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Full text of "Histoire naturelle des drogues simples v. 4"

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HISTOIRE NATURELLE 



DROGUES SIMPLES 



TOME DEUXIEME 



PRINCIPALES PUBLICATIONS DE M. G. PLAxNCHON 



i CUohulaires au point de vue botanique et médical (Thèse de doc- 
torat en médecine). Montpellier, 1859. 

Les principes de la méthode naturelle appliqués à la classification des 
animaux et d«s végétaux (Thèse d'agrégation à la faculté do médecine de 
Montpellier, 1860.: 

Étude des Tufs de Montpellier, au point de vue géologique et paléon- 
tologique (Thèse de doctorat es sciences présentée à la faculté des sciences de 
Paris, 186 i). 

Des modifications de la Flore de Montpellier, depuis le xvi* siècle 
jusqu'à nos jours ; Thèse de doctorat es sciences présentée à la faculté des 
sciences de Paris, 1864). 

lie Kermès dn chêne, au point de vue soologique, commercial et pharma- 
ceutique Thèse de pharmacie). Montpellier, 18G4. 

Mes «ninqniMas. (Thèse de concours pour l'agrégation à l'École supérieure 
de pharmacie de Paris, 18G4). 

Matériaux poar servir à la Flore médicale de Montpellier et 
des Cétenaes {Montpeltîer Médical, 1866 68), et tirage à part, 1868. 



Cviimil, ïj». et »têr. lier.»!» rit*. 



HISTOIRE NATURELLE 



DROGUES SIMPLES 

(■r 

COURS D'HISTOIRE NATURELLE 

ProflMts à ràoole anparleure de Pharmacie d« Pari» 

PAR N.-J.-B.-G. ÇU1BOURT 

Professeur A l'École supérieure de pharmacie de Paris, nombre de rAeadéroie de médecine 
OLVRACE COURONNÉ ?AH L'iNSTITUT (ACADÉMIE 1ES SCIENCES) 

SEIZIÈME ÉDITION 

CQRUIGÉE ET AUGMENTÉE 

PAR G. PLAKCHON 

I>.'.-leur en médecine et Docteur es science», professeur i l'École supérieure de pharmacie de Pans. 
PRÉCÉDÉE DE L'ÉLOGE DE GUIBOURT 

PAR H. BUI6NET 

Professeur i l'École supérieure de pharmacie de Paris. 

avec 1077 figures intercalées dans le texte. 



TOME DEUXIÈME 



PARIS 
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS 

Rue Hautefouille, 19, près du boulevard St-Germain 



M DCGG LXXVI 
Tous droit» réservés. 



i/C7J 






y/^ histoire naturelle: 

DES 

DROGUES SIMPLES 



DEUXIEME PARTIE 

BOTANIQUE 



CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX 

Les végétaux sont des êtres vivants, dépourvus de sensibilité et inca- 
pables d'aucun mouvement volontaire. Ce peu de mots les définit; car 
le défaut de sensibilité et de locomobilité les distingue des animaux, et 
l'épithète de vivants indique qu'ils jouissent des autres facultés de la 
vie, qui sont la nutrition par intus-susception, la croissance, le déve- 
loppement et la reproduction de l'espèce au moyen d'organes appro- 
priés à ces différentes fonctions. 

Les végétaux, de même que les animaux, sont tantôt composés d'un 
nombre considérable de parties. distinctes à la simple vue, qui naissent 
ou se développent successivement; tantôt ils ne paraissent formés que 
d'une masse sans appendices, dans laquelle on a peine à découvrir des 
traces d'organisation. 

Tissus végétaux. 

Dans tous les cas, cependant, si Ton soumet au microscope une partie 
quelconque d'un végétal, on la trouve composée, en dernière analyse, 
d'un nombre considérable de petits sacs ou cavités dont la forme varie, et 
qui sont la base des différents tissus végétaux. Ces petits organes élémen- 
taires portent les noms de cellules ou utriculcs, de clostm et de wisseaux. 

La cellule, ou mieux Yutricule (fig. 247), est le point de départ de toute 
l'organisation végétale. C'est un petit sac à parois propres, ~. 

de forme sphérique ou ellipsoïde lorsqu'il se développe Ç\ I ) 
librement, et qui forme, par sa réunion avec d'autres ^ 
sacs semblables, le tissu végétal le plus simple nommé Fî ^ 447 *— ^ tn «" , « 
tissu utriculaire parenchyme. Lorsque les utricules sont peu serrés 
las uns contre les autres. (fig. 248), ils conservent leur forme arron- 

9 GtrnovtT, Drogues, T édiu T. II. — 1 



± CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

die et laissent nécessairement entre eux des intervalles nommés mtats 
mtercellulaires; mais lorsqu'ils se trouvent comprimés les uns par 





Fig. 24*. — Utriculcs Fig. 249. - Cellules polyédriques. Fig. 250. - Ollules cylindriques 
arrondis. arrondies. 



les autres, en raison du peu d'espace qui leur est accordé, les méats 

disparaissent et les utricules prennent 
une forme polyédrique (fig. 249), qui 
est souvent celle d'un dodécaèdre pen- 
tagonal dont la coupe représente un 
hexagone; mais qui peut être aussi 
cubique, rectangulaire ou cylindrique 
arrondie (fig. 250). 

Le clostre (de *x«oTpii, fuseau) est une 
cellule qui s'est allongée an point de 
devenirbeaucouppluslongue que large, 
et qui se termine en pointe à ses deux 
extrémités (fig. 251). Ces cellules, en 
se serrant les unes contre les autres 
et en se joignant par leurs extrémités 
amincies, de manière à remplir les 
\ides qu'elles laisseraient sans cette 
disposition (fig. 252), forment un tissu 
Fig. 25t. — clostre. Fig *•'>-• — Tissu résistant qui paraît composé, à la simple 
fibreui. yue ^ j e p ar ii es solides, minces, lon- 

gues et parallèles, auxquelles on donne le nom de fibres, et le tissu 
prend également le nom de tissu fibreux. 

La cellule est un petit sac formé d'abord par une membrane 
simple, continue et homogène fig. 247); elle peut persister à cet état 
en changeant seulement de volume et de forme (fig. 250, 251); mais 
d'autres fois, à une époque ultérieure, il se forme à l'intérieur 
une seconde membrane, une troisième, etc. 

Lorsque ces nouvelles membranes s'étendent uniformément à l'inté- 
rieur de la première, la cellule ne change pas d'aspect au microscope, si 
ce n'est qu'elle réfracte plus fortement la lumière; mais, le plus souvent, 
les nouvelles couches présentent des solutions de continuité en s'épaissis- 
sant à certains endroits plus qu'à d'autres, ce qui donne aux cellules diffé- 
rentes apparences telles que celles représentées fig. 253, 254, £55, 256. 



TISSUS VÉGÉTAUX. 3 

Les cellules peuvent aussi se remplir de matière étrangère à leur 
propre nature ; tels que des granules d'amidon, de la chlorophylle, des 
cristaux de sels calcaire?, etc. 






*\g. 253. — Cellules. Fig. 254. — Cellules. Fig. 255. — Cellules. Fig. 256. — Cellules. 

Les vaisseaux sont des tubes ou canaux ouverts d'une extrémité à 
Vautre, et propres par conséquent à la transmission des fluides végé- 
taux, liquides ou aériformes. On peut en concevoir Ja formation en sup- 
posant que des cellules cylindriques {fig. \>50) ou des clostres (fig. 251), 






Fig. 2û7. — Vaisseaux. Fig. 258. — Vaisseau». Fig. 259. — > aisseau*. Fig. 260. — Vaisseaui. 

«'étant joints bout à bout, le plan de séparation a été résorbé ou dé- 
truit par l'effort du fluide. Cette hypothèse est appuyée par cette cir- 
constance que les vaisseaux, examinés au microscope, présentent à leur 
surface les mômes apparences de points, de raies, de bandes ou de spi- 
rales que les cellules (fig. 257, 25*, 251) et 260). 

Vaisseaux spirales ou trachées. — Ces vaisseaux sont formés d'une 
membrane cylindrique dans l'intérieur de laquelle s'enroule un fil 
disposé en spires serrées comme le fil de laiton d'une bretelle (fig. C6i 
et 262), et pouvant se dérouler comme lui lorsqu'on le soumet à une 
traction longitudinale. On a supposé pendant longtemps que ces vais- 
seaux étaient formés du fil spiral seul rapproché et serré, sans mem- 
brane extérieure, parce que celle-ci se déchire ordinairement à l'effort 



4 CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

de traction que Ton fait éprouver à la trachée. Mais, en examinant ces 
organes dans une longueur suffisante, on a reconnu qu'ils se termi- 






flg. 161. —Vais- lig. 262. — Vaisseaux Fig. 263. — Vais- Fig. 264. — Vaisseaux^latî- 
Caetux en spirale. en spirale. seaux. cifères. 

naient en fuseau aux extrémités et qu'ils se continuaient avec d'autres 
semblables [fig. 263), exactement comme le font les clostres du tissu li- 




MÊME 



V 




Fig. 265. — Lambeau d'épidémie (*). Fig. 266. —Coupe verticale del'épidcrmef*). 



gneux {fig. 252), de sorte qu'il faut les regarder comme une simple mo- 
dification de cette espèce de cellule. 

Vaisseaux laticifères. — Ces vaisseaux différent assez des précédents 
pour qu'on hésite à les regarder comme le résultat d'une modification. 
Ils sont cylindriques ou inégalement renflés, anastomosés entre eux 
par des branches transversales (fig. 264). Ils servent au transport de 
sucs souvent laiteux et colorés qu'on désigne sous le nom de latex. 

(•) Lambeau d'épiderme pris sur la face supérieure d'une feuille de renoncule aquatique : «,e 
sont les cellules épidermiques et «, s représentent les stomates. 

(**) Coupe prise sur une feuille de garance : e, e sont les cellules transparentes et incolores 
de l'épidémie, p représente les cellules du parenchyme vert sous-jacent, s représente un 
stomate, et la flgurc fait voir que les deui cellules qui le forment sont aVnîéme mature 
que celles du parenchyme ; / est une lacune, et m répond aux méats interceUulaires, 



RACINE. 5 

Indépendamment des cellules ou vaisseaux dont il vient d'être ques- 
tion, les végétaux présentent encore deux sortes de cavités qui sont les 
lacunes et les réserrvoirs de sucs propres. Les premières sont des cavités 
pleines d'air, c ui se forment dans l'intérieur des plantes par la rup- 
ture du tissu cellulaire ; elles occupent souvent une grande partie des 
tiges herbacées, de manière que tous les tissus en paraissent rejelés à 
la circonférence (par exemple, les tiges creuses des graminées et des 
ombellifères). Les secondes sont des cavités formées çà et là dans le 
tissu cellulaire, par l'accumulation de sucs spéciaux, gommeux, rési- 
neux, gommo-résineux, huileux, etc. 

Épidémie. — Dans les \égétaux, l'épiderme est un organe qui, sous 
la forme d'une membrane incolore et transparenle, recouvre toutes les 
parties exposées à l'action de l'air. Cette membrane est formée de 
deux parties : d'abord d'une pellicule extérieure très- mince, nommée 
cuticule, n'offrant presque aucune trace d'organisation, si ce n'est qu'elle 
présente souvent, çà et là, de petites fentes en forme de boutonnières, 
qui correspondent aux stomates; ensuite de une ou, plus rarement, de 
plusieurs couches de cellules transparentes, généralement plus grandes 
que celles du tissu cellulaire sous-jacent. L'épiderme des végétaux 
cellulaires ou acotylédonés, et celui des racines de végétaux vascu- 
laires, non exposés à l'air, n'offrent pas d'autres parties; mais celui 
des parties de plantes vasculaires exposées à l'air présente, de dis- 
tance en distance, des organes particuliers nommés stomates ou pores 
corticaux, qui sont formés d'un double bourrelet séparé par une fente, 
et qui paraissent destinés, soit à une sorte de respiration au moyen de 
l'introduction de l'air dans leur intérieur, soit à l'exhalation de vapeurs 
ou à la transpiration. 

Nous avons dit en commençant que beaucoup de végétaux étaient 
formés, à la simple Vue, d'un grand nombre de parties qui naissent 
les unes des autres. Les principales de ces parties, qui en comprennent 
elles-mêmes beaucoup d'autres, sont la racine, la tige, le bourgeon, la 
feuille,\& fleur et le fruit. Nous allons les examiner successivement. 

Racine. 

La racine est cette partie du végétal qui s'enfonce dans la terre et 
l'y tient attaché. Quelquefois elle s' étend dans l'eau : d'autres fois aussi 
elle s'implante sur d'autres végétaux; dans ce cas, on nomme parasite 
la plante qui la produit. 

Parties principales. — On distingue deux parties dans la plupart des 
racines: le corps, qui en est la partie la plus apparente, et qui peut 
être simple ou divisé; les radicules, qui sont les divisions extrêmes du 
premier, et qui servent de suçoirs pour transmettre les sucs de la terre 
au reste de la plante. Quelques auteurs admettent une troisième partie 
dans la racine, c'est le collet; mais la plupart du temps ce collet n'est 
qu'une tige, ou extrêmement raccourcie, comme dans beaucoup de 
plantes herbacées, ou modifiée dans son aspect et quelques-unes de 
set fonctions par son séjour dans la terre, comme dans les fougères. 



6 CATACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

Dans les végétaux ligneux qui ont une racine et une lige bien distinctes, 
le collet n'est qu'un plan imaginaire entre l'un et l'autre organe. 

Durée. — Les racines, eu égard à leur durée, sont dites : annuelles, 
lorsqu'elles naissent et meurent dans la môme année; bisannuelles, lors- 
qu'elles meurent à la fin de la seconde année; vivaces, quand elles vi- 
vent plus de deux ans (1). 

Direction. — Les racines sont perpendiculaires (pivotantes), obliques 
ou horizontales: ces mois ne demandent pas d'explication. 

Division. — Les racines sont simples, rameuses, fasciculées ou chevelues. 
Dans le premier cas le corps de la racine est unique on non divisé ; 
exemple, la carotte. Dans le second, il se divise en rameaux distincts 
peu nombreux, et d'un diamètre encore considérable; exemple, la rhu- 
barbe. Dans les suivants, la petitesse et le nombre des divisions aug- 
mentent de manière à représenter, ou des fibres encore distinctes et 
nombreuses comme dans l'angélique, ou une sorte de chevelure, 
comme dans le fraisier. 

"Forme. — Les formes des racines sont tellement variées, qu'il est 
difficile de donner une grande exactitude aux termes qu'on emploie 
pour les décrire. On distingue cependant les racines : 

Fusiformes, — qui vont en s'amincissant du collet à la partie infé- 
rieure; exemple, la betterave. 

Twtueuses, contournées; — diversement contournées sur elles-mêmes - r 
exemple, le polygala. 

Articulées, — ayant de distance en dislance des articulations; exem- 
ple, la racine de la gratiole. 

Tubeixuleuses et grenues, — formées de tubercules ou de grains arron- 
dis, séparés par les parties fibreuses; exemple, la fllipendule. 

Tubérifères, — présentant sur différents points de leur étendue des 
tubérosités volumineuses et d'une forme arrondie. Ces tubérosités sont. 

(I) Les plantes, de même que les racines, sont distinguées en annuelles, bisan- 
nuelles et vivaces. Les plantes annuelles naissent, fructifient et meurent dans le 
cours d'une année ; exempte, le coquelicot (Papaver WtœasL.). Les plantes bisan- 
nuelles accomplissent leur végétation dans le cours de deux années. Les plantes 
vivaces sont celles qui vivent plus de deux ans, et qui peuvent fructifier un 
certain nombre de fois avant de périr. On les distingue en vivaces herbacées 
et en vivaces ligneuses. Dans les premières les racines seules sont vivaces et les 
tiges meurent chaque année ; ces plantes peuvent vivre une dizaine d'années ; 
exemple, la rhubarbe. 

Les plantes vivaces ligneuses, qui sont les sous-arbrisseaux, les arbrisseaux et 
les arbres , conservent leurs tiges et peuvent vivre un grand nombre d'années. Il en 
est même beaucoup dont il est impossible de fixer le terme, tant il surpasse de 
fois la plus longue durée de la vie humaine ; exemples, le châtaignier, le chêne, le 
baobab (A damonm dvjilata L).On indique qu'une plante est annuelle par le^signe 
, symbole de Tannée ou d'une révolution de la terre autour du soleil. Les 
plantes bisannuelles sont marquées par tf, signe caractéristique de îuns, qui 
achève sa révolution en près de deux années terrestres ; mais comme le même 
signe est également employa pour désigner les plantes mâles ou les fleurs mâles T 
on indique à présent qu'une plante est bisannuelle par le signe (s). Les plantes 
vivaces herbacées prennent le signe ^ du Zsv; grec, ou de jipiter, qui fait sa 
révolution en onze ans et quelques jours. Les plantes vivaces ligneuses se 
marquent ainsi ï>, figure de la faux de satirne et symbole du temps. 



TIGE. 7 

des espèces de bourgeons souterrains et non de véritables racines (!)• 
Elles sont presque entièrement composées de fécule amylacée, et four* 
Dissent aux premiers développements de la jeune tige qui s'y trouve 
renfermée ; exemples, la pomme de terre, les orchis, etc. 

Bulbifères, — terminées supérieurement par un plateau (tige rac- 
courcie) qui porte un bulbe. Ce bulbe ne constitue pas la racine; c'est 
un véritable bourgeon. 

Organisation. — L'organisation des racines ressemble beaucoup à 
celle des liges, dont je parlerai bientôt : il y a cependant ces différences 
que les vraies racines n'offrent pas en général de canal médullaire, 
de stomates sur l'épiderme, et qu'elles ne croissent que par leurs ex- 
trémités. Une autre différence entre ces deux genres d'organes, c'est 
que les racines tendent toujours vers le centre de la terre, tandis que 
les tiges cherchent à s'en éloigner. Les racines des plantes parasites qui 
s'étendent en tous sens sous l'écorce du végétal qui les supporte, ne 
forment qu'une exception apparente à cette règle; le centre vers le- 
quel elles tendent est le centre de l'arbre, et c'est la résistance que 
leur oppose le bois qui les force à s'étendre sous l'écorce. 

Tige. 

La tige est la' partie du végétal qui naît de la racine, s'élève dans 
l'air, et supporte les rameaux, les feuilles et les organes de la fructifi- 
cation. 

Espèces. — On a distingué plusieurs espèces de tiges par les noms 
particuliers de : 

Collet ou plateau, — tige extrêmement courte de beaucoup de plan- 
tes herbacées et des plantes bulbifères. 

Souche ou rhizome, — tige souterraine ou superficielle qui émet des 
radicules de différents points de sa surface; comme dans la fougère et 
Tiris. 

Stipe, — tige cylindrique des palmiers. 

Chaume, — tige creuse, et entrecoupée de nœuds, des plantes gra- 
minées. 

Tronc, — lige ligneuse des arbres en général. 

En outre, beaucoup d'auteurs ont mis au nombre des tiges la hampe, 
qui est le support florifère et privé de feuilles de quelques plantes her- 
bacées; mais cette hampe n'est qu'un pédoncule, et la vraie lige de 
ces plantes est le collet qui se trouve à la partie supérieure de la racine. 

Nature et durer. — Les tiges sont herbacées, ligneuses, arbores- 
centes frutescentes, ou su (frutescentes (2). 

(1J Quelle que soit la justesse de cette observation et ém plusieurs autres 
analogues, que l'on pourrait faire sur la partie souterraine d'un grand nombre 
de végétaux, nous continuerons souvent à désigner ces parties, sous le nom 
commun de racines, parce qu'une des premières conditions, dans l'application 
médicale des substances, est la stabilité du langage ; mais nous aurons soin 
d'indiquer la nature particulière de celle que l'on doit regarder plutôt comme 
des tiges souterraines, que comme de véritables racines. 

(2) Les ouvrages élémentaires qui traitent de la signification des termes 
orgmnographiques des plantes, se trouvant entre les mains de tous les élèves, 



8 CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

. Consistance, — Succulentes, charnues, spongieuses, creuses ou fcta- 
leuses, roides, faibles, fragiles, flexibles. 

Forme. — Cylindriques, comprimées, trigones, tétragonea, anguleu- 
ses, cannelées, noueuses, articulées, effilées. 
Composition.— Simples, dicholomes,trichotome8,rameuses,brancbues. 
Direction. — Rampantes, couchées, obliques, redressée-, verticales, 
penchées, arquées, flexueuses, volubiles, sarmenteuses. 

Organisation. —-Les végétaux présentent pour leurs tiges deux modes 
d'organisation bien distincts, qui peuvent servir à les diviser en deux 
grandes classes très-naturelles. Les>ns offrent des tiges droites, élan- 
cées, rarement ramitiées, formées de fibres ligneuses, disséminées au 
milieu d'une substance médullaire, et on remarque qu'elles sont plus 
rapprochées et plus consistantes à la circonférence qu'au centre, effet 
dû a ce que les végétaux qui les offrent s'accroissant par le centre ou 
tout au moins par un bourgeon central, les fibres nouvelles qui s'y for- 
ment refoulent les anciennes vers la circonférence. On nomme ces vé- 
gétaux endogènes, c'est-à-dire formés par le dedans. Dans ceux de la se- 
conde classe, qui o firent souvent des tiges ramifiées et des bourgeons 
latéraux, les fibres ligneuses sont disposées autour d'un canal, médul- 
laire unique et central, et forment des couches superposées, dont les 
plus jouîtes sont à la circonférence et les plus âgées vers le centre. On 
nomme ces végétaux exogènes, c'est-à-dire formés par le dehors. Leurs 
liges, lorsqu'elles sont ligneuses, sont composées de trois parties prin- 
cipales, qui sont Yècorcc, le bois ci la moelle. 

L'éeoivo est elle-même formée de Yépidcrme, du tissu subéreux, de la 
couche herbacée et du liber. L'épidémie est 1a partie la plus extérieure ; 
c'est comme je l'ai déjà dit, une membrane mince, qui recouvre toutes 
les parties do la plante. Le tissu subéreux est formé de cellules à parois 
milices, fortement unies entre elles, à section rectangulaire. La cou- 
che herbacée est la matière tendre, verte et succulente, qui se trouve 
Immédiatement sous Tépiderme et remplit Jes mailles du liber. Le 
liber e»t la partie fibreuse de l'écorce; ses fibres sont parallèles a l'axe 
du trime; mais, en se jetant à droite et à gauche et en se réunissant 
aux sinuosités, elles composent des mailles dont la forme varie suivant 
loi végétaux. 

Le bois est la partie la plus solide du végétal. On y distingue encore 
l'iiM/'ïrr et le rcrur : celui-ci, qui occupe le centre, est parvenu à son 
dentier degré de dureté et de développement; le premier, plus exté- 
rieur, est encore imparfait et ne doit devenir vrai bois que par les pro- 
grès do la végétation. 

La moelle oit une substance spongieuse, renfermée dans un canal 
Intérieur nommé canal médullaire, qui s'étend depuis la racine exclu- 

notiH nmii dUponseronii d'expliquer tous les mou que nous allons citer. Nous 
roimiyniin égali'inont d'avance aux mômes ouvrages, pour l'explication des 
IflClUt'H prc«(|ii« infini* employés dans la description des feuilles, et pour tous 
lim aulrcft détail* <|im non* ne pouvons comprendre dans celui-ci. Voyez 
lltieliRMi'e, fv/ifmrw/* #/«• botunit/ue. Pari», 1867, 1 vol. in-8 avec 510 figures in- 
uwvnhW <Un* lu texte. 



FEUILLES. 9 

««ment, jusqu'aux extrémités du végétal. Elle est formée d'un tissu 
cellulaire, qui s'irradie jusqu'à l'écorce en lames verticales, qui por- 
. lent le nom de rayons médullaires. 

BouryeoR*. 

En général on désigne sous ce nom toutes les parties des plantes 
qui servent à développer les jeunes pousses pour les mettre à l'abri 
de l'hiver, et qui sont ordinairement formées de feuilles ou de stipules 
avortées. On distingue parmi les bourgeons : 

4° Le bulbe, qui est le bourgeon permanent des plantes liliacées. On 
l'a mis pendant longtemps au rang des racines; mais la vraie racine 
de ces plantes se compose du faisceau de fibres qui se trouve à l'ex- 
trémité inférieure : au-dessus se trouve la tige raccourcie ou le collet, 
et enfin le bulbe ou bourgeon. 

On distingue quatre genres de bulbe : dans l'un, que l'on nomme 
bulbe à écailles, les écailles, ou feuilles avortées dont il se compose, 
sont peu serrées, peu étendues et n'embrassent qu'une petite partie 
de la circonférence : ex., le lis. 

Dans le second, que l'on nomme bulbe à tuniques, les enveloppes 
plus serrées et beaucoup plus étendues se recouvrent presque entière- 
ment, mais ne sont pas soudées; ex., la scille et la jacinthe. 

Dans le troisième, que l'on pourrait nommer bulbe robe, les tuniques 
forment toute la circonférence de l'oignon, sont entièrement soudées, 
et ressemblent alors à des sphéroïdes qui se recouvrent entièrement 
les uns les autres : ex., l'oignon ordinaire, que l'on désigne commu- 
nément comme bulbe à tuniques, et la tulipe, que l'on qualifie de 
bulbe solide : il n'y a aucune différence entre eux. 

Dans le quatrième, que l'on nomme bulbe solide ou tubéreur, les 
toniques qui la formaient primitivement se sont entièrement soudées, 
et n'offrent qu'une substance homogène qui présente alors beaucoup 
d'analogie avec les racines tubéreuses. Ex., le safran et le colchique. 

2° Le turion : c'est le bourgeon des plantes vivaces, situé à leur collet 
et se confondant quelquefois avec lui. 

3° Le bouton, ou bourgeon proprement dit ; c'est celui qui nait sur la 
tige et sur ses ramifications. 

Feuilles. 

Il est impossible de donner une définition exacte et en même temps 
générale des feuilles. Nous dirons que ce sont ordinairement des par- 
ties larges, peu épaisses, vertes, mobiles, qui ornent la tige des plan- 
tes herbacées comme celle des arbres, et qui leur servent d'organes 
inspiratoires et expira (oires. 

Les feuilles sont portées sur une queue, ou pétiole, plus ou moins 
longue, quelquefois très-courte ou même sensiblement nulle; alors la 
feuille adhère immédiatement à la tige et prend l'épithète de sessile : 
dans le premier cas on la nomme feuille pétiolée. 

On distingue encore les feuilles en simples et en composées. Elles sont 
simples lorsque le limbe, ou la partie large de la feuille, est continu 



10 CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

dans toutes ses parties, comme dans le tilleul; composées, quand 11 se 
divise en plusieurs parties distinctes et séparées jusqu'au pétiole, quel- 
quefois même avortées chacune sur un pétiole partiel, comme dans le 
rosier : chaque partie se nomme alors foliole. 

Le contour des feuilles est anguleux, ou en cône arrondi, ou ovale; 
entier, ou découpé. Leur surface est lisse ou velue; leur épaisseur est 
souvent celle d'une feuille de papier,mais elle peutôlre plus considérable. 

La couleur des feuilles est ordinairement verte ; lorsqu'elle est tout 
autre, môme blanche, les feuilles sont dites colorées. Quand les feuilles 
ne sont colorées qu'accidentellement et partiellement, on dit qu'elles 
sont panachées. 

Structure. — Le limbe de la feuille est l'épanouissement du pétiole, 
et celui-ci est composé des mêmes parties que la tige. On retrouve donc 
dans la feuille, de l'épidémie, du tissu cellulaire ou du parenchyme, 
et du tissu vasculaire ou des fibres. Ces dernières se divisent de plus en 
plus à partir du pétiole : elles sont d'abord en faisceaux distincts et 
proéminents, que l'on nomme nervures; ensuite elles forment de sim- 
ples veines; enfin elles disparaissent et se mêlent au parenchyme. 

Usage. — Les feuilles sont les organes inspiratoires et expira toires 
des végétaux : elles leur servent à absorber dans l'air les fluides né- 
cessaires à leur accroissement, et à rejeter ceux qui leur sont inutiles; 
elles font aussi fonction d'organes excrétoires, car elles laissent passer 
le superflu des humeurs qui nuirait à la vie du végétal. 

Fleur. 

La fleur est la partie du végétal qui renferme les organes de la fructi- 
fication. Elle est ordinairement formée de quatre parties, qui sont le ca- 
lice, la corolle, Yétamine et le pistil, Lille est complète lorsqu'elle comprend 
ces quatre parties, et incomplète lorsqu'une ou plusieurs lui manquent. 

Le calice est l'enveloppe la plus extérieure de la fleur. Il sert comme 
de rempart aux autres parties; aussi est-il d'une texture plus solide et 
plus durable. Il est ordinairement vert, et manque quelquefois. Il peut 
être formé de plusieurs pièces distinctes nommées sépaUs. Lorsque ces 
pièces sont adhérentes ou soudées<dans une partie plus ou moins grande 
de leur étendue, le calice est dit gamosépale, monosépale ou monophylle. 

La corolle est une envelpppe moins extérieure que le calice, et qui 
entoure immédiatement les organes reproducteurs. C'est la partie de la 
fleur qui est susceptible de prendre le plus d'éclat en raison des bril- 
lantes couleurs dont il platl souvent à la nature de l'orner. C'est aussi 
celle qui a communément le plus d'odeur. Elle manque plus souvent 
que le calice. 

La corolle peut être d'une ou plusieurs pièces, dont chacune porte 
le nom de pétale. Lorsque les pétales sont soudés entre eux, la corolle 
est dite gamopétale ou monopétale; lorsqu'ils restent libres, elle est po- 
lypétale. Lorsqu'une fleur manque de corolle, on la nomme apétale. 

L'étamine est l'organe mule de la fleur. Elle est le plus souvent formée 
d'un filet plus ou moins long, qui porte à son extrémité une petite 
boite ou anthère* contenant la poussière fécondante ou le poVen. Quel- 



PÉRICARPE. H 

quefois le filet manque, et alors l'anthère, qui n'en constitue pas 
moins une étamine, prend l'épi thè te de sessile. Le pollen est la subs- 
tance qui doit féconder l'ovaire. 

Le pistil est l'organe femelle de la fleur. 11 est tout à fait au centre 
et comme défendu par les autres parties. On y distingue Y ovaire, le 
styk et le stigmite. Vovaire est la partie la plus inférieure; il est pres- 
que toujours renflé, et contient les ovules. Il est tantôt libre de toute 
adhérence avec les autres organes de la fleur, et tantôt plus ou moins 
soudé avec le calice, ce qu'on exprime en disant que l'ovaire est libre, 
adhérent ou demi-adhérent. Le style est un prolongement rétréci de 
l'ovaire, placé entre lui et le stigmate. Le stigmate est l'extrémité 
entière ou divisée du style. Quelquefois le style manque : alors le stig- 
mate est sessile. 

Fruit. 

Le fruit est l'ovaire développé et accru par suite de la fécondation. 
On y distingue le pèrvarpe, qui contient la graine. Mais on y comprend 
souvent des parties accessoires que leur position rapprochée de l'ovaire 
et leur développement simultané rattachent à cet organe. Tel est le 
calice quand il est adhérent, ou lorsque, sans être adhérent, il persiste 
en devenant membraneux ou charnu. Enfin on considère souvent 
comme un seul fruit un assemblage de plusieurs fruits réunis sur un 
support commun, comme on le voit dans le cône des pins et des sapins, 
dans la figue, la mûre, etc. 

Péricarpe. 

Le péricarpe répond aux parois de l'ovaire fécondé et détermine la 
forme du fruit. On y distingue toujours trois parties : Yépicarpe, Yen* 
docarpe et le sarcocarpe ou mésocarpe. 

Ué/ricarpe est la membrane extérieure qui recouvre le fruit. Il répond 
à l'épidcrme de la surface inférieure de la feuille ou des feuilles car- 
peliaires lorsque le fruit est isolé du calice, ou à Tépiderme de la feuille 
ou des feuilles calicinales, lorsque le calice était soudé avec l'ovaire. 

L'endocarpe est la membrane pariétale interne du péricarpe ; il ré- 
pond à l'épiderme de la surface supérieure de la feuille ou des feuilles 
qui formaient les carpelles de l'ovaire. 

Le sarcocarpe ou mésocarpe est une partie parenchymateuse com- 
prise entre l'épicarpe et l'endocarpe, et qui répond au parenchyme 
des feuilles carpellaires. 11 est très-développé dans les fruits char- 
nus : peu apparent, au contraire, dans les fruits secs ; mais il existe 
toujours. 

La cavité intérieure du péricarpe peut être simple ou multiple. Un 
péricarpe à une seule loge est dit uniloculaire ; celui qui a plusieurs 
loges prend l'épithète de biloculaire, triloculaire } quadriloculaire r .. mul- 
tilocvlaire, suivant qu'il présente 2, 3, 4, ou un plus grand nombre de 
toges. Un péricarpe uniloculaire est généralement formé par une seule 
feuille carpellaire dont les bords se replient et se soudent du côté de 
Taxe du végétal ; mais il peut aussi provenir de plusieurs feuilles non 
repliées, réunies par l'accolement de leurs bords. Un péricarpe pluri- 



12 CARACTÈRES DES VEGETAUX. 

loculaire est toujours formé d'autant de feuilles carpelluircs repliées 
jusqu'au centre qu'il y a de loges. 

D'après ce qui précède, les cloisons qui forment la séparation des 
loges, résultent de la juxtaposition des replis de deux feuilles conti- 
gués, et sont composées de deux lames d'endocarpe réunies par une 
couche plus ou moins mince de mcsocarpe. Il faut ajouter qu'elles 
alternent toujours avec les divisions du stigmate. Ces caractères distin- 
guent les cloisons vraies de certaines divisions observées dans quelques 
fruits, et qui sont formées par une extension des tropliospermes. 

On donne le nom de trophospcime ou de placentaire à un corps placé 
le plus ordinairement à la jonction des feuilles carpellaires, auquel 
sont attachées les graines. La place occupée par le trophosperme four- 
nit des caractères assez importants. Cet organe est dit : 

Central, — lorsqu'il occupe le centre d'un péricarpe uniloculaire, 
sans aucune adhérence avec les parois latérales. Ex., dans les Primu- 
lacées et les Santalacées; 

Axile, — lorsqu'il occupe l'angle central des loges d'un fruit multi- 
loculaire, ou, ce qui est la même chose, le bord replié jusqu'au cen- 
tre des feuilles carpellaires formant les loges : ex., les Liliacées, les 
Amomées ; 

Pariétal, — quand il est placé sur la paroi même du péricarpe, par 
exemple, dans les Violariées. 

Le nombre des graines contenues dans un péricarpe peut varier con- 
sidérablement. Lorsqu'il n'y en a qu'une seule, soit que cela dérive de 
la présence d'un seul ovule dans l'oxaire, ou de l'avortement des 
autres, lorsqu'il y en a plusieurs, le péricarpe ou le fruit est dit monos- 
perme. Quand il y a plusieurs semences dans le fruit, on le dit disperme, 
Utra*i>ermtf, olvjosperme, poly sperme, suivant le nombre qui correspond 
k ces appellations. 

Pour que les graines puissent sortir du péricarpe à leur maturité ; il 
parait nécessaire que celui-ci s'ouvre d'une manière quelconque ; 
cependant il y a des péricarpes qui ue s'ouvrent pas et auxquels on 
donne le surnom d'indéhiscents; ceux qui s'ouvrent naturellement sont 
nommés déhiscents. 

\je* péricarpes déhiscents peuvent s'ouvrir par des dents qui s'écar- 
tent a leur sommet, ou par des opercul-s d'une étendue limitée, qui 3e 
détachent du fruit ; ou bien ils se partagent en un nombre déterminé 
de pféees ou de panueaux de dimensions à peu près égales, auxquels 
on donne le nom de valves. Alors on dit que le fruit est bivalve, fri- 
vake, quadrivalxe,muitivalve,%u\\it\[ le nombre de parties. Générale- 
ment le nombre des valves est égal à celui des loges, parce que leur 
rupture s'opère à l'endroit de la suture marginale des carpelles, par le 
décollement des cloisons. Dans ce cas, la déhiscence est dite septicide. 
Dfaiires fois le nombre des valves restant le même, la déhiscence, au 
U*0-'4e s'opérer par le bord des carpelles, a lieu par la nervure médiane 
4e la feuille, ou par le milieu des carpelles, auquel cas chaque valve 
emporte avec elle une cloison et la moitié de deux loges con ligues. On 
nomme cette déhiscence loculkide. Enfin la séparation peut avoir lieu 



PÉRICARPE. 13 

par les sutures marginales, de façon è ce que les valves se séparent des 
cloisons : c'est la déhiscence septifrage. 

[Classification des fruits. — On ne devrait à proprement parier don- 
ner le nom de fruit qu'à l'ovaire Fécondé d'une seule fleur : on désigne 
cependant aussi sous cette dénomination, une réunion de pistils fécon- 
dés et développés, provenant de plusieurs fleurs distinctes formant par 
leur ensemble une inflorescence plus ou moins compacte. C'est ce 
qu'on appelle fruits agrégés. 

I. Les fruits proprement dits, succédant à une seule fleur, sont tantôt 
formés d'un carpelle unique, ou de carpelles complètement indépen- 
dants les uns des autres : ce sont les fruits apocarpés; tantôt de carpelles 
soudés entre eux : ils prennent alors le nom de syncarpés. 

Fruits apocarpés. — 1° Les fruits apocarpés sont secs ou charnus, déhis- 
cents ou indéhiscents. 

A. Les fruits secs indéhiscents sont monospermes, et se distin- 
guent en : 

1° Caryopse, — dans lequel le péricarpe est intimement soudé avec 
les enveloppes de la graine : c'est le fruit ordinaire des graminées : 
Seigle, blé, orge, avoine. 

2° Achaine, — qui ne diffère du caryopse que par la liberté du péri- 
carpe. L'achaine est tantôt nu (Polygonées), tantôt surmonté d'une ai- 
grette plumeuse ou écailleuse (Composées) : très-souvent solitaires, les 
achaines succèdent quelquefois en nombre variable à une seule fleur 
(ClematiSf Ranvnculus, Fragaria, etc.). 

On donne quelquefois le nom d'utricule à un achaine à péricarpe 
mince et membraneux (Scabiosa, Statke), mais c'est un terme très-va- 
guement défini, et dont on ne se sert que rarement. 

B. Les fruits charnus, en même temps indéhiscents, sont : 

3° Le drupe, dont l'endocarpe s'est épaissi et est devenu ligneux. 
C'est ce qu'on appelle vulgairement les fruits à noyaux (cerise, pêche, 
abricot). Le mésocarpe est tantôt succulent, comme dans les exemples 
précédents; tantôt il forme un brou ferme, presque coriace, comme 
dans l'amande ou la noix ; les auteurs donnent quelquefois à ce der- 
nier fruit le nom de Caryone. 

Parfois les drupes deviennent lrès-petits(Dni/réotes), et se réunissent en 
nombre variable sur un réceptacle, provenant d'une seule fleur (Rubut). 

4° La baie simple (Berbem) ne diffère du drupe qu'en ce que son en- 
docarpe reste à l'état mou, et se confond d'ordinaire avec le mésocarpe. 

C. Les fruits secs déhiscents sont en général polyspermes, ce sont : 
5° Le follicule, qui s'ouvre par la sutuie ventrale et forme ainsi une 

seule valve, portant sur chaque bord une rangée de graines. Le plus 
souvent les follicules sont au nombre de deux, trois ou plusieurs, sur 
un même réceptacle (Helleborus, Fœonia). 

6* Le légume ou gousse, qui s'ouvre à la fois par la suture ventrale et 
la suture dorsale, de manière à donner deux valves, qui portent cher 
cune les g rai u es sur un seul bord. C'est le fruit des légumineuses. 

Fruits syncarpés. — 1° Les fruits syncarpés sont aussi secs ou char- 
nus, déhiscents ou indéhiscents. 



14 CARACTÈRES DES VÉGÉTAUX. 

1). Les fruits secs et déhiscents portent le nom général de capsule. 

Ce nom s'applique à des fruits très-variables, non-seulement en rai- 
son de l'ovaire libre ou adhérent qui les a formés, mais encore par le 
nombre des loges, leur soudure plus ou moins intime, ou leur séparation 
presque complète, leur mode de déhiscence, etc. 11 y a des capsules qui 
s'ouvrent par des trous qui se forment à la partie supérieure (Papayer 
nigrum Lob., Antirrhinum majus L.), ou à leur partie moyenne (Cam- 
panula persic'œfolid) ; d'autres qui s'ouvrent par une solution de conti- 
nuité circulaire qui les sépare en deux parties : une supérieure formant 
couvercle ou opercule, et une inférieure très-souvent soudée avec le 
calice. On donne à cette espace de capsule le nom particulier âe pixide 
et vulgairement celui de boite à savonnette. La pixide la plus simple ap- 
partient aux genres Amaranthus et Chamissoa (Amaranlhucées). Elle est 
uniloculaire et monosperme, à péricarpe nu, et s'ouvre par une Assure 
circulaire. Dans le genre Anayallis (Primulacées) la pixide est unilocu- 
laire, pol y sperme, et le calice adhère à la partie inférieure; la même 
adhérence se montre dans la pixide biloculaire des jusquiames, dans 
celle triloculaire des Fevillea et dans quelques autres. 

Les autres espèces de capsules ont une déhiscence valvaire, et cette 
déhiscence est septinde, loculicide ou seplifrage, 

EuGn on rapporte au groupe des capsules, des fruits provenant 
d'ovaires pluriloculaires, qui par avortement se réduisent à une seule 
loge monosperme, prennent des parois osseuses ou coriaces, et res- 
tent indéhiscents (Chêne, Hêtre, Châtaignier}. Ce sont des glands ou des 
nucules. 

La siliqxts est une variété de la capsule à deux carpelles, le plus sou- 
vent divisée en deux loges par une fausse cloison; elle s'ouvre en deux 
valves qui laissent en place les placentaires pariétaux chargés de graine. 
C'est le fruit des crucifères. Il prend le nom de silicule quand sa lon- 
gueur surpasse tout au plus quatre fois sa largeur. 

On nomme coques, dans les capsules pluriloculaires, les carpelles qui 
se détachent les uns des autres, le plus souvent avec élasticité, empor- 
tant leurs graines, mais laissant d'ordinaire en place les placentaires 
axiles [Euphorbia, Géranium, Fraxineila). 

La samare, qu'on a rangée souvent dans les fruits apocarpés, mais 
qui, eu réalité; est formée de deux carpelles soudés entre eux, est une 
variété de la capsule dont le péricarpe aminci forme autour de la loge 
une aile membraneuse (Érable, Orme, Frêne). 

Ë. Les fruits syncarpés charnus sont : des baies composées et des 
nuculoines. 

Le nom de baie composée peut s'appliquer à tous les fruits charnus a 
plusieurs carpelles dont l'endocarpe n'est point osseux, et qui ne diffè- 
rent de la capsule que par la consistance des parois. La baie est infère 
(Grosseillier, Myrtille) ou supère (Solanum, Raisin), et peut avoir un 
nombre de loges très-variable. 

On rattache aux baies composées certains fruits assez spéciaux pour 
avoir mérité un nom particulier : Vhespéridie, fruit des orangers et 
des citronniers, à épicarpe glanduleux et aromatique, à mésocarpe sec. 



GRAINE. 15 

à endocarpe formant plusieurs loges, remplies par dés cellules pul- 
peuses, naissant de leurs parois. — La pomme ou fruit à pépins formé 
par le tube charnu du calice enveloppant des carpelles osseux (Coings) 
on cartilagineux (Pomme, Poire). — La péponide, fruit infère ou demi- 
infère, n'offrant à la maturité qu'une seule loge, à gros placentaires 
charnus rapprochés des parois .Cucurbitacées). 

Les nuculaines sont des fruits charnusà plusieurs noyaux libres (Né- 
fliers) ou soudés ensemble (Cornouiller). 

II. Les fruits agrégés, ou provenant de plusieurs fleurs distinctes peu- 
vent présenter des groupements très-variés des divers fruits énumérés 
ci-dessus, nous indiquerons seulement les suivants : 

Le sycâne formé d'un réceptacle py ri forme charnu à la maturité 
portant sur ses parois intérieures un nombre considérable de petits 
fruits secs, enveloppés en partie par un gynophore charnu (Figuier); 
on d'un réceptacle plane, portant les fruits sur sa face supérieure 
(Dorstenia). 

La sorôse ou fruit formé de drupéoles (Mûrier) ou de baies (Ananas) 
d'abord groupées en épis charnus. 

Le cône ou fruits des conifères, composé d'un certain nombre d'écail- 
lés, que les botanistes regardent généralement comme des carpelles 
qui seraient restés étalés. Ces écailles imbriquées les unes sur les au- 
tres portent des graines à leur face intérieure. Tantôt elles sont li- 
gneuses et forment des fruits coniques (Pins, Sapins) ou globuleux 
(Cyprès), tantôt elles sont charnues et se soudent entre elles de manière 
à figurer une espèce de drupe (Genévrier), qu'on appelle impropre- 
ment une baie.] 

Graine. 

La graine est recouverte d'une pellicule plus ou moins épaisse, que 
l'on nomme robe ou spermoderme (1 ;. Sur un point quelconque de sa 
surface se trouve une cicatrice nommée hile ou ombilic, à laquelle abou- 
tit un prolongement du trophosperme qui peut ôlre comparé au cor- 
don ombilical des animaux. On lui donne le nom de funicule ou de 
podosperme. 

La graine est composée intérieurement de deux sortes de parties : 
le pèrisperme et l'embryon. 

Le pèrisperme [endosperme, Rich. ; albumen, Gœrtner) est une sub- 
stance analogue à l'albumen de l'œuf et qui sert à nourrir l'embryon, 
juspu'à ce que les parties dont se compose celui-ci aient acquis assez 
de force pour tirer leur nourriture de la terre et de l'air. 11 est sec et 
farineux dans les graminées, huileux dans le ricin, corné dans le café 
et le dattier, etc. 11 manque quelquefois. L'embryon est l'abrégé de 
la plante : il est composé de la radicule ou jeune racine, de la plumule 
pu gemmule qui est le premier bourgeon d'où doit sortir la tige, et des 
cotylédons. 

Il) Indépendamment de leur tégument propre ou rohe, un certain nombre 
de graines présentent à l'extérieur une expansion membraneuse du podosporme, 
qui enveloppe plus ou moins la graine ; on donne à cet organe particulier le 
nom d*ari/fc. 



16 CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 

Les cotylédons peuvent être définis une ou plusieurs feuilles présentes 
dans la graine. En effet, ce sont de véritables feuilles, et s'il arrive 
souvent qu'ils en diffèrent en apparence, cela tient à ce que leur dé- 
veloppement a été arrêté par l'accroissement des autres parties de la 
graine, ou altéré par l'absorption du périsperme, comme cela a 1km 
dans le haricot, dans l'amandier, etc., dont les graines ne paraissent 
entièrement composées que de deux cotylédons. 

Il y a des graines qui ont detix cotylédons, et il y en a d'autres qui 
n'en ont qu'un ; et cette différence, qui semble si peu de chose à la 
première vue, sert à diviser les plantes en deux grandes classes très- 
naturelles, ou en dicotylédones et monocolylédones. 

L'usage des cotylédons, dans la graine,. est d'élaborer la substance 
nutritive du périsperme, lorsqu'elle a été gonflée par l'humidité 4e 
la terre, et de la transmettre à l'embryon. Lorsque les parties dont se 
compose celui-ci ont acquis assez de force pour se passer de leur se- 
cours, les cotylédons deviennent inutiles, et périssent. 

CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 

Les botanistes des différents siècles ont imaginé un grand nombre de 
méthodes pour Faciliter l'étude des plantes. Les premières, comme on 
peut le penser, étaient très-imparfaites. Elles reposaient, ou sur l'usage 
auquel on destinait les végétaux, en raison de leurs propriétés médici- 
nales ou alimentaires, ou sur l'habitude de ces mômes végétaux, dont 
les uns vivent sur les eaux, et les autres dans les bois, au milieu des 
plaines ou sur les montagnes. D'autres botanistes encore classaient les 
plantes d'après la saison de l'épanouissement de leurs fleurs. 

[Plus lard les botanistes cherchèrent les bases de la classification 
dans des caractères tirés de la plante elle-même : ils firent ainsi des 
systèmes artificiels ou des classifications plus ou moins rapprochées de 
ce qu'on a nommé la méthode naturelle. 

Un système artificiel se fonde sur les caractères tirés d'un seul or- 
gane se modifiant en divers sens dans la série des végétaux : la mé- 
' thode naturelle a la prétention d'être l'expression exacle de la nature, 
c'est-à-dire un groupement des êtres tel que ceux qui se ressemblent 
le plus sont les plus rapprochés dans la méthode. Elle tient compte de 
tous les caractères des plantes et en même temps de leur importance 
relative. A. L. de Jussieu, qui, sur les données de Bernard de Jussieu, 
a établi les lois de cette méthode, a montré en effet qu'il existe des 
caractères de valeur supérieure à d'autres, qu'on peut appeler domi- 
nateurs et qu'il faut, dans l'établissement d'un groupe, plutôt peser 
les caractères que les compter. 

Un système artificiel est très-commode pour trouver le nom d'une 
plante, surtout si l'organe qui doit fournir le caractère présente des 
variations nombreuses et faciles à saisir : à cet égard, il n'en est pas de 
plus ingénieux que celui de Linné. 

Système sexuel de Linné. — Il repose pour l'établissement des classes 
sur l'absence ou la présence des é lamines, leur liberté ou leur soudure, 



CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 



17 



leun dimensions relatives, leur nombre, etc. Le tableau suivant donne 
la clef de ce système qui a été suivi par tous les botanistes pendant 
presque tout le dernier siècle. 




Une étamine.. . 
Deux étamines. 

Trois 

Quatre.. ...... 

Cinq 

Six.. 



f jSept. 

sir 



Huit 

J Neuf 

| Dix 

X De onze à dix-neuf.. 



I. Monandrie. 

II. Diandrie. 

III. Triandric. 

IV. Tétrandrie. 

V. Pentandrie. 

VI. Hexandrie. 

VII. Heptandrie. 

VIII. Octandrie.. 

IX. Ennéandrie. 
. X. Décandrie. 

. XI. Dodécandrie. 



, ^mt„. i Insérées sur le calice. XII. Icosandrie. 

n.. nini l Insérées sur le récep- 

0U P lus - 1 torfu.. . : P . XIII. Polyandrie. 



' ingt étami 
nés 



i »ux étamines plus 
courtes que les 
autres 



tacle. 

j Quatre étamines dont 
I deux plus longues. 
I Six étamines dont 
: quatre plus longues. 



XIV. Didynamie. 

XV. Tétradynamie. 



Toutes en un faisceau. XVI. Monadelphie. 
En deux faisceaux... XVII. Diadelphie. 
En plusieurs fais- 
ceaux XVIII. Polyadelphie. 



/ Étamines l 

non adhé-\ Parles 

rentes au J filets. 

pistil, mais \ 
\ adhérentes j 
c J entre elles, f Par les anthères XIX Syngénésie. 

S I Étamines adhérentes au pistil, ou posées 

** * sur lui XX. Gynandrie. 



NON RÉUNIS DANS 
LA MÊME FLEL'B. 



' Fleurs mâles et femelles sur le 

même individu , XXI. Monœcie. 

! Fleurs miles et femelles sur 

deux individus différents .. XXII. Diœcio. 

Fleurs tantôt mâles, femelles 
ou hermaphrodites, sur I, 2 
ou 3 individus XXIII. Polygamie. 

Invisibles a l'œil nu XXIV.Cryptogamie. 

liais ce système, tout ingénieux qu'il est, doit céder le pas à la mé- 
thode naturelle. Depuis la fia du siècle dernier les classificateurs sont 
entrés dans la voie de cette méthode et s'efforcent de s'en rapprocher 
toujours davantage. 

Jussieu, de Candolle, et un certain nombre de botanistes de notre 
époque, ont donné ainsi des classifications, qu'il est inutile d'indiquer 
ici en détail. La seule, dont nous parlerons, est celle de de Candolle 
que nous allons suivre dans le cours de cet ouvrage.] 

Classification de de Candolle,— De Candolle établit d'abord entre tousles 
végétaux une grande division fondée sur des caractères tirés, tout à la 
Ibis, de leurs organes de nutrition et de leurs organes de reproduction. 

Ainsi, en examinant d' abord les organes de nutrition, on trouve que les 
végétaux sont tantôt pourvus de vaisseaux séveux et de stomates ou de po- 
res corticaux ; tantôt gu'ils sont privés des uns et des autres, et «'ils sont 
uniquement formés de tissu cellulaire. Ces derniers se noninoent, en 

GviMm, Drofaet, TiàlU . T. U% — * . 



18 . CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 

conséquence, végétaux cellulaire* et les premiers végétaux vasculaires. 

En examinant ensuite les organes de la reproduction, on observe 
des végétaux qui produisent des fruits et des graines dans lesquelles 
on trouve un embryon pourvu d'un ou de plusieurs cotylédons; ou 
bien on voit des végétaux dépourvus de semences et par conséquent de 
cotylédons, et qui se multiplient par de petits corpuscules très-simples 
qui se détachent de la plante mère, comme le feraient des bulbilles, 
et qui ont reçu le nom deGonyytei ou de Spores. Les végétaux compris 
dans la première division sont dits cotylédonés et ceux de la seconde 
«cotylédonés, ainsi que les avait nommés de Jussieu. 

lin comparant alors ces deux modes de division, on voit qu'ils se 
correspondent parfaitement et qu'ils ne forment qu'une seule et même 
division entre tous les végétaux. Ainsi les végétaux vasculaires sont 
aussi cotylédonés, et les cellulaires sont tous acotylédonés, ce qui 
montre combien celte double distinction est bonne et naturelle. 

Les végétaux cellulaires, étant formés d'organes peu apparents, ne 
comprennent que deux classes, fondées sur l'absence ou la présence 
d'expansions foliacées. Cette même distinction se retrouve dans toutes 
les classifications modernes; seulement on l'exprime autrement. 

Les végétaux vasculaires ou cotylédonés ont été di>isés, de même 
que les précédents, à l'aide de caractères tirés de leurs organes de vé- 
gétation et de reproduction. Tantôt, en effet, ils offrent des tiges pres- 
que toujours cylindriques, élancées, non ramifiées, formées de fibres 
droites et parallèles, disséminées au milieu d'une substance médul- 
laire. Ces fibres sont plus rapprochées et plus consistantes vers la 
circonférence qu'au centre, ce qui tient à ce que les plus nouvelles et 
les plus succulentes se forment au centre, en écartant et refoulant les 
autres vers la périphérie. Ainsi que nous l'avons déjà dit (page 8), on 
nomme ces végétaux endogènes, c'est-à-dire croissant en dedans; ou bien 
les végétaux vasculaires présentent des tiges coniques, très-souvent 
ïamifiées, formées de fibres ligneuses disposées autour d un canal mé- 
dullaire central, en couches concentriques superposées, dont les plus 
dures et les plus âgées sont au centre, et les plus jeunes à la circon- 
férence. Ces \égétaux sont nommés exogènes, c'est-à-dire croissant en 
''hors. Ainsi que nous avons eu occasion de le dire (page 8), celte divi- 
>i«.n des végétaux eu endogènes et exogènes répond exactement à celle 
des végétaux monocotylédonés et dicotylédones. 

Les végétaux endogènes ou monocotylédonés se divisent en deux 
classes, fondées sur ce que les uns ont des fleurs et des sexes distincts, 
tandis que les autres en sont privés. Ces derniers, très -rapprochés des 
\égélaux cellulaires foliacés, se nomment M onocotylèdones cryptogames ; 
ils faisaient partie de la cryptogamie de Linné et des acotylédonés de 
«le Jussieu. Les autres forment la classe des monocotylédonés phanéro- 
g i;ues, parmi lesquels nous trouvons les Graminées, les Palmiers, les 
i ridées, les Oichidées, etc. 

I.;\s végétaux exogènes ou dicotylédones ont toujours des fleurs dis- 
tinctes ; mais tantôt ces fleurs n'ont qu'une seule enveloppe, tantôt elles 
i u ont deux. Lorsqu'elles n'en ont qu'une, on considère généralement 



CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 19 

celle-ci comme un calice et non comme une corolle ; ce sont les dico- 
tylédones à pétales de de Jussieu. De Candolle, se bornant à constater 
l'existence d'une seule enveloppe florale, nomme ces végétaux Mono- 
chiamydès, c'est-à-dire n'ayant qu'un manteau. Dans sa méthode ils ne 
forment qu'une classe, dans laquelle on trouve les Conifères, h grande 
famille des Amcntacées, les Euphorbiacées. 

Les dicotylédones à périgone double, ou à calice et corolle distincts, 
forment trois classes qui se distinguent par le nombre des divisions de 
la corolle et par son insertion. Lorsque la corolle est d'une seule pièce 
et qu'elle est hypogyne, c'est-à-dire insérée sous l'ovaire ou sur le ré- 
ceptacle, elle constitue la classe des Corolliflores (Labiées, Solanacées, 
Borraginées, Apocynées, etc.)* 

Quand la corolle est formée de plusieurs pétales libres ou quelque- 
fois soudés, mais toujours périgynes, c'est-à-dire insérés autour de l'o- 
vairo ou sur le calice, elle forme la classe des Caliciflores où se trouve 
la grande famille des plantes à fleurs composées ou Synanthérées, les 
Rubiacées, les Ombellifères, etc. 

Enfin quand la corolle est polypétale, ou formée de plusieurs pétales 
distincts et que ces pétales sont insérés sur le réceptacle avec les é lami- 
nes, on entre dans la classe des Thatamiflores qui comprend les Rutacées, 
les Malvacées, les Crucifères, etc. 

! Privés d'expansions fo- Cellulaires aphyl- 
liacées les i 

Pourvus'd'êxpan'siôn; Cellulaires' fôîia- 

foliacées ces 2 

SSans sexes distinct* I Mon <>cotylédones 
sans sexes distincts . ( cryptogames 3 
Ayant des fleurs et des Monocotylédones 
sexes distincts phanérogames. 4 

r ' ' Périgone simple (corolle nulle ou soudée \ M#1M .. ^ , . t 
avec le calice\ J Monochlamydés . 5 

I Pétales soudés en une\ 

' corolle hypogyne , I 

Exogènes^ I c'est-à-dire ins'érée > Corolliflores ... . G 

( ou dicoty- * L sur le réceptacle et I 

lédonés. i I portant les étamines. / 

f Périgone dou- 1 ,. , . , ... . . * 
ble ou calice ' ' é, » ,es . hbres .° u P' 1 ! 8 
et corolle dis- <■ oumoins.oudé»,ni»is €a , icinores , 



•J 



***-•• ffl&E&ssi 



Plusieurs pétales dis- \ 
tiucts, insérés sur le I rru«i« m ;n rt .«. e 
réceptacle, avec les Thalamiflores.. . 8 

» étamines et le calice. ] 
Telle est la méthode de de Candolle; seulement nous l'avons prise 
à rebours, parce que ce grand botaniste commençait sa classification 
par les végétaux les plus complets, composas du plus grand nombre 
de parties ou d'organes distincts, tandis qu'à l'exemple de de Jussieu, 
d'Endlicher et du plus grand nombre des botanistes modernes, il nous 
parait plus naturel de commencer par les végétaux lés plus simples, 



•20 CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 

ou qui n'ont ni feuille» ni organes distincts; puis par ceux qui nous 
offrent des feuilles, sans fleurs ni fruits, etc. Ensuite nous faisons subir 
dès le commencement à la méthode de de Candolle une modification 
qui, sans changer la série des végétaux, fait mieux cadrer sa méthode 
avec celle de de Ju&sieu et d'autres plus modernes. Cette modification 
consiste à retirer des monocotylédones les cryptogames de l'ordre le 
plus élevé, que de Candolle y avait comprises, à cause de leur, tissu en 
partie vasculaire et, sans doute aussi, parce que quelques observateurs 
ont annoncé avoir observé la présence ou La formation d'un cotylédon 
pendant la germination de leurs corpuscules reproducteurs. Mais 
comme, en réalité, ces corpuscules n'offrent aucun des caractères des 
véritables semences, et qu'ils sont en eux-mêmes dépourvus de tout 
organe colylédonaire, il parait plus régulier de réunir tous les végé- 
taux qui les présentent dans une seule division, sous la dénomination 
à'acotylèdonès. Enfin nous joignons encore aux acotylédonés un petit 
nombre de plantes d'une organisation plus élevée, puisqu'elles sont 
pourvues de fleurs et d'organes sexuels bien déterminés, et qu'elles 
font partie des phanérogames dans la plupart des méthodes : mais ces 
plantes ne contenant dans leur graine, au lieu d'endosperme et d'ea> 
bryon cotylédoné, qu'un amas de granules reproducteurs analogues 
aux spores des acotylédonés, doivent encore faire partie de ceux-ci. 
Voici, en définitive, Tordre que nous suivrons dans la classification des 
familles. 

VÉGÉTAUX. 

Iaphylles, s'accrois. par toute leur périphérie. Amphigèxes. 
foliacés, s'accroissant par l'extrémité des axes Acrogknes. 
anthosés, ou Rhizanthés. 

Monocotylédones Mocotylédok es. 

/apétales, ou à périanthe simple Monochlabydés. 

gamopétales, étamiaes portées sur la corolle. Corolli flores. 
Dicotylédones . i étamincs attachées au calice. . Calici flores. 
dialypétalés ] étamines portées sur le récep- 
\ ' tade Thalamiflobeb. 

Ces classes contiennent on certain nombre de groupes, auxquels on 
a donné le nom de familles naturelles, et dont un grand nombre sont 
parfaitement délimitées. Telles sont celles des Graminées, des Labiées, 
des Crucifères, des Ombellifères, etc., etc. 

La division des végétaux par familles naturelles offre des avantages 
incontestables sous le rapport des applications, et véritablement ce qu'il 
faut s'efforcer de voir dans les sciences et d'en tirer, ce sont des appli- . 
cations utiles au bien-être de l'homme. Or, on a remarqué depuis long- 
temps, et Aug. Pyr. de Candolle a mis cette vérité dans tout son jour, 
qu'une grande ressemblance de forme générale réunie à la ressemblance 
des caractères tirés des organes sexuels et du fruit, en un mot, que la 
réunion des végétaux dans une même famille indiquait presque tou- 
jours une grande conformité dans leurs qualités médicales, alimen- 
taires ou vénéneuses. L'observation de ce fait a souvent permis à des 
uavigateurs pris au dépourvu de nourriture dans des pays non encore 
explorés, de reconnaître dans des végétaux qu'ils voyaient pour la pre- 



CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 21 

• 

mière fois ceux qui pouvaient leur être utiles comme aliments ou 
comme médicaments, et ceux qu'il fallait fuir comme dangereux. 

C'est ainsi que la famille des Graminées, si bien caractérisée par son 
fruit monosperme et indéhiscent, portant un embryon monocotylédone 
à la base de son coté convexe ; par ses tiges fistuieuses, entrecoupées 
de nœuds pleins et proéminents ; par ses feuilles longues, pointues et 
rnbanées ; par ses fleurs disposées en épis ou en panicules, etc., nous 
présente des tiges sucrées, des feuilles non amères et des fruits amyla- 
cés, qui servent à la nourriture de l'homme et des animaux dans toutes 
les contrées de la terre. 

La famille des Amomacées, très-bien caractérisée aussi par l'organisa- 
tion de ses racines, de ses feuilles, de ses fleurs et de ses fruits, nous 
fournit un grand nombre de rhizomes et de fruits aromatiques, et pas 
une plante vénéneuse. 

Les Labiées sont généralement aromatiques, stimulantes, et lou mis- 
sent de 1 huile volatile à la distillation. 

Les Apocynèes, les Renonculacées, les Eaphorbiacées, sont acres et sou- 
vent très-vénéneuses. 

Les Crucifères doivent leur âcreté et leur qualité stimulante à un 
principe volatil sulfuré. 

Les Malvacées sont émollientes, les Myr lacées aromatiques. 

Les Têrébinthaeées et les Conifères sont riches en principes résineux. 

Enfin il est vrai de dire que, très-souvent, les groupes qui ont reçu le 
nom de familles naturelles, offrent des végétaux de propriétés analogues. 

Il ne faut pas cependant exagérer la portée de ce principe et s'ima- 
giner qu'il ne souffre pas d'exception. Loin de là, il en offre d'assez 
nombreuses, non-seulement entre les genres d'une même famille, mais 
encore entre les espèces d'un même genre, et quelquefois entre les 
variétés d'une même espèce. Nous citerons en exemple le genre 
Strychnos,donl plusieurs espèces offrent des semences très-amères et 
riches en alcaloïdes vénéneux, telles que la noix vomique et la ftve de 
Saint-Ignace ; tandis que d'autres espèces sont dépourvues d'amertume 
et servent à différents usages économiques. 

Nous citerons encore le genre Convolvulw qui produit plusieurs ra- 
cines fortement purgatives, telles que celles des C. officinalis, Scarn- 
monia, Turpethum; une racine purement alimentaire comme celle ^u 
CL Batatas et une autre pourvue d'une huile volatile analogue à celle de 
la rose (C. scoparius). Enfin, nous nommerons l'amandier à fruit doux et 
l'amandier à fruit amer, qui diffèrent à peine par la longueur respec- 
tive du style et des é lamines, et dont les semences offrent une très- 
grande différence par certains produits que l'analyse chimique peut 
en retirer et par la qualité très-délétère de l'essence chargée d'acide 
cyanhydrique, obtenue par la distillation de la seconde variété. 

Nous terminerons par l'indication des principaux groupes (i) 

(1) Depuis plusieurs années, les botanistes ont senti futilité d'introduire en- 
tre la division par classes et celle par familles, une division intermédiaire qui 
indiquât entre certaines familles une affinité plus grande que celle qu'elles 



22 CLASSIFICATIONS BOTANIQUES. 

ou des principales familles naturelles comprises dans les classes 
ci-dessus. 

i re CLASSE. — Acotylédones aphylles ou Amphigènes : Algues, Li- 
chens, Champignons. 

2 e CLASSE. — Acotylédones foliacés ou Acrogénes : Hépatiques, Mousses, 
Fougères, Marsiléacées, Lycopodiacées, Équisétacéés, Characées. 

3° CLASSE. — Acotylédones anthosés ou Rhizanthés : Balanophorées, 
Cytinées, Roflésiacées. 

4 e CLASSE. — Monocotylédones : Aroïdées, Cypéracées, Graminées, 
Palmiers, Mélunthacées, Liliacées, Asparaginées, (ridées, Amomées, Or- 
chidées. 

5° CLASSE. — Dicotylédones monochlamydées : Cycadées, Conifères, 
Amentacées, Urticées, Euphorbiacées, Proléacées, Sanlalacées, Élipa- 
gnées, Daphnacées, Laurinces, Polygonées, Chénopodées, Amaranta- 
cées, N'yctaginées, Phytolaccacées. 

6 e CLASSE. — Dicotylédones corolli flores : Plantaginées, Plumbagi- 
nées, Globulariées, M^oporacées, Labiées, Verbénacées, Acanthacées, 
Scrophulariacées, Solanacées, Borraginées, Convolvulacées, Sésamées, 
Bignoniacées, Gentianées, Loganiacées, Ascîépiadées, Apocynées, Oléa- 
cées, Ébénacées, Sapotacées. 

7 e CLASSE. — Dicotylédones raZ/cï/ïores :Éricacées,Vacciniées,Campa- 
nulacées, Lobéliacées, Synanthérées, Dipsacées,Valérianées,Rubiacées, 
Caprifoliacées, Araliacées, Ombellifères, Grossulariée», Cactées,Cucurbi- 
Jacéès, Myrtacécs, Rosacées, Légumineuses, Térébinthacées,Rhamnées. 

8 e CLASSE. — Dicotylédones thàlamiflores : Ochnacées, Simaroubées, 
Rutacées, Zygophyllées, Oxalidées, Géraniacées, Ampélidées, Mélia- 
cée$, Sapindacées, Àcérinées, Guttifêres, Hypéricinées, Aurantiacées, 
.îiliacéefe, Byltnériacées, Bombacées, Malvacées, Caryophyllées, Poly- 
galées, Violariées, Cistinées, Capparidées, Crucifères, Fumariacées, 
Papavéracées, Ménispermées, Anonacées, Magnoliacées, Renonculacées. 

montrent pour les autres. Cette alliance particulière devient surtout évidente 
pour plusieurs des grande» familles de de Jussieu, dans lesquelles on aétabli-des 
divisions ultérieures qui les ont converties en groupes de familles ; tels sont les 
Algues, les Lichens, les Champignons, les Conifères^ les Amentacées, les Térébin- 
thacées % les Légumineuses, les Malvacées, etc. Endlicher a étendu cette disposi- 
tion à tout le règne végétal, et dans son Gênera plant arum, publié de 1830 à 
1840, 27? familles, comprenant 6,838 genres, sont réparties en 62 groupes aux- 
quels l'auteur donne le nom de Classes, Mais alors il donne aux divisions qui 
répondent aux classes de de Jussieu, de De Candolle et de Richard, le nom de 
Cohortes, et aux divisions supérieures les noms de sections, de régions ou 
d'embranchements. Je pense qu'en conservant le nom de classes aux divisions 
moyennes des diverses méthodes (22 dans Tournefort, 24 dans Linné, 15 dans 
de Jussieu, 8 dans de CandoUe, 10 dans Endlicher, 20 chez Richard), on pourrait 
appliquer aux groupes immédiatement inférieurs le nom d'ordres ; alors la clas- 
sification végétale comprendrait les subdivisions suivantes : embranchements, 
classes, ordres, familles, tribus, genres, sous-genres, espèces, variétés, dont les 
principales et les plus essentielles à bien définir seraient toujours les familles, 
les genres et les espèces. iVoy. G. Planchon, Les Principes de la méthode na- 
ture/le appliqués comparativement à la classification des animaux et des végé- 
taux. Montpellier, IF60.) 



PREMIÈRE CLASSE 

VÉGÉTAUX ÀCOTYLÉDONÉS APHYLLES OU AMPU1GÈNES. 



OUDRE DES ALGUES. 



Végétaux très-simples, vivant dans l'eau douce ou salée, et quelque- 
fois dans l'air très-humide ; quelques-uns (genre Protococcus) se compo- 
sent de vésicules isolées qui, chacune, forment un individu. D'autres 
fois, les ulricules sont réunis en chapelets et engagés dans une mem- 
brane gélatiniforme (nostoch). Plus souvent ce sont des filaments sim- 
ples ou rameux, continus ou articulés, des lanières ou des expansions, 
de forme et de consistance variées. Les uns flollent dans l'eau sans 
tenir au sol; mais les autres se fixent aux rochers au moyen d'un 
empâtement ou d'une griffe qui ressemble à une racine, mais qui est 

A B 







Pi g. 168. — Fécondation chex le fucus resiculosus (**). 



dépourvue de tout pouvoir d'absorption. [Les organes de reproduction 
sont variés: tantôt ils sont formés par la matière verte de la plante, 
qui se condense en zoospores ou spores munies de cils vibra tiles, au 
moyen desquels elles se meuvent pendant un certain temps, pour se 
fixer ensuite et se développer en un nouveau végétal (fiy. 268 et 27!) ; 
tantôt ils consistent en ahthéridies (fig. 267), poches ceilulcuses conte- 
nant dans leur intérieur des organes susceptibles de se mouvoir et 
remplissant le rôle des organes mâles, et en sporanges, renfermant des 
spores immobiles, solitaires ou, quaternées. Les deux sexes peuvent se 

* A, sorte de poil rameux p, qui porte plusieurs anthéridies encore fermées, a, et d'autres 
déjà Vidées a' (1.10/1); B, une anthéridie, a*, représentée au moment où elle s'est oinertc pour 
laisser sortir les aathéruioides, as (300/1). — Duchartre, d'après M. Thuret. 

*• A, une spore dont les anthérozoïdes s'approchent. — B, une autre spore contre laquelle 
beaucoup d 'anthérozoïdes se sont appliqués pour lui imprimer une rotation sur elle-même 
(150/1). - Duchartre, d'après M. Thuret. 



U VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS. 

trouver sur des individus différents, ou sur le même individu, et par- 
fois dans les mêmes conceptacles. 

On peul diviser les Algues en trois sous-ordres : 

1° Les Zoosporées ou algues à spores motiles : 

Familles : Confervées, JEdogomèes, Vauchériées, Laminariées, Ulva- 
cées, Caukrpées, etc. 

2 # Les Aplosporées : Spores vertes ou brunes développées isolément 
dans des utricules, dépourvue? de mouvements spontanés, et généra- 
lement accompagnées de filaments à la base desquels elles s'insèrent. 

Familles : Facacées, etc. 

3° Les Choristosporées (c'est-à-dire spores se formant ensemble) : 
Spores rouges privées de mouvements spontanés, développées 4 par 4 
dans des cellules spéciales faisant partie du tissu général de la plante ; 
souvent aussi renfermées dans des conceptacles. 

Familles : Cèramiées, Rytiphlèes, CorcUlinées^ Chondriées, Sphœrooot* 
coidées, Gastèrocorpées.] 

Les Algues sont généralement composées d'une matière gélati- 
neuse qui les rend propres à la nourriture de l'homme, toutes les 
fois qu'elle n'est pas accompagnée d'une huile odorante qui en 
rend l'usage désagréable. Presque toutes celles qui vivent dans la 
mer renferment un certain nombre de sels qui en ont. été souti- 
rés et qu'elles se sont appropriés. Un assez g rand nombre contien- 
nent de l'iode, qui s'y trouve, soit à l'état d'iodure alcalin, soit en 
combinaison directe avec leur propre substan ce . Nous ne mention- 
nerons que les algues qui sont utilisées, comme médicament, com- 
me aliment, ou pour l'extraction de l'iode. 

Tarée véslculeux. 

Fucus vesiculosus, L. Sous-ordre des Aplosporées, âamitle des 
Fucacées. Cette plante abonde sur les côtes de France^ dans l'O- 
céan et dans la Méditerranée. Elle adhère aux rochers par un 
court pédicule qui s'élargit en une fronde membraneuse, étroite 
et rubanée, plusieurs fois ramifiée, entière sur les bords, pourvue 
d'une nervure médiane proéminente et de vésicules aériennes, 
sphériques ou ovales, formées ça et là par te dédoublement de la 
lame du fucus. La fructification est renfermée dans des renfle- 
ments tuberculeux portés à l'extrémité des divisions de la fronde 
{fig. 269) ; chaque point tuberculeux étant percé d'une ouverture 
qui répondàune cavité intérieure ou concept acle (fig. 270), ces con- 
ceptacles sont remplis les uns de sporanges ou périspores, entre- 
mêlées de filaments stériles, les autres d'anthéridies, d'où s'échap- 
pent des anthérozoïdes munis de deux cils vibraliles (fig. 267). 

Le varec vésiculeux est long de m , 30 à m ,50 ; il est d'un vert 
brunâtre foncé et exhale une odeur forte et désagréable. En le 



ALGUES. — VAREC VÉSICULEUX. 25 

distillant avec de l'eau el en traitant le produit distillé par l'élher, 
on en extrait une huile blanche, demi-solide, qui en est le prin- 
cipe odorant. Le fucus bouilli avec de l'eau donne une liqueur 
tout à fait neutre, qui contient du chlorure de sodium, du sulfate 
de soude, du sulfate de chaux et une substance mucilagineuse 




FîfT. 2f9. — Fucus vesiculosus. 



270. — Coupe verticale d'un cuncoptacle 
femelle de Fucus vesiculosus, L. \ 



qui jouit de toutes les propriétés de la yrossuline ou pectine. Celle 
liqueur n'offre que des indices d'iode, par l'amidon et le chlore ; 
mais l'essai est trompeur: pour y trouver l'iode, il faut précipiter 
la pectine et une partie des sulfates par l'alcool, évaporer l'alcool, 
y ajouter delà potasse et calciner. Le résidu exhale une forte 
odeur d'aciOft sulfhydrique ; on dégage cet acide par l'acide chlo- 
rhydrique, on chauffe, on filtre et on y ajoute de l'amidon et du 
chlore : alors on obtient une coloration bleue assez foncée, preuve 
de la présence de l'iode. 

Le varec vésiculeux, réduit en charbon dans un creuset fermé, 
forme ce qu'on nomme VÉthiops végétal. Ce charbon exhale une 
forte otfeur hépatique, et ne doit pas être sans action dans les 
maladies du système lymphatique contre lesquelles il a été con- 
seillé ; mais il agit d'une manière différente du charbon d'épongé, 
qui doit sa propriété à l'iodure de calcium qu'il contient. 

On trouve sur les côtes de France un grand nombre d'espèces 
de varecs qui jouissent des mêmes propriétés que le précédent et 



* Montrant ion ostiole o, de nombreux sporanges, les poils pluricellulés qui tapissent les 
parois de cette cavité et le tissu de la fronde qui entoure le conceptacle (*0/t). — Duchartrc, 
d'après H. Tauret. 



26 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS. 

qui servent concurremment aux momies usages; tels sont entre au* 
très le Fucus senatus (fig. 271) et le Fucus siliquosus(fig. 272). 





Fig. 171. — Fucus scrratus. 

Laminaire saccharine (fig. 273) 



Fig. ±11. — Fucui siliquosus. 



Laminaria saccharina Lamx. Sous-ordre des Zoosporées, famille 
des Laminariées. Cette plante adhère fortement aux rochers par 
une griffe rameuse qui donne naissance à un ou plusieurs slipes 
arrondis, longs de m ,15 à m ,25, terminés chacun par une fronde 
plane, entière, longue et étroite, qui peut acquérir 2 ou 3 mètres 
de longueur sur m ,20 àO m ,30de largeur. Cette fronde est mince, 
jaunâtre, transparente et ondulée sur les bords, tandis que la par- 
tie moyenne est sensiblement plus épaisse, plus consistante, pres- 
que opaque et d'une leinte verdàtre foncée. €etle différence tient 
à ce que la fructification se trouve étendue par plaques sur toute 
là surface mitoyenne de la fronde. 

La laminaire, préalablement lavée pour enlever l'eau salée qui la 
mouille, et séchée, présente une couleur rousse ou verdàtre, une 



\L»,IES. — WLÏSIPHONIB BRLIN^NOÎRATflE. 27 

,ieur peu marquée et une saveur douceâtre et nauséabn 
Elle se recouvre, quelque temps après *u UesMceaiiuii, d'une 
eMorescenee blanche qui offre un goût sucré. 
[Celle >ubstance, qu'on a prise pour du -u- 
erîslallisable (lj, puis pour «le la nuin- 
aile (Phipson),esl probablement de la / %- 
cùe f matière sucrée du groupe des mantiitcs, 
et qui se distingue par l'odeur particulière 
quelle dégage lorsqu'on la chauffe à IG0°,J 
aructcre n'est pas particulier a La lami- 
naire saccharine, et beaucoup d'au 1res vare es 
présentent également; lels sont entre 
lires les laminaria ttigitata et ùuiètisa, les 
Fucus siliqitnsus, vcstculùsta^ etc. 
ï.e Lumttmiu tloustom Kdmonslon, Limi- 
ta Agita ta L. qui, lorsqu'on la trempe 
l'eau, après qu'elle a été desséchée, 
tiple de volume, a été préconisée dan» 
éresannéeseomme agent dilatateur. 
C'est une desalgues qui conlientle plusd'îode, 

l*oi?«il>hoi»ie linin noirâtre. 

Palytiphûnia atnt-rttùe&cerïs Gre ville; //■'/- 
chtmm atro-rubescett*, Agardh ; sous-ordre 
des GhorUiosporécs, famille des Rytiphlécs. 
Celle petile algue desséchée parait formée 
de filaments noirs, assez fins et un peu i*«mirtw, 

feutrés, d'une structure articulée uu cloi- 
sonnée. Elle a une très* forte odeur de varec, une couleur brune 
presque noire et une saveur salée. Traitée par l'alcool, elle lui 
une matière grasse, verte et odorante, une substance muge 
lolttbta dans l'eau, et des sels dans lesquels l'amidon el le chlore 
liqueolpus la présence de l'iode* Le fucus traité ensuite par 
l'eau Jui cède encore de ta matière colorante rouge, de la pomme, 
un sel calcaire très-abondant et quelques autres sels qui prémuni 
OM teiulc à peine violacée par l'amidon et le chlore. 

Il semblerait d'après cela que rhulchitisie noirâtre ne devrait 
pas contenir d'iode ; mais si on la prend après l'avoir épu sée 
par l'eau el l'alcool, si on l'humecte de potasse et si on la chauffe 
au rouge, alors on obtient une masse charbonneuse qui devient 
pyrophorique el ammoniacale par son exposition a t f tif humide, 
ni cependant ne contient pas -de cyanure de potassium (la pro- 

i Leoun, Uid. de* SfolC. ndt< 



28 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS. 

duction de l'ammoniaque est due à la décomposition simultanée 
de l'air et de l'eau parle charbon) (1); mais-cette masse charbon- 
neuse ayant été traitée par l'eau, la liqueur filtrée a pris une cou- 
leur bloue très-intense et a produit un abondant précipité bleu 
avec l'amidon et le chlore. 

Ces essais m'ont prouvé que l'hutchinsie noirâtre contient, 
comme l'éponge, une assez forte proportion d'iode combiné à sa 
propre substance, et non à l'état d'iodure alcalin ; mais elle dif- 
fère de l'éponge, en ce qu'elle ne contient pas d'azole au nombre 
•de ses éléments. Cette substance si riche en iode fait partie de la 
Poudre de Sency conlre le goitre; et il est remarquable que les au- 
teurs de cette poudre aient su la choisir au milieu des autres fucus 
préconisés contre celte maladie. 



L'iode a été découvert en 1312, dans les eaux mères des soudes de 
varecs, par Courtois, salpétrier à Paris, lia été étudié d'abord par 
MM. Clément, Gay-Lussac et Davy, mais c'est à Gay-Lussac surtout. qu'on 
doit la connaissance de ses propriétés (2). H résulte des expérience* de ce 
chimiste célèbre, que l'iode est un corps simple, analogue au chlore et 
au soufre, et qui, dans l'ordre naturel, doit se trouver placé entre eux, 
mais beaucoup plus près du premier que du second. Aussi fait-il partie 
du geore des bromoides, avec le brome, le chlore, et iè pkthere ou fluoré. 

Extraction. On obtient en Normandie, par la combustion et l'inciné- 
ration des varecs, une sorte de soude de fort mauvaise qualité, et qui, 
avant la découverte de Courtois, n'était guère employée que pour la 
fabrication du verre. Aujourd'hui on lessive cette soude, on épuise la 
liqueur, par des cristallisations successives, de tout le carbonate alca- 
lin et de la plupart des autres sels qu'elle contient. L'eau mère relient 
l'iodure de sodium môle à du sulfure, du bromure et du chlorure; on 
y ajoute du bioxyde de manganèse en poudre fine et on évapore à sic- 
cité. Le sulfure ayant été décomposé par ce moyen, ou introduit le 
mélange dans les cornues à col très-court; on y ajoute une quantité 
déterminée d'acide sulfurique concentré dont l'action se porte sur l'io- 
dure de sodium, de préférence au bromure et au chlorure, et l'on 
chauffe dans des fourneaux à réverbère. L'iode mis à nu et volatilisé 
vient se condenser dans le récipient. 

On peut également retirer l'iode des eaux mères de soude de varec, 
en les traitant d'abord par l'oxyde de manganèse, pour se débarrasser 
des sulfures; faisant dissoudre le résidu, assez fortement chauffé, au 
moyen de l'eau, et faisant passer dans la liqueur filtrée un courant de 
chlore jusqu'à ce que tout l'iode ait été précipité. On le sépare delà 
liqueur surnageante, et on le distille pour l'obtenir plus pur. 

(1) Ce fait, anciennement observé par moi, a été publié en 1816 dans la 
troisième édition de l'Histoire naturelle des drogues simples. 
(2; Gay-Lussac, Ann.de chimie, t. XCI. 



ALGUES. — CORALLINE BLANCHE OU OFFICINALE. 



20 



Coralllae blattehe ou offlclaale. 

Coralinaofficinali$ % L., production marine très-communesurtou- 
tes les côtes d'Europe, sur la nature de laquelle les naturalistes ont 
été en' grand désaccord : les uns, tels que Ellis, Linné, Lamark, 
Lamouroux l'ayant regardée comme un polypier, tandis que Pallas 
et Spallanzani l'ont'considérée comme une plante. Aujourd'hui 
cette dernière opinion est admise par tous les naturalistes, et dans 
la classification de M. Decaisne, les corallinées forment une fa- 
mille_dans le sous-ordre des Algues Ghoristosporées. 

La coralline officinale se présente sous la forme de petites touf- 
fes d'un blanc verdâtre, composées d'un très-grand nombre de 





Fîf . Î74. — Coralline officinale. 



Fig. 275. — Périsporet de la corail ioe. 



tiges fines, articulées et ramifiées (fig. 274). Conservée sèche, dans 
un lieu exposé à la lumière, elle devient tout à fait blanche; elle 
est de plus complètement opaque et très-cassante, propriétés 
qu'elle doit à la grande quantité de carbonate de chaux qu'elle 
contient. On n'e peut cependant la comparer au corail qui est un 
axe calcaire continu, entouré d'une écorce charnue, dans laquelle 
sont logés des animaux à huit tentacules rayonnes: d'abord parce 
qu'on n'a jamais pu découvrir d'animaux dans la coralline, en- 
suite parce que la matière calcaire est uniformément répandue 
dans toute sa masse et entre les mailles d'un réseau cartilagineux, 
qu'il est facile de mettre en évidence en dissolvant le carbonate 
de chaux par un acide faible. Enfin la coralline blanche est pour- 
vue d'organes de fructification tout à fait comparables à ceux des 



30 VÉGÉTAUX AC0TYLÉD0NÉS. 

algues choristosporées. Ce sont des conceptacles pédicellés, ovoï- 
des, ouverts h l'extrémité, qui naissent à l'aisselle des articles de 
la tige ou des ramifications, et qui contiennent un certain nom- 
bre de sacs nommés pMspores ousppridies, dont chacun contient 
4 spores superposées (fig. 275). 

L'analyse de la coralline faite anciennement par Bouvier a donné : 

Carbonate de chaux 61 ,6 

— de magnésie 7.» 

Sulfate de chaux . .. '.'» 

Chlorure de sodium 1.0 

Silice 0.7 

Phosphate de chaux (VJ 

Oxyde de fer. . 0,2 

Gélatine <:.«> 

Albumine 0,4 

Eau 14,1 

100,0 

Celle anahse a été regardée comme une preuve de la nature ani- 
male de la coralline; mais, dans l'analyse de Bouvier, rien ne prouve que 
les deux corps nommés par lui gélatine et a f bumine y soient réellement 
de la gélatine et de l'albumine animales (I). 

On attribue i\ la coralline blanche des propriétés anthelminthiques. 

Home de Cône . 

Nommée aussi coralline de Corse ou helminthocorton. 

La mousse de Corse est un mélange de plusieurs petites algues 
qui croissent sur les rivages de l'ile de Corse, qu'on ramasse sur 
les rochers cl qu'on nous envoie telles qu'on les ramasse, c'est-à 
dire mélangées en outre d'impuretés et de beaucoup de gravier. 
Les botanistes ont compté dans la mousse de Corse jusqu'à vingt- 
deux espèces d'algues, qui n'ont pu être comprises dans les seuls 
genres de Linné, ce qui a forcé à en faire de nouveaux. Les prin- 
cipales sont : tout d'abord VAlsidium helminthocorton Lamx., qui 
a reçu son nom de la mousse de Corse, et [qui fait la partie essen- 
tielle et principale de la mousse de Corse recueillie à Ajaccio; 
mais il peut ne se trouver qu'en très-petites quantités et même pas 
du tout dans les mousses de Corse du commerce, qui viennent prin- 
cipalement des côtes de Provence par la voie de Marseille (2) ; puis 
les Grateloupia filicina Ag. ; Gelidium cerneum Lamx.; Acrocarpus 
crinalis KuU. ; Jania rubens Lamx. ; CoraUinaofficinalis, etc.] Sans 

(1] Voir Annales de chimie, t. VIII, p. 30S. 

(2) Voir O. Debeau\, Aiguës mm-ines des environt de Bastia (Recueil des mé- 
moires de médecine, chirurgie et pharmacie militavvs, n°» de septembre et 
octobre 1873". 



ALGUES. — MOUSSE DE CORSE. 



31 



entrer dans le délai! des caractères de ces différentes substances, 
voici ceux qui appartiennent à YAlsidium helminthocorton . 

Cette plante appartient au tous-ordre des Choristosporées, et 
à la famille des Sphœrococcoflriées. Elle est composée d'un nom- 
bre infini de petites fibres réunies par leur base à des parcelles 
du gravier sur lequel elles végétaient (fig. 276). Chaque fibre 
doit être considérée comme une petite lige qui se bifurque en 
deux rameaux bifurques deux fois eux-mêmes, c'est-à-dire, qu'elle 
est dichotome. Ces fibres sont d'un gris rougeâtre sale à l'extérieur, 
ce qui forme également la couleur de la masse ; mais elles sont 




Fig. 276. — Motssc de Corse. 

blanches en dedans. Elles sont sèches et assez dures à casser 
lorsqu'on conserve la mousse de Corse dans un lieu sec ; elles de- 
viennent souples et humides lorsqu'on la garde dans un lieu hu- 
mide ; enfin la mousse de Corse a une odeur marine forte et dé- 
sagréable et une saveur fortement salée/ On doit la choisir légère 
et contenant le moins de gravier possible. Elle est estimée comme 
vermifuge. On l'emploie en poudre, en infusion, en gelée ou en 
sirop. 

On trouve une analyse de la mousse de Corse faite par Bou- 
vier (I), et dont voici les résultats : 

100 parties de cette substance ont fourni : 

Gélatine végétale 60.2 

Squelette végétal II.» 

Sulfate de chaux 11.2 

Sel marin •>.■* 

Carbonate de chaux 7 , '» 

Fer, magnésie, silice, phosphate de chaux. . . . 1,7 

Total |7h5^8 

D'après ceUj analyse, la mousse de Corse contiendrait plus de 

(1j Bouvier, 4#fn/f£ de chimie, tome IX. 



J 



31 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS. 

la moilié de son poids d'une matière propre à former gelée avee 
l'eau; et cependant cette substance, prise dans le commerce, ne 
produit pas de gelée. [Mais d'après M. Debeaux (!) l'Helminthocor- 
ton ne contient pas du tout de gélatine, et ce principe est dû très- 
probablement à la présence accidentelle de certains Fucus géla- 
tineux dans la substance analysée par Bouvier.] La mousse de 
Corse ne contient qu'une très-petite quantité d'iode. 

Carraffeen OU Heine perlée. 

Nommée aussi mousse d'Irlande, Fucus crispus de Linné, sous* 
ordre des Choristosporées, famille des Sphaerococcoïdées (Chon- 
drus crispus Lyngbye, Ch. pofymorphus Lmx.). Cette substance 
sert de nourriture au peuple dans les pays pauvres qui avoisinent 
les mers du Nord, et même en Irlande, où elle est commune. Il y 
a quelques années, elle a été proposée en Angleterre comme un 
aliment médicamenteux analogue au salep ou à l'arrow-root; et 
en eflet aucun autre fucus ne peut lui être comparé pour cet 
usage, à cause de sa blancheur parfaite, et de l'absence complète 
de l'iode et de l'huile fétide qui rendent si désagréables les autres 
espèces 

Le carrageen est formé d'un pédicule aplati qui se développe 
en une fronde plane, dicholome, à segments linéaires-cunéi- 
formes, sur lesquels on observe v quelquefois des capsules hémi- 
sphériques sessiles et concaves en dessous. Il est long de 2 à 
3 pouces, et varie beaucoup dans sa forme, qui est plane ou 
toute crispée, élargie ou filiforme, obtuse ou pointue. Tel que 
le commerce nous l'offre, il est sec, crispé, d'un blanc jaunâtre, 
d'une couleur faible et d'une saveur mucilagineuse non désa- 
gréable. Lorsqu'on le plonge dans l'eau, il s'y gonfle presque 
aussitôt considérablement, devient blanc, gélatineux et parait 
même se dissoudre en partie. A la chaleur de l'ébullition, il se 
dissout presque complètement et forme 5 ou 6 fois son poids 
d'une gelée très-consistante et insipide (2). [Le corps qui donne 
celte gelée est, d'après MM. Flûckigeret Obermaier (3), un com- 
posé azoté, sans soufre, qu'on a nommé Caragine. 

L'algue contient environ 1 p. 100 d'azote et 15 à 16 p. 100 de 
matières minérales / 

Autres algues allmeutaJrea. 

Dans nos pays civilisés, où la culture est ordinairement abon- 

(l) Debeaux, Alyues marines, etc. 

(*) Joarn. »/e Ckim. mé*l. y t. VIII, p. 66.». ^ 

(3) Flûckiger et Ob^rmaier, Schwtiz. Wocheiuchrift , fùrJËÈpmacie, 1868, 
p. 85. *T^ 



ALGUES. — ALGUES ALIMENTAIRES. 33 

dante et variée, les algues ne formeront jamais un aliment im- 
portant et seront restreintes à l'usage de la médecine ; mais dans 
beaucoup de contrées du globe, où l'agriculture est peu avancée 
et où les animaux manquent ou sont proscrits pour la nourriture 
par des motifs religieux, les algues forment une partie impor- 
tante de la nourriture du peuple, comme à Ceylan, aux lies de 
la Sonde et aux lies Moluques. Au nombre de ces algues, qui 
nous parviennent quelquefois par la voie du commerce, nous 
citerons la mousse de Jafna ou mousse de Ceylan (4). 

Cette substance est le Plocaria lichenoides de G reville, appar- 
tenant à la famille des Chondriées de M. Decaisne et au sous-or- 
dre desChoristosporées. Elle est en filaments presque blancs, rami- 
fiés, longs de 8 à 11 centimètres lorsque la plante est entière, et de 
l'épaisseur d'un gros fil à coudre. Elle paraît cylindrique à la vue 
simple, mais à la loupe elle offre une surface inégale et comme 
nerveuse ou réticulée. La. disposition des rameaux est quelque- 
fois dichotome, quelquefois pédalée, le plus souvent simplement 
alterne. La terminaison des rameaux est semblable à leur sub- 
division ; c'est-à-dire que l'extrémité en est rarement bifurquée 
ou formée de deux parties également écartées de Taxe commun. 
Le plus souvent les rameaux se terminent par un prolongement 
unique et effilé, beaucoup plus fort et plus développé que 
leur dernière ramification. 

La mousse de Ceylan présente une saveur légèrement salée 
avec un goût peu prononcé d'algue marine. Elle croque sous la 
dent. Elle se gonfle fort peu dans l'eau froide, et n'y devient ni 
gluante ni transparente, comme lefait le Carrageen, qui s'y dissout 
d'ailleurs en partie. Elle reste parfaitement sèche et cassante à 
l'air, ce qui montre qu'elle a été privée par des lavages à l'eau 
donce des sels hygroscopiques de l'eau marine. L'iode la colore 
en bleu noirâtre, mêlé d'une teinte rouge. Elle contient à Tinté- 
rieur une sorte de squelette calcaire qui produit une grande 
quantité de bulles d'acide carbonique, lorsqu'on la plonge dans 
de l'eau aiguisée d'acide cbiorbydrique. 

30 grammes de mousse de Ceylan ont été bouillis avec 
1000 gram. d'eau, jusqu'à réduction d'un quart. H en est résulté 
750 gram. d'un mélange qui ressemble à un épais potage au ver- 
micelle. La décoction ayant été continuée encore quelque temps 
et le liquide exprimé, j'en ai obtenu une liqueur épaisse, opaque 
et blanchâtre qui, additionnée de 30 gram. de sucre et d'une pe- 
tite quantité d'hydrolat de cannelle, a formé IcO gram. d'une 
gelée très-consistante, demi-opaque et comme cassante, qualités 

(1) GoibotAft, humai de chimie médicale. 1842, 8 r volume. 

Gcibockt, Drogues, T édit. T. II. — 3 



34 VÉGÉTAUX ACOTYLÊDONÉS APHYLLES. 

qu'elle doit sans doute au sel calcaire qui s'y trouve interposé. 

Cette gelée est d'un goût fort agréable, en raison de l'aromate 
que j'y ai joint, et je pense qu'elle doit former un aliment médi- 
camenteux fort nourrissant; mais le marc de la décoction pour- 
rait lui-même être utilisé comme aliment. En effet, ce résidu, 
quoique fortement exprimé, est sous forme de filaments demi- 
transparents, qui occupent assez de volume pour remplir deux 
assiettes ordinaires, et susceptible d'être accommodé comme des 
cboux ou des graines légumineuses : tel est, en effet, l'usage prin- 
cipal de cette algue dans les contrées où elle croit. 

[Payen (1) a déterminé la nature de ce principe gélatineux, 
qu'il a nommé Gélose. Après l'avoir étudié tout d'abord dans le 
Gelidium corneum, Lamx, il Ta trouvé en très-fortes proportions 
dans le Plocaria lickenoides, Grev., et voici les caractères qu'il lui 
assigne : substance composée de carbone (42,77), d'hydrogène 
(5,775), et d'oxygène (51,445), se dissolvant dans l'eau bouillante, 
donnant par le refroidissement une gelée incolore et diaphane, 
insoluble dans les solutions alcalines de soude, de potasse et d'am- 
moniaque, dans l'eau, l'alcool, l'éther et les acides étendus. Un 
des caractères dislinctifs de ce corps est de se dissoudre lente- 
ment dans une très-petite quantité d'acide sulfurique et d'acide 
chlorhydrique concentrés, de se colorer en brun, et de former 
avec l'un et l'autre un composé brun, qui se prend en masse et 
résiste aux lavages dans l'eau froide ou chaude et môme dans les 
solutions alcalines caustiques. — La Gélose forme à poids égal 

10 fois plus de gelée que la meilleure gélatine animale et a de 
plus l'avantage de n'être point sujette à l'odeur que contracte 
souvent cette gélatine]. 

100 parties de mousse de Geylan produisent par la calcination 

11 parties d'un résidu grisâtre qui conserve la forme du végétal, 
comme le phosphate de chaux garde celle des os de mammifères. 
Ce résidu, traité par l'eau, se dissout en partie. La liqueur est 
complètement neutre, ce qui exclut la présence dans le végétal 
d'un sel à acide organique. Cette liqueur se trouble à peine par 
le nitrate d'argent, mais précipite très-fortement par le nitrate 
de baryte et l'oxalate d'ammoniaque. Le Carrageen se conduit 
de môme, et il est remarquable de voir deux plantes, qui vivent 
au sein de l'eau salée, ne pas contenir sensiblement de chlorure 
de sodium, mais se charger en abondance des sulfates qui l'ac- 
compagnent. Pour le Carrageen, ces sulfates sont principale- 
ment ceux de soude ou de chaux, et pour la mousse de Ceylan 
les sulfates de chaux et de magnésie, que l'on sépare en traitant 

(1) Payen, Compte rendu de t'Acad. det sciences, t. XLIX, p. Ml. 



ALGUES. — ALGUES ALIMENTAIRES. 35 

le produit de l'évaporation des deux sels par de l'eau alcoolisée, 
qui dissout seulement le sulfate de magnésie. On le reconnatt 
alors facilement à son amertume propre, et à la propriété de for- 
mer du phosphate ammoniaco-magnésien par l'addition du phos- 
phate d'ammoniaque. 

La portion de cendre que Peau ne dissout pas est formée de 
carbonate de chaux, que l'on peut décomposer et dissoudre par 
un acide, et d'un résidu insoluble qui offre un mélange de petits 
grains de quartz roulé et d'une sorte d'argile rougeâlre. 

En opérant de cette manière, les onze parties de cendre pro- 
duites par cent parties de mousse de Ceylan, ont été trouvées 
composées de : 

Sulfate de magnésie 1 ,3 

— l de chaux 2,6 

Carbonate de chaux. 4,6 

Quartz et argile 2,5 

11,0 

Enfin, nous nous sommes assuré que la mousse de Ceylan ne 
contient pas d'iode, en l'humectant de potasse et la calcinant. Le 
produit de la calcination, traité par l'eau, fournit une liqueur al- 
caline qui, neutralisée d'abord par un acide, n'éprouve pas en- 
suite la moindre coloration bleue par une addition d'amidon et 
d'acide sulfurique. 

A l'occasion de la mousse de Jafna, que plusieurs auteurs ont regar- 
dée comme la matière première des célèbres nids d'hirondelles salan- 
ganes, nous dirons quelques mots de ces nids eux-mOmes. Beaucoup 
d'opinions ont été émises sur la substance qui les compose. Suivant 
l'une, la salangue lire de son jabot ou de son estomac, par des efforts 
analogues à ceux du vomissement, les matériaux dont elle compose 
son nid ; et Everard Home a cru reconnaître dans le jabot de celte hi- 
rondelle l'organe sécréteur de cette sorte de mucus. 

[Cette opinion est aujourd'hui la plus généralement adoptée. La 
composition de la substance gélatineuse, qui forme le fond des nids, 
substance azotée admettant le soufre dans sa composition intime, 
rappelle de tous points celle du mucus des animaux : on sait d'ailleurs 
que les salanganes ont à l'époque de la nidification une sécrétion 
abondante, analogue à celle dont les hirondelles d'Europe se servent 
pour lier les diverses parties terreuses de leur maçonnerie, et c'est 
avec cette sécrétion qu'elles forment soit la masse entière de leur 
nid, soit le ciment qui en agglutine les diverses parties. 

On a pensé longtemps que cette matière gélatineuse était fournie 
par le frai de certains poissons ou le mélange de parties molles de 
mollusques et de zoophvtes, auquel les salanganes feraient subir un 
commencement de déglutition. On l'a aussi attribuée aux fucus aban- 
donnés sur la plage par la marée descendante et au nombre desquels 



36 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

on a compté le SponQodium Bursa, Lmx, le Gdidium corneum, Lmx, le 
Plocaria hchenoid> s, Grev, etc. Mais la comparaison de la gélose, qui se 
trouve dans ces algues, et de la Cubilose, qui forme le ciment orga- 
nique des nids, est tout à fait contraire à une pareille supposition. 

Ô existe diverses espèces de salanganes, qui peinent avoir des 
mœurs différentes. Peut-être est-ce à cette circonstance qu'il faut at- 
tribuer les différences que l'on observe dans les nids de ces oiseaux.] 
On en trouve, qui sont presque uniquement formés d'une matière 
gélatineuse demi-transparente, dure, compacte et continue, comme 
une membrane desséchée; ce sont les plus estimés. D'autres offrent 
une sorte de réseau formé de cette même matière gélatineuse, d'al- 
gues marines et même de lichens terreslres, auxquels la première 
substance sert de ciment; d'autres enfin paraissent privés de ma- 
tière gélatineuse et sont complètement rejetés comme aliment. M. De- 
lessert possédait un nid de la première espèce, et l'École de pharma- 
cie possède un de la seconde, qui lui a été donné par O. Henry. Ce 
dernier nid, en forme de coquille ou de bénitier, se compose de qua- 
tre couches assez distinctes : la plus inférieure ou !a première, qui a 
été appliquée sur le plan incliné en avant qui supportait le nid, est 
brune, terne, dure, rugueuse, non compacte ni continue, mais formée 
plutôt de filaments gélatineux agglutinés. Au-dessus de cette matière 
brune, et en suivant la direction inclinée du support, se présente peu 
à peu une couche d une substance plus pure, blanche, transparente, 
d'apparence gommeuse ou gélatineuse, en purtie compacte et membra- 
neuse comme celle qui forme le nid de la collection de M. Delessert, 
mais eu partie aussi sous forme d un réseau incolore et transparent, 
qui ie-semble à une matière muqueuse élaborée et non organisée. Au- 
dessus de celle couche gélatineuse ou trouve/surtout du côté externe 
du nid, i.nc couche assez épaisse d'un fucus rouge rosé, à rameaux di- 
chotouies, nerveux, comprimés, représentant assez bien le Gractlnria 
comp casa de (irewlle, figuré par lui (I) sous le nom de Sphœmcoccus Lche- 
novies. Lutin la parlie supérieure et interne du nid est formée par un 
lichen terrestre, blanc, cylindrique, Irès-fin, qui esl, d'après la déter- 
mination de Cani. Montagne, \ Al te (or i a crinalis d'Acharius. Le tout est 
entremêlé çà et là d'une bave muqueuse, qui en maintient les différen- 
tes parties. 

[Les différences que nous venons de signaler tiennent aussi au mo- 
ment où les nids ont été recueillis. Ou fait, paraît- il, en effet trois ré- 
coltes par au : les nids de la première sont les plus purs, ceux de la 
dernière mêlés do plumes et de débris végétaux. 

On évalue, d'après M. Payen, à 24200 livres, poids anglais, la quan- 
tité de nids exportés annuellement de l'archipel Indien. Le poids d'un 
nid est d'environ 7 à grammes.] 

OHDHE DES CHAMPIGNONS. 

Les champignons sont des végétaux terrestres nés dans des lieux hu- 
(f) Creville, £ col lis Jt cryptogamic Flora, Fdinburgh, vol. M, tab. 24 1. 



CHAMPIGNONS. 



37 



mides et ombragés, sur des corps organisés languissants ou morts, et 
en état de décomposition. Us se composent en général de deux parties 
distinctes, l'une végétative, l'autre de reproduction. La première, 
nommée mycélium, qui parait être l'état primitif de tout champignon, 
est formée de filaments grêles, simples ou ramifiés, nus ou engagés dans 
la substance même du corps sur lequel le champignon vit en parasite. 
Parfois aussi les cellules du mycélium forment des membranes de con- 
sistance diverse, ou des corps mous et pulpeux ou encore des tubercules 
fermes et résistants. [La seconde partie qui natt de la première comprend 
des organes de reproduction très-variés. Nous mentionnerons seulement 
I e des spores, presque toujours immobiles, tantôt portés au nombre de 
quatre à l'extrémité d'une cellule spéciale appelée baside (fig. 277), tan- 
tôt renfermés dans des thêques ou sporanges (fig. 279), d'autres fois por- 





Fig. t77. — Secotium erythrocephalum, 
Tul., sa fructification *. 



Fig. Î78. — Tublidium quer- 
cinium, Pers **. 



des 



lés à l'extrémité de filaments, ou même complètement libres; 2 
spermaties, cellules simples, très-exiguës, en 
formé de bâtonnets droits ou arqués (fig. 278), 
et produits à l'extrémité de filaments cellulai- 
res. Ces corps, qui n'ont pas la propriété de 
germer, sont destinés, d'après un grand nom- 
bre de botanistes, à la fécondation.] 

Les spores sont très-souvent renfermés dans 
un réceptacle de forme et de grandeur très- 
variées, qui porte le nom de péridium dans 
les champignons de forme arrondie, et qui 
est communément regardé comme le cham- 
pignon proprement dit. 

On divise les champignons en quatre sous- 
ordres, qui sont : 

1 • Les hypfiomycètes, champignons composés d'un mycélium fila- 

* \, coupe transversale d'u i fragment de l'bymenium avec le tissu qui le supporte; r, fila- 
ments constitutifs qui montrent leurs renflements terminaux à basides b, b, ces dernières 
6 t sont restées stériles. — B, une baside b, isolée et surmontée de quatre spicules b' dont 
chacune a donné une spore (490/1). Duchartre, d'après M. Tulasne. 

•• portion de la coupe transversale d'une spermogonie ; c, substance des parois de la sper- 
mogonie; a, a, spermaties venant de se détacher des filaments sur lesquels elles se sont 
produites (très-fortement grossi). Duchartre, d'après M. Tulasne. 

*** Groupe de trois thêques /, à différents états de développement et de deux paraphyses. 
«, spores contenus dans deux de ces thêques. La thèque du milieu est plus avancée (for- 
tement grossi). Duchartre, d'après M. Thuret. 




Fig. 879. — Cenaugium Fran- 
gùlc *•'. 



38 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

menteux, produisant des filaments fertiles portant des spores et des 
sporanges. Telles «ont les mucêdinêes, les. byssècs, les mucorées et les 
urédinées. 

V Le* gastéromycètes, champignons consistant en un péridium 
charnu, membraneux ou floconneux, d'abord clos, puis se déchirant 
irrégulièrement, dont la substance intérieure se convertit en spo- 
ridies répandues sur des fibres ou contenues dans des réceptacleâ{spo- 
ranges ou thèques). 

On en forme trois familles, les tvbéracées, les lycoperdacées et les cla~ 
thracées. Dans la première se trouvent les truffes, champignons souter- 
rains, très-recherchés pour la table, à cause de leur parfum et de leurs 
propriétés excitantes. Ces champignons sont formés de tubérosités 
arrondies ou 1 bée?, lisses ou hérissées de rugosités. Leur substance 





5W^ 

Fig. 280. — Truffe. — Grandeur naturelle. Fi g. 281. — Truffe.— Vue au microscope. 

intérieure est charnue, entièrement formée d'utricules pressées, ron- 
des, oblongues ou allongées, dont un certain nombre se développent 
et donnent naissance intérieurement à des spores qui se dispersent 
dans la terre après la destruction de la truffe mère (voir les figures 
280 et '281), qui représentent la trufTe noire comestible (Tuber cibarium) 
de grandeur naturelle et fortement grossie. Dans la seconde famille 
su trouvent les Lycoperdon ou vesses-de loup (fiy. 282), champignons 
formés d'un mycélium r ad ici forme, duquel s'élève un ou plusieurs 
péritliums arrondis et souvent très-volumineux, dont la chair, ferme 
et blanchâtre dans la jeunesse, se convertit en une poussière (spori- 
dies) de couleur fauve ou verdâtre, portée sur des filaments d'une ap- 
parence feutrée. Arrivé à maturité, le péridium s'ouvre irréguliè- 
rement au sommet pour laisser échapper la poussière reproduc- 
trice. Cette poussière peut être employée comme dessiccative, à l'instar 
de celle de lycopode, et comme hémostatique, propriété qu'elle pos- 
sède à un haut degré. Les clath racées sont des champignons produits 
par un mycélium radiciforme duquel s'élève un corps sphérique ou 
ovoïde dont l'enveloppe se déchire pour laisser passer un péridium 
treillage et percé à jour, remarquable par la beauté et la régularité de 
ses dessins, et contenant un réceptacle muqueux rempli de sporidies, 
qui s'écoulent avec la matière diffluente du réceptacle. Tels sont entre 
autres les phallus y les clathres et les lanternes, 



CHAMPIGNONS. 



.>:- 






3* Las scUromytcks ou pyrènoutycèfet ; mycélium produisant des ex- 
lances fongueuses, la plupart noîrilres, endurcies, d'une texture 



lu rément celluieuse* solitaires, 
agrégées ou soudées, d'abord fer- 
mées»puiss"ouvranf par le sommet; 
à noyau distinct, mou, sous-déli- ' 
que*cent. Sporidïe» entourées par 
la mucosité ou renfermées dans des 
IhAqties, Exemples, les ipfartaet l< ^ 
kypoxyfons, 

\° Les h;. étm $ mycélium 

produisant des excroissances fou- 
gueuses, dont une pari le de la sur- 
face [htjntcn'um) est formée par les 
ulrïculet productrices des spores. 
Oo peut y, former quatre famille», 
qui sont les trëmetlinées t les elava- 
rté», les httiillttaes et les pUéai 



I 



■ 



-i. — Ly«tptrd*a* 



s familles qui four- 
nissent le plus grand nombre des 

champignons tant comestibles que vénéneux. Parmi tes premiers, 
je citerai : 



h\ trémelle mésentère^ 
La clavaire corail» 

La morille comestible, 
Les hytlnes, 
Le mêrule cbanterelle, 
Le bolet comestible, 

L'agaric comestible, 
L'oronge vraie 



Tremelta m e&enter îfo rm î$ . 
Ciavaria coralloides. 
Morchetta e&eulenta , 
presque toutes comestibles, 
Meru lit a ûa n th 8f eiht s , 
Boleim edultg (ftg. 291) . 
ÀgûHcui camp&trii {fig* 28fi), 
Agarictts aurantiacuSj Bul \*{fîg.%Hl). 



dernier est le seul usité ù Paris. Cultivé sur des couches, il 

jrmé d'un slipe court, épais, cylindrique, formant une sorte 

de collet à la partie supérieure, et d'un chapeau arrondi, presque 

hémisphérique, bhtnc en dessus, à lames rougeâtresen dessous, 

d'une consistance ferme, d'un uoùt et d'une odeur agréables* 

Parmi les champignons vénéneux, nous citerons, comme ceux 
qui le sont le pins, 

Lf*s agarics meurtriers, Agaricus necaior [fig. 283), 

— à verrues, — verruco$tts. 

— fausse oronge, — muscarius. 

— bulbeux, — btj!ùnsus(ftg. 2H\). 

— caustique, — pyroyatus (fig. 285) 



40 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

Les meilleurs remèdes à employer dans les cas d'empoisonne- 
ment par les champignons sont l'éther et l'émétique : l'éther 
pour calmer les accidents déjà déclarés; Témétique pour évacuer 
ce qui reste de poison dans le canal alimentaire. 




Fig. 283. — Agaric meurtrier. 




. Fig. 2*1. — Amanite bulbeuse. 



Il n'y a pas de végétaux qui se jouent, plus que les champi- 
gnons, ou que les agarics de Linné, de la loi que l'on a voulu 
trop généraliser, que des organes semblables dans les végétaux 
répondent à une composition chimique et à des propriétés médi- 





Fig. 285. — Agaric caustique. 



Fig. 280. — Agaric comestible. 



cinales analogues. La composition chimique est cependant assez 
régulière dans ces végétaux, et se fait remarquer dans tous par 
une grande prédominance de principes azotés, qui les met pres- 
que sur le même rang que les substances animales, et qui est 



cause que, parmi les animaux, ce sont principalement les carni- 
vores qui les mangent; mais à c6lé de ces principes nourrissants, 
H s'en trouve d'autres qui sont éminemment vénéneux dans quel- 
ques espèces, et qui manquent dans les espèces les plus voisines, 
de sm te que la plus grande habitude ne met pas toujours à L'abri 
des accidents les plus funeste*. 

Un des exemples les plus frappants de cette discordance de la 
forme avec les propriétés médicinales ou alimentaires est fourni 
par les deux champignons qui portent les noms d'oronge vrafe et 
de fausse oronge. Tous deux appartiennent aux amanites ou aux 
agarics à vvlva, c'est-à-dire qu'ils sont enfermés, pendant leur 
jeune âge, dans une poche que le champignon perce en grandis- 
sant. Leur principale différence consiste en ce que» dans l'oronge 
vraie {Agaricm aarantiœ:m f Bull., fîg. 287) t aucune partie du 
voha n'est retenue parle chapeau qui s'élève, tandis que dans la 









Flf> «7 — Oronge trait 



Fig. ÏH-h „ — Fdu.âft oronge* 



fausse oronge (Agaricm muscarinst, h n fîg* 2HH) f le vol va laisse 
sur te chapeau des débris sous forme de tubercules anguleux, dont 
la couleur blanche tranche avec la belle teinte orangée du cha- 
EL Or, cette différence assez légère en dénote une bien grande 
dans la qualité ; car l'oronge vraie est un des champignons les 
plus recherchés comme aliment, et l'agaric moucheté est un 
des plus vénéneux. 

On demandera sans doute pourquoi, quand H est si difficile de 
distinguer les bons champignons des mauvais, on ne se met pas 
pour toujours à l'abri de leurs euVts nuisibles en les bannissant 
tous du nombre de nos aliments. Cette question est aisée h faire 
dans les villes ou dans les pays abondants en blé et en pâturages, 
où les champignons sont une nourriture de luxe; mais il y a 



42 VÉGÉTAUX ACOTYLÉCONÉS APHYLLES. 

beaucoup de contrées moins favorisées où le peuple trouve dans 
les champignons des bois un supplément d'autant plus utile à sa 
nourriture, que leur nature animalisée les rend très-nutritifs sous 
un petit volume. 

[Dans un moment de disette, les pauvres pourraient du resle 
utiliser tous les champignons, en les soumettant au traitement 
indiqué par Gérard en 1851 (mémoire adressé au conseil d'hy- 
giène et de salubrité). Il suffit, après avoir coupé en morceaux les 
champignons, de les laisser macérer dans de l'eau additionnée de- 
deux à trois cuillerées de vinaigre ou de deux cuillerées de sel 
gris par litre d'eau et par livre de champignons, pour leur enle- 
ver toute propriété malfaisante. Ce procédé n'a que l'inconvénient 
de faire disparaître beaucoup de l'arôme particulier à chaque es- 
pèce, et une grande partie des principes nutritifs. 

Vauquelin et Braconnot (1) ont les premiers donné une idée 
satisfaisante de la composition des champignons. 

Nous donnerons ici deux analyses plus récentes de M. Emile 
Boudier (2), se rapportant la première à une espèce comestible, 
la seconde à un champignon vénéneux. 

L'Agaric comestible contient : 1° de l'eau de végétation; 2° de 
la cellulose (3) ; 3 e de l'albumine ; 4° de la viscosine, ou mucilage de 
champignon; 5° de la mycétide, substance rappelant la gélatine, 
et qui à l'état sec se présente sous forme de plaques brillantes, 
noires, entièrement solubles dans l'eau ; 6° du glucose ; 7° de la 
mannite; 8° du tannin; 9° de l'acide citrique; 10° de l'acide ma- 
lique; 11° une matière colorante; 12° une substance azotée; 
13° une substance indéterminée; 14° de Vagaricine, en masses 
cristallines jaunâtres ou blanchâtres, peu dure, à réaction acide, 
sans odeur et sans saveur, rappelant à la fois les corps gras et les 
résines; 15° une matière grasse mi-solide, jaune; 16° une huile 
fixe de môme couleur; 17° une huile essentielle; 18° des phos- 
phates; 19° des malates; 20° dés citrates; 21° du chlorure de po- 
tassium; 22° des sels de potasse, de soude, d'alumine et de fer. 

L'Amanite bulbeuse [Amanita bulbosa) a donné à M. Boudier à 
peu près les mêmes éléments, plus une substance particulière 
que cet auteur nomme bulàosine, auquel il attribue les propriétés 
d'un alcaloïde et qu'il regarde comme le principe toxique du 
champignon. Cette substance estamère, solubledans l'eau et l'ai- 

(1) Braconnot, Ann. chim., 181 1, t. LXXIX, p. 265 etLXXXVU, p. 237.— Vau- 
quelin, ibid. 1813, p. 80. 

(2) Boudier, Des champignons aux points de vue de leurs caractères u&ueh, 
chimiques et toxicologiques . Paris, 1866. 

(3) On désignait autrefois ce corps sous le nom de fungine y mais on s'est 
assuré actuellement que ce n'est qu'une variété de la cellulose. 



CHAMPIGNONS. 43 

cool absolu, insoluble dans l'éther, toujours incrislaHisable. — 
Elle diffère du principe encore mal étudié que Ton a désigné sous 
le nom d'amanitine et qui se trouve dans la fausse oronge.] 

Linné a défini les Agarics des champignons à chapeau hori- 
xontal lamelleux en dessous, et les Bolets des champignons hori- 
xontaux, poreux en dessous. Suivant cette division, le champi- 
gnon comestible s'est trouvé compris dans les agarics, et d'autres 
champignons, qui avaient porlé de tout temps le nom d'Agarics, 
ont été rangés dans les Bolets. Aujourd'hui ce dernier genre est 
partagé en trois. 

I e Boletus, champignons à stipe central, à chapeau hémisphé- 
rique et charnu, dont la partie inférieure est formée de tubes - 
tapissés intérieurement par la membrane fructifère (hymenium). 
Ces tubes sont indépendants les uns des autres ou séparables, et 
non continus avec la substance du chapeau. 

Exemples : le Bolet du bouleau, Boletus betulinus, (fig. 289). 

— comestible, — edulis, (fig. 290). 

— indigotier, — cyanesceni. 



Fig. 289. — Bolet du bouleau. Fig. Î90. — Bolet comestible. 

2° Polyporus, champignons à chapeau charnu ou subéreux, 
dont les tubes sont séparés par une cloison simple, et font corps 
avec la substance môme du chapeau. 

Exemples : le Polypore du mélèze, Polyporus officinalis. 

— amadouvier, — igniarius. 

— ongulé, — fomentarius. 

3° Dœdalea, champignons à chapeau sessile présentant inférieu- 



44 



VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 



rement des lames anastomosées qui forment des cellules irrégu- 
lières d'une substance homogène à celle du chapeau. 

Exemple : l'Agaric labyrinlhiforme, Dœdalea betulina. 

Ce dernier genre nous intéresse peu ; mais le Polypore du mé- 
lèxe et les Poly pores ongulé et amadouvier doivent être examinés 
spécialement. 

Polypore 4« mélèze. 

Le Polypore du mélèze ou Agaric blanc croit sur le tronc des 

vieux mélèzes, dans la Circas- 
sie en Asie, dans la Carinlhie 
en Europe, et sur les Alpes du 
Trentin et du Dauphiné. Il se 
présente sous la forme d'un 
cône arrondi, recouvert d'une 
écorce rude, dure, ligneuse, 
et marquée en dessus de sil- 
lons circulaires qui indiquent 
sonâge(/fy. 291) : sa substance 
intérieure est blanche, légère, 
spongieuse. 11 varie en bonté, 
suivant le pays d'où il vient : 
celui d'A9ie et de la Carinthie 
est le plus estimé; celui du 
Dauphiné, qui est petit, pesant 
et jaunâtre, est le moins bon. 
L'A garic blanc se trouve dans 
le commerce privé de son 
écorce et mondé au vif. On doit le choisir bien blanc, léger, sec, 
non ligneux, spongieux et pulvérulent; il est pourvu d'une saveur 
douceâtre, devenant bientôt, et tout à la fois, amère, sucrée, et 
d'une Arrêté considérable; il irrite fortement la gorge lorsqu'on 
le pulvérise ; il est inodore. 

L'Agaric blanc est un purgatif drastique et hydragogue. Bra- 
connot en a fait l'analyse, et en a retiré, sur 100 parties : 72 d'une 
matière résineuse particulière, 2 d'un extrait amer, et 26 de ma- 
tière [fonguouse insoluble. La matière résineuse jouit de proprié- 
tés bien singulières : elle est blanche, opaque, granuleuse dans 
lit cnsHure et peu sapide; elle se fond et brûle comme les résines. 
Kilo ost plus soluble à chaud qu'à froid dans l'alcool, et s'en pré- 
Olpito en tubercules allongés par le refroidissement; elle est in- 
soluble dans l'eau froide, qui cependant la divise avec beaucoup 




Kig. 2*1. — Polypore du Mélète. 



CHAMPIGNONS. — AGARIC DU CHÊNE. 45 

de facilité; une petite quantité d'eau bouillante la dissout et en 
forme un liquide épais, visqueux, Ûlant comme du blanc d'œuf, 
moussant très- fortement par Fébullition, coagulable par l'eau 
froide. L'éther, les huiles Axes et volatiles, les alcalis, la dissol- 
vent; elle rougit la teinture de tournesol; l'acide nitrique paraît 
avoir peu d'action sur elle (1). 

Agaric de chêne. 

DeuxPolypores servent à préparer la subslance connue sous le 
nom d'agaric de chêne: l'un est le Polypore ongulé, Po/yporus fo- 
menttirius, Fries et Pers. (Bolelus fomcntarius, L. -, Boletvs ungula- 
tus, Bull.); l'autre est le Polypore amadouvieh (Polyporus ignia- 
rius, Fries et Pers. ; Bolet us ignarius, L., Bull). 

Le Polypore ongulé (fig. 292) est un champignon sans tige, Hxè 
par le côté et par la partie su- 
périeure au tronc des vieux 
arbres, et surtout des chênes, 
des hêtres et des tilleuls. Il pré- 
sente à peu près la forme d'un 
sabot de chfval et peut acquérir 
jusqu'à 2 pieds de diamètre. Il 
est formé d'une écorce brune, 
très-dure, marquée d'impres- 
sions circulaires qui indiquons. 
son âge; l'intérieur est plus ou 
moins rouge, fibreux et un peu 
ligneux. Pour le préparer, on 

le prive de son écorce, on le rtg. -92. — Polypore ongulé. 

fait tremper dans l'eau et on 

le bat avec des maillets, afin de rompre les fibres ligneuses. On le 
fait sécher et on le bat de nouveau jusqu'à ce qu'il soit devenu 
peu épais, très-souple et moelleux au toucher. On doit choisir 
celui qui réunit ces qualités au plus haut degré. Il est employé 
principalement pour arrêter le sang des sangsues ou des vaisseaux 
rompus. 

Le Bolet amadouvier est moins ligneux que le précédent, pres- 
que mou et élastique dans sa jeunesse, ce qui est cause qu'il se 
gerce en vieillissant. On le prépare comme le précédent, et il sert 
aux mêmes usages : mais c'est lui qui sert surtout à faire V amadou. 
À cet elfet, on l'étend, en le battant toujours, en lames très-minces 
dont on augmente encore souvent la combustibilité en les trem- 
pant dans une solution de nitrate de potasse ou de poudre à 
canon. 

(1) Braconnot, Buil. depharm., 181?. p. 301. 




46 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

Ergot de seigle ou Seigle ergoté. 

Dans les années pluvieuses, plusieurs graines de céréales, mais 
principalement le seigle, présentent une altération singulière : on 
trouve à la place d'un certain nombre de grains, dans les épis, un 
corps solide, brunâtre, allongé, recourbé, ayant quelque ressem- 
blance de forme avec l'ergot d'un coq, d'où lui est venu le nom 
de seigle ergoté ou d'ergot (fig. 293). 

L'Ergot est un corps brun-violet, souvent recouvert d'une 
efflorescence grisâtre, long de 4 à 3 centimètres, mais pouvant 
en acquérir le double en conservant une épaisseur de 2 à 3 milli- 
mètres, rarement 4 {fig. 294). Il est d'une forme irrégulièrement 
carrée ou triangulaire, aminci aux extrémités, souvent marqué 
d'une ou de plusieurs crevasses longitudinales, et quelquefois 
aussi de crevasses transversales. On observe à l'extrémité supé- 
rieure un petit paquet blanchâtre d'une matière molle et cérébri- 
forme, dont la substance coule en partie le long de l'ergot 
(voy. fig. 295, qui représente deux ergots fortement grossis; le 
premier très- jeune et à l'état récent; le second plus âgé et des- 
séché). Cette substance diminue beaucoup de volume par la des- 
siccation et manque presque toujours dans l'ergot du commerce, 
en ayant été détachée par le choc ou par le frottement. L'ergot 
médicinal se compose donc presque exclusivement du corps 
allongé brun-violet décrit d'abord. 

L'ergot est ferme, solide et casse net lorsqu'on veut le ployer. 
La cassure en est compacte, homogène, blanche au centre, se 
colorant d'une teinte vineuse près de la surface; d'une saveur 
peu marquée d'abord, suivie d'une astriction persistante vers 
l'arrière-bouche. 

L'odeur de l'ergot récent rappelle celle des champignons; 
desséché et respiré en masse, il présente une odeur plus forte et 
désagréable; conservé dans un air humide, il éprouve une altéra- 
tion putride, dégage une odeur de poisson pourri et devient la 
proie d'un sarcopte semblable à celui du fromage. 11 est donc 
important pour les pharmaciens d'avoir l'ergot récemment séché 
et de le conserver dans un lieu bien sec. 

L'analyse de l'ergot a été faite par plusieurs chimistes. Va u que- 
lin en a retiré : 1° une matière colorante jaune fauve, soluble 
dans l'alcool, d'une saveur d'huile de poisson; 2° une huile grasse, 
abondante, d'une saveur douce ; 3° une matière colorante •> vio- 
lette, soluble dans l'eau et dans l'alcool, applicable sur la laine et 
la soie alunées, ayant beaucoup d'analogie avec celle de l'or- 
seille; 4° un acide libre (phosphorique ?) ; 5° une matière azotée 
abondante, très-putrescible, fournissant une huile épaisse et de 



CHAMPIGNONS. — ERGOT DE SEIGLE. 



47 



l'ammoniaque à la distillation ; 6° de l'ammoniaque libre ou du 
moins qu'on peut obtenir à la température de l'eau bouillante. Il 
n'y a trouvé ni amidon ni gluten. 




fy. Î9\ — Épi de seigle ergoté. 




Fijr. i94. — Ergot de seigle. 




Fig. 29b. — Ergot de seigle et sa sphacélic. 



Tels sont les résultats obtenus par Vauquelin. Ce grand chi- 
miste, ayant examiné comparativement un Sclerotium, y trouva 
des différences notables, et crut pouvoir regarder comme proba- 
ble que l'ergot n'était pas un Sclerotium, ainsi que l'admettait De 
Candolle (1). Mais si l'on fait attention, au contraire, que cette 
analyse offre une grande analogie avec celle des champignons co- 



(1) Vauquelin, Ann. de Mm. et dephys , t. III» p. 202 et 337. 



48 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

mestibles, il paraîtra bien plus probable que l'ergot est en effet 
un champignon. Nous reviendrons plus loin sur cette opinion. 

On doit à Wiggers une analyse plus récente et plus complète, 
de l'ergot (1). Ce chimiste, ayant traité d'abord 100 parties d'er- 
got pulvérisé par P-éther, en a retiré 36 parties d'une huile brune 
verdâlre, d'où l'alcool a extrait une petite quantité d'une huile 
grasse, rouge-brun, d'une odeur fort désagréable, et un peu de 
cérine crislallisable ; le reste se composait d'une huile douce, 
blanche, très-soluble dans l'éther (35 pour 100). 

Le seigle ergoté, traité ensuite par l'alcool, lui cède 10,56 d'un 
extrait rouge, d'une odeur de viande rôtie, grenu, déliquescent, 
que l'eau sépare en deux parties : Tune est insoluble, pulvéru- 
lente, d'un rouge-brun, d'une saveur amère un peu acre, ni acide 
ni alcaline, insoluble dans l'eau et dans l'élher, soluble dans l'al- 
cool. Wiggers lui donne le nom û'Ergotine. L'autre substance 
est soluble dans l'eau, et contient un extrait azoté semblable à 
l'osmazome du sucre crislallisable, et des sels inorganiques. 

Le seigle ergoté épuisé par l'alcool, ayant été traité par l'eau, 
lui a cédé un extrait contenant du phosphate acide de potasse, 
de la gomme et un principe azoté d'une couleur rouge de sang. 
Le résidu était composé de fongine, d'albumine, de silice et de 
phosphate de chaux. Voici les résultats de ctttfe analyse. 

Huile grasse non saponifiablc 35,"0 

Matière grasse crislallisable 1,05 

Cérinc : 0,76 

Krgotine 1,25 

Osmazome 7,76 

Sucre cristallisabie 1,55 

Gomme et principe colorant rou^e 2,33 

Albumine végétale 1,46 

Fongine 46,19 

Phosphate acide de potasse. 4,i2 

Phosphate de chaux 0.Î9 

Silice 0,14 

lo;> ? 20 

L'Krgotine de. M. Wiggers est probablement une matière colo- 
rante résinoïde. Elle est différente de la préparation qui porte 
aujourd'hui le nom d'Eryotine, et bien à tort, parce qu'il ne fau- 
drait pis donner un nom qui doit être réservé pour un principe 
smi yenerts, à un produit aus>i complexe que l'est la préparation 
imentée par M. Bonjean. 

Pour préparer son Eryotme, M. Bonjean épuise de la poudre de 
seigle ergoté par de lVai. Il évapore les liqueurs jusqu'en consis- 

(I) Wiggers» JottrH* jiAmw., t XYJQtp. 5îo. 



CHAMPIGNONS. — ERGOT DU SEIGLE. 49 

lance de sirop et y ajoute un grand excès d'alcool qui en précipite 
toutes les parties gommeuses et les sels insolubles dans l'alcool. 

Mais ce liquide retient évidemment en dissolution les sels dé- 
liquescents, l'ergotine de M. Wiggers, l'osmazome, le sucre et 
d'autres substances encore. C'est ce mélange, obtenu par l'éva- 
poration de l'alcool et nommé Ergotine par M. Bonjean, que ce 
pharmacien propose comme un spécifique contre les hémorrha- 
gies de toutes natures, et auquel il attribue aussi la propriété 
obstétricale, bien qu'il ne l'applique pas à cet usage. 

[Depuis lors, M. Wenzell a obtenu deux alcaloïdes particuliers, 
qu'il a nommés Ecboline et Ergotine. Ils sont solubles dans l'eau, 
ont l'apparence d'un vernis brunâtre et forment des sels amor- 
phes et déliquescents. Le premier paraît posséder à un haut de- 
gré les propriétés actives de l'ergot. M. Wenzell pense qu'ils sont 
combinés avec un acide particulier fluide, qu'il nomme acide 
ergo tique. 

Quant au principe sucré de l'ergot, déjà observé par Wiggers, 
il est voisin du sucre de canne, cristallise en octaèdres rhombi- 
ques, et ne réduit l'oxyde de cuivre qu'après une ébullition long- 
temps prolongée. On lui a donné le nom de Mycose. 

Maintenant que nous connaissons l'ergot par ses caractères 
physiques et par sa composition chimique, examinons les opinions 
qui ont été émises sur sa nature. 

Pendant longtemps, l'ergot a été regardé comme un grain altéré et 
développé d'une manière anormale; mais, en 1802, De Candolle le 
considéra comme un champignon du genre Sclerotium, lequel, en 
s'implantant sur l'ovaire, le faisait périr et se développait à sa place; 
il lui donna le nom de Sclerotium clavus. Les caractères physiques des 
Sclerotium s'accordaient en effet avec ceux de l'ergot; cependant ces 
champignons n'étaient pas très-bien définis, et récemment M. le doc- 
teur Léveillé, «'appuyant sur ce que la plupart des botanistes n'ont pu 
observer dans ces végétaux ni hyménium ni spores, a regardé les Scle- 
rotium comme des champignons arrêtés dans leur développement, ou 
comme un mycélium condensé qui, placé dans des circonstances favo- 
rables, se transforme en agarics, en clavaires ou en divers autres cham- 
pignons (i). 

En 1823, M. Fries composa de l'ergot du seigle et d'une autre espèce 
observée sur un Paspalum, un genre particulier de champignons au- 
quel il donna le nom de Spermœdia, mais en mettant lui-môme en 
question si ce n'était pas une maladie du grain. Cette dernière opi- 
nion, qui est aussi la plus ancienne, est aujourd'hui la plus généra- 
lement adoptée; je ne crois cependant pas qu'elle soit conforme à la 
vérité. 

(i) Léveillé, Annotes des sciences na&relles. 1843, Botamqie, t. XXIX. 
GuiBocaT, Drogues, 7« édit . T« IL — ~ * 



50 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS. APHYLLES. 

Tous les observateurs ont constaté que l'apparition de l'ergot est 
précédée dans la fleur de celle d'une substance mielleuse qui colle 
ensemble les étamines et le style et s'oppose à la fécondation, et la 
plupart ont admis que l'ovaire non fécondé se développe alors d'une 
manière anormale, en formant une sorte de môle souvent recouverte 
par les débris de la substance mielleuse desséchée. 

D'après Léveillé, ce suc mielleux qui p récède l'ergot constitue un nou- 
veau champignon de Tordre des Gymnomycètcs, auquel il a donné le 
nom de Sphacelia segetum. Il prend naissance au sommet de l'ovaire, 
dont il détache l'épiderme garni de poils, et il forme un corps mou, 
visqueux, difforme, d'un blanc jaunâtre, au-dessous duquel apparaît un 
point noir qui est l'ovaire non fécondé et altéré. Celui-ci crott bientôt 
d'une manière anormale et sort de l'épi en poussant devant lui la spha- 
célie. Léveillé pense que cette sphacélie constitue la partie active de 
l'ergot et que celui-ci est inerte lorsqu'il en est privé (t). 

Il ne faut pas confondre la sphacélie de Léveillé avec le Spermctdia 
de M. Fries. La sphacélie est la partie blanchâtre qui surmonte l'ergot 
et qui manque presque complètement dans celui des pharmacies, ce 
qui n'est pas favorable à l'opinion de Léveillé sur l'innocuité de celui- 
ci. Le Spermœdia de M. Fries est l'ergot lui-même. 

Plusieurs autres observateurs, tels que Phillipar, Phœbus et Quekett, 
dont je n'ai pu consulter les mémoires en original, paraissent avoir 
adopté l'opinion que l'ergot est une maladie du seigle causée par la 
présence d'un champignon de la nature de celui décrit par Léveillé; 
seulement Quekett lui a donné le nom d'Ergofatiaabortifaciens, et en a 
présenté une figure qui ne me parait pas exacte, ou qui se rapporte à 
quelque autre coniomycète étranger à la production de l'ergot. 

Fée est le dernier botaniste qui se soit occupé de l'ergot (2). On peut 
lui reprocher d'avoir admis plusieurs opinions inconciliables sur la 
nature de ce singulier corps ; mais la description exacte qu'il a don- 
née des différentes parties de l'ergot me permettra, je crois, de formu- 
ler une opinion plus précise que celles qui ont précédé, sur la nature 
de l'ergot. 

