent 
condamnés à la détention. ( Voyez le Tableau 
A"^. 2 , Tom. 2. ) 

Sur les cinq places de Directeur, l'une 
échut à Barras ; on le crut dès-lors capable 
de donner de Ténergie à ses collègues. 
Lar éveiller e - Lépeaux , Letcurntur ( de la 
Manche ) et Rewbel , furent nommés , 
le premier comme victime du 3 1 Mai , 
l'autre comme officier éclairé dans là ma- 



(i) Pourtant Ton ne peut refuser de dire que le 
gouvernement ne fit aucune recherche pour arrêter 
ceux qui s'étaient soustraits aux poursuites. Beau- 
coup se promenaient dans Paris : l'un des mis hors 
la loi fut arrêté , et l'on n'exécuta pas le jugement 
de mort rendu contre lui. 



5it* *" j///nidoT , etc^ 

fi-** * 

/r . ..,^îy/;e en reconnaissance 

r ^ :• ^/^'r^nait de conclure entre 

.' .' /./* ^f /5 République Française , 

-' pj^'^^^ ivcc Sycyes, qui obtint au 

Il ' 're ^^ ï^C"^^ place, quu refusa; 

^,;,v//^^l/3ça par Carnot , dont la nomi- 

^///^^^usa de Tépouvante, Comment 

/ï^'î^^,i oublier ce Comité de Salui-Pu- 

^^y^jotit il fut un Membre si marquant , 

tes ces mesures atroces , ces créations 

î^ Tribunaux révolutionnaires, cette or- 

^fl/sation de la Commission d'Orange 

qu'il a signée ? 

Nous ne nous étendrons pas davantage; 
nous attendrons la fin de la mission de 
chacun pour juger de ses droits à Testime 
et à la reconnaissance du peuple. 

JV. B. La Convention a rendu , 

Onze mille deux cent dix Lois. 

II a été dénoncé sous son règne , par ses Membres 
individuellement , ou par ses Comités de Salut 
public et de Sûreté générale , 

Trois cent soixante conspirations , 

Et Cent quarante insurrections. 



Résultat général, etc. 5x3 

» ■ ■» — I II I II ■ ■ l.i ■ ■ ■■■■■■ I ■ .1 ] «■■.,. ni » « ,, I > 

RESULTAT GENERAL 

Des événcmens de la révolution française^ 

Es T - I L donc écrit dans le livre des des- 
tinées de toutes les nations qu'elles ne seront 
gouvernées que par des hommes corrompus 
ou sanguinaires ? - 

Hélas ! bien peiy d'hommes publics ont 
été de Tavis de ce sage Capitaine thébain , 
que le philosophe Montaigne donne , dans ' 
ses Essais \ pour le premier et le plus par- 
fait des hommes : 

<< Epaminondas ne pensait pas qu il fust 
iî loisible , pour recouvrer mesme la liberté 
M de son pays, de tuer un homme sans 
)> cognoissance de cause. »> 

Mais , à ce beau trait d'humanité que 
nous a conservé Thistoire grecque , nos Me- 
neurs de la révolution , nos Proconsuls ^ 
nos Membres du Comité de Salut public et 
la Convention ne manqueront pas d'oppo- 
jer cet autre trait des annales romaines , 
que nous a transpais Sénèque Tépistolaire : 
44 II y a des crimes qu'on est autorisé à com- 
^> mettre par les décrets du Sénat et les 
5 5 arrêtés du Peuple (i). '5 

(i) £x senatus consultis plebisque scitis scebra cxer^ 
gtntur. ÉPiST. xcv. 

tome VI. K k 



5 1 4 Résultat général 

Les Fondateurs de la République fran- 
çaise , qui ne peuvent se justifier que par 
des récriminations , ne manqueront pas de 
nous dire , à nous autres plébéiens , qui 
croyons qu'on peut concilier à la fois les 
droits de la liberté et les devoirs de Thuma- 
hité : << Qu'avez - vous à nous reprocher? 
5? Nous n avons fait que ce qui a été fait 
99 avant nous. Nous ne prétendons pas être 
55 meilleurs que Moyse , Zoroastre , Romu- 
m lus et presque tous les grands Législateurs 
99 du tems passé. Celui des Hébreux , pour 
3 5 les conduire à la porte de la terre pro- 
9 9 mise , ne les fait-il pas marcher sur des 
99 milliers de cadavres hébreux ? Zoroastre, 
35 pour faire prendre son culte religieux et 
9j civil et pour réformer les Perses , boule- 
9 9 verse cet ancien royaume , provoque des 
M guerres civiles et religieuses , change la 
5 5 dynastie , et meurt au sein de la gloire 
5 5 et du crime. Qu'est-ce qui ignore de 
55 quelle nature ont été formés les premiers 
5 5 élémens" de la République romaine ? Ro- 
5? mulus commence cet Empire par tuer 
55 son frère , appelle à lui tous les brigands, 
15 les nîveleurs , leur partage les terres , 
55 organise un Sénat d'hommes sans prin- 
5 5 cipes et sans caractère ; et si la Conven- 
15 tion a panthéonisé Marat et divinisé 
M Robespierre, les premiers Sénateurs de 



des événemms de la révolution. 5i5 

t> Rome Dût fait Tapothéose de ce même 
9 9 Romulus , qui avait plus de génie que 
99 nous. Qu'on ne fasse donc pas le procès 
99 k la Convention; si elle a commis des 
55 crimes ; ils sont tous politiques. ^9 

Voilà le langage des hommes de sang qui 
ont régi la France , et particulièrement sous 
le gouvernement révolutionnaire. Et qu'oti 
ne s'y trompe pas, telle fut la morale dW 
grand nombre , dani? lequel on doit remar-* 
quer des pTotestans , $oi-disant philosophes ; 
tous se son^t conduits d'après ces principes , 
depuis l'ouverture jusqu'à la fin de la ses- 
sion conventionnelle. 

Comparons d'abord les deux classes des 
Députés protestans. La première , celle qui 
a ouvert la révplution , coopéré à la pre*- 
mière de nos constitutions, et aidé à sappèr 
l'ancien gouvernement jusque dans ses 
bases , est demeurée spectatrice silencieuse 
du gouvernement révolutionnaire , et a 
favorisé par une lâche et cruelle adhésion 
la tyrannie de Robespierre. Tous se sont 
ptosternés devant le monstre , et n'ont pas 
craint de former la majorité qui légalisa les- 
atroces mesures de l'avocat d'Arras ; ils ont 
été les notables du ventre de la Convention , 
de cette masse inerte qui n'eut pour carac* 
tère que la bassesse et la versatilité. Deux 
mois avant sa chute, Robespierre fut élu 

Kk 2 



5î6 Résultat général 

Président de la Convention par scrutin 
secret. Nous le demandons aux Membres 
lÈle ce Sénat qui réunis3ait tous les pouvoirs , 
lequel d'entre eux , protestant , catholique 
ou philosophe , osa refuser sa voix au 
jnônstre : tous les suffrages furent unanimes 
tu sa faveur ; il ne lui manqua qu'une seule 
yoix , la sienne ! 

Depuis le g thermidor , quand le péril 
fut passé , ce qu'on appelait le vtntre de la 
Convention s'empara du gouvernement. Au 
lieu de réparer les forfaits qui en étaient 
susceptibles , il s'en permit de nouveau^ 
qui lui furent particuliers. Les protestant 
Johannot , Pelet , Boissy, et c. , organisèrent 
la banqueroute la plus infâme , la plus impu- 
dente , et telle qu'aucune puissance tyran- 
nique n'aurait jamais pu Timaginer. D'une 
main ils conduisaient à l'échafaud les restes 
du despotisme de Robespierre , auteur du 
maximum^ de ce vol décrété contre les pro- 
priétaires de fonds , tandis que dé l'autre 
main ils dirigeaient la chute des assignats 
( cette autre espèce de vol) au préjudice de 
ce même peuple et des rentiers. 

La différence de la banqueroute du pro- 
testant Cambon d'avec celle des protestans 
Johannot , Boissy et complices , fut, en ce 
que le vol du premier affectait les tenanciers 
de biends-fonds , au lieu que celui des ther- 



des évènemens de la révolution. Si? 

mîdoriens, achevait de ruinei les patriotes 
journaliers ; en sorte que la totalité de la 
nation fut la victime sous les deux régimes , 
€t pillée tour à tour par chacune des fac* 
tions qui déchiraient son sein. 

Nous ne peindrons pas ici les protestans 
de la Montagne , présidée par les protes- 
tans Marat et Jean-Bon-Saint-Andté ; les 
excès et les massacres de cette faction sont 
décrits dans le cours de cet ouvrage. Mais 
il résulte de ce tableau et de cette division 
des deux classes- de protestans , que Tune 
ctlautre furent plus ou moins sanguinaires, 
et plus ou moins coupables dans la forma- 
tion de nos mœurs révolutionnaires, 

La secte , depuis des siècles , couvait 
dans son sein un feu lent et caché , et la 
révolution fut pour elle un ouvrage de res- 
sentiment plus ou moins énergique , et plus 
ou moins profond , que ses individus te- 
naient de leurs ancêtres. Une sanglante 
révolution devint si nécessaire pour éteindre 
en eux ce feu dévorant , que Barnave , le 
plus modéré , le plus doux de sa faction , 
répondait, dans la première de nos Assem» 
blées constituantes , à des Français plus 
humains que lui , et qui lui témoignaient 
leur aversion pour les premières exécutions 
sanglantes du peuple : Etait-il donc bien pur 
le sang que vous regrettez ? Ge mot , dans ua 

Kk 3 



5 1 8 Résultai général 

sens , parut patriotique et révolutionnaire ; 
mais il annonçait clans son Auteur un 
homme cruel. Quels tableaux nous ferions^^i 
nous avions le courage de descendre dans 
les détails sur la personne de ceux qui ont 
figuré dans les diverses phases de cette ré- 
volution, grosse de tous les crimes à la fois. 

Mais nous ne sommes point condamnes 
à parler de cette foule de Sénateurs qui 
avilirent eux-mêmes la Représentation na- 
tionale. Devons-nous entretenir nos lecteurs 
aussi fatigués peut-être que nous , de ces 
Députés agioteurs ( i ) qui traitaient la nation 
en prostituée , et disaient que la République 
française n'était bonne qu'à être volée,piIlée 
et qui en conséquence faisaient rendre des 
décrets ruineux pour la fortune publique : 
mais ils avaient trouvé d'avance le prix de 
leur trahison ; ou bien , ils se fesaient re- 
cevoir fournisseurs de la République sous 
un nom emprunté. 

Désignerons-nous ici plus particulière- 
ment ces lâches adorateurs de Marat et de 

(i) Dans ce nombre , Ton doit remarquer Bour- 
sault , ci-devant comédien , dont le souvenir du 
proconsulat ne s'effacera jamais dans le Comtat- 
Venaissin. Cet ex-Conventionnel jouit d'une for- 
tune scandaleuse, et affiche dans Tintérieur de son 
hôtel le luxe d'un ci-devant Prince. Il vaut mieux , 
dit-il , que la fortune de la République soit dans les mains 
d'unpatriote tel que mot , que dans celles d'un royaliste. 



des évènemens de la révolution. 5 1 ^ 

Robespierre successivement , et ces autres 
de la même trempe , qui ont eu Fimpudeur 
de prendre la défense des Massacreurs de la 
Glacière d'Avignon et de solliciter Famnistie 
pour ce forfait inoui de ces mêmes hommes , 
affreux agens de toutes les réactions. Et 
pourquoi ne pas nommer un M. de Rovère 
qui prit le nom de Leblanc marchand de 
vin , et qui , comme nous Favons déjà dit , 
pour se faire porter au Sénat conventionnel», 
se prétendit le petit-fils d'un boucher ? Ré- 
péterons-nous encore ici que ce Rovère 
qui sefesait appeler, selon les circonstances , 

Monsieur le Marquis de Général de l'armée 

des égorgeurs de la Glacière , se vanta d'avoir, 
de compagnie avec Hassenfratz et Pache , 
organise le 3i mai , d'avoir poussé à 
la guillotine Mainvieille et Duprat ; d'être 
arrivé à la Convention sans le sou et criblé 
de dettes , et de se voir 400,00a !• Pauvre 
Nation ! dans quelles mains tu es passée ! 
c'est un miracle que tu existes encore. 

Devons-nous parler de cette foule de Pror- 
consuls , n'ayant aucune connaissance dans 
Fart militaire ,. envoyés près les aïmées : 
ils y voulaient ordonner les batailles , ea 
dépit des Généraux expérimentés: combien 
de braves tués par l'ineptie de ces hommes 
dont le moindre crime était l'ignorance ! 
nos succès , nos victoires n'^ont été assurés 

K k 4 



520 pésultal général 

que depuis qu'il n'a plus été envoyé de ceî 
individus présomptueux et perfides. Jamais 
nous n eussions fait la conquête de lltalie, 
sous la conduite de tels hommes. 

Plusieurs de ces Généraux nous ont assuré 
que rignorance de quelques*uns de ces Pro- 
consuls avait fait périr des milliers de Fran- 
çais, Sans égard aux observations que leur 
lésaient les Généraux,ils disaient tiij'efitends 
5j que vous exécutiez mes ordres, votre tête 
5> en répond : je prends sur moi totit évé- 
»> nement.M Quelle caution ! O Turcnne ! 
<\x calculais avant de donner une bataille , 
combien elle pourrait perdre d'hommes, 
tu ménageais le sang des Français. Grand 
homme de guerre , tu étais digne de com^ 
mander à des troupes républicaines. 

En dernier analyse, voici donc le résultat 
des crimes commis pendant la révolution : 
des fleuves de sang encombrés de cadavres, 
de grandes provinces incendiées , des villes 
entières disparues , un million d'hommes 
détruit par les fureurs civiles, au nom de la 
religion, de la royauté et de la liberté ; un 
million d'autres dévoré par la coalition! des 

puissances étrangères (i). 

** ■ I " «Il I II ——— ———«—— —— I _^ 

(i) Néanmoins , il faut faire passer à la postérité 
le résultat du courage invincible et sans exemple 
des défenseurs de la République. Si la coalition 
des puissances étrangères nous a déyoré beaucoup 



/ 



des évènemens de. la révolution. 52 1. 

La barbarie et la corruption , tous les» 
crimes et tous les vices ont été portés à leur 
comble. Mais la Convention, qu'avait-elle à 
faire ? fonder un gouvernement : rien n'était 
plus facile. Plus de noblesse , plus de clergé 
du premier ordre, plus de droits féodaux, 
plus de corporation civile et judiciaire , la 
journée du lo août était avouée de presque 
toute la France, 

Il est vrai , les Puissances étrangères ont 
tout fait pour autoriser cette Convention à 
prendre des mesures capables de rebuter leg 
Français ^ de les dégoûter du régime repu-* 
blicain. Tous les partis doivent verser dej 

■ Il ' ■ ■ I I II II < I I I ■ ■ • 1 1 I I I là 

d'homniei , les armées françaises ont remporté iroit 
cent dix-huit victoires , dont soixante-cinq en bataille 
rangée ; il a été tué à l'ennemi six cent trente-six 
mille huit cent quatre-vingts hommes sur le champ 
de bataille , sans comprendre le gfdnd nombre dé 
blessés et morts dans les hôpitaux. Il lui a été fait 
deux cent soixante-seize mille neuf cents prisonniers. 
Il faut joindre à cela la prise de deux cent quatre- 
vingt-dix-huit places fortes , ou villes de la pirertiicré 
classe ; cinq cent vingt forts , camps ou tcdoutes ; 
huit mille neuf cents canons ; deux cent ioixante- 
huit mille cinq cents fusils ; quatre millions huit 
cent cinquante mille livres .de poudre ; trois cent 
trente-quatre drapeaux. 

La valeur française a réuni à la France les tunt 
départemens de la Belgique et pays de Liège , le» 
départemens du Mont-Blanc et du Mont-Terrible ; 
procuré la liberté aux Hollandais et à toute- 
ritaiic , et G. - . . .. 



52 1 Résultat général 

larmes atùères à la vue du tableau ef* 
froyable que nous mettons ici sous leurs 
yeux. Que d'innocens , que d'êtres qui 
n avaient pas encore vu le jour , ont péri 

dans le sein de leur mère f.... Que ce 

tableau du moins persuade tous les peuples 
quils ne doivent pas se révolutionner, 
sans que préalablement la philosophie ne 
leur en ait tracé la route. Ce n'est pas 
l'ouvrage d'un jour qu'une révolution : les 
Hollandais avaient renoncé à la leur , il 
y a douze ans. Us ont attendu la nôtre 
et l'ont commencée comme nous la finis- 
sons. La chute du clergé en France fut 
l'ouvrage de deux siècles ; les prêtres l'ont 
bien senti , et pour prolonger leur règne , 
ils ont temporisé avec les évènemens. 

