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Full text of "Histoire littéraire de la France"

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HISTOIRE 

LITTÉRAIRE: 

DE LA FRANCE 



HISTOIRE 

LITTÉRAIRE 

DE LA FRANCE, 

OUVRAGE 

COMMENCÉ PAR DES RELIGIEUX BÉNÉDICTIINS 

DE LA COINGRÉGATION DE SAINT-MAUR. 

ET CONTINUÉ 

PAR DES MEMBRES DE L'INSTITUT 

(académie des inscriptions et belles-lettkes). 



TOME XXVII. 

QUATORZIÈME SIÈCLE. 




PARIS 1877 

KRAUS REPRINT 

Nendeln/Liechtenstein 

1971 



?a 






Réimpression avec L' accord de 
L' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Paris 

KRAUS REPRINT 

A Division of 

KRAUS-THOMSON ORGANIZATION LIMITED 

Nendeln/Liechtenstein 

1971 

Printed in Germany 
Lessingdruckcrei Wiesbaden 



AVERTISSEMENT. 



Nous avançons lentement dans le xiv*^ siècle. Les écri- 
vains se présentent en plus grand nombre que dans les 
siècles précédents, et sur quelques-uns d'enire eux, qui 
jouèrent un rôle très-actif dans les alTaires pubrupies, 
les chroniques, les diplômes, les autres monuments 
de l'histoire olîrent des informations plus variées. Nous 
avons été, d'ailleurs, dans l'obligation de consacrer une 
j)artie considérable de ce volume à des savants, des 
écrivains d'un genre tout particulier, dont il est tempj 
enhn de produire les noms mis en réserve pour une 
notice collective. 

Depuis la seconde moitié du xf siècle jusqu'à la pre- 
mière moitié du xiv% la France a été le théâtre d'un 
brillant mouvement d'études juives. Nos devanciers ont 
regardé l'histoire de ces éludes comme une partie de 
l'histoire des lettres françaises, et nous avons dû les 
imiter. Les travaux relatifs à la littérature rabbinique ne 
sont arrivés à quelque précision que depuis un quart de 
siècle. Tout ce que l'on pouvait dire autrefois sur ce 
sujet d'après les compilations ou catalogues de Wolf, de 
Bartolocci , d'Assémani, de De Rossi était extrêmement 
inexact et incomplet; aussi, malgré leur dihgence, nos 
prédécesseurs n'ont-ils pu échapper à beaucoup d'er- 

TOML XXVIl. . a 

1 * 



„ AVERTISSEMENT. 

reurs. Il nous était interdit de reprendre leur travail en 
sous-œuvre, et cependant il était presque impossible de 
ne pas remonter un peu en arrière pour donner une base 
solide aux notices étendues que réclamaient les premières 
années du xiv'' siècle. Nous avons pris un terme moyen : 
sans chercher à compléter les parties consacrées aux 
lettres juives dans les volumes précédents, nous avons, 
pour chaque genre de littérature, accordé des notices 
abrégées aux écrivains et aux ouvrages importants qui 
avaient été omis ou dont il n'avait été question que 
d'une manière insulFisante. 

L'histoire de la littérature juive du moyen âge a tou- 
jours été considérée comme le domaine propre des sa- 
vants israélites. Un philologue qui ne s'est point préparé 
dès l'enfance au rabbinat aurait une peine extrême à se 
mettre au courant de ces études et n'y dépasserait pas 
la médiocrité. Il est moins opportun que jamais de chan- 
ger cette division du travail scientifique, depuis que les 
écoles rabbiniques de l'Europe centrale ont commencé 
d'appliquer à leurs travaux l'esprit d'exactitude et de 
critique qui prévaut maintenant dans toutes les bran- 
ches de l'histoire. Certainement si, à l'époque où le plan 
de ces recherches fut conçu , notre savant confrère 
M. Joseph Derenbourg avait appartenu à la Compa- 
gnie, nous l'eussions associé à un ouvrage pour lequel 
il était si bien désigné; mais il semblait tourné alors 
vers d'autres investigations. M. Adolphe Neubauer, 
maintenant sous-bibliothécaire à la bibliothèque Bod- 
léienne, parut la personne la mieux désignée pour ap- 
porter à notre œuvre la collaboration spéciale dont elle 



AVERTISSEMENT. m 

ne pouvait se passer. L'immeose lecture de M. Neubauer, 
son activité, ses voyages, le désignèrent au choix de 
celui de nos confrères que cette tâche concernait, et, 
depuis 1866, la préparation du grand travail que nous 
offrons au public n a presque pas été interrompue. 

Une grave difficulté venait de ce que la plupart des 
ouvrages dont nous avions à parler sont encore inédits. 
Il y a plus : un très-grand nombre des productions des 
rabbins français du xi^, du xii^, du xiif siècle, surtout 
de ceux qu'on nomme les tosaphistes, ne nous sont 
connues que par les citations qui en sont faites dans 
les grands recueils de traditions. Quoique riche en ma- 
nuscrits hébreux, notre Bibhothèque nationale n'aurait 
pas suffi pour nous permettre de tracer un tableau com- 
plet de cet immense développement littéraire. Des 
voyages à fétra^iger pouvaient seuls suppléer aux lacunes 
de notre grand dépôt de Paris. En 1868, 1872 et 1873, 
le Ministère de l'instruction publique, sur notre de- 
mande, chargea M. Neubauer de diverses missions, ayant 
pour objet de rechercher dans les bibliothèques du midi 
et de l'est de la France, dans celles de f Italie, de l'Es- 
pagne, de la Suisse et de l'Allemagne, les documents 
concernant l'histoire des rabbins français. M. Neubauer 
avait auparavant visité les collections de Saint-Péters- 
bourg. Vers le même temps, la bibliothèque Bodléienne 
d'Oxford le chargeait de faire le catalogue de ses ma- 
nuscrits hébreux, et, dans le cours de ce dépouillement, 
M. Neubauer, toujours attentif à ce qui pouvait intéresser 
notre recueil, ne cessait d'être pour nous le plus actif 
des collaborateurs. 



:v AVEHTISSE.MENT. 

I.e vaste ensemble de notes, d'articles el de inéinoii es 
sortis de cet immense travail, M. Neubaiier nous l'a re- 
mis, et c'est de là qu'est sorti le travail qui remplit la 
seconde moitié de ce volume. On le trouvera parfois 
dispioportionné; mais que l'on veuille bien considérei 
que presque tout y est neuf, et (jue, s'il y leste quehpie 
désordre, c'est qu'il s'agissait de faire sortir un peu de 
lumière d'un véritable chaos. Il faudra longtemps encore 
pour que ce.lte partie de la critique puisse êtje traitée 
avec l'exactitude et la sûreté qu'on porte dans les autres 
braiiches de l'histoire littéraire (|ui ont le moyen âge 
poui' olijel. 

Les auleuis de (^e vingt-septième volume de YHistoire 
littéraire de la France, membres de l'Institut (Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres), sont désignés, à la 
suite de chaque article, par les lettres initiales de leurs 
noms • 

b. L MM. l'^ÉLIX i.AJAKD. 

P. P Paulin Pahis. 

E. L. Emile Littué. 

EiiN. H. Ernest PiEnan. 

13. H. Barthélémy Hairéal, édileur 



TABLE 



DES LFVHi:S CITKS DANS LE TOME XXVII' 

Dl- LMISTOIRE LlTTliltVIRE DE LA FRAINCE 



A 



Abraliam Aboii Ezia's Comniciilary on the Book ol Estliur, aller aiiolIriT \ersioii In 

Joscpli Zeiliier. Londres, i83o,iii-8°. 
Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Sainl-l*tlersbonrf(, i" série 

I. 1, 1728; 7' série, t. XXII, 187G, in-Zi'. 
Uirlionnaire de la Provence et du comté Vcnaissin , par une société de !,'eiis de 

lettres Marseille, 1780-1787, 4 vol. in-4'. 
Adaiiii Meriinntliensis clironica sui teniporis, nunc per decem aiinos aucta (i3o.'}- 

i.'V|()), cum eorumdem continuatione (ad i38o) a (Hiodam anonymo. Ad lidein 

codicum maniiscriptoriim cdidit cl recensait 'riioin is Hog. Li)ndini , 18/1G. iii-K". 
Allgemeine Zeitung des Judcntiiunis Lci[«ig, i83G, in-4' (se continue). 
Alpliahctum Siracidis utrumque, cuni cxpositionc anliritia (nanaliones et labnlas 

continente). Publié par M. Steiiiscbneider. Berlin, i858, in-i2. 
Bibliollicci dominican.r ab admodum R. P. M. F. Anibrosio de Altamura, accu 

ralis condilionibus, primo ab nrdinis constitulione uscjue ad armum iGoo [)ro- 

ducta;, hoc sacculari apparain incrcmenlum ac pro>.ecutjo ad ilkistriss. et revereii 

diss. Fr. lo Tlioraam de Rocabcrti. Valentina' ecclesioe arcbiepiscopnin lînma; 

1677, in-fol. 
Guerra del \ espro .Sieili.ino, du Micbele .\iiiari, 2' édition. Paiis, i8.'|3, .'. \')l. 

in-8°. 
Storia dei musulniani di Sicilia, par iM. Aniari. Floience, l6ôlt-\fi-]2 , '6 vol. in 8'. 
Annuaire parisien ou Annuaire israélitc. Paris, i85o à 1871 , in-12. 
Histoire généalogique et chronologique de la maison de Fruice, îles pairs, grands 

odiciers, etc., par le P. Anselme de Sainte-Marie (de Gnibours), continuée par 

Caille Du Fourni, augmentée par les PP. .Ange de .Sainle-Hosallc el .Sinq>licien. 

Paris, 1726-1733, y vol. in-fol. 
Bibliotlieca ordinis fratrum Praedicatorum , \in)rum inter illos docirina insignium 

noniina cl corum qux scripto mandarnnt opusculoruni titulos et argumenta 

complectens, aulh. R. P. magisiro fratre Antonio Senensi , Lusilano. Parisiis, 

i585,in-8°. 
Sancli Antonini Summa historialis, sivc cbionicon ab O. C. ad ann. i45c). Venetiis, 

l48o, 3 vol. in-fol. — NurcmbergsE , iliSlt- — Lugduni, i586. 
Archives des missions scientifiques et lilléniircs, choix de rapports el instructions 



Abiabaui Abcn L,; 
j , Couimcnlarv. 



Acail. de Sa.nl 
IVhTsboui?. 



.•\cli,inl. Dicl. .1. 



AdamMonnmll, 
^liroilic. 



Ail?.-.,,. Z«lu:: 

lits Jucicnlliums. 
Al|)lial.clum Sir, 



Allaiilu, 



V«|H 


-n Sicilioiio. 


An 


lari. 


Sloria (1. 


A» 


.loi 


cilio. 

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liange, ou 
israi-lilc. 


Aiiiiiiali 


Al. 

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i5.|ni. 


sllUi.-. 


Al) 
l'.llil. 


llOII. 

or.1. 


5.1R1. 
I'r^.-.||V. 



Arcli. .1. 

li-nlif 



V, TABLE 

iiuljlios sous ks aus|ii*s du Minisière de l'instruction publique. Paris, i85o- 
1877, iii-8". 
Arcli isi Aicliivos isiaélilcs de France, revue mensuelle religieuse, historique , biographique 

cl littéraire, par une société d'hommes de lettres, sous la direction de S. Calien. 
Paris, i84o et années suiv. , in-8°. 
\ïclMvdp\ircliow Archis fur palh()logische Anatomie und Physiologie uiid lïir klinische Mctiirin, 

publié par lUid. Vircbow. Berlin, t. I", 1847, grand in 8" (se continue). 
\rcliiv.sdu Nord. Archives historique^ et littéraires du nord de la France et du midi de la Belgique, 
par MM. Aimé Leroy, le D' Le Glay et Arthur Dinaux. Valencienncs, 18291857, 
3 séries, in-8°. 
\rchi\io siorico Arrhivio storico ilaliano, ossia Raccolla di opère e documenli linora incditi o ilive- 
•ilian" iHili raribsimi lisguardanli la sloria d' llalia. Firenze, i8ia-i 85/i , 29 vol. in-8' . — 

Nuova série, i855-i863, 18 vol. iii-8°. — Série terza , 1866-1876, 2^ vol. in-8°. 
Arclioi], Chape Ik Histoire de la Cliajjcile des rois do France, par l'abbé Archon. Paris, 170/1-17 11. 
I" rois. 2 loin en 1 vol. iii-ii . 

Xrgclaii, Liilii Pliili|)pi Argelati Bibliotheca scriplorum Mediolanensium ; cui accedil J -.A. Saxii 
,rri|ii. Mcdiol. Ilistoria litlerario-typographica Mediolanensis. Mediolani , 17/15, U vol. in-loi. 

\rgpntré ( D' ) Collectio judiciorum de novis eiroribus qui ab initio duodecimi saeculi post incar- 
(.'.ll''ct. judic. luitioiuiu Verbi usque ad ariiium 1718 in Ecclesia proscripti suiit et notati; opéra 

et .studio Caroli Du Plessis d'Argentré. Luteliae Parisioruin, 172/!, 1728, 1786 
3 vol. in-fol. 
An Je vérifier I. ", L art de vérifier les tlates des faits historiques, des charles, des chroniques et d autres 
lii'^ anciens monuments, par des religieux bénédictins de la congrégation du Samt- 

Maur; ?>' édil. Paris, 1783-1792, 3 vol. in-fol. 
A^sémaiii, Calai Bibliollicca: apnstolica' Valicanae codicum mss. Catalogus in très parles disiributus, 
T. I , compiectens codices hebraicos et samaritanos , par les deux Asséniani. Home . 
1756 . in-fol. 
\struc, Mém. Mémoires pour servir à l'histoire de la faculté de médecine de Montpellier, par feu 

M. Jeaii Astruc . .., revus et publiés par M. Lorry. Paris, 1767, \n-k°- 
Aili. fr,iiii;. L'.Vlhenaum français, journal universel de la littérature, de la science et des beaux- 

arts. Paris, 1 852- 1 856, xn-W. 
Atiliery, flisi. dis Histoire générale des cardinaux, par Ant. Aubery. Paris, i642i645, 5 vol. in-/i°. 
'" .Auctarium novissimum Bibliotheca; graecorum Patrum , in f[uo opuscula varia 

iiciar. 1 .par. i( lipiorum ectiesiasiicorum aniicjuioris , medii et vergentis aevi, opéra et studio 
et cum notis Francisci Combelis. Parisiis, 1672, in-fol. 
\uieuil (P'), liiii. Histoire des ministres d'Etat qui ont servi sous les rois de France de la troisième 
d's min. d'tut. lignée; avec le sommaire des régnes auxquels ils ont vécu; le tout justilié par les 

chroniques des auteurs contemporains (par le baron d'Auteuil). Paris, 16^2 , in- 
fol. — Antres édit. Paris, 16G81669, 2 vol. ini2, et 1680, 2 vol. ini2. 
Azulai,Scliemhag. CCCn'? TV"! D'''7'!"jn Dw ''-\tZ , Siphré sckem hag-gedolim va ad la-hukamun : diction- 
'''''"'''" naire bibliographique, par Hayyini Joseph David Azulai, éd. Ben Jacob. VVilna , 

i852, lieux jjarties, in-8°. 

B 

r.acoii, Opus ma- Fralris liog( ri Bacon Opus Majus ad Clementem iV, publié par S. Jebb. Londres, 
I"'' 1738, in-loi. 

Ilacoii , Op. mcd. l'ralris Bogeri Bacon Opéra quxdam hactenus inedita. Publié par J.-S. Brewer, 
i' \ol. Londres, 1809, in-8°. 



DES CITATIONS. vu 

Histoire des démeslez du pape Bonifaco VIII avec Philippe le Bel, roy de France, nailld, llisi il. 

par fou Adrien Baillet, bibliothécaire de M. le prts. de Laiiioignon. Paris, 1718, ''''""'cz. 

in-ia. 
Vitae paparuin Avenionensium, hoc esl Histnria pontiiicum romanor. (|ui in Gallii Baluz. Vit. |,a| 

scderunt ab anno mcccv usquc ad anniim mcccxciv; Stephanus B;duzius magnani '^""'" 

parteni nunc priniuni cdidit, reliquam emcndavit, notas adjccit l'irisiis, iGçjS, 

2 vol. in^°. 
Caîsaris Baronii, cardinalis, Annales ecclesiastici a C. N. ad ann. 1 198, tiim Odo- B.irurjius, Aumi 

rici Rajnaldi continuatione, Ant. Pagi critica, indice, etc.; cd J. Dominicus 

Mansi. Lucae, 1738-1757, 38 vol. in fol. 
't^iS'C 1^3 TC, Sc'pher Uaruk schcamar, ouvrage de casuistique, par Simon bcn tîir. Sche.iii..it 

Eliczer. Sklow (Uussiej, i8o/i, in^°. 
Oput aurcae et incxplicabilis bonitalis et conlinenliae , conformitalucn scilicet vilae Danliol. l'.sj 

beali Francisci ad vilam D. N. Jcsu Cliristi. . ., editum ab illuniinalo sacraruiu '-""f'^rn. 

litterarum inter|irelc cunsurnmalissimo fralre Birllioloiiia;i) de l'isis. Mtdl(iliiii. 

i5io, in-fol. — Mediolani, i5i3, in-fol. 
Bihh'otheca magna rabbinica, auctore D. ,Iulio Barloloccio de Celleno. linme. 1G7IJ- Bariolocci. l'.it 

iGrj3, t\ vol. in-fol. "'^g- "''''■ 

La Coustume de Beauvoisis, selon que il couroil en l'an de lliirarnalion .Xoslre licaununoir, i.i.i 

Seigneur 1285, par Philippe de Beaumanoir, avec les notes de La Thaumassiere. ""^ Ccauvaisis 

Bourges et Paris, 1690, in fol. — Les Coutumes de Beauvoisis, ])ar Pliih]>pe de 

Bcnumanuir, jurisconsulte français du xiii' siècle, nou\elle é<litioii , par .M. li' 

comte Beugnol. Paris, 1842, a vol. in-8°. 
rSSlptD nt3C Schitia mequbcçellt, par R. Beçalel .\schkenazi, livre de casuiblique sur I^'C- Ascbktuaz 

dillerents traités t;\lnmdi<|ues, imprimé en différents endroits, de 1717 à 1820 '^ " ^' 

in-fol. 
oVli'n Pj'na, Bckinatli ha-ohim, ouvrage d'éthique, par Vedayah Bedirsthi. Ferrarc, IVli. Iia-olam 

i55i. in-4°. 
The Itinerary of Rahbi Benjamin of Tudela, translated antl edited bv Asher lîenjarnin ol 1 

Londres et Berlin, i84i, a vol. iii-8". "'"•'■ 

Histoire ecclésiasli([ue et politique de la ville el du diocèse de Toul, par le R. P lîtrioit. Hisi. .ci 

Benoit, de Toul, prêtre cnpucin de la province de Lorraine. Toul, 1707, iii-Zj ''' '""'■ 
VKt CC'JD mSIOm nibxa nSZ , Si'i)her schmloth u-tcschouholli. Bcsanum rosch Bi.'s. rmdv 

Réponses recueillies par Isaac de Molina (pseudonyme). BcrI. [1793], in-fol. 
Concilia ecclesiae Rothomagensis, editio auctior, cura Guillilmi Bessin. hcnedictini. f.'ssin Coiic 

Rouen, 17 17, in-fol. 

m'nan ri'3, Beik hab-lehira, commentaire sur le traité Aboth, [)ar R. Menaliem licili 'loli 

Meïri, publie par S. Stern. Vienne, i85/i, in-8". 
Les juifs de l'Occident, ou recherches sur l'état civil, le commerce it la littérature Ucucnoi, Ju 

des juifs en France, en Espagne et en Italie pendant la durée du iimyen âge, 'lOcciUcui 

par .Arthur Beugnot. Paris, 182/1, in-8°. 

Les Olim, ou registres des arrêts rendus par la cour du roi sous les règnes de saint bi.iij,'iioi , (ilm; 

Louis, de Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, etc., publiés par Beugnot. Paris. 

1839-18^8, 3 tom. en 4 vol. in-4°- 
Bibliothèque de l'Ecole des chartes, recueil périodique paraissant tous les deux liiLtiotli. il' Il 

mois. Paris, depuis 1839 jusquà ce jour, in-8°. (tus ch. 

Bibliotheca inagna veterum Patrum el antiquorum scriptorum ecclesiasticorum , tjiljl. Pair Col" 
primo quideni labore Margarini de La Bigne collecta et tertio in lucem édita, 
nunc vero plus (|uaiu ceiilum auctoribus locupletata, opéra et studio «loctiss. 



vni TABLE 

llicoln"iiniiii iiniveisil;ili>. C'ilonia' Agrippinac. Colonie Af^rippinae, 1618 i6aî 
I '\ vol. iii-lol. 
■iili;. i'dir. IiiRil Bibliolliec.T m:i\lrua \clcruni Pritruiii , «uni Pliilippi Despont Lugtiuni, 1677 

27 vol. in-fol 
[iilil. l'.l Bibliotlicca Un'cnbatlii.iiia iiianu>cripl.i , seu Catalogus et rccuiisio inanuscriptorum 

fodicuni qui in Bihiiollicca Zacli. Conradi al) UlTciibacli Trajccti ad Mœnuiii 
adsirvaiiUir. Halle, 1720, in fol. 
BiLl-ourc lii-ifijin C'Pvn mia, Bikl.oaré ha-itlim , iccueil du lillératurc hébraïque, 12 volumes in-8* 

Vienne, 1820 à i83i. 

Inojr :;.ii.r Nouvelle bio;,'rapliic générale, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours 

avec les renseif^ncnients bibliographiques et l'indication des sources à consultci. 

publiée par MM. Firmin Didol Irércs, sous la direction de M. le [)' Hoefer. Paris 

i8r)7-i8r,G, /16 vol. in-8". 

n:<J!ri i.ijIiiu^ Biographie toulousaine, par une société de gens de lettres. Paris, 1828 , 2 vol. in-8'. 

Im.ii.'i. iiiin Biographie univeiselle, ancienne et moderne, par une société de gens de lettres. 

Paris, Micjiaud. 1811 1828, 52 vol. in 8°. 
Bœhmrr. F. mil- t'oiilcs rerum germa uicaruni; Geschichtsquellcn Dentst hiands. Publié par J. F. Bœb- 
rrrua, pcrm. „„,, Stuttgart, 184:3-1868, à vol. in 8°. 

BTlimcr. tioiu^.- I'i(;i]:anis(lie Sludien, jiar E. Bœlinier. Halle, 1871, 1" partie, in 8". 

.\':Ut .S.uittorum quot(piot tolo orbe coluntur, etc. , cura Joannis Bollandi et aliorum 
^,,„,.^'' Aniuerpi.x-, Tangarloa;, Bruxellis, iG4o-l8.')8, 5G vol. in-fol. — Nouv édil. 

"'aris, Palmé, s. d., inlol. 
i'.ollcUiu'. liijli Boheltiuo italiano dogli studii orient di. dirigé par M. Angelo de Gubernatis, pre- 
siii(l| omiiiali. niière année. Florence, 187G, in■8^ 

l.,.)ncomii>isni. l;iil lUilletliiio di bibliografia e di storia délie scienze niateinatiche e (isiehe. Publie par 
•'■'"'"' B. Boncompagni. Borne, i8G8, in-4''. 

l;oss.ii I , (il.inn s Dljivre-. eompli les de Bossuet, évoque de Meaux. Paris, i836, 12 vol. in-8°. 
i;.juianc, l.j Fr La Friiite sous Philippe le Bel, par Edgard Boutaric. Paris, i86i, in-8° 

.■ ' ' ■ T. Bouliot. Histoire de la ville de Troves et de la Champagne méridionale. Troves 

Trlvc"'""' "'"■ "^^ ''•^'■'■'' 'o'- '- '870; 11, 1872; m', 1873, in-8'. 

t.iuiici , .Mjmitl rln M.inuel du libraire et de l'amateur de li\rcs, par J.-C. Brunet. Paris, l8Go-i865. 
!i'.- G vol. in-8'. 

Iiiilliiiv lli I llisloiia uuisersilatis l'arisiensis , anctore CiEsare Egassio Bullao. Parisiis. i6(jû- 

■Ji:vir5. l'ai-. 1G73, G vol. in-fol. 

i;ullaririm Francis- Bullarium Franciscanuin liomaiiuni, ponlificum constitutioncs, cpistolas ac diplo- 

'^""^''' ujala continens, etc., studio et labore J.-H. Sbaralea?. Borne, 1759-1765, 3 vol. 

in-fol. 

Lull. lin (il- l.i so Bullelin de la société de l'histoire de France. Paris, i8j5 et années suivantes, in-8'. 

' ' Bulletin du Comité historique des monuments écrits de l'Histoire de France; his- 

,,^^,' ' ' ' toiie, sciences, lettres. Paris, 18/19-1852, 3 vol. 111-8°. 

l'.rilli iiiiwli 1 A( ,il Bulletins de l'Académie des sciences et belles lettres de Bru.xelles. Bruxelles, lit 
■' I'""- 1 année i835 jus(ju'a ce jour, in-8°. 

Iiiioiianrii. Il Biionarroli, scritli sopra le arli e le lettcre, raccolti per cura di Benvenuto G.iS|ia- 

roni. Borna, 1866, a vol. in-8°, continué [)ar Eiirico Naiduccj. 
lljjiiiiî .^mlal. Bzovii Annales rcclcsiastici ab anno 1198 us(jue ad annum 1572 Coloniae Agrip» 
"'-''^*- [lina;, iGiG-iG^i. — Boniae, 1G72, 9 vol. in-lol. 



DES CITATIONS. 



C 



Hi'-loiro de Lorraine, t IV, contenant la Bibliollièquc lorraine, par le R. P. doni 

Caliiiet, abbé de Senones. Nancj', lySi. h vol. in-fol. 
\'oir Du Ciinge [Glossarium). 
Biograpliic des Israélites de France, par M. le docteur Cannois (même ouvrage que 

la France israélite, avec un aiilre litre). Francforl-sur-le-Mein, 1868, in-8°. 
Histoire des médecins juifs anciens et moderne.-', par M. Carniol). Bruxelles, i8^,4 . 

in-8°. 
Voir Guérurd. 
Bibliotbeca arabico-hispana Escurialensis, seu librorum omnium manuscriptoruni 

quos arabice. . . bibliotlieca cfrnobii Escurialensis compleclitur recensio et expla- 

natio. Madrid, 17601770, 2 vol. in-fol. 
Die Rabbiner-Versammlung des Jalires i6.^)0. fjine liisloiisclie Abliandlun^; , par 

Selig Casscl. Berlin, i845, in-8°. 
Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque tlu ro\ ; théologie (par les abbes 

Claude Sallier et Pierre-Jean Boudol , avec un discours préliminaire par Jean- 

Bapt. Jourdan). Paris, 17391742, infol. 
Catalogue des manuscrits hébreux et .samaritains de la Bibliothèque impériale. Pari.s . 

[sans date, 18G7], iii-4". 
Catalogi librorum manuscriptoruni ,\ngli^r et Hibeiina- in ununi collecti. Oxford, 

1697, 2 vol. in-fol. 
Bibliolhecae Bodleianae todicum maiiuscriplorum orientalium videlicel hebraico- 

ruiii . elc, catalogus a Jeanne l ri confeclus. Oxiord, 1787, in-fol. 
Catalogue ol the liebrew books in tlie Brilisli Muséum. Londres, 18(17, in/t". 
Catalogue of the hcbrew manuscripts |)ivserved in the Lniversity library. Cam- 
bridge, par S. -M. Schiller-.Szincssy, vol. I. Cambridge, 1876, in-8''. 
Catalogus codicum latiiicrum bibliolliecae MeJicea» Laurentianae, sub auspiciis Pelri 

Leopoldi, reg. princ. Hung. et Bùioh. , arch. Auslr., Ang. Mar. Bandinius, regius 

bibliotlieciE praefeclus, recensuil, illuslravil , edidit. Florentise, 177/4-1777, ^ \ol. 

in fol. 
Catalogus cod. mss. bibliotlieca' l'alatina' \ indobonensis; pars H, coil. hebraici; 

iligcsserunt Albertns Kraflt et Simon Deuisch. X'ienne, 18/17. '"■'4"- Vatl III, 

diges>it Jac. Coldcnthal. Vienne, i85i, in-/l' . 
A Catalogue of tlie manuscripts in the librarv of Gonville and Caius Collège, Cam- 
bridge, bv J.J. Smith. C.uiibridgc, i86(j, in-8''. 
\ dcscripiive Catalogue ol the arable, persian, and turkisb mss. in the library of Tri- 

nity Collège, Cambridge, Il V G.-II. l'aimer, wil h an appendix conta in ing a catalogue 

of the hebrew and samanlan mss. in tlie iame library. Cambridge, 1870, in-8°. 
Scriptorum ccclesiasticorum Ilistoria littcraria a C. ^. usque ad saeculum \iv, auc- 

tore Guillelmo Cave. Gencva', 170!), 2 vol. infol. — Oxonia". 17/10, 17^43, 

2 vol. in-fol. 
Roger Bacon, sa vie, ses ouvrages et ses doctrines, d après des textes inédits, par 

l^mile Charles. Paris, 18G1, in-8°. 
Arcliie|jiscoporuin et episcoporum Gallia; chronologica historia , qua ordo eorumdem 

a temporibus aposloloruiii iiicaptus ad nosira usque per traduccm siiccedentium 

servatus oïtendilur; auctore Joanne (>hcnu , Bilurico, in seiiatu Parisiens! patrono. 

Pari.s, 1621, in-4". 



Calmel . Bib 



Cingius, Index. 

Carmoiy, Biogrd- 
pliie des Israël, de 
France. 

Cannolv. Mëd. 
juifs 

Cartui. de t'égl. 
fie Par. 

Casiri , Bibl. arali. 
Iiisp. 

Cassel , Die Ral)l>. 
\ ersammlung. 

(alal. de la l>ibl 
du roi. 



Citai, de la Bil.l. 



Catal. mss. Ang 
el Hib. 



Catal. de Can 

bri.Iffe. 



Calai, cod. bibl. 
Med. Laurenl. 



Catal. de \ ienn<- 



Calal. uf tbe rass. 
Il) the library of 
Gonv-ille and (iaiti^ 
Collège. 

Catal. Irin. Coll. 
Cambridge. 

Cave (Guill.), Hi-l. 

lin. 



Charles (Em.). 
Uoger Bacon. 

Chenu, Archie|i. 
et episc. 



TOME XXVII. 



X TABLE 

!;heriirl, H«f. -1. Histoire de Rouen pendant l'époque communale (i i.')o i.îSs) . suivie de pièces 
Hnaon. justificatives, par A. Chéruel. Rouen, i8'i4, 3 vol. in-8°. 

Cli^ni»!. Norni. Normanni.T nova Chionica, ali anno Christi cccci.xxiil ad annum MCcr.LXWiit , <.■ 
nov rhron. Iiibus clifonicis maïuiscriptis S. Laudi, S Catliarinae et niajoiis ecclesiae Roto- 

maf^cnsiuni collecta, nunc prinium edidil A. CliérucI Cadonii, i85o, in-4° 
Clioili-. ;nr I. Mémoires pour servir à riiisfiiire des iiouunes illustres de Lorraine, avec une relu- 
Miimoin-,. lation de la Biblinllicrpie lorraine de dnni ('alniel , par M. do Clievrier. Paris, 

1 753, 2 vol. in- lu 
' lilo.-arrlli, Vil- Anlisliliun pra'clarissim.-E Neapolilana^ eci Icsiae calalogus, al) apostolorum lempo- 
iisi. Vapol. ribus ad liane usnue nostram aitatem et ad annuin MDCXi.lll, auclore Barllioln 

nii'o (iliiiicra.ello, I. C No;i|)(ilil.iu(). Ncapoli (.sans date), in-fol. 
r.hnppli, c-pF.uMvs jiciiali Clioppiiii Opéra. Parisiis, idoi, , /| vol. in loi. — l,es (Mîuvres de M' l\ené 
Clinppin , jurisconsulte angevin, traduites en fran(;ais par .Ican Toin-net. Paris, 
l'),H5, 3 vol iufol.; i66i. f) vol in foi. 
(;lln^ln|lll.■, 11. si. Histoire de l;i papauté pendaul le Mv'^iieile, pu- laidic (Jirisloplic Paris, i8,t3, 
Ir la p.,|ii.it.;. 3 yol j„.g- 

Cliiniiirlr^ r,f I .1,. 'l'Iic Clirouicles olCarlax. .111 aniuial ol local liislorv and aiitiquilies , ediled by llie 
•'^- reclor uf .Saint-Martin Oxlor.l, 1873, iii-8" 

ChroM. 'le ^. I)'- Les fjrandes chronique^ de France, selon quelles sont conservées en l'église de 
"y^ Saint Denis en Frunt e . publiées ]).ir P Paris, membre de l'Institut. Paris, i83fi- 

18^8, in-fol., ou H vol. in 12. Voye?. Grandes chnniqiifs. 
i.iacoiiius, \ li.i- \"i\x et res £;esl:r poiililicnm Roiiianorinn el S. ii. Iv < ardinaliuin , ilc. . AlphoM^i 
poniifcc. lïom.iiK Ciacoiiii, ordinis Pr:pdicalorum cl alioium opéra descriptae, ab An^uslino 01- 

doino, ,S .!., reco^Miilae. Ronia', i'i77. i \o!. in loi. 
Cnclid, [\r|ieri Réperldire arcliéoloj;;iqne du dep.nlemenl de la Seine Inlerieure. rédijjé, sous les 
■"''"''''■ uispices de l'Académie des scicm c~ . belles-lellpe.s et arts de Konen , par M. l'abbé 

Coclicl. Palis, 187J, in 4'. 
Coficx rliplnnmii (]odo\ diplouiaticus evliibeiis rbailas liisioriam iiiedii «vi diusiranles, edid 
■ lis, \I,ivciicf. j .p J^iliiiiili Mavence, 1797, in-8". 

Collect.Hcichroii. (Collection de chroniques belges inédites, etc., publiées par ordre du gouvernement. 
'"^'P- Bruxelles, i83(^-i87/i, :^7 vol. in V. 

i:oniin, /.um IVni. (ioniniciilar zum Penlalcnili \oii IV ,Iosc( Bedior Srlior Public par Ad. .fillinek. 
Leipzig, 18.')'), in-8 

(:ompt<-s 1 ivliis Académie <le5 liisc liplions el Belles-Lettres Coniples rendus de i8S3à 1876. Paris, 
■'■: '•.\-"l ■>- - in.8''. 

'TipttOtlS 

Conforte Doi.- ril^nn N'ilp ^îC, Liber (jorc /(«<£ rfoio//i (ouvrage biographique), auclore R. David 
liail-iloroiii. Conforte, cd I). Cassel Berlin, i846, in 'i". 

Cniion Rartli.,, Bartliolomœi de (iollon llisloii,» anglicma , edited bv H. Hi(liard Luard. Loiidou, 
"'-'• ^"k' 18D9, in-8\ 

(.n\f. c.hIhI. roil, Catalogus codicuiii manusrriplorum qui in coHegiis aulisque Oxoniensibiis hodie 
'"'" adservantur. Confecit Henricus Coxe Oxonii, 1863, 2 part. in-d". 

(.rpvi^r, Hisi. ■!•• Histoire de II niversilé de Paris, depuis son origine |iisqu'>à 1(500, par (ji'vi<r 
Pari,s, 1671 . 7 vol. in-i i. 



Darhrn. Spicil. .Spicdegium , sive Collectio veteruni scriptoruni, cura Luca: Daclieri. Parisiis. i65î)- 

i*'77, i3 vol in '1'. — Parisiis, 172,3, 3 vol. in-fol 



Uilil/scli. (alal. 



Dizionario storico dcgii aulori cbrci c drlli' loio o|icit-, |iar G -B. de llossi. Parme, 
1 Xo2 , \n-à°- 



DKS CITATIONS. xi 

Daiile, loii rc-spo.>izioiii di Clii istolori) Landino e d'Alessandro Velliilello. per Fiaii Dank-, aiec tom- 

cesco Sansovino, Fiorenliiu). In Vciietia, 1578, inlol. ment, de l.aiiclino. 

'':1"1D, Mordehaï. Décisions de Mordekai bon Hillel, impiirm'es a\e( celles d'Isaat- IX-cis. de Mord. 

el-Fa'-i. Cons(antinopl(>. 1 bo6 , in-ful. ■" 

Essai de leslitution d'un volume perdu des Olini , par L. Delisle, membre de l'insti- t>eli5le(L.),Hesiii. 

, . n • o*î3 ■ /<> d'un vol. des Oliai. 

tut. Pans, 1005, m-ii . 

(^ataloeus libronmi niaimsc ii[>lorum (|ui in Bibliatliem seualoria civitalis Lip^iellsis Uelii; 

asscrvanlur. Leipzif,', iSSS, in-^°. 'I*'' 

Jescburun, sive prolegomcnon in concordanli:is Veleris Teslamenti a Julio Fuerstio Dilit/sih. lesclm- 

editas libri très, par F. Delitzsch. Grimma, i8.38, in 8°. '""' 

Hotbomagensis rali)edra, seu Kolliomagensiuiii ponlificum dignilas et auclorilas, Dei \ju. Ilothoui. 

audorc Floberto Denyaido, Gisnrtiano decano. Parisiis, i633, \n-ti°. ^'^ '■ 

Kssai sur l'hisloire el la géographie de la Palestine d'après les Talnuids et les autres Derenbourg, Lu 

sources rabbiniqucs, par J. Derenbourg Paris, iSb-, in-8'. 1 alesi. 

Der Orient, journal publié sous la rédaction de .1. Furst. Leipzig, 18^0 1 85 1, 1 2 vol. l^L-r Oneni. 

in-4°. 

.\nnales hebraeolypograpbici ab an. mipi ad mdm., par .I.-B. de Kossi. l'arma, 1799, Lif Rossi, .annales 

in 'r 

Bibliotlieea iudaica aniicliristiana , par G. B. de Bossi. Parme, 1800, iii-8" ^'^ Rossi , Bil.l 

-' ' aniicliristiana. 

Maïuiscripti codices liebraici bibliolli. J.-li. de Hossi. Parme, i8o.>, 3 \o\. in A". De Rossi. Calai 

ciid. 

De l'.ossi. bizio- 
iiario slor. 

CJ'l" ")"ND, Meor inaim . ou» rage pliilosopliiqnc par Azaryali de Hossi. Manloue. t><" Rossi. Meoi 

1673, in-4°. enaul.. 

VVailK {^. de), («ouvres de Jeu., sire de Joinxille. Paris, i8(i-', in-8 . U.Waill,, Œ„.. 

"... . ' , deJoin>ill,. 

Hisloria de la pruvincia de Aragon de la (ndiii de Predicadores , par F. Diago. Bar- Diaeo Hisi de 

celona, iStjg. in-fol. pro». de Araft»" de 
D'Drn ''T3" IDC, Sépher dibrc Itakanuin , extraits de dillérenls ni.iiiuscrils, publies 

par Eliezer Aslikenazi de Tunis. Metz, i84i). in-8°. 

XTl' ■'33? CCD ''"I3T, Ihbré huy-yumim libnc Yuhyu , oinrage biographique, par Dibr- l.j\->anii[ 

E. CariDoly. Francfort sur-le-Mein , iS5o. iii-8°. 

ysn ''^31, Dibré hcpbcss , t Acceptable words , » recueil tiré de manusciils, pat Uilirë liéfess. 

Hirsch Edelmann. Londres. i853, in■8^ 

Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d oc ancienne et mo- Uiit ^roy.-lrjn 

dcrnc, jrir S.J. Honnornt. Digne, 18/16-18/17, ■n-'i"- par .S.-J. Honnorai 

Les Trou* ères brabançons, hainuyers, liégeois et namiirois, par Arthur Dinaiix. Dinann, Truu 

Bruxelles, i8C3, in 8°. Tome IV de l'oiivr. intitulé : Trouvères, jongleurs el Irabane. 

méneslrels du nord de la France el du midi de la Belgique 

D'IDID ■'pnpl TDC, Sépher diqàuqi- soplienin. Vari.T lectiones in Mischnam et in Oiqd. soplurim. 

Talniud Babylonicum, etc., auctore B Babbino\icz. Munich. 18G7 a 1875. 

6 \i>\. in-8°. 

Georgii Draiidii Bibliotlieea classica. Francofurli, itji 1 el iGaâ, in-^". 1> 
Hisloria ecclesia- Parisiensis, auctore Gerardo Dubois. Paris. 1(390-1710, 2 *o 

in-fol 

Voir Bullœus. Ou Boidu). 

Le théâtre des antiquités de Pans, par Jac(|ues Du Breul. Paris. it>ia, ou i63u, DuUreul, .Vntm. 

in-i*. de Har. 

6. 



l'red. 

Dibré haka 



class. 

Dubois, Hisl.ecel. 



MI TAHLK 

Du Ciinge. Glos». Caroli Dul'resne Du Caiigc Glossarium ad scriplorcs iiiediae et inCiinae laliiiitalis. 
'<■ Parisiis, 1733-1736, 6 vol. in-fol. — Supplcnicntuni , auctore D.F. Carpenlier. 

Paiisiis, 17G6, 4 vol. in-fol. — lUriusc|uc Glossarii eilit.- ni>\a, cuni addita- 
inenli.s. Parisiis, iS^o-iSflo, 7 \ol. in-A". 
DuO.nngc-.Observ. | )isscrlalii)iis (lU icllcxions sur l'iiistoiit' de .saiiil Louis (par Du Fresne Du Canj,'e), 
sur l'bisi. lie saint ^ |., ^„■^^(. ,|^, Glossariiini iiifdia; <•! in(ima> latiiiilalis; iiouvrlle édit., f. Vil. Paris, 

Didot. i84o-i8.")o, in-à' 
Du r.liPsuL-, Hisi. Ilisloitv des rli.inrolicis cl des ^'ardi's des sceaux de I'imikc. par Fr. Du Cliesne. 
.1,5 chaiicol. p,,ris, iGHo, iii loi. 

Dukii, nontros mCCD ClîSjlp, Qoiilros liumusstlirtii. aii^'ehlitli \(iii .Vudti beii Asclier. Publie. 

a\cc une inlroduclioii <t des noies, par L. Diikes. ïnl)ingcn, 1846, iu-iG. 
Duplu (ElliL-si, IlisI (lire des Cl ml nu erses et des lualièrcsecelésiaslirjues Irailées dans le xm' siècle, elc 
llisi.ilpsconirnv. Paris, i(j()7, ', \iil. ni8'. i>n 1700, in-/»'. 

Duplrl^. Ili^t. (I. Histciire ijenerale de France, <lepuis Pli.iranioud jusqu'à présent, avec l'état de 

'■'■ l'Ef;lise cl de rFinjiire, cl les nienioiies des Ganli's depuis le délufje jusqu'à 

I élablissernenl île la inon.ircliie Irançoise, par Scipion Diipleix , liisloriograplie de 

France, A' édil. Paris, 1 (i.'îi4-i')4 ^ . •' l'un, en f) miI. in-fol. 

Du l'uv, Différeiiil Histoire du diirerend d'entre le pape Bonil'ace VIIF et Philippe le Bel , roi de France , 

par Du Puy. Paris, l655, in (iil. 
Du Puy, Hisi. de Hisloiie de l.i condaniii \lion de l'onlrc des riinpliers. Bruxelles, 1713, petit in-8°, 
1.1 cond;ininalion .1. s ^ vol.;el Bruxelles. 17,^1. in-4 

l^niplicis. 



histor. 
r-chanl 



Corpus 
.1. Gi 



n>loriciuii Miedii ani .1 lenipore (Caroli \I.i 
)i"ii Eccardi. Linsiae, 1720, 2 vol. ni-lol. 



li ad lineni saîculi xv, sluilio 



Voir QuéliJ el lichiiril. 

lidel. Du Ménl, Poésies inédites du moyen àfje, précédées d'une histoire de la fable ésopiquc, p.u 
Poésies iuédiles. g. Du Mélil. Pans, iSOi, iu-8 . 

''DS'^N PID*?!! , Ilaldliutli d'Isaac el-Fasi. Constautinoplc , i,'joy, o vol. iulol. 

Fncomiasiiron auguslinianiun , in cpio personai ord. ereiiiit. .S. P. N. Augustini saut- 
litale, praîlalura. legalionibus, scri|)tis, etc., prœstantes enarranlur, auctore 
h. P. E. Philippo Elssio, Belf;a. Bruxellis , llj,")4, in-fol. 
«■1 .\llf,'enieine Encyclopédie der Wisseuschafteu untl Kunste, p.u- J.-^>. Ersch et .l.-G. 
Gruber. 1" section, A-G, t. i-LXXXlf, Leip-îi;;, i8i8-i864; 2' section, H-lN , 
t. I-.\XXI, l.eip/ig, 18271855; 3° .-ection, ()-Z , t. I XXV, i83oi8 jo, in-4°- 

^D:^ '?3îj'J<, Esdikol hak-liofer, livre sur les coininandeuients, par .lehoiida Hulassi. 
Eupatoria, i836, iii-fol. 

Extravagantes coiiiiuuncs , aplis elucidatae suinniariis adjunctis, quae pro uiajori parle 
sunt Joannis XXII. Lngduui . i5i 1. in-V. A la suite du 6' livre des Décrétales. 



Kl-Fasi. 
Elssius. Encom. 



cycl..riir 



F 



Hdhnc. liil>l;oll,. 
.■il. cl Inf. a-l. 



Falluc (L. ,. Hisl. 
■ IVgl. lie Kouci). 



.lo. VIberli Fabiicii Bibliotlieca laluia inediae el inliiua; a-latis, cum suppleineulo 
Chrisliani ScliQ'tlgenii et noiis J. Doniinici Mansi. Patavii, 1754, b vol in-'i°. — 
FlorenlisE, i858, 6 part., 3 \o\. in-8°. 

lli.stoire politique et religieuse de l'église métropolitaine et du diocèse de Kouen , 
par L. Falluc. Bouen, i8,}u, i8.)l, 4 vol, in-.S°. 



DES CITATIONS. 



Histoire de la ville de Paris, avec les preuves, par doni Mirliel Félibien et doiii Lo- 

bineaii. Paris, lyaô, 5 vol. in-fol. 
Felleri Catalogus codicum niaiiuscri|ilorum bibliolliecae Paulinse in acad. Lipsiensi. 

Lipsiae, 1686, in-i2. 
Histoire ecclésiastique, par Claude Fleury. Paris, ilJQi-iySy, 3g vol. in 4°, ou 

1758-1761, Zio vol. in 13, y compris la continuation par le P. Barre, de l'Ora- 
toire, et les 4 vol. de tables. 
Fontana (Vincent. Maria). Sacrum tliedtrum dnniinicaiiiim. Roiiiae, i()66, in-l'oi 
Bibliotlieca Belgica, sive virorum in Belgio vita scriplisque illustrium catalogus 

librorumque nomeiiclatura, coiitiiiens scriptorcs a clariss. vins Valcrio Andréa, 

Auberto Mirao, Francisco Swerlio aliisque recensitos usque ad aiin. mdci.xxx; 

cura et studio Joannis Francisri Foppens. Bruxeilis, I7J(), 2 vol. in-4°- 
De liistoria juris civilis libri 1res, a .lo.iniie Roinoido Forster. Basileae, 1 j6.T. in loi. 
La France Israélite, par M. le docteur Carmoly. Francroit-sur le-.Mciii , i858, iii-8". 

Voir Carinolj. 
Bibliothèque des écrivains de Tordre de .SainI Benoît, par dom Jean François. 

Bouillon, 1777. 4 vol. in 4". 
Gallia purpurata, qua tum suminoruni pontillcum tum omnium Gallia; cardinalium 

tes pn^Eclare gesliE continentur, ab anno (jg8 ad 1629, studio Pétri Frizon. Pari- 

>iis. 1 (J38, in-fol. 
Les Cliroriiques de sire ,li 111 Froissart. édit. de J.-.A.-C. Buchon. Paris. i835, 

.'i \ol. in-8°. 
I^ibliotlii'ca judaica. par Juliiis Furst. Leipzig. i8'i()-i863, 3 \ol. in-8°. 



Félibien et Lobi 
eau , Hist. de Paris. 



Feller. Catal. cod. 
blbl. Paul. 



Fontana , Sacr. 
thoalr. dotniiiic. 

Foppens, Dibliotii- 
liclg. 



Fiirslcr, llist. jiir. 

Fr. israélile. 

François, Bibliotli. 
des écriv. de Tord, 
do .Saint-Bcnoil. 

Friion. Gall. pur- 
pur. 

Froissart. Cliroii. 
Fursl, Ribl. pid. 



G 



(iallia I liristiana (iio\a), opéra Uionysii Saiiiniarlliani et alioruiii Benedictinoruin. 
Parisiis, 17151785, i3 vol. in-fol. Toni. Xl\ , XV et XVI condidit al([ue edidil 
B. Hauréau. Parisiis, i856-i8()fi, iii-liil. 

Dissertatio liislorica de ducenlis celeberrimis .Augiislini.inis scriploribus, ex illis qui 
obierunt posi raagnam unionem ordinis cremitici usque ad fineiii Tridenlini con- 
cilii, .luctore Fr. Doiiiinico Anionio Gandollo, Geiuieiisi. lîoniœ. 1704, in-4°. 

Joannis Garetii, Lovaniensis, de vera pra'seiitia corporis Cliristi in sacramento eu- 
«baristiae classes no\eiii. conira sacramenlariani pesleni, ex oiiiiiibus fere ecde- 
siasticis scriploribus sumnio studio collectae. Antuerpiae, i56i. in 8°. 

Q''jDn N'JD "I2D, Si'pliei- inelo hufituim , Biographie J.-S. del Medigo, dessen Brief 
an Scracli ben Nathan, etc., \oii .Vbraham Gciger. Berlin, i84o, iii-8°. 

XrnJCnC, Pancloindatlia , ouvrage biogriphique, par .\brahani Gciger. Leipzig, 
i855, in-8°. 

Spiritus lilterarius Norbertinus a scabiosis Casimiri Oudini calumnns vindicatus. 

seu Sylloge viros ex ordinc Praemonslraleiisi scriplis et doctrina célèbres 

exhibens, etc., a l). Gcorgio (Lienhart). Augustœ Vindeiicoruni, 1771, in-4". 

P.iris sous Philippe le Bel, d'après des documents originaux et notamment d'après 
lin manuscrit contenant le rôle de la (aille imposée sur les liabitaiils de Paris en 
I29i; publié par H. Gèraud. Paris, i837, in-4°. 

Histoire de la commune de Montpellier, depuis ses origines jusqu'à son incorpora- 
tion définitive à la monarchie Irançaisc, par Germain. Montpellier, i85i, 3 vol. 



Gandolft 

200 .Auiius 



is.Oiss.d 
1. stnpt. 



fieige 
datha. 



tîéraud, 
l'Inl. t.- lir] 



Ge 
lacon 
pellie 



in, Hist. de 
nede Moi»;- 



TABLE 



Germer - Durand , 
lïiclion. topo^r. du 
Gard. 

Gesner. . Bibliolli. 



(iralz.GeMh.der 
Judw. 



r,T. Chron. de V, 



CralianI (Tl.. 
Auast. augusl. 



Gregorov. , Gescli. 
drr Sladt Rom. 

Guérard, Cart. de 
I égl. de Paris. 

Guill. Nang. Clir, 



Dictionnaire topogr.iphiqiie du dc|):iileinciit du (j.nd, tiiniprenaut les luuns de lieu 

anciens et modernes. Rédifjr |iar M.-E. GeiinerDumnd. Paris. 1868, in-4° 
Bibliolheca uiii>ersalis , sive Calalogus onminni scripturum locuplelissimus , auci 

Coiirado Gesnero. Tiguri, i5i5, in loi. 
miriDJ 'tJ3. (iinzc nistarotlt. Ilanilsclniltlirhe Kdilionen aus der jiidischen [..ittra- 

tur. Publia par Joseph Kob.ik. lianiberg, 1868, .'i parlirs, in-8°. 
Gescbirlite der Judeii \oii(lcii àlleslen Zeiloii bis auf die Gei;enHarl . par H. Gralz 

Leipzig, 1857-187^. Il vol. iii-8°. 
Les grandes (Jlironiques de France, selon que eles soûl (onser\ées eu l'abbaic de 

Sainl-Denys en France. Paris, Téclicner, 1 836-1 838, 6 \ol. iu-8°. Voir Chroiiiq. 
Anasiasis augusiiniana, in ipia scrlplores ordinis ereniitnruni S. Augustini qui 

abliinc saeculis aliquol vixeruiil una cuni ueolericis in scririn digesli sunt, opéra 

ac studio R. P. Tlioniae Gr.aliani , cjusd. ord. Anluerpiae, 1610, in 8° 
Geschiclile der Sladt Honi iiii MiUelaller. \on Ferdinand Gregorovius. Slutlgard. 

i85()i870, 8 vol. in 8°. 
Carlulaire de I église de Noire Dame de Paiis. publié par Guérard. Paris, i8î)o, 

/i vol. in-^". 
Guillelmi de Nangiaco Clironicou ab 0. C. ad aiinuni Clirisli MCCf. el ultra ab aliis 

srriploribus producluui; Rec. des Histor de Fr , t. XX. — Nouv. édil. par H. Ge- 

raud. Paris. i8i3, 2 vol 1118°. 



H 



Hagiopr. 
Hain, Re|,crlor. 

Hak-Karmcl. 
Halikol qédem. 
lial-Lebano... 
Hani-Maggid. 
Ham-Maïklr. 



Harkavy, Juden 
uud slav. .Spracl„„. 

ll.nrlzlicini, Blhl. 
eoloii. 

Hauréau, Philos, 
scol. 

Hay-yona. 

Ilidduusrbé 5ali- 
l>nll.. 



Calalogi libroruni rnanuscriploruni qui in biblitilliecis (idlia-, HeKeliae, Belgii, el< . . 

as'ervantur, nunc priniuni edili a Gnslavo ILtiicI. Lipsiae, i83o, in-/i' 
Hagiographa . eu bébreii. avec des connnenlaircs Naples, i48li 1^87, iiidol. 
Repei'toriuni bibliograpl.icuni, in quo libri oinnes ab arte Ivjiograpliica inventa 

usquc ad annuni 1 5oo Ivpis expressi ordinc alpliabelico recensenlur, opéra Lu- 

doviri Hain. Slnllgarlia;, 1S2G i838. 4 vol. in-S". 
'iDIDH , f/«A'-A«rnie/, journal liebdoniadaire (à préseni mensuel), rédigé par .loseph 

Finn. Wiliia, 1861 et années suiv., in-4° (à préseni in 8°). 
D"p niû'^n, //«/i7.o/ çcV/cni, Ooslerscbe Waiidelingen , pirG.-l. P<jI ik. .Aiiisterd.uii, 

i84G, !U-8°. 
|lj37n, //(//- LctonoH, journal hebdomadaire eu iiébreu, rédige par I Brd. Jérusa 

lem, Paris el Mayence, i8G4 el années suiv., i(i-8° (à présent in-^°j 
l'JDn, HaniM<iggid,^ourn;A hébreu hebdomadaire, sous la direction de F.-L. .Sil 

bermann. Ljck (Prusse), i8ij() el années sui\., in-lol. 
l'IlDn, llam Mazf'ir, hebraisehe Ribliogr.qihie . reiuci! rédigé pu M. .Sieinscbnei- 

der. Berlin, i8;i8 et années suiv.. petil in-/i' 
Pie Juden und die slawischen Spraehen, par Alberl Ilarka\v. Wihia, 1867, in-8° 
Josephi llarUhelni Bibli(jtheca Coltnicnsis, in qua vihe el libri recenseutur omnium 

iudigenarum, cir Coloui.T, 17^7, in-fcd. 
De la philo>opliic seolasiique, par B. Haureau. Paris, i85o. a vol. in-8°. 
rijVn, Hay-yona, La colombe . publication périodique en hébreu, par S. Sachs (un 

fascicule seulement .i paru). Beilin, i85i. in 8". 
mO© ny^'CT, Schib'u schttlolh, sept trailés ou novelles sur le talniud de Babyloue, 

par Salon ion ben Addéreth. Coiistantiiiople , 1720. in-Col 



DES CITATIONS. 



2'D3n ÎVJn "iSC , Sefer Hegyoïi hnnnéfesch , oiler Sitteiibuch von Abraham bar Chivya Hi'gvon nëphescli. 
Iia-Nasi (c. i loo). Dabei eiiie Abhandiung ûber das Bucb iind deii Verfasser von 
Sal. Jcli. L. Ripoporl, lierausgegeben von E. Freimann. Leipzig, i86o,iii-8°. 

yÙnn, Hé-Halaç. VVisscnscliaftliche Abbaiidlungon iibeijiidische Gescliichle, Lile- Hé-Haluç. 
ratur und Alterthuinskunde, dirige parO.-H. Schorr. Lembeig, Breslau el Franc 
fort-sur-lc-Mcin, i8!i2 i86<j, 9 vol. in-8°. 

Ilisloria gênerai de Sinto JDomiiigo y de mi ordeii de Prediratoies . por el niacslro iliin.nul 1 Je Cas- 
fray Hernando de Caslillo. Dirigida a don Pedro de Zaniora, del conseio del rey ' • •^' "■ 

nuestro senor, y su présidente en la real cliancilleria de la ciudad de Valladolid. 
En Valladolid, iTiiî, /i vol. in-!)'. 

Histoire de Fouke FitzWarin, publiée par M. Francisque Michel. Paris, iSlo, in-8°. 

Voir Bec. des histor. de lu Fr. 

Histoire liltérairc de la France, par des religieux bénédictins de la congrégation de 
Saint-Maur (dom liivel, dom Cléiiienccï, doni Clément, elc), continuée par des 
membres de I Institut (MM. Brial , Gin'^uene, Pastoret, Daunou, Amaury Duval , 
Petit Kadel, Fmeric David, FauricI , Lajard, P. Paris, V. Le Clerc, Liltré, Renan , 
Hauréau). Paris, 1733-1869, in-^°. C'esl l'ouvrage dont nous publions le 
XXVir tome. 

The history of english poetrv. I)y Ihonins VVarlon. — New edilioii, in four volu- 
mes. London, 187 ^. in 8°. 

P'JOn Driin, Hotham Tohnitli , [lebr.rische Synonymik, par Abraham Bedarsclii Hoth. Toknith. 
(xiii' siècle), publié d'.iprés le manuscrit de Levde, parG.-I. Pollak. Amsterdam , 
i865,in-8°. 

Sacri el canonici ordinis Pra?inoiislr ilensis Ann des in duas parles divisi. Nanceii , llup). Ami. l'rj-m. 
173^ , 2 vol. in-fol. 

Dictionnaire historique de la ville de Paris el de ses cm irons, dans lequel on trouve Huriaui. Dlctlonn. 
la descriplion de tous les monumens el curiosités, l'établissement des maisons '"■*' 
religieuses, des communautés d'artistes, d'arli.saiis, elc. Paris, 1779, 4 vol. in-8° 



Hist. de i 
Fitz-Warin. 
HUtor. «le la 
HIst. lin. ri 
France. 



Ilislory 
[X>ctry. 



(' 



Icelandic Diclionaiy, par M. Gusbrand Vigfusson. Ovford, 187a, in-i". 
Rrmahimngsschreiben des Jehuda Ibn Tibbon an seincn .Sohn .Sunuel, etc , publié 

par M. Steinschneider. Berlin, i852, in-8°. 
rilDIU^n, Teshouboth (responsa) de R. Isaac ben .Shéshetli. Conslantinople , iblt6- 

15^7, 3 part, en un volume, in fol 



instr. (le Jehouda 
Lpii Tillbon. 



Isaac ben Sché- 
clirlli , Responsa. 



.lahrbucii fur romanisclic und engiische Sprache und Liter.itur. Publié par L. Lemcke. 

Leipzig, 187'i, in 8°. 
Recherches critiques, liisloriqiio ol lopograpliiques sur la ville de Paris, par Jaillot. 

Paris, 1 782 , 5 vol. in-8°. 
\nchiennes cronicques d Englelerre par Jehan de VVavrin, seigneur du Forestel 

Choix de chapitres inédits, annotés et publiés pour la ."Mciélé de l'histoire de 

France, par M"' Dupont. Paris, i858-i863, 3 vol. in-8°. 
n'jDpn nD3n '"tjj, Ginzé hoknialh litikkabhahi. .Auswahl kabbalistirher Myslik , par 
\d .Icllinek. Lcliizlg, |8ÎJ3, 1" partie, in 8°. 



Jahrbuch Je 

Lemcke. 



Jean de \Va 
Anch. rron. 



Jellinel, Auswahl. 



XVI TABLE 

Jillinck, Heitrape Beitrâee zur Gesrhichte (1er Kal)bala, par Adolphe .lellinek. Leipzig, iSSa. 2 par- 
""" l^^''- lies, in-S". 

.low. Chronicl. The Jewish Chronicie (plDt ICC). Londres, i84i. petit iii-fol. (se rontinue). 

Joaji. AnHrcip, lu Nnvclla super se\lo Derrelaliuni eximii ac monarchac doctoris Joannis Andreae Ve- 
spxt. Decrci. neliis. i/igi, infol. 

Jordan, de Saxon. Liber qui dicitur Vitasl'ralrum , rumpositus pci' B. fratrem Jordanum de Saxoiiia , 
Viiosfratrum. ^J■^\ frairuin ercniilaruii) S. Augustini. Romae, 1587, in-4°. 

Josi. Gestl.. dci Geschichtc dcr Isiaeiiten seit der Zeit der Marcabàer bis auf unsere Tage . par l.M. 
■'"<*'■'"■ .lost. Berlin, 1820-1828, 9 vol. iii-8°. 

"Josl. Gescli. dcr Gescliichte des Judenthuuis und seiner Sekien, pai- I.-\l. ,losl Leipzig. i857-i85i|, 
jud. Sektcn. 3 parties, ii)-8". 

Jourdain (Cli.), Index clir'onologicu.s charlaruni ])erlinenliuni ad bistoriam I niver.silatis Parisiensis. 
InrI. clwri. .,), ,,j„j originihus ad linem xvi sa-culi, adjectis insuper pluribus insfrumentis, 

studio et cura (^ar. Jourdain. Parisiis, 1862. infol 

Jimrdain (Cli.,, L'université de Toulouse au XVlT siècle. Dornnients inédits publies par Charles 
I, univers, df lou- Jourdain. Paris, 1862, in-8°. 

Jourdiin tiwli Reclierrlies criti(|ues sur l'.àge et l'origine de.s traductions latines d'Aristote el sin 
sur les Irait. d'.Arls- des commentaires grecs ou arabes emplo\cs jnir les docteurs scolasliques, par 

loii". Amable Jourdain; seconde édition publiée par Cli. Jourdain. Paris, i8^3, in-8°. 

Journal .isiatiqur .lournai asiatique, ou recueil de mémoires, d'extraits et de notices relatifs à l'histoire, 
à Ja philosophie, aux sciences, <à la liltéralure et aux langues des peuples orien- 
taux. Publié par la Société asiatique. Paris, 1823-1877, in-8°. 

Journal llnshiui. L'institut, journal des académies et société» scientifiques de la France el de l'etr.ui 
ger. Paris, 1 833 18.^)2, 20 vol. in-/|°. 

Jubinal , .Nouv. ISouveau recueil de contes, dits, fabliaux, publiés [:ar Ach. Jubinal Pan*. 18/ii. 
'""• i8'i2 , 2 vol. in-8°. 

Jnd. Kanz. Bibliotliek judiscliér Kaiizelrediier, par M. Kaxsciling Berlin, 1870, 2 \ol. in 8' 



Kdfior \;i-lcrah. n'î" ~*Pî2, Ciiftor wu-jihcruh , onuage de ( asnisli(pie, auctore Parchi. éd. Edel- 

mann. Berlin, 1862 . inZ|°. 
Kc|)pl(r, Lpisiola-, Kpiitoia' ad loaunem Keppleruin scripla;, inccrtis ad easdcm responsionibu.s kep- 

plerianis. . ., jussu et aiispiciis Caroli Vl. Sans lieu, 1718, in-lbl. 
lurpQi liimt-d -i';n c; , Acn-m hémeil, recueil liebrcu, publie sous la rédaction de S.J.-L. Gol- 

dcnbcrg, et depuis les volumes VIII et IX sous celle de S. Sachs. \ ienne et Berlin 

9 vol. i833 i856, in 8". 

Kirijfi (Il l.iii.u Histoire de Flandre (par Kervvii de Lettenhove). Bruxelles, i8i7-i83o, 6 vol. in-8". 
HIst. di- FlanHiT . ' ,, V 

Kii crias '7''''ND')'7N ^Nfi: (JjL.JI cj'-o )> kildb er-resail , collection de lettres de B. Mon 

.Abulalia de Tolède el d'au4res rabbins, publiée jiar J. Bril. Paris. 1871, in-8°. 
Kokliv Uli.il, -n^> '2;ir, koHc \izhaq, recueil publie par .M. V,. Stcrn. Vienne, 18^7 (se coiili- 

nue , , in-8'. 
Kol lio. 13 "7;, Ao/ ho, livre de casuistique. Constanlino|)le , i5i9, infol. 

Kriigtr, brplnT rilDi w~"î; lîC, Sepher Midrusch Rablolh , tommenccment de l'édition du Midrascli 
lîdrascli r,;ibli,i Babbi selon le manuscrit de Paris, par Marcus Saloin. Krùger. Francibrt-sur le 

Mein. 1854. in 8° (un fascicule .seulenierH). 



DES CITATIONS 



Pliilipiii Labbei, Biturici, sociclalis Jcsu presbylcri , nova bibliotheca inss. libro- 

riini, sivc spécimen anli(]uaruni leclionuni, etc. Parisiis, iC53, inlt°- 
Sacrosancla concilia, édita sluilio Pliilippi Labbe et Gabrielis Cossarl. Parisiis, 

i(i72, 17 tomes, 18 vol in-lol. 
Pliil. Labbe, De scriptoribus ecclesiasticis quos alligit llob. Bellarniinii.s pbiiologica 

et bistorica Dissertatio. Parisiis, 1660, 2 vol. in-8". 
miai'n mCV, Amudc ha-aboda (columnae cuHus), Ononiasticon aiictorum byni- 

noruni bebraorum , coruniquc carniiiium. . . iligessit E. Landsluitb. Berlin, 

18S7-1862, 2 parties, in-8". 
(Catalogue nictbodique, descriptif et analyticjue des nianiiscrils de la bibliotbéqiie 

publique de Bruge.-', par l'.-J. Lande. Bruges, iHIiy, in-8°. 
'Ilie ancient cnglisb romance of Ilavelok ibe Dane, accompanied \>y tlie Irench te\t; 

wilb one introduction, notes and a glossary, by Fr«lerick Madden, prjiited for llie 

Rovburgb club. London, 1828, in-4°. — Lay d'Havelok le Danois, xill' siècle, 

publié par M. Francistjue Michel. P.iris, Silvestre. i833, in-8°. 
Ilistoiie de la \ille et de tout le diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf. Paris, 1754- 

i7.')8, i5 vol. in-ia. — Nouvelle édition annotée e! continuée jusqu à nos jours, 

par Ilipp. Cocheris. Paris, 18631867, *• '■^^'• 
Mémoires concernant l'Iiistoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, par l'abbé Lebeuf 

Paris, 1753, 2 vol. iii-/t°. 
Leclerc (L.). Histoire de la médecine arabe, 2 vol Paris. 1876, in 8'. 
Canieracum cliristianum, ou Histoire ecclésiasli(|ue du diocèse de Cambrai, extraite 

du Gallia cbrisliana et d'autres ouvr-iges, avec des additions considérables et une 

continuation jusqu'à nos jours, p.Tr A. J.-G. Le Glay. Lille-Paris, 1849, '"'4° 
Histoire des comtes de Flandre, par Edward Le Glay. Paris, )8/i3. 2 vpl. in-8°. 
.lob. Leiandi, anliquarii, de rébus Brilannicis Collectanea ; ex edit. Tbonia' Heariiii. 

Londini, 1770, 6 vol. in-8°. 
Histoire cl antiquités de la ville et duché d'Orléans, avec les noms des rois, ducs, 

comtes, etc., fondation de l'université et de plusieurs choses mémorables. En- 

sendile le tome ecclésiastique, contenant l'origine et le nombre des églises, iiio- 

iiasléres, bisloires et vies des évèqurs d'Orléans, par M. François Le Maire. 

Orléans, 16^8, 2 tomes en 1 vol. in-fol. 
\ ie de saint Louis, roi de France, par Le Nain de Tillemont, publiée pour la bo 

ciéte de Ihistoire de France par M. J. de Gaulle. Paris, i847-i85i, 6 vol. in-8°. 
Bibliotheca Praemonslratensis , auctore Joannc Le Paigc. Parisiis, i633, in-lol. 
Le livre des proverbes français, précédé d un essai sur la philosophie de Sanclio 
. Pança, par Ferdinand Denis. Par A.-J.-V. Le Roux de LIncy. P,iris. \8li:>.. 2 vol 



|jt.b( , liiMIoll, 
I al)l)c , Concil. 



I,.-.bbf, Uissi-rl. 
hisl. (le script, iccl 



Lantlsliutli, An 
lia-.ibo(l,i. 



I.iiudc. Cal. <l.s 
,S5. de Bruges. 

l.,iV<l'llnvi'lok. 



I.ibeul. llisl. .lu 
ilioc. di- Paris. 



Aux. 

t.. Leclerc, llisl. 
de la médecine arabe. 

Le Glay. Camerjic 
christ. 

I.Glav, llisl. des 
coniles de Flandre. 
I.clan.l. 



Lemaire (Kr.), 
Hist. dOrl. 



I.enaiii de '1 iM. - 
mont, ÎSaint Louis 

l.opaige, Libliolli. 
l'ripnionstr. 

Le Roux de Lmcv, 
Hrov. franc. 



y2*p, Kobeç. Collection de lettres et de réponses de Maïmonide. Leipzig, i856, in-^°. 

Le cry de 1 aigle provo([uant ses petits au vol, leprésenté dans les divines homélies 
(le s. Eloy, x.\° évesque de Vermand, Noyon cl lournay, avec deux chérubins 
du tabernacle, ou deux sermons Irès-zélés, etc., traduits. a\ec antres pièces, de 
latin en françois, etc.. par Jacques Le Vasseur. Paris, i63), in 8°. 

D''p'"3 mUEJ, ,Secluig Epitapbien von Grabsteinen des israclitischen Friedhofes zn 
Worms, par L. Lew\sohu. Francfort-.sur-le-Mein, i855. in-8°. 

TOME XXVII. . c 



l^e Vasseur, (jry 
d,- l'.iirle. 



Lewysobn, briU- 
zip Epila|iliien. 



xviM TABLE 

Histoire d'Angleterre, depuis ia première in\asion des Romains, par ie D' John 
Lingird, traduite de l'anglais sur la deuxième édition par M. le chevalier de Rou- 
jeux (et M. Amédée Pichot). Paris, iSaô i83i, i4 vol. in-8°. 

Lives cf Edward llie Confessor, by Henry Uichards Luard. London, i858, in-8°. 

Pasqiiier, ou Dialogue d s advociits du parlement du Paris, par Antoine Loisel , 
iuiprimé dans les Lettres sur la profession d'avocat et Bibliothèque choisie des 
livres de droit, f)ar Cimus, augmentée par Dupin. Paris, 1818, 2 vol. in 8°. — 
Nouv. edit. avec une introduction et des notes, par Dupin. Paris, i844. in-16. 
r.oiseleur, Docir. Li doctrine secrète des Templiers, par M. Jules Loiseleur. Paris et Orléans, 1872. 



Linga 
d'Angl. 


id. 


Lives 


of F.di 


Loisel 


.Dial. 



des Templ. 



M 



Maau.Saiici.eccl. Sancla et nielropoiitana ecclesia Turonensis, sacrorum pontificum suorum ornata 
'"'"■""• virtutihus, sive Séries Turonensium arcliiopistoporuni, etc. , auctore Joanue Maan 

Augustae Turonum, 1G67. in loi. 

\|jg. fur I.ii. .1. ■^ Magazin fur die Literalur des Ausiandes, rédigé par M l-ehniann. Beriin, 18^2 
-Aiislandcs. ^;'( juiv , petit in-fol. 

Magaiin fur Wiss. Vlagazin fur die W'issenschaft des Judenthums. Publié par .A. Berliner et D. Holl- 
d« Jiidcntlninis. mami. Berlin , i8-j!t.m8°. 

M.iliiij, CariuL d.- Cariulaire et archives des comnnuies de l'ancien diocèse et de l'arrondissement de 
'"'''■•'"• Carcassonne, par M. Mahul. Paris, iSîJg et ann. suiv., 6 vol. in-i°. 

M,iiif;ii . Bibi Bibliothcca cliemica curiosa, scu Berum ad alchemiam pcrtinentium thésaurus 
'*"'"• instructissimus, auct Joann. Jac. Mangeto. Genevae, 1702, 2 vol. in fol. 

Manna. Manna , traductiotis de poésies hébraïques, publiées par M. Sieinschiieider. Berlin, 

1847, in-8°. 
Mansi Concilia. .Sacrorum concilioruui nova et amplissinia collectio, in qua prater ca quir Phil. Lab- 
beuS etGabr. Coss.irtius et novissime Nicoiaus Coleti in luceni edidere, ca omnia 
insuper suis in locis optinie disposita exhibentur qua» Jo Doniinicus Mansi evul- 
gavit. Florence et Venise, 1759-1798, 3i vol. in-fol. 
Marc de l.isboni-. Chronique et institution de l'ordre du Père S. F'rançois, qui contient sa vie, sa 
"■"" mort et ses miracles, compos^'e premièrement en portugais par R. P. Marco de 

Lisbone, et en espaignol par le H P. Diego de Navarre, puis en italien par Ho- 
race d'Iola, maintenant en françois par D. S. Parisien. Paris, 1609, in /t°. 
M.ufiMii , riiis Thésaurus anecdolorum iiovus, compieclens epistolas, diplomata, etc., studio Ed- 
""'"' mundi Martene et l'rsini Durand. Parisiis, 1717, 5 vol. in-fol. 

\lariin (H.), llisi Histoire de France, depuis les temps les plus reculés jusqu en 1789, par B -L Henri 
'" f^' Martin, 4' élition. Paris, i85r)-i86o, 17 vol. in-8°. 

Mariii.i. Pi.pio Martini (Raym.V Pugio lidei adversus Mauros et Jud.Tos, etc. Paris, i6fii, in-fol. 
^Cr riV2W , Maskiyolh késef. Abrégé du dictionnaire des iionionvmes hébreux de 
Salomon da Fiera. Amsterdam, 176^, in-4' 
\l.is l.iinc-, Hisi Histoire de l'ilc de Chypre sous la domination des princes de la maison de Lusi- 
'" .'^''ïl"''^ -""^ 1'-' giian, par M.-L. de Mas Latiic. Paris, 3 vol. grand in 8', i852, i855, 1861. 

M.Til, !>;, ,,, Mallha'i Paris, monachi Aibanensis, Historia major, sive Rerum Anglicarum historia 

a Guillelmi .t Iventu ad ann. i273.Turici, 1 589 , in-fol. — Londini , éd. \V. Wats, 
\()lti>. i6/|i, 3 vol in fol — Parisiis, i6ii/i. in-fol. — Londres, edit. by sir 
Frédéric Madden , i8r)6 18C9, 3 vol. in-8°. 
Mtpli.d ■. I C'ni^ "jC , Mrijhed ycriihim, recueil liébreu, public sous la rédiction de Jo,sepl)- 

Kolin Zcdei]. I inihcig, 18."'.^ el suiv.. 4 pirtics. in S". 



Cl. 



DES CITATIONS. 



Nouveaux mémoires de lAcadémie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles. 

Bruxelles, 1820-1876, 4i vol. in-4°. 
Histoire et Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Paris, 1717- 

1808, 5o vol. in-tt°. — Nouvelle série, 1815-1876, 28 vol. in-6°. 
Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 

Paris, 1844-187/i. 8 vol. in-4°. 
Mémoires de la société archéologique de Montpellier. Montpellier. i84o et années 

suiv. , in-6°. 
Mémoires de la société française de numismatique et d'archéologie. Paris, 1866 et 

années suivantes, grand in-8". 
Histoire civile de la ville de Nîmes, par L. Ménard. Paris, 1750-1768, 7 vol. in-4°. 
Fabliaux et contes des poètes français des xii'-xiv' siècles (publiés par Barhazan). 

Paris et Amsterdam, 1756, 3 vol. in-12. — Nouvelle édition, augmentée par 

Vléon. Paris, 1808, 4 vol. in-8''. — Nouveau recueil de fabliaux et contes inédits, 

publiés par Méon. Paris, 1828, 2 vol. in-8°. 
D^Tl "'IpD, commentaire sur le Penlateuque par Samuel Çarça. Mantoue, iSSg, 

in-lol. 
Histoire des évêques de l'église de Metz, par le R. P. Meurisse, de l'ordre de Saint- 
François. Metz, i634, infol. 
Commentarii, sive Annales rerum Fiaiidricaruni , libri XVII, aucl. Jacobo Meyero. 

Anluerpi;p, i56i, iii-fol. 
Histoire des croisades, par Jos. Michaud. Paris, i838, 6 vol. in-8°. 
Chroniques anglo-normandes. Recueil d'extraits et d'écrits relatifs à l'histoire de 

Normandie et d'Angleterre pendant les .\i' et \u' siècles, etc., par Francisque 

Michel. Rouen, i836-i84o, 3 vol. in 8°. 
Rapporis à M. le ministre de l'instruction publique, dans la collection des documents 

sur Ihistoire de France. Paris, 1839, in-^" 
Histoire de France, par .1. Michelet. Paris, i833-i86o, i4 vol. in-8°. 
Procès des Templiers, publié par M. Micbelel. Paris, i8/ii-i85i, a vol. in-^". 
PINJp nnjD, Minhat quenuotk, collection de lettres, par Abba Mari ben Moïse de 

Lunel , publiée par M. Bisliches. Presbourg, i838, in^". 
am3N nipC Miqné Abraham, ouvrage grammatical d'Abraham de Balmes. Venise, 

i523 , in-4°. 
Bibliotheca ecclesiastica , sive Nomenclalores septem veteres, S. Hieronyinus, Gen- 

nadius, etc. Aubertus Mlraeus, Bruxellensis, S. R. E. protonotarius, decanus 

Antuerp. auclariis ac schoULj illustravit. Antuerjiiae, iGScj, in-fol. 
Moaatsschrifl fiir Geschicbte und W issenschafl des Judenthums, sous la rédaction 

de Z. Frankelet, depuis 18G8, sous celle de M. Graetz. Dresde et Breslau, i852, 

in-8°. (Se continue.) 
Bibliotheca bibliothecarum nianuscriptorum nova, studio Bernardi de Montfaucon. 

Parisiis, 1739, 3 vol. in-fol. 
Diarium italicum, sive Monumentorum velerum, bibliothecarum, museorum, etc., 

notifia" singulares in itinerario collectae a R. P. D. Bernardo de Montfaucon. 
Paris, 1702 , in-d". 
Le grand dictionnaire historique, por L. Moréri, avec les suppléments de Goujet; 

édition de Drouet. Paris, 1769, 10 vol. in-fol. 
Le Guide des Egarés, traité de théologie et de phdosophie, |)ar Moïse ben Maîmon, 
dit Maimonide , publié pour la première lois dans l'originad arabe et accompagné 



Mém. (le l'Acail. 
de Urui. 

Mém. de l'Acaii. 
des Inscript. 

Mém. de TAcad. 
des Inscr. Sav. étr. 

Mém. de la suc. 
archéol. de Mont- 
peUier. 

Mém. de la soc. 
franc, de numism. 

Ménard, Hist. de 
Mmes. 

Méon, Fabi. 



Meqor hay^im. 

Meurisse, Hist. des 
év. de Metz. 

Mcyer, Annal. 
Handr. 

Michaud, Hiât. de^ 
crois. 

Michel (Franc). 
Chron. angl.-nor- 
mand. 

Michel (Fr.).Rapp. 

Michelet , Hist. de 
Fr. 

Michèle! , Procès 
des Terapi, 

MinU. queD. 

Miq. Abrah. 

Mlraeus, Aoct. de 
Script. eccJ. 



MonatsschriA de 
Frankel. 



Monlfaucon , Bi- 
blioth. biblioth. 



Montfaucon, Diar 
itahc. 



Moréri , Dictionn. 
Munk, Guide des 



^x TABLE 

(l'une traduction française et de notes critiques, liltériires et explicatives, ^>^t■ 
S. Munk. P.irls, i85fM866, 3 vol., in-8". 
Munk, Mél. <1.- Mélanges de philosophie juive et arabe, par S. Munk. Paris, iSâQ, in-8°. 
phil. juive et ar.iLo. p.,|p5,j„Q Description géographicfiie . historique et archéologique, par S. Munk. 

Muraion. Scripi. Hcrum italicarum seriplorcs, a Luil. Anloiiio Muralorio collecli. Mediolani. 172.)- 
'■'?''• 'ta'- itSi, 2b (om. en 28 vol. in fol. 



Nicoijs, riip sien.- The siège of Cr.rlaverock; with llic anus of ihe caris, barons and knights, who were 

.M Carijv. présent on the occasion: with a translation, a history of llie castic and meinoirs 

of the pcrsonages coninieniorated hv the poct, by Nicholas Harris Nicolas. Lon 

lion, 1828, in-4°- 

Mié ciaama.iini. CjDl'j ^ïûj , Nilé naanviiiiri , cctrails de divers anciens manuscrits, |>ar S.-l.. Heil- 

herg. Breslau , 18^7, in-8°. 
\eiibauer, Tlie The Hfly-lhird chapter of Isaiah according lo ihejewish interprelers, ediled Irom 
iiii'chapi.of Isaïali. printcd liooU and manuscripts by Ad. Neubauer. Vol. I,texts. Vol. Il, liansla- 
lions. Oxford, 1876-1877, in-8°. 
Nosira.bmus, Hisi. L histoire et chronique île Provence de César de Nosiradanius, genlilhomnie pro 
■^ePro^. lençal. Lyon, iGi4. in-fol. 

Noiic. dis mau. Notices et extraits des manuscrits de la Hihiiothècpie du roi et autres 4iibliothèques. 
publiés par l'Acndémie des inscriptions. Paris, 1787-1875, 25 vol. in-4°. 



iJLerlin (l.-J.), Miscella litleiaiia, niaxiinam parteni -Argentoraleiisi 1. Aiiclor Jer. Jar. Dherliims 
'^'""■"- ''"■ A. L. M. Argentorati, 1770, in/»°. 

1 i,,ir iRlim.iil. "OnjnsiX, Oçur nehiiitid, recueil hébreu, sous la direction de ,1. Bhiiueiileld. 

Vienne, i85'i, 4 vol. in-8°. 
iVroili liayyini. Qi'n HnSIN, Oirotli huyyim , catalogue de la bibliothèque de H.-J. Michaei. Hain 

bourg, 1848 , in-8°. 
(Vloric. l'iavnaldi Voir Baronius. 

""■ '^" ■ îîîpi^ O^yj "îC, Scplicr Ohim haq qalon. Der Mikroskonios. Ein Beitrag lur lîeli- 

ani qa ou. giousphilosophie und Etliik, von l\. Josef Ibn Zadik, einem Zcitgenosscn des 

W. Jehud\ liai Levi. .\us detn Arilnschcn ins Hebraîïsche ùbersctzl von li. Mosc 

Ibn Tabbon und zum ersten Maie herausgegcben von Ad'dpb Jcllint>k. Leipzig. 

i854,inS". 

(Mim, •ilii lien- Les Oliui. on Registres des arrêts rendus p.ir la cour du roi sons les règnes de saint 

i^""'- Louis, (le Philippe le Hardi, de Philippe le Bel, publiés par Beugnol. Paris, 

1839-18/18. 3 ton), en /i vol. in 4°. 

I lin. r hasth. nr!2'w D "^^l" . Omcr haalisliikha, comment aire sur les Proverbes, par .Vbraham 

Gabischon. Livourne. 17/18, in-/|°. 
' iriliinn. dos i-ol» Ordonnances des rois de h troisième race, rernrillies par Lauricre. Briqingii\, 
Je Frajice. Pastorel . Pardessus. Paris, 1733-1847, 21 ^ol. iii-fol. — Table ilironologique 

des Ordonnances, par Pardessus. Paris, 1847. '" f"'- 
'irii. biiyyim. s'Tl mn^lN, Orholh huyyim, livre de casuistique, pu' Ahron bak-Kohen de Lunel 

i N'M'boiiMe . Fionnc", i -.'x), in loi. 



DES CITATIONS. 



Ilisloire ecclésiastique de la cour de Franco, où l'on trouve tout ce f[uî concerne 
I histoire de la chapelle et des |)rinri|)aux olFiciers ecrlcsiastiqites de nos rois, 
par l'abbé Orou\ . chapelain du roi. Paris, 1776, 1777. 2 vol. in-/j°. 

Casimiri Oudiiii Conimenlarius de scriploribii-. Ecciesia' intiquis, cuin mullis tlis- 
sertationibus. Franculurti el Lipsiae, 1722, .'J vol. iii-fol. 



Oroux, tlist. l'Ct I 
(lu la cour. 



Guidi Panciroii De claris leguni inlerprelilius libri IV. Veneliis, 1637. in-A". Lipsiœ. 

1721, in-4°- 
Annales Ivpoftrapliici, ab arlis origine ad aiuium 1. ").!(), posi Mailtiirii, Dcnisii alio- 

rumqiie curas emendali et aucti opéra Gcorgii-W olff,'aiit;i l'aiiicr. Noiiinbergae, 

i7(j3i8o3,ii vol. in-.i°. 
Mémoires pour servir à lliistoire littéraire de-. Pa\sl'>a'> et du pajs de Liège , par 

J.-Noél Pa((nol. Louvain, 17G5-1770, 3 vol. in-lol. ou 18 vol. iu-12, 
Codices mauuscripli bibholliecic rcgii Tauriiierisis Allicnai, per linguas digesti 

el binas iu partes disiributi; rerensuerunt .los. P.isiuus, Viiloiiius liixiutelia et 

Franciscus Berta. Turin, t'^f}, iii-lol. 
O'n'jN min ^DC, Scphcr lornth Klohim Le Peiitileuque avec plusieurs commen- 
taires et le p'w pr sur i'Oiiqilos; le dernier parN. Adier, grand rabbin de Londres. 

Wilna, 1874, in-8°. 
K. Saloiuo beii .Vbr druii beii Aderrlli. .Sein Lcbcu uud seine Sclirillen uebst liand- 

schrillliclieii Bcilagen , etc., par J. Perles, rueslui, i8IJ3, in 8°. 
Monuiuenl i Gerinauia' historica inde .ib auno (jbrjsli quiiigenlesinio usquc ad an- 

nuni niillesimum et quingeiitesiniuni. [.Scriptoies ] Piible pu- G. -II. Periz. Han- 

novera', 1826-1874, 23 vol. in loi. 
Storia del comniercio e dei jjanchiiii di Firen/e iu lullo il moudo counsciulo tial 

1200 al i343; liai coium. .S.-lj. Peruzzi. i'Ioieuce, iu-M", i8()8. — .\ppcndice a 

cette publication; même formai. Florence, 1868. 
Notitia librorum manu typisve descriploruni, qui douante Ab. 1 borna \ alperga- 

Calusio \ . Cl. ill iti surit in reg. Tauriucnsis Atlien 1 i bibliothec im ; bib'iograpbica 

et critica desciiptioue illuslrivil, anccdola pis^-hn iuseruil .Vniadeus Peyron 

Lipsiae, 1820, in!x°- 
Novissiiuae bislnriariim oiiuiiuui repcri ussionc--, novilcr a rcvereniiissinio paire .la- 

cobo Pbiiipjio r)rTgoiii(Mi-.e, ordini^ Ficiiilru uni , idilïB, ipia> Siipjilenieiitum sup- 

plemenli cbroiiicaruni nunciipiiiliir. Veneliis, iDo3, in loi. 
Giov. Michèle Pio. Délie vile de gli unuiiui illuslri di sau Domenico. Iiologua, l()20, 

in-lol. 
Spicilegium Solcniense, roni[>lectens sanclorum P ilrum s( riplorumque ecclesiasti- 

coruni anccdota haclenus opéra, selerl a e grsRcis orieiilalibusque el latinis codi- 

cibus. Publie par J.-B. Pilra. P.aris, .852-i858, '» -ol. ii.-,S'. 
Joannis Pitsei Relalioues liislnririe de rébus .\ugli(is. Parisii», i 6 1 j , 2 loin. in-V. 
Mémoires pour servir à l'histoire des égarements ilc l'esprit humain , ou Dictionnaire 

des hérésies, par Pluquet. Paiis, 17(32, 1 \u\. in-8°. 
Antonii Possevini .\pparilus sacer, <um ap|)endi(ibus. ('o|oiii;e, 1G08, 2 vol. in-lol. 
Glosa aure;i nobis prinri loro super .Sexto di'crelaiiuni libro Iradita per rcvereudiss. 

1). doiiiinuui Joaiinem Mon.iihi. l'icardnm. iiun addilionrlius I). Philippi Probi. 

Biluriri, in supremo Parisi( nsi siuatu advocali. Parisiis. iô3."), in-lnl. 



l'anclr. De 


clô 


\e%. iiiteipr. 




l'an?., r, .\nr 
p.,p;r. 


Kll. 



i'athsili. 
Wilna. 



lS..,L),-lk-ïlk-.|. 



l'ilra, .Spinl. Sel. 



!'n 



XX.. TABLE 

Pto\ (J.H.). De De |>oeti5 Alsali* croliti;. medii aevi, viilyo von deii e'sdessisclieii Miiiiiesiiigeru , 
poei. Als. croi. prïsitle Jeremia Jacobi Uberlino. dispulabil auclnr Joli. Heiiricus Prox, Arpeii- 

lorntcnsis. Argenlorati (1786). in-4°. 



c.iohélei Davirl. Tl" fl'jnp , kohélelh David, Collcclio Davidis, i. e. C.italogus releberriiiia' illius 
bibliolliec..' bebi.iae, <|iiani. . . (ollegil R. Daviilc^ Oppenlifiiiierus. Hambourg, 
1836, in-8°. 
(,juciil ■1 Échartl, Scriptores ordinis Pra^dicatoruin recensiti iiotisque historkis et criticis illustrati. Par 
hcripi ord. Praedic»- J Quétif et J. Écliard. Paris, 1719-1721. 2 vol. iii-fol 



R 



Raumer. Grscli. 
dcr Hohenslaufen. 

Raynaldi Annal 

Kavnouard, Mon. 
hist. ' 

Ravnouard , Tem- 
pliers. 

Recueil de pièces. 
rap|>or1s, lettres. 

Rec. des histor. dr 
U Fr. 



[\cilT(nberg, Mon 
des prov. de Namur 



Reifmann , Tôle 
doll>. 



Repetti, Dit. geogr 
di Tosc. 



Rer. Bnt. medii 



ResponM 

Responsa de Salo- 
mon Loria. 

Reumont , Gesch. 
der Stadl Rom. 

R.ïue des L).ui 
Mond.s 



Raumer (Fr. von). Geschiclite der Hoheiistaufeii und ibrer Zeit W Aufl. Leipzig, 

1871-1873, 6 vol. in-8". 
Voir Baronius 
Monumoiits hisloiiques relatifs a la (oiidiimnation des clievaliers du leinple et à 

l'abolition de lenr ordre, par Franc. Juste-Marie Raynouard. Pans. 181 3, in-8°. 
Voir Bujnouurd , Monum. 
Recueil (le nièces, rapports, lellres, etc., relatifs au cœur de saint Louis Paris, 

i8^^-i8iiG. in-8°. 
.Script'res rerum Gallicarutn et Francicarum. Recueil des liistorions des Gaules el 

de la France, par dom Bouquet et d autres bénédictnis; depuis le tome XIll, par 

Biial; les tomes XIX el XX. par .MM Daunoii et Naudet ; le lome XXI par 

MM. Guigniaut et do VVailly; le lome XXII, par MM de VVailly et L Delisle; le 

totue XXIII, par MM.de VVailly, L. Delisle et G. Jourdain. Paris, 1738-1876, 

23 vol in fol. 
Monuments pour servir a l'Iiistoire des provinces de Namur, de Hainaut et de 

Luxembourg, recueillis et publies pour la première fois par le baron de Reillen- 

bcrg. Bruxelles i84/i-i8,i8, 8 vol in-ii"- 
'''hî\ n^mi lia") rinVir, ToleJolh Rabbenou Zerahyah hal Levi . par J. Reifmann 

Pmgue. i8j3, in 8' 
Averroes et l'iVierroïsme, essai bistorique par Ernest Renan, ,3' édition. Paris, 

1866, in-&". 
Dizionario geogralico, fisico, storico délia Toscana, continente la descrizione di 

tutti i luogbi ciel graiulucato, ducato di Lucca, Garfagnana e Lunigiana , compi- 

latii d;i Emanuelf Repetti. Firenze, i833-i8i3. ,') vol. in-8". ^ Supplemento 

al Dizionario délia Toscana; volume unico. Firenze, iSltb . in-8°. 
Rerum Brilannicarum medii aevi scriptores, I. I, renfermant la Chronique de .saint 

Alban. ou Thomae VValsingham Historia Anglicana. Londres. i8fi3, in-8°. 
niDlU?n, Tesclioubolh, Responsa d Adderetb et d'autres rabbins et Gueoniin. Coustan- 

tinople, i5i6, sans pagination, 3 parties, in-4° 
PlSTCn i"n'7vVw , Schealolli ou-tesckoubotlt , réponses de Salonion Loria. Edit. prin- 

ceps. Lubliii, 1J74 1075 
(•escbicble der Stadt Roui von Alfred von Keuiiuinl. Berlin, 18G7-1870, 3 vit. 
, in 8' 
Revue des Deux Monde», paraissant deux lois par mois depuis 1829. Paris, jn-8°- 



DES CITATIONS. 



Revue des questiims historiques. Paris, 1866 et années suiv , in 8°. 

.Statuts collegii Cardinalilii, cuni aliquot senatus consullis pro eorumdein statuturuiii 

interpretatione factis, ab Edmundo Riclier. Paris, 1627, in-S". 
Gallia cliristiana, in qua regni Franc i^r dilionuniqne vicinarum diœceses et in iis 

priEsules describuntur, cura et Inbore Claudii Roberti, Lingonensis presbyteri. 

Paris, 1626, in-fol. 
Hisloria ordinis seraphici, aucl. Pelio Uodulphio. V'enctiis , i.")8(), in-fol. 
Romania , recueil trimestriel consacré à l'étude dus langues et des littératures ro- 

jnanes, pulilié par Paul Meyer et Gaston Paris. Paris, 1" année, 187a, in-8° (se 

continue). 
De l'elal de la poésie française dans les xiT et xm' siècles, p;ir B de Roquefort-Fla- 

inericourt Paris, i8i5.in-8°. 
Ein Conipendiuni dei' jûdischcn Gesetzeskunde aus dem vierzcbnteii Jahrliundert, 

par Da\id Rosin. Breslau, 187!, in-8°, 
Kotuli litterariim clausarum ; edited accurante Tli. Dulfus Hardy. London, i835- 

1837. in-fol. 
]n ni"i , Ruah hen, introduction à l'étude du Guide des égarés par Maimonide. Ed. 

princeps. N'enise, ib/ilt, in- 12. 
Œuvres complètes de Rutebcuf, trouvère du xiii' siècle, recueillies et mises au jour 

pour la première fois par Achille Jubinal. Paris, iSSg, 2 vol. in-8°. 
Fœdera, conventiones, litlcrœ et cujuscunque generis acta publica, inter reges 

Angliae et alios quosve imperatores, regcs, etc., ab anno 1 101 usque ad nostra 

tenipora. [Ed. vol. I-XV: T. Rymer; XV'IXX : R. Sanderson.] Londres, 1704- 

I 735, 20 vol. in-fol. 



Re\ue des quest. 
liUtor. 

, Richer, Stat. coll. 
Cardin. 

Robert (CI.). GaU. 
christ. 



Hodalplilus. Hisl. 
scrapb . 
Romania. 



Hoquelbrt , Lie 
l'état de la poésie. 



Rosin, Compeii- 

Roluli. 

Kuab ben. 



Rulebeuf, édil. 
Jubinal. 

Rymer, Fœdera. 



S 



(,hrcstomalhie arabe, par M. le baron Siivestre de .Sary. Paris, 182') 1827, 6 vol 

iu-8°. 
Monumenta liislorica ad provincias Paraienseni et Placentinani spectanlia. Chronica 

fralris Saliuibene, ord. Minoruin. ox cod. hibliothecae vaticanae nunc priinuio 

édita. Parmœ, 1857, in-4° 
maiDni m'?XE/', Shuahtli ou tesliouhtli (qu istioiies et responsa), pir Salonion ben 

.\ddérelh. Venise, i5/i,j-i5i6, in-fol. 
Bibliotheca Bclgica manuscripta, sive Elonclius luiiveisalis codicuni niannscriploruni 

in celelirioribiis Belgii rœnobiis, urbiuiii. . . bibliolhecis adliuc latentiuiu. Colle- 

git et edidit Anlonius Sanderus. Insulis, i64'. i644, 2 part in 4". 
Anlonii Sanderi, presbyteri, Chorograpliia sacra Brabantix, sive celebriuni aliquot 

il) ea provincia abbaliarum, cœnoliiorum , monastfTiorum , ecclesia^um piaruni- 

que fundationum descriptio. Hagae Comilum , 1726, 3 vol. in fol. 
Felini Mari f Sandei Decnlaliuni conimentaria. Vonetiis, i^gy-i^QQ. 3 vol. in (bl. 

— Lyon, i3i9, i535, 1587, 3 vol. in-l'ol. 
Histoire du droit romain au moyen âge par F.-C. de Savigiiy, traduit de l'alleniand 

par Charles Guenoux. Paris, iSSg, It toni. en .3 vol. in 8°. 
Supplementum el castigalio ad scriptores trium ordinuni S. Francisai a Waddingo 

aiiisque ilescriptos, opus postliumum F.-Jo.-Hvacinlhi Sbaralex. Roma', 1806, 

in fol. 
n'7apn p'jtP'JCf nOD. Séjiher shalschèlelh haq-qabbahi , i)u\rage biogr.ipliiqiie, par 

Giiedalyah Ibn Yahya. Venise, 1587, in-4°. 



Sacy, CMiresl. arabu. 
Salimbem- , Chroii. 



Salomon ben Add . 
Responsa. 

S.inder. Riblioth. 
Ilelgica. 



bander. ( Alil. j 
Chorogrnpii. Rrab. 



Sandeus (Fel.) 
In (lecrctal. 

^avigny, Hist. du 
droit rom. au mo\en 



plo 



bl>araglîa, Sup- 



Scltalsch. h«k. 



TABLl' 

vli.)).i Icliucla. mirr :;;■;' Tî". LiIkt Silwiel Jclutda, autlorc H. Salomoiie Al)cn Verg.i ; rhro- 
iiiiiiu' inihlicf nir M. W iiiur. Fosc. I, le\tc. Hanoiro, i855, in-8°. Traduclinn 
alleiiiaiule, 2 i'asr. IlanoMe, ih!JG, iii-8\ 

^„ii,<li-l (ll.>riui.), LihcrCronicarum.cuni lij,'uris t-t iiiia';iiiibiis , al) iiiilio imiiuli (ab Ilarlin. Sclicclcl). 

I.ili.r.mnli. NorillllKTf^a' , \Ù'J^. ill-lol. 

^,. I,.,. |,.,,| miTin "lie, Si'ilei luiil-dorolli, ouvrage rliioii()logi(|Ui' ri liislciiii|uc , |)ar Jeliicl Hcil- 

pcriti. (larlsrulic, 17');). in l"!- 
timIimi Calai. Calalogiic raisonné des nianiiscrils conscrMJs dans la bibliolliùque ilc la \illf tl rc 
.1rs ,nss. <li! Ginèv. . |iul)li(|Uf (le ficiuvc, |iar Jean Seiichicr. Genève, 1779, in-8". 

^' iIht ib'alli /.i- D''jpt Pin ^rS , Siithcr ilii'iilh :cquciuii. , roniiiienlairc l)ililii|iie. Lnnurne, 1 -^(3 , 

.|.nMn"" ' in loi. 

Vi.lur lia-iljlinni. "i"3"~ ")CD , SciiluT ha ibhour |)ar .Miraiiain bar Cliiyah, el( . On llie in.itlieniatical 
and lechnical clnonDlogv (il llie Ilebrcws, elc.-, edited b\ II. F<"ili|)(i\vskv. Londres, 
i8.")i , in cS". 
^,.|.a|„.u„i Seranciini. ZelKclirill im liihliiilluLu is^ensdialt , I I.iikIm IniHi'nkiuidc inid allcrc 

Llleralur. I>id)lie jiir Hohcil Nanniann. Leiiizig, iiS-io, in-8'. 
slialil.jlliaj l;.iss a^iZ'^ T^tV . ii/'f' yesclinuin , diclionnaire bijjliograpliiqne par Sliiliballiai liass. 
^il. i.'sclicTuni. y \ol.Zolkie\. i8o(i, \u-U'. 

M,lra<[,. Il libro (li bidradi, tesin Inedilo de! sccolo \iv. Pnl)lie par ,\. Barloli. Bologna. 

1868, in-8'. 
.^iinj.r Hi'.I.Ciuir. Epiloiiic l)li)liodie( a' I iiiiradl (ie.sncri par Josiani Siinieiuni. Tiguri, 157.'), in fol. 
''^■""''''- Nouvelle liibliiilliicpie liislori(|uc el ( Inonologique des principaux auteurs et inter- 

Simori (Dec. prèles du droil ci\il, (^^^({(pie, elr., pur Deiiys Siuioii, Paris, j()()2, 169Î), 

! vol in 12. 
^ismniiili. Mi~i ilisloire des Ki-an(;ais. par Sinionde de Sisnioiidi. Paris. 1 82 1 - 1 8.'i.'« , 3i vol. in-8". 
'''"• '■'■■ Si\li Senensis Bihiiullieia saiK la. N(.apoii, y-j'il, 2 vol. in fiii. 

(!,ildogns librorimi li(l)i',( (iruin in Bibliulhcca iiodleiajia, etc.. par M. Sieinscluiei 

der. Hcilin, i8iJ!-i8(io, in-.V'. 
(lataloirus (odicuni lubi-.i (iriuu biblioliieca' Acadeniic Lui,'duno-lialava'. auctore 
Cahil Lu"<l r.aïai "• '^leiuscluieider. I,c\de, io,)0, ni-0 . 

^^ . 1 ... Die liebriiisclien Haiidsriiririen der koniglielien IIol iind Slaaisbililiotliek in Mini- 

Calal. lie Mun. riieii , par M. Sleinseliueider. Munleli, 1875, in 8'. 

M. Iiiscliniidcr. .lewisli LileraliM'e l'roin llieeighili lo llic eigliteenlli eenturv, vvilli an introduction on 
l"'l I II Talmud and Midrasii. a liislorical ess u . Froni the Gernian ni M. Steinsclmeidcr. 

I.iiudres, 18^7. iii 8" 

T 

r,,,i, „,, i2''jpî C"l; . Tuain zcqciiini , notices el extrails de mannscrlls hebreiiv, publies par 

Elieier Axlikenazi. Fraiirlort-siu- le-Mein , i85.4, in-8°. 
I.ihl. .Iiioii. .1.". Table cliron(il(if;i(pic des diplijnies, diarlcs, titres et actes imprimés concernant 
''ij''- llnstuiic de i'r.ince, par .\1. de Breipiigny, continuée par MM. Pardessus el La- 

li(!ulayc. Paris, !--6i|-i877, 8 vol. in-!(>l. 
l.il.iil.i . .1 \ III. Tabula (0111(11111 niauusci iploruni, pra 1er gr.ecos et oricnlalcs, in Libliotheca pala- 
''"'' liiia V iniloboiieiisi .isser.aldium. Kdidil Aeudemia (Jifisarea Vindobunensis. Viu- 

dnlioiia', 1 81) 'i- 18-3, (î viil iM-8". 
lacaiirl, \i. s .1, s Les vies des plus (elèbres |urisconsulles de toutes les nalions, tint anciens que 
:''"'■'''• i'"' niodcj'nes. |i,ir Taisand. l'aris , \ ■)?>■], in/t". ,.. 



s|i;iMS.Illiniil 

Cil. llnrll. 



i)i:s (i r\ri(i\.s. 



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( jciiiiiiii' . I 5f)()-i ,S6 1 . 
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mails ,11 lioiiis lil) 



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'I linni.i 
■ IK.'li. 



,n,oll(l,.), 

(le IVMSr.n,, 



laslibtir. sans lieu d liiiiirc-siini i-l saii-. cl.ilc; d'iiiii-. M Slrinsch 
(Cal. B.kII., col. 26Zi:i) : 

en "N nnijn cr d'jIXj- 

F^a^all. Livoiunc. i8()i|. 
I!. I'. Tlieo|>liili Il.iviiaudi. f\ soc .Icsu, l:!ii;tcniala ilc iiialis ai lioiiis lihils (Ic(|hc l,.n|,li.|;, 

jiisla aul injusta corum (onlixionc. l.iigdimi. iliri.i, iii-^" ' i.ri.iii. <l. 

.Alpliaheliim Augiislinianiiin . m (|iii) pia-clara crt'iiiilK i (ndjiiis jl;c'i iimia viioriiiiiqnc , i.om ,|.. i 

ot fœminariini domicilia ipceiiscnliii'. aiiclnii' riuniia de Hcncra . oicmlla aii^iis- M|,|, Aii;;im 

litiiaiio. Mali'ili, i6<64, in-lol. 
Aiiciciinc fl nouvelle disci|)linc' de l'Eglise lou<liaiit les boiiélices. par le P. Loui> 

Tliomassiu; nouvelle edil., ie\ue. cor.iu'ce cl au^'iniriilée suivaiil l'ordre de l'cdi 

lion laliiie. Paris, 1735, 'i vol. in loi. 
.lac. A. Thuani liisloria sui leniporis. Londiiii. ly.li, 7 m>1. 111 loi. 
De r()ri,Miiisation de l'enspigiienieiil dans l'ijuiversile de Paris, au niosen âge. Tlusi 

présentée à la faculté des lettres de Paris par Charles Tliurot. Paris. i85o, in 8' 
'7Nlw"' n")Nrr, Tiphcrclh hraêl , liomelies par .Saloiiinu Duraii (le jeinie!. \enlse. I ipli. Is 

1 i>9'J. in 4'. 
w"!jX mpD. l'ikiath éiioscli, i. e. Liber lol)i dtiohus tomis coin|)reliensus, etc.; edidil liimail 

el <7indidil Israël Sclnvarz (la première partie senleinenl a paru). Berlin. 1868. 

in-8 ". 
Andréa; 'rira([uelli, regii in curia Parisieiisi senatoris, Cnniiiienlani de iidhililale cl hra^jui 

jure priuiigeniorum. Lugduni, ir)73. inl'ol. '"'''■ 

Sccoli Agostiniani, ovcro Hisloiia générale de! sagro ordine eiemilano de! grande lurdli 

dollore di santa cliicsa S. Aurelio .Agoslino, <li\isa in Iredici .secoli, composta e \^"isini. 

data in luce dal I\. P. F. Luigi Torelli da Bologna, niacsiro iii sagra tcologia . 

liistoriografo, etc. In Bologn 1 , i6rii)-i68G, 8 vol. in loi 
Slori I di Bonilazio \ 111 e de' suoi tcmpi, divisa in libii sel. | er I). Luigi Tosli L.sii 

inonaclio délia badia Cassincse. Pei tipi di Monle Cassino, i8^G, 2 vol. in-8". '"'" 

Catalogue du Musée de Narboime el noies liislni i(pies sur celle \ille. par M. Jour- l.,iiii,,il 

liai. Narbonnc. i8G/i, in-fol. ''" ""'■•" 

Histoire des hommes illusires de loi die de .Sainl-Domiiiique , 

Paris, 1713, () \ol. iii-4°. 
Hisliiire de l'eglise de Meau^, asec des noies ou disserlalions et 

tivcs, par D. Toussaiijls du Plessis. Paris. 1731, :>. vol. in-8'. 
Tractatus Iractatuum et auctorum universi juris. Venetiis, i58'i 
.loannis Tritbemii Annales Hirsaugicnses. opus nunquam hac tenus edilum , etc. 

Tvpis monasterii S. Galli, 1690, 2 \ol. in toi. 
.loannis Trilliemii lilier de .Scriptoribus ecclesiasiicis. in Bibliollieca ecclesiastica 

Joannis Alberti Fabricii. Hamburgi, 1718, in-fol. 
Le triumphc des Carmes, i3i 1, poénie du xiv' siècle, publié avec des notes cl des Tiiumplif (l.i ) d 

éclaircissements par MM. Aimé Lero^, bibliothécaire, et Arthur Dinaux, delà <-"''ius. 

Société royale des antiquaires de France. Valencienncs, i834. 36 pages, in-8°. 
F. Nicholai Trivcti, de ordine Iratr. Praedicatorum , Annales sc.\ regum Angliae c[ui Truiili. A I. 

a comilibus Andegavensibus originem IraxerunI (1 1 -'^6- i3o7). .Ad fidem codicuui 

manuscriptorum recensuit Thomas Hog. I.ondini. 18^.1, in-8°. 



es pi 



P. TolllOM 

:es jiistilica- 
1. in-fol. 



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illii>i.. 

T0US!„UI1|S|JU|.|. 

M5. Illsi.l.lVfrl. 
\Icaux. 

1 ract. Irarlal. 

Irillicm. (Joanr 
f.liron. Ilirsaiig. 

Trillin.i.. Nri 
lor. .al. 



roMi .vxvii. 



TARI-E 



V 



L'glielli (Fcrdinandi) Italia sairi. Koiiiae, i ()(i6-i ')62 , 9 vol. in-tol. — Edit. se- 
cunda, cura et studio Nicolai Cnleti. Venetiis, 1717-1722, 9 tom. , 10 vol. 
in-lol. 

Univers israclilc, |i)urunl binieiisuol. I';uis , iS44 (se conliiiue ) , in-8". 



Xaissii. , Hisi H. Ili^lnire },'eiiciiile de Laiigucdor (par Claude de Vie et Vaissèle). Paris. 1730- 

L-mpupHoc. 17^'. T vol. in-fol. — Coiiuiicnlce et continuée jusqu'en i83o, et augmentée 

d'un grand nnnil)ro de chartes ol de ilocuuipuls inédits, par M. le rhev. Al. Du 

Vlège. Toulouse, i84o, in 8° 

\3iiii \r(:lin \rrliives législatives de la ville de Heinis; collection île pièces inédites pouvant servir 

lipist. .Il- !■,. niiv :i riiisloire des institutions dans l'intérieur de la cité, par Pierre Varin. Paris, 

i8i/i, 18/47, 2 *ol. in V. 

\ill.iiii. ( innira Cronica di Malien Villani, .i iiiiglior lezione ridolt.i coll' aiutn de testi a peiiiia 

e Cinii. di Filip|)o Villani). Firenzi-. 182'», 182'), 6 \ol. pn-8''. 
\isrli De), Bilil Hibliolhcca scriplorum sacri ordinis Cisleiciiînsis, etc., opéra et studio H. D. Caroli 
' Kl (le Viscli, prioris ( œnnbii R. M. de Dunis. Colonise Agrippiiuc, i()56, in/i°. 

\ossius ( r,er. Ceranli Joannis Vossii de historié-, latinis libri III. Liigdiini BaLavorum. itJ27, 
In.in.). Do liisl. lai in V. 

w 



Mil 



vVdiMini;, \<n}. .\uiiales Miiioruin, seii liiiim ordiiuiiii a S. Francisco inslitutonmi , aucl. Liita 

Wad lingo. Iloinœ, 1731-1743, 17 vol. in-lol. — .\nnales Minoruin, conliiiuati 

I Joiniie de Luca , Venelo, J. Maria de iVncona UoniK, 1740, i7'|5, 3 vol. in-lol. 

Walsingliam (llii Voir Pieruiii Uni. med. œvi Scriptores. 

,,, , , ,u Voir Hisloiy. 

VVarlon ( 1 11. /. 

vVrnricli, De aucl Wenricli (,lo Cieoig.). De aiutonini gr.icnriiui \ersionibus et comnientariis svriacis, 
rrffc. vers. arabicis . arnienicis, persicisque comiuenlatio. Lipsia-, 18A2, in 8". 

UicMpr. Hej;esicn rief;esten zur Gescliichtc der Juden in Deutschlaud wâlirend des Mittelalters. Par 

M. Wiener. Hanover, 1862, 1118°. 
Wnif. Bilil lielir .|i) (^hi istiipliori Wollii. . . Bihliolheca hebria. Haniburgi et Lipsie, 1710, '1 \ol. 

in/r 
Wriglii 1b.), The |iolilical soiigs ot Engl.ind, lioni thc reign ol John to tint of Edward II, edited 
•oliiir. 5ongs. ,,,,,1 ,ran>laled hy Thoniss Wrighl. London, iSSg, in '1°. 



scliol s, lie nD'?0 "70 C\ ) d'il sclicl Schelomoh , 1 oinnientaire sur le traite Gitlin, pir .Saloinoi» 

Loria. PiMgiie, 1812, in fol. 
nlain □'711' IIB^ "tSD, liber Jcsoil Olum , seu liindanieiiium mundi, opus astronomicuui 

celeberriinum iiictore R. Isaac Kriel Hispano. Éd. B. Goldberg et L. Rosenkranz 

l'.erlin. 1 H ',(')- 1 8.'|8 ■- parties, m V- 



DES CITATIONS. vxvn 

ri" ■'DC . Li\tvi Jachasiii, sivc Li'\icoii biof,'ra]>liiriiiu et liistoriciiiii . . . coinpilatuiii 
il) illuslri H. Aliraliain Z iculi. Ed. H. Filipowskv. Londres, 1867, iià-S"; cd. Cra- 

ii\ If , 1 :>H I , in-^". 



VVissi'ii.scliattliclie Zcilsrlirill lùr jûdisclie Tlieologie. sous la rédaction de A. Geigcr. /.l;ll^cll^i^l ilr drc. 

Franc flirt sur-leMeiii , i838-i8d4, •) vol- in 8". ^'i;' 

.lûdisclie Zeitscliriit fur Wisscnsciiall und Leben , lu iausf,'ef,' \on D' A. Geif;er, /.ciistlinlt d.- Gci 

t. I. Breslau, 1862 et suiv., in 8". . h^' 

Zeilsduift (iir kirchengescliiclile, lieraus^'Bgeljen von D' Tliiiidor Brieger. I. I. 

/(fascirides. in 8°. Gotha. 1876 et 1877. 
Historia rei litterariae ordinis S. Benedicti, etc. Ojjiis a \\. P. Magnoaido Ziegelbauer 

ironogra|ihice adumbratuni recensuit, auxit jiirisque (luMici fecit li. P Oliverius 

Lefjipontus. .\ugu.staB Vind. et Herbipoli, i-]blt. \ vol. in-fol. 
.\dditamenta ad Delitzscliii Cataloguai Lipsienseni. par L. Zunz. i838, \n-li'. 
Die gottebdienstliclien Vorlràge der .luden. In.stfirisch entwickclt, par L. Zuiiz. Ber 

lin. l^32 , in-8". 
Literaturgesciiiclite der .swiagogaien Poésie, par L Zunz. Berlin. i8lJ5, in-8 
Die svnagogale Poésie des Mitlelallers, par L. Zunz. Berlin, i855, in-8 
Zeilschrift fur die Wissenscbalt des Judentliunis Bédigeliar L. Zunz. Berlin. 1822 

1823, in-8 . 
Zur Gescbiclite und Literatur, par L. Zunz. Berlin, i8^5 1 vol. in-8 . 



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TABLE 



QCITOKZIEIE SIECLE. 



Jem Jfe âneniL, etâgue ^ Toni 

Amimjime:^ aoAsnr if nu ttoAé <ie eanâ 



r &s misères 'in. temps . ii^ie • 

ar L&nAv i&; BeLi-Ejsa... îi-% 

3* lCliimamaarliutiuBBiilm.mil lo-lâ 

4' 1* Btsp (& ùiriimefiA !i*-i» 

5f ChiaiauLiiliw. jjmarr-c YrruUdiasîam . i«l-4fcî 

Sf WJJumtB: aar lu, marc lEEdaaunt J" Î4r4â> 

dk ^ûtierite. tiieaiagien. i5>-di 

delf— -— :i;!ir d4-4A 

Jew %ate .Le(fefta»» ii4-7» 

*r-r: - ■ i - . . 7»-7>4 

"Ilie.- •aeiir- T^i*^/?! 

uiniiine le âtrasaniirz io^u 

inia laHnt» i'*-A'7 

f fa l.-.iiis ^"^7 

fi^-' .'ilBîeheai- ::;.5-;i/i 

Gmi:.. . ''le P'rîmunirç . -.d-i 1 1 

Bw ;- .- iCneats -i--ia 

KiE T^'imnnff 'i*^ ,ii-n«^ , i,i_ ; îij 

GnlbiBBie & RœiB iaimiucniiii . -Jtc-\3i 

Jam (fte KmiBer dummuiain. i îâ' l Sri 

JhcEin^. (b: IDonai lamnuamiK":' .n-.ir. 



ilon 



TABLE 

Pag». 

Jean de Tongres, abbé de Vicogne 160-161 

Raimond de Brettes, auteur de sermons i6a-i64 

Anonyme, auteur de l'Histoire de Fouke Filz-Warin 164-186 

Gieffroi, auteur du Martyre de saint Baccus 187-195 

Gui, abbé de Saint-Germain-d'Auxerre igS-aoi 

Jean Le Moine, cardinal, canoniste 201-226 

Livre de la taille de Paris, le Dit des rues de Paris, les Crieries de Paris, 

les Moutiers de Paris . 225-2^3 

Guillaume de Nogaret, légiste 233-37 ' 

Diverses pièces relatives aux différends de Philippe le Bel avec la papauté . 37 1 -38 1 

Quelques mémoires relatifs à une nouvelle croisade 38i-3gi 

Nicolas le Danois 302 

Simon de Londayco 392 

Ferrier, moine de Val-Sainte Sga 

Arnaul Galiard ^gS 

Raymond , archidiacre de Morinie SgS 

Aubert, prévôt de Saint-Omer Sgâ 

Jean de Monci SgA 

Raimond Botti, cvèque d'Apt Sgô 

Récil d'un miracle à Saint-Viclor SgS 

Raimond Ghila, frère Prêcheur 896 

Guillau'iie de Flavacourt, arclieveque de Rouen 397-60.! 

Michel du Coudrai, moine d'Orcamp 602-606 

Pierre, chanoine de Saint-Autbcrl 606 

Chronique française anonyme 606-606 

Rauf de Boun , historien 606-6 1 o 

Jean de Cromberg, carme 4 10 

Guillaume de Werd, frère Prêcheur 4io 

Barthélemi, évêque d'Aulun 4ii-6i3 

Etienne de Poligni, frère Prêcheur 6 i3-ii 1 tx 

Jean de Torcol 61 6-6 1 6 

Laurent d'Aquitaine 4i6 

Raymond Costa, évêque d'Elne 616 

Pierre de Vcrdale, recteur de Toulouse 617-419 

Thierri le Saxon, frère Prêcheur 619 

Gui de Neuville, évêque de Saintes 420-6a3 

Pierre de La Chapelle, cardinal 623 

Eudes de Bracieux, abbé de Marmoutiers 6a6 

Gérard de Hancines, frère Prêcheur 4a4 

Lambert, moine de Saint-Airi 4î5 

Regnault de Montbazon, archevêque de Tours. ... 4a5 

Loup de Rayonne, frère Prêcheur 626-628 

Gérard de Saint-Denys 628 

Pierre de Saint-Denys 628 



DES ARTICLES. j 

Eustache, frère Mineur A3o 

Amauri , abbé de Barbeau 4.3o 



Les Rabbins français du commencement du quatorzième siècle 4'^o-43i 

Jor vERiES Dv Nord 431-433 

Les losapliistes du Penlaleuque 433-434 

Raschi et sa famille 434 

Joseph Qara el Joseph Bekor Schor 434-436 

Hizqiaii ben Manoah . 436 

Commentaire intitulé Gan 436-437 

Tosapholh anonymes 437 

Isaac Hallévi ben Jeiiouda 437-438 

Jehouda ben Eléazar 438-442 

Anonyme , auteur d'un autre Gan 44a 

Jacob d lilescas 44a-443 

Gloses anonymes 443 

Le» tosaphisles du Talmud 443-449 

R. Péreç de Corbeil 449-4;)2 

R. Meîr de Rothenbourg 4^2-46 1 

R. Schinischon de Chinon 46 1-464 

R. Eléazar de Worms, cabbaliste 464-470 

R. Abraham de Cologne 470-474 

Lilurgistes 474 

Simhah de Vitri 474 

Nethanel de Chinon 474-475 

Elégies sur l'aulo-da fé de Troyes en 1288 475-48 1 

Grammairiens el ponctuateurs 48 1-484 

Nathanel ben Meschuliam 484 

Moïse de Londres 484-488 

Glossateurs 488-490 

Traducteurs 49>-> 

Berakyah han naqdan ben Nalronaî 490-499 

Traduction d'Ysopel 499-5f)i 

De l'ouvrage du prétendu Sidracli 5oi 

Les traductions hébraïques de V Image du monde 5oi-5o9 

C.OMMVHÀVTÉS jvivES 00 Midi Sog 

Rabbins du Midi 5o9-5 1 o 

Rabbins de Narbonne , 5io 

Rabbins de Lune! 5io-5i4 

Rabbins de Montpellier 5i4-5i5 

Rabbins de Béziers 5 1 5 

Rabbins de Trinquelaille 5i5-5i6 

Rabbins de Tarascon , 5i6-5i8 



XXXII TABLK DES ARTICLES. 

Jehouda ben Barzilai il 8 

AJjraham de Posquières 5i8-52o 

Isaac ben Abba Mari, de Marseille 520-52 i 

Abraham ben Nalhan.. 5a 1-522 

David de Villefort 522-52S 

Abraham bar Hav\ a 523 

R. Ahron Hal-Lé\i, lalinudiste 523-52^ 

Menahera Meïri, taimudiste el evégèle 528-5/i7 

R. Nissini, de Marseille 5^7-55 1 

Exégètes anonymes sur Job 55 1-556 

Controversistcs 556-558 

R. Meîr ben Siméon 558-562 

Paulus Cliristianus et R Mordekai, fils de Jehosapliah 562 5^ i 

Philosophes, savants et traducteurs ôyi-o-.i 

Samuel, fils de Juda, ibn Tibbon 573-575 

Salomon , fils de Moïse, de Melgueil 57D-58() 

Jacob Antoli ■ 58o-589 

Gersom, fds de Salomon, d'Arles 589-591 

Salomon ibn Ayyoub, de Béziers 591-592 

Schem tob , fils d'Isaac , de Tortose 592-59.3 

Moïse ben Samuel , ben Tibbon 593-59(1 

Jacob ben Makir ou Profalius Judœus , astronome 599-62/1 

Traduclions d'ouvrages médicaux 624628 

Lévi ben .\braham, philosophe et iheologien 628-6^7 

Abba Mari, fils de Moïse, fils de Joseph, et les auleur.^ divers de la cor- 
respondance philo.'ophique intitulée Miiihalh (hwnaotli ()à~-Gt)'.} 

Simon ben Joseph, surnomme Don Diiran 695-700 

Samuel Sulami . 700-70 1 

Poêles. Les Ezolii 701 7o-> 

Joseph Ezobi 702 70.) 

Eléazar E/.obi 70.)-7o'i 

Meschullam Eznbi 706 

Samuel Ezobi .• , 706-707 

Aliraham Bédersi, pnéle 707 711) 

Isaar Gorni . poêle 719-72Z1 

Isaie Debasch el Pinlias Hal-Levi, poètes 724-72.") 

Reûbeii Isaac 725-72!) 

En Escapat Malil Levi 726-73H 

Mcschuilam lien Salomon et quelques auties ])oêtes de patrie incertaine.. 728 



HISTOIRE 

LITTÉRAIRE 

DE LA FRANCE. 



SlITE Dl QUATORZIÈME SIÈCLE. 
ANONYME 

AITEUR DINE HISTOIRE EN VERS 

D'EDOUARD LE CONFESSEUR. 



Edouard le Confesseur a mérité l'insigne honneur d'être 
mis avant sa mort au rang des saints : il passa même durant 
sa vie pour avoir le don d^s miracles. Plusieurs paralytiques 
avaient marché, nombre d'aveugles avaient vu, grâce à sa 
pieuse intervention, et c'est à son exemple qu'on attribuait 
aux rois d'Angleterre, comme à nos rois de France, le privi- 
lège de guérir les écrouelles. 

A peine eut-il cessé de vivre, qu'un jeune clerc présentait 
à la reine Edith l'histoire édifiante de l'époux qu'elle regret- 
tait. Un peu plus tard, Osbert de Clare, prieur de West- 
minster, rédigeait la légende du nouveau saint, légende que 
devait mettre bientôt à contribution fhistorien Aelred, abbé 
de Ricvaux, dans sa Genealogia regum Anglorum et dans sa 
Vita Edwardi rcgis. 

C'est en se fondant principalement sur ces deux derniers 
ouvrages d'Aelred qu'un autre moine de Westminster a 

TOME XWII. l 

3 . 



■2 EDOUARD LE CONFESSEUR. 

VIV' MFXI.K. 

composé le poëme français dont nous regrettons aujour- 
d'hui de n'avoir jias rendu compte à sa véritable date, et 
dans un des volumes précédents. Nous ne savons rien de 
.sa personne, sinon, comme il le dit, qu'il avait à se louer 
(les bontés de la reine Eléonore de Provence, à laquelle il 
présenta son ouvrage. Eléonore avait épousé en 12 36 le roi 
Henri III; et nous penchons à croire que l'ouvrage fut écrit 
avant 1246, date (le la reconstruction de l'église de West- 
minster. L'auteur était apparemment Anglo-Saxon de nais- 
sance, bien qu'il paraisse assez favorable à la cause du vain- 
queur d'Harold; mais, dans un livre pré.senté à l'épouse de 
Henri III, il eût été peut-être dilhcile de prendre ouverte- 
ment parti pour la dynastie saxonne. Il a seulement tenu 
une sorte de balance égale entre les deux compétiteurs : sui- 
vant lui, ni Harold ni Guillaume n'avaient droit à la cou- 
ronne d'Angleterre; ce fut Henri I", le troisième successeur 
d'Edouard, qui, en épousant Mahaut, arrière -nièce d'E- 
douard, rétablit enfin l'ordre de succession, et rapprocha 
du tronc royal les branches que Harold et Guillaume en 
avaient séparées : 
l.nrxc.i Ldward Dune f'u ta bde arbre ramée 

I ip .l.lll.^scll .f.ii- [)g ^^^ propre trunc severée; 

Kar es tens de trois rois dura 
F^a bastardic, puis rcturna 
A son trunc c cep certein. 

Au tens Henri le premerein 

Quant par sa voiimté denieine 
Mabaud espiisa, ki |)lcine 
De duçur lu c do bonté, 
De IVancbise e de léiifu; 
Fille la nièce roi Aedward. 

Nous ne j)ensons pas qu'un Anglo-Normand eût fait cette 
distinction. On retrouve pourtant la pensée correspondante 
(.iMo.i ,ie dans nos grandes Chroniques de France, quand, avant 
de jjasser de Louis V à Hue Capet, l'historien officiel dit : 
'('À laul la lignée du grant roi Charlemaines, et descent 
« à la lignée et aux hoirs Hue le Grant que l'on nomme 
«(^iappel, qui duc estoit de France au temps de lors. Mais 



.Ion, i8J8 
\ . .'iS 



iS.i7). I- III. 



EDOUARD LE CONFESSEUR. 3 

H puis la lignée fut-ele recovrée au temps le bon roi Phe- 
« lippe Dieudonné. Car il espousa tout appensénient, pour 
« la lignée Charles le Grant recovrer, la royne Isabelle, fille le 
" comte Baudouin de Haynaut; et cil Baudouin fu descendu 
" de madame Ermengart , fille Charles, qup le roi Hue Cappet 
" fist tenir en prison à Orléans. Dont l'en peut dire certain- 
« nement que le vaillant roy Loys, fils le bon roy Phelippe, 
« fu du lignage le grant roy Charlemaines, et fu en lui re- 
" covrée la lignée. » Concluons à notre tonr de ce passage 
(pi'on ne songeait pas encore, au xiii" siècle, à exclure les 
femmes du droit de transmettre l'hérédité royale à leurs 
descendants, comme on le fit bientôt en faveur de Philippe 
de Valois. 

Cette vie de saint Edouard, composée en français par un 
rimeur anglo-saxon, est loin d'être sans valeur. L'auteur, tout 
fn déclarant qu'il avait pour guide un livre latin, ne se lait 
pas faute d'ajouter à son modèle, de le compléter et conti- 
nuer. Pour ce qui touche au style, il n'a pas un sentiment 
plus juste, plus net de la mesure et de l'accentuation fran- 
çaises que la plupart des Anglais qui se plaisaient tant à ri- 
mer dans notre langue. Il est vrai qu'il peut laisser ses plus 
grandes fautes au compte des copistes et du récent éditeur. 
Mais fussent-elles de l'auteur original, elles ne l'ont pas 
empêché d'écrire d'une plume assez ferme et assez colorée. 
Nous allons le suivre, en signalant les passages qui pour- 
raient oflrir de l'intérêt pour l'étude des anciennes mœurs 
et de l'histoire. 

Si l'on en croit cet auteur, l'Angleterre est le pays qui 
avait produit le plus de rois puissants, hardis et saints; té- 
moins le fabuleux Arthur, le Danois Knud ou Canut le Grand, 
saint Oswald, saint Edmond, saint Owen et enfin saint 
Edouard. Entrant aussitôt en matière, il dit comment Ethel- 
red, fils du roi Edgar, avait épousé en secondes noces 
Emma, la fille de Richard I", duc de Normandie. Ethelred 
eut plusieurs enfants; de sa première femme, Edmond, que 
sa force et sa bravoure firent surnommer /roHsù/e, Côte de fer; 
et de la seconde, Alfred et Edouard. Les Danois, qui avaient 



\IV SIECLE. 



k EDOUARD LE CONFESSEUR. 

fait de l'Angletene leur proie, avaient contraint Ethelred 
et sa famille à demander un refuge au duc de Normandie. 
Suénon, le chef des Danois, se fit alors couronner roi de la 
Grande-Bretagne, et transmit la couronne à son fds Knud. 
Après la mort d'Etliehed, son fds Edmond Ironside, avec 
une armée recrutée en Normandie, reparut dans l'île et ])ar- 
vinl à reprendre aux Danois une partie de leurs conquêtes. 
Si l'on en croit notre auteur et plusieurs graves historiens, 
tels qu'Osbert, Huntington, Rad. Niger, il offrit au roi 
Knud de remettre la décision de leurs prétentions au juge- 
lueiil de Dieu. Le Danois y consentit. Après avoir longtemps 
(omballu sans que fun eût sur l'autre le moindre avantage, 
Knud, s'étant arrêté le premier: «Edmond, dit-il, grand 
«I dommage serait d'ôter la vie à un brave et jeune guerrier 
' lel que toi. Ecoute-moi : je suis roi des Danois et tu veux 
1 être roi d'Angleterre; mais tous les Anglais ne sont pas tes 
■< amis. J'offre de gouverner avec toi ces deux royaumes : si 
" lu consens, nous pourrons plus tard conquérir tous les Etats 
« voisins et la France elle-même. « Edmond se défiait de la 
sincérité du Danois; cependant il jeta son épée et lui tendit 
les bras. S'il est permis de douter de la réalité du combat, 
an moins est-il certain que la Grande-Bretagne lut alors 
[Milagce entre les deux rivaux. Citons la dernière partie d»- 
(•<' rccil : 

Kiindz (lel haubf'ii fausse la maille 
Du bran tl'acor ki mut bion taille; 
Puis lui (lit : « Aodmoiul ami , 
«Or cnlcndot kc je vos di : 
" Mut scrroif [e] duel c damage 
Il Si un juvcncel de vostre ago 
" Péris lust, beus fiz Aeduuuul/. 
" Empeirez seiroit tut cil mund/. . . . 
'( Ti Ireie sunt en Normendifi, 
Il Suis es remains et sanz aïe, 
■1 [•'.slu es d'Engleterre roi, 
'( Mais lu n'as pas de tuz otrois. . . 
n De ta beauté pit(i me prent , 
Il Pruesse, sen et liardement. . . 
« Soium rois communaument 



EDOUARD LE CONFESSEUR. .') 

« De l'une e de le autre gcnt. 

« Eicz vus[tre] part en ma terre, 

" E jo, part (le votre, sans guerre. 

Il Plus cuvoit^o] vostre aniiste 

« Ke règne, u pais, u cite. 

(I Cuni fumes avant en(>mis , 

(1 Soium desoremais amis . . . 

(( De Paienime gesk'en Fiance 

1' Ert redotée i'aliance. 

«Règnes oi' moi; Knud soie?, vus, 

«Je seie Admundz , ims soium nus.» 

Aedmund, ki ert deijonaire, 
A ces mots ne se voiit taire : 
«Amis Knudz, ki tant est[es] sages, 
" Hardis e de [tel] vasselage, 
«Si traisun ni eust semence, 
« Tost in'aïu'iez mis à cunsense, 
«Mais traisim redoul-je mut.» 
«N'aies garde,» icspondi Kriut. 
Lois cngette ciiescun sun braiid. 
E deslace heume lusant. 
Et s'eiitrebeisunt ducement. 
Quant l'unt vcu l'un l'autre geni , 
Joie unt gi'ant, n'est mie dute, 
Engleis, Dancis innt ime route. 

11 nous a semblé que ce récit gardait une cerlaint- em- 
preinte de poésie Scandinave, et peut-être le rimeur en 
avait-il puisé les détails dans une ancienne sar/r< po|Milair('. 
Il est vrai qu'on ne le retrouve ])as dans la knydiWju-HUja. 

Londres et le midi de l'Angleterre lurent le partage rl'Ed 
moud Ironside; Knud se réserva la région seplenlricmaK-. 
Mais le meurtre d'Edmond suivit de près cet arrangrincnl. 
et la veuve d'ICtheired reçut potir deuxième é])ouv If roi da- 
nois, sans doute dans l'espoir d'assurer à l'aîné des aulre.'^ 
lils dl'lllielred la succession de Knud. Emma lui trompée 
dans son espoir: Knud exila non-seulement les deux j(ninH> 
princes Alfred et Edouard, mais tous ceux qu'il .sa\ail la\o 
râbles à leurs justes réclamations, .'\pres avoir régné glo- 
rieusement, il laissa deux fils : l'un bâtard, l'aulre ne de son 
mariage avec Emnui : 



Xl\ MKi:i.l:.. 



Mv ^1ECI.^;. 

V. 'm',. 



(1 EDOUARD LE CONFESSEUR. 

Haraud fu bastard, [li] esnés. 
E Hardeknut fu muHerës. 

« Mulleiés, " fils (le femme épousée, mulier; ce mot n'a pas 
été recueilli dans les glossaires. Comme Hardeknud était 
en Danemark à la mort de son père, ce fut Haraud qui 
recueillit la couronne, non sans qu'un puissant parti se 
fût déclaré j)our Alfred, le fils aîné du roi Fjlielred et 
d'Emma. Alfred passa la mer et vint réclamer la succession 
de son frère Edmond Ironside. Dans cette circonstance dé- 
cisive, le fameux Godwin, comte de Kent, abusa de la con- 
fiance qu'il avait inspirée à ce jeune prince : il le livra à 
Haraud, qui le fit conduire dans l'île d'Hely avec ordre de 
lui crever les yeux. Le malheureux AHred ne sur^écut pas 
à ce cruel supplice: il mourut en demandant vengeance de 
Godwin. Tel est au moins le récit d'AeIred, suivi par notre 
rimeur. 

Le successeiu' de ce premier Haraud fut Hardeknud, fils 
d'Emma et du roi Knud le Grand. Il semblait oflrir, pour 
les Saxons comme pour les Danois, toutes les conditions de 
ce que nous nommons aujourd'hui la légitimité. Il rappela 
les amis de ses Iréies utérins, et, comme il n'avait pas dén- 
iants , les Anglais s'accoutumèrent à voir dans Edouard 
fhéritier présomptif de la couronne. Fldouard était encore 
eu Normandie quand il reçut le message qui lui annonçait 
la mort subite de Hardeknud, la vacance du trône et le choix 
que les Anglais avaient fait de lui pour l'occuper. H entra 
en mer, fut accueilli avec des transports de joie et couronné 
par l'archevêque de Cantorbéry. 

Le premier soin du nouveau roi fut d'abattre l'impôt de- 
puis longtemps établi, sous le nom de Danegelt, afin de pré- 
venir les invasions danoises; mais, dit notre auteur, la taxe 
restait dans le trésor royal, tout en conservant son j)remier 
nom : 

Lors est la terre en bon estât : 

Ciinte, barun, et li prélat, 

N'est nus à ki li ri'is !ie pieise. 

Tut sniit riche, tut sunt à leisc . • 



EDOUARD LE CONFESSEUR. 7 

\l\ 5IKCLK. 

Dès les munts geske en Espainne, . 

Nis 1 cmpcreres d'Alcmaigno; 

De Deu et de [laj gent ad grâce : 

N'est humme el niunde ki le haco. 

Li inrcibles réis de France 

A li ad fait jà aliance. . . 

Ben senble le roi Salamun 

De grant famé et de grant rcnum. . . 

Chcciins ki veit le rei Acdward 

Plus est coiiois quant il s'en part ; 

Checuns i prent, cliccuns aprent 

Mesure, sens, afaitement. . . 

Ne fu puis le tens roi Arthur 

Reis ki fuist [à] si grant honur. 

Léuns * fu as barbarins, Lion 

Aignel as suens e as veisins. 

Notre poème a le défaut de tous les écrils Icgcntlaires. On 
y voit de nombreuses preuves de la jnété du roi, de sa clia- 
rité, la mention de ses visions, de ses prophéties, de ses 
nombreux miracles; mais l'auteur passe rapidement sur les 
principaux événements el sur les actes |)olili(jues les |)liis 
importants du règne d'Edouard. La suppression du l)anc(jclt 
ou Denscot avait été l'elFet d'une vision : le roi avait \ n le dé- 
mon assis sur la Iniclie qui le renfermait : 

Vit un deable saer desus \. «l'i/i 

Le trésor, noir e liidus. 

Sul le vit li rois Aedward, 

Kc li dist kc il tost s'en part; 

E fait de benairun cscu. 

E il s'en part par grant vertu 

De la croiz, mais il mut se pleinl 

Que il l'a dcspoillé et teint. 

Et li réis despuis celé ure 

De tel trésor n'aveit cure; 

Eins le lisl ii pris fu rendre , 

Ne mes sufi'i [le] Denscot prendre; 

Car la rençon de cet tailiage 

Denscot fu dit en cel langage. 

Pour montrer mieux encore le peu d'estime (jue le roi 



8 EDOUARD LE CONFESSEUR. 

l'itisnil (l<vs biens du monde, citons encore une louchante 
iinecdote. 

ÏJn jour il aniva qu'après avoir tenu conseil, le roi se 
coucha et ne put dormir. Alors Hujifuelin, le chambellan, 
•Mitra dans sa chandire et ouvrit le trésor pour y prendre ce 
qu'il devait payer au\ fournisseurs de la maison; mais, en 
.sortant, il oublia de fermer la huche. Peu de temps après, 
le cuisinier a])proche et, croyant le roi endormi, prend 
dans le coIFre une somme de deniers qu'il s'en va cacher. Il 
reparaît et puise de nouveau; il revint même une troisième 
fois. Le loi avait k)ut vu, et, prévoyant que le chandîellan 
finirait par surprendre le voleur : « Sauve-toi! cria-t-il, Hu- 
I gueliu approche; il ne te laissera pas une maille. » Le vo- 
leiM- s'éloigne en tremblant. Arrive le chambellan, qui, 
découvrant la brèche laite au trésor, crie : « Haro! — Si- 
■' lence! IJuguelin, dit le roi. — Ah! sire, quel malheur! 
' A|)prenez qu'un larron est entré et nous a pris une forte 
' somme. — Que veux-tu , Huguelin? Le coupa])Ie est sans 
■ doute tin pauvre chétif, ])lus besoigneux d'argent que nous. 
' [^e roi a bien assez de deniers; ne faut-il pas que ceux 
(pii l'approchent en aient leur part. J'ai bien vu le larron, 
t'I quand je j)r<''\is qu'il reviendrait une autre fois, je lui 
ai dit de se contenter de ce qu'il avait pris et me suis pro- 
I mis de ne pas le découvrir. « Voici maintenant le texte : 

Li rois tint n mut grant vice. 
Sur tus les autros, avarice... 
Un jur avini par avonturc 
k après gi'ant cunsoii ecuro. 
Ciiclioz en lit ilonnir no pout. 
Nopurffuant repos oui, 
E sa|)()ia, io ctiof enclin. 
Atant est vonuz Huguelin 
Li ciiaml)ei-loins ki denors pront 
Tant cuni li vint duc à talent , 
Pur paer à ses seneschaus, 
As acliaturs, as iiiarescliaus. 
Mais pur liaster [trop] s'en ubiio 
Ko la liuelie ne serre mie. 
De la cuisine l'escuiler ■ ^ , 



ÉDOUAHD I.E CONFESSEUB. 

Vai pur fore sun nicstor, 

Ben crcit ko se scit eiKluimi 

Li rois, e de desners seisi. 

Muscer les va , e puis repaire , 

E autant prcnt e nuisce areire. 

E terte fes, kar il n'a garde 

De Hugelin ki lunges larde. 

Deners vont prendre grant partie 

Li reis tut veit, ki ne dort mie. 

Ki vit en esperit k'errant 

Après i vendreit li servant. 

E dist : «Fui, garz, kar hein eulenl 

>. Ke Huges vent, le clianil)erleng; 

«Par la n»ere-Deu! sans faille. 

(I Ne te larra nis une maille. » 

Cist s'en va, ke mot ne sune : 

Li rois cungé c pès li dune. 

Li chamherlcins après repaire, 

E véit le larcin à veire. 

Par grant osche k'il i trove. 

[E] ke domaige i est fait, prove. 

Lors ciun esbaïz s'escrie : 

idlarro! » Mes li rois l'en cliaslie : 

uTès, Hugelins. — Sire, merci! 

(iGrant domage est jà fet ici. 

(( Véistes-vus estrangcs, puis 

i< Kc m'en partis, entrer, à fuis. 

(( Ki ad emporté cest averl'» 

Respunt li rois : « Ne put chalei . 

«Ço fu un povere besoinnus, 

(. Plus en ont à faire que nus. 

(lAsez trésor ad rois Aedward; 

<. Drois est ke si promcs eit part. 

.1 [Et] je li dis : Va-t-en, cngrès. 

Il Ke jà pris as reten en pès, 

i. Par moi ne serez descuverl ; 

(( Hiiges s'en vent, bien soyez cert, 

«Tant le cunns, si Dcus me vaille, 

« Ne te lerra nis une maille. . . 

«Le remenant bien te sufist, 

« Cum nus enseigna Jiiesu Crist. 

.1 Commun dust estre aver du munt 

(I A tuz ceuz ki meslcr en unt. » 



TOMK .wvn. 



10 EDOUARD LE CONf ESSEUH. 

— Voilà un bien grand exemple de charité, que pent-ètie il 

ne serait pas à propos de souvent imiter, si ce n'est au pro- 
fit des partisans de la communauté des biens, intéressés à 
rétablir l'équilibre. 

Edouard, avant d'être roi, avait lait vœu de virginité et 
vœu d'un pèlerinage à Rome. Grand fut donc son end^arras 
quand les barons anglais et les gens de la commune vinrent 
le solliciter de prendre femme : 

\. loiU. Dient li ; H Bcii siro reis, 

(I Ben veis kc par féluns Daneis 
« Est li lignage réal 
(1 Mut cscurté c mis à val, 
«E est destniile lacunlrée. 
(I Priiim nus ke il vus agrée 
u Feniiiie prendre pur elTorcer 
I. La règne, curune e poer. 
Il Ke si il plest au rei du cet 
« Eium de vos eir naturel. . . » 

Edouard répondit qu'il ne pouvait et ne voulait rien faire 
contre la volonté de ses hommes; seulement il demandait 
([u'on lui laissât le temps de réfléchir. Les barons partis, il 
se mit en prières. Comment accordera-t-il son vœu avec les 
exigences du mariage? 

V. 112."., A Sun barnage ki atent 

Respunt li reis mut ducoment : 
<i A vostre vuler e pleisir 
«Ferai, seignurs, vostre désir. 
« Ke ki ne fait la volenté 
" Sa gent , n'aura d'eus poesté. i» 

Il se résigne donc au mariage. Le comte Godwin, alors ren- 
tré en faveur, lui présente sa fille et le décide à porter son 
choix sur elle, afin de rattacher plus fortement le parti da- 
nois à la dynastie saxonne. La belle Edith n'était pas in- 
r.iiiier (siiai.) (ligne d'un tel honneur. « Quand j'étais encore enfant, » dit 
"v i'''ii'''p ^"o ••1 cbroniqueur contemporain, Inguif, abbé de Croyland, 
"je la voyais souvent en allant rejoindre mon père dans le 
" palais flu roi. Elle s'informait alors de ce que j'apprenais 



EDOUARD LE CONFESSEL'U. 11 

"à récole; je lui nommais mes auteurs, je lui lisais mes 
"propres vers. Puis, passant de la grammaire à la logique, 
" elle me donnait des lumières que je n'avais pas. Je ne la 
«quittais pas sans recevoir de la main de ses femmes trois 
" ou quatre pièces de monnaie. . . « Voici l'agréable portrait 
que jiotre rimeur lait de cette princesse : 

Vers Dou, vers gent t)iit mut do gr.icos, 

Du porc ne suit pas les traces; 

Simple est de contencuient, 

Cuni à pucclc bon apent. 

Mut fu de l)on sen en lettrine, 

En tute ren u niist sa cure. 

D'entaille e de portraiture, 

D'or et d'argent [en] brudeurc, 

Tant list verais porpres et beaus, 

U d'eguille u de taveaus, 

Hommes, oiseus, bestes e flurs; 

E tant parti ben ses culurs 

Et d autre ovre ricbe c noble. 

N'ut per gesk'à Costantinoble. 

Coni vent la rose de l'espinc. 

Venue est E.ditb de Codwine. 

Si en fu fait im vers cm-tcis 

Dunt clers seivcnt bien le franceis. 

Ce est : Sicut spiiia rvsam , 

Genuil Godiriniis Editham. 

Edouard se laissa marier; et comme les barons furent 
trompés dans leur espoir de voir naître un héritier de la 
couronne, la légende croit pouvoir assurer que les nou- 
veaux époux résolurent, d'un commun accord, de se main- 
tenir dans un parfait état de virginité. On n'aura pas man- 
qué de remarquer ce qui est dit ici de l'instruction littéraire 
et des talents de la fdle de Godvvin. Une partie des mêmes 
éloges est accordée auparavant à Emma ou Elfgiva, Ynère 
d'Edouard; ce qui rend assurément moins invraisemblable 
l'attribution de la fameuse tapisserie de Bayeux à la reine 
Mathilde, femme de Guillaume le Conquérant. 

Tel était l'amour des Anglais pour Edouard et leur con- 
fiance dans la sagesse de son gouvernement qu'on ne lui 

2. 



\lï SIKCl.K. 



12 KDOUARD LE CONFESSEUR. 

pHimil [ws d'accomplir son deuxième vœu, celui d'un pèle- 
rinaj;»' à Rome; il dut se contenter d'envoyer prier « la pape « 
de \v lelexer de ce vœu. f.e pape mit à son consentement 
une condition : c'est c(ue le roi ferait reconstruire sonip- 
lueuscuieul l'église de WestminsliM-, dédiée à saint Pierre. 
Tous les liislorieiis, d'ailleurs, ont vanté la sécurité dont 
jouissait alors !<• royaume d'Angleterre grâce à la sagesse 
du roi : 

\A règnes est en Ixin estiil; 

Li clievaler e li piehil, 

Li I)nig<)is e li niarclianl, 

Li jraïnniir e paisant , 

Li clern c li citain , 

Li liane e li vilain , 

t'aitiit est la paes niaintenne, 

Ke jiistise est snsleniie. 

Li mnndes est reiuiveiez; 

S'en va ivcrn e vont esté. 

En admettant (jue le tableau soit un |)eu llatlé, on peut au 
moins v recoiuiaitri- l'idéal d'un l)on et sage gouverneiuent 
tel (pion le concevait au temps de notre auteur; idéal ([iii 
ne serait pas loin d'être encore aujourd'hui le notre. 

(lomme moine de Westminster, notr(^ rimeiir, on s \ at- 
tend, entre dans de grands détails sur tout ce qui tient à la 
reconstruction de. la nomclle église. Il nous montre saint 
IMcrre, qui en était le patron, qnitlant les portes du paradis 
pour \enir la (bWlier, la marquer de douze croiv et, de .son 
doigt, tracer sur les dalles le double abécédaire grec et la- 
lin, comme le \o(ilait un mystérieux usage liturgique : 

Sans esfaneuies, apeite et liesche, 
I verriez l'ahcce j^poziisque. 

L église, (lit-il, est construite eu larges carreaux de pieire 
laillee, .sur des londements prolonds. La façade, tournée vers 
orient et de lorme arrondie, est surmontée d'une tour; dans 
les deu\ autres tours, dressi-es de Iront à loccident, sont 
suspend nés de grandes cloches. Riches et hauts sont les pi- 



EDOUARD LE CONFESSEUR. 13 

liers. Entablements, bases et chapiteaux, tout est royalement 
faille en pierre. Les verrières, merveilleusement historiées, 
révèlent l'œuvre d'un savant maître. Quand l'éo lise a été ache- 
\ee, on l'a couverte de plomb; puis on a construit de coté 
iMi cloilre circulaire à voûtes, où les religieux tiennent lein\ 
chapitre. A l'entour sont le réfectoire, le dortoir, les ollict's : 

A tant a<l fiinclé sa iglise 
Do giants quareus de père bise , 
A fondement lé e parfund ; 
l..e fiiint vers orient fait riind, 
Li qiiarrel sunt mut fort e dur : 
En niiliu dresce ime tur, 
E dcus en frunt de! occident; 
l''. bons seins e forant/, i peut. 
I.i piler é li tablenients 
Sunt riciies, defors e drdons; 
A basses e à ebapitraus, 
Surt l'uevre granz é reaus; 
Entaillées sunt les pères, 
E à estoires les vercres; 
Faites sunt tûtes à meslrie 
De l)onnc é léau menestraucie. 
E, quant ad achevé le ovre, 
De plinii la iglise ben covre; 
Clostre i fait, chapitre à fiimd, 
Vers orient vousé e rimd , 
U [tut] li ordené ministre 
Teingnent iur seciei chapitre, 
l^efaitéur et le dortur, 
E les ollicines entur. 