D'après Fée, la sphacélie se développe dans la fleur des Graminées 
entre l'ovule, fécondé ou non, et la feuille carpellaire qui doit former 
le péricarpe; il détache complètement celle-ci et la soulève sous la 
forme d'une coiffe à laquelle l'auteur donne le nom de sacculus. L'ovule 
mis à nu, recevant toujours les sucs nourriciers de la plante, se déve- 
loppe d'une manière anormale, s'hypertrophie et forme l'ergot, auquel 
Fée donne le nom de nosocarya (grain malade). Ainsi l'auteur, après 
avoir commencé par dire qu'il regardait, avec De Candolle, l'ergot 
comme un champignon, finit par conclure que c'est une production 
pathologique ou une hypertrophie du périsperme. Il faut cependant 
opter entre ces deux opinions qui ne peuvent pas être vraies toutes 
les deux ; pour moi, je préfère la première, et, pour l'établir d'une 

(1) Léveillé, Mémoires de la Société iinnéenne de Paris, t. V, p. 565. 

(2) Fée, Mémoire sur l'ergot du sdgk, etc. Strasbourg, 1843. 



CHAMPIGNONS. — ERGOT DU SEIGLE. 51 

manière plus nette, je sépare d'abord la sphacélie de l'ergot et je 
dis que la sphacélie est un champignon gymnomycète, que j'ai trouvé 
uniquement formé de deux espèces de parties (i) : 4° d'une masse de 
sporidies ovoïdes-allongées, appliquées les unes contre les autres, très- 
faciles à séparer par l'eau, et dont quelques-unes offrent des spores 
très-petites dans leur intérieur ; 2° de kystes sphériques ou peut-être 
seulement d'amas circulaires composés d'u ne quantité considérable de 
spores très-petits. Nous empruntons à M. Fée Jes deux figures qui les 
représentent (fig. 296, 297). 
J'ai pris ensuite l'ergot lui-même ou le nosocarya de Fée ; je l'ai 



0, o°i°oOoO o 

v 





Fig. 297. — Ergot. 

coupé en tranches minces et l'ai traité plusieurs fois par l'éther et par 
l'alcool pour le priver de l'huile qu'il contient ; mais il est d'une sub- 
stance tellement compacte que ces menstrues y pénètrent à peine, et 
que la plus grande partie du corps gras y reste enfermée. J'ai traité 
ensuite cet ergot par l'eau et je l'ai écrasé par petites parties sous le 
microscope ; je n'y ai trouvé que deux sortes de substances : 

1 ° Des gouttelettes d'huile (fig. 298) reconnaissables à leur forme exac- 
tement sphérique, à leur transparence et à leur pesanteur spécifique 
inférieure à celle de l'eau. 

2° Des cellules polymorphes isolées, soit telles que Fée les a reprô^ 





Fig. 298. — Huile. Fig. 299. — Cellules polymorphes. Fig. 300.— Cellules polymorphes. 

sentées (fig. 299), soit telles que je les ai vues {fig. 300). Je ne puis déci- 
der si les petits corps sphériques qui paraissent contenus dans ces cel- 

(I) J'avais préalablement traité la sphacélie par l'éther et l'alcool, afin de la 
priver de matière grasse. 



52 VÉGÉTAUX ÀCOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

Iules, sont de l'huile ou des spores. Si ce sont des spores, il n'y a pas 
le moindre doute que l'ergot lui-môme ne soit un champignon; si 
c'est de l'huile, la question est plus difficile à résoudre : cependant je 
remarquerai que les cellules polymorphes de l'ergot ont la plus grande 
analogie avec les cellules stériles des truffes, et que l'absence (môme 
supposée constatée) des spores dans l'ergot serait une ressemblance 
de plus entre l'ergot et les Sclérotiums, que Léveillé regarde -comme 
des champignons arrêtés dans leur développement, et privés de spo- 
res. De Candolle avait donc eu raison de faire de l'ergot une espèce 
de Sclérotium. Comment d'ailleurs soutenir l'opinion que l'ergot est 
• un ovaire ou un grain devenu malade par l'application extàHeure d'un 
champignon (la sphacélie), n'offrant jamais rien cependant de l'organi- 
sation primitive, ni de la nature chimique du grain, présentant au 
contraire toute la composition d'un champignon, et que ce ne soit pas 
un champignon? 

En résumé, l'ergot n'est pas un ovaire ou un grain altéré. L'ergot est 
un champignon qui, après la destruction de l'ovaire, s'est greffé à sa 
place sur le pédoncule. Quant à la production de l'ergot par la spha- 
célie, je l'admets sans l'expliqeur (1). Je crois d'ailleurs qu'on est loin 
de connaître tout ce qui se rapporte à la filiation, aux développe- 
ments successifs ou aux métamorphoses des champignons. Enfin, si l'on 
veut admettre une ressemblance de plus entre l'ergot du seigle et les 
Sclérotiums, je dirai que je conserve plusieurs ergots recueillis par 
M. Gendrot, pharmacien à Rennes, et que ces ergots ont donné nais- 
sance, sur un grand nombre de points de leur surface, à des champi- 
gnons composés d'un stipe grôle et cylindrique, terminé par un corps 
charnu sphérique ou quelquefois didyme, finement tuberculeux sur 
toute sa surface. Ce champignon {fig. 301) parait bien se former dans 
l'intérieur de l'ergot, car il en soulève la surface, lorsqu'il commence 
à paraître à l'extérieur, sous la forme d'un bouton jaunâtre. Un peu 
plus avancé, ce bouton, devenu sphérique, est porté sur un second 
tubercule qui, en s'ullongcant, forme le stipe. Ce champignon ressem- 
ble beaucoup, quant à la forme, au Sphœropus fungorum de Paulet (I). 
Conclusion dernière : l'ergot est un champignon analogue aux Skléro- 
tiums, et devra suivre ceux-ci partout où il plaira aux mycologistes de 
les placer. 

(1) La masse intérieure de la sphacélie m'a paru se continuer d'une manière 
non interrompue avec celle de l'ergot, et on ne peut dire où l'une finit et où 
l'autre commence. L'ergot, au contraire, est articulé sur le pédoncule (fig. 295) 
et présente une terminaison nette de ce coté. Cependant, de même que cela a 
lieu dans une greffe ordinaire, on peut suivre des lignes fibreuses qui. tout en 
changeant de nature, se continuent du pédoncule dans la base de l'ergot. Cette 
observation parait favorable à ceux qui regardent l'ergot comme un grain altéré 
et toujours nourri par le végétal qui l'a produit. Mais nous la croyons peu im- 
portante en ce sens, parce que la môme continuité de fibres se remarque entre 
ï'écorce des arbres qui portent les polypores et la substance de ceux-ci ; et nous 
ne pensons pas que l'on veuille prétendre que les polypores ne soient qu'une 
écorce modifiée. 

(2) Paulet, Iconographie des champignons, Recueil de 217 planches avec texte 
par J. H. Léveillé. Pdris, 1855, PI. 183 lu, fig. V. 



CHAMPIGNONS. — ERGOT DU SEIGLE. 53 

[Nous avons voulu rapporter, telle que l'a publiée M. Gui- 
bourt (4), cette discussion sur la nature de l'ergot du seigle, pour 
laisser à l'auteur toute la part de vérité qui lui revient. Depuis 
lors M. Tulasne a jeté une vive lumière sur ce sujet difficile, 
et a complètement résolu le problème. Voici les conclusions 
auxquelles il arrive : 

L'ergot est toujours précédé, dans la fleur du seigle, de la spha- 
célie de Léveillé. Celle sphacélie, décrite plus haut, donne 
naissance à un très-grand nombre de corpuscules, que M. Tu- 
lasne a appelés spermaties et qui, ayant en réalité la propriété 
de germer, doivent plutôt être regardés comme des conidies (va- 
viété de spores). 

C'est de la sphacélie que naît l'ergot : il paraît d'abord sous la 
forme d'une espèce de bourgeon, qui grandit peu à peu, soule- 
vant la sphacélie, et finit par prendre sa forme ordinaire, celle 
qu'on lui connaît dans les pharmacies. 

Cet ergot n'est lui-môme qu'un état intermédiaire d'un cham- 
pignon : c'est un mycélium condensé, capable de produire la par- 
lie fructifiante, lorsqu'on le place dans des conditions favorables. 
Si, en effet, on metsur la terre humide des ergots non encorealtérés 
par l'âge, on voit paraître en divers points de leur surface de petits 
corps arrondis, ou des têtes, puis un pédicule qui les supporte, 
de telle sorte que les ergots se trouvent au bout de quelques 






Fig. 301. — Ergot du seigle (*). Fig. 302. — Ergot du blé. Fig. 303. — Ergot du diss. 

mois avoir produit de véritables champignons. La tête de ces 
nouvelles productions contient un grand nombre de concepla- 
cles s'ouvrant par des pores à la surface, et renfermant dans leur 

(1) Guibourt, Histoire des Drogues simples, 4 e édition. Paris, 1849, tome II, 
p. 70. 

f) er, ayant produit plusieurs Clauicept purpurea, Tul., dont chacun montre son pied a et 
son chapeau' 6 (d'après M. Tulasne). 



54 VÉGÉTAUX ACOLYTÉDONÉS APRYLLBS. 

intérieur des sporanges allongées. De l'intérieur de ces sporanges 
sortent des spores, agglutinées ensemble et qui sont destinées à 
reproduire le végétal. La figure 301 donne une idée de cette 
espèce de végétation de l'ergot . 

Les champignons qui se produisent ainsi ressemblent à un 
Sphœria. M. Tulasne en a fait le type d'un nouveau genre, qu'il a 
appelé Claviceps, et les a décrits sous le nom de Claviceps pur- 
purea (4). 

Ergot du Blé. 

L'ergot ne se produit pas seulement sur le seigle ; le blé, le riz, 
beaucoup d'autres céréales cultivées ou sauvages peuvent en être 
atteintes. 

On a même signalé l'Ergot de blé (fi g. 302) comme pouvant être 
substitué avec avantage à l'ergot de seigle. M .Le Perdriel (2) a tâché 
d'établir que cet ergot, soit entier, soit en poudre, résiste beaucoup 
plus aux influences atmosphériques, s'altère donc moins facilement, 
et qu'en outre il contient 15 p. 100 de moins de principe toxique 
et 20 p. 100 de plus de principe efficace. Cet ergot est plus court 
et plus épais que l'ergot de seigle, profondément crevassé, quel- 
quefois môme divisé en deux ou trois parties à l'extrémité supé- 
rieure. Sa texture est beaucoup plus compacte. 

Ergot du D!m. 

On a également indiqué parmi les ergots à employer celui de 
VAmpelodesmos tenax Link ou Diss de l'Algérie (fig. 303). Cet 
ergot est long de 3 à 9 centimètres, large de 2 mm à2 mm ,5, recourbé 
en croissant, presque quadrangulaire, obtus à une extrémité, 
pointu de l'autre : il a -une couleur noirâtre ou marron foncé. 

M. Lallemant (3), pharmacien à Alger, qui l'a préconisé, lui at- 
tribue la composition suivante : 

Matière grasse non saponifiable ) „ ., | 9n « A 

- - cristallisable et cérine.. . | Hu,les • ) î0 ' 60 

Ergotine de Wiggers 2,30 

Albumine végétale 3,60 

Matières azotées 3,06 

Su "« I 39 , 

Gomme et principes colorants j ' 

A reporter 43,50 

(1) Voir pour plus de détails (Tulasne, Mémoire sur l'Ergot des Glumacées, 
Ann. scienc. nat., 3 e série, XX, p. I, 1853). 

(2) Le Perdriel, De l'Ergot du blé, thèse soutenue devant l'École de pharma- 
cie de Montpellier, 1802. 

(3) Lallemant, Étude sur VErgot du diss (Gazette médicale de rAlgérie. 
Alger, 1863). 



LICHENS. — LICHEN D'ISLANDE. 55 

Report 43,50 

Fungine 50,20 

Phosphate de potasse j 

— dechaux j 6 ' 70 

Silice traces. 

99,90 

ORDRE DES LICHENS. 

Les lichens sont de petites plantes agames qui croissent sur les murs, 
sur la terre, les écorces d'arbres, les bois en décomposition, et qui, de 
même que les autres végétaux cellulaires, ne peuvent se développer 
que dans un milieu humide. Lorsque la sécheresse arrive, ils meurent 
ou se sèchent seulement, en conservant leur force vitale qui leur per- 
met de croître de nouveau, lorsque la condition d'humidité, qui leur 
est nécessaire, est revenue. Les lichens sont formés d'une expansion 
cellulaire très-variable dans sa forme et sa consistance, nommée thal- 
lus, et d'organes reproducteurs dispersés sur le thallus ou fixés à ses 
extrémités. [Le thallus des lichens peut être pulvérulent, crustacé, 
foliacé ou filamenteux. Il contient dans tous les cas des grains verdft- 
tres ou brunâtres, qu'on nomme des gonidies, et qui, d'après des obser- 
vations récentes de Schwendener et de M, Borvet, seraient des orga- 
nismes indépendants des algues sur lesquelles le lichen se serait 
développé en parasite et qu'il aurait englobées (1). Quant aux organes 
reproducteurs, ils consistent dans i° des conceptacles ou apothécions, 
tantôt ouverts, tantôt fermés, contenant des noyaux ou thêques dans 
rintérieur desquels sont contenus les spores; et 2' des spermogonies 
contenant des spermaties comme celles des champignons et auxquelles 
on a attribué le même rôle fécondateur.] 

Lichen d'Islande. 

Cetraria islandica, Ach. ; Pkyscta islaniica, DC. ; Lichen ùlandi- 
cus, L. Ce lichen (fia. 304) croît ^^ *£ft**ïft«l 

très-abondamment dans le nord 
de l'Europe, et surtout en Islan- 
de. Mais on le trouve aussi dans 
presque toute l'Europe ; notam- 
ment en France, dans les Vosges 
et sur les montagnes de l'Auver- 
gne. 11 croît sur l'écorce des ar- 
bres et sur la terre. Il est formé 
d'un thallus blanc grisâtre, la- 
cinié et souvent cilié sur le bord, 
offrant sur une de ses faces des 
taches blanches que Ton pourrait 
prendre pour un organe fructi- 
fère ; mais elles sont dues à des F,g " 4 ' ~~ Lic en 
interruptions de la membrane extérieure du thallus, qui est de 

(I) Voir Ânn. des Scienc. nat. Botanique, S' série, XII, 65-110. 




56 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

nature amylacée, toujours plus ou moins colorée, et qui laisse 
voir la partie interne, formée principalement de sels calcaires 
et d'un blanc de craie. 

La fructification consiste dans des conceptacles orbiculaires et 
plans fixés obliquement à la marge du thallus, mais elle manque 
souvent. Le lichen dislande sec est coriace, sans odeur mar- 
quée, d'une saveur amère désagréable ; mis h tremper dans l'eau 
froide, il se gonfle, devient membraneux, et cède au liquide une 
partie de son principe amer et un peu de mucilage. Si Ton y 
ajoute une dissolution d'iode, toute la membrane externe du 
thallus se colorera en bleu noirâtre, et la partie centrale calcaire 
paraîtra alors, dans les parties interrompues, avec toute sa cou- 
leur blanche. Le lichen, soumis à l'ébullition dans l'eau, se dis- 
sout en grande partie, et le liquide se prend en gelée par le re- 
froidissement. 

Berzelius a retiré de 400 parties de lichen d'Islande : 

Sucre incristallisable 3,6 

Principe amer 3,0 

Cire et chlorophylle. 1 »6 

Gomme 3.7 

Matière extractive colorée (apothème) 7,0 

Fécule 44,G 

Squelette féculacé 36,6 

Surtartrato de potasse ) . , 

Tartrate et phosphate de chaux | '' 

102,0 

Le principal but de Berzelius, en s'occupant de cette ana- 
lyse, était de trouver un moyen de priver le lichen d'Islande de 
son amertume, qui, seule, empêche que le peuple n'en fasse sa 
nourriture habituelle dans les pays pauvres en substances ali- 
mentaires; car on ne parvient que très-imparfaitement à lui ôter 
cette amertume par la décoction dans l'eau, et d'ailleurs la dé- 
coction dissout également la partie nutritive du lichen. Le pro- 
cédé qui a le mieux réussi à Berzelius consiste à faire macérer 
le lichen, une ou deux fois, dans une faible dissolution alcaline ; 
h l'exprimer, à le laver exactement et à le faire sécher, si Ton 
n'aime mieux l'employer humide, pour en préparer toutes sortes 
de mets (i). 

On a proposé d'appliquer le môme procédé aux préparations 
pharmaceutiques du lichen ; mais, indépendamment de ce que la 
présence d'une petite quantité de principe amer peut être utile à 
•l'action médicatrice du lichen, il serait à craindre que le lavage 
in'enlevât pas tout le sel alcalin. Nous pensons qu'il vaut mieux, 

(1) Berzelius, Annales de chimie, t. XC, p. 277. 



LICHENS. — LICHEN D'ISLANDE. 57 

dans les pharmacies, faire chauffer le lichen une ou deux fois 
avec de l'eau, presque jusqu'au point d'ébullition (à 80 degrés en- 
viron). Ce procédé suffit pour priver le lichen de la plus grande 
partie de son amertume ; ce qui en reste alors n'est nullement 
désagréable. 

Pour retirer le principe amer du lichen, auquel on a donné le 
nom de cétrarin, le docteur Herberger a indiqué le procédé sui- 
vant : on traite le lichen pulvérisé par de l'alcool à 0,883 de pe- 
santeur spécifique ; on fait bouillir, on filtre et on ajoute à la 
liqueur 12 grammes d'acide chlorhydrique liquide par 500 gram- 
mes de lichen employé. On additionne le mélange de quatre fois 
et demie autant d'eau en volume, et on abandonne le tout pen- 
dant vingt-quatre heures. 11 se forme un précipité que l'on sépare 
au moyen d'un filtre et qu'on exprime. On traite ce précipité h 
froid par de l'alcool ou de l'éther pour le priver des matières 
grasses qu'il contient. On le traite enfin par deux cents fois son 
poids d'alcool bouillant, on filtre et on laisse refroidir. Le cé- 
trarin se précipite. On distille l'alcool pour avoir le reste. 

Le cétrarin se présente sous la forme d'une poudre très-blan- 
che, légère, inodore, inaltérable à l'air, décomposable au feu. Il 
a une saveur très-amère, surtout lorsqu'il est dissous dans l'al- 
cool. 100 parties d'alcool absolu n'en dissolvent cependant que 
0,28 à froid et 1,70 lorsqu'il est bouillant. Il est moins soluble 
dans l'eau. Il est tout à fait neutre par rapport aux couleurs végé- 
tales; les alcalis le dissolvent facilement et le. laissent précipiter 
par les acides. L'acide sulfurique concentré le dissout et le co- 
lore en brun ; l'acide nitrique le transforme en acide oxalique et 
en corps résinoïde ; l'acide chlorhydrique concentré le colore 
en bleu foncé et le dissout en partie, etc. 

[La matière amylacée du lichen d'Islande porte le nom de LU 
chénine. Elle est blanche, cassante, soluble dans l'eau, insoluble 
dans l'alcool et dans l'éther et a la même composition que la fé- 
cule. Sous l'influence de l'ébullition prolongée dans l'eau, elle se 
transforme en dextrine. Les acides étendus la font passer à l'état 
de glucose ; l'acide nitrique la convertit en acide oxalique. 

Quant à la matière amère, son étude a été reprise, depuis les 
travaux du docteur Herberger, par MM. Knop etSchnedermann, 
qui lui ont attribué des propriétés acides et l'ont appelée acide 
cétrariçue. Elle est en aiguilles blanches, ténues, à saveur fran- 
chement amère, presque insoluble dans l'eau, très-soluble dans 
l'alcool bouillant et forme avec les bases des sels jaunes, solubles, 
très-amers. En outre, ces auteurs ont indiqué l'existence dans le 
lichen d'Islande d'un acide gras, inodore, d'une saveur acre, inso- 
luble dans l'eau, soluble dans l'alcool ; fondant à 120° en donnant 



58 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

une huile limpide, qui se concrète par le refroidissement en cris- 
taux tabulaires rhombiques. Us l'ont appelé acide lichenstéarique.) 

Lichen pulmonaire. 

Pulmonaire de chêne, Lichen pulmonarius, L. ; Lofyaria ptifcio- 
naria y DC. ; Sticta pulmonaria, Ach. Ce lichen (fig. 305) croit au 




S. X4-* -'**** 



Fig. 305. — Lichen pulmonaire. 

pied des vieux troncs, dans les forêts ombragées ; son thallus est 
cartilagineux, très-grand, étalé, divisé en lobes profonds et si- 
nueux. Il est marqué en dessus de concavités séparées par des 
arêtes saillantes, réticulées, d'un vert fauve ou roussâtre. La sur- 
face inférieure est bosselée, blanche et glabre sur les convexités, 
brune et velue dans les concavités. Enfin ce thallus, à l'état ré- 
cent, présente une certaine analogie d'aspect avce un poumon 
coupé ; de là le nom de la plante, et probablement aussi l'idée 
que Ton a eue de l'employer contre les maladies du poumon. Elle 
est inusitée aujourd'hui pour cet usage ; mais on l'emploie pour 
la teinture. 

Lichen plxldé. 

Lichen pixidatus et Lichen cocci férus, L. ; Scyphophorus pixidatus 
et Scyphophorus cocci férus , DC. Ces deux espèces diffèrent en ce 
que le Lichen coccifews est moins denté à son bord supérieur, et 
porte des tubercules d'un rouge vif, tandis que le Lichen pixidatus 
est plus profondément denté et porte des tubercules bruns. Du 
reste, tous deux sont formés d'un thallus menbraneux duquel s'é- 



LICHENS. — LICHEN DES MURAILLES. 59 

lèvent des pédicules (podétions) droiis, fistuleux, cylindriques, s'é- 
largissant par le haut, et terminés par une coupe hémisphérique 
qui leur donne à peu près la forme d'un bilboquet. Ces podétions 
produisent sur leurs bords des conceptacles ou apothécions con- 
vexes, privés de rebord, bruns ou rouges, recouverts d'une lame 
prolifère gélatineuse. Ce lichen est moins gélatineux que celui 
d'Islande, moins amer et cependant plus désagréable. Il est peu 
usité. 

La petite plante que l'on nommait autrefois usnée du crâne hu- 
main, qui a été si vantée contre l'épilepsie, et que Ton avait, dit- 
on, la folie de payer jusqu'à mille francs l'once, est le Lichen saxa- 
tilis de Linné (Parmelia saxatilis, Ach.). Ce qui la rendait si rare 
était la condition imposée de n'employer seulement que celle qui 
croissait sur les crânes humains exposés à l'air. On lui substituait 
souvent un autre petit lichen filamenteux, Lichen plicatus de 
Linné (Usnea pltcata, DC). Tous deux sont entièrement ou- 
bliés. 

Les lichens fournissent à la teinture quatre couleurs princi- 
pales : la brune, la jaune, la pourpre et la bleue. Les teintes brunes 
sont fournies par le lichen pustuleux (Gyrophora pmtulata) et par 
le lichen pulmonaire (Sticta pulmonaria). Ce dernier produit sur la 
soie, en employant comme mordant le bitartrate de potasse et le 
chlorure d'étain, une couleur carmélite fort belle et très-solide. 
On le récolte principalement pour cet usage en France, dans les 
Vosges ; mais il est peu abondant . 

Les couleurs jaunes sont produites par les deux espèces sui- 
vantes : le lichen des murailles et le lichen vulpin. 

Lichen des murailles. 

Lichen parietinus, L. ; Parmelia parietina 9 Ach. Ce lichen, le 
plus commun de ceux qui se montrent chez nous sur les vieux 
murs et sur le tronc des arbres, est formé d'un thallus orbi- 
culaire et lobé, vert, jaune doré ou gris, suivant son âge. Il a une 
odeur semblable à celle du quinquina, et donne à la distillation 
une huile volatile butyreuse et verdâtre. Il a été employé comme 
fébrifuge et est* usité dans la peinture. 

[11 contient an acide, qu'on a appelé chrysophanique et qui pa- 
raît analogue à la rhéine ou rumicine. C'est une substance cristal- 
lisable en aiguilles jaunâtres, d'un éclat métallique, peu soluble 
dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther. Elle prend sous l'in- 
fluence des alcalis une couleur rouge foncé, coloration qui per- 
met d'en reconnaître dans une liqueur de très-petites quantités.] 



60 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

Lichen t alpin. 

Lichen vulpinus, L. ; Evernia vulpina, Ach. Ce lichen est d'un 
beau jaune ; il est composé d'expansions filamenteuses qui se dé- 
priment diversement par la dessiccation. Lorsqu'on l'agite avec 
la main, il s'en sépare une poussière jaune très-irritante. Le prin- 
cipe colorant réside uniquement dans la croûte ou membrane 
extérieure, car l'intérieur est parfaitement blanc. M. Hébert, 
pharmacien à Chambéry, a extrait de ce lichen un principe colo- 
rant jaune, très-facilement cristallisable, peu soluble dans l'eau, 
très-soluble dans l'alcool, l'éther et les alcalis, qui n'en altèrent 
pas la couleur. Il jouit de caractères acides et a été nommé acide 
vulpinique (I). Ce lichen pourrait être très-utile à la teinture ; il 
croît en abondance dans les forêts de l'Ausbourg, au pied du mont 
Cenis et au petit Saint-Bernard. 

Orsellle*. 

Les lichens qui produisent la couleur rouge-violette ou bleue 
portent le nom d'ÛRSEiLLE, qui est aussi le nom de la pâte d'un 
rouge violacé qui en est préparée. Il y en a de deux genres bien 
différents, ceux de mer et ceux de terre. Les orseilles de mer crois- 
sent sur les rochers, au bord de la mer, dans un grand nombre de 
lieux ; elles appartiennent au genre Roccella, et portent dans le 
commerce le nom d'herbe de tel ou tel pays. La plus estimée est 
YOrseille des Canaries, dite Herbe des Canaries, Roccella tinctoria^ 
L. [fig. 306.) Elle a la forme d'un petit arbrisseau dépourvu de 
feuilles, long de 3 à 8 centimètres, à rameaux presque cylindri- 
ques, d'un blanc grisâtre, devenant quelquefois brunâtre. 

Viennent ensuite les Herbes du Cap- Vert, de Madère, de Mogador, 
de Sardaigne, etc. L'herbe du Cap- Vert diffère peu de celle des 
Canaries et appartient, comme elle, au Roccella tinctoria. L'herbe 
de Madère est mélangée de Roccella fuciformis, très-pauvre en 
principe colorant, toujours blanche, à thallus plan, rubané, di- 
chotome, long de 5 à 10 centimètres. L'herbe de Mogador appar- 
tient au Roccella tinctoria ou à une espèce voisine, le Roccella 
phycopsis. L'herbe de Valparaiso est le Roccella flaccida (Bory 
Saint-Vincent); celle de l'île de la Réunion (Bourbon), Roccella 
Montagni de Bellanger, est très-blanche, plate, rub^née, analogue 
au Roccella fuciformis et d'aussi mauvaise qualité. 

Les Orseilles de terre végètent sur les rochers dénudés des 
Pyrénées, des Alpes et de la Scandinavie. Elles affectent la forme 
de petites croûtes irrégulières, d'une couleur blanchâtre ou gri- 

(1) Hébert, Jour, de pharmacie, t. XVII, p. 69C. 



LICHENS. — ORSEILLES. 



61 



sàtre, qui adhèrent fortement aux rochers ; elles portent dans le 
commerce le nom de Lichen de tel ou tel pays. Le lichen blanc 
des Pyrénées est le Variolaria dealbata, de Cand. Le lichen d'Au- 




Fig. 30?. — Orseille des Canaries. 

vergne, ou parelle d Auvergne, est le Variolaria orcina ou orcina 
d'Achard ; et tous deux ne forment qu'une espèce, Variolaria co- 
rallina d'Achard, qu'il ne faut confondre ni avec le Lichen pareU 
/tu, L. (Lecanora parella, Ach.), ni avec le Lichen corallinus, L. 
[hidium corallitium y Ach.). 

Le lichen tartareux de Suède est le Lichen tartareus, L., ou Le- 
canora tartarea, Ach., etc. 

Aucun de ces lichens ne contient de matière colorante toute 
formée. Pour leur faire produire une couleur rouge-violet, il 
faut les mettre en pâte et les laisser pourrir avec de l'urine, et au 
contact de l'air. Après quelque temps on y ajoute de la chaux, 
qui met à nu l'ammoniaque produite, et on y ajoute de temps en 
temps, s'il est nécessaire, de nouvelle urine. On peut remplacer 
l'action de l'urine par celle du carbonate d'ammoniaque. C'est 
cette pâte qui porte dans le commerce le nom d'Orseille* En 
voici les caractères physiques : elle est d'une consistance solide, 
d'une couleur rouge-violet très-foncée , d'une odeur forte et 
désagréable ; elle offre à la vue beaucoup de débris presque 



62 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

entiers de la plante, et elle est parsemée d'un grand nombre de 
points blancs, paraissant être un sel ammoniacal. Bile communi- 
que à l'eau une couleur rouge foncée, et fournit aux tissus des 
teintes très-vives, mais peu durables. 

Les travaux de Robiquet ont jeté un grand jour sur la production de 
celte matière colorante. Cet habile chimiste a opéré sur le Variolaria 
dealbata des Pyrénées et Ta traité par l'alcool bouillant. Pour ne plus 
revenir sur la partie du lichen insoluble dans l'alcool, je dirai qu'elle 
ne cède à l'eau qu'un peu de gomme acoompagnée d'un sel calcaire 
soluble, et que le nouveau résidu insoluble est formé de tissu cellu- 
laire contenant une grande quantité d'oxalate de chaux. 

La teinture alcoolique, faite à chaud, dépose, en se refroidissant, 
une matière blanche (variolarine), cristalline, insoluble dans l'eau, 
non fusible au feu qui la décompose, peu soluble dans l'éther. Par 
aucun moyen on ne peut faire prendre à cette matière une couleur 
violette. 

La teinture alcoolique a été évaporée à siccité, et l'extrait a été traité 
par l'eau froide. Le résidu insoluble était formé de chlorophylle, d'une 
matière grasse, blanche, cristallisable, fusible, volatile, toutes deux 
solubles dans l'éther, et d'une matière résinoïde, d'un brun rougeâtre, 
soluble dans l'alcool. Aucune de ces trois substances ne pouvait pro- 
duire la couleur de l'orseille. 

Il ne restait plus a examiner que la partie de l'extrait alcoolique qui 
avait été dissoute par l'eau. La liqueur évaporée était sirupeuse, très- 
sucrée, et a laissé cristalliser une matière sucrée, ayant la forme de 
longs prismes opaques et jaunâtres. L'analyse arrivée à ce point, tout 
espoir d'obtenir la matière colorigène de l'orseille semblait perdu ; 
mais bientôt la dernière substance, qui semblait n'être qu'une sorte 
de sucre, a présenté des différences essentielles avec ce principe im- 
médiat. 

Le sucre ordinaire, exposé au feu, se fond, se boursoufle, dégage 
une odeur de caramel, et laisse enfin un charbon très-volumineux. 

Le sucre de variolaire se fond en un liquide transparent qui entre fa- 
cilement en ébullition et qui se volatilise entièrement. Enfin ce sucre 
de variolaire, qui a reçu le nom d'orcine, étant mis en contact avec du 
gaz ammoniac et de l'oxygène, absorbe les éléments du premier, un 
certain nombre de molécules du second, et se convertit en une belle 
couleur violette nommée wcéine, qui est celle même de l'orseille. 

L'orcïne cristallisée = C 18 H"0 8 = C 18 jT0 8 -+- 5 HO (i). 
L'orcéine = C'WWAz. 

La réaction s'exprime ainsi : 

C 18 H 7 8 + O 8 -f JVzH 8 = C'WWAz. 

Analyse du Variolaria lactea, par Schunck. Cette variolaire ayantété 
(1) D'après les formules de R. Kane. 



LICHENS. — ORSEILLES. 63 

traitée par l'éther dans un appareil à déplacement, l'éther évaporé a 
fourni une masse cristalline qui, lavée avec un peu d'éther froid et dis- 
soute dans l'alcool bouillant, cristallise de nouveau, et constitue un 
corps nommé lécanorine. Ce corps est très-soluble dans les alcalis ; les 
solutés, additionnés immédiatement d'un acide, laissent précipiter de 
la lécanorine non altérée; mais si l'on attend quelques heures, ou si 
l'on (ait bouillir le soluté alcalin, les acides en dégagent de l'acide 
carbonique, et la liqueur contient alors de l'orcine. Pareillement, 
lorsqu'on fait bouillir un soluté saturé de lécanorine dans de l'eau de 
baryte, l'alcali se précipite à l'état de carbonate, et l'orcine reste pure 
dans la liqueur. 

La lécanorine « CW 1 ; l'orcine cri8tallisée = C i8 H !, 8 ; la réaction 
peut être ainsi représentée : 

C*W + 3HO - C«0* = C l8 H»0 8 (Kane). 

Analyse du Roccella tinctoria. Ce lichen a été analysé par deux 
chimistes, Heeren et R. Kane. Ce dernier en a retiré cinq matières 
organiques différentes, mais qui peuvent être des modifications les 
unes des autre*. 

!. Érythriline. Matière amorphe, jaune pâle, soluble dans l'alcool, 
l'éther et les solutés alcalins d'où elle est précipitée par les acides. Elle 
se combine aux oxydes métalliques par voie de double décomposition. 
Elle est insoluble dans l'eau froide ou chaude ; mais, soumise à l'ébul- 
lition dans l'eau, elle se convertit en une substance brunâtre, très-so- 
luble et amère, nommée amarythrine. L'érythriline = C M H ,fl O*. 

2. Roccelline ou acide roccellique. Matière blanche, cristalline, inso- 
luble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool, soluble dans l'éther, fusible 
à 130°, analogue aux acides gras, = C 1 ^ 1 ^*. 

3. Érythrine ou acide érylhrique. Matière blanche, cristallisable, à 
peine soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau bouillante, et 
formant un soluté incolore qui brunit rapidement à l'air. Elle est très- 
soin ble dans l'alcool, l'éther et les solutés alcalins, d'où les acides la 
précipitent. Le soluté alcalin brunit à l'air. Celui formé par l'ammo- 
niaque passe au rouge vineux. L'érythrine est formée de C*W 5 9 
= l' éryjhriline — H 8 + 0. 

4. Amarythrine. Substance brune, très-soluble dans l'eau, peu so- 
luble dans l'alcool, insoluble dans l'éther; d'une saveur douce et amère, 
et d'une odeur de caramel. Elle est liquide et ne peut être desséchée 
sans décomposition. Elle est formée de tfW'O 13 = érythrine + 0*. 

5. Télérythrine. Une forte solution d'amarythrine, exposée pendant 
longtemps à l'air, se convertit graduellement en cristaux blancs, granu- 
laires, auxquels Kane a donné le nom de télérythrine. Ce nouveau com- 
posé est très-soluble dans l'eau, moins soluble dans l'alcool, insoluble 
dans l'éther. 11 a une saveur douce et amère ; il contient C'WO 11 
= amarythrine — H^ + 0*. 

Analyse de Vorseille en pâle, par R. Kane. D'après cette analyse, pour 
laquelle je renvoie au mémoire de l'auteur (i), l'orseille en pâte con- 
(1) Kane, Ann. de chim. et de phys., 1841, t. II, p. 21. 



64 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS APHYLLES. 

tient au moins trois principes colorants rouges, qui s'y trouvent com- 
binés à l'ammoniaque. Le premier, nommé orcêine, est une belle ma- 
tière rouge, peu soluble dans l'eau, très-peu soluble dans l'alcool, à 
peine soluble dans l'éther ; elle est Irès-soluble dans les alcalis, avec 
lesquels elle forme des combinaisons d'un pourpre magnifique. Elle 
est formée par le mélange de deux matières oxydées à deux degrés 
différents, jouissant des mômes propriétés, et ne pouvant être distin- 
guées que par l'analyse. 

La première, nommée alpha- orcèine, = C i9 W°XzO l . 
La seconde, dite béta-orcéine, = C ,8 H[ i0 j\zO 8 . 

Elle paraît ûtre identique avec Vorcêine de Robiquet. 

Si l'on représente l'orcéine anhydre par C ,8 H 7 8 et qu'on ajoute H 8 Az 
-f-O*, on formera l'alpha-orcéine. Si on admet que celle-ci absorbe en 
plus O 8 , on aura la bôta-orcéine, de Robiquet. 

Le second principe colorant de l'orseille préparée est nommé azoéry- 
thrine. Il est solide, d'un rouge vineux, insoluble dans l'eau, l'alcool 
et l'éther, soluble dans les alcalis; il est composé de C^'AzO". 

Le troisième, dit acide érytltroléique, est demi-liquide, oléagineux, 
soluble dans l'éther et l'alcool, presque insoluble dans l'eau, insoluble 
dans l'essence de térébenthine, soluble dans les alcalis. Composition : 
C 86 H w 8 . 

Tournesol en pains. 

On nomme ainsi de petits pains carrés formés principalement de 
carbonate de chaux et d'une matière colorante bleue, Irès-soluble 
dans l'eau et dans l'alcool, et très-sensible à l'action des acides 
qui la rougissent, ce qui est cause qu'on l'emploie très-fréquem- 
ment comme réactif. Les alcalis la ramènent au bleu, sans la ver- 
dir, ce qui la dislingue des couleurs de la mauve et de la vio- 
lette. 

Pendant longtemps, sur la foi de plusieurs auteurs et notam- 
ment de Valmont de Bomare, on a cru que le tournesol en pains 
était obtenu, en Hollande, avec le tournesol en drapeaux, que l'on 
prépare dans le midi de la France, et surtout au village de Grand- 
Gallargues (Gard), avec une plante euphorbiacée nommée mau- 
relle (Crozophora tinctoria, J.). Ce qui pouvait autoriser à soute- 
nir cette opinion, c'est que, en effet, presque tout le tournesol 
en drapeaux était transporté en Hollande ou à Hambourg, et que 
c'était de Hollande que nous venait le tournesol en pains. J'ai 
partagé pendant quelque temps celte opinion ; mais j'ai dû l'a- 
bandonner lorsque, ayant fait venir du Midi du tournesol en dra- 
peaux, je n'ai pu en retirer qu'une teinture viueuse que les alca- 
lis ne faisaient pas virer au bleu. 

Déjà, anciennement , Bouvier, Chaptal et Morelot, avaient 



LICHENS. — TOURNESOL EN PAINS. 65 

annoncé que le tournesol en pains pouvait être préparé avec la 
parelle d'Auvergne (Variolaria orcina), par un procédé un peu 
différent de celui qui sert à préparer l'orseille. 

On ramasse cette plante, dit Morelot, on la fait sécher, on la 
pulvérise, et on la mêle dans une auge avec la moitié de son poids 
de cendres gravelées, également pulvérisées. On arrose le mé- 
lange d'urine humaine, de manière à en former une pâte, et on 
y ajoute de l'urine de temps en temps pour remplacer celle qui 
s'évapore. 

On laisse ce mélange se putréfier pçndant quarante jours, du- 
rant lesquels il passe peu à peu au pourpre. Alors on le met dans 
une seconde auge parallèle à la première, et on y môle encore de 
l'urine ; quelques jours après, la pâte devient bleue. A celte épo- 
que, on la divise dans des baquets, on y ajoute encore de l'urine 
et on y incorpore de la chaux. Enûn on ajoute à la pâte, qui est 
devenue d'une belle couleur bleue, assez de carbonate de chaux 
pour lui donner une consistance ferme ; on la divise en petits pa- 
rallélipipèdes droits, que l'on fait sécher. 

Plus récemment, différents auteurs ont annoncé que le tourne- 
sol était fabriqué avec le Lichen tartareus, L. (Lecanora tartarea, 
Ach.), lequel sert, en Allemagne et en Angleterre, à la fabrica- 
tion de pâtes tinctoriales, connues sous les noms de persio et de 
cutbear. Enfin M. Gélis a montré que le Roccella tinctoria lui- 
même pouvait servir à la fabrication du* tournesol, en faisant 
voir, par des expériences directes, que cette plante, exposée à 
l'action réunie de l'air, de l'urine putréfiée et de la chaux, ne 
produit que de l'orseille; tandis que par l'addition du carbonate 
de potasse ou de soude, il se produit une belle couleur bleue, 
qui est celle du tournesol. 

Analyse du tournesol en pains, par R. Kane. Il résulte de cette analyse 
que les matières colorantes du tournesol sont rouges et non bleues 
(on le savait déjà), et que la couleur bleue est due à la combinaison 
de trois principes colorants nommés azolitmine, érythrolitmine et éry- 
thr oléine, avec les alcalis du tournesol, qui sont la potasse ou la soude, 
la chaux et l'ammoniaque. Quand on rougit le tournesol par un acide, 
on ne fait que mettre en liberté ses trois matières colorantes. 

Vérythroléine est demi-fluide, soluble dans l'étlier et dans l'alcool avec 
une belle couleur rouge ; elle est faiblement soluble dans l'eau ; soluble 
dans l'ammoniaque avec une magnifique couleur pourpre sans nuance 
de bleu ; elle forme avec les oxydes métalliques blancs des laques vio- 
lettes. Elle n'est pas volatile. Elle est formée de C M H*W. C'est de l'a- 
cide érythroléique (page 2) avec moitié moins d'oxygène. 

V érythrolitmine est d'un rouge pur. Elle est uu peu soluble dans l'eau, 
très-soluble dans l'alcool. La soluté saturé à chaud cristallise par rclroi- 

GoiwomT, Droguet, 7* édit. T. II. — 5 



66 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 

dissemenf. Elle forme avec la potasse un soluté bleu, et avec l'ammo- 
niaque un composé bleujinsoluble dans l'eau. Elle forme avec plusieurs 
oxydes métalliques des laques d'une belle couleur pourpre. Elle est 
composée de C î8 H* s O' 8 ou C'W'O 11 + HO. C'est le troisième degréd'oxy- 
dation d'un radical C t8 H n , dont les deux premiers sont : 

L'érythroléine C^O* 

L'acide éry throléique C*H ,8 8 

L'érythrolilmine C^HmO" 

Tous trois paraissent dérivés de la roccelline de Kane (O*H w € ) qui, en 
perdant H*0', se convertit en érythroléine, laquelle ensuite forme les 
deux autres en se combinant avec l'oxygène. 

L'azolitmine est d'un rouge-brun foncé et insoluble dans l'eau. Dis- 
soute dans la potasse ou l'ammoniaque, c'est elle surtout qui forme le 
bleu particulier du tournesol. Elle ne diffère des deux orcéines de 
l'orseille que par une oxygénation plus avancée, ainsi qu'on le voit 
dans le tableau suivant : 

Alpha-orcéinc C l8 H lo AzO» 

Bô ta-orcéine C ts H ltf Âz0 8 

Azolitmine C» 8 H ,0 AzO 10 



DEUXIÈME CLASSE 

VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS OU ACROGÈNES. 



FAMILLE DES FOUGÈRES. 

Plantes herbacées et vivaces, pouvant devenir ligneuses et arbores- 
centes sous les tropiques ; elles présentent alors le port d'un palmier. 
De leurs tiges ou de leurs rhizomes se détachent des appendices foliacés 
qu'on appelle frondes ; elles sont quelquefois entières ; le plus souvent, 
elles sont profondément découpées, pinnatifides ou décomposées; tou- 
jours elles sont roulées en crosse ou en volute au moment où elles 
naissent de la tige. Les organes delà fructification sont généralement 
situés à la face inférieure des frondes, le long des nervures ou à l'ex- 
trémité du limbe ; dans un certain nombre, la fructification est disposée 
en épis ou en grappes isolées des feuilles. Dans le premier cas, c'est-à- 
dire lorsque la fructification est dispersée sur les frondes, généralement 
elle est groupée en petits amas de formes variées > nommés sores, tantôt 
nus, tantôt recouverts d'une membrane ou indusiwn, dont l'origine et 
le mode de déhiscence varient beaucoup également, et servent à ca- . 
ractériser les nombreux genres de celte famille. Ces amas sont formés 



FAMILLE DES FOUGÈRES. 67 

par des capsules celluleuses, souvent pédicellées, nommées thèques ou 
gporangti, et qui paraissent entièrement composées de spores libres, 
retenues par un anneau circulaire qui se rompt avec élasticité pour 
leur permettre de se disperser (fig. 309). Lorsque la fructification est 





Fig. 307 — Anthéridie (*) . Fig. 308. 

isolée des feuilles, elle se présente sous la forme de capsules bien diffé- 
rentes de celles ci-dessus décrites, et qui paraissent provenir du limbe 
des folioles supérieures qui aurait avorté, et qui se serait replié de ma- 
nière à former chacun une coque à parois épaisses, pleine de spores 
libres. Par exemple, Yosmonde commune. 

[Lorsqu'on place les spores dans des conditions Favorables à leur ger- 
mination, on les voit se développer en une expansion cellulaire (pro- 
thalium) à la face inférieure de laquelle naissent les véritables orga- 
nes de la reproduction sexuelle, savoir : i° de petits corps arrondis 
ou ovoïdes (fig. 307), renfermant dans de petites cellules les anthérozoïdes 
en forme de rubans étroits munis à leur partie antérieure de cils vibra- 
tiles et doués de mouvements ; 2° les archégones (fig. 308), sacs celluleux, 
ouverts à leur extrémité, et où arrivent les anthérozoïdes.] 

Les fougères fournissent à la pharmacie leurs stipes souterrains 
ou rampants, qui portent improprement le nom de racines, et 
leurs frondes. Ces deux parties sont douées de propriétés géné- 
ralement assez différentes, les frondes étant souvent pourvues 
d'un arôme agréable qui permet de les employer en infusion bé- 
chique et adoucissante, tandis que la souche contient ordinaire- 
ment un principe amer ou astringent, et un autre de nature hui- 
leuse et d'une odeur forte et désagréable, qui jouit d'une pro- 
priété vermifuge très-marquée. Celle souche contient aussi de 
l'amidon; mais il n'y a que les peuples les plus malheureux de 
l'Australie et de la Nouvelle-Zélande qui aient pu en faire leur 

{•) Pteri» terrulata A, une anthéridie coupée transversalement : a sa paroi d'une seule couche 
de cellules; a\ masses de cellules mères d'anthérosoîdes 200/1} ; B, un anthéroioïde libre 
a x, isolé (800/1). (Duchartre, d'après W. Hofmeister.) 

{**) Pterit terrulata. Portion de la coupe transversale menée à travers M portion antérieure et 
médiane d'un prothalle passant par deui archégones, ar t ar' t ce dernier déjà ouvert au 
sommet; a, cellule basilaire qui va être fécondée; a', cellule qui sera bientôt résorbée 
(tOO/l). (Duchartre, d'après W. Hofmeister.) 



68 



VÉGÉTAUX ÀCOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 



nourriture habituelle. En Europe, ce n'est que dans les temps de 
grande disette que les habitants des campagnes y ont eu recours. 



Fougère mâle. 

Polystichum Filix mas, Roth .; Nephrodium Filix mas, Rich.; Po- 

lypodium Filix mas, L., Cor. 
gén. : sporanges ou thèques 
pédicellées, à anneau verti- 
cal, fixées sur une veine 
gonflée au milieu du ré- 
ceptacle ; sores arrondis, 
disposés par séries sur la 
face inférieure des frondes. 
Indusium réniforme fixé à 
la feuille à l'endroit du si- 
nus. Car. spéc. : frondes bi- 
pinnées ; pinnules oblon- 
gues, obtuses, dentées ; so- 
res rapprochées de la côte 
du milieu ; stipe garni de 
paillettes (fig. 309). 

La partie de la plante 
qui est employée en méde- 
cine porte communément 
le nom de racine; mais c'est 
une tige souterraine, une 
souche, enfin ce que Linné 
nommait stipes. Cette sou- 
che est composée d'un 
grand nombre de tubercu- 
les oblongs, rangés tout au- 
tour et le long d'un axe 
commun ; recouverts d'une 
enveloppe brune, coriace et foliacée, et séparés les uns des 
autres par des écailles très-fines, soyeuses et d'une couleur dorée. 
La vraie racine de la plante consiste dans les petites fibres dures 
et ligneuses qui sortent d'entre les tubercules que je viens de dé- 
crire. L'intérieur de la souche est d'une consistance solide ; d'une 
couleur verdâtre à l'état récent et jaunâtre à l'état sec ; d'une 
saveur astringente un peu amère et désagréable ; d'une odeur 
nauséeuse. 

La souche de fougère mâle a été analysée par M. Morin, de 
Rouen, qui en a retiré, par le moyen de l'élher, une substance 




£09. — Fougère mâle. 



FOUGÈRES. - POLYPODE COMMUN. 69 

grasse d'an jaune brunâtre, d'une odeur nauséabonde et d'une 
saveur très-désagréable. Celle substance, indépendamment de 
sa matière colorante [chlorophylle altérée?), était formée d'huile 
volatile odorante, d'élaïne et de stéarine. L'alcool, appliqué au 
résidu épuisé par l'éther, en a extrait de Y acide gallique, du tan- 
nin et du sucre incris lallisable; l'eau a dissous ensuite de la gomme 
et de V amidon; le résidu était formé de ligneux. Les cendres ob- 
tenues de la souche non traitée par les menstrues étaient formées 
de carbonate et sulfate de potasse, chlorure de potassium, car- 
bonate et phosphate de chaux, alumine, silice et oxyde de fer (1). 

L'huile de fougère mâle paraît jouir d'une propriété anthel- 
mintique et tœnifuge très-marquée ; aussi a-t-on proposé plu- 
rieurs procédés pour l'obtenir ; le plus simple consiste dans l'em- 
ploi de l'éther appliqué à la racine pulvérisée, par la méthode de 
déplacement (2). 

[Depuis 1851, on reçoit de Port-Natal et du cap de Bonne- 
Espérance (3) un rhizome, qui ressemble à celui de la fougère 
mâle, mais a des dimensions plus considérables. On le connaît 
sous les noms vulgaires de racine Unicômocomo et de racine 
Panna; il esl fourni par YAspidium aihamaniicum, Kunze.] 

On employait autrefois, concurremment avec la racine de fou- 
gère mâle, celle de deux autres plantes de la même famille, 
qui portaient l'une et l'autre le nom de Fougère femelle; Y une 
est la petite fougère femelle {Polypodium Filix fœmina, L.; 
Athyrium Filix fœmina, R.) ; l'autre est la grande fougère femelle 
(Pteris aquilina, L.). Ces espèces ne sont plus usilées. 

Polypode commun, vulgairement Polypode de chêne. 



Polypodium vulgare, L. Car. gén. : fructification réunie en grou- 
pes peu distincts, épars sur le dos des frondes, non couverts d'un 
tégument. — Car. spéc. ; frondes pinnatifides ; ailes oblongues, 
sous-dentées, obtuses; racine squammeuse (fig. 310). 

Ce que nous désignons sous le nom de racine de Polypode n'est, 
de même que dansla fougère mâle, qu'une tige radiciforme, ou 
une souche. Cette souche récente est couverte d'écaillés jaunâ- 
tres, dont quelques-unes subsistent après la dessiccation; séchée, 

(1) Morin, de Rouen, Journal de pharmacie, t. X, p. 223. 

(2) Cette huile varie en couleur et en consistance suivant la partie de la sou- 
che d'où elle provient. La partie inférieure de la souche, celle qui est la plus 
ancienne et la plus éloignée de la pousse de l'année, fournit une huile brune. 
très-épaisse et d'une odeur fort désagréable. La partie supérieure de la souche 
donne une huile liquide, d'une belle couleur verte et d'une odeur bien moins 
désagréable. C'est la plus estimée et celle qu'on regarde comme la plus active. 

(3) Voir Martius, Pharmactutical Journal, XVI, 447. 



70 



VÉGÉTAUX AGOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 



elle esl grosse comme un tuyau de plume, cassante, aplatie, 

offrant deux surfaces bien 
distincles : l'une tubercu- 
leuse, qui donnait naissance 
aux frondes; l'autre, unie, 
est garnie de quelques épi- 
nes provenant des radicu- 
les ; du reste elle est brune 
ou jaunâtre à l'extérieur, 
verte à l'intérieur, d'une 
saveur douceâtre et sucrée, 
mêlée d'âcreté, et d'un goût 
nauséeux ; son odeur est 
désagréable et analogue à 
celle de la fougère. La sou- 
che de Polypode passe pour 
être laxative et apérilive. 
Elle contient, d'après l'ana- 
lyse faite par M. Desfosses, 
de Besançon, de la glu ou 
plutôt un corps complexe 
moitié résineux et moitié 
huileux, du sucre fermen- 
tescible, un corps analogue à la sarcocolle, une matière astrin- 
gente, de la gomme, de l'amidon, de l'albumine, des sels cal- 
caires et magnésiens, etc. 




Fig. 310. — Polypode de Cbéne. 



Souche de Calayuala. 

D'après Ruiz, l'un des auteurs du Flora peruviana, le véritable Ca- 
laguala est le stipe d'une fougère du Pérou, qu'il a décrite sous le ' 
nom de Polypodium Calaguala ; mais, môme dans cette contrée, on lui 
substitue la souche de deux autres fougères, qui sont le Polypodium 
erassifolium, L., et l'A crosticum.huacsaro, Ruiz. Suivant Ruiz, également, 
le vrai Calaguala, dans son état naturel, est une souche cylindrique 
un peu comprimée, mince, horizontale, rampante et flexueuse, cou- 
verte sur sa surface inférieure par de longues fibres branchues, d'un 
gris foncé, et portant sur la face supérieure des feuilles disposées par 
rangs alternatifs. Elle est d'une couleur cendrée à l'extérieur, et cou- 
verte sur toute sa longueur par de larges écailles; à l'intérieur elle est 
d'un vert clair, et remplie de beaucoup de petites fibres. Après sa des- 
siccation, et lorsque les écailles ont été enlevées, elle est, à l'extérieur, 
d'un gris foncé ; tandis que l'intérieur est jaunâtre, compacte et offre 
une certaine ressemblance avec la canne à sucre. Le goût, qui est 
d'abord doux, est suivi d'une amertume forte et désagréable, jointe à 



FOUGÈRES. — SOUCHE DE CALAGUALA. 71 

une légère viscosité. Knfin, la racine, entièrement mâchée, offre une 
sorte d'odeur d'huile rance. 

D'après cette description de Ruiz, nous pouvons dire que nous n'a- 
vons Jamais vu le véritable Calaguala, et nous supposons que cette 
substance a dû être apportée bien rarement en France. D'ailleurs, on 
s'accorde généralement à penser que le Calaguala venu en Europe est 
produit parl'Aspûfttim corriaceum deSwartz, avec lequel on confond le 
Polypodium adiantiforme de Forster, et que l'on suppose, d'après cela, 
venir également dans les Antilles, à l'Ile Bourbon, à la Nouvelle-Hol- 
lande et à la Nouvelle-Zélande. Quoi qu'il en soit de cette opinion, 
voici la description des racines de Calaguala que nous avons en notre 
possession, et auxquelles nous nous abstiendrons d'assigner aucune 
origine. 

Première espèce (fig. 311). Souche brune rougeàtre à l'extérieur, et 
d une grosseur variable, depuis celle d'une petite plume jusqu'à celle 
du/Ioigt : elle est flexueuse, ou contournée par la dessiccation; aplatie 
et marquée de rides profondes, longitudinales ; la surface en est unie 
et luisante sur toutes les parties proéminentes exposées au frottement, 
tandis que les sillons sont remplis par des écailles fines et rougeâlres. 
La face inférieure se reconnaît à des pointes piquantes peu apparentes, 
qui proviennent des radicules, et la face supérieure à des chicots assez 
forts, durs et ligneux, qui sont formés par la partie inférieure du pé- 
tiole des feuilles. Ces chicots ne partent pas du milieu de la face supé- 
rieure, mais sont disposés alternativement d'un côté et de l'autre, sans 
suivre cependant une régularité constante. L'intérieur de la souche est 
d'un rouge pâle et rosé comme la racine de bistorte. Sa saveur est 
douce, sans aucune astringence ni amertume ; sa consistance est assez 
molle, et elle s'écrase facilement sous la dent. Les insectes la piquent 




Fig. 311. — Souche de Calaguala. 

usez promptement, et l'iode y démontre la présence de l'amidon. Au 
total, cette espèce de Calaguala a la forme d'une grosse racine de 
Polypode commun. 

Deuxième espèce (fig. 312). Souche brune à l'extérieur, grosse comme 
une forte plume, longue, droite ou un peu arquée, cylindrique et of- 
frant sur un coté Une nervure longitudinale qui donne naissance à de 
nombreuses radicules, dont il ne reste que des pointes ligneuses et 
piquantes. Tout le reste de la surface est couvert de longues fibres li- 
gneuses, cylindriques, roides, dures et piquantes, couchées ou dressées 



72 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 

le long de la souche commune : ces fibres sont évidemment la partie 
inférieure du pétiole des feuilles. L'intérieur de la souche est rougeatre, 
très-dur et très-difficile à broyer sous la dent; la coupe en est coin- 




Fig. 312. — Souche de Calaguala. 

pacte, luisante et Comme gorgée d'un suc desséché. La saveur est as- 
tringente, sans aucune amertume. 

Je regarde comme appartenant à la même espèce une souche {ftg. 313) 
qui offre la môme forme cylindrique, la môme nervure saillante infé- 




— Souche de Calaguala. 



rieure chargée de radicules, et la môme disposition des pétioles sur tout 
le reste de la surface du rhizome. Cependant cette sorte est encore plus 
dure et plus compacte, et les pétioles sont réduits à l'état de tubercules 
allongés non isolés du rhizome; môme saveur astringente, dépourvue 
d'amertume. 
Troisième espèce (fig. 3 1 4). Souche petite ; «de la grosseur d'une plume, 




Fig. 314. — Souche de Calaguala. 

d'un gris rougeâlre à l'extérieur, offrant une surface inférieure plane, 
inégale ou creusée en gouttière, et couverte de pointes radiculaires. La 
surface supérieure est bombée, demi-cylindrique, toute hérissée de tu- 
bercules courts, recourbés, couchés contre le rhizome, ou formant le 
plus souvent avec lui un angle très-marqué; l'intérieur est compacte, 
brunâtre, dur sous la denl, et d'une saveur Irès-astringente. L'amer- 
tume manque dans toutes ces racines. 



FOUGÈRES, — BARÛ.MEZ. 



73 




I i£. 3i 5. — Faut Câlagiittht* 



iquelin a soumis A l'analysa chimique la souche de Calaguala 
tpr ibablement la première espèce), el en a relire les principes sui- 
vants, que j'énonce d'nprès Tordre de leur plus grande quantité : ma- 
dère ligueuse, matière gommeuse, 
résine rouge, Acre et amcre; matière 
sucrée, matière amylacée, matin* 
colorante particulière, acide maljque, 
chlorure de potassium, chaux et si- 
lice (I). 

ï Ca lacc a la, Cea h h gx on ïi k M a lte , 
Cytamorium coccinwm. J'ai l ruiné 
une fois dans du Calaguala venu de 
Marseille une substance fort différente 
et qui était formée par une plante 
très-singulière nommée champignon de 
Jfdf*, laquelle croit en plusieurs lieu\ 
du littoral de la Méditerranée. Celle 
plante naît sur les racines de plusieurs 
arbres ou arbrisseaux, à la manière 
des hypocisles et des orobranches. 
Elle est formée d'une simple lige char* 
nue, couverte d'écaillés, et terminée 
supérieure ment par un chaton en 
massue, de couleur éearlale, tout cou- 
vert de fleurs maies à une étamine, 

îlées de fleurs femelles composées d'un ovaire uniloculaire, 

ifi style et d'un stigmate, le fruit est formé d'un péricarpe sec, 

uniloculaire, renfermant un noyau sans embryon et dont l'amande 

IÉ remplacée par une agglomération de spores. Cette plante appar- 

tieut donc à la division des acolylédones phanérogames ou anlliosées, 

qui portent aussi le nom de JMmrtfhèes, Le champignon de Malte, 

desséché et privé de ses écaiîles, est formé par un slipe souvent con- 

Ht rïdé T d'une couleur brune, terminé par son chaton non dé* 

ppé îfgè 315}. Il possède une saveur aslringente et légèrement 

acide. Il se ramollit dans l'air humide, s'altère et devient la proie des 

ttt* Linné le regardait comme utile contre les hémorrhagics, le 

*lui de sang, la dyssenierie, etc. On le prenait en poudre dans du vin 

" i du bouillon. 

Btromei ou Afn»n de Se y Iule, 

[Beaucoup de fougères des régions tropicales ont leur rhizome et la 

bs>e de leurs tiges et de leurs feuilles couvertes de poils nombreux de 

Bar brune ou jaune. Ces poils forment une substance hémostatique 

qu'on a préconisée dans ces derniers temps el qui, dans certains pays, 

du reste employés depuis longues années. 

Au moyen Age on connaissait déjà dans le commerce les rlmomes 

il) Viuqurlin, Annates th chimie f t. LV, p. Î5. 



74 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 

couverts de poils du Polypodium Baromez de Linné ; c'était le Frutex 
tarlareus ou YAgnus scythicus de celte époque. Ce dernier nom tenait 
à certains échantillons munis de trois à cinq appendices ligneux (bases 
des frondes de la fougère) qui, pour l'imagination populaire, repré- 
sentait les jambes et la queue d'un animal. Les fables les plus étran- 
ges étaient racontées à propos de cet agneau de Scy/hie, qni participait 
à la fois de la nature animale et végétale ; attaché à la terre par une 
tige ligneuse, mais broutant l'herbe comme un animal et vivant comme 
lui jusqu'à ce qu'il eût dévoré tout ce qui se trouvait à la portée de 
ses dents (4). 

On n'a jamais cessé d'employer dans les Indes les poils du Baromez, 
que l'on rapporte actuellement au genre Cibotium, et à quelques espè- 
ces ou variétés groupées autour du Cibotium Baromezs Kunze. Cette subs- 
tance est apportée sur les marchés de Java, et y est connue sous le nom 
malais de Pengawar-Djambi. Les plantes qui la donnent croissent en 
Cochinchine, en Chine, à Bornéo, à Sumatra, aux Philippines, ainsi que 
dans l'intérieur de la haute Asie. Elles ne se trouvent pas à Java. Leurs 
tiges basses, longues d'un pied tout au plus, sont couvertes de poils mo- 
n iliformes, jaunes d'or, de deux à trois centimètres de longueur. 

On connaît en outre à Java, sous le nom de Paku-Kidang, la partie in- 
térieure des tiges d'une fougère de cette contrée, le Balantium chryso- 
trichum, Hassk. Les Hollandais ont, depuis 1837 environ, substitué cette 
substance au Peugawar-Djambi etc'est elle qu'ils ont principalement ré- 
pandue en Europe pour l'usage chirurgical. Ce Paku-Kidang consiste 
en poils isolés ou uni3 entre eux en petites bandelettes; ces poils ont 
cinq centimètres de long, sont moniliformes, présentent de distance en 
distance des espèces de nœuds, marqués d'une gaine un peu dentelée, 
et auxquels correspondent à l'intérieur de minces cloisons transver- 
sales. Us se terminent par une assez longue pointe obtuse, foncée, le 
plus souvent rompue. Leur couleur varie du jaune clair au brun foncé. 

Enfin, sous le nom de Pulu (2), on a décrit des poils plus fins et plus 
mous que les précédents et qui viennent en quantité des lies Sandwich 
vers la Californie et l'Australie. C'est aux Cibotium glaucum, Hook. et 
Arnotl, C. Chamisoi, Kaulf., C. Menziezii, Hook., qu'on rapporte la pro- 
duction de cette substance.] 

Capillaire du Canada.. 

On a donné le nom de Capillaires à des plantes appartenant 
primitivement aux genres Adiantum et Asplenium, tels sont le Ca- 
pillaire du Canada, le Capillaire de Montpellier, le Capillaire com- 
mun, le Polytric, la Sauve-vie, le Cétérach et la Scolopendre. 

Le Capillaire du Canada est Y Adiantum pedatum, L. Car. gén.: 

(1) Voir Colin, Histoire des Drogues, espiceries, etc. Lyon, 161U, p. 248. — 
Hanbury, Pharmaceutical Journal, XVI, 248. 

(2) Voir Cooke, On Pulu and some analogous products of fern (Pharmaceu- 
tical Journal, 2 - série, 1, 601). 



FOUGÈRES. — CAPILLAIRE DU CANADA. 



75 



sporanges disposées qq sores marginaux, oblongs ou arrondis, 
pourvus d'un indusium continu avec le bord de la fronde et libre 
du côté intérieur. — Car. spéc. : fronde pédalée; rameaux à fo- 
lioles pinnées, oblongues, incisées seulement sur la marge in- 
terne et représentant comme une moitié de feuille. Pétioles très- 
glabres {fi g. 3' 6). 




Fig. 316. — Capillaire du Canada. 



Ce capillaire nous vient du Canada. Ses pétioles sont fort 
iongs, rouges ou bruns et très-lisses. Ils se divisent à la parlie su- 
périeure en deux branches égales qui portent des ramifications 
du côté interne seulement; c'est ce qui constitue le feuillage pé- 
dalé. Les folioles sont touffues, douces au toucher, d'un beau 



76 



VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 



vert, d'une odeur agréable, d'une saveur douce un peu styptique : 
on en fait par infusion un sirop très-agréable et très-usité. Il 
entre également dans la composition de l'élixir de Garus. 



Capillaire du Mexique. 

11 y a quelques années, et pendant un temps assez long, le ca- 
pillaire du Canada avait complètement disparu du commerce. 
Alors on a tenté de lui substituer une autre espèce apportée du 
Mexique, YAdiantum tenerum, L. Ce capillaire est pourvu, de pé- 
tioles ligneux, longs de 60 à 400 centimètres, branchus, très-ra- 




Fig. 317. — Capillaire de Montpellier. 

mifiés, lisses et d'une couleur noire ; les folioles sont alternes, 
rhomboïdales ou trapéziformes, incisées et pourvues de sores sur 
les deux côtés opposés au pétiole; elles sont d'un vert foncé et 
comme noirâtre, d'une consistance ferme et très-faciles à se dé- 
tacher de la lige, ce qui présente un g"and inconvénient pour le. 
commerce. Mais à l'usage, ce capillaire m'a paru être aussi aro- 
matique et fournir des médicaments aussi agréables que celui du 
Canada. 



\ 



■*- 1 



l 



FOUGÈRES. — GÉTÉRAGH OU DAURADILLE. 77 

Capillaire de Montpellier. 

Adiantum Capillus Veneris, L. Car. spéc. : feuillage décomposé; 
folioles alternes, cunéiformes, pédicellées. Ce capillaire diffère 
des précédents par ses pétioles grêles, longs au plus de 20 à 30 
centimètres, portant de petits rameaux alternes, écartés, subdi- 
visés eux-mêmes et munis de folioles cunéiformes, à deux ou 
trois lobes terminaux ou opposés au pétiole {fig. 317). Il croit sur- 
tout dans le Midi, dans les lieux bumides et pierreux. Il a une 
odeur peu marquée et moins agréable que celle des deux précé- 
dents, et peut difficilement leur être substitué. 

Capillaire commun ou Capillaire noir. 

Asplenium Adiantum nigrum, L. Car. gén : sporanges fixées sur 
des veines transversales et rassemblées en sores linéaires. Indu- 
sinm membraneux né latéralement d'une veine et libre du côté 
de la côte médiane. — Car. spec. : fronde sous-tripinnée, folioles 
alternes; foliolules lancéolées, incisées, dentées. 

Ce capillaire croit sur les murailles, et dans les lieux humides, 
au pied des arbres; il pousse des pétioles longs de 10 à 20 centi- 
mètres, garnis à leur partie supérieure de folioles profondément 
incisées, diminuant graduellement de grandeur jusqu'au sommet, 
et d'un vert très-foncé. Il est peu usité. 

Polytrie des officine». 

Asplenium trichomanes, L. Car. spéc; feuillage pinné ; folioles 
obovées crénelées, les inférieures plus petites. 

Ce capillaire se distingue des autres par la petitesse de ses fo- 
lioles, qui, sans être opposées, sont rangées comme par paire le 
long du pétiole, et qui sont presque rondes, légèrement créne- 
lées, et très-chargées sur Tune de leurs faces d'écaillés fauves qui 
couvrent la fructification. Il est peu employé dans la ville; mais 
les hôpitaux en consomment une assez grande quantité, comme 
succédané des espèces précédentes. Il a peu d'odeur. 

Sauve -vie, ou Rue des murailles. 

Aspknium Ruta-muraria, L. Car. spéc. : feuillage alternative- 
ment décomposé ; folioles cunéiformes crénelées. 

[Cetera en, Daurade ou Oanradille. 

Ceterach officinan*m, DG. ; Asplenium Ceterach, L. Car. gén. : 
sporanges rassemblées en sores linéaires ou oblongs, dépourvus 



/ 



78 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 

de véritable tégument, mais recouverts d'écaillés qui en tiennen •: 
)i eu . — Car. spéc. : feuillage pinnatifide : lobes alternes, cor — 
fluents, obtus. 

Cette plante pousse des pétioles courts, qui portent à leur 
partie supérieure, comme une seule fronde découpée alternative- 
ment d'un côté et de -l'autre, jusqu'à la côte du milieu (fig . 318) ^ 




Y 

Fig. 318. — Cétérach. 

cette fronde est chargée sur le dos d'un nombre inûni d'écaillés 
qui en couvrent entièrement la fructification, et qui, lorsque la 
plante est sur la terre et que le soleil frappe dessus, la font paraî- 
tre dorée, d'où lui sont venus ses deux derniers noms. Séchée, 
elle a une odeur agréable et une saveur astringente semblable à 
celle de la racine de fougère, par conséquent, assez désagréable. 
Le Cétérach est fort vanté contre les maladies du poumon et les 
afFeclions calculeuses de la vessie. 

Scolopendre . 

Scolopendrium officinale, Smilh; Asplenium Scolopendrium, L. — 
Car. gén. : sporanges réunies en sores géminés, placés sur deux 
veines contigues, et couverts de deux indusiums connivents, s'ou- 
vrant enfin par une ligne longitudinale. — Car. spéc. : fronde 
simple, cordée, ligulée, très-entière ; stipe velu {fig. 319). 

Cette plante pousse, de sa souche, des feuilles pétiolées, très- 
entières, longues, vertes, luisantes. Ces feuilles présentent sur 



LYGOPODIACÉES. 



79 




Fi g. 319. — Scolopendre. 



le do* deux rangs de lignes parallèles, formées par la fructifica- 
tion. Elles ont une saveur douce et une 
odeur de capillaire assez agréable. 

La Scolopendrese nomme aussi Langue 
de cerf, à cause de la forme de ses feuil- 
les, qui a été comparée à celle de la lan- 
gue d'un cerf. On remploie en infusion ; 
elle entre dans la composition du sirop 
de rhubarbe composé, et des électuaires 
lénitifetcatbolicum composés. 

FAMILLE DES LTCOPODIACÉES. 

Les Lycopodiacées sont des plantes très- 
rameuses, souvent étalées ou rampantes, 
toutes couvertes de petites feuilles verti- 
cillées ou disposées en spirales, et portant 
en outre deux sortes d'organes, dont la na- 
ture et les fonctions sont encore incertaines. 
Tantôt ce sont des capsules globuleuses 
ou réniformes, uniloculaires, s'ouvrant par 
une fente transversale, et renfermant un 

grand nombre de granules très-petits (microspores), d'abord réunis 
quatre par quatre, puis devenus libres par la destruction des cellules 
qui les avaient engendrés. Tantôt ce sont des capsules, plus grosses, à 
3 ou 4 valves, à 3 ou 4 loges, contenant seulement 3 ou 4 spores volu- 
mineuses (macrospores). Ces deux espèces de capsules sont quelquefois 
réunies sur le même individu, et semblent jouer dans ces plantes le 
même rôle que les fleurs mâles et femelles, dans les végétaux monoï- 
ques et dioïques, et beaucoup de botanistes pensent que les petites 
capsules remplies d'une poussière jaune très-fine, sont des anthères 
avec leur pollen, et les autres des fleurs femelles. 

[Cette opinion très-probable est corroborée par l'observation de 
W. Hofmeister qui rapporte avoir vu quelques anthérozoïdes dans ces 
microspores.] 

Les Lycopodiacées paraissent douées de propriétés très-actives; 
l'herbe même de Lycopodium clavatum, L. est vomitive, et Ton 
rapporte que des paysans du Tyrol ayant mangé des légumes cuits 
dans l'eau où avait macéré du Lycopodium Selago, éprouvèrent 
des symptômes d'ivresse et des vomissements. 

Le Lycopode oîùcind\,Lycopodiumclavatum f L. (fig. 320) crollsur- 
tout en Allemagne et en Suisse. Il se plait dans les bois et à l'om- 
bre ; il pousse des tiges très-longues, rampantes, qui se ramifient 
prodigieusement en s'étendant toujours davantage sur la terre. 11 



80 



VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 



s'élève d'entre ces ramifications des pédoncules longs comme la 
main, ronds et déliés, portant à leur extrémité deux petits épis 
cylindriques géminés, qui sont composés de capsules réniformes, 
sessiles, à deux valves. C'est dans ces capsules que se trouve con- 
tenue la poussière que nous nommons Lycopode. 







Fi g. 320. — Lycopode officinal. 



Le Lycopode est une poussière d'un jaune tendre, très-fine, 
très légère, sans odeur ni saveur, et prenant feu avec la rapidité 
de la poudre, lorsqu'on la jette à travers la flamme d'une bougie; 
de là lui est aussi venu le nom de soufre végétal^ et l'usage qu'on 
en fait sur les théâtres pour produire des feux effrayants,- mais 
peu dangereux. 

Le Lycopode est employé en pharmacie pour rouler les pilules, 
et, par suite, empêcher qu'elles n'adhèrent entre elles; on l'em- 
ploie aussi avec succès pour dessécher les écorchures qui survien- 
nent entre les cuisses des enfants. 

Le Lycopode, jeté sur l'eau, reste à sa surface; par l'agitation, 
une partie tombe au fond ; par l'action du calorique, tout se pré- 
cipite, et l'eau acquiert une saveur cireuse, et contient une assez 
grande quantité de mucilage susceptible de se prendre en gelée 
par la concentration, comme celui du lichen. 

L'alcool pénètre sur-le-champ le Lycopode, et la poudre tombe 
au fond. A l'aide de la chaleur, on obtient une teinture légère que 
l'eau blanchit. La teinture alcoolique, rapprochée et précipitée 



LYC0P0D1ACÉES. 81 

par l'eau, donne ensuite un extrait dans lequel la saveur et la fer- 
mentation, à l'aide de la levure, indiquent la présence du sucre. j 
L'éther, versé sur du Lycopode, se colore en jaune verdâtre ; cette 
teinture, mêlée d'alcool et d'eau, laisse précipiter de la cire. Enûn 
la partie du Lycopode insoluble dans ces différents menstrues, etqui 
équivaut aux 0,89 de la poudre primitive, est jaune, pulvérulente, 
combustible, presque semblable au Lycopode lui-même . Ce résidu 
constitue un principe organique azoté nommé pollénine, dégageant 
de l'ammoniaque par la potasse caustique, susceptible de se putré- 
fier lorsqu'il est humide, et de se convertir en une sorte de fromage. 

Le Lycopode est souvent falsifié, dans le commerce, par du talc 
(craie de Briançon) ou par de l'amidon. Pour reconnaître le pre- 
mier, on peut battre dans une fiole, avec de l'eau, la substance 
falsifiée ; par le repos, le Lycopode vient surnager en très-grande 
partie, tandis que le talc se précipite. L'amidon se reconnaît soit 
en traitant directement le mélange par de l'eau iodée, soit en fai- 
sant bouillir le Lycopode falsifié avec de l'eau, et versant dans la 
liqueur filtrée une soluté d'iode, qui la colore en bleu foncé dans 
le cas de la présence de l'amidon. 

Le Lycopode paraît aussi avoir été falsifié avec le pollen de plu- 
sieurs végétaux; et notamment avec celui des pins et des sapins, 
du cèdre ou des Typha. Je ne pense pas que cette falsification, 
qui serait au reste peu importante, soit aussi commune qu'on Ta 
supposé. Quant à moi, je ne l'ai jamais rencontrée. Dans tous les 
cas, il est facile de la reconnaître à l'aide du microscope, de 
môme que les deux falsifications précédentes, à cause des caractè- 
res physiques très-tranchés et très-uniformes du Lycopode. 

Le Lycopode mouillé avec de l'alcool, et vu au microscope, est 
essentiellement formé de granules isolées qui sont à peu près des 
sections de sphères formées par trois plans dirigés vers le cen- 
tre (fig. 321). Il est très-rare qu'on trouve ces grains réunis, mais 
ils affectent différentes formes, suivant la manière dont ils se pré- 
sentent. Tous ces grains sont très- imparfaitement transparents, 
formés d'un tissu cellulaire dense, granuleux à leur surface, et de 
plus munis dans l'intervalle des cellules de très-petits poils ou 
appendices terminés en massue. 

Le pollen des Conifères est plus jaune que le Lycopode et en 
particules moins fines. Celui du Pin, vu au microscope, affecte 
un grand nombre de formes bizarres (fig. 322), qui me paraissent 
résulter de la soudure de trois granules, dont un mitoyen, géné- 
ralement plus volumineux, et deux autres plus petits, placés 
comme en aile aux extrémités du premier; de plus, le grain du 
milieu offre presque toujours une tache opaque, à bords irrégu- 
liers, que je considère comme le vestige d'un quatrième granule 

Gvibocmt, Drogues, T édit. I. If- — $ 



82 



VÉGÉTAUX ÀCOTYLÉDONÉS FOLIACÉS. 



avorté. Tous ces granules sont formés de tissus cellulaires, et soa 
1 dépourvus d'appendices superficiels. 

Le pollen de cèdre m'a paru être formé quelquefois de troîs 




Fig. 321. — Lycopode 

granules distincts accolés {fig. 323); mais le plus souvent les gra- 
nules sont tellement soudés ou continus, que les grains paraissent 





Fig. 312. — Pollen du pin* 

formés d'une seule masse de tissu cellulaire, de forme elliptique, 
et renflée aux deux extrémités. 
Le pollen de Typha (fig. 324) est d'un jaune foncé, en poudre 





Fig. 323. — Pollen du cèdre. 



assez grossière, non mobile, comme»celle du Lycopode, et à peine 
inflammable. Il paraît toujours formé, au microscope, de quatre 




Fig. 324. — Pollen du typha. 



granules soudés, tantôt nus, tantôt recouverts d'une enveloppe 
membraneuse, transparente. 



ÉQUISÉTACÉES. 



83 



FAMILLE DES ÉQUISÉTACÉES (1). 

Les seules plantes qui nous restent à mentionner, parmi les crypto- 
games foliacées (acotylédones acrogènes), et qui, à mesure que nous 
approchons davantage des phanérogames, montrent des organes de 
fructification plus distincts, sont les Prêles, végétaux d'un port tout par- 
ticulier, que Linné avait compris dans la famille des Fou- 
gères; mais qui forment aujourd'hui un groupe séparé, 
et dont le nom latin equisetum (crin de cheval) leur a été 
donné à cause d'une certaine ressemblance de forme 
avec la queue d'un cheval. 

Ce sont des plantes d'une organisation semblable (les 
calamités) qui ont paru des premières à la surface du 
globe, lorsque le refroidissement et la solidification des 
couches superficielles permirent aux êtres organisés de 
s'y développer. Ce sont elles qui, par leur profusion et 
leur taille gigantesque, ont formé, après leur enfouisse- 
ment, ces amas considérables que la chaleur centrale, 
jointe à une forte pression, a dans la suite convertis en 
houille. Les prêles d'aujourd'hui, faibles restes de celte 



f 




Fig. 3Î5. — Épi Fig. 326. — Écussoa 
des prèle». pelté des prèles. 



Fig. 317. — Corpuscules des prêles. 



végétation primitive, n'offrent guère plus de 2 m ,5 à 3 m ,5 de hauteur 
sous la zone torride, et de m ,06 à i mètre ou l m ,20 dans nos climats. 
Elles se plaisent dans les marécages, sur le bord des rivières et dans 
les prairies humides, où elles nuisent aux bestiaux par leur qualité 
fortement diurétique. 

Les prêles sont des plantes herbacées, vivaces, à tiges simples ou ra- 
meuses, creuses, striées longitudinalement, très-rudes au toucher. Elles 
sont entrecoupées de nœuds, dont chacun est entouré par une gaine 
fendue en un grand nombre de lanières, et donne souvent naissance 
â des rameaux verticillés, filiformes et articulés comme la tige princi- 
pale. La fructification est portée sur des rameaux particuliers et con- 
stitue un épi ou un chaton cylindrique terminal (fiy. 32a), tout couvert 
de réceptacles particuliers, verticillés, stipités, terminés par un écus- 
soa pelté. Celui-ci (fig. 326) porte intérieurement de six à huit capsules 



(l)On consultera avec intérêt Duval Jouve, Histoire naturelle des Êquisétacées 
' • France. Paris, 18C4. 



84 VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS ANTHOSÉS OU RHIZANTÉS. 

uniloculaircs, déhiscentes du côté interne par une fente longitudinale 
et pleine de petits corpuscules verts et sptiériques (fig. 32C), autour 
desquels sont enroulés quatre filaments partant de leur base, et termi- 
nés par un renflement en forme de massue. Ces spores en germant pro- 
duisent une expansion cellulaire analogue au prothallium des fougères 
et sur laquelle on trouve également des anthéridies et des archègone*. 

La principale espèce de prèle d'Europe est la prèle d'hiver (Eqw$e- 
tum hiemale, L.), qui s'élève à la hauteur de 1 mètre à i m >l>0 et quia 
la tige dure et les articulations très-écartées, ce qui permet que l'on 
s'en serve pour polir les ouvrages d'ébénisterie et même les métaux. 
Cette dureté de la prèle est due à ce que son épiderme est incrusté de 
silice. Davy, en poussant au chalumeau un fragment de prèle d'hiver, 
en a obtenu un globule de verre transparent. Plus récemment, Bra- 
connot a extrait de la prèle fluviatile un acide particulier, auquel il a 
donné le nom d'acide équisétique. Mais, d'après M. Victor Regnault, 
cet acide est identique avec l'acide pyromalique de Braconnot (acide 
maléique de Pelouze), obtenu en distillant de l'acide mal i que pur à 
une température de 180 à 200 degrés (1). 

La prèle a été conseillée comme diurétique et emménagogue ; elle 
doit être employée avec une certaine réserve. 



TROISIÈME CLASSE 

VÉGÉTAUX ACOTYLÉDONÉS ANTHOSÉS OU RHIZANTHÉS. 



Ce groupe ne renferme que des plantes très-extraordinaires, \ivant 
sur la souche d'autres végétaux, composées de tissu cellulaire, avec 
quelques vaisseaux en spirale imparfaite. Elles sont généralement pour- 
vues de feuilles squammi formes, imbriquées, privées de vaisseaux et 
de stomates; les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles ; le fruit 
est à une ou plusieurs loges, et renferme un grand nombre de se- 
mences dépourvues d'embryon et uniquement formées d'un tissu cel- 
lulaire rempli de spores. Ce groupe comprend trois familles, dont la 
première, celle des Balanophorées, a été précédemment citée à l'occa- 
sion d'une de ses espèces, le CynomoHum cocemeum, qui est quelque- 
fois substitué par fraude au Calaguala. 

La seconde famille, celle des Rafflésiacées, renferme des plantes qui 
sont presque uniquement formées d'une fleur colossale, entourée de 
larges écailles. La troisième, celle des Cytinées, contient l'hypociste 
{Cytinusy Hpocistis), petite plante parasite, épaisse et charnue, qui croit 
dans le midi de la France, en Espagne, en Italie, en Turquie et dans 

(I) Voir Regnault, Ann. de chim. et phys., 2 e série, t. LXII, p. 208. 



FAMILLE DES AROIDÉES. 85 

l'Asie Mineure, sur la racine des cistes, ainsi que l'indique son nom. On 
en obtient un extrait astringent, dit suc tfhypociste, qui n'est plus guère 
employé que pour la thériaque. 

Suc (Thypociste. — Pour obtenir ce suc, selon les uns, on pile 
les baies de la plante, selon d'autres, la plante entière, et on en 
exprime le suc, que Ton fait épaissir au soleil jusqu'à ce qu'il soit 
tout à fait solide. Suivant d'autres encore, on préparerait cet 
extrait par macération et décoction dans l'eau, et par évaporation 
de la liqueur au moyen du feu. 

Le vrai suc d'hypociste a une forme toute particulière; il est 
en masses de 2 à 3 kilogrammes, formées par la réunion de petits 
pains orbiculaires du poids de 30 grammes environ, qui sont deve- 
nus diversement anguleux en se soudant les uns avec les autres, et 
qui se distinguent encore dans la masse par leur surface propre, 
qui est grisâtre; du reste, cet extrait a une cassure noire et lui- 
sante, et une saveur aigrelette et astringente. Il est souvent altéré 
dans le commerce avec du sucre de réglisse, qui lui communique 
sa saveur douceâtre particulière. 



QUATRIÈME CLASSE 

VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



FAMILLE DES AROÏUÉES. 

Plantes vivaces, herbacées, dont les fleurs, le plus souvent uni- 
sexuées, sont réunies sur un spadice unique et ordinairement enve- 
loppées par une spath e. Ou les divise en deux tribus principales (t) : 

1* Les Aracées ou Colocasiées, dont les fleurs sont dépourvues d'écaillés 
et séparées sur le spadice, de manière que les fleurs femelles ou les pis- 
tils en occupent la partie inférieure, les fleurs mâles ou les é lamines la 
partie moyenne, la partie supérieure restant nue. Genres Arisarurn, 
Biarum, Arum, Dracunculus, Colocasia, Caladium, etc. 

t° LesCallacées ou Orontiacècs, dont les étamines sont disposées autour 
des pistils, de manière à former des fleurs hermaphrodites qui peuvent 
être nues, comme dans le genre Calla, ou munies d'un périgone régu- 
lier, comme dans les genres Pothos, Dracontium, Orontium, Acorus. 

(1) Les Pistiacés, que beaucoup de botanistes réunissent aux Aroidées, doi- 
vent plutôt en être séparées, pour former une famille distincte plus rapprochée 
dos Lomnacées ; noua ne parlerons d'ailleurs ni des unes ni des autres. 



86 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Racine d'Arum, Gouet ou Pied-de-Teau. 

Arum vulgare, Laraarck.; A. maculatum, L. (fig. 328). -Cette 
plante qu'on nomme aussi Gouel ou pied-de-veau, croît en France 
dans les lieux ombragés; la racine est formée d'un tubercule 
ovoïde de la grosseur d'un marron, garnie de radicules à la nais- 




Fig. 328. — Arum. 

sance des tiges, qui partent de différents points de la surface, et 
qui produisent d'autres tubercules succédant au premier, l'année 
d'après. Ces tubercules sont jaunâtres au dehors, d'un blanc d'a- 
midon en dedans, d'une saveur acre et caustique; les feuilles 
sont toutes radicales, longuement pétiolées, hastées. entières, 
offrant, contrairement à celles des autres monocolylédones, des 
nervures latérales diversement anastomosées. Ces feuilles sont 
tantôt entièrement vertes, tantôt veinées de blanc ou de violet 
foncé, ou tachetées de noir. La fleur est composée d'une spathe en 
forme d'oreille d'àne, verJàtre en dehors, blanche en dedans, du 
centre de laquelle s'élève un support ou spadice, pourpre, nu et 
renflé en forme de massue dans sa partie supérieure, couvert d'é- 



AROIDÉES. — ARUM-SERPENTAIRE. 87 

tamines au milieu, et pistilifère inférieurement. On remarque, 
comme un phénomène intéressant de physiologie végétale, que 
ce spadice s'échauffe d'une manière très -sensible au moment de 
la fécondation. (Le môme phénomène s'observe sur VArum itaU- 
cum, qui est plus grand dans toutes ses parties que l'Arum vul- 
gaire, et dont le spadice est jaunâtre.) Les fruits sont des baies 
globuleuses, rapprochées en une grappe serrée, uniioculaires et 
polyspermes. 

La racine d'Arum, telle que le commerce la fournit, est assez 
généralement ovoïde comme dans l'état récent, ayant depuis la 
grosseur d'une aveline jusqu'à celle d'une petite noix. Elle est 
mondée de son épiderme, blanche à l'intérieur, jaunâtre par 
places au dehors, d'une odeur presque nulle. 

Cette racine, lorsqu'elle n'est pas trop ancienne, jouit encore 
d'une âcreté brûlante, et cependant le principe caustique de la 
racine d'Arum, de même que ceux du Manihot et d'autres végé- 
taux à la fois amylacés et vénéneux, peut se détruire par la torré- 
faction et la fermentation : il ne faut donc pas s'étonner si Lemery 
annonce qu'on a essayé d'en faire du pain dans les temps de 
disette. 

D'après Murray, la racine d'Arum contient deux sucs différents : 
un laiteux, et l'autre aqueux beaucoup plus acre que le premier. 
Murray ajoute également, d'après Gessner, que le suc exprimé de 
la racine récente verdit le sirop de violettes et est coagulé par 
les acides. Dulong, pharmacien à Astafort, ayant voulu vérifier 
ces faits, n'a obtenu de la racine d'Arum pilée dans un mortier, 
qu'un suc blanchâtre très-épais, tenant beaucoup d'amidon en 
suspension, presque entièrement dépourvu d'âcreté. Ce suc filtré 
n'était pas coagufé par les acides et ne verdissait pas le sirop de 
violettes; il rougissait, au contraire, le papier de tournesol. 

Racine d'Arum Serpentaire ou de Serpentaire commune. 

Arum Dracunculus, L. Dracunculus vulgarù, Schott. Cette plante 
croit surtout dans le midi de la France; elle est plus grande dans 
toutes ses parties que la précédente et s'eYi dislingue par ses 
feuilles pédalées et à folioles lancéolées, par sa hampe tachetée 
de noir comme la peau d'un serpent. La spathe est fort grande, 
blanchâtre au dehors, d'un rouge foncé en dedans, et le spadice 
est brun. La racine est sous la forme d'un pain orbiculaire, de 
5 à 8 centimètres de diamètre, portant à la surface supérieure un 
collet écailleux et des radicules. On nous envoie celte racine sè- 
che du Midi, et c'est presque la seule que Ton débite aujour- 
d'hui comme racine (TArum. Elle en diffère, cependant, en ce 
qu'elle est moins acre et moins active; que son volume est beau- 



88 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

coup plus considérable; qu'elle a la forme de rondelles plate*, ou 
de pains orbiculaires, sur la face supérieure desquels on observe 
encore des vestiges concentriques d'écaillés foliacées ; l'intérieur 
est d'un blanc d'amidon. 

Arum triphyllum % ou Arum à trois feuilles (Arisœma triphyllum, 
Schotl). Cette espèce croît dans la Virginie et au Brésil. L'École 
de pharmacie en possède la racine envoyée par M. E. Durand, de 
Philadelphie. Elle a la forme de rondelles droites ou oblique», 
larges de 25 à 40 millimètres, épaisses de 15 à 20; elle possède 
du reste tous les caractères de la racine d'Arum Tlilgaire. 

Plusieurs autres Àroïdées sont à citer pour leurs propriétés nu- 
tritives ou vénéneuses. Parmi les premières, il faut compter la 




3±9. — Draoonte poljphyUe. 



Colocase d Egypte (.4mm Colocasia, L.; Colocasia antiquorum, 
Scholl), et le Chou caraïbe (4mm esculentum, L. ; Çaladium eseu- 
lentum, Vent.), le Colocasiit himalaiensis, et V Arisœma utile, dont 
les fouilles et les racines sont également employées comme ali- 
ment. Parmi les secondes, je nommerai 1\4 rum seguinum des An- 
tilles {Dieffenbuchia seguina, Schotl), qui a l'aspect d'un bananier, 
mais dont l'odeur est repoussante, el dont le suc brûle et corrode 



AROIDÉES. — ACORE VRAI. 



80 



la peau, et le Draconté? polyphylle (Dracontium polyphyllum) 
{fig. 329). La fleur de Y Arum musivorum, L., répand également 
une odeur cadavéreuse qui attire les mouches; mais elle est gra- 
nie à l'intérieur de longs poils plongeant vers le fond du cornet, 
qui retiennent l'insecte imprudent qui s'y est précipité. Dans le 
nord de l'Europe, on mange les feuilles du Callapalustris; le Dra- 
contium pertusum (Monstera pertusa, Schott), au contraire, est em- 
ployé comme vésicatoire par les Indiens de Dcmérari. 

Racine d'Acore vrai. 

Acorus Catomu$,L. L'Acore (fig. 330) est une plante vivace, 
originaire de l'Asie et des côtes 
de la mer Noire, qui s'est na- 
turalisée en Europe ; on la cul- 
tive aussi dans les jardins. Ses 
feuilles ressemblent à celle de 
l'iris, mais sont plus étroites, 
plus droites et à deux tran- 
chants; elles sortent immédia- 
tement de la partie supérieure 
du rhizome, et parmi elles s'é- 
lève une hampe, de laquelle 
sort un long épi serré de fleurs 
hermaphrodites, au delà du- 
quel s'élève la feuille étroite de 
la hampe prolongée. Chaque 
petite fleur est munie d'un péri- 
gone unique, composé de six 
écailles, de six étamines atla 
chées au périgone, et d'un 
ovaire surmonté d'un stigmate 
sessile. Le fruit devient une 
capsule en pyramide trigone 
renversée. 

La racine d'Acore est grosse 
comme le doigt, articulée et 
couchée obliquement à la su- 
perficie de la terre. Telle que le 
commerce nous la donne, elle 
est spongieuse, et d'une séche- 
resse variable, suivant l'état hy- 
grométrique de l'air; elle est 
d'un fauve clair à l'extérieur, 




Fig. 330. — Àcore Trai. 



d'un blanc rosé à l'intérieur, d'une odeur très-suave. Elle offre 



90 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

deux surfaces bien distinctes : Tune, inférieure, garnie de points 
noirs d'où partaient les radicules ; l'autre, marquée de vestiges 
transversaux, d'où s'élevaient les feuilles. Il faut la choisir nou- 
velle et non piquée des vers. 

Trommsdorff a soumis celle racine fraîche à l'analyse et en a 
retiré, sur 64 onces: 15 grains d'une huile volatile plus légère que 
l'eau, 1 once d'inuline, 9 gros de matière extraclive, 3 onces 1/2 
de gomme, 1 once I /2 de résine visqueuse, 13 onces 6 gros de 
matière ligneuse, 42 onces d'eau (1). 

[L'huile essentielle se trouve particulièrement dans l'écorce: 
il y a par suite avantage, pour avoir un produit plus actif, à ne 
pas monder le rhizome ] 

Il est douteux que la racine d'Acore contienne de Yinuline, 
principe qui parait n'appartenir jusqu'ici qu'aux planles Synan- 
thérées. D'ailleurs la racine d'Acore noircit par le contact d'une 
dissolution d'iode, et ce fait seul prouve qu'elle contient de 
l'amidon. 

La racine d'Acore vrai est ordinairement demandée et livrée 
dans les officines sous le nom de Calamus aromaticus ; mais elle 
est bien différente du Calamus aromaticus des anciens; celui-ci 
était la tige odorante et amère d'une plante des Indes, de la fa- 
mille des Gentianées. Enfin il convient de toujours désigner la 
racine qui fait le sujet de cet article sous le nom d'Acore vrai % 
pour la distinguer de la racine d'une espèce d'Iris, que la ressem- 
blance de ses feuilles avec l'Acore a fait nommer Iris pseudo-aco- 
rus, c'est-à-dire Iris faux-acore. 

FAMILLE DES CYPÉRACÉES. 

Végétaux herbacés croissant, en général, dans les lieux humides et sur 
le bord des rivières. Leur tige est souvent triangulaire, munie de feuilles 
engainantes, longues, rubanées, et dont la gaine est entière et non fen- 
due, caractère qui les distingue des Graminées. Les fleurs sont herma- 
phrodites ou unisexuées, disposées en épis courts, composées chacune 
d'une écaille à l'aisselle de laquelle on trouve généralement trois éta- 
mines et un pistil composé d'un ovaire uniloculaire et d'un style à trois 
stigmates filiformes et velus. On trouve souvent autour de l'ovaire des 
soies bypogynes qui tiennent lieu d'un périanthe, ou une glumelle en 
forme d'urcéole et persistante. Le fruit est supère, monosperme, indé- 
hiscent, pourvu d'un péricarpe distinct du tégument propre de la 
graine. Il est nu ou entouré par l'urcéole. L'endosperme est farineux. 

Les Cypéracées forment une famille très-naturelle et très-voisine des 
Graminées; elle ne comprend aucune plante dangereuse. Ses fruits fa- 

(I) Trommsdorff, Annales de chimie, t. LXXX, p. 332. 



CYPÉRACÉES. — SOUCHET COMESTIBLE. 91 

rineux pourraient servir à la nourriture de l'homme s'ils étaient plus 
abondants. L'herbe verte contient peu de matière nutritive et les ani- 
maux en font peu de cas. Plusieurs espèces ont été employées comme 
diurétiques et diaphorétiques. Trois espèces, surtout, ont été considé- 
rées comme médicinales, et une comme alimentaire. 

Racine de Souchet long. 

Cyperus longus, L. Cai\gén.: épillets mulliflores, à glumes dis- 
tiques imbriquées, les inférieures vides et quelquefois plus petites. 
Périgone nul, 3 étamines, ovaire surmonté d'un style à 3 stigma- 
tes. — Car. spéc: chaume feuillu ; ombelle feuillue, surdécom- 
posée; épillets fascicules, alternes, linéaires. 

Le Souchet long croit en France et en Italie, dans les lieux ma- 
récageux. Sa racine est composée de jets traçants, de la grosseur 
d'une plume de cygne, marqués d'anneaux circulaires et pourvus, 
de distance en distance, de renflements oblongs qui donnent 
naissance aux tiges. L'épidémie est d'un brun noirâtre; l'inté- 
rieur est rougeâtre, d'apparence ligneuse; la saveur est amère, 
astringente et aromatique. La racine respirée en masse présente 
une faible odeur de violette. On en préparait autrefois une eau 
distillée aromatique; elle n'est plus usitée. 

Racine de Souchet rond. 

Cyperus rotundus, L. Celte plante vient dans le midi de la 
France et en Orient. Elle se distingue de la précédente, surtout 
par sa racine, qui est formée de tubercules ovoïdes gros comme 
de petites noix, quelquefois très-rapprochés, mais le plus souvent 
séparés par une radicule longue, ligneuse, traçante et déliée. Les 
tubercules, qui donnent naissance aux tiges, sont marqués d'an- 
neaux circulaires et parallèles, et sont pourvus d'une écorce pres- 
que noire, ûbreuse et foliacée; l'intérieur est blanchâtre, spon- 
gieux, aussi désagréable à mâcher que du liégg ; la saveur est lé- '*' 
gèrement aromatique ; l'odeur assez douce, mais faible. 

Souchet comestible. 

Cyperus esculentus, L. Cette espèce est originaire d'Afrique; on 
la cultive dans le midi de l'Europe. Sa racine se compose de ra- 
dicules déliées qui portent à l'extrémité un tubercule ovoïde, de 
la grosseur d'une olive. Ce tubercule est marqué d'anneaux cir- 
culaires et présente à la partie inférieure un petit plateau couvert 
de fibriles. Il est jaune en dehors, blanc en dedans, d'un goût 
doux, sucré et huileux, comme celui de la noisette. Il contient 
de l'huile et forme une émulsion lorsqu'on le pile avec de l'eau. 
C'est une véritable amande souterraine, ainsi que l'exprime son 



92 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

nom allemand (Erdmandel). Le Souche t comestible est nourris- 
sant, restaurant et propre, dit-on, à exciter l'appétit vénérien. 
Lemery Ta décrit sous le nom de trasi ou souchet sultan. Lobel Ta 
figuré (1). Il porte dans le nord de l'Afrique le nom de habel-assis. 

Busseuîl a rapporté, en 1822, du fort de la Mine, sur la côte de 
Guinée, une variété de souchet comestible qui est en tubercules 
plus gros que le précédent, arrondis, h épiderme noirâtre, d'un 
goût assez doux, mais un peu spongieux sous la dent. M. Lésant, 
pharmacien à Nantes, qui en a fait l'analyse, en a retiré un 
sixième d'huile fixe, de la fécule, du sucre, de la gomme, de l'al- 
bumine, etc. (2). 

C'est aux souchets qu'appartiennent la plante nommée Papyrus 
{Cyperus ParyruSy L.), avec laquelle les anciens peuples d'Egypte 
et de Syrie, et par suite les Grecs et les Romains, fabriquaient 
leur papier. Cette plante est remarquable par sa tige, qui est au 
moins de la grosseur du bras, triangulaire au sommet, et haute 
de 2 m ,50 à 3 mètres. On divisait cette tige en feuillets très-minces 
que l'on appliquait à angle droit, les uns sur les autres, comme 
on le pratique encore en Chine. Aujourd'hui môme en Europe, 
c'est principalement avec la tige des Cypéracées que Ton prépare, 
mais par un procédé différent, le papier dit de Chine, qui sert à 
l'impression des gravures en taille douce et des lithographies. 

Racine de Carex de» Sables. 

Carex arenaria, L. Car gén. : épis diclines, androgynes ou dioï- 
ques ; épillets uniflores. FI. mâles : 1 glume, 2 ou 3 étamines. 
FI. femelles : 2 glumes dont l'extérieure est semblable à celle de 
la fleur mâle; l'intérieure forme une urcéole qui enveloppe l'o- 
vaire. Le fruit est un achaine trigone renfermé dans l'urcéole. 
— Car, spéc. : épis androgynes composés; épillets alternes, en- 
tassés; les supérieurs mâles, les inférieurs femelles : 2 stigmates; 
capsules ovales, marginées, bifides, dentées, ciliées; chaume 
courbé en arc. 

Le Carex arenoria ou Laiche des sables {fig. 331) croît principale- 
ment dans les sables, sur le bord de la mer, en France, en Hol- 
lande et en Allemagne, et aussi en Angleterre, en Finlande et 
jusqu'en Islande. Il pousse des rhizomes traçants et fort longs 
qui sont utiles, surtout en Hollande, pour donner de la solidité 
aux dunes. Ces rhizomes ayant été usités en Allemagne, comme 
succédanés de la salsepareille, ont reçu le nom de Salsepareille 

(1) Lobcl, Observations % p. 41, fig. 2. 

(2) Lésant, Journ, de pharmacie, t. VIII, p. 497. 



GRAMINÉES. 



93 



d'Allemagne. Ils sont de la grosseur du gros chiendent, articulés 
mais à nœuds non proéminents et couverts de fibres déliées qui 
sont un débris des écailles foliacées qui entourent chaque nœud. 
Ils sont rougeâtres au dehors, blanchâtres et fibreux en dedans, 




Fig. 331. — Car» des sables. 

d'une saveur douceâtre, un peu désagréable et analogue à celle 
de la fougère. On leur substitue souvent les rhizomes d'autres 
Carex, et spécialement celui du C. hirta % L. 

FAMILLE DES GRAMINÉES. 



Plantes herbacées, plus rarement ligneuses, dont la tige, nommée 
chaume, est fistuleuse à l'intérieur, entrecoupée de nœuds pleins et 
proéminents, d'où naissent des feuilles alternes et distiques à pétioles 
engainants. La gaine, qui se prolonge d'un nœud à l'autre, est fendue 
dans toute sa longueur; le limbe est étroit, rubané, à fibres longitu- 
nales et parallèles; à la réunion de la gaîne et du limbe se trouve un 
bord saillant sous la forme d'une lame membraneuse ou d'une rangée 
de poils, auquel on donne le nom de ligule. 

Les fleurs sont disposées en épis et en panicules plus ou moins ra- 
meuses. Elles sont solitaires ou réunies plusieurs ensemble en petits 



94 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

groupes qui portent le nom d'épillets. A la base des épillets ou des 
fleurs solitaires, on trouve deux bractées ècailleuses (squammœ) presque 
de niveau, l'une externe, l'autre interne, formant ensemble ce qu'on 
appelle la glume. La bractée interne manque quelquefois, comme dans 
l'ivraie. Chaque fleur est pourvue, en outre, d'une enveloppe particu- 
lière nommée bàle ou glumelle, formée de deux (paleœ) paillettes dont 
une inférieure et externe, plus grande, carénée, est souvent munie 
d'une arôte dorsale et terminale, et dont l'autre, interne, porte deux 
nervures dorsales et représente deux sépales soudés par leurs bords 
contigus ; car ces deux paillettes, dont une double, formant ensemble 
la glumelle, répondent au périanthe externe de la fleur des autres 
monocotylédones. Plus à l'intérieur encore, et tout auprès des organes 
sexuels, se trouve une dernière enveloppe ou périanthe interne, 
nommé glumellule, formée par un verticiile de trois écailles courtes, 
nommées paléoles, mais dont l'interne manque le plus ordinairement. 
Les étamines sont hypogynes, le plus souvent au nombre de trois, rare- 
ment de deux (flouve), quelquefois de six (riz), très-rarement plus. Les 
anthères sont linéaires, à deux loges séparées par les extrémités. 
L'ovaire est uniloculaire, uniovulé, marqué sur le côté interne d'un 
sillon longitudinal et surmonté par deux styles distincts ou plus ou 
moins soudés, terminés chacun par un stigmate plumeux. Le fruit est 
un caryopse nu ou enveloppé par la glumelle. L'embryon est placé à la 
face inférieure et externe d'un gros endosperme amylacé. 

La famille des Graminées compose un des groupes les plus na- 
turels, les plus nombreux et les plus répandus du règne végétal. 
Elle ne renferme qu'un petit nombre de plantes dangereuses ou 
douées de propriétés actives, telles que l'Ivraie (Lolium temulen- 
tum), dont les fruits môles aux céréales causent des vomisse- 
ments, l'ivresse et des vertiges. [D'après les recherches de MM. 
Filhol et Baillet (1), cette plante doit son action toxique à un prin- 
cipe solide, mou, jaune-orange, insoluble dans l'eau, très-solu- 
ble dans l'alcool et Pélher, et ses propriétés narcotiques à une 
substance extraclive particulière.] La Mélique bleue (Molinia cœ- 
rulea, Mœnch.), qui croît aussi en Europe, dans les prés humides 
et dans les forêts, devient dangereuse pour les bestiaux vers l'é- 
poque de sa floraison. Le Festuca quadridentata, Kunth, fréquent 
à Quito, est très-vénéneux. Le rhizome du Brotnus purgans, L., 
qui croît dans l'Amérique septentrionale, et celui du Brotnus ca- 
tharticus très-connu au Chili sous le nom de guïlno, sont forte- 
ment purgatifs. Plusieurs espèces d' Andropogon sont très-aroma- 
tiques et riches en buile volatile. Mais le nombre de ces plantes 
est très-borné, et presque toutes les graminées sont éminemment 
nutritives et salubres. Ces propriétés sont surtout remarquables 

(1) \o\v Journal de pharmacie, 18C3, t. XLIV, p. 27. 



. GRAMINÉES. — RACINE DE CHIENDENT. 95 

dans les fruits, qui sont principalement formés d'amidon, d'albu- 
mine, de glutine, de sucre, elc, et qui servent à la nourriture 
de l'homme et des animaux dans toute l'étendue du monde. 

Si des fruits nous descendons aux tiges, nous y trouverons une 
semblable uniformité de principes, et principalement du sucre, 
qui abonde non-seulement dans la canne à sucre, mais encore 
dans les tiges du bambou, du sorgho, du maïs, dans les rhizomes 
du chiendent et dans la plupart des autres. 

Racine de chiendent. 

On emploie sous ce nom les rhizomes traçants de deux plantes 
différentes : l'une est le Chiendent pied-de-poule (Cynodon Dactylon, 
Rich. ; Paspalum Dactylon, DC; Panicum Dactylon, L.); l'autre 
est le chiendent commun ou petit chiendent (Triticum repens, L. ; 
Agropyrum, Beauv.). 

Car. gén. du Cynodon Dactylon. : Épillet contenant une fleur 
inférieure hermaphrodite sessile, et une fleur supérieure réduite 
à l'état d'un pédoncule tubulé qui manque même quelquefois. 
Glume à deux écailles carénées, dépourvues d'arête, la supérieure 
embrassant l'inférieure. Glumelle formée de 2 écailles, l'inférieure 
carénée, pointue, dépourvue d'arête ou mucronée; la supérieure 
à 2 nervures dorsales. Glumellule à 2 paléoles charnues, souvent 
soudées; 3 étamines; ovaire sessile; 2 styles terminaux; stigmates 
plumeux ; cariopse libre. — Car. spéc. : Épis digités ouverts, garnis 
de poils à la balle intérieure; jets traçants. 

Cette plante croît à la hauteur de 30 à 40 centimètres; ses jets 
traçants sont très-longs, delà grosseur dune plume de corbeau, 
cylindriques et entrecoupés d'un grand nombre de nœuds. De 
chacun de ces nœuds naissent ordinairement 3 écailles embras- 
santes qui recouvrent l'intervalle de 2 nœuds. Sous ces écailles 
se trouve un épiderme dur, jaune, vernissé, et à l'intérieur une 
substance blanche, farineuse et sucrée. 

Car. gén. de Y Agropyrum repens t Beauvais. Épillets comprimés, 
sessiles, à 4 ou 5 fleurs, à 2 écailles, égales, convexes; glumelle 
à 2 paillettes, dont l'inférieure linéaire, lancéolée, convexe. Ca- 
riopse libre ou soudé aux paillettes de la glumelle. — Car. spéc. 
Glumes quadri flores, subulées, arméesd'une arête; feuilles planes. 

Ce chiendent s'élève à la hauteur de 60 à 100 centimètres; ses 
jets traçants sont très-longs, moins gros que ceux du précédent, 
plus droits, moins noueux et plus rarement entourés d'écaillés 
foliacées. Par la dessiccation, ils deviennent anguleux et presque 
carrés. Ils sont moins farineux à l'intérieur et ont une saveur su- 
crée un peu plus prononcée. 



U6 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Les rhizomes de chiendent sont adoucissants et apéritifs étant 
employés en tisane ou en extrait. La tisane se prépare par décoc- 
tion avec le rhizome mondé de ses radicules et de ses écailles et 
contusé ; l'extrait est obtenu par infusion. 

Racine de Canne de Prorence on de grand roseau* 

Arundo Donax, L. Épillels contenant de Sa 5 fleurs distiques 
hermaphrodites, celle du sommet languissante. Glu me à 2 écail- 
les carénées, aiguës; glumelle à 2 paillettes, l'inférieure bifide au 
sommet, pourvue d'une arête courte, soyeuse à la base; la supé- 
rieure plus courte, bicarénée. Glumellule formée de 2 paléolcs 
charnues; 3 étamines ; ovaire sessile, glabre; 2 styles terminaux 
allongés ; stigmates plumcux. Gariopse libre. 

Ce roseau s'élève à la hauteur de 2 m ,5 à3 m ,5. Ses tiges, noueu- 
ses et creuses, servent à faire des instruments à vent; ses feuilles 
sont larges de 5 centimètres, longues de 60 centimètres, lisses, 
un peu rudes sur les bords; ses fleurs forment une belle panicule, 
purpurine et un peu dense ; sa racine est longue, forte, charnue, 
d'une saveur légèrement sucrée. On nous l'apporte sèche du 
midi de la France et surtout de la Provence; ce qui est cause 
qu'on la prescrit ordinairement sous le nom de racine de Canne 
de Provence:E\\e est coupée par tranches ou en tronçons de diver- 
ses grosseurs; inodore, d'un blanc jaunâtre à l'intérieur, spou- 
gieuse et cependant assez dure. Elle est recouverte d'un épiderme 
jaune, luisant, coriace, ridé longitudinalement, et marqué trans- 
versalement d'un grand nombre d'anneaux. Elle n'a presque pas 
de saveur. 

M. Alph. Chevallier, ayant analysé la racine de canne, en a re- 
tiré, entre autres produits, une matière résineuse qui a une sa- 
veur aromatique analogue à celle de la vanille, et avec laquelle il 
a aromatisé des pastilles qui se sont trouvées très-agréables au 
goût(l). 

Le môme chimiste a analysé les cendres de la racine de canne 
et en a retiré de la silice, mais sans aneuhe mention particulière. 
Avant lui, le célèbre Davy avait remarqué qu'un grand nombre 
de végétaux de la famille des joncs et des graminées contenaient 
de la silice, et que celte terre existait surtout dans l'épiderme, 
lisse et si dur, qui recouvre ces plantes. Elle y est jointe, dans 
les cendres à une certaine quantité de potasse, de sorte que 
ces cendres, poussées à la fusion sans aucune autre addition, don- 
nent un verre transparent (2). On sait, d'un autre côté, que les 

(I) Chevallier, Jour, de p/tann., t. III, p. 244. 
(2; Davy, Annales de chimie, t. XXXII, p. 169. 



«^MINÉES. — SCHŒNANTHE OFFICINAL. 97 

liges du Bambou, graminée gigantesque de l'Inde (Bambusa arun- 
dinacea, Relz), offrent assez fréquemment, dans l'intérieur de 
leurs articulations, des concrétions blanches nommées tabasheer 
ou tabaxir, composées, d'après Vauquelin, de silice 70, potasse 
et chaux 30 (1). 

La racine de Canne est employée comme antilaiteuse. 

Les médecins ont quelquefois prescrit, comme dépurative et 
aaiisjphilitique, la tige du roseau commun ou roseau à balai 
(Arundo Phragmites, L.), plante plus petite que la précédente, à 
panicule plus lâche et tournée d'un seul côté. Les épillets por- 
tent de 3 à 6 fleurs, dont l'inférieure est mâle et les autres her- 
maphrodites. Ce roseau croit en France et dans presque toute 
l'Europe, dans les étangs, les ruisseaux et les rivières. Sa tige est 
herbacée, creuse, entrecoupée de nœuds pleins; sa racine est 
longue et rampante, les panicules, coupées avant la floraison, 
servent à faire des balais d'appartement. Avec les tiges, coupées 
et aplaties, on fabrique des nattes et des tapis à mettre sous les 
pieds. La partie inférieure de la tige est séchée pour l'usage de 
l'herboristerie. Elle a la forme de tronçons creux, flexibles, cel- 
luleux, formés souvent par une cloison transversale répondant à 
un nœud, et ce nœud présente à l'extérieur des restes d'écaillés 
et des radicules. Cette tige est inodore et presque insipide. 

SchaBBAnthe officinal. 

Le Schœnanthe est le jonc aromatique ou le <j/oTvo; aptojzotTixb; de 
Dioscoride, qu'il dit croître en Afrique, en Arabie, et surtout 
au pays de Nabathée (Arabie déserte). Suivant Lemery, le Schœ- 
nanthe est tellement abondant dans cette dernière contrée et au 
pied du mont Liban, qu'on le fait servir de fourrage et de litière 
aux chameaux, ce qui est coniirmé par les noms de Fœnum ou 
de Stramen camelorum, qu'il porte également. A première vue, il 
est formé d'une touffe de feuilles paléacées, longues de 14 à 16 
centimètres, terminée en pointe par le bas, qui offre un petit 
nombre de radicules blanches, renflie au milieu, et se terminant 
à la partie supérieure par des débris de tiges graminées. Exa- 
minée plus en détail, cette substance offre à la partie inférieure 
un rhizome unique, oblique, très-court, ligneux, cylindrique, 
marqué de nœuds circulaires très-rapprochés, et de la grosseur 
d'un brin de chiendent. Chaque nœud donne naissance à une ra- 
mification qui se ramifie souvent de la môme manière, et le tout 

(1) Vauquelin, A anal. s du Muséum d histoire naturelle de Paris, t. IV, p. 478. 
Voir également Ann» de chim., t. XI, p. 61, et Journal de pharmacie, t. XXVII, 
p. 81. 

Ccimoit, Drogues, 7« édit. T. H. — 7 



08 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

se termine par un assez grand' nombre de chaumes très-déliés, 
entourés chacun à la base de feuilles serrées, assez larges et en- 
gainantes, et pourvus chacun d'une radicule blanehe, longue de 
5 à 8 centimètres. Les. chaumes, dont il ne reste que les débris à 
la partie supérieure, sont un peu plus gros qu'un 01, hauts de 
30 à 45 centimètres, et terminés par une panicule munie d'invo- 
lucres rougeâtres, d'où sort un amas de fleurs très-petites, lon- 
guement pédieellées, et dont le calice propre est entièrement 
couvert par de longs poils soyeux qui partent de la base. L'an- 
cienneté ctes échantillons ne permet guère de s'assurer de la 
nature des organes sexuels ; mais il n'est pas douteux que les 
fleurs ne soient en partie mâles et en partie hermaphrodites, 
comme dans les Andropogon, dont cette plante est une espèce. 

Les feuilles de Schœnanlhe sont pourvues d'une odeur persis- 
tante, analogue à celle du bois de Rhodes ; cette odeur devient 
plus forte, mais moins agréable, lorsqu'on les froisse entre les 
doigts; leur saveur est acre, aromatique, résineuse, très-amère et 
très-désagréable. La racine offre les mêmes propriétés, mais dans 
un degré inférieur; enfin les fleurs, qui sont la partie de la 
plante que l'on devrait faire entrer dans la thériaque, doivent 
avoir, au dire de Lemery, une odeur et une saveur encore plus 
prononcées que les feuilles ; mais celles que j'ai, ont peu d'o- 
deur, et n'ortt qu'une saveur faible, peut-être en raison de leur 
vétusté; aussi leur substitue-t-on la touffe radicale des feuilles, 
qui, comme je viens de le dire, jouit encore de propriétés assez 
énergiques. 

Schœnanthe des Indes et de Bourbon. — On apporte de l'île Bour- 
bon et de Madagascar, dit Lemery (1), un gramen qui a l'odeur et 
le goût du Schœnanthe, mais qui est plus vert et à panicules plus 
petites et moins chargées de fleurs. J'ai reçu anciennement cette 
plante de l'île de la Réunion où elle est connue sous le nom d'es- 
quùie. Un botaniste anglais, Royie, m'a dit qu'elle ressemblait 
beaucoup à une plante commune dans l'intérieur de l'Inde, re- 
gardée par les médecins comme le <roïvo; de Dioscoride, et ser- 
vant à l'extraction d'une huile volatile nommée grass oil of Na- 
mur. Elle diffère du Schœnanthe officinal en ce que, au lieu d'offrir 
une touffe de feuilles radicales courte et épaisse, partant d'un 
rhyzome unique, elle est formée d'un petit nombre de bourgeons 
ou de tubercules se développant les uns à côté des autres, 
pourvus d'assez fortes radicules, et portant chacun une tige 
haute de Cl) à 103 centimètres, grosse comme une plume et mu- 
nie de nœuds Irès-espacés qui donnent naissance à des feuilles 

(I; A. Lemery, Dictiotmiùt, 3* édition. 



GRAMINÉES. — ANDROPOGON DE LA MARTINIQUE. 99 

Irès-longues et très- étroites. Cette tige est terminée par une pa- 
nicule dont les involucres, au lieu de renfermer un amas de fleu- 
rons pédicellés et soyeux, donnent naissance à des épillets ver- 
dàtres qui portent des fleurons sessiles et presque dépourvus de 
poils. Enûn, toute la plante est moins aromatique que le Schœ- 
nanthe officinal. 

Origine du Schœnanthe. — La description des deux plantes pré- 
cédentes était indispensable pour établir nettement quelle espèc 
botanique peut produire le Schœnanthe officinal. Linné Ta attn 
bué à un andropogon de l'Inde et de Ceylan qu'il a nommé, à 
cause de cela, Andropogon Schœnanthus, spicis conjugatis ovato- 
oblongis racht, pubescente, flosculis sessilibus, arista tortuosa; et il a 
été suivi par tous les botanistes sans exception; mais cette 
plante, qui est bien aussi Y Andropogon Schœnanthus de Roxburg 
et de Wallich, ne produit que le Schœnanthe de l'Inde, qui est 
bien inférieur à celui d'Arabie. Tous les échantillons & Andropo- 
gon Schœnanthus qui se trouvent dans l'herbier de M. Delessertse 
rapportent à la plante de l'Inde et sont identiques avec YEsguine 
de Bourbon. Un seul échantillon, trouvé par M. Bové dans les dé- 
serts qui avoisinent le Caire, en Egypte, se rapporte au Schœnan- 
the d'Arabie, ce qui s'accorde avec les lieux d'origine indiqués 
par Dioscoride. M. Decaisne y a reconnu Y Andropogon lanîgerum 
de Desfonlaines (1), qui est également Y Andropogon eriophorus de 
Willdenow. C'est donc bien cette espèce seule qui produit le 
Schœnanthe officinal. 

Andropogon à odeur de citron de la Martinique. 

D'après le docteur Fleming, cité par Wallich (2), le Schœnan- 
the de l'Inde y porte le nom de lemon~grass 9 ou de chiendent- 
citron. Petroz, ancien pharmacien en chef de la Charité, a 
reçu de la Martinique, sous le nom de citronnelle, un Andropogon 
que les médecins du pays confondent aussi avec le Schœnanthe 
et qui y passe pour vénéneux, ou au moins comme propre à faire 
avorter les femmes et les bestiaux; celte plante se rapproche 
beaucoup, en effet, du Schœnanthe, mais elle est bien plus grande 
dans toutes ses parties. Elle commence, à la partie inférieure, 
par un rhizome unique, court, ligneux et cylindrique, semblable 
à du gros chiendent. Ce rhizome s'est accru successivement cha- 
que année, par la partie supérieure, de manière à former une 
souche grosse comme le doigt, courbée, ramifiée, longue de 13 à 
16 centimètres, garnie dans toute sa longueur de radicules blan- 

(1) Desfontaines, Flora at lande a, t. II, p. 379. 

(2) Wallich, Ptanlœ asiaticœ rariores, vol. III p. 48. 



100 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

ches semblables à celles du Schœnanthe; à l'extrémité supérieure 
se trouvent 5 à 6 bourgeons foliacés, formés par les pétioles 
embrassants et comme imbriqués des feuilles ; ces pétioles sont 
longs de 13 à 16 centimètres, et offrent une articulation avec le 
limbe de la feuille, qui est étroit et long de 65 à 80 centimètres. 
11 n'y a pas d'apparence de tige. La plante entière a une odeur de 
rose fort agréable, quoiqu'elle ait beaucoup souffert de l'humi-* 
dite et qu'elle ait perdu presque toute saveur. 

Racine de VéiiTer. 

Depuis une cinquantaine d'années déjà, on trouve dans le com- 
merce, sous le nom dcvétiver, ou mieux de vitlie-vayr, une racine 
qui sert dans l'Inde h parfumer les appartements, étant humectée 
d'eau, ou à préserver les hardes et les tissus de l'attaque des 
insectes. Cette racine ressemble à celle du clûendent à balai 
{Andropogon ùchœmum, L.); aussi la nomme-t-on vulgairement 
Chiendent des Indes; elle est cbevelue, d'un blanc jaunâtre, tor- 
tueuse, longue tantôt de quelques pouces, tantôt de près de 30 cen- 
timètres; douée d'une odeur forte et tenace analogue à celle de la 
myrrhe, et offrant une saveur amère et aromatique. Cette racine, 
ou plutôt ces radicules (fig. 332) sortent en grand nombre d'une 




Fig. 332. — Racine de Vétiver. 

souche qu'on y trouve quelquefois réunie, et qui est tantôt obli- 
que et traçante, munie de bourgeons foliacés à 4a partie supé- 
rieure, tantôt formée de tubercules qui naissent les uns à côté 
des autres ; la tige, lorsqu'elle existe, est moins grosse que le petit 
doigt, aplatie, presque à deux tranchants, couverte de pétioles 
embrassants, lisse et d'une couleur jaune ; les autres parties man- 
quent complètement. 

Le Vétiver est produit par une plante très-commune daus 
l'Inde, qui est YAndropogon muricatus de Retz. Ses tiges sont 
nombreuses, unies, très-droites, hautes de l m ,3 à 2 mètres; ses 
feuilles sont étroites, longues de m ,6 à 1 mètre, inodores; les 
fleurs sont nombreuses, petites, épineuses sur une des deux feuilles 
de laglume, ciliées sur l'autre. Suivant quelques botanistes, qui 
funt de cette plante un genre particulier sous le nom de Vttlveria, 



GRAMINÉES. — CANNE A SUCRE. 101 

elle serait dioïque; mais cette observation est loin d'être prouvée. 

La racine de Vétiver a élé analysée par Vauquelin, qui en a re- 
tiré : 1° une matière résineuse d'un rouge-brun foncé, ayant une 
saveur acre et une odeur semblable à celle de la myrrhe; 2° une 
matière colorante soluble dans l'eau; 3° un acide libre; 4° un sel 
calcaire; 5° de l'oxyde de fer en assez grande quantité; 6° une 
grande quantité de matière ligneuse (1). 

On emploie dans l'Inde, aux mûmes usages que le Schœnanlbe 
et le Vétiver, les racines ou les feuilles de plusieurs autres Andro- 
pogon peu connus, et qui se confondent peui-ôlre en partie les 
uns avec lesautres : tels sont les A. Nardus, L. (ginger-grass, Engl.) ; 
— Jwarancusa, Roxb.; — Parancura, Blanc ; — Cùratus, DC. C'est 
à Tune de ces espèces, probablement à l'Iwarancusa, qu'il faut 
attribuer une racine d'origine indienne que Ton substitue souvent 
dans le commerce au véritable vétiver, et qui s'en dislingue par 
des radicules longues de 25 à 30 centimètres, blanchâtres, peu 
tortueuses, faciles à réunir en faisceaux réguliers, d'une odeur 
assez faible et fugace; tandis que le Vétiver es! formé de radicu- 
les jaunes, courtes, fortement torlueuses, formant des amas 1res- 
emmêlés et pourvus d'une odeur plus forle et bien plus tenace. 

Canne à mere. 

Saccharum offietnarum, L. (fig. 333). Épillets biflores, poilus à la 
base, à fleur inférieure neutre, à une seule paillette ; la supérieure 
hermaphrodite; 3 élamines ; ovaire sessile glabre ; 2 styles ter- 
minaux, allongés ; stigmates plumeux. 

Très- belle plante graminée qui, jusque dans ces derniers temps, 
a fourni la presque totalité du sucre consommé dans le monde 
entier; et, bien qu'aujourd'hui elle partage cette production avec 
la betterave, la grande importance qu'elle conserve encore pour 
les pays qui la cultivent, m'engage à en parler avec quelque 
détail. 

Le sucre paraît avoir élé connu, à une époque très-reculée, des 
habitants de l'Inde et de la Chine ; mais il ne l'a été en Europe 
que par les conquêtes d'Alexandre. Le mol Saccharon se trouve 
dans Dioscorides et dans Pline; cependant d'après leurs descrip- 
tions, on peut croire que le produit qu'ils nommaient ainsi dif- 
férait un peu du nôtre. 

Pendant plusieurs siècles, son usage dans l'Occident a été res- 
treint à la médecine; mais la consommation s'en augmentait peu 
à peu ; et, après le temps des Croisades, les Vénitiens, qui l'ap- 

f i) Yauquelin, Annaks de chimie, t. LXXII, p. 30?. 



102 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



portèrent de l'Orient et le distribuèrent aux parties septentrio- 
nales de l'Europe, en firent un commerce très-lucratif. 

Pendant ce temps également, la culture de la Canne à sucre, 
originaire de l'Inde, se rapprochait de l'Europe, comme en Ara- 
bie, en Syrie et en Egypte; enfin, on la planta en Sicile, en Italie, 

et môme dans la Provence ; 
mais la rigueur de certains* 
hivers, dans celte dernière 
contrée, força d'en aban- 
donner la culture. En 1420, 
Henri, régent de Portugal, 
fit planter la Canne à sucre 
dans l'île de Madère, qui 
venait d'être découverte ; 
elle y réussit parfaitement, 
et passa de là aux Canaries 
et à l'île Saint-Thomas. 

Enfin , Christophe Co- 
lomb ayant découvert le 
Nouveau Monde, en 1506, 
un nommé Pierre d'Ar- 
rança porta la Canne à His- 
paniola, aujourd'hui Saint- 
Domingue, et elle s'y mul- 
tiplia avec une si prodi- 
gieuse vitesse, qu'en 1518 
il y avait déjà dans cette lie 
vingt-huit sucreries , et 
qu'on a dit que les magni- 
fiques palais de Madrid et 
de Tolède, bâtis par Char- 
les-Quint, avaient été payés 
avec le seul produit des 
droits imposés sur les su- 
cres de l'île espagnole. 
La Canne est donc étrangère non-seulement à l'Amérique, mais 
encore à l'Europe, à l'Afrique et à toute la partie de l'Asie située 
en deç} du Gange. Quelques historiens ont prétendu qu'elle était 
naturelle à l'Amérique ; mais, outre qu'on ne l'y trouve pas à l'é- 
tat sauvage, elle y est stérile la plupart du temps, et ne s'y repro- 
duit que par bouture. 

La culture de la Canne à sucre varie suivant les climats et les 
contrées. D.ms l'Indo^tan on la plante par boutures vers la fin de 
mai, lorsque le terrain est réduit à l'état de limon très-doux par 




Fig. 333. — Canne à sucre. 



GRAMINÉES. — CANNE A SUCRE. 103 

les pluies ou par des arrosements artificiels ; on la coupe en jan- 
vier ou février, c'est-à-dire neuf mois après la plantation, et avant 
sa floraison qui diminuerait beaucoup sa richesse en sucre. 

En Amérique, où le terrain lui est moins convenable, la Canne 
ne mûrit que douze à vingt mois après sa plantation. On recon- 
naît qu'elle est bonne à récoltera la couleur jaune qu'elle prend; 
alors on la coupe, et on laisse pousser les rejetons, qui sont bons 
à couper au bout d'un an environ. Lorsque le même plant a 
poussé ainsi quatre ou cinq fois, on le détruit pour le replanter 
tout à fait. 

La tige de la Canne est un chaume comme celle des autres Gra- 
minées, et elle présente dans sa hauteur, qui est de 3 à 4 mètres 
ou davantage, quarante, soixante ou même quatre-vingts nœuds. 
Cette tige n'est pas également sucrée dans toute sa longueur; le 
sommet l'est bien moins que le reste, et c'est pour cette raison 
qu'on le retranche avant la récolte pour servir de bouture. 

Cette première opération faite, on coupe le reste des cannes très 
près de la terre, et on en forme des bottes que l'on porte au moulin. 

Ce moulin est composé de trois gros cylindres de fer, élevés vertica- 
lement sur un plan horizontal, lequel est entouré d'une rainure des- 
tinée à l'écoulement du suc. Ces cylindres sont traversés par un axe 
de bois terminé en pivot aux deux extrémités : celui du milieu est mû 
par une force quelconque, et, au moyen d'engrenages, communique 
son mouvement en sens contraire aux deux autres. On présente un 
paquet de cannes entre deux de ces cylindres dont le mouvement tend 
à les y faire entrer; elles y passent, s'écra3ent, et le suc en découle. 
Pour mieux les épuiser, une autre personne, placés derrière le mou- 
lin, les reçoit, et les présente de l'autre côté du cylindre du milieu : 
elles y entrent de nouveau, sont encore écrasées, et repassent du pre- 
mier côté. 

La canne ainsi expfimée se nomme bagasse : on la fait sécher, et on 
l'emploie comme combustible. 

Le suc exprimé se nomme vesou : on le fait couler, au moyen d'une 
rigole, jusque dans deux grands réservoirs placés proche du four- 
neau : il s'y dépure un peu ; mais on ne l'y laisse que le temps stric- 
tement nécessaire pour cela, car il fermente de suite, et le sucre se 
détruit. 

Le fourneau sur lequel s'opèrent la clarification et l'évaporation du 
vesou, a la forme allongée d'une galère, et porte quatre ou cinq chau- 
dières, dont la plus grande est placée à côté des réservoirs, et la plus 
petite à l'extrémité où est le foyer. Par celte disposition, c'est cette 
dernière chaudière qui chauffe le plus, et la première le moins. Toutes 
ces chaudières sont d'abord remplies d'eau que l'on vide à mesure 
que le sirop y arrive ; leur capacité est calculée de manière que la 
dernière peut recevoir le produit concentré des deux réservoirs rem- 
plis chacun deux fois. 



104 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉBONÉS. 

On remplit la première chaudière de vesou, et on l'y môle avec une 
petite quantité de lait de chaux, qui donne de la consistance à l'écume 
qui se forme, et en facilite la séparation ; dans cette chaudière lo. 
liquide ne s'élève pas à plus de GO degrés et ne bout pas par consé- 
quent. Lorsque l'écume est bien rassemblée à la surface, on l'enlève 
avec une large écumoire, et on fuit passer la liqueur dans la seconde 
chaudière. Le liquide commence à bouillir dans cette chaudière et se 
clarifie mieux. A un point déterminé de cuisson et de clarification, on 
le fait passer dans la troisième : dans toutes les deux, on ajoute une 
nouvelle quantité d'eau de thaux, si cela parait nécessaire pour hAler 
la clarification. 

Lorsque le sirop est parfaitement transparent et cuit comme un 
sirop ordinaire, on le fuit passer dans la dernière chaudière, où l'ébul- 
lition et l'évaporation sont extrêmement rapides, et dans laquelle on 
le rapproche jusqu'à ce qu'il puisse cristalliser par le refroidissement. 

Les opérations que je viens d'indiquer sont assez généralement sui- 
vies dans toute l'Amérique; il n'en est pas de même de celles qui 
suivent. 

Dans les possessions anglaises, par exemple, on se contente de faire 
couler le sirop cuit dans une grande chaudière isolée du fourneau, 
et nommée rafraichissor ; il s'y refroidit et cristallise en partie; on 
l'agite pour rendre le grain plus fin et plus uniforme, et on le distribue 
dans des tonneaux percés au fond de quelques trous cme l'on tient bou- 
chés avec la queue d'une feuille de palmier. 

Lorsque la cristallisation est achevée dans ces tonneaux, on débou- 
che en partie les trous, afin de faire écouler la portion restée liquide, 
que Ton nomme mt lasse ; on laisse égoutter entièrement le sucre 
solide, et on l'envoie en Europe sous le nom de sucre brut, cassonade, 
ou moscouade. 

Dans les possessions françaises, on fait de môme en partie refroidir 
et cristalliser le sirop dans un rafraichissoir; mais ensuite on le dis- 
tribue dans des formes coniques en terre cuite, renversées sur des pots 
de même matière. Ces formes sont percées au sommet d'un trou que 
l'on tient bouché jusqu'à ce que la cristallisation soit achevée; alors on 
les débouche pour laisser écouler le sirop, et on laisse égoutter les 
pains pendant un mois : après ce temps on procède au terrage. 

Cette opération consiste à recouvrir uniformément la surface des 
pains de sucre avec une couche d'argile délrcmpée; cette argile cède 
peu à peu son eau, qui traverse également toute la masse du sucre et 
en dissout le sirop. On rafraîchit cette terre trois fois en quatre jours; 
le cinquième on la remplace tout à fait par de nouvelle, et on conti- 
nue ainsi jusqu'à ce qu'on ait fait trois terrages ou neuf rafraîchis : 
alors, le sucre étant autant que possible privé de sirop, on le retiie 
des formes, on le renverse sur sa base pour y répandre uniformément 
l'humidité accumulée au sommet, et on le laisse sécher à l'air pendant 
six semaines; en dernier lieu, on le met en poudre grossière, et on 
l'envoie en Europe sous le nom de iucre terré ou de cassonade. 

Pendant longtemps la cassonade, arrivée en France, a été en partie 



GRAMfftÉES. — CANNE A SUCRE. 105 

employée à l'état brut par les confiseurs et les pharmaciens, et n'était 
guère raffinée que pour l'usage de la table ou pour les sucreries déli- 
cates; mais aujourd'hui elle est presque entièrement amenée à l'état 
de sucre en pains. 

Dans les raffineries on se sert d'une grande chaudière placée isolé - 
ment sur son fourneau en maçonnerie, et de deux autres chaudières 
plus petites, placées sur un môme fourneau, et dont une seule, de 
môme que dans les sucreries, se trouve immédiatement au-dessus 
du feu. 

On met dans la grande chaudière des quantités déterminées de 
sucre et d'eau de chaux claire, et on chauffe le tout lentement. Lors- 
que l'écume est formée, on l'enlève très-exactement, et on ajoute à la 
liqueur du sang de bœuf délayé dans de l'eau ;. alors on la chauffe jus- 
qu'à la faire bouillir, on l'écume et on continue d'y ajouter du sang 
de bœuf et d'écumer jusqu'à ce que la clarification soit parfaite. On 
(ait passer le sirop clarifié dans la première bassine du second four- 
neau; on l'écume et on le cuit encore ; enfin on le passe dans la chau- 
dière où l'on doif en achever la cuite. On agit pour la cristallisation et 
pour le terrage de la même manière que dans les sucreries. 

Lorsqu'on veut avoir du sucre encore plus beau, on lui fait subir de 
nouveau les mômes opérations, et alors on l'obtient en pains sonores, 
très-durs, translucides et d'un blanc parfait. 