Dans notre révolution , ce qui leur a 
fait le plus de bien , ce sont les horribles 
journées des 2 et 3 septembre , ce sont 
les noyades de Nantes , ce sont les mauvais 
traitemens qu'ils ont éprouvés. Ce n'est pas 
les prêtres qu'il fallait tuer , mais bien les 
préjugés ; ce qui ne pouvait s'opérer que 
par l'instruction publique sagement or- 
ganisée. 

Si ceux qui ont dirigé la révolution avaient 
eu de bonnes intentions , les prêtres eussent 
été bien payés ; seulement on les eut soumis 
aux lois de la République , sous peine de 




■i f ■ImI'i 



XaJ. 




« Orjciïnîjtef. 

Lc9 Partisans d« la Commun^ i à.is ancî^noês LlniLtes ^ 
1 L«s PaTrlorei du cul -de- sac niuphin* Les PiirLotes 
-OIS RPWriTTtc 0)''^=^'^ LesPffïionïsttï. Les Philîpoùna. Les FLmsTer» 
' Kinuy£5 P«KUT8, Les Frocomu^s. Les Propagandlsies. 

^fncraîrtj. L« R^^énèrïcËiiTS. Les R^^lâtËurâ. Le* 
Sfiembléâ COn^^^'^^^"^^^^' ^*^ Hobuiocraics^ Le Rocher. Leï 

Slemblee IpfTïJ'^^^^ <^^ Cobourg^ Les Sïiigii]aac»»s. Les Sani-» 

o^r». Les Suspecu, 
OnVûntioa naf^ '^^"™^^'^*'i*"- !■** Tiicotemer L« Triumvirs. 



ï l àe priirlil^ L« VeAtrc* Lci VindécD^* La Yen- 



des èvènemens de la révolution. 5s3 

la déportation. En les persécutant , or\ les 
21 rendu intéressans : D'ailleurs le Gouver- 
nement a été infidèle à leur égard , il n a 
tenu aucune des paroles qui leur avaient 
été données. 

Mais voici quelle a été la spéculation 
d'une partie des prêtres ; car Ton a dû re- 
marquer que les plus acharnés contr'eux 
étaient des leurs. Ils ont dit: «4 II faut que 
55 plusieurs de nous périssent pour ressus- 
5J citer notre puissance , c'est un sacrifice 
35 à faire. î5 Ainsi , chaque prêtre que Ton 
a maltraité, a donné un nouveau degré 
jde puissance à la masse. 

L'on s'est conduit avec la même mal- 
adresse envers lejs^ royalistes , quoiqu eux 
et les prêtres aient eu les premiers torts. 
On ne corrige pas celui quon pend , dit 
Montaigne. C'est ainsi que vainement on 
tua les royalistes , sous prétexte de tuer 
leur fanatisme pour un gouvernement qu'ils 
devaient naturellement aimer , parce qu'ils^ 
y trouvaient leur compte , et parce que , 
depuis 1 ,400 ans , ils y étaient habitués. 
Un préjugé politique ou religieux de 14 
siècles ne se détruit pas en cinq ou six 
années. 

Si les Meneurs de la révolution , nous .le 
répétons, avaient eu de bonnes inten- 
tions , ils auraient empêché les révolution- 



5^4 Résultat général 

naires outrés de poursuivre avec un achar- 
nement barbare, les prêtres et les royalistes. 
Encore une fois, ce n'est pas en assommani 
les hommes qu'on les corrige , et nous 
ne sommes pas de Tavis de Tabbé Raynalj 
qui , dans son histoire philosophique , pré- 
tend quon ne peut régénérer une nation qui 
dans un bain de sang. 

Il fallait leur prouver que le gouver- 
liement républicain est le meilleur de tous; 
qu'il est indulgent , pacifique pour tous* 
C'iest à force de vertus et d'humanité que 
l'on fait rougir l'ennemi de son pays et 
de l'égalité. Le médecin qui traite un en- 
gorgement d'humeur , donne l'émétiquc 
à son malade pour lui procurer un moment 
de crise ; mais tout de suite après il lui 
administre les caïmans. 

Tandis que d'un côté la Cour et ses Pro- 
tecteurs défendaient la Bastille au nom dé 
la royauté ; que par la suite encore , dam 
le Comtat-Venaissin , à Jalès , dans la Ven- 
dée , on massacrait, on incendiait au nom 
de la religion et de la royauté , les grands 
Meneurs de la révolution , jaloux de tout 
abattre sans vouloir rien reconstruire , ont 
incarcéré au nom de la liberté , pillé au 
nom de la fraternité , incendié au nom de 
Tégalité ; guillotiné , mitraillé , noyé , au 
Âom dé l'humanité. 



des évènemens de la révolution. 525 

Il a été planté cinquante-un mille six cent 
trente-quatre ^rbres de la liberté , et Ton a 
incarcéré quatre cent mille individus. Il a 
été porté plus de cent soixante mille bonnets 
rouges , signe de la liberté , et Ton a guillo- 
tiné , égorgé un millipa d individus. On a^ 
ruiné et fait mourir de faim une parde de 
la population , pour gorger uaç classe de 
nouveaux riches. 

Toutes ces horreurs ne sont pas , certes ! 
Touvrage de la philosophie , ni de la révo- 
lution, mais bien Touvrage de la corruption, 
de la cupidité ^ de Tignorance* Hélas ! est-ce 
donc une vérité historique que tout peuple 
vieilli qui se révolutionne, e;5t sacrifié à l'am- 
bition d'un petit nombre , qui sait en reti- 
rer le. fruit? 

La philosophie seule dçvr^ît donc révo- 
tîonner , et non les hommes, i^is peuple en 
masse ne peut faire son bopihcqr , parce que 
Ton ne raisonne pas en m^sse : Ton ne peut 
s^'entendre quand tout le monde parlç à la 
fois. . 

D'après tout ce que nous avons éprouvé 
pendant la révolution , tou^ les partis 
qoivent être bien convaincus de la nécessité 
de maintenir un gouvernement établi. Celui 
que nous avons est loin sans doute d'être 
parfait ; ce n'est qu'avec le tems qu'il s'amé- 
liorera. Malheur donc à celui qui veut en- 



526 l^isuHat général , et c. 

core révolutionner ! Ton ne pourrait éviter, 
malgré toutes les précautions , les mêmes 
horreurs que nous avons éprouvées. Les 
échafauds se dressent , les proscriptions se 
combinent dans le secret. Il est des hommes 
pour qui la vengeance est un besoin , et le 
crime tin aliment. 

Le peuple ht doit pas plus avoir de con- 
fiance dans une faction qui lui parle du 
bonheur commun , que. dans celle qui 
semble vouloir lui faire regretter l'ancien 
régime. Presque toujours des intérêts par- 
ticuliers dirigent ceux qui parlent le plus 
haut du salut'public. 

Le soldat,is6ùs la monarchie, avait cinq 
sous par joui* pour défendre la royauté et 
servir les caprices de$ rois entre eux ; sou^ 
une république , c^fest sa propre cause , c'est 
lui-même que le soldat défend: il descen- 
drait de sa dignité , s'il servait l'ambition 
des gouvemans contre le peuple , ou les 
intérêts d'une faction liberticide. 

Le but de cet ouvrage est donc de ratta- 
cher tous les esprits à la constitution , afin 
d'éviter de nouveau les maux dont nous 
n'avons tracé le tableau , que pour en 
inspirer l'horreur. » 




5t 1 Co^mité de salut public de la Cicmveniton. 

.- <ggggBBB B-.H I lÊÊSSSSÊSSÊÊBS ■ ■ggâBB— ' 

l TABLEAU des Membres de la Convention nationale qui 
ont composé le Comité de Salut public. 

179 3- . 

JuE 7 Avril Barrèrc. Delmas. Bréard. Danton. R, Lîndet, 
r Trellhard. Guyton-Morveaux. Lacroix , d'Eure et Loire« 
! Cambon. 
! 1 1 Mat. Les mêmes Membres. 

12 Juin, Les mêthes; mais on a adjoint Jeanbon-Saint- 
André et Gaspaiin. 

Barrère. Delmas. Bréard. Cambon , fîls aîné. Danton* 
Guyton-Morveaux. Lacroix, d'Eure et Loire. Jeanbon-: 
Saint-André. Gasparin. 

1 1 Juillet. Décrété qu*il n'y auroît que neuf Membres. 

Barrère. Gasparin. Couthon.*Thuriot. Saint- Juû. Prieur ^ 
de la Marne. Herault-Séchelles. R.. Lindet. Jeanboh-Saint* 
André. Robespierre. 

13 Août, Le« mêmes Membres. 

Septembre, Les même Membres. ^ 

Il Octobre (ou), 20 Vendémiaire \ an 2. Les mêmes 
Membres. 

22 Brumaire ^ Novembre. Les mêmes MeÀibres. 

23 Frimaire ^Décembre* Barrèrc. Billaud-Varénne. Car- 
not. Coilot d'Herbois. C. A. Prieur, R. Lindet. Robéir<^ 
pierre. Couthon, Saint- Juft. Jeanbon-Sajnt-André. \ 

Nivôse^ Janvier 1794. Les mêmes ^Membres. ^ . 
Pluviôse^ Février, Les mêmes Membres. , .'_ ;. 
Vcntose ^ Mars. Les mêmes ^embrë^'. , " ^' "^ ' 
Germinal ^ AvriL Les nâêines Mémbriès'. ,. ' , 
JFÏ9réal , Mai, Les mêmes Membres. ' . '^ ' . 

Prairial^ Juin. Les mêmes Membres. . \ 

Messidor, Juillet. Les mêmes Membres. , 

Tàermidor jusqu*au 9 Juille^ Les ^mêmes Membres.* ^' 

14 Thermidor t Août, AnciAis,. Cartîot. Barrère. Coilot 
d'Herbois. Billaud-Varenne. Prieur , àe la Côte d'or. Lindet. 
Eschasseriaux l'aîné. Bréard. Laloy . Thuriot. Treiihard* 
Tallitn. ' . . .. ' " 

1 5 Fructidor , Août, Fourcroi. Coch'<^n« Delmas.'Melrlin 



r^sS Comité de Salut ptAltc 

deDouay, Eichasseriaux l'ainë. Bréard* Laloy. Thuiiotil 
Treiihard, Prieur , de la Côte d^or. Carnot. Lîndet. 

j4n III. 

15 Vtndémîaîrt , Septembre. Prieur de la Marne. Guyton- 
Morveaux. Richard. Fourcroi , Cochon. Delmas. Merlin de 
Doiiay. Eschasseriaux aîné. Bréard. Laloy. Thurlot et 
TreilUiard. 

15 Brumaire* Cambacérès. Pclet 9 de la Lozère. Camot. 
Prieur, de la Marne. Guyton-Morveaux. Richard. Four- 
croi. Cochon. Delmas. Merlin de Douay. Bréard Thuridt. 

15 Frimaire* Boiasy d'Anglas, André Dûment. Dubois- 
Prancé. Cambacércs. Pelet , de la Lozère. Carnot. Prieur , 
3e la Maine. Guyton-Morveaux. Richard. Fourcroi. Del- 
inas. Merlin , de Douay. 

15 Nivosi, Bréard. Marec* Chasal* Botssy d'Anglas. 
André Dumont. Duboîs-Crancé. Cambacérès. Pelet, de la 
Xozère. Carnot. Prieur, de' la Marne. Guyton-Moxveaux* 
•Richard. 

15 Pluviôse. Merlin, de Douay. Fourcroi. Lacombe, 
du Tarn. Bréard. Marec. Chasal. Boissy d'Anglas. André 
Pumont. Dubois-Crancé. Cambacérès. Peler, de la Le- 
zére. Carnot 

15 Ventôse, Sieyès. Laporte. Rewbell. Meilin , de 
Douay. Fourcroi. Lacombè, du Tarn. Bréard. Marec. 
Cîiasal. Boissy d'Anglas. André Dumont. Dubois-Crancé. 

Le Comité, ce mois- ci, sera composé de seize Membres. 

1 5 Germinal. . Cambacérès. Aubry. Tallien. Creuzé- 
Latouche. Gillet. Roux, de la Haute- Marne. Sieyès. La- 
porte. Rewbell Merlin, de Douay. Fourcroi. Lacombe, 
du Tarn. Bréard. Marec. Chasal. 

15 Floréal, Treilhard. Fer^nont. VernJer. Habault-Pom- 
mier. Doulcet. Cambacérès. Aubry. Taïlien. Giliet. Roux, 
de la Haute-Marne. Sieyès. Laporte. Revbcïl. Merlin , de 
Douay, Fourcroi. Lacombe, du Tarn. 

ij Prairial. Marec. Gart|on. Larivière. Blad. Treilhard. 

Fermont. Vernier. Rabault-Fômmier. Doulcet, Cambacérès. 

Aubry. Tallien. Gtllet. Roux, de la Haute-Marne. Sieyès. 

Rewbel . 

.15 Messidor. Bpissy d'Anglas. Louve t. Jean - de - Brie. 



dt la Convention Nationale* 529 

Lf sage , d'Eure et Loire. Marec. Gamon. Larîvière» Blad. 
Treilhard. Ferment. Vernier. Rabault-Pommier. Doulcet. 
Cambacérès. A^ibry. Tdllien. 

15 Thtrmidor, Merlin, de Douay. Letourneur , de la 
Manche. Sieyès. Rewb^ll. Boissy d'Anglas. Louvet. Jean- 
de-Brie. Lesige, d'Eure et Loire. Marec. Gamon. Lari- 
vière. Blad. Fermont. Vernier. Rabault-Pommier. Doulcet. 

i^ Fructidor. Laréveillère-Lépaux. Cambacérès. Daunou. 
Berlitr. Merlin, de Douay. Letourneur , de la Manche* 
Sieyès. Rewbell. Boissy d'Anglas. Louvet. Jean-de-Brie. 
Lesage y d'Eure et Loire. Marec. Gamon, Larivière. Blad. 

An IF. 

1 5 Vendémiaire, Chénier. Eschasserlaux , aîné. Gourdan» 
Thibaudeau. Laréveillère - Lépaux. Cambacérès. Daunou* 
Berlier. Merlin de Douay. Letourneur , de la Manche. 
Sieyès. Rewbell. Boissy d'Anglas. Louvet. Jean-de-Brie. 
Lesjge , d'Eure et Loire. 

Comité de Sûreté générale^ 

1793- 

Il Janvier» Bazîre. Lamarque. Chabot. Legendre,' de 
Paris. Bernard, de Saintes. Rovère. Ruamps. Maribon- 
Montaut. TalLen. Ingrand. Jean-de Brie. Duhcm. 

SuppUans. 

Lasourcc. Grangeneuve. Quinète. Drouet. Bréard. Ker- 
velégan. 

II Septembre. Panîs. Lavîcomterîe. GufFroy. Chabot* 
Alquier. Lejeune. Bazire. Gafnier , de Saintes. Julien , d« 
Toulouse. 

An IL 

3 Vendémiaire^ 26 Septembre Rulh. Joseph Lébon. La-: 
vîcomterie. Amar. VouUand. Panis. A. Benoît. Guffiroy. 
Moi!>e Bayle. Lebas. Vadicr. David. 

22 Vendémiaire^ 14 Octobre. Adjoints. Laloy. Dubarran. 
Jagot. Louis , du Bas-Rhin, 

Tom.YJ. tl 



530 Comité dt Santé générale 

Brumaire. Panis, Lavîcomterie. GufFroy. Chabot. L©- 
jeune. Gtrnicr^ de Saintes, Laloy. Dubarran. Jagot. Louis, 
du Bas-Rhin. Amar. Vadier. VouUand. David. Moïse 
Bayle. 

Frimaire. Panb. Lavîcomterîe. Guffroy. Lejeune, Gnr- 
nier, de'Saintes. Laloy. Dubarran. Jagot. Louis, du Bas^ 
Rhin. Amar. Vadier. Voulland. David. Moïse Bityle. 

Nivôse. VouUand. Louis, du Bas-Rhin. Moïse Bayle, 
Laioy. Lavicomterie, Vadier. Dubarran. Elie Lacoste. Ja^^ot 
Louis , du Bas-Rhin. Guffroy. Amar. Cambon. D.ivid. Le- 
ba«. Panis. 

Pluviôse, Lavîcomterîe. Vadier. Amar. VouUand. Elit 
Lacoste. Giîffroy. Dubarran. Louis, du Bas-Rhin. David. 
Moïse Bayle. Lebas. Jagot. Ruih, Laloy. Panis. 