Ces détails nous ont paru intéressants, l'auteur, (|ui écrivait 
vers 1 3 00, parlant nécessairement de l'église construite par 
oi'dre d'Edouard en i o58, église qui fut brûlée el rebâtie un 
siècle plus tard. 

il peut send)ler utile, pour letude de l'architecture chré- 
lieiuie, de rapprocher cette description de celle de l'auteur 
conteinjiorain d'une autre vie d'Edouard, dédiée à la reine 
lùlilh : Principalis arœ domns, ahissimis erecta fornicibiis (jiia- 
ciralo opère pariqne commissura circumvolviliir : adilns aiileiii 



U EDOUARD LE CONFESSEUR. 

ipsius œdis duphci lapidam arcu ex utrocjiie lalcre lune et inde 
fortlter solidala opeiis compage clauditur. Porro criix templi (le 
Iranseps), (juœ médium canentium Deo chorum ambiret, el sin 
aemina hinc et Inde sustenlatione mediae tarris cehum apicem 
fukiret, litimili primiiin el robuslajornice simphciler sarfjit, co- 
cleis miiltipJicitcr ex arle ascendenlibus plurimis tumescil; deindc 
vero simpUci muro iiscjue ad teclum hfjncum plumbo ddifjentei 
tectum pervcnit. Subter vero et supra, d'Spositc edncunlnr domi- 
cilia, memoriis oposlolorum, marlynim, confessai um ac vircji- 
num consccranda pcr sua allaria. Ihcc aalem mulhphcilas lani 
vasli operis tanto spalio ab oriente ordita est vctens tcnipli, ne 
scilicet intérim imbi commorantes Jratrcs vacarcnt a servitw 
Christi, ut elinm alicjua pars spatiose subiret intcrjaciendi vcsli- 
huli. [Vita Acdxvardi régis, auctore anonymo. Imprimé pour la 
première fois à la suite du poëme français, p. 38()-435.) 

Quant au don de miracles qu'on attribuait au loi long- 
temps avant sa mort, il pourra suffire de remarcpier qu'il 
s'exerçait principalement sur les cécités et les oplithalmies. 
[^a ])lupart de ceux qui venaient le prier de les toucher, ou 
fpii se bornaient à demander la modeste faveur d'humec- 
ter leurs yeux avec l'eau dont il lavait ses mains, étaient de 
pauvres gens qui non-seulenient recouvraient la faculté de 
voir, mais avaient grande part aux charités de celui qui les 
avait guéiis : peut-être la loi du roi et de ceux qui l'entou- 
raient fut-elle souvent plus grande que la loi des gens qui 
\enaient en réclamer le bénéfice. 

On retrouve ici le récit de la mort de Godwin, tel que 
l'ont rapporté tous ceux qui lui ont reproché d'avoir eu part 
à la mort du jeune Alfred, frère d'Edouard. Un jour de 
grande lète, où le comte remplissait l'office de grand échan- 
son, il fléchit d'un pied en portant la coupe devant le roi. 
Il sut à propos se redresser en s'appuyant sur l'autre pied : 
"Voilà, dit-il en riant, un frère venu bien à propos en aide 
" à son aîné. — Comte Godwin, répond tristement le roi, je 
«pourrais autant espérer du mien, si vous l'aviez permis. " 
Ces paroles firent pâlir Godwin : « Sire, dit-il, vous semblez 
« m'accuser de la mort de votre frère : j'ai souvent demandé 



EDOUARD LE CONFESSEUR. 15 . . 

MV SIECr.K. 

.1 à ine justifier; mais si je suis coupable, que ce morceau de 
' pain s'arrête dans mon gosier : " 

Li lois Aedward le mors benoit, V :i3iii 

Et dist : « Duoint Deus l'espruf voir soit ! » 

[Et] li qiiens le met en sa bûche. 

Li mors s'ahert ciim une zuche, 

Enimie l'entrée du goitrun 

Au traître fcl glutun, 

Que tut ii mangant li virent; 

Andui li oil en chef ii virent , 

Char li nercist et devint paie : 

Tuit sunt esbaï en ia sale. 

L'aleine et la parole pert 

Par le niorcel qui ferm s'ahert. 

Mut ot force la benaicun; 

Mor en est li sanglant félon. 

Nous arrivons à la dernière maladie d'Kdouard. Harold, 
(ils de Godwin et frère de la reine Edith, vient déclarer au roi 
alité qu'il ne croyait avoir d'autres droits à la couronne que 
ceu.x de la fille du duc Guillaume, la véritable héritière. Les 
chroniqueurs normands prétendent que Guillaume le Bil- 
lard avait d'abord insisté vainement pour obliger fiarold à 
épouser cette princesse; et le duc n'aurait entrepris son e.\- 
pédition que sur le refus du Saxon. Il semble plus naturel 
de conjecturer que les refus vinrent de fambitieux Normand , 
(pii, tout en ayant l'air de désirer cette union, aurait été 
fort contrarié si elle s'était conclue. Notre auteur jette donc 
((uelque lumière sur ce point historique : 

Duc Haraud devant le rei V. ;5S9.'). 

Vent et dit : «Sire, par [ma] fei, 

H Juré ai , ço est vérité ; . . . 

Il Le droit du règne ki apend 

Il A vus, Sire, naturaument, 

Il Cranté lavés au duc Willame, 

i( N'i avérés pecché nie blâme. 

Il Droit [i] a, par Emme ta mère, 

Il La reine ki sa fille ère; 

(I Si à sa fdie ne le dune , 



ID EDOUARD LE CONFESSELH. 

«I Drois est k"il ait la curunc. 
Kar jo, si vus dire ic os. 
(I De espuser l'ai en piirpos. 
(I Ai ia pucele afiancc, 
Et au duc sui aliancé. " 

Enfin, après avoir raconté la niorl edifianlc du roi. le 
po('lp croit devoir implorer son intercession : 

Or vus pri, gentils l'ois Aedwaid. 

K.'à moi peccliur aiez regard. 

Ki ai translaté du latin 

Soluni inun sen c nuui engin. 

En franceis la vostre estoire ; 

Ke se espande ta niénioire. 

E pur lais ki de lettréurc 

Ne sevent , en putraitéure 

Figurée apertenient 

L'ai en cestui livret jjresent. 

Pur ço ke désire c voil 

Ke oraille ot, voient li oil. 

De cest ovrc vus l'as présent . 

Ma poverté li plus n'estent; 

N'ai or n argent en ma liaillir. 

Pri Deu k après ccste vie. 

En règne celestien 

Régner pusse o vus. Auicii 

.\près le récit de plusienrs niiracle.s opères au tonihraii 
du nouveau bienheureux, nous voyons comment llarold, au 
mépris de ses engagements, et sans être deveiui l'éj^oux de 
la lille de Guillaume le Bâtard, se fait reconnaître el c(ui- 
ronner. Guillaume part de Saint-Valeri avec une armée loi- 
midahle. On sait comment il fléchit, en touchant le ri\age, 
el comment, à l'exemple de César arrivant en Alrifpie. ii 
inler|)réta ct't accident à son avantage. Le mot est ici alln- 
bue au chevalier cpii l'avait vu tomber : 

Li ducs \\ illame à l'arriver, 
Clii'i suvin sur le graver; 
.As nieins se prent à la gravelc; 
A on chevaler k'il apele. 



liDOUARD l.E CONFESSEUn. 17 , . 

XIV SIECLE 

Dist : « Ke piiet sigriifierP 
Il — Ben, ro disl li chivaler, 
iiEnglcIcrrc avez cunquise. 
Il La terre as meins avez jà prise? " 
Li ducs ki s'arma tosi .'ij)rès 
Sun liaul)ero endosse envers. 
Dist ki l'arma : «Seit tort u dreit, 
(I Vcrruns ke ii ducs rois seit. » 
Li ducs ki la raisun ol, 
Un petit siirrist au mol, 
E dist : Il Or seit à la devise 
« Celui ki le mund justise! > 

il y avait chez le poète qui dtkliait son livie à la leine 
tléonore un certain courag(> à laisser entendre ainsi que le 
duc Guillaume n'avait n'-cllenient aucun droit à la couronne 
d'Angleteire. Il avait même dit plus haut : 

Haraut ne Willauie dreit V. 382<). 

N'urcnt, ki vcirs dire deil. 

La victoire d'Hastings lut, comme on sait, longtemps 
incertaine. Guillaume eut grande peine à retenir ses Nor- 
mands, saisis d'une terreur panique : 

Sa gent rapcle c ann)ncste : . V. /|.")73. 

" Ke put estre, dist-il , ceste 

«Cuardie, seignurs nornianlz, 

i( Ki ancestrcs avés si grantz? 

« Rcis Rou ki as coups de lance 

Il Dcsciunfist le rei de France. 

Il E le mata, emmi sa tene, 

(I Pai' force de bataille e guerrr 

«E duc Richard k'aj)rès li vint, 

(I Ki le diable aleint e tint 

1" E le vcinqui e le lia: 

iiEvu, iaillis, i'orlignez jà! 

I' Sivcz moi, ma gent dcmeine. " 

Atant s'est turnez par la plaine, etc.. . 

Le corps du roi liarold fut retrouvé et porté, à la prière 
de sa mère, dans l'église de Wautham, qu'il avait fondée. 

TOMK XXVII. • 3 

U * 



18 EDOUARD LE CONFESSEUR. 

Quand on le releva, il conservait encore le visage d'un lionune 
endormi. Un évêque voulut lui arracher un côté de la barbe, 
mais l'abbé Gillebert l'arrêta : « Sire évoque, dit-il, vous n'en 
■ emporterez pas un poil. — Apprenez, reprend le prélat, 
■■ que je l'aurais gardée comme un trésor préférable à tout 
"l'or du monde." Au manteau qui couvrait Harold, Guil- 
laume en substitua un autre pour le moins aussi beau : 

Ovcri' lu nioul riclieiiu'iit 

D'or fin ol tic argent 

Ko avcit tel rois Willanie 

A l'iioiuif saint Edward c tanic, 

En 1 iglise de Westniuster 

Ki n'a en réaunio [sa] jjor. 

Ce (Hii permet au poëte monacal de finir en recommandant 
sou abbay(> à la constante sollicitude des rois successeurs de 
saint Edouard. 

Tel est ce poëme, plus intéressant que le commun des 
pieuses légendes. Il nous a permis de reconnaître la main 
assez ferme, assez exercée, d'un Anglo- Saxon, religieux 
de Westminster et contemporain de notre roi saint Louis. 
Le volume qui le contient appartient à l'université de Cam- 
bridge et porte dans la bibliothècpie la cote Ee. m. ôy. 
G Cst un beau maïuiscrit, exécuté, comme l'indique le/rtt- 
similc, vers la fin du xiv' siècle. Cette date ne nous permet 
]jas d'aduieltre avec l'éditeur qtu' le ^olume soil celui qui 
lut présenté à la reine Eléonore, ni cpie les curieuses mi- 
niatures (pi'il renlerme soient l'œuvre originale du poète, 
loul ce qu'on peut conclure des vers cités plus haut, c'est 
(pie les ornements ont été exécutés d'après les dessins de 
railleur liii-mèuu'. 

M. Francisque Michel, auquel la littérature du moyen 
;ige doit tant de précieuses découvertes, avait le premier, 
Hii iSSf), attiré l'attention ])ublique sur cette Vie de saint 
f'douard, dont il avait même donné un fragment de cent 
\ingl-sepl vers. L'année suivante, M. Taylor, auteur d'une 
traduclion anglaise du Roman de Rou, rejjroduisait au 



EDOUARD LE CONFESSEUR. 19 

trait cinq des miniatures, dont l'une se retrouve encore dans 
le bel ouvrage de Shaw, Dresses and illustrations of the middle 

L'ou\rage entier a été publié en i858, par les soins de 
M. Henri Ilichards Luard, dans un volume de la collection 
des Rcruin Brilannicarum mediiœvi scriptores, ou Chromcles and 
memonals oj Grcat Bntam and Irelaad, diirinc] the middle acjes , 
publislied by the authorily oj the lords commissionners of Her 
Majesly's ircasnry, under the direction of the master of the rolls. 
M. Luard a fait suivre le texte Français d'ime traduction 
anglaise, et il a ajouté un glossaire des mots français qui 
lui semblaient pouvoir arrêter un lecteur anglais. Dans le 
même volume sont réunis quatre morceaux relatifs à saint 
Rdouard, dont nous ne devons guère rappeler que les titres : 
1 " l ita beau Edwardi reqis et confessons : c'est un court poëme 
latin du xv"" siècle. — 11" Extrait d'un poëme composé d'après 
la Vita sancli Edwardi d'AeIred, qui est en prose. Sur la foi 
de ce poëme, ainsi que l'a remarqué M. Luard, Chryso- 
stome Henriquez et Leyser ont compris Aelred parmi les 
poètes du moyen âge, bien f[u'on ne connaisse de lui que 
des ouvrages en prose. — 111" Extraits d'une traduction en 
vers français du même livre d'Aelred, conservée au Vatican. 
M. Luard en a reproduit quatre-vingt-quatre vers, qui se 
rapportent aux remontrances faites au roi Edouard par les 
barons et les communes, à l'occasion de son projet de voyage 
à Rome. Cette traduction appartient au commencement du 
xiii'' siècle et ne semble pas offrir d'intérêt. — 1V° Le qua- 
trième et dernier morceau, bien plus important, est une pre- 
mière édition de la Vita Edivardi régis, composée peu de temps 
après la mort de ce prince et dédiée à sa veuve, la reine. 
Edith, fdle du comte God\Ain et sœur d'Harold. L'œuvre 
étant purement et uniquement anglaise, nous n'avons pas à 
nous en occuper. 

L'estimable éditeur de cette importante publication s'est 
acquitté d'une assez pénible tâche avec un soin particulier. 11 
a donné un fac-similé des trois manuscrits dont il s'est servi : 
celui d'Oxford, qui contient la relation du xi* siècle; celui 

3. 



Xlï" SIKCI.K. 



Xl\ MECLB. 



^0 EDOUARD LE CONFESSEUK. 

(le Cambridge, qui renferme le poëme français; el celui de 
la bibliothèque Bodléienne, d'où sont tirés les extraits du 
poi'ine latin du xv° siècle. Nous ne dirons rien de la traduc- 
tion anglaise, sinon que M. Luard y suit mot à mot et ligne 
pour ligne l'œuvre originale; mais nous devons regretter 
un trop grand nombre de mauvaises lectures du poëme fran- 
çais, dont on retrouve les conséquences dans l;i traduction 
et que l'éditeur a malheureusement voulu explicpuT dans le 
glossaire. Nous ne pouvons relever toutes ces méprises, poin- 
ainsi dire innombrables. Si l'on n'était pas averti tle s'en 
garder, elles fourniraient aux glossaires un long su|)|)lément 
de mots jusqu'à présent oubliés. Contentons-nous de signa- 
ler une partie de celles qui appartiennent dans Tordre alpha- 
bétique à la première lettre; on jugera ])ar là du nombre el 
de la gravité des autres : 

^ ''06 Uiio fille ;ivnit le rois 

l\o lu tant l)oll(' ci k'à Blois. 

(Il n'en était ])as d'aussi belle, d'ici à Blois.) Lédittuir, (jiii 
d'abord avait écrit «à Bleis, » avertit dans le glossaiie qu'il 
faut lire d'un seid mot, et traduire savante. 

\ -J*»'! — Qtianl (le ma mort seriez seins 

A cerle le vus di del rei, 
Que tu le celés cuni de uioi. 

(Je vous le dis, assiu-ément, du roi.) M. Luard lit " acertel 
"VU di, -1 et traduit le mot » ac(>rtel » par cerdlnde. 

^•37.">.'- i'\un,i) dient cist , purqui lur, ([ueis 

< Plus sunt endiuTis lucres. 

(a'S deux vers sont faux : il fallait aj)])arenunenl : 

Nim, (lient cist, puf ke lur queis 
Plus sunt endurcis ke l'acers. 

( Pour ce que leurs cœurs sont plus endurcis (pie l'aciei'.) 
\u glossaire cet acres chimérique est rtMidu par increasc (ac- 
croissement). 



EDOUARD LE CONFESSELU. 21 



XIV SlEtl.t. 



Cist est Deus onniipolcnl V iS'iO. 

Cist lait a amer c adiiter 
Qui ses serfs set si venger. 

(de Dieu est à aimer et l'edoiiter ([ui venge ainsi ses servi- 
teurs.) Au glossaire : acluccr, adoucir. 

Peisc à la lasse doleiile V. iOio 

Ke mort li fait si liiiige alciile. 

On a lu . " Feise al' alasse dolente •' et an glossaire : 

Il alasse, inalh(Mireu\. " 

\ ers 2 1 ao et i V'-8 : asorhè ne répond pas à éteinte , mais 
a aveiujlè. 

Asorbez muiiit en lldi 

E les seins ki aviU'S V. ^o'i'i 

Sunt (les i<,'iises clames. 

[VX les saints qui sont appelés les avoués des églises.) (le mol 
daxoné, trè.s-souvent répété, est toujoiiis écrit aimés, el in- 
terprété au glossaire : eldcst, aîné. C'est une lorte mé|)rise, 
venue de l'oubli du sens féodal du mot avoué. Même obser 
\alion pour aiivenc , vers 6.)() et 8o.), qu'il eut fallu lire 
aviiene. 

Disons encoiv t[ue le mot cnclune, ([ui a lort embarrasse 
l'éfliteui-, n'est pas le paiticipe du verbe ciuluncr, avec le sens 
de <• permettre, » dans ce vers 

Kl' cunseil vus cudiuie Irez. V. i.'i-;'. 

On ])eut assurer que le manuscrit donnait : 

Ke cunseil vus en tlunc Iri!/.. 

(Vous ferez suivant le conseil (pion vous en donne.) 

En résumé, il n'y a guèie de page qui n'ollre matière 
à des corrections, toutes aussi faciles. Mais, pour éviter la 
plupart de ces méprises, il fallait lui critique sidllsammenl 
instruit des règles de notre ancienne langue et ronq)u de 
longue main à la lecture de nos anciens textes. Or c'est là 



XIV SIECI.K. 



22 JEAN DE SIERK. 

un j^enre d'étude assez négligé, même en France, et qu'on 
ne pouvait guère espérer de trouver chez un éditeur an- 
glais. 

P. P 



JEAN DE SIERK, 



KVEOUE DE TOUL. 



\ir,it V,.,, i.i,,., La petite ville de Sierk, située sur la Moselle, dans le 

diocèse de Trêves, a donné son nom a une famille riche et 
puissante, cpii s'est éteinte dans les dernières années du 
wii' siècle. A cette laniille appartenait Jean de Sierk, évêque 

(:,iirnH,ii,i,i,„(i, de Toul, mentionne par Calmet entre les écrivains de la 
loi, roi. ,/„, Lorraine. 

Il avait été d'abord an hidiacre dans l'église de Trêves. En 
(„iii .1,1.1 ii.n l'année 1^86, à la mort de l'archevêque Henri de Fisting, 

I. XIII, ,ol U8 . • 111- .'il • 

lî, „o,i Hist ^"' (^fit'Tii noml)rf' de clianoines |)orterent leurs voix sur 
...les. .1. Im,,i l'archidiacre Jean de Sii'rk; mais celui-ci préléra, pour 
n'avoir pas de procès avec ses conqjétiteurs, renoncer aux 
suffrages qu'il avait obtenus. En 1288, il fut appelé sur le 
siège d'Ltrecht, (pi'il occupa huit années. On ne s'étonne 
pas de le voir, durant ces huit années, toujours en guerre 
a\ec la noblesse de son diocèse; il avait à défendre, étant 
évêque, les biens, les privilèges temporels de son évêché, 
menacés par quiconque se croyait assez fort pour en usur- 
per quelque chose. Il quitta donc sans regret l'église d'U- 
trecht, quand, en l'année 1396, le 3 des nones de février, 
Boniface VIII lui confia l'église de Toul, vacante par l'abdi- 
iiii.i,..ii,„ai,„„ cation du franciscain Conrad. 
,M,,i, , ..,,,^01", , Cependant les contrariétés ne devaient pas lui manquer 
sur ce nouveau siège. Avant même d'en avoir pris possession, 
il en vit diminuer le temporel. Conrad avait abdiqué pour 



JEAN DE SIERK. 23 

retourner, disait-il, à son ordre, et finir sa vie loin des gran- 
deurs, loin des affaires, dans le repos et l'huniilité. Ayant, 
toutefois, conservé le titre d'évèque et désirant continuer, 
même sous l'habit du reli*;ieux mendiant, le genre de vie 
dont il avait contracté la douce habitude, il pria le pape de 
lui donner une pension sur l'évrché de Toul, et le pape éleva 
cette pension à 200 livres tournois. En même temps, le pape 
ordonna que toutes les choses dont il jouissait au moment 
de son abdication lui lussent intégralement restituées, au 
titre de propriétés personnelles. Ainsi les chanoines de Toul 
avaient saisi, dès qu'il avait dépo.sé sa charge, les chevaux, 
les bœufs, le blé, le vin, les fourrages, en somme tous le.s 
objets meublant les domaines épiscopaux, pour en investir, 
selon l'usage, l'évêque nouveau qui leur serait donné. Par 
les ordres du pape, tous ces objets furent rendus à Conrad, 
et Jean de Sierk dut, pour les retenir, les acheter. Nous lisons 
ces curieux détails dans plusieurs lettres de Boniface \I1I, 
qui sont conservées à la Bibliothèque nationale, dans le 
n" 1229 du fonds Moreau, fol. 161 et suiv. 

Jean de Sierk assistait, en l'année 1 298, à la diète de Nu- 
remberg, qui l'envoyait à Rome avec le comte d'Ol^tingen, 
les chargeant d'aller demander à Bonilace Vlll la confirma- 
tion de f empereur Albert, récemment élu. Mais ils revinrent 
sans avoir obtenu ce qu'ils étaient allés chercher. Nous voyons 
ensuite Jean de Sierk ayant avec les bourgeois de Tout des 
contestations semblables à celles qu'il avait eues avec les 
nobles d'Utrecht. La puissance temporelle des évêques était 
alors également contestée par les bourgeois et par les nobles; 
tous ceux qui jugeaient utile de s'en alTranchir la condam- 
naient par les mêmes arguments et la combattaient par les 
mêmes armes. Jean de Sierk disputant aux bourgeois de 
Toul le droit de lever des tailles, des subsides, et de conserver 
en leur possession, durant la nuit, les clefs de ville, ceux-ci 
se révoltèrent, envahirent l'église cathédrale le jour des Ha- 
meaux, tandis qu'il célébrait une messe solennelle, et intei - 
rompirent la cérémonie par cette démonstration tumultueuse. 
Ils furent, en conséquence, excommuniés. S'étant ensuite 



.\i\ sir.ci K 






2/| JEAN DE SJERk. 

calmés et soumis, ils se firent absoudre au prix de quatre cents 
marcs d'argent. Jean de Sierk eut encore aiïaire à d'autres 
inimitiés que celle des bourgeois de Toul. Ln jour qu'il 
présidait le synode diocésain, quelques moines de Saint-Mn- 
iaine de Vandonn\re, venus à la séance, prononcèrent contre 
lui, dans toutes l(^s lormes, une sentence d'excommunica- 
lion. Ces moines de l'ordre de Cluni disaient avoir obtenu 
de la cour de Ilonn', au temps de Céleslin III, le droit d'ex- 
communier, même im évèque, si celui-ci les avait injuste- 
menl censurés. On ne nous apj)rend pas {[uelles suites eut ce 
diflérend. Jean de Sierk mour\it en l'année i3o5, revenant 
de Bordeaux où il était allé rendre Aisite au pajie Clément V. 
Il a, dit-on, écrit un Ajiparat, ou commentaije sur le 
Sexte. Un ancien liislorieii de ICglise d(^ Metz, le R. I\ Meu- 
risse, i-aconle, eu ellet, qu'après la mort de liegnauld de 
Bar, évèque de Metz, Jean de Sierk alla demander pour son 
frère, Pierre de Sierk, l'evèclie vacant, (>t que s'étant rendu 
dans ce dessein en la ville d'Avignon, où résidait le ])ape 
Jean \XII, il lui remit, avec une dédicace, « les doctes com- 
» mentaires qu'il avait composés sur le sixième livre des Deere - 
• taies. " Mais ce récit du 1». P. Meurisse est fabuleux; c'est en 
(jaii iiinvi. ,„». i3iG que mourut l'évèque de Metz Itegnauld de Bar et que 
.,, '■"7' Jean XXII lui élu ])ape, c'est-à-dire onze ans aj^rès la mort 
de Jean de Sierk, ainsi que fa déjà fait remar([uer l bistoiien 
iwrioii , n.ni. des évèques de 'foui, leR. P. Benoît. Cependant, ne s'agit-il 
'' '" que de cbangcn" le nom du pape régnant et d assigner u/i 

autre motif au voyage de Jean de Sierk à la cour pa])ale!' 
Celle correction laite, sera-t-il prouvé (|u il a comniente le 
Sexie? Dom Calmet n'bésite pas à dire qu'il était fort insiruil 
dans fiMi et dans l'autre droit, et qu'il fut souvent consulté 
sur les matières les plus épineuses. " 11 a composé, poursuit- 
il, un Ap]îaral sur le sixième livre des Decn-lales. Cet Ap- 
parat fut regarde par les jurisconsultes de ce siècle-la 
comme un ouvrage très-utile el qui renferme en peu de 
' mois les grandes maximes de droit. Jean de Sierk se trans- 
porta lui-même à Bordeaux, où était alors le pape (Clé- 
" meni \ ), pour l'engager à donner un décret par lequel il 



(..iijii.i.r,ii>ii..ii, 



JEAN DE SIEI'.K. - 25 

M\ S r.u.i. 

lut déclare qu'on se scnirail de son Apparat en jugement 
" et dans les écoles. Le pa])e n'ayant pas repondu à ses désirs, 
" il voulut se rendre à son église; mais la mort le surprit en 
I ciiemin. » Cette anecdote paraît sincèrement contée. On 
doit toutefois remarc|uer cpie Calmet ne dit pas d'où il l'a 
tirée. Si, d'ailleurs, il la lient d'un témoin digne de confiance, 
il l'a certainement amplifiée; en ellet, nous n'avons pu dé- 
couvrir un seul de ces canonistes contemporains de Jean de 
Sierk qui aurait proclamé le mérite de son Apparat. Le car- 
dinal Jean Lemoine n'en parle pas; il n'est pas même men- 
tionné par l'avocat Philippe Lépreux [Prohus), qui, commen- iioi).., 1 1 h. 
tant , à son tour, au x\f siècle, les commentaires du cardinal '''"'" """' 
Jean Lemoine sur le sixième li\re des Décrélales, eut occa- 
sion de citer et cita même sans occasion, pour faire montre 
de science, tous les canonistes anciens dont les écrits avaient 
conservé quelque renom. Il est vrai cju'au milieu du 
Wiii*^^ siècle Clievrier s'exjirime sur l'Apparat de Jean de cIhmui (U. ;, 
Sierk comme s'il courait alors dans toutes les mains. C'est, ^'"v." ' " 
dit-il, « une fade compilation de tout ce rjue ce prélat avait 
" lu et mal compris. » Mais toutes les assertions de Clievrier 
doivent être attentivement contrôlées. Le « très-utile » ou 
" très-fade " Apparat de Jean de Sierk paraît d'abord n'avoir 
été jamais imprimé. M. Louis Hain et les autres bibliographes 
n'en désignent aucune édition. On n'en connaît, d'ailleurs, 
aucun exemplaire manuscrit. Il n'y en a pas un seul à la 
Bibliothèque nationale; pas un seul ne figure au catalogue 
de M. HcTuel, et nous en avons fait vainement rechercher 
1 oiiginal à Toul, à Metz, à Nanci; on nous atteste qu'il n'y 
est pas. Les auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne se sont (,aii.(iiii>t.m» 
donc exprimés avec beaucoup de prudence en terminant '^"i '^"' ""-' 
ainsi leur notice sur Jean de Sierk : Commcntanitm ta Dccn- 
lalcs scripsissc (radiliir. 11 est, en elï'et, de tradition cpie cet 
évêfpu' a commenté le Sexte ou tout autre livre des Décré- 
tales; mais le manuscrit de son commentaire estperdu depuis 
longtemps, s'il a jamais existé. 

Le seul écrit cjui nous ait été conservé sous le nom de 
Jean de Sierk est un diplôme français. L'objet de ce diplôme. 



2() TliAlTE DE CUISINE. 

qui porte la date de l'année i 296, est de reconstituer l'atelier 
monétaire de la ville de Toul. C'est une pièce à la fois his- 
torique et littéraire, étant écrite dans le dialecte lorrain. Les 
auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne 1 ont publiée parmi 
les pièces justificatives de leur tome Xlll, col. r)32. 

n. H 



AîVOlNY^lt;, 

A l T F. L R 

D'IN TRAITÉ DE CUISINE. 



VM. .1, Il ,,.i, M. L)ouet-d' Arcq a publié dans la Bibliothèque de fEcole 
'S. l'TZ AOiy f'f's Chartes un petit texte français relatif à la cuisine. 11 fa 
trouvé dans le n° 7,1 3 1 du fonds latin de la Bibliothèque 
nationale, à la suite du traité de chirurgie d'Henri d'Amon- 
deville; et, comme le manuscrit, qui est tout d'une même 
main, a été écrit en i3o6, c'est la date que M. Douel- 
fl'Arcq donne <à notre opuscule. Ainsi il est notablement plus 
ancien que le Viandier de Taillevent, qui n'est que du 
dernier quart du xiv" siècle, et que le Menogier de Paris, 
auquel son éditeur, M. Pichon, assigne la date approxi- 
mative de 1393. Un peu plus d'antiquité est quelque chose 
pour la cuisine et pour la langue. 
I' ^.r, Lf> commencement indique l'objet de ce petit traité : « Vez 

■ ci les enseignements qui enseignent à apareilier toutes ma- 
i< nieres de viandes. Premièrement, de toutes manières de 
" cars (chairs) et des savors (sauces) qui i apartiennent, 
" comme de char de porc, de veel, de mouton, de beuf, et 
'après d'autres chars mains grosses, comme de chevreaus, 
" d'aigneaus et de porceaus; et après, de toutes manières 
"d'oiseaux, comme chapons, gelines, oues, mallarts privez 
" et sauvages; e après, de toutes manières d'oiseaux sauvages. 



TRAITE DE CUISINE. 27 



\i> MK.i i; 



'I comme grues, gantes, hairons, macroUes, collandes, non- 
«celles, pluvions, perdrix, tiiertereles, gelines sauvages, 
"plouviers, e toutes les savors qui i apartiennent. E après, 
« de chivez et de poiras de lièvres e de connins, e de tous 
" chivez e broez, e les potages que l'en en puet fere. E après, 
« de pessons de mer e d'eve douche, e toutes les savors (pii 
" isirent, letes en toutes guises. » 

Dans cette énumération il n'est pas question des légumes. 
Pourquoi.^ Sans doute parce que cet opuscule fort court 
laisse bien des objets de côté, lin tout cas, le Menagier de 
Paris ne néglige pas cette intéressante portion de la cui- 
sine. 

Au lond, l'alimentation, dans le commencement du 
XIV' siècle, est la même que de notre temps: pain, viande 
de boucherie, volailles, gibier et poisson. 

O texte n'est bien bon ni pour la langue ni pour l'ortho- 
graphe; mais il ne faut pas être trop exigeant pour le maître 
d'hôtel ou le cuisinier qui l'a rédigé, et qui était bien con- 
vaincu de l'utilité de ses recettes. Car il dit: «Quiconques 
«veut servir en bon ostel, il doit avoir tout ce qui est en ce 
« roulle escrit en son cuer ou escrit sus soi; e qui ne l'a, 
» il ne puet bien servir au grei de son mestre. » 

M. Douet-d'Arcq n'a point épargné sa peine, et il a garni 
le bas des pages de très-utiles notes qui interprètent une 
foule de mots et de passages. Ainsi préparé, un texte devient 
plus net; et celui qui le lit ensuite y trouve facilement à 
glaner quelques corrections nouvelles. 

"Char de veel, en rost; la loigne parbouillie en eve et r 217 

" puis lardée et rostie, e mcngié à saus vers ...» Et plus bas : 
(! Char de mouton fresche . . . doit estre cuite o sauge e o 
" ysope e o perresil, e mcnqié à la sause verte. » Lisez dans 
les deux cas mcnfjie; c'est le participe passé féminin qu'il 
faut. 

« Oees (oies) sont bones en esté as aus, e en yver au poivre . iv 219. 
«chaut, e les salées au potage; e devient estre mengiées à 
" la moustarde. >> Corrigez, évidemment, deivent. 

Pour faire un blanc-manger, notre cuisinier donne une p j5i. 



28 TRAITÉ DE CUISfNF,. 

V' -lÈCI.K. 

recette qui se termine ainsi : « Charjjez la cliar bien menu 
« esclievelée, e la metez cuire ovec un poi de chucre; si aura 
Il non laceïz. E se vos volez, si metez cuire ris entier ovec 
«l'eve de la geline ou ovec let d'alemandes (amandes); si 
Il ara nom ainjoiilcc. » Laaïc se comprend; cette chair ré- 
duite en filaments, comme des cheveux, sera dite laceïs, c'est- 
à-dire lacis. Mais aiujoiilée ne se comprend j^as; il faut lire 
anqoiilèc ou ciicjoiiféc : ce qu'on mettra tout à la lois dans la 
bouche. C'est l'analogue des préparations culinaires qu'on 
nomme aujourd'hui bouchées. 

(> 1.2 « Si \os volez lere pastez qui nient savor de formage, ou 

•' flaons l'u caresme, jucnez les leitenches de carpes ou de 
Il lui/, e pain, c puis breez tout ensemble, e destnMnpez de 
' Ici d'alemandes; e se vos volez qu'il sel trop blanc, si i metez 
un poi de salrau. » ^ mettre un peu de salran ne serait 
pas le uioyen de le rendre trop blanc; une négation est 
omise, et on doit lire : e se vos volez (jinl ne sel Irop blanc. 

^ — ' ' l oui pesson d'eve douce qui est cuit en eve est bon à la 

" verte sausse; ailes, à la moustarde. » M. Douet-d'Arcq de- 
mande si ailes n'(\sl pas ici pour les autres. Non, il faut lire 
salé, couime <'u mainte autre' recette; par e\<nnple : «Ceus 
■ [ma(piereauv] qui sont cuiz en eve, manjez à la savor fêle 
" de poivre e de canele et de gingend)re; les salez, à la mous- 
' lai'de. Il 

'■ " Il Destrem|3ez de vin aigre; et quant \os aurez ce lel, si le 

" colez paimi un saaz. » M. Douet-d'Arcrj interprète saas par 
sac. C'est une erreur: saas est notre mot sas, sorte de tamis; 
il était de dcnK svllalies dans l'ancienne langue, ])arce ([u'il 
vient de selaccwn. 

Il est inutile de citer ici quelques passages fort altérés 
pour lesquels M. Douet-d'Arcq n'a fait aucune note, et ([ui 
nous laissent dans le même embarras quo lui. Mais il n'esl 
pas sans intérêt, du moins pour certains chercheurs, d'en- 
regisli'er quehpies noms d'animaux dont l'identification est 
incoiuiue à nous comme à M. Douet-d'Arcq. Ce sont : col- 
landes, noncelles, oiseaux; chavalol, brotele , quie , poissons. 
\joutons-y ciconant et sormonlamj , condiments. 



TKAITE DE CUISINE. 2'J 

xiv sii.1.1 r 

Le lianon, qui est nommé, est un pétoncle. 

« Ltiis ou lus, dans tous les glossaires, c'est le brochet, dit p 2j' 

Il M. Douet-d'Arcq; mais il faut pourtant bien qu'il y ait 
. quelque dillérencc", puisque Taillevent, dans son chapitre 
" des poissons, après avoir j^arlé des lus cuis en cauc , parle du 
« (j roc II cl rusli. C'est aussi h' cas pour notre texte, où Ion 
« trouve, un peu phis bas, ïo mot brochet. » Nous ne pensons 
pas qu'il y ait aucun(> diilérence à faire entre lus et brochet ; 
ce sont (leuv noms du même poisson. Lus est l'appellation 
primitive, du latin lucius; à côté, s'est formé le sobriquet 
brochet, ainsi dit de la forme du museau. Les deux noms ont 
vécu quelque lemp,s ensemble; et finalement le nom popu- 
laire a éliminé l'aulre. 

« Xul lièvre n'est bon enrost, fors en esté." Voilà un i- ?.., 

a|)ophlhegnie culinaire du xiv'' siècle que nos dîneurs ne ra- 
lilieront pas; il y a de bons rôtis de lièvres en hiver. 
Mais, poia- expliquer le dire de notre cuisinier, on pensera 
(pi'il n'estimait eu rôti que des levreaux, el que la chasse et 
1.1 \riiic du gibier se iaisaient en toute saison. 

\otr(> opuscule est clos par ces mots : « Ci fenist le traitié de P 32/1 

"faire, (fapareilier tous boires, comme vin, claré, moure, 
.1 e toz autres; e d'apareilier et d'assavoureir toutes viandes, 
" soronc (selon) divers usages de divers païs. » Ces paroles 
montrent (pie nous n'avons qu'une portion du travail de 
uoli'e maître d'hôtel; ce qui est relatif aux boissons manque. 

Il laul l'emercier AL Douet-d'Arcq de n'avoir pas dédaigne 
cet humble fragment. jNos aïeux du xiv'' siècle mangeaient, 
nous favons \u, à peu près ce que nous mangeons; mais ils 
le mangeaient autrement ajjprèté. Qu'en dirions-nous? 11 
serait curieux de faire préparer quelques-uns de ces plats 
par un cuisinier intelligent, et de dîner archéologiquement, 
au risque de dîn^r mal. 

E. I,. 



30 POÈMES HISTORIQl ES 

vi\'slF.r.i.K. 

POEMES HISTORIQUES ANGLO-NORMANDS 

QUI SE RAPPORTEN T 

AL RÈGNE D'ÉDOLAUD I". 



Nous avons achevé, dans le tome XXIII de cette Histoire, 
l'analyse et l'examen des poëmes anglo-normands qui con- 
cernent le règne d'Henri III, roi d'Angletene. 11 doit ètie 
maintenant parlé des poëmes composés dans le même idiome 
sur les faits relatifs au régne d'Edouard I''. 
(,H*Ns,)x Le plus ancien de ces poëmes paraît être une (Ihanson 

sur les misères du temps, traduite du latin, cjue M. Thomas 
Wright a publiée, d'après un manuscrit de la Bibliothèque 
harléienne, dans son recueil intitulé : Tltc pulitiral Soikjs af 
Emikind, p. i33-i36. Le latin commence par : 

Vulneratur caritas, anior œf^rolaliir ; 

et le français par : 

Amur gist en maladie, cliaiitc est iiaCro; 
Ore règne tricherie, ha\ne est engendre; 
Boidie a seignurie, pès est mise siiz pc; 
Fei n'ad ki lui guic, en jjrison est lie. 



IT. I.tS .Ml!.F.I 
!>1 Tl.MP 



l••|■oi^-al■(l.(;lll 

.1, I'. 



Froissard appelle Edouard L' « le bon roi Edouard, moult 
Il vaillant, sage et hardi prud'homme et entreprenant, et 
«bien fortuné en faict de guerre.» Edouard fut, en effet, 
vaillant, mais il ne fut pas toujours sage, et ses entreprises 
hardies n'eurent pas toutes une heureuse fin. Les guerres 
cpi il fit avec le plus de succès lui demandèrent elles-mêmes 
de tels sacrifices d'hommes et d'argent, que le pays, complè- 
tement épuisé, se vit contraint de lui refuser les moyens 
d'assurer ses conquêtes. Le chansonnier néglige de célébrer 



XIV SIFXLK. 



ANGLO-NORMANDS. 31 

les gloires et les profits de son règne; il en déplore unique- 
ment les calamités : 

La Icrii' est dcscoiifortc e de plur enmoistie ; 

dans les villes, dans les champs, errent des bandes d'orphe- 
lins, fds de paysans ou fds de nobles, aujourd'hui réduits à 
la même misère, et, les lois ne pouvant contraindre des gens 
allâmes à respecter le bien d'autrui, il y a partout des rapines, 
des brigandages. Les plus grands seigneurs donnent l'exemple 
des vols les plus audacieux. A cette plainte contre les dépré- 
dations de la noblesse, l'auteur en joint d'autres contre la 
lâche résignation du haut clergé; ce qui nous porte à croire 
qu'il était clerc. Un laïque n'aurait pas ainsi rejeté la res- 
ponsabilité des malheurs publics sur les premiers digni- 
taires do l'Eglise; on n'est pas si dur envers les gens sur qui 
l'on n'est pas en droit de compter. Nous supposons encore 
que ce petit poème fut écrit avant l'année 1297. Les re- 
montrances de l'année 1297, présentées par les évéques et 
les abbés d'Angleterre, sont, eïi effet, d'une grande fermeté, Tii\(iii,AnMi.i 
et l'on n'aurait pu sans manquer de justice accuser d'in- '" '"'" ""'■ 
différence ou de mollesse les rédacteurs de ce mémorable 
document. 

M. Thomas Wright a publié, d'après un autre manuscrit lokuiœ 
de la Bibliothèque harléienne, un autre poëme, d'un genre WrkliiMTii) 

bien différent, intitulé l'Ordre de Bel-Evse. L'auteur de ce i'o''''<: ->o"i-"- 

• . ."'• • • , , p 137- 1/19. 

poème est un gai trouvère, qui, n ayant jamais rien espère 

des gens d'Eglise, les accable, non de reproches, mais de 
railleries. Il s'agit de fonder un ordre religieux, qu'on nom-, 
mera l'Ordre de Del-Eyse, et de donner une règle nouvelle 
à cet ordre nouveau, dette règle, voilà le thème de l'ampli- 
fication satirique, ne sera pas tirée des écrits des Pères, mais 
chacun des articles qui la composera devra prescrire fob- 
servation de quelque mauvaise pratique, imputée, sinon 
imputable, aux ordres anciens. 

Avant tout, nul ne sera reçu dans l'ordre de Bel-Eyse s'il 



\n siKri.K. 



32 POÈMES IIISïORIQliES 

n'esl (le nohU- origine. Jamais les vilains anoblis ne |jeii\enl 
se dégager complétenienl de lenrs vices natifs : 

En ccl ordre siint sanz hlaiiir 

Esqnicrs, vadlctz c scrjauiitz; 

Mes à ril)al(l/ à pcsauntz 

Est 1 ordre del tôt défendu: 

Qe jà nul ne soit iTSceii, 

Qiiar il l'roiint à l'ordre lioiuite. 

Quant rybaiid on vyle^n inounle 

En liantesse on haj'lie. 

Là oîi il pnet avcr niestrie, 

Ni ad plus de mesure en eux 

Qc al le lonp qc dcvoin'e ai;^neu\. 

Ainsi, dans la fable dn loup et de lagneau, le pauvn 
agneau, si durement traité, c'est la noblesse; le loup arro- 
gant, inique et cruel, c'est le peuple des vilains. On ne s'en 
sérail jamais donlé. En nous donnant cette explication inat- 
tcndiie, le trou\ère nous annonce qu'il va railler les religieux 
et i(\s moines ])onr amuseï' les loisirs de cpu'kpie noble peu 
dcvol. 

Le premier point de la nouvelle lègle sera ce point 
" bien pleysant, » que deux maisons du même ordre, 1 une 
de nonnains, l'auîre de clianoines ou de moines, seront édi- 
(iees l'une à coté de l'autre, pour être sous le gouvernement 
du mt'ino al)b('' : 

C est ])on ordre, eonie me send)le, 

dit le rimeur; et il ajoute : Ce sera comme à Sempringliam. 
Sur le monastère double de Sempringliam, Nigel Vireker, 
cité par M. Uriglit, s'(>xprime ainsi : 

Canonici missas tanlmn, reliqnmnquc sorores 

Expient, ofTicii dehita jnra sui. 
Cnr|)ora non voces nuniis disjnn^^il . . . 

Evidemment ce mur est de trop, et, suivant la règle de 
l'ordre de Bel-Eyse, il n'y aura pas de mur entre les moines 
et les nonnes : 



,1.- 

clr;iMi,'.,prfn). 
I, V, p. ili:i-H 



ANGLO-NORMANDS. 3;i 

\n siKci.i;. 

Mes de tant ort rliaiigio, pur vci\ 
Q'à Sympringhain doit avcr 
Entre l(\s frt'ros c les soroiirs. , . 
Fossés e murs de haute toysc; 
Mes en cet ordre de liel-Eyse 
Ne doit fossé ne mur aver. . . 

Cela va de soi; entre les religieux et les religieuses de 
l'ordre de Bel-Eyse, notre chansonnier ne peut, en ellet, su])- 
poser aucune barrière. Ainsi Gargantua n'en voulut aucune 
entre les nonnes et les moines de l'abbaye de ïliélènie. Il 
restait peu de couvents ou d'abbayes doubles, en Angleterre, 
vers la lin du xiii" siècle; mais il y en avait eu beaucoup au- 
trelois dans les deux îles, surtout en Irlande, ainsi qu'en 
['Espagne et dans le sud des. Gaules. C'est ce qu'a sullisam- m.mm ,i. iauci 
ment prouvé M. Varin. 

Auv religieux de Beverley l'ordre de Bel-Eyse emprunlera 
le rite des collations copieuses : 

]'] après al collaeioun 

Deit oliascun aver un copoun 

De chandelle, long desqu'al coûte; 

l'A tant corne remeindra goûte 

De la chandeille à aider 

Deivent les frères a l)eyvre ser. 

Ces illustres buveurs du couvent de Beverley étaient, 
selon M. Wright, des Iranciscains. On disait encore indillé- 
remment, au temps de Rabelais : Boire comme un cordelier, 
ou comme un templier. 

Aux frères hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean, 

Qe sunt mult corteis chevalers, 

les religieux de Bel-Eyse prendront leius souliers « bien 
<i séantz, » leurs robes traînantes, 

E gros palefrois hien andjlanlz. 

Comme les chanoines réguliers de Saint- Augustin, ils feront 
gras au moins quatre lois par semaine. A l'exemple des 

TOMK XWU. • T) 

5 ♦ 



XIV SIECLE. 



34 POÈMES HISTORIQUES 



lli>I.An;;l.,n(la 
,.96 



moines noirs, ils ne manqueront pas de s'enivrer chaque 
jour; mais, on n'en doute pas, sans aucun goût pour le vin, 
par courtoisie, uniquement pour se montrer bons com- 
pagnons. Les moines noirs, en d'autres termes les religieux 
de Saint-Benoît, étaient alors bien déchus de leur antique 
renommée, et les témoignages de l'histoire, confirmant ceux 
de la satire, leur imputent fréquemment, vers la fin du 
xiii" siècle, ces deux vices honteux, la gourmandise et l'ivro- 
gnerie. Le vicomte de Kent s'étant pris de querelle, vers ce 
temps-là, avec les moines noirs de Cantorbéry, eut recours, 
pour les soumettre, à ce stratagème : il fit murer les portes 
de leur cuisine et de leur cellier, les réduisant au pain et à 
Coiioii Baiii.i, feau. Les moines, dit l'historien, se soumirent. 

Ainsi que les chanoines séculiers, les religieux de Bel- 
Eyse seront les plus zélés serviteurs des dames : 

Si est, sur eschumygement, 
Comaundé molt cstroitement 
Que chascun frorc à sa sorour 
Deit fcre le giw d'amour 
Devant matines adescement, 
E après matines ensement ... 

La galanterie est aussi, dans le poëme de Nigel Witeker, le 
vice des chanoines séculiers : 

Illud priL'cij)ue tamen instituere, tenendum 

Omnibus in tnta posteritate sua , 
l^ex vêtus ut suasit, ne quilibet absque sua sit, 

El quod quisque suas possit habere duas. 

On lit de même chez Puitebeuf : 

liiitcliriii. cHii. Chanone séculer mainnent très bone vie; 

Chascuns a son hostel, son leu et sa mainie. 
Et s'en i a de tex qui ont grand signorie , 
Qui poi font por amis et assés por amie. 

Dans tous les temps, les chanoines séculiers avaient eu des 
habitudes trop mondaines, et dans tous les temps quelques- 
uns d'entre eux s'étaient signalés par l'enVonterie vraiment 



.(.Jm,,.-)!.!.! 



ANGLO-NOIIMANDS. 35 



ÏIV SlHCI.K. 



Oll\r 
rite , p. .'j'y 3. 



cynique de leurs dérèglements. Mais jamais aucun d'eux n'a- 
vait poussé le mépris de toutes les convenances aussi loin que 
cet Henri qui devint évèque de Liège, et qui fut chassé de 
cetévèché dans les premières années du règne d'Edouard P'. 
Dn l'accusait non -seulement de prodigalité, de simonie, 
mais encore d'adultère et d'inceste; il se vantait lui-même, 
disent les auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne, d'avoir <..iiia ii.n>t 
été l'heureux père de quatorze garçons dans l'espace de «Ht, 
vingt-deux mois, et le nombre de ses fils, de ses filles, était, cmon (Haith), 
quand il fut déposé, de soixante et un. Un tel exemple au- H|^^' '^"^'' ^'i""" 
torisait notre trouvère à reprocher particulièrement l'incon- 
tinence aux anciens collègues de cet Henri. 

Vient ensuite la satire des moines gris, c'est-à-dire des 
cisterciens. Un ancien rimeur, cité par M. Wright, fait cette av.Il-Iii 
lemarque sur le costume des moines gris : 

Garent feinoralibus partes turpiores. 
Vcneris ut usibiis sint paratiores. 

Le facétieux auteur de la nouvelle règle dit en des termes 
peu différents : 

(iris inoignes snnt dure gent . . . 
Quar à matines vont sanz breys. 
Aux! dey vent nos frères fere. 
l'iir estrc prest à lur alFere. 

Les chartreux seront-ils, du moins, épargnés? Aucun 
des autres ordres ne vaut celui-là : le poète le déclare, 

sanz faile, 

N'est nul des autres qe taunt vayle; 

en conséquence une des pratiques de cet ordre vénéré sera 
fort à propos observée par les frères de Bel-Eyse. Il s'agit de 
la clôture cellulaire. Les religieux de Bel-Eyse auront, eux 
aussi, des cellules, et il leur sera permis d'en clore les portes ; 
mais pour n'y être pas surpris et troublés par des visiteurs 
importuns, quand ils vaqueront au devoir qui leur est im- 
posé tant avant qu'après matines. 

Enfin les religieux de Bel-Eyse se feront partout hébergei-, 



VIV SIECLE 



36 POEMES HISTORIQUES 

~" comme les frères Mineurs, et, comme eux, parles riches, 

c'est-à-dire les barons et les curés, en professant le plus 
sage mépris pour la cabane du pauvre; et, comme les frères 
Prêcheurs, ils prêcheront, mais à leur aise, non pas en 
plein air, mais dans les maisons et après dîner, puisfpi'on 
n'est jamais plus sensible aux charmes de l'éloquence qu'à la 
suite d'un bon repas. 

Tels sont les articles de la règle prescrite aux frères de 
la religion nouvelle. On n'hésitera pas à reconnaître que le 
compilateur de cette étrange règle avait assez d'esprit et 
beaucoup de liberté. 

(.iiv\bo\ Du mémo manuscrit de la Bibliothèque harléienne 

WrHa'^l'Th )', ^^- Wright a tiré la Chanson sur la taxe du roi, singulier 
l'oiit son;;s,|,..s2 poëme, uii-paifi de français et de latin, dont voici la pre- 
mière strophe : 

Dieu, roy de magcsté, ob pcrsonas Irinas, 
Nostre roy e sa meyiie ne perirc sinas! 
Grantz mais ly fist avec gravesque ruinas 
Cil qc ly fist j)asser partes tiaiismarinas. 
Rex ut salvetur ialsis nialcdirlio detui! 

Edouard I" forma d'une part tant d'entreprises, et 
d'autre part il eut à combattre tant de révoltes, qu'il se vit 
constamment obligé de lever de nouveaux impôts. M. Wright 
rap])orte la chanson sur la taxe au temps de la guerre contre 
les Flamands. Le roi, dit le poète, ne doit jamais aller en 
pays étranger si u la commune de sa terre » n'y consent, il 
se peut, en effet, que le poète invoque cette maxime d'état 
pour condamner la guerre de Flandre, qui eut lieu dans le 
cours de l'année i 297. 

Voici les taxes contre lesquelles proteste le peiq)le d'An- 
glelcne. 11 s'agit d'aljord du quinzième denier. C'était 
l'iiijpùf orcMnaire; on le payait tous les ans, de anno In (iimiiin. 
Mais cet im|)ot est devenu très-dur depuis qu'on l'a joint à 
beaiicoiq) d'autres, et le poète a certainement le droit de 
dire : 

NdU plarct ad sunnuuui quiiidoniun sic darc uuninuui). 



MV MKCt.K. 



ANGLO NORMANDS. 37 

On se plaint ensuite de la taxe et surtout de la confiscation 
des laines : 

Non est lc\ sana quotl rogi sit mca lana. 

Edouard avait beaucoup augmenté la taxe des laines. Tous 
les historiens de son règne lui reprochent l'accroissement 
désastreux de cet impôt. C'est un des griels rpii figurent au 
premier rang dans les célèbres remontiances de Winchelsey 
(1297). Le produit de la laine, disent les prélats et les TmtUi, Annal 
barons d'Angleterre, est la moitié de ce que rendent toutes " ^"" ' ''' 
les terres du royaume, et 1 im])ôt de la laine, toujours accru, 
s'élève à la cincpiicme partie du revenu territorial, ascendil 
(t(l cjninlam partem valons loliiis tcrrœ. Ajoutons f[u'après avoir 
de plus en plus grevé cette précieuse marchandise, Edouard 
avait fait saisir, dans un moment de grande détresse, toutes 
les laines vénales du pays et les avait lait vendre à son profit. Li.igani . Hisi 
Comme on ne peut s'en étonner, cette affaire des laines con- ' ^■^" 
fiscpiées causa dans tout le royaume la plus vive agitation; 
elle créa même de graves dillicullés au gouvernement an- 
glais soit en Erance, soit en Elandre, les marchands sur cpii 
les laines avaient été saisies étant Erançais ou Elamands. Du 
moins Edouard r(>tira-t-il un grand piofit de cette offense à 
toutes les règles de la justice et de la politique.** Nullement, 
selon le poète : le trésor d'Edouaid eut la plus faible part du 
produit de la vente; le reste demeura dans les mains infi- 
dèles de ses officiers. 

En somme, poursuit fauteur de la chanson, les grands 
votent les impôts et le peuple seul les paye : 

Nain conccdonlos nil danl it'gi , scd cgcntos; 

ce qui ne doit pas être, la loi diAine prescrivant elle-même 
que tout le poids des imjxjts soit porté par les riches. La 
chanson se termine par un très-libre commentaire de cette 
loi. Il est évident que notre chansonnier n'était pas un des 
grands de la cour d'Angleterre. Mais, sans discuter sa théorie 
fiscale, fiisons remarquer que les histoiiens et les monu- 
ments de fhistoire n'accusent pas fklouard d'avoir, en lait, 



viv siECLi: 



:i8 POEMES IIISTOlilQUE.S 



grevé de préférence le menu peuple de son royaume. Dans 
ses fréquents besoins d'argent, Edouard puisa dans toutes 
les bourses, dans celles des riches comme dans celles des 
pauvres; il usa même de femprunt après avoir abusé de 
l'impôt, et ne remboursa jamais ce qu'il avait emprunté. La 
confiscation de toutes les laines lut sans doute Irès-tlomma- 
geable aux pauvres gens; mais la confiscation de tous les 
chevaux de selle, aussitôt transformés en chevaux de guerre, 
(;..ii<M, (linrii, , fit surtout murmurrer, en l'année 1296, les ecclésiastiques 
et les opulents bourgeois, et c|uand le vilain versait le rpiin- 



(.liroii , a.l 



i.inj:ai,i. vol zième, le noble donnait le dixième, le bourgeois de Londres 
""'' •' **^' le sixième et le clergé la moitié de ses revenus. 

lk Mti.K A l'année 1297 appartient une complainte, dont il a ete 

"',if^,'"'i'|*,'"^'j],"'i., précédemment parlé, sur le supplice du chevalier Thomas 
iwi. i.K^, Turbevyl, de Turbeville ou de Turberville. dette com- 
plainte est en vers de huit syllabes, comme la relation du 
siège de Carlaverok dont nous avons à rendre compte ici. 
L'an i3oo, le jour de la fête de Saint-Jean, le roi Edouard 
tient « grant court » à Carduel (Carlisle), où se sont lendus 
à son appel tous les seigneurs saxons ou normands cpi il se 
propose de conduire en Fxosse. Tel est le début du poëme 
intitulé Le siège de Carlaverok. Après avoir indicfué le lieu 
de la scène, le poète fait le dénombrement des guerriers. 
Cette vaillante et nombreuse armée se dirige vers le cli.iteou 
de C!arlaverok, eu Ecosse: 

Karliiveruk casteaus cbtoil 
Si furt ke siège no cloiil)t(iit. 

Cependant Edouard n'hésite pas a l'assiéger. Son camp 
dressé devant la place. 

Lors veit-on maisons ouvrées 
Sans eliarpeiitiers cl sans masons 
IV miilt (le diverses façons. 
De toile hiaiirlie et toile teinte. . . 

Les préparatifs de fattafjue et la prise rapide du < lialeau 



ANGI.O NOKM ANDS. 39 

XIV MKCI.K 

sont Irès-hrievement racontés, lin ellet, l'auteur ne s'est au- 
cunement proposé de nous faire le récit d'un siège; son 
poëme féodal a pour objet principal de rappeler les noms 
et de décrire les blasons, les bannières des plus illustres 
seigneuis de la cour d'Angleterre, en l'an du Seigneur i 3oo. 
du roi Edouard 28. 

Une première édition de ce poëme avait été publiée dans 
ÏAntlquaridii repertory; Londres, 1809, in-Zi", t. IV, p. Ixinj- ^'"'"i (^' ) 
498. M. Nicholas Harris Nicolas en a'fait une édition nou- ,,"'''','">' 
velle, de grand luxe, avec de nombreuses figures et des 
notes très-étendues, Londres, 1828, in- 4°, sous ce titre 
anglais : The sieqc of Carlavcrok. Les notes de ce laborieux 
éditeur forment un commentaire de 3co pages; elles sont 
à la fois historiques et généalogiques. 

M. Nicolas croit avoir découvert le nom du trouvère NhoUs. h 
anglo-normand à qui nous devons ce poëme. Ce serait un p,'|r |] i,^"' "* 
religieux franciscain, nommé Walter d'Exeter. Voici le fon- 
dement de cette conjecture. Ayant h citer le comte Gui de 
V\ arwick, l'auteur du siège de Carlaverok le désigne ainsi : 

De Waiwirk le coiint Guy, 
Coiiicnt kcn ma rime de (ïiiy. 
Ne avoit voisin do lui iiiellour. 
Baniere ot do roiif^o couiour 
O fcassc de or ot croissilic. 

Or cette «rime de Guy,» que le trouvère appelle sienne, 
serait, selon M. Nicolas, l'histoire romanesque de Gui de 
W arwick, précédemment analysée d'après le n° 1,669 des ihsi iiu .i. 
manuscrits français de la Bibliothèque nationale, et l'auteur '■ ' '^^"•p'^^ 
de cette histoire anonyme serait, selon Baie et VVarton, le 
franciscain Walter d'Exeter. Nous n'avons pas d'objections 
à faire à cette conjecture. Les vers du roman de Gui sont, 
comme ceux du Siège, de huit syllabes; ils sont delà même 
langue et ils ont été composés vers le même temps, le roman 
en 1 292, le Siège en i3oo ou en 1 3oi . Remarquons inci- 
demment que le texte du roman, fourni par le n° 1 ,669 de 
la Bibliothèque nationale, diffère beaucoup d'un autre texte 



40 POKMKS lIISTOaiQLES 

XIV' 'ilF.r.l.K. 

conservé sous le n° 3,770 de la bibliothèque liarléienne, 

comme on peut ra|ipr«kier en comparant un des extraits 

iii^i lut. de la ci-dessus publiés et d'autces extraits insérés par M. Psicolas 

' \iroi!!'''nmr dans ses notes sur b' Siège. 

llr, p 376 

rin\M>x I^e iioëme moins considi'iable, mais pins politique et 

hmi LEB vsToV pi"'' iiiteressant, dont nous allons maintenant rendre conqjte 
'^"■' est de l'année 1 ,'^o,). Les guerres dl'ltlonard, ses iuqwts variés 

et ses emj)ruuls lorces avant, conu)ie on l'a dit, épuisé le 
pays, des gens de loute condition, des nobles ruines par le 
roi, des pavsans ruines par l(\s lujbles, se sont rélugiés dans 
les montagnes, dans les bois, pour v vivre à la laçon des bri- 
gands légendaires. Une loulc d aventuriers étant v(mius les 
joindre, ils ont des cliels reconnus, et Jorment des bandes 
armées dont les expéditions nocturnes tlésolent les comtés de 
Cornouailles, de Devon, de Sommerset, de Dorset, d'IIer- 
lord, de Wigorn, de Sbrops, de Straflbrd,de 8outbam|)(on. 
Dans les autres comtes, où leur présence n'a ])as encore été 
signalée, on ne s'entretient que de leurs melaits. En tous 
lieux ils inspirent la plus grande terreur. 

Tel était l'état des cboses, quand, le 6 avril de Tannée 
1 3o5, Edouard rentrant en Angleterre, l'Ecosse encore une 
fois soumise, établit luie commission chargée de pour- 
suivre et d'exterminer ces bandits. \ oici les noms des com- 
\Vii;;i,i 11,.). missaires : W itliam Martyn, Henri Spigurnell , \\ illiam de 
"" '^' ' '' ' Knovill et Roger de Belllour. Le résultat des poursuites 
aussitôt commencées fut conforme aux desseins du roi : les 
brigands partout pourchassés firent partout une prompte 
soumission, en dénonçant, dit-on, des seigneurs opulents, 
de riches citadins, comme ayant été leurs protecteurs ou 
leurs complices. Aussi le roi ne manqua pas de confisquer à 
ceux-ci leurs maisons, leiu's terres, leurs patrimoines, après 
avoir dépouillé ceux-là des produits accumulés de leurs 
\dHm\iriimnii,. larcius; ce qui lui procura, dit un chroniqueur, beaucoup 
d'argent. 

La Chanson d'un proscrit Traillebaston est une protes- 
tation vive, quelquefois éloquente, contre les procédés de la 



r.hmn. . aH 



ami. 



ANCLO-NOiniANDS. 41 



MV SIECLE. 



(•oiiiuiissioii royale. Mais on se demande sans doute ce que 
("csl (|u'uii ])ioscrit Traillobaston : aussi croyons-nous devoir 
(I abord e\pli([uer ce nom ])iz,arre. 

Trailleijasfon, Trayleliasloun, Traylebastone est un mot, Uapi.. Thoy.a^. 
(bt Ttapin Tboyras, dont on ignore l'étymologie. L'étymo- J''ji^'^'''^"s' ' "i 
logie de ce mol est, au contraire, l)ien connue, et l'est depids 
longtemps: D'aylcbastoiin , dit Nicolas Trivetb, sonal « Traite luiciii. ai.h.iI 
idculnm 11 ; ce qui est rigoureusement exact. Mais il laut remar- '" """ ' " ' 
(pu'r que, même dans les plus anciennes cbroniques, ce 
mot s'emploie pour qualifier, sous le règnc^ d'Edouard, des 
personnes très-diflérentes : soit les olliciers de justice cbargés 
de poursuixre les brigands, soit les brigands poursuivis par 
les ofiiciers de justice. Nicolas Trivetb désigne ainsi les ofTi- 
ciers : IIoc aniw ( i 3o5) vrdiiiali siutl jiisliliarii (jui de vialcfdc- 
Innljiis iiKjinrcrciit dilujcnlcr.. . Iji jusliliaru ah hominihus pojm- 
laiibiis vocali siint de Traylehastoiin. De même Adam de Meri- 
mutb : Ordinaitl luslilianos de Traylebastone pcr lolam Aiujliam 
ad easlKjaiidnm mahfaelores. De même encore Jean deW avrin. JtaiidiWa\nii, 
Edouard étant, dit ce cbroniqueur, en défaut d'argent, .,"58 """ ' 
Il pensa en soy comment il porroil tant faire que la finance, 
«I que des]K'ndue avoil en ses guerres, fust remise ou trésor 
" dont il favoit ostee. Si fist faire une encqueste généralle de 
« toutes mesproisons et torfais par les malfaiteurs d'Engle- 
II terre depuis qu'il en avoit esté roy : pour laquelle cbose 
'I laire il ordonna gens de justice, laquelle justice fen ap- 
II pella Traillebaston; et en ceste manière soublille, sans à 
Il personne laire tort, il recouvra ung trésor innumerable. « 
Les bistoriens modernes ont donc généralement admis cette 
explication du mot Traillebaston. On nommait ainsi les juges 
royaux, dit M. Jobn Lingard, à cause de la verge cpii mar- Lm^rani (J ), 
quait leur emploi. Mais peut-être dounait-on aux brigands le , 'l'i',' «"I.r' ' 
même nom <à cause du bâton ferré qui devait être leur arme 
ordinaire. Traillebaston est, en eflel, le nom des brigands 
dans ces vers que nous empruntons à la cbronique de 
Pierre de Lanoetost : Wii-iH (Ti.i. 



P.irmy Engletcre, gontz do graiiuz resouns. 
Assignez siint jiislizes sur les Traylh.nstoims; 



ilf, |) 3?o. 



KlME XWM. 



'1-2 POK.MKS IIISÏORIOliKS 

l^cs uns par onqiiest sunt jn^fz <« prismins, 
1.1 alli'o alcz à fourrlics à pondre onviroiins. 

D.'iii.s notre Chanson ce mol est tour à tour employé clans 
l'un et dans l'autre sens. Le voici dans le même sens que 
(lie/ Jean de \\ avrin : 

IMcn (Irvoionl niarcliaiuiz ot nioygnos donor nialicMiuii 
A tons iconx qiin ordinoront Ip Traillol) iston ; 

t'\ le \oici dans le nn-me sens que chez Pi(Mre de Langetost : 

Ly Martyn ot ly Knovillo sunt ^ons Ao piolo. 
E prient pur les pnvros qn il eyonl snuvote-, 
Spij^urnel c Belllour sunt gent de cruelt(' : 
Si il fuissent en ma haylie ne sorroynt rolorno. 

Je lur aprendroy le ^'i\v de Trayl<^hasf(nni , 
i'] liH' bruseroy l'eseliyne o le rropoun, 
Les bras c les jambes, ce serreit resnun; 
La lanfjo Inr tondroy e la bourijo onsoun. 

Cej)endant les Traiilehaston de notre Chanson ne s'avouent 
pas coupables de brigandage. Ils se disent, au contraire, des 
hommes d'honneur, qui, s'étant aliéné par quelque olTense, 
la moins grave, les olliciers de la justice royale, se sont aloi's 
retirés dans les bois, soit pour éviter une injuste prison, 
soit pour n'avoir pas à payer une rançon troj) dure. Ils ont, 
d'ailleurs, le goût des sites pittoresques; il leur plaît de vivre 
" antre bois, " 

En le l)ois de Belrogard , où vole le jay, 
Et rbaunte russinole touz jours santz delay 

Oueiques-uns d'entre eux paraissent des soldats reveiuis 
au logis après les guerres, et trop habitués sans doute à vivie 
de rapines : 

.l'ai servy niy sire le roy, en pées e en guère 
En Flaundres, Escoce, /?n Gascogne sa terre; 

ils accusent donc le roi de les avoir livrés, oublieux de lenrs 
services, à la merci d'avides collecteurs et de jusliciers fa- 



ANGLO-NOUMAiNDS. dô 

ioiuIk^s. Mais le roi s'amendera, rappellera ses commissaires 
et laissera les proscrits rentrer en paix sous leurs toits aban- 
donnés; ou bien ceux-ci, armés pour la vengeance, feront 
|)artout la chasse à leurs persécuteurs : 

Si (f's mavcis jiiroiirs ne se vueilloiit jimcntlcr. 
Que je pus à niun pais cliovalrlicr c nier, 
Si je les pus aleiiulre, la tesie lur (roi voler. 

On commantle aux lugitils de se soumettre; mais, coninu' 
récompense d<' leur j)rompt retour, on leur oflre la ])ris()ii. 
Ces! une condition ([ui ne peut être acceptée. I.es riches 
ont, il est vrai, la ressource de payer une rançon; mais ceux 
qui n'ont pas de quoi racheter leur vie, 

. . .la vie «le lioiinie, (juc laimt est clieramee. 

sont inq)itoval)lement envoyés au cachot de l'évecjue, ou 
mis à mort. Mieux \aut librement vivre, aux frais du |)assniil , 
sous les beaux ombrages de Belregard : 

\ lis qy estes enclité, je Ion, venez à mov . 
Al vci'l l)()is (le Bclregartl; là n'y a nul ploy, 
For qne Ijcsie savagc c jolyl nnibroy; 
Car trop est tlulcnsc la comniiuie loy. 

La Chanson se termine par ces vers, dont ou ri'mar(|n('ra 
le tour vi'aimenl poétique : 

Ccst ryni fnst let al bois, desonz un lorer. 
lÀï cliaiinte merle, russinoie c cyre l'espcrver. 
Escrit estoit en parchcniyn , pnr mont remembrer. 
E gitté en liant cbemyn, qe nm le dost trovei'. 

Sir l'rancis Palgrave, que M. liaynouard appelle Fran- 
cis Cohen, a le premier publié cette chanson, d'aj)rès le 
n" "^'ioS de la bibliothèque harléienne, dans un recueil, 
dépourvu de titre et de frontispice, qui parut à Londres en 
1818, in-V- M. Thomas Wright en a fait une édition nou- 
velle : 7'/if' polilicdl SoiKjS oj EiKfhtnd, p. 'i3i. Quoique tirés 
du même manuscrit, les deux textes imprimés olli-ent de 
notables diflérences. 



\IV' MÉCI.K. 


l'uiNTK 


SI r, l.\ Mor.T 


P)'i;i)Ol)\IU) 1" 


'■'■"7' 



^4 POKMKS IILSTORIQLJKS 

Nous terminerons cette notice ()ar une coinpiaintf de 
quatre-vingt-deux vers sur la mort d Edouard I", (|ue 
M. Thomas Wright a puhhcc, d'après un manuscrit de la 
hihhothèque pul)hque de Camhridge, à la page 2^1 du ic- 
cueil souvent cité : 'J'he poliltatl Sowjs oj Emjlaiid. Edouard I" 
mourut le 7 juillet 1 ?>o~ , âge de soixante-neul ans, la trente- 
cinquième année de son règne. Que Dieu lui pai'dontie 
tous ses ])échés, dit lauleur de la complainf»', car 

De s;i toic iiiid rien |)oriliie. 

C'est le plnsélogicux compliment que le trouvère |)alrioti' 
puisse faire à sa mémoire; aussi ne manque-l-il jjas de le 

n''|)éter : 

De l'^iii^lotiMP il lu siic 
li roy qo iniil savoil de guère; 
En mile livre piiet lionio lire 
De ici que mien/ snslinl sa tere. 

I^iis, s'adr(\ssant au jeune Edouard II, nouNcllement cou- 
ronni', il lui souhaite avant tout que sa lei-re demeure 
enlièiv : 

Le jcofnc Edward dEnj^leterc 

[\ey est enoint e cornne. 

Dieu le diiint teil conseil liere 

Ki le j)ais scit gouverne 

El la couronne si garder 

Qe la 1ère feit cutcrcl 

(Jetait alors le premier devoir d'un roi de conserver son 
héritage; le second ('tait de respecter, de protégei' l'Eglise. 
Edouard I"" s'etant fidèlement acquitté de l'un et de l'autre, 
l'auteiu' de la complainte pouvait encore dire de lui : 

JiMusalein , tu as perdu 
f.,a n<iur de la cliivalcrie. 
Rey l'Mward, le vie! elianii, 
Qe tant aina ta seignurie , 
Ore esl-il mort. Jco ne sai mie 
Toiin haner qi le nicinlindra. 



ANr.l.O-NOn.MANDS. 'i5 



11V MECLK. 



JACQUES DE VITERBE, 

TIIÉOL()Gli:\. 



[ai eflet, Jérusalem no pouvait rien espérer des autres 
rois de rOccident. Pliilijipe le lîel devait toujours promettre 
de se croiser, mais avec l'intention bien arrêtée de ne jamais 
tenir cette promesse. 

On a conservé d'autres élégies, soit latines, soit anglaises, 
sur la mort d'iùlouard I". lue pièce anglaise, que M. Tlio- ww^ui ( r 
mas Wright a publiée, est une traduction libn; de la pièce """ " ' i' 
Irançaise dont nous venons de rendre compte. On lit encore 
dans le tome II des catalogues d'Oxford de M. Co\e, p. Jo, 
(pietfpu^s vers d'une pièce latine qui se trouve dans un ma- 
nuscrit du collège Marie-Madeleine. Les unes et les autres 
ont le délaut d'être banales. La pièce française a du moins 
le mérite d'un style facile. 

15.11. 



S.V VIE. \i,„.,.u,3o.s. 

Jacques, surnommé dans l'Église, à cause de ses vertus, toilIII, .s,. 
Jacques le Bienheureux, d bcato Giacomo, et, dans fécole, V-'"-» •• \- p^?'' 
le Docteur spéculatif, est né dans la ville de \iterbe. On 
ignore, selon Torelli, la date de sa naissance et la condition 
de ses parents. Le P. Dominique Gandolio se prétend mieu.K (jari(i<,iiii~.i)i 
informé, du moins en ce qui touche sa famille. 11 était, dit- 
il, d'une maison patricienne et s'appelait Jacques Capoccio. 
Le cardinal llenieri Capoccio, noble génois, avait illustré 
cette maison au temps d'Innocent IV. Admis, dès sa pre- 
mière jeunesse, au couvent de la Sainte-Trinité, dans sa 
ville natale, chez les religieux ermites de l'ordre de Saint-Au- 
gustin, Jacques de Viterbe fit profession après une année 

6 



ipt.,,. 



/i() J \C()Li:S DE VITEUBE. 

.XI\' -IIXI.K. 

de noviciat, el, comme il montrait des dispositions jjour 
l'étude, on lui donna le temps de s'y consacrer. Plus lard il 
fut envoyé par ses suj^érieurs au couvent de Paris, où il eut 
pour condisciple un jeune Piomain de très-noble origine, 
Egidio Colonna, en fiançais Gilles Colonne ou Gilles de 
Piome, cpii se ])réparait dans les touinois de Garlande à 
devenir le plus illuslr(> docteur de sa congiégation. 

Suivant le P. Gandolfo, Jacques de \ iterbe lut, à Pajis, 

un des auditeurs de saint Tliomas. Mais cela n'est guère 

vraisemblable, saint Tbomas ayant cjuitté lècole de Paris 

II, I uu. ,1, la en l'année 1261 et Jacques de \ iterbe n'ayant pas été reçu 

h ,1 M\,|i !,... docteur avant l'année 1 293. 

On refuse également de croire (pi il ait été, dès l'année 
1277, dans l'Université de Paris, le porto-enseigne des ad- 
versaires de saint Tbomas, comme le rapportent Bartlié- 
cin.M.aniii.Ai. Icuii CliioccarelH et Louis Torelli. Jacques de Viterbe n'était 
rapn .p ,f,i.. p^g niéme, en ce temps-là, simple bacbelier en tbéologie; il 
ne ])ut donc jouer un rôle si considérable dans une contro- 
verse à laquelle prirent part les maîtres les plus renommés, 
iiisi 1,11 ,1, la et notauiment, pour n'en j)as citer d'autres, Henri de Gand. 
'' ' ' Cequiparaît avoirfourni lamatièredeceraj)j)orlévidemment 
infidèle, c est que Jacques d(> Viterbe lut, dans son ordre, 
un des rares censeurs d(^ la doctrine ibomisie; mais en le 
désignant comme le promoteur de la controverse qui précéda 
la sentence épiscopale de l'année 1277, on s'est trompé sur 
la date de ses premières leçons ou de ses premiers écrits. 

Enq^ressons-nous d'ajouter, pour prévenir d'autres con- 
jectures, que si Jaccpies de \ iterbe crut devoir attaquer sur 
quelcpies points la doctrine des tliomistes, festimant trop 
conforme à celle d'Aristote, il professa toujours la plus vive 
admiration pour fillustre dictateur de l'école tlominicaine. 
ci.io.caiiiii, \ii On raconte Cjue, loiscpi'ij ^int pour la première lois dans la 
- Ton'iii.' s?.', ^ill'' <1*^ Naples, il se lit d'abord coiuluire à la chambre 
rpi'avait autrefois habitée, dans cette ville, le jeune Tho- 
mas d'Acpiin, et rju'en y entrant il s'écria : «Je suis venu 
« m'agenouiller là où se posèrent ses pieds. » Au rapport des 
mêmes historiens, quand fut ouverte l'enquête relative à la 



A-n l..t.V. 



TIIÉOI.OCIEN. /l7 

canonisation de saint Thomas, un témoin considérable, Bar- 
tliélomi de Capoiie, déposa qu'il avait autrefois entendu dire à 
Jacques de Viterbe : ■< Je crois fermement que notre Sauveur, 
« par qui toute vérité nous est enseignée, a envoyé dans ce 
« monde, pour l'éclairer, d'abord l'apôtre Paul, ensuite Au- 
"guslin, en dernier lieu frère Thomas, qui n'aura pas, je 
" crois, de pareil jusqu'à la fin des siècles. » 

Jacques de Viterbe fut, avons-nous dit, reçu docteur en 
théologie au cours de fannée i 2g3. C'est ce que nous 
apprend un curieux document cité parTorelli. I^a nouvelle r 
de sa brillante réception s'élant répandue dans toute 1 Italie, 
un chapitre provincial de son ordre, réuni dans la ville 
d'Orvieto, décrète qu'une somme de cinquante florins lui 
sera donnée, chacune des deux années suivantes, pour sou 
entretien dans fl'niversité de Paris. Ce fut une sage libé- 
ralité, car les leçons de maître Jacques de Viterbe eurent le 
plus grand succès : Efiis doclrina, disent, dans les mêmes 
termes, le P. GandoHo et Philippe Elssius, Universilas Pari- 
sicnsis ftiJcicbatiir. Ces termes sont peut-être emphatiques; 
cep(Mi(laiit, quand nous aurons fait connaître, en parlant 
des écrits laissés par Jacques de Viterbe, fingénieuse liberté 
de son esprit et la haute portée de ses inductions spécula- 
tives , on croira sans peine que ses leçons firent le plus grand 
honneur à l'ordre lettré des ermites de Saint-Augustin. 

Sa renommée croissant tous les jours, un chapitre général 
assemblé dans la ville de Sienne, en l'année I5g5, décide 
que ce maître en théologie d'un mérite si distingué devra 
s'employer, libre de tout autre soin, à composin^ de pieux 
ouvrages, et que, pour payer les gages et les menues dé- 
penses de ses copistes, chaque province de Tordre le grati- 
fiera chaque année d'un florin d'or. A cette gratification 
annuelle le même chapitre ajoute loo florins, une fois 
donnés, qui seront pris sur le trésor de la communauté. 

Nous ne saurions dire si Jacques de Viterbe fit un long 
séjour en France, après cette année i 295. Nous le trouvons 
à Naples au mois de mai de Tannée i3oo, dans un chapitre 
de son ordre, accusé par le prieur général, Augustin Novello, 



r\i;o-t.,t.V, 



Se.. 
ifiS 



\ii stLr.ir. 

Cliiorcarelli, An 
list. Neap., [)• i 91 
— Torelli, Ser 
Aijost., t.V, p. 2 1 3 
-Tlioni.de H(M 
n-ia.AIpli.Aiiijii^t 
p 3(i<|, 3;.., 



Jonl. de .Saxon.. 
\ lta^ fralnini , p. 

U-lir-lli. liai, 
siri-.'. l. V!II, .ol. 
ii3. — ïoii-lli . 
Sec. Agost , t \ . 
p. 2»7, 22S 



Cluocrart'lii, An- 
li^l Ni\ip., p. I 92. 



ll^licll. , Ital. 
.an-, , I. Mil, roi. 
i/i3, ol I VI. roi. 
1 11). 



Cliiorrai'clli, Aii- 
tisf. Ncaj)., p. 17'!. 
— Torelii, .Scr. 
Apo-t . t.V, p. 2fio, 
270. 



/18 



J.ACQUE.S DE \ JTERBE 



1 


or 


Ill 


S( 


Af;o 


si,, 

C. 


t.V 

Hor 


p.27 
rarcll 


Aiii 


st. 


\ 


rapol 



(lavoir pris la défense d'un religieux coupable d'indi.scij)line. 
Le cas était peu j^irave; cependant le général, très-irrilc, re- 
procha durement à Jaccpies de Viterbe la laute qu'il avait 
commise. Mais celui-ci ])laida sa cause avec tant de modes- 
tie, que le général ne put lui répliquer et que l'airaire n'eut 
pas d'autres suites. Un des plus anciens narrateurs de ce 
débat, Joidan de Saxe, en raconte tous les détails à l'avan- 
tage de Jacques de Viterbe. 

En l'année i3o2, le 3 des noues de septembre. Boni- 
face \ 111 aj)pela Jacques de \iterbe sur le siège métropo- 
litain de lîénévent, et le fit consacrer peu de temps après 
par le cardinal Tliierri, évéque de Prénesle. 11 était en grande 
faveur aiqirès de Boniface \ 111 , comme s'étant signale parmi 
les plus véhéments defenscuis de lautoritc papale. Il n'a\ail 
pas moins de crédit à la cour de Charles II, roi de Naples, 
qui, le 2 octobre i 3o2, mit, à sa ])rière, l'église de Béné\ent 
sons la protection de Charles de Legonissa, sénéchal de 
Sicile. Un ou deux mois ajirès, le i des ides de no\endne 
ou de décembre, Boiiilace \ III le transferait sur le siège de 
Naples, où le roi l'avait demandé. Le roi voulait l'aAoir au- 
iirès de lui, poiu' user de ses conseils et le comlilei- de fa- 
veurs. Lu l'année i3o.), Jacques de \ iterbe ayant lormé le 
dessein de reconstruire son église métropolitaine, Charles 
alTranchit de tout droit de péage les bois nécessaires à ce 
grand travail; ensuite il le confirma, le 2.3 mars i3oG, 
dans la jouissance de tous les privilèges accordes à l'église 
de Na])les par ses plus lointains jnédécesseurs. On nous 
donne encore cette autre preuve de la giande amitié que 
le roi lui portait. Ln certain baron de Candela, dans la Ca- 
pitanate, avait été condannié à mort comme assassin d'un 
autre chevalier. A la nouvelle de cette condamnation, les 
princi])au\ seigneurs de la cour étaient venus, dit-on, solli- 
citer le roi (Charles en laveur du coupable, demandant que 
sa peine fut adoucie; mais toutes leurs prières n'avaient pu 
fléchir le roi très-irrité, quand le saint archevêque de Napîes 
se présenta, plaida la même cause et la gagna. Le baron vit 
commuer sa peine en cinq ans d'exil dans l'île de Chypre. 



THEOLOGIEN. 



49 



XIV SIFXLE. 



Les historiens s'accordent à faire mourir Jacques de Vi- 
terhe en l'année i 3o8 ; quelques-uns, avec plus de précision, 
rapportent sa mort au mois de février. Il est certain qu'il cessa 
de vivre un an avant Charles II, et qu'il ne remplit, durant au- 
cun interrègne, les fonctions de vice-roi de Sicile. Le P. Gan- 
flolfo, corrigeant cette assertion de deuxannalistesde Viterbe, 
Dominique I3lanco et Pierre Corretini, accorde néanmoins 
qu il a pu momentanément administrer la Sicile en fabsence 
du roi Charles, son grand ami. Nicéphore Sebasti, religieux 
de son ordi'e, a composé l'épigramme suivante en son 
honneur : 

Diccris autistes mngnus , spcculator in aulis; 

Divina hiTC niciito noinina scripta doccnt. 
lAicta crif liinc ingens, "iiiagniini certanicn an isti 

Infiila an a libris gloria tanta vcnit. 
Sed cdinponanuis : dmn lihros patria landat, 

Virilités célébrât Partliencipc aima tuas. 



SES ECRITS. 



Jacques de Viterbe laissait en mourant de nombreux 
ouvrages, dont quelques-uns avaient obtenu, de son temps, 
un succès mérité. Vers la fin du xvi" siècle, un de ses con- 
frères en religion, Maurice Terzo, de Parme, se proposa de 
les recueillir et de les faire imprimer; mais il ne put exé- 
cuter ce dessein. On doit le regretter. Les exemplaires de 
ces ouvrages étaient devenus déjà si rares au xvi'' siècle, 
que Conrad Gesner dit n'en avoir jamais rencontré même 
un seul : E (juibns adliuc miUum vulcre potiu. Nos recherches 
ont été plus heureuses, et nous avons pu lire deux des 
traités que Gesner désigne sans les avoir vus. Les autres 
seront ici mentionnés d'après les catalogues ou d'après les 
bibliographes. Nous n'en pourrons pas même dresser la liste 
complète. Ln elTet, un autre confrère de Jacques de Viterbe, joidan.af saxon 
qui vivait dans le même siècle que lui, Jordan de Saxe, a y''^"'"'^''""'"" • i 
pris le soin de nous avertir cpi'après la mort de cet illustre 



Torelii , .Sec. 
Agost. t.V, p. 277. 
— Gandolfus, Diss. 
(le, 200 Augiist. 
Mript. p. 1 HCt. 



(îpsner. , Bihl 
univers. , p. ?iM. 



TOME \\\II. 



50 JACQUES DE VITERBE, 

Xl\' SIÈCLE. 

docteur, des personnes peu scrupuleuses ont dérobé ses ma- 
nuscrits pour en répandre des copies sous leur propre nom, 
ou, du moins, pour s'en attribuer les meilleurs passages: 
Post mortem siiavi non omnes (conceptus) ad luccm vcncrunt , 
(juia quidam furati siint opéra sua multa, Jacientes sibi defaho 
cornua. Quoi qu'il en soit, voici notre liste : 

1. De regimine cltristiano. Le livre le plus connu de Jacques 
de Viterbe a pour titre : De reçjimmc citnstiano. il est con- 
Kai>iicuis.i5ii)i serve selon Fabricius, qui cite i^ossevin, parmi les manus- 
mea. pt mf. a-tat ^^.j^^ j^^ Vatican. Nous en possédons à Paris au moins deux 
copies, sous les n"' 4o 4 G et 42^9 de la Bibliothèque natio- 
nale. L'auteur est un apologiste passionné de la puissance 
papale; jamais peut-être on n'a parlé pour les papes, contre 
les évoques et contre les rois, sur un ton plus dogmatique et 
iiiiiipp Ja, plus véhément. Philippe de Bergame, Hartmann Schedel, 
Hei-om. . Nuppi pjjQjjjjjg Graziaui , ChioccarelH , Torelli, Fabricius et d'autres 

rhroii. ad niin. ' 

,.-5i3. — .s.i„,ii.i prétendent que la dédicace de ce livre est à l'adresse de 

(Hailm.), Liber i-,,, -^^.., .t->i-" ' "^ 

rhroni.. ad ami. Ciemeut V; Hiais lis se trompent, et raJjricius n aurait pas 
'.ly T ^"'";"" dû reproduire cette erreur, déjà siQ;nalée par le P. Gandollo. 

irii.), Aiiasl. Au- 1 1 • 1 1 r> l 

Kiist p ,o.r Boniface VIII est le pape désigné par la lettre B. auquel 
Jacques de Viterbe a dédié son libelle, dont l'objet doit être 
de réfuter quelque manifeste du roi Philippe, ou quelque 
plaidover de ses légistes. 

Il se compose de deux livres, appelés traités. Au premier 
de ces traités, où l'auteur entend démontrer combien le 
rovaume de l'Eglise est glorieux, appartiennent six chapitres 
dont voici les rubriques particulières : 1° l'Eglise est un 
royaume proprement dit; 2° le royaume de fEglise est or- 
thodoxe; 3° il est un; à° il est catholique, c'est-à-dire uni- 
versel; 5° il est saint, étant sanctifié par Dieu même; 6° il 
est apostolique. Dans le second traité, qui contient dix cha- 
pitres, il s'agit de la puissance du Christ, le roi de fEglise, 
et de celle du pape, son premier vicaire. On y prouve : 
1° qu'il V a plusieurs sortes de puissances; 2° que le Christ 
a dû communiquer sa divine puissance à des personnes 
humaines; 3" que ces personnes humaines sont les évêques 



THEOLOGIEN. 51 

et les princes : les évoques, rois spirituels; le prince, roi 
temporel ou séculier; 4° que la puissance sacerdotale et la 
puissance royale, réunies entre les mains des évèques, sont 
néanmoins distinctes; 5° que des degrés différents d'hon- 
neur et d'autorité ont été particulièrement attribués aux 
personnes diverses qui possèdent à la fois la puissance sa- 
cerdotale et la puissance royale, et qu'un des évoques a la 
primauté sur tous les autres; 6° que la royauté spirituelle 
et la royauté séculière ont des analogies et des dissemblances; 
7° que les rois séculiers étant ordinairement des impies et 
des tyrans, les rois spirituels ont le droit et le devoir de les 
réprimander, de les corriger, et, au besoin, de les déposer; 
8" que la royauté séculière est donc vassale de la royauté 
spirituelle; 9° enfin que la plénitude de la puissance sa- 
cerdotale et de la puissance royale appartient en propre à 
l'évèque des évèques, dictateur souverain de toutes les 
consciences, ordonnateur privilégié de toutes les affaires 
humaines. Dans le dixième chapitre l'auteur combat les 
arguments de ces légistes qui ont osé mettre en avant, au 
mépris de l'institution divine, une doctrine nouvelle, liéré- 
tique, pernicieuse, qui conduit à l'indépendance réciproque 
du pape et des évèques, du pape et du roi. 

Au chapitre viii du second livre appartient ce passage, 
où se trouve le résumé de la doctrine des canonistes : « De 
« ce qui a été dit nous concluons que la puissance causale 
« et suprême du vicaire du Cbrist, successeur de saint 
u Pierre, contenant et dominant celle des évèques et celle 
« des princes temporels , ces puissances inférieures sont 
« néanmoins comparables à la supérieure. Comme la per- 
« fection de la cause peut se rencontrer dans un causé y étant 
« de même nature que dans la cause, mais n'y étant pas en 
'I totalité, y étant seulement en partie, ainsi la puissance qui 
<i réside dans le souverain pontife descend vers les pontifes 
'I subalternes en conservant sa manière d'être avec sa manière 
u d'agir; et cependant les pontifes subalternes n'ont pas 
«la totalité de cette puissance, ils n'en ont qu'une partie. 
« Quant à la puissance du prince séculier, elle se com- 

7- 



52 JACQUES DE VITERliE, 

pare à celle du souverain pontife comme un causé on qui 
« la perfection de la cause est incomplète et n'est pas de 
« même nature que dans la cause, le prince séculier ayant 
«seulement en partage la puissance temporelle, etc. etc.» 
Ainsi l'on prouve la subordination des evèques et des rois 
au vicaire du Christ, successeur de saint Pierre, avec toute 
la rigueur de l'argumentation logique. Formé dans les 
écoles de Garlande, Jacques de Viterbe écrit comme on parJt- 
dans ces écoles. Si ses opinions sont ultramontaines, sa mé- 
thode ne Test pas. C'est la méthode de Paris, avec sa précision 
et son idiome pédantesque, ses qualités et ses défauts. Le 
fragment que nous venons de traduire est assurément d'un 
canoniste; mais il t>st encore d un logicien et d un ])]iilosoplie. 
Nous allons voir bientôt que la ])liilosopliie fut l'étude 
préférée par Jacques de Viterbe, celle, du moins, qui con- 
venait le mieux à son esprit vif et résolu. 

II. Quodlibela. Quelques bibliographes désignent sous ce 
titre deux recueils diflerents de dissertations théologiques 
ou philosophiques. L'un se composait, disent-ils, de trente 
articles; fautre, de quatre livres. 

Sur le premier recueil nous avons des renseignements fort 
vagues, il y en avait une copie dans la bibliothèque de la 
Minerve, à Piome, suivant le rapport fait à Dominique 
Blanco par un dominicain nommé Pierre Martyr Baccioni. 
Cependant le P. Gandolfo n'a pu se procurer aucune autre 
information sur cet ouvrage, dont ne parlent ni Chioccarelli, 
ni Torelli. Nous soupçonnons, à vrai dire, qu'il n'a jamais 
existé, le dominicain Pierre Martyr Baccioni avant pu facile- 
ment considérer comme deux ouvrages différents deux re- 
cueils d'une grosseur inégale, formés f un et l'autre de pièces 
semblables, mais plus nombreuses dans l'un que dans 
l'autre. 

Il y a, d'ailleurs, quelques assertions douteuses touchant 
le recueil que nous avons ni(Mitionné en second lieu. Le 
litre en est ainsi donné par Thomas Graziani et par Gan- 
dolfo : Qiiodlibt'ta (juattuir Parisiis exposita et ilispiitala. Mais 



st. Ni'.iii 



THKOLOGIEN. 53 

personne n'a jaujais rencontré dans un même volume ces 
quatre (Jiiocllibclu , ou plutôt ces cpiatre livres d(> rpies- 
tions diverses, apjieh-es quodlibétirpies. Le P. Maurice 
l'erzo, grand admirateur de Jacques d(! \ iterl)(\ s était im- cUi 
jîosé comme un pieux devoir de publier une édition com- 
plète d(> cet ouvrage et l'avait préparée sur un grand 
nombre de manuscrits de Rome, de Milan, de Na])les, de 
\enise, de Florence, de Bologne, de (îénes et de Fiance. 
Mais, qu()i(pte très-enclin à sup])oscr, comme l'assuraient 
d'anciens bibliographes, que Jaccjues de Viterbe avait écrit 
quatre livi'es de Qiwdlihcta, ce diligent éditeur a déclaré 
n Cn avoir jamais trouvé plus de trois dans les bibliothèques 
par lui visitées. La copie de c<'s trois livres, conq)Osant toute 
l'édition que devait publier le P. ^L'lurice Teizo, était con- 
servée, du temps de Chioccarelli, chez les augustins de; \ i- 
terbe. 11 (>st V) aisemblahle que d'anciens bibliographes avaient 
Ironqje !<" P. Maurice Terzo, aucun d'eux n'ayant \u cet in- 
trou\able quatrième livre. 11 faut, en elTet, remar([uer que, 
vers l'aimée i.^Go, un des plus fidèles historiens fie l'ordre 
des ermites, Jordan de Saxe, ne connaissait fjue trois livres 
de (hwdUhcla sous le nom de Jaccpies do Viterbe. Ces 
trois livres sont ménu! rarement réunis. Nous avons le 
premier, le seul désigne par Jean de Trilenheim, dans le 
n° 2()9 d(> la bibliothèque de Tioyes et dans le n" i,),35o 
du fonds latin à la lîibliothèquiî nationale^; les deux picmiers 
nous sont offerts |)ar les n"' i4,.)G9, i 5,3(32 et i 5,8.")] du 
même londs, pai* le n" ici i de la bibli()thèqu(> Mnzarine, 
ainsi qu(.' ])ar un des volumes de la bibliothèque Lauren- Cai.ii .(.di. 
tienne, h l'iorence. Le troisième manque dans tous les re- ,''.,*,' , '\\ ''^l\ 
ciieils dont nous avons pu vérifier le contenu. '=7 

Ainsi nous devons parler de cet ou\rage sur ties manus- 
crits inconqîlels. Ils nous oflrent néanmoins, tels (pi ils sont, 
des paities assez originales ])our (pi'il nous soit lacile d aj)- 
précier les titres de Jacques de Viterbe à cette grande re- 
nommée, qu'il a si longtemps conservée. 

Les fjuestions traitées dans le premier livre sont au 
nond)re de vingt-deux. Les quatorze j)remières ont toutes 



J0ICI.1M.( 

\ilasl'r.-ili 
171. 



XIV siF.ri.K. 



54 JACQUES DE VJTEUBE, 

pour objet quelque difTicullé psychologique. La seizième, 
qui peut être classée parmi les questions morales, est énoncée 
en ces termes bizarres : Ultinn fcluior sit millier niipta qtiam 
rirnu niiphim? \'A la conclusion du moraliste est (jue la pos- 
session cause une moindre joie que le désir. La dix-huitième 
est canoni(pie : il s'agit de savoir si, dans un cas d'extrême 
nécessité, l'on peut se confesser à un prêtre excommunié. 
La vingt et unième, dont le théologien intpiiet demande la 
solution aux pliilosf)phes, est ainsi conçue : Ulriim, si anima 
in nsiirrcctionc siimcrct ahns cincra, ci^sct idem liomo niuncio 
(jiii prias fuil7 Et les philosophes qu'il a consultés lui ré- 
pondent: Si par exemple, à l'heure du dernier jugement , 
l'âme d'Heraclite allait, dupe d'une étrange erreur, animer 
la poussière qui lut autrefois le corps de Démocrite, le 
sujet composé de cette àme et de cette poussière serait in- 
contestablement th'raclite d'Ephèse, autrefois dit le pleureur 
ou le lênèhrciix. Va\ effet, l'individualité ne vient pas de la 
matière, elle vient de la forme; ce n'est pas le corps, c'est 
l'àme qui distingue, parmi les hommes, celui-ci de celui-là. 
On le voit, c'est une question réputée fort grave que l'auteur 
pose en des termes qui le sont peu. Mais, quels que soient 
les termes de la question, la décision est purement scotiste. 
Dans le système de Duns Scot, où la même matière est le 
fonds commun de tous les êtres, l'individuation vient de la 
forme; la forme est, à proprement parler, le principe indi- 
viduant. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, le sys- 
tème de saint Thomas est bien différent. 

Le second livre nous ofire vingt-quatre questions théo- 
logiques, physi([ues ou mélaphvsiques, traitées pour la 

N.in. I ..31,^ plupart avec beaucoup de subtilité. La première est celle-ci : 
Dieu peut-il faire c[ue des accidents subsistent sans aucun 
sujet? La n'ponsc est ([ue Dieu peut tout; et, pour démontrer 
celte proposition tlicologique, notre docteur trouve tant 
(farguments à uicttie en œuvre qu'ils lui fournissent presque 

i"'i i"i 'l'i , X la matière d'un traité complet sur la puissance de Dieu. Une 
autre question, la cinquième, est discutée avec la même 
abondance. S'étant demandé si toutes les choses dont la 



loi. .•57 



loi. 



THEOI>OGIEN. 55 

matière doit devenir le sujet sont en germe dans la matière 
elle-même, Jacques de Viterhe prouve qu'aucune chose ne 
saurait être en germe dans une matière encore infoime. 
' Telle est sa réponse à la cinquième question. La plupart des 
questions suivantes se rapportent à la psychologie ou à la 
morale. 

l^esQuodlibeta de Jacques de Viterhe sont, comme tous les 
écrits que nous a\ons sous le même titi'e, des recueils de 
thèses diverses, nidlement ordonnées. Les thèses vraiment 
philosophiques étant mises à part et en hon ordre, on n'a 
plus qu'à les résumer pour faire connaître la doctrine de 
notre philosophe, c'est-à-dire la série méthodique de ses 
conclusions sur les prohlèmes agités de son temps dans 
l'Université de Paris. 

I^a première question qu'il s adresse, et la première qu'il 
doit, en effet, s'adresser, est celle-ci : An de ente coniniii- Niuh 
mtcT accepta possit formari umis simplex concepliis? 11 répond 
aussitôt : Dicenduin cpind non. liicMi ne correspond dans la 
nature à la notion vague de l'être en général. L'être en gé- 
néral n'est pas même un ensemble conceptuel, une idée 
simple. L'idée simple est l'idée d'un tout qui peut êtn; con- 
sidéré comme indivisible; et telle n'est pas la notion vague 
de l'être en général, qui ne serait pas mieux définie l'idée 
d'une substance seconde que l'idée d'une substance pre- 
mière. Ainsi l'on professe à bon droit, sur les données com- 
munes d'Aristote et de saint Thomas, qu'il n'y a pas dans 
l'entendement une idée simple qui représente l'être de tous 
les êtres. 

En descendant l'échelle de l'abstraction, nous arrivons an 
genre;le genre est, en effet, dans l'ordre des idées abstraites, 
immédiatement au-dessous de l'être en général. A quoi 
répond l'idée du genre? Non pas, assurément, à l'idée de 
quelque universel actuel ou réel. Ce n'est pas même une 
notion immédiatement recueillie, comme on est enclin à le 
croire, de l'observation des phénomènes individuels. Le 
genre est, ainsi que la diflerence, un concept tiré d'un autre 
concept, et cet autre concept est l'idée de l'essence. Or les- 



56 .1 A COI ES DE VJTKRBE, 

sencc n'ap|)arli(Mit ])ns an domainn du concret. CV-st, à pro- 
prenicMil parler, un être de raison. Donc le genre et la diile- 
rence, élant des parties de l'essence, sont des parties 
rationnelles et ne sont ])as des parties réelles. H sulTit 
d'énoncer df telles conclusions. Quoicpie Jacques de \ iterbe, 
en logicien très-sid)til, argunn>nte verl)eus(Mnrnt, pour les 
nistilicr, sur des distinctions contestables, il faut reconnaître 
(pi il dcfinit la nature des choses <'n fidèle disci])le d' Aristote. 
Toute celte partie de la doctrine est clairement nominallste. 
Nous allons en exposer une autre qui l'est moins. 

11 y a, dit-il, de grands doutes sur la doctrine d'Aristote 
en ce trui regarde l'origine de la connaissance et lalormation 
des idées. Tantôt il se représente l'àme, en son état primitil, 
comme une tal)l(^ rase, sui- laquelle rien n'est encore écrit. 
Ailleurs, définissant les puissances de lame, il prétend 
«pi'elle possède en elle-même une sorte d'actualité native 
(pi il ap])elle la faculté de concevoir les intelligibles, se rap- 
prochant ici de IMafon, ou, du moins, paraissant admettre, 
avec Platon, (pi'il existe premièrement dans l'àme une 
science obscure des choses, et que l'émission d'une idée 
claire est l'évocation laborieuse d'un lointain souvenir. On a 
souvent, ajoute notre docteur, signale cette contradiction 
dans le langage d \rislote, et parmi les interprètes anciens 
ou modernes de ce philosophe, les uns l'ont compris 
autrement cpie les autres, ayant trouvé les arguments de 
leurs thèses opposées en des jjassages dilTérents du même 
traité, (iependant il est bien dilficile de croiie cpi' Aristote ait 
professé tour à tour, dans le même traité, des opinions si 
contraires; il est beaucoup ])lus vraisemblal)le que sa doc- 
trine est une doctrine intermédiaire, prudemment éclec- 
tique, où se concilient d'apparentes contrariétés. C'est donc 
là ce (pie maître Jacques de Viterbe se propose de dé- 
montrer. 

il ne peut d'abord se laisser persuader f[u'en parlant des 
énergies de l'àme Aristote ait voulu dire, comme plusieurs 
rassurent, que chacune de ces énergies possède en elle-même 
((uehpie manière d'être individuellement déterminée. Ainsi 



THKOLOCIEN. 57 

l'intellect agissant et 1 intellect en puissance d'agir ne sont 
pas deux intellects : il y a un seul intellect, diversement con- 
sidéré, soit comme ayant la faculté d'agir, soit comme usant 
de cette laculle. Ensuite, pour ce qui icgarde la comj)a- 
raison de l'âme avec une table rase, il faut remarquer c[ue 
j'càmc est naturellement apte à concevoir, c'est-à-dire à 
iormerdt's idées. Assurément elle ne naît pas avec ces idées; 
cependant on ne saurait prétendre qu'ayant cette aptitude 
naturelle à les former, elle ne soit pas, en son état primitif, 
douée de la puissance active. Elle est donc naturellement 
iui acte, que l'on définit bien un acte incomplet. Mais 
u est-ce pas là plutôt l'opinion de Platon que celle d'Aris- 
tote? A cela notre docteui- s'empresse de répondre que l'opi- 
nif)n de Platon a été condamnée parce qu'elle suppose l'âme 
existant avant son futur conjoint, la matière corporelle, et 
dcja pourvue, durant le cours de cette existence solitaire, 
de toutes les idées qu'elle doit se rappeler ensuite avec beau- 
coiq) de peine, la notion de toutes ces idées s'étant obscurcie 
le jour même où s'est faite son union avec le corps. Or cette 
opinion n'est pas vraie; l'âme n'existe pas avant le corps et 
la science n'est pas une réminiscence. Ainsi l'arrêt justement 
rendu contre la thèse de Platon n'atteint aucunement celle 
d' Aristole. Aristote ne dit pas, en ell'et, que l'âme subsiste 
avant le corps avec toutes les propriétés d'un étal parfait; 
il dit simplement qu'elle naît apte à savoir ce qu'elle ignore; 
t'u d'autres termes, à devenir, par l'exercice habituel de ses 
facultés natives, ce qu'elle ne peut être encore avant de les 
a\oir exercées. 

Il cou\ieiit maintenant de rechercher selon quel mode 
l'ânu! parvient à savoir, à connaître. On remarque à bon 
droit que les objets sensibles sont les moteurs de nos sens; 
de même on ])eut considérer l'imagination, yrtH/rti(«, c'est-à- 
dire la faculté de former des fantômes, des images, comme le 
moteur particulier de l'intelligence. Cependant il ne faut pas 
se laisser tromper ici par défausses apparences, et supposer 
une complète analogie entre des faits c[ui sont sous plusieurs 
rapports très-différents. Ainsi, les objets sensibles sont à 

roMF. .wvii. • 8 



:^S JACQUES DE VITEUBE, 

regard dos sens des moteurs étrangers, et l'imagination, qui 
est une faculté propre de l'âme, ne vient pas concourir du 
dehors à l'acte final de l'intellection. Cette distinction est né- 
cessaire et (^lle est de grande conséquence. On dit , en croyant 
reproduire l'opinion d'Aristole, que toutes les notions viennent 
des sens et cjue le témoignage des sens sulfit pour que l'in- 
telligence conçoive les choses telles qu'elles sont. Cette doc- 
trine sur les opérations de l'entendenient n'est pas du tout 
celle d'Vristole. Les sens remplissent, en ellet, l'oflice de 
témoins; mais l'intelligence, cpii recueille leurs témoignages, 
les juge faux ou vrais. Elle a donc la faculté déjuger, de 
discerner. En fait, l'intelligence, dotc'e par Dieu lui-même 
du pouvoir d'imaginer comme elle imagine et de concevoir 
comme elle conçoit, voit hien les choses telles qu'elles sont, 
mais elle les voit ainsi parce que Dieu n'a pu vouloir la 
tromper sur la nature des choses. Pour conclure, les choses 
concourent accidentellement, accessoirement, k la formation 
des idées, mais, dans c(Hle opération si souvent mal ohservée, 
l'acteur ])rincipal c'est l'intelligence, ou plutôt c'est Dieu : 
\nima movcliir pniu ijxiJilcr, a Dcn (jiudcm cjjicicntcr qui ipsam 
pnxliKJl , a se ipsa vvro /onnahlcr; a sensilms vero cl a scnsihilibvs 
movelur non pnnnpalilcr, sed per modnm cocntadnnis cl incUna- 
lionis ciijiisddni; et idcn cdusa snentiœ pnuctpahlcr m nobis est 
Drus cl ipsa anima; rc:^ antcm scnsibiJcs snnt ranao' non princi- 
palitcr, scd aliqno modo. 

Enfin, notre docteur énonce, en des termes dégagés de 
toute équivoque, les conclusions finales de sa thèse idéaliste. 
Dieu étant la cause principale, c'est-cà-dire principalement 
efficiente, de toutes nos idées, on l'appelle à bon droit l'in- 
tellecl agent; et voici le rapport de cet intellect agent avec 
l'àme Jiumaine. Il est le principe qui meut cette àme. Cette 
âme, qu'il a douée de la puissance intellective, cède à l'im- 
pulsion qu'il hii communique, agit et produit l'acte qu'on 
appelle l'intellection. Elle était donc auparavant en l'état 
d'intellect pa.ssif, et, au moment où cet acte s'est accompli, 
su hitemen t elle a changé d'état, elle est devenue quelque mode 
de l'intellect agent. C'est évidemnu>nt un mode svdialterne; 



THEOLOGIEN. 59 

el pourtant ce qui fait le plus grand honneur à la créature, 
n'est-ce pas d'avoir ce liait de ressemblance avec son créateur? 

Cela dit, on peut enfin exposer, sans craindre de favo- 
riser le sensualisme, comment le premier moteur de toute 
opération intellectuelle détermine les mou\ements de fagenl 
subalterne; en d'autres termes, par quel moyen Dieu trans- 
met à l'àme humaine les idées qui sont en lui de toute 
éternité. Cette transmission s'opère, on ne le conteste aucu- 
nement, par l'intermédiaire des choses sensibles, hes choses 
sensibles, créées par Dieu selon ses idées, portent la marque 
des exemplaires dont elles sont les copies. Quand donc la 
notion de ces cboses ]wrvient à l'intelligence par les organes 
des sens, l'intelligence qui en recueille les images per(,;oit 
avec elles et par elles les clernelles raisons des choses. Ainsi, 
la pensée de l'homme connaît dans les choses, par les choses, 
leur principe, leur auteur, qui est Dieu; ainsi la pensée de 
l'homme est investie par Dieu lui-même de la pleine et par- 
laite ])Osscssion de la \ erité. 

'J'elles sont les données principales de la doctrine que 
Jacques de Vilerbe professait à I^iris \ers f année i'^qS. Ou 
le voit, s'il n'a pas voulu conformer toute sa théologie à 
celle de saint Thomas, il n'a pas constamment observé, dans 
la solution des ])rol)lèmes philosoplii(pies, la réserve de ce 
maître, par lui d ailleurs si vénéré. Mais un philosophe j)eut 
oser plus qu'un autre sans encourir le reproche d'inconsé- 
(juence ou de légèieté; il y a, en eflet, une imprudence parti- 
culière à quelques vaillants esprits qui ne se défient pas assez 
de la logique. Ainsi Jacques de Viterbe, très-bien appelé le 
Docteur spéculatif, s'est laissé conduire, en psychologie, par 
l'attrait puissant de l'induction spéculative, au delà du 
point où s'était arrêté saint Thomas, plus cauteleux et plus 
fidèle disciple d'Aristote; mais, avant lui comme après lui, 
cette limite a été franchie par des philosophes du plus grand 
crédit. Il suffira de nommer ici Descartes et Leibniz. L'o- 
pinion de Leibniz sur les vertus natives de l'intellect est 
précisément celle que nous venons d'exposer d'après les 
Qnodlibcta de Jacques de Viterbe. 

8. 



MECI K 



60 JACOUKS DE VlTEllBIv 



Le P. Maurice Terzo n'est peut-être pas le seul, parmi 

les confrères de Jacrpies de \ iterbc, qui ait formé le dessein 

\it;,iaii. isiiii de publier ces OnniUibcia. Nous lisons, en effet, que 

n|.L \i..ii"i 1 I. Qjiiç^ Consonio, de Milan, en avait fait de sa main une co])ie 

(faprès un manuscrit du \atican. Ce Gilles Consonio était, 

en 1637, procureur pfcucral fie l'ordre des ermites. 

III. Conuiiiiildrii siijiir I\ liljins Sciilciilitiriiin. Jean de 
luii.i.i. . I) Triteulieim, f[ui mentionne ce commentaire, dit expressé- 

i'!),'|., |.',|,','i-,' ment f[u'il se coui|)osait de ([uatre livres. C est ce que répète 

""' ''1 riiomas Giaziaui, et le P. Gandolfo nous atteste qu une 

copie complète de ce commentaire en quatre livres était, de 

son temps, au couvent de Saint-Jean, à Xaples. Les trois 

|)remiers livies sont aujourdliui conscr\és <à Oxlord, au 

I ..x.ci.ii . J collège Balliol, sous le n° G'j. Ils commencent par : Ciiiii 

vcin.ssci iina vi'hui . . . L'iiiildiidd (reatarts liiiinilis cl put heiicoa- 

Iciilia. Ce n'est pas le seul écrit de Jacques de \ilerbe sur 

les Sentences; mais c'est le plus souvent cité. 11 est donc 

loit surprenant (jue la Bibliotlièfpie nationale n'en possède 

aucun exemplaire. Ln de nos grands jurisconsultes, nulle- 

iii..|.,,,,n, I). nj(Mit versé dans la théologie, André Tiraqueau, le con- 

I .-..v. ' ^^ ' naissait lui-même par la renommée qu'il avait encore de son 

temps. 

IV. Lcdiira siiprr I\ librox Sciilciititiriiin. (jandollo dit (pu' 
l'on conservait une copie de cet ouvrage chez les augustins 
de Sienne. Il ajoute que ce n'est pas un commentaire; que 
c'est un simple abrégé, mentionné par Chioccarelli sous le 
titre de Samma Sammœ. 

V. ?\ntabiJi(( m Scntcnlias. Torelli et GandoUo distinguent 
cet ouvrage des preci'denls et des suivants, mais sans en 
indique!' aucun exemplaire. 

\ I. DicisKi super IV hbrns ScnlenUnnim. On ne désigne au- 
cun manuscrit de cet ouvrage, cpioiqu'il figure aux cata- 
logues de Chioccarelli, de Torelli et de Gandolfo. 



THIÎOLOGIEN. 01 , , 

XIV SIECLE. 

VII. Abbreviatio Scnteiitiariim jEcjidii Columnœ. Comme il 
paraît, Jacques de Viterbe était plus jeune que Gilles Co- 
lonna, son confrère et, dit-on, son condisciple. Il n'est donc 
pas très-étonnant qu'il lui ait fait l'honneur d'abréger son 
commentaire des Sentences. Peut-être s'est-il appliqué à ce 
travail par l'ordre de ses supérieurs, étant pensionné pour 
écrire des livres utiles. On nous apprend d'ailleurs que 
cet abrégé n'est pas du tout servile; il y a de nombreuses 
additions et sans doute des corrections. Sur un exemplaire 
autrefois conservé chez les augustins de Naples on lisait, au 
rapport de Gandolfo, la note suivante, de la main du car- 
dinal Gilles de Viterbe : Abbreviatio Scnlcnlianiin JE(iidii lio- 
mani per rev. P. magislrnm Jacobum Viterbienscm, archicpi- 
scopum Ncapohtanum, omnium scientiaram (jloria Ulustrem. 
^ijidii vohimcn in compendiiim adducit , multa tamcn addit ubi- 
(jue ut fcre Jacobi points quam jEgidii dici debeat. 

VIII. De prœdicamcntis in dtvinis Qnœstioncs Pansus dispu- 
lalœ. Le P. Gandolfo désigne deux manuscrits de cet ou- 
vrage; l'un au couvent de Viterbe, l'autre au couvent de 
Saint-Jean, à Naples. Chioccarelli dit avoir vu lui-même le 
second. 

La question des prédicaments considérés dans les choses 
divines étant une de celles qui se rapportent au premier 
livre des Sentences, Gérard de Sienne, Alphonse Vargas et 
Thomas de Strasbourg ont, dit le P. Gandolfo, plus d'une 
fois cité le traité de Jacques de Viterbe dans leurs commen- 
taires sur Pierre le Lombard. D'où l'on peut conclure que les 
exemplaires manuscrits de ce traité n'étaient pas rares de 
leur temps. On remarque, d'ailleurs, qu'il est mentionné 
par des historiens et des bibliographes à qui sont restés in- 
connus beaucoup d'autres écrits du même docteur, comme 
Pliilippe de Bergame, Jean de Tritenheim et Philippe Elssius. l'i.ii. y,. 



IX. Quœslioncs sacrœ tlieologiœ. Ce recueil, dont Chiocca- 
relli ne parle pas, est cité par Gandolfo d'après un ancien, 
et par Fabricius d'après Gandolfo. Peut-être s'agit-ii ici des 

7 



Snppl cliion. 
aiin. i 3 I 3. 



Xlï SIECLE. 



()2 JACQUES DE VITERBE. 

Quodlibcla, désignés sous le titre non moins vague de Qiias- 
tiones. 

X. QiKCStiones de Spirilii Sando cfiuncfnagmla. Une copie de 
ces autres questions était, dit Cîandoifo, chez les augustins 
de Bologne. 

XI. Quœsliones de anyelis. Chioccarelli, Torelli et Gan- 
dolfo citent cet ouvrage, mais ils n'en désignent aucun ma- 
nuscrit. 

XII. De angelnrum composiltone liber. Ce livre doit être une 
simple dissertation. On sait que la thèse de saint Thomas 
sur la nature des anges n'a pas été favorablement acciu'illic 
parles scotistes. Ayant attribué le principe d'individuatiou 
à la matière, saint Thomas ne pouvait lacilement explifptei- 
l'individualité, d'ailleurs incontestée, des substances spiri- 
tuelles. Nous supposons que Jacques de Viterbe a traité dans 
son livre cette question très-obscure. Chioccarelli et (ian- 
dolfo nous laissent ignorer dans quelle bibliothèque il était 
conservé. 

XIII. Summa de arlicuhs Jidei. Nous ne connaissons (jue 
le titre de cette Somme. 

XIV. Recollcctiones , seii Cutena Patrum super epistolas D. 
Pauli. Ces extraits des Pères sur les épîtres de saint Paul se 
trouvaient autrefois dans la bibliothèque du couvent de Saint- 
Jacques, à Bologne, au rapport de Torelli et de Gandollb. 

XV. Super epistolas Pauli Exphcationes. Ce titre ne semble 
pas être ancien, et il est possible qu'on ait ainsi désigné les 
Reenlleclioiies du couvent ile Bologne. 

XVI. In divum Lucam evangehstam Interpretatio. Quelques 
bibliographes ajoutent que Jacques de Viterbe a aussi com- 
menté l'évangile selon saint Mathieu. 



THÉOLOGIEN. 63 

XVII. Sermones diversarum reriim. Ces sermons étaient 
dans la bibliothèque des chanoines de Saint-Pierre, à Rome, 
d'après Torelli et Gandolfo. Ils formaient un livre, ou plutôt 
un volume, selon Philippe Elssius. Les anciens bibliographes 
s'accordent à louer la brillante éloquence de Jacques de 
Viterbe. Elle ne fut pas moins admirée, selon Thomas Gra- 
ziani, que la subtilité de son esprit. Nous devons donc re- 
gretter de ne rencontrer aucun de ses sermons dans les bi- 
bliothèques de Paris. 

XVIII. Concordai) tiœ Psalmonim David. Jacques de Viterbe 
avait dédié cette Concordance au roi de Naples, Charles II. 

XIX. Liber de natnrœ pnncipiis. Aucun manuscrit n'est 
désigné. 

XX. In Physicorum et Metaphysicojum libros Commentana; 
en deux volumes. Ces commentaires ne paraissent pas avoir 
eu beaucoup de succès. 

XXI. De mundi œternitate secundum Jidem catholicam. 

XXII. De cœlorum animalione quœstio percelebns. On n'in- 
tlique aucun exemplaire de cette dissertation; mais on assure 
que Jacques de Viterbe la cite lui-même dans le troisième 
livre de ses Qnodlibeta, quest. 2 4- C'est donc un ouvrage de 
sa jeunesse. 

XXIII. D. Thomœ Aquinalis tabula. Chioccarelli prétend 
que cette table a été publiée sous un autre nom que celui 
de Jacques de Viterbe, et dénonce ce larcin sans en faire 
connaître fauteur. 

K H. 



64 



NICOLAS DE MONTIGM 



NICOLAS DE MONTIGM. 



CHRONIQUEUR. 



Morl 



api£ 



i3o8. 



Gall. christ, iiov. 
I. III, col. 469.— 
Lepaige , Biblioth. 
Prœin. p. Soy. — 
F'oppen.s, Bibliotli. 
Rcig. t. II, p. 91 i. 
— Georgius , ISpi- 
rit. litter. .\orbert. 
p. 407. — Vossiu.s 
(G, J.), De histor. 
lat. p. 725. 

Hugo (Car. Lud.), 
Ami. Pi'aïmori.sli-. 
t. Il, roi. 1080. 



Gall. christ, nov 
. III, col. 469. 



ilugo(Car. Lud.'), 

iacr. antiq. mo- 

luni. t.If , p. 191 . 

Ibid. p. 199. 



Chanoine régulier de Vicogne, riche abbaye de Tordre 
de Prémontré, près Valenciennes, au diocèse d'Arras, 
NicoL.\s DE MoNTiGNi, de Montegni, ou de Montagni, était 
sacristain de cette maison, entre les années i3o5 et i3o8, 
quand Jacques Mallet en était abbé. C'est ce qu'il nous ap- 
prend lui-même en racontant l'anecdote suivante. L'abbaye 
de Vicogne possédait, dit-il , une dent de Jésus-Christ, qu'un 
ange lui avait autrefois donnée. Durant les guerres, cette 
dent fut si bien cachée qu'on fut longtemps sans la retrouver. 
Enfin, une miraculeuse révélation lui fit connaître à lui- 
même, au temps de l'abbé Jacques Mallet, où elle avait été 
placée, et, l'ayant tirée de cette cachette, il prit soin, étant 
sacristain, de la suspendre dans une fiole avec un fil d'or. 
Nicolas de Montigni fut ensuite abbé de Château-l' Abbaye, 
ou Castelnau-l' Abbaye, en latin CastcUnm Dci et CasfcUiim 
Manritamœ , autre monastère de Tordre de Prémontré, dans 
le même diocèse d'Arras. On pense que les chanoines, ses 
confrères, l'élurent abbé vers l'année i3o8. L'année de sa 
mort nous est inconnue; aucune date n'est assignée par les 
auteurs de la Gaule chrétienne à l'avènement defabbé Piobert, 
deuxième du nom, qui paraît avoir été son successeur. Nous 
sommes toutefois portés à supposer un assez long intervalle 
de temps entre l'élection de l'abbé Nicolas et celle de l'abbé 
Robert. On doit, en effet, remarquer que Nicolas dit avoir 
composé dans sa jeunesse, insciiim et imbecillem pantcrcjuc 
jnvcncin, un ouvrage où il mentionne l'abdication d'un abbé 
de Vicogne, Jean de Tongres, qui changea d'habit et devint 
religieux mineur en l'année i3o3. Puisqu'il est ainsi prouvé 
qu'il était jeune encore en i3o3, il peut avoir vécu long- 
temps après ] 3o8. 



CHRONIQUEUR. 65 . . 

\IV SIECI.K. 

Plusieurs ouvrages sont attribués à Nicolas de Montigni. 
I.e plus important, que nous venons de citer, est une his- 
toire de l'abbaye de Vicogne commençant à l'année 1 125, 
date de la fondation de cette abbaye, et finissant à l'année 
1 3oi. 

H existe une plus ancienne histoire de la même abbaye. 
Elle est, dit-on, d'un prieur, aussi nommé Nicolas, que l'on 
fait vivre vers Tannée i 2o3. Nous trouvons, en effet, à cette 
date, parmi les prieurs de Vicogne, un certain Nicolas, L>paigi . wm 
homme austère, actif, courageux, qui osait quelquefois !!!!'X''"en,'' Bibi 
traiter les principaux seigneurs du voisinage avec la plus l'ui-;. t. ir.p. 91'! 
arrogante liberté; mais le narrateur de ses hauts faits, Ni- 
colas de Montigni, ne nous apprend pas qu'il ait eu jamais 
le loisir ni le goût d'écrire. .Quel que soit l'auteur de cette 
chronique, elle a été conservée, et Luc Dacheri fa donnée 
dans son Spicilége, t. XII, p. 533, de l'édition in-/i°, et t. II, 
p. 871, de l'édition in-fol; d'où Martène l'a tirée pour la pu- 
blier de nouveau dans le tome VI, col. 281-296, de YAinpUs- 
sirna collectio. Jacques de Guise l'a reproduite dans son His- 
toire de Ilainaut; elle est au tome XII, p. 106-1 Sg, de la 
traduction française de cette Histoire par M. de Fortia d'LJr- 
ban. On en peut lire aussi de longs extraits dans le tome XI \ 
des Historiens de France, p. 488-/190. Nicolas de Montigni 
l'a d'ailleurs insérée presque tout entière dans la sienne, en 
y faisant des additions considérables. Charles-Louis Hugo Hu-ofCai-.Lud.) 
ne paraît pas avoir fait grand cas de cette ancienne chro- ^"^"'^^'^ ^"'|'[t 
nique. Elle est, en effet, très-brève, etles événements y sont 
racontés sans ordre. Celle de Nicolas de Montigni est beau- 
coup plus fidèle et plus intéressante. 

Elle commence par un prologue. Le but de fhistoire, dit 
le narrateur tant soit peu philosophe, est de proposer à 
fimitation la vie des hommes qui se sont élevés jusqu'à 
la gloire, dirigés, soutenus par la main de Dieu, et d'en- 
seigner à fuir l'exemple de ceux qui sont morts couverts de 
honte, justement abhorrés. A ce prologue succède le récit 
de la fondation de Vicogne. Dans un lieu sauvage, jus- 
qu'alors habité par des loups, arrive un élève de saint Nor- 



nio- 
piapf. 



TOME XXVII. 

7 ♦ 



()6 NICOLAS DE MONÏIGNI. 

xiv' SIRCT.i;. 

bert, nommé Gui de Lincoln, qui, trouvant à son goût cette 
solitude, s'y construit, à l'ombre d'un vieux tilleul, une 
cellule rustique. D'autres ermites étaient venus avant lui 
dans ce désert, mais des brigands les avaient tous égorgés. 
■ Le possesseur du sol était un riche douaisien, Almainde Pons. 
Gui de Lincoln lui achète tout le territoire nécessaire à la fon- 
dation d'une abbaye, et puis va demander à l'abbé d' Arouaise 
quelques-uns de ses chanoines. Les chanoines d' Arouaise, 
envoyés parleur abbé, s'en retournent, refusant de séjourner 
en ce lieu, dont l'aspect les épouvante. D'autres chanoines, 
tirés de Saint- Martin de Laon, consentent, après quelque 
hésitation, à devenir les compagnons de Gui de Lincoln, et 
la communauté s'établit. Jusqu'à ce que la terre soit dé- 
frichée, ces solitaires sont contraints de manger, à défaut de 
légumes, les gazons des prés, les feuilles des arbres; mais 
avec le temps leur régime s'améliore, et le sol qu'ils cultivent 
les enrichit. Devenus riches, ils sont ruinés par des abbés 
incapables ou prodigues. D'autres malheurs viennent encore 
les affliger : les incendies, les guerres, les famines. Le chro- 
niqueur raconte, vers 1200, qu'après cinq années d'une 
constante sécheresse, les chanoines, n'ayant plus de fourrages 
pour leurs chevaux, se virent forcés de les nourrir avec 
de l'avoine, et il remarque, à cette occasion, que, selon les 
habiles en agriculture, l'aliment des chevaux peut être indif- 
HugoCaj Lu a ), féremment l'avoine et le fourrage, non solo forragio scd et 
avenu ea siistentari. Remarquons, à notre tour, que s'il était 
alors inusité, du moins dans l'Artois, de nourrir les chevaux 
avec de l'avoine, favoine devait être le froment des pauvres 
gens. Cependant, les temps de famine passés, les chanoines 
de Vicogne ne tardèrent pas à rétablir leurs affaires. Ils étaient 
redevenus riches en j 2 1 6, quand fabbé Gauthier du Quesnoy 
faisait construire une salle haute et une chapelle, dont il ornait 
les murailles de belles peintures; ce qui fut sévèrement blâmé 
par les délégués du saint-siège. Ces délégués, qui étaient 
des abbés cisterciens, visitant, selon les termes de leur com- 
mission, fabbaye de Vicogne, condamnèrent d'une seule 
voix cette décoration d'une somptuosité séculière, et par 



San-, aiitlq. 



XIV' SIÈCLE. 



CHRONIQUEUR. 67 

leur ordre les peintures de la salle furent détruites; à nist.iitt deiaP. 
grand'peine on sauva celles de la chapelle. La chronique de Ôsf '^' '' ^^ 
Nicolas de Montigni nous offre un certain nombre de ces 
anecdotes, qui font connaître les usages, les mœurs du 
XIII* siècle. On y trouve aussi de curieux détails sur les 
troubles civils de la Flandre. Charles-Louis Hugo ne pouvait 
manquer de les signaler. 

La meilleure édition de la chronique de Nicolas de 
Montigni est celle qui a été donnée en 1726 par Charles- 
Louis Hugo, dans le tome II, p. 191-221, de son recueil 
intitulé : Sacrœ antiquitalis moniunenta. Blampin y a joint 
des notes faites avec beaucoup de soin. Vers le même temps, 
Edmond Martène publiait le même texte dans le tome \ I de 
son Amplissima coUeclio, col. 296-8 1 2 , à la suite de l'opuscule 
attribué, comme nous l'avons dit, au prieur Nicolas. Louis 
de Hennin, chanoine de Vicogne, a continué le récit de 
Nicolas de Montigni jusqu'au XVI' siècle. Enfin, au xviii^siècle, 
un prieur de la même abbaye, le R. P. Miroux, a tiré de 
ces diverses chroniques la matière d'une histoire complète Hugo(tar.Lud.) 
dont on a loué le style et l'ordonnance. f"^," J'^' •"°"- 

Il convient d'attribuer encore à Nicolas de Montigni, Lepaige, bim 
avec Lepaige et les autres historiens de son ordre, un livre ^''■""'"'''' i' °7 
qu'ils intitulent : Histona martyrii et translatioms undecim mil- 
liiimvirglnum. Nicolas de Montigni parle lui-même de ce livre 
et s'en déclare l'auteur, dans sa Chronique de Vicogne, 
p. 202 de l'édition de Charles-Louis Hugo, et Blampin, dans 
une de ses savantes notes, en extrait le passage auquel Ni- 
colas de Montigni fait allusion. Cette légende inédite était 
à fabbaye de Vicogne; nous ignorons où elle se trouve au- 
jourd'hui. 

Une autre légende est inscrite au nom de Nicolas de Mon- 
tigni, sous ce titre : De miracnlis S. Blasii liber iiniis. Aucun 
bibliographe ne nous apprend qu'elle ait été imprimée. 
Bollandus, qui n'omet pas de mentionner les reliques de 
saint Biaise conservées à Vicogne, ne parle aucunement des 
miracles opérés par ces reliques et racontés par Nicolas de 
Montigni. 



liolland. , 


AcU 


>amt. t I , 


febi 


p. 335 . col. 


'• 



.\IV SIECLE 



()8 NICOLAS DE MONTIGNI. 

On doit, en outre, au même chanoine un inventaire dé- 
taillé des reliques autrefois déposées à l'abbaye de Vicogne. 
I^epaige et Foppens l'intitulent : Memonale rehquiarnm Vico- 
iiiensis cccicsiœ. Cet inventaire n'a pas été publié, mais 
ii.if;o(Cai.LuJ.), Cliarles-Louis Hugo l'a plusieurs fois cité d'après l'exem- 
'." n;''"o""88o, plaire manuscrit de Vicogne. 

'"0' . Enfin, d'autres écrits de Nicolas de Montigni ont été men- 

tionnés par Lepaige en ces termes vagues : Et alia quœ Vi- 
coniœ manu scripta asservantnr. Ces écrits, dont Lepaige n'a pas 
même pris soin de recueillir les titres, étaient probablement 
sans aucune importance. 

H faut se garder de confondre cet historien avec un autre 
Gaii (iiiiM i.o^. Nicolas de Montigni qui fut abbé de Broqueroi, au diocèse 
I ii(. <oi ,o(i. de Cambrai, de Tannée 187^ à l'année iSgS. 

B. H. 



JEAN VATE, 

I\ECTEUI\ DE L'UMVEnSITÉ DE PARIS. 



V(i> i3o8. Maître Jean Vate, magister Joanncs, dictns Vate, était rec- 

teur de rUniversité de Paris au mois d'août de l'année 1 290. 
Héméré le nomme, en latin, Joanncs Je Vasta et Du Boulay 
Joanncs de Uasta; d'où l'on a supposé qu'il s'appelait, en 
Hisi.iiiur.d, la Jrançais, Jean Du Guast. Mais c'est une fausse supposition, 
'^ '**' la leçon d'Héméré n'étant pas plus exacte que celle de 
Du Boulay. Le 6 août de Tannée 1 290, le recteur Jean Vate 
dénonçait au pape, en des termes très-vifs, divers abus 
ii>k1. 1 1 1 XXV, commis par le chancelier Berthault de Saint-Denys. Il a été 
•^ iJ^ii^^^^'^ ^ ^^ précédemment parlé de ce grave débat. Du Boulay le rap- 
iinn. Pai. t. III. portc à l'annéc 1286; mais il se trompe : facte d'appel de 
'' ' " Jean Vate porte la date que nous venons d'indiquer. Nous 

n'apprenons rien de plus sur la vie de ce docteur. On peut 



JEAN VATE. 09 



MV SIECLE. 



conjecturer qu'il vivait encore dans les premières années du 
xiv^ siècle; cependant cette conjecture n'a pas la valeur 
d'une preuve. 

Une pièce très-curieuse nous a été consei'vée sous le nom 
de Jean Vate, avec ce titre : Dctermiuatio mfujislri J. \ate. 
Cette pièce, qui commence au fol. 7^ du n° 1 6,089 des ma- 
nuscrits latins, à la Bibliothèque nationale, pour finir au 
fol. 70 verso, se compose de cinquante et une questions sur 
toute matière, sommairement résolues. Quelques-unes sont 
puériles. Un assez grand nombre étant, comme on les appelait 
alors, des questions vénériennes, de rc venerea, on s'étonne 
de voir un clerc les proposer en des termes d'une telle cru- 
dité. Au nombre des questions puériles nous citerons celles- 
ci : Les jeunes abeilles ont-elles le droit de tuer leurs aînées? 
Les serpents sont-ils plus enclins à mordre au commen- 
cement qu'à la fia du mois.-* Le lièvre a-t-il ou n'a-t-il pas 
riiabilude de faire trois sauts avant d'aller dormir? Les gens 
naturellement galeux sont-ils naturellement voleurs? Nous 
ne saurions citer aucune des questions dites vénériennes. 
Les questions politiques offrent plus d'intérêt. Le candidat 
se demande, par exemple, si la loi civile doit tolérer le prêt 
à intérêt, et il conclut négativement, en paraissant regretter 
les temps anciens, où le commerce des marchandises se fai- 
sait par voie d'échange. Il se demande, ensuite, quelle est la 
vraie noblesse, celle du sang ou celle des mœurs, et il argu- 
mente contre la noblesse du sang, en alléguant l'autorité 
d'Aristole. Bien que cette pièce nous ait été conservée sous 
le titre deDelerminalio, ce n'est pas évidemment la thèse d'un 
candidat à la déterminance. Elle n'est pas d'un candidat, 
le titre appelant fauteur «maître J. Vate.» On sait, d'ail- 
leurs, que les candidats à la déterminance devaient uni- 
quement, aux termes des décrets, faire preuve d'une instruc- n 
tion sullisante en grammaire et en logique. 

Nous devons encore mentionner parmi les œuvres de 
Jean Vate son acte d'appel contre le chancelier Berthault 
de Saint-Denys. Ce mémoire a été publié pour la première 
fois par notre confrère M. Ch. Jourdain dans son Index cltro- 



Or 

43 



70 MARGUERITE PORRETTE, 

XIV' MECI.K 

nnlo(jiciis cliartarum pcrtincnliiim ad liistoriam Umiersttatis Pa- 
risiciisis, p. 69, 60. Il convenait de le tirer de 1 oubli, non- 
seulement parce qu'il importe à l'histoire, mais encore parce 
rpiil est écrit avec une vigueur singulière et sur le ton de l'élo- 
quence. Quand, le 6 août de l'année 1290, dans l'église 
Saint-Jacques la Boucherie, Jean Vate lut en chaire ce 
facluni véhément, tout son auditoire de maîtres et d'écoliers 
dut l'applaudir avec une ardeur tumultueuse. 
Coie, Calai mss Un volumc du MV*" siècle, au collège Merton, à Oxford, 

Ue°" ' '!(! °" ^ contenant la troisième partie du Spéculum liistoruilc de Vin- 
cent de Beauvais, nous olîre le nom d'un certain Jean VVade, 
Anglais, qui a, dit-il, écrit de sa main tout ce volume. H 
n'est guère probable que ce Jean VVade soit notre Jean Vate; 
mais il est beaucoup plus certain que ni l'un ni l'autre n'est 
le mathématicien Jean VVate, auteur d'un rare traité De 
Fabrinus.Bibi. œ(juatione ilomorum, dont Fabricius a recueilli le nom dans 

" îv p 'i6i ^'^* ^^^ catalogues des bibliographes anglais. Comme Pits le 
l'its. Hciai.hist fait remarquer, Leland n'indique pas le temps où vécut ce 
Jean Wate; mais on doit tenir pour certain qu'il ne vécut 
pas avant le xvi^ siècle, puisqu'il fut, au rapport de Leland, 
élevé dans le collège Gonville et Caius, à Cambridge. Le 
restaurateur de ce collège célèbre, Jean de Kaye, était con- 
temporain et médecin d'Edouard VL 

B. H. 



MARGUERITE PORRETTE, 

HÉRÉTIQUE. 



reb. anj;l. , t. I, 
883. 



\i.Mi, ... i;iio On sait qu'il y eut, dans Ips cloîtres et même dans les 

châteaux du moyen âge, un assez grand nombre de femmes 

Jouidaii. (Ch), lettrées. Aux noms bien connus de sainte Radegonde, d'Hé- 

in!î^!/t xxviiL lo'ise et de Marie de France, notre confrère, M. Charles 

Jourdain, dans un mémoire particulier sur l'éducation des 



83 Pi 



XIV 3IECLF. 



HERETIQUE. 7J 

femmes au moyen âge, a joint une longue liste d'autres 
noms moins célèbres. Peut-être même dans les châteaux, 
sinon dans les cloîtres, l'exercice de la lecture était-il plus 
habituel aux femmes qu'aux hommes. 

On sait moins que, parmi ces femmes lettrées, quelques- 
unes furent poursuivies et condamnées pour crime d'hé- 
résie. Il n'y a pas lieu, toutefois, de s'en étonner. Quand 
elles ont abordé, comme les hommes, les questions les plus 
difficiles, les plus périlleuses, de la philosophie et de la 
théologie, pourquoi les auraient-elles résolues avec plus de 
prudence? Au rapport des chroniqueurs, il y eut, dans les 
premières années du xiv" siècle, en France, en Allemagne, 
en Italie, plusieurs femmes conduites au bûcher pour crime 
d'hérésie; la plus célèbre est notre Marguerite Porritte. 

Cette Marguerite Porrette, qu'on nomme aussi Poirette, 
originaire du Hainaut, habitait la ville do Paris au commen- 
cement de l'année i 809. Puisqu'on ne dit pas qu'elle fût reli- 
gieuse, elle ne l'était pas, et puisqu'elle avait fait un livre, lui d.s i.istor. 
elle avait acquis une instruction qui, même de nos jours, J'c'o, ^ 
n'est pas si commune chez les femmes laïques. Son livre ayant 
été soumis à l'examen des inquisiteurs de la foi, fut par eux 
jugé manifestement hérétique. En conséquence, ils pronon- 
cèrent contre l'auteur une sentence formelle d'excommuni- 
cation. Cette sentence devait toutefois être annulée après 
l'abjuration des erreurs signalées. On n'avait pas cru devoir 
user d'abord de la plus grande l'igueur à l'égard d'une femme 
dont la bonne foi n'était pas douteuse, et qui, peut-être, 
avait rencontré des protecteurs puissants. Mais cette femme 
avait un caractère opiniâtre. Comme elle s'obstinait depuis 
une année à ne rien abjurer, elle fut mandée devant le tri- 
bunal de l'évêque. L'évêque l'attendit vainement; elle ne 
comparut pas. Puisqu'on l'avait rejetée de la société des 
fidèles, que lui voulait-on encore .^ Il lui convenait mieux, 
comme il paraît, de subir sa peine que de s'humilier par 
un désaveu. 

Cependant on n'avait pas voulu lui laisser la liberté du 
choix entre une grâce humiliante et une impénitence re- 



,1.- la Fr t \X, 



72 MARGUERITE PORRETTE, 

belle; on lui avait simplement accordé quelque délai pour 
se repentir. Estimant donc qu'après une année révolue ce 
délai ne doit plus être prolongé, lesjuges d Eglise Ion t arrêter 
Marguerite et lui infligent, sur la place de Grève, l'ignomi- 
nieux châtiment de l'exposition. Les crieurs publics avaient, 
dit-on, convié tout le peuple de Paris à ce spectacle. Ainsi 
nous pouAons suj)j)oser que la foule n'y manqua pas. Mar- 
guerite fut ensuite livrée au bras séculier, et, le lendemain 
du jour où les gens de l'évêque l'avaient exposée, les gens 
du prévôt civil la brûlèrent sur la même place. Comme on 
la conduisait au lieu du supplice, tout son courage l'aban- 
donna : avec des larmes et des prières, de pieuses prières, 
dit un chroniqueur, de nobles laimes, elle se déclara vain- 
cue, soumise, repentante, et causa la plus vive émotion à 
un grand nombre des assistants. Mais ni l'évêque, ni l'in- 
quisiteur n'étaient là sans doute pour s'émouvoir et par- 
donner. Cette odieuse exécution eut lieu quelques jours 
avant ou après la fête de la Pentecôte, en Tannée i3io. 

Nous avons emprunté le récit qu'on vient de lire à un 
des continuateurs de Guillaume de Nangis, et il n'y a pas 
un autre document à consulter sur cette tragédie. D'Argen- 
tré, n'ayant pu découvrir aucune des pièces du procès, s'est 
contenté de reproduire le texte de la chronique. Ce texte 
avait été simplement abrégé par le continuateur de Girard 
de Frachet. 

Il faut dire maintenant f[uelle était l'hérésie de Margue- 
rite. Son livre a été brûlé comme elle, et si par hasard 
quelques parties en ont été conservées, elles ne l'ont pas été 
sous son nom, car on ne les retrouve plus. Sur le contenu 
de ce livre nous sommes réduits aux renseignements que 
nous fournit le chroniqueur. « Elle enseignait, dit-il, f(ue 
" la créature dont l'àme s'est anéantie dans famour de son 
• créateur peut, sans aucun remords de conscience, accor- 
« der à la nature tout ce qu elle désire. » — « Qui ne reconnaît 
r.M rinisi. nov « ici , » s'écricut les auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne, 
" le dogme immonde des quiétistes, spiircissimnni (jaictislarnm 
«Jocjma?» Il est, en elîet, difficile de le méconnaître, les 



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l's liistor. 


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Fr. 


1 XXI, 


p M 







I VII, .ol. ,- 



HEUETIOUE. 73 

MV SIKCI.K. 



termes dont fait usage le continuateur de Guillaume de 
Nangis, pour exprimer brièvement la doctrine de Margue- 
rite Porrette, sont ceux qu'on retrouve dans toutes les sen- 
tences ou les censures publiées contre Molinos et M"* Guyon. 
La treizième des propositions condamnées par Innocent XI, 
sous le nom de Molinos, est ainsi conçue : « Ajîrès avoir isi.vmui. Œu 
M'émis à Dieu notre libre arbitre, il lui faut aussi aban- !>'",,' 
"donner toute pensée et tout soin de ce qui nous regarde, 
" même lé soin de faire en nous, sans nous, sa divine vo- 
« lonté. " Les termes de la cbronique et ceux de la bulle ponti- 
ficale ne sont peut-être pas fidèlement enq^runtés aux livres 
de Molinos et de Marguerite; mais du moins énoncent-ils 
la même conclusion tirée de ces livres. 

Ainsi, dans les premières années du xiv"" siècle, une autre 
femme professait à Paris la dangereuse doctrine de l'anéan- 
tissement dans le pur amour. Marguerite Porrette était de la 
patrie des Begbars, et parnii h-s erreurs condamnées en i 3 i i , 
sous le nom des Bégbars, par le concile de Vienne^ la plus i.abin. Conni. 
grave, qu'on peut appeler le fondement de toutous les autres, !_riuq\",.i, Mém^ 
est précisément celle de Mar"uerile. Le nuiélisme n'est pas pour seiN.à riusi. 
(i ailleurs autre cliose que le mysticisme des âmes tendres, 
et si l'on entreprenait aujourd'luii de recberclier et de dé- 
noncer tous les quiétisles que le moyen âge a eus sans les 
connaître, on en trouverait beaucoup. Fénelon n'a pas fait 
cette enquête avec assez de liberté, et pourtant les citations 
qu'il a produites ont troublé Bossuet, qui, pour enlever au 
parti des bérétiques quelques mystiques très-vénérés et très- 
vénérables, a dû recourir à des explications qui ne sont pas 
toutes persuasives. Pour justifier ces anciens mystiques 
on doit dire qu'ils ont été de grands évêques, d'illustres 
moines, d'une piété notoire. Mais il ne faut pas essayer 
de défendre leur langage; ils parlent, en elï'et, comme 
Molinos et M""" Guyon. . 

Marguerite Porrette n'étant d'aucune confrérie religieuse, 
rien n'atténuait, au jugement de fÉglise, la gravité de son 
erreur. On peut d'ailleurs facilement supposer qu'elle ne 
s'était pas assez inquiétée d'en dissimuler les conclusions 



TOMF. XWII. 



Xl\ SIKCI.K. 



7/1 THIERRI DE FRIBOljRG, 



\i,.„ ,1 

Ir, I II 



pratiques. La loi vive est sans artifice. Mais cette supposi- 
tion n'est pas faite pour excuser la dure sentence rendue 
\inni(a...o„ , contre cette pauvre femme. «En ce temps-là, dit Monllnu- 
!"" " con , on brûlait sans miséricorde.» (l'est la proleslallon 
d'un temps plus éclairé. Nous la citons d'autant plus volon- 
tiers qu'elle est d'un moine à qui les intérêts de la religion 
étaient bien chers. Ij'lïglise s'honore en condamnant les 
violences commises en son nom. 

15. II. 



THIERRI DE FRIBOl RG, 

FRÈUF, rnixiHi F\. 



\n, 1 i,n. TiiiF.RRi, né à Fribourg en Brisgaw, a été souvent appelé 

Theodoncus , Tliedenctis Teato ou Teutonicin; ce qui a doniu' 

o.i.-iireti:ri,ar.i. uiatièie à une distinction de personnes dont Echard a laci- 

(npi 01, la-- |p„,p,j| démontré la fausseté. Aussi voyons-nous Antoine 



.In 



de Sienne et Ambroise cfAltamura, pour ne pas citer leurs 
compilateurs, partager les nombreux ouvrages du mêm<' 
écrivain entre deux Thierri, le Teuton et le Fribourgeois. 
Et ce n'est pas la seule erreur qu'Antoine de Sienne ail 
commise à f occasion de cet écrivain. Trompé sans doute 
par quelques manuscrits où le nom de Theodoricus s'oRVail 
à lui sous cette lorme abrégée, Tli., il a supposé l'existence 
d'un Thomas Tetilo, personnage tout à fait imaginaire, sous 
le nom duquel il a rangé plusieurs livres déjà par lui-même 
attribués à Thieiri le Teuton. Cette seconde erreur cfAn- 

ii>i.i |. ;ii toine de Sienne n'a pas élé remarquée par le docte Echard, 
qui l'a reproduite. 

iI'hI p >m. On a quelques renseignements assez précis sur la vie de 

Thierri de Fribourg. Bernard Gui le compte parmi les reli- 
gieux de son ordre qui furent nommés (locleurs en fUni- 
\ersité de Paiis vers l'année i285. Plus tard, en i3io, nu 



F- RE RI-: PRECHI.UR. 



\l\ slEtl.E. 



Itihliulll. bibi t I. 



cliapitie général, as.sfinblé dans la ville de Plaisance, le 
chargeait d'administrer pendant cette année la province 
d'Allemagne; commission provisoire, qui devait cesser après 
l'élection régulière d'un provincial. La date de sa mort est 
inconnue. 

Les traités, opuscules, tliscours, attribués par Antoine 
de Sienne, Ambroise d'Altamura, Léandre Alberti, Laurent 
Pignon, soit à Thierri le Teuton, soit à Thierri de Fribourg, 
sont au nombre de dix-sept. On en trouve quelques-uns, 
réunis et joints à quelques autres, sous le nom du même 
auteui', dans un manuscrit du Vatican désigné par Mont- \i""ii 

laucon dune manière lautive, qui porte aujourdliui le 
numéro 2188 parmi les manuscrits de cette bibliothèque. 
C'est un volume du mv' siècle, composé de igb feuillets, à 
deux colonnes, intitulé : Tractatns mcujistn Tlieoderici de Vri- 
bunjo, orcliiiis Prœdualoram. Tous ces traités sont inédits. Nous 
allons en transcrire les litres en y joignant quelc|ues notes. 

I. De inlelleclu et inlellùjibili, commençant par : Traclat'is 
die, (jui inlilalatiir De intetleclu et inlellicjibdi , distiiujuitur in 
Ires parles. Ce traité se trouve dans le numéro 2 188 du Va- 
tican, loi. 1. 

\l. Qaod subslantia spirituahs non sil eomposila ex matena 
et forma, commençant par : Consideranduin piimo de nalura 
el proprielale. Dans le même volume, fol. 16. Saint Thomas 
dit que les anges possèdent une matière quelconque. Au- 
trement, puisque le principe d'individuafion est la matière, 
il n'y aurait qu'un seul ange. Sur ce point de doctrine, 
rhierri de fribourg paraît se séparer de saint Thomas. 

111. De principiis movenltbus corpora cœlestia, commençant 
par : De tribus articulis de numéro dlfficdtum (juœstionum impor- 
tunate; du fol. 20 au fol. 26 v°. Nous croyons, sans rien af- 
firmer, que c'est fouvrage intitulé De tribus diJJicUibus, par 
Echard; par Antoine de Sienne et Léandre Alberti, De tribus 
dijfinilionibus. 



76 THIERRI DE l'RIBOURG, 

XIV' Mttl.K. 

IV. De principio ex parte nostri (jao iinunur Dco in vila 
beala, commençant par: Sicul habemus a divo Dyonisio; du 
fol. 26 v" au fol. 48. Cp doit être l'ouvrage cjue Feller dit 
avoir rencontré dans la bibliothèque de Saint-Paul, à Leip- 
sig-, sous ce titre : De beatijtca vistonc Dci per csscnliam. 