Depuis plusieurs années, les procédés qui viennent d'ôlre exposés 
ont reçu de grandes améliorations, mais en attendent encore de plus 
considérables. Avequin, qui a dirigé l'exploitation de grandes sucre- 
ries en Amérique, a d'abord montré que les anciens moulins ne reti- 
rent guère que 50 pour 100 de suc de la canne, tandis que celle-ci en 
renferme en réalité 90 centièmes. Jusqu'à présent, les perfectionne- 
ments apportés aux appareils de pressage n'ont pu en faire obtenir que 
de 60 à 68. 

Le vesou contient de 13 à 20 centièmes de sucre, et, par l'ancien 
procédé d'extraction, on n'en obtient que 1 à 9 tout au plus. Le sur- 
plus se trouve détruit par la fermentation, ou par la conversion du 
sucre cristallisable en sucre incristallisable pendant l'action continuée 
du calorique, ou enfin reste dans la mélasse mélangé à des sels qui 
s'opposent à sa cristallisation. 

Pour parer à ces divers inconvénients, on procède le plus tôt possi- 
ble à la défécation du vesou par le moyen de la chaux, et on le porte 
immédiatement à l'ébullition, au lieu de le chauffer lentement dans 
une chaudière très-éloignée du feu, comme on le faisait auparavant. 

On filtre deux fois le sirop au noir animal en grains : une première 
fois, lorsqu'il vient d'ôtre déféqué; une seconde, lorsqu'il est concentré 
à ï'6 degrés du pèse-sirop. 

On évapore le sirop clarifié, par très-petites parties, dans des chau- 
dières en cuivre placées sur un feu vif, de manière à ce que chaque 
portion de liquide ne supporte la température de l'ébullition que pen- 
dant quelques minutes; ou bien on le concentre dans le vide, et, par 
conséquent, à une température bien inférieure ù 100 degrés. 



\m VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDDNÉS. 

Divers végétaux qui contiennent du sucre. — La Canne n'est pas le seul 
végétal qui contienne du sucre cristallisablc, quoique aucun autre 
ne puisse soutenir la concurrence avec elle pour la quantité. Indé- 
pendamment des tiges des autres graminées précédemment citées, le 
tronc de plusieurs érables en contient, et surtout celui de YAcertac- 
charinum, arbre indigène aux forêts de l'Amérique septentrionale. La 
racine de betterave en renferme également et en fournil une certaine 
quantité au commerce. On pourrait également en extraire des navet*, 
des carottes, des bâtâtes douces (Batatas edulis), des fruits sucrés non 
acides, tels que les melons, les châtaignes, les baies de genièvre. Quant 
aux fruits acides, ils ne peuvent contenir que du glucose, en raison 
de la transformation que les acides font éprouver au sucre cristallisa- 
ble. Tels sont les raisins, les groseilles et autres fruits rouges de nos 
climats, les oranges, etc. 

Propriétés. — Le sucre est soluble dans la moitié de son poids 
d'eau froide, et dans toute proportion d'eau bouillante. Il cristal- 
lise facilement, surtout par évaporation lente dans une étuve. 
On le nomme alors suwe candi. 

Il est insoluble à froid dans l'alcool pur ; mais il s'y dissout à 
chaud, et cristallise par le refroidissement. Il se dissout facile- 
ment à froid dans l'eau-de-vie, ce qui offre un moyen de recon- 
naître lorsqu'il est mêlé de sucre de lait, lequel y est insoluble; 
mais cette fraude serait sans objet, au prix où est le sucre aujour- 
d'hui. Une autre falsification qu'on lui fait subir, consiste à le 
mélanger de glucose, ou sucre d'amidon. On reconnaît celte fal- 
sification par le moyen de la potasse qui se combine avec le sucre 
de canne sans le colorer sensiblement, tandis qu'elle décompose 
le glucose en lui communiquant une couleur brune foncée. Pour 
faire cet essai, on introduit dans un petit matras de verre 10 gram- 
mes de sucre, 30 grammes d'eau, 5 décigrammes de potasse pure, 
et on fait bouillir pendant quelques minutes. La coloration brune 
indique le mélange de glucose. 

Le sucre, exposé au feu, se fond, se boursoufle, brunit et exhale 
une odeur particulière assez agréable. A cet état, il porte le nom 
de caramel ; exposé à une plus forte chaleur, il brûle avec une 
belle flamme blanche, et laisse un charbon volumineux. Celui-ci, 
incinéré, laisse un peu de cendre blanche, principalement com- 
posée de carbonate et de phosphate de chaux. L'acide nitrique 
dissout le sucre et le transforme, à l'aide du calorique, en une 
série d'acides dont les termes principaux sont l'acide saccharique 
(C^Htoo 16 ), l'acide oxalique (C 2 HO*) et l'acide carbonique (C*0 4 ). 

Le sucre pur, cristallisé, a pour formale C l2 H ll 11 . On suppose 
qu'il contient 2 molécules d'eau, et que sa composition à l'état 
anhydre = DWO 9 . Ce qu'il y a de certain, c'est que le sucre 



GRAMINÉES. — CANNE A SUCRE. 107 

cristallisé, en se combinant avec les bases, perd 1 ou 2 molécules 
d'eau, qui se trouvent remplacées par 1 ou 2 molécules de base. 
Le saccharate de chaux a pour formule C l W0 9 + CaO.HO ; le 
saccharate de plomb = C ia H 9 9 + 2PbO. ~" 

Cire de la canne à sucre , ou Cérosie. — Un grand nombre de végé- 
taux laissent exsuder sur leurs liges, leurs feuilles ou leurs fruits, 
une substance qui a été désignée généralement sous le nom de 
cire végétale, mais qui est loin d'être la môme pour tous. La Canne 
à sucre, particulièrement, présente sur toute sa tige et à la base 
amplexicaule des feuilles, une poussière blanchâtre qu'on peut 
en séparer en la grattant avec un couteau, et qui abonde sur 
la Canne violette plus que sur les autres variétés. 153 cannes grat- 
tées ont fourni 170 grammes de cire ; la Canne à rubans en fournit 
un peu moins ; la Canne d'Otahitien contient à peine le tiers de la 
canne à rubans; la Canne créole, originaire de l'Inde, n'en donne 
presque pas. 

On pourrait obtenir la cérosie par le grattage des tiges; on la 
traiterait ensuite par l'alcool froid pour la priver de chlorophylle; 
on la dissoudrait dans l'alcool bouillant, et on l'obtiendrait par 
la distillation de l'alcool. Mais, comme celte substance est entraî- 
née, en grande partie, par le suc qui sort des cannes pendant 
leur expression, et qu'elle y reste suspendue ou vient nager à sa 
surface, il est préférable de porter le vesou à l'ébullilion sans 
addition de chaux, afin d'obtenir la cérosie mélangée h l'albu- 
mine et à la chlorophylle sous forme d'écume. On lave cette 
écume à l'eau d'abord, puis à l'alcool froid, et on la traile enfin 
par l'alcool bouillant. Bien que, par ces procédés, on perde une 
grande partie de la cérosie qui existe sur les cannes, cependant 
Avequin a calculé qu'un arpent de cannes, qui produit environ 
18,000 cannes, fournirait 36 kilogrammes de cérosie, et qu'une 
habitation cultivant par an 300 arpents de cannes en produirait 
10,000 kilogrammes. Ce produit pourrait donc devenir très-im- 
portant pour le commerce. 

La cérosie est insoluble dans l'eau et à froid dans l'alcool rectifié.. 
Elle se dissout dans l'alcool bouillant cl le fail prendre en masse 
par le refroidissement. Elle est peu soluble dans l'éther; elle est 
très-dure et peut se pulvériser dans un mortier ; elle fond entre 
80 et 82 degrés, brûle avec une belle flamme blanche et sérail 
d'un emploi très-avantageux dans la fabrication des bougies. 
E'te est très-difficilement saponiliable. M. Dumas l'a trouvée for- 
mée de C^H^O 9 , composition très-remarquable qui fait entrer la 

cérosie dans la série des alcools, tfinsi que le montre le tableau 
suivant : 



108 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Esprit des bois = C*H* \ 

Alcool de vin = OH* } 

Glycérine = £• H* ( 

Essence de pommes de terre = C ,0 H l ° { "+" _ °* 

Ethal = C«H« \ 

Cérosie = G*W« J 

Sorgho. 

[Parmi les Graminées saccharifères, il faut ment ionner le Son/Ao 
sucré (Sorghum saccharatum) sur lequel l'attention s'est portée 
dans ces derniers temps. C'est une plante haute de l m ,50 à 
3 mètres, portant au sommet de la tige une grosse inflorescence 
rameuse, garnie à maturité d'un nombre considérable de ca« 
riopses ovoïdes presque sphériques, luisants, de couleur varia- 
ble. On la cultive dans le midi de la France, et on a surtout 
essayé de l'exploiter aux environs de Marseille. Il résulte du tra- 
vail de M. Joulie (1), que le Sorgho contient : 1° du sucre cristal- 
lisable, ayant un pouvoir rotatoire de + 73°,8 ; 2° du glucose 
dextrogyre à pouvoir rotatoire de + «6° ; 3° du glucose lévogyre 
ou lévulose à pouvoir rotatoire de — 106°. Le sucre va augmen- 
tant dans la plante depuis le moment de l'apparition des épis, jus- 
qu'à la maturité de la graine; et cette augmentation porte prin- 
cipalement sur le sucre de canne. Mais ce sucre est d'une extrac- 
tion Irès-diflicile et on ne peut très-souvent utiliser le Sorgho que' 
pour la fabrication de l'alcool.] 

Fruits alimentaires de Graminées. 

Tous les fruits des plantes graminées peuvent être considérés 
comme alimentaires, à l'exception de celui de l'Ivraie, qui pos- 
sède une qualité malfaisante ; mais on ne cultive que ceux qui 
produisent le plus ou que leur volume rend plus faciles à récolter; 
tels sont, dans presque toutes les contrées du monde, le blé ou 
froment, l'épeautre, le seigle, l'orge, le riz, le maïs, l'avoine ; et 
dans certains pays, les millets, les sorghos, les éleusines, les 
poas, etc. 

Froment. 

Triticum salivum, Lamk., comprenant comme sous-espèces les 
Triticum œstivum, Itybcrnum et turgidum, de Linné. Tiges hautes 

{\) Voir pour plus de détails : Joulie, Études et expériences sur le Sorgho à 
sucre. Thèse de l'École de pharmacie de Paris, I8GI ; — et Adr. Sicard. Mono- 
graphie de fa cifinc à sucre de In Chine, dite Sorgho à sucre, 2 e édition. Paris, 
1858, 2 vol. in-8. 



GRAMINÉES. — FROMENT. 409 

de 100 à 130 centimètres, garnies de 4 ou 5 feuilles, et terminées 
par uq épi long de 8 à 12 centimètres ; ceux-ci sont composés 
de 15 à 21 épillets sessiles, ventrus, imbriqués, glabres ou velus 
selon les variétés; mutiques ou garnis de barbe. Chaque glume 
renferme ordinairement 4 fleurs fertiles et une cinquième impar- 
faite. Le fruit est un cariopse ovale, mousse par les deux bouts, 
convexe d'un côté, creusé d'un sillon longitudinal de l'autre ; le 
battage le privant de sa glume, il ne conserve que son tégument 
propre, mince, dur, transparent, qui, séparé île la farine par le 
blutoir, constitue le son. Les proportions de son et de farine peu- 
vent varier beaucoup suivant les blés et selon les procédés de 
mouture ; on obtient en moyenne : 74 de farine et 23 de son. 

D'après M. Boussingault, le froment contient en moyenne sur 
100 parties : 

Gluten 12,8) . , 4 . , ln 

Albumine 1,8 ) substances "Otées. 1 4,6 

Amidon 59,7 

Dextrine 7,2 

Cellulose : 1,7 

Sels minéraux ... 1,6 

Eau 14,0 

100,0 

100 parties de froment ne fournissent que 1,65 de cendre com- 
posée principalement de phosphates et silicates de soude, de 
chaux et de magnésie. Celte cendre ne renferme pas de sulfa'.e 
ou n'en présente que des traces, ce qui permet de reconnaître la 
farine pure de celle qui a été falsifiée avec du sulfate de chaux. 

Quanta la farine de froment, voici sa composition moyenne, 
d'après Payen : 

Substances azotées 14,15 

Amidon et dextrine 68,43 

Matières grasses . 1,25 

Cellulose 0,05 

Matières minérales 1,90 

Eau 14,2*2 

100,00 

Pour faire l'analyse de la farine de froment, on la met en pâle 
av *c de l'eau, on la renferme dans un nouet de linge et on la ma- 
k* e sous un filet d'eau. L'eau dissout la gomme et le sucre et 
draine l'amidon qui se dépose au fond. La liqueur filtrée et con- 
cenlrée fournit une petite quantité d'albumine coagulée que Ton 
^pare par le filtre. On évapore à siccilé et on traite par de l'al- 
c °ol bouillant qui dissout le sucre ; la gomme reste. 



MO VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. - ORGE. 

La partie de la farine qui reste dans le linge est sous forait 
d'une masse molle, très-collante et élastique qui porte le non* 
de gluten; mais comme elle retient toujours une grande quantité 
d'amidon, il faut la retirer du linge et la malaxer à nu sous un 
filet d'eau et au-dessus d'un tamis de soie, jusqu'à ce que l'eau 
cesse d'êlre laiteuse. La masse qui reste alors, et qui constitue 
le Gluten de Beccatia, pèse sèche de 0,10 à 0,14 du poids de la fa- 
rine. Cette substance a d'abord été considérée comme un prin- 
cipe immédiat particulier ; mais Einhoff a montré qu'elle était 
formée au moins de deux principes azotés, dont l'un est de Y al- 
bumine végétale naturellement soluble, mais qui reste unie au 
second principe par une adhérence moléculaire. Ce second prin- 
cipe, nommé glutine, est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool 
bouillant et peut être obtenu par ce moyen. C'est à la présence 
de ces deux principes réunis que la farine de froment doit de for- 
mer un pain très-nourrissant et de facile digestion : nourrissant 
en raison de l'azote qu'ils contiennent ; facile à digérer parce 
que le gluten communique à la pâte une ténacité qui retient l'a- 
cide carbonique produit pendant la fermentation et la rend po- 
reuse et légère. La farine de blé est donc d'autant plus estimée 
qu'elle fournit plus de gluten par le procédé qui vient d'être 
indiqué. 

Seigle. 

Secale céréale, L. Le Seigle s'élève à la hauteur de 130 à 160 cen- 
timètres. Les fleurs sont disposées, au haut de la tige, en un épi 
simple, comprimé, long de 11 à 15 centimètres; les épillets sont 
composés de 2 Heurs hermaphrodites, avec un rudiment linéaire 
d'une troisième fleur terminale. Le fruit est un cariopse long de 
5 millimètres, poilu au sommet, d'une forme un peu conique, 
convexe d'un côté, creusé de l'autre d'un sillon longitudinal, d'un 
jaune grisâtre, à surface légèrement plissée lorsqu'il est sec. 

Le seigle vient facilement dans des terrains où le blé ne pour- 
rait croître avec avantage, et il résiste mieux à la gelée, ce qui 
permet de le cultiver dans les pays du Nord ; il mûrit aussi plus 
tôt. Il fournit une farine un peu bise, pourvue d'une odeur et 
d'une saveur qui lui sont propres. Il forme un pain lourd, mais 
nutritif, d'une saveur douceâtre particulière, et qui se conserve 
frais pendant longtemps. On l'emploie ordinairement mêlé au 
froment, sous le nom de méteil. Le seigle donne en moyenne 
76 pour 100 de farine et 24 de son. D'après Einhoff, la farine de 
seigle contient : 



GRAMINÉES. Ml 

Amidon 61,1 

Glutine 9,5 

Albumine 3,3 

Sucre 3,3 

Gomme 11,1 

Fibre végétale G,4 

Perte ou eau 5,3 



100,0 



La farine de seigle ne peut être analysée comme celle de fro- 
ment; car si on veut la malaxer sous l'eau, dans un nouet de 
linge serré, rien n'en est séparé, et si Ton veut s'affranchir du 
linge, toute la farine se délaie dans l'eau et passe même, sauf 
quelques impuretés, à travers un tamis de soie. Par le repos l'a- 
midon se précipite, mais coloré et mélangé de glutine. La liqueur 
décantée et filtrée contient le restant de la glutine unie à la 
gomme, au sucre et à l'albumine. On la soumet à l'ébullition 
pour faire coaguler l'albumine; on la fait évaporer en consis- 
tance de sirop et on l'étend d'alcool qui dissout le sucre et la glu- 
tine. On ajoute de l'eau et on distille pour retirer Talccol : le su- 
cre reste dissous et la glutine se sépare. 

Orge. 

Hordeum vulyare, L. Tige droite, haule de 50 à 70 centimètres; 
fleurs en épi ; épillets biflores, mais dont la fleur supérieure est 
réduite à l'état d'un rudiment subulé. Fleurs toutes hermaphro- 
dites, imbriquées sur six rangs, dont deux plus proéminents. 
Glume à 3 écailles linéaires-lancéolées ; glumelle à paillettes 
persistantes, embrassant le fruit et dont l'extérieure est terminée 
par une arête très-longue ; dans une variété, nommée orge céleste, 
les paillettes s'écartent du grain qui s'en sépare avec facilité. 

Autres espèces : orge à six rangs (H. hexastichon) dont l'épi est 
court,-renflé, à 6 rangs de fleurs égaux ; orge distique {H. disti- 
chon), à l'épi comprimé, formé seulement de 2 rangs de fleurs 
hermaphrodites pourvues d'arêtes. 

L'orge, à cause de la nature particulière de son amidon, ne 
produit qu'un pain dur et indigeste : aussi est-il principalement 
réservé pour la nourriture des animaux herbivores et pour la fa- 
brication de l'Orge mondé et perlé qui sont d'un usage assez fré- 
quent en médecine. 

Ces deux préparations de l'orge s'obtiennent de la même ma- 
nière, en faisant passer le grain entre deux meules placées hori- 
zontalement à distance. Pour l'orge mondé, la distance est telle 
que le grain roulé entre les meules perd seulement sa glume et 
sa glumelle et conserve son tégument propre. Pour l'orge perlé, 



112 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

un travail plus long et une distance diminuée graduellement fonl 
que l'orge se trouve réduit à sa partie blanche et farineuse. 

L'orge donne environ 70 de farine pour 19 de son, avec il pour 
100 d'eau. 

La farine d'orge se conduit avec l'eau comme celle de seigle, 
c'est-à-dire que si on la malaxe à l'état de pâte, dans un linge 
serré, rien ne passe au travers du linge, à cause de l'adhérence 
du gluten à l'amidon, et que si le linge est d'un tissu clair, pres- 
que tout passe au travers. Cependant, en opérant dans un linge 
médiocrement serré, Einhoff a pu conserver dans le linge un ré- 
sidu composé de fibre végétale, de glutine et d'amidon, 7,^pour 
100, et la liqueur trouble a déposé 67 parties d'amidon recouvert 
de glutine. L'eau qui surnage retient en dissolution de l'albu- 
mine, du sucre, de la gomme, encore une certaine quantité de 
glutine. On les sépare ainsi qu'il a été dit pour le seigle. Celle 
analyse a fourni : 

Amidon et glutine 67,18 

Fibre végétale, glutine et amidon 7,29 

Albumine 1,15 

Glutine 3,52 

Sucre 5,2 1 

Gomme 4,62 

Phosphate de chaux 0,24 

Eau 9,37 

Perte 1,42 

1U0,00 
AToine. 

Avena saliva, L. Cette plante pousse plusieurs tiges hautes de 6 à 
10 centimètres, munies de 4 à 5 nœuds d'où sortent des feuilles 
assez larges et aiguës. Les fleurs sont disposées en panicules lâ- 
ches et réunies dans des épillets pédicellés et pendants. Ghaque 
épillet contient 3 fleurs pédonculées, dont la première est seule 
ferlile; la deuxième, mal conformée, est stérile; la troisième est 
rudimentaire. Les écailles de la glume sont courtes, nautiques, 
carénées ; la paillette extérieure de la glumelle est pourvue d'une 
arête lordue. Le cariopse est presque cylindrique, aminci en 
pointe aux deux bouts, adhérent à la paillette supérieure de la 
glumelle, et enveloppé dans la glume, dont on le sépare par le 
ballade. L'avoine, ainsi obtenue, sert à la nourriture des chevaux 
cl des animaux de basse-cour ; on l'emploie aussi pour la nourri- 
ture de l'homme et pour en faire des tisanes adoucissantes et 
nourrissantes, mais après l'avoir préparée sous des meules, à la 
manière de l'orge perlé. Sous cet état, on lui donne le nom de 



GRAMINÉES. 113 

$ r nau; mais ce n'est pas elle qui sert à la fabrication du pain de 
'lue auquel on donne le nom de pain de gruau. Celui-ci se pré- 
pare avec la plus belle et la plus fine farine de froment. 
L'avoine donne 62 pour 100 de farine, 17 de son et 21 d'eau. 
La farine d'avoine dépouillée de ses enveloppes, ou la farine de 
gruau, présente quelques particularités dans sa composition. Elle 
contient 2 centièmes d'une huile grasse, jaune verdâlre et odo- 
rante à laquelle le gruau doit sa saveur particulière et sa demi- 
transparence. On y trouve ensuite 8,25 d'un extrait amer, sucré 
et déliquescent qui est cause qu# l'avoine renferme de 20 à 21 pour 
100 d'eau, tandis que les autres céréales n'en contiennent guère 
que la moitié. Elle contient enfin 2,5 de gomme, 4,3 d'albumine 
et 59 d'amidon. 

Bis. 

Oriza saliva, L. Le Riz est originaire de l'Inde et de la Chine, où 
il occupe de vastes terrains inondés, et où il sert, de toute anti- 
quité, à la nourriture des habitants. Il était peu connu en Europe 
du temps de Dioscoride et de Pline. Ce n'est que plus tard que 
la culture s'en est répandue en Egypte, en Italie, en Espagne et en 
Amérique. On a voulu à plusieurs reprises en introduire la culture 
dans le midi de la France ; mais comme on ne peut le placer que 
dans des terrains marécageux qui exercent une influence très-dé- 
létère sur la santé des habitants, il a fallu y renoncer. Le riz 
pousse plusieurs tiges hautes de 100 à 130 centimètres, munies 
de feuilles larges, fermes, très-longues, semblables à celles de 
nos roseaux. Les fleurs forment une longue et belle panicule ter- 
minale, composée d'épillets courtement pédicellés et uni flores. 
Les fleurs sont hermaphrodites, à 6 étamines, et appartiennent à 
l'hexandrie de Linné. Le fruit est un cariopse comprimé, étroite- 
ment serré dans les pailles de la glumelle . 

On le trouve dans le commerce privé de toutes ses enveloppes 
et même de son tégument propre. Celui que l'on consomme en 
France vient principalement de la Caroline et du Piémont. Le 
. premier est le plus estimé ; il est tout à fait blanc, transparent, 
anguleux,' allongé, sans odeur, et a une saveur farineuse franche. 
Le second est jaunâtre, moins allongé, arrondi, opaque, a une 
légère odeur qui lui est propre, et une saveur un peu acre. Tous 
deux sont forts nourrissants, et donnent du ton aux intestins. 

On doit à Braconnot (1) une excellente analyse du riz, dont 
voici les résultats : 

(i) Braconnot, Ann. de chimie et dephysiq'ie, t. IV, p. 37<>. 

GvnovmT, Drogaet, 7«4«t. T n - — 8 



144 



VÉGÉTAUX MOiNOCOTYLÉDONÉS. 



Riz de Caroline. Rie de Piémont. 



Eau 

Amidon 

Parenchyme. . . , 

Matière azotée 

Sucre incristallisable .' 

Matière gomraeuse 

Huile 

Phosphate de chaux 

Chlorure de potassium 

Phosphate de potasse 

Acide acétique 

Sel végétal calcaire ^. 

— à base de potasse. . .'.'. 
Soufre 



5,00 
85,07 
4,80 
3,00 
0,29 
1,71 
0,13 
0,40 
0,00. 
0,00 
0,00 
0,00 
0,00 
0,00 



indices. 



7,00 

83/0 

4,80 

3,00 

0,05 

0,10 

0,25 

0,40 

r0,0Q 

k 0,00 

lo,oo 

)0,0Ô 
0,00 
^0,00 



aï». 



Zea Maïs, L. ; monœcie triandrie. Cette belle graniinée parait 
originaire de l'Amérique ; mais elle s'est bien acclimatée dans les 
contrées chaudes et tempérées de l'ancien continent. On en cul- 
tive beaucoup en France, où elle porte vulgairement le nom de 
Blé de Turquie. Elle s'élève à la hauteur de 2 mètres et plus. Sa 
tige est roide, noueuse, remplie d'une moelle sucrée ; ses feuilles 
sont très-longues, larges, semblables à celles du roseau. Les fleurs 
mâles sont disposées en une panicule terminale composée d'é- 
pillets bi flores, à fleurs sessiles, triandres. Les fleurs femelles 
naissent au-dessous et sont enveloppées de plusieurs feuilles rou- 
lées, d'où pendent les styles sous forme d'un faisceau de soie 
verte ; l'épi, qui succède à ces fleurs, croît par degrés jusqu'à une 
grosseur considérable ; les grains sessiles dont il est entièrement 
recouvert, sont gros comme des pois, lisses, arrondis à l'extérieur, 
terminés en pointe à la partie qui tient à l'axe. Ils sont le plus 
souvent jaunes, mais quelquefois rouges, violets ou blancs, sui- 
vant les variétés. 

Le maïs est après le froment et le riz la plus utile des grami- 
nées; aussi est-elle une des plus généralement cultivées. Une 
partie des peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique en font leur 
nourriture. Son usage est également très-répandu en Italie, en 
Espagne et dans le midi de la France, non-seulement pour 
l'homme, mais aussi et surtout pour les bestiaux et volatiles de 
toutes sortes qu'il engraisse promptement. Il est composé de : 



Amidon 


Gorham. 

77 

3 

2,50 
1,45 

81,95 


Bizio. 

80,92 
3,25 
2,50 


Zéine 'gluten de mais 

Albumine 


Sucre 

A reporter. 


0,90 
87,57 



GRAMINÉES. H 5 

Gorhara. Bixio. 

Report. 83,95 87,57 

Extractif 0,80 0,90 

Gomme 1,75 2,28 

Phosphate j d h 

Sulfate ( 

Fibre végétale 3 8,71 

Eau 9 Sels, etc. 0,35 



100,00 100,00 

Le gluten de maïs parait différer de celui des autres graminées 
par une moindre proportion d'azote ; sa faible quantité empêche 
d'ailleurs que la farine de maïs ne soit propre à la fabrication du 
pain, à moins qu'on n'y ajoute un tiers au moins de farine de fro- 
ment. Mais on en fait des bouillies et des espèces de gâteaux 
qu'on prépare de bien des manières différentes, suivant les pays, 
et qui forment un aliment sain et nourrissant. 

AMIDON (1). 

Pendant longtemps l'amidon a été considéré comme un pro- 
duit inorganisé, ou comme un principe immédiat analogue au 
sucre ou à la gomme, mais complètement insoluble dans l'eau 
froide, et soluble, au contraire, dans l'eau bouillante, avec la- 
quelle il était susceptible de former, par le refroidissement, une 
masse gélatineuse. Cependant, dès Tannée 1716, Leeuwenhoeck 
avait déterminé, à l'aide du microscope, que l'amidon était un 
corps organisé, de forme globuleuse, et formé d'une enveloppe 
extérieure, résistant à l'eau et quelquefois aux forces digestives 
des animaux, et d'une matière intérieure facilement soluble dans 
l'eau et très-facile à digérer; mais ces observations étaient com- 
plètement oubliées lorsque, en 1825, M. Raspail (2) annonça de 
nouveau que chaque granule d'amidon est un corps organisé formé 
d'une enveloppe ou tégument inattaquable par l'eau froide, suscep- 
tible d'une coloration durable par l'iode, et d'une matière inté- 
rieure soluble dans l'eau froide, pouvant également se colorer en 
bleu par l'iode, mais perdant facilementcette propriété par l'action 
de la chaleur ou de l'air; d'où M. Raspail concluait que la pro- 

(1) Dans le langage chimique, les mots Amidon, Fécule, Fécule amylacée, 
peuvent être considérés comme synonymes ; dans les usages économiques, on 
donne plus spécialement le nom tf Amidon à la fécule des graines céréales, et 
celui de Fécule à celle retirée d'autres parties des plantes, et principalement 
des racines. 11 m'arrivera souvent de me servir indifféremment de ces deux 
expressions. 

(2) Raspail, Nouveau Système de chimie organique, 2* édition, Paris, 18'8. t. I, 
p. 429. 



116 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

priété possédée par la fécule de se colorer en bleu par l'iode, 
était due à une substance volatile. 

Un mémoire de M. J.-B. Caventon, où ce chimiste se montrait peu 
disposé à admettre les résultats obtenus par M. Raspail, m'ayant 
engagé à m'occuper de ce sujet, je fis un certain nombre d'expé- 
riences qui, tout en confirmant l'organisation des grains de fé- 
cule, démentait presque toutes les autres assertions de H. Ras- 
pail. Ainsi, tandis que la fécule de pomme de terre entière, 
examinée sous l'eau, au microscope, se présente sous forme de 
grains transparents, tous finis et d'une épaisseur évidente, la fé- 
cule broyée, mise dans l'eau, y forme des courants d'une vitesse 
extrême, dus à l'émission et à là dissolution de la matière soluble 
intérieure des grains déchirés. Un e partie de cette matière dispa- 
raît entièrement; une autre reste attachée aux grains sous forme 
de gelée, et disparaît aussi par l'application d'une légère chaleur. 
Alors on aperçoit facilement les téguments déchirés qui servaient 
d'enveloppe aux grains de fécule. 

Mais, excepté cotte expérience qui confirmait l'étal organisé 
des grains de fécule, toutes les autres tendaient à prouver que les 
trois parties observées, à savoir, le tégument, la matière gélatini- 
forme et la matière soluble, ne sont qu'une seule et même sub- 
stance qui se comporte de même avec l'iode, les acides, les alcalis, 
la noix de galle, les dissolutions métalliques, et que ces trois 
parties ne diffèrent que par la forme . que l'organisation leur a 
donnée. Telle est la conclusion positive de mon mémoire, à la- 
quelle je suis arrivé par plusieurs ordres de considérations qui 
ont été confirmées depuis (1). 

M. Guérin-Yarry, cependant, après avoir distingué comme moi 
trois parties dans l'amidon, a regardé ces trois parties comme 
trois matières distinctes et de composition élémentaire différente ; 
mais ces résultats ont été contredits par MM. Payen et Persoz, 
qui, après avoir distingué trois principes différents dans la seule 
matière soluble, ont ensuite admis que, à part un tégument exces- 
sivement mince, non colorable par l'iode, tout le reste était 
formé d'un seul et même principe, auquel ils ont donné le nom 
d'amidone. Enfin, M. Payen (2) a réuni et résumé tous les travaux 
entrepris sur l'amidon, et dont une grande partie lui appartient; 
il a définitivement fixé l'opinion des chimistes sur la constitution 
de l'amidon, en le regardant comme une substance organisée, 
mais d'une seule nature et d'une composition constante, qui peut 
être représentée par C 12 H*°O l °; composition proportionnelle- 

(1) Voir Guibourt, Journal de chimie médicale, de 1829, t. V, p. 97 et 158. 

(2) Payen. Annales des sciences naturelles^ Botanique, t. X, p. S, C5 et 161. 



GRAMINÉES. 117 

ment semblable à celle de la cellulose, de la gomme arabique et 
du sucre anhydre. Cette conclusion, moins la composition élé- 
mentaire dont je ne m'étais pas occupé, est bien celle que j'avais 
émise en 1829; mais il existe cependant une différence essentielle 
entre nos résultats. J'avais admis que la fécule de pomme de 
terre était formée d'une substance tégumenlaire insoluble et 
d'une matière intérieure soluble, toutes deux colorables par 
l'iode: M. Payen pense aujourd'hui que cette fécule est organisée 
et solide jusqu'au centre, et ne contient aucune partie soluble à 
froid. Je me fondais, pour établir mon opinion, sur ce que la fé- 
cule broyée, non pas seulement à sec, mais sous l'eau, aûn d'évi- 
ter réchauffement causé par le frottement, se dissolvait en partie 
dans l'eau, et ce résultat ne peut être révoqué en doute ; mais 
M. Payen, pensant toujours que la fécule peut éprouver quelque 
modification moléculaire par le frottement, s'est borné à l'écraser 
en la pressant entre deux lames de verre, et c'est alors qu'il a vu, 
ainsi que je viens de le dire, que la fécule était solide et organisée 
jusqu'au centre, et qu'elle ne cédait à l'eau froide aucune partie 
soluble qui fût colorable par l'iode. J'ai vérifié l'exactitude de ce 
fait d'où il parait résulter que, dans mon ancienne expérience, 
le broiement sous l'eau avait suffi pour altérer la constitution 
moléculaire de la fécule, au point d'en rendre une partie soluble. 
Je pense également, avec Payen, que la fécule est organisée 
jusqu'au centre, mais je dis toujours, en tant qu'il s'agit de la fé- 
cule de pommes de terre, qu'il existe une grande différence entre 
l'organisation forte et compacte de la partie extérieure, que j'ai 
vue se présenter souvent sous la forme d'une outre en partie la- 
cérée et vide à l'intérieur, et l'organisation de la partie centrale, 
qui se sépare de la première et se divise dans l'eau, sous la forme 
de flocons colorables par l'iode. [Une nouvelle opinion, exposée 
d'abord par M. Naegeli, en 1847, abandonnée, en 1858, par ce bo- 
taniste lui-même, a été adoptée et développée par M. Trécul dans 
un mémoire très-remarquable (1). D'après le savant observateur 
le grain d'amidon doit être assimilé à une cellule renfermant 
un plasma amylacé, qui se dépose en couches nombreuses et su- 
perposées, de manière à remplir complètement la cellule ou à 
ne laisser au centre qu'une petite cavité. 

Nous ne poursuivrons pas plus loin l'exposé de ces discussions 
sur la constitution ou le mode de formation du grain de fé- 
cule (2). Nous rappellerons seulement l'idée qu'on doit se faire 
de cette substance. 

(I) Trécul, Mémoire sur les formations intracellulaires des végétaux (Annal, 
des sciences natur., 1858, t. X, p. 205-351). 
(?) On peut consulter sur ce sujet : Trécul, Mémoire cité; — Naegeli, Die 



ii8 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

La fécule est un corps neutre, incristallisable, insoluble dans 
l'eau, formant dans l'eau chaude une masse gluante qu'on nomme 
empois, se colorant en bleu-violet par le contact de l'iode, et 
pouvant se changer sous certaines influences (chaleur, action 
des acides, ou des ferments, etc., etc.) en dextrine, puis en 
glucose. 

La fécule est quelquefois amorphe, mais le plus souvent elle se 
trouve à l'état de grains organisés. Les couches concentriques 
rangées autour d'une cavité ou d'un noyau intérieur (hile) sont 
quelquefois très-apparentes, comme dans la fécule de pommes 
de terre, par exemple (Gg. 340), d'autres fois elles sont à peine 
marquées ou même complètement absentes. La dimension et la 
forme du grain peuvent aussi beaucoup varier selon la plante qui 
a fourni la fécule; aussi l'examen microscopique qui permet de 
constater ces caractères divers est-il le meilleur moyen de re- 
connaître l'espèce d'amidon auquel on a affaire, et les falsifica- 
tions auxquelles sont exposées certaines farines. On doit égale- 
ment tenir compte dans la détermination des fécules du mode de 
groupement des grains, qui tantôt restent isolés ou simples, 
tantôt sont réunis entre eux de manière à former des grains 
composés. 

Nous aurons occasion à mesure que nous traiterons des diverses 
plantes amylacées, de décrire les fécules qu'elles donnent; indi- 
quons pour le moment les caractères de celles des Graminées.] 

Amidon de blé. 

Globules circulaires et d'un volume très-variable : les plus pe- 
tits, vus sous l'eau, au microscope, paraissent comme des points 
transparents, et on peut en suivre l'accroissement jusqu'aux plus 
gros; cependant les globules intermédiaires sont peu nombreux 
et on observe une discontinuité bien marquée entre les petits 
gra : ns qui sont presque innombrables, et les plus gros qui arri- 
vent sensiblement au même volume, estimé à 50 millièmes de 
millimètre. A voir ces granules en repos et presque tous bien 
circulaires, on les dirait sphériques; mais en faisant glisser le 
verre supérieur du porte-objet sur l'inférieur, on fait rouler les 
granules au milieu de l'eau, et on s'aperçoit alors qu'ils sont 
aplatis ci lenticulaires (Pig. 334). 

L'amidon de blé, vu en masse, est d'un blanc mat et parfait. Il 
communique à l'eau, à l'aide de la chaleur, une consistance d'au- 

Sturkekorner. Zurich, 1858; — A. Gris, Annal, des sciences naturelles. 1860, 
l. XIII; — Duchartre, Éléments de botanique. 1867, p. 62 et suivantes. 




GRAMINÉES. 149 

tant plus forte que ses granules ont un plus petit volume et con- 
tiennent plus de matière tégumentaire et moins de matière véri- 
tablement soluble, parce que la consistance de Yempois est 
due surtout à l'adhérence réciproque des téguments gonflés et 
hydratés. 

L'amidon de blé, soumis à Pébullilion dans une grande quantité 
d'eau, ne forme plus d'empois, parce que le tégument finit par se 
dissoudre presque entièrement 
et constitue alors de la fécule 
soluble. Cependant, si longtemps 
qu'on continue l'ébullition, il 
reste toujours un résidu insolu- 
ble, sous forme de flocons légers et 
irréguliers, qui se colorent en 
violet par l'iode. 

Pour l'usage des arts, on ex- 
trait en grand l'amidon des recou- 
pettes et gruaux de blé, des blés 
avariés, et quelquefois de l'orge. 

.. : . • , ^ v i ijèi Fig. 33V. — Aroidou do blti. 

V oici à peu près le procédé que 
Ton suit : on moud le blé gros- 
sièrement, on le met dans un tonneau avec de l'eau, et on entretient 
l'air environnant à une température de 15 à 18 degrés, afin de dé- 
terminer la fermentation du mélange. Au bout de quinze ou 
vingt jours, on jette le tout sur un tamis de fer; l'eau passe avec 
l'amidon et une certaine quantité de son et de gluten altéré ; on la 
laisse reposer : l'amidon, qui est le plus dense, se précipite le 
premier; le son et le gluten forment au-dessus une bouillie qu'on 
enlève avec une pelle, après avoir décanté l'eau qui la surnage. 
Cette eau, qui porte le nom d'eau sure, est employée en place 
d'eau pure dans les opérations subséquentes, et alors la fermen- 
tation s'y développe beaucoup plus promptement. On délaye l'a- 
midon dans de l'eau pure, et on le fait passer à travers un tamis 
de soie très-fin; on le laisse précipiter de nouveau, on décante 
l'eau, et on le fait sécher le plus promptement possible. 

On remarque que la pâte d'amidon se divise toujours, en sé- 
chant, en espèces de prismes quadrangulaires, irréguliers, mais 
semblables entre eux, et qui ont fait donner à 1 amidon entier le 
nom d'amidon en aiguilles. 

Le but de la fermentation que Ton fait subir au blé est d'en dé- 
sorganiser le gluten, qui perd alors sa ténacité, et ne s'oppose 
plus à la précipitation isolée de l'amidon. L'amidon sert en phar- 
macie pour rouler quelques pilules, et pour saupoudrer la table 
sur laquelle on coule la pâte de guimauve. 



420 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

On l'emploie aussi en lavement, fréquemment et avec succès, 
contre la diarrhée et la dyssenterie. 

Amidon de seigle. 

Granules circulaires et lenticulaires offrant les mêmes varia- 
tions de yolume que ceux du blé. Cependant les plus gros grains 
paraissent avoir un volume un peu plus considérable que ceux 
qui leur correspondent dans le blé, et de plus ils sont très-sou- 
vent marqués au centre d'une étoile noire à 3 ou 4 rayons (fig. 335). 

Cet amidon, bouilli plusieurs fois dans l'eau distillée, laisse un 










Fig. 335. — Amidon de seigle. Fig. 336. — Amidon d'orge. 

résidu bien plus considérable quecelui de blé, plus dense, colorable 
en bleu par 1 iode, offrant assez souvent la forme d'un fer à cheval, 
mais plus souvent encore celui de granules disposés assez régu- 
lièrement autour d'un centre commun, de sorte qu'on peut sup- 
poser que l'amidon de seigle lui-môme est formé de granules 
semblables réunis et soudés par une matière plus attaquable par 
l'eau et qui disparaît en partie par l'ébullition. 

Amidon d'orge. 

De môme que les deux précédents, cet amidon (fig. 336) se com- 
pose d'un nombre très-considérable de petits granules transpa- 
rents, de granules intermédiaires et d'un grand nombre de granu- 
les circulaires qui atteignent sensiblement le môme volume. Yoici 
maintenant les différences : le diamètre des plus gros granules 
est manifestement plus grand que dans l'amidon de blé ; l'épais- 
seur en est plus considérable elinégale; la coupe des granules pas- 
sant par leurs plus grands diamètres ne formerait pas une sur- 
face plane, mais ondulée; en un mot, ces granules, au lieu d'avoir 
la forme régulière d'une lentille, ont la forme bosselée et ondulée 
d'une semence de nandirobe. 11 résulte de cette forme irrégulière 
jointe à une plus grande épaisseur, que l'amidon d'orge roule 
plus facilement dans l'eau que ceux du blé et du seigle; qu'il peut 
se reposer plus souvent sur la tranche et qu'il offre assez souvent 



GRAMINÉES. 421 

la forme irrégulière et comme triangulaire de la fécule de pom- 
mes de terre; mais son volume est bien moindre. L'amidon 
d'orge diffère encore de celui de blé en ce qu'il résiste bien plus 
à l'action de l'eau bouillante ; tandis que l'amidoU de blé, après 
une ébullition prolongée, ne laisse pour résidu qu'un léger flocon 
colorable en violet par l'iode; dans les mêmes circonstances, l'a- 
midon d'orge laisse un résidu dense et pesant, nettement dessiné 
en demi-lune, en rein ou en cercle coupé jusqu'au centre et entr'ou- 
verL Ce résidu se colore en bleu foncé par l'iode. En renouvelant 
Fébullition, une parliedes téguments se déforment et se déchirent ; 
mais si longtemps qu'on la continue, le plus grand nombre con- 
servent la forme d'un cercle ouvert ou d'un rein. Cette grande ré- 
sistance des granules de l'amidonde l'orge à l'action de l'eau bouil- 
lante explique la difficulté qu'ont les estomacs faibles à le digérer. 
Proust attribuait cette qualité indigeste de l'orge à un principe 
analogue au ligneux, qu'il nommait hordéine, et dont il supposait 
que l'orge contenait 0,55 de son poids; mais j'ai montré que 
cette bordéine était principalement composée des téguments in- 
solubles de l'amidon de l'orge (1). 

Amidon de riz. 

Cet amidon (fi g. 337) est remarquable par sa petitesse, par l'éga- 
lité de son volume et par sa forme polyédrique très-marquée. Sou- 
mis à une longue ébullition dans l'eau, il laisse pour résidu de lé- 
gers flocons formés de granules très-minimes colorés en bleu par 



c J S'a ° * J 
• ' « > 

O GO cuP 

X. £ 

Fig. 337. — Amidon de riz. Fig. 338. — Amidon de maïs. 

l'iode et liés entre eux par une matière muqueuse. L'amidon de riz 
parait donc être lui-même un assemblage de ces granules. 

(1) Guibourt, Journ. de chimie médicale, t. V, p. 158. 




\n VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Amidon de ma Y*. 

[Cet amidon rappelle celui du riz par la forme en général polyé- 
drique de ses grains ; mais ses éléments sont beaucoup plus ré- 
guliers, hexagonaux, ont des dimensions plus grandes, variant 
en diamètre de mn \03 à mm ,05 et plus. Ces grains se réunissent 
assez souvent en groupes et ils sont alors nettement polyédriques, 
lis offrent) en général, un point plus clair à leur centre de figure 
ou une espèce de bile étoile (fig. 338). 

Amidon de l'avoine. 

L'amidon d'avoine est formé en général de grains composés, 
arrondis, dont la surface présente un réseau polyédrique formé 
par les contours de granules. A côté des grains composés se 
trouvent çà et là des grains simples, ovoïdes, fusiformes ou po- 
lyédriques, sans hile bien marqué.] 

FALSIFICATIONS DE LA FARINE DE BLÉ. 

Dans les temps de disette et môme dans les circonstances or- 
dinaires, la farine de blé est sujette à être falsifiée avec celle du 
seigle, de l'orge, des pois, des haricots, etc., et, ce qui est beau- 
coup plus blâmable, avec du plâtre, de la craie, de l'argile blan- 
che. Je vais indiquer brièvement les moyens de reconnaître ces 
différentes falsifications. 

Mélange de la farine du blé avec celle du seigle , de Forge ou du maïs. 
— Ce mélange peut être connu au microscope par l'examen atten- 
tif de la farine déiayée et étendue dans l'eau, en raison des carac- 
tères physiques différents des amidons contenus dans les farines. 
Mais il est difficile d'arriver par ce moyen à une solution bien 
nette. On le reconnaîtra beaucoup mieux après une longue ébulli- 
tion dans l'eau au moyen des résidus laissés par les amidons de 
seigle ou d'orge. 

[L'amidon de maïs serait plus facile à reconnaître à ses ca- 
ractères microscopiques, surtout si Ton faisait intervenir l'action 
de la lumière polarisée. Lorsqu'on l'examine en effet sur le champ 
du microscope en le faisant traverser par la lumière polarisée, on 
voit les grains très-vivement éclairés, traversés par une croix 
noire fort obscure, dont les branches s'élargissent vers la circon- 
férence. Ces phénomènes \ ersistenl môme quand on éclaire très- 
vivement le champ. L'amidon du blé ne présente ces phénomènes 
que sur les grains vus de profil ; les grains circulaires deviennent 
très-obscurs, lorsque le champ est peu éclairé; on n'y constate 



GRAMINÉES. 



m 



rçiuwc peine la présence d'une croix noire peu marquée : et cette 
crois &% irinL même complètement lorsqu'on éclaire vivement le 






oula «ont 



rhamp du microscope, La figure 339 montre bien ces différences 

entre les deux fécules (l).] 

Falsification avec la fécuk de pomme déterre. — On a souvent con- 
seillé de reconnaître celle falsification en délermïnaul la quan- 
tité de gluten dans la farine; 
mais puisque celle quantité varie 
de 9 à A4 pour 1 00 dans la farine 
normale, suivant sa qualité, il 
est évident que c ne pré- 

sente aucune certitude. L'examen 
microscopique est préférable. En 
effet, la fécule de pomme de 
terra (fg. 340) présente tontes sor- 
tis de formes, depuis la sphcH- 
que qui appartient aux plus petits 
grains, j usqiiM Tel I i pli que, l*o voïtle 
ou la triangulaire arrondie qui se 

montrent dans lous les autres. Les petits granules son! d'ailleurs 

nombreux et presque aussi volumineux que les gros grains 

mdou de blé. Les autres présentent souvent une surface bosse- 

(i) Vmr pmir plus de délai!* : MuUcs&jer, Dt t'êmptoi tle h tu mitre polarisée 
Tçxamen wkmtcopique ri* Parla et MontpatHerj IHGiî, et Ann. 

fetc, isu», T série, t, X\IX. \>. 



■■« — PécHk J*; (xutuiuu il« 
tvnv. 



!ée el dessines irrégulièrement concentriques autour d'un point 
noir (bile) si lue vers Tune des extrémités du grain. Enfin ces gra- 
nules ovoïdes ou triangulaires arrondis qui forment la presque 
totalité de la fécule, ont un diamètre de 150 à !B0 millièmes de 
millimètre el présentent» sur le champ du microscope, une sur- 
lace au moins neuf fois plus grande que celle des gros granules 
d'amidon de blé- Il est donc facile de distinguer au microscope 
de la farine de blé pure de celle qui est mélangée de fécule. 

(Celte distinction est encore plus facile, si Ton fait intervenir la 
lumière polarisée ; on voit alors apparaître sur les grains de fécule 
de pomme de terre une belle croix noire très-marquée, qui per- 
siste même alors qu'on donne au champ le maximum de lu- 
mière (/ty. 3 il).] 

M* Donny, en mettant h profit l'action différente de la potasse 
sur l 'amidon de blé el ta fécule de pomme de terre, a rendu 



t'iç. 34 L — AUkuga Je farine de Hé et de tactile du puiiiiu^ du Ltffe ^Hoilc«ieï> 



aussi le mélange très-facile à saisir. En effet, les deux fécules 
se dissolvent également et disparaissent dans une solution de 
potasse caustique faite au dixième; mais si on prépare une solu- 
tion au cinquantième ou au soixantième (1,73 de potasse pure 
pour 100 d'eau), celle liqueur n'agira pas sensiblement sur l'ami- 
don de froment, tandis que la fécule de pomme de terre ac- 
querra un volume qui triplera au moins son diamètre ; alors il n'y 
aura plus moyen de la confondre avec les grains amylacés de 
la farine. 



vues 



Farina de légumineuses. — Ces farines sont généralement pour- 
es d'une couleur et d'une saveur qui rend leur mélange facile à 



GRAMINÉES. 



\n 



reconnaire. [L'apparence des grains est du reste différente de celle 
du blé, comme l'indique la figure 342. Les grains de légumineuses 
sont, en eflel, cylindriques et non aplatis et lenticulaires, leurs 



Ov; 



Fig. 312. — Amidons de Lie et et liiiùcui 

Dtours sonl variables, réniformes, ovoïdes. Le bile est très-net- 
aent accusé et le plus souvent formé d'une fente longitudinale 
laquelle semblent se détacher de petites fentes transversales.] 
[A la lumière polarisée ils présentent une croix noire beaucoup 
plus marquée que les grains de blé et qui persiste dans les condi- 
lions ou elle disparait chez ces derniers {fig. 343). De plus ils 



iJ. — -Hcktige le faniit de blé ot de ftuiue de htrbool Aluiïesêicr}. 

*°JU accompagnés de fragments de tissu cellulaire, qu'il est facile 
de distinguer au microscope des téguments internes du blé par 

't B. gr*îo d'amidon du Me rond de tïougrie, en A, vu par delius, en B, vu Ût urotîl ; 
•■ *l D, deui graîut d'amidon du tu ri eut piu&chr, vu» |»ar dt'âiUi et différents, l'un do l'autre 
! que leur pt>i»u &|Iaagé eil viiibletncut étoile sur wt berdi daui Le grain C et a se* 
t ppwqtte entière dan» te graia D. {lluchartfÉ). 



J2Ô VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

la ténuité des parois cellulaires et par l'absence d'une ma- 
tière granuleuse opaque, qui remplit normalement les cavités 
de l'enveloppe interne du froment. Dans la lumière polarisée le 
réseau des légumineuses disparaît complètement quand le Tond 
est obscur, tandis que celui des graminées devient très-lumi- 
neux (fig. 345)]. Enfin M. Donny a découvert dans les farines de 




Fig. 3(4. — L, tissus réticulés îles légumineuses; fi, quatrième enveloppe du blé (Moitessierj. 

vesce et de féverole un caractère qui les fait reconnaître facile- 
ment, et qui consiste dans une belle coloration rouge que prend 
la farine de ces deux légumineuses lorsqu'on l'expose à la vapeur 
de l'ammoniaque, après l'avoir tenu suffisamment exposée à 
celle de l'acide nitrique (t). 

Falsification au moyen duplâtre, de la craie ou de Vorgile. — Cette 
falsification peut être reconnue en traitant la fariné par une solu- 
tion dépotasse au dixième qui la dissout presque complètement 
en laissant la substance minérale dont il est facile ensuite de dé- 
terminer la nature. 

On peut également brûler et incinérer la farine qui, dans son 
état normal, fournit à peine un centième de cendre. La quantité 
de matière fixe et sa nature constatent la falsification. 

FAMILLE DES PALMIERS. 

Les palmiers sont, en général, des arbres à tige élancée, simple et 
cylindrique, couronnée au sommet par une touffe de feuilles dont les 
plus inférieures se détruisent chaque année en laissant sur le tronc les 

(1) VoirBussy, Rapport (Bulletins de la Société d'encouragemmt, 1847). 



PALMIERS. 127 

vestiges de leur pétiole embrassant, el sont remplacées par celles qui 
sortent du bourgeon terminal. Les fleurs sortent de l'aisselle des feuil- 
les, enveloppées d'une spathe ligneuse et portées sur un spadice rami- 
fié. Elles peuvent être hermaphrodites, polygames, monoïques ou dioï- 
ques. Leur périanthe se compose de 2 verticilles de folioles coriaces 
dont les 3 intérieures n'ont pas toujours la môme forme que les 3 exté- 
rieures et se soudent quelquefois entre elles. Les étamines sont au 
nombre de 6, rarement réduites à 3, et plus rarement encore plus 
nombreuses que 6. Le pistil est formé de 3 ovaires distincts ou soudés, 
renfermant chacun 1 ovule dressé. Le fruit se compose de 3 baies ou 
de 3 drupes séparés pouvant se réduire à 2 ou à \ par avortement, ou 
bien d'une seule baie ou d'un seul drupe à 3 loges, pouvant également 
se réduire à 2 ou à une seule loge par l'avorlement des autres. La 
graine est pourvue d'un périsperme épais, souvent très-dur, creusé sur 
un point de sa surface d'une cavité qui renferme l'embryon. 

ArcxceptionduCAûwcpro^s^wwïÏÏ5,quiestnaturalisédanslemidi 
de l'Europe, mais où ses fruits mûrissent à peine, tous les autres 
palmiers croissent entre les tropiques. Ils remplacent, pour les 
peuples de ces contrées brûlées par le soleil, le blé, la vigne et 
l'olivier des zones tempérées. En effet, dans la plupart des es- 
pèces (sagouiers, dattiers), la tige renferme une fécule abondante 
propre à faire du pain ; d'au très (A renga saccharifera, Corypha uni- 
braculifera, Borassus flabelliformis, Sagus Rumphii, Mauritia vini- 
fera, etc., etc.) fournissent un liquide sucré que Ton convertit en 
vin par la fermentation. Les cocos eux-mêmes, avant leur ma- 
turité, sont remplis d'un suc laiteux et rafraîchissant, et lorsqu'ils 
sont mûrs, ils servent, ainsi, que les dattes, à la plupart des peu. 
pies des pays chauds. [Un grand nombre d'autres palmiers ont 
aussi des fruits comestibles : tels sont VEuterpe edulis, YAttalea 
compta, le Coccos gummosa, YAcrocomia sclerocarpa, VAstrocaryum 
Tucuman, etc., etc.; d'autres donnent sous le nom de chou pal- 
miste leur bourgeon central ; on peut citer dans le nombre : VEu- 
terpe oleracea, les Areca et les Attalea, le Maximiliana regia, etc. Le 
péricarpe de YAvoira de Guinée, comme pour le disputer en tout 
à l'olivier, fournit aux usages domestiques et aux arts une huile 
très-abondante. 

Enfin beaucoup d'arbres de cette famille donnent ou des bois 
de construction ou des fibres textiles estimées, retirées de leurs 
feuille sou de leurs pétioles. Citons parmi ceux du Brésil : YAstro- 
coryum vulgare, VAstrocaryum Tucuman, les Mauritia flexuosa et 
tinifera, YAttalea funifera qui fournit les fibres grises des Piaçaba, 
dont on fait les balais qui servent dans les rues de Paris ou de Lon- 
dres; les Attalea humilis et compta, le Leopoldina piaçaba dont les 
fibres dures et noires sont utilisées en Europe pour les brosses à 
chevaux ; enfin le Bactris setosa, qui donne la matière textile nom- 



128 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS/ 



mée Tecun plus fine el plus tenace que le chanvre, mais dont cm 
ne peut faire des vêtements à cause d'une espèce de mordant, 
qui lui fait excorier la peau ou user rapidement les tissus.] 
Nous examinerons successivement la plupart de ces produits. 

Dattier et dattes. 

Phœntx dactylifera L. (fig. 345). — On trouve cet arbre dans 
l'Inde, dans la Perse et surtout en Afrique, dans le Bledeldjérid 
(Belàd elDjerydou pays des dattes), vaste contrée au sud de l'Atlas 




Fig. 345. - Dattier. 

et de l'Algérie, qui s'étend du royaume de Maroc à la régence, 
de Tunis. Il s'élève à. la hauteur de 16 à 20 mètres. Sa tige est 
nue, cylindrique et formée d'un bois assez dur à l'extérieur, à fibres 
rougeâtres el longitudinales, qui est employé comme bois de 
construction. Elle est marquée à l'extérieur d'anneaux très-rappro- 



PALMIERS. 129 

chès et d'écaillés provenantdes feuilles tombées. Celles-ci sont très- 
grandes, composées de leur pétiode garni sur toute sa longueur de 
folioles aigufis, disposées sur deux rangs, comme les barbes d'une 
plume. De l'aisselle des feuilles sortent des spathes fort longues, 
d'une seule pièce, un peu comprimées, s'ouvrant sur leur lon- 
gueur pour donner passage à une'ample panicuieou régime, com- 
posée de rameaux très-nombreux, fléchis en zigzag, pourvus de 
fleurs mâles ou femelles, selon les individus; car l'arbre est dioï- 
que. Les fleurs mâles ont un périanthe à 6 divisions dont 3 exter- 
nes et 3 internes, et 6 étamines. Les fleurs femelles contiennent 
trois stigmates distincts et donnent naissance à trois fruits {fig. 346), 




Fig. 346. — Fleurs du Dattier. 



mais dont 1 ou 2 avortent le plus souvent. Chacun de ces fruits est 
une baie supère, de forme elliptique, longue et grosse comme le 
pouce environ ; leur épiderme est mince, rouge jaunâtre et re- 
couvre une chair solide, d'un goût vineux, sucré et un peu vis- 
queux. Celte chair renferme une semence composée d'un épis- 
penne membraneux, lâche, blanc et soyeux, et d'un périsperme 
très-dur, osseux, oblong, profondément sillonné d'un côté et 
portant sur le milieu du côté convexe une petite cavité qui ren- 
ferme l'embryon . 

C'est de l'Afrique et par la voie de Tunis que nous viennent les 
meilleures dattes. Il faut les choisir récentes, fermes, demi-trans- 
parentes et exemptes de mites. On les conserve bien dans un 
endroit sec et dans un bocal de verre fermé par un simple 
papier. 

On apporte aussi de Salé, port du royaume de Fez, des dattes 
qui sont blanchâtres, petites, sèches, peu sucrées et peu esti- 
mées. Il en vient en Provence qui sont fort belles, mais qui ne se 
conservent pas. 

[M. Morin (1), pharmacien militaire, a donné l'analyse suivante 
de la datte : 

(1) Morin, Recueil de Mémoires de médecine et de pharm. milita juillet 18G7. 
GvnocBT, Drogues, T édit. T. 11. ~— 9 



430 VÉGÉTAUX M0N0C0TYLÉD0NÉS. 

Eau 43,6 

Matières albuminoïdes et pectiques.. . 2,9 

Acide gallique et glucose 47,9 

Inulinc traces. 

Matière grasse 0,4 

Cellulose 1,9 

Matières minérales. . é 3,3 . 

100,0 

On retire encore du dattier du vin en enlevant le bourgeon 
central, recueillant la sève qui s'écoule par la blessure et la faisant 
fermenter.] 

Semence OU Noix d'Arec. 

Cette semence (fig. 347) est produite par VAreca Catechu> L. , grand 
palmier de l'Inde, de Geylan et des lies Moluques. Le tronc de cet 




lig. 347/— SemencA ou Noix 4'Arec. 

arbre est parfaitement droit, haut de 13 à 14 mètres et couronné 
par 10 ou 12 feuilles longues de 5 mètres, composées chacune 
d'un gros pétiole engainant à la base, et de deux rangs de larges 
folioles plissées en éventail. Les régimes ou les panicules sont au- 
dessous des feuilles, et ordinairement au nombre de trois ; l'un, 
supérieur, est composé de fleurs. mâles et femelles entourées 
d'une double spathe; le second porte des fruits verts, et le der- 
nier des fruits mûrs. 

Ces fruits sont d'un jaune doré, gros comme un œuf de poule, 
et renferment sous un brou fibreux une amande arrondie, ovoïde 
ou conique, suivant les variétés, marbrée à l'intérieur de blanc 
et de brun, à peu près comme la noix muscade, mais très-dure, 
cornée et inodore. Celte amande, coupée par tranches, saupou- 
drée de chaux et enfermée dans une feuille de poivre bétel, forme 
un masticatoire dont l'usage est répandu chez tous les peuples de 
l'Inde, des lies de ia Sonde et des lies Moluques. 



PALMIERS. 131 

M. Morin (de Rouen) a fait l'analyse de l'amande de Y Arec et 
en a retiré du tannin, principalement de l'acide gallique, de la 
;lutine, une matière rouge insoluble, de l'huile grasse, de la 
comme, de l'oxalate de chaux, du ligneux, etc. (1). 

La noix d'Arec sert à préparer, dans les provinces méridionales 
le l'Inde et à Ceylan, un cachou très-estimé, qui porte le nom de 
!7oi*ry, et un autre d'une qualité inférieu re^ nommé Cassu; je me 
-éserve de les décrire en traitant du cachou produit par Y Acacia 
ïatechu, famille des Légumineuses. 

Cocotier et Huile de coco. 

Coccos nucifera, L. — Ce palmier habile le voisinage des mers 
iousles tropiques età peu près par toute la terre. Sans lui, les lies 
lu Grand Océan Pacifique seraient inhabitables, et les peuples ré- 
pandus sur l'immensité des plages équatoriales périraient de faim 
ît de soif, et manqueraient de cabanes et de vêtements ; car cet 
irbre leur fournit du vin, du vinaigre, de l'huile, du sucre, du 
ait, de la crème, des cordages, de la toile, des vases, du bois de 
instruction, des couvertures de cabanes, etc. C'est donc à bon 
Iroit qu'on l'a nommé le Roi des végétaux. 

Les racines du cocotier sont peu profondes et touffues ; la tige, 
joi n'a pas plus de 4 à 5 décimètres de diamètre, s'élève comme une 
:olonne jusqu'à une hauteur de 20 à 30 mètres, et se termine par 
une touffe de 12 à 15 feuilles ailées, longues de 5 à 6 mètres. Les 
>pathes, qui suit©»t 4* l'aisselle des feuilles inférieures, donnent 
naissance à des spadices rarafeux couverts -qv *-^-*\u v ^ fe- 
melles : les premières à six étamines avec un rudiment ffovaire ; - 
les secondes, pourvues d'un ovaire à trois loges dont deux rudi- 
mentaires et une seule fertile. Le fruit est un drupe ovale ou 
elliptique et trigone, pouvant avoir le volume de la tête, formé 
d'un mésocarpe fibreux, recouvrant un endocarpe osseux, percé 
de trois trous à la base, et renfermant une amande vide à l'inté- 
rieur creusée vers la base d'une cavité qui renferme l'embryon. 
Lorsque ce fruit a atteint sa grosseur, mais avant que l'amande 
ne soit formée, on le trouve rempli d'un liquide blanc, doux, su- 
cré un peu aigrelet et très-rafraîchissant. L'amande, une fois 
mûre se mange ; c'est là nourriture la plus ordinaire aux natu- 
reb de la Polynésie. On en retire par expression près de la moitié 
de son poids d'une huile incolore, presque aussi fluide et aussi 
limpide que de l'eau, à la température habituelle des tropiques; 
mais se solidifiant entre 18 et 16 degrés centigrades, ce qui est 

(i) Morin (de Rouen)' Journn/ de pharmacie, t. VIII, p. 4i9. 



132 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

cause que nous la voyons souvent blanche, opaque et solide. Cette 
huile récente sert à la préparation des aliments; mais elle rancit 
très-facilement et n'est plus alors appliquée qu'à l'éclairage. Elle 
forme, avec la soude, un savon sec, cassant, moussant extraordi- 
nairement avec l'eau, et ne pouvant guère être employé que mé- 
langé avec d'autres savons plus mous et plus onctueux. Le savon 
de coco, décomposé par un acide, fournit 6 acides gras, savoir : 
les acides caproïque, caprylique, caprique, laurostéarique, my- 
ristique et palmitique. 

Palmier avoir* et Huile de palme. 

Elœis guineensis. — Grand palmier, cullivé également dans la 
Guinée, en Afrique, et dans la Guyane, en Amérique, où il porte 
le nom d'Aouara ou Avoira. Les feuilles sont pinnées, à pétioles 
épineux qui persistent sur la lige. Les fleurs mâles et femelles sont 
séparée sur des régimes différents, munis d'une double spalhe : 
le calice et la corolle sont à 3 divisions; les élamines sont au 
nombre de 6, et l'ovaire est à 3 stigmates et à 3 loges dont deux 
sont oblitérées. Le fruit est un drupe de la grosseur d'une noix 
et d'un jaune doré, formé d'un sarcocarpe fibreux et huileux, et 
d'un noyau très-dur qui renferme une amande grasse et solide. 
Ce fruit contient donc deux huiles différentes et qui sont extraites 
séparément. L'huile du sarcocarpe est jaune, odorante, toujours 
liquide en Afrique ou à la Guyane, ce qui fait qu'on lui donne le 
nom d'huile de palme, et qu'on l'emploie àtousles usages de l'huile; 
tandis aye cell* «»»••— **• ^ rwiande «st blanche, solide et 
-. *en aUT mêmes usages que le beurre. Cette dernière, beaucoup . 
moins abondante que l'autre, ne vient pas en Europe; mais la 
première est aujourd'hui importée en quantité très-considérable 
en Angleterre et en France, où elle sert surtout à la fabrication 
des savons. 

L'huile de palme, telle que le commerce nous la fournit est 
solide, de la consistance du beurre et d'un jaune orangé. Elle 
présente une saveur douce et parfumée, et une odeur d'iris- elle 
fond à 29 degrés et est alors très-fluide et d'une couleur orangée 
foncée; elle ne cède rien à l'eau froide ou bouillante; elle se dis- 
sout à froid dans l'alcool à 40 degrés* *V «'y dissout beaucoup 
plus à chaud et se précipite en partie par le refroidissement ; elle 
se dissout en toutes proportions dans l'élher ; elle se saponifie très- 
facilement par les alcalis, et forme un savon jaune et non rouce 
comme cela pouvait avoir lieu lorsque, l'huile de palme étant rare 
et d'un prix élevé, on en fabriquait d'artificielle avec de l'axonse 
aromatisée à l'iris et colorée avec du curcuma. Aujourd'hui cette 



PALMIERS. 133 

falsification serait d'autant pi ifs mal inspirée qu'on décolore la 
plus grande partie de l'huile de palme avant de la saponifier. 

D'après Pelouze et M. Félix Boudet, l'huile de palme sérail 
formée d'oléine et de margarine, ou, si on l'aime mieux, d'oléatc 
et de margarate de glycérine: mais, d'après MM. Frémy etSten- 
house, l'huile de palme contient, nu lieu de margarine, un 
autre corps gras qui a reçu le nom depalmtiine, fusible, à la vé- 
rité, à 48 degrés comme la margarine, et fournissant, comme elle, 
par la saponification, un acide fusible à 60 degrés; mais cet acide 
palmitique est composé de 

C«H"O v = CPWW + HO. 

tandis que l'acide margarique = 

C"H»*0* = C"H*K)s -f HO. 

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'acide palmitique est 
identique avec l'acide cétique ou éthalique du blanc de baleine, 
et que la palmitine et la cétine diffèrent seulement par la nature 
de leur base, la première étant un pal mi ta le de glycérine, et la 
seconde un pal mi ta te d'élhal. 

Enfin, Pelouze et M. Boudet ont fait l'observation que l'huile de 
palme pouvait se convertir en acide gras, spontanément et sans 
le secours d'un alcali. L'huile, en rancissant prend un point de 
fusion plus élevé, en môme temps que la quantité des acides gras 
' augmente. Une huile fusible à 31 degrés a fourni moitié de son 
poids d'acides gras; une autre, plus ancienne, en contenait les 
4/5. Je puis ajouter à cette observation que l'acidification spon- 
tmée de l'huile de palme est le résultat d'une sorte de fermen- 
tation qui a besoin, pour se produire, d'un commencement d'al- 
tération due au conlact de l'air. En effet, l'huile de palme récente, 
fondue et introduite dans des vases pleins et hermétiquement 
fermés, se conserve indéfiniment avec sa belle couleur orangée, 
son odeur et ses autres propriétés; mais pour peu que l'air ait 
d'accès et commence l'altération de l'huile, on voit la décolora- 
tion et la rancidité s'étenare peu à peu de la surface au restant 
de la masse et ne s'arrêter que lorsque la transformation est 
complète. Celle transformation donne lieu à la production d'une 
certaine quantité de glycérine soluble dans l'eau ; mais, d'après 
l'observation de Pelouze et de M. Boudet, cette quantité diminue 
au lieu d'augmenter avec la rancidité de h'ûle, parce que la gly- 
cérine elle-même se décompose et se change en acide sébacique. 



134 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

, Ceroxylon an di cola. 

Indépendamment des matières grasses analogues à l'huile ou 
à la graisse, la famille des Palmiers en produit d'autres que l'on 
peut comparer à la cire ; telles sont la cire du Ceroxyhnandicola, 
H. B., et celle du Corypha cerifera de Martius, connu au Brésil 
sous le nom de Carnauba. 

Le Ceroxylon andicola est un palmier magnifique, croissant sur 
les plateaux les plus élevés des Andes du Pérou, et s'élevanl lui- 
même à la hauteur de 60 mètres environ. La substance qu'il pro- 
duit et qui porte au Pérou le nom de Cera de palma, exsude des 
feuilles et surtout du tronc de l'arbre, [h l'endroit des anneaux. 
Les Indiens l'enlèvent en grattant le tronc avec un couteau et la 
purifient par la fusion. Cette substance est d'un blanc sale et jau- 
nâtre, assez dure, poreuse et friable, sans saveur ni odeur. Sui- 
vant Vauquelin, elle serait formée de. 2/3 de résine et de 1/3 
seulement de cire; mais, d'après M. Boussingault, elle est com- 
posée d'une résine soluble dans l'alcool froid, jaunâtre, un peu 
amère, et d'une autre résine soluble seulement dans l'alcool 
bouillant et facilement cristallisable, à laquelle il a donné le nom 
de céroxyline. 

Carnauba. 

Copeiw'cea cerifera, Mari. ; Corypha cerifera. — C'est un des pal- 
miers les plus utiles du Brésil. Ses racines sont Téputées diuréti- 
ques, ses tiges d'une hauteur moyenne de 16 mètres, sont très- 
eipployées comme bois de construction, le fruit et la graine sont 
comestibles; quant aux feuilles, elles servent à fabriquer des ba- 
lais, des paniers, des nattes, des chapeaux, et fournissent en outre 
la are de Carnauba, dont l'importance industrielle est déjà con- 
sidérable. On peut estimer la valeur de la cire de chaque récolte 
annuelle dans la province du Ceara, à 2,500,000 francs : chaque 
arbre peut donner annuellement 96 feuilles ea moyenne, ou 
2 kilogrammes de cire. 

Pour obtenir celte cire, on recueille les feuilles, qui la sécrè- 
tent sur leur surface ; on les secoue et on obtient ainsi une ma- 
tière pulvérulente, qu'on fond à une assez forte chaleur. Par le 
refroidissement on obtient des morceaux de cire jaunâtre, dure, 
sèche, cassante, à cassure lisse, luisante et non grenue. 

D'après les expériences de Brandes, et celles plus récentes de 
M. Paul Bérard, la cire de carnauba est une des cires végétales 
qui se rapproche le plus par sa conslilulion chimique, de celle 
que donnent les abeilles. 



PALMIERS. 135 

Sang-Dragon. v 

Résine rouge, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, dont 
on connaît plusieurs espèces produites par des arbres fort diffé- 
rents. Cependant le Sang-dragon le plus usité provient d'un pal- 
mier du genre des rotangs, nommé .par WiHdenow Calamus 
Draco, L. Ces arbres ont un port tout particulier qui leur a fait 
donner par Rumphius le nom de palmiers-joncs, et qui consiste en 
ce que leur tige, grosse comme le pouce ou moins, s'allonge 
presque sans fin dans quelques espèces, en s'é levant au sommet 
des plus grands arbres et en passant de l'un à Pau Ire, de manière 
à acquérir une longueur de plus de 160 mètres. Les jets flexibles 
qui les composent, surtout ceux du Calamus viminalis, W., cou-r 
pés sur une longueur de 12 à 15 pieds, et mis par faisceaux 
de 50 environ, sont envoyés en Europe, où ils servent à dégorger 
les conduits d'eau, à faire des badines et à fabriquer différents 
ouvrages et meubles en jonc, qui unissent la légèreté à la solidité. 
Les tiges d'une autre espèce, le Calamus scipionum, Lour., for- 
ment ces belles cannes nommées joncs, d'un seul jet, luisantes, 
roussâtres, pourvues d'un angle peu marqué. Le Calamus draco, L. 
en fournit d'autres d'un jaune pâle, de la grosseur du doigt, 
longues de 3 pieds environ, ce qui est la distance de deux articu- 
lations. Celles qui proviennent du Calamus verus sont lourdes, 
jaunâtres, parfaitement rondes, munies de plusieurs nœuds espa- 
cés d'un pied. 

Tous les fruits des rotangs sont recouverts d'un péricarpe écail- 
leux, comme celui des sagouiers, et ressembleaLun peu en petit 
à un cône de pin ; mais celui du Calamus draeo, X. est le seul qui 
soit imprégné, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, d'une résine 
rouge qui est notre Saag-dragon. 

Suivant Rumphius, on obtient cette substance en secouant 
pendant longtemps les fruits dans un sac de toile rude ; la résine 
pulvérisée passe à travers le sac. On la fond à une douce chaleui 
et on lui donne, à l'aide des mains, la forme de globules que l'on 
enveloppe dans des feuilles sèches de Licuala spinosa, L., autre 
espèce de palmier, voisine des Corypha. C'est là la première sorte 
de Sang-dragon. 

Ensuite, on concasse les fruits et on les fait bouillir avec de 
l'eau, jusqu'à ce qu'il surnage une matière résineuse que l'on 
forme en tablettes larges de trois ou quatre doigts; enfin, le 
marc lui-môme, formé des débris de fruits contenant encore une 
grande quantité de résine, est mis en masses rondes ou aplaties, 
de 25 à 35 centimètres de diamètre, et constitue le Sang-dragon 
commun. 



136 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Telle est, suivant Rumphius, la manière dont on prépare le 
sang-dragon à Jamby et à Palinbang sur la côte orientale de Su- 
matra; mais il en vient aussi beaucoup de Banger-Massing, ville 
située sur la plage méridionale de Bornéo. Cela explique pourquoi, 
au lieu de trois sortes décrites par Rumphius, on en trouve 
quatre dans le commerce,. en tête desquelles il faut môme placer 
celle dont cet auteur ne parle pas. 

Sang-dragon en baguettes. — Bâtons longs de 30 à 50 centim., 
épais comme le doigt, entourés de feuilles de Licuala, et fixés 
tout autour au moyen d'une lanière très-mince de tige de rotang. 
Ce sang-dragon est d'un rouge-brun foncé, opaque, friable, fra- 
gile, insipide et inodore; sa poudre est d'un rouge-vermillon. 
. J'ai vu autrefois un sang-dragon en masses cylindriques, un 
peu aplaties, longues de 20 à 30 centim., larges comme deux 
doigts, qui étaient d'une qualité supérieure encore au précédent. 
Depuis longtemps, je n'ai pu en retrouver de semblable. 

D'après Rumphius, le sang-dragon chauffé exhale une odeur 
analogue à celle du styrax. Il est possible qu'il jouisse de cette 
propriété lorsqu'il est récent; mais je n'en ai jamais trouvé qui 
la possédât; seulement la fumée qu'il dégage irrite fortement la 
gorge. Plusieurs auteurs, tels que Lewis et Thompson, ont attri- 
bué cet effet à la présence de l'acide benzoïque. J'avais toujours 
douté de ce fait, qui paraît cependant confirmé par l'analyse de 
M. Herberger (1). 

Sang-dragon en olives ou en globules, de 18 à 20 millim. d'épais- 
seur, enveloppé d'une feuille de palmier, comme le premier, et 
disposé en chapelet; toujours inodore, d'un rouge-brun foncé, 
prenant une belle couleur vermillon par le frottement ou la pul- 
vérisation. Ce sang-dragon, de môme que les précédents, répond 
' à la première sorte de Rumphius. V 

Sang-dragon en masse. — Cette sorte est en pains d'un poids assez 
considérable, d'un rouge vif, contenant une grande quantité de 
débris des fruits de Calamus broyés. Il répond à la dernière sorte 
de Rumphius. Il est employé avec beaucoup d'avantage comme 
matière colorante; mais il doit ôtre rejeté des compositions 
pharmaceutiques. 

Sang-dragon en galettes, ou en pains orbiculaires et plats, de 8 
à 14 centimètres de diamètre; d'un rouge assez pâle, avec un 
ommencement de demi-transparence. Ce sang-dragon est évi- 
demment celui qui vient nager à la surface de l'eau, lorsqu'on 
soumet à l'ébullition les fruits de Calamus broyés. Il doit sa 
demi-transparence à la matière grasse des amandes qui s'y 

(1) Herberger, Journal de pharmacie, t. XVII, p. 225. 



PALMIERS. 137 

trouve contenue ; il est Irès-inférieur au précédent pour la qualité, 
malgré sa pureté apparente et l'absence des débris de fruits. 

Sang-dragon faux. — Mélange frauduleux et ignoble de résine 
commune, colorée avec de la brique pilée, de l'ocre rouge, 
ou un peu de sang-dragon. On le laisse en masse, ou on le divise 
en gros globules que l'on enveloppe d'une feuille de roseau, et que 
Ton fixe avec uqe ficelle de chanvre. Ce prétendu sang-dragon, 
écrasé, prend une couleur faiblement rouge et blanchâtre, et dé- 
veloppe une odeur de poix-pésine, caractère certain de sa falsifi- 
cation. 

Sang-dragon du Dracœna draco. — On lit dans tous les auteurs 
qu'une partie du sang-dragon du commerce est fournie par le 
Dracœna Draco , L., arbre de la famille des Asparaginées, qui croit 
aux îles Canaries, où il peut vivre pendant des siècles, en acqué- 
rant des dimensions gigantesques. Une description de cet arbre (1) 
fait, en effet, mention d'un suc rouge, obtenu par incision, de la 
nature du sang-dragon, et qui parait avoir été exploité par les 
Espagnols, dans les premiers temps de leur domination; mais 
depuis très-longtemps on a cessé de le récoller, et môme aux lies 
Canaries il est impossible aujourd'hui de s'en procurer la moindre 
quantité. 

Le Dracœna Draco ne contribue donc en rien à la production du 
sang-dragon du commerce. 

Sang-dragon du Pterocarpus Draco, L. — Je dois à l'obligeance 
de M. Fougeron, ancien pharmacien à Orléans, une espèce 
de sang-dragon en larmes, qui venait en ligne directe des Antilles, 
où je suppose qu'il a été produit par le Pterocarpus Draco, L. (2). 
Ce song-dragon dont l'Écluse a déjà fait mention, comme venant 
de Carthagène, en Amérique, est en petites masses irrégulières, 
comme formées par tfhe matière demi-liquide qui serait tombée 
sur un corps froid ; il'est couvert d'une poussière rouge, offre une 
cassure brune vitreuse, et est opaque dans ses fragments les plus 
minces. De même que le sang-dragon des Moluques, il est insi- 
pide, inodore, insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool. Il s'en 
distingue seulement parce que sa teinture alcoolique n'est pas 
précipitée par l'ammoniaque, de môme que la teinture de santal 
rouge ; tandis que le soluté alcoolique du sang-dragon des Molu- 
ques est précipité par ce réactif. 

On lit dans les anciens auteurs que le nom de sang-dragon a été 
donné à cette résine, à cause de sa couleur, et parce que le fruit 
de l'arbre offre dans son intérieur la figure d'un dragon. Ce sont 

(1) Ann. des sciences naturelles, t. XIV, p. 137. 
(î) Journal de chim. médtc, t. VI, p. 714. 



138 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

les Pterocarpus seuls, et en particulier le Pterocarpus indicus (1), 
qui présentent quelque chose de cette image dans leurs fruits cir- 
culaires et membraneux. 

Sagou. 

Le Sagou est une fécule qui est sous la forme de petits grains 
arrondis, blanchâtres, grisâlres, ou rougeâtres, très-durs, élasti- 
ques, demi-lransparents, difficiles à broyer et à pulvériser, sans 
odeur et d'une saveur fade et douceâtre. Il est apporté principa- 
lement des lies Moluques, des îles Philippines, de la Nouvelle- 
Guinée, et quelquefois aussi de l'Inde et des lies Maldives, et Ton 
cite comme pouvant le produire les Cycas circinalis et revoluta, et 
plusieurs palmiers, tels que YAreca oleracea, le Phœnix farinifera^ 
YArenga saccharifera et surtout les Sagus genuina et farinifwa, qui 
sont des palmiers pourvus de fruits recouverts d'un péricarpe à 
écailles soudées, comme ceux des Calamus. A une aussi grande 
distance des lieux, il est difficile de décider, entre ces arbres, 
quels sont ceux qui produisent véritablement les sagous du coiq- 
merce; car il y en a plusieurs espèces. Planche, dans un mémoire 
inséré parmi ceux de l'Académie de médecine, en a décrit six 
variétés qu'il a désignées surtout par leur lieu d'origine. Préférant 
les classer d'après leur nature, j'en distingue seulement trois es- 
pèces. 

Première espèce. Sagou ancien ou sagou premier. — Je ne 
puis désigner autrement cette espèce qui provient de bien des 
lieux différents et affecte des couleurs très-variées; ce sagou 
comprend : 

1° Le sagou des Maldives de Planche, en globules sphériques, de 
2 à 3 millimètres de diamètre, translucides, d'un blanc rosé iné- 
gal, très-durs et insipides. 

2° Le sagou de la Nouvelle-Guinée du même, en globules un peu 
plus petits, d'un rouge vif d'un côté et blanc de l'autre. Tous les 
sagous colorés présentent, comme on le sait, cette disposition. 

3° Le sagou gris des Moluques ou Brown sago des Anglais ; en glo- 
bules variables, de I à 3 millimètres de diamètre, opaques, d'une 
couleur grisâtre, terne d'un côté, blanchâtre de l'autre. Je pense 
que cette couleur grisâtre n'est pas naturelle, et qu'elle provient 
de l'altération de la couleur rose primitive; altération causée par 
le temps et l'humidité. 

\° Le gros sagou gris des Moluques. — Entièrement semblable au 
précédent, si ce n'est qu'il est en globules de 4 à 8 millimètres 
de diamètre. 

5° Le vrai sagou blanc des Moluques. — Tout à fait semblable au 

(I) Rumphius, Herbarium Amboinense. Amsteledami, 1750, t. Il, tabl. 70. 




PALMIERS. 139 

d 9 3, si ce n'est qu'il est d'une blancheur parfaite due au lavage 
complet de la fécule qui a servi à le fabriquer (I). 

Quels que soient le lieu d'origine et la couleur de ces sagous f 
voici quels sont leurs caractères : 

Globules arrondis, généralement spbériques, tous isolés, très- 
durs, élastiques, difficiles à broyer et à pulvériser. 

Les globules mis à tremper dans l'eau doublent généralement 
de volume, mais ne contractent aucune adhérence entre eux. 

Les granules qui les composent, isolés, les uns des autres par 
l'agitation du liquide, et colorés par l'iode, se présentent au mi- 
croscope sous une forme ovoïde, ou elliptique, ou elliptique al- 
longée (fig. 348). Les grains 
elliptiques sont souvent 
rétrécis en forme de col à 
une extrémité, et ce col 
est quelquefois incliné sur 
Taxe. Les granules parais- 
sent souvent coupés par «^ . -^ ^^ ^- 
un plan perpendiculaire à ^ U ^ 

l'axe OU par deUX OU trois* Fig. 348. — Granules de Sagou. 

plans inclinés entre eux. 

Cette disposition est semblable à celle de la fécule du Tarca 
pinnatifida ; mais celle-ci est généralement sphérique, tandis que 
la fécule du sagou est presque toujours allongée. Le hile est dilaté. 

L'eau dans laquelle on a fait macérer le vrai sagou, étant fil- 
trée, ne se colore pas par l'iode. Après une ébullition de plus d'une 
heure dans une grande quantité d'eau, la fécule du sagou laisse 
un résidu considérable, dense et facile à séparer du liquide ; ce 
résidu, coloré par l'iode et vu au microscope, paraît formé de té- 
guments très-denses, presque entiers ou lacérés, colorés en blanc 
ou en violet, et de débris parenchymateux, très-denses égale- 
ment, colorés en violet. 

Ce s^gou me paraît être celui qui est préparé aux îles Moluques 
avec la moelle du Sagus fartnaria de Rumphius (fig. 349), qui est 
différent du Sagus fartnaria de Gaerlner, et que Willdenow a 
nommé Sagus Bumphit\el Labillardière, Sagus genuina. Cet arbre 
s'élève à la hauteur de 30 pieds et acquiert un tronc assez gros 
pour qu'un homme ne puisse pas l'embrasser. Il est bon à abattre 
lorsque ses feuilles se recouvrent d'une farine blanchâtre, ou 

(1) H ne faut pas confondre ce sagou blanc qui vient quelquefois de l'Inde ou 
des Molnques, non plus que le sagou rouge de la Nouvelle-Guinée et le sagou 
gris des Moluques, avec les faux sagous de fécule de pommes de terre, que Ton 
fait à volonté blancs, rouges ou gris, et qui imitent parfaitement les vrais sagous. 
Le sagou de fécule de pommes de terre se reconnaît toujours facilement ;\ son 
goût de fécule. 



140 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

lorsqu'en retirant un peu de moelle avec une tarière, cette moelle 
laisse précipiter de l'amidon par sa division dans l'eau. L'arbre 
élanl abattu, on en coune la tige par tronçons ;"on fend ces tron- 




Fig. 349. — Sagou. 

çons par quartiers, et on en arracbe la moelle, qui est ensuite 
écrasée et délayée dans l'eau. Après avoir passé l'eau trouble à 
travers un tamis clair, on la laisse reposer ; on la décante lors- 
qu'elle est éclaircie, et Ton fait sécher la fécule à l'ombre: alors 
elle est très-blanche et très-fine. Les Moluquois emploient cette 
fécule à faire du pain et quelques mets agréables et nourrissants. 
Ce n'est guère que pour l'envoyer à l'extérieur qu'ils lui donnent 
la forme que nous lui connaissons, et môme ils paraissent s'être 
avisés assez tard de lui faire subir celte préparation; car Rum- 
phius, quoiqu'on ait souvent imprimé le contraire, n'en fait 
pas mention, et le sagou n'a été connu en Angleterre qu'en 1729; 
en France, en 1740; en Allemagne, en 1744 : Lemery n'en parle 
pas. 

Pour donner au sagou la forme qu'on voit, les Moluquois font 
sans doute passer à travers une platine perforée la pâte féculente, 
en partie desséchée, dont j'ai parlé tout à l'heure ; parce moyen 
ils la réduisent en petits grains, dont ils obtiennent la dessicca- 



PALMIERS. 141 

lion en les agitant sur des bassines plaies, légèrement chauffées. 
Solvant d'autres personnes, ce serait la moelle même de l'arbre 
qui, en se desséchant à l'air,* se diviserait en petits grains arron- 
dis ; mais cette opinion est contredite par l'examen microscopi- 
que qui montre le sagou entièrement composé de granules d'ami- 
don tous entiers et seulement soudés ensemble et diversement 
comprimés. 

Pareillement, beaucoup de personnes admettent encore que le 
sagou doit sa couleur rousse inégale à un commencement de tor- 
réfaction ; mais l'intégrité des granules montre que la chaleur a 
été très-modérée, et j'attribue plutôt cette coloration à un prin- 
cipe étranger à la fécule et qui n'a pas été complètement enlevé 
par le lavage. J'ai d'ailleurs indiqué plus haut que la couleur na- 
turelle du sagou coloré est rouge ou rose et non rousse, et que la 
couleur grise des vieux sagous du commerce provient d'une al- 
tération de la couleur rouge primitive. 

Deuxième espèce. Sagou deuxième. — Celle espèce correspond 
au Sagou rosé des Moluques de Planche ; il est en globules très- 
Petits, moins réguliers que ceux du premier sagou, et quelquefois 
soudés ensemble au nombre de 2 ou 3 ; trempé dans l'eau, il aug- 
mente de plus du double de son volume et l'eau parait un peu 
tnucilagineuse ; cependant elle ne se colore pas sensiblement par 
l*ïode. Les grains de fécule isolés ont exactement la même forme 
lue ceux du sagou n° i, mais ils résistent moins à la coction dans 
l'eau. Après une heure d'ébullition, le liquide offre en suspen- 
sion des parties de parenchyme amylacé, qui se colorent en 
v ioIet rougeàtre par l'iode et qui offrent souvent un point opa- 
lueet plus fortement coloré au centre. Par le repos, il se forme 
ai * fond du liquide un dépôt plus dense, qui offre en outre des 
fragments de téguments membraneux, plissés, denses et colorés 
e ** violet, et d'autres téguments moins altérés, qui se présentent 
s ^us forme d'outrés creuses, déchirées sur plusieurs points de 
*eu r surface et d'un bleu- violet. 

Troisième espèce. Sagou-tapioka. — Je donne ce nom à cette 
espèce de sagou, aujourd'hui très-répandue dans le commerce, 
t*&j*ce qu'elle est exactement, à la fécule primitive du sagou et 
***éme aux sagous précédents, ce que le lapioka est à la mous- 
^che, qui est la fécule du manioc. C'est-à-dire que tandis que 
*e$ deux sagous précédents, quoi qu'on en ait dit, n'ont été ni tor- 
dues, ni cuits, ce qui est prouvé par Pintégrilé de la presque tota- 
le des grains de fécule ; le sagou-tapioka a subi l'action du feu, 
* l'état de pâte humide; de là l'explication facile de toutes ses 
propriétés- 

Ce sagou n'est pas en globules sphériques comme les deux 



1 42 



VEGETAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



précédents, ou du moins les globules spliériques y sont très-peu 
nombreux : il est plutôt sous forme de très-petites masses tubercu- 
leuses irrégulières, formées par la soudure d'un nombre variable 
des premiers globules. Mis à tremper dans l'eau, il s'y gonfle 
I ■ beaucoup, el se prend en une masse 

/^J f^"W 1 j'âieuse, blanche et opaque ; en 

ajoutant une plus grande quantité 
d'eau, il se divise davantage et se 
dissout en partie* La liqueur ti Urée 
bleuît fortement par l'iode. La li- 
queur non filtrée, examinée au mi- 
Fijç. 35». — sageii-iiiïiioki. croscope, offre des grains entiers de 

fécule, semblables à ceux du vrai 
sagou, plus un grand nombre de téguments rompus el déchirés 
(fig. 350;, Un peu de celle fécule soumise à une coclion d'une 
heure, dans une grande quantité d'eau, se conduit comme celle 
du sagou n* 2. 

La facilité avec laquelle le sagou* Lapioka se gonfle et se divise 
par l'eau, le fait aujourd'hui préférer, comme aliment, à l'ancien 
sagou. II a été décrit par Planche (I) sous le nom de Sêfdt hlanc 
tien Molw/ucs, eL par l'ercirasous celui de Sagou perlé (pearl sagoi. 
M, Joubert, négociant fiançais établi a. Sydney, m'en a remis uu 
échantillon en me disant qu'il élail originaire de Taïlù De là j'ai 
cru pendant quelque temps que ce sagou était le lapioka de la fé- 
cule du Tacca pùmotifida ; mais il est certain qu'il n'en est pas 
ainsi, el que la fécule du troisième sagou, bien différente de celle 
du Tucca pinnatifitfa) se rapproche beaucoup plus de celle des 
deux premières espèces de sagou. 



co 



.\oi* de palmier. 



Tagua ou cabvza de net/ru (tète de nègre) ; tnorpfrit ou ivoire 
HaL — On donne ces différents noms à des semences grosses 
omme de petites pommes, arrondies d'un coté, anguleuses et un 
peu allongées eu pointe de l'autre, composées d'un épïspernu* 
s épais, dur et cassant, el d'an endosperme blanc opaque, 
très-dur, susceptible d'etre tourné, taillé et poti comme l'ivoire. 
Aussi les emploie-l*on pour eu faire des pommes de cannes et 
toutes sortes de petits objets de tabletterie. Ces semences vien- 
nent du Pérou, où elles sont produites par un arbrisseau élégant 
(PhytèUphOA macrùcarpa 11. P., Eléphant mm macroearpa, \\ 

(l) Plincin , Hi pour nrvir à {'histoire du sag^u (Mémoire de t'Aca- 

I médtetne. Pai * 









? hé- 






COLCHICACÉES. — COLCHIQUE D'AUTOMNE. 143 

qui a le port d'un petit palmier, mais qui a plus de rapports 
avec la famille des Pandanées. Le fruit entier est très-gros, hé- 
rissé, en forme de tête, composé de drupes agrégés, à quatre 
loges monospermes. Avant leur maturité, les loges sont rem- 
plies d'une liqueur d'abord transparente, ensuite laiteuse et d'une 
saveur agréable , qui est d'un grand secours pour les voyageurs. 
Peu à peu cette liqueur se condense et s'organise en un péri- 
sperme fort dur, ainsi qu'il a été dit. 

FAMILLE DES COLCHICACÉES. 

Mélanthacées de H. Brown. Plantes à souche bulbeuse, tubéreuse ou 
quelquefois formée en rhizome horizontal. Tige simple ou scapi forme; 
feuilles tantôt toutes radicales et ramassées, tantôt caulinaires et alter- 
nes, tantôt graminées ou sétacées, d'autres fois élargies, nerveuses, 
très-entières; fleurs complètes ou incomplètes, régulières, à périgone 
corolliforme, à six divisions distinctes ou soudées en tubes ; six étamines 
opposées aux divisions du périgone, à filets libres, à anthères bilocu- 
laires extrorses ; ovaire libre, formé de trois carpelles plus ou moins 
soudés et surmontés chacun d'un* style terminé par un stigmate glan- 
duleux. Le fruit est une capsule à trois loges folliculeuses, plus ou moins 
distinctes et Couvrant par une suture ventrale. Les semences sont 
nombreuses, couvertes d'un épisperme membraneux, surmonté quel- 
quefois vers le hile d'un tubercule plus ou moins volumineux. 
L'endosperme est charnu ou cartilagineux, contenant un embryon 
cylindrique, placé vers le point opposé au hile. 

Les Colchicacées sont divisées en deux tribus : 

1° Les Yéralrées : tiges scapiformes, souvent pourvues de feuilles; 
fleurs en grappes ou en épis; styles courts; stigmates peu distincts; 
divisions du périgone libres, sessiles ou courtemcnt onguiculées, ou 
bien soudées par le bas en un tube très-court. Genres Helonias, Schœ- 
nocaulon, Veratrum, Melanthium. etc. 

2° Les ColcUicées : acaules, fleurs nées d'un collet souterrain ; styles 
grêles, libres ou plus ou moins soudés; folioles du périgone longue- 
ment onguiculées, onglets le plus souvent soudés en un tube. Genres 
Bulbocodium, Colchicum, etc. 

Les plantes de la famille des Colchicacées sont généralement 
très-âcres, purgatives, vomitives, et doivent être employées avec 
une grande prudence. Les plus usitées sont le Colchique d'au- 
tomne, YHwmodacte, Y Ellébore blanc et la Cévadille. 

Colchique d'automne. 

Colchicum automnale. — Cette plante est composée d'abord d'un 
tubercule charnu et amylacé (faux bulbe), enveloppé dans un 
petit nombre de tuniques brunes, foliacées ;ce tubercule est assez 



lit 



VÉGÉTAUX MONÛGOTYLEDONES. 



profondément enfoncé dans la terre* A la partie inférieure on 
observe, comme dans îes vrais bulbes, un collet et des radicules. 
En enlevant les tuniques brune*, on trouve comme trois liges 
courtes, dont deux à fleurs et une à feuilles. Les tiges à fleurs 
sont enveloppées chacune d'une spathe et sont enfern: 



7 



r 



\%U — CulchUjue d'auUimu.'. 

presque jusqu'au limbe de la fleur et jusqu'à la surface du soi, 
dans le prolongement supérieur de la tunique brune. L'une des 
s pallies, c'est la plus développée, part immédiatement du collet 
inférieur, et monte extérieurement le long du corps amylacé qui 
csl creusé pour la recevoir. L'autre spathe, plus petite, est due à 
un petit bulbe qui M forme au milieu du côté opposé ; quant à la 
tîge à feuilles, elle part directement du sommet du corps charnu 
et se confond d'un côLé avec la tunique extérieure. 
Le Colchique est coin m un dans les prés et les pâturages d'une 
grande partie de l'Europe* Ses leurs paraissent 
à l'automne. Elles parlent, comme on Ta vu, 
du collet de la plante, ni sont formées d'un 
périgone (fig. 332) a. tube très-allongé terminé 
par un limbe à six divisions qui viennent s'é- 
panouir à la surface du sol. Les étamines sont 
insérées au haut du tube du périgone. Les 
¥ % ti " ,oc ^ ovaires soudés sont situés, au contraire, au 

fond du tube et sont surmontés de 3 styles très- 
longs, terminés chacun pur t stigmate en massue. Ce n'est qu'au 




COLCUICÀCÉES. — COLCHIQUE D'AUTOMNE. • 145 

printemps suivant que les feuilles se développent et que les 
fruits paraissent au milieu d'elles. Ceux-ci sont formés d'une 
capsule à 3 loges, s'ouvrant par le côté interne et contenant 
un grand nombre de semences globuleuses, d'un brun noirâtre, 
rugueuses à la surface, plus grosses que celles du colza, et d'une 
saveur amère suivie d'une âcreté très-marquée. L'endosperme 
est corné, élastique et très-difficile à pulvériser. 

Le tubercule de colchique, tel que le commerce le présente, 
est un corps ovoïde (fig. 352), de la grosseur d'un marron, con- 
vexe d'un côté et présen - 
tant une cicatrice due 
à la petite tige; creusé 
longitudinalement de l'au- 
tre ; d'un gris jaunâtre 
à l'extérieur et marqué 
de sillons uniformes cau- 
sés par la dessiccation ; 

blanc et farineUX à Pinte- Fig. 353. — Tubercule de colchique. 

rieur; d'une odeur nulle, 

d'une saveur acre et mordicanle. Cette saveur indique que le tu- 
bercule sec est loin d'être dépourvu de propriétés médicales ; ce- 
pendant Storck et les autres médecins qui, d'après lui, ont con- 
seillé l'usage du colchique, recommandent de l'employer récent. 
C'est également sous cet état que, d'après M. Want, chirurgien 
anglais, on doit s'en servir pour préparer la teinture anti-arthriti- 
que dite eau médicinale cTHusson (1). 

Pelletier et M. J.-B. Gaventou ont retiré du tubercule de col- 
chique: 1° une matière grasse composée d'élaïne, de stéarine et 
d'un acide volatil particulier; 2° un alcali végétal qu'ils ont cru 
être semblable à celui trouvé dans la racine d'ellébore blanc 
{Vtratrum album) et dans la cévadille, et auquel en conséquence 
ils ont donné le nom de Vératrine; 3° une matière colorante jaune ; 
4° de la gomme; 5° de l'amidon ; 6° de l'inuline en abondance ; 
"*du ligneux (2). 

Postérieurement MM. Hesse et Geiger ont annoncé que l'alca- 
loïde du tubercule et des semences du colchique différait de la 
T iratrine et lui ont donné le nom de Colchicine. [Depuis lors, 
MM. Oberlin, Ludwig, Hubler (1864), ont repris l'étude de ce 
corps et ont donné un moyen de ; l'obtenir à un plus grand état 
de pureté. La colchicine préparée par le procédé de Hubler est 
^us forme d'un vernis sec, à odeur de foin, à saveur très amère, 
donnant dans l'eau et dans l'alcool [une dissolution jaune. Sa 

(l) Wtnt, Ann. de chimie, t. XCIV, p. 334. 

(J) Pelletier et Gaventou, Ann. chi<n. etphys., t. XIV, p. 82. 

Cviwokt, Drogues, 7e édit. T. II. — 10 



146 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



formule est C^H^AzO 10 , ne différant de celle de l'atropine que 
par 0* en plus, et H 4 en moins. Oberlin refusait l'alcalinité à cette 
substance: mais de nouvelles recherches (i) rectifient cette opi- 
nion et attribuent à ce corps une faible basicité. Sous l'influence 
des acides, la colchicine se transforme en colchicéine, qui est un 
acide faible, isomère de la colchicine, un peu moins amer qu'elle, 
et prenant bientôt à l'air une coloration brune. 

La colchicine se trouve dans les graines de colchique, même 
en quantité plus considérable que dans les tubercules : on en a 
retiré de 0,2 ou 0,3 pour 100, tandis que les tubercules secs, 
récoltés en automne au moment de leur plus grande activité, n'en 
ont donné que 0,05. Les fleurs sèches sont aussi vénéneuses, elles 
contiennent 0,25 de principe actif.] 

Tttfeerevle 4'H«rmo*acte. 

Ce tubercule {fig. 353), inconnu aux anciens Grecs, parait avoir 
été mis en usage par les Arabes. C'est évidemment une espèce 
de colchique qui nous vient d'Egypte, de Syrie et de l'Anatolie; 
mais sa patrie parait être surtout la Syrie. Il est formé d'un corps 
tubéreux, amylacé, ayant la forme d'un cœur, marqué à la partie 
.inférieure du côté convexe, des vestiges d'un plateau de bulbe 
ordinaire ; il est creusé profondément et dans toute sa longueur 
de l'autre côté, et présente au bas du sillon une cicatrice qui in- 
dique le point d'insertion de 
la tige principale. Sur la par- 
tie convexe se trouve une se- 
conde cicatrice causée par l'in- 
sertion du jeune bulbe ; enfin 
le sommet du tubercule offre 
une dernière cicatrice d'où 
devaient s'élever les feuilles: 
comme on le voit, cette orga- 
nisation est exactement celle du colchique. Cependant le tu- 
bercule d'hermodacte est facile à distinguer de celui du colchi- 
que. 11 est beaucoup plus blanc, non ridé à l'extérieur, d'une 
saveur douceâtre, un peu mucilagineuse et un peu acre. Il est 
légèrement purgatif et entre dans la composition des élecluaires 
diaphœnix, caryocostin, et des tablettes diacarlhami. On a pré- 
tendu que les Égyptiennes en mangeaient pour acquérir de l'em- 
bonpoint. [C'est probablement au Colchicum bulbocoides que doit 
se rapporter cette assertion.] 

Les auteurs qui ont écrit le plus récemment sur la matière 

(1) Voir American journal of pharmacy, 1867. 




Fig. 354. — Tubercule d'hermodacte. 



COLCHICACÉES. — TUBERCULE D'HERMODACTE. » 147 

médicale, sonl tombés dans une grande confusion au sujet de la 
plante qui produit l'hermodacle : l'un d'eux blâme avec raison 
Linné d'avoir attribué ce tubercule à Ylristuberosa, L. ; il pense 
qu'il est fourni par le Colchicum variegatum, L.,et il donne à l'appui 
de cette opinion la description et la figure d'une plante que Mat- 
tbiole avait reçue de Constantinople sous le nom d f Hermodacte. Or 
la plante nommée par Matthiole Hermodactylus verus, loin d'être 
le Colchicum varîegatum, n'est autre que Y Iris tuberosa, L. Un au- 
tre, qui veut absolument que le tubercule amylacé du colchique 
soit un oignon, trouve que l'hermodacte est une racine ligneuse 
semblable à celle des iris, et il appuie en conséquence l'opinion de 
Linné et de Tournefort, que cette substance est due à 17m tube- 
ro$a, L. contre celle de Mattbiole que c'est un colchique. Il y a là 
beaucoup d'erreurs en peu de mots. 

Matthiole est le premier auteur de cette confusion: voulant tou- 
jours prouver que nous n'avons pas les véritables drogues des 
anciens, pour lui notre hermodacte est un faux hermodacte qui 
ne diffère pas du colchique vulgaire, et il accuse vertement d'à- 
nerie ceux qui se permettent de l'employer, bien qu'il reconnaisse 
qu'il n'est pas aussi actif que le colchique. Ayant ensuite reçu 
deux plantes de Constantinople, il décrit l'une sous le nom de 
Colchique oriental, et l'autre sous celui d' Hermodacte vrai, pour 
deux raisons, dit-il : la première est que celle plante est ainsi nom- 
mée à Constantinople, et la seconde est que sa racine est formée 
de plusieurs tubercules digités qui paraissent avoir donné lieu au 
nom à' Hermodacte (doigt d'Hermès). Si l'on réfléchit cependant 
que Sérapiona traité de l'Hermodacte dans le môme chapitre que 
du colchique; que Lobel a reçu d'Alep de Syrie la plante à l'her- 
modacle, et qu'il l'a décrite et figurée comme étant le Colchicum 
illyricum d'Anguillara (!) ; que Tournefort a trouvé l'hermodacte 
en Asie avec les feuilles et les fruits d'un colchique (2) ; que Gro- 
nowius l'a insérée, dans sa dore d'Orient, sous le nom déjà donné 
de Colchicum illyricum; enfin que l'hermodacle des officines n'a 
jamais été autre chose qu'une espèce de colchique, il deviendra 
probable que Matthiole a appliqué par erreur à Y Iris tuberosa, L. le 
nom qui devait être donné à son Colchicum orientale, 

kxxloidù, Y Hermodactylus verus de Mattbiole (Iris tuberosa, L.) 
ne produit pas notre hermodacte officinal. Celui-ci provient, d'a- 
près Lobel et Gronowius, et d'après Miller et Forskal, cités par 
Linné, du Colchicum illyricum d'Anguillara; tandis que, suivant 
Murray (3), Miller l'aurait attribué au Colchicum variegatum. 

(1) Lobel, Plantar. Hi$t. Antverpiœ, 1650, p. 71. 
(î) Geoffroy, Traité de la Mat. méd. Paris, 1743-5?. 
(3) Murray, Apparat., v. 215. 



148 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



[M. J.-E. Planchon a montré que la première espèce (C. il- 
lyricum. Lob.) est une plante tout imaginaire, formée d'éléments 
hétérogènes et qui est due à une méprise de Lobel. Il conclut de 
ses recherches que c'est au Colchicum variegatum, L., qu'il bat, 
selon toules les probabilités, rapporter V Hermodacte officinal (ij.j 

Racine d'Ellébore blanc. 

Veratrum album L. — Car. gén.: fleurs hermaphrodites et fleurs 
mâles avec un rudiment de pistil ; périgone à 6 divisions très- 




Fi-. 355. — Ellébore blanc. 

profondes, persistâmes. 6 étamines à filaments appliqués par leur 
base contre les- ovaires; an l hères biloculaires ; 3 ovaires supè- 
res, soudés entre eux du côlé interne, ovales-oblobgs» amincis 
par le haut et terminés par 3 styles divergents et en forme de 

(1) J. E. Planchon, Des Hermodade*, au point de vue botanique et pharmaceu- 
tique. Thèses de l'École de pharmacie de Paris, 18S6. 



COLCBICACÉES. .— RACINE D'ELLÉBORE BLANC. 149 

cornes. 3 capsules soudées par le bas, se séparant par le haut et 
s'ouvrant du côté interne ; semences nombreuses, comprimées. 
dont le testa (1) est prolongé en aile au-dessus du raphé qui joint 
l'ombilic basilaireà la chalaze apiculaire. 

Car. spéc. ; grappe droite, rameuse et paniculée ; bractées des 
rameaux de la longueur des pédoncules ; pétales redressés, exca- 
▼és à la base, élargis par le haut et dentés en scie. 

Cette plante, d'un port élégant, est pourvue d'un rhizome 
vertical qui se prolonge en une tige haute de 6 à 10 décimètres, 
enveloppée à sa partie inférieure par un grand nombre de feuilles 
grandes, larges, molles, plissées dans leur longueur, un peu ve- 
lues. Elle porte en outre d'autres feuilles caulinaires plus espacées 
et plus petites, et au haut de la tige une longue grappe rameuse 
de fleurs d'un blanc verdâlre. Sa souche est composée d'un 
corps principal assez volumineux, garni de beaucoup de radicules 
blanches. 

Cette souche, telle qu'on nous l'apporte sèche de la Suisse, est 
sous la forme d'un cône tronqué de 27 millimètres environ de 
diamètre moyen, et de 5 à 8 centimètres de long. Elle est blanche 
à l'intérieur, noire et ridée au dehors; elle est privée ou garnie 
de ses radicules, qui sont très-nombreuses, longues de 8 à 10 
centimètres, grosses comme une plume de corbeau, blanches à 
l'intérieur, jaunâtres à l'extérieur. Toute la racine est douée d'une 
saveur d'abord douceâtre et mêlée d'amertume, qui devient 
bientôt acre et corrosive. Elle a dans son ensemble quelque res- 
semblance avec la racine d'asperge, mais les radicules de celle-ci 
sont plus longues, à moins qu'elles n'aient été coupées, plus 
flasques, rarement sèches, d'une saveur qui n'est qu'un peu sucrée 
et amère ; de plus, sa souche n'est ni conique ni compacte 
comme celle de l'ellébore blanc. 

La racine d'ellébore blanc est un vomitif et un purgatif drasti- 
que des plus violents. Elle n'est plus guère usitée qu'à l'extérieur, 
dans les maladies pédiculaires et cutanées. Sa pulvérisation est 
dangereuse. On emploie concurremment avec elle, à ce qu'il 
parait, la racine du Veratrum lobelianum y \i. % plante qui n'estqu'une 
variété de la précédente et qui jouit des mêmes propriétés. 
Pelletier et M. J.-B. Gaventou ont retiré de la racine d'Ellébore 
blanc : une matière grasse composée d'élaïne, de stéarine et d'un 
acide volatil; du gallate acide de vératrine, une matière colorante 
jaune, de l'amidon, dû ligneux, de la gomme (2). 

[La Vératrine se trouve surtout dans les radicules latérales et 
dans les couches extérieures du rhizome. 

(I) Tunique externe de répisperme ou enveloppe de la graine. 

(7) Pelletier et Gaventou, Ann. de phys. et de chimie., t. XIV, p. 81. 



150 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

On y rencontre aussi un autre alcaloïde nommé Jervine, dé- 
couvert par Simon; c'est une substance cristalline, incolore, à 
peu près insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, formant 
avec les acides chlorhydrique, azotique et sulfurique des sels so- 
lubles dans l'eau. 

On emploie en Amérique le rhizome du Veratrum viride, espèce 
très-rapprochée de notre Veratrum album et qui a les mômes pro- 
priétés.] 

Racine de Vératre noir. 

Veratrum nigrum L. Cette espèce diffère de la précédente par 
ses fleurs dont les sépales sont d'un pourpre noirâtre, très-ou- 
verts, à peine dentelés, et par ses bractées plus longues que les 
pédoncules. Sa racine, telle qu'elle a été récoltée dans le jardin 
de l'École, n'offre, au-dessous du bulbe foliacé qui termine la 
tige par le bas, qu'un tronçon très-court, garni d'un grand 
nombre de radicules imprégnées d'un principe colorant jaune 
beaucoup plus abondant que dans le Veratrum album. 

Il est probable que ce sont les propriétés énergiques et délé- 
tères du Veratrum nigrum qui ont fait attribuer à la racine d'Ellé- 
• bore noir des officines (Helleborus niger, Renonculacées) une acti- 
vité qu'elle est bien loin de présenter. 

CéTadlUe. 

Celle plante croît au Mexique : son nom, qui signifie petit orge 
(de cebada, orge), lui a été donné à cause de ses feuilles sembla- 
bles à celles d'une graminée, et de ses fruits qui sont presque 
disposés en épi le long d'un pédoncule commun, ce qui lui donne, 
au total, une certaine ressemblance avec l'orge. Ce sont les fruits 
seuls qui parviennent en Europe. 

La plante du Mexique, décrite d'abord par Schlechlendahl 
sous le nom de Veratrum officinale, a été nommée par M. Don 
Helonias officinalis, par M. Lindley Asagrœa officinalis, enfin par 
M. Gray Schœnocaulon officinale. Elle est bulbeuse par le bas, 
pourvue d'une tige haute de 18 décimètres et de feuilles li- 
néaires, longues de 12 décimètres. Les fleurs forment une grappe 
simple, dense, spiciforme, longue de 45 centimètres. Elles sont 
hermaphrodites (Gray) ou polygames (Lindley), très-courtement 
pédonculées, Pressées contre Taxe et accompagnées chacune 
d'une bractée. Le périgone est herbacé, à six divisions linéaires 
obtuses, excavées à la base, presque distinctes, dressées, persis- 
tantes. Les étamines sont alternativement plus courtes, à an- 
thères reniformes, sous-uniloculaires, peltées après la féconda- 
tion. Les ovaires sont au nombre de trois, atténués en un style 



COLCHICACÉES. 



CÉVADILLE. 



151 



très-court et terminés par un stigmate peu apparent. 3 capsules 
acuminées, papyriformes; semences en forme de cimeterre, ri- 
dées, ailées supérieurement. Au total, il est visible que cette 
plante diffère plus des Veratrum par son port que par ses carac- 
tères de fructification, et que le nom de Veratrum officinale pour- 
rait bien lui suffire. 

[D'après M. Schaffner, pharmacien à Mexico, la Cévadille pour- 
rait aussi être fournie par quelques autres espèces : et particuliè- 
rement le Veratrum Sabadilla de 
ReU, plante qui crott aux An- 
tilles et dans les terres chaudes 
du Mexique. Le fruit de ce Ve- 
ratrum se distingue de la vraie 
cévadille par sa forme plus ar- 
rondie, sa couleur plus foncée, 
et ses divisions ovales non ai- 
guës. On ne le rencontre que 
rarement dans la cévadille offi- 
cinale, et c'est à- tort qu'on a 
rapporté longtemps à ce Vera- 
trum Sabadilla la cévadille des 
pharmacies (1).] 
Le fruit de la cévadille, tel 
. que le commerce le fournit, est 
formé d'une capsule à trois loges 
ouvertes par le haut ; mince, lé- 
gère, d'un gris rougeâtre, cha- 
que loge renfermant un petit 
nombre de semences noirâtres, 
allongées, pointues et recour- 
bées en sabre par le haut. Ces 

semences sont très-âcres, amères, fortement sternutatoires, exci- 
tent la salivation et sont très-purgatives et très-irritantes à l'in- 
térieur; aussi la cévadille n'est-elle plus guère usitée qu'à l'exté- 
rieur pour détruire la vermine, et dans les laboratoires de chimie 
pour l'extraction de la véralrine. 

Pour obtenir la vétratrine, Pelletier et Caventou ont ajouté de 
l'acétate de plomb à un décodé aqueux de cévadille, afin d'en 
séparer l'acide galKque et la matière colorante. Ils ont fait passer 
dans la liqueur liltrée du gaz sulfhydrique pour précipiter l'excès 
de plomb ajouté, et ont traité la liqueur filtrée par un excès de 




Fijç. 356. — Cévadille. 



(1) Voir Guibourt, Observations sur les productions du Mexique {Journal de 
pharmacie et fie chimie, août 1866, 4* série, t. IV, p. 101). 



152 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

magnésie calcinée qui en a précipité la véralrine. Le précipité a 
été traité par l'alcool bouillant, et la vératrine a été obtenue par 
Tévaporation partielle du véhicule. 

La vératrine ainsi obtenue est blanche, pulvérulente» inodore, 
d'une âcrelé considérable (quelques chimistes l'ont obtenue cris- 
tallisée). Elle fond à 50 degrés, est soluble dans l'alcool et l'éther, 
insoluble dans l'eau, susceptible de former avec les acides des 
sels neutres incristallisables. L'acide nitrique concentré la dis- 
sout en prenant une couleur écarlate, puis jaune; l'acide sulfu- 
rique concentré se colore en jaune d'abord, puis en rouge de 
sang, enfin en violet. 

[Gouerbe (1) considérait la vératrine de Pelletier et Caventoa 
comme une substance complexe et en avait séparé une véra- 
trine plus pure, mais qui n'était pas encore débarrassée de toute 
substance étrangère. C'est M. Merck, qui, en 1855, a le premier 
obtenu ce principe sous une forme parfaitement déterminée. 
Pour arriver à ce résultat, on prépare une dissolution de vératrine 
amorphe dans de l'alcool fortement étendu, on fait évaporer 
au bain-marie : il se dépose deux substances, l'une en poudre 
cristalline, l'autre d'apparence résineuse, qu'on enlève par des 
lavages à l'eau froide. Le résidu de vératrine, repris par l'alcool 
absolu, se dépose dans la dissolution abandonnée à elle-même en 
prismes droits rhomboïdaux, parfaitement incolores et limpides, 
s'effleurissant à l'air et devenant friables. L'eau bouillante les 
rend opaques. L'acide sulfu ri que les colore d'abord en jaune, 
puis en beau carmin. Cette substance a une saveur acre et 
brûlante. La plus petite trace provoque l'éternument. 

La vératrine de MM. Pelletier et Caventou contenait un autre 
alcaloïde séparé par Couerbe. C'est une substance cristallisable, 
très-âcre, ne provoquant pas l'éternument, fusible à 200°, so- 
luble dans Peau bouillante, insoluble dans l'éther et très-soluble 
dans l'alcool. Couerbe lui a donné le nom de Sabadilline.] 

FAMILLE DES LI LIA CE ES. 

Belle famille de plantes, caractérisée par un périanthe pétaloïde, à 
6 divisions régulières ou presque régulières, et disposées sur deux 
rangs. Les élamines sont au nombre de six, insérées sur le réceptacle 
ou à la base des divisions du périanthe. L'ovaire est libre, à trois loges 
polyspermes ; le style est simple, terminé par un stigmate trilobé. 
Le fruit est une capsule triloculaire, tri valve, à valves septifùres. Les 

(I) Couerbe, Recherches chimiques sur quelques substances quaternaires d'ori- 
gine organique (Journal de pharmacie et des science* accessoires, xix, p. 627 et 
suiv. Paris, 1833). 



L1L1 ÂGÉES. 153 

graines sont recouvertes d'un tégument tantôt noir et crustacé, tantôt 
membraneux. L'endosperme charnu contient un embryon cylindrique, 
axile, dont la radicule est tournée vers le hile. On peut diviser la famille 
des Liliacées en quatre tribus. 

!• Tulipacejbs : racine bulbifere; périgone campaniforme, à sépales 
distincts ou à peine soudés par la base ; épisperme membraneux et 
pèle. Genres Erythronium, Tulipa, FritiUaria, Lilium, Metkonica, etc. 

2* Agapanthées : racine tubéreuse ou fibreuse ; périgone tubuleux ; 
épisperme membraneux et pâle. Genres Phormium, Agapanthus, Po- 
Ipanthes. 

3* Asphodélébs : périgone tubuleux ou à six sépales distincts ; épi- 
sperme crustacé, noir, fragile. Genres à racine bulbeuse ou hyacin- 
thes» : Hi/adnthu$ y Scilla, Omithogalum, Albucea, Allium. Genres à 
racine fibreuse ou tubéreuse, ou anthéricêks Atphodelus, Hemerocalli*, 
Anthericum. 

4* Aloïnées : plantes charnues, quelquefois frutescentes, à racine 
fibreuse fasciculée; périgone tubuleux, à six dents, quelquefois bila- 
Ué ; semences comprimées, anguleuses ou ailées, à épisperme mem- 
braneux pâle ou noirâtre : Genre Aloe. Les Yucca, qui se rapprochent 
beaucoup des Aloïnées par la nature et la disposition de leurs feuilles, 
s'en éloignent par leur périgone* campaniforme et à sépales distincts, 
semblable à celui des Tulipacées. 



Un grand nombre de Liliacées sont remarquables par la beauté 
de leurs fleurs, et sont cultivées comme plantes d'ornement. Qui 
n'a entendu parler de la passion des Hollandais et des Flamands 
pour la tulipe des jardins (Tulipa gesneriana), dont ils ont quelque- 
fois payé les belles variétés jusqu'à 4 et 5,000 florins (de 8,600 
à 10,750 francs environ)? Si celles qui suivent n'ont pas été l'objet 
d'un culte aussi coûteux, elles ont cependant, pour la plupart, 
été très-recherchées des amateurs ; telles sont : 

La frilillaire impériale, Fritillaria imperialis. 

Le lis blanc, Lilium candidum. 

— du Japon, — japonicum. 

— martagon, — martagon. 

— superbe, — super bum. 

— tigré, — tigrinum. 
La superbe du Malabar, Methonica superba. 
L'agapanthe bleue, Agapanthus umbellatus. 
La tubéreuse de l'Inde (fig. 336) Polyanthcs tuberosa. 
La jacinthe orientale, Hyacinthus orientait*. 
L'ornithogale ombelle, Omithogalum umbellatum. 

— pyramidal, — pyramidale. 

etc. etc. 



454 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



Plusieurs de ces fleurs, et notamment la tubéreuse, la jacinthe 
et le lis, sont pourvues d'une odeur très-suave, très-expansive, 
mais qu'il est dangereux de respirer lorsqu'elle esl concentrée 
dans un lieu fermé. Le principe de cette odeur est tellement vo- 
latil ou altérable qu'on ne peut l'extraire par la distillation, à la 
manière des autres huiles essentielles. On l'obtient en mettant, 

dans un vase fermé, des couches al- 
ternatives de sépales et de coton im- 
bibé d'huile de ben. Après quelques 
jours de macération, pendant lesquels 
l'essence élhérée de la plante s'est 
combinée à l'huile de ben, on renou- 
velle les fleurs. On met ensuite le co- 
ton à la presse, pour en retirer l'huile 
odorante, et on traite cette huile par 
de l'alcool rectifié, qui s'empare do 
principe aromatique. 

Un grand nombre de Liliacées con- 
tiennent un principe très-Acre, mais 
qui se détruit par la coclion, de sorte 
qu'elles deviennent alors propres i 
l'alimentation. Chez d'autres, cette 
âcreté est accompagnée de principes 
moins altérables, amers, purgatifs ou 
émétiques, qui les rendent des mé- 
dicaments très-actifs. Les aioès pro- 
duisent un suc très-amer et purgatif, 
qui porte leur nom, et dont l'usage 
médical est universellement répandu. 
Le Phormium tenax de la Nouvelle-Zélande est muni à sa base 
de feuilles nombreuses, distiques et engainantes, dont les fibres, 
très-longues et pourvues d'une très-grande ténacité, peuvent 
devenir d'une grande utilité pour la fabrication de cordages et de 
tissus très-résislants. 11 est aujourd'hui acclimaté en France. 

Bulbe de Ils. 

Lilium candidum,L.— Car.gén. : périgone corolloïde, campani- 
forme, formé de 6 sépales un peu soudés à la base, portant une 
ligne nectarifère à l'intérieur; 6 étamines; 1 style terminé par 
1 stigmate épais, à 3 lobes; capsule allongée, trigone, à 3 valves 
loculicides. Semences nombreuses, bisériées, horizontales, apla- 
ties, à épisperme jaunâtre et un peu spongieux ; embryon droit ou 
sigmoïde, dans Taxe d'un endosperme charnu; extrémité radicale 
rapprochée de l'ombilic. 




Fig. 357. — Tubéreuse. 



LILIACÉES. — BULBE D'AIL. 155 

Car. spéc. .'feuilles éparses, atténuées à la base; périgonè cam- 
paniforme, glabre à l'intérieur. 

Cette plante fait l'ornement des jardins par la beauté de 
ses fleurs, qui sont d'une blancheur éblouissante et disposées en 
grand nombre le long du sommet de la lige. On en préparait au- 
trefois une eau distillée et une huile par infusion (éléolé). 

Les bulbes de lis sont très-gros et composés de squammes 
courtes, épaisses et peu serrées. On les emploie en cataplasme, 
comme émollients, étant cuits sous la cendre. 

Bulbe d'ail. 

Alltumsativum. — Car. gén. : fleurs en ombelle, enveloppées 
d'une spathe. Périgonè corolloïde, à six divisions profondes, ou- 
vertes ou campanuiées, conniventes, 6 élamines à filets filiformes 
ou élargis à la base; dont Irois alternes sont quelquefois aplaties 
et terminées par trois pointes, celle du milieu portant l'an- 
thère; ovaire triloculaire ou uniloculaire par l'oblitération des 
cloisons ; ovules peu nombreux ; style filiforme ; stigmate simple ; 
capsiile membraneuse ; trigone, quelquefois déprimée au som- 
met, triloculaire ou uniloculaire, surmontée par le style persis- 
tant. Semences réduites à 2 ou 1 dans chaque loge, à ombilic 
ventral, à épisperme noirâtre et rugueux. Embryon dans l'axe de 
l'endosperme, homolrope, sous-falciforrne, à extrémité radicu- 
laire rapprochée de l'ombilic. 

Car. spéc. : lige garnie de feuilles planes et linéaires; étamines 
alternativement à trois pointes; capsules remplacées par des bul- 
billes; bulbe radical composé de plusieurs petits bulbes (caïeux), 
réunis sous une enveloppe commune, et munis chacun de ses 
enveloppes propres. 

Celte plante est pénétrée d'un suc acre, qui réside surtout dans 
son bulbe. Celui-ci est pourvu d'une saveur acre et caustique et 
d'une odeur forte et très-irritante. Il est usité comme assaison- 
nement. 11 est aussi anthelminthique et prophylactique, et entre 
dans la composition du vinaigre des quatre- voleurs (oxéolé dab- 
tinthe alliacé). Il contient beaucoup de mucilage et une huile vo- 
latile sulfurée, acre et caustique, que l'on peut obtenir en distil- 
lant les bulbes piles avec de l'eau. Cette huile, qui est d'un jaune 
brun, épaisse, plus pesante que l'eau, est d'une composition très- 
complexe. Rectifiée à la chaleur d'un bain bouillant d'eau saturée 
de sel marin, elle devient beaucoup plus fluide, jaunâtre, plus 
légère que l'eau qui la dissout beaucoup moins qu'auparavant, 
toujours très-soluble dans l'alcool et l'éther. D'après les recher- 
ches très- intéressantes de M. Wertheim, cette essence rectifiée 



156 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

est elle-même un mélange variable de plusieurs combinaisons de 
soufre et d'une combinaison d'oxygène avec un seul et même ra- 
dical, représenté par C*H 5 , auquel il a donné le nom d'allyle. 
L'oxyde d'allyle, qui existe dans l'essence rectifiée, = C 6 HH) 

Le monosulfure = C e H*S 

Les sulfures supérieurs n'ont pas été déterminés. 

Le monosulfure d'allyle est la partie essentielle et principale 
de l'essence d'ail rectifiée; il en constitue environ les deux tiers, 
de même que l'essence rectifiée constituait elle-même les deux 
tiers de l'huile brute distillée. Il possède toujours l'odeur propre 
de l'ail; il est liquide, incolore, plus léger que l'eau, réfractant 
fortement la lumière, susceptible de former avec les sels de pla- 
tine, de palladium, d'argent, de mercure, des combinaisons plus 
ou moins compliquées, mais bien définies, qui ont été étudiées 
par M. Wertheim (1). 

Il y a encore d'autres espèces du genre Allium usitées dans l'art 
culinaire. 

Bocambolle. — Allium scorodoprasum, L. : à tige haute d'un 
mètre, contournée en spirale avant la floraison ; feuilles planes 
crénelées; fleurs bulbifères. 

Poireau. — Allium porrum, L., et Allivm ampeloprasum, L. : 
buibe radical très-allongé et presque cylindrique, tige haute de 
i m ,30, droite, ferme, garnie de feuilles planes; étamines alterna- 
tivement à 3 pointes; ovaires capsulifères. 

Échalote. — Allium ascalonicum, L. : tige, nue, haute de 14 à 
19 centimètres; feuilles toutes radicales, subulées, disposées en 
touffe; fleurs purpurines, en ombelle serrée, globuleuse; 3 éta- 
mines à 3 pointes, originaire de la Palestine. Bulbe radical 
composé. 

Civette. — * Allium schœnoprûsum, L. : tiges droites, grêles, 
nombreuses, enveloppées chacune à leur base par une feuille 
engainante formant gazon; fleurs purpurines. 

Oignon. — Allium Cepa, L. : bulbe radical volumineux, ar- 
rondi, déprimé, formé de tuniques complètes et concentriques; il 
en existe un grand nombre de variétés à tuniques rougeâtres ou 
blanches; les feuilles sont radicales, cylindriques, creuses, poin- 
tues; la tige est nue, cylindrique, renflée au milieu, creuse, 
haute de 1 mètre à l m ,30 et plus ; les fleurs sont rougeâtres, en 
ombelle sphérique; les étamines sont alternativement à trois 
pointes. 

Victoriaie. — Allium Viclorialis, L. : le bulbe allongé et 

(I) Wertheim, Journal de pharmacie et de chimie, t. VII, p. 174. 



LILIAGÉES. — BULBE DE SG1LLE. 



157 



entouré de fibres très-fines, provenant de la destruction des feuilles 
radicales, a été quelquefois substitué au spicanard indien. 



Bulbe de Scille. 

Scilla maritima,L. {fig. 357). — Car. gén.: périgone coloré à six 

divisions, campanule, rotacé-ou- 

?ert; 6 étamines insérées à la 

base des divisions; Mets égaux 

tabulés; ovaire triloculaire; style 

filiforme droit; stigmate obtus. 

Capsule obscurémeut trigone, à 

3 valves loculicides. Semences 

peu nombreuses, horizontales, 

sous-globuleuses, à testa crustacé, 
épaissi vers le raphé, noirâtre, ou 
d'an brun pâle. Embryon axile, 
de la longueur de la moitié de 
l'endosperme, à extrémité radi- 
cale parallèlement contiguô à 
l'ombilic. 

Car. tpéc. : hampe nue, très- 
longue, garnie dans les deux tiers 
supérieurs de fleurs blanches for- 
mant une belle grappe, un peu 
resserrée en épi. Chaque fleur e*t 
accompagnée d'une bractée ré- 
fléchie en arrière, et comme gé- 
niculée au milieu de sa longueur. 
Les feuilles, qui paraissent après 
les Heurs, sont toutes radicales, 
ovales-lancéolées , très-grandes , 
charnues, glabres et d'un vert foncé. 

Cette plante croit sur les côtes sablonneuses de la Méditerranée 
et de l'Océan. Son bulbe est très-volumineux, composé de tuni- 
qoes très-nombreuses et serrées; il est rouge ou blanc, suivant la 
variété de la plante. La variété rouge est la seule usitée en France 
parce qu'on la croit plus active; tandis que la variété blanche se 
rencontre seule dans les pharmacies de l'Angleterre. Le bulbe de 
scille rouge nous est apporté récent d'Espagne et des lies de 
b Méditerranée. Les premières tuniques sont rouges, sèches, 
minces, transparentes, presque dépourvues du principe acre et 
*iner de la scille; on les rejette. Les tuniques du centre sont 
Manches, très-mucilagineuses et encore peu estimées. Il n'y 




Pi-. 35S. — Scille. 



j :ïS Vfj.LTAlX MUNUCOTÏLÉDONÉS. 

a donc que les tuniques intermédiaires que l'on doive employer. 
Elles sont très-amples, épaisses et recouvertes d'un épiderme 
blanc rosé; elles soûl remplies d*un suc visqueux, Inodore, mais 
très-amer, Ires-Acre et môme corrosif, [On voit a la surface de ses 
squammes de très-gros cristaux, qui ne sont aulre chose que des 
r.iphides ou réunion de 18 à 20 petits cristaux acérés d'oxalate de 
chaux, retenus ensemble par une substance organique azotée. 
C'est à l'acljon mécanique de ces espèces d aiguilles qu'il faut 
attribuer les propriétés piquantes de la seille, Lorsqu'on frotte la 
peau avec une de ces écailles fraîches, les pointes fines des 
cristaux font de petites blessures» par lesquelles pénètre sous 
l'épiderme le suc acre et corrosif du bulbe : et c'est ainsi que se 
produit l'effet rubéfiant) qu'on a longtemps attribué a un principe 
volatil, Sî l'ébullilion enlève aux écailles cette propriété, eîdtl 
parce que l'eau chaude gonfle l'enveloppe des raphides, dissocie 
leurs éléments, et que les cristaux livrés à eux-mêmes sont telle- 
ment grêles qu'ils se brisent au moindre contact sans pouvoir 
piquer, 

Les propriétés rubéfiantes des squammes se perdent en grande 
partie par la dessiccation, parce que le suc corrosif fait alors dé- 
faut et que Uni te l'action se borne à de petites piqûres analogues 
a relies que produit la poussière prudente de certains quin- 
quinas (1),] 

Pour faire sécher ces tuniques de seille, on les coupe en la- 
nière?, on les enfile en forme de chapelets, et on les suspend dans 
une etuve; il faut les y laisser longtemps pour être certain de leur 
entière dessiccation ; il est nécessaire de les conserver dans un 
endroit sec, parce qu'elles attirent l'humidité. 

La scille est employée en poudre, en extrait, en teinture/ 
en melliteeten oxymellite. C'est une substance vénéneuse, dont 
on doit user avec prudence. 

[M. Marais lui a attribué la composition suivante : 

Mucilage végétal k9m 30 

Sàcrâ — .« 15 

Tannin. . ..., . 8 

Matière colorante rouge acide . » ,: . , 10 

— jaune acide et odoranti*. 2 

Matière grasse ...» ...... 1 

Sciiliiine», , I 

Iode , .,,. traces. 

VU & 

Part 1 ne h y nie .....*..,....,. # » , , , , ,....,. ♦ .... „ . , „ . . 24 

IQO 

tt) Voir Mirais, /tecAercAe* i«r la Scitk-, thèse de l'École de pharmacie de 
Pari*. paris, |0£6. 



LILIACÉES. — ALOÈS. 15& 

Le principe actif ou scillitine, tel que Ta obtenu M. Marais, est 
une substance incristallisable, hygrométrique, mais non déliques- 
cente, insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et l'éther à 
froid,demi-transparente,jaune pâle, quand elle est desséchée. Si on 
la dissout dans l'alcool et qu'on ajoute un peu d'eau, elle se pré- 
cipite très-blanche, mais reprend sa couleur et sa demi-transpa- 
rence, quand on la sèche de nouveau. Sa saveur est très-amère ; 
et cette amertume s'augmente par la présence de l'eau. Sa réac- 
tion est alcaline, elle contient de l'azote et peut se combiner avec 

l'acide acétique. C'est un poison violent narcolico-âcre. 
D'après M. Schroff, la scillitine devrait rentrer dans le groupe 

des glucosides. ] 

«ne d'aloès ou Aloè». 

Les Aloès sont de très-bellesplantes des pays chauds, qui appar- 
tiennent à l'hexandrie monogynie et à la famille des Liliaçées. 
Elles sont remarquables par leurs feuilles épaisses, charnues, 
Termes, cassantes, à bords dentés et piquants; leurs fleurs sont 
tubulées, souvent bilabiées, disposées en épi sur un long pédon- 
cule qui sort du centre des feuilles. On en connaît un grand nom- 
bre d'espèces dont les feuilles sont toutes formées à l'intérieur 
d'une pulpe mucilagineuse inerte, et vers l'extérieur de vaisseaux 
propres, remplis d'un suc amer qui constitue l'aloès officinal. A la 
rigueur, toutes les espèces pourraient donc fournir ce produit à la 
pharmacie; mais on l'extrait surtout de VAloe soccotrina(fig.35$), 
qui croit en Arabie, dans l'Ile Socotora et dans toute la partie de 
l'Afrique qui est en regard. On l'extrait aussi, au cap de Bonne-Es- 
pérance, desAbespicata,Thunbevg ; A. miVrcp/brmw, Lam. ; A.per- 
fatiata, Thunberg; A.africana, Haw ; A. ferox, Miller ; A. lingua, 
1 Miller, etc., etc., à la Barbade et à la Jamaïque des Aloe vulgaris 
^A.sinuata. Les auteurs s'accordent peu sur le procédé au moyen 
duquel on en extrait le suc, d'où l'on peut conclure qu'il varie 
vivant les pays. D'après les uns, les feuilles, coupées par la base, 
sont placées debout dans des tonneaux au fond desquels se ras- 
semble le suc; ce procédé, sans doute peu productif, doit donner 
•'aloès le plus pur. Suivant d'autres, on hache les feuilles, on les 
exprime, et le suc, dépuré par le repos, est évaporé au soleil dans 
desvases plats. A la Jamaïque, on renferme les feuilles coupées 
Par morceaux dans des paniers, et on les plonge pendant dix mi- 
lles dans l'eau bouillante. Après ce temps, on les relire et on les 
remplace par d'autres. On agit ainsi jusqu'à ce que la liqueur pa- 
rtisse assez chargée : alors on la laisse refroidir et reposer, on 
k décante et on la fait évaporer ; lorsqu'elle l'est suffisamment, 



/■ 



VÉGÉTAL X WONOCOTYLÉDONÉ 

on la coule dans des calebasses, où elle achève de se dessécher 
et de se solidifier. Dans d'autres pays on soumet directement les 

feuilles hachées h la décoction dans 
leau. On conçoit combien les pro- 
duits de ces différentes opérations 
doivent varier eu qualité. Voici d'ail- 
leurs les cura clercs de ceux que 
Ton trouve dans le commerce : 

Ahès succotrin^u mieux socolrin. 
Cet aloès a pris le nom de l'île So- 
cotora d'où il est principalement 
Uré ; mais il en vient également 
d'Arabie et des côtes d'Ariel, d'À- 
jan et de Zanguebar* It est très- 
anciennement connu, car il n'est 
pas douteux que ce ne soit la plus 
belle sorte d'aloes de Dioscoride, 
qu'il dit être très-amère, de bonne 
odeur, pure, nette, fragile, facile à 
fondre, comparable au foie des 
animaux pour la couleur et l'opa- 
cité. Il venait anciennement par la 
voie de Smyrne ; mais aujourd'hui 
il arrive par celle de Bombay en 
Angleterre, où il est très-eslîmé et 
d'un prix élevé. Il est très-rare en 
France où l 'on ne veu L gé néral e nie n l 
que des drogues à bon marché. 
Il arrive contenu dans des poches 
laites avec des peaux de gazelle (Péreira), renfermées elles- 
niemes dans des tonneaux ou caisses d'un poids Considérable. La 
consistance en est très -variable; la portion superficielle de cha- 
que poche est ordinairement sèche, solide et fragile, tandis que 
la partie interne est souvent molle ou môme demi-liquide* La 
couleur varie du rouge-hyacinthe au rouge-grenat; la cassure est 
unie, glacée, couchoïdale ; la poudre est d'un jaune doré, L'o- 
deur e^t assez vive dans les échantillons récents, analogue à celle 
de la myrrhe, et toujours agréable. 