Vtntose, Vadier. VouUand. Louis , du Bas-Rhin. Jagot. 
Amar. Rulh. pubarran. David. Moïse Bayle. La vicomterie . 
Lebas. Elie Lacoste. GufFroy. Laloy. Panis. 
Germinal. Les mêmes. 

Floréal. VouUand. Vadier. Amar. Elie Lacoste. Dubar- 
ran. Jagot. Louis y du Bas - Rhin. Lavicomterie. Moïse 
Bayle. Philippe Rulh. David. Panis. 

Prairial, Vadier. Amar. VouUand. Elie Lacoste. Dubar- 
ran, Jagot. Louis, du Bas- Rhin. Lavicomterie. Moïse 
B«yle. Ph lippe Rulh. David. Panis. 

Messidor, Vadier. Amar. VouUand .Philip^^e Rulh. Moïse 
Bayle. Lavicomterie. Elie Lacoste. Jagot. David. Guffroy. 
Dubarran. Louis, du Bas-l\hin. Panis. 

Thermidor, jusqu^au 13. Dubarran. Amar. Louis, du 
Bas- Rhin. VouUand. Vadier. Philippe Rulh. Moïse Bayle. 
Lavicomterie. Elie Lacpste. Jagot. JJavid. Guffroy. Laloy. 
Panis. 

13 Thermidor. Vadier. Moïse Bayle. VouUand. Elfe 
Lacoste. Dubarran. Amar. Guffroy. PhUippe Rulh. Le- 

fendre, de Paris. Goupilleau, de Fontenay. Merlin, de 
IhionviUc. André Dumont. Bernard, de Saintes. Louis, du 
Bas-Rhin. 1 

Fructidor. Colombelle. Meauld , Clauscl. Mathieu. 
Montmayou. Lesage-Sènaut. Bourdon , de l'Oise. Amar. 
Dubarran. -Guffroy. Philippe Rulh. Legendre , de Paris. 
Goupilleau , de Fontenay. Merlin , de Thionville. André 
Pumont. Bernard , de Saintes. Louis, du Bas-Rhin, 



de la Convention Nationaît* 531 

An III. 

15 yendémla: n. BentzhoWe. RewhelL La porte. Rcver- 
chon. Colombelle. Meauld. Clause!. Mathieu. Montmayon.' 
Lesage Sénant. Bourdon , de l'Oise. GufFroy. Legendre, de 
Paris. Goupilleau , de Fontenay. Merlin , de Thionvillc» 
André Dumont. 

ly Brumuire, Garnier de l'Aube. Barras. Armand, de la 
Meuse Laignelot. Bentabolle. Rewbell. Laporte. Rever-^ 
chon. Colombel. Meauld. Clausel Mathieu. Montmayon. 
Lesage - Senaut. Bourdon, de i Oise. Levasseur , de la 
Meurthe. 

1 5 frimaire. Legendre , de Paris. Goupilleau , de Mon- 
taigu. Lomont. Boudin, de Lmdre. Garnier, de l'Aube. 
Barrjs. Armand, de la Meuse. Laignelot. Bentabolle. Rew- 
bell. Liporte. Reverchon. Meauld. Mathieu. Montmayon. 
Bourdon , de l*Oise. 

15 Nivôse. Clauzgl. Rovèrç. Guffroy. Vardon. Legen- 
dre, de Paris. Goupilleau, de Montaigu. Boudin , de llndre* 
Garnier , de TAube. Barras. Armand , de la Meuse. Lai- 
gnelot. Bentabolle. Rewbdl. Laporte. Reverchon. 

ij Pluviôse, Mathieu. Auguis Perrin , des Vosges.^ 
Bourdon, de POisc. Clause!. Rovère. GufFroy. Vardor. 
Legendre, de Paris. Goupilleau de Montaigu. Lomont." 
Boudin , de l'Indre. Garnier , de TAube. Barras. Armand , 
de la Meuse. Laignelot. Philippe Ruih. 

i^Ventose. Isabeau. Calés. Gauthier, de TAins. Deleclov. 
Pémartin. Montmayon.- Mathieu. Au^uis. Perrin , des 
Vosges. Clauzel. Rovère. Guflfroy. Legendre, de Paris. 
Goupilleau , de Montaigu. Lomont. Boudin , de Plndre. 

15 GermlnaL Courtois. Thibaudeau. Sevestre. Chénicr. 
Isabeau. Calés. Gauthier, de l'Ain. Djlecl y. Pémartin. 
Montmayon. Mathieu. Auguis# Perrin, des Vosges. Clau- 
zel. Rovère. ( Thibaudeau a donné sa démission ). 

15 Floréal. Guyomar. PicAret. Kervelégan, Bergoîng. 
Courtois. Sevestre. Chénier. Isabeau. Ca.ès. Gauthier., de 
r^in. Debdoy. Pémartin. Montmayon. Mathieu. Auguiis. 
Perrin, des Vosges. Calés. 

15 Prairial. Genevois, Lomont. Boudin. Kîrvclégan, 

LI2 



532 Confite dt Santé gêner jU dt la Convention Nationale: 

Montmayon. Courtois. Pémartin. Pîerret. Guyomar. Isa-, 
beau. Calés. Gauthier. Bergoing, i^evestre. Chénier. 

15 Messidor. DeUunay, d'Angers. Mariette. Perrin, 
des Vosges. Baillv, Baiileul. Chéiiier. Sevestre. Courte s. 
Genevoia. Kervelégan. Pémartin. Pîerret. Guyomar. CaUs. 
Bergoine. Lomont. Rovère. Boudin. 

15 Thermidor, Calés. Pémartin. Gauthier , de TA in. Isa- 
beau. Bergoing. Kervelégan. Guvomar. Pierret. Perrin, 
des Vosges. Rovère. Mariette. Bailly. Baiileul. Lomont. 
Delaunay. Boudin. 

15 Fructidor. Quirot. Montmayon. , Colombel. Hardy. 
Barras. Lomont. Rovère. Mariette. Boudin. Calés. Pémar- 
tin. Gauthier, de TAin. Isabeau. Bailly. Baiileul. De- 
launay. 

An I V. 

15 Vendémiaire, Bordas. Guyomar. Roberjot. Kervelégan. 
Quirot. Montmayon. Colombel. Hardy. Barras. Calés. Pé- 
martin. Gauthier, de TAin, Isabcai^ ^aiily. Baiileul. De- 
launay, 



TA B L EAU des Députés de la Convention qui 
ont lié envoyés en mission dans Us Départemens 
depuis le il Septembre 1791, au 1 Octobre 1796, 
(10 Vendémiaire an ^). 



A L B E R T. 26 nlvose , an 3 , envoyé cm mission ave« 
Coiombel. 

Albitte. 21 septembre 1793 , envoyé à Lyon pour le 
siège ; et dans le département de l'Ain. 

Alquier. 26 octobre 1793 , à Lyon ; 20 vendémiaire, an 
a , à Rouen , avec Faussedoirc , à Ververne ; 23 frimaire ^ 
an 3 , dans le département de H lUte-Loire , avec Pierret ; 
10 nivôse, an 3, avec Lcvasseur (de la Meurthe) , et 
Treilihard. 

Amâr. Dans le département de l'Ain. 

Antoine. Dans le département de la Meurthe. ' 

AugÛis. 18 prairial, an 3 , en mission. 

AuBRY. 3 prairial , an 3 , chargé de la force de Paris avec 
Delmas. 

AuDOT. 3 septembre 1793, à Toulouse. 

AuFFMAN. Le.... an 2 , à Bruxelles et en Hollande. 

Bailly. 27 brumaire , an î , en mission avec Genevois." 

Bancal. 1793 ,<itfprès de Dumouriez avécCamus, Drouet 
et Qjinette. 

Bar. 28 pTÎmaire, an 3 , en mission. 

Barras. 8 brumaire, an 2 , près l'armée sous Toulon avec 
Fréron, Sallicéty et Gasparin, à Marseille ; 23 germinal , 
an 3 , nommé près la force armée destinée à assurer les 
subsistances de Paris ; 1 3 vendémiaire , an 4 , nommé 
général en chef de l'armée de Paris et de l'Intérieur. 

Barthe. 9 septembre 1793» près l'armée du Nord avec 
Isoré et Drouet. 

Bassal. En 1793 , à Lyon^ 

Bjvzirb 26 février 1793, à Lyon» 

Baudran. 29 nivôse, en mission avec Cavagnac. " 

Beaudot. 26 juillet 1793 , dans le département du Lot; 29 
août 1793, près l'armée deâ Pyrénées orientales; ij 
brumaire , département de la Gironde , près les armées 

Ll3, 



j]4 DéputJs de la Convention 

du Rhin et de la Moselle avec Lemane « Hermann et 
Lacoste ( du Cantal }. 

Bbauchamps. 12 frimaire., près l'armée des Pyrénées 
oiientales, 

BBAuPRi. 14 nîvcsej en mission ; 20 thermidorien mission. 

BeckeR' a Landau. 

Beffroi. 8 p uviose^ an 9 , à Tarmée d'Italie. 

Bbrmier. En mission dans le département d'Eure et Loire> 
le 1 1 pluviôse , an 3. 

Bessom. 24 germinal j en mission avec Olivier- Gerente 
et Richou. 

Bellegardb. II février 1793, pour visiter les frontières 
du Nord ; 1 2 avril 1793 , af ec Cochon et Lequinio , rem- 
plir, conjointement avec Dubois -Dubais et Briez, la 
mission dont ces derniers sont chargés. 

Bbvtabolle. 20 septembre 1793, «rappelé avec Levasseur. 

Beruer. 27 août 175)3, près l'armée du Nord, avec 
Treilhard. 

Berkard (de Saintes). 17 août 1793, envoyé dans divers 
départemens avec Bassaf, Alquier et Reverchori } dans le 
département de la Côte d*Or. 

Bion. 6 pluviôse, an 3 , en mission. 

BiTTER. 25 thermidor, an 3 , se rendra à Nice. 

Blad. 1 3 messidor , an 3 , dans le département de l'Ouest , 
avec Tallien ; 1 5 thermidor , sa mission est terminée. 

Blanqui. 14 germinal , en mission dans plusieurs dépsrtc- 
mens avec Fayolie , Periès et Joseph Lacombe. 

Blaux. 31 janvier 1793, dans les départemens de la 
Meurthe, de la Mozelle et du Bas-Rhin ; 25 ventôse, an 
3 , dans les départemens de la Somme avec Casenave. 

Bc. 28 vendémiaire, an 2, prpl Tarmée des Ardennes 
avec Coupé, Hentz; J nivcse, an 2, dans les départe- 
mens de la Marne et de l'Ardèche , pour y prendre des 
mesures de salut public; 6 frimaire, an 3, dans le dis- 
trict de Reims; 21 floréal, an 3, en mission avec Piquet 
dans le département du Cantal. 

Bodin. 28 prairial , en mission avec Guesno et Mathieu. 

BoissET. 22 vendémiaire, an 3 , dans les départemens de 
l'Allier et à Lyon ; 13 germinal , avec JEspinassy et Ca- 
droy; 24 prairial, rappelé ; 25 brumaire, an 2, ses 
arrêtés sont approuvés ; 2 frimaire , il retourne dans les 
départemens de l'Hérault et de TAveyron. 



envoyés en mission. 5^5 

BoissiEU. a8 ventôse, en mission avec Dumas, Real, 
Brunel ( de l'Hérault ) , Méaule , Pagânei et Gomaireî , 
en Tan 3. 
BoissY d*Anglas. a Lyon , «n l'an 2. 
BoNNET-MoKTY. i8 juillet 1 793 , daris le départetitbnt du 
Calvados avec R. Lindet et Duroi ; 3 septembre 1^93 , 
rappelé avec Duroi. 
Bonnet. 13 brumaire , il est rappelé ; il étoit envoyé ptês 

l'armée des Pyrénées orientales , an 2. 
Bonnet ( de la H^ute-Loire ). 20 germinal , an 3 , ért mis- 
sion avec Dulaure et Bousquet, 
Bonneval. 18 juillet 793, dans les départemens de 
Seine et Oise et circonvoisin%, aVec Roux , Maure et 
Dubouchet. 
BoREL. 27 pluviôse , an 3 , en mission avec Gûerîn. 
Bordas. 29 brumaire, an 3 , dans les départemens du Bec- 

d'Ambès et Charente , Bordeaux , avec Du vaL 
BouïLLEROT. 28 fructidor, an 2, près l'Ecole de Mar^^ 
avec Moreau ; 2 brumaire, an 3, dans les départemens du 
Cher et de la Haute-Garonne , avec Mallarmé ; 16 btu- 
maire, ses pouvoirs dans celui du Tarn. 
BouRBOTTE. 18 Mars 1793, à Orléans avec Delmas et 
Mathieu ; i août 1793: il restera près l'armée deô cÉrtes 
de la Rochelle. 
fiotjRDON (derOisc). Dans le département de la Vendée, 
an 1 ; 3^ jour complémentaire , dans le département 
d'Eure et Loire, avecFleury , an 3 ; 4 vento:e , an 3 , à 
nie Saint-Domingue, avec Gîraud et Vardon. 
Bourdon (Léonard). En mars 1793, ^^^^ le département 
du Jura avec Proste; le 17 août 1793 , dans divers dé- 
partemens , avec Bassal, Bernard et Reverchon. 
BouRET. 19 frimaire, an 2, à Cherbourg; le 25 fructidor y 
dans le département du Morbihan -, 15 germinal , an } , 
dans celui de la Manche. 
BouRSAULT. Dans difïerens départemens, en l'an 2; le 17 
messidor, an 3, en mission avec Durand-Maillane et 
Guerin ( du Loiret. 
BoussiON. 22 pluviôse, an 3, en mission dans les dépar- 
temens dei la Gironde et de la Dordogne. 
Bousquet. 20 germinal, an 3^ en mission avec Dulaure et 
Bonnet ( de la Haute Loire. 

LI4 



5}6 Députés de la Convention 

Brbard. aÇ août 1793, a Brest, avec Trehouart. 

Briez. 12 avril ij^^'^ ,en mission avec Bellegarde , Cochon 
et Lequînio, prêt les armées ; le 6 août 1793 » il est 
rappelé. 

B RI VAL. Dans le département de la Vienne, en l'an 2. 

Brue. 30 brumaire I an 3^ près les armées des Côtes de 
Brest et de Cherbourg. 

BRu^EL. 28 ventôse^ an 3, en mission avec B.éal,Bois- 
sieu , RuauU, Paganel et Gomaire. 

Brun ET. £n mission à Marseille. 

Cadroi. 29 brumaire, dans les départemens des Bouches- 
du- Rhône , avec Expert , an 3 ; 17 floréal, an 3 , en mis- 
sion; 24 prairial , rappelé avec Boisset; 12 messidor, en 
mission à Lyon en 1793* 

Cales. 17 Juin 1793, P'^^ l*armée de» Ardennes , avec 
Massieu et Perin; 5 nivôse, an 3 , à Besançon ; le 18 ven- 
démiaire , dans les départemens de l'Orne et de la Sar- 
tho , avec Gènissîeux. 

Camus. 13 décembre 179*, près l'armée de Dumouriez; 
13 janvier 1793, Commissaire <l^ns la Belgique ; il est 
mandé dans le sein de la Convention; 14 mars 1793^ il 
est rappelé à Paris, 

Carra. 13 juin 1793 , est rappelé de sa mission à Blois. 

Carrier. 12 juillet 1793 , envoyé dans le département de 
la Seine-Inférieure ; le 22 vendémiaire, an 2 , envoyé près 
l'armée de l'Ouest, avec Bourbotte, Francastcl , Pinet , 
Thurreau et Hcntz. 

Cassagne. i«^ nivôse, an 2 : il est rappelé. / 

Cassenies. 27 thermidor, an 3, dans le département du 
Mont-Blanc. 

Castillon. 8 ventôse, an 3 , en mission avec Grenat ; 16 
prairial, rétabli dans sa mission avec SouHgnac et 
Cazenave. 

Cavaignac. h Mai 1793, près l'armée des Côtes ; 29 
nivôse, an 3 , en mission avec Baudran. 

Cazenave. 15 germinal, en 3 , en mission; i floréal , an 
3, en mission avec Meîîhan ; 4 floréal , an 3, continua- 
tion de sa mission avec Blaux , dans le département de 1^ 
Somme; î6 prairial, rétabli dans sa mission avec Sou- 
lîgnac et Castillon. 

Chabot. 28 juillet 1793 , continuation de sa mission 



tnvoyis en mission, 533 

et de celle de Dumont^ dans le département de la 
Somme* 

Chambon. 23 prairial, an 3, en mission à Marseille avec 
Merlin ( de Douai ) , dans les départemens du Nord. 

-Chanvier. 17 nivôse, an 3 , envoyé en mission. 