V. De accidenlibiis in sacranicnto altaris, commençant par : 
De lerlio aiitcm prœenunlialoriini arliculoruni in principio ; du 
fol. 49 au fol. 55. 

VI. De inlelhgentiis et niolonbus cœlorum, commençant 
par : Revercndis el in (Uinsto ddeclisjralribus IJenrico de Fn- 
burgo et Henrico Titelnujin, ordinis Prœdicatoi uni, f rater Thcn- 
dcriciis, ejusdem ordinis. Dans le même volume, fol. 56. A la 
fin de ce traité, au fol. 60, on lit : E.rplicit Iractaliis de nilcl- 
lifjenttis et moloribus cœlorum quoad substanliain et nurneruin et 
efficaciam eorum m causando, et de natiira corporuin cœlestium 
in quantum talia corpora. \u fol. 1 88 du même volume on 
retrouve le même traité, copié par une autre main. 

Vil. De mcnsuris, c'est-à-dire Dcmensuns cntium, ou, .srloii 
l'xhard, De mensuns rerum, commençant par : Circa consulc- 
rationcm de mcnsuris diirationis cntium; du fol. 61 au fol. 6,). 

VI II. De lace cl ejiis oiicjinc, commençant par : Per (juain 
viani spargitur hix? Dans le même volume, fol. 65. C'esl 
l'opuscule qu'Echard désigne sous ce titre peu dilférent : De 

(jenvratione lacis. 

IX. De origine rerum prœdicdbilium, ou prœdicainentalium , 
commençant par : Sicul ail Philosophiis in suis Elenchis, ignu- 
ralis communibus. Dans le même volume, fol. 6(). Ce traité, 
un des plus considérables que nous ait laissés Thierri de 

laiiiii .0.1 Vin- Fribourg, se trouve aussi dans le numéro 278 de la biblio- 
' "^ thèque impériale de Vienne, du fol. 169 au fol. 181. 

X. De Inde, commençant, après une dédicace, par : Im- 



FREINE PRECHEUR. 



\1\ SIKCI.K. 



Sciipt, oril. Pi 

■ 1,1. ,,.;,,;; 



preisionum (juœ finnl in allô. Dans le même volume, fol. 8j. 
Feller, cité par Echard, indique un autre exemplaire de ce 
traité dans la bibliothèque de l'ancien couvent de Saint- 
Paul, à Leipsig. La dédicace étant à l'adresse du général de 
l'ordre Aimeric de Plaisance, c'est bien certainement U' 
même ouvrage qu'Echard attribue à un autre Thierri, du (jiiciii.ii.ii 
même ordre et du même temps, Thierri le Saxon, sous ce 
titre : De radiahbus tmpresswnibus ad Aimericum Placcnùnnm. 
Il est même vraisemblable que Thierri de Fribourg avait 
lui-même intitulé son ouvrage : De railialibus impressionibus ; 
tels sont, en effet, les termes d'un épilogue qui le termine : 
Hœc sunt cjuœ de mdiaVibiis impressionibus qiiœ Jinnt in alto 
liujns clemcnlans recjionis milu visa sant; qiubas, siciit in proœ- 
mio expressnm est, Iraclatum aliqualcm de coloribus adjunxi cl 
superioribiis loco suo inscrni, qiianliim proposito negotio jiidicaiu 
sufficerc, ne sœpedicUis tractalns de radiahbus impressionibus 
impeifeclus in se pennancat. Dans le volume du Vatican, ce 
traité s'étend du fol. 82 au fol. 118, et il est divisé en 
quatre parties, l^a première se compose de dix-sept cha- 
pitres; la seconde, de cinquante; la troisième, de qua- 
torze; la quatrième, de vingt-quatre. 

XI. De coloribus, commençant par : Sicul probabililer di- 
cilur; du fol. 118 au fol. 1 20. L'épilogue de l'ouvrage pré- 
cédent mentionne ce court traité. 

XII. De miscibilibus in mixlo, avec une préface qui com- 
mence par : De mixlione, sicut m philosoplucis habelur ; du 
fol. 1 2 1 au fol. 1 24. 

XIII. De esse et essentia, avec un prologue dont voici les 
premiers mots : Cum necessariam sit. Le traité commence 
par : lîns igilur (jiiod est generalissimuni ; du fol. 12:1 au 
fol. 127. 

XIV. De macjis et minus, commençant par: ProvcrbialiUr 
dicitur quod de contcmptibilibus ; du fol. 1 27 v" au fol. 1 3o v°. 



MV sif.c.i.k. 



78 THIERRI DR l'RlBOl RG, 

XV. De siibstantns spirituahbus et corporibus fiilurœ resur- 
rectionis, commençant par : Allendere debiu verbuin Aiicjuslini 
super Gcnesim ad Utteram; du fol. i3o v° au fol. iSg. L'ou- 
vrage a trente-sept chapitres. 

W I. De clerncnlis corporum nalai alium , commençant par : 
(Juoniam, Uinoratis principiis, necesse est; du fol. 189 v" au fol. 
i/iy- C'est l'ouvrage qu'Echard intitule : De natura elcmeii- 
toniin. 

XVII. De natura contruriorum, commençant par: Coiisi- 
(lerandiim de vocalis ; du fol. 1^7 au loi. 161. 

XVIII. De cocjnitwne entium separatorum , commençant 
par : Scriptiiin est : di^icile œstiinamus ea cjuœ m terra sunt; du 
fol. 161 au fol. i83. 

XIX. De modo corporum cjloriosorum et cjuoad esse et (juan- 
tum ad co(jiutwncm , commençant par : Satis sil (jnod de ha- 
bcntibus corpora gloriosa; du fol. i84 au loi. 188. 

Tel est le détail des traités divers que le numéro 2188 
du Vatican nous ofl're sous le nom de Thierri de Fribourg. 
Mais ce volume ne contient pas tous les écrits du même 
auteur dont les titres ont été recueillis par Echard. Il faut 
donc ajouter aux dix-neuf opuscules désignés : 

XX. De tempore. On ne connaît aucun manuscrit de cet 
ouvrage. 

XXI. De corpore Clirisli sub sacramcnto. Ce traité ne sendile 
pas être celui que le manuscrit du Vatican intitule : De acci- 
dentibus m sacramento allaris. 

XXII. De corpore Clinsli mortuo. Ce titre paraît indique)- 
ijn(^ coiu'te dissertation. 

XXIII. De entium communitate. Echard prétend qu on dé- 



FHERE PRECHEUR. 79 

signe le même ouvrage sous cet autre titre : De (juantitati- 
hiis cnlium. N'admettant pas la doctrine de l'unité de subs- 
tance, les thomistes prouvaient que chacun des êtres possède 
en propre sa dimension quantitative, et en même temps ils 
argumentaient contre la thèse opposée de la matière com- 
mune. 

XXIV. De defensione privilegioriim ordinis Prœdicatorum. Le 
même discours est intitulé par divers bibliographes : De 
concessione pnvilegwrum ordmis, et De defensione prœlatornni 
ordinis. Ce dernier titre doit être fautif. 

XXV. De (juiddilcuibus entium. Le fondement de la quid- 
dité est, selon les thomistes, la quantité; il est donc possible 
que cet ouvrage ait été déjà désigné sous le titre de : De 
quant italibns entinm. 

XXVI. De causis. Un philosophe universel comme Thierri 
de Fribourg ne pouvait manquer de disserter sur les causes, 
ou plutôt de commenter à son tour le célèbre f.lber de Causis, 
après Albert le Grand et saint Thomas. 

XXVII. De principio maleriali. C'est-à-dire, selon saint 
Thomas, de la part que fait à la matière la décomposition 
conceptuelle de tout composé réel. 

Nous n'avons sous les yeux aucun des vingt-sept traités 
dont nous venons de reproduire les titres. Échard les avait 
lui-même vainement recherchés dans les bibliothèques de 
son ordre. On a donc lieu de croire que l'auteur de si nom- 
breux écrits n'avait pas eu de son temps une très-grande 
renommée. Les titres que nous avons cités nous apprennent, 
du moins, qu'il était à la fois théologien, logicien et phy- 
sicien. 

B. H. 



\IV MECl.K. 



80 GODEFROID DE IIACUENAU. 

XIV' SIKCI.F.. 

GODEFROID DE HAGUENAU, 

CHANOINE DE STRASBOURG. 



Wi, ,.i,„ GoDEFROiu, clerc séculier, natif de Haguenau, habitait eu 

ranaée 1298 la ville de Strasbourg, oii il s'employait de 
()iMiiiM(,iei .1.}. tous ses efforts à devenir chanoine du chapitre de Saint- 
Misrnii 1,11 p ',0 'l'iiQjuas. Mais il avait dans ce chapitre un ennemi très-ar- 
dent et très-puissant, le prévôt Ferri de Liechtenberg, frère 
de févèque. Godefroid n'espérait pas obtenir par la brigue 
une dignité si justement enviée; le prévôt s'étant déclaré 
contre lui, il ne devait plus rien attendre de la faveur. Il 
pouvait, du moins, faire valoir à l'appui de ses prétentions 
quelque titre légal, puisqu'il porta le débat devant plusieurs 
juridictions; il raconte lui-même qu'il poursuivit à Mayence, 
puis à Rome, le procès cpi'il avait commencé devant les juges 
de Strasbourg. Ce procès durait encore en l'année 1299, 
(piaïul mourut l'éxèque Conrad de Liechtenberg. Finale- 
ment Godefroid le gagna et devint, au cours de l'année sui- 
vante, chanoine de Saint-Thomas. On ignore la date de sa 
moit. 

La bil)liothèque de Stiasbourg a longtemps conservé, 
sous le nom de Godefroid de Haguenau, un poëme d'enviion 
(piatre mille vers, intitulé De scx festis beatœ Vuginis, dont 
plusieurs fragments ont été publiés par Oberlin. Les si\ fêtes 
de la Vierge ne semblent pas offrir la matière d'un long 
poëme; mais fimagination du poète se donnant pleine car- 
rière, les digressions les plus profanes s'entremêlent à la 
description des cérémonies les plus mystiques. Ainsi, croyant 
pouvoir rajDporter à Tannée 1068 l'établissement de la fête 
de la Conception, Godefroid, après avoir écrit cette date, 
s'exalte au souvenir du vaillant comte Guillaume, qui, vers 
la même année, envahit l'Angleterre, et se lit couronner 
roi de l'île par lui conquise. Ce fut, en effet, l'événement 



CHANOINE DE STRASBOURG. 81 



XIT SIECLB. 



le plus consicléral)le de ce lemps-là; ce sera doue pour 
notre poëte le sujet d'uu épisode. Dès lors, oubliant la 
Vierge et ses fêtes, il n'aura plus devant les yeu\ que l'image 
héroïque du vainqueur d'Hastings et composera de suite 
cent trente-cinq vers en son honneur. 

Oherlin a publié cet épisode. Comme l'a fait déjà remar- 
(pier M. Francisque Michel, Godefroid n'épargne pas les Micii,i(Kiaiic.). 
injures au vaincu d'Hastinos. Tous les vices s'étaient donné ['i™" «"s.i "O'"' 

J O I. III , prêt. p. .), 

reiulez-vous dans le cœur de ce roi cruel et débauché. C'était 
un odieux despote, qui se plaisait surtout à piller les biens 
de l'Eglise. Après la sanglante bataille où succomba ce ban- 
dit, ce suppôt de Satan, l'Angleterre bénit Guillaume et 
I appela son libérateur. Partout régna la paix, partout revint 
laljondance, partout retentit l'hymne de la délivrance, 
chanté par toutes les voix^ du clergé saxon. 

Les vers de Godefroid de Haguenau sont doublement léo- 
nins, la sixième syllabe rimant avec la dernière du même 
\ ers, ainsi qu'avec la sixième et la dernière du vers suivant. 
Voici pour exemple le début de l'épisode sur la conquête 
fie r \ngleterre : 

Pluribus est annis Cuillelmus noniine bannis 

Dux in Normannis, cui non fuit idla tyrannis. 

Hic vir pacificus crat et viitiitis amiciis, 

Fama non niodictis, jiistiis, |)ius at([iic pudiciis 



On ne doit pas s'étonner si des vers d'une exécution si 
difficile sont généralement médiocres et souvent détes- 
tables. Quand les règles de la grammaire ou de la prosodie 
gênent le poëte, il les viole; quand la langue de Virgile ou 
d'Ovide ne lui fournit pas les syllabes et les sons que la 
mesure ou la rime réclament, il emprunte au tudesque, au 
roman et même au grec des mots qu'il latinise de la façon 
la plus burlesque. La plupart de ces barbarismes sont telle- 
ment obscurs, que le poëte croit devoir les expliquer lui- 
même au moyen de notes interlinéaires. Ces notes ont été 
reproduites par Oberlin. 

B. H. 



TOMK XXVII. 



XIV SIECrE. 



82 ANNALES DE GAND. 

ANNALES DE GAND, 

CUP.ONIOUE LATINE. 



i.ios. Le manuscrit original de ces Annales était autrefois con- 

servé dans la bibliothèque du docte Zacharie Conrad d'Uf- 
Pp.i7. \ionum fenbach ; il a plus tard été chez Jean Christophe Wold, 
i"^xvi, p s^"/" professeur à Hambourg, d'où il a passé dans la bibliothèrpu- 
publique de cette ville. On l'y voyait encore en l'année 
1823. Mais, depuis cette année, on ne fy voit plus, et l'on 
dit qu'il a péri. C'est ainsi que s'exprime un des collabora- 
teurs de M. Pertz : Qiicm mine pcnissc dolendum est. Espérons 
encore qu'il y a moins lieu de s'affliger, que le précieux 
volume n'est pas détruit, et qu'on le retrouvera quelque 
jour où l'on ne devait pas le chercher. En France et en 
Angleterre ces découvertes imprévues sont devenues Iré- 
quentes. 

Quoi qu il en soit, le manuscrit des Annales de Gand a\ait 
été copié dans la bibliothèque publique de Hambourg par 
M. le professeur Hartmann, cpii l'a mis au jour dans son 
Index leetinnnm (jymnasii Ilambanjeiisis. (^ette première édi- 
tion des Annales de Gand est de l'année 182^. Elles ont été 
de nouveau publiées à Bruxelles, en 1887, par M. .1. J. de 
Smet, dans le tome I du Recueil des Chronicpies de Flandre, 
p. 369-436. Enfin, quoiqu'elles contiennent bien peu de 
faits qui se rapportent à fliistoire de f Allemagne, elles ont 
été plus récemment insérées ])ar M. Pertz dans son vaste 
recueil, au tome XVI des Historiens, p. 558-697. 

Le titre de cette chronique, reproduit peut-être d'après 
le manuscrit original, est inexact. Qu'on n'y cherche pas, 
en eflet, les annales, c'est-à-dire l'histoire continue de la 
ville de Gand. Nos prétendues annales commencent à Tannée 
1296 pour finir à l'année i3io, et elles ne concernent pas 
plus en réalité la ville de Gand que celle de Lille ou celle 



ANNALES DE GAND. 83 



Xiv' SIÈCLE. 



(le Bruges. Mais c'est là une simple remarque sur le titre 
de l'ouvrage. L'ouvrage lui-même nous offre beaucoup plus 
(l'intérêt que des chroniques locales où, pour les temps an- 
( iens, il est si dillicile de distinguer le faux du vrai, les sin- 
cères témoignages des traditions douteuses. C'est un récit 
(•tendu des grandes batailles livrées par le roi de France 
aux bourgeois flamands, dans les plaines de Courtrai et de 
Mous en Pevèle, ainsi que des émotions civiles et des per- 
lides transactions qui précédèrent ou suivirent ces mémo- 
ra])les combats. Si loin de nous que soient les événements, 
nous ne pouvons les entendre raconter avec indifférence. Ils 
ont eu pour la Flandre et pour la France elle-même de si 
gia\es résultats! 

Ij'auteur des Annales de Gand était, comme il nousl'ap- pioiogu-. Aimai 
prend, un religieux de Tordre des frères Mineurs, et il habi- ^" ** 
lait la maison professe de Gand, en l'année i3o8, lorsque, 
dit-il, pour se distraire et pour complaire à quelques amis, 
il entreprit d'écrire l'histoire des troubles et des guerres 
dont la Flandre était, depuis dix années, le sanglant théâtre. 
On ne sait pas son nom. Ayant rencontré, dans une charte 
des archives de Lille, un certain Foulques de Gand, custode 
des frères Mineurs en Flandre, M. Kervyn de f^ettenhove nist. iieFiaïuin 
se demande si ce custode gantois ne serait pas le rédacteur ' ' '' '"' 
de nos Annales. Mais cette supposition ne paraît aucune- 
ment fondée. En effet, la charte citée par M. Kervyn de 
Lettenhove est environ de l'année 1293, et il n'est guère 
vraisemblable qu'un dignitaire de l'année 1298 n'ait plus été 
([u'un humble frère en Tannée i3o8. Or, quand il parle de 
lui-même, l'annaliste anonyme ne se donne aucun titre; il 
se dit simplement frère Mineur. 

Encore faut-il qu'il nous ait déclaré sa profession poin* 
(pi'elle nous soit connue, car personne peut-être, en lisant 
ses Annales, ne faurait soupçonné religieux. Aucun pas- 
sage de cette ample narration ne concerne les affaires de 
son couvent, de son ordre, ni celles de l'Eglise. Le style 
même de notre anonyme, sobre de jugements, plus sobre 
encore de réflexions pieuses, paraît le style d'un laïque 



XIV' SIÈCLE. 

LeGla\,Hi^t.<le^ 
lomlesdeFlandrp, 
I. H. p. 26'i. 



84 



ANNALES DE G AND. 



Coll. (les Clnoii 
lielf;. I. I. |). 'i.'?o. 



U Glay, Ilist. 
des comtes di- 
Flandre, I. II. 
p. .89. 



Coll. de 
l.el.r t I, 



'l3o 



lettré. M. Le Glay suppose qu'il prit une part active au\ 
guerres qu'il a racontées. L'auteur dit qu'il lésa vues, quil 
y a personnellement assisté, (jiiibus vcl prœsens, vel intiicns 
Inicrfui; il ne dit pas que ses mains aient brandi la pique ou 
lancé la flèche. Mais il est assurément permis de penser 
qu'il ne resta pas spectateur oisif des rombals dont il a dé- 
crit toutes les scènes avec une exactitude si j^assionnée. Les 
mœurs de son temps, et particidièrement celles de son ])ays, 
autorisaient un clerc à prendre les armes, lorsqu'il s'agis- 
sait de défendre le sol de la patrie. Parmi les miliciens qui 
se comportèrent le plus vaillamment à la bataille de Cour- 
trai, notre historien désigne lui-même un frère convers du 
monastère cistercien de Tozan, Guillaume de Saeftingen, 
grand, robuste et rustique compagnon, qui, le bras armé 
d'un ]);îton ferré, comme de sa croix frère Jean des Entom- 
meures, terrassa vaillamment une multitude d'ennemis. Oc 
même, le plus brillant et le plus téméraire des capitaines 
flamands, Guillaume de Juliers, était chanoine de Liège, de 
Cologne et prévôt de l'église de Maesiriclit. Ajoutons qu'enlic 
deux guerres, durant une courte trêve, il se fit élire arche- 
vêque de Cologne, et succomba fatigué de carnage à la ba- 
taille de Mons en Pevèle, étant alors ai'che\(Vpie élu, sinon 
confii'nu'. 

\insi, notre anonyme lut peut-être un de ces soldats im- 
provisés qui, courant à la frontière menacée, combatl'i'eiit 
avec tant de confiance et de vigueur le roi Philippe dans 
cette journée de Courtrai c[ui fut si funeste aux armes fran- 
çaises. Il est, du moins, certain que, s'il ne combattit ])as, 
il fit des vœux ardents pour le succès de la cause nationale. 
Il est Flamand, il aime sa patrie et déteste la domination 
étrangère. Mais, outre qu'il est patriote, il est encore libé- 
ral, et, dévoué de tout son cœur à la vieille liberté flamande, 
il ne redoute rien autant que de voir son |)ays réduit à la 
servitude, comme tant d'autres : Ad simililudinem aliarum ter- 
raruni nbi lalcjiis communilcr servam est. C'est là, sans doute, 
une injurieuse allusion au gouvernement de la France. Quoi 
qu'il en soit, il paraît clair qu'il appelle en propres termes 



ANNALKS DE G AND. Hf) 

«senitude» l'unité de la discipline sous lo bon plaisir des 
rois. Ajoutons que, dans un pays agité par de funestes divi- 
sions, il est d'un parti, et qu'il est du parti populaire. 

Il existait depuis longtemps, dans la plupart des \illes 
llamandes, un antagonisme déclaré entre certaines familles 
anciennes, riches, puissantes, et les artisans, les gens de mé- 
tier. Delà, deux factions, fune aigrie par l'envie, l'autre en- 
flée par forgueil , dont la constante inimitié préparait quelque 
grande catastrophe à des institutions vieillies, qu il aurait 
fallu rajeunir. Se voyant donc menacée dans ses privilèges, 
la faction des riches commit une grande faute ; elle fit avec 
l'étranger des pactes secrets, qui devinrent bientôt publics, 
et elle fut ainsi justement accusée de trahison. 

C'est là, sans doute, ce qui jeta noire annaliste dans la 
laclion contraire. En effet, lorsqu il dénonce à la postérité les 
complices de l'agression étrangère, il désigne toujours sous 
le nom injurieux de Liliardi, en flamand Leliaerts, gens du 
lys, les chefs des familles puissantes, majores, chliorcs, potcn- 
liorcs ; tandis qu il ne laisse pas échapper une occasion de glo- 
rifier les services rendus à la patrie, dans les moments les 
plus critiques, par les généreux efforts du menu peuple, mi- 
nores, des citoyens sans nom, de la multitude plébéienne. 
Voici comment il termine sa narration de la bataille de 
Courtrai : « Ainsi, selon la volonté et la disposition de Dieu, 
"devant des tisserands et des foulons, des gens de pied de 
"la condition la plus vulgaire, mais résolus, vaillants, bien 
« armés, pleins d'ardeur et commandés par des chefs habiles, 
" l'art de la guerre a succombé, corruil ars pucjnœ; la fleur de 
"la noblesse française, maigre toute la vigueur de sa bril- 
" lante cavalerie, a été écrasée; une belle, puissante et forte 
« armée a été changée en un immense tas de fumier, conversa 
^'est in stercjaHiniiim.. » De même, lorsqu'il raconte les diffé- 
rends, les luttes armées des majores et des minores, à Bruges, 
à Gand, en d'autres villes troublées par de semblables dis- 
cordes, son l'écit, peut-être exact, semble partial. Il regrette 
assurément qu'on ne se soit pas fait de part et d'autre, 
avant de combattre, de prudentes concessions, et, quand il 



\TV MF.<:i.K.. 



Ili.l. Iill .le l.i 
Kl I. \\V, |. I ,K 



8() ANNALES DE G AND. 

coiulamne la Ivrannie hautaine des puissants, il ne justifie 
pas la rudesse ond)rageuse de leurs ennemis; mais toujours 
il laisse entendre que, si ceu\-ci n'avaient pas été pro\oqués 
par ceux-là, tout prétexte aurait inanf[ué pour courir aux 
armes et trouliler la ])ai\ puMicpie. 

SidansTliistoin! écrite par des moines, des chanoines sécu- 
liers ou réguliers, des clercs attachés au service des princes, 
on ne trouve encoie bien souvent, même au xiv"^^ siècle, 
comme on l'a dit avec regret, que l'écho des prétentions 
ecclésiastiques et des intérêts léodaux, il importe de signaler 
tout ce qui sort de l'Eglise avec l'empreinte de l'esjjrit mo- 
derne. 11 y a certainement, pour employer un terme de notre 
temps, beaucoup de libéralisme dans les sentiments de notre 
religieux gantois. Mais s'il est novateur, c'est qu'il est d'un 
oidre nouveau. Nous ferons plus d'une fois remarquer com- 
bien diffèrent les anciens ordres de ceux que le xm" siècle a 
vus naître et prendre un essor si rapide. Au fond de leurs 
retraites champêtres et cloîtrées, les moines bénédictins ou 
cisterciens n'entendent pas le tumulte du monde et de- 
meurent étrangers à ses passions; mais il n'y a pas beau- 
eoup de traits communs entre ces pieux solitaires et les 
religieux Prêcheurs ou Mineurs, dont toutes les résidences 
sont dans les grandes villes, et qui, mêlés <à la foule, se 
sentent opprimés avec elle, et sont comme elle travaillés 
par la passion du cliangenienl. Ainsi les représente lUite- 
beuf : 

r.iii. lu ni. (H n Jacol)iii, cindclici' iuul i^oul tie bon alliiirc : 

'"■ ' '• 1' ^'" Ils ck'is.scnt assés; mais il les convient taire, 

Car li pmlat ne vellent qu'il (lient nul contraire 
A clio que il ont fait nà clio qu'il voellent faiie. 

il ne s'agit ici que de leurs entreprises contre la domina- 
lion des évêques; mais ils doivent en former ou en favori- 
ser beaucoup d'autres, même contre les puissances civiles. 

Avant l'édition des Annales de Gand donnée par M. Hart- 
mann, on écrivait l'Histoire des entreprises de Philippe 
I»' Bel contre la liberté flamande d'après l'Italien Villani 



PIERRE DE CONDE. 



87 



\a MK(.i K. 



et d'après l'auteur français des Anciennes chroniques de 
Flandre qu'avait publiées Denys Sauvage. Les historiens 
modernes, MM. de Meyer, Warnkœnig, Edward Le Glay, 
Kei'vyn de Lettenhove, pour expliquer quelques circons- 
tances obscures des mêmes événements, ont emprunté des 
détails nouveaux^ et pleins d'intérêt au récit de notre anna- 
liste. Il est vrai que sa plume est flamande, et ne ménage 
pas l'honneur français. Mais il faut bien qu'on lui permette 
d'accuser Philippe le Bel de perfidie : ce roi, qui a tant fait 
pour la grandeur de la France, avait incontestablement des 
vertus; mais nous ne croyons pas qu'il ait donné souvent 
occasion de célébrer sa loyauté. 

B. H. 



PIERRE DE CONDÉ, 



CHAPELAIN DE SAINT I.OHIS. 



SA VIE. 



Pierre de Condé, ou de Condet [Peinis de Condé, ou 
(le Condelo) , est le nom de deux personnages du même temps, 
de la même famille, et qui tous deux furent attachés comme 
clercs au service du roi de France : aussi les a-t-on quelque- 
fois confondus. Mais l'un , clerc de saint Louis , de Philippe 
le Hardi, de Philippe le Bel, mourut vers i3io; l'autre, 
clerc de Philippe le Bel et de ses enfants, vécut jusqu'au 
37 octobre 1329. Celui-ci, qui était maître des comptes de 
l'hôtel du roi, peut-être dès l'an 1283, et qui fut successi- 
vement archidiacre de Laon, chanoine de Paris, enfin cha- 
noine régulier de l'abbaye de Saint-Victor, paraît n'avoir 
rien écrit. Nous n'avons donc à nous occuper que du pre- 



Lcb.ul, \Iei 
r\<a(l.(lesiii-t 
I \\, p. 2><o. 



Neciol. lie Si. 
Victor, Ribl. 
fonds SaintA ic 
n" i5i392; vi" 
no\pmbr. 



,ss 



PI EMU F, DE CONDK 



1..M1, 


, par !■■ (;..„. 
,r,l,la,Ti,„- 


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1 \\, 1. Il •. 



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M.n.., I VIII. ...I 
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,|^. lll^l .Ir r.-J 



.\r \\r 



I I 



Mai-ii 



il ,l.-s lll^l 



ijiirr. Sa vie »M ses (•( rils ratlaclient son nom à 1 histoire lil- 
If'iaiio (lu siècle do saint Louis. 

[^ieire de Confié était né dans le diocèse de Chartres, en 
un heu qui ne nous est pas connu, et à une date que nous 
placerons a])proxiinativenient entre les années i22!)-i:j36, 
puisqu'il avait quarante-huit ans environ lorsqu'il figura 
<f)nnne lénioin dans les enquêtes qui eurent lieu sur la vie 
et les miracles de Louis IX, de 1 '273 à 1284. Nous ne savons 
rien de sa laniilie ni de sa première éducation; nous igno- 
rons même où et quand il fut admis à prendre les ordres. 
\]\\ l'année i îSo, il elail, s il faut en croire Fabricius, cha- 
noine réguliei" de l'ahhaye de Cliàge, londée en 11 35 
par les chanoines de Meauv, dans le faubourg septentrional 
de celte ville, .sous l'invocation de Sainte-Marie. Mais on ne 
peut admettre qu'avec défiance cette assertion de Fabricius, 
qui, contre .son oi'dinaire, ne cite ici aucune autorité. 
On le perd de vue jusqu'en 1270. Alors il accompagnait 

I saint Louis à sa dernière croisade. Dans une lettre de cette 
aiuiée à l'abbé do Sainl-Denys, il se qualifie lui-même 
«clerc du roi;" c'est-à-dire de Piiilippe lU, car cette lettre; 
esl dn 1 1 novembre. On jjeut supposer avec assez de vrai- 
semblance qu'il avait été attaché à saint Louis au même 
litre, et peul-êlre comme un de ses chapelains. 

,1 C'est Pieire de Condé que Louis JX chargea de publier 

'■ son ban contre \o roi ou bey de 'l'unis. « Ajjres com el tens 
" du secont passage, » dit le Confesseur de la reine Margue- 

. rit(\ « li benoiez rois fusl descendus à terre es parties de 
Il Thunes, el vosist leie le ban crier, il commanda à l'enneur 
(h' Dieu, de sa propre bouche, et dist à mestre Pierre de 
" Condé que il escrisisi einsi : Je vous [di] le lian de nostre 
■ Seigneur Jhesu-CrisI, el de son sergant Lovs roi de 
" Fi'aïu-e. " 

Pierre de Condé paraît avoir assisté aux derniers moments 
du saint roi, dont il a rappelé la mort dans sa lettre au tréso- 

I rier de Saint-Framboud. Jl revint en France avec Philip|)e le 
f lardi, el conserva auprès de ce prince ses fonctions de clerc, 
(omme le porte un état de la maison de Philippe IIL dressé 



CHAPELAIN DU SAINT LOUIS. 



89 



en 12 74; mais il n'y figure pas parmi les quatre chapelains 
(lu roi qui y sont nommés. 

Au retour de l'expédition d'outre-mer, Pierre de Condé 
lut nommé doyen de Saint-Marcel près Paris, et en cette 
qualité il fit hommage à l'évèque Etienne Tempier, le ven- 
dredi après l'octave de la Pentecôte ( 5 juin ) de l'année 1271. 
Dès le mois de septembre de l'année suivante, il était rem- 
placé dans cette dignité par Vincent de Barret, ou plutôt de 
Darnet. Il lut ensuite, on ne peut dire à quelle époque, 
investi de la garde ou de la cure de l'église de Péronne; 
nous savons qu'il remplissait celte fonction entre les années 
1273-1284, lorsque lurent laites les différentes enquêtes 
sur la vie et les miracles de Louis IX, par ordre des papes 
Grégoire X, Nicolas III, Martin IV. Pierre de Condé compa- 
rut alors comme témoin, ainsi que plusieurs autres grands 
personnages, hauts dignitaires laïques et ecclésiastiques, au 
nombre de trente-ncul, dont le confesseur d(> la reine Mar- 
guerite a donné la liste au commencement de son histoire. 
Pierre de Condé y est ainsi désigné : « Meslre IMerres de 
«Condé, du dyocese de Chartres, garde de l'église de Pe- 
" roune du dvocese de Noion, homme de nieur aage et moult 
« riche, de quarante huit ans ou emiron. » 

Dans une des copies manuscrites de la Vie (\v saint Louis 
(jui nous fournit cette citation, on a substitué au chilTre 
XLViii, celui de lxviii; mais les dates que nous allons rap- 
porter, et l'époque reculée de la mort de Pierre de Condé, 
qui vivait encore en 1 3o8, peut-être en 1 Sog, ne permettent 
guèie d'adopter cette leçon qui lui donnerait environ cent 
ans d'existence. 

Les années 1 282-1 286 nous montrent un Pierre de Condé 
remplissant des lonctions d'une tout autre nature, réglant 
les comptes du roi, payant les arbalétriers, etc., tenant en 
un mot registre de la recette et de la dépense de la maison 
du roi. C'est ce que l'abbé Lebeuf avait découvert dans les 
précieuses tablettes de cire que possédait autrefois la biblio- 
thèque du couvent des carmes déchaux à Paris, et qui sont 
maintenant déposées à la Bibliothèque nationale. Elles ont 



Xiv' SIÈCLE. 

ArchoM , Cha- 
pelle des rois de 
France, t. H, 
p. 176.— Ms.lilbl. 
nal. Suppl. franc. 
5iio, i3, 1" vol. 
C 10, v°. 

Carlul.delégli.-,e 
de Paris, 1. 1, p. i 92. 

Mém. de l'Aïad. 
disiiiMiipt. l. XX. 
p. 28 1 , net. i\. 

Gall. christ. iio\ 
t.Vn.col.iii,3o/i. 

Cari. de^égl.d(■ 
Pa^is, 1. 1. p. igO. 

Vie (le saint 
Lonis par Lenain 
deTillemont, I V, 
P 213-2.7. 

N. de Waill). 
Mém. (le l'Acad 
des inscript, nonv. 
série, t. XV, 2' par 
lie, p. .'12/1 , 42Ô. 

Confesseur dclii 
reine .Marguerite; 
Recueil des Hisioi 
de France, I. XX , 
p G.. 



Meni. de lAcad 
des inscripl. t. XX. 
p. 280, 281. 



TOME XXVII. 



XIV SIECI.K. 



90 



PIEKRE DE CONDE, 



Du Caiige, Ob- 
servai, «ur l'hist. 
ili' saint Louis , 
|). 1 1 4. — Martène, 
Tliosaur. aiiecd 
I. I, col. 1 2oi. p f 

\i'chiv. nation. 

Arrlii>. nation. 
.1 re^. .")7. r ', I. . 



Mem (le I Acad. 
îles insrript. t. XX , 
|). 280. — Cartular 
■S. Maglorii , ms 
Bibl. nat. n' .i'i I 3, 
p. lia. 



été récemment imprimées dans le Recueil des Historiens de 
la France, l. XXII, p. 43o-.)oi. A la page 5oo, on lit ces 
mots : Eqn Pctrus de Condeto, duo mdlia hbras pro bahstariis 

paijandis Ces deux mille livres faisaient partie des 

sommes que Pierre de Condé avait reçues du trésor royal à 
partir de la Chandeleur 1286 (1286, 2 février, nouveau 
style). L'emploi de cette somme est confirmé par le texle 
de l'ordonnance de l'hôtel, du mois de janvier i 280 (1 286), 
que Du Cange et D. Martène ont publiée successivement, 
le premier d'après un registre de la chambre des comptes, 
le second d'après une copie appartenant au président 
Bouhier. Urt exemplaire manuscrit de cette pièce se trouve 
aux Archives nationales, dans un registre du Trésor des 
chartes. Il y est dit que : « Mestre Pierre de Condé fera la 
« paie aux arbalestriers. » Une ordonnance de 1 3 1 6 sur le 
conseil, le parlement et la chambre des comptes nomme 
Pierre de Condé parmi les maîtres de la chambre des 
comptes, l ne lettre de l'évèque de Paris, 23 août ]322, 
accorde 20 livres de rente perpétuelle à Pierre de Condé, 
chanoine de Paris, clerc du roi, maître de ses comptes. 
Mais un examen attentif de ces différents textes, et de tous 
les autres de mt^'me date on il est question de Pierre de Condé, 
nous porte à croire, sans que nous puissions cependant rien 
aflirmer, que Pierre de Condé, maître des comptes du roi 
en 1282, est celui qui fêtait encore en i3i6 et 1822, et 
que le clerc de .saint Louis resta toujours étranger à ce genre 
d'occupation. 

A ce dernier, au contraire, nous semblent se rapporter 
plusieurs indications données par le carlulaire de Saint-Ma- 
gloire. Ce manuscrit, qui se conserve à la Bibliothèque 
nationale, nous apprend qu'en 1294 Pierre de Condé, 
qualifié clerc du roi et archidiacre de Soissons, avait reçu 
du roi, en récompense de ses bons services, par lettres du 
mois d'octobre i2y4, le droit de percevoir chaque année, 
sur les vignobles d'Arcueil, un tonneau de vin de six muids, 
mesure de Paris. Cette redevance annuelle, qui avait été 
précédemment payée au roi par les habitants de ce village, 



CHAPKLAIN DE SAINT I.OIJIS. 91 



\l\ MKCI.E. 



('lait concédée en fief à Pierre de Condé, moyennant l'obli- 

gation de fournir chaque année un style de fer pour écrire 

les comptes du roi : Ad iinuin slillnin ferreum de seiDitio sol- 

ven'lani aiioUbel anno in cornpotis iwslris; obligation qui prouve \oy L<b.iii , 

qu'à cette époque on écrivait encore les comptes du roi sur '"'"" *■'" 

des tablettes de cire. 

Cette concession du roi, une redevance de 8 livres que Canui. s. Ma 
payaient à Pierre de Condé les vignes d'Antoni et de Massi, '"'''" '' '^^ 
et 40 sous de revenu sur une maison des religieux de Saint- 
Magloire, près de l'église Saint- 13arthélemy, que IMerre 
de Condé tenait de leur générosité, furent abandonnés par 
lui à l'aliljé et aux religieux de cette même abbaye, pour 
qu'ils fissent élever dans leur église, en l'iionneur de la 
sainte Vierge et du bienlieureux roi saint Louis, récemment 
canonisé, un autel sur lequel se diraient cinq messes par 
semaine; une du Saint-Esprit, une de la sainte Vierge, et 
trois des morts , pour le repos de son âme et des âmes de ses 
parents. L'acte est daté du lundi après la Toussaint (3 no- 
vend)re) i 298. Le donateur y prend encore le titre d'archi- 
diacre de Soissons, et de clerc du très-illustre seigneur le 
roi de ]*'rance. 

C'est le même Pierre de Condé, selon nous, qui est dé- 
signé par les tablettes de cire de (îenève, dont parle l'abbé 
Lebeuf dans le mémoire déjà cité. Elles portent, à la date Mém. di lAca.i 
du jeudi 29 novembre i3o8, que, ce jour-là, le roi étant à p^VoS "' ' ' 
Fontainebleau, Pierre de Condé, clerc de sa cfiapelle, reçut 
8 livres pour aumônes, totum per eleemosynam. 

Enfin, c'est encore le même, à ce qu'il paraît, dont il est 
question dans un acte du cartulaire de Saint-Magloire, daté 
du dimanche avant la Saint-Vincent i3i4.(20 janvier 
1 3 1 4 , d'après le calcul romain ; 1 9 janvier 1 3 i 5 , si l'on a caii. s Ma^ioi . 
employé la manière de compter les années usitée en f'rance 1^ ' ' 
à cette époque). Cet acte est la « lettre du bail » d'une maison 
qui avait été donnée aux religieux de Saint-Magloire par 
Jean de Condé, chanoine de Chartres, clerc du roi (peut- 
être un parent de Pierre de Condé); et l'on y remarque que, 
« assise par derrière la dite meson , estoit la grant meson des 



\IV SIF.CI.F.. 



92 



PJERKK DK CONDE, 



Aichiï. iialion 
S. 89. n" /if). 



Kelibicii cl Lo- 
biiicau, Hi^l do 
l'ai'ls. 1. 1. p. 3oo, 
iM pieuvc, I III , 
p. 127, a. 

\Iorlis, Hcpei 
loire do la Sainli' 
Chapelle ; Anli 
rialioi). rartoii S 
.1^972. 

Felil). HU d. 
Paris, t. 1, p. 3o8 

Dupuy , Difl'é- 
reiid , p. 121. — 
Du Boulay, Hist. 
Miiiv. Paris, t l\', 
p ',9, 



.( diz religieux, en la quelle feu mestre Pierre de Condé, ja- 
" dis clerc le roy, souloit demourer ou temps qu'il vivoil. » 

Ces deux dernières pièces nous donnent les moyens de 
placer la mort de notre Pierre de Condé entre les années 
i;^o8 et i3i5. 

Par l'acte du 28 août i3<i (jue nous avons déjà men- 
tionné, Pierre de Condé, chanoine de Paris, clerc du roi el 
maître desescomptes, accorde, comme supplément de do- 
tation, 20 livres de rente (les mêmes qu'il recevait de l'é- 
vèque de Paris) à la chapelle de Sainte-Anne et Saint-Martin 
qu il avait autrefois fondée dans l'église de Paris, et veut que 
des cinq messes par semaine qui doivent èti^e célébrées à 
cet autel deux soient des messes de morts, dans lesquelles 
se diront trois collectes, une pour le roi Philippe le Bel el 
ses enfants, une autre pour délunt « frère Pierre de Condé, » 
son cher oncle, la troisième pour lui, ses parents, ses 
sœurs, ses bienfaiteurs et ses amis. Ce Pierre de Condé, 
oncle de celui qui fut maître des comptes de la maison du 
roi et qui mourut en i.32{) religieux de Saint-Victor, élait- 
il le Pierre de Condé dont nous venons d'esquisser la vie? 
La qualification de » frère " que lui donne son neveu nous 
prouve que c'était un religieux; et nous voyons, dans les 
premières années du xiv" siècle, un religieux de l'ordre des 
frères Prêcheurs du nom de Pierre de Condé. 

Une charte de Philippe V, juin i3i8, en faveur tle la 
Sainte-Chapelle, nous apprend que frère Pierre de Condé y 
avait fondé, moyennant 20 livres de rente, une chapelle en 
l'honneur de saint Louis; et Mortis, auteur d'une histoire 
manuscrite de la Sainte-Chapelle, dont il était chanoine au 
xv" siècle, dit que cette fondation de frère Pierre de Condé 
était de l'année i3oi. 

Dans la liste des signataires de l'acte par lequel les leli- 
gieux dominicains du grand couvent de Saint-Jacques à 
Paris adhérèrent à l'appel du roi contre le pape (i3o3, 
2 6 juin ) , le nom de Pierre de Condé se voit en troisième lieu , 
immédiatement après ceux du vice-prieur du cOuvent, et de 
Jean des Alleux, autrefois chancelier de l'église et de l'Uni- 



CHAPELAIN DE SAINT LOUIS. 93 



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versité de Paris; ce qui suppose un personnage considérable, 

([uoique le nom ne soit accompagné d'aucune qualification. 

\ous le retrouvons en iSoy, assistant, avec le simple titre \ii.i,.i,ij',mis 

(le frère Prêcheur, à l'interrogatoire des templiers, à Paris. '''^^^J^";j'"p''"'-' "■ 

Un mandement de Philippe le Bel au receveur de la pré- 
vôté de Paris, en date du mois d'aoOit i3o8, lui ordonne de .\uUn. nniKM. 
|)rélever sur le cens que l'ahhé de Sainte-Geneviève doit au ' "'" '" " "' 
roi une somme de lo livresque frèie Pierre de Condé, de 
l'ordre des frères Prêcheurs, lui a demandée pour une pi- 
lance à laire au couvent des Irères Prêcheurs de Paris, le 
jour de la Saint-Louis. 

Lebeul, cpii a cité cette pièce avec quelques diiVérences, 
et Orou\,qui n'a fait c[ue transcrire ici l'abbé Lebeuf, n'hé- 
sit(Mil pas à croire que ce reJigieux de l'ordre de Saint-Do- 
minique ne soit le nu'me que le clerc attaché autrefois au 
service de saint Louis, et qui avait toujours conservé pour 
son ancien maître les sentiments les plus vifs de vénération 
et de reconnaissance. 

Nous ne craindrions pas non plus d'aflirmer l'identité de 
ces deuv personnages, si l'acte du 20 janvier i3i4 quf 
nous avons cité plus haut n'appelait pas n maître » celui 
que, depuis sa profession religieuse, ou aurait dû toujours 
appeler « frère. » dépendant on peut dire cjue les religieux 
de Saint-Magloire, qui avaient reçu autrefois plusieurs dons 
de maître Pierre de Condé, clerc du roi et archidiacre de 
Soissons, lui cons(>rvèrent après sa mort, par habitude ou \.m, 1,.^ cmI. 
par reconnaissance, le même titre de «maître,» dans un s vit.,'io,'''* *, ';' 
acte où d'ailleurs il n'était nommé qu'incidemment, et à > 1 ' 
propos d'une circonstance antérieure peut-être à sa profes- 
sion religieuse, lorsqu'il était encore pour tout le monde 
" maître n Pierre de (Jondé. 

Si le religieux est le même que le clerc de saint Louis, 
auteur des lettres dont nous parlerons bientôt, ce qui est 
très-probable, malgré le silence de Quétif et d'Echard sur 
cet écrivain de leur ordre, on peut croire qu'il avait fait 
profession vers l'an i3oo. 

Il vivait encore en iSog, puisque le chapitre de l'ordre 

9 



Cail. S. \l:ml,i 
i3i. 



ilV* SIÈCLE. 

D. Mal■l^lu■ , 
Tliesatir. anecd. 
I. IV. roi. >()'>:. 



Cail. S. Mai;l, 
. i.Si. 



9^ PIKRRE DE CONDÉ, 

des (loniinicains leiiu cotte aimée à Sarragosse, la veille 
de la Pentecôte (17 mai), ordonne (art. 27) des prières 
pour différents personnages de l'ordre vivants à cette 
époque, entre autres pour le frère Pierre de Condé. Si ces 
prières étaient ordonnées, connne il est vraisemblable, à 
l'occasion d'une maladie de Pierre de Condé ou de son 
grand âge, on peut snpjioser «piil mourut peu après, vers 
i3io, puisqu'en i3i4 on 1 3 1 T) on parle de lui comme 
d'une personne morte depuis quelques années. " Pierre de 
" Condé, jadis clerc le roi. . ., ou temps qu'il vivoit. « 

Pierre de Con<lc, né, comme nous l'avons vu, au pins tùl 
en I2'i5, au plus lard en lioG, devait être, au niomenl 
de sa mort, âgé d'en\iron (piaire-vingts ans. 



, Spi.- 
, |). 55 
361. 



Micliaud, Hisl. 
lies croi.sad. t. V, 
p. J3S, .">i3. .'î'iô, 



Uatl.L'ii.Spicil. 
'. II, p. 5ji 55.'). 

(iall.rhiist.iun. 
I \ Il , col. 5i 1. 

Lciicur, iiisi. 



.lu dlur 
l.l\. p 



.si: S i:(;uiTS. 

Les seuls écrits (pie nous a laissés notre Pierre de Conde, 
clerc de saint Louis, sont cinq lettres, qui contiennent la 
relation des laits j)rincipau\ dont il avait été témoin pen- 
dant la dernière et niallieur(Mise croisade de saint Louis. 
L'original latin de quatre de ces IfMtres (la 1", les 6\ l\' 
et 5") a été publié par Daclieri. NL Micliaud en a inséré 
une traduction française dans les pièces justificatives de 
son Histoire des croisades. Cette dernière circonstance et 
la publicité qu'ont acquise les faits racontés par Pierre de 
Condé nous dispensent de ])résenter à nos lecteurs une 
analyse étendue de ces quatre ])ièces. Nous nous bornerons 
à en indiquer le sommaire et nous donnerons quelques dé- 
tails de plus sur la seconde lettre, (pii est restée inédite. 

La première, datée du camp devant Cartilage, le dimanche 
après la fête de saint Jaccjues apôtre, 1-270 (27 juillet), est 
adressée au prieur d'Argenteuil, Nicolas de Boissi. Pierre 
de Condé lui écrit ce qui s'est passé depuis que le roi a 
quitté la l'rance : la relâche à Cagliari, le débarquement en 
Afrique et la prise de Carthage. On attend le roi de Sicile 
de jour en jour; le roi, ses enfants et leurs femmes se 
portent bien. 



CHAPELAIN DE SAINT LOUIS. <.)5 



XIV SlEtl.E. 



La seconde, en date du jeudi 21 août 1570, du camp 
devant Carthage, adressée à Mathieu de Vendôme, abbé de 
Saint-Denys, semlile être celle qu'il rappelle lui avoir écrite Daciien,spini 
dans sa lettre du 1 1 novembre. Elle se trouve, sous le nu 
méro 21, à la page 477 d'un recueil manuscrit de pièces desins.iipi 
justificatives que Lenain de Tillemont avait réunies pour sa pVit; ' "^ 
Vie de saint Louis, et qui, coté C, et relié maintenant avec Mv isibi. nai 



Aléiii. (le l'Arail. 



Siippl. IVaiu; 



I..' 

lOIlt. 

Vie (le saint Loii 



V, |). ifi: 
i65, 



Uibl. 



un recueil du même genre, coté B, à la Bibliothèque natio- ,o^!J i,, 
nale, forme le deuxième volume de cette Vie. Dans le pre- nainJ»T 
mier volume, l'auteur donne l'analyse de la lettre et renvoie éd.de\L<i"Ganii, 
en note au numéro 1 1 du recueil coté C que nous venons 
d'indiquer. La lettre de Pierre de Condé, ainsi que plusieurs 
autres pièces de ce recueil, avaient été copiées, par les soins 
de Tillemont, sur un ancien manuscrit de Marmoutiers, qui, 
dès cette époque, était passé dans la bibliothèque de l'ab- 
baye Saint-Germain. Une note marginale de la copie mo- 
derne nous apprend que Dacheri, bibliothécaire de Saint- 
Germain, avait prêté l'original, en décend)re 1656, au 
copiste de Tillemont. C'est aussi d'après cet ancien manu.s- 
crit, aujourd'hui possédé par la Bibliothèque nationale, 
rjue Dacheri a publié les qiiatre autres lettres de Pierre de "'''' 
Gondé. 

Voici les points principaux traités dans cette seconde 
lettre. 

Pierre de Gondé mande à l'alibé de Saint-Denys ce qui se 
passait alors au camp. Le roi est toujours à Garthage, dont 
il fait réparer les fortifications, en attendant son frère, qui 
(loit venir avec une armée nombreuse. On parle du prince 
Edouard d'Angleterre, que l'on croyait déjà au port d'Ai- 
gues-Mortes le 1 5 août, jour de l'Assomption, mais de la 
part duquel on craint une ligue hostile avec le roi de Gas- 
tille, le roi de Portugal et d'autres princes. Les vivres 
sont fort rares et fort chers au camp. Le roi a été saisi de 
la fièvre, avec un flux de ventre, le dimanche jour de l'In- 
vention de saint Etienne (3 août); son fils Philippe est 
tombé malade le môme jour, et l'on a craint longtemps pour 
la vie de tous les deux. Ge même jour encore est mort le 



OC) PIERRE DE CONDE, 

ilV' SIÈCI.K. 

comto de Nevers, qui était malade depuis pou de temps; le 
roi, son père, n'en a été instruit que le dimanche suivant 
(lo août), lorsqu'il se trouvait mieux, quoiqu'il ne fût pas 
encore entièrement rétabli. Le légal est mort le jeudi avant 
la Saint-Laurenl (7 août) et a désigné frère Barthélemi pour 
le remplacer. Le mercredi après l'Assomption (20 août) est 
mort l'archidiacre, chancelier du roi, et au moment où 
Pierre de Condé écrit ces présentes (j 1 août), frère Guil- 
laume de Chartres tient le sceau. Tous les jours, il meurt 
(pielqu'un dans l'armée, et beaucoup de personnes partent 
du camp pour s'en retourner en France. Par leur moyen, 
l'abbé de Saint-Denvs pourra avoir une plus ample connais- 
sance des faits que cette lettre rapporte sommairement. 
Du h. li, spi.il , La troisième lettre, du jeudi avant la Nativité de la 

' "• I' ■•■'^■^'"' sainte \ ierge (4 septembre), est écrite au trésorier de Saint- 
Framboud de Senlis. Pierre de Coudé y parle de la mort du 
roi, de rarri\ée (Ui l'oi de Sicile dans le canq), à l'instanl 
où son frère venait d'evpirer; des e^énements qui ont suivi 
cette mort; de l'einoi prochain en France du corps du roi 
\ a, WaiiiN, défunt, lixe d'abord au venthcdi ,") septenilîre, puis ajourne 

\i,m. de lArad. ^^^ (Hmanche sui\ant, 7 du même mois, etc. dette lettre a 

(li'Mii5cn|>t. t. A\ . ' . , P . ., 

nom. SCI. ->'|.ari acquis uH<' Certaine célébrité par I usage qu on en a lait, n 
.imii'naV iiiisiitiiû V « quchpu's anuées, dans une discussion très-animée qui 
i-s/i.i, p i88. — j;',,gf élevée au siiiel du cœur et de la dépouille mortelle de 

Hcciioil de pièi'O-.. ... 

lapporls, lellres. samt LoUlS. 

!i!' T!h,f Tom'''. La lettre suivante, date(> du départ de Tunis, mardi 1 1 uo- 

ivii,i840, iii8, vend)re, et adressée a l'abbé de Saint-Denys, lui lait con- 

s-.'vpnri 'p 7'.. naître les principales conditions du traité conclu avec le roi 

''■' de Tunis. On n'y voit point (lu'il sera permis au.x. chrétiens 

I 11, p. 50i .1(11 de faire des prosélytes parmi les mahométans, comme loni 

prétendu (pu'lqn(>s historiens; seulenu'ut, il y est dit que les 

chrétiens pourront bâtir dans les états du roi de Tunis des 

monastères et des églises, où les moines prêcheront et piie- 

ronl publiquement; ce qui est tout à fait conforme au texte 

M^^^(l^.lrSa.l, du traite original, ainsi que la remarqué le savant orienta- 

.ycrùisn ipiî nom ''^'<' <^F'' ^ l<*i' couuaître le premier ce document, reste 

■icrici.iK.p.iôr. longtemps ignoré dans les Archives nationales, et qui a 



JUSTE. 97 



XIV SIECLK. 



bien su mettre en relief, dans sa dissertation, l'importance 
de cette lettre de Pierre de Condé. 

La dernière lettre que nous avons de lui est adressée en- uacheri, spidi 
core au prieur d'Argenteuil. Il lui fait la description de la • "n ''*''| '^'^v 
tempête qu'ont éprouvée les Français à leur retour d'A- 
frique, et lui raconte la mort du roi de Navarre et de la 
reine de France. Cette lettre est datée de Cosenza, en Ca- 
labre, le vendredi avant la Purification de la sainte Vierge, 
3o janvier 1271 (nouveau style). 

Ce simple exposé suffît pour donner une idée de l'inté- 
rêt de ces lettres. Elles ont servi à éclaircir certains détails 
de la dernière croisade de saint Louis, et nous devons re- 
connaître que peu de documents ont, en effet, une aussi 
grande valeur historique. Le style de Pierre de Condé est 
plus simple et moins éloigné d'une bonne latinité que celui 
d'un grand nombre d'écrivains latins du siècle de saint 
Louis; ses narrations portent l'empreinte d'une naïveté et 
d'une candeur qui commandent la confiance et font aimer 
le caractère de l'auteur. 

F. I.. 



JUSTE, 

ABBÉ D'UN MONASTÈRE DE L'ORDRE DE CITEAUX. MniivirsiSio 



islerc . 
bri- 



JusTE [Justus), abbé d'un monastère de l'ordre de (ii- \1ila■u^, Anct 

teaux, vers le commencement du xiv^ siècle, est connu seu- ia,r'3i*'r — d.- 

lement par un sermon qu'il prononça contre le relâchement visdi.Bibi.cisi 

de la règle des cisterciens. On ignore le lieu de sa nais- rius, Bibi. med 

sance. Jean Picard, éditeur de ce sermon, soupçonne que '^' ,'"'î *'" aiIc/i^ 

l'auteur était de Diion; mais il ne dit pas sur quelles rai- "ii>i r.'n l•aIi^. 

sons il se tonde, et i on ne sait pas même de quel monastère ,6,^ . ,032. „ 

Juste fut abbé. Son nom ne se trouve ni dans l'ancien ni '5'''''°!'' ''="';"'" 

dans le nouveau Gaina christ laïui ; i époque ou il a vécu \>. 1-3. — hem, 

l,ii!{(lun. t. XXVI. 

TOME XXVII. • I ',] |,. |'..1. 

9 * 



08 JUSTE. 

n'est établie que par conjecture. Selon Jean Picard, il a rlû 
composer son sermon vers l'an i3oo, parce que les anciens 
statuts de l'ordre de Citeaux, jusqu'en i 200 et au delà, ne 
signalent aucun des abus contre lesquels s'élève notre pré- 
dicateur. Ces abus ne s'introduisirent dans les divers mo- 
nastères de l'ordre que pendant le cours du xiii' siècle. Le 
seul écrit qui nous reste de Juste fut communiqué par Ni- 
colas (Jamuzat à Jean Picard, cbanoine régulier de Saint- 
Victor, qui s'empressa de le publier, en 1610, avec un 
avertissement au lecteur, à la suite des lettres de Nicolas, 
secrétaire de saint Bernard, dans le second volume de 
yAiiciarium de la Bibliothèque des Pères. Le sermon et l'a- 
vertissement furent successivement réimprimés à Cologne 
et à Lyon, dans deux autres éditions du même recueil. 

A la lecture de ce sermon, le premier éditeur s'est cru 
autorisé à dire que l'auteur était « Juste » de nom et de fait, ut 
itomine sic et reJtisimn ; qu'il avait un génie ardent, beaucoup 
d'éloquence et d'instruction, et que sa vie était d'une sain- 
teté exemplaire. 11 serait sans doute dilTicile de trouver en 
un seul discours de trois pages la preuve de toutes ces qua- 
lités; mais on peut reconnaître dans l'auteur un grand zèle 
pour la réputation de son ordre autant que pour le main- 
lien des vertus qui l'ont fondé. Son sermon nous semble 
bien ordonné et assez élégamment écrit. Par l'élévation de 
la pensée, la vivacité du tour, l'énergie de l'expression, il 
devient même, en quelques endroits, plus éloquent que la 
plupart des pièces d'apparat de ce genre. Toutefois, on y 
lencontre plusieurs exemples des antithèses et des allittéra- 
fions ou assonances qui déparent les compositions des pré- 
dicateurs contemporains. Lue courte analyse et quelques 
citations suffiront pour en faire apprécier le caractère et le 
mérite. 

L'orateur parlait devant une assemblée de plusieurs ab- 
bés et évêques de l'ordre de (>iteau\. Dès le début, il dé- 
clare qu'il ne cherchera point à leur plaire par les séduc- 
tions de l'éloquence; il ne prétend même pas les instruire; 
il ne veut faire entendre c[ue des plaintes. Elles seront peu 



AliliE CISTERCIEN. 



99 



agréables sans doute, mais il préfère à tout la vérité : Non 
est mei propositi, [mires clianssimi , in hoc sernwne obstrusas 
expUcare sententias, et acumine capttosi cloc^mi gloriolam aucv- 
pari. In cœlo est testis meus et conscius meus m excclsis, qund 
maçjis voce dolentis quam docentis elo(juar. Ce serait presque 
Bridaine, si l'orateur n'était, par sa position, l'égal au moins 
(le ceux cpii l'écoutent. Aussi prend-il exemple sur saint F^aul 
reprenant saint Pierre en pleine assemblée; puis il entre en 
matière : 

« Il est deux choses, dit-il, qu'on ne doit point négliger : 
lia conscience et la réputation; la conscience pour soi, la 
" réputation pour les autres; la conscience pour l'intention, 
« la réputation pour les actes. La conscience est connue de 
« Dieu seul, mais c'est par nos actions que les hommes nous 
"jugent. Or, que votre charité voie sur quoi se fonde le ju- 
" gement des hommes à l'égard de notre ordre. " 

Ici l'auteur examine les abus et les excès que l'on repro- 
chait à Tordre de Citeaux ; il insiste principalement sur le 
luxe et l'ambition, les deux défauts les plus opposés à l'hu- 
milité et à la pauvreté, vertus fondamentales de l'ordre : 
luxe des abbayes, surtout dans la construction des bâti- 
ments; ambition des frères pour les affaires et les dignités 
du monde. «Nos maisons, dit-il, sont spacieuses; ce sont 
" des palais, des villes, décorées avec la plus grande magni- 
' ficence : Superjluitates adificionim nostrorum quis non videat? 
>' Quis videndo non stupcat? Quantum ad artcm ca Dœdalus exco- 
" (jttasse , quantum ad operis mcKjmtudinem (jigantes collaborasse , 
" quantum ad expensas Salomon sumptus parasse videtar. « 

Quant à l'ambition, elle s'est manifestée d'abord par l'ou- 
bli, en ce point, de la règle première : « Nos pères s'étaient 
" retirés loin des lieux fréquentés; nous nous établissons 
<i dans les villes, sans pudeur et le front découvert; nous 
'I nous livrons à toutes les occupations du siècle : Cnriis re- 
'' (jiis et ponttjicahbus , necjotus urbanis et ne(jotiationd>us sponle 
« nos immcrcjimus. « Enfin, les moines de Citeaux ne refusent 
jamais les honneurs; ils acceptent les dignités ecclésias- 
tiques; ils deviennent évoques. F /orateur s'efforce de dé- 

i3. 



Biblioth. P..II. 
Lugduii. t XXVf, 



lhi<I. 



XI\ MECLE. 



100 ' JUSTE, 



Lugdun. t. WVI 

|l. 2 . col 



montrer que les soins et l'activité qu'exigent les intérêts 
temporels d'un évêché ne peuvent s'accorder avec la règle 
de saint Benoît, qui, à la vérité, ne défend pas aux moines 
de remplir les charges ecclésiastiques, mais qui leur or- 
donne de se rendre étrangers au monde, de ne rien préie- 
rer à l'amour du Christ, d'observer de cœur et de bouche 
la vérité, de ne pas rendre le mal pour le mal, etc. Or com- 
ment un moine évêque pourra-t-il se conformer à ces pré- 

Bibiioiii. Paii. ceptes? Saint Jérôme ne veut pas non plus que les moines 
enseignent. Pourquoi les moines de Citeaux occupent-ils les 
chaires de la science? De toutes leurs vertus primitives, il 
ne leur reste plus que l'honnêteté; la plupart même, c'est 
l'ambition seule qui les retient dans la continence : Ex- 

ii>i(i.p.:i,coi. !. cepta vohiptate carnis , habemiis omnia in (juibus bonnm tempo- 
rale consistit : vohiptatem porro in aliqiiibus repnmit anwr Dei , 
ni ah(juibus timor infamiœ , in phiribiis vero appetitus liunons. 
Qu'ils songent donc à leur réputation, à celle de leur ordre, 
qui, en raison de son austérité primitive, était appelé « for- 
ti dre » par excellence. Maintenant on dit communément dans 
le monde : Apud monachos Cistercicnsis ordinis omne qiiod hbet 
licet; qnod licet possunt , (juod pussunt faciiint. Ceux qui les 
jugent ainsi ne sont pas, il est vrai, exempts des mômes 
vices; mais, comme dit le proverbe, ad se talpœ, ad ahos 
lynces; et on peut leur appliquer ces mots du satirique ro- 
main : 

Hoi. Sali, ô Ciini tua pervideas oculis, etc. 

«Ces imputations sont exagérées, ajoute le prédicateur; 
" mais profitons du moins de ce qu'il y a de vrai dans les 
«reproches qui nous sont journellement adressés; amen- 
«dons-nous; revenons à notre simplicité première; renon- 
« çons aux dignités ecclésiastiques; sous le prétexte d'être 
« utiles au monde, ne rentrons pas dans ce monde, auquel 
« nous avons renoncé; sans retourner en arrière, sans nous 
«détourner ni à droite ni à gauche, avançons d'un pas 
" ferme dans la voie que nous avons choisie : lictro cedit 
« </«{ vitam monachi cum habitu deserit ; ad dexteram déclinât 



ABBÉ CISTERCIEN. 101 . , 

xu MECi.v:. 

<if;«(, hahitu retcnto, sine discrclione bonunfacit; ad siiiistram 

«déclinât qui, habita retcnto, apertc mahimjacit. A quo Iripar- 

>i tito crrorc nos custodiat Christ us Doininus, qui est via , vcritasel 

" vita , etc. Amen. » La copie communiquée à J. Picard ajoute 

immédiatement : « Peu d'al)bés et d'évéques répondirent 

« amen. C'est que leurs yeux étaient appesantis par i'indi- 

"gnation, et ils ne savaient ce qu'ils devaient répondre. \iaic. mv. 'lo. 

Il Alors Juste ajouta : Mehora sunl vaincra dilujcntts qnam Jrau- Piov. vwn.c. 

« dulenta blandicntis oscula. » 

On pourrait, en comparant les reproches de Juste avec 
les al)us que proscrivent les statuts des chapitres généraux 
de l'ordre de Citeaux, publiés par D. Marlène, tirer, à 
l'exemple de Jean Picard, quelques inductions relatives à 
l'époque où le sermon dut être prononcé. Mais ces indue- 
lions ne confirmeraient point la supputation établie par l'é- 
diteur. Nous remarquons, par exemple, que Juste ne dit 
rien du luxe dans les habits et la vaisselle des abbés, ni du 
grand nombre de serviteurs qu'ils traînaient à leur suite 
aux chapitres généraux, ni de la rupture du silence, ni de 
l'esprit d'indépendance et de rébellion de certains religieux 
contre les abbés ou supérieurs de l'ordre, ni de la négli- 
gence que mettaient les abbés à se rendre aux chapitres gé- 
néraux, tandis que ces divers abus sont signalés dans les 
statuts rédigés de 1269 à i3o5. Mais si Juste s'élève avec 
Force contre la magnificence des bâtiments construits par 
l'ordre de Citeaux, cette magnificence est formellement 
condamnée, dans les articles 3 et 4 des statuts de 12/10, 
comme entraînant les abbayes à de grandes dépenses, d'où 
résultent des dettes considérables. Quant à l'ambition des 
frères et des abbés, qui les portait à désirer les honneurs et 
à se mêler des affaires temporelles, les statuts n'en disent 
rien; ce qui explique jusqu'à un certain point pourquoi les 
représentations du saint abbé furent si froidement accueil- 
lies par ses auditeurs, hommes du monde. Enfin, le peu 
qu'il dit contre l'enseignement auquel se livraient les cister- 
ciens donne à conjecturer que cet enseignement n'était pas 
encore bien répandu; il semble faire allusion à l'établisse- 



Ma 

saur. . 
roi. . 


rlèiic . 
anecd. 
3 ',3- 16 


riir- 
t. IV. 

'16. 


Mal 
1 370. 


1 lits (le 1 
1278,, 


269. 

28,,. 


1 :\o:<, 


, Ptr. 




Matiitsdc 1 


298. 


Sla 


l.ilMir . 


3o:>, 


Su. 
rt ,lo 


tilts (le 
,3oi.. 


I-9:. 



vrv siEi.i.K. 
Hisl. litl.i \l\. 



M.1II.. l'.lll». M 
illlll. I '! 'ici 

Duhivtil , Aiili'i 
de Paris, p. fi.Ci 



102 



ALliEKT DE MRTZ, 



7- 

Bullxii 
P..1 



liisl 

III 



"iniv 

P- "'••"< 

D. Mailciir 
Tlies. aiiccd.l. IV 
p. i8'i9 , iiot. 

Fclibicn pI Lo 
l>inraii , Ilist i\< 
l'aii». II", |i..(i 



meiil du collège de Saint-Bernard à Paris, fondé en 1 2 44 
par l'itienne de Lexington, institution qui, contraire aux 
principes fondamentaux^ de la règle de saint Benoît, sem- 
blait énerver la disci])line de l'ordre de (liteaux, comme le 
dit Mathieu Paris à l'année 12/19. ^^'^' ^^^^ peut-être même 
la raison ])0ur laquelle le fondateur, abhé de Clairvaux, 
fut déposé, bien que le pape eût autorisé ce collège et que 
le statut général de 12/45, articles 3 et 4, en eût maintenu 
l'existence. Ces diverses remarques sembleraient nous au- 
toriser à reculer d'un tiers de siècle environ l'époque de la 
composition du sermon de Juste, et à supposer qu'il le pro- 
nonça entre les années 1260 et 1270. Toutefois, à défaut 
de renseignements précis, nous avons cru devoir nous ran- 
ger à l'avis de Jean Picard, d'Aubert Le Mire et de Fabri- 
cius, qui s'accordent à jjlacer ce prédicateur jjarmi les écri- 
vains ecclésiastiques du commencement du xiv" siècle; ce 
([ui ne nous permet guère d'assigner à sa mort une date an- 
térieure à fannee i3io. 

K. L. 



ALBERT DE METZ, 



FIŒKE MINEUR. 



Albei'.t de Metz, religieux Mineur, doit avoir été nommé 
docteur en théologie, dans fUniversité de Paris, au cours 
de lannée i3o4- Ln elïèt, Gonsalve de Valle Bona, général 
de l'ordre, invite, cette année i3o4, Guillaume, gardien 
du couvent de Paris, à présenter au chancelier, pour la li- 
cence, Albert de xMetz et un certain Jouîmes Scoiiis que l'on 
croit être le célèbre Jean DunsScot , si toutefois le chancelier 
consent à faire en même temps deux licenciés du même 



FRKRE MINEUR. 103 



\1V SIECLK. 



ordre, l^ln ce cas, ajoute Gonsalve, l'honneur de commencei- Wa.uiii.!;, Ami. 
le cours de théologie, dans le couvent de l'ordre, apparlien- J'n',s'i liùér. dn 
dra de plein droit au plus âgé des deux frères, Alhert de I'K' "•" . ".xxv. 
Metz : Si cunstiteril vnbts (juod domiiius caiicellanus velit duos 
simul Iicciiliare de iiostris, volo cl placct milu (jiwdjrater Albcr- 
tiis Meleiisis , si ad conveiitiim redire potent , ciiin prœfato Joaime 
dehcat expedin. hi (jiw casa nuiiido et ordino (juod dictas Jr. 
Albcrtus aiiticjHitatis mérita prius incipere dehcat, dicto J'ratre 
Joannc sub en poslmudam incœpluro. Nous citons le texte de 
cette lettre pour montrer rpi'Alhert de Melz sollicitait, en 
l'année i3o/i, le grade de licencié, et non ])as, comme on 
l'a supposé, celui de hachelier. La collation de ce dernier 
grade ne regardait pas, d'ailleurs, le chancelier; on l'obte- 
nait des maîtres : le chancelier n'intervenait, au nom de 
l'Eglise, au nom du pape, que pour attribuer le droit d'en- tihuoi (cii.,. 
seigner, c'est-à-dir<' la licence, aux bacheliers dont le stage .,'f;^H ',Vi. 
venait de finir. 

La lettre de Gonsalve au gardien Guillaume est, parmi 
les documents anciens, le seul qui nous parle d'Albert de 
Metz. Etienne Brnleler, religieux de l'étroite oljservance, cpii 
\ivait dans la seconde moitié du xv" siècle, ajoute aux ren- si,;,i,,i;iw..s„,,|,i. 
seignements contenus dans cette lettre qu'Albert de Metz, ^^ "''' i' 7 
ayant été reçu docteur, enseigna la théologie au grand cou- 
vent que son ordre possédait à Paris. 

Les ouvrages d'Albert de Metz ne sont guère mieux con- 
nus que sa vie. H avait, dit-on, laissé de « nombreux monu- MM,;i;;iia, i.... 
« ments de son érudition et de sa subtilité, » ])armi lesquels 
on mentionne d'abord un commentaire sur les Sentences : 
In (jiialnor Scntentiarum libros. Etienne Brulefer avait entre 
les mains un exemplaire de cet ouvrage, et le citait au livre 
premier de ses lieportata sur saint Bonaventure, dist. j , 
art. 2 , quest. i . Cependant on ne le retrouve jjlus. 

Un certain frère Albert est désigné par Adam Goddam 
comme auteur des additions qui , dans les manuscrits et dans 
les imprimés, expliquent ou corrigent certains passages de 
VOpiis Oxonicnsc de Jean Duns Scot, et Sbaraglia suppose que 
cet Albert est Albert de Metz. On peut objecter à cette sup- 



10^1 ALBERT DE METZ. 

X\\' SIFCI.R 

lîosition qu'Albert de Metz, plus âgé que Jean Duns Scot, 
ne fut pas un de ses élèves, et que les additions aux écrits des 
maîtres ont toujours été faites par leurs disciples. Mais Jean 
Duns Scot mourut très-jpune, à trente-quatre ans, et notre 
Albert, qui dut lui survivre, aura pu, contre l'usage, annoter 
un de ses livres, pour honorer la mémoire d'un confrère si 
méritant. Quoi qu'il en soit, les notes cpii suivent YOpiis Oxo- 
nicnse sont peu considérables et n'ofirent guère d'intérêt. 
L'ouvrage le plus important d'Albert de Metz nous paraît 

sbarasiia . u . un commentaire sur la Métaphysique d'Aristote, cité par un 
ancien annaliste de l'ordre des Mineurs, Agostino Superbo. 
Aucun manuscrit de ce commentaire n'est aujourd'hui si- 
gnalé. S'il n'en existe plus aucun, la perte est regrettable; 
il n'y a pas, en effet, un seul de ces anciens commentaires 
de la Métaphysique où l'on ne rencontre d'utiles indications 
sur les controverses du temps. 

Entre les religieux Mineuis du xiiT siècle et du xiv^ nous 
ne tiouvons, dans les catalogues de VVadding et de Sbara- 
glia, qu'un seul Français du nom d'Albert; c'est Albert de 
Metz. On ne ferait donc pas une conjecture invraisemblable 
en lui attribuant un sermon latin de cette date qui nous est 
oflért par le num. i 4,9-^3 de la Bibliothèque nationale, 
fol. 2 5 verso, sous ce titre : Scrino Jratris Aiibcrti, Miiwris. 
Le style de ce sermon est familier; il y a beaucoup de mots 
français, de figures et d'exemples d'un goût peu sévère. On 
y retrouve notamment la légende des filles du diable, ainsi 
racontée : « Voici ce qu'on rapporte sur les trois filles du 
"diable. 11 a marié jadis la première, qui est l'orgueil, aux 
« mauvais anges, et maintenant il la marie aux grands clercs, 
«aux prélats fameux. Il a marié la seconde, l'avarice, aux 
" marchands, aux bourgeois. La troisième, la luxure, voyant 
« ses deux sœurs si bien établies, n'attendit pas que son père 
« la pourvût et s'offrit elle-même à chacun de ceux qui la 

lll^l lin (I. I. " voulurent prendre. » Nous avons déjà cité plusieurs va- 
riantes de cette facétie. 

B. H. 



FnMicr. t. X\V 



HENRI DE BRUXELLES. 105 

\i\ SlP.CI.f 

HENHl DE BRUXELLES, 

RELIGIEUX DE L'ABBAYE D'AFFI.IGHEM. 



Henri, né à Bruxelles, moine bénédictin de Tabbaye \>,>,oio 
d'Afllighem, au diocèse de Malines, fut un mathématicien, 
un computiste et un philosophe de quelque renom, f^es nou- 
veaux bibliograplies, comme Fabricius, Foppens et Ziegel- labruiu, isibi 
bauer, s'accordent à le faire vivre jusque dans les premières '^\n '^'"', ,'''!!; 
années du xiv^ siècle. Sanders et Du (lange avancent, avec ^îi^s'ibnuei, Hisi 

, , , . . '•] . V ' o lilt.onl. S. Beii.d. 

un peu plus de précision, quii vécut vers 1 année lûio, i iv. p sob — 

et citent à l'appui de cette date deux anciens témoignages, B^''i|'j -^,''™(''â',ïl 

celui d'Henri de Gand et celui de Jean de Tritenheim. Mais indrx; uihoUen 



JeaiiiiTiillK 



Jean de Tritenheim dit simplement que l'abbaye d'Alïli- 

ghem posséda vers le même temps ces deux moines savants curan. Hirsaug 

et lettrés, Henri de Bruxelles et Guillaume de Malines. Or, ,,'','. , , 

_ ' llist. Iiller. lie t.i 

nous avons précédemment parlé de Guillaume de Malines, f> ' xm p î»»' 
qui mourut en 1297. Ainsi, Jean de Tritenheim ne confirme 
pas tout à fait l'assertion de Du Gange, tandis qu'Henri de 
Gand paraît l'infirmer de la façon la plus formelle. Henri de 
Gand, mort le 29 juin 1 298 , achevait, ditÉchard, en Tannée g,ieiiicii.ii.aid. 
1274 son traité De Scripturibus ccclcsiaslicis, dont le para- l^'^'i'''' p°^ , s '^'l 
graphe 58 est consacré tout entier à la mémoire de l'illustre hisi liit de b Fi 
computiste Henri de Bruxelles. Ge qui nous oblige à faire 
ces trois suppositions différentes : ou le traité De Scriptori- 
biis rcc/t'5(rt5/jc/5, souvent jjublié sous le nom d'Henri de Gand, 
n'est pas l'ouvrage du célèbre philosophe, ou bien quelques 
notices d'une main inconnue ont été postérieurement ajou- 
tées au traité de l'année 1 27/^; ou bien enfin le computiste 
Henri de Bruxelles n'a pas vécu dans les premières années 
du xiv" siècle, étant mort vers le milieu du xiii''. De ces trois 
suppositions, la seconde paraît la plus vraisemblable. Il est, 
en effet, constant qu'Henri de Bruxelles vivait encore vers 



TOME XXVII. 



106 HENRI DE BRUXELLES, 

XIV' <.IECI.K. 

l'année i 3 i o. Un chroniqueur plus ancien que Jean de Tri- 
pi.iiip liergom , tenlieim , Philippe de Bergame, le mentionnant à l'année 
^nn''!,^''!™"'' "' • 3 1 3 , avec Jacques de Viterbe et divers autres docteurs du 
même temps, on doit s'en rapporter à ce témoignage, sans 
prendre cette année i 3 i 3 pour une date tout à fait pré- 
cise. 

Sur les écrits d'Henri de Bruxelles nos renseignements 
sont encore moins certains. En effet, nous ne trouvons dans 
aucune bibliothèque les livres qui lui sont communément 
attribués; et, plusieurs autres livres qui, dans les manuscrits, 
portent son nom, n'ayant encore été cités par aucun des 
anciens ou des nouveaux bibliographes, on peut hésiter à 
croire que le moine d'Afllighem soit l'auteur de ces livres 
jusqu'à présent ignorés. 

De ses ouvrages aujourd'hui perdus le principal était in- 
iiitiieii.,t:i.i..n. litulé, selon Jean de Tritenheim, Calendarium pro incensin- 
ns. or. oit nibus hmœ ad pnnclnni invesdcjandis. C'est le seul dont parle 

l'interpolateur supposé d'Henri de Gand; mais il en parle 
avec quelques détails dans un passage qu'il peut être utile 
de reproduire. Le voici : Discordiam naturahs compiiii lauœ el 
cycli dcccmnovennalis dUHjentcr absohens, calcndannm ita dis- 
tinxtt Ht, positis secundum cychim decemnovennalem in suo loco 
primdaims , ipse c rccjione non sohim (fiia die, vel qua Iwra, sed 
etiam (jua parte horœ sinrjuJartim Innationum sinfjidis mensibns 
arccnsio contimjcret , annotarct. Comme Fabricius l'a déjà re- 
marqué, cette explication prouve qu'il faut substituer le 
mot acccnsionibus au mot inrenswnibiis dans le titre donné 
par Jean de Tritenheim , et reproduit par Sanders ainsi que 
])ar Foppens. Le calendrier d'Henri de Bruxelles marquait 
le jour, l'heure, la minute où, chaque mois, la lune recom- 
mençait à briller, accendi. 

Nous n'avons pas non plus rencontré l'ouvrage ainsi de- 
signé par Philippe de Bergame et par Jean de Tritenheim : 
Liber de ralione compnti ecclesiastici. H existe, il est vrai, dans 
les bibliothèques d'Allemagne et d'Angleterre, un assez 
grand nombre de traités anonymes sur le comput ecclé- 
siastique, et l'on reconnaîtra peut-être un jour qu'un de ces 



RELIGIEUX DE L'ABBAYE D'AFFLIGHEM. 107 



XIV blECLK 



traités est l'ouvrage d'Henri de Bruxelles; mais il est égale- 
ment possible qu'on ne fasse jamais cette découverte. 

Voici maintenant une mention bien plus douteuse de Jean 
de Tritenheim. Dans son traité De Scriptunbas ecclvstasttcis , 
n° 535, il déclare que, si plusieurs livres distincts du Calen- 
drier et du Comput ont été laissés par Henri de Bruxelles, 
il regrette de n'en pouvoir pas même citer les titres, dépen- 
dant le même bibliographe en cite deux nouveaux dans sa 
chronique d'Hirsauge : l'un, De compositione astrolabu; l'autre. 
De usa e{ ntilitate astrolabu. iSous ne sommes en mesure de 
contester ni l'une ni l'autre de ces tardives désignations; 
nous croyons cependant devoir noter que le premier des 
deux titres rappelle celui d'un livre connu d'Henri Bâte de 
Malines, contemporain, compatriote et presque homonyme n.si litiér.dei^ 
d'Henri de Bruxelles. iv...\xv.,,.5<mv 

Parlons maintenant de deux ouvrages inconnus à Jean de 
l'ritenheim, que deux manuscrits du xiv*" siècle nous offrent 
sous le nom d'Henri de Bruxelles. Même au catalogue plus 
étendu que contient la chronique d'Hirsauge, le chroniqueur 
ajoute ces mots : De eetens (jiur composait nthil ad notitiam 
iiosirœ Icclioius pervemt. Or, nous croyons avoir découvert, 
dans le num. 16,089 du fonds latin, à la Bibliothèque na- 
tionale, un de ces écrits que Jean de Tritenheim regrettait 
de n'avoir pu lire. Au fol. 5/i du volume commencent des 
Quolibets qui finissent ainsi : ExpUciunl Qiiodlibcta marjlslri 
H. (le Brnxella et macnslrt II.Alamaiini. Ainsi le copiste a réuni 
deu\ ouvrages en un seul, les Quolibets d'Henri de Bruxelles 
et ceux d'Henri l'Allemand. On trouvera quelques renseigne- 
ments sur la vie et les œuvres d'Henri l'Allemand dans la 
Bibliothèque belge de Sanders, dans le catalogue de la bi- .sa.idrr uibiioii. 
bliothèque Pauline de Feller, ainsi que dans le catalogue des Fe'ur'ca'ta/ r^ 
manuscrits du Vatican publié |)ar Bernard de Montfaucon. i'ii>i Pani. p.s^o 

C,-..]j 11'-" ' — Montfaiicoii 

et ecrivam, Aliemand aorigme, n est pas connu comme Bibi bibiimi, 1 1 

ayant fait en France un séjour de quelque durée; nous 

n'avons donc pas à nous occuper de lui. Quant aux Quolibets 

d'Henri de Bruxelles, comme ils sont désignés les premiers 

dans ïexplicit , ils doivent être aussi les premiers du recueil. 



io(.. 



108 GUILLAUME DE LOUVIG.MES, 

(lui coiniiience ])ar ces mots: Qiuvstto prima luit tic iniiicni- 
libiis. Au nombre des questions sur les minéraux se trouve 
celle-ci : Ulrnm magnes sappositns capih mulicns donnilanlis 
caste moveat ipsani ad amplectcndum virum siium propniim ? 
Viennent ensuite d'autres questions sur le règne animai, 
commi' celle-ci, par exemple : Alia (jnœstiojmt iHriim moitacin 
debcaiit esse pinrjutores (jiiam alii ? La réponse est alllrmafive. 
L'ensemble de ces Quolibets atteste que l'auteur avait étudié 
les dill'erentes parties de l'histoire naturelle. C'est là tout ce 
([ue nous pouvons dire d'un tel mélange de questions bi- 
zarres, généralement peu décentes, proposées toutefois et 
traitées avec une gravité (pii paraît naïve. 
1;,!. ,o.i Vu, i",nfin le catalogue de la Bibliothèque imjjériale de Vienne 

nous présente, sous le num. 2802 , un ouvrage ainsi dési- 
gné: IlenricKS de HrnxeUa, Qnœstiones super hbris Posteriornin, 
avec cette indication des premiers mots du texte : Sicnt scn- 
hit Ahjazel. L'ouvrage doit être assez important, ])uis([u'il 
s'étend du loi. >G an fol. 44 du volume; il est donc regret- 
table qu'il manque au fonds latin de la Bibliothèque nationale. 
Philippe de Bergame nous attestant qu'Henri de liruxelles 
lut à la fois un grand coniputiste et un philosophe très- 
exercé, coitliiiua exercitatione plulosoplins , le commentaire sur 
les seconds Analyticpies du manuscrit de Vienne paraît 
appartenir au même auteur que le traité De ratione eomputi. 

B. FL 



■ Inb. I II 



Gl ILLALME DK LOUVIGNIES, 

A15RÉ DE PRLMONTRÉ. 



ni 



Louvignies est un village voisin de Bavai, dans le Hai- 
naut, entre Mons et Valenciennes. Guillaume est sans aucun 
doute né dans ce village, puisqu'on l'appelle Guillaume de 



ARBl*: DE PREiMONTRE. 109 



\IV MECI.E. 



Louvignies; mais la date de sa naissance est moins certaine. 

Quand on indi(jue l'année la/io, on fait une simple con- l'a.nioi. \iém 

jecture. ()uoi (ju'il en soit, à 1 âge où l'on choisit une proies- ' '' "'' 

sion, GuillaunK", comme nous l'apprend son épitaplie, se 

fit recevoir chanoine de Saint-Augustin dans l'ahhaye de 

Bonne-Espérance, près de Binche, sur le territoire de Mons, 

maison gouvernée suivant la réforme de saint Norbert. C'est 

encore par conjecture c|u'on le fait ensuite venir à Paris, ib,.i 

au collège de l 'rémontré. Son épitaplie lui donnant le titre 

de docteur en droit canonique, doctor ilccrelorum, il n'est 

pas, en elfet, invraisenil)lable qu'il ait obtenu ce titre après 

avoir suivi les cours de l'Université de Paris; cependant 

cela n'est pas confirmé par un ancien témoignage. Nous 

le voyons du moins en France vers Tannée 1386. Etant 

alors abbé de Claire-Fontaine, au diocèse de Soissons, il in- Gaii. chli^l.llo^ 

tervient comme arbitre dans un débat entre les abbayes de '' ™ "^'' 

Prémontré et de Saint-Martin de Laon. Si Ton ignore en 

quelle année les chanoines de Claire-Fontaine favaient élu 

leur supérieur, on sait qu'il les c[uittait en l'année ij88, 

appelé par d'autres sulTrages à l'administration de l'abbaye 

de Cuissi, au diocèse de Laon. Mais on doute qu'il ait pris ibi.i. .,.1. (,70 

possession de cette abbaye, car, en cette même année 1 288, Le Paige, Bibi. 

il était nommé général de son ordre, et allait en conséquence [i,f„'o' o,d^p!sn7 

résider, dans le même diocèse, à Prémontré. ">"■'' /o'- ^j- 

y, . .1 1 I T 1 1 !• • • /■' -1 loq.— fîall.rlirist. 

Parti, comme il semble, dun tres-bas lieu, voici Cuil- „oC. t. i\, coi 
laiime élevé par la renommée de son mérite et de ses vertus ''''' ^''' 
à la plus haute dignité qu'un religieux puisse atteindre sans 
quitter sa robe. Un des historiens de Tordre institué par saint 
Norbert, Jean Lepaige, a fait de Guillaume ce portrait qui Lcpaigc, Bibi. 
n'est peut-être pas de pure fantaisie : Vir imjcniiJcUcis, clams '*""' '' ^'"'^ 
cloquto , exhorlaticnc potcits, doclnim celcbris, conversât iune pla- 
cidiis. De son éloquence et de son aimable caractère nous 
n'avons pas aujourd'hui d'autre preuve que le témoignage 
de Jean Lepaige; mais il nous est permis d'apprécier quelle 
fut l'autorité de ses conseils, quel fut à la cour des papes et 
dans son ordre le crédit d'un abbé qui reçut tant de privi- 
lèges et fit tant de réformes. 
1 



liO 



GUILLAUME DE LOUVIGNIES, 



Lepaigc , Bibl. 
Prœm. p. 690. 



Tliomassin, Dis 
ci|))inc de l'KpIiso. 
I. II, roi. (.6. 



Lcpai^'e, p. (ig 1 



Dès l'année i 289, il obtint de Nicolas IV le droit de rap- 
peler et de cloîtrer ceux de ses chanoines qui, préposés à 
l'administration de certaines églises paroissiales, lui seraient 
signalés comme menant une vie répréhensible. C'était un 
droit juscpi'alors contesté par (piekjues évèques, et l'on sait 
que tout conflit en matière de juridiction est un encourage- 
ment à l'indiscipline. Or, le principal souci de Guillaume 
paraît avoir été de rétablir la discipline, partout compromise. 

Ainsi nous le voyons, en 1 290, écrire au pape Nicolas que 
plusieurs de ses chanoines, luyant leurs cloîtres, abjurant 
leurs vœux, déposent les insignes de leur prolession reli- 
gieuse et vont ensuite se confondre dans la loule des laïques. 
Il demande donc la permission de poursuivre ces lugitils et 
de les incarcérer. Le pape lui donna cette permission. Contre 
le même délit, ou, pour parler une langue vieillie, le même 
crime, la plus dure des peines était, du temps de saint Ba- 
sile, l'exclusion perpétuelle de toutes les maisons claustrales. 
Ré])uté coupable de sacrilège, le religieux retourné vers le 
siècle devait y rester. Mais plus tard, quand, sous l'influence 
des traditions barbares, les abbés devinrent en quelque fa- 
çon des chefs de milice, les religieux déserteurs ne furent 
plus rejetés, mais ils furent recherchés, contraints et punis. 

H faut ici faire observer que si Guillaume se montrait en 
toute occasion défenseur jaloux de son autorité, souvent, 
comme il paraît, méconnue, il ne refusait pas de modifier 
ce cpii pouvait sembler trop sévère dans les prescriptions 
de la règle qui touchaient les mœurs. Ainsi lorsque la règle 
interdisait à ses chanoines fusage de la chair, il obtenait 
de Nicolas IV, en la même année 1 290, un décret qui leur 
permettait de manger en voyage tout ce qu'on leur offrirait. 
Ajoutons que cette tolérance fut plus d'une lois blâmée. 
Il y eut toujours dans Tordre des rigoristes qui se firent un 
devoir de paraître l'ignorer. 

Nous voyons ensuite Guillaume, en l'année 129^, donnant 
tous ses soins au collège que son ordre avait à Paris, rue des 
Étuves, en face de la rue Hautefeuille, tout près du couvent 
des frères Mineurs. Ce collège, institué par fabbé Jean, soit 



ABRE DE PREMONTRE. 



11 



en 1247, ^o^' ^'^ 1202, comme l'assure Félibien, dans une 
maison qui portait le nom de Pierre Sarrazin, s'était accru 
depuis, en 1 25;"), en 1 286, de nouvelles maisons, d'un jar- 
din, d une grange et d'autres appendices. C'était donc un do- 
maine de quelque étendue. Cependant, la possession en était 
encore mal assurée, les gens de mainmorte ne pouvant possé- 
der aucun héritage sans la permission expresse du roi. Cette 
permission, qu'on appelait amortissement, fut accordée par 
Philip])e le Bel, en novembre 129^, aux religieux acqué- 
reurs des maisons et des terrains de la rue des Etuves, et, 
l'ayant obtenue, Guillaume put former un grand dessein 
dont l'exécution devait rencontrer d'autres obstacles. De 
cet établissement fondé dans la ville des études, auprès des 
chaires fameuses des Mineurs et des Prêcheurs, Guillaume 
se proposa de faire un séminaire de théologiens qui auraient 
été l'ornement, la gloire de son ordre. Mais il fut sur-le-champ 
contrarié dans ce dessein par de vives résistances. Les dis- 
ciples de saint Norbert professaient et pratiquaient le mépris 
de la gloire; ce qui leur convenait le mieux, c'était de vivre 
et de mourir obscurs. Un grand nombre d'abbés refusant 
d'envoyer au collège de Paris aucun de leurs chanoines, 
Guillaume se plaignit au pape, et, en l'année 1296, Boni- 
lace VIII, qui venait de succéder à (jélestin V, décréta que 
le supérieur général de l'ordre pourrait, assisté de trois abbés, 
désigner lui-même ceux des jeunes chanoines qui viendraient 
à Paris achever leurs études et subir les épreuves universi- 
taires. Par ce décret, suivant Charles Hugo, fut ranimé le 
goût de la science, et, remplissant le vœu du pape et de Guil- 
laume, arrivèrent à Paris des légions d'aspirants au doctorat. 
Mais ce langage a trop d'emphase: en réalité, la réforme 
tentée par Guillaume eut peu de succès; on remarque, en 
effet, que l'ordre de Prémontré fut, au xiv" siècle, celui 
qui fournit le moins de candidats aux grades académiques, 
c'est-à-dire celui qui produisit le moins de lettrés. 

Guillaume était encore abbé de Prémontré quand Boni- 
face VIII , en l'année 1 3oo, lui promit la protection du saint- 
siége contre toutes les entreprises des archevêques et des 



\IV SIECLR. 

Hist. de Paii'i, 
I, p 33ç). 



Lepaige , lîibl. 
l'rîcm. p. 937. 



Ibiil. p. 692. 



Hugo , OrJiii. 
Prœm. nnnal. roi. 
533. 



HiU. 
la Fr. 



lillér. do 
i WIV. 



l.epaigp, lib. cil. 
p. (i93.' 



112 RAYMOND GAUFRIDI, 

XIV' SIECI.F. 

évoques qui voudraient imposer à son ordre des charges 
nouvelles: mais en i3o4 il se démit de ses fonctions, pour 
finir ses jours dans le repos. Il mourut le 2 4 avril i3i i, 
d'après l'épitaphe qu'on lisait autrefois sur sa tombe, dans 
le chœur de l'église de Prémontré, et que nous reproduisons 
ici tout entière, d'après Charles Hugo: Hicjacct doiniiuis Guil- 
lelmus de Lounncjmcs , (juoiidam canoniciis Boiiœ Spci , magister 
decrelonim , (jiii postca fuit ahbas Clan Fontis, pnst liœc Cnissmci, 
postinodurn liane eeeJesiam rexit et totiim ordmcm aiinis scxdceim 
et paeijiee et (juiete; postea sponte cessit annn Domiiu 1,304. Parce, 
Jesu Cliriste mitissime, ajjmt iste. Ohut anno Mcccxi , vin cal. 
maii. 

On a de Guillaume de Louvignies un ample recueil de 
statuts intitulé : Statnta ordiins Pnrmouslratensis m (juatiwr 
Lcpaigc. Bii.i distiiictioncs dujcsta. Lepaige, qui a publié ce recueil, dit qu'il 
Prœmonsti. pyS'i ^^^^ rédigé par Guillaume sur l'avis d'un chapitre général 
tenu en i 290. Qu'on lise, au lieu de quatre « distinctions, « 
quatre livres, et l'on comprendra comment Guillaume, avant 
distribué dans un ordre méthodique les anciens et les nou- 
veaux règlements de son ordre, en a fait un gros livre de 
morale ascétique, où sont résolues toutes les questions de 
discipline que peut s'adresser un disciple de saint Norbert. 

B. H. 



RAYMOND GAIFRIDI, 

GÉMCRAL DES F HÈRES MIiNELUS. 



SA VIE. 



Mori le is juin Parmi les familles illustres de la Provence il n'y en avait 
guère de plus illustre, à la fin du xiri* siècle, que celle des 
Gaufridi. Elle possédait héréditairement les plus hautes di- 



CENKRAL DES FHEHES MINEURS. lia 

XIV SIECLK. 

Hiiilps de l'ordre civil; elle avait, en outre, été pourvue par 

voie d élection des premiers en)plois de l'Eglise, ayant fourni 

des archevêques aux sièges d'Arles et d'Aix, des évècpies aux 

sièges de Marseille, de Bazas, de Toulon. De cette laniille 

était né, vers l'année i ibo, dans la ville d'Aix, de Bourgui- A.iiani, bid. 

gnon ou Burgundio, premier du nom, vicomte de Marseille, ]' :sh', ' '" 

et de Mahille d'Agont de Pontevès, Raymond Gaufridi, qui 

prit 1 lial)it religieux et fit prolession d'observei' la règle de 

saint l'rançois au couvent de Marseille. 

Les commencements de sa vie sont restés obscurs. Lu Adiani, .,i. ii<u 
des auteurs du Dictionnaire de la Provence veut qu'il ait 
bientôt quitté le couvent de Marseille pour aller achever ses 
éludes dans sa ville natale, où, dit-il, il fut reçu docteur en 
théologie, flela nous semble, dit par sinqile conjecture. La 
ville d'Aix n'ayant pas d'université, l'on n'y faisait pas de 
docteurs; il nous est d'ailleurs prouvé que Piaymond fut 
honoré longtemps après des insignes du doctorat en l'Uni- 
versité de Paris. Les historiens de son ordre ne lui font pas 
jouer de rôle important avant l'année i 289. 

En cette année, le grand maitre Matthieu d'Acqua Sparla A.iioi.in. ciuu.. 
ayant abdiqué ses laborieuses fonctions, un chapitre gêné- -'-Marc ào îlîsk! 
rai est convoqué pour le mois de juin. L'élection du nou- <'"<"'• Hp' 'in 
veau clief semblait devoir être tumultueuse; on prononçait Miimr 1 v.'Jk >io 
les noms de plusieurs candidats, recommandés par de puis- 
.sants patrons. Le pape Nicolas IV, qui avait autrefois gou- 
verné l'ordre sous le nom de Jérôme d'Ascoli, lait as- 
sembler le chapitre dans la ville de Hieti, où il séjournait, 
quoique le lieu des séances d'abord désigné eût été la ville 
d'Assise, il se proposait, disent les historiens, d'intervenir 
lui-même et de servir très-activement les intérêts d'un de 
ses anciens confrères. Cependant la crainte d'une élection 
contestée et des dissensions cpii l'auraient suivie réunit, au 
moment du vote, tous les sulfrages sur Raymond Gaufridi. 
Le pape dissimula son déplaisir, et, ayant appelé dans la 
salle du chapitre ses cardinaux, qui l'attendaient au dehors, 
il leur présenta l'élu Raymond, fit son éloge et le confirma 
sans délai. 

TtlME XVVII. l5 

1 • 



\IV SIFXI.K. 



|/i RAYMOND GAUI'KIDI, 



Les ciiconslances étaient très-difliciles pour le successeui- 
(le Matthieu d'Acqua Sparta. Deux factions, animées l'une 
contre l'autre d'une pareille ardeur, se partageaient l'ordre 
entier et s'accusaient réciprotpu'Uient de menées schisma- 
liques. La matière de leur (pu^rclle était le vœu de pau- 
vreté. Quelles étaient les obligations de ce V(eu? En d'autres 
termes, quelles étaient les prescri jetions de la règle en ce qui 
touche le (jcniis vivcndi d'un vrai disciple de saint François? 
L'une des deuv laclions, sans prêcher ouvertement le jue- 
pris de la discipline, l'oLstuvail peu; l'autre, rigide jusf[u'ii 
l'excès, dénonçait avec une aigi'(ur chaque jour croissante, 
comme de scandaleux abus, toutes les pi'atiques suspectes 
de mollesse et de relâchement. Un de ces austères déleu- 
iibeii. , seurs des vieilles coutumes, le cluoniqiu'ur Salimheue, ra- 
coutanl, à l'année i ^HS, les laits relalils à l'élection du Fos- 
can Arlotto de Prato, remarque que la ])hipart des généraux 
de son ordre ont été choisis ])ai ini les Italiens; et il ajoute 
que les religieux de sa nation (il était de Parme) auraient 
craint, eu nounuanl (h's l'^rançais, de prêter les mains à la 
ruine des uKrurs : Tuiiciil Jlalici ne, si Gallici liahcrcnl dunu- 
iiiiim ordiiiis, iiiinis de irluiioins nijitvc rclaxarcnl. (Tétait peul- 
(Hre encore, en l'année iq85, uiu^ just(^ défiance; mais 
((uel([ues années après les religieux Mineurs appellent à leur 
liMe un Fi'auçais, ami signalé, dès sa jeunesse, du rélorma- 
Wad.iiu^. \n,, leur Piei're-Jean d'Olive, et le j^remier acte de ce nouveau 
^'"' ' ^''' '^ gen(M'al est une déclaialion de gueri'e au parti de l'iiulisci- 



Salin 



onne 



.\J..n 


.le I, 


isl) 


— W.nl 
Mi.io,-. 


l.ll.p.i 
.lii.i,'. A 

in:,,-. 


''()■ 



fjcs généraux ilallens fpii l'avait'ut précédé selaut mon- 
trés eux-mêmes beaucoup ti'O]) favoiables à ce paiii, il y 
aAait alors dans les ])risons de l'ordre plusieurs Irères cou- 
(lamiu's comme rebelles pour avoir ])iiblicpuMnent bbâmé les 
liabiltides r(>làchees de leurs supérieurs. Dès l'année 1290 
Haymoud convo([ue \\\\ chapitre général el l'invite à revoir 
le procès de ces prisoiuiiers. Oui les accuse? De quel délit 
se sont-ils rendus coupables? Il sera fait luie enquête poui" 
sa\oir s'ils oui vraiment mérité le châtiment qu'ils subissent 
encore. L'encpiêle a|)|)rend qu'on leur reproche uniquement 



(;em:[\al des frères mineurs. 115 , , 

XIV SIKCLE. 

(liivoir IcnioigiK' trop do zrle pour la règle, pour la cause 
(le la sainte pauvnMe. « Dieu veuille, mes Irères, dit le gé- 
« néral aux membres du chapitre, Dieu veuille que leui' 
«crime soit mon crime et celui de l'ordre tout entier!» 
Puis, ayant fait venir les prisonniers, il les reçoit à bras ou- 
verts, leur adresse les paroles les plus amicales, les prie d<' 
vouloir bien pardonner à leurs ])ersécuteurs et leur |)romel 
de v<'iller avec eux au maintien de la règle, (iej)endant 
liaymond n'ignorait pas la puissance du paiti contre le- 
([uel il venait de se prononcer. Craignant donc pour les pri- 
sonniers justifiés les conséquences de leurs actes passés, 
et n étant pas certain de pouvoir leur assurer une protection 
sullisante, il les envoie sur-le-champ vers le roi d'Ainiénie, 
Cfui lui avait récemmeul demandé rpielques-uns de ses reli- 
gieux. 

On suppose qu il mit en liberté \eis le même temps un iii>i.iiaei.dL id 
auti'e prisonnier peut-être moins làcbeux])our ses conlrères, _!_fj,,,|.|^,^ ('lOmr 
mais qui, sans les outrager, les a\ait coiupromis par l'audace Ho^'piliiron.p.'io. 
de ses opinions et la liberté de son langage; nous voulons 
parler de Roger Bacon. Sur la date de la sentence rendue 
contre Roger Bacon et sur le nom de son libérateur, les his- 
toriens de l'ordre ne nous ofTrent pas des renseignements 
dignes d'une entière confiance; mais il nous ])laît d admettre 
la supposition f[ue l'on a faite et cpii, d'ailleurs, est conlir- 
mée par un ancien témoignage. Puis([u'il paraît constant que Voir plus lui., 
Roger Bacon ne mourut pas en prison, c'est bien Raymond '' '^" 
(îaulridi cpii doit l'avoir délivré. 

Mandataire d un parti longtemps opprimé, i»aymond de- 
vait à ce parti de justes réparations; mais étant, comme tous 
les historiens l'attestent, d'un caractère facile, clément, mo- . 
(léré, il ne pouvait accordera de trop vives rancunes toutes 
les satisfactions qu'elles avaient espérées. Aussi ne fut-il pas 
longtemps sans entendre murmurer contre lui, ceux-ci parce 
f[u'il avait mis en liberté de turbulents rigoristes, ceux-là 
parce qu'il n'avait pas déjà corrigé tous les abus. Les pre- 
miers et les plus graves embarras lui vinrent des gens de son 
parti. Crovant pouvoir compter sur l'appui de leur général, 



\1V SIKtl.K. 



HAYMOND GAUl'i.IDI, 





Aiilo;ilii 


, Chion. 


loc.ri 


lato. 


— Mail- 


.1.' 


• L 


,isl).. 


Cliroii. 


1. 


II, 


P- 


.ig. — 


w 


a.l< 


liiiï, 


Annal. 


M 




r.i.V 


,p.236. 




\\\ 


lil.hn 


■j,. .\iin. 


\f 


III 


1 V, 


jl. -C)^. 



ils s'agitèrent, signalant des défauts de régularité chez leurs 
gardiens, leurs prieurs, leurs ministres provinciaux; ce qui 
ne manqua pas d'avoir pour résultat, en divers lieux, des 
complots, des mutineries. Le pape profita de l'occasion poui- 
intervenir. Il écrivit donc à Raymond que, selon les rapports 
adressés au saint-siége, il y avait dans la province de Nar- 
bonne une fermentation inquiétante et qu'il était opportun 
de sévir contre les agitateurs. Ayant reçu cette lettre, Ray- 
mond donna la commission d'une enquête à Bertrand fie 
Cigotorio, inquisiteur du comtal Venaissin, se réservant d'en 
soumettre les conclusions aux plus prochains comices. 

L'enquête terminée, Raymond différait de convoquer les 
juges, quand le roi Philippe le Bel le pria de faire cette con- 
vocation longtenqjs attendue. Un chapitre général fut donc 
réuni dans la ville de Paris, le 3 5 mai 1292; et, dénoncé 
comme l'artisan principal de tous l<>s troubles, Pierre-Jean 
d Olive y parut, avec ou sans citation. Mais, le pape Nicolas IV 
étant mort le ik avril de cette année, l'aflairc n'eut pas les 
suites qu'il avait désirées. Pierre-Jean d Olive parla si bien, 
' ' pi il jusiiha si noblement sa conduite et ses doctrines, que le 
Anioniniciiion cha])ilre lui dit de s'en aller en paix. Ayant eu cette occasion 
.iiri"!'.\n^i. Miii. 'If^ connaître la prudence et le bon esprit de Raymond, le 
' ^ r '0** l'oi, pour lui donner une marcpie de son estime, le fit nom- 

mer docteur en théologie. Sur ces enirelaites ariivèrent deux 
«•nvoyés du roi d'Arménie, porteurs de lettres adressées au 
pape, ainsi qu'anv rois de France et d'Angleterre. Ces lettres, 
où les prisonniers délivrés par Raymond étaient loués en des 
termes d'une vivacité singulière, lurent lues en plein cha- 
pitre, el, cette lecture faite, les détracteurs de Ravmond 
gardèrent le silence. Ils étaient venus avecl'espoii" de vaincre, 
et ils allaient s'en retourner vaincus. 

Mais, quoiqu'il y eût beaucoup tiop de véhémence dans 
les accusations portées contre le général de Tordre el ceux 
de ses confrères qui, comme lui, travaillaient au rétablisse- 
ment des anciennes moMU's, on était, nous l'avons dit, jus- 
tement effrayé de tout ce qui se tramait dans les basses ré- 
gions de li>ur parti. Il y avait dans ce parti des fanatiques ou 



;!l~l. lut <\r 1,1 



GE.M:RAL DKS KREl'.ES MINKIjRS. 117 

(les nivieiix qui nnVliaicnt la pauvrolc, le rcnoiiconicnl à 
Imites les choses de ce monde, <'n des sermons d'une dureté 
( lioquante; il y avait môme un certain nombre de prophètes 
(pii commentaient l'Ecriture avec une licence vraiment hé- 
rétique. Pour réprimer ces écarts, qui sont toujours pré- 
judicial)les aux meilleures causes, Raymond fit décréter 
en 1295, par un chapitre général assemblé dans la ville WaddiuL:. \nr,. 
d'Assise, que ces façons de parler trop libres et trop vives '■"" ' v.p .^:i(. 
ne seraient plus toléré(>s; que les jeunes Irères seraient tenus 
de conformer leur langage à celui de leurs maîtres, et que 
les maîtres signalés comme ayant exprimé des opinions nou- 
\ elles seraient immédiatement privés de leurs chaires. Mais, 
d'anlre ])arl, le même chapiire remit en vigueur, avant de 
s(^ dissoudre, les articles de l'ancienne discipline dont beau- 
coup trop de religieux avaient, comme il parait, perdu le 
souvenir. Ainsi Raymond, contraire à tous les excès, s'était 
lait armer ])ar le (bapilre général contre les dissidents trop 
relâches cl conli'c les dissidents trop rigides. 

Il ne lui lut pas donné de mener bien loin l'entreprise Aiéi,h,m,i(.i,iui, 
((u'il axait heureusement commencée. Gagné par ses enne- îj^ i is'i, m!™,, 
mis, un paiie nouveau, Bonilace VIII, résolut de mettre 1 h. i' ■ >: — 

ni 1 l: ■ . 1-' • r . 'i ' T '1 • liO<lill|)liills (I'.). 

I ordre de oaint-r rançois sous 1 autorité (t un gênerai moins nut. s'.i,i|,i, iii,.ii 
soucieux de laire revivre les mceurs apostoliques. En cou- i' '""i 
séquence, le -n) octobre 1290, peu de temps après la clô- 
lure du cliajjilre d'Assise, Ronilace VIII ollrit à Raymond 
l'évéché de Padoue; ce cpii était honorer sa disgrâce d'un 
tilre quelconfpie. Mais lîaymond relusa l'ollre du pape, 
disant pour la forme ([u il ne se sentait pas cajiable de gou- 
\erner un évèché. « En ce cas, lui répondit le pape avec 
dureté, je dois t'eslimer encore moins propre à la fonction 
' bien ])lus difficile (pie tu remplis; «et sur-le-champ, dit-on, 
il le releva de cette fonction. Selon Sbaraglia, cpii cite 15ar- M).m.,j.., ^„|,|,l 
ihelemi de Pise, la déposition de Raymond ne fut ])as im- '''''" 
médiate; elle eut lieu seulement l'année suivante, le paj)e 
ayant pourvu Piaymond de rarchevêché de Milan, et celui-ci 
ne s'étant pas montré plus curieux d'accepter ce siège que n.nii.oi. i'jnu. . 
l'autre. Mais Barthélemi de Pi.se, qui parle en effet de folfre in,'"','" 



\\,..l.ll 



I 1^ l'.AYMOM) GAI ri'.lDI, 

(|p Milan, ne parle pas de Foirre do Padoiip; co ([ui nous 
norlc à croirf (\up la dcposilinii (Ip lîaynioiul suiviJ im |)it- 
mici' iclus. 

\\anl rie se idiior dans sf)n pays nalal, lîaymond ()l)lint 
du pape la permission de donner ses li\res aux couvents 
(lAix et de Maiseille. La leltie de Ijonilace \1II, tpii lui 
^'""" '^1' ■'' donru- cette permission, est du mois de décembre i2()j. 
Ainsi, fpioi((ne partisan de la ]ilus stricte pauvreté, llavmond 
possédait fpiehpie chose en pro])re, des livres, (pi'il avait re- 
çus, dit la lettre, de ses |)arenfs, de ses amis, (juand nous 
voyons l(^|)ap(' meulioiinrr, e\|)li(pier l'origine de cette |)ro- 
piiete |)eis()nnelle, et, d ailleurs, intervenir lui-UK'me dans 
une (elle allaire a la retpiete de Raymond, nous su|)j)osons 
(pi à I heure de son départ on lui disputa ses livres poiu' 
les allrihuei'a (picKpie cou\ent d Italie, on |)Ourles reser\er 
an liiliir f^cner.d. 

Iiarthélemi de l'ise rap|)orte (pie ilaMuond, icntre dans 
son pa\s, V suscita des complots, y causa de nombreux scan- 
i'"| ■ (laies el y (il une très-mauvaise fin, niiscidljililci- et hornInUlcr 
cjrpii'tinl . I) autres histoi'iens disent, au contranc, ((u'il vécut 
piensemeni, saintement, les diMiiiers de ses |ours, donnant 
dans sa reliaite re\em])le de la l'f'signation la plus silen- 
cieuse. Harlhelemi de [*ise doit 1 avoir indignement calom- 
nie. Parmi les religieux (pu continuèrent l'agitation après 
lannee i2().), on nomme iMerre-Jean dOlive, Lbertin de 
Casai et (juekpies autres; aucun historien ne j)arle de P»ay- 
mond. Saint Louis, évtVpie de ronlouse, (pii le choisissait, 
en lannee i'-U)7, pour son exécuteni' testamentaire, n'auiait 
pas \oulii confier un tel mandai à un religieux mal noté. Si 
loiigtemj)s apies, en lannee i 3 i o, Ilayniond rompit le si- 
h-nce fpi'il parait sCtre imposé jusque-là, ce fut pour ré- 
|)ondre a l'appel d'un antre pape. Invité par tout le mondi^ 
a idormer l'ordre de Sainl-l'rançois, (ilenitMil V crut de\oir 
iiit(Mrogei- (pielcpies persoi\nes dignes de sa confiance sur 
I état réel de cet ordre (>t sur les mesures qu il pouvait être 
utile de prendre pour \o pacifier. Au nond)re de ces per- 
sonnes lut Haymond fiauliidi. (l'est alors que celui-ci c[uitta 



ixilnirn. \U< 



W.icl.liim. 
Mii.oi I \l,| 



(il'ALlRAL DES FRERES MINEURS. I h) „,.„,,,, 

s;i retraite, pour venir prendre part aux ddilierations du 
conseil formé par le pape. .Mais elles duièrenl deux an- 
nées, et il n'en \it pas la fin, car il mourut le 18 juin , avant 

la pid)licafion de la huile Exivt de paradtso. (Jette bulle i.iI.Ih.h, „.,i 

étant du mois de mai 1 3i 2 , la mort de Haymond doit être !,i,,' '('v,,''i'',',i, '1!! 

reportée au 18 juin i3i ]. il mourut <à Paris, suivant Pierre \\"i'ii"^ \"i"i 

Pddolfi; a Marseille, suivant Acliard; suivant d'autres, à la i„„i„ipi„Ms iV), 

campai^ne. chez un de ses jjarents. ., Î'k-," — .Vh.'i.i 



si: S 1; eu lis. 

«Nous n'a\ons, dit Acliard, aucun ouvraj^c de ce savani .\.Ikm,i, 
" r<'ligieu\. " C Cst une assertion tout a lait crionée. Nous al- '" i' ''' 
Ions la conircvlire en faisant d'abord conuaître le contenu 
d'uu p<'lit volume, pid)lié, tlit-on, pour la ])remière fois, ii.si im 
en 1 48,), sans indication de lieu, sons ce tilic inexact : 0^)c/Y/ ' ' '' 
cliymica liocjcit lidccoms. Ajoutons (pie le nK^mc \olume a ctc 
reimprimé en i()o3, .sous cel autre titre : Santons mcdicmœ 
niaijisln R. JUtconts , ÂiKjh, de (trie dumiœ Sivipld, l*'ranclort, 
Saurius, in-i (>, et cpu' cette édition de 1 Go.S, passée dans les 
mains d un autre libraire, lut ensuite rajeunie par ce titre 
uouveati : Scinions incdicinœ mcigisln li. Bdcoins, Aiujli, Tlu- 
sdiiriis cliemiciis; Francfort, Lnckelius, iG^o. On l'a déjà 
icconnu, tout ce que renlerme ce petit volume n'est pas 
de Roger iiacon. 11 nous appartient d'en distraire un éciil 
de itaymond, qui commence à la page '2('if\ powv fnnr à la 
page 28.). 

En voici le titre bizari'e : \ crlium dhhrcvuiliun fratris liav- 
miiiuji de Jeonc viridi. Quel est fauteur de fouxrage original 
sur les piopriétés du lion verl, et quel es! ce Irère PvaMnond 
(|ui en a fait l'abrégé? On lit à la page 20.) : l.slitd l'crbvin, 
mullis non immcrito desideratum , ab e(jre(jio doelore nosiro lU- 
(jcro Bacon est primo declaratnm; demde ('(jo J rater llaymiindiis 
Gaiijridus , ordinis Jratriim Minorutn minislcr (jeneraUs , ipsnrn 
rerbiim, brevius qiiam potiii , breviter explanare jihis pinhisoplnœ 
ruravi. Enfin, à la page 285, se trouve la note suivante, ré- 



\H 5lKf:l.K. 



.,.n.„„„,|,. 



1-20 RAYMOND (;AI)1"IU1)I, 

~ (lij^ec ijar un ancien copiste: Eaplicil ] crhuni (ibbircidliitii 

inajons opcrts Jralris RcYmnndi Ganfrcdi, niinistn orclinis fia- 
Inun Minorum. Qiiod qindcrn irrhum luilniil a fralrc l{o(jcni lUh 
Kinc , AïKjVao, (j ni /ail de ordtiic /ralnim Minoriini. El ip.se Ro- 
(jeriis propicr isliid opiis , ex prœceplo du li RdYiimndi , aj'rtilrihns 
rjusdem ordiuis mit caplits et imprisoiiahis ; scd Raymiindtts 
cxsdhll Ro(j(ritiit i( carcere quia docuil cain Islud opus. Il \ a 
)i,-i 1,11 ,1, I,, dans telle note an moins une grave erreiir. On a prouvé que 
1 1 i.xx. i>. jii. [3^^(.yj^ i^ij emprisonné dès Tannée l 'j/S, sous le géneralal 
fie Jéi'ônie d'Vscoli. Il esl, d'ailleurs, inviaisend)lable ([u'uii 
<liiu)isle ait lait incarcérer un autic cliiniiste, a l'occasion 
d'un livre qu'il aurait pris lui-nx'ine, dans la suite, le soin 
d'ahreger et de publier. 

Ne connaissant le \oliinie de l'année i()o3 que par une 
mention d'Antoine Wood, cpii axait tiré \cxplictt de ce vo- 
lume d'un manuscrit du comte de Dorset, Sharaglia dis- 
lingue le I crbinn (ililircvialnm d'un autre ouvrage de Rav- 
mond, intitule, dit-il, selon (piekjues hihiiogiaplies. De Icoiu 
liridi. Cette distinction est lautive. Sbaraglia se trompe en- 
core lorsqu'il propose de lemplacer les mots De lecne viridi 
|)ar ceux-ci : De cidoie viridi. Dans I idiome mystérieux de 
I ancienne cliimie, le lion rouge est le minium; le lion vert 
désigne le j)lus souxent la t<>inture de \itriol et quelcpielois 
all^si l'or, le mercure d'or, l'antimoine. On trouvera ces in- 
lei pretations et (Vautres encore dans le Lej icon chinucnin de 
\\ illiam Johnson. Le Verbam ahbrcvialnin de Raymond a 
pour objet la labricalion du mercure. Il laudrait traduire ce 
traite tout entier pour laire comprendie la recette qu il con- 
tient. L auteur décrit brièvement unesérie d'opérations dont 
aucune ne sauiait être omise. Les curieux consulteront le 
levte; nous n'osons entreprendre de l'analyser. 

M. Emile Charles nous signale un evenq)laire manusciil 
du Icrbuin (ibbrcviatuin dans le n" 276 de la collection Sloane. 
au Musée britannirpie. Comme nous l'avons dit plus haut, 
.•\ntoine \\ ood en avait rencontré un autre, à Oxlord, dans 
la bibliothèque du comte de Dorset. Deux autres sont dési- 
gnes par Sbaraglia dans les bibliothèques d'Ldouard Browne 



■..i,.„i,- 
i;..u.-. 11.1. 



CKNÉHAL DKS l'RKKES MINEURS. 121 

\\\ MKi;i,t 

f'I de Robeit Burseogli. l'^nfin nous croyons en reconnaître 

un cinquième dans le n° 277 du collège Corpus Christi, à c.M.cai.i u 

Oxford, sous ce litre : liccepta ex Haymiindo cl Rafutrdo de , .^k'c!,,), nin 

Furnivalle desiimpla; on lit, en efTet, au fol. 16 du volume, 

à l'endroit où finissent les recettes indiquées par le titre : 

Istud verbiiin habuit prœdicliis HaYmuiidus a fratre Rocjero lia- 

ronn, AïKjJico. 

Quand Raymond (laulridi n'aurait lait qu aliréger un 
Iraité de Roger Bacon, son confrère, el, comme il paraît, 
son ami, cela lui donnerait le droit d'être inscrit au nombre 
des savants naturalistes du xiif siècle; mais il a, de plus, 
exposé sa doctrine personnelle sur certains problèmes cbi- 
miques en des livres qui ne sont peut-être pas tous parvenus 
jusqu'à nous. Il existe un ouvrage de Roger Bacon écrit toul 
entier pour réfuter une opinion de Raymond. Voici le titre 
de cet ouvrage : Ad liaymundum (fin scripsit de vindi leone brève 
Breviarium de dono Dei. Se fondant sur un passage plus ou 
moins précis d'Aristote, au quatrième ii\re des Météores, 
Raymond avait nié qu'il fût possible d'opérer la transmuta- 
lion des métaux, et Bacon, qui l'appelle son père spirituel, 
o pater Raymunde , lui démontre la possibilité de cette opé- 
ration avec une vivacité de langage qui a élé remarquée par 
les bistoriens de la chimie. Or nous ne rencontrons pas dans 
le I erburn abhreviatiim cette citation du quatrième livre des 
Météores; elle doit donc se trouver dans un autre ouvrage 
de Raymond. Senebier nous en désigne un autre parmi les s,Mri,„,,(:aiai. 
manuscrits de Genève, sous ce titre : Raymmidi Gaufndi 
Iractatiis solis et lunœ. Le soleil et la lune n'étant pas autre 
chose, en style chimique, que l'or et l'argent, on peut sup- 
poser qu'il est question, dans ce traité, de la transmutation 
des métaux. Quoi qu'il en soit, la bibliothèque de Genève 
conserve un ouvrage de Raymond qui n'a pas été cité par 
Sbaraglia. Cet ouvrage paraît inédit. 

Le nom de liaymond Gaufridi n'est pas dans YHorluhix 
fiermeticas de Daniel Stolcius de Stolcenberg, bien que cette 
nomenclature des anciens chimistes nous offre beaucoup de 
noms plus obscurs. Cela nous porte à croire que notre au- 

TOME XXVIl. iG 



de Cl- 
p. i 



122 RAYMOND GAUFRIDI. 

MV MECLE 

Manget, Bibi. teuF y figure, avec sa iégende poétique, sous le nom de 
ci,.n,.t II, p. 900 j^aymond de Marseille. Quel est, en effet, ce Raymond de 
Marseille, si ce n'est pas notre Raymond Gaufridi, fils d'un 
vicomte de Marseille et profès d'un couvent de cette ville? 
D'une part, aucun Raymond de Marseille n'est désigné par 
Fabricius d'après les anciens bibliographes, et, d'autre 
part, plusieurs titres abrégés par les auteurs de la Gaule 
chrétienne nous apprennent que les Gaufridi joignaient 
habituellement à leur nom celui de la ville dont ils étaient 
(jaii.chn>t 110» les premiers dignitaires. Ainsi, l'on voit, en l'année 1 i3i, un 
des ancêtres de notre docteur nommé, dans un acte d'hom- 
mage à l'archevêque d'Arles, Raimundus Gaufridi de Massdia , 
et, en conséquence, dans le tome I" de la nouvelle Gaulo 
chrétienne, à ï Index (jcncraUs, tous les Gaufridi sont portés 
au mot « Marseille. » 

Or, si l'on ne doit pas distinguer Raymond de Marseille 
de Raymond Gaufridi, attribuons encore à celui-ci un poëme 
astrologique, commençant par 

O qui ^tolli^eri niisiis niixlciaris Oljmpi, 



I. I. col. 



CoicCdlaliii 



(pie conlient un recueil du collège Corpus (Ihristi, sous ce 
ronVoi 1 niî'i'ii 'i'i"^ : I.iber cursuum planctarum capitis^uc Draconis , a R(iy- 
nuindo Massdiensi super Massiliain factus. Nous l'egrettons de 
ne trouver à Paris aucun exemplaire de ce poëme, qui doit 
avoir été lu jiar Daniel Stolcius et même avoir eu quelqiir 
célébrité. 

Nous avons aussi vainement recherché deuv pièces admi- 
nistratives qui portent le nom de Pia\mond. L'une est une 
constitution de l'année 1390 pour les religieux Mineurs de 
la province de Milan; l'autre, intitulée Mcmorabilm, contieni 
les instructions données par Raymond aux ministres pro- 
vinciaux de son ordre, dans le chapitre général de l'année 
I 292. Ces deux jjièces ont ét<'' vues par Sliaiaglia dans 
tpielques cou\ents d Italie. 

W. H. 



LE TRIOMPHE DES CARMES. 



123 



XIV' SIÉCI.K. 



LE TRIOMPHE DES CARMES. 



Cette pièce de vers contient le récit d'une de ces rixes qui iSn. 

arrivaient parfois entre religieux, quand ils se disputaient , l'-^'umpiie (U) 

1 . Y 1 \ (les Carmes, Va- 

ou quelque privilège, ou quelque revenant-bon; ons y gour- lenciennes, i83/,. 
niait à bon escient. Le Lutrin est la narration épique d'un ^res' brabançons 
de ces incidents, toujours assez burlesques. Le Triomphe p 33 — Arciiives 

I „ , . W, . . ^ ,* , . ' ilii iNord, 3' série. 

des Larmes n a rien a épique, ni même de poétique; et nous i ii, p. /..sc. 
serions mal venus à comparer la riche imagination qui se 
déploie dans l'un avec la nudité toute historique qui carac- 
térise l'autre. 

\ oici le fait : un sire de Berlaymont (Berlaymont est un 
ancien bourg de la province du Hainaul, situé sur la Sambre, 
entre Maubeuge et Landrecies, et est aujourd'hui chef-lieu 
de canton de l'arrondissement d'Avesnes), un sire de Ber- 
laymont, 

Qui couroit souvent le gil)icr 
Et de femme et d esprivier, 

vient à mourir dans une de ces expéditions que notre con- 
teur ne sait si c'était expédition de chasse ou de bonne for- 
tune. Ses gens, après lui avoir rendu les piemiers honneurs 
funéraires, décidèrent que son corps serait mené à Valen- 
ciennes chez les carmes. Mais la comtesse de Luxembourg, 
qui avait promis aux jacobins de tout faire pour qu'il en fût 
autrement, alla trouver son amie, la dame de Berlaymont, 
et lui demanda d'envoyer le corps du défunt, non aux 
carmes, mais aux religieux de Saint- Dominique. La veuve 
y consent; et aussitôt la comtesse de Luxembourg expédie 
un messager aux jacobins pour leur annoncer qu'elle a 
obtenu qu'ils auraient le corps. Cette nouvelle satisfait gran- 
dement le prieur, qui l'annonce à son couvent, il recom- 
mande à ses religieux d'être le lendemain prêts de grand 

i6. 



\I\ MKf.lK. 



i2'i LE TUIOMPME DES CARMES. 

inaliii, afin dp (levancer toutes les processions. Là-dessus il 
envoie tout son monde doiniir, il y va lui-même, et tout 
est pour le mieux. 

Pour le mieux? Non pas au compte des carmes. Ceux-ci, 
rpii savent ce rpii se prépare, sont bien résolus à disputer le 
corps aux jacobins, et à l'avoir de gré ou de force. 

Ce furent les carmes qui se levèrent le pins matin : 

Des |)iomoi'aiiis s'appaioilloroiil 
A louto Ifui' piorcssioii ; 
Mais ro (ut sans (Invdtioii. 

On le croit sans peine; et il est probable que u en avaieul 
<^uère davantage les jacobins, les Irères mineurs, les aii- 
guslins, prêtres, cun's et moines noirs rpii se liàtaieul de 
rejoindre les carmes. 

Le cliar mortuaire arrive, enlouié de cbe\alieis. Aiissilol 
commence la lulfe à rpii aura le corps. La bagarre est \iw\- 
pi'imable; les coiqjs de ])oing, les coups de bâtons de croix 
pieu vent de toutes paris. En vain les clievaliers demandeni 
qu'on ne lasse pas cet outrage à la comtesse. Ils ne sont jjas 
e(f)ules : 

\ i (loiiipuia entière cappe 
Dlaiice ne noire à descliirer, 
J^i unfT j)ren(l l'aultre j)onr tirer 
Et à l)()uter' et à sacqiiier; 
Li ung fait l'aultre treshuchier. 
De res deux ordres qiu là sont. 
Les chevaliei'S ariere en vont. 
Et les en laissent convenir. 

L auteur nomme par leurs noms pliisieuis des leligieux, 
carmes ou jacobins, qui se distinguèrent par leurs bauts 
laits dans cette mémorable bataille. Qui demeura vainqueur!' 
Le succès fut partagé; les carmes se sontempaiés du corps; 
mais les linceuls et le drap d'or sont restés aux jacobins : 

\ i'Ci l^es jacopins se sont l'etrairt. 

Cannois vers Valenchiennes vont 
\tout le ror|)s, que cheijiiet ont. 



V. =62 



LE TRIOMPHE DES CARMES. 125 

Mais, par la foy que doibs S' Mor, 
C'est sans linceulx et sans drap d or. 

C'était lin grand mécompte : 

Le coips ens au «noustier ont mis; 
Mais peu y eult de ses amis; . 
Bien y parut à vigille dire; 
Drap d'or ni chandelle de chire 
N'y eult, ainsy qu'on me compta, 
Qu'un viel drap d'or qu'on emprunta. 
Et vingt quatre chironciaulx; 
Tant leur C(justa le corps sans faille. 

Les éditeurs expliquent sans faille par «sans drap mor- 
tuaire;» ils se trompent. Sans faille signifie sans erreur; 
mais ceci n'est qu'une digression, et nous en revenons à la 
suite du récit. 

Pendant tout le vacanne de Valenciennes, la comtesse de 
Luxembourg, qui l'ignore, engage la veuve et d'autres 
dames à lui tenir compagnie au service qui va se dire chez 
les jacobins; et elle fait porter chez eux, à Valenciennes, le 
catafalque et le luminaire. Le catafalque est dit travail, mot 
qui se trouve avec cette signification dans Froissard. 

F^es carmes ne se tiennent pas pour battus; ils ont pour 
alliés les frères mineurs et surtout le curé de Saint- Jacques. 
Ly cattel sieiilf le corps, les biens suivent le corps, vieil 
axiome de jurisprudence, dont ils font l'application au cas 
présent, et ils entendent bien avoir tous les accompagne- 
ments des funérailles, dussent-ils employer la force pour 
.s'en rendre maîtres. C'est le curé de Saint-Jacques qui leur 
assiu-e la victoire définitive, en intéressant à leur cause les 
foulons et les tisserands de la ville. Ceux-ci s'engagent à se 
trouver à f église Saint-Pol, où les jacobins disent le service 
pour le défunt; il est vrai que le curé de Saint-Jacques a 
promis à ses nouveaux alliés une part du luminaire et du 
drap d'or. Parmi eux, il choisit trente du métier : 

. . . Jean Robert, 
Et Willame le fils Cobert, 



V.379. 



V . :i.,,). 



MV SIF.CLk 



126 LE TRIOMPHE DES CARMES. 

Et Tassequin et Adinct, 
Rccanelgy et Walelot 
Monvoisin appelé et Musait; 
Sans culx on ne va nulle part. 

(l'étaient de gaillards compagnons, puisque, sans eux, on ne 
faisait aucune bonne partie Remarquons que Mnnvoisiit, 
donné comme surnom, est une mauvaise leçon; lisez Maii- 
vnisin; un pareil gaillard était certainement mi assez mé- 
chant voisin. 

Le curé de Saint -Jacques arrive à Saint- Pol avec ses 
trente acolytes d'une nouvelle espèce, avertis que, quand il 
criera havoc , ils aient à se jeter dans l'église et à ne rien épar- 
gner : 

V. 562. Quand je dirai liaviit , prenez 

Luminaire et quanqiie il y a , 
Et jacoj)ins n'espaigne/ pas. 
Que ne jectez le cid deseure. 

Nous doutons que notre auteur ait lait rimer (/ y a avec 
V. 77. pas. Nous avons bien remarqué la rime de prieur avec reli- 

gieux; cet exemple, répété d'ailleurs plusieurs fois, prouve 
qu'on prononçait prieiix. Mais cela n'autorise point a avec 
pas: aussi pensons-nous qu'au lieu de pas , il faut lire jà. 

Le curé commence par essayer d'obtenir à famiable fof- 
frande et le reste; mais on rejette sa demande bien loin et 
avec mépris. Alors, le curé donne le signal convenu, et les 
gens de métier entrent, 

^■^T'- Non pour tistre, 

.Mais pour loullei- ce qu'est tissu. 
Avant qu'il en soient issu, 
Ne que leur emprise remaine, 
Foullerent manteaux d'Allemaigne; 
Si ieronl-il raprons à dames; 
Ne sçay sy c'est prouflit à lame 
Pour qui on fesoit tel sei-vice. 

Les chevaliers, les dames et les jacobins, éperdus, se sauvent 
eu désordre, f^es carmes et les gens de métier restent maîtres 



LE TKIOMPHE DES CARMES. 127 

du butin. On se partage les cierges, le drap d'or, les armures, 
l'offrande : 

Le curct a faicl son emprise; 
Et saint Jacques est bien vengez 
De Notie Dame, ce sachiez, 
De Dominique et île ses gens. 

Les éditeurs de ce petit poëme nous apprennent qu'ils en 
ont pi'is le texte dans un ouvrage inédit sur les antiquités de 
Valenciennes, composé dans le xvi' siècle par Loys de La 
Fontaine, dit Wicart. Le souvenir de ce combat ecclésias- 
tique dure encore à Valenciennes, au dire des éditeurs, et 
il n'y a pas été entretenu par le récit versifié, dont l'existence 
était profondément oubliée. Outre le texte fourni par le livre 
de La Fontaine, les éditeurs ont consulté un autre manus- 
crit, d'une écriture du xYiii"" siècle, et qui ne paraît pas avoir 
été copié sur le premier. Us n'ont pas pu avoir connaissance 
d'un autre manuscrit antérieur à la copie faite par La Fon- 
taine. Les éditeurs n'ont trouvé aucun renseignement sur le 
nom de fauteur; il appartient certainement à Valenciennes, 
dont 11 connaît et les lieux et les gens. Une conjecture très- 
discrète met en avant le nom de Froissard, «à cause qu'on 
ic trouve dans le poëme de la raillerie sans grossièreté, de la 
u malice sans licence, ainsi que des tournures et des expres- 
■( sions dont use f illustre chroniqueur de Valenciennes. " 
delà est insuffisant pour soutenir la conjecture, sans comp- 
ter qu'il faudrait admettre que ce poëme, daté pourtant de 
1 3 1 1 , a été composé assez longtemps après. 

En i834, au moment où les éditeurs firent leur publi- 
cation, on était moins habitué cju'on ne fest maintenant à la 
langue d'oïl et à ses règles. Aussi ne doit-on pas s'étonner 
s'ils n'ont pas corrigé les mauvaises leçons de la copie qu'ils 
suivaient. Elles sont nombreuses; la correction de quelques- 
unes se présente au courant de la plume, et nous n'en par- 
lerons pas; quelques autres nous ont résisté, comme elles 
ont résisté aux éditeurs; nous n'en parlerons pas non plus. 
Mais, dans la plupart des cas, le texte peut être rétabli avec 



128 LE TRIOMPHE DES CARMES. 

IV SIECLE. 

sûreté. C'est un petit travail de restauration auquel il n'osi 
pas sans intérêt de se livrer. 

L'auteur, après avoir dit du chevalier de Berlayniont qu'il 
aimait à chasser au gihier et aux femmes, ajoute : 

V. 3i, En l'un de ces deux desvoja; 

Donc à ses gens moult envoya; 
Mais je ne sçay auquel ce fut. 

A\ec lui pareil texte, il était peut-être difficile de traduire 
autrement que n'ont lait les éditeurs dans une note : « Par 
«ce vers [Donc à ses (jcns . . .), placé comme en parenthèse 
« entre celui qui précède et celui qui suit, l'auteur dit que 
"le seigneur de Berlaymont, en mourant, légua beaucoup 
« de biens à ses gens; l'amour de la chasse et de la volupté 
" dispose souvent à la générosité. » Restituons d'abord 1p 
texte du second vers : 

Dont à ses gens moult enuya. 

J.e lout signifie : En l'un de ces deux, gibier ou amour, 
il mourut; ce qui causa beaucoup de chagrin à ses gens; 
mais je ne sais auquel ce fut. 
Le chevalier vient de mourir : 

V. âfi. Là endroit lut prins un accord, 

Qu'à Valenchiennes seroit mené, 
A ceux du carme seroit donné, 
Car il estoit passez cinq ans. 
Ce disoit mesire Jean 
De Vallenchiennes, au pied loit. 
Et dict que on leur teroit tort , 
S'en leur moustier n'a sépulture. 

Lu note : " Une version porte comme au lieu de car; ce 
« qui n'éclaircit pas mieux le sens de ce vers. » Le vers est 
obscur sans doute; mais, quand on remarque que messire 
Jean dit qu'on ferait tort aux carmes si le corps n'était pas 
enterré dans leur couvent, on pense que ce vers obscur 
contient l'expression d'un droit dévolu aux carmes antérieu- 



F.E TRIOMPHE DES CARMES. 120 

XIV MECI. 

rciiiciil, et l'on est porté à l'expliquer ainsi, car il y a\ait 
accord (U'|)ui.s cinq ans passés. 

La comtesse tle Luxenibour<^ en\oie son messager, lui 
(lisant : 

S;ilti(' mui tout le couvent, V. 85. 

El haille ;ni j)iiciir ceste lettre, 

Et |)our Dieu veuille permettre 

Qu'eininicls vous y [xiissiez gésir. 

Dans nue note, les éditeurs prennent cinnuds pour cnimi 
(parmi les moines); le sens serait acceptabl<>; mais jamais 
cinmi n'a pu s'écrire c7;(/»/(V,v; de plus, qu'on se rap])(dle rpie 
la comtesse demande au valet de laire tliligence de manière 
à f'tre arrivé à Valencieniu's lejour même, et l'on reconnaîtra 
qu'il huit lire viiimui ou (iitm'cl , c'est-à-dire aujourd'hui. De 
|)lus, il maufpie nue sxllahe au troisième vers; on le mettra 
sur ses pieds en lisant : 

Et pour uioi Dii'ii \ ciiille perniettie. 

Ce (pii suit est une correction qui se lait toute seide : 

Sy est venu ilroict au varlel , V. io(). 

Puis luy (leinaiule à qui il est, 
Ne quelle bcsoigiie layens quieit. 

luisons a (jin il icrt pour la rime, et f/(/c/ hcsouinc pour le vers. 
Le prieur et le messager de la con)tesse, qui vient d'arri- 
ver, sont enseiiible : 

Il Sur cuix <\ç\\\ testoil Irerc Gille. V. 1 1 >. 

V Qui vi(l le valet au |)iieur. 

Les guillemets sont de tro]); ces deux vers appartiennent 
au récit, et non au dialogue. Une note expliqiu^yci/cK/ par 
festinare, se liàter; cela ne se peut. De plus, le valet au prieur 
signifierait le valet appartenant au prieur; or, ce varlel 
n appartenait j)as au prieur, mais il était a\ec lui. Lisez 
donc : 

Sur eulx deux se trait Irere (îille, 

Vid le valet o le prieur. 

rOMK wvu. I 7 



130 LE TRIOMPHE DES CARMES. 

iv' MKr.i.i;. 

Se trait , arrive auprès d'eux, comme plus l)as : 

V. ,28. A une jKirt se Uail tout soiil. 

Nous continuons nos corrections : 

\ ,y^ ])c fciilx du caïuic vcul conter, 

Qui ont ony ces nouvcllfs, 
Qui ne leur sont bonnes ne belles; 
Et ne cuidez jioint qu'ils sesuaycnt, 
Que bien |)ar lorce le corps n'aient; 
Car ils sont josnes, lolz et (^scout. 

Il n'y a point de verbe s'csuaycr, lefpiel, n'existant pas, 
ne peut être traduit par se persuader, cpi'on lit dans la note. 
On fera disparaître ce barbarisme en mettant (jiùls s'es- 
mayent : esniaier, ancien verbe dont il nous est resté le subs- 
tantif c'moj. En même temps, on donnera au second vers ses 
huit syllabes par l'addition de de devant ces nouvelles; et l'on 
corrigera csconl , qui n'est ])as français dans ce sens, en estant , 
mot bien connu. 

Il est dangereux de chercher à interpréter de mauvaises 
leçons, avant de s'être assuré de ce (pi'elles valent. Ces 
carmes, qui sont jeunes, fous et estants, 

V i<|o Se voudront mettre tout par tout 

Et (lient à cu\ ({u'il aininict. 

Àinmict a trompé les éditeurs, qui disent : «Ce mot, em- 
« ployé comme verbe, n'est expliqué dans aucun glossaire; 
" nous croyons qu'il vient à\tmicire, vêtir; ce vers présente 
" alors un sens facile : El disent à cliacnn (ju'd prenne ses vèle- 
" ments, c'est-à-diie (j a' il s'apprête. « /lm/r//rn'est ici pourrien; 
à viii (pie met immédiatement sur la voie d'une tournure in- 
fuiiment fréquente; c'est à cm qu'il annuit qu'on lira. A eut 
(jn'il annuit , à cui cpi'il en poist sont des locutions lamilières 
qui signifient : en dépit de tous ceux qui s'y opposeront. 

Un n (i'), pris d'ailleurs facilement pour /( , a donné un 
vers inintelligible : 

V. joo. Et chaciui fait bien son debvoir, 



XIV siKcr.i:. 



LE TRIOMPHE DES CARMES. 131 

Pirinior saiHiiciit les carmois. 
Oui cli^mtoiciit à liaiiltc voix. 

I..isez s'avaient , se inolleiit en chemin, an lien de sanoient. 
Le convoi morlnaire arrive; on se dispnte le corps : 

La rdiiitos.se y a laict allci" V. 23s. 

M()ns('if,'iieiir Matliicii de Laval. 
As raiinois ilict : traioz Laval; 
Los jaropiiis IVinpoitciont. 

écrivons trnic: l'aval , tir(^z-le à terr(>, afin qne les jacoliins 
puissent l'emporter. Matthien de Laval est ponr les jaco- 
bins, en qualité d'envoyé de la comtesse. 

CaniKiis reviennent d'autre part, ^' 'T*^- 

Fiers et hardis coiiinie leoparts. 

Le second \eis n'est pas correct; on peut le redresser en li 
sant cuin an lien de comme; mais leopart en trois syllabes n'est 
pas la forme la pins ordinaire, c'est Jiepart en deux syllabes. 
De plus, r.v à leoparts est de trop, puisque ce mot rime avec 
part. Ainsi corrigé, le vers est : 

Fier et hartli ciininic liepart. 

Au milieu de la noise, un des jaco])ins 

S cscria liault et quanque il peull 
«Saint Dominique, il vos estent 
Il A ce jourdhui taire vertu, 
Il Ou noz prieur sera batu. » 

Dans le second vers, esiciil doit faire place à estent, verbe 
fort usité pour signifier : il convient, il est à propos. 

Les béguines favorisaient les jacobins, tandis que les 
Irères mineurs étaient du côté de leiu's adversaires. Au mo- 
ment où les jacobins ont le dessons, 

Les béguines en ont engaigne (lisez : engraigne) V. .■îoii 

Que jacol)in sont à prieur; 
Mais liez en sont frère mineui-. 

•7- 



\1\ MKCI.K. 



132 LE TRIOMPHE DES CARMES. 

Que peut signifier jacopin sorti à prieur? Rien tlii loul. 
Restituons picur : les béguines ont du chagrin de ce que 
les iacol)ins ont du ]iire, et les frères niincMus en sont 

[.es carmes ont emporté le corps, mais sans Iniceuls el 
sans drap d or : 

Ainsi les dames l'ont soufleit, 

Qu'il ilenioiira tout en appert, 

Et que tout l'eisscnt ce layer. 

(iien se clehvroient csniaier 

Que les anus ne s'en courouohent; 

Mais ne leur rliault, se ils en grouchenl; 

F'olie l'aict qui les reprcnt; 

lis feiont loul à leur talent; 

Car on y ^asle son rranrhois. 

Tout ce passage est rendu inintelligihle par le mot darnes; 
il est bien certain que les dames n'ont pas sonfjcrl que le 
corj)S lût dépouillé; ell(\s n'ont ])u rempèclier. Qui a été la 
cause de celte profanation? Les carmes. Mettez donc carmes 
au lieu de dames. Ce sont eux qui ont laissé le corps tout 
découvert, qui auraient dû être touchés de la peine des amis 
du déiunt et qui s'en moquent. Comme feissenf dans le 
troisième \ers est de trois syllabes, on aui'a un vers correct 
en effaçant ce. Laier est une forme de la vieille langue et de 
certains patois pour laisser. Traduction : ainsi les cainies 
oui soullèrt que le cor])s demeurât découvert; ce sont eux 
qui ont fait tout laisser; ils devraient craindre que les amis 
du d(''funl ne s'en courroucent; mais ])cu leur imjiorle ([uOn 
s'en lâche; fou est qui les réprimande, ils ne leront (pi'à 
leur volonté. On remarquera la locution proverbiale : On y 
gasie son Irancltois ; ces! comme nous disons : On y pei-d son 
latin. 

S\ laclialciit li Irere entre iaulx. 

Il s'agil de pelits achats pour lesquels les carmes se coti- 
sèrent, afin (le cachei' la nudité du corps. Mais le veis est 
beaucoiq) trop long; on le rendia correct en lisant acliatent 
i'\ Il frère. 



LE TRIOMPHE DES CAUMES. 13:5 

Le curé de Sainl-Jacqiics s'adresse aux caiines c|ii'il a 
con\oqiiés : 

Coiisoillcz-moi on Ikuiiic in\ ; 
Car, |);(r lii io\ ([iic ji' \(iiis(l()\, 
Dp.s|);iis("S suis cl csIjmiiIxs. 

La noie rend dcspaisc.^ pai" coiinoiice; nous ne savons sui' 
([iielle autorité; car nous ne pensons pas (pie ee mot soit 
français. Dvspa'iscs , qui est notice moderne dèjxtysc , ap|)ni- 
tienl, il est vrai, à I ancienne lan<;ue; mais il a toujours le 
sens de f/»/ a perdu ou cjuiltc su paliic. De plus, il aurait une 
syllabe d(^ trop. Nous conjecliuons dcspciirs , c ('s(-à-di^<• 
deses|)('■l•é. 

(',e même curé de Saint-Jaccpies se dis])ose à mener ;i\ec 
lui des compagnons qui lui donneront la victoiic : 

Dirt l(^ cure : Dieu me consent 
Que jiiniais \(iv<' le diineinclie, 
Aiiitrc que celui de deiniiin, 
S'avcc moi tel gcnl ne niiiine 
Domain à Saint Pol à la messe, 
Qui no laironl pour la comlivssc 
Do lAxxcnil)oiMf;, ne pour scigiu'ur. 
No pour prevosi , ne |)oiu' maïeur. 
Qu'ils no lacent les plus liaidis. 
Jacopins estre acouardis. 

Dans ces vers, la rime exige (pielcjues ( on cciions. Dans le 
premier vers, on lira cnnscnclic , au suhjouclil et l'on chan- 
gera me en ne; dans le qualiieme, main, au suhjouclil, au 
lieu de muine. Knfin, à ra\anl-dernier \eis, apjès hardis, 
on supprimei'a le jjoint, qui est sans doute une iaiilc d'im- 
pression. 

C'est dans le courant du xiv" siècle (pi'on a conniirncé à 
dire mon, Ion, son au féminin, de\anl une voyelle. Mais, au 
commencement de ce siècle, la \ieille règle prévalait. Par 
conséquent, dans ces vers : 

Qu'avec lui Aoisent [aillent] |)oui' scavuir 
Se son offrande puira avoir, 



l.i'i LE TniOMPHE DES GAMMES. 

on lira s<>ljrandc; sans quoi, le vors aurait (railleurs une 
syllahc (le liop. 

Vaul-il la peino do noter qu'ici il laut lire Iciulnr au liru 
(le Iciii hier : 

Et sy Iciii" (lit tout mut à innt. 

Coniinciit le prcvosi Iciicliicr loi. 

.Nous \enon.s au dernier des passaj^cs qui ont besoin de 
correction, il est lorl altcMc el parlant lorl dilTicile à r(>slain'er. 
Au moment de la bagarre dans léglise, (piand les loidous y 
Ibnt des leurs, Fahht!, qui disait la messe, était peu rassine : 

Aussi IIP sDiil ios j;ir()|)iiis, 
Mitsart, IJoulilcnt cl }Joiiroisin , 
Et Mentaillet fils le boiteux. 
En loin cœiii- s cllriiifiit nitic piix; 
N'v a colliii .sil sa|)j)ariiit 
Qu'il no Imitasse à la [jaioit. 
Musait, .s'il y povoit venir, 
Jamais ne vid on advenir 
Si faiclo chose , clie scacliie/.. 

(je sont les éditeurs qui ont donné ritali(pie au\ (piafre 
mots ainsi écrits, les rej^aidant comme autant de noms 
propres et disant que le cinquit-me et le sixième vers signi- 
fient : " il n'en est aucun cpii, dans sa Irayeur, ne donne 
« de la tête contre la muraille. » Nous ne pen.sons pas que ce 
soit le sens. Nous rc'cri\ons le pas-sage corrigé comme il 
nous paraît devoir l'être; les explications en seront ])lus la- 
ci les : 

Aussi ne sont les jaro|iins, 

Musiirt doublent et Mauvoisin 

Et Menlaillol fils le tioiteux; 

En leur cœur s éliraient entre eux; 

N'v a celui, si s'a|)|)aroit. 

Que ne hurfast à la paroit 

Musait, s'il i |)ovoit venir. 

Jamais ne vid on advenir 

Si faicte chose, chc sçachiez. 

Dniihteiit n'est point un nom propre, c'est le verbe doubler 



LE TRIOMPHE DES CARMES. 135 

au sens ancien do redouter, craindre. Le tout signifie : Les 
jacolnns ne sont pas rassurés; ils redoutent Musart, et Mau- 
xoisin, <•! Mentaillet; ils s'cll'iayenl entre eux; il n'y en a ])as 
un, ainsi paraissait-il, cpie Musart ne j<'làl contie la mu- 
raille, s'il pouvait \enir justpie parmi eux. 

Nos cmcndations ayant clé menées à leur terme, il ne 
nous reste (pi'à signaler (pn'l([Mes malices ([ne noire chro- 
nifuieur de la ])urles(pic halaillc s'est permises contre les 
moines. Le messager dép(''cli('' en toute liâle par la comtesse 
arri\e et trouve le ])rieui', 

Qui (•(iiir<'ssiiil mif hor^iiinc, 
t/uii \<'i^ l'iHilln' l;i Icsic ciicliiic, 
Eli im aii^lf'l en li'ur pniliiir; 
Uiig l)i('ii petit |)()Voit j):u<)ir 
Que ne ru.ss(Mil accoiaerles 
De leur capcroiis les tlcii\ lestes. 
1,0 valiez, qui (ut l)nn coinpaiiig, 
D'onv rogartier s'est ung peu iaiiig, 
l'.t tairi ainsi ([uc tien ne vo\e. 

imitons la discrétion du varlcH, et ne voyons rien. 