Sous le rapport de la transparence, Taloès succolrin peut être 
translucide ou opaque, sans que cette circonstance influe sensi- 
blement sur sa qualité. Ges deux variétés arrivent quelquefois 
séparées, et alors on donne plus spécialement à. l'aloès translucide 
le nom d'Àtoès socotrin t tandis qu'on nomme celui qui est opaque 

souvent, Tabès translucide forme 



Fi g, 35». — âtofcl 









ULIACEES. — ALOÈS. 10! 

seulement des veines dans la masse de l'aloès opaque ou hépa- 
tique, qui est l'état le plus habituel de l'aloès socotrin. 

J'ai reçu une fois de M. Péreira, sous le nom d 1 Aloès hépatique 
vrai, un suc qui se distingue des deux précédents parce qu'il est 
trèHlur y très-tenace et difficile à rompre. Malgré cela, il coule à la 
longue en s'arrondissant comme de la poix; il est opaque, de la 
couleur du foie, d'une odeur douce et agréable; il est renfermé 
dans une poche de peau. Il est certain, malgré son caractère de 
dureté et de ténacité, que cet aloès est une simple variété des 
deux précédents, et qu'il est retiré de la môme plante, qui parait 
être, ainsi que je l'ai dit, YAloe socotrina L. 

L'aloès socotrin pulvérisé, trituré avec de l'eau, s'y divise faci- 
lement et Gnit par s'y dissoudre complètement en formant un 
liquide sirupeux, d'un jaune très-foncé. En ajoutant une plus 
grande quantité d'eau à ce liquide, on le décompose, et l'aloès s'en 
précipite en j>ar lie sous forme d'une poudre jaune, qui se réunit 
au fond du vase en une masse plus ou moins molle ou cohérente. 

Aloès noirâtre et fétide. On trouve cetaloès dans le commerce 
français depuis quelques années. Il ressemble à l'aloès socotrin 
par le volume et la nature des poches qui le contiennent; mais il 
est d'un brun noirâtre, d'une odeur animalisée et comme un peu 
putride. Lorsqu'il est desséché, il est fragile, tantôt présentant une 
cassure luisante et de couleur un peu hépatique ; tantôt sa cas- 
sure est terne, granuleuse et se rapproche de celle de l'aloès bar- 
bade. 11 parait aussi contenir, dans certaines parties, des pierres, 
du sable ou d'autres impuretés. La forme des poches indique que 
cet aloès provient des mômes localités que l'aloès socotrin, tandis 
que sa couleur et son odeur différentes pourraient faire admettre 
qu'il n'e&t pas tiré de la môme plante. Je présume que cet aloès 
est celui de M. Péreira décrit sous le nom d' Aloès moka. 

Aloès de l'Inde ou JUosambrun. On trouve dans les bazars de 
l'Inde plusieurs variétés d'aloès qui paraissent ôlre noirâtres, 
d'une cassure terne et d'une qualité inférieure. M. Péreira en 
distingue sommairement quatre sortes sous les noms d % Aloès de 
ïlnde septentrionale de Guzerate, de Salem et de Trichinapoli. Elles 
peuvent avoir été préparées dans l'Inde ou y avoir été apportées 
^Arabie. 

Aloès du cap Bonne-Espérance. Cet aloès parait être tiré à peu 
près indifféremment des différentes espèces d'Aloe qui croissent 
dans les environs du Cap, et ôtre obtenu par évaporation sur le 
feu du suc écoulé, sans expression, des feuilles coupées. D'après 
M. G. Dunsterville, cité par M. Péreira, le suc concentré serait en- 
file versé dans des caisses en bois d'environ un mètre de côté sur 
33 centimètres de hauteur, ou dans des peaux de bouc ou de mou- 

GwiotmT, Drogues, 7* édit. T. II. — il 



162 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



Ion ; mais nous ne l'avons jamais vu, dans le commerce français, 
que renfermé dans des caisses de bois dans lesquelles il forme 
une seule masse d'un poids considérable, d'une couleur brune 
noirâtre avec un reflet verdâtre à la surface. Il paraît opaque, tu 
en masse, à cause de sa couleur foncée ; mais il est très-générale- 
ment transparent dans ses lames minces et d'un rouge foncé. Sa 
poudre est jaune verdâtre; sa saveur est très-amère; son odeur 
aromatique, forte, tout à fait particulière et peu agréable, telle 
qu'on est habitué en France à la regarder comme le type de l'o- 
deur de l'aloès. Trituré avec de l'eau dans un mortier, cette odeur 
devient encore plus forte et l'aloès se réduit en une masse molle 
sur laquelle l'eau froide a peu d'action. Le soluté est, d'après cela, 
d'un jaune peu foncé. 

Cet aloès, malgré sa bonne préparation et sa pureté habituelles, 
est très-peu prisé en Angleterre, où il passe pour être beaucoup 
moins purgatif que les autres sortes. En 1831, il y valait seulement 
12 centimes les 500 grammes, tandis que l'aloès succotrin translu- 
cide coûtait 9 fr. 50 c, l'aloès hépatique 6 fr. 10, et l'aloès des 
Barbades 4 fr. 10 c. En France, on le vend encore généralement 
comme Aloès socotrin. Pour faire cesser tsette confusion, nous 
mettons ici en regard leurs principales différences. 





ALOÈS SOCOTRIN, 


ALOÈS DV CAP. 


T1AHSLCCIDB. 


■ÉTATIQUE. 


Couleur de la masse. 


Rouge-hyacinthe. 


Couleur de fuie, pour- 
prée, rougeâtre ou 
jaunâtre. 


Le brun noirâtre ara 
reflet verdâtre. 


Transparence 


Imparfaite, mais sen- 
sible dans des frag- 
ments assex épais. 


Nulle ou presque nulle. 


Nulle en masse, b»« 
parfaite dans les 1* 
met minces. 


Couleur des lames 
minces 


Rouge-hyacinthe. 


Comme la masse. 


Ronge foncé. 




Lustrée. 


Lustrée, mate ou ci- 
reuse. 


Brillante et vitres* 




Couleur de la poudre. 


Jaune doré. 


Jaune doré. 


Jaune verdâtre. 


Odeur 


Douce et agréable. 


Douce et agréable. 


Forte, tenace, peu 
agréable. 





ULIACÉES. — ALOÈS. 163 

Aloès du Cap, opaque. L'aloès du Cap n'est pas toujours trans- 
parent, comme celui que nous venons de décrire. Quelquefois il 
est brun, entièrement opaque, et alors on le vend comme aloès 
hépatique; mais il possède tous les autres caractères de l'aloès 
du Cap, dont il parait être une qualité impure, provenant de l'é- 
fiporation d'une liqueur trouble, la liqueur supérieure et trans- 
parente ayant fourni la première qualité. Cet aloès opaque est sec, 
fragile, non coulant et donne une poudre verdâtre ; il n'a au- 
cune des qualités du véritable aloès hépatique et ne doit pas lui 
être substitué. 

Aloès Barbade. Cet aloès est envoyé de la Jamaïque et de la 
Barbade renfermé dans de grandes calebasses. Il doil être extrait 
des Aloe vulgaris et sinuata. Il est d'une couleur rougeâtre, terne, 
analogue à celle du foie, devenant à la longue presque noire à sa 
surface. 11 a une cassure terne, souvent inégale ou comme un 
peu grenue; il est presque opaque et moins fragile que l'aloès du 
Cap. Il a une odeur analogue à celle de la myrrhe, assez forte et 
qui offre quelque chose de l'odeur de l'iode. 11 donne une poudre 
d'un jaune rougeâtre, sale, qui devient d'un rouge brun à la lu- 
mière. Trituré avec de l'eau, il s'y divise plus complètement que 
l'aloès du Cap, et donne un soluté plus coloré. Son odeur ne s'ac- 
croît pas par ce moyen, et elle se trouve alors plus faible que 
celle du premier. 

[Une variété de cet aloès s'en distingue par sa couleur d'un noir 
brillant, sa cassure nette et luisante et une certaine transparence 
de ses lames minces. Mais si on l'examine de près, on voit qu'il 
présente avec les autres variétés de l'aloès des Barbades des traits 
communs, qui suffisent à caractériser cette espèce : 

1* L'odeur est la même chez tous ces aloès lorsqu'on les a 
amenés au même degré de dessiccation. 

2° Triturés avec l'eau froide, ils se désagrègent complètement 
en formant une belle émulsion ; 

3* Ils présentent enfin, lorsqu'on les traite par le chlorure 
d'or ou la teinture d'iode, une belle coloration rose violet. 

Depuis 4837, les Hollandais exploitent à Curaçao Y Aloe vulgaris. 
Le suc qu'ils en retirent rappelle par son aspect la variété noire 
de l'aloès des Barbades, et présente du reste les mêmes carac- 
tères : on peut donc le considérer comme une simple variété de 
cette espèce commerciale.] 

Aloès caballin, On nomme ainsi tout aloès très-impur destiné à 
l'usage des chevaux, parce qu'il est reçu, en France surtout, que 
ces précieux animaux doivent prendre tout ce qu'il y a de plus 
mauvais et de plus détérioré en fait dé médicaments. L'aloès ca- 
ballin se prépare donc, soit dans les divers pays qui nous fournis- 



sent celle substance, avec le dépôt drs liqueurs, soit en Espague 
ou au Sénégal IW! les aloès qui s'y trouvent el eu les Irailanl par 
décoction, J'en ai deux sortes bien distinctes : l'une est évidem- 
ment formée du phéà* l'aloès du Cap, que Ton observe assea pur 
à la partie supérieure de la masse; l'autre est en masses lo ut à 
fait noires, opaques, à cassure uniforme, non fragiles, difficiles 
à pulvériser par trituration* Il paraît gommenx sous le pilon, et 
donne une poudre verdâtre qui se délaye facilement dans l'eau, 
en f«>rm;int un soluté brun. 

L'aloès es! un purgatif très-éebauffant qui ne convient pasà tous 
les tempéraments. Il entre dans la composition de beaucoup de 
masses pilulaitcs et dans celle des élîxirs de Garti*, de longue 
vie et de propriété de Paracelse, On en prépare aussi une tein- 
ture alcoolique simple et un extrait aqueux* 

[Le principe actif de Taloès a été isolé pour la première fois 
en 1850 par MM, T. el 11, Smilb(l), d'Edimbourg^ qui Tout trouvé 
en préparant l'extrait aqueux d'aloès. En agissant par leau froide 
sur la substance, lillrant et évaporant dans le vide la solution 
aloétîque, ils ont vu la dissolution sirupeuse abandonnée à elle- 
mùme se charger d'une matière cristalline granuleuse; ils ont, 
par expression, chassé le liquide qui enveluppait ces cristaux, le* 
ont r lavés à l'eau froide ou chaude el ont ainsi obtenu Vaiolne. 
Depuis, M* Stenhouse (â) a débarrassé la substance, par des la- 
vages et des cristallisations successives, d'une matière brune, qui 
fa souillait encore et a pu indiquer les caractères el la composi- 
tion de Valoîtie pure. 

Elle cristallise en petites aiguilles prismatiques, groupce> d or- 
dinaire en étoiles. La couleur est d'un jaune de soufre et ne doit 
passe foncera l'air. L'aloïne est complètement neutre aux pa- 
piers réactifs. Sa saveur esl d'abord douceâtre, puis Irès-anière, 
Peu soluble dans leau el l'alcool froids, elle le devient d&và&ftg* 
si on élève la température ; mais si on arrive à la température de 
100*, eîlo attire rapidement l'oxygène de l'air el se décorop 
Elle se dissout parfaitement dans les alcalis fixes, caustiques ou 
carbonates. Mise à digérer quelque temps avec l'acide mlriqur 
chaud et concentré! elle se transforme en acide chrysam inique» 
arec dégagement de vapeurs routes abondantes. Sa formule a été 
déterminée par M, Stenhouse C 3fc 11**0 M + HO. D'après M. llocb- 
leder, l'acide sulfurique étendu la dédouble en glucose et roUIè- 
rine. 

L'aloîneaélé trouvée dans Taïoesdes Barbades : c'est là et dtti 
les aloès opaques eu général qu'il est surtout facile de conslah r 

(1 J T. if IL Smîth. PharmaceiitiwUôurmi?, t, XL p. 33. 
(3) SWnliouso» Pttat'mûwtiticat Journal, L XL p. t58. 









RÉSINES DE XANTHORRILEA. 105 

sa présence, au moins à l'état cristallin. Une observation de Pe- 
reira (4) en donne la raison. Ayant eu l'occasion d'étudier un suc 
d'aloès liquide, provenant de YAloe soccotrina, il remarqua qu'en 
laissant reposer le suc, il se formait deux couches d'apparence 
différente: l'inférieure, pâle, opaque, finement granuleuse; une 
supérieure plus foncée, liquide et transparente. La partie grenue 
examinée au microscope montrait une multitude de cristaux, 
que M. Stenhouse rapporta à Yaloïne. Soumise à une température 
de 55* cenligrades, cette portion devint transparente, d'un rouge 
foncé, et garda, même après le refroidissement, les caractères 
d'an aloès succotrin translucide. L'aloïne y existait encore, mais 
à l'état amorphe. 

11 semble résulter de ces faits que la différence entre les Aloès 
opaques, auxquels on donne souvent le nom général à' Aloès hépa* 
tiqm et les Aloès translucides, tient principalement à l'état sous 
lequel se trouve l'aloïne qu'ils contiennent : cristallisée, dans les 
premiers; amorphe, dans les autres. Quant aux conditions qui 
interviennent pour modifier l'état du principe actif, elles sont 
probablement complexes, mais une des principales est certaine- 
ment l'emploi d'une chaleur artificielle plus ou moins forte pour 
la concentration du suc. 

L'examen microscopique des diverses espèces d'aloès confirme 
les vues de Pereira, en montrant qu'en général les aloès opaques 
contiennent de petits cristaux et ont les propriétés optiques des 
substances cristallines, tandis que rien de semblable ne s'observe 
dans les aloès translucides.] 

Rétlmet deXanthorrhœa. 

Les Xanthorrœa sont des végétaux de la Nouvelle-Hollande, ap- 
partenant à la tribu des Asphodélées. Leur tige est ligneuse, très- 
courte on arborescente, simple ou divisée, garnie de feuilles 
touffues, très-longues et très-étroites; elle produit une Mèche 
terminale, longue de plusieurs mètres, terminée elle-même par 
un épi écailleux de fleurs très-serrées. Le fruit est une capsule 
Irigone et triloculaire, à semences noires et crustacées. Ces ar- 
bres laissent exsuder de leur tronc une résine odorante et balsa- 
mique, dont la couleur varie suivant les espèces, et dont la con- 
cordance spécifique n'est pas parfaitement connue. 

Résine jaune de Xanthorrhœa. Cette résine est attribuée au Xan- 
tkorrhœa hastilis ainsi nommé de l'usage que les naturels de la 
Nouvelle-Hollande font de sa hampe, longue de 3 à 5 mèlres et 

(1) Pereira, Pharmaceutical Journal, t. XI, p. .439. 



166 VÉGÉTAUX M0N0C0TYLÉD0NÉS. 

grosse environ comme le pouce, pour en faire des sagaies. Elle 
est en lames arrondies, d'un volume variable, dont un grand 
nombre sont remarquables par leur forme parfaitement sphérique. 
Elle est d'un jaune terne et brunâtre à 1* extérieur, opaque et d'un 
jaune pur à l'intérieur, assez semblable à de la gomme gutle, mais 
d'une couleur beaucoup plus pâle, et ne pouvant pas s'érauision- 
ner par l'eau. Elle possède, lorsqu'elle est récente, une odeur 
balsamique analogue à celle des bourgeons de peuplier, mais 
beaucoup plus agréable. Cette odeur s'affaiblit et disparaît pres- 
que, avec le temps, dans les lames entières; mais elle se mani- 
feste toujours par la pulvérisation ou la fusion à l'aide de la cha- 
leur. La résine se dissout dans l'alcool à 40 degrés, en laissant 
environ 0,07 d'une gomme insoluble dans l'eau, analogue à la 
bassorine. Elle dégage, par l'action de la chaleur, une vapeur 
blanche pouvant se condenser eji petites lames brillantes, que 
Laugier a prises pour de l'acide benzoïque (1), mais qui, d'après 
M. Stenhouse, sont en grande partie formées d'acide cinnami- 
que (2). Cette résine jouit donc de la composition et des proprié- 
tés générales des baumes, et serait employée avec grand avan- 
tage dans les parfums. 

Résine brune de Xanthorrhœa. C elle résine possède une odeur en- 
core plus développée et plus balsamique que la précédente; ses 
lames sont arrondies, d'un brun rouge foncé à l'extérieur, et 
ont presque l'apparence du sang-dragon ; mais elles ont une cas- 
sure brillante et vitreuse, une transparence parfaite en lames 
minces, et une couleur rouge-hyacinthe. Cette résine diffère de 
la précédente, surtout par l'absence de la gomme, car elle se 
dissout complètement dans l'alcool. Elle contient aussi plus 
d'huile volatile qui la rend visqueuse et collante dans quelques- 
unes de ses parties. 

Résine rouge de Xanthorrhœa. Cette résine, telle que je la pos- 
sède, au lieu d'être en lames isolées, présente la forme de croû- 
tes épaisses, entremêlées d'écaillés ou d'appendices foliacés, et 
paraissant avoir été détachées de la surface du tronc de l'arbre, que 
l'on suppose être le Xanthorrœa arborea. Cette résine estd'un rouge 
brun foncé; terne et quelquefois couverte d'une poussière d'un 
rouge vif, qui la fait toutà fait ressembler à du sang-dragon; mais 
elle a une cassure vitreuse, et se montre transparente et d'un rouge 
de rubis dans ses lames minces, ce qui n'a pas lieu pour le sang- 
dragon. Elle est complètement dépourvue d'odeur à froid, ou en 
conserve une balsamique plus ou moins marquée; mais elle est 

(1) Laugier, Antu chim., t. XXL VI, p. 273.' 

(2) Stenhouse, Pharmaceuticat Journal, t. VI, p, 88. 



ASPARAGINÉES. 167 

toujours odorante à chaud ; elle est complètement soluble dans 
l'alcoolj à l'exception des parties ligneuses interposées. 

FAMILLE DES ASPARAGINÉES. 

Végétaux dont les fleurs sont tellement semblables à celles des Li- 
litcées que plusieurs botanistes en font une simple tribu de cette fa- 
mille, fondée principalement sur la nature de leur fruit, qui est une 
baie ta lieu d'être une capsule à trois loges. Tous les autres caractères 
sont variables et n'offrent pas la constance que Ton observe dans les 
vraies Liliacées. Ainsi nous trouvons dans les Asparaginées d'humbles 
plantes herbacées qu'une saison voit naître et flétrir (le muguet), et 
des arbres d'une étendue colossale et d'une durée qui semble déâer la 
destraction (le dragonnier des Canaries). Des feuilles peuvent être al- 
terne?, opposées ou verticillées, quelquefois très-petites et sous forme 
d'écaillés. Les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuées ; le périanthe 
est à 6 ou 8 divisions profondes, disposées sur 2 rangs. Les étamines 
sont en nombre égal aux divisions du périanthe et attachées à leur 
base. Les filets sont libres ou quelquefois soudés ensemble. L'ovaire est 
libre, à 3 loges, rarement plus ou moins ; le style est tantôt simple, 
surmonté d'un stigmate trilobé, tantôt tripartite et pourvu de trois 
stigmates simples, distincts. Le fruit est une baie globuleuse ordinaire- 
ment à trois loges, quelquefois uniloculaire et monosperme par avor- 
tement Les graines sont pourvues d'un endosperme charnu ou corné 
contenant, dans une cavité assez grande, un embryon cylindrique 
quelquefois très-petit. 

Us Asparaginées forment 2 tribus : 1° les Paridées dont les stigmates 
»nt séparés; genres Paris, Trillium, Mcdeola; 2° les Asparayées dont 
le stigmate est simple et seulement trilobé; genres Draccma, Ayara- 
yu, Polygonatum, Convallaria, Smilax, Ruscus, etc. 

Fleur de muguet. 

Convallaria maialis L. Cette plante, dont la racine est vivace, 
fibreuse et traçante, produit des hampes droites, très-fities, ron- 
des, glabres, hautes de 135 à 165 millimètres, garnies à leur base 
de 2 feuilles ovales- lancéolées, enveloppées ainsi que les 2 feuilles 
par plusieurs gaines membraneuses, et terminées supérieurement 
par 6 à 10 fleurs petites, en forme de grelot, pendantes d'un 
même côté, blanches et d'un parfum très-agréable. Elle fleurit 
en mai et en juin, dans les bois de la France et du nord de l'Eu- 
rope. Les fleurs, séchées et pulvérisées, sont usitées comme ster- 
natatoires. 

BaeiM de fteeau-de-Salomo*. 

Polygonatum vulgare Desf. ; Convallaria Polygonatum L. Cette 
plante ressemble beaucoup au muguet, mais elle est plus élevée . 



168 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



Elle donne naissance à une ou plusieurs liges simples, hautes de 
30 centimètres ou plus, anguleuses, un peu courbées en arc, gar- 
' nies dans toute leur partie supérieure de feuilles ovales, glabres, 
amplexicaules et tournées d'un seul côté. Les fleurs sont pen- 
dantes, d'un blanc un peu verdâtre, solitaires ou portées 2 en- 
semble sur des pédoncules axillaires. Le périanthe est d'une 
seule pièce, cylindrique, un peu élargi en entonnoir, terminé par 
6 dents aiguës. La racine est vivace, horizontale, longue, articu- 
lée, grosse comme le doigt, blanche, charnue, garnie inférieur 
ment de beaucoup de radicules. Elle possède une saveur douceâ- 
tre; elle est astringente et employée comme cosmétique. 



Racine de fragon épineux onde petit-houx. 

Ruscus ûculeatus (fig . 360). Car. gén. ; fleurs ordinairement dioï- 
ques; périanthe coloré, à 6 divisions ouvertes, persistantes, dont 

les trois intérieures un peu 
plus petites. 3 ou 6 étami- 
nes soudées en un cylindre 
renflé; anthères attachées 
nu sommet du cylindre, ré- 
niformes, à loges écartées, 
nulles dans les fleurs fe- 
melles. Ovaire triloculaire, 
avorté dans les fleurs mâles; 
2 ovules collatéraux dans 
chaque loge ; style très- 
court; stigmate globuleux; 
baie globuleuse, unilocu- 
laire et souvent monosper- 
me paravorlement. — Cor. 
spéc. .: rameaux en forme 
de feuilles mucronées pi- 
quantes portant une fleur 
nue sur la face supérieure. 
Le Fragon épineux ou 
Petit houx est un petit ar- 
brisseau toujours vert à li 
ges vertes , glabres , cy- 
lindriques et cannelées, 
ramifiées, garnies de rameaux élargis en forme de feuilles 
1res -entières, fermes, consistantes, ovées- aiguës, terminées 
par une pointe piquante. Ces organes sont accompagnés, en 
dessous, d'une petite feuille caduque. Les fleurs sont dioiques ; 




Fig. 360. — Fragon épineux. 



ASPARAGINÉES. — ASPERGE. 16» 

elles sont portées sur un pédoncule axillaire soudé avec le rameau 
jusqu'au tiers de sa longueur environ, et elles sont accompagnées 
d'une petite bractée caduque. Aux fleurs femelles succède une baie 
rouge sphérique qui, jointe au feuillage vert et piquant de la 
plante, l'a fait comparer au houx commun [Ilex aquifolium) et lui'a 
nlu son nom vulgaire. Les tiges du petit-houx durent deux ans, 
et sont remplacées par moitié, chaque année, par de nouvelles 
pousses qui, lorsqu'elles commencent à se montrer, peuvent se 
manger comme celles de l'asperge. La racine est blanchâtre, 
grosse comme le petit doigt, longue, noueuse, articulée, mar- 
quée d'anneaux très-rapprochés. Elle est garnie, du côté inférieur 
surtout, d'un grand nombre de radicules blanches, pleines et 
ligneuses. La racine sèche présente en masse une légère odeur 
lérébinthacée ; la saveur en est à la fois sucrée et amère. C'est 
une des cinq racines apéritives. 

On peut employer, concurremment avec la racine de petit- 
houx, celle de deux espèces voisines : l'une est Vllypoglosse ou 
Bitlmgua (Ruscus Hypoglossum L.), dont les rameaux sont beau- 
coup plus grands, allongés, plissés, accompagnés de feuilles per- 
sistantes, et dont les fleurs dioïques et les fruits, porlés sur la 
face supérieure des feuilles, sont également munis d'une bractée 
foliacée persistante; l'autre espèce est le Laurier alexandrin (Rus- 
m hypophyllum L.), dont les rameaux grands, ovales- lancéolai- 
res, veinés, portent des fleurs à leur face inférieure. Ces fleurs 
sont dioïques, pédonculées et les fruits sont pendants; les feuilles 
et les bractées sont caduques. 



Asperge et racine d'asperge. 

Asparagus offimnalis L. Car. g en. ; fleurs hermaphrodites ou 
dioïques; périantbe coloré à 6 divisions conniventes et en forme 
de cloche, 6 étamines fixées à la base des divisions; ovaire trilo- 
culaire, contenant dans chaque loge 2 ovules surperposés. Style 
court, à 3 sillons; stigmate trilobé. Baie globuleuse, triloculaire; 
semences à test noir, coriace; ombilic ventral; embryon excen- 
trique, courbé, de la moitié de la longueur de l'endosperme. 
Car. spéc. : tige herbacée, droite, cylindrique ; rameaux sétacés. 
L'asperge est cultivée dans toute l'Europe, à cause de ses jeu- 
nes pousses ou bourgeons verts, allongés, cylindriques, qui four- 
nissent un mets estimé, quoique rendant l'urine fétide. Lorsqu'on 
laisse croître ces jeune» pousses, elles s'élèvent jusqu'à la hau- 
teur de i mètre, en se partageant en un grand nombre de ra- 
meaux qui portent des ramuscules se lacés, fascicules, accompa- 






170 VÉGÉTAUX MONGCOTYLÊDOMS. 

gnés à la base, ainsi que les rameaux, de feuilles persistantes. 
Les fleurs sont petites, canipaniformes, verdâtrcs, pendantes, 
solitaires à l'extrémité de pédoncules grêles et articulés au mi- 
lieu, qui parlent ordinairement deux à deux de la base des ra- 
meau x. Le fruit est une baie sphêrique, rougeàlre,de la grosseur 
d'un pois, renfermant des semences noires, dures et cornées. 
La racine est composée d'un paquet de radicules de la grosseur 
d'une plume, fort longues, adhérentes à une souche commune, 
presque horizontale et louLe garnie d'écaillés* Ces radicules sont 
grises au dehors, blanches en dedans, molles, glutincuses et 
d'une saveur douce. Elles sèchent difficilement. 

La racine d asperge a été analysée par Dulong, pharmacien à 
Asufort (1), qui n'a pu y constater la présence des principes par- 
ticuliers extraits par Ilobiquel des jeunes pousses de la plante. 
Le suc exprimé de ces pousses contient une matière verte rési- 
neuse, de la cire, de l'albumine, du phosphate de potasse, du 
phosphate de chaux tenu en dissolution par de l'acide acétique 
libre, de l'acétate de potasse; enfin, deux principes cristaîlisables 
que Vauquelin a reconnus depuis pour être, l'un de la mannûe, 
la u Ire un principe immédiat particulier, qu'il a nommé as par a (/me. 

L'Âsparagine est insoluble dans l'alcool, peu soluble dans l'eau 
froide, plus soluble dans l'eau bouillante, et cristallisable en pris- 
mes droits rhomboïdaux. Sa dissolution n'a If ec te en aucune ma- 
nière le tournesol, la noix de galle, l'acétate de plomb, ToxalaLe 
d'ammoniaque, te chlorure de baryum et lesulfhydrate de potasse. 
Elle contient de l'azote au nombre de ses éléments, et sa compo- 
sition est telle qu'elle peut être représentée pur de l'ammoniaque 
combinée à un acide particulier qui a reçu le nom d'acide (ïhjhtt 
tique: aussi se décompose- t-elle facilement en ces deux corps, 
sous l'iniluence d'un acide minéral ou d'un alcali fixe. Elle se 
transforme même directement en asparîate d'ammoniaque, lors- 
qu'on l'abandonne à l'étal de dissolution aqueuse. Voici les for- 
mules de cette réaction ; 



L'ftipuragine cristalliaée — C* H 10 Ai*0* — C* H* Az*0* + II 1 QK 
L'acide Bapartique crïst&lUé = C a W Ai 0" = CM!» M É -h H" OK 
C* Hi» Aï*0* =C» H* h O 1 + Hf AÏ! 



La racine d'asperge, de même que celle de petit houx, fait 
partie de celles qui sont employées collectivement sous le nom 
des cinq racines apéritiues. Les trois autres, les racines d'ache, de 
persil et de fenouil, appartiennent à la famille de ornbellifères P 

(\) Dufojlg, Joura, j*tiwm. t V XJJ, p. Î78. 



ASPARAGINÉES. — RACINE DE SQUINE. 171 

Racine de tanine. 

Smilax China L. Les Smilax sont des plantes ligneuses, pour- 
vues de tiges volubiles et très-souvent épineuses ; les feuilles sont 
alternes, pétiolées, cordées ou hastées, à nervures réticulées, 
accompagnées de stipules souvent converties en vrilles. Les fleurs 
sont disposées en petits corymbesou en ombelles axillaires, quel- 
quefois en longues grappes; elles sont dioïques et pourvues d'un 
périanthe à six divisions. Les étamines^ont au nombre de six, à 
filaments ûliformes libres, à anthères linéaires dressées; l'ovaire 
est à 3 loges uni-ovulées; il est surmonté d'un style très-court 
et de 3 stigmates écartés. Le fruit est une baie à 1 ou 3 loges, 
contenant un môme nombre de semences blanchâtres, à ombilic 
basilaire, grand, coloré. Il en existe une espèce très-épineuse 
(Smilax aspera L.), commune dans les contrées méridionales 
de l'Europe; mais toutes les autres espèces appartiennent aux 
contrées chaudes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique. 

Lasquine, en particulier {Smilax China L ) croit naturellement 
dans la Chine et au Japon ; sa racine, que le commerce nous four- 
nit, est longue de 15 à 20 centimètres; épaisse de 4 à 5, un peu 
aplatie, et offrant beaucoup de nodosités tuberculeuses. Son 
poids varie de 120 à 280 grammes. Elle esj, couverte d'un épi Jerme 
rougeâtre assez uni, souvent luisant, dépourvu de tout vestige <Té- 
wiUes ou anneaux. A l'intérieur, elle n'offre pas de fibres ligneuses 
apparentes, mais sa couleur et sa consistance varient : tantôt elle 
estspongieuse, légère, d'un blanc rosé, facile à couper et à pulvéri- 
ser; d'autres fois, elle est très-pesante, très-dure, d'une couleur 
brunâtre, surtout au centre, et gorgée d'un suc gommeux-extrac- 
lif desséché. Elle n'a qu'une saveur peu sensible et farineuse; elle 
contient beaucoup d'amidon, de la gomme et un principe rouge 
«t astringent soluble dans l'eau. 

La squine a acquis une sorte de célébrité comme antivéné- 
rienne et antigoutteuse par l'usage qu'en a fait Charles-Quint, 
est encore employée seule ou associée à d'autres sudori- 



Plusieurs autres espèces de Smilax ont été supposées fournir la 
racine de squine, jusqu'à ce que la véritable plante eût été dé- 
crite par Burmann. Telles sont la fausse squine d'Araboine, de 
Rumphius (Smilax zeylanica L.), et les différentes plantes améri- 
caines qui ont été confondues sous le nom commun de Smilax 
pttudo-china. — Nous avons quatre racines de ce genre : 

1* Squine de Maracaïbo, trouvée mélangée dans la salsepareille 
^ Maracaï'K) ; elle est formée d'une souche horizontale peu volu- 



172 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

mineuse, ligneuse, rougeâtre, toute couverte de mamelons arron- 
dis, de chacun desquels sort une racine fort longue, privée de son 
écorce et réduile à l'état d'un méditullium ligneux, d'un brun 
rougeâtre, lisse et cylindrique, avec quelques pointes piquantes 
de radicules. Cette racine présente la môme disposition de par- 
ties que la salsepareille, mais elle s'en distingue par le principe 
colorant rouge et astringent qui caractérise la squine. 

2° Fausse squine de Clusius, Pocayo de Recchus. Cette seconde 
espèce, d'origine américaine également, constitue une souche cy- 
lindrique, amincie en pointe à ses extrémités, longue de 25 cen- 
timètres, ou plus courte et plus épaisse, ovoïde-allongée, de la- 
quelle naissent des tubérosités latérales ayant la forme d'une 
pomme de terre. Ces souches portent çà et là, sur toute leur sur- 
face, des mamelons terminés chacun par une racine ligneuse; 
mais ces racines manquent. De plus, dans l'intervalle des mame- 
lons, on voit des franges circulaires, semblables à celles des sou- 
chets et des galangas, et qui sont des vestiges d'insertion d'écaillés 
foliacées. A l'intérieur, cette souche est dure et compacte ; la scie 
y produit une coupe uniforme, fauve ou d'un jaune rougeâtre, 
avec un pointillé de vaisseaux fibreux dispersés dans la masse. 
Cette racine se trouve figurée par Clusius ({) et par Recchus (3). 

3° Squine de Tèques. Cette racine, que nous devons à l'obli- 
geance de M. Magonty, me paraît appartenir à la môme espèce 
que la précédente ; elle a été récoltée près de Tèques, dans la 
Colombie, où elle porte le nom de raiz de china (racine 
de squine). Elle est longue de 50 centimètres, épaisse de 5 à 7, 
et pèse 640.grammes ; elle est un peu aplatie ou anguleuse, amin- 
cie aux extrémités, en partie couverte par des écailles foliacées 
disposées par bandes circulaires, et pourvue de mamelons épars 
d'où partaient les racines. La substance intérieure est semblable 
à celle ci-dessus. 

4° Squine monstrueuse du Mexique. Cette racine arrive quelque- 
fois placée au milieu des balles de salsepareille de la Vera Cruz. 
Elle forme des souches monstrueuses, longues de 50 centi- 
mètres, épaisses de 10, noueuses et articulées, du poids de 2 k ,500, 
plus ou moins. Elle est dépourvue de franges circulaires et d'écail- 
lés foliacées, et ne présente que des mamelons peu apparents, 
d'où sortent des racines dépouillées de leur partie corticale, et 
réduites à l'état de longues libres cylindriques, noires et brillan 
tes à l'extérieur, rouges et complètement ligneuses à l'intérieur. 
La souche elle-mûme est complètement ligneuse, d'un rouge 

(1) Clusius, Exotica, pi. 83. 

(2; Recchus, Plant, nov. Hisp., p. 303. 



ASPARAG1NÊES. — SALSEPAREILLE. 



173 



foncé ; elle prend sous la scie la couleur et le poli d'un bois d'a- 
cajou foncé à l'air. 

Celle racine, autant par ses caractères que par le lieu de son 
origine, nous parait être le China michuanensis de Plumier (l) t et 
le China michuanensis ou phaco d'Hernandez (2). 



HaciBes de Salsepareille. 

Les salsepareilles sont des plantes sarmenteuses et volubiles, 
appartenant au genre Smilax, qui croissent dans toutes les con- 
trées chaudes de l'Amérique. Leurs racines se composent d'une 
souche ligneuse et peu volumineuse, qui se propage par des no- 
dosités naissant les unes à côté des autres, et pourvues d'un grand 
nombre de radicules fort longues, grosses comme une plume «\ 
écrire et flexibles. Ces radicules sont formées d'une partie corti- 
cale succulente à l'état récent, et d'un médilullium ligneux à 
longues fibres parallèles, qui les parcourt d'un bout à l'autre, ce 
qui les rend difficiles à rompre transversalement, mais très-faciles 
à fendre dans le sens de leur longueur. Quatre espèces de Smilax 
sonlcitées surtout comme étant la source des différentes sor- 
tes de salsepareille qui nous sont fournies par le commerce. 

Smilax medica, Scblechtendahl (fig. 361). Tige anguleuse, ar- 
mée vers les joints d'épines 




avec quelques- 
unes crochues dans les in- 
tervalles. Feuilles courte- 
roent acuminées, unies, 
non épineuses, à 5 ou 7 
nervures; les inférieures 
cordées , auriculées-has- 
tées ; les supérieures cor- 
dées-ovales. Cette plante 
croit sur les pentes orien- 
tales des Andes du Mexi- 
que. La racine qui en pro- 
vient est transportée à la 
Vera-Cruz, des villages de 
Papantla, Taspan, Naulla, 
Misanlla, etc. 

Smilax officinalis, Kuntb. 
^ge buissonneuse, volu- 
me, épineuse quadrangulaire, unie. Les jeunes jets sont nus et 

(I) Plumier, Édition de Burmann, pi. 82. 
(*) Hern&ndez, Rech., p. 213. 



Fig. 361. — Salsepareille. 



m VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

presque ronds. Veuilles ovales-oblongues aiguës, cordées, réticu- 
lées, à 5 ou 7 nervures ; elles sont coriaces, lisses, longues de 
33 centimètres et larges de 11 à 15 centimètres. Les jeunes feuilles 
sont étroites, acuminées, à 3 nervures. Cette plante croît sur les 
bords de la Magdcleine dans la Nouvelle-Grenade ; on en trans- 
porte une grande quantité à Garthagène et à Montpox. 

Smilax syphilitica, Kunth. Tige ronde, forte, avec 2 à 4 pi- 
quants droits, seulement vers les nœuds. Feuilles ovales-lancéo- 
lées, à 3 nervures, coriaces, lisses et luisantes, longues de 33 cen- 
timètres. MM. de Humboldtet Bonpland ont observé cette plante 
dans la Colombie, près de la rivière de Cassiquiare, et M. Martius 
l'a trouvée au Brésil, à Yupura et à Rio-Negro. 

On peut compter encore au nombre des Smilax qui concourent 
à la production des salsepareilles du commerce : 

Les Smilax laurifolia, Willd. — Antilles et Caroline. 

— macrophylla, Willd. — Antilles. 

— obliquata, Poiret. — Pérou. 

— paryracea, Poiret. — Brésil. 

— cordato-ovata, Richard. — Brésil. 

— pscudo- syphilitica, Kunth. — Brésil, etc., etc. 

[Quant au Smilax Salsaparilla t qu'on a longtemps considéré 
comme l'origine d'une sorte de salsepareille, c'est une espèce 
douteuse de Virginie, qui ne donne pas plus de produits com- 
merciaux que notre Smilax aspera. 

Structure des salsepareilles. 

Les salsepareilles ont une structure assez spéciale qui permet 
de les distinguer facilement de la plupart . des racines qu'on a 
faussement désignées sous ce nom. Sur une coupe transversale 
elles présentent de la circonférence au centre (fig. 362) : 1° un 
cercle mince, jaunâtre ou brun rougeâtre (b); 2° une zone plus 
épaisse, blanche ou ro*ée, renfermant une proportion plus ou 
moins considérable ou fécule (c); 3° une zone ligneuse rendue 
comme poreuse par un nombre considérable de vaisseaux (e) ; 
4° une partie centrale, espèce de moelle formée de tissu cellulaire 
contenant de la fécule (h). Les deux zones extérieures sont sou- 
vent désignées sous le nom de partie corticale ; les autres forment 
la partie ligneuse. 

La largeur relative de ces diverses zones, et particulièrement 
de la moelle centrale et de la partie ligneuse, tout en restant à 



ASPARAGINÉES. — SALSEPAREILLES. 175 

peu près constante dans une même salsepareille, varie suivant 





Fig. m. — Salsepareille de la Vera-Cnu (•). Pig. 363. — Salsepareille Caraque (•). 





fig. m. — Salsepareille de la Vera Crus. 




Fig. 365. — Salsepareille Caraque. 
I 




Fig. 3^6. — Salsepareille du Brésil (*). Fig. 367. — Salsepareille de Honduras 

ou du Guatemala (•). 



r\ ciOTSr^iCic^ r\ * 




Pig, 36j). — Salsepareille du Brésil. 









Fig. 369. — Salsepareille de Honduras 
ou du Guatemala. 



*** espèces. On peut donc trouver dans cette circpnslance des 

•• Zona corticale extérieure. — e. Zone corticale intérieure. — d. Cellules à noyaux 
WniiefcMlf). — e. Zone ligneuse. - A. Jfoelle. 







caractères qui permettent de distinguer ces espèces les unes des 

autres* 

L'inspection à l'œil nu ou simplement à la loupe surfit pour 
apprécier ces dimensions et déterminer ainsi certaines salsepa- 
reilles ; mais si Ton veut se servir du microscope, on peut trouver 
de nouveaux caractères qui, coin binés aux précédents, permettront 
d'arriver à une détermination beaucoup plus rigoureuse. C'est 
dans une couche de cellules incrustées, placée entre la seconde 
et la troisième zone (h r ermdwule des Allemands ffy 3U i, d\ t qu'il 
faut chercher ces signes spéciaux. Les cellules, qui la constituent, 
ont lanlôt drs parois l également épaisses sur toute leur drconFè- 
rence {fi/. 361)), tantôt au contraire la paroi, qui regarde vers la 
circonférence de la racine restant relativement mince, les parois 
latérales et surtout intérieures s'épaississent considérablement 
{fig. 368) : il en résulte dans la forme générale des cellules et sur* 
tout dans celle de leur cavilé intérieure desdilférences très-mar- 
quées ; celle cavilé sur la coupe transversale étant carrée (fig. 365), 
ou presque arrondie (fîg* 36 l J) ou manifestement triangulaire 

(fig. 368). 

Nous tiendrons compte de Ions ces caractères dans ta descrip- 
tion, qui va suivre, des diverses salsepareilles du commerce. 

Description des salsepareilles du KflBmmpg* 

1. Salsepareille de la Veba Cftuz, — Celte sorte porte com 
mollement en France le nom assez impropre de salsepareille tfr 
Honduras, 

Il ne faut pas la confondre avec la salsepareille du Guatemala, 
qui a le môme nom, principalement en Allemagne, mais dont lit 
tai acte tes sont bien différents, 

La zone ligneuse proprement dite est beaucoup plus dévelop- 
pée que la moelle centrale, ainsi que te montre la fig. 302* Les 
cellules de la couche caractéristique ont les parois intérieure* 
très-épaisses, et la forme de la cavilé intérieure e*t celle d'un 
triangle à sommet lourné vers Taxe de la racine {!),! 

Elle arrive de la Vera-Cruz et de Tampico en balles de toiles de 
tïO à 100 kilogrammes, dans lesquelles les racines sont fortement 
assujetties avec des cordes. Ces racines sont longues de 1 mètre à 
l'VOT, presque dépourvues de radicules, et sont garnies de leurs 
souches et de tronçons de tiges, Les souches sont grises à l'exlé- 
rieuretlilanchâlresà l'intérieur; elles retiennent entre leurs nodo- 
sités une terre noire et dure, qui parait avoir été détrempée d'eau 
avant si desaîccalioo. Les liges sont jaunâtres, noueuses, génicu- 
lées, presque cylindriques ou obscurément lélragoncs el pour- 










r 



ASPARAGINÉES. — SALSEPAREILLES. 177 

vues çà et là de quelques épines ligneuses. Les racines sont, au 
dehors, d'une couleur noirâtre, à cause de la terre qui les recou- 
vre; elles offrent des cannelures longitudinales, profondes et ir- 
régulières, dues à la dessiccation de la partie corticale. Cette par- 
tie corticale est rosée à l'intérieur, et recouvre un cœur ligneux 
blanc, cylindrique, qui se continue d'un bout à l'autre de la ra- 
cine. Ce cœur ligneux n'a qu'une saveur fade et amylacée ; mais 
It partie corticale en possède une mucilagineuse, accompagnée 
d'amertume et d'une légère âcreté. La racine entière possède une 
odeur particulière, qui se développe singulièrement par la décoc- 
tion dans l'eau. 

[Le Smilax medka % qui croit dans les Andes du Mexique, a pré- 
senté à Berg dans la structure analomique de ses racines les 
caractères que nous venons d'attribuer à la salsepareille de la 
Yera-Crux et toutes les données concordent à confirmer l'opi- 
nion émise par Guibourt (1), et à indiquer ce Smilax comme l'o- 
rigine de celte salsepareille.] 

La salsepareille de la Vera-Cruzest sujette à être altérée par 
l'humidité, surtout dans l'intérieur des balles qui paraissent avoir 
été serrées avant que la racine fût complètement sècbe. Mais lors- 
qu'elle a été préservée de cette altération et qu'on la prive de la 
terre qui la salit extérieurement, et de ses souches, qui sont 
moins actives que les racines, c'est une des sortes les plus efficaces. 

2. Salsepareille rouge, dite de la Jamaïque. Pope, pharma- 
cien de Londres, qui, le premier, nous a fait connaître celte racine, 
est d'avis qu'elle ne vient de la Jamaïque que par voie de transit, 
et que c'est un produit non cultivé de quelque partie du continent 
mexicain. 11 est probable, en effet, qu'elle vient de la presqu'île 
de Honduras, et que c'est là la salsepareille supérieure de Hondu- 
ras dont parle Hernandez. Elle se rapporte également à la salse- 
pareille de Honduras de Nicolas Monardès, que cet auteur dit 
être plus pâle et plus grêle que celle du Mexique ; celle-ci étant 
Aûirltre et plus grosse (2). 

(«elle racine vient en balles, comme la salsepareille du Mexi- 
1U*; quelquefois isolée, d'autres fois mélangée avec la première, 
dont elle a la forme générale. Cependant on y observe quelques 
différences. Les souches sont moins ramassées ou plus disposées 
e & longueur; les tiges sont garnies d'épines éparses, plus nom- 
breuses, plus fortes et plus piquantes, et les nœuds en offrent 
ordinairement une rangée circulaire placée à la base d'une gatne 
foliacée ; lorsque ces nœuds se trouvent avoir été recouverts de 

(t) Guibourt, Histoire des Drogues simples, 4 e édition. Paris, 1849. 
(!) Clusius, Simpl. méd., cap. 22. 

Cuwmwt, Drogues, 7«édit. T. II. — 12 



terre, ils se développent en un tubercule ligneux, et les épi 
se changent en racines avortées. Celle sorte préseule donc 
souvent des souches espacées par des portions de lige devenues 
souterraines, et comme disposées par étages* Les racines sont 
nombreuses, longues de 2 mètres et plus, ridées et comprimées 
par la dessiccation, mais elles sont grêles et entièrement propres 
ou privées de terre. Celte racine se fend avec une grande Facilité 
et sans avoir besoin d'être ramollie par une exposition plus ou 
moins prolongée a la cave, ce qui tient à ce qu'elle reste habi- 
tuellement plus humide et plus souple que celle de la Vera- 
Gruz (elle contient une proportion plus forte de sel marin). L 'épi- 
démie est généralement d'un rouge orangé, mais souvent aussi il 
est d'un gris rougeâlre ou blanchâtre, et ces deux couleurs ne 
constituent pas deu.it espèces différentes, car on les trouve sou- 
vent réunies sur une même souche, l/écorce, qui est moins 
nourrie que dans la première sorte, est souvent humide, comme 
il vient d'être dit, et paraît alors remplie d'un suc visqueux* Elle 
a une saveur muci'agitieuse, plus amère et plus aromatique. 
ïl semble que cette salsepareille soil la racine d'une plante sau- 
vage ou crue dans un terrain sec, et plus grêle, plus colorée, plus 
sapide, moins amylacée que celle de la plante cultivée. Pope et 
ilobinet pensent que celte salsepareille est supérieure à tou té- 
lés autres en qualité {{}. 

3. Salsepareille dite ues cotes, Celte salsepareille ne me parait 
£Lre autre chose qu'une qualité inférieure de la sorte précédente. 
Elle présente les mêmes caractères généraux, mais elle est plus 
petite, plus grêle, plus sèche, d'un gris pâle et jaunâtre, peu sa- 
pide et peu riche en principes actifs. Si la salsepareille rouge 
Justine par ses propriétés la supériorité qu'on lui accordé sur 
celle de la Vera-Cruz, la salsepareille des côtes lut est certaine- 
ment inférieure, et n'arrive qu'au troisième rang, 

4, Salsepareille cauaque. Celte salsepareille, dont les racines 
sont fort longues, arrive repliée et mise en botte du poids de 1000 
à !5€0 grammes, longues de 6o centimètres environ, pourvues 
de leurs souches et d'un chevelu assez considérable, assujetties 
par plusieurs tours de ses plus longues racines, et renfermées en 

ad nombre dans un emballage de toile, comme la salsepa- 
reille du Mexique, Elle est plus propre que celle-ci et non ter- 
reuse; elle est moins déformée par la dessiccation, étant généra- 
le nient cylindrique et seulement striée longîludinalement. Elle 
e^l tantôt presque blanche, d'autres fois rougeâtre à L'extérieur, 
bien droite, et se fend avec une grande facilité. Elle présente un 






(t) pope et Robinet» Jowr«. gênémt tfe mèftecme. \nin ÏF2S» 



ASPARAG1NÉES. — SALSEPAREILLES. 179 

cœur ligneux blanc qui tranche agréablement avec le rouge rosé 
de récorce, lorsqu'elle a cette couleur. 

[La mQelle centrale est bien plus développée que la partie li- 
gneuse proprement dite qui, comme le montre la fig. 361, est ainsi 
comprise enlre deux zones amylacées beaucoup plus épaisses 
qu'elle. Les cellules de la couche caractéristique ont leurs parois 
d'épaisseur sensiblement égales et leur forme est polyédrique, 
rarement allongée dans le sens du rayon.] 

Cette salsepareille, bien choisie, a une belle apparence, mais 
elle est presque insipide et tellement amylacée que, lorsqu'on la 
brise, il s'en échappe une poussière blanche d'amidon. Les lar- 
ves de vrilettes et de dermesles l'attaquent promplement et la 
réduisent en poussière. Malgré sa belle apparence, cette racine, 
étant presque privée du principe actif des salsepareilles, me pa- 
rait devoir être rejetée de l'usage médical. 

Beaucoup de personnes attribuent la salsepareille caraque, soit 
au Smilax syphilitica, soit plutôt encore au Smilax officinalis dont 
la racine, au dire de Alex, de Humboldt, est transportée en 
grande quantité en Europe par la voie de Garthagène et de 
la Jamaïque. J'ai combattu anciennement cette opinion, parce 
que ces deux Smilax ont la tige épineuse, et que je n'avais pas 
jusque-là trouvé de lige épineuse dans la salsepareille caraque; 
mais ayant observé depuis quelques tiges pourvues d'épines dans 
cette salsepareille, ce caractère me parait moins important, et 
j'admets aujourd'hui que l'un ou l'autre des Smilax décrits par 
Alex. Humboldt puisse produire la salsepareille caraque. Gela 
ne change rien au jugement défavorable que je porte de sa 
qualité. 

5. Salsepareille de M aracaibo. J'ai rencontré une seule fois 
cette racine, mise en petites bottes longues de 50 centimètres, et 
entassées en travers dans des surrons eu cuir qui ne recouvrent 
pas entièrement la marchandise. Le cuir est retenu avec des la- 
nières de môme nature, disposées en lacet. Les racines sont 
courtes, flexueuses, difficiles à fendre, et portent beaucoup de 
chevelu. Du reste, elles sont rouges ou blanches, cylindriques et 
régulièrement striées, comme la précédente, ce qui semble indi- 
quer qu'elles appartiennent à la même espèce. Les tiges sont 
quadrangulaires, verdâtres, sans aucune épine et un peu pubes- 
centes. C'est dans celte sorte que j'ai trouvé l'espèce de squine 
décrite sous le nom de squine de Maracaïbo. 

6. Salsepareille du Brésil, du Para, dite de Portugal ou de Lis- 
bonne. Celle racine vient des provinces de Para et de Maraham ; 
elle est privée de ses souches et mise sous la forme de boites cy- 
lindriques, fort longues et très-serrées, entourées d'un bout à 



180 VÉGÉTAUX M0N0C0TYLÉD0NÉS. 

l'autre avec la tige d'une plante monocotylédone nommée tim- 
botitica. Elle n'est jamais plus grosse qu'un petit tuyau de plume; 
elle est d'un rouge* terne et obscur à l'extérieur, cylindrique et 
marquée de stries longitudinales assez régulières. Elle présente 
moins de radicules que la salsepareille caraque; mais beaucoup 
plus que celle du Mexique. Elle est blanche à l'intérieur et pa- 
raît très-amylacée. Elle a une saveur un peu amère. [Comme dans 
la salsepareille de Caracas, la partie ligneuse est comprise entre 
deux zones amylacées plus épaisses qu'elle : mais la forme des 
cellules de la couche corticale interne est différente : elles sont 
la plupart étendues dans le sens du rayon, et leurs parois inté- 
rieures sont plus épaisses que les extérieures {fig. 364).] 

On trouve parfois dans l'intérieur des bottes de salsepareille 
du Brésil des portions de souche et de tige. Celle-ci est radicante 
par le bas, multangulaire et pourvue, au moins dans la partie 
qui avoisine la racine, d'un nombre considérable d'aiguillons 
superficiels, disposés en lignes longitudinales et parallèles. Ces 
caractères se rencontrent dans le Smilax papyracea de Poiret, que 
M. Martius donne, en effet, comme la source de la salsepareille 
du Brésil. [On l'attribue cependant plus communément au Sm. 
cordato-ovata, auquel se trouveraient mêlées les racines du 
Sm. syphilitica.] 

Celte salsepareille a été très- estimée anciennement, et elle se 
vend encore plus cher que les autres, en raison de l'absence de 
ses souches. Mais elle est évidemment inférieure pour l'usage mé- 
dicinal à celles de la Vera-Cruz et de Honduras. 

[7. Salsepareille du Guatemala ou de Honduras. Cette salse- 
pareille vient en paquets de formes diverses : tantôt les racines 
tiennent encore à leurs rhizomes ; d'autres fois, elles en sont dé- 
tachées et forment alors des hottes entourées d'une tige de liane. 
Cette salsepareille est d'une couleur variable entre le gris jaunâtre 
et le brun foncé. Elle est complètement dépouillée de terre : sa 
surface n'est que peu profondément sillonnée. Sur la coupe trans- 
versale, la zone intérieure de l'écorce est cornée ou amylacée: la 
partie ligneuse est un peu plus mince (/fy.365) que les deux zones 
qui la limitent ; les cellules de la couche caractéristique sont lar- 
gement ouvertes, de forme carrée et leurs parois sont également 
épaisses sur tout leur pourtour (fig. 367). 

L'origine de cette salsepareille est encore indéterminée. Elle 
paraît venir de Honduras par Truxilloet des côtes méridionales du 
Guatemala et du Nicaragua.] 

8. Salsepareille du Pérou. Cette sorte est pourvue de ses sou- 
ches et elle tient le milieu, pour l'aspect général, entre les salse- 
pareilles de la Vera-Cruz et de la Jamaïque. Elle est propre et 



ASPARAGINÉES. — SALSEPAREILLES. i81 

prifée de terre, couverte d'un épiderme gris brunâtre assez uni- 
forme. Elle est plus grêle que la salsepareille de la Vera-Cruz, 
plus droite, marquée de sillons moins profonds. Voici maintenant 
ce qui la distingue, tant de la salsepareille de la Vera-Cruz que de 
celle de Honduras ou de la Jamaïque. Le médilullium ligneux, 
qui se trouve assez souvent mis à nu, est parfois coloré d'un rouge 
assez vif; les tubérosités d'où sortent les tiges sont imprégnées 
d'un principe orangé, qui colore fortement, surtout les écailles 
des bourgeons ; enfin les tiges sont manifestement plus volumi- 
neuses, mais elles sout spongieuses, et leurs fibres ligneuses se 
laissent facilement séparer. Cette salsepareille est sans doute pro- 
duite parle Smilax obliquata du Pérou. 

9. Salsepareille noirâtre, a grosses tiges aiguillonnées. Nous 
ignorons d'où vient cette salsepareille, qui oflre d'assez grands 
rapports avec la salsepareille du Pérou. Elle forme des bottes 
considérables composées de racines et de souches. Les racines 
sont très-longues, de la grosseur d'une petite plume, médiocrement 
cannelées, d'une couleur générale brune noirâtre, peu amylacées. 
Les souches sont volumineuses, noires au dehors, blanches en de- 
dans, avec quelques écailles colorées en jaune, comme dans la 
salsepareille du Pérou. Les liges sont très-grosses, mais peu con- 
sistantes, pourvues d'un grand nombre d'angles marqués par des 
côtes membraneuses qui se terminent par des aiguillons papy ra- 
cés. Celte salsepareille donne avec l'eau des décoctés d'un rouge 
de sang, et son extrait a une odeur de valériane. 

10. Salsepareille ligneuse. Cette sorte est remarquable par le 
volume, la grandeur et l'aspect ligneux de toutes ses parties ; sa 
souche est au moins grosse comme le poing, noueuse, irrégu- 
lière, ligneuse et d'un blanc grisâtre à l'intérieur ; ses racines ont 
de 7 à 9 millimètres de diamètre, sont fort longues, couvertes 
d'un épiderme rouge-brun, et sont formées d'une écorce peu 
épaisse, desséchée et profondément sillonnée, et d'un mé- 
dilullium ligneux, large et d'une couleur de bois de chêne. 
Les tronçons de lige qui accompagnent la souche sont épais de 
23 millimètres, et sont tout hérissés de piquants ; ces piquants 
(aiguillons) sont superficiels et rangés par lignes longitudinales, 
comme dans les deux salsepareilles n° 6 et 8. 

La salsepareille ligneuse a une saveur mucilagineuse, amère et 
acre ; elle est rare et peu estimée à Paris ; mais on nous a dit 
qu'elle était recherchée à Bordeaux pour l'usage médical. On 
nous a dit aussi qu'elle venait de Mexico. 

Plusieurs chimistes se sont occupés de chercher quel était le 
principe actif de la salsepareille. M. Palotli, le premier, ayant 







VÉGÉTAUX MONOCOTYLÈHiv 

précipité «ne forte infusion de celle racine par l'eau de chaux, I 
traité le précipité, délayé dans l'eau, par un courant d'acide car- 
bonique, pour convertir la chaux en carbonate ; il a évaporé la 
liqueur à siccité, a traité le résida par de l'alcool à 40 degrés, et 
a oMenu, par rêva porat ion, une matière blanche, astringente et 
nauséeuse, à laquelle il a donné le nom de partgltne. 

Vu autre chimiste italien, le docteur Folchî, ayant décoloré un 
macéré de salsepareille par le charbon animal, et l'ayant Tait évapo- 
rcr,avusedéposer une matière cristalline qu'il a nommée smitaeitte. 

Enfin Thubœuf, pharmacien à Paris, a obtenu de la salsepa- 
reille une matière cristallisée, en traitant la racine par de l'alcool 
faible» faisant concenlrcr la liqueur, laissant déposer et reprenant 
le dépôt par l'alcool reclilié bouillant ; il a donné a celle matière 
le nom de mtseparine. Il a également constaté dans ta salsepa- 
reille la présence d'une huile brune et odorante, qui ne doit pas 
être étrangère à ses propriétés. 

D'après les expériences de M, Poggiale, et d'après celles mê- 
mes de Thubœuf, la smilacine, la parigline, la salseparme et 
même la substance désignée par M- Balka sous le nom â*aetde pa- 
nliimgue sont un seul et même corps, qui paraît insipide ati ^oût 
lorsqu'il est sec et pulvérulent, à cause de sa complète insolubilité 
dans l'eau froide et la salive ; mais quand il est d if sous dans l'eau 
bouillante ou l'alcool, il offre une saveur amèreelâcre à la gorge. 
Son dissoluté aqueux, quoiqu'il en contienne fort peu, mousse 
considérablement par l'agitation. La salsepaiïne est insoluble dans 
iï'tlier ; elle n'est ni acide ni alcaline, et est formée seulement 
de carbone, d'hydrogène et d'oxygène. 

Famiei saliepnreillca. 

Plusieurs racines appartenant h des contrées et à des familles 
de plantes très-différentes ont été proposées comme succédanées 
de la salsepareille, plutôt qu'elles n'ont été vendues par fraude 
pour elle* Cependant ce dernier cas s'est plus d'une fois pré- 
senté. Celles de ces racines qui se rapprochent le plus de la salse- 
pareille par leurs caractères et leurs propriétés, appartiennent, 
soil au genre Smîîax lui-même, soit au genre Herreria y et crois- 
sent au Brésil, où on leur donne, de même qu'à la salsepareille, 
le nom général de japîmnga. Cependant ce nom paraît appartenir 
etplusspécialementà deux espèces qui sont les Smilax japicanga 
et $m* sy vin goules de Grisebaefa, Nous avons deux racines de ce 
genre qui appartiennent très- probable meut à ces deux espèces: 
Tune est arrivée du Brésil sous le nom même de Japieanga et 
nous a été remise par M. Stanislas Martin, pharmacien à Paris ; 
nous avons trouvé l'autre chez 3VI, DubaiL 



ASPARAGINÉES. — SALSEPAREILLES. 183 

i. Racine de japicanga de M. Stanislas Martin. Celle racine 
se compose d'un ou de plusieurs tubercules arrondis, assez volu- 
l miaeux, blancs à l'intérieur, avec indice d'un principe colorant 
rouge dans l'épiderme. Les tronçons de lige sont parfaitement 
cylindriques, de la grosseur d'une forte plume, unis à leur sur- 
face, avec quelques rares épines, d'une couleur verte d'abord, 
puis jaune. Les racines sont toutes fendues par la moitié dans le 
sens de leur longueur, et elles sont formées d'une écorce d'un 
gris un peu rougeâtre, très-mince et très-ridée et d'un méditul- 
lium ligneux, volumineux, mais complètement vide à l'intérieur, 
de sorte que ce méditullium devait former un véritable tube d'un 
boula l'autre de la racine. Dans un assez grand nombre de raci- 
nes, qui probablement ont été mouillées avant leur dessiccation, 
l'épiderme se dédouble en plusieurs feuillets, qui ont pris à l'air 
Que couleur rouge assez foncée. La racine entière présente une 
saveur un peu salée et mucilagineuse, unissant par devenir assez 
fortement amère. Elle est inodore. 

2. Racine de japicanga de M. Dubail. Il paratt qu'une forte par- 
lie de cette substance a été importée en France vers l'année 1820; 
on la prit alors pour la tige de YAralia nudicaulis ; mais le place- 
ment n'ayant pu en être effectué, on la réexporta pour l'Allema- 
gne, sauf une certaine quantité qui resta en la possession de 
M. Dubail. Elle a été décrite par nous comme étant la lige de 
l'Aralia nudicaulis (1) ; ce n'est qu'après avoir vu la racine pré- 
sente que nous avons reconnu la vraie nature de celle-ci. 

Cette racine est entièrement privée de ses souches, coupée par 
fonçons de 40 à 50 centimètres, et mise en petites boites rete- 
nues par une racine semblable qui lui sert de lien. Elle est pour- 
vue d'un épiderme d'un gris un peu rougeâtre, profondément 
sillonnée par la dessiccation, ce qui lui donne une grande res- 
semblance avec la salsepareille. Au-dessous se trouve une partie 
corticale grise ou blanchâtre, spongieuse, molle, quelquefois 
gluante et comme gorgée d'un suc mielleux. À l'intérieur est un 
corps ligneux blanchâtre, cylindrique, percé au centre d'un large 
canal, et ce caractère est celui qui distingue le mieux le japi- 
canga de la salsepareille, dont le cœur est plein et solide. L'o- 
deur en est fade et peu marquée ; la saveur en est sucrée d'abord, 
puis assez fortement amère. 

3. Racine d'agave de Cuba ou magnet du Mexique (Agave eu- 
bensis de Jacquin, famille des Amaryllidées). Cette plante, qui af- 
fecte la forme d'un grand aloès, est portée sur une souche 
pivotante, grosse comme la cuisse, garnie tout autour de longues 

(1 j Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples, 2' édition. 



184 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

racines du diamètre d'une petite plume et assez semblables à 
celles de la salsepareille. L'écorce en est papyracée, d'un rouge 
de garance, facile à séparer d'un cœur ligneux. Celui-ci est blanc 
à l'intérieur, composé de fibres distinctes qu'il suffit de séparer 
pour en faire une filasse très-forte, mais grossière, bonne à faire 
des cordages. L'odeur est nulle; l'écorce seule a une saveur fai- 
blement astringente. Lorsque, en 1823, M. Pope eut attiré l'at- 
tention des pharmaciens sur la salsepareille rouge de la Jamaïque 
ou de Honduras, quelques personnes donnèrent en sa place delà 
racine d'agave qui n'offre avec la première aucun rapport de pro- 
priétés. 

4. Racine de laiche des sables ou de carbx arenosa. Cette 
racine a été usitée en Allemagne comme succédanée de la salse- 
pareille. Elle a été décrite (page 92). 

5. Racine inconnue donnée anciennement comme salsepareille 
grise d'Allemagne. Cette racine, appartenant à une plante dico- 
tylédone, est longue, cylindrique, pourvue d'une écorce grise, 
très-mince et difficile à isoler du cœur ligneux. Celui-ci est très- 
volumineux, grisâtre et composé de fibres très-apparentes, excepté 
dans lesplus peti tes raci nés qui l'ont plus blanc et plus amylacé. Celte 
racine ressemble beaucoup à la salsepareille, mais voici ce qui 
l'en distingue : elle est très-difficile à fendre droit et, lorsqu'elle 
est fendue par la moitié, si on essaye de la rompre, en la pliant 
de manière que la partie corticale soit en dehors, elle casse net, 
tandis que la salsepareille résiste à la même épreuve. La racine 
en masse offre une odeur peu marquée de vieux jspicanard, et 
elle a une saveur non mucilagineuse, souvent nulle, mais d'autres 
fois un peu aromatique et comme camphrée. 

6. Salsepareille grise de Virginie [Araha nudicaulis, famille 
des Araliacees). Celle substance est une lige rampante et non 
une racine; elle est ramifiée, couverte d'un épiderme gris blan- 
châtre ou gris rougeâtre et foliacé. L'écorce est jaunâtre, spon- 
gieuse, sèche ; au centre se trouve un cœur ligneux blanc. Celte 
tige possède une odeur fade, peu marquée; une saveur légère- 
ment sucrée et aromatique, comme celle de la racine de persil. 

7. Fausse salsepareille de l'Inde vendue sous le nom de Smi- 
lax aspera. Les droguistes anglais tirent cette racine de l'Inde 
orientale, et lui dounent le nom de nunnari. Or, d'après W. Ains- 
lie(l), la racine nommée salsepareille de l'Inde, ou nunnarivayr, 
provient du Periploca indica, L. Malgré cette autorité, le docteur 
Thompson, ne trouvant pas que l'odeur agréable ni les propriétés 
médicales de celle racine s'accordassent avec celles d'une apocy- 

(I) Whitolaw Ainslie, Materia indica, London, 1826, 2 vol. in-8. 



DIOSCORÉES. 185 

née, en a conclu qu'elle devait être produite par le Smilax aspera. 
Tous les médecins pharmaciens anglais ont adopté cette opinion, 
et plusieurs médecins et pharmaciens français également; il en 
résulte que cette racine est quelquefois prescrite sous le nom de 
Smilax aspera bien qu'il soit facile de démontrer qu'elle n'appar- 
tient à aucune plante de ce geure. 

Trois plantes ont porté le nom de Smiiax aspera: d'abord la 
salsepareille d'Amérique, nommée par Bauhin Smilax aspera pè- 
ruviana; secondement le Smilax aspera, L , plante sarraenteuse, 
aiguillonnée, de l'Europe méridionale, dont la racine est formée 
d'une souche blanche, grosse comme le doigt, noueuse et articu- 
lée comme celle du petit-houx, garnie de radicules longues, blan- 
ches et menues ; troisièmement le cari-villandi de Rhéede, Smilax 
xylanica, L., dont la souche épaisse et tuberculeuse simule la 
squine officinale. Aucune de ces racines ne peut êlre celle qui 
nous occupe. 

D'ailleurs la fausse salsepareille de l'Inde est souvent accompa- 
gnée de sa tige, qui offre, comme celle des plantes dycotylédo- 
nes, une écorce distincte, un corps ligneux et un canal médullaire 
au centre ; la plante ne peut donc pas êlre un Smilax. Enfin cette 
tige est souvent carrée à la partie supérieure, et les feuilles sont 
opposées. Nous avions conclu de ces deux indices et de quelques 
autres, que la plante appartenait à la famille des Rubiacées (1) ; 
mais il est parfaitement certain aujourd'hui qu'elle n'est autre 
que le Periploca indica, L. {Hemidesmus indicus, famille des Asclé- 
Piadées). 

La fausse salsepareille de l'Inde, ou \enunnari-vayr, est une ra- 
cine longue de 33 à 50 centinv., de la grosseur d'une plume à 
celle du petit doigt : elle est tortueuse, et souvent brusquement 
. fléchie en divers endroits; elle est formée d'une écorce épaisse, 
souvent marquée de tissures transversales, et se séparant, par pla- 
ces, du méditulhum ligneux. Celui-ci est formé de fibres rayon- 
nées et contournées; il se rompt lorsqu'on le ploie, et sa cassure 
°ffre à la loupe une infinité de tubes poreux. L'épiderme est d'un 
rouge obscur; l'intérieur de l'écorce est grisâtre, et le bois est 
d un blanc jaunâtre. La saveur proprement dite est à peine sen- 
sible; mais elle offre un parfum très-agréable de fève tonka, et la 
racine en masse présente la môme odeur. 

FAMILLE DES DIOSCORÉES. 

Celte petite famille a été établie par R. Brown pour placer les plan- 
ta de la famille des Asparaginées de Jussieu dont l'ovaire est infère. 

(I) Guibourt, Journal, de chim. méd., t. Vin, p. 66S. 



i86 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Elle comprend des végétaux à racine tubéreuse et amylacée, à lige vo- 
lubile comme celle des Smilax, à feuilles alternes ou quelquefois op- 
posées, réticulées, entières ou palmatidivisées ; les fleurs sont peu ap- 
parentes, le plus souvent dioïques, à 6 étamines libres, ou pourvues de 
I ovaire soudé avec le tube du périanthe et à 3 loges. Le fruit est une 
capsule à 3 loges (Dioscorea\ pouvant se réduire à une par avortemenl 
[Rajania) y ou une baie (genre Tamus). 

Igname*. 

Les ignames (Dioscorea sativa, D. alata, D. Batatas), etc., sont 
répandues dans toutes les parties chaudes de la terre et principa- 
lement dans les deux Indes, et dans toutes les lies et contrées qui 
les séparent de la Chine et du Japon ; à la Guyane, dans les An- 
tilles, dans la Floride et la Virginie. Leurs tubercules radicaux 
de formes variées, bizarres, et souvent très-volumineux, concou- 
rent puissamment à la nourriture de l'homme. 

Tamter ou Tamlmler. 

Le Tamus communis, L. croit en Europe dans les haies; on lui 
donne aussi les noms de vigne noire ou de bryone noire, de sceau de 
Notre-Dame, racine de vierge, racine de femme battue. C'est une 
plante sarmenteuse, haute de 2 à 3 mètres, munie de feuilles pé- 
tioiées, cordiformes, pointues et luisantes. Les fruits sont des 
baies rouges de la grosseur d'un grain de groseille. La racine est 
tubéreuse, grosse comme le poing, garnie tout autour de radicu- 
les ligneuses, grise au dehors, blanche en dedans, d'une saveur 
acre et imprégnée d'un suc gluant. Elle est un peu purgative et 
hydragogue. Les gens du peuple lui attribuent la propriété de ré- 
soudre le sang épanché par suite de contusions, étant appliquée 
dessus, râpée el sous forme de cataplasme. C'est sans doute à cause 
de l'usage assez fréquent qu'en font les femmes du peuple que la 
plante a reçu le dernier nom mentionné ci-dessus. 

C'est à côté des Dioscorées qu'il convient de placer les Tacca y 
plantes non volubiles cependant, et dont le port rappelle un peu 
celui des Aroïdées. Ces plantes sont répandues dans l'Inde, à Mada- 
gascar et dans toutes les lies de l'Océanie; elles sortent d'un tu- 
bercule radical tout couvert de radicules ligneuses, de nature 
amylacée, naturellement amer et acre, mais s'adoucissant par la 
culture et pouvant alors servir directement à la nourriture de 
l'homme. Depuis assez longtemps déjà, les Anglais tirent de 
Taïti et répandent dans le commerce, sous le nom ftarrow-root de 
Taïti, la fécule du Tacca pinnalifida qui y croit en grande abon- 



AMARYLLIDÉES. 187 

dance. Cette fécule est blanche, pulvérulente, insipide, inodore, 
et présente les caractères généraux ^ ^% 

dece genre de produits. Examinée ** ^p fo \jr >v 
au microscope, elle se présente sous j^&b* \^w 

la forme de granules sphériques, %&*" —. ^^ 

OToïdes ou elliptiques, quelquefois jq, £w fcj 
eourtement rétrécis au col* ou cou- C^T ^*^ ^^ 
pés par un plan perpendiculaire à ^^ Q iH| f^ 
l'axe. Cette forme est très-analo- « " ^ 

gneà celle de la fécule de sagou ; Fig. 370. — Arrow-r©©t. 

mais celle-ci est généralement plus 

allongée, et celle du Tacca plus courte et plus arrondie; de 
plus, elle présente presque toujours un hile très-développé et 
fissuré en forme d'étoile (fig. 370). Elle se conduit avec l'eau 
bouillante comme la fécule de sagou- ta pioka. 

FAMILLE DES AMARYLLIDÉES. 

les Amaryllidées sont aux Liliacées ce que les Dioscorées sont aux 
Aiparaginées : elles en diffèrent surtout par leur ovaire infère. Ce sont 
des plantes à racine bulbifère ou fibreuse, à feuilles radicales embras- 
santes; i fleurs souvent très-grandes et remarquables par leur Tonne 
et leur vive couleur, enveloppées avant leur épanouissement dans des 
spathes scarieuses. Le périaulhe est tubuleux, ù 6 divisions ; les éta- 
minessonl au nombre de 6; l'ovaire est soudé avec le tube du calice, 
^ 3 loges polyspermes et pourvu d'un style simple et d'un stigmate tri- 
lobé. Le fruit est une capsule triloculaire et à 3 valves septirères ; quel- 
quefois c'est une baie qui ne contient, par avorlement, que 1 à 3 grai- 
nes. Celles-ci, qui offrent assez souvent une caroncule celluleuse, 
renferment un embryon cylindrique et homotrope dans un endosperme 
charnu. 

Les plantes de cette famille qui sont le plus cultivées pour la 
beauté de leurs fleurs sont : 

L'amaryllis de saint Jacques, Amaryllis formosissima. 

Le crinum asiatique, Crinum asiaticum. 

L'bœmanthe sanguin, Hœmanthus coccineus. 

Le pancrace maritime, Panerai ium maritimum. 

Le perce-neige, Galanthus nivalis. 

Le narcisse des poètes, Narcissus poeticus . 

La jonquille, Narcissus Jonquilla. 

Les Amaryllidées sont généralement des plantes dangereuses, 
et quelques-unes, telles que V Amaryllis Belladona des Antilles et 
V Hœmanthus loxicaria du Cap de Bonne-Espérance sont de violents 



188 



VEGETAUX MONOCOTYLEDONIL 



poisons. Les bulbes de la plupart sont acres et émélîqucs, cl 
principalement ceux des Nurmsm poeticus i N, odorut, Jonquitta ; 
N. des Crinitm, des Hœmonthm, Leucomm , etc. Le bulbe du 
Pancratmm maritimum est volumineux, jouît de propriétés analo- 
gues k celles de la scilie et est quelquefois substitué à la scillo 
blanche. 



\ arc Use des pr£§. 



. 



yarcisms pseudo-narcùsus {fig* 371), Les Ceurs paraissent èti 
narcotiques a petite dose ; mais elles sont éméliques et vénéneuse*» 

aune dose plus élevée. Celle plante 
est commune eu France dans les 
prés et dans les bois, où elle 
fleurit de très-bonne heure; 
bulbe (unique donne naissance I 
des feuilLs presque planes et de 
la longueur de la tige* La tige. 
baule de 16 à 20 centîmètreh 
termine par une spathe mom>- 
phjlle, de laquelle bort une Beat 
unique, penchée, assez grande, 
peu odorante, formée d'un pé- 
rianlbe tu bu (eux, soudé intérieu- 
rement avec l'ovaire ( divisé 
supérieurement en six parties 
terminées en pointe; d'un jaune 
Irès-pâie ou presque blanches. Ce 
périanthe est doublé à l'intérieur 
Fîg, 37* — wirciMe des pré*, par une enveloppa co roi loi de 

(nectaire Linné), libre dans sa 
partie supérieure, qui dépasse la longueur des divisions du périan 
the et d'un jaune plus fonce. 



A^aie et F tireront. 






C'est à la famille des Àmaryllidées çjtfîl faut rapporter 
\<jnue et les Furcrôya, plantes tellement semblables aux alôès pur 
leurs feuilles ramassées, épaisses, charnues, dentelées et piquan- 
tes sur leurs bords, qu'elles sont généralement cultivées dans les 
jardins sous le nom dtÀlôès ; mais leur ovaire infère et leur friiïl 
loculicide les dislingnedc ceux-ci* Les Agaves sont d'ailleurs de di- 
mensions beaucoup plus grandes et quelquefois gigantesques; 
ils jouissent d'une longévité extraordinaire, pendant laquelle ils 
paraissent ne fleurir qu'une fois et alors la hampe s'élève si ra- 






BROMÉLIACÉES. — ANANAS. 



189 



paiement qu'on la voit croître à la vue, ce qui a donné lieu à la 
fable populaire que ces plantes ne fleurissent que tous les cent 
ans, avec une explosion semblable à celle d'un coup de canon. 

Les fibres ligneuses contenues dans les feuilles d'agave peuvent 
fournir une filasse comparable au chanvre, et beaucoup plus fine 
que celle fournie par les racines dont nous avons parlé (p. 186.) On 
li connaît dans le commerce sous le nom de soie végétale. Un des 
agaves du Mexique, qui, d'après M. Bazire (I), diffère du maguey 
(hgave cubensis de Jacquin), fournit, lorsqu'on arrache les feuilles 
ilu centre, une liqueur transparente et sucrée dont on obtient, 
parla fermentation, une boisson vineuse nommée pulqué, qui est 
très-recherchée des Mexicains. 

FAMILLE DES BROMÉLIACÉES. 

Les Broméliacées sont des plantes américaines dont les feuilles , 
souvent réunies à la base de la tige, allongées, étroites, épaisses, roides, 
dentelées et épineuses sur les bords, 
rappellent jusqu'à un certain point 
celles des agaves (fig. 372). Les fleurs 
forment des épis écailleux, des grap- 
pes rameuses ou des capitules, dans 
lesquels elles sont quelquefois telle- 
ment rapprochées qu'elles finissent 
par se souder ensemble. Leur calice 
*t tubuleux, adhérent à l'ovaire, 
partagé par le haut en six divi- 





Fig. 372. — Broméliacée. 



Fig. 373. — Anauas. 



sions disposées sur deux rangs, dont les trois intérieures sont plus 
grandes et pétaloïdes. L'ovaire est à trois loges, pourvu d'un style 
et d'un stigmate à trois divisions subulées. Le fruit est généralement 
une baie triloculaire, couronnée par les lobes du calice. 



(l)Basire, Journal* j>/iarm., t. XX, p. 520. 



190 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS* 

Ananas. 

La plante la plus utile de cette famille est l'ananas (Ananaua 
satioa, Lindl.; Bromelia Ananas, L.) (fig. 313), dont les baies 
soudées et très- souvent devenues aspermes par la culture, for- 
ment un sbrose volumineux, ovoïde-aigu, élégamment imbriqué 
à sa surface, rempli d'une chair acidulé, aromatique et sucrée, et 
compté au nombre des fruits de table les plus estimés. 

Tillandsia. 

Les Tillandsia, que plusieurs botanistes joignent à cette famille, 
malgré leur ovaire libre, nous offrent une espèce, Tillandsia 
usneoides, dont les liges très-menues, volubiles, noires, ligneuses 
et presque semblables à du crin, quant à la forme, peuvent aussi 
le remplacer dans la fabrication des sommiers et des meubles. On 
en importe en France une assez grande quantité, qui est em- 
ployée dans ce but. 

FAMILLE DES IRIDÉES. 

Végétaux herbacés, à rhizome tubéreux charnu, pourvus de feuille! 
alternes, planes, ensiformes, souvent distiques; fleurs enveloppées 
dans une spathe; périanthe tubuleux à six divisions profondes, dispo- 
sées sur deux rangs ; 3 étamines libres ou monadelphes, opposées aox 
divisions externes du périanthe et attachées à leur base ; ovaire infère 
à 3 loges mulli-ovulées; style simple terminé par 3 stigmates en forme 
de cornets aplatis, à bords frangés, prenant souvent une apparence 
pétaloïde ; fruit capsulai re ù 3 loges, à 3 valves septifùres. Principaux 
genres : Sisyrinchium, Iris, Tigridia, Ferraria, Gladiolus, Ixia, Crocus. 

Iris commun on Flambe. 

Iris germanica (fig. 374). Cette plante pousse des feuilles ensi- 
formes, courbées en faux, distiques et engainantes, glabres, plus 
courtes que la tige qui est multiflore. Le périanthe est à 6 divi- 
sions pétaloïdes, d'un bleu violet foncé, dont 3 plus étroites re- 
dressées, et trois plus larges abaissées, chargées sur leur ligne 
médiane d'une raie barbue, d'une belle couleur jaune. Les éta- 
mines sont au nombre de 3, insérées à la base des divisions exté- 
rieures, et recouvertes par les stigmates pétaloïdes du pistil. Le 
tube du périanthe est à peine aussi long que l'ovaire. Le fruit est 
une capsule triloculaire, s'ouvrant par le sommet en 3 valves 
loculicides. Les semences sont nombreuses, horizontales, planes 
et marginées, Gxées sur deux séries à Taxe centrai des loges. 



IRIDÉES. — RACINE D'IRIS DE FLORENCE. 



191 



Le rhizome de i'iris-flambe est horizontal, charnu, articulé, re- 
couvert d'un épiderme gris, ou vert sur la face supérieure. Il est 
blanc en dedans, d'une odeur vireuse et d'une saveur acre. Il est 
diurétique et purgatif, mais peu 
usité. Lorsqu'il est desséché, il 
est grisâtre à l'intérieur, et pourvu 
d'une faible odeur de violette. On 
l'emploie dans les buanderies pour 
communiquer cette odeur aux 
lessives. 

Racine d'irU de Florence. 

Iris florentina. Cette espèce res- 
semble beaucoup à la précédente ; 
mais elle est plus petite dans 
toutes ses parties; ses feuilles 
sont courtes, ensiformes, d'un 
vert glauque ; la hampe porte 
S ou 3 fleurs blanches, dont le 
tube est plus long que l'ovaire, et 
dont les divisions extérieures pré- 
sentent une ligne médiane barbue. 
La souche est oblique, grosse 
comme le pouce et plus, articu- 
lée, et d'une saveur acre. 

On nous l'apporte sèche et 
toute mondée de la Toscane et 
d'autres endroits de l'Italie. De- 
puis 1840 environ, on la récolte 
aussi dans quelques régions de la 
France (département de l'Ain et 
du Var), où on cultive la plante. 
Elle est d'une belle couleur blan- 
che, d'une saveur acre et amère, 
et d'une odeur de violette très- 
prononcée. 

Elle eulre dans un certain nom - 
fore de compositions pharmaceu- 
tiques, et les parfumeurs en em- 
ploient une très-grande quantité. 

On en fabrique aussi de petites boules de la grosseur d'un pois, 
nommées pois diris, très-usitées pour entretenir la suppuration 
des cautères. Yogel a retiré de la racine d'iris sèche une huile 




Fig. 374. — Iris commun. 



192 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

volatile solide et cristallisable, une huile fixe, un extrait brun, de 
la gomme, de la fécule, du ligneux (1). 

[Vins pallida donne une partie des rhizomes du commerce: 
d'après 0. Berg (2), il fournirait même à lui seul la sorte connue 
sous le nom d'iris de Livoume, plus grosse et d'odeur plus fine 
que l'autre sorte appelée iris de Vérone.] 

Baciiie d'iris fétide. 

Vugairement glayeul puant ou spatule fétide; Iris fœtidissima, L. 
Cette plante croit en France dans les lieux humides et ombragés. 
Sa souche est oblique, longue et grosse comme le doigt, marquée 
d'anneaux à sa surface, garnie à la partie inférieure de beau- 
coup de fortes radicules. Elle donne naissance à des feuilles en- 
siformes, droites, étroites et fort longues, d'un vert foncé et 
rendant une odeur désagréable lorsqu'on les écrase. La tige est 
imparfaitement cylindrique, haute de 50 à 65 centimètres, gar- 
nie de feuilles, dont les dernières, en forme de spalhes et de 
bractées, accompagnent 3 ou 4 fleurs. Les divisions extérieures 
du périanthe sont allongées, rabattues, veinées, d'un violet pâle, 
dépourvues de raie barbue. Le fruit est une capsule à 3 loges, 
s'ouvrant par la partie supérieure et laissant voir des semences 
nombreuses, assez volumineuses, arrondies, couvertes d'une en- 
veloppe succulente et d'un rouge vif. 

La souche d'iris fétide possède une très-grande âcreté. Elle a 
été spécialement recommandée contre l'hydropisie. M. Lecanu 
en a retiré une huile volatile excessivement acre, de la cire, une 
matière résineuse, une matière colorante orangée, du sucre, de 
la gomme, un acide libre, etc. (3). 

Bacine d'iris faux-acore 

Vulgairement iris des marais, iris jaune, glayeul des marais (Iris 
pseudo-acorus, L.). Cette plante cioil dans les ruisseaux assez pro- 
fonds et dans les endroits marécageux. Sa souche est horizon- 
tale, très-forte, annelée, articulée, chevelue, pourvue de feuilles 
radicales embrassantes, ensiformes, très-longues et très-étroites. 
La tige est élevée de 60 à 100 centimètres, garnie de feuilles, et 
produit 3 ou 4 fleurs entièrement jaunes, dont les trois divisions 
extérieures sont rabattues, grandes, ovoïdes, très-entières, dé- 
pourvues de raie barbue; les trois divisions internes sont dres- 
sées, très-étroites, plus courtes que le stigmate. 

(1) Vogel, Journal, de pharmacie, 18 i 5, p. 481. 

(2) O. Berg, Darstrllung und Btschreibung offizinellen Gewàchse. Leipzig. 

(3) Lecanu, Journal, de pharmacie, t. XX, p. 320. 



IRIDÉES..— SAFRAN. 



193 



La souche de l'iris des marais n'a pas d'odeur. Elle est très- 
âcre et purgative lorsqu'elle est récente; desséchée, elle ac- 
quiert une couleur rougeâtre à l'intérieur. El le a été usitée comme 
sternutatoire. La graine torréfiée a été proposée comme succé- 
dané du café. 

MmfrmM. 

Crocus sativus. Celte petite plante a le port général d'une lilia- 
cée, mais elle produit un bulbe tubéreux et non écailleux ou tu- 
nique ; de ce bulbe s'élève une longue spathe d'où sortent un 
certain nombre de feuilles linéaires et un petit nombre de fleurs 
munies d'un périanthe violet-pâle, longuement tubulé, à 6 divi- 
sions dressées et presque égales, renfermant seulement 3 étami- 
nes et un pistil terminé par 
3 stigmates creusés en cor- 
net; le fruit est une capsule 
43 loges. 

Le safran, tel qu'il vient 
d'être décrit, ou le Crocus 
•ativus, L., comprend deux 
variétés, ou plutôt deux es- 
pèces, dont une seule fournit 
ces longs stigmates colorés 
qui composent le safran offi- 
cinal. L'espèce non officinale, 
ou le Crocus vernus, fleurit au 
printemps, et produit h la 
fois des feuilles et sa fleur, 
dont les trois stigmates sont 
redressés, non dentés, beau- 
coup plus courts que les di- 
visions du périanthe; aussi 
ne paraissent-ils pas au de- 
hors. 

Le safran officinal, auquel 
on a conservé le nom de Crocus sativus, fleurit en septembre ou 
octobre, . un peu avant l'apparition des feuilles; il se distingue 
du précédent par ses longs stigmates rouges, inclinés et pendants 
hors du tube de la fleur, et dentés à l'extrémité (fig. 375). 

Le safran parait être originaire d'Asie ; mais depuis très-long- 
temps on le cultive en Espagne et en France : c'est même le sa- 
fran du Gâlinais et de l'Orléanais, en France, qui comprennent 
partie des départements de Seine-et-Marne, d'Eure-et-Loir et 
tout le département du Loiret ; c'est ce safran, dis-je, qui est le 




Fig. 375. — Safran officinal. 



i, 7« édit 



T. II. — «3 






V RfîÉTÀUX MONOCOTYLÉDON ES- 

plus estimé ; après vient celui d'Espagne, el enlin celui d'Angou- 
lômc, qui est le moins bon. Celui-ci, en effet, au lieu iTelre 
colore citas toutes ses parlics, est privé de matière colorante dans 
son style et même dans la partie inférieure des stigmates, de sorle 
qull présente à la vue un mélange de filets blancs et rouges. 

Les terres dans lesquelles le safran réussit le mieux sont celles 
qui sont légères, un peu sablonneuses et noirâtres- On les amende 
p;ir des fumiers bien consommés, el on les dispose par trois la- 
bours faits depuis l'hiver jusqu'au moment où Ton met les bulbes 
en lerre, ce qui a lieu depuis la fin de mai jusqu'en juillet, en- 
suite on bine La terre de six semaines en six semaines jusqu'à la 
floraison, qui a lieu en septembre ou octobre. La Heur ne dure 
qu'un ou deux jours après son épanouissement* 

C'est dans cet intervalle que les femmes s'occupent sans relâ- 
che à cueillir le safran el à l'éplucher, c'est-à-dire à enlever seu- 
lement les stigmates, que Ton %ê haie de faire sécher sur des 
tamis de crin chauffés par de la braise. Ils perdent par cette? opé- 
ration les quatre cinquièmes de leur poids. Pereïra a calculé 
que l grain pesant (55 milligrammes) de safran du 'commerce 
contenait les slvles Ri les stigmates de 9 Heurs, À ce compte, il 
faul t,3*0 fleurs pour faire î once ou 31 grammes de safran, et 
f>9, 120 (leurs pour l livre ou 300 grammes. On conçoit, d'après 
cela, pourquoi le safran est toujours d'un prix très-élevé. 

On doit choisir le safran en tilamenls longs, souples, élasti- 
ques, d'une couleur rouge orangée foncée ; sans mélange de 
les blanchâtres qui caractérisent le safran d'Angoulême, et privé 
d'étamines, qui sont faciles à reconnaître à leurs anthères el à leur 
couleur jaune. Il doit fortement colorer la salive en jaune doré, 
avoir une odeur forle, vive, pénétrante, agréable et qui ne sente 
pas le fermenté* On recommande de le conserver dans un lieu hu- 
mide, ce qui peut être utile pour en augmenter le poids; mais, 
somme toutes les substances organiques, le safran se conserve 
beaucoup mieux parfaitement desséché et renfermé dans des 
vases hermétiquement fermés que de toute autre manière. 

Le safran donne à l'eau el a l'alcool les Irak quarts de son poids 
d'un exlrail qui contient une matière colorante orangée rougt, 
non encore obtenue à Tétai de pureté, ,et qui parait cependant se 
déposer en partie, a l aide du temps, de sa dissolution alcooli- 
que. Cet extrait contient en outre une huile volatile odorante; et, 
celui par l'alcool, une huile fixe concrète, ou cire végétale, 
Bouilkm-La grange et Yogeï y admettent en outre de la gomme, 
de L'albumine et une petite quantité de sels à base de potasse, de 
chaux el de magnésie (I), 

(l) YngH, 4fmd <:v de tM t\ l \ \\X, p t tas. 



IRIDÉES. — SAFRAN. 195 

[La matière colorante a été désignée successivement sous le 
nom de polychroïte, de safranine (Henry) (1), et enfin par Rochleder 
sous celui de crocine. Celte substance rouge devient bleue, puis 
violette sous l'action de l'acide sulfurique concentré, verte sous 
l'influence de l'acide nitrique. Elle est soluble dans Talcool, l'eau 
et les alcalis ; très-peu dans l'éther. Les acides étendus la dédou- 
blent en glucose et en crocétine.] 

Le safran est usité comme assaisonnement dans plusieurs pays, 
et notamment en Pologne, en Italie, en Espagne et dans le midi 
de la France. 11 est également d'un grand usage pour la teinture, 
dans l'art du confiseur et en pharmacie. Il entre dans la théria- 
que, la confection de safran composé, le laudanum liquide, l'élixir 
de Garus, etc. 

Falsifications. Le safran est très-souvent falsifié dans le com- 
merce avec de l'eau, de l'huile, du sable ou des grains de plomb. 
Presque de tout temps aussi on l'a sophistiqué avec des fleurons 
decarthame (Carthamus tinctorius), qui en a môme pris le nom de 
nfranum ou de safran bâtard. Cette falsification est assez facile à 
reconnaître à la forme du carthame, qui est composé d'un tube 
ronge, divisé supérieurement en 5 dents, et renfermant à l'inté- 
rieur 5 étamines soudées en voûte par leurs anthères et traver- 
sées par un long style. De plus, le carthame est sec et cassant, 
pourvu d'une odeur faible, et colore à peine la salive en jaune; 
mais comme ces caractères se perdent par le mélange avec le vé- 
ritable safran, c'est à la forme surtout qu'il faut s'attacher. 

Enfin depuis quelques années le safran est falsifié, tant en 
France qu'en Allemagne, avec les pétales de différentes fleurs, 
coupés en languettes, colorés en rouge artificiellement, impré- 
gnés d'huile pour leur donner de la souplesse, et tellement bien 
préparés qu'à la première vue, et même non mélangés au safran, 
on les prendrait pour celui-ci. Les pétales qui ont servi jusqu'ici 
à celle préparation sont ceux de souci, d'arnica et de saponaire. 
Pour reconnaître toutes ces différentes falsifications, il faut 
prendre une poignée de safran au milieu de la masse et la se- 
couer d'abord légèrement sur une grande feuille de papier, ce 
qui en fait tomber le sable et les grains de plomb; ensuite on 
place une petite quantité de la matière entre deux feuillets de 
papier non collé, et on la soumet à la pression : l'opération faite, 
le papier ne doit être ni mouillé ni huilé. Enfin on étale complète- 
ment une certaine quantité de safran sur la feuille de papier et 
on l'examine avec soin à la vue ou à l'aide d'une large loupe. 
Tous les brins, à l'exception de quelques étamines isolées de 

(I) Henry, Journal de pharmacie, VII, 397. 



196 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Crocus qui peuvent s'y trouver, doivent être composés d'un style 
filiforme partagé à son extrémité en trois stigmates aplatis, creux, 
vides à rintérieur, s 1 élargissant peu à peu en forme de cornet jusqu'à 
F extrémité qui est comme bilabiée et frangée. Les fleurons de car- 
thame se reconnaissent aux caractères qui ont été donnés plus 
haut. Quant aux pétales de souci ou autres, mis sous forme de 
languettes, et ensuite diversement tordus on contournés, on les 
reconnaît à cette forme même de languettes, de largeur à peu près 
égale dans toute leur longueur ; et lorsque ces languettes ont été 
divisées en trois à une extrémité, aûn de leur donner encore une 
plus grande ressemblance avec le safran, on observe alors que la 
languette entière est plus large que ses divisions, tandis que, dans 
le safran, chaque stigmate isolé est plus large que le style. 

Faux safran du Brésil. On a tenté plusieurs fois d'importer en 
France du Brésil, et sous le nom de açafrao (safran), une subs- 
tance qui offre quelque rapport de couleur et d'odeur avec le 
safran, mais dont la forme est tout à fait différente. C'est une 
très-petite corolle membraneuse, monopétale, longue de 6 à 8 
millimètres, tubuleuse, un peu courbe et un peu renflée près du 
limbe, qui paraît irrégulier, et a deux lèvres peu marquées ; elle 
appartient probablement à la famille des Labiées. Elle possède 
une odeur assez marquée, agréable, et qui offre de l'analogie 
avec celle du safran ; elle colore assez fortement la salive en jaune 
orangé, et présente une saveur un peu amôre. 11 est probable 
qu'on pourrait l'utiliser pour la teinture. 

Ferrari» pnrgan». 

Le rhizome de celte plante est usité au Brésil comme purgatif, 
à la dose de 12 à 15 grammes. Tel qu'on le trouve dans les phar- 
macies de ce pays, où on lui* donne les noms de ruibardo do 
campo et de piretro, il se compose de deux parties : d'abord d'un 
tubercule ovoïde, amylacé, assez semblable, pour la forme, i 
celui de l'arum vulgaire, mais recouvert d'un épiderme brun et 
muni, sur toute sa surface, de radicules ligneuses qui descendent 
perpendiculairement le long du tubercule ; secondement d'une 
sorte de bulbe ou de bourgeon foliacé placé à la partie supé- 
rieure du tubercule précédent, atténué en pointe à la partie su- 
périeure et formé de tuniques concentriques presque complètes 
à la partie inférieure, mais diminuant rapidement de largeur par 
le haut. Ce bulbe, de même que le tubercule amylacé, possède 
une saveur peu sensible d'abord qui finit par donner une cer- 
taine àcreté sur toute la cavité buccale. Il est probable, en raison 



MUSACÉES. 197 

do nom (piretro) donné à la plante ou au rhizome, que celte 
âcrelé était beaucoup plus forte à l'état récent. 



FAMILLE DES MUSACÉES. 

Plantes herbacée» ou ligneuses, pourvues de feuilles longuement pé- 
tiolées, embrassantes à la base, très-entières, a nervures transversales 
ptrallèles et très-serrées. Les fleurs sont réunies en grand nombre 
dus des spathes ; elles sont composées d'un périanthe épigyne à six 
disions bisériées irrégulières, de 6 étamines dont une est presque 
toujours transformée en un sépale interne, très-petit; les 5 autres sont 
es général surmontées d'un appendice membraneux, coloré; qui est la 
continuation du filet. L'ovaire est infère et à 3 loges multi-ovulées 
(excepté dans le genre Beliconia, où les loges ne contiennent qu'un 
ovule). Le style est terminal, simple, filiforme, terminé par 3 stigma- 
tes linéaires. Le fruit est une capsule à 3 loges et à 3 valves seplifères, 
oo une baie indéhiscente à 3 loges. 

Cette famille se compose des seuls genres Heliconia, Strelitzia, 
Muta, Ravenala. Elle diffère des Amaryllidées par son périanthe 
toujours irrégulier, et des Amomées, qui vont suivre, par ses six 
tontines. Le Strelitzia regina est une plante d'une grande beauté, 
originaire de l'Afrique méridionale. Les bananiers {Musa) sont 
des herbes gigantesques, originaires des contrées chaudes et hu- 
mides de l'Asie et de l'Afrique, et cultivées maintenant dans 
toutes les parties du monde. Ils sont formés d'un bulbe allongé 
cd forme de tige, qui résulte de la base embrassante et tunicée 
du pétiole des feuilles. Cette tige, haute de 5 à 6 mètres, est cou- 
ronnée par un bouquet d'une douzaine de feuilles longue* de 2 à 
3 mètres sur 50 à 65 centimètres de large. Du milieu de ces feuil- 
les sort un pédoncule long de i mètre à l m ,30 garni de fleurs 
sessiles, rassemblées par paquets sous des écailles spathacées 
caduques. Toutes ces fleurs sont hermaphrodites, mais de deux 
tories, cependant; celles rapprochées de la base du régime étant 
seules fertiles, et celles de l'extrémité étant stériles. Les fruits 
«ont des baies d'un jaune pâle, longues de 14 à 25 centimètres 
(dans le Musa paradisiaca), épaisses de 3 à 4, obtusément trian- 
gulaires, à loges souvent oblitérées, et dont les semences dis- 
paraissent par la culture. Dans le Musa sapientium, les fruits sont 
plus courts, plus droits, moins pâteux et d'un goût beaucoup 
plus agréable. Mais les uns et les autres sont une preuve frap- 
pante de la transformation de l'amidon en sucre, qui s'opère, 
dans l'acte de la végétation même, sous l'influence des acides. 
Ces fruits, non mûrs, sont tout à fait blancs et amylacés dans 



198 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

leur intérieur, et, desséchés et coupés par tranches, ressemblent 
à de la racine d'arum sèche. Tout à fait mûrs, ils sont d'un goûl 
sucré, visqueux, aigrelet, et prennent par la dessiccation l'aspect 
d'une confiture sèche. Ils sont d'un puissant secours pour l'ali- 
mentation des habitants des pays intertropicaux, qui trouvent en 
outre dans leurs feuilles entières une couverture pour leurs habi- 
tations, et dans les fibres de la tige une filasse propre à faire des 
cordages, des toiles et môme des étoffes légères. 

FAMILLE DES AMOMACÉES. 

Plantes vîvaces dont la racine est ordinairement tubéreuse et char- 
nue ; les feuilles sont engainantes à la base, à nervures latérales et 
parallèles ; les fleurs sont disposées en épis imbriqués, en grappes ou 
en panicules. Le périanthe est double : l'extérieur forme un calice 
à 3 sépales réguliers, courts et colorés; l'intérieur est tubulé et ter- 
miné par 3 divisions colorées, plus grandes et presque régulières éga- 
lement ; mais en dedans de ce calice intérieur se trouvent d'autres ap- 
pendices pétaloïdes, grands, inégaux, au nombre de 3 ou 4, dont un 
quelquefois très-développé et en forme de labelle. Ces appendices pa- 
raissent être des étamines transformées. Les étamines fertiles sont tu 
nombre *de une ou de deux, à une seule anthère uniloculaire, et quel- 
quefois soudées et formant une seule étamine à anthère biloculaire. 
Ovaire à 3 loges pluriovulées, supportant souvent un petit disque uni- 
latéral, qui doit ôtre considéré encore comme une étamine avortée. Le 
style est grêle, terminé par un stigmate en forme de coupe. Le fruit 
est une capsule triloculaiie, tri valve, loculicide et polysperme; les 
graines contiennent un embryon cylindracé, placé dans un endosperme 
simple ou double. 

Les plantes contenues dans cette famille peuvent se diviser 40 
deux tribus que plusieurs botanistes considèrent comme deux 
familles distinctes : 

!• Les Cannacées ou Marantacées : rhizome rampant, ou racine 
fibreuse; étamine fertile simple, uniloculaire, appartenant ait 
rangée extérieure des étamines (i) et placée en face d'une des 
divisions latérales du périanthe interne ; embryon contenu dans 
un endosperme simple. Génies : Thalia, Maranta, Mf/rosma f 
Canna, etc. 

2° Les Zingibéracées : rhizome rampant, tubéreux ou articulé ; 
une étamine double, fertile, appartenant à la rangée interne et 
opposée au labelle. Embryon placé dans un double endos- 

(I) On admet que le nombre originel des étamines est de six et qu'elles sont 
disposées sur deux séries, de même que dans les Liliacées et dans la plupart 
des familles de monocotylédones à fleurs régulières. 



àMOMACÉBS, — RACINES DE GàLàNGÀ. 



191 



pet me > Genres Giohha, Zîiigi&ey t Curcutua, Kmnpftrîa, Amomum t 
EkUaria^ I/cdj/chr'um t Ai pi» m, Hellenta^ Custtts t etc. 

La diversité des principes constituants et des propriétés médi- 
cales concourt, avec la différence des caractères botaniques, 
pour séparer plus complètement les Cannacées des Zingibéra- 
eées : les premières sont dépourvues de principes aromatiques, 
et sont remarquables seulement par la grande quantité d'amidon 
contenue dans leur rhizome ; les secondes, indépendamment de 
l'amidon renfermé dans leurs tubercules, sont riches en huiles 
volatiles répandues dans toutes leurs parties, et en principes acres 
etpipéracés qui les rendent éminemment excitantes et les font 
employer comme assaisonnement dans tous les pays. Parmi ces 
dernières, nous décrirons principalement les galangas, les gin- 
membres, les curcumas, les sédoaires, les cardamomes et les ma- 
qi guettes. 

Racine* de CJulnngu . 

Les Galangas sont des racines rougeàtres, d'une texture fi- 
breuse et demi-ligneuse, articulées, marquées de franges circu- 
laires comme les souchets, aromatiques et d'une saveur acre ; 
produites par plusieurs plantes qui appartiennent à la monandrie 
rnonogynîe de Linné, aux monoeotyledones épigynes de Jus»ieu 



■« 



fîf. 374. — ftieiue de Gtlanfa d«? la Ng . 3tf» — Mita éc GftltBflj p 



l Mm, pttfie variété. 



Taviélé. 



et à la famille des Amomées. On en distingue deux espèces prin- 
cipales connues sous les noms de petit et de grand tjalan(jQ i qui 
diifèrrnL par leur lieu d'origine et par la plante qui les fournit. 
Sous le litre de galanga lêga\ j'en décrirai une troisième que j'ai 
quelquefois trouvée dans le commerce, môlée à la première. 



260 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Première espèce : petit galanga, galanga delà Chine, vraigalangû 
officinal. Cette racine est le Galanga minor, figuré dans l'édition 
de Matthiole de G. Baubin (1). Le commerce en offre deux varié- 
tés qui ne diffèrent peut-être que par l'âge de la plante. La plus 
petite (fig. 376) est épaisse seulement de 5 à 10 millimètres, et la 
plus grosse {fig. 377) est épaisse de 14 à 25 millim. ; toutes deux 
sont cylindriques, ramifiées, rougeâlres ou d'un brun noirâtre 
terne à la surface, et sont marquées de nombreuses franges cir- 
culaires. A l'intérieur, elles sont d'une texture fibreuse, com- 
pacte et uniforme, et d'un fauve rougeâtre ; elles ont une odeur 
forte, aromatique, agréable, très-analogue à celle des cardamo- 
mes ; leur saveur est piquante, très- acre, brûlante et aromatique. 
Leur poudre est rougeâtre et donne, par Peau et l'alcool, des 
teintures de môme couleur qui précipitent en noir par le sulfate 
de fer. Celle racine ne laisse pas précipiter l'amidon lorsque, 
étant concassée, on l'agité avec de l'éau. 

Sur l'autorité de Linné, la plupart des auteurs ont attribué le 
galanga officinal à son Maranta Galanga, qui est devenu VAlpima 
Galanga de Willdenow. Celte plante, cependant, n'est autre chose 
que le grand galanga de Rumphius, que cet auteur dit positive- 
ment ne pas produire le galanga de la Chine ou le galanga des phar- 
macies de l'Europe. 11 faut donc lui trouver une autre origine. 
Or, je pense ne pas me tromper en disant que notre galanga of- 
ficinal est produit par le Languas chinensis de Retz (2) ou Hellenia 
chinensis, W. Celle plante, en effet, est nommée par les Malais 
Sina Languas ou galanga de la Chine, et voici les caraclères donnés 
à sa racine : « Racine répandue horizontalement sous. terre, cy- 
lindrique, rameuse, entourée d'anneaux circulaires, à sommets 
obtus et arrondis, de la grosseur du doigt majeur, blanche, aro- 
matique, d'une saveur brûlante. Elle est cultivée dans les jardins 
de la Chine pour l'usage médical (3). » 

[Depuis lors, M. Hanbury a fait connaître, d'après M. Hance, 
la véritable origine du pelit galanga. C'est un Alpinia, inconnu 
jusqu'à ces derniers temps, qui donne cette substance. M. Hance, 
qui l'a découvert, dans l'Ile d'Bcenan, en Chine, l'a décrit sous le 

(1) Matthiole, édition de Baukin, page 23. 

(2) Retz, Obs. asc, III, p. C5. 

(3) Les fascicules de Retz donnent la description d'un autre galanga qu'il 
nomme Languas vutgare usitatissimum, Maleys. Galanga alba. Radi:e$ hori- 
zontales, teretiusculœ, cicatriabus annularihus obliquis, remotiuscu/is çinclœ; 
ramosœ, albœ, pollice crassiores, fibras filiformes rectè descendent es, xubtui 
emitlentes. Colitur in hortis. Cette plante est Y Hellenia alba de Willdenow : je 
ne pense pas que sa racine vienne en Europe ; mais si c'est la môme que ÏAmo- 
mum médium de Loureiro, on en trouvera le fruit décrit parmi les carda- 
momes. 



AMOMACÉES. — RACINES DE GALANGA. 204 

nom d'Alptnia officinarum. Il pense qu'il doit se trouver aussi dans 
les forêts des provinces méridionales de l'empire chinois (1).] 

Deuxième espèce. Galanga léger. Cette racine tient le milieu 
pour la grosseur entre les plus petits et les plus gros morceaux 
du vrai galanga; elle varie de 7 à 16 millimètres de diamètre. 
Elle est de même entourée de franges blanches, mais son épi- 
dermé est /t**£, luisant et d'un rouge clair et jaunâtre; elle est 
d'un rouge très-prononcé à l'intérieur, avec des fibres blanches 
entremêlées. Son odeur, sa saveur, son action sur le sulfate de 
fer sont semblables à celles du vrai galanga, mais bien plus fai- 
bles. Son caractère le plus tranché consiste dans sa grande lé- 
gèreté; car en pesant des morceaux sensiblement égaux en vo- 
lume à d'autres de vrai galanga, leur poids ne se trouve être que 
le tiers ou !a moitié de ceux-ci. Une autre différence se tire de 
la forme générale de la racine : le galanga officinal est en tronçons 
sensiblement cylindriques, ramifiés et êoupés par les deux ex- 
trémités ; de sorte qu'il est difficile d'en établir la longueur réelle, 
tandis que le galanga léger présente des renflements tubéreux 
aux articulations, et offre des articles ovoïdes fins, longs de 
27 millimètres environ. Nous supposons que la plante qui 
produit ce galanga est très-voisine de la précédente : à coup sûr, 
ce n'est pas le Kœmpferia Galanga, L., ni aucun autre Kœmpferia. 
Troisième espèce. Grand galanga ou galanga de l'Inde ou de 
Java. Ce galanga se trouve très-bien représenté par G. Bauhin (2). 
En le rapprochant des descriptions de Rumphius et cTAinslie, il 
est difficile de ne pas croire qu'il soit produit par le Galanga 
major, R. (Maranta Galanga, L.; Alpinia Galanga, W.). Pendant 
longtemps, j'ai été réduit à n'avoir que quelques morceaux très- 
anciens de celte racine, qui m'avaient peu permis de la bien dé- 
crire; mais un droguiste de Paris en ayant reçu une partie con- 
sidérable venant de l'Inde, je me suis trouvé à même de la faire 
mieux connaître. 

Cette racine (fig. 378) est quelquefois cylindrique et ramifiée 
comme le petit galanga; mais, le plus souvent, elle est plutôt 
tubéreuse et articulée comme le galanga léger. Elle est beaucoup 
plus grosse que l'un ou l'autre, car son diamètre varie de H à 
23 millimètres dans les parties cylindriques, et s'étend jusqu'à 
41 millimètres pour les tubérosités. Sa surface extérieure est 
d'un rouge orangé, et marquée de nombreuses franges circulai- 
res blanches. L'intérieur est d'un blanc grisâtre, plus foncé au 

(1) Voir pour plus de détails: Hanbury, Pharmaceulical Journal, 3* série, 
il, p. 246. 

(2) Matthiolc, édition G. Bauhin. 



208 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

centre qu'à la circonférence; elle est plus tendre, plus facile à 
couper et à pulvériser que le petit galanga, et sa poudre est 
presque blanche. Elle a une odeur différente de celle du petit 
galanga, moins aromatique, moins agréable et plus acre. Cette 
odeur provoque l'éternument, et cependant la racine est bien 




Flg. 378. — Racine de Galanga de l'Iode. 

loin d'offrir la saveur brûlante du galanga officinal. Le grand 
galanga concassé , agité dans l'eau, laisse déposer une poudre 
blanche qui est de l'amidon; il colore très-faiblement l'eau et 
l'alcool, et les teintures ne noircissent pas par l'addition du sul- 
fate de fer. Je ne pense pas que l'on doive substituer ce galanga 
au premier, qui seul est prescrit dans les alcoolats thériacal, de 
Fioravanti, et dans beaucoup d'autres compositions analogues. 

Gingembres. . 

Les gingembres sont originaires des Indes orientales et des lie» 
Moluques : ce sont des plantes à rhizome tubéreux, articulé, 
rampant et vivace, produisant des tiges annuelles renfermées 
dans les gaines distiques des feuilles ; les fleurs sont disposées en 
épis strobiliformes ' (fig. 379), portés sur des hampes radicales 
courtes et composés d'écaillés imbriquées, uniflores. L'espèce 
officinale {Zingiber officinale, Roscoe) a été transportée, il y a 
longlemps, au Mexique, d'où elle s'est répandue dans les Antilles 
et à Cayenne. Maintenant, ces derniers pays, et surtout la Jamal- 



AM0B1AGÉES. — GINGEMBRES. 



203 



que, en produisent une grande quantité. On trouve dans le com- 
merce deux sortes de gingembre, le gris et le blanc; ce dernier 
▼ient particulièrement de la Jamaïque, et n'est connu en France 
que depuis 1815, les Anglais, qui alors affluèrent chez nous, n'en 
usant pas d'autre. On pourrait croire que ce gingembre blanc 
est une variété produite par la transplantation de la plante ou la 

culture, ou bien, comme Ta 
pensé Duncan, que la diffé- 
rence des deux gingembres 
provient de ce que le gris 
(qu'il appelle noir) a été 
plongé dans l'eau bouillante 
avant sa dessiccation, tandis 
que le blanc a été pelé à 
l'état récent , et séché par 
insolation (1). Il est connu 
môme qu'on prépare un faux 
gingembre blanc, en mon- 





Fig. 379. — Gingembre. 



Fig. 380. — Giugeiitbic y» «s. 



dant le gingembre gris de son écorce et le blanchissant avec 
de l'acide sulfureux, du chlorure de chaux, ou même seulement 
extérieurement avec de la chaux ; mais cela n'empêche pas qu'il 
existe en réalité deux espèces de gingembre qui ont été distin- 
guées par Rumphius, dans leur pays natal, par les caractères que 
nous leur connaissons (Zingiber album, rubrum) (2). 

Le gingembre gris (fig. 380), tel que le commerce nous le pré- 
sente, est une racine grosse comme le doigt, formée de tuber- 
cules articulés, ovoïdes et comprimés ; il ofTre rarement plus de 
deux ou trois tubercules réunis, et beaucoup sont entièrement 
séparés par la rupture des articulations ; il est couvert d'un épi- 
derme gris jaunâtre, ridé, marqué d'anneaux peu apparents. 
Sous cet épiderme jaune se trouve une couche rouge ou brune 



(1) Duncan, Edinburgh new dispens., p. 271. 
(2} Rumphius, Herb. amboin., V, p. 15G. 



204 • * VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

qui forme le caractère distinclif du gingembre rouge de Rum- 
phius. Presque toujours l'épiderme a été enlevé sur la partie 
proéminente des tubercules, probablement pour en faciliter la 
dessiccation, et à ces endroits dénudés la racine est noirâtre et 
comme cornée : mais l'intérieur est en général blanchâtre ou 
jaunâtre, entremêlé de quelques fibres longitudinales. Ce gin- 
gembre possède une saveur très-âcre et une odeur forte et aro- 
matique qui lui est propre; il excite fortement l'éternument; il 
donne une poudre jaunâtre. Il le faut choisir dur, pesant, com- 
pacte et non piqué des insectes, ce à quoi il est fort sujet. 
Nous ne croyons pas qu'il ait été trempé dans l'eau bouillante 
avant sa dessiccation, comme on le dit ordinairement, parce 
qu'aucun des innombrables granules d'amidon qu'il contient n'a 
été brisé par la chaleur (ils se présentent sous une forme globu- 
leuse cuboïde) ; je croirais plutôt que ce gingembre a été simple- 
ment trempé dans une lessive alcaline ou mélangée de cendre 
sèche, comme l'indique Rumphius; ce que semblent indiquer 
les particules siliceuses qui se trouvent souvent fixées à sa 
surface. 

Gingembre blanc (fig. 381). Ce gingembre est plus allongé, plus 
grêle, plus plat et plus ramifié que le gingembre gris. Il est natu- 




Fig. 381. — Gingembre blanc. 

rellement recouvert d'uue écorce fibreuse, jaunâtre, striée longi- 
tudinalement, sans aucun indice d'anneaux transversaux; mais 
le plus ordinairement cette écorce a été enlevée avec soin, et la 
racine est presque blanche à l'extérieur, blanche à l'intérieur, 
et donne une poudre très-blanche. Ce gingembre est plus léger, 
plus tendre et plus friable sous le pilon que le gingembre gris; il 
est aussi bien plus fibreux à l'intérieur; il a une odeur forte, 
moins aromatique ou moins huileuse, si on peut ainsi dire, et une 
saveur incomparablement plus forte et plus brûlante. Certaine- 
ment ces deux racines difFèrent par autre chose que par leur mode 
de dessiccation. 



AMOMAGÉES. — RACINES DE GURGUMA. 205 

11 parait que deux autres racines appartenant au môme genre 
que le gingembre ont quelquefois été apportées par le commerce : 
Tune est le gingembre sauvage, qui se présente sous la forme d'une 
souche assez semblable à celle du gingembre, mais plus volumi- 
neuse, fortement aromatique, d'une saveur amère etzingibéracée, 
mais sans une grande âcreté. Celte racine est produite par le 
L&mpujum majus de Rumphius (1), katou-inschi-kua de Rheede; 
Zingiber zerumbeth de Roxburgh et Roscoe, qui a été confondu à 
tort, par la plupart des auteurs, avec le Zingiber latifolium sylves- 
tre d'Hermann (2), lequel est plutôt une espèce de zédoaire. L'au- 
tre racine appartient au Zingiber cassumuniar de Roxburgh et de 
Roscoe. Elle est formée de tubercules volumineux, articulés, mar- 
ïu^s de franges circulaires, blanchâtres au dehors, d'une couleur 
orangée à l'intérieur, et très-aromatique. 

Baciiies de Curcuma. 

Xe curcuma, nommé aussi terra-merita, et par les Anglais tur- 
"^ric, est une racine grise ou jaunâtre à l'extérieur, d'un jaune 
^•^angé foncé ou rouge à l'intérieur, d'une odeur forte et d'une 
^^veur chaude et aromatique ; il est remarquable par l'abon- 
**^nce de son principe colorant jaune, qui est très-usité dans la 
*^ïnture. 

On distingue généralement deux sortes de curcuma : le long et 
*^ rond, et beaucoup d'auteurs, moi-môme dans les premières édi- 
tions de cet ouvrage, nous avons supposé que ces racines étaient 
t*roduite* par deux plantes différentes. Il y a bien, à la vérité, plu- 
sieurs plantes à curcuma, mais chacune d'elles peut produire du 
Qurcuma long et rond, et leurs racines diffèrent moins par leur 
forme que par leur volume, leur couleur plus ou moins foncée et 
d'autres caractères aussi secpndaires. 

Rumphius est sans contredit l'auteur qui a le mieux décrit les 
Curcumas, et nous ne pouvons mieux faire que de le suivre pour 
trouver d'une manière certaine l'origine de ceux du commerce. 
D'après Rumphius (3), les curcumas et les tommon (les zédoaires) 
forment un genre de plantes dont les espèces sont fort rapprochées 
et très-souvent confondues. Quant aux curcumas, il en distingue 
deux espèces : une cultivée et une sauvage. D'après la description 
qu'il en donne, celle-ci »st tout à fait étrangère aux curcumas du 
commerce, et peut être mise de côté ; la première fournit un grand 
nombre de variétés, qui peuvent se résumer en deux sous-espèces : 
une majeure et une mineure. 

(1) Rumphius, Herb. amb., t. V, p. 148, pi. iaiv, fi g. 1. 

(î) Hermann, Hort. lug. y p. 636. 

(I) Rumphius, Herbar. amboin., t. V, p. 16 \ 



206 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

Le curcuma majeur (Curcuma domestica major, Rumph.) pro- 
duit de sa racine 4 ou 5 feuilles pétiolées qui semblent formel 
par le bas une sorte de stipe, et qui ont environ 50 centimètre 
de longueur, non compris le pétiole, et 16 centimètres de lar 
geur; elles sont terminées en pointe de deux côtés, marquée: 
de sillons obliques en dessous, glabres, odorantes quand on le 
froisse. 

Les fleurs sont disposées, non en cône fermé, naissant sur uni 
hampe nue, comme dans les gingembres; mais elles forment ur 
épi central lâche, composé de bractées ouvertes, imbriquées 
demi-concaves, verdâtres et blanchissantes sur les bords. Ces brac 
tées deviennent plus tard d'un brun pâle, surtout lorsque la planU 
croît dans les forêts. 

La racine est composée de trois sortes de parties : d'abord d'un 
tubercule central (matrtx radicis, Rumph.), duquel sortent 3 oi 
4 tubercules latéraux qui ont la forme et la grosseur du doigt, el 
qui imitent, dans leur ensemble, les doigts de la main demi-fer- 
mée : ces tubérositès allongées forment la seconde partie de 11 
racine. Quant à la troisième, elle se compose de radicules sortant 
pour la plupart du tubercule central, longs de 135 à 460 millimè 
très, et dont quelques-uns portent à la partie inférieure un tuber- 
cule blanc, de la forme d'une olive, purement amylacé et insipide. 
Il est évident que ces derniers tubercules ne font pas partie du 
curcuma du commerce ; mais Rumphius nous apprend que le 
tubercule central est desséché pour cette fin, et il est certain que 
les articles digités s'y trouvent également. Les uns et les autres, 
lorsqu'ils sont privés d'une pellicule externe blanchâtre, facile à 
détacher, sont d'une couleur de jaune d'œuf ou de gomme-gutte; 
ils sont pourvus d'une odeur et d'une saveur onguentacées, avec 
une acrimonie mêlée d'amertume. 

Le curcuma mineur (Curcuma domestica rwiVior, Rumph.) est 
plus petit dans toutes les parties que le précédent ; les feuilles 
n'ont que 38 centimètres de long, y compris le pétiole, et sont for- 
tement aromatiques ; la racine est un assemblage élégant de 1 ou 
2 tubercules centraux entourés d'un très-grand nombre d'articles 
digités et recourbés, qui se divisent eux-mêmes en d'autres, et 
forment un amas tuberculeux bien plus étendu que dans l'autre 
espèce. 

Les articles digités du curcuma mineur sont plus minces que 
dans le G. majeur, plus longs, glabres et offrant une surface unie; 
ils sont, à l'intérieur, d'une couleur très- foncée; ils ont une saveur 
douce, mais persistante, sans aucune amertume ; leur odeur est 
aromatique et très-développée. 

Nous sommes entrés dans ces détails afin de montrer exacte- 



AMOMACKËS. — RACINES DE CMCUBIÀ, 



m 



ment l'origine du curcuma du commerce. Cette racine se com- 
pose de quatre sortes de tubercules : 

I* Le curcuma rond (fig m 383) est en tubercules ronds, ovales ou 
turbines, de la grosseur d'un œuf de pigeon et plus, d'un jaune 






Curcum» oldifflg, 



Fi§. fàl. - Huieuiiia KuA* 



**\e à l'extérieur et à l'intérieur ayant presque l'aspect de la 

Komme-guLLe. M n'est pas douteux que ces tubercules ne soient 

tes matrices radias du Curcuma 

vomtUiça major {{). 

â* Le curcuma oaiong {fi g* 38$). 

^oas nommons ainsi un curcuma 

et * tubercules allongés, qui par 

'^Ur teinte extérieure jaune, leur 

'-Ou leur intérieure, leur saveur et 

i 

'^tir odeur, appartiennent évidem- 

^«nt à la même espèce que le 
Précédent, dont ils ne sont que les 
^<"licles latéraux. Ces articles ont 
u *i caractère de forme qui les dis- 
*îogue des suivants: ils sont reti- 
ré* au milieu et amincis aux es- 
^émités. 

3* Curcuma long (fig. 384). Ce 
^Ureuma est en tubercules cylin- 
driques, c'est-à-dire qu'il conserve 

s «nsiblemenl le même diamètre dans toute sa longueur. 

*es différentes sinuosités. 11 est plus long que le précédent 



m 



-- FtabërGttle 
4u Curcuma 



malgré 
mais 



pendant mont de ce curcuma rond, *|ui est mondé et toujours très- 
proprc a l'extérieur, on trouva aujourd 'hui dans le commerce des curcuma* 
rond* de lava et de Sumatra, non mondes, grisâtres à l'extérieur, et pourvu** 
4'wii grand nombre d*y. tronçons do radicules* 



VÉGÉTAUX M0NOC0TYLÉD0NÉ5. 

beaucoup plus miuce t n'étant jamais gros comme Je petit doigt 
sa surface est grise, souvent un peu verdâlre, rarement jaune 
chagrinée ou plus souvent nette et unie. Il est h l'intérieur d'un 
couleur si foncée qu'il en paraît rouge-brun, ou môme noir. Il a 
une odeur aromatique très-dé veloppée, analogue k celle du gin- 
gembre; sa saveur est également très-aromatique et cependant 
assez douce et nullement amère. H est impossible de méconnaître 
dans cette racine les articles digités du Curcuma domestica minor. 
4* Enfin, on trouve dans le curcuma du commerce, maïs en 
petite quanti Lé, des tubercules ronds de îa grosseur d'une ave- 
line, souvent didymcs, ou offrant les restes de deux stïpes folia- 
cés (fig. 385). Ces tubercules offrent d'ailleurs tous les caractères 
des précédents, et sont les matrices radicis du Curcuma domestica 
mhwï\ 

Quant au nom spécifique de ces deux variétés déplantes, j'ai 
pensé qu'il était nécessaire de leur en donner un nouveau. Car 
le nom de Curcuma dome&tfca n'est pas assez expresnTet pourrait 
tout aussi bien s'appliquer à une zédoaire. Celui de Curcuma 
tonga ou rotunda convient encore moins, soit parce que la plante 
produit également Tune et l'autre racine, soit à cause de rincer- 
lilude répandue sur ces deux dénominations de la nomenclature 
linnéenne (1). 

À la vérité, Jacquin et Murray, après avoir retrouvé la plante 
de Rumphius et l'avoir parfaitement distinguée de toutes celles 
qu'on avait confondues avec elle, l'ont décrite sous le nom d\4- 
viomvm Curcuma; mais la plante est certainement un Curcuma et 
non un Amomum* Considérant alors que cette espèce est distin- 
guée entre toutes les autres par 1 abondance de sou principe co- 
lorant, j'ai proposé de lui donner le nom de Curcuma tinctoria ; 
en voici les seuls synonymes : 
Amomum Curcuma , Jacquin (2). 
Curcuma radice fonça (fîg* 384;, Zanoni (3). 
Curcuma domestica major et minor {fi g* 383) {4}. 
Vogel et Pelletier ont analysé le curcuma. long, et Font 
trouvé formé de matière ligneuse, de fécule amylacée, d'une ma- 
tière colorante brune, d'une petite quantité de gomme, d'une 
huile volatile acre et odoi anle, d'une petile quantité de chlorure 

(I) Dans les premières éditions du Spccies de Lin ne, on trouve comme - 
nyme du C. rûtttntia le C%lf\ Hfîifl itotnaticu major de Ilmnphiua» Presque par- 
tout ailleurs, le C\ roiunda n T est plu* rogardô quo comme synonyme du mrtnj 7- 
kutt do ftheede [Kamipferia pamdmrat*, llosc.j : alors ta plante de Ruwplnns 
est donnée comme synonyme du C\ iottga. 

'.ir-i|iiin, R&rt* ii'i'f.,w.*\. III, tau» ï î Maitiy , St/tt. véffét^éà* 1&. 

iMt) Zannni. Jfitf., t. Ll\. 

(4) RumpU., lia*. i*ftfr„ t. V, p. HWi 



AMOMACÉES. — RACINES DE ZÉDOA1RES. 209 

de calcium. Le plus important de ces principes est la matière co- 
lorante jauue qui s'y trouve en grande quantité, et que son éclat 
rend utile dans la teinture, quoiqu'elle soit peu solide. 

Cette matière colorante est Tésineuse, plus lourde que l'eau, 
presque insoluble dans ce liquide, très-sol uble dans l'alcool, 
dans l'éther et dans les huiles fixes et volatiles ; on la nomme 
aarcumme. Elle est très-sensible à l'action des alcalis qui la chan- 
gent en rouge de sang. Aussi la teinture et le papier teint de cur- 
cuma sont-ils au nombre des réactifs que le chimiste emploie le 
plus souvent. 

Le curcuma est employé dans l'Inde comme assaisonnement. Il 
est tonique, diurétique, stimulant et antiscorbutique. Il sert en 
outre en pharmacie pour colorer quelques onguents. 

Racine* de ZedoairM. 

On distingue deux sortes principales de zédoaire, la longue et 
la ronde, et une troisième, là jaune, qui est plus rare et moins em- 
ployée. 

Les zédoaires ont été inconnues aux anciens, ou étaient usitées 
sous d'autres noms. Par exemple, on a pensé que la zédoaire 
longue ou ronde était le Costus syriaque de Dioscorides. La seule 
chose certaine que Ton puisse dire sur ce sujet, c'est que notre 
zédoaire ronde a été succinctement décrite par Sérapion, sous le 
nom de zerumbet . 

La zédoaire longue,qui est peut-être aussi le^war d'Avicenne, 
a été pendant très -longtemps la plus répandue dans le commerce 
et la seule sorte officinale. La ronde était devenue tellement rare 
que Glusius, en ayant trouvé chez quelques marchands d'Anvers, 
a cra devoir en conserver la figure. Aujourd'hui la zédoaire ronde 
est presque la seule que Ton trouve à Paris. Nous pensons que 
cela tient à ce que la longue est regardée en Angleterre comme la 
vraie sorte officinale et y reste. Au moins est-il vrai qu'elle est 
seule mentionnée par Duncan (1). 

Beaucoup d'auteurs ont considéré les deux zédoaires comme 
des parties de la même racine ; entre autres Pomet, Dale et Ber- 
gius. Après avoir examiné les nombreux curcumas figurés par 
Roscoe, nous avons compris que la môme plante pouvait produire 
tes deux zédoaires, dont la ronde serait formée des gros tubercu- 
les nommés par Rumphius matrix radicis,el la longue des articles 
agités qui entourent les premiers. 11 parait cependant que parmi 
te nombreuses plantes du genre Curcuma, qui produisent des ra- 
il) Duncan, Dispensary of Edinburgh. 

GvnmT, Drognet, T édit. T. II. — 14 



210 



VÉGÉTAUX M0N0C0TYLÉD0NÉS. 



cines semblables, il y en a qui donnent plutôt des tubercules ronds, 
et d'autres des articles digilés; de sorte qu'en réalité les deux 
zédoaires, longue et ronde, proviennent de plantes- différentes. 

Zédoaire longue (fig. 386). Racine un peu moins longue et 
moins grosse que le petit doigt, terminée en pointe mousse 
aux deux extrémités, recouverte d'une écorce ridée, d'un gris 
blanchâtre ; grise et souvent cornée à l'intérieur, d'une saveur 
amère fortement camphrée. Lorsqu'elle est entière, son odeur 
est semblable à celle du gingembre, mais plus faible ; pulvérisée, 
elle en prend une plus forte, analogue à celle du cardamome. 

La zédoaire longue a une certaine ressemblance, ou, si l'on 
peut s'exprimer ainsi, un air de famille avec le gingembre. On 




Fig. 386. — Zédoaire longue. 



Fig. 387. — Zédoaire ronde. 



les distingue cependant facilement : le gingembre est palmé ou 
articulé et très-aplati ; la zédoaire est formée d'un morceau uni- 
que, non divisé, peu aplati, rugueux et comprimé en différents 
sens ; d'ailleurs l'odeur et la saveur sont différentes, et beaucoup 
plus marquées dans le gingembre. 

La zédoaire longue est produite par le hua de Rheede (1). Amo 
mum Zedoaridy W. Mais cette plante n'est pas un Amomum; c'e» 
un Curcuma que Roxburgh a nommé Curcuma Zepxmbet. Ce noO 
est encore fautif, parce que le zérumbel est la zédoaire ronde « 
non la longue. Le nom donné par Roscoe, Curcuma Zedoaria, do* 
être déGnitivement adopté. 

Zédoaire ronde {fig. 387). Cette racine est le zerumbet de Séj* 
pion de Pomet et de Lemery. Elle est ordinairement coupée S 1 
deux ou en quatre parties, représentant des moitiés ou des qua* 
tiers de petits œufs de poule : la partie convexe est souvent an* 



(l) Hheede, Hortus malabaricus, vol. XI, Ub. 7. 



AMOMACÉES. — RACINES DE ZÉDOAIRES. 2H 

guleuse et toujours garnie de pointes épineuses, qui sont des 
restes de radicules. L'épiderme, dans les morceaux qui n'en sont 
pas privés, est comme foliacé, et marqué d'anneaux circulaires, 
semblables à ceux du souchet et du curcuma rond, mais moins 
nombreux et moins marqués. Enfin, cette même partie offre sou- 
vent une cicatrice ronde de 9 à 1! millimètres de diamètre, prove- 
nant de la section d'un prolongement cylindrique qui unissait 
deux tubercules entre eux. D'après cette description, il est facile 
desefaireuneidéedelazédoaire ronde dans son état naturel; ce 
doit être une racine tuberculeuse, grosse comme un œuf de 
poule, marquée d'anneaux circulaires comme le souchet ou le 
curcuma, garnie tout autour d'un grand nombre de radicules 
ligneuses, toutes dirigées en bas, et unie, tubercule à tubercule, 
par des prolongements cylindriques de 9 à il millimètres de 
diamètre, et de 27 millimètres de longueur présumée. Cette dis- 
ition est entièrement semblable à celle du curcuma rond. 
La zédoaire ronde est d'un blanc grisâtre au dehors, pesante, 
Eipacte, grise et souvent cornée à l'intérieur, d'une saveur 
et fortement camphrée comme la zédoaire longue. L'o- 
est également semblable, c'est-à-dire analogue à celle du 
embre, mais plus faible lorsque la racine est entière, plus 
aatique, et semblable à celle du cardamome, lorsqu'on la 
ihérise. 

D'après ce que nous avons dit précédemment, on conçoit qu'à la 
rigueur la zédoaire ronde puisse être produite par la même plante 
que la longue ; cependant les auteurs anglais s'accordent poiir 
Vattribuer à une autre espèce de curcuma, qui est le Curcuma 
Zedoaria de Roxburgh, que Roscoe a nommé Curcuma aromatica, 
d'après son opinion que la plante qui produit la zédoaire Ion- 
pie doit seule pQrter le nom de Curcuma Zedoaria. 