Chateauneuf-Randon. 27 août, près les armées des 
Alpes y pour le siège de Lyon ; le i brumaire > an 2 , dans 
les départemens de la Lozère , TArdèche, l*Aveyron , le 
Gard et l'Hérault; 2 frimaire, adjoint aux Dépuffis en- 
voyés à Lyon. 

Charbonkières. a Marseille. 

Char LIER. 20 nivôse, an 2 , à Lyon. 

Chaudrok-Rousseau. 10 juillet 1793 , à Bordeaux avec 
Tallien, Ys^beau et Carreau; le 3 septembre 1793 » rap- 
pelé de Toulouse avec Leiris -, le 20 septembre , il est 
rétabli dans sa mission du département de la Haute- 
Garonne; le 22 frimaire, an 2, dans les départemens du 
Cantal , de l'Aveyron et de la Lozère , pour épurer les 
Corps administratifs et les Municipalités; le 18 prairial, 
an 3 , rappelé de sa mission avec Paganel , près l'armée 
des Pyrénées occidentales* 

Clauzel. 27 août 1793, près Tarmée des Pyrénées orien- 
tales avec Expert ; le 24 prairial , en 3 , en mission avec 
Dentzel ; le 2y prairial , ses pouvoirs sont étendus aux 
départemens cle TAudc et des Pyrénées orientales ; le 29 
tberm'dor , an 3 , sa mission avecChazal est étendue. 

Chazal. Le 10 prairial, an 3 , en mission avec Coupé ( des 
Côtes du Nord ) ; le 29]thermidor , an 3 , sa mission est 
étendue avecClauzcl. 

Cher R 1ER. 14 ventôse, en mission; 16 ventôse, mission 
qui étend ses pouvoirs sur un autre département , an 3. 

Chiappe. 15 germinal, an 3, envoyé près l'armée des Alpes 
et dltalie; le 14 fructidor , an 3 , il est spécialement 
attaché , avec Real, à l'armée des Alpes. 

Cledel. 8 frimaire, an 3 , chargé de mission avec Robin et 
Letellitr ; le 9 frimaire, an 3 , décret relatif à ses pouvoirs. 

Cochon. 8 pluviôse, an 3, près les armées de Hollande, 
avec Ramel ; le 6 février 1793 , nommé Commissaire à 
la place de Varier ; 12 avril 1793 , nommé avecLequinio 
et Beilegarde; le 2 septembre , près l'armée du Nord. 

CoLLOMBEL, 26 nivose, an 3^ en mission avec Albert. 



5J8 Députés de la Convention 

CoLLOT d*Herbois. 1 août 1793 9 dans les départeir.ens de 
Loire et TÂisne , avec Isoré et Lequinio; à Lyon , immé- 
diatement après le siège. 

CouFi. 28 vendémiaire, an 2 , près l'année des Ardennes , 
avec Hentz et Bô. 

CoUPt (des Côtes du Nord). 10 prairial , an 3, en mis- 
sion avec Chazal ; 19 fructidor , avec Lamarre et Froger. 

Courtois. 13 juin 1793 , maintenu près l'armée du Nord; 
31 août 1793, envoyé dans les départemens voisins de 
Paris avec Viennet. 

CouTHON. 3 mars 1793 , Commissaire dans la principauté 
de Salm, avec Goupiileau et Michel; envoyé à Lyon 
pour le siège. 

CussET. Adjoint , le 29 juin 1793, aux quatreDéputés déjà 
envoyés près l'armée de la Mozelle. 

Dartigoete. a frimaire, an 2, continuera ses pouvoirs 
dans les départemens du Gers, des Landes, des Hautes 
et Basses-Pyrénées; 35 germinal^ an 2, attentat sur sa 
personne. 

Debry ( Jean). 19 frimaire, an 3, se rendra dans les dé- 
dartemcns de la Drôme, de Vaucluse et de TArdèche; 
5 ventôse , an 3 , décret concernant se^ pouvoirs 'y 6 veiv- 
tose , décret qui étend ses pouvoirs. 

Delacroix. 6 septembre 1793, dans le département de 
Seine -Inférieure, avec Louchet et Legendre; 23 fri- 
maire, an 3 , à Versailles et lieux circonvoisins ; 24 fri- 
maire, an 3 , décret relatif à ses pouvoirs ; 25 tl^rmidor y 
il se rendra près de la Manufacture de fusils de Mau- 
beuge. 

Delmas. 18 mars 1793 , Commissaire à Orléans avec 
Mathieu et Bourbotte ; 1 prairial , an 3 , dirigera en chef 
la force armée de Paris ; 3 prairial , an 3 , il est chargé 
de la direction et de la surveillance de la force armée 
avec Gillet et Aubry. 

Delamarre. 19 prairial, an 3 , en mission avec Saladin 
et André Dumont; 15 prairial, an 3, rétabli dans sa 
mission. 

Delaunay. 27 floréal, an 3 , déjà à Tarmée de TOuest ; 
ses pouvoirs sont étendus à Tarmée des Côtes. 

Delcher. 2" jour complémentaire , en mission. 

Deleyre 27 frimaire , an 3 , près l'Ecole normale de Paiis* 



tnvoycs en mission» «jjç 

Dentzel. 24 prairial , an 3 , en mission avec Clauzel ; to 
fructidor , dans le département de la Manche. 

Despinassy. 27 floréal, en 3, en mission avec Poulain- 
Grard-Pré, à Lyon. ^ 

Desrues. 23 vendémiaire , an 3, à Brest et à TOrient 
avec Villers. 

Droueï. 16 mars 1793 , adjoint , avec Batellîer^ Commis- 
saire près l'armée du Nord; 9 septembre, en place de 
ceux à l'armée du Nord, avec Isoré et Bartlie. 

Drulh. 7 nivôse . en 4 , en mission avec Talot et Leftvre 
(de 1 1 Loire-fnfériei re) j Richou. 

DuBARRAN. 5 brumaire, an 2, dans le* département du 
Calvados, pour suivre les opér4tions commencées par les 
Représentans du Peuple. 

DuBois-CRANct. 15 vendémiaire i an 2, rappelé de Lyon 
avec Gauthier. 

Dubois ( du Haut-Pihin ). 4 ventôse , en mission avec Talot 
et Lefèv re ( de la Loire-Inférieure ). 

Dubois Dubay. 4 mai 1793 , restera près Parmée du Nord, 
avec Briez, jusqu'à son rappel. 
- DuBoucHET. 18 Juillet 1793 5 dans le département de Seine 
et Marne, avec Bonneval, Roux et Maure. 

Dumas. 25 acût 1793 , dans le département du Mont- 
Blanc 9 avec Simon ; 28 ventôse, an 3 j en mission avec 
Héal , Brunet , Boissieu , Ruault , Paganel et Gomaire. 

DuMONT (André). 28 juillet 1793, dans le département 
de la Somme , avec Chabot ; 4 septembre, il restera seul 
dans ce département; 19 germinal, an 3 , en missson 
avec Saladin et Delamarre. 

DuLAURE. 20 germinal, an 3, en mission avec Bonnet et 
Bousquet. 

DuPORT. 20 nivose, an 3 , en mission; 17 germinal , an 
3 , rappelé pour donner des renseignemens à la Con- 
vention. 

Dupuis, fils. A Lyon, en 1793 et an 2. 

DuQUESNOi. 2 octobre 1793, en mission dans le départe- 
ment du Nord ; 2 août 1793 , envoyé , avec Lebas , près 
l'armée du Nord. 

Durakd-Maillane. 17 messidor, en mission avec Bour- 
sault et Guérin ( du Loiret ) , à Marseille. 

DuROY. 18 juillet 1793, dans le Calvados, avec R«Lindct 
et Bonnet-Monty 5 3 septembre > rappelé. 



540 Députés de la Convention 

DuvAL ( de la Seine-lnférieure ). 26 germinal, en mission; 
28 fructidor , 29 brumaire, an 3, en mission dans le dé- 
partement du Bec-d' Arabes avec Bordas. 

DuvAL ( Charles }• 25 thermidor, an 3, en mission ou 
en congé. 

Ermakm. 22 juillet 1793, en mission prèsi*armée de la 
Mozelle. 

Es» ue-Lay ALLÉE. Nivosc , an 2 , en mission dans les dé« 
partemens de l'Ouest et du Centre. 

EscuDiER. 9 acût 1793 , adjoint à Gasyparin aux années des 
Aipes et d'Italie. 

EsPiNASST. II prairial , an 3 , en mission avec Ferauiti 
pour remplacer Poultier et Guérin à Toulon ; 24 prairial 9 
an 3 , en mission avec Cadroi et Boisset ; ils .sont rap- 
pelés te 

Expert. 5 Juin 1793 , adjoint aux Députés près Tarmée 
des Pyrérées ; 2.7 août , ad joint , avec Qauzel, près 
Tarmée des Pyrénées orientales 5 envoyé à Lyon en Pan j. 

Fabrb. 2 nivôse, an 2, près l'armée des Alpes avec 
Gaston. 

Faure. 12 mars 1793 , en mission avec Petit- Jean; en sep- 
tembre J793, en mission d'ans le département de la 
Meurthe; 24 pluviôse, an 3. 

Faure ( de la Haute- Loire). Septembre 1793 , départemens 
des Voges, de la Meurthe , de la JVlozeile et du Bas- 
Khin ; Tan 2 , en mission dans le dép. de la Haute-Loire. 

Fayolles. 14 germinal, an 3 , en mission avec fiianque , 
Periès et Joseph Lacombe. 

Feraux. 10 ventôse, an 3, près l'armée de Mozelle et 
du Rhin. 

Feroux. I© prairial, an 3, en mission à Lyon. 

Fery. 7 février 1793, Commissaire près les frontières 
du Rhin. 

Fleur y ( des Côtes du Nord ). 7 ventôse , an 3 , en mis- 
sion , 3* jour complémentaire , an 3 , dans le département 
d'Eure et Loire , avec Bourdon ( de l Oise. 

FoucHi ( de Nantes). L'an 2 , à Lyon lors du siège. 

FrancaStèl. 22 vendémiaire, an 2 , en mi«^sion dans le 
département de la Vïjndee et autres environnant ^ avec 
Bourbotte , Carrier ^ Pinet et Thurreau,^ 



mv0yis en missiùn* ^ J41 

Fkakçois ( de la Sarthe ). 17 bmmaire, an 3 , dans le départ, 

des Alpes Maritimes et circonvoisins avec Servières. 
Fréron. 8 brumaire van 2 , près Tarmée de Toulon avec 
Barras , adjoint à Sallicetty et Gasparin , à Marseille ; 18 
vendémiaire, an 4, en mission dans le Midi. 
Fricot. 28 thermidor, an 3 , en mission. 
Froger. 24 nivôse, an 3 , en mission dans les départemens 
qui environnent Paris , avec Souiignac, Lequinioet Jaco- 
min; 19 fructidor^ an 3^ en mission avec Lamarre et 
Coupé ( des Côtes du Nord ). 
Gantois. 17 pluviôse, an 3, en mission. 
Garmier. 17 septembre 1793, adjoint au citoyen Lecar«> 
peritier-, 25 septembre, dans le départ, de rVonne; 21 
sept., se rendra sur le champ dans le district de Tonnerre* 
Garnier ( de PAubs ). 27 germinal , an 3 , en mission avec 

Meynard et Qiroulr. 
G ARM 1ER (de Saintes). 10 prairial, an 2, en mission dans 
le département de la Gironde; 21 floréal ^ an 3, appelé de 
mission pour donner des rensèignemens à la Convention. 
Garreau. 10 octobre 1793 , en mission dans le départe- 
ment de la Gironde. 
Gasparin. 9 août 1793 « adjoint aux Représentans près 
les armées des Alpes et d'Italie avec Escudier ; 8 bru» 
maire , an 2 , envoyé près l'armée sous Toulon avec 
Barras, Fréron et Sallicetty. 
Gaston. 2 nivôse, an 2, en mission près l'armée des 

Alpes , avec Fabre. 
Gaudin. 10 juin 1793 , est adjoint aux Représentans dans 
les départemens de la Vendée et des Deux-Sèvres; 12 
septembre, il est rappelé. 
Gaultier. 20 juillet 1793 ^ envoyé à Lyon; 15 vendé- 
miaire, an 2j rappelé de Lyon; a Marseille. 
Genevois. 27 brumaire, an 3, en mission avec Bailli ; en 
mission dans le département de la Meurthe avec Antoine 
Levasseur , Faure et Mazade. ^^ 

Genissieux. 18 vendémiaire , an 3 , en mission dans le dé- 
partement de l'Orne et de la Sarthe avec Calés. 
G ENTES. En mission l'an 3. 

Gerente (Olivier). 24 germinal, en mission avec Besspn 
N çt Richou ; le a 8 germinal , ses pouvoirs sont étendus au 
département de la Lozère* 



54^ Députés de la Convention 

Gbxtil. 11 juin 1793 , en mission près Tarmée de h 
Mozclle. 

61LLET. 15 septembre 1793» continuera ses fonctions pour 
Parmée de Brest ; 3 prairial 9 an ^ , chargé de la surveil- 
lance et de la direction de la force armée de Paris y avec 
Aubry et Delmas; 24 ventôse, an 3 , décret (jui proroge 
ses pouvoirs; 23 messidor, an 3 , il est envoyé en mission. 

GiRAUD. 4 ventôse, an 3, dans rîle Saint-Domingue avec 
Vardon et Bourdon (de l'Oise) ; 25 germinal, an 3 j 
envoyé en mission; 10 vendémiaire, en mission avec 
Perrin ( des Vosges ) et Phlieger. 

GiROT PoussoL. 1 5 nlvoçe, an 3 , en mission avec Duboîs- 
Dubay et Menuau ', 7 ventôse, an 3 ; les mesures prises 
par eux sont approuvées. 

CiRousT. 27 germinal, an 3 ,en mission avec Meynard et 
Garnier ( de i'Aube ). 

GoDEFRoV. 5 fructidor , an 2 , en mission dans les départ, 
de Seine et Marne, et de TAube, avec Maure. 

GûMAiRE. 28 ventôse > an 3, en mission avec Dumas, 
Real, Ruault, Paganel, Brunet (de THérault) , BoissieUi 

GouLY ( de rile-de- France). 14 frimaire, an 2, en mission 
dans le département de TAin. 

GoupiLLEAu (de Montaigut). 17 prairial, an 3, appelé 
pour donner des renscignemens sur les objets de sa mis- 
sion ; 14 messidor, an 3 , en mission. 

GouPiLLEAU (deFontenay). 3 mars 1793, Commissaire 
dans la principauté deSalm; 11 mars 1793 ,dans les dép. 
de Loir et Cher, d'Indre et Loire , avec Taliien; 6 avril 
1793 , adjoint aux Commissaires du dép. de la Vendée. 

GossuiN. 10 mars 179} , remplace Lecjuinio près Tarmée 
du Nord. 

Grand-Fré. 27 floréal, an 3, à Lyon , avec Despinassy 
et Poulain. 

Grenot. 8 ventôse, an 3, en mission avec Castillon ; 14 
ventôse , décret concernant ses pouvoirs. 

GuERiN. 28 pluviôse, an 3^ en mission avec Borel ; it 
prairial , an 3 , en mission ou remplacé. 17 messidor , en 
mission avec Boursault et Diirand-Maillane. 

GuESNO. 28 prairial , en mission avec Mathieu et Bodin , 
en Tan 3 ; ij thermidor, an 3, qui rapporte la disposi- 
tion du 1 5 thermidor. 

GuiLLEMARDET. 13 frimaire, en mission dans l'an 3. 



envoyés tn mission. y4j 

GuiLLERAULT. 22 germinal , an 3 « en mission. 

GuiMBERTEAU 28 Vendémiaire , an 2, en mission <îans les 
départ, de Loir et Cher , d'Indre et Loire j 16 frimaire, 
an i , prè» l'armée des Côtes de Cherbourg , avec Jehon 
et Phlieger. 

GuFFROY. 13 mars 1793 , en mission à la place de Lom- 
bard-Tachan. 

GuYOT. 2 frimaire, an 2 , en mission près l'armée du Nord. 

GuYARDiN. An 2, dans le départ, du Haut et Bas-Rhin. 

GuFFROY (Florent). 25 frimaire, en 3 , en mission dans 
divers départ. ; 25 nivôse, an 3, ses pouvoirs sont étendus. 

Hemtz. 7 février 1793 , en mission près les frontières du 
Centre, avec Fer y ; 4 octobre, an 2, en mission près 
Tarmée du Nord et du dépaift. de la Vendée; 28 vendé- 
miaire , an 2 , près Parmée des Ardennes , avec ^ô et 
Coupé; 18 frimaire, an 2, à Dunkerque. 