Le prieur fait manger un morc<*au et boire un coup au 
messager; et, tout en devisant, il s'arme d'un verre ])récieir\ 
el grand : 

Puis le pol preut, et puis il verse; 

Qui inmilt iiiuio l)Cguiuc en vei'se, 

Puis boit lui grand traict de ce vin. 

Le chroniqueur est moins discret que le messager : il ne 
doute giien' que le ])rieur n'aime les l)éguin(>s, et (pie celui 
(pii les aime n'aime le vin. 

Le brave curé de Saint-Jacfjues, qui décida de la journée 
en lançant les foulons au moment opportun, n'avait ])as lie- 
.sité à rassurer la conscience de ses auxiliaires, en les absol- 
vant d'avance du vacarme cpi'ils allaient faire dans l'église 
et en prenant tout le péché à son compte. Il ne manqua pas 
à sa promesse; l'expédition terminée et la victoiie acquise. 

Le curet se part de leens, 



130 r.l!ILI-\l MK M' FOliKSTlKll, 

Sl\' MKr.lK 

Sv raiiKiine tout snn romiiiung, 
El |)iiis les al)soiilt uni; ;'i niiL; 
Un pccliif f|ir;i\oc \u\ (iii( l.iirt 
l'A (lu sorviro (|u il-i nul diliiicl. 

(Jouli'o cf ncclu' l;iil, co sprvicp dclait, celle ahsoltilioii 
floiinco, nirauiioiKs-iioiis a (lii(\ nous, gens du xix'' .siècle;' 
Les goiis (lu Mv"" nul frou\c loiil cela siiuple cl uatuicl; 
rions cl passons. 



(;i ILLAlMi: LK FOHESTIKn, 



\i 111 i\ D'i M ( iiiioMout i.N vi;r.s l.\ll.\s. 



Vr,,i.M,. ( iiii.i.M \!i: Lr. l'Or.iMJi.n, ne a Saiul-W andrillc, lui ic- 

ligiciix l)eu"dicliu à lahhaNc du Monl-Saiulc-dallicrinc, au 
diocèse de Houcu. Ou a prétendu (pi il de\int dans la suite 

r.r. .,!,, 1,1-1. .1. ahhe de Saint- V\ audiille; mais c'est une crreui" dej.à corri- 
'' " ' i;i'e : il (lait encore simple moine ù Sainle-Callu'rine (piaiid, 
en lanui'e i .î i i, (ludlaume de denest, ahhc* de celle mai- 
son, lui penneltail d v londer sou aniuxersane, au prix de 

ciiiririi. x.iiii. lo sous de icute, repi'i'>eul('.s par un ca|)ital de i ou sous 
' li'i." ".'l'.-'iii'-'i' loiifiiois. 

/' ' "^^"i ( -e (iuillaiiine Le Forestier a (''ci'it en vers latins uiiecluo- 

ni(pie ahr. ^ee des premiers aM)('\s de Sainte-(-atlierine, cpie 
Mahillon a puhliee dans le lome \ de ses Amiales henédic- 
tnu's, ]). ()j(i-().S.). .\L (^heruel l'a reproduite, avec (piel(pies 
corrections, dans sou recueil intitule ^(irmaniuœ nova rlim- 
iiKii, p. '.Uj-f\>.. La dernière |)artie, depuis l'avénemenf (le 
ral)l)é Roger, vient délie imprimée de nouveau dans le 
lomeWIlIdu lîecueil des historiens de Lrance, ]). /| I i-''|i4- 
Les études littéraires, autrelois tiès-ciilli\ées dans le.s mo- 



ALTKUll UUM-: CmiOMQUE EN VKHS LATINS. 1,^7 

iiaslères do Tordro de S.iiiil-Jînioîl, y élaicnl alors Uès-iié- 
<;li^é('S. Aussi 110 doil-oii pas s'éloiinor do l'oncoiilror dans 
los \ors do (îuillaunio Lo Foroslior un si grand nonibro d 01- 
lonsc^s aux rôglos do la grammaire^ of do la prosodie. Ajou- 
tons ([uo co ])onodicliii do la d(''ca(lonoo lail nioiilro, sans 
auciui scrupule, des inclinalions los jdus grossières, osli- 
inant on décriant los ahlxvs dont il j)arlo selon los profils 
(ju'ils ont ])iocuros ou les doininagos qu'ils ont causés à la 
cuisine do ral)l)aNo. 

Dos huit premiers, il nonsappicnd ])eu do chose. Ayant 
trouxo leurs noms inscrits sur un ancien registre, il se con- 
tente de metire eu vers lo hicl lécit de leurs jiriucipah's 
actions. Sur lo neuvième, (îuillaunie \ asiel, il a plus à diic. 
car on lui doit la consiruclion d'un grand cellier. Ainsi a-l-il 
mérité que l'on pri(^ poui' la paix de son âme : 

AiiiiiKu (Jlniilus i('(|iii('ni (Ici ! 

La mort do col abho no lui pas, il osl \iai, Irès-odifiaule, 
cai' il mourut d'une indigestion, a])ros a\oii' Iroi) ])n dans 
un joyouv lostin auquel il avait coiivi<' j)liisionis notables du 
pavs. \ oici la narration de ré\énoniont : 

Ilic tiMHiit piures iiiagn;i.s m\ [)raii(lia j^cnlcs, 
El hiliit et coinodit, imiltum iate sihi fccit. 
nias, |)()st osiis, Ilic coiidiKil , quasi saiiiis. 
Post rcditdm rameras ridciis iiitiavit hic al)bas; 
Morte repcntina cer-idit nif)\ illc catliedia ; 
Ante cid)ile suuin mors sid)ilavit eimi. 

Mais notre ])Octe ne juge pas le cas lioiitouv. (io lui, dit-il, 
un cas très-fàclieu\, et tous les convives du hon abho le 
pleurèrent bien trisloment : 

(îcules qiia- ciiin se liierant liisles recliere, 
l'^lcntes |)i() mûrie. 

Le dixième ahhé do Sainte-Catlioiino, Jean do .Sotte\ille, 
avait, au contraire, l'Iiuinenr très-iigide. C'est pounjuoi los 
épitJièfes injurieuses ne lui sont jjas épargnées : 

Ati()\, crudelis fuit is; 



138 GUILI.ALiiVIE LE FORliSTIEK. 

Cependant la table des moines fut toujours, de son temps, 
bien servie : 

Kt tiimpii islo Idciis liiil fjiis tnmpoio ploniis 
Diviliis cl ('([uis, potibiis atqiic ril)is; 

ce (jui (levait lui faire pai'donn<M' la dureté de son ^ouveine- 
nicnt. Aussi le poëte n'Iicsite-l-il pas à réclamei pour lui 
toutes les joies du paradis : 



Ilic |)ai;i(lisi 

In s(>(lil)iis sc(l(Ml , ^;iu(li;i piissidoiil 1 

Le onzième, Robert de Pleinbosc, lut en tous |)f)ints le 
morlèle des nbbes. 11 acliela des (erres, des cens, et beau- 
coup de poules, b(>nucoup d(> clia|)ons : 

Niiininos, L;;illiii,is, cipponi's nuit liir' nhhiis; 

eu outre, il fil sagement abattre les cliènes et les bêlres du 
parc, {pi'ij l'emplaça Irès-avantageusi-menl par des pom- 
miei's et des poiriers : 

De |);iiC(i ([iieiciis cl l'ai^os illo 15(il>oi Uis 

(liindidit ovclli, poniis piiisqiio iO|)l(Mi 

iNiil)is |)i()liciunt fnirtiis qui luiiic il)i ci isciiiil ; 

(Mifiii il eut Talleution délicate de pourvoir ses moines de 
bonnes chaussures. Ils étaient, avant lui, cbansses par les 
cordonniers de Ilouen. Il leur fit le présent d'un cf)i"donnier 
domestique. Par tant de bienfaits il s'est reudu Irès-di^ne 
d'i'lre mis au nond)re des saints : 

Cuin saiictis (jlirisli ,sil)i dclin- ;;li<i i:i cali! 

Le tieizième abbé, Jean de (^antepie, tint le siège de 
l'annc'e i ^79 à l'année 1 2<J2. Ces! de son temps (pie (iuil- 
laume Le Forestier versifia sa chronique. Il nous ra])pren(l 
Iui-mènie : 

()nai)di) Forcilariiis W dlclmus, ([iii iiiil (iiiiis 
l'il vciiil saiicti (\o villa WandiC!L;isili . 



XIV MKi;i.F.. 



ALTKlI'i DUNE CHROMQLE EN VERS LATINS. \M) 

llunr lihriini fccit, dcsciipsit , vcrsillravil , 
D(> Cantii Piru' Jolianncs crat kalciiiue 
\lil>;is Ircclecinius tiiiic sanctuj 

('.epciidanl, la clironique ne finit pas avec Jean de Canfe- 
])ie. Après la niorl de cet ahlié, Le Forestier reprit son 
œuvre, pour la continuer sur le même Ion. Ayant détesté 
.Jean de (;ante|)ie, il avait surtout à cœur de flétrir sa mé- 
moire. Qu'il aille, dit-il, en enler, expier tous ses crimes: 
Qiiod prnmcnili patioliir! De ces crimes divers, le plus grand 
fut d'avoir légué ses biens à des personnes autres que ses 
moines : 

Jura (l(jimib dcxtra sua pcrdidit iiilus cl extra. 
Dcvastarc lioiia fuil liiiic sapiciilia proiia. 
Ga/.ae tbpsaiiruni pioli donavil et aiirimi. 
Ciiiii tciiiiit fditis gravis Imiic aiigusiia niDitis, 
Quid([uid lial>cbat ci placiiit flaic. |)r()gciiici. 

Les auteurs de la nouvelle Gaule clii'etienne disent, sur le Caii. ciuisi. 
témoignage de Le Forestier, que Jean de Cantepie disposa 
de ses Liens en faveur de ses proches, consaïKjuincis suis. C'est , 
il nous semble, interpréter librement les mots proh et pro- 

(jCIKCl. 

Quoi (jn il en soit, c'est-à-dire (pielles qu'aient été les 
moiusde Jean de Cantepie, Guillaume Le Forestier ne nous 
donne pas une ])onne opinion de ses moines. Quel degré de 
cliarité, de piété, peut-on supposera un homme si curieux 
de satislactions sensuelles? 

A la suite de la chronique des abbés de Sainte-Calheiine 
se trouve, dans le manuscrit d'où Mabillon l'a tirée, une 
pièce de vers français que M. Chéruel a, le premier, jîubliée, 
et dont les continuateurs de dom Boucpiet viennent de nous 
donner une édition nouvelle. Si, comme on le suppose, 
l'auteur de cette pièce est fauteur de la chronique, Guil- 
laume Le Forestier composait plus facilement en vers fran- 
çais qu'en vers latins. Ce n'est pas à dire fju'il y ait plus d'in- 
vention dans fun des poèmes que dans fautre. L'unicpie 
objet du second est de nous faire connaître quel lut le prix 

i8. 



t \I, col 



Cl.unn 


■I.HI^l d,' 


lio.irn.t 


l,p.3o'i 


— Uci. 


.1rs l.isl 


(Il- Fi- I 

|.. 'n'i. 


t XXIII 



\:v siKCi.K. 



l'iO GUIM-AUME DE PARIS, 

de toutes les siilxsistances cliiranl la disette célèbre de Tan- 
née i3o4. I-^a mine de froment valait quatre livres, la mine 
de méteil soixante sons, et les salaires s'<''laienl ('levés dans 
la même nro|)()i'li()n. Ces renseignements anraient éle don- 
nés en prose axée pins de précision. 

H. II. 



(.1 IIJ. VI MF. DE PAIUS, 



DOM IMC AI \. 



SA vu:. 

\Kui >,), i.;,2 (il ii.i.Ai \IF Dl-, l'\r,is : ( iinllchiiiis l'ai-isiciisis'j , piohahle- 

(Jm.i,i,i i:, i,.i,,i iiii'nl ainsi nomme dn lien de sa nai.ssance, entra comme 

Sili|il. r>lil. I'r,l-il. . I 1' 1 I i_- • I \ • • 1 1 • I 

I i,|, ns ,,i.| religieux (le I ortli'e (le >iaiiit-l 'ominifpie flans la maison de 

Saint-. lacunes à i'ai'is; on ne sait pas précisément (piaïul il 

était ne. Toiitelois, nous pouvons croire (pi'il na(Hiit \eis le 

milieu (In xiii" siècle, puiscpiOn le voit, an commencement 

(In \iv% remplir-des Jonctions cjiii ne |ionvaient coinenir 

(pi a nn homme innri par rà^c et re\|)erience; nous saxons, 

de ])lns, (pi'il a\ait c(>sse de vivre en i .^ i 4- \près avoir pa.ssé 

la pins grande partie de sa \iedans 1 obscurité du cloître, 

livre aii\ éludes et au\ devoirs de la vie religiense, il lut 

('levé enfin à des emplois fpii, plus encore rpie ses onvraf^cs, 

ont lait connaîti'e son nom à la ])ostèrité. 

iVi/.o , (^iii Lorscpie JNicolas fie Fréauville, conléssenr du roi Philippe 

Toum!i .'hivc .|7, '•' '^'''' '"' iii\*^*^li d<> la ponr])re romaine, an mois de flé- 

iiormi. iiiii-iir, . ( ,.nd)re i.^o,), ce prince appela Cîuillaume fie I\iris pour U- 

\iii.s,i„:,.. Li.M remplacer dans ces mêmes louctions auprès de sa personne. 

Dans ce poste important, le religieux mérita de ])lns en 

plus, a ce (pi'il paraît, la confianc(> flu roi, puisfjne Pliili])pe 

le Ih'I le chargea, en i3{)7, fie faire uni' eiupiète contre les 



l.iu.. I'.il.li.,ll,.,>nl 
Ir. P,.,.,l„ I 



DOMINICAIN. |/ii 

XH MKCI.i;. 



chevaliers du Temple, saisis dans toute la France et enipri- (.niii. \o.i-. 

sonnés par son ordre, le i3 octobre iSoy. ?3'o-''fT''n'36o- 

On voit par les actes de l'enquête, ces premières pièces 363.— Bain2.,vit. 

11 , • l'i /-' -Il 1 !-> • pap. Aven. 1. 1, col. 

(l un jiroces tristement célèbre, que Guillaume de l'aris, ,oo, loi. — Nos- 
(fui v fiirure au i)iemier rau"-, était alors inquisiteur général '^="'a'""''.Hi-t.<ii' 

l J <7> 1 . . ~ . i . ". Provence, p. 3 2 3. 

de la foi en France, Incjinsilor (jcncrahs liœreltcœ pi'avitatisrcijiu -OdoiicHaynaUii. 

Franciœ. Depuis quelle époque? Nous ne pourrions le dire ,307, uv.p.i".'"' 

a\('c certitude. Ecliard le suppose investi de cette fonction ~ J^''"'? ■ !''"' 

dès l'année i3o3; mais nous ne savons d'après c[uelle auto- u mx , 1 \ix, 

rite. Fontana dit (rue Clément V le nomma à celte cliarue '' ' '''' 

,, , , , 1 , . .„ i^ Fontana. Sa. m,n 

I année même de son avènement au souverain pontihcat; ti.oai.. DiMnini, 
o])inion qui n'a rien d'improbable, mais qui n'est pas i^- '"' 
|)rouvée. Quoi qu'il en soit, trop disposé peut-être à secon- 
der les intentions de son royal pénitent, le grand iiKpiisi- 
teur se montra dans cette occasion lliomine du roi plus c|ue 
le ministre du saint-.siégc, dont il tenait ses pouvoirs, et, sans 
attendre fautorisation du pape, il se mit aussitôt à fœuvre. 
En même temps f[ue le roi envoyait à ses officiers l'ordre DnpuN. ii.si. d. 
secret de s'assurer de la personne de tous les templiers T,.|i"pi'(,','"'^.',ii,',|,^ 
demeurant dans le ressort de leurs «rouvernemenls ou de > 7 '">•'"■ p- -''o;, 

. . 3" I 

leurs bailliages, Guillaume, par une circulaire du 22 sep- 
tembre 1 307, donnait commission auv inquisit(Mirs de Tou- 
louse et de Carcassonne, aux prieurs, sou.s-prieurs et lec- 
teurs de l'ordre des frères Prêcheurs dans tout le royaume, 
d'interroger les templiers sur les crimes dont ils étaient ac- 
cusés. Dans ces lettres, où il s'intitule chapelain du pape, 
confesseur du roi et inquisiteur général de fliérésie en 
France, député par autorité apostolique, Guillaume décla- 
rait avoir sollicité du roi la faveur de procéder à une en- 
quête, non contre l'ordre ou contre tous les frères de l'ordre 
en général, mais seulement en France et contre les per- 
sonnes en particulier. Comme il ne pouvait seul suffire à 
cette tâche, il enjoignait à ses confrères de procéder à l'en- 
quête, chacun dans leurs provinces, assistés de deux, reli- 
gieux; de faire recueillir les dépositions des témoins par un 
officier public ou deux personnes discrètes et capables. « Si 
«les accusations sont reconnues vraies, ajoute-t-il, ils de- 
1 2 



i\ Uiiimv, Co 1- 
damnai des tcm- 
|)liers, in-lt", |).8i, 
82. — Havnotianl , 
Mouumciitsliistor. 
rtc. p. 235-23g. 
Diipiiv,il)id.p.82- 
88. — i'iayiionaid , 
ibid. p. 229. — 
Miclielet , Pioccs 
des lemplicrs, t. II, 
p. 273- '120. — 
FIcury, Ilisl. ce- 
rie,, ibid. p. i3i. 
— Micliolct.Hi^t. 
deFr. t.lll.p.Ljo 

et SIUV. 

Diipnv, ibid. 



Flei.rv. 


Hist. 


rccle*. t 


\I\ , 


p. i33, i3 


i- — 


Daclif ri , Sp 


icile;;. 


t. X, p. 357 


, 3:)8. 


— Michclil 


, Hisl. 


.b^Fit.lIl.p 


' ' ■" • 


Mirheb'l.l 


'rocos 


des templier 


-.1.11, 


p. 3.7420. 




Dacheii , 


.Spi- 


rde-. t. \,p 


. 33f,- 


.ir>3. 





l'i2 GUILLAUME DE PARLS, 

c> vront s'en ouvrir à des frères de l'ordre des Mineurs ou 
"d'autres religieux, de manière à n'exciter dans le peuple 
Il aucun scandale, et ils enverront promptement les déposi- 
« tions scellées de leurs sceaux au roi et à lui-niènie. » A ces 
lettres était jointe une instruction sur la manière dont de- 
vaient informer ces inquisiteurs subalternes. Elle se trouve 
en français, à la suite des lettres précédentes. 

L'arrestation des chevaliers opérée partout, comme l'avait 
voulu le roi, Guillaume de Paris, soit par lui-même, soit 
par des délégués, tous également assistés de témoins, d as- 
sesseurs et de notaires, informa contre plusieurs templiers 
à Troyes, à Bayeux, à Caen, à Paris, dans le Temple même; 
du ig octobre au 24 novembre 1007, il en interrogea cent 
trente-huit. Cependant, le jDape, mécontent d'un ])rocédé 
qui était une injure pour lui, puisquon ne lavait pas con- 
sulté, et une usurpation manifeste de ses droits, puisqu'on 
poursuivait un ordre religieux qui ne pouvait être jugé que 
par le saint-siége, s'en plaignit au roi par une bulle du 
27 octobre 1 007, où il nommait deux cardinaux pour traiter 
avec lui de cette affaire et la reprendre au point d'où l'on 
était parti. Par le fait même, il suspendait les enquêtes des 
évêques et des archevêques cpie le roi avait chargés d'infor- 
mer dans les diverses parties du royaume et celles du grand 
inquisiteur à Paris. Cette mesure, ainsi que révocation de 
toute l'affaire à son tribunal suprême, fut probablement 
lobjet d'une bulle spéciale, que nous n'avons plus, mais 
(pii est rap])elée dans celle où il lève cette suspension. 

Le mécontentement de Clément V, bientôt calmé dail- 
leurs ])ar la réponse adroite et impérieuse du roi, n'empêclia 
]ias linquisiteur de poursuivre, soit par lui-même, soit par 
des commissaires délégués, finterrogatoire des frères dans 
le Temple, à Paris. Plus tard, le pape, se déclarant mieux 
informé et paraissant convaincu que les inquisiteurs et les 
évêffues qui avaient commencé l'instruction du procès pou- 
vaient seuls le poursuivre et le terminer convenablement, 
révoqua sa sentence et leur rendit leurs pouvoirs. Dans cet 
acte, du 5 juillet i.'^oS, qui est une circulaire adressée aux 



DOMINICAIN. 143 



MV SIF.CI.K. 



■Fr. t.lll.p. 



archevêques et au.\ évoques de France, ainsi qu'à l'inquisi- 
leur général, Clément V admoneste paternellement Guil- 
laume de Paris, et suppose, par une interprétation bénévole 
de sa conduite et de celle des prélats qui avaient informé 
contre les templiers, que, s'ils ont poursuivi l'information 
malgré les défenses de l'autorité pontificale, c'est que la no- 
tification de ces délenses ne leur est pas parvenue en temps 
utile. On peut penser que cette bulle, destinée par sa nature 
à la publicité, avait pour but d'adoucir fhumeur exigeante 
de Philippe. Par une autre bulle du même jour, adressée i)achen,S|>icii. 
|)articulièrement à Guillauipe de Paris, et qui se trouve à la ' ^' i''^'''' ■"'' 
suite de la précédente, ( élément lui reproche en maître of- 
fensé sa désobéissance, et lui pardonne cependant en l'asso- 
ciant aux prélats qui doivent poursuivre finstruction. 

[j'ordre que nous avons suivi dans cet exposé des faits Dupuy, p. ,- 
s'écarte un peu de celui qu'ont adopté Dupuy et même le '^' 
savant éditeur du I^rocès des templiers, dans son histoire de .Micii.in, iii-i 
France, il nous semble résulter des textes mêmes que Ton 
commença à informer contre les personnes des chevaliers 
du Temple dès la fin de septembre iSoy, «ivant même que 
les templiers eussent été tous arrêtés le i 3 octobre. L'in- 
formation dirigée contre eux par frère Guillaume, d'après 
les ordres du roi, commence le 19 octobre suivant; le pape 
suspend les pouvoirs de finquislteur le 27 du même mois; 
l'inlormation ne continue pas moins jusqu'au 2 4 novembre, 
et c'est cette désobéissance formelle à ses ordres que, dans 
sa première bulle du 5 juillet i3o8, le pape cherche à ex- 
cuser en supposant que finquisiteur ne les a pas connus. 

Il est à remarquer que, du moment où Clément V rendit 
à finquisiteur ses pouvoirs et l'autorisation de poursuivre 
avec les prélats, et non autrement, le procès commencé, 
les actes de Guillaume de Paris nous échappent, ainsi que 
la part plus ou moins active qu'il put prendre encore à 
cette grande alfaire. Son nom ne se trouve point parmi les , .i.— Mirh'i.i, 
membres de la commission que le pape, par sa bulle du ',i™rf ,''" ,'7" 
12 août i3o8, nomma pour informer de nouveau contre — ^cm''m-,HisL 
les templiers dans la province ecclésiastique de Sens; et '/m,' 



Uni: 



1/i'j GUILLAUME DE PARUS, 

XIV MF.CI.F.. 

quoique les deux bulles du 5 juillet l'y adjoignissent impli- 
citement, on ne le voit ni agir ni parler de concert avec les 
piorésdes ton. commissalres ])ontiricaux dans ce long interrogatoire que 
oi'iout le M.iunu^ subirent devant eux, à Paris, le grand maître et deux cent 
1. Il, r 1 i!7'i.-- trente et un chevaliers ou Irères servants, du saïuedi 22 no- 

Diibois. Hist. ecd. , ., ^ . . ., ^, . , , 

R.iis.t 11, i..55., Aembre 1009 au :j jum 1011. JNous ignorons également si 
,i.,2.— lîaiiu.Vit. Q^iilljniine de Paris lut pour cruelque chose dans les sévères 

|)a|> Avenion. t I , _ lll 

p. 16. — DArgcn- déterminations du concile provincial de Sens réuni k l^aris, 
d'icioi. ctr*!'!.^!'" en i3io, ])ar l'archevêque Philippe de Marigni. Les actes 
P 279. — Ficnry, fjg gg concilc u'existcut plus. 

Ilisl. ceci. I.MX, T-' 1 1 1 ' 1 1 «1 ■ • -i 

|). 171— Miciic Echard a parle en quelques mots du rôle que joua Guil- 
t *ii[, n.\'ii-i8ti. laiiiiie de l'aris comme inquisiteur dans le procès des tem- 
QuétifetÉchaid. pliei's; il a tiré principalement ce qu'il en dit d un manusciit 
'' ' de l'abbaye de Sainte-Geneviève, coté DD 22. Ce manus- 

crit, en papier, du xvii' siècle, evisie encore dans la biblio- 
thèque de ce nom sous le numéro rouge 96 1 et la cote H. V. 
ii.kI P 5rr) 7, qui a remplacé l'ancienne. 11 est étonnant que le savant 
dominicain, qui l'avait examiné avec attention, qui en cile 
même quelques passages, n'y ait pas reconnu la transcri])- 
tion pure et simple de {Histoire de la rondamnalion des 
templiers par Diipuy, imprimée en ]6v)4, in-^". Il existe 
ailleurs plusieurs de ces copies cont('m]K)raines d'un h\re 
bien connu, une, entre autres, k la bibliothèque Mazarine, 
sous le n" 1 4^o. 
Labi)p,isibiioiii Echard rappelle aussi l'indication donnée par Labbe d un 

nov nn.. P i.>. nianuscrit de Naudé, dont le titre est ainsi conçu : Coiicor- 
daiiliœ iiupusiUonumjaclanim adiersiis ordtnein Teinpli ab irKjUi- 
sitore hœreiicœ pravitalis pnmum, tiim a tribus cardinalibus et 
dcmiim ab ipso pontificc Clémente V. D'après le papier et le 
caractère, Labbe conjecturait que ce manuscrit pouvait être 
contemporain du procès. iNous ne savons ce qu'il est devenu. 
H parait que Guillaume de l'aris remplit jusqu'à 1 époque 
de sa mort les Jonctions de conlesseur du roi. Cette époque 
Auiciiii(D),Hisi. est incertaine. Par son testament du 1 7 mai 1 3 1 1, Philippe 

des Minist. d'Ktat .IT)] " ' •. >i •. ' /''"l 

p. ,s(v,,565. le LJel nomme parmi ses exécuteurs testamentaires "Guil- 
« laume de Paris, de Tordre des Prêcheurs, son conlesseur. » 
Dans son codicille du 28 novembre i 3 1 4, ce prince désigne 



DOMINICAIN. 1/15 

XIV SIF.CI.K. 



" Martin des Essarts, à la place de son ancien confesseur, 
" maintenant décédé. » Nous pensons donc qu'on peut fixer 
apjMOximativement la mort de Guillaume de Paris vers 
l'année i 3 l 'i ou l'année i3i3. 



• Si:S ECIIITS. 

i" Tabula juns. (^est le seul ouvrage que lui attribuent l'ij^nonfLaiiicHt), 
Laurent Pignon, Antoine de Sienne et Possevin. Il paraît io„'<is '<irsa'int"vi.-- 
(lue c'était une tahleou un répertoire pour trouver lacilement toi, n''670, r 141 

1 II \'' i'* col Ant 

tout ce que renferment de notable le décret et les décrétales. scncns.Lnsitanus! 
l/ouvragc commençait par ces mots : Prompte colcnlibiis. '''""'y""* '^^''^'^'J' 
Nous ne le connaissons crue par la mention (lu'en ont faite l'ovsevin, Appami. 

1 -1 ]• I * vicer.t.l.ji.yio.- 

ces anciens l)il)liograplies. Ourtir .t Kciiani, 

•>" Diahxjus de Scplem Sacramcnlis. Dialogue sur les sept ''>"' p ■"« 
sacrements, ou se])t dialogues sur les sacrements, commen- 
çant par ces mots : Quoiuain me sœpitis rocjasli, Pelrc , elc. 
Les interlocuteurs sont Pierre et Gilon, ou Guillaume, ou 
(iregoir<>, désignés par les lettres P. et G. 11 n'est pas lacile 
de décider à qui appartient réellement ce traité. Plusieurs 
critiques l'ont cru de Guillaume d'Auvergne, évêque de 
Paris, et send^lent l'avoir conlondu avec le traité De xacra- simid (jos , 
mentis, qm est certainement un ouvrage de ce prélat, niais j')„p°f vï^ ini-.^"^ 
tout diflérent du dialogue. Tbéopbile Baynaud dit que le ti.co,,i>. Ray- 
dialogue a été attribué mal à propos à l'évèque de Paris, ÎIo,''i,'a,. C'îi'i'bi'^^ 
puisque l'auteur déclare, à la fin de son livre, qu'il en a tiré p»'' •• '^°' y 

le fond des écrits de saint Tbomas d'Aquin et de Pierre de '"^ ' 

Tarentaise. Or, ces deux docteurs ont acquis leur grande 

notoriété quand ne vivait plus l'évèque (îuillaume, mort 

en 1249. Selon Tbéopbile Raynaud, le véritable auteur est 

Guillaume de Paris, de Tordre des Précbeurs. C'est aussi 

lOpinion de (llaude de L'Espine, qui a donné une édition de 

ce dialogue vers l'an 1 55o. Labbe répète l'assertion deTbéo- i.aMic, DisMit. 

pbilc Ilaynaud, sans y ajouter aucune réflexion, mais sans !,''.h°'s l'V'TrM 

la combattre: on peut croire qu'il l'adopte. Altamura dit AUanuua.iiibi 

que peut-être Guillaume de Paris est l'auteur du dialogne, 'i<""'""»"»i' 9' 

TOME WVll. I (j 

1 2 * 



XIV SIECI.K. 



146 r.L'ILLAI MK DK PARIS, 



Hisl. litt. t. Il 
part. Il , p. 



toiibiis eccicsi.ist 

i.iir 



ot que certainement ce n'est j)as Guillninnc d'Auvergn(>, 
Hi,i.,iosconiiov évèque de Paris, mort en i '2 4<)- l'allies Dupin nliésile pas à 
u. xiv's.p i8(). jg donner au religieux dominicain, i.e continuateur de 
Cavo (Guiii.;, l'histoire littéraire de Guillaume Cave, Henri Wliaiton, ro 
garde Guillaume de Paris comme l'auteur probable du dia- 
logue sur les Sept sacrements, !''nfin, Ecliard, après avoir 
l'apporté et discuté les opinions de c(ni\ cpii Font |irécéde, 
conclut, d'après les indications de l,i j)liip;ni do inauusrrils 
et des éditions imprimées, (pic ce Iraite est bien l'ouvrage 
du dominicain (uiillaume de Paris, inquisiteur général de 
la foi en France. H paraît du moins bien certain qu il n'esl 
jjas de Guillaume d'Auvergne, evéque d(^ Paris, (iependani, 
plusieurs exemplaires manuscrits et inqnimés portent au 
Oiidiii, De^mp titre : (iuillelmi, cpiscopl Pnnsicnsts. ( '.asimir Oudin en a iidéiv' 
r-3i'^ ' l*^^'' l'tii'P"'" *'*'ii' '1» autre Guillaume, évèque de Paiis, pos- 
térieur à celui du xiiT' si''cle, c'est-à-dire (îuillaumc lîaulèl, 
(iinllelmiis Baiijcli , d'.Auveigne comme le premier, puistju il 
était natif d'Aurillac, el (pii a\ail lenu le siège épisco])al de 
Paris, après Simon de Buci, de j 3o4 a i 3'>o. Sanders, dans 
ses catalogues des manuscrits des bibliolliècpies de Bel- 
gique, donne pour auteur à l'ouxrage Gui de Golle di 
Mezzo, ou Gilon, évèque de Gandiiai, \eis i3oo-i3oG. 
Nous avons déjà dil rpic cet ouviage a été allribué sui" une 
Irivoh^ et vaine conjecture à Gui de (]oll(^ de Mezzo. Pour 
ce qui regarde Gilon, évèque di^ Ganjbiai, Jean Gaiet men- 
tionne, sansaMirmer l(\s avoir vus, quatre manuscrits anciens 
qui lui donnent, dit-il, cet oua rage. Il est vrai que, dans 
plusieurs manuscrits, l'un des drux interlocuteurs est ap])elé 
(îilon. Mais cela n(> prouve guère qu'un (îilon quelconque 
soif l'auteur de l'ouvi'age. G(^pendant il est p(>rmis de sup- 
])Oser que si Garet avait \u IniniK'mc les manuscrits qu'il 
nientionne, il n'y aurait pas trouve nu autre argument en 
iaveui' de Gilon, évèque de Cambrai. 

Xi les litres ni les cxphctl d(\s ]ir(Mnièie» éditions imjiri- 
mées et des co])ies manuscrites du Dialogue des Sept sacn^- 
ments ne nous oflrent le moyen dClablir a\ec certitude le 
nom du véritable auteur. 



.Saiiai 


•m 


s, 


M>s, 


l)il)I. I)d 


■S- 


2° 


pa.t. 


p, 11 3, 








Gall c 


I.n 


l.sl. 


IlOX. 


1. 111, n 


>l 


'|0 


, 'il. 



(i.llf-llM 


.,L)P».M 


pra.s,.r,li. 
Chr. pl<- 


1 riiipor 
1'- 1 1 S V 



DOMINICAIN. l/i7 

l no (les plus anciennes édifions, in-lol. sans date, sans 
nom de lieu ni d'iin|)rim(Mir, vue par Echard chez les sœurs 
de Sainte-Claire dites de YAvs Maria, porte au titre : Liber 
(ivillclmi Pansicnsi'i de vu sacrainentis. Exphcil Tabula sa- 
cramcn[alts (înidt'lmi Parisieiisis. 11 n'y est point fait mention 
de la dignité episcopah» de ce raiillaume. 

Une seconde édition in-4", lort ancienne aussi, et sans 
indication d'année, de lieu, ni d'imprimeur, a un titre qui 
est presque une analyse de l'ouvrage : Traclatiis de vu sacra- 
mcnlis lùclcsiœ, siiinplas ex scriptis S. Thomœ de Aqmno el Peln 
de larcnlasKi , (jin pcr modam miœstiomiin diseipnh ac macpstrt 
rcspnnsioiium , etc. — Exphcil tractatns de vu sacramcntis. L'in- 
leilocuteur (j. est (îrégoire. L'auteur n'est pas nommé. Cette 
édition est citée par l'xliard, comme se trouvant à la Bi- 
l)liollièque au roi. C'est un volume relié aux armes de 
l'iance, avec le cliillre de Henri II et de Diane de Poitiers, 
renlermanf dlxeis ouvrages (pii ne son! pas tous du même 
siècle. 

[/édition de i/'i'Sq, in-V, à longues lignes, imprimée 
chez Jehan Bonhomme, nous olVre ce titre au haut de la 
première |iage : llcieiendi m Clinslo pains el domini Gml- 
Icrini, l\trisicnsis episcopi, sacri ehHjuu doctons clarissimi, Dia- 
locjiis, libn sin de focratiientts mcdiillam fnnditns et cowpendwse 
cnmplecleiis , elc. — Exphcil (iiuUcnniis Pansiensis super vu sa- 
cramentis, etc. L'éditeur a regardé cet ouvrage comme un 
ahrégé du grand traité De .saerameutts del'évéque Guillaume, 
lait par lui-même : assertion doublement insoutenable, 
parce que l'objection tirée de l'année où est mort cet évéque 
de Paris, et de l'époque où ont vécu les deux docteurs 
mentionnés à la fin tie l'ouvrage, subsiste dans toute sa 
lorce; et parce que le dialogue est conçu d'après un tout 
autre plan que le traité. Ainsi, le sacrement de l'Ordre, cpii 
est le sixième dans h; traité de l'évéque, remplit douze feuil- 
lets, in-fol., édit. de j.nG; dans le dialogue, où il est le 
troisième, il n'en occupe que trois; le Mariage, au contraire, 
le cinquième, n'a dans le traité que huit leuillets; il en a 
vingt-cinq dans le dialogue, oii il est nommé le septième. 

'9- 



XIV 5IECI.K. 



]/i8 GUII.LAUME DE PARIS, 

\iv' siKci.;;. 

Une autre édition, de la même année 1/489, in-4", -siii- 

deux colonnes, imprimée à Paris, chez Georges Mittelliiiser, 

a pour titre : Dyaïojus doclissimi viri (iuiJlcrmt, episcopi Pa- 

risicusis, de vil sacramcnits. — Kxphcil Gmllcrmiis Parisien- 

OiiciiietKciia.d. 5/5 siipcr Vil sacramciKls. Elle a été réimprimée par le même, 

HiriM.'^.;^ à Paris, en ao/i. 

iinm. sî, , Il y 3^ Jp 1 auuee 1 Vj-^i 'iiie édition in-8", à Paris, clie/, 

u.iin,ii.i,i.ii..m Durand Grileri, libraire juré de l'LJuivi'rsité : Dyahnjm doc- 
^ ''''' lissiini liuiUcrmi , cpiscopi Pansicnsis, de vil sacramenlis. 

Q..(i;i"(ii:ri,,ii,i, Une édition de Nnrendiorg, i f\[)G, in-lol., vue parEchard 
'"•''"■' chez les minimes de Nigeon (les Bonshommes de l\issi) , 

porte le nom de Guillaume d Auvergne. 

L'ouvrage a été encore imprimé, probablement dans le 
xv" siècle, sans date, sans nom de lieu ni d'imprimeur, petit 
in-S", de quatre-vingt-dix leuillets à longues lignes, avec ce 
litre ; Dyalurjiis doeltsstmi vin Guilhrmi, episcopt Pansiensis , 
de \ Il Hunimenlis, elc. — lùplutl (jiiillenniis Piirisiensis su- 
per VII sacmmciihs. Il en existe un exemplaire à la biblio- 
thèque Mazarine. 
(^hiiiiii II Kl hani . L'édition de L«Mpsick, Wolfgang, 1012, in-4", est aussi 
l'an/.!-,' Aunni. û- SOUS le uoui d(> Guiliaumc, évéque de Paris. Quant aux édi- 
i.o-i-.i vii,|. i7s. fions plus modernes, de Lyon, 1 SGy, apnd lucredes Joe. 
.Iiiiietœ; de l'iorence, ) ^79, in-8", etc., elles portent le nom 
de Guillaume de Paris. Dans celle de Lyon, 1080, petit 
<,)u,iii,i Kdiani, in-if), chez Ah^xandre Marsile de Lucques, intitulée De 
,',-y" " srpicm saeramentis lilieUiis, se trouve un second ouvrage. 
Calai ,1, i.ii;,i,i. (Aimperiduiin calechismi Romani de vu saerameiitts , que le cala- 
i 11, i. .'ir „' logue des livres imprimés de la Bibliothèque du loi semble 
"■'i"" coidondre a\('c le dialogue. Getle édition de Lyon met le 

dialogue sous le nom de Guillaume, évéque de Paris, quoi- 
(pi elle ])araiss(> laite d'après l'édilion d(! (]laud(^ de l/l'^spinc 
(looo, in-8°), dont elle reproduit l'épître dédicatoire. Oi', 
ce dei'iiici' a imprimé le dialogue comme l'd'uvre de Guil- 
laiiinc de l^aris, dominicain, d'après un manuscrit du grand 
couvent des Jacobins de l'aris, c[ui portait le nom de ce 
l'eligieux. 

On voit que la moitié environ des éditions impiimées ])ré- 



DOMINICAIN. |/J'J 

sentent comme auteur de 1 OuMage Guillaume, évèque de 
Pans. Les manuscrits ollrent plus de variété. Nous passerons 
rapidement en revue les titres et les crplicil des coj)ies ma- 
nuscrites du dialogue cpii sont venues à noire connaissance, 
et nous remarquerons (pieUpies inexactitudes dans la trans- 
cription (le plusieurs de ces titres laite par Kcliard et par 
(iasimir Oudin; inexactitudes inxolontaires sans doute, pui.s- 
(pi'elles coutn^lisent quehpiclois leurs assertions. 

Manuscrits de la Bibliothèque nationale, londs latin, 
n" ^^3o8, ancien manuscrit de iMazarin, sur pajner, à 
longues lignes, de la fin du wy" siècl(\ ou du commence- 
menl du \v''. (Casimir Oudin prét(^nd (pie dans ce manuscrit, d 
autrclois inscrit sous le n" ,)G8(), l'auteur est nommé « Guil- ' 
> laiiine, évèque de Paris; » mais il n'y a d'autre titre cpie 
ces mois : l)ialo(jns de vil JùclesKC saciamciilif: , sans nom 
d'auteur. 

Le n" .32 01), manuscrit de (iolberl, cité |)ar Lchard, 
sous lancien n" '0-J9.C), sur papier, à (leu\ colonnes, in-lol. 
\v siècle, no porte aucun titre, aucun nom d'auteur. Eapli- 
c't lilicr .^(i( rai)icnli)riini. On n'y trouve pas le titre donné par 
l'.cliard : l'i-actahis ilc \ii Sdciomcntis pcr înihlimi dialoiji cdiliis. 

\' .îj 10, ancien manuscrit de Le j'elller, du \v' siècle, 
siu' pa|)ier. IV)inl tle nom d'auteur, ni au titre ni à Ycrpli- 
cil. Le dialogue est entre Pierre et (îilon. 

-\" iL^iy.S, sur \élin, xi\' sièch;, ancien manuscrit de Lol- 
hert (Sfioo) cite par Lchard, cpii (>n donne ainsi le titre : 
(imllcliiii , ipiscapi l\tnsicnsis, dialufjiis de \ 11 sacnimciilis. Mais 
le titre du mniniscrit est moderne et es! ainsi conçu : Ldjcr \ n 
s(i nuiicnloriiin ( itilirmu l'anxic/isis. Il n'v a rien à ïtwplicil. 

-N" 347 ''t, sur vélin, \iv' siècle, ancien manuscrit de (iol- 
herl (G'v.j.s). Selon Lchard, le titre du traité serait le même 
dans ce manuscrit que le titre j)ar lui supposé pour h; ma- 
nuscrit ])récedent. Il est vrai ([u'un titre modeine, du 
wii" siècle, sur le feuillet de garde, est ainsi rédigé : De vu 
sdcranu'iilis cccIcskisIicis (ititllelmi, Pdiisicnsis cpiscopt, Duthi- 
(]us; mais en tète du dialogue on lit cette rubri([ue, du même 
temps fpie le corps du manuscrit : Incipit Dyaixjiis (îiidli rmi 



|-..l,.,nl . I I 



lin. Il 
III . 



M.Mlll.UMun 

K.M. hiMindi I II 
'S. \ 



150 GCIF.LALMI': DK l'AlilS, 

Xll' MKCI.K. 

Pdi-isiensis de vu cccIcskisIkis sacranwiilis ; de iiumik' à IV.r- 
plii il. 

Mamisciils du loiuls df Saiiit-Viclor : n" 680, iii-4'', sur 
itanicr, du xv" siècle; cVsl rnncieii GGfr, \n, cité par (las. 
()udin. Il est sans nom d'auteur. Dans les Cnnicnhi (|u'on 
liou\e au conimenrenienl du volume, comme dans la ])lu- 
|)art des manuscrits d(> celte al)l)ave,-en éciiture du x\ fsiècle, 
lOuM'af;!' est indi(|ué en ces l(>rmes : Traddlus de vu stKra- 
ininlls (jnillrlini l^anstcnsis , pcr modnin ilialo(ji. (lasimir Oudiii 
s'est donc trompe en disant ([ue ce manuscrit attribuait le 
dialogue à Cîuillaume, éviVpie de Paiis. 

N" 8r)S, in-V, sur papier, \v' siècle; c'est l'ancien n" 1 1 'j(i, 
mentionné par lùliard. Il es! intitid»- : Ijbcr vu sacramcnlo- 
rinn (liluins. ( .c nom parait avou' été ajoute, mars il est d'une 
écriture presque aussi ancienne qn<' le manuscrit. 

lu manuscrit (\y\ londs de Sanil-Cîermain, |)rovenanl de 
(iorhie, sur pa]iiei\ du \v' siècle, a pour titre, en écriture 
— liiM. Ti.it !.. II. u (lu wn', Dispuldliu (le Sdcniincnlis , uislai duilotit inicr (lala- 

Ar S.-iinl-flciin MM ' , ... 

,, ,i/|, iic/n li /\7//(w. Dans le Cf)r|)s de l'ouvragi', le ])rincipal inter- 

locuteur est écrit (iilo; mais l'auteur n v est ]ias nommé. 

i^nlin, nous axons désigne, dans la notice ([ui concerne 
(lui de (iolle di Miv./.o, un manuscrit de Troyes, cpii nous 
ollie le nom d un ceitaiu Jean Simon, pr(Hie de Sainf-Svm- 

pIlOlK'Il. 

l'.ii comparant les iuflications dixeises cpie nous four- 
nissent li's <"dilious el les manuscrits, on voit f[ue le plus 
grand nond)re .s'accordent à reconnaître pour auteui' du 
dialogue un personnage nommé Guillaume de i\aris. Dans 
(Hielques manuscrits, il n'est pas designé autrement; plu- 
sieuis édifions le nomment (inillaume, évè([ue de Paris. 

iiiMiir mk richard pense (pie cette (pialification d'évéqiie a pu se glisser 
i)ar abus entre le nom du personnage et le nom du lieu de 
sa nai.ssance, comme il est arrivé pour (tuillatnne l^hauld, 
de I^yon, Jaccpies de Lausanne, et ou pourrait ajouter pour 

11..1 iiii .1. 1.1 (inillaume d'Auxerre, \ incent de Béarnais. Quoi qu'il en 
soit de cette conjecture, on peut raisonnablement hésitei-, 
pour déterminer l'auteur réel du traité, entre un Guillaume 



IV.i.WIII, 



I .il.i . l'.iMh.ili 

JMrJ. .,l.,l I III 
I' >■'•''■ 

C.lal. .I.s ,„,.. 

i.ii, ,s, 1. 1. 1.. ,;s-.. 



DOMINICAIN. 151 

(Je l'.iris (|iii n'ait pas été ('vtV|u<' cl nu (Inillaumc qui l'an- 
lall de de Paris. Si l'on opte ])()nr rcttc dernière snp|)()si- 
lion, comme il a été démontré cpie ce ne ])enl être (inil- 
launie d AnAerj^ne, mort au inilicMi du xiii" siècle, il laudia 
en revenir à l'opinion de (lasimir Oudin, et dire, a\ec 
Fahricius, fpie lauleur est (iuillaiime JJaulet, ( îiiillclmiis 
luinfcti : c'est sous ce nom altéré {lutiilrclt) , (pie le cata- 
logue im|)rimé des manuscrits de la Hil)liotliè(jue du roi 
nidupu> les numéros 3 'iofS, 390(), 3'ii(), dont nous avons 
paile ])lus haut. 8i l'on écarte l'évêque poui" adopter un 
(iuillaume do l^uis non re\(''tu du caractère é|)isco])al, l'ien 
n'empêche de suivre l'ojjinion d l\]chard, fpii revendique le 
tiaite pour le religieuv de; son ordic connu sous ce nom. 

Les inductions que l'on peut tiiei- du texte même de l'oii- 
vraj^c n'aident pas daxantagc à decidei' la cpiestion. L'un des 
deux interlocuteurs, Lierre, fjui veut .s'instruire sui' l'admi- 
nistration des saci'emenls, est entic nouvellement dans les 
oi'dres : l'oslijiuim sdccrtlalii sacinni onliiicin sii.sccpi.stt, lui dit 
le jx'rsonnagc rjui 1 invite à l'intei loger. VA ici le sacerdoce 
n'est ])as rej)isco|)al : Ixdfja.sti. . . ni (iIkjiui te de (idnunislraliunc 
sdcrcnwnldrum cdoccrcin , proul ccdtinl m iiniiin paidi liiitliiini 
xdccrdoliiin. (les prêtres de j)arf)isse sont les curés, l n peu 
])lus loin, à ])i"Oj)os de la conlirmation, (i. ou Gilon lui dit : i 'i li. 

" Ti'ois sacrements inqîi'iment un caraclere; c'est jjourrpioi 
" on ne ])eut les réilérei" : ce sont le hapleme, la conliinialion 
" et iOrdic. ,Ie t'ai parlé du ])a])tême; les deux autres ne le 
(I icgardenl ]Ws; il n'a])j)artient qu'aux e\(Vpies de les admi- 
" nistrer. 11 Plus loin encore, lorstjue Pierre le (pieslionne i..i i,.i". 
sur l'ordre, G. lui re])ond : Curmii.s es; sulJicidiil lILi S((crd- 
iiicnld de tjtnhus iitd((jes crfjd plchcm. Pieri'e insiste, en disant 
(pi il esj)ère c[ue cette instruction pourra lui .servir un jour. 
Pierre n'est donc, ou ne représente ici (ju'un simj)le cure de 
paroisse. On peut en conclnic déjà (jue ce n'est jias Piei re 
de Belleperche, c(mime l'a cru (lasimii- Oudin, pui.s(pie 
Piene de Belleperche n'a jamais été simple curé, ainsi (pie ii. i im. .i, k, 
nous l'avons lait remarr|uer dans sa notice. Quant à (i., Ci 
Ion 0»! Guillaume, il occupe un lani; supérituir à celui (h 



I..I1I. cir 

isr. I..I. 



I \\\. 



XIV SIF.CI.F. 



152 



Clin. LAI MIC DE PAlîLS. 



<jcii'tircii:<h,ii 

>cri|)l oi'd l'in 
t. I, p. :)io, 81)8. 
— Klli.s Diipin, 
lli-l (!,•, ro^l|■n^ 
viv'mc.Ii-, p. lX(J 

Anton Snicns 
l.usitaii. liiblioll, 
onl. fn.tr. Pravlir 
n. n«. 



MoMtOnicoii , 
Djiir Italie, p. 'lO. 

— 1(1. lîiblioll,. 
l)il)Jiolli.l.I.p.43!. 

— Onéllf cl Kcl.. 
np. rit I I, p 519. 



Pierre; c'est un évèque, ou un personnage liaul placé clan.s 
les dignités ecclésiastiques. Il peut donc repiésentei- égale- 
ment hien, ou Tévêque de Paris Guillaume Baulct, ou le 
grand inquisiteur de France, Guillaume de Paris. 

Dans le dialogue inémt\ noirs n'avons rien trouvé cpii lit 
allusion à l'exercice des lonctions dont était re\ètu le reli- 
gieux dominicain. I^'autcMir se contente de df)nner rinsfriic- 
lion qu'on lui demande, i. a matière e.^l traitée d'uni" manière 
complète et même assez étendue, siiiloiit pour les sacre- 
ments de la ])énitence et du mariage, d le stvle, mouis np- 
prête (pie celui de It-vècpie de Pans d.nis son traite sur le 
int'ine sujet, est en gênerai siinj)le et clan- comme celui d un 
catéchisme. 

riasimir Diidin, après a\oir ôté à Guillaume de Paris le 
Dialogue sur les sacrements, ne lui laisse ])lus cpiune Po.s- 
lille sur les (''pifres et les évangiles de toute l'année, ti-ès- 
.souvent il)q)rime^; et il |)iétend rpie Tliéopliile l!a\naiid et 
Henri Wharton, le continuateur d<> Gave, sont les seuls qui 
aient mentionne cet écrixain. .Mais il se trompe douhleineni , 
car on a vu (pie, depuis PauriMit Pignon jusqu'à Ecliard, 
plus de deux autorités attestent rexistence de Guillaume de 
Paris; et d'ailleurs la Postille est lOuvrage d'un dominicain 
nommé, il est vrai, Guillaume de Paris, mais postérieur de 
deux siècles au premier. Fllies Dupin a partagé cette erreur. 

Fnlin, pour n omettre rien de ce que nous pouvons dire 
sur (Tiiillaume de Pans, comme personnage \ersé dans la 
connaissance des lettres sacrées, (/; sacns Itlicns liaud vii!- 
fjarilcr vcrsaius , et s'occupant de tout ce rpii devait en lavo- 
riser l'étude, nous ra|ipellei ons qu'il donna à la l)il)liotliè(pie 
des dominicains, à Bologne, une Bible hébraujue, manus- 
crit anticpie et précieux, au Irontispice duquel on lit (pie 
« Irere fiuillaume de Paris, de Tordre des Irères Prêcheurs, 
" conlesseur de l'illustrissime roi des Français, a donné cette 
Bible hébraïque pour la commune librairie des frères, en 
" révérence du bienheureux Dominique, l'an 10 1 o, la veille 
"des ides de lévrier, (hie ceux qui liront dans celte Bible 
" prient pour lui! Amen. » F, t.. 



i3i 



JEAN DE BAUME. 153 

Xl\ siEr.i.E. 

JEA^ DE lULME, 

FllIiRK l'IŒCHF.UU. 



In manuscrit autrefois conservé dans l'abbaye de Saint- \. 
N'ictor, inscrit aujourd'iiui sous le n" i 4,799 ^^'^' ^onds latin, 
à la Bibliotbcque nationale, contient un assez grand nombre 
de sermons ]M"ononcés, comme il semble, à Paris, dans les 
premières années du xiv'^ siècle, et parmi ces seiinons on 
en rencontre (\ou\ f|ui sont attribués à un frère Prèclieur 
nommé Joaiincs de PaJina. Quétil et Kcliard proposent de OnctiioiKtiian 
ra|)peler (Ml fiançais Jl;A^ ni: Batml. Palma est, en effet, ii"'*!' i",! r.^ô' 
dans les anciens litres, le nom lalin de la ville de liaume- 
les-l)ames, en Franclie-Comlé. i^es mêmes historiens le font 
mourir par conjecture en l'année i3i2. C'est une date que 
nous ne saurions ni confirmer ni contredire; nous ne pos- 
sédons, en elfet, aucun autre renseignement tant sur la 
mort que sur la vie de ce Jean de Baume, l'abiicius et Du- 
c-ange ne l'ont pas même nommé. 

Nous avons pu lire, du moins, ses deux sermons, ils ap- 
])artiennent à ce genre familier qui doit avoir une si grande 
vogue dans les siècles suivants. Comme dans la plu|)arl des 
sermons de ce genre, on trouve dans ceux de Jean de liaume 
j)lusi(uirs traits de mœurs; mais, quoiqu'ils soient écrits en 
lalin, sans aucun mélange de dictons français, on y trou\e 
aussi plus d'une facétie (fune vulgarité clio(juante. 

Le premiei-, prononcé le jour de la fêle de saint Nicolas, liii.iioii, naïun 
a pour objet cfexhoiter la jeunesse à bien vivre. Trop de '•■'■■"oo- ''<: 
gens attendent pour .s'amender cpie la vieillesse soit venue, 
f'^lle ne vient pas toujours, et ils meurent impénitents. Quel 
est, d'ailleurs, le mérite d'une conversion connnandée par 
l'impuissance? Tel est le thème du premier sermon. 

Assurément ce thème est grave; mais ce qui manque de 

lO.ME XWII. JO 



Kol. 

col 1. 



loi. 
.ol. 1. 



154 JEAN DE BAUME, 

gravité, c'est la paraphrase de Jean de Baume. Voulant e\- 
prinier que Dieu nous a comblés de ])iens et que nous lui 
marchandons même nos hommages, il fait cette comj)arai- 
son plaisante : « Un noble a-t-il un fds de belle mine? Il dit : 
" — Celui-ci sera soldat et par lui ma lignée sera gloiieuse. 
" Mais a-t-il un (ils débile, boiteux, etc., il dit : — Celui-là 
■■sera un bon religi(ni\. » Ailleurs, pour démontrer inci- 
denniMMil cfue les prédicateurs doivent donner eux-mêmes 
l'exemple des bonnes mœurs, Jean de Baume raconte l'anec- 
dotesui\ante : ■ Dans nioii pavsil y a\ail un jongleur nommé 
■' Roland, c[ui, arrivant à la vieillesse, n'était plus goûté; s(\s 
'■ jongleries ne divertissaient plus personne. Cependant il 

■ suivait toutes les léles, et, quand ce vieillard paraissait 
« dans une noce, les lemmes disaient en riant : -- Présente 
■' ton écuelle, Roland, et on va te donner (pielque chose. Il 
'■ présentait donc son écuelle et on lui donnait. Or un jour 

■ il arri\a (prune coupe d'argent fut perdue, et que les geiis 

< de la maison oii Ton laisail la fête l'accusèrent d'avoir \()lé 

■ cette coupe, lui disant : — Il ny <i ])ersonne ici cpi on 
" puisse soupçoinier; ce sont tous des riches : niais on t'ac- 
'■ cuse toi, qui seul es pauvie. Comme Roland jurait qu'on 
'■ l'accusait à tort, il faut alors, s'écrient les <>ens de la mai- 
■son, loucher le ier chaud et prouver ainsi Ion innocence. 
■'B>olaiul l'épond : — Faites chaulVer le fer. Le fer chauné 

on le lui présente, et, poui' le recevoir, il tend son écuelle. 

■ — Mettez là, dit-il. On réplique : — Non; c'est avec ta 
•■ main cpie tu dois loucher, puisque lu te prétends inno- 
'■ cent. Mais il repli(|ue à son tour : — Vous pareillement 

■ jurez d'aboi'd votre innocence, et, si vous voulez que je 

■ vous croie, touchez les premiers : je toucherai après vous; 
sinon, non. Ainsi, » poursuit Jean de Baume, « le prédica- 

• leur qui vent (pie ses auditeuis méritent leur salut par des 

■ œuvres de charité doit le premier toucher le fer brûlant, 
" c'esl-à-dire bien agir et non pas seulement bien parler; 

< autrement on n'aura pas en lui confiance. " Qu On nous 
permette de citer encore un passage du même sermon. Nous 
avons dit que le ton de Jean de Baume est souvent grossier. 



FUERE PRECHEUR. 155 



\i\' siàci.E. 



Ce ([lie nous venons de tmduire n'est pas d'un style très- 
nol)le; mais nous avons à lui repioclier de plus grandes in- 
convenances. Voici, par exemple, en quels termes il goin- 
niande les gens qui ne fréquentent pas a^ec assez d'assiduité 
le tribunal de la confession : « Ij en est de certains pécheurs KoI .'iS.coi. s 
'. comme de ces polissons qui, le iroid venu, ne veulent plus 
• quitter leur chemise sale, et préfèrent dormir dans leur 
« unmondice, tandis que les enlants sages changent de linge 
" de quinzaine en quinzaine, de (jiniKlciui m (jinndenam. Ainsi 
" nous voyons des gens qui commettent d'horribles péchés, 
"mais qui, n'osant les déclarer, ou redoutant la peine qui 
. leur serait iniligée, ne disent rien et dorment dans la pour- 
" riture de leur conscience fétide. » Ce style n'est pas celui 
de saint Bernard; il n'est pas non plus celui de saint Tho- 
mas; mais il était encore, au \vi' siècle, celui de Michel 
Menot. 

Le .second sermon de Jean de IJaume qui nous est oflert 
par le n" 1^,799 ^^^ fonds latin, à la Bibliothèque natio- Foi 1-7. 
nale, est pour la fête de saint \'incent. Il y a moins de ba- 
dinages que dans le premier; mais il est plus banal et n'est 
pas plus éloquent. En somme Jean de Baume fut un prédi- 
cateur de peu de mérite. Ses contemporains paraissent 
l'avoir estimé, puisqu'ils ont pris soin de recueillir quelques- 
uns de ses sermons; mais il n'a pas joui longtemps de cette 
lenommée, puisque les anciens annalistes de son ordre n'ont 
pas parlé de lui. 

Il ne faut pas, dit Echard, confondre Jean de Baume, 
Joanncs de Pahna, avec un autre sermonnaire du même 
ordre, du même temps, qu'il nomme Jean de Parme, Joanncs 
de Parnia. Né dans la ville de Parme, en Lombardie, celui-ci Q,i,t,rcii;ci.ani, 
serait venu finir ses études à Paris, où il aurait obtenu la ""*'"'' p "'• 
licence en l'année k^ 1 3. Cette date paraît certaine. Quelques 
historiens de Tordre de Saint-Dominique, entre autres Alta- 
mura, ont, par simple conjecture, fait vivre Jean de Parme 
au xv'' siècle; mais ils se sont évidemment trompés. On lui 
attribue, outre un recueil de sermons, un gros volume, ro- 
luinen macjnuin, dont on n'indique pas la matière, commen- 



20. 



XH SIIÎCLK. 



150 JACQUES DE DOUAI, 

( ant par : Quœnturquomodo cssenfia. Nous n'avons pas encore 
fait la rencontre de ce volume. 

Jean de Baume et Jean de Parme doivent être égaleuKnil 
distingués de Jean de Beaune, Joanncs de lichia , religieux 
de leur ordre et leur contemporain, dont il sera parlé dans 
Qnctif.ii'Aiiard, uu des voluuies suivauts. 

llivr.lit.l. F.|).58.>. ry t| 



JACQIKS DE DOIAI, 

AlTEUr, 
DK COMMi;\TVIRI':S SUR ARISTOTIv 



Aucun des anci<Mis hihliographes ne paraît avoir coiniu 
ce Jacqiks de I)ou\i. Ce])endant il nous a laissé plusicuis 
ouvrages considérables, et il existait des copies de ces ou- 
vrages en des bibliothèques très-fréquenté(!s. On ne peut 
s'expliquer comment Sanders, ayant eu sous les yeux une 
de ces copies à Tabbave des Dunes, n'a lait aucune menlion 
de Jacqiu's de Douai dans son livre qui a pour litre : De 
scriptonbus Flandnœ. On se l'explique d'autant moins (jue, 
pour avoir lait ses études dans la ville de Douai, Sanders 
était en quelque iaçon un des conqjatriotes de ce docteur. 
I. l),l,^l,•,,l.lM^ En l'année 1200, nous trouvons un Jacques de Douai 
.i.-.(:iiari -.11, \i professeur (le droit canonupie en I Université de Pans. Lu 
' '^' P ■ y'' l'année 1 3o.), ou environ, un autre Jacques de Douai, cha- 

noine régulier, dont le nom se rencontre dans une pièce de 
\ iriM . \i. 1, jjrocédure, résidait à l'abbaye de Cantinq^ré, près Chambrai. 
I T.n. 11- Peut-on supposer que l'un ou l'autre est l'auteur des livres 

dont nous avons des copies sous le même nom.^ Cette suppo- 
sition serait sans doute jugée téméraire. Quoi qu'il en soit, 
cet auteur dont personne ne parle doit avoir vécu dans les 
dernièies années du xiii' siècle. Les manuscrits où nous 



AUÏEUK DE COMMENTAinES SUR AUISTOTE. 157 

lisons ses livres sont à peu près de cette date, et le style 
même de ces livres, la méthode selon laquelle ils ont été 
composés, le choix des citations qui s'y trouvent, tout nous 
indique un maître os arts contemporain de Pierre d'Au- 
vergne et de Gilles de Rome. 

Tous les écrits conservés de Jacques de Douai ont pour 
ohjet la philosophie d'Aristote. Le plus important est un 
commentaire sur le De Anima, que contient le n" 14,698 
des manuscrits latins, à la Bibliothèque nationale, ancien 
4o5 de Saint-Victor. Il commence, au fol. 35, par ces mots : 
Siciit lUcitiir m principw Phyuconini, dla (juœ siint coinmuuta 
ci niacjis coiifiisa svi)( nohis primo nota; et finit par ceux-ci, au 
fol. 62 : l'Jxplicninl Quœstioncs super libro de Anima, a nuujistro 
Jacobo de Diiaco. Comme saint Thomas, Jacques de Douai 
néglige toutes les phrases du texte où il ne rencontre pas 
la matière d'une dissertation philosophique; mais quand il 
commence des explications sur un point de doctrine, il les 
donne complètes; il les donne, du moins, avec une telle 
abondance, que son commentaire sur le Traité de l'Ame 
nous ollre l'intéressant détail de toutes ses opinions sur les 
problèmes de la logique, de la physique et de la métaphy- 
sique. Ajoutons que, si ces opinions sont d'un sectaire ((pii 
ne l'était pas en ce temps-là?), elles sont d'un sectaire ins- 
truit, éclairé. 

En physique, sa doctrine est scrupuleusement celle des 
thomistes. Quelques gens, dit-il, prétendent que les univer- uibiioii 
saux possèdent au sein de la nature toutes les conditions de 
la substance. D'autres, considérant que telle ou telle notion 
universelle est un produit de l'intelligence humaine, sou- 
tiennent, au contraire, qu'on cherche mal à propos hors de 
cette intelligence le lieu où les universaux résident : créés 
par elle, ils sont en elle; ailleurs, ils semblent être et ne sont 
pas. Mais, ajoute notre docteur, les uns et les autres se 
trompent. En effet, il faut distinguer l'objet de la notion 
universelle d'avec la notion elle-même. Cette notion, qui est 
l'universel proprement dit, ne subsiste pas, cela est certain, 
hors de l'intellicrence. La thèse des entités universelles est 



'1,098, i''/iJ 



XiV SIVXI.K 



158 JACQUES DE DOUAI, 

une thèse fausse; toutes les entités réelles sont individuelle- 
ment déterminées. Mais, d'autre part, il faut reconnaître 
que Tobjet de cette notion abstraite n'est pas une pure chi- 
mère, puisqu'il y a vraiment dans les choses des qualités 
semblables, identiques, des manières d'être plus ou moins 
communes, plus ou moins universelles. Ainsi l'on doit tenir 
pour constant que les universaux sont à la fois dans la pen- 
sée et hors de la pensée; mais ils sont hors de la pensée en 
puissance de devenir ce qu'ils seront en acte dans la pensée, 
c'est-à-dire des concepts alfrancliis de toutes les conditions 
de l'individualité. 

Cette conclusion très-plausible n'est certes pas réaliste. 
C'est le nominalisme calomnié qui la propose, dans le des- 
sein de s'expliquer et de se justifier. En voici la preuve. 
Quand, après avoir ainsi conclu, Jacques de Douai com- 
mence la série de ses démonstrations, il emprunte au fonds 
commun du léalisme toutes les objections qu'il se fait avec 
l'intention de les réfuter. 

Ce qui repond, dit-il, à la notion de luniAersel est un 
abstrait dégagé de toute détermination individuelle. Or, il 
n'existe aucune chose qui ne soit individuellement détermi- 
née; donc les universaux ne peuvent être comptés au 
nombre des choses. Telle est la proposition de Jacques de 
Douai. Les objections vont suivre. On objecte que les no- 
tions universelles manquent de fondement, s'il n'y a pas, 
dans la nature, des substances absolument conformes à ce 
que ces notions représentent, et que, par exemple, la no- 
tion de la pierre en général est fausse, s'il n'y a pas dans la 
nature un tout réel qui soit la pierre en général. Mais, dit 
notre docteur, si cette objection était admise, toute certi- 
tude serait ébranlée : qu'il s'agisse, en effet, d'une notion 
particulière ou d'une notion universelle, l'objet, qui de sa 
nature est complexe, diffère également de la notion du su- 
jet; et toute dénomination vient du sujet, qui sent ou pense 
à foccasion de l'objet qui est senti, qui est pensé. Une 
autre objection est celle-ci : le premier acte de toute généra- 
tion est la substance même; ce n'est pas l'accident : or, la 



ALiTF.UR DE COMMENTAIRES SUR ARISTOTE. 159 



\1V SlhXI.K. 



substance sans accident est universelle; donc l'universel est, 
dans la catégorie des êtres, le premier né. Cette auti-e objec- 
tion, dit Jacques de Douai, n'a pas de valeur, Itœc ratio non 
valet. Oui, sans doute, le terme de toute génération est la 
substance; mais toute substance, composée de matière et de 
forme, naît pourvue de sa propre matière et de sa propre 
lorme; donc le premier acte de toute génération est l'indi- 
vidu proprement dit. De ces objections, la dernière est de 
Duns Scot. Jacques de Douai n'en désigne pas l'auteur; mais 
il n'avait pas besoin de le désigner : en fjIFet, toute la pbysi(pie 
de Duns Scot se déduit de cette tlièse, que la substance est 
le fonds commun, le fonds indivis de toutes les existences, 
tandis que findividuation est un accident postérieur, venu 
de la forme et mobile comme elle, produit à la surface d'une 
matière qui ne cbangc pas. 

C'est assez prouvtM' que Jacques de Douai définit la nature 
des cboses selon les principes de l'école nominaliste. 11 est à 
peine besoin de dire qu il jjrofesse en logique les opinions 
de la môme école; il n'est cependant pas inutile de re- 
marquer que sa confiance dans fautorité des sens n'est pas 
une confiance absolue. Ainsi, dit-il, la notion cpie le sujet a Mm ,ii,, rviS. 
de l'objet dépend bt^aucoup, on ne ])eut le nier, de la nature 
même du sujet : Id qiiod recipitar ah alt(]nn non leiipitur scciin- 
dum nnturam ici rcceplœ , sed secunduni nalurain recipirntis; 
d'où il suit que des sens plus parfaits ou plus imparfaits 
nous donneraient d'autres informations sur la nature dt's 
cboses extérieures. On attribue généralement à des pliilo- 
sophes modernes cette juste critique de la connaissance sub- 
jective; le texte que nous venons de citer prouve qu'elle est 
plus ancienne. 

. Nous avons un commentaire moins étendu de Jacques de 
Douai sur l'opuscule intitulé: De lomjitiidinc et brevilate vitœ. 
Ce commentaire est dans le n° i 4,7 i 4 des manuscrits latins, à 
la Bibliothèque nationale, ancien 382 de Saint-Victor. Il com- 
mence par ces mots : Stcut dicit philosophns m iiltimo capitula 
primi libri de Partihns AtnmaUum; et finit par ceux-ci : Expli- 
ciunt Quœstwncs et siimma super libram De lonqitndme et brevi- 



XIV SIECLE. 



160 JEAN DE TONGRKS. 



r|psnis>.di"lSru" 



taie vitœ a inafj. Jacobo de Diiaco. On en signale un autre 
Uxu\c . caui exemplaire à la bibliothèque de Bruges, sous le n° 5i3. 

Eufin,len° 1 /|,72 1 des manuscrits latins, à la Bibliothèque 
nationale, ancien 2 i 6 de Saint-Victor, nous olFre, du fol. i 3o 
au fol. 177, un commentaire sur les Premiers analytiques 
qui se termine ainsi : Exphcit suinind incujislri Jacobi super 
toliim libnim Priorain. (Je maître Jacques est-il bien Jacques 
de Douai? L'ancien rédacteur du catalogue de Saint-Victor 
n'en a pas douté, et, au fol. 1 78, il a mentionné l'ouvrage en 
ces termes: Convnciilum mcuj. Jacobi de Duaco super duos libros 
Prioniin. Le manuscrit paraît être du xiif siècle, et nous ne 
connaissons, pour notre part, soit à la fin du xiii'' siècle, 
soit au commencement du \\\% qu'un seul interprète (lAris- 
tote appelé Jacques; c'est Jacques de Douai. 

13. II 



JEAN DE TOi\GRES, 

ABBK DE VIGOGNE. 



Mon v,,.s ,3i ■ Jean de To^GnEs, dit aussi Le Phémontré, Joaniies de Tun- 
i.c|ini-r , iiii.i (jna , Tuii(jnns , ou rrœinonslratensis, fut le seizième abbé selon 
-GrirriMi'M,'m Lepalge, 1(^ dix-septième dans l'ancien Gallia cliristiaua, le 
t. m. coi. /i(u.— di\-n(nnième suivant le nouveau, du monastère de Vicogne, 
/inist p. 3:,'." "" de l'ordre de Prémontré, au diocèse d'Arras. 11 succéda dans 
cette dignité, en 1 3oi , à Jean de Pons, qui, plus occiq')é du 
M.uti.n-, \mi|>i soin de sa beauté et de sa parure que de la conduite de son 
monastère^ lut a peu ])res oblige de se démettre. Lui-même, 
deu.K ans après, en i 3o3, il résigna ses lonctions, mais pour 
un motil tout dilférent; du moins on peut le présumer, 
puisqu'à cette époque il entra dans l'ordre des frères Mi- 
neurs, et qu'il continua d'entretenir des relations amicales 
avec le couvent et les moines dont il avait eu la direction. 



.-oll.t \1. 



ABBE DE VIGOGNE. KH 



XIV SIECLK. 



Il leur avait emprunté des livres pour ses études, et d'autres Gaii. christ. uov. 
flTels pour son usage. C'est ce cpie marque une lettre du u, ciay, Caii,tr;7 
prieur et du couvent de Vicogne, datée de la veille des ca- 'ii"-t p 333. 
lendes de mars i 3 i i (28 février 1 3 1 2 , nouveau style] , où il 
est dit c[ue ces livres et ces elFets retourneront au couvent 
fie Vicogne, après la mort de l'ancien abbé. 

I^es auteurs du GaUia christiaiia ne nous apprennent pas 
flou ils ont tiré cette pièce importante. Wadding ne l'a point 
connue, puiscju'il ne mentionne Jean de Tongres ni dans ses 
Kcrivains Mineurs, ni dans ses volumineuses Annales, où la 
conversion d'un abbé d'un autre orflre à celui de Saint-Fran- 
çois méritait certainement d'occuper une place distinguée. 
Sbaraglia ne l'a pas nommé non plus dans son Supplément. 

On voit par la lettre citée ^ue Jean de Tongres vivait en- 
core au commencement de 1 3 1 3 ; mais on ignore à quelle 
•'poque il cessa de vivre. Le Gallta chnstiana nous apprend 
seulement, mais sans indiquer sur quelle autorité, qu'après 
sa mort les objets cpiil avait empruntés au monastère de 
Vicogne furent restitués avec une exactitude religieuse, et 
que son corps même, probablement en vertu de ses der- 
nières volontés, y fut enterré dans le cloître, devant la sortie 
fin chapitre, ante exitiim capittdi. 

Jean de Tongres était docteur en théologie, et en celte Lepuiio, Bibi 
qualité il avait professé à Paris avec un grand succès. 11 ne '''"""'"""'■ i' °'' 
fut pas moins célèbre par ses écrits, dont Guillaume I", le 
Bon, comte de Hainaut, faisait grand cas. C'étaient six livres 
de commentaires sur les trois premiers livres des Sentences 
du Lombard, et un livre de Questions quodlibétiques et 
de Questions ordinaires. Nous n'avons point trouvé de ma- 
nuscrits de ces traités; nous ne saurions, par conséquent, 
porter un jugement sur l'auteur, ni sur le mérite qui pou- 
vait distinguer ses ouvrages d'une foule d'autres du même 
genre, et portant les mêmes titres. 

Foppens a confondu Jean de Tongres avec Jean de 
Prisches, autre abbé de Vicogne, dont nous pailerons dans 
vm des volumes suivants. 

F. L. 



Topi 
hclj,. I. 



TOME XXVII. 



, . 1()2 RAIMOND DE BRETTE, 

XIV MECI.E 

RAIMOIND DE BRETTE, 

AUTEUR DE SERMONS. 



Tous les bibliographes se taisent sur ce Raimond de 
Brette. Ses œuvres sont deux recueils de sermons et de 
thèmes pour les sermonnaires, qui, dans le n° 3546, a, de 
la Bibliothèque nationale, finissent par ces mots : E.rph- 
ciiint Distinct lones sanct orales fra tris Raunuiuli de Bretis. Nous 
n'hésitons pas à le placer au nombre des écrivains français. 
En effet, on rencontre dans ses sermons un assez grand 
nombre de locutions macaroniques qui sont des mots fran- 
çais latinisés. Mais nous ne saurions dire en quelle province 
était situé le lieu de sa naissance, car plusieurs bourgs, en 
France, sont encore appelés Brette ou Brefs; on peut éga- 
lement le croire natif du Languedoc, de l'Angoumois, du 
Maine ou du Dauphiné. 

Il n'(>sf pas moins difficile d'indiquer avec précision le 

Koi. i3, \.r,n. temps où il a vécu. S'il parle d'un de ses contemporains 
lorsqu'il désigne certain comte de Montferrat comme ayant 
la cruelle habitude de crever les yeux de ses prisonniers, 
rl'une part il ne dit pas son nom, et d'autre part il lui 
donne un faux titre, la seigneurie de Montferrat étant, de- 
puis le x^ siècle, un marquisat. On n'a pas à tirer de plus 
sûres informations d'un passage où la remarque suivante 

Kni ', ,. vci n vient après un éloge de la bonté divine : Non sic papa nec 
imperator eliam Alcxnis rémunérant suas servitorcs. Il y eut, en 
effet, sur le trône de Constantinople, une série d'empereurs 
du nom d'Alexis; mais le dernier de ces Alexis était mort 
dans les premières années du xiii* siècle : il n'a donc pas été 
nommé comme vivant par un docteur qui connaît les reli- 

I oi yN gieux mendiants (^Paupcrcs ad htteram siint rchgiosi mcndicantes) 

et dont les médiocres sermons sont farcis de sentences em- 



, I loi 



AUTEUR DE SERMONS. l():i 



XIV ÏIECI.K. 



pr 11 niées aux œuvres morales d'Aristote. Notre conjecture est 
que les deux recueils de Raimond de Brette furent composés 
dans les premières années du xiv' siècle. Avant ces années 
de grand trouble et de grand relâchement, un régulier n'au- 
rait pas ainsi parlé des pratiques régulières: «Si tu es de lui. 5... 
" noble race, que toute action grossière te répugne; il ne te 
"Convient ni de porter le cilice, ni de marcher pieds nus, 
« ni de mortifier ta chair. Agis noblement, aime ton Seigneur 
" et Ion prochain; Dieu ne te demande pas autre chose. » Le 
style de l'auteur est, d'ailleurs, conforme à la mode de ce 
temps-là : la véhémence en est brutale et la familiarité triviale. 
C'est vers la fin du xiii" siècle que les prédicateurs commen- 
cèrent à s'exprimer dans cette langue jusqu'alors inconnue : 
Abbas inoimclios vocal ad canliim campanœ cl slalim vcniiinl, ^'ol. 27 
Clirisliis pcccalores ad pœnilenliœ lavacrum viva voce, el vcnirc 
contcmnunl. AIkjui sunl simdcs pucrts Uniosis, qui ad malrcm vel 
maijislram vccanlcm iil miindet , ciircl limam, scabicm, nohinl 
rentre, nisi coacli, Iracli cl vcrbcraù. Enfin, il est reconnu que Catai. mau. bibi. 
l'exemplaire, peut-être unique, de nos sermons est du '*^" ' • P '1^' 
xiv'' siècle. 

Raimond de Brette était un religieux, puisqu'il est appelé 
" frère. » Cependant, il n'est parlé de lui dans les histoires 
d'aucun ordre, et aucun passage de ses écrits ne contient 
une allusion quelconque à la règle qu'il avait fait profession 
d'observer. Un religieux qui cite souvent Aristote paraît être 
un religieux mendiant; mais cette apparence n'a pas la va- 
leur d'une preuve. 

Le premier de nos deux recueils, formé de quatre-vingt- 
deux feuillets, à deux colonnes, commence par: Hora est jam 
nos de somno surcjcre; Rom. xiu. In adientu macjm domini (à la 
venue d'un grand seigneur) populus (jinnqiic facerc consuevit. 
A quelques thèmes, ou sermons très-abrégés, succèdent des 
sermons plus étendus pour les dimanches de l'année. Le 
second recueil, qui commence par Vcre filius Dei erat iste, a 
trente-six feuillets et se rapporte aux fêtes des saints. Les 
deux recueils sont composés selon la même méthode. L'au- 
teur n'a pas recueilli des sermons par lui prononcés, mais 



SIV' SIECLE. 



Ifi'i HISTOIRE 

il a cru devoir rédiger à l'usage d'autrui des amplifications 
plus ou moins longues sur quelques versets de l'Ecriture, 
sur quelques maximes de Sénèque, d'Aristote, et même sur 
quelques vers d'Ovide. Ce sont des fragments de Serniones 
parati. Puisqu'on ne signale pas un autre exemplaire de ces 
fragments, ils n'ont pas été fort goûtés. Cela nous étonne 
peu. Les contemporains de Raimond de Brette n'ont peut- 
être pas été choqués par la vulgarité de son style; mais ils 
ont dû trouver, comme nous, qu'il avait f imagination courte. 

B. H. 



AÎSONVME, 

AUTEUR 

DE L'HISTOIRE DE FOLkE FITZ-WARIl^. 



biisBilt, icisrol 

l..rlHii...i. p(l. Il 



Les Fitz-Wahin, contemporains des six premiers rois 
normands d'Angleterre, ont été célébrés dans une chanson 
de geste française et dans un poëme anglais, avant de l'être 
dans le récit en prose dont nous allons parler. Leland avait 
eu sous les yeux les deux poëmes, qu'on ne retrouve plus 
iieain , 1 7 1 1 , aujourd'hui ; et les extraits qu'il en a donnés ne s'accordent 
pas toujours avec le roman en prose. Il les avait, dit-il, 
« tirés d'un ancien livre anglais rimé des Gestes de Guarin 
" et de ses fils, » et d'une vieille histoire française rimée, 
contenant les Gestes des Garin jusqu'à la mort du second 
Fouke. 

La première de ces compositions, d'où procédèrent les 
deux autres, remontait assurément à une date assez rappro- 
chée de la mort du dernier et du plus fameux des Warin ; 
ce qui n'a pas empêché le trouvère anglo-français qui en 
fut l'auteur d'ajouter au récit de faits réellement historiques 



DK FOUKF. FIT/ VVARIN. 165 

\u Mixi.i:. 

des épisodes fabuleux destinés à retenir ses auditeurs eu 
plein vent. De nos jours, où la crédulité populaire est un peu 
moins facile à surprendre, nous aimons encore assez ce mé- 
lange de fauv et de vrai, qui appartient aux romans dits his- 
toriques, et les récits les plus merveilleux ne sont pas tou- 
jours ceux qu'on écoute avec le jîlus de défiance. D'ailleurs, 
nous ne devons pas oublier que la chanson de geste fut on 
France la plus ancienne forme dramatique, et qu'elle fui 
soumise par conséquent à des conditions analogues à celles 
de nos tragédies. Dans les siècles plus rapprochés, quand un 
personnage historique est jugé digne d'être mis en scène, 
il y paraît sous un costume plus ou moins emprunté, plus 
ou moins éloigné de la réalité. De même, une chanson de 
geste qui se serait contentée d'être l'écho des événements 
n'aurait pas eu les moyens de plaire à ceux qui s'arrêlaienl 
jiour l'écouter. La vérité n'est respectée dans ces ouvrages 
qu'à la condition d'y paraître escortée de la fiction; comme 
l'a si bien dit l'auteur de la Henriade, tout en faisant du 
précepte une assez malheureuse application. 

Nous ne savons si le manuscrit suivi par les éditeurs por- 
tait ce titre : « Histoire de Fouke Fitz-Warin, " ou s'ils l'ont 
eux-mêmes choisi; il est assurément insuffisant. Nous avons 
ici fhistoire de trois générations de la même famille; l'aïeul, 
Garin ou W'arin de Metz; le fils, Fouke le Brun, et le petit- 
111s, Fouke Filz-Warin. Mieux eût donc valu conserver \v 
titre que Leland avait rappelé : Tlic Gestes of Guarinc and ii,.i d, u, k, 
lus siinnes. 11 est également permis de regretter que le pre- ',','/ m'i'v''\i']!'|k| 
mier éditeur de notre histoire de Fouke Filz-Warin n'ait ^;"l^, iH',o,Ii: v 
j)as dit un mot, dans sa préface, de U'arin et de P'ouke le 
Brun, auxquels sont consacrées les trente-cinq premières 
pages, c'est-à-dire un peu plus du tiers de l'ouvrage entier. 

L'histoire authentique n'a relevé que le nom du petit-fils 
Fouke Fitz-Warin, conteuqjoraiu des rois Henri II, Richard 
Cœur de Lion et Jean sans Terre. Les RotuU ou rôles pu- iiotuh. . .d.ie.i 
blics constatent ses querelles avec le roi Jean et ses longs ■f,';r'naiV'''u"' 
brigandages : ils nous montrent, en i 2o3, Jean pardonnant 'i-" i«3.s ik.,; 
à plusieurs de ses complices; accordant à Fouke maint 



KiG IIISTOIUE 

xiv' -ircj i;. 

sauf-conduit de courte durée. Le même roi lui envoie des 
lettres de rémission, à la prière de l'évêque de Norwick et du 
comte de Saiisbury. En 1^20 4, il Ini rend le château deV\it- 
lington, la Blancheville du roman, et le remet en possession 
des terres qui formaient la dot de sa femme Mahaut, fdle de 
Robert Vavasseur, et veuve en premières noces de Thibaud 
Fitz-Walter. En 1 3 1 2 , les hommes de Fouke ayant fait un 
prisonnier que retenait Robert de Vieuxpont, le roi Jean 
ordonne à ce Robert de le rendre à Fouke Filz-Warin, s'il 
n'était pas chevalier, iiisi mi(cs f lient : et, dans le cas où il en 
aurait touché la rançon, d'en tenir compte à Fouke. En 1 2 1 3, 
il lui accorde le droit de tendre des fdets et de chasser deux 
fois la semaine dans la forêt rovale de Leicester, à sa maison 
de ?sorbretli, et lui fait don d'une galère tout équipée. 
En 1 2 1 5, il lui permet de prendre jusqu'à cinq biches dans 
la forêt de Leicester. Mais en 1 2 16, on voit Fouke renoncer 
aux fiefs dont il devait l'hommage, et rompre tout a fait avec 
son suzerain. Jl devient la terreur de tous ceux qui tiennent 
le parti du roi, et les Rotuli ne disent pas qu'il ait une 
seconde fois abandonné cette vie de outlaw ou « forbanni, » 
qu'il avait si joyeusement menée; car nous ne pensons pas, 
comme l'ont cru Leland et M. Fr. Michel, qu'on puisse 
encore le reconnaître dans ce Fouke Fitz-\^ arin chargé par 
Mail l'an.. Hi^l. le roi Henri III, en i245, de résister aux prétentions d'un 
",'';'; 3 "'" ' ''" envoyé du souverain pontife. Ce troisième Fouke fut noyé 
ibi.i |. 99(. en 1 265, pendant la bataille de Leeds, en combattant pour 
le roi contre ses barons. Or il est peu vraisemblable c|u'un 
homme, déjà compté, en i2o3, parmi les plus redoutables 
ennemis du roi Jean, ait encore figuré, en 1266, parmi les 
chevaliers du roi Henri III. Matthieu Paris donne même à 
ce Fouke le titre de lord-justice ou justicier, office qui au- 
rait bien peu convenu à notre Fouke Fitz-Warin. On doit 
donc seulement conclure de ces derniers actes que le grand 
>' forbanni " avait été une seconde fois, avant sa mort, remis 
en possession de ses bénéfices, et qu'il les avait transmis à 
ses descendants. 

Tel est l'ensemble des souvenirs que l'histoire a conservés 



DE FOIjKK FITZ-VVAHIN. 1G7 



XIV MECl.K. 



sur le second des Filz-Warin. Tout incomplets qu'ils sont , ils 
permettent de penser que cette famille baronale était puis- 
sante dès le xii" siècle, et qu'on avait assez parlé d'elle pour 
en faire le sujet d'une chanson de geste. Peut-être la chanson 
dont nous n'avons plus (ju'un remaniement en prose avait- 
elle été composée à la demande du fils ou du petit-fils de 
Fouke Fitz-Warin, et peut-être encore ce qu'on y raconte 
du premier ancêtre, Garin ou Warin, n'avait-il d'autre fon- 
dement qu'une fortuite conformité de nom avec l'ancien 
Garin de Metz, de l'épopée lorraine. On tenait alors si peu 
de compte, dans la société laïque, de la succession des an- 
nées et des générations, qu'un trouvère a pu se croire en 
droit de donner à son héros du xiif siècle un aïeul que les 
chants populaires faisaient vivre au temps de Pépin le Bref. 

Essayons maintenant de présenter un résumé exact de ce 
curieux roman historique, dont nous croyons pouvoir rap- 
porter la composition aux premières années du \i\'' siècle. 
Les premières lignes y accusent déjà le remaniement d'une 
chanson de geste originale, et les nombreuses incorrections 
de ce remaniement nous font aisément reconnaître dans 
l'auteur un Anglais moins instruit qu'il ne se flattait de l'être 
des règles grammaticales de notre langue. 

« Fn le temps do averyl e may, quant les prées e les ihc Ui^oi) ,.1 
" herbes reverdissent , e chescune chose vivaunte recovre ver- '.y'Vh'' \\\*i''i"t 
" tue, beauté e force, les mountz e les valeys retentissent des ^"'"^ ''*•'''>• p ■ 
" douce chauntz des oseylouns, e les cuers de chescune gent, 
" pur la beauté du temps e la sesone, mountent en haut e 
« s'enjolyvent; donqe deit home remenbrer des aventures 
« e pru esses nos auncestres, qe se penerent pur honour en 
» léauté quere, et de teles choses parler qe à plusours purra 
" valer. » 

Après ce préambule, nous sommes transportés au temps 
de la conquête d'Angleterre par Guillaume le Bâtard. Le 
nouveau roi a pour premier compétiteur Yvain Goynez, 
prince de Galles, qui voulait profiter de l'exemple pour ar- 
rondir ses domaines. Guillaume ne le lui permit pas; il 
marcha contre lui, le refoula dans ses montagnes, et confia 



108 HISTOIRE 

la garde des marches ou frontières coiislainineiit mena- 
cées à ceu'i de ses compagnons dont il avait éprouve la 
valeur et la fidélité. Shrewsbury fut donné cà Tioger de lîe- 
lesme, fondateur du chcàteau de Dynan, devenu plus tard 
la ville de Ludlow. Après la mort de Hoger, Henri I", suc- 
cesseur de Guillaume, en refusa l'investiture à ses enfants, 
au profit d'un autre bon chevalier, nommé sir Josse, dès lors 
désigné sous le nom de Josse de Dynan. 

Guillaume le Bâtard avait encore, suivant le romancier, 
donné la cité de Blancheville à Payen Peverel, qui favait 
conquise sur les démons. Voici comme un Breton en ra- 
conte ici riiistoire. Au temps de farrivée de Brut dans l'île 
d'Mbion, le géant (pii fliabilait, Geomago, avait été, comme 
on sait, précipité dans la mer par le Troyen Corineus, celui 
qui donna son nom à la Cornouaille. Alors un esprit infer- 
nal était entré dans le corps de Geomago, et, s'étant arrêté 
dans Blancheville, n'avait plus permis à un seul chrétien d'y 
séjourner. Quand le roi Guillaume se présenta devant les mu- 
railles de celte ville abandonnée, Payen Peverel lui demanda 
et oblint la permission d'aller délier le géant infernal. Il 
s'arme alors de lance et d'épée, prend un écu d'or à la croix 
d'azur et s'avance résolument. Dès qu'il a franchi la porte 
de la ville, le ciel se couvre, et le plus violent orage menace 
de renverser les murs. Peverel ne perd pas confiance, il fait 
une humble prière à la Vierge Marie; aussitôt paraît devant 
lui le soi-disant Geomago, armé d'une énorme massue, vo- 
missant des flammes dont toute la ville se trouve éclairée. 
Le combat ne dure pas longtemps, le géant manque son 
coup, Payen fait un signe de croix, tend son écu et frappe 
de son glaive le démon, qui fléchit et tombe sans pouvoir se 
relever. Chevalier, dit-il, ce n'est pas toi qui m'as vaincu; 
c'est la vertu de ton signe de croix. Payen désirant savoir 
comment il était entré dans le corps de (îeomago, le démon 
répond qu'il s'était arrêté dans Blancheville parce que là 
se trouvait enfoui le grand trésor jadis amassé par le vrai 
Geomago. — Quel est ce trésor, demande Peverel; où est-il.^ 
- - Il consiste en bœufs, chevaux, paons et cygnes, en or 



DE FOUKE FITZ WARIN. 1()<.) 

émaillé, » liesgelté de fin or;» il y a de plus un taureau 
d'or, dans lequel je me plaçais pour faire mes devinailles 
f^t recevoir l'hommage dû à Geomago. Ne demande pas où 
gît ce trésor; la découverte n'en sera faite ni par toi ni par 
ton roi. Après cette réponse, l'esprit impur s'échappa du 
corps du géant, et le lendemain Guillaume donna à Peverel 
la ville qu'il avait si bien méritée. C'est encore aujourd'hui 
Wiltington, traduction de Blancheville. 

11 y avait dans l'armée du roi un autre chevalier de Lor- 
laine, appelé Guarin, Garin ou Warin de Metz, « moût re- 
« nomée de force c de bealté et de corteysie. « Son enseigne 
tHait de samit, ou drap de soie vermeille, à deux paons d'or. 
Le roi lui donna l'honneur et les revenus des villes d'Al- 
burbury et d'Alleston; et quand il eut ainsi pourvu à la 
garde de la frontière depuis Chester jusqu'à Bristol, il con- 
gédia ses barons et revint à Londres. 

Or Payen Peverel laissa en mourant ses fiefs à William, 
son neveu, qui conquit sur le prince de Galles Morlas, 
Ellesmere et d'autres terres. William avait deux nièces, 
Eleyne et Melette : la première fut mariée à Alain Fitz-Alaiu , 
avec la terre de Morlas. Pour Melette, la plus belle des deux, 
elle refusa tous ceux qui demandèrent à l'épouser, et quand 
son oncle voulut savoir auquel elle s'accorderait : « Sire, fit- 
« ele, il n'y a chevaler en tôt le mound que je prendroy pur 
"richesse e pur honour de terres; cely est riche qe ad qe 
" son cuer désire; mes, si je jamès nul averoy, il serra bel, 
' corteys et bien apris, e le plus vaylant de son corps de tote 
" la cristieneté ..." 

William Peverel fit donc crier en maintes terres, voisines 
et lointaines, que tous chevaliers qui voudraient montrer 
leur prouesse eussent à se rendre au château de Peverel, à 
la prochaine fête de Saint-Michel, pour y voir donner au 
mieux-faisant, avec la main de Melette, l'honneur et la sei- 
gneurie de Blancheville. 

Dans les tournois piimitifs, on n'accordait pas grande 
importance aux combats singuliers, livrés avec des armes 
plus ou moins courtoises. On opposait une " échelle, « ou 

TOMF. XWU. 2'i 



XIV .-.lECI.E. 
1'. lO. 



170 HISTOIRE 

troupe armée, à une autre échelle; on se mêlait, on se ren- 
versait, et, le nombre des chevaliers restés en selle dimi- 
nuant à chaque nouveau choc ou abordage, il ne restait à la 
fin du jour qu'un très-petit groupe ou même un seul cavalier 
sur les arçons ; c'est à lui qu'on décernait le prix de la jour- 
née, l^es épreuves se renouvelaient ordinairement le second 
jour, quelquefois le troisième. Plus tard, on fixa la jurispru- 
dence de ces jeux guerriers; on les réduisit à unr» succession 
de joutes isolées. Cependant on ne renonça pas toujours à 
l'usage primitil qui îaisait suivre les duels à la lance d'une 
mêlée générale, sorte de galop furieux qu'on appelait » lei 
'I trepigneis » et qui faisait de nombreuses victimes. C'est dans 
un de ces «trepigneis» que fut tué, en i25i, Guillaume, 
comte de Flandres, quelques mois après son retour de la 
Terre -Sa in te. 

Guarin de Metz, en apprenant le tournoi et le prix que 
William Peverel avait proposé, envoya vers son cousin, le 
duc Jean de la petite Bretagne, pour lui demander s'il vou- 
drait le seconder dans cette épreuve. Le duc avait dix fils; 
ils arrivèrent accompagnés de cent chevaliers, pour tenir la 
partie de Guarin. Les concurrents se divisèrent en six échelles : 
le roi d'Ecosse, le prince de Galles, le duc de Bourgogne, 
le roi de Galloway, les chevaliers d'Angleterre et les bas 
Bretons sous la conduite de Guarin. Quand les dames furent 
montées dans une tour, d'où elles pouvaient suivre tous les 
mouvements de la grande lutte, les tambours, les trompes 
et les « cors sarrasinois " donnèrent le signal. « Là poeit-on 
« vere chevalers reverseez des destrers, et meynte dure coupe 
« donée et meynte colée. » Mais l'avantage demeura à la 
troupe de Guarin de Metz, que distinguaient les " surcots <> 
ou casaques de samit vermeil. Quand la nuit eut mis fin aux 
luttes, on s'enquit de l'échelle au samit vermeil; mais Guarin , 
au lieu de prendre hôtel dans la ville, avait fait dresser la 
tente de ses compagnons et la sienne dans la forêt voisine, 
où ils étaient retournés. La journée du lendemain s'ouvrit 
par quelques joutes, où Guarin eut encore le bonheur de 
faire vider les arçons au duc de Bourgogne. La belle Me- 



DE FOUKE FITZWARIN. 171 

XIV SIECl 

lette, qui n'avait pas |jerdu de vue le chevalier vermeil, et 
qui souhaitait déjà qu'il obtînt la récompense promise au 
mieux-faisant, lui envoya son gant, en l'invitant à bien le 
défendre. Guarin conserva dans la grande et décisive ren- 
contre l'avantage qu'il avait conquis la veille : sa compagnie i' 32 
resta maîtresse du ciiamp de bataille. « Dount jugement se 
" prist entre tous les grantz seignours et herrauts et disours, 
" que Guarin, que fust le chevaler aventurons, avereit le pris 
" del tornoy et Melette de la Blaunche-Tour. » 

Ainsi fut-il marié, et, sans doute avec l'agrément du roi 
Guillaume, investi de l'honneur de Blancheville. Nous nous 
sommes arrêté sur ces premiers incidents , parce qu'ils 
offrent quelques détails assez peu connus de fhistoire des 
tournois. Celui de Blancheville est apparemment de l'inven- 
tion du trouvère original; mais on ptnit assurer que, plus 
d'une fois, la main d'une riche héritière, dont le fief avait 
besoin d'être bien défendu , fut le prix de la siqiériorité ac- 
quise dans les tournois. Dans ces temps de guerres privées, 
il ne suffisait pas d'être le tenancier légitime d'une terre; il 
lallait persuader aux voisins qu'on saurait bien la défendre, 
et les tournois pouvaient avertir du danger de provoquer 
celui qui s'était si bien comporté dans ces rudes épreuves. 

Guarin eut un fils, qu'on appela Fouke : quand il eut sept P. 2/.. 

ans, on l'envoya à Josse de Dynan « pur apprendre; quar Joce 
« fust chevaler de bone aprise. . . H fu norry dans ses chaum- 
« bres ou ses enfaunts. » Messire Josse avait deux filles, la plus 
jeune nommée Hawise, du même âge que le fils de Guarin. 
Or Fouke touchait à sa dix-huitième année quand Josse de 
Dynan eut querelle avec Walter de Lacy, son puissant voi- 
sin. Un jour, le sire de Dynan monte au haut de son donjon r li. 
pour 11 surveire le pays, » et voit approcher \^'alte^ de Lacy à 
la tête d'une troupe formidable; il crie alarme, fait monter 
en selle chevaliers, sergents, bourgeois, et sort au-devant de 
l'ennemi. Le combat fut long et Walter fut obligé de reculer; 
mais, en voulant le poursuivre, Josse fut enveloppé. Du haut 
des tours de Dynan, la dame Hawise et ses filles le voyaient v. jS 
près de succomber : aux cris des dames, « Fouke Fitz-Warin 



XIV SIECLE. 



172 HISTOIRE 

>i s'en ala à Hawyse et demaunda pur quoi lesoit si uiounie 
« chère. — Tes-tey, fet-ele, poy resembles-tu ton père cpi'esl 
" si hardy et si fort, et vous estes coward et tousjours serrés. 
" Ne veiés-vus là mon seignour, qui granment vus ad chery 
" et suefinent norry, et est en peryl de mort; et vus, maveys, 
" alez sus et jus, et ne [vus] donez jà garde.» Le " valet," 
rouge de honte, descend aussitôt de la tour, aperçoit en la 
grand'salle un vieux haubert rouillé, l'endosse, enfourche 
un cheval de somme qu'il trouve dans l'élable près de la 
poterne du château; puis, une forte haclie danoise à la 
main, il arrive à l'endroit où son seigneur abattu de cheval 
allait (Mre mis à mort ou retenu prisonnier. Un des cheva- 
liers de Walter délaçait déjà le heaume de Josse; Fulke le 
lrap])e de sa hache et lui sépare féchine en deu\ : Josse 
remonte et ses hommes le rejoignent. Walter de Lacy et son 
parent Einaud d<^ Lis furent retenus prisonniers et conduits 
dans la grande tour de Dynan. 

Josse n'avait pas reconnu son libérateur, dont le heaume 
et le haubert rouilles semblaient indiquer un simple bour- 
geois. « Ami, lui dit-il, vous avez la prouesse d'un chevalier; 
"je vous dois la vie, je veux que vous restiez avec moi. 
" — Eh, sire, répond Fouke, je ne sui mie borgeis; ne me 
" connussez point? ,1e su Fouke vostre norry. » Josse lui 
lendit en pleurant les bras. Il n'est pas besoin de dire si au 
retour la mère et les deux fdles furent disposées à la recon- 
naissance pour le jeune et preux valet. 

Chaque jour, les trois dames allaient réconforter et dis- 
traire les deux prisonniers, accompagnées ordinairement de 
leur chambrière, une belle demoiselle nommée Marion de La 
Bruère. Ernaud de Lis trouva moyen, dans ces visites, de 
parler mariage à Marion, qui l'écoula avec complaisance : il 
promit de l'épouser dès qu'il aurait recouvré sa liberté. Pour 
hâter l'instant désiré, la demoiselle réunit et cousit plu- 
sieurs pièces de toile, et les deux prisonniers purent glisser 
fie la tour dans le verger et gagner le large. Le lendemain, 
quand le dîner fut corné, Josse de Dynan ordonna d'avertir 
les deux prisonniers de descendre, « quar tant honur ly 



DE FOUKE FITZWARIN. 173 

« feseit que nul jour ne voclra laver ne manger sans ly. » On 
lui (lit qu'ils avaient trouvé moyen de s'échapper : il ne 
parut pas s'en émouvoir. A quelque temps de là, les parents 
rt les amis des deux partis se réunirent pour ménager un 
accord entre Josse et Walter. « Ils pristrent un jour d'amour 
" e ileoqe furent totes grevances redressez, les parties accor- 
" déez, e devant les grants seignours furent entrebaysez. » 

I.e mariage du jeune Fouke, surnommé le Brun, avec 
llawise de Dynan suivit de près cet accord. Pour Marion de 
la Bruère, elle n'avait pas oublié les promesses d'Ernaud de 
Lis. Un jour, Josse de Dynan , ne croyant avoir rien à craindre 
de ses voisins, partit pour visiter ses terres de Hertlande 
avec toute sa «mesnie;» Marion feignit une maladie et ne 
suivit pas les dames. Dès le .lendemain elle envoya vers son 
ami Ernaud pour l'avertir de l'absence de messire Josse : il 
pouvait en toute confiance se présenter devant le donjon. 
En même temps elle lui faisait passer un fil de soie de la 
longueur de féchelle de cuir, dont il aurait à se munir et 
(fu'elle attacherait facilement aux créneaux. Ernaud lui fit 
(lire de l'attendre à la quatrième nuit; et, sans perdre un 
instant, il va trouver Walter de Lacy : Sire, lui dit-il, vous 
savez (pie Fouke, le fils de Guarin, a épousé Hawise de Dy- 
nan; ils ne sont pas en ce moment à Dynan, ils en sont 
sortis pour assembler un ost qu'ils entendent conduire de- 
vant votre château d'Evv'gas. Je l'ai su par un message de 
celle que bien connaissez. Walter refusa d'abord d'ajouter foi 
à cette nouvelle; il ne croyait pas Josse capable d'une telle 
félonie. Ils s'étaient entrebaisés, et pour rien au monde il ne 
voudrait donner à ses pairs le droit de l'accuser d'avoir en- 
freint le premier la paix : Sire, reprend Ernaud, je suis votre 
homme, j'ai dû vous avertir du danger qui vous menace; 
quand vous en aurez subi le dommage, vous ne m'accuserez 
pas de vous favoir caché. Walter devint pensif : — ■ Que 
voulez-vous donc que je fasse, Ernaud.»* — Ecoutez-moi, 
j'irai vers Dynan bien accompagné, je me rendrai maître du 
château et nous effacerons ainsi la honte de notre prison; car, 
" seit à droit ou à tort, home se deit de son enemy venger. » 



XIV SIECLE. 



17/j HISTOIRE 

V' SIKCI.F.. 

i-'^cy finit par approuver le plan de son perfide conseiller, 
et, la nuit venue, Ernaud fit cacher bon nombre de sergents 
dans le verger et le bois voisin de Dynan; il approcha de 
la tour avec un écuyer porteur d'une longue échelle de cuir, 
que Marion de la Bruère, à l'aide d'une corde, fit lever jus- 
p. 13. qu'à elle. Ernaud monta : « Lors prist sa amye entre ses 

Il bras... et s'en alerent en une autre chambre et soperent, 
« pus allèrent cochier. . . Et l'esquier qui porta l'eschiele alla 
« por les chevaler qe furent embuchez en le jardyn, et les 
" amena à l'eschiele. Cent homes bien armés mounterent et 
« s'en avalèrent de la tour par le mur; troverent la geyte so- 
« moilant e ly ruèrent jus en la profonde fosse. » Les hommes 
de garde surpris dans leur lit furent également mis à mort. 

Ernaud était endormi près de son amie quand ses hommes 
achevaient ce bel exploit. Aux cris des victimes, Marion 
s'éveille et reconnaît avec épouvante la trahison dont elle 
est la cause. Elle se tord les mains, arrache ses cheveux et 
tout en pleurant se jette sur l'épée d'Ernaud : Sire cheva- 
lier, dit-elle, éveillez-vous : vous avez amené sans congé 
une étrange compagnie dans le château de mon seigneur. 
Vous m'avez trompée, mais au moins ne direz-vous pas à 
une autre amie que vous ayez par moi conquis le château 
de Dynan. Et comme Ernaud se dressait à demi, elle le 
frappe de fépée par le milieu du corps et le fait retomber 
sans vie. Puis elle ouvre une fenêtre et se précipite du haut 
de la tour. Ainsi fut pris le château de Dynan, ainsi mouru- 
rent Ernaud de Lis et la pauvre Marion de la Bruère. 

La guerre fut donc rallumée entre Josse, Fouke et Walter 
de Lacy. Fouke parut Jiientôt avec bon nombre de chevaliers 
devant le château de Dynan. Il resta plusieurs mois sous les 
murs sans v faire la moindre brèche. Pour Walter de Lacy, 
craignant de manquer de vivres, il eut recours au prince 
de Galles, Yervvard : il lui représenta que, le château de Dy- 
nan étant de son domaine, le roi d'Angleterre n'avait pas eu 
le droit d'en investir un de ses hommes. Le prince conduisit 
devant Dynan vingt mille Ecossais, Irlandais et Gallois. 

Dans un des nombreux combats que les assiégeants sou- 



DE FOUKE FI'IZ-WARIN. 175 

tinrent contre ces redoutables auxiliaires, Josse fut abattu de 
cheval, foulé aux pieds et retenu prisonnier. On le condui- 
sit dans la tour où VValter de Lacy avait été lui-même gardé. 
Fouke, gravement blessé, eutgrand'peineàse traîner jusqu'à 
Gloceslre, où se trouvait le roi Henry. « Come yl approcha 
>< la ville, si fust le roy après soper alaunt sey dedure en un 
" prée; si vist Fouke venant armé al chyval, e moût poinou- 
« sèment chyvalchaunt, quar yl erl feble e son destrer las. 
c< — Atendonis, fit le roy, jà orromsnoveles. — Fouke vint tut 
«à chyval al rey; quar yl ne poeit descendre; si counta le 
« roy enterenient tôle la aventure. Le roy rouly les oyis 
« mou ferenient e dit qu'il se vengereit de tels malfesours. » 
11 mit Fouke entre les mains de ses médecins, et conduisit 
lui-même auprès de la reine les dames Melette et Hav^^ise, la 
mère et l'épouse de Fouke. Ce fut dans les chambres de la 
reine qu'Hawise mit au monde un fils qu'on baptisa sous le 
nom de Fouke Fitz-Warin, et qui devait bien faire parler 
de lui. 

Grâce à l'intervention du roi, qui préparait une nouvelle 
campagne contre les Gallois, la paix se fit entre les Filz- 
Warin et les Lacy. Josse de Dynan sortit de prison et mou- 
rut peu de temps après. Fouke le Brun, comblé des faveurs 
du roi, fut investi de la charge de connétable, et conduisit 
l'armée royale sur les marches de Galles. Après quatre an- 
nées de guerre, Henri et le prince de Galles, Yerward, pri- 
rent pour arbitre de leurs différends le roi de France. « Si 
« furent entrebeysez et accordez. » Jonette, la fille du roi, à 
peine âgée de sept ans, épousa Lewis, le fils d'Yerward, et 
Fouke reçut le fief d'Alleston en échange de Maylor et de 
Blancheville. 

Nous arrivons aux gestes du troisième héros, Fouke Fitz- 
Warin, nourri, ainsi que ses quatre frères, dans la maison 
du roi Henri II. Ce dernier prince avait quatre fils : Henri, 
Richard, Jean et Gaufrey, tous vivant en bon accord avec 
les jeunes P'itz-Warin; mais une querelle soulevée au jeu 
des échecs rendit Jean sans Terre l'implacable ennemi de 
Fouke. « A vint, dit notre auteur, qe Johan et Fouke tut 



\IV SIECl.K. 



17fi HISTOIRE 



«soûls sislrent en une chambre, juaunls a eschekes. Jolian 
« prist le eschelker, si fery Fouke grant coupe. Fouke se 
« senti blescé, leva le piée, si fery Johan en my le pys, qe 
Il sa teste vola contre la parye, qu'il devynt tut mat et se 
«palmea. » Jean, devenu roi, n'était pas d'humeur à oublier 
une telle injure, et son mauvais vouloir fil d'un fidèle sujet 
le plus redouté de ces « forban nis » dont notre mot forban 
rappelle encore les habitudes de violence et de brigandage. 

Fouke Fitz-Warin, armé chevalier par le roi Richard, 
passa aussitôt en France avec ses frères « pur querre pris 
\K6i. «et los. 11 Quand leur père mourut, le roi Richard leui 

manda de venir recueillir leur héritage féodal, et, a\ant de 
partir pour la Terre-Sainte, il confia à Fouke Fitz-Warin la 
garde des marches de Galles, que Jean sans Terre, à peine 
couronné, ne manqua pas de lui enlever pour la donner à 
Moris de Powis, devenu l'ennemi de Fitz-\A arin depuis que 
celui-ci était en possession de Blancheville. 

Fouke, apprenant sa disgrâce, alla trouver le roi Jean 
avec ses quatre frères : en présence de sire Moris, il réclama 
l'honneur de Blancheville, ou du moins le jugement en cour 
de justice du droit qu'il prétendait y avoir. Moris se levant 
p. 68. aussitôt: «Sire chevaler, dit-il, molt estes fol; si vus dites 

« qe vos avés droit à Blauncheville, vus y mentez. Sire Wii- 
"lam, le frère Fouke, sauntz plus dyre, sayly avaunt, si 
•I féry de la poyn en my le vys sire Morys, que tuf devint 
'< senglant. « Les chevaliers s'entremirent et la noise fut ap- 
paisée; mais Fouke Fitz-Warin, s'adressant au roi, témoin 
ibid. silencieux de cette scène : « Sire roy, vus estes mon lige 

' seignour, e à vus fu-je lie tant come je tien terres de vus; 
" e vus me dussez meyntenir en resoun, e vus me faylez de 
« commun ley; onqe ne fust bon rey qe deneya cà ses franke 
« tenaunts ley en sa court : pur quoi je vus renke vos ho- 
" mages. Et à celé parole s'en parti de la cour et vynt à son 
'< hostel. 11 

Cette façon de renonciation féodale, qu'on retrouve dans 
la chanson des Lorrains et dans celle de Guillaume d'Orange, 
fut en réalité fort usitée du xii*^ au xiv'' siècle. C'est ainsi que 



DE FOUKE FITZ-\VAI\IN. 177 . , 

XIV SIECL 

Froissart nous dit comment le comte de Salisbuiy, indigné 
de la violence faite à la comtesse sa femme, renonça à toutes 
les terres dont il devait hommage à Edouard III. 

Pendant que Jean ordonne la saisie des domaines de 
Fouke, les cinq frères passent la mer et séjournent quelque 
temps dans notre Bretagne; puis ils reviennent en Angle- 
terre, s'établissent dans les forêts voisines du pays de Galles, 
et là ne cessent de harceler et détrousser tout ce qui, de 
près ou de loin, tient au roi Jean ou bien aux nouveaux 
possesseurs de leurs anciens fiefs. Malheur aux marchands 
chargés d'objets destinés à la cour! Il leur faut, pour ra- 
cheter leur vie, abandonner tout ce qu'ils transportent; et 
Fouke, en leur permettant de s'éloigner, a soin de leur re- 
commander de saluer le roi.de sa part et de bien le remer- 
cier des bonnes lobes, des riches montures, des belles armes 
qu'il lui fournit. Jean, furieux, envoyait contre eux les plus 
hardis chevaliers, qui revenaient toujours en paraissant re- 
gretter de n'avoir pu les joindre, mais satisfaits en secret 
d'avoir évité une rencontre aussi périlleuse. 

Certain jour, dans la forêt de Kent, un messager qui che- p. 78. 

vauchait jolyvement chauntant, « les reconnut et alla préve- 
nir à Cantorbery cent chevaliers chargés de les poursuivre. La 
forêt fut entourée, mais ce fut inutilement; les « forbannis, » 
après avoir tué ou blessé ceux qui voulurent les arrêter, ga- 
gnèrent une abbaye et se la firent ouvrir de force. Fouke alors, 
sans perdre de temps, endosse la robe d'un vieux moine et 
rentre dans la forêt tout en chancelant, appuyé sur une crosse 
ou potence. Les chevaliers du roi l'aperçoivent : « Damp vieil- 
lard, lui demande un d'eux, avez-vous vu passer des gens 
armés? — Oui, et Dieu leur rende le dommage qu'ils nous 
ont fait! Ils ont forcé notre porte, au nombre de plus de 
vingt, et comme je n'avais pu me ranger assez vite, ils m'ont 
foulé sous les pieds de leurs chevaux. — Consolez-vous, 
damp moine, vous serez bientôt vengé. » Il en fut encore 
autrement. Sur les avis du faux moine, les chevaliers du roi 
s'étaient dispersés dans la forêt pour être plus sûrs d'arrêter 
les bandits. Quand les quatre frères et leurs amis les voyaient 

TOME X.WII. 2 3 



ÏIV SIECLE. 



178 HISTOIRE 

approcher, ils fondaient à l'improviste, nouveaux Quatre- 
Fils-Aimon, sur chacun d'eux. Il n'en revint qu'un petit 
nombre à Canlorhery. 

Comme ils ne s'en prenaient qu'aux gens du roi, les ha- 
bitants du pays ne les redoutaient guère et se plaisaient à 
raconter leurs bons tours et leurs exploits; ils n'étaient pas 
même éloignés de faire avec eux cause commune, Jean 
étant généralement haï ou méprisé, comme mauvais cheva- 
lier, suborneur de jeunes fiUés et suzerain parjure. L'ar- 
chevêque Hubert de Cantorbery lui-même n'eut pas le 
moindre scrupule en proposant à Fouke un riche mariage. 
L'ayant invité à venir le trouver : « Vus savez bien, lui dit-il. 
Il qe sire Thibaud le Botiler mon frère est à Dieu coman- 
•' dée, et avoit esposée dame Mahaud de Caus, une moût 
« riche dame et la plus bêle de tote Engletere. Et le roi 
«1 Johan la désire taunt pur sa bealté que à peyne ele se puet 
" garder de ly. Vus la verrez , e je vus prie, cher amy Fouke, 
« et comant sur ma beneysoun que vus la prenez à espouse. 
"Fouke vist la demoiselle et savoit bien qe ele fust bêle, 
« bone et de bon los, el qe ele avoit en Irlaunde fortz chas- 
«tels, cités, terres et rentes et grants homages. Par assent 
« \A illam son frère esposa dame Mahaud de Caus. » 

A peine se donna-t-il le temps d'épouser : il revint dans 
la foret à ses compagnons, qui, en apprenant ce qu'il avait 
fait, ne lui épargnèrent pas les railleries. «Bel Hoscbaundc , 
disaient-ils, où retiendrez-vous voire femme? Comptez-vous 
nous l'amener dans le bois? Dieu grand bien vous fasse à 
elle et à vous!» Et chacun de rire à qui mieux mieux. A 
vrai dire il n'eut longtemps avec sa nouvelle épouse que 
des entrevues rapides et fort éloignées l'une de l'autre. 

Nous ne raconterons pas tous ses hauts faits. Tantôt il 
évitait la poursuite du roi en retournant le fer de ses che- 
vaux; tantôt il faisait déguiser Jean de Rampaigne, un de 
ses compagnons, en jongleur, et par de faux avis poussait 
dans le piège sir Moris de Powis, son plus ardent ennemi; 
tantôt averti qu'un autre «forbanni,» Pierre de Bruvyle, 
rançonnait les bourgeois et la menue gent au nom de Fouke 



DE FOLKE FITZ-WARIN. 179 

Fitz-Warin, il parvenait à le surprendre et à le mettre à 
mort, lui et ses complices. 

Sir Moris, qu'il venait de tuer, appartenait à une famille 
puissante, qui allait augmenter le nombre déjà grand des 
ennemis des \\ a ri n . Ils prirent donc le parti de réclamer la pro- 
tection et l'asile du jeune prince de Galles, Lewis, époux de 
Jonette, la sœur du roi Jean. Cette princesse, avec laquelle 
ils avaient été nourris, leur était restée favorable. Le prince 
leur fit bon accueil; il chargea* même Fouke de conduire l'est 
qu'il opposait à son redoutable voisin, le fils de Moris de Povvis. 
Fouke fit mieux que de vaincre leur commun ennemi : il 
ménagea une réconciliation sincère entre le prince de Galles 
et sir Moris, celui-ci consentant à rendre aux Fitz-Warin 
leur château de Blancheville, dont Fouke fit hommage à 
Lewis. A quelque temps de là, Jonette l'avertit que le prince 
avait reçu du roi Jean une lettre où il offrait de lui rendre 
tout ce que ses ancêtres avaient possédé sur les Marches, 
s'il voulait abandonner et livrer Fouke Fitz-Warin. Le prince 
n'avait parlé de cette lettre qu'à Jonette. Dans fincerlitude 
du parti qu'il allait prendre, Fouke avertit ses frères, et, 
sans prendre congé, ils gagnèrent Douvres et de là passèrent 
en France. 

Après y être restés inconnus, le roi Philippe, témoin 
plusieurs fois de leurs beaux coups de lance dans les tour- 
nois, voulut savoir le nom du plus vaillant des quatre : 
«Sire, lui dit Fouke, je suis Anglais et j'ai nom Ami des 
bois. — Connaissez-vous, reprit le roi, le fameux Fouke 
Fitz-Warin? — Oui, sire. — De quelle taille est-il? — Dé 
la mienne. — Oh! reprit le roi, s'il n'a pas sur vous l'avan- 
tage de la taille, il n'a pas non plus celui de la prouesse. 
Ami des bois? Non, vous êtes Fouke, le fils Warin. — J'en 
conviens, sire. — Sachez donc, Fouke, que le roi Jean vous 
réclame; mais si vous voulez demeurer avec moi, je vous 
donnerai plus de terres que vous n'en aviez en Angleterre. 
— Sire, celui qui n'a pu garder ses propres terres n'est pas 
digne de tenir celles des autres. » Et il demanda congé. 

En arrivant au bord de la mer, il trouva un navire dans 

23. 



11V SIECLE. 



180 HISTOIRE 

lequel le pilote consentit à le recevoir, lui, ses frères et les 
compagnons de leur fortune. Ce pilote avait nom Mador de 
Russie. Mador, » lui dit Fouke avant d'entrer, « savez-vus 
" bien mener et amener gentz par mer en devere régions? 
" — Sire, il n'y ad terre par la cristieneté que je ne saveroy 
"bien mener nef. — Certes, fet Fouke, molt avès perilous 
<i mester. Dy-moi, bel douz frère, de quel mort morust ton 
Il père? — Sire, neyez fu en la mer. — Cornent ton aël? 
" — Ensement. — Cornent ton besael? — En meisme la 
« manere, e tous mes parents que je sache, tanqe le quart 
« degrée. — ; Certes, dist Fouke, molt estes fol hardys, qe 
" vus osez entrer en la mer. — Sire, fet Mador, pour quoy? 
>i chescune créature avéra la mort qe ly est destinée. Sire, si 
«vus plet, responez à ma demande. Où morust ton père? 
« — Certes, en son lyl. — Où ton aël? — Ensement. — Où 
Il vostre besael? — Certes, trestous que je sai de mon lignage 
Il morurent en lur lytz. — Certes, fet Mador, depus que tôt 
Il vostre lignage morust en lyts, j'ay grant merveille qe vus 
Il estes osée d'entrer nul lyt. Donqe, entendy Fouke que ly 
Il mariner ly out vérité dit, que chescun home avéra mort 
Il tiele come destinée ly est. » Ce dialogue a souvent été re- 
nouvelé, mais il pourrait bien se trouver ici pour la première 
fois. 

Aidé des bons conseils de Mador, Fouke fit construire à 
ses frais une autre nef dont il voulut être le maître. Elle lui 
permit de désoler durant plusieurs années les côtes d'An- 
gleterre et d'Ecosse. Le trouvère le fait courir d'aventure 
en aventure. C'est d'abord une population de voleurs qu'il 
parvient à exterminer, apparemment pour éviter toute con- 
currence. Il combat les monstres hideux que saint Patrick 
avait enfermés dans une caverne après les avoir chassés 
d'Irlande. Car depuis lors, ajoute-t-il, «nulle beste veny- 
« mouse ne habite la terre d'Yrlande si noun lesartes des- 
« cowés. i> 

En Ibérie ou terre de Carthage, le romancier renouvelle 
en sa faveur le combat d'Artus contre le géant du Mont- 
Saint-Michel; si ce n'est qu'au lieu du géant venu d'Espagne, 



DE FOU RE FITZ WAHl.N. 181 

c'est un énorme dragon qui a enlevé la belle Idoine, fille du 
duc de la contrée. Fouke tue le monstre après un long 
combat assez bien raconté, et ramène Idoine à son père : « Li 
" duc li pria qu'il volsist demorer en le pays, et il li dorroit 
" tote Cartage ou sa fille en mariage. Fouke ly mercia fine- 
" ment de cuer et dit que volenters prendreit sa file, si sa 
« cristieneté le poeit sofîrir; quar femme avoit esposée. » 

Il quitta le pays, chargé des riches présents du duc de 
Cartilage, et en touchant aux rivages d'Angleterre il eut soin 
de recommander à Mador de croiser dans les environs jus- 
qu'à son retour. Dans la forêt de Windsor, où il se tapit 
avec ses compagnons, il prend les habits et la fourche d'un 
charbonnier, rencontre le roi chassant et l'entraîne dans une 
embuscade où ses compagnons lui font promettre de rendre 
à Fouke Fitz-Warin ses terres et ses honneurs. Jean, pour 
sauver sa vie, jure tout ce qu'on lui demande; mais, revenu 
dans son palais, il rend compte à ses barons des serments 
qu'on lui a arrachés de force, et qu'il ne se croit pas obligé 
à tenir. Il fait armer tous ses chevaliers. Un d'eux, James 
de Normandie, cousin du roi, demandait à conduire lavant- 
garde, car, ajoute-t-il, les barons anglais sont presque tous 
parents de Fouke et le laisseraient échapper, n Par foy, sire 
« chevaler, dit Raoul, comte de Chester, sauve le honour 
« nostre signeur le roy, noun pas vostre, vous y meniez! et 
« ly vodra aver féru del poyn le counte Raoul de Chester, si 
« le mareschal n'eust esté. . . Alloms, dit le mareschal, pur- 
" suive sire Fouke, doncqe verra le roy qui se feyndra pur 
« le cosynage. » 

Dans cette chevauchée, le comte Raoul, tout en étant 
parent des Fitz-Warin, se comporta vaillamment. Les che- 
valiers normands y furent tous tués, à l'exception de mes- 
sire James de Normandie, qui, retenu prisonnier, fut 
obligé de troquer ses armes contre celles de Fouke : « Se ar- 
« merent sire James de les armes sire Fouke, et lyerenl sa 
« bouche, qu'il ne poeit parler. » Fouke, ainsi travesti, vint 
hardiment présenter au roi celui qu'il nommait Fouke Fitz- 
Warin. Jean, ravi d'une si belle prise, voulait baiser Fouke sur 



XIV blECLK. 



MX Ml.CI.K 



182 MI.ST0I1U>: 

la bouche; le laiix .lames s'en défendit en disant qu'après 
lui avoir amené Fouke il devait chevaucher à la poursuite 
de ses complices. A peine éloigné, le roi ordonne de pré- 
parer le gibet de l'odieux prisonnier, et l'on devine sa fureui- 
fMiand, ayant lait delacher le heaume du prétendu Fonke, il 
reconnaît James de Normandie. 

Ce fut aux gens du roi à battre une seconde fois la forêt. 
Ici nous avons une scène belle et touchante. Fouke avait 
bientôt rejoint les siens; plusieurs avaient été mis hors de 
combat, et son frère William était trop gravement blessé 
j)()ui qu'on pût le nnictln^ eu selle. En voyant approcher les 
liommes du roi, il supplia Fouke de lui couper la tète et de 
l'emporter, pour ne pas laisser deviner au roi de cjui était le 
corps. Fouke, au lieu de l'écouter, fondait en larmes, f[uand 
parut le comte de Chest<n\ qui le conjura de se rendre et se 

1" i5'i. porta garant du pardon du roi. « Fouke dist que ce ne feroit 
" pur tut le aver du mounde : mes, sire cosyn, pur l'amour 
■I de Dieu, je vus prie qe mon frère qe Là gist, fjuant il est 
" mors que vus facez enterrer son cors, c[e bestes sauvages ne 
" le devourent, et les nos, quant mort seronmes. Pieturnez, 
" cher sire, à vostre seignur le roi et fêtes à ly vostre service, 
«sans fcyntise et sauns avoir regard à nus, qe sûmes de 
<i vostre sang; et nos receverons ore ici la destiné que à nos 
" est ordinée. Le comte tout en plorant retourna à sa 
>■ isrcyné. " Ajoutons que, dans la chasse continuée, le comte 
de Chester conduisit constamment l'attaque; il y perdit son 
cheval et vit mourir à ses côtés une partie de ses chevaliers. 
Fouke, à son tour gravement blessé, fut en grand danger 

p. lâo. d'être pris. « Et Johan son frère sayly derere Fouke sur le 
« destrer et ly sustynt, qu'il ne poeit cheyer; et se mistrent 
Il à fuyte. " 

Les cjuatre frères parvinrent à gagner la mer et retrou- 
vèrent le pilote Mador, qui les attendait patiemment. Ils 
s'embarquèrent et abordèrent dans une île d'Espagne, vers 
Carthage, c'est-à-dire Carthagène. Mais Fouke, que ses bles- 
sures empêchaient de suivre ses compagnons, fut laissé 
dans la nef. Bientôt s'éleva une furieuse tempête; les cordes 



DE FOUKE FITZ-WARIN. 183 

de l'ancre se rompirent, et le navire, emporté en haute 
nier, fut enfin jeté sur les côtes de la ville de Tunis, en 
Barbarie. 

Fouke, aussitôt entouré de mécréants, lut conduit devant 
le roi Mesobrin, qui raccueillil mieux qu'il n'espérait. La 
princesse Isorie, sœur du roi, ne tarda pas à sentir de 
l'amour pour lui. Afin d'adoucir ses regrets et ses douleurs, 
" ele prenoit sa harpe qe molt riche fusl, e fist descaunz et 
Il notes (lisez motés) pur ly solacer. » Elle lui apprit que la 
belle Idoine de Carthage, celle qu'il avait jadis arrachée 
aux rudes étreintes dun dragon, était venue attacjuer le rcji 
Mesol^'in et lui avait proposé de confier à deux chevaliers le 
soin de décider en champ clos cjui devrait, d'elle ou de lui, 
garder l'honneur de Tunis et de Carthage. Fouke, guéri de 
ses blessures, ofirit de soutenii' le parti du roi, si le roi vou- 
lait promettre de recevoir \p liaptême, quand le champion 
de la duchesse aurait crié merci. Mesobrin prit cet enga- 
gement, et le hasard, qui joue dans les romans un si grand 
rôle, voulut c|ue le défenseur de la duchesse de Carthage fût 
le propre frère de Fouke, Philippe Fitz-Warin, dit « le Houx. " 
Les deux champions se reconnurent au milieu du combat, 
et, sans en attendre le résultat, le roi de Tunis consentit 
à recevoir le baptême. De son côté, la duchesse Idoine ne 
refusa plus d'épouser un prince devenu chrétien, et c'est 
ainsi que le duché de Carthage fut uni au rovaume de Tunis. 
On doit avouer que l'histoire n'a tenu aucun compte de ce 
grand événement. 

De Barbarie, Fouke et Philippe reviiuent en Angleterre, 
bien armés, bien montés, sulïisammenl munis d'or et 
d'argent monnayé. Ils y retrouvèrent leur frère William Fitz- 
VVarin, parfaitement rétabli de ses blessures, mais prison- 
nier du roi. Après un nouveau tour joué par Jean de luim- 
paigne, et qui leur permit de délivrer William, ils passent 
une seconde fois en basse Bretagne, retournent en Angle- 
terre et vont de nouveau surprendre à la chasse le roi Jean. 
Pour le coup, et nos lecteurs n'en seront pas fâchés, « le roy 
« lur pardona tôt son mautalent et hir rendi tote lor heri- 



184 HISTOIIΠ

;iv' siEti.K. 

» tage. n Fouke consontit à demeurer à la cour un mois 
entier; puis il reprit avec ses frères possession d'Ashdown, 
Wanting, Alberbury, Abingdon et Blancheville. 11 retrouva 
dans cette dernière place sa femme Mahaut de la lîoclie, 
et ses enfants, dont, après une absence si longue, le nombre 
ne s'était pas accru. 11 distribua les trésors rapportés de 
Tunis entre ses chevaliers et maintint en grand honneur 
ses domaines. 

1». 17S Le romancier lait remarquer qu'il fut «bon viandour e 

"large," c'est-à-dire, nous supposons, grand ami de la 
bonne chère, il eut pu ajouter : bon hospitalier, car il avait 
fait passer le grand chemin à travers son manoir d'Allestou 
« pur ce que nul estraunge y dust passer, s'il n'avoit viaunde 
<c ou herbergage ou bien du suen. » 

I'. 171; Enfin "il se purpensa cpi'il avoit grantement meserré 

« contre Dieu, comme en occision de gents et autres grauntz 
" melTets; et en remissioun de ces pecchiés founda une prio- 
« rie en le honour de Nostre Dame Saincte Marie de le ordre 
« de Grantmont, près de Alberbury; si est appelée la novele 
" abbaïi . .> Pfu de temps après, Mahaut de Caus, sa femme, 

p. .77 mourut, et, « bone pièce après, » Fouke épousa Clarice d'Au- 

berville, de laquelle il eut encore de beaux et vaillants en- 
fants. Une nuit qu'il reposait près de Clarice, il s'endormit 
en pensant aux méfaits de sa jeunesse. Une grande clarté 
pénétra dans sa chambre, et il entendit une voix éclatante : 

!'. 178. « Vassal, Dieu consent à te donner la peine de les péchés en 

«ce monde et non dans l'autre.» La clarté disparut, et le 
lendemain Fouke reconnut qu'il était aveugle. Ainsi le fut-il 
jusqu'à la fin de ses jours, c'est-à-dire pendant encore sept 
années. On le mit très-honorablement en terre dans la 
" Nouvelle abbaïe » qu'il avait fondée : 

Joiibto \o ;iuté gist le cors. 

Dieu ait niprci do tous, vifs pt morts! \meri. 

.Ainsi finit ce roman, qui n'est assurément pas dépourvu 
d'intérêt ni d'originalité. Nous reconnaissons dans l'auteur 
un trouvère Anglo-Saxon de naissance. Fn parlant de Guil- 



DE FOUKE FITZ-VVARIN. 185 



XIV SIECI.E. 



laume le Conquérant : « Il vint , dit-il , ou grant gent et pueple p 2 

« ants nounbre en Engleterre, e conquist à force tote la 
« terre e ociit le roy Heraud, ... et si estably leys à sa volonté, 
" e dona terres à diverse gentz qe ou ly vindrent. » Toutes 
ses sympathies sont pour les princes de Galles contre les 
rois de la race normande; il donne le beau rôle aux parents 
anglo-saxons des Fitz-Warin, dans leur querelle avec les 
barons normands. D'ailleurs, la rudesse de son style, l'igno- 
rance complète qu'il témoigne des habitudes grammaticales 
et orthographiques généralement suivies en France, tout 
tend à nous persuader qu'il n'avait jamais appris en France 
à parler français. Mais, pour être incorrect, son style n'en 
est pas moins précis, vif, énergique. L'intérêt de son récit 
vient des faits qu'il raconte, non du moindre artifice pour 
les présenter dans le jour le plus favorable. Quelques-unes 
de ses expressions peuvent mériter d'être rappelées, bien 
qu'elles n'aient pas été tout à fait inusitées en France. Ainsi 
De par Dieu! pour répondre d'une façon affirmative. Quand 
il rencontre le valet qui doit le conduire dans une caverne 
de voleurs : « Sire, fit le vadlet, j'ay un sergent en la mon- i' li? 

" taigne, ne vus peisc si je corne por ly. — De par Dieu! 
" fit Fouke; et le juvencel corna. » 

Par le mot «latin,» on doit toujours entendre non la 
langue latine, mais toute langue étrangère. De là le mot de 
" latinier, « interprète ou truchement. Le repaire des voleurs 
dont nous venons de parler se trouvait dans une île située 
entre l'Ecosse et l'Irlande, où le langage n'était rien moins 
que pur anglais ou français : « A laut virent un juvencel gar- H"! 

"dant berbis; et quant vist les chevalers, s'en ala vers eux 
" e les salua de un lalyn corrumpus. " L'auteur entend as- 
surément ici un langage obscur, difficile à comprendre, et 
qui dans tous les cas n'avait rien de commun avec la latinité. 

On ne connaît aujourd'hui qu'un seul manuscrit de ce 
curieux ouvrage. Il est conservé dans le musée Britannique. i^m su,. 
Le premier érudit qui semble en avoir reconnu la valeur "*' " 
historique et littéraire est M.Thomas Duffus Hardy, qui, 
il y a quarante ans, invita M. A. Bergbrugger, depuis cor- 



TOME XUVII. 



. . 180 HISTOIRE DE FOUKE FITZ-WARIN. 

XIV SIECLK. 

respondant de notre Académie et bibliothécaire à Alger, 
d'en faire une transcription qui fut imprimée à un très-petit 
nombre d'exemplaires pour Samuel Bentley, à Londres. 
Cette édition n'a pas été mise dans le commerce, si nous 
en croyons M. Francisque Michel. C'est à la louable acti- 
vité de celui-ci que nous devons la seconde édition, parue 
en 18^0 à Paris sous ce titre : Histoire de l'^nihiiics Fil:- 
IFarii) , piihhcc d'après un nudinscrit du muscc ]>rit(tni)iqu<'. 
Paris, Silvestre, i84o. Le texte ancien, reproduit avec 
l'exactitude à laquelle le savant éditeur nous a accoutu- 
més, est précédé d'une introduction trop courte, qui ne 
Lciai.ji Ai.tiq. nous a pourtaul pas été inutile, et suivi d'extraits que l>e- 

(Ir reb. Britann. il-, •11' 1 I • ■• 1' 1 • 

< oiiecian.n , éd. ''^nd avait rccueillis dans deux anciens poèmes, 1 un anglais 
Th. Hparn. 1711. pj l'autre français, sur les gestes de Guarine [sic) et de ses 
enfants. M. Fr. Michel nous dit, dans son introduction, que 
M. rii. Wright préparait, de son côté, une seconde édition 
du même ouvrage, et qu'elle devait former la première par- 
tie de l'Histoire de la ville de Ludlow, le Dynan de notre 
roman. Elle a été effectivement publiée en i855, in-8", 
sous ce titre: The Ilistory 0/ Full, Fitz-Jf ann , an nutlawcr 
baron in thc rcicjn of Kincj John, with an cnghsh translation 
and cxpJanatwns and illustrât ivc notes. Londnn ,Jor llie JJ^arlon 
club; in-S". Nous avons pu nous procurer cette édition, faite 
exclusivement (et tirée sans doute à un fort petit nombre 
d'exemplaires) pour une société particulière. Nous devons 
reconnaître que l'édition de M. Th. Wright nous a permis 
d'ajouter quelques nouvelles lumières à l'histoire du célèbre 
forban ou bandit, deux mots qui jadis se prenaient à peu 
près dans la même acception. 

P. P. 



GIEFFROI. 18: 

GIEFFROI, 

ALTEUR DU MARTYRE DE SAINT BACCUS. 



XIV SIECLE. 



Nous croyons devoir distinguer l'auteur de cet opuscule Année i3i3. 
de plusieurs autres rinieurs du même nom , tels que GeolTroi 
ou Godefroi de Paris, dont nous examinerons bientôt la 
chronique en vers; GcolFroi du Mans, qui paraît avoir fait 
jouer en Angleterre un mystère de sainte Catherine; Gefroi 
de Metz, traducteur d'une Translation de saint Magloire. 
Tout ce qu'on peut conjecturer de notre Gieffroi, c'est qu'il 
vivait dans un pays vignoble; tant on le voit bien instruit 
des travaux qu'exigeait la culture de la vigne. Et comme il 
avait écrit son « Dit » en l'an « m. ccc. et treize, " ainsi que 
le marque YexpUcit, nous avons rapporté à l'histoire litté- 
raire de cette année tout ce qu'il nous était permis de dire de 
l'auteur. Le seul manuscrit qui semble avoir conservé cet 
ouvrage faisait partie de l'ancien fonds de Notre-Dame, 
aujourd'hui réuni à la Bibliothèque nationale : il a été pu- 
blié par M. Achille Jubinal. Nous avons eu soin de rap- j..binai, Xouv. 
procher l'édition du texte orijrinal, et ce n'a pas été, comme •^«"^ii de contes , 

1 o ' 1 ' dils, labliaux, t. I , 

on verra, sans quelque profit : |. 230265 

GielTroy qui voit que la matire 
De cestui monde mal satire , 
Faindre voult matire novele, 
Selonc co que Dieus le révèle, 
D'un saint que l'en doit aorer 
Dévotement et honorer. 
Car il est partout renommés, 
Et il est saint I5accus nommé. 
Fait et fait a de vertus maintes, 
Et plus que ne fist saint ne saintes. 

Ainsi débute le trouvère, et voici comme il expose la nou- 
velle légende, non sans confondre le plus souvent la mère 

24. 



XIV MKCt.F.. 



188 GIEFI-ROI, 

(lu binilieurciu Baccus avec Baccus lui-nicine. Ce grand 
saint, (lit-il, est né outre-mer; sou aïeul fut Noé, sa mère 
une bonne et patiente demoiselle nommée Vigne, constam- 
ment persécutée par des tyrans non moins cruels que les 
Néron et les Valéricn. La hache, la serpe et le couleau l'ont 
mutilée, écorchée, retenue en prison; on ne l'a épargnée 
dans aucun de ses membres: 

Kt CCS tyrans vous nommerons : 

On les apelle vignerons. 

Qui vont et viennent nuit et jour. 

Sans trieve faire ne séjour, 

Chiés la douce mère Baccus , 

Les cors courbés jusques as eus, 

Recourciés devant et derrière , 

En faisant rechignie chicre. 

L'uns cope de sa sarpe et trenchc 

Ce qu'il consuit, de branche en branche, 

L'autre ficrt, à terre la portent. 

Puis la lient d'une roorte. 

Ces gens-là semblent avoir juré une haine implacable à son 
Fds; apparemment parce qu'ils ne boivent que certain vin 
de buffet, c'est-à-diie un mauvais breuvage fait avec la lie 
et le marc de raisin : 

ceste genl malvaisc 

Qui ne scet boire que cervaise, 
Ou courrent au vin de bulfet. . . 
Dont , pour ce qu'il ne boivent mie 
Le vin pur, mes le fe\ de lie, 
La douçour mie ne conoissent 
Du bon vin, et por ce ne cessent 
De faire sa merc contraire. 

On rencontre maintes fois dans nos vieux auteurs la men- 
tion de ce vin de buffet; mais Gieffroi nous apprend plus 
loin comment il était composé. Peut-être lui trouverait-on 
quelque rapport avec notre eau-de-vie « d'aisnes « ou de 
marc de raisin, liqueur que nos vignerons d'aujourd'hui 



AIJTELR DU MARTYRE DE SAINT BACGUS. 189 

XIV SIECI.K 

préfèrent encore au meilleur vin. Quand le raisin, dit Gief- 
froi, a pIp l)ien pressé, 

Quant il est jusques au fons trait , V. 4i5. 

Le renionant de là l'en trait , 

Qui (le tel force est par son fet 

Que l'en a fait vin de buffet , 

Autrement dit le vin perdu , 

Qui as povres gens est vendu. 

Mais la raison donnée de cette haine imaginaire n'est pas 
non plus sérieuse, puisque ce vin de buffet procédait en- 
core de la mère de saint Baccus. Celle-ci, quoique impi- 
toyablement torturée, sait triompher de tant de persécu- 
teurs. Elle se fait jour entre, les pierres, s'échappe de terre 
et montre bientôt un précieux bourgeon, que viendront pro- 
téger deux aimables filles, l'une nommée feuille, l'autre 
vrille : 

Et ce sort du bourjon deux filles V. i52. 

Qu'on nomme fueilles et vréilles; 

Ces deus filles sont moult jolies 

Et de léesse reverdies : 

Et moult de gent en ont afaire 

Por aus et por lor sauces faire. 

Mais qui onques tel chose fait , 

Il est murtriers et se mesfait, 

Quant deus si tres-jeunes fillettes, 

Comme fueiljes et vrielettes, 

Fièrent et frappent sus et jus, 

Por traire de lor corps le jus. . . 

Ce sont tyrans, qui ne sont preus. 

Qu'on nomme cuisiniers et keus. 

Ce mot « vrille » est encore d'usage. Ce sont les filets dé- 
liés qui attachent les tiges grimpantes à leurs soutiens. Ces 
filets poussent avec le bourgeon, dont elles favorisent le dé- 
veloppement. Voilà pourquoi les vignerons la voyaient avec 
peine enlever au cep pour être employée dans les sauces. 
Dans la charte de la commune de Château-Thierry, confir- 
mée par Philippe le Bel en i3oi, le roi défend à ses offi- 
1 s 



190 GIEFFROI, 

XIV MECLE. 

Uu Caiige, ail ciers de la recueillir: Item concedimus (juod prœpositi nostri 
mot . Viteiia « ^^^ cupianl vitellos racemorum in vineis. 

Et quand le bourgeon a conservé ses larges feuilles grou- 
pées autour des échalas, quand il est devenu grappe, il 
donne des fleurs dont le doux parfum suffît pour conjurer 
tous les poisons. De la fleur naît le doux raisin. Ce passage 
a été mal entendu et, par conséquent, mal lu par l'éditeur. 
Voici le texte qu'il en a offert : 

V. 170. Cis tirant sont de Dieu maudit; 

Mais rien n'en vaut lor malvestié. 
Car le Borgoing s'est si haïtié, 
Qu'il jeté les grappes fourmées 
Des aulieres en courtinées 
Et de verdure raverdies. 

Au lieu de " Borgoing » (Bourguignon) il fallait lire « li bor- 
11 jons, >> et au lieu « des aulieres » le manuscrit donne « d'es- 
« caulieres, i» c'est-à-dire écbalas, cscalardum en bas latin. Le 
sens alors devient intelligible. 

Le trouvère continuant l'éloge du raisin, c'est, dit-il, 

V lyg le fruit lionorable 

Dont l'en sert largement à table, 
Et fait-on honour aus greigneurs, 
Et à tous princes et seigneurs. 

Mais, avant qu'il ait acquis sa maturité, l'ennemi du genre 
humain ne le tient pas quitte. Il convoque vents, gelée, neige 
et grêle. La vigne résiste-t-elle à tant de tourments, il a re- 
cours aux grandes pluies pour, du moins, lui ôler de sa 
saveur, et l'étouffer ensuite sous les chardons, les ronces et 
les mauvaises herbes que l'humidité multiplie. Heureuse- 
ment, on ne lui laisse pas toujours le champ libre : 

V. i3?.. Car Deus bones gens i envoie, 

Dont chascuns la vigne netoie 
Des mauvaises erbes créues. 
Par les sercléeurs sont tolues : 
Et pour une seule denrée 
De vin, là sont une journée, 



\IV SIECT.K. 



AUTEUR DU MARTYRE DE SAINT BACCUS. 191 

Ne jusqu'à la nuit ne s'en viegnent; 
Mais le vent et le chaut soustiegnent. 

Tant de sujets de douleur pour la bonne mère du divin 
Baccus attendrissent l'âme du trouvère, et élèvent un peu 
son style : 

O vigne plaine de martyre, \. 2(io. 

Qui porroit tes griés maus descrire ! 

martyre martyrisée, 

De sarpes trenchans descopée 

Par ces mauvais gloutons lechieresi 

Acraventce entre les pierres!. . . 

Chiens, pourciaus et autres hcstaillc 

Souvent te font mamte bataille. 

L'uns te mort, l'autre te nienjue, 

I/ims te giete, l'autre te rue; . . . 

Batue de foudre et d'espars, 

A descouvert de toutes pars; 

De vents tourmentée et d'orages 

Qui te font souvent griés domages, 

D'yave , de noif et de grésil 

Qui te font maint aspre bersil. 

Trestout ceus qui por Dieu morurent 

Tant de martyres ne receurent : 

Por ce i\ la dolour de Marie 

Bien est droit que l'en te parie! 

Mais, de même que Jésus ressuscita le troisième jour, ainsi 
la vigne, après avoir été taillée, inhumée et relevée, enfante 
chaque année le fruit d'où viendront les bons vins, qui, de 
la Rochelle et de Gascogne, de Saint-Johan et d'Auxerre, 
de Beaune et de France, se répandront dans le monde en- 
tier. Pour nous les donner, elle devra se résigner à un der- 
nier martyre : 

Et quant l'ennemi voit la guise, V. 3io 

A dont de pis faire s'avise. 

Vendangéeurs envoie en place. 

Puis les maine par droite trace 

En la vigne por tout trenchier, 

Autrement ne s'en puet venghier. 

Puis coutiaus bien trancbans lor baille, 



. . 192 GIEFKROI, 

XIV SIECLE. 

Dont l'uns descope, l'autre taille, 
Puis metent ce fruit en paniers, 
Qui puis est vendus à deniers. 
Coni Dieu fu . . . 

El, ce qui est plus indigne, ces vendangeurs ne se lonl piis 
scnipide d'en manger juscpi'à se rendre malades : 

V. 326. Et ce qii il ont pris gloutemenl 

Gietent par desous ordement , 
En fesant foire, pés et vcsses. 
Vendangéeurs, vendangeresses 
Jà n'y tiendront foy ne convent , 
Qu'il ne s'en concilient souvent. 

Bien plus encore, les grappes, une fois mises en paniers, 
sont tirées à force de chevaux, étendues sur planches pI 
foulées atix pieds avant d'être jetées sur le pressoir : 

V. 348. Puis nouvel tourment appareillent 

Où la nuit toute et le jor veillent, 
Por tourmenter ce dous fruit tendie. 
Et quanquau cors a li font rendre. 
Si tormentée est à celc heure . . . 
Que riens que sa pel li demeure . . . 
Tout ensi et en tel manière, 
Et par devant et par derrieie , 
Que tout son sanc mist Jésus Christ 
Hors par cinc liens, sclonc l'cscriiit. 

Saint Baccus sortant enfin de celle toiHure, on le lien! 
dans une étroite cellule, puis on l'en retire pour l'enlermer 
de nouveau dans une cage connue sous le nom de tonne 
ou tonneati; et, sans pouvoir lui reprocher aucun crime, 
on le descend au fond d'un abîme oliscur : 

V. 38o. Si li baillent une prison 

Qui n'est quarrée ne réonde; 

Si oscurc est et si parfonde 

Qu'il n'est homme ou monde vivant 

Qui de froit ni morist briefment. 

Eà cstoupés sont les peiluis. 



\IV SIECLt. 



AUTEUR DU MARTYRE DE SAINT BACCUS. 193 

Les tapis mis devant les huis, 
Si qu'air no cliaut ne puist venii'. 

Aujourd'hui, l'on ne ferme plus les caves aussi complète- 
ment; on a même soin de pratiquer des soupiraux qui per- 
mettent à l'air d'y circuler et de s'y renouveler. C'est de 
cette noire prison qu'on va tirer le vin pour emplir les 
coupes et les verres. lAisage établi dès ce temps-là des verres 
à boire nous semble mériter d'être remarqué : 

Ou hanaj) se donne por boire, V. 4oi 

Et en voire, c'est chose voire; 

Et en vassiaus de toute guise 

Veut-on que la liqueur soit mise : 

.Mais au plus tard , si com Difus voull , 

A tous ahandonner se voidt . . . 

Pour ce suclVo qii on la pertuisc, 

Et que de sa liqueur len puise. 

Après de nouveaux rapprochements entre la Passion de 
Jésus-Christ et celle de saint Baccus et de sa mère, le con- 
teur conclut en les recommandant à la dévotion de ses au- 
diteurs : 

Donques, tuit cil qui sont cyens, 

Priez la Vigne qu'elle entende 

A nous, si que son lils nous rende. 

Saint Baccus donné sans vendu, 

Dont nous buvons col cstcndu. 

Et par la sève grant mérite 

Nous otroit toujours vin deslite. 

De quelque pais qu'il li piaise! 

Car de cidre ne de ceivaise, 

Giellroy, qui ce dit list, n'a cure 

Tant conie vin de vigne dure. Aiiicn. 

Nous avons cru devoir multiplier les citations de ce 
joyeux opuscule, parce qu'on y trouve assez bien exposé 
comment on cultivait la vigne et comment on faisait et con- 
servait le vin. C est, à peu de chose près, l'ensemble des pro- 
cédés encore aujourd'hui suivis : la taille el le provignage 
du cep, le sarclage, femploi des échalas, la cueillette ou 



TOME XUVII. 



XIT SIECLE. 