Zédoaire jaune. Celte racine est peu connue ; on la trouve mê- 
lée en petite quantité à la zédoaire ronde, à laquelle elle ressemble 
entièrement par sa forme, ses radicules et la disposition de ses 
prolongements cylindriques. Elle en diffère par sa couleur, qui 
est semblable à celle du curcuma ; par sa saveur et son odeur, 
qui, tenant le milieu entre celles de la zédoaire cl du curcuma, 
»nt cependant plus désagréables que dans l'un et l'autre : elle se 
distingue, d'un autre côté, du curcuma rond, par son volume 
|las considérable, sa surface convexe souvent anguleuse, sa cou- 
leur extérieure plus blanche et semblable à celle de la zédoaire, 
u couleur intérieure plus pâle; au total, elle se rapproche plus 
delà zédoaire que du curcuma, et doit être fournie par une 
plante analogue à la première. 
U plante qui produit celte racine a été parfaitement décrite et 



2i2 



VÉGÉTAUX MÛNÛCOTYLÉN 



figurée par Rumphius. C'est son l'ommon bezaûv ou Tomman pri- 
Himnv que la plupart des auteurs font à lorl synonyme du Curcuma 
Zedûêrta de Hoscoe, qui produit la zédoaire longue, EUe en dif- 
fère à b première vue par son épi floral qui surgit du milieu des 
feuilles, de même que cela a lieu pour le vrai curcuma, tandis 
qu'il est porté sur une hampe nue, isolée du slipe foliacé, dans le 
(\ Zrftottnu. Il conviendra de donner un nom spécifique à ce 
fWffiftt, qui ressemble beaucoup, il est vrai, au Curcuma tweto* 
ria, mais qui en diffère par l'énorme grandeur de ses feuilles, et 
surtout par la nature particulière de sa racine, laquelle joint 
à la couleur affaiblie du curcuma la saveur et l'odeur de la zé- 
doaire. 

Fruits produits par tes Àmomacêes. 

Ces fruits, d'après les caractères mômes que nous avons indi- 
qués pour la famille des Amornacées, ont une grande analogie les 
uns avec les autres ; car ils sont généralement formés d'une 

capsule mince, assez sèche, Irigone, 
à 3 loges, et contenant un grand nom- 
bre de semences aromatiques. On en 
rencontre cinq espèces dans le com- 
merce, où elles sont connues soug 
les noms <X*ûmome A de cardamome et 
de maniguette ; mais ou en trouve 
dans les droguiers un bien plus grand 
nombre, que je vais décrire succinc- 
tement. 

i, A MOME IN GRAPPE, Amomitm J'û- 

ctmq&vm [fig, 388), Ce fruit, dans sou 
êUI naturel, est disposé en un épi 
serré le long d'un pédoncule com- 
mun, et il est quelquefois arrivé sous 
celte forme, ce quilui ■ r&ltt -un nom 
pharmaceutique; mais ce n'est pas 
une grappe, c'est un épi, qui se trouve 
d'ailleurs parfaitement représenté 
par Clusïua (1), et Blackwell (â). Dans le commerce, on le 
trouve toujours en coques isolées, qui sont de la grosseur d'un 
grain de raisin, presque rondes et comme formées de trois coques 
soudées, Cette coque est légèrement plissée longitudinal émeut, 
mince, ferme, d'une couleur blanche; mais elle prend une laj 

(I) Clotinij EçûHem t p. 177. 
.'• Uftckwoii, Hetlarinm, ttb, 371. 



Fîg. 3S &. — A moine eu |l 



AMOMACÉES. — CARDAMOMES. 213 

rougeâtre ou brune par le côté qui est exposa à la lumière. Les 
semences sont brunes, cunéiformes, toutes attachées vers le cen- 
tre de l'axe du fruit, ce qui en détermine la forme globuleuse; 
elles ont une saveur acre et piquante, et une odeur pénétrante 
qui tient de celle de la térébenthine. 

L'amome en grappe vient des lies Moluques, des lies de la 
SondeetsurtoutdeJava.il eslproduit par YAmomum Cardamomum 
de Roxburgb, de Wildenow et de Linné (moins les synonymes ti- 
rés de Rheede et de Blackwell), dont le caractère spécifique est 
d'avoir l*épi radical, sessile, obové, W\, ou la hampe très-simple, 
trèwourte, à bractées alternes lâches, L. On pense généralement 
que cette espèce (Amomurn Cardamomum) produit le petit carda- 
mome; mais c'est une erreur causée originairement par Rum- 
phios, qui a décrit cette plante sous le nom de Cardamomum minus. 
Elle produit uniquementle fruit nommé ylmomw/MracemosM/w. Celle 
espèce de cardamome abonde sur les marchés asiatiques, mais 
n'existe plus guère en Europe que dans les cabinets de matière 
médicale. 

2. Petit cardamome du Malabar (fig. 389) ; Amomurn repens de 
Sonnerai, Alpinia Cardamomum de Woxburgh, Eletlaria Cardamo- 
«Mim de Maton. Coque triangulaire, encore un peu arrondie, lon- 
gue de 9 h 12 millimètres et large de 7 à 8. Elle est d'un blanc 
jaunâtre uniforme, marquée de stries longitudinales régulières, 
un peu bosselée par l'impression des semences, d'une consistance 
ferme. Les semences sont brunâtres, irrégulières, bosselées à leur 
surface et ressemblant assez h des cochenilles, d'une odeur et d'une 
saveur très-fortes et térébinthacées. Ce fruit est le vrai cardamome 
officinal, figuré et décrit par Rheede sous le nom d'elettari (1). 

3. Long cardamome de Malabar (/fy. 390 et 391), moyen carda- 
*&ne de V 'Histoire abrégée des drogues simples. Ce fruit est une 
simple variété du précédent ; mais une variété constante recon- 
Uissable à sa cipsule plus allongée, toujours blanche cl comme 
Andrée, et à ses semences rougeàtres. Longueur de la capsule, 
de 16 à 20 millimètres; largeur, de 5 à 11 millimètres. Les se- 
mences ont une saveur aromatique très-forte. 

4. Cardamome de Cbylan (fig. 392); Cardamome ensal de Gœrt- 
ner (2); grand cardamome de Clusius, de Blackwell, de Murray, de 
l'Histoire des drogues simples ; moyen cardamome de Valerius Cor- 
nus, de Matlhiole, de Pomet et de Geoffroy. Cette espèce est bien 
distincte des précédentes et moins estimée : sa capsule est longue 
fc 27 à 40 millimètres, large de 7 à 9, rétrécie aux deux extré- 

(1) Rbeede, Hort. ma lab., vol XI, tab. 4, 5 et C. 
(J) Gartner, tab. xa. 




de MiLalmr* de Malabar* de Oyla 



de Ceyton, p&r Y Eleiteria major de Smith, plante Ires-voisine de 
Y£le(iart'aCardamomurn f mais plus grande et plus forte dans ses 
différentes parties. 

5» Caudaiiome noih de G.eivtxer; têtgib&r n fynm t teftotf (fiy* 3!>3). 
C'e&l sur l'autorité d'un échantillon oqsltvë anciennement au Muséum 




AMOMACÉES. — CARDAMOMES. 215 

bran cendré, toute marquée d'aspérités disposées en lignes longitudi- 
nales et causées par l'impression des semences pressées dans l'inté- 
rieur. Cette coque est plus épaisse et plus consistante que celle du petit 
cardamome; plus aromatique, mais toujours moins que ses propres se- 
mences, qui sont anguleuses, d'un gris brunâtre, et pourvues d'un 
goût fortement camphré, amer et salé. M. Hanbury (1) donne pour 
synonyme à cette espèce son cardamome à semences amëres. 

6. Cardamome poilu de la Chine (/tgr. 394). J'ai vu anciennement, dans la 
collection du Muséum d'histoire naturelle, plusieurs cardamomes con- 
fondus, mais mis dans deux bocaux différents. Les semences, privées de 
leur capsule et agglomérées en masses globuleuses, étaient contenues 
daai un bocal et étiquetées cao-keu. Les fruits entiers, renfermés dans 
on antre, portaient pouf suscription les mots Uao-keou. Dans ma pré- 
cédente édition, j'ai considéré ces cardamomes comme deux variétés 
d'un môme fruit; mais un examen subséquent m'y a fait reconnaître 
an moins deux espèces distinctes. L'espèce ici décrite sous le nom de 
tviamome poilu de la Chine, et auquel se rapporte sans doute le nom 
tm-keou, présente des capsules pédicellées, longues de 14 millimètres 
environ, ovoïdes, trigones, un peu terminées en pointe par le côté op- 
posé au pédicelle, et d'un gris brunâtre. Leur surface est toute rugueuse 
et toute parsemée d'aspérités, que l'on reconnaît, à la loupe, pour être 
les restes de poils qui recouvraient la capsule. Cette coque est assez 
mince, peu consistante, facile à déchirer et inodore; à l'intérieur, les 
semences sont agglomérées en une masse arrondie, ou ovoïde, ou tri 
gone. Ces semences sont noirâtres au dehors, blanches au dedans, 
d'une odeur très-forte, camphrée et poivrée, et d'une saveur semblable. 
^ cardamome, par sa dimension, sa couleur, et par les poils dont il 
est pourvu, parait se rapporter à YAmomum villosum de Loureiro ; mais 
'1 s'en éloigne par sa forte qualité aromatique et par la synonymie. 

<. [Cardamome xantiiioïde, Hanbury (1) (Jig. 395 et 396). Ce fruit res- 
semble au cardamome poilu de la Chine, mais en diffère par le carac- 
tère plus épineux de son péricarpe. Il est donné par YAmomum xaii- 
thkides, Watlich (/ly. 395). 

Les capsules de YAmomum xanthioides arrivent en général privées de 
leurs semences (fig. 396) : elles sont attachées à une tige commune, qui, 
lorsqu'elle est entière, est longue de 5 pouces (126 mill.) et entourée 
parles restes des bractées embrassantes. Les fruits sont ramassés en un 
groupe, serré à la partie supérieure de la tige et sont portés sur des pé- 
dicelle* particuliers courts et munis de petites bractées. Il n'y a pas en 
général plus de douze fruits : les capsules vides sont raccourcies et dé- 
primées : maison peut leur faire reprendre leur volume primitif en 
les trempant dans l'eau bouillante ; elles deviennent alors presque sphé- 
riques, ou plutôt ovales, et ont une épaisseur de 3/4 de pouce (19 mill.) 
de diamètre. Le péricarpe est entièrement couvert d'aiguillons longs 

(1) VoirD. Hanbury, Some rare kinds of Cardamome (PharmaceuticalJourna! , 
îiv, *5î et 416); traduit par Guibourt, Journal de pharmacie, 1855, t. XXVII, 
159 et 448. 

(*) Hanbury (op. cit.). 



216 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

et recourbés, plus longs vers la base du fruit qu'au sommet. Les capst* - 
les ont peu de valeur commerciale. 
Les semences ressemblent beaucoup à celles du cardamome de M» - 




Fig. 39b. — Amomum xanthioiUes, Wallicb, produisant le Cardamome xanthioïde. 

labar, mais sont moins rugueuses et s'en distinguent par leur odeur 6 
leur goût aromatique particulier. Ce sont ces semences qui sont aç 



i 





f* 



Fig. 397. — ^Cardamome rond de ** 
Chine: 1" \ariété de Guibourt. Pe* ■' 
Cardamome rond de la Chine. 





Fig. 396. — Cardamome xanluioïde sans ses Fig. 393. — Carda- Fig. 399. — Semence 
semences. munie rond de la de Cardamome de 

Chine. la Chine. 

portées de Moulmeira et sont connues dans le commerce anglais sous 
le nom de semences de cardamome. 



AMOMACÉES. — CARDAMOMES. 



211 



Ce cardamome croil à l'état sauvage sur les hautes montagnes cou- 
vertes de forêts, dans la Cambadia et le pays des Laos.] 

8. Cardamome rond de la Chine ; cao-keu ou mieux tsao-keu. Ce car- 
damome présente lui-même deux variétés, ou peut-être encore deux 
espèces distinctes. La plupart des capsules, formant la première va- 
riété {fig. 397 et 398), sont pédicellées, presque sphériques, de 12 à 
14 millimètres de diamètre, légèrement striées dans le sens de Taxe 
et de plus ridées en tous sens par la dessiccation ; cependant le fruit 
lécent devait être lisse. La coque est mince, légère, facile à déchirer, 
jaunâtre au dehors, blanche en dedans. Les semences (fig. 399) for- 
ment un amas globuleux, cohérent. Elle sont assez grosses et peu nom- 
breuses, à peu près cunéiformes, d'un gris cendré, un peu chagrinées 
à leur surface, et présentent, sur la face extérieure, un sillon bifurqué 





Fig. 400. — Cardamome rond de la Chine. 



Fig. 401. — Cardamome rond de la Chine 
dépouillé du péricarpe. 



qui figure un y; elles possèdent une odeur et une saveur fortement 
aromatiques. Ce fruit présente tellement tous les caractères de celui 
M'Amomum globosum de Loureiro, nommé également par lui t$ao~keu } 
qu'il ne peut rester dé doute sur leur identité. 

9. Actre cardamome rond de la Chine. Les secondes capsules, qui sont 
moins nombreuses, sont plus volumineuses et ovoïdes (fig. 400), ayant 
environ 20 millimètres de longueur sur 14 d'épaisseur. Elles sont pé- 
dicellées, d'un gris plus prononcé à l'extérieur, marquées de stries 




* 9 * * 




Fig. 402. — Gros Cardamome rond de la Chine. 

longitudinales plus apparentes, d'une consistance plus ferme. Les se- 
mences sont plus petites que dans l'espèce précédente, chagrinées, 
d'un gris brunâtre, blanches en dedans et d'un goût aromatique cam- 
phré. 



218 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 



[M. Hanbury (I) assimile ce cardamome à son gros cardamome rond de 
la Chine (fig. 401 et 402), dont les capsules, assez variables de longueur 
(15 à 30 millimètres), sont ovales ou globuleuses, triangulaires à la base. 
Les semences, réunies en une masse trilobée, sont d'un gris clair avec 
un sillon profond d'un côté; elles ont une odeur légèrement aromati- 
que et un goût qui rappelle un peu celui de thym.] 

10. Cardamome ovoïde de la Chcne; Amomum médium de Loureiro (2) 
(fig. 403). Celte plante est une espèce de galanga que j'ai déjà eu occa- 




<& 9 # & 

Fig. 403. — Cardamome ovoïde de la Chine. 




Fig. 404.— Cardamome 
ailé de la Chine. 



sion de citer (p. 202). Le fruit se trouve au Muséum d'histoire naturelle 
sous le nom de tsao-quo, que lui donne également Loureiro. Il est 
ovoïde, ou ovoïde-allongé, long de 20 à 32 millimètres, épais de 14 à 
18, formé d'une capsule ferme, d'un rouge brunâtre, marquée de fortes 
stries longitudinales. Les semences sont très-grosses, pyramidales, à 
amande blanche, d'odeur et de goût térébinlhaçtës. 

il. Un autre fruit analogue se trouvait au Muséum, étiqueté 
qud-leu. '•» » 

12. Cardamone ailé de java (fig. 404) ; cardamome fausse mam- 
guette de ma précédente édition; Amomum maximum de Rox- 
burgh. Capsule d'un gris rougeâtre foncé, offrant à sa surface 



(1) Voir Hanbury, op. cit. 

(?) La synonymie de V Amomum médium avec YAlpinia alba, dit Roscoe, quoi- 
que généralement admise, n'est rien moins que prouvée. Quant à l'assimilation 
de ce Cardamome avec le bnngua< vutgarede Kœnig (ffelleaia atba, Wild.), on 
la reconnaîtra impossible si on compare les grosses semences dures et angu- 
leuses du premier avec celle du second, qui sont très-semblables h celles du 
petit cardamome. 



AMOMAGÉES. — CARDAMOMES. 219 

comme les restes d'un brou fibreux desséché. Pereira, en faisant 
l'observation que ce cardamome, mis à tremper dans l'eau, de- 
vient presque gobuleux et présente de 9 à 13 ailes membraneuses 
déchirées qui occupent la moitié ou les trois quarts supérieurs 
de la capsule, a fait tomber plusieurs opinions erronées qui 
avaient été émises sur l'origine de ce fruit, et a établi son iden- 
lïé avec celui de YAmomum maximum, R. La capsule sèche est 
longue de 23 à 34 millimètres, épaisse de 11 à 16, ayant tantôt la 
forme d'un coco ordinaire enveloppé de son brou, tantôt celle 
cl* une gousse d'ail. Les semences ressemblent à celles de la ma- 
niguette, par leur volume et leur forme arrondie ; mais leur sur- 
*^ce est terne et grisâtre, et leur odeur de cardamome, jointe à 
**Tie saveur térébinthacée qui n'est ni acre ni brûlante, les range 
ï*armi les cardamomes et les sépare de la maniguette. 

Indépendamment du fruit précédent, que j'ai pris anciennement 
pour celui de la maniguette, on en connaît aujourd'hui un certain 
tfcombre d'autres, et notamment le grand cardamome de Madagascar de 
Sonnera t, et le Zingiber Mekguetta de Gœrlner, qui ont été confondus 
par la plupart des auteurs avec la maniguette, malgré les anciens aver- 
tissements de Valerius Cordus, qui avait bien donné les caractères dis- 
linctifs des cardamomes et des maniguettes. Parmi les savants de notre 
époque qui ontle plus contribué à. faire cesser la confusion de ces diffé- 
rents fruits, nous citerons le docteur Jonalhan Pereira, et M. le docteur 
Daniell,qui a rassemblé et décrit de nombreux échantillons sur la côte 
occidentale d'Afrique. Avant de parler des véritables maniguettes (car 
il y en a plusieurs également), nous traiterons des fruits qui tiennent 
aux cardamomes déjà décrits, parleur qualité fortement aromatique, 
dépourvue de l'ûcrcté brûlante qui forme le caractère propre des ma- 
niguettes. 

13. Grand cardamome de Madagascar. Pereira (1) comprend sous cette 
dénomination le grand cardamome de Matthiole, de Geoffroy, de Smith 
et de Geiger; le grand cardamome de Madagascar ou Amomum angusti- 
folium de Sonnerat (2), YAmomum madagascarieme de Lamarck (3). Nous 
renvoyons à ces deux derniers ouvrages pour la description de la plante 
et la figure du fruit. Nous dirons seulement que les fleurs naissent au 
nombre de 3 ou 4 sur une hampe radicale peu élevée, couverte d'é- 
caillés qui s'agrandissent au sommet et se changent en grandes spa- 
thes uniflores en forme d'oreille d'Ane. Il n'y a guère qu'un ou deux 
fruits qui viennent à maturité sur chaque hampe. Le fruit est une cap- 
sule charnue, rougeâlre, ovale-oblongue, amincie en pointe a la partie 
supérieure, longue de 68 millimètres et divisée intérieurement en 
3 loges. Elle est remplie de petites semences ovoïdes, luisantes, rou- 

(1) Pereira, Materia medica. London, 2 e édit., p. 1026, fig. 195. 

(î) Sonnerat, Voyage aux Inde*, t. II, p. 242, pi. CXXXVII. 

(3) Lamark, Encyclopédie méthodique. Botanique, t. I, p. 133; ///., tab. I. 



VIJIETAUX MGNOCOTYLÉDÛNÉS. 

geutres ou noirâtres, et enveloppées d'une pulpe blancbc, d'un goût 
aigrelet et agréable. Ces semences ont un goût vif eî aromatique et une 
odcirr agréable. Voici maintenant la description du fruit du grand car- 
damome figuré par Pereira (1), 

Capsule ovale, pointue, aplatie sur un côfé, striée, oiïrant à la base 
une citât lice large et circulaire, entourée d'une marge élevée, entail- 
lée et froncée (*}. Semences plus grosses que la graine de paradis, ar- 
rondies ou un peu anguleuses, creusets d 'un»? grande cavité â la base, 
d'un brun olîvAEre, pourvues d'une odeur aromatique analogue à celle 
du cardamome et tulalemenl privées du goût acre et brûlant de lama- 
niguelte. J'ajoute, en précisant davantage, que les semences ont la cou* 
leur de la faîne (truil du Fiejus aylvalica) et que leur surface» quoi- 
que luisante, n'est ni lisse ni polie comme on l'observe dans les 
semonces des cardamomes de Clusîus, dont il sera question ci-après; m 
aussi rugueuse que dans la manïguelle ; elle parait à la loupe être for- 
mée d'un tissu finement fibreux. 

IL Câ&DAfcoiiË u'AnvssimE. Il est Ires-probable, en raison de aa plus 
grande proximité des voies du commerce du Levant, que c'est ce car- 
damome, plu lût que celui de Madagascar, qui a clé anciennement 
connu sous le nom de grand cartlmnotne* Cela parait £trc vrai, surtout 
pour le grand cardamome de Valerius Cordus (3). D'après des échantil- 
lons et des renseignements assest récents fournis a Peretra par M. Royle 
et par M, Ch. Jobnslon (»)., ce cardamome viendrait principalement de 
r,uraque et d'autres contrées situées au sud et a l'ouest de l'Àbyssinie. 
Il y porterait le nom de korarima; mais les Arabes le nommaient Itkil ou 
ktil, Ce Truit (fig, 405) a la forme habituelle de tous les grands carda- 
momes, ovoïde-triangulaire et terminée en pointe par le haut. Il est 
traversé do part eu part par un Irou dans lequel passait une ficelle qui 
a dû servir a le suspendre pendant sa dessiccation, N est long de 40 mil- 
Ui&i très environ, épais de 15 à 17 dans sa plus grande largeur, formé 
dune capsule consïslanle fil solide, striée letigitudinnicmenlj mats pré- 
sentant eu outre deux sillons plus marqués qui doivent résulter de 
l'impression de la côte médiane de ! spalhe?. L intérieur est divisé en 
3 loges par des cloisons très-consislnntes également, et chaque Toge est 
remplie par une pulpe rougefllre desséebée, et réduite à l'étal de mem- 
branes qui enveloppent les semences. Celles-ci sont semblables a celles 
du grand cardamome de Madagascar, si ce n'est qu'elles sont d'une 
couleur plus pale et qu'elles sont profondément sillonnées par la des- 
siccalion» surtout du côté opposé au bile. Pereira pense que ce carda- 
mome est produit, comme le précédent, par Y Amotumn txngu$Hfàl 
de donnerai. Nous sommes portés à parlager cet avis, parce que les ca- 
ractères particuliers- remarqués dans le cardamome d'Abyssînie me 
paraissent provenir de ce qu'il a été récolté avant sa complète matu- 
rité. 

(I) Pfcftitrt, .I/o', méd* 

(t\ La figure 402, quoique appartenant & un fruit diflYn.-ni, représenta aasex 
bltfl celui dom il gai qtMAtloD ici. 
(3j Valtfriui CordUAp Histotia piantar., lîb, VI, cap. jixviiï. 

(4) Joli a st on, Votjftrje tm Aùysxittie, 












AMOMACÉES. — CARDAMOMES. 221 

15. Grand cardamome de Gartner; Zingiber Meleguetta, Gaerln. (i). 
Fruit unique, ovale-oblong, entouré d'une douzaine de spathes qui de- 
Taieot contenir autant de fleurs avortées ; il est long de 5 centimètres, 
épais de 2, terminé supérieurement par les débris lacérés des enve- 
loppes florales; ir est d'un gris rougeâtre, strié, triioculaire, à cloisons 
membraneuses. Les loges sont remplies par une substance spongieuse 
dans laquelle sont mêlées les semences. Celles-ci sont nombreuses 
ovoïdes-globuleuses, diversement anguleuses, à surface inégale mé- 





Fig. 4' 5. — Cardamome d'Abyssime. Fig. 406. — Cardamome de Banda. 

**ocrement luisante, et d'une couleur plombée; elles sont creusées à la 
**^*ê d'un ombilic profond, entouré d'une marge blanchâtre un peu 
r ^nflée. L'odeur en est aromatique et camphrée ; la saveur semblable, 
ï^esque privée d'ftcreté. 

le grand cardamome de Gœrtner se rapproche assez de la mani- 
S**ette, pour que ce célèbre botaniste et, après lui, la plupart des au- 
*^xiT8,les aient confondus. Il se rapproche encore plus du grand car- 
**^HK>me de Madagascar et d'Àbyssinie; mais il s'en distingue par la 
^^uleur grise plombée, très-caractéristique, de ses semences. Gœrtner 
î*** pas indiqué le lieu d'origine de ce fruit. [Pereira (2) et Guibourt (3) 
**^ rapprochent de YAmomum macrospermum de Smith, qui est l'A. lati- 
ft&èim d'Afielius, mais le docteur Daniell (4) établit qu'il faut le rap- 
ÏK>rter à une espèce différente, soit à l'A. DaJiieM, soit à l'A. Clusii. On 
**e saurait davantage déterminer comme A. macrospermum les échan- 
tillons envoyés par Th. Martius à la Société médico-botanique de Lon- 
dres, sous le nom de cardamome de Banda : ils en diffèrent autant par 
*% forme de la capsule que par la forme et l'odeur des graines. La 

(1) Gcrtner, De fructibus et seminibus plantarum, vol. 1, p. 84 ; tab. 12, 
Hg.1. 

(2) Pereira, Materia medica, 4 f édit., p. 2 S 2. 

(3) Guibourt, Histoire naturelle des Drogues simples. 4* édition, t II, p. 219. 

(4) Daniell, Pharmac. Journal, XVI, 472. 



Ï22 



VÉGÉTA CX MONOCOTYLÉDGNÉS. 



figura 40O représente un de ces échantillons, donné par Pereïra àGui- 
bourt (i)0 

l& OttDADovB a semences polies, RE Clcsius. Avant d'arriver aux vé- 
ritables manigueltes, nous devons encore décrire quelques fruits qui se 
distinguent de tous les autres par leurs semences ovoïdes-allongées, 
polies, mu Gîtantes et d'une couleur brunâtre três-lbncée. Ces fruit» se 
ressemblent par leurs semences, mois différent tellement par la forme 
de leur capsule, qu'ils forment probablement plusieurs espèces dis* 
lincles. 

La première espèce est celle qui a été décrite et ligurée par CIu- 
sius (i); c'est YAmomum Ctum de Smilli* La figure 404 représente qua- 
tre fruïfs réunis au sommet d'une hampe et entourés de spalhes 
beaucoup plus courtes que les Fruits- Les capsules sont longues de 5 4 raïl- 
limùlres, d'une forme ûvotde-trkmgulatrê trét-aihngée t d'un brun rou- 
geâtre, cartilagineuses, triloeulaires, pleines de semences noirûtres^ 
hiilianteï; plus grosses que du millet, rassemblées en une seule nitiifl 
et enveloppées d'une membrane mince. Ces semences sont blanches en 
dedans et douées d'une certaine Acrelé. 

Clusius ajoute que, dans l'année 1601^ des voyageurs lui remirent 
des fruïti si'inblable» aux précédents, qui avaient été recueillis à Ma* 
damstyir, et qu'ils prétendaient être de la inaniguetle ou du grand 
cardamome. Mais ils étaient reconnaîssableB à kur formé pltM pn 
l>lus obiongtie } a leur capsule plus dure et asiet fragile, à leurs semen- 
ces moins nombreuses, plus QrùêS6t } d'un brun obscur et hriUantes 7 en- 
reloppéei chacune dans une membrane blanche* 

Nous donnons ici les ligures de deux cardamomes de ce genre que 
nous devons a l'obligeance de AL Pereîra. 

Le premier {fig. 4U7) se rapproche beaucoup de celui décrit, en se- 
cond lieu, par Ct u si us, comme venant de Madagascar. Seulement la 
capsule est plus grosse ct moins allongée. Mais eïle est d'une couleur ron- 
geât r. -'toncéct ferme, dure et cependant cassante; elle est forte- 
ment plissce dans sa longueur^ un peu aplatie du enté qui regardait 
Vaxe du végétal, fortement bombée de Taiilrc» Les semences sont en- 
reloppéetdiBl une membrane blanche très-fine; elles sont plus petitM 
que la nifmîguclle, d'iut orun un peu verdàirc^trës-biil i»t><, *n. v otdes i un 
peu aplaties; avec utie cicatrice terminale, mais un peu défiée Ûê 
lavr; de snrie que ces semences ressemblent beaucoup, très en petit, 
à celles du Sttiphtjîea pfaftâ&. Nous les irouvons fort peu aromatiques 
et peu sapides. Pereiri rapporte cette espèce à VAmomum CUtsU Smith. 

17* Le second fruit [fia, 408) est très-grelc, et terminé par le limbe tu 
calice. Les semences sont couleur marron, un peu grisâtres, brillaui 
semblables pour la forme aux précédentes, plus régulièrement ovo'idt *; 
û col toujours un peu oblique î Tarille part de la base du col et em- 
brasse complètement le col et la semence sous forme d'une membrane 

ft; Cpst par erreur qua la ftp. 4PÔ est indiquée dans la 4* édition de Guibourt 
comme représentait ac l'nùt tVA. tntcrofp e r mv m delà collection de Sloaue au 
Musée britanique. (Voir Pereini, i* édition t 1, 

(î) CJusiu», Exoticœ, tib. II, cap. iv t n* H. 






AMOMAGÉES. — CARDAMOMES. 



223 



très-mince, blanche et demi-opaque. Il ne paraît pas y avoir de pulpe 
eolreles semences de sorte qu'elles s'isolent les unes des autres quand 
on ouvre le fruit. Le hile est prolongé en une sorte de collet fibreux, 
de couleur jaune. Le fruit entier paraît assez aromatique ; les semences 




Fig. 407. — Cardamome de Clusius* 



Fi g. 408. — Cardamome de Daniell. 



011 1 une saveur térébinthacée sans acre té, beaucoup plus faible que 
c elle des cardamomes officinaux. 

[C'est l'amomum décrit par Hooker fils sous le nom de A. Danielli (1), 
* e Bastard meliguetta de Pereira (2). D'après les observations de M. Han- 
^ Uf g, cet Amomum Danielli serait identique à YAmomum angustifolium, 
donnera!, que nous avons vu (page 220) produire te grand cardamome 
* Madagascar (3). 

A côté de l' Amomum Danielli et parmi les maniguetles désignées par 
le docteur Daniell, sous le nom de Mallaguetta dubia, nous pouvons 
citer Y Amomum exscapum de Sims, qui a été confondu par plusieurs au- 
teurs avec YAmomum Granum paradisi (4) d'Afzelius et auquel on a 
par suite longtemps attribué la production de la vraie maniguetle ; les 
Amomum longiscapum Hooker fils, Amomum latifolium Afzelius, Amomum 



(1) Hooker, journal of Bot an y > IV, p. 129, et Pharmac. journal, XVI, p. 511. 
(î) Pereira, Materia medica. 4«édit.,II, 252. 

(3) Voir Hanbury, The Madagascar Car clam on ou Longouze. (Pharmaceutical 
journal. Féïrier, 1872.) 

(4) C'est YAmomum Granum paradisi de Hooker, l'A. Afzelii de Smith et 
peut-être de Roscoe. 



224 



VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÊS. 



palustre, Afz., Am. pereirianum, Daniell, qui tous peuvent donner des 
graines remplaçant également la maniguette (1). 



18. Maniguette ou graine du paradis. Amomum Granum para- 
siirfi, Afz., Amomum Meleguetta, Hoscoe. La plante qui donne la 
vraie maniguette a été mal connue jusqu'au moment où le doc- 
teur Daniell a débrouillé ce sujet difficile. 11 a montré qu'une seule 
espèce, susceptible de grandes variations, donnait les graines de 
paradis. Cette plante avait été déjà décrite par Afzelius sous le 

nom d'A. Granum parasidi (2). 
Hoscoe, la rencontrant dans d'au- 
tres conditions de développement» 
lavait regardée comme spécifique- 
ment différente de celle cT Afzelius- 
et l'avait nommée Amomum Mak— 
guetta. Pereira avait reconnu l'iden- 
tité spécifique de ces deux variétés», 
mais, trompé sans doute par unes 
similitude de nom, il l'avait con — 
fondue avec Y Amomum Granurrm* 
paradisi de Smith ou A. excapumw- 
de Sims, dont nous avons déjà parlé— 
V Amomum Granum paradis» 
d'Afzelius (fig. 409) (3) diffère des* 
plantes précédemment indiquées* 
par ses fleurs et ses fruits solitaires -». 
et par l'aspect finement verruqueu^ 
du testa de ses graines. Ces semea- 
ces viennent dans le commerce 
toujours mondées de la pulpe qu i 
les enveloppe et de la capsule : 
aussi le fruit entier est-il très-rare 
et peu connu. Pereica en a donné 
deux figures, d'après des échantillons tirés des collections de 
Londres (4), et nous en donnons une ici d'après le docteur Da- 
niell. 

Les graines de paradis sont rondes ou ovales, anguleuses, quel- 
quefois cunéiformes : leur couleur est d'un rouge brun ; le lesta 

(1) Voir pour les caractères de ces espèces : Daniell, Pharmaceutical journal, 
XVI, p. 405 et 511. 

(2) Afzelius, Remédia Gttineensia. 

(3) On peut en voir une bonne figure dans les Icônes plantarum medki- 
nalium do Nées von Escnbeck. 

(4) Pereira, Materia medica, 1 !• édition, 1855, t. II, part. I, 3*7, fig. 101 et I0J 




v v v v v* 



Fig. 409. — Amomum ou graine de pa- 
radis, Afz. Fruit et g.-aiues d'après 
M. F. Daniell. 



ÀMOMÀCÉES. — MANIGUETTE. 225 

est finement verruqueux; l'amande est blanche, el douée d'une 
saveur acre et brûlante. L'odeur est faiblement aromatique. 

La maniguetle du commerce vient des côtes de la Guinée et 
particulièrement de cette partie qui porte les noms de malaguette. 
ou de côte des graines. On en distingue deux variétés principales: 

a. La maniguette la plus commune ou graine du cap des Pal- 
mes et de Sierra Leone. Les graines sont plus petites que dans la 
seconde variété, et le testa est moins verruqueux, Elle est fournie 
par la forme de VAmomum Granum paradisi, décrite par Afzelius. 

b. La maniguette dAcra. Les graines sont plus fortes, plus ver- 
roqueuses ; elles présentent à l'ombilic une sorte de touffe courte, 
conique, formée de fibres jaunes pâles. Leur goût est plus agréa- 
ble et elles sont beaucoup plus estimées. Elles répondent à la 
forme décrite sous le nom de Amomum Meleguetta, Roscoe. 

C'est à celte même plante, transportée et cultivée dans la 
Guyane, qu'il faut rapporter la grande maniguette de Démérari.] 

Grande maniguette de Démérari, Amomum Meleguetta de Ros- 
coe. (1) En 1828, Roscoe ût paraître le dessin et la description d'une 
belle plante scitaminée, cultivée dans le jardin de botanique de 
Liverpool et provenant de semences envoyées de Démérari. Cette 
plante, haute de 2 mètres, munie de feuilles étroites et lancéolées, 
et de grandes fleurs monandres d'un jaune pâle mêlé de cramoisi, 
était encore plus remarquable par la dimension de son fruit qui 
n'avait pas moins de 14 centimètres de long sur 3 centimètres d'é- 
paisseur. Ce fruit était en forme de fuseau, uni, charnu, d'un 
jaune doré, porté seul à l'extrémité d'une hampe el entouré par 
le bas de quelques spathes brunes. D'autres, fruits, reçus di- 
rectement de Démérari (2), diffèrent du précédent par leur 
forme plus ovoïde et par leurs dimensions qui sont de 9 centimè- 
tres de long sur 5 d'épaisseur: imis les autres caractères sont 
semblables. D'après Roscoe et Pereira, qui a examiné ces nou- 
veaux fruits, tous contiennent des semences semblables à la ma- 
niguette ; mais, d'après les renseignements parvenus à celui-ci, la 
plante, quoique cultivée en assez grande abondance par les nègres 
du Démérari, suflit à peine aux besoins du pays et ne fournit 
rien au commerce. 

On emploie la maniguette pour donner de la force au vinaigre 
et pour falsiûer le poivre. Les vrais cardamomes, et surtout Pa- 
mome et le petit cardamome, entrent dans un certain nombre de 
compositions pharmaceutiques; les parfumeurs et les distillateurs 
en font également usage. 

(1) Roscoe, Monand. plant, scitam. 
(î) Pharm. journal, vol. Vf. 

Gvibmbt, Drogues, 7« édiU T « H - — 15 



m VÉGÉTAUX MONhCOTYLÉDONÊS, 

|fc Petite MiNtGUETTE nv Boston, Il existe dansiez collections du Mti- 
stMim, indépendamment de In vraie mai iigu elle, un fruit plus petit, 
avec une étiquette arabe ou indienne, cl celle traduction: feifet fon- 
dante, ti'f ,l[>Jric t Les semences sont entièrement semblables k telles 
de la manîgueîle; la pulpe est détruite. 

20, AUOWUM SYLVESTRE OU ZWCIBER SYLVfcSTItK DE G*hTft£lL, Capsule 

dure, de consistance ligneuse, en forme de coin triangulaire; l 
menées sont d'un brun noirâtre et arrondies ; l'amande est blanche, 
inodore, d'une saveur presque nulle. Ce [fruit ne peut élre considéré ni 
comme lia cardamome ni comme uue mauïgiielle. J'en possède uu 
échantillon dont j'ignore l'origine. 

t[îi. Cardamome galanga (fig, 410). Sous ce nom M* Hanbury dé- 
crit un petit fruïl médicinal qu il a reçu de M.Lockarl, sous les 
noms chinois &aèfrkang-keau-UMi el Ilnn^iQur-kow. Les capsules 
m sont longues de li lignes environ et 
^L jp& éSb épaisses de :i : elles sont oblongues, 

■B un peu rélrécies au milieu ou py- 
V VP VP riformes, par exception. Le Huit 

^^ Y esL couronné par les débris du calice 

X et souvent porté par un pédicelle 

grêle. Ces capsules sont souvent ri- 
dées, quelquefois pleines et a surl'uv 
£ A ^& unie. La couleur est brune rougeA- 

ua,- . .■itmu.uc fi *bngi/ tre pâle ou foncée. La capsule est 
glabre, mince, fragile. Lai setrien- 
cesforment une masse tri lobée entourée d'une pellicule blanchâtre; 
chaque lobe de la masse contient deux semences aplaties et trian- 
gulaires. Elles présentent des stries fines dirigées vers un bile 
Irès-marquc, tenant au placenta axde par un large el long limi- 
nule, Chaque semence est enveloppée d'un arilîa coriace. Lue es- 
pèce de cicatrice se trouve à l'opposé du bile. Les semences ont 
un goût acre, brûlant» el un arôme semblable à celui de la racine 
de gaîanga. Le péricarpe est ausM aromatique el piquant, 

M. Hanbury est porté à attribuer ces fruits a VMpinta tvdnngn 
la mfime espèce qui donne le grand gatanga du comnierce.1 

Fécules produites par hi jimamtôéff. 

i, àbrow-aoot des Antilles. D'après de Tussac, cette fécule 
serait produite par deux plantes dû genre Maranta, qui ont la 
réputation d'être un remède contre les blessures faites par les Uc- 
ches empoisonnées, ce qui leur a fait donner le nom anglais 
AUnùw-rooiy c'est-à-dire fléché -racine* De ces deux plantes, Tune 






AMOMACÉES. — ÀRROW-ROOT. 227 

serait le Maranta arundinacea de Plumier et de Linné, plante in- 
d îgène à l'Amérique et cultivée à la Guadeloupe et dans les autres 
Antilles, où sa fécule est nommée Dictame ou Moustache des Bar- 
baée*; l'autre serait le Maranta indica (flg. 411), plante transpor- 
ta 




Fig. 411. — Maraula de l'iude 



tée de l'Inde en Amérique, où sa fécule est nommée indian arrow- 
r °ot. Mais d'après M. Ricord Madianna, médecin résidant à la 
Guadeloupe, il n'existe qu'une seule plante de ce genre nommée 
I Arrow-root; c'est le .Maranta arundinacea L., et l'autre espèce, 
' nommée Maranta indica, aurait été établie par confusion avec Je 
Canna indica. Je suis d'autant plus porté à me ranger à l'avis de 
M- Ricord, que, d'après Ainslic, la fécule qui porte dans l'Inde 
' e nom à'arrow root, est extraite, à Travancore, de la racine du 
Curcuma angustifolia Roxb. Je puis ajouter aujourd'hui, sur des 
renseignements certains, que le Maranta arundinacea L. ou m- 
^ûTussac, n'existait pas dans l'Inde, il y a encore peu d'années ; 
^ais que les Anglais l'y ont transportée de la Jamaïque, et qu'on 
l'y cultive maintenant de manière à livrer sa fécule au commerce. 
Cette fécule alors mérite mieux le nom d'indian arrow-root que 
bidonnaient les Anglais, tout en la tirant de la Jamaïque; mais 
sa production est toute moderne, et les preuves de l'origine amé- 
ricaine de la plante sont certaines. 

(•) i, branche florifère et fructifère. — 2, raciue à écailles triangulaire*. (Descourtilz.) 



VÉGÉTAL X 

La fécule du Slartmta mimMnmm L,, qu'elle vienne de la J;i- 
rnaïque, de la Guadeloupe ou de Plnde, n'offre pas de différence 
appréciable. Elle parait moins blanche que l'amidon de blé, ce qui 
lient h sa moins grande ténuité cl à sa transparence |>fus parfaite* 
Examinés à la loupe, ses granules sont transparents, nacres et 
beaucoup plus éclatants que ceux de l'amidon. Yue au micros- 
eope s elle manque totalement des très-petits grains qui forment 
une grande partie de l'amidon de blé. Elle est généralement égale 
aux gros grains d'amidqn, ou même plus grosse; mais elle n'es! 
jamais parfaitement circulaire comme eux ; elle est toujours un 
peu irrégultère, soit elliptique, soît quelquefois obscurément 
triangulaire, comme la fécule de pomme de terre ; niais elle est 
toujours d'un volume beaucoup moindre (fîg, 412). 

La fécule d'arrow-rool donne à l'eau a peu près autant de con- 
sistance que la fécule de pomme de terre, et beaucoup moins par 
conséquent que l'amidon de blé; elle est tantôt complètement 
inodore, tantôt avec un léger goût de galanga. Elle offre des par- 
lies assez dures produites par l'agglomération des grains de fé- 
rule; il faut donc la triturer dans un mortier et la tamiser pour 
l'avoir en poudre fine. 








Fij.4ll. — Aih.«i...,i «1,5 Autill^s. 



<2E 










Hç. ill. — Am>w*rwl de Tri* meure 



2, Annow-ROOT de Traimncohe. Ainsi que je viens de le dire, cette 
recale e*l es] raîle, dans l'Inde, de la racine de Curcuma mç\ 
foim Roxb. Vue au microscope (fig. 413), elle se présente en 
granules assez volumineux, dont quelques-uns sont triangulaires, 
arrondis, elliptiques ou ovoïdes; mais presque tous sont rétré- 
cis en pointe d'un côté. Tous ces grains ont peu d'épaisseur, 
comme on peut s'en convaincre en les taisant rouler sous Peau ; 
Il ligure 413 en présente un certain nombre, naturellement ser- 
rés les uns contre les antres et qui se présentent de champ, ce 
qui permet d'en voir l'épaisseur. 

Fécule de toiomane ou de tous les mois (fig. 411). Celle fécule 
est extraite de la racine du Canna coccinea* Elle vient des Antilles 



AIIGMACÉES. — ÀRROW-ROOT. 



229 



et est difficiles distinguer de la moussache et de l'arrow-root à 
la simple vue; mais on la reconnaît facilement au microscope, 
au volume extraordinaire de ses granules et à leur forme généra- 




Fig. 414. — Fécule de Tolomane. 

leraeot elliptique. De même que la précédente, elle est d'une 
minceur remarquable. Elle est très-soluble dans l'eau bouillante 
et est très-facile à digérer. [D'autres Canna donnent des produits 
analogues : le Canna discolor entre autres est cultivé dans diver- 
ses régions et particulièrement à Montpellier par M. Paulin Des- 
hours-Farel, qui en retire une très-belle fécule, qu'il désigne sous 
le nom de Canna-root.] 



FAMILLE DES ORCHIDÉES. 



Plantes vivaces, terrestres, à racines fibreuses souvent accompagnées 
de deux tubercules amylacés; ou épiphytes, et dans ce cas ou sarmen- 
teuses et pourvues de racines adventives, ou munies à la base de la 
tj&« d'un renflement charnu, nommé pseudo-bulbe. Les feuilles sont 
amples, alternes, en général engainantes. Les fleurs sont pourvues 
d'un pédant he supère, à 6 divisions profondes, dont 3 extérieures et 
3 intérieures. Les 3 extérieures sont assez semblables entre elles, éta- 
lées on rapprochées les unes des autres à la partie supérieure de la 
fleur, ou elles forment une sorte de casque. Des 3 divisions intérieures, 
2 sont latérales et assez semblables entre elles; la dernière, devenue 
inférieure par la torsion du pédicelle, est souvent trè--développée, 
d'une forme bizarre et porte le nom de /aôe//e,\ellc est, en outre, sou- 
vent prolongée en éperon, à sa base. Du centre de la fleur s'élève, sur 
le sommet de l'ovaire, une colonne formée par la soudure du style et 
des filets des étamines, et nommée columelle ou gynostème. Cette colu- 
melle porte â sa partie supérieure et antérieure une fossette glandu- 
leuse qui est le stigmate, et à son sommet une anthère à 2 loges con- 
tenant du pollen aggloméré en une ou plusieurs masses, qui conservent 



230 VÉGÉTAUX MONOCOTYLÉDONÉS. 

la forme de la cavité qui les renferme. Au sommet de la columelle, eff 
sur les côtés de l'anthère, se trouvent 2 petits tubercules qui sont le»- 
anthères avortées de 2 élamines. (Dans le genre Cypripedium ces 2 éta ^ 
mines latérales sont développées et l'é lamine du milieu, celle diamé-^j 
tralement opposée au labelle, avorte.) Le fruit est une capsule à un 
seule loge et à 3 valves qui s'ouvrent comme des panneaux, en laissant 
les 3 trophospermes unis et rapprochés au sommet et à la base et for- 
mant une sorte de châssis; les graines sont nombreuses, composées d'u z 
embryon ovoïde trôs-renflé, pourvu, dans une petite fossette, d'unm 
gemmule presque nue. 

Un assez grand nombre d'Orchidées ont été autrefois usitées 
en médecine et plusieurs le sont encore dans les diverses contrées 
qui les produisent. Elles se recommandent à nous par trois pro - 
duits, dont les deux premiers sont l'objet d'un commerce assez 
important : ce sont le Salep, la Vanille et le Faham. 

Salep. 

Le salep nous est apporté de la Turquie, de la Natolie et delà 
Perse;. il a la forme de petits bulbes ovoïdes, ordinairement en- 
filés sous forme de chapelets, d'un gris jaunâtre, demi-transpa- 
rents et d'une cassure cornée. II a une odeur faible approchant 
de celle du mélilot, et une saveur mucilagineuse un peu salée. 
Ces caractères physiques, qui lui donnent l'apparence d'une 
gomme, sont cause qu'on n'a pas soupçonné pendant longtemps 
que le salep fût un tubercule. Enfin Geoffroy (1), ayant pris les 
tubercules de différents Orchis indigènes, les ayant mondés de 
leur épiderme, lavés, plongés dans l'eau bouillante et séchés, ob- 
tint du salep en tout semblable à celui des Orientaux. Il prouva 
par là deux choses : d'abord que le salep est un tubercule d'or- 
chis; ensuite que les tubercules d'orchis indigènes, préparés de 
la manière qu'il venait d'indiquer, pouvaient remplacer le salep 
d'Orient. 

Depuis Geoffroy, et à plusieurs reprises, des pharmaciens et des 
agronomes sont revenus sur la possibilité d'obtenir du salep avec 
nos orchis, et j'en possède, ayant cette origine, qui rivalise avec 
le plus beau salep d'Orient; mais il faut que lé prix de la main- 
d'œuvre ou la rareté des espèces s'opposent à cette fabrication en 
France, car elle a toujours été très-restreinte. Les espèces qui 
peuvent servir à cet usage sont cependant assez nombreuses; ce 
sont principalement les 

(1) Et. Fr. Geoffroy, Traitéde la matière médicale. Paris, 1743-Î74T. 



ORCHIDÉES. — SALEP. 



231 



Orchis pyvamidalis, 

— htrcina, 

— masculata, 
Ophris antropophora, 

— apifera, 

— arachnites. 



Onhis Mono L., 

— mascula L. (fig. 4i5), 

— militaris L., 

— fusca L., 

— àifoliah.y 

— latifoliaL., 

Un chimiste a cru pouvoir conclure de ces expériences sur le 
salep que cette substance était principalement formée de Basso- 
rine, d'un peu de gomme soluble et de très-peu d'amidon. Mais, 
pour se faire une juste idée du salep, il faut l'examiner d'abord 
à l'état de tubercule récent ; alors 
on le trouve composé, comme pres- 
que toutes les racines féculentes, 
d'une grande quantité d'amidon 
qui, examiné au microscope et co- 
loré par l'iode, est en granules à 
peu près égaux, d'un bleu de ciel, 
sphériques ou elliptiques, à peu 
près de la grosseur des gros grains 
d'amidon de blé. Cet amidon, au- 
tant que j'en ai pu juger par un 
essai, n'est pas organisé comme 
celui de la pomme de terre, comme 
i'arrow-root et môme comme l'a- 
midon de blé, qui, sous une enve- 
loppe plus ou moins dense et résis- 
tante, renferment une matière in- 
térieure facile à dissoudre dans l'eau 
bouillante. L'amidon du salep, de 
même que celui dusagou, m'a paru 
formé d'une masse pulpeuse, fort 
peu soluble dans l'eau bouillante, 
mais susceptible de s'y gonûer con- 
sidérablement, ce qui explique l'a- 
bondance et la grande consistance 
de la gelée de salep. Le reste des 
tubercules récents se compose de 
membranes épaisses, colorées en 

jaune par l'iode, de globules très-minimes, transparents, comme 
gélatineux, non colorés; enfin souvent on y aperçoit des aiguilles 
acérées, qui disparaissent par la moindre addition d'acide nitri- 
que, et qui sont du phosphate de chaux d'après les expériences 
rapportées par Raspail (1) 
(>) RupaU, Nouveau Traité de système organique, 2* édition. Paris, 1838* 




Fig. 415. — Orchis mascula. 






VÉGÉTAUX 

Si on examine à son tour, au microscope, le salep du com- 
merce, délayé dans de l'eau convenablement iodée, on y observe 
encore quelques grains de fécules non altérés ; maïs la plus grande 
partie se compose de téguments gonflés, déchirés, gélatineux, 
d'un bleu magnifique, et qui indiquent que le salep n'a pas subi 
une simple immersion dans l'eau bouillante, et qu'il y a séjourné 
pendant un certain temps. 

Le salep ne jouit probablement pas de la propriété aphrodisia- 
que qu'on lui a supposée pendant longtemps ; maïs il es! au moins 
très-nourrissant. On l'emploie en gelée» sucré et aromatisé, ou 
incorporé dans du chocolat, qui prend alors le nom de chocolat 
analeptique au salep, etc. 

pi est arrivé quelquefois dans le commerce une substance, con- 
nue dans les Indes sous le nom de Salep rotjal, qui a été décrite 
par M. Hanbury (1) ; 

Celle substance doit sans doute son nom à ce qu'elle a été re- 
gardée comme un salep de grosseur extraordinaire : mais au lieu 
d'être un tubercule amylacé, comme îe salep, c'est un vrai bulbe 
dont les dimensions, à l'état de siccilé, varient de 3 à 4 centimè- 
tres el le poids de 15 à 47 grammes. La forme en est plus ou 
moins arrondie, devenue ridée parla dessiccation, toujours ter- 
minée en pointe à l'extrémité supérieure, el présentant souvent 
à la base une cicatrice circulaire, Lrt surface présente en outre des 
stries fines longitudinale?, assez régulières. Le bulbe est tantôt 
blanchâtre el opaque, lanlôt translucide et d'une couleur de miel 
brunâtre. Il est dur, pesant, d'une apparence cornée et cependant 
encore assez mou à l'intérieur pour être facilement coupé au 
couteau. Misa macérer dans l'eau, il se gonfle beaucoup, s'ar- 
rondit et parait reprendre son volume primitif. Coupé longïtudi- 
Dilemenl DU transversalement, il parait composé d'une seule 
enveloppe ou tunique charnue d'une grande épaisseur, renfer- 
mant un bourgeon centra), foliacé, flétri et qui n'en remplit pas 
toute la cavité, M. Lindley suppose que cette seule tunique devait 
être couverte d'une enveloppe extérieure, qui en a été séparée 
avant la dessiccation (i 1 ). 

Ce bulbe-est mucilagitieux et faiblement sucré; maïs il n dis- 
tingue du salep par une amertume très-sensible jointe à une cer- 
taine Âcreté et par l'absence d'amidon. 

On est encore incertain sur l'origine de ce salep : M* Lindley 
pense que ce peut être le bulbe d'une espèce de tulipe croissant 
dans l'Afghanistan,] 

(i] Htnbury, Phtirmoûtuliatt journatt t* XVII, p* 419. 

(9 H inluiry, irnduit pir Guibourt (Journal de Phntmaac, t.XXXUI, p«til» 1858). 



ORCIl IDÉES* — VANILLE, 
Vanille. 



23* 



Yamlia plam'fotia, Andrews (I). Plante sarmenleuse el grim- 
pante qui croît dans les contrées maritimes du Mexique, delà 
Colombie et de la Guyane, sur les rives descrïques abritées par les 
mangliers el sujettes à être submergées dans 1rs hautes marées. 

tiges sont vertes, cylin- 
driques, noueuses, de la 
grosseur du doigt. Elles sont (m 

pourvues de racines advenli- 
rei, qui s'implantent dans 
lécorcedes arbres voisins et 
servent à la soutenir. Ses 
feuilles sontsessiles, alternes, 
fcbtongues, lancéolées, obs- 
curément striées, un peu 
sses. Les fleurs sont dis- 
posées, vers le sommet des 
liges, en grappes axillaires 
mculces (fig, 418). Le 
pfrigone est articulé avec 
IV'vaîre, d'un vert jaunâtre, 
formé de 6 sépales, dont 3 
meneurs égaux el réguliers, ■ ta ***. - r*niUt. 

obloogs et oblusiuscules, et 

3 intérieurs dont 2 planes, ondulés sur leurs bords, el le troi- 
sième roulé en cornet- el soudé avec la colnmelle. La columelîe 




Fig* 417. — PiupicL rie vanille tel qu'on l'impurtc 

ressée et privée d'appendices latéraux; l'anthère est termi- 
nale, operculée, à â loges> dont chacune contient une masse 
«le pollen agglutiné. Le fruit est une capsule charnue, longue el 
ttlîqniforme, déhiscente, uniloculaire, mais k 2 valves. Les se- 
mences tr^s- nombreuses, noires, globuleuses, entourées d'un suc 
brun, épais et balsamique. On cueille ce fruit avant sa parfaite 

(I) Voir sur l'origine des vanilles : Morren, Mémorandum sur la ïamil?, son 
irt ei mû culture [BalUiim de V Académie royal* de Belgique, XVII, n^ï, et 
Ufefôo, Bruxelles, 1851, p. 50). 



-23i 



VÉIÎÉTAUX MONOCOTYLKhoNKS. 



maturité, pour éviter qu'il ne s'ouvre et ne laisse écouler le m 
qu'il contient* On le suspend à l'ombre pour le faire sécher; cm 
l'enduit ensuite légèrement d'une couche d'huile dans la vue rie 
lui conserver de la souplesse et d'en éloigner les insectes: eniiu 
on en forme des bottes de GO ou de 10(J (/??. 417), qu'on nous en- 
voie dans des boites de fer-blanc. 

On trouve dans le commerce trois sortes de vanille, dont deux 
peuvent appartenir à deux variétés de la môme plante; mais la 
troisième appartient à une espèce différente. 

La première sorte, qui est la plus estimée, se rapporte à la 
piaule que les Espagnols nomment vanillvlec ou lêgùitm : VaniUn 
saliva de Schiede, Elle est longue de 16 à 20 centimètres, ép 
de 7 à 9 millimètres, ridée et sillonnée dans le sens de sa lon- 
gueur, rétrécie aux deux extrémités et recourbée à la hase. Elk 1 
est un peu molle et visqueuse, d'un brun rougeâlre foncé, et douée 
d'une odeur forte, analogue à celle du baume du Pérou, maïs 
beaucoup plus suave. 

Conservée dans un lieu sec et dans un vase qui ne soit pas her- 
métiquement fermé, celle vanille ne tarde pas à se recouvrir de 
cristaux aiguillés et brillants qu'on avait pris pour de l'acide 
henzoïque ou cinnamique, mais qui sont en réalité une substance 
particulière, nommée Vauillme % par M, Gobiey, On ta nomme 
alors Vanille givrée. Cette vanille est toujours d'un prix très-élevé, 

La seconde sorte esl nommée Vanille smarona ou bâtarde {Va* 
rtîtla ïfflvestvw de Schiede). Elle présente lous les caractères de la 
précédente, dont elle ne paraît élre qu'une variété ; mais elle 
esl plus courte, plus grêle, plus mm he, d'une couleur moins foncée. 
Elle esl moins aromatique et ne se givre pas. 

La dernière sorte, nommée chez nous Va ail Ion, et par les Espa- 
gnols Vanittê pompona OU boca (Vaniltn pampona de Scbiede), esl en 
gousses longues de lia 19 centimètres, larges de lia il rnilli* 
mèlres* elle est 1res- brune, munie presque noire, molle, vis- 
queuse, presque toujours ouverte, et parait avoir dopasse son 
point de maturité, B|l« possède une odeur furie, beaucoup moins 
Une el moins agréable que celle des deux premières sorles, et 
moins balsamique ; souvent aussi elle offre un goût de fermenté. 
Eniin elle est à vil prix, comparée aux deux premières. La vanille 
esl u-îtée surtout pour aromatiser le chocolat, les crèmes, les li- 
queurs et d'autres compositions analogues. 

M, f.obley (1) a recherché quel élail le principe odorant de la 
vanille, el il a élé amenée conclure que c'est une substance spé 












(I) Gobfry, Recherches t*r te prini^e odçrtMl de in mutile {Jiurun. 
Pharmacie, IS&S, t, XXXIV, p, .'»!}. 



ORCHIDÉES. — FEUILLES DE FA11AM. 



235 



ciale, incolore, cristallisant en longues aiguilles (prismes à 4 pans 
terminés par des biseaux), très-aromatique, à odeur de va- 
nille, à saveur chaude et piquante, n'ayant pas d'action bien 
sensible sur le tournesol. La vanilline, soumise à l'action de la 
chaleur, entre en fusion à 76°, se volatilise à 150° : elle esta peine 
soluble dans l'eau froide, davantage dans l'eau bouillante, très- 
soluble dans l'alcool, l'élher et les huiles fixes ou volatiles. Sa 
composition est représentée par G*°H 6 4 . Elle se rapproche de la 
coumarine, mais s'en distingue par son point de fusion, son odeur 
el sa composition. 

C'est la vanilline qui produit le givre des vanilles de bonne qua- 
lité: et l'expérience a prouvé qu'elle existe, en effet, en quantité 
considérable dans ces sortes de vanille, tandis que le vanillon n'en 
fournit que très-peu. 

On cultive depuis plusieurs années, dans les serres de Liège et 
dn Jardin des Plantes, h Paris (fig. M S), le Vanilln plam'folia An- 




- A&V'-.lUlV^ 

pw\ i f -fin " 

Fig. 418. — Vanille. 

drews, qui a produit, depuis que Morren a monlré la inanièi de 
les féconder artificiellement, un nombre considérable de fruits qui 
mettent une année à mûrir. Ces fruits ne diffèrent en rien de la 
pins belle vanille du commerce ; ils sont aussi aromatiques et 
. d'une odeur aussi fine et aussi suave. Ils pourraient être l'objet 
d'une exploitation lucrative. 



Feuille» de Faham. 



Fahon ou Faham ; Angrœcimfragans, Dupetit-Thouars. Plante 
très-rapprochée des vanilles, parasite comme beaucoup d'orchi- 
dées exotiques, croissant aux lies Maurice, où elle est usitée 
comme digeslive et contre la phthisie pulmonaire. Les feuilles 
seules nous parviennent par la voie du commerce. Elles sont 
longues de 8 à 16 centimètres, larges de 7 à 14 millimètres, en- 




DICOTYLÉDONES MONOcnLAMVDÉES. 

Hères, coriaces, marquées de nervures longitudinales rapprochées, 
douées d'une odeur très-agréable, semblable à un mélange de 
fève lonka et de vanille, et d'une saveur très-parftimée. On les em- 
ploie en infusion Ihéïforme et on en fait un sirop très agréable 
au goût. Le principe odorant des feuilles de Fabara a été trouvé 
par If, Gobley semblable à la coumarine())de la fève de Lonka, du 
inélilot et de l'aspérule odorante. 

Ce même principe a été trouvé également dans quelques antres 
feuilles d'orchidées: dans l'Orckis fusca y par M. Bley, et dans 
VQpkrù amropopk&Qt que M. Lallemanl, pharmacien à Alger, a 
exposé, en 1867, comme un succédané de VA ntjrœcum* Les feuilles 
de celte espèce, séehées avec certaines précautions, ont en eJTet 
une odeur agréable, et peuvent être employées en infusions en 
guise de Faham, 

Cette famille se compose d'arbres et d'arbrisseau* dont on peut se 
faire une idée générale en se m p pelant les pins et les sapins. 

Letttl feuilles sont coriaces, roides» presque toujours persistantes, ce 
qui fait souvent désigner ces végétaux par le nom d'arbres verts* Ces 
feuilles sont presque toujours lînéaueset suJjulées; c'est une excep- 
tion raro lorsqu'elles présentent un pétiole cl un limbe distinct, 
comrao la plupart des autres dicotylédones. Les fleurs sont uuisexuées, 
disposées eu c6ne ou en chaton, c'esL-a-dirç sessiles et disposées régu- 
lièrement sur un axe commun. Les fleurs maies consistent essentielle- 
ment dans une étamine nue ou composée d'une écaille portant une 
ou plusieurs anthères. Les fleurs femelles sont diversement disposées 
et servent à diviser les cunilercs en trois tribus que plusieurs bota- 
nistes élèvent au rang de familles distinctes. 

1" tribu, taiinées : ovules isolés, attachés à une écaille ou contenus 
dans une cupule pouvant devenir charnue; fruit simple. Genres Ta$cw t 
PvdocarpuS) Tkt r rydîum, Pki/lfar.fadus, etc* 

frita, cttmanrfri : ovules dressés, réunis plusieurs ensemble a 

l Voir pour pi uh do détail* : Gubh v y, Recherche» $ur U principe ûdùrant d?i 
frutttci t/f Faham (Journal de PAérmwn , W II, 36n> IfiSOj, 



CINQUIÈME CL4SSE 



DICOTYLÉDONES MONOCHLÀMYDÉES. 



FAMHXE DES CONIFÈRES. 










CONIFÈRES. — IF. 237 

l'aisselle d'écaillés peu nombreuses formant un galbule ou un malac- 
cOne. Genres Juniper us y Thuya, Cupressus, Taxodium, etc. 

3« tribu, abiétinées : ovules renversés et attachés à la base d'écaillés 
nombreuses qui se transforment en un fruit agrégé nommé cône ou 
strobile. Genres Pinus, Abies, Larix y Araucaria, Dammara, etc. 

Les Conifères, réunies aux Cycadées et aux Gnétacées, forment un 
groupe de végétaux assez distinct des autres Dicotylédones, et qui se 
lie par plusieurs caractères aux palmiers et aux acotylédones foliacées. 
Lear bois, bien que formé de couches concentriques annuelles, tra- 
versées par des rayons médullaires, est presque entièrement privé de 
wisseaux spiraux ou de trachées, et est formé de clos 1res à parois 
épaisses qui offrent, dans le sens de leur longueur, une ou deux ran- 
gées de points transparents entourés d'un bourrelet. Leurs fleurs 
mâles, composées-d'anthères fixées à la face inférieure d'écaillés, rap- 
pellent celles des prèles et des lycopodes ; enfin leurs fleurs femelles, 
présentent sur des écailles étalées ou sur un disque cupuliforme des 
ovules que l'on regarde comme nus, ainsi que les graines qui en pro- 
viennent. Aussi les botanistes qui admettent cette manière de voir, 
distinguent- ils le groupe formé des Cycadées, des Conifères et des Gné- 
tacées, par le nom particulier de Gymnospermes. Ces graines contien- 
nent, sous un tégument propre, un endosperme charnu et un embryon 
cylindrique dont la radicule est soudée avec l'endosperme et dont l'ex- 
trémité colylédonaire se divise en 2, 3, 4, 10 cotylédons verticillés. 

Presque tous les végétaux conifères contiennent, dans leur bois ou 
dans leur écorce, un suc résineux dont nous traiterons d'une manière 
spéciale après avoir déciit les principaux d'entre eux et leurs propres 
Parties, qui sont assez souvent usitées dans l'art de guérir. 

if. 

laxus baccata. Arbre d'Europe dont la tige s'élève à 12 ou 14 
mètres, en se partageant latéralement en branches nombreuses, 
presque verticillées ; les feuilles sont linéaires, persistantes, d'un 
vert foncé, très-rapprochées les unes des autres et disposées sur 
deux rangs opposés (fig. 419). Elles ont une odeur forte, et l'on 
^ure que cette odeur, augmentée par l'épaisseur du feuil- 
lage, est très-nuisible aux personnes qui y dorment à l'ombre, 
ks fleurs sont axillaires, monoïques ou dioïques. Les fleurs 
mâles forment vers l'extrémité des rameaux, de petits chatons 
ibériques entourés nar le bas d'un certain nombre d'écaillés im- 
briquées; ces fleurs sont portées sur une colonne centrale divisée 
^périeurement en filets layorjnauts dont chacun s'élargit en un 
toisson à plusieurs loges recouvrant autant de loges poilinifères. 
J*s fleurs femelles sont solitaires, entourées par le bas d'écaillés 
'^briquées, et montrent dans une cupule ouverte par le haut, 
uu ovule à micropyie supérieur. Cette cupule grossit, devient 



238 



dicot\ 



>NE^ 



caui 



LIEES. 



succulente, d'un beau rouge, el laisse voir, par une large on* 
verlure, la graine noire qu'elle contrent. Celle fausse baie 

($j>haUrocaf'pe t M hb) pa- 
rait exempte des qualités 
malfaisantes que l on recon- 
naît géoér&leoaeatftux feuil- 
les» à l'écorce et à la racine 
d'tf. Le bois d'if est Ȕ\m 
fauve rouge&lre, veiné, 
ronceux lorsqu'il provient 
dfl la souche, d'un grain fin 
et susceptible de recevoir 
un beau poli. Il est très- 
recherché par les ébénistes, 
les luthiers et les tourneurs* 
Il est dune très-longue du- 
rée. 



V 






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N 



\? 



h - II. 



Cupressus sempervtrena L. 
Arbre três-élevé qui se re- 
connaît à sa forme pyrami- 
dale, à ses rameaux dres- 
sés contre la lige , à ses 
feuilles d'un verl sombre, 
très-petites , squa m rai for- 
mes, imbriquées sur quatre 
rangs el persista nies. 
Les Heurs sont monoïques terminales, placées sur des ra- 
meaux différents. Les ileurs maies forment des chatons ovoïde* 
semblables ù ceux de l'if et enlourés d'écaillés par le bas. 
Les c bâtons femelles sont globuleux, formés de 8 à 10 écailles 
en forme de boucher, parlant a leur partie inférieure un grand 
nombre de fleurs femelles dressées* semblables aux fleurs so- 
litaires de Pif, c'est-à-dire formées comme elles d'une ureéole 
presque fermée contenant un ovule dressé, Les fruits forment 
un cône presque globuleux dont les écailles sont charnues et 
soudées avant leur maturité; mais elles se dessèchent et se sé- 
parent à maturité complète, et paraissent alors sous la forme 
de clous à grosse tète» implantés sur un axe central, très-court. 
Les graines sont petites, anguleuses, munies latéralement de deux 
ailes membraneuses. 

cueillir les cônes du cyprès, nommés vulgairement 



CONIFÈRES. — GENÉVRIERS. 



239 



Noix de cyprès, lorsqu'ils sont encore verts et charnus ; ils sont 
alors très-astringents et sont usités comme tels. Plus lard ils de- 
viennent ligneux et perdent une partie de leur propriété. Le bois 
de cyprès est assez dur, compacte, rougeâlre, pourvu d'une forte 
odeur aromatique; il est presque incorruptible. Les anciens en 
faisaient des cercueils et des coffres pour renfermer leurs objets 
les plus précieux. De tous temps aussi cet arbre a été consacré aux 
morts et a été l'accompagnement obligé des tombeaux. Son feuil- 
lage d'un vert foncé, et si épais que le soleil ne peut le traverser, 
Ta sans doute fait destiner à cet usage. 



Genévrier». 

Les Genévriers sont des arbres ou des arbrisseaux à rameaux 
alternes, à feuilles simples, petites, persistantes, rapprochées, op- 
posées, verticillées ou im- 
briquées, et dont les fleurs 
sont ordinairement dioï- 
ques et disposées en petits 
chatons axillaires, entourés 
par le bas de bractées im- 
briquées. Les fleurs mâles 
forment des chatons ovoïdes 
ou cylindriques, composés 
d'écaillés stipilées qui por- 
tent à leur partie inférieure 
et interne de 3 à 6 anthères 
uniloculaires. Les fleurs fe- 
melles sont portées sur un 
pédoncule écailleux dont les 
écailles supérieures, rap- 
prochées et en partie sou- 
dées, forment un involucre 
urcéolé qui contient autant 
de cupules ouvertes par le 
tout (/fy. 420) qu'il y a d'é- 
lites soudées à l'involucre 
(de 3 à 6). Chacune de ces 
copules, tout à fait sembla- 
ble à la cupule solitaire de l'if ou aux cupules nombreuses du 
c yprès, contient un ovule dressé. Chaque petite graine contient 
u & embryon dicotylédoné à radicule cylindrique, supère. Toutes 
les graines réunies, recouvertes de leurs cupules et renfermées 
dans les écailles soudées, accrues et devenues succulentes, forment 




Fig. 420. — Genévrier. 



2K> DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

un corps qui porte vulgairement le nom de baie. L'espèce c^ 
genévrier la plus usitée et la plus commune en Europe es^^ 

Le Gen évier commun, Juniperus communis L. (fig 410). E^j e 
forme dans le midi de l'Europe et dans nos jardins un arbre *3 e 
6 à 7 mètres de haut, dont le tronc peut acquérir de 20 à 30 côc. 
ti mètres de diamètre ; mais dans les pays du Nord, où ce végéta/ 
croit en abondance, il ne forme guère qu'un arbrisseau à rameaux 
diffus, haut de 2 à 3 mètres; sur le sommet inculte des monta- 
gnes, où on le rencontre également presque partout, il est pres- 
que réduit à l'état d'un buisson épineux. Partout on le reconnaît 
à ses feuilles opposées trois à trois, sessiles, linéaires, très-aiguôs 
et piquantes. Les chatons femelles sont très-petils, verdâlres, 
formés au sommet de 3 écailles soudées, et contiennent 3 cupu- 
les dressées et 3 ovules qui se convertissent en 3 petites graines 
osseuses entourées des écailles accrues et devenues charnues. Le 
tout réuni forme un fruit globuleux, presque sessile, de la gros- 
seur d'un pois, et d'un violet noirâtre à sa maturité, qui n'arrive 
qu'au bout de deux ans. On lui donne communément le nom de 
Baie de genièvre. 11 contient une pulpe succulente, aromatique, 
d'une saveur résineuse, amère et un peu sucrée. Dans le nord d^ 
la France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne, on et* 
prépare une eau-de-vie par fermentation et distillation, une es-~ 
sence ou huile volatile, et* un extrait tout à la fois sucré e£ 
gommo-résineux. Ces trois produits se trouvent dans le com-^ 
merce; mais l'extrait étant souvent très-mal fait avec le résidu* 
de la distillation de l'essence, les pharmaciens doivent préparer" 
eux-mêmes leur extrait de genièvre, avec les baies récentes con- 
cassées et par infusion. 11 est alors lisse, sucré, aromatique, fort- 
agréable à prendre et offre un bon stomachique. Il se grumèle â*~ 
la longue, comme celui du commerce ; mais cet effet est dû au*- 
sucre qui cristallise, et non à de la résine. J'ai déjà fait la remar-— 
que (page 108) que la baie de genièvre, comme tous les fruits 
sucrés non acides, contient du sucre cristallisable, tandis que le» 
fruits acides ne contiennent que du glucose. 

Le bois des gros genévriers est presque semblable à celui di» 
cyprès et peut être employé aux mômes usages. 

Genévrier oxicèdre ou cade, Juniperus Oxicedrus L. Cette es- 
pèce a les plus grands rapports avec la précédente ; niais ses fruits 
sont deux ou trois fois plus gros, d'une couleur rouge, et con- 
tiennent des osselets renflés à la base, comprimés à la partie su — 
périeuro, tronqués au sommet, avec une petite pointe au milieu." 
.Elle croit naturellement dans les lieux secs et arides du midi d^ 
la France, en Espagne et dans le Levant. 

Le bois de l'oxicèdre brûlé dans un fourneau sans courant d'airv- 



CONIFÈRES. — GENÉVRIERS. 



241 



comme on le pratique pour la fabrication du goudron, laisse dé- 
couler un liquide brunâtre, huileux, inflammable, d'une odeur 
résineuse et empyreumatique très-forte, connu sous le nom 
$ Huile de cade. Ce liquide, pourvu d'une saveur acre presque 
caustique, est employé pour la guérison des ulcères des chevaux 
et de la gale des moutons. On lui substitue souvent l'huile de gou- 
dron de pin, qui lui est inférieure en propriétés, et très-souvent, 
à présent, l'huile des goudrons de houille, qui présente une com- 
position chimique et des propriétés très-différentes. 
Sabine, Juniperus Sabina, L. (fig 421). Arbrisseau dioïque à pe- 




Fip. 421. — Sabine. 

lites feuilles ovales, convexes sur le dos, pointues, appliquées sur 
ta rameaux, imbriquées sur quatre rangs, les plus jeunes oppo- 
***. Les fruits sont arrondis, de la grosseur d'une groseille, 
d'un bleu noirâtre. Ils ne contiennent ordinairement qu'un seul 
os *elel, par suite de l'avortement des deux autres. La Sabine 
cp oit dans les montagnes du Dauphiné et de la Provence, en Es- 
P*gne et en Italie. On la cultive dans les jardins. On en connaît 
^ux formes; la première, haute de 3 à 4 mètres, dite Sabine 
"tffeou à feuille* de cyprès; la seconde, beaucoup plus petite, 
tifo Sabine femelle ou à feuille de tamarisc. Toutes deux sont tou- 
'joars vertes, résineuses, d'une odeur très-forte et désagréable. 
Elles sont emménagogues, anthelminthiques, très-âcres, dépila- 

GnMOBT, Drogues, T édiL T. II. — 16 



242 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

toires et même un peu corrosives. Elles sont vénéneuses, prises 
à trop forte dose à l'intérieur. 

Genévrier des Bermudes et Genévrier, de Virginie, Juniperu* 
Bermudiana, L. et Juniperus Virginiana, L. Ces deux arbres, dont les 
noms spécifiques indiquent le pays originaire, ont beaucoup de 
rapport avec la sabine, mais sont élevés de 14 à 16 mètres. Le 
dernier porte aussi le nom de Cèdre rouge ou de Cèdre de Virginie. 
Leur tronc est formé d'un aubier blanc et d'un cœur rougeâtre, 
un peu violacé, très-odorant, léger, d'un grain très-fin et facile à 
travailler. C'est avec ce bois, qui porte dans le commerce le nom 
de bois de cèdre, que l'on fabrique les petits cylindres dans les- 
quels on renferme les crayons fins de graphite ; mais on l'em- 
ploie aussi à beaucoup d'autres usages. Le genévrier des Ber- 
mudes paraît avoir été le premier exploité ; mais il est devenu 
rare, et le bois de cèdre actuel du commerce paraît être princi- 
palement fourni par le genévrier de Virginie. 
* En examinant anciennement l'intérieur d'un stétoscope fait en 
bois de cèdre de Virginie, je l'ai trouvé tapissé de cristaux aci- 
culaires, blancs et éclatants, d'une substance odorante et volatile, 
et j'ai depuis bien des fois observé les mômes cristaux sous la 
face inférieure d'échantillons du môme bois, conservés dans les 
collections. Ce sont ces cristaux qui, ainsi que l'essence du bois 
distillé, ont été étudiés depuis par les chimistes sous les noms de 
stéaroptène et A'essence de cèdre. Cette essence et le bois lui-même 
ont été souvent attribués par erreur, et par suite de similitude de 
nom, au Cèdre du Liban, dont il sera question ci-après. 

Mai. 

Car. gén. : fleurs monoïques ; fleurs mâles en chatons ramas- 
sés en grappes. Étamines nombreuses, biloculaires, insérées sur 
l'axe, surmontées d'un connectif squammiforme. Fleurs femelles 
en chatons solitaires ou rassemblés; écailles imbriquées, por- 
tant à leur base et du côté interne 2 ovules renversés, dont le 
sommet est tourné en bas. Cône formé par les écailles accrues, 
devenues ligneuses, étroitement appliquées les unes sur les au- 
tres, à sommet épaissi et ombiliqué, à base interne creusée de 
deux fossettes contenant chacune une graine entourée d'une aile 
membraneuse. Cette graine est composée d'une cupule ligneuse 
perforée à son sommet renversé, et d'une semence à épisperme 
membraneux, contenant, dans l'axe d'un endosperme huileux, un 
embryon à 3 — 42 cotylédons ver tici liés. 

Les pins sont des arbres résineux, à rameaux verlicillés, dont ' 
les feuilles subulées et persistantes sont réunies par le bas, au 



CONIFÈRES. — PINS. 243 

nombre de 2, de 3 ou de 5, dans une gaine membraneuse. Les 
espèces principales sont les suivantes : 

Pins à deux feuilles dans la même gaine. 

i. Pin sauvage, dit aussi Pin de Genève et Pin de Russie, Pinus 
sylvestris, L. Arbre de forme et de grandeur très-variables, sui- 
vant les localités et le sol où il croît, mais pouvant s'élever à la 
hauteur de 23 mètres et davantage. Ses feuilles sont linéaires, 
demi-cylindriques, glabres, enveloppées deux à deux à leur base 
par une gaine courte. Les cônes sont deux ans à mûrir. Ils ont 
alors de 4 à 7 centimètres de longueur, sont arrondis par la base 
et parfaitement coniques à l'extrémité, d'un vert foncé. Ce pin 
croit spontanément sur une grande partie des montagnes de l'Eu- 
rope, et principalement dans- les contrées du Nord, où son bois 
est employé pour les constructions civiles et navales, et où il sert 
à l'extraction de la térébenthine. Bien qu'il soit aussi commun eif 
France, dans les Vosges, les Alpes et les Pyrénées, il est peu 
exploité, la culture du pin maritime ayant pris une grande 
extension dans les Landes, et suffisant aux besoins du com- 
merce. 

. 2. Pin laricio ouPiN-de Corse, Pinus Laricio, Poiret. Cet arbre, 
te plus beau de nos pins indigènes, s'élève à la hauteur de 35 à 
4ft mètres. Ses feuilles sont géminées, longues de 14 à 19 centi- 
mètres, très-menues; les cônes, ordinairement disposés deux à 
deux, sont d'une forme pyramidale, un peu recourbés à l'extré- 
mité vers la terre, longs de 5 à 8 centimètres. Ce pin croît prin- 
°i paiement en Corse et en Hongrie. D'après M. Loiseleur-Deslong- 
c hamps, il croit également dans le nord de l'Amérique, où Mi- 
c haux l'a décrit sous le nom de pin rouge. Son bois est inférieur 
Pour la force et la durée à celui du pin sauvage. 

3. Pin maritime, Pinus Pinaster. Solander (maritima, Lam). Cet 
***bre forme une belle pyramide dont les rameaux sont disposés 
l^r verlicilïes réguliers. Ses feuilles sont géminées, roides, très- 
étroites, longues de 22 à 27 centimètres; les chatons mâles sont 
groupés à la base des bourgeons qui doivent former la pousse de 
* année. Les cônes sont roussâtres, luisants, d'une forme conique, 
longs de 13 à 16 centimètres, épais de 65 millimètres à la base. 
Ce pin croît naturellement dans le midi de la France et de l'Eu- 
rope, dans les contrées voisines de la mer. On le cultive surtout 
dans les landes qui s'étendent de Bordeaux à Baycnne, et c'est lui 
qui fournit la plus grande partie de la térébenthine et des résines 
communes employées en France pour le besoin des arts. 

4. Pin pinier ou Pin a pignons, Pinus Pinea, L, (fig. 422). Col 



244 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



arbre se reconnaît à l'étendue de sa tête, dont les branches sont 
étalées horizontalement et un peu relevées à l'extrémité, sur une 
tige de 16 à 20 mètres de hauteur. Ses feuilles sont d'un vert 
foncé, longues de 16 à 19 centimètres, entourées deux ensemble 




Fi g. 422. — Pin piuier ou pin à pignons. 

par une petite gaine. Les chatons mâles sont réunis en grappes, 
au nombre de 15 à 20, sur des rameaux grêles : chaque chaton 
n'a que 14 millimètres de longueur, et les anthères sont surmon- 
tées d'une crêle arrondie et denticulée. Les cônes sont trois ans à 
mûrir; ils sont ovoïdes-arrondis, longs de 10 à 11 centimètres, 
formés d'écaillés serrées, dont la partie saillante a la forme d'une 
pyramide surbaissée et arrondie, à sommet ombiliqué. Les graines 
sont beaucoup plus grosses que dans les autres espèces de pins, et 
sont pourvues d'une aile comparativement plus courte et très- 
facile à séparer. On donne toujours à ces graines le nom de Pignons 
doux, pour les distinguer des graines acres et purgatives du Curcas 



CONIFÈRES. — SAPINS ET MÉLÈZES. '245 

pwrgans (Euphorbiacées), qui sont appelées pignons d'Inde. Elles 
sont oblongues, un peu anguleuses, formées d'une enveloppe os- 
seuse presque fermée et d'une amande blanche, huileuse, d'une 
saveur douce et agréable. Ces amandes sont recherchées sur la 
table en Italie et en Provence, et on en fait aussi d'excellentes 
dragées. On les a quelquefois prescrites en émulsion. Le pin à pi- 
gnons est originaire de l'Orient et de l'Afrique septentrionale; il 
est répandu en Italie, en Espagne et dans le midi de la France. 
Son bois sert pour les constructions navales. 

Pins à cinq feuilles dans la même gaine. 

Pin hérissé, Pinus rigida : — Amérique septentrionale. 
Pin têda, Pinus Tœda: — Caroline et Virginie. 
Pin austral ou Pin des marais, Pinus austvalis, Michx; Pinus 
palustris, Mil!. : — Virginie, Caroline, Géorgie, Floride. 

Pins à trois feuilles dans la même gaine. 

Pincembro, Pinus Cembra: — Alpes, Sibérie. 

Pin de Weimouth, Pinus Strobus: — Nord de l'Amérique, Ca- 



SapiM et mélèzes. 

Les sapins et les mélèzes, dont Tournefort avait fait deux 
genres séparés des pins, y ont été réunis par Linné, et après lui 
P&r Lambert et Endlicher. Ils diffèrent cependant assez des pins 
par leur port et par des caractères tirés de leurs feuilles et de 
leurs cônes, pour qu'on puisse en faire des genres distincts. Les 
^pïns (genre Abies) ont les feuilles courtes, roides, solitaires, et 
les cônes formés d'écaillés amincies et à bord arrondi au som- 
met. Les mélèzes (genre Larix) ont les cônes formés d'écaillés 
ai **incies au sommet, comme les sapins ; mais leurs feuilles sor- 
tent fascicuiées de bourgeons sous-globuleux, et deviennent en- 
file éparses et solitaires lorsque le bourgeon s'allonge pour for- 
cer les jeunes rameaux. 

Sapin argenté, vrai sapin ou avet (1), Abies pectinata, DC, 
^*ie» taxifolia, Derf., Pinus picea, L. Cet arbre s'élève en pyramide 
^ la hauteur de 30 à 40 mètres; ses branches sont disposées par 
v ferticilles assez réguliers et sont dirigées horizontalement ; ses 
feuilles sont éparses sur les jeunes rameaux, mais sont comme 
Comprimées et dirigées sur deux rangs opposés, ce qui leur donne 

(1) Avet est dérivé de l'italien abeto, qui vient lui-même de abies. 



VU DICOTYLÉDONES MONOCïlLÀMYDÉES. 

L'aspect du feuillage de l'if ou des dénis d'un peigne (de lu le nom 
A 9 Aines taxi folia ou pectinata). Ces feuilles sont Linéaires, pla 
coriaces* obtuses ou échaucrées au sommet. Elles sont luisantes 
cl d'un verl foncé eu dessus» blanehâtrei en de$$om (sauf la ligne 
médiane verte), ce qui a valu à l'arbre, vu d'en bas, le nom de sa- 
pin argenté. Les fleurs mâles forment des chatons isolés dans 
l'aisselle des feuilles; mais lrès~rapprochés el nombreux vers 
l'extrémité des rameaux supérieurs. Les fleurs femelles forment 
des chatons presque cylindriques, rougcàlres, disposés au nombre 
de 2 ou 3, non à l'extrémité des rameaux latéraux» mais sur la 
dernière ou l'avant- dernière ramification, Ces chatons sont diri- 
gés vers le ciel et conservent celte position en devenant des cô- 
nes ovoïdes allongés, formés d'écaillés planes, arrondies, non ex- 
cavées à la base, serrées et imbriquées. Chaque écaille est accom- 
pagnée sur le dos d'une bractée persistante, terminée par une 
pointe aiguë, qui parait au dehors du cône. Les graines sont assez 
volumineuses, au nombre de 2 à la hase de chaque écaille, entou- 
rées d'une aile membraneuse persistante. 

Le sapin croît sur toutes les hautes montagnes de l'Europe, et 
principalement sur les Alpes du Tyrol, du Valais, du Dauphiné ; 
dans les Ce venues, les Vosges, le Jura, la Forêt noire* en Suède 
et en Russie. Indépendamment de sa térébenthine, dont nous 
parlerons plus loin, il fournil un bois, qui est un des plus usités 
dans toutes les constructions civiles, navales, et même pour l'in- 
térieur de nos habitations et pour nos meubles. On lui a long- 
temps attribué les bourgeons de sapins, qui sont composés de 5 oi: 
6 bourgeons coniques arrondis, verticïllés autour d'un bourgeon 
terminal, plus gros et long de î i à 27 millimètres* 

Ces bourgeons sont revêtus d'écaillés rougeâtres, agglutin 
et sont tout gorgés de résine, dont une partie exsude sous formt 
de larmes à leur surface. Leur odeur et leur saveur sont résineu- 
ses, légèrement aromatiques. On les emploie dans les affections 
scorbutiques, goutteuses, rhumatismales et contre les maladies 
du poumon. [Ces bourgeons nous arrivent acluellement de la 
Bourgogne et de la Champagne ; niais ils proviennent en réalité 
du Pin m gt/lvestri$.] 

Balmieh m ■Cax.uià, Àbies bakamea, ftfilL ; Mit» b , L, 

Ce sapin a les plus grands rapports avec notre sapin commun, eu 
il a le môme port; ses feuilles sont planes, distiques, blanches en 
dessous; ses cônes sont dirigés vers le cîel, ovoïdes, à écailles 
linces, arrondies, accompagnées de bractées; mais il forme un 
re beaucoup moins élevé ; ses é ta mi nés sont chargées d'une 
petite crele qui n*a le plus souvent qu'une dent» et ses bractées 

il ovales au lieu d'être allongées. Cet arbre croit naturellement 



CONIFÈRES. — SAPINS ET MÉLÈZES. 247 

dans les régions froides de l'Amérique septentrionale; on le trouve 
également en Sibérie, d'après M. Ferry. Il fournit, au Canada, 
une térébenthine d'une odeur très-suave, qui présente également 
les plus grands rapports avec celle du sapin. 

Sapin du Canada, Abies canadensis, Michx. ; Pinus canadensis, 
L. ; Hemlok spruce ou Perusse. Arbre de 20 à 27 mètres de hauteur, 
à feuilles linéaires, planes, obtuses, longues de 41 à 14 millimè- 
tres, vertes et luisantes en dessus, d'un vert plus pâle et un peu 
blanchâtre en dessous, éparses, mais disposées de manière à pa- 
raître placées sur deux rangs opposés. Les fleurs mâles sont réu- 
nies en chatons axillaires très-courts et arrondis; les fleurs 
femelles sont situées à l'extrémité des rameaux, et il leur succède 
de petits cônes ovales, pendants. Ce sapin croît au Canada et 
dans les parties septentrionales des États-Unis. Son bois est d'une 
mauvaise qualité, mais son écorce est utile pour le tannage des 
cuirs. Je ne connais pas son produit résineux. 

Sapin élevé, faux sapin, pbsse ou épicéa, Abies exce/sa, Poir. ; 
Pinus Abies, L. Cet arbre habite les montagnes de l'Europe, et 
principalement, en France, les Alpes, les Vosges et les Pyrénées. 
H s'élève à 40 mètres et plus de hauteur; ses rameaux sont .ver ti- 
tillés, ouverts à angles droits, et forment une pyramide régu- 
lière. Ses feuilles sont linéaires, quadrangulaires, pointues, d'un 
vert sombre, insérées tout autour des rameaux, et articulées sur 
on petit renflement de l'écorce. Les fleurs mâles forment des 
chatons épars çà et là le long des rameaux ; les chatons femelles 
sont solitaires à L'extrémité des jeunes rameaux, et produisent 
des cônes pendants, longs de 11 à 16 centimètres, cylindriques, 
quelquefois d'un rouge vif dans leur jeunesse, roussâtres à leur 
maturité. Leurs écailles sont planes et échancrées au sommet. Cet 
arbre produit une térébenthine épaisse et presque solide, nom 
mée communément Poix de Bourgogne. 

Sapin blanc,' sapinette blanche ou épi nette blanche, A Mes 
û/te, Michx. Arbre assez semblable au précédent, originaire du 
nord de l'Amérique, très-commun en France dans les grands 
jardins et les parcs d'agrément. Il n'excède pas 16 mètres dans 
*on pays natal, a les feuilles très-courtes, d'un vert pâle et comme 
bleuâtre; les chatons mâles ressemblent à ceux de l'Epicéa; mais 
fes cènes n'ont que 45 à 63 millimètres de longueur et sont épars 
en grand nombre le long des rameaux, ou sont solitaires, opposés 
oo verlicillés à l'extrémité. Les écailles sont parfaitement arron- 
dies et sans échancrure au sommet. 

Sapin noir, épinette noire, Abies nigra. Originaire du nord de 
l'Amérique, et moins répandu dans les jardins que le précédent, 
cet arbre serait cependant plus utile par son bois, qui réunit la 



m 



DICOTYLÉUONES MONOCfiLAMYDÉES, 



force a la légèreté ; il peut s'élever jusqu'à 24 ou 25 mètres; ses 
feuilles sont semblables a celles du sapin blanc, mais d'un vert 
plus foncé, et ses fruits sont encore moi lié plus petits. Bu Amé- 
rique, on pré parc avec une décoction de ses jeunes rameaux, 
additionnée de mélasse ou de sucre, une sorte de bière, dite Ûtère 
desprttn*. L'Arbre est peu résineux. 

Mélèze d'Europe, Larix ouropœa^ DC, Le mélèze peut croître 
jusqu'à 30 ou 35 mètres de hauteur. Son tronc, parfaitement 
droit, produit des branches nombreuses, horizontales, disposé 
par étages irréguliers, et dont L'ensemble /orme une vaste pyra- 
mide. Ses feuilles sont étroites, linéaires, aiguës, éparses sur les 
jeunes rameaux, mais fasciculées sur les autres et caduques l'hi- 
ver, ce qui distingue le mélèze de tous les autres arbres conifères 
d'Europe. Les chatons mâles et femelles sont très-petits, épars 
sur les rameaux, ei les derniers deviennent des cônes redressés, 
ovoïdes, longs de 3 centimètres environ, formés d'éeai Iles assez 
lâches, minces, arrondies, avec une petiLe pointe à l'extrémité. 
Le mélèze croit sur les Alpes et sur l'Apennin, en Italie, en Aile 
magne, en Russie et en Sibérie, Il n'existe naturellement, dit-on, 
ni en Angleterre ni dans les Pyrénées. Son bois, qui est rougeâtre, 
plus serré et plus fort que relui du sapin, résiste pendant des siè- 
cles aux actions destructives de l'eau, de l'air et du soleil. Les 
chalets suisses sont souvent entièrement construits en bois de 
mélèze, qui leur donne une durée presque indéfinie. 

C'est sur le tronc des vieux mélèzes que croit l'agaric blanc 
{Polt/porus officinatis) r dont nous avons parlé précédera mon 
(page 64), C'est également le mélèze qui fournit la manne de 
&riançoti t substance blanche, sucrée et laxalive, comme la manne 
des frênes, qui exsude sous la forme de petits grains blancs, des 
feuilles des jeunes individus, le matin avant le lever du soleil, 
dans les mois de juin et de juillet* [Cette substance contient un 
sucre particulier, découvert par M. Bcrthelot (I) et nommé par 
lai mélêzilose ; il est analogue au sucre de canne, a la même for- 
mule C^ii^Û 11 , mais un pouvoir rotatoire supérieur, un goût 
moins sucré, une fermentation beaucoup plus difficile.] La manne 
du Briançon est rare et inusitée, et le principal produit du mélèze 
ea sa térébenthine, dont il sera traité plus loin. 

Cèdre on Liban, larix Cedrus* Cet arbre est un des plus beaux 
et des plus grands que nous connaissions. Il s'élève quelquefois 
à 33 mètres de hauteur avec un tronc de H a 10 mètres de circon- 
férence* 11 se distingue surtout par des ramifications puissantes 
qui s'étendent horizontalement à une grande distance, ressena- 



i 



CONIFÈRES. — CÈDRE DU LIBAN. 249 

blant plutôt elles-mêmes à des arbres qu'à des branches. Ses 
feuilles sont étroites, triangulaires, glabres, persistantes, éparses 
sur les plus jeunes rameaux qui poussent en longueur, disposées 
par paquels ou fasciculées sur les rameaux.à fleurs qui sont âgés 
de quelques années. Les cônes sont elliptiques, longs de 8 à 9 cen- 
timètres, épais de 5 à 6, formés d'écaillés très-serrées, planes et 
très-larges, portant à la base deux graines surmontées d'une aile 
membraneuse et à amande huileuse. 

Le cèdre est originaire du mont Liban ; il en découle, pendant 
l'été, une résine liquide et odoriférante, nommée anciennement 
cedria. Il a été transporté pour la première fois en Angleterre 
en 1683, et de là, en France, en 1734. Le premier pied planté au 
Jardin des Plantes de Paris, par Bernard de Jussieu, s'y voit en- 
core à l'entrée du Labyrinthe. A l'âge décent quatorze ans, il n'a- 
vait pas plus de 3",28 de circonférence ; on peut juger d'après cela 
que les cèdres cités par plusieurs voyageurs pour avoir 12 mètres 
de. tour devaient être âgés de neuf à dix siècles (1). 

Les écrivains hébreux ont souvent parlé du cèdre et ont fait 
l'emblème de la grandeur et de la puissance; ils regardaient son 
bois comme incorruptible, et ont assuré que le temple de Jérusa- 
lem, bâti par Salomon, avait été construit avec des cèdres cou- 
pés sur le mont Liban. Mrâ le bois de cet arbre est loin de mériter 
sa réputation ; il est légflr, d'un blanc roussâtre, peu aromatique, 
sujet à se fendre par la dessiccation. Il est possible qu'on ait pris 
pour du bois de cèdre des bois de mélèze, de cyprès ou de gené- 
vriers, qui sont, en effet, plus beaux, plus aromatiques et beau- 
coup plus durables. 

(I) Le grand cèdre du Jardin des Plantes, mesuré le 20 juillet 1848, à l m ,5 
de terre, m'a présenté 3 n ,28 ^e circonférence. Si Ton pouvait supposer que 
son accroissement en grosseur eût été égal pendant les cent quatorze années 
de son existence, il en résulterait un accroissement annuel en circonférence 
de 0"», 024 47 ; d'où Ton conclurait ensuite qu'un cèdre de 12 mètres de circon- 
férence serait âgé seulement de quatre cent quatre-vingt-dix ans; mais cette 
évaluation serait bien au-dessous de la vérité. En effet, le 20 janvier 1817, le 
Blême cèdre, mesuré par M. Loiselcur-Deslongchamps, à l m ,5 de terre, avait 
• pieds 10 pouces de circonférence, soit 2 n> ,87. En comparant cette mesure à 
CeUe donnée ci-dessus, nous trouvons : 

Augmentation en circonférence, en 31"*,5 0,41 

— — année moyenne 0,01301G 

— en diamètre, année moyenne 0,004159 

— sur le rayon, ou épaisseur d'une couche 

annuelle 0,005079 

Si Ton calcule l'âge d'un cèdre du Liban de 12 mètres de circonférence, à 
liaison d'une augmentation annuelle de m ,013, on trouve neuf cent vingt-deux 
*ns. Mais il est certain qu'un pareil cèdre serait encore beaucoup plus âgé, la 
lenteur progressive de la croissance, après le premier siècle, dépassant de 
beaucoup l'excédant décroissance pendant les premières années. 



250 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Je parlerai des Dammara et des Araucaria, conifères gigantes- 
ques de l'Australie et de l'Amérique méridionale, en traitant de 
leurs produits résineux. 

Produits résineux des arbres conifères. 
Résine sandaraque. 

Suivant une opinion anciennement et généralement suivie, cette 
résine découlerait, en Afrique, d'une grande variété du genévrier 
commun {Juniperus communis), ou de Toxicèdre (Juniperus Ooxice- 
drus). Plusieurs auteurs ont môme décrit la résine de l'oxicèdre 
et lui ont donné des caractères qui se rapportent à ceux de la 
sandaraque. Mais, d'après Schousboe, voyageur danois, le gené- 
vrier commun ne croît pas en Afrique; et, d'après Broussonnel, 
cité par Desfonlaines (1), le Thuya articulata (Callitrisquadriualvis, 
Ventenat) produit la résine sandaraque, dans le royaume de Ma* 
roc. Il est possible, après tout, que ceux qui ont répandu la pre- 
mière opinion aient pris le thuya articulé pour un genévrier. 

La sandaraque est en larmes d'un jaune très-pâle, allongées, 
recouvertes d'une poussière très-fine, à cassure vitreuse et trans- 
parente à l'intérieur; elle a une odeur très-faible, une saveur 
nulle ; elle se réduit en poudre sous la dent, au lieu de s'y ramollir 
comme le fait le mastic; elle est insoluble dans l'eau, soluble 
dans l'alcool, peu soluble dans l'éther, insoluble dans l'essence 
de térébenthine; elle forme avec l'alcool un très-beau vernis, 
d'où même lui est venu le nom de vernix que lui donnent plu- 
sieurs ^uteurs ; elle est très-peu employée en médecine, et sert 
surtout à la préparation des vernis; on l'emploie aussi réduite en 
poudre, sur le papier déchiré par le grattoir, afin d'empêcher 
l'encre de s'y répandre et de brouiller l'écriture. 

Térébenthine et antres produits des sapins et des pins. 

Chez les anciens, le mot térébenthine n'était d'abord qu'un nom 
adjectif, qui, joint au nom générique résine, s'appliquait exclusi- 
vement au produit résineux du Ptstacia Terebinthus. Résina tert- 
benthina voulait dire résine de lérébinthe, comme Résina lentiscma 
signifiait résine de lentisque; Résina abietina, résine de sapin; et 
ainsi des autres. 

Mais la prééminence qui fut pendant longtemps accordée à la 
résine térébenthine, jointe à la suppression du mot résine, a fini 
par convertir l'adjectif en un nom substantif et spécifique, et 

(1) Desfontaines, Flora Allant., p. 353. 



CONIFÈRES. — TÉRÉBENTHINES. 251 

ce nom est devenu générique à son tour, lorsqu'on l'eut appliqué 
à d'autres résines liquides, que Ton s'est cru autorisé à substituer 
àla première. Enfin, de nos jours, le nom térébenthine a reçu en- 
core une plus large application, qui consiste à le donner à tout 
produit végétal, coulant ou liquide, essentiellement composé d'es- 
sence et de résine, sans acide benzoïque ou cinnamique, telles, 
que les résines liquides des Copahifera,BalsamodendronMedwigia 9 
Calophyllum, etc. Il ne sera question pour le moment que des té- 
rébenthines produites par les conifères, les autres devant être 
décrites suivant Tordre des familles des arbres qui les fournissent. 

Térébenthine du Mélèze. 

Cette résine était connue des anciens qui la tiraient des mômes 

contrées que nous; car Dioscoride nous dit : « On apporte de la 

Gaule subalpine (la Savoie) une résine que les habitants nomment 

tortiee, c'est-à-dire tirée du larix;» mais il ne nous en apprend 

pas davantage. Pline la définit assez bien en disant: « La résine 

du larix est abondante; elle a la couleur du miel, est plus tenace 

fctûe se durcit jamais; » mais il connaissait bien peu l'arbre, 

puisqu'il le suppose toujours vert, comme les pins et les sapins. 

Galien loue beaucoup la résine du mélèze et l'assimile pres- 
que à la térébenthine. « Parmi les résines, nous dit-il, il y en a 
deux très-douces ; la première est nommée térébenthine, la se- 
conde lance. 9 

Et ailleurs : « Quant à nous qui savons que la meilleure de 
toutes les résines est la térébenthine, nous l'employons pour la 
confection des médicaments; et cependant, si nous n'avons que 
de la larice, qui empêchera que nous ne nous en servions, puis- 
qu'elle est presque semblable à l'autre, etc. ? » 

On peut dire que c'est Galien qui a fait la réputation de la résine 
du mélèze, et qui a été cause aussi de la confusion qui a si long- 
temps existé entre les différents produits qui portent aujourd'hui 
le nom de térébenthine ; d'abord, par la disparition presque com- 
plète de celle du térébinthe que l'on jugeait à peu près inutile de 
se procurer; ensuite par l'idée qui s'est généralement répandue 
que la térébenthine du mélèze devait être la plus belle de celles 
de l'Europe occidentale, ce qui n'est vrai que pour la térében- 
thine du sapin ; de telle sorte que presque toujours les commer- 
çants ont pris pour térébenthine du mélèze celle du sapin, et ré- 
ciproquement. 

Dans un mémoire (1), j'ai dit comment j'avais dû un pre- 
mier échantillon authentique de térébenthine du mélèze à 

(1) Guibourt, Journal de pharmacie. T. XXV. 



252 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

M. Bonjean père, pharmacien à Chambéry. Celle térébenthine, 
récollée exprès dans les bois de l'évoque de Maurienne, était 
épaisse, très-consistante, uniformément nébuleuse, d'une odeur 
toute particulière, tenace, un peu faligante, plus faible cependant 
que celle de la térébenthine citronnée du sapin, mais bien moins 
. agréable; plus faible aussi que celle de la térébenlhine de Bor- 
deaux et toute différente. Elle offre une saveur très-amère, per- 
sistante, jointe à une grande âcreté à la gorge. 

La térébenlhine du mélèze conserve très-longtemps sa môme 
consistance, sans former à l'air, et encore moins dans un vase 
fermé, une pellicule sèche et cassante à sa surface. Lorsqu'on 
l'expose à l'air, étendue en couche mince sur une feuille de pa- 
pier, quinze jours après le doigt qu'on y pose y adhère aussitôt et 
fortement. Sa propriété siccative est donc à peu près nulle, ainsi 
que l'ont dit Pline et Jean Bauhin. Elle ne se solidifie pas non plus 
sensiblement par l'addition d'un seizième de magnésie. Enfin elle 
se dissout complètement dans cinq parties d'alcool à 35 degrés. 

La térébenthine du mélèze n'est pas rare dans le commerce de 
Paris, où l'on trouve trois espèces de ce genre bien distinctes : 

1° La térébenthine commune, ou térébenthine de Bordeaux, épaisse, 
grenue, opaque, d'odeur forte, très-usitée chez les marchands de 
couleurs, mais rejetée de l'officine des pharmaciens; 

2° La térébenthine au citron, la plus belle de toutes, liquide, 
d'une odeur très-suave, d'un prix élevé, rarement employée ; 

2° La térébenthine fine ordinaire, la plus usitée dans les pharma- 
cies, où on la nomme souvent térébenthine de Strasbourg, mais ve- 
nant en réalité de Suisse. C'est celle-ci qui est produite par le mé- 
lèze. La seule différence qu'elle présente avec l'échantillon de 
Maurienne, c'est que, étant récoltée en grand, et filtrée ou repo- 
sée en grandes masses, elle est plus coulante et transparente, 
mais jamais liquide et jamais aussi transparenle que la belle té- 
rébenthine du sapin. Les autres caractères sont tels que ci-dessus. 

Le mélèze fournit très-peu de térébenthine par les fissures na- 
turelles de l'écorce, ou même en y faisant -des entailles avec la 
hache. Pour l'obtenir, on fait avec une tarière des trous au tronc 
de l'arbre, en commençant à i mètre de terre, et en continuant 
jusqu'à la hauteur de 3 à 4 mètres. On adapte à chaque trou un 
canal en bois qui conduit la résine dans une auge, d'où elle est 
retirée pour être passée au tamis. Lorsqu'un trou ne laisse plus 
couler de résine, on la bouche avec une cheville, et on le rouvre 
quinze jours après; il en donne alors une nouvelle quantité et 
plus que la première fois. La récolte dure du mois de mai jus- 
qu'au milieu ou à la fin de septembre; un mélèze vigoureux 
fournit ainsi 3 ou 4 kilogrammes de térébenlhine par année, et il 



CONIFÈRES. — TÉRÉBENTHINE DU SAPIN. 253 

peut en produire pendant quarante ou cinquante ans; mais le 
bois qui en provient n'est plus aussi bon pour les constructions. 
La térébenthine du mélèze, distillée avec de l'eau, fournit 15,24 
pour 100 d'une essence incolore, très -fluide, d'une odeur assez 
douce, non désagréable, mais qui est rejetée par les peintres, 
qui s'imaginent que la qualité de l'essence est en raison de la 
force etde l'âcreté de son odeur. Je parlerai plus loin de ses pro- 
priétés optiques. 

Térébenthine du sapin. 

Térébenthine au citron, térébenthine d'Alsace, de Strasbourg, de 
Venise {i), Bigeon. Cette térébenthine est produite par le vrai sa- 
pin, reconnaissable à ses feuilles planes, solitaires, disposées sur 
deux rangs, blanches en dessous, et à ses cônes ovoïdes, dressés 
vers le ciel, à écailles minces et arrondies, accompagnées de 
bractées persistantes et piquantes. 

Le suc résineux suinte à travers Técorce et vient former, à sa 
surface, des utricules qui paraissent deux fois l'an, au printemps 
el à l'automne. Les habitants des Vosges et des Alpes qu i vont la 
récolter (ce sont ordinairement des gardeurs de troupeaux), crè- 
vent ces utricules en raclant l'écorce avec un cornet de fçr-blanc 
qui reçoit en même temps le suc résineux. Ils vident ce cornet 
dans une bouteille suspendue à leur côté, et filtrent ensuite la ré- 
sine dans des entonnoirs faits d'écorce. Celte térébenthine est 
rare et toujours d'un prix assez élevé; d'abord parce que les utri- 
cules de l'arbre en contiennent si peu que chaque collecteur n'en 
P^ut guère ramasser plus de 125 grammes par jour (2); ensuite 
Parce que les sapins ne commencent à en fournir que lorsqu'ils 
a *U 25 à 27 centimètres de circonférence, et qu'ils cessent d'en 
donner quand ils ont acquis un mètre de tour. Alors, en effet, 
'*écorce est trop dure et trop épaisse pour que les utric u!es puis- 
ant se former à sa surface, et on n'en rencontre plus qu'au som- 
met de l'arbre, où il e.st dangereux de l'aller chercher. 

La térébenthine de sapin est peu colorée, très-fluide, quelque- 
fois presque aussi liquide que de l'huile, ce qui justifie le nom 
*^*t*lio daveto (huile de sapin) que le peuple lui donne en Italie. 
^*^st elle aussi qui a presque toujours été vendue sous le nom de 

(I) [Le nom de térébenthine de Venise est donné assez communément à la té- 

.^^benthine du mélèze, soit par les pharmacopées étrangères, soit dans les 

^odex français antérieurs à la dernière édition : c'est aussi au produit du 

Mélèze que Guibourt donnait encore ce nom dans sa troisième édition de YHis- 

*°îre naturelle des drogues timples.] 

(2) Belon, Sur les conifères, 1553. 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

térébenthine de Venise (Beîon), Elle est trouble et blanchâtre lors 
qu'elle vient d'être récoltée, quoique le suc résineux soit parfai- 
tement transparent dans les utricules de l'arbre; mais il est facile 
de concevoir que l'humidité des parties déchirées se mêle à la 
résine et lui donne de l'opacité^ Par la flUralion au soleil, ou 
par un long repos, l'humidité se sépare ou disparaît, et la résine 
forme alors un liquide transparent et a peine coloré. Son odeur 
est des plus suaves, analogue à celle du cilron; la saveur eu 
médiocrement acre ei médiocrement amère. Elle est assez promp- 
tement siccative a l'air pour qu'une couche mince, étendue sur 
un papier, soit complètement sèche et non collante après qua- 
rante-huit heure*. Klie forme une pellicule dure et cassante à sa 
surface, pour peu que les vases qui la contiennent ne soient pas 
hermétiquement fermés; elle acquiert en même temps une colo- 
ration en jaune qui augmente avec le temps; elle se solidifie 
avec un seize me de magnésie calcinée. Enfin, elle est imparfaite- 
ment soluble dans L'alcool, Ce caractère peut servir h distinguer 
Il térébenthine du sapin de celle du mélèze : ainsi prenez de 
la lérérenthine du mélèze, même très-nébuleuse, elle fur: 
un soluté transparent avec l'alcool rectifié ; prenez, au con- 
traire, de la térébenthine de sapin, bien transparente, son soluté 
alcolique sera trouble et laiteux, et déposera une résine grenue 
insoluble, 

i vue dernière térébenthine a été le sujet d'un beau travail chi- 
mique par M, Amédéc Caillot, Ce médecin, ayant distillé de 
la térébenthine de Strasbourg avec de l'eau, en a d'abord retiré 
l'huile volatile dans la proportion de 0,335, La résine cuite est 
resiée dans la eucm bile avec l'excédant de l'eau qui avait acqui 
de l'amertume et la propriété de rougir le tournesol. Cet acide, 
saturé par les bases alcaline* et autres, a offerL tous les earac 
tètes de l'acide suecjmijiie. Déjà M, Sangiorgio, Lccauu 
Serbat avaient démontré ta présence de l'acide succinique dan 
le produit de la disii liai ion a feu nu de la térébenthine; ma 
on pouvait le supposer produit par l'action du feu, tandis qu 
l'expérience de M. Caillut montre qu'il y existe tout forme 
La résine restant dans l'alambic, qui n'était autre que la 
bmthifte cuite des pharmacies, a été traitée par l'alcool froid qu 
a laissé une résine insoiuèîe, et a dissous deux autres subslanc 
qui uni été séparées par la potasse. 

On évapore, en eflel, le soluté alcoolique à siecîté; on irai 
deux fois le résidu par un soluté de carhonale de potasse ; on d 
cante l'excès de dissolution saline, et on délaye le savon résine 
dans une grande quantité d'eau. Le savon se dissout, tandis qu 
reste une résine insoluble, non saponifiable, non acide ni alcaline 



CONIFÈRES. — TÉRÉBENTHINE DE L'ABIES BALSAMEA. 255 

Irès-fusible, très-soluble dans l'alcool et facilement cristallisable. 
L'auteur a nommé cette substance abiétine. 

Quant à celle que le carbonate alcalin avait convertie en savon, 
on la précipite de sa dissolution par un acide, et on obtient une 
résine très-électro-négative, nommée acide abiédque, qui rougit le 
tournesol, est soluble en toutes proportions dans l'alcool, l'éther 
et le naphte, et qui peut neutraliser les alcalis. Voici les résultats 
de cette analyse : 

Huile volatile 33,50 

Résine insoluble (sous-résine) 6,'iO 

Abiétine 10,85 

Acide abiétique 46,39 

Extrait aqueux contenant l'acide succinique 0,85 

Perte • 2,21 

100,00 

L'essence de térébenthine du sapin pèse 0,863. Elle est très- 
fluide, incolore, d'une odeur très-agréable et assez analogue à 
celle du citron pour qu'elle puisse quelquefois la remplacer (par 
exemple, pour détacher les étoffes). La résine qui reste dans l'a- 
lambic est jaune, transparente et conserve une odeur très-suave, 
semblable à celle du baume du Canada. Ces deux produits, s'ils 
n'étaient pas d'un prix assez élevé, seraient bien préférables à 
l'essence et à la colophane du pin de Bordeaux. 

Térébenthine de l'A blés baliamea. 

Cette térébenthine, plus connue sous le nom de baume de Ca- 
nada y est produite, au Canada, par YAbies balsamea, arbre qui a les 
plus grands rapports avec notre sapin argenté (page 246). La ré- 
sine se produit et se récolte dans la même manière : ainsi, dans le 
temps de la sève, on voit paraître sous l'épiderme de Técorce des 
utricules pleines d'un suc résineux que l'on extrait en crevant les 
utricules avec un cornet, qui sert en même temps de récipient 
pour le liquide. On purifie ce produit en le filtrant à travers un 
tissu. 

Le baume du Canada est liquide, presque incolore et nébuleux 
lorsqu'il est récent; mais il s'éclaircit par le repos et devient alors 
complètement transparent; il possède une odeur très-suave qui 
lui est propre, et une saveur acre et un peu amère. Exposé en 
couches minces à l'air, il s'y sèche* en quarante-huit heures; il se 
dessèche de même dans des bouteilles fermées, mais en vidange, 
et en prenant une couleur d'un jaune doré de plus en plus 
foncée. La térébenthine du sapin présente le même caractère de 



256 DICOTYLÉDONES MO.NOCHLÀMYDÉES. 

coloration, mais d'une manière beaucoup moins marquée. Il se 
solidifie par un seizième de magnésie calcinée, et il est très-im- 
parfaitemement soluble dans l'alcool. On voit que tous ses ca- 
ractères sont semblables à ceux de la térébenthine de sapin ; 
aussi est-ce celle-ci qu'il faudrait employer pour le premier, s'il 
venait à nous manquer ; de même que la térébenthine de Ghio 
n'est bien remplacée que par le mastic. Quant à la térébenthine 
du mélèze, qui ne ressemble à aucune autre, elle ne peut ni les 
remplacer ni être remplacée par elles. 

Le baume du Canada a été vendu anciennement en Angle- 
terre comme baume de Giléad, et en a conservé le nom dans le 
commerce. Le vrai baume de Giléad, dit aussi baume de Judée et 
baume de la Mecque, est une térébenthine liquide et d'une odeur 
toute différente, quoique très-agréabfc également, produite par 
le Balsamodendron Opobalsamum, de la famille des Buséracées. 

Baume de Salnt-Thomé. 

Je mentionne ici le baume de Saint-Thomé, à cause de son 
analogie avec les térébenthines des Conifères ; mais j'en ignore 
l'origine. J'en ai deux échantillons : l'un m'a été donné par 
M. Duprey, du Havre, et l'autre par M. Lésant, de Nantes. Tous 
deux sont renfermés dans des coques de cocos; celui de Duprey 
est beaucoup plus pur que l'autre. 11 a la forme d'une térében- 
thine solidifiée, transparente, d'un rouge orangé en masse, d'un 
jaune doré en lame mince. Il a une odeur forte, aromatique, peu 
agréable, et une amertume considérable. Il est entièrement so- 
luble dans l'alcool. 

Il existe, près de Madras, une ville appelée Meliapour, nommée 
par les Portugais Saint-Thomé ; on trouve une autre ville de Saint- 
Thomé, sur la rive droite de l'Orénoque, en Amérique, sans comp- 
ter la grande île de Saint-Thomas, dans le golfe de Guinée ; l'Ile 
Saint-Thomas des Antilles ; une ville du bas Canada, etc. On 
peut faire bien des conjectures sur l'origine du baume de Saint- 
Thomé. 

Poix dei Vosg-ei. 

Poix de Bourgogne, poix jaune, poix blanche. Cette substance 
est une térébenthine demi-solide, obtenue par des incisions faites 
au tronc de la pesse ou faux sapin, ou epicea, Abies excelsa de La~ 
marck, Pinus Abies de Linné (I). Cet arbre diffère autant du sapin 

(i) Linné s'est quelquefois trompé dans l'emploi qu'il a fait des noms anciens 
ou vulgaires des végétaux. Dans le cas présent, il a certainement eu tort de* 
donner au vrai sapin, Abies des Latins, le nom de Pinus Ptcia, étala pesse 00 
epicea, le nom de Pinus A Lies. 



CONIFÈRES. — ENCENS DE SUÈDE. 257 

par le siège et la nature de son suc résineux que parles caractè- 
res botaniques indiqués p. 248. Il ne présente pas d'utricules ré- 
sineuses sur l'écorce, et tandis que le sapin, d'après Duhamel, 
De produit que très-peu de résine par des incisions faites à l'é- 
corce, la résine de l'épicéa ne peut être obtenue autrement. 

Cette résine est incolore d'abord, demi-fluide, trouble, et son 
odeur offre beaucoup d'analogie avec celle de la térébenthine du 
sapin; elle coule le long du tronc, se dessèche à l'air et prend, 
par parties, une couleur fleur de pêcher ou lie de vin, et acquiert 
une odeur plus forte qui, sans être désagréable, présente quelque 
i analogie avec celle du castoréum. Le tout, détaché avec une ra- 
cloire, et fondu avec de l'eau dans une chaudière, donne une poix 
opaque et d'une couleur fauve, assez foncée. Celte poix est solide et 
cassante à froid ; mais elle coule toujours avec le temps, se réunit 
en une seule masse, et prend la forme des vases qui la contien- 
nent. Elle est très-tenace et adhère fortement à la peau ; elle pos- 
sède une odeur toute particulière, assez forte, presque balsamique, 
et une saveur douce, parfumée, non amère. Elle est imparfaitement 
soluble dans l'alcool, fournit un soluté alcoolique rougeâtre et 
amer, et laisse un résidu insoluble, analogue à celui de la téré- 
benthine du sapin. 

A Bordeaux, à Rouen et dans d'autres villes manufacturières, 
on fabrique une poix blanche factice qui est substituée, la plu- 
part du temps, à la poix naturelle. Cette substitution peut paraî- 
tre peu importante, et cependant si la saveur, l'odeur et la nature 
propre des médicaments ne sont pas sans influence sur leurs pro- 
priétés médicales, la confusion qui s'est établie entre ces deux 
substances résineuses est loin d'être indifférente. 

La poix blanche factice est fabriquée avec du*galipot du pin 
maritime, ou de la résine jaune, et de la térébenthine de Bor- 
deaux ou de l'essence de térébenthine ; le tout fondu et brassé 
avec de l'eau. Cette poix est presque blanche, ou l'est d'autant 
plus qu'elle contient plus d'eau interposée. Elle est coulante; 
mais elle devient facilement sèche et cassante à sa surface. Elle 
aune saveur amère très-marquée, même non dissoute dans l'al- 
cool, elle possède l'odeur forte de la térébenthine de Bordeaux 
°u de son essence ; quelquefois même elle présente une odeur de 
Poix noire ; enfin elle est entièrement soluble dans l'alcool. 

Encens de Suède ou de Russie. 

H y a bien des années déjà que M. Béral m'a remis l'échantil- 
*?a d'une résine de pin, usitée en Russie pour faire des fumiga- 
''oas aromatiques dans les appartements. Cette résine était en 

GunoviT, Drogues, T édit. T. II. — 17 



258 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

larmes irrégulières, fragiles, rougeâtres à la surface, mais opa- 
ques el blanchâtres à l'intérieur; d'une odeur forte et balsami- 
que, tenant quelque chose du casloréum ; d'une saveur très- 
amère ; elle était contenue dans un cornet fait d'écorce d'épicéa. 
Une princesse russe, résidant à Paris, voulut en vain se procurer 
chez nous cette résine à l'usage de laquelle elle était habituée; ne 
pouvant y parvenir, elle fut contrainte de la faire venir de Russie. 

Cette substance, cependant, était déjà parvenue plusieurs fois 
en France ; une première fois, elle m'avait été donnée comme 
résine tacamaque, et je la décrivis sous ce nom (1). Plus tard, je 
la retrouvai dans le droguier de l'École de pharmacie, contenue 
dans la même écorce d'arbre; enfin, M. Ramon de ltf Sagra ap- 
porta de Cuba la même résine odorante, produite par un pia 
de Cuba, dont il n'avait pu déterminer l'espèce. Cette résine 
était en larmes sphériques assez volumineuses, d'un aspect terne 
et rougeâtre à l'extérieur, mais blanchâtres, opaques et d'une 
cassure nette à l'intérieur. Cette cassure rougit à l'air, et alors la 
résine prend une singulière ressemblance avec certains casto- 
réums à cassure rouge et résineuse. Sa poudre a la couleur delà 
brique pilée. Sa solution dans l'alcool parait complète, sauf 
pour les impuretés qu'elle peut contenir. 

Je parle de cette substance à la suite de la poix de YAbies ex- 
celsa, parce que, suivant Haller, cité par Murray, la résine qui se 
fait jour spontanément à travers Fécorce de cet arbre se concrète 
sous la forme de larmes qui répandent une odeur agréable lors- 
qu'on les brûle, ce qui lui a fait donner le nom d'encens (en sué- 
dois yran kada) ; parce que cette résine, en se desséchant sur 
l'arbre, prend en partie, ainsi que nous l'avons vu, la couleur 
rodge et l'odeur particulière de l'encens de Russie; enfin parce 
que celui-ci se trouve contenu dans une écorce rouge et com- 
pacte qui me paraît bien être de l'écorce d'épicéa, ce qui établit 
autant de présomptions qu'il est produit lui-même par l'épicéa. 
Cependant Murray ajoute que, suivant d'autres personnes, cet 
encens est produit par le pin sauvage, et nous venons de dire 
qu'en Russie, comme à Cuba, on l'attribue à un pin; il y av»H 
donc une sorte d'égalité, pour la valeur, entre ces deux opinions 

Je cherchais à m'éclairer sur ce sujet lorsque visitant, au Ja T 
din des plantes de Paris, des troncs d'arbres abattus, j'en tro** 
vai un couvert d'excroissances d'une résine tout à fait sembl* 
ble à celle qui fait le sujet de cet article. Ce tronc appartenait 
un pin laricio, et j'en.trouvai un autre, encore sur pied et mal J 
dif, qui m'offrit une exsudation résineuse toute semblable. - 

(1) Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples, V édition. 



CONIFÈRES. — TÉRÉBENTHLNE DE BORDEAUX. 259 

crois donc pouvoir dire que la résine balsamique, nommée encens 
de Russie, peut être fournie par plusieurs arbres conifères, et 
qu'elle Test certainement par l'épicéa et le pin laricio. 

Térébenthine de Bordeaux. 

Celte térébenthine découle du Pinus maritima, qui croît abon- 
damment dans les environs de Bordeaux, et entre cette ville et 
Bayoane. On commence à exploiter l'arbre à l'âge de trente ou 
de quarante ans, et on le travaille chaque année depuis le mois 
de février jusqu'au mois d'octobre, plus ou moins, selon que 
' l'année a été plus ou moins belle. Pour cela on fait une entaille 
au pied de l'arbre avec une hache dont les angles sont relevés en 
dehors, afin qu'elle n'entre pas trop avant, et on continue tous 
les huit jours de faire une nouvelle plaie au-dessus de la pre- 
mière, jusqu'au milieu de l'automne. Chaque entaille a 8 centimè- 
tres de largeur et environ 2 eettt , 5 de hauteur, de sorte que, lors- 
qu'on a continué d'en faire du même côlé pendant quatre ans, on 
se trouve arrivé à la hauteur de 2 m ,6 à 2 m ,9. Alors on entame le 
tronc par le côlé opposé, et on continue ainsi tant qu'il reste de 
l'écorce saine sur l'arbre; mais comme pendant ce temps les an- 
ciennes plaies se sont cicatrisées, lorsqu'on a fait le tour de l'ar- 
bre on recommence sur le bord de ses plaies. De celle manière, 
quand l'arbre est vigoureux et que l'exploitation est bien con- 
duite, elle peut durer pendant cent ans. 

La résine qui découle de ces incisions est reçue dans un creux 
fait au pied de l'arbre. On vide ce creux tous les mois, et on 
transporte la résine dans des sceaux de liège jusqu'aux réservoirs 
qui l'attendent. On la nomme alors térébenthine brute, et, dans 
le pays, gomme molle. 

On puriûe la thérébenthine, avant de la livrer au commerce, au 
moyen de deux procédés. Le premier consiste à la faire fondre dans 
one grande chaudière et à. la passer à, travers un filtre de paille ; le 
second, qui ne peut avoir lieu que pendant l'été, s'exécute en 
exposant au soleil la térébenthine contenue dans une grande 
caisse de bois carrée, dont le fond est percé de petits trous. La 
térébenthine, liquéfiée par la chaleur, coule dans un récipient 
placé au-dessous, tandis que les impuretés restent dans le vase 
s &périeur. La térébenthine ainsi purifiée, nommée térébenthine au 
*°feZ, est plus estimée que l'autre, parce qu'elle a moins perdu 
** son huile essentielle et qu'elle a l'odeur de la térébenthine 
^fcrge. Elle est néanmoins inférieure à celle de Strasbourg ; elle 
681 en général colorée, trouble et consistante, d'une odeur désa- 
gréable, d'une saveur acre, amère et nauséeuse. 



260 DICOTYLÉDONES MONOCBLAMYDÉES. 

La térébenthine de Bordeaux présente d'ailleurs un ensemble 
de caractères qui la distingue également des deux térébenthines 
du mélèze et du sapin. 

i° Elle a une consistance grenue, et, lorsqu'on la conserve dans 
un vase fermé, elle forme un dépôt résineux, comme cristallin, 
au-dessus duquel surnage un liquide consistant, transparent, 
quelquefois peu coloré, d'autres fois d'un jaune foncé. 

2° Elle est entièrement soluble dans l'alcool rectifié. 

3° Exposée en couches minces à l'air, elle y devient complète- 
ment sèche en vingt-quatre heures. 

4° Mêlée avec un trente-deuxième de magnésie calcinée, elle 
forme en peu de jours une masse pilulaire et même cassante, de 
sorte qu'en ajoutant à du copahu, non solidifiable par la magné- 
sie, un sixième de térébenthine de Bordeaux, on lui donne cette 
propriété. 

La térébenthine suisse ou du mélèze jouit d'une propriété 
toute contraire : non-seulement elle ne se solidifie pas par la 
magnésie, mais, ajoutée à du copahu qui jouit de celte propriété, 
elle la lui retire. 

La térébenthine de Bordeaux contient environ le quart de son 
poids d'une huile volatile qui est très-usitée en France, dans les 
arts, sous le nom d'essence de térébenthine, ou plus simplement 
d'essence. On obtient ce produit en distillant sans eau la térében- 
thine dans de grands alambics de cuivre munis d'un serpentin* 
L'essence distille accompagnée d'un peu de phlegme acidulé par les 
acides acétique et succinique, et la résine reste dans la cucurbite- 

Cette essence est incolore, très -fluide, d'une odeur forte et 
d'une saveur chaude, non acre ni amère. Elle pèse spécifiquement 
0,874 à 0,880. Elle se dissout en toutes proportions dans l'alcool 
anhydre, mais sa solubilité diminue si rapidement avec la^Force 
de l'alcool, qu'il faut \0 à 12 parties d'alcool à 85 centièmes pour 
en dissoudre une d'essence. Cette essence parait un mélange 
de plusieurs corps isomériques, tous composés de C*°H 16 con- 
densés en 4 volumes (1). Elle absorbe une grande quantité de ga* 
chlorhydrique et se convertit en deux composés, dont l'un solide^ 
blanc et cristallisé, a reçu le nom de camphre artificiel (C*°H 16 -| — 
Cl H). — 

(t) Cette composition ne diffère de celle de l'essence de citrons que par un«=^ 
condensation double, car l'essence de citron égale C I0 H 8 condensés en quatr^^ 
volumes. On pourrait se demander, d'après cela, si l'essence de sapin, qui offr^=^ 
une si grande analogie d'odeur avec celle de citron, n'en contiendrait pas àrt^ 
toute formée. 



CONIFÈRES. — TÉRÉBENTHINE DE BOSTON. 261 

Térébenthine de Boit on. • 

Celle térébenthine vient en Europe par la voie de Boston, donc 
elle porte le nom ; mais elle est tirée principalement de la Vir- 
ginie el de la Caroline, où elle est produite par le Pinus palustris. 
et sans doute aussi en partie par le Pinus Tœda. Elle est unifor- 
mément opaque et blanchâtre, coulante, sans ténacité, d'une 
odeur forte, analogue à celle de la térébenthine de Bordeaux, el 
d'une saveur amère. Elle ressemble à un miel coulant, et elle ne 
se sépare pas, comme la térébenthine de Bordeaux, en deux par- 
ties, dont une transparente. Elle fournit par la distillation avec 
l'eau une essence qui se distingue de toutes les autres par la dé- 
flation qu'elle fait éprouver à la lumière polarisée. 

Biot avait observé anciennement que l'essence de térébenthine 
du commerce français imprimait aux rayons de lumière pola- 
risée une déviation de 34 degrés vers la gauche, et, ayant ensuite 
examiné diverses térébenthines, il avait trouvé que toutes égale- 
ment déviaient la lumière polarisée vers la gauche, excepté le 
baume du Canada, qui lui faisait éprouver une déviation à droite. 
Or, Soubeiran ayant extrait l'essence du baume du Canada avec 
de l'eau et sans eau, cette essence, dans le premier cas, déviait la 
lumière de — 7°, et dans le second de — 19°. Biot en avait con- 
clu que dans tous les cas l'essence de térébenthine déviait la lu- 
mière polarisée vers la gauche. 

Or, la seule essence que Ton trouve en Angleterre étant celle 
retirée de la térébenthine de la Caroline, J. Pereira trouva 
qu'elle déviait assez fortement la lumière polarisée vers la droite; 
de là quelques expériences que nous avons faites, M. Bouchardat 
et moi, dans la vue d'étudier ce môme caractère sur plusieurs 
térébenthines et essences de térébenthine que j'avais à ma dispo- 
sition. Ces expériences laissent beaucoup à désirer sans doute, par 
apport aux térébenthines dont la teinte plus ou moins colorée 
"dit* l'exactitude du résultat. 

Saume de Canada : déviation à droite -f- 12° 

M. Biot a trouvé pour 

L'essence distillée sans eau — 19° 

Et pour l'essence distillée avec de l'eau — 7° 

Térébenthine du sapin : déviation à gauche — 5° 

Id. id — 7° 

Essence dis'tillée avec de l'eau (densité, 0,863).... — 13°, 2 
Tfrébenthine du mélèze : la déviation n'a pu être observée. 

Essence distillée avec de l'eau (densité, 0,867) — 5°, 8 

Térébenthine de Bordeaux transparente — 6° 



262 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

• Essence du commerce non rectifié (densité, 0,880). — 33°, l 

— rectifiée sans eau (densité, 0,87i) — 37°,7 

— rectifiée avec de l'eau (densité, 0,872) — 36° 

— rectifiée avec de l'eau, dernier produit (den- 

sité, 0,889) — 26° 

Térébenthine de la Caroline, filtrée — 9° 

Essence distillée avec de l'eau, du commerce anglais 

(densité, 0,863) + 22°,5 

Cette dernière essence est donc la seule qui dévie vers la droite 
les rayons de lumière polarisée. Elle est aussi limpide que de 
l'eau ; elle offre, dans son odeur affaiblie, un cachet indéfinissa- 
ble, que Ton retrouve dans les vernis anglais, et qui peut servira 
les distinguer des vernis français préparés avec l'essence de Bor- 
deaux. 

Après les térébenthines viennent d'autres produits résineux ti- 
rés des pins ou de la térébenthine elle-même, tels sont le barras 
ou galipotyh colophane, la résine jaune, la poix noire et le goudron. 
Barras ou galipot (anciennement garipot). Cette résine est le 
produit des pins, et surtout, en France, du pin de Bordeaux. On 
conçoit, en effet, que, lorsqu'on cesse chaque année la récolte de 
la térébenthine, les dernières plaies coulent encore ; mais comme 
la température n'est plus assez élevée pour faire écouler prorap- 
tement la résine jusqu'au pied de l'arbre, ou peut-être l'huile vo- 
latile qui lui donne la fluidité ne s'y trouvant plus en aussi grande 
quantité, elle se dessèche à l'air sur le tronc, et se salit depuis la 
plaie jusqu'à terre. On récolte cette résine l'hiver et on la met à 
part; c'est le galipot. Il est sous la forme de croûtes à demi opa- 
ques, solides, sèches, d'un blanc jaunâtre, d'une odeur de téré- 
benthine de pin et d'une saveur amère. Il est entièrement soluble 
dans l'alcool. 

Brai sec, arcanson ou colophane. On nomme ainsi la résine de la 
térébenthine de Bordeaux privée d'essence ; on en trouve deux 
sortes dans le commerce : 1° la colophane de galipot, obtenue ea 
faisant cuire sur le feu et dans une chaudière découverte le gali- 
pot, préalablement fondu et purifié par la filtration (i). Elle est 
transparente, d'un jaune doré, fragile, mais encore un peu molle 
et coulante avec le temps. Elle n'est pas complètement privée 
d'essence, et paraît très-odorante lorsqu'on la pulvérise. 2° La 



(I) Lorsque le galipot, au lieu d'être sec, est encore mou et abondant en huile 
volatile, on ne le dessèche pas à l'air libre : on le fait cuire dans un alambic 
avec de l'eau ; l'huile qu'on en retire se nomme huile de rase. Elle a une odeur 
plus parfumée et moins forte que l'essence de térébenthine; elle est moins es- 
timée des peintres, sans plus de motif sans doute que l'essence de mélèze. 



CONIFÈRES. — COLOPIIÀNE. 263 

colophane de térébenthine , qui reste dans la cucurbile de l'alambic, 
après la distillation à feu nu de la térébenthine. On la soutire par 
un conduit adapté à la partie inférieure de la cucurbite, et on la 
fait couler dans une rainure creusée dans le sable. Elle est solide, 
d'une couleur brune plus ou moins foncée, en raison de la forte 
chaleur qu'elle a éprouvée ; mais elle est toujours vitreuse et trans- 
parente en lame mince. Elle est inodore, très-sèche, cassante et 
friable. Elle est très-sol uble dans l'alcool, l'éther, les huiles gras- 
ses et volatiles. Le pélrole rectifié la sépare en deux parties, 
dont Tune se dissout et l'autre pas. Pareillement, en traitant la 
colophane à froid par de l'alcool à 72 centièmes, on la sépare en 
deux parties : l'une insoluble, mais que Ton dissout dans le 
même alcool bouillant, et qui cristallise par le refroidissement; 
od lui donne le nom d'acide sylvique. 

La portion dissoute par l'alcool froid est précipité par un sel 
de cuivre ; on décompose le sel cuivreux par un acide et on en 
retire une seconde résine acide, non cristallisable, nommée acide 
pinique. Du reste, ces deux acides sont isomériques avec la colo- 
phane, et paraissent composés, comme elle, de C 20 H 16 O 2 . C'est- 
à-dire qu'on peut les considérer comme étant le résultat de l'oxy- 
génation directe de l'essence de térébenthine. 

[D'après les récentes recherches de Maly (1) la colophane n'est 
pas autre chose que de l'acide abiélique anhydre. L'acide sylvi- 
que et Pacide pinique ne sont que cet acide abiétique à des états 
plusou moins impurs. L'auteur assigne à cet acide, qu'il considère 
comme bibasique, la formule C M 64 10 , et le donne comme fu- 
sible à 465°, soluble dans l'éther, la benzine, le chloroforme, l'es- 
prit de bois et le sulfure de carbone. Ce corps se trouve dans le 
suc sécrété par les pins, sapins et mélèzes. Lorsque le suc est ré- 
cent, il est transparent et contient de l'acide anhydre : mais par 
l'action de l'air humide il devient opaque, c'est qu'alors l'acide 
abiélique s'hydrate, et, d'amorphe qu'il était, devient cristallin. 
Les mêmes phénomènes peuvent s'observer chez la colophane, 
qui, sous l'action de l'humidité, perd peu à peu sa transparence 
et se trouve formée d'un très-grand nombre de cristaux d'acide 
abiétique.] 

Résine jaune ou poix-résine. Si, au lieu de soutirer simplement 
le résidu de la distillation de la térébenthine, on le brasse forte- 
ment avec de l'eau, on lui fait perdre sa transparence, et on lui 
communique une couleur jaune sale. Ainsi préparée, cette résine 
porte les deux noms ci -dessus. Elle est en masse jaune, opaque 
et fragile, encore un peu odorante et à cassure vitreuse. 

(0 Maly, Annalen der Chemi-i und Pharmacie, t. GXXIX, p. 94 et siiiv. 