Hermamn. 13 brumaire , an a , en mission près les armées 
du Rhin et de la Mozelle | avec Brauadot , Lamarre et 
Lacoste ( du Cantal ). 

HouRiER (C. Éloy ). 18 pluviôse^ an 3 , en mission. 

HuMBERT. 16 frimaire, an 2, en mission dans les dépar- 
temens de la Haute-Vienne. 

Ja VOGUES. 20 juillet 1793, adjoint aux citoyens Revcr-» 
chon et Laporte; 20 pluviôse, an a , rappelé de sa mis- 
sion ; en mission dans le département de l'Ain. 

Jacomin. 24 nivôse, an 3 , en mission dans les dép. envi- 
ronnant Paris, avec Soulignac , Froger et Lequinio. 

Jard-Panvilliers. 18 thermidor, an 3 , adjoint à Cochon. 

Jarry. 7 pluviôse, an 3 , en mission avec Masson, Foul- 
tier et Letourneur. 

JsANBON'SAiMT-ANDRi. Mafs 1793 , dans le départ, du Lot 
et de laDordogne, avec Lacoste; 4 octobre 179} ^ en 
mission à Brest avec Prieur. 

Jehon. 16 frimaire, an 2, en mission à l'armée de TOuest 
avec Guimberteau et Phlieger. 

Imgrand. 14 brumaire, an 2 ^ en mission dans les départ, 
de la Haute- Vienne et de la Vienne ; 1 1 frimaire, an 2 , 
décret relatif à diverses imputations qui lui ont été faites. 

JouBERT. 26 vendémiaire , an 3 , près les armées du Nord , 
Sambre et Meuse, avec Portier; 16 frimaire, an 3 , il 
exercera sa mission près le quartier-géiéral de l'armée 
et Sambre et Meuse. 



•4 



544 Députés dt U Con9tntîon 

JouRDAK. A Marseille. 
IsABEAU. Octobre 1793* en mission dans le départ, delà 
Gironde avec Tallien ; 15 thermidor^ an 1, envoyé à 
Bordeaux; 3 juillet 1793» piês l'armée des Pyrénées 
orcidentales ; le 10 juillet, à Bordeaux avec Garreau, 
Tallien et Beaudot ; en fructidor , en 3 , à Bordeaux. 

IsNARD. 12 floréal, an 3, en mission; 19 âoréal,an 3, 
décret relatif à sa mission dnns le départ, des Bouches- 
du-Rhône; 23 Aoréal « an ^ , extension de ses pouvoirs au 
département des Basses- Alpes. 

IsoARD. 14 pluviôse, an 3, en mission avec Pépin. 

IsoRi. 25 mars 1793 > dans les départ. delOise et Seine- 
Inférieure; 1 août 1793, dans les départ, de Loire et de 
l'Aine avec Collot ( ci*Herbois), Lequinio et Le)eune ; 9 
septembre 1793 , près l'aimée duNord avec Drouet. 

Julien, i août 1793 > en mission prés l'armée des Cotes 
de Brest y avec Rulh et Meaulle. ' 

Lacombe (loseph). 14 germinal, an 3^ en mission avec 
Blanqui et Periès. 

Lacombe (St.-Michel). 15 prairial, an 3, en mission ou 
en congé. 

Lacoste. 26 Juillet 1793, remplace le citoyen Delcher ; 
mars 1793 , dans les départ, du Lot etdela Dordogne , 
avec Jeanbon-Sajnt- André , dans le départ, de la Haute- 
Loire avec Regnaud et Faure. 

Lacoste (du Cantal). 1 3 brumaire , an 2, près les armées 
du Rhin et delaMozelle^ avec Lemanne^ Baudot et 
Ehrmann. 

Lacoste (Elie ). 7 vendémiaire, an 3 ^ près la Manufac- 
ture d'armes deTouI. 

Lacroix ( d'Eure et Loire ). 29 août 1793 * ^*"® ^^^ départ, 
de la Seine-Inférieure. 

Laignelot. 18 frimaire, an 2, avec Lequinio; pourront 
exercer leurs pouvoirs dans le départ, de la Vendée. 

Lakaknal. 12 frimaire, ap 2, à Bergerac, auprès de la 
Manufacture d'armes; 17 nivôse , an 2 , dans le départ, 
de la Dordogne et environnans , est investi de tous les 
pouvoirs dont sont revêtus les Représentans du Peuple ; 
22 vendémiaire, an 3, nommé près l'Ecole normale 
avec Sieycs. 

Lamarre. 1 9 fructidor , an 3 , en mission avec Coupé 
(des Côtes du Nord ) et Froger. Laport». 



envoyés en mission. ^45 

Laîorte. An a , en mission à Lyon ; an 3 , S Lyon.' 
Laurence. 15 septembre 1793 ^ adjoint aux autres Rtfpré- 

sentans prés Tarmée du Nord ; 24 germinal an } , en 

mission. 
Laur^çot. I pluviôse, an 3 , en mission ; 9 prairial , an 

3, nouvelle mission. 
Laurent X du Bas-Rhin ). 3 ventcse , an 3 , en mission dans 

les départ, de Paris , voisins de Paris. 
Laplanche. 28 vendémiaire , an 2 , sa conduite dans *le$ 

dépar?. de Loir et Cher, est approuvée, ses arrêtés' et 

réquisitions coilfirmés; 7 brumaire, an 2, en mission 

dans le Calvados ; 18 brumaire^ ^^ 3» '^^ caisses d'ar* 

genteries déposées chez lui seront apportées au Comité. 

des Inspecteurs de la Salle. 
Lecarpentier. En mission dans les départ, de la Manche f 

de nie et Vilaine et de la Côte d'Or. 
Lebas. 2 août 1793 , près l'armée du Nord, avec Duques- 

noy ; 2 1 août 1793 , il est rappelé. 
Lebon. 9 août 1793, envoyé à Abbevîllc à la place de 

Chabot ; 4 septembre , il est rappelé ; 17 vendémiaire , 

an 2, dans ledép. de l'Oise, pour rétablir Tordre à Beau* 

vais , dans les départ, du Nord , Pas-de- Calait , Arras y 

Cambrai , &c. 
LEf EBvRE ( de Nantes). 4 ventôse, en mission avec Du- 
bois (du Haut-Rhin) etTalot , an 3 ; 5 fructidor, an 3 , 

ses pouvoirs sont prorogés. 
Lefiot. 27 frimaire, an 2 , dans les départ, du Cher et de 

la Nièvre, avec Legendre (de Paris ;. 
Lfgekdre ( de la Nièvre). 2 ventoic, an 3 , envoyé eH 

mission. 
LsGEKDRE ( de Paris ). 26 février 1793 , Commissaire à 

Lyon ; 1 5 août 1793 , dans le départ, de ia Seine-Inférieure 

avec Loucher; 6 septembre 1793, dans le même* départ. 

avec Lacroix; 27 irimaire, an 2, dans les dép4rt. du 

Cher et la Nièvre , avec Lefiot. 
Legot. 24 frimaire , an 3 , dans !e départ, de la Manche ; 

23 pluviôse, an 3, sa conduire dans le départ, de la 

Manche est approuvée. 
Leieuke. I août 1793 , dans les départ, de l*Oise et 1* Aisne» 

avec Lequinîo, Collot d'Kerbois et Isoré. 
Lemake. 1 3 bnuBaire, an 2 , près les armées ds Rhin et de 

U Mozelie , avec Eàndoc et Hertsann. 

Tom. FI. M m 



546 Demies de la Conftntionl 

Lbmoikb. I) rendémiaire, an 3 » dans les départ. Aejjonxt^ 
Haute Loire et de l'Ardèche, pour y surveiller les tra- 
vaux de l'exploitation des mines et manufactures d'armes. 
Leqitimio. 23 février 17939 Commissaire près les fron- 
tières du Nord; 12 avril 1793 , nommé près les armées 
avec Bellegarde , Cochon, Dubois - Dubay et Briez; 
1 août 1793 9 ^"^ ^^ départ» de POise et de l*Âisne , 
avec Isoré ^ Collot d*Heibois et Lejeune; 7 septembre 
1793 y dans le départ, de la Charente-Inférieure , avec 
Laignelot ; 18 frimaire , an d , ses pouvoirs dans la Vendée 
et le départ, de la Charente-lnféneure , avec Laignelot ; 
24 nivôse » an 3 , dans les départ, voisins de Paris , avec 
Froger , Soulignac et Jacomin. 
Lbsterpt-Beauvais. a Toulon, an 1794. 
Lbtellier. 8 frimaire , an 3 , en mission avec Robin et 

Cledel. 
Lbtgurmeur. 22 juillet 1793 , près Parraée du Nord , avec 
Levasseur et Ricord ; 4 octobre 1793* dans le départ, de 
l'Orne, pour prendre des mesures de salut public; 9 bru- 
maire , an 2, il eft rappelé. 
Letourmeux (deia Manche). 7 pluviôse, an 3, en mis* 
sionavec Poultier, Mathieu et Jarry ; xo pluviôse, décret 
concernant son envoi en mission ; 17 prairial , an j , 
délégué près le cajnp sous Paris , avec Thabaud. 
Levasseur. 22 jû:!et 1793, P^^* l'armée du Nord; 20 
septembre, rappelé avec Bentabolle ; 18 vendémiaire^ 
dans le département de TOise, à lap'ace de Lebon; dans 
le dép. de la Meurthe avec Faure^ 6enevois et Mazade. 
Levasseur ( de la Sarthe). 10 nivôse, an 5 , en mission 

avec Alquier et Treilhard. 
Legris. 3 septembre 1793 , rappelé de Toulouse. 
LiNDET* 3 juin 1793, quoique Membre du Comité de 
Salut public; il est adjoint aux Représentans près l'armée 
des Alpes; 17 juin 1 7v3, rappelé de Lyon ; 22 juin 1793, 
nommé Membre du Comité de Salut public; 18 juillet 
1793 , dans le Calvados, avec Bonnet Monty et Durôi. 
LoisEAU. 27 ventôse, an 3, dans les départ, voisins de 
Paris , pour surveiller et assurer les approvisionnemens 
de cette commune. 
LosEAu. 17 ventôse, an 3 , en mission. 
LoucHET. 15 août 1793, envoyé dans le départ, de la 
Seine-lnfériourc avec Legendre (de Paris ); 6 septembre 



envoyés •/> mission. 547 

1793 , il est envoyé dans le départ, avec Delacroix et 
Legendre (de Paris ). 
Maignet. 6 juillet 1793 , envoyé à Lyon; dans le départ» 

de Vauclttse. 
Mailhe. X pIuviose,an 3 , envoyé en missioa; 1 5 germinal; 

dans le départ: de la Côte d'Ôr , an 3 . 
Mallarmé. 13 brumaire j an 2 , écrit avec Lacote de l'ar- 
mée du Rhin et de la Mozelle; 27 vendémiaire, an 3 , est 
rappelé 5 ses pouvoirs dans les départ, de la Haute-Ga- 
ronne et du (jers, oîi il est avec Bouiilcrot , s'étendront à 
celui du Tarn. 
Mariette. En mission à Marseille. 
Massieu. 17 juin 1793, près l'armée des Ardennes avec 
Perrin et Csdès ; 25 brumaire, an 2, se rendra près 
l'armée des Ardennes. 

Mathieu. 18 mars 1793, à Orléans avec Bourbotte et 
Delmas; 17 juin 1793, envoyé dans les départ, delà 
Gironde , de Lot et Garonne , et autres circonvoisins , 
avecTreilhard; 20 juillet 1793 , ils sont rappelés ; 7 plu- 
viôse , an 3 , en mission avec Letourneur , Jarry et Poul- 
tier ; 8 pluviôse, an 3, rappelé de Tarmée d'Italie ; 28 
prairial , an 3 , en mission avec Guesno et Bodin. 

Mauldb. p inai 1793» dans le départ, de la Charente | 
adjoint aux autres Députés. 

Maure. 18 juillet 1793 , dans les départ, de Seine et Oise, 
et autres circonvoisins , avecBonncval , Roux et Dubou* 
chec; 5 fructidor, an 2, dans les départ, de Seine et 
Marne, et de l'Aube, avec Godefroy. 

Mazade. Dans le départ, de la Meurthe, avec Antoine 
Lcvasseur, Faure et Genevois. 

MIaulle. 20 juin 1793 , près l'armée du Nord; «4 juin 
1793 y ^^^ ^^ départ, du Centre et de l'Ouest , avec Fau- 
cher, Phelippeaux et Lavallé, pour faire prendre les 
armes contre les Rebelles ; 1 août 1793 , près l'armée de 
Brest, avec Ruelle et Juliicn; 18 frimaire, an 2 , envoyé 
à Cherbourg , puis à Lyon ; 10 frimaire 9 an 2 , rappelé \ ' 
en mission dans le départ, de I Ain. 

Meïllaud. I floréal^ an 3 , en mission avec Cazenave. 

Menuau. 1^5 nivôse, an 3, en mission avec Dubots-Dubay 
et Girot-Pousols. 

Merlin <de Douay ). 17 prairial, an 3 , décret relatif aux 
pouvoirs qui lui sont confiés dans le départ, du Nord ; 23 
prairial ^ ses pouvoirs et ceux de Chambon sont étendus à 
d^autres départemens, an 3. M z 



j49 DipuUs'^t la Convention 

AIljllin ( de Thionville ), 6 brumaire, an 3, envoyé aux 
armccs du Rhin et de la Mozelle ; 23 germinal , an 3 , 
en misMon. 

TVItRLiNOT. Dans le département de l'Ain. 

MtYNARD. 27 germinal, an 3, en mission avec Gîroust et 
Garnier (de l'Aube ) ; 27 floréal , an 3 , il lui est assigné 
une noMvelIe destination. 

MicBAUD. 14 vendémiaire, an 3, en mission avec Musset ; 
extsp.sion de leuis pouvoirs aux départ, des Vo5=ges et de 
Id Nièvre ; il est seul dans le départ, de la Meurthe. 

IVIicHEL. 3 mars 1793 , commissaire dans la principauté de 
^.i.m avecGoupiiieau et Couthon* 

Michel (du Morbilun). 15 floréal, an 3 » est envoyé en 
mission. 

AIii HAUD. 2 nivôse , an 2 , près l'armée des Pyrénées oricn* 

. talcs , avec Soubrany ( du Haut et Bas-Rhin )• 

MoMESTiER. En mission dans Le dép. des Hautes-Pyrénées. 

MoREAu. 28 fructidor , an 2 « près l'Ecole de de Mars avec 
Bouillerot. 

Musset. 14 vendémiaire, an 3, extension de ses pouvoirs 
au départ, des Vosges et de la Nièvre ; 4 germinal , an 3 , 
il est envoyé en mission ; 29 messidor , an 3 , il est en- 
voyé en mission. . 

Kl ou. 25 germinal , an 3 , en mission dans les départ, de la 
Charente- Inférieure. 

]NiocHE. A Lyon en 1793; 16 vendémiaire, an 4, ses pou- 
voirs sont prolonges. 

OuDOT. 3 septembre 1793 , dans le départ, du Calvados. 

Paganel. 21 brumaire, an 2, se rendra dans le départ, du 
Lot, pour y épurer les autorités constituées. 19 nivôse , 
an 3 , envoyé en mission 5 28 vent. 3, an en mission avec 
Gomaire-Dumas, Real , Kuault, Brunet ( de THérault ) 
et Boiîisieu ; 18 prairial , an 3 , il est rappelé avec Chau- 
dron Rousseau. 

Palusne-Champeaux. 2 ventôse, en 3, en mission avec 
Topsent; 5 fructidor, an 3 , ses pouvoirs sont prorogés. 

Patrin, 15 nivcse, an 3 , en mission avec Vcrnerey. 

Pauchot. 13 juillet 1793, dans les départ, de la Seine-» 
Inférieure et autres circonvoisins , avec Carrier. 

Pelet ( de la Lozère ) . 18 germinal , an 3 , en mission. 

PfiitETtER. 3 vqntose , an 3 , rappelé de sa mission. 