194 GIEFFUOI. 

vendange laite par gens des deux sexes, friands, comme ils 
le sont aujourd'hui, des raisins qu'on leur donne à cueillir, 
et dont ils se gorgent au point d'en être incommodés; ])uis 
le pressurage, la mise en tonne, la descente en cellier, en cave 
hermétiquement fermée. Notons enfin le renom dont jouis- 
saient les vins de Gascogne (Bordeaux), de la Rochelle, de 
Beaune et de flle-de-France. Fout cela rappelé sans ordre, 
sans élégance et sans correction. Il est vrai qu'une partie des 
négligences du conteur pourrait être le fait du seul manus 
crit qu'on ait jusqu'à présent reconnu. 

Nous avons remarqué dans ce Dit plusieurs mots dont 
les glossaires n'ont pas tenu compte et qui devaient pour- 
tant être de l'usage ordinaire; comme <> jangoiller " pour 
babiller, bavarder, formé du substantif «jangle. « Le vin, 
dit (iielfroi, 

[>es muez fuit jaiigoillier, 
Et les non V(%ins roollier. 

Nous avons vu que la « vrielle « ou vrille est une expression 
encore usitée dans les pays vignobles. « C'est, dit M. Littré, 
« une production filamenteuse, en forme de tire-bouchon. « 
11 ne faut pas confondre la « vrielle i> avec la vieille, léger brin 
de paille qui retient le cep à féchalas. Nous avons plus haut 
relevé les « escuUieres, " synonyme d'échalas, et quelques 
autres fausses lectures dans le texte publié. En voici quel- 
ques autres non moins graves : 



Mais sains Baccus soit clers et sains; 
Fait et fait a dévotes maintes. 



11 fallait lire : 

Mais sains Baccus soit clers et sains! 
Fait et fait a de vertus maintes. 

Le rimeur, blâmant ceux qui viennent couper les vrilles 
naissantes pour les mêler à leurs sauces, avait dit : 

Ce sont tyrans qui ne sont preus, 
Quon nomme cuisiniers et keus. 



GUI, ABBÉ DE SAINT GERMAIN D'AUXERRE. 195 

L'édition, au lieu de ces derniers mots, donne « ausi viers 
>i et heureus, » ce qui est inintelligible. Plus loin, ce n'est pas 
« le grand ennemi » qui vient répaier le mal que lui-même 
a fait à la vigne, en y multipliant les mauvaises herbes et 
les chardons : 

Car deux bones gens i envoie, 

Dont chascuns la vigne netoie 

Des mauveses crbes croues. 



V. a3a. 



C'est Dieu lui-même qui envoie les bonnes gens, et le texte 
porte : 

Car Deus bones gens i envoie . . . 

Ce qui est moins éloigné de la vérité. Enfin, Gieffroi n'a 
pas dit que le vin douait l'homme de bon sens : 

Dont qui ceste liqueur vuet prendre 
Bien à point le bon sens engendre. 

Le manuscrit porte «le bon sanc, » leçon assurément pré- 
férable. 

P. P. 



V. 434. 



GUI, 



ABBE DE SAINT-GERMAIN D'AUXERRE, 
HISTORIEN. 



Les auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne et l'abbé 
Lebeuf l'appellent Gui de Munois. Il serait né, disent-ils, 
à Munois, près de Flavigni, dans le diocèse d'Autun. Cepen- 
dant aucun des géographes que nous avons consultés n'a 
connu ce lieu de Munois. M. Girault de Saint-Fargeau ne le 
place ni dans le diocèse d'Autun, ni dans aucun autre dio- 

25. 



Mort 
le 2 4 février i3i3. 
Gail. christ, nov. 
t. XJI, col. 390. — 
Lebeuf, Mémoir. 
concernant l'hist. 
d'Auxerre . t I , 
p. 44o. 



XIV '-IFCI.K- 



196 GUI, ÂBRE DE SAINT-GERMAIN D'AUXEURE, 



loc rit ap. Lablii 



cèse de France. On ne supposera pas assurément que l'abhe 
l>ebeuf ou les auteurs de la nouvelle Gaule chrétienne Font 
inventé pour y faire naîlre le docte abbé de Saint-Germain; 
selon toutes les vraisemblances, nous avons simplement à 
corriger une erreur de copiste. Cette coirection ne nous parait 
pas, d'ailleurSj dillicile. Aimon de Bordes, moine de Saint- 
Germain, qui a connu l'abbé Gui et a écrit sa vie, s'exprime 

LabbcBibiioiii ainsi sur le lieu de sa naissance : Nalione Biircjundiis, Je 

'°"'' ' ' ''^ (liœasi Auliicnsi, Je villa Mymo. Or le nom moderne de cette 

viUa Mymo nous sendjle être Mesmont, village situé sur les 

confins du diocèse d'Aulun et du diocèse de Langres, à dix 

lieues environ de Flavigin. 

Aimodeiionb',. Un dcs jiarcnts du jeune Gui, Jean de Jocevalle ou de 
.fofeuval, étant moine à Saint-Germain d'Auxerre, l'appela 
près de lui, le soumit à la discipline des religieux de Saint- 
Benoît et le fit ensuite agréger au troupeau des novices. 
Pins tard, nous voyons Gui quitter Auxerre, et, durant neuf 
années, étudier à Paris, à Orléans, la théologie et le droit 
canonique. 

Pendant ce tenijîs, Jean de Jocevalle devenait abbé de 
Saint-Germain. Disposant donc à ce titre, suivant la règle, 
des autres charges de l'abbaye, il attiibua celle de grainetiei- 
a son jeune ])arenl, quand celui-ci, ses études achevées, 

i>i.Can^o,r,io-v revint à Auxerre. Le grainetier était, dans les abbayes béné- 
dictines, l'économe, lintendant. 11 a\ait l'administration de 
toutes les récoltes, et avec les produits de ces récoltes il 
entretenait les bâtiments de l'abbave, fournissait de vête- 
ments et de vivres tons les serviteurs des moines, payait 
leurs salaires et leurs instruments de travail, etc. etc. (l'était 
un dignitaire très -occupé. H avait même à sa charge de 
poursuivre le redressement des torts faits au temporel de 
l'abbaye; ce qui, dans un temps si fécond en querelles, en 
procès, en violences, devait l'occuper plus que tout le reste. 
Aimon de Bordes nous laconte les détails d'une affaire où 
Gui déploya la plus grande vigueur. In des puissants bour- 
geois d Auxeire, nommé p]tienne, était devenu, par droit 
d'héiitaîre, prévôt de tout le domaine nue les religieux de 



lal. ail mol » Hra 
nnlaii 



HISTORIEN. 197 



XIV SIKil.K. 



Saiiit-Gcnnain possédaient dans roncolnte de la ville. Ce 
prévùl devait èlre reiincini du giainetier. Peul-èfre le moine 
n'avait-il ])as de meilleurs sentiments à l'égard du laïque. 
(}uoi qu'il en soit, le prévôt, accusé d'avoir soustrait furti- 
vement au fief des moines quelques hommes de corps, quel- 
ques personnes seiviles, lut arièlé par les ordres du grai- 
netier et conduit dans la prison de l'abbayi*. Mais alors 
accoururent en loule les parents d'I'^lienne, venant fiiire le 
siège de la |)rison. Celle querelle devait finir par une sen- 
tence judiciaire. Traduit devant un tribunal, Etienne fut 
reconnu coupable et perdit sa prévôté. 

\ ers ce temps, Gui s oecnj)a de recueillir les anciens di- 
plômes, les anciennes chartes d(! labbaye et de les faii'e 
.soigneusement transcrire. Suivant son biographe, il passa 
bien des nuils à dechillrer lui-même ces anlicpies parche- 
mins, que déjà l'on ne savait plus ni liie, ni comprendri'. 
Ce témoignage d'un ancien nous explique rinq:)erfeclion de 
nos carlulaires, composes, pour la plupart, au xiv" siècle. 
On n'a\ail pas, en elfel, dans tous les monastères, pour in- 
terpréter les \i(Mi\ diplômes, des hommes instruits comme 1(> 
grainetier de Saint-(iennaiu. 

Gui fut envoyé plus tard à Moutier en Puisaie, abbaye ai.ik. d. 
ruinée, devenue sinqde prieuré, qu(^ l'abbé d(; Saint-Gei- 
main avait dans sa dépendance. H fui d'aboid aiimôniei', 
ensuite prieur de cetle maison. Nous le voyons enfin prieur 
de Saint-Germain. H occupait celle charge en l'année i 277, 
quand mourut labbé Jean de Jocevalle. Hennis au.ssitôt, le 
28 mars, dans le dessein de pourvoir à cetle vacance, les 
moines se divisèient. Gui, qui était le second de l'abbé 
défunt, ne])(jn\ail manquer d'obtenir un nombre considé- 
rable de sulliages; mais les autres se portèrent sur un cer- 
tain Jean de Thienges, prienr de Lewes, en Angleterre. 
Ainsi l'élection n'eut pas lieu, et les deu\ partis s'accusèrent 
de brigues devant l'arbiti e de toutes les contestations ecclé- 
siastiques, devant le pape. Ce fut un long procès, [.a cour 
romaine instruisait lentement les aflaires; au grand dom- 
mage des plaideurs, car toutes ses instructions étaient fort 



loc 



, . 108 GDI, ABBÉ DE SAINT-GERMAIN D'AUXERRE, 

XIV MECI.K 

(lispendioiises. Enfin, après huit ans et six mois pleine- 
ment révolus, Honorius IV se prononça, le 27 août i285, 
pour l'ancien prieur de Saint-Germain, qu'il fit consacrer 
par le cardinal évêque d'Ostie. Cette cérémonie eut lieu le 
(j septembre, dans la ville de Tivoli. 

On peut supposer que Gui revint en France aussitôt 
après sa consécration; cependant, les auteurs de la nouvelle 
Gaii.ciinst no» Gaulc clirétienue ne paraissent avoir rencontré le nom du 
■ <^o- 90 nouvel abbé dans aucune pièce antérieure à l'année 1288. 
Les années suivantes, il eut des procès et signa des accords 
avec Dreux de Mello et le comte de Tournus. L'affaire qui, 
vers ce temps, lui causa le plus de soucis fut une insurrec- 
tion générale des gens de ses terres. Aimon de Bordes dit 
que tout le monde s'insurgea, hommes et femmes, omnes 
hommes ulriuscjac scxus; mais il ne dit pas à quelle occasion. 
L'abbé Gui s'était-il montré plus dur envers les colons de 
Saint-Germain que ne l'avaient été ses prédécesseurs immé- 
diats? Nous croyons plus volontiers que, durant huit années 
d'interrègne, les pauvres colons de Saint-Germain avaient 
pris des habitudes d'indépendance auxquelles ils ne vou- 
laient pas renoncer. Cependant, la fermeté du nouvel abbé 
comprima cette révolte. 

Vers la fin de Tannée 1 296, Gui retourna vers le pape. 
L'évèque d'Auxerre venant de mourir, f abbé de Saint-Ger- 
main pensa qu'il devait profiter de cette circonstance pour 
réclamer f abolition entière ou partielle d'une coutume très- 
onéreuse pour f abbaye. Selon cette coutume, quand les 
chanoines d'Auxerre avaient fait choix d'un évêque, le prélat 
nouveau venait, pour célébrer son joyeux avènement, de- 
meurer six jours à f abbaye, avec toute sa suite, aux frais des 
moines. Les moines étaient riclies, mais la suite de f évêque 
était nombreuse, et, pour la traiter joyeusement, les moines 
devaient épuiser en festins toute leur épargne. Rome pouvait 
seule les affranchir de cette redevance; mais elle n'y con- 
sentit pas. Après un an passé près du pape, fabbé Gui re- 
vint, n'ayant rien obtenu. 

H devait faire un troisième voyage au delà des monts, 



HISTORIEN. 199 



MV SIECLE. 



vers l'année i3oi. Un prcire nommé Beccare, attaché au 
service de la cathédrale d'Auxorre, ayant surpris dans sa 
vigne un des porcs de l'abbé Gui, s'était précipité plein de 
rage sur cet animal malfaisant, et, aimé d'un grand coutelas, 
evaginalo ijladio, l'avait, de sa main, éventré. Fi'ère Jean des 
Entommeures n'eut pas mieux lait. La vigne du Seigneur! 
Mais la nouvelle de ce meurtre devait bientôt parvenir à 
l'abbaye. Dès que les moines en sont informés, ils s'agitent, 
ils s'animent à venger leur abbé, et plusieurs d'entre eux, 
franchissant les nnu's, les haies, toutes les clôtures du mo- 
nastère, vont si bien ravager la vigne du prêtre, qu'ils n'en 
laissent pas un cep debout. C'est un religieux de Saint-Ger- 
main cpii nous raconte cette prouesse de ses confrères, et, 
qu'on en soit averti, nous n'ajoutons pas un mot à son rap- 
port. Or voici quelles en furent les suites. L'évêque d'Auxerre, 
à son tour courroucé, prétendit de son côté venger maître 
Beccare, en poursuivant les moines qui avaient détruit la 
vigne. Mais alors intervint l'abbé (iui, disant qu'il avait toute 
juridiction sur ses moines et défendant à lévèque de con- 
tinuer les poursuites commencées. De là procès devant le 
pape entre févêque et l'abbé; et c'est à fcccasion de ce 
procès que, pour la troisième fois. Gui se rendit à Borne. 

Il ne le gagna pas; mais, ayant lait un long séjour à la cour 
romaine, il sujiplia si vivement et si souvent Boniface VIll 
de ne pas le renvoyer sans quelque profit, qu'il obtint de 
ce pape une notable réduction de l'impôt exigé par févêque 
sous le nom de joyeux avènement. Les six jours de gîte Aimo de Boni. 
furent abolis et remplacés par une contribution en espèces (;aii"ciinst '^noxT 
de soixante livres parisis. Gui revint donc cette fois heureux ' "■ «■"' ''n'- 
et fier d'un succès. Le pape favait gardé trois ans sans lui 
rien accorder; cependant il ne se plaignait pas qu'on l'eût 
fait si longtemps attendre une telle décision. (juam mora 
isla, s'écrie frère Aimon de J^ol' des, fuit, est et erit nobis (juam- 
plunmiim fructuosa ! Apprécions le contentement de l'abbé 
d'après celui de ses moines. Nous en avons, d'ailleurs, une 
autre preuve, quand nous le voyons dans la suite se rappro- 
cher de l'évêque Pierre de Mornai, et terminer toutes les 



XIV •ilFCLF 



'...Il '1,1 

Ml,." 



200 GUI, ABBE DE SAINT-GEBMAIN DAUXEBRE. 

contestations qu'il avait avec lui. Leur accord fut signé le 
1 o mars 1 3o4- 

Vers la fin de sa vie, sentant ses forces et son autorité 
décliner. Gui se démit de ses fonctions et de son titre entre 
les mains d'Adéodat, ahbé de Lagni, et de Jean Coquard, 
professeur de droit, commissaires délégués par rév(Vpie 
d'\u\erre. Cette solennité i('-L;l('mentaire se fit, le i3 mars 
i3o(), dans le prieuré de Sommecaise, près Aillant-sur- 
Tholon, au diocèse de Sens, cpii dépendait de l'alibave de 
Sainl-Cermain. Pour se ménager' cpiehpu^s revenus supé- 
rieurs à la simple pitance d'un nu)ine, dui conserva fadmi- 
nisti'ation de ce prieuré, où il xccut fpiel([ues années encore, 
praticpiant la ])lus scrupuleuse ;d)slinence et mortifiant sa 
chair à l'exemple des anciens ermites. Il mourut à Som- 
mecaise le .) 4 février i3i3, et son corps fut transféré à 
Auverre, où il fut honorablement ense\eli dans l'église de 
Saint-Germain. 

Un seid ouxrage nous est connu sous le nom de fabbe 
(iui. C'est une histoire de fabbaye de Saint -Germain 
(fAuxerre. Cette histoire a été composée, dit fauteur, sur 
de plus anciens mémoires, sur les documents di|)lomatiques 
(pi'il avait ])ris soin, comme nous l'avons dit, de recueillir, 
et su • le témoignage xerbal de quelques l'eligieux. Elle con- 
tient peu de fables : c'est un mérite c[ui la distingue de la 
plupart des chroniques du même genre. Mais elle est très- 
incomplèle, comme on peut s'en convaincie en lisant dans 
la nouvelle Gaule chrétienne la sei ie bien plus considérable 
des abbés de Saint-Germain. Les additions principales de 
la Gaule chrétienne concernent les teuq)s anciens, car plus 
l'auteur se rappioche de l'année 1286, où finit sa chronicpie, 
plus ses notices contiennent d'intéressants détails; la vie de 
l'abbe Jean, son prédécesseur immédiat, est très-étendue. 

La chronique de l'abbé Gui a ('té int('gralement publiée, 
sous le titre de (icsla abbalmn Saiicfi (îcnnani Anltssiodorcnsis , 
par le P. Labbe, au tome I de la ljibliothè([ue nouvf^lle des 
.Manuscrits, de la page ôyo à la page 5(S6. Il y en a de courts 
extiaits dans le Recueil des Ilistoriens de France, t. X, 



JEAN LE MOINE, CARDINAL, CANONISTE. 201 

p. 296; t. XI, p. 377, et t. XII, p. 3o6. Mabillon, Baluze et 

l'abbé Lebeuf ont aussi tiré de cette chronique plusieurs i..i.r„i, \i 

chartes qu'à bon droit Lebeuf appelle curieuses. 

H. H. 



XIV ■•IfXI.K 



l\ux.l.ll.p,Vi7- 



JEAN LE MOINE, 

CARDINAL, 

CANONISTE. 

SA VIE. 

Jf. \N Le Moine [Jonniies Monacln) naissait, vers la fin de 
la première moitié du \iii'= siècle, à Créci, bourgade du 
diocèse d'Amiens, (pii (l(\;iit être un siècle après si triste- 
ment célèbie dans iiohc histoire. Munachus était son nom de Vmoi, . <u\\ 
lamille; son Jrèic, évéque et comte de Noyon, en i3o4, n'iMiroui^AMiûr 
était comme lui nommé Le Moine. Ouelques auteurs l'ont iii' l'ar. p. fif)^.— 

■* . \nberv Hi^l dr-, 

supposé sans prenne fils dun maréchal ferrant, parce qu'il rmd il, p 3 
portail (rois clous dans ses armes. 

Dans sa jeunesse Jean Le Moine Iréquenta les écoles de i> 3 
Paiis, où il se livra avec ardeur, dit Frizon, à l'étude des 
hunjanités et de la philosophie. C'était alors une même 
chose; la philosophie elait Tunique enseignement de la fa- 
culté des ails, et préparait les jeunes gens aux études des 
lacnllés sujicrieures. Son cours fie philosophie achevé, Jean 
Le Moin(^ étudia la théologie, mais il s'appliqua surtout à la 
jurisprudence. H a|)])orta dans cette nouvelle étude le zèle 
dont il avait déjà fait preuve;, et fut reçu docteur en l'un et 
l'autre droit. Il (hnint ensuite chanoine de féglise d'Amiens (iaii .1,1. 1 ...n 
('\ de celle de Paris. Peu après il se rendit à Piome, où il |i„iia,,i"iii'.',",',„„ 
.s'acquit auprès des cardinaux une grande réputation par faHvi iii,|. ..o(| 
ses connaissances et son habileté, et il y fut pourvu d'un ciosa^mna imi' , 

TOMr. \xvii. 2G 



ChriMi. Catal. 
.1rs ,^^. ,1,- \lcau\. 



, , 202 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 

XIV SIECLE. 

ofTice d'auditeur de rote; mais on ne peut donner la date 
précise d'aucun de ces faits. Il est assez probable qu'ils 
(laiiciirisinov out précédé sa promotion à la cliarge de doyen de l'église 
,.o ',00. jg Bayeux, qu'il occupa de 1'j88 à i 292. En cette qualité, 
il fonda une cbapelle, sous le nom de Saint-Jean, dans la 
paroisse de Tbaii près Creuilli, et quatre anniversaires, 
dont deux dans ICglise du Saint-Sépulcre de Caen, et deux 
dans l'église catbédrale de Bayeux. Ces mots étaient écrits 
sur un vitrail dont il avait fait présent à la chapelle de 
Saint -Pierre, dans cette même cathédrale : Johannes, tit. 
SS. Marcelhni et Pctri cardinahs diaconus , decanus. Cette in- 
scription semble établir que Jean Le Moine, devenu cardi- 
nal, conserva son titre de doyen de Bayeux. Il est certain 
qu'il demeura chanoine de cette église bien longtemps après 
sa piomolion au cardinalat, car nous lisons dans un passage 
lîibiioiii nat. de son Apparat sur le Sexîe, postérieui" à l'année i3oi : Ex 

"bT'ii !'ni"i'" '' pra'diclis habctur quo:l SI mihi Joanni, canomco Bawcensi, est 
causa missa, et erjo, dimisso primo loco, aeqmro ahiim, maneo 
judex, quia lionor accjivsitus per dicjaitatem judicatus. C'est en 
l'année 1 •j()'i qu'il fut revêtu de la pourpre romaine. 11 avait 
fait quehjues voyages à la cour de Charles H, roi de Naples, 
auprès de qui son mérite l'avait mis en grande faveur; et le 
pape Célestin V, qui était redevable de son élection à ce 
prince, lui témoigna sa reconnaissance en comprenant Jean 
ciacoiiii... Vita- Le Moine dans une promotion de douze cardinaux (Cliacoii 

roi'^'gj™— Reury! ^^ nouime treize), aux Quatre-temps de septembre 129^, 

Hisiecci i XVIII. sous la dénomination de cardinal prêtre du titre de Saint- 
Marcellin et de Saint-i'ierre. Si i inscription rapportée pré- 
cédemment lui donne la qualité de diacre, ce ne peut être 
i)u(.aM:;c,Gio<is. quc par suite d'une erreur; le titre de Saint-Marcellin et 

\ior.'n° Diction^ '''^ Salut-Pierre était toujours affecté à un cardinal prêtre. 

hist an mot «Cai Chauoine des chapitres d'Amiens et de Paris, doyen de 

l'église de Bayeux, membre du sacré collège des cardinaux, 
Jean Le Moine ne paraît pas avoir été revêtu d'autres di- 
gnités ecclésiastiques. C'est donc à tort que quelques auteurs 
l'ont lait moine de Citeaux, puis évêque de Meaux ou de 
Poitiers. 



CANONISTE. 



203 



Pancirole et, après lui, Denys Simon et Taisand, ont pré- 
tendu que Jean Le Moine était religieux de Citeaux, trompés 
vraisemblablement par la ressemblance de son nom avec 
celui d'un autre Jean, moine de l'ordre de Citeaux, qui est 
auteur du Defensorium juris, ouvrage de jurisprudence plu- 
sieurs fois imprimé. Mais Simler et I*ossevin distinguent cet 
écrivain du cardinal Jean Le Moine. De Viscb, qui men- 
tionne aussi ce moine de Citeaux, ne lui attribue aucun des 
ouvrages qui appaitiennenl au cardinal. 11 n'y a donc point 
de motif sullisant pour croire que Jean Le Moine ait fait 
profession dans aucun ordre religieux. 

Son épiscopat de Poitiers ne soutient pas davantage un 
examen sérieux. 11 est vrai que Nicolas de Gruvibns ou de 
Granibus , boursier du collège fondé par le cardinal , et parent 
du chevalier Jean de Gmvihus, qui avait été son ami et en 
partie son héritier, affirme, dans une courte notice sur la 
vie de Jean Le Moine, que le pape Boniface VIII le désigna 
pour évêque de Poitiers; et il ajoute que, non content de 
cette marque d'estime, ce pape l'éleva à la dignité de cardi- 
nal. Cette opinion a été adoplée par Philippe Probus (Le 
Preux), dans l'épître dédicatoire de son commentaire sur le 
Sexte, et ensuite par Du Breul. Les erreurs manifestes d'une 
telle assertion infirment singulièrement le témoignage d'un 
écrivain qui, sur les circonstances importantes, comme sur 
les détails intimes de la vie du cardinal, avait pu consulter 
des traditions contemporaines. Jl est certain que Jean 
Le Moine fut créé cardinal par Célestin V; et, d'autre part, 
on ne voit pas en quel temps Boniface Mil aurait pu le dé- 
signer pour un siège épiscopal qui ne fut pas vacant sous 
son pontificat, puisque Gautier de Bruges occupa le siège 
de Poitiers de i 278 à i3o6. 

Un plus grand nombre d'auteurs graves. Chenu, Robert, 
et après eux, Denys Simon, Moréri, Fabricius, ont compté 
Jean Le Moine parmi les évêques de Meaux. Chacon, ou 
l'un de ses continuateurs, dit qu'il se démit de cette dignité 
peu de temps avant sa mort. Selon les frères de Sainte - 
Marthe, il aurait succédé, en i3o2, à Jean MenteroUes. 



ÏIV -SIECLL. 

i'ancir., Declar. 

leg.iiiteipr.p.AaO 
— Simon (l)en.) . 
Nouv. bibliolli. 
p. 1 18. — Taisand, 
Vies des plus cid. 
jiir. p. 3'2i. 

Simler, liibliolh. 
(^onr. Gcsiieii , 
p. 473. — Posse- 
vin, Apparat, sac. 
I. I, p. 915. — 
Viscli (Car. de), 
Bibliotli. scripl. 
( isterc. p. 171. 



Probus (Pb.), 
Glos.i aure.T, inilio 



Uu Breiil , li 

rite. 



Cbeiivi, Arcbiep. 
et episc. p. 237. — 
Uobert ( Cl. ). — 
tjali. cbrist. f°4 \U. 
\°. — Simon, .\ou». 
hibliotb.p. 218. — 
Moréri , Dictionii. 
hisl. l. V, p. 4i.— 
Fabricius , Uibl. 
lied, el inl'. xtal. 
I. IV, p. io5. — 
Ciaconius , Vita> 
pont. rom. I. Il . 
p. 287. 



\IV MM.I.K- 



204 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



IV,/ 

<„,ll l, 


"'1' 


i;,iM 


>,,I<K O.lni. 


\iiiiM 


r.rl. 1. IV 


,,. XI,. 


, .■(.".., .">■). 1 



(,.,ii ri.nsi nn>. Mais les autours du nouveau Gallia chnstiana ont vicioricu- 
'"' sèment combattu cette 0|)ini()ii, et prouvé que le cardinal 
Jean Le Moinc^ ne fut jamais cvèque de Meaux. D'ailleurs, 
dans son épitaplie, il n'est lait aucune mention de crile 
dignité, cpion n'y aurait certainement point oniise, s'il en 
eût été re\étu. 

Les auteurs les ])lus sérieux qui ont parlé de .Iran Lf 
Moine ont cond)atlu ces assertions, comme l'rizon et Au- 
bery, ou ne les ont pas même mentiorniées, paice qu'elles 
leur semblaient sans importance; tels sont Ilinaldi, Dupuv, 
l'abbi!' l'ieury. 

Quoique nommé cardinal \)nv Céleslin, Jean i^e Moine 
resta en laveui' aupiès de l)ondace Vlll. Il était Français, el 
lenou\eau jiape était d'abord, anlaiil fpi'' son prédécesseur, 
favorable aux intérêts de la l'iaiice et des pruices li'ancais 
d'Anjou, rois de Naj)les et de Sicile. P)ientôt son liabileté 
reconnue le fit clioisir ]X)ur vice-cliancelier (CItacon dit 
chancelier], puis ])our légal apostolir[ue du sainl-siege, par 
ce pontife, qui savait apprécier les hommes et les sej-vices 
(pi il pouvait en tirer. 

H/.nji.,. \ini,i En rannée i3oo, Jean Le Moine lut, dit-on, cliaigé par 

Bonilace \ 111, avec le cardinal Nicolas Boccasin, d'examiner 
la vie d'IIerman l'angiloup de Ferrare, qui avait éle accusé 
d'hérésie et de plusieurs crimes. On lui reprochait aussi 
d'avoir voulu canonis(>r de son autorité privée deux héré- 
tiques morts dans leur f)piniàtreté, d'avoir révéré leur mé- 
moire et adoré leurs cadavres. Les deux cardinaux, s'étant 
instruits de la vérité par de fort amples inlormations, pro- 
cédèrent contre l'accusé, quoi([ue mort depuis longtemps, 
le déclarèrent atteint et convaincu d'hérésie, et, en consé- 
rpience, le firent déterrer de l'c'glise où il avait été inhumé. 
Ce jugement sévère, conforme aux habitudes du moyen 
âge, n'a rien qui doive nous surprendre; mais il ne peut 
ri<Mi ajouter non plus à la rt'putation de savoir et de sag(\sse 
du cardinal français. 

Boniface VJII sut employer son vice-chancelier en des 
affaires bien autrement épineuses el qui exigeaient plus que 



r. .1. 

,, M., \nlMM» 

Hl^l.cl.•^.,^^l I. i 

,,.r,..-F,.,..„ 

■.UVI. I II.-. |, 2,,,^ 



CANONISTE. 205 



XIV' SIÈCLE. 



les qualités et les hiniières d'un ecclésiastique. 11 l'envoya, 
comme on sait, en qualité de légat auprès de Philippe le Bel, 
pour traiter des plus graves intéi'èts, et prévenir la rupture 
qui devait»nécessairement éclater entre deux souverains égale- 
ment fiers, emportés et intraitables. Mais, dès l'année i 296, si Uuii^u^, Ui^\ 
l'on en croit un auteur qui n'est pas contemporain et qui n'a ""'-^[^ 
pas toujours cité les sources où il puisait, le pape avait envoyé 
,lean de Menterolles, évèque de Meaux, ou plutôt Jean Le 
Moine, auprès du roi de France, pour lui signifier qu'il 
eut à mettre en liberté la fille de Gui, comte de Flandre; 
sinon, qu'il vînt ])laider sa cause à Rome, où le comte 
lavait cité. Le roi lépondit qu'il avait sa cour de justice; 
([u il ne reconnaissait sur terre d'autre juge que Dieu ])ou!' 
les afiaires temporelles, et. qu'à lui seul il devait rendre 
compte de sa conduite. Il congédia avec cette réponse le !('- 
gai, qui s'en retourna sans avoir réussi. 

L'annaliste de Flandre dit bien que le comte Gui emjjloya, Meyn , \,.ii,.i 
mais inutilement, la médiation du pape auprès du roi de "sLAridcvHl 
France pour se faire rendre sa fille; mais il ne nomme pas 'c^ ''^^ 

I I - 1 ,1 • • o- r 'A 1 , .1» Fin- 

ie l(>gat cliarge de cette mission. 01 ce tut un eveque de 

Meaux, Du Boulay a pu hésiter entre Jean de Menterolles, 
qui fut réellement pourvu de ce siège, et Jean I^e Moine 
que, d'après l'ancien Gallia chnstiana, il a cru l'avoir occupé 
également; mais nous avons reconnu que cette dernière opi- 
nion est fausse. Quant à Jean de Menterolles, Monterolles Gall.clln^l.Mo^ 
ou MontroUes, il ne fut réellement évèque qu'en i3oi;et ' '"''"• 
en I 3o3, il fut employé à ménager l'accord entre le roi de 
France et le comte de Flandre. C'est là probablement ce qui 
a trompé Du Boulay. 

il faut donc supprimer de la vie du cardinal Jean Le 
Moine celte première mission dont aucun témoignagne au- 
thentique ne garantit la réalité, et nous en tenir à celle qui o.ii.'t.MXM). i:; 
eut lieu quelques années plus tard, et qui est rappelée par ''^ - "•' ''"^ 

PI*,' * * 111 l'icm. lin ililln 

une ioule de monuments. 

Lorsque la bulle Ausculta, fili, dans laquelle Boniface re- 
prochait au roi Philippe toutes ses fautes, tous ses abus de ii"3i. — linii 



(le, Flandre. 



|i. iS,70. — lias 
i.iildi ;0(loi-.) An 
nales, nnii. i 3(>i 



pouvoir, eut été brûlée par ordre du roi, puis dénoncée pai' , ù , 
1 6 



Ilisl. M.iiv. Pai 



AlV SIECLE. 



206 



JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



Rayaaldi (Oder.), 
Annales, ann. i3o2, 
11°' i3, i4. — Du 
Puy. Preuves du 
dilTer. p. 54. — 
Fleui-y, Hisl. eccl. 
I. XIX, p. 33-. ^1. 



Du i'uy, ouvr. 
cité, p. 68. — 
Kleury, p. i6. 

Du I'uy, p. i84. 



Kobert ( Cl. ) , 
(iail.chrisl.r4 14, 
\". — Ciacoiiius, 
edit. Oldoini.t. Il, 
col. 787. — Call. 
cLrist. vpt. t. 111, 
|>. 701. 

KaynaIdi(Odor.l 
\nnal..ann. i3oi, 
11° I."). — l'ieury, 
Hist ceci, t XIX, 
M. 36 



son chancelier et condamnée publiquement dans la première 
assemblée des trois Etats qu'ait vue la France (lo avril i3o2], 
et que le roi eut interdit lormellemeut aux prélats de son 
royaume de se rendre à Rome pour le concile indiqué par 
le pape au i" novembre suivant, Boniface ne laissa pas de 
tenir cette assemblée, malgré l'absence d'un grand nombre 
de prélats français. Là fut préparée, dit-on, la bulle Unam 
sancUim, qui établissait presque comme un article de foi, et 
comme une condition indispensable de salut, fobligation 
pour toute créature humaine d'être soumise à l'autorité du 
saint-siége. Cette bulle est datée du 18 novembre 1 3o2. Le 
surlendemain , jour de la dédicace de la basilique des Apôtres 
(20 novembre), parut une autre bulle, portant excommu- 
nication contre ceux qui empêchaient les fidèles de se rendre 
auprès du saint-siége. Quoique le roi n'y fût pas nommé, 
elle était manifestement dirigée contre lui. 

Après avoir rempli ce qu'il croyait un devoir envers la 
papauté et envers l'Eglise, Boniface ne voulut pas négliger 
les voies d'accommodement, et il envoya comme légat auprès 
du roi de France, non plus un notaire apostolique, officier 
en quelque sorte de la cour romaine, tel que Jaccpies des 
Noimans, archidiacre de Narbonne, qui avait été chargé de 
porter au roi la bulle Ausculta, fili, mais un membre du 
sacré collège, le cardinal prêtre du titre de Saint-Marcellin 
et de Saint-Pierre, Jean Le Moine, natif du royaume de Phi- 
lippe le Bel, et personnage zélé pour le salut de ce prince, 
dont il était pour ainsi dire l'ami Ce sont les expressions 
mêmes de Bonilace dans son dernier manifeste, qu'il était 
piêt à fulminer lorsqu'il fut prévenu par les émissaires de 
son ennemi. On pourrait en inférer que, dès cette époque, 
Jean Le Moine était ou avait été conseiller du roi Philippe 
le Bel, comme font avancé Robert, Chacon, et les frères de 
Sainte-Marthe, d'après un nécrologe de Saint-Faron. 

Les lettres en date du 8" jour des calendes de décembre, 
même année (34 novembre i3o2), par lesquelles Boniface 
chargeait le cardinal d'une mission aussi délicate, témoignent 
l'estime que ce pape avait pour les vertus, l'adresse et le 



CANONISTE. 



207 



zèle de son nouveau légat. Mais toutes ces qualités devaient 
échouer contre le ressentiment implacable de Philippe le 
Bel. Par d'autres lettres du même jour, le pape avait conféré 
au cardinal le pouvoir d'absoudie !e roi de France, qui avait 
encouru les censures et l'anathème de la cour de Piome, si 
toutefois le roi en manifestait le désir. Le légat lui pré- 
senta douze articles sur lesquels le pape lui demandait sa- 
tisfaction : les principaux étaient que le roi n'empêcherait 
plus les prélats de son royaume de se rendre à Rome sur 
l'injonction du souverain pontife; qu'il ne saisirait plus les 
hiens ecclésiastiques; qu'il réparerait l'injure faite à la cour 
de Home en brûlant des lettres apostoliques; qu'il n'altére- 
rait plus les monnaies et respecterait les droits de l'église de 
Lyon, etc. Enfin, s'il n'obtempérait à ces demandes, le pape 
disait qu'il procéderait contre lui au spirituel et au tempo- 
rel, selon qu'il jugerait convenable. 

Le roi fit à ces différentes questions des réponses modé- 
rées, mais vagues, qui ne contentèrent pas 13oniface. C'est 
pourquoi celui-ci s'en plaignit vivement dans plusieurs 
lettres du même jour (i3o3, i 3 avril), adressées soit au car- 
dinal lui-mcme, soit au comte d'Alençon, Charles de Valois, 
frère du roi, qui lui avait fait espérer un heureux succès 
pour ses négociations, surtout s'il en chargeait un person- 
nage d'un esprit conciliant comme Jean Le Moine; soit enfin 
à l'évêque d'Auxerre, Pierre de Belleperche. Ces deux der- 
nières lettres sont conçues presque dans les mêmes termes. 
Dans toutes, il menaçait directement le roi, s'il ne se sou- 
mettait à ses injonctions; mais il s'en expliquait surtout sans 
réserve dans une autre lettre, de la même date selon Du 
Puy, qu'il fit transmettre au cardinal, par Nicolas Bénéfract, . 
serviteur de ce dernier. Il y ordonnait au légat de déclarer 
Philippe excommunié, ainsi que les ecclésiastiques qui ose- 
raient lui administrer les sacrements, ou célébrer la messe 
devant lui. Il lui enjoignait, en outre, d'ordonner à Nicolas, 
de l'ordre des frères Prêcheurs, autrefois confesseur du roi, 
de se présenter en personne devant le pape, dans trois mois, 
pour être traité selon ses mérites. 



XIV SIECLE. 



Du Piiv, Preuves, 
p.i8/i. — Bullœus, 
Hist. univ. Paris, 
t. IV, p. 38. 



ISzovius, Annal, 
ceci. auii. i3o3. 
n° 4. — Raynal<li 
( Odoi'. ) .\nnal. , 
aim. i3o3,n°3/i. — 
Du Puy, Preuves, 
|). 89-95. — Bul- 
la-us', t'. IV, p. 38. 
— Fleury, t. XIX , 
p. 36-39. 



Du Puy, Preuves, 
p. 97. — Fleury, 
vol. cité, p. 39, 46. 
— Sismondi, Hist. 
desFr. t. IX,p. 121, 



Du Puy, Prem. 
p. 98, 99. — Bul- 
la;us, t. IV, p. 38, 
39. 



Xrv SlKCt.K 



208 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



Il est diiïicile de croire que cette lettre, où le pape ne s'en 
tient plus à de simples menaces, soit du même jour que celle 
où il voulait qu'on donnât au prince un dernier avertisse- 
ment. 11 est encore moins plausible d'assigner la même date 
\)u Vu), l'nin à une première lettre où Boniface mandait au cardinal d'or- 
! iV 73s'"^' donnera certains prélats, qui ne s'étaient pas trouvés à l'as- 
semblée du 3o octobre précédent, de se rendre à Rome 
dans trois mois. Cette lettre, qui rappelle au cardinal Le 
Moine une partie de ce qu'il doit faire comme légat du pape, 
lui fut sans doute adressée dans les premiers temps de sa 
mission. De ces trois lettres, la seconde seule devait être 
mise sous les yeux du roi; les deux autres, par la nature 
des instructions qu'elles renfermaient, étaient destinées à 
rester secrètes. Peut-être le pape et son légat avaient-ils 
espéré donner le cliange sur la nature de cette mission, en 
paraissant s'occuper de règlements relatifs à la discipline, 
comme lorsqu'ils défendaient à des clercs qui n'étaient pas 
encore dans les ordres de cbanter fépître à la messe revêtus 
de la (unique et du mani]>ule, et de tenir la patène dans leurs 
mains. Mais les soupçons de Pbili])pe le Bel étaient éveillés. 
Du i',i), I inn < UiflqiiP estime qu'il eût précédemment pour Jean Le 
I iv'p 3'"-!s — Moine, il l'avait fait surveiller, garder même étroitement 
DnpioK, HiM .1. comme un prisonnier, pour qu'il ne pût aller où il vou- 
(bait, ni communiquer avec les personnes qui lui seraient 
adressées. La dernière lettre fut saisie à Troyes, entre les 
mains de Nicolas Bénéfract, et celui-ci fut enfermé dans 
une prison avant qu'il eût pu voir son maître. 

Nous n'avons pas à raconter les excès auxquels la colère 
porta le roi Pbilippe, quand il fut instruit de cette dernière 
détermination du pape. Les assemblées du mois de juin 
1 3o3, les accusations en forme portées par Nogaret contre 
Boniface, les adhésions du clergé, des religieux, de fUni- 
versité à facte d'appel interjeté par le roi contre le pape, 
n'ont point un rapport direct avec l'objet de cette notice. 
Les historiens en parlent avec tous les détails désirables. 
Nous dirons seulement que le cardinal Le Moine, voyant 
l'insuccès de sa mission, obtint la permission de quitter le 



l'V. t II, p^ w- 



CANOMSTE. 209 



XIV SIKCI.K. 



■Par.t.l, |.. 5o'r. 



royaume. Ce quil fit avant le 2 4 ji'ii'i ft il f^iit de retour à Huiia-us, i iv 
lîome plutôt que Boniface ne l'avait espéré. '' ""' 

Jean Le Moine, agent de la cour de liome, n'avait pas 
oublié qu'il était Français. Pendant son dernier séjour à 
Paris, qui lut à peine de sept mois, s'il ne put servir, comme 
il le désirait, les intéiêts du souverain pontile, il consacra 
ses loisirs et employa la plus grande partie de ses biens à la 
création d'un établissement public, qui contribua beaucoup 
à propager l'étude des lettres et de la religion. C'est alors Foiiban. Ui^i 
qu'il mit la dernière main à un projet lormé depuis plusieurs 
années, et fonda définitivement, à Paris, le collège qui, de 
son nom, s'est appelé le collège du cardinal Le Moine, et qui 
a subsisté, avec le ])lein exercice, au nombre des dix grands 
collèges de I^aris, jusquà la fin du xviii" siècle. 

Le cardinal avait acheté dans le clos du Chardonnet, rue 
Saint-Victor, en faveur de pauvres écoliers étudiant dans les 
arts et la théologie, un emplacement ou une maison qui 
avait appartenu aux ermites de Saint-Augustin, et il avait 
fait confirmer cette acquisition par le saint-siège et par le 
roi. Le 1" mai i3oî!, étant encore à Rome, il dressa pour Dubois, m^i 
son nouveau collège des statuts qui furent approuvés par 
une bulle de Boniface, du 5 mai suivant, et par de nou- 
velles lettres du roi, autrefois transcrites, ainsi que les pre- 
mières, dans le livre rouge de la chambre des comptes; mais 
ce registre n'existe plus. Par ces premiers statuts, Jean Le 
Moine voulut que le collège fût appelé la maison du cardi- Feiibien, Hi,i 
nal, sous un chef ayant titre de maître de la maison du 
cardinal; qu il y eût 60 artiens ou artistes et 4o théologiens 
(mais c'était plutôt un projet (ju'une fondation réelle); et 
que les londateurs des bourses en eussent la présentation. 
Attendu la variabilité de la monnaie, il régla le montant des Dubioui, Vnti<|. 
bourses sur le poids de l'argent, et fixa les bourses des ar- gj "^ ciévîe,, 
tiens à /i marcs d'argent pur, celles des théologiens à 6 marcs, him de runiv. «le 

_ o _ _ 1 ' _ o _ ' p.||. I (I ., ,,5 

par an : sages dispositions que les boursiers eurent fimpru- 
dence de laisser modifier. 

Comme la maison était destinée à de pauvres écoliers, il 
défendit qu'on y reçût parmi les artiens ceux qui auraient 

TOMF. XWII. • 27 



ri. Pari^. I. Il, 



Par. Plein. t.V, 
p. 6o7-6o<|, 



AlV slECLIi. 



210 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



plus de trois marcs d'argent en patrimoine ou en bénéfice 
ecclésiastique, et parmi les théologiens ceux qui en posséde- 
raient plus de quatre. On devait n'admettre pour la théolo- 
gie que des maîtres es arts des universités soit de Paris, soit 
d'Oxford. Les théologiens pouvaient employer le temps des 
vacances à l'étude du droit canonique. Nicolas de Gravibus 
et Dubreul ont remarqué en ce point la piété du fondateur. 
Quoique habile canoniste, il voulut, dans son collège, for- 
mer des théologiens et non des jurisconsultes, et ne permit 
l'étude du droit que comme un délassement et en quelque 
sorte un hors-d'œuvre. 

En attendant que l'établissement de cent boursiers pût 
s'elléctuer, il s'engageait avec tous ses biens pour l'entretien 
de quatre artistes et de deux théologiens, dont la nomina- 
tion appartiendrait après lui aux doyen et chapitre de 
Saint-\\'ulfran d'Abbeville; ils seraient pris dans le diocèse 
d'Amiens, ou, à défaut de sujets, dans les diocèses les plus 
proches. 11 établit maître de la maison Simon de Guiberville, 
chanoine de Paris, et, par affection pour féglise de Paris, 
dont nous avons vu qu'il était lui-même chanoine, il voulut 
f[u'après lui félection du maître appartînt à l'èvêque, au 
doyen et au chancelier de l'église de Paris, avec pouvoir de 
le remplacer toutes les fois qu'ils le jugeraient nécessaire. 
Ce maître de la maison fut plus tard appelé grand maître, 
et sa charge se confondit, par un accord du 1 5 janvier 16^7, 
avec celle du principal du collège, qui en est distincte dans 
rail. XVII iia<sp 1. uu règlement de i544, mais qui n'était pas de la première 
^' '''" création. Cette charge ne commença d'exister que lorsque 

l'exercice des classes s'établit définitivement dans les col- 
lèges, au xv^ siècle. 

Jean Le Moine com2)léta sa fondation par plusieurs autres 
statuts dont nous indiquerons les dispositions les plus impor- 
tantes. Un deuxième statut, dressé à Poitiers le 6 mars 1 3 08 
(année romaine), établit qu'aucun artien ne demeurera 
dans la maison plus de huit ans, ni aucun théologien plus 
de neuf, à moins que le cardinal lui-même, ou les maîtres 
de la maison qui lui succéderont, n'en ordonnent autre- 



A.cli. .!,■ 1 
Lliiiv. (au mi 



CANONISTE. 



211 



ment. Dans un troisième statut, du 27 décembre i3io, 
daté d'Avignon, le fondateur défend qu'aucun écolier de son 
collège puisse être recteur de l'Université, ou procureur 
d'une des nations de la faculté des arts. Il veut que, parmi 
les artiens de sa maison qui seraient devenus maîtres, aucun 
ne puisse lire, c'est-à-dire enseigner, au dehors, sans sa per- 
mission ou celle de son substitut; qu'il n'y en ait jamais plus 
de deux à la fois qui professent la philosophie, l'un la 
logique, l'autre la physique, et que les écoliers qui ne sont 
pas maîtres suivent l'un des deux cours pendant deux ans. 
lAirticle unique d'un quatrième statut, dressé à Avignon le 
1 1 juillet i3i3, défend à tout écolier de prêter au dehors 
un livre appartenant à la maison, même sous la garantie 
d'un gage ou d'une caution quelconque. 

Tels sont, en somme, les statuts qui règlent forganisation 
pour ainsi dire temporelle du collège. La direction spirituelle 
des âmes ne fut pas négligée, comme on le pense bien, par 
le fondateur. Jean Le Moine obtint du pape Clément V une. 
bidle, datée du à mai i3o8, et adressée à l'évêque de Paris, 
Guillaume de Baufet, qui confirmait de nouveau toute la 
fondation en général, et en particulier facquisition faite par 
le cardinal d'une chapelle dans le terrain du Chardonnet, 
et l'établissement d'un chapelain pour la desservir. Ce fonc- 
tionnaire devait être choisi parmi les théologiens de la 
maison, par le cardinal ou par ceux qui lui succéderaient 
dans le droit de patronage. Son revenu était de 8 marcs 
d'argent. Quoi qu'en ait dit Jaillot, on voit par le texte même 
du statut que celte charge n'était pas alors inamovible. La 
chapelle, placée d'abord sous finvocation de saint Firmin, 
un des patrons de la nation de Picardie, fut ensuite sous le 
titre de saint Jean l'évangéliste, et le chapelain avait rang 
parmi les curés de Paris. Les cinq statuts de fondation, dres- 
sés à différentes époques par Jean Le Moine, ont été réunis 
et publiés, en 1627, par Edmond Richer, grand maître du 
collège. 

Au petit nombre de bourses déjà fondées et aux donations 
premières s'ajoutèrent successivement diverses fondations. 

27. 



Jaillot , Quart. 
(le la pi. Maubert, 
t. IV, p. i:.5, ir.6. 
— Félibien, Hist. 
<|pPar. t.V,p.6i3. 



Aicli. <lo l'aiic. 
Univ. cait. xvii . 
liasse I, pièce i.^ . 
i3 bis, I '1 , I T). 



212 



JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



Diibrciil, Aiili([. 
do Par. p. 65C. 



KicIk-i , Suit 
I ollei^. Card.p. 17 
10. — l'élibiiMi 
Hist. de Par. 1. I 
|>.ôo6; l. IV.p.y 1 ."1 
7->i. — l)ul)mil 

1. r>.-)0. 



Ielil)ie„, Ui.t 
•Par-, t. I.|i. 5o6. 



Iluit.uil, Dhl. 
lll^l. I. Il, p. .i.S.3. 



MMII^l.d.■^l,l^l. 

piil)l. Kial (Ic^ioll. 



Par un acte du 2 2 septembre 1 3 i 2 , le cardinal léguait au col- 
lège toutes celles de ses terres dont il n'aurait pas autrement 
disposé. Par acte du 1" septembre 1 3 10, les exécuteurs tes- 
tamentaires de Simon Matifas de Buci, évèque de i^aris, 
fondèrent en faveur de deuxPiémois, deux Soissonnais, deux 
Parisiens, trois bourses de théologiens et trois d'artistes. Le 
cardinal agréa cette londation. André Le Moine, son frère, 
évèque de Noyon , par son testament en date du 2 8 avril 1 3 1 5, 
fonda huit bourses, quatre pour le diocèse de Noyon, quatre 
pour celui d'Amiens. L'acte de l'olficialité de Paris, exécutant 
cette dernière volonté de févèque , est du 2 7 septembre 1 3 1 6. 
Le chevalier Jean de Gravibus, parent du cardinal, lai,ssa 
aussi, dit-on, de quoi enti'etenir plusieurs bourses dans le 
collège du cardinal Le Moine. 

Après avoir éprouvé plusieurs variations, le nombre des 
boursiers fut définitivement fixé à di^-huit théologiens 
et six artiens, par un arrêt du parlement du 1 5 jàn- 
vier i544 (i5/i5), portant règlement pour le collège, et 
publié également par Richer à la suite des premiers statuts. 
Un article de cet arrêt convertit en argent monnayé le mon- 
tant des bourses, qui furent dès lors de ^G livres par an, 
avec deux pains par jour, pour les théologiens, et de 1 8 livres 
par an pour les artiens. Les boursiers, qui avaient impru- 
demment consenti à cet échange, réclamèrent plus tard 
contre le préjudice qu'il leur causait, et ils obtinrent, non 
sans peine, au commencement du xvii" siècle, que leur 
bourse fût portée à /io livres. Il ne semble pas, d'après le texte 
même des historiens de la ville de Paris, que les boiu'ses 
aient été augmentées vers les premières années du xviii" siècle; 
mais on les voit portées beaucoup plus haut dans la seconde 
moitié de ce siècle. 11 est hors de notre sujet de suivre cette 
augmentation progressive, car elle fut cependant un des ré- 
sultats des sages prévisions du fondateur. Ainsi nous re- 
marquerons qu'en 1779 les bourses des théologiens étaient 
de 200 livres en argent, avec une livre et demie de pain 
par jour; celles des artiens, de 100 livres. En 1 788, les pre- 
mières étaient de 35o livres, plus 1 00 livres jjour le pain et 



CANOMSTE. 213 



M\ MbCi.i:. 



(j livres ])Our les réparations des chambres : total 4^9 livres; 
celles des arliens, de 200 livres. Toutes furent portées à 
.)oo livres, en 1792. Mais, dès l'année suivante, le collège 
du cardinal Le Moine fut supprimé, ainsi que les autres 
établissements d'instruction jîublique. Le nom du cardinal 
est resté à un chantier de bois à brûler, établi dans le jardin 
qui dépendait du collège, et il vient d'être donné à une 
nouvelle rue construite sur ce terrain, vis-à-vis le j)onf de 
la Touruelle. 

Le collège du cardinal Le Moine était, dans le xviiT' siècle, 11,1,1,1,1 . i)i,t 
une des quatre maisons de théologie de la laculté de Paris '""' 
qui avaient droit d'avoir un député dans toutes les assem- 
blées de cette faculté. Son député était son grand maître. Il 
partageait ce privilège avec la Sorbonne, le collège de Na- 
varre et celui des Cholets, dont les fondations et les statuts, 
ouvrage en grande partie, comme on la vu, de Jean I^e ii,st.i,iui.,i. h. 
Moine, avaient plus d'un rapport avec ceux du collège ([ui '' ' '''''' ''*' 
fut plus exclusivement l'œuvre du cardinal, et qui a ]:)eipétuè 
jusqu à nous la popularité de son nom. 

Nous ne connaissons plus d'autres détails sur la vie du 
cardinal Jean Le Moine, sinon qu'il concourut à l'élection du 
pape Clément V^ et c[u'il mourut à Avignon le 2 2 août 1 3 1 3. 
Son coi'ps fut porté à Paris, et inliumè, le 1" octobre 1 3 1 4 , 
dans la chapelh» du collège qu'il avait fonde. Son epitaphe, 
gravée sursa tombe, en vieilles lettres, commedit Aubery, est ''"' ' '• r 
celle (pie cet auteur a rapportée, ainsi que Dubreul, Frizon, 
Chacon, etc.; mais, vers 1760, elle fut restaurée et renou- 
velée par un professeur du collège, Chrestien Leroy, ainsi ii„ri.,i,i 
que celle d'André Le Moine, qui avait été inhumé à côte 
de son frère. 11 ne reste plus aucune trace ni des unes ni 
des autres, non plus que de la statue du cardinal, (pii était 
au-dessus de la grande porte du collège. 

SKS ÉCRITS. 

Si l'on sen ra])portait aux assertions de plusieurs biblio- 
graphes, aux titres de quelques manuscrits, ou aux indica- 



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JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



[\,u7.r< , AiHial. 
ty|>oi;rapli. I. 111, 
|). 3oo. — Trackil 
Iran. t. III. liait. ■>, 
Ibl. 17 5-nX. _ 
l'allciroill^ . Ile 
riar. ley. iiitL'rpr. 
p. '136. 

Siniler, cil. Jai-. 
l'ri.s. p. '173. — 
Possevin , Ap| ar. 
sac. t. I , p. 91 .'). 
— Kahricius. Bibl. 
med. et iiif. a?tal. 
I. IV, p. 10,1. — 
DcVIscl.. liiMiolli. 
script, on! Cisl. 
p. 1 7 I . 



Uibliotli.iialion. 
Il' 16'i.ï (le la.Sorb. 



Panciroliis, |i>r. 
cit. — Jiiilla-ns , 
Hisl. univ. Paris, 
t. m, p. âof). — - 
.Simon ( Dcn. ] , 
Nonv. I.ibl. liisl. 
p. .19. 

HapncI , (ialal. 
col. '1 ■>(■■. 



lions de certains catalogues, Jean Le Moine aurait composé 
un traité intitulé : Dcfcnsunum nuis, et des commentaires 
sur presque toutes les parties du corps du droit canonique, 
le Décret de Gratien, les Décrétales de Grégoire IX, le Sexte 
de Boniface Vlli et les Extravagantes de ce pape. Mais après 
un examen attentif on reconnaît que plusieurs de ces ou- 
vrages n'existent pas, ou ne peuvent lui être attribués avec 
certitude. 

Le Defcnsoriuin juris, plusieurs fois imprimé, et notam- 
ment dans le Tractatus tracUituum, est d'un auteur nommé 
Jean, moine de l'ordre de Citeaux. Nous avons déjà lait re- 
marquer l'erreur de quelques écn\ains qui avaient inscrit 
le cardinal Jean Le Moine parmi les religieux de cet ordre. 
Sinder, Possevin, Fahricius, etc., distinguent ici deux per- 
sonnages : le cardinal et le religieux. De Visch, en parlant 
du moine, ne l'a pas supposé la même personne que le 
cardinal et ne lui attribue aucun des ouvrages qui appar- 
tiennent certainement à ce dernier. Du reste, nous recon- 
naissons que le Defeiisoriiim jnris, écrit en faveur des accusés 
et des plaideurs vexés par la malice et les exigences des pro- 
cureurs et des avocats, et tiré du corps des canons des Dé- 
crétaic^s et des lois, comme le dit l'auteur dans sa préface, 
aurait pu très-bien sortir de la plume d'un jurisconsulte 
habile, comme était le cardinal Jean Le Moine. Mais, en 
fait, il n'est pas de lui. 

De même, Jean Le Moine pourrait avoir écrit un apparat 
sur le Décret, qui, dans un manuscrit de la Sorbonne, se 
termine par ces mots : Exphcit apparatus Joannis super Dccir- 
lùm. Mais rien ne prouve que ce Jean soit le cardinal Jean 
Le Moine, et aucun bibliographe n'a attribué à ce dernier 
un commentaire sui- le décret de Gratien. 

Au contraire, Pancirole et, après lui. Du Boulay et Denys 
Simon disent qu'il composa un commentaire sur les Décré- 
tales de Grégoire IX. Nous n'avons rencontré aucun manus- 
crit de cet ouvrage. L'indication donnée par Haenel d'un 
manuscrit de la bibliothèque de Rouen sous ce titre, Joan- 
nis Monadù apparatus super Dccrctales , pourrait faire croire 



CANOMSTE. 215 

MV SIFXI.r. 

que ce volume contient un commentaire sur les Décrétales 
de Grégoire IX; mais nous devons à l'obligeance de M. Pot- 
tier, conservateur de cette bibliothèque, une description 
exacte de ce manuscrit, qui est cebii de Jumiéges, men- 
tionné autrefois par Montfaucon et qui renferme seulement Montiaïuon, lii 
l'apparat de Jean Le Moine sur le 8e\te ou les Décrétales ''''°','', ,'"''' ' "' 
de Boniface VIII. On pourrait soupçonner aussi, sur la foi 
de Draudius, que c'est un commentaire du cardinal Jean Le Diaihiiu,, liihi 
Moine sur les Décrétales qui a été imprimé sous ce titre : '''-' ' '' '' '"' 
.locmms MonachiJ. C. m Dccrctalcs jnns ponltficii commcntaria; 
Mulhouse, i6o2, in-4°. L'épître dédicatoire nous détrompe 
aussitôt, et nous apprend que ce Jean Le Moine avait été, 
au siècle précédent (xvf siècle), un professeur de droit dans 
l'université de Leipsick,et que, par conséquent, il n'a rien 
de commun avec le cardinal, mort au commencement du 
xiv^ siècle. 

Il reste donc deux écrits dont le cardinal Le Moine esl ivukiioI, Di 
certainement l'auteur; et les témoignages des bibliographes !J!' i w ,1"' 'lï ••i 
s'accordent en ce point avec les titres des manuscrits. (>e J'" ''"■■ i''' "i 
sont le commentaire ou apparat sur le Sexte et le commen- Hisidiidioiimm 
taire sur les Extravagantes de Boniface VIII. nun.oy.a^r.i. i\ 



"o 



1° Après que Boniface VIII eut fait paraître, en 1298, le 
Sexte, ou sixième livre des Décrétales, comme complément 
des cinq livres de Grégoire IX, plusieurs jurisconsultes com- 
posèrent des gloses sur ce nouveau l'ecueil; entre autres, 
Jean Le Moine, Gui de Baisio, archidiacre de Bologne, Gar- 
sias. Espagnol de nation, Joscelin de Cassagne et Jean An- 
dréa, dont les observations sont placées comme sommaires 
analytiques en tête de la plupart des chapitres, dans les édi- 
tions imprimées. Jean Le Moine est donc le premier vraisem- 
blablement qui ait commenté le Sexte. Au 16 février i3oi , 
année romaine, il envoya à l'Université de Paris la nouvelle 
compilation des Décrétales, avec un apparat qu'il avait com- 
posé pour en faciliter l'intelligence et que M* Geoffroi de .iouid..n ci..). 
Fontaine devait remettre de sa part à l'Université. La lettre 
d'envoi nous manque; mais l'original en existait encore au 
siècle dernier dans les anciennes archives de l'Université de 



liid. rhioii. |). 78. 



r..n.ls ,1, 



Kl i.WI. |. 



216 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 

I\Trls. Il ne nous en reste plus que la simple indication, telle 
que nous venons de la transcrire, consignée dans un inven- 
taire des titres et chartes de l'Université, écrit au commen- 
cement du xviT siècle, qui existe en double aux archives du 
ministère de rinstrucliou publique et dont |)lusieurs copies 
s<^ trouvent à la Bibliothèque nationale. ()uanl au Geollroi 
ou Ciodefroi de Fontaine, anrpu'l était adressée la lettre, et 
i(..im.ini, n fjiic l'inxentaire nomme sans aucune qualilicalion, nous ne 
pouNons diic s'il est le même que le chancelier de l'église et 
ll.^l lai ,1. Il de l'Lniversité de Paris dont nous avons pajié dans cette 
hisloire. Dans ce cas, il laudrait supposeï' cpiil a prolongé 
sa carrière, non-seulement jusque vers 1-M)0, mais onze ou 
douze ans de plus, c'esl-a-dire après i 3o i . (!e cpii n'est pas 
impossible; mais sur ce point nous ne pouvons pas même 
former des conjectures tant soit peu ])lansibles, |)uisf[ue les 
données nous manquent absolument. 

l.a glose de Jean Le Moine sur le Sexte est tout à fait dans 
le goût et selon la forme des commentaires de cette époque. 
Il débute anisi : /;/ Dci nomiiie, aincn. Sccundiim philosopimm , 
scirc csl nm pcr attisam axputsccre. En conséquence, il établit 
(pu> celui ([ui Aeut avoir la connaissance de ce livre doit en 
connaître les causes matérielle, formelle, elhciente et finale. 
Il donni^ sur ces quatre espèces de causes de longues expli- 
cations, qui jjeuvent se réduire à ce ])eu de phrases : La 
cause matérielle du Sexle est, dans le langage vulgaire, en 
parlant (jrosso modo ,\dL réunion des nouvelles Décrétales qui 
ont été publiées depuis le recueil de Grégoire IX, mais, dans 
un langage plus philosophique, c'est le sujet même du livre, 
« le bien de l'Eglise, c est- à -dire une direction pour les fi- 
«dèles;» botiiim ccclesiasticum , id esl fulcliiun dircctiviim. La 
cause formelle est ou la forme même du traité, c'est-à-dire 
la division du livre en ses parties, le proême, le traité, l'é- 
pilogue; ou les dillérentes formes cjue l'auteur a données à 
sa matière, narrative, positive, décisive ou déclarative des 
anciens droits, jirobative, réprobative, modificative, etc. La 
cause elTiciente du Sexte est Boniface \ 111, cause elFiciente 
principale; mais la cause efficiente instrumentale ce sont les 



CANONISTE. 217 

trois coHal)orateurs qu'il s'est adjoints et qu'il nomme dans 
son prologue, Guillaume, archevêque d'Embrun, Bérenger 
de Fredol, évoque de Béziers, et llicliard de Sienne, vice- 
chancelier de la sainte Eglise romaine. Quant à Boniface, 
c'est avec raison qu'il est appelé la cause efhciente princi- 
pale, puisque son nom signifie «qui fait le bien,» bontini 
facicns, à moins qu'on n'aime mieux le dériver de bonum el 
de fascia, fasce, bande, ligature, «le hcn du bien;» car il a 
lié, recueilli le bien qui était épars et l'a réuni dans ce vo- 
lume. Enfin, la cause finale du Sexte est le but que s'est pro- 
posé le souverain pontife en le faisant compiler; c'est à savoir 
de réformer les mœurs, de punir les vices et de terminer les 
différends par de formelles décisions. 

Dès le début de son commentaire sur la lettre de Boni- 
face VIII, qui sert de préface au recueil, on trouve des éty- 
mologies dans le genre de celle que nous venons de voir. 
Bologne [Boiwnia) est in bononim notilia niinis amabihs , 
comme Padoue, patenter daccns amena, et Paris, parcns runanx 
stngula uscjiiccjuoque; car, ajoute-t-il, dans ces lieux et dans 
les autres universités célèbres, w (jiubus débet abundare bono- 
nini notilia, et produci liabeni animœ amena, et liabetiir rimari 
sicjiUalim, etc., on doit étudier le droit et rejeter tous les 
amusements honteux, pour rendre érudites les âmes d'abord 
et ensuite les langues. Mais, à part ces jeux de mots et ces 
rapprochements lorcés, qui étaient assez dans le goûl de 
l'époque, le commentaire de Jean Le Moine est sérieux, et il 
pouvait être utile ])our faciliter fétude de ce nouveau code 
de droit canonique. Il paraît, du moins, qu'on l'a jugé tel 
pendant le xiv" et le xv" siècle, car ce commentaire ou celte 
glose fut alors en très-grande réputation : on l'ajîpela la Glose 
d'or, et il s'en est conservé un grand nombre de copies ma- 
nuscrites. La Bibliothèque nationale en possède cinq; la bi- 
bliothèque Mazarine, deux; la bibliothèque de Laon, trois, 
sous les n°' Syg, 38o, 38i; celle de Chartres, deux, sous 
les n" 820, 334; celle d'Angers, trois; de Rouen, une; de 
Tours, une. M. Haenel en indique encore d'autres copies dans 
les bibliothèques de Bâle, de Bruges, de Bruxelles. Celle d(> 

TOME XXVll. 28 



\iv slEr.i.B. 



218 JEAN LE MOINE, CAHDINAL, 



part. II , |). ?, 
part. III, p 
i63 ; pnit 

Co 



Lau<ic, Calai <i( Brugcs 3 été faite à Paris, en 1329, par maître Thomas 
Hnipes.n-.^f). d'Irlande. Il s'en trouve aussi plusieurs exemplaires dans 
Calai hii)ian-i les bihUotlièques des universités d'Oxlbrd et de (iamhridpie. 
Le catalogue des manuscrits du palais de Saint-James men- 
tionne, au n° 84o8, l'ajjparal de J(\in I^e Moine, et, au 
catai'. mss (Ko'i! ti" S/JoQ, uu répertoire de cet apparat. Ce répertoire doit 
I""'"' être celui que nous retrouvons dans le n" -io/i du Nouveau 

coxp, (ipr, ,ii Collège d'Oxford, sous le nom de Thomas C^hillenden, moine 
' ' de Cambridge, il commence par : Proœminni scxli hhri m 

principio. A la fin du volume, on lit ces mois : Isliid licpcrlo- 
riuin fini datum pcr dominnm T. Cliillindciic , vcncrahdcm. doc- 
lorcm m dccrctis, monacimin ecdesuv Christ 1 (Aiiiliiaricnsis , aiiDO 
Domuu 138â. 

L'apparat de .J(\Tn Le Moine a été publié avec le Sexte, 
d'après des manuscrits qui se trouvai(>nt au collège du car- 
dinal Le Moine, sous le titre de Glosa aurca, par les soins 
de Philippe Prohiis (Le Preux), avocat au parlement, qui y 
a joint de longs commentaires; Paris, de limprimerie de 
Jean Petit et Barthélemi Bertault, i53,5, in-f". Il paraît, d a- 
Diaihi ii,i)ii.,ii, près Draudius, que les commentaires de Jean Le Moine et 
''"" ' '' ''^"^ de Philippe Probus ont été réimprimés à Venise, 1 586, in- 
Oiidin. Comm f " ; Hiais cette édition n'a pas été sous nos yeux. Casimir 
i'iii VTeoi ' Oudin semble croire f[ue les commentaires de Philippe 
Probus n ont été ajoutés à ceux de Jean Le Moine que dans 
l'édition de Venise; mais il se trompe. 

2" L'autre ouvrage du cardinal Jean Le Moine, son com- 
mentaire sur les Extravagantes de Boniface VIII,a eu moins 
de vogue et de popularité que le précédent. Cette différence 
vient sans doute de ce c|ue le Sexte, étant, comme les l)é- 
ciétales de Grégoire IX, un recueil de décrets rendus à dif- 
férentes époques sur des affaires ou des questions communes, 
et destiné à servir de règle de droit à tout le monde et 
dans toutes les circonstances analogues, pouvait offrir sou- 
vent dans lapplication des dillicultés qu il était très-impor- 
tant de résoudre. Mais les Extravagantes de Boniface VIII 
et quelques-unes de Benoît XI, commentées par Jean Le 
Moine, sont, pour la plupart, relativesà des faits uniques, à 



CANONISTF.. 219 



M\ bItXLK. 



|]|) 



lit. i\ . ( n|i. 1 

ii>ui. lib. m. 



iii> 



iii III. 



des circonstances particulières, à des personnages nommés 
expressément, à des prétentions de suprématie désavouées 
plus tard ou abandonnées. Telles sont les Décrétales : Delcs- t^u 
tnndw , contre l'usage de faire bouillir les corps des défunts ,', , 
pour séparer plus facilement la chair d'avec les os; Anli- \\>u\ 
(quorum, qui établit le jubilé; Super caihcdram, qui règle les 
prétentions des religieux mendiants en ce qui regarde le mvi.iai 
droit de prédication, de confession et de sépulture; Hem non ii 
novam, contre ceux qui empêcheraient une citation pro 
noncée par le pape de parvenir à ceux à qui elle est adressée; 
Diidum, qui révoque la sentence d'excommunication portée 11.1,1 m. vm n 
contre Jacques et Pierre Colonne comme schismatiques, et 
surtout la iameuse bulle Unam sanctam , où Bonilace établit, ii)i(i iii). 1, 
comme un |)oint indispensable au salut, la soumission de ' *"'"'i' ' 
tout fidèle au jjouvoir spirituel et temporel du pape. L'étude 
de ces Décrétales pouvait donc avoir un certain intérêt de 
curiosité, mais elle n'était pas d'une nécessité urgente pour 
éclaircir la plupart des ])oints de la discipline ecclésiastique. 
Aussi le commentaire de Jean l.e Moine n'est-il pas men- 
tionné par tous les écrivains qui ont parlé de sa personne 
et de ses ouvrages, et il en reste peu de copies manuscrites. 
Nous n'en connaissons que deux à la Bibliothèque nationale 
et une à la Mazarine. Il en existe aussi une à l'université de 
Cambridge sur la Décrétale Super catheclrain , et peut-être 
quelques autres indiquées vaguement sous le titre de com- 
mentaires super Deeretales. Enfin, on n'en cite qu'une édi- 
tion imprimée, sans lieu ni date, qui a été vue par iMansi i.ii)iiiiu.,Uii)i 
dans la bibliothèque cjue le jurisconsulte Felinus Sandeus "'leVic*^' "Ma^nM*, 
avait léguée à la ville de Lucques. Nous n'avons pu nous ' '"• r 
procurer un exemplaire de cette édition. Des trois ma- 
nuscrits que nous avons consultés, celui de la Mazarine ne 
contient que huit décrétales de Boniface Vlll, y compris la 
plus célèbre, Unam sanctam. Les deux manuscrits de la Bi- 
bliothèque nationale y ajoutent dix autres décrétales, soit de 
Boniface VIII, soit de Benoît XI, ou même de Clément V. 
Toutes, à fexception d'une seule, Dudam Bonifacius, qui est 
de Clément V et qui est insérée dans le corps des Clémen- 

28. 



, Il 

I IV, p. io5. 



\i\ sitxi.r. 



220 JEAN I.E MOINE, CARDINAL, 



l'.nlU'M. 


, llisl. 


.„,n. P.M 
1' '.l'7 


1 IV 


In SiAllII 


ll..lll>.l. 


ht. VI. i-.i|i 


. 1 '>. — 


(llo-,.! ;iciic 


.1. r -c> 



fines, sont éparses dans les cinq ou plutôt les quatre livres 
(les ExtravdfjaiUcs cnminnncs (car on passe immédiatement du 
,V livre au 5^), qui se trouvent dans les recueils ou corps 
de droit canonique, à la suite des Extravagantes de Jean XXII. 
Ces trois manuscrits sont sur vélin, du xiv'' siècle. 

Uelafivement aux commentaires du cardinal Jean Le 
Moine sur les Extravagantes, il est une assertion de Panci- 
role, répétée par Denys Simon, puis par Taisand, mais chez 
ce dernif'r accompagnée d'erreurs graves, qui mérite de 
nous arrêter quelques instants. Dans son commentaire sur 
le Sexte, Jean Le Moine s'est, dit-on, montré la\orable au\ 
prétentions de la cour de lîome; et l'avocat général Bignon, 
partageant celte opinion, récusait, en i638, l'autorité du 
Il cardinal Jean \fonachus, glossateur du Sexte desDécrétales, 
Il qui avait appeli' le droit de m/«/e une usurpation. « il le re- 
gardait comme un courtisan du pape Bonilace \lll. ^L^is, 
dans ses gloses sui' les Extravagantes, remarque Pancirole, 
.lean Le Moine relève moins l'autorité du souverain pontife; 
il paraît plus favoriser les princes laïques; et l'on croit qu il 
changea d'avis dans l'intérêt du roi de France, auprès du- 
quel il fut longtemps légat du pontife. Pancirole cite eu 
sauUiii, ivii, marge, comme autorité, Eelinus Sandeus. Or ce dernier 
jurisconsulte dit seulement que Jean Le Moine, dans ses 
gloses sur l'Extravagante Unam sanclam, tend à restreindre 
le pouvoir du pape, peut-être pour se ménager la faveur du 
roi auprès duquel il était légat. On voit par là que Pancirole 
a eu tort d'appliquer à tout l'ouvrage ce qui n'est vrai cpie 
du commentaire de la bulle Unam sanclam et encore avec 
restriction. 

En elîet, il se présente ici une singularité bien remar- 
quable et dont les bibliographes de Jean Le Moine ne laissent 
pas même soupçonner l'existence. Dans les trois manuscrits 
déjcà mentionnés, nous avons trouvé, sous le nom de Jean 
Le Moine, deux commentaires de la décrétale Unam sanclam 
entièrement dilîérents. Ainsi, dans le manuscrit de la bi- 
Ma/. bliothèqu(> Mazarine, à la suite de sept décrétales de Boni- 
face VIII , est la huitième Unam sanclam , avec un commentaire 



II. Decivl. lil) 

lll WMll 



Ull)llMll,. 

i.>r>. r 1 



CANONISTE 221 



\1V SIECLE. 



((IIP nous appellerons de première rédaction. Dans le nu- ~ 

niéro 4071 de la Bibliothèque nationale, après les mêmes isibiioii 
decrétales, est un autre commentaire de la bulle Unam sanc- " ''"" 
tdtii , que l'on peut qualifier de deuxième rédaction. Le nu- 
méro /il iG renferme, également à la suite des mêmes dé- liihiioii 
crétales, le commentaire sur la bulle Unam sanclam tel qu'il " 
est dans le manuscrit Mazarin, et, de plus, offre, au com- 
mencement du volume, sur quatre feuillets de papier, à 
longues lignes, la deuxième rédaction du commentaire, 
telle qu'on la lit dans le manuscrit ^07 1 . Nous avons donc 
deux copies de chacune des rédactions. 

Ce que nous appelons le premier commentaire, j^arce 
c[u'il est probablement le plus ancien en date, a pour objet 
de corroborer par toutes les preuves possibles le principe 
établi par Boniface Vlll dans cette célèbre décrétale, cpie 
c'est une nécessité de salut d'être soumis au souverain pon- 
tife : Esse de necessttate salnlis siibessc summoponlifia. La marche 
de cette dissertation est lente, embarrassée de divisions et de 
subdivisions multipliées, d'explications subtiles et redon- 
dantes, comme dans tous les commentaires des scolastiques; 
mais on peut y remarquer une méthode d'induction habile- 
ment euqiloyée pour tirer de toutes les expressions du texte, 
d*' toutes les circonstances des actes et des paroles des per- 
sonnages, des preuves en faveur de la thèse romaine. Nous 
indiquerons seulement en ce genre la possession des deux 1 
glaives de l'f^glise figurée par f existence de deux épées entre " 
les mains d(>s apôtres. « Les apôtres disaient : Il y a deux 
" glaives ici. Or, puisque les apôtres représentent f Eglise, il 
« s'ensuit que, s'il y avait deux glaives parmi les apôtres, il 
" y a nécessairement deux glaives dans fEglise. Et quand les 
r apôtres eurent dit, il y a deux glaives ici, Jésus-Christ ré- 
" pondit : C'est assez; et non pas : C'est trop. Donc, etc. L'un 
"des deux glaives fut tiré; c'est le glaive visible, le glaive 
1 matériel, qui sert pour les affaires temporelles; fautre qui 
" ne fut pas tiié est le glaive invisible, ou spirituel. Si Jésus- 
" Christ dit à Pierre : Hemets ton glaive dans le fouiTeau; il 
" est évident que ce glaive matériel était au pouvoir de Pierre. 
1 7 



r 83 



\IV MF.CI.K. 



222 JEAN LE MOINE, CARDINAL, 



<i Par conséquent, les deux glaives sont au pouvoir de l'Église. 
(1 Mais l'Eglise ne doit point frapper elle-même; elle ordonne 
Il aux rois et aux princes de frapper en exécution de ses dé- 
« crets. " 

Hibiinii, \i.„ Plus loin, le commentateur prouve la supériorité de la 

'^7 ^ puissance spirituelle sur la temporelle par l'histoire de l'An- 

cien Testament, où le sacerdoce a été établi par Dieu et la 
royauté par le sacerdoce. A propos de la suprématie du 
pape, qui ne peut être jugé que par Dieu, l'auteur fait une 
distinction importante entre l'autorité personnelle du pape 
et l'autorité qu'il tient de son rang. Comme homme, il peut 
avoir des supérieurs en sainteté; comme pape, il est au- 

ihui r ,:^H dessus de tout. La conclusion du glossateur est celle de la 
bulle elle-même : Omniiio esse de necessitate sabitis nmni Jiii- 
maïuv crealurœ siibesse summo puntifici. 

La seconde dissertation, composée après la catastrophe 
de Boniface, ou peut-être quelque temps auparavant, dans 
fintention de la prévenir, n'élève pas précisément le pou- 
voir dos rois au détriment de l'autorité pontificale, comme 
le fait entendre Felinus, et n'attaque pas directement, par 
une suite d'arguments en forme, les abus de pouvoir et les 
jDrétentions exagérées de l'évêque de Rome, comme l'auteur 
anonyme de la réfutation de la bulle Unam sanctam, publiée 

Diipuy, l'nnv par Dupuy et Du Boulay. L'ancien légat du pape ne pré- 
îiinai.r, hm tf'^*^^ combattre aucun des points établis dans la bulle; seu- 
'^ lement il l'explique de manière à concilier les intérêts et les 
droits des deux partis. Mais enfin toute son adresse ne peut 
empêcher qu'on ne voie dans ce commentaire le désaveu 
du premier. D'abord il semble vouloir donner le change à 
ses lecteurs par un début fort long, assez obscur, hérissé 
de citations de droit civil et de droit canonique. Mais à la 
suite viennent des assertions de plus en plus hardies, pré- 
sentées sous la forme de suppositions, ou déduites des 
textes de certaines décrétales. Ainsi, le pape ne peut être 
ou jugé, mais il peut être déféré. — On ne doit obéir au pape 
' qu'en tant que ses injonctions sont conformes à la foi. — 
Le pape est le ministre de Dieu sur toute la terre, mais il 



— 15 



Kililiotl,. 
A07,. f 



CANONISTE. 223 



\1V SIECLE. 



'7' 



n'en est pas le maître. — Le pouvoir spirituel des prélats 
se borne à administrer les sacrements, et leur pouvoir 
temporel à tirer des biens de ceux qu'ils instruisent et aux- 
quels ils administrent les sacrements les moyens de vivre 
d'une manière convenable. — Tout ce qui est dit des deux isiiiiioti 
glaives n'est qu'une allégorie dont on ne peut tirer aucun ar- 
gument en faveur du pouvoir temporel de l'Eglise. — Vou- 
loir que le pape ait l'autorité temporelle en tout et sur tous, 
c'est comme si l'on voulait que l'évêque, dans son diocèse, 
eût l'autorité sur toutes les choses temporelles, parce que 
son pouvoir est plus élevé et plus noble que celui du sei- 
gneur du lieu. — Le droit des prélats d'exiger les dîmes ne 
prouve qu'un pouvoir spirituel, puisqu'ils ne les reçoivent 
qu'au titre d'administrateurs des choses spirituelles. — La 
puissance royale ne procède pas de l'autorité pontificale; 
elle vient de Dieu seul. Ce qui est prouvé par l'ancienne 
loi. La citation de Jérémie, l'^cce constitui te super (jentcs cl 
rcfjna, ne s'applique qu'au pouvoir de prêcher l'évangile, 
pouvoir qui n'a pas à établir de puissance terrestre. — Cette 
conclusion, « Le pouvoir terrestre sera jugé par le pouvoir 
(1 spirituel » ne doit s'entendre que d'un jugement spirituel, 
de peines spirituelles, comme de l'excommunication, etc. 
En un mot, il ne s'agit dans toute la bulle que du pouvoir 
du pape dans les choses spirituelles. 

il serait difficile de dire si l'auteur de ces deux commen- 
taires était également de bonne foi dans la rédaction de l'un 
et de l'autre. En admettant, néanmoins, ce qui n'est pas 
absolument démontré, que tous deux soient l'ouvrage du 
cardinal Jean Le Moine, nous avons dit comment on peut 
exjdiquer ce changement, ou, du moins, cette importante 
modification de langage d'un même écrivain s'exerçant sur 
le même thème. Dans tous les cas, il paraît à peu près cer- 
tain, d'après les indications données par Felinus Sandeus, 
auxquelles peuvent s'ajouter quelques autres considérations, 
que Jean Le Moine est l'auteur de la seconde rédaction du 
commentaire. 11 existe, en effet, sur une bulle de Clément V, ' "i 
Meruit, une très-courte note du cardinal, qui ne se trouve 



iilj. V, 



22/1 JEAN 1-E MOINE, CARDINAL, CANOMSTE. 

que dans le manuscrit 4071, lequel contient aussi la seconde 
rédaction. Le glossateur dit que cette huile explicjue [dccla- 
ral) la bulle Linam mnctam, qu'il a coniinentée {(juam (jîosavi). 
Or cette explication détruisant l'effet de la bulle qu'elle pré- 
tend expliquer, la glose sur la bulle Unarn sanctam, à laquelle 
renvoie l'auteur, ne peut être que le second de nos deux 
commentaires. 

Il paraît que cetle explication, tout ingénieuse qu'elle 
est, ne fut pas du goût de tout le monde, car elle est ainsi 
indiquée sur un feuillet de garde, à la fin du manuscrit 4 1 1 6, 
où est marqué le contenu du volume, en écriture du w'' siècle: 
Primo, glosa aliciijus mai.i homims siijwr ExlKn'arjantc i yAM 
SANCTAM (lomini Bonijjhlii. 

Ce méchant homme n'eut peut-être que le tort de vouloir 
tenir la balance égale entre deux puissances ennemies; et, 
si l'on en juge par les résidtats, il ne se tira pas sans succès 
de cette dinicullé, puisque, sans trahir les inleiéfs d au- 
cun des partis, il sut conserver, en même temps, la faveur 
du pape et celle du roi, et amener peut-être la cour de 
Rome à déclarer par la décrétale Mcruit que la bulle Unam 
sanctam n'oblige pas le roi de France ni ses sujets à se croire 
plus soumis à l'autorité pontificale qu'ils ne l'étaient aupa- 
ravant. Ainsi furent réglées définitivement, pour le roi de 
France, les limites de sa soumission au Saint-Siège, comme 
fils aîné de l'Eglise, et de son indépendance, comme souve- 
rain temporel d un grand royaume. 

K I. 



{,?,,.'.) 



LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 225 . . 

XIV siKcr.t. 

LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, 

LL DIT DES RL!ES DE PARIS, LES CRIERIES DE PARIS, 
LES MOISTIERS DE PARIS, ETC. 



Nous réunissons dans un seul article plusieurs ouvrages 
qui n'ont rien de bien littéraire. Deux sont des pièces 
pour ainsi dire administratives, des documents purement 
historiques et ne contenant que des listes de contribuables; 
deux autres, quoique sous une forme métrique, n'olïrenl 
guère que des nomenclatures aussi sèches. Nous n'en di- 
rons donc que peu de mots. 

Le LIVnE DE LA TAILLE DE PaRIS, de l'an l3l3, est l'as- L.vkkdkhI\ic 

siette de la perception d'une taille que le roi Philippe le 
Hel leva cette même année, en vertu de son droit, dans tous 
ses domaines, pour armer chevalier son fils aîné, I^ouis 
(Hutin), roi de Navarre. Cette taille avait été imposée par 
une ordonnance datée de Paris, du i" décembre i3i3. 

Outre les tailles annuelles et d'autres contributions pour 
la défense du territoire et le service obligé sur l'ordre du 
suzerain, le seigneur féodal avait le droit de lever sur ses 
terres une taille extraordinaire, ou aide, dans quatre grandes 
occasions : i° le mariage de sa fille aînée en premières 
noces; 2° le voyage d'outre-mer; 3° le payement de sa rançon, 
lorsqu'il était fait prisonnier dans une guerre juste; f\° la 
promotion de son fils aîné à la dignité de chevalier. La levée 
de ces différentes espèces de tailles, qui étaient en général 
du dixième du revenu déclaré, comme semble l'indiquer 
Beaumanoir, du cinquantième, comme on pourrait l'in- coi.i .i. p.p^u. 
duire d'une ordonnance de Philippe le Bel (1295, i3 jan- \^'^^llol,i,ni',[î'. 
vier), donnait souvent lieu à de grands troubles. ■oi'* Jf '' » >^i' 

La répartition de la taille de fan i3i3, entre les diffé 

TOME WVII. 29 

1 7 * 



t;o,ii>iii.» 



p.333,3.-î',;i.XVr. 
prér. |) wii , MX 



XIV SIECI.K. 



226 LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 

rentes paroisses de Paris, lut établie dans la maison d'Es- 
tienne Barbete, en Grève, par lui-même et plusieurs bour- 
geois notables énumérés dans le préambule. Dans cet état 
de répartition, cliaque paroisse est divisée, selon son im- 
portance, en plus ou moins de rpiartiers ou de portions 
désignées sous le nom de quêtes ou de cueillettes. Ainsi, 
la paroisse Saint-Germain, par laquelle s'ouvre le registre, 
contient six quêtes; Saint-Eustache, quatre; Saint-Nicolas- 
des-Cliamps, deux; Saint-Merri, sept. D'autres n'ont qu'une 
seule quête : Sainte-Opportune, Saint-Leu et Saint-Gilles, 
Saint-Joce, etc. Cbaque subdivision renferme un certain 
nombre de rues qui sont mentionnées; et, dans chaque rue, 
sont nommés les bourgeois qui l'habitent, avec l'indication 
de leur profession et de la somme qu'ils devaient payer. 
Ces listes de personnes ont encore peu de noms de famille; 
on n'y voit guère que des surnoms. Voici le début du re- 
gistre, après le préambule : 

« La première queste Saint-Germain l'Aucerrois. Si coin- 
" mancc de la porte Sami-llonorc' , dehors les murs, juscjues ans 
't Aviujles. " (Cette porte était à l'entrée de la rue de Grenelle- 
Saint-Honoré; et les Aveugles, ou Quinze-Vingts, vis-à-vis le 
Palais-lloyal actuel.) 

1 Estienne Queue-levée, çavatier, xvin deniers parisis. 

« Hobert de Fresviau, regratier, xviii deniers. 

" Perronnelle Porée, xviii deniers. 

" Jehan Le Cras, xv sous parisis, etc. 

<i Des TiiiUeries jusqnes au Louvre 

» Frod-Mantcl, le reiic devers le Louvre 

« L'autre renc de Froit-Mantêl, etc. » 

La somme de toute l'assiette de cette taille s'élève à 
1 3,000 livres, 11 sous, 3 deniers parisis, quoique le titre 
du registre n'annonce qu une taille de 1 0,000 livres. 

Ce livre nous fait connaître la topographie de Paris en 
i3i3, la partie la plus riche de sa population, son indus- 
trie, son commerce et ses richesses. En comparant entre 
elles les classes les plus fortement imposées, on pourra 
se faire une idée de l'injportance de chaque branche de 



»V1 , 



LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 227 . . 

XIV siECi.i:. 

commerce. Au premier rang, sous ce rapport, figurent les 
lombards ou banquiers; viennent ensuite tous ceux qui 
commercent sur l'argent, tels que les changeurs, mon- 
nayeurs et orfèvres; puis les drapiers, les épiciers, les 
marchands de bois, les pelletiers, les bouchers, les taver- 
niers, etc. 

Ce document, précieux pour l'histoire de Paris au com- 
mencement du XI v" siècle, a été publié, pour la première . 
fois, par Buchon, dans sa Collection des chroniques fran- 
(jaises (1827, in-8"), à la suite de la chronique métrique 
de Codefroy de Paris, dont il est, en quelque sorte, l'ap- 
pendice. F^e versificateur raconte, en elfet, avec complaisance 
les fêtes somptueuses célébrées en l'honneur de la chevale- 
rie du prince Louis. On voit ailleurs que les dons seuls faits LuJewig, Keiiq 
par le roi aux nouveaux chevaliers s'élevèrent à 32,26.'^ livres, "'xii.Te'o 
9 sols, 6 deniers parisis. Piien ne fut plus magnifique : l'ar- 
gent payé par les bourgeois pour toutes ces réjouissances 
est le revers de la médaille. 

Le texte provient d'un manuscrit de la Bibliothèque na- BibiioUi. nation 
tionale, grand in-f" sur vélin, de cinquante feuillets à deux "o^^.g"'''' ""^ 
colonnes, exécuté dans le xiv" siècle. C'est le registre ori- 
ginal de fassiette de cette taille. Il porte pour titre, comme 
dans l'édition : « C'est le livre de la taille des dis mile livres 
« deuz au roy nostre sire pour la chevalerie le roy de Na- 
i< varre, son ainz né filz, assise, etc., par .lehan Barbete, 
«etc.. Guillaume Franque (et non pas Franquein), sellier, 
« l'an de grâce mil trois cenz et troize. » 

Félibien et Lobineau ont publié, d'après le registre Nos- leiibien, Hisi 
ter de la Chambre des comptes de Paris, «la Oweullete de p^.s'.'èa,' '' " 
" X mil livres parisis que la ville de Paris peia pour la che-, 
« Valérie du roy Loys,filsle roy Philippe le Bel, l'an mcccxiii; 
« [la quelle] fut faite par les rues qui s'ensuyvent. » C'est la 
même division de paroisses et de portions de paroisses que 
dans le livre publié par Buchon; mais les noms des bour- 
geois n'y sont pas; on n'y voit que les noms des rues, et 
plusieurs même n'y sont pas mentionnés. Ce registre n'est 
donc qu'un abrégé. On y donne exactement les sommes 

29. 



XIV MF.CI.K 



228 LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 

des quêtes pour chaque quartier, mais on a omis d'en mar- 
quer le total général. 

Un monument de même nature, le Livre de la taille de 
1292, a été publié en 1887 par (léraud, parmi les Docu- 
ments inédits sur l'histoire de France, avec ce titre : Paris 
sous Philipj)e le Bel. Il se trouve dans un manuscrit 
acheté par la Bibliothèque nationale en i836, grand in-f" 
siu' vélin, de soixante-dix-huit feuillets, à deux colonnes, de 
cinqnante-(hnix lignes chacune. (>e volume, comj^osé de 
cahiers détaches d'un registre des Archives nationales, n'a 
pas (le titre. Les Archives possèdent le complément du ma- 
nuscril publié par Géraud, et ce complément fournit 
d autres renseignements sur la taille de l'an 1292, levée 
pour tenir lieu de la maltôte. On peut consulter sur ces pièces 
une notice publiée par M. E. Boutaric dans le tome XX des 
Notices et Extraits des Manuscrits, partie deuxième, p. io3. 

Les observations que nous venons de faire sur l'impor- 
tance relative des diverses professions, sur les noms et sur- 
noms des bourgeois de Paris, s'appliquent également au livre 
de 12()2. Nous remarquerons seulement que les lombards 
ou banquiers sont ici classés à part, paroisse par paroisse, 
avant le recensement général. Il en est de même de certains 
habitants des deux paroisses Saint-Germain-l'Auxcrrois et 
Saint-Eustache, désignés sous le nom de « menues genz, » 
et qui payent tous une taxe de douze deniers. A la fin, est 
un cha|)itre particulier pour les juifs. 

L'éditeur a jjrofité du travail de son d<>vancier, et il com- 
pare continuellement les deux tailles, les corrige et les suj)- 
plée l'une par l'autre. Les subdivisions des paroisses ne 
sont pas toujours les mêmes. Quelques-unes avaient pu, 
dans l'intervalle de vingt ans, croître ou diminuer en im- 
portance. Ainsi, le plus ancien registre donne sept quêtes 
pour Saint-Cierniain-l'Auxerrois; l'autre n'en donne que six. 
Saint-Eustache a deux quêtes en 1292, quatre en i3i3; 
Saint-Merri, quatre quêtes en 1292, sept en i3i3; Saint- 
Jacqu('S-la-Boucherie, six quêtes en 1292, cinq en 1 3 1 3, etc. 

La somme de toute la première taille est de 1 2,2 43 livres 



\1\ MKCI.K 



LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 229 

8 sous, répartis entre quinze mille deux cents contribuables 
environ. 

Dans les notes topograjibiqucs jointes à cette publication, 
il est souvent question de deux poënies sur les rues de Paris, 
dont l'examen formera la seconde partie de cette notice. 

Le premier, publié depuis longtemps, est le Dit des rnea u bu i.i^ i.n- 
(/(• Pans, par Guii.lot. L'auteur nous est connu seulement |.^I^',lH'lnI 
par son ouvrage. Il s'y nomme au second vers Guillot de 
l^aris, et dit avoir composé auparavant des contes ou des dits, 
poëmes bistoriques ou fabliaux, sur les rois et sur d'autres 
seigneurs : 

M;iint (lit a fait àc l'oys, ilo conito Mron. V.M. ei 

Guillot do Paris en son conte; ron.e.i II.,, .3^ 

Les rues de Paris brienient 

A mis en rime, oie/, eunnnenl. 

H 11 existe, de son poëmc sur les rues de Paris, qu une 
copie manuscrite à la Bibliolbèque nationale. Elle lait 
partii^ du n° 198 de Notre-Dame, volume in-1", sur vélin, 
à deux colonnes, du ws" siècle, qui renferme plusieurs fa- 
bliaux, romans et petits poëmes. Le Dit des rues de Paris 
Hu occupe les loi. 'i.)8 v°-2Gi v". H est composé de cinq 
cent quarante-neuf vers de huit syllabes, à rime plate. C'est 
de ce manuscrit que l'a tiré l'abbé Lebcuf, qui fa publié 1.. i.,ui.iii.i ,1 
pour la première fois en 1734, avec d'S notes explicatives Ji', )!.',','„",' 1'! 
où il établit la svnonymie des anciens noms de rues et des 
noms modernes. Mais il en a omis à dessein quelques vers 
dont l'expression grossière l'avait justement choqué. Hur- 
lant, dans son Dictionnaire historique de la ville de Paris 
et de ses environs, a reproduit le travail de l'abbé Lebeuf; 
I. IV, p. 499-Ô3 1 . J. de La Tvnna, dans son Dictionnaire 
lopographique, historique et étvmologique des rues de Paris 
(i8i()), a pid)lié le texte seul, sans aucune note, mais sans 
lacunes, soit d'après le manuscrit, soit d'après l'édition de 
Méon, qui, en 1808, avait donné toutes les notes de l'abbé 
Lebcuf, et le texte sans lacunes, conformément au ma- 
nuscrit. 



II.' .1 (II. (Ikm 
.llr^.t. 

(,1-6.1 



XIV siECI.f 



230 LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, ETC. 



L.h.ui. Hiii II l/abbé Lebeuf conjecture que ces vers ont été coni- 
'l'r p!r^ h'^'m! I I posés vers l'an 1286, parce que l'auteur y parle de D. Sé- 
|). ^71: part 11 (Hience, qui était cbevecier de Saint-Merri en 1 -2 83, comme 
'' '" '^ (l'un liomnie encore vivant ou récemment mort. Mais I). 

Seciuence, qui avait contribué à londer le couvent de Sainte- 
Avoyt' en 128,3, ou peut-être en 1288, a pu vivre encore 
Irenle ans plus tard. D'ailleurs, le Séquence ici nommé est-il 
bien le cbevecier de Saint-Merri? Ces diverses considéra- 
tions tendent à confumer l'opinion de ceux qui croient celte 
composition postérieure à la taille de 1292, et même à celle 
de i3 1 3. il s y trouve, eu effet, des noms de rues qui n'é- 
taient pas encore en usaj^c à cette dernière époque, {As, ([ue 
ceu\ des lues Hauteléuille, aux Hoirs d'Ilarcour, de l'Ar- 
bressel, Saint-Honoré, etc. Quant au reprocbe qu'on lait à 
Méon d'avoir reproduit, sans les modifier, les notes et les 
explications de l'abbé Lebeuf, et d'avoir parlé des rues 
Trousse-Vacbe, des Cordeliers, du Pet-au-Diable, il suffit de 
repondre qu en 1808 ces noms de rues subsistaient encore, 
ainsi que plusieurs petites ruelles, près Saint- Jacques- la- 
J^oucberie, qui n'ont entièrement disparu qu'en i855. 

[^es avantages qui pouvaient résulter de ce poëme sin- 
gulier, pour la connaissance de la topographie de Paris au 
xiv" siècle, ont été exposés avec complaisance par les divers 
éditeurs; et, depuis un siècle, il n'a rien perdu de son inté- 
nH, quoiqu'il ne soif plus unique en son espèce. M. Géraud 
(leiand. Ru a j)ublié, couniie apjîendice à Li taille de 1292, un autre 
iielil poëme qui peut servir à contrôler et à rectifier en 
plusieurs points celui deGuillot. 



Phil !.■ l'.rl 



LKMit)K>uF.i'viiiv Cette pièce, intitulée Les rues de Pahis, est tirée d'un 
liibiioiii cniini, manuscrit de Londres, in-f", en papier, du xv" siècle. 

io'uiî-7^ ' L'ouvrage est composé de quatre cent quatre-vingt-six 
vers. L'éditeur le croit postérieur à celui de Guillot, que 
l'anonyme suit pas à pas, et qu'il imite quelquefois. Comme 
lui, il décrit Paris dans cet ordre : le quartier d'outre le 
Petit -Pont, appelé depuis l'Université; la Cité; le quartier 
d'outre le Cirand-Pont, ou la ville. Mais il a imaginé une 



LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARLS, ETC. r.U 

lable, ou plutôt un cadre pour son tal)lpau. Guillot pai- 
court les rues de Paris pour en faire en quelque sorte le 
recensement, et il entre en matière sans préambule; im- 
médiatement après les quatre premiers vers que nous avon.s 
cités, il commence son énumération : 

L.1 nie la Huchctlo à Paris 
Première, dont pas n'a mespris. 
Asez tost trouva Sacalie, 
Et la petite Bouderie, etc. 

L'imitateur, pour expliquer sa longue promenade, sup- 
pose qu'il a perdu sa femme et qu'il la cherche par tout 
Paris : 

L'autre jour à Paris aie; 
Onrques mais n'y avois este. 
Avecques moy menay mn leuie. 
Empr^s rue Neulve-Nostre-Dame, 
La perdi en un quarefour. . . 
D'un costé ala, et moi d'austre; 
Onques puis ne veismes l'un l'autre.. . 
Je l'ay quis aval et amont, 
Et comencay à Petit-pont , 
En la rue de la Hucliette, etc. 

L'auteur présente à la fin son total : 

Deux cens rues y a moins sis 

De là Grant-pont, pour voir le dis; 

Et trente sis en la Cité; 

Et si en a , pour vérité , 

Oultre Petit-pont quatre vingts; 

Ce sont dis moins de seize vinj^ts. 

Sans compter celles de faux-boui'gs. . . 

Ce total de trois cent dix rues est le même que celui de 
Guillot, au moins d'après les derniers vers des deux ri- 
meurs; car, en comptant les rues qu'ils ont nomn)ées, on 
en trouve un moindre nombre. Iilst-ce inattention de leur 
part.^ Est-ce négligence du premier copiste de (iuillot, qui 
aura omis quelques vers, omission fidèlement reprf)duite 
par l'anonyme? 



\1\ ^1F.CI.K. 






232 LE LIVRE DE LA TAILLE DE PARIS, RTC. 

Celui-ci conclut en déclarant qu'après avoir inutilement 
cherché sa femme dans toutes les rues de l'aris, il y re- 
nonce : 

Tanl I ;iy qiiisc qiio j'en suis las : 

Or la cjuicrc qui !a vciuldra; 

Jamais mon roips no la qiiiTra. 

La dernière pensée de (iuillot est jdus morale, rpioi- 
(pi'elle ne se rappoile pruére à son sujet : 

Le (Ions Sci^ncnr du fnnianicnt 
Et sa très donec cliicir mi ro 
Nons dcllcndo de iniMi inncic. 

KiF.MFs Nous rappellerons seulem<'nl ici, comme pou\ant ser\ir 

de comj)l<'menl à celle description topographique de Paris, 

i.i l'Mu- deu\ pièces rimees, dont il a ete dit ([uelcpies mots, et cpii 

lAMii i. V(,(; l*^"!' partie l'une et l'autre d'un recueil manuscrit tle la lin 

iiiiiioiii iKitini,. du xiii'^^ siècle. L'une, la cent soixante-troisième pièce du 

\i.oi. I (.l'.iiànv lecueil, fol. 2 46, est le dit des Criehies df, pAnis, par 

' ' " r ^i' (uii.L\LMK DF. I^A Vii.LENELVF, couiposé de Cent c[uatre- 

vingt-tpiatorze vers; laulre, la cent quarante-cinquième 

pièce, loi. 232 v", de soixante-neul \ers, est l'énumération 

(1rs MoLisiiKRs DF P\i\is. La première nous apprend quel 

<'lait le pelit commerce qui laisait vivre alors le peuple 

de celte j;rande \ille; la seconde nous montre (pielle était 

la lerveur de sa piété, puiscpie soivante-sept églises étaient 

nécessaires aux hesoins d'une ])0])ulation trois ou cjuatre 

fois moins nombreuse que celle d'aujourd'hui, à laquelle 

sullisent, néanmoins, quaranle-sept églises. 

Une édition des vers sur les Moustiers, bien supérieure à 
celle de Méon pour le commentaire historirpie, a été donnée, 
en i8.')6, par S\. Bordier, dans un élégant volume qui porte 
ce titre : Les Eglises et Monastères de Paris. Le nouvel édi- 
teur croit que la pièce est antérieure à l'an 127^, date de 
la suppression des Irères Sachets, dont il est fait mention, 
au vers cinquanhMieul, .sous le nom de «frères aus sas. » 

I^e même éditeur y joint une autre pièce sur le même 
sujet, lieaucoup plus longue (trois cent six vers), qu'il place 



H l'Iiil le I'h'I. 



CLlILI.ALiME DE NOGAUET, LKGISTE. 23.^ 

vers l'an i Saâ, cl qui était inédite. I/aiiteur inconnu, pour 
imaginer queUjue chose, sujqiose que c'est un gentillionune 
(on lit en marge: Quidam) qui, voulant connaître " Irestous 
« les moustiers de Paris, » l'a prie de les nu'ttre u en rime et 
" en dit. " Il y avait soixante-sept églises (mi 137^1; en i.'^^ô, 
il y en a quatre-vingt-douze. 

Il faut avertir enfin (|ue daulres rôles de la taille de 
Paris, tout à fait analogues à ceux de l'année 1592, et se 
rapportant aux années 1 '^gS, 1 29/4, 1 29.), 1 :>97,se liouvent I!oui,mk,l..i 
aux Archives nationales, dans un énorme registre in-lolio, 
et (jue deux semhlahles documents d'une date plus récente 
ont été publiés dans le XXI" volume du lieciu'il de nos his- 
toriens, d'après des manuscrits des .Archives et de la Bi- 
bliothèque nationale: l'un d(^ l'an i3o.î, l'autre de l'an 
] 3 1 4 , tous deux à l'occasion de la gu<'rre de Flandre. .Mais 
la taxe ne se borne pas, cette lois,;! Paris; elle s'étend sur 
toutes les provinces du domaine royal; cetpii augmente l'in- 
térêt et l'importance de ces deux pièc<\s pour notre histoire. 
Dans le deuxième com])te, pour la baillie de Troyes, «les 
"italiens (c'est-à-dire les Lombards ou les bancpiiers) 
" huèrent à part, " comme dans le lole de l'an 1 292. 

V. !.. 



GUILLAUME DE NOGARET, 



SA VIE. 



§ 1. Guillaume de_\og.\ret [de j\o(jareto , Nognareto , Non- v 
(furcto , Nugarcto, Noncjarcto , Nungarcto , Aiicjuarclo, deii No- Histoi. .1 
giieyret, Longherelo, de Loufjarclo, Loiujarcl, Loiuinaret, Lonçio ^J,''^'^''' 



t.. 

I. XXI. 



roME xwii. 





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IV, p. .-,:,, 
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^Mll-I. 

. ,l.ri- 
IV, 



23'i CUILI.y\Li.ME DE NOCARET, 

(i((rcl(i, Lnuijtis (jarclns, l niujurh^ naquit à Saint-Fellx (U* 
(iannainj^ ou (laianian, aujourd liui chef-lipu de canton du 
département de la Ilantc-Claronue, qui laisait partie du 
I^aiiiaguais et du diocèse de Tonlou.se. On ignore la date 
jiiécise de sa naissance. _\ons ne savons sur quoi Du (diesne 
s'appuie pour donner à son père le nom de (iautliier. Sa 
famille n'eut sans doute rien de commun avec celles qui 
pos,sèdèrent le coniti- de Nogaret, situé au nord du Gévau- 
dan. (le nom de Nogaret, équivalent de Nogarède ou Nou- 
garède, est la forme méridionale d'un mol dont la forme 
française serait Noycraic; aussi le sceau de notre Nogaret 
porte-t-il poui- armes un noyer de sinople en champ d'ar- 
gent. Il parait qu'il y eut ])rès de Saint-Félix un fiel appelé 
Nogaret; mais w nom peut être postérieur à l'anoblissement 
de fînillanme, et \enir de sa lamille, de même que nous 
voyons près de Paris un village du nom d'Fngliien, bien 
que l'origine d(^ ce litre princier doive être cherchée en 
1' >"" llainaut. 

L'homme célèbre dont il s'agit en ce moment appartenait 
à cette ])ortion éclairée, intelligente, pleine de feu, de la 
race languedocienne, qui, au xiii'' siècle, sous le couvert du 
catharisme, au xvi'' siècle, sous le couvert du calvinisme, 
a su invariablement protester contre les opinions domi- 
nantes. Quelques-uns des asceiulants de Guillaume furent 
Diipiiy, liisi. brûlés comme palarins. La teneur religieuse qui régna dans 
r. îv,T. .sTi. — If* Midi pendant tout le xm" siècle pesait lourdement sur les 
r.nynaidi Ann.ii. famiUes qui avaient vu un de leurs membres condamné par 
.,',1. l'inquisition. Le père de Guillaume eut probablement à en 

.souffrir; Guillaume lui-même s'entendit reprocher toute sa 
vie la mort de son grand-père, mort qui est à nos yeux un 
courageux martyre, mais (pii passait alors pour la plus triste 
marque d'infamie. 

La famille de Nogaret n'était pas noble. Aucun titre an- 
térieur à 1 29g ne donne à (inillaume le titre di» miles; dom 
Vnissète, avec sa ciitique ordinaire, a même relevé des 
Va.^-.i•lo, t. IV, preuves positives qui établissent qu'en 1 3oo il était un ano- 
!,',',.' ■'^'■" • })|i Je fi-aîche date; Jacques de Nogaret, tige des Nogaret 



:>i5, 



I.EGISTK. 235 

(l'Kpcrnon, ne lui anol)li que par (Jiarles \ . Ou sait que les 
anoblissements, rares encore sous le règne de Pliilip])e le 
Hardi, se multiplièrent sous le règne de l'iiilippe le Bel. 

(iuillaume de Nogaret se voua de bonne beure à la jiro- 
lession qui, depuis la deuxième moitié du xiiT siècle, a 
conduit en France au.v premières lonctious de l'iltaf. L'étude 
des lois ai'iivail à luie importance extraordinaire, et préva- Vais-iii, i. i\ 
lait déjà de beaucoup sur la tbéologie. (inillaume débuta i' "''•'' 
dans la vie avec le simple titre de iiHKjislcr et de cicruus. oiim, i. ii 
L'amour-propre des Toulousains, qui les a portés à se rat- vaisai, ','"! ' \V. 
tacber Nogaret comme un com])atriote, les a induits aussi p 9^- 
à prétendre qu'il lit ses études à Toulouse. Le lait est que ,,. /...s" i^or,) 
c'est \ers 1291 que nous commençons à posséder quelc[ues 
renseignements cei tains sur Nogaret, et qu'à celte époque 
nous le trouvons « docteur en droit et professeur es lois » à 
Montpellier; il y était encore en 1 'i<)3. l'^n 1 2(j4 et l 'iQ.), il Vais^cle, i i\. 
est juge-mage [index major) de la s^^nécbaussée de Beaucaire a. G,-,'ma'in,^Hi-i 
et Nîmes. Ln décembre \-îa[\, Alplionse de Bouvrai, se- '''^ '•'' '°"i"' ■'' 

, , , , , 1, -' . .' 1,,. Il ' ■ Moiilp. t. 1II,|) li 

nechal, le ciiarge dune commission dolicate. il ny avait vaissèu.p. 7s, 
c[u'un an que le roi avait pris |)OSsession de Montpelliéret ^•'- 
par ledit sénéclial. 8(>lon sa constante pratique, Pbilippe le i.xxiKn.-lw 
Bel cbercbail à i)ro(iter du i)ied (ru'il a\ait mis dans Mont- Vaisbèie,|>.s:5,i .7. 
])ellier pour étendre î-on autorde sur la vdle entière et sup- Hi^t. .ci. 1 xc. 
|)rimer les droits cpn restreignaient le sien. Le sénéclial ni!,' .KTx^ni - 
somma les babilanls de la ville et de la baronnie de Montpel- ' '• i> ''o^' '"'/• 
lier de se trouver en armes à un lieu marqué; ilsrefusèreid. .'ôi.'^' ■" ' 
Le sénéclial fit alors assigner à son tribunal le lieutenant du A.Ccimai.i.Hisi 
roi de Majorque à Montpelliéret les consuls de la ville, pour '\ioi,t|)cHiei , Tii, 
rendre compte de ce relus. Ils comparurent le samedi avant i' "^ 
la Saint-André (3o novembre), donnèrent par écrit les rai- 
sons de leur conduite, et en appelèrent au roi. Le sénéclial, 
au mois de décembre, cbargea Guillaume de Nogaret de 
réfuter rargumenlation des consuls. Tout d'aliord, Nogaret Vaissiie, t iv 
nous paraît ainsi comme un de ces légistes qui ont contri- '' ^ 
bué au moins autant que les bommes d'armes à construire 
l'unité Irançai.se et à fonder la puissance de la royauté. Nul 
doute que, dès cette époque, il n'ait énergiquement secondé 

3c. 



■2M\ CMLLMME DK NOGARRT, 

\1V' -IKI.I. 

la |)f)lili([iic (le Philijipc le Bel, qui, siuloiit dans le .Midi, 
Iciidail a .S'ciilariscr la socicfc et à transiérer an pouvoir 

GeriMiiii, I II, ].,,q,,,, plusieurs al f ilhulions crui, jusciue-là, avaient élf 

Vii^vèi,., I. fv, entre les mains du |)()uvoir ndigieux. 

I' '" C'est à tort, du reste, (|u'on a donné à Nogaret le lilre de 

-Ml! l'iiii. iu iicL _i;rand seneclial de Deaucairo et de sénéchal du loi. Comme 

I)mI '!i( awH i' '^" l^<*i'^' i'Iotle, Plaisian, on l'a ffueltinelois ranj;é dans 

|.H,3. ,(i', i,,n,|.. roj'dre des a\ocats; ce (|ui n'est pas ])lus exact. 

' ^. . ,'|'"" .^ Ce lut prohahlenieiil eu i !()() (pie Nogaret lui appelé 

I' m;. ji.Ti' |(^ roi pour laire partie de sou conseil, et devenir l'aiiient 

""!.'"> '""""' des ni-inci|)a!es allair(\s de la i'o\auti'. lui celte année, il iii- 

|i. Il 1 .). j I _ . 

oiii,, . I II, ter\ient pour l'i'-gler les dilliculli's (prentraînait la réunion 

I' '"*^- ^^ du comte de jîiijorre à la couronne de France. En cette 

Oll.l, , I H , , - M I- • • 1 -1 

i,.i2.i,Mn._\,,i. même année, il remplit une mission pour le roi et la reine 

''''■' '^ r 'J' dans les comtes de Cliam|)auii(; et de Brie. 11 v l)Orla, ce 

l) Hiiu l'rnivi - , . . ' . J I 

i,. (1,.,. ' seinhie, rà|)ret«' anii-clericale tlonl il donna plus lard lanl 

II. Maiiiii.iii-t. (I,. i)reuves: nous xovous, en ellet, le clertié de Troves recla- 

.!.■ li.l.lV.n. ', 11. ' , . •' , , . . '^ ,, r, -1 ■ 

,,„t, ,._ liin;;,. mer ener<;iqucmenl conlr<' ses uecisions. Lu i3()o, il pit^e 

....u.((Ui(.-i.^.ri. ^\^^^^ toutes les allaites les plus graves du parlemenl. I!n 

Ollm , I. Jl . ,, ., , , , .' I- I I 11 

ii.iî.! — v.i^sMr, 1 .Son, il est (lepule par le roi |)i)iir laire la reclierclie de ses 

' '^1' ■'' droits au comte" de CliamnaLiiie. Kn i :>()(), il lui anobli. 

V,;^,;.|,. I iv , . ' ./>-'' 

P (,\ 1 i7;.r.i>ii ''I non, comme on l'a ecril, eu i ■h)7 ou iSoo. Les actes de 



i.N\, I',. p. ij, , I ,^ (^ |-|p jjij doumml f|ue le lilre de manislcr; au contrain . 

.1. I' ilr I Joo ;. '' 1 _ •' _ _ 

iiiiii .ir ir,.,i,.s dans un acte j)asse à Monlj)elli(*r à la fin de juillet i ^gç), i' 

(.Ikmi.s is.,o, ^^i nualifi('' mih's ou " clievaliei". " 

p.iio.i. — l.oiilniii , ^l , 

1,1 I r. ,<)i.. Il,, ir C'est sous le règne de Pliilip|)e le Bel (pu- l'on \oit pa- 

",,''''■''',;' raiire ces "chevaliers es lois ^ (fue l'on peut considérer 

Diipii). rii'iui'v, ... i ' 

ji.i, (i, is,j, .-,,7. comme la vraie origine de la noblesse de rohe. On ap|)elail 

■'H..ir'K,'i ,.i \\, ainsi les légistes rpii avaient (i('' créés chevaliers sans être 

I' ''"'^- ' ^^'- nobles et sans avoir i)r)iie les armes. Le lilre olliciel de 

i 1. ;t.\\ii.|. i((, .Nogarel sera ciesonnais /(y/»«j dnclor cl miles, ou miles cl u- 

, .^ -!!.'" Tahii! 7""' proj'cssor, cpielcpielois avec l'épilhète de vcncrahilis, ou 

.iirn:,..i. iks cii|ii simi-)leinent miles re(iis i'ranciœ , " chevalier du roi de France. « 

I \ii. p. .-,71. _ I •' ' . , . 

\ M -il.', t. IV, INogarel lui-mrme nous a, du reste, explique avec soin le 

I', J^*". ■-J' ''.■-' ^^ sens de celle expression : .\un(jU(iin in prodaclis per nos, nos 

ciiioii ,\r .sniui (liximus psse domeslicns ci famihares reqis, sed milites, qui mi- 

D.m-. ;i l'anii..' ,- • , ^ ^ ■ r ■ 

,;,,; litcs rc(jis, ex ce (jnoil per ictjcm siinl m siios milites leccplt. 



LEGISTE. 237 

MV MKIL!-;. 

hahent iiulc noincii lionorts'cl dujmtatis, cl se mdiles reiiis ap- ' 

pillant , ncc suiit proplcr hoc domcstici chcli domini rccjis et fami- 
liares ; et sunt (juasi infiniti lam m regno Franciœ (jiiam in Italia 
cl locts aliis cjiii samiinl honoreni et nomen hiijiismodi dignita- 
tis, ncc siinl domcstici, cjuod est iibiqae notorium. Une classe iiiri.uy.i'nnvr-.. 
d'iiomines politiques, entièrement nouvelle, ne devant sa i' "7 "^ 
ibrtune qu'à son mérite et à ses eiïorts personnels, dévouée 
sans réserve au roi qui l'avait créée, rivale de l'Kglise, dont 
l'Ile aspirait en bien des choses à prendre la place, faisait 
ainsi son entrée dans l'histoire de notre pays et allait inau- 
gurer, en tout ce qui touche à la conduite des alïaires, un 
prolond changement. Ces membres laïques du conseil du i.oiMLDiiii.d,. 
roi sont souvent dési";nés dans les documents officiels sous "'.7'''"'',,!' ''';' 

,. ^ , 101, l05. l'dll. 

le nom de " chevaliers de l'hôtel. » Dnpin. - iiaiiin 

C'est en i3oo que Nogaret figure pour la première fois i,!, [..'.So; ' ' 
dans la grande lutte qui devait rendre son nom célèbre, i!oiii,in<,|i.i<..,, 
c'est-à-dire dans le dill'érend du roi Philippe le Bel et du M^r.nu.î.'wviiV 
j)a|)e Lîoniiace VIII. Ce différend avait commencé l'an i 2(j6. '.•,'■''',■•''• '.'"''■"" 
La réconciliation du roi et du pape, après leurs premiers p. ^.'xi 
démêlés, n'avait été qu'apparente; deux orgueils rivaux, aussi 
énormes que celui de Boniface et celui de Philippe, ne pou- 
vaient vivre en pai\. Poussant à fextréme les ambitions po- 
liliipu's de la papauté italienne, Boniface ne voulait soulîrir 
(juc rien se fît en Europe sans sa permission. La sentence 
arbitrale qu'il avait rendue le 3o juin i 298 entre le roi df' 
l'iance et le roi d'Angleterre était une source de dillicultés 
sans lin Le pape surtout n'admettait à aucun prix que le 
.roi de France reconnût pour roi des Romains Albert d'Au- 
triche, arrivé à fempire par le meurtre d'Adolphe de -\as- lioniaiicLiKi 
sau. Un sentiment supérieur à l'alTreuse barbarie de son T'ans, '/,,«> 
tènq)s guidait souvent Boniface; mais la prétention de ré- 
gner sur toute fLurope sans armée ])ro])re était chimé- 
rique. C'est en de telles circonstances que Philippe envoya 
au pape une ambassade, à la tète de laquelle était Nogaret. 
Le roi se disait sérieusement disposé à partir pour la croi- 
sade; c'est uniquement en vue de faciliter l'entreprise 
qu'il a accepté la sentence arbitrale du pape; l'alliance par- 

1 8 



238 GUILLAUME DL NOGAUET, 

\l\' sltCl.l . 

liciilière qu'il a conclue aVec le roi des Homains n'a pas 
iiiMUi 1.111,1. du d'autre but. Des députés d'Albert d'Autricbe se trouvaieni 
i'',,'""!!!!' i)'„pm'^ 6n même temps à l»ome; iNogaret se mit en rapport avec 
Hi^t (ludinrcKMiii, (mx, et les deux ambassades allèrent ensemble trouver Bo- 
II' 3i,';i.'! -''A, nilace. I^e pape resta inllexible. Nogaret eut beau alléguer 
,.îi_iiio^,. ton- J'(;,|pj.,^p1 argument dont aimaient à se couvrir les avocats 
t. IV. |>. :,.-..r gallicans de Pbilippe le Bel, 1 intérêt de la croisade; Boni- 

lace soutint que IMiili])])e n'exécutait de la sentence arbitrale 
([ue ce qui lui convenait; il trouva mauvais que le roi el 
1 empereur fissent leurs traites sans sa participation, et il 
déclara qu'il voyait dans leur alliance une ligue contre lui. 
Bonilace insinuait ou\erteineiit que, si le roi des Bomains 
ne donnait la Toscane à li^glise romaine, il ne régnerait 
jamais en paix, qu'on trouverait moven de lui susciter des 
alVaires qui rcmpcclieraient de sétablir. Nous ne connais- 
sons les laits de cette amlja,ssade (pie par Xogaret lui-même, 
et il est prol)able que les besoins de son apologie ont eu 
beaucoup de j^art dans la manière dont il en présente le 
récit. S'il lallait l'en croire, le pontife se serait violemment 
emporté et auiait tenu sur le roi des propos si désobli- 
geants, cpie f ambassadeur se serait vu forcé de prendre hau- 
tement la défense de son maître et d'adresser à Bonilace, 
sur diverses actions de sa vie passée et sur sa conduite pré- 
sente, des avis qui équivalaient à des reproches. On serait 
mieux assuré de ce lait, si plus tard l'astucieux légiste n'avait 
ru un inl(M'ét suprême à ce que les choses se fussent passées 
(le la sort(!. Après f attentat d'Anagni, iSogaret soutiendra 
cpi'il avait prévu depuis i3oo les maux rpie devait causer 
au inondr Ibumeur du pape, et que dès lors le zèle qu'il 
a^ait ])our le rej^os de f Eglise, ainsi que son ardeur jalouse 
pour l'honneur de la France, le ])ortèrent à dire ta Sa Sainteté 
ce qu'il avait cru capable de lui ouvrir les yeux. Celte ad- 
monition, vraie ou supposée, sera la base sur laquelle No- 
garet essayera de s'appuyer pour prouver que Boniface était 
un incorrigible, etcpie, l'ayant semonce en vain, il avait eu, 
lui Nogaret, le droit de procéder par la force contre un en- 
nemi aussi dangereux de l'Eslise. 



Fr. I. IV. 
A 'l 'i ■ 



I.KGISTE. " 230 

XIV S1KCI.E. • 

On a mêlé jNogaret avec Plaislan, Flotte et Marigiii an ïosii, sioiia .11 
parlement de Senlls ( 1 3o 1 ) contre Bernard de Saisset; mais ""',. 
on n'a pu iournir les preuves d'une telle assertion. On a 
donné aussi Nogaret pour compagnon à Pierre Flotte dans 
son voyage à Rome en l'an i3oi, voyage qui amena l'éclat 
de la bulle Aiiscnlla, Jdr; mais cette supposition parait gra- h. \iaiiin, nl^t 
luite. Au contraire, nous possédons les pièces originales de 
deux missions qui lui lurent confiées en i3oi, et où il eut 
pour collègue Simon de Marchais, qualifié comme lui de 
« chevalier. » Par la jiremière de ces pièces, il est chargé de 
choisir et de nommer un gardien pour l'ahhaye de Luxeuil. 
L'autre mandat nous révèle combien le souci des intérêts 
commerciaux était vif chez les hommes d'alTaires qui entou- 
raient Philippe. La Seine n'était alors navigable que jusqu'à 
Nogent. I^e roi a entmidu dire qu on pourrait la rendre na- 
vigable jusqu'à Troyes ou même plus loin vers la Pour- 
gogne, et aussi c[u'il serait possible d'établir une ligne de 
navigation fluviale de la Seine à Piovins. 11 donne aux deux 
chevaliers des pleins pouvoirs pour l'exécution de ces travaux 
et en particulier pour indemniser les possesseurs des mou- 
lins qu'il sera uécessaire de déplacer. Cet ordre est daté de 
Gand, 26 mai i3oi . Au milieu de tant d'actes d'une admi- Dnpny, 



ricuvt 



|i.G I .'). — \olli 



nistration peu scrupuleuse, on est heureux de trouver une ,'.,(,. l'.xx,' 
pièce qui allègue pour motif le bien public, inséparable de c '■'■'■ ''•^'■>- 
celui du roi [ail iidlildlcin piihluam cl unsti\wi). Les dépenses 
doivent être laites par les villes, les localités et les personnes 
qui tireront profit de ladite canalisation. On ne sait si l'ordre 
de Philippe lut réalisé; la Seine, en tout cas, n'est restée 
navigable que jusqu'à Méri, entre Nogent et Troyes. 

I''>n I 3o2 , Nogaret reçoit une commission plus singulière. 
Des lettres patentes^ où il estqualifié « chevalier, » le chargent 
d'établir des coutumes et des lois pour la ville de Figeac. 
Nogaret fit exécuter le travail par un clerc, dont on possède, 
aux Archives nationales, la rédaction originale chargée de i)..|i..>.r'n 
ratures, formant un cahier de dix-huit feuilles (papier de "^ " ' 
coton). En voici le commencement, dont nous devons la 
communication à M. Boutaric : 



pa 



240 GUILLAUME DE NOGARET, 

In nominc, etc. NovcrinI iinivcrsi wc Gudlelmum de ?\o(ja- 
reto, militem caceUenlissimi principis domini Plnlippi, Dci gra- 
cia Francornm régis, liiteras patentes marjno sujiUo ejus sujiUatas 
récépissé, tenorcm (jui sc(ptitur continentes. 

a Pliilippus . . . rcx , dileclo et fulcli Ginllelmo de Nogarelo, 
militi noslro, sahitem et dilectionem. Ex parte consuhim et homi- 
nnm ville Fi(jutci accepimiis cjiwd plura ad jurisdietionem et retji- 
men dicte ville spcctantia ad eos pertinent ab anticjno, saper qui- 
hus et corum saysma timcnt a (jentibus nostris turban, ex en 
(juod jusltciam dicli loci de novo qncsivcnmus ab abbatc et con- 
ventn monastcrn dicti loci ; nobis nichilommus siipplicantes ut, 
nobis informatis de jure eornni super eo, addenda, dctrahendo , 
minucndn vel mutando, novusquc lib(rtalcs ccnccdendo , (juc ad 
boniim rcqimcn dicte ville et pcrtincnctarum cjusdcni et patrie 
vieille utilitalcni cjuocjue nostram jaccrc videbuntnr providerc 
difjncmiir. Quare vobis mandamus (juatinus, vocatis diclis abbate 
et convcntn , procuratore nostro et aliis evocandis, m (jinbus vi- 
deritis eos vocandos, per vos, alinin sen alios vos injormantcs 
dcpremissis, non pcrmittalis a (jentibus nostns eisdcm fieri super 
biis indcbitam novitatcm; et, si factafuerit, adstatum debituni re- 
dncatis eamdcm. Super eis vero que ad honuni regimcn dicte ville 
et patrie Jacere vidcbuniur, Iraclctis et deliberetis cum dictis con- 
sulibus et aliis probis vins, et que uttlitati nostrc et patrie bo- 
noque regimini dicte ville pertincnciarumque ipsius cedcre videri- 
lis, statuatis, ordmetis et, auctoritalc nostra , concedalis, super 
liiis voluntate nostra rctenta. Damus aulem senescallo nostro 
Pclracjoriccnsi cl Caturccnsi ceterisqiic justiciarus et subditis nos- 
tris, tenorc présent iuin, m mandatis, ut, in premissis et ea tan- 
qcntibus, vobis ejjicaciter pareant et diligenter intendant. Actum 
apud Ivorcium, xx^die madn, anno Domini m" ccc" secundo. » 

Virtute igitur cominissionis predicte, phnius mjormatus, 
Iraetutuque et dehberaciune dilujcnter babitis cum consuhbus 
Fiqiaci , videlicel Guillelmo de Cavicla ... et aliis probis vins 
vidclicet Suivent les articles de la coutume. 

Le texte des coutumes est écrit à mi-marge. Dans la co- 
lonne de droite, laissée libre, on lit des additions et correc- 
tions de deux mains dillerentes, dont l'une paraît être celle 



i8.— Bi. 



LEGISTE. 241 

de Nogarel. \oici quelques-unes de ces notes : Non csl ra- 
Itonahtlc el est cnnira slatiila li. Lndnvici. — Non est itlile ville. 
— Dampnosam csset ville. — Hoc reUn(jnalnr ad arbilniim do- 
muii caneellai'ii. — Non expedit. — Aibitno domini Guillelnil. 
Il est diiricile de déterminer laquelle des deux écritures est 
celle de Nogarel. 

lieaucoup de biographes ont supjjosé que ce lut aussi i)ii| 
en i3o'i que le roi investit jNogaret de la garde du grand 
sceau, et qu'il succéda dans cette charge à Pierre Flotte, tué 
à la bataille de (iourtrai (i i juillet 1,102). Doin Vaissète a 
victorieusement refuté cette erreur. Nogaret n'a été chargé 
delà garde du grand sceau qu'à |x»rtir du 2 'i septend)re 1 Soy ; vaiv.èif. t. i\ 
nous montrerons même que .\ogaret ne lut jamais propre- !'•'■''*• '■''' 
ment chancelier, et qu il ne lut qualifié ainsi (pie |)ar une 
sorte d'abus. H parait cependant, ajoute dom ^aissète, qu'il 
exerça quelque charge dans la chancellerie pi peut-être celle 
de secrétaire du roi; car il est écrit sur le rejili d'une charte 
du roi du mois de juin i3o2 : /Vr domuuvn (î. de Nocjareto. Vaissitc, 1. 1\ 

Sans document précis et pai" simple su])position, on a ' '^ ' 
mis Nogaret parmi les légistes qui, au commencement de 
i3o2, entourent le roi et lui donnent les moyens de ré- 
pondre aux agréassions pajiales. Une telle supposition est H.Mani.i.iiibi 
assurément très-vraisemblable, dépendant, ce n'est qu'au '*" "^ ' r-'"/ 
commencement de i3o3 que Nogaret joue, dans la grande 
lutte, un rôle principal. A ce moment, l'animosité entre le 
pape et le roi airivait à son comble. Les ennemis acharnés 
de Boniface, les Colonnes, étaient en France et mettaient au 
service du roi leur profonde connaissance des intrigues ita- 
liennes. Boniface, ])ar son caractère hautain et sa manie de 
se mêlei' de toutes les affaires, avait lait déborder la haine. 
Les Florentins, les Gibelins, les Colonnes, les Orsini eux- 
mêmes, le roi de France, le roi des lîomains, les moines, 
les mendiants, les ermites, tous étaient exaspérés contre lui. Gief,'oioviiis 
Les saints, tels que Jacopone de Todi, le souvenir sans cesse Rom.'i V,'p. i'si 
tourné vers leur homme de ])rédilection, Pierre Célestin, '^""" 
que le nouveau «ape avait si étrangement fait disparaître, Voii lapuco .u 
envisageaient Bonitace comme l ennemi capital du Clirist. lioi.iVaiio 

TOMK IXVII. 3 l 

18. 



, , '2'r2 GUH.F.AUME DR iNOGAHET. 

VIV MtCLK. 

Déjà les Colonnes avaient levé l'étendard de la révolte lU 
montré la voie de l'attaque. Bonilace était un homme mon- 
dain, peu dévot, de foi médiocre; il ne se gênait pas assez 
pour les exigences de sa position. Ses allures, tout vieux qu'il 
était , pouvaient sembler celles d'un cavalier plutôt que celles 
d'un prêtre; il détestait les sectes de mendiants qui pullu- 
laient de toutes parts, et ne cachait pas le mépris qu'il avait 
D.ipiij.Pitinos, pour ces saintes personnes. La démission de Célestin V, 
^ '""' '° qu'on disait avoir été forcée, le rôle écpiivoque que Bonilace 

avait joué dans ce singulier épisode, les circonstances bi- 
zarres de la mort de Célestin faisaient beaucoup parler. 
Un parti se trouva bientôt pour soutenir que Boni face 
n'était pas vrai pape, que son élection avait été invalidée 
par la simonie, que Célestin n'avait pas eu le droit de se 
démettre de la papauté, que Boniface était incrédule, héré- 
tique. Les libelles des Colonnes exposaient toutes ces thèses 
ro-.li. stoiia (li dès l'année 1297; f^tienne Colonna, réfugié en France, 
278'' - Uaiiilt répétait les mêmes assertions jusqu'à satiété. Les folles vio- 
i>. 5b cl suiv. - lences de Boniface, la croisade prêchée contre les Colonnes, 

Boiitavic,n.f)8.(in. iiii • i ■ i ■ i ^ 1 1 

— D.ipny.Pmups, la buile outrce J.apis auscissiis, achevèrent de tout perdre. 
La rage des Colonnes et les profonds mécontentements de 
Philippe firent ensemble alliance. Par le conseil des Italiens, 
qui déjà commençaient à donner à la France des leçons de 
politique perfide, le roi et ses confidents formèrent le projet 
le plus extraordinaire : aller chercher Bonilace à Piome, pour 
l'amènera Lyon, devant un concile, qui le déclarerait héré- 
tique, simoniaque, et par conséquent faux pape. L'éton- 
nante hardiesse de ce plan n'a été dépassée que par la har- 
diesse de l'exécution elle-même. Nogaret fut fliomme choisi 
pour le mener à bonne fin. Sa haine de légiste contre les 
pouvoirs exorbitants de la juridiction ecclésiastique, sa do- 
cilité sans borne envers la monarchie absolue, sa haine de 
Français contre l'orgueil italien, son vieux sang de patarin 
et le souvenir du martyre de son aïeul lui firent accepter 
une commission dont certes personne, dans les siècles anté- 
rieurs du moyen âge, n'aurait osé concevoir l'idée. 



î. iH. rtr. 



LÉGISTE. 



2W 



S i. Ce plan dul être arrêté en i3o3, vers le mois de 
lévrier. Trois personnages, Jean (?) Mouchet, qualifié de 
miles comme Nogaret, Thierri dTliricon, Jacques de Ges- 
serin, qualifiés de rrnujistri, furent donnés pour compagnons 
à Nogaret. Le premier de ces personnages est bien connu. 
C'était un Florentin, dont le vrai nom était Musciatto Guidi 
de' Franzesi; dans les documents français, il est appelé 
«monseigneur Mouche» ou «Mouchet.» On le voit, avec 
son frère Biccio (Biche ou Bichet), mêlé, quelquefois d'une 
manière odieuse, souvent aussi d'une façon honorable, à 
presque tous les actes financiers de fadministration de Phi- 
lippe le Bel. On a eu tort de présenter uniquement ces deux 
personnages comme des agents de fraudes et de rapines. Il 
est sûrement difllcile de les justifier sur tous les points; ce- 
pendant les nombreux documents officiels où leur nom 
ligure dénotent deux financiers habiles, deux élèves exercés 
de la grande école des banquiers de Florence, peu scrupu- 
leux sans doute, en tout cas deux avant-coureurs de ces lé- 
gions d'Italiens consommés dans fart de gouverner, qui, au 
xvi" et au XVI i' siècle, lurent les agents de la politique et de 
l'administration françaises. Philippe le Bel est le premier 
souverain français que nous voyions ain.si entouré d'Italiens. 
Les Franzesi èia.\eni d'origine franque; ils résidaient à San- 
(ieminiano et tenaient les fiefs les plus importants de la 
vallée du haut Arno. Comme banquiers, ils sont d'ordinaire 
associés aux Frescobaldi, de sociclate Frescobahl'iiim et Fran- 
rentiiim. On a commis sur l'identité de notre Mouchet di- 
verses erreurs, qu'il est superflu de relever ici, car il sulïit 
de comparer les textes que nous citons pour voir ces eireurs 
avec évidence. Au mois d'octobre i3o2, Philippe avait déjà 
chargé Mouchet d'une mission importante à Rome. En i 3o i , 
Mouchet avait aussi accompagné Charles de Valois en Italie, 
favait reçu à son château de Staggia et avait été son agent 
principal dans la fâcheuse campagne où les intrigues de ce 
même pape, qu'il s'agissait maintenant de briser, avaient si 
tristement compromis le frère du roi de France. 

Les lettres patentes qui conféraient à Nogaret, Mouchet, 

.^1 . 



Uiipuy, l'reuxc.-., 
p. 170. - Par- 
dessus et Labou- 
laye, Table chro- 
nol. (lesdipl. I. VII, 
p. 1 70. 

Tosti , Stoiia (li 
lîonif. VIII, t. I. 
p. i3o, i3 1 . — Boii- 
tiiric, La Fr. sous 
Ph. leliei, p. 2 5ç). 

Baillel, p. •'.o3, 
2o'i — H. Miuliii . 
Ilist. (le Fr. t IV, 
p.Sgj.SgO. — Boii- 
laiic, p. 107, 2'>7, 
228, '269, 309, 
326, 36^, 39>i, 
/|2 I , dî'i. — No- 
tices et eitr. l. \X, 
2* paît. p. 1 23 cl 
suiv. 1/1 5 et siiiv. 
(cf. p. 232). — 
Hislor. <le la l'r. 
t. XXI. index, au.\ 
mots n Bicliius n 
et « Mouchetiis I.; 
t. XXII, p. 89, iG3. 

— Pardessus el 
Laboulayc, Table 
cbronol. des dipli'»- 
nies, t. VII, p. 4 '•' 

Boutaricp. lok, 
228, 3ii. 3i2, 
3i3, 557, note; 
36o, note. — i\'ol. 
etextr.p.i 11,1 23, 

1 24, 1 29, 332. — 

Diipuy, l'r. p. 609, 
610. 

Bepetti , Uitio- 
nario geogr. di 
Tosc. aux mots 
1' Staggia, Kigline, 
San Cerbone, San 
Gimignano. » — 
Kervyn de Letteu- 
liove, Mém. de 
l'Acad. de Brus, 
t. XX VIII, p. 96; 

— Bull, de lAcad. 
de Brux. 3u* année, 
2' série , t. XII . 
1861, p. 1 23-iio. 

— Comment, sur 
Dante, Bibl. nat. 
niss. ital. n' 78. 
fol.253, V*;— .\.de 



MV >1KC1,! 



2'l'i GUILLAUME DE NOGAIIET, 



liciinio it , 



Q,.^ch. Hiricon, riesseiin la mission inouïe d'aller ai rèter le pape 
sikU r.om. j^,j niilieu de ses lUats pour le faire comparaître devant le 

l.ll,|).GG.'l>lM.iN. ., 1 • 1 •■ 1 • .1.1 ■> o 

,,j,(i^ ,,ç),. _ tribunal cpii devait le juger, sont datées du 7 mars iJoa. 

d!-' fx vir°^^'i T ^^^^ pouvoirs (pion leur attribue sont à dessein exprimes en 

3 12. tei'mes vagues. Le roi déclare qu'il les envoie ad ccrUis par- 

iîouianc.p.237, f (uiibusdam nosins nciiotiis; il leur donne «à tous et à 

Tosti, stoiia <ii " chacun le droit de traiter en son nom avec toute jîeisonue 

')'"'i'3o ^Sr t il ""ol)le, ecclésiastique ou mondaine, pour toute ligue ou 

p.iKo.igo.— r.nii «pacte de secours mutuel en bommes ou en argent cpiils 

l'ix 'osi.iT, dans «jugeront à propos. « 11 n'est pas douteux que le roi ne lût 

Maiiioi Pre.iv.s, j,\g |^jj,g Jjjj^s jp seci'et et ne sût parfaitement ce Qu'ils allaient 

Comi). Viiiaiii, laire et les movens quils se proposaient d emjiloyer. 
iiu yii,|.. 1^7; [q p]jj,, j,. cami)a"ne ainsi conçu, et les commissaires 

l,»r.VIII,p. ',9,03, ' , 'm r ' 1' 1 II 

Il liouiaiK, in- étant nommes, on procéda aux tonnes légales. Une assem- 
,.ioii> |., ■oiKs. j^j^^ ^^^ ^j^^l ^^^ Louvre le 12 mars i3o3. Cinci prélats v as- 

Xolircs ri ex II-. . . i -i- • , • • /•! i 1 ^ i • 

I. XX, a" paiiio, sistaient; Pbilippe était présent, ainsi que (.harles de \ alois 

pJ.i'M-ir' !r.\.T <'l Louis d'Lvreux, frères du roi, Robert, duc de Bon im)'? ne 

— i!aiiict,p 2o3, et d'autres princes. Quand l'assemhlée lut constituée, Noga- 

viiiaiii 1 VIII ^'^^■< qU'ilifit" niih's, le jum proj essor veiteraiilis , s'avança, et lut 

r. ,0. — Hi~i.li. une requête, dont il déposa copie entre les mains du roi. 

.Ir la 11. l. XMI. r .,',',■ ^ ' , 

p. Sgci siiiv. La ])ii'ce débutait, comme un sermon, par un texte de 

Diipiiy, Pnnvcs, rj'^cnture, selon l'usage du temps. Noyaret emiîiunta e\i)rès 

p , -5 Halllol, . ' . .' , ' 

,,. ,68.— VaisMicv son tcxtc à uue des épîtres attribuées à saint l^ierre : l'iurnitt 
''^' •'■"'• psciidaproplicta' m popiih), siciil el m roLis cniiil maquln mni- 

Dnpny. Pleine. ', ■',>'•,■ • ii 1 ^ l" 

p .".G .K). — Vais- iuiccs. noniioce est un Mai liaiaam; un ane va le remettre 
sMiM. i\, p. 1 i/i (1,^,^*^ 1(. droit chemin. Puis venait un acte d'accusation en 
quatre articles : i" Boniface n'(>st ])oint papt;; non inlninl 
prr oslinm; il occupe injustement le saint-siége; il v est en- 
tré ])ai' d(^ mauvaises \oies, en tromjwnt Célestin; cl il ne 
sert de rien de dire que l'élection qui a suivi la légitime; 
son introduction , avant été vicieuse, n'a ])u ètr(> rectilice; 
2° il est héréticpie manilest»'; .î" il est simoniarpu* horrible, 
ju.squ'à ce point d'aNoir dil publiquement qu'il ne |)ou\aif 
commettre de simonie; 4° enlin, il est chargé d'une inlinité 
(\v crimes énormes, où il se montre tellement endurci qu'il 
est incorrigibl(> et ne ])eut ])lus être toléré sans le renverse- 
ment de ri^glise. C'est ])ouiqiioi Xogaret supplie le roi el les 





\i\ 


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l.,A, 1. 


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2 1. 


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l'>;iii 


Ici 
II 


ne, 1 
l.p. 
. Ma, 


rtii,,n,' 


-t <l. 



I.KGISTE. 245 

éxtVjuos, docteurs et autres assistants, qu'ils excitent les 
|)rinces et les prélats, principalement les cardinaux, à con- 
vocpiei' un concile général, où, après la condamnation de 
ce malheureux, les cardinaux pourNoiront l'Eglise d'un pas- 
teur. No"aret ollre de poursuivre son accusation devant le l'i'\r"'" 

~ J . ,. , . . " Martin 

concile, dépendant, comme celui qu'il s'agit de poursuivre Fi 1 iv, p. rii — 
n'a pas de supérieur pour le déclarer suspens, et comme il r'^hi'.ri'non 1 v'ii^ 
ue manquera pas de laire son po.ssihle pour traveiser les i' '7' 
bons desseins des amis de l'Kglise, il faut avant tout qu'il 
soit mis en prison, et que le roi avec les cardinaux établisse 
un \icaire de l'Eglise romaine ])Our ôler toute occasion de 
schisme |us(pi'à l'élection d un jiape. Le l'oi y est tenu ])our 
le maintien de la loi, et par le devoir qu'il a d'exterminer 
tous les pestiférés en vertu du serment qu'il a lail de proté- 
g(>r les églises de son royaume, que ce lupus nipax est en 
train de dévaster; il y est t(Mni aussi par l'exemple de ses 
ancêtres, qui ont toujours délivré d'o])pression l'Eglise ro- 
maine. L accusation lut reçue, l n roi ([ue saint Louis avait 
tenu enfant sur ses genoux, et (pii était lui-même un homme 
d'une réell(^ piété, crut sincèicment ne laiie que suivn^ les 
piincipes de ses ancêtres en s'érigeanl en juge du chef de la 
catholicité et en se porlanf contre lui del(>nsenr de l'Ilglise 
de Dieu. 

-- . -11 Rl-. .l.-|,irli.,„- 

Aogaret et ses trois conq)agnons partirent sans doute de ,,ii,iii. i,.-r>i .1.- 
Paris peu de temps après l'assemhlée du 1.1 mars. In acte '■''•'"•" \"''"'' 

I _ I I _ _ _ ,IJ. \\\\ m . M 11 I. 

de ce même mois, dat('' de Paris, montre (pie ses services lui — M.n^iJ.ii t .1. 
lurent en quelque sorte payés d'avance. (]et acte accorde à |„','imJ, \^' <\i<'. 
(iiiillaume et à ses héritiers un re\enu de 3oo li\res tour- ""!',",''" 'IriT 

, , 1 . 1 • r 1 et Lal)oiila\c. r.ilili 

nois payables sur le trésor du roi au Louvre, en attcMidant <i,i,.m. ,i.-, .lipi 

([ue ce rexenu lui soit assigné en terres. I^es quatre envoyés ', 'V"!' i, i',^ 

étaient sûrement ])arlis le i3 juin, puisque, à celte date, — l'i i)"Ci,.-i, 
nous tiouNons uiu- nouvelle as.semhlée du iuOu\re, où figure, j,,,' n^^i 

non i)lus xNogaret, mais (Juiilaume de Plaisian, leciuel répèle p iV' 'OU" i' ""• 

, il p .1 1 ' I '"')■ '■''<• 2Ô5. — 

a. peu près I acte d accusation (hi 1 2 mars, et déclare exprès- 1 i,;,i,v, Hi>i ,..1 
sèment (lu il iiv.n réière à ce (lu'a dit antérieurement INoga- ' \V'?i^'"'^'" 

1 _ l . . ~ -^ I aillrl, p. :'. in- 

ret. Le roi con.sent à la réunion du concile, en invoquant 2ic.- r<>.ii.i.ii, 
pour motif ce que lui avait auparavant représenté Nogaref. la,'ic° ,', '.s. "'.'> 



2/10 (iLILLAl Mi: l)K NO(.\IiKT, 

\l\MtCI.F.. 

Jl renouvelle en même temps son adhésion à l'acle d'accu- 

,on"' ''''"**^''' sation du i 2 mars : Ao/i ivcedciulo ab appellalionc pcr dtclum 

Viiiaiii, I. VIII, G. (le Nogarelo inleiposila, cm ex lune adhcvsinms ac etiain 

'LnVrToiiT'i^h'îé (iilliœreniiis. Enfin Nogaret ne figuio pas dans la liste des /;//- 

iioi. p. 3i 1, 3i2. Iiics qiii assistaient à l'assendiiée du i3 juin. 

— 'l'osli , Stoiia (li ' .,.,..,..'' I > • 

lîon. VIII, t. Il, INous ne saxons rien de 1 itmeraue des quatre légistes jus- 

i). 189. — Diipuy, \j p|o,p||(.f, Us s'arrêtèrent quelciue teini)s dans cette ville, 

Pr. p. 609, 010. 1 _ _ II I ' 

.S. I,. l'cruzzi, où ils avaient une lettre de crédit pour les «Perruches,» 

.Monadehoiiimer- J)jinq ,, J^^js du loi. C/était la célèl)ie maison des Peruzzi, dont 

«MO c (Ici haiirliipii 1 ' 

(Il Fiicnze; I lo- les souvciains de France et d'Angleterre lurent tour à tour 

'iîi"ii\ic 1 Acad. <ir les déhileurs. On s'était arrangé pour que les Peruzzi igno- 

lîr.n annic iSGi, [-.issent l'usa^c cfu'on voulait faire de l'arjïenl. L'opération 

p. lîG. — RiM 11 1 • . 

mont, Gcscii. <i(i cut fie la sortc un caractère de guet-apens assez contraire a 

p'^Gfij.""' Revue ^^ dignité du roi, et qui d'ailleurs recelait un défaut pro- 

, les Deux Mimdrs. foud. 11 étiiit clair, en elVet, que la surprise devait réussir, 

i" (o\ricr 187'). . , . i' . r • 

DupuN . uisi "lais que le premier moment detonnement une lois passe 

p.jo-ii— lîaiiiet, seiait suivi d'un retour dangereux. Si l'enlèvement du pape 

p 2,".7ClMli>-.iCS- , . , . • . 1 1 1 |. ^ ' 

2,j,;._ii;iixOsiii., était J)ien orgaïuse, les moyens pour le garder et 1 amener 

iIjkI Pi. p <"'7-7" QYi France n'étaient pas sulllsamment concertés. On sent en 

— liayjKiltii Ann. 1 

ceci, an.ice i3o3. loutcela un plan italien, une conjuration hardie, mais sans 

,.iMi^'— lioirui'ric^ longue portée, (iomnie il arriva plus tard dans les grandes 

f: , ! '\.', "'■ r' expéditions françaises en Italie, personne ne pensa au retour. 

I.ahbe Christophe, X ..... . J . , .{, , , 

Hist. (le la papauté Ardcuts loycrs de divisions intestines, les villes de la penin- 

p" ^'iV" et^'s.iiv' suie olïraient toujours un accueil empressé à l'étranger riche 

— GregoroviuN, qh puissant oui venait servir les haines de l'un des partis: 

Gosch. der Stadt }..,}.. i • ■ i • , • 

Uom t v,p. 368et luais i)ientot la reaction se produisait; tous les partis étaient 

.i„v — A.deReu- |jo^,és coutre l'intrus, nui ne réussissait pas sans peine à 

iiTOiil, (jeseh. (Ici o_ _ ..1. .. ^ 1. 

Stadt Rom. t II, sortir du nid d'intrigue où il avait imprudemment mis le 

p. GOi et siiiv. — .1 

Arcliivio .slorico. pieCl. 