264 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Colophane d Amérique. Cette résine tient le milieu, pour la cou- 
leur, entre les deux sortes de colophanes qui proviennent du pin 
de Bordeaux. Elle est d'un jaune verdâtre et noirâtre vue par ré- 
flexion ; mais, mise entre l'œil et la lumière, elle parait vitreuse, 
transparente et d'un jaune fauve un peu verdâtre. Elle s'arrondit 
et prend la forme des vases qui la contiennent. Elle se pulvérise 
entre les doigts en dégageant une odeur aromatique assez agréa- 
ble. Il est probable qu'elle a été apportée des États-Unis d'Amé- 
rique. 

Poix noire. La poix noire se prépare sur les lieux mêmes où 
croissent les pins et sapins, en brûlant les ûltres de paille qui 
ont servi à la puriûcation de la térébenthine et du galipot, ainsi 
que les éclats du tronc qui proviennent des entailles faites aux 
arbres. Cette combustion s'opère dans un fourneau sans courant 
d'air, de 2 mètres à 2 m ,30 de circonférence et de 2 m ,60à %*$ 
de hauteur. Ce fourneau étant entièrement rempli des matières 
ci-dessus indiquées, on y met le feu par le haut : de cette ma- 
nière, la chaleur fait fondre et couler la résine vers le bas du 
fourneau, avant que le feu ait pu la décomposer entièrement. 
Celle résine est conduite par un tuyau dans une cuve à demi 
pleine d'eau ; là elle se sépare en deux parties : Tune liquide, 
qu'on nomme huile de poix {pisselceon) ; l'autre plus solide, mais 
qui ne l'est pas assez cependant, et que l'on met bouillir dans 
une chaudière de fonte jusqu'à ce qu'elle devienne cassante par 
un refroidissement brusque. On la coule alors dans des moules 
de terre et elle constitue la poix noire. Elle doit être d'un beau 
noir, lisse, cassante à froid, mais se ramollissant très-facilement 
par la chaleur des mains, et y adhérant très-fortement. 

Goudron. Le goudron est un produit du pin, analogue à la poix 
noire, mais beaucoup plus impur. On le prépare seulement avec 
le tronc des arbres épuisés. Pour cela, on divise ces troncs en 
éclats, qu'on laisse sécher pendant un an. On remplit un four 
conique creusé en terre, et on les élève au-dessus du sol de na*' 
nière à en former un cône semblable au premier, et disposé co 
sens contraire. On recouvre le cône supérieur de gazon, et on î 
met le feu. La combustion du bois se trouvant ralentie par cett e 
disposition, la résine a le temps de couler, très-chargée d'huit 
et de fumée, vers le bas du fourneau, où elle est reçue dans tf 
canal qui la conduit dans un réservoir extérieur (/fy. 423). 

C'est là le goudron. 11 laisse surnager, de même que la poi^ 
une huile noire que Ton donne en place de V huile de cade. Celle-~^ 
doit être retirée, par la distilation à feu nu, du bois d'une sor* 1 
de genévrier nommé Poix oxicèdre(Juniperus oxicedrus, L.). Qua* 1 
au goudron, il est d'une couleur brune, granuleux, demi-liquid^ 




CONIFÈRES. — GOUDRON DE HOUILLE. 265 

doué d'une odeur forte et pyrogénée. Son principal usage est 
pour la marine. On remploie en pharmacie pour faire l'eau de 
goudron. 

Poix et goudron de houille. Depuis plusieurs années, on substi- 
tue très-souvent dans le commerce 
la poix et le goudron qui provien- 
nent des produits distillés de la 
houille à la véritable poix noire 
et au goudron des arbres coni- 
fères. 

En supposant que cette substi- 
tution n'ait pas d'inconvénient 
pour les arts industriels, il n'en est 
pas de même pour la composition 
des médicaments, en raison de la 
nature toute différente des princi- 
pes qui constituent ces deux ordres 
de produits. Il n'y a aucune parité 
à établir, par exemple, pour l'odeur 
et la couleur, entre l'onguent basi- 
licura préparé avec la «vraie poix 
noire, et celui pour lequel on a 
employé de la poix de bouille. Il 
n'y a de même aucun rapport de composition ni de propriétés 
médicales entre la véritable eau de goudron, chargée d'acide acé- 
tique, d'esprit de bois, de créosote, de picamare, d'eupione, et 
d'autres produits particuliers provenant de la décomposition des 
principes résineux des arbres conifères, et l'eau neutre et fétide 
préparée avec le goudron de houille. Voici donc les moyens de 
reconnaître la substitution de ces derniers produits aux premiers. 

La poix noire et le goudron véritables sont d'un brun rouge en 
lame mince, et possèdent une odeur qui, bien que fortement 
empyreumatique, n'est pas dépouillée d'une odeur aromatique 
végétale. De plus, l'odeur du goudron est manifestement acide ; 
enfin l'un ou l'autre, bouilli pendant quelques instants dans l'eau, 
lui communique une acidité très-manifeste au papier de tourne- 
■ol. La poix et le goudron de houille ont une couleur noire ver- 
dâtre, vus en lame mince ; ils présentent une odeur tout à fait dé- 
agréable; bouillis avec de l'eau, ils ne lui communiquent qu'une 
acidité nulle ou à peine sensible à la teinture de tournesol. 

Noir de fumée. Le noir de fumée se prépare en brûlant la téré- 

(') A, maçonnerie en brique?. — B, entité elliptique où s'opère la distillation. — C, prille eu 
fer.— -D, ouvreaux ou évcnls pour donner de l'air. — E, conduit p;tr lequel s'écoulent If- pro- 
diit s .-»| r ' f maçouncrie qui apporte un couvercle destiné ù fermer le four. — G. récipient. 



Fi g. 423. — Four à préparer le 
goudron (*). 



266 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

benthine, le galipot, et les autres produits résineux du pin, qui 
sont de rebut, dans un fourneau dont la cheminée aboutit à une 
chambre, qui n'a qu'une seule ouverture fermée par un cône de 
toile. La fumée de ces matières résineuses, qui est très-chargée 
de charbon et d'huile, les abandonne en totalité dans la chambre, 
où on les ramasse ensuite sous la forme d'une poudre noire très- 
subtile. Le plus beau noir de fumée se prépare à Paris. Il entre 
dans la composition de l'encre d'imprimerie et sert dans la pein- 
ture. 

On peut le débarrasser de son huile par l'alcool, et mieux en- 
core par la calcination dans un vase fermé ; alors il offre le char- 
bon le plus pur que Ton puisse obtenir. 

Résines de dammara. 

Ainsi que nous l'apprend Rumphius (I), dammar est un nom 
malais qui dénote toute résine coulant d'un arbre et s'enflara- 
mantaufeu; de même que g ut ta ou gùta s'applique aux sucs 
aqueux et laiteux, produisant des gommes qui se dissolvent dans 
l'eau et s'enflamment difûcilement. Il ne faut donc pas croire, 
ainsi que plusieurs personnes l'ont fait, fluc toutes les résines qui 
peuvent arriver de la Malaisie, sous le nom de dammar, soient de 
même nature, ou qu'elles doivent être produites par un arbre 
conifère du genre Dammara; loin de là, je pense avoir démon- 
tré (i) que la plus abondante de ces résines, celle qui est plus 
spécialement connue sous le nom de dammar, est produite par un 
arbre que l'ona cru appartenir à la famille desAnonacées(l' Unona 
selanica, D. C), mais qui appartient plutôt à celle des Juglandées. 
Plusieurs autres résines, cependant, non moins importantes, sont 
véritablement extraites des dammara; telles sont les suivantes : 

Dammah puti, ou Dammar batu. Cette résine est produite par le 
(Dammara orientalis, Lamb., Dammara alba Ru m ph.) arbre très- 
vaste et très-élevé qui croit sur les montagnes d'Araboine et des 
îles environnantes, et qui se distingue des Conifères dont nous 
avons traité jusqu'ici, par un certain nombre de caractères. D'a- 
bord il est dioïque, et les individus mâles, porteurs de petits cô- 
nes cylindriques et stériles, paraissent beaucoup moins nombreux 
que les individus femelles dont les cônes, formés d'écaillés planes 
et arrondies à l'extrémité, comme ceux du Cèdre, ont la forme 
et la grosseur d'un limon. Les ovules sont solitaires et renversés 
à la base de chaque écaille, qui finit par se séparer de Taxe; les 

(I) Rumphius, Herb. amb., t. II, p. 170. 

(2j Guibourt, Mémoires sur les résines connues sous les noms de dammar, de 
cop'jl et d'animé (Revue scientifique, t. XVI, p. 177.) 



CONIFÈRES. — RÉSINES DE DAMMARA. 267 

graines sont couvertes d'un lest coriace prolongé en deux ailes 
membraneuses inégales. Les feuilles sont persistantes, éparses, 
coriaces, planes, très-entières, sans nervures apparentes, longues 
de80à 95 millimètres, larges de 20 millimètres environ, amincies 
en pointe aux deux extrémités, presque sessiles. 

Les deux arbres, mâle et femelle, surtout le dernier, produisent 
une grande quantité d'une résine transparente, d'abord molle et 
visqueuse, mais qui acquiert bientôt la dureté de la pierre. De là 
son nom dammar batu, qui veut dire résine-pierre. Quant au nom 
dammar puti, qui signifie résine blanche, il est dû à ce que cette 
substance est d'abord incolore comme du cristal, surtout lors- 
qu'elle pend des arbres comme des cônes de glace ; mais elle con- 
tracte à la longue une couleur jaune dorée, en môme temps qu'elle 
perd son odeur. Elle devient alors presque semblable au succin 
ou à la résine animé dure (copal dur). Tel était le dammar puti 
rapporté en 1829 par M. Lesson. Mais, depuis, cette résine a subi 
une nouvelle altération : il s'y est formé des fissures qui rendent 
les morceaux faciles à briser aux endroits où elles se montrent. 
La résine elle-même est devenue nébuleuse et a pris une appa- 
rence cornée; elle exhale à chaud une odeur de résine animé; 
approchée de la flamme d'une bougie, elle s'enflamme en se bour- 
souflant, sans couler par gouttes, et en répandant une fumée irri- 
tante et acide (Rumphiusy, humectée d'alcool rectifié, sa surface 
reste sèche comme celle du succin et ne devient pas collante 
comme celle de l'animé ; traitée en poudre par l'alcool rectifié, 
elle y laisse un résidu considérable, pulvérulent. Elle est plus so- 
luble dans l'éther, mais elle y laisse toujours cependant un résidu 
insoluble, mou et sans ténacité. Elle est très-peu soluble dans 
l'essence de térébenthine. Au total, cette résine présente de grands 
rapports avec le succin. 

Dammar austral. Je nomme ainsi la résine du Dammava aus- 
tralis, arbre des plus élevés parmi ceux de la Nouvelle-Zélande, 
où il porte le nom de kauriou kouri. Il laisse découler de son tronc 
une résine nommée tare par les indigènes, elcowdce gwn, ou 
kouri resin par les Anglais. On en trouve facilement des masses 
de 7 à 8 kilogrammes, tantôt presque blanches et incolores, 
d'autres fois d'un jaune foncé ou d'une couleur mordorée. Cette 
résine est plus ou moins couverte d'une croûte opaque et d'appa- 
rence terreuse. Immédiatement au-dessous, se trouve une couche 
transparente, d'autant plus épaisse que la masse a été plus long- 
temps exposée à l'air. L'intérieur est opaque, et quelquefois d'un 
blanc de lait. Cette résine est fort difficile à briser, en raison d'un 
reste de mollesse qu'elle conserve encore. Elle a une cassure écla- 
tante et glacée, et la pointe du couteau y glisse facilement, sans 



l'entamer. Elle se ramollit un peu sous la déni, et offre un goût 
de térébenthine tres-marqué; elle est inodore à l'air libre; mais, 
pour peu cju'on la frotte ou qu'on la pulvérise, eîîe ollre une 
odeur forte de térébenthine de Bordeaux, mêlée d'odeur de carvi. 

Le diimmar austral, traité par l'alcool ù M centièmes, se gonfle 
considérablement cl l'orme une masse assez consistante et élas- 
tique, qui, épuisée par l'alcool, laisse environ U pour 100 de ré- 
sine insoluble ; elle est un peu plus soluble dans l'élher, et i\ peine 
sultible dans l'essence de térébenthine, Elle se conduit en cela 
exactement comme la résine de Courharïl, k laquelle, quelque- 
fois, elle ressemble aussi tellement par son aspect, qu'on a peine 
à îes distinguer, 

Dammau aromatique. Je donne également à celle résine le nom 
de dammar cêlèbes, parce que Je ne doute pas que ce ne soit celle 
que Rumphins a décrile sous le môme noni (I), Elle arrive main* 
tenant en grande quanti lé dans le commerce. J'en possède deux 
masses dont l'une a la forme d'un gâteau aplati du poids de 
6700 grammes, etraulrecclle d'une stalactite qui pèse 8200 gfa m* 
mes, La surface d'une de ces masses est seulement ternie à l 
l'autre est recouverte d'une croule mince, opaque et d'apparence 
terreuse ; au-dessous se trouve une couche peu épaisse, 
rente, et d'une couleur de miel; le reste de la masse est d'une 
teinte uniformément nébuleuse ou laiteuse. Celte résine offre en 
masse une odeur aromatique agréable, que je compare à celle de 
l'essence d'orange vieillie et en partie ré si ni liée. Cette odeur de- 
vient tres-forte par une fracture récente, par le frottement o<i 11 
pulvérisation. 

Le dammar aromatique a une cassure vitreuse, coneti 
arêtes tranchantes, comme l'animé dure ; îl est presque aussi dif- 
ficile à entamer avec le couteau; il n'est ni acre nî amer, et 
parfume seulement la bouche du goûl aromatique qui lui est 
propre. Pulvérisé et traité par l'alcool à 92% il parait d'aboi 
diviser en deux partieSj dont une, insoluble» se dépose au fond, 
ayant l'aspect d'un mucilage; mais presque loul Unit par se 
soudre. Il contient en réalité, cependant, une résine insoluble 
qu'on peut précipiter en étendant la dissolution concentrée 
avec une [dus grande quantité d'alcool; alors, cette résim 
sente l'apparence glulîneuse des résines insolubles de l'an 
tendre et du dammar austral; mais elle eu difïere, parce qu'elle 
se dissout eomplétemcnl dans l'alcool bouillant ; elle se précipite 
de nouveau par le refroidissement. La solubilité presque com~ 









i'l Voir Rumpliîus, îitrbnuutn tant, 
tr / dammar 



[>♦ 17D, et Gliïbourt, M 



CONIFÈRES. — RÉSINE LACTÉE. 269 

plète du dammar aromatique dans l'alcool, jointe à une dureté 
et une ténacité presque égales à celles du copal ou animé dur, 
doivent lui assurer une des premières places parmi les substances 
qui servent à la fabrication des vernis. 11 est complètement solu- 
ble dans l'éther, et presque insoluble dans l'essence de téré- 
benthine. 

Résine lactée. 

J'ai décrit anciennement sous ce nom une résine inconnue qui 
m'avait été remise par Pelletier, et dont voici les singulières 
propriétés. 

Elle est en un morceau d'un volume assez considérable, dont 
la surface seule a pris une couleur jaune-paille par l'effet de la 
vétusté; car l'intérieur est d'un blanc de lait parfait, avec quel- 
ques veines translucides. Elle a une cassure conchoïde à arêtes 
tranchantes, un éclat assez vif et cependant un peu gras, une du- 
reté aussi grande que celle du copal, et une ténacité supérieure ; 
car elle est fort difficile à rompre. 

Elle résiste à la dent et y semble un peu élastique; elle a une 
saveur d'abord acide, puis analogue à celle du riz. Elle ne se fond 
pas sur un fer chaud, et s'y divise en une poudre grumeleuse qui 
exhale une odeur analogue à celle de là résine animé, mais pi- 
quante et excitant la toux. Elle se fond à la flamme d'une bougie, 
brûle avec une flamme blanche, et dégage une odeur aromatique 
très-irritante. Elle est très-difficile à pulvériser, et exhale alors 
une odeur qu'on peut comparer à celle du fruit de cassis ; mouil- 
lée par l'alcool, sa surface reste sèche comme celles du succin et 
do dammar puti. 

Cette résine, traitée plusieurs fois par l'éther, a laissé 0,64 de 
parties insolubles qui n'ont plus rien cédé ni à l'alcool ni à l'eau 
bouillante. Seulement, celle-ci filtrée se troublait un peu par 
l'oxalate d'ammoniaque. 

Ce résidu insoluble est analogue à la résine insoluble du copal. 
Lorsqu'on la chauffe dans un creuset, il exhale une fumée d'abord 
aromatique, non désagréable, approchant de celle du bois d'a- 
l°te; puis la résine se colore sans se fondre; l'odeur devient 
forte, fatigante et désagréable, sans avoir le piquant et l'arôme 
Particulier des produits pyrogénés du succin. La matière se char- 
bonne, et laisse en dernier résultat un résidu très-peu considè- 
re, formé de quelques grains sablonneux et de calcaires. 

La matière que l'éther avait dissoute pesait 0,39; étant dessé- 
c hée,elle paraissait inodore; mais, en la traitant par l'alcool, on 
développait en elle une forte odeur de cassis. L'alcool ne lais- 



• 






sait qu'un résidu de 0,041, semblable h la résine insoluble dlltt 
l'élher; par révaporation, une nouvelle portion de cette matière 
se précipitai! au fond de la capsule, et, après la dessiccation 
totale, le résidu offrait trois zones assez distinctes : îa partie du 
rond était blanche et opaque, celle du milieu translucide et cris* 
talline, la partie supérieure était transparente et comme fondue. 
Il est évident que ces trois zones sont dues à l'isolement impar- 
fait de deux principes : L'un insoluble dans l'alcool par lui-même 
(c'est la résine dont j'ai parlé d'abord), mais soluble à l'aide du 
second principe, qui est de nature huileuse et très-sol ubie dans 
l'alcool. Celui-ci est le plus abondant au bord supérieur de la 
capsule, et le premier est presque pur au fond. Quand, à t'aide 
d'une térébenthine, d'une huile volatile ou du camphre, on dis- 
sout la résine insoluble dans l'alcool, on ne fait qu'y ajouter le 
principe qui lui manque pour devenir soluble, et cela nous rap- 
proche de l'opinion émise par Pelletier, au sujet des sous-résines 
de M. Bonaslre; c'est que la plupart des résines que nous con- 
naissons ne doivent peut-être leur solubilité dans l'alcool qu'a 
une semblable combinaison. 

Outre les deux principes dont je viens de parler, le pr.iduit 
alcoolique contenait l'acide libre de ta résine, que l'éther en 
avait totalement séparé; car le résida insoluble dans l'élher n'en 
contenait plus du tout, Pour obtenir cet acide, j'ai fait bouillir le 
produit alcoolique avec de l'eau, qui a ainsi acqu s la propriété 
de rougir fortement le^lournesoL Le liquide sursaturé d'ammonia- 
que, et évaporé lentement, a formé un produit blanc affectant 
une forme aiguillée. Ce produit, traité par l'eau, ne s'y est p.i> 
entièrement dissous; la liqueur formait quelques Uocons triants 
par l'acide chlurhydrique, et un précipité fauve avec le sulfate 
de fer. Tous ces caractères appartiennent à l'acide benzoïque; 
mais voici ce qui peut faire douter que c'en soit réellement : 

1° La résine a une saveur acide non équivoque qui n*est pas 
celle de l'acide benzoïque; L 2° le résidu blanc que le sel ammo- 
niacal laisse en se dissolvant dans l'eau peut être, non de l'acide 
benzoïque, mais un peu de résine que l'eau aurait dissoute d'a- 
bord; 3° le précipité formé par l'acide chlorhydrique dans le sel 
ammoniacal est loin de répondre k celui formé en pareil cas par 
le benzoale d'ammoniaque. Il serait alors possible que l'acide 
contenu dans cette singulière résine fut l'acide succinique. La petite 
quantité de matière sur laquelle j'ai opéré ne m'a pas permis de 
décider la question. 

Il est fait mention {1} de la résine de ['Araucaria imbricata t 






PIPÉRITÉES. — POIVRE NOIR. 271 

arbre conifèredu Chili, qui est d'un blanc de lait, et qui ne peut 
se fondre au feu sans se décomposer. Ces caractères conviennent 
bien à la résine lactée, qui présente également une grande ana- 
logie avec les résines des dammara. Toutes ensemble paraissent 
confirmer l'hypothèse que j'ai émise, tome I er , p. 110, que le suc- 
cin doit son origine à des arbres conifères des pays chauds, qui 
ont vécu autrefois dans les climats que nous habitons aujourd'hui . 



FAMILLE DES PIPÉRITÉES. 

Petit groupe de plantes que les botanistes ont placé d'abord parmi 
les monocotylédones et auprès des Aroidées, en raison d'une certaine 
analogie dans la disposition des fleurs; mais la structure de la tige et la 
présence de deux cotylédons dans l'embryon, doit les faire admettre 
dam les dicotylédones, où leur place est naturellement fixée auprès 
des végétaux à fleurs en chatons, dits végétux amenlacés. 

Les Pipéritées présentent des tiges grêles et sarmenteuses, noueuses 
et articulées, pourvues de feuilles opposées ou vertici liées, quelquefois 
alternes par avortement, simples, entières, à nervures réticulées. Les 
Qeurs forment des chatons grêles, cylindriques, ordinairement opposés 
aux feuilles. Ces chatons se composent de fleurs mâles et femelles mé- 
langées et souvent entremêlées d'écaillés. Chaque étamine constitue 
une fleur mâle et chaque pistil une fleur femelle; cependant, assez 
souvent, les é tarai nés, au nombre de 2, 3 ou davantage, se groupent 
autour des pistils d'une manière régulière, et semblent alors former 
autant de fleiirs hermaphrodites. L'ovaire est libre, à une seule loge, 
contenant un ovule dressé, et porte à son sommet tantôt un stigmate 
«impie, tantôt trois petits stigmates sous forme de mamelons rappro- 
chés. Le fruit est une baie peu succulente et monosperme. La graine 
coudent un endosperme assez dur, creusé à son sommet d'une petite 
cavité dans laquelle on trouve, renfermé dans un sac amniotique, un 
très-petit embryon dicotylédoné. 

Le principal genre de cette famille est le genre Piper, qui nous 
fournit les poivres noir, blanc, long, à queue, etc. 

Poivre noir. 

Le poivre (fig. 424), croît spontanément dans les lnd es orien- 
tales; mais c'est surtout au Malabar, à Java et à Suma tra qu'il est 
cultivé avec le plus de succès. Lorsque les habitants de cette der- 
rière lie veulent former une plantation de poivre, ils choisissent , 
dit-on, remplacement d'une vieille forêt, où le détritus des végé- 
taux a rendu la terre très-propre à la culture. Ils détruisent, par le 
feu» toutes les plantes qui peuvent encore y exister; ensuite ils 
dis posent le terrain, et le divisent par des lignes parallèles qui 






DICOTYLÉDONES MONOCULÀMYDÉES. 



laissent entre elles un espace de 13 à iC décimèlres; ils plantent 
sor ces lignes, et de distance en distance, des branches d*un ar- 
bre susceptible de prendre ra- 
cine par ce moyen, et de don- 
ner un feuillage destiné à ser- 
vir d'abri h la jeune planta- 
tion. Cela fait, ils plantent 
deux pieds de poivre auprès 
de chaque arbrisseau, et les 
laissent pousser pendant trois 
ans; alors ils coupent les tiges 
u un mèlre du sol, et les re- 
courbent horizontalement, 
îifîn de concentrer la sève. 
C'est ordinairement à dater 
de cette époque que le poi- 
mer donne du fruit, el il en 
donne tous les ans pendant 
un certain nombre d'années. 
La récolte dure longtemps, 
car, le fruit mettant quatre ou 
cinq mois à mûrir, et n'arri- 
vant que successivement à 
maturité, on le cueille au fur 
e! à mesure qu'il y arrive, et 
môme un peu au para vaut, afin 
, de ne pas le laisser tomber 
spontanément. On le fait sécher étendu sur des toiles, ou sur un 
sol bien sec; on le monde des impuretés qu'il contient, et on 
nous l'envoie. 
Le poivre noir, tel que nous l'avons, est sphérique el de la 
rosseur de la vesce; H est recouvert d'une écorce brune, très- 
idée, due à la partie succulente de la baie desséchée. Ou peut fa- 
cilement retirer celte écorce en la faisant ramollir dansTeau, et 
alors on trouve dessous un grain blanchâtre, assez dur, sphêrique 
et uni, recouvert encore d'une pellicule mince qui y adhère for- 
tement, et formé d'une matière qui est comme cornée à la cir- 
conférence, farineuse et amylacée au cenlre, La saveur de ce 
grain, ainsi que celle de son écorce, esL acre, brûlante et aroma- 
tique. 

Le poivre fournil, à la diaillalion, une essence lluide, presque 
incolore, plus légère que l'eau, cl d'une odeur analogue à la 
sienne propre. Cette essence est composée de C l0 U 8 , pour i vo- 
lumes, comme l'essence de citrons. 



OOf 



, t . — ftrivrt uoir. 















PIPÉRITÉES. — POIVRE BLANC.' 273 

Le poivre noir a été analysé par Pelletier, qui en a retiré, entre 

autres principes : une matière cristallisable nommée pipérine, 

azotée, non alcaline, insipide, inodore, insoluble dans l'eau, so- 

lubledans l'alcool (formule C 34 H to Az0 6 ) ; une huile concrète très- 

àcre; une huile volatile mentionnée ci-dessus; une matière 

gommeuse; un principe extractif ; de l'amidon, etc. (1). 
Le poivre noir est généralement usité comme épice dans les 

cuisines et sur les tables, quoiqu'on préfère le poivre blanc pour 

ce dernier usage. Mais le poivre noir doit l'emporter pour l'usage 

médical, comme étant le plus actif. 

Poivre blanc. 

Le poivre blanc vient des mêmes lieux et est produit par la 
même plante que le poivre noir. Pour l'obtenir, on laisse davan- 
tage mûrir le fruit, et on le soumet à une assez longue macéra- 
tion dans l'eau avant de le faire sécher; grâce à cela, la partie 
charnue de la baie, qui eût formé la première enveloppe du 
poivre, s'en détache par la dessiccation et par le frottement entre 
les mains (2). 

Le poivre blanc est sphérique, blanchâtre et uni ; d'un côté il 
est marqué d'une petite pointe, et de l'autre d'une cicatrice ronde 
qui, détruisant souvent la continuité de l'enveloppe, laisse voir 
i nu la substance cornée de la semence ; cette substance, de môme 
Que le poivre noir, est cornée à l'extérieur, farineuse, et sou- 
vent creuse au centre. 

(1) Ann* de chimie et de phys. t t. XVI, p. 337; Guibourt, Pharmacopée rai- 
*&mee, Z* édition. Paris, 1847, p. 704. 

(î) Telle est l'opinion généralement admise sur l'origine du poivre blanc; 
cependant il semblerait résulter d'un passage de Garcias ab Horto, appuyé des 
t*Çures données par Clusius [Rxot., p. 182), que la plante au poivre blanc n'est 
P*s identique avec le poivre noir. 

Voici ce que dit Garcias : « Il y a une si petite différence entre la plante qui 

* produit le poivre noir et celle qui donne le poivre blanc, qu'elles sont distin- 
** guées par les seuls indigènes. Quant à nous, nous ne les reconnaissons que 
"* quand elles portent des fruits, et encore lorsque ceux-ci sont mûrs . 

c La plante qui donne le poivre blanc est plus rare et ne crott guère que 

* dans certains lieux du Malabar et de Malacca. » 

Clusius donne à l'appui de ce texte une figure comparée des deux poivres, 
Loiret blanc, parvenus à leur maturité ; de laquelle il résulte que le chaton du 
Poivre blanc est beaucoup plus allongé que celui du noir; que les grains sont 
plus gros, beaucoup plus espacés et rangés comme un à un le long du pédon- 
cule commun ; tandis que, dans le poivre noir, l'épi est totalement couvert de 
IÇrûns très-serrés . 

Ces deux sortes de fruits existent dans la collection de l'École de pharmacie. 
Je conclus de ceci que, si le poivre blanc provient aujourd'hui, en très-grande 
P*rtie, du poivre noir écorcé, cependant il existe une plante qui en a plus spé- 
cialement porté le nom et qui le produisait autrefois. 

Gvimubt, Drogues, 7« édit. T# II* — 18 



*;i DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Poivre à queue ou cobèbe. 

C'est le fruit desséché du Cubebaofficinalis, M'ig. (fig. 425) ana- 
logue à celui du Piper nigrum, mais offrant dans sa structure des 
différences marquées. 

D'abord le poivre à queue est plus gros, et il est muni d'un 




Fig. 42l>. — Poivre à queue ou cubèbe. 

prolongement, semblable h un pédicelle, qui l'attache à la lige. La 
partie corticale ridée, qui était la partie charnue du fruit, parait 
avoir été moins épaisse et moins succulente que dans le poivre 
noir. On trouve, immédiatement dessous, une coque ligneuse, 
dure etsphérique, renfermant une semence isolée de cubèbe; la 
cavité qui la contient est encore recouverte d'un épisperme brun. 
L'intérieur de la semence est plein, blanchâtre et huileux. La sa- 
veur de cette amande est forte, pipéracée, amère et aromatique 
La coque a peu de propriétés. 

Celte espèce croit naturellement à Java et dans les villes envi; 
ronnantes et elle y est aussi cultivée. C'est elle qui produit le vrai 
cubèbe; mais, d'après M. Blume, le fruit d'une espèce voisina 
nommée Cubeba canina, Miq., fait aussi partie du cubèbe du com- 
merce. Le premier est plus globuleux, à peine acuminé; quand 
il est desséché, il est rugueux, d'un brun noirâtre, et d'un goût 
très-âcre, aromatique et un peu amer. La queue, qui n'est qu'« n 



PIPÉRITÉES. — POIVRE A QUEUE OU CUBÈBE. 27* 

faux pédicelle formé par le rétrécissement de la partie inférieure 
du fruit, est plus longue que la partie globuleuse. 

Le fruit du Cubeba canina est ovale; quand il est desséché, il 
est noir, plus petit, à peine rugueux, terminé par un rostre re- 
marquable ; il a un goût plus faible et comme un peu anisé. La 
queue est de la même longueur que la baie (4). 

Le poivre cubèbe fournit, par la distillation avec de l'eau, une 
assez grande quantité d'une huile volatile verdâtre, un peu épaisse, 
pesant 0,930, et qui présente la môme composition relative que 
les essences de poivre, de citrons, de térébenthine, etc. (C 5 H 4 ); 
mais la condensation des éléments parait être différente, et son 
équivalent égale C 15 H**. Cette essence laisse cristalliser, dans 
quelques circonstances, un stéaroptène qui paraît inodore quand 
il est privé d'huile volatile. [Le cubèbe contient en outre une re- 
tint acre que Ton peut obtenir par le moyen de l'alcool, mélangée 
d'essence et d'une matière cristallisable, qui a été examinée par 
AlM. Capitaine et Soubeiran (2) et a reçu d'eux le nom de cubéÙin* 
Kl le est blanche, insipide, inodore, non volatile, à peine soluble 
dans l'eau, très-peu soluble à froid dans l'alcool, beaucoup plus 
soluble à chaud et se prenant en masse par le refroidissement; 
soluble dans l'éther, les huiles fixes et les huiles volatiles. Le eu- 
bébin ne contient pas d'azote et ne dérive pas de l'essence de cu- 
be bes. Sa composition est représentée par C 34 H 17 10 .] 

On emploie le cubèbe en poudre contre les mêmes affections 
que le baume de copahu. On fait également un assez grand usage 
de son extrait alcoolique et de l'huile volatile, que quelques per- 
sonnes, très-peu scrupuleuses, préparent avec les cubèbes entiers, 
afin de se réserver la possibilité de les reverser dans le commerce, 
épuisés de leurs principes actifs. Les cubèbes, ainsi traités, se 
reconnaissent à leur couleur noire et à leur défaut d'odeur et ée 
saveur. 

[On connaît une espèce de poivre à queue provenant de l'Afri- 
que occidentale, produit par le Cubeba Clusii, Miq. (Piper Afzelii, 
Lindley). Les fruits de cette espèce, voisine du Cubeba officinalis, 
se distinguent des vrais cubèbes par leur couleur* qui ressemble 
à celle des girofles. Leur saveur est modérément acre, poivrée et 
camphrée, un peu amère : l'odeur rappelle celle du poivre, beau- 
coup plus que celle du cubèbe ; aussi leur a-l-on appliqué le 
• nom de poivre noir de Guinée de préférence à celui de cubèbe (3). 

(1) Pereira, Elément* of materia medica. London, 1850, vol. IL 

(2) Capitaine et Soubeiran, Journal de phaiinacie, t. XXV, p. 355. 

(3) Voir pour les détails Daniell, On the Cubeba Clusii (/ , /Mirm«c..>OKfw., XIV, 



276 DICOTYLÉDONES MONOCOLAIIYDÉBS. 

Ce rapprochement est du reste justifié par l'analyse chimique. 
M. Stenhouse a trouvé dans ces fruits de la pipérine et pas de cu- 
bébine (1).] 

Poivre long. 

Le poivre long est le fruit non parfaitement mûr et desséché 
du Chavica offivinarum^ Miq., L. Ce fruit, bien différent des autres 
poivres, est analogue à celui du mûrier; c'est-à-dire qu'il esl 
composé d'un grand nombre d'ovaires qui ont appartenu à des 
fleurs distinctes, mais très-serrées, rangées le long d'un axe com- 
mun, ovaires qui, en se développant, se sont soudés de manière 
à ne figurer qu'un seul fruit. Tel que nous l'avons, il a la grosseur 
d'un chaton de bouleau; il est sec, dur, pesant, tuberculeux el 
d'une couleur gris obscur. Chaque tubercule renferme dans une 
petite loge une semence rouge ou noirâtre, blanche à l'intérieur, 
d'une saveur encore plus acre et plus brûlante que celle du poivre 
ordinaire. Le fruit entier paraît être moins aromatique. 

On cultive dans l'Inde une autre espèce de poivre long qui est le 
Chavica Roxburghii, Miq., dont les racines forment un important 
article de commerce, sous le nom de Pxppula moola. Ses fruits sont 
aussi récoltés pour être employés comme épice, non-seulement 
dans l'Inde, mais encore en Arabie et sur la côte orientale d'A- 
frique, d'où ils ont été rapportés en France par M. Loarer, capi- 
taine de marine marchande. 

Ce poivre est d'une qualité très-inférieure. 11 est beaucoup plus 
petit que le poivre long des officines; souvent presque filiforme, 
mou, d'une odeur assez aromatique, mais d'un âcreté peu mar- 
quée. Il devient en très-peu de temps la proie des insectes. 

Le poivre long entre dans la composition de la thériaque et du 
diascordium. Il est formé des mêmes principes que le poivre noir, 
d'après l'analyse qu'en a faite M. Dulong d'Astaforl (2). 

Awa on kawa. 

[Piper methysticum de Forster. L'action sudorifique et l'in- 
fluence heureuse que peut exercer cette plante sgr les affections 
catharrales et la blennorrhagie ne sont pas à dédaigner pour la 
thérapeutique. Les racines de cette espèce sont volumineuses, de 
couleur grise à l'extérieur, blanchâtres à l'intérieur, spongieu- 
ses, marquées de fibres rayonnant du centre à la circonférence. 
Leur odeur est légèrement aromatique, elles sont, lorsqu'on les 
mâche, acres, astringentes et sialagogues. Elles contiennent un 

(1) Stenhouse, Pharm. journ., XIV, 363. 

(2) Dulong, Jouni. de pharm., t. XI, p. 62. 



PIPÉRITÉES. — MATICO. 277 

principe cristallin, isolé par Morson (I) en 1844, mieux étudié 
en 1859 par M. Gobley sous le nom de méthysticine, et par M. Cu- 
zent, sous celui de kavaïne. Ce principe se présente en aiguilles 
soyeuses, incolores, inodores, insipides, non saliûables: il est 
fusible à 130° et se décompose au-dessus de cette température : 
il est insoluble dans l'eau, à peine soluble dans l'alcool et l'éther : 
l'acide chlorbydrique le dissout en le colorant en jaune ; l'acide 
nitrique le colore en jaune-orange, et l'acide sulfurique pur en 
violet. A côté de ce principe M. Gobley (2) indique de la cellu- 
lose et de l'amidon, une résine acre jaune verdâtre, une matière 
gommeuse et différents sels (3).] 

Indépendamment des espèces de poivre qui viennent d'être dé- 
crites, beaucoup d'autres sont usitées dans les pays qui les pro- 
duisent. Je citerai seulement ; 

Le poivre bétel, Piper Bétel, L., dont les feuilles sont employées, 
dans toute l'Asie orientale, pour envelopper le mélange de noix 
d'arec et de cbaux, qui sert de masticatoire aux habitants de ces 
contrées : 

Le pariparobo, Piper umbellatum, L., dont la racine, très-usitée 
an Brésil, a été examinée chimiquement par Henry père (4). 

Un assez grand nombre de fruits étrangers à la famille des Pi- 
péritées, mais doués d'une qualité acre et aromatique, et employés 
comme condiments, ont reçu le nom de poivre; tels sont, entre 
antres : 

Le poivre d Inde , ou poivre de Guinée, baie rouge du Capsicum 
annuum (Solanées); 

Le poivre de Cayenne ou piment enragé, Capsicum frutescens; 

Le poivre de la Jamaïque, ou piment de la Jam >ïque, Eugenia 
Pimenta (Myr lacées) ; 

Le poivre de Thevet, ou piment couronné, Eugenia pimentoïdes ; 

Le poivre du Brésil, ou pimenta de Sertaô, de Mato, etc., fruits 
des Xylopia frutescens, grandiflora, etc. (Anonacées) ; 

Le poivre (TEtfriopie, Anona œthiopica (Anonacées) ; 

Le poivre du Japon, Zanthoxylon piperitum (Zanlhoxylées). 

Ces fruits seront décrits à propos de leurs familles respectives. 

Matico. 

[Artanthe elongala, Miq., plante du Pérou depuis longtemps 
employée par les habitants contre les maladies vénériennes ; et 

[V\ Morson, Pharmaautical Journal, III, 473 et 525. 

(î) Gobley, Recherches chimiques sur la racine de kawa {Journ. de pharm., 
XXXVII, 19, 1860). 

(3) Voir aussi Journal de pharmacie ,XXXXU, p. 58, 18*30. 

(4) Henry père, Journal de pharmacie, t. X, p. 165. 



278 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



qu'on a préconisée comme un hémostatique précieux. Introduite 

en 1839 en Angleterre, très-ré- 
pandue aux Étals-Unis, elle est 
entrée en France vers 1851 et tend 
à y prendre de l'importance. 

UArtanthe elongata est un ar- 
brisseau, à branches marquées de 
gros nœuds : les feuilles (fi g. 426) 
sont alternes, pblongues-lancéo- 
lées, acurainées, inégales à la 
base : les fleurs sont disposées en 
épis solitaires, opposés aux feuil- 
les, denses et légèrement recour- 
bés; les bractées sont pédicu- 
lées, peltées, scmi-orbiculaires ou 
obscurément triangulaires. Les 
fleurs sont hermaphrodites, à 34 
élamines : les fruits sont des baies 
obovées, tétragones. 

Ce sont les feuilles, mêlées de 
quelques épis et de débris de tiges, 
qui arrivent dans le commerce. 
Elles sont fortement comprimées 
dans des surons et plus ou moins 
brisées; mais elles sont toujours 
reconnaissables à leurs deux sur- 
faces, dont la supérieure parait 
toute marquetée ou composée de 
petites pièces proéminentes sé- 
parées par des sillons creux; tau- 
dis que l'inférieure est formée de 
petits sillons creux séparés par 
des nervures proéminentes et ve- 
lues. La face supérieure est d'un 
vert foncé, tandis que la face in- 
férieure est d'un vert blanchâtre. 
Ces feuilles sont très-aromati- 
ques; leur odeur, qui rappelle à 
la fois celle du cubèbe, de la men- 
Ihe et du camphre, devient, par 
la trituration de la feuille, sem- 
blable à celle du cardamome. 
M. Marcotte a signalé dans le matico la présence d'un acide par 
liculier, qu'il a nommé acide artanthique ; ce corps est solide, inco- 




F» g. 426. — Artaute elongata. 



AMENTACÉES. 279 

lore, cristallisable, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, à saveur 
franchement acide, comme les acides citrique et tartrique. On 
trouve aussi dans les feuilles une résine, et une huile essentielle 
verdâtre, quand elle est récente, devenant jaune quand elle a été 
soumise quelque temps à l'influence de la lumière. Cette essence 
cristallise en vieillissant, ce qui tient à la présence d'un stéaro- 
ptène, existant dès l'origine ou se formant peu à peu dans cette 
huile. Le matico ne contient pas d'amidon; il ne renferme non 
plus ni pipérine, ni cubébine, ni aucune substance analogue. 
M. Marcotte y indique la présence du tannin et du nitrate de 
potasse. 

La consommation considérable du matico, pendant la guerre des 
États-Unis, ayant rendu très- rares les feuilles de Y Artanthe elon- 
ya/fl, il est arrivé dans le commerce des matico provenant d'autres 
espèces. M. Bentley (1) a signalé en particulier YArtantke adunca, 
Miq., plante de l'Amérique centrale, qui croit depuis la Jamaï- 
que jusqu'à Bahia, dans le Brésil, et dont les feuilles arrivent en 
paquets analogues & ceux du vrai matico ; mais elles sont moins 
comprimées, plus fibreuses et plus difficiles à réduire en poudre; 
leur face supérieure est moins rugueuse et leur face inférieure à 
peine pubescente. 

Il faut encore signaler comme pouvant entrer dans la consom- 
mation, et remplacer le vrai matico, quelques Artanthe de la 
Nouvelle-Grenade, et en particulier V Artanthe lancifolia (Piper 
Inneexfolium, H. et Bd.). Une espèce nouvelle (Artanthe sp.) pos- 
sède môme un arôme plus délicat que le matico du Pérou (\).] 

GROUPE DES AMENTACÉES. 

Ainsi que je l'ai dit précédemment, A.-L. de Jussieu avait formé dans 
» méthode, dite naturelle, une dernière classe, la diclinie, qui renfer- 
mait la plupart des végétaux à fleurs unisexuelles. Cette classe compre- 
nait cinq grandes familles : les Euphoibiacécs, les Cucurbitacces, les 
r rtkto$ 9 les Amentacées et les Conifères. 

U groupe des Amentacées, qui doit nous occuper maintenant, tire 
son nom de la disposition de ses fleurs, en épis cylindriques et serrés 
nommés chatons (en latin, amentum, ou juins). Elle contient en général 
desvégétaux ligneux, à feuilles simples, alternes et stipulées. Les fleurs 
mâles, disposées en longs chatons, sont formées d'étamines en nombre 
fi ie ou indéterminé, portées tantôt sur un calice d'une seule pièce 
diversement découpé, tantôt sur une simple écaille. Les (leurs femelles, 
^posées de même, ou rassemblées par petits paquets sur les ra ineaux, 

îl) Bentley, On a new king of matico (Pharmac. jour.ml, 2 e sério, di*c. 1803 
P- 80). 
M Voir Marcotte, Du Matico. Thèse de l'École do pharmacie. Paris, 180 4. 



280 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

ou solitaires, sont pourvues d'un calice semblable ou d'une écaille en- 
tourant un ovaire simple, surmonté d'un ou de deux styles terminés 
par plusieurs stigmates. Le fruit est une capsule coriace ou osseuse, 
tantôt libre, tantôt soudée avec le calice, et contenant une seule 
semence, quelquefois deux ou trois, dont l'embryon est dénué de pé- 
risperme. Aujourd'hui, le groupe des Amentacées est divisé en un cer- 
tain nombre de familles, au milieu desquelles Eodlicher intercale 
môme celles qui forment les anciennes Urticées de Joaiieu, que la dis- 
position de leurs fleurs rapproche en effet beaucoup* des premières. 
Tout en convenant de l'opportunité de cette réunion, je pense qu'on 
peut suivre pour ces familles, auxquelles je joins les Juglandées et 1» 
Monimiacées, un ordre qui permette de ne pas confondre les deux 
anciens groupes de Jussieu. Voici ces familles, dont je n'examinerai 
que celles qui fournissent quelque chose à la matière médicale : 

Casuarinées. Balsamifluées. Morées. 

Myrïcées. Salicinées. Artocarpées. 

Bétulacées. Laeistemées, Urticacées. 

Cupulifères . Monimiacées (1 ). Cannabinécs. 

Juglandées. Ulmacées. Antidesmées. 

Platanées. Celtidées. ' 

FAMILLE DES MYHICÉES. 

Les Myricées, presque réduites au seul genre Myrica, comprennent 
des arbrisssaux à rameaux épars, à feuilles alternes, dentées et incisées, 
parsemées de glandes résineuses, ainsi que les autres parties. Les 
fleurs sont très-petites, dioïques ou monoïques, disposées en épis allon- 
gés, tantôt seulement staminifères ou pistillifères, tantôt pistillifères 
par le bas et staminifères par le haut. Les fleurs mâles se composent 
d'un nombre variable (Tétamines portées sur un pédicule ramifié, 
inséré à la base d'une bractée, et muni de deux bractéoles. Les fleurs 
femelles sont également accompagnées d'une bractée, et formées d'un 
ovaire sessile soudé à la base avec 2-6 écailles hypogynes, et terminé 
par deux stigmates écartés. Le fruit est un drupe sec, très-petit, à noyau 
osseux, contenant une graine dressée et un embryon renversé privé 
d'albumen, à cotylédons charnus et à radicule supère. 

Le genre Myrica se compose d'une quinzaine d'arbrisseaux aro- 
matiques, dont un, le Myrica Gale, L., croit naturellement dans 
les lieux marécageux en France, en Hollande et dans diverses 
contrées du nord de l'Europe et de l'Amérique. Onlui donne vul- 
gairement les noms de piment royal et de myrte bâtard. Ses feuil- 
les odoranles ont été usitées en infusion théiforme, et ont même, 

(1) Cette famille est maintenant éloignée du groupe des Urticées et rappro- 
chée par certains auteurs des Laurinées, par d'autres des Rosacées, par d'au- 
tres encore des Myristicées et des Maguoliacée?. 



MYRIGEES. 281 

pendant quelque temps, été considérées comme étant le véritable 
thé chinois; elles ne sont plus usitées. Les fruits sont recouverts 
d'une exsudation cireuse peu abondante et inusitée ; mais on 
trouve en Amérique deux espèces de Myrica ( M, ceri/era ; M. pen- 
sylvanica), dont la première, surtout, donne une cire abondante 
qui nous est fournie par le commerce. Les fruits de cet arbuste 
sont disposés sur les rameaux en paquets très-serrés. Ils sont 
sphérique*, lûoinsgros que le poivre noir, et formés d'une coque 
monosperme ligneuse, très-épaisse, enveloppée d'un brou dessé- 
ché très-mince et jaunâtre. La surface de ce brou est elle-même 
entièrement recouverte de petits corps noirâtres, arrondis, tout 
couverts de poils extérieurement, très-faciles à détacher du pé- 
ricarpe, sur lequel restent des points d'insertion visibles. Ces 
corps noirâtres ont une odeur et un goût de poivre très-marqués. 
Ce sont eux qui produisent la cire qui en exsude de toutes parts 
et les recouvre d'une couche uniforme, d'un blanc de neige et 
très-brillante, de sorte qu'en définitive les fruits du cirier d'A- 
mérique <se présentent sous la forme de petits grains sphériques, 
* surface toute blanche et tuberculeuse. 

En 1840, il est arrivé par la voie du commerce une forte quan- 
tité de cire des États-Unis, et je pense qu'elle n'a pas cessé de 
venir depuis. Cette cire est de deux sortes, jaunâtre ou verte, et 
ta première est beaucoup plus aromatique que la seconde. Sui- 
vant Duhamel, on obtient la cire jaunâtre en versant de l'eau 
bouillante sur les baies et la faisant écouler dans des baquets, 
a près quelques minutes de contact. On conçoit, en effet, qu'on 
n'obtienne ainsi que la cire extérieure presque pure; mais comme 
i' en reste après les fruits, on fait bouillir le marc dans l'eau, 
e * c'est alors qu'on obtient la cire verte et peu aromatique. 

La cire de Myrica sert aujourd'hui à falsifier la cire d'abeilles, 
°j* qui n'est pas sans inconvénient pour les usages auxquels celle- 
ci est destinée; ainsi elle fond à 43 degrés centigrades au lieu 
te 65, et elle ne prend pas le môme lustre parle frottement. Ces 
feux défauts disparaissent en partie, lorsqu'on la soumet à une 
kogue ébullitipn dans l'eau, ou qu'on l'expose à l'air en couches 
minces pour la blanchir; mais elle est toujours fusible à 49 de- 
8 r és. Elle est composée, d'après M. Moore (i), de 1 cinquième de 
P*lmitine, 4 cinquièmes d'acide palmitique libre et une petite 
î^antité d'acide laurique. On peut reconnaître le mélange de 
ci *e de Myrica à la cire d'abeilles, à l'odeur, et à ce que, la pré- 
fère étant plus fusible, le mélange se ramollit davantage dans 
^ doigts et s'y attache, tandis que la bonne cire d'abeilles se 
Wsse pétrir dans les doigts sans s'y attacher, 
tl) Voir Journ. de pharmacie et de chimie, XLI, p. 456. 



■2*2 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



FAMILLE DES CUHJLÎFÊBES. 

Arbres ou arbrisseaux, Irfc-rameux, û feuilles alternes, simples, t 
téesou lobées ï stipules caduques : fleurs monoïques oudioïques, Fleu 
malesen chatons cylindriques, nues ou munies d'une bractée squammi- 
forme; périgone tantôt «quani mi forme, indivis ou bifide, tantôt ealici- 
forme à 4 ou <> divisinns ; étamine* nniloculaires, plurîsériées sur le 
pérîgoneuionopbylle (charme, noisetier) ou biloculairas et unisériées I 
L'intârfeur du périanthe ealiciforme cl en nombre égal, double ou triple 
de ses divisions (chêne, hêtre, châtaignier). Fleurs femelles fascic niées, 
disposées en épis ou sessilcset en petit nombre, au fond d'uniuvoluere. 
Invnlucre foliacé oucyathiforme, souvent squammeuxà l'extérieur, per- 
sistant; tanlût s'accroissant et enveloppant le fruit ; d'autres fois Ven- 
lourant d'une cupule à sa base. Périantlie soudé avec l'ovaire, & litabe 
su p^rc, court, denticulé, disparaissant ordinairement à maturité, Gvaiiv 
infère à plusieurs loges, contenant "1 ovules pendants à l'angle interne 
de chaque loge, surmonté par autan» de stigmates qu'il y a de loges. 
Fruit (balane) protégé par Tinvoîiicre, persistant et souvent accru, de- 
venu uniloculaire par la destruction des cloisons, et ordinairement mo- 
nosperme par avorlement. Graine pendante, souvent accompagnée des 
ovules avorltfs; përisperme nul; embryon homotrope, dicolytédot: 
radicule su pore. 

Les Cupulîfères apparlïeuncnt principalement auv parties tempère- 
de L'Europe et de l'Amérique septentrionale, et fournissent à nos forêts 
cinq genres d'arbres, à savoir: le charme, le noisetier, le hêtre, le cbA* 

lier et différents chênes ; lesquels, réunis à l'aune (Ahm.< $tutù\ 
et au bouleau {Betuhttitbti) de la petite famille des Bé tu lacées, compo- 
sent presque entièrement nos forêts. 

Charme, , 



Carpinua Beiulus, L, Arbre haut de 13 à 1G mètres, dont le 
tronc aequîerL rarement plus de 30 centimètres de diamètre. Les 
branches forment une tête loullue et irrégulicre ; les feuilles sont 
pétiolées, ovales-pointues, dentées sur tout leur contour, gla- 
bres, munies de forles nervures. Les fruits sont des balanes de la 
-eur d'un puis, formés d'une coque ligneuse à cotes longitu- 
dinales et d'une semence h lesta membraneux ; ces balanes sont 
portés chacun à la Imsc d'une grande bractée foliacée, à 3 tabfcS ; 
les bractées forment par leur réunion des épis foliacés et pendant*. 

Le bois Je charme est blanc, très-lin, très-serré, et acquiert 
une grande dureté par ta dessiccation. On remploie pour les ou- 
vrages de charroonage et pour des roues de poulies, des den' 
roues de moulin, des vis Je pressoir, des manches d'outil, etc. 
< '<>t également un de nos meilleurs bois de chauffage. 



CUPULIFÈRES. — HÊTRE, FAYARD OU FAU. 283 

Noisetier on coudrier. 

Corylus Avellana, L. Arbrisseau de 5 à 7 mètres de hauteur, dont 
les fleurs paraissent pendant l'hiver et bien avant les feuilles; les 
mâles se font remarquer par leurs longs chatons jaunâtres; les 
fleurs femelles, réunies en petit nombre, forment, à d'autres en- 
droits des rameaux, de petits chatons ovoïdes, inférieurement 
couverts d'écaillés imbriquées, et chacune d'elles est particulière- 
ment entourée d'un involucre à 2 ou 3 folioles très-petites, lacé- 
rées, persistantes, prenant un grand accroissement pendant la 
maturation du fruit et l'entourant. Le fruit (balane), réduit ordi- 
nairement à une seule semence, est renfermé dans le calice accru 
et devenu ligneux. La semence est d'un goût fort agréable, et 
fournit, par l'expression, 60 pour 400 d'une huile grasse (huile de 
noisettes) très-agréable à manger, non siccative, d'une pesanteur 
spécifique de 0,9242. 

Hêtre, fayard on fan. 

Fagus sylvatîca, L. Cet arbre est un des plus beaux de nos fo- 
rêts. Il peut s'élever à 20 ou 27 mètres sur un tronc de 2 m ,60 à 
3 - ,25 de circonférence. Son écorce est toujours très-unie et 
blanchâtre; ses feuilles sont ovales, luisantes, 'd'un vert clair, à 
peine dentées sur le bord. Les fleurs mâles forment des chatons 
arrondis, longuement pédoncules cl pendants; les fleurs femelles 
sont réunies deux ensemble dans un involucre à 4 lobes et hé- 
rissé; chacune d'elles se compose d'un ovaire infère couronné 
par les dents du calice et terminé par 3 stigmates. Les fruits sont 
des balanes cartilagineux, triangulaires, monospermes, renfer- 
més au nombre de deux, comme les fleurs dont ils proviennent, 
dans l'involucre accru, hérissé de pointes, s'ouvrant supérieure- 
ment en 4 lobes. 

Le fruit du hêtre porte le nom de faine. On le recueille dans 
les forêts pour en retirer l'huile par expression. Cette huile est 
d'un jaune clair, inodore, fade, très-consistante, d'une pesanteur 
spécifique de 0,9225. Elle est très-usitée dans l'est de la France 
comme aliment et pour l'éclairage. Le bois de hêtre est blanc, 
tenace, flexible, et très-usité pour faire des meubles, des bois de 
lit, des brancards, des instruments de labourage, des rames, des 
pelles, des baquets, des sabots, etc. Employé comme bois de 
chauffage, il brûle plus vite que le chêne, mais il produit une 
chaleur plus vive; ses copeaux servent à clariiier les vins ; on les 
emploie en Allemagne pour favoriser l'acétiflcation de l'alcool. 



284 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Châtaignier. 

Grand arbre de nos forêts qui acquiert quelquefois une gros- 
seur prodigieuse et dont on ne peut fixer la durée. On en connaît 
un en France, près de Sancerre (Cher), qui a plus de 10 mètres 
de circonférence, à hauteur d'homme, et auquel on suppose 
1000 ans d'âge. L'Etna en nourrit un grand nombre dont quel- 
ques-uns ont de 12 à 13 mètres de circonférence; un autre en a 
25 mètres; mais le plus extraordinaire, que j'ai déjà cité (1) comme 
exemple de la grande longévité des végétaux, est celui décrit 
par Jean Houel, en 1776 : il avait alors 175 pieds de circonfé- 
rence (56 m ,75), et on ne peut pas lui attribuer moins de 4000 ans 
d'existence. 

Le châtaignier porte des feuilles alternes, oblongues-lancéo- 
lées, pétiolées, longues de 13 à 19 centimètres, fermes, luisantes, 
bordées de grandes dents aiguës. Les fleurs mâles sont disposées 
en chatons filiformes interrompus, et sont composées d'un pé- 
rianthe à 5 ou 6 divisions portant de 8 à 15 étamines; les fleurs 
femelles naissent à l'aisselle des feuilles ou à la base des chatons 
mâles. Elles sont renfermées, au nombre de 1 à 3, dans un invo- 
lucre quadrilobé soudé extérieurement avec de nombreuses brac- 
tées linéaires. Elles sont formées d'un périanthe soudé avec l'o" 
vaire, rétréci supérieurement et s'évasanl en un limbe à 5-8 
divisions portant des étamines avortées, mais quelquefois fertiles; 
alors les fleurs sont hermaphrodites. L'ovaire est terminé par 3 à 
8 stigmates filiformes, et présente à l'intérieur autant de loges 
dans chacune desquelles on trouve 1 ou 2 ovules suspendus à 
l'angle supérieur. Aux fleurs femelles succède un balanide formé 
de l'involucre accru, quadrivalve, tout hérissé extérieurement 
d'épines piquantes, fasciculées et divergentes. A l'intérieur se 
trouvent 1, 2 ou 3 balanes nommés châtaignes ou marrons, suivant 
la variété, composés d'un épicarpe cartilagineux encore surmonté 
du limbe du calice et des styles, et contenant à l'intérieur une 
seule semence au sommet de laquelle se trouve un petit paquet 
formé des ovules avortés. La semence est entièrement formée de 
l'embryon dont les deux cotylédons sont très-développés, charnus, 
amylacés et sucrés. La culture les améliore beaucoup. On con- 
serve le nom de châtaignes aux fruits qui, ayant été réunis dans le 
même involucre, sont aplatis d'un côté et convexes de l'autre. On 
les mange ordinairement cuits dans l'eau, ou on les fait sécher 
pour les faire servir, pendant toute l'année, à la nourriture des 

(I) Guibourt, Mst. ?iat. des drogues simples. 5« édition. Paris, 1803, tome I er » 
p. 5. 



CUPULIFÉRES. — CHÊNES BLANC ET VERT. 285 

abitants ; 'c'est ce qui a lieu principalement dans les Cévennes 
n France f dans les Asturies en Espagne; dans les Apennins, en 
talie ; en Sicile et en Corse» 

Il y a une variété de châtaignier cultivé dans les fruits sont ordi- 
nairement isolés dans l'involucre et qui sont alors plus gros et 
arrondis. On les nomme marrons et on les mange surtout rôtis 
ou confits au sucre. Les plus estimés viennent du département de 
liséré et des environs de Luc (Gard). 

Chênes blanc et vert. 

Arbres ou arbrisseaux à feuilles alternes, simples, entières ou 
le plus souvent incisées ou lobées. Les fleurs mâles sont pour- 
vues d'un périantheà 6-8 divisions et portent de 6 à 10 étamines; 
elles forment des chatons filiformes, grêles et interrompus, pen- 
dants, qui sortent de l'aisselle des feuilles inférieures. Les fleurs 
femelles, solitaires ou portées en petit nombre sur un pédoncule 
commun , sont placées dans les aisselles des 
feuilles supérieures. Chacune d'elles (fig. 427) 
est entourée d'un involucre hémisphérique, 
soudé extérieurement avec des bractées écail- 
leuses, très-petites et imbriquées ; le périanthc 
est soudé avec l'ovaire et terminé par 5 petites 
dents supères; l'ovaire est à 3 loges contenant Fi e- 4 -j- — V uer - 
2 ovules suspendus à Pangle interne et supé- coupée C TranT> C cr- 
rieur, il est terminé par 1 style très-court, di- salement. 
fisé en 3 stigmates étalés. Le fruit, nommé gland ou balane, est 
entouré par le bas de l'involucre persistant et accru, et se 
compose d'un péricarpe coriace terminé par les petites dents du 
calice, et contenant une seulegraine privée de périsperme, à coty- 
lédones charnus. 

Les chênes appartiennent exclusivement aux zones tempérées ; 
on en connaît environ quatre-vingts espèces, dont une moitié 
appartient à l'ancien continent et l'autre au nouveau. Deux de ces 
espèces forment la base de nos forêts. Linné les avait réunies en 
une seule, sous le nom de Quercus Robur ; mais on les a séparées 
de nouveau. A la première appartient le véritable chêne-rouvre y 
Quercus Robur, W. {Quercus sessiliflora, Lamk.), qui s'élève à 
20 mètres et au delà, sur un tronc de 2 à 4 mètres de circonfé- 
rence. Ses feuilles sont "caduques, péliolées, ovales-oblongues, 
îinuées ou bordées de lobes arrondis ; les fleurs femelles et les 
fruits sont sessiles. Son bois est l'un des plus solides et des plus 
durables parmi ceux de l'Europe ; c'est également un des meilleurs 
Pour le chauffage. 




286 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

La seconde espèce estle chêne blanc ou gravelin, Quercus pedunculata 
W. (Q. racemosa, Lamk.), dont le tronc est plus droit, plus élevé, 
et le bois moins noueux et plus facile à travailler; ses feuilles 
sont presques sessiles, luisantes en dessus, un peu glauques en 
dessous; ses fleurs femelles sont sessiles, au nombre de 4 à 10, le 
long d'un pédoncule commun. 

L'écorce de chêne varie selon l'âge de l'arbre : lorsqu'il est 
vieux, elle est épaisse, raboteuse, noire et crevassée au dehors* 
rougeâtre en dedans ; lorsqu'il est jeune, elle est moins rude ou 
presque lisse, couverte d'un épiderme gris bleuâtre diversement, 
dessiné; d'un rouge pâle, ou presque blanche à l'intérieur. Alors 
aussi elle est bien plus riche en principe astringent, et jouit d'une 
odeur particulière, qui est celle que Ton sent dans les tanneries- 
Cette écorce, séchée et réduite en poudre, prend le nom de ta*, 
et sert à tanner les peaux. On l'emploie aussi en médecine comme 
un puissant astringent. 

Les glands renferment une grande proportion de fécule, et 
sont recherchés comme nourriture par plusieurs animaux, et 
surtout par les cochons. Leur âpreté les rend impropres à la 
nourriture de l'hornme. Ce n'est pas qu'au moyen de quelques 
traitements chimiques on ne puisse leur enlever leur principe 
astringent, et en obtenir une fécule aussi douce que beaucoup 
d'autres; mais le prix alors en devient trop élevé, et jamais ces 
tentatives n'ont eu de résultat satisfaisant. 

Quanta l'opinion si généralement répandue que les glandsoot 
servi de nourriture aux hommes dans les temps qui ont précédé 
leur civilisation, il faut remarquer d'abord que les anciens don- 
naient le nom de balanos ou de glands à la plupart des fruits des 
arbres des forêts, comme le hêtre et le noyer; ensuite que plu- 
sieurs chênes des pays méridionaux ont des glands doux et su- 
crés qui servent encore aujourd'hui à la nourriture des habitants: 
tels sont le chêne-liége (Quercus Suber), le chêne-yeuse (Quercus 
Ilex\ et surtout le chêne-ballote (Quercus ballot a). 

Les glands ordinaires sont quelquefois prescrits, torréfiés, pour 
remplacer le café, aux personnes forcées de suspendre l'usage 
qu'elles en font habituellement. C'est, sans contredit, une des 
substances qui simule le mieux le café, et il est étonnant que 
l'emploi n'en soit pas plus répandu. 

Chêne Vêlant. 

Quercus sEgilops, L. Cet arbre a le port et la hauteur du chêne- 
rouvre. Ses feuilles sont longues de 80 millimètres, larges de 55, pé' 
liolées, bordées de grosses dents, dont chacune se termine par une 



CUPULIFÈRES. — CHÊNE-LIÉGE. 287 

pointe aiguë. Ces mêmes feuilles sont vertes en dessus, blanchâ- 
tres et cotonneuses en dessous. Les fruits sont très-gros, courts, 
déprimés au sommet, profondément enfoncés dans une énorme 
cupule dont les écailles sont libres à leur partie supérieure, et 




Fig.4î8. — Chêne Télaui. 

étalées ou hérissées (fi g. 428). Ce chêne croit en Sicile, dans les 
lies grecques et dans l'Anatolie. On fait pour la teinture en noir 
et le tannage des peaux, un commerce assez considérable de ses 
fruits, ou plutôt de ses cupules qui en forment la partie princi- 
pale. On leur donne le nom de vélanède, ou â'avélanède, et sou- 
vent aussi celui de gallon du Levant, gallon de Turquie. 

Chêne-liége. 

Quercus Suber, L. Les feuilles de cet arbre sont ovales-oblon- 
gues, indivises, dentées en scie, cotonneuses en dessous et per- 
sistantes. 11 croît en Espagne, en Italie et dans nos départements 
méridionaux. Il se distingue des autres espèces par le développe- 
ment extraordinaire qui s'opère dans les couches sous épidermoï- 
dales de son écorce, qui devient très-épaisse et fongueuse, et 
constitue le liège. 11 commence à en fournir à l'âge de quinze ou 
seize ans, et il peut en donner de nouvelle tous les six à huit ans, 
jusqu'à cent cinquante ans, sans périr. Lorsque, par des incisions 
transversales et longitudinales, on a obtenu le liège en grandes 
plaques cintrées, on le chauffe et on le charge de poids pour le 
redresser ; alors on le fait sécher très-lentement, afin de lui con- 
server sa flexibilité. On doit choisir le liège épais, flexible, élas- 
tique, d'une porosité fine, d'une couleur rougeâtre, non ligneux 
dans son intérieur. 



288 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

En Espagne, on brûle les rognures de liège dans des vases clos, 
et on en retire un charbon très-noir et très-léger qui est usité en 
peinture. 

Le liège a été regardé, pendant quelques années, comme un 
principe immédiat auquel on donnait le nom de suber; mais il est 
évident qu'une partie d'écorce n'est pas un principe immédiat. 
Tout ce qu'on peut dire, c'est que la majeure partie du liège est 
un corps particulier, analogue au ligneux, mais en différant en ce 
que, traité par l'acide nitrique, il donne naissance à un acide 
particulier qui a été nommé acide subérique. 

On doit à M. Chevreul une analyse du liège. Cette substance a 
d'abord perdu 0,04 d'eau par la dessiccation. Traitée ensuite par 
l'eau dans le digesteur distillatoire, elle a fourni à la distillation 
une petite quantité A'huih volatile et de l'acide acétique. La liqueur 
restant dans le digesteur a donné un principe colorant jaune, un 
principe astringent, une matière annualisée, de V acide gallique, un 
autre acide, du gallatede fer, de la chaux, en tout 0,1425; la partie 
insoluble dans l'eau, traitée par l'alcool, lui a cédé les mêmes 
principes que ci-dessus, plus une matière analogue à la cire, mais 
cristallisable, qui a été nommée cérine; une résine molle, que 
M. Chevreul croit être une combinaison de cérine avec une autre 
substance qui l'empêche de cristalliser; deux autres matières pa- 
raissant encore contenir de la cérine unie à des principes non 
déterminés : en tout 0,1575. Le liège, épuisé par l'eau et l'alcool, 
différait peu du liège naturel : il pesait 0,70 (1). C'est à cette par- 
tie, supposée entièrement privée de ses principes solubles, que 
l'on peut appliquer le nom de subérine. 

Chêne Jaune on Qnercitron. 

Quercus tinctoria, L. , grande espèce de chêne qui croît dans les 
forêts de la Pensylvanie. On se sert de son écorce pour tanneries 
peaux ; mais on en exporte aussi une grande quantité en Europe, 
à cause de sa richesse en un principe colorant jaune %toe l'on 
peut substituer à celui de la gaude. On en a retiré le quercitrin, 
substance cristallisable, jaune, amère, très-soluble dans l'alcool, 
très-soluble dans l'eau, se dédoublant sous l'action des acides 
affaiblis en glucose et en une substance jaune, la quercitrine. Cet 
arbre paraît se naturaliser au bois de Boulogne, près de Paris, 
où, en 1818, on en a fait un semis considérable. Ses feuilles sont 
ovales -oblongues, sinuées, pubescentes en dessous, partagées en 
lobes anguleux et mucronés. 

(1) Chevreul, Ann. de chim., t. XCVI, p. 115. 



CUPULIFÈRES. — CHÊNE A LA GALLE. 



269 



Chêne m kermès. 

Quercus coccifera L.; arbrisseau à feuilles ovales, coriaces, per- 
sistantes, glabres des deux côlés, bordées de petites dents épi- 
neuses. Les chatons mâles sont réunis plusieurs ensemble en 
petites panicules ; les fleurs femelles sont sessiles eten petit nombre 
le long d'un pédoncule commun. Les glands qui ne mûrissent que 
h seconde année, sont à moitié enfoncés dans une cupule hérissée 
d'écaillés cuspidées, étalées et un peu recourbées. Cet arbrisseau 
croit dans les lieux arides et pierreux du Midi de la France, en 
Espagne, en Italie et dans le Nord de l'Afrique. C'est sur lui que 
ntte kermès, petit insecte hémiplère du genre des cochenilles, et 
nommé coccus ilicis, l'arbre ayant été regardé anciennement 
comme une espèce d'yeuse et ayant porté le nom d'Ilexcoccigera. 

Chêne à 1» galle on chêne dei teinturière. 

Quercus in fectoria, Olivier (fig. 429). C'est à Olivier que nous 
de?ons la connaissance de cette espèce qui est répandue dans 




Fîg. 429. — Quercus infectoria avec ses galles. 

^te l'Asie Mineure, jusqu'aux frontières de la Perse, et qui nous 
fournit l'excroissance nommée noix de galle, ou galle du Levant. 
-'est un arbrisseau tortueux, haut de l m ,30 à l m ,60, à feuilles 
^longues, mucronées-dentées, luisantes en dessus, pubescentes 
^dessous, portées sur des pétioles longs de 13 à 18 millimètres. 
*• glands sont allongés et sessiles» 

Gviwu», Drogues, 7e édit. T. II. — 19 



290 DICOTYLÉDONES MOiNÛCHLAMYDEES- 

Cet arbre sert d'habitation à un insecte hyménoplère et 
pupivore nommé Cynips Gallœ tinctoriœ, dont la femelle perce les 
bourgeons à peine formés des jeunes rameaux, à Taide (Tune 
tarièr* dont son abdomen est pourvu. Elle dépose un œuf dans 
la blessure, et bienlôt le bourgeon, dénaturé par la présence de 
cet œuf, se développe d'une manière particulière, et forme un 
corps à peu près sphérique qui ne retient plus de sa forme primi- 
tive que des aspérités dues aux extrémités des écailles soudées. 
L'œuf, ainsi renfermé, éclot, et rinsecte passe par les états du 
larve, de nymphe et d*in secte parfait ; alors il perce sa prison et 
s'envole. 

i. La noix de galle nous est apportée surtout de la Syrie et du 
L'Asie-Mineure. La meilleure porte dans le commerce le nom de 
yiitft'rtfttiv, ou défaite vert^dWie/i, à cause de sa couleur et parce 
qifeilt' viurii des environs d'Alep en Syrie. Klle est grosse comme 
une noisette ou une aveline, d'une couleur verte noirâtre ou verte 
jaunâtre, glauque; elle est compacte, liès-pesante et très-astrin- 
gente ; etledoit en partie ces propriétés au soin qu'on a eu de ta 
récolter avant la sortie de l'insecte ; car les galles que Ton oublie 
sur l'arbre, et qu'on ne cueille qu'après, sont blanchâtres, légère*, 
peu astringentes, et se reconnaissent d'ailleurs au trou rond dont 
elles ont été percées par l'insecte. Elles forment, sous le nom de 
tfttile blanche, une sorte du commerce bien moins estimée que la 
première, 

Lz galle de Smyrtte, ou de l'Asie Mineure, diffère peu de celle 
d'Alep; cependant elle est généralement un peu plus grosse, 
moins foncée en couleur, moins pesante et plus mélangée de 
galles blanches, Elle est moins estimée pour ceux qui la cou: 
sent ; mais, la plupart du temps, elle est vendue connue galle 
d'Alep aux débitants et au public. 

On sait qu'on donne, en général, le nom degaUes à des excrois 
sances ou tumeurs qui se développent sur toutes les parties des 
végétaux, par suite de la piqûre d'insectes de différentes familles, 
mais qui sont principalement des Cynips de la ia ai i lie des Hymé- 
noptères, et des pucerons (Apkù) de celle des Hémiptères. IL y 
peu de végétaux qui ne présentent de ces dégénérescence 
tissu, dont les plus communes ont été observées sur l'orme, le 
peupliers, le bouleau, les pins et les sapins, l'églantier, le char- 
don hémorrhoïJal, la sauge, le charnue Iris, le lierre terrestre, elc. 
Ce qu'il y a de bien particulier, c'est que, suivanl.la remarque de 
Réaumur(t), l'espèce de l'insecte influe beaucoup sur la forme 
et la consistance de (a galle, quoiqu'on ne voie pas de quelle ma- 

(t) Ré au mu r% Douzième mémoire,!. III, p. 411». 




CUPULIFÈRES. — CHÊNE A LA GALLE. 291 

nière cela puisse avoir lieu. Ainsi, de plusieurs galles formées 
sur une môme feuille par différents insectes, les unes seront con- 
stamment ligneuses, les autres spongieuses, et toutes auront des 
formes différentes et spéciales. J'ai fait à cet égard une observa- 
tion encore plus singulière : ayant analysé la galle d'Alep, et y 
ayant trouvé de l'amidon, dont la présence avait échappé jusque- 
là aux chimistes, j'ai désiré & 
connaître le siège de ce prin- u % 
cipe dans la noix de galle. On c 
sait que cette production pré- 
sente au centre une petite ca- 
Tilé où a été déposé l'œuf du 
cynips {fig. 430, a). L'enve- ^ 
loppe immédiate de cette ca- Fig ' * 30 ' " Galle dAlep avec le cynips * 
vite constitue une petite masse sphérique, un peu spongieuse, 
d'une couleur fauve ou brunâtre dans sa masse, mais blanche à 
sa surface; et tout autour de cette petite sphère on trouve une 
substance plus étendue compacte, à structure radiée, laquelle 
parait formée, à la loupe, de particules brillantes et transparen- 
tes. Enfin, tout à fait à l'extérieur, se trouve une enveloppe verte 
contenant de la chlorophylle et de l'huile volatile. 

J'ai fait tremper plusieurs fois de la noix de galle, cassée par 
morceaux, dans l'eau, pour la priver de ses principes solubles, et 
je l'ai recouverte d'un soluté d'iode : la seule partie qui ail paru 
se colorer en bleu foncé est la petite sphère intérieure spon- 
gieuse; le tissu rayonné n'a éprouvé aucune coloration. Ayant 
donc mis à part la petite sphère spongieuse, je l'ai écrasée dans 
un verre avec un peu d'eau, et, ayant examiné la liqueur trouble 
au microscope, après y avoir ajoulé de l'eau saturée d'iode, j'y ai 
observé une très-grande quantité de granules d'amidon, sphéri- 
î'ies, ovales ou triangulaires, d'un bleu très-foncé. Les granules 
l'emportaient de beaucoup en quantité sur les débris du tissu qui 
les contenait, de sorte qu'on peut dire que la petite sphère qui 
entoure immédiatement la larve de l'insecte est principalement 
imposée d'amidon. 

Ayant, au contraire, écrasé dans l'eau la matière rayonnée qui 
entoure la première, je n'ai pu y observer que des flocons infor- 
mes de tissu déchiré et des particules isolées, très-petites, mais 
solides, épaisses, anguleuses, transparentes et incolores, malgré 
l'addition de l'iode; d'où il suit que la seule partie de la noix de 
galle qui contienne de l'amidon est la petite sphère centrale où se 
trouve nichée la larve du cynips. 

Cette disposition vraiment remarquable semble indiquer un rap- 
port encore inconnu et peu compréhensible entre l'action vitale 



292 DICOTYLÉDONES MONOCHIAMYDÉES. 

du chêne h la galle et celle de l'œuf animal qui s'y trouve déposé. 

On conçoit, en effet, jusqu'à un certain point, que l'instinct de 
l'abeille la détermine à remplir ses rayons du miel qui doit nour- 
rir la génération destinée à perpétuer son espèce, et que les fe- 
melles des autres insectes déposent généralement leurs œufs à 
portée des matières qui doivent servir à la nourriture des Unes 
qui en sortiront; mais en vertu de quelle loi l'amidon, qui n'exis- 
tait pas en quantité appréciable dans le bourgeon du chêne, s'y 
forme-t-il après l'introduction de l'œuf, et vient-il s'amasser uni- 
quement autour de la larve du cynips, comme dans le double 
but de la protéger contre l'action du tannin et de lui servir de 
nourriture? Il y a là une cause occulte qui vaudrait la peine d'être 
recherchée. 

J'ai fait une autre observation du môme genre que la précé- 
dente. Beaucoup de galles, même parmi celles qui croissent sur 
le chêne, sont d'une texture lâche et poreuse, ou présentent des 
conduits qui permettent à l'air de pénétrer jusqu'à l'insecte; 
mais la galle d'Alep est tellement dure, compacte et privée de 
toute ouverture extérieure avant la sortie de l'insecte, que je me 
suis longtemps étonné qu'un être put y respirer. Or, j ai décou- 
vert, dans un grand nombre de galles d'Alep, et principalement 
autour de la petite masse sphérique amylacée, des cellules 
(fig. 430, b) qui paraissent formées par l'écartement ou le dédou- 
blement d'écaillés conchoïdes charnues, et qui doivent servira la 
respiration de l'insecte. Le bourgeon de chêne, après avoir rcçi* 
l'œuf, paraît donc s'organiser de manière à fournir à l'insecte l^ 
nourriture et l'air qui lui sont indispensables. 

Galles diverses. 

Les chênes produisent un grand nombre d'espèces de galle^ 
dont plusieurs se trouvent dans le commerce. 




0> qj Qf p 

Fig. 431. — Galle couronnée d'Alep. Fig. 432. — G&llon de Hongrie 

2. Petite galle couronnée d'Alep (fig. 431). Cette espèce se trouve 
mêlée à la galle d'Alep et doit provenir de la piqûre des bour- 



CUPULIFÈRES. — GALLES DIVERSES. 293 

geons terminaux à peine développés, par un cynips. Elle est 
grosse comme un pois, courtement pédiculée par le bas, cou- 
ronnée supérieurement par un cercle de pointes disposées comme 
la couronne d'un fruit de myrte ou d'Eugenia. L'intérieur est 
formé de quatre couches concentriques rayonnées, dont la plus 
intérieure seule est amylacée. Au centre se trouve une cavité 
unique. Cette galle ne peut pas être prise pour une jeune galle 
commune d'Àlep, parce qu'elle est souvent percée d'un trou 
très-large qui indique qu'elle est parvenue à toute sa gros- 
seur. 

3. Galle marmorine. Cette galle vient du Levant; elle est d'un 
gris peu foncé, jaunâtre ou rougâtre, ayant de 10 à 15 millimè- 
tres de diamètre. Elle est presque sphérique, seulement un peu 
allongée en pointe du côté qui forme le pédicule, à peine mar- 
quée d'aspérités, et cependant à surface rugueuse. Elle a une cas 
sure uniformément rayonnée et d'un jaune prononcé. La cou ch 
amylacée est très-mince, rayonnée et peu distincte de celle qui 
l'entoure; la cavité centrale est spacieuse et régulière. 

4. Galle (T/strie. Petite galle globuleuse de 9 à 12 millimètres 
de diamètre, allongée en pointe du côté du pédicule, générale- 
ment d'une couleur rougeâtre, privée d'aspérités pointues, mais 
profondément ridée par la dessiccation. Elle est très-souvent 
percée et vide d'insecte. La cassure en est rougeâtre, rayonnée, 
assez compacte ; la couche amylacée peu distincte, la cavité cen- 
trale vaste et régulière. Cette galle est peu estimée. 

5. Galle de Hongrie ou du Piémont {fig. 432). C'est une excrois- 
sance très-irrégulière qui provient de la piqûre faite par un cynips 
à la cupule du gland de chêne ordinaire, Quercus robur, L., après 
que l'ovaire a été fécondé. Cette excroissance, qui part le plus 
souvent- du centre même de la cupule, s'élève d'abord sur un 
pédicule qui n'empêche pas toujours le gland de se développer à 
côté; mais souvent aussi l'excroissance remplit toute la cupule, 
déborde par-dessus de tous les côtés et la recouvre à Pext£ 
rieur. Cette galle présente, au centre d'une enveloppe ligneuse, 
nne cavité unique prenant de l'air pi : le sommet, contenant 
une coque blanche qui a dû servir aux métamorphoses de Tin- 
secte, et renfermant quelquefois le cynips lui-même, pourvu 
de ses ailes. Il ne faut pas confondre cette excroissance avec la 
suivante, qui s'y trouve mélangée, mais dont la nature est bien 
différente. 

6. Galle corniculée {fig. 433, 434 et 435). Cette galle est générale- 
ment comme assise par le milieu sur une très-jeune branche, et 
comme formée d'un grand nombre de cornes un peu recourbées à 
l'extrémité. Elle est jaunâtre, ligneuse, légère, creusée à l'intérieur 



CUPULIFÈRES. — GALLES DIVERSES. 295 

deux parties, elle est formée inférieurement d'une sorte de récep- 
tacle ou de thorus ligneux qui provient du développement con- 
tre nature de la base même de l'involucre. Réaumur a comparé 




Fig. 437. — Section de la galle en artichaut. Fig. 438. — Galle ronde de l'yeuse. 

avec raison cette partie au cul de Vartichaut (fig. 437). Ce thorus 
se relève un peu en forme de coupe sur le bord et présente deux 
sortes d'appendices. Ceux qui garnissent l'extérieur ne sont 
antre chose que les écailles de l'involucre, développées et restées 
libres, un peu épaissies et velues sur le milieu, amincies et trans- 
pare u tes sur le bord, lequel présente quelquefois la dentelure 
lobée de la feuille de chêne. Ce développement anormal montre 
bien que les écailles de l'involucre du chêne ne sont que des brac- 
tées ou des feuilles avortées. Quant aux appendices qui se sont 
développés sur la surface supérieure du thorus, et qui ressemblent 
à de longues paillettes soyeuses de Synanthérées, le germe 
en existait sans doute à la surface interne de la cupule qui em- 
brassait l'ovaire. L'ovaire manque quelquefois; mais le plus 
souvent je l'ai trouvé resté stationnaire sur le milieu du tho- 
rus et parfaitement intact. Il est indubitable que le développe- 
ment de cette galle a dû être précédé de la piqûre d'un cynips, et 
Réaumur dit avoir observé dans le thorus diverses cavités dont 
chacune servait de logement à une larve, et dans le pistil égale- 
ment une ou plusieurs cavités dont chacune est occupée par un 
'Qsecte. Je n'ai vu ni les unes ni les autres. Je rappelle d'ailleurs 
que l'insecte décrit par Réaumur comme produisant celte galle 
Pourrait bien appartenir à la précédente. 

8. Galle ronde de l'yeuse, galle de France {fig. 438). Cette galle 
* trouve dans le commerce. Elle est parfaitement sphérique avec 
u a diamètre de 19 à 22 millimètres. Elle est tantôt entièrement 
U| )ie à sa surface et d'autres fois légèrement inégale et ridée 
tomme une orangette. Elle est très-légère, d'un gris verdâtre ou 
^ peu rougeâtre. Il est difficile d'en trouver qui ne soit pas 
Percée. Elle offre une cassure rayonnée, uniforme, spongieuse, 
d'une couleur brunâtre toujours assez foncée, excepté la couche 



296 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

la plus intérieure qui est plus dense et blanchâtre, sans cepen- 
dant être amylacée. L'insecte lui-même, que j'ai rencontré une 
fois, est d'un rouge brun. Celte galle vient sur leQuercus /fcxL., 
dans le Midi de la France et en Piémont. On la trouve aussi, en 
certaine quantité, dans la galle de Smyrne ; mais je ne puis dire 
si elle est originaire d'Asie, ou si elle y a été mélangée en 
France. Cette galle a beaucoup de rapport avec la suivante; je 
présume que sa seule différence tient à l'espèce de chêne qui 
Ta portée. 
9. Galle ronde a\t chêne-rouvre (fig. 439) ; galle du pétiole de chêne, 




Fig. 439. — Galle du chènc-roinrre. 



Réaumur (pi. 41, fig. 7). Celle galle croît sur les jeunes rameaux^ 
du chêne-rouvre, aux environs de Paris, et sur le chérie tauzin 
(Quercus pyrenaïca) auprès de Bordeaux. Elle est souvent rappro- 
chée, au nombre de 4 ou 5, à l'extrémité des rameaux. Elle est 
parfaitement sphérique, de 15 à 20 millimètres de diamètre, très- 
unie, d'une couleur rougeâtre, légère el spongieuse. La cavité 
centrale est tantôt unique et ne loge qu'un insecte, tantôt divisée 
en 3 ou 4 loges dont chacune contenait un cynips. 

10. Galle ronde des feuilles de chêne. On trouve sur les feuilles 
de nos chênes un grand nombre de galles de diverses natures, 
dont deux, entre autres, qui ont été décrites par Réaumur sous 



298 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

succulentes à l'état récent, et se rident considérablement par la 
dessiccation. Desséchées, elles sont spongieuses et très-légères; 
elles ne présentent qu'une cavité centrale. Elles sont complète- 
ment délaissées, ainsi qu'une galle des chatons mâles, éparse sur 
le rachis, que je passe sous silence. 

11. Pomme de chêne. Réaumur a décrit sous ce nom une galle 
terminale, comme didyme età plusieurs loges, que je n'ai pas été 
à môme d'observer, et qui n'est pas la galle à laquelle on donne 
généralement le nom de pomme de chêne. Celle-ci, la plus volu- 
mineuse des galles de chêne, est commune dans les environs de 
Bordeaux, dans les Landes et dans les Pyrénées, sur le chêne 
tauzin, Quercus pyrenaïca. Sous le nom de oak apple, elle est 
également bien connue en Angleterre, où elle croit sur le Quercus 
pedunculata. Enfin la figure donnée par Olivier (1) du Quercus 
infectoria, porte 5 la fois de la noix de galle ordinaire et une 
pomme de chêne. Cependant ces galles ne sont pas parfaitement 
semblables. La pomme de chêne figurée par Olivier est complè- 
tement sphérîque et porte une couronne de pointes vers le mi- 
lieu de sa hauteur (fig. 442). Les pommes de chêne de Bordeaux 




Fig. 443. — Pomme de chêne de Bordeaux. 



sont ou, sphériques ou ovoïdes et portent leur couronne vers 
l'extrémité supérieure (/ty. 443). En voici d'ailleurs la description 
plus détaillée. Cette galle est sphérique ou ovoïde, de la grosseur 
d'une petite pomme ou d'un petit œuf de poule (35 à 40 milli- 

(1) Olivier, Voyage, pi. 15, 



CUPULIFÈRES. — GALLES DIVERSES. 299 

mètres de largeur sur 35 a 50 millimètres de hauteur). Sa surface 
est parfaitement unie, sauf, vers la partie supérieure, une cou- 
ronne de 5 à 6 pointes dont quelques-unes sont doublées, et une 
petite éminence centrale creuse et à bords repliés en dedans. On 
peut remarquer, à la base, que le pédoncule est aussi rentré en 
dedans et est en partie recouvert par la turgescence de l'enve- 
loppe. La disposition et le nombre des pointes supérieures parait 
d'ailleurs indiquer que cette galle provient du développement 
monstrueux de la fleur femelle piquée avant la fécondation ; à 
l'intérieur, cette galle est d'une texture spongieuse uniforme, 
elelledevient très-légère par la dessiccation. Tout à fait au centre 
se trouve une coque unique, blanche, ovale, dont j'ai retiré quel- 
quefois l'insecte vivant, peu de temps après avoir reçu cette 
galle de Bordeaux, d'où elle m'avait été envoyée par M. Magonty. 
C'est une chose surprenante d'abord de voir sortir du centre 
d'une masse solide et parfaitement close, de 18 à 20 millimètres 
de rayon, un insecte qui, après un moment d'exposition à l'air, 
commence à remuer les pattes, nettoie ses ailes et tente de s'en- 
voler ; mais j'ai reconnu ensuite qu'il existait à partir du pédon- 
cule jusqu'à la coque un étroit conduit aérifère. 

J'ai dit plus haut qu'ayant longtemps cherché à comprendre 
comment l'insecte de la galle du Levant, renfermé au centre 
d'une masse dure et compacte, pouvait y respirer, j'avais enfin 
observé dans l'intérieur des cellules pleines d'air qui pouvaient 
^rvir à cet usage. Une autre observation, qui est commune aux 
a Utres galles, c'est que, tant que l'insecte y est enfermé, la galle 
*u chêne tauzin offre une couleur rougeâtreet verdâtre, et une 
*Urface luisante qui indiquent qu'elle participe à la vie de l'ani- 
mal ; tandis qu'après sa sortie, elle prend une couleur terne et 
SHsâtre et semble mourir. 

Nature chimique de la noix de galle . 

On savait depuis longtemps que la noix de galle contenait en 
abondance un principe astringent qui a reçu le nom de tannin ou 
*\'acide tannigue, et que Berzélius paraît avoir obtenu le premier 
^ Fétat de pureté. On savait également qu'on retirait de la noix 
fJe galle, par divers procédés, un autre acide nommé acide galti- 
çwe; mais c'est à Pelouze que Ton doit d'avoir fait connattre un 
procédé (le traitement par déplacement, au moyen de l'éther), 
qui permet de retirer immédiatement 35 à 40 pour 100 de tannin 
de la noix de galle. Cependant je puis dire que la composition de 
cette singulière production naturelle était encore loin d'être 
connue, non-seulement parce qu'elle contient beaucoup plus de 
tannin qu'on ne l'annonçait, mais encore parce qu'elle renferme 



3 



360 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

beaucoup d'autres principes dont l'existence y était ou contestée 
ou méconnue ; tels sont de l'acide ellagique, un nouvel acide 
auquel j'ai donné le nom de lutéo-gallîque, de la chlorophylle, 
une huile volatile semblable à celle des Myrica, de l'amidon, de 
sucre et divers autres dont je me borne à donner le tableau, ren- 
voyant pour le reste au Mémoire que j'ai publié (4). 

Acide tannique 65 

— gallique 2 

— ellagique t « 

— lutéo-gallique i 

Chlorophylle et huile volatile 0,7 

Matière extractive brune . 2,5 

Gomme 2,5 

Amidon 2 

Ligneux 10,5 

Sucre liquide 

Albumine 

Sulfate de potasse 

Chlorure de potassium \ - . 

Gallate de potasse 

— de chaux 

Oxalate de chaux 

Phosphate de chaux 

Eau , 11,5 

100,0 
FAMILLE DES JUGLAMDÉES. 

Arbres à fleurs monoïques ; fleurs mâles en longs chatons axillaires, 
accompagnées d'une bractée écailleuse et composées d'un périanthe dé- 
coupé en 5 ou 6 lobes inégaux et concaves, et d'é lamines nombreuses, 
insérées sur la nervure médiane du périanthe. Fleurs femelles tantôt 
rassemblées en petit nombre à l'extrémité des rameaux, tantôt dispo- 
sées en épis lâches : composées d'un involucre el d'un périanlhe soudés 
ensemble et avec l'ovaire, mais chacun à limbe supère et quadripar- 
tite. Ovaire infère contenant un seul ovule dressé sur un placentaire 
central, d'où émanent 4 lames formant des cloisons incomplètes qui 
rendent l'ovaire quadriloeulaire à la base ; fruit charnu infère, indéhis- 
cent, à noyau osseux (caryone), contenant une graine sans périspenne, 
à embryon renversé, pourvu de 2 cotylédones épais, charnus, de forme 
irrégulière. 

Les. Juglandées se distinguent de toutes les autres familles amenta- 
cées par leurs feuilles pinnées,qui sembleraient devoir les faire placer 
beaucoup plus dans la série des Dicotylédonées. Aussi Jussieu les 
avait-il annexées aux Térébinthacées, place qui leur a été conservée par 
Endlicher. Cependant la disposition de leurs fleurs mâles, qui est 
exactement celle des Cupulifères, et la constitution des fleurs femelles 
et du fruit qui offte encore de très-grands rapports avec les fleurs 

(I) Guibourt, R-.vue scientifique, t. XIII, p. 32. 



JUGLANDÉES. — NOYER COMMUN. 301 

femelles et les fruits des Myrica et des Casuarina, ontdéterminé d'autres 
botanistes à ne pas séparer les Juglandées des Amentacées. Cette famille 
se compose des quatre genres Carya, Juglans, Pterocarya, Engelhard- 
rta, dont le premier appartient exclusivement à l'Amérique septen- 
trionale, et fournit des semences huileuses et comestibles que le com- 
merce nous offre quelquefois sous le nom de noix pacanes. Le genre 
Jugions appartient aussi principalement à l'Amérique septentrionale ; 
mais il se recommande surtout par notre noyer commun, que la na- 
ture a séparé de ses congénères par un long espace de mers et de 
terres, en le faisant naître en Perse. Les Enyelhardtia sont propres aux 
contrées méridionales de l'Inde et aux îles de la Malaisie. Une de leurs 
espèces fournit au commerce une résine, le dammar selan, dont les fa- 
bricants de Ternis consomment aujourd'hui une énorme quantité. 

IVojer commun. 

Jugions regia, L. Grand et bel arbre originaire de Perse, mais 
cultivé depuis si longtemps en Europe, qu'on ne peut fixer l'é- 
poque de son introduction. Le tronc est lisse et d'une couleur 
cendrée, dans les jeunes arbres ; il se gerce avec l'âge et peut 
acquérir de 3 à 4 mètres de circonférence. Les feuilles (fig. 444) 
sont amples, ailées avec impaire, d'une odeur forte et agréable ; 
les ûeurs mâles sont portées sur de longs chatons simples ; les 
fleurs femelles sont solitaires ou réunies en petit nombre à l'ex- 
trémité des rameaux. Le fruit, nommé noix, est un caryone glo- 
buleux, formé d'un sarcocarpe vert et succulent (brou) qui répond 
à l'involucre de la fleur ; d'un endocarpe ligneux, sillonné et à 
2 valves, qui répond au calice, et d'une semence dont l'amande 
huileuse est formée de 2 cotylédons très-développés, divisés en 
4 lobes par le bas, et à surface très-inégale figurant les circon- 
volutions du cerveau. 

La noix se sert sur les tables, ou non parfaitement mûre et por- 
tant le nom de cerneau, ou mûre et récente, ou sèche. On en re- 
lire par expression à froid une huile douce, très-agréable et 
utilisée comme aliment. Cette huile étant siccative est aussi très- 
usitée dans les arts ; mais alors on l'exprime à chaud. 

On connaissait anciennement en pharmacie une eau distillée 
aromatique nommée eau des trots noix, qui était faite en trois fois 
et à trois époques différentes, avec les chatons en fleurs, avec les 
coix nouvellement nouées et avec les noix presque mûres. On 
emploie encore aujourd'hui les feuilles de noyer et le brou de 
noix, en décoction ou en extrait, contre l'ictère, la syphilis, les 
affections scrofuleuses. Ces deux parties végétales paraissent pos- 
séder les mêmes propriétés et les mômes principes, parmi les- 
quels il faut compter de l'huile volatile, du tannin précipitant en 
vert les sels de fer (probablement de l'acide cachutique), et un 




acre et m£me vésicante; mais ces propriétés sont tx pli 

marquées dans Fécorcc du Jugtans cinerea de l'Amérique sep-^* 
leolrionale. Par un contraste assez marqué, ces deux arbres son* 
remplis d'une sève abondante et sucrée qu'on peut en extraire ei^" 
perçant le tronc avec une tarière, jusqu'au centre, ainsi qu'on 1^^ 



JUGLANDÉES. — DAMMAR SÉLAN. ' 303 

pratique pour l'érable à sucre : le liquide évaporé fournit du su- 
cre crislallisable ; mais cette opération nuisant à la récolte des 
fruits, il ne paraît pas qu'il y ait de l'avantage à la pratiquer. En- 
lin, tout le monde connaît l'usage qu'on fait du bois de noyer 
pour meubles, à cause de son grain fin, de son beau poli et de sa 
couleur inégalement bistrée. 

Dammar «élan ou dammar friable . 

Vers l'année 4835, je vis pour la première fois, chez plusieurs 
commerçants, à Paris, une résine venue de Marseille sous le nom 
de copal tendre de Nubie. Elle était en grosses larmes arrondies ou 
allongées, vitreuses, et transparente à l'intérieur, terne et blan- 
châtre à sa surface, et ressemblant assez à de très-grosse résine 
sandaraque; mais elle se distinguait de la sandaraque par sa fa- 
cile et entière solubilité dans l'éther et dans l'essence. 

La grande facilité avec laquelle on put faire avec cette résine 
des vernis incolores, quoique peu solides, la fit rechercher, et 
bientôt il en vint des quantités considérables, non plus par la voie 
de Marseille et d'Egypte, mais par les entrepôts de Hambourg, 
d'Amsterdam et de Londres, qui la tirent des îles Moluques. En 
même temps. elle prit un nom plus approprié à son origine, car 
on l'appela dammar ou résine dammar; mais on se trompa en la 
supposant tirée du Dammara alba de Humphius, arbre de la fa- 
mille des Conifères qui produit une résine très-dure que j'ai dé- 
crite (1). Je prouvai (2) par l'examen attentif de ses propriétés 
que cette nouvelle résine n'était autre que le dammar selan de 
Rumphius, résine produite en très-grande abondance par un arbre 
gigantesque (50 à 70 mètres de hauteur), qu'il a nommé Dammara 
telanica : seulement dans la description incomplète qu'il a faite de 
cet arbre, Rumphius l'ayant plusieurs fois comparé aux canangas 
(Anona), De Candolle le comprit dans la famille des Anonacées et 
dans le genre l/nona, sous le nom d'Unona selanica; mais M. Blume 
lui a assigné sa véritable place, en le reconnaissant pour une 
espèce d'Engelhardtia, genre appartenant à la famille des Juglan- 
dées. M. Blume pense môme que le Dammara selanica fœmina de 
Rumphius, qui produit principalement la résine danrmar, ne 
diffère pas de YEngelhardtia spicata (3). Cependant il ajoute que, 
quant à lui, il ne lui a pas vu produire de résine, ce qui tient sans 
doute, ainsi que le dit Rumphius, à ce que cet arbre n'en fournit 
que dans un âge très-avancé. 

(1) Giiibourt, Drogues, &• édition, tome II, page 258. 

(î) Guibourt, Mémoires sur les résines dammar (Revue scientifique, U XVI, 

p. m). 

(3) Blume, FI. Javan., U II, p. 5. 



304 * DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

Le damraar sélan se présente quelquefois sous la forme de lar- 
mes arrondies ou allongées, de 1 à 2 centimètres d'épaisseur 
sur 2 à 4 centimètres de longueur (c'est sous cette forme qu'il a 
paru d'abord, comme étant apporté de Nubie) ; on le trouve plus 
souvent aujourd'hui en larmes plus volumineuses, mamelonnées 
à leur surface, toujours vitreuses et incolores à l'intérieur, ou en 
masses irrégulières, anguleuses, d'un aspect gris ou noirâtre, et 
mélangées d'impuretés qui leur ôtent leur transparence. 

Cette résine est inodore à froid, mais elle exhale, par la cha- 
leur, une odeur aromatique très-douce et très-agréable. Lors- 
qu'on la renferme dans la main, elle fait entendre des craque- 
ments successifs, causés par la rupture des larmes en morceaux. 
Elle se brise avec la plus grande facilité, et se pulvérise rien 
qu'en faisant mouvoir deux doigts l'un sur l'autre. Touchée et 
pressée un peu avec les mains, elle devient poisseuse à sa surface, 
et les mains conservent pendant longtemps une odeur analogue 
à celle de l'oliban. Elle se fond dans l'eau bouillante ; exposée 1 
la flamme d'une bougie, elle pétille, éclate et lance des particules 
qui s'enflamment et font l'effet de l'essence exprimée du zeste 
d'une orange. Ensuite la résine se fond et coule par gouttes li- 
quides. 

Le dammar sélan pulvérisé forme, avec l'alcool à 92 centièmes, 
un liquide blanc comme du lait et qui tarde beaucoup à s'éclair- 
cir. Elle paraît composée de trois résines inégalement solubles 
dans ce menstrue, à savoir : 

Résine soluble dans l'alcool froid, environ 75 

— soluble dans l'alcool bouillant 5 

— insoluble dans l'alcool bouillant 2l 

101 

L'augmentation- porte sur la résine soluble qui retient opiniâ- 
trement une petite quantité d'alcool. 

La môme résine se dissout promptement et presque complet^' 
ment dans l'éther sulfurique. Elle se dissout facilement et coitf^- 
plétement à froid dans l'essence de térébenthine. Nul doute qt^ 
cette facile solubilité, jointe à la blancheur du produit, ne soit ^ 
cause de la grande faveur dont jouit cette résine auprès des f^ 
bricanls de vernis. 



FAMILLE DES PLATANÉES ET DES BALSAMIFLUÉES. 

Ces deux familles, très-voisines l'une de l'autre, ont été formée 
pour les seuls genres Platanuset Liquidambar. Les platanes sont rema — 
quables par leur tronc élevé et d'un diamètre quelquefois prodigieux 



PLATANÉES ET BALSAMIFLUÉES. — LIQUIDAMBAR. 



305 



«couvert d'une écorce unie, d'un vert grisâtre, qui se détache an nu él- 
ément par grandes plaques minces. Leurs feuilles sont alternes, pétio- 
ées, à lobes palmés ; les fleurs sont monoïques et disposées à la surface 
le réceptacles globuleux, portés de 3 à 6 ensemble sur des pédoncules 
tendants ; les fruits sont des achaines coriaces, implantés à la surface 
iu réceptacle accru, et entourés à la base de poils fragiles. Ces arbres 
terrent encore aujourd'hui à l'ornement des parcs d'agrément : leur 
x>is est susceptible de recevoir un beau poli. 

Les liquidambars présentent par' leurs feuilles et la disposition 
de leurs fruits la plus grande ressemblance avec les platanes; 
mais ils en diffèrent beaucoup par leur suc résineux et balsami- 
que. On en connaît trois espèces, dont l'une, le Liquidambar styra- 
tijlua, L., produit en Amérique le baume liquidambar; une se- 
conde, nommée Liquidambar orientale, fournit le styrax liquide : la 
troisième espèce, nommée Liquidambar A Uingiana, Blume, forme, 
aux lies de la Sonde, un arbre gigantesque, dont le suc balsami- 
que, semblable aux précédents, ne parait pas venir jusqu'à nous. 



Baume liquidambar. 

Liquidambar styraciflua (fig. 445). Cet arbre croît dans la Loui- 
siane, dans la Floride et au Mexique, où il porte le nom de co- 




Fi?. 445. — Liquidambar styraciflua. 

*hne. II produit deux baumes assez différents par leurs caractères 
hysiques : l'un est liquide et transparent comme une buile ; 
*utre est mou, blanc et opaque, comme la poix de Bourgogne. 

GvnoeiT, Drogues, 7«édit. T« II. — 20 



306 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Liquidambar liquide, dit huile de liquidambar. Ce baume est ob- 
tenu par des incisions faites à l'arbre, reçu immédiatement dans 
des vases, qui le soustraient à l'action de l'air, et décanté pour le 
séparer d'une partie de baume opaque qui se dépose au fond, lia 
la consistance d'une huile épaisse ; il est transparent, d'un jaune 
ambré, d'une odeur forte, qui est celle du styrax liquide, mais 
plus agréable; d'une saveur très-aromatique et acre à la gorge. 
Il contient une assez grande quantité d'acide benzoïque ou cin- 
namique; car il suffit d'en mettre une goutte sur du papier de 
tournesol pour le rougir fortement; et son décoctum, saturé par 
la potasse et concentré, laisse précipiter de cet acide par l'acide 
chlorhydrique. 11 laisse, lorsqu'on le traite par l'acool bouillant, 
un résidu blanc, peu considérable, et l'alcool filtré se trouble en 
refroidissant. 

Liquidambar mou ou blanc. Ce baume provient, soit du dépôt 
opaque formé par le précédent, soit des parties de baume qui ont 
coulé sur l'arbre et se sont épaissies à l'air. Je suppose que ces 
deux portions fondues ensemble et passées produiraient exacte- 
ment le liquidambar mou, tel que nous le voyons. Il ressemble à 
une térébenthine très-épaisse ou à de la poix molle ; il est opaque, 
blanchâtre, d'une odeur moins forte que le précédent, d'une sa- 
veur parfumée, douce, mais laissant de l'âcrelé dans la gorge. Il 
contient de l'acide benzoïque qui vient souvent s'effleurir à sa 
surface; il se solidifie par une longue exposition à l'air, devient 
presque transparent, mais conserve très-peu d'odeur. 11 ressem- 
ble alors un peu au baume de Tolu, et plusieurs personnes s'en 
servent pour falsifier ce dernier. Il s'en distingue toujours par son 
goût de styrax et par une amertume assez marquée qui s'y est dé- 
veloppée par l'action de l'air. 

Styrax liquide 

Suivant Geoffroy, les anciens Grecs ne connaissaient pas ce 
baume, qui a d'abord été distingué du slorax calamité par les 
Arabes (1). Il a régné longtemps une assez grande incertitude 
sur son origine : beaucoup de personnes ont pensé que ce n'était 
que du storax calamité altéré avec du vin, de l'huile, de la téré- 
benthine et des matières terreuses ; d'autres ont écrit qu'il ne dif- 
férait du storax que parce qu'il a été obtenu par décoction de l'é- 
corce et des jeunes rameaux de l'arbre; enfin d'autres estiment 
qu'il est produit par un arbre différent. 

Pendant quelque temps la première opinion ne m'a pas para 

(1) Il est probable, cependant, que le styrax liquide est la substance quel* 
Grecs nommaient Stactè (Diosc, lib. I, cap. lxii). 



PLATANÉES ET BALSABUFLUÉES. — STYRAX LIQUIDE. 307 

fondée, parce que je n'avais pas pu réussir, en mélangeant diver- 
ses proportions de styrax et de térébenthine, ou d'autres corps 
résineux, à obtenir un mélange qui eût l'odeur du styrax liquide ; 
mais depuis que j'ai vu le marc encore humide de baume de Tolu, 
traité par la chaux, prendre, étant abandonné à lui-même, l'o- 
deur forte et tenace du styrax liquide ; depuis également que j'ai 
observé, nombre de fois, la même odeur se manifester dans un 
sirop très-fermentescible contenant du baume de Tolu, j'ai com- 
pris, à plus forte raison, qu'un mélange humide de storax ot d'au- 
tres matières pourrait acquérir l'odeur forte du styrax liquide. 
Cependant je ne crois pas qu'en réalité ce dernier soit du storax 
altéré, parce qu'il n'y aurait aucun avantage, pour les falsifica- 
teurs, à dénaturer une substance aussi chère que le storax pour la 
vendre un prix très-inférieur, sous le nom de styrax liquide; dès 
lors, on peut être certain qu'ils ne le font pas. 

La seconde origine n'est pas mieux assurée, parce que l'odeur 
du styrax liquide est plus forte que celle du storax et sa consis- 
tance plus liquide, et que l'effet constant de l'ébullition de l'eau 
sur un corps composé de résine et d'huile volatile est, au con- 
traire, d'augmenter la consistance et de diminuer l'odeur du 
composé. Il faut donc admettre que le styrax liquide est produit 
par un autre arbre que le storax calamité. 

Suivant toutes les probabilités, le styrax liquide est tiré du Li- 
quidambar orientale des botanistes (fi g. 446); cet arbre diffère peu 
du Liquidambar styraciflua, qui donne en Amérique le baume li- 
quidambar. Pour obtenir le styrax liquide, toujours d'après Peti- 
▼er, on fait bouillir l'écorce de l'arbre, préalablement pilée, dans 
de l'eau de mer, et on recueille le baume qui vient nager à la 
surface. Comme il contient encore beaucoup d'écorce divisée, on 
te fond de nouveau dans de l'eau de mer et on le passe. On ren- 
ferme séparément dans des barils le styrax purifié et le résidu de 
j& purification : tous deux sont versés dans le commerce; mais 
*is sont très-souvent altérés par toutes sortes de mélanges, et il 
fe*t presque impossible d'y trouver le styrax purifié dont parle 
ï*eliver. 

[Les données récentes de MM. Maltass, Campbell et de Mac 
Craith (1) ont confirmé l'opinion de Guibourt sur l'origine du 
Hyrax liquide. C'est bien du Liquidambar orientale, qu'on retire le 
*uc, dans la partie sud-ouest de l'Asie Mineure, et sur les côtes 
de la mer vis-à-vis l'ile de Rhodes. Voici d'après ces observateurs 
U manière dont on l'obtient. 

(I) Voir D* Hanbury, on Storax {Pharmaceutical Journal > XVI, 417 et 461, 
t. IV, page 436). 



PLATANÉES ET BALSAMIFLUÉES. — STYRAX LIQUIDE. 309 

Suivant le lieutenant Campbell, on enlève l'écorce extérieure 
de l'arbre, et on la garde en paquets pour faire des fumigations. 
L'écorce intérieure est raclée avec un couteau semi-circulaire et 
ramassée en quantité suffisante dans des trous : on la fait alors 
bouillir dans l'eau, la partie résineuse monte à la surface et on 
l'enlève avec une écumoire. L'écorce bouillie est mise dans des 
sacs de crins, on la presse fortement et on en extrait ce qu'on ap- 
pelle l'huile. Le docteur Mac Craith indique un procédé analo- 
gue : quant à M. Maltass, il rapporte qu'on met directement les 
écorces dans des sacs de crin, qu'on soumet à la presse : en- 
suite on jette de l'eau bouillante sur les sacs, on les presse de 
nouveau et on obtient ainsi la plus grande partie de la résine. 
•L'écorce est retirée des sacs, séchée au soleil et forme ce qu'on 
a appelé le stohax rouge du commerce ou écorce de storax. Elle 
est sous forme de lanières étroites, minces, rougeâtres, pressées 
les unes contre les autres, sèches, mais conservant encore une 
forte odeur balsamique : à la longue il s'y forme par places une 
efflorescence d'acide. Il paraît, d'après Matlhiole, que celte subs- 
tance portait autrefois dans les officines le nom de Tigname, qu'il 
Pense être venu du grec OujAiafia, parfum ; c'est le Cortex Thymia- 
**iati$ d'Europe. Est-ce aussi de cette écorce que Dioscoride a parlé 
sous le nom de Narcapktum ou Nascaphtum ? c'est peu probable : 
car il donne ce nom à une substance qu'il dit venir de l'Inde. 
Quant au suc qu'on obtient, il forme le styrax liquide, soit pur, 
*oit du commerce. 

Storax liquide pur. Guibourt décrit un échantillon de cette sub- 
stance qu'il a reçue de Péreira, comme différente du styrax liquide 
4 u commerce, et provenant du Styrax officinale (1). Il appuie 
son opinion sur les informations fournies par Landerer, l'un des 
éditeurs de la Pharmacopée grecque, d'après lequel le storax liquide 
(nommé buchuri-jay ou huile de storax) est obtenu à Cos et à 
Rhodes du Styrax officinale (nommé pou^oupi). Mais ces données 
tie Landerer ont été reconnues fausses, et c'est bien au Liqui- 
dambar orientale qu'il faut rapporter cette huile de buchuri. Elle a 
l'aspect d'une térébenthine, d'un jaune-brunâtre et nébuleux. 
Elle forme un sublimé blanc et acide contre la paroi supérieure 
do vase qui la contient. Elle ressemble beaucoup au liquidambar 
mou d'Amérique, mais s'en distingue par son odeur, qui offre le 
parfum de la vanille. 

Quant au styrax liquide du commerce, il est de la consistance 
du miel, d'un gris brunâtre, opaque, d'une odeur forte et fati- 
gante, d'une saveur aromatique non acre ni désagréable. Conservé 

(1) Guibourt, Drogues simples, 4* édit. , II, p. 553. 



310 DICOTYLÉDONES BIONOGHLAMYDÉES. 

longtemps dans un pot, je lui ai vu former, à sa surface, uneefflo- 
rescence d'acide cinnamique. 11 se dissout très-imparfaitement 
dans l'alcool froid; l'alcool bouillant le dissout complètement, 
sauf les impuretés; la liqueur filtrée se trouble et précipite en se 
refroidissant (slyracine?) : par son évaporation spontanée, elle 
laisse précipiter une résine molle, et forme enfin une cristallisa- 
tion d'acide cinnamique. Le résidu, qui pèse les 0,46 du tout, 
est composé de terre et de fragments d'écorce. 

Mais un conçoit que la proportion de ce résidu doive varier 
dans le styrax du commerce; il faut cboisir celui qui en laisse le 
moins, qui contient le moins d'eau, qui a l'odeur balsamique la 
plus forte, et sans mélange d'aucune autre. 

M. Edouard Simon a examiné avec soin la composition du sty- 
rax liquide. 

20 livres de ce baume, distillées avec 14 livres de carbonate de 
soude cristallisé et de l'eau, ont fourni 5 onces d'essence nom- 
mée styrole. Celte essence neutre, limpide, incolore, solubledans 
l'alcool et dans l'étber, est composée de : 

Carbone 92,46 

Hydrogène 7,54 

Exposée à l'air, elle absorbe l'oxygène et se convertit en un 
corps gélatineux, transparent et visqueux, insoluble dans l'eau, 
l'alcool et l'éthcr, 'nommé oxyde styrolique. La même essence, 
traitée par l'acide azotique, se convertit en oxyde styrolique, 
des acides nitro-benzoïque, cyanhydrique, et en un corps solide, 
cristallisable, azoté, d'une forte odeur ;de cannelle, aussi acre et 
aussi rubéfiant que l'essence de moutarde. On donne à ce corps le 
nom de nitro-styrole. 

Je reviens au résidu de la distillation du styrax liquide avec le 
carbonate de soude. La liqueur contient du cinnamate de soude, 
dont on peut précipiter l'acide par le moyen de l'acide chlorhydri- 
que. La résine est prise à part, lavée, séchée et traitée par l'al- 
cool bouillant, qui la dissout, sauf les impuretés. On retire les 
deux tiers de l'alcool par la distillation, et on expose le re^te 
dans un lieu frais : la slyracine se dépose sous forme de grains 
cristallins, tandis que la résine proprement dite reste en dissolu- 
tion. On lave le dépôt avec de l'alcool froid, et on le redissout dans 
l'alcool bouillant pour le faire cristalliser. 

La slyracine est sous forme d'écaillés fines et légères ; elle fond 
à 50 degrés, est presque insoluble dans l'eau, soluble dans 3 par- 
ties d'alcool bouillant, 22 parties d'alcool froid, 3 parties d'éther. 
Elle a pour formule C a *H 1! 0* et peut se dédoubler en acide cinna- 
mique et en un corps volatil nommé styracone. 



SALIGINÉES. 311 

Le styrax liquide entre dans la composition de l'onguent et de 
l'emplâtre de styrax, et dans l'emplâtre mercuriel de Vigo. 

[On a quelquefois attribué le styrax liquide au Liquidambar 
Altingïa, I^ume, de l'archipel Indien, qui donne en effet une ré- 
sine semi-fluide et odorante; mais ce produit est peu abondant et 
ne vient pas dans le commerce. Il est curieux que cette substance 
porte le nom de Rosamâla, qui rappelle celui de Rosa mallas, 
donné par Petiver au styrax liquide. 

Le styrax liquide sert très-probablement de base à diverses 
espèces de styrax, qui ont été rapprochées pendant longtemps» 
du styrax calamité. C'est ainsi qu'il faut considérer comme un 
mélange du suc du Liquidambar orientale et d'autres matières ré- 
sineuses ou simplement de l'écorce de l'arbre les produits décrits 
par Guibourl dans la précédente édition des Drogues simple 
sous les noms de storax noir et de slorax en pain, ou en sarilles et 
dont voici les caractères : ] 

Storax noir. Ce storax forme une masse solide, d'un brun noir, 
coulant un peu à la longue, à la manière de la poix, dans le vase 
qui le renferme ; sa surface offre un éclat un peu gras, et se re- 
couvre à la longue de petits cristaux très-brillants; il possède une 
odeur fort agréable, analogue à celle du vanillon; il contient une 
assez grande quantité de sciure de bois . C'est avec cette sorte que 
Ton prépare à Marseille le faux storax calamité, en y incorporant 
des larmes de gomme ammoniaque ou de résine tacamaque, de 
l'acide benzolque, du sable, etc. 

Storax en pain ou en sarilles, sciure de storax. Cette sorte arrive 
en masses de 25 à 30 kilogrammes, recouvertes d'une toile; il 
est d'un brun rougeâtre, facile à diviser en une poudre grasse et 
grossière qui se remet en masse parla pression. Il a une odeur 
analogue à celle du précédent, mais moins agréable. Peut-être 
est-il formé seulement de l'écorce de l'arbre broyée au mou- 
lin et pourvue de la quantité de baume qu'elle contient natu- 
rellement. 

FAMILLE DES SALICINÉES. 

Arbres élevés ou arbrisseaux à feuilles alternes, entières ou dentées, 
accompagnées de stipules écailleuses et caduques, ou foliacées et per- 
sistantes ; fleurs dioïques, toutes disposées en chatons, munies chacune 
d'une bractée squammiforme, persistante; périanthe nul ou remplacé 
par un lorus glanduleux, annulaire ou obliquement urcéolé ; fleurs 
mâles à deux étamines ou davantage, dont les filets sont distincts ou 
monadelphcs, avec un rudiment d'ovaire au centre ; fleurs femelles 
composées d'un ovaire sessile ou pédicellé,diphylle,uniloculaire, accom- 
pagné à la base d'étamines rudimentaires ; ovules nombreux, ascen- 



312 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

dants ; 2 styles (rùs-courls plus ou moins soudés, terminés chacun pa^> 
un stigmate bi ou trilobé ; fruit capsulaire, uniloculaire, à 2 valves se ^ 
minifères qui se séparent par le sommet et s'enroulent en dehors 
graines dressées, nombreuses, très-petites, pourvues d'un fujpicule trè^, 
court et épais, s'épanouissant en une touffe laineuse, ascendante, q^zy' 
enveloppe toute la graine. Embryon dépourvu de périsperme, droit, à 
radicule infère. 

Les Salicinées se composent de deux genres d'arbres, les saules 
et les peupliers, dont le premier, surtout, très-nombreux, très- 
variable de forme et de grandeur, à espèces changeantes et d'une 
étude très-difficile, se trouve répandu dans les lieux humides et 
marécageux, tempérés ou froids, de l'hémisphère nord des deux 
continents. Ces arbres poussent avec une grande rapidité, ont un 
bois blanc, léger, flexible, et une écorce amère quia été employée 
pendant longtemps comme un fébrifuge incertain, avant que 
M. Leroux, pharmacien à Vitry-le-François, en eût retiré le prin- 
cipe actif qui est la salicine. [Cette substance est cristallisable en 
aiguilles blanches, d'une saveur amère, soluble en toutes propor- 
tions dans l'eau et l'alcool bouillant; moins soluble dans l'eau 
froide, insoluble dans l'éther. Elle est colorée en rouge de sang 
par l'acide sulfurique concentré. Sous l'influence des acides éten- 
dus et de la synaptase, elle se dédouble en glucose et en saligé- 
nine. Elle appartient donc au groupe des glucosides.]Les princi- 
pales espèces dont on a retiré ce principe sont : 

1. Le Saule blanc, Salue alba, L.; arbre de 10 à 13 mètres, 
à rameaux rougeàtres ou brunâtres, garnis de feuilles lancéo- 
lées, courtement pétiolées, soyeuses et blanchâtres des deux 
côtés ; 

2. L'Osier Jaune, Salix vitellina, L., dont les rameaux sonld'uo 
jaune plus ou moins foncé, et les feuilles étroites-lancéolées et 
glabres; 

3. Le Saule à feuille d'amandier, OU Osier rouffe, Salyx amt/g- 
dalina; 8 à 10 mètres de hauteur; rameaux rougeàtres ou jaunâ- 
tres; feuilles oblongues- lancéolées, glabres et d'un beau vert en 
dessus, glauques en dessous, bordées de dents très-aiguës. Celte 
espèce et la précédente sont les plus estimées pour tous les usages 
auxquels on destine l'osier ; 

4. Le Saule précoce, Salix prœcox, Wild.; 10 à 13 mètres de 
hauteur : rameaux d'un rouge foncé souvent recouverts d'une 
poussière glauque ; feuilles ovales-lancéolées, dentées, à nervure 
médiane très-prononcée; 

5. L'Osier blanc, Salix viminalis, L.; arbre de 5 à 7 mètres, à 
rameaux très-droits, très-effilés, revêtus d'un duvet soyeux dans 
leur jeunesse; feuilles linéaires-lancéolées, acuminées, très-enttè - 



SALIGINÉES. 313 

res, légèrement ondulées, vertes en dessus, soyeuses et blanches 
en dessous, avec une nervure très-saillante ; 

6. Le Saule hélice, Saltx Hélix y L.; 3 à 4 mètres d'élévation ; 
rameaux très-effilés, glabres, luisants, cendrés ou rougeâtres; 
feuilles souvent opposées, linéaires-lancéolées, acuminées, gla- 
bres, un peu glauques en dessous; 

7. L'Osier pourpre, Salix purpurea, L.; feuilles opposées ou 
alternes ; ovales-lancéolées ou lancéolées-linéaires, entières parla 
partie inférieure, légèrement dentées par le haut, un peu glau- 
ques en dessous. 

Autres espèces dont on n'a pas retiré de salicine : 

8. Saule fragile, Salîx fr agi lis, L . ; lOà 13 mètres de hauteur; 
rameaux brunâtres, cassant avec une grande facilité près de leur 
insertion sur les branches; feuilles lancéolées, dentées, glabres, 
pét idées; 

9. Saule pleureur, Salyx babylom'ca, L. La tige de cet arbre, 
haute de 6 à 8 mètres, se partage en branches étalées, presque 
horizontales, divisées en longs rameaux grêles et pendants, garnis 
de feuilles glabres, étroites et lancéolées. Il est originaire d'Asie, 
d'où il a été apporté assez tard en Europe. La disposition de ses 
rameaux qui s'inclinent vers la terre comme la chevelure dénouée 
d'une femme, lui donne un aspect triste et gracieux qui l'a rendu 
l'emblème de la douleur et du deuil. 

10. Saule Marceau, OuMaraault, Salix caprœa,L.', arbuste de 
6 à 8 mètres de hauteur, dont les jeunes rameaux sont brunâtres, 
pubescents, garni de feuilles assez grandes, ovales-arrondies, gla- 
bres en dessus, blanchâtres et cotonneuses en dessous, dentées 
sur le bord, pointues au sommet, souvent accompagnées de sti- 
pules arrondies. Cette espèce de saule, si différente des autres par 
son feuillage, croit facilement dans toutes sortes de terrains; on 
en fait des échalas, des cercles de tonneaux, des fagots pour cuire 
la chaux, le plâtre, la tuile, etc. Les bestiaux, et surtout les chè- 
vres, recherchent ses feuilles avec avidité, ce qui lui a valu son 
nom linnéen. 

Les peupliers sont beaucoup moins nombreux que les saules, 
puisqu'on n'en compte guère qu'une trentaine d'espèces. Ils sont 
en général bien plus élevés, et portent des bourgeons entourés 
d'écaillés enduites d'un suc résineux et balsamique ; les feuilles 
sont alternes, souvent arrondies ou triangulaires, dentées, portées 
sur de longs pétioles comprimés latéralement au sommet, ce qui 
donne à la feuille une extrême mobilité et la rend impressionna- 
ble au moindre vent. Cet effet est particulièrement sensible dans 
le tremble (Populus tremula), qui en a pris le nom qu'il porte. Les. 
peupliers se distinguent en outre des saules par leurs bractées 



314 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

découpées, leur torus en godet, prolongé obliquement en dehors; 
par leurs étamines plus nombreuses, de 8 à 22 ; leur ovaire est 
entouré à la base par le torus ; les stigmates sont plus allongés, 
à 2 ou 3 divisions. Les espèces principales sont le peuplier noir 
(Populus nigra), qui fournit surtout les bourgeons résineux et bal- 
samiques qui font la base du liparolé de peuplier (onguent popu- 
leum); le peuplier blanc (Populus alba)\ le tremble (Populus Tre- 
mula\ et le peuplier d'Italie (Populus fastigiata), qui parait être 
originaire de l'Orient. 

M. Braconnot a constaté la présence de la salicine dans l'écorce 
de plusieurs espèces de peupliers, et notamment dans celle du 
tremble; mais elle y est accompagnée d'une autre substance ana- 
logue nommée populine, cristallisant en aiguilles brillantes, d'une 
saveur sucrée, peu soluble dans l'eau froide, plus soluble dans 
l'eau chaude, l'alcool bouillant et les acides concentrés ; se trans- 
formant sous l'action des acides étendus en acide benzoïque, glu- 
cose et salicétine. 

FAMILLE DES ULMACÉES. 

Grands arbres ou arbnstes à feuilles alternes, simples, pétiolées, pen- 
nincrvées, déniées, rudes au toucher, accompagnées de deux stipules 
caduques; fleurs fasciculées, hermaphrodites ou quelquefois uni- 
sexuées par avortcment; périanthe campanule, à 4,5 ou 8 divisions; 
élamines insérées à la base du périanthe, en nombre égal et opposées 
à ses divisions ; ovaire libre formé de 2 fouilles carpellaires à bords 
rentrés en dedans, et atteignant Taxe, ce qui rend L'ovaire biloculaire 
(Ulmus), ou à bords raccourcis (ovaire uniloculaire, Planera) ; ovule 
solitaire dans chaque loge, suspendu à la cloison près du sommet, ou 
au sommet de la loge unique; 2 styles continus avec les 2 feuilles car- 
pellaires, écartés, stigmatifères sur leur face interne. Le fruit est une 
samare uniloculaire, ou un achaine accompagné à sa base par le pé- 
rianthe persistant, mais non accru ; graine pendante, à test membra- 
neux, à raphé saillant; pas de périsperme, embryon homotrope, radi- 
cule supère. 

Écorce d'orme champêtre. 

Ulmus campeslris, L. Cet arbre croît dans les forêts de l'Europe, 
où il peut s'élever à 25 ou 27 mètres de hauteur et acquérir, avec 
le temps, un tronc de 4 à 5 mètres de circonférence. On le cul- 
tive aussi pour border les routes et former des allées dans les pro- 
menades publiques. Ses fleurs, qui sont rougeâtres et disposées 
en paquets serrés le long des rameaux, paraissentau mois de mars 
.avant les feuilles, et les fruits sont mûrs un mois après. 

L'écorce intérieure de l'orme, ou Fe liber, a longtemps été vantée 



MURÉES. 315 

contre l'hydropisie ascite et ensuite contre les maladies de la peau. 
On la trouve dans le commerce, où on lui donne le nom d'écorce 
forme pyramidal, divisée en lanières rougeâtres fibreuses, d'un 
goût pâteux et mucilagineux. La teinture d'iode y indique la pré- 
sence de l'amidon. 

Le bois d'orme est assez dur, rougeâlre et usité surtout pour le 
charronnage. Celui que Ton nomme tortillard, surtout, est em- 
ployé pour faire des moyeus de roues, des pieds de mortiers, des 
vis de pressoirs, etc. Ce môme arbre est sujet à produire, sur son 
tronc, des excroissances ligneuses d'un volume considérable, qui, 
travaillées par les ébénistes, forment des meubles d'une grande 
beauté, à cause des accidents variés et bizarres que leur coupe a 
mis au jour. 

Eeoree d orme fauve d Amérique. 

Ulmus fulva, Mx. Le liber de cet arbre est tellement mucilagi- 
neux qu'on en fait des cataplasmes et des gelées nourrissantes. Les 
Américains le réduisent en poudre aussi fine que de la farine, et 
en font sous celle forme un commerce assez considérable. Cette 
poudre est d'un.jaune rosé très-pâle, et forme dans la bouche un 
mucilage analogue à celui de la gomme adragante. On l'emploie, 
sous toutes sortes déformes, dans un grand nombre de maladies 
inflammatoires. 

11 y a un certain nombre d'années, on a annoncé qu'on em- 
ployait dans les Antilles Yécorce d'orme à la clarification du sucre. 
Depuis, ce moyen a paru peu avantageux ; dans tous les cas, ce 
n'est pas l'écorce d'un arbre du genre Ulmus qui servait à cet 
usage, c'était celle du TheobramaGuazuma, L. (Guazuma ulmifolia, 
DC.), lequel appartient à la famille des Byttnériacées, et porte le 
nom d'orme à la Guadeloupe. 

FAMILLE DES MORÊES. 

Celte famille, qui fait partie de l'ancien ordre des Urticées de Jus- 
tieu, comprend des végétaux de toutes grandeurs, à suc souvent lac- 
tescent, à feuilles alternes accompagnées de stipules caduques ou per- 
sistantes ; à fleurs monoïques ou dioïques. Les fleurs mâles sont très- 
souvent disposées en chatons, et sont composées de 3 ou 4 étamines 
insérées au fond d'un périanthe à 3 ou 4 divisions ; les fleurs femelles 
sont disposées en chatons, ou rassemblées sur un réceptacle globu- 
leux, ou bien encore sont placées, mélangées aux fleurs mâles, à la 
surface d'un réceptacle plane, ou contenues dans un réceptacle pyri- 
forme percé au sommet d'une petite ouverture. L'ovaire est unilocu- 
laire, rarement bilocul aire, à un seul ovule fertile. Les fruits sont des 
acharnes ordinairement entourés par le périanthe devenu charnu, et 



316 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

soudés en sorose, ou portés sur un réceptacle tantôt étalé, tantôt relevé 
et fermé en forme de figue. Embryon courbé en crochet, dans un en- 
dosperme plus ou moins développé; radicule supère. 

Racine de Contrayerva officinal. 

Dorstenia brasiliensis, Lam., caa-apia de Marcgraff et Pison. 
Cette plante {fig. 447) croit au Brésil ; elle pousse de sa racine 




Fig. 447. — Dorstenia brasiliensis. 



Fig. 448. — Dorstenia coutrayenra. 



3 ou 4 feuilles longuement pétiolées, cordées-ovales, obtuses, 
crénelées ; el une ou plusieurs hampes nues, qui supportent, 
chacune un réceptacle orbiculaire garni de fleurs mâles et fe- 
melles mêlées (fig. 448) : les premières ont 2 étamines et les se- 
condcsi ovaire surmonté de 1 style et de 2 stigmates. Il succède 
à chacun un fruit monosperme logé dans l'épaisseur du récep— 
tacle qui s'est accru. Cette fructification ne diflère de celle dm 
figuier que parce que, dans celui-ci, le réceptacle commun est 
globuleux et entièrement fermé, si ce n'est au sommet, tandis 
que le réceptacle des Dorstenia est plane et élargi. 

La racine du Dorstenia brasiliensis possède une odeur aromati- 
que faible et agréable. Elle est d'une couleur fauve rougeâtre à. 
l'extérieur, blanche à l'intérieur, d'une saveur peu marquée d'a- 
bord, mais qui acquiert de l'âcreté par une mastication un peu 
prolongée. Elle est composée d'un corps ovoïde terminé infé~ 



MORÉES. — FIGUIER ET FIGUE. 317 

rieurement par une queue recourbée qui lui donne à peu près la 
figure d'un scorpion; elle est garnie en outre de quelques ra- 
dicules. 

Sur l'autorité de Linné, un grand nombre d'auteurs ont attri- 
bué la racine de contrayerva au Dorstenia contrayerva, L. ; à la 
vérité, la racine de cette espèce, de môme que celle de plusieurs 
autres Dorstenia, porte aussi le nom de contrayerva (1) ; mais la 
racine officinale vient du Brésil, où elle est produite par le Dors- 
tenia brasiliensis, qui a seul la racine tubéreuse, allongée et ter- 
minée par une forte, radicule recourbée, comme on le voit dans 
notre contrayerva. 

Le Dorstenia Contrayerva (fig. 448) croît au Mexique; il se dis- 
tingue du précédent par ses feuilles pinnatifides, assez sembla- 
bles à celles delà berce, et par son réceptacle à fleurs qui est 
lui-même comme incisé ou lobé, et à peu près carré. C'est à 
cette espèce probablement, ou à une autre voisine (le D. Houstoni 
ou le D m drakena) qu'il faut attribuer la racine de Drake y «qui a 
d'abord été rapportée du Pérou par Drake, et ensuite décrite 
et figurée par Clusius (Exot., lib. IV, cap.x). En 1834, cette môme 
racine a été apportée de Guatemala, par M. Bazire, sous le nom 
de contrayerva. Elle est noirâtre au dehors, blanche en dedans, 
et porte çà et là des fibres menues, dont les plus grosses, dures 
et ligneuses, donnent naissance à d'autres nodosités semblables 
aux premières. Elle est inodore et douée d'une saveur un peu 
astringente d'abord, qui laisse dans la bouche une acrimonie lé- 
gère et suave. Cette racine diffère du contrayerva officinal par 
sa forme noueuse et tout à fait irrégulière, par sa couleur noi- 
râtre au dehors et par son manque d'odeur. 

Figuier et ligne. 

Ficus Carica, L. Cet arbre (fig. 449) paraît indigène au midi 
de l'Europe, ou bien, s'il y a été transporté du Levant, il y a si 
longtemps, que l'époque en est inconnue. Dans toutes ces con- 
trées, il peut s'élever à la hauteur de 8 à 10 mètres, sur un tronc 
de 1 B ,5 à 2 mètres de tour : mais sous le climat de Paris, il ne 
forme guère qu'un arbrisseau de 3 à 5 mètres, dont les tiges nom- 
breuses s'élèvent d'une souche commune. Les feuilles sont alternes, 
pétiolées, plus grandes que lamain,échancréesà la base, découpées 
sur leurs bords en 3 ou 5 lobes, d'un vert foncé en dessus, couvertes 
de poils nombreux en dessous, rudes au toucher. Les réceptacles 
(a) qui portent les fleurs naissent dans Faisselle des feuilles : ils 
sont arrondis ou pyriformes, avec une petite ouverture au som- 

(1) Ce nom, qui est espagnol, veut dire contre-venin. 



318 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

met, et portent des fleurs mâles à leur partie supérieure et des 
fleurs femelles, plus nombreuses, sur tout le reste de leur face 
interne. Les fleurs mâles (b) ont un périanthe à 3 divisions et 3 
éiamines ; les fleurs femelles (c) sont à 5 divisions et portent 




Fig. 449. — Figuier. — Rameaux. — 6. c. Fleurs mâle et femelle. — a. d. Section de la 
figue. — f . [. Fruit et graine. 



1 ovaire supère surmonté de i style à 2 stigmates. Chaque 
ovaire devient, après la fécondation, un petit fruit mou (e) dont 
la semence contient, au centre d'un endosperme charnu, un 
embryon un peu courbé en crochet (/). La réunion de tous les 
petits fruits mûris dans le réceptacle constitue la figue ((/), que 
le vulgaire considère comme un fruit, mais qui forme l'espèce 
particulière de fruit agrégé à laquelle on a donné le nom de 
sycone. 

Les figues du nord de la France et des environs de Paris (1) 
sont peu sucrées et ne peuvent pas se conserver. Celles du com- 
merce viennent du midi de la France et de l'Europe ; on en dis* 
tingue un grand nombre de variétés dont les plus communes 

(1) On cultive le figuier principalement à Argenteuil (Seine-et-Oise); on * 
trouve surtout la grosse figue blanche et la figue violette ou figue mouiue*** 



MORÉES. — FIGUIER SYCOMORE. 319 

sont les petites figues blanches, les figues violettes et les figues 
grasses. 

Les premières, qui proviennent de la petite figue de Marseille 
desséchée, sont petites, blanches, parfumées et très-sucrées ; elles 
sont réservées pour la table. Les secondes, beaucoup plus grosses, 
d'une couleur bleuâtre ou violette, proviennent de la figue mouis- 
sonne de Provence ; il faut les choisir sèches et nouvelles ; ce 
sont celles qui se conservent le mieux en bon état et que, pour 
cette raison, je préfère pour l'usage de la pharmacie. Les figues 
grasses proviennent de la grosse figue blanche ou de la grosse 
figue jaune de Provence. Elles sont très-grosses, visqueuses, 
très-facilement attaquées par les mites. 

Dans quelques contrées du Levant, pour augmenter le nombre 
des figues qui mûrissent et leur volume, on pratique une opéra- 
tion qui porte le nom de caprification, laquelle consiste à prendre 
les jeunes figues du figuier sauvage nommé caprificus, et à les 
fixer sur les rameaux du figuier cultivé. Linné a pensé que l'uti- 
lité de cette opération consistait à rapprocher des fleurs femelles 
du figuier cultivé, chez lequel les Heurs mâles sont peu nom- 
breuses ou altérées, les réceptacles du figuier sauvage, qui sont 
mieux pourvus sous ce rapport; mais on croit que le but de 
cette opération est de propager sur le figuier un insecte du genre 
cynips, qui vit habituellement sur l'arbre sauvage. Cet insecte 
s'attache particulièrement aux figues ; il s'y introduit, s'y loge et 
y cause une affluence de sucs qui tourne à l'avantage du fruit. 
Cette pratique est peu suivie aujourd'hui. 