Pémères. 28 germinal , an 3 , en mission ; 30 prairial , an 
3 , ses pouvoirs font étendus à d'autre$ départ, ; 10 ther- 



miclor» m 5^ îl se r^drg^ avec TabaiK » au aànp sous 

Paris. 
Pefin. 14 pluviôse, en mission avec Isoard. 
l'BRRiM (des Vosges). 29 therfnidoi:,an 3 , en mission ; 17 

juin 179} , pr& l'armée des Ardennes avec Massieu e€ 

Calés; 10 vendémiaire, ah 4 1 en mission avee Giroc-i 

Pousols et Phliegcr. 
Peries, 14 germinal, an 3 , dans les départ. avecBlanqui, 

FayoUe et Joseph Lacombe. 
Petit- Jean. 12 mars 1793 , en mission avecFaure. 
Peyrès. 22 fructidor ,an 2 , dans plusieurs départ, du Mor-. 

bihan et autres , avec Thtbeaudeau. 
Peyssard, 2j juillet 179J f en mission près l'armée du 
. Nord. 
Phlieger. 16 frimaire, an 2, près Tarmée des Pyrénées 

orientales avec Jehon et Guimberteau ; 10 vendémiaire, 

an 4, en mission avec Perrin ( des Vosges) et Girot-^ 

Pousols. 
PiERRET. 23 frimaire, an 3 , dans le départ, de la Haute* 

Loite avec Alquier. 
PiNET. 22 vendémiaire, an 2 , près l'armée de l'Ouest avec 

Bourbotte , Francastcl et Turreau. 
PiORY. 14 bruu maire, an 2 , dans le départ, de la Vienne. 
Piquet. 21 ventôse^ en mission avec B6. 
FocHOLLE. 30 ventôse» an 3 ^ en mission à Lyon; 25 et 26 

thermidor , an 3 , en mission ou congé. 
Pointe ( Noël ). 20 juin 1793 , à Saint-Etienne; 24 vendé- 
miaire , an 2 , dans les départ, de la Nièvre et de l'Allier ; 

a 8 frimaire, an 2 , dans le départ, du Cher ; 14 pluviôse , 

en 3 , en mission. 
FoMMB. $ août 1793 , dans le départ, de l'Hérault avec 

Servierre ; en mission à Marseille avec Charbonnier. 
ÇpULTiER. 27 juin 1793 , dans les départ, des Bouches-du* 

Rhône; pluviôse , an 3 , en mission avec Mathieu , Le- 

tourneur et Jarry ; 18 floréal, an 3 , rappelé dans le sein 

de la Convention ; 11 praiiial, an 3, en mission ou 

remplacé. 
PouLAiN-GRANDPRi. 27 florcal, an 3 , en mission à Lyon 

avec Despinassy et Grandprey. 
Porcher. 2 nivôse, en mission dans plusieurs départ. ; 12 
. prairial^ an 3 , concernant sa mission ; 5 thermidor ^ an 3, 

relatif à ses pouvoirs et ceux de Cazenave. 
Portier. 26 vendémiaire,, an } ^ eii mission avec Joubcft.^ 



550 Difutis it ta Ctnpm^bn 

prêt les «rmées du Nord et de Sambreee Bfèiiëe. 

P&iEUR. 4 octobre 1793^ à Brest arec Jeanbon - Satot- 
André ; 4 septembre, à Tannée de i'Oaest ayecHentz. 

PiojEAV. 17 brumaire, an 3, ptès Tarmés des Pyrénées 
orientales, avec Gouptlleau (de Fomenay >. 

P&oftTE. 27 septembre 1 79 3 9 adjoint aux Uépatés en mîs- 
siondans le Jura et départ, circonvoisios j en mars 1793» 
cnToyé dans le départ, du Jura avec Léonard Bourdon. 

QuiKETTE. En 1793 , envoyé près l'armée de Dumouriezj 
avec Bancal, CaiLuset Drcuet. 

RjLMEL. & pluv. an 3 ^ près les armées de Hothnde avec 
Cochon ; !>/ thermidor | an 3 , envoyé dans la Hollande 
et la Belgique. 

RiAL» 28 ventôse,, an 3, en mission ou congé; 14 fruc- 
tidor, an 3 , il est spécialement attacbé à l'armée des 
Alpes avec Chiappe. 

Retebcrq^. 17 août 1793, envoyé-dans différens départ. 
avec Bissai , Bernard et Alquier, à Lyon ; dans l*an 3 , en 
.mission à Lyon* 

Reynaud. En 1793 ^ à Lyon; en mission dans le départ, de 
la. Haute- Loire avec Lacoste et Faure. 

Ricard. 22 juillet 1793 , eu mission près Tarmée da Nord 
avec Levasseur et Leiourneur. 

Richard. 2 ventôse , an 3 , envoyé en Hollande parle Co- 
mité de Salut public ; son envoi est approuvé par la Con- 
vention. 

RicoRD. En mission à Marseille et à Toulon. 

RiCBOu. 7 nivôse , an 3 , en mission avec Drulh ; 24 ger- 
minal » an 3, en mission avec Besson et Olivier-Gérente. 

Rivaux. 30 nivôse, an 3 , en mission. 

RiTTBR. 20 fructidor, an 2 9 se rendra près les armées qui 
lui acront indiquées, avec Vidal. 

Robert ( de Paris). 6 floréal, an 3 , en mission; 28 février 
Ï793 9 Commissaire-adjoint da-is leBrabant. 

RoFERTjEOT. 4 nivosc, envoyé en mission en l'an 3. 

RoBESPïERP E , jeune- En Tan 2 , à Marseille et à Toulon. 

RoEiN. 8 frimaire , an 3 , en mission avec Letellier etCledeL 

RoGER'Bucos. rç vendémiaire, an 3, chargé de surveiller 
dans les dép. du Nord et de l'Aisne, la distribution deSL 
secours en faveur des pîl^és incendiés par l'ennemi ; 30 
bramaire , atî 3, envoyé dans les dépar. du Nord et de 
TAisne. 

RovÈRB. ^6 icvrier 1793 , en mission i Lyon» 



€H90yis in mission. 5 fx 

RouGBMOHt. 19 vendémiaire, an 3 • près Pétablissementde 

de Meudon, avec Trelihard. 
RouYBU. 26 germinal, an 3, nommé près la force armée 

ebsployée à protéger l'arrivage des subsistances de Paris ; 

16 vendémiaire 4 an 4, ses pouvoirs sont prolongés-, % 
brumaire , an 4, il est rappelé. 

Roux. x8 juillet 1793 , près l'armée des Côtes de Brest aveâ 
Julien et Meaulle. 

RuAULT. 28 ventôse, an 3, en mission avec Paganel, 
Gomaîre, Dumas, Real, Brunet { de l'Hérault ) et 
Boissieu. 

RuEL. I août 1793, près le déparc, de Seine et Oise, avec 
Maure et Dubouchct. 

RuLH. 16 septembre 1793, en mission datts les départ, de 
la Marne et de la Haute-Marne. 

Saladim. 29 germinal, an 3 ^ en mission avec Delamarre 
et André Dumont. 

Salicsty.. 8 brumaire, an 2, près Tarmée sousToidon, 
avec Barras et Fréron ; à Marseille. 

Sauvé. 13 prairial, an 3, autorisé à se rendre à Ram- 
bouillet. 

Savarv. ; fructidor, an 3, en mission. 

SsaviÈRES. 27 brumaires , an 3 , dans le départ, des Alpes- 
maritimes et circonvoisins, avec François Cde la Sarthe ); 
23 fructidor, an 3 , envoyé dans le départ. duYar ; 6août 
1793 » ^^^^ ^® départ, de l'Hérault, avec Pomme. 

SiBYÈs. 22 brumaire, an 3 , nommé près l'Ecole normale , 
avec Lakanal. 

Simon. 28 septembre 1792 , adjoint aux Commissaires de 
Parmée du Midi ; 25 août 1793 , «nvoyé dans le Mont- 
Blanc arec Dumas. 

SouBRAMMY. Pçtobre 1793 , dans le>départ.de la Gironde, 
avec Isabeau et Beaudot ; 2 ni vosç , onyoyé près l'arméa 
des Pyrénées orientales avec Milbaud. 

SouLiGMAC. 24 nivôse, an 3 , dans les départ» qui avoisinent 
Paris, avec Froger, Léquinio et Jacominj 16 prairial, 
an 3 , rétabli d^ sa mission avec Castillon et Cazenave ; 

17 prairial, an 3, envoyé près le camp sous Paris, avel: 
Letourncur. ( de la Manche ). 

Tabaut. 10 thermidor, an 3 , se rendra au camp sous Paris 

avec Pénières. . 
TÀLLiEN. 1 1 mars 1793 , ^^"^ ^^ f^^P^^^:. d*Indrp , Ldne et 

Cher; 23 août 1793 , dans les départ, de Lot et Garonne, 



55* Députés de U CûHPtntioH tnlfayis tn mission, 

la Dordogde et la Gironde, avec Gôûpîlieau ( de Foii'^ 
tenay ) ; en octobre 1793 , dans les départ, du Morbihan 
et autres, avec Peyrès ; 1 3 mess.clor, ah }, décret relatif 
à ses pouvoirs, dans les départ, de l'Onest, oii il est en- 
voyé avec filad; 15 thermidor, an 3 , sa mission est 
terminée. 

Talot. 4 ventôse, en mission avec Dubois (du Haut- 
Rhin ) et Letebvre (de la Loire-Inférieme ) , en Tan 3 ; 
4 ventôse au 10 prairial, an 3 , il est rappelé. 

Tellier. 26 fructidor, an 3 , en mission. 

Thibaud. a6 fructidor , an 3 , envoyé en Hollande ; 28 
fructidor , sci pouvoirs sont étendus à la Belgique. 

Thibaudeau. aa fructidor , an 2 , dans Is départ, du Mor- 
bihan et autres, avec Peyrts; 2 j fructidor, an 2, rappelé. 

ToFSEMT. 2 ventôse, an 2, en mission avec Paiasne et 
Chainpeaux ; le 17 thermidor , an 2 , le décret concer- 
nant Topsent et Guesno est rapporté. 

TrIouaud. 2J août 1793 , à Brest avec Bréard ; 20 juin ^ 
à POrient. 

Treil«ard. 16 janvier 1793, dans la Belgique; 26 inarsv 
rappelé; le 17 juin, dans les départ, de la Gironde et 
Lot et Garonne^ avec Mathieu; 20 juillet, rappelé; 27 
août , à l'armée du Nord avec Berlier ; 1 9 vendémiaire , 
an 3 , à Meudon avec Rougemont ; ic nivôse, an 3 , en 
mission avec Alquier et Levasseur ( de la Meurthe ). 

TuREAu. 24 Juin 1793, près l'armée desCoics de la Ro- 
chelle; 2i vendémiaire, an ,2, prè« de TOuest, avec 
Bouibotte , Carrier , Francastel et Pi.net. 

Vardon. 4 ventôse, an 3, à Tlle Saint-Domingue, avec 
Bourdon { de l'Oisfe et Giraut. 

Varlet. 6 février 1793 ^ est rappelé de sa mission. 

Verneret. En nivosé, an 2, en mission dans le départ. 
' de l'Allier ; 15 nivôse , an 3 , en mission avec Patrin. 

Vidal. 20 fructidor, an 2, se rendra, avec Ritter, près 
les années qui leur seront indiquées; 14 nivôse, an 5 ^ 

' rappelé de sa mission. 

ViENNET. 31 août 1793 , dans les départ; voisins de Paris 
avec Courtois. 

ViTET. 18 ventôse, en mission à Lyon avec Boissy d' An- 
glas et Alqtiier ; 1795 , en congé. 

Villers. 23 vendémiaire, an 3, se rendra à Brest et à 
l'Orient avec Desrues. 



LisU des Membres cU la Convention. 



553 



Liste des Membres de la Convention nationale j 
* commencée le 9i Septembre 4792 , et Jinie 
le 26 Octobre 1795 ( 4 Brumaire , an 4. } 



Nota, Les Membres qui ont été de TAssemblée 
législative sont désignés par une étoile au commen- 
cement des lignes. 



Albert , aîné , député 
du Haut- Rhin* 

*AIbite, de U Seine-Infé- 
rieure. 

Albite , jeune , de la Seine- 
Inférieure. 

Alboùy, du Lot. 

Allafort, de la Dordognc. 

Allain , du Cher. 

Allard , de là Haute-Ga- 
ronne. 

Allassœur, du Cher. 

Alquier, de Seine et Oise. 

Amar , de Tlsère. 

Amyon ,, du Jura. 

Anacharsis { Ciootz ) , de 
rOise; 

Andrei^ de Corse. 

Anthoine , de la Moselle. 

Antiboul , du Var. 

Antonelle , des Bouches- 
du-Rhône. 

Aoust , du Nord. 

*Arbogast^ du Bas-Rhin. 

Armouville, (J. B.) de la 
Marne. 

Arrighi , de Corse. 

Tome VL 



Artauld, duPuy^de-Dôme. 

Aubry , du Gard. 

Audouin, de Seine et Oise. 

*Audrein, du Morbihan. 

Aiiger , de l'Oise. 

*Augui« dcsDeux-Sèvrei* 

Ayral , de la Haute^-Ga* 
ronne. 

* Azema , de l'Aude. 

Babfey , du Jura. 

Baille , des Bouches-du- 
Rhône. 

Bailleul ^ de la Seine-In- 
férieure. 

Bailly-Juilly , de Seine et 
Marne. 

Balivct, de la Haute-Saône. 

Ballade ^ du Gard. 

Bàlland , des Vosges. 

Balmain, du Mont-Blanc, 

Bancal, du Puy-de-Dôme* 

Bar , de la Moselle. 

Barailon , de la Creuze, 

Barbaroux , des Bouches* 
du-Rhône. 

Barbau - Dubarran , du 
Gers. 

N a 



554 

Barras , du Var. 
Barrère-de-Vieuzac , des 

Hautes-Pyrennées. ' 
Barety, des Hautes- Alpes. 
Barrot^ de la Lozère. 
Barthélémy, Haute-Loire. 
Bassal , de Seine et Oise. 
Batellier , de la Marne. 
Baucheton , du Cher. 

* Baudin , des Ardennes. 
Baudot, de Saône et Loire. 
Baudran , de l'Isère. 
Baujard , d'Ille et Vilaine. 
Bayle,(Pierre) dcsBouches- 

du-Rhône. 
Bayle , ( M. ] idem. » . 

* Bazire, de la Côte-d'Or. 
Bazoche^ de la Meuse. 
Beauchamp-Chevalier, de 

TAUier. 
Beauchamp , idem, 
Bcaugrard , de Tille et 

Vilaine. 
Beauprey , de l'Orne. 

* Beauvais , de Paris. 
Becker , de la Moselle. 
Beftroy , de l'Aisne. 
*Bélin , idem, 
Bellegarde, de la Charente. 
Belley, de St.-Domingue. 
Bentabole, du Bas-Rhin. 
Beraud, de Rhône et Loire. 
Bcrgoints, de la Gironde. 
Berlier , de la Côte-d'Or. 
Berlucat, de Saône etLoire. 
Bernard , de la Charente- 
Inférieure. 

Bernard-des-Sablons , de 
Seine et Marne. 



LisU dés Membres 



Bernard - de - Sainte - Af- 
frique, de TAveiron. 

Bernier , de Seine et 
Marne* 

Bertezenc , du Gard. 

Bertrand , du Càntal- 

Bertucat , de Saéne et 
Loire. 

*Besson, du Doubs. 

Bezard , de TOise. 

Bidault^ de TEure. 

Billaud-Varennes, de Paris. 

Bion , de la Vienne. 

Biroteau, des Pyrennces- 
Orientales. 

Bissy,jeune,delaMayenne. 

Blad , du Finistère. 

Blanc , de la Marne. 

Blanval, du Puy-de-Dôme* 

Blanqui^ des Alpes-Mari- 
times. 

Blaux^de la Moselle. 

Blaviel , du Lot. 

Blondel , des Ardennes. 

Blutel , de la Seine-Infé- 
rieure. 

* Bô , de TAveyron. 

Bodin , d'Indre et Loire. 

*Bohan , du Finistère, 

Boilleau , de l'Yonne. 

Boiron , de Rhône et Loire. 

Boisset , de la Drôme. 

Boissier, du Finistère. 

Boissieu , de l'Isère. 

Boisson , dç S. Domingue« 

Boissy-d'Anglas , de l'Ar- 
dèché. 

Bolot , de la Haute-Saône. 

BoUct , du Pas-de-Calais. 



de la Convention nattânaU. 



555 



Bonguyode , du Jura. 
Bonnemain , de TAube. 
Botinesœur , de la Manche. 
Bonnet , de TAude. 
Bonnet ^ du Calvados. 
Bonnet, de la Haute-Loire. 

* Bonn eval, delà Meurthe. 

* Bonnier , de l'Héirault. 
*Bordas, de la H. Vienne. 
Borel, des Hautes- Alpes. 

* Borie , de la Corrèzc. 
Bornier , (Dutron) de la 

Vienne. 

Boucher -Saint- Sauveur, 
de Paris. 

Boucherau , de TAisnc. * 

Boudin , de Tlndre. 

Souillerot , de TEurc. 

Bouquier , aîné , de la 
Dordogne. 

Bourbotte , de l'Yonne. 