'" '''^"i"' '" .^.^!'' De l'^lorence, les envoyés de Philippe se rendirent à Stau- 

p. ?o8. — liecils . > 1 r» M • • • r'i • 

originaux de Noga- gia , pi'ès de PoggiDonzi, sur le territoire de Florence, mais 

(bns*^Dup.iy,T3"3o ^ peu de distance des frontières de Sienne. Mouchet possé- 

et Miu. surtout JaJt là uu chôteau, où il avait hébergé Charles de Valois en 

p. 246 cl Suiv. 202 O AT • /•■ 1 '• 

liv Souisuiv. 1 .loi . JNogaret et sa compagnie y lirent un assez long séjour, 



It MU 



p 3ioetsuiv. 608 (lyj.gjjt lequcl ils orfjanisèrent leur expédition. Peut-être à 

cl suiv.; autres rc- ^^ . . " . . . ^ . 

dans Dupuy. Floreuce avaient-ils déjà recueilli des partisans parmi les 
Gibelins, irrités contre Boniface. De Staggia, ils envoyèrent 



p. 3, '1, 186- 

.>. '1-1 et 



LKGISTE. 247 

\l\ MKi.i,;:. 

en Toscane et dans la campagne de Rome des agents mnnis o.ç).o^o.-lIi^lol. 

de lettres et chargés de faire des oiTres d'argent à tons ceux jl^-gg l'^ \ ^^i' 

qu'on jugeait capables d'entrer dans la ligue du roi. Nogaret i- '2, ii«, uji, 

el ses amis dissimulaient complélement leur dessein. Ils di- i.'xxii! \J',',. 

saient qu'ils étaient venus traiter d'un accord entre le pape ,'5~'',".'!' "" 

el le roi. (Quelques seigneurs puissants du pays, tous ou 37/4 — M.uaion, 

presque tous du parti gibelin, se mirent avec eux. C'était KcTf-'onHoluVi 

d'abord Jacono Colonna, surnommé lo Sciarra, homme vio- "■ '"■; -\iivM,, 

, ' . , t. IV 1). II". -- 

lent qui portait aux derniers excès les haines de sa famille, \\^.^ill^l:nr.l^lall^ 

et qui d'ailleurs avait de grandes obligations à Philij)pe; les fr',.' ^ ' !,' '/'' t ,'0 , 

enfants de Jean de Ceccano, dont le pape retenait le père ei mùv. — cinon. 

1 -1 . 1 r . 1 m rr T» (IcSainlAlhaii.Hr 

prisonnier depuis longtemps; les entants de Matleo d Ana- ,,„■ ,i,.s .i.Kviions 

gni, et quelques autresbarons.de la campa";ne de Rome. '"^' ' xi,|>.5i in 

Sciarra forma ainsi une troupe de trois cents chevaux, que mu Uanto(iîeiu,. 

suivait un nombre assez considérable de gens de pied. En- îra'ijsii.iTai' i°"«! 

viron deux cents chevaux, restes de l'armée de Charles de <»' "3,»". 

Valois, se joignirent à la bande de Sciarra. Cela faisait en p. g."— n.Manin. 

tout environ huit cents hommes armés. Tout ce monde était ' '^ • i' ^" 

payé par le roi, portait l'étendard des lis, criait: «Vive le ,, ,'3'!','' "'""''■ 
(I roi. 1) To,ii , t. Il , 

Boniface avait, par ses fautes, miné, en quelque sorte, le '' "•'° 
sol sous lui. Roi profane beaucoup plus que père des hdèles, 
il faisait servir ses pouvoirs spirituels à ses ambitions laïques; 
par une suprême inconséquence, il opposait ensuite le ])Oii- 
clier du respect religieux aux coups cpi'il s'était attirés par 
ses intrigues politiques. La nature semblait l'avoir formé 
pour mener aux abîmes à force d'excès l'altière conception 
de la papauté créée par la grande âme de Grégoire VII. 

La conjuration grossissait chaque jour. Nogaret tenta 
vainement d'y engager le roi de Naples, Charles II d'Anjou. Diipny, i'n..v(s, 

Il s'adressa aux Romains sans plus de succès; mais il réussit '' "''' '" 
pleinement auprès des barons de la Campagne de Rome, ja- 
loux de l'agrandissement des Gaetani, et qui ne cherchaient 
qu'une occasion de se liguer contre eux. Les seigneurs de 

Scurgola, de CoUemezzo, de Trevi, de Ceccano, beaucoup ^g 'ér^nir'— 

de chevaliers de Ferentino, d'Alatri, de Segni, de Veroli, Reomoni. pOG.., 

entrèrent avec empressement dans le plan de Nogaret. Il p.,',, 



p. ..J.-i 

(■.0(|l 



r.i.iii,iii. ,1). 1 !.■ 



Il 



2i.S GUIM.AL.MI': DF. NOCARET, 

Ironva on particulier sdii lionimo dans Piinaldo ou Hai- 
|.ll),l'lLl.K■^. naldo (la Supino, originaire d'Nnanni, et capitaine de la \ill(' 
de l'erentino. Bonilace s'était (ail un ennemi mortel de cet 
liomme dangereux en le dé|)ouillant du château de 'l're\i, 
c[u'il tenait en fiel, et en rompant le mariage de sa Stiin- 
a\<'C l'iancesco (laetani, qu'il avait l.iit cardinal, l n tel 
])ers()nuage était hien ce qu'il lallail à Nogaret. \ assau\ 
du saint-siége, Piaiualdo et ses amis pouvaient être présentés 
comme ol)ligés d'obéir à une rérpiisilion laite dans l'inté- 
rêt du sainl-si(''ge (^ir(iinsici.ssc ex pailc nuji.s ni dnolos et filios 

Diipiiv.rriiu.-. Jùcicsiœ ronuiiiœ, ciijiis (Kjcbdliif nc(j<>linni m hac /uirlc). Ils 
"•' avaient caractère ])0ur agir en l'allaire; ce (pu» n'avait pas 

Sciarra. Iwiiualdo et les siens liucnt bientôt gagnés; ce|)en- 
dant ils ne Aoului'ent ])as s'engager sans avoir obtenu la pro- 
messe d'être mis à l'abri pai' le roi de l'^i'ance des suites spi- 
rituelles (>t temjîorcllf's de rentre|>rise. Nogaret les rassura, 
ainsi (|ue la commune de Feicutino, eu leur livi\uit une 
copie authentique des pleins pouvoirs que Philippe lui avait 
doiniés; il leva les derniers scrupules en stipulant que tous 
ceiiv fpn obéiraient à la réquisition du roi en cette pieuse 
eulri'|)iise seraient Lugemcnt payes de leur peine. Iiainaldo 
livnd)lait bien encore par moments, l'^n vain Nogaret disait-il 
agir en bon catholicpu' et ne travailler (jue pour le bonheur 
de ri'^glise; les Italiens se montraient justement in(juiets de 
ce cpii arHverait a])rès le départ des en\ovés de IMiilippe. 
Ils evigèreut cpie Nogaret promît de marcher le premier a\ec 
l'elendard du roi de l'rance. Nogaret n'accepta cette coudi- 
li(jn qu'avec regret; il aurait voulu ne paraître en tout ceci 
que le chel élu des barons de la Campagne de Home [acccr- 
silis baromhui cdiiscjuc nolnhhus Campaniœ , qui inc ad hoc pro 
'le/cnsionr Kcclcsm capilancum vlcijerwil cl diicein). Il crut tout 
irranger en déployant à la lois la bannière fleurdelisée et le 

D.ipin p ,'i. gonfauon de saint Pierre. \ pa.tir de ce moment, P»ainaldo 
devint l'homme du roi de France i^tnilvi lUiislrissimi principis 
doniiin régis Fraïuiœ), lié à lui " pour la vie et la mort du 

« pape. » In favorem Jidci ortlioduxœ, Uiiii in vita cjnam tn 

nwric Ikmijacu , ad conj imdendum Honijcunun et vuidicandani in- 



I'm.u,., 
iuo.Cmo. 



\lll 

(■,3 


. 1 Mil 


l)u,M,y. 

lO?. Il 


l'r.iui- 

fi'i . ifi>- 



LKGISTE. 24<.) . , 

MV MtCI.K. 

juriam re(jis. Toule sa lamille, son lièie Thomas de Meioli 

ou Morolo, et l)eaucoup do gens de Ferentino s'engagèrenl 

avec lui. La ville de Ferenlino fournit un corps de troupes i)u|,uy, |. 17-, 

auxiliaires (rt»xj7((u» in ('(iiiis cl (innis), qui grossit le parti, l^][\' '''''''' '"'•' 

et surtout lui donna un air de légalité, qui lui avait si cftm- 

plélement fait défaut jusque-là. 

Sciarra commençait cependant à roder a\ec sa bande au- 
tour d'Anagni. Le cardinal Napoléon des Ursins, son heau- ^o^ll 1 11 
lrè)(\ complotait dès lors avec lui. Nogaret prétend, dans tvinioiiai. ,'!"'. 
ses Apologies, qu il fit à cette époque ce qu'il put pour la- (;l,-..,o^iu^ 

mener Boniface à de meilleurs sentiments, et qu'il essaya Ino,!/, |..^iii, '-- 
de le voir: mais c'est là sûrcmenl un artifice aucruel le rusé ^''^"' •'' '^'^'' 

,. Il- <l(llrii\.l XWIII 

procureur eut tardivement recours pour colorer sa conduite p hv 
du zèle de la foi et de la disci|)line ecclésiastitpie. i'endani 
tout leté de 1 3o3, Boniface ignora ce qui se tramait contre 
lui. S'il quitta i\ome (a\ant le 1 5 août) ])Our aller demeurer 
à Anagni, dont il était originaire et où étaient les fiefs de sa 
famille, ce fut moins par suite d'une appréhension déter- 
minée que par ce motif général que le séjour de la lurhu- 
lenle ville de Rome était devenu ])resque impossible pour 
lui. D'Anagni, nous le voyons lancer contre le roi ces bulles 
d'un style grand et sonore, dont aucun pontife du moyen 
âge n'eut aussi bien que lui le secret. Ses cardinaux rac- 
compagnaient; mais ils étaient loin d'approuver ses exagé- 
rations. Sans parler des Colonnes, expulsés du sacre col- 
lège, beaucoup de cardinaux gémissaient des violences où 
ils voyaient leur fougueux chef se laisser emporter. 

.\nagni est une petite ville, située sur le plateau allongé, 
mais très-étroit, que forme uii des mamelons inféiieurs de la 
montagne des Iferniques. l'allé a peu changé depuis le temps 
de Boniface. Le palais pontifical, doù s'exerça durant de 
longues années un pouvoir étrange, a disparu; il a étf ruine 
en i5oo; l'espace en est occupé par une vujna; l'endroit 
des écuries papales sappelle encore Moncstullc. La cathé- 
drale, quoique fâcheusement rajeunie, a gardé tout son in 
lérèt. I^a statue de Boniface, entré dans la sérénité de l'his- 
toire, ])ardonnant et bénissant, se voit au-dessus d une 

TOME \\\[l. ■i'i 



IIV SIECLE. 



250 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Bulle « Super 
• Fetri snlio; « Dii- 
piiy, Pr. |>. I K 1 pt 
siiiï. — Plus cor- 
iKolc dans Baillet , 
Pr. p. 3i et .suiv. 
nii (lan<i Raynaiili . 
ami. i3i 1, 11" a. 
— Boiitaric. p. i 1 1, 



A de Iteumoiit, 
Ii6fi. — r.ros... 



porte latérale, maintenant condamnée, et domine toute la 
place. Le palais touchait à la cathédrale; un couloir mettait 
h^s deux édifices en communication. Les maisons des Gae- 
tani existent en partie, et défendent les ahords de féglise. 
Enfin la maison commune, où nous allons voir Nogaret or- 
ganiser la plus hardie des intrigues, est cette vieille masure 
traversée par une très-grande arcade formant porche, avec 
une trihune en encorhellement, qui domine le précipice du 
côté est. Elle sert encore aujourd'hui de siège au municipe. 
La population des districts d'Alatri, de Ferentino, d'Anagni, 
de Sutri resta durant tout le moyen âge ce qu'elle fut dans 
l'antiquité, un rude peuple de brigands, aventureux, traî- 
tres, capables de coups audacieux. Les plus grands papes 
du XII* et du xiii" siècle sortirent de cette race énergique; 
mais, mal guéris de leur férocité, ces perfides montagnards 
faillirent perdre ensuite le pouvoir qu'ils avaient contribué 
à élever si haut. 

Les propositions de Nogaret avaient déjà pénétré dans 
Anagni, et Boniface n'avait aucune défiance. H était tout 
entier occupé à la composition d'une nouvelle bulle, plus 
ardente encore que les autres, qui devait être fulminée le 
jour de la Nativité de la Vierge, 8 septembre, dans cette 
cathédrale d'Anagni où Alexandre III avait excommunié 
Frédéric I", et où Grégoire IX avait frappé de la même sen- 
tence Frédéric II. Cette bulle renouvelait fexcommunication 
contre Philippe, déliait ses sujets du serment de fidélité, 
déclarait nuls tous les traités qu'il pouvait avoir faits avec 
d'autres princes. Boniface, dans cette bulle, parle deç Co- 
lonnes; mais il n'y dit pas un mot de Nogaret ni de ses 
associés. Evidemment, il ne se doutait pas du péril qui le 
menaçait. Au contraire, Nogaret était averti de la nouvelle 
bulle préparée parle pape. L'excommunication portée contre 
le roi en des termes si redoutables eût été un coup très-grave; 
il résolut de la prévenir. Le samedi, 7 septembre, au premier 
matin (et non le 8, comme on l'a écrit), Nogaret, Sciarra, 
les seigneurs gibelins et la troupe qu'ils avaient formée par- 
tirent de Scurgola ou Sculcola, où ils avaient passé la nuit. 



LEGISTE. 251 , . 

MV Mtci.i;. 

et se disposèrent à faire leur entrée dans Anagni. Hiricon, 
Gesserin, Mouchet n'étaient plus auprès de Nogaret; car 
celui-ci déclare qu'il n'eut avec lui à Anagni que deux da- 
moiseaux de sa nation [duos tanliim de mea patria mecum do- 
micellos habcbam); d'ailleurs, ces personnages ne figurent Dupuy. Prtuvu., 
jamais dans les procès auxquels donna lieu la capture du '' ^ '' 
pape. 

La ville d'Anagni trompa complètement la confiance que 
Boniface avait mise en elle. Les principaux de la ville, crai- 
gnant de tomber sous le pouvoir baronal des Gaetani, ou- 
blièrent les bienfaits dont le pape les avait comblés. L'or 
de Philippe avait opéré son effet. Les portes furent trouvées 
ouvertes, et, quand les lis entrèrent, ce fut au cri de Muoia 
papa Bonijazio! Viva d re di Frauda! A côté de l'étendard du 
roi, Nogaret faisait porter le gonfanon de TEglise, pour bien 
établir que c'était fintérèt de l'Eglise qui le guidait dans 
son exploit. Evitant tout rôle militaire, il affectait de n'être 
que l'huissier qui portail au pontife romain fassignation 
de son juge souverain. La noblesse d'Anagni et quelques 
cardinaux du parti gibelin, entre autres Richard de Sienne 
et Napoléon des Lrsins, se déclarèrent pour les Français. 
D'autres s'enfuirent déguisés en laïques ou se cachèrent; Dupuy.i'i cuves 
beaucoup de domestiques du pape firent de même. G,eKo'rôviii» "7 

Nogaret arriva ainsi jusque sur la place publique d'Ana- ^i^- 
gni'. Là il fit sonner la cloche de la commune, assembla les 
principaux de la ville, en particulier le podestat et le capi- 
taine, leur dit son dessein, qui était pour le bien de l'Eglise, 
les conjura de le vouloir assister. Les Anagniotes acquies- 
cèrent; leur capitaine était Arnolfo ou Adenolfo Paparescbi, Cregoioviu» 
fils de Maffeo; le podestat était Nicolas, son frère. Adenolfo mom.^n.Te.s'^'^" 
décida de la trahison; les Anagniotes se joignirent à la 
bande des envahisseurs. Comme ces derniers, ils portaient 

' Certains récits semblent supposer du haut de la ville, ils eussent trouvé le 

que l'enlèvement des maisons des Gao palais papal tout d'abord, et n'eussent 

tani eut lieu avant la scène du palais pas eu besoin d'enlever les maisons des 

communal ; mais la topographie s'y op- Gaetani. Ils entrèrent donc par le bas de 

pose. Si Nogaret et Stiarra étaient eu- la ville; mais alors le palais communal 

1res dans Anagni piir la porte antique s'offrait à eux avant les maisons des Gae- 

32. 



\l\ -1KI.K. 

I)..|„iy,l'ivii 

|>. 1 '17. n"'iX; .') 

11 -(i: m:\ 



252 



CUILLAlJME DE NOGARET, 



en U'W (If \o\\Y troupe rétendard de l'Eglise romaine. La 
faiblesse profonde de ramhition temporelle des papes se 
\ oyait ainsi dans tout sf)n jour. Ne possédant pas de force 
aruKM' sfrifuise, au milieu des passions féodales et munici- 
pales, ils devaient périr ]iar un coup de main. Plus tard. 



I uii. On (Il |iniirr.i injn |'ir U' [ilaii ( i- 
joliir, (|iii ,1 lie |)iis [lar S\ Collifjnoii 



tIcM' (lo IV'Coli- il'Atlièncs . an niiinicipe 
ilAnaLMii ; 



Ksin.Mv.'-ir.vT Dr ntxTtAr v\?\\. 




Le palais (jaotani 11° 1 appartint aii\ 
(jaetani jnscpi'à Ornzio Gaclaiii, (|ui , 
vers 1600, le k'f;na a la laniilk' Astilli 
("'est anjoiiiil'lini lo palais Aslalli ; uiiu 
partie (lu palais est circnpoc ]>ar un cou- 
vent. La maison n ' 2 osl hàtio sur leni- 
placc'inciit (lu palais Gaclani piiniitil De 
la \ icillc consiruclion il ne reste que des 
pans (le mur. ilessinaiil den\ eours el 
perces île ;;ian(li's In^cs cintrée^ On 
prelcnil il ins le pa\s que 1 es mines sont 
< elles lies ei iiries. Le rorps île bâtiment 
ilcïait (M ( nper, à tiès-peu de chose pies. 
reiii|)la(('iiieiil (le ii in.iisoii arinelle 
(lelle m lison appaiiient an marquis Tra 
jello. Le palais papal a ele iiiine en 1 fioo 
p ir Torrpialodoiiti. La tradition du pa\s 
est que ^o<;^ret était ( ampt- aver sa 
troupe dans la plaine, an pied de la col- 
line 011 est sitni' Anafjni, dans la direc- 
lion \; 1 «'ndroil s'appelle encore an 



jourd'liui l'ietru Red. Mais alors, pour 
atteindre le palais papal, les conjures 
n'anraieiit pas eu à prendre les maisons 
Gaetaiii. On suppose dans le pays (pie 
Bonilace, au moment de l'attentat, de- 
meurait dans la maison Gaetani 11° 1 . 
Cela est contraire à tous les récits. [I 
semble au premier coup d'fril que l'en- 
Iree des (oujiiri^'s dans la catlu-drale dut 
se faire pir la porte anjourd liui murée el 
pu' la sculiniila , dissiniultie derrière une 
plate Ibrme, (|ui sont sous la statue (le 
Boiiifacc; mais tous les textes prouvent 
que lassant se livra à la porte an bas de la 
nef, près du campanile, vers B. Jusqu'à 
ces derniers temps, on cro\ait voir pn'-s 
de cette porte ! porta Malrwia) des traces 
du sang de l'archevêque de Strigonie. 
Aujourd'hui, ces taches sont recouvertes 
par la chaux. 



LEGISTE 253 . . 

MV SIEGI.K. 

|jii\fM' (If la papauté, qu'elle regardait comme son bien, 
l'Italie se repentit de ne pas lui avoir fait une vie plus 
Iciiahle; on peut même dire qu'elle s'amenda; à partir du 
w"" siècle, les dillérents pouvoirs de l'Italie connivèrenl à 
la conservation de la papauté; mais, au moment où nous 
sommes, les mille petits pouvoirs c[ui se partageaient l'Italie 
rendaient impossible un rôle comme celui cju'avait rêvé Bo- 
nilace. 11 était trop facile aux souverains mécontents de 
Irouver autour du pontife, dans sa maison même, des alliés 
et des complices. 

Les conjurés marchèrent droit sur le palais du jwpe; Dupu) p 2/17. 
mais il lallait passer devant les maisons du marf[uis PieiTe p, 3*, '• ,■!;..' nw 
(îaetani, et de son fils, le seigneur de Conticelli. Ceux-ci, 
assistes de leur famille, résistent, font des barricades. Les 
maisons sont forcées; Gaelani est pris avec tous ses gens. 
Les palais de trois cardinaux amis du pape sont de même 
enlevés, et les cardinaux f;\its prisonniers. 

Le pape, surpris, chercha, dit-on, à obtenir une trêve de 
Sciarra. On lui accorda, en efl'et, neuf heures de réflexion, 
depuis six heures du matin jusrpi'à trois lieures du soir. bupuy.Pimves. 
Après quelques efforts pour gagner les Anagniotes, efforts '" ''^' ""' " 
déjoués par Adenolfo, Boniface fit demander ce qu'on voulait 
de lui. 11 Qu'il se ïasse f rate , lui fut-il répondu; qu'il renonce 
«au pontificat, comme fa fait Célestin. » Boniface répondit 
par un énergique "jamais;» il protesta f[u'i1 était pape et 
jura qu'il mourrait pape. 

lia maison pontificale était un château fortifié, attenant à 
la cathédrale, dédiée à Notre-Dame. Les portes du château 
étaient lermées; ce fut par l'église c|ue les conjurés réso- 
lurent d'y pénétrer. Ils mirent donc le feu aux portes de la 
cathédrale. Les fleurs de lis du j)etit-fils de saint I^ouis eu- 
ti'èrent par efli'action dans le parvis sacré; féglise lut pillée, 
les clercs chassés et dépouillés s'enfuirent; le pavé fut souillé 
de sang, en particulier de celui de l'archevêque élu de Sli'i- 
gonie. I.,es gens du pape tentèrent quelque résistance à fen- DMpus.i'i.uv.». 
trée du passage barricadé qui menait de l'église au château; 11'yo,"i "i.']\. 
ils durent bientôt se rendre aux gens de Sciarra el d'Ade- v ■'>' 
1 9 



254 



GUILLAUME DE NOGARET, 



liCiiniont,p.666. 
— Gregorovius , 
|). 070. 



Dupuy, Preuves, 

. 3 I ] , n' 29. 



Dupuy, Preuves, 
. ■>47, n" 5o ; 
. 3 I n , 3 I I , n" 2 7 . 



Dupuy, Preuves, 
p. 2àS, n° 5 /| . 



nolfo. Le maréchal de la cour pontificale, Giiïrido Bussa, 
était d'accord avec ces derniers. Les agresseurs se précipi- 
tèrent alors, de l'église profanée et éclairée par les flammes, 
dans le manoir papal. 

La nuit approchait. Quand le vieux pontife entendit bri- 
ser les portes, les fenêtres, et qu'il vit y mettre le feu, cjuel- 
ques larmes coulèrent sur ses joues. « Puisque je suis trahi 
n comme Jésus-Christ, dit-il à deux clercs qui étaient à côté 
« de lui, je veux au moins mourir en pape. » U se fit revêtir 
alors de la chape de saint Pierre, mit sur sa tête le (rirc(jno, 
prit dans ses mains les clefs et la croix, et s'assit sur la chaire 
pontificale, ayant à côté de lui deux cardinaux qui lui étaient 
restés fidèles, Nicolas Boccasini, évèque d'Ostie (depuis Be- 
noît XI), Pierre d'Espagne, évêque de Sabine, et le péni- 
tencier Gentile de Montefiore. A ce moment, la porte céda. 
Sciarra entra le premier, s'élança d'un air menaçant, et 
adressa au pontife vaincu des paroles injurieuses. Nogaret, 
qui s'était un moment écarté, le suivit de près. Le dessein 
de Nogaret était d'intimider le pape, de famener à se dé- 
mettre ou à convoquer le concile, qui feût déposé. Fidèle 
à son rôle de procureur, il expliqua au pape, « en présence 
"de plusieurs personnes de probité," la procédure faite 
contre lui en France, les accusations dont on le chargeait 
(accusations sur lesquelles ne s'étant point défendu, il 
était, d'après le droit inquisitorial, réputé convaincu), et 
l'assignation qui lui était faite de comparaître au concile 
de Lyon pour y être déposé, vu sa culpabilité notoire 
comme hérétic[ue et simoniaque. «Toutefois, ajouta l'en- 
"voyé du roi, parce qu'il convient que vous soyez déclaré 
«tel par le jugement de fFglise, je veux vous consei'ver la 
« vie contre la violence de vos ennemis, et vous représenter 
« au concile général que je vous requiers de convoquer; si 
«vous refusez de subir son jugement, il le rendra malgré 
«vous, vu principalement qu'il s'agit d'hérésie. Je prétends 
n aussi empêcher que vous n'excitiez du scandale dans 
« l'Eglise, surtout contre le roi et le royaume de France, et 
«c'est à ces motifs que je vous donne des gardes, pour la 



LEGISTE. 255 



XIV° SIÈCLE. 



«défense de la foi et l'intérêt de l'Église, non pour vous 
« faire insulte ni à aucun autre. » Boniface ne répondit pas. 
11 jjaraît qu'aux gestes furieux de Sciarra il n'opjDOsa que 
ces mots : Eccoti il capo, cccoti il collo. Chaque fois qu'on lui 
proposa de renoncer à la papauté, il déclara obstinément 
qu'il aimait mieux perdre la vie. Sciarra voulait le tuer; 
Nogaret l'en empêcha; seulement, pour intimider le vieil- 
lard , il parlait de temps en temps de le faire amener gar- 
rotté à Lyon. Boniface dit qu'il était henreux d'être con- 
damné et déposé parles patarins. Il faisait sans doute, par 
ce mot, allusion aux ancêtres de Nogaret. Peut-être cepen- 
dant désignait-il par là l'Eglise de France. Boniface, en 
effet, avait coutume de dire que l'Eglise gallicane n'était Uupuy.Pnuvis, 
composée que de patarins. '' '"" '"''•''''■ 

Pendant que cette scène étrange se passait, le manoir pa- 
pal ainsi que les maisons de Pierre Gaetani et des cardi- 
naux amis du pape étaient livrés au pillage. Le trésor pon- Uupuy.Pieuvts, 
lifical, qui était très-considérable, surtout depuis le jubilé l'i^'^l^^'^'i" ^t 
de l'an i 3oo, les reliquaires, tous les objets précieux furent "' ^*^- ^o 
la proie des Colonnes et de leurs partisans; les cartulaires et Bonuim. p., ,7, 
registres de la chancellerie apostolique furent dispersés, les ""'^ 
vins du cellier furent bus ou enlevés. Simon Gérard, « mar- p. Sn, '172 
« chand du pape, » eut peine à s'échapper la vie sauve. Tout Hevuedes.iiust 
cela se faisait sous les yeux de Boniface et malgré les efforts 
de Nogaret. Celui-ci jouait très-habilement son rôle d'homme 
de loi impassible. Il voyait avec inquiétude ce qui se passait. 
Le pillage du palais et du trésor pontifical avait été le prin- 
cipal mobile des condottiers italiens; ce pillage accompli, il 
était bien à craindre que pour eux l'expédition ne fût termi- 
née. Nogaret inclinait dans le sens d'une modération relative. 
Grâce à lui, François Gaetani, neveu du pape et l'un des 
plus compromis dans les actes du gouvernement de Boni- 
face, put sortir d'Anagni et gagner une place voisine, où 
Nogaret défendit de le forcer. Ceux des cardinaux qui vou- bnpu^, Pmiv. 
lurent demeurer neutres dans le conflit furent libres de se 
retirer à Pérouse. 

Jamais, sans contredit, la majesté papale ne souffrit une 



3m, ir3o. 



XI^ SIF.CI.K. 



250 



GLULLALME DE NOGARET. 



liiilli Fl.i-it.o- 

^llllî sroltiv. )) 



S L. Ptruzzi 
liaiicli. di !■ ir 
p. itJ3 et suiv 
188, 101 -loi 
■>5o. — lîcuiiiont 

l)ii|)uy.Pi'iu\is 

p. 3 I 0,3 1 I , 11" 2-j 



Ui 



|...j 



PlXll 



p. 101- 

p. J79- — Comm 
sui- Dante , ms 
n-78, fol. •■53 \" 
H. Martin,!. IV 
p. i ji . — Nicole 
Gilles, dans Un 
pii), Pr. p. 199. 
W alsinf;liani 
dan- Rer. I.iit 
script. (Londres 
i863-i86'i), t. I 
p. io. — Dupiiy 
Hisl! p. 23; l'r 
p. 19Ô. — lîaillet 
p. -^87, 290, 291 

— Uoutan'c, p. 1 1 7 

— lUdletin du Cm- 
miic liist. i85i 
p. •'('■'1 , îGô. 

P.n-:; -. vs 



pliLS cruelle atteinte. Quoi qu'on en ait écrit cej)endaiil, il 
n'y eut |)as, de la jiart de Nogaret, dinjures proprement 
dites; de la part de Sciarra, il n'y eut pas de voies de fait. 
\illani parie d'outrages adressés au pape par Nogarel (/n 
scltetvii). i3enoît XI, témoin oculaire : Maïuis in cum iniecenini 
tmpias, prnU'iras crc.reninl ccrvucs , ac blaspltcmiarnm voccs fu- 
nestas iqnomimosc jaclanint . La situation était outrageuse au 
premier chef; mais il n'est nullement conforme à la iroidc 
attitude judiciaire f[ue Nogaret, Plaisian, E)u Bois gardèrent 
en\ers la papauté, de supposer que l'envové du roi se soit 
laissé aller à des paroles qui eussent afiaibli sa position 
d'huissier portant un exploit ou de commissaire remplissant 
un mandat d'arrestation, lue tradition fort accejilec \eiil 
que Sciarra ait frappe Boniface de son gantelet. Lu tel 
acte n'est pas en dehors du caractère d'un bandit connue 
Sciarra; toutefois, celte circonstance manque dans les recils 
les plus sincères, en particulier dans celui de \illani, ([ui. 
par ses relations avec les Peruzzi, put être si bien inlorme. 
Dans ses Apologies, Nogaret se fait, à diverses reprises, 
un mérite d'avoir, non sans peine, sauvé la vie à Boni- 
face et de l'avoir gardé des mauvais traitements. Nous ne 
nions pas que la brutalité de Sciarra n'ait été capable des 
derniers excès et ne les ait tentés; nous disons seulement 
que rien n'indique qu'aucun sevice ait eu lieu en realite. 
Le moine de Saint-Denvs paraît assez près de la vérité, et 
en tout cas il s'écarte ]ieu de la relation de Nogaret, quand 
il veut que ce dernier ait défendu le pape contre les vio- 
lences de Sciarra. Cette version lut généralement accréditée, 
et devint presque officielle en France. H faut sûrement ran- 
ger parmi les fables les outrages qu'on aurait fait subir au 
pape dans les rues d'Anagni. Dante paraît avoir ele plus 
poète qu'historien quand, parlant des dérisions, du vinaigre 
et du fiel dont fut abreuve le ])ontife. il compare Phili|ipe 
le Bel cà Pilate : 



\ cçgio iii Ahi.i,'na entrai' lu ilorclalisd, 
F. iirl vicaiiii stio Cri^ln csscr ratio. 



LÉGISTE. 257 

\ cggiolo un' altra volta esser dcriso; 
Voggio rinnovcllar l'accto e il fclc, 
E tia vivi ladroni csser anciso. 

Vcggio il miovo Pilato si criidelo 
Chc ciô nol sazia , ma senza decreto 
Porta nel Tenipio le cupide vêle. 

S 3. Autant la suite des faits qui s'accomplirent dans la 
journée du samedi 7 septembre i3o3 est claire et satisfai- 
sante, autant ce qui se passa les jours suivants est obscur et 
ine\plifjué. Le dimanche 8 septembre, les envahisseurs du 
chàleau de Boniface paraissent être restés oisifs. Pourquoi 
ce moment de repos? Pourquoi Nogaret, dont le plan s'est 
développé jusqu'ici avec une sorte de rigueur juridique, 
s'arrète-t-il tout à coup? Sans doute, Nogaret ne trouva pas 
chez ses associés la ferme suite d'idées qu'il portait lui-même 
en son dessein. On ne peut le disculper cependant d'un peu 
(l'imprévoyance. Son projet d'un coup de force à exécuter 
au cœur de l'Italie sans un seul homme d'armes français, 
avec l'unique secours des discordes italiennes, eut été bien 
conçu, si, le coup une fois frappé, il n'avait eu qu'à se déro- 
ber; mais sa retraite avec un pape prisonnier jusqu'à Lyon, 
au milieu de populations qui, une fois forgueil de Boniface 
humilié, n'avaient plus d'intérêt à seconder son vainqueur, 
et que d'ailleurs leur patriotisme italien et leurs instincts 
catholiques devaient indisposer contre un étranger sacri- 
lège, une telle conception, dis-je, était pleine d'impossibi- 
lités. Si Ton avait pu appuyer cette hardie tentative sur l'ex- 
pédition qu'avait faite Charles de Valois en Italie deux ans 
auparavant, à la bonne heure; mais cette expédition avait 
été dans un sens contraire, elle avait été en faveur du pape 
^-t des Ciuelfes contre les Gibelins. Charles de Valois resta 
toujours au fond un secret partisan de la papauté et com- 
battit énergiquement l'influence que les légistes gallicans 
exerçaient sur fesprit de son frère. De la sorte, les tentatives 
d'intervention française en Italie dans les premières années 
du xiv" siècle furent, comme toutes celles qui devaient se 

TosiE x.xvii. 33 

1 s > 



i:V SIECLE. 



258 GUILLAUME DE NOGARET, 



produire plus tard et jusqu'à nos jours, pleines de décousu 
et de contradictions. Nogaret échoua par suite de la légè- 
reté, sinon de la perfidie de ses alliés. Toutes ces étourderies 
italiennes, ces jalousies do barons campagnards et de com- 
munes, ces vengeances sans autre but rpie la satisfaction 
d'une haine personnelle, ces débordements de passion sans 
règle supérieure firent avorter son plan. Sa petite bande, toute 
composée d'Italiens [cuni de rc(jnoVranciœ mccum paucos adliibe- 
Diipny, Preuves, rcm) , et dout il n'était pas bien maître, fondit entre ses mains. 

'' "■ " ' Pendant la journée du dimanche, Nogaret ne lx)ugea pas 

du château pontifical. Il assure qu'il lut occupé tout ce 
temps avec Rainaldo da Supino à garder le pape, ainsi que 
les Gaetani, ses neveux, et à les préserver des mauvais trai- 
tements, tâche difficile à laquelle il ne put réussir qu'en y 
engageant quelques Anagniotes et des étrangers. Il voulait 
D(i|niy, Pleines aussi, dit-il, sauver ce qui restait du trésor de f Eglise. Ce 

P 3m, n" '3.. 33 q" il y 3 de certain, c'est qu'il vit le pape ce jour-là. S'il fallait 
l'en croire, Boniface aurait reconnu avec une sorte de gra- 
titude les efforts qu'il avait faits pour arrêter le pillage des 
meubles et du trésor. Nogaret s'attribue aussi le mérita" 
Dupuy, Preuves, d'avoir l'elâclié Pierre Gaetani et son fds Gonticelli, qu'on 

p. 3i 1, n 29. avait faits prisonniers dans le premier moment. Assurément, 

Diipiiy, Preuves. . . , ^ . , t-t ^ , , i- 7 

p.3ii,3.2.n°33. les Apologies de IVogaret portent a chaque ligne la trace 
d'une attention systématique à créer, autour du fait principal 
et indéniable, des circonstances atténuantes; nous croyons 
néanmoins qu'il montra dans le manoir papal une certaine 
circonspection. Peut-être l'impossibilité de faire cpielcpie 
chose de suivi avec un fou comme Sciarra le frappa-t-elle, et 
dès le dimanche chercha-t-il à sortir le moins mal possible 
de l'entreprise téméraire où il s'était engagé. 

On assure que le pape ne prit durant tout ce temps au- 
cune nourriture. Si cela est vrai, ce ne fut pas sans doute 
par suite d'un refus de ses gardiens; ce fut par sa propre 
volonté, soit qu'il craignît d'être empoisonné, soit que la 
rage le dévorât. Nogaret prétend qu'il lui fit servir ses repas, 
en prenant toutes les précautions possibles contre un em- 
poisonnemenl. 



3 I I , l>° 32. 



LEGISTE. 



259 



Le lundi 9 septembre, ce qui s'est passé mille fois dans 
l'histoire des révolutions italiennes arriva. Il y eut un revi- 
rement subit. Les habitants d'Anagni, après s'être donné le 
plaisir de trahir Boniface, se donnèrent le plaisir de trahir 
ceux qu'ils avaient d'abord accueillis contre Boniface. A la 
voi\du cardinal Fieschi, ils sont pris d'un soudain repentir. 
Dès le matin, renforcés parles iiabitanis des villages voisins, 
ils s'arment en masse au cri de : «\ive le pape! meurent 
«les traîtres!» Ils se portent en même temps, au nombre 
de dix mille, vers le château pour réclamer le pontife. On 
parlementa quelque temps. Les conjurés soutenaient qu'ils 
étaient chargés par f Eglise universelle de garder Boniface. 
Les Anagnioles répondaient qu'on n'avait plus besoin d'eux 
pour cela : « Nous saurons bien tout seuls, disaient-ils, pro- 
«' téger la personne du pape; cela nous regarde. » La lutte 
s'engagea et fut assez vive. La bande de Sciarra et de Rai- 
naldo perdit beaucoup d'hommes; accablée par le nombre, 
elle fut obligée de sortir du château et de la ville. Rainaldo 
et son fils furent un moment pris, puis délivrés. Une partie 
du trésor papal fut retrouvée; la bannière des lis, qui avait 
été arborée sur le palais pontifical, fut traînée dans la boue. 
Nogaret, blessé, abandonna précipitamment la place. Il était 
temps; au moment où il franchissait la porte, des forces 
nouvelles arrivaient au pape et allaient rendre irrévocable 
la défaite du parti français. 

Un des vices essentiels du complot de Nogaret et de 
Sciarra était qu'on n'avait pas pu y engager les Romains. 
Les Gibelins de Rome, à qui l'on en fit la confidence aux 
mois de juillet et d'août, ne crurent pas au succès, ou crai- 
gnirent la prépondérance qui en résulterait pour les Fran- 
çais. Quand on apprit à Rome (sans doute dans la matinée 
du dimanche) l'attentat commis à Anagni, l'émotion fut 
grande. Les divisions de parti furent un moment oubliées; 
la haine contre les Français se réveilla. On expédia au pape 
quatre cents cavaliers romains, conduits par Matthieu (car- 
dinal) et par Jacques des Ursins. Cette troupe arriva au 
moment où Nogaret sortait d'Anagni. Elle fit mine de l'at- 

33. 



Uupuy, p. a48 , 
n°53; p.3i j,n°3'i. 



lleuinoiil,p.668. 
— Ms.citéciapi't'-, 
p. 260, note. 

Dupuy, Preuves, 
p. 175. 



Hi>tor. de la Kr. 
l. XXI.p. i48. 

Gregorovim , 
p. â3i. 



XIV MIXIX. 



2(50 GUILLAUME DE NOGARLT, 



lient 
iinidn , Dupiiy 



Miiiatori 
p. 58 



taquer; Nogaret alla se réfugier avec son ami Rainaldo der- 
lière les murs de Ferenlino, qui n'est qu'à tuie heure 
liai d'Anagni. 

Dès que les gens du parti français eurent pris la fuile, le 
pape sortit du palais et vint sur la place publique. Là il se 
laissa, dit-on, aller à un mouvement d'effusion populaire qui 
n'était guère dans sa nature. La foule s'approcha, il causa 
avec elle, demanda à manger, donna des bénédictions et, à 
ce que l'on assura plus tard, des absolutions'. S'il en donna, 
Pippiiii. llan^ ce fut sans doute aux gens de la ville seulement. Boniface 
était délivré, mais à demi mort. L'orgueil était si bien le 
ibnd de son àme que, cet orgueil une fois abattu, Voilier 
(jaetani n'avait plus de raison de vivre. Il ne convenait pas 
à un homme d'un tel caractère d'être victime ou martyr. On 
prétend qu'un moment il admit la possibilité de se réconci- 
lier avec le roi, et qu'il oifrit de s'en rapporter au jugement 
du cardinal Matthieu Rossi touchant le difiérend qui déchi- 
rait la chrétienté. Cela est bien peu vraisembable; ce ([ui 
l'est moins encore, c'est le récit inventé plus tard pour la 
nu|uiy,Pi<uvo.. défense de ceux qui s'étaient compromis, et selon lequel il 
P aV' n"'V) -- aiii'ait pardonné à ses ennemis, aux cardinaux Richard de 
lo^fit ii.p. lo'i. Sienne el Napoléon des Ursins, ainsi qu'à Nogaret et à Rai- 
naldo da Supino, à tous ceux enfin qui avaient volé le tré- 
sor de l'Lglise. S'il le fit, ce fut sûrement par dégoût de la 
vie plulôl que par mansuétude évangélique. Le ressort de 
l'àme était brisé chez lui; il n'était pas capable de survivre 
à l'affront qu'il avait reçu à la face de funivers. 

Les \nagniotes auraient voulu garder chez eux Boniface; 
mais, après la trahison dont ils s'étaient rendus coupables, 
le pape ne pouvait plus avoir en eux aucune confiance. Mal- 
gré leurs supplications, il partit pour Rome, escorté parles 
cavaliers romains qui étaient venus achever sa délivrance. Le 

' .Scion une liistoirc manuscrite de fulaz^o, verso la pinzzadetla del conte di 

Boniface VIII, (Ic-itinée au peuple d'A- CaseiUi , clic cru allora di Pielro suo ni- 

11 ijjiii el écrite par Cristoforo Gaetano pote c dopo dclU predccesson di Vincenzo, 

d'Anagni, mort évèquc de Foligiio en pudre dt Orazio Cactano (ms. du < In- 

ili'iJ, nonifacc aurait parle au peuple noine Picrron, à Anagni). 
nrl piii (dlo Silo ilcUa scala grande deî sno 



AlV >1KCL|; 



Ole G. — Tostl , 
t 11. p, igj, i<)Ci 



LKGISTE. 261 

sacré colh'gx' se reformait. Plusieurs des cardinaux traîtres 
ou fugitifs étaient venus rejoindre Boniface. Napoléon des 
(Jrsins, en particulier, ne le c[uillait pas. H vint de la sorte 
à Saint-Pierre, où il prétendait, dit-on, assembler un con- 
cile pour se venger du roi de l'iance. En réalité, il n'avait 
jail f[ue changer de prison. Les Orsini le tenaient en charte 
piivée; ils essayaient en vain de le réconcilier avec les Co- isouia 
lonnes; Napoléon des Ursins interceptait les lettres qu'il 
écrivait à Charles II, roi de Naples; l'anarchie était au 
cond)le. L'amas d'intrigues (pie \p vieux pontife avait formé i.cmk .les<nu^l 
autour de lui réloulfail. La rage était, d'ailleurs, trop forte '"^' '^■- p '".i- 
dans cette àme ])assionnée; elle le tua. Ses domesticpies 
le trouvaient toujours sombre; il avait des moments d'alié- 
nation mentale, où il ne parlait cpie de malédictions et 
d'analhèmes contre Philippe et ses ministres. Il paraît qu'on 
K' voyait seul dans sa chambre se ronger les mains, se frap- 
|)er la tète. Comme son àme était cependant grande et forte, 
il retrouva, ce semble, le calme à ses derniers moments. 
Il mourut le i i octobre, à l'âge de quatre-vingt-six ans, et iiout.iiR,|. i i.s. 
avec lui finit la "rande tentative, crui avait à moitié; réussi —'"»'"'''• i' "|9>. 

o _ '1 ■>(jO. — U^ni'i.u.iMs 

au xii'' et au xiii" siècle, de faire de la papauté le centre isaiiin, lvcu^<^, 
politique de l'Europe. La papauté va maintenant expier par i>r.'p./|(jou."i'ri?j! 
un abaissement de plus d'un siècle l'exorbitante ambition '■ *^' '.î**-.'''?, 
quelle avait conçue et en partie réalisée grâce à une mer- p.ige.joS.-cii.- 
\eilleuse tradition de volonté et de génie. :>n'°.— Comment 

Nogaret passa le temps, depuis le 9 septembre, jour de ■■',;' "''"'« 
son expulsion d'Anagni, jusqu'au 1 1 octobre, jour de la 
mort de Boniface, à Ferentino, auprès de Bainaldo. Sciarra 
('tait aussi, au moins par moments, avec eux. Le projet avait 
échoué, et certainement la situation des conjurés eût été Uaïuze. viu 
fort critique, si la vie de Bonilace se lut prolongée. Ce Î'oÎ'.h ™ 
n'est pas impunément que Nogaret fût resté chargé de la 
responsabilité d'avoir, sans ordre bien précis, compromis iiisioi. de i.i 
la couronne de France dans un complot de malfaiteurs. La ,o,s ,807 ' '"' 
mort du pape vint changer sa délaite en victoire. Ce cpi'il 
y a d'extraordinaire, en eiïet, dans fépisode d'Anagni, ce 
n'est nullement que le pape ait été surpris par Rainaldo et 



8, fol. ir.s 



il MllV. 



, , 202 GUILLAUME Dt\ NOGARET, 

X'.\ MECI.K. 

Nogarel; c'est que celte surprise ait amené des résultats du- 
rables, c'est que la papauté, loin de prendre sa revanche, 
ait été abattue sous ce coup, c'est qu'au jirix de satisfactions 
illusoires obtenues sur des subalternes, elle ail fait amende 
honorable au roi sacrilège, et reconnu qu'en emprisonnant 
le pape et en amenant sa mort, ledit roi avait eu d'excel- 
lentes intentions et agi pour le plus grand bien de l'Eglise. 
Cela ne s'est vu qu'une seule lois, et c'est par là que la vic- 
toire de Philippe le Bel sur la papauté a été dans l'histoire 
un lait absolument isolé. 

Pendant le court intervalle qui s'écoula entre la mort de 
Bonifacc (i i octobre) et l'élection de son successeur [22 oc- 
tobre), Nogaret reste à Ferenlino. Son attitude n'était nul- 
lement celle d'un vaincu. Le 17 octobre', nous le trouvons 
logé chez Piainaldo, traité en ami, bien reçu par la com- 
mune [post ejus exitiim de Anacjma , ipsum apnd Fcrentuuim, 
cum comnmiu ciritatis tpsius, recepimus et eum fovimus). Ce 
jour-là, il donne à Piainaldo un acte notarié pour le rassu- 
rer sur les suites de l'échauITourée. Il lui promet au nom 
du roi tous les secours d'hommes et d'argent nécessaires 
pour le venger des habitants d'Anagni et des parents de 
Boniface, ainsi que le dédommagement entier de ce qu'il a 
soulFert et de ce qu'il soullrira dans la suite pour la même 
cause. Nogaret est qualifié dans cet acte exceUentissiini rccjis 
Franciœ miles cl nunlius specialis; tout ce qu'il a fait, il l'a fait 
«en faveur de la foi orthodoxe.» La conduite des Ana- 
gniotes dans la journée du lundi 9 septembre est qualifiée 
Dupuy. Plcuu^, de trahison. Ils seront punis. Après avoir commencé par 

— Batik?*'p 3oo promettre aide et conseil à Guillaume, et tenu un moment 

— Tosti, t. II. leur parole, n'ont-ils pas essayé de lui faire subir une mort 
^^° cruelle? N'ont-ils pas traîné par les rues d'Anagni le dra- 
peau et les armes [vexiUum ac iiisi(inia) du roi de France? 

L'élection du pieux et doux Boccasini (Benoît XI), qui 
eut lieu le 2 2 octobre, à Pérouse, sembla donner une entière 

' On rcmarqucia l'erreur de Dupuy, 238, est de i3o4- Les mois sedc vacante 
Hist. j). 2J (cf. Bouliric, p 121). La se rapportent à la vacance de l'évèclié 
pièce donnée par Dupuy, Prfdres, p. 2 3", de Paris. 



LEGISTE. 263 

satisfaction à Nogaret. A laitier Gaetani succédait rimmble 
fils d'un nolaii^e de Trévise, préparé par sa piété, ses habi- 
tudes monacales et la modestie de son origine à toutes les 
concessions, à toutes les amnisties, à ces pieux malentendus 
dont se compose l'histoire de l'Eghse, et dont tout l'artifice 
consiste à donner raison au plus fort « pour éviter le scan- 
.( dale. » C'est alors qu'on vit la grandeur de la victoire rem- 
])ortée par Philippe. Il avait par le prestige de sa force 
tellement dompté la papauté, que la complaisance dont on 
pouvait être capable envers lui devenait le titre principal 
pour être élu pape. Boccasini avait été témoin oculaire de 
la scène d'Anagni, et pourtant il ne perd pas un jour pour 
traiter avec Philippe. Un nouvel envoyé royal, Pierre de 
Péred, prieur de Chiesa, était arrivé en Italie le G octobre, 
cinq jours avant la mort de Boniface, ayant pour mission 
de soulever les Italiens contre ce pape. Benoît XI, à peine 
nommé, le reçut. Péred ne recula pas sur un seul point; il 
s'étendit en lamentations sur les plaies faites à l'Eglise par 
Boniface; il insista sur la nécessité de convoquer un concile 
à Lyon ou en tout autre lieu non suspect ni inconniiode 
aux Français, afin de réparer les maux causés par le défunt 
antipape. Benoît XI était si frappé de terreur qu'il promit 
tout ce qu'on voulut. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, p/oT.'.oO 
c'est crue ce bon pape put triompher de ses légitimes ré- !"')'• "'^' i' '"'■''■ 

1 . ,', i 1 ,i . ,*-' l'r. |). •îog et siii\ 

pugnances jusqua entrer en relation non-seulement avec — Uaiiirt, p. 3o2 

Péred, mais avec l'insolent envahisseur du palais d'Anagni, p7^ 7"— ^uùnêii i 

avec celui qu'il avait vu de ses yeux quelques jours aupa- Ji lAcaj di b.uv 

ravant accomplir sur la personne de son prédécesseur un -ne»nm'i, 1)670! 

monstrueux attentat. "9^ 

Loin de mollir, en efl'et, la conduite de Nogaret conti- p. 26!iV p <, — 

nuait d'être le comble de faudace. Il déclarait hautement ''"'j''^'' '' "" 

de Ferentino que la mort de Boniface n'avait pas interrompu i)upuy.i'icuu>, 

les poursuites qu'il était chargé d'intenter contre lui. Les L'vîis^MÎ.^Mf 

crimes d'hérésie, de simonie, de sodomie pouvaient se p >i7 

poursuivre contre les morts. Les fauteurs de 13oniface, ses i>"i'"v,iv.iiu-, 

1 , . . . . . . |>. ?10, Il .Tl. ; 

héritiers étaient des coupables vivants qui ne pouvaient r s'iy. " •'>s -i 
rester impunis. Son zèle pour les intérêts du roi l'obligeait p"5,y'' ' " 



|•^.^ll 



\1V SIKCIK. 



20/1 GUILLALMl-: DE NOGARET. 

rrailleurs à tirer une éclalanle vengeance de la Iraliison des 
lial)ifants d'Anagni. \ oilà ce que Nogaret répétait liaiite- 
nient. Dès cjuil apprit l'élection du nouveau pape, il eut 
l'impudence de s'approcher de Rome en avouant le dessein 
de venir continuer ses poursuites contre la mémoire de 
l'hérétique défunt et contre ses fauteurs. Benoît XI n'avait 
aucune force armée; n'étant en rien militaire, il sentait sa 
faiblesse en ce siècle de fer. 11 n'osall venir à Home, ville 
redoutable, qui avait rendu la vie si dure à plusieurs de ses 
prédécesseurs; il restait à Pérouse, et ne songeait qu à 
éteindre l'incendie allumé par Boniface. L'effronterie de 
Nogaret, toujours armé des pouvoirs du roi, le remplissait 
d'inquiétude. Benoît le fit prier instamment par l'évèque 
de Toulouse de ne pas passer outre sans nouveau comman- 
dement du roi. 11 ajoutait qu'il était décidé à faire cesser le 
scandale, à donner satisfaction au roi et à rétablir l'union 
\.,i".i. I i\ (nitre l'Eglise romaine et le royaume. Il demandait à Nogaret 
"' de retourner le plus tôt possible en France, afin d'engagei" 

le roi à envoyer une ambassade pour traiter de la paix : 
Statini scn in fin modicum Icmpus, Bcncdicto ad summum pnntifi- 
lalum assumplo, ad inslanliam ipsius duti Bcncdicli, m pariiLus 
liomanis existons, vcni cclcrilcr ad dominum rc(jcm pro conserva- 
liane pacis et unilalis Ecclesiœ Homanœ ac dommi rc(jis et rccjni , 
ad procurandam etiam ul dominus rcx letjatos scu nuntios suas 
miticrel ad dictum dominum Bcnedictum pro conservadonc puas 
et unitatis prœdiclœ , (juod me procurante fccit dominus rex prœ- 
i)M|,,.j,iv,iu, dictas. Autant le récit de Nogaret est suspect, quand il s'agit 
" ' " " de faits sur lesquels personne ne peut le démentir, autant 
il mérite créance pour des allégations comme celle-ci, rela- 
tives à des faits bien connus du roi et des personnages en 
\ue desquels il écrit ses Apologies. Ainsi l'auteur du crime 
le plus effroyable qu'on eût jamais commis envers la pa- 
pauté devenait le négociateur choisi par la papauté elle- 
même. \oilà certes qui dut troubler plus profondément 
dans leur tombe les Grégoire et les Innocent que le tumulte 
d'Anagni et le prétendu soufflet de Sciarra. 

Tout cela se passait en décembre i3o3 et janvier i 3o/|. 



LEGISTE. 2G5 



XI» 5iEci.r.. 



Nogaret chargé d'une mission papale, rej)artit en luile poiii- 

la Fiance, cl joignit le roi à Béziers vers le lo février de Dui.uy.ivnues. 

Tan i3o4. ' |...'.9...-6o;3./., 

I IV, p. 117. 
II. Hlstoi.clel.TFr 

t. X\l, |.. 'i'i3. 

S 1. -Nogarel, se présentant devant Philippe le Bel à 
liéziers, put se vanter de lui avoir fait remporter une diffi- 
cile victoire. Le plus redoutable adversaire que la royauté 
française eût jamais trouvé sur son chemin était mort de 
j'age. Nogaret exposa en plein conseil le complet changement 
qui s'était opéré dans les dispositions de la cour de Rome, 
insista sur les bonnes intentions du pape IVnoîl XI, et con- 
seilla denvoyer une solennelle ambassade au saint -siège 
avant que le pape eiit, selon l'usage, dépêché en France le 
légal porteur de la bulle d'intronisation'. C'était là un avis 
lrès-])rudent; il y avait trois mois et demi que Benoît était 
j)roclamé; si Ton avait attendu encore et que le légat ne fût 
pas venu, cette obslention aurait passé ])Our la conlir- 
malion de tous les anathèines tle Boniface. Le roi suivit cet 
avis, et désigna pour faire partie de l'ambassade Bérard bupuy, iii>i 
ou Béraud, seigneur de Mercaur ( Mercolii), (Juillaimie de l'oG^oig.-'lli'âû' 
Plaisian et le célèbre canonisie Pierre de Belleptn'che, tous ii'.i>-3oi. 
trois amis et associés intimes de Nogaret. Ci' qui prouve, Notin. .t cxu 
(\u reste, que la conduite de ce dernier obtint du roi une p.,5,.',5ii.'!!^'ul,' 
pleine approbation, c'est que nous possédons les actes ori- imy iv. p (,,.1. 
ginaux, datés de Béziers vers le 10 lévrier, des récompenses 
que Philippe lui accorda pour ses services passés. Au don 
de trois cents livres de rente qu'il avait fait à Nogaret avant 
le départ pour l'Italie, le roi ajouta cinq cents nouvelles 
livres de rente sur le trésor royal de Paris, en attendant que 
ces rentes pussent être assignées sur des terres. A la même Munaid, iii^i 
date, nous trouvons une laveur royale plus singulière. Le j,*^ 'i3',"'Tvnlvis 
jour des Cendres de fan i3o4 (1 1 lévrier), Philippe le Bel, i* ''"j 

' Il scnilile qu'on pourrait corrigoi libus, ctim diclo tluniino samwo pontifue 

.linsi If tcxlu lic Dupuv : l'x quu procu- conjlrnuilio diclœ pucis et nnilalis dcsidc 

vulionc dicl' Ciuillicliiii siculd (Sl , diclis rntin effcclus 

iiunliis pcr doiittnnni refCin iiiisHS nicdîiin 

TdME X.WII. 3i 



XIV SIECLE. 



266 GUILLAUME DE NOGARET, 



N'ol.elcxlr |> i 



se trouvant à Béziers, donne aux quatre inséparables, à 
Bérard de Mercœur, à Pierre de Belleperche, à Guillaume 
de Nogaret ot à Guillaume de Plaisian, qualifiés milites et 
iiuntii noslri, plein pouvoir de mettre en liberté toute per- 
sonne, laïque ou ecclésiastique, détenue en prison poui" 
Noiicis Cl cxtr n'importe quel motif. Il est regrettable que le nom de 
,'.-,, .",54^' !l! Nogaret soit mêlé à une mesure aussi peu légale. Triste 
ih.puy, p Oi.) magistrat que celui qui, ijour récompense de ses services 
politiques, acceptait le droit de vendre à son profit la liberté 
aux prisonniers. Il est vrai (]ue les prisons de 1 inquisition 
du Midi recelaient à celte époque tant d'innocentes vic- 
times, que le privilège exorbitant conléré à Nogaret et à 
ses compagnons fut sans doute pour plusieurs malheureux 
une réparation et un bienfait. 

Dans la pièce qu(^ nous venons de citer, Nogaret est qua- 
lifié mintius sur le même pied que les trois ambassadeurs. 
Après beaucoup d'hésitations, en efl'et, Nogaret finit par 
être attaché à f ambassade qu'il avait conseillée. Le i4 fé- 
vrier (et non le ^3, comme le veut Baillet, ni «mars,» 
comme le veut Dupiiy), Mercœur, Belleperche et Plaisian 



Dnnu 



|>u>. 

U. -' {iaiiioi! sont investis par lettres patentes, datées de Nîmes, des pou- 
p-^°7 — Fi""y voirs nécessaires pour recevoir (mais non pas pour deman- 
der) , au nom du roi, f absolution des censures que ce prince 
pouvait avoir encourues. La lettre qu'ils devaient porter au 
pape (Dupuy, l'rcuvcs, p. 2o5, 206) peut être du même 
temps. Nogaret ne figure pas dans cet acte; mais, le 2 1 fé- 
vrier (et non le 25, comme le veut Dupuy), les trois mêmes 
personnag s, auxquels cette fois est joint Nogaret, sont char- 
gés par nouvelles lettres patentes, datées de Nîmes, de traiter 
de la paix avec le pape, sous la réserve des franchises et bonnes 
coutumes de l'Eglise gallican(\ Cette adjonction du sacrilège 
Nogaret à fambassade extraordinaire qui se rendait auprès 
du saint-siège pour une mission d'un caractère conciliant 
serait incroyable, si elle ne nous était garantie non-seule- 
ment par Nogaret lui-même ', mais par un acte officiel, dont 

' Iiisiipcr (et non (t scmpa) , njmd liclmus , qui ituiiùiis crut cum vis, cum 
domitium summum jioulijiccm idem Guil- prœdictis ciliis soleminhnî niuiliis pnrscn- 



I.EGISTE. -KM 

nous avons 1 original. Il faut ajouter f[uo iMaisian, Delie- 
perche et iVIercœur n'étaient guère moins compromis que 
Nogaret avec la cour tle Piome. 

On an après le voyage clandestin où l'on avait vu l'envoyé 
(lu roi de France marcher de compagnie avec les pires bon- 
dits de la chrétienté, (luillaume de Nogaret partit donc de 
nouveau pour l'Italie, celle fois comme membre d'une am- 
bassade solennelle, a\ec les phis graves personnages de 
l'Eglise et de l'Université; mais l'insolent diplomate avait 
trop présumé de son audace et de la laiblessc de Benoit. Ce 
dernier commençait à sortir de fespèce de stupeur où l'avait 
plongé la scène d'Anagni. Il accueillit l'ambassade, et refusa 
de voir Nogaret. Si le pape eût consenti à négocier avec lui, 
c'était la preuve cpi il était libre de toute excommunication, 
le pape ne pouvant traiter avec un excommunié. Le refus 
de Benoît, au contraire, plaçait Nogaret sous le coup des 
plus terribles analhèmes, et l'obligeait à solliciter l'absolu- 
tion pour sa campagne de i3o3. Solliciter l'absolution, 
c'était s'avouer coupa]>le; s'avouer coupable, c'était s'exposer 
aux plus graves conséquences. Il fit donc prier le pape de 
lui donner ce qu'on appelait fabsolution ad caiitclam, c'est-à- 
dire l'absolution qu'on demandait pour plus de sûreté de 
conscience, sous réserve de jugement ultérieur, et qui n'im- 
pliquait ]ias la réalité du crime dont on était absous. Benoît 

tiulticr lalonisscl , .<( ijisi dnmiiio iilaciiis- Cuiiip. \^li^sL■k■, l. 1\ , |i. 117; Dioqr. 

set, qui forte ignoraits ipsnis GuiJIidmi /ou/o(/i.) , (|iii a iiitrotkiit thins le ro( il de 

mnoccntiani . . ., ipsum Gudlivliiiuni vila- tes négoti;ilioiis et tle ces ambassades 

iii(, ncc ad cuutihtm ahsolutionrm pcicn- ])liis d'ordre fjuc Uiij)uv, sans réussir 

tcm et se puruliiiii drfendcrc. .., ud hoc coniplétenient à les débrouiller, ne 

adiiiiiU euiiidcni , profiter eu quœ ub iili- semble pis croire que Nogaret lit celte 

quibus sibtjiilfo surjrjiTcburtIar eontra ip- l'ois le voynge d'Italie; unis cela résulte 

mm GuiUicliiiiini (l)upuv, l'r. j). 2^9, des tc\les fjue nf)us avons cités , et c'est 

n° 60). Et ailleurs : (Juum , poit niortem ce rpi'a bien vu Fleury. Tosti (Storia di 

Bonifacii, de romanis parti bus jitssu et vo- Botiif. VIII, t. Il, p. 206) accepte le 

luntute dom. Bciiedicti XI ad dom. rcgcm système de Baillet, et l'améliore en ad- 

ipsiini leiiisscm , causa procurondi leqatos , mettant que l'ambassade ne fut nommée 

per ipsum dom. ncjcnt inlcndcns (? missas qu après le retour de Nogaret à I^omc 

sum) ud ipsum dom. Bcncdictuin , pro re- (cf. Dupuy, l'r. p. 2^9, n°6o). Les an- 

noiandis amicitiis et soeietale quœ sempcr cicns critiques voulaient qu'elle eût été 

fiieruiit et erunt inter Boiiianum Eeclesiuin nommée aussitôt que Pliilippc apprit 

cl reqes Fruneorum (Dupuy, Pr. p. 5oS). l'élection de Benoît XI, et Dupuy même 

Baillet [Hisl. dudcmeslez, p.3oi et suiv. la fait partir dès lors; re qui ne se peut. 

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208 r.lilLLAUME DE NOGARET, 

reiiisa encore. Le 2 avril i3o/i, le roi fui reh'vo' «le toutes 
les censures c[u'il pouvait avoir encourues, et il fut dit cju'il 
l'était sans qu'il l'eût deniantlé. Une bulle du 10 mai annula 
toutes sentences de Bonilace contre le roi, son royaume, 
ses conseillers et officiers, et rétablit tous les Français dans 
l'état où ils étaient avant la lutte; Guillaume de Nogarel était 
excepté. Par une aul)'e bulle du même jour, le pape absout 
tous ])rélals, ecclésiaslicpies, barons, nobles et autres du 
royaume, des evcomuuuiications contre eux prononcées, 
excepté encore Nogaret, dont il se réserve labsolulion. f]e( i 
('lait fort grave. La diplomatie de Nogaret avait eclioue; sa 
position civile restait c(^lle de l'excommunié, ce qui équiva- 
lait à être liors la loi. Sa lortuiie était sans solidité; sa vie en 
danger. Pour secouer l'anatlièmc, il lui laudra sept années 
de luttes et de subtiles procédures. Nous allons le voir y dé- 
ployer parfois beaucoup de science et d'éloquence, toujours 
une rare sou])lesse et des l'essources d'esprit infinies. 

lin passage des plaidoiries de Nogaret écrites en i.'^io 
lerait supposer (pie l'ambassade de 1 3o4 requit Benoît XI 
de continuer j)ar lui-UK'me ou par b^ concile le procès contre 
Boniface inleiile en i3o3; mais Nogarcl avait alors besoin 
pour sa tbése (pie le procès d'Avignon en i3io fût la suite 
de celui qu'il avait commencé à rassend)lée du Louvre, le 
1 2 mars 1 3o3 [ipsiim contuuiandu, iinUiiinfiuc navuni jrmcssnni 
super iisjdcirndo, iicc norum ahqind proponcndu) . Il se peut que 
sur ce point il ait présenté les faits d'une manière inexacte. 
Nogaret ne s'attaqua avec une sorte de frénésie à la mémoire 
de Boniface que quand il vit qu'il n'y avait pour lui qu'une 
seule planche de salut; c'était de susciter contre la papauté 
un procès scandaleux, et de mettre la cour de Rome dans 
une situation telle qu'elle se crût heureuse de lui accorder 
son absolution pour ]:)ri\ de son désistement. 

Nogaret devança, par un prompt retour, l'arrivée en 
l'rance des bulles qui absolvaient tout le monde, excepté 
DiijMiyi'r.Mn,-, j^^j (^^ posltiou deveuait fort difficile à la cour. H avait des 
\pn,i . uni pi- ennemis, rpii cbercliaienf à aniuKM' le roi contre lui et à 
,',„•' ''''1'"'" pn'vsenter l'iiicidenl d'Anagni sous le jour le plus délavo- 



Dupu), I 



LEGISTE. 2G9 . . 

\IV MECLE. 



lahlc Lt's récits <[ui s'étaient répandus de ce fait avaient 
excité, niénie en France, une desa])probation universelle. 
Charles de \ alois et d autres princes du sang étaient irrités 
ronire les légistes qui avaient conseillé de pareilles vio- 
lences. Le clergé n'attendait qu'une occasion pour éclater et 
murmurait hautement. Xogaret remit au roi, comme à son ik)uiaric. Nolu 
pigi- naturel, un mémoire justificatif, et demanda qu'on p^''^ig. ."sM^u 
\ouliil bien l'admettre à la ])reuve. Mais le roi s'arrêta; le Fr.>ousPh.ierK^i. 
procès impliquait, en effet, fhérésic de Boniface et l'illégi- 
timité de son titre papal; ■enquête qui. bien qu'incidente 
li dans ma cause, appartient plus à fEglise qu au roi, » dit 
Xogaret. Par ce toui habile, il colorait le refus que Phi- 
lippe parait avoir oppose a sa requête. S il avait pu tirer du 
roi comme juge temporel .un arrêt constatant son inuo- 
ri'iice, cela lui aurait certainement sufli. Il ne réussit pas à 
ftbtenir celle sauvegarde. Quand ou songe à la dureté des 
lem])s, au caractère de Philippe le Del et des princes du 
.sang à cette époque, on est pourtant surpris de fespece de 
lovaulé avec laquelle le roi soutint son agent. C'est mer- 
veille que le sacrifice de Nogaret n'ait pas été la condition 
de la paiv entre le pape et le roi, que ce dernier n ait pas 
désavoue son chevalier es lois comme mauvais conseiller, 
n'ait pas déclare rju il avait agi sans autorisation, et n'ait pas 
rejclé sm- lui tous les torts. Il faut, en général, louer Phi- 
lippe de la fidélité avec laquelle il protégea les ministres de 
sa politique. Il n'en sacrifia aucun aux jalousies qu allumait 
a cette époque la fortune de tout parvenu. Les rancunes 
([u avait excitées Enguerrand de Marigni ne purent se -sa- 
lislaire qu après la mort du roi. 

Xogaret cependant ne cessait d'agir en cour de Rome 
pouiobteuir son pardon, ou, comme il disait, pour prouver 
.son innocence. A Home, plusieurs fois, a \iterbe, à Pérouse, 
le pape fut sollicité en sa faveur par les personnes les plus 
éminentcs de fEglise. dont quelques-unes parlaient au 
nom du roi. Tout fut inutile. Le refus d'absolution , ne Uupuy.Preuw^. 
suffit même pas à Benoit. 11 regarda comme son devoir de •*' " 
poursuivre tous ceux qui avaient fait violence à la personne 



XIV SIECLE. 



270 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Dupiiy . Hisl. 
p. 27, 28. — Bail- 
iol. p. S-îS et suiv. 
— Toli , 1. Il , 
p .2 10 et Mlil. 



liaiiiaidi , Aiin. 
année i3o3, n° 5^. 

— Klcuiy, 1. XC, 
ir 4i. — ïosti, 
l. Il, p. 2o5. 

Uupuy, PrcuK '^, 

p. 332 -23i (Cf. 

p. 3o() , icfÇt, ôoii , 
(io9;.-Coll.l)o,il, 
I. XXXIV, loi. ,6. 

— Hi^lO|■.(U■|.ll•r. 

.. XXI, p. 7,7; 
I.XXII,p. lÔE- 
Tosti, t. il, p. 2 10- 
2 I 2 , 3 1 3 , 3 1 '1 . 



de son prédécesseur et qui avaient volé le trésor de l'Église. 
Dès le 7 décembre i3o3, il avait donné commission à Ber- 
nard de Tiogard, archidiacre de Saintes, d'aller à Anagni 
et aux environs sauver ce qu'il pourrait du trésor de l'Eglise, 
lui donnant plein pouvoir de faire toutes les procédures à 
cette fin. Quelques semaines après avoir absous le roi, cause 
première de tout le mal, il entreprit une poursuite cano- 
nique contre ceux qui n'avaient été que ses instruments. 
Par la ludle Fîarjitiosvm scehis , datée de Pérouse et publiée 
le 7 juin, il désigna solennellement à la vindicte de la chré- 
tienté les coupables d'Anagni. En tête de « ces fds de perdi- 
l'tion, de ces premiers-nés de Satan,» est Nogaret; puis 
viennent Rainaido da Supino, son fils, son frère, Sciarra 
Colonna et douze autres. Le pape les assigne devant son 
tribunal avant la Saint-Pierre (29 juin) pour y entendre ce 
qu'il ordonnera. La rhétorique pontificale ne se refuse au- 
cune de ses figures habituelles pour exciter l'horreur contre 
«le crime monstrueux, la monstruosité-criminelle que cer- 
" tains hommes très-scélérats, poussant l'audace aux der- 
« nières limites, ont commis contre la personne de Boni- 
« face VIII, de bonne mémoire. » L'attentat était raconté en 
un style où se mêlaient l'imitation de la Bible et celle de 
Cicèron. « \'oilà ce qui s'est lait ouvertement, publiquement, 
" notoirement et devant nos yeux. Lèse-majesté, crime d'Etat, 
'Sacrilège, violation de la loi Julia De vi puhlica, de la loi 
.< Cornelia siu' les sicaires, séquestration de personnes, ra- 
iipine, vol, félonie, tous les crimes à la fois! Nous en res- 
V tâmes stupéfait! Quel homme, si cruel qu'il soit, pourrait 
I ici retenir ses larmes? Quel cœur dur ne serait attendri } 
" O crime au-dessus de toute expiation ! forfait inouï ! 
«malheureuse Anagni, qui as souffert que de telles choses 
« s'accomplissent dans ton sein! Que la rosée et la pluie ne 
« tombent jamais sur toi ! qu'elles tombent sur les montagnes 
«qui t'environnent; mais toi, qu'elles passent sur ta colline 
"maudite sans l'arroser!. . . ô misérables qui n'avez pas 
" imité David, lequel refusa d'étendre la main sur son rival, 
«sur son ennemi, bien plus, qui fit frapper de l'épée ceux 



LEGISTE.. 271 

XIV SIECLE. 

«qui l'osèrent. Nous l'imiterons, nous, en ce point, parce 
«qu'il est écrit : Ne touchez pas à mes Christs! douleur 
« affreuse, fait lamentable, pernicieu.\ exemple, mal inex- 
« piable, honte sans égale! Eglise, entonne un chant de deuil; 
« que des larmes arrosent ton visage; que, pour aider à une 
«juste vengeance, tes [ûs viennent de loin, tes filles se lèvent 
« à tes côtés. >' 

La situation de Nogaret était des plus critiques. Le pape 
Benoît trompait toutes ses espérances; le pontile se montrait 
peu à peu deriière le moine timide. Nof^aret vit qu'il fallait 
empêcher à tout prix que l'assignation de la bulle Flafjitio- 
sum scelus n'eût son effet. 11 refusa de comparaître; le Dupuy, Preuves, 
2 juin, il vint se mettre sous la protection du roi. La pro- '' ^'^^ 
cédure cependant suivait son cours à Pcrouse; la condam- nuiniyj'iTuvts, 
nation était inévitable, quand une seconde fois la mort vint p -^"^ v*"^" 'i'; 

'T. a ij , Il 'i 7 . 

visiter la demeure papale à point nommé pour les intérêts 
de Nogaret. Plus tard, nous le verrons soutenir que ce fut 
là un miracle. A fen croire, la sentence était prête, les Dupuy, Preuves, 
échafauds étaient dressés et ornés de tentures en drap d'or, '' ■''^' " '" 
le peuple était rassemblé de grand matin sur la place de 
Pérouse pour assister au sermon qui précédait facte de foi, 
quand Dieu frappa le pape d'un mal subit, pour le punir 
d'avoir osé défendre fhérétique Boniface, et pour l'empê- 
cher de prononcer une sentence injuste. Ce qu'il y a de sûr, 
c'est que Benoît mourut à Pérouse, le 7 juillet. On croit 
qu'il fut empoisonné, elles soupçons se portèrent sur ceux 
qui avaient un si grand intérêt à sa mort, nommément sur 
Nogaret et sur Sciarra Colonna. losii. i 11. 



11 n'est pas probable que Nogaret ait été directement fau- Haines' 1 



2 i3. 



teur de fempoisonnement de Benoît. Ce qui est fâcheux, — Giegoioviiis, 

11, 1 1 P- ^9<^ • ^91- - " 

cest qu en nous présentant la mort du pape comme un Ke.imo.,i. p. 672. 
signe évident de la vengeance divine, il ait donné un 
véritable corps aux soupçons'. Cette coïncidence, notée 

' Pi-OjAcr titin (jravem injustitiam con- Donediclas , lapio ternuiio ad qiiem nos 

Ira nos commissam, Deus el Doniinus quod cituveral par cdictum , difposuissct proferre 

ex ea offensas faerit per miracidum en- contra nos quodam iiiuiie sententiam .... 

dénier oitendit. (Jauni enim dictas dominas seroque prœcedenti locum ad prœdiciin'Iun) 



XIV SIECI.K 



272 



GUILLAUME DE NOGAHET, 



par Nogaret lui-même, a quelque chose de surpreiiaiil; il 
n'est pas bon de lire si bien dans les juf^emenls de Dieu, 
quand il s'agit de la mort d'un ennemi. S il y eut un crime, 
ce crime fnl l'ouvrage de Rainaldo ou de Sciarra, qui étaient 
perdus, si Benoît passait outre. Depuis quelque tenq:)s, le 
pape se défiait d'un empoisonnement, et faisait faire l'essai 
de tous ses mets. On déjoua, dit-on, ses précautions, en 
habillant en religieuse un jeune garçon, qui se présenta 
comme tourière des sœurs de Sainte-Pétronilie, tenant un 
bassin d'argent plein de ])elles figues qu'il oRrit au pape 
de la part de l'abl^esse, sa dévote. Le pape les lerut sans 
défiance, parce qu'elles venaient d'une personne renfermée, 
en mangea ])eaucoup el mouriiL 



Jn.pin.l' 



^ ■?.. La mort de lienoît \l sauva Nouaret. Maigre s.i 
douceur, ce pape n aurait pu éviter de prononcer une con- 
damnation sévère. La mort du ]iontife accusalcui' laissait 
au contraire l'accusé dans une situation juridique la\oial)le. 
11 était simplement assigné; il n'avait pas été condamne, ni 
même entendu. Pour un légiste subtil, il v avait là matière 
à des chicanes sans fin. Nogaret affecta de ne rien s.ixon 
de la procédure de Pérouse, parce qu'il n'en avait |)as reçu 
copie, s'étonna beaucoup de l'ignorance de Benoît, (juil 
qualifia de crasse, alla trouver olïicieilement le mi et lui 
remit un nouveau mémoire justificatif. Le roi se retrancha 
encore derrière une e\cej)tion tirée de ce qu il v avait une 
cause intéressant la foi mêlée à l'aflaire. Nosaref, maigre 
toutes ses habilel<'s, citait rejeté dans le for ecclesiaslicpie; 
il Ait qu'il Jie pouvait être sauvé que par une alisohition de 
fLulise. La vacance du saint-siejïe, nui s'étendit de la moit 



supra iildlcam Pcrusit antc liu-inliuin suuin 
paniri d païuits uurois iminiri fccisscl , el 
popiiliis diclo iiKiiic sitiiinio ililiiciilo m pln- 
Ica piiviUilu coiivtnis cl ad (ludciidum cjiis 
s<fmoiiem , lel pnnlo unie horam nmliili- 
iiiint liiijus , Doiitiitus, qui polcns est supra 
pntiiipes ecch-siasiicos cl lempondes , cl 
pu'iil f(n-tius (■(>•■■ (jiti pcr aliuni puitiri non 
pcisiiiii . prrcusill d'clum dnriii'iiim Unie 



dichnii suo judicio , sic quoil tain a ilnla 
fercuda scuteiilia coniru nos hntpei/ire 
oporluit, ac iiifra paiiros dics pislmoiliiiu 
cjcpiKicil , sicut et pro casa simili leiiliii 
AïKiskisium paptim suo pcrcussissc judii m 
(i)ii|)uv. Pr. p. Z\^■ i'iiur lo fait (l"Aiia> 
tasc, \oir l'arliclc l'ion o Du l^ils daiix 
\llisl. l'ttcr. de la Inime. I. .\\\l 



LKGISTE. 273 , . 

XIV SIECLE. 

(1(> Benoît XI (7 juillet i3o/i) à l'élection de Clément V 
(,) juin i3o,)), semblait lui olliir une belle occasion pour 
obtenir ce ([u'il désirait. 

Grâce à la faveur royale, d'ailleurs, jamais anathèmes ne 
huent si laciles à porter que ceux que l'attentat d'Anagni 
avait attirés sur Nogaret. Les récompenses du roi venaient 
en foule à l'excommunié. Nous avons vu que les trois cents 
et les cinq cents livres de rente, dont le roi lui fit don en 
mars i3o3 et février i3o4, étaient à jirendre sur le trésor 
de Paris en attendant qu'elles fussent assignées sur des 
terres du domainn royal. Le roi exécuta la conversion de la Tics. cii.> d. 
j)remière rente par une charte datée de Paris, juillet 1 3o4. _ Ménar'/ 'hI.^i 
11 assigna ces trois cents livres sur les villages et territoires ''«^ Nismcs, t, 1. 
de Massillargues (à une lieue ou une lieue et demie de p! 1 5o 'et 1 60. '- 
Lnnel) et de Saint-Julien, au diocèse de Nîmes, et sur la Vaissète t. iv, 
|)ortion (pi'il avait dans la terre des Ports [de Porta ou de ngé parMënard). 
Portiihas), située entre Lunel et Aigues-Morles, au même ^eis"— ^Fr. Du 
diocèse, sauf l'hommage de ces terres que le roi se réserva, ci.csne, p. 259. 
ainsi que la mouvance et la supériorité de fief sur les co- 
seigneurs de celle des Ports. Le 8 du même mois, le roi 
donna l'ordre à Bertrand Jourdain de l'Isle, sénéchal de 
Beaucaire, de faire procéder à l'estimation des revenus que 
produisaient annuellement les domaines qu'il venait d'assi- 
gner à Guillaume de Nogaret, et de lui en apprendre la 
valeur, afin de savoir si cet assignat était sulTisant, ou s'il 
excédait le prix de la rente. La conversion des cinq cents 
livres fut faite quelques jours après. Le roi, étant à Arras, Ménani,p.i33; 
le lundi après la Madeleine, assigna cette dernière rente ''c*." " ^ '*'° 
sur le château et la viguerie de Cauvisson [Ccdvisio), à trois 
lieues ouest-nord-ouest de Nîmes, et sur le pays de la Vau- 
nai^e, au diocèse de Nîmes, ne s'y réservant nue l'hommage. Biogi . géi.(îi . — 

f. '^ ] . . , r . 1 . ' ' 1 1 1 r. • Dupuv, Hisl. p. 8, 

(.e dernier assignat lut atlresse au senechal de beaucairo, /|o' p,. p. 200, 
avec ordre de faire pareillement estimer la valeur des rêve- l"'/,.^"^- SV,' 

,1 . . , OiG.Oig. — Table 

nus de ces domaines et d'en envo^ei" 1 estimation au roi, ciuonoi des «iipi 

pour juger s'il y avait quelque chose à y suppléer ou à en Baiiioi.'p.gl;' ~ 

letjancher. Bertrand Jourdain de flsle fit procédera ladite Mona.d.p. ',38. 

estimation. Il se trouva qu'il manquait deux cent soixante- .el' ' '' 

imn: \\\n. 35 

2 * 



MV SIECLE. 



274 GUILLAUME DE NOGARET, 



trois livres, dix-huit sols, neuf deniers et une obole, pour 
remplir la somme totale de huit cents livres, à quoi mon- 
taient les deux dons. Le roi, à qui le sénéchal envoya la 
procédure, chargea cet officier par ses lettres datées de 
Lyon, 3 janvier (i3o5) i3o6, de suppléer cette somme 
et de l'assigner sur des revenus actuels de semblable na- 
ture. Le sénéchal assigna la somme qui manquait sur di- 
verses terres du diocèse de Nîmes, après en avoir fait faire 
l'estimation par des prud'hommes. Il donna à Nogaret la 
haute et basse justice des terres de Tamarlet, de Manduel 
(à trois ou quatre lieues sud-sud-esl de Nîmes), de Sainte- 
Marie de Lésignan, de Redessan, de Colozes, de Bouil- 
largues, de [\odillan, de Polverières, de Breuc, de Cais- 
sargues, de Vendargues, de Mérignargues, de l'Agarue, 
de Luc, d'Anjargues, de Poudres, de Saint-Pancrace, de 
Sauzet, de Fesc et de Pui-Marcès; la haute justice seule- 
ment de celle des Ports, de Parignargues, de Vaquières, 
de Domessargues et de Saint -Chattes; la mouvance de 
certains fiefs, quelques cens et quelques albergues, et enfin 
le champart sur diverses pièces de terres. Le sénéchal fit 
cette assignation, où les intérêts de Nogaret paraissent 
avoir été consultés avant tout, le 18 mai i3o6, à Saint- 
Saturnin du Port, aujourdhui le Pont-Saint- l'isprlt. Un 
Édit. Bciigiioi, jugement du registre des OUm, du lundi après l'oclave de 
' ''^ '■ l'Epiphanie iSoy (nouveau style), nous montre Nogaret, 
qualifié par le roi miles noster, obtenant sentence arbitrale 
contre les gens de Lunel super ejus manso Tarinaleli (lisez 
Tamarlc(i) et qnibiisdam ahis locis. Le roi confirma fassigna- 
tion du maréchal par lettres datées de Paris, février 1809 
(vieux style)'. On n'avait point vu jusque-hà d'aussi im- 
portantes aliénations faites en faveur d'un simple parti- 
culier. Nogaret se trouva constitué principal seigneur de 
toute la campagne qui s'étend depuis Nîmes jusqu'à la 

' Hcg. de la clianccllcriu, Trésor dus NurboncnsisunhwpiscopiLshabuilsiçjillam, 

clirtilcs, aux Archives nationales, JJ, aiino Dom. iSog, et sigillale a diclu die 

\L\,[o\. 8 : Lillere registrate a die Veneris, cilni , quamquani data aliqiiarum littera- 

videlicet xsvi i fehruurii , qua dominus rum précédai dictam dicm. 



LÉGISTE. 



275 



mer, et du cours inférieur du Vidourle. Il fut de la sorte 
transplanté du Lauraguais, son pays natal, sur la frontière 
de Provence. De tous ces titres, le plus important était 
celui de Cauvisson, baronnie donnant entrée aux états 
du Languedoc. La propriété de Massillargues eut, selon 
quelques-uns, le même droit. Nogaret jouit de Cauvisson 
depuis i3o4. Nous le verrons aussi porter le titre de sei- 
gneur de Tamarlet depuis le commencement de i3o8. Ce- 
pendant la possession régulière de toutes ces seigneuries 
ne fut garantie qu'en i3io. 

Nogaret ne chercha jamais à dissimuler l'importance de 
ces récompenses pécuniaires, que ses adversaires ultramon- 
tains lui reprochaient amèrement : Jù super eu (juod mihi alios 
honores fccisse chcitnr, verum est (jiiod proplcr longa obsefjiiia qaœ 
cum maqnis laboribas et expcnsis ci prœsiileram et me prœstata- 
riim sperabat, antc prœdicta omnia mihi ad hœreditatcm perpc- 
tiiani certes redduus concesserat , et se redditus ipsos mihi assiderc 
promiscrat per suas littcras patentes, quos mihi post prœdicla, 
proul obliçjalus erat, noscitar assedisse. 

L'habile chevalier es lois connaissait trop bien son siècle 
pour ne pas senùr que tant de faveurs étaient inutiles, s'il 
n'obtenait une absolution régulière. La moindre réaction le 
perdait; sa mort privait sa famille de tout son bien, puis- 
qu'un excommunié ne pouvait tester ni même avoir d'héri- 
tiers. Profitant de la vacance du saint-siége, il se tourna vers 
l'olTicialité de Paris, qu'il affectait de regarder comme son 
juge naturel. Le 7 septembre, veille de la Nativité, au jour 
anniversaire de l'attentat d'Anagni, il fait enregistrer devant 
l'ofFicial de Paris une longue apologie de sa conduite. Après 
avoir protesté que, s'il demande l'absolution à cautèle ou 
autrement pour la sûreté de sa conscience, il n'entend pas 
reconnaître qu'il est lié en réalité par aucun anathème, il 
renouvelle son attaque contre Boniface. Ce pape a e'té hé- 
rétique, idolâtre, simoniaque, sacrilège; il est entré vicieu- 
sement dans la papauté; il a été dissipateur des biens de 
l'Eglise, usurier, homicide, sodomite, fauteur de schismes; 
il a troublé le collège des cardinaux, ruiné la ville de Rome, 

35. 



Biogr. uni\ . 
Uupuy, p. 616. 

- Baillet , p. g6. 

- Biof'r. toulou- 



Dupuy, Preuves, 
p. 5i8, 519. 



Dupuy , Hist. 
p. 28; Pr. 238- 
2 5i.— Tosti, t. ri, 
p. a i5 , 216. — 
Baillet , p. 827 et 
suiv. 



276 GUILLAUME DE NOGARET, 

les barons, les grands, suscité des divisions en Italie et entre 
les princes chrétiens; il a tenté par divers moytnis de dé- 
truire le rovciume de France, principale colonne de l'Eglise 
romaine; il a tiré de la France tout l'argent rpi'il a pu; il a 
convoqué les prélats pour la ruine de la France, excité les 
rois contre la France, suspendu les universités de l'^-ance, 
voulu en un mot détruire l'Eglise gallicane, qui fait une 
grande iiarlic de l'universelle. Lorsque les ecclésiastiques 
et les princes ne s'emploient pas à la rélornixition, cliacun a 
le droit d'y pourvoir. Le roi de France a été prie d'y mettre 
la main; lui, Nogarct (en son ambassade de i3oo), a dû 
avertir Bonilace carhatœc et canonicc, d'abord eu secret, puis 
devant témoins idoines. Boniface a tout méprisé. Dès lors, 
Nogarel aurait pu tout révéler à l'Eglise universelle; mais 
Boniface rendait la discipline impossible par son pouvoir 
tyrannique. Nogaret a exposé les crimes de Bonifaci^ au roi 
(parlement du 12 mars i3o3), et lui a demandé qu'il as- 
semblât un concile général; à quoi le roi et tout le parle- 
ment ont consenti. Comme dernière tentative de concilia- 
tion, le roi l'a envoyé en Italie avec le titre de nnnlius, mais 
sans succès. En plein parlement (i3 juin), Bonilace a été 
accusé, cité; la France entière a consenti k la citation. No- 
garet reçut ordre du roi de publier ce qui avait été arrêté 
e1 de presser le concile. Boniface se mit à la traverse, ne 
pensa pas à se justifier, ot dut par conséquent être tenu pour 
convaincu. L'envoyé du roi cependant différa d'us(>r de la 
force, jusqu'à ce qu'il eût vu le dessein où était fanli|)ape 
de publier ses anatliènu's contre la France. Alors Nogaret, 
avec peu de troupes, mais assuré de la justice de son entre- 
prise, est entré dans Anagni. Les parents de Boniface firent 
de la résistance; on fut obligé de les forcer. On le regretta; 
mais «il était impossible d'accomplir autrement fallaire du 
" Christ " i allier non vaJenlcs ncguliuin Christt eomphre). Pierre 
Caetani et ses enfants ayant été pris, Nogaret s'opposa autant 
qu'il put à la violence; f opiniâtreté de Boniface fut la cause 
de tout le mal. Nogaret voulut empêcher le pillage du pa- 
lais et du trésor; la furie du soldat fut plus forte; on sauva 



LEGISTE. 277 

du inoins la \ie de Boniface el fie ses parents. L'amba.ssa- 
deur du roi, parlant à Boniface, lui rejîresenta la procé- 
dure qui avait été faite en France contre lui, comme quoi 
il était tenu pour condamné à cause de ses hérésies, 
mais qu'il fallait un jugement de 1 l'.glise avant de le faire 
mourir [anlecjHCim fient morlis cxcculio contra ciiin) , qu'à co[ 
elîet il lui donnai! une garde. Ceuv d'Anagni, voyant celle 
garde faible, la chassèrent du palais, ainsi que de la ville, 
après en avoir tué une jiartie, et de la sorte Boniface fut 
délivré. Alors, t^n pleine liberté, sans nulle garde autour 
de lui, (Icvotioncin pœnitcntiœ m se stinaldiis , (jiiain non liabcbal , 
ut (ippaniit ex post facto, il feignit de se repentir, accorda 
un plein pardon à ceux qui l'avaient forcé, même à Noga- 
ret, et leur donna l'absolution, (pioicpiils n'en eussent pas 
besoin, et qu'ils fussent au contraire dignes de réconq)ense 
pour avoir défendu la cause du Christ i^ima polius prœniium 
eis, pro Clinsli nccjolio qnod (jcssvrant , non pœna (Icbcninr^. No- 
garet continua jusqu'à la mort du fauv pape son «œuvre 
" vertueuse " [virtuosum negottum), et il est prêt à la sontcnii- 
contre la mémoire dudit pape, sans rémission. Boniface, 
revenu à Rome, y vécut ]ilusieurs jours, durant lesquels il 
aurait pu se reconnaître et se corriger; mais, fermant les 
oreilles à la manière de l'aspic, obstiné dans ses cnmes et 
son iniquité, il mourut fou et blasphémant Dieu, si bien 
que le jiroverbe qu'on disait à son sujet s'accomplit : Inlravil 
ul viilpcs , ngnavit ul Ico, moricliir iit cania. Boniface mort, 
Nogaret crut devoir poursuivre son action juridique; l'ac- 
cusation d'hérésie, en effet, n'est pas éteinte par la mort; il 
eût été pernicieux pour l'Eglise que la mémoiic d'un pape 
aussi cou])able ne pérît pas avec l'éclat convenable (.« mc- 
mona cjiis cam dcbito sonitu non penrety, car d'autres eu,ssenl 
été par là entraînés à l'imiter, ce c|ui est à éviter pour le bien 
du siège apostolique. Prié de dillerer et assuré par le nou- 
veau pape d'intentions bienveillantes, il revint (>n France, 
conseilla au roi l'ambassade dont Pierre de Belleperche, Plai- 
sian, Mercœur firent partie, et, comme le nouveau pape, 
prévenu injustement, exprima le désir de ne |)as le voir, il 



mV SIKCt.E 



278 GUILLAUME DE NOGARET. 



Dur 



333. 33', 



eut la niocléralion de s'eflacer. On voit donc que c'est le pur 
zèle de la gloire de Dieu et de la loi qui l'a lait agir; il n'a 
violé aucun canon; que s'il a excédé en quelque chose, il 
est prêt à en rendre compte au concile général. 
pMy,l■r<uvl^, Le 1 2 septembre suivant, Nogaret passa par-devant l'olU- 
U'\'*l'inw! '°ac ci'''! *^^' Paris un acte plus hardi encore. De mauvaises nou- 
latos). _- iîaiii.1. velles arrivaient d'Italie; on craignait que les cardinaux du 
parti de Bonilace ne se rendissent maîtres du conclave. No- 
garet, pour se réserver des moyens dilatoires contre la sen- 
tence dont le futur pape pourrait le frapper, déposa une 
protestation préalable. Considérant la vie de feu Boniface, 
remplie de crimes énormes, voyant que plusieurs ecclésias- 
tiques, dont quelcpies-uns sont assistants du saint-siége, ont 
approuvé sa mauvaise vie, sa sodomie, ses homicides, sans 
qu'ils puissent s'excuser, comme ils pouvaient le faire jus- 
qu'à un certain point de son vivant, sur la terreur que leur 
inspirait sa tvrannie effrénée, craignant en conséquence que 
ses adliérents, s'il n'y est pourvu, ne soient aussi pernicieux 
à l'Église qu'il l'a été lui-même, par ces motifs Nogaret en 
appelle au concile et au pape à venir, de peur que les car- 
dinaux fauteurs dudit Boniface ne présument d'élire un 
complice de ses crimes, ou d'accepter au conclave des rap- 
Y>or\s avec de tels excommuniés. C'est la crainte qu'il a de 
ces fauteurs d'hérésie, dont l'injuste haine ne cesse de le 
poursuivre, c[ui l'a empêché de se rendre à la cour de Rome 
(pour répondre à la citation de Benoît XI). 11 ne nomme pas 
quant à présent ces hommes pervers, que leurs déporte- 
ments dénotent assez; mais il est navré quand il voit ainsi 
les fds de la sainte Église romaine faire jouer à cette mère, 
jusque-là toujours chaste, le rôle de courtisane. De même 
qu'il s'est élevé contre Boniface, il s'élèvera contre la séquelle 
de Boniface, et cela parce qu'il a choisi pour mission de 
s'opposer comme un mur à ceux qui veulent outrager la 
susdite mère et la violer à la face des nations. Intiiens, proh 
(lolor! qnodjthi matris sanclœ romance Ecclesiœ pucjnunl sic lurpi- 
tcv contra cam,... tradunt gentibus m (Jerisum , semper caslam 
violarc conantiir, . . . ubera sanclissima. . . snbacarc (sic) nttuntur 



LEGISTE. 279 

XIV .MF,i:l.K. 

ad inslar ubcnim mcrctricis, siciil me contra dictuin Bonifactum 
exposiu pro dcfensione matris prcefatœ, sic et contra cjus se- 
(juaces cl faiitores , (jiii quodam modo ccnsendi sunt eo pcjorcs et 
macjis, si lolerarenlar, Ecclesuv Dci nocivt , me munim volcns on- 
poncre pro dcfensione Ecclesiœ memoratœ . . . De l'audace, tou- 
jours de l'audace! telle fut la devise de Nogaret. C'est en 
intervertissant sans cesse les rôles, en quittant la sellette de 
l'accusé, dont on ne se levait guère au moyen âge que pour 
marcher au supplice, et en s'asseyant d'un air arrogant sur 
le siège de l'accusateur, qu'il sortit riche, triomphant, ano- 
hli, d'un exploit au hout duquel, selon toutes les vraisem- 
blances, il devait trouver la prison perpétuelle ou la mort. 
Il ne tarissait pas pour sa justification, et, pendant le 
mois de septembre i 3o4 , il s'écoule à peine un jour où l'on 
n'ait de lui quelque pièce notariée, l n acte passé le i 2 sep- 
tembre (et non le 1 o, comme le veut Dupuy) devant l'ofTicial iju|ai) , ii„i. 
de Paris représente que le saint-siège mal informé peut j 4^"_î^' Hain^.î' 
rendre un jugement susceptible d'èlre cassé, que le pape i'Hi'i-MiN 
légitime ne saurait persécuter celui (jui fait la bonne action 
de s'opposer à ceux qui ruinent l'Eglise. Si quelque Anté- 
christ envahit le saint-siège, il importe de lui résister; fÉglisc 
n'est pas offensée d'une telle résistance; si l'ordre ne peut 
se remettre sans la force, il ne faut pas pour cela se désister 
du droit, et, si pour la cause du droit il se commet des vio- 
lences, on n'en est pas responsable. Ce cas est le sien : sei- 
viteur de Jésus-Christ, il a été obligé de défendre fEglisc 
de Dieu; Français, il a dû combattre pour sa patrie miséra- 
blement déchirée, ruinée par un cruel ennemi. Loin d'être 
sacrilège, il a sauvé l'Eglise. S'il y a eu quelque excès com- 
mis mal à propos, il en demande pardon en toute humilité. 
Le vol du trésor n'a pas été de sa faute; il n'a pu f empê- 
cher. Il n'a pas touché à Boniface; il n'a pas commandé de 
le prendre; il a seulement empêché que ce méchant homme 
ne fît plus de mal. Ce qui l'a guidé, ce n'est pas la haine, 
c'est l'amour de la justice. Le pape Benoît, trompé par 
ses ennemis, et procédant sans l'ouïr, a prononcé qu'il est 
tombé in cannncm latœ sentenliœ, et l'a cité par-devant lui 



, . 280 (ÎIIM.AIMI-: DE NOfJAHF/r, 

\n ^l^Xl.l;. 

^~ n l'cioiisr pour ouïr sa scnlfiicc; cominn si BoniJacr nv 

l'axait |)as absous à Anaf^ni même, des qu'il lut vn libelle. 
Il n'a donc eu i;anlt' (le s(> ren(h"e à cetlf invitation de 
Benoît; au contraire, il s'est retin; vers le roi pour avoir 
son assistance. I.e sainl-siége vacant ne doit pas non plus 
trouver étrange s'il ne comparaît j)as, attendu le danger 
des climuns. In jour, il lera voir son innocence, dans le 
concile où Boniface sera jugé; en attendant, il s'adresse pro- 
visoii'enienf à l'ollicial (!<• Paris, son juge ordinaire à cause 
de son domicile. Kn réalité, il n'a été excommunié ni pai' 
iionilace ni par lirnoît; il ne s»; croit lie par aucune sentence, 
puis(pic lui et c('u>L fpn l'assistaient à Anagni furent absous 
par Bonifact' dcNcuii libre; ce c[u'il oITre de prouver. Il de- 
mande seulement a lOiricial rpi'il ail à l'absoudre ad cdiilclam 
ou autrement, comme bon lui send)lera , étant prêt du reste 
à obéir eu tout aux commandements du sainl-siege; dès à 
présent, il récuse les lauteurs dv Bonilace, cjuil nommera 
en temps et lieu. 

Le iG septend)re (et non le 17, comme le veut Dupuy), 
nous a\ons encoie d'autr(^s pièces de Nogaret par-devant 
i)ii|).i) iiisi l'olFicial de Paris. Dans l'une, il proteste que les j)oursuites 
5 -' isaiihi H" '' ^ '^^•'•^'s ''I q»' il compte faire contre la mémoire de Boni- 
i'.j I Miiv lace et contre ses fauteurs ne viennent d'aucune baine qu il 
nourrisse à leur endroit; cpi'il n'est leur ennemi (pi'en tant 
que la religion l'oblige à être l'ennemi de leurs pécliés; qu'il 
désire leur amen(l<^in<Mit ; mais que, s ils ne viennent à rési- 
piscence, il est bon qu'ils soient cbàtiés par justice, pour 
éviter le scandale. Tout ce f[u'il a fait ou dit, tout ce qu'il 
fera ou dira, il la fait, dit, il le fera, dira, par ])ur zèle de 
la gloire de Dieu, du bien de lEglise, de son droit et du 
bien public. 
i>ii|Mi> Ui I (hiatre nou\eau\ actes furent passés le même jour de- 
.:' ' '' '^' vaut l'odicial de l\Tris, par lesquels Nogaret donne procu- 
ration a Bertrand d'Aguasse, noble liomme et chevalier : 
1" ]30ur procéder en son nom par-devant le saint-siège, lui 
iNogarel nv pouvant aller en personne, ni répondre à l'as- 
signation (pii lui a été donnée par feu le pape Benoît; 



LEGISTE. 



281 



\U >IKCI.K. 



2" pour demander un lieu de sur accès où lui Nogaret 
puisse faire ses récjuisitions contre la mémoire de Boniface, 
ses fauteurs et ses adhérents, ainsi que se défendre sur les 
violences faites audit Doniface et sur le vol du trésor de 
l'Église; 3° pour récuser tous les juges qu'il croira devoir 
écarter, et pour recevoir en son nom toute sorte d'absolu- 
tion, soit du saint-sifge, soit de tout autre juge compétent , 
absolution qui en aucun cas n(> portera préjudice aux pour- 
suites contre la mémoire de lioniface. Nogaret prend les 
plus grandes précautions pour qu'on ne retourne pas contre 
lui ses incpiiètes démarches. Sa pl(Mne innocence sera re- 
connue; mais (1 le propre des âmes pures est de craindre la 
" faute même où il n'y en a pas; » c'est par suite d'un excès 
de délicatesse de conscience cpi'il vient lui-même s'oiTrir à 
la discipline de la sainte Eglise, quoi([u'il n'ait mérité d'elle 
(pie des remercîments: Quta lionariim mentiiim est du ciilpcun 
ttmere ubi ctilpa non est , et hcct idem miles innocens esse credat, 
cotrectioni lamen et disriphnœ samla matris Kechsiic seipsnm 
supponerc . . . semper wtcndit. 

Ce fut vers le m«''me temps que \ogar(>t composa ses /i//c- 
(jatwncs eacusatonw, morceau assez cloquent, bien que so- 
phistique, et plein d'intérêt pour l'histoire de l'épisode 
d'Anagni. On peut supposer que cette rédaction fut desti- 
née à être portée au saint-siège par Bertrand d'Aguasse. 
I /auteur v expose qu'envovf par le roi vers Boniface (en 
i3oo) ])our lui apprendre^ l'alliance que le roi venait de 
faire avec fempereur d'Allemagne en vue du bien de la 
chrétienté et du passage en terre sainte, il a rencontre à 
Rome les ambassadeurs d'Albert. Bonilace refusa de les 
écouler, n(> voulut pas entendre parler de terre sainte, se 
mit à déclamer contre l'élection fl'Albert d'Autriche, <•! à 
se répandre en menaces contre ce dernier, s'il ne lui don- 
nait la Toscane; promettant, au contraire, s'il voulait la lui 
céder, de fèlever au-dessus de tous les souverains. Unicpie- 
ment attentif à chercher les moyens de troubler la paix, il 
parla avec une violence extrême des affaires politiques du 
temps, s'eiïbrçant de brouiller ensendjie les ambassadeurs 

TOME XWIl. 30 



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282 GUILLAUME DE NOGARET, 

(les deux princes. Nogaret expose ensuite qu'étant en cour 
de Rome il vit les vices de Boniface, ses hérésies, ses so- 
domies, ses homicides, et que, selon le précepte du Sei- 
gneur, il l'avertit (ral)ord en secret. Le pape méprisa cette 
monition, et, la lui ayant fait répéter devant témoins, lui 
demanda s'il disait cela par l'ordre du roi ou de lui-même. 
Nogaret répondit qu'il n'agissait que pour le bien de l'E- 
glise. Le pape dès lors redoubla de rage contre lui. Noga- 
ret, revenu en France, représenta au roi ce qu'il avait vu 
des actions du pape. En une assemblée de prélats et de 
nobles, il exposa l'état des choses et requit la convocation 
d'un concile général, de (jiia provocationc constat pcr lecjitima 
documenta, ajoute-t-il (assemblée du i 2 mars 1 3o3). Le roi, 
voyant son zèle, l'envoya pour traiter avec les amis du roi et 
de l'Eglise [Ad urbeni et parles me destmavU vlcinas, ut cum 
amicis doniuu recjis ipsius et J''cclcsiœ tractarem). « Alors, je me 
« rendis dans ces contrées, et je travaillai fidèlement à l'afTaire 
«1 qui mêlait confiée; mais Boniface ne voulut rien entendre. 
" Pendant que j'étais en ces parages, fassemblée (du 1 j juin), 
« représentant toute fEglise de France, adhéra à mon appel, 
H comme il est constaté par des documents légaux. J'avais 
« pour mission de publier en Italie la procédure ouverte par 
Il le roi, et de provoquer la réunion du concile; ce que je ne 
« ])us exécuter alors cà cause du péril de mort où me mirent les 
« embûches de Boniface; je ne pus même avoir un accès sûr 
«auprès de sa personne, quoique j'eusse fait pour cela tout 
« ce que je pouvais, d'accord avec le roi de Naples et quelques 
« autres grands personnages pleins de zèle pour f honneur 
«de fEglise romaine. Le pape qui, eût-il été innocent, au- 
" rait dû se purger de tant de griefs, surtout d'hérésie, ou 
«' du moins s'amender, qui aurait dû aussi, quand même il 
I' n'en eût pas été requis, ollrir la convocation d'un concile 
"général, le pape, qui avait la conscience de ses crimes et 
" s'endurcissait dans ses perversités, refuse le concile, ne se 
«purge pas d'hérésie, et s'échappe comme un vrai fou en 
" injures, en calomnies, en blasphèmes. Boniface se consti- 
" tua ainsi à l'état d'incorrigible sans excuse, de contumace 



LEGISTE. 283 

«manifeste, et, vu la législation pailiculicre du cas d'iiéré- 
«sie, à l'état d'hérétique, et, pour tous les autres crimes, à 
Il l'état de convict et confès. Son dessein arrêté était de dé- 
II truire la France; il en avait commencé l'exécution par ses 
«bulles du i5 août i3o3, et il se proposait de l'achever le 
Il 8 septembre, jour de la Nativité. 11 n'y avait pas un seul 
Il cardinal qui osât lui résister à cause de la terreur qu'il ins- 
« pirait. Selon l'ordre ordinaire de la discipline ecclésias- 
« tique, c'eût été aux princes séculiers de défendre contre 
Il lui l'Église de Dieu; nul ne l'osait, quoiqu'on les en eût 
Il requis (allusion aux démarches que Nogaret avait faites 

I près du roi de Naples). Le cas était pressant; le pape vou- 

II lait tout ruiner. Français, Romains, Toscans, gens de la 
Il campagne de Rome. 11 avait chassé de l'Eglise les cardinaux 
« Colonnes, pcrsoiias cmincnlcs , m ccclesta DciJ'iilficnlcs, parce 
« qu'ils réclamaient la convocation d'un concile. 

Il Considérant tout cela, ajoute Nogaret, me rappelant les 
« exemples des Pères, sans me dissimuler ce que ma tenta- 
« tive avait de désespéré, je pris le parti, au péril de ma vie. 
Il de m'opposer comme un mur ])lutôt cpie de tolérer de si 
Il grands outrages infligés au Christ. Requis donc plusieurs 
H lois et légitimement de me lever bien vite au secours de 
« l'épouse du Christ, je m'armai de l'épée et du bouclier, non 
Il avec des étrangers, mais avec des fidèles et des vassaux de 
Il l'Eglise romaine, pour venir au secours de cette Eglise, 
Il résister ouvertement à Boniface et prévenir les scandales 
Il qu'il s'était proposés. Ayant appelé les nobles et les barons 
Il de la campagne de Rome, qui m'avaient choisi pour capi- 
« taine et pour chef, en vue de la défense de ladite Eglise, 
«j'entrai dans Anagni la veille de la Nativité de la Vierge, 
Il avec la force armée desdits nobles, ne pouvant accomplir 
M autrement faHaire du Christ. Je demandai aux Ânagniotes, 
«à leur capitaine et à leur podestat [corum capitanco [r/] 
« polestatc) , de me fournir aide pour l'intérêt du Christ et de 
Il fEglise leur mère. A ces mots, les citoyens d'Anagni, aux- 
« quels appartient le gouvernement et la juridiction de leur 
« propre ville, se joignirent à fentreprise. Leur capitaine et 

36. 



284 GUILLAUME DK NOGARET, 

« les plus nofahlos, portant toujours avfc eux ostensiblement 
<i l'étendard de l'Kglise romaine, m'assistèrent personnelle- 
« ment pour accomplir l'œuvre du (Ihrist. Nous voulions 
" aborder pacifuiuenient Boniface et lui exposer la cause de 
« notre venue; mais cela lut impossible à cause de son entè- 
II temeni et de la résistance des siens. Nous fûmes donc obli- 
« gés de procéder par apfression guerrière, ne pouvant faire 
" autremiMit. ( hiand nous fûmes entrés dans la maison dudit 
«Bonilace, je lui exposai a\ec soin toute la procédure, en 
H présence desdits nobles, lui montrai qu'il était contumace, 
'I et lui e\pli(piai (|ue j'étais \enu pour l'empéclier d'exécuter 
" toutes les mccliancetés (pi'il avait pn^parees contre la sainte 
«Eglise de Dieu, l'.l comme il ne \oulait pas v(Miir de bon 
"gré au jugement, je voulais le sauver de la mort j)our le 
« presenlei- à la barre du concile général. Pas mal de gens 
«avaient soi! de son sang; mais moi, je le défendis, lui et 
« les siens (cliose dont je lus pendant rpielcjue temps com- 
« munément blâme), au moven de cpielques Anagniotes, de 
«sa famille el peiit-(Mre aussi de quelcpies étrangers [cl forte 
«pcr alios foreuses). Au milieu de ce tumulte, si, comme on 
"dit, il se fil des vols considérables dans le trésor et les 
M meubles dudit lîoniface, ce fut maltrré mes défenses, el 
" bien fjue je misse toul le soin possible à faire bonne garde; 
" mais je ne pou\ais pour\oir à tout; car je n'avais a\ec moi 
« cpie deux damoiseauv de mon ]iavs; tous les autn\s elaienl 
« éb'angeis [(tli[cn]t), el tous, à l'exception d'un petit nombre, 
« m'étaient absolument inconnus. Voilà pourquoi je ne pus 
"\eiller comme je l'aurais voulu sur le trésor; au moins, 
" tout ce qui en lut sau\e le lut par moi. Je ne louchai point 
" à la peisonnr> du pnj)e, et je ne souflris pas qu'on y touchât; 
"je maintins autour de lui une escorte décente; pour écar- 
" t<'r de lui tout péril de mort, je ne permis pas à d'autres 
" f[u a s(\s ser\ iteurs de lui servir à manger et à boire. i> 

Tel est je jour (pie Nogaret était arrivé à donner à 
son entreprise. \boi(lanl ensuite fafiaire du pape Célestin, 
il montre comment lîoniface avait trompé le saint ermite. 
Loin d'être un pasienr, Boniface a été un vrai larron. Par 



LEGISTE. 285 

de nombreux textes de l'Ecnture, par des exemples tirés 
de l'histoire sainte, Nogaret établit qu'on peut et doit 
châtier les prélats qui se conduisent mal. Boniface ne lui 
avait fait aucune injure personnelle; c'est Dieu seul qui l'a 
excité contre ce mauvais pape. Il a eu recours pour exécuter 
sa mission au pouvoir légitime, au capitaine et au peuple 
d'Anagni, aux barons de la campagne de Rome, qui l'ont 
choisi pour chef en vue de cette bonne œuvre. H termine 
en se plaignant de la procédui'e du pape Benoît, surtout en 
ce qui concerne le vol du trésor. Après tout, le vrai cou- 
pable a été celui qui avait accumulé ce trésor par tant de 
mauvais moyens. Le pape Benoît, d'ailleurs, avait été mal 
élu, et sa bulle FlagiUosnin scehis est pleine d'injustices par 
erreur involontaire. Que le saint-siége fournisse les facilités 
nécessaires pour la suite du procès; il démontrera, lui No- 
garet, les crimes énormes de Boniface et sa propre inno- 
cence. Et comme pour le moment il ne peut se rendre au- 
près du saint-siége, à cause des haines accumulées contre 
lui, il demande, bien qu'il ne soit sous le coup d'aucune 
peine canonique, l'absolution ad caulclam, seu co modo (juo 
melius de jure ficrt dehcal, sine prœjiidicio tnmen jiiris mei, soit 
du saint-sicge, soit de l'ordinaire, afin qu'il puisse pour- 
suivre son action contre Boniface, qu'il cesse d'être un scan- 
dale pour les gens simples, et que sa considération ne soit 
pas atteinte [ne teiiukntis (sic) et pusillis sini ex prœmtssis inté- 
rim in scandaliim, ad infamiam meam vitandamy 

Toutes ces démarches restèrent sans résultat; néanmoins 
la victoire du roi et de Nogaret se consolidait. La papauté 
s'affaiblissait de jour en jour. Les rangs des défenseurs de 
Boniface s'éclaircissaient; les Colonnes, quoiqu'ayant reçu 
de Benoît XI d'amples satisfactions, s'acharnaient toujours 
sur la mémoire de leur ennemi. Pierre Colonna envoyait 
vers ce tenq)s au roi une liste de faits d'hérésie et d'impiété 
qu'il mettait sur le compte de Boniface et dont il se décla- 
rait en mesure de fournir la preuve. 

Nogaret suivait jour ])ar jour les intrigues qui remplirent 
les onze mois que dura la vacance du saint-siége. Un acte 

2 1 



XIV SIECLE. 



286 GUILLAUME DE NOCARET, 

MV sitrir.. 

notarié, daté de Pérouse, \l\ avril i3o5, nous montre une 
ambassade du roi de France composée de frère Ithier de 
Nanteuil, prieur de Saint- Jean de Jérusalem en France, de 
GeoITroi Du Plessis, chancelier de l'église de Tours et pro- 
tonolaire de France, et de Mouchet, arrivant à Pérouse. 
Les Pérousins croient que ces envoyés du roi viennent 
pour procéder contre la mémoire de Boniface et pour récu- 
ser les cardinauv créés par lui, conformément à la protes- 
tation de Nogaret du 12 septembre i3o4, dont on pouvait 
avoir eu connaissance en Italie. Les envoyés du roi répondent 
qu'ils ne sont venus pour aucune brigue ni schisme, mais 
pour l'utilité de l'Eglise universelle, aussi bien que de la 
commune de Pérouse, et pour presser fissue du conclave. 
On leur demanda une réponse plus claire; ils n'en firent 
Uuimy.i'rcinos, quc d'évasives. Leur vraie réponse fut l'élection du 5 juin, 
Liiilc, vit 1..^ laquelle mit la tiare de Grégoire VII, d'Innocent III et de 
Aveu. ti, col. 622 Boniface VIII sur la tète d'un Gascon, courtisan habile, sans 
élévation de caractère, léger de conscience, acquis d'avance 
à une politique de faiblesse et de transactions. 

S 3. L'élection de Clément V dut être aussi agréable à 
Nogarel qu'à Philippe. Aux indulgences empressées de Be- 
noît XI allaient succéder, au moins pour un temps, les 
complaisances avouées de Clément. Le souverain qui avait 
emprisonné, presque fait mourir un pape, après avoir été 
I. viii, (■ 80. — ménagé tendrement par son successeur immédiat, nommait 
u<ipti)aiisL[i.3o, i^iQintenant son second successeur. Villani raconte qu'un des 
•^Jo arliclc^s du ])retendu pacte conclu entre le roi et le futur 

pontif(\ dans l'entrevue de Saint-Jean-d'Angéli, fut la con- 
damnation de la mémoire de Boniface. La réalité d'une telle 
entrevue n'est plus admise de personne; les itinéraires de 
Hi-ior d( la F. . Philippe le Bel s' v opposent absolument ; mais Clément paraît 
I. \\i , p. 'i ,3 , jjjpj^^ JQj.g f|p gQj^ élection, avoir pris à cet égard des engage- 
\oii .i-a|.lo^, ments, et lui-même avoua plus tard que le roi lui en avait 
'V''?'~!!"l)u1 P'ii'lé à Lyon, lors de son couronnement (1^ novembre 
j.m. l'i.' p. .gs, 1 3o5). Toute sa conduite jusqu'à la conclusion de l'affaire, 
i.'\ci, p ^l""-' en 1 3 1 ), est celle d'un homme poursuivi par des promesses 



Villani, Croiiica. 



rU-urv, I. XC 
iiVkj. 

HI-1. liU. <lo l 
Fr. l. XXIV, p. 12 
— lioiil 



LEGISTE. 287 



XIV SIECLK. 



antérieures, qu'il met toute son habileté à éluder. A force de 
ruses, il va gagner cinq années, et finalement nous le ver- 
rons écarter, en cédant sur tout le reste, un débat où était 
engagé l'avenir de la papauté. Il est difficile de croire, en 
ellet, que cette institution eût gardé son prestige, si l'Eglise 
elle-même eût proclamé qu'un suppôt de Satan avait pu 
pendant neuf ans tromper le monde et passer pour le dis- 
pensateur des grâces du ciel. 

L'affaire de la condamnation de la mémoire de Boniface 
et celle de l'absolution de Nogaret n'en faisaient qu'une, 
puisque Nogaret n'avait qu'un seul moyen de défense, qui 
était de soutenir que les crimes de Boniface avaient néces- 
sité et légitimé sa conduite. Son premier soin, après l'élec- 
tion de Clément, fut de poiu'suivre le double but qui s'im- 
posait à sa vie avec une fatalité terrible. Des démarches 
directes qu'il fil auprès de Clément restèrent sans réponse. 
Alors, il adressa au roi une nouvelle requête, dont le texte 
nous a été conservé, et qui répète à beaucoup d'égard les isaiiia, i' 
Apologies de l'an i3ol\. Larron et non pasteur, parfait hé- '^ 
rétique, qui avait réussi à rester longtemps caché, Boniface 
était de plus le destructeur du roi légitime de France, Inci- 
vilitcr et sine causa. Dans une telle situation, un relard d'un 
jour était un irréparable dommage; alors Nogaret s'est levé 
sans autre appui que l'autorité légitime, c'est-à-dire les fi- 
dèles sujets de fLglise romaine, que Boniface tenait captive. 
Elit-il été un vrai pasteur, il fallait en tout cas l'arrêter 
comme fou furieux, puisqu'il sévissait contre lui-même et 
contre le peuple de Dieu'. «Le pape Benoît, d'heureuse 
«mémoire, ignorant mon zèle et la justice de ma cause, 
« trompé qu'il était par les fauteurs des erreurs dudit Bo- 
«niface, lesquels ne pouvaient pardonner ni à moi ni à 
« ceux qui ont collaboré avec moi à l'œuvre du Christ (le 
« saint-père les appelait mes complices) , nous cita indûment 
« (sauf le respect de sainte mère Eglise) à comparaître devant 
«lui. Son décès, qui survint bientôt après, m'empêcha de 
« me rendre à sa citation. Je publiai donc régulièrement mes 

' Au lieu de intendebul , il semble (jii'il faut lire non decehat. 



XIV ^IF.CLi; 



288 GUILLAUME DE NOGAUET, 

«défenses devant vous, mon seigneur et juge temporel, et 
<i devant l'ofTicial de Paris, plusieurs empêchements me ren- 
(c dant impossible de me rendre auprès du siège vacant. 
« Maintenant qu'il a été pourvu au gouvernement de sainte 
« mère Église par la personne du saint-père Clément, je n'ai 
« cessé de chercher les movens d'aller me défendre devant 
«lui, pour l'honneur de Dieu, de sainte mère Eglise, et le 
«salut de ceux cpii, ne se rendant pas compte de la justice 
«de ma cause, sont scandalisés à mon sujet et mis en dan- 
« ger de perdre leur âme, prêt si, ce qu'à Dieu ne plaise, 
«j'étais trouvé coupable en quelque chose, à recevoir une 
« pénitence salutaire et h obéir humblement aux mande- 
« ments de sainte Eglise. Le souverain pontife, faute d'être 
« bien renseigné, a détourné sa face de moi, si bi(Mî que ma 
« cause, je dis mal, la cause du (Ihrist et de la foi, est restée 
« délaissée. Je suis déchiré par la gueule des faut^nirs de 
«Terreur bonifacienne, à la grande honte de Dieu et au 
« grave péril de lEglise, ainsi que je suis ])rèt à le montrer 
«au moyen de preuves irréfragables. Comme beaucoup de 
« ces preuves pourraient périr par laps de temps, le roi, qui 
« ne peut faillir à défendre un intérêt de foi , doit y pourvoir, 
"VU surtout. Sire, que je suis votre féal et votre homme 
« lige, et que vous êtes tenu de me garder la fidélité dans 
« un si grand jiéril, comme je l'ai gardée à vous et à votre 
" royaume. Le roi est mon juge, mon seigneur; si je suis 
« coiqwble, il doit faire que je sois puni légalement; si je 
« suis innocent, il doit faire que je sois absous; son devoir 
« est de défendre ses sujets et ses fidèles, quand ils sont op- 
" |)rimés comme je le suis. » Il termine en priant le roi de 
lui procurer une audience du pape. Cette alïaire n'eut pour 
le moment aucune suite. La politique de Clément consistait 
à savoir attendre. Il voyait que, s'il faisait continuer l'action 
intentée par Benoît contre les auteurs du sacrilège d Anagni , 
il réveillait du même coup l'horrible scandale du procès de 
lîoniface. Il n'ignorait pas le cloaque infect de crimes sans 
nom où les accusés étaient décidés, si on les poussait à bout, 
à traîner le cadavre du pontife décédé. 



LEGISTE. 289 . . 

XIV SIECLE. 

Nogaret, non absous, mais non condamné, ne cessa 
point (le compter parmi les membres les plus actifs et les 
|)lus iiilluentsdu conseil de la couronne. 11 résulte de pièces 
déposées au.it Archives qu'il demeurait rue de la Harpe, près 
fies Tli(>rmes. Nous le voyons mêlé aux plus grandes alïaires uhtov. ,ic i.i 
f'I accompagnant sans cesse le roi. Nous ignorons sur quel [..'^"'s.'sk^. 
rondciiK'nt le rédacteur de l'article Nocjaret dans la Biogra- 
phie toulonsame prétend que, au mois d'août i3o4, Nogaret 
acconq)agna le roi à la guerre de Flandre et se trouva à la 
bataille de Mons, où sa bravoure parut avec un rare éclat. 
Mais, en i3o5, nous le trouvons avec certitude prenant 
possession de la ville de Figeac au nom du roi. Dans l'acte DupnyiPiniMv, 
du pariage du chapitre de Saint-Yrieix avec le roi, de l'an ^ 
1007, Nogaret stijiule également pour le roi. Le registre Dupuy, Pniivt",. 
des Olini nous le montre quatre fois en i3o6 faisant l'en- L nontark, '!'..' V 
c[uète ou le rapport en des procès dilbciles et participant à ""''^ 3. 

1 (• V ' Il . IT ' ■/ 'il' Olim, édit. Bou- 

la reiorme d excès graves. Il est f[ualiiie miles; on voit clai- t t. ni,p. 1-5 

i-ement cpi'à cette date il n'avait pas la garde du sceau et '^-i. 209. ^^^ 

(pi il ne lavait pas eue auparavant. Durant l'été de i3o6, il 

reuqjlit un fâcheux mandat. Le 2 i juin de cette année, le roi Tiévoi aischa. 

donne commission secrète à Nogaret, au sénéchal de Tou- \i''J-^!'"!!!"^' 

lousf et à ,l(\Tn de Saint-Just, chantre de l'église d'\lbi, — Uom VaissM. 

membre biiMi connu de la Chambre des comptes, touchant Boutàric. p. 3oo 

(juekpu's affaires qu'il leur avait expliquées oralement, avec ■^"'' 

ordre aux ]Drélats, barons, etc., de leur obéir. Le même 

(f)iii. Pliilippe, par un autre mandement, explique la com- ■nc^o,a.■^(:l,u 

mission dont il s'agissait. Cette commission regardait les " "' 

juils, (pii furent tous arrêtés dans le royaume le 22 juillet 
suivant; le secret fut si bien gardé qu'il n'en échappa aucun. 
Tous furent chassés et leurs biens confisqués au profit du 
roi [nobis appUcanda). Nogaret, miles régis, et Jean de Saint- 
Just, (lericiis régis, ad partes TItoIosanas pro negotiis jmleornm 
aiictontate regia destinati, procèdent à la vente à l'encan des 
biens confisqués dans la sénéchaussée de Toulouse et de 
Bigorre. On possède aux Archives les actes de plusieurs de 
ces spoliations, en particulier de la vente des biens d'un Tivsoi,iesCi,a. 
certain Salomon Alacris, à Toulouse. Les précautions sont ,*„';,, 1,. " 

TOME wvn. 37 

2 1 ♦ 



XIV SIECLE. 



290 GUILLAUME DE NOGAUET, 



3o5 



poussées jusqu'à prévoir le cas où l'on découvrirait après 
coup des trésors cachés par lesdits juifs; ceux qui n'en révé- 
leraient pas l'existence sont menacés de poursuites. Nogaret 
et Saint-Just, ayant été appelés à la cour, substituèrent 
en leur place pour cette allaire, dans la sénéchaussée de 
Toulouse, le 2 3 novembre i3o6, trois bourgeois de Tou- 
louse. On voit ici une application des pratiques judiciaires 
occultes et terribles dont le procès des templiers va nous 
montrer un exemple plus célèbre, et dont la spoliation des 

i5ou(aiic,p.3oi, banquiers lombards, en 1291, avait ollért un premier essai, 
non moins odieux. On remarquera que, dans les trois cas, 
ce fureiit des motifs canoniques qu'on mit en avant pour 
justifier des confiscations qu'il était dilïlcile de justifier par 
le droit civil du temps. 

Une aflaire bien plus imporlante vint bientôt servir la 
fortune de Nogaret et l'élever à la plus haute dignité à la- 
quelle il pût aspirer. Depuis plusieurs années, le roi et ses 
conseillers intimes, dans les vastes plans qu'ils faisaient et 
délaisaient sans cesse, plaçaient en première ligne la sup- 
pression de l'ordre du Tenq:)le. Nous avons vu les fils les 
plus secrets de cette aflaire presque à nu dans l'analyse que 

Hist. liit. (le la nous avous donnée des écrits de Pierre Du Bois. Faire du 
roi de France le chef de la chrétienté; sous prétexte de croi- 
sade, lui mettre entre l(\s mains les possessions temporelles 
de la pa])auté, une partie des revenus ecclésiastiques et sur- 
tout les biens des ordres voués à la guerre sainte, voilà le 



Fr. t. XXVI. 



Vais^Me, t. IV, 



p. 1 09 



Hi-tc.]. Ai- la projet hautinnent avoué de la petite école secrète dont Du 

''?',"'' ';-,^i^'' I^ois était l'utopiste ri dont No":aret fut l'homme d'action. 

p. Cl H)- - - Cl. Knv- >. . . . . . 

Moii.Hci. p. j(i II Le légiste qui avait, au profit du roi, spolié les juils, abattu 

"".!, , ^,, Bonilace, était naturellement désigné pour cette nouvelle 

les.xLiv.ioi.;;,— exécution; aussi dom V aissète regarde-t-il Nogaret comme 

i.'xxi, p. 4i«. -1^ le vérital)le promoteur de cette alfaire. Guillehnus de Noga- 

Dupii), IV. p.Gio. rcio, cm principaliier commissnin crat ncqotiam, dit le contem- 

iJoiiLiiic p.iG". ' ' ' ^ 

— Do.n vàissiio, porain Jean de Saint-Victor. Une note d'un des registres du 

I. IV, p. jôj. — 
Lal)l)c,citP et cor 



trésor des Chartes est ainsi conçue : Amw Dommi M.ccc. scp- 

rigc par Vaiss^lc. tituo , cIic Vcnens post festiim Beau Maithœi apostoli, reqe exis- 

lente in monasterio regali Bealœ Manœ Virgmis juxta Pontisa- 



(.licsiic 

p. 2.">(,. 



LÉGISTE. 291 



VIV° SIÈCLK. 



rani, iradilum fiiil SKjillum domino Guillelmo de, JSocjarcto, 

milili , iibi tnnc iractatum fuit de caplione templanonim. Ainsi 

l'élévation de Nogaret à la dignité de garde du sceau royal 

date du 2 2 septembre 1 Soy. Nogaret était bien l'instrument 

qu'il fallait dans une alTaire qui demandait peu de scrupule, 

une imperturbable impudence et une longue pratique des 

subtilités de la cliicane. (^est de l'abbaye de Maubuisson 

que le roi fait expédier les lettres pour l'arrestation des 

templiers, ainsi que d'autres lettres ordonnant l'interro- Vaissète , t. iv, 

gatoire des mêmes templiers. La nomination de Nogaret alnér. d'ans Hist^ 

à la place de garde du sceau coïncida donc avec la résolu- J*" '» F"" '• ^^'• 

tion prise en conseil d'arrêter à la fois tous les membres de 

l'ordre. 

Cette arrestation simultanée, semblable à celle qui fut pra- 
tiquée en 1291 sur les banquiers lombards, en i3o6 sur les 
juifs, paraît une invention de l'esprit hardi, sombre et cruel 
de Nogaret. En tout cas, ce fut lui qui, comme garde du sceau 
royal, présida à cette œuvre ténébreuse, où, pour atteindre 
un but légitime à beaucoup d'égards, on entassa les calom- 
nies, on éleva un échafaudage d'impostures, on employa le 
plus aflreux appareil de tortures qu'on eût jamais vu. L'his- 
toire doit plutôt de la pitié que de fintérêt à un ordre qui 
au fond avait des reproches graves à se faire; mais elle ne 
peut que flétrir la conduite du magistrat qui encouragea les 
faux témoignages, égara systématiquement l'opinion, la 
remplit de folles colères, ruina toute idée de moralité pu- 
blique en employant des tortures obscènes, en remplissant Rayi.ouard.p.Sâ 
l'imagination du temps des honteuses chimères sorties des 
rêves de ses suppôts. L'abolition de Tordre du Temple était 
une idée raisonnable, puisque une telle institution était de- 
venue sans objet depuis la perle de la terre sainte, et que 
les abus y étaient très-nombreux; toutefois les moyens qu'on 
employa pour arriver à la fin (ju'on se proposait furent dé- 
testables, et Nogaret doit porter devant l'histoire une grande 
partie du poids de ce mystère d'iniquité. 

D'un bout à fautre de cette triste affaire, on retrouve 
non dissimulée la main de Nogaret, et aussi celle de son 

37. 



\IV MECLE. 

lîaluzc, Vita'pap. 
\\cn. t.I.col. 29.— 
II. Mnitln, t. IV, 
p. /i«7. 

lîaluzc, \ jtapap. 
Aun.t.l, col.S.— 
iJiom-. toulousaine. 



292 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Jc.iii iIl Saint- 
\ Irtoi-.dansHlstor. 
<lr la Fi-. t. \XI , 
p. (i^ç). — lialuzc 
\ ila'i)ap. Ammi.I. I, 
.„l. ,,. 

Vaisstlc, 1. IV, 
p. i3(j. — Ualiizi', 
V ila-pap. Avcii.t.I, 
1 ni. H et suiv. 

Jean lie Saiut- 
\ icloi' , Inc. rit. — 
lîahizr, t.l, lol.f). 
— H.Marlin.l.lV, 
|. ^73. 



\ irtoi- 
lîaliizr 



inséparalîle Guillaume de Plaisian'. C'est Nogaret, a\ec liay- 
nald ou Réginald de Roye, qui reçoit la mission d'anvter 
les templiers de France. C'est lui qui fait amener les pri- 
sonniers là Corbeil, où on les tient au secret, sous la garde 
et la surveillance du dominicain frère Imbert. C'est lui, avec 
frère Imbert, qui se porte grand accusateur des crimes 
de l'ordre et soutient que ces crimes sont commandes 
par la règle même de l'ordre [Hii se opponcbant vinliter et 
audacter ad probandum crimina pnclccla esse in eis, eliam ex 
coruin professione coinmuni). C'est Nogaret qui, le i3 octobi-f 
iSoy, arrête les templiers d<^ la maison centrale de Paris, 
avec leur grand maître, Jacques Molai. C'est lui enfin, qui 
le lendemain, dans l'assemblée des maîtres de II nivcrsite 
et des chanoines de la cathédrale, qui eut lieu au chapitre 
de Notre-Dame, fit le rapport de l'alfaire, assisté du pnnot 
de Paris, et releva les cincj cas les plus énormes dont on 
voulait faire la base du procès, le reniement du (Christ, 
l'obligation de cracher sur le crucifix et de le fouler au\ 
pieds, l'adoration d'une tète, les ])aisers obscènes, la mutila- 
tion des paroles de la consécration, la sodomie. Le dimanche 
suivant, il y eut dans le jardin du roi un nouveau sermon 
où les oiïiciers du roi (et sans doute Nogaret) prirent la ])a- 
role poiu' expliquer au peuple et au clergé de toutes les 
jwroisses de Paris les crimes qu'on avait décou\('rls. L ab- 
surdité qu'il Y avait à présenter de tels crimes comme des 
])oints du règlement d'un ordre religieux était bien grande; 
mais Nogaret savait que l'audace d'affirmation chez le ma- 
gistrat trouve presque toujours la foule crédule et prête à 
s'incliner. On sent en tout cela l'inspiration de l'inexorable 
légiste, qui rappelle par moment les blêmes et atroces 
figures de Biliaud-Varenne, de Fouquier-Tinville, cl qui, 
de même que ce dernier disait : « J'ai été la hache de la 
" Convention, n aurait pu dire : « J'ai été la hache du roi. " 



' Il faut , pour ta série cliroiiolofiique notes 1 cl il; Natalis de W'ailly, lic- 

tle ocs lails. se délier des dates de IJa- cherches sur la véritable date de quelques 

luze. \i)ii- J. Loiseleiu'. Lu doctrine se- bulles de Clément V; tirage à pail, sans 

créle des templiers (Orléans, 1872;, date, in 8". 



LEGISTE. 293 



MV Mt.l.l.i;. 



Aux moments les plus traj^iques do ce drame épouvan- 
table, en particulier rpiand on met à la torture la cons- 
cience du malheureux Molai, qui, n'ayant fait ni droit, ni 
théologie, ne pouvait que se laisser prendre en ces inter- 
rogatoires captieux, c'est encore INogaret qu'on rencontre 
jouant 1(^ rôle odieu\ d'accusateur perfide Nul doute que 
plusieurs des fraudes et des déloyautés par lesquelles on 
arracha les aveux d(>s frères n'aient été son ouvrage. En vain 
ces malheureux requièrent-ils l'éloignement des laïques, qui, 
comme Nogaret, Plaisian, assistent illégalement aux débats 
jiour intimider et gagner les témoins. Le lor ecclésiastique 
n'avait plus de barrières; le procureur laïque y. a lait une 
])leine invasion. Le 38 novembre, Nogaret soutint à Molai 
qu'on lisait dans les Chroni(jues de Saint-Denys que le grand 
maîlie et les chevaliers du Temple avaient fait hommage à 
Saiadin, et que ledit Saladin, entendant parler des malheurs 
(hvs tem])liers, avait c^nis cette pensée, que la cause de jja- 
reils malheurs elait leur sodomie et leurs ])révarications 
contre leur loi r(>ligieuse. Le pauvre Molai [miles lUiKcratiis 
et jxtuper), stupelail, nq)ondit qu il n'avait jamais rien »ni- 
leiidu de sendilable; il finit en demandant aux commissaires 
el au " chevalier royal » qu'on lui permît d'entendre la messe. 
Nogaret surveillait tout, faisait amener et reconduire les 
])risonniers. En généial, du reste, ce furent les mêmes ]ier- ""''^' 
sonnes qui dirigènMil le procès contre Boniface et le pro- 
cès contre les templiers. Sans admettre avec le jière Tosti 
el M. Ker\yn de Leltenhove qu'une d(^s causes de la ruine 
de l'ordre lut son attachement à la papauté, on doit recon- 
naître qu(î les deux alTaires furent très-etroitement liées, l'a. 
conduites exactement par les mêmes principes, dominées '"'" 
])ar les mêmes influences et les mêmes intérêts. Les accu- 
sations dressées contre l'ordre et celles qui bientôt vont être 
produites dans le procès (fAvignon contre lîoniface pa- 
raissent avoir été conçues par la même imagination et écrites 
de la même main. 

Qu'on juge combien il devait être cruel pour de pieux 
catholiques de voir à la tête de leurs juges fliomme qui. 



lis t,n.|.liM-,l.l. 

p. 



294 GUILLAUME DE NOGARET, 

XIV SIEM.K. 

d'après leurs idées, devait être tenu pour le plus grand cou- 
pable de toute la chrétienté. 

Le roi convoqua les Etats généraux à Tours pour le mois 
de mai i 3o8, afin de se donner l'apparence d'être forcé par 
la nation à ce cpi il avait résolu de faire contre Tordre du 
Temple. Nogaret joua là encore un rôle capital; il s'était fait 
donner les procurations de huit des principaux seigneurs 
du i^anguedoc, Aymar de Poitiers, comte de Valentinois; 
Odilon de Guarin, seigneur de Tournel; Guérin de Chà- 
teauneuf, seigneur d'Apchier; lîermond, seigneur d'Uzès et 
d'\ymargues; Bernard Pelet, seigneur d'Alais et de Cal- 
mont; Amauri, vicomte de iNarbonne; Bernard Jourdain, 
seigneur de l'Ile-Jourdain, et Louis de Poitiers, évèque de 
Dorii v,ii-.ii. . A iviers. G'est en amenant ainsi les pouvoirs des seigneurs et 
— ijiipMY.Hist.'d'u <^l^s villes à s(» concentrer en des mains toutes dévouées à la 
(liiT. l'i |) (iic. couronne aue le roi sut arriver ta ses fins, ciui étaient d'éman- 
romi. (k- iim|ii ciper iLtat de ihglise; mais c est aussi par ces ([('légations 
— H Mar°i'n l'îv T'^ '^" coiTOiupit finstitutiou naissante des Etats généraux 
p i79- et cpi'on en fit un instrument de despotisme. Les seigneurs 

aimaient mieux donner ces procurations que faire des 
voyages coûteuv et entrer dans des rapports diiïlciles avec 
un pouvoir soupt-onneux, tyrannique, tracassier. 11 est hon- 
teux en particulier de voir un évèque se taire remplacer par 
un homme lige du roi dans une cause aussi intéressante 
pour un ecciésiaslicpie. La lettre de Louis, évèque de Vi- 
viers, à l'excommunié Nogaret porte cette adresse : Vtro iw- 
l)ilt et potcntt amicncjuc siio ((inssimo, domino GmUdino de No- 
(jareto, mdiii domini nusln Francojiim rcgis, domino Cnivisionis 
Dupuy, r.iniii. ('/ Tamaiieti canccUariocjiie dicti domini rcçjis. Rien ne prouve 
îiniîd.'rr tTolfi inieux la terreur qu'inspirait le sombre Nogaret que de voir 
cet empressement à lui déléguer un pouvoir dont l'exercice 
libre n'était pas sans péril. 
VaissHi , ( IV. \ Ja conférence que le roi eut à Poitiers avec le pape vers 

p. i43. — Baluzr, 1 ^ , , TOI • • • 1' n^ • 1 

t. I, col. 20. — la Pentecôte de i ooo, les négociations sur 1 aliaire des tein- 
lievue «les ,|up^- p]jçj.g gg fij-ent par le ministère de Plaisian. No<iaret était à 
X71 . |. 325 ; Poitiers; mais Clément refusa probablement de se mettre en 
■apport avec lui, afin d'enlever au subtil légiste le droit de 



1H72 , i>, ,-, ,■! 



LEGISTE. 295 



XIV SlECLi:. 



se prévaloir d'un principe admis par quelques casuisles 
larges, selon lequel la circonstance de s'être trouvé en rap- 
port direct avec le pape levait toutes les excommunications. 
Dans l'enquête qui eut lieu contre les templiers, de no- 
vembre 1 009 à juin 1 3 1 1 , Nogaret figure sans cesse comme 
chancelier du roi. Il est probable que les formulaires sur Dupu), rimpi. 
lesquels se firent les interrogatoiies lurent rédigés par lui. ' ,''''"!! ^"'V 

,. . D 1 l'A . '^ . ' iJupiiy, lempl. 

Son avoué ordinaire, iierirand dAguasse, nitervient aux 1. 1 , p. 1 :59 et mu 
moments dilïiciles et semble jouer le rôle d'àme damnée. ~ aesi" ' "^ 



i.i.t.i. 

:iQ. 



Voir n-,\r 



Quand il faut imposer silence aux justes réclamations des 

accusés, INogaiet, rétorquant contre les religieux les maximes l^ 

cruelles de rin(juisition, leur fait observer « qu'il fallait qu'ils Dnp.iv. r.mpi 

«sussent qu'en lait d'hérésie et de loi, l'on procédait sim- suiJ.Si '"".dV)' 

c< plement et sans ministère de conseil ni d'avocat. " \ avait-il, p 79 (=' «'■' ) — 

1' • PI 1 • 1 ••IIP" Bayiioiiai'd, p 3o<). 

cliez ce petit-tils de pa tarins, une sanglante ironie dans le lait i~ p,.^ , 
de tourner ainsi contre le pape et les hommes les plus dé- ' '• \>-''"- 
voués au pape les règles atroces inventées contre les mal- 
heureux suspects d'hétérodoxie? Cela peut être; en tout 
cas, il est triste rpi'un des fondateurs de la justice française, 
un des organisateurs de notre magistrature, ait pu faire 
preuve d un tel méjiris de la justice et du droit des accusés. 
JNous ne- mettons pas en question la foi chrétienne de i\o- 
garet, ni même, dans une certaine mesure, son zèle pour 
la croisade. Chez Du Bois, esprit léger, malin, souvent peu 
sérieux, ce zèle peut être révoqué en doute. L'esprit plus 
ferme de Nogaret ne permet guère de croire à tant d'arrière- 
pensées. Nous en avons pour garant un petit mémoire con- 
tenant un projet de croisade, dont le brouillon raturé et l'ex- 
pédition originale se trouvent aux Archives, et que M. Bou- 
taric ia2)])orte à l'an 1 3 1 o. Au dos du rouleau, on lit ce titre : 
Que snnt advcrlenda pro passcujiu idlramanno cl (juc sunt pc- 
tcnda a papa pro prosecutione necjocii : Domini G. de Nogareto. 
Tandis que les plans de croisade de Du Bois sont des pré- 
textes pour exposer les vues les plus hardies, et cju'il a peine 
à dissimuler une grande indiflérence pour la conquête de 
la terre sainte, on croit voir plus de bonne foi dans Nogaret. 
Il est fâcheux cependant que le premier point de tous ces 



290 GUILLAUME DE NOGARET. 

projets soit de mettre l'argent de l'Eglise entre les mains du 
roi; on se demande si, cela fait, quelque cliose eût suivi. 
Ce qui jusqu'ici a empêché, selon Nogaret, la réussite de 
l'œuvre de la terr<> sainte a été l'abomination des templiers, 
et il eu serait encore de même à 1 avenir, si ou ne les offrait 
à Dieu en sacrifice expiatoire [nisi Dco rlinliclœ sacrificinm 
ficrcl de cisdein). Nogaret, comme Du Bois, lisait beaucoup 
la Bible et s'imprégnait dans cette lecture des plus dures 
maximes de l'ancienne religion iiébiaicpie. La première 
chose à faire, c'est donc de chasser de 1 Eglise cette mons- 
tniosile, l((it(jutim cxaspcraus (itfjiw prara , pnclatique ncqolii 
ohslavnhnn inaiiilrsivin. Que le roi Philippe se charge ensuite 
de la croisade; cpie tous les princes chrétiens y contribuent, 
vl ])our cela lassent la paix entre eux. (Jrande est la iorce 
des Sarrasins, en partie parce ([ue de faux catholiques leur 
vendent de pelils enlants, f[u'ils nourrissent pour en faire 
des hommes d'armes, fjui iippvJlanlnr Turcjui. La royauté et 
TEglise doivent s'interdire le luxe et les dépenses c[ui ruiuent 
les ualions chrétiennes, et réserver foutes leuis économies 
j)oui' la guerre sainte. Il ne faut pas seulement s'occuper de 
la conquête de la Palestine; il faut s'occuper de la conserver 
el de conrpu'rir toutes les terres des infidèles. Pour cela, il 
est nécessaire de renouveler sans cesse les envois d'hommes. 
Les fonds devront être préparés pour dix et vingt ans 
da\ance. Aucune personne ecclésiastique ou séculière ne 
pourra raisonnablement se plaindre, si, les ressources né- 
cessaires à sa vie et à celle de ses proches étant assurées, 
tout le reste est employé pour le combat du Christ. Par là, 
d'ailleurs, tant de vices et de crimes dont foisiveté est la 
source seront corrigés. 

Le projet de Nogaret se résume dans les points suivants : 
1" après la condamnation des templiers, alïecter leurs biens 
à l'œuvre de terre sainte, en déduisant seulement les sommes 
nécessaires pour les dépenses des frères qui sont en prison 
ou qui font pénitence de leurs erreurs; en attendant, esti- 
mer ces biens, calculer combien d'hommes ces biens pour- 
raient entretenir, et en garder provisoirement tous les fruits. 



LEGISTE. 297 

qaon remettra au roi pour ladite œuvre; 'i° faire le même 
calcul pour les biens de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem; 
en capitaliser tous les Iruits, saui ce qui est nécessaire pour 
la vie des frères, l'entretien et le service des églises, etc. ; pro- 
céder de même pour l'ordre des Allemaïuls de Spata (l'ordre 
Teutonique) et les autres, cl uinnia traduntur nt snpra (c'est- 
à-dire que tout soit remis au roi); 3" en faire autant pour 
toutes les églises cathédrales, abhayes, collégiales, etc.; 4" les 
prieurés et paroisses donneront la dîme sinqjle ou double; 
.")" les revenus des prieurés ruraux où ne se lait pas le ser- 
vice divin seront affecté.s tout entiers à ladite (ruvre; 6" tous 
les legs faits à l'œuvre de terre sainte, tant en France que 
dans les autres royaumes, seront remis au roi; les (exécuteurs 
de ces legs agiront, dans le royaume et hors du royaume, 
nncloritatc apn.slolua, rcqis rcl (jintns alui; -j" i\ la même (l'uvre 
appartiendiont les revenus d(>s «'tablissemenls conxenluels 
où il y a ])eu de moines et où Ihospilalite ne se pratic[ue 
jîlu.s, saul la portion congriu' pour chatpu' moine; 8" pen- 
dant le temps de la croisade, on attribuera au roi les reve- 
nus d un canonicat ou d Une prébende dans toute église ca- 
thédrale ou collégiale du royaume et de toutes les terres de 
l'Kglise romaine et des églises qui lui sont immédiatement 
sujettes; 9° le roi jouira, pendant le temps de la croisade, 
d'une année du revenu de tous les bénéfices vacants dans 
les ])ays susdits; 10° qu'il en soit de même dans tous les 
autres ro\aum(\s de la chrétienté. Au roi encore seront attri- 
bués les annates, les biens accpiis ou retenus illicitement qui 
ne peuvent commodément être restitués à leur vrai maître. 
Toutes les collectes se feront ])ar collecteurs idoines, (pii re- 
mettront le tout au roi. 

On amènera de gré ou de force les Tartares el les autres 
nations orientales, de même que les Grecs, à ])re|)arer la 
croisade [ad subsidiuin acijolii irahanlai]. Quant aux villes 
telles que Venise, Gênes, Pise et autres républiques, " il faut 
11 prendre des moyens elllcaces pour qu'elles ne soient |)as 
« un empêchement à l'entreprise, connue elles le sont au- 
i< jourd'hui par leur cupidité, et pour qu'elles prêtent sans 



XIV SIKCLE. 



\;V* SIÈCLE. 



298 GUILLAUME DE NOGAHET, 

" teinte à l'œuvre de Dieu un concours clair et certain; au- 
II (renient il faudrait commencer par elles. (^Qnin potins vicle- 
« rctiir mcipicndiim ab cis.) « 

Il est remar(|uable que le pape n'est nommé que dans le 
titre de ce singulier document; partout ailleurs, il n'est ques- 
tion que M du loi et de l'I'^glise. " La fiscalité de FMiilippe, son 
and)ition démesurée se montrent avec naïveté dans ce projet 
de monarcliie universelle fondée sur l'absorption de l'Eglise 
par la loyauté et sur l'enlèvement de la papauté à l'Italie. 
L insistance avec lacjuelle les publicistes de i^liilippe le Bel 
conseillent l'établissement de la paix entre les princes chré- 
tiens perd elle-même beaucoup de son mérite, quand on 
soufre (pie, dans leur pensée, la pai\ doit surtout se faire au 
profit (\u loi, et que les ministres de Philippe, en prêchant 
cette idée, ont surtout en vue de faire intervenir le pouvoir 
ecclésiastique pour réduire par des a,nathèmes les Flamands 
révoltés. 

(jn christianisme sincère était-il au fond de tout cela; ou 
liien faut-il y voir une manœuvre hypocrite (favides finan- 
ciers? Les deux explications ont sans doute h la fois feur vé- 
rité. Hors de l'Italie, à cette date, il y avait probablement 
bien peu d'incrédules. Le roi Philippe IV personnellement 
était un homme très-pieux, un croyant austère, moins éloi- 
gné qu'on le croit (sauf la bonté) de son aïeul saint Louis. 
11 est une piété qui ne répugne pas à faire servir la religion 
à des intérêts mondains; ce fut là un des traits cai-acteris- 
tiques des Capétiens de la deuxième moitié du xiii" siècle, 
princes qui ont beaucoup (fanalogie avec IMiilipj^e 11 d'Es- 
pagne. La politique de Philippe le Bel et de ses ministres 
])eul être définie une vaste tentative pour ex])loiter l'Eglise 
au profit de la rovauté; et pourtant Philippe et ses ministres 
UuCiicsncHisi purent trè.s-réellement s'imaginer être chrétiens. 
d.s rhanr<iic,s . \'oiis avous VU Que Nojïaret fut chareré de la "arde du 

|>. 239. — Vais- 1 ~ DO 

sèie,t iv,|). 5.=)3. sceau royal le 22 septembre 1 307. Nous ne répéterons pas 
j'i"',G7. —""s. h's |)reuves que dom Vaissète en a données; avant lui, du 
liaiuio, Vii.T pnp loste, Eraucois Du Chesne avait bien vu que la sai'df du 

Avn.. t. I, roi. fi^. p , , »T ' * .111 

(i(,3s.ii39. sceau ne bit confiée n Wogaret qu en cette année. Lal)l)e, 



F.EG1STE. 2!)y , . 