Figuier sycomore. 

Ficus Sycomorus, L. Arbre d'Egypte très-élevé et d'une vaste 
étendue, dont les fruits sont l'objet d'une grande consommation 
de la part des Arabes. Son bois, qui est très-léger, passe pour 
incorruptible et servait à faire les caisses destinées aux corps 
embaumés. J'ai vu en effet des caisses de momies antiques, en 
figuier sycomore, dont le bois était parfaitement conservé. 

L'écorce du figuier commun, lorsqu'on y fait des incisions, 
laisse découler un suc laiteux, acre et caustique, qui contient 
une quantité notable de caoutchouc. Les figuiers des climats 
chauds, et principalement le figuier élastique (Ficus elastica), le 
figuier des pagodes (Ficus religiosa), le figuier du Bengale (Ficus 
bengalensis) et le figuier des Indes {Ficus indica), pourraient pro- 
bablement en fournir au commerce. Le port de cette dernière 
espèce et la manière singulière dont elle se propage, ont toujours 
été un sujet d'admiration pour les voyageurs. Elle forme un grand 



320 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



arbre toujours vert dont les branches produisent de longs jets 
qui descendent vers la terre pour y prendre racine. Bientôt après 
ces jets forment des troncs semblables au premier, qui produisent 
à leur tour de nouveaux jets propres à s'enraciner ; de sorte qu'on 
arbre, en se propageant ainsi de tous côtés sans interruption, 
pourrait former à lui seul une forêt. 

Indépendamment des arbres qui appartiennent au genre figuier, 
plusieurs autres végétaux dont les fruits on^ paru avoir quelque 
rapport avec la figue, en ont porté le nom. Ainsi le bananier 
(Musa paradisiaca) a reçu le nom de figuier des Indes, figuier 
d'Adam ou de Pharaon. Le figuier d'Inde est un cactus; le figuier 
des Hottentots, un Mesembryanthemum ; le figuier de Surinam 
est le Cecropia peltata ; le figuier maudit est le Clusia rosea, etc. 



Résine laque. 

La laque est une matière résineuse produite parla femelle d'un 
insecte bémiptère nommée Coccus lacca, laquelle vit dans l'Inde 
sur plusieurs arbres, qui sont entre autres le Ficus religîosa, L. 




Fig. 450. — Ficus religiosa. — Rameaux couverts de laque. — Scctiou du fruit. 

{fig. 450), les Ficus indica, L. ; Rhamnus jujuba, L. ; Buleafro*' 
dosa, Roxb., etc.(i). Ces femelles, de même que celles du kermè* 

(1) Le Croton lacaferum do Ceylan laisse exsuder naturellement, dansl'ii*" 
aeUe des rameaux, ou par des incisions faites à son écorce,une résine qui païaH 



MORÉES. — RÉSINE LAQUE. 321 

et de la cochenille, se fixent seules sur les arbres cités, se ras- 
semblent en grand nombre sur leurs jeunes branches, el s'y ser- 
rent tellement qu'elles ne laissent aucun vide entre elles. Là, 
elles se soudent au moyen de la matière résineuse qui exsude de 
leur corps, et bientôt après elles ne forment plus chacune qu'une 
cellule remplie d'un liquide rouge, au milieu duquel se trouve 
une vingtaine d'oeufs ou plus. Ces œufs éclosent, les larves se 
nourrissent du liquide qui les environne, et sortent ensuite à 
l'état d'insectes parfaits, laissant leur dépouille dans la cellule 
qui les contenait. Il parait qu'il est préférable de récolter la laque 
plutôt avant qu'après la sortie de l'insecte. 

On connaît dans le commerce trois sortes de laque : celle en 
bâtons, celle en grains, et la laque plate ou en écailles. 

La laque en bâtons est celle qui se trouve encore attachée à 
l'extrémité des branches de l'arbre. Elle y forme une couche 
plus ou moins épaisse, d'un rouge plus ou moins foncé. Elle est 
transparente sur les bords, brillante dans sa cassure, et offre, à 
l'intérieur, un très-grand nombre de cellules disposées circulai- 
rement tout autour du bois, et dont plusieurs contiennent encore 
l'insecte entier. Cette laque colore la salive lorsqu'on la mâche 
pendant quelque temps; elle répand une odeur forte et agréable 
quand on la chauffe ou qu'on la brûle. 

La laque en grains est celle qui s'est brisée et détachée des 
branches. Pour la pharmacie on doit choisir la plus foncée en 
couleur, car on la décolore souvent dans l'Inde, où son principe 
colorant est très- usité dans la teinture des étoffes. 

La même chose a lieu pour la laque en écailles, qui se prépare 
en faisant fondre les deux autres sortes, après les avoir fait bouil- 
lir dans l'eau pure ou alcalinisée, les passant à traveîs une toile et 
les coulant sur une pierre plate. Cette laque ressemble pour la 
forme au verre d'antimoine ; mais elle varie beaucoup en cou- 
leur, suivant qu'elle a été plus ou moins privée de son principe 
colorant : de là la distinction que Ton fait encore de la laque en 
écailles blonde, rouge ou brune. Pour les arts, qui en emploient 
une assez grande quantité, c'est la moins colorée qui est la plus 
estimée : pour la pharmacie, on doit préférer celle qui est rouge 
et transparente, comme étant plus rapprochée de son état na- 
turel. 

La laque n'est pas une résine pure; elle est composée, cepen- 
dant, d'une résine qui en fait la plus grande partie, d'une matière 
colorante rouge soluble dans l'eau et les acides, de cire et de 

avoir les propriétés de la laque ; cependant Valmont de Bomare avertit de ne 
pas confondre cette résine avec celle que le coccus lacca produit sur d'autres 
arbres. Cest celle-ci seule qui parait former la laque du commerce. 

», -«édit T. II. — 21 



322 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

gluten. Voici, au reste, l'analyse comparée des trois sortes de 
laque, par Hatcbett : 



Laque 
en bâtons 

Résine 68 

Matière colorante 10 

Cire 6 

Gluten 5,5 

Corps étrangers 6,5 

Perte 4,0 



100,0 



Laque 


Laque 


.en grains. 


plate. 


88,5 


90,9 


2,5 


0,5 


4,5 


4,0 


2,0 


2,8 


0,0 


0,0 


2,5 


1,8 


100,0 


100,0 



Les propriétés médicales de la laque sont d'être toniques et 
astringentes ; elle est employée comme dentifrice ; mais son plus 
grand usage est pour la fabrication de la cire à cacheter, pour la 
chapellerie et la teinture. 

On emploie aussi dans la teinture deux préparations indiennes 
de la laque ; l'une est le lac-laque % qui est un précipité formé par 
l'alun dans une dissolution alcaline de résine laque (1); l'autre 
est le lac-dye f composition analogue, mais dont la préparation 
n'est pas bien connue. Peut-être est-ce celle qui se trouve indi- 
quée dans le Journal de Pharmacie (2). 

Laque de Guatemala. Cette résine est sous la forme de globules 
sphériques, de la grosseur d'un petit pois, offrant d'un côté l'em- 
preinte de la branche d'où on les a détachés, quelquefois soudés 
plusieurs ensemble, mais le plus souvent isolés. 

Chaque globule est creux à l'intérieur, et les plus petits renfer- 
. ment les débris d'un insecte et un nombre considérable de petites 
larves desséchées ; mais le plus grand nombre sont percés d'un 
trou et vides.. Ces circonstances, presque semblables à celles qui 
signalent l'existence du C oc eus lacca de l'Inde, nous indiquent que 
nous avons affaire à une production de même nature ; seulement 
l'espèce doit être différente. 

Celte laque, apportée de Guatemala par M. Bazire, se trouvait 
dans le droguier de l'École de pharmacie, partie dans son état 
naturel, partie fondue et sous la forme de bâtons longs et étroits, 
réunis en bottes à l'aide d'une écorce fibreuse. Cette laque est 
moins rouge que celle de. l'Inde, et, lorsqu'elle a été fondue, elle 
a une teinte noirâtre peu agréable. Elle exhale, étant chaude, une 
odeur analogue à celle de la laque de l'Inde, et brûle de même 
avec une belle flamme blanche. La chaleur lui communique, en 
outre, une élasticité qui la rapproche du caoutchouc ; enûn elle 
offre dans sa saveur un goût marqué d'acide succinique. 

(1) Annales de chimie et dephys., t. III, p. 225. ' 

(2) Journal de pharmacie, tome .VIII, p. 524. 



MORÉES. — MURIER NOIR. 
Mûrier noir. 



323 



Morus nigra, L. Arbre de 7 à 13 mètres de hauteur (^. 451), 
formant une tête plus ou moins arrondie. Les feuilles sont pétio- 
lées, cordiformes, aiguës à l'extrémité, dentées, glabres et rudes 
au toucher en dessus, pubescentes en dessous, très -souvent en- 




Fig. 451. — Mûrier noir. 

tières, quelquefois partagées en plusieurs lobes. Les fleurs mâles 
•lies femelles sont disposées en chatons séparés, tantôt portés sur 
te même individu, d'autres fois diolques. Les fleurs mâles 
forment des épis allongés, et sont pourvues d'un périantbe à 
4 divisions ovales, et de 4 étamines à filets droits plus longs 
Vicie périanthe. Les fleurs femelles forment des cbalous ovoïdes 
e * denses, courtement pédoncules. Chaque fleur porte un pédan- 
te à 4 divisions opposées, dont 2 extérieures plus grandes. 
L'ovaire est supère, sessile, pourvu de deux styles divergents, et 
divisé intérieurement en deux loges dont chacune contient un 
<*ale ; mais un de ces ovules et sa loge avortent constamment, et 
te fruit est un achaine qui' reste entouré par les folioles du pé- 
rimthe accrues et devenues succulentes et bacciformes. Tous ces 
faits, très-rapprochés, forment un fruit agrégé ovoïde et succulent 
loi a reçu le nom particulier de sorose; le vulgaire considère cette 



324 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

sorose comme un fruit et lui donne le nom de mûre. Il mûrit 
depuis la un de juillet jusqu'au mois de septembre : il est vert 
d'abord, puis rouge, enfin presque noir. 11 est alors rempli d'an 
suc rouge très-foncé, très-visqueux, sucré, acide et d'un goût 
assez agréable. On en prépare un sirop rafraîchissant et légère- 
ment astringent. Le mûrier noir, de môme que la plupart de nos 
arbres fruitiers, paraît originaire du Levant, mais il a été intro- 
duit, il y a si longtemps, dans la Grèce et dans l'Italie, qu'on l'y 
regarde comme indigène. Ce sont les Romains qui l'ont apporté 
dans la Gaule, où il se rend utile, non seulement par ses fruits, 
mais encore par ses feuilles qui peuvent servir de nourriture 
pour le ver à soie. Mais il le cède beaucoup, sous ce dernier rap- 
port, au mûrier blanc (Morus alba, L.), qui est originaire de la 
Chine, comme la culture du ver à soie, et qui a suivi cette culture 
de la Chine dans l'Inde et dans la Perse; de la Perse à Constan- 
tinople, sous le règne de Justinien ; plus tard en Sicile et dans la 
Calabre, du temps de Roger; enfin en France, après la conquête 
de Naples par Charles VIII. On voyait encore, en 1802, à Allan, 
près de Montélimart (Drôme), le premier mûrier blanc qui y fut 
planté par Guy-Pape, vers l'époque dont nous parlons. 

L'écorce de mûrier noir, et principalement celle de la racine» 
est acre, amère, purgative et vermifuge. Dioscoride la cite comme 
propre à détruire le ténia. Le bois de mûrier, à part l'aubier qui 
est blanc, est d'un jaune foncé, très-solide, susceptible de poli, 
inattaquable par les insectes, et peut servir à faire des meubles 
ou des ustensiles. Il présente, sur sa coupe perpendiculaire à Taxe 
et polie, des cercles blanchâtres, régulièrement espacés sur un 
fond jaune, avec des lignes radia ire s très-serrées et un pointillé 
blanchâtre dû aux fibres ligneuses. 11 a l'inconvénient de prendre 
à l'air une couleur brune peu agréable. 

Le bois du mûrier rouge d'Amérique (Morus rubra) est entière- 
ment semblable. Celui du mûrier blanc est d'un jaune plus pâle 
et brunit moins à l'air; de sorte qu'on pourrait en faire de beaux 
meubles. Je citerai encore, comme produisant des bois utiles ou 
pouvant être utilisés, les arbres suivants : 

lie M A rie r à papier. 

Broussonetia papyrifera de Ventenat. Morus papyrifera, L. Arbre 
originaire de la Chine, dont on n'a connu en Europe, pendant long- 
temps, que les individus mâles, jusqu'à ce que Broussonet eût décou- 
vert en Ecosse le papyrier femelle qui y était cultivé sans y être connu* 
Cet arbre est très-répandu dans la Chine, au Japon et dans les Uesfo 
l'Océanie, où son écorce fibreuse sert à faire du papier et des étoffe* 
Son bois est d'un jaune très-pâle, poreux, léger et prenant mal le poli. 
On ne pourrait guère l'utiliser que pour l'intérieur des meubles. 



MORÉES. — BOIS JAUNE DU BRÉSIL. 325 

Bols de Maclura. — Bols d'are de la Louisiane. 

Bow-wood, Engl., Maclura aurantiaca, Nuit. Cet arbre porte une so- 
rote globuleuse de la grosseur et de la couleur d'une orange, pleine 
d'un suc jaune et fétide dont les Indiens se peignent la face pour se 
fendre plus effrayants à la guerre. Le bois est tout à fait semblable à' 
celui du mûrier noir ; mais il perd sa couleur jaune à l'air et à la lu- 
mière, pour en prendre une brune foncée, désagréable. 

Boit Jaune dee teinturière. 

Monts Uncloria, L., Broussonetia tinctoria, Kunth, Maclura tinctoria, 
Nattai. Cet arbre croit aux Antilles et au Mexique, où il acquiert des 
dimensions considérables, et où ses soroses sapides sont employées par 
les médecins en place de nos mûres. Son bois vient principalement de 
Cuba et de Tampico : il est en bûches quelquefois énormes de grosseur 
et de poids (150 kilogrammes), mondées à la hache, d'un brun jaunâtre 
D'extérieur, d'un jaune vif et foncé à l'intérieur, avec des filets d'un 
rouge orangé. Ce bois est dur, compacte, susceptible d'un beau poli, 
et pourrait faire de très-beaux meubles, malgré la couleur mordorée 
qu'il prend à l'air, laquelle, d'ailleurs, est loin d'Ctre désagréable ; mais 
il est exclusivement. employé pour la teinture en jaune. Il contient, en 
effet, un principe colorant jaune (le morin) cristallisable, peu soluble 
dans l'eau, plus soluble dans l'alcool et dans l'éther, faiblissant par les 
acides, devenant orangé parles alcalis, et colorant en vert le sulfate 
de fer. 

J'ai eu l'occasion d'examiner anciennement une matière résinoïde 
nommée moelle de Cuba, qui était proposée pour le traitement de la tei- 
gne. J'ai facilement déterminé l'origine de cette substance, en ayant 
trouvé plusieurs fois de semblable dans des cavités ou fissures du bois 
Jaune de Cuba. Cette substance, qui me parait être formée du principe 
colorant presque à l'état de pureté, a la forme de plaques jaunes, 
efflorescentes, marbrées de rouge à l'intérieur, et ayant presque l'as- 
pect de l'orpiment naturel. Elle a une saveur amère et sucrée non dé- 
sagréable, est très-peu soluble dans l'eau froide, mais facilement et 
entièrement soluble dans l'alcool. 

Les Anglais désignent à tort le bois jaune sous le nom de fustic, et 
les Portugais sous celui de fustete, ce qui tend à le faire confondre avec 
le mi fustet (Bhus cotinus). 

Boit Jaune du Brésil. 

IL Marti us mentionne dans son Systema mate>iœ med. veget. brasi- 
fawts (page 123), trois espèces de Broussonetia à bois jaune, qui peuvent 
tfpoodre indifféremment au tatai-iba de Margratî et Pison, et qu'il 
nomme Br. tinctoria, zanthoxylon, brasiliensis. Il n'est donc pas étonnant 
fn'on trouve dans le commerce deux bois jaunes du Brésil différents 
de celui de Cuba, produits sans doute par les deux derniers Broussone- 
Mb, sans qu'on puisse les attribuer plus spécialement à l'un ou à l'autre. 

Le premier, connu dans le commerce sous le nom de bois jaune du 



326 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉR8. 

Brésil, arrive en billes considérables équarries, d'un jaune pâle à l'in- 
térieur. Ce bois a une texture très-fine, compacte, prend un poli satiné, 
et ne change pas à l'air. Il imite assez bien le bois citron de Haïti, on 
hispanille; mais il est inodore. Il est quelquefois pourvu de débris d'une 
.é cor ce épaisse, dont la couche subéreuse est imprégnée d'un suc jaune 
analogue à la moelle de Cuba. 

Bote Jaune de Para. 

Ce bois, fort différent du précédent, a les fibres disposées par couches 
enchevêtrées, comme celles du santal rouge et de quelques autres lé- 
gumineuses. De quelque côté qu'on le coupe, ces fibres viennent for- 
mer à la surface de petites lignes creuses, comme des traits de burin, 
qui nuisent à son poli. Ce défaut, joint à son changement de couleur 
qui, du jaune pâle passe au brun sale, doit nuire à l'emploi de ce bois 
pour l'ébénisterie. Sa force et sa ténacité peuvent cependant le rendre 
utile d'une autre manière. 

Ce môme bois est quelquefois vendu sous le nom de noyer de la Guo- 
deloupe, par confusion, sans doute, avec un bois du môme genre prove- 
nant de cette ile. Il est, en effet, arrivé de la Guadeloupe, dans ces der- 
nières années, sous le nom de bois de Résolu, un bois d'un jaune pâle 
qui a beaucoup de rapports avec le bois jaune de Para, et qui est pro- 
bablement celui qui a porté le nom de noyer de la Guadeloupe. 

Bols bagatse. 

Bagassa guyanensis d'Aublet. Bois d'un jaune foncé devenant d'un 
jaune brun foncé à l'air. Il a une structure semblable à celle du bois 
jaune de Para, mais bien plus grossière; il n'offre pas sur la coupe les 
cercles concentriques blanchâtres des bois de mûrier et de maclura. Il 
ne prend qu'un poli imparfait. 



FAMILLE DES ARTOCARPÉBS. 

Les végétaux compris dans cette famille ne diffèrent guère des précé- 
dents que par l'absence complète de l'endospèrme dans la graine. Ce 
sont donc, en général, des arbres à suc laiteux, à feuilles allernessim- 
ples ou divisées, accompagnées de stipules caduques. Les fleurs sont 
monoïques ou dioïques : les fleurs mâles disposées en chatons denses 
et allongés, et les fleurs femelles portées en grand nombre sur des ré- 
ceptacles charnus; les fruits, formés par la soudure des ovaires fécon- 
dés, constituent des soroses qui peuvent acquérir de grandes dimen- 
sions, par exemple dans le jaquier ou arbre à pain (Artocarpus, deàffi 
pain, xapiro:, fruit), dont les fruits servent encore aujourd'hui de pain 
à une partie des peuples de la Malaisie et del'Océanie. 

Il y a deux espèces principales d 1 Artocarpus : l'une, nommée 
rima (Artocarpus incùa) y est un arbre haut de 13 à 14 mètres 
(fig. 452), dont les feuilles, très-grandes et incisées, ressemblent 



ÀRTOCARPÉES. 327 

li celles du figuier; les fruits, ou soroses, sont verdâtres, plus gros 
que la tète, couverts de tubercules polyédriques, et contiennent, 
pris de la surface, au milieu d'une pulpe farineuse, de 10 à 60 
•amenées grosses comme des châtaignes, et qui se mangent de 
la même manière. Mais c'est la pulpe farineuse qui forme la 
partie la plus importante du fruit; car on la mange comme du 
pain, après l'avoir fait cuire au four. Il y a une variété de rima 




Pi g. 452. — Jaquier découpé (*). 

* sorose apyrène, plus grosse que la sorose à graines, et plus 
Utile encore, puisqu'elle est uniquement formée de pulpe propre 
4 faire du pain. Cet arbre, répandu naturellement dans toutes 
les lies de l'Océanie, est aujourd'hui cultivé dans les Antilles. 

La deuxième espèce, le jaca(Artocarpu$integrifolia), appartient 
plus spécialement aux îles Malaises et à l'Inde. L'arbre est élevé 
te 13 à 16 mètres, sur un tronc considérable; les feuilles sont 
dus petites que dans la première espèce, et entières. Les chatons 
nàles et femelles, et par suite les soroses, sont portés sur le tronc 
ït les gros rameaux. Ces dernières pèsent de 25 à 30 kilog., et 
juelquefois 40 kilog. Les graines sont plus petites que dans la 
première espèce, et également bonnes à manger. La pulpe est 

(•) I. Veailles et chaton florifère*. — t. Fruit. 



328 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉBS. 

jaunâtre, mollasse, très-sucrée, mais d'une odeur désagréable. 

On trouve dans le commerce anglais, sous le nomde/aciwod, 
le bois de l'un ou l'autre des arbres précédents. Il est d'un jaune 
pâle, perdant sa couleur et brunissant à l'air lorsqu'il n'est pas 
verni, mais il conserve une belle couleur jaune lorsqu'il est verni. 
Il est très-léger et un peu satiné. 

Je dois citer encore comme appartenant aux Artocarpées, deux 
arbres de propriétés et d'usages bien différents, puisque l'un sert 
à nourrir les hommes, et l'autre à les détruire. Le premier est 
Y arbre à la vache {Galactodendron utile), observé par de Humboldt 
dans plusieurs parties de la Colombie. Cet arbre fournit, par des 
incisions faites au tronc, une grande quantité d'un suc blaoc et- 
doux comme du lait, que les habitants boivent à l'instar du lait de 
vache (4) ; le second est Vantiar des Javanais (Antaris toxicam), 
dont le suc, très-vénéneux, sert aux indigènes pour empoisonner 
leurs flèches. Enfin, je dois nommer le Piratinera guyanentis 
d'Aublet, arbre de 16 à 18 mètres d'élévation, dont le tronc peut 
avoir 1 mètre de diamètre; le bois en est blanc, dur et compacte, 
à l'exception du cœur, qui forme au centre un cylindre de 10 à 
15 centimètres de diamètre. Ce dernier bois est très-dur, très- 
compacte, d'un rouge foncé, avec des taches noires qui imitent 
sur la coupe longitudinale l'écriture chinoise. De là vient qu'on 
lui donne le nom de bois de lettres de Chine, ou de bois de kttrt$ 
moucheté; on le nomme aussi bois d'amourette moucheté. Il vient de 
Cayenne, ainsi qu'un autre bois plus large, nommé plus spéciale- 
ment amourette de Cayenne, qui est très-dense, d'un rouge mar- 
bré de noir, muni d'un aubier rougeâlre, très-pesant pareillement, 
bien moins large que le bois. Ce bois contient quelquefois dans 
ses parties cariées, une résine brune, insoluble dans l'eau, 
soluble dans l'alcool et les alcalis. J'ignore quel arbre le pro- 
duit. 

FAMILLE DES URTICACÉES. 

Feuilles opposées ou alternes, pétiolées, entières, dentées ou quel- 
quefois palmées ; stipules ordinairement persistantes; fleurs polygames, 
très-souvent monoïques ou dioïques par avortement; disposées en épis» 
en tôte, ou paniculées; ovaire libre, sessile, uniloculaire, contenant un 
seul ovule dressé ; fruit nu, ou renfermé dans le périanthe sec ou de- 
venu bacciforme. Semence dressée, couverte d'un épisperme souvent 
soudé avec l'endocarpe ; embryon antitrope, dans Taxe d'un endos- 
perme charnu ; cotylédons ovés, plats ; radicule courte, cylindrique» 
supere. 

(1) Ann. de chim. et de phys., t. VII, p. 182. 



URTICACÉES. — PARIÉTAIRE. 329 

Ortie*. 

Ces plantes sont généralement herbacées, à écorce fibreuse 
susceptible d'être travaillée comme le chanvre et le lin ; à feuilles 
stipulées, dentées, pourvues de poils canaliculés et glanduleux à 
la base, par où s'écoule une liqueur acre et caustique contenant 
de l'acide formique qui produit une chaleur brûlante et des am- 
poules sur la peau. Les fleurs sont verdâtres, unisexuelles, ordi- 
nairement monoïques ; les fleurs mâles sont disposées en grappes 
et formées d'un périanlhe à 4 folioles arrondies et de 4 étamines. 
Les fleurs femelles ont un périanthe à 4 folioles dressées, dont 
2 extérieures plus petites, quelquefois nulles, et 2 intérieures plus 
grandes ; l'ovaire est supère, surmontée d'un stigmate velu ; le 
fruit est entouré par le périanthe persistant, membraneux ou 
ayant l'apparence d'une baie. Les deux espèces principales de 
notre pays sont : 

L'Ortie GRiicuE ou Ortie brûlante, Urlicaurens, L. Plante an- 
nuelle, haute de 33 à 50 centimètres, à feuilles opposées, ovales, 
portées sur de longs pétioles; les fleurs sont monoïques, réunies 
en grappes courtes, opposées et axillaires. Toute la plante est 
couverte de poils très-piquants et brûlants ; on s'en sert pour pra- 
tiquer Vurtication, qui consiste à battre avec une poignée d'orties 
fraîches une région du corps sur laquelle on veut appeler l'irrita- 
tion. La plante sèche perd toute son action irritante. 

La grande Ortie ou Ortie dioïque, Urtica dioica, L. Sa tige est 
tétragone, haute de 65 centimètres à i mètre, pubescente, très- 
fibreuse; ses feuilles sont opposées, lancéolées-cordiformes, 
grossièrement dentées, moins piquantes que celles de l'espèce 
précédente; ses fleurs sont dioïques, herbacées, en grappes pen- 
dantes ; ses semences sont oléagineuses, diurétiques suivant les 
uns, purgatives suivant d'autres. La grande ortie sert de nourri- 
ture aux bestiaux, dont elle augmente le lait. Les anciens l'em- 
ployaient comme excitante, emménagogue, apéritive et astrin- 
gente. M. le docteur Friard a publié (1) une observation sur les 
effets singuliers des tiges de Y ortie dioïque. (C'est par erreur que 
le Mémoire imprimé nomme l'ortie brûlante.) 

Pariétaire. 

Parietaria officinalis, L. — Car. gén. : périanlhe court, évasé, à 
4 folioles; 4 étamines à filaments subulés, recourbés avant la fé- 
condation, se redressant alors avec élasticité et devenant plus 
longs que le périanthe ; ovaire supère, ovoïde; style filiforme; 

(l* Journal de pharmacie, t. XXI, p. 290. 



330 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

stigmate en pinceau ; un seul fruit luisant, ovoïde, au fond du 
périanthe persistant. 

La pariétaire présente une racine fibreuse, vivace; une tige 
rougeâtre, ramifiée dès sa base, haute de m ,50, pubescente, toute 
garnie de feuilles : les feuilles sont alternes, 



C^o/~\ pétiolées, ovales-lancéolées, pointues, un peu 
-^^'i luisantes en dessus, velues et nerveuses en des- 
sous, s'attachant facilement aux habits; les 



«, 



lX°r) 



fleurs sont petites, vertes, ramassées par pelo- 

Fi g . M.-Parictaria. iom (fa-. 453 ) dans l'aisselle des feuilles, près- 
g io m e™ ie de Heur* f e - que sessiles; on observe dans chaque groupe 
meiies et hermaphro- p i us i eu rs fleurs hermaphrodites à ovaire stérile, 

dites dans un m vol ucre r *" ' 

commun. et une seule fleur femelle. Cette plante est com- 

mune dans les fentes des vieux murs et le long 
des haies. Elle parait contenir une quantité notable de nitre, au- 
quel elle doit sa propriété diurétique. 

FAMILLE DES CANNABINÉES. 

Herbes annuelles, dressées, ou vivaecs et volubiles, à suc aqueux; 
feuilles opposées, à stipules persistantes ou caduques. Pleurs dioïques: 
fleurs mâles en grappes ou poniculées; périanthe herbacé, penla- 
phylle; 5 étamines insérées au fond du périanthe et opposées à ses di- 
visions, fleurs femelles en épis agglomérés, accompagnées chacune 
d'une bractée, ou en chatons à bractées foliacées, imbriquées, biflores; 
périanthe monophylle embrassant 1 ovaire uniloculaire, surmonté de 
4 style court ou nul, de 2 stigmates filiformes, pubescents. Le fruit est 
un cariopse bivalve, indéhiscent, ou un achaine renfermé dans le pé- 
rianthe accru et persislant. La semence est dressée, privée d'endos- 
perme ; l'embryon est recourbé en crochet ou en spirale ; la radicule 
est supère. Celte famille se compose des seuls genres Cannabis (chanvre) 
et Humulus (houblon). 

ChanYre cultivé {fi g. 454). 

Cannabis sativa. Belle plante, originaire de l'Asie, dont la tige 
est droite, d'une hauteur très-variable, ramifiée, garnie de feuilles 
profondément incisées, à divisions palmées, dentées, aiguës; 
feuilles opposées sur le bas de la tige, alternes à la partie supé- 
rieure. Les fleurs sont dioïques; l'individu mâle est plus petit, 
plus grêle et se dessèche plus vite que l'individu femelle; cette 
faiblesse relative est cause que le vulgaire donne au chanvre 
mâle le nom de chanvre femelle et réciproquement. Les fleurs 
mâles ont i périanthe penlaphylle et 5 élamines; le périanthe 
des fleurs femelles est monophylle, persistant et embrasse le fruit 
qui est un achaine ovale, lisse, verdâtre, à 2 valves se séparant 



CANNABINÉES. — CHANVRE CULTIVÉ. 



331 



par la pression. La semence est huileuse, émulsive, d'une odeur 
un peu vireuse. On en relire une huile qui sert pour l'éclairage 
et pour la fabrication du savon 
noir. 

Le chanvre est cultivé dans 
presque tous les pays à cause de 
ses fibres corticales, qui, sépa- 
rées de la partie ligneuse par le 
rouissage (1), constituent la fi- 
lasse dont on fabrique ensuite 
de la toile et des cordages. 

Le chanvre est pourvu d'une 
propriété enivrante, exhilarante 
et narcotique, qui paraît résider 
dans une matière glutino-rési- 
neuse qui exsude de glandes 
placées à la surface de la tige et 
des feuilles. Mais cette propriété 
est beaucoup plus développée 
dans le chanvre de l'Inde et de 
la Perse, dont quelques botanis- 
tes ont fait une espèce particu- 
lière, sous le nom de Cannabis 
indica. Aujourd'hui on ne lui 
reconnaît aucune différence es- 
sentielle avec le chanvre d'Eu- 
rope, et on attribue la différence 
réelle qui existe entre leurs 
propriétés à l'influence géné- 
rale de la température sur la production des principes actifs des 
végétaux. Celle raison est sans doule très- fondée, mais il me 
semble aussi que les deux plantes ne sont pas complètement 
identiques. La plante de l'Inde est beaucoup plus grande, puis- 
que, dans nos jardins mômes, elle atteint facilement 4 h 5 mètres 




Fig. 454. — Chanvre cultivé. 



(I) Le rouissage estime opération qui consiste à faire tremper, pendant un 
certain nombre de jours, le chanvre dans une eau stagnante, afin de dissoudre 
ou de détruire, par la putréfaction, les parties mucilagineuses ou "autres, qui 
unissent les fibres corticales entre elles et au bois. Cette opération communique 
à l'eau des qualités malfaisantes, et les émanations qui s'en exhalent peuvent 
occasionner des maladies graves dans les lieux où on la pratique. Aussi est-il 
défendu d'établir des routoirs dans le voisinage des habitations, et dans les 
rivières ou dans les eaux qui servent à la boisson des hommes et des animaux. 
(Voyez Parent-Duchàtelet, Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 
t. I. p. 3 8 5 ; t. Vif, p. 237. — Roucher, Du Rouissage considéré au point de vue 
de f hygiène publique et de son introduction en Algérie [Ann, d'hyg. publique, 
1864, 2» série, t. XXII, p. 278].) 



332 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

de hauteur; ses feuilles sont plus souvent alternes et ses fruits 
sont manifestement plus petits. 

On se procure la résine de cette plante par un procédé singulier 
qui a de l'analogie avec celui qui est usité dans les lies grecques 
pour la récolte du laudanum. Des hommes, recouverts d'un habil- 
lement de cuir, parcourent les champs de chanvre, en se frottant 
autant que possible contre les plantes. La résine molle qui les 
recouvre s'attache au cuir; elle en est ensuite séparée et pétrie 
en petites boules auxquelles on donne le nom de churrus ou de 
cherris. En Perse, on prépare le churrus en exprimant la plante 
pilée dans une toile grossière. La résine s'attache au tissu et est 
séparée par le ratissage. Cette résine possède à un très-haut 
degré les propriétés enivrantes de la plante. La plante elle-même, 
séchée avec soin, est vendue sous les noms de ganja ou gunjah et 
de bang. [Le ganja est sous forme de gâteaux plats, composés de 
tiges et de sommités fleuries : son odeur est très-aromatique, sa 
couleur d'un vert brunâtre, son toucher résineux. Cette sorte, 
très-estimée, vient des montagnes du nord de l'Inde, d'après d'au- 
tres de la partie moyenne du Bengale. Elle arrive peu en Europe 
et est surtout destinée aux fumeurs des Indes. Le bang ou guaza, 
récolté principalement dans les parties basses du pays et aussi 
autour de Hérat, est sous la forme de feuilles sèches, à peine 
accompagnées de quelques fragments de tiges, mais bien d'une 
quantité considérable de fleurs femelles. L'odeur est bien moins 
forte que celle du ganja et la matière résineuse manque presque 
complètement. Cette sorte, qui arrive presque seule en Europe, 
sert à faire une boisson épaisse qu'on nomme subdschi et à la- 
quelle on attribue des propriétés salutaires (I).] 

Enfin, on emploie de temps immémorial, en Arabie et dans 
tous les pays qui ont été soumis à la domination arabe, une pré- 
paration grasse de feuilles de chanvre, qui porte le nom de 
haschish ou hachich. C'est celte môme préparation dont les effets 
enivrants et hilarants ont été étudiés par quelques hommes sé- 
rieux, mais qui pourra devenir une source de dépravation pour 
beaucoup d'autres qui, blasés sur les plaisirs permis, en recher- 
chent d'impossibles dans les divagations d'un entendement 
perverti. 

[D'après M. Personne (2), le principe actif du Cannabis indica 
est une huile essentielle, assez fluide, plus légère que l'eau, d'une 
couleur ambrée, à odeur de chanvre caractéristique : à un froid 

(1) Voir Extrait d'une lettre de M. Mûller, sur les Préparations extraites du 
Cannabis sativa (Journal de pharmacie et de chimie, 3* série, t. XXVII,p. J$6)« 

(2) Robiquet, Rapport sur le Concours relatif à C analyse du chanvre (Journal 
de pharmacie et de chimie, 3» série, t. XXXI, p. 46). 



CANNABINÉES. — HOUBLON. 333 

de 12° à 15% elle se congèle et donne une foule de cristaux. Elle 
est formée par le mélange de deux carbures d'hydrogène : un 
liquide et incolore, C n U*>, bouillant de 235° à 240° ; on le nomme 
cannabène; l'autre, CH", cristallisant dans l'alcool en petites 
écailles d'un éclat gras, et n'ayant qu'une odeur faible de chan- 
vre : M. Personne le regarde comme un hydrure de cannabène.] 

Houblon (fig. 455). 

flumulus Lupulus, L. Le houblon est pourvu de racines fibreuses, 
ligneuses et vivaces, qui produisent tous les ans des tiges herba- 




Fig. 455. — Houblon. 

cées, sarmenteuses, hautes de 5 à 6 mètres, grimpant et s'entor- 
tillant autour des arbres ou des supports qui se trouvent à leur 
portée. Les feuilles sont opposées, pétiolées, échancrées en cœur 
à la base, à 3 ou 5 lobes, et dentées sur le bord. Les fleurs ont 
une couleur herbacée et sont toutes mâles sur un pied, toutes 
femelles sur un autre. Les premières sont en petites grappes pani- 
culées au sommet des rameaux; les fleurs femelles naissent aux 
aisselles des feuilles supérieures; elles sont disposées en cônes (fig. 
456) formés d'écaillés membraneuses, au bas de chacune desquelles 
te trouve i ovaire surmonté de 2 styles subtiles» ouverts, à stig- 



334 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

mates aigus. Le fruit qui succède à chaque fleur femelle est une 
petite graine arrondie, roussâtre, enveloppée par l'écaillé calici- 
nalequi a persisté. 

Le houblon croit en France dans les haies : il est cultivé avec 
soin dans plusieurs contrées, notamment en Flandre et en Belgi- 
que, à cause de ses tiônes résineux et odorants, qui entrent dans 
la fabrication de la bière. Toutes les parties de la plante sont 
pourvues d'un principe amer qui les fait employer contre les ma- 
ladies du système lymphatique; mais ce sont surtout les cônes 
qui, lorsqu'ils sont d'une bonne qualité, sont chargés d'une pous- 
sière résineuse, jaune, odorante, à laquelle on attribue princi- 
palement les propriétés médicales du houblon. Cette poussière 
avait d'abord été considérée comme un principe immédiat et 
avait reçu le nom de lupuline; mais l'examen chimique a montré 
qu'elle était elle-même formée d'un grand nombre de principes 
immédiats, et surtout de résine, d'huile volatile et d'une matière 
amère y soluble également dans l'eau et dans l'alcool, et commu- 
niquant à l'eau la propriété de mousser fortement par l'agitation.. 

[M. Personne, dans son beau travail sur le lupulin (1), a étudia 
ces trois substances et est arrivé aux résultats suivants : la résim&t 
de consistance variable, a une couleur jaune d'or ou jauirme 
orangé, et devient presque noire au contact de l'air. Les alcal * s 
la dissolvent en partie à froid et en séparent une matière insoL «*" 
ble. L'huile essentielle est un mélange de deux essences : un cm- *' 
bure d'hydrogène C 10 H S , isomère de l'essence de térébenthine^ 5 
et une essence oxygénée C 10 H ia O 9 , le valérol. La couleur de cet '• c 
huile varie du vert'au jaune-rouge, suivant que le houblon AoM^ 
on l'extrait est récent ou déjà desséché. 

Enfin la matière amère doit se ranger, d'après l'ensemble des^* 
propriétés, auprès des alcaloïdes. M. Personne n'a pu cependai? * 
l'obtenir à l'état de pureté complète. M. Lermer, chimiste alte^ 
mand, paraît avoir été plus heureux et avoir obtenu cette sub^ 
stance à l'état de cristaux (2).] 

On doit àL. Raspail une observation fort curieuse sur la pous- 
sière jaune du houblon. C'est que cette matière qui, à la loupe, 
paraît sous la forme de petites gouttes résineuses, transparentes 
et homogènes, est véritablement organisée. Mais, à part cela, je 
n'ai pu vérifier les détails d'organisation observés par M. Raspail, 
et, par conséquent, je n'admets pas, d'après lui, que celte sub- 

(1) Histoire chimique du lupulin (Journal de pharmacie et de chimie, 3 e série, 
t. XXVI, p. 329). —Voir aussi A. Méhu, Étude du houblon et du lupulin. Thèse 
de l'École de pharmacie de Montpellier, 1867. 

(2) Lermer, Recherches sur le principe amer du houblon [Polytechnischen cen- 
tralblatt, 1863, p. 1226; et Union pharmaceutique, janvier, 1864). 



EIÎPHORBUCÉES, 



335 



stance soît un pollen solitaire, naissant sur toutes les parties des 
cônes du houblon femelle et pouvant servira sa fécondation, et 
encore moins que les glandes vésicutaîres des jeunes feuilles de 
houblon soient également un pollen nécessaire au développement 
des bourgeons. Tout ce que l'observation microscopique m'a fait 
voir dans la poussière jaune du houblon, après l'avoir épuisée de 
ses principes solubles dans 1 alcool, consiste à ravoir trouvée for- 
mée d'une masse uni forme de tissus cellulaires^ amincie en cône 
et pédi culée du côté qui l'attachait à la plante, évasée et bombée 
du côté opposé (fig* 457)* Je suis porté, en conséquence, à consi- 
dérer cette matière comme une glande formée par l'exubérance 
de petites parties du tissu cellulaire, et imprégnée de résine» 





et sur leur mode de développement (Jtg. 457) confirment pleine- 
ment cette opinion. Elles montrent que le lupulin commence par 
la dilatation d'une cellule épîdermîque, qui se divise en plusieurs 
autres de manière à former à un moment donné une sorte de 
disque rayonné attaché pur un pédicule. Les bords se re- 
lèvent et le disque devient cupiliforme : la cuticule qui revêt la 
cavité de la capsule est alors soulevée par une sécrétion jaunâtre : 
elle est ainsi refoulée peu à peu vers l'extérieur comme un doigt 
de gant et forme au-dessus de la capsule un corps conoïde. Le 
lupulin est alors arrivé à son développement complet.] 






f%»4Mi — Coiic iit= houbUni. 



Fig- 457. — Coiie de houblon (•; 



FAMILLE DES EUPHORBIÀCÉES. 

Feuilles communément alternes, quelquefois opposées, accompagnées 
privées de stipules; quelquefois nulles eltes-mécne*, la plante étant 
iuite à l'état d'une tige charnue, caciiforme. Les fleurs sont uni- 



r. lupulin cornu» uçant n » former ; h, lupuliu composé de deu\ utricutas; C t Jujiulin 
pédicule ; d, lupulin en forme de coupe stiicu ; e, lupulin du venu glaudifurmu. 



336 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

sexuées, monoïques ou dioïques, solitaires, fasciculées, ou disposées 
en grappes ou en épis, quelquefois les fleurs mâles et femelles sont 
entourées d'un involucre commun, simulant une fleur hermaphrodite. 

Le périanthe est libre, simple, rarement double, à 3, 4, 5 ou 6 divi- 
sions munies intérieurement d'appendices écailleux ou glanduleux; 
les étamines sont en nombre défini ou indéfini, insérées au centre de 
la fleur ou sous un rudiment d'ovaire ; les filets sont libres ou soudés, 
les anthères inlrorses ou extrorses, biloculaires, à loges souvent dis- 
tinctes ; les fleurs femelles ont un ovaire libre, sessile ou très-rare- 
ment stipité, ordinairement triloculaire, rarement bi-ou pluriloculaire; 
chaque loge renferme 1 ou 2 ovules collatéraux, suspendus à l'angle 
centra], au-dessous du sommet. Du sommet de l'ovaire naissent autant 
de stigmates qu'il y a de loges, généralement sessiles, allongés, bifides 
ou môme multificles. Le fruit est sec ou légèrement charnu, composé 
d'autant de coques soudées qu'il y avait de loges à l'ovaire; chaque 
coque, ordinairement bivalve et s'ouvrant avec élasticité, contient une 
ou deux graines suspendues à l'angle interne ; l'épisperme est crustacé, 
épais et formé de deux couches très-distinctes ; l'endosperme est 
charnu, huileux, renfermant un embryon homotrope, à cotylédons fo- 
liacés, à radicule supère. 

Les Euphorbiacées composent une famille très-vaste^ multiforme et 
cependant très-naturelle, qui tire son principal caractère de la struc- 
ture de son fruit polycoque. La plupart sont pourvues d'un suc laiteux, 
très-âcre et souvent vénéneux ; quelques-unes sont aromatiques. Les 
semences sont huileuses, rarement comestibles, le plus souvent plus 
ou moins fortement purgatives. Quelques Euphorbiacées sont pourvues 
de racines féculentes qui sont d'un grand intérêt pour la nourriture des 
peuples de l'Amérique. 

M. Millier (d'Argovie) (1) a distribué de la façon suivante les genres 
d'Euphorbiacées : 

SECTION I**. — Sténolobées. Cotylédons semi-cylindriques, ne dépas- 
sant pas sensiblement la radicule en largeur, cl beaucoup plus étroits 
que l'albumen. 

Tribu l r *. — Calétlées. Loges des ovaires bi-ovulées. Calice des 
fleurs mâles à estivation valvaire. Calelia, etc. 

Tribu 11. — Riclnocarpée*. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs mâles 
à # estivation quinconciale. Iiicinocarpus, etc. 

Tribu III. — Ampérée». Loges 1-ovulées. Calice des fleurs mâles à 
estivation valvaire ou subvalvaire. Amperea, etc. 

SECTION H. — Platolobêes. Cotylédons plats, plus larges que U 
radicule ; presque aussi larges que l'albumen. 

Tribu IV. — Phyllanthéet. Loges 2-ovulées. Calice des fleurs mâles à 
estivation quinconciale. Phyllanlhus, etc. 

Tribu V. — Brldéliée». Loges 2-ovulées. Calice des fleurs mâles à 
estivation valvaire. Bridelia, etc. 

Tribu VI. — Crotonées. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs mâles à 



(1) Dans sa monographie destinée au Prodromus de De Candolle. 



EUPHORBIÀCÉES. — EUPHORBES. 337 

estimation quinconciale. Anthères infléchies dans le bouton. Croton,Ju- 
locroton, etc. 

Tiubu VII. — Acalyphées. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs mâles à 
estimation valvaire. Anthères dressées dans le bouton, fleurs à l'aisselle 
de bractées, ou involucrées. Involucres uni-sexuels. Aleurites, Mercu- 
riolis, Acalypha, Ricinus, Crozophora, etc. 

Tribu VIII.— Illppomanéea. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs 
mâles à estivalion quinconciale. Étamines quelquefois insérées autour 
d'un disque central. Anthères dressées dans le bouton, fleurs à l'ais- 
selle de bractées ou involucres. Involucres unisexuels. Cluytia, Jalro- 
pha, Manihot, Stillingia, Hippomane, Sapium, Eura, etc. 

Tribu IX. — . Dalechampléca. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs 
mâles à eslivation valvaire. Anthères dressées dans le bouton. Fleurs 
involucrées, involucres bi-sexuels. Involucre comprimé diphylle. Fleurs 
mâles polyandres. Dalechampia. 

Tribu X. — Eaphorbiées. Loges 1-ovulées. Calice des fleurs mâles 
(rarement développé) à estivalion quinconciale. Anthères dressées dans 
le bouton. Fleurs involucrées, involucres bi-sexuels. Involucre calyci- 
forme non comprimé. Fleurs mâles monandres. Euphorbia. 



Euphorbes. 

Il y a peu de genres dans le règne végétal qui justifient mieux 
que celui-ci l'idée que les végétaux analogues par leurs caractères 
de classification, le sont également par leurs principes consti- 
tuants et par leurs propriétés toxiques ou médicales. Il n'y a, en 
effet, pas une des espèces qui le composent qui ne soit remplie 
d'un suc laiteux, et douée de propriétés acres et corrosives telle- 
ment intenses qu'on ne saurait les employer avec trop de pru- 
dence, et seulement à défaut de médicaments moins actifs, dont 
il soit plus facile de régler les effets. 

Linné, considérant les euphorbes comme hermaphrodites (i), 
les avait rangés dans sa dodécandrie trigynie, et leur donnait pour 
caractère un calice monophylle à 4 ou 5 divisions; une corolle 
à 4 ou 5 pétales alternes avec les divisions du calice; 12 à 15 éta- 
mines fixées au réceptacle et entremêlées de filaments stériles; 
un ovaire pédicellé au centre de la fleur, surmonté de 3 styles 
bifides; une capsule saillante hors du calice, formée de 3 coques 
monospermes. Mais aujourd'hui les botanistes considèrent le ca- 
lice et la corolle de Linné comme un involucre qui renferme 
autant de fleurs monandres qu'il y a d'étamines, accompagnées 
chacune d'un périanthe propre, écailleux, laciniô ; au centre de 

(I) [La même opinion a été reprise p*r M. Bâillon, et discutée dans son 
Etude générale du groupe des Euphorbiaiées. Paris, 1858.] 

Godsubt, Drogue», T édtt. T. II. — 22 



338 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



toutes ces fleurs mâles se trouve une seule fleur femelle pédicel- 
lée, accompagnée quelquefois d'une autre avortée (/fy.458). 

Le port des euphorbes est très-variable : quelques-uns ont une 
tige épaisse, charnue, anguleuse, aphylle, ressemblant beaucoup 

à celle des Cactus, et armée sur les an- 
gles d'épines géminées ou solitaires; les 
autres, qui sont les plus nombreux, ont 
des tiges frutescentes ou herbacées, 
garnies de feuilles simples, souvent al- 
ternes, quelquefois opposées ou verti- 
ci liées. Ces tiges sont presque toujours 
ramifiées à leur partie supérieure, et 
les ramifications, le plus souvent dis- 
posées en ombelle et ensuite plusieurs 
fois dichotomes, portent des involu- 
cres à leurs extrémités; un involuerc 
solitaire, tenant la place d'une troi- 
sième branche, se trouve en outre dans 
chacune des bifurcations supérieures. 
On observe d'ailleurs à la base de l'om- 
belle et à chaque bifurcation une col- 
lerette de bractées verticillées ou oppo- 




Eupdorbe des anciens, Euphorbia 
antiquorum, L.Tige triangulaire ouqua- 
drangulaire, articulée, ramifiée, munie 
sur les angles de petits appendices fo- 
liacés et d'épines géminées, divergen- 
tes. Les involucres sont portées sur de 
courts pédoncules simples ou divisés et 
triflores; chaque involucre nef contient 
que 5 à 6 étumines. Cette plante croit 
en Afrique, en Arabie et dans l'Inde. 
Euphorbe des Canaries, Euphorbe 
Canariensîs, L. {fig. 458). Tige épaisse, 
quadrangulaire, haute de i",^ à 2 mètres, garnie de rameaux 
ouverts, dont les angles, ainsi que ceux de la tige, sont munis 
de tubercules rangés longitudinalement, de chacun desquels 
partent deux aiguillons courts et divergents, dont un est re- 
courbé en crochet. Ses fleurs sont sessiles, placées au-dessous 
des aiguillons, accompagnées de bractées ovales; Tinvolucre est 
à 10 divisions, dont 5 plus internes, charnues et d'un rouge obs- 
cur. Le fruit est très-petit, lisse, jaunâtre, formé de 3coques mono- 
spermes. Cette plante croit naturellement dans les lies Canaries. 



Fig. 458. — Euphorbe des 
Canaries. 



EUPHORBIÀCÉES. — EUPHORBE RÉSINÏFÈRE. 



339 



Euphorbe officinale, Euphorbia officinarum, L. Tige épaisse, 
droile, souvent simple comme un cierge, haute de l m , 3 à 2 mè- 
tres, pourvue, sur toute sa longueur, de 12 à 18 côtes saillantes 
dont la crête anguleuse est garnied'une rangée d'épines géminées. 
Les fleurs sont presque sessiles et d'un vert jaunâtre. Cette plante 
croit naturellement dans l'Ethiopie et dans les parties les plus 
chaudes de l'Afrique. 

[Euphorbe résinifère, Euphorbia resinifera y Bev%. (yfy.459). Plante 
à apparence de cactus, comme les précédentes. Tige haute de 5 à 
6 pieds, rameuse, à rameaux ascendants tétragones, larges de 






Fig. 459. — Euphorbe réttntfère. 



I pouce environ, subconcaves sur leurs faces, obtus sur les bords. 
Épines stipulaires doubles, longues de 2 à 4 lignes, subulées, con- 
fluents à leurbasesur un coussinet plane ou à peine saillant. Cymes 
de fleurs assez longuement pédonculées, portant 3, rarement 
6-7 involucres campanules cyalhiformes, à glandes très-saillantes, 
à lobes dépassant peu les glandes, à fleurs mâles peu nombreuses. 
Capsule pefite, à calicule peu développé, à pédicelle défléchi 
dépassant l'involucre caliciforme, formé de 3 coques à faces laté- 
rales fortement convexes. 

Cette espèce habite les montagnes arides de la partie méridio- 
nale du Maroc, au-dessous d'Aguadir. Elle a été trouvée récem- 
ment, en 1869, et envoyée à Kew par M. Carteusen, consul d'An- 



340 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

gleterre à Mogador. Depuis lors, on Ta reçue également au 
Muséum de Paris. 

C'est l'espèce la plus intéressante de ce groupe, puisque c'est à 
elle qu'on doit la gomme-résine d'Euphorbe, que nous allons 
étudier. 

Gomme-rétine d'Euphorbe. 

Les auteurs se sont longtemps accordés à dire que c'est en fai- 
sant des incisions à l'écorce de Y Euphorbia officinarum et des 
Euphorbia antiquorum, L. et Canariensis, L. qu'on se procure 
l'euphorbe du commerce; mais la forme sous laquelle se présente 
toujours cette substance indique qu'elle a dû couler naturelle- 
ment, et les débris de rameaux, toujours quadrangulaires, qu'on 
y trouve quelquefois n'est pas favorable à l'opinion qae V Euphor- 
bia officinarum en est la source principale. L 9 Euphorbia canariensà 
répondrait beaucoup plus par la forme de ses tiges aux débris 
trouvés au milieu de la gomme d'euphorbe : mais, d'après les 
observations faites par Berg (I), ces débris ne répondent pas 
exactement aux parties analogues de cette espèce. 

Les rameaux florifères sont trois fois moins épais ; les petites 
inflorescences partielles, formées d'ordinaire de 3 involucres, 
sont portées sur un pédoncule de 15 millimètres environ : les di- 
visions de Tinvolucre sont jaunes et d'une forme différente de 
celles de YE. canariensis. 

Pources raisons, Berg a cru devoir attribuer la gomme résine 
à l'Euphorbe que nous avons décrite ci-dessus soUs le nom d'^w- 
phorbia resiniftra]. 

L'euphorbe est en petites larmes irrégulières, jaunâtres, demi- 
transparentes, un peu friables, ordinairement percées de un ou 
de deux trous coniques qui se rejoignent par la base, et dans les- 
quels on trouve encore souvent les aiguillons de la pLante, dont 
un est recourbé. Il n'a presque pas d'odeur; sa saveur, qui est 
d'abord peu sensible, devient bientôt acre, brûlante eteorrosive. 
Sa poudre est un très- violent sternutatoire, ce qui la rend dange- 
reuse à préparer. La gomme d'Euphorbe vient des parties méri- 
dionales du Maroc : elle nous arrive d'ordinaire par la voie de 
Mogador. 

L'euphorbe a quelquefois été administré à l'intérieur comme 
purgatif; mais, comme il est encore plus corrosif, son usage a 
presque toujours été suivi des accidents les plus funestes. Il faut 

1 1 ) Berg et Schmidt, Darsteliung und Beschreibung offtziaellen Gcwâehse % 
t. V, pi. xxxiv, d. Leipzig. 



Pelletier. 


Brandes. 


60,8 
14,4 

» 
2 


42,77 
14,91 

4,84 
» 


12,2 
1.8 


18,82 
4,90 


» 


0,70 


» 


5,61 


8 
0,8 


} 6,40 



EUPHORBIACÉES. — GOMME-RÉSINE D'EUPHORBE. 341 

donc absolument se borner à remployer à l'extérieur, où il pro- 
duit un effet vésicant presque égal à celui des cantharides. 

D'après les analyses de Braconnot, de Pelletier et de Brandes, 
l'euphorbe est composée de: 

Braconnot. 

Résine 37,0 

Cire 10,0 

Caoutchouc » 

Bassorine » 

Malate de chaux 20,5 

— dépotasse 2,0 

Sulfate de potasse 

— de chaux 

Phosphate de chaux 

Matière ligueuse 13,5 

Eau 5,0 

Perte 3,0 

100,0 100,0 100,00 

La résine est d'une excessive acre té, brunâtre, friable, fusible, 
soluble dans l'alcool, l'éther et l'essence de térébenthine, très- 
peu soluble dans les alcalis. La cire ne parait pas différer de la 
cire d'abeilles. Il résulterait de ces analyses que l'euphorbe n'est 
& proprement parler une gomme-résine, puisqu'on y trouve de 
la cire, du caoutchouc, et, au lieu de gomme, des malates de 
chaux et de potasse. 

[M. Fliickiger (i) a repris l'analyse chimique de la gomme-ré- 
sine d'euphorbe ; et, en ayant soin de n'agir que sur le produit 
complètement débarrassé des débris de la plante, il est arrivé aux 
résultats suivants: 

Résine 38 

Substance particulière nommée par lui Euphorbon. 22 

Gomme 18 

Malates 12 

Substances minérales 10 

La résine lui a paru être le principe toxique de la gomme-ré- 
sine, tandis que l'action drastique serait due principalement à la 
substance particulière, cristallisable, soluble dans l'éther, l'alcool 
■raylique, le chloroforme, insoluble dans l'eau, qu'il appelle 
Euphorbon et à laquelle il attribue la formule C*H 33 9 . On voit 
que dans cette analyse la proportion de gomme est considérable.] 

L'existence d'une grande quantité de surmalate de chaux dans 
les plantes charnues, à quelque famille qu'elles appartiennent, 
est un fait bien remarquable et qui semble indiquer une liaison 

, (1) Flûckiger, Ueber dai Euphorbm, Berne, octobre 18G7. 



342 



DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 



encore inconnue entre la présence du sel el l'état de plante : de 
telle sorte que la production dans l'économie végétale d'une 
grande quantité de ce sel calcaire soluble semble causer l'hyper- 
trophie du parenchyme. Je citerai pour exemple les euphorbes 

charnues, les cactus qui 
leur ressemblent tant en 
apparence, les joubarbes, 
les Sedum, les agaves, les 
aloès, etc. 

Euphorbe àuriculé,£V 

phorbio Péplis, L. Tige 

..■■^ :*^ , ramifiée, feuilles assez 

JE*, ^sr )r^^ grande», entières, ovales- 

QÉgp obtuses, auriculées d'an 

seul côté i la base; fleurs 
axillaires solitaires; ra- 
meaux tombants. 

Euphorbe ipecacuanha, 
Euphorbia fpecacuanfia,L. 
Tige dichotome, feuilles 
très-entières, lancéolées; 
pédoncules axillaires,uni- 
flores, égalant les feuilles; 
tige dressée. 

La racine de cette plan- 
te est très-longue, fibreu- 
se, cylindracée, blanchâtre, inodore, peusapide et cependant vo- 
mitive à la dose d'une dizaine de grains. Elle est employée 
comme ipecacuanha dans l'Amérique septentrionale, où elle esl 
digène. La racine de la plupart de nos euphorbes jouit de ia 
môme propriété. 

Ésule ronde, Euphorbia Peplus, L. Ombelle trifide ; rameaux 
plusieurs fois dichotomes, munis d'involucelles ovés ; feuilles très- 
entières, obovées, pétiolées. Cette plante est très-commune dans 
les lieux cultivés, autour des habitations. 

Épurge, Evphorbia Lathyris, L. (fig. 460). Racine pivotante, 
bisannuelle, produisant une tige droite, cylindrique, haute de 
m ,60 à 1 mètre, garnie de feuilles opposées, sessiles, oblongues, 
d'une couleur glauque. Cette tige esl terminée par une ombelle à 
4 rayons qui se bifurquent plusieurs fois. Les bractées sont presque 
triangulaires et les pétales sont fortement échancrés en crois- 
sant. Cette espèce se trouve dans les lieux cultivés et sur le bord 
des champs, en France, en Suisse, en Allemagne et eu Italie. L'é- 
corce de la racine desséchée et réduite en poudre purge à la dose 




Fig. 460. — Épurge. 



EUPHORBIACÉES. — MERCURIALES. 343 

de 4 gramme à un 1* r ,5. Les semences ovoïdes, subanguleuses, 
obliquement tronquées, réticulées, rugueuses, d'un brun mat, 
contiennent une amande blanche, huileuse. Elles étaient nommées 
autrefois grana regia minora; elles sont employées comme purga- 
tives par les gens de la campagne. On a proposé, il y a quelques 
années, de se servir dans le même but de l'huile obtenue par ex- 
pression. On en retire environ 40 pour 100. Cette huile est d'un 
fauve clair, bien fluide, dune saveur acre et d'une odeur très- 
marquée. Elle est complètement insoluble dans l'alcool ; elle purge 
à la dose de 1 à 2 grammes ; mais elle a l'inconvénient de provo- 
quer souvent le vomissement. 

Réveille-matin, Euphorbw helioscopia, L. Ombelle générale 
quinquéfîde; partielle, trifide ; particulière, trifide ou dichotome. 
lu vol uce lies obovés ; feuilles cunéiformes dentées. 

Ésule, Euphorbia Esula, L. Ombelle multifide-bifide ; involu- 
celles sous-cordiformes, pétales subbicornes; rameaux de la tige 
stériles; feuilles uniformes. 

La racine d'ésule, ou plus exactement l'écorce de racine d'é- 
suie, a été usitée autrefois comme un purgatif hydragogue ; mais 
il faut avouer qu'on n'est pas certain de la plante qui doit porter 
le nom d'ésule; ou plutôt ce nom parait avoir été porté par un 
certain nombre d'euphorbes à feuilles étroites, plus ou moins sem- 
blables à celles du pin ; tels sont les Euphorbia pithyusa, Esula, 
gerardiana, cyparùsias, etc. 

Mercuriale*. 

Genre de plantes à fleurs dioïques, très-rarement monoïques, 
ayant un périanthe simple à 3 ou 4 divisions ; les élamines sont 
au nombre de 9 à 12, à filets libres et exsertes, à anthères globu- 
leuses, didy mes. Les fleurs femelles portent un ovaire à 2 lobes et 
biloculaire (rarement à 3 lobes et à 3 loges), surmonté de 2 ou 
3 styles divergents, denticulés. La capsule est à 2 coques (rare 
ment 3) monospermes, épineuse ou cotonneuse. 

Ce genre comprend une dizaine d'espèces indigènes ou exoti- 
ques dont deux sont très-communes dans nos contrées et ne doi- 
vent pas être confondues pour l'usage médical, à cause de leur 
activité très-différente. 

Mercuriale annuelle ou foirole, Mercurtalis annua, L. Racine 
blanche et fibreuse ; tige haute de 33 à 50 centimètres, lisse et 
branchue; feuilles opposées, longuement pétiolées, ovales-lancéo- 
lées, aiguës, d'un vert clair et très-glabres, comme la tige. Les 
fleurs sont dioïques, les mâles rassemblées par petits paquets sur 
des épis axillaires, grêles, interrompus, longs et redressés; les 
femelles solitaires ou géminées et presque sessiles. Elles sont 



344 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

formées d'un périanthevert, à 3 folioles, comme les mâles, et d'an 
ovaire didyrae et à 2 styles divergents (I). Cette plante croît dans 
les lieux cultivés, autour des habitations; elle aune odeur nau- 
séeuse; elle est laxative et quelquefois drastique, maïs toujours 
beaucoup moins que la suivante. 

Mercuriale vivacb ou des bois, Mercurialis perennis, L. Tiges 
droites, non divisées, à peine hautes de 35 centimètres, chargées 
de quelques poils, et garnies de feuilles courtement péliolées, 
ovales-lancéolées, pointues, dentées, un peu rudes au toucher et 
d'un vert sombre. Les fleurs, même femelles, sont assez longue- 
ment pédonculées. Celte plante croit dans les bois ; elle est plus 
fortement purgative que la première, et son ingestion dans l'esto- 
mac a souvent été suivie d'accidents plus ou moins graves. Elle 
contient une petite quantité du même principe colorant bleu qui 
distingue la maurelle ou tournesol, et son suc colore le papier en 
bleu. La mercuriale annuelle en offre également comme on peut 
le voir par la couleur bleue que prend Pécorce de sa racine pen- 
dant sa dessiccation. 

Maurelle ou tournesol. 

Crozophora tinctoria, Neck., Croton tinctorium, L. Cette plante, 
comprise dans le genre Croton par Linné, en diffère par des ca- 
ractères très- tranchés et notamment par la présence d'une corolle 
et par le petit nombre de ses étamines. Elle est pourvue d'une 
racine fibreuse et d'une tige grêle, rameuse, haute de 35 centi- 
mètres environ. Ses feuilles sont molles, alternes, pétiolées, ovées- 
rhomboïdales, ondulées sur le bord, cotonneuses et blanchâtres. 
Les fleurs sont monoïques, petites, disposées en grappes courtes; 
les mâles rassemblées à la partie supérieure, les femelles placées 
à la base et longuement pédonculées. Les premières ont un 
calice à 5 divisions, une corolle à 5 pétales, et 5 étamines (rare- 
ment 8 ou 10) dont les filets sont soudés par le bas en une colonne 
centrale ; anthères extrorses. Les fleurs femelles ont un calice à 
10 parties linéaires, la corolle nulle, 'ovaire sessile, trioculaire. 
Le fruit est longuement pédoncule et pendant ; il est épineux et 
à 3 coques monospermes, comme celui des ricins. 

Je pense que cette plante doit son nom de maurelle à une cer 
taine ressemblance avec la morelle (Solanum nigrum), et celui de 
tournesol ou d'héliotrope, à l'ancienne fable de Clytie, amante d° 
soleil. Elle croît dans le midi de la France, en Espagne, en Italie 

(1) J'ai quelquefois trouvé sur la mercuriale un ovaire à 3 lobes et à 4 style* 
dont le fruit était par conséquent à 3 coques monospermes, soudées ethériwée» 
de piquants. Ce fruit ressemblait alors parfaitement à celui du ricin. 



EUPHORBIACÉES. — MÀNCENILUtfR. 345 

el dans le Levant. On la recueille principalement aux environs 
de Grand-Gallargues (Gard) pour la préparation du tournesol en 
drapeaux. A cet effet, on récolte les fruits et les sommités de la 
plante, on les écrase et on exprime le suc dans lequel on trempe 
des chiffons ou de la toile grossière, que l'on fait sécher. Cela 
fait, on suspend ces chiffons dans une cuve en pierre, au fond de 
laquelle on a mis un mélange d'urine putréfiée et de chaux vive. 
Par l'action de l'ammoniaque qui se dégage, et de l'oxygène de 
l'air, les chiffons que le suc de la plante avait teints en vert de- 
viennent rouges ; on leur fait subir une seconde immersion dans 
le suc de maurelle et une nouvelle exposition à la vapeur ammo- 
niacale, et on les envoie dans différentes parties de l'Europe et 
surtout en Hollande, où leur matière colorante est utilisée pour la 
coloration des fromages, des pâtes, des conserves et de diverses 
liqueurs. Hais, ainsi que je l'ai dit précédemment (page 65), ils ne 
paraissent pas servir à la fabrication du tournesol en pains. 

Arbre aveuglant. 

Excœcaria Agallocha. Grand arbre des tles Moluques qui a été 
ainsi nommé parce que si, par malheur, en le coupant, le suc 
acre et laiteux dont il est rempli tombe dans les yeux, on court 
risque de perdre la vue. Son bois est d'une couleur ferrugineuse, 
dur et fragile comme du verre, très-amer, résineux et s'enflamme 
avec une grande facilité. Il a une si grande ressemblance avec le 
calambac qu'on peut à peine l'en distinguer, et plusieurs person- 
nes ont assuré à Rumphius qu'il était envoyé en Europe 
comme bois d'aloès. Je pense avoir trouvé ce bois dans les an- 
ciens droguiers de l'Hôtel-Dieu de Paris et de la Pharmacie cen- 
trale. Il est noueux, très-pesant, compacte et étonnamment rési- 
neux. Il est à l'extérieur d'un brun rougeâtre uniforme: mais la 
nouvelle section qu'y produit la scie offre une couleur un peu plus 
grise, marqué de' taches noires dues à un suc particulier 
extravasé. Sa cassure transversale n'offre pas de tubes longitudi- 
naux, ce qui tient sans doute à la grande quantité de résine dont 
tous ses vaisseaux sont gorgés. Il a une forte odeur de myrrhe et 
de résine animé mêlées; son intérieur présente des excavations 
remplies d'une résine rougeâtre qui a quelque analogie avec la 
myrrhe ; il se réduit en poudre sous la dent et jouit d'une saveur 
amère: il répand un parfum très-agréable lorsqu'on le brûle ou 
qu'on le chauffe sur une plaque métallique. 

Mancenllller. 

Bippomane Mancenilla, L. Arbre de l'Amérique inter-tropicale, 
célèbre par^a qualité vénéneuse de son suc laiteux, qui servait 



346 



DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 



autrefois aux naturels pour empoisonner leurs flèches, et que les 
nègres emploient encore aujourd'hui comme poison, par des mo- 
tifs de vengeance. On a même été jusqu'à dire que l'ombre de 

l'arbre était dangereuse, 
ainsi que la pluie qui avait 
lavé son feuillage: mais 
ces dernières assertions 
ont été démenties par plu- 
sieurs voyageurs et par 
Jacquin en particulier. 
Les fleurs sont monoïques; 
les mâles disposées par 
petits paquets ou par épil- 
lets alternes, le long d'un 
axe commun , chaque 
épillet étant pourvu de 
deux bractées concaves; 
les fleurs femelles solitai- 
res ou placées à la base 
des épi lie ts mâles. Le 
fruit est un drupe quia 
la forme, la couleur et 
l'odeur d'une petite pom- 
me ; aussi peut-il être 
l'objet de méprises funestes 
pour les enfants. Il est 
formé d'un sarcocarpe à 
suc laiteux, qui, en se desséchant, se divise en 14 côtes peu mar- 
quées, séparées par des sillons réguliers allant du pédoncule au 
pôle opposé. Le noyau est osseux, épais, indéhiscent, à surface 
inégale, sillonnée, armée d'apophyses tranchantes, irrégulières. 
Les loges sont monospermes, souvent privées de semence. Nous 
donnons ici (fig. 461) la ûgure d'une espèce voisine le mancenillkr 
à feuilles de houx, qui donnera l'idée des plantes de genre. 




Fig. 461. — Manceuillier à feuilles de houx. 



Sablier élastique. 

Hura crépitant, L. (fig. 462). Grand arbre de l'Amérique, à suc 
laiteux très-âcre, à feuilles grandes, alternes, cordiformes, lon- 
guement pétiolées, et à fleurs monoïques. Les fleurs mâles for- 
ment des chatons denses, multiflores, longuement pédoncules; 
les fleurs femelles, solitaires, présentent un ovaire à 12-18 loges, 
surmonté d'un long style terminé par un large stigmate radié, 
offrant autant de rayons qu'il y a de loges à l'ovaire. Le fruit est 



EUPHORBIÀCÉES. — SIPHONIE. — CAOUTCHOUC. 



347 



une capsule ligneuse recouverte d'un sarcocarpe très-mince, et 
composée d'un grand nombre de coques, qui, en se desséchant, 
s'ouvrent avec élasticité en deux valves, se détachent instanta- 
nément de la colonne centrale qui les tenait unies, et sont lan- 




Fig. 462. - Sablier élastique ( # ). 

cées au loin en produisant un bruit semblable à celui d'un coup 
de pistolel. Ses semences sont plates, lenticulaires, à épisperme 
ligneux, à amande sèche et purgative, mais inusitée. 

ftlphonle élastique. — Caoutchouc. 

Siphonta elastica, Pers. ; Siphoma cahuchu, Rich. ; Hevea guia- 
nensù, Àubl.; Jatropha elastica, L. Arbre de 16 à 20 mètres 
de hauteur, sur un tronc de 80 centimètres de diamètre. Les ra- 
meaux sont garnis à leur extrémité de feuilles rapprochées, 
longuement pétiolées, composées de 3 folioles ovales-allongées, 
pointues, entières. Les fleurs sont monoïques, munies d'un pé- 
rianthe simple à 5 divisions. Les étamines sont soudées en une 



<•)*. 



fructifère et florifère. —2. Fragment d'une grosse branche. — 3. Fruit. 



348 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

colonne portant 5 ou 10 anthères, verticillées en une ou deux 
séries, fixées au-dessous du sommet. L'ovaire est à 6 côtes, trilocu- 
laire, à 3 loges uni-ovulées. Le fruit est une grande capsule 
formée de 3 coques ligneuses, arrondies, s'ouvrant avec élasticité 
en 2 valves, à la manière jlu sablier élastique. Les semences sont 
arrondies, à épisperme lisse, roussâtre, marbré de noir. L'amande 
est blanche, huileuse, d'un goût agréable. On peut la manger 
sans inconvénient. 

Le caoutchouc, nommé vulgairement gomme élastique, est une 
substance d'une nature toute particulière qui se trouve à l'état 
émulsif dans le suc laiteux d'un grand nombre de végétaux 
appartenant, pour la plupart, à des familles riches en plantes vé- 
néneuses ou suspectes; tels sont la plupart des figuiers, l'arbre à 
pain, plusieurs apocynées, lactucées et papavéracées. Mais aucun 
de ces végétaux ne peut être comparé pour l'abondance du 
produit à Yhévéde la Guyane. Le suc laiteux de cet arbre, obtenu 
par des incisions faites au tronc, se prend à l'air en une masse 
tenace et très-élastique. Mais ordinairement, tandis qu'il est 
encore bien fluide, on l'applique, couche par couche, sur des 
moules de terre, et on fait sécher chaque couche à l'air avant d'en 
ajouter une nouvelle. Lorsqu'on juge l'épaisseur suffisante, on 
brise le moule et on le fait sortir en morceaux par une ouverture 
laissée au vase fabriqué par ce moyen. La forme la plus ordinaire 
du caoutchouc est donc celle d'une gourde; quelquefois cepen- 
dant les Indiens lui donnent celle d'un oiseau ou de quelque autre 
animal : on se contente aussi, depuis un certain nombre d'années 
que le caoutchouc est devenu l'objet d'un commerce étendu, de 
le réduire en masses solides assez volumineuses. 

Le caoutchouc, tel que nous l'avons, est une substance brunâ- 
tre, demi-transparente lorsqu'elle est en lame mince; très-souple 
et éminemment élastique. Il se fond au feu, se boursoufle consi- 
dérablement, et brûle avec une flamme très-blanche, en répan- 
dant une fumée odorante très- épaisse. 11 est insoluble dans l'eau 
froide, se ramollit dans l'eau bouillante, est insoluble dans 
l'alcool, mais soluble dans l'élher pur, dans le sulfure de carbone, 
le naphte et les huiles volatiles. L'acide sulfurique le charbonne 
superficiellement; l'acide nitrique le dissout, en dégageant 
de l'azote, de l'acide carbonique, de l'acide cyanhydrique, et for- 
mant de l'acide oxalique. L'acide chlorhydrique, l'acide sulfureux, 
le chlore, l'ammoniaque, n'ont pas d'action sur lui. Cette inalté- 
rabilité du caoutchouc, en présence de plusieurs agents chimiques 
très-énergiques, le rend précieux pour la disposition des appareils 
do chimie, et pour la fermeture des flacons à produits volatils. 

On a supposé pendant longtemps que le caoutchouc était corn- 



EUPHORBIACÉES. — MANIHOT. 349 

posé de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et môme d'azote, parce 
que celui du commerce, décomposé au feu, donne une petite 
quantité d'ammoniaque. Mais cela tient à des principes étrangers 
et surtout à l'albumine du suc végétal, qui ont été entraînés dans 
sa coagulation. Faraday, ayant analysé du caoutchouc pur et 
très-blanc, séparé par lui du suc récent du Sipkonia, l'a trouvé 
uniquement composé de carbone 87,2; hydrogène 12,8; ce qui 
répond à C*H 7 . 

Le caoutchouc distillé fournit 0,83 de son poids d'une huile 
volatile très-fluide et très-légère, qui est un mélange de plusieurs 
hydrures de carbone de composition et de volatilité différen- 
tes (i); mais qui, dans son ensemble, peut devenir d'une très- 
grande utilité par la propriété qu'elle a de dissoudre le caoutchouc 
mieux que ne le font l'élher, le naphte et les huiles volatiles ordi- 
naires. On peut employer au même usage les essences rectifiées 
des goudrons de bois et de houille et, d'après M. Bouchardat, 
l'essence de térébenthine elle-même, après qu'elle a été distillée 
sur de la brique chauffée. Cependant tous ces dissolvants présen- 
tent l'inconvénient de donner au caoutchouc, qu'ils abandonnent 
par leur évaporation, une qualité poisseuse qu'il ne perd que par 
une très-longue exposition à l'air. 

Le caoutchouc est devenu l'objet d'un commerce considérable 
par l'application qui en a été faite à la fabrication des tissus 
élastiques et d'étoffes imperméables, indépendamment de l'usage 
qu'on continue d'en faire pour fabriquer des chaussures imper- 
méables à l'eau et pour enlever, à l'aide du frottement, les 
traces de crayon sur le papier. 

Maalhot, Manioc ou Magnoc (fig. 463). 

Les Manihot constituent un genre de plantes que Linné avait 
encore réunies aux Jatropha, mais qui s'en distinguent principa- 
lement par l'absence de la corolle et par leurs élamines libres, au 
nombre de 10 v dont 5 alternativement plus courtes. M. Kunth 
avait donné à ce genre le nom de Janipha; mais Endlicher et 
Pohl lui ont rendu le nom de Manihot, qui lui avait été donné 
par Plumier et par Adanson, bien que cette appellation barbare 
sorte des règles ordinaires de la nomenclature linnéenne. On 
enxonnalt un assez grand nombre d'espèces ou de variétés dont 
deux surtout méritent d'être citées tant par l'opposition de leurs 
propriétés, qui rappelle celle qui existe entre les amandes douces 
etamères, que par l'usage général que les habitants de l'Améri- 
que font de leurs racines féculentes pour leur nourriture. 

(I) Bouchardat, Journal de p/iarmacie, t. XXII, p. 451. 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

L'une de ces espèces, qui porte les noms de manioc doux, 
camagnoc, aipi, juca dulce (Manihot aipi, Pohl), ne contient dans 
sa racine aucun principe dangereux, de sorte qu'on peut la 




Fig. 463. — Jatropha manihot (•,. 

manger simplement cuite sous la cendre, ou dans l'eau, comme 
les pommes de terre, et que les animaux mangenl crue, sans au- 
cun inconvénient. 

L'autre espèce, nommée plus spécialement Manihot, manioc 
amer, juca amarga, mandiiba, mandiaco (Manihot utilissima, Pohl; 
Janipha Manihot, Kunth), contient dans sa racine un suc chargé 
d'un poison des plus violents. Ce poison, qui est très-altérable, 
paraît être de l'acide cyanhydrique ou un corps facile à se trans- 
former en cet acide, d'après les expériences de MM. Boutron et 
0. Henry (1) ; la volatilité de ce principe et la facilité avec laquelle 
on le détruit par la fermentation explique comment les peuples 
grossiers de l'Amérique ont trouvé le moyen de retirer de la racine 
amylacée qui le renferme, un aliment abondant et salutaire. 

(•) 1. Rameau florifère et fructifère. — 2. Fleur mâle. — 3. Fleur femelle. — 4. Rteûtf. 

(I) Boutron et O. Henry, Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1836» 
t. V. p. 212. 



EUPHORBIACÉES. — MANIHOT. 35! 

A cet effet, on monde la racine de son écorce, on la réduit en 
pulpe au moyen d'une râpe, et on la renferme dans un sac de 
palmier fort long, étroit, et tellement tissu qu'il peut s'allonger 
ou se rétrécir à volonté, en éloignant ou en rapprochant ses deux 
extrémité*; on suspend ce sac par sa partie supérieure à une 
perchftpposée horizontalement sur deux fourches de bois; et, 
après; l'avoir agité pendant quelque temps, on suspend à son ex- 
trémité inférieure un vaisseau très-pesant qui, faisant l'office de 
poids, en exprime le suc et 1$ reçoit en môme temps. Lorsque le 
sac est bien exprimé (1), on l'expose dans des cheminées, et, quand 
il est \sec, on en retire le cog^enu pour le pulvériser. La poudre 
que l'on obtient ainsi est nopkraée farine de manioc : c'est un mé- 
lange ,d'a«udoQ, de fiJtuq^9#^4tale et d'un peu de matière ex t rac- 
ine; on eri fait ck* p&fa en le mélangeant avec delà farine de 
froment; mais on obtient de la racine seule du manioc beaucoup 
d'autres produits alimentaires, qui portent les noms de couaque, 
cassave, moussache ou cipipa, tapioka, etc. 

Le couaque se prépare avec de la racine de manioc râpée, 
exprimée, et séchée d'abord sur des claies exposées à la chaleur. 
On la crible alors pour l'obtenir en petites parties d'un volume à 
peu près égal, et on la chauffe par partie, dans des chaudières de 
fer modérément chauffées, jusqu'à ce que la racine ait subi 
un commencement de torréfaction. Cette substance se gonfle 
prodigieusement quand on la chauffe avec de l'eau ou du bouillon, 
et forme des potages très-nourrissants. 

La cassave se prépare encore avec de la racine râpée et exprimée, 
mais non séchée, que Ton étend en forme de gâteau mince sur 
une plaque de fer chauffée. L'amidon et le mucilage, en cuisant 
et en séchant, lient toutes les parties de la pulpe et en forment 
un biscuit solide, qui jouit d'une grande faveur auprès des 
créoles. 

La moussache ou le cipipa est la fécule pure de manioc qui a été 
entraînée par le suc de la racine soumise à l'expression, et que 
l'on a parfaitement lavée et séchée à l'air. Depuis quelques 
années on a importé de la Martinique en France une quantité 
considérable de cette fécule, qui a été vendue comme arrow-root. 
Cette même fécule, séchée sur des plaques chaudes, se cuit 
en partie et s'agglomère en grumeaux durs et irréguliers, qui por- 
tent le nom de tapioka. 

La moussache se distingue facilement de l'arrow-root lorsqu'on 
l'examine au microscope (fig. 464). Elle y parait formée de gra- 

(1) Cet ancien procédé des naturels américains a depuis longtemps été rem- 
placé par l'usage de presses plus ou moins analogues à celles dont nous nous 
serrons. 



352 



DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 



miles presque tous sphériques, beaucoup plus petits que ceux de 
l'arrow-roçt, plus petits aussi que les grains adultes de l'amidon 
de blé et d'une égalité de volume beaucoup plus grande. 



ôq 



or 
O 



V - 



•' JW & 



Fig. 404. — Moussache. 




Fig. 465. — Fécule de ma mec. 



Le tapioka est en grumeaux très-durs et un peu élastiques; 
gonflé et délayé dans l'eau, il fournit une dissolution qui bleuit 
fortement par l'iode. Délayé dans l'eau et vu au microscope, 




Fig. 466. — Grains de fécule de tapioca altérés par la chaleur employée pendant la prépara- 
tion (grossissement de 225 diamètres). (Hassall). 

il offre encore un grand nombre de très-petits grains sphériques 
semblables à ceux de la moussache ; le reste se compose de té- 
guments gonflés et plissés. 

Le tapioka n'est pas entièrement soluble dans l'eau froide, 
comme quelques personnes l'ont avancé. Il forme avec l'eau 



EUPÏIOROIACÉES. — RICIN. 

bouillante un empois (fig. 4C6)qui offre un caractère particulier 
de transparence et de viscosité, Soumis à une longue ébullition 
dans une grande quantité d'eau, il laisse un résidu insoluble qui 
se précipite facilement. Ce résidu, étendu d'eau et coloré par 
l'iode, parait au microscope sous la forme de flocons muqueux qui 
n'ont aucun rapport avec les téguments primitifs* 

ftieinus eotnmunùf L. Le ricin {fîg* 467) croit naturellement dan 
ITûde, en Alrïque et sans doute aussi en Amérique; on le cultive 
avec succès dans le midi 
de ta France et même 
dans nos jardins. C'est 
une très-belle plante an 
nuelle (1), haute de $ à 3 
mètres, dont les feuilles 
sont très-larges et à 8 et 
9 divisions palmées, ce 
qui lui a fait donner le 
nom de patmaÇhrùti; elle 
est quelquefois dîoïque ou 
polygame ; d'autres fois 
tes fleurs mâles el femelles 
sont sur un même pied, el 
disposées en épss séparés; 
mais le plus ordinaire- 
ment, et tel paraît être 
Télal actuel de ta plante, 
ces deux sortes de Heurs 
sont réunies sur un môme 
épt t les fleurs mâles au 
bas, sous la forme de 
houpes jaunes dorées, et 
les fleurs femelles à la 
partie supérieure, formées 
en pinceaux d'un rouge ,7. - n>ci«, 

foncé. Les fleurs mâles 
sont formées d'un involucre ou calice à 5 divisions renfermant 



\ Beaucoup de pârtonnèt pensent que le ricin» qui est herbacé et annuel 

dan* nos climats, peut devenir arborescent et vivace dans les climats chauds» 

et noUnimtutt un Afrique. Mais, d'après Wildenow, jamais le ricin annunl ne 

ace, et, réciproquement, jamais le ricin vivace, qu'il noranw Ricinus 

ne devient annuel» Alors eus deui ricins constitueraient deu\ espèces 

dînV rentes. 

iîwafmi, Pfflgqc»! 7* édit. T. IL — ■ 23 



354 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

un grand nombre d-étamines à filaments très-ramifiés, dont cha- 
que extrémité est pourvue d'une anthère à 2 loges. Les fleurs 
femelles sont formées d'un calice à 5 divisions et d'un ovaire 
triloculaire, hérissé de piquants, terminé par un style court et par 
3 stigmates profondément bifides, rouges et plumeux. Le fruit 
est formé de 3 coques épineuses qui se séparent à maturité. Cha- 
que coque renferme une semence ovale, convexe et arrondie da 
côté extérieur, aplatie et formant un angle saillant du côté inté- 
rieur. La surface de la semence est lisse, luisante et d'un gris 
marbré de brun. La robe est mince, dure et cassante ; l'amande 
est blanche, d'une saveur douceâtre, mêlée d'une âcreté plus 
ou moins marquée. L'ombilic est surmonté d'un appendice 
charnu, assez volumineux, qui, joint à la forme générale de 
la semence, lui donne assez de ressemblance avec la tique des 
chiens, autrefois nommée ricin, d'où la semence a pris son nom. 
Immédiatement au-dessus de l'appendice, du côté externe, se 
trouve un espace comprimé qui simule un écusson. 

On trouve dans le commerce deux sortes de ricins, ceux d'Amé- 
rique et de France; plus rarement ceux du Sénégal. 
Les ricins d'Amérique (fig. 468) sont plus gros, d'une couleur 

plus foncée, d'une mar- 
brure plus décidée, d'une 
âcreté très-marquée. La 
pellicule qui recouvre l'a- 
mande est argentée, et 

Fig. 468. — Ricin Fig. 469. — Ricin exsude quelquefois Wtè 

d'Amérique. de France. matière spongieuse et 

brillante qui remplit tout 
l'intervalle entre elle et la robe. Longueur de la semence, 14 mil- 
limètres; largeur, 9 millimètres; épaisseur, 7 millimètres. 

Les ricins de France (fig. 469) sont petits, plus pâles, d'une 
marbrure moins prononcée, presque privés d'âcreté. Longueur, 
9 à 13 millimètres; largeur, 7 à 8 millimètres; épaisseur, 5 à 
6 millimètres. 

Les ricins du Sénégal sont semblables, pour le volume, à ceux 
de France ; mais ils présentent la marbrure foncée des ricins 
d'Amérique. 

Les ricins servent en France, comme en Amérique, à l'extrac- 
tion d'une huile qui est très-usitée comme purgative. On a long- 
temps prétendu que l'âcreté plus" ou moins marquée de celte 
huile ne résidait pas en elle-même ou dans les lobes de l'amande, 
et qu'elle était due à un principe particulier, contenu, soit dans 
la robe de la graine, soit dans le germe ; un des premiers j'ai an- 
noncé que la coque était insipide, que le germe n'avait pas une 



ii «9 



EUPHORBIACÉES. — RICIN. 355 

saveur beaucoup plus marquée que l'amande, et que l'amande 
privée de germe était acre par elle-même. 

Huile de ricins. Autrefois cette huile nous était exclusivement 
fournie par l'Amérique, et principalement par le Brésil et les. 
Antilles; mais elle était toujours mêlée d'huile de pignon d'Inde 
(Curcaspurgans), ce qui obligeait à la faire bouillir pendant long- 
temps avec de l'eau, pour volatiliser le principe acre de la der- 
nière semence. Malgré cette opération, limite était toujours très- 
âcre, plus ou moins colorée et d'un emploi fort désagréable. 

En 4809, pendant la guerre continentale, on a commencé à 
extraire l'huile des ricins cultivés dans le midi de la France ; alors, 
se fondant sur le procédé usité en Amérique, on pilait les ricins, 
et on les faisait bouillir dans l'eau pendant longtemps ; il en ré- 
sultait une écume huileuse, que l'on chauffait dans une autre 
bassine, pour évaporer l'eau ; on passait l'huile à travers un blan- 
chet ; on obtenait ainsi une huile très-douce, mais colorée. Bien- 
tôt après on a reconnu l'inutilité de toutes ces opérations et on 
n'extrait plus aujourd'hui l'huile de ricins que par la simple 
expression à froid, ou à l'aide d'une faible chaleur. L'huile obte- 
nue à froid est presque incolore, transparente, épaisse, filante, 
d'un goût à peine sensible et d'une'odeur nulle. Elle purge dou- 
cement à la dose de 15 à 45 grammes. Le tourteau épuisé d'huile 
est un purgatif beaucoup plus [actif, ce qui semble prouver que 
l'huile ne doit sa propriété qu'à une petite quantité du principe 
drastique qu'elle a dissoute pendant l'expression (t). 

Pendant quelques années, la récoltes des ricins de Nîmes ayant 
manqué, le commerce nous a fourni de nouveau de l'huile de 
ricins d'Amérique et de l'Inde, et alors nous avons appris que les 
Anglais et les Américains, éclairés par la belle qualité de l'huile 
de ricin -de Nîmes, avaient aussi abandonné l'ancien procédé de 
fabrication et se bornaient à la seule expression à froid. 

D'après Péreira, les deux huiles d'Amérique et de l'Inde peu- 
vent être aussi incolores et aussi privées de goût que celle extraite 
à froid en Europe; mais je leur trouve toujours une légère âcreté, 
et surtout une odeur assez marquée. Elles sont du reste parfaite- 
ment belles (2), et, pour donner une idée de l'importance acquise à 
leur importation, je dirai qu'en 1831, il est entré en Angleterre : 

Huile de ricins de l'Inde orientale 343 373 livres. 

— des colonies anglaises d'Amé- 

rique 25 718 — 

— des États-Unis d'Amérique 22 6C9 — 

391,760 — 

(1) Journ. cArni. méd. 1825, p. 108; Journ, de pharm. et chim., 1848, p. 189. 

(2) Celle des États-Unis laisse précipiter par le froid une quantité assez consi- 
dérable de stéarine. 



356 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

L'huile de ricins est siccative; elle est soluble en toute pro- 
portion dans l'alcool absolu, propriété qui la dislingue de toutes 
les autres huiles fixes. Cette solubilité diminue rapidement avec 
la force de l'alcool; celui à 88 centièmes ne dissout plus que 
le 6 e de son poids. L'huile de ricins diffère d'ailleurs des autres 
huiles par sa nature intime : tandis que le plus grand nombre de 
celles-ci se convertissent, par la saponification, en glyoérine et en 
acides oléique et margarique, l'huile de ricins, dans les mêmes 
circonstances, fournit une très-petite quantité d'un acide solide, 
nacré, cristallisable, fusible seulement à 130°, nommé acide 
margaritique (C^H^O 6 ) ; la presque totalité de l'acide gras con- 
stitue un autre acide nommé élaïodique, liquide, cristallisable ce- 
pendant à quelques degrés au-dessous de zéro; soluble en toutes 
proportions dans l'alcool et l'éther. 

[L'huile de ricin sous l'influence de l'ammoniaque donne un 
amide, la ricinolamide, solide, cristallisable, fusible à 66° en un 
liquide transparent qui devient opaque et cassant par le refroidis- 
sement.] 

Traitée par l'azotate de mercure ou par l'acide hypo-azo tique, 
cette huile se prend, au bout de quelque temps, en une masse 
jaune et d'apparence cireuse qui, lavée à l'eau et traitée par l'al- 
cool bouillant, fournit un corps gras nommé pahnine par M. Bou- 
det; ricinélaïdine, par Gerhard t et par M. Bouis. Ce corps saponi- 
fié par les alcalis, fournit un acide palmique ou ricinélaïdtque, cris- 
tallisable, fusible à 50 degrés, facilement soluble dans l'alcool et 
l'éther. 

[Enfin M. Tuson a extrait de l'huile une substance qu'il com- 
pare aux alcoloïdes et qu'il nomme ricinine. Elle est cristallisable 
en prismes rectangulaires. Sa saveur est amère; elle fond en un 
liquide incolore, qui se concrète en une masse cristallisable. 
Elle n'a pas d'action purgative.] 

Semence» de médlclnler lanvage. 

Jatropha gossypifolia, L. Arbrisseau de 1 mètre à i m ,3 de han- 

t teur, croissant dans les contrées chaudes de l'Àmé- 

mk rique. Ses feuilles sont cordiformes, à 3 ou 5 
V lobes acuminées, et finement dentées; les fleurs 
Kig. 4:0. sont disposées en petits corymbes opposés aux 

Semence* du r ,, .. , ,, 

médiciuier feuilles, monoïques ou polygames, pourvues dun 

sautage. calice à 5 divisions et d'une corolle à 5 pétales 

distincts, deux fois plus longs que le calice; les 

étamines sont au nombre de 8 à 10, monadelphes par le bas, 

libres par le haut ; l'ovaire est entouré par 5 glandes aiguës, et 



EUPHORBIACÉES. — MÉDICINIER SAUVAGE. 357 

surmonté de 3 styles ûliformes bifides. Le fruit, est une capsule 
unie, arrondie, grisâtre, formée de 3 coques monospermes. Les 
semences {fig. 470) ressemblent presque exactement à celles du 
ricin; mais elles n'ont que 7 millimètres de longueur, 5 de lar- 
geur et 3 d'épaisseur. La caroncule charnue de l'ombilic est très- 
développée, et non accompagnée de l'écusson comprimé qui dis- 
tingue le ricin. La robe est lisse, luisante, fauve, avec des taches 
blanches et noires. 



S«memces de ewcas purgatif. 

Pignon d'iNDE, pignon des Barbades, Graine de médicinier, 
Cwcas pur g ans, Àdans. ; Jatropha.Curcas, L. L'arbrisseau qui 
produit cette semence croit dans toutes les contrées chaudes de 
l'Amérique, aux lieux un peu humides, et, paraît-il aussi, dans 
certaines lies du cap Vert, sur la côte occidentale d'Afrique. 
Il est de la grandeur d'un figuier, très-touffu, rempli d'un suc 
laiteux, acre et vireux. Les fleurs sont petites, nombreuses, réu- 
nies en bouquets axil- 
laires ou latéraux. 
Elles sont monoïques, 
pourvues d'un calice 
très-petit à 5 divi- 
sions, et d'une corolle 
quinquéfide dans les 

fleurs mâles, à 5 péta- ^ 471 _ pignon d , nde . 

blés distincts dans les 
fleurs femelles. Les étamines sont au nombre de 10, monadelphes 
par le bas, dont 5 externes plus petites, alternant avec autant de 
glandes conoldes. L'ovaire est placé sur un disque à 5 lobes, sur- 
monté de 3 styles ûliformes, distincts, à stigmates bifides et épais. 
Le fruit entier {fig. 471) est une capsule rougeâtre ou noirâtre, 
ovoïde, un peu charnue, et de la grosseur d'une petite noix. Par 
la dessiccation elle devient ferme, coriace, trigone-arrondie, 
et s'ouvre en trois valves loculicides. Chaque loge renferme une 
semence dont la forme générale est celle du ricin, mais qui 
a 16 à 18 millimètres de longueur, 11 millimètres de largeur et 
9 d'épaisseur. Cette semence est noirâtre, unie, faiblement lui- 
sante, privée de caroncule et sans écusson comprimé sur le dos. 
La face extérieure est bombée, arrondie avec un angle peu mar- 
qué au milieu; la face interne présente un angle plus saillant. La 
robe est épaisse, dure, compacte, à cassure résineuse. L'amande 
est couverte d'une pellicule blanche, souvent chargée de paillettes 
cristallines très-brillantes. C'est surtout de cette semence que 




358 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYOÉES. 

Ton a dit que le principe purgatif était uniquement renfermé dans 
l'embryon, et que l'amande en était dépourvue; mais celte asser- 
tion n'est pas plus vraie que pour le ricin. Trois de ces amandes, 
écrasées dans du lait, suffisent en Amérique pour procurer d'a- 
bondantes évacuations alvines. En Europe, l'usage en serait moins 
certain, à cause de la rancidité ordinaire des semences que nous 
avons. On en retire par expression une huile acre et drastique, 
qui, mêlée anciennement à celle des ricins d'Amérique, la rendait 
beaucoup plus active que celle préparée en France, malgré l'habi- 
tude où l'on était de la soumettre à une longue ébullition dans 
l'eau pour en volatiliser le principe acre. 

Les semences de curcas se rencontrent assez souvent dans le 
commerce; elles fournissent, par kilogramme, 344 grammes 
d'épisperme et 656 grammes d'amandes, dont on peut retirer 
265 grammes d'une huile incolore, très-fluide ou sans consistance, 
laissant cependant précipiter par le froid une grande quantité de 
stéarine. [D'après M. Leconet (1), il en est arrivé, en* 1852, 
60,000, kilog», à Rouen, qui ont donné 26 pour 100 d'huile, par 
les procédés ordinaires d'expression. Ces graines, venant des lies 
du cap Vert, pourraient être reçues en Europe avant leur ran- 
cidité, et échapper ainsi aux inconvénients qui empêchent d'em- 
ployer d'ordinaire leur huile comme médicament purgatif.] Celte 
huile diffère du reste totalement de l'huile de ricins par son peu 
de solubilité dans l'alcool (elle ne se dissout pas dans 24 parties 
d'alcool absolu). Elle purge à la dose fie 8 à 12 gouttes. 

Semences de médicinier mnltlflde. 

Noisette purgative, médicinier d'EsPAGNE, Curcas multifida, 
Jatropha multifida, L. Arbrisseau de l'Amérique méridionale, 

rempli d'un suc visqueux, 
acre, amer et limpide ; orné de 
feuilles grandes et profondé* 
ment palmées, ordinairement 
à 9 lobes pinnalilides. Les 
fleurs sont d'un rouge écarlate, 
disposées en cimes ombellées. 
Les fruits (fig. 472) sont de 
la grosseur d'une noix, formés 

Fig. 472. — Médicinier multifide. j».,«« A «.v».,l A ~*; n .» A :«..«aimi 

b d une capsule mince, jaunâtre, 

renflée, trigone et arrondie 
du côté du pédoncule, amincie en pointe par l'extrémité. Je 

(1) Leconet, Note sur les semences de Jatropha Curcas (Journal de pharm. et 
de chimie, 3« série, XXII, p. 203). 




EUPHORBIACÉES. — GRAINS DE TILLY. 



359 



la crois indéhiscente. Elle esta 3 loges monospermes. Les semen- 
ces sont grosses comme des avelines, arrondies, mais toujours 
anguleuses du côté interne. L'épisperme est lisse, marbré, asseï 
épais ; l'amande blanchâtre est fortement purgative. 

Graims de Tllly. 

Petit pignon d'Inde, graine des Moluques, Croton Tiglium, L. 
Car. gén. : fleurs monoïques, ou très-rarement dioïques ; fleurs 
mâles pourvues d'un calice à 5 divisions valvaires et d'une corolle 
à 5 pétales qui alternent avec 5 glandes; 10 à 20 étamines au plus, 
insérées sur le réceptacle ; 
filets libres, dressés, exser- 
les, à anthères introrses 
adnées au sommet du filet. 
Fleurs femelles formées 
d'un calice persistant, sans 
corolle, et pourvues seu- 
lement de 5 glandes accom- 
pagnant l'ovaire. Ovaire 
sessile, à 3 loges monosper- 
mes; 3 styles bifides ou 
multi-divisés, à divisions 
intérieurement glanduleu- 
ses. 

L'arbrisseau qui produit 
les grains de Tilly (fig. 473), 
croit dans les lies Molu- 
ques, et son bois, qui est 
léger et purgatif, se nomme 
bois purgatif, bois des Molu • 
ques ou de Pavane. 

Le fruit, qu'il nous im- 
porte surtout de connaître, 
est de la grosseur d'une 
aveline, glabre, jaunâtre, 
à 3 coques minces, renfermant chacune une semence. 

Cette semence est ovale-oblongue ; la face interne n'est pas 
beaucoup moins bombée que l'externe, et toutes deux offrent un 
angle très-arrondi, de sorte que la semence paraît sensiblement 
qaadrangulaire. Tantôt la surface est jaunâtre, à cause d'un épi- 
derme de cette couleur qui la recouvre, et qui lui donne une 
grande ressemblance avec les pignons du pin; tantôt elle est 
noire et unie, par la suppression de cet épiderme. Dans tous les 
cas, la semence offre, de l'ombilic au sommet, plusieurs nervures 




Fig. 473. — Bois purgatif. 



360 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÊES, 



saillantes, dont les deux latérales sont plus apparentes et forment 
deux petites gibbosîlés avant de se réunir à la partie inférieure de la 
graine* Ce caractère, qui est essentiel, fait facilement distinguer 
le grain de Tilly des gros pignons d'Inde et des ricins. Longueur 
de ia graine, de M à 14 millimètres ; largeur, d'une des nervures 
latérales à l'autre, de 7 à 9 millimètres ; épaisseur, de 6 à 8 milli- 
mètres. 

Quelquefois la coque du Croton TtrjUum, au lieu de contenir trois 
graines, n'en renferme que deux» par suite de Tavortement de la 
troisième; alors les deux semences, étant entièrement accolées 
par leur surface interne, prennent la forme de deux grains de café, 
et offrent le même sillon longitudinal formé par l'impression 
de Taxe central du fruit. Du reste, ces semences sont semblables 
aux premières. 

Toutes les parties de cette graine sont douées d'une propriété 
acre et corrosive qui en rend l'usage interne très-dangereux. G 
pendant elle a quelquefois été usitée comme purgative, à la dos. 
d'une demi-graine jusqu'à deux. Depuis plusieurs années aussi 
on en emploie l'huile exprimée sous te nom d'hutte de croton, soit 
comme purgative à l'intérieur, soit comme rubéfiante et éruplive 
à l'extérieur (i). Mais elle varie beaucoup en activité suivant son 
origine. Celle qui vient de l'Inde, par la voie de TAnglelerre, est 
jaunâtre , bien liquide, transparente et comparativement peu 
active; tandis que celle que nous pouvons retirer nous-mêmes 
des graines fournies par le commerce est brunâtre, d'une odeur 
analogue à celle de la résine de jalap, d'une grande causticilé, et 
purgea la dose de 1 goutte à â. Celte huile est assez épaisse et laisie 
déposer une matière analogue à la stéarine. Elle est sol utile <-n 
totalité dans l'éthcr ; mais en partie seulement dans l'alcool froid, 
qui en sépare un tiers environ d'une huile grasse et fade, et en 
dissout deux tiers d'une huile caustique, contenant un acide vo- 
latil nommé acide ûrotonifue; niais il s'en forme davantage par la 
saponification et même par l'action de l'air sur l'huile, ce qui peut 
expliquer jusqu'à un certain point pourquoi l'huile extraite des 
semences vieillies dans le commerce est plus active que celle o 
tenue dans l'Inde des graines récentes» Je ne pense pas cependan 
que ce soit là Tunique cause de ta différence d'action des deux 
huiles, cl je suis porté à croire que l'huile préparée dans t'ind 
est mélangée d'huile de ricins ou de curcas, [M. Tuson (i 






(1) Voyox Léon Marchand, Du Croton Tigtium t recherchée botaniques et Lhéra- 
" ve*. Puis, 1861. lUèso în*4°, 

(2) Tuaon* ZeiUchrift fur Chenue und Pharmacie^ VII» 309, et Jvurnnl 
pharmacie et de ehimie 1 a* aérie, XLVl, 7 !. 






EUPtlÛÏUïlACÉES, — GRAINS DE TJLLY. 



36 i 



signale dans l'huile de crolon un alcaloïde, qu'il obtient de la 
même façon que celui des semences de ricin. 1 

De sont les grains de Tilly (Crolon ffglium) qui ont été analysés 
par MM. Pelletier et Cavenlou sous le nom de pignon de l'Inde ou 
de Jatropha Curcas (I). 

Ne pouvant citer tous les autres fruits d'Euphorbiacées qui ont 
été usités, soit dans la médecine pour leur propriété purgative, 
soit dans l'économie domestique, à cause de la grande quantité 
d'huile qu'ils contiennent. Je me bornerai aux suivants. 

Arbre a suif i\k la Chine, Crotonsebïferum, L. ; Stillingia sebt- 
fera, Mx* Arbre de Chine naturalisé aujourd'hui sur les côtes 
maritimes de la Caroline, en Amérique, Les semences, indépen- 
damment de rhuile qu'eiles'contiennent à l'intérieur, sont cou- 
vertes d'une substance sébacée, lrès*blanche, qui sert à la fa- 
brication des chandelles. Ces semences offrent encore cela de 
particulier qu'étant suspendues à l'aie du fruit par trois filets, 
elles persistent sur l'arbre, après la chute des six valves de la 
capsule. 

Abbrë a l'huile nu Japon, Elœococca vermeosa. A. Juss. {2); 
fht/andracordata, Thunb. (3); A bra stn % K;e m pf. (4); Vernicia mon- 
tana f Lour; firt/amdra nemicta, Correa (5). Le fruit de cet arbre 



Fig, 474» — Arbre à l'huilé «iu Japon, 

ifig. 474) est une capsule ligneuse, globuleuse, terminée par une 
pointe courte, de r> centimètres de diamètre. H s'ouvre par la des- 

(!) Pelletier et Ctventou, Journ. pharm* f t. IV, p. Î89* 

(?) Joattan, Suphûrt.j pi. XI, %, 35. 

iJi) Tlninborg, F/ora japonica, tabula XXVII. 

(4) Itourpfer. àmofUtties, 

'rrea t Ânn* ttu Muséum, t. VJII, pï. XXXIL 



362 



DICOTYLÉDONES MONOGULAMYDÉES. 



siccation en 4 valves septicides, quelquefois en 3 ou 5, et contient 
autant de semences ovoïdes triangulaires, longues de 25 millimè- 
treo environ, larges de 20, bombées du côté extérieur, angu- 
leuse du côté externe, recouvertes d'un épisperme dur, mar- 
qué de lignes tuberculeuses à leur surface. L'huile extraite de 
l'amande est employée pour l'éclairage. 

Camiri, noix de Bancoul, noix des Moluques, Aleurites Ambmux, 
Pers. ; Croton moluccanum, L. ; Camtrium, Rump. (4), Gsortn. (2). 

Petit arbre des îles Moluques, na- 
turalisé à Geylan et à l'Ile de la 
Réunion, d'où les semences sont 
souvent envoyées en France. Son 
fruit (fîg. 475) est un gros drupe 
charnu, plus large que long et 
comme formé de deux drupes ac- 
colés. Ce fruit contient dans son 
intérieur deux semences osseuses 
aussi dures que de la pierre, grosses 
comme de petites noix, pointues au 
sommet, arrondies à la base et 
offrant les deux gibbosités qui sont 
propres aux semences de croton; 
arrondies par le côté externe, elles 
sont aplaties et marquées d'un léger 
sillon sur le côté interne. La sur- 
face de ces semences est. très-iné- 
gale, bosselée et recouverte d'un enduit blanc, d'apparence 
crétacée; l'épisperme lui-même est noirâtre, épais, h peine atta- 
quable par le fer; l'amande est blanche, très-huileuse, d'un 
assez bon goût lorsqu'elle est récente, bonne à manger et seu- 
lement un peu indigeste. On en extrait une huile qui sert aux 
usages économiques. On a proposé aussi de l'utiliser pour la fa- 
brication du savon. 

Andassu ou ANDA-Açu ; anda de Pison (3), Marcgraff (4), Anda 
Gomesii, A. Juss. (5), grand arbre du Brésil dont l'écorce sert à 
enivrer les poissons. Le fruit est gros comme le poing, formé d'un 
brou mince, noirâtre, et d'un noyau volumineux (fig. 476), jau- 
nâtre, épais et ligneux, arrondi par le bas, terminé en pointe par 
le haut, et offrant 4 angles assez marqués dont 2, plus obtus, sont 




rig. 475. — Camiri. 



(1) Rumphius, t. II, tab. LVIII. 

(2) Gaertner, tab. CXXV. 

(3) Piso, Flora Bras., p. 7?. 

(4) Marcgraff, p. 110. 

(5) Jussieu, Euphorb., tab. XII, fig. 37. 



EUPHORBIACÉES. — GRAINS DE TILLY. 



363 



percés de trous qui répondent à un commencement de dédouble- 
ment de la cloison qui sépare les 2 loges. Chaque loge contient 
une semence h épisperme dur brunâtre, dépouillé d'un testa 
spongieux, dont il reste quelques vestiges. Cette semence a pres- 




Fig. 476. — Andassu. 

que la forme et la grosseur d'une châtaigne, c'est-à-dire qu'elle 
est arrondie, plus large que haute, un peu terminée en pointe 
par le haut, et plus bombée du côté externe que de l'interne. Elle 
a environ 30 millimètres dans son plus grand diamètre, 20 milli- 
mètres d'épaisseur et 25 dé hauteur. L'amande est blanche, pur- 
gative, et souvent usitée comme telle au Brésil, étant mise en 
électuaire avec du sucre, de l'anis et de la cannelle. On en relire 
par expression une huile presque in- 
colore, de Ja consistance de l'huile 
d'olives liquide, insoluble dans l'al- 
cool, purgative à peu près au igêmc 
degré que celle de ricins. 

J'ai reçu du Brésil, mêlés au fruit 
précédent, un fruit et des semences 
(fig. 477) qui doivent constituer une 
autre espèce d'anda. Le fruit, dans 
son entier, est presque semblable au 
premier; seulement il est un peu plus petit et pourvu de son brou 
desséché et fendu en quatre, à l'endroit des angles du noyau li- 
gneux; tandis que le premier anda en est presque toujours privé, 
comme l'attestent les figures qui en ont été données par Marcgraff , 
par A. de Jussieu, et tous les fruits que je possède. Comme dans 
la première espèce, les semences sont pourvues d'une première 
enveloppe blanchâtre et spongieuse qui a presque entièrement 
disparu. La seconde enveloppe est lisse, d'un gris cendré, très- 
mince, souvent entamée elle-même et laissant voir au-dessous 
une troisième tunique brune, solide et cassante. La membrane la 
plus interne est douce au toucher et d'un blanc nacré. Cette mul- 
tiplicité de couches dans l'épisperme se retrouve plus ou moins 




Kig. 477. — Anda du Brésil. 



364 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

dans les autres semences d'Euphorbiacées. Ce qui distingue celle- 
ci, c'est sa forme ronde et un peu ovoïde, qui la fait ressemblera 
une petite muscade ronde, et une sorte de plexus proéminent si- 
tué au point d'attache. 

Myrobalan emblic, Emblicaofficmalis, Gmln.; PhyUanthutEm- 
blica, L., Arbrisseau du Malabar dont le fruit, bien différent des 
vrais myrobalans, peut cependant être considéré comme un drape. 
Dans l'état naturel, et avant sa maturité, ce drupe est entièrement 
sphérique; mais, en mûrissant et en se desséchant, le brou s'ap- 
plique plus exactement contre les faces du noyau, souvent même 
se sépare en 6 lobes, et le fruit devient hexagone. Tel qu'est donc 
ce fruit desséché, il est gros comme une aveline, presque sphé- 
rique ou hexagone, et se séparant en 6 lobes ; il est très-ru- 
gueux, d'un noir grisâtre, d'un goût astringent et aigrelet ; il me 
parait n'être pas dépourvu de toute odeur aromatique ; sous le 
brou se trouve un noyau ou capsule ligneuse hexagone, qui par 
la maturité se sépare en 6 valves formant en tout 3 loges, dont 
chacune contient deux petites semences rouges et luisantes. 

Ce myrobalan était autrefois très-employé comme purgatif; 
les Indiens le font servir au tannage 'du cuir et pour faire de 
l'encre. 

r 

Ecoree de cascarille. 

[Chacrille, quinquina aromatique, écorce éleut aérienne. Cette écorce 
est produite par un arbrisseau des Antilles et des tles Lucayes, 
qui appartient au genre Croton. On a longtemps été dans l'incer- 
titude sur l'espèce de ce genre auquel il fallait rapporter ce pro- 
duit. C'est aux observations faites par M. Daniell (1) pendant son 
séjour aux tles Lucayes, qu'on doit les notions suivantes. 

La cascarille, primitivement apportée en Europe, était probable- 
ment donnée par le Croton Cascarilla, Bennet (C/iif/a Cascarilla, L.) 
plante indigène dans les lies Eleutheria, Longue, et commune 
dans quelques districts de Saint-Domingue. Dans cette localité, 
elle a porté le nom de Sauge du Port de la paix à cause de ses 
feuilles qui ont à peu près la forme, le goût et l'odeur des feuilles 
de sauge. Cette plante, qui est devenue rare dans certaines parties 
des lies de Bahama, et a même été presque détruite dans quelques 
districts, pendant le siècle dernier, ne donne plus que quelques 
écorcesau commerce, et c'est à une autre espèce, le Croton Ehttke- 
ria (2), Bennet, qu'il faut attribuer la cascarille officinale vraie, ou 

(1) Daniell, On the Cascarilla, and oiher species of Croton ofthe West India 
and Bahama Islands (PharmaceuticalJournat, 2* série, IV, 144 et 226). 

(2) Il ne faut pas confondre ce Croton EJulheria de Bennet avec le Croton 
Bluiheria de Swarii, qui est une espèce distincte, désignée par Bennet sous 



EUPHORBIACÉES. — CASCARILLE. . 365 

cascarille de Bahama. Cette espèce {fig. 478) croit en assez grande 
abondance, dans les tles d'Àndros, Longue, Eleutheria, à la Nou- 
velle-Providence : elle forme des arbrisseaux de 3 à 5 'pieds de 
haut, de 4 à 8 pouces de diamètre à la tige, garni sur les rameaux 




Pig. 478. — Case an lie (Croton Eluthcria, Benn.). 

de feuilles ovales, cordées à la base, obtusémenl acuminées au 
sommet, d'un vert pâle ou grisâtre au-dessus, blanches au-dessous. 
Les inflorescences sont des grappes spiciformes axillaires ou ter- 
minales, formées de petites fleurs mâles et femelles. Le fruit à 3 
coques est petit, oblong, arrondi, de couleur grise ou argentée. 
D'autres espèces voisines peuvent également donner des écor- 
ces arrivant accidentellement dans le commerce, mais toutes in- 
férieures en qualité à la cascarille vraie : tels sont Je Croton Sloanex 
de la Jamaïque (Croton Elutheria, Swarlz), qui n'a pas encore été 
trouvé dans les lies Bahama ; le Croton lucidum, L., que les nègres 
récoltent sous le nom de fausse cascarille de Bahama; le Croton à- 
wore,Jacq., appelé communément cascarille à feuilles de romarin; 
enfin le Croton balsamiferum, L. qu'on nomme petit baume à la 

le nom de Croton Sloanei. C'est à tort que Guibourt, dans sa 4« édition, et la 
plupart des auteurs modernes de matière médicale, indiquaient ce Croton Elu- 
theria de Swartz comme l'origine de la cascarille vraie. 



366 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Martinique, et qui doit son nom à ce qu'il laisse découler par 
l'extrémité des rameaux coupés un suc épais, jaunâtre et aroma- 
tique.] 

Voici les caractères dislinctifs des différentes écorces que l'on 
trouve dans le commerce : 

1. Caaearllle Traie ou ofllelmale, produite très-probablement 
parle Croton E lutheria ,Benn. Cette écorce eslgénéralement brisée 
en fragments de 3 à 5 centimètres de long, de la grosseur d'une 
plume à celle du petit doigt, roulée, compacte, dure et pesante, 
ayant une cassure résineuse, finement rayonnée. Elle est d'un 
brun obscur et terne, et donne une poudre de la même couleur. 
Elle est nue ou recouverte en partie d'une croûte blanche, ru- 
gueuse et fendillée comme celle du quinquina. Elle a une saveur 
amère, acre, aromatique, et une odeur particulière, agréable, 
surtout lorsqu'on la chauffe. Elle contient beaucoup de résine, 
et donne à la distillation une huile volatile verte, aromatique et 
suave, pesant spécifiquement 0,938. Elle est très-fébrifuge; mais 
elle échauffe beaucoup, et, à cause de cela, ne convient pas à 
tous les tempéraments. Elle arrête le vomissement et la dysen- 
terie; on la mêle au tabac pour l'aromatiser; mais elle enivre à 
trop forte dose. Elle forme avec l'eau bouillante un infusé brunâ- 
tre et aromatique qui se fonce et prend une teinte faiblement 
noirâtre par les sels de fer. 

2. CaicuriUe blanchâtre. Cette écorce a la forme de longs 
tuyaux gros comme le doigt, comme le pouce ou davantage, 
toujours pourvus de leur épiderme, qui est blanc ou grisâtre uni 
ou marqué de légères fissures longitudinales, mais ni dur ni fen- 
dillé transversalement. Les grosses écorces ont une cassure 
rayonnée, d'un rouge brun du côté du centre, et blanchâtre dans 
la partie qui touche âTépiderme; les plus jeunes sont presque 
blanches; le tout pulvérisé donne une poudre blanchâtre; l'odeur 
est assez aromatique et analogue à celle de la première sorte; la 
saveur est amère, acre et camphrée; l'infusion aqueuse est très- 
aromatique, d'une couleurpeu foncée, et forme avec les sels de fer 
un précipité vert noirâtre. 

3. CaM trille, ronffeàtre et téreblnthaeee. Écorce quelquefois 
très-large et paraissant avoir appartenu à un tronc d'arbre ou à 
des rameaux d'un assez fort diamètre. Quelquefois pourvue d'une 
croûte fongueuse, peu épaisse , jaunâtre, sillonnée longitudinale- 
ment, avec indice d'avoir été recouverte d'une couche blanche, 
crétacée, dont on trouve les restes dans les sillons. Le plus sou- 
vent le liber est entièrement dénudé ; il est alors d'un rouge pâle 
et comme cendré à l'extérieur, marqué de profonds sillons lon- 
gitudinaux, avec des nervures proéminentes qui forment quel- 



EUPHORBIACÉES. — CASCARILLE. 367 

quefois une sorte de treillis allongé. Il est d'un rouge assez vif à 
l'intérieur, d'une structure fibreuse très-fine, compacte et rayon- 
née. Sa poudre est rosée. L'écorce a une odeur térébinthacée et 
une saveur un peu amère et piquante, qui offre le goût aromati- 
que du mastic. L'infusé aqueux est rouge, d'une odeur de mastic 
ou de térébenthine, et précipite le fer en noir verdâtre; c'est des 
trois écorces que je viens de décrire celle qui est la moins aro- 
matique, la moins acre et la plus astringente. 

4. Écorce de copalchi. Cette écorce parait avoir été apportée 
pour la première fois à Hambourg, en 1817, sous le nom de casca- 
rille de la Trinité de Cuba; en 1827, 30,000 livres pesant furent en- 
voyées de Liverpool à Hambourg, comme étant une sorte de 
quinquina blanc; mais elle fut promptement reconnue pour une 
espèce de cascarille originaire du Mexique, où elle porte le 
nom de copalche ou copalchi, et où elle est produite par le Croton 
pseudo china de Schlech. 

L'écorce de copalchi est en longs tubes droits, cylindriques et 
unis, souvent roulés les uns dans les autres. Elle est couverte d'un 
épiderme blanc, très-mince et adhérent, qui parait un peu usé par 
le frottement. Quelques parties du liber sont dénudées. Le liber 
est épais de 1 à 2 millimètres, dur, compacte, entièrement d'un 
rouge brun; offrant une structure fine et rayonnée. L'écorce en- 
tière a une odeur peu marquée. Lorsqu'on la pulvérise, elle en 
répand une de térébenthine ou de résine commune. Sa saveur 
est amère et térébinthacée. L'infusé aqueux est rougeâtre, et 
précipite le fer en noir verdâtre. Cette écorce diffère de la pré- 
cédente plus par sa forme que par ses propriétés. 

Brandes a analysé une écorce de copalchi dont il a retiré 
une résine acre et aromatique; un principe amer, jaune, solu- 
ble dans l'eau et dans l'alcool, une huile grasse, concrète, etc. 

En 1825, H. Mercadieu a soumis à l'analyse une écorce bien 
différente de la précédente, qu'on lui avait dit venir du Mexique, 
où elle portait le nom de copalchi. Cette écorce était formée d'une 
couche extérieure jaunâtre, épaisse et fongueuse, et d'un liber 
noir, compacte, inodore et d'une amertume excessive. 

Humboldt, à qui elle fut présentée, présuma qu'elle pouvait 
appartenir au Croton suberosum (1). Plus tard, Virey décrivit par 
erreur cette même écorce comme étant celle du Strychnos pseudo- 
china ;ï\ est probable que la première origine n'est pas plus fon- 
dée que la seconde, et l'on peut dire que l'écorce analysée par 
M. Mercadieu est encore inconnue, quant à l'arbre qui la produit. 

5. Cascarftllc aolràtreet poltrée. Écorce en longs tubes cylin- 

(1) Hamboldt, Journ. de chim. méd. t 1825, p. 236. 



368 ' DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

driques, ou en morceaux aplatis, presque complètement dénudée 
<Tépiderme ; elle est d'un gris noirâtre et striée longitudinale- 
ment au dehors ; unie et d'une couleur de bois de chêne en 
dedans. La coupe transversale est très-compacte et finement 
rayonnée; l'odeur en est peu marquée en masse ; mais elle détient 
assez forte, aromatique et poivrée, lorsqu'on la pulvérise. La 
saveur en est acre et Irès-amère. J'ignore aujourd'hui d'où me 
vient cette éçorce, que je possède depuis quelques années. 

Écorce de malambo. 

Celte écorce vient des provinces de Choco, d'Antioquia et de 
Popayan, dans la Colombie. C'est M. Bonpland qui l'a fait con- 
naître le premier, mais il n'a pu que former des conjectures sur 
l'arbre qui la produit. Il pensait qu'elle pouvait provenir d'un 
arbre voisin des Cusparia, tandis que Zéa conjecturait qu'elle était 
due à un Drimys; ensuite plusieurs personnes ont pensé qu'elle 
était produite par le Drimys granatensis (I); mais celte opinion ne 
peut être vraie, puisque c'est Bonpland qui nous a fait con- 
naître le Drimys granatensis et l'écorce de malambo, et qu'il 
n'établit aucun rapport entre eux, et qu'il a émis, au contraire, 
l'opinion que l'écorce était due à un végétal différent. [Guibourt(2) 
trouve que l'écorce de malambo a plus de rapport avec la cannelle 
blanche et surtout avec celle du paratudo aromatique qu'avec 
l'écorce de Winter. Pour aider dans les recherches qui pourront 
être faites, afin d'en connaître la véritable origine, il ajoute que 
l'écorce de malambo est arrivée de Maracaïbo, sous le nom d'écorct 
de palomatras, qu'en 1843, le docteur Mackei l'a présentée à l'As- 
sociation britannique sous le nom demalras bark. 

Depuis lors, M. Karsten (3) a nettement établi la provenance de 
cette écorce. Il a montré qu'elle élait due à une espèce de croton, 
dont il a donné la description et la figure sous le nom de Croton 
Malambo. C'est une plante arborescente, de 12 à 15 pieds de haut, 
à feuilles pétiolées, ovales crénelées, glabres, portant deux glandes 
à leur base et une petite glande dans chaque crénelure. Ellecroll 
dans les îles Caraïbes, sur la côte du Venezuela et dans la Nouvelle- 
Grenade.] 

L'écorce de malambo, telle que je l'ai connue d'abord, par un 
échantillon que j'ai dû à l'obligeance de M. Morin, pharmacien 
de Paris, est en morceaux longs de 50 à 65 centimètres, larges de 

(1) Humboldt, Plantes équinoxiales, 1. 1, p. 205. 

(2) Guibourt, Hist. nat. des Drogues simples, 4 e édit. Paris, 1849, t. M, p. $67- 

(3) Karsten, Fiwa Columbiœ. Berolini, 18GI. 



EUPHORBIACÉES. — RAM A LA. 369 

8 centimètres, presque plate, ayant appartenu à un tronc d'un 
diamètre considérable. Elle est épaisse de il à 15 millimètres, 
d'un gris un peu rougeâtre, filandreuse et cependant pesante, 
•compacte et grasse sous la scie, en raison de la grande quantité 
d'huile et de résine dont elle est imprégnée. Elle a une odeur 
analogue à celle de l'acore vrai, mais beaucoup plus forte, et une 
saveur très-amère, acre et aromatique. Le périderme est mince, 
foliacé, peu adhérent au liber, généralement blanc, avec des 
taches rosées et d'autres noirâtres de nature byssoïde; il est en 
outre parsemé d'un grand nombre de petits tubercules non proé- 
minents. 

L'écorce de malambo du commerce, venue sous le nom depalo 
matras, provient de troncs plus jeunes ou des gros rameaux de 
l'arbre. Elle est cintrée ou demi-roulée, épaisse de 9 à 10 milli- 
mètres dans le premier cas, et de 5 à 6 dans le second. Le péri- 
derme est très-mince, adhérent au liber, plus ou moins tuber- 
culeux, presque blanc, parsemé de petits opégraphes noirs, 
semblables à VOpegrapha heterocarpa de Fée. Le liber est dur, 
pesant, ligueux, non huileux, d'un gris un peu rougeâtre, sem- 
blable à un bois dur et compacte, lorsqu'il est poli. Cette écorce 
est toujours très-amère, mais moins aromatique et moins acre 
que la première; elle est évidemment de qualité inférieure. 

Kamala. 

[Lekamala esl une poudre rouge-brique, qui recouvre les fruits 
du Mallotus philippinensis, Muller (Rottlera tinctona de Roxburgh). 
La plante qui le produit est un arbre de 15 à 20 pieds de haut, 
commun dans les parties montagneuses des Indes depuis le pays 
des Birmans jusqu'au Punbjad, et depuis Ceylan jusqu'aux chaudes 
vallées de l'Himalaya. Il se trouve aussi aux Philippines, en 
Chine, en Arabie et dans l'Abyssinie, d'où il est d'ordinaire trans- 
porté à Aden. Le fruit est tricoque, de la grosseur d'un pois cou- 
vert de poils étoiles et de petites glandes de couleur rouge. 

On détache par frottement ces petites glandes, et on obtient 
tinsi lekamala, sous la forme d'une poussière rouge, assez mobile, 
surnageant l'eau et brûlant lorsqu'on le projette à travers la 
flamme d'une bougie, à la manière du lycopode. Il n'a presque 
pas d'odeur et de saveur, est insoluble dans l'eau froide et à peine 
dans l'eau bouillante. Il forme avec l'alcool et l'éther des solutés 
d'un beau rouge ; l'alcool bouillant lui enlève presque toute la 
matière colorante et ne laisse qu'un résidu blanchâtre peu abon- 
dant. 

Vu* au microscope, lekamala parait formé de glandes, mêlées de 
.poils étoiles {fig. 467 et 468). Les glandes ont une forme irrégu- 

Gvimvb? , Drogvcf, 7» édit. T. II. — 24 



370 



DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 



tièrement arrondie, un peu déprimée sur la face par laquelle elles 
s'attachent à la capsule. Elles sont formées d'une cellule centrale, 
autour de laquelle se groupent un certain nombre de cellules en 
massues {fig. 479), le tout enveloppé d'un tégument commun. 
Les cellules en massue contiennent une matière résineuse brune 






Fig. 479. — Kamala (Afallotus phi- 
lippinensis (Huiler), a, 6. Glandes. 
— c. poils en étoile. 



Fig. 480. — Kamala (autre espèce). 
a, b. Glandes. — e. Poils. 



ou brun rougeâtre, tandis que l'espèce intermédiaire et la mem- 
brane extérieure ont une couleur jaune clair; le diamètre trans- 
versal de la glande varie de 0,07 à 0, 12 de millimètre. 

On peut isoler la poussière rouge des poils qui la rendent im- 
pure, en la tamisant : elle prend alors une couleur plus vive et 
un aspect plus uniforme. 

M. Thomas Anderson, professeur à Glascow, a étudié la com- 
position chimique du kamala et y a trouvé : 



Matière résineuse. .. . 
Matière albumineusc. 

Cellulose, etc 

Eau 

Cendre 

Huile volatile 



78,19 
7,34 
7,14 
3,49 
3,84 
traces. 



100,00 

La matière résineuse contient une substance cristallisable en 
petites lames jaunes et d'un éclat satiné, que M. Anderson t 
nommée rottlérine. Elle est insoluble dans l'eau, peu soluble dans 
l'alcool froid, plus soluble dans l'alcool bouillant et • dans 
l'éther. 



BUXINÉES. — BUIS ET ÉCORCE DE BUIS. 371 

Le kamala est depuis longtemps en usage dans les Indes pour 
Ja teinture de la soie. Il y est également employé avec succès 
contre le ténia, et c'est à ce titre qu'il est passé depuis quelques 
années dans la thérapeutique européenne (1). 

M. Flûckiger (3) a récemment signalé une nouvelle espèce de 
kamala, qui se distingue par sa couleur rouge sombre, quelquefois 
presque violette, mais surtout par ses caractères microscopiques. 
Les poils qui accompagnent les glandes ne sont ni en touffes ni en 
étoiles : les glandes elles-mêmes sont plus grosses, de mm , 17 à 
0~, 20, allongées, plus ou moins conoïdes et les cellules résinifè- 
res, au lieu d'être en massues, sont assez régulièrement cylindri- 
ques; de plus elles ne rayonnent pas autour d'une cellule centrale, 
mais sont rangées par étage successifs sur toute la hauteur de la 
glande (fig. 480). Ce nouveau kamala contient 71, 8 p. 100 de ma- 
tière résineuse et donne 42, 9 p. 100 de cendres. 

La teinture alcoolique laisse, par évaporation, déposer de petits 
cristaux microscopiques, probablement de rottlérine. 

BUXINÉES. 

Petit groupe de plantes, compris Jusqu'à ces derniers temps dans 
les Euphorbiacées, et qui ne s'en distingue que par l'absence de suc 
laiteux, les styles périphériques laissant à nu le sommet de l'ovaire, les 
placentaires distincts à leur partie supérieure, les- ovules à rapbé 
externe et à micropyle externe. Une seule espèce nous intéresse dans 
cette famille : c'est le buis.] 

BoU et écorce ée bals. 

Buxus sempervirenSyL. Arbuste toujours vert, qui varie singuliè- 
rement de grandeur, suivant les climats et la culture : dans le 
Levant, il est assez grand et assez fort pour offrir un tronc de 30 
à 40 centimètres de diamètre ; dans nos climats, c'est un arbrisseau 
de 12 à 15 pieds que Ton peut réduire à l'état nain, de manière à 
le faire servir de bordure aux plates-bandes de nos jardins. Les 
feuilles du buis sont opposées, ovales, lisses et d'un vert foncé. 
Les fleurs sont monoïques, jaunâtres, disposées par petits paquets 
aux aisselles des feuilles. Les fleurs mâles ont un calice à 4 folio- 
les et 4 étamines; les fleurs femelles ont un calice pentaphylle et 
un ovaire à 3 loges, surmonté de 3 styles persistants. Le fruit est 
une petite capsule à 3 cornes, à a loges et à 6 graines. 

(1) Voir sur le kamala : Hanbury, on Rot liera tindoria, Roxb. (Pharmaceu* 
iical Journal, XVII, p. 405) ; article reproduit par Guibourt, dans le Journal 
de pharmacie et de chimie, a* série, XXXIII, p. 202. 

(2) Flûckiger : NoU onanew fond of Kamala {JPharmaceuU Journal, 1867). 



372 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Le bois de buis est jaune, dur, compacte et susceptible d'un beau 
poli. Celui du Levant, qui est le plus estimé, pèse jusqu'à 1,328, 
tandis que celui de France est souvent plus léger que l'eau. Les 
tourneurs en consomment une quantité considérable. EiLabar- 
macie, on emploie quelquefois l'écorce de la racine, qui finit 
jouir de propriétés actives dans la syphilis constitutionnelle et les 
rhumatismes chroniques. Cette écorce est d'un blanc jaunâtre, 
un peu fongueuse et très-amère. 

M . Fauré, pharmacien de Bordeaux, a retiré de l'écorce de buis 
un alcali particulier, nommé buxine % que M. Couerbe est ensuite 
parvenu à obtenir cristallisé (4). 

FAMILLE DBS ARISTOLOCHIÉES. 

Petite famille de plantes principalement caractérisée par l'insertion 
de ses étamines franchement épigynes et souvent soudées avec le pistil, 
et par le nombre ternaire de ses parties. Le périanthe est soudé avec 
l'ovaire et se prolonge au-dessus en un tube souvent renflé, terminé 
par trois segments tantôt égaux, tantôt très-inégaux et irréguliers. 
Les étamines sont au nombre de 6 ou de 12, tantôt sessiles et portées 
sur un disque annulaire, soudé avec le style, tantôt à filets distincts. Le 
fruit est une capsule ou une baie à 4 ou 6 loges, renfermant un grand 
nombre de petites graines dont l'embryon droit est contenu dans an 
endosperme charnu ou corné. 

Cette famille se compose principalement des deux genres Aris- 
tolochia et Asarum, dont toutes les racines sont plus ou moins 
pourvues d'huile volatile et d'une substance résineuse amère, 
auxquelles elles doivent des propriétés très-actives, sudorifique, 
excitante ou vomitive. 

Les aristoloche», en particulier, sont des plantes herbacées ou 
jsous- frutescentes, à tige flexible et souvent volubile ; à feuilles al- 
ternes, simples et pétiolées ; à fleurs très-irrégulières, formées ptr 
une seule enveloppe tubuleuse, soudée inférieurement avec l'o- 
vaire, ventrue au-dessus, à limbe oblique, ligule, bifide ou triflde. 
Les étamines sont au nombre de six, presque sessiles, insérées 
sur un disque épigyne soudé avec la base du style (gynandrie 
hexandrie, L.) ; stigmate à 6 divisions ; capsule coriace, à 6 loges 
et à 6 valves septicides. Semences nombreuses, anguleuses, à testa 
élargi en membrane, contenant, è la base d'un périsperme dur et 
presque corné, un très-petit embryon droit, dont la radicule est 
plus longue que les cotylédons et se dirige vers le point d'attache. 
Les aristoloches sont en général des végétaux très-actifs, doués 

(I) Voy. Journ. de pharmacie, t. XVI, p. 428, et t. XX, p. 53. 



374 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

sont solitaires dans l'aisselle des feuilles, à périanthe tubuleui 
terminé en languette; elles sont jaunes au dehors, d'une couleur 
orangée brune en dedans. Toute la plante est acre, aromatique, 
et laisse sur la langue une amertume désagréable. Elle croit dans 
les champs surtout dans les pays chauds; et, en France, dans le 
Languedoc et la Provence, d'où on nous apporte sa racine sèche. 
Cette racine est tubéreuse, ligneuse-amylacée, assez grosse, 
pesante, comme mamelonnée à sa surface, grise, unie ou quel- 
quefois légèrement ridée ; elle est jaunâtre à l'intérieur, d'une 
saveur amère, d'une odeur peu sensible lorsque la racine est en- 
tière; mais, quand on la pulvérise, cette odeur devient assez forte 
et désagréable. 

2. aristoloche longue, Aristolochia long a , L. Cette plante croit 
dans les mômes lieux que la première et lui ressemble beaucoup. 
Cependant ses feuilles sont pétiolées; ses Heurs sont jaunes avec 
des bandes brunes au dehors, à languette plus courte et entière- 
ment jaune. Sa racine, au lieu d'être arrondie, est cylindrique, 
quelquefois longue de 30 centimètres et grosse à proportion ; do 
reste, elle a la même couleur, liai même saveur et une odeur sem- 
blable. 

3. Aristoloche clématite, Aristolochia Clematïtis, L. {fi g. 483). 
Cette plante se trouve dans les bois, à peu près de toute la France, 
et encore plus dans le Midi ; sa tige est droite et porte des feuilles 
pétiolées, comme l'aristoloche longue ; mais ses feuilles sont cor- 
diformes pointues, et les fleurs, au lieu d'être solitaires, sont 
ramassées au nombre de 3 à 6 dans l'aisselle des feuilles. Le pé- 
rianthe est entièrement jaune, terminé en languette aiguë. La 
racine, fort différente des précédentes, est composé de quelques 
fibres brunes, très-longues, de la • grosseur d'un plume d'oie, 
serpentant de tous côtés, et d'un petit nombre de radicules. Elle 
a une odeur plus forte que les précédentes, et une saveur Acre, 
amère et fort désagréable. 

4. Aristoloche petite, Aristolochia Pistolachia, L. Cette espèceest 
plus petite dans toutes ses parties que les précédentes, et s'élève 
rarement à plus de 25 centimètres déterre. Ses feuilles sont pé* 
tiolées, cordiformes, obtuses, un peu sinuées sur les bords; le* 
fleurs sont solitaires jaunâtres, terminées par une languette noi- 
râtre. La racine est composée d'un petit tronc de la grosseur d'une 
plume, et d'un grand nombre de radicules très-déliées, d'un 
demi-pied de longueur. Elle a une couleur gris jaunâtre, ooe 
odeur aromatique qui n'est pas désagréable, et un goût acre et I 
amer. Elle vient de nos pays médionaux. 