Bourdon 9 de l'Oise.* 

Bourdon, (Léonard) du 
Loiret. 

Bouret , des Basses-Alpes. 

Bourgain , de Paris. 

Bourgeois, de la Seine-In- 
férieure. 

Bourgeois,d'£ure etLoire. 

Boursault , de Paris. 

* Bousquet , du Gers. 
Boussion, de Lot et Ga- 
ronne* 

Boutroue , de la Sarthe. 
Bouygues , du Lot. 
Boyaval , ( Laurent ) du 

Nord. 
Boyer - Fonfrède , de la 

Gironde. 



Bozy, de la Corse* 
Bresson , des Voges 
*Bréart , de la Charente* 

Inférieure. 
Briez , dti Nord. 

* Brissoft , Loire et Cher. 

* Brissot , de l'Eure. 

* B rival , de la. Corrèssel • 
Brin, de la Charente 
Brué i, dn Morbihan. 
Brunel , de 1 Hérault. ' 
Burot,. du Pas-de-Calali. 
Buzbt , de L'Eure. .> 
Cabarot , de Lot et Ga- 
ronne. 

Cadroy, des Landei*^' ■► 
Caila , du Lot. :i^ 

Calés, de la Haute "^Ga* 
.rodne. ' » ' * 

Calon , de l'Oise. 
Cambàcérès, de FH^iwilt.^ 

* Cambon , idem. •* ? 
Camboire , de la Dtk-i 

dogne. 
Cathbouiàs, de F Aveyrofa/ 
Camille -Desmoulins, do 

Paris. ... ;î V 

Campmas , du Tarn. i 
Campmartin , de l Arriègc; 
Camus , de la Haute-Loiïc. 

* Cappin , du Gers, ! > 
Carelly , flu Mont-Blanc. 

* Carnot,duPas-de-Galais^ 

* Carpenticr , du Nord. "^ 
Carra , de TOrne. ■ • 

* Carrier ,. du, Cantal. ' ♦ 
Casabianca , de Corse. 
Caseneuvé , des Hauteâr 

Alpes. 

N n 2 



156 



*' Liste des Membres . 



Caseneuve , des Baises- 

Pyrcnnées. 
Cassanyei , des Pyrennées- 

Orientales. 
Castainy , de TOrne. 
Castilhon , de THérault. 
Cavaignac , du Lot. 
Chabanon, (Bertrand) du 

Cantal. 
Chabot, de Loîre-et-Cher. 
Chaillon , de la Lpire-In- 
. fiérieure. 
Châles ^ ( Lambert ) d*£ure 

et Loire. 
Chambon, de la Corrèze. 
Chambon-Latour^duGard. 
Chambord , de Saône et 

Loire. 
Champeaux ^ de la Côte- 

du-Nord. 
Champigny , d'Indre et 

Loire. 
Champmartin , de * TAr- 

riège. 
Chanvier, de la H.-Saône. 
charbonnier , du Var. 
Charlier , de la Marne. 
iCharrel , de l'Isère , 
Qhassct , de Rhône et 
.„ Loire. 
Châteauneuf-Randon , de 

la Lozère. ^ 
Chatelin, de TYonne. 
* Chaudron-Rousseau, de 

la Haute Marne. 
Chauraont , d'IUe et Vi- 
laine. 
Ghauvier , de la Haute - 

Saône. 



chauvin, des Deux-Sèvres. 
Chazal , du Gard. 

* Chazaud , de la Cha- 
rente. 

Chedanneau , idem. 
Chenier, de Seine et Oise. 
Cherrier , des Vosges. 
Chevalier , de l'Allier. 
Chiappe , de la Corse. 

* Choudieu , de Maine et 
Loire. 

Christiani, du Haut-Rhin. 

Clausel , de TArriège. 

Claverie , de Lot et Ga- 
ronne. 

Cledèl , du Lot. 

Cochet , du Nord. 

Cochon, des Deux-Sèvres. 

Colaud la Salcette , de la 
Drôme. 

CoHot-d'Herbois, de Paris. 

Collombel , de la Meurthe. 

Colombel , de l'Orne. 

* Condorcet , de l'Aisne. 
Constant, ( Saint-Estève ) 

de l'Arriège. 
Gônte, des B.-Pyrennées 
^■Corbel, du Morbihan. 
Cordier , de Seine et 

Marne. 
Corenfustier , de l'Ar- 

dèche. 
Cosnard , du Calvados. 
Couhey , des Vosges. 
Coupard , des Côtes-du-» 

Nord. 

* Coupé , de l'Oise. 
Couppé ; de la Côte-du- 

Nord. 



de la Convention nationale. 



m 



Coutî«on-Dumas , de la 
Creuzc. 

* Courtois , de l'Aube. 
Coustard , de la Loire- 
Inférieure. 

* Couthon , du Puy-de- 

Dôme. 

* Couturier ^ de la Moselle. 
Crassous^de laMartinique. 
Creuzé, de la Vienne. 
Creuzé - Latouche , de la 

Vienne. 
Crevés , du Var. 
Crévélier, de la Charente. 

* Curée , de l'Hérault. 
Cusset, de Rhône etLoire. 
Cussy , du Calvados. 
Dabray, des Alpes mari- 
times. 

Danjou , de l'Oise. 

* Dameron^ de la Nièvre. 
Dandenac , Faîne , de 

Maine et Loire. 

Dandenac , jeune , idem. 

Dange , de l'Aube. 

Danton , de' Paris. 

Daoust, (Jean-Marie) du 
Nord. 

Dartigoyte , des Landes. 

Dauberménil , du Tarn. 

Daunou^ du Pas-de-Calais. 

Dautrjche, de la Charente- 
Inférieure. 

David , de Paris. 

David , de TAube. 

Debourgcs, de la Creuzc. 

Dechezeau , de la Cha- 
rente- Inférieure. 

*Dcbry,(Jean) de TAisne. 



Defermon,d'Ifle etVilainé. 
Defrance , de Seine et 

Marne. 
Dehouliere , de Maine et 

Loire. 
Delahaye , de ...... 

Delaportc, du Haut-Khïti. 
Delaunay, jeune , de Maine 

et Loire. 
Delaunay-du-Pcrret , des 

Bouches-du-Rhône. 
Delacroix, (Charles) de la 

Marne. 
^' Delacroix , d'Eure et 

Loire. . 

Delagueulle , du Loiret* 
Delamarre , de l'Oise. 
Delaplanche, de la Nièvre. 
*Delaunay, de Maine et 

Loire. 
Dcibrel, du Lot. 
Delcasso , des Pyrennéeft- 

Orientales. 

* Delcher d« la Haute - 
Loire 

Dcleage , de l'Allier. 
Delecloy , de la Somme* 
Deleyre , de Befe-d'Ambct 
Delleville , du Calvados. 

* Delmas , de la Haute- 

Garonne. 
Del tel , du Tarn'. 
Denis-Roy -, de Seine et 

Loire. 
Dentzel, dn Bas-Rhin. 
Dequence , de la Somme. 
Derazey, de ITndrc. 
Derbez-Latour, des Basies- . 

Alpes. 

Nn 3 



558 



Liste des 



Desacy , de la Haute- 
Garonne. 

* Descamps , du Gers. 
Dei»grouas - la - Prise , de 

rOrne. 

* Despinassi , du Var. 
Desrozieres ^ dEure et 

Loire. 
Desrues . de Paris. 
Deviri , de la Charente. 
Devcrité ,. de la Somme. 
Deville , de la Marne. ' 

* Deydicr , de TAin. 
DizcA^ des Landes. 
Doublet , de la Seine- 
. Inférieure. 

Douge, de l'Aube. 

'Doulcet , ( Pontecoulan ) 
du. Calvado's. ! 

Dornierdela Haute-Saône. 

Drouet , de la Marne. 

Drulhe , de la Hautcr 
Garonne. 

Dubignon , dllle et Vi- 
laine. 

Duboë , de TOrne. 

Dubois, du Haut-Rhin. 

Dubois-Bdiegarde , de la 
Charente. 

* Dubois - Dubais , du 
Calvados. 

Dubois - de - Crancé , des 
. Ardennes. 

Dubois, (Julien) deTOrne. 
Dubouchet, de Rhône et 

Loire. 
Dubouloz , du Mont-Blanc. 

* Dubreuil - Chambartcl , 
des Deux- Sèvres» 



Membres 

Dubrœucq, du Pas-de- 
Calais. 

Dubusc, de TEure. 

Duchistel , du Calvados. 

Duchezeau, de la Charente- 
Inférieure 

Ducos , aîné, des Landes. 

* Ducos , de. la Gironde* 
Dufay, de St. Domingue. 

DuflFriche-Valazé , du 

Dugenne, du Cher. 
Dugué-Dassé , de l'Orne. 

* Duhem , du Nord. 
Dulaure, du Puy-de-Dôme- 
Dulier , de l'isàre. 
Dumas , du Mont-Blanc. 
Dumont , du Calvados. 
Dumont , de la Somme. 
Dupin , le jeune , de 

TAisne. 

Duplantier, delà Gironde. 

Duperret , des Bouches- 
du-Rhône. 

Dupont , jeune , d'Indre 
et Loire. 

Dupont , des Hautes-Py- 
rennées. 

Duport , du Mont-Blanc. 

Duprat , des Bouches-du- 
Rhône. 

Dupuch , de la Guade- 
loupe. 

Dupuis , de Seine et Oise. 

* Dupuis , fils , de Rhône 

et Loire. 

*Duquesnoy, du Pas-de- 
Calais. 

Durand - Maillanne , des 
Bouches-du-Rhône. 



Durocher , de la Mayeime-* 

Duroy , de l'Eure. 

Duruy, de Seine. 

Dussaulx , de Paris. 

Dutrou r de la Vienne. 

Duval , de TAube. 

Duval , d'Ille et Vilaine. 

Dyzez , des Landes» 

Edouard , de la Côte-d'Or. 

Egalité , (Joseph duc d'Or- 
léans ) de Paris. 

Ehrmann , du Baâ-Rhin. 

Engerran, de la Manche. 

Enjubault, delà Mayenne. 

Enlard, du Pas-de-Calais. 

* Eschasseriaux , Taîné , de 
la Charente-Inférieure. 

Eschasseriaux , jeune , de 
la Charente-Inférieure. 

Escudier , du Var. 

Esnue - Lavallée , de la 
Mayenne. 

Espert, de TArriège. 

Estadens, de la Haute- 
Garonne. 

Ezmard , ( J. ) du Bec- 
d'Ambés. 

Fabre . des Pyrcnnécs - 
Orientiiles* 

Fabre - d'Eglantiite , de 
Parii« 

Fauchet , ( Tabbé ) du 
Calvadoi. 

Faure, de la HamU-Iahic, 

Faurc, de la Seine -loié- 
rieure. 

Faurc , de h Creuze. 

Fauvre - labruiierie , d« 
Cher. 



de la ConvetUiûn nationale» 5^9 

Fayau , de la Vendée* 

* Fayc , de la Hauti- 
Vienne. 

FayoUe , de la Drômc.. 
Ferrand , de lAin. 
Ferraud , des Hautes* 

Pyrennées. 
Ferroux - de - Salin , du 

Jura. 
Fery , des Ardenne». 
Finot , de l'Yonne. 

* Fiquet ,. de l'Aisne. 

* Fleury , des Côtes-du- 
Nord. 

Florence - Guyot , de b 

Côte-d'Or. 
Fochcdey, du Nord. 
Forestier , de l'Allier. 
Fores t , de Khône et 

Loire* 
Earîcher» de Loire- In£é« 

rieure. 
Fouchc, de la Loire-Infér 

rieure. 
Foucher , du Cher. 
Fourcroy, de Paris. 
Fourmy , de rOrnc. 
Fournel , de Lot et G^ 

ronne« 
Fournier , de Rhôtie et 

Loire, 
Foui$edoire , de Loire et 

Cher. 
Francastel , de 1 Eure. 
VftfK^oh de la Somme. 

* Frecîne , de Loire 
Cher. 

Fremenger , d'Eure 
JU^irc^ 

N a 4 



et 



et 



56ô 



Liste des Membres 



Fréron., de Paris. 

Froger , de la Sarthe. 

Gaillard , du Loiret. 

Gamon , de rArdèchc. 

Gantois , de la Somme. 

Gardien , de llndre et 
Loire. 

Garilhe , de TArdèche. 

Garnier , de lAube. 

Garnicr , de la Charente- 
Inférieure. 

Gafnier , ( Antoine ) de 
la Meuse. 

Garnot, de St.-Domingue. 

Garos , de la Vendée. 

* Garan-de-Coulon , du 
. Loiret. 

Gatrau, de Bec-d'Ambès. 

* Gaston , de TArriège. 

* Gaudin , de la Vendée, 
Gaultier , jeune , des 

Côtes - du - Nord. 
Gauthier , de l'Ain. 

* Guai - Vernon , de la 
Hartite-Vienne. 

*Gelin,de Saône et Loire. 
Genevois, de l'Isère. 
Genin, du Mont-Blanc. 
Génissieu , de l'Isère. 
Gensonné, delà Gironde. 

* Gentil , du Loiret. 
Gentil , du Mont-Blanc. 
Geoffroy, jeune, de Seine 

et Marne. 
Gérard - Ï>esrivière5 , de 

l'Orne. 
Gérente , (Olivier) de la 

Drôme. 
Germinac , de la Corrèze. 



* Gertoux , des Hautcs- 

Pyrennées. 

* Gibergues , du Puy-de- 

Dôme. 

Gillet , du Morbihan. 

Girard , de l'Aude. 

Girard , de la Vendée. 

Giraud , de la Charente- 
Inférieure. 

Giraud, de l'Allier. 

Giraud , des Côtes - du - 
Nord. 

Girot-Pouzol , du Puy- 
de-Dôme. 

Gleizal , de l'Ardéche. 

Godefroy , de l'Oise. 

Gomaire , du Finistère; 

Gorsas , de Paris. 

Goujepn , de Seine et 
Oise. 

Gouzy , du Tarn. 

Goudclin , des Côtes-du- 
Nord. 

Gouly, de l'Isle-de-France. 

* Gossuin , ( Eugène ) du 
Nord. 

* Goupilleau-de-Fontenay, 

(J.F.) de la Vendée. 
Goupilleau-de-Montaigu , 

(P.C.) idern. 
Gourdan , de la H.-Saône. 
Goyer-la-PIanche , de la 

Nièvre. 

* Granet , des Bouches- 
du-Rhône. 

* Grangeneuve , de la 
Gironde. 

* Grégoi re , ( H. ) de Loire 
et Cher. 



de la Convention nationale' 



Grcnot , du Jura. 

* Grosse-du-Rocher, de 
la Mayenne. 

Guchan , des Hautes -Py- 
^rénnées. 

* Guadet, de la Gironde. 

* Guérin , du Loiret. 
Guermeur, du Finistère* 
Guezno , idem, 

Guiter , des Pyrennées- 
Oricntales. 

GuflFroi, du Pas -de- Calais. 

Guîllerault, de la Nièvre. 

Guillemardet , de Seine 
et Loire. 

Guillermin , de Seine et 
Oise. 

Gumcry, du Mont-Blanc. 

Guimberteau, de la Cha- 
rente. 

Guîot , ( Florent ) de la 
Gôte-d'Or. 

* Guyton-Morveau , de la 
Côte-d'Or. 

Guyardin , de la Haute- 
Marne. 

* Guyes de la Creuze. 
Guyet-Laprade , de Lot et 

Garonne. - 

Guyomar, des Côtes-du- 
Nord, 

Hardy , de la Seine- Infé- 
rieure. 

Harm^nd , de la Meuse. 

* HaussiAann , dé Seine 
et Oise. 

Havin , de la Manche. 
Hecqiiet , de là Seine- 
Inférieure. 



55i 

du 



* Henri - Larîvière , 
Calvados. 

Hcntz , de la Mozelle. 
Hérard , de l Yonne. 

* Hérault - Séchelle , de 
Seine et Oise. 

Himbert , de Seine et 

Marne. 
Hourier-Ëloi^de la Somme, 
Hubert, (Michel) de U 

Manche. 

* Huguet , de la Creuze* 
Humbert , de la Meuse. 

* Ichon , du Gers. 

* Ingrand de la Vienne* 

* Isnard , du Var. 
Isoré de TOise , 
Izoard, des Hautes-Alpes. 
Jac , du Gard. 

Jacob , de la Meurthe. 
Jacomin , de la Drôme. 
*Jagot , At l'Ain. 

* Jard - PanVillier , des 

Deux -Sèvres. 

Jarry , de la Loire - Infé- 
rieure. 

Jaurand , de la Creuze. 

Javogues , fils , de Rhône 
et Loire. 