XIV SIKCI.K 



Dupuy, et après eux. Fleury et Baillet, se sont appuyés, pour 
prétendre cpie Nogaret fut chancelier dès i 3o2 et i 3o3, sur 
un rôle des membres du parlement qu ils rapportent à i 3()3 , 
et dans lequel figure en tôle des onze clercs « messire (iuil- 
« laume de Nogaret, qui porte le grand scel. « Dom Vaissète 
montre très-bien que le rôle en question ne peut être anté- 
rieur à la frinité de l'an i3o6, et c[ue même il est posté- 
rieur au 2'2 septembre 1807. M. Boutaric, par des raison- p. 204.205 
nements différents de ceux de dom Vaissète, le rapporte à 
l'an i3o6. Nous avons déjà remanjué que, dans la grande 
affaire de i3o3, Nogaret n'est pas une seule fois appelé 
" chancelier; » dans toutes les commissions que le roi lui 
donne avant septembre 1807, il est simplement qualifié 
<• chevalier. » Seulement, faute d'avoir fait la distinction entre 
le litre olliciel de chancelier et la simple garde du crand 
sceau, (lom Vaissète est tombe en quelques erreurs. H im- p -,53. 
porte de remarquer, en ellèt, crue la fonction dont fut revêtu Kncm ii( liiogi 
Nogaret n était jDas précisément celle de chancelier. Le chau- tonious 
celier proprement dit avait été iuscrue-là un haut person- baimeViispap 

^ \ , .,, •'. t 1 ■ • ,• Avcn.t.I,rol.03S. 

nage ayant une aulonle propre, toujours un ecclésiastique, esg. 

couvert par cela seul de loi'tes immunités. Philippe le Bel, DuChcsnc.iiisf 

comme la plupart des souverains absolus, n'aimait pas cpie p. sjo 261 — 

ses ministres fussent indépendants de lui, ni trop à l'abri de •^"1"^^, \.iaE pap 

1 P . . i . Aven. Il, col. fi.lS 

ses caprices. La place de chancelier lut ainsi toujours va- g3.j.— Uupuy.Pr 

cante sous son règne; le chancelier était remplacé par un vais^He', T \\ 

simple gardien du sceau, sujilUjcr ou ciistos sigilli, ou vice p-'^'3,>u. 

cancellanus. Plusieurs actes donnent en effet à Nogaret ce „i,s,,'ilns'i'iist'or.d. 

titre de vice cancellanus. La distinction n'était pas touioms '-^ '"^ ' ^^' 

, , , , A- p. 720. — Vais'.ili' 

observée, et cest pour cela que nous trouvons INogaret et t. iv, p. .,,.:;, 53^ 

ceux ffui comme lui tinrent le sceau sans être chanceliers, ~- «"''"^ .^1 

sous le règne de Philippe le Bel et de ses successeurs im- 617, Ois. — Ua.i 

médiats, appelés, par abus, même dans des pièces olïl- isi.l^?, i.I.- 

cielles, rciis Franciœ cancellariiis. Ainsi Aymar de Poitiers, """'i'"". p '•''■• 

■> ^ ^ J 1(17,121.122. — 

dans la procuration qu'il donne à Nogaret pour le parle- FK,„y, 1. xc, 

ment de i3o8 (affaire des templiers), l'appelle «chancelier ci„.,n'e. |~259, 

Il du roi de France. « En tête du mémorial ou inventaire de ^''" 

pièces du troisième volume des Olim, on lit Guillelmus de p. 0.0^ 

38. 



300 (iUILLAL.ME DE NOCARET, 

Xl\ MECl.K. 

K.iit. lîeii^noi, .\()<yf/rr?r», qnondam cnncollarliis. Nogaret, du reste, nous a 
' "' '' *'^' donné à cet égard, dans son Apologie de i3io, l'explica- 

tion la plus catégorique : Vec ego sum. cancellariiis , sed si- 
gillum régis ciislodio, siciil ci placcl, licct uisnfficieiis et indu j nu s , 
tomcii Jidelis, proptcr (juod mthi commisit illam castodiam, (juain 
cxerccu, quant sum ibi , cnm magnis angustus et laborihus propter 
domini nici honorem; non erqo est dujnitatis sed honoris ojfir.nim. 
i)ii|Mi),i'.,iiv.s, supradiclnni. lîien de plus clair; Nogaret est chargé du sceau, 
nJ-lu' ~i,,'" iii'iis toujours révocable, sicut ci placct; il n'est cuslos siqdli 
rpie quand il est auprès du roi, (jiuim sum ihi. 

Pieire h'iotte et Guillaume de Nogaret sont en tout cas 
les premifMS laïques cpii aient été chargés du sceau. C'est 
pent-i'fre parce tpie la ])lace avait été jusrjue-là une lonction 
ecclésiaslifuie que, dans le rôle précité du parlement, » mes- 
" sire Gui llamne de Nogaret, (pii porte le grand scel, « conq)te 
|)armi les clercs, tandis que Plaisian figure ])aiini les laïques, 
(lonlormement au même ordie d'idées, Pliili])j)e voulut que 
le sceau changeai liéquemment de mains sous son règne. 
C'était plutôt une délégation temporaire qu'un titre fixe el 
I'. 616.6.7 inamovible. " 11 semble à propos de remarquer, dit Dupuy, 
«cpie, du règne du roy Philippes le Bel, il n'y avoit rien 
" d asseure pour la garde du seau; car il changea sou\enl, 
.1 el quelquelois la chancellerie estoit vacante, comme il se 
" prouve par divers titres et registres; et ces personnes (|ue 
"l'on changeoit ainsi prenoient tantost la qualité de garde 
«du seel, tantost de chancelier ou de vice-chancelier. Kt il 
«est à croire qu'il n'y avoit pas tant d'avantages lors d exei - 
u cer cette charge qu'il y a eu depuis, (^ar ou ils s'en faisoieut 
" décharger pour estre ti'op pénible, comme fit Guillaume 
u de Crespv, ou la remettoient pour d'autres emplois, comme 
" Flotte, Vlornay, Belleperche et Nogaret. Et il y a preuve 
' que Nogaret estoit chancelier en l'an 1.^09, que Gilles As- 
" celin le lut aussi, et cpie la chancellerie lut vacante. Kt en 
" l'aniHM' 1 3io et i3i 1, que Nogaret estoit en Avignon à la 
« poursuite de l'affaire de Boniface, la chancellerie estoil \a- 
« caute; ce qui se prouve par plusieurs titres. » Dupuy a seu- 
lement tni'l de cf)ntredire trop vivement Sponde, qui, non 



LEGISTE. 301 



XIV SIECLE. 



sans raison, refuse à Nogaret le litre de chancelier. Baluze a Vi^pap. Avei. 
parfaitement montré quelle fut la nature du titre de Noga- ' ' '"i ''^^ ''^a 
ret, ainsi (jue de la plupart de ceux qui tinrent le sceau sous 
Philippe \c Bel et ses successeurs. 

f)om \ aissète croit que Nogaret conserva la garde du 
sceau juscpi'à sa mort. On trouve, en efiet, des actes où il Vaissète, i. jv, 
figure comme garde du sceau en i 3o8 , i Soç) , i 3 i i , i .'^ l 'i . i^' \l'^^f 'J^'^'l' 
l^e P. Anselme suppose qu'il lut chancelier jusqu'à l'avant- — p» f-hesn.- , 
dernier jour de mars i Sog (ancien style), et que Gilles Ay- ''^, °i l'nuves 
«elin, arclievèc[ue de Narhonne et ensuite de Rouen, eut la p<m:V6i8. 
garde du grand sceau depuis le 27 février de l'an i3o9 jus- nfs'i ''iTnélV'^ dés 
([uau mois d'avril de l'an 1 3 1 3. Ces deux systèmes semhîent ^'auds officiers dt 
se contredu'e; dom Vaissete cepenciant réussit a les accorde)'. ,1 noi 
Nogaret conserva elTeclivement sa charge jusqu'à sa mort, 
arrivée en i3i3; mais, au moment où il partit en i3io 
pour aller à Avignon ])oursuivre la mémoire de lionilace et 
sa pro])re justification, le roi chargea Gilles Aycelin de la 
garde du sceau pour tout le temps de son ahsence. Il est 
certain tl'ahord que Nogaret fut chancelier en 1 Sog, comme 
on le voit par un registre du trésor intitulé : Regislriim do- 
mini G. de Norjareto, miltlis et cancellani domim rerjis, factuiit 
annn 1309. I.e 19 octohre i3o9, le roi, se trouvant à l'ah- Uupuy.i'icuves, 
haye de Saint-Jean-au-Bois, commande à Nogaret de sceller ci„.„|^.' ,, .,5q" 
et d'expédiei- deux lettres qu'il lui envoie toutes rédigées, '''° 
l'une destinée au hailli de Sens, l'autre au hailli d'Au- 
vergne, et toutes deux relatives à des saisies de châteaux. Tiéioijcschar 
Nogaret lut désigné par le roi au mois de février i3io '"' 
(nouveau style) pour aller à Avignon. Le roi aura nommé 
le jy février de cette année Gilles Aycelin pour garder 
les sceaux. Que Nogaret ait conservé le titre et la dignité 
de chancelier après son départ de Paris et son arrivée à 
Avignon, nous en avons la preuve dans le reproche que 
lui firent, en j3ii, les partisans du pape, qu'il était do- 
mestique du roi et son chancelier, et dans la réponse qu'il 
leur fit. Ces paroles font voir que Nogaret était alors censé Voir cidtvsus 
garde des sceaux et cpie l'archevêque de Narhonne avait été ^' '""'"' 
seulement nommé |)Our exercer cette charge pendant son 
2 2 



302 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Dupuy, 
p. 5o5. 



Dupiiy, Prouves, 
p. 616-618. _ 



Routarir. p. 16g. 



Dupuy, Pi cuves. 
p.6i5, 616, G18. 
— Boutaric , p- 9 . 
note 3. 

Vaissètc, t. IV, 
p. i43, iMi. — 
Dupuy.Pr. p. 61 5. 



absence. Au cours du procès, cependant, Nogaret, pour pa- 
rer aux objections, se qualifie seulement domiiii rcgis Fran- 
ciœ miles. Qu'après le procès il ait pleinement repris son 
titre ordinaire, nous en avons pour preuve une lettre de 
Philippe le Bel de 1 3 ] 2 , dans laquelle il est fait mention 
«de Guillaume de Nogaret, chevalier et vice-chancelier du 
« roi. " Nogaret aura donc conservé la dignité de garde du 
sceau jusqu'à sa mort, arrivée en 1 3 1 3. 

Si des souvenirs peu honorables restent attachés à cer- 
tains actes de l'administration de Nogaret, de belles et 
grandes institutions paraissent aussi dater de lui. M. Bouta- 
ric a prouvé que la première organisation des archives de la 
Couronne lui appartient. Saint Louis avait placé à la Sainte- 
Chapelle la collection appelée " Trésor des chartes. » Philippe 
le Bel, en i3o7, institua, sur la proposition de Nogaret, la 
charge de garde du Trésor des chartes et la confia à Pierre 
d'Etampes, chanoine de Sens, un de ses clercs, qui rédigea 
des inventaires dont quelques-uns existent encore. Nogaret 
fit transcrire sur des registres spéciaux, et dans un ordre 
méthodique, les actes les plus importants dont les originaux 
étaient déposés au Trésor des chartes. Les registres de la 
chancellerie spéciale de Nogaret existent aux Archives na- 
tionales, n"' 4o, 42 A, 42 15, hh, 4S du Trésor des chartes, 
sous ce titre : Rccjjstrum duphcatiim Jiitcrariim cera vindi fac- 
tarum tcmpojx D"' G. de Nogarelo. Ces registres s'étendent de 
i3o7 à 1809. Ils vont même jusqu'à ]3ii; mais les der- 
nières parties renferment des pièces qui ne sont pas de 
l'administration de Nogaret. Le secrétaire chargé de ce tra- 
vail fut un nommé Pierre Barr[eri] ou Barrière. 

Comme uarde du sceau ou vice-chancelier, conseiller du 
roi, Nogaret fut, pendant les années 1 3o8 et 1 809, le prin- 
cipal ministre de la royauté. A Poitiers, le 29 juin i3o8, il 
passe un acte de pariage entre le roi et Bernard de Saisset, 
évêque de Pamiers, qui s'était réconcilié avec Philippe. Dans 
cet acte, f évêque de Pamiers associe le roi, tant en son nom 
qu'en celui de son église et de son chapitre, à la justice et 
aux droits de tous les domaines qui dépendaient de lui, et 



5i3, VII. 



LEGISTE. 303 . , 

XIV JlECtE. 

qui comprenaient les faubourgs de la ville de Paniiers, le 
village des Allemans, etc., à condition que le roi ne pourra 
jamais les aliéner de son domaine. Nogaret promit, au nom 
du roi, de dédommager d'ailleurs l'évéque et l'église de Pa- 
niiers. On convint que le roi et l'évêque établiraient un vi- 
guier et un juge communs, avec un juge d'appel. Ce pariage 
a subsisté jusqu'à la révolution. En i3o8, Nogaret assiste, 
avec Enguerrand de Marigni, au contrat fait entre le roi et 
Marie de La Marche, comtesse de Sancerre, qui prétendait 
au comté de La Marche. En la même année (septembre), 
Nogaret traite pour le roi avec Aymar de Valence, comte de 
Pembrocke, pour les prétentions qu'avait ledit Aymar sur 
les comtés de La Marche et d'Angoulême. En iSog, le roi Dupuy, Preuves. 
le commet pour lever les dilTicultés qui s'élevaient sur le ^•/'''■r" ''''"'^' 
traité récemment fait avec l'archevêque de Lyon. Nous ver- Uupuy, Preuves. 
rons bientôt, en analysant les écrits de Nogaret, plus d'une '' ®''' 
trace de cette mission. En i 3io, le samedi avant la fête de di^i , i ii . 
saint Clément, il fait droit, à Longchamp, à une réclama- 
tion du chapitre de Paris et de fabbaye de Saint- Denys, 
laquelle prétendait que ses hommes n'étaient pas tenus de 
donner des subsides pour le mariage d'Isabelle, fille de Phi- 
lippe le Bel, avec le roi d'Angleterre. 

Nous avons vu que c'est en 1809 et i3io que Nogaret 
devint définitivement seigneur de Tamarlet, de Manduel et 
des autres terres nobles qui lui avaient été assignées dans 
l'évêché de Nîmes. En 1 809, se place également un dilférend 
entre Nogaret et Pierre, abbé de Psalmodi, monastère situé 
à une lieue au nord d'Aigues-Mortes, près de l'embouchure 
du Vidourle, dans une île dont le côté méridional est bai- 
gné par la Méditerranée, au sujet des terres de Tamarlet, 
de Saint-Julien et de Jonquières, situées dans le voisi- 
nage. Le jugement arbitral fut prononcé le 1^ janvier 
i3io, et décida qu'il serait planté des bornes pour limiter 
la juridiction et le domaine de Tamarlet; que la justice 
haute et basse des territoires de Saint-Julien et de Jon- 
quières demeurerait au roi, de qui Nogaret la tiendrait en 
fief, en échange de quoi Nogaret ferait une rente au nio- 





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30/i GUILLAUME DE NOGAHET, 

nastère; que la nacelle du \ idourle appartiendrait aux reli- 
pfieux, avec liberté de naviguer sans cjue le seigneui- de 
Saint-Julien ])ût s v opposer. L'abbé renonce à toute pré- 
tention sur le cliàteau de Massillargues et sur la juridiction 
de Tamarlet. Le 3i juillet i3io, quelques modifications 
fuient apportées à cet arrangement par l'arbitre Clément 
de Fraissin, pour ce qui concerne la levée de Tamarlet. Il 
fut décidé que cette levée appartiendrait à Nogaret dans 
toute l'étendue de la juridiction du lieu, mais f[u'il serait 
loisible aux religieux de la laire réparer, dans le cas où les 
eaux porteraient préjudice à leurs terres, et que Nogaret ne 
pourrait la détruire ni dégrader sans leur consentement, (.et 
arrangement fut confirmé par le roi en septembre i 3io. 

Un fait qui piouve mieux qu'aucun autre la liante posi- 
tion de Nogaret, c'est le mariage que fit, vers i 3o8, sa fille 
Guillemette avec le fils de Déranger de Guilliem, sire de 
ClfM'mont-I^odève. Nogaret |)ron)it une dot de 3,ooo li\res, 
qu il acfpiitta d'une étrange manière. Moyennant une 
somme de 3,ooo livres, liéranger de Guilbem obtint des 
commissaires royaux qu'on n'accorderait ni consulat ni 
droit quelconrpie d'université aux babitants de Glermont. 
Nogaret s'engagea ensuite à payer celle somme au roi, a 
valoii' sur la dol promise. Il J^aya en ellet loo livres; le i"oi 
lui fil lemise du reste en lécompense de ses ser\ ices (l\)i- 
tiers, i" juillet i3o8); en sorte que la dol se lrou\a en 
définitive avoir été payée des lil)ertés d'une pelile \illi' (|ue 
Nogaret, comme ministre du roi, a\ait poui' mission de 
protéger. 

Ou \oit que l'excommunication ne pesait guère à Noga- 
ret. 11 était à celte époque le personnage le plus puissant de 
France après le roi. [^attentat de i3o3 n'étail certes jias 
oid)lié; mais pour le moment ce n'étail pas l'Eglise rpii cber- 
cbail à en rap])eler le souvenir. C'étaient le roi et Nogarel 
qui s'obstinai(Mit à ramener l'attention sur l'élrang*' procès 
qu'ils avaient entrepris contr<' la mémoire de Bonilacc. l^e 
l'oi n'v avait plus qu un médiocre intérêt, puisqu'il axait été 
complètement relevé par Benoit \1 des anatbèmes qui l'a- 



LEGISTE. 305 

MV SIECI.K. 

vaient atteint; mais Nogaret, tout en protestant qu'il n'était 
pas lujdttis a canonc , était loin de se sentir à l'abri de tout 
inconvénient. 11 faisait sans cesse solliciter le pape en sa fa- 
veur par le roi et par les personnes dont il disposait. Un re- Cupuy Pruu 
virement dans la politique de la couronne pouvait l'exposer i'^'''' "'i'' 
à de cruelles réactions. Il ne lui restait qu'un moyeu de sa- 
lut, c t'tait de prouver que Bonilace n'avait pas été vrai pape, 
et ])()ur prouver cela il fallait montrer qu'il avait été héré- 
li([ue. En soulevant l'accusation d'iiérésie, on entrait en 
plein dioil inquisitorial. L'affaire pouvait être engagée et 
conduite d'une manière analogue à celle qui était suivie à 
l'égard des templiers. Pour cond^attre l'Eglise, on profitait 
des fluretés de la procédure qu'elle avait elle-même créée. 
L'Eglise apprenait à son tour ce qu'était cette terrible accu- 
sation dbérésie sous lacpielle elle avait fait trembler toute 
la société laïque, dans le midi de la Erance, au xiii'' siècle. 



III. 

§ 1. On a présenté avec beaucoup de raison le procès 
contre la mémoire de Boniface Vlli comme l'épée que Phi- 
lippe le Bel tenait suspendue au-dessus de la tête de Clé- 
ment V, pour le forcer à sei'vir sa politique. H est bien re- Kevm.hsq, 
marciuable, en effet, ciue cette scandaleuse affaire fut mise ""'" '"''""T' 
plus sérieusement que jamais sur le tapis à un moment où 
le roi devait éprouver contre le pape une assez vive ran- 
cune. Bien loin de le servir dans sa folle ambition de mettre 
la couronne impériale sur la tête de son fière Charles de 
Valois, apiès la mort d'Albert d'Autriche, Clément avait 
poussé h félection de Henri de Luxembourg, pour s'en faire 
un protecteur contre la France; il favorisait de ])lus entre le 
nouvel empereur et la maison capétienne de Naples une 
alliance susceptible d'amener la réconciliation des Guelfes et 
des Gibelins. Cette politique, si naturelle, si raisonnable, 
irritait Philippe. Chaque jour, l'habile Clément rompait 
quelqu'une des mailles du fdet où le puissant souverain 
avait cru pour jamais le tenir enfermé. 

TOME XXVII. 39 

2 2 . 



306 GUILLAUME DE NOGARET, 

XIV SIECLE. 

Nous avons vu que la question de la continuation du 
procès intenté par Nogaret contre la mémoire de Boniface 
fut traitée entre le pape et le roi dès le couronnement de 
Clément à Lyon, en novembre i 3o5. L'afiaire dormit ensuite 
près de trois ans, sans être pourtant abandonnée. Les Co- 
lonnes continuaient en silence leur entassement de calom- 
lipvuedesquest. uies. Au Commencement de i3o8, le cardinal Napoléon des 
isi. 1872, p. 20, (jj,gjj-,5 gg rend à Rome pour enrôlerles témoins; le 7 février, 
il écrit au roi pour fengager à presser l'aiTaire. Clément tar- 
dant toujours à tenir ses promesses, le roi profita de fen- 
(revue cju'il eut avec le pape à Poitiers, en mai, juin et 
juillet i3o8, poui' réitérer ses exigences en présence des 
ciapiës,|i.3io. cardinaux. H demandait que tous les actes de Boniface de- 
3.!!!.'TÔsti,t.ii. puis la Toussaint de l'an i3oo fussent annulés, qu'au cas 



Il I 



p. 219 et smv. — f^,'j (,p pap,> serait convaincu d'avoir été hérétinue, ses os 

Haillet, p. 3oo et il , i ai ; i ]• • 

suiv. — Dupuy, lussent déterrés el brûlés publi([uement, ajoutant, avec une 

Pi'èuve''s, p. 286' modération hypocrite, que son ardent désir était qu'il fût 

298,370,379.— trouvé innocent plutôt que coupable. Le roi fit présenter 

R.ivnaldi , i3o7, ]\ i • • i l'i ■ t • i . 

n° i n , saint Anio- ocs iois quaraute-trois articles d hérésies dresses par son 

ham ~danl^''iw <^o"seil ; il lequéiait qu'on les examinât et que ses procu- 

Brii ^r,ipl. I. r, reurs fussent reçus à les prouver. Selon d'autres, il aurait 

''■,'" „ sollicité en même temps, par le ministère de Plaisian, la 

i> ■^7'' canonisation de Céleslin et l'absolution de Nogaret. Ce zèle 



nalii? 
1.1. 3o 



pour la sainteté (fun vieil ermite, étrangement simple d'es- 
prit, n'était pas désinléressé. Au point où les choses en 
étaient venues, la canonisation de Célestin devait paraître 
une injure à la mémoire de Boniface, un triomphe pour le 
roi et Nogaret. 11 est certain que Nogaret, de son côté, fil 
beaucoup de démarches aupiès des cardinaux pour obtenir 
.son absolution. 

L'embarras du pape lut extrême. Il consulta ses cardi- 
naux, qui l'engagèrent à gagner du temps, et, pour détour- 
ner le coup, à leurrer le roi par l'indiction d'un concile. 
Rayu.ii.ii, i3()7, Daus uiie bulli^ qui est censée adressée au roi le i" juin, et 

n' 10. — liaillet, . 1 _ , ■ /^] . . 1 • 

Pr. p. 'i() .'il. qui commence par ces mots : Lœtamiir m te, Clément laisse 

Toiomrdci uc- eiiteudre, sans toutefois trancher la question, qu'il ne croit 

ques, Baluzf, 1. 1 , i t-> • r -il 1 • J 

roi. .3o pas aux erreurs de nonilace, el il demande au roi de re- 



LEGISTE. 307 

mettre la question à som jugement. Puis il s'efforce, en don- 
nant satisfaction à Philippe sur tous les points qui n'étaient 
pas la condamnation de Boniface, d'écarter cette dernière 
requête. Il annule les sentences portées contre le roi, contre 
les accusateurs de Boniface, les prélats, les barons, etc., de- 
puis le commencement du différend. Si l'on pouvait jamais 
charger le roi de quelque reproche à l'occasion des accusa- 
tions, injures ou autres excès commis contre Boniface, même 
de sa capture et du pillage du trésor de l'Eglise, il abolit 
ces reproches, en décharge le roi, l'en quitte entièrement et 
lui et sa postérité. Baynaldi n'a pas publié textuellement 
la partie de la bulle qui regarde Nogaret et Rainaldo da 
Supino. Nous lisons, dans son analyse, que ces deux per- 
sonnages sont absous [vema dondtos^, pourvu cju'ils se sou- 
mettent à la pénitence qui leur sera imposée par trois car- 
dinaux (Pierre, évêque de Palestrine; Bérenger, cardinal 
des SS. Nérée et Achillée; Etienne, de Saint-Cyriaque in 
thermis). Rainaldo et les barons de la campagne étant ab- 
sents, il est remis à statuer sur leur peine. Quant à Nogaret, 
qui planes coram rncmoratis canhnahhiis comparnent aiidilnsque 
sil, on lui enjoint, pour l'expiation de son crime, de se 
mettre, avant cinq ans révolus, à la tête d'une croisade, à 
n'en revenir que rappelé par l'Eglise, à être exclu à jamais 
de toute fonction publique, mais sans encourir pour cela 
aucune tache d'infamie. 

La critique trouve ici plusieurs difficultés qu'elle doit 
éclaircir. Il est singulier de voir Nogaret absous en i3o8 à 
condition qu'il accomplisse une certaine pénitence, quand 
nous allons le voir trois ans encore réclamer son absolution 
et l'obtenir en i3ii sous la condition d'une pénitence 
presque identique. Il est plus singulier encore que Nogaret 
soit déclaré inapte à remplir des fonctions publiques, quand 
nous continuons à le voir revêtu des plus hautes charges 
durant les années qui suivent. Raynaldi déclare avoir copié 
son extrait sur l'original de la bulle qui est au Vatican; il 
n'y a donc pas à douter de son authenticité. L'expression 
dont se sert Piaynaldi [ex bulla aiilographa) ne permet guère 

39. 



XIV SIECLE. 



XIV SIECLE. 



308 



GUILLAUME DE NOGARET, 



liayiiatJi, 1007 
— KIouiy, 1 XCI 
it. — Uujmy, Pi" 
p. 386. — Mcola 
Trivetli et (ieofTni 
(le Paris , liai) 
Histor. de ia Fr. 
t XXII, p. 120.— 
Tolomé de I.iir- 
qiics. dans lîaluzi-, 
1.1, col. 59. 

Histoi.de 1.1 Fr. 
I. XXI . p. 1 18- 
'i5o. 



Mémoire cité ci- 
ilessu.s , p. 292 . 
noie. — Boutaric, 
p. 1 2,3, note 2. 



V.iissMc. t IV 
p. 1 i3. 



I. Vlll, c .j. 



lion plus (\o supposer que ce soit un simple projet de Inille 
non expédiée, comme nous en verrons un exemple plus 
tard. La date de cette bulle et de la conférence de l'oitiers 
' est Tobjet d'une autre dilliculté. La presque universalité des 
historiens a placé jusqu'ici la conférence de Poitiers en 1 3 07. 
C'est sûrement une erreur. Il suflit, pour s'en convaincre, de 
consulter les }f(insinnes et ilinera de Philippe le Bel, dressés 
par M. de \^ ailly dans le tome XXI des Historiens de hi France. 
On V verra que, pendant l'été de 1 Soy, Philippe ne séjourna 
pas à Poitiers, tandis qu'en 1 3o8 il s'y rendit, après les Etats 
de '^fours (première moitié de mai i3o8), et y passa deux 
mois et demi, depuis l(> 1.") mai à ])eu ])rès jusque vers le 
1"^ août. M. de Waillv a |)roavé ailleurs que Ilaynaldi, L)u- 
])uy, Baluze, ont mal daté les pièces des règnes de Pliili])j)e 
le Bel et de Clément V. Ce qu'il v a ici de singiiliei-, cCst 
que Raynaldi donne pour date à la bulle précitée Pi(i(ivis, 
l,<il. jiinii , ponlificatus nostri anno 11. Or, eu supputant cette 
date selon le calcul n^cfifié par M. de \\ailly, on trouve 
le 1" juin i3o7. Peut-être l'original poite-t-il anno m, et 
Raynaldi aura-t-il corrigé cette date sous la préoccupation 
de son système. Quoi qu'il en soit, tout doit céder à l'aufo- 
l'ité des Mansiones, qui ne soulTre pas de réplique. Dom 
Vaissète, qui a été sur le point de voir la dilliculté, n'y 
échappe qu'en supposant deux entrevues du roi avec le pape, 
l'une en i3o7, l'autre en i3o8. On pourrait songer à dis- 
joindre la bulle Lœtaniar in te, qui serait de juin i3o7, et 
la conférence de Poitiers qui serait de i3o8; mais la bulle 
du i3 septembre i3o9 nous l'interdit. Cette dernière bulle 
parle des instances que firent à Poitiers auprès du pape le 
roi, les comtes d'Evreux, de Dreux, etc. Or, dans la bulle 
Lœlamur in te, nous lisons : Ex parte tua fuit denuntiatuni pro- 
positum coram nobis quod, dcnuntiantibus ohm tibi nonnullis su- 
blimibiis pcrsonis. .. H est remarquable que, dans la lettn^ du 
roi au pape de février i3i 1, il lui dit qu'il lui a parl('' de 
cette allaire de vive voix à Lyon et deux fois à Poitiers, vnm 
maqnis lemporum mtcrvalhs. 

11 est aussi bien remarquable que Villani ne parle nulle- 



LEGISTE. 309 

XIV 

ment de la l)iille Lœlaimir m te. Il dit simplement que le 
pape, à Poitiers, réussit, par les moyens dilatoires que lui 
avait conseillés le cardinal de Prato, à écarter la demande 
du roi; il ne sait pas un mot de l'absolution de Nogaret. 
Tolomé de Lucques raconte que, le roi ayant fait demander Hiiu 
au pape par Plaisian l'absolution de ]No<^aret et de ses com- 
plices, le pape, cam Jeleslatione loquens, ipsuni dixil non esse 
exaudienchim. Cette bulle n'existe pas non plus aux Archives 
de la couronne, puisque Dupuy ne l'a ni connue ni publiée. 
Enfin, nous venons bientôt que la bulle du i3 septembre 
1^09, où il était naturel qu'il en lût parle, ne la mentionne 
pas, et, ce qui est plus grave encore, que la bulle Rfx (jlonw 
virtiilum , du 27 avril i3i 1, ne lait ])resf[ue (pie la répéter, 
sans la citer. Il est probable que la bulle du i"juin i3()8 
resta une lettre morte, n'eut pas d Vxistence oUicielle, que 
Nogaret, à lorce de cliicanes, réussit à montrer qu'elle ne 
salislaisait jias 1<' roi et ne tranchait pas la question, si bien 
que l'aflaire demeurait intacte. Le 8 mai 1 3 1 o, nous voyons 
Clément V circa cxpediltoncm ncgolii (jaarumdam htlerarum 
aposlohcaruni (juas sub nomme sui ponlificatas fahas invenerat 
(icciipatus. 11 est surprenant seulement que la pièce soit au ihi).. 
Vatican. C'est là un problème qui ne peut être éclairci que '' '"' 
par une recherche faite à Piome, dans les archives ponti- 
ficales. 

Nous allons, en tout cas, voir cette affaire continuer, 
comme si la bulle Lœtannir in te n'avait jamais existé, il pa- 
raît que Clément, sans faire de déclaration oflicielle, en dit 
cependant assez poui" (jue les adversaires de Bonilace se 
crussent autorisés à publier que, dans un consistoire pu- 
blic, tenu à Poitiers, le pape avait annoncé qu'aussitôt après 
son établissement à Avignon il commencerait à entendre la 
cause. Il est probable que Nogaret et ses amis se donnèrent 
le mot pour leindre de pn'ndre au sérieux cette assignation 
et pour venir mettre le pape en demeure de tenir sa pro- 
messe. Au commencement de iSog, Rainaldo da Supino, 
{jui, depuis sa ligue avec Nogaret, se qualifiait «chevalier 
'idu roi de France, » se mit en route pour Avignon, audito 



310 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Dupuy, Preuves, 
p. 388,290. — Hc- 
vue des questions 
historiques, 1872, 
p. 2 1, 27, 28. 



Raillet, p. 36. 
et suiv. ; Pieuves, 
p. 5i-56. — Fleurv, 
1. XCI, n° ii3. — 
Dupuy, Hist. p. 52 
et suiv. — Tosti , 
t. Il, p. 23 1 et suiv. 

Cf. Dupuy, Pr. 
p. 362 ; cf. p. .loo, 



(juod sanclisstmus paler Climens Piclavis in concilio publico dixe- 
rat quod slalini quod ipsc dommns papa m Avenwne existeret, 
audire inciperct causam (luondam Bonifacii On se raconta bien- 
tôt avec indignation une singulière histoire. Rainaldo, arrivé 
à trois lieues d'Avignon, fut attaqué par des gens armés, 
que les parents ou amis de Boniface avaient, dit-on, mis en 
embuscade. Quelques-uns de ses hommes furent tués, les 
autres blessés ou mis en fuite. Ceux qui l'avaient accompa- 
gné pour se rendre accusateurs contre Boniface reprirent 
la route de l'Italie, en criant bien haut que leur vie était ex- 
posée. Itainaldo protesta à Nîmes par un acte du 2 5 avril 

I 3o9 '. 11 y eut en celte affaire, du côté de Nogaret et de ses 
complices, tant de roueries et d'impostures qu'il est permis 
de croire que l'attaque dont il s'agit fut une collusion. No- 
garet tenait beaucoup à se donner fair d'une victime et à 
présenter les Gaetani comme des gens violents et puissants, 
contre lesquels il avait besoin d'être j)rotégé. 

Le 3 juillet 1809, le roi écrit de Saint-Denys au pape 
pour se plaindre que Taffaire n'avance pas, que cependant 
les témoins meurent de jour en jour, que les preuves pé- 
rissent^. Enfin, le i3 septembre 1809, sort une bulle de 
Clément V, datée d'Avignon. « Au commencement de notre 
« pontificat, lorsque nous étions à Lyon et ensuite à Poitiers, 
«le roi Philippe, les comtes Louis d'Evreux, Gui de Saint- 
" Pol et Jean de Dreux, avec Guillaume de Plaisian, cheva- 
« lier (on remarquera l'absence du nom de Nogaret), nous 
« demandèrent instamment de recevoir les preuves qu'ils 
"prétendaient avoir que le pape Boniface VIII, notre pré- 

II décesseur, était mort dans fhérésie. » Le pape n'a garde 
de croire une telle accusation; néanmoins il assigne ceux 
qui veulent charger Boniface, sans en excepter les princes, 
à comparaître devant lui à Avignon le lundi après le second 
dimanche de carême prochain, pour déposer de ce qu'ils 



' Dans son Histoire fp Sa), Dupuy 
place à tort cet incident après la bulle 
«lu i3 septembre iSog. 

" Notez l'erreur de Dupuv (p. 292), 



de Baillct (p. 3G3) et de M. Boutaric 
{Revue des quest. hist. 1872, p. 21) sur 
la bulle du 23 août. Cette bulle est de 
I 3io. 



LEGISTE. 311 



XIV SIECLL. 



savent. Par une bulle particulière du 2 février i3io, Clé- 

ment déclara que le roi ne s'étant pas rendu partie dans 

cette affaire, il n'était point compris dans la citation. On Baiii.t, |, .566. 

crut assez généralement dans le monde ecclésiastique que r"3o'2'"3o3\^!6 

Nogaret et ses partisans allaient pour se disculper et non 

pour attaquer, tant ce changement de rôle était quelque ^l^lc.l ,1. la Fr 

chose de hardi. t.xxi ,,.8,3 (.( 

Vers le mois daoût ou septembre, les bonifaciens durent 
faire quelque protestation que le parti français affecta de 
regarder comme injurieuse pour le roi. Le pape, qui voyait 
combien la modération était nécessaire avec un adversaire 
tel que Nogaret, fut mécontent, et dit aux bonifaciens qu'ils 
agissaient comme des fous. Nogaret et les conseillers du roi Uevuedesques 
s'emparèrent avidement de ce tort apparent, comme ils ','«!!' /'.'''"''''"j" 
l'avaient déjà fait pour l'incident de Rainaldo, et se posèrent '" 
en offensés. On parla même de fabrication de fausses lettres 
apostolicpies; on fit sonner bien haut certaines assertions 
qu'on prétendit contraires à la foi et au pouvoir des ciels 
de saint Pierre. Tout devenait crime de la part des Gaetani 
entre les mains d'un subtil accusateur, habile à intervertir 
les rôles et cà soutenir qu'on olfensait le roi son maître. Ces 
torts vrais ou prétendus des bonifaciens furent le prétexte 
d'une nouvelle campagne diplomatique que Philippe entre- 
prit auprès de Clément, vers le mois de décembre looy. 
[..'inquiète activité de Philippe nécessitait de perpétuelles 
ambassades. Une foule d'affaires de première importance le 
préoccupaient: l'entente, selon lui trop complète, du pajje 
et de Henri de Luxembourg; le projet, favorisé par le pape, 
d'un mariage entre le fils du roi de Xaples et la fille de 
l'empereur, qui devait apporter pour dot le royaume d'Arles; 
le refus du pape de mettre ses anathèmes à la disposition 
du roi poiu" réduire les Flamands. La relation de cette cu- 
rieuse affaire, que Dupuy semble avoir volontairement sous- 
traite à la publicité, a été récemment imprimée et traduite 
par M. Boutaric. H résulte de ce curieux document, qu'au i.<viud..(|ui 
mois de décembre iSog Philippe avait à Avignon jusqu'à 
trois ambassades, munies chacune d'instructions diffé- 



liiins liistoijquo 
l>■■]■i.y.■!^ cl Min 



iiv sIEriR 



312 GUILLAUME DE NOGAUET, 



rentes; l'une avant pour chef Geofïroi Du Plessis, évêque 
de Bayeux; l'autre confiée à l'abbé de Saint-Médard; la 
troisième repiésenlée par le seul Nogaret. Celui-ci, comme 
excommunié, ne put traiter directement avec le pape; mais 
on sont fpie le nœud de la négociation était entre ses mains. 
Les duplicités de cette diplomatie de clercs et de légistes 
n'ont jamais été surpassées; ce sont des réserves, des dé- 
mentis, d(>s pas en avant et en arrière, qui font sourire. 
Le l'usé Nogaret s'entrevoit toujours dtMrière ses collègues, 
plus solennels que lui. Sa force était la perspective de l'hor- 
rible procès dont il laissait pressentir (favance les mons- 
trueux détails. A un moment, le camérier qui s'entretenait 
avec lui au nom du pape le tire à part, lui demande s'il ne 
serait pas possible de mettre un terme aux tourments que le 
saint-])ère a d( jà supportés à ce sujet, et le prie de mener cette 
affaire à bonne fin. «Je lui réj)ondis prudemment, dit No- 
"garet, que cela ne me regardait pas, que l'affaire apparte- 
II nait au seigneur j)ape, qui jiouvait trouver plusieurs bons 
Uevur rit,.- " moyens s'il voulait. " Pierre de La Chapelle, cardinal de Pa- 
lestrine, ami de la Fiance, fut très-pressant : « Par la maie 
«fortune, dit-il aux ambassadeurs, pourquoi ne vous hâtez- 
« vous pas de faire en sorte que monseigneur le roi de 
«France soit déchargé de cette affaire, qui nous a déjà 
«donné tant de mal? Je vous dis que l'I'-glise romaine peut 
" beaucoup de grandes et de terribles choses contre les plus 
« puissants de ce monde, quand elle a sujet d'agir. Si le roi 
" ne se dégage pas, cette affaire pourra devenir la cause d'un 
«des plus graves événements de notre temps. » Le cardinal 
accentua ces paroles en posant les mains sur ses genoux, en 
.secouant la tète et le corps d'un air significatif et regardant 
les ambassadeurs français d'un œil fi.xe. «En agissant ainsi, 
«dit-il avec une allusion obscure pour nous, vous n'auriez 
« à craindre ni couronne noire ni couronne blanche. » Les 
ambassadeurs français ne cédèrent pas : il fallait « venger 
I l'honneur de Dieu et l'honneur du roi des outrages qu'ils 
" avaient reçus, n 

Nogaret partit d'Avignon le mardi avant Noël, emportant 



jH 



LKGISTb: M3 

la leponse écrite du pape aux articles du roi. H alleclait 
(l'en être très-niecontent, et allait prescpie jusqu'à la me- 
nace. Les négociations continuèrent a])rès son départ, sous 
la direction de Geoflroi du Plessis. Berenger de l'"rédol, 
cardinal de Tusculuni, le pape lui-même fnenl de nouveaux 
elVorts pour obtenir le désistement du roi relativement au 
procès contre la mémoire de Bonilace. Tout lut inutile. No- 
garct, en partant, avait evidemmeni demande à ses col- 
lègues de se montrer inflexibles. Ils dirent au ]>ape (puis 
avaient examiné, avec messire Guillaume, la réponse qu'il 
avait donnée par écrit, et que, said sa révérence, elle était 
\ague, obscure, qu elle ne leur plaisait ])as et cpir le roi non 
plus n'en serait pas content. Pour l'allaire de Bonilace, ils 
protestèrent que le roi ne pouvait reculer jusqu'à ce qu'on 
eut puni les attentats commis contre lui, révoqué les faussetés 
émises à son préjudice, pourvu à la gloire de Dieu, a la 
dignité de D'église, en un mot jusqu'à ce qui; les cardi- 
naux bonilaciens eussent rétracté solennellement et publi- 
(|uement leurs mensonges, reconnu juste et bon le zèle de 
monseigneur le roi, et eussent soumis ■< eux et leurs fonç- 
ai lions » à la volonté du roi. dette dernière exigence, qui 
eût permis à Pbilippe de cliasser du sacré collège ceux qui 
lui avaient lait de l'opposition, parut à bon droit exorbi- 
tante; mais les ])onifaciens étaient faibles; c'étaient, pour la 
plupart, des gens de petit éla\, pana pcrsoiuc. Clément, tout 
en ujainteuant leur droit à parler librement, distinguait 
soigneusement leur cause de celle de la papauté el se prépa- 
rait à les abandonner, si la nécessité d'éviter un scandale su- 
prême l'y forçait. 

Le séjour de Nogaret auj^rès du roi, entre son retour 
d'Xvignon et son nouveau voyage, en vue du procès qui 
devait s'ouvrir à la mi-caréme de i3 lo, dut être de courte 
durée. Avant de partir pour cette dernière ambassade (la cin- 
(juième au moins dont il lut chargé auprès du saint-siège), 
il fit son testament. Nogaret y mit une sorte d'amour-propre 
de légiste, et, comme pour montrer ce cjuil savait faire en • iv. i 
ce genre, voulut que la pièce eût un caractère exceptionnel. 'H:, 

rOME WMI. /io 



■ loi 

Pi 



Vais^(>lr, I IV. 



314 GUIIJ.AllMK UE NOGAI\KT. 

Par une faveur spéciale, le roi permit que 1 acte se fît entre 

ses mains royales. Philippus Qiiomam solcmmtalem c.xsii- 

jHTat U'stninenloriiin omniiini quod nobis tcstibus conditiir cl aiic- 
lontai.c nosira format iir (^firmaliir?'j , iclciico dilcclus et jiUalix 

( iiiillcJnins (le Nocjorclo, miles, Calvitioiu flnminas , suppli- 

ravit cnram nobis suiim condcrc Icslamcnlnm, omni alia 

soJemnilale explosa. Nogaret, à cette époque, a trois enfants, 
navmoiul, (Tuillanme et Guillemette, mariée avec Bérencer 
(le Ciuilliem, seigneur de (llermont-Lodève. Raymond sera 
son héritier nniversel. A (îuillaume il lègue trois cents li\res 
tournois fie rente, (iuillemetle sera héritière pour la dot 
qu il lui a constituée en la mariant, et en otitre pour reni 
livrées tournois une fois payées, vu (|ue Guillemette, du 
consentement de son père et de sa mère Béatrix, a aban- 
donné à ses frères tous ses droits à la succession paternelle 
et maternelle. Si l'un des fds meurt sans enfants séculiers, 
Nogaret lui substitue le survivant on les enfants de celui-ci; 
à leur défaut, il leur substitue (îuilleiiielte; à défaut, les 
enlants mâles séculiers de cette dernière; à délaut, ses filles 
non religieuses. A défaut de descendance directe, tous les 
biens seront dévolus à Bertrand et à Thomas de Nogaret, 
fds de son frère défunt, ou à leurs enfants non religieux. 
\ leur place, Nogaiet sidîstitue Bertrand, fils de Gildebert, 
son neveu. Il laisse à Béatrix, sa femme, la dot qu il a reçue 
de son père, soit quinze cents livres tournois, plus de quoi 
.se nourrir et .s'entretenir selon son état. La pièce est datée 
de Paris, février iSog (i3io, nouveau style). 

C'est ici le lieu de remarquer que Guillaume de Plaisian 
(Plaisien, Playsian, Plasinn), que nous voyons à côté de 
Nogaret dans tous les actes importants de cette partie de .sa 
vie, était comme lui Languedocien et avait ses propriétés 
dans le même pays. Plaisian est peut-être Plaissan, dépar- 
tement de l'Hérault , arrondissement de Lodève. Pieire 
Flotte était aussi méridional , et il est permis de voir en 
cette coïncidence un reste du vieux levain des hérésies albi- 
geoises, et surtout des haines que finquisition avait laissées. 
Les seigneuries de Vézenobre (sur le Gard, près d'Alais), 



xiv' 


SIKCI.K. 


Mena 


,1, 1 1 


,,. ',0,. 




\al^s 


Ir. l IV 


p. ..« 




Mem. 


de lAcad. 


.l.'Biiix. 


(. XXVIII. 


I>. (l'i, i) 


1 , noie. 


Mi'iia 


d , l 1 , 


,.. /,,;i. 




ibid. 


,. /,:i7. 



K.H 


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1. 




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1. 


1. 1 


|i. '162. 

11-. M. 


l\ 


;3 


I'kii 

. Jjli 



LKGks'J'E. 315 

(l'Aigienionl, de l.edignau, qui appartenaienl à IMaisiaii, 
ctaienl situées à peu de dislauce de Calvisson. Comme No- 
f>aret, Plaisian contracta des alliances avec la première no- 
hlesse de la province; sa fdle avait épousé Haymond Felel, 
.seigneui' d'Alais; sa carrière ollre en tout beaucoup d'ana- 
loj^ie a\ec celle de No^ai'el. En 1002, il est juge-mage de 
la sénéchaussée de Nhnes et de Deaucaire; en i3o5, il est 
ail)itre |)our le loi en Languedoc et en Vivarais; le 5 s(!])- 
lemlne 1 3 08, il remet au roi, à Neulmoutier, les lettres apo- 
st()li(|ues et autres écrits qu'il avait apportés de Poitiers, au 
mois daout i3o8; en i3io, Plaisian était sénéchal de Beau- 
( aire et de Nimes. Il quitta peut-être ces ionctions quand il 
alla se fixer à Avignon avec ^ogaret, pour suivre le |)rocès 
contje la mémoire de Boniface. A la fin de l'année i3i(), 
en elFel, sa charge était occu|iée |)ar I^ierre de Broc, cheva- 
lier Au roi, qui lut commissaire a\ec lui dans le procès 
d"\\ignon, et qui, ce semble, était déjà sénéchal quand il 
lut chargé de cette mission. A jjartir de ce moment, «les Vaisstk, 1. u. 
"deuv (juillaume, » comme on les appelait, ne sont plus ['l'p^^is''^^"'" 
(pi une seule et même personne. Les défenseurs de 13onilace 
les conq:»araient à deux renards noués par la queue [Palet 
ipsos ui vamtdlc scnstis caiulas hobcrc m idipsum ad inviccin col- 
lujiilas; allusion à Ju(jcs, xv, 4)- I^laisian servait à couvrir 
Nogaret dans les cas où l'excommunication de ce dernier 
rendait sa position difficile; mais, en général, la direction 
(le leur action commune et surtout la rédaction de leurs 
l'ciils coiymuns paraissent avoir appartenu à Nogaret. 

Xogaret partit pour Avignon dans les premiers jours de 
mars 1 3 1 o. Les deux (îuillaume triomphaient. Avoir un pro- 
cès sans précédents à dérouler aux veux de la chrétienté, 
pai'ader devant le monde entier en procureur sans rival, con- 
iondre le pidjlic de sa hardiesse, prouver aux clercs d'outrc- 
monts fju'ils n'étaient que des enfants auprès des légistes du 
roi et qu'ils n'entendaient rien au droit canon, quelle fête 
pour Nogaret! C'est dans ces grandes instructions, conduites 
avec effronterie et solennité, qu'il excellait. En exécution iiaiiiei, p. 36(. 
de la bulle du 1 3 septembre 1 309, les parties comparurent ^xci"" vv ^ 

40. 



l)ii|Mt), l'ieiu 
|). 3(ia et MM' 



316 GUILLAUME DE NOCARET, 

Xl\ MECI.K. 

(levant le pape, en plein consistoire, dans la salle basse du 
couvent des l'Vères l'rrcheurs, où le pape tenait ses consis- 
toires publics, au jour précis qui avait été marqué, savoir 
le 16 mars i3io. Les accusateurs étaient, outre Nogaret, 
trois clievaliers, (uiillaunie de Plaisian, l*icrre de Gaillard, 
v.i^^ii.-, I IV, maitre des arbalétriers du roi, et Pierre de Broc ou de Bla- 
''l'i/^' " ua.squi% ou de Blauosque, sénéchal de Beaucaire, accom- 
pagne d'un clerc, Alain de Lamballc, archidiacre de Saint- 
iiM|.us, |. lus Brieuc. Tous les cinq se cjualifiaient envoyés du roi de 
(.ii.ird ,1. 1,., France; ils étaient accompagnés d'une bonne escorte, car 
1!' 'l'i Fi I \\l '''' idTcctaionI de craindre les attaques des partisans de Bo- 
,, ;3 — coiiiin.i. iiiloce. Les déiénseurs de la mémoire de ce dernier étaient 
loi.il. inir I w, iui nond)re de douze, parenLsef clients des Gaetani, ou doc- 
I' "''1 leurs en droit. On élail Irappé Ion! d abord de la timidité 

des bonilaciens, et il lallail I impudence de Nogaret poui' 
osei nidendre ([lie (était lui ([ui jouait, en cette circons- 
tance, le rôle de laible et de persécute. 

Nogaivt fil d'abord une longue l'emontrance sur h>s ni- 

lenlions (\u roi son maître. Jacques de Modène, qui parla 

an nom des déiénseurs de lîonilace, protesta et soutint que 

i..i..n„-,i, lu. l'accnsalion ne jîonvail èlre reçue. [,e pape ordonna que, 

Viii 'n)''*'\u'n ''•' P'''*"' ^^ d'autre, les adversaires donneraient leurs préten- 

t.i.ioi. 36. ;? — (ions par écrit, et leur assi<rna les deux vendredis suivants 

CoMtin .IrN.ni^is. ' . , 11 I • 

,lal.^ nisin, ,1. h |)our contunier a procéder devant lui. 

1 1. 1 w |. 1...0 [ ,. vpi^Ji-pfli 20 mars, deux cardinaux commis par le 
|)aj)e ordonnèrent aux f[ualre notaires chargés de rédiger 
le procès de recevoir tout ce que les parties voudraient pro- 
duire. Les accu.satenrs |)roduisirent trois énorm(>s rouleaux, 
dont I ini ne contimait pas moins de onze pièces de parclie- 
min cousues ensemble. C'étaient d'abord divers instruments 
laits du vivant de Bonilace, en particulier l'appel au futui- 
concile et la re(pi(He au roi. du 12 mars i3o3 (l'acte d'ac- 
cnsalion de Nogaret); jîuis xenait un autre écrit plein d'ob- 
jections subtiles contre ledit de citation qui avait étéafliché 
aux portes des églises d'Avignon. Cet écrit nous a été con- 
i)u|,i.N.i',,„v.v serve; ('(^st un petit chef-d'œuvre de pédantisme, où les 

'' '^^ **'' deux anIfMjrs, Nogaret et Plaisian, suivant l'esjirit de chi- 



LEGISTE. 31- 



\1V SIECLE. 



cane qui s'introduisait alors, et qui consistait à ne rien laisser 
passer sans réclamation, veulent surtout se donner l'avan- 
tage de faire au pape une leçon de procédure canonique. 
Nogaret et Plaisian se plaignent de l'instruction commencée 
par le pape Benoît sur l'alTaire d'Anagni; Nogaret rétablit le 
récit à sa façon. La résolution prise par Boniiace de Irapper, 
le jour de la Nativité de la sainte Vierge, son grand coup 
contre le roi, l'a forcé d'agir. 11 est entré dans Anagni avec 
l'étendard de l'Eglise romaine. Parlant à Boniface, il lui a 
objecté SCS fautes, lui a représenté ce qu'il avait charge de 
lui dire, l'a invité à convoquer un concile. Boniface a refusé; 
alors il l'a fait garder à vue; Boniface, libre, fa déclaré in- 
nocent et lui a donné fabsolution. Clément, pour être 
juste, doit donc révoquer le procès fait par Benoît. Nogaret, 
étant riiomme-lige du roi, n'a pu agir autrement qu'il l'a 
fait. Boniface détruisait très-scélératement sa patrie. «Or je 
"Suppose, ajoute-t-il, que j'eusse tué mon propre père au 
« moment où il attaquait ma patrie, tous les anciens auteurs 
" sont d'accord sur ce point que cela ne pourrait m' être re- 
" proche comme un crime. J'en devrais au contraire être 
« loué comme d'un acte de vertu. » 

Nogaret et Plaisian renouvelèrent leurs plaintes contre 
les violences que les partisans de Boniface faisaient pour 
traverseï' l'affaire. Ils se posèrent en victimes de la justice, 
prétendirent que plusieurs de leurs gens avaient été volés. 
Parmi les témoins qui devaient déposer contre Boniface, 
il y en avait de vieux, de valétudinaires; ils supplient ins- 
tamment que ces témoins soient reçus sans délai. Ils dé- 
clarent ensuite que plusieurs cardinaux leur sont suspects, 
comme étant créatures de Boniface et ayant fait tous leurs 
efforts pour empêcher la poursuite; c'est pourquoi ils les ré- 
cusent, et s'offrent à donner leurs noms au pape s'il le juge 
nécessaire. 

Les séances se continuent le 27 mars, le 1", le 10 et le 
1 1 avril. C'est un feu roulant de protestations réciproques, D.ipuy.i 
de fins de non-recevoir, de productions de pièces de par 
chemin; on se perd dans d'éternelles répétitions. Les ac 

2 3 



p.;i87rtMiiv;:i9. 



318 (;UILI,AI;MI': DE NOGAKET, 

ciisaleius insistent de nouveau sur i audition des témoins, 
réclamant pour eux. des sûretés, à cause du pouvoii- de leurs 
ennemis, et voulant qu'on ne divulgue pas leurs noms, tant 
])Our les piései'ver du péril que dans l'intérêt de la preu\e. 
Ils nommèrent les cardinaux qui leur étaient suspects, au 
nombre de huit. Les défenseurs récusèrent, de leur côté, les 
députés de France, accusateurs de ]3onilace. Tout ce cpii 
amenait des pertes de temps était accueilli a^ec plaisir par 
le pape 

Nous avons \u, dès le tlebul de la jMocedure, Nogaret 
demandfM' l'absolution « à cautèle, » dont il croyait aAoir be- 
soin ])Our agir en justice. 11 ne lOljtuil pas, mais il ne laissa 
pas délre admis, sur ce principe que tout le monde doit 
être indiftéremment reçu à déjioser en matièie de religion, 
et surtout dans deux chefs aussi inq)ortanls à lllglibc (piil 
était de savoir si Boniiace avait été laux paj^e et s il était 
inoi'l dans 1 hérésie. Les Français soutinrent que toute per- 
soniu^ était apte à une telle poursuite, mém(; un ennemi 
1rs. avoué, car il y a un intérêt suprême à ce que les hérétiques 
soient punis; qu'au contraire, nid ne devait être admis à 
i)iii>Mv.i'i(UM- défendre la mémoire d'une personne accusée d'hérésie. On 
sur])rend ici la pratique constante de Nogarel, pratique 
(pi'il suivit dans l'alTaire des templiers, et qui est égale- 
ment familière à Pierre Du Bois. Les légistes combattaient 
l'J'lglise en poussant auv dernières limites les rigueurs du 
droit inquisitorial, se prétendant plus rigides que les ecclé- 
siastiques sur les choses de la foi. Le consistoire relusa, du 
reste, d<^ suivre Nogaret et Plaisian dans ces excès. Nalu- 
lellement, les délenseurs de Boniiace soutenaient, de leur 
côté, que les accusateurs, étant tous ])ubliquement reconnus 
j)our les principaux auteurs de la conspiration d'Anagni, 
n'étaient point recevables en leurs dépositions. 

On arriva ainsi à Pâques, qui, cette année, tomba 
le 19 avril. La reprise de la procédure fut ajournée après 
les solennités. Alors survint un incident singulier. Nogaret 
voulut participer à la communion pascale, comme s'il n'eût 
été lié d'aucune censure. Le pape lui fit diie qu il devait se 



iii.V 



LEGISTE. .519 



\H MKCLE. 



comporter coninit' un excommunié, en vertu de la sentence 
lie Benoit XI. Nogaret répondit qu'il ne croyait plus avoir 
besoin d'absolution, depuis que Sa Sainteté lui avait lait 
l'honneur de l'admettre dans ses entretiens, et qu'elle avait 
bien vouki conférer tète à tète avec lui. 11 allégua même 
l'autorité de quelques canonistes, qui estimaient que l'hon- 
neur d'avoir salué ou entretenu le pape tenait lieu d'absolu- 
tion à un excommunié. 

I^es audiences reprirent le 8 mai, mais ne cessèrent de Dmi.m.i' 
Irahier dans des subtilités, des formalités sans fin. Les plus '' '"' '' " 
frivoles prétextes amenaient des ajournements; un saigne- 
ment de nez que le pape a eu dans la nuit suffit pour faire ibid |, /, 
remettre une séance. Le i3 mai, le pape, en consistoire iiii.i |, 
public, les parties présentes, se crut obligé de réfuter la '"" 
prétention qu'avait affichée Nogaret quelques jours aupa- 
ravant : Il J'ai oui dire autrefois que quelques docteurs 
Il étaient d'opinion qu'un excommunié pouvait être réputé 
Il absous par la seule salutation dit pape, ou quand le pape 
« lui avait parlé sciemment; mais je n'ai jamais cru cette 
Il opinion véritable, à moins qu'il ne fût constant d'ailleurs 
■I que fintention du pape avait été d'absoudre l'excommunié. 
« C'est pourquoi je déclare qu'en cette affaire, ni en aucune 
«autre, je n'ai jamais prétendu absoudre aucun excom- 
II munie en l'écoulant, en lui parlant, ou en communiquant 
« avec lui de quelque manière que ce soit. » L'année sui- 
vante, le concile de Vienne trancha la question dans le 
même sens et condamna la doctrine des canonistes alléguée 
par Nogaret. 

On ne sortait pas d'un cercle de perpétuelles redites. 
Nogaret soutenait cpie Boniface n'avait jamais été pape, 
rappelait son éternel Inlravil iitvulpes , refjnavit ut leo, moritur 
ut cants. S'il a été quelque chose en l'Eglise, il a été comme 
Lucifer fut dans le ciel. Les Colonnes s'étaient, avec raison, 
opposés à son élection; voilà pourquoi le haineux vieil- 
lard les a écrasés. Les défendeurs prétendaient qu'il fallait 
un concile pour juger un pape. " Oui, un pape vivant, ré- 
II pondaient les accusateurs, mais non un pape mort. Le jii- 



\l\ MKCI.K 



320 GLiIIJ.AUiVlE DE N0(;ARET. 



« genieni d'un de ses successeurs sufllt en pareil cas. « Les 
honilaciens alléguaient les démonstrations de piété que Bo- 
niface fit à sa mort : « Cela ne sufTit pas, disaient les Fran- 
" çais, c'étaient des feintes; il fallait, d'ailleurs, qu'il abjurât 
« publiquement. » Selon la méthode ordinaire des publi- 
cistes de Philippe le Bel, on poussait-, dés qu'il s'agissait de 
.servir les vues du roi, les droits de la papauté jusqu'aux 
exagérations les plus insoutenables. S'agissait-il des actes de 
Boniface, le pape était de plein droit soumis au concile. 
S'agissail-il du droit qu'avait Clément de condamner Boni- 
face, le pape devenait l'Eglise entière et n'avait plus besoin 
du concile. 

r^es Gaelani ne manquaient pas d alléguer que le roi 

l)<,|,nv,l'n„^.^ avait récompensé Nogaret de ses services en celte affaire, 

'' ' " ' qu'il l'avait reçu en son palais et dans son intimité, lui avait 

donné des terres, des châteaux et de grands biens, qu'il 

l'avait fait son chancelier, etc.; d'autres fois, ils affectaient 

de le présenter comme un simple domestique, un lamilier 

i).i|).iy,iV(-,u.s du roi, non comme un vrai chevalier. Mais l'accusation 
usait de l'avantage que donnent, devant des juges mé- 
diocres, l'outrage et l'impudence. Une pièce, sortie selon 

i)u|)u),i'r.inrs toute apparence delà plume de Nogaret, résume toutes les 
autres. Après avoir loué les rois de P'rance, qui ont été de 
tout temps les zélateurs de la religion (avant mis leurs vies 
et celles de leurs sujets au service de l'Eglise, pour rési.«ter 
aux renardeaux à queues prenantes, qui font des ligues 
entre eux, volpcculas liabentcs caiulas colh(jatax ad inviccni cnn- 
Irahciiles), et n'ont jamais souffert l'oppression de fEglise 
par les tyrans et les scliismaliques; après avoir loué aussi 
l'Eglise gallicane, qui est le principal et plus noble membre 
de l'Eglise universelle, il expose le misérable état des choses 
sous Boniface. Ses vices dépassaient toute créance; il ne 
crovait pas à l'immortalité de fàme; il disait qu'il aimerait 
mieux être chien que Français; il ne crovait pas cà la pré- 
sence réelle; il professait que les actes les plus infâmes 
n'étaient pas des péchés. Quand il mourut, il y avait plus 
de trente ans qu'il ne s'était confessé. Il voulait détruire la 



17. ; 



■>2'l ft 



LEGISTE 321 , . 

XIV MECI.K. 

France; il avança la mort de Célestin, approuva un livre 
d'Arnauld de Villeneuve, se fit ériger des statues d'argent et 
de marbre pour se faire adorer. Il avait un démon familier 
et aussi un anneau magique, qu'un jour il offrit au roi de 
Sicile, lequel se garda de l'accepter. Il soutenait que le 
pape ne commettait pas de simonie en vendant les bénéfices; 
il prétendait que les Français étaient hérétiques et même 
n'étaient pas chrétiens, puisqu'ils ne croyaient pas être su- 
jets du pape au temporel. 11 était sodomite, homicide; il ne 
croyait pas au sacrement de pénitence, se faisait révéler les 
confessions, mangeait de la chair en tout temps, disait que 
le monde irait mieux s'il n'y avait point de cardinaux, mé- 
prisait les moines noirs. Son dessein de ruiner la France 
était manifeste. Il n'accordait rien aux autres rois qu'à la con- 
dition de faire la guerre à la France, comme on le vit dans 
le cas de5 rois d'Angleterre, cf Allemagne, d'Espagne et dans 
celui des Flamands. Délaissant fœuvre de ferre-Sainte, il 
tournait à son profit l'argent destiné aux croisades. Il disait: 
■ Je ferai bientôt de tous les Français des martyrs ou des 
« apostats. " 

Dans une autre plaidoirie, nous lisons les mêmes re- Dupuy.p.tin 
proches. Boniface se moquait de ceux qui se confessaient et p ^ " ''9 
les appelaityft/H«. « Qualisfatuilas, disait-il, qiiod f/H/s cvomal 
« in una hora (fuicqnid fecit per lotiim annum. » Il soutenait que 
te monde était éternel, et il ne croyait pas à la résurrection. 
" Heureux, s'écriait-il, ceux qui vivent et se réjouissent en ce 
" monde; les gens qui en espèrent un autre sont])lus fous que 
" ceux qui espèrent voir revenir Arthur; ils sont semblables 
« au chien qui prend f ombre pour le corps. » Il se moquait 
des prières pour les trépassés et disait qu'elles ne servaient 
qU aux prêtres et aux moines. Il osait prétendre que Jésus- 
Christ n'était pas vrai Dieu, qu'il ne faut voir en lui qu'un 
être fantastique. Son opinion était que la paillardise n'iest 
pas un péché, et il agissait en conséquence. Il sacrifiait au dé- 
mon, ne croyait rii au paradis, ni au purgatoire, ni à f enfer. 
« A-t-on jamais vu quelqu'un qui en soit revenu? » disait-il. 
Il mettait le vrai paradis en ce monde. Aussi a-t-il favorisé 

TOME \XVII. ■ 4l 

2 3. 



\l\ MKCI.K. 



322 CUILLAl MK UE NOGARET, 



Dupiiv.l 
350-362 



les hérétiques et en recevait-il des présents. Il a enipiclié 
l'inquisition de procéder virilement contre eux, surtout 
([uand il s'agissait des gens de sa secte (épicuriens, aver- 
roïstes, matérialistes); il a persécuté les inquisiteurs et en a 
lail mourir en prison; il a fait relâcher d(>s hérétiques (|in 
avaient avoué. 

Un autre gros cahier en (juatj'e-vingt-lreize articles conte- 
nait à peu près les mêmes accusations, presque dans les 
mêmes termes. L'année du juhilé, il fit tuer plusieurs pèle- 
rins en sa présence; il a contraint des prêtres à lui révéler 
des conlessions; il avait ordonné à tous les pénitenciers tpie. 
si on leur disait où était Célestin, ils eussent à le lui faire 
connaître. Il voulait ruiner \o.s moines, les appelait des hy- 
pocrites. 11 fit mourir non-seulement (lélestin, mais les doc- 
teurs (pii avaient écrit sur la (pieslion rie savoir si Célestin 
avait pu abdiquer; il fil périr des gens pour aj)|)rendre 
(pu'lque chose siir la mort de ce saint homme. A sa der- 
nière heure, il ne demanda point les sacrements et mourut 
en hiasphémant Dieu et la Vierge Marie. Nogaret était eru- 
dil; à coté de ce hizarre ramassis de cancans, de malen- 
tendus, de mots compris de travers par des esprits bornes, 
de conséc|uences iorcées tirées de loin par une voie subtile, 

hiipiiyj'reuv,-. OU Irouve de solides recherches d histoire ecclésiasti([ue 
pour savoir si (lélestin a pu abdiquer, si un pape peut cesser 
délie pape autrement que pai' la mort. 

Nogaret, poursuivi, comme par un cauchemar, du terrible 
souvenir d'Xnagni, icveuait toujours à son apologie person- 

t)iipin.i>niu.N nelle. L exorde d'une supplique j)resenlée à Clément \ res- 
semble ;i (pielque chapiti'e inédit du lioman du Hciutnl : 

" Père Irès-saint, 

" Il est écrit (pie la marque des bonnes âmes est de 
« craindre la faute, même ([uand il n'y a pas de faute, lob, 
« cet homme juste et timoré devant Dieu, au témoignage de 
« la divine Ecriture, dit de lui-même : .le ne sais pas si je 
« suis digne d'amour ou de haine. Et l'Apôtre, si grand doc- 
>' teur de l'Eglise de Dieu, ((uoicju'il ait déclaré pouvoir lici- 



I^EGISTK. 323 

" fpniPiil niaiigvr tic la chair, et souif iiii (juc toute nourri- 
ictiire accommodée à la nature humaine est pure, pourvu 
«quelle soit prise avec action de gn'ices, a cependant écrit, 
i< pour l'enseignement de tous, qu'il se priverait éternelle- 
« ment de chair, si son hère ou son prochain se scandalisait 
«de lui à cause d'une telle manducation. (lomment, en 
«elFet, ajoute-t-il, prendrais-je sur moi de tuer son ànie? 
<i montrant avec évidence (pion tue l'âme du frère cjui, par 
"ignorance, injustement ou par fausse opinion, se scanda- 
" lise à notre propos, et qu'on est coupable de la mort de ce 
"frère, si son àme meurt pour un scandale qu'on pouvait 
"éviter. Souvent, en efl'et, cpioique rtotre conscience nous 
" suffise au regard de Dieu, elle ne sulfil pas au prochain 
"fpii, par opinion fausse ou par l'eflèt de la diffamation, se 
" scandalise de nous, comme dit le grand docteur Augustin : 
idelui-là est cruel qui néglige sa réputation. Moi donc, 
" Guillaume de Nogaret, chevalier de monseigneur le roi de 
"France, remarquant que de telles choses ont été écrites 
" d'hommes si justes, si saints, je suis oppressé à fe.xcès, les 
" larmes s'attachent prodigieusement à njon gosier, mon gé- 
« missement ne cesse, mon cri s'élève continuellement vers 
« Dieu et vers vous , père très-pieux, qui êtes son vicaire ...» 
Il proteste alors cpie le pape Benoît a commis, à son 
égard, une erreur de fait par crasse ignorance [trassissima 
Iguorantia] de la justice de sa cause, en le sommant de venir 
entendre sa condamnation pour crimes pa.ssés sous ses 
yeu\. H prie Clément de déclarer cette procédure nulle, de 
j)eur que quelques personnes, ignorant la vérité, ne soient 
.scandalisées en lui et, par conséquent, ne tuent leurs âmes. 
"Pécheur, ajoute-t-il, mais innocent des crimes dont on 
«m'accuse; voulant, d'ailleurs, suivre l'exemple des saints 
" et prévenir le reproche de négliger ma renommée, je sup- 
" plie, je demande, je postule et requiers avec larmes et gé- 
"missements, à mains jointes, à genoux, avec des prières 
» réitérées, que par intérim et avant toute chose me soit ac- 
<' cordé, par Votre Sainteté, le bienfait de l'absolution à 
« caaièle ! >■< 

/il. 



XIV SIKCI.K. 



\l\ SIKCI.F.. 



32'1 GUILLAUME DE NOGARET, 

Il refait ensuite pour la vinglicme fois le récit de finci- 
dent d'Anagni. Boniface, avant qu'il fût pape, était héré- 
tique contumace incorrigible. Nogaret se trouva obligé, 
quoique particulier (non pourtant simple particulier, étant 
chevalier, titre qui oblige à défendre la république et à 
résister aux tyrans'), il se trouva, dis-je, obligé de défendre 
sa patrie menacée. Il est entré à Anagni avec quelques 
hommes armés, ne le pouvant faire autrement avec sûreté. 
11 fit savoir à ceux d'Anagni le sujet de sa venue, leur de- 
manda assistance. Ayant réussi à voir Boniface, non sans 
peine, il lui intima l'ordre de convoquer le concile Boniface 
refusa. ^ oyant le danger où était Boniface à cause de la bain»^ 
qui s'était accumulée contre lui, il le garantit de la mort, 
sauva ce qu'il put du trésor de l'Eglise, exposa sa vie pour 
sauver celle de Boniface et le trésor, et pour empêcher ([u'on 
ne fît violence à son neveu François Gaetani. Les cardinaux 
demeurèrent dans leurs hôtels en sûreté. Le samedi, le di- 
manche et le lundi, il resta ainsi dans la maison de Bonifacf 
pour le défendre lui et son trésor; ses domestiques, pendant 
ce temps, lui donnaient à boire et à manger selon son ordi- 
naire. Pierre Gaetani et les autres parents du pape, qui au- 
raient voulu résister, furent arrêtés, mais relâchés peu après. 
Le lundi, ceux d'Anagni dirent qu'ils garderaient bien Bo- 
niface, le trésor, le palais, et qu'on les laissât faire; ce que 
Nogaret accorda, voyant Boniface bien garanti : Qnod ctjeci 
protmus et recessi; quiim ailler non fecissem , si vidissem perso- 
nam , domum et res Bonifacn m pencnlo remanere , qiioniam me 
pruis omni periciilo suhjecissem. Le lundi, Boniface dit en pu- 
blic, en présence de plusieurs personnes, que les choses 
que Nogaret avait accomplies a Domino facta eranl, et qu'en 
conséquence il lui remettait toute la faute que lui et les 
siens pouvaient avoir commise, les déclarant absous de 
toutes sortes d'excommunications, au cas où ils en auraient 
encouru. 

F^e pape Clément doit donc bien voir qu'il n'a rien fait 

' Aon simpUcitei- privaio, sed militi, defendere, îicuit, immo nécessitai incubait 
qui ex ojjlcio mihtite teneor reiiipnbUcam pto verilule Doniini dicto Irramio i-esislere. 



LKGISÏE. 325 

M 

que de juste, et qu'il mérite récompense, ayant été ministre 
(le Dieu pour exécuter une chose nécessaire, d'où s'est en- 
suivi le salut du roi, du royaume et de l'Église; telle est 
aussi l'opinion de tous les hommes saints et sages qui l'ont 
aidé dans cette entreprise. N'écoutant que les ennemis de 
Nogaret et les fauteurs de Boniface, Benoît s'est trompé sur 
ses bonnes intentions, et l'a lapidé pour une bonne (ruvre, 
([ui était d'arrêter un contumace afin de le livrer à son juge. 
Les formalités, d'ailleurs, ne lurent ])as observées dans la 
citation de Benoît. Enfin, Dieu s'est prononcé en sa faveuiT 
touché de l'injustice dont était victime son bon serviteur 
Nogaret, Dieu a vengé par un beau miracle l'innocence 
méconnue. Au jour que Benoît avait fixé pour publier son 
jugement, et toutes choses étant préparées, l'échafaufl 
dressé, les tentures étalées, le peuple assemblé sur la place 
de Pérouse, devant l'hôtel papal, Dieu frappa le malheureux 
pontife. Benoît tomba malade, ne put prononcer la sen- 
tence et expira peu après, de même que, dans un cas sem- 
blable, on vit mourir le pape Anastase, fauteur lui aussi 
d'un pontife hérétique, (l'est ainsi que se venge « le Dieu qui 
" est plus puissant que tous les princes ecclésiastiques et sé- 
"culiers, et qui punit d'autant plus fortement ceux qui ne 
« peuvent être punis par d'autres. Otte mort fut du reste un 
Il bonheur; car si (ce qu'à Dieu ne plaise!) Benoît eût donné 
«suite audit procès, il se fût constitué fauteur notoire d'hé- 
II résie, et, s'il eût vécu davantage, j'aurais poursuivi devant 
Il lui le redressement des injustices que (sauf son respect) 
« il avait commises contre nous. » 

élément laissait tout dire et ne voulait se prononcer sur 
rien. Comme les chaleurs approchaient, il donna terme 
aiix parties jusqu'au premier jour plaidoyable du mois 
d'août, offrant cependant de recevoir le nom des témoins 
qui pouvaient mourir. Nogaret passa, le 51 mai, tant pour Un 
lui que pour Plaisian, une procuration à Alain de Lamballe '' " 
et à deux gentilshommes français, Bertrand Agathe et Ber- 
trand de Roccanegada, pour la conduite de l'affaire. Les 
défendeurs donnèrent de leur côté une semblable procura- 



\1V >IK< I K. 



V.nsv.i,., 


1 1\ 


p. ,',7. 




\l.M1.1ld . 


l|l^l 


.1.- Nismo^, 


1 1 


p. Ji(>3, Af).' 


K l'i 



Oliii 



.^2() Cl II.I.AIjME l)E NUCAIîKT, 

hf)ii il JacciiK's (le Modènc. Le motif de ces dt'légalioiis elail 
sans doute le désir qu'avaient Nogaiel, Plaisian, Pierre de 
l*)roc de passer le Rliône et d aller dans la sénéchaussée de 
J^eaucaire et en Lanj^uedoc suivre les intérêts de l'Etat, sans 
ouhliei" les leuis. iNous \ oyons, en ellét, l'lnp;ueri and de 
Marigni et Nogaiet, «conseillers et chevaliers du roi, » visi- 
lan! le Languedoc en j3io, et ordonnant entre autres 
choses la revente des hois achetés |)Oui' la construction du 
|)oil de Leucate. .Xous voyons, en outre, (jiie Pierre de 
Ih'oc, elanl a Monipellier en i.Sio, commit Hugues de La 
Porte, procureur du roi de la sénéchaussée, pour s'eurpierir 
de la \aleurde la teire de Joncpiières, sur hujuelle il vou- 
lait assigner 8 livres 1 ■>. deniers tournois de rente, qui nian- 
(piau'iil encore au dernier assignai lait en laACur de No- 
garel. Cela eut lieu sur la demande de ce dernier. Hugues 
(h' La Porte fit en conséquence une enquête sur les lieux, 
à la((uelle il appela Pierre Çhalon, \iguier de Beaucaire, el 
diverses personnes. Son enr|uéle établissait (pie le roi avait 
la haute el basse justice du château de Jonquières, du vil- 
lage de Saint-Vincent et de la paroisse de Saint-Laurent, 
teries situées au voisinage de Beaucaire, et que ce cpie 
le roi y possédait pouvait valoir 1 19 sous 8 deniers. I/en- 
(piéte avant été rapportée au sénéchal Pierre de Broc, cet 
ollicier assigna pour celle dernière somme à Guillaume de 
-Nogaret tous les droits qui appartenaient au roi sur ces 
ferres, sauf la lande du bétail. Il fit cet assignai à Nîmes, 
dans la salle du roi, le dernier jour de février de l'an 1 3 1 1 . 
pendant toute la durée du procès d'Avignon, iMaisian figure 
aussi dans plusieurs alfaires. Le samedi après la fête de 
l'Invention Je la Sainte-Croix 1 !^ 10, il est chargé d'un arbi- 
trage pour la construction du pont Saint-Esprit. Le mer- 
credi a])rès la Saint-Barnabe 1 3 1 1 , on le voit engagé dans 
uiu' requête pour obtenir l'établissement de marchés et de 
ioires dans ses domaines de Boicoran (ou Boucoiran) et 
\ ezenobre. Cette faculté lui est refusée conformément aux 
idées économiques du temps sur la nécessité de ne pas 
luiire aux marchés existants; mais le roi fappelle dileclus el 



\IV" 


SI Kl 


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Oliii 


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l. 


III 


|. r,3o 








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, , , 


l. 


III 


|. OSf) 


. (j.s- 







;ji 



LEGISTE. .527 

fidelis (i. de Pluisiaito, intlcs uosicr. Lf (liinancli<' aj)iv.s la 
Nalivilé do saint Jean-Baptiste i3ii, nons voyons encore 
Plaisian redresser une grave erreur judiciaire. C'est |)ar 
inadvertance que l'éditeur des OUtn lui a donné à cette oc- 
casion le lilr(> de (j^rdiaiiiis I.a(idititciisis. '"'"' ' 

Les délégations dont nous Ncnons de parler ne lurent 
pas, du reste, de très-longue duiée. A la reprise de l'allaire 
d'Avignon, nous verrons N'ogaret el Plaisian continuel- a 
figurer personnellement au procès. Au teni])s d(! la déléga- 
tion appartient un écrit des deu\ Guillauine, dont nous ne Duimu.i'i 
possédons que l'extrait, sous ce titre : l'x scriplo valdc prolijo 
auod GinUcImiis de l\o(jareto et (ïntllchnus de Plasiuno, domini 
reqis Fianaœ milites , prosecjuentcs neijotuun fidci inccpluiit con- 
tra lionifaciiim dirtiun papam dcfnnctiirn et ejus inemoriam, ira- 
didennit coram domino Clémente papa \ , Dei (patin stimmo 
pontifier, pcr noliilem virnm dominiim Hcrlrandum de Rupciie- 
(pida, miHtem, procuratorem suiim ad tiar. (l'est un manifeste 
énergique en laxeur des rois de France. Jamais ces rois 
n'ont reconnu d'autre supérieur cpie Dieu pour le tenq^orel. 
Ils ont toujours été fort religieux, exposant leur vie et celle 
de leurs sujets pour défendre les droits et libertés de l'Église, 
conformément aux coutumes du royaume, selon lesquelles 
certaines prérogati\ es, qui ailleuis appartiennent aux églises, 
appaiiieinent ici, de coutume ancienne, au roi, et certaines 
preiogalives lemporelles, cpii de\ raient appartenir de droit 
au loi, appartiennent de coutume aux églises. Les rois de 
l''rance ont fondé les églises de leur royaume; ces églises 
.son! sous la garde du roi, qui les a préservées de toute er- 
reur. En ce qui concerne l'église de Lyon, les auteurs du 
mémoire ont une théorie singulière : Noionum et indnhitaliun 
exislit qiiod, (ptum civitas Linidunensis tempore pnmilivœ ecclesiœ 
fuisset ad fide/n calholtcam prima conversa , et postea in maniis 
infulelivni devcnisset, rex Franciœ cpii tnnc erat , vi armorum et 
san(jiiinc rutilante snarum, concinisivit dictnm civilatcm Liupln- 
nenseni cani omnibus juribus suis et pcitinentiis , ad fulem catlio- 
licam et caltiun divinum civitalem ipsam redeçjit juridietione sua 
lefjiit, et ibidem Jnndavit Luijdnnensem erclesiam cathedralem. 



XIV SIKCl.l 



328 GUILLAUME DE NOGAUET, 

Jil {fuiu civttas ipsa, leinpurc infidclinm prœcedenli , nrchijlamincs 
liabuerat , cl pnstinis Icinporibus prima sedes [lierai Galliarum, 
lit moneta Lwjdanensis teslalnr, dictas rcx sedein ipsam arclii- 
cpiscopalcin crcxil et cricp fccit , cani jure primat lœ super icclc- 
sias (ialliarum; quo jure pnmatiii' anhicpiscopi Lurjduiicnses 
hngis temporibiis usi fiicrant. La réunion de Lyon au royaume 
en i3o5 et en i3io avait posé la question des origines 
lyonnaises, et ce n'est pas la première fois, du reste, cpie 
nous trouvons chez les légistes de Philippe le Bel le germe 
d'une critiqu(> historique, parfois très-pénétrante, mais 
souvent faussée par leur idée dominante, presque unique, 
disons-le, l'extension des droits du roi. Les longs dévelop- 
pements qui suivent sur la souveraineté des rois de France 
à L\on et sur la révolte de l'circhevcque en i3 lo, ont heau- 
coup d'intérêt pour l'histoire de la ville de Lyon; il ne 
semhle pas qu'on en ait fait tout l'usage ([ue l'on devait. 
Nous avons vu que Nogaret fut directement mêlé à ces 
affaires. 

Revenant au fait de Bonilace, Nogaret et Plaisian pré- 
tendent que ce fut en haine de ce que ses crimes et ses hé- 
résies avaient été publiquement découverts en France, que 
ledit pape mit tant d'ardeur à miner le royaume orthodoxe. 
Les procédures de Boniface contre le roi ont été révoquées 
par son successeur Benoît. Les requérants demandent copie 
de cette révocation , assurant qu'elle est dans les registres, 
et montrent par quelques nouveaux raisonnements la ma- 
lignité de (laetani. Il est inutile d'analyser plus en détail 
toutes ces pièces, longs réquisitoires contre Boniface, ré- 
ponses à ses défenseurs, dissertations d'histoire ecclésias- 
tique et de droit canon sur la renonciation de Célestin, 
répétitions sans fin de l'éternelle apologie de Nogaret. Sur 
ce point, le subtil légiste varie ses aperçus avec une sur- 
prenante dextérité. 11 a été requis pour remédier aux scan- 
dales de Boniface, qui allait détruire la foi et le royaume 
de France. Le roi ignontit bien des choses à cause de la 
dislance; mais Guillaume, qui était alors dans ces parages, 
comme catholique et membre de l'Eglise, à laquelle, en 



LEGISTE. 329 

.M\ SIECLE. 



Iciups (le nécessité, tout catholique est [<mui tic porter aide, 
(iiiillaunie n'a pas dû abandonner sa mère, que ledit Boni- 
lace s'empressait de massacrer, ni négliger la foi, qui était 
foulée au.v pieds par lui, ni sa patrie, que ce frénétique vou- 
lait détruire, ni son roi, qu'il haïssait comme défenseur de 
la loi et persécuteur des hérésies [ul subditits rationc reijni, 
hoino liqiiis et fidclis pro feodo; fidehs lusiiper (juki mdcs cjiis et 
de ejiis hospitio et eonsdto existebat , et officialis publions recjni 
't juslietarins pcrsoiuufue pubhca). Il a, du reste, agi par zèle i)upii\,i'nuvos, 
pour Dieu et pour la foi, de l'avis du ])odestat, du capi- M'-'' <■"••"> 4i'- 
taine et du peuple d'Anagni. Il n'a rien voulu faire dans 
celte ville sans que l'étendard de l'Eglise précédât fétendard 
de son roi. 11 faut aAouer que le mémoire des défenseurs 
de Boniface contre «les deux Guillaume» est d'une plus i)„|„>y,i>Miiv.s 
forte logique. La conduite de Nogaiet dans faflaire d'Anagni ['; Mm '^^ ' 
V e.sl présentée sous un jour accablant. Les auteuis du mé- Bain/cViiapap 
moire faisaient observer que le prficès de lîenoît XI avait été . ^',|;" ' '' '"' '" 
lail in re notoria, publica et inaïufcsta, et eliam snbejusdeni do- 
mini Benedicti ociilis fada. 11 était aisé, d'ailleurs, de trouver iK.pnv.Pn.ms. 
dans la vie de l'accusateur des points laibles et, selon l'ex- r •"'" 
pression des contenqiorains, mtilla (jravia cl enormia. Contm..!.- \an 

Pendant la suspension des audiences d'Avignon, l'en- k? i x'x° Veo.. 

(fuète testimoniale se continuait. Le 'i3 mai i3io, le pape — «iiiani <ie hv.. 
• , . . 1 1 . • 1 ' ci.et;Histoi. a. I.. 

nomma des commissaires pour entendre les témoins dont Fr.t.xxi. p. .•s.v 

l'examen pressait. 11 leur était ordonné de se transj^orter à 

Rome, en Lombardie, en Toscane, dans la campagne de 

Home, pour examiner les témoins vieux, valétudinaires ou 

prêts à s'absenter pour longtemps. Toutes les dépositions 

devaient être secrètes. On mit d'abord à l'enquête beaucoup 

de lenteur. Nogaret et ses substituts se plaignaient sans 

cesse que la preuve périssait, que les témoins mouraient : 

fun d'eux a été trouvé mort dans son lit, quand on est allé 

finteiTOger, etc. Le 23 août i3io (et non i3og, comme le 

veut Dupuy) , Clément rassure le roi sur les plaintes qu'on Dup.iy.Pieuvcs. 

lui faisait à ce sujet, et lui apprend qu'il a déjà rendu 'j^u'tf.'ê'^p ,,3. 

quelques jugements contre les témoins qui refusaient de •■<>'« '^ 

parler. 11 est à peine croyable qu'un pontife romain ait pu 

TOME \.\VII. l^■2 



330 GUILLAUME DE NOGARET, 

M\ SIfXI.K. 

' oubliera ce point ce qu'il devaità son titre. Un des plusj^rantls 

scandales de l'histoire de la papauté allait se produire. Clé- 
ment se doutait bien de la boue qu'on allait remuer; mais, 
en homme du monde superficiel et facile, il ne voyait pas 
le tort qu'il faisait à l'Eglise; étranger à la tradition romaine, 
il était d'ailleurs moins sensible que n'eût été un Italien à 
la honte du saint-siége; mais il aurait dû prévoir l'affreuse 
nudité que la main dure et brutale de juges habitués à 
fouiller des choses impures allait révéler; il aurait dû 
craindre les ordures de leur imagination souillée, les cru- 
dités de leur langage. A la face du monde, la maison du 
père commun des fidèles allait être assimilée à Sodome, à 
Gomorrhe; on allait enseigner à la chrétienté que le chef 
de l'Eglise de Dieu pouvait être un infidèle, un blasphéma- 
teur, un infâme plongé dans le bourbier des vices sans 
nom. 
Unir), 1 xci. Clément commit trois cardinaux pour examiner les té- 

liist de^' Franc. i»oins, savoir : Pierre de La Chapelle, évèquede Palestrine; 

i IX, p 239-248 Bérenger de Frédol, évèque de Tusculum, et Nicolas de 
Fréauville, du titre de Saint-Eusèbe. Nous possédons quel- 
ques parties de ces informations. Les déposants sont una- 
nimes pour attribuer à Boniface, en morale, toutes les tur- 
pitudes; en philosophie, toutes les assertions hardies de 
Hupuy. Preuves, l'école matérialiste et averroïste. Boniface, nous l'avons déjà 

kl Pr p \q 30 dit, était un mondain lettré comme Guido Cavalcanti et ces 
matérialistes non avoués que l'Italie, selon Dante, comptait 
déjà par milliers. Ainsi nous le montre la satire de frà Jaco- 
To^ll.l 1. 1. :!8i pone, portrait si juste et si fin, tracé bien avant que Noga- 
ret eût pu suborner aucun témoin. Son langage pouvait 
être fort libre, comme ses opinions. Il est peu croyable 
cependant qu'il ait porté l'imprudence jusqu'aux excès ra- 
contés par les témoins. Un chanoine de Fouille prétendit 
avoir assisté , du temps de Célestin V, à une conversation 
entre le cardinal Gaetani et plusieurs personnes. Un clerc 
disputait sur cette question : « Quelle est la meilleure loi ou 
«religion, celle des chrétiens, des juifs ou des sarrasins? 
"Qui sont ceux qui observent le mieux la leur?» Alors le 



et sut 



LEGISI K. 



331 



XU' MÈCI.K. 



cardinal aurait dit : « Qu'est-ce que toutes ces religions ? Ce 
« sont des inventions des hommes. H ne se faut mettre en 
«peine que de ce monde, puisqu'il n'y a point d'autre vie 
«que la présente.» 11 ajouta que l'univers n'a pas eu de 
commencement et n'aura point de fin. — In abbé de Sainl- 
Benoît déposa du même lait, ajoutant que le cardinal Gae- 
lani avait dit que le pain dans l'eucharistie n'est pas changé 
au corps de Jésus-Christ, qu'il n'y a point de résurrection, 
nue l'âme meurt avec le corps, que c'était là son sentiment 
et celui de tous les gens de lettres, mais que les simples et 
les ignorants pensaient autrement. Le témoin, interrogé si 
le cardinal parlait ainsi en raillant, répondit qu'il le disait 
sérieusement et pour de bon. Un Lucquois rappoiia égale- 
ment que, se trouvant dans la chambre du pape, en pré- 
sence des ambassadeurs de Florence, de Bologne, île 
Lucques, et de plusieurs autres personnes, un homme qui 
paraissait chapelain du pape lui apprit la mort d'un certain 
chevalier, el dit qu'il fallait prier pour lui. Sur quoi Boni- 
lace le traita de niais; et, après lui avoir parlé indignement 
de Jésus-Christ, il ajouta : «Ce chevalier a déjà reçu tout le 
« bien et tout le mal qu'il doit avoir; c;ir il n'v a de paradis 
« ni d'enfer qu'en ce monde. » 

\ucune plume ne voudrait plus transcrire les allégations 
qui suivent. Tous les témoins rapportent les mêmes faits 
avec des raHinements de scandale. Cette uniformité est une 
raison de croire qu'il y eut dans ces témoignages de l'arti- 
fice et de l'imposture. Boniface, nous le répétons, n'était 
pas un saint; plus d'une fois il dut s'exprimer sur la reli- 
gion d'une façon cavalière. Macjnanimiis peccator, tel est le 
mot par lequel. ceux qui le connurent résumèrent leur im- 
pression sur ce caractère singulier. Néanmoins il est diffi- 
cile qu'il ail fait des confidences aussi franches à des gens i. xxi! p. 714 
(lu commun ou même de bas étage, comme sont les témoins ^rev;'iMoi^53T 
du procès d'Avignon. Les prétendues invocations à Beelzebub 
et les autres superstitions qu'on lui prête sont en contra- 
diction avec fincrédulité qu'on lui attribue d'ailleurs. Les 
averroïstes ne croyaient pas plus aux démons qu'aux anges. 

4a. 



l'osli, t. Il.p 191J. 
noie. — Cr. licr- 
nard. Guidunis , 
dans le recued de-^ 
nistor. de la Kr. 



I)u|>uy, Preuves, 
p. 5,6. 



xn siKcr.F.. 



332 (il ll.LALME DK NOCARLT, 



l.a plupart de ces témoignages paraissent donc avoii- ett- 

suggérés et payés par les suppôts de Nogaret. On voit en 

particulier Bertrand de Roccanegada occupé à les réunir et 

i)iipiiyi'i.in.s. à les proYocpier. Ajoutons que les mots prêtés à Boniiace 

■'■ ^■^''' l'entrent exactement dans le cadre des impiétés qui lurent 

ittiihuees à l'rédéric II, ainsi qu'à tous ceux que l'on 

voulut perdr(> par le soupçon d'averroïsme. D'autres accu- 

u.nun. Awno;-^ sations sont calf|uées mot pour mot sur celles dont on se 

ih'iT'ss.N !"" '^•^'l'vit poui' exciter Findignatioii piililirpic contre les tem- 
pliers. 
Hr.iix. I \(;i. De délais en délais, nous arrivons au vendredi i3 no- 
vembre I 3 1 f) , auquel jour Nogaret se plaignit que les de- 
lenseurs de 13oniface avaient avance plusieurs choses contre 
l'honneur et la réputation du roi son maître, et en demanda 
réparation. I.e pape se hàfa fie désapprouver tout ce (jui 
avait pu être dit en ce sens, olVrant d'écouter ce que Noga- 
niiimY.PKiuis, ret vo\idrait dire pour soutenir Ihonneur du roi. Le io no- 

'' '° vemhre, Nogaret et Plaisian loni observer qu'ils ne sont pas 

amba.ssadeurs du roi , ce dernier n'ayant pas voulu se rendre 
partie. On discuta ensuite si Boniiace avait enseigné ses 
mauvaises doctrines en consistoire ou en secret. Nogaret pré- 
tendit qu'il avait soutenu ses hérésies devant vingt, trente, 
quarante, cinquante personnes; que cependant il n assurait 
pas que ce lût en consistoire, oii cet homme pervers n'alli- 
rhipiiy.Pioin... chait pas, naturellement, son hérésie. Nogaret lui-méniH 

p. .m etsun. trouvait à ce biais un avantage que nous verrons se révéler 
plus tai'd. Haliitué en qualité de juriste à demander plus 
pour avoir moins, il songeait, dans le cas où il ne pourrait 
obtenir la condamnation absolue du pape mort, à se la- 
battre sur un jugement qui, alléguant le caractère non olli- 
ciel des ])lasphémes de Boniface, laissât subsister tous les 
laits d hérésie à sa charge. Le :?4 novembre, Nogaret pro- 
teste encore. I.,es défenseurs ont dit des choses contre la 
juridiction et les droits du roi sur le temporel des églises; 
ils ont prétendu que le roi ne peut rien tirer de ses églises 
contre leur gre pour la nécessité du rovaume; ce qui est 
taux en principe, bien que le roi ne l'ait jamais fait que du 



LEGISTE. y.VS 



M^ -iKr.i.F.. 



coiispiitt'iiit'iil (les prélats. Le pape seliàla dv cloie le débat, 
eu protestant rpion n'avait voulu porter aucun préjudice aux 
droits du roi et de l'église gallicane. Puis l'allaire, de remise 
eu remise, est renvoyée au 20 mars 1 3 1 1 . 

Le temps se passait ainsi en délais, en inteilocutoires et 
en préliminaires; ce n'étaient qu'exceptions, fins de non-re- 
(•e\oii-, protestations. Les parties ne conviennent ni de leurs 
(pialil<'s, ni de la compétence du juge; on n'avance pas ini 
mot sans restriction ou modilicalion; à charpu' pas, ou 
craint fie donner rpielque avantage à son adversaire. Noga- 
ret demande sans cesse son absolution « caulèlc; le pape 
répond invariablement rpi'il y pensera, ([ue iSogaret dor)ne 
sa demande par éciit. .\ogaret alors jure qu'il n'est entre 
dans Anagni cpie par suite de la résistance de Boniface. Ho- ih.jm 
iiilace et son trésor couraient les plus grands dangers; tout ' 
était perdu s'il se retirait; il a tout sauvé en restant. Il ne 
s'»\st [)as associé à Sciarra; Sciarra est venu voir ce qui .se 
passait; il ne s'est associé qu'à de bons et fidèles sujets de 
rKglise romaine; il ne savait pas que Sciarra fût eimemi de 
l'Lglise ni de Boniface. Il a voulu ('viter par son appel (pie 
fioniface ne sévît contre lui, comme il a\ait sévi contre les 
(Colonnes, et contre Pierre Fiole, «(font il avait condamne 
.' la mémoire après sa mort pour une semblable cause. . . > 
Les parcliemins s'entassaient d'une manière formidable 
pour les deux parties. 

S ■>. il est évident que, conduit de cette manière, le 
procès n'eût jamais fini. Le scandale était à son comble. Ces 
liorrt'urs mille fois répétées sur la mémoire d'un pape, ces 
deux troupes armées venant au consistoire d'un air mena- 
(Jant, effrayaient tout le monde. Lliabile Clément, cepen- iiii.i 
danl, cliercbait des moyens pour écliapper aux exigences 
du roi sans trop violer ses devoirs de pontife. Son génie po- 
litique lui suggéra enfin une solution plus efficace que celles 
des légistes et des canonistes. Il eut recours à Cfiarles de 
Valois et lui fit comprendre les maux qui pouvaient .sortir 
de cette affaire. Il le pria d'obtenir que le roi lenn't tout à la 



II. 



\\\ MKCLK 



334 GUILLALMt: DE NOCARET, 



l'ostijn,, I 



décision personnelle du pape, et commandât à ceux qui 
i),i|mv, i>i, iK,-, poursuivaient le procès de faire de même. Charles de Valois 
était ultramontain et ennemi des juristes gallicans. Il entra 
dans les intentions du pape et déploya tout son zèle pour 
amener une conciliation que les barons, les prélats, tout le 
parti conservateur qui entourait le roi, désiraient vivement. 
De ces efforts réunis sortit enfin un arrangement qui sauva 
la papauté du plus grand affront dont elle eût jamais été 
menacée. 

Ce qui prouve bien que la renonciation du roi aux pour- 
suites fut convenue d'avance entre le pape et le roi, c'est 
un projet de bulle qui nous a été conservé. Dupuy montre 
fort bien que cette bulle n'a jamais été expédiée; tout y dé- 
cèle la main de Nogaret. Dans ce projet de bulle, le pape 
répète les accusations que l'on a portées contre Boniface ; 
il expose brièvement les oppositions faites par les amis 
de Boniface, insiste sur les réponses du roi. l.e roi, ut filins 
pudoratus, vercns cernere verenda ilhus (jucm pro paire bonafide 
venerabatiir, eût été très-aise que Boniface fût justifié; mais 
le scandale était si grand dans l'église gallicane et parmi la 
noblesse, qu'il fallait que le concile en connût. Suit un récit 
de l'affaire d'Anagni, conçu en vue d'absoudre Nogaret. No- 
garet ne pouvait parler à Boniface sans l'emploi de la force; 
il n'a pas mis la main sur lui. Boniface avait juré la ruine 
du rovaume, il avait reconnu le roi d'Allemagne à condition 
ifue celui-ci fît la guerre au roi de France. Nogaret ne fit 
que signifier à Boniface les ordres du roi; il fut assisté par 
les Romains et par les Anagniotes, portant l'étendard de 
l'Eglise; il empêcha ainsi Boniface de publier ce qu'il vou- 
lait faire contre le royaume, dont il était l'ennemi enragé. 
Pour sa personne et son trésor, il les a défendus comme il 
a pu; le désordre qui eut lieu arriva contre son intention; 
ce que Boniface reconnut pour lors et a depuis reconnu, 
ayant remis aux agresseurs toute la faute, s'il y en avait. 
Selon les règles des saints Pères, celui qui lie, malgré sa 
résistance, un fou furieux ou un frénétique, lequel sévissait 
contre lui-même ou contre les autres, celui qui réveille un 



LEGISTE. 335 

léthargique, qui accuse un incorrigible, fait acte de charité. 
On est encore bien plus obligé à cela si le frénétique est 
votre maître, votre père, et si de sa frénésie peut provenir 
le danger de plusieurs. Boniface était aii moins hérétique 
présumé; or, d'après un canon d'un concile, l'accusé d'hé- 
résie est déjà tenu pour condamné et suspens. Poniface, en 
léalité, était fou lurieux, parricide; il ne cherchait qu'à tuer 
ses enfants; il a donc été d'un bon catholique de le contenir 
parla force, et, par une juste violence, de l'empêcher de 
perpétrer son crime; si cela n'avait pu se faire autrement, 
il eût été meilleur et plus salubre de le charger de chaînes, 
de le garder en griève prison et de le battre de verges, que 
de le maintenir contrairement à toute pitié, pour perdre 
non-seulement lui, mais les autres, non-seulement les corps, 
mais les âmes. Moïse délivra un Israélite en tuant un Egyp- 
tien, et cela fut réputé justice. Boniface voulait détruire les 
catholiques par des procès irréguliers et en refusant de se 
purger d'hérésie ; tout catholique devait donc s'opposer à 
lui pour son bien et le bien de tous, [^'église gallicane est 
une division, comme l'église orientale, l'église occidentale, 
dans l'Eglise universelle indivisible. Vouloir la détruire, c'est 
vouloir détruire un membre de ce corps dont Christ est la 
tète. En cas de nécessité, on fait des choses extraordinaires, 
on crée des exemples. Un laïque, dans certaines rencontres, 
peut licitement administrer le sacrement du baptême, même 
celui de la pénitence. Nogaret, dans cet extrême danger de 
l'Eglise, a été finstrumentdela Providence. Quand il s'agit 
de défendre l'Eglise, la nécessité fait de tout catholique un 
ministre de Dieu. On dira que le pape Benoît a déclaré, 
dans sa procédure, les excès de Nogaret et de ses compa- 
gnons notoires et accomplis sous ses propres yeux. Le pape 
Benoît a vu ce qu'il a vu; mais il s'est trompé sur le carac- 
tère des faits; on ne peut d'ailleurs qualifier un fait de no- 
toire, avant que les personnes en cause n'aient été appelées 
et entendues. 

Selon ce même projet de bulle, le pape eut déclaré que 
les accusateurs de Boniface avaient agi par le zèle pur de 



XIV SIECI.K. 



\1V MI.I 11'. 



33() Cl II.LALME DE NOGAUET, 

la loi; f[up Nogaret et ceux qui l'assistèrent avaient lail une 
action juste. Bonifacc, ayant été mù par haine de la France, 
toutes ses procédures el constitutions eussent été retran- 
chées des archives d(^ l'Eglise; le pape eût également annulé 
la procédure de Benoît contre Nogaret et ses complices. 
Benoît a été trompé, mal informé; il a commis une erreur 
de lait, c'est-à-dire une de ces erreurs que le siège aposto- 
lique peut commettre. La procédure contre Nogaret eût été 
tirée des registres. Enfin le pape, considérant les grandes 
alTaires du temps, l'intérêt de la Terre-Sainte, le procès des 
tenqiliers, la réunion des Grecs, eût terminé en disant que 
le crime d'hérésie dont Boniface était accusé avait encore 
hesoin d'être prouvé, et qu'on ne voyait pas du moins cpi'il 
eût lail secte. I^oniface a occupé une place élevée dans 
• l'igiise de Dieu; ce serait un grand scandale qu'il lut 
trouvé hérétique. Comme alors les ennemis de la foi catho- 
lique remueraient leur tète sui' nous! «En conséquence, 
" placés entre les conseils de ceux qui nous engagent a laire 
" pistice, quoi qu'il arrive, et de ceux f[ui nous suggèi'ent 
•' d'ahandonner, pour la paix de fEglise, la discipline de jus- 
"tice, nous sommes en grande angoisse, serrés, pressés, 
V suant comme sous un poids énorme. J'.h hien! nous avons 
•< pris une voie moyenne, et avec nos frères nous avons 
" prié affectueusement et instamment à diverses reprises 
"le roi de France qu'il voulût hien, pour fhonneur de 
" l'F.glise, s'écarter de la voie de la rigueur et ordonner auv 
Il accusateurs de remettre la suite de laflaire au jugement de 
" l'Eglise. Le roi a condescendu gracieusement ci nos ])rières, 
" et ainsi, pour l'utilité puhlique et la paix de l'Eglise, 
«nous avons cru devoir supprimer la justice des accusa- 
" lions et du procès susdit, ainsi que la requête d'un concile 
" général, déchargeant les accusateurs de toute nécessite de 
<' poursuivre l'affaire contre la mémoire dudit Bonilace. « 

Ce morceau , nous le répétons, n'est qu'une rédaction pro- 
posée par Nogaret; lui-même n'espérait prohahlement pas 
(pi'elle serait adoptée telle qu'il l'écrivit. Il était essentiel qu'on 
pût croire que la renonciation du roi avait été précédée d'une 



t., 

F. I. XXII, |.. ,9 



LEGLSTt:. 337 

Xl\ MfCI.K. 

rlriiKindr du pape. En réalité il n'y eut, ce semble, d'autre 

deiiiando que celle qui fut adressée par le pape à Cliarles 

de Valois. Dans une lettre au pape, datée de Fontainebleau, h.uin. i xci, 

léviier i 3 1 1 , Philippe reprend le récit de l'affaire depuis le p,''^,' .Z- ^èlZ"n 

parliMnenl tenu à Paris, en mars 1 3o3, et conclut en décla- 590 et sniv — lUv 

rani qu'il abandonne la question au jugement du pape et so.oïc — iiaiiici. 

des cardinaux, pour être tranchée au futur concile ou au- &'l^^ '',/""■ 77 

' . , , . - losli, t. H, p. i.i'i 

trenient : «Cor Dieu nous garde, ajoute-t-il, de révoquer et suiv. — i^onta 

" en doute ce que Votre Sainteté aura décidé sur une cjues- 1!!; ' iLtor. <i' " 
" tion de foi, principalement avec l'approbation du concile. » 
Los précautions que j^rend le roi pour se couvrir, ainsi que 
Nogaret, sont des plus remarquables. Il avait envoyé Nogaret 
vers Boniface pour que ce dernier convoquât le concile. Bo- 
nilace fil guetter ^ogaret; •celui-ci évita donc de voir le 
paj)e, mais, à Piome et en d'autres lieux, il fit des protesta- 
tions notariées. Boniface, alois, commit plusieurs abus de 
force. Nogaret, se Aoxant en péril, lut obligé d'assemblé)' 
des gens de guerre pour sa conservation. Ceux du pays qui 
haïssaient Bonilace prirent cette occasion pour se vengei", 

et commirent certaines violences, contrairement aux ordres VMapp.Aven t.i. 

• 1 • I T-i A A/i • col. 73, 7 I , eldan^ 

de Nogaret; ensuite de quoi le pape mourut. Benoît XI avait uisio,. <ic la Fi. 

promis de poursuivre cette allaire, mais il mourut aussi. K„iie„iwxMoiia^ 

Apiès lui, (lléinent fui prié par le roi lui-même, en per- ci-apits. — g<- 

I J 1 ^ J- rinl do l'"raclicl 

sonne, à Lvon et deux fois à Poitiers, de la continuer. .lans himoi. de là 

Clément né"ociait tn même temps avec les partisans de ' ' '^^'' P-3->. 

.1 I . DiiiiiiY, Preuves, 

Boniface. il obtint d'eux un désistement semblable à celui ,,.590002.— Bail 

qu'il avait obtenu de Philippe. En conséquence de ces deux l^l'oliaid d'I'r'!!- 

(lésistements, le pape donna une bulle liex qloriœ l'irlulum, chei; nistor. de 

, . V . . ' ^ M -> I ' 1 .• ' TfT' •. laFi t XXÎ,p.3b. 

datée d Avignon, 27 avril 1 3 1 1. La rédaction n en ditlerait —(.onti.i.deNan 

pas essentiellement de celle qu'avait proposée Nogaret; à f-'^'/l^x"'' "^^J' 

part quelques atténuations, que l'on sent avoir été discutées - cr. Gi.ard de 

^ • 1 , • j I .• • 1' ' il « Frarhel; llislor. 

pied a pied avec les parties intéressées, ce sont les mêmes j^ ,,, p,.. t. xxi, 

mots, les mêmes images, et l'on peut dire sans exagération p ,3,' — '-Pr^J • 

1 1 r !• • 1 1L^ t. II. p. îJo, 3ia, 

que le second et le plus extraordinaire attentat de Nogaret 3.6.— Dupuy.Pi. 

sur la papauté fut de l'avoir induite à s'approprier son style ^gg'r.g','*; Hl] 

et ses phrases. Après avoir loué la France et ses rois pour 6og 608. — liaii 

leur piété et leur zèle à défendre l'EgHse catholique, Clé- ^'sg.'' '"^' ' 

TOME WVIi. 43 

2 '. . 



lni|)iij, Pleines. 
. 'CfJ cl Miiv. 

l'.c. n..,,l. Gt.ido 
i>, (laas Haiiizc. 



338 GUILLAUME DK NOGAHET. 

ment dit que Philippe, lant pour les autres rois et potentats 
(le la chrétienté, ses adhérents, qu'en son privé nom, et 
comme champion de la loi et défenseur de l'Eglise, requit 
(en l'année i 3o3) la convocation d'un concile général pour 
y faire vider les appellations iormées contre le feu pape Bo- 
niface, prévenu des ci'imes d'intrusion, d'hérésie et autres 
actions détestahles et de pernicieux exemple, pouvant 
ruiner l'état de la foi et de l'Eglise, et afin qu'il fût pourvu 
à l'élection d'un vrai et légitime pasteur. A lui s'étaient joints 
plusieurs princes et grands personnages ecclésiastiques et 
laïques, qui se rendirent dénonciateurs desdits crimes. Ees 
défenseurs de Bonilace ont soutenu que le roi, mû plutôt 
de haine que de charité et du zèle de la foi et de la justice, 
avait calomnieusement procuré ces dénonciations et qu'il 
était l'auteur du sacrilège commis en la capture du pape 
par quelques-uns des dénonciateurs eux-mêmes, ennemis 
capitaux dudit pape. A cela il a été répliqué, de la part du 
roi, qu'il avait procédé avec tout le respect filial possible, 
comme envers un père, dont il craignait de voir les hontes 
et dont il auiait volontiers couvert les nudités de son propre 
manteau , mais qu'étant publiquement requis en son parle- 
ment de Paris, en présence des prélats, barons, chapitres, 
couvents, collèges, communautés et villes de son royaume, 
et ne pouvant plus dissimuler sans scandale et offense de 
Dieu, il se vit contraint, pour la décharge de sa conscience 
et de l'avis des maîtres en théologie, professeurs en droit, etc., 
d'envoyer vers Boniface Guillaume de Nogaret, chevalier, 
et d'autres ambassadeurs, pour lui notifier lesdites dénon- 
ciations et requérir la convocation d'un concile. Que si les 
ambassadeurs ont excédé leur pouvoir et commis quelque 
action illicite en la capture de Boniface et en l'agression de 
sa maison, ces violences ont toujours grandement déplu au 
roi et il les a toujours désavouées. Après de longues procé- 
dures, conduites tant par-devant ledit Boniface, avant son 
décès, que devant le pape Benoît XI et le pape Clément V, 
tandis qu'il était à Lyon et à Poitiers, toutes réserves et pro- 
testations faites, le pape Clément V ayant fait l'inquisition 



LEGISTE. 339 

doirice qu'il devait sur les motifs de bon zèle du roi et des 
dénonciateurs, les déclare au préalable exempts de toute 
calomnie en leur poursuite, à laquelle ils ont procédé en 
sincérité d'un bon et juste zèle pour la foi catholique. 

Quant à Guillaume deNogaret, personnellement compa- 
raissant en plein consistoire, il a déclaré qu'il avait seule- 
ment reçu mandat pour notifier à Bonilace la convocation 
du concile général, lequel, en pareil cas, était supérieur à 
Boniface. Le roi n'a donc aucune responsabilité en l'aiïaire 
d'Anagni. Mais comme, à cause de la roideur de Boniface, 
des menaces adressées et des embûches préparées audit 
Guillaume delà part de Boniface, (iuillaume ne pouvait au- 
trement trouver un accès sûr dans la maison papale, Guil- 
laume en personne, entouré et appuyé par une escorte de 
fidèles vassaux de l'Eglise, est entré en armes, pour sa dé- 
fense personnelle, dans la maison que ledit Boniface habi- 
tait à Anagni. Le pape poussa fendurcissement jusqu'au 
bout. (I Même alors il ne voulut pas céder, quoique légiti- 
« mement requis, et se plaça ainsi dans le cas de manifeste 
«' contumace. Et Guillaume ne mit ni ne laissa mettre par 
« personne la main sur lui ; au contraire, l'arrachant à ceux 
« qui avaient une soif cruelle de son sang, il le défendit de 
« la mort et le garda sain et sauf. » Nogaret prétend donc 
n'avoir rien fait qui ne soit dans les termes du droit et 
d'une nécessaire défense. « Par ces raisons et par beaucoup 
« d autres, Guillaume affirme que tout ce que lui et ses par- 
« tisans ont fait à Anagni, ils l'ont fait par un zèle sincère 
«et juste de Dieu et de la foi, par la nécessité instante de 
"la défense de fEglise, de leur roi, de leur patrie, pieuse- 
« ment, justement, de plein droit, sans nul attentat illicite, n 
Ce qui a été perdu du trésor fa été malgré ses efforts, qui 
n'ont eu qu'un seul but, défendre Boniface et le trésor de 
l'Eglise, empêcher le scandale. 

Le pape Clément, suffisamment instruit par cette en- 
quête, déclare donc le roi innocent [innocentem pemtas et in- 
culpabilem fuisse ac esse) des capture, agression et pillage, 
imputés à tort ou à raison audit Guillaume. D'une autre 

43. 



Xl\ MKCI.K 



MO GUILLAUME UE NOGAHET, 

part, les défenseurs de Boniface et le roi, en son nom cl au 
nom de tous les regnicoles de France, ayant consenti, pour 
le bien de la paix et l'avancement de l'œuvre de Terre-Sainte, 
à remettre l'aflaire entre les mains du pape Clément, celui- 
ci casse et révoque toutes sentences portant préjudice au 
roi et à son royaume, ainsi quaux regnicoles, dénoncia- 
teurs, adhérents, etc. 11 lève les excommunications, inter- 
dits, etc., lancés par Boniface et Benoît depuis le jour de la 
Toussaint de l'an i 3oo, contre le roi, ses enfants, ses Irérns, 
le royaume, les regnicoles, dénonciateurs, appelants, etc., 
pour raison desdites appellations, lérpiisition de concile, 
blasphèmes, injures, capture de j)ersonne papale, agression , 
invasion de la maison de Boniface, dissipation du trésor de 
l'Église et autres dépendances (\u fait d'Anagni. Abolit en 
outre toute la tache de calomnie et note d'infamie (pii, ,i 
l'aison desdits cas, pourrait être inqiutée au roi v[ à sa posté- 
rité, auxdits dénonciateurs, prélats, barons et autres, 
encore même qu'on supposât ladil*^ capture avoir été faite 
au nom et du mandement dudit roi et de ses adhérents, 
ou sous sa bannière et enseigne de ses armoiries. Ordonne 
(jue Icsdites sentences et suspensions seront ôtées des re- 
gistres de l'Eglise de Rome, défend d'en garder les oiigi- 
naux, et enjoint à toutes personnes de supprimer des re- 
gistres et lieux pid)lics ou prives toutes les pièces desdils 
procès, avec inhibition d'en tenir copie, a peine d'excom- 
munication, f^e tout sans préjudice de la \érité de l'aflaire 
principale et de la poursuite qui s'en pounail faire d'ollice, 
et saul de procéder à l'avenir à l'audition et examen desle- 
njoins et dénonciateurs qui pourraient se présenter et èlre 
recevables contre Bonilace et sa mémoire, ensemble des 
défenses et exceptions légitimes, s'il v en avait à proposer, 
poun'u ([u'elles ne touchent ni le roi, ni ses enfants, ni ses 
frères, ni son rovaume, ni les dénonciateurs susdits. 

Guillaume de Nogaret, Sciarra Colonna, Bainaldo da 
Supino, son fils, son frère, Adenolfo et les autres chevaliers 
gibelins d'Anagni, qui s'étaient le plus signalés dans la cap- 
ture de l)oniface et le vol du trésor, sont exceptés de l'abso- 



LKGISTt:. Slil 

liilioM geneiale, el sur ce, la liuUe liiiil par les lorimiles 
(1 usage. Mais après la date, comme appendice laisant partie |)„|min iM.n- 
intégrante de la bulle, suit I absolution îles mêmes person- i' '""''" ' 
nages cjui viennent d'être exceptés, et l'appendice est date 
(\i\ ni«''me jour i[ue la bulle, (iuillaume n'est nullement dé- 
clare coupable. On admet cju il ]jrétend avoir eu de bonnes 
raisons d(> iaire ce qu'il a lait; on tiouve possible cpie ce 
(ju'il a lait au nom el j)Our le service du roi son maître soit 
arrive contre son intention, et par la seule résistance (pie 
Bonilace a apj)ortée à la convocation tl'un concile général. 
(Test par excès de précaution et pour sa ])lus graiule sûreté 
(pi il a instamment, luiinbleinent, dévotement demandé 
([U On lui accordât le benelice de labsolution à cautèU', 
>< ollrant, \u sa grande révérence pour l'Lglise et pour nous, 
"de recevoir et d'accom|)lir ad caïUclam la pénitence (pie 
" nous croirions devoir lui enjoindre. " i„,„.ii.i.i.iu,i. 



j.a pénitence lut celle-ci : « Au premier passade "enéral, Ï'V ''""''''"'' 

"il ira de sa personne à la l'erre-Sainle avec armes el cbe- '"i tj -i i'"- 

" vaux pour y demeurer toujours, s il ne mente que nous ou ,. \\i, ,, - ,. — 

" nos successeurs abrégions leleini)sdesa peine. (Jepeiidanf, <i-i''i'|" '"'"'' 

" . ' . I 1 , i ni. 1 11.) . 1 Ot- 

>i il ira de sa personne en pèlerinage à Notre-Dame de \ auverl 
" (de Valle viridi , probablement Vau\eri, à quatre lieues est- 
" nord-est de Saint-Gilles, à (piatre lieues nord d'Aigues- 
■" Mortes) , de liocpiamadour [df^ Rupc anuilona) , du Puy-en- 
" \ elay, <le Boulogne-sur-Mei' el de (diai très, à Saint-dilles, 
«à Montmajour, à Saint-.Iacques-en-(ialice. Au cas où il i),i|,uv,rr.ia(v 
" mourrait sans avoir accompli ces pénitences, ses héritiers }'.J'|"' j,.'^",„, ,7 
M jouiront du bénéfice de l'absolution, pourvu qu'ils accom- 'i.'"- Hist-.r. .i. b 
" plissent ce qui en resterait à Iaire. A délaut de ce, l'absolu- J-^j'iraid','. i',;,- 
" tion serait nulle au regard de Nogaret et de ses héritiers. " ''"■'■ '•'. t'" 
Le njème jour, le pape, qui était en veine d indulgence (iansHistm. .i. i„ 
"énérale, donna l'absolution à ceux d'Xnaoni; mais une ';'' '„'' ' 
autre bulle .spécifia que cette absolution n était pas pour p. fioi.doj 
ceux qui avaient mis la main sur Boni face et c[ui l'avaient 
outragé en son corps ou eu son honneur; au moins ne 
.s'étendit -elle pas à ceux qui avaient volé le trésor de 
l'Eglise, «injure, dit Baillet, beaucoup plus sensible à la r 3y» 



\IV SIKl.l.B 



3^2 (iljILLALME DE NOGARET 



p. (m 



« cour (le r»ome que toutes les insultes et les violences que 
« Boni face avait souiTertes. » Clément, du consentement de 
Nogarel, de Plaisian, etc., se réserva la liberté de les ab- 
soudre ou de les poursuivre, quand il le jugerait à propos. 
Une dernière bulle déclara «que le pape ne recevrait plus, 
(I à l'avenir, aucun acte où Ton blâmerait le louable zèle et les 
" bonnes intentions que le roi avait fait paraître dans tout le 
« cours de cette affaire. » La victoire du roi était complète. 
L'acte le plus bardi qu'un prince catholique eût jamais en- 
trepris contre la papauté, le voilà traité de bonne action 
dans une bulle papale; le ministre dont le roi s'était servi 
poui" accomplir cet acte, après avoir conduit d'un ton im- 
périeux toutes les procédures, est réconcilié avec l'Eglise 
sous une (orme qui n'implique pas que son acte ail été bien 
coupable. Cette absolution lui est accordée non pas jireci- 
sément parce c[u'il en a besoin, mais pour repondre au\ 
scrupules de sa conscience timorée, et au prix d'une péni- 
tence que probablement il n'accomplit jamais. 

On a pu remarquer, dans l'analyse que nous avons doii- 
néc de la grande bulle licx (jlonœ virttitiun, que, par un 
raffinement juridique conforme aux procédés subtils du 
temps, le pape maintenait au fond la cause intacte. Lu 
nii|.i.» Ui-i effet, une dernière bulle du 2 7 avril i 3 1 1 présente ainsi les 
faits. Le roi n'a pas voulu être partie dans le piocès de Bo- 
niface; il a seulement demandé au pape de donner audience 
à iNogaret et à Plaisian , qui annonçaient l'intention d'atta- 
quer la mémoire du pape défunt. Les discussions ont eu 
lieu; les défenseurs de Bonjface se sont désistés sponte ac 
hberc , auctontate nostra inlervenicnte , de leur défense. Le 
pape accepte cet état dfi choses; cependant, son premier 
devoir étant de ne laisser sans enquête aucune accusation 
contre la foi, il proroge l'enquête testimoniale pour et contre 
la mémoire de Boniface, ainsi qu'au moment de l'abandon 
de l'affaire, il l'a déclaré à " notre vénérable frère Guillaume, 
« évêque de Bayeux; à nos fds bien aimés Geolfroi du Fles- 

l'sis, notre notaire, chancelier de l'église de Tours; à 

« Alain de Lamballe, trésorier de l'église de Chàlons; à En- 



.3. 



LEGISTE. 343 

XIV >iK(;i.i 

.1 «rueiiiuid de Marigni; à Cuillaume de Nogarel, seigneur 
" de (>alvisson ; à Guillaume de Plaisian, seigneur de Veze- 
.'nobres; à Pierre de Gaillard, maître des ar])aiestriers du 
« loi de France, clievaliers, ambassadeurs du loi de France 
«pour J'alVaire susdite.» l^e 3o juin loii, cette ])ulle est 
aulhenliquéc devant rollicial de Paris et par-devant Jactjucs 
des Vertus, notaire apostolique. Sans doute, Taccusalion 
ne\oulait pas laisser croire que c'était ellecpii se désistait, ni 
(pielle abandonnât la vaste instruction (pi'elle axait coni- 
ni(>ncée. 

Toioinc de Lucques, qui raconte très-exactement laccord 
(ju'on \ienf de lire, ajoute que les ambassadeurs du roi hjUric.Vits|<a(. 
(loniièreni à la chambre apostolique 100,000 florins en ré- ^*'"- ' '-'oi -i'; 

il' _ — (.oiijp. Heniard 

c()uq)ense des peines qu'elle s'était données en cette affaire. (;'"<i<»iis, ihid 
l-a vénalité de la cour d'Avignon donna occasion, en efl^et, !ni ',„v ,W ' 
aux bruits les plus défavorables, l^e continuateur de Guil- 
laume de Nangis veut que Nogaret n'ait obtenu l'absolution a.i ...m 1.1., 
(((/ rdiiielain que parce qu'il constitua le pape son héritier. 
Le lait est entièrement faux, puisque nous connaissons le 
testament de Nogaret et que nous suivons les effets de ce 
testament sur sa postérité. H faut reconnaître cependant 
qu'une autre autorité contemporaine, qui représente bien 
les bi'uits qui couraient alors dans la bourgeoisie un peu 
instruite de Paris, veut aussi que «les solz » aient eu leur 
part dans l'absolution de Nogaret. Voici les réflexions de ce 
contemporain, Geoffroi de Paris; on y reconnaîtra beau- 
coup de finesse et d'esprit : (i.oiiioidcpai.!,. 

* '^ .lans Ili>loi. <lc la 

Frt.XXII.p. .:(.. 

ht se ne lust le roy de rrance. 
Autrement li fust avenu ; 
Mes par le roy fu soustenu. 
Par sentence fu cil Guillaume 
Condampné de France royaume, 
Por ce qu'au pape avoit mesfet , 
Et por ce que le roy le fait 
N'avoua pas que fet avoit'. 
Biax sire Diex! qui vit trop \oix. 

' El parce que le roi n'avoua pas qu'il avait cuiiiinis le Tiit. 



3'ri CI II.I.AI MK DR NOGAREÏ 

\i\ «.iKcr.r. 

Ainsi s asdiiitidii piisl 

Du |);i|)e. cil qui tant nicsprist . 

.Si iiim I l'ii (libt, et lut assolz, 

Non pas [)()i Diru, mis nui' les sol/., 

El asx'/ liiicl lu siin i .ipci . 

Et ni Icssa lions i\c sa pnl . 

No \r |)aïs niotill n'osloingna . 

Si vif^uciou.scniont l)osoinj;iia. 

Cil à ciii Ion tient Ic-niontnn 

Souofnoo', co niotlist-on; 

Pur cr noa il si soiiof; 

(iai il a\(iil cl ((ucuo ot olcf. 

Le ii>v (jucue est (le la |)0('|e 

Et la elof si est I ap'isinile. 

I,a\raie, I unique cause (jiii .saii\a iNogaifl fui la protor- 
'mimmI .1. Ira liou (le l'Iiilippo. IMiilippe avait ohtpiiii la plus graiulc c(»n- 
I.' Il 1 ' I \\i (■Pssif>n (\uo jamais souverain ail tirée de la cour (le iloine. 
|.. s:.. — coniii, Dcson c()té, (ilenieul a\ail remporté sa victoire; il a\ail 
II. in,, il, I., K, évite un précèdent liineste pour la papauté et dont les con- 
^^ '' '' " ' .séquences eussent ele incalculahles. Les sacrifiés furent les 
(iaetani. Pour eux pas un mot bienveillant; on laisse planer 
sur eux le sou])çon de violence en l'allaire de l»ainaldo da 
Supino; le j)ape lui-même les déclara lahricateurs de lausses 
l'icm,-. pièces. La translation déjà presque définitive du sainl-siege 
à .\vif^non enlevait à ces lamilles romaines toute leur impor- 
tance ; il n"v avait plus de raison pour les ménager. 

L histoire, sur ce singulier différend, ne fut pas plus 

incorruptihie que ne l'avaient été les contempoivains. La 

\ersion oHicielle, ou, si Ton veut, le mensonge de .\ogarel 

sur la scène d'Anagni, s'imposa à la postérité comme a 

lopinion de son l(>mps. Les récits du continuateur de Nan- 

\.i ai. Il ,.;<.,;. gis, de Girard de Frachet, sont en tout presque conformes 

p. 189"'' -^^'^ apologies de Nogaret. Boniface, selon eux, a eu tous 

iii-to. .1. 1., 1 1 les torts; le roi n'a fait que se défendre; Nogaret a été le 

11)1.1 ' \\i porteui" courageux de l'intimation. Jean de Saint-\iclor est 

j.'.n ihi.i.p .'iS; aussi très -favorable au roi. Bernard Gui regarde bien 

i.ilic r.'ril . .T-^r;. 
„„|.a,li,.l. 

■''"' l'7' 'T''- Celui a (|iM nn lionl le mcnidii n;ipc doucemenl 



.•^r,- 



— Dur 



I.KCISI K. 



3^5 



XIV MKCLE 



iiilliiii'c (r\iiaL;iii coninic un scandale , mais il csl dur poui- 

lionila*»'; il pslinic f|ue ce (|ui lui csl ai'rixc a de ui\<' juste 

puiiilion de son orgnoil p\ dr son axaricc. l.c chroniciucHir 

de Sainl-l)('n\s ncxciil xoircn Noj^arcl (juiin protfclcnr de 

li()nila((' : lu clictil pape, aurail-il dil , \o\ ri < onsidcic <^l 

■' iT^arflc de Monscij^ncur le roi de h'iaiicc la hotilc, qui, 

" l.iul loni^ de son rovaiinit', le j^aidc ])ar moi el ddcnd. » 

Nicole (lilles ado|)la le récil d-n chroni(pieui- de Sainl-I)en\s. iii>iui. ,i, i,, k. 

D'aiilirs l'ejelèrenl la laute sui- les (lolonnes, (pii usurpèrent ' 'niipn>''lVonv'ps 

l'etendai'd du roi i^rcijis Fidiu kv vcxilln imi/i) Idj el préten- r "l'i 

dirent (pie loiil sV'Iail lait siib imniinc (iiiillclmi de \ii(j<irc(ii. Hist,,.. Ji- 1,. K. 

(ieollroi de l'aiis lienl à ce (piOn saclie (pie personne ne * r '9 

mil la main sur le pape ni swv ses f;cns. Du icsle, il croit ii.hi |. 107. 

(jue, dans de lelles (jurslions, le plus sage est de s'ahstenir : 

.*5i iii (liccii par i nid iiici' 

()iiaii(l il 1(1 pris du rev di' Ii.uk'- 

.Ir dis niai, mus <lr son scmi'iil 

Lo i(i\ III' sa\ (lil pas tel u,'\\\ 

(hi'il d 'iissiMit Ici clici^f I ii|)i iiidi '■ 

>i n'i'ii doirmi le mv 1 l'pniidi c 

Mes daiilrc part j ai utij dire 

Qui' le mv pas l)ii'ii csriindiii 

De c('s|i' clidsc puis s( j)iiul. 

.If iiVii sai liens, mes |)ii'\ sr| idui 



Seuls, (pu'lques Italiens j)arlèicnl de ^oJ^al('l a\ec sexe- loinmedei.uc 

•,l- 'Il j 1 II i' I (lues, dans lialuie 

nie. 1,11 gciieial, les narrateurs de (die nation pas.seiit son 1 i.coi 3ii,3- 

nom sous sili'iice, el n allrihuenl une ])art dans 1 allaire 

d \na_i>ni (jn'à Sciaria el aux harons fie la (ianij.aj^ne. Le 

récit de la (dironicpie de iSainl-Alhan omet de iiK'ine le 

nom de Nogarel. La (llironi(pie de I landre pu])liéc dans le 

tome \.\1I des llisloriens de la l'rance ignore .son rôle véri- 

tahle et en fait un évèqiie de Paris. 

l'^n l'iance, ])eu de voix sClevèrenI contre lui. (dioppin, 
en r.ip|)orlanl l'arrêt (pie nous citerons plus tard, lait ses 
reserves sur la « signalée inqiiefe > d'Anagni et qualifie No- 
garet de ^zo^dyaç. Sponde se montre aussi lorl sévère. 
A cela près, \v système pislificalif de \ogarel s'imposa pis- 



Ikiivtiiuto Jl 
inola, iii.t.ital.i'iibl. 

i.,it ■.■■78,ri.-i3v'. 

ItlMIClltS(HICSl. 
Illsl I. XI , |P. .Si l 

et Miiv. 

lli>loi ,lclu Fr 
I XXII. p. 37'. 



(.1,.,, 



l'I" 



TOMF, .VWII. 



xiv' 


SIECLE. 


1J..I, 




|l. 2 1 -7 
lll^l 


I> ^T^- 




■yMi . 292, 



3'i6 GUILF.AUME DE NOGARET, 

(|iraiix temps modernes. Dupuy s'y lient fidèlement; Baillet 

s'en écarte peu. Presque de nos jours, l'école légitimiste 

gallicane du temps de la Restauration crut devoir à peu 

près adopter la version du moine de Saint-Denys, et pré- 

■ainc. senta Nogaret comme ayant su faire « un juste discernement 

" de ce (pi'il devait à saint Pierre et de ce qu'il devait à 

Il son roi.» Ce n'est rju'en ces derniers tenqjs qu'on a \u 

se produire la tentative de réhabiliter pleinement I3onitace. 

Malgré le talent qu'on v a mis, cette tentative eût mieux 

réussi si l'on n'avait pas prétendu trop prouver, ériger Bo- 

nilacf t^ii un saint pontile, et faire de lui un martvr de h 

grandeurdu siège lomain. 

i)(ipuy, Preuves. liainaldo da Supino échappa comme Nogaret aux conse- 

Kc'umom . |'>' 6(i7. T'f'i'^^'f^^ tririhles que son acte aurait entraînées à d'autn-s 

iif,7 — Grpgnro- épocjiHvs. Lc i () octohrc 1.^12, uous le trouvons à l'aris 

vius . p 5G9. — ,1 ' . •' . , n ■ • I i-i 

Airiiivi,, >toriro, (lounant (piitlance au roi de 10,000 ilonns petits de l' lo- 
^ "'"^' 'in i' rence, touclics sur les associés des Peruzzi à Carcassone, 

I'. J 1 a. — I>m11. de ' _ _ _ ' 

lArad. de l'.mi. ronipic |)ri\ <\\\ concours «piil avait donné à fexécution de 
,', ,,r, ' la capture de Bonilace, pour lui et ses amis, en compensa- 

tion It'llr (pirlle des dépenses où ils avaient été entraînes. 
Dans celle (piiltance il raconte les faits selon la version de 
Nogaret. Nogaret n(^ pouvait exécuter sa commission sans 
ris(jiu' (If nioit; alors il eut recours à nous, /// dcvolos et 
Jtlios l'^alcfuv lomaniv , cujus (Kjcixitur ncgotiuni iii liac jmrtc. Il 
reconnaît la fidélité avec laquelle Nogaret a tenu .ses enga- 
gements, les peines qu'il s'est données, les Irais (ju'il a laits 
avec l'aide du roi. (l'est en voyant les peines et les anxiétés 
que s'imposait ledit sieur Guillaume pour la délivrance 
commune, en même femjxs les périls qu'il courait, les dé- 
penses qu il laisait, que Rainaldo s'est joint à lui : Nos içji- 
inr vidcntcs lahnres cl anxietatcs (juas . . . diclns dominiis (jml- 
Irhnns . . . tain ad se (juain nos libcrandos suslmiut . . ., min 
<jravibns pcriculis et cxpensis . . . Il reconnaît, du reste, que 
la somme qu il louche n'implique nullement que le roi soit 
responsable de ce qu'ils ont pu faire d'illicite en leur com- 
mission. Il déclare que lui, son frère Thomas, la commune 
(le Ferentino, le capitaine de cette commune, tous les nobles 



LEGISTE. itil 

xu .M»:i i.i:. 

(le la Campagne tiennent le roi et Guillaume pour quittes 
de leurs promesses. On remarque parmi les témoins Guil- 
laume de Plaisian , Jacques « de Peruches, " lMiilij)pe Vilani. 
I^es relations des Villani avec les Peruzzi et avec IMiilippe 
le Bel sont un fait qu'il ne faut pas oublier quand on lit les 
lecils du célè])re chroniqueur Jean Villani sur les rapports 
du roi avec l'Italie et avec la papauté. 

Les Peruzzi semblent avoir eu de la jjeine à rentier dans n. i- Pcmzzi. 
les avances qu'ils avaient faites au roi. En i3o8, leur bilan p^'lgl' ,gj.'._a"! 
ne put se régler, par suite des sommes que Philippe et ses vucdcsDcuxMon- 
barons leur devaient depuis i3oo. C'est comme à-compte p on, 
(pie le roi leur céda la perception des gabelles de Carcas- 
soniie, qu'ils avaient encore en i336. Les biens des Fran- 
/.(\si j)araissent aussi être tombés comme gages entre les 
mains des Peruzzi. En i3o9 et i3jo, Jean Villani louche 
a Sienne, pour le compte des Peruzzi, les revenus de la 
location du palais cpie lesdils Franzesi possédaient sur la 
place del Campo. Ces dettes des Franzesi remontaient peut- 
("Mie aux événements de l'an i3o3. 

L'affaire de la mémoire de Boniface re\inl encore au Fkurj, i. \f.i, 
concile de Vienne en 1 3 i 2 . Philippe avait toujours demandé " 3,j. ^ M,h"!!_' 
que la question fut déférée à un concile; l'idée première ti"r"sH'" p '■' 
du concile qui finit par se réunir le 1 6 octobre 1 3 1 1 était 
même venue de là. Dans la lettre de renonciation au procès 
d'Avignon, datée de Fontainebleau (février i 3 1 1), le roi in- 
siste sur cette idée, et nous avons vu que les bulles du 2 7 avril 
1 3 1 1 sont conçues de manière à permettre à faflaire de se 
renouer. Des critiques, tels que le P. Pagi, ont nié qu'il ail 
été question delà mémoire de Boniface au concile de Vienne, 
se fondant sur ce que faffaire avait déjà été terminée en 
avril I 3 1 1 à Avignon , et sur ce que plusieurs des narrateurs 
de la vie de Boniface s'en taisent. Les actes complets de ce 
concile n'étant pas venus juscju'à nous, on ne peut opposer 
à cette opinion une autorité irréfragable; mais il est im- ti sùi!. ' ' ' '^ 
possible de ne pas ajouter foi à Villani, à saint Antonin, à viiia.M.iivn ix 
Francesco Pipino et à d'autres, qui attestent le contraire. '•'; ^"' 
Villani, en particulier, donne des détails trop précis ])our i i\ 



.,» M^c.K •''■'■'^ 'iiiii.i. \i MI-: i)K \()(. \i;i:T. 

((uOii en |)iii.s>r (loiilcr.Ti-ois cardiiKuiN , lîicliard de Sifniir, 
To.!. I ii.|. ..is Icgisic, niiillamiic le Long-, .Ican de Muiro ou de Naiimr, 
tli('r)|f)<;icii, l'ranccsro Gadani cl IW'i'c (loiilil«> de Moulc- 
lioiT, (aiioiustc, pai'lèiTiil poiii- la justilicaliou du pane d( 
\ aiil le I ()i cl son conseil ; doux clicvalici-.s calalaiis .se .scraiinl 
iiKMiic ollcils à lair(> la piciixcdc riimoccncc (\r lioiiilacc, 
1 v^ivc a la main, coiilrc les doux |jlii,s vaillants (1(> la noMc^sc 
Irancaisc (|n"il plairait au roi dr dcsioncr. De ([uoi . ^doii 
Villani, Ir i oi cl les siens denicurèrenl conlus. I,c concile 
déclara, dil-on, (jui' le pape lionilace avait ele c,itli()li(pic , 
j)apc lei;ilinie, cl n'avait rien lait (pii le rendi! connaMe 
d'Iiéi'csie; nia:s, pour contenter l'liilip|)e, le pape deciija 
(juc le roi ni ses successeurs ne pouii'aient jamais elrr re- 
clierclies ni Maniés pour ce ([ni a\ail ele lait conlie iSonl- 
lace sons le nom el rauturite du roi, soil en Italie, soit en 
I''rance, soit par les (iolonnes, soit par No<4aiel on lonle 
autre j)ersf)nne (pi(> ce put (Mre. 

La cour fil' l'^rance send)le du reste, a cette date, Ix.ui- 
coiij) moins tenir à hrùler les os de Ijonilace. NOgaict était 
al)soi!s, le roi a\ail ohtenn nue pleine victoire siii' les tem- 
pliers; le sfpielelte du vieux pape |)ouvait mainlenanl dor- 
mir en paix flans sa tombe vaficane. f,e mfjiitle (pu entonrail 
l'Iiilippe était trf)|) positif |iour perdre son temps, (juaiul il 
avait atleiiil ses fins temporelles, à poiirsnn ri' une .iccnsa- 
fion dieolo^Kpie contre un mf)rt. 

\insi se termina cet liraiige procès. Si le roi iiohtiiit pas 

le hiit ,'ij)parent rpi il s'était propose, il a\ait au lond plei- 

iii'nii ni réussi. Il resta, flans ropinion des siècl(\s siiixanfs, 

le viiigenrfle tous les rois et ])otontats de la clirétienle, le 

cliamnion fie la loi, li^ défenseur fie f'I'jiflise; on reconnut 

fpi'il avait eu raison de convorpier un concile général cf)ntre 

le jiape, rpTiMi cela il avait élé niù non par haine, mais par 

cl) irile, par zèle fie la foi et de la justice, .famais la violence, 

f.nii.i iir I ,: la flénonciation calomnieuse, le faux témoignage n'avaient 

jr I) [> i"\xi '*'•'" "" '"^^ encouragement. Le hrutal guet-apens devenait 

I .vs l'crnir.i nii actc fie respect filial. Le roi sortit de l'aflaire hlaiic 

,!,'i" , "-J,, " " comme neige (innocnilcir) pcniliis cl iiiciilpahilcm /msse ac 



\H 3IECI.t. 



f.KGisTi:. 3'iy 

csae'j. N()L;aret lui quille poui' déclarrr U: (Icpl.ii.sir f|u'il 
avail (Ml (lo ce qui s'élail passé au pillage du liésnr; on iv- 
«■oniHil (pieu priucipe il u'avail rien allenlc d'illicite ui 
(pii lie lût dans les termes du droit et d'une légitime de- 
leuse. Toi. s les coupables lurent remis, en tant qn'il elail 
besoin, en leur premier t'iat. Tous les actes contraires à 

1 lioiiiieur et au'c inlénHs du roi furent billes dans |( s re- 
gistres de la cbancellerie romaine, on on les voit encore 
aujoiii'd'lini portant des ratures laites par un notaire apos- 
tolupii', sur l'ordre exprès de deux, cardinaux, dont I un 
est l)(>ranger de Fredol, et de la part du pape : Pc ciprcssii 
inaiiddlo rcv. palnini . . . jitclo milii pcr cos ex jxd'lc sdiiclis.simi 

jxilri'i , (Innuiii iiosli i , I). dlciiiciilis (lui Itov cis nlin ws m:in- I'.mj, i ii.|,.3i i. 

ibn.cKil , ni (lirclxiiil. V.e P. Tosti, par niu' bnciir (>\ceplioii- ,''|','|, ^ i.„,',",',C 

nelle, eut communication de ces i)r(''cieuv \olnmes, cou- '^''."^^ i»"- 

serves aux arclu\es du Vatican. « Devant ces pages maculées, 

"dit-il, je restai longtemps Idil fixe, et, en songeant à ces 

■' mots: Kj parle (lointnt nosirt D. Clementis papa' 1 , je pleiu-ai 

"bien plus encore sur la laiblesse du pontife cpie sur la 

>' perfidie du piince. " On poursuivit, jusque dans les pai- 

cbeinins et les act(>s publics on privés, les lettres ou ce- 

dules où il était lait mention des sentences et procédures 

dont on voulait abolir le souvenir. 

Nogarct accomplit-il .sa pénitence? Comme il n'y eut pas 
de pioxiinnin passa(jliiin ip'nerale, la partie de cette ])énitence 
rpii consistait à se croiser fut nécessairement sans efïet. 
Les pèlerinages qui lui avaient été imposés, avec les peines 
corporelles qui en taisaient partie pour les pèlerins con- 
damnés à ces voyages par pénitence, eussent été chose fort 
grave |)0ur un premier ministre du roi. Il est probalile que 
Nogaret les rach(>la par des amendes pécuniaires, et peut- 
être la tradition conservée par le continuateur de Nangis 
et par Geoflroi de Paris se rapporte-t-elle à ces radiais. 
GeoflVoi de l\nris semble parler d'un court exil. L'iiupiisiteur 
l^eruard Gui, après avoir rapporté la pénitence qui lui 
im|)osée à Nogarct, ajoute: lusi sccum per sedem apnslolieain \:<uue . xu* 
filent (lispcnsatiim; mot qui, sous la plume d un homme si 

2 S 



1 1, .(.!. -A. 



ilV SIECI.K. 



:^50 GllILLAUME DE N0(;ARET 



l I. roi 



Not.ftexi.t.XX, 



au courant des pénalités ecclésiastiques, n'est pas ù négli- 
aiiue, viia-. ger. La même chose est répétée par un autre historien de 
(élément V. Nogaret lui-même semble avoir voulu préparer 
celte issue en son projet de croisade : Qui cruccni assiimpse- 
rint et ledcmpltuncm prœstarc colncrinl, ici aliarum pcrecjriiudio- 
paiticp. 20 ^^^^^^ ^,^^ aJtoium votornm redcmptioncm pio nv(joùo prœilicto in 
cjiis subsidiuin cunvcrtere , valcanl elsint immnnesavoto. L'auteur 
gallican de l'article Nocjorcl, dans la Biocjrophie toulousaine, 
dit, sans preuve, mais avec un sentiment peut-être assez 
juste de ce qui arriva : « 11 ne put remplir les conditions de 
"l'absolution : les intérêts de l'Elal le retinrent en France, 
<• et la mort le surprit avant qu'il eût commencé ses vovages. » 

S 3. Ce qui est certain, c'est que Nogaret, aussitôt après 

la conclusion de l'alFaired'ANignon, reprit la garde du sceau 

Ci-dessus,], 3oi royal. Nous en avons donné les preuves antérieurement. 

'^''"." , , ^ Bernard Gui, ù ijropos de l'absolution du 27 avril, ap- 

Histor. de la Fr. ii /-i -ii i a- 7j ■ • i '• 

t XXI. p. 720 pelle CTUillaume de INogaret cancellarius re(jis; mais cela n im- 
plique peut-être pas qu'il tînt le sceau à ce moment-là. Un 
T. Il, ].. 881. passage des OU ni semble prouver qu'il mourut dans le plein 
aian^i^seT"'^ exercice de ses fonctions. Sa faveur auprès de Philippe ne 
souffrit pas la moindre éclipse. Dans celui de ses testaments 
qui est daté du i 7 mai i3i 1, le roi le nomme un de ses 
nupu),i'riuvcs, exécuteurs testamentaires. Celait, on le voit, presque au 
1 i'v''p~i!r'^^ lendemain de la bulle d'absolution. Cela suppose qu'on te- 
•jiogr tnMions.-ii ,0 naît Ics conditions de cette absolution pour déjà remplies; 
car une personne qui pouvait être sous le coup d'une ex- 
communication n'était pas susceptible de figurer dans un 
testament. 

Tout nous jirouve qu'il était dans les meilleures relations 
avec les premiers personnages de l'Etat. Nous citons ici, 
pour montrer ce qu'était une lettre de recommandation du 
temps, le billet suivant, par lequel le maréchal de Noyers 
recommande son médecin à Nogaret. Nous en devons la 
Ai.i, .,..1 K, communication à AL Boutaric. L'original sur parchemin est 

ils I " (1 I • f> 1 

aux Archives : 

"A honorable homme et sage, son chier ami, Monsei- 



F.EGISTE, :i5l 

u gneur Guillaume de Nougaret, chevalier le roi mon Sei- 
« gneur, Miles, sires de Noiers, mareschaus de F^i aïice, salut 
Il et bonne amour. Comme pluseurs fois nous vous avons 
« prié et fait prier de la besoingne nostre amé fusecieii 
" maistre Henri Dou Pui, nous vous prions chierement (pu^ 
'^ en la délivrance de sa besoingne il vous plaise pour l'amour 
"de nous estre amiables, quar nous l'avons cbiere, el eu 
" feites tant, si il vous plaist, pour l'amour de nous que nous 
u vous en sachions gré. Nostres Sires soit garde de vous. » 
Dans son codicille du 2 8 novembre 1 .S 1 4 , le roi substitue 
P. de Chambli loco defuncli G. de Nogarelo. Nogarti mourut 
donc certainement avant la /lu du mois de novembre 1 3 1 /|. 
Dupuy déclare ne pas savoir la date pi'écise de cette mort. 
Dom Vaissète, après Du Chesne et le P. Anselme, a conclu 
qu'elle dut arriver au mois d'avril i3i3. «H paraît, dit-il, 
u que Nogaret était déjà décédé le 1" octobre de l'an i3 i3; 
« car le roi , dans les lettres qu'il adressa alors au\ séuécbaux 
" de Carcassonne et de Beaucaire, parle de la manière sui- 
' vante : PrœtexUi qiiariimdam Utlerarum quœ urdinala fucnint 
<< diim dikctns et fidclis G. de Nogareto, miles iwsler qnondain, 
u nostriiin dejercbat SKjilhim; en sorte que c'est comme s'il y 
"avait «feu Guillaimie de Nogaret," dans la supposition, 
"que nous croyons certaine, qu'il conserva la garde des 
" sceaux jusqu'à sa mort. On pourrait même croire qu'il 
" mourut au mois d'avril de la même année, car on assure 
" que le roi fit son chancelier Pierre de Latilli le jeudi après 
" la Quasimodo, 26 avril i3i3, et lui donna la garde de son 
"grand sceau. Or Gilles Aycelin, qui avait eu la garde du 
«sceau royal dès le mois de février de l'an i3io, charge 
«1 qu'il exerça jusqu'au mois d'avril de l'an 1 3 1 3, suivant un 
" registre du trésor, ne mourut qu'en i3 j 8. Sa commission 
" cessa donc par la mort de Nogaret, et le roi disposa scule- 
" ment alors de la place de chancelier en faveur de Pierre de 
" Latilli. Nous trouvons de plus l'article suivant parmi les pen- 
" sions perpétuelles accordées par le roi pour l'année finie à 
" la Saint-Jean de l'an 1 3 1 4 : GiiiUelmo de Nogarelo, domiccllo, 
«filio Guillelmi de Nogaret , militisquondam. i>1'out cela prouve 



\IV MKCI.i:. 



Not.c 


es p( (.itr 


l. XX, 


2* partie. 


,,. 235. 


-^ Ûupu). 


l'r. p. 


.••..6.7. 


Uiipii 


y, Preuves, 


r '' '7- 

DhCIi 


ies.,r,Hisl. 


(1rs ,hai 


,r. p. -.Go. 


Aii.M-l 


lui.- (Le 


1' ). Ui. 


.t. -.■ncal. 


1 II, p. 


■-'y.t 


Vaiss 


ele, 1 IV 


|. mN. 


554- 


Oïdi 


>]in 1. i . 


p, j3:i. 





■Mrl r.lilM.ALMK DK NOCAHK'I 

\l\ MKCI.K 

])arlait(MiiPiit (jue ^ogc1l■('t mourut en i 3 i 3. (^)uanl an raison- 
iiomciil (](' (loin \ aissète pour prou\or qu<' NogarcI mourut 
eu a\ril (le ccflc année, il esl (l<*l('cluf'n\, ])ar suite de ICr- 
\..i, ,1,1. -s,,, p'ur (le (•(> sa\ant criticjue sur le lilre jjorle par Nogaret. 

''"''' I II i^assage do la chronique anonyme intitulée : . An- 

" eienues clironirpies de l'iatuire, » lerail, s'il ('tait exact, 

\ivie \()<;aret jusffue vers juillet i 3 i 4 «lu moins. C.v cliro- 

II' loi ir 11 11 nifiiieur, en eflet, s exprime ainsi : " Adont lut pronoiicliie 

' ' ' '' '■"' en la ])resence du rov et des procureurs de l'iaiidifs, par 

la houclie maistre (îuillaume Nf)<;arel, que toute la lerre 
. (Hie le conle de Klandres tenoit du roiaulme de ['"raiice 
. seioil a|q)li(juep au rov, et (|ue lanlost le alast saisir par 
.■ lorccs (larmes. » f.e clironifiueur semhie placei- ce lait (>n 
j S 1 A: mais il se tronijje; la hrouille du roi et du comte de 
Flandre doni il entend ])arler en cet endioit eut lieu en 
\'A\ 'j . ( .r clironiqueur est sou\(>nt lantif; ajoutons cjue la 
mt-iilion de NoganM ne se troiixe pas dans tous les manus- 
crits de cette clironi(pie. 