Les différentes espèce%de racines d'aristoloches sont détersif*, 
emménagogues et propres à favoriser l'expulsion des lochies, d'où 



ARISTOLOCUIÉES. — ARISTOLOCHES. 37a 

leur est venu leur nom. Les trois premières ont été connues de 
Dioscoride et des anciens Grecs. La dernière ne l'a été que de 
Pline, qui Ta décrite sous les noms de Pùtolochia et de Polyrrhi- 
xos: ce dernier nom signiûe nombreuse* racines. 

5. Aristoloche serpentaire. Serpentaire de Virginie ou Vipé- 
" ive de Virginie. La plante qui produit la racine de serpentaire 
de Virginie paraît avoir été décrite, pour la première fois, par 
Thomas Johnson, en 1633. C'est, lorsqu'elle est récente, un spé- 
cifique presque certain contre la morsure de plusieurs serpents 
venimeux. Il parait même qu'elle est nuisible aux serpents eux- 
mêmes, mais dans un moindre degré qu'une autre espèce du même 
genre, qui est VA. anguicida, L. Sa racine, telle qu'on l'apporte 
de l'Amérique septentrionale, est formée d'une souche très- 
menue, garnie d'un chevelu touffu et très-fin. Elle a une couleur 
grise, une odeur forte et camphrée, une saveur amère également 
camphrée. Elle est presque toujours accompagnée de portions de 
sa tigeflexueuse, et de quelques feuilles qui, humectées et déve- 
loppées sur une feuille de papier, peuvent servir à la distinguer 
d'espèces voisines moins actives, ou de racines de nature toute 
différente, qu'une ressemblance de forme pourrait faire confondre 
avec la véritable ; telles sont les racines de Colh'nsoma scabrîuscula 
(LabiéesJetdeS/^eûa marylandica (Loganiacées),quel'onditavoir 
été quelquefois mélangées par fraude à la serpentaire de Virginie, 
. quoique je ne les y aie jamais trouvées. Quant à cette dernière, il 
en existe dans le commerce trois sortes, produites par trois ou 
quatre plantes qui ont été confondues par les botanistes sous le 
nom d'Aristolochia serpentaria; mais dont une au moins doit être 
soigneusement distinguée des autres, tant parce qu'elle forme une 
espèce différente que parce que sa racine est beaucoup moins 
aromatique et moins active. 

A. Première serpentaire «• Virginie. La véritable serpentaire 

de Virginie, ou, si on l'aime mieux, la plus ancienne et la seule 

que Ton trouvât dans le commerce avant 1816, est celle que j'ai 

décrite d'abord, formée d'une petite souche garnie de radicules 

Iris-fines, courtes et chevelues. J'insiste sur la disposition de ces 

ridicules qui sont courtes, chevelues, repliées sur elles-mêmes, 

formant un petit paquet emmêlé. Cette racine est très-aromatique 

et fortement camphrée. En développant, au moyen de l'eau, la 

tige et les feuilles qu'on y trouve quelquefois, je suis pavenu à en 

former la plante représenté figure 433, que j'ai complétée avec 

la figure et la description qu'en a données Woodville (1). On la 

trouve également représentée par Plukenet, sous le nom de Arts* 

(I) Woodville, Médical Botany, London, 1882, t. II, p. 219, fig. 1C6. 




Htf. 

PromièiT serpentaire de Virginie, 



; f*rp<ïijlairo de Virgiftie* 



ment verte sur les deux faces, très-minee, presque transparente, 
à nervures très-peu proéminentes; elle est entièrement glabre, 
ainsi que la tige* Les fleurs sortent ea petit nombre du collet de 
la n^ine; elles sont longuement pétlonculecs t â périanthe lubulé, 
rétréci au-dessus de l'ovaire, fortement courbé en cercle» enfin 
terminé par un limbe renflé, à ouverture obscurément triangu- 
laire. Le fruit, que Ton trouve souvent avec la racine du corn- 

(t) IJJukenet, Amatgame&tum Itatanir.um sen PhyîûgrGphias PlukentHanœ ' 
mi, 1*96,50, t.CXLYll!, llg. b. 



ARISTOLOCIIIÉES. — ARISTOLOCHES. 377 

merce, est une petite capsule sphérique, devenue hexagonale par 
la dessiccation. 

B. Seconde serpes taire 4e VirjrlaU (fi g. 484). Cette sorte 
a paru pour la première fois dans le commerce, àffaris, en 1816. 
Elle est composée de radicules jaunâftes, manifestement plus 
grasses que dans la première sorte, moins pourvues de chevelu, 
plus longues , plus droites, et formant des faisceaux allongés et plus 
réguliers. Elle est généralement pourvue d'une partie de ses tiges 
qui sont minces, anguleuses, mais droites et non géniculées. Les 
feuilles sont cordiformes par le bas, oblongues et insensiblement 
terminées en pointe par le haut. Du reste elles sont de même rik 
ture que celles de la première espèce, c'est-à-dire qu'elles soni 
très-glabres, très-entières, très-minces, vertes et comme transpa- 
rentes, les fleurs naissent près de la racine : elletaont d'un violet 
pâle, à limbe coupé obliquement et terminé par une languette 
très-courte. Les fruits ressemblent à ceux de la plante précédente. 

Cette plante est celle que l'on trouve décrite et représentée 
sous le nom ù' Aristolochia officinalis, dans les plantes médicinales 
de Nées d'Esenbeck, et sous celui d'Aristêlochia Serpentaria par 
Bigelow (1). Je la considère, ainsi que la première, comme deux 
variétés d'une même espèce à laquelle j^onserve le nom que lui 
% donné Linné, Arishlochia Serpentaria^ je les distingue par les 
épithètes de latifolia, appliquée à la plante de Woodville, et d'aw- 
gustifolia donnée à la plante de Bigelow. * 

C. Serpeataire de Virginie à feuillet hartée». Cette plante, 
représentée par Plukenet, sous le nom de Aristolochia polyrrhizos , 
auricularibus foliis (2), se rapproche beaucoup de la variété à 
feuilles étroites V Aristolochia Serpentaria. En effet* sa tige est 
droite, sa racine est composée de radicules assez fortes droites et 
perpendiculaires, et ses feuilles sont étroites, très-minces et trans- 
parentes. Mais elles sont encore plus étroites, plus allongées, au ri- 
culées, et même un peu hastées par le bas ; la tige, les pétioles et 
le limbe des feuilles sont munis de poils épars. Enfin, et après la 
figure donnée par Plukenet, le limbe du périanthe est terminé 
par une languette très-prononcée. Que Ton considère cette plante 
comme une simple variété de V Aristolochia Serpentariapu qu'on la 
regarde comme une espèce différente, l'épithète de hastata pourra 
servir à la désigner particulièrement. v 

L'analyse de la serpentaire de Virginie a donné à M. Chevfllier 
en ifeo une huile volatile odorante, de couleur jaune; à odeur 
forte et à saveur peu prononcée ; de l'extractif, d'une amertume 
•. % 

*(J) Bigelow, American médical Botany. Boston, 1820-1821, vol.HI, p. 83.Bg- 40. 

(I) Tab. 78, fig. 1 . 



, 



378 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



prononcée; de la fécule, des fibres ligneuses, de l'albumine, du 
malate et du phosphate de chaux; de l'oxyde de fer et de la silice. 
D. F&aMe serpentaire de Tir^iaie. Cette racine se trouve au- 
jourd'hui en abondance dans le commerce ; elle diffère des sortes 
précédentes par ses radicules plus grosses, moins nombreuses (4) 
et beaucoup moins aromatiques; elles sont beaucoup moins cam- 




Fig. 485. — Faune serpentaire de Virginie. 

phrées surtout. On y trouve des fragments de tiges coudées e*- 
noueuses à l'endroit de l'insertion des feuilles, lesquelles sont cor— ^ 
diformes, larges, presque sessiles, rudes au toucher, épaisses et c^ 
nervures proéminentes , un peu dentées sur le bord et légèrement* 
poilues. La fleur naît près de la racine. Elle est velue, d'un pour- — 
pre sale, terminée par une gibbosité qui s'ouvre en une fente à*- 

(1) La figure 485, empruntée à M. T. F.L. Nées von Esenbeck (Pktnt. o/ficmo*~~ 
/iuiw, Dusseldorf, in-folio), diffère en quelques points de la description que Je^ 
donne ici d'après des échantillons du commerce. 



ÀRISTOLOCHIÊES. — ARISTOLOCHES. 379 

3 rayons. Celle plante a été parfaitement décrite par Jacquin (1), 
mais sous le nom d 1 Aristolochia Serpentaria^ que M. Nées a cru 
devoir lui conserver. Je pense que c'est à tort, puisque cette plante 
diffère de Y Aristolochia Serpentaria de Linné, et qu'elle ne produit 
pas la véritable serpentaire de Virginie. J'ai proposé, il y a long- 
temps déjà, de lui donner le nom d' Aristolochia Pseudoserpentaria. 

Racine de mil-homens, Aristolochia cymbifera, Mart,; A. grandi- 
flora, Gom. Cette plante sarmenteuse croît au Brésil ; elle dépasse 
lahauteur des plus grands arbres, et se fait remarquer par la gran- 
deur de ses fleurs, dont le diamètre est d'environ 22 centimètres, 
et par l'odeur forte dont toutes ses parties sont pourvues. Le corps 
de sa racine est tubéreuz et donne naissance à plusieurs jets longs 
de 30 à 60 centimètres, garnis eux-mêmes de radicules de la 
grosseur d'une plume de pigeon, longues de 10 à 16 centimètres. 
La racine forme une souche cylindrique épaisse de 3 à 4 centi- 
mètres, d'un aspect terreux jaunâtre ou fauve. Les jets desséchés, 
tels que je les ai reçus de M. Théodore Martius, sont de la gros- 
seur d'une plume à écrire, d'un brun noirâtre à l'extérieur, pres- 
que semblables à ceux de l'aristoloche clématite, mais d'une 
odeur beaucoup plus forte, analogue à celle d'un mélange de 
serpentaire et de rue. Leur saveur est amère, aromatique et cam- 
phrée. L'intérieur de la racine est blanchâtre, et la coupe trans- 
versale offre un cercle de vaisseaux tubulés par lesquels on peut 
aspirer très-aisément de l'eau. L'analyse a montré qu'elle conte- 
nait une huile volatile, de la résine, du tannin, un principe amer, 
de la gomme, de l'amidon et des sels calcaires et potassiques. 
Cette racine, récente, passe pour être vénéneuse ; sèche, elle est 
conseillée contre l'hydropisie, la dyspepsie, la paralysie, etc. 
Cette racine entre pour une portion assez considérable dans 
le Guaco commercial (2). 

J'ai reçu deux autres racines d'aristoloches du Brésil : l'une qui 
m'a été donnée par M. Martius, sous le nom <f 4. antihysterica, 
ressemble à la précédente par sa couleur extérieure noirâtre, sa 
couleur blanchâtre à l'intérieur et son odeur; mais elle esta peu 
près grosse comme le petit doigt, et son écorce est molle et fon- 
gueuse. La seconde a été reçue du Brésil par M. Stanislas Martin, 
comme étant celle de miUhomens ou d' Aristolochia grandiflora; 
mais elle est sans doute produite par l'une des autres aristoloches 
brésiliennes ordinairement confondues avec la première, telle que 
lesii. macroura % Gom. ; brasiliensis t Mart. ; labiosa, Bot. reg. ou 
ambutàa-embo, Marcgraff, etc. Cette môme racine a été rapportée 

(1) Jacquin, Hort. Schœnbrun., vol. III, tab. 385. 

(2) Guibourt, Recherches sur les plantes nommées guaco [Journal de pharmacie 
et de chimie, 1867). 



380 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



de Cayenne par M. Prieur. Elle est en jets fort longs, composés 
d'un corps ligneux de 1 à 2 centimètres de diamètre, rayonné 
comme celui de toutes les aristoloches et des ménispermes, et 
d'une écorce spongieuse très-épaisse, profondément sillonnée et 
quelquefois partagée par côtes jusqu'au corps ligneux. Cette 
racine présente une teinte générale jaune-fauve, une odeur très- 
forte analogue à celle de la rue, et d'un goût aromatique sembla- 
ble que je ne trouve aujourd'hui ni acre ni amer. Je ne sais si an- 
térieurement sa saveur a été plus marquée. 

[Ajoutons aux espèces que nous venons de passer en revue les 
suivantes : V Aristolochia maxima, Duch., qui, après l'A. cymbifera, 
domine dans le guaco commercial; VA. geminiflora, Kunt, qui se 
trouve en petites quantités dans le môme produit; puis les A. an- 
guicida,L. ;arborescens, L. ; bilobata, h. ; cofdiflora, Mutis; fœtida, 
H. B. K. ; fragrantmima, Ruiz ; odoratissima, L. ; grandiflora, Sw., 
qui sont toutes plus ou moins renommées dans diverses contrées 
d'Amérique, enfin VA. indica de l'Inde, Geylan et même des par- 
ties un peu plus occidentales de l'Asie australe (1).] 



Racine d'Aï 



ou de Cabaret. 



Asarum europœum, 



486). L'asarum, devenu rare dans 
les environs de Paris, croit 
surtout dans les lieux ombra- 
gés des Alpes et du midi de la 
France. C'est une petite plante 
basse, toujours verte, dont les 
feuilles, réniformes et obtuses, 
fermes, vertes et lisses, sont 
portés sur de longs pétioles 
réu nis de ux à deux près de la 
r acine . C' est de l'e ndr oit d e 
leur réunion que sort un pé- 
doncule court, supportant une 
fleur brune composée d'un ca- 
lice coloré, persistant, campa- 
niforme, à 3 divisions ouver- 
tes ; à l'intérieur se trouvent 12 
étamines posées circulaire- 
ment : les anthères sont atta- 
chées à la face externe des 
filets ; le style est hexagone, et le stigmate à 6 lobes; il lui suc- 

(1) Voir, pour les détails sur ces espèces, Guibourt, Mémoire sur le Guaco; et 
BaUlon, Révision des Aristoloches médicinales, 1867, et Dicttonnaire encyclo- 
pédique des sciences médicales. Article Aristoloche. 




Fig. 486. — Asarum. 



ARISTOLOCIIIÉES. — RACINE D'ASARUM. 381 

cède une capsule tronquée polysperme, à 6 lobes. La racine 
est grise, fibreuse, rampante, garnie d'un chevelu blanchâtre. 
On nous l'apporte sèche de nos provinces méridionales, mais 
récoltée sans soin et mêlée d'un grand nombre de racines 
étrangères : telles sont entre autres celles de fraisier > de tor- 
mentille ou d'autres analogues ; d'arnica, d'asclépiade, de polygala 
commun et surtout de valériane sauvage, en assez grande quan- 
tité pour communiquer à toute la masse une forte odeur de 
valériane; c'est ce qui a causé l'erreur de quelques auteurs 
de matière médicale, qui donnent cette odeur comme un 
caractère propre à la racine d'asarum. Voici les caractères de , 
cette racine lorsqu'elle est mondée de toutes celles qui lui sont 
étrangères : elle est grise, de la grosseur d'une plume de corbeau, 
quadr angulaire , ordinairement contournée et marquée de distance 
en distance de nodosités, d'où partent des radicules blanchâtres, 
très-déliées. Elle est garnie ou dépourvue de ces radicules. Ellea 
une saveur de poivre, et une odeur forte, analogue, également à 
celle d u poivre , qui se développe surtout lorsqu'on écrase le che- 
velu entre les doigts. Elle fournit à la distillation une huile 
volatile camphrée, cristallisable en lames carrées et nacrées. 
MM. Lassaigne et Feneulle, qui ont obtenu ce résultat, ont encore 
tiré delà racine d'asarum une huile grasse très -acre, une matière 
brune soluble dans l'eau, d'une saveur amère et nauséeuse, de la 
fécule, du citrate et du malate de chaux(l). 

La racine d'asarum est fortement purgative et émétique, et 
était employée comme telle avant l'importation de l'ipécacuanha. 
Les feuilles, qui sont aussi très-actives, servent à faire une pou- 
dre sternutatoire qui a souvent réussi pour dissiper les maux de 
tôle invétérés. 

Le nom d'asarum est grec et veut dire je n'orne pas, parce que, 
suivant Pline, cette plante n'était jamais employée dans les cou- 
. ronnes ou dans les guirlandes dont on se parait dans les fêtes. 
Le nom de cabaret vient, dit-on, de l'usage que les ivrognes ont 
Hait de cette racine pour se débarrasser de l'excès de leur bois- 
son ; celui d'oreille-d? homme, de la forme des feuilles ; celui de 
nord sauvage, des propriétés énergiques de la plante, ou de sa res- 
semblance accidentelle, quant à l'odeur, avec les valérianes, dont 
trois espèces portaient le môme nom cbez les anciens. (Voyez ces 
dernières racines.) 

Baeime d'Asarm caaadeaie. Cette racine, envoyée de Phila- 
delphie par M. E. Durand, ne me parait différer en rien de celle 
de YAsarum europœum. Les deux plantes sont d'ailleurs tellement 

(1) «tant* de pharm. y t. VI, p. 661. 



i 



382 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

voisines, que beaucoup de botanistes les regardent comme deux 
variétés d'une même espèce. 

Racine d'asarine. J'ai quelquefois vu vendre dans le com- 
merce, au lieu de racine d'asarum, celle d'une autre plante nom- 
mée asarine % à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles 
de Pasarum. Mais cette autre raeine, bien différente, est formée 
d'un corp? ligneux, quelquefois gros et long comme le doigt, 
garni d'un grand nombre de radicules fort longues et menues 
comme celles de Pasclépiade, ce qui lui donnerait de la ressem- 
blance avec cette dernière, si elle n'était d'une couleur gris foncé 
et d'un goût amer très-prononcé. La même racine d'asarine pour- 
rait plutôt encore se confondre avec celle de la valériane phu : 
mais celle-ci a l'odeur propre aux valérianes, et la première a une 
faible odeur de racine d'arnica. L'asarine est YAntirrhinum Ma- 
rina, L., de la didynamie angiospermie, des dicotylédones mono- 
pétales hypogynes et de la famille des Antirrhinées de Jussieu. 

FAMILLE DES SANTALACÉES. 

Végétaux herbacés ou frutescents, la plupart exotiques, à l'exception 
d'une seule espèce, YOsyris alba, qui croit dans le midi de la France et 
de l'Europe, et des Thesium ; leurs feuilles sont alternes ou opposées et 
privées de stipules ; les fleurs sont très-petites, formées d'un périanthe 
adhérent, à limbe supère à 4 ou 5 divisions; les étamines sont en 
nombre égal, opposées aux divisions du périanthe et insérées à leur 
base; l'ovaire est infère, uniloculaire, contenant un petit nombre 
d'ovules portés au sommet d'un podosperme filiforme qui s'élève au 
fond de la loge : le style est simple, terminé par un stigmate lobé ; le 
fruit est indéhiscent, monosperme, quelquefois charnu ; la graine 
contient un embryon axile dans un endosperme charnu. 

La famille des Santalacées tire son nom du genre Santalum, 
formé d'arbres répandus depuis l'Inde jusqu'aux lies de l'océan 
Pacifique, et qui fournissent à la pharmacie, à la parfumerie et à 
l'ébénisterie, différents bois aromatiques souvent confondus sous 
les noms de santal citrin et de santal blanc, et dont l'origine précise 
est encore loin d'être complètement connue. 

Les arbres du genre Santalum ont les feuilles opposées, très- 
entières, un peu épaisses, fermes et lisses; les fleurs sont dispo- 
sées en thyrses axillaires, très-petites, formées d'un calice urcéolé, 
à limbe supère, quadriflde, tombant; de 4 glandes, écailles on 
petites folioles, insérées à la gorge du calice, alternes avec ses di- 
visions et pouvant être considérées comme une corolle rudimen- 
taire; de 4 étamines alternes avec les folioles précédentes et op- 
posées par conséquent aux dents du calice. L'ovaire est sémim- 



SANTALACÉES. 



383 



fère, uniloculaire, à 2 ovules pendants ; le fruit est un caryone ou 
drupe infère, succulent, monosperme, couronné par ce qui reste 
du limbe du calice. Les espèces qui composent ce genre sont 
principalement : 

4° Le Santalum album, Roxburgh (1) (fig. 487), arbre ayant 
environ la forme et la grandeur d'un noyer, croissant sur les 
montagnes voisines de la côte de Malabar. Il a les feuilles courte- 
ment pétiolées, lancéolées-obtu- 
ses, longues de 4 à 8 centimètres ; 
les fleurs sont d'abord jaunâtres, 
devenant d'un rouge pourpre 
foncé; elles sont inodores, de 
môme que toutes les autres par- 
ties de l'arbre. Le bois lui-môme 
est inodore, lorsqu'il est frais, et 
n'acquiert l'odeur forte qui le ca- 
ractérise que p?r la dessiccation . 
Les fruits sont n v irs à maturité, 
succulents, de la grosseur d'une 
cerise. On pense que le santal de 
la Cochinchine, de Timor et des 
lies adjacentes, appartient à la 
môme espèce; quoique celui de 
Timor fournisse un bois plus vo- 
lumineux et moins aromatique, 

et que le bois de santal de la Cochinchine, qui est le plus gros de 
tous, soit si peu aromatique, au dire de Loureiro, qu'on l'emploie 
à peine dans les fumigations. 

2° Le Santalum myrtïfolium, Roxb., natif des montagnes de 
Circasie, sur la côte de Goromandel ; Roxburgh Ta définitivement 
considéré comme une espèce distincte de la précédente, beau- 
coup moins élevée et fournissant un bois inusité ou de peu de 
valeur. 

3* Les Santalum ovatum % venosum, oblongatum, lanceolatum, et 
obtusifolium, observés par le célèbre R. Brown, dans la Nouvelle- 
Hollande. 

4* Les Santalum freicynetianum et elltpticum rapportés par 
Gaudichaud des lies Sandwich. Le premier est un arbre à feuilles 
lancéolées-obtuses (j'ajoute un peu spatule es), veineuses; les 
grappes terminales, simples ; les fleurs opposées, roses. 

Les bois du nom de santal ont été inconnus aux anciens Grecs 
et aux Romains ; les Arabes en ont parlé les premiers sous le nom 




487. — Santal. 



• (1) Roxburgh, Flora indica, vol. I, 442. 



384 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

de sandal, dérivé de l'indou chandana, ou du malais tsjendana. On 
en a toujours distingué trois sortes, dont une, le santal rouge, est 
un bois inodore et d'un rouge plus ou moins foncé, produit par 
un Pterocarpus, arbre de la famille des Papillonacées, dont il sera 
traité plus tard . Il ne sera donc question en. ce moment que des 
autres bois nommés santal citrin et santal blanc. 

Au dire de presque tous les auteurs, le santal blanc n'est autre 
chose que du santal citrin abattu dans sa jeunesse, ou que l'aubier 
des arbres âgés, dont le cœur seul a acquis l'odeur forte et la 
couleur fauve qui le caractérisent. Cette opinion peut être vraie 
ou fausse, suivant la matière qui en fait le sujet ; c'est-à-dire 
qu'on a pu vendre, en effet, quelquefois, comme santal blanc, 
l'aubier du santal citrin, ou le bois complet de l'arbre an santal 
citrin, récolté très-jeune ; mais il est certain aussi qu'on a tou- 
jours vendu, comme santal blanc, un bois bien différent du pre- 
mier, à odeur de rose, et qui ne peut appartenir au môme arbre. 
EnGn on trouve dans le commerce, depuis quelques années, un 
troisième bois de santal caractérisé par une odeur de musc; je 
vais décrire successivement ces différents bois et leurs va- 
riétés. 

1. Santal citrin du Malabar. Ce bois, parfaitement caracté- 
risé par Loureiro, et produit par le Santalum album de Roxburgb, 
constitue depuis longtemps la presque totalité de celui du com- 
merce. Il se présente sous forme de bûches privées d'aubier, ar- 
rondies à la hache, ayant 1 mètre de longueur et 6 à 8 centimè- 
tres de diamètre. Il est d'une couleur fauve, médiocremeut dur et 
compacte, plus léger que l'eau. Il exhale une odeur très-forte et 
aromatique, tout à fait caractéristique, que Ton compare ordi- 
nairement à un mélange de musc et de rose. Il a une légère sa- 
veur amère. Il est formé de couches concentriques, irrégulières 
et ondulées, dont le centre répond très-rarement au centre de la 
bûche. Lorsqu'il est poli, il parait satiné. Il fournit à la distilla- 
tion une huile volatile jaune, oléagineuse, un peu plus légère que 
l'eau, d'une saveur acre et amère. 

Je possède un morceau de santal citrin semblable pour la forme 
au précédent et probablement de môme origine ; mais il est d'os 
fauve foncé et rougeâlre, plus dense que le premier et cependant 
encore un peu plus léger que l'eau. Il est comme imprégné 
d'huile et d'une odeur encore plus forte que le premier. Il est 
carié à l'intérieur et la cavité formée par la carie présente une 
exsudation résineuse. De même que pour le bois d'aloès, il est 
• probable que la vieillesse et la maladie ont augmenté la qualité 
de ce bois. 

Le Santale de Malabar parait comprendre au Santal qui arrive 



SANTALACÉES. — SANTALS. 385 

actuellement dans le commerce sous le nom de Santal de Bombay, 
et qui est la source principale de l'essence de Santal (1). 

2. Santal eltrln de Timor f Tronc unique, parfaitement cylin- 
drique et uni à l'extérieur, ayant encore néanmoins 26 cenlimèires de 
diamètre, et formé de couches concentriques ondulées dont le centre 
coïncide avec celui de la bûche. Il est un peu moins dense et un peu 
moins aromatique que le premier ; mais il offre la même couleur 
fauve, le même manque d'aubier et une odeur semblable. J'avais 
anciennement conclu de cette similitude de caractères que l'arbre qui 
le produit était de la môme espèce que le premier. Lu preuve ne me 
parait plus suffisante aujourd'hui, que j'ai vu le santal citrin des lies 
Sandwich être semblable à celui de la côte du Malabar, quoique appar- 
tenant à une espèce distincte. 

3. Santal eltrln pâle. Ce bois se trouvait anciennement assez fré- 
quemment chez les droguistes ; à une époque plus rapprochée d'au- 
jourd'hui je désespérais de l'y retrouver, lorsqu'un morceau m'en fut 
présenté sous le nom de santal blanc. Ce bois peut avoir de 8 à 16 cen- 
timètres de diamètre ; il est cylindrique et uni à l'extérieur, d'un jaune 
très-pâle avec un aubier blanchâtre ; il est un peu plus léger que l'eau : 
il offre une fibre droite et une texture fine et compacte ; il est bien 
plus dur, plus uni et susceptible de prendre un bien plus beau poli que 
les deux précédents ; mais il a une odeur bien plus faible. Celui que 
j'ai retrouvé paraissait même inodore, et n'a repris son odeur de san- 
tal citrin qu'après que les surfaces eurent été renouvelées. 

Ce bois est probablement un de ceux qui, sous le nom de santal 
blanc, a été considéré comme du santal citrin abattu avant que l'âge lui 
eût communiqué toute la qualité qu'il peut acquérir. Mais il me semble 
qu'un bois plus jeune devrait être moins dur et moins compacte que 
l'autre, et c'est le contraire qui a lieu ; je pense donc plutôt que le 
bois que je nomme ici santal citrin pâle est produit par un arbre diffé- 
rent du premier. 

4. J'ai vu anciennement, dans le droguier de la Pharmacie centrale 
des hôpitaux civils, un morceau de santal qui présentait des caractères 
tout particuliers; il provenait d'une racine ou d'un tronc rabougri ; il 
était tortueux, très-difficile à fendre, d'une couleur très-pâle et presque 
blanche ; il était léger, sans distinction apparente de bois et d'aubier, et 
néanmoins toujours un peu plus dense et plus coloré au centre qu'à la 
circonférence. 11 était tout à fait inodore à froid et ce n'était que par 
réchauffement causé parla râpe ou la scie que le centre acquérait une 
faible odeur de santal citrin. 

Ce bois, que j'ai décrit anciennement comme santal blanc, se rap- 
proche bien plus par sa texture du véritable santal citrin que celui du 
numéro précédent. Il peut provenir d'un arbre très-jeune on qui aurait 
crû dans des circonstances très-défavorables à son développement. 

5. Santal eltrln de Sandwich. Je dois à l'obligeance de M. Gau- 

(1) Voir Georges Durand, Étude sur les San ta lacets. (Thèses de la faculté 
de médecin* de Paris, 1874.) 

GviaovftT, Drogues, "• édit . T. II. — 25 



380 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

dichaud un échantillon de ce bois, produit à l'île Wuhou par le Santa- 
lum freycinctianum (oie-ara des habitants\ Il faisait partie d'une bûche 
à contour elliptique, de 55 et 70 millimètres de diamètre. Le centre 
des couches ligneuses est assez près d'une des extrémités de l'ellipse. 
Du reste, il offre si bien tous les caractères du santal citrin du Malabar, 
qu'il est fort difficile de l'en distinguer. Le santal citrin des îles Sand- 
wich a été signalé pour la première fois, eu 1792, par Vancouver. Il a 
été, pendant plusieurs années, l'objet d'une exportation assez considé- 
rable pour la Chine, mais il parait presque épuisé aujourd'hui. 

6. Il est arrivé Tonnée dernière, des îles Marquises, un échantillon 
de sautai en bûche à peu près triangulaire, formé d'un cœur fauve bru- 
nâtre, tandis que le reste du bois est fauve pâle et blanchâtre. 
L'odeur n'est pas Ires-forte et incline vers celle de la rose, plus que le 
véritable santal citrin. 

7. Santal blanc à odeur de rose. Ce bois se trouve en bûches ou 
en tronçons de bûches de 5 à 12 centimètres de diamètre. Souvent il 
est parfaitement cylindrique et recouvert d'une écorce d'un gris noi- 
râtre, assez mince, dure et compacte. A l'intérieur il est formé presque 
entièrement d'un cœur ligneux, généralement plus lourd que l'eau, 
très-dur et comme huileux; tout autour et immédiatement sous 
l'écorce se trouve un cercle d'aubier peu épais, presque aussi dense et 
aussi dur que le bois. 

Ce bois est à fibres droites et se fenl facilement. Il est d'un blanc 
jaunâtre, très-fin, Irès-compacie cl susceptible d'un beau poli satiné; 
on en ferait de beaux meubles s'il étaitplus volumineux: malheureuse- 
ment les plus grosses bûches que j'en ai vues n'avaient pas plus de 
12 centimètres de diamètre. 

Enfin ce bois a une saveur assez fortement amère, et a une odeur de 
rose presque pure, qui ne permet pas de penser qu'il soit dû au même 
arbre que le santal citrin. Cette odeur justifie le nom que je lui donne 
de santal à odeur de rose. 

Je me suis demandé si ce bois était un véritable santal qui eût tou- 
jours été connu pour tel, ou si ce n'était pas un bois nouveau substitué 
au santal blanc des auteurs : mais je pense que c'est un véritable san- 
tal, pane que tous les auteurs qui parlent de la préparation de l'es- 
sence de rose en Asie, etsurtout en Perse, disent qu'on en augmente la 
quanlilc en ajoutant aux roses que l'on distille du bois de santal. Or, 
comme il serait impossible de falsifier l'essence de rose avec celle de 
santal citrin, il faut bien que cette assertion se rapporte au santal i 
odeur de rose, et que ce bois soit reconnu dans l'Orient comme une 
espèce de santal ; mais je n'ai aucune idée sur le lieu de sa profe- 
nance. 

8. Vantai à odeur «le mime. Ce bois a paru il y a peu d'années 
dans le commerce. Il se rapproche du précédent par son écorce grfec 
foncé, dure et compacte; par sa densité considérable, sa compacité» 
la grande finesse de son grain et le beau poli qu'il peut recevoir. Voici 
maintenant les di! Ver en ces: il n'est pas satiné ; il est formé d'un co^ T 
famé foncé cl d un aubier beaucoup plus pâle, assez volumineux, mai 



DAPHNACÉES. 387 

toujours presque aussi dur et aussi compacte que le cœur ; de môme 
que, dans les bois précédents, la différence de l'aubier au cœur du bois, 
réside presque uniquement dans la couleur. Récemment coupé, il 
exhale une odeur de musc très-marquée; mais cette odeur se perd à 
l'air et le bois ancien paraît inodore ; il faut l'action de la râpe ou de la 
scie pour lui rendre son odeur. J'ai deux échantillons de ce bois : l'un 
est un tronçon régulièrement cylindrique, de 8 centimètres de diamè- 
tre, dont le cœur nettement terminé occupe 4 centimètres ; l'autre est 
un tronc irrégulier, large de 19 centimètres, à cœur ondulé, et comme 
nuageux sous le poli. J'en ignore le lieu d'origine. 

9. Va» bols de santal citrin. J'ai vu, chez un fort marchand de 
bois des lies, quelques bûches très-considérables d'un bois qu'il ven- 
dait comme santal citrin, envers et contre tous et malgré tout ce qu'on 
pouvait lui objecter à cet égard. Je présume que ce bois venait d'Amé- 
rique. Il ressemblait tout à fait, par sa couleur fauve foncée et parles 
nombreuses veines brunes irrégulières, qui le faisaient paraître marbré, 
à un autre bois d'Amérique que sa ressemblance avec le bois d'olivier 
d'Europe a fait nommer aussi bois d'olivier. Mais ce bois d'olivier d'Amé- 
rique est inodore, ou plutôt exhale, lorsqu'on le coupe, une odeur sen- 
sible d'acide acétique ; tandis que le prétendu santal citrin du mar- 
chand de bois des lies offre, lorsqu'on le râpe, une forte odeur de 
térébenthine. Du reste, ce bois est compacte, susceptible d'un beau 
poli et serait avantageusement employé dans l'ébénisterie. 

FAMILLE DES DAPHNACÉES OU TI1YMÉLÉACEES. 

Arbrisseaux à feuilles entières, éparses ou opposées, dépourvues de 
stipules. Fleurs hermaphrodites, quelquefois dioïques paravortement, 
à pé riant ne coloré et pétaloïde, offrant 4 ou 5 divisions imbriquées 
avant la floraison. Étamines généralement sessiles et disposées sur deux 
rangs, à l'intérieur du périanlhe. Style simple, terminé par un stigmate 
simple ; ovaire uni loculaire contenant un seul ovule pendant. Le fruit 
est une baie monosperme ou un achaine entouré parle tube du périan- 
tbe qui a persisté. La semence est pendante et contient, dans un endo- 
sperme peu développé, un embryon orthotrope à radicule petite et 
supère. 

Le genre le plus important de celte famille est le genre Daphne, 
dont toutes les espèces sont pourvues d'un principe acre qui peut 
les faire employer comme exutoires; les principales sont : 

i Q Le Garou ou sain-bois, Daphne Gnidium, L. [fi g. 488). Arbris- 
seau du midi de la France et de l'Europe, qui s'élève à la hauteur 
de 6 à 10 décimètres . Ses rameaux supérieurs sont garnis, sur 
toute leur longueur, de feuilles étroites, aiguës, sessiles, rappro- 
chées les unes des autres et glabres. Les fleurs sont petites, d'un 
blanc sale, disposées au sommet des rameaux et dans les aisselles 
des feuilles supérieures, en petites grappes serrées qui forment 



388 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



dans leur ensemble un corymbe terminal. Le périanlhe est mo- 
nophylle, infundibuliforme, à limbe quadriûde ; les élaraioes 
sont au nombre de huit, insérées sur deux rangs et incluses sur 
le tube du périanthe; le style est terminal, très-court, terminé 
par un stigmate globuleux; le fruit est une baie du volume d'un 
gros grain de poivre, formée d'un péricarpe succulent très-peu 

épais, et d'une semence presque 
sphérique, mais terminée supé- 
rieurement par une pointe 
courte. L'épisperme offre trois 
couches distinctes : une première 
membraneuse, très- mince, jau- 
nâtre, marquée, près du som- 
met, d'un hile très-apparent et 
d'un rapbé proéminent qui s'é- 
tend du hile à la chalaze, située 
à l'extrémité inférieure opposée; 
la deuxième enveloppe est noire, 
lisse et luisante, d'une épaisseur 
sensible, dure et cassante; la 
troisième est très-mince, jaunâ- 
tre et membraneuse comme la 
première; l'amande est blanche 
et huileuse. Toute cette semence 
est pourvue d'une âcreté consi- 
dérable; elle était usitée autre- 
lois comme purgative, sous le 
nom de Grana gnidia ou de Cocca 
gnidia, d'où les habitants du Midi 
ont donné au garou le nom de coquenaudier, et aux semences 
celui de semences de coquenaudier. Elles peuvent causer des su- 
perpurgations dangereuses; les feuilles ont aussi été usitées en 
décoction; ainsi employées, elles sont moins actives et moins 
dangereuses que les graines. 

2° Mézéréon ou bois gentil, Daphne Mezereum, L. Tige droite,. 
rameuse, haute de 60 à 120 centimètres; feuilles lancéolées, 
éparses, sessiles, caduques ; les fleurs paraissent pendant l'hiver 
avant les feuilles ; elles sont odorantes, purpurines ou blanches 
sessiles et attachées trois à trois le long des rameaux ; les fruit* 
sont des baies rouges ou jaunes. Cet arbrisseau est cultivé dans 
les jardins, pour l'agrément de ses fleurs pendant l'hiver. Soi» 
écorce et ses semences sont souvent substituées à celles du garou 
et peuvent servir aux mêmes usages. 
3 e La thymelée, Daphne Thymelea, L. Sous-arbrisseau qui n' a 




Fig. 48*. — Garou. 



DAPHNACÉES. — LAURÉOLE. 389 

souvent que 6 à 12 centimètres de hauteur, et qui dépasse rare- 
ment 20 ou 30 centimètres. Il porte des tiges nombreuses, sim- 
ples, garnies de feuilles lancéolées et sessiles ; les fleurs sont jau- 
nâtres, sessiles, auxiliaires, solitaires ou deux ou trois ensemble. 
Il croit dans le midi de la France, en Italie et en Espagne, où les 
pajsans se purgent avec ses feuilles pulvérisées. 

5* La lauréole, Daphne Laureola, L. Ce petit arbrisseau, à ti- 
ges faibles et pliantes, croit dans les bois par toute la France. Ses 
rameaux sont garnis de feuilles lancéolées, coriaces, luisantes, 
persistantes, courtement pétiolées; les fleurs sont verdâtres, 
réunies au nombre de cinq ou six en petits groupes axillaires. 

Les feuilles, et surtout Fécorce de lauréole, sont pourvues 
d'une causticité remarquable, et elles sont souvent employées 
comme exutoires, à l'état récent, par les gens de la campagne. 
Mais c'est surtout Pécorce du garou (Daphne Gnidium) que l'on 
trouve dans le commerce, à l'état de dessiccation, et qui est desti- 
née à cet usage. Cette écorce est très-mince et néanmoins difficile 
à rompre. Elle est couverte d'un épiderme demi-transparent, 
gris-brun, devenant, par la dessiccation, d'un gris foncé, crispé ou 
ridé transversalement par le fait de la dessiccation, et assez régu- 
lièrement marqué de distance en dislance de petites taches blan- 
ches tuberculeuses. Sous cet épiderme se trouvent des fibres lon- 
gitudinales très-tenaces, que l'on pourrait filer comme le 
chanvre, si elles n'élaient couvertes, du côté de Tépiderme, d'une 
soie très-fine, blanche et lustrée, qui, en s'introduisant dans la 
peau, y cause des démangeaisons insupportables. L'intérieur de 
î'écorce est d'un jaune verdâtre à l'état récent, devenant par la 
dessiccation d'un jaune de paille et uni, mais déchiré longitudina- 
lemenl. Toute I'écorce a une odeur faible, et cependant nau- 
séeuse, une saveur acre et corrosive. Elle est épispastique étant 
appliquée sur la peau en écorce, en poudre ou en pommade. Elle 
nous arrive en morceaux longs de 32 à 65 centimètres, larges 
de 27 à 34 millimètres, plies par le milieu et réunis en bottes. On 
doit la choisir large et bien séchée. 

On nous envoyait auparavant, au lieu de I'écorce de garou, les 
rameaux mêmes de l'arbrisseau desséchés, et on était dans l'usage 
d'en séparer I'écorce à Paris, £ mesure du besoin, en la ramollis- 
sant préalablement dans l'eau, ou, ce qui est encore pis, dans du 
vinaigre. Il est évident que I'écorce qui a élé enlevée de dessus le 
bois récent, sans macération préliminaire, et qui a été séchée 
promptement, doit être plus efûcace. Il faut donc préférer 
au bois de garou I'écorce toute préparée que nous offre le com- 
merce. 
L'écorce de garou a été analysée par un grand nombre de chi- 



390 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

mistes, notamment par Vauquelin (1), Gmelin, Coldefy-Doriy et 
Dublanc jeune (2), Zwenger et Rochleder, voici ce qui résulte 
de leurs différents travaux : 

Cette écorce, traitée par l'alcool, donne une liqueur brun ver- 
dâtre qui laisse précipiter de la cire par son refroidissement. Le 
soluté alcoolique étant décanté et distillé presque entièrement, 
il s'en sépare une matière vert-brun, épaisse, dont l'éther extrait 
une huile verle très-vésicante : il reste une matière résinoîde 
brune qui ne jouit d'aucune propriété épispastique. 

L'huile verle n'est pas acre et vésicante par elle-même, et le 
principe vésicanl peut en être isolé en traitant directement 
l'extrait alcoolique par de l'eau aiguisée d'acide sulfurique. On 
filtre, on ajoute à la liqueur de la chaux ou de la magnésie et on 
distille. Vauquelin a obtenu de cette manière une eau distillée 
très-âcre,[et alcaline, d'où on a conclu que le principe acre du 
garou était alcalin ; mais Vauquelin, ayant constaté ensuite la 
présence de l'ammoniaque dans la liqueur distillée, a pensé que 
l'alcalinité du produit était due à cet alcali. Cependant, comme il 
est certain que l'addition d'un acide facilite la solution du prin- 
cipe acre, et que celle d'un alcali est nécessaire pour que ce prin- 
cipe passe à la distillation, il me parait probable qu'il est alcalin 
par lui-môme. 

Lorsque, au lieu de traiter l'extrait alcoolique par de l'eau aci- 
dulée, on le traite par l'eau seule, et qu'on précipite la liqueur 
par de l'acétate de plomb, on obtient une laque d'une belle cou- 
leur jaune. La liqueur, privée de l'excès de plomb par le sulfide 
hydrique, et évaporée, laisse cristalliser urte substance que l'on 
purifie par de nouvelles solutions et cristallisations. Cette sub- 
stance est blanche, d'une saveur amère un peu astringente, peu 
soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau bouillante, solu- 
ble également dans l'alcool et dans l'éthcr, ni acide ni alcaline. 
Celte matière a élé trouvée d'abord par Vauquelin dans l'écorce 
du Daphnc alpina; MM. Gmelin et Bar l'ont retirée ensuite de 
l'écorce de garou et lui ont donné le nom dedaphnine. M. Gueilliot 
la signale aussi dans les écorces des D. Gnidium et Laureola (3). 
Il ne faut pas la confondre avec le principe acre des Daphne dont 
j'ai parlé d'abord. 

[La daphnine, dont les propriétés et la véritable nature sont j 
restées longtemps obscures, a été étudiée en 1860 par M. Swen- 

(1) Vauquelin, Ami. chim., t. LXXXIV, p. 173. — Bulletin pharm., t IV, j 
p. 521). — Journal pharm., t. X, p. 419-333. 

(2) Dublanc, Journal de pharm., t. XV, p. 538-837. 

(3) Gueilliot, Étude sur les daphnès employés en pharmacie. Thèse soutenu* 
à l'École de pharmacie de Paris, 1867. 



MONIMIACÉES. — BOLDO. 391 

ger (1), qui a montré qu'elle peut se dédoubler en glucose et eu 
un acide particulier, la daphnétine. L'étude de celte substance a 
été complétée par Rochleder en 1863 (2), qui a reconnu que la 
daphnine était un isomère de Vesculine qu'il a trouvée dans la 
racine du marronnier. 



FAMILLE DES MONIMIACÉES. 

Les Monimiacécs, petite famille dont les affinités son tassez douteuses, 
ont fourni, dans ces dernières années, une substance, qu'on a préconi- 
sée, sous le nom de Boldo, contre les maladies du foie. Ce médica- 
ment n'a donné aucun résultat bien satisfaisant pour ce genre d'affec- 
tions, mais il a été utilisé, dans d'autres cas, comme un tonique 
diffusible. 

Boldo. 

Le Boldo est produit par le Pneumus Boldus, Molina (Boldoa 
fragans. Cl. Gay, Ruizia fragrans, H. et Pav.). C'est un petit arbre 
aromatique du Chili, qui porte des feuilles opposées, dépourvues 
de stipules, el des fleurs en cymes, formant par leur ensemble des 
sortes de grappes axillaires ou terminales. Ces fleurs sont uni- 
sexuées ; les mâles et les femelles sont placées sur des pieds diffé- 
rents. — Les fleurs mâles sont composées d'un périanthe,à pièces 
nombreuses, soudées par le bas en une tube sacciforme, rangées 
en spirale, et d'autant plus délicates et membraneuses, qu'elles 
sont plus intérieures. En dedans, sont insérées de nombreuses 
étamines depuis la gorge du tube du périanthe jusqu'au fond de 
cet organe. Il n'y a pas de trace bien évidente de pistil. 

Dans les fleurs femelles, les étamines sont devenues stériles; leurs 
vestiges entourent un petit nombre de carpelles libres, composés 
chacun d'un ovaire uniloculaire, surmonté d'un style articulé à sa 
base, portant de nombreuses papilles sligmaliques. Il n'y a dans 
l'ovaire qu'un seul ovule anatrope attaché à l'angle interne de la 
loge. Le fruit est entouré à sa base par le fond du tube du pé- 
rianthe, qui a seul persisté après la fécondation. Il est formé de 
quelques petits drupes, courtement pédicellés, à noyau très-dur, 
monosperme. 

Les premiers échantillons de Boldo sont arrivés en France 
vers 1868 ou 1869. Ils se composent de feuilles ou plutôt de jeunes 
rameaux feuilles, mêlés de débris de tige et de fruits. Les feuilles 
sont coriaces, ovales, entières sur les bords, d'un vert grisâtre ou 

(1) Swenger, Ânnalen der Chemie und Pharmacie, t. CXV, p. I. 

(2) Rochleder, Jahresbericht ùber die Forschrifte der Chemie, 1863, p. 50. 



392 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

d'un brun rougeâtre, marquées en dessous d'assez fortes nervures 
saillantes. Elles montrent de nombreuses élevures blanchâtres et 
des poils crochus, simples, bifurques ou étoiles, couchés paral- 
lèlement à la surface de la feuille. Elles contiennent de grosses 
cellules sphériques remplies d'huile essentielle. Leur odeur est 
aromatique, leur saveur fraîche. 

Les éléments intéressants, contenus dans les Boldo, sont : l'es- 
sence et un alcaloïde, qu'on a appelé la Boldine. 

L'essence est un liquide incolore ou légèrement verdâlre, d'une 
odeur et d'une saveur aromatique très-fortes, soluble en petites 
proportions dans l'eau, très-soluble dans l'alcool à 150°, se colo- 
rant en rouge-hyacinthe par l'acide sulfurique, en violet par l'a- 
cide nitrique, en rouge par la potasse. 

L'alcaloïde est solide, peu soluble dans l'eau, à laquelle il com- 
munique une réaction alcaline, soluble dans l'alcool, dans le chlo- 
roforme, les alcalis concentrés. L'acide azotique et l'acide sulfu- 
rique le colorent en rouge. 

En outre le Boldo contient du sucre, de la gomme, du tannin, 
de l'acide citrique et des matières aromatiques (I).] 

FAMILLE DES LAURACÉES OU LAUR1NÉES. 

Celte famille, quoique peu nombreuse, est une des plus intéres- 
santes à étudier à cause du grand nombre de parties ou produits aro- 
matiques qu'elle fournit à la pharmacie, à l'économie domestique et 
aux arts. Elle comprend des arbres ou arbrisseaux, à feuilles alter- 
nes, quelquefois opposées en apparence, ordinairement épaisses, fer- 
mes, persistantes, aromatiques et ponctuées (2); stipules nulles; fleuri 
hermaphrodites, monoïques, dioïques, ou polygames ; périanthe cali- 
cirial monosépale, à quatre ou six divisions imbriquées; disque charnu 
soudé avec le fond du périanthe, persistant, s'accroissant souvent avec 
le fruit; étamincs périgynes, insérées sur plusieurs rangs à la marge 
du disque, en nombre quadruple, triple, double ou égal aux divisions 
du périgone; les filets sont libres, les intérieurs pourvus à la base de 
deux glandes pédicellées qui sont des étamines rudimentaires; 1« 
anthères sont adnées, à 2 ou 4 loges s'ouvrant de bas en haut par des 
valvules; ovaire libre, formé de 3 folioles soudées, uniloculaire, "« 
contenant le plus ordinairement qu'un ovule pendant. Le fruit est une 
baie monosperme accompagnée à la base par la partie entière du pé- 
rianthe qui a persisté. La graine est inverse, recouverte par un épis- 
perme chartacé, à bile transversal, à raphé se dirigeant obliquement 
vers la chalaze située à l'extrémité opposée. Elle renferme un embryon 

fl) Voir pour plus do détails : Claude Verne, Etude sur le Boldo (Thèses de 
r École supérieure de Pharmacie de Paris, 1874). 

(2) Les cassyta qui ont été réunies aux lauriers sont, par exception, des plintes 
parasites, volubiles, privées de feuilles et ayant l'aspect de la cuscute. 



LAURACÉES. — SASSAFRAS. 393 

sans périspermc, orlholrope ; composé de 2 gros cotylédons charnus et 
huileux; la radicule est très-courte, rétractée, supère. 

La famille desLaurinéescomprendaujourd'hui plus de quarante 
genres, dont la plupart ont été primitivement compris dans le 
genre Laurus .tels sont, par exemple, les genres Sassafras, Ocotea, 
Nectandra, Per$ea y Cinnamomum* Camphora; le tableau (page 394) 
indique les caractères qui les distinguent principalement. 

Laurier Commun OU laurier d'Apollon 

Laurus nobilis, L. Le laurier est un arbre dioïque de l'Europe 
méridionale, qui est cultivé dans nos contrées, mais qui s'y élève 
peu. Sa lige est unie et sans nœuds; son écorce est peu épaisse et 
son bois est poreux. Ses feuilles sont longues comme la main, 
larges de deux ou trois doigts, lisses, pointues, persistantes, d'une 
texture sèche, d'une odeur agréable et d'une saveur acre et aro- 
matique. Ses fruits sont gros comme de petites cerises, noirs, 
odorants, huileux et aromatiques. 

Les feuilles de laurier sont stimulantes, carminatives et pédi- 
culaires ; elles servent d'aromate dans les cuisines. 

Les baies de laurier sont composées d'un péricarpe succulent, 
mais très-mince, et d'une semence volumineuse, formée d'un 
épisperme en forme de capsule sèche, mince et cassante, et d'une 
amande à 2 lobes, fauves, d'une apparence grasse et d'une saveur 
amère et aromatique. Ce fruit contient deux huiles, l'une grasse, 
l'autre volatile, qui sont mélangées dans le péricarpe et dans 
l'amande; mais le péricarpe contient plus de la première, et 
l'amande plus^de la seconde. On peut obtenir ces deux huiles 
mélangées par une forte expression à chaud, ou par une légère 
ébullition dans un atomise. Le produit est d'un beau vert, très- 
aromatique, granuleux, et de la consistance de l'huile d'olives 
Agée. [Il contient une substance grasse, la lauro-stéarine, formant 
des aiguilles soyeuses, blanches, fusibies vers 44°, peu solubles 
à froid dans l'alcool, assez solubles dans l'alcool chaud, très- 
solubles dans l'éther, et se dédoublant, sous l'influence des alcalis, 
en glycérine et acide lauro-stéarique.] Il est rare dans le commerce, 
où il est remplacé par de la graisse chargée par digestion du 
principe colorant vert et des huiles des fruits et des feuilles de 
laurier. Les baies de laurier font partie de l'alcoolat de Fioravanti. 

Sassafras. 

Sassafras officinarum, Nées; Laurus Sas.<afras t L. Le sassafras ou 
pavame (fi g. 489) est un assez bel arbre qui croit dans la Virginie, 
la Caroline et la Floride. On le trouve également au Brésil, à 



394 



DICOTYLÉDOiNES MONOCIILÀMYDÉES. 















































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LAURACEES. — SASSAFRAS. 



395 



l'Ile Sainte-Catherine, d'où Gaudichaud en a rapporté un Ironc 
tout à fait semblable, pour la qualité aromatique, à celui de 
l'Amérique septentrionale. Il peut également venir en France, 
même sans culture, comme on en a eu la preuve, il y a un certain 
nombre d'années, par un très-gros sassafras qui s'est trouvé 
abattu dans la coupe d'un bois près de Gorbeil; mais il était 
moins aromatique que celui du commerce. 

Le sassafras a les feuilles alternes, très-variées de forme et de 
grandeur, glabres et d'un vert foncé en dessus, glauques en 
dessous ; les fleurs sont petites, disposées en bouquets ou en 
petites grappes lâches ; le fruit est une petite baie ovale, bleuâtre, 




Fig. 489. — Sassafras. 



soutenue à sa base par un calice rougeâtre en forme de cupule. 
Sa racine, que Ton trouve dans le commerce, est en souches ou 
en rameaux de la grosseur de la cuisse ou du bras; elle est formée 
d'un bois jaunâtre ou fauve, poreux, léger, d'une odeur forte qui 
loi est propre. L'écorce est grise à la surface, d'une couleur de 
rouille à l'intérieur, encore plus aromatique que le bois. Le bois 
et l'écorce fournissent à la distillation une huile volatile plus pe- 
sante que l'eau, incolore lorsqu'elle est récente, mais se colorant 
en jaune avec le temps. 

Éeoree de MMalra* officinal. Cette écorce se trouve également 
dans le commerce séparée de la racine ou des rameaux de l'arbre . 
Elle est épaisse de 2 à 5 millimètres, tantôt recouverte de son 
épiderme gris, tantôt raclée et d'une couleur de rouille. Elle est 
spongieuse sous la dent, d'une odeur très-forte, d'une saveur pi- 



396 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

quante et très-aromatique. La surface intérieure qui est unie et 
d'un rouge plus prononcé que le reste, offre quelquefois de très- 
petits cristaux blancs, assez semblables à ceux observés sur la 
fève pichurim. Cette écorce devrait être employée en médecine, 
comme sudorifîque, préférablement au bois. 

Bois de sassafras inodore. Ce bois existe depuis longtemps dans la 
collection du Muséum d'histoire naturelle, et j'en ai un échan- 
tillon provenant du commerce, où il paraît qu'on le trouve, quel- 
quefois, mêlé au sassafras officinal. Il lui ressemble tellement en 
texture, en couleur et en écorce, qu'il est impossible de ne pas le 
reconnaître pour un sassafras; mais il est complètement inodore. 
Il provient du tronc et non de la racine. 

On trouve dans le commerce ou dans les droguiers un assez 
grand nombre d'autres bois, d'écorces et de fruits qui ont l'odeur 
du sassafras, et dont l'origine exacte est encore couverte de quel- 
que obscurité. Tels sont les articles suivants : 

Boit d'anis ou BoU de sassafras de l'orénoque. Pomet, Geof- 
froy et J. Bauhin ont fait mention d'un bois d'unis qui, de leur temps, 
était quelquefois substitué au sassafras, et que son odeur a fait prendre 
à tort, par plusieurs auteurs, pour le bois de l'anis étoile de la Chine 
(Illicium anisatum). Beaucoup de personnes ont pensé ensuite que ce 
bois ne différait de celui du sassafras officinal que parce que celui-ci 
csl produit par la racine de l'arbre, tandis que le bois d'unis en serait 
le tronc. Mais celle opinion est réduite à néant par la comparaison du 
bois d'anis avec les parties de tronc qui accompagnent souvent les ra- 
cines de sassafras du commerce. Hcste alors l'opinion beaucoup plus 
probable de Lemaire-Lizancourt, qui a présenté le bois d'anis à l'Aca- 
démie de médecine, sous le nom de sussufras de VOrènoque (Oaitea cym- 
burum, H. B.); cependant je dois dire que le bois d'anis, quoique plus 
dur que le sassafras officinal, ne me paraît pas mériter l'épithètc de 
durissimum que lui donne Alex, de Humboldt;je suis plutôt porté aie 
croire produit par Y Ocot sa pichurim dont je parlerai dans un instant. 

Le bois d'anis se présente dans le commerce sous forme de bûches 
cylindriques privées d'écorce et d'aubier, de 8 à il centimètres, ou en 
troncs de 30 à ;>0 centimètres de diamètre, également privés d'dubier, 
ce qui indique un arbre de première grandeur. 11 est d'un gris ver- 
dalre, plus compacte et plus pesant que le sassafras, mais surnageant 
encore l'eau, et ne prenant qu'un poli imparfait; lorsqu'on le rApe,il 
développe une odeur mixte de sassafras et d'anis, mais bien moins 
forte que celle du sassafras et moins persistante. Aussi les pharmaciens* 
doivent-ils rejeter les copeaux de ce bois, que l'on trouve aujourd'hui 
très-abondamment chez les droguistes, parce que les ébénistes et les 
tourneurs, préférant pour leur usage le bois d'anis au sassafras, versent 
une grande quantité de ces copeaux dans le commerce. Il n'y a aucune 
comparaison à faire entre eux pour l'odeur et les propriétés, et ceux 
que Ton prépare soi-même avec la racine du vrai sassafras. Enfin, les* 



LAURACÉES. — SASSAFRAS. 397 

bois d'anis graisse la scie, cl sa coupe transversale, étant polie, offre 
un pointillé blanchâtre sur un Tond jaunâtre obscur. 

Antre bols à odeur de sassafras. Il y a très-longtemps que ce 
bois m'a été remis par M. Boutron-Charlard sous le nom de boU de 
Naghas sentant Vanis. Virey, qui le tenait de la môme source, a cru 
pouvoir l'attribuer, en raison de sa grande dureté, au Mesua ferrea, L. 
(Nagassarium, Rumph., Guttifères) qui fournit un bois tellement dur, 
que les Portugais lui ont donné le nom de bois de fer (1). Mais je doute 
fort que celle opinion soit vraie, parce que Rumphius et Burmann, qui 
ont fait mention de l'odeur des fleurs du Nagassarium, n'ont nullement 
dit que son bois fût aromatique. Je crois plutôt, en raison des rapports 
évidents de ce bois avec le précédent, qu'il est fourni par un Ocotea, et 
sa très-grande dureté, jointe à sa forte qualité aromatique, me font 
l'attribuer ù YOcotea cymbarum de Humboldt et Bonpland. Je ne l'ai 
jamais vu dans le commerce ; tel que je l'ai et tel qu'il existe aussi dans 
le droguierde l'École de pharmacie, ce bois provient d'un tronc d'un 
diamètre considérable ; il pèse spécifiquement 1,094; il est très-dur, 
brun noirâtre avec un aubier jaune fauve, presque aussi dense que le 
bois; il est susceptible d'un beau poli, et sa coupe perpendiculaire à 
Taxe présente, sous un fond brun foncé, un pointillé blanc très-serré. 
11 jouit d'une odeur et d'une saveur très-fortes de sassafras. 

feoree pi eh a ri m. Murray (2) fait mention d'une érorce de pichurim 
produite par l'arbre qui donne la fève pichurim, que je suppose être 
encore YOcotea cymbarum, H., B. ; de sorte que cet arbre donnerait à la 
. fois le bois d'anis très-dur, la fève pichurim et l'écorce pichurim. J'ai 
trouvé anciennement dans le commerce, sous le nom à' écorce de sassa- 
fras, une substance différente de la véritable écorce de sassafras, et qui 
avait tous les caractères de l'écorce pichurim de Murray. Celle écorce 
est mince et roulée, couverle d'un épiderme gris blanchâtre, jaunalre 
ou brunâtre. Le liber est d'une couleur de rouille terne, devenant 
brunâtre avec le temps; la texture en est assez compacte, fine, fibreuse 
et feuilletée. Son odeur et sa saveur sont celles du sassafras, mais plus 
faibles et plus suaves; la surface intérieure, qui est assez unie, offre 
très-souvent une sorte d'exsudation blanche, opaque, cristalline, qui 
me parait analogue à celle de la fève pichurim. 

Lesson, qui a fait comme pharmacien le voyage autour du monde 
sur la corvelte la Coquille, a rapporté de la Nouvelle-Guinée une écorce 
de massoy, anciennement décrite par Rumphius (3). Cette écorce ne 
différait de la précédente que par une odeur de sassafras plus forte, 
qu'elle devait probablement à ce qu'elle était toute nouvelle lorsque 
je l'ai examinée. Tous les autres caractères étaient semblables. Il est 
du reste évident, par la description de Rumphius, que le massoy est 
congénère des Ocotea d'Amérique. 

£eorec de sassafras de Guatemala. Cette écorce, rapportée par 
M. Bazire, est en tuyaux roulés, minces, et de la grosseur d'une plume 

(1) Virey, Journ. pharm., t. IX. 468. 

(2) Murray, Apparatui medicaminum, t. IV, p. 554. 

(3) Rumphius, Amb., t. II, p. 62. 



398 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

à celle du petit doigt ; l'extérieur est blanchâtre et fongueux ; Tinté- 
rieur est d'un gris rougefttre ; la cassure offre une séparation tranchée 
des deux couleurs; l'écorce entière possède une forte odeur de sassa- 
fras dominée par celle de l'anis, et une saveur semblable. Celle écorec 
est employée, comme sudorifique et antivénérienne, à Guatemala; 
l'arbre qui la produit, et qui porte le nom de sassafras, croît près des 
cotes de la mer du Sud. 

Semence ou fève plehnrlm. 

On trouve dans le commerce deux espèces de fève pichurira, 
auxquelles on applique indifféremment les noms de péchurim, 
pichonin, pichola,pichora, tous corrompus du premier, et celui de 
noix de sassafras, qui leur a été donné à cause de leur odeur, et 
parce que les arbres qui les produisent portent sur les bords de 
TOrénoque le nom de sassafras, bien qu'ils diffèrent du véritable 
sassafras officinal. Voici les caractères des deux semences : 

Semence pichnrim vraie. Cette espèce est rare aujourd'hui 
chez nos droguistes ; elle consiste en deux lobes cotylédonaires 
semblables à ceux qui forment la semence de laurier, mais beau- 
coup plus gros, toujours isolés et entièrement nus. Ces lobes sont 
ellipliques-oblongs, longs de 27 à 45 millimètres, et larges de 14 
à 20. Us sont convexes du côté externe, et marqués ordinaire- 
ment de l'autre d'un sillon longitudinal formé probablement pen- 
dant leur dessiccation. Us sont lisses, unis ou légèrement rugueux 
à l'extérieur, et présentent du côlé intérieur, près de l'une des 
extrémités, une petite cavité dans laquelle avait été logée la radi- 
cule. Us sont brunâtres au dehors, d'une couleur de chair et un 
peu marbrés en dedans; et cette marbrure, analogue à celle de la 
muscade, mais moins marquée, est due à la môme cause, c'est-à 
dire à la présence d'une huile butyracée qu'on peut en retirer par 
l'expression à chaud ou par Tébullition dans l'eau. Leur saveur et 
leur odeur tiennent le milieu entre celles de la muscade et du 
sassafras; enfin cette semence, conservée pendant quelque temps 
dans un bocal de verre, ne tarde pas à en altérer la transparence 
par la volatilisation d'un principe aromatique qui se Gxe contre 
le verre, et y forme un enduit blanc ; presque toujours même la 
surface de la semence offre une quantité plus ou moins grande 
de petits cristaux blancs, dus au même principe, lequel constitue 
un acide analogue à l'acide benzoïque ou cinnamique. 

Semence pichurim bâtarde. Cette semence est souvent en- 
tière et recouverte par une partie d'épisperme rugueux et d'un 
gris rougeâtre. Elle est oblongue-arrondie, quelquefois presque 
ronde et toujours plus courte et plus ramassée que la première; 
car sa longueur varie de 20 à 34 millimètres, et sa largeur de 



LAURACÉES. — BEBEERU. 399 

44 à 20. La surface privée d'épiderme est presque noire; le sillon 
longitudinal des lobes séparés est peu marqué. L'odeur de la se% 
menée entière est à peine sensible et ne se développe que lors- 
qu'on la râpé. Enfin, je n'ai jamais observé de cristaux à sa sur- 
face, ni qu'elle ternît les vases de verre qui la renferment. Elle 
est donc, au total, beaucoup moins aromatique que la première, 
et ne doit pas lui être substituée. 

Cette semence me parait produite par YOcotea Pichurim de 
Humboldt et Bonpland, arbre de la province de Venezuela, que 
ces célèbres voyageurs ont ainsi nommé pour avoir pensé qu'il 
pouvait produire la fève pichurim, et dont ils disent ce qui suit : 
Drupa forma et magnitudine olivœ, calyce persistente cincta. An faba 
pichurim ob vim febrifugam celebrata ? Lignum suaveolens. C'est à 
ce même arbre que j'ai attribué plus haut le bois d'anis de Pomet 
ou bois de sassafras des tourneurs. Quant à la véritable fève pi- 
churim qui a été si bien décrite par Murray, elle doit être pro- 
duite par YOcotea cymbarum des forêts de i'Orénoque, dont le 
fruit est drupa oblonga, bipollicaris, monospetma, calyce persistente 
bâti cincta. Arbor giganteâ magnitudine, sub nomine sassafras Orino- 
censibus celebrata ; ligno durissimo suaveolente, ad fabricandas sca- 
phas inserviente (1). C'est à ce même arbre que j'ai rapporté le 
prétendu bois de naghasà odeur d'anis, et Pécorce pichurim. 

J'ai conservé les synonymies précédentes dont rien ne me démontre, 
quant à présent, l'inexactitude. Je dois dire cependant que M. Martius 
attribue les deux fèves pichurim à deux Ocotea différents de ceux dé- 
crits par Humboldt et Bonpland, et nommée par lui Ocotea puchury 
major et Ocotea puchury minor. J'ajoute que, par suite du transport d'un 
certain nombre d'espèces à'Ocotea dans le genre Nectandra, YOcotea 
cymbarum, H. B. = Nectandra cymbarum Nées. VOcotea puchury major, 
UàT\. = Nectandra puchury major, Nées. VOcotea puchury minor, MarL 
= Nectandra puchury minor, Nées. 

Ces! donc à ces trois espèces de Nectandra qu'il faut attribuer, 
d'après MM. Nées et Martius, le bois d'anis très-dur, et les deux fèves 
pichurim. 

Bois, écorce et fruit de bebeern . 

Les tourneurs et les ébénistes anglais connaissaient depuis 
longtemps sous le nom de green-heart (cœur vert), un bois dur, 
pesant, et d'un jaune verdâtre, qui est originaire de la Guyane, 
mais dont l'espèce était inconnue. C'est au docteur Rodie que 
Von doit d'avoir décrit l'arbre et d'en avoir extrait un alcaloïde 
fébrifuge, dont l'usage commence à se répandre en Angleterre. 

(1) Humboldt et Bonpland, Nova gênera, t. II, p. 132. 



400 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Cet arbre porle dans le pays le nom de bebeeru; il est élevé de 24 
à 27 mètres, sur un tronc droit et cylindrique, haut de 12 à 13 
mètres et de 2 m ,5 à 3",5 de circonférence. L'écorce en est 
blanchâtre et unie ; les feuilles sont opposées, oblongues-aiguës, 
entières et brillantes. Les fleurs sont disposées en cymes axillai- 
res; elles sont très-petites et d'une forte odeur de jasmin. Les 
fruits sont obeordés ou obovés, de la grosseur d'une petite pomme, 
formés d'une coque peu épaisse et cassante, et d'une amande 
à 2 lobes charnus et jaunâtres, lorsqu'ils sont récents, mais deve- 
nant bruns et très-durs par la dessiccation. Cette amande est très- 
amère et plus riche en alcaloïde que l'écorce. Celle-ci, telle que 
le commerce la fournit, est en morceaux plats, grisâtres, épais 
de 6 à 8 millimètres, médiocrement fibreux, durs, pesants et fra- 
giles. Elle est très-amère et dépourvue de tout principe aromati- 
que. En la soumettant au procédé par lequel on obtient le sulfate 
de quinine, le docteur Rodie en a retiré deux alcaloïdes fébrifuges, 
dont l'un, nommé bebeerine, forme avec l'acide sulfurique un sul- 
fate très coloré, ayant l'apparence de l'extrait sec de quinquina, 
et dont la vertu fébrifuge paraît être à celle du sulfate de quinine 
comme 6 est à M. L'alcaloïde lui-môme, obtenu à l'état de pu- 
reté, se présente sous la forme d'une matière translucide, jaunâ- 
tre, extractiforme, Irès-soluble dans l'alcool, moins soluble dans 
l'éther, très- peu soluble dans l'eau. D'après l'analyse qui en a été 
faite par MM. Tilley et Douglas Maclagan, il serait formé 
de C 35 H*°AzO*. 

Quant au genre auquel doit appartenir l'arbre bebeeru, sir Ro- 
bert Schomburgh, l'ayant examiné soirs ce dernier rapport, pense 
qu'il appartient aux Nectandra, et lui donne le nom de Nectandra 
Rodei. Ce genre se trouvant placé, dans la famille des Laurinées, 
auprès des genres Ocotea, Agathophyllum, Licaria, Dicypellium, qui 
fournissent tous les bois, écorces ou fruits très-aromatiques, et 
lui-môme en produisant aussi, comme on vient de le voir, c'est 
donc une exception bien remarquable que d'y voir accoler une 
espèce dont le bois, l'écorce et les fruits sont complètement dé- 
pourvus de principe aromatique, et possèdent une saveur amère 
comparable à celle de la gentiane ou du quinquina. 

Ecorce dite Cannelle giroflée. 

Cette écorce a porté aussi le nom de bois de crabe ou de bote ^ 
girofle, à cause de son odeur, et ce nom est cause qu'on l'a atls— - tx 
buée d'abord au Ravensara de Madagascar {Agathophyllum aron ^ 
ticum), dont le fruit est appelé aussi noix de girofle, et dont 1 
corce doit être en effet très-semblable à la cannelle -girofle 



LAURACÉES. — LICARI. 401 

Ensuite on Ta crue produite par le Myrtuscaryophyllata de Linné, 
espèce mal définie qui comprenait le Syzygium caryopkyllxum de 
Sœrtner, Myrtacée aromatique de Ceylan, et le Myrtus acris de 
Willdenow, autre Myrtacée du Mexique et des Antilles. Aujour- 
d'hui il parait bien prouvé que la cannelle-giroflée vient du Bré- 
sil (1), où elle est produite par un arbre de la famille des Lauri- 
nées, nommé Dicypellium caryophyliatum. Cette écorce, telle 
qu'elle s'est toujours montrée dans le commerce, est sous forme 
de bâtons solides, longs de 80 décimètres environ, de 26 millim. 
de diamètre, et imitant une canne. Ces bâtons sont formés d'un 
grand nombre d'écorces minces, compactes, très-dures et très- 
serrées, roulées les unes autour des autres, et maintenues à l'aide 
d'une petite corde faite d'une écorce fibreuse. La cannelle-giro- 
flée est unie et d'une couleur brune foncée, lorsqu'elle est privée 
de son épiderme, qui est gris blanchâtre : mais quelquefois elle 
en est pourvue. Elle offre une forte odeur de girofle et une saveur 
chaude et aromatique ; elle est très-dure sous la dent. 

Elle jouit des propriétés du girofle, et peut le remplacer dans 
les assaisonnements, quoiqu'elle soit plus faible. 

Bols de lilcarl. 

Aublet, dans ses plantes de la Guyane, décrit imparfaitement, sous 
le nom de Licaria yuiatiensis, un arbre qui paraît appartenir à la fa- 
mille des Laurinées. Le tronc s'élève à la hauteur de 16 à 20 mètres sur 
un mètre et plus de diamètre; son bois est jaunâtre, peu compacte, 
d'une odeur qui approche de celle de la rose. Les Galibis lui donnent 
le nom de licari Kassali; les colons celui de bois de rose, et, lorsqu'il est 
très-Agé, celui de sassafras. Lés ouvriers qui le travaillent à Paris le 
nomment bois de poivre, à cause de l acre té de sa poussière. Enfin, je 
l'ai vu vendre sous les noms de bois jaune de Cayenne et de bois de citron 
de Cayenne. Tous ces noms, et d'autres que je pourrais rapporter, tels 
que cèdre jaune capahu, etc., ne pouvant que causer une grande con- 
fusion, je pense qu'il faut se borner au nom de bois de licari ou à celui 
de bois de rose de Cayenne, qu'il mérite si bien par son odeur. 

On connaît d'ailleurs à Cayenne deux espèces du nom de bois de rose; 
l'un, nommé bois de rose mâle, est le bois de licari. Il est assez dur et 
assez pesant, formé de couches ligneuses enchevêtrées, d'une odeur de 
rose très-marquée, d'une saveur semblable, jointe à une certaine amer- 
tume; il fournit à la distillation une huile volatile jaunâtre, un peu 
onctueuse, d'une pesanteur spécifique de 0,0882. Il se recouvre à sa 
surface et il présente dans les fissures de l'intérieur une offlorescence 

(I) Pomet, tout en attribuant la cannelle-giroflée au ravensara do Madagas- 
car, reconnaît qu'elle est principalement apportée du Brésil, où elle est nommée 
<ravo de Marenham. 

GffiwxmT, Drogues T «dit. T « H« 20 



402 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

blanche qui est un sléaroptène très-finement aiguillé ; il acquiert, 
étant poli, une teinte fauve qui se fonce beaucoup avec le temps. 

L'autre bois est nommé a Cayenne bois de rose femelle et aussi cèdre 
blanc. Il est très-tendre et très-léger, d'un blanc un peu verdâtre lors- 
qu'il est récent, devenant jaunâtre à l'air. Il possède une odeur forte 
tout à fait différente du précédent; car cette odeur est celle du citron 
ou de la bermagote; aussi suis-je d'avis qu'on devrait le désigner spé- 
cialement par le nom de bois de citron de Cayenne. Ce bois, de même 
que le précédent, arrive en troncs entiers d'un volume considérable. 

Le nom de bois de rose, que ces deux bois portent à Cayenne, sem- 
blerait indiquer qu'ils appartiennent à un môme genre d'arbre; ce- 
pendant je doute qu'il en soit ainsi. Je suis plus porté à croire que le 
bois de rose femelle est produit par un Icica, probablement par Ylcica 
aUissima d'Aublei. 

C. G. Nées von Esenbeck (1), et Martîus (2), admettent que le Licaria 
guianensis ne diffère pas du Dicypellium caryophylfatum. 11 me parait 
bien difficile que deux choses aussi différentes que la cannelle-giroflée 
et le bois de licari proviennent d'un seul et même arbre. Il est plus 
probable que les deux arbres sont complètement différents. 

Noix de raTentara ou Noix de girofle. 

L'arbre qui produit ce fruit a été nommé par Sonnerat Raven- 
sara aromatica; par Gaertner, Evodia Ravensara ; par Jussieu, Aga- 
thophyllum aromaticum. Il croît à Madagascar et appartient à la 
famille des Laurinées ; il est grand, touffu, muni de feuilles alter- 
nes, pétiolées, entières, fermes et épaisses. Les lleurs sont herma- 
phrodites ou plutôt dioïques par avortement ; les fleurs mâles, 
disposées en petites panicules axillaires; les femelles solitaires. 
Le calice est petit, à 6 divisions très-courtes, accompagné d'une 
corolle à 6 pétales courts, velus en dedans. Les étamines sont au 
nombre de 12, dont les trois plus intérieures stériles et les trois 
fertiles intérieures pourvues de 2 glandes globuleuses ; les anthè- 
res sont à 2 loges, s'ouvrant par des valvules; l'ovaire est infère 
ou soudé avec le calice, uniloculaire et uniovulé ; le fruit est un 
caryone ou drupe infère, couronné par les dents du calice, et 
quelquefois par 6 tubercules plus intérieurs, qui doivent répondre 
aux pétales. Il renferme, sous une chair peu épaisse, un noyau li- 
gneux divisé inférieurement en six parties par des replis de l'en- 
docarpe; mais il est uniloculaire à l'extrémité, de sorte que l'a- 
mande, divisée en 6 lobes du côté du pédoncule, est entière par 
la partie opposée. 

L'écorce, les feuilles et les fruits de ravensara sont pourvus 
d'une forte odeur très-analogue à celle du girofle ; et je suis 

(1) C. G. Nées von Esenbeck, Systema laurinarum. Berolini, 1836. 

(2) Martius, Systema mattriœ med. btasiliensis. Lipsiœ, 1813. 



LAURACÉES. — AVOCATIER. 403 

persuadé que l'écorce, si nou« l'avions, différerait peu de la can- 
nelle-giroflée ; mais il ne parait pas qu'elle soit apportée par le 
commerce*. Les feuilles sont très-usitées à Madagascar comme 
aromate, et sont quelquefois apportées en Europe; elles se présen- 
tent sous une forme toute particulière, ayant été repliées plusieurs 
fois sur elles-mêmes, puis enfilées en forme de chapelet, avant 
d'être soumises à la dessiccation ; elles sont coriaces, brunes, 
luisantes, très-aromatiques, et conservent pendant très-longtemps 
leur odeur. Les f ru ils, tels que nous les avons, sont deux fois 
gros comme une noix de galle, arrondis, formés d'un brou des- 
séché, d'un brun noirâtre au dehors, jaunâtre à l'intérieur, d'une 
forte odeur de cannelle-giroflée ou de piment Jamaïque. Le noyau 
ligneux est jaunâtre et peu aromatique ; l'amande est jaunâtre 
également, très-chargée d'huile, moins aromatique que le brou, et 
tellement acre, qu'on peut la dire caustique. 

Ecoree précieuse ou Catca prêt loin. 

Ecorce de Cryptocarye aromatique de ma précédente édition ; 
Cryptocarya pretiosa de Marlius ; aujourd'hui Mespilodaphne pre- 
tiota de Nées d'Ësenbeck. Écorce épaisse de 2 à 5 millimètres, 
couvert d'un épiderme gris, mince et foliacé ; elle est formée de 
longues libres dures et piquantes, et elle est très-pesante en raison 
^ la grande quantité de principes oléo-résineux qu'elle contient. 
Sa surface intérieure a pris une teinte noirâtre; mais elle est 
rouge dans sa cassure avec des ûbres blanches. Telle que je l'ai, 
e Ue présente une très-forte odeur de cannelle de Chine, dont 
elle offre aussi le goût aromatique sans en avoir le piquant. D'a- 
près M. Martius, son odeur répond à un mélange de sassafras, de 
cannelle et de rose. On en retire par la distillation une essence 
Munâtre, plus pesante que l'eau, comparable à l'essence de can- 
nelle. 

Avocatier. 

Persea gratissima, Gserln. ; Laurus Persea % L. Grand arbre origi- 
ne de l'Amérique méridionale, d'où il fut d'abord transporté 
' ''lie de France, pour revenir ensuile aux Antilles, où il est géné- 
ttlement répandu. Étant dépourvu de principe aromatique, il 
D'est utile que par son fruit qui consiste en une baie nue, ayant 
k forme et le volume d'une belle poire, et contenant, sous une 
chair épaisse et butyreuse, une grosse semence privée d'huile, 
niais remplie d'un suc laiteux qui rougit à l'air et tache le linge 
d'une manière indélébile. 

Ce fruit est recherché pour la table ; mais on le mange comme 



404 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

hors-d'œuvre avec les viandes, et non au dessert ; il a un goût de 
pistache fort agréable (1). On remarque qu'il est aussi bien 
mangé par les animaux carnivores que par les herbivores ; ainsi 
les chiens, les chats, les vaches, les poules, etc., s'en nourrissent 
également. 

Cannelle. 

La cannelle est une écorce aromatique qui a été connue des 
anciens sous les noms de Casia ou Cassia et de Cinnamomum. In- 
dépendamment des différences spécifiques qui motivaient l'emploi 
de ces deux noms, il parait que le Cassia était une écorce mon- 
dée, comme Test notre cannelle actuelle, tandis que le Cinnamo- 
mum élait formé de jeunes branches pourvues de leur bois, jus- 
qu'à ce qu'on ait reconnu que le bois était peu odorant, et qu'on 
se soit borné, pour toutes les espèces et dans toutes les contrées 
cinnamomifères, à ne récolter que l'écorce. 

Depuis un temps que je ne puis préciser, on distingue dans le 
commerce français deux espèces de Cannelle connues sous les 
noms de Cannelle de Ceylan et de Cannelle de Chine. Cette distinc- 
tion est fondée sur une différence bien réelle des deuxécorces; 
et le dernier nom est la traduction bien appliquée du nom Dâr- 
Sini (bois de Chine), que porte dans une grande partie de l'Asie 
l'écorce du Launts Cassia, L. L'autre espèce de cannelle est pro- 
duite par le Laurus Cinnamomum, L. 

Indépendamment de ces deux cannelles, on trouve dans le com- 
merce une écorce connue depuis bien longtemps sous le nom de 
Cassia lignea^ et des feuilles qui ont été désignées de tout temps 
sous ceux de Malathrum et de Folium indicum (feuille dinde). La 
plupart des auteurs ont plus ou moins confondu tous ces pro- 
duits, ainsi que les arbres qui les fournissent. Burmann cepen- 
dant les avait bien distingués (2); mais après lui la confusion 
était redevenue aussi grand qu'auparavant : elle a cessé, grâce à 
la savante dissertation de MM. Nées d'Esenbeck (3), et il nous est 
permis aujourd'hui d'indiquer avec quelque certitude l'origine 
des différents produits des arbres cinnamomifères (4). 

Cannelle de Ceylan. 

Cinnamomum zeylanicum, Brcyn ; Cinnamomum foliis. latis ovatis, 

(0 Ricord-Madianna, Jown. pharm. , t. XV , p. 44. 

(5) Bur/nann, Flom indica, 1708. 

(3) Nées von Esenbeck (Ch . G. et Th. Fr. L.), De cinnamomo disputatio. 
Bonn», 1823. 

M) Depuis; M. Chr. God. Ne«»s (Systema laurinarum, 1836) a modifié en plu- 
sieurs points le résultat des précédentes recherches faites en commun avec son 
frère, M. Th. -Fr. -Louis Nées. Je n'ai pas cru devoir adopter ces modifications. 



LAURACÉES. — CANNELLE DE CEYLAN. 466 

frugiferum, Burm. (1); Malabar or Java cinnamom, Blackw. (2); 
Laurus Cinnamomum, L. (3), Nées (4) et Fr. Nées (5). 

Le Cannellier de Ceylan est exclusivement propre à celte ite, 
qui est la Taprobane des anciens ; mais il a été propagé par le 
moyen des fruits aux lies Maurice, à Gayenne et aux Antilles, 
dont plusieurs fournissent au commerce une écorce qui rivalise 
jusqu'à un certain point avec celle de Ceylan. 

On distingue à Ceylan plusieurs variétés ou espèces de cannellier 
dont les noms expriment les principales différences ; tels sont : 

1° Le roue coronde ou curunde, c'est-à-dire cannellier piquant 
et sucré, véritable cannellier officinal ou vrai Cinnamomum zey- 
lanicum. 

2° Le cachatte coronde, ou cannellier amer et astringent, dont 
l'écorce récente a une odeur /agréable et une saveur amaricante; 
mais, desséchée, elle devient brune, presque inodore, à saveur 
camphrée. Sa racine est très-camphrée. 

3° Le capperoe coronde, ou cannellier camphré, dont l'écorce 
et la racine sont également camphrées; Cinnamomum cappara- 
coronde y Blume. 

4* Le welle coronde, c'est-à-dire cannellier sablonneux, parce que 
son écorce mâchée croque sous la dent. Racine peu camphrée. 

5* Le tewel coronde, ou cannellier mucilagineux, de la saveur 
de son écorce. 

6° Le nieke coronde, c'est-à-dire cannellier à feuilles de nieke- 
gas ( Vit ex Negundo). 

7° Le dawel cvronde, ou cannellier-lambour ; ce nom lui est 
donné à cause de l'usage que Ton fait de son bois pour fabriquer 
les tambours. Cet arbre forme un genre particulier, sous le nom 
de Litsœa zeylanka. 

8° Le catte coronde, ou cannellier épineux. 

9° Le mae /(mal), coronde ou cannellier fleuri, Cinnamomum perpe* 
tuoflorens, Burm. (6); Laurus Burmanni, Nées (7) ; Laurus multiflora, 
Roxb. ; Cinnamomum zeylanicum, var. cassia, C. G. Nées (8), et 
Fr. Nées (9) ; Canellajavanensis, Bauh. (10). Gomme on le voit, cette 
espèce est aujourd'hui considérée par M. C. G. Nées comme une 

(I) Burmann, Thésaurus Zeyt. Amstelodami, 17)7, tab. XXVII. 
(2j Blackwell, tab. CCCL1V. 

(3) Linné, Sp.pl., t. II, p. 528. 

(4) Nées von Esenbeck, De cinnam. disput., tab. I. 

(5) Fr. Nées von Esenbeck, Plant, wedicin., t. CXXV1II. 

(6) Bannann, Thésaurus Zeyl., tab. XX VIII. 

(7) Nées von Esenbeck, Cinn. disp. t tab. IV. 

(8) Nées von Esenbeck, Syst. taurin. Beroiini, 1.330. 

(9) Nées von Esenbeck, Plant, officia., suppl., flg. 25. 

(10) Bauhinus, Pin., p. 409. 



406 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



simple variété du Cinnamomum zeylanicwn, duquel eHe se rappro- 
che beaucoup en effet; mais, suivant moi, M. G. Nces lui donne 
de nouveau à tort, comme synonymes, le Laurus cassia de la Ma- 
tière médicale de Linné, \ekarua de Rheede (1) et le Cassia ligneaàe 
Blackwell (2), dont la distinction avait été clairement établie par 
Nées (3). 
Le vrai Cannellier (fig. 490), rosse coronde ou Cinnamomum zeyla- 

nicum, Breya., est un arbre 
de 5 à 7 mètres de haut, 
porté sur un tronc de 30 à 
45 centimètres de diamè- 
tre. Les pétioles et les jeu- 
nes rameaux sont glabres; 
les feuilles sont presque 
opposées, ovales-oblon- 
gues , obtuses , les plus 
grandes ayant de 11 à 14 
centimètres de long sur 5 à 
7 centimètres de large; 
mais elles sont souvent 
beaucoup plus petites. Ces 
feuilles sont fermes et co- 
riaces; elles offrent, outre la 
nervure du milieu , deux 
autres nervures principa- 
les, qui partent comme la 
première du pétiole, s'ar- 
rondissent en se rappro- 
chant du bord de la feuille, 
et se dirigent vert le som- 
met, sans l'atteindre. In- 
dépendamment de ces trois 
nervures, les feuilles les plus larges en offrent deux autres tout 
près du bord; enfin ces feuilles desséchées prennent une teinte 
jaunâtre-brunâtre, due à l'oxygénation de l'huile volatile qu'elles 
renferment. Les fleurs sont petites, jaunâtres, disposées en pani- 
cule terminale. Le fruit est un drupe ovale, assez semblable à 
un gland de chêne, d'un brun bleuâtre, entouré h la base par le 
calice ; il est formé à l'intérieur d'une pulpe verte et onctueuse, 
et d'une semence à amande huileuse et purpurine. 
Ou cultive le cannellier surtout dins la partie occidentale Je 

(1) Rheode, f. I, tab. LV1I. 

(2) Blackwell, tab. CCCXCÏ. 

(3) Nées, De cinnamomo disputait), p. G3, tab. III. 




Fig. 490. — Vrai cannellier. 



IAURACÉES. — CANNELLE DE L'INDE. 407 

Tile de Ceylan, dans les environs de Colombo, et dans un espace 
d'environ quatorze lieues de longueur. Lorsqu'il est bien exposé, 
il peut donner son écorce au bout de cinq ans; mais, dans une 
position contraire, il n'en donne de bonne qu'au bout de huit 
à douze ans. On l'exploite jusqu'à trente ans, et on en fait deux 
récoltes par an, dont la première et la plus forte dure depuis le 
mois d'avril jusqu'au mois d'août ; la seconde commence en no- 
vembre et finit en janvier. 

Pour y procéder, on coupe les branches de plus de trois ans 
qui paraissent avoir les qualités requises; on détache, avec un 
couteau, Tépiderme grisâtre qui les recouvre. Ensuite on fend 
longitudinalement Fée or ce, et on la sépare du bois. Celle écorce 
ressemble alors à des tubes fendus dans leur longueur; on insère 
les plus petits dans les plus grands et on les fait sécher au soleil. 
Les menus sont distillés, et fournissent de l'huile volatile qui 
est versée dans le commerce. 

La Cannelle de Ceylan est en faisceaux très-longs, composés 
d'écorces aussi minces que du papier, et renfermées en grand 
nombre les unes dans les autres. Elle a une couleur citrine blonde, 
une saveur agréable, aromatique chaude, un peu piquante el un 
peu sucrée; elle est douée d'une odeur très-suave, et ne donne 
guère à la distillation que 8 grammes d'huile volatile, par kilo- 
gramme ; mais celle huile est d'une odeur très-suave, quoique 
forte. 

Cumelle mate.— La substance qui porte ce nom esti'écorcequi 
provient du tronc du cannellier de Ceylan, ou de grosses bran- 
dies de i'arbre abattu lorsqu'il est devenu trop âgé pour produire 
de bonne cannelle. Elle est privée de son épiderme, large de 
27 milimètres, plus ou moins, épaisse de 5, presque plate ou peu 
roulée ; son extérieur est légèrement rugueux et d'un jaune foncé ; 
son intérieur est d'un jaune plus pâle et comme recouvert 
d'une légère couche vernissée et brillante; sa cassure est fibreuse 
comme celle du quinquina jaune, et brillante ; elle a une odeur 
et une saveur de cannelle agréables, mais très-faibles. Celle can- 
nelle doit être rejetée de l'usage pharmaceutique. 

CMMlle de l'iMde ou du Malabar. 11 ne faut pas confondre 

cette cannelle actuelle du commerce avec l'ancienne cannelle du 

Italabar produite par le Laurus cassia, L., et qui a été détruile par 

les Hollandais, ainsi qu'il sera dit plus loin. La cannelle actuelle de 

l'Inde est produite par le cannellier de Ceylan que les Anglais onl 

naturellement cherché à propager dans l'Inde. Celte cannelle a 

presque tous les caractères et la qualité de la vraie cannelle de 

Ceylan, el, à Paris, elle est vendue comme telle. Je trouve qu'elle 

•'eo distingue cependant par une couleur plus pâle, uniforme, 



408 DICOTYLÉDONES MONOGHLAMYDÉES. 

par une odeur un peu plus faible et qui se conserve moins long- 
temps. Elle est disposée en faisceaux aussi longs; mais lesécorces 
sont en réalité plus courtes, et la longueur des faisceaux est due 
à ce que, en renfermant les écorces les unes dans les autres, 
on les a étagées sur leur longueur à la manière de tuyaux de 
lunette. Les écorces ne sont pas tout à fait aussi minces que dans 
la cannelle de Ceylan; les tubes sont plus gros et bien cylindri- 
ques ; 

Cannelle de Cayenne. Cette cannelle provient du Cinnamomum 
zeylanicum, Breyn. cultivé à Cayenne. Elle est en écorces aussi 
minces et presque aussi longues que celle qui vient de Ceylan, 
dont elle offre aussi l'odeur et le goûL Seulement elle est un peu 
plus large et plus volumineuse, d'une couleur plus pâle et comme 
blanchâtre, mais marquée de taches brunâtres. Elle est d'une 
odeur et d'un goût un peu plus faibles, et qui se conservent moins 
longtemps. Beaucoup de personnes vendent et achètent aujour- 
d'hui cette écorce comme de la cannelle de Ceylan. 

Le même cannellier est également cultivé au Brésil, dans file 
de la Trinité, dans les Antilles, et fournit au commerce des écor- 
ces de qualités très-variables, toujours inférieures à l'écorce de 
Ceylan. Celle du Brésil est la moins bonne de toutes; elle est 
comme spongieuse et presque inodore. 

Fleurs de Cannellier, Flores cassiœ o/f. y Clavelli cinnamomi. 
Cette substance parait venir de la Chine, et est attribuée, par la plu- 
part des auteurs, au même arbre qui produit la cannelle de Chine 
ou au Cmnamomnm Loureiri, Nées Esenb. Son odeur fine et très- 
agréable, quoique forte, me ferait penser plutôt qu'elle est pro- 
duite par le cannellier de Ceylan, ou plutôt par le Cinnamomum 
pwpetuoflorens de Burmann. Elle se compose de fleurs femelles de 
l'arbre fécondées, et lorsque l'ovaire a commencé à se développer, 
de sorte qu'on pourrait tout aussi bien la considérer comme for- 
mée des fruits très-imparfaits; elle ressemble un peu par la forme 
au clou de girofle; elle est principalement formée d'un calice 
plus ou moins ouvert ou globuleux, très-rugueux à l'extérieur, 
brun, épais, compacte et s 'amincissant peu à peu en pointe jus- 
qu'au pédoncule qui le termine. Au centre du calice se trouvée 
petit fruit, qui est amer, globuleux, brun et rugueux en dessous, 
rougeâtre et lisse en dessus, et présentant à son point le pl us 
élevé un vestige de style. 

Le calice a une odeur et une saveur de cannelle très-fortes el 
agréables ; il est très-riche en huile essentielle, qu'on peut en f e " 
tirer par la distillation. Il jouit des mêmes propriétés médicale 
que la cannelle. 
. Le fruit mûr ne se trouve pas dans le commerce; son am^ c 



LAURACÉES. — CANNELLE DE CHINE. 



409 



donne par expression une huile concrète dont on forme à Ceylan 
des bougies odorantes. 

CftMelle de Chine. 

Cinnamomum aromaticum, G. Nées, Syst. law\ ; Cinnam. Cassia, 
Fr. Nées (4); Laurus Cassia, L. (2), Nee$(3); Fr. Nées (4); Cassia 
lignea, Blackw. (5), karua, llheede (6). Ce cannellier (fig. 491) croît 
au Malabar, à la Cochinchine dans la province de Kwangse en 




Fip. 491 . — Cannelle de Chine. 



Chine, et dans les îles de la Sonde. Il s'élève a plus de 8 mètres; ses 
feuilles sont alternes, très-entières, longues, dans leur plus grand 
développement, de 18 à 25 centimètres, larges de 5 à 6, amincies 
en pointe aux deux extrémités; elles sont triplinerves, c'est-à-dire 
que les trois nervures principales qui parcourent la feuille, du 
pétiole jusqu'à l'extémité, se réunissent en une seule sur le limbe 
de la feuille, à quelque distance du pétiole. Ces trois nervures 
sont fortes parfaitement régulières, et divisent la feuille en quatre 
parties égales; l'espace qui les sépare est traversé par une infinité 
de nervures très-fines et aussi très-régulières; la surface supé- 
rieure est lisse ; la face inférieure est grise et pubescenlc ; le pé- 

(I) Je pense que le nom de Cinnnmomum Cassia devrait être adopté, comme 
• étant la transformation obligée du véritable Laurus Cassia, L. ; alors le Cinna- 
mo m u m perpetuoflorens de Burmann, soit qu'on le considère comme une va- 
riété du C zeytanicum, soit qu'on en fasse une espèce distincte, reprendrai 
■•n nom, ou prendrait celui de floridum ou de mulliflcrum que lui a donné 
fcoitargh. 

il) Linné, Mat. med. 

(?) Nées, De cinn. t p. 53, tab. III. 

(4) Nées, Plant, médian., tab. CXXIX. 

ty Blackwell, tab. CCCXCI. 

(•) Rbeede, Hortus indicus Malabaricus, t. I, tab. LV1L * 



410 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

tiole el les jeunes rameaux le sont également. Le pétiole mâché 
offre le goût particulier de la cannelle de Chine. 

Le Cinnamomum Cassia était très-abondant autrefois sur la côte 
de Malabar, qui faisait un commerce considérable de son écorceet 
de son huile distillée ; mais ce commerce a cessé lorsque les Hol- 
landais, s'étant rendus maîtres de Ceylan, eurent acheté du roi 
de Gochin le droit de détruire tous les cannelliers, afin de don- 
ner plus de valeur à ceux de Ceylan. Aujourd'hui cette espèce dp 
cannelle est tirée de la Chine par Canton. Elle est en faisceaux 
plus courts que celle de Ceylan, et se compose d'écorces plus 
épaisses et non roulées les unes dans les autres ; elle est d'une 
couleur fauve plus prononcée, et son odeur a quelque chose de 
peu agréable ; sa saveur est chaude, piquanle et offre un goût de 
punaise ; enfin 'elle est moins estimée que la cannelle de Ceylan. 
Elle fournil plus d'huile volatile à la distillation; mais celte huile 
partage l'odeur peu agréable de l'écorce. 

Yauquelin, ayant fait l'examen des cannelles de Ceylan et de 
Chine, en a retiré également de l'huile volatile, du tannin, du mu- 
cilage, une matière colorante el un acide (1). La cannelle de Chine 
doit contenir en oulre de l'amidon, car, lorsqu'on la distille avec 
de l'eau, le décodé prend une consistance tremblante en se re- 
froidissant. 

Essences de cannelle. On trouve dans le commerce trois sortes 
d'essences de cannelle : 1° celle de cannelle de Ceylan, qui est d'un 
jaune doré, d'une odeur des plus suaves, d'une faveur sucrée et 
brûlante et d'une pesanteur spécifique de 1,05 à un 1,09 ; elle est 
toujours d'un prix très-élevé ; 2° celle de cannelle de Chine, qui, 
possède les mêmes propriétés, à cela près de l'odeur el de la sa- 
veur qui sont beaucoup moins suaves et qui présentent quelque 
chose du goût de punaise ; le prix en est très-inférieur à la pre- 
mière ; 3° celle de fleurs de cannelle qui se rapproche beaucoup 
de la première, quoique d'une odeur moins fine et moins suave 
et que Ton vend comme essence de Ceylan de seconde qualité. 
Toutes ces essences résultent du mélange en quantité variable de 
deux huiles volatiles, dont la principale, nommée hydrure de cin- 
namyle, est composée, d'après M. Dumas, de C l8 fl 8 0*. Celle es- 
sence est essentiellement caractérisée par la propriété de s'unir 
directement avec l'acide azotique concentré, et de donner nais- 
sance à un composé éminemment cristallisable ; elle se combine 
également avec l'ammoniaque et forme un composé cristallisable 
et permanent; elle absorbe rapidement l'oxygène de l'air et se 
convertit, partie en corps résineux qui restent dissous dans l'es- 

(0 Yauquelin, JotTrn. depharm., t. III, p. 433. 



LAURACÉES. — MALABATIIBUM. 41 i 

sence, partie en acide cinnamique cristallisabte, dont la formule 
égale C 18 H 8 0*— C 18 H 7 0* + HO. Ce môme acide se forme sou- 
vent par l'action de l'air sur l'hydrolat de cannelle, et cristallise 
au fond. Il a été pris longtemps pour de l'acide benzoïque dont 
il diffère beaucoup par sa composition . 

Cannelle de Sumatra. 

J'ai reçu une fois, sous ce nom, une cannelle en partie couverte 
d'un épiderme gris-blanchâtre, assez épaisse, roulée, d'une cou- 
leur rouge prononcée, d'une odeur assez forte et agréable, d'une 
saveur à la fois astringente, sucrée et aromatique ; enfin se ré- 
duisant en pâte dans la bouche, tant elle est mucilagineuse. 

Cannelle de «lava. 

Cette cannelle (1), qui est assez commune, ne diffère peut-être 
de la précédente que par son ancienneté dans le commerce; elle 
est en tubes épais, roulés isolément les uns des autres, bien cylin- 
driques, d'une couleur rouge assez prononcée, d'une odeur et 
d'une saveur semblables à celles de la cannelle de Chine, mais 
plus faibles ; elle a une saveur très-mucilagineuse. En vieillissant, 
elle devient d'un brun noirâtre et perd presque toute odeur. C'est 
cette écorce que l'on vend aujourd'hui dans le commerce sous 
le nom de Cassia lignea. 

La cannelle de Java parait due au Cinnamomum perpeluoflorens 
de Burmann, Laurus multiflora de Hoxburgh, Laurus Burmanni 
des frères Nées d'Esenbeck. 

CaMla lignea et Mal a bain ru m. 

J'ai dit précédemment que le Cassia ou Casia des anciens pa- 
raissait être notre cannelle actuelle; plus tard il prit le surnom 
éesyringis ou de fistularis ou de fistula, en raison de sa disposi- 
tion en tubes creux, et enfin, lorsque le nom de Cassia Fistula eut 
été réservé exclusivement au fruit purgatif qui le porte aujour- 
d'hui, on désigna, comme moyen de distinction, l'ancienne écorce 
de cassia par le surnom de lignea. Ainsi je pense que, à une cer- 
taine époque, l'expression Cassia lignea répondit à noire nom 
actuel cannelle, sans distinction d'espèces ou de variétés. Mais, 
bientôt après, les marchands d'épices et les apothicaires ayant 
appris à en distinguer plusieurs espèces, les noms de cannelle et 
de cinnamomum furent réservés aux écorces les plus fines, tant 
en épaisseur qu'en qualité, et le nom Cassia lignea fut affecté 

(i)Clusi'us, Exot.,p. 77. 



412 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

aux écorces plus épaisses, d'une apparence plus ligneuse et d'un 
goût moins parfait. Familiares habeo eruditos viras medicos arabes, 
turcos et coracones, qui omnes caneiiam crassiorem cassiam ligneam 
appellent (1). A partir de ce moment, les meilleurs auteurs, tels' 
que Valérius Cordus, Pomet, Leipery, Charas, Geoffroy, ont 
donné la même signification au Cassia lignea, et l'ont appliquée 
soit à la cannelle de Chine, soit plutôt encore à celle de Java ou 
de Sumatra. 

Je dois dire cependant que vers Tannée 1805, époque à laquelle 
j'ai commencé l'étude de la pharmacie, j'ai vu dans les bonnes 
officines et chez les principaux droguistes de Paris, sous le nom 
de Cassia lignea, une écorce qui différait de toutes les cannelles 
précédentes par un manque presque complet d'odeur et de saveur, 
et j'ajoute que, vers l'année 1812 ou 1813, lorsqu'on fit expressé- 
ment venir de Hollande les substances qui devaient composer le 
grand droguier de la pharmacie centrale des hôpitaux, afin que 
leur qualité fût mieux assurée, c'est cette même écorce inodore 
qui nous fut envoyée comme Cassia lignea : c'est donc à elle seu- 
lement que j'en conserverai le nom. 

Je puis dire la même chose pour les feuilles du malabathrum : 
la plupart des auteurs parlent de leur qualité aromatique et de 
leur forme plus ou moins arrondie ou allongée; et assez récem- 
ment, M . G. Nées d'Esenbeck a trouvé des feuilles de malabathrum 
qui lui ont paru appartenir à diverses espèces de Cinnamomwn : 
tels sont les Cinnamomwn Tamala, albiflorum, eucalyptoides (nitidum, 
Hooker et Blume), obtusifolium,iners, etc. M. Blume, de son côté, 
pense que ces feuilles sont fournies presque exclusivement par 
son Cinnamomum nitidum. Or, depuis que je suis dans la pharma- 
cie, je n'ai jamais vu qu'une seule espèce de feuille de malaba- 
thrum, et cette feuille, par son manque complet d'odeur et de 
saveur, me paraît appartenir au même arbre que le Cassia lignea 
dont je viens de parler. Voici la description de ces deux sub- 
stances : 

Cassia lignea. Cette écorce, dont il ne me reste plus qu'un fai- 
ble échantillon, était en tubes fort longs, comme ceux de la can- 
nelle de Ceylan, mais non roulés les uns dans les autres, et offrant 
l'épaisseur de la belle cannelle de Chine (c'est-à-dire qu'elle était 
plus épaisse que la cannelle de Ceylan, et moins épaisse que la 
cannelle de Chine commune); elle était d'une couleur fauve-rou- 
geâtre, et se distinguait de l'une et l'autre cannelle par la parfaite 
cylindricilé de ses tubes (la cannelle est toujours plus ou moin 5 
flexueuse); elle était privée d'odeur, et sa saveur était mucilage 
neuse. 

(I) Gardas ab Horto, Aromatum Jiist., cap. x. 



LAURACÉES. — MALABATRHUM. 



413 




Malabatkrum {fig. 492). Ces feuilles sont qblongues-lancéolées 
ou linéaires-lancéolées, amincies en pointe aux deux extrémités; 
elles varient beaucoup de grandeur, car elles ont depuis 8 centi- 
mètres de long sur 2, 7 centimètres de large, 
jusqu'à 25 centimètres de long sur 5,8 centimè- 
tres de large. Gomme on le voit, ces feuilles sont 
beaucoup plus étroites que celles du Cinnamomum 
Cassia, et, à plus forte raison, que celles du Cin- 
namomum zeylanicum. Elles sont plus minces que 
les unes et les autres, et sont simplement tri- 
nerves, c'est-à-dire que les trois nervures qui vont 
de la base au sommet se séparent à partir du 
pétiole; de plus, les deux nervures latérales sont 
beaucoup plus rapprochées du bord de la feuille 
que de la nervure du milieu, de sorte que la 
feuille n'est pas partagée en parties égales comme 
celle du Cinnamomum Cassia. La feuille de mala- 
bathrum est lisse et luisante en dessus, glabre en 
dessous, et les nervures et le pétiole sont lisses 
et luisants, au lieu d'être pubescents comme dans 
le Cinnamomum Cassia. Elle est complètement 
inodore, et le pétiole qui est très-mince, étant 
mâché, n'offre aucun goût de cannelle. Enfin, 
cette feuille présente une couleur verte qui résiste à la vétusté, 
ce qui lient à l'absence complète de l'huile volatile. 

Maintenant quelle est l'espèce de Cinnamomum qui produit à 
la fois le Cassia lignea et le Malabathrumf J'ai toujours pensé 
que ce devait être le katou karua de Rheede (1), qui est leLaurus 
Malabatkrum deBurmann, le Cinnamomum Malabathrum de Batka, 
et peut-être aussi le Cinnamomum iners deBlume. Je sais bien que 
Rheede compare, pour l'odeur et la saveur, le katou karua au Âa* 
rua (oannelle de Chine); mais il est possible que cette odeur, déjà 
plus faible, se perde à la dessiccation; elle parait être nulle dans 
le Cinnamomum iners (2). 

(1) Rheede, Hort. Ma lab., t. V, Ub. LUI. 

(2) Voici, d'après Blume, les figures qui se rapportent le mieux aux feuilles 
«le malabathrum et qui, suivant moi, appartiennent à une seule et môme 
espèce. 

1° Cinnamomum Malabathrum, tab. XIII, fig. 3 et 4 (ult. opt.). 
j* — oehrneeum, tab. X, fig. 2, 3 et 4 [triœ opt.). 

. 3* — Rauwolfi, tab. IX, fig. 4, 5. 

Les figures suivantes se rapportent moins biens au Malabathrum. 
4* Cûmimomum nitidum, tab. XV. 

à* — nitidum, tab. XVI, fig. 1. 

6* — iners, • tab. XVII. 

V — iners, Ub. XVUI. 



414 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

' Ecorce de Culllawau. 

Cannelle-giroflée de quelques-uns; Cortex caryophylloides de 
Rumphius; Laurus Culilawan, L.; Cinnamomum Culilawan de 
Blume. Cet arbre a les feuilles presque opposées, triplinervées, 
ovales-acuminées, glabres, coriaces, vertes en dessus, un peu glau- 
ques en dessous. L'écorce, telle que le commerce nous l'offre, est 
en morceaux plus ou moins longs, presque plats ou peu convexes» 
épais de 2 à 7 millimètres, fibreux, raclés à l'extérieur ou recou- 
verts d'un épiderme blanchâtre; elle est d'un jaune rougeâtreà 
l'intérieur, et ressemble assez à de mauvais quinquina jaune. Elle 
a une odeur de cannelle et de girofle mêlés, qui, lorsqu'on la pul- 
vérise, acquiert quelque chose de l'essence de térébenthine; elle 
a une saveur aromatique chaude, un peu piquante et mêlée d'un 
léger goût astringent et mucilagineux ; elle donne une huile 
volatile à la distillation ; elle est peu employée 

Le nom de cette écorce est tiré du malais kulù lawang, qui si- 
gnifie écorce giroflée. 

Le groupe des lies Malaises, des lies Philippines et de la terre 
des Papous, paraît produire un grand nombre d'espèces de Cin- 
namomum à écorces caryophy liées, qui peuvent être facilement 
confondues. Rumphius distingue deux, espèces ou variétés de 
culilawan dans la seule île d'Amboine : l'une blanche, c'est le 
Ctnnamomum Culilawan ,BL; l'autre rouge, dont M. Blume a fait 
son Cinnamomum rubrum, et dont l'écorce, suivant l'échantillon 
qui m'en a été communiqué, est d'un rouge de cannelle foncé, 
de forme cintrée, mondée et unie à l'intérieur, lustrée et comme 
satinée à l'intérieur, épaisse de 4 à 5 millimètres, d'une texture 
fibreuse fine et spongieuse. La saveur en est très -aromatique, 
très-piquante, et offre un goût mélangé de cannelle fine et de 
girofle. 

Rumphius mentionne aussi une écorce de slndoc que le vul- 
gaire confond avec le culilawan, quoiqu'elle soit différente et 
provienne d'un arbre différent. Cet arbre est le Cinnamomum Sm- 
toc de Blume. L'écorce, d'après l'échantillon que j'en ai, et d'a- 
près les figures qu'en a données M. Blume, ne me parait pas dif- 
férer de celle de culilawan ordinaire. Peut-être cependant est-elle 
un peu plus compacte; elle est fortement aromatique. 

Vient encore une écorce de culilawan des Papous qui ne pa- 
raît différer du culilawan commun ou blanchâtre que par la cou- 
leur bistrée de son liber; enfin une écorce demasaoy de la$*"' 
relie- «aînée, différente de celle à odeur de sassafras, qui a été 
rapportée par M. Lesson, et dont il est possible qu'il y ait plusieurs 
espèces : telle que je me la suis procurée à une exposition qui a 



LAURACÉES. — CAMPHRE DU JAPON. 415 

eu lieu il y a quelques années à Paris, sous le «nom de musée je» 
ponais, cette écorce est cintrée, épaisse de 7 à 8 millimètres, 
couverte d'un épidertne gris-rougeAtre légèrement tuberculeux 
et formée d'un liber gris rosé, dur et compacte, d'une structure un 
peu radiée sur sa coupe transversale. Elle possède une odeur très- 
forte, analogue à celle du cumin, et une saveur très-âcre, avec le 
même goût de cumin. 

On connaît dans le commerce, sous le nom de cannelle blanche, 
une écorce qui n'a d'autre rapport avec la cannelle que sa qualité 
aromatique ; elle appartient à la famille des gultifères. [Quant à 
l'écorce désignée par Guibourt sous le nom de cannelle brû- 
lante (4), elle est produite par le Drimys granatensis de la famille 
des Mâgnoliacées.] 

Camphre du Japon. 

Le camphre est un principe immédiat de la nature des huiles 
volatiles, qui est solide, incolore, transparent, plus léger que l'eau, 
d'une odeur très-forte et pénétrante, d'une saveur très-âcre et 
aromatique, accompagnée cependant d'un sentiment de fraîcheur. 
U est assez volatil pour se dissiper entièrement à l'air libre ; il 
est inflammable et brûle sans résidu, même à la surface de l'eau. 
11 n'est pas sensiblement- soluble dans ce liquide, auquel cepen- 
dant il communique une odeur et une saveur très-prononcées. 
Hesttrès-soluble dans l'éther, l'alcool, les huiles fixes et volatiles. 
Le camphre existe dans beaucoup de végétaux, et Proust en a 
retiré d'un assez grand nombre d'huiles volatiles de plantes la- 
biées. La zéodaire, le gingembre, le galanga, le cardamome, le 
schœnanthe, sont aussi cités pour en contenir; les racines de la 
plupart des cannelliers en fournissent à la distillation ; mais tout 
k camphre du commerce paraît être retiré d'un grand laurier 
du Japon, que Kaempfer a fait connaître le premier (2), que Linné 
a nommé Laurus camphora, et qui est aujourd'hui le Camphora 
tfficinarum, Nées. 

Pour obtenir le camphre, on réduit en éclats la racine, le tronc 
elles branches du laurier-camphrier; on les met avec de l'eau 
dans de grandes cucurbites de fer, surmontées de chapiteaux en 
terre, dont on garnit l'intérieur de paille de riz; on chauffe mo- 
dérément, et le camphe se volatilise et se sublime sur la paille. 
On le rassemble et on l'envoie en Europe, enfermé dans des ton- 
neaux. Il est sous la forme de grains grisâtres, agglomérés, hui- 
leux, humides, plus ou moins impurs. 

(1) Guibourt, HisL des drogues simples, 4 e édit.. p. 383. 

(2) Kempfer, Amœn. % p. 770. 



416 DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 

Les Hollandais pnt été longtemps seuls en possession de l'art 
de raffiner le camphre, et de le mettre sous la forme de larges 
pains -à demi fondus et transparents. Us ont gardé le monopole 
de cet art longtemps encore après la publication du procédé; car 
il n'y a guère qu'une cinquantaine d'années qu'on raffine en 
France, et cependant le procédé s'en trouve décrit avec détail 
par Geoffroy (1), et par Proust (2) ; il paraît même avoir été connu 
de Lemery. M. Clémandol Ta encore décrit d'une manière très- 
exacte (3). Ce procédé consiste à mettre le camphre brut dans 
des matras à fond plat, placés chacun sur un bain de sable, et en- 
tièrement couverts de sable. On chauffe graduellement jusqu'à 
fondre le camphre, et le faire entrer en légère ébullition : on l'en- 
tretient en cet état jusqu'à ce que toute l'eau qu'il contient soit 
évaporée. Alors on découvre peu à peu le haut du matras en re- 
tirant le sable, de manière à le refroidir et à permettre au cam- 
phre de s'y condenser. On continue ainsi jusqu'à ce que le matras 
soit entièrement découvert, et on attend que l'appareil soit com- 
plètement refroidi pour en retirer le pain de camphre. 

J'ai dit plus haut que le camphre du commerce était tiré du 
laurier-camphrier du Japon. Beaucoup de personnes (4) pensent 
aujourd'hui que la majeure partie de cette marchandise provient 
d'un arbre différent, qui croît dans les îles de Bornéo et de Su- 
matra. En effet Ainslie (5) dit que la plus grande partie du cam- 
phre et de Y essence de camphre que l'on trouve dans les bazars de 
l'Inde n'est pas produite par le Laurus camphora du Japon, mais 
qu'elle est apportée de Sumatra et de Bornéo; que déjà, depuis 
longtemps, Kœmpfer avait suggéré l'idée que le camphre apporté 
n en Europe de Bornéo et de Sumatra n'était pas produit par le 
Laurus camphora; mais que, grâce aux recherches éclairées de 
M. Colebrokc, il est maintenant certain qu'il est produit par un 
arbre d'un genre différent, nommé Dryobalanops Camphora, lequel 
croit à une grande hauteur dans les forêts de la côte nord-est de 
Sumatra (G). Pour se procurer l'essence de camphre, qui est en-, 
core plus estimée que le camphre lui-même dans ces conlrées 
orientales, il est seulement nécessaire de percer l'arbre, et l'es- 



(1) Geoffroy, Matière médicale, t. IV, p. 21. 

(2) Proust, A un. de chimie., t. IV, p. 21. 

(M) Clémandot, Journ. de pharm., t. III, p. 353. 

(4) [M. Th. Martius, qui avait jadis émis cette idée, en est revenu complu* 
mont et arrive à ces conclusions : que le camphre du Dryobalanops est un pro- 
duit qui n'existe qu'en très-petite quantité en Angleterre, et qui est à peupr^ 
inconnu en Allemagne. (Neues Répertoriant fur Pharmacie, et analysé din* ^ 
Journal de pharm, et de chimie, 3* série, t. XXIII, p. 472.] 

(5) Ainslie, Materia indica, t. I, p. 49. 

(6) Colebroke, Asiat. Res., vol. XII, p. 359. 



LAURACÉES. — CAMPHRE DU JAPON. 417 

sence découle par l'orifice. Pour obtenir le camphre concret, l'ar- 
bre doit être abattu, lorsqu'on y découvre comme de petits gla- 
çons blancs, situés perpendiculairement, et en veines irrégulières, 
au centre ou près du centre du bois. 

L'arbre dont il est ici question, sous le nom de Dryobalanops 
Camphora, avait été décrit depuis longtemps par Breyn et par 
Romphius, qui avaient parfaitement vu qu'il élait différent du 
camphrier du Japon. Gœrtner fils, sur l'inspection seule du fruit, 
l'avait distingué par le nom de Dryobalanops aromatica, et Correa 
de Serra l'avait nommé Plenjgium costatum (1). Cet arbre, réuni à 
quelques autres genres analogues, constitue la petite famille des 
Diptérocarpées, voisine des Tiliacées; mais rien ne prouve que le 
camphre qui en provient soit apporté en Europe. D'abord Kaera- 
pfer ne dit nullement qu'il y soit apporté, comme on serait tenté 
de le supposer, d'après Ainslie; Kœmpfer dit seulement que dans 
les lies de Bornéo et de Sumatra, il croît un arbre qui produit un 
camphre naturel, cristallin, très-précieux et très-rare, mais que 
cet arbre n'est pas du genre des Lauriers. Secondement, tou- 
tes les autorités citées par Ainslie prouvent seulement que le 
camphre de Sumatra est usité dans l'Inde comme il l'est en Chine 
et au Japon ; mais on ne voit pas qu'aucun dise qu'il soit apporté 
eu Europe. Troisièmement, enfin, ce que rapporte Ainslie de l'ex- 
traction du camphre du camphrier de Sumatra, parait extrait de 
Rumphius, et Rumphius dit positivement que ce camphre ne 
v ient pas en Europe. Voici un extrait de ce qu'en rapporte Rum- 



« Le camphre de cet arbre, nommé capur ba) % os, du lieu où il 
«oit, se concrète naturellement sous l'écorce et au milieu du 
bois, sous la forme de larmes plates, qui ont l'apparence de la 
glace ou du mica de Moscovie ; mais plus souvent il est en frag- 
ments de la grandeur de l'ongle. Ce camphre, très-eslimé, se 
nomme cabe&sa. Vient après celui qui est en grains comme le 
poivre, ou en petites écailles, que l'on nomme bariga ; celui qui 
pulvérulent comme du sable ou de la farine se nomme pee. Ces 
trois sortes sont mêlées ensemble et renfermées dans des vessies 
enveloppées d'un sac de jonc ; sans ces précautions, le camphre 
cabessa se volatilise et prive de son odeur le restant de la masse, 
<}niest plus vil et plus léger (2). 

«Le camphre du Japon n'est pas aussi volatil, ce qui est cause 

(1) Correa de Serra, Ann. du Mus., t. VIII, p. 397. 

P) H résulterait de ce passage, et d'autres de Rumphius et de Breyn, que le 
Camphre cabesta est plus volatil que celui du Japon ; mais qu'il est souvent 
fflêlé, dans le camphre en sorte, d'une autre substance peu ou pas volatile et 
non odorante. 

Gvmar, Drogues, 7* édit. T. II. — 27 



418 DICOTYLÉDONES MONOGHUMYDÉES. 

que la Compagnie des Indes laisse le camphre de Baros et n'envoie 
en Hollande rien autre chose que celui du Japon. 

« Au contraire, les Chinois et autres recherchent le camphre 
cabessa, et le transportent avec un grand bénéGce au Japon, où 
la livre vaut de 22 à 60 impériaux, suivant la grandeur des mor- 
ceaux (1). » 

Je dois à M. le professeur Christison un échantillon de camphre 
de Bornéo; il est en fragments incolores et d'une transparence 
un peu nébuleuse, ressemblant à de petits morceaux de glace. 
Ces petites larmes, dont les plus grosses ne pèsent pas plus de 
i décigramme, sont généralement plates d'un côté et différem- 
ment anguleuses de l'autre. Elles ont une odeur camphrée moins 
forte que celle du camphre du Japon, et mêlée d'une odeur de 
patchouly. Elles sont un peu dures sous la dent, et s'y pulvérisent 
en émettant dans la bouche une très- forte saveur camphrée. Ce 
camphre a été analysé par Pelouze, qui lui a trouvé une compo- 
sition un peu différente de celle du camphre du Japon. 

Le camphre du Japon est composé de C*°H 16 2 pour 4 volu- 
mes de vapeur. L'essence liquide qui l'accompagne en petite 
quantité dans l'arbre = C 20 H^ 6 O. Cette essence, traitée avec pré- 
caution par les agents oxygénants, se convertit en camphre. L'hy- 
drogène carburé (G 29 H^ 6 ), qui forme le radical de ces deux corps, 
est isomère avec l'essence de térébenthine, dont le camphre et 
son essence représentent les deux premiers degrés d'oxydation. 
' L'acide phosphorique anhydre enlève au camphre 2JBO, et le 
change en camphogène = C 29 H U . 

Le camphre, traité par 10 parties d'acide sulfurique hydraté 
additionné d'eau, se sépare, après quelque temps, sous forme 
d'une huile liquide qui est isomérique avec le camphre. 

Le camphre, traité à froid par l'acide azotique concentré, s'y 
dissout en grande proportion; mais aussitôt le mélange se sépare 
en deux parts, dont la partie surnageante, autrefois nommée huile 
de camphre, est un liquide jaune et oléiforme, composé de cam- 
phre et d'acide nitrique anhydre. Il ne faut pas confondre celle 
huile de camphre artificielle avec les essences naturelles des cam- 
phriers. Le camphre, traité à chaud par 6 à 10 parties d'acide 
azotique, se convertit en acide camphorique (C l0 H 8 O 4 ), c'est-à- 
dire qu'une molécule de camphre C 20 H 16 9 prend O 6 et forme 
C ao H**0 8 = 2 molécules d'acide camphorique hydraté. 

(I) Rumphius, L'erb. amb., t. VII, p. 68. 

Deux commerçants m'ont assuré, cependant, que, dans ces dernières année*» 
il était arrivé par la voie de Hollande une certaine quantité de camphre de 
Bornéo, lequel avait été employé mélangé avec celui du Japon. 



MYRISTICÉES. — MUSCADIER. 419 

Le camphre de Bornéo a pour formule C 20 H l8 O a ; traité par l'a- 
cide phosphorique anhydre, il perd 2HO et forme C 20 H_ 16 , iden- 
tique avec l'essence naturelle du Dryobalanops Camphora, et iso- 
mérique avec l'essence de térébenthine. Traité par l'acide azoti- 
que avec précaution, et à la température ordinaire, il perd H et se 
convertil en camphre du Japon. 

FAMILLE DES MYRISTICÉES. 

Petite famille d'arbres exotiques et intertropicaux, dont le principal 
genre (Myrislica) avait été rangé d'abord dans la famille des Laurinées; 
mais elle s'en distingue par un assez grand nombre de caractères, tout 
en conservant cependant avec les Laurinées assez d'analogies pour qu'il 
soit convenable de ne pas les isoler. 

Les Myristica ont les feuilles alternes, courtement pétiolées, très- 
entières, privées de stipules; les fleurs sont dioïques, tres-pelites, ra- 
rement terminales, pourvues d'un périgone simple, coloré, urcéolé ou 
lubuleux, à 3 divisions valvaires. Les fleurs mâles présentent à leur 
centre une colonne formée par la soudure des étamincs, et cette co- 
lonne porte, à sa partie supérieure, de 5 à 45 anthères linéaires, bilo- 
culaires, disposées circulairement, et s'ouvrant par deux fentes longi- 
tudinales. Les fleurs femelles contiennent un ovaire unique, supère, 
oniloculaire, à un seul ovule dressé, anatrope. Le stigmate est bilobé. 
U fruit est une baie sèche, s'ouvrant en 2 valves, et contenant une se- 
mence à épisperme solide, recouvert pur un arillode charnu, plus ou 
moins lacioié. L'embryon est petit et situé à la base d'un endosperme 
fouleux. La radicule est courte et infère. 

Le genre Myristica renferme un assez grand nombre d'espèces, 
dont la plupart appartiennent aux îles de la Malaisie; les autres 
se trouvent dans l'Amérique méridionale. 

Muscadier aromatique, muscade et macls. 

Myristica moschata, Thunb.; M. officinalis, L. f. etGaerln.; 
M.fragram, Houtt. ; M. aromatica, Lmk. (fig. 493). Bel arbre des 
lies Holuques, cultivé surtout aux îles Banda, et introduit, en 
1770, dans celles de France et de Bourbon. C'est des îles qu'il 
est ensuite passé en Amérique. Son fruit est une baie pyriforme 
marquée d'un sillon longitudinal et de la grosseur d'une petite 
pèche. L'enveloppe en est charnue, mais peu succulente, et s'ou- 
vre en deux valves (quelquefois en quatre) à mesure qu'elle mûrit 
et se dessèche. On voit quelquefois en Europe de ces fruits en- 
tiers, confits au sucre ou conservés dans de l'alcool ou de la sau- 
mure. 
Sous ce brou, qu'on rejette ordinairement, on aperçoit {fig. 494) 



i20 



DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



un faux arille profondément et irrégulièrement lacinié, charnu, 
d'un beau rouge lorsqu'il est récent, mais devenant jaune par la 
dessiccation : c'est le tnacis. On le sépare de la semence qu'il lient 
comme embrassée, et on le fait sécher après l'avoir trempé dans 




Fig. 493. — Muscadier. 

l'eau salée, ce qui lui conserve de la souplesse et empêche la dé- 
perdition du principe aromatique. On doit le choisir d'un jaune 
orangé, épais, sec, et cependant souple el 
onctueux, d'une odeur forte, très-agréable, 
et d'une saveur très-âcre et aromatique. 

Sous le macis se trouve l'enveloppe même 
de la graine qui a la forme d'une coque 
arrondie ou ovoïde, d'une couleur brune, 
impressionnée à sa surface par l'applica- 
tion de l'arilie; solide, sèche, cassante, 
inodore. On la rejette comme inutile. 

Enfin, l'amande qui se trouve au centre 
du fruit, et que le commerce nous présente 
presque toujours dépouillée de ses différen- 
tes enveloppes, constitue la muscade. Elle 
est d'une forme arrondie ou ovoïde, grosse 
comme une petite noix, ridée et sillonnée en tous sens; sa 
couleur est d'un gris rougeâtre sur les parties saillantes et 
d'un blanc grisâtre dans les sillons; à l'intérieur, elle est grise 
et veinée de rouge; d'une consistance dure et cependant onc- 
tueuse et attaquable par le couteau ; d'une odeur forte-, aroma- 
tique et agréable ; d'une saveur huileuse, chaude et acre. On doit 
la choisir grosse, pesante et non piquée, ce à quoi elle est fort 




Piff. 494. — Graine de mus- 
cadier avec son arillodc 
ou macis. 



MYRISTICEES. — MUSCADIER. 421 

sujette, malgré la précaution que Ton prend en Asie, avant de 
l'envoyer, de la tremper dans de l'eau de chaux. Les commer- 
çants sont fort habiles à boucher les trous d'insectes avec une pâte 
composée de poudre et d'huile de muscade; il faut y regarder de 
près si l'on ne veut pas y être trompé. 

Muscade de Cayenne. Le muscadier aromatique transporté à 
Cayenne y a prospéré; mais les semences, plus petites et moins 
huileuses que les muscades des Moluques, ne sont guère reçues 
que dans le commerce français. Elles arrivent toujours renfermées 
dans leur coque, qui est d'un brun foncé ou même noirâtre, lus- 
trée et comme vernie; l'intérieur de la coque est gris et dépourvu 
d'enduit pulvérulent et blanchâtre, de même que la surface de 
l'amande. Les dimensions de la coque sont de 26 à 27 millimètres 
sur 19, et celles de l'amande varient de 49 à 23 pour la longueur 
sur 15 à 18 d'épaisseur. Les muscades des Moluques en coques 
ont de 27 à 31 millimètres de longueur sur 24 millimètres d'é- 
paisseur ; l'amande nue a de 23 à 26 millimètres de longueur sur 
20 ou 21 millimètres d'épaisseur. 

Muscade long ne des Moluques. 

Nommée aussi muscade sauvage ou muscade mâle, la muscade 
officinale étant nommée, par opposition, muscade cultivée et mus- 
cade femelle. L'arbre qui produit la muscade longue {Myristica 
tomentosa, Thunb. et Wild.; Myristica fatua, Houtt etBlum.; My- 
ristica dactilotdes, Gaertn.), est plus élevé que le premier, et porte 
des feuilles plus grandes, pubescentes en dessous. Les fruits sont 
elliptiques, cotonneux à leur surface; la semence est elliptique, 
terminée en pointe mousse à l'extrémité supérieure, longue de 
4 centimètres environ, épaisse de 2 à 2,5 centimètres. La coque 
(épisperme), dont elle est toujours pourvue, présente l'impression 
d'un macis partagé en quatre bandes assez régulières, allant de la 
base au sommet. L'amande est elliptique, unie, d'un gris rou- 
geâtre uniforme à sa surface, marbrée en dedans, moins huileuse 
et moins aromatique que la muscade ronde des Moluques, mais 
à peu grès autant que la muscade de Cayenne. De même que cette 
dernière, contenant proportionnellement plus d'amidon, elle est 
très-facilement piquée par les insectes, dont il faut toutes deux 
les préserver en les laissant renfermées dans leur épisperme li- 
gneux. Le macis est peu aromatique. 

EiMBce et kuile de muscade et de macis. — La muscade con- 
tient une essence ou huile volatile qu'on peut obtenir par la dis- 
tillation avec de l'eau, et une huile fixe et solide qu'on retire des 
semences par l'expression à chaud; mais elle est mêlée avec 



422 DICOTYLÉDONES MONOCULAMYDÉES. 

l'essence qui lui communique son odeur et de la couleur. Celle 
huile mixte, nommée communément beurre de muscade, se pré- 
pare sur les lieux mômes où croît la muscade, avec celles des se- 
mences qui sont brisées ou d'une qualité inférieure. On la trouve 
dans le commerce sous la forme de pains carrés longs, semblables 
à des briques de savon, et enveloppés dans des feuilles de pal- 
mier; elle est solide, onctueuse au toucher, de consistance friable, 
d'un jaune pâle ou d'un jaune marbré de rouge, d'une odeur forte 
de muscade; elle est souvent altérée dans le commerce, soit parce 
qu'on en a retiré une partie de l'huile volatile par la distillation, 
soit par l'addition de quelque graisse inodore. Les pharmaciens 
devraient donc la préparer eux-mêmes : on l'obtient alors d'an 
jaune très-pâle, d'une odeur très-forte et très-suave, el comme 
cristallisable à la longue. 

Suivant M. Playfair, lorsqu'on traite le beurre de muscade par 
de l'alcool rectifié à froid, on en dissout l'essence ainsi qu'une 
graisse colorée, et il reste environ 0,30 d'une graisse solide, blan- 
che et inodore, qui s'obtient par des cristallisations réitérées dans 
Télher, sous forme de cristaux nacrés. Celte graisse, nommée 
myristicine, fond à 31°; saponifiée par les alcalis caustiques, elle 
donne naissance à de Y acide myristicique, fusible à 50° et cristal- 
lisable en feuillets larges et brillants. 

[Quant à l'essence de muscade, c'est, lorsqu'elle est bien rec- 
tifiée, un liquide incolore, très-fiuide, que ne concrète pas un 
froid de 18°. Sa densité à l'état liquide est 0,8333, à 15°. Elle 
bout régulièrement à 165° et distille sans altération. Elle dévie 
le plan de polarisation vers la gauche. Son odeur est celle de 
muscade, sa saveur est acre et brûlante ; elle a pour formule 
C 80 H 16 , comme l'essence de térébenthine. Elle est peu soluble 
dans l'eau, complètement soluble dans l'alcool absolu (1).] 

Le macis conlient également deux huiles fixes : une rouge, so- 
luble dans l'alcool froid, qui dissout en môme temps l'huile vola- 
tile; l'autre jaune, soluble seulement dans l'élher. L'essence de 
macis, obtenue par distillation, se trouve dans le commerce; elle 
est incolore, très-iluide, d'une odeur très-suave; elle pèse spécifi- 
quement 0,928. 

Un assez grand nombre d'espèces de Myristica fournissent des 
produits plus ou moins analogues : tels sont le Myristica %p&® 
des îles Philippines, le Myristica madagascariensis de Madagascar, 
le Myristica Bicuiba du Brésil, le Myristica Otoba de la Nouvelle- 
Grenade, dont les habitants retirent un corps gras nommé otofa 

(1) Cloez, Examen chimique de l'huile volatile de muscades (Journal de t*** 
macieet de chimie, & série, t. XLV, p. 150). 



POLYGONÉES. — BISTORTE. 423 

qu'ils emploient dans le traitement des affections cutanées des 
chevaux; enfin le Myristicasebifera(Viro1a sebifera, Aubl.) dont la 
semence fournit en abondance un suif jaunâtre, faiblement aro- 
matique, d'apparence cristalline, propre à faire des bougies. 

FAMILLE DES POLYGONÉES. 

Plan les herbacées ou sous- frutescentes dans nos climats, mais comp- 
tant quelques grands arbres dans les pays chauds; leurs feuilles sont 
alternes, engainantes à la base ou adhérentes à une gatne membra- 
neuse et slipulaire; les fleurs sont hermaphrodites ou unisexuelles, 
disposées en épis cylindriques ou en grappes terminales ; périanlhe 
formé de 4 à 6 sépales, libres ou soudés par leur base, quelquefois dis- 
posés sur deux rangs et imbriqués avant leur évolution; élamines de 
4 à 9, libres, disposées sur deux rangs, à anthères s ouvrant longitudi- 
nale ment; l'ovaire est libre, uniloculaire, contenant un seul ovule 
dressé; il est terminé par 2 ou 3 styles et autant d<3 stigmates. Le fruit 
est un achaine ou un caropise souvent triangulaire, très-souvent en- 
touré parle calice persistant. La graine contient un embryon cylin- 
drique en partie roulé dans un endosperme farineux; radicule supère. 

La famille des Polygonées se recommande surtout auprès des 
pharmaciens par les racines officinales qu'elle leur fournit, telles 
que celles de historié, de patience, de rhapontic et de rhubarbe. 
Toutes ces racines sont pourvues d'un principe colorant et astrin- 
gent, jaune ou rouge, et d'amidon. Leurs feuilles sont tantôt 
acides, tantôt astringentes, et souvent l'un et l'autre à la fois. Les 
fruits de plusieurs espèces de Fagopyrum {F. esculenlum,tartaricum, 
emarginatum) connus sous le nom de blé noir ou de sarrasin, sont 
farineux et nourrissants, mais font un pain lourd et difficile à 
digérer. Le fruit de la renouée ou centlnode (Polygonum ovicu- 
tare) passe, au contraire, pour être émétique. Une autre espèce de 
Polygonum {Polygonum tinctorium), originaire de Chine, et cultivée 
depuis un certain nombre d'années en Europe, contient dans ses 
feuilles de l'indigo soluble, que l'on transforme en indigo bieu 
en le soumettantaux mêmes traitements que les Indigofera. Enfin, 
«q trouve dans les Antilles et sur les côtes du continent voisin 
plusieurs espèces de Coccoloba, dontune, nommée Coccoloba uvi fera 
(raisinier des bords de la mer), est un grand arbre à bois rougeàtre 
«là fruits rouges bacciformes, disposés en grappes comme le rai- 
sin, mais qui sont en réalité des cariopses entourés par le calice 
accru et devenu succulent. On retire du bois, par décoction dans 
l'eau, un extrait rouge-brun et astringent, qui est une des espèces 
dekino du commerce. Une autre espèce de Coccoloba des Antilles, 
fe Coccoloba pubescens, est un arbre de 20 à 27 mètres de hauteur, 



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DICOTYLÉDONES MONOCHLAMYDÉES. 



dont le bois très-dur, pesant, d'un rouge foncé, presque incorrup- 
tible, est un de ceux auxquels on a donné le nom de bois de fer. 

BUterte. 

Polygonum Bistorta, L. — Car. gén. : fleurs hermaphrodites ou po- 
lygames par avortement; périanthe coloré, quinquéflde, rarement 
tri ou quadrifide, très-souvent accrescent. Étamines 5 ou 8, rare- 
ment 4 ou 9, à filaments subulés, à anthères didymes, versatiles; 

ovaire uniloculaire, comprimé 
ou triangulaire; ovule unique, 
basilaire, droit. Style bi ou 
triflde , quelquefois presque 
nul ; achaine lenticulaire ou 
triangulaire, renfermé dans 
le périanthe. — Car. spée.: 
9 étamines; tige très-simp