* Jai ( de Sainte-Croix ) , 

de la Gironde. 
Jean-Bon (Saint-André) , 

du Lot. 
eannest , de TYotitie. 
ohannot^ du Haut-Rhin, 
orrand , de la Crcuzé. • 
oubert , de THérault. ■ 
ouenne , ( Longchamps) 

du Calyados. 



56t 



Liste des Miinbra 



onrdan , de la Nièvre. 

^ ouve, du Puy-de-Dôme. 

^ ullien , de la Drôme. 

[ ullien ( de Toulouse ) , 
du .... 

Julien , (Jean) de la Haute- 
Garonne. 

Karcher , de la Mozelle. 

Kersaint, de Seine et Oise. 

Kervelegan , du Finistère. 

Laa ^ des Basses-Pyrennées. 

* Laboissière , du Lot. 
Lacaze, &k , de la Gironde. 
Lacombe , de Laveyron. 
locombe-Saint-Michel, du 

Tarn. 

* Lacoste , du Cantal. 
Lacoste , ( £lie ) de la 

Dordogne. 
Lacrampe , des Hautes- 

Pyrennées. 
Ladrise , de TOrne. 
JLacroix, de la H. Vienne. 
Lafond , de la Corrèze. 

* Laguyre , du Gers. 
Laignelot , de Paris. 
Lakanal , de TArriège. 
Laloue , du Puy-de-Dôme. 
Laloy, de la Haute-Marne. 
Lalande , de la Meurthe. 
Lamarque,delaDordogne. 

* Lambert , de la Côte- 
dOr. 

Lanjuinais , de rille et 
, Vilaine. 

Lanot , de la Corrèze. 
Lanoue, du Puy-de-Dôme. 
Lanthenas , d« Rhône et 
Loire. 



* Laplaigne , du Géra* 
Laporte r du Haut-Rhin. 
Laroche , du Lot et Ga- 
ronne. 

* Lasource , du Tarp. 
Laurence , de la Manche. 
Laurenceot ^ du Jura. 
Laurent, des Bouches-dur 

Rhône. 

Laurent , de Lot et Ga- 
ronne. 

Laurent , du Bas- Rhin. 

Lavicomterie , de Paris.. 

Leblanc > des Boùches-da- 
Rhône. 

Lebon , dut Pas-derCalais» 

* Lebreton , d'Isle et Vi- 
laine. 

Lecarlier » de TAisne. 
Lecarpentier,cfe laManche. 
Leclerc, de Loire et Cher, 

* Lecointre , de Seine et 

Oise. 

* Lecointe - Puyravaux , 
des Deux-Sèvres. 

Lecomte , de la Seine-In- 
férieure. 

Lefebvre , de la Loire-In- 
férieure. 

Lefebvre , de la Seine-In- 
férieure. 

Lefiot , de la Nièvre. 

Lefranc , des Landes. 

Legendre , de la Nièvre^ 

Legendre , de Paris. 

Legot , du Calvados. 

Lehardy, du Morbihan^ 

Lehaut , de la Sarthe. 

Lejeune , de l'Indre ». 



de la Cûnvention nationale. 



56J 



Lejeunei (René-François) 

de la Mayenne. 
Lemaignan , de Maine et 

Loire. 

* Lemailhaud , du Mor- 
bihan. 

Lemane , du Mont-Ter- 
rible. 

* Lemoine, de la Manche. 
Lemoine, (de Vernon)de 

la Haute-Loire. 
Lemoine , du Calvados. 
Lepage, du Loiret. 
Lcpelletier-Saint-Fargeau , 

des Vosges. 
Lequinio , du Morbihan. 
Lesage, d'Eure et Loire. 
Lesage-Senault, du Nord. 
Lesterp-Beauvais , de la 

Haute-Vienne. 
Letourneur , de la Sarthe. 

* Letourneur , de la Man- 
che. 

Levasseur , de la Meurthe. 
Lievasseur , de la Sarthe. 
Leyris , du Gard. 
Lidon , de la Correze. 
Lindet , de l'Eure. 
*Lindet, (Robert) idem. 
Lion , des Isles-du-Vent. 
Littée , idem. 
Lobinhes , aîné , de TA- 

veyron. 
Loflficial, des Deux-Sèvres. 
Loiseau , d'Eure et Loire. 
Lombard - Lachaux , du 
. Loiret. 

Lonchamp, du Calyados. 
Lomont , idem. 



Loncle , des Côtcs-dti- 

Nord. 
Lonqueiîe,d'Eure etLoire, 
Louchet , de TAveyron, 
Louis , du Bas - Bhin. 

* Louvet , de la Somme. 

* Loysel, de l'Aisne. 
Lozeau , de la Charente- 
Inférieure. 

Ludot , de l'Aube. 
Magniez, du Pas-de-Calaîs. 

* Maignjen, de la Vendée, 

* Maignet , du Puy-de- 

Dôme. 

* MaiJhe , de la Haute- 
Garonne. 

Mailly, de Saône et Loire. 
Mainvielle, des Bouches- 

du Rhône. 
Maisse , des Basses- Alpes. 

* Mallarmé , de la Meurthe. 
Mallet, du Nord. 
Manuel , de Paris. 
Maragon , de TAudc. 
Maras , d'Eure et Loir. 
Marat , de Paris. 
Marbot , de la Drômc* 
Marcoz , du Mont-Blanc. 
Marec , du Finistère. 
Marcy , jeune , de la Côte- 

d'Or. 

Maribon , ( Montant ) du 
Gers. 

Mariette , de la Seine- 
Inférieure. 

Marin , du Mont-Blanc. 

Marquis , de la Meuse. 

Martel , de l'Allier. 

^arvejoub, du Tarn. 



et 



et 



564 Liste des 

Martin , de la Somme. 
Martineau , de la Vienne. 
Martinel , de la Drôme. 
Massa , des Alpes - Mari- 

times. 
Massieu , de TOise. 

* Masuyer , de Saône 
Loire. 

Mathieu , de TOise. 

Mauduyt , de Seine 
Marne. 

Maulde , de la Charente. 

Maure 5 aîné, de l'Yonne. 

Maurel , d'ille et Vilaine. 

Mazade , de la Haute- 
Garonne. 

MeauUe , de la Loire- 
fcrieure. 

Meillan , des Basses - Py- 
rennées. 

Méjansac , du Cantal. 

Meliinet , de la Loire- 
Inférieure. 

Menesson, des Ardennes. 

Menuari , de Maine et 
Loire. 

Mercier , de Seine et Oise. 

* Merlin- de -Thionville , 

de la Mozelle. 
Merlin - de - Douai , du 

Nord. 
Merlino , de l'Ain. 
Meyer , du Tarn. 
Meynard,delaDordogne. 

* Michaud , du Doubs. 
Michel , de la Meurthe. 
Michel , du Morbihan. 
Michet, de Rhône et Loire. 
Millard , de Saône et Loire. 



Membns 

Mills , de St. Domîngnei 
Milhaud , du Cantal. 
Mirande , idem. 
Mollet , de l'Ain. 
Mollevaud, de la Meurthe. 
Moltedo , de la Corse. 
Monel, de la Haute- Marne. 
Monestier, du Puy-de* 
Dôme. 

* Monestier, de la Lozère^ 

* Monnot , du Doubs. 
Montégut, desPyrennées- 

Orientales. 
Montgilbert, de Saône et 

Loire. 
Montmayou , du Lot. 
Mot'eau , de Saône et 

Loire. 
Moreau , de la Meuse. 
Morin, de l'Aude. 

* Morisson , de la Vendée. 
Moulin , de Rh. et Loire. 
Moycsset, du Gers. 

* Musset , de la Vendée. 
Neveu , des Basses - Py- 

rennées. 
Nioche , d'Indre et Loire. 

* Niou , de la Charente- 

Inférieure. 

Noally, de Rhône et Loire. 

Noël , des Vosges. 

Nogueres, de Lot et Ga- 
ronne. 

Obelin , d'ille et Vilaine. 

Opoix, de Seine et Marne. 

Osselin , de Paris. 

* Oudot, delaCôte-d'Or. 

* Paganel , de Lot et Ga- 
ronne. 



de la Convention nationale. 



56S 



Palasme , des Côtes-du- 
Nord. 
î Panis , de Paris. 
. Payne , (Thomas ) du Pas- 
de-Calais. 

Patrin , de Rhône et Loire. 

Pechina^desHautes- Alpes. 

Pelé , du Loiret. 

Pelet , de la Lozère. 

Pelletier , du Cher. 

Fellissier , des Bouches- 
du-Rhône. 

Pémartin , des Basses-Py* 
rennées. 

Penières, de la Corrèze. 

Pépin , de Flndre. 

Perard, de Maine etLoire. 

Pérès , de la Haute - Ga- 
ronne. 

Periez , de l'Aude. 

Perrin , des Vosges. 

Perrin , de TAube. 

Personne , du Pas-de- 
Calais. 

Pétion , de Paris. 

Petit , de TAisne. 

Petitjean , de l'Allier. 

Peyre , .des Basses-Alpes. 

Peynard , de Maine et 
Loire. 

Peyssard, delaDordogne. 

Pflieger , aîné , du Haut- 
Rhin. 

Phelippeaux, de la Sarthe. 

Picqué , des Hautes - Py- 
rjennées. 

Pierret , de l'Aube. 

Piette , des Ardennes. 

Pilastre , Maine et Loire* 



Pinel , de la Manche. 

* Pinet , aîné , de la Dor- 

dogne. 

* Piorry , de la Vienne. 
Plaichard-Cholière, de la 

Mayenne. 
Plazanet, de la Corrèze, 
PochoUe , de la Seine- 
Inférieure. 
Pointe, (Noël) de Rhône 
et Loire. 

* Poisson, de la Manche. 
Pomme , de la Guyanne- 

Française. 
Pons, (de Verdun) de la 

Meuse. 
Porcher , de l'Indre. 
Portiez , de l'Oise. 
Pottier, d'Indre etLoire. 
Poulain , de la Marne. 
Poulain- Grand- Pré , des 

Vosges. 
Poulticr , du Nord. 
Précy , de l'Yonne. 
Pressavin , de Rhône et 

Loire. 

* Prieur , de la Côte-d'Or. 
Prieur , de la Marne. 
Primordièrcvde la Sarthé. 
Privât- Garilhe, de l'Ar- 

déche. 

Projean, de la Haute-Ga- 
ronne. 

Prost , du Jura. 

Prunelle - de - Lierre , de 
l'Isère. 

Qu«inec , du Finistère, 

* Quinette , de l'Aisne. 
Quiot , de la Drôme. 



566 



Liste des Membres 



Quîrot , du Doubs. 
Rabaud-Saint-£tienne , de 

TAube. 
Rabaud , du Gard. 
Bafiron, de Paris. 
Rameau , de la Côte-d'Or. 
Ramel-Nogaret^ de T Aude. 
Real , de Tlsère. 
Rébecqui , des Bouches- 

du-Rhône. 
Regnaud , de la Manche. 
Reguis , des Basses-Alpes. 
Réveillcre - Lcpanx , de 

Maine et Loire. 
Revelle ^ ( le comte ) de 

Seine-Inférieure. 
♦Reverchon, de Saône et 

Loire. 
Rewbell , du Haut-Rhin. 

* Reynaud , de la Haute- 
Loire. 

Ribereau , de la Charente. 
Ribet , de la Manche. 
Riboucher , de Rhône et 
Loire. 

* Richard , de la Sarthe. 
Richaud vde Seine et Oise. 
Richoux , de 1 Eure. 
Ricord , du Var. 

* Ritter , du Haut-Rhin. 
Rivaud , de la Haute- 
Vienne. 

* Rivery , de la Somme. 
Rivière , de la Gorrèze. 
Roberjot , de Saône et 

Loire. 
Robert - Lindet , de la 

Haute-Marne. 
Robert , de Paris. 



Robert, des Ardeimes. 
Robespierre , jeune , de 

Paris. 
Robespierre , aîné , ideM* 
Robin , de TAube. 
Rochegude , du Tarn. 

* Rommcf, ( Gilbert) du 

Puy-d«-Dôme. 
Rouault , du Morbihan. 

* Roubaud , du Var. 
Rougemont , du Mont* 

Terrible. 

Rougier , de la Haute- 
Loire. 

Rovére , des Bouches-du- 
Rhône. 

Rousseau , de Paris. 

Roussel , de la Meuse. 

Roux, de TAveyron. 

Roux, de la Haute-Marne. 

* Roux - FaziUac , de b 
Dordogne. 

Rouyer, de THérault. 
Rouzet , de la Hautes- 
Garonne. 
Roy , de Seine et Marne. 
Royer , de l'Ain. 

* Ruamps , de la Charente* 

Inférieure. 

Ruault , de la Seine-In- 
férieure. 

Rudel, du Puy-de-Dôme. 

Ruelle , d Indre et Loire. 

* Ruhl ; du Bas-Rhin. 
Saint-Martin, de TArdèche. 
Saint-Martin-Valogne , de 

l'Aveyron. 
Saint-Prix , de TArdèche, 

* Salàdin, de la Somme. 



lie la Convention naliçnate. 



i^l 



i Saliçetti^ de la Corse. 
Salles , de la Meurthe. 
Salle, da Lot. 
Salleles , idem. 

* Sallengros , du Nord. 
» * Salmon , de la Sarthe. 

Saurine , de l'Aude. 

* Sautayra , de la Drôme. 

* Sautereau , de la Nièvre. 
Sauvé , de la Manche. 
Savary , de l'Eure. 
Savournin , ( Marc- Ant. ) 

des Basses-Alpes. 
Scellier , de la Somme. 
Seconds , de l'Aveyron. 
Seguin , du Doubs. 
Sergent , de Paris. 
Serre , des Hautes-Alpes. 
Serres , deJ'Isle-de-Francc. 
Scrveau , de la Mayenne. 
Servières^ de la Lozère. 
Servonat , de l'Isère. 
Sevestres, d'IUe et Vilaine. 

* Siblot , de la Haute- 
Saône. 

Sieyes , de la Sarthe. 
Sillery , de la Somme. 
Simon ^ du Bas-Rhin. 
Solemiac , du Tarn. 

* Soubrany , du P.uy- de- 

Dôme. 

Souhait, (Julien) des 
Vosges. 

Soulignac , de la Haute- 
Vienne. 

Taillefer , de la Dordogne. 

Tallien, de Seine et Oise. 

Talot , de Maine et Loire« 

T^veau , du Calvados. 



* Tavemel , du Gard. 
Tellier, de Seine et Marne. 
Terrât , du Tarn. 
Texier , de la Creuze. 
Thabaud , de l'Indre. . 
Thibaudeau , de la Vienne. 
Thibault , du Cantal 
Thierriet , des Ardehnes. 
Thirion , de la Moselle. 
Thomas , de Paris. 
Thomas , de l'Orne. 

* Thuriot , de la Marae« 
Tocquot , de la Meuse. 
Topsent , de l'Eure. 
Toulouse , de l'Ardèchc. 
Tournier , de l'Aude. 
Trehouart,d'Ille etVilainc. 
Treilhard , de Seine et 

Oise. 
Triboulat , du Tarn. 
TruUard, de la Côte-d'Or. 
Turreau , de TYonne. 
Vadier^ de PArriège. 
Valdruche , de la Haute* 

Marne. 
Vallée , de l'Eure. 
Valadi , de l'Aveyron. 
Vardon , du Calvados. 
Varlet, du Pas-de-Galaîs. 
Vasseur , de la Somme. 
Veau, d'Indre et Loire. 
Venaille, de Loire et Chçr. 
Venard, de Seine et Oise. 
VerdoUin , des Basses- 

Pyrennées. 

* Vergniaud , de la Gi- 
ronde. 

Vernier , du Jura. 
Vermon , des Ardennes« 



568 



Liste des Membres de la Convention, 



du Doubs. 



* Verncrey , 
Vigée , du ... . 
Villcitc , ( Charles ) de 

rOise. 

Villctard , de TYonnc. 

Vidal, des B.-Pyrcnnées. 

Vidalin , de T Allier. 

'» Vidalct , de Lot et Ga- 
ronne. 

* Viennet , de 1 Hérault. 
Vigneron , de la Haute- 
Saône. 

Vîllars , de la Mayenne. 
Villers, de la Loire-Infé- 
rieure. 



Vincent , de la Seine 
Inférieure. 

Vinet , de la Charente 
Inférieure. 

Viquy, de Seine et Marne 

Vouland , du Gard. 

Wanderlincourt , de h 
Haute-Marne. 

Yger , de la Seine-Infé- 
rieure. 

Ysabeau , d'Indre et Loire. 

Zangiacomi , &ls , de h 
Meurthe. 



Fin du Tome VI. 



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