\o_L;aret a\ait blesse liop prolondenient les idées reli- 
<;ieuses de son tenqvs poui' que la légende ne se donnât 
point (•ari'ii'ie a son Mijel. La \(M'si(»ii généralement aecejitee 
lut ([Il il moiinil enrage, tirant honteusement la langue do- 
vanl Idiile la cour. I)ans la chronique attriluiee à Jean l)es- 
iii.ioi .k il l'r. nouelles . et qui lut ecritiM-n kÎiSS, nous lisons que Nogaret. 

' ^ ■ I' ".'^ „ il la cour du roi, ('srat^a, le lan"ue traite moult hideiise- 
"inenl, don! H rov lu moult esmervilliez et pliiiseur qui 
" avoient (\ste contre \o pape Boniface. » (le n^cit fantastique 
fui accueilli en Anglelei)-e, et surtout en l"'landre, où la 
mémoire de Philî])pe et de ses conseillers resta dans une 
juste exécration. Qiiehfues manusciits de la chi()ni(pie de 
Ualsingham, aprt-s axoii- |)aile des noces magniliques qui 
^e firent a Boidogne en i ,io^, pour le mariage (ri'ldouard 11 , 
roi d" \ngleterre, a\ec l.sahell(>, hlle de Philippe, y placent 
la lin liagi([iie et gi-otes(|iie que l'opinion populaire atlri- 
hii.iit a \oi2aret. L anachronisme est énorme; ce fini n'a pas 

(> 1,. ,V Imiu.-. empêche rhist()ri(>n flamand Jac(pies de Meyer de le répéter. 

a.'i'iM p 2'\, '"'' 'Oiisciincc chrétienne \oulut ahsoltiment que le ciel eut 



LEGISTE. 353 

XIV Mtr.i.i-; 



vengé un crime (le plus grand après celui de Filate), dont 
les auteurs n'avaient, selon le monde, retiré que des béné- 
fices. On prétendit que Philippe fut également frappé de la 
main de Dieu. 

Nogarct, dans son testament de i3io, avait réglé que, 
s'il mourait « en France, >■ il serait enterré dans l'éclise des 
Frères prêcheurs de Paris, et que, s'il mourait plus près 
de Nîmes, il serait enterré chez les Frères prêcheurs de 
Nîmes. On ne sait ce qui advint; mais il est probable que Uom Vaivscte, 
Nogaret eut sa sépulture à Nîmes, car si sa tombe avait été '^./^'^^ i'""*,», 
à Paris, elle serait arrivée à quelque célébrité. Nogaret, 
couime l^icrre Du Bois, comme Philippe lui-même, aimait 
les dominicains et les préférait beaucoup aux anciens ordres 
en décadence. 

Nogaret lut sûrement heureux de ne pas avoir survécu 
a Philippe. Les haines accumulées contre lui et la jalousie 
de Charles de Valois n'auraient pas manqué de se donner 
carrière à son égard, comme elles firent sur Enguerrand 
de Marigni. Sous Philippe le Long, le nom de Nogaret re- 
vient, mais comme un souvenir. Dans le règlement que 
fit ce roi, lors de son avènement à la couionne, au bois 
de Vincennes, le 2 décembre i3i6, pour l'ordre de son 
hôtel, il réduit les appointements de ses officiers, entre 
autres de son chancelier quand il ne sera pas prélat, «à 
«l'instar de ceux qu'avait Guillaume de Nogaret;» ce qu'il 
réitéra presque dans les mêmes termes en l'état de son 
hôtel, qu'il fit le 18 novembre iSiy. «Le chancelier de 
■ France, dit Du Chesne à ce sujet, n'avoit en ce temps-là UuChcsne.Uisi 
• pour son plat à la suite du roi que dix souldées de pain, ^g','^''^"'^ '' 
" trois sestiers de vin, l'un pris devers le roi, et les deux du 
-commun, et quatre pièces de chair et quatre pièces de 
" poulaille, et nu jour de poisson à l'advcnent, et ne prenoit 
" que six provendes d'avoine, huit coustes, feurre, busches, 
" chandelles, etc., et point de forge. » 

Plaisian mourut vers le même temps que Nogaret. La oiim , i 
dernière fois qu'on le voit figurer, c'est dans un acte du ^ ■?' '7 
22 janvier 1 3 1 3. 



2bO. 



MiMl \v\:!. 



llï ilBCLK. 



354 GUILLAUME DE NOGARET, 



Ainsi disparurent presque en même temps tous les 
hommes qui avaient fait la force d'un des principaux rè- 
gnes de l'histoire de France. Jamais règne autant que celui 
de Philippe le Bel ne vit dominer dans les conseils de 
l'État un plan unique et suivi. Attrihuer à la maison capé- 
tienne toute la succession de Charlemagne, ramener sans 
cesse le souvenir du grand empereur et présenter le roi 
comme étant son héritier, faire du roi à l'égard du pape ce 
que Y émir al-omra fut à l'égard des khalifes, c'esl-à-dire donner 
au roi tout l'effectif du pouvoir de fEglise, réduire le pape 
à l'état de pensionnaire du roi, telle était la doctrine reçue 
du petit cercle de canonistes et de juristes qui, à cette 
époque, gouverna la France. On affichait une grande reli- 
gion, et chez le roi cette religion était sincère. Philippe le 
Bel ressembla bien plus qu'on ne pense à Louis IX : même 
RouLirir, |.. ', I i piété, même sévérité de mœurs; la bonté et l'humilité du 

" '"" saint roi manquèrent seules à son petit-fils. Il convient de 

Dupny. l'rniivps, citcr ici uu curicux passage de Nogaret : «Monseigneur le 

f ^'* .< roi est né de la race des rois de France, qui tous, depuis 

■ le temps du roi Pépin, de la race duquel il est connu que 
«ledit roi descend, ont été religieux, fervents champions 
'de la foi, vigoureux défenseurs de sainte-mère Eglise. Ils 
i ont chassé beaucoup de schismatiques qui s'étaient em- 
« parés de l'Eglise romaine, et aucun d'eux n'en a pu avoir 
« un aussi juste motif que le roi dont il s'agit. Le même roi 
« a été avant, pendant et après son mariage, chaste, humble, 
«modeste de visage et de langue; jamais il ne se met en 
« colère; il ne hait personne, il ne jalouse personne, il aime 
" tout le monde, plein de grâce, de charité, pieux, miséri- 
" cordieux, suivant toujours la vérité et la justice. Jamais la 
« détraction ne trouve place dans sa bouche, fervent dans la 
«foi, religieux dans la vie, bâtissant des basiliques, prati- 
« quant les œuvres de piété, beau de visage et charmant 

i.isrz.g,atus,..in «d'aspcct, agréable à tous, même à ses ennemis quand ils 
« sont en sa présence. Dieu fait aux malades des miracles 
a évidents par ses mains.» De plus en plus, le caractère 
ecclésiastique du roi capétien se déclare; sa lutte perpé- 



lini (11- ■ gralias 



LÉGISTE, 



355 



tuelle avec la papauté romaine est une rivalité de lonctions. 
I.ps diiricultés entre la couronne de France et le saint-siége, 
qui remplissent le règne de Philippe le Bel, avaient com- 
mencé sous saint Louis, et on peut dire que l'éclat de i3o,'i 
ne lut que la crise d'une maladie qui couvait depuis long- 
temps. 

Guillaume de Nogaret laissa vivants ses deux fds, Ray- 
mond et Guillaume, outre sa fille Guillemette. Au mois de 
juin i3i5, Louis le Hutin,(ien considération des travaux 
"Continuels que défunt Guillaume de Nogaret, chevalier et 
«chancelier du roi son père, avait soutenus au service de 
" ce prince durant sa vie, prit sous sa sauvegarde spéciale 
" liaymond et Guillaume de Nogaret, fils et héritiers dudit 
«défunt, ses valets.» Sous Philippe le Long, la réaction 
faillit les atteindre. Le 29 juillet i3i9, Philippe rendit une 
ordonnance par laquelle il révoquait les aliénations du do- 
maine loyal, et spécialement n ce que les hoirs de Guillaume 
" de Nogaret et Guillaume de Plaisien tiennent ou ont tenu 
" des rois ses prédécesseurs. • Raymond soutint à ce sujet 
plusieurs procès, en particulier pour la terre de Cauvisson. 
Un arrangement intervint, et Raymond conserva ladite ba- 
ronnie. Il porta le reste de sa vie le titre de seigneur de Cau- 
visson et de Massillargues. Guillaume, le second fils, fut 
seigneur de Manduel. A la fin de i3i6, il fait hommage à 
Philippe le Long pour ce qu'il possédait dans les sénéchaus- 
sées de Beaucaire et de Toulouse. 11 semble qu'il mourut 
jeune; mais il eut des enfants, quoi qu'en dise Du Chesne. 
f'.n effet, en i332, nous voyons Raymond de Nogaret, 
écuver, sire de Calvisson, en la sénéchaussée de Beaucaire 
(le fils aîné du grand Nogaret), désireux de faire recevoir 
en l'ordre de chevalerie son neveu Guillaume de Nogaret, 
écuver, lui donner 5o livres de rente sur la trésorerie de 
Toulouse. Guillaume vendit lesdites 5o livres de rente au roi 
en 1 335. Philippe de Valois, étant à Nîmes au mois de mars 
de i335, accorda à ce même Raymond de Nogaret, « chc- 
« valier, fils de feu Guillaume de Nogaret, chevalier et chan- 
« celier de Philippe le Bel, » que les ibo Hvres de rente qu'il 



Voir Citlessus, 
p. 314. 

Vaisièlc, t. IV, 
p.55'|. — DiiClies- 
ne, p. 'iGi,2ti3. — 
Anselme (Le P.). 
Hist. gén. t. VI, 

p.W ■ 

Trésor Jcs char- 
Us, reg. 59, ii°47^. 

Vaissète. t. IV, 
p. 554. — Ordonn. 
t. I, p. 667. 



Méiiard, t. Il et 
III, table des nia- 
lièrcs. 

Vaissèle, t. IV, 
p. I 18. 

Vaissèle , l. IV, 
p. 1O6. — DuClies 
no, p. 262. 

Du Cbesnc , 
p. 262. — Anselme 
(Le P.), t. VI, 
p. 3oo. 



Dupuy, Preuves, 
p. 619. — Du 
Chesne, p. 261. 

Vaissèle, t. IV, 
p. 568. 



ifeCLF 



356 GUILLAUME DE NOGAHET 



prenait sur la recette de la sénéchaussée de Toulouse, se- 

Vais.Hc, i. IV. raient payées à l'avenir sur celle de Nîmes. En i .^39, (înil- 

' '^"' ''*■' lelmiis de Norjareto, miles cuin ccjuo (sans doute le ii»neu 

précité), figure dans un recensement de la noblesse du 

Languedoc. Un Raymond de Nogaret (sans doute !<• fils di' 

Haymond 1) servit à la bataille de Poitiers, et fut lieutenant 

et capitaine de la sénéchaussée de Nîmes, eu l'absence du 

McnarH.t ii.t séuéchal. Le j" juillet iSoQ, Raymond de Nogaret (le 

ti'r« ' " "" même sans doute), seigneur de Cauvisson, est nommé ca- 

Ausciini (Lo pitaine de la sénéchaussée de Reaucaire et lieutenant en 

Soi.'-^'vaiVX lai)sence du comte de Poitiers. Selon Du Chesne, il n'eut 

t. IV. p. 3q2. point d'enfants, mais transmit ses terres nobles à Raymond 

d'Apchier, fils que sa femme, Marie de Reaufort, avait eu 

d'un premier mariage, translation que Charles \ confirma 

par lettres données à Paris en avril 1 379. 

Durant tout le xiV" et le xv" siècle, nous voyous les plus 
importantes fonctions de la sénéchaussée de Nîmes exercées 
VaissM,'. i I, par les Nogaret de Calvisson. Les barons de Calvisson 
5s!i'- iwnm'.iv! avaient de droit leur entrée aux états du Languedoc. Les 
ferres données par Philippe le Rel à son chancelier occa- 
sionnèrent beaucoup de procès entre la famille de Nogaret 
et le domaine royal; mais le souvenir des services rendus 
par Guillaume l'emporta toujoui's. Voici comment Chojîpin 
ciioppiii , OEn s'exprime à ce sujet : " H y a un arrêt mémorable de la cour 
viT/i, t^i.p. J08. ^^^^ parlement confirmatif du don que le roy Philippe le 
ivoivrs, p f,i8. „ Rel fit à (niillaume de Nogaret en récompense de ses bons 
'' services qu'il avoit faits ... Le procureur du roy de nostre 
■-< temps le voulut faire cesser par la loi domaniale et privi- 
« lege de la couronne ... La cour ordonna que la donation 
" sortiroit son plain et entier ellect à perpétuité. Contre 
« l'airèt de la cour, le procureur du roy présenta requesle 
"à ce que les seigneurs de Coussi, successeurs dudit No- 
« garef . . . , fussent décheus de l'effect d'iceluy ... La Porte, 
>' advocat des défendeurs et successeurs dudit Nogaret, dis- 
« courut amplement de la juste et légitime cause de l'alié- 
" nation du domaine en considération de la guerre; il n'ou- 
< blia pas d'extoller la vertu et vaillanlise de Guillaume de 



LEGISTK. 



357 



" No^aiel et de ses l)eaux exploits de guerre, lesquels le roy 
« Philippe IV voulut récompenser d'un don de grande valeur, 
■' afin que tous ceux de ceste famille et successeurs d'un si 
" grand guerrier remportassent ce témoignage de louange 
n inmiortelle, et qu'ils fussent invitez et excitez par ce moyen 
" à continuer de bien et courageusement servir les rois en 
< guerre, comme continuant leur devoir et la vertu de leurs 
■I ancestres, estant passée en eux comme par succession et 
"rendue iiéréditaire, en fan i3o3. La cour appointa la 
" cause au conseil, en\ iron fan 1 56 1 . » M. W'eiss a dû avoir 
quelque autorité pour dire que la terre de Massillargues, 
donnée à Nogaret par Philippe, est encore possédée « au- 
" jourd'hui » par un de ses descendants. Ce qu'il v a de cer- 
tain, c'est que la famille Nogaret de Calvisson existe encore 
dans le département du Gard. C'est dans les archives de cette 
maison de Calvisson que se sont conservées ces nombreuses 
pièces relatives à Nogaret qui ont été publiées par Ménard 
dans son Histoire de Nismes, et qui ont porté à la posté- 
rité les témoignages écrits, nous ne disons pas de la véna- 
lité de Nogaret, mais de la façon dont Philippe le Bel sut 
récompenser ceux qui servaient sa politique et ses intérêts. 
Une autre branche de Nogaret prit, dès le xiv' siècle, 
une position de premier ordre au parlement de Toulouse. 
Elle descendait, selon toute vraisemblance, du frère de 
notice Guillaume. En i3/io. Vital de Nogaret, procureur du 
roi en la sénéchaussée de Toulouse, est récompensé pour 
ses services. En 1 348, ce même Vital de Nogaret est juge 
de Verdun. Le 4 avril i35j, le comte d'Armagnac, en qua- 
lité de lieutenant du roi, anoblit Vital de Nogaret, clerc du 
roi et juge de Verdun; ce que le roi confirme en i36i. Au 
compromis entre Gaston de Foix et Jeanne, comtesse d' .ar- 
magnac, un des procureurs nommés par Jeanne est Etienne 
de Nogaret, docteur es lois (1376). Bertrand de Nogaret, 
docteur es lois, juge-mage de Toulouse, fut commis par le 
roi pour faire une enquête touchant certaines terres que 
Matthieu de Foix, comte de Comminges, demandait au roi. 
]*]n i364 (témoignage douteux) et en 1377, nouvelles men- 



\ Clliitll'. 


1 IV. 


j;i3. 




l<k'IM . 


IV. 


3t,7. 




k\im. 


IV. 


■■83. 





KU'i.i 
l<U'ii 



IV. 



<ll SIECLF.. 

Vaissète . i. IV. 
36 1 

45o. 
t IV. 



358 



GLILLAUME DE NOGARET, 



Idem , |) 
Idem . 

Idem . 



IV. 



p. 445, 45i. 4<i8. 

Idem, l. IV, 
PreiHp.H, p. 446 , 
447. 456 

Idem, t. IV. 
|) 467. 

Dupuy, Preuves, 
p. 6 19. — Vaissète, 
t. IV, p. 267, 552 

De TLou, Hisl. 
1.1,. LXXIV, nj. 
— Bio!^. unrv. — 
Biogr. génér. — 
H.M.irlin,p. 444, 
note I . 

Vaissète , t. IV, 
p I 1 8 . 5 5 1 , 5 ."> 2 . 



T IV, p 552 

i53. 



Biogr. aniv 



lions (l'Etienne de Nogaret, docteur en droit. En i4i4, 
parmi des oITiciers du roi et jurisconsultes, on cite Bertrand 
de Nogaret. En i4i8, »4i9, i425, Bertrand de Nogaret, 
juge-mage à Toulouse, est un personnage très-important. 
En i436, maître Bertrand de Nogaret, docteur en droit, 
est président du parlement de Toulouse et lieutenant dn 
.sénéchal de Toulouse. En 14^5, nouvelle mention d'un No- 
garet. L'an 1426, on parle de Raymond de Nogaret, habi- 
tant de Muret, de noble homme Jacques de Nogaret, vicaire 
du roi à Albi, d(> Vidal de Nogaret, juge à Verdun. 

La maison des Nogaret d'I'.pernon prétendait descendre 
du frère de Guillaume de Nogaret. De Thou semble douter 
de la légitimité de cette prétention. Dom Vaissète l'admet : 
<' L'autre branche qui, à ce qu'il paioît, étoit l'aînée, de- 
(( meura dans le diocèse de Toulouse, et elle donna entre 
"autres Bertrand de Nogaret, juge-mage de Toulouse au 
Ci commencement du xv'' siècle, de qui descendent les ducs 
" d'Epernon du nom de Nogaret, et dont le père , nommé 
« Jac([ues, lut anobli en 1872 par le roi Charles W» Dom 
Vaissète, après La Eaille, a développé les preuves de cette 
descendance; toutes ne sont pas d'égale force. I^a Biographie 
toulousaine admet ce système : « La postérité de Guillaume 
"finit en son petit-fils; mais son frère continua sa lignée. 
"De celui-ci, qui fut anobli en 1872, descendirent les 
«Nogaret de Toulouse, d'où sortirent les ducs d'Epernon 
" et les Nogaret du bas Languedoc, barons de Calvisson. 
' Quatorze gentilshommes de ce nom devinrent capitouls. 
"Le fameux Epernon ne voulut pas s'en souvenir quand, 
.1 à son passage à Toulouse, on lui montra à fiiôtel de ville 
" les livres où on renferme les portraits de ces magistrats 
" du peuple. » 

Toulouse, en tout cas, adopta de bonne heure Nogaret 
pour une de ses gloires municipales, et dès le xvii^ siècle 
son buste fut placé, sous l'inspiration de La Faille, parmi 
ceux des grands hommes toulousains. 



LEGISTE. 359 



SES ECRITS. 



IIV MECI.E. 



Les écrits de Nogaret sont tous des actes de sa vie mili- 
tante. Il ne fit pas de livres pour le public ; toutes ses œuvres 
furent destinées à un usage officiel. Nous avons analysé ces 
pièces à la date qu'elles occupent dans sa biographie. Nous 
allons seulement en faire ici fénumération. Toutes, excepté 
une ou deux, sont en original aux Archives nationales 
(Trésor des chartes). On trouve aussi des copies originales 
de plusieurs d'entre elles dans le livre G, ou registre du 
Trésor des chartes, actuellement conservé à la Bibliothèque 
nationale, où il était coté il y a quelques années : Carlu- 
laires, 170. Il a maintenant pour numéro : Fonds latin, 
n" 10,919. Ce volume est exclusivement composé de docu- 
ments relatifs au différend de Philippe le Bel avec Boni- 
face VllI. Il fut compilé, dans les premières années du 
XIV'' siècle, par Pierre d'Étampes, garde du Trésor des 
chartes. Il renferme, à côté des ouvrages de Nogaret, plu- 
sieurs opuscules de Pierre Du Bois. D'autres copies de ces 
pièces du différend se rencontraient soit à la Bibliothèque 
du roi (par exemple, cod. 5966), soit dans d'autres biblio- 
thèques. C'est de là que, pour la première fois, elles furent 
tirées, en 1 6 1 3, et publiées dans le recueil des pièces du dif- 
férend entre Philippe le Bel et Boniface : Acta inlcr Boinja- 
cium VIII et Benedictnm XI, PP. et PhiUppuin Piilcr. regcm 
christ iaiiiss. nwic primiim édita, 72 et 20 pages, petit in-4", 
dont on attribue la publication à Vigor ou à François Pi- 
thou. Ces pièces et quelques autres furent reproduites 
l'année suivante : Acta inter Bonifacium VIII, Bencdictum. A/, 
Clemcntem V, PP. cl Philippum Pulcr. regcm Christian, auctiora 
et emendatiora , 182 feuillets, in-8°. Dupuy les reprit ensuite 
et les compléta, d'après les originaux du Trésor des Chartes, 
dans son grand recueil des Preuves, à la suite de « l'Histoire 
• du différend d'entre le pape Boniface VIII et Philippe le 
«Bel, roy de France;» Paris, i655, in-fol. Baillet, doni 



\lï 51F.CI.K 



300 GLILLALME l)K NOGAUET, 



Vaissèlt', M. Boutaric ont ajouta au recueil de L)ii|)ii^ de>. 

Meiii .iriA....! éléments nouveaux et importants. Enfin M. Kervyn de f,e|- 

p n'r'q.^ noip tenliovc sîguale dans les Archives de Belgique un manuscrit 

contenant des pièces intéressantes pour la biograj)liie d'F;i\- 

guerrand de Marigni, deNogarel, de Plaisiau 

I. Année \'6o-2. — Les coutumes et lois de la ville de 
l'igeac. (Voir ci-dessus, p. s^c) et suiv.) I/oiiginal est aux 
Archives. 

II. 1 ,H mars ]6o^. — l\e(pH''te lue a l'asseinhlee du 
L()u\re pour demander la réunion d'un concile afin de dé- 
poseï" Bonilace, ainsi (pu» l'arrestation de ce pape. Publie 
dans la collection dt^s Acta iiilcr Bomf . \ III et Plnl. Pidcnim, 
édition de iGi3, p. 2()-34, d'après un manuscrit de Saint- 
Vicloi-, et dans l'édition de 161/1, fol. 2 6-3i. Publié de 
nouveau par Duj)uy, Preuves de l'Iustuire du différend, p. 56- 
:)(), (faprès l'original, cpii est aux Archives. 

III. 17 octobre 1 3o3. — (iaranlie donnée à Rainaldo da 
Supin(» et aux Anagniotes contre tout incoiuénient pouvant 
résulter du fait d' \nagni. Aux Archives. Publie par Dupuv, 
Preuves , p. 1 ~ f\-\ 76. 

I\ . 7 septembre 1 3o4. — Première apologiedesa conduite 
dans l'affaire d'Auagni. Imprimée dans les icla de 1 6 1 '4 , 
loi. io_>-i23, et par Du])uy, Preuves, p. 'i38-),)i. Dupuy 
a lait sa publication ffaprès la pièce originale 1 émise à l'évè- 
rhe. On possède aux Aichives (carton K , 37) cinq copies de 
et- mémoire, sur de longues bandes de parchemin, dont 
(\t'u\ avec des corrections, en partie peut-être de la main de 
\r)garet. Cette supposition est surtout applicable à la copie 
(pii porte les corrections les plus considérables. Dans ces 
minutes ne figure pas la mention de f officiai devant le- 
quel , selon le texte publié par Dupuy, Nogaret fait sa pro- 
leslalion. Il faut donc envisager ce mémoire comme une 
apologie sans destinataire exclusif, c{ue Nogaret adressa, en 
x laisnnt des changements, a toutes les ])ersounes qu'il von- 



LKGISTE. 301 

lait intéresser à sa cause. Dans une des copies, Nogaret, 
après siipposuit (Dupuy, p. 24Ô) ajoute : et cliam corrccltoiu 
vencrabihs univcrsitatis studti Pansicitsis. 

\ . 12 septenil)re i3o4. — Protestation contre la possi- 
bilité (le l'élection d'un des fauteurs de Donilace ^ lil en 
l'emplacement de Benoît XI. Aux Archives. Dans Dupuy, 
Pie uvcs , p . 237, 208. 

VI. 12 septembre \'6ol\. — Demande d'absolution à 
cautèle adressée à l'olFicial de Paris. Aux Archives. Dupuv, 
Preuves, p. 269-27/). 

\ II. 16 sejîtembre i.Ho4. — Acte passé devant l'oflicial 
de Paris, pour protester des bonnes intentions qui l'ont di- 
l'igé dans ses poursuites contre la mémoire de Boniface. 
Aux Archives. Dans Dupuv, Preuves, ^). 'i-j [\, 27.'). 

VU). i() septembre i3o4. — (hiatre [)rocurations don- 
nées à Bertrand d'.Aguasse pour suivre toutes les actions 
de Nogaret devant la cour de Home, celui-ci n'y ])Ouvant 
aller. Aux AitIuvcs. Dans Dupuv, p. 27,^-277. 

I\. \ ers le même temps. — Deuxième apologie, sans 
date, commençant par ces mots : CrudeJts est (jui ne(jh(jil 
fainain suuni. Aux .Archives. Dans Dupuv, P''. p. 2,m-269. 

X. \ ers 1 3o(). — llequéte au roi pour le prier d'engager 
Clément \ à entendre ISogaret sur ses movens de délense; 
])ubliée d'après un manuscrit de Brienne, par I^aillet, 
" Hist. des demeslez, » Preuves, p. ji-fi/j. 

XI. 2^ décembre i3oy. — Les paragraphes 12 et i3 de 
la pièce publiée par M. Boutaric dans la lievue des (pu;s- 
tions historiques, janvier 1872. 

XII. Février i3io. — Testament de Xogaret, pid)lié 

lOME XWH. iC 



XIV sitCLK. 



XIV siF.ri.K. 



362 GUILLAUME DE NOGARET. 

par dom Vaissète, Histoire du Languedoc, t. IV, Preuves, 
col. i45, d'après l'original. Aux Archives du domaine, à la 
Chambre des comptes de Montpellier, titres de Cauvisson. 

XIII. "io mars i3io. — Écrit présenté au pape et aux 
cardinaux par Nogaret et Plaisian, au début du procès 
contre la mémoire de Boniface, contenant diverses requêtes 
des accusateurs, une protestation contre ledit de citation 
de Clément V, une apologie (la troisième) de la conduite 
de Nogaret. Inséré dans le registre des écritures .dudit 
procès. Dupuy, p. 372-387. 

XIV. Vers mars ou avril i3io. — Nouvelle (quatrième) 
apologie de Nogaret, adressée à Clément V. Aux Archives. 
Publiée d'abord dans les Acta de i6i4, fol. 120-155. Ce 
texte s'arrête dans le courant de l'article 37. Donnée plus 
complète par Dupuy, Preuves, p. 3o/i-3i5. Cette pièce est 
inachevée dans l'original. Cl. Dupuy, p. 021. 

XV. 1" avril i3io. — Pièce présentée par Nogaret et 
Plaisian, contenant des fins de non-recevoir contre les dé- 
fenseurs de Boniface. Insérée dans le registre des écritures 
dudit procès. Dupuy, p. 3(j 1-394. 

XVI. 21 mai i3io, — ■ Procuration donnée par Nogaret 
et Plaisian à Bertrand de Boccanegada et autres, pour suivre 
leurs diverses actions en cour de Uome. Insérée dans le re- 
gistre du procès. Dupuy, Preuves, p. 4 1 2. 

XVII. 2 1 mai 1 3 1 o. — Exposé de principes que Nogaret 
et Plaisian firent remettre à Clément V par Bertrand de 
Boccanegada. Acta de 1 61 3, p. 8 à 1 7 (2' pagination). La fin 
manque dans cette édition. Acla de 161 4, fol. i35-i48. 
Dupuy, Preuves, p. 3i5-32 4- 

XV III. ]3io. — Béponses aux différents articles pro- 
posés par les défenseurs de Boniface. Insérées dans le registre 
du procès. Dupuy, p. /ii3-427. 



LEGISTE. 36:i 

XIX. i3io. — Liste des articles que Nogaret et Plaisiaii 
se proposent de prouver contre la mémoire de Boniface. 
Au registre du procès. Dupuy, p. 42 7-43o. 

XX. i3io. — Autre écrit de Nogaret contenant l'énu- 
mération des crimes de Boniface et une nouvelle apologie 
(la cinquième) de la conduite de Nogaret. Inséré au registre 
du procès. Dupuy, p. Ix^o-lxhj. 

XXI. i3io. — Rcspoiisio pcr alterjcitinncs jiiris ad omiii(( 
data in scrlptts et vcrho aUcqata per illos (jui se ojfernnt dcfvn- 
sioni Boiiijacu contra objectorcs. Au registre du procès. Ana- 
lysée par Dupuy, p. 44^. 

XXII. i3io. — Ecrit pour prouver que Bonilace n'a pu 
être légitimement pape du vivant de Célestin. Au registre 
du procès. Dupuy, p. 448-466. Est, selon toutes les proba- 
bilités, de Nogaret. 

XXIII. 1 3 1 o. — Acte d'accusation en trente-buit articles 
contre la mémoire de Boniface, publié par Dupuy, d'après 
l'original des Arcbives, dans ses Preuves, p. 32 4-346. Cet 
écrit ne porte pas le nom de Nogaret; mais il est à peine 
douteux qu'il soit de lui. 

XXIV. i3io. — On peut aussi attribuer à Nogaret un 
résumé, plus court que le précédent, des accusations por- 
tées contre la mémoire de Boniface, publié par Dupuy, 
p. 346-349, d'après l'original, qui est aux Archives. 

XXV. i3io. — On doit aussi, ce semble, regarder 
comme de Nogaret un acte d'accusation en quatre-vingt- 
treize articles contre la mémoire de Boniface, publié par 
Dupuy, Preuves, p. 35o-362, d'après les originaux. C'est 
une répétition, souvent textuelle, des deux actes d'accusa- 
tion précédents, surtout du n° xxiii. 

/i6. 



Xr\' SIÈCLE. 



36/1 GIJFLLAIME DE NOG ARET, 

XXVI . 1 3 1 o. — Faclum de Xop>aret et de Plaisian , adressé 
à Clémenl V, contre les articles proposés par les défenseurs 
de Bonilacc; nouvelle (sixième) apologie de INogaret; éloge 
de Pliilipj:»(> le Bel. Compris parmi les pièces du registre 
du procès. Donné en extraits par Dupuv, ]). ôiS-.rn. 
Répète en partie le n" xxiv. 

XXVII. 1 3 1 o. — Projet de croisade, publié par M. Bou- 
taric, d'après l'original, qui est au\ Archives, J. f\j6, 
u" 36', dans les Notices et extraits, I. XX, 2'' partie, p. 1 99- 
ioj. M. de Mas-Lati'ie, "Histoire de l'île de Chypre sous 
la maison de Lusignan,» Docnin. I, p. 128-129, avait 
analysé brièvement la pièce et la rapportait au concile de 
Vienne. 

XXVIII. l'evrier 1 3 1 1 . — La lettre de Philippe le Bel au 
pape (ilémenl \, dafé(^ de Fontainebleau, pour expliquer 
le désistenieni dw roi dans TaiTaire contre la mémoire de 
Bonilace, est conçue si ])articulièrement en vue de delendn' 
Nogarel et de sauver sa position, qu on doit, selon toutes les 
vraisemblances, l'en regarder comme l'auteur. L'apologie 
de Nogaret v revient jjour la septième fois. Dupuv, Preuves, 
|). o9.)-3o(). Aux Archives. 

\\l\. Avril i3i ). — Projet de bulle qu'on aurait sug- 
gérée à Clément \ pour le retrait de l'alfaire de Boniface. 
Ce morceau |)araît de la main de Nogaret. Dupuv l'a pu- 
blié [Preuves, p. 076-590) d'après un manuscrit de Saint- 
Victor. On peut li^ considérer comme une huitième apologie 
de Nogaret. 

Tels sont les écrits qu'on peut attribuer à Nogaret avec 
certitude ou avec une quasi-certitude; mais il en est beau- 
coup d'autres, dans les riches archi\es du règne de Vh\- 
lippe le Bel, qui, sans porter son nom, viennent sûrement 
de lui. Nogaret tint la première place dans l'affaire d'Ana- 
gni, dans l'alfaire des templiers, dans l'aflaire contre la mé- 



LEGISTE. 365 

moire de Boniface. Les vastes collections de papiers f[ui nous 
sont venues sur ces affaires contiennent une foule de pièces 
qui doivent être de lui, sans que nous ayons de moyen sûr 
pour les reconnaître. Ainsi, on peut lui attribuer avec vrai- 
semblance la réponse à la bulle ïnejjahilis (q i septembre 
1296), commençant par ces mots: Antecjuam cssenl cicnci , 
rex Franciœ habebnt cnslodiam re(jin siii. Dupuy, Preuves, 
p. 3 1-23. C'est en 1 296, justement, que Nogaret entra dans 
les conseils du roi. Quelque étrange que cela doive paraître, 
il (\st permis de supposer aussi que la bulle Rex gloriœ vir- 
liitnni a été en partie rédigée par lui, d'abord à cause de sa 
ressemblance avec le n" xxix, et puis parce que l'apologie 
de Nogaret y revient dans les termes qu'il pouvait désirer 
el qui lui étaient familiers. 

Quant au procès des templiers, on peut regarder comme 
sortis de la plume de Nogaret les formulaires d'interroga- 
toire, en latin et en français (Dupuy, Histoire de la con- 
damnation de l'ordre du Temple, I, p. iSg, i4o et suiv.; 
Micbelet, Procès des Templiers, I, p. 37-39); peut-être 
aussi les pièces intitulées : « C'est la fourme comment H 
"Commissaire iront avant en la besoingne,» et : «C'est la 
« manière de l'enquerre » (Revue des questions historiques, 
1871, p. 33o, 33i). Il y a Là de grandes analogies avec 
les actes d'accusation contre Boniface et un tour d'imagina- 
tion qui répond bien aux autres écrits de Nogaret. M. Ra- 
petti (Biogr. gén., art. Molay, col. 8o4) rapporte avec raison 
à Nogaret et à Piaisian ce qui est dit dans le rapport de 
(]hinon (20 août i3o8, Baluze, Pap. Aven. II, col. 121- 
123) des ecjiiites G. el G., qui paraissent l'âme de la pré- 
tendue enquête. Nous ignorons quelle pièce précise M. Ker- 
vyn de Lettenliove entend par ces « mémoires de Nogaret 
" contre les templiers qui empêchèrent le succès de la croi- 
« sade. " (Bulletin de l'Acad. de Bruxelles, 1 861, p. 1 37, 1 38.) 
En dépouillant les inventaires mentionnés dans le recueil 
des OUm, t. II, p. 881, on trouverait peut-être aussi 
quelques pièces judiciaires de la main de Nogaret. Nous 
avons mentionné ci-dessus (p. 3o2) les registres de la chan- 
2 6 



XIV' SIÈCLE. 



U\ SIECLE. 

Dupuv, Preuves, 
p. 447. 



366 



GUILLAUME DE NOGARET, 



Hist. lilt. (le la 
Fiance, 1. XXVI, 
|i. igg et Miiv. 



cellerie de Nogaret, en partie de la main de Pierre Barreri, 
que ion possède aux Archives. Ce serait excéder les bornes 
de l'Histoire littéraire que de les analyser en détail. 

On a vu que plusieurs de ces écrits appartiennent en 
commun à INogaret et à Plaisian. Ces deux légistes, les 
"deux Guillaume,» comme l'on disait, étaient, en eflet, 
devenus inséparables. Les pièces censées écrites eu collabo- 
ration par Nogaret et Plaisian portent si bien le cachet des 
ouvrages propres de Nogaret, que nous pensons que lui seul 
en est l'auteur. Plaisian n'a là qu'un rôle juridique, pour 
partager la responsabilité de Nogaret. 

i\l. Boutaric a attribué à Nogaret une pièce intéressante 
quil a découverte et publiée : Not. et extr. XX, 2" part., 
p. 1 00- ] 62. Nous avons exposé ailleurs les raisons qui nous 
Font rejeter cette attribution et celles qui nous porteraient 
plutôt à regarder cette pièce comme de Pierre Du Bois. 

viHani.iiv VIII, Les faits que nous avons rapportés et les textes que nous 
'^''„''""' , , r. avons cites nous dispensent de réflexions. Savio clicrico c 

Histor. delà iT. .1 j i- i • i x^ 

i. XX, p. 599. sottde, dit V illani ; astnlus miles , dit le continuateur de Nan- 
iier.iint .script, gjg . ^'^ j,j (icjibUibus aclmodum circumspecliis, dit Walsingham. 
Tous les contemporains se servent à cet égard presque des 
mêmes expressions : 

Un chcvalicis c|ui lors cstoit 

(Guillaume ot non de Longaret) 

Preuz estoit de chevalerie, 
Geoffioi de Paris. Et en soi avoit ia clergie. 

Histor. de la Fr. 
t. XXII, p. 106. 

L'énergie, la hardiesse d'un pareil rôle sont un perpétuel 
sujet détonnement. Nogaret ne peut être comparé qu'à 
Jean Hus et à Luther; mais il n'est donné qu'à des théo- 
logiens d'opérer des révolutions théologiques; le légiste, le 
magistrat sont pour cela "impuissants. Voilà pourquoi la 
tentative de Nogaret a été en somme peu féconde. On peut 
dire qu'il atteignit son but. Pro hbertule rccjai Galliœ msigiu 
Hisi i IV, p. 35. facinorc (de Thou) , il mit la papauté dans la dépendance de 
la maison capétienne. Le roi fut créé juge de l'orthodoxie 



LÉGISTE. 367 



XIV* SIÈCLF. 



du pape. Il fut établi en principe, comme dit Geoffroi de 
Paris, que le roi ne doit être soumis au pape au spirituel 
(Tue « si le pape est en la foi tel qu'il doit être. » 

Et s'il nestoit bien en la foy, 
Foy ne li garderoit ne loy, 
Ainçois le pugniroit par droit : 
« Por ce siii-je ci orcndroit 
«Venu por pugnir ton mesfct, 
« S'en la foy t'ies de riens forfet. » 
Boniface, quant celui ot, 
N'a talent que il die mot. 

Mais cela ne dura qu'un siècle ; la papauté s'émancipa 
de la France, et, au lieu d'une Eglise nationale, la France 
eut un lien plus gênant que jamais avec un centre religieux 
étranger, lien qui l'empêcha au xvi"^ siècle d'embrasser la 
réforme. L'Eglise gallicane, de la sorte, ne devint pas ce que 
l'Eglise anglicane est devenue sous Henri VIII. Henri VIII 
voulut simplement faire une Eglise nationale; Philippe le 
Bel voulut s'emparer du pouvoir central de l'Eglise uni- 
verselle, le diriger à son profit; il réussit; puis sa tentative 
se trouva frappée d'impossibilités. Elle échoua en partie 
par le grand schisme, et totalement par l'élection de Mar- 
tin V. Henri VIII fut donc un novateur bien plus original 
que Philippe le Bel. Philippe ne nia jamais la papauté; 
il nia seulement que Boniface VIII eût été vrai pape, et Dupuy, Preuves, 
pour le nier il fut obligé de se faire plus catholique que le ''"oupùy, preuves, 
pape. Quels sont les reproches que Nogaret adresse à Bo- p. 35o. 
niface? D'avoir réfréné l'inquisition, de lui avoir arraché 
des victimes, d'avoir été favorable au savant Arnauld de 
Villeneuve, d'avoir été un croyant peu fanatique, en un mot 
de ne pas avoir été assez catholique. On ne saurait nier 
qu'en toute cette affaire Boniface ne se montre fort supé- 
rieur comme largeur d'esprit à ses âpres persécuteurs. Phi- 
lippe voulut dominer, non être indépendant. Il attaqua le 
pape, non la papauté; en un sens il en fortifia le principe. 
Il humilia le saint-siége pendant un siècle, le subordonna 



!IV SIECLE. 



368 GUILLAUME DE NOGARET, 

momentanément à la France; il ne sut ni le détruire, ni se 
soustraire à son obédience. Sûrement, les prétentions d'un 
Grégoire VII, d'un Innocent 111 furent écartées pour tou- 
jours; les nations furent affranchies de la suzeraineté papale. 
La victoire du roi de France à cet égard fut complète; le 
roi de France accomplit ce que l'empereur d'Allemagne 
n'avait pu faire; il tua la papauté du moyen âge, la pa- 
pauté qui avait aspiré à être l'arbitre des rois, et pourtant 
il ne fonda pas le protestantisme. De là dans la politique de 
la France à l'égard du saint-siége quelque chose de toujours 
"auche; de là ces maladroites interventions dans les alTnires 
romaines, qui n'ont jamais abouti ni à contenter la papauté 
ni à une rupture ouverte avec la papauté. 
.\oiicos cl exil. On ne peut pas dire que le sort qui frappa Bonilace ait 
', f^.'.lg î!!.'i'h,l été immérité; dans un accès d'orgueil rt de mauvaise hu- 
puy, Pr. p. 186, nieur, il voulut bien réellement détruire la France; la 
30?, /l'oo', 576 ' France en lui résistant ne fit que se défendre. Mais tel était 
l'esprit du temps, qu'on ne croyait pouvoir vaincre le lana- 
tisme qu'en aflectant un fanatisme plus intense. Voilà pour- 
quoi les pubiicistes de Philippe le Bel, Nogaret, Du Bois, 
procèdent contre Boniface, contre les templiers, exactement 
de la même manière c|ue contre les juils, en exagérant le 
principe du droit canonique et de f inquisition. Pour remé- 
dier à l'abus des excommunications, ils tournent à leur 
profil et appliquent sans mesure le principe qu'ils veulent 
combattre. Le zèle religieux qu'ils allichaicnt était-il sin- 
cère? Le roi Philippe le Bel paraît avoir été un tout aussi 
âpre croyant que saint Louis, un chrétien sans la moindre 
arrière-pensée. Petil-fils de patarin, Nogaret mtMe peut-être 
un peu d'hypocrisie à ses grandes protestations de dévoue- 
ment catholique. Il n'est jias sûr que cette indignation d'une 
conscience fortement chrétienne contre la papauté corrom- 
pue et incrédule qui anima Luther ait été aussi vive chez 
Nogaret. Léon X était plus éclairé que Luther, tandis que 
nous n'oserions dire qu'au fond Nogaret fût plus croyant 
que Boniface. L'inquisition , surtout dans le Midi, avait mis 
à l'ordre du jour la mauvaise foi, les subtilités juridiques. 



LEGISTE. 369 

Il laut se garder d'appliquer à un temps les règles d'un 
autre temps. Nogaret, au \vi^ siècle, eût été un protestant; 
à la fin du xviii^, il eût été un magistrat philosophe et ré- 
lormateur; il se peut que de son temps il ait été sérieuse- 
ment catholique. 

Ce qu'il ne fut guère, c'est un honnête homme. Impos- 
sible d'admettre qu'il ait été dupe des lau\ témoignages 
(pi'il proNoquait, des incroyables sophismes qu'il accumule. 
Dans l'all'aire des templiers, il est cruel et inique. L'hor- 
rible férocité qui caractérise la justice française au com- 
mcnccmenl du \iv' siècle est en partie son œuvre. Sa poli- 
tique est plus critiquable encore: servir le roi, voilà son 
unique maxime; (out ce qui augmente l'autorité royale est 
légitime à ses yeux. Il est vrai que l'idée du roi devient de 
plus en plus inséparable de celle de l'Etat. Cette idée de 
['Ktat, presque inconnue au moyen âge avant les légistes et 
les philosophes de la fin du xiii" siècle, n'a pas eu de pro- 
moteur plus fervent que Nogaret. Il fait sonner avec le plein 
sentiment du civisme antique les mois de « patrie, i> de « ré- 
< |)ul)lique, » de « tyrannie. » Il soutient hardiment qu'on doit 
l'ésister aux tyrans, sans paraître se douter un moment que ce 
principe puisse se retourner contre lui et contre son maître. 
(Test un patriote excellent, parfois un révolutionnaire; 
mais il n'est pas assez éclairé pour voir qu'on est un mau- 
vais patriote quand on rêve la grandeur de sa patrie sans 
la liberté, sa puissance aux dépens de la justice et de l'in- 
dépendance des autres peuples. Les sentiments de Nogaret 
envers fltalie paraissent avoir été malveillants; il a cepen- 
dant plus dune affinité avec les politiques de ce pavs, et 
il subit déjà leur influence. Peut-être aussi faut-il faire chez 
lui une certaine part à la secrète tradition de l'esprit ro- 
main, conservé dans le midi de la France, et aux liérésies 
qui avaient été pour ce pays foccasion d'un si grand éveil. 

Comme écrivain, Nogaret est inégal, dur, souvent incor- 
rect; mais il a du Irait, de la vigueur. Son style latin ne 
vaut pas celui des bulles papales de Boniface ; il a cependant 
des passages presque classiques, d'un latin nerveux, quoique 

roMK. \.\vii. /t7 

2 6 * 



XIV MF.Ct.E. 



370 GUILLAUME DE NOGARET, LEGISTE. 

moins correct que celui des Italiens. Nogaret n'a pas lu Ci- 
céron ni les bons auteurs; il a au contraire une grande 
érudition ecclésiastique ; l'Ecriture et les Pères lui sont fa- 
miliers. L'âpreté de son raisonnement, son éloquence aus- 
tère, sa préférence pour les passages forts et menaçants de 
l'Ecriture, un ton habituellement sombre, ironique et ter- 
rible, complètent sa ressemblance avec Guillaume de Saint- 
Amour et, en général, avec les docteurs de l'école gallicane 
du XTii'' siècle. 

Comme légiste, il leur est très-supérieur. Sa science du 
droit romain et du droit canonique, la rigueur de son esprit 
juridique, quelque opinion que l'on ait sur les applications 
qu'il en lit, sont dignes d'une véritable admiration. Nogaret 
fut l'instrument principal du règne qui a le plus contribué 
à faire la France telle que nous la voyons pendant les cinq 
siècles suivants, avec ses bonnes et ses mauvaises parties. 
Il a été ce qu'on apjjelle en France un grand ministre; on 
se sent avec lui dans le pays de Suger, de Riclielieu, et 
aussi, il faut le dire, des doctrinaires de la révolution. Il 
créa la magistrature, inaugura la noblesse de robe, souvent 
plus employée par les rois que celle d'épée. Ces mililes rcfjis, 
ces plébéiens anoblis devinrent les agents de toutes les 
grandes allaires; il ne resta debout à côté d'eux et au-dessus 
d'eux que les princes du sang royal; la noblesse proprement 
dite, celle qui ailleurs a fondé les gouvernements parlemen- 
taires, fut exclue des rôles politiques. 

Nogaret mérite surtout de compter entre les londateuis 
de funité française, de ceux c[ui firent sortir nettement la 
royauté de la voie du moyen âge pour l'engager dans un 
ordre d'idées emprunté en partie au droit romain et en partie 
au génie propre de notre nation. Jamais on ne rompit plus 
complètement avec le passé; jamais on n'innova avec plus 
d'audace et d'originalité. Qu'on est loin de saint Louis, et 
que le temps avait marché vite, pour que ce machiavélisme 
cruel, injuste, ait pu se produire quand Joinville vivait en- 
core, à l'heure même où il écrivait le livre délicieux qui 
rappelait, au milieu de cet enfer, le paradis d'un autre âge 



DE DIVERSES PIECES, EÏC 37! 

d'or! Que l'on comprend bien l'horreur de ce digne homme 
pour ce qui devait lui paraître la fin de toute fidélité, de 
toute loyauté, et qu'il est naturel que, vers les derniers 
temps de Nogaret et de Philippe, le bon sénéchal se soit mis 
en i)l<'ine révolte contre un système de gouvernement qui 
devait lui paraître un tissu d'iniquités! 

11 est fâcheux, en effet, que ce triomphe de la raison 
d'État ait amené un si grand débordement d'arbitraire. Les 
légistes en lurent les agents, agents énergiques et merveil- 
leusement choisis; mais ce n'est jamais impunément que 
l'on joue avec la justice, que l'on lait de la magistrature un 
instrument de vengeance et de fiscalité. On coupe ainsi la 
base même de toute moralité, inconvénient plus grave que 
les avantages qu'on obtient par ces attentats appuyés de 
motifs politiques. Cette tache d'origine pesa longtemps sur 
la magistrature frant;aise. Son premier acte avait été de 
fonder la toute-puissance du roi, d'abaisser le pouvoir ec- 
clésiastique [HT fus et ncjas; son dernier acte fut la révolution, 
c'est-à-dire la rupture complète avec les anciens droits, la 
prétention de fonder une nation sur un code, la destruction 
violente de tout ce qui résiste à l'intérêt du présent au nom 
du passé. 

Em. R. 



DE DIVERSES PIECES 

RELATIVES 

AL'X DIFFÉRENDS DE PHILIPPE LE BEL AVEC LA PAPAUTÉ. 



Jiv' srÈcr.E. 



L'étendue avec laquelle nous avons cru devoir parler du Artid.- Pierre 
plus célèbre ministre de Philippe le Bel, de celui de ses ,i " laTr. t.'xxvî. 
confidents qui est le mieux connu, nous dispense de con- 
sacrer des articles distincts à plusieurs hommes d'Etat du 

47. 



MV SIF.CI.K. 



372 DE DIVERSES PIECES RELATIVES AUX DIFEERENDS 



" môme temps, qu'on n'a pas de droits sudlsanis pour liailcr 

comme des écrivains. Tel est d'abord Piehre Flotte, qui, 
par rinq:>ortance du rôle qu'il joua, mérite assurément d'être 
compare à Nogaret; mais sa part dans le procès de la ca- 
nonisation de saint Louis, dans l'acte d accusation dirigé 
contre Bernard de Saisset, dans la rédaction de la célèhic 
"petite bulle 11 et de la réponse Sciat tna maxima falmias, la 
barangue qu'il prononça, le lo avril i3o'i, à l'assemblée 
des l'^tats tenue dans l'église de Notre-Dame, ne sont pas dos 
Hi>tor.aciarr. tltrcs assez personnels pour que nous ayons cru devoir lui 
!— iV'i''\'^~ assigner une place dans l'Histoire littéraire. Nous ne con- 

(iiiiH. de \anj;is . o 1 

lo.ids laiiii , é(Jii. naissons pas le texte autbentique du discours prononcé dans 
— Kirmy, l'.xcL l'église de Notre-Dame. Ce discours a dû se trouver autrefois 
ss— Diipiiy, Hisi pa,-pj| Ips pièces contenues dans le manuscrit de Soibonne, 

p. Il, 12. — Uni- . n T / • 1 • 

Ici, iiisi. |i. i,".2, 386 (mamtenant, latui, n" 16,669), ayant appartenu à .Jac- 
'" ques de Padoue. Au feuillet 77 de ce manuscrit, on lit une 

note indicative des pièces cpii suivent, laquelle, après divers 
sermons, mentionne Scrmo contra Bonifacium pajxim. (le ser- 
mon n'est pas à la place indiquée. Sur le feuillet do garde, 
à la fin du manuscrit, se trouve le catalogue sommaire du vo- 
lume. Là encore, nous lisons : Item serinoiics (jiudam m tlico- 
logui , corain rege Francuc et universitatc Panslensi facli , puis 
d'une autre main : Et inter ens sernw Maqistri Jùistai liii de 
(jrandi Curia coram rege Pliilippo, cl Domini Pétri Fioles. La 
jiremière main continue : Item scrmo Mcufistri lùistacliii de 
Grandi (Inna, facttis coram rege Phylippo, et arvnga Pctri Fiole 
contra papam Bonifacium. Cet article et quelques autres sont 
bilfés, et on lit en marge : Saïucntes non siinl Itic. La reliure 
(\st contemporaine de la formation du volume par Jacques de 
Padoue; cependant ce recueil n'ollre pas de trace de sous- 
traction postérieure à la reliure. Lo note moderne placée en 
trte mentionne des u Sei'mons contre le pape Bonifac(^ \ III, > 
probablement sur la foi des anciennes indications. 

Quoi qu'il en soit, fimpression que produisit It^ discours 
uisioi.iicbiv. de Flotte fut très-vive; car GeoITroi de Paris, qui nous pré- 
sente avec tant de francliise les opinions et les dires de la 
bourgeoisie parisienne, en parle ainsi : 



i.wii. |.. 07; .-r. 



\IV SlKCr.K. 



DE PHILIPPE LE BEL WEC LA PAPAUTÉ. 373 

Et ce fu (If* par Piorrc Flotc, 
Qui iledcns Paris coiiunenra 
A scnuomior; anrois tcnra, 
Car son sermon tenron sembla. 
Je ne sais où son lieustc enibla, 
Car en Bible ne fu pas pris. 
Tontes voies assez apiis 
Avoit de sens et d'escriptnrc. 
Et bon sens avoit de nature. 

I^a belle pluase conservée par Guillaume de Nangis : 
Heijnnm Franciœ quod, Deo propitw , prœdecessorcs nostn siui in- 
duslnu cl virlute cjcntis snœ, cjrpuJsis lucle iarbans, ac(jtiisiernnt , 
cl partum slrcnue (fiihcniando a ncmine nisi Deo soJo tis(ine uiinr 
forfiter Icnuerunt . . . jtistifiait cette émotion. 

A la bataille de (lourtrai, Geollroi prête à Flotte des di.s- 
cours adressés au comte d'.^rtois, plus sages encore que ceux 
de Noire-Dame, mais qui sans doute sont tout entiers de sa Hi-i..!. .ir i.i tr. 
conq)Osilion. (ie même CieolVroi veut (pie Bonilace VIII ail "' ' '' '""' 
condamné Pierre Flotte et ordonné que ses enfants lussent 
empècliés de posséder en sainte Eglise jusqu'à la quatrième 
génération. Il ajoute que Benoît XI leva cette sentence et ihid i> no 
remit ses descendants «en possession.» .Nogaret rappelle ce Von ,i-i1.smi-. 
fait, qui natiu'ellemenl lui caus(> l)eaucouj) d'eflroi. r 33.. 

On peut attriliuer à Pierre Flotte, si on ne l'attribue à 
Nogaret, la réponse à la bulle Inejfahihs, commençant pai" Voir .i-,i,^snv. 
ces mots : Anicqunm essent clerici , rex Franciw hubchat ciislo- '' ' 
diain rcffm sui. (i'est un morceau fernie et digne, d'une lo- 1)ii|hij,p,ciuo- 
gique serrée, plein d'ironie contenue et de forte éloquence. '' '''''^' 
(3n y sent ])ercer déjà (dès 1296) les reproclies qui éclate- 
ront plus tard. L'auteur proclame avec bardiesse et coui'age 
que les laïcs font partie de l'Iilglise, comme les clercs. Ksl-ce 
que Cbrist est mort et ressuscité seulement pour les clercs? 
Piome défend aux clercs de contriJjtier aux dépenses du 
royaume qui est la colonne de la foi. Mais, quand il s'agit de 
capter largent du monde entier pour entretenir ses pompes 
mondaines, Piome |)arie un tout autre langage : Dttre htslno- 
mbus el amicis carnalibus, et, neglectis paiiperibus , expensas fa- 
cere siiperjluas in robis, ecjuitalivis, comitadvis, comessationibus 



XIV MF.CI.E. 



■61k DE DIVERSES PIECES RELATIVES AUX DIFFERENDS 



et aliis ponipis seciilanbus pcnniititur cisdern , imo conceditur, ad 
perniclos<F imiiationis excmplum. A cette date, la polémique a 
enco)"e une tournure sérieuse et grave, quelle perdra com- 
plètement en i3o2 et i3o3. 

Pour l'histoire de la famille Flotte, on peut consulter 
chanieiiiis ,1c L)u (lliesue. Cette famille était originaire d'Auvergne; dans 
i-ianr.-, p 2/19 ei l'ppjgQjg jg jj, bataille de Courtrai dont nous parlions tout 
Hi^lor.<l(■laKl à l'iieure, elle est rattachée à la lannnc do. 

I.XXII. |.. IM . 

En traitant de Guillaume de Nogarrf, nous avons épuisé 
ce cpie nous avions à dire de (îiillai me de Plaisian. On 
peut croire du reste que ce dernier eut très-peu de part dans 
la rédaction des pièces rpii portent le nom des deux Guil- 
laumes. Son rôle dut se horner le plus souvent à figurer dans 
les cas où Nogaret ne pouvait ester en justice, vu son état 
d excommunié. 

il serait très-intéressant de pouvoir entendre les avocats 
français du parti ultramontain; mais leurs protestations n'ont 
pas laissé beaucoup de traces. Nous savons seulement avec 
certitude que, malgré fappui que Philippe le Bel trouva dans 
tous les ordres de la nation, certaines parties du public 
furent très-sévères contre le roi, ou plutôt contre ses agents 
et contre les évêques trop faciles. Geoffroi de Paris traite la 
conduite de ces derniers de trahison. Pour garder leur tem- 
porel, selon lui, ils sacrifièrent leurs devoirs spirituels et 
renièrent leur vrai seigneur, l'apostole. 

Si firent de Paris leur Roninie, 

Où saint Pierres onques ne sist. 

Leur mauvez ruer iere lor fisl, 

Quand ils renièrent lor père 

Histor.de la 11. Et Roniiiic qui de t(i\iz est niere. 

I.XXII, p. 91. 

Un conseill(^r de Philippe le Bel, qui paraît avoir été non 
moins intelligent, non moins actii que Pi( rre Du Bois, mais 
dans un sens tout opposé, est Ponce d'Homélas. Homélas est 
un village du département de l'Hérault, dans le voisinage 



DE PHILIPPE LE BEL AVEC LA PAPAUTÉ. 375 

immédiat dos terres f|ui furent assignées à Nogaret. M. Bou- 
taric doit nous faire connaîli'e ce curieux personnage, 
comme il nous a iait connaître Pierre Du Bois. 

Nous analyserions ici avec détail le manuscrit latin /jo46 
(Bil)l. nat., ancien fonds), d'origine franciscaine, composé 
de pièces favora])lesà Boniface, s'il n'était constant pour nous 
que ce manuscrit vient d'Italie. Du fol. i 9 au fol. 1 8 v°, s'étend 
un Traclulus contra articulas invenlos ad diffamaiuluin sanctissi- 
muni patrem Domintiin Bonif ucium papam sanctœ inemonœ, et de 
coinmcndacione cjitsdcin. Inc. Dixisti , Domine lésa Cliriste, per 
Spiriluin Sancliim. tuiim : Sapiciilla vinctt inahltain. (Test une 
réfutation en règle des allégations de iNogaret, (jui pourtant 
ne semble pas y êti'e nommé. L'auteur divise son traité en 
trois parties: Sicut tria siiiit opcra sapicnlain; priimim est non 
mcnttn de (juanto novit ; secandain est menlicntem passe manifes- 
tarc; iertium est omnium causam assujnare. Dans sa première 
partie il réduira en poudre les articles frauduleusement in- 
ventés contre Boniface; dans la seconde, les inventeurs de 
ces articles seront convaincus de mensonge, et les œuvres 
dudit pape seront montrées dans ce qu'elles ont de recom- 
mandable; dans la troisième, on fera voir pourquoi Dieu 
permet de tels scandales. La première partie se compose 
de sept chapitres; la seconde, de six chapitres; la troisième, 
de treize chapitres, dont les trois derniers manquent. 

Du fol 28 v° au fol. 3o s'étend un Brevis troclatus super 
fado lemporaliarum (lisez lemplariorum) , traitant la question 
Ad (fuem pcrtinet in^miere et judicare de herest, dans un sens 
opposé à celui des publicistes de Philippe, hic. Dixisti, Do- 
mine lésa Chnste , per Spiritum Saiictam taum : Nali (fuœrere 
fieri judex. On voit par ce traité combien la cour de Piome 
fit d'efforls pour sauver les templiers, avant de les con- 
damner. 

Du fol. 3 G au fol. 3i v": Tractât us hrevis de duplici poteslate 
prœlaloram et laïcoruni. Inc. Quoniam, Ysaia pmphetu atles- 

lanle, corrnit in plateis verilas m tantuin ut vcrttas Dei 

non inveniatur m terra. 



MV' SIKCLK. 



XH MKCI.K. 





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lllt.',.Jrl.< 


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• la IV 


. 1 XWI. 


I' 


.'175. 


'l>>S. 



376 DE DIVERSES PIECES RELATIVES AUX DIFFERENDS 

Du fol. 3-2 \° au fol. 34 : Brevis tracfadis de potcslale col- 
Icgii , morluo papa. Inc. Qam noiuiuUi diibitare vidcnlur an po- 
tcstas papœ reinaneal m coUcçjio vel in Ecclesia ipso papa morluo. 

Du fol. 34 au loi. 36 v" : Traité sans titre. Inc. Qaoniam 
ex iqnoranlia anlujuoruin gcslorum (jiuc ta apprvbalis scripturis 
seu cronicts recilanliir. 

(k' manuscrit est, on le voit, un arsenal de petits traités 
destinés à combattre les thèses que Du Bois et Nogaret sou- 
tinrent aux divers moments de la lutte de Philippe le Bel 
contre la papauté et les templiers. La connexion intime des 
deux allaires s'y révèle clairement. 

Le nond)re des lausses pièces que la passion lit supposer 
en ces grands débats, est considérable. La petite bulle qu on 
substitua à la bulle Auscnlla , fJi , lut, selon les uns, l'œuvre 
de Pierre Flotte; selon d'autres, lœuvre de Pierre Du Bois. 
Il fallait la force d'une tradition nationale o])stinée pour 
qu'une pièce aussi évidemment labriquée ait pu être prise 
au sérieux par nos anciens historiens. Dupuy ne la rejette 
(pi'avec beaucoup de précautions, et en nous avertissant que 
la "bulle Auscnlla, fili, était pire encore. «Quelques-uns ont 
'< pensé que cette bulle était supposée, conçue qu'elle est en 
« style concis, du tout contraire à celui dont on use en cour de 
" Rome, dilTus et obscur... L'on pourrait dire sans l'arguer 

" de fausseté que c'est un abrégé d'une plus longue qui 

" commence /tHscH/Za, fili, lacpielle, comme elle est ample, est 
" aussi remplie d'infinis mauvais discours beaucoup plus que 
« cette petite. ' Quels que soient les auteurs de cette ma- 
nœuvre, ils montrèrent, dès le début du xw" siècle, une 
lare intelligence de ce qui fait impression sur le public fran- 
çais. Ils jugèrent qu'une longue pièce déclamatoire, réfutée 
dans le même style, laisserait les lecteurs indillérents, tandis 
que deux petites pièces, d'un style incisif et provoquant le 
sourire, agiteraient puissamment l'opinion, ils ne se trom- 
pèrent pas. 

D'autres bulles fausses furent encore mises en circulation. 
Telle fut cette bulle datée du i3 mai 1 297, et certainement 



DE PHILIPPE LE BEL AVEC LA PAPAUTÉ. 37 7 

composée à Paris, qui s'est conservée parmi les manuscrits 
de l'Université de Gand, et où le pape est supposé abolir le 
célibat ecclésiastique. Ce ne fut pas là une simple plaisan- 
terie. On voulait peut-être fournir un argument à ISogaret 
et à Plaisian dans leurs accusations contre le pape. Un des 
griels qu'on articulait contre celui-ci était de rompre les 
vœux des religieuses avec une scandaleuse légèreté. M. Ker- 
vyn de Lettenhove a rapprocbé la fausse bulle en question 
des remontrances de l'ierre Du Bois sur les abus du célibat 
ecclésiastique. Nous croyons cependant que l'intention de 
nuire à Boniface auprès de personnes pieuses et attachées à 
la hiérarchie ecclésiastique fut le principal but que se pro- 
posa l'auteur de ce petit écrit. 

Lue fausse lettre, censée écrite de Home, est destinée à 
montrer Boniface comme un damné. Ce Pharaon, se voyant 
près de mourir, avoua ses maléfices, reconnut qu'il avait eu 
des démons familiers qu'il consultait sans cesse. Une nuit 
(le 9 octobre), un fracas d'enfer entoura la demeure pa- 
|)ale; l'air était rempli d'oiseaux noirs, criant d'une façon 
horrible. Rome tout entière tremblait et criait : Miserere. 
Quand ce fut fini, tout le monde reconnut clairement que 
c'étaient les démons qui venaient chercher l'âme de Pharaon. 
Les gens de son entourage l'exhortèrent à songer à Dieu, à 
recevoir l'eucharistie. Sa rage fut telle qu'on crut qu'il allait 
manger le prêtre qui la lui apportait; puis il se retourna 
brusquement; le prêtre s'enfuit avec terreur, portant le 
saint sacrement avec lui. A un autre moment, on l'enten- 
dit apostropher les démons renfermés dans son anneau et 
leur reprocher de l'avoir abandonné. Ses familiers croyaient 
voir le diable en personne. Il était comme une bête féroce, 
rugissait, ratifiait et publiait de nouveau i^sub verbis brevibus) 
ses bulles contre le roi de France. Pour le calmer, quelques 
amis, dignes de lui, lui amenèrent un jeune garçon, fils de 
Jacques de Pise, qu'il avait l'habitude de traiter avec osten- 
tation comme l'objet d'une passion infâme. 11 voulut dé- 
vorer l'enfant, et, si on ne l'eût soustrait, il lui eût coupé le 
nez. Le jour de sa mort, ce fut bien pis encore. Il y eut de 

TOME XXVII. 48 



XIV' SIÈCLE. 



Meiii. (le lAïad. 
doBn.ï.l.XXVIll. 
2'paitic,i). 8/i,85. 
— liibl. .!.■ l'Lr. 
(lesChaiiis, i856, 
p. 6o3 , Oo/i. — 
HIst. liit. ,lo la 11. 
1. X\IV, |.. 1/.IS, 
l'ig. 



Uiipuy, Preuv 
. 5, G. 



XIV' SIÈCLE. 



Diipiiy, Preuves, 
(.. 6. 



378 DE DIVERSES PIECES RELATIVES AUX DIFFERENDS 

tels tonnerres, de tels éclairs, une telle tempête, l'air iuf 
obstrué d'une telle foule de dragons vomissant le feu par 
la bouche, cpie le peuple romain crut que la ville allait des- 
cendre dans l'abîme. 

On voit à quel public grossier on cherchait à faire il- 
lusion. Ces calomnies étaient répandues partout, tantôt 
sous forme de pièces composées, tantôt à l'état de simples 
notes. La réponse prétendue que fit Boniface à ceux qui 
l'engageaient à recommander son àme à la Vierge : Tace , 
miser; non credimiis in asinam nec in pnllnm ejas ; le récit selon 
lequel il aurait reçu 5o,ooo florins pour dissimuler l'erreur 
des templiers , qu'il connaissait, sont consacrés sur les feuillets 
mêmes de pièces ofTicielles et figurent comme des faits au- 
thentiques dans l'arsenal des documents de la couronne. 

Mcm. de lAcad. C'cst uue pièce assez énigmatique que la lettre secrète, 
'plii.\'! seci. 3! tirée des manuscrits de l'ancienne abbaye des Dunes, où le 
p. 8, J2-24. — clergé de France est censé dénoncer à la cour de Rome l'im- 

Hist. litt. delà Fr. ., , , • t-,i l- 1^7 i •• ' 1 • 

I. XXIV. p. 147, piete du roi Flulippe IV. La pièce na pas de signataires 
'*^ nominatifs. Faut-il y voir une correspondance clandestine, 

où les membres mécontents du clergé français déposèrent 
leurs griefs sous le voile de l'anonyme.^ Ou bien est-ce là 
un faux, commis par l'un des deux partis pour semr d'ar- 
gument à quelque thèse? Nous ne voulons pas le décider. 



Hist. lia. de la 
Kr.t.XXIV.p.147: 
t. XXVI. art. Pierre 
Du Bois; ci-dessus, 
art. Nogaret. 



Jo.inn. Andrew, 
In .Sejliim Décret, 
super prsfiitione. 



Nous avons déjà cité les principaux libelles que produi- 
sirent ces luttes ardentes. On en peut voir d'autres dans 
DupuY, Premes, p. ô, 6. Le jeu de mots « Maliface » pour 
Boniface servit de base à des plaisanteries sans fin. 11 est vrai 
que les canonistes, reconnaissants envers l'auteur du Sexte, 
retournèrent l'étymologie en sa faveur : Et dtcitur Bonifacius 
(jnasi hnna faciens , et vere est consonans nomen rei, proat esse 
ilebcl. On ignorait que le nom d'origine africaine Bonijatius 
vient de Boniini Jatum, et non de Boniim facere. 

Au tome II du Corpus historicam medii œvi d'Eccard, 
col. iH^Q-iSoS (voyez la préface), on trouve un morceau 



DE PHILIPPE LE BEL AVEC LA PAPAUTE. 



379 



intitulé : Magistri Viilgeni versus m lionifucium VIII papam cl 
mores cleri. Nous avons lu ce morceau pour voir s'il se rap- 
portait à notre sujet. Le titre est tout à lait fautif. Le mor- 
ceau se compose cVun grand nombre de pièces de rhythmes 
diflérents, sans lien entre elles, si ce n'est une intention 
maligne contre les papes, les évoques et les moines, le tout 
mêlé d'épigrammes légères dans le goût de Martial, d'épi- 
taphes, etc. On y trouve, en particulier, Y Apocalypsis Goliœ, 
poëme si connu. Loin d'être l'auteur de l'ensemble, Vulge- 
rius ou plutôt Ulgeras n'est l'auteur d'aucune des pièces qui 
le composent. Ce nom figure seulement dans une épitaphe : 

Hic jacct Ulgerus, etc. 

Le seul nom de poëte qu'on rencontre dans ce fatras in- 
digeste est Gilbertus : 

Non plorat papam Gilbertus quod nioriatur. , 

[^'allusion qui a égaré Eccard est dans le passage suivant : 

Pai-vo supponi |)arvo l)cne scdit Ivoni, 

Et, duni parva fuit saicina, sustinuit. 
Ut se niiijorem luit aiisus adiré laborein. 

Mole gravi crepuit pressus et occubuit. 
Dum teniiit Damasiim, potuit siispcndere casuni 

Mortis, per scabieni purificans saniom. 
Venit ut in mentein Gallonun peidere genteni, 

Mon potuit rcgein ferre suunique gregeni. 
Vilis et inclusus, graviter niniis inde rcpulsus, 

Fugit in exilium, quo tulit exititim. 
Rusticus et stultus qui nullo roborc fultus 

Hoc opus aggreditur quo crepat et tcrilur. 

Tout cela ne convient guère à Boniface VIIL Inchisus 
est peut-être une fausse leçon pour insiilsus. Cette épi- 
gramme est précédée de trois autres; toutes les quatre sem- 
blent dirigées contre le même pape. Rapprocliez en parti- 
culier le trait per scabiem purificans saniem du sixième vers de 
la troisième épigramme. Or le pape visé dans la première 
épigramme (de douze vers) paraît être Innocent 111. La versi- 

4». 



Comp. Ilciiiiioiil, 
Gesch. der Sladi 

Uom.l. I[, p. I IQT. 



XIV SIKCI.E. 



380 DE DIVERSES PIECES, ETC. 

fication d'ailleurs n'est pas celle du commencement du 
xiv" siècle. Au temps de Philippe -Auguste, la j^ièce dont 
nous parlons s'explique beaucoup mieux. Les dix colonnes 
de vers publiés par Eccard sont un petit recueil dont on 
recommande l'examen aux savants qui s'occupent de la poé- 
sie latine du moyen âge. 

La chanson « Dou pape, dou roi et des monnoies, » (pii 

se trouve à la Bibliothèque nationale, fonds Notre-Dame, 

Di- iciat .le la y^ bls, fol. 1 7, imprimée d'abord par l\oquefort, puis, avec 

p^t^o.lTi'^Sol! '"^^ traduction, parla Société de l'histoire de France, est 

•^oi- d'un rhvthme heureux; mais la langue est embarrassée: 

Bulletin .le l.i -^ 

Soi', (le l'hist. (le „ .... ■ 1 i- 

Kl. t. Il, 5 partie; ^^ qiif joi difo lie qiiicr desdire. 

Documenta liisto- C;ir JhesUCl'is 

Nous tiiit savoir que nez pour voir 

Est Antecris. 
Plus n'est liés, car desliés 

Court par le règne; 
Le pape sert , au roi désert 

Commant il règne. 

La conséquence de ce règne de l'Antéchrist est le renver- 
sement des bonnes coutumes. Le pape et le roi en sont cou- 
pables. Le pape .est pris d'abord à partie et traité plus vive- 
ment que le roi : 

Pape Clément, li lionis qui nient 
Repris doit être. . . , 

L'Eglise entière se plaint de lui. Si son entourage ne le 
lui dit pas, c'est que la terreur qu'il inspire empêche de 
parler. Il devrait observer la loi de saint Pierre, montrer 
de la charité pour tout le monde; mais l'avarice le perd: 



n.nies oi'io;inaux . 
I 83.>, p. 221-224. 



Tu n'as amie 

Fors la penine. 



La mort le menace et s'apprête à le saisir. C'est d'un ton 
plus réservé que le chansonnier s'adresse au roi : 



DE QUELQUES MEMOIRES, ETC. 381 

Rois fors et sains, atrais de sains, 

Trop n(jus nieschict, 
Kant vasselaiges et bons iisaiges 

Par loi ilechiet. 

M. Chahaille, auteur de la traduction publiée par la So- 
ciété de riiistoire de France, rend les premiers mots de ce 
couplet par: «Roi sain et fort, artifice de saint nous nuit 

« troj), quand etc. ». Le roi auquel la chanson s'adresse 

était ])etit-fds d'un saint. C'est là le sens exprimé par ces 
mots : « atrais de sains. « 

" Roi, que n'y penses-tu ? continue le chansonnier. Tu n'es 
« pourtant plus un enfant. Si tu savais ce que l'on dit de tes 

« monnaies Non, je ne le dirai pas; car bientôt tu sauras 

c comment ton peuple désespère en voyant le droit se 

"transformer et la raison tourner en déraison » 

Rien d'amer, on le voit, dans ces reproches adressés au 
roi ; c'est une plainte plus qu'une satire. Les paroles adres- 
sées au pape, au contraire, sentent l'invective et la me- 



X IV -SIECLE. 



nace. 



Ern. R. 



DE QUELQUES MEMOIRES 

RELATIFS 

À UNE NOUVELLE CROISADE. 



Un grand nombre de projets de croisade ont déjà passé 
SOUS nos yeux. Hayton, l)u liois, Nogaret ont eu leurs ar- Hi>t. liu. do i. 
ticles; Raymond Lulle aura le sien. Pour compléter ce qui xVii. 
conceine cette branche de littérature, si riche sous Phi- 
lippe le Bel, il nous reste à parler de trois mémoires, dont 
les auteurs n'ont pas semblé avoir assez d'importance litté- 
raire pour prendre rang parmi les écrivains. 

2 1 



XIV SIECLE. 

I. 
Mt.MOlRE 

DE Jacques 
deMohi. 



\ itae pa]). Avi'ii. 
I. Il, col. I 7G-i85. 

Bull, de lAcad. 
(le lîiux.So' année, 
2°.'>érie, t. Il, 1861 , 
p. 1 35- 137. 



Balti/c, l.l.p.G, 
7. — Cohiiu. dr 
Naiiijis, dans His 
toi. de la Fr. t.W, 
p.Sgâ.— liaynalJi, 
i3jC, n' 1?. — 
Flom),l.Xt;l,p.7. 
— Uio^r. genér. 
aii. Molay. — Loi- 
selcni-. Templier." . 

p. i:>7. 



382 DE QUELQUES MEMOIRES 

Aux Archives nalionalfs, J, 456, 36', se trouve un rou- 
leau de parchemin, contenant un mémoire adressé au pape 
au sujet de la croisade, sur le dos duquel est écrit, d'une 
main : Consiliuin homim de passacjto saiictu, matjistn Templi ; 
d'une aulre main : Consihuin ina(jistri Tcrnpli, cl super Jactu 
unionis ordinis Tcmpli el hospitalanorum. La seconde partie 
inditpiée par le titre n'est plus jointe à la première; mais 
toutes deux ont été publiées par Baluze, d'après une copie 
de Du Chesne. i\I. Kcrvyn de Lettenhove a donné une ana- 
lyse, parfois un peu lautive, du mémoire sur la croisade, 
sans se douter, ce semble, que la ])ièce n'était pas inédite. 

M. Kervyn de Lettenhove a très-bien montré que le ma- 
(jister TempUd(jn\ il s'agit ne peut être que Jacques de Moi. ai. 
Jacques de Molai est cité comme i^rand maître à partir 
de l'igS. Or le mémoire sur les croisades dont nous jiar- 
lons est certainement postérieur à cette date, puisqu'il y est 
question de lioger de Loria comme défunt; Roger de Loria 
mourut le 1 7 janvier i3o5. Baluze croit que le mémoire a 
été composé en 1 3 1 i , sans doute à cause du concile de 
\ ienne; mais on ne peut guère accorder que Molai ait écrit 
ni même se soit laissé pi'êter une jDareille pièce après son ar- 
restation, qui eut lieu le i3 octobre 1307. Les circonstances 
historiques où se produisirent les deux mémoires en ques- 
tion peuvent d'ailleurs être délerminées avec beaucoup de 
sûreté. 

Le 6 juin i3o6 (ou plutôt i3o7). Clément \, sur les 
instantes sollicitations du roi, écrivit do Bordeaux aux 
grands maîtres du Temjîle et de l'Hôpital, qui tous deux 
étaient en Chypre, de venir le trouver. Les rois de Chypre 
el d Arménie le pressaient de leur envoyer des secours. Il 
voulait consulter les chefs des deux grands oi'dres et profiter 
de leur expérience. 11 les prie donc de venir le plus secrète- 
ment qu ils j)ourront, sans suite, mais avec quelques per- 
sonnes de bon conseil; leur absence du reste ne sera pas de 
longue durée. Le maître du Temple obéit; le maître de l'Hô- 
pital, plus avise, s'arrêta en chemin pour guerroyer dans 
l'île de Bhodes, et s'excusa auprès du pape de ne pas venir. 



REI.ATIFS À UNE NOUVEF.LE CROISADE. 383 



XIT SIF.CLE. 



Molai, après un séjour de quelques mois à Paris pour 
rétablir l'ordre dans la maison du Temple, se rendit à Poi- 
tiers, où le pape, qui s'y trouvait depuis peu, l'accueillit 
avec beaucoup de distinction. Molai remit au pape deux 
mén)oires qu'il avait composés à sa demande, et relatifs, l'un 
à une nouvelle croisade, l'autre au projet de réunir en un 
seul corps tous les ordres militaires existants. Ce sont les 
deux mémoires que Baluze a publiés. Molai les rédigea 
probablement à Paris, durant l'automne de i 3o6 (ou i Soy). 
Nous ne voyons pas bien sur quoi M. Piapetti se fonde pour 
supposer qu'ils lurent écrits en Orient, avant le retour de 
Molai. 

Par sa date, le projet de Molai est donc exactement con- 
temporain de ceux de Haytpn, de Du Bois, de Marin Sa- 
nuto, de Raymond LuUe. Nous verrons bientôt qu'il leur 
est fort supérieur. 

Molai, dans son interrogatoire, se qualifie lui-même miles 
illitteratus, et tout le procès des templiers confirme cette Mici.tiit, procès 
allégation; il est donc probable que le mémoire en question pl^V/uTâ.*^' ' 
a été rédigé par quelque membre de l'ordre, plus habitué 
que le grand maître à tenir la plume. Quant aux idées énon- 
cées dans le projet, on sent qu'elles sont le patrimoine com- 
mun et le fruit de l'expérience collective de l'ordre tout 
entier. 

Ces idées sont en général justes et pratiques. 11 faut 
éviter les expéditions peu considérables, surtout celles qui 
débuteraient par la petite Arménie. Les Arméniens sont 
lâches et soupçonneux; ils croient toujours que les Latins 
viennent leur prendre leur pays; les passages des montagnes 
(le grand maître veut sii rement parler du Kahh-Hoçjhaz , les 
P.yles de Cilicie) sont dangereux et gardés par des popula- 
tions belliqueuses et indépendantes. 11 faut frapper un 
grand coup et pour cela réunir une armée composée de 
douze ou quinze mille chevaliers, de cinq mille sergents à 
pied et deux mille arbalétriers. Bothendar (Bibars Bondoc- 
dar), le plus habile homme de guerre qu'aient eu les mu- 
sulmans, avait coutume de dire qu'avec ses forces il tien- 



\IV MtCI.F. 



384 ■'''!' DE QUELQUES MÉMOIRES 

" drait tête, soit à trente mille Tartares, soit à quinze mille 

chevaliers français; que, s'il en venait davantage, il céderait 
le terrain. « Ceux, qui furent à Damiette avec Louis " disaient 
la même chose. 

Pour le voyage, il faut renoncer aux galères et n'em- 
ployer que de grands bâtiments de transport, que l'on fera 
construire à Gênes ou à Venise. On débarquera dans lîle 
de Chypre, où sera le quartier général de l'expédition. 
Quant au point de débarquement sur le continent, on le 
tiendra secret. Molai propose de révéler tout bas au pape et 
au roi de France certaines idées qu'il a sur ce sujet : il con- 
naît les bons endroits; il se fait fort d'amener le pape à son 
avis. 

L'armée de Chypre devra être renforcée. Sans délai, il 
faut préparer dix galères, qui tiendront la Méditerranée et 
empêcheront les mauvais chrétiens de porter aux infidèles 
ce dont ils ont besoin. A la tête de cette escadre, il faut 
placer un homme qui ne craigne pas la rancune des villes 
italiennes, lesquelles pourraient bien se venger sur les biens 
temporels de famiral du tort qu'il leur fera. 11 ne faut prendre 
pour cela ni un templier, ni un hospitalier; car, si les galères 
arrivaient à froisser les intérêts de Gènes ou de Venise, ces 
villes auraient un recours sur les biens de ces ordres reli- 
gieux. Rogerone, fils de feu Roger de Loria, paraît la per- 
sonne la mieux désignée pour ce commandement. Le pape 
devra porter les peines les plus sévères contre les mar- 
chands de Gênes, de Venise, de Pise, qui envoient aux Sar- 
rasins des armes et en particulier des lances et des galères 
toutes prêtes. Au retour de ces coupables voyages, les capi- 
taines italiens en sont quittes pour une absolution facile- 
ment obtenue, et ne songent qu'à recommencer. 

C'était là le principal souci de tous ceux qui s'occupaient 
MavLiitni, Hist. des croisadcs. Dès i 266, Amauri de La hoche, qui fut plus 
LLi.mrnsDoninT tard grand maître du Temple, voulait aussi qu'on équipât 
'• '■ P 7'- une Hotte de dix galères; cette flotte s'entretiendrait avec les 

prises qu'elle ferait sur ceux qui commerçaient avec les Sar- 
rasins. Nous retrouverons bientôt la même pensée longue- 



X\\ SIECLE. 



RELATIFS À UNE NOUVELLE CROISADE. 385 

nient développée par le roi de Chypre, Henri II de Lusi- 
gnan. 

Le projet de Molai est, comme on le voit, une pièce sin- 
cère, un projet fondé sur une vraie connaissance de l'Orient 
et plus sérieux que ceux de Du Bois et de Nogaret. On n'y 
voit percer, de la part du grand maître à l'égard du roi de 
France, que les sentiments d'une confiance absolue. Assu- 
rément, si tous les crimes que l'on devait imputer aux tem- 
pliers quelques mois plus tard avaient été déjà soupçonnés, 
on trouverait dans le mémoire dont nous parlons quelque 
trace d'embarras, de précautions. 

La copie de Du Chesne, reproduite par Baluze, est très- 
exacte. On doit cependant lire Bolheiular, Cordoivini , Turcliu- 
manni, au lieu de Bochendar, Cnrdommi, Turchimanni . Le pays 
de Sccam est sûrement (.U, nom de la Syrie chez les musul- 
mans. 

Le mémoire sur la réunion des deux ordres a une véri- 
table importance historique. Cette question préoccupait 
alors tout le monde. Molai avoue que l'union a pour elle Hisi. litt. de la 
do graves autorités. La question fut agitée au concile de 
Lyon, entre le pape Grégoire X, le roi saint Louis, Guil- 
laume de Beaujeu, alors maître du Temple, et Guillaume 
de Courcelles, représentant les hospitaliers. Le pape et le 
roi étaient pour l'union; on s'arrêta devant l'opposition pré- 
sumée (les Espagnols. Nicolas IV reprit le projet pour se 
laver des reproches qu'on lui adressait sur la perte de la 
terre sainte. Puis vint Boniface VIII, qui en parla souvent; 
mais toujours on y renonça, et, selon Molai, on fit bien. 

D'abord, une telle mesure serait peu honorable pour 
des ordres si anciens et qui ont rendu tant de services. Elle 
serait dangereuse; les deux ordres, blessés dans leur hon- 
neur, pourraient tourner à mal : Tiinendum est ne contrarium 
décidât eoriim cjiiœ Ituc usfjiie feeernnt , (jiiia niinquam tel raro 
fil novitas (juœ non pariât pericula magna. On mettrait plus 
d'une âme en péril. Il y a toujours péril d'âme à forcer 
celui qui a fait profession dans une religion à passer dans une 
autre, sans qu'il fait désiré. Il pourrait v avoir des batailles 
TOME XXVI 1. • 4 y 



Fr, t. XXVI, 

IJu liois. 



XIV S1F,CLE. 



380 DE QUELQUES MÉMOIRES 

entre les deux ordres, chacun disant : « Nous valions mieux; 
.1 novis faisions plus de bien. » La conséquence de l'union se- 
rait de relâcher la règle des templiers et de resserrer celle 
des hospitaliers; ce qui occasionnerait bien des méconten- 
tements. 

Le peuple aussi en soulîrirait. Les aumônes seraient 
diminuées, surtout du côté des templiers. Il en serait de 
même pour le service divin. Les dilîlcultés concernant les 
maisons seraient insolubles : on ne peut songer à subordon- 
ner les unes aux autres; il faudrait donc laisser tomber les 
unes et entretenir les autres. Comment se régler dans ce 
choix? Même difhculté pour les olliciers. Chacun des deux 
ordres a les siens; lesquels supprimer? 

La rivalité qui existe entre les deux ordres est honorable, 
utile aux chrétiens, funeste aux Sarrasins. Si un des deux 
ordres fait un beau fait d'armes, l'autre veut le surpasser, 
.lamais cette rivalité n'a amené l'un des ordres à porter la 
main sur l'autre. La même chose se remarque entre les 
frères jMineurs et les frères Prêcheurs. Leurs jalousies ser- 
vent la cause du Christ, et jamais personne n'a songé à les 
réunir en un seul ordre. 

La façon dont se font les chevauchées contre les Sarra- 
sins exige les deux ordres. Quand il arrive des hommes ar- 
més pour la croisade, on ne les laisse jamais s'engager seuls; 
ils se perdraient infailliblement. Un des ordres fait l'avant- 
garde [avancjardiam) , f autre l'arrière- garde [rcrcçiardicim]; 
ceux de la croisade sont placés entre les deux ordres, qui 
les couvrent [cooperiunt et invohunt sicut mater infantem). 
Les pèlerins ont toujours trouvé chez les deux ordres le 
même accueil, la même hospitalité. 

Molai ne nie pas les avantages qu'offrirait l'union, il y 
en a deux principaux. D'abord, les deux ordres unis pour- 
raient mieux se défendre contre la cupidité et la jalousie 
fpi'excitent leurs biens, et contre les torts que leur font les 
prélats et autres personnes puissantes, tant ecclésiastiques 
(|ue laïques. On voit ici une allusion aux attaques dont 
l'ordre du Temple était déjà l'objet. Le second avantage, 



RELATIFS À UNE NOUVELLE CROISADE. 387 

c'est que les frais généraux seraient diminués, puisque, au 
lieu de deux maisons, il n'y en aurait plus qu'une, au lieu 
de deux baillis, il n'y en aurait plus qu'un, etc. 

Molai termine en proposant une réunion de tous les an- 
ciens de l'ordre devant le pape. Quant à lui, il se déclare 
oppo.sé à la réunion. 

Il paraît que Clément V ne cacha point cà Molai les accu- 
sations dont le Temple était déjà l'objet. Molai pria le pape 
d'examiner ces accusations et d'en faire justice. Clément V, 
qui espérait que l'allaire n'aurait pas de suite, donna congé 
au grand maître, et le laissa retourner à Paris. 



MV" Sif-.CLE. 



Comme un des objets principaux du concile de Vienne 
devait être la reprise des croisades, le pape adressa des 
lettres apostoliques à Henri II de Lusignan, roi de Chypre, 
pour lui demander de communiquer au concile ses vues à 
ce sujet. On possède aux Archives, J, 456, 36*, l'original 
de la réponse de Henri II. Elle a été publiée par M. de Mas- 
Latrie. La pièce fut présentée au pape par Jacques de Ca- 
siali, chanoine d'Ancone, et Simon de Carmadin, ambassa- 
deurs du roi. 

On sent que Henri II ou, pour mieux dire, ses conseillers 
ne croient pas le grand passage très-proche. Ils insistent prin- 
cipalement sur des mesures préliminaires, utiles en toute 
hypothèse. Comme le grand maître du Temple, le roi de 
Chypre demande avant tout qu'on forme une escadre chré- 
tienne pour empêcher les mauvais chrétiens de porter aux 
Sarrasins d'Egypte des esclaves ou mamelouks, du bois, du fer, 
de la poix et d'autres objets qu'ils n'ont pas. L'escadre croi- 
sera sans cesse sur les côtes d'Egypte et de Syrie. Il importe 
qu'elle n'appartienne à aucune des répidiliques de Venise, 
(le Pise, de Gênes, ni à aucun état possédant des ports. Ces 
républiques ou ces états captureraient les navires qui ne 
seraient pas des leurs et se réserveraient le monopole du 
commerce avec le soudan. 11 faut aussi que l'escadre soit 
commandée par quelqu'un qui n'ait rien à craindre des 
susdites républiques. Le roi raconte à ce sujet un fait qui 

49. 



MÉMoniE 

DE HENItr II 
DE Ll)SIGN*N, 

uoi DE Chypre. 



Hisl. df Chypre 
sous les Luslgnans, 
Dociim.t.I.p. 1 18- 
125. — Hist. litt. 
.le la Fr, l XXIV, 
P '190 



V..1I- 
p. 38'i. 



XIV SUXI.E. 



,588 DE QUELQUES MEMOIRES 

s'était passé l'hiver précédent. Des galères armées par le 
maître de 1 Hôpital prirent dans les eaux de Messine une 
galère génoise, venant d'Alexandrie, chargée d'épices et de 
marchandises d'Egypte. On la mène à Rhodes audit grand 
maître. Les Génois envoient une amhassade pour la récla- 
mer; le grand maître répond qu'il a mandat du pape pour 
capturer tout ce rpii va au pays des Sarrasins et tout ce 
qui en revient, et adresse les réclamants au pape. Mais 
voilà que hienlôt, sans avis préalable, deux galères génoises, 
armées en guerre, viennent à Rhodes et font des prises con- 
sidérables en hommes et en biens sur le grand maître, et 
vont vendre aux Turcs une partie de ce qu'ils ont pris. 

Le saint-père doit donc redoubler de sévérité envers ces 
chrétiens perfides, sans oublier le roi d'Arménie. L'Egypte 
ne produit pas d'hommes propres à la guerre. Tous les gens 
d'armes du Soudan sont des mamelouks, que l'on amène 
enfants de Turquie et de la mer Noire. 1/Egypte n'a ni 
bois, ni fer, ni poix, et en a grand besoin pour faire les 
barques du Nil [de quo jhiniinc totam vitam suain iralnwl 
Eçiyptii), les canaux d'irrigation, les Ilèches, les armes, les 
harnais des chevaux. Trois ans d'interruption dans le com- 
merce de ces objets arrêteraient la vie en Egypte, sans par- 
ler de la perte (les droits de douane énormes que le soudan 
perçoit sur les articles d'importation et d'exportation. 

I^'escadre, munie d'arbalétriers, i^avagerait les côtes d'E- 
gypte et de Syrie et ferait de beaux profits par la capture 
des navires allant en Egypte ou en revenant. Pour former 
l'escadre, il sullirait de vingt ou vingt-cinq galères, aux- 
quelles le roi de Chypre joindrait les siennes. Le roi vante 
à ce propos les services qu'il rend. 11 n'a d'égards pour per- 
sonne et n'écoute que la sainte Eglise. Le nombre des na- 
vires sarrasins, génois et autres qu'il capture est considé- 
rable; il a ravagé la côte de Syrie, vers Lattakie; grâce à 
lui, le commerce entre Chypre et les pays musulmans est 
totalement interrompu. 

Quand on fera le grand passage, Henri 11 , en ceci d'accord 
avec Molai et en désaccord avec Sanuto, est d'avis qu'il faut 



RELATIFS À UNE NOUVELLE CROISADE. 389 

que l'expédition débarque à Chypre, et de là se rende par 
nier en Egypte, sans toucher à la Syrie, ni à l'Arménie. Etre 
maître de la Syrie, sans l'être de l'Egypte, ce n'est rien; être 
maître de l'Egypte, c'est l'être de la Syrie. La route de terre 
d'Arménie en Egypte est remplie d'impossibilités. L'armée 
musulmane de Syrie ne peut se rendre en Egypte, par 
crainte des Tartares; au contraire l'Egypte peut être laissée 
dégarnie sans danger. Saint Louis eut raison dans le plan 
de son expédition, et cependant alors une grande partie de 
la Syrie était aux mains des chrétiens. Enfin, si l'armée de 
Chypre devait faire partie de l'expédition, il serait indis- 
pensable que le départ eût lieu de Chypre; sans quoi les 
deux forces ne pourraient se rallier à point nommé pour le 
débarquement. 

Le roi a interrogé les anciens de Syrie sur la force des 
Sarrasins. Ils lui ont répondu que le soudan pouvait avoir 
soixante mille hommes à cheval, dont vingt mille bons che- 
valiers, vingt mille médiocres, vingt mille tout à fait mépri- 
sables. De telles distinctions sont nécessaires; car les Sarrasins 
considèrent comme chevalier [miles] tout homme à cheval. 
Le roi de Chypre ajoute que ces renseignements, exacts il y a 
quelques années, ne le sont peut-être plus : les forces des sou- 
dans d'Egypte sont bien diminuées, soit par les Tartares, soit 
par les guerres civiles. Les soudans ont fait de grands mas- 
sacres de leurs propres hommes; chaque changement de 
régime a été marqué par des égorgemenls. Le soudan ac- 
tuel, par exemple [Malek-Nasser], a tué un grand nombre 
de ses amiraux [admiratos] et des meilleurs. Outre leur cava- 
lerie, ils ont une infanterie armée d'arcs, mais de très-peu 
de valeur. En général, il faut leur opposer le plus possible 
d'arbalétriers à pied et à cheval; car l'arbalète des chrétiens 
est très-supérieure à l'arc des Sarrasins, et ils la craignent 
beaucoup. 

Ce projet est, on le voit, très-bien raisonné. Il est certain 
que l'état d'anarchie où était le royaume des sultans mame- 
louks du Caire oflVait aux Latins la plus belle occasion de 
reprendre leurs expéditions, si ces expéditions n'avaient été 



XIV SltCl.E. 



,i90 DE QUELQUES MÉMOIRES, ETC. 



condamnées par des raisons inhérentes à leur nature même. 
Le blocus rêvé par le roi de Chypre était une impossibilité. 
L'escadre catholique, que Henri de Lusignan et Jacques de 
Molai veulent opjioser au commerce de l'Italie avec le Le- 
vant, ne pouvait avoir d'existence sérieuse. Ils l'avouent im- 
plicitement ]wr la difficulté qu'ils ont à lui trouver un com- 
mandant. Cette escadre n'appartiendra à aucun état avant 
des ports, à aucune république, à aucun ordre religieux, 
et ne sera commandée par aucun sujet de ces républiques 
ou états, par aucun membre de ces ordres. Molai est oblige 
de se rabattre sur un ca[)itaine sans patrie; les Loria, dejniis 
plusieurs années, brouillés avec tout le monde, n'étaient 
0|, cil. p 125 plus que des écumeurs de mers. M. de Mas-Latrie a réuni 
''*' des faits noml)roux qui montrent à quels abus allait la 

marine italienne en ce qui concernait le commerce des es- 
claves. L'Egypte était approvisionnée de mamelouks par les 
\ énitiens et les Génois. La traite des Tartares, des Circas- 
siens, des Grecs, des Albanais, des Esclavons, des Serbes 
étaient pratirjuée par ces derniers à CafTa dans une pro- 
portion scandaleuse. Mais ce qui arriva aux hos])italiers 
dans l'hiver de i.iio-i3i i aurait continué. La police des 
mers ne peut être faite (jue par ceux qui sont maîtres de 
la mer ou par des nations maritimes liguées entre elles 
au nom d'un principe supérieur de civilisation. La force 
des choses s'imposait. Les traités de commerce entre les 
villes italiennes, les rois d'Aragon, les rois de Sicile et les 
soudans d'Egypte se multipliaient. Les bailes, les consuls 
étaient entre les niains des soudans, comme des otages 
qui eussent payé de leur vie les mesures inconsidérément 
proposées par les interprètes exaltés des idées du Temple 
et de l'Hôpital. 

On possède encore aux Archives, .L 4ô6, 36\ un mé- 
moire de Benéet Zachar, amiraiis (jenerans du très exceUen- 
timc ruy de France, dont M. de Mas-Latrie a donné une ana- 
lyse. Ce Benoît Zacharia appartenait à une famille de 
hardis marins génois. Il avait été quelque temps maître de 



Sary 


. Cl, 


ICSI. 


arabe. 


t. II. P 


1. io 


i-l suiv. 


III. 




M. 


'MO 111 K 
DB 




Urnoït 


Ztciunn. 


Op.. 


. ,t, p 


liij. 



NOTICES SUCCINCTES SUR DIVERS ECRIVAINS. 391 

XIV SIKCI.K. 

Tripoli de Syrie. Puis il se fit corsaire el prit un navire 

égyptien, que les Génois restituèrent pour éviter la colère 

de kélaoun. Son mémoire est tout pratique. Il indique le sacy, ciuest 

nond)re de galères qu'il faudra joindre au\ treize galères élsulv.' ' '" 

du roi, réparties dans les ports de Rouen, la Pioclielle, la 

Réole et Calais, il calcule le prix du nolis et les dépenses 

qu'il faudra faire pour la solde et la nourriture des hommes. 

Ce côté de la question est celui qui le préoccupe le plus; il 

élail, en ellet, d importance majeure. I>es engagés qui ne 

recevaient pas leur solde étaient quittes du service, et plus 

d'une fois, dans les expéditions antérieures, l'irrégularité 

de la ])a\e avait amené les plus fâcheuses conséquences. 

Zacharia veut que l'on compte aux hommes ce qui leur est 

dû pour quatre mois d'avance, afin qu'ils se pourvoient 

d'armes, et qu'on n'ait pas à faire chercher de l'argent en 

Europe au moment où il faudra attaquer l'ennemi. 

Frère Brochart, l'auteur de Y Avis direclif de i332, parle ii.in...i)<,-,M(. 
de notre Zacharia, «duquel en fait de mer vit encoire une !l!.'"\\a*^rlu',°. 'h" 
Il glorieuse renommée, « et surlout de son neveu Martin Za- ' '^' p 281. 
charie, dont il fait les plus grands éloges, comme amiral, 
ingénieur et ennemi des Turcs. 

-M. de Mas-Latrie croit que cette note a été composée et 
remise à piopos du concile de Vienne. Nous ne voyons pas 
les raisons démonstratives de cette assertion; mais la sup- 
position est au moins Irès-prohable. 

Ern. R. 



NOTICES SL'CCINCTES 

SUR DIVERS ÉCRIVAINS. 



Aux notices paiiiculières qui concernent des écrivains de 
quelque renom nous ajoutons, selon l'usage, une notice col- 
lective sur d'autres écrivains du même temps, dont la vie 



392 



NOTICES SUCCINCTES 



Nicons 
Le Damis. 

Coïc, Calai, niss. 
f)xoii. I. I , p. g3. 
inll. Merlon. 

(iiié[ard,CaiUil. 
lie \ D. dp Paris. 
I. I. |. 179. 



Il>icl. |>. 



QuétifetÊchaid 
Script. ord.Piaedic 
t I, p. 826. — Ka 
briciiis, liibl. mc( 
pt infim. a?tal. t. \ 
p. .08. 



et les œuvres sont presque ignorées, sur des auteurs moins 
obscurs de pièces peu littéraires, comme des statuts et des 
lettres, et sur des ouvrages anonymes d'un faible intérêt. 

1. Parmi les manuscrits du collège Merton, à Oxford, se 
trouve, sous le n" 287, un volume de sermons prononcés à 
Paris dans les dernières années du xiii" siècle. L'un des au- 
teurs de ces sermons est nommé Nicolaus de Dacia. Or, nous 
trouvons à Paris, le 22 janvier 1270, un maître Nicolas 
Le Dan.xls témoin de Regnauld, doyen de Saint- Marcel, 
rendant bommage à l'évêque Etienne; et le nom latin du 
même docteur, Nicolaus Daciis, se lit, à la date du 1 4 juillet 
de la même année, à la fin d'un accord entre l'olTicial et 
l'arcbidiacre de Paris. On a lieu de supposer que le Nicolaus 
de Dacia du manuscrit d'Oxford est le Nicolaus Dacus et le 
Nicolas Le Danais du Caitulaire de Notre-Dame. Il est, en 
outre, possible que ce docteur, dont il n'a pas été parlé pré- 
cédemment, ait vécu jusque dans les premières années du 
xiv'' siècle. L'n autre Nicolaus de Dacia, mentionné par Echard 
et par Fabricius, est beaucoup plus moderne. Celui-ci, qui 
était à la fois astronome et médecin, vivait au xv^ siècle. 

B. H. 



Simon 
de londwco. 



IL Ce volume du collège Merton nous oflre des ser- 
mons d'un certain Simon de Londayco, qui doit avoir prê- 
cbé dans la même ville et vers le même temps que Ni- 
colas Le Danais. Un recueil semblable, qui est conservé sous 
le n° 11 56 de la Bibliothèque royale de Turin, contient 
aussi des sermons du même prédicateur. 11 est appelé dans 
le recueil de Turin, Sjmon de Landiaco. Landiacum ne paraît 
pas plus un nom de lieu que Londaycam; il faut peut-être 
lire de Lardiaco. Quoi qu'il en soit, ce Simon est à joindre aux 
sermonnaires obscurs de la fin du xin' siècle. B. H. 



FERniEB, III. Le même n° 287 du collège Merton contient un ou 

MOINE plusieurs sermons attribués à Ferrier, moine cistercien de 

DE V*i.-Sainte r _ ' 

VER5 i3io. Val-Sainte, au diocèse d'Apt. Ne trouvant pas à Paris une 



\IV MKCT.I.. 



SUR DIVERS ECRIVAINS. 393 

autre copie des mêmes sermons, nous devons nous borner à 
reproduire la mention cpii nous est Iburnie par le catalogue 
de M. Co^e. B. H. 

IV. Au nombre des sermons conservés encore dans le Akwi i.i.(,,i.i 
même recueil, il y en a d'un certain Arnaild Galiauu ou 
(îailard sur lequel nous n'avons pas à fournir des renseigne- 
ments plus précis. Une famille considérable de la Guienne, 

qui a pris le nom de la terre deGalaid, en Coudomois, a été 
dignement représentée dans l'I^glisc, au commencement du 
XIII' siècle, par plusieurs Arnauld Galiaid ou (ialard. On 
connaît Arnaud (îalard, abbé de Grandsehe en i 'i32, et un 
autre Arnauld Galard cpii mourut, étant évêque d'Agen, 
après l'année i ^4 J- M. Noulens a reproduit un grand nombre 
de ])ièces cpii les concernent, dans le ])remier volume de 
son recueil intitulé: Documents historiques sur la maison de 
Galard. Nous supposons que notre sermonnaire, qui vivait 
à la fin du même siècle, était de leur lamille. B. H. 

V. Il y a des sermons de ce Piavmonu dans le n" i i 56 de Humonu, 
la Bililiotlièqu(> loyale de Turin et dans le n" jSy du col- ni'^vi'nMMJ 
lége Merton. A sou nom est joint, dans le catalogue de Tu- 

liu, ce titre c()rronq)u : Archicp. Inorircmtis. Dans le catalogue 
du collège Merlon il est ainsi désigné, plus correctement: 
Ardiidiciconiis Morinciisis. Il était donc archidiacre dans l'église 
des Morins, c|ui lut depuis nommée féglise de Boulogne- 
sur-Mer. On ne sait rien de plus sur ce prédicateur. 

B. H. 

VI. Nous mentionnerons enfin, (faprès le même inanus- aluliii. 
dit du collège Merton, un certain maître Albeut, prévôt ^K sVm 'o\i 
de Saint-Omer, prœpositus de S. Homcro, dont ce volume con- 
tient un ou plusieurs serinons. Ce maître Aubert ne figure 

pas dans la série des prévôts de Saint-Omer dressée par les 
auteurs du Gallia chrisliana ; mais cette église eut à la fin du 
xiif siècle un prévôt très-renommé, maître Adenulfe, qui 
devint plus tard évccpie de Paris, et qui, dit-on, a laissé des 
sermons, outre une série de Questions quodiibétiques con- 



iii^i iiii^ a. 

I. \M, |.. V 



TOMK X.WII. 



\1V MECl.K. 



394 NOTICES SUCCINCTES 



SH 



servées flans le n" i 4,Hgg des manuscrits latins, à la liihlio- 
ihèqup nationale. Si le nom du prédicateur n'est pas écrit 
en toutes lettres dans le manuscrit d'Oxford, il faut lire peut- 
être Adenulfiis et non pas Aiibcrlns. 

On ne connaissait pas ces précieux manuscrits du collège 
Merton et de la iMliliothèque royale de Turin, qtiand on a 
disserté, dans un des tomes précédents, sur un certain 
nombre d'obscurs sermonnaires qui se firent entendre à 
Paris dans les dernières années du xiii"^ siècle. Parmi ces 
prérlicatenrs déjà nommés, Jean de Verde, Etienne du 
Mont-Saint-Éloi, Pierre de Remiremont, Guillaume de 

UiM i.u Jr lu Lusci, Thomas de Chartres, Thomas de Sens, Gilles du 
n'iln, 4..k''iV'5! ^ ''' ^*^^ Ecoliers, Jean de Montlheri sont représentés par 
'''9- divers sermons dans le manuscrit du collège Merton. Nous 
retrouvons dans le manuscrit de Turin les noms de Jean de 

ibui |.. i.H) Verde, de Guillaume de I^usci, de Barthélemi de Bologne 
<^t peut-être, sous une forme très-corrompue, le nom de 
Gilles du Val. B. H. 

\> i.K vioxci VII. Le n" 1 4,;)6< des manuscrits latins, à la Bibliothècpie 

nationale, volume provenant de Saint-Victor, nous ollre une 
autrf liasse de sermons sous ce titre : Serinoncs fratrts Johaii- 
iiis de \lonciaro. Ce "frère" Jean dk Mo.nci, ou de Mou.ssi, 
était religieux d'un ordre quelconque. Ainsi Ton ne doit pas 
le confondre avec un autie Jean de Moussi, sous-diacre de 

iiisi lit) ,ie 1,1 Notre-Dame de Paris, dont il a été précédemment parlé. Les 
sermons conservés sous le nom du religieux sont au nombre 
de six. On ne croit pas qu'ils aient été lécités dans une église 
paroissiale, devant le peuple des fidèles. Ils n'onVcnt, en 
ellet, si longs qu'ils soient, aucune amplification morale; 
résout les sermons d'un savant, disons mieux, d'un pédant, 
qui ne fait que citer l'Ecriture, les Pères, même les philo- 
sophes, comme le faux Boëce et Gundisalvi, et qui met à la 
suite de chaque citation la plus allégorique des gloses, 
c'est-à-dire la plus subtile et la plus inattendue. On prêchait 
ainsi dans les chapelles claustrales. 

Le manuscrit qui contient les sermons de frère Jean de 



IV,,,»,-. I. wvi 

I 



SUR DIVERS ECRIVAINS. 395 

XIV MKCI.E. 

Monci est de la fin du xiii' siècle ou des premières années 
du xiv'. Du même temps est le n° i 5,652 du même fonds, 
où nous trouvons, sous le nom de « J. de Montchi, » au loi. 8 i , 
un fragment très -étendu de quelque commentaire sur les 
Sentences. Le sous-diacre de Notre-Dame et le religieux 
ayant été contemporains, nous ne savons auquel des deux 
attribuer ce couimentaire. B. H. 

VIII. lUiMOND BoTTi, fils de Bertrand Botti, chevalier, et iiaimum) Boni. 
de Thibaude Isoard, lut d'abord archidiacre d'Apt et devint ™' "*" 

1 . T -1 111', - '^'"" '•■ '■ •"" 

eveque de cette église au mois de septembre de 1 année i 27.'). i.^o.; 
Les actes de son épiscopat ollrent peu d'intérêt. Il mourut (iaii.dinsi no 
le 3 2 août i3o3. Les auteurs de la Gaule chrétienne disent 
avoir lu dans plusieurs vieux titres qu'il avait de grandes 
connaissances en matière de liturgie. Ils ajoutent qu'il éta- 
blit dans son église les fêtes de saint Auspice et de saint Castor 
et qu'il rédigea très-élégamment les légendes de ces anciens 
évêques. Mais ces légendes semblent perdues. Les conti- Ooii 
nuateurs de Bollandus disent les avoir vainement recher- 
chées. Il est permis de supposer que Raimond, instituant une 
lête, a plutôt, dans cette occasion, composé deux olfices 
que deux légendes, et, cette supposition admise, on pour- 
rait attribuer à Raimond les leçons pour folïice des saints 
Auspice et Castor que les continuateurs de Bollandus 
ont publiées d'après les manuels liturgiques de féglise 
d'Apt. B. H. 

IX. Il faut ici mentionner, à la date du 2 5 janvier 1 3o3, iiKciTuij\Miiu.;r.K 
une courte notice insérée par dom Martène dans le tome VI 
de son AmpUssima collectio, col. 272. Cette notice est la rela- 
tion d'une guérison miraculeuse. Un vigneron du diocèse 
de Sens, nommé Garnier, avait été frappé de paralysie, et 
tous les saints qu'il avait suppliés de le guérir étaient de- 
meurés sourds à sa prière. C'est alors qu'une voix mystérieuse 
lui persuada de venir à Paris invoquer fintercession de saint 
Victor. Il fit donc ce voyage, entra dans l'abbaye de Saint- 
Victor à fheure de sexte, tandis que les chanoines étaient au 



111(1. A 

.SUIKI. I. VI SI 
ibliv, J,. ■)/, I 



A SAINT-VirTOIl. 

.3o;i. 






I i l.'ll li 



396 NOTICES SUCCINCTES 

cliœiir, haisa pieusement Ips reliques du glorieux martyr el 
lut subitement r(Mnis en la pleine possession de ses memhres 
enpjourdis. Nous n'avons à faire aucune o])servation histo- 
ri([ue ou littéraire sur cette relatif)n très-brève et très-sèche. 

n H. 

X. R MMONO rTiiii.A OU (îuillia, Provençal, né dansla\ille 
de Tarascon, où il lit piolession d'ohserxer la règle de Saint- 
Dominique, \int achever ses études à Paris. On a lieu de 
su|)poser, dit Kcliard, rpi il lut pourvu de la licence vers 
l'année i^iHo. Il avait acrjuis déjà quelque renom comme 
lecteur en théologie, quand, en Tannée 1 «(Sy, il fut chargé 
daller remplir celte ioiutif)n dans la ville de Bf)rdeau\. 
Nommé dans la suite prédicateur général de son ordre, il 
f'Iait maintenu dans cette charge, en l'année 129^, par un 
cha|)itre tenu dans la ville de Montpellier. L'année suivante, 

11.1,1 ,, .7., un autre cha|)ilre, assemble dans la ville de Cjastres, l'en- 
vovait prolesser la théologie an couvent de Toulouse. I,e 
registre caj)itulaire lui donne le titre de maître, et range sous 
sa discipline ceux des religieux f[ui seront appelés à lire les 
Sentences. En Tannée 1 ■>.()b, le lecteur des Sentences au cou- 

II, i. i.ii ,1. I,, vent de Toulouse était Ainauld Du Pré. Ainsi Ton a commis 
une erreur légère en disant qu Ainauld Du Pré, revenant en 
ii(),) au couvent de Toulouse, y remplit les fonctions de 
premier lecteur en théologie. Le premier lecteur fut, cette 
année, Piaimoiul Ghila. On trouve enfin Raimond (ihila 
pour\n d(> la charge de definiteur par le chapitre de Taïas- 
con, en Tannée 1 i()~. H mourut dans cette ville, au rapport 
de Bernai'd (iui, en Tannée i.So'j, après la fêle de Marie- 
\Ladeleine. 

Louis de Valladolid compte ce religieux parmi les doc- 
teurs (h; son ordre qui se i-endirenl célèbres par leurs écrits. 
Telle celébiile n'a pas eu de dure'e. Louis de Valladolid ne 
mentionnant aucun des écrits laissés par Raimond Ghila, on 
doit suppos(>r ([u il n'en a ])as même connu les litres. Echard 
croit pouxoir lui attribuer trois ouvrages qui sont désignés 
pai' Laui'ent Pignon sous le nom d'un certain Guillaume 



I \\\ 



»IV MECI.K. 



SUR DIVERS ECRIVAINS. 397 

(ihila, hère Prêcheur, personnage d'ailleurs inconnu. Voici 
les htres de ces trois ouvrages : Liber de anilatc cxistenùœ in 
CJirislo; Liber de lluolofjta : Qaod sil scientia; Liber de subjecto 
ihcolofjiœ. (les litres sont communs à beaucoup de traités 
tlont on connaît ou dont on ignore les auteurs. Ce qui est 
certain, c'est que le nom de Kaimond Ghila manque dans 
les catalogues de Paris, d'Oxford et de Vienne. B. H. 

\l. (tlillalmf, de Flvvacolut, lilsd'tm autre (luillaume, (jhiuvumi: 
seigneur châtelain de Flavacourt, au Vexin, près (iisors, lut vi,'cMtt*nRT,l'nx 
d'abord arcliidiacr(> du Petit-Caux dans l'église de Piouen, Mok i, ., ,mii 



(iall.rlinsl. 



chanom(> de Pans et chancelier du comte de La Marche. 

. . , !• . 1' 1 , l.all.rliiist 

Les clianonies de liouen, ses conJreres, I ayant appelé sur i xi.roi 73 
le siège mètro|)olilain après la mori d'Eudes Piigaud, son 
élection lut conlirmée par Nicolas 111 le ç) mai 1278. Guil- 
laume de Flavacourt avait été lui-mèuie solliciter cette con- 
firmation. Il lut consacré par le pape, dans la ville de Piome, 
le 22 mai, et revint aussitôt en France, par la voie longue et 
dillicile des montagnes, n'osant alTronter les périls de la 
mer. 11 était de retour au mois d'août, et, l'année suivante, 
il présidai! à Pont-Audemer un synode provincial. 

Chargé par le pape, le 2 3 décembre 1 28 j, de faire, a\ec Haji.aidi, Aim.ii, 
l'évèque d' Auxerre et le cardinal Ptoland, évèque de Spolèle, '/l',s/^^'\it,',','d!.'^ 
l'enriufUe jelalive à la vie fie Louis l.\, il devait annoncer '!<■ n' loni,. dan- 

* ,, , . 1 p 1 V ,1 IrlonieXX.Iui;.'.. 

au paj^e, l année sinvante, la iin de cette enquête et i-eclamer j,.s nism,. .1. la 
la prompte canonisation du saint roi. La même année 1 'j8j, ^'""''''- 1' ' ■■' 
avecCuillaunu^, évèque d'Amiens, décrivait aux archevêques 
de Pieims, de Sens et de Tours, les invitant à contenir l'au- 
dace des religieux mendiants dont la bulle Ad Jiacins libères 
venait de conlirmer et même d'accroître les anciens privi- 
lèges. Cette lettre, qui eut pour elTel une suite de graves in- 
cidents, a été précédemment analysée. Dèlenseui' Irès-ardent iii>i, \m. <!« la 
de la juridiction épiscopale, Guillaume de Flavacourt fit ' ' !>*<<' 
une guerre constante aux frères Mineurs ou Prêcheurs. Sa 
doctrine était qu'aucun privilège apostolique ne pouvait at- 
tribuer à un religieux le droit de confesser et de prêcher, 
dans un lieu queUoncpie, sans la permission de l'ordinaire, 



2 8 



XrV SIECLE. 



luT. do Hislor. 
.le laFr. t. XXril. 

i.. ;i/i.s, 35 1. 



398 



NOTICES SUCCINCTES 



Deiiyaii.Hollioin. 



15c. . clo.s HiNlor. 
(lo 1.1 F., t. XXIII. 
p. 3/17. 3.Si.3:..'>. 
3o(i. 



et ayant pour sa part accordé cette permission, il en mar- 
quait aussitôt la limite pour qu'on n'en abusât pas. 

Toutes les chroniques rouennaises racontent que, le 
9 avril 1 284, tandis qu'il olliciait dans son église cathédrale, 
la foudre tomba sur cette église devant le crucifix, et ren- 
versa, blessa beaucoup de gens. Mais elle n'atteignit pas, 
dit-on, farchevèque. On ajoute même que tous les blessés 
fuient miraculeusement guéris. 

En l'année 1285, nous retrouvons Guillaume de Fla\a- 
court continuant à sévir contre les religieux mendiants. 
S'étant laissé persuader que certains frères Mineurs faisaient 
trop d'assemblées, trop de sermons et trop de bruit dans 
son diocèse pour favoriser le débit de quelques indulgences, 
il leur commandait de mettre fin à cette agitation. 

Guillaume de Flavacourt eut aussi plus tard à défendre 
les droits de son église contre le roi de France, Philippe 
le Bel. Lorsque, vers f année 1295, le roi leva de si forts im- 
pôts, les bourgeois de Rouen s'insurgèrent et pillèrent les 
caisses des maltôtiers. A leur exemple, Guillaume jeta fin- 
terdit sur toutes les terres royales de son diocèse. Les chefs 
des bourgeois insurgés furent pendus; quant aux gens 
d'Eglise, si vaillamment soutenus par leur archevêque, ils 
obtinrent le redressement de tous les torts dont ils avaient à 
se plaindre. 

Dans les chroniques que nous avons citées, on lit, à la date 
du mois d'avril 1 3o4, que la famine désolait en ce temps-là 
tout le diocèse de Rouen, la mine de blé commun ne valant 
pas moins de huit livres. Cette calamité montra combien 
l'archevêque Guillaume avait le cœur généreux. Chaque jour 
il faisait aux pauvres gens un don de trois cents livres. 11 au- 
rait même, assure-t-on, donné davantage, si les officiers de 
sa maison ne favaient pas supplié de s'en tenir là. Une des 
chroniques ajoute que Guillaume délivrant une partie de 
cette somme en boisseaux de blé, les marchands de la ville 
murmurèrent contre lui, disant que, pour soulager la mi- 
sère publique, il ne devait pas entraver la hausse de la mar- 
chandise et diminuer leurs profits. 



SLR DIVERS l^CRIVAINS. 399 



XIV SIECLK. 



nrclic'ol. lol. 'i3n. 



Cet archevêque fier, vigilant, bienfaisant, qui avait le 
goût de l'ordre et le souci de la justice, passa les dernières 
années de sa vie au milieu de son peuple et de son clergé. 
Les ayant employées à faire de nombreuses visites dans son 
vaste diocèse et à présider plusieurs conciles, où furent pu- 
bliés par son ordre des décrets importants, il mourut le 
5 avril i3o6 (nouveau style) et fut enseveli sous un mau- 
solée de marbre noir, dans la chapelle de la Vierge, à gauche. Hn.<ks Himo.. 
Ce mausolée fut détruit en 1769. J;- J// 'y^^""'"!^ 

Guillaume de Flavacourt a laissé des statuts et des lettres Cod.ei, Re|)eri. 
dont nous avons à rendre un compte sommaire. La plupart 
des statuts sont inédits; les lettres ont été publiées. 

Les plus anciens des statuts sont de l'année 1279. Ayant 
réuni les évèques de sa dépendance dans la ville de Pont- Au - 
demer, Guillaume leur signale quelques abus à corriger, et 
il décrète notamment que l'exercice de toute profession laïque 
sera désormais sévèrement interdit aux clercs, aux religieux 
de la province. En même temps des mesures sont prises- 
contre les clercs croisés qui, s'estimant affranchis de toute 
discipline, commettaient partout de graves désordres. Ces 
statuts de Pont-Audemer ont été cités par M. Léon Fallue 
d'après les registres de l'église de Rouen. Nous devons en- 
core à M. Léon Fallue l'analyse des canons rédigés par Guil- 
laume, en l'année 1299, dans un concile tenu en l'église 
de Bonne-Nouvelle, à Saint-Sever. L'objet principal de ces 
canons est d'arrêter les empiétements de l'autorité civile. 
Ces mesures préventives ou répressives eurent quelque 
eflét; Philippe le Bel reconnut lui-même que l'église de 
Piouen pouvait justement se plaindre des représentants de la 
justice royale. Il faut enfin mentionner, à l'année i3o5, les 
articles dictés par Guillaume dans un autre concile de Pont- 
Audemer. Ces articles, publiés par dom Bessin, tendent, 
comme les précédents, à protéger les biens et les droits de 
fÉglise. 

Sans compter les chartes et les autres pièces ollicielles 
qui portent le nom de Guillaume, ses lettres missives sont 
assez nombreuses, et les derniers historiens de l'église de 



Kill.i 


,« ,L., 


,H.si 


de le^l 


. (le 1; 


Ollf.L 


l.ll.,,. 


.«/,. 




Fall. 


"• 'L) 


,lbld. 


p. 18."., 


186. 





lirssl 
art. Il, 



XIV SIliCI.K. 



'lOO NOTICES SUCCINCTES 

Rouen ne paraissent j^as les avoir toutes connues. En voici 
le détail : 

Le 'îk août 1278, Guillaume écrit au roi ilAngleteiif 
Edouard I", lui disant qu'il arrive de Rome, qu il est très- 
latigué de ce \ovage, (|u il trouve à son retour les alïaires de 
son église en grand désordre, et le priant de vouloir bien 
lui permettre de prêter serinent par procureui- pour les 
terres qu'il tient du roi d'Angleterre. 11 ajout(> (piil lui 
(\s1 pénible de naviguer, et qu'à la première nouvellf de 
i'ai'i'ivée du roi soit en Normandie, soit en Guienne, il ira se 
présenter à lui. Sur l'original de cette lettre, conservé dans 
la Tour de Londres, Edouard a écrit : Vciùat , si vellt, in pro- 
pria persona. Guillaume, qui craignait la mer, ne la traversa 
pas. Cette lettre a été j)ul)liée par \\\mei,Fœclcra, t. L p- TjGa , 
de l'édition de Londres. M. Clianq)ollion-F'igeac l'a réim- 
primée dans son recueil intitulé : Lettres de rois et de reines, 
t. I, p. 2 1 4- Dans le même volume du même recueil, ]). 2 1 9, 
on lit une autre lettre d(^ (iuillaume à Edouard L", datée du 
i 7 janvier i 279 (nou\<'au style), cjui montreà quel point on 
ignorait encore, au commencement du xiv" siècle, ces prin- 
ci])es de justice réciprorpie que nous appelons aujourd'hui 
les règles du droit des gens. Lu certain Odon Convers, houi'- 
geois de Dieppe, ayant débat pour (pielque allaire commer- 
ciale avec un certain Hobes Jolivet, bourgeois de W ynclien- 
esel, les ])réposés de la marine anglaise avaient capturé sur 
leur ente tous les navires partis du port de Dieppe, sans s in- 
({ui<''ter de savoir quels en étaient les possessei\rs. (îuillaume 
demande donc au roi de lever cette saisie générale et de laire 
juger au plus vite l'alTaire en litige. Une troisième lettre de 
Guillaume à Edouard, datée du q5 juin J'i79, se trouve 
dans le même volume, p. 2 34- C'est une plainte contre 
l'évêcpie d'Exeter et d'autres clercs insulaires qui s'étaient 
emparés de manoirs et de rentes appartenant à l'église de 
Rouen. Ces usur])ations étaient si lréc|uentes et il était si 
diiïlcile d'en obtenir justice, que les chanoines de Rouen 
s'étaient décidés à vendre tous les biens qu'ils avaient en 
Angleterre. 



SUR DIVERS ECRIVAINS. 401 , , 

.XIV SIE 

Vient ensuite la lettre qui fut adressée le i^' juillet 1282, 
parGuillaume de Flavacourt, archevêque de Rouen, etGuil- 
laume de Maçon, évêque d'Amiens, aux métropolitains de 
Ueims, de Sens et de Tours, il s'agit d'organiser partout une 
ferme résistance aux intolérables libertés que s'arrogent les 
religieux mendiants. Cette lettre a été souvent publiée, no- 
tamment par Marlot, Mctropol. Rein. t. II, p. ôyg, par Des- 
sin, Concil. Rothomagcnsis prov. part. I, p. i55, par Denyau, 
Hotfwinagensis cathedra, p. 228, et par l'auteur du recueil 
publié en i644, in-/i°, sous le titre de Mercure de Gail- 
lon. Une lettre du même mois d'octobre de la même année, 
à l'adresse du pape Martin IV, porte d'abord le nom de 
Guillaume, ensuite ceux de ses suffragants, les évêques 
d'Avranches, d'Evreux, de Séez, de Lisieux et de Coutances. 
Ils sollicitent la prompte canonisation de Louis IX. Cette 
lettre est imprimée dans le recueil cité de M. Champollion, 
t. I, p. 3o8. En l'année 1286, nous avons deux lettres cir- 
culaires de Guillaume, datées du même jour et du même 
lieu : Deville, 1 7 septembre. Il notifie dans la première qu'il 
autorise les religieux mendiants à confesser et à prêcher, 
comme de simples prêtres; il prévient tout son clergé, dans 
la seconde, qu'il défend aux mêmes religieux d'absoudre 
dans les cas réservés aux métropolitains , et, en outre , de con- 
voquer des assemblées en vue de distribuer des indulgences. 
La première de ces lettres est imprimée dans le mémoire 
intitulé : Justification des privilèges des réguliers, p. 1 5 1 ; la 
seconde est dans les Conciles de Bessin, part. II, p. 86, et 
dans fouvrage cité de Denyau, p. 224. Celte dernière lettre 
et quelques autres semblables, dictées par d'autres prélats, 
inquiétèrent justement les supérieurs de Tordre de Saint- 
Dominique. Blâmant eux-mêmes fabus que leurs religieux 
faisaient des privilèges relatifs aux indulgences, ils s'em- 
ployèrent à le réprimer. Un chapitre de cet ordre, assemblé 
dans la ville de Bordeaux en l'année 1287, publia le moni- 
toire suivant : Ciim propter abusnm prœdicantiiun induhjcntias . . . Bibiioii 
(ilicjai prœlali contra ordtnem suit turbati , monemus omnes quod 
prœdictis privdecjus cum modeslia utantiir et humilitate, et, cjuan- 
lOME wvii. 5i 

2 8 . 



liai 
fonds lat. n i'iiSy. 
l'-^77- 



'i02 NOTICES SUCCINCTES 

XIV SlECl.K. 

tiim bono modo potenint , m omnibus reverenler se habeanl ad prœ- 
Idtos et ab ipsorum offensa caveant ddifjenter. 

Enfin deux lettres de Guillaume au roi Philippe le Bel 
ont été publiées par Luc Dachery : S pic de y mm , 1. 111 de l'édi- 
tion in-fol. p. 695. Elles sont sans date, mais on les croit 
l'une et l'autre de l'année 1295. Dans la première, Guil- 
laume annonce qu'il vient de lever l'interdit par lui jeté sur 
les terres du domaine royal; dans la seconde, l'archevêque de 
liouen et ses sulTragants proposent au roi de faire résoudre 
tous les débats relatifs au droit de présentation, dans les 
églises de Normandie, par un tribunal composé de huit 
arbitres élus, quatre laïques et quatre clercs. 

Un autre Guillaume de Flavacourt, évêque de Carcas- 

sonne en i322, lut dans la suite archevêque d'Auch, puis 

de Rouen. En l'année 1 352 mourut Pierre de Chantemelle, 

sire de Flavacourt , dont la pierre tumulaire, richement sculp- 

ijuiirti.uiuCoin tée, est aujourd'hui conservée dans le musée de Cluni. 

<lr riMst. ,1p F,. •• DO 

is.sii.i iii.p .-,00 "• n. 

viiciihM. Xll. Michel Du CoLiDr.Ai, Michael de Codrnio, religieux 

M.IuKoOiIcû'ir Cistercien en l'abbaye d'Orcamp, près de Noyon, a laissé la 
Mon le u) M|, relation abrégée de sa vie. Etant enfant, il tomba derrière la 
ifm.ie.u.G loue d'un moulin, et, quand cette roue devait le broyer 

contre le sol peu profond de la rivière, il échappa miracu- 
leusement à une mort certaine. La sainte Vierge, l'ayant vu 
dans un si grand péril, était elle-même venue le sauver. 11 a 
donc cru devoir consigner par écrit toutes les circonstances 
de son salut, pour se montrer reconnaissant envers sa libé- 
ratrice et pour édilier les cœurs fidèles par le récit d'un évé- 
nement si merveilleux. La suite de sa vie est plus sommai- 
rement racontée. Sa jeunesse fut, comme on dit, orageuse: 
" suivant le train de toutes sortes de débauches, » il fréquenta 
beaucoup plus qu'il ne convenait certaines femmes « débor- 
" dées; » mais plus tard, ramené par le remords dans le droit 
chemin, il mérita d'être admis au sacerdoce et d'être pourvu 
d'un canonicat dans l'église de Noyon. Il fit alors un voyage 
en Terre Sainte. Revenu dans son pays, il le quitta de nou- 



SUR DIVERS ECRIVAINS. kOA 



XIV MECt.E. 



veau pour aller à Rome. Ayant fait voeu, dans sa jeunesse, 
d'entrer en religion chez les moines d'Orcamp, il ne pouvait 
se résigner à subir leur sévère discipline; c'est pourquoi, 
se voyant bientôt à l'âge de trente ans, il allait à Rome solli- 
citer la permission de ne pas remplir ce vœu téméraire. 
Mais, après avoir obtenu la dispense du pape, il n'eut pas 
la conscience plus tranquille. Enfin, toujours torturé par la 
même syndérèse, il tomba gravement malade, et se fit alors 
transporter dans le monastère si redouté. 11 y croyait mourir 
en recevant l'habit des novices; mais c'était une fausse opi- 
nion, puisqu'il recouvra promptement la santé, acheva son 
noviciat, devint moine, et vécut plusieurs années, en paix 
avec lui-même et soumis à la règle, dans fabbaye cister- 
cienne d'Orcamp. Là s'arrête le récit de Michel Du Cou- 
drai. Pour le continuer nous n'avons que cette inscription 
longtemps conservée dans le cloître de l'abbaye : Hic jacet 
nonnns [domnus) Michael de Codrayo, pnus Noviomensts cano- 
nicas et poslca domus hujus monachus. Obul aiitem anno Do- 
mmi millesimo trecentestmo sexto, m die beali Secfuani abbatis. 
Anima ejus et animœ omnium fulehum requiescant in pace. Amen. 
Le Vasseur a publié cette épitaphe. Elle nous est communi- LiVav.eur.dy 
quée, telle que nous venons de la reproduire, par M. Peigné- 
Delacourt, d'après un des manuscrits de Gaignières qui 
sont conservés en Angleterre. Elle borde les quatre côtés 
d'une pierre sur laquelle est étendue fimage d'un moine 
cistercien. 

Le texte latin de la narration qui est la matière de cette 
notice avait été écrit, soit par l'auteur, soit par un de ses 
confrères, sur un des anciens volumes de l'abbaye d'Or- 
camp, à la suite de la vie de saint Maur par Faustus. Ce 
manuscrit est aujourd'hui détruit ou perdu; mais il existait 
encore dans les premières années du xvii" siècle, comme 
nous fatteste Ihistorien du Noyonnais, Jacques Le Vasseur. 
En ayant alors obtenu la communication, Jacques Le Vas- 
seur traduisit à sa manière, dans un style quelquefois 
burlesque, fintéressante narration du vieux moine d'Or- 
camp, et inséra sa traduction dans un fatras de pièces théo- 



dv l'aiulc. )), 3^ 



MECt.K. 



I lU\UINKl;EGlXIEr. 
SvlNT-AlTBEIlT. 

",3ofi. 
llollond. \cl 
saint, t. III , mail 
!'■ 'i70-''87 



liOli NOTICES SUCCINCTES 

logiques, liistoriques et littéraires qu'il publia, sous ce titre 
bizarre, eu l'année i63i : « Le cry de l'aigle provoquant ses 
«petits au vol," p. 3o9-324- B. H. 

l'iEM.ii, XIII. Une vie de sainte Dymna et de saint (îerebei-ne, 

martyrs du vu" siècle, a été pour la première fois publiée 
par Henscbenius, à la date du i o mai, sous le nom de Pierrk, 
chanoine régulier de Sainl-Autbert, au diocèse de Cambrai. 
A cette vie Henscbenius a joint un court récit des miracles 

11.1(1.1. /i 8- 'i s.) opérés par les reliques du saint et de la sainte, récit tiré du 
même manuscrit , et que l'on est en droit d'attrilnier au même 
auteur. 

Cet auteur n'est pas le chanoine Pierre. Dans une épître 
qui précède l'ouvrage ])rincipal, celui-ci dit qu'il a simple- 
ment traduit en latin une légende anciennement écrite en 
langue vulgaire. Tout ce qui lui appartient en propre dans 
l'édition d'Henschenius, c'est donc cette épitre, où il excuse 
le mieux qu'il peut son latin assez incorrect. 

On doit hésiter sur le temps où a vécu ce chanoine. En- 
voyjint sa traduction à un curé de ses amis, il le prie de la 
soumettre à la critique de l'évêque de Cambrai, le vénérable 

ii'i.i |> (Ko. Gui. Si donc la ville de Cambrai n'avait eu qu'un évêcjue du 
nom de Gui, la date de cette traduction serait connue; mais, 
durant le xiii'' et 1(> mv*^^ siècle, quatre évêques du même 
nom ont administré le même diocèse. Henscbenius déclare 
ne pas savoir si le chanoine Pierre a voulu parler de Guiard 
ou Gui I"', qui lut évêf[Me de l'année i 238 à l'année i 2/17, 
ou de Gui 11, qui posséda le même siège de l'année 1 3oo à 

labiicius.iiibi. l'année 1 3o6. l'abricius se déclaje pour (nii 11, sans donner 
"'v'' r ■'."'' '^''' aucune raison de cette prélerence. Il est encore possible, à 
notre avis, que le chanoine Pierre ait été contenqioraiu de 
Gui III (i33o-i336) ou de Gui IV (i 342-1 347). 

B. H. 

ciiKuM.iiE XIV. Le tome XXI du Becueil des Historiens de la France 

contient, de la page i3o à la page 137, quelques extraits 
d'une chronique Irançaise, sans nom d'auteui", finissant à 



H;\\(;\isK 

A\0\iME. 



SUR DIVKRS KCRIVAINS. 405 

l'année i3o8. Le manuscrit auquel ces extraits ont été 
empruntés est, au rapport des éditeurs, le n" 701 i" (au- 
jourd liui i4o4) du Ibnds Irançais, à la Bibliothèque 
nationale. 

Comme la plupart des chroniques, celle-ci est une com- 
|)ilation; ajoutons, avec les éditeurs, ([u'elle est très-abrégée 
et très-fautive. On remarque, par e\enq)le, qu'elle altère plus 
d'une lois les dates et les noms pro[)res. Ainsi, le nom du 
|)ap<' (élément V, contenq)orain du chroniqueur, est lui-même 
corrompu : on l'appelle Bertrand de Liège au lieu de Ber- 
trand de Ciolh. (!ett(^ laute est si gro.ssière, qu'il laut sans 
doute l'imjniter au copiste, qui vivait au .w"" siècle. 

L'auteur de la chronique était, comni(> il semble, de Bou- 
logne -sur- Mer. (l'est pourquoi les éditeurs conseillent de 
l'interroger sur les événements qui ont eu pour théâtre, vers 
la fin du Mil' siècle et le commencement du xiv'', la ville de 
I^oulogne et le nord de la France. IMusieiirs de ces événe- 
ments eurent de très -graves conséquences, comme, ])ar 
e\em])le, la guerre de Flandre, le siège de Faille, les batailles 
de Courtrai, de Mons en Pevelle. /\u commencement de la 
guerre, dit notre chroniqueur, un certain nombre de riches 
Flamands quittèrent leur ]i''i)s et vinient en Fiance grossii" 
le paili du roi, tandis rpie le menu peu])le, «le commun, » 
tint vaillamment pour le comte Gui de l''landre. C'est le rap- 
port d'un témoin et ce témoin est ici fidèle. Le roi Philippe 
eut bientôt l'occasion d'apprendre que le menu peuple, si 
mal armé qu'il puisse être, devient un ennemi très-redou- 
table lorsqu'il combat de son ])ropre mouvement et pour 
lui-même. En tel cas, la furie c[ui le précipite lui donne une 
force à lac[uelle ne résistent pas toujours les chevaliers les 
mieux équipés. Les engagements qui suivirent la rupture de 
la paix sont, d ailleurs, très-brièvement racontés par fauteur 
de notre chronic|ue. Celle que Ton a coutume d'attribuer à 
Jean Desnouelles offre beaucoup plus de détails sur les mêmes 
combats. 

Nous signalerons, à l'année i3o2, un renseignement ar- 
chéologique concernant f église Notre-Dame de Boulogne. 



\1\ MLCr.K. 



lu. .1. 


.11,-1.., 


,1.- 1., K, 


1 \\i 


^.,^'r:u. 


,1 , "1,1. 



406 NOTICES SUCCINCTES 

IIV' 51ÈCI.K. 

«En' cet an, dit le chroniqueur, fit commencer l'abbé Lau- 
« rens de Condèce le neuf cavech (chevet) de féglise N. D. 
« de Bouloigne, le xv"^"" jour de may. » Cet abbé, que notre 
(;..iici,nst.„o«. chronique appelle Laurent de Condèce, est mentionné par la 
i. \ rni. ,jS7 pouvelle Gaule chrétienne, à l'année 1281, sous le nom de 
Laurent, sans surnom. On apprend de notre chroniqueur 
qu'il vivait encore en Tannée 1 3o2. B. H. 



Nplok,«l .l(-M F 
Michel . iK33 



RuK uK BoLN. XV. Un manuscrit harléien mentionné pour la première 

iii.sT..RiK> £^j^ , YVarton, et plus tard examiné avec grand soin par 

Briiisi.vins.ioi.ds les judicieux éditeurs du Lay of Havelok the Dane, sir Fre- 

H;..i .,0. - Mis (Jerick Madden et M. W. El. Skeat, contient un poëme fran- 

loryol eni;! pottry, . ii- • ••i>lr>-rii' 

t I |. 86, noie, çais prétendu historique, intitule « le Petit Brut. » L auteur, 
L^,»r lie^s*^'"- ^ui se nomme Rauf de Boln, s'est en elfet proposé de suivre 
\n.. pn^l. 10m. o( pjj l'abrégeant le roman de Brut, qui lui-même n'offrait 
LaiiiHa- guère que la traduction de YHistoria Bntonum de GeofFroi 
de Monmouth. Mais il a continué ce roman et a poursuivi 
son histoire ou plutôt ses contes historiques jusqu'en 1.^07, 
date de la mort d'Edouard 1"; et c'est à la prière du comte 
de Lincoln, Henry de Lacy, qu'il écrivit son livre. Au juge- 
ment de M. W. Skeat, c'est une œuvre dépourvue de toute 
valeur historique, mais qui, du moins, a le mérite d'éclairer 
quelques points de l'histoire littéraire. 

En voici la première rubrique : « Cy commence le Bruit 
" d'Engleterre, qui vous dirra de roy en autre, payne 
« (païens) et chrestien, jekis roi Edward de Carnarvan, se- 
« lom la ordenance mestre Rauf de Bonn, que à la requeste 
" mous. Henry de Lacy, count de INichole, ceste chose ad no- 
" velment abbreggé hors du Grand Bruit, en fan du reigne 
1 nostre seignur Edward de Carnarvan le tiers en entrant. . . » 
Après nous avoir fait passer, comme notre Wace, du 
règne de Brut le Troyen à celui de Cassibelan, le défenseur 
de findépendance bretonne contre Jules César, Ralf, s'atta- 
chant à d'autres guides non moins fabuleux, conduit en An- 
gleterre le prince danois Gormund, pour réclamer la suc- 
cession royale de son aïeul Belin, neveu de Cassibelan. 
(iormund fait reconnaître ses droits et règne cinquante-sept 



SUR DIVERS ECRIVAINS. 407 

ans (les rois de notre historien vivent fort longtemps). Son 
(ils Frederick lui succède, et tyrannise durant soixante et 
lin ans les Bretons, qui, fatigués enfin d'une si longue op- 
pression, se soulèvent et obligent Frederick à regagner le 
Danemark. De là, suivant Rauf, l'origine du furieux ressen- 
timent des Danois contre les Bretons, lequel ne fut apaisé 
que par l'avènement d'Havelok, époux d'une princesse bre- 
tonne : «I jekis à la venue Haveloke, fils le roy Birkenebague 
« de Danemark, qui le règne par mariage eut de sa femme. » 

Rauf dit plus loin du roi Adelstan, successeur d'cdouard 
l'ancien, en 9'i6, que « il fue le plus beau bakheler que unkes 
M régna en Engleterre, ece dit le Brut, parquoi li lays li ap- 
'I pellerent King Adelstan with i^iUlcn crokct, pour ce qu'il fue 
« si beaus. » Notons ici que ni le Brut de VVace, ni Geoflroi 
de Monmouth, ni le roman en prose de Bret, le dernier des 
romans de la Table ronde, ne parlent de ce surnom «aux 
cheveux d'or bouclés, » donné au roi Adelstan. D'ailleurs, 
nous ne partageons pas l'opinion de M. W. Skeat, qui a 
cru voir ici, dans l'expression « li lays, » la mention d'un lai 
breton. Le rimeur n'a voulu parler que des laïcs, et la preuve 
en est dans les mots anglais qu'il met dans leur bouche. 
On n'a donc pas sujet de regretter aujourd'hui la perte d'un 
lai qui aurait contenu ces mots anglais, puisque rien n'in- 
dique suffisamment que ce lai ait existé. 

Le fabuleux Havelok tient une grande place dans le « Petit 
" Brut. " Nous voyons comment Adelwold, petit-fils d'Adels- 
tan à la boucle de cheveux d'or, avait en mourant confié la 
tutelle de sa fille Goldeburg, âgée de six ans, au comte Godrik 
de Cornouailles, et lui avait alors fait jurer de la marier plus 
tard au plus beau, au plus fort des hommes du pays. Ce 
Godrik était un traître, qui espérait bien faire passer la cou- 
ronne d'Angleterre dans sa famille. Mais, pour ne pas violer 
le serment qu'il avait prononcé, quand la belle Goldeburg 
eut atteint sa dix-huitième année, il la contraignit d'épouser 
un de ses garçons de cuisine, dont tout le monde vantait la 
beauté et la force merveilleuse. Or ce garçon était Havelok, 
fils du roi de Danemark; il avait été, comme la belle Gol- 



/i08 NOTICES SUCCINCTES 

debiirg, victime de la félonie d'un comte, auquel le roi son 
père lavait en mourant recommandé. Ce traître, nommé 
Godard, a\aif donné l'ordre de le noyer; mais l'homme 
chargé de l'exécution, ému de compassion pour l'innocente 
victime, s'était contenté de l'exposer sur le bord de la mer. 
C'est là qu'un brave pécheur, nommé Grimm, l'avait recueilli. 
\ la croix imprimée sur la j)oitrine de l'enianf, Grimm avait 
reconnu le fds dun roi, et, pour le soustraire aux recher- 
ches de l'odieux Godard, il avait gagné avec lui l'Angleterre 
et s'était arrêté dans le comté de Lincoln, où il avait long- 
temps vécn du produit journalier de sa pèche. Le jeune 
Havelok, devenu grand, alla plus loin chercher fortune. Il 
eut le bonheur de capter l'amitié du maître-queux de 
Godrik, e[, comme le henouart au tinel de la chanson de 
geste, il était emplové dans la cuisine royale à porter les 
lourds fardeaux. Godrik, en raison de tout ce qu'on lui ra- 
conte de ce garçon, juge à propos de le maiier à Golde- 
burg. Il ne pouvait assurément faire un choix plus dange- 
reux. Bientôt Havelok découvre, à faide du bon pécheur 
Grimm, le secret de sa naissance : il va réclamer et recevoir 
la couronne de Danemark, revient en Anglc^terre, punit le 
Iraiire Godrik ainsi cpiil le méritait, et se fait proclamer roi, 
comme ('poux de la belle Goldeburg, fille d'Adelwold. Com- 
ble de gloiic, il atteint làge de cent vingt ans. Mais le bon 
Grimm elail mort axant le retour d'f^avelok en Angleterre. Le 
fils recul, à défaut du père, finvestiture du comté de Lin- 
coln; et peut-être llenrv de Lacv, le patron de Haul de Bonn, 
a\ait-il,au xiv' siècle, la pielention de descendre de la glo- 
rifHise famille du pécheur. Quoi (pi'il en soit, la petite ville où 
(iiimm avait si misérablement vécu reçut, à partir du l'ègne 
dllavetok, le nom de Cirimmesby, qu'elle garde encore 
aujoui'dhui. Le sceau tle cette ville, œuvre du xii*" siècle, 
es! leproduit dans l'édition de M. V\ . Skeal, et porte en lé- 
gende: Sifjdlnm (oinuiulats Grimebye, et dans le champ trois 
ligures : (jryin, (johlcbiircli et Uaveloc. Témoignage assure, 
non de la réalité, mais an moins de 1 ancienneté delà tradi- 
tion qui se rap|)orte au héros danois. 



.\IV 5IKCLE. 



Slill DIVERS KCIUVAINS. /i09 

Les nombreux exirails du livre de Rauf de Boun donnés 
par sir Frederick Madden et par M. Francisque Michel ne 
vont guère au delcà. Des quatre fils du roi Havelok, Gor- 
nuind, laîné, hérite de la couronne d'Angleterre; le second 
\a icgneren Danemaik, puis devient roi d'Angleterre (juand 
son Irère Gormiuid eut « dehrise (lisez : d(>hrisé) son col, 
" aussi comme il fue mounté un cheval leslout qui poindre 
" \olle\t. " Le troisième fils d'IIavelok se contente de la charge 
de sénéchal de ses Irères, et le dernier devient comte de 
Norwey ou Norwich. Les descendants de celui-ci restent 
grands amis des Danois et lavoiisent toutes leurs incursions 
« jeski à taunt que lour accion lut destrut par un noble che- 
« valere Guy de \^ arwike ". Gui est le héros bien connu d'un 
autre poëme d'aventures auciuel nous avons précédemment iii i i.n i. i, 
consacre une notice, beulement, dans le poème, le coml:)at h,, 
singulier qui décide de la retraite des Danois est rapporté 
au règne d'Adelstan, bien antérieur à celui du lal)uleux Ha- 
velok. 

Le jugement di'laAorable (pie les critiques iinglais ont 
poité du " Petit Bitit, " el les citations ([ue nous avons em- 
pruntées aux éditeurs du Lay d'Havelok, diminuent nos re- 
grets de n'avoir pu jjrendre connaissance du seul manuscrit 
de ce ])oëme (pion ait jus(pi à ])résent signalé. Il est écrit dans 
le mauvais langage que les rinieurs anglais avaient adoj)te, 
et dont ils ne sentaient, pas mieux (pie leursaudileurs et leurs 
lecteurs, la rudesse et les dissonances barbares. Nous y voyons 
un nouvel exemple de l'aveugle confiance a\ec laquelle les 
historiens laïcs accueillaient alors les fictions romanes(pies, 
en leur accordant la m(''me autoiité (pi'aux chroniques les 
plus fidèles. Les écrivains « mis aux lettres " comme on disait 
alors, c'est-à-dire les clercs, montraient en général sur ce 
point plus de discernement, mais peut-être seulement parce 
(pie la poésie de carrefour leur était moins familière; car 
ils acceptaient avec une aussi robuste crédulité les fictions 
pieusement légendaires. Au xiv'' siècle, la critique des tradi- 
tions et des textes attendait encore pour essayer de dire son 
premier mot, 

inwr. \\\ii. 52 



HT MF-CLt. 



'ilO NOTICES SUCCINCTES 

' Dans le manuscrit du British Muséum (jui contient « le Ve- 

« tit Brut i> se trouve une courte généalogie des rois bretons 
et saxons, également fondée sur les récits apocryphes de 
GeolTroi de Monmouth. Il nous suITit de lui avoir accordé 
cette courte mention. P. P. 

iK/vM.r.(:i;r,«BK.iB. XVI. J E A N DE (liiOMBERG, né à Mayeuce, prit l'habit des 
cviiMK carmes au couvent de Colo"rne et mourut à Arlon vers l'an- 

1 3 r (1 . 

née I 3 1 o. Il avait de son temps, au rapport d'un chroni- 
n..i/i...in.iiiiii (jueur cité par Joseph Hartzheim, le renom d'un habile 
prédicateur, et l'on désigne, parmi ses o-uvres parénétiques, 
outre l'oraison funèbre d'une baronne d'Aelteren, un volume 
de sermons, tant sur les évangiles des dimanches que sur les 
fêtes des saints. Ces sermons paraissent perdus. L'auteur de 
la Bibliothèque des Carmes ne parle pas de ce Jean de 
Cromberg; ce qui prouve assez que sa renommée ne s'est 
pas maintenue, même dans son ordre. B. H. 



p. i(i7 



(.uiLi.\iMK XVII. Les historiens et les bibliographes nous olïrent des 

HKhI MKÉoiEii;. l'Riiseignements peu nombreux et pou fidèles sur ce Gi ii.- 

V(f.,3.<. LAiME DE Werd, frère Prêcheur, dont ils louent pourtant 

H.ii,.„„io ,1. avf'c emphase la doctrine et la piété. Hernando de Castillo, 

.le!,..! Don. 'r' '|"^ I ^pppllp ^^^ ospaguol JFUlelmo de Veruhi , dit brièvement 

(■"' 1'^*^ (pi'il a écrit